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MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AUROI
AVRIL. 1746.
GIT UT SPARGAT
Chés
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER
rue S. Jacques.
La Veuve PISSOT, Quai de Conty
à la deſcente du Pont- Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais
M. DCC, XLVI,
AvecApprobation & Privilége du Roi,
340.6 AVIS.
1558
746
'ADRESSE générale du Mercure eft
LAM. DECLEVES D'ARNICOURI
rue du Champ-Fleuri dans la Maiſon de M.
Lourdet Correcteur des Comptes au premier
étage fur le derriere entre un Perruquier & un
Serrurier à côté de l'Hôtel d'Enguien. Nous
prions très-instamment ceux qui nous adrefferont
des Paquets par la Poſte , d'en af
franchir le port , pour nous épargner le déplaisir
de les rebuter ,& à eux celui de ne
-pas voir paroître leurs ouvrages.
Les Libraires des Provinces ou des Pays
Etrangers , qui souhaiteront avoir le Mercure
de France de la premiere main , &plus promp
tement , n'auront qu'à écrire à l'adreſſe ci-deſſus
indiquée ; on se conformera très- exactement à
leurs intentions.
Ainfi il faudra mettre ſur les adreſſes àM.
de Cleves d'Arnicourt , Commis an Mercure
de France rue du Champ-Fleuri , pourrendreàM.
de la Bruere.
PRIX XX X. Sors
• MERCURE
DE FRANCE
DÉDIÉ AU ROI.
PIECES FUGITIVES
en Vers&en Profe.
EPITRE.
AU ROI
NVAIN pour telouer dans ma vera
ve indiſcrette ,
GrandRoi, j'entreprendrois d'embou
cher laTrompette ;
Cedeſſein dangereux , l'écuëil de tant d'Auteurs ,
Ne ſçait point m'éblouir par ſes déhors trompeurs
Etfur ce pasgliſſant maMuſe ,encor timide ,
A ij
4 MERCURE DE FRANCE .
Au fortir du berceau n'oſe marcher ſansguide .
Qu'un autre plus connu fur le mont des neuf
Scoeurs ,
Fermé par leurs leçons , comblé de leurs faveurs ,
Pour chanter les combats rapelle ſon audace ;
Que des riches Tréſors qu'enfante le Parnaſſe
Prodigue en fes écrits , il étale à nos yeux
Ce qu'ils ont de plus noble &de plus gloieux.
3
Qu'il nous peigne ces murs par toi réduits en cendre
,
こ
Ces mursque l'ennemi voulut envain défendre ,
Qu'il peigne ces Rivaux de ta gloire éblouis;
Interdits & tremblants au ſeul nom de Louis .
Pourmoi,loin des combats ,loin du bruit des allarmes,
Je veux peindre les fruits des ſuccès de tes armes,
Tes Etats conſervés , ton Peuple éxempt d'effroi ,
Exploits encorplus grands & plus dignesde toi,
Dequelque haut éclat dont brille le courage,
11 eftd'autres vertus d'un auſſi noble uſage
Tous ces fameux Guerriers , tous ces grands
Conquérans ,
Ne font le plus ſouvent que d'illuftres tyrans.
Alexandre jadis la terreurde la terre ,
De l'Helleſpont au Gange allant porter la guer
re ,
Voyoit autour de lui vingt Rois humiliés
Depoſer triftement leur couronne à ſes pieds,
AVRIL. 1746. S
Etd'un faftebarbare écoutant les maximes ,
N'oppoſoitque la force à des droits légitimes ;
Mais en vain l'Univers ſembla le réverer ,
Vainenient ſes exploits le firent admirer ;
Le tems qui des Héros conſerve la mémoire ,
Diftingue leurs défauts en nous peignant leur
gloire.
Mais un Roi qui ſçait joindre aux bontés de
Titus ,
Le grand coeur d'Alexandre &mille autres vertus ,
Qui du bonheur public fait ſon bonheur ſuprême ,
Qui cherche ſon repos aux dépens du ſien même ;
Fermé dans ſes deſſeins , modefte en fes ſuccès ,
N'a recours aux combats que pour avoir la paix .
A ce portrait , Grand Roi , qui peut te mécon
noître ?
La France y reconnoit & fon pere & fon-mat
tre ,
Le Belge ſon effroi , l'Europe ſon vengeur ,
L'Empire ſon ſoutien , & l'Anglois fon vain
queur.
Envain ces ennemis qu'une haine immortelle
Rend jaloux de la France , & réunit contre elle ,
Prétendent s'oppoſer à tes juſtes deſſeins ;
Leurs foudres impuiſſants s'éteignent dans leurs
mains.
Leurs Peuples délaiſſés implorans ta clémence ,
Trouvent dans ton appui la paix & l'abondance ;
:
Aiij
6 MERCURE DE FRANCE.
Ils beniſſent la main qui les adégagés
Desmaux où leurs voiſins ſont aujourd'hui plongés;
Ils n'ont point éprouvé ces fleaux éffroyables ,
Dudeftin des combats ſuites trop déplorables,
Où le Soldat guidé par ſon avidité
Se fait une vertu de ſa férocité ,
Où le fer& le feu ſuccedant au pillage ,
D'un vainqueur ſanguinaire aſſouviſſent la rage ,
Et diftinguoient jadis tous ces cruels guerriers ,
Qui d'un ſang odieux flétriſſoient leurs lauriers.
Grand Roi, pourſuis toujours; rien ne manque
ta gloire ;
Laclémence embellit laplus belle victoire.
C'eſt par-làque Henri, ce Héros rédouté ,
Fameux par ſa valeur & grand par ſa bonté ,
Malgré les vains efforts d'une ligue rebelle ,
Soumit enfin la France , & fut adoré d'elle.
Vainement autrefois le ſecond des Céfars
Au char de ſa fortune enchaînoit les hazards ,
Des droits de ſa patrie ufurpateur injuſte ,
Jamais il n'eut porté le beau titre d'Auguſte
Sibientôt ſa fureur n'eut fait place aux bienfaits ;
Ce titre ſi fameux fut le fruit de la paix.
Rome juſques alors à la guerre occupée
D'un ſpectacle nouveau parut être frappée.
Ce n'étoit plus ce tems de troubles , de débats ;
Dans ſes murs autrefois témoins de cent combats
Elle voit accourir les Arts , la politeffe ;
AVRIL. 7 1746.
Rome de beaux eſprits va dépeupler la Grece ,
Et ravir aux vaincus les uniques faveurs
Qui les pouvoient encore égaler aux vainqueurs.
Là les doctes rivaux de Pindare & d'Homere ,
Courtiſans , Citoyens, maîtres en l'art de plaire ,
Dans leurs chants immortels vantant leur protecteur
,
De fon empire heureux célébroient la douceur ;
Là plus d'un Thucidide & plus d'un Démosthène
Parut avec éclat ſous l'appui de Mecêne .
Mais quoi ! Pour retrouver un empire ſi doux
Le devons nous chercher chés d'autres que chés
nous ?
GrandRoi , lorſque l'Europe en proye à tant d'allarmes
,
,
Voit par tout la victoire accompagner tes armes
Lorſque tes ennemis tremblent ſous leurs remparts ,
Le calme en tes états regne de toutes parts.
L'avare poffefſſeur d'une terre fertile
Ne craint point d'avoir pris une peine inutile
Il attend que Cerés prodigue dans ſes dons ;
Faſſe éclore pour lui ſes plus riches moiſſons ;
Déja d'un triſte oubliles Muſes retirées ,
Par tes ſoins généreux à ta Cour attirées ,
Vont retrouver ce tems cher à leur ſouvenir ,
Où l'on vit regner Mars , & les Beaux Arts fleurir ,
Déja leurs doctes mains au Temple de mémoire
De ton regne fameux éterniſent l'hiſtoire .
A iiij
8 MERCURE DE FRANCE.
O combien décrivains d'un beau zéle enflâmés
Prétendent nous tracer tes exploits renommés !
Mais d'un pareil projet l'étendue infinie
Avec un zéle ardent veut un vaſte genie.
Loin ces hardis Auteurs qui dès leur premier
pas
S'empreſſent à te ſuivre au milieu des combats
De tes pobles travaux la peinture brillante ;
Ne peut être le fruitd'une Muſe naiſſante.
Peut être même enfin que ce chantre fameux
Qui dans les champs Troyens fit combattre les
Dieux ,
Qui conduifit Achilleaux rives du Scamandre ,
Et du trifte Ilion fait vivre encor la cendre ,
Après avoir chanté tant de fameux exploits
Pour célébrer les tiens auroit manqué de voix ,
Si témoin de ta gloire ,&de ton grand courage ,
Il t'eût vû l'oeil ſerein dans l'horreur du carnage ,
Braver ce qu'ont d'affreux & la flâme & le fer ,
Et ces foudres plus craints que ceux de Jupiter,
S'il t'eût vû bienfaiſant enſemble & redoutable,
Tendre à tes ennemis une main ſecourable ,
De l'autre foudroyer ces remparts orgueilleux
Du Belge& du Batave azile précieux.
Tels n'étoient point jadis ceux qu'une erreur commune
Mit au rang des travaux d'Apollon & Neptune ,
Et qui durant dix ans témoins de tant de morts ,
AVRIL
1746 و .
De tous les Grecs ligués braverent les efforts
Mais dans tes grands deſſeins ta valeur redoutée
Par d'obstacles pareils ne peut être arrêtée.
Pourfuis , Prince cheri , tes généreux projets ,
Fais trembler tes Rivaux , rends heureux tes ſu
jets ,
Ou plutôt fufpendant les coups de ton tonnerre
Fais fucceder la paix aux horreurs de la guer
re.
C'eſt alors que fans crainte élevant notre voix,
Nos chants célébreront la douceur de tes loix ;
C'eſt alors qu'à nos yeux cette paix déſirée
Retracera les jours de Saturne & de Rhée ,
Siécle d'or que la Fable embellitde ſes traits
Et dont tu dois encor augmenter les attraits.
LETTREA MM. les Auteurs du Mercure
fur Peloquence du Barreau.
Uelques perſonnes ont
Qdifpofee Performe
été un peu in-
MM, de ce que
l'on a hî dans votre recueil ( c'eſt le ſecond
volume de Juin 1945 , page 113. ) que
la Chaire eſt parmi nous le ſeul azile qui
reſte à l'éloquence. » Le Barreau ( eft - il
>>dit dans cet endroit ) n'eſt plus pour elle
» qu'un champ fterile où la chicane a femé
Av
10 MERCURE DE FRANCE.
00
ſes épines , & les Avocats , quoiqu'il y
aitdans cecorps des gens d'un grand mé-
•rite , ſont réduits à n'employer pour dé-
>>fendre leurs parties qu'une dialectique ſéec
che & aride au lieu des figures brillantes
»& pathétiques qu'employoient jadis De-
>> mofthene & Ciceron. Mais ſi le Barreau
>>ne peut plus retentir que de clameurs
>>ſophiſtiques ſemblables à cellesde l'école,
- la Chaire offre à l'éloquence le champ le
>> le plus vaſte; c'eſt là qu'elle peut em-
>>>ployer toutes ſes reſſources& ſe ſervir de
>toutes ſes armes pour étonner l'imagina-
> tion &pour ſubjuguer l'ame.
Cediſcours eſt d'autant plus piquant qu'il
eſt éloquent lui-même & qu'il ſe fait croire.
Jeveux cependant faire votre paix avec les
perſonnes dont je vous parle. Elles n'ont
pour s'appaiſer qu'à faire attention que vous
ne parlez point des Orateurs mais de l'éloquence
du Barreau en general qui n'eſt plus
fufceptible des ornemens qui brillent dans
les autres diſcours. Faites réflexions auſſide
votre côté que vous pouviez vous paſſer de
la comparaiſon ;les ouvrages dont vous faifiez
l'eloge font affez beaux par eux mêmes,
pour qu'il ne ſoit pas beſoinde les élever aux
dépensdes autres.
Peut-être auſſi n'avez - vous pas aſſés examiné
quelle eſt la nature de cette éloquence
AVRIL, 1746. 71
avec qui vous mettez en parallele celle de la
Chaire. Si vous l'aviez fait vous auriez pu
voirque ſongenre eſt different de celui des
autres, ſoit de celle de la Chaire , ſoit de
celle desdiſcours Académiques ou des Panégyriſtes
qui font auſſi differens entr'eux.
L'éloquence n'eſt que le talent de perſuader
oude convaincre , en un mot d'entrainer
à ſon ſentiment ceuxde qui l'on eſt écouté.
Il faut donc qu'unhomme qui parle aux autres
examine principalement qui ſont ceux
devant qui il prononce ſes diſcours.
L'éloquence de laChaire doit reſſembler à
celle de Denoſthéne,parce que cet Orateur
ainſi que les Prédicateurs s'adreſſoit à des
Peuples qu'il falloit perfuader & entraîner
pardegrands mouvemens , mais les diſcours
duBarreau doivent être d'une eſpece toute
differente. Un Orateur alors ne parle pas
pour des perſonnes qu'il veuilleuniquement
perfuader : ce n'eſt pas le Public aſſemblé
fans interêt qui doit décider du fort de celui
dont il défend la cauſe ſes veritables auditeurs
fontdes Juges dont le coeurne doit
point ſe laiſſer ſéduite par des mouvemens de
pitié , detendreſſe , de haine ou de colere.
Tout l'art doit alors conſiſter à leur expofer
avec ordre &dans le point de vûe le plus
favorable pour celui que l'on défend,les faits
Avj
12 MERCURE DE FRANCE.
qui ſe ſont paffés , les conventions qui ont
été faites entre les parties , à expliquer les
differens actes qui peuvent concourir à expliquer
quelle a été leur intention : cet art
conſiſte dans les moyens à remettre ſous
les yeux des Juges les regles & les loix , & à
prouverque celui que l'on défend les a ſuivies
, &que ceux que l'on attaque s'en font
écartés.
Il faut autant de talens nature's & autant
de goût pour réuſſir dans ce genre d'éloquence
,& pour rejetter les ornemens étrangers
, que pour faire des deſcriptions pathetiques
des périls qui menaçoient la ville
d'Athénes , &des malheurs où les Citoyens
auroient été expoſés après la perte de leur
liberté.
Desdeſcriptions de cette nature ne peuvent
ſe trouver au Barreau. C'eſt en vain
qu'unAvocat feroit enviſager la triſte ſituation
d'une femme dont ontveut faire décla
Fer nul le mariage , & l'état funeſte où feront
réduits des enfans à qui on va oter l'honneur
de la légitimité , pour les rendre ſans naiffance
, ſans parens, ſans appui & les plonger
dans l'opprobre de la batardiſe. Ce ſeroit
vainement que l'on voudroit toucher les Juges
en exprimant de la maniere la plus pathétique
la ſituation malheureuſe d'un homime
languiſſant depuis long - tems dans les
AVRIL , 1746 . 13
horreurs d'une priſon , & engager les Magiftrats
par des mouvemens de pitié à lui rendre
la liberté. Ce font des ſentimens auſquels
un Orateur doit ſçavoir que ceux qui l'écoutent
ne doivent point ſe livrer, Toute
fon éloquence doit ſe fixer à montrer d'une
maniere ſenſible que le mariage de celle
qu'il défend a été célébré fuivant les regles
preſcrites par les loix , ou que celui qui eft
dans les fers eſt innocentdu crime dont on
l'accuſe. Tous les autres ornemens ſont étrangers
dans ces occaſions : il s'agitde convaincre
l'efprit de Juges éclairés & non deperfua
derdesperſonnes que l'on voudroit entrainer
par les ſentimens du coeur.
Ce n'eſt pas qu'un Avocat ne puiffe employer
& n'uſe quelquefois de ces traits d'éloquence
parleſquels l'eſprit eſt ému ,& qui
Içavent toucher le coeur ,mais ces traits ne
doivent être qu'à la ſuite de raiſonemens ſo
lides , & pourles faire aimer après les avoir
fait ſentir. Un Orateur par un exorde touchant
peut préparer les eſprits à écouterfavorablement
les faits qu'il va expofer , mais
il faut que ces faits ſuivent; fans cela il n'aura
excité que de vains ſentimens qui ne peuvent
rien produire : par des conſidérations
importantes& noblement exprimées il peut
affermir les moyens qu'il a établis mais ce
ne ferontpas ces confiderations qui pourront
12 MERCURE DE FRANCE.
qui ſe ſont paffés , les conventions qui ont
été faites entre les parties , à expliquer les
differens actes qui peuvent concourir à expliquer
quelle a été leur intention : cet art
conſiſte dans les moyens à remettre ſous
les yeux des Juges les regles & les loix , & à
prouver que celui que l'on défend les a ſuivies
, &que ceux que l'on attaque s'en font
écartés.
Il faut autant de talens nature's & autant
de goût pour réuſſir dans ce genre d'élo-.
quence ,& pour rejetter les ornemens étrangers
, que pour faire des deſcriptions pathetiques
des périls qui menaçoient la ville
d'Athénes , &des malheurs où les Citoyens
auroient été expoſés après la perte de leur
liberté.
Desdeſcriptions de cette nature ne peuvent
ſe trouver au Barreau. C'eſt en vain
qu'unAvocat feroit enviſager la triſte ſituation
d'une femme dont ontveut faire décla
Fer nul le mariage , & l'état funefte où feront
réduits des enfans à qui on va ôter l'honneur
de la légitimité , pour les rendre ſans naiffance
, ſans parens, ſans appui & les plonger
dans l'opprobre de la batardiſe. Ce ſeroit
vainement que l'on voudroit toucher les Jugesen
exprimant de la maniere la plus pathétique
la ſituation malheureuſe d'un homime
languiſſant depuis long - tems dans les
AVRIL , 1746 . 13
horreurs d'une priſon , & engager les Magiftrats
par des mouvemens de pitié à lui rendre
la liberté. Ce font des ſentimens auſquels
un Orateur doit ſçavoir que ceux qui l'écoutent
ne doivent point ſe livrer, Toute
fon éloquence doit ſe fixer à montrer d'une
maniere ſenſible que le mariage de celle
qu'il défend a été célébré fuivant les regles
preſcrites par les loix , ou que celui qui eft
dans les fers eſt innocent du crime dont on
l'accuſe . Tous les autres ornemens ſont étrangers
dans ces occaſions : il s'agit de convaincre
l'esprit de Juges éclairés & nondeperfua
derdesperſonnes que l'on voudroit entrainer
par les ſentimens du coeur.
< Ce n'eſt pas qu'un Avocat ne puiſſe employer&
n'uſe quelquefois de cestraits d'éloquence
parleſquels l'eſprit eſt ému , & qui
fçavent toucher le coeur ,mais ces traits ne
doivent être qu'à la ſuite de raiſonemens fo
lides , & pourles faire aimer après les avoir
fait ſentir. Un Orateur par un exorde touchant
peut préparer les eſprits à écouterfavorablement
les faits qu'il va expofer , mais
il faut que ces faits ſuivent; fans cela il n'aura
excité que de vains ſentimens quine peuvent
rien produire : par des conſidérations
importantes & noblement exprimées il peut
affermir les moyens qu'il a établis mais ce
ne feront pas ces conſiderations qui pourront
14 MERCURE DE FRANCE ,
jamais triompher s'il n'a pas exactement raproché
les regles & les loix des objets dont
il s'agitdejuger.
Onnedoit donc pas élever l'éloquence de
a Chaire aux dépens de cel'e du Barreau ,
parceque ce font deux genres differens dont
chacun ades qualités qui lui font propres ,&
des beautés qui lui ſont particulieres. Un
Avocat qui ne voudroit employer que l'art
d'émouvoir&detoucher , ne réuffiroit pas ;
un Prédicateur qui ne voudroit que prouver
des choſes dont la foi nous rend certains ne
poſſederoit pas le talent qui lui convient.
Il ne faut pas comparer non plus l'éloquence
du Barreau avec celle des diſcours
Académiques. La premiere a un fondement
réel; ils'agit de détai'ler des circonstances
verirables, de les développer,de les prouver,
& d'en tirer des conſequences juſtes pour
obtenir ce que l'on demande à un autre, ou
pour ſe diſpenſer de lui accorder ce qui ne lui
eſtpas dû. Le plan d'un pareil diſcours eſt régulier
ſuivant la methode que vous approu
vez dans votre Mercure de Février 1746
page 1 10; ony trouve néceſſairement l'exorde,
la naration , la confirmation & la peroraifon.
Dans les diſcours Académiques il s'agit
plûtôt d'établir quelque point de Morale ou
de Metaphyſique , que de faits réels ſur lef
AVRIL , 1746. 15
quels il ſoit néceſſaire deprononcer. L'éloquence
alors conſiſte à trouver des idées
avouées de tout le monde afin de démontrer
par la comparaiſon celles que l'on
veut faire prendre à ſes auditeurs. Il eſt
queſtionde trouver des idées neuves & brillantes
pour plaire & s'attirer l'attention. II
faut chercher des expreſſions qui rendent
exactement les idées que l'on a conçues &
que l'on veutdonner aux autres. Comme les
Académies ne ſont établies , pour la plupart ,
que pour perfectionner le langage , il eſt
néceſſaire de ſe ſervir de tours de phrases
heureux , brillans par la beauté du ſtyle , &
qui charment l'oreille avant que de paſſer à
l'eſprit.
Les Panégyriftes doivent encore employer
un autre genre d'éloquence entierement dif
ferent de celui du Barreau & de celui des
Académies. Quoique le plan de leurs dif
cours ne ſoit point ſuivi par ordre de faits
comme un récit ordinaire , il eſt preſque hiftorique
,mais comme les faits que l'on expoſeau
public ſont connus de tout lemonde,
on n'eſtpas obligé de tomber dans la ſechereſſedes
preuves. Les figures les plus communes
de cette forte d'éloquence font les
antithèſes. On fait l'éloge d'un Heros en
montrant ſa modeſtie dans l'éclat de ſa
gloire,& ſa grandeur dans les adverſités,fon
16 MERCURE DEFRANCE ,
courage dans les dangers , & fa bonté lorfque
tout lui eſt ſoumis. Cette eſpece d'élo
quence eſt fufceptible de ce qu'il y a de
plus brillant, même dans la Poëfie , c'est-àdire,
des grandes images;on peut dépeindre
un Roi qui a vũ d'un oeil tranquille les dangers
d'une bataille ſanglante , au milieu de
ſes guerriers qui animés par ſes regardsont
rempli les campagnes de ſes ennemis vaincus
ou diſperſés , & qui ne fait paroître ſur
fon front qu'une fierté modeſte. Quelle peinture
charmante à nous faire que de nous
le repréſenter honorantde ſes embraſſemens
mêmeunHeros qui a contribué à ſa gloire,&
étendant ſes ſoins juſques fur ſes ennemis
mouranspour lui avoir réfifté ! Qu'il eſt aiſe
de faire fentir à des peuples qui ſervent &
qui adorent un ſemblabe maître , combien
ils lui font chers, puiſqu'il prend pitié de ſes
ennemis même lorſque la victoire les lui a
foumis!
On voit combien toutes ces fortes d'éloquences
ſe reſſemblent peu , & que l'on ne
doit les comparer entr'elles que pour éviter
deſe ſervir dans l'une de ce qui ne convient
qu'aux autres.
Il ſeroit poffible de dire que celle du
Barreau ades ſuperiorités ſur elles , en premier
lieu parce qu'elle eſt infiniment plus
variée. Dans les autres difcours on doit fuiAVRIL
. 1746. 17
vre toujours le même plan& la même forme,
mais comme les differens évenemen's
qui arrivent parmi les hommes font infinis,
les differentes conteftations qui naiſſent entr'eux
le font auffi. Tous les Panegyriques
ont quelque choſe de ſemblable entr'eux.
Tous les difcours Academiques roulent fur
des ſujets d'une qualité pareille
jamais une cauſe n'a reſſemblé à un autre ;
il ſe trouve toujours des circonstances nou--
velles qui doivent faire changer l'art de l'Orateur.
,
nais
Une ſeconde qualité de l'éloquence du
Barreau , c'eſt qu'elle eſt beaucoup plus
étendue & oblige l'Orateur à embraſſer un
ſyſtême beaucoup plus vaſte que les autres.
Il n'y a aucun autre diſcours que la même
heure ne voyent commencer & finir , & un
diſcours du Bareau dure quelquefois plus de'
douze Audiences . On ſera forcede conve
nir qu'il faut une plus grande force de genie
pour ſuivre un plan auffi étendu, que pour
compoſer un diſcours qui n'occupe , pour
ainſi dire , que quelques momens.
Il faut convenir que comme tous les Prédicateurs
& tous les Académiciens ne ſont
pas éloquens , tous les Avocats ne le ſont pas
nonplus , mais cela n'empêche pas que l'élo -
quence du Barreau ne ſoit auſſi parfaite en
ſon genre que celles d'une autre eſpece ; il ne
18 MERCURE DEFRANCE ,
s'agit de la part de l'Orateur que de la pofſeder
,&de la part des auditeurs que d'en
connoîtretout le prix.
Aucun Orateur n'a ſurpaſſédans ſongenre
ceux que le Barreau à vû briller dans notre
fiécle. L'un ( de l'aveu de tout le monde )
réuniſſoit à la ſolidité des raiſons l'énergie
des termes& la beauté de la diction. L'autre
par une juſteſſe d'eſprit infinie ſaiſiſſoit
uniquement le vrai moyen de ſa cauſe , &
tous ſes argumensvenoient ſans ceſſe s'y rendre
comme à un centre dont il ne ſe laiſſoit
jamais écarter. Un autre dont la fécondité
ne tarifſoit jamais étonnoit par la beauté &
la varieté de ſes idées , & entrainoit par la
force de ſes raiſonnemens qu'il ſçavoit préfenter
ſous tantde formes diverſes , que ceux
qui y avoient d'abord reſiſté étoient enfin
obligés de céder.
Si leurs diſcours ne ſont point immortels
par l'impreſſion , c'eſt ce qui ajoute encore à
leur merite. Combien faut-il plus de genie
pour parler ſans avoir écrit , que de rendre
des choſes dont on a chargé ſa mémoire ?
combien faut-il plus d'éloquence pour développer
ſur le champ des raiſonnemens
abſtraits & les détruire , que pour expoſer
des penſées fur leſquelles on a reflechi , &
que l'on a eu le tems d'arranger entr'elles ?
Enfin l'Auteur des caracteres dit qu'il eſt
.
AVRIL , 1746. 19
plusdifficiledebien plaider que debien prêcher
, & que cependant il ſe trouve plus de
bonsAvocats quede bons Prédicateurs. Seroit-
ce qu'il y auroit plus degens naturellement
éloquens parmi les Avocats que parmi
les Orateurs de la Chaire ? c'eſt ce que
jevous laiſſe àdécider.
Jesuis .&c.
LA SAGESSE ETERNELLE.
«
ODE.
Homme
Omme aveugle ,ditlaSageffe ,
>>Quelle vaine erreur te conduit ?
>>Ton fort , malgré-toi , m'intereſſe ;
>>Suivrai-je toujours qui me fuit ?
>> Accours à la voix qui t'appelle ;
>> A mes Loix ne fois plus rebelle ;
>> Je t'enyvrérai de plaiſirs ;
>>>Ofe renoncer à tes vices ,
>> Et dans un torent de délices
>> Je furpafferai tes défirs.
>> Mais dans ta courſe qui t'arrête ?
>>>Qui fait chanceler ton eſpoir ?
20 MERCURE DE FRANCE ,
Mon fils , la récompenſe eſt prête ;
Le bonheur est en mon pouvoir.
→ Confidere mon origine :
Elle est éclatante , divine ;
Maſource eſt dans l'éternité ;
>> Je deſcends de l'Etre ſuprême
>> Et je partage avec lui-même.
>> Son heureuſe immortalité.
* >> J'étois en ſa ſainte préſence
>>Quand il élevoit les côteaux :
> Je réglois avec complaiſance
Le juſte équilibre des eaux.
➡ Je dreſſois au niveaules plaines ;
→ Ma voix temperoit les haleines
>> Du Zéphire& de l'Aquilon.
• Le Soleil me dût ſa lumiere ;
Je le couvris dans ſa carriére
-DesCieuxcomme d'un pavillon.
** La nuit a ramené fon ombre .
>> Quels abimes font découverts !
DesTerres , des Soleils ſans nombre
>>>Sont les bornes de l'Univers .
>> Des bords du Midi juſqu'à l'Ourſe ,
>> Ges globes dirigent la courſe
>> DuNautonnier qui fend les flots ;
*Création .
** Corps célestes.
AVRIL , 1746.
Tandis qu'au ſein de l'eſperance
>>>Le Laboureur plein d'affûrance
>>>Puiſe la force& le repos.
(a) > Jette les yeux fur cet eſpace
>> Que remplit l'humide élement :
>>Uni dans toute ſa furface
>> Il ne montre aucun mouvement.
>>>Bien-tôt échapés à la vûe
>>> Ses flots s'énfuiront dansla nue
>>>Pour retomber dans les enfers ;
» Quels débordemens ! quels ravages ! ..
>>Mon doigt marque ſur ces rivages
>>>Laborne où ſe briſent les mers.
(b) >> Sortez du ſein de la pouſſiere
>>>Inſectes inviſibles corps ;
>> Parlez ; qui ſçût de la matiére
>> Animer en vous les refforts ?
>>>Mortel, que ma grandeur étonne.;
>>>Un nouveau monde t'environne ,
> Auſfi- tột créé que conçû.
>> Lemouvemenr & l'harmonie
>>Conſervent la tramblante vie
( a ) Mers
>> D'un corps par moi ſeule aperçu .
(c ) Des hommes qu'admira laGréce ,
(b)Petits insectes qu'on n'apperçoit qu'avec le microscopes
( c ) Lesfept Sages,
MERCURE DE FRANCE ,
>> Diviniſérent la raiſon :
>> Croyant poſſeder la ſageſſe ,
>> Ils n'en connurent que le nom.
>>>Envain , peuple avidede gloire,
>>>Tes travaux dignes de mémoire
>>>Reſpiroient le grand & le beau ;
>>Je fuïois les yeux de tes ſages :
>>>Au travers de mille nuages
>> Ils entrevirent mon flambeau .
>>Mon fils, redoute les paroles
. Des heureux , des Sages du tems :
>>>Acroire leurs diſcours frivoles
Als coulent ſeuls desjours contens.
>>>Leur ſageſſe eſt une chimére.
>>>>Leur bonheur un ombre legére.
>>E>tleurvieuntiſſu d'erreurs.
>>Qu'ils ſe ceignent le front de roſes,
>> La palme que tu te propoſes
>>Ne paſſe point comme ces fleurs,
O ! Reine aimable & triomphante ,
Que vos tabernacles ſon beaux !
Votre ſein tous les jours enfante
Desbiens, des prodiges nouveaux.
De tant de beautés raffemblées ,
De tantde graces dévoilées
L'éclat me remplit de fraïeur ;
Mon ame interdite , éperdue ,
AVRIL , 1746. 25
Tremble & demeure ſuſpendue ,
Entre l'amour & la terreur.
Ah! fi par une force heureuſe
F'étois à moi-même arraché ,
Si votre main victorieuſe
Détruiſoit enmoi le peché ,
Libre alors , une fainte audace
Me feroit voler ſur la trace
Des parfums qui marquent vos pas ;
Mavoix aux crisde laNature
S'uniroit pour venger l'injure
D'unDieu que l'on n'adore pas.
Trahe me : post te curremus in odorem
unguentorum morum.Cant.Cant..
24 MERCURE DE FRANCE,
LETTRE de M. Jean de Linchet
Marchand Eventailliste de..en Gascogne,
à M. Jacques Marchand Eventailliste *
demeurant rue Mouffetar à Paris.
M
Je ſuis d'une Province où depuis
Adam juſqu'à nous incluſivement il
y a eu des gens d'eſprit. Les Gaſcons ſont
auſſi célébres par leurs ſaillies que par leur
courage. D'où vient donc que la Garonne
n'a jamais vû ſur ſes bords ce que
la Seine a produit ſur les ſiens ? Jamais il
n'eſt ſorti de chés nous un Eventailliſte qui
poſſedâttoutes les qualités que vous réuniſſez
en vous même. Nous avons eû des Ouvriers
pleins de feu, mais manquant de juſteſſe dans
leur compoſition ; d'autres avoient quelques
étincelles de ce génie heureux qui vous
anime, M. mais ils n'avoient point les graces
naïves qui vous caractériſent ; je ſuis en état
d'en juger ; je connois depuis longtems vos
Eventails; mon correſpondant à Paris me les
*M. Jacques eſt mort depuis quelques mois ;
c'eſt une grande perte que nous avons faite ; il a
légué au public ſes ouvrages qui étoient ſon ſeul
bien , & nous croyons devoir lui donner cette
Letire comme un effet de la ſucceſſion du deffunt.
envoye
AVRIL 1746. 25
envoye à meſure que vous les mettez au
jour : les premiers que j'ai vus m'ont rempli
d'une admiration que les derniers ont augmentée
encore. Que ne puis - je auffi vous
raconter les effets qu'ils produiſent dans ces
climats brûlants ?
C'eſt vous qui dans le tems que la Nature expire
Sous les traits meurtriers d'un Soleil irrité .
Fourniſſez l'air que l'on reſpire ,
Et crez un Printems au milieu de l'Eté ;
C'eſtpar vos ſoins qu'au gré d'une main exercée,
Des plis ingénieux d'une étoffe agitée ,
Mille tendres Zéphirs s'échappent dans les airs ,
Et par desmouvemens divers
Badinant avec grace autour d'une coëffure ,
Agitent mellement ces noeuds
Que formeun Art induſtrieux
Dans une belle chevelure ,
Etpar un aimable murmure ,
Semblent appeller auprès deux
Les Ris , les Amours & les Jeux.
Ce ſeroit ici le lieu , M. , de vous nommer
l'émule, le rival d'Eole. Mais quoique
vous ayez avec ce Dieu des rapports qui lui
font honneur , j'apperçois entre vous des
differences qui font diparoitre toute ombre
decomparaiſon.
B
MERCURE DE FRANCE,
Car ce perſonnage Divin
Au fond de fon manoir concave
N'a jamais eû que des vents dans ſa cave ,
Et la votre eſt pleine de vin.
Il ſeroit plus naturelde placer auprès de
vous les Ouvriers célébres qui ont illuftré
notre profeſſion. Loin que votre gloire ſouffrit
de ce parallele , elle en recevroit un
nouvel éclat; c'eſt ce que j'ai fait décider
dans notre derniere aſſemblée ſyndicale,
Vous ſçavez , M. , que nous avons chés
nous unede ces aſſemblées; elle ſe tient deux
foisle mois; nous y affiſtons régulierement,&
toutes les fois que nous n'avons abſolument
rien à faire: là , après nous être entretenus
un moment de nos affaires particulieres ,
nous nous occupons profondément de celles
desautres ; dans la ffeéance dontje parle on
apporta un de vos Eventails , & ce fur d'abord
le ſujet de notre converſation.
Chacunenpenſa ce qu'il pût ,
Chacun en dit ce qu'il voulut ;
Les uns le trouvoient admirable ,
D'autres , ſeulement agréable :
Unmienvoiſingrand diſeur de bons mots
Prit l'Eventail , & tenant les yeux clos
Il le tourna par devant , par derriere
AVRIL 1746. 27
Etconclut en cette maniere :
Pourmoi je ne dis rien , ſinon
Que le gentil Auteurde ce bijoux mignon ,
Amoinsqu'il ne change de nom ,
Nefera jamais riendebon.
Quand ce fut à mon tour de parler , je
montai mon diſcours ſur le ton que prend
le ſage Neftor au commencement de l'Iliade;
je fis valoir ma longue expérience dans les
matieres que nous traitions ; je citaide nouveau
les courſes que j'avois faites pour voir
les plus riches magaſins des Eventailliſtes de
l'Europe. Jeparlai de monhabileté dans le
Deffein & dans les autres parties de mon
Art ; enfin je me rendis tant de juſtice
qu'ons'apperçut bien que ma modeſtie ſeule
m'empêchoit de dire tout ce que je penſois
furmon compte; après avoir ainſi préparé
les eſprits , je continuai de la ſorte ;
Et qu'on ne penſe pas , Mis , que notre
profeſſion ne demande pas de génie de la
part de ceux qui l'exercent ; oui , je prétends
qu'il en faut plus pour faire un bon
Eventail , qu'il n'en a fallu pour élever les
Pyramides d'Egypte,
Ce diſcours vous ſurprend , &vous croyez peut
être
Que le ſeul amourpropre aujourd'hui le fait naître,
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
Ecoutez , je vais le juſtifier ; il faut un
peu de géométrie pour tracer le plan d'une
Pyramide , il faut de l'argent pour la faire
conſtruire ; on peut avoir tout cela & n'être
qu'un fot. Mais combien de qualités d'un
autre genre ne demandons nous pas dans
an Eventailliſte ? Nous voulons qu'il aitde
l'invention & du goût , de la fécondité & de
la juſteſſe ; nous voulons qu'il peigne ,
qu'il trace des images , qu'il créé ou de luimême
ou d'après les autres ; nous voulons
en un mot qu'il travaille pour notre plaiſir
autant que pour notre utilité ; & pour cela
on a beſoin de toute autre choſe que d'un
compas , car pour en revenir à notre
exemple , qu'y a-t- il de ſi admirable dans
ces anciennes merveilles d'Egypte ? Il me
ſemble que le fait eſt ſimple ,& voici comme
je l'imagine : Le célébre Pharaon , ou
quelque'un de ſes ſucceſſeurs ayant vû une
petite Pyramide , il lui prit fantaiſie d'en
élever d'une grandeur énorme ; il en donne
l'ordre à des Architectes qui ſçavoient lire ,
ceux-ci conſultent un certain Vitruve qui
a écrit ſur cette matière ; ils trouvent dans
cet Auteur les proportions de l'édifice qu'ils
doivent conſtruire , ils les font ſuivre par
les Ouvriers ſubalternes que le Roi d'Egypte
payoit , & aufli-tôt les Pyramides ſontfaites.
Avouez, Mrs. , qu'on ne fabrique pas un
AVRIL 1746. 29
Eventail avec autant de facilité : cependant
on ſefait une petite idée de notre profeſſion.
Un public ſtupide , envieux,
Sur nos progrès fermant les yeux ,
, Nous prend pour des eſprits futiles
Dangereux à l'Etat , dans le monde inutiles ;
J'ai vû même des gens , & j'en palis d'effroi
Qui le diſoientde bonne foi .
Il eſt vrai que c'étoient des politiques &
decespolitiques qui couvertsd'or & d'argent
déclament ſans ceſſe contre un luxe qu'on
devroit bannir , diſent-ils , de la ſociété avec
tout ce qui ſert à l'entretenir; ainſi ſuivant
ces charitables Mrs. tout Eventailliſte ,
Bijoutier , Orfevre &c.
Devroit aller tête premiere
S'établir dans une riviere.
Je n'examine pas actue'lement où nous
meneroient ces conſequences, mais je ſuis für
que pour détruire le principe dont elles
fortent , il ſuffiroit de diftinguer le luxe qui
enrichit l'Etat d'avec celui qui le ruine.
Cette digreſſion nous écarteroit de notre
ſujet , & j'ai quelque choſe de plus précis
à vous rappeller.
On ſe plaint que les Arts tombent en
:
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
France , que les grands Maîtres en tout
genre ont diſparu , & que ceux qui leur ont
fuccédé ne produiſent plus de ces ouvrages
auſquels les fuffrages des contemporains
concilient par avance ceux de la poſtérité.
Il faut avouer , Mrs , qu'il y a quelque choſe
de vrai dans cette accufation. Nous avons
en notre particulier quantité d'Ouvriers qui
deshonorent la profeffion , & trop ſouvent
leur honte rejaillit ſur les corpsdont ils ſont
membres ; c'eſt une injustice évidente , mais
ilne fuffit pasde la connoître , il feroitbon
de la faire ceſſer , s'il étoit poſſible : poury
parvenir il faudroit de concert ſuivre un
Réglement qui remédiût à tout. 1º. Celui
qui n'a point de talent , au lieu d'aſpirer àla
Maîtriſe devroit toute ſa vie reſter garçon
de boutique. 2º . Celui qui a reçu quelques
talens , devroiten connoître l'étendue , en
renfermer l'uſage dans les bornes que la
Nature lui a preſcrites , & ne pas travailler
àdes Eventails compoſes , lorſqu'il ne peut
enfaire que de ſimples. 3°. Celui dont les
grands talens font couronnés par des ſuccès
proportionnés doit encore s'aſſujettir à
certaines régles dictées par la raiſon , &
mettre ſurtout dans ſes ſujets une vraiſemblance
parfaite. Je reprends ces trois idées ;
l'importance de la matiere l'exige.
د
Avant que d'entreprendre un ouvrage,
AVRIL 1746.
avant que de vouloir porter un fardeau , il
faut meſurer ſes forces , c'eſt le ſentiment
d'Horace, avant lui le bon ſens l'avoit dit , &
il ne conviendroit pas aujourd'hui , même à
un homme d'eſprit , de penſer autrement.
Faute d'appliquer ce principe , pluſieurs
de nos confreres mettent au jour des productions
indignes qui portent avec elles
un caractére de réprobation ; ce font des
Eventails ſans graces & ſans légereté , des
machines lourdes où l'on voit à decouvert
les tracesd'une lime peſante, & les traits d'un
pinceau groffier. Ces Eventailliſtes font par
mi nous ce que les froids Ecrivains font dans
leur genre; les uns & les autres parviennent
par la même route au même but; ils fatiguent
& ils endorment. Il me tomba ces jours
paſſes entre les mains un Eventail qui venoit
d'une deces boutiques ; à fon poids & à fa
ſtructure je le jugeai capable de produire les
plus finguliers effets ; comme celui qui me le
préſentoit le vantoit extrêmement , je le
priai d'en faire l'eſſai ſur lui- même.
11 ébranle auffi - tot ſon Eventail énorme ;
Auvent que produiſoit cette machine informe
Son ſein s'ouvre & s'épanouit ,
Mais bientôt , & revers funeſte !
L'Eventail tombe , l'ennui reſte ,
It mon homme s'évanouit .
B iiij
32. MERCURE DE FRANCE.
Je reprocherai à d'autres Ouvriers un
défaut moins commun , mais dont les effets
font à peu-près les mêmes; ceux- ci donnent
trop d'ampleur & trop de jeu à leurs Evenrails
, & de - là quarrive-t-il ? C'est qu'au
lieu de tempérer les chaleurs de l'Eté par
une fraicheur modérée , ils excitent autour
denous des tempêtes qui nous font tranfir
de froid. Quand un pareil inſtrument eſt
agité , malheur à ceux qui ſe trouvent dans
la ſphére de ſon action : on eſt réellement
alors dans les Mondes de Deſcartes , on
tourne , on circule , on paſſe d'un tourbillon
à l'autre ſans s'en appercevoir. Le bruit
étourdit , le mouvement éblouit. Je comparerois
volontiers ces ſortes d'Eventails à ces
ouvrages de Proſe ou de Poëſie ſurchargés
d'eſprit , d'où s'échappent avec impétuoſité
une infinité de traits hors d'oeuvre & de
ſaillies déplacées , & plus particulierement ,
à ces ſtyles bourſouflés , qui au moyen d'une
nuée d'épithétes bruyantes qu'ils trainent
après eux marchent en grondant& fontun
fracas horrible ; indigné contre des abus fi
marqués , je ne ſçaurois m'empêcher d'adreffer
à ceux qui les introduiſent parmi
nous une apoftrophe des plus violentes :
Peres des ouragans , fleaux de l'Univers ,
Eventailliſtes déteſtables ,
AVRIL 1746. 33
Quoi! par des vents inſurportables
Vous troublez l'empire des airs ?
Quos ego... Je me tais. Mais pour rendre publiques
Les marquesd'un ſi grand courroux
Je n'irai plus dans vos boutiques ,
Et crainte de vos vents je fuirai loinde vous .
Il eſt enfin un troiſiéme écueil contre lequel
viennent fouvent échouer ceux même
qui ont ſçu ſe garantir des deux autres . On
n'étudie point la Nature , & conſequemment
on ne la rend point dans la vérité ; on la
déguiſe comme ſi elle n'étoit pas aflés belle
d'elle-même. Jettons les yeux fur ces fameux
Eventails que les curieux confervent dans
leurs cabinets comme des chefs - d'oeuvre de
l'Art. Nous y verrons.....
Concluons donc , Mrs , car je n'aime pas
à être Prolixe , concluons que M. Jacques
eſt un des Ouvriers qui a porté le plus loin la
gloire de notre Art, & je ne l'ai trouvé en défaut
que dans une occafion : peut-être même
n'ai -je pas bien pris ſa penſée , peut- être y
a-t- il dans ce qui fait l'objet de ma cenſure
une fineſſe qui doit échapper à des Provinciaux.
En examinant de près un de ſes
Eventails qui repréſentoit en même-tems
pluſieurs figures humaines , deux Montres
& une Marmite , je me ſuis apperçu que
By
34 MERCURE DE FRANCE.
l'Ouvrier avoit donné une langue à tout
cela; j'en ai été ſurpris , je l'avoue , non pas
rant à cauſe des deux Montres , car on peut
ſuppoſer qu'elles étoient à répétition , &
dans ce cas la langue feroit un ſigne vraiment
ſymbolique ; mais il m'a paru qu'il n'auroit
pas fallu endonner une à la Marmite. Dixi.
Je finis par-là mon Diſcours diviſé en
trois points. On m'avoit écouté avec attention
; je ſentois en parlant que la douce
perfuafion couloit de mes lévres , & je fus
bien tôt convaincu qu'elle s'étoit gliffée dans
l'eſprit de mes Auditeurs , car au lieu
Quemesconfreres autrefois
Diſoient en entendant mavoix ;
Ah ! cadedis , comme ilbredouille !
Tous étonnés il dirent cette fois :
Eh donc! voyez comme il gafouille !
Je tirai un bon augure de ce changement
d'expreſſion& je voulus en profiter. Je propofai
à l'aſſemblée de vous écrire pour vous
remercier de l'honneur que vous faifiez à
notre profeffion , & des modéles que vous
nous donniez à imiter : ma propoſition fut
reçue avec applaudiſſement , & on voulut
que l'Orateur de l'aſſemblée en fut le Secretaire
; que nedevons-nous pas attendre ,
diſoit-on , d'un homme qui ſans préparation
AVRIL 1746. 35
parle , Proſe , Vers &bon ſens ? Apparemment
ce M. Jacques eſt une Divinité tutelaire
qui inſpire ceux qui veulent toucher à
fonéloge.
Ainſi , M. , un impromptu qu'on m'accufe
d'avoir fait , me force à vous écrire une
Lettre que je ne ſçaurai point faire , &
pendant que ces Meſſieurs ſe félicitent de
leur choix , je ſuis occupé à vous prouver
qu'il n'eſt point fondé en raiſon , car fans
faire tort à votre influence , à laquelle aucontraire
j'ajoûte beaucoup de foi , je vous
avouerai que mon Diſcours n'étoit rien
moins qu'un impromptu. Comme je prévoyois
que vos ouvrages ne tarderoient pas
à faire du bruit dans quelqu'une de nos
aſſemblées , & peut être même à y exciter
des diviſions , j'avois à tout hazard levé des
troupes pour votre ſervice , & préparé des
raiſons pour les oppoſer au mauvais goût :
c'eſt là tout le myſtére: je n'aime pas les
impromptus bruſques ,j'ai même des raiſons
pour leshair,
Carmon eſprit pour l'ordinaire
S'enfuit quand ilm'eſt néceſſaire ;
Ainſi privé de mon defir
Jeme réduis tout ſimplement à faire
Des impromptus fabriqués à loiſir.
Bvj
36 MERCURE DE FRANCE.
Quoiqu'il en ſoit , M. , flaté de la glorieuſe
commiſſion dont on m'a chargé , j'ar
penſé quelque tems à la maniere dont je
m'en acquitterois , mais comme je reſtois
toujours au-deſſous de mon-ſujet , j'ai crû
que l'aveu de mon inſuffiſance valoit mieux
quede ſteriles efforts , & qu'un récit naturel
de ce qui s'eſt paſſe dans notre aſſemblée
vous plairoit plus que le pompeux étalage
queje pouvois faire de vos talens &de vos
vertus. Un éloge qui n'étoit point deſtiné
à parvenir juſqu'à vous ne doit pas vous paroître
ſuſpect .
Je ſuis , Monfieur , &c.
Ce 15 Fevrier 1746.
H
EPITRE Aux Muses.
, Eureux Muſes , heureux ceux que loin dù
vulgaire
Vos faveurs ont admis dans votre ſanctuaire !
Contents de vos lauriers ,& charmés de vos versi,
Ils n'ont pas la fureur de troubler l'Univers.
Ilsn'aimentpointà voir ſur les pas d'Alexandre
Les Trônes fracaſſes , ni les Villes en cendre.
Loin des ſoins du commerce&des cris du Barreau
AVRIL
1746. 37
Votre Pinde pour eux eft l'objet le plus beau ;
Un jardin , un ruiſſeau qui fuit dans les prairies
Borne avec agrément leurs doctes réveries ;
Ils cherchent ces vallons où Zéphir chaque jour
Voitles Ris & Venus danſer avec l'Amour.
Auſſi , Muſes , auſſi rien n'égale leur gloire.
L'oubli n'en doit jamaiseffacer la mémoire.
Sous les Drapeaux de Mars leGrec & le Romain
N'ont acquis un grand nom qu'au prix du ſang
humain.
L'éclat de ces lauriers dont ils paroient leurs
têtes ,
S'eſt auſfi -tôt paſſé qu'ont paſſé leurs conquêtes ,
Mais les fleurs qu'en vos champs les Auteurs vont
cueillir ,
Nont point caufé de maux &ne sçauroient
vieillir.
>
Que la Tour (r) dans un Temple où régne la
Prudence
Tienne enmainde Thémis leglaive&la balance
Que du Chayla (2) bravant le canon & les dards ,
De l'orgueilleux Anglois briſe les Etendarts :
Quant àmoi je me plais dans cesbelles retraites
Qu'habite ſous vos Loix un peuple de Poëtes:
Jen'admire que vous ; vous êtes aujourd'hui
(1) Fremier Prifident au Parlement d'Aix
(2) Lieutenant Général des Armées .
38 MERCURE DE FRANCE.
Mes délices , mes biens , ma gloire , mon appui.
OMuſes ! & Permeſſe !&vous charmans rivages!
Qui me tranſportera dans vos ſombres bocages ?
Comme autrefois ce Grec , (1 ) couché ſur le
gazon ,
Quandpourrai-je dormir ſur le haut Hélicon?
Comblez donc mes fouhaits ; ouvrez à mon audace
Le chemin le plus court qui conduiſe au Parnaſſe ,
Et peut - être qu'un jour plus heureuſe en ſes ſons
MaMuſe aura l'honneur d'être au gré desBourbons.
Manuel Prêtre de la Doctrine Chrétienne .
,
en
LETTRE de M. l'Abbé Beaulieu Prêtre
Chapelain de S. Didier de Poitiers
réponse à M. l'Abbé deS. Remy qui l'a prié
de lui communiquer ſes Réflexions fur ce
fujet: Pourquoi les gens de Lettres font
rarement favoriſés de la fortune.
J
E voudrois bien vous fatisfaire , M. , fur
la Queſtion que vous me propoſez ; je
vous connois plus capable que moi de la
bien traiter ; vous auriez dû le faire vous
meme ; fi vous l'euffiez entrepris , c'eut été
(1)Héfiode,
AVRIL 1746. 39
avec ce ſuccès ordinaire qui vous diftingue
ſi bien dans la République des Lettres :
de plus , la priere que vous me faites n'eſtelle
pointune épreuve à laquelle vous voulez
mettremondiſcernement , ou pour pénetrer
ma façon de penſer ? Je vous répondrai
donc ,M., dans quelque vue que vous m'ayez
interrogé , mais ce ſera ſeulement ſous les
auſpicesde votre indulgence ; mon Difcours
rendra peut-être mal ce que je penſe & ce
que je ſens ; d'ailleurs la brieveté du délai
que vous m'avez accordé reſſerre mon
travail dans des bornes très-étroites ; le peu
de tems que j'ai pour vous répondre neme
permet pas de donner à mon Diſcours l'ordre
& l'arrangement qui pourroient le faire
goûter.
Rarement on voit les gens de Lettres ,
même malgré la ſupériorité de leur mérite
&de leurs talens , avoir part aux faveurs
de la fortune ; leurs prétentions & leurs efpérances
ſont très-bornées, & leur ambition
ne peut s'exercer que ſur des objets médiocres;
les Dignités ni les richeſſes ne les
attendent point au bout de leur carriére :
mais pourquoi des hommes qui par leur
éducation doivent avoir l'eſprit éclairé & les
ſentimens nobles, qui fe fentent des lumieres
&des forces ſupérieures, pourquoi , dis-je
ne profitent-ils pas de cette diſpoſition pour
40 MERCURE DE FRANCE.
parvenir à être élevés par la fortune audeſſus
duvulgaire comme ils le ſont par leur
eſprit ? Pour moi , M. je crois que c'eſt
cette élévation d'eſprit qui leur eſt nuiſible :
l'homme de Lettres , (je parle de l'homme
de Lettres qui eſt en même-tems homme de
bien ) fait trop peu de cas des richeffes &
des grandeurs pour leur ſacrifier ſon repos
& ſon goût ; l'ambition ne le ſollicite point
affés pour lui inſpirer l'ardeur & l'activité
néceſſaires à ceux qui veulent faire fortune à
quelque prix que ce ſoit : il lui faudroit
d'ailleurs être ſouple , complaiſant , flateur ,
& quelquefois ramper honteuſement ; un
homme qui ſent un peu ce qu'il vaut peutil
gagner ſur foi de faire ſa cour à des hommes
qu'il croit avoir droit de mépriſer ? Peut- il
même quelquefois diffimuler ce qu'il penſe à
leur égard ? quand même le mauvais état de
ſes affaires ledétermineroit enfinàvouloirdemander
quelques graces , n'a-t- il pas à craindre
oudes refus humilians ou des promeſſes
trompeuſes? Deplus quelle idée peut-il avoir
dela fortune lorſqu'il la voit prodiguée tous
les jours à des perſonnes du mérite le plus
mince ? Cela eſt arrivé dans tous les fiécles ,
&s'il en doute il n'a qu'à ouvrir ſes Livres
&confulter l'Hiſtoire pour s'en convaincre.
Je puis bien appliquer au mérite littéraire
se que l'Abbé de S. Réal dit du mérite en
AVRIL 1746. 41
général; le mérite , ſelon lui , le plus exempt
dedéfauts, eſt ſouvent un obſtacle à la fortune
, & rarement il aide à réuſſir .
De grandes qualités dans un homme qui
ſe préſente à la Cour irritent ceux dont
elles arrachent l'admiration ; d'ailleurs les
premieres placesde la faveur ſont déja priſes;
le Prince ou le Miniſtre contens de leur
choix ne fongent ſeulement pas qu'ils en
peuvent faire un meilleur; c'eſt ainſi que
le mérite languit & eſt rarement employé.
Meritum laudatur & alget.
Pour répondre en même tems, M.à l'article
de la conversation ſur laquelle vous me demandez
auſſi quelques réflexions, je vousdirai
que le talent de rendre la converſation
agréable ſuppoſe beaucoup d'art & de délicateffe
: rien n'eſt ſi facile avec nos inferieurs
parceque la déference qu'ils ont pour nous
met le choix du ſujet entre nos mains& nous
donne la liberté de le changer à notre gré ,
mais les difficultés commencent avec nos
égaux; ils ont le même droit que nous au
choix & au changement , & la civilité rous
oblige quelquefois àles ſuivre dans un Difcours
qui eſt ſans agrément pour nous , ou
que nous avons peine à comprendre ; l'embarras
augmente avec nos fupérieurs ; il
faut ouſe taire ou entendre parfaitement ce
qu'on dit ; le reſpect ne nous permet point
(
1
42 MERCURE DE FRANCE.
de changer le ſujet , & s'ils le changent eux
mêmes , notre devoir eſt de les ſuivre , &
notre honneur de ne pas paroître ignorans
fur tout ce quil leur plaîtde propoſer , mais
c'eſt particulierement avec les perſonnes de
qualité qu'on ne ſçauroit uſer de trop de
précaution ſi l'on veut ſe ſoutenir longtems
dans leur eſtime. Trop de ſçavoir &d'agrément
les bleſſe parce qu'il leur fait ſentir ce
qui leur manque. Trop peu leur peſe & les
ennuye ; ils mépriſent ce qui ne vaut pas
plus qu'eux , ils redoutent ce qui les ſurpafſe
de trop loin. On ſçait l'avanture de ce
Gntilhomme Italien qui perdit le Chapeau
Rougepour avoir montré plus d'eſprit qu'un
Cardinal qui fut élû Pape quelques jours
après.
Engéneral la converſation avec nos égaux
ou nos inférieurs demande beaucoup de
douceur & de civilité ; un air ouvert dans
les manieres &un tour obligeant dans l'expreffion;
avec nos ſupérieurs c'eſt une confiance
honnête ſans préſomption , un mélange
de ſçavoir &de beſoin d'être inſtruit ,
qui nous faffe expliquer avec grace ce qu'on
eſt bien aiſe d'apprendre de nous , & qui
nous diſpoſe toujours à prêter docilement
l'oreille à ce qu'on ſe croit en état de nous
apprendre , mais avec les uns & les autres un
homme qui veut ſe faire goûter n'accorde
AVRIL 1746. 45
Jamais d'entrée dans ſes diſcours à l'air de
fuffifance & d'orgueil , à la vivacité qui
tient de l'emportement , à l'opiniâtreté &
moins encore à la raillerie , car de quelque
agrément que cette derniere ſoit temperée ,
elle fait toujours plus d'ennemis que d'admirateurs.
Dicteria magis repugnant quan
arrident. *
Je ſuis , Monfieur , &c..
L
APoitiers ce 20 Fevrier 1746.
une Demoiselle aſſiſe devant son miroir
Traduction de l'Anglois.
Es Dieux font aux mortels de dangereux
bienfaits :
:
Labeauté n'eſt ſouvent qu'une fource de larmes
Pour avoir vû dans l'eau ſes agréables traits
Narciffe , qui l'eut crû jamais ?
Mourut victime de ſes charmes .
Vous avez , Emilie , une égale beauté ;
Etes - vous plus en fûreté ?
Défiez - vous de cette glace ;
* Quintil.
১
MERCURE DE FRANCE
Comme vous Narciſſe ſe vit ;
Objet de ſa flame il périt ;
Unmême deſtin vous ménace.
Mon amour vous en avertit .
L'imprudente & jeune alouette
Badine devant un miroir ;
Elle y vole, elle aime à s'y voir ;
Dupede fon humeur coquette ,
Elle court , ſans ſonger au péril qui l'attend ,
Vers le piege ennemi que l'Oiſeleur lui tend.
L'Amour aujourd'hui vous affiége ;
Il uſe du même détour ;
I veut que vous ſoyez captive de l'Amour
Pour lui ſervir après de piége.
Lorſque vous contemplez ces attraits enchanteurs
Répandus par Hébé ſur votre beau viſage ,
Songez qu'ils ont l'éclat & le deftin des fleurs :
Ils s'enfuiront tous avec l'âge ;
Vousles regretterez:il ne ſera plus tems ;
L'Amour n'aura pour vous que des yeux ménaçans
Sur le déclin de votre vie ;
Il ne vous laiſſera que d'affreux repentirs ;
Vous verrez une autre Emilie
Dans ce miroir qui fait tous vos plaiſirs
Au Printems de votre jeuneſſe
1
AVRIL. 1746. 45
2
Ecouterez - vous la fierté ?
Mépriſez ſes avis ; ſçachez que labeauté
Doit votre coeur à la tendreffe .
Votre âge vous promet un deftin desplus doux :
Diane étoit auſſi belle que vous ;
Cette Déeſſe , après s'être admirée
Mille fois dans les claires eaux
Des fontaines & des ruiſſeaux
Préfera le plaifir de ſe voir adorée
Par un jeune Chaſſeur , de ſe voir dans ſes bras ,
Auplaifir d'admirer d'inutiles appas .
Juſques à quand ce coeur volage
Reſſemblera-t-il au miroir¿
J'ai crû quelquefois entrevoir
Qu'il me devenoit moins fauvage.
Mais ce n'étoit helas ! qu'une legere image
Qui ne brille à mes yeux que pour s'évanouir ;
Et dont il reſte à peine un foible ſouvenir.
DuGliral à Rouen.
46 MERCURE DE FRANCE. I
LETTRE de M. D*** à M. D ***
Sur lesſenſations des bêtes..
I
L eſt vrai , M. , que j'ai demeuré quelque
tems avec des perſonnes très-refpectables
qui ont eu biendes bontés pour moi .
mais qui étoient extrêmement attachées au
ſentimentdeDeſcartes ſur les bêtes. Ce fut ce
quimedonna lieu d'écrire quelques réflexions
qui me vinrent alors dans l'eſprit ſur ce ſujet ;
on vous en a parlé & les voici.
Les animaux ont des organes comme
nous ; quelques uns même en ont qui paroiſſent
bien plus ſubtils que les nôtres.
L'odorat des chiens abien plus de fineſſe
que notre odorat , la vue des oiſeaux de
de proye a une portée plus grande que celle
de nos yeux , & les taupes voient où affûrément
nous ne verrions point.
Mais les animaux ont-ils , comme nous
une ſenſation intérieure , lorſque les organes
de leurs ſens ſont émus ? Quand les
objets extérieurs ſe peignent dans le fond
de leurs yeux , ont-ils le ſentiment de la
vûe? Quand le chien vient à la voix de
AVRIL 1746 . 47
ſon maître , y a-t-il eu dans le chien quelque
choſe de plus que le ſimple ébranlement
des organes de l'oreille , & ce chien
connoît-il que c'eſt ſon maître qui l'appelle?
Les divers mouvemens des organes ne
font que des propriétés du corps , mais le
ſentiment intérieur qui en réſulte eſt une
affection qui ſuppoſe que le corps eſt uni
àune ame, Tout ſentiment intérieur eſt une
ſorte de penſée dont le corps eſt incapable,
Le corps ſeul n'eſt ſuſceptible que des propriétés
qui ſont des ſuites de l'étendue ,
comme de mouvement , de diviſibilité , de
figure&c.
Ainfi on demande ſi les bêtes ont le
ſentiment de la vûe , de l'odorat , du goût ,
de l'ouie , & du toucher ; fi elles reſſentent
du plaifir & de la douleur , & fi elles font
émues intérieurement comme nous par les
paffions , dont elles nous donnent tous les
jours tant de témoignages extérieurs.
On l'avoit crû ainſi juſqu'à Deſcartes ,
mais ce Philoſophe prétend que les bêtes ne
font que de ſimples automates comme
cette Statue admirable que nous avons vue
dans ces derniers tems qui jouoit pluſieurs
airs de flute avec une juſteſſe & une expreffion
merveilleuſe , & qui afſurément
n'entendoitni neſentoit rien en les jouant,
48 MERCURE DE FRANCE.
Le ſentiment intérieur étant une forte d
penſée ſelon Deſcartes , ſi les bêtes , ditil,
avoient ce ſentiment elles penſeroient
ſi elles penſoient elles auroient une ame
ſi elles avoient une ame , cette ame étan
ſpirituelle elle ſeroit immortelle,& digne
on de punition , ou de récompenfe.
Tel eſt le raiſonnement de ce Philoſophe
&de ſes diſciples , raiſonnement fondé nor
fur une exacte diſcuſſion du fait , mais uniquement
ſur des conféquences & des analogies.
Ses adverſaires , àleur tour , en tirent
de ſon ſyſtême qui ne font pas moins dangéreuſes.
» Car , diſent-ils , comme le Pere
Pardies l'a fort bien remarqué , fi une fois
>on admet que toutes les opérations des
>> bêtes peuvent ſe faire fans ame & par
la ſeule machine de leur corps , on vien-
„ dra bien- tôt à faire le pas , & à dire auſſi
» que toutes les opérations des hommes
→peuvent ſe faire par une ſemblable diſpofition
de la machine de leur corps.
ec
>> Ainſi les partiſans de l'un ou de l'autre
>> parti n'ont pas plus de droit les uns que
" les autres , continue le P. Pardies , de ſe
>> reprocher leurs ſentimens& de les rendre
odieux par la ſuite qu'on en pourroit tirer
en faveur des impies.
১১
Mais écartons l'idée de ces conféquences
odieuſes ; elles ne donnent aucune lumiere
pour
AVRIL 1746. 45
pour le fond de la choſe qui n'eſt qu'une
ſimple queſtion de fait. Le ſentiment de
Delcartes a donné lieu de faire l'application
de cette penſée ingénieuſe d'un de nos modernes
, que les grands géniesfontles ſyſtêmes ,
que les bons n'y croyent point.
Le P. Pardies , Jéſuite de réputation ,
n'eſt pas le ſeul qui ſe ſoit élevé contre le
ſentiment de Deſcartes , il a été prévenu &
ſuivi par un grand nombre de perſonnes
également pieuſes & fçavantes.
Pour moi je m'en tiens au gros bon ſens
du Laboureur , du Chaſſeur , & de tous
ceux qui aprivoiſent & qui dreſſent des animaux
, avec leſquels ils ne dédaignent pas
de faire une forte de converſation croyant
les entendre & en être entendus. Après cet
aveu je prendrai la liberté d'ajouter ici quelques
réflexions.
I. Dieu eft le maître ſouverain de ſes
créatures; il les a faites telles qu'il lui a
plû ; il leur a donné les facultés qu'il a jugé
à propos de leur donner , ainſi qu'il y ait
des Oiſeaux de proie , des Tigres , des Pantéres
, des Crocodiles , des Vipéres , des Serpens
àſonnette, des Tarentules , un Ver ſolitaire
qui ſe nourrit de notre chile , des Inſectes
qui vivent du plus pur de notre ſang
&c. Ce n'eſt point à nous à vouloir approfondir
la conduite de Dieu , Cela eft : ad-
C
50 MERCURE DE FRANCE.
mirons , reſpectons , & adorons Dieu créa
teur & confervateur , en lui rendant graces
de ce qu'il veut bien nous permettre de
détruire les propres ouvrages , ſi admirablement
organifés , quand ils nous nuiſent &
que nous ſommes les plus forts , ſoit par
notre force naturelle , ſoit par celle que nous
empruntons de notre induſtrie , & n'est-ce
pas ainfi , pour le dire en paſſant , que le
puiſſant opprime lefoible ,& que l'homme
s'aſſujettit Phomme même.
II . Pourquoi n'y auroit-il pas pluſieurs
eſpéces d'ames , les unes immortelles comme
l'ame de l'homme , & les autres ſujettes
à n'être conſervées qu'auſſi long- tems que
dureroit l'economie animale de leur corps :
& celles - ci pourroient étre diviſées en ames
moins brutes , comme celles des Chiens ,
des Singes , des Eléphans , des Caſtors , des
Renards &c. & en ames plus brutes telles que
celles des Anes &c. enſorte qu'il y a peut
être entre les hommes & les animaux une
difference à peu près ſemblable à celle qu'il y
a entre les animaux & les plantes , qui
végétent , qui vivent , qui reſpirent , qui ſe
multiplient &c.
Mais encore un coup ce n'eſt point à
nous à approfondir la conduite de Dieu , &
encore moins à mettre des bornes à ſaToute
Puiſſance,
AVRIL 1746. 32
Mais ſi d'un côté nous ne pouvons pas
nous refuſer à reconnoître le fait qui nous
frappe , qui nous ſaiſit , qui nous étonne
nous ne devons pas pour cela mettre notre
eſprit à la torture , afin d'imaginer des ſyſtêmes
pleins d'illuſions & inventés uniquement
pour éluder des difficultés apparentes
, qui ne font difficultés que pour les eſ
prits foibles qui même n'y penſeroient point
ſi on ne leur en donnoit pas la penſée.
en-
III. * Lepéché est une action , une parole
on un défir contre la Loi de Dien. Ainsi le
péché ſuppoſe donc d'abord une Loi
fuite il ſuppoſe de la part du pécheur la li..
berté & un certain dégré de raiſon & de
lumiére. De-là vient que les enfansqui n'ont
pas encore atteint l'âge de raiſon , ni les
perſonnes qui ont perdu l'eſprit ne péchent
point.
Or les bêtes n'ont aucune loi. On peut
leur dire avec un de nos Poëtes : *
Vous vous abandonnez ſans remords , ſans terreur
A votre pente naturelle ;
Point de loi parmi vous ne la rend criminelle.
En ſecond lieu les bêtes n'ont pas autant
de raiſon ni de lumiére que ceux de nos
*Auguft. L. 22. cont. Fauft. C. 27.
*Des Houl. Idile. T. 1. p. 130 .
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
enfans&de nos inſenſés qui en ont lemoins
& dont les actions contre la Loi ne ſont pas
imputées à péché. Ainſi les bêtes ne font
capables ni de mérite ni de démérite ni
par conféquent dignes de punition ou de
récompenfe. Les Oiſeaux de proie , les bêtes
voraces , les Vipéres &c. fuivent leur diſpofition
méchanique , & il n'y a que la loidu
plus fort qui puiſſe , ou les empêcher de
nuire , ou les punir d'avoir nui.
IV. Avant Deſcartes iln'y avoiteu qu'un
fort petit nombre de perſonnes qui euſſent
penſé comme lui ſur les bêtes , & leur
opinion étoit demeurée dans l'obſcurité &
n'avoit pas eu l'honneur de faire ſecte. Ainſi
l'on peut dire qu'avant ce Philoſophe tout
le monde étoit généralement perfuadé que
les bêtes ont du fentiment. On diſputoit
ſeulement ſur la queſtion de ſçavoir fi elles
ont la faculté de raiſonner & juſqu'à quel
point s'étend en elles cette faculté.
V. Mais revenons au jugement de la
Nature. Je demande à quelque partiſan
des automates , ſi jamais il n'a fait de converſation
par figne avec un muet ? Quand
lemuet répondoit à ſes ſignes , le Philoſophe
croyoit fans doute que le muet l'entendoit
, qu'il voyoit , qu'il ſentoit : & pourquoi
le croyoit-il ? Parce que le muet répondoit
congrument à ce que le Philofo
AVRIL 1746. 53
phe luifaiſoit entendre. Eh bien le Chien répond
ainſià fon maître. Et pourquoi fommes
nous perſuadés que les autres hommes
avec qui nous vivons tous les jours , voyent ,
entendent , fentent & penſent comme nous ?
C'eſt que par leurs geſtes , par leur mine ,
& par leurs actions , ils nous font connoître
qu'ils répondent à nos penſées. Il n'y a fur
ce point entre la béte & nous que la difference
du plus au moins , & celle de l'immortalité
de notre principe de ſentiment &
de la mortalité du principe de ſentiment
dans les bêtes , qui ont des organes femblables
aux nôtres.
VI. Les ſtatues des Dieux des anciens
avoient des oreilles & n'entendoient pas :
elles avoientdes yeux & ne voyoient pas.
Pourquoi ? C'eſt qu'elles n'avoient que le dehorsdes
organes des ſens. Mais dans les bêtes
l'organiſation eſt entiére , elle eſt extérieure
& intérieure ; leurs yeux ſont de véritables
yeux, leurs oreilles ſont des oreilles véritables:
tous les nerfs des organes de leurs
ſens aboutiſſent à un cerveau. Et & je diſois
qu'avec de tels yeux elles ne voyent point
& qu'avec de telles oreilles , elles n'entendent
point, je croirois foutenir qu'avec l'eſtomach
qu'elles ont elles ne digérent point.
La Nature n'auroit-elle donc fait la dépenſe
d'une organiſation fi admirable que
C iij
$4 MERCURE DE FRANCE.
pour nous enimpofer ,& nous faire croire
que les bêtes voyent & entendent , pendant
qu'elles ne verroient ni n'entendroient pas
plus que de ſimples Statues ?
VII. Je ne m'arrêterai pas à une infinité
d'hiſtoires qu'on rapporte des Eléphans ,
des Caſtors , des Singes , &c. Il n'y a perfonne
qui n'obferve tous les jours dans les
animaux domeſtiques des procédés qui ſuppoſent
évidemment du ſentiment. Les pafſions
ſurtout , telles que la jaloufie , la trifteſſe
de l'abſence du maitre &c. me paroiffent
encore une grande preuve de ſentiment
dans les bétes..
Que le Cartéſien me permette donc de
le renvoyer non ſenlement aux ouvrages du
P. Pardies , du P. Daniel & à quelques autres
: mais ſurtout au ſentiment naturel qu'il
a lui-même lorſque ſon Chien le careſſe
lui obéit , le démele dans la foule & lui
donne tant d'autres marques de ſentiment.
Quelle ingratitudede ne pas reconnoître au
moins que ce Chien ſent ce qu'il témoigne
avec tant d'ardeur! Faut-il que des fubtilités
frivoles étouffent dans le Cartéſien ce que
les ſimples lumiéres du bon ſens & le jugement
de la Nature font voir avec tant d'évidence
au reſte des hommes ?
Voilà , M. , les réflexions dont on vous
a parlé. Permettez moi d'ajouter ici l'EpiAVRIL
1746.
55
い
gramme de Mlle. Deſcartes niéce du Philofophe
auſujetde la Fauvete de Mlle. Scuderi:
cet Oiſeau qui venoit à la voix de ſa maîtreſſe
donna de l'exercice aux beaux eſprits
de ce tems-là.
Voici quel eſt mon compliment
Pour la plus belle des Fauvétes ;
Quand elle revient où vous êtes ,
Ah! m'écriai-je , avec étonnement ,
N'en déplaiſe à mononcle , elle a du jugement.
Ainfi , M. , je m'en tiens au jugement de
la Nature & je ſens l'illuſion de ces hypothèſes
arbitraires fondées ſur de pures imaginations.
Elles n'ont qu'un tems dit Ciceron
* & ce même tems qui en abolit peu
à peu le régne confirme tous les jours les
jugemens de la Nature.
J'ajouterai auſſi que le tems ne fait qu'augmenter
en moi les ſentimens d'eſtime & de
reconnoiffance que vous ſçavez , M. , que
j'ai pour vous &c.
* Opinionum commenta delet dies , Naturæ
judicia confirmat . Cic. de Nat. Deor. L. 2. C. 2.
A Paris ce 2 Mars 1746.
Ciiij
58 MERCURE DE FRANCE.
*****号号号号号号号号号
AM. le Maréchal Comte de Saxe fur fa
campagne d'Hyver en 1746.
ASuivrece Héros nos troupes toujours prêtes
Bravent d'un long Hyver les plus vifs contretems
;
Ce Général faifant en Hyver des conquêtes ,
Que ne ferat-il point au retour du Printems ?
J
Le Chat Ambitieux ,
FABLE.
Adis un Chat de maigre échine
Chés une vieille avoit pauvre cuiſine ;
Rarement d'un morceau depain
Avoit-il ordinaire ,
Mais pour appaiſer grande faim
Encor faut-il le néceſſaire.
Hélas ! il ne voyoit de ſouris ni de rats ;
Son gîte étoit trop vuide de farine ;
Auſſi dans ce ſéjour où régnoit la famine
Jamais il ne vint d'autres Chats.
AVRIL 1746. 57
Arrive un jour enfin qu'il voit ſur la muraille
Un de cesbeaux Minets qui font torche& ripaille,
Gros , gras , bien nourri ,
Etqui croquent peu de fouris ;
Minons d'une belle quarrure
Soutenans avec peine une large figure :
Dis-moi , cria maigret , comment cet embon
point ?
Tu créves dans ton gras pourpoint
Tandis que je ſuis miferable :
Un grand me reçoit à ſa table ,
Lui répond le Chat gras ;
J'y prends tous mes repas ;
J'attrape un bon morceau dont je remplis ma
panſe ;
C'en ſeroit bienaſſes pour toi , je penſe .
Maigret ambitieux y veut être conduit ;
Graffet en fut d'accord , il le mene & l'inftruit
Chemin faiſantde ſon manége:
DéjaMaigret content étoit prêt d'arriver ;
LeDeſtin lui dreſſoit un piége
Dont il ne pouvoit ſeſauver.
Des gens adroits étoient en embuſcade
Pour porter l'eftocade
Surtroupede matous , qui le jour précedent
Cauferent du défordre ,
Etporterent la dent
Sur unriche ſouper qu'ils avoient ofé mordre.
Maigret à peine entré ſur des plats apperçoit
CY
58 MERCURE DE FRANCE.
Grand aprêt de gibier , pluſieurs morceaux de
viande;
Les dévorer des yeux , jetter patte friande ,
S'en faiſir c'eſt tout un , & tandis qu'il rongeoit
La premiere griffée ,
Une fléche ſur lui finement décochée
Perce foudain ſa
peau ,
- S'enfonce en ſa poitrine
Ettraverſe ſa platte échine;
Maigret quitte alors le morceau
Cherche àprendre la fuite ;
Il ne voit plus'le Chat gras à ſa ſuite ;
Pénétré de douleur...
Ilpromit enjurant après un tel malheur
De retourner & vivre en fachaumiere ,
Heureux&trop contentde ſon mince ordinaire.
Vivredepeu ſans nulle paſſion
Eſt l'état desirable
プ
A l'homme raiſonnable
Qui ſe perds'ilſe livre à ſon ambitioni
BOUTS RIMES.
Toi dont les ans font les deuxtiers de trente
Je jure, Iris , qu'an de-là de
L
1
quarante
AVRIL . 1746. 59
Mon coeur encor ſuivra la loi du
Si ton defir veut s'accorder au
tien
Feux mutuels rarement à
Se font ſentir , & jamais à
Chacun alors ſent éteindre le
mien.
einquante
foixante ;
fien
L'amitié refte& le coeur n'y perd rien
Lors nous lirons l'ouvrage des Septante
Peut - être ainſi gagnerons-nous nonante
Puis nous mourrons enſemble en gens de bien
Autantunisque S. Roch & fon chien.
***************
EPITRE
Sur ma maladie à M **.
Tu veux donc , cher ami , qu'encor foible
tremblante ,
Ma main te trace fortement
!
Le tableau douloureux ou l'eſquiſſe ſanglante
Des maux que j'ai ſoufferts aux bords du monu
ment ?
Qu'exiges tu de moi! pourquoi dans les ténébres
Après cinq mois cruels plonger encormon coeur
Pourpeindrede monmal & la force& l'horreur
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE.
Je n'ai plus ces couleurs , ni ces pinceaux funébres
Quiſeuls lugubrement expriment la douleur.
Toutefois j'obéis ; je retourne ſanspeine
Sur ces momens affreux dont je frémis encor :
Que ne peut l'amitié ! quandle coeur nous entraine
L'eſprit ſe renouvelle & fait tout fans effort.
Desbiens les plus chéris que leCiel nous diſpenſe ,
Iln'en eſt point , ami , d'égaux à la ſanté :
Sans elle nous n'avons qu'une triſte exiftence :
Sans elle , Créſus même auſein de l'opulence
Du plus doux ſentiment ne ſeroit point flaté.
Dégoûté dès vingt ans d'un plaiſir raiſonnable ,
Je prodiguai cebien , ſi cher , ſi délectable ;
Victime de l'erreur, je me ſuis détrompé;
Ce bien que je croyois immenfe , inaltérable ,
Comme un éclair s'eſt diſſipé.
Comme un Loup devorant, la fiévre impitoyable
M'enchaînant dans mon lit , m'accabla de ſes fers
Ce brûlant tourbillon , furieux , imdomptable ,
Ouvrit bien- tôt la porte à mille maux divers.
Lesdouleurs, le dégoût, les langueurs , l'infomnie
;
AVRIL 1746. 61
M'aſſiégeant à la fois , m'avoient anéanti :
Mon eſprit s'affaiſſa : le feu de mon génie
Soudain fut amorti,
Dans les ſombreshorreurs qu'offre la nuit obfcure,
Mes eſprits animaux , coulans à l'aventure
Tracerent à mes yeux de bizarres portraits :
Tout ſe défigura : tout ne fut qu'impoſture ,
Et l'aimable Nature
▲mes ſens égarés n'eut plus que de fauxtraits,
**
Ne pouvant plus fermer ma débile paupiere ,
J'aſpirois à revoir le célefte flambeau
Quelquefois , fatigué de ſa vive lumiere ,
Et fuyant la Nature entiere ,
Qui nem'étoit plus qu'un fardeau ,
Je demandois aux Dieux de finir ma carriere ,
Et de me plonger au tombeau .
Maraiſon égarée enfanta ce ſyſteme ,
Et me fit un blafphémateur ;
Jenevoyois plus rien: je m'ignorois moi-même,
Et n'avois plus en moi qu'un germe deftructeur :
Raiſon , ſouffle divin , don du Ciel , mais fragile ,
Pourquoi te troubles-tu ? quel reffort , quel moteur ,
Te fait agir au gré de la mortelle argile
Dont nous forma le Créateur 2..
音樂
62 MERCURE DE FRANCE.
Dans cefuneſte état , martyr des aphoriſimes ,
J'eſſuyai les eſſais de prétendus Docteurs :
Aleurtondécif, à leurs brillans ſophiſmes ,
Je' ne vis que des impofteurs.
Oppoſés l'un à l'autre , une guerre éternelle
Régne parmi ces Charlatans :
L'un dit oui , l'autre non , & la race mortelle ,
Sert de champ de bataille à tous ces combattans.
Malgré cet amer témoignage ,
Ne crois pas que leur Art , pratiqué par un ſage ,
Ne foit reſpectable à mes yeux :
Un rival d'Hyppocrate eſt un préſent des Cieux
Arracher un mortel à la Parque ennemie,
C'eſt être créateur d'une ſeconde vie;
C'eſt reſſembler aux Dieux.
!
Mais , hélas ! qu'il eft peu de ces Dieux ſalutaires
Dont la Nature entend la voix !
Le reſte n'est qu'un tas d'aſſaſſins mercenaires
Que d'antiques abus garantiffent des Loix.
Succombant à la fin fous mes peines nombreuſes
Je te diſois adieu pour la derniere fois :
Je croyois déja voir ces routes ténébreuſes
Où les ſimples Berge vont à côté des Rois.
AVRIL 1746.. 63
Tranquile par foibleſſe,&cédant ſans murmure,
Je m'abandonnai donc aux ſoins de la Nature :
Habile par inſtinct , & marchant pas-à-pas ,
Victorieuſe du trépas ,
Elle ſçût rappeller mon ame fugitive ;
Elle vint me chercher ſur l'infernale rive,
Et me tendit les bras.
Le repos & la patience ,
Soutenus d'un régime auſſi ſimple que fain,
Furent les artiſans de ma convalefcence ;
Et bravant des Docteurs la ſçavante ignorance;
L'horreur des Médecins fut mon ſeul Médecin,
Enfin je te revois ; ton éclipſe eft finie.
O! monpremier tréſor , ſanté trop peu cherie,
Ame de nos plaiſirs , volupté de nos coeurs ,
Fabuſerai plutôt tout d'un coup de la vie,
Que d'abuſer de tes faveurs.
Ne crois pas cependant que ma Philofophie
Me faffe renoncer à la ſociété :
Je n'ai point les vapeurs d'une miſantropie
Qui conduit à l'austérité :
Fadore encor Eglé , j'eſtime encor Sylvie :
J'aime à table un ami s'égayant dans le vin ;
Mais , je hais les plaiſirs que goûte un libertin ,
Dès que le ſentiment ſe tourne en frénefie,
A
掣
A
64 MERCURE DE FRANCE,
Tendre & fidéle ami , ſi la vivacité
T'égaroit quelquefois loin de la tempérance ,
Que ce récit t'apprenne à cherir la ſanté ;
Que mes réflexions t'inſpirent la prudence
D'écarter la licence ,
Qui naît du fol excès d'un plaiſir emporté.
AAngers le 16 Mars 1746.
MERIDIEN ASTRONOMIQUE
universel , fa construction , fes usages &sa
preuve, par Jacques Lemaire Ingénieur
pour les Instrumens de Mathématique , de
le Société des Arts à Paris Quai de
l'Horloge à l'Enseigne du Génie,
EEtt IInnfſttrruummeenntt reporte que fix pou
ces en quarré & a d'épaiffeur environ
un pouce & demi, ce qui le rend portatif
& commode.
Sa compoſition eſt ſemblable à l'anneau
Aſtronomique à trois cercles qui eſt déja
connu fur mer à la place de l'Aftrolabe ,
mais comme tout le monde ſçait que ce
qui eſt le plus contraire à l'uſage de cet
Inftrument eſt l'incommodité du vent , qui
AVRIL
1746.
l'agitant ordinairement dans le tems que l'on
veut s'en ſervir le rend de moins d'uſage ,
& que l'on donne la préférence , pourm'expliquervulgairement,
aux Butterfiels qui font
toujours aſſujettis aux inconvéniens de l'aiguille
aimantée , ce qui les rend toujours
variables par ce principe ſi l'on n'a pas recours
à une méridienne tracée avec art , j'ai
donc imaginé un ſupport qui fût aflés ſolide
pour que l'on pût compter ſur ſon exactitude
par la vérification aiſée à démontrer , au
moyen de laquelle on pût s'aſſurer par foimême
de l'évidence de ſa juſteſſe ; pour cer
effet j'ai conſtruit une planchede laiton quarrée
de 6 pouces & de 2 lignes d'épaiſſeur.
Sur undes côtésde cette planche j'ai attaché
par trois vis une piéce forte à charniere
de quatre à cinq lignes de diametre , & en
viron deux pouces de longueur.
A l'autre côté de la charniere eſt attachée
une piéce demi- circulaire qui embraſſe
& ſoutient l'anneau par fon inéridien , laquelle
en elle même devient méridien puifqu'elle
en fait partie .
Au côté voiſin de cette charniere s'éleve
par le moyen d'un reſſort une conſole qui
s'engage à un des côtés de la piéce demi-circulaire,
de façon que cette piéce ou ſoutien
s'éleve à plomb ſur la planche , & entraine
par cette ſituation l'élévation de l'anneau
66 MERCURE DE FRANCE.
Aftronomique à plomb ſur le plan qui eſt
une des chofes des plus néceſſaires pour
avoir l'heure dans la derniere précifion , &
la plus facile à examiner ſoit par le moyen
d'une équiére , ſoit d'un fil à plomb.
Les deux autres côtés de la planche ſont
garnis par deux niveaux d'air à eſprit de vin;
quatre vis aux quatre coins de la planche
forment un ornement qui concourt à
rendre lesdeux niveauxd'accord pour avoir
un plan parfaitement horizontal.
Le milieu de cette planche eſt orné d'une
Boufſole de quatre pouces de diametre dont
l'uſage n'eſt point pour avoir l'heure , mais
pourconnoître par l'heure la déclinaiſon de
l'aiguille aimantée fi l'on a prévû àtous les
obſtacles , je veux dire ſi l'on s'eſt aſſuré
que l'on eft éloigné de toute maſſe de fer
qui pourroit influer par ſon tourbillon fur
celui de l'aiguille aimantée.
Usage pour avoir l'heure.
Pour avoir l'heure avec cet Inſtrument
trois moyens ſe préſentent.
1º. Celui de la Boufſole en obſervant la
déclinaiſon de l'aiguille aimantée.
2º. Celui d'une méridenne tracée avec
juſteſſe.
3°. Le dernier, de le placer par lui-même
n'ayant beſoin ni du premier ni du ſecond
moyen pour avoir l'heure.
AVRIL
1746. 67
Trois choſes ſont requiſes.
Premierement de mettre l'index de l'allidade
ſur lejourdu mois ou Signe du Zodiaque.
2º. D'ouvrir l'Inſtrument à angle droit &
enclaver le cercle Equinoxial par les perites
clefs qui l'enchaſſent fermement dans
la ſituation où il doit être.
3 °. D'enchaſſer le méridien de l'anneau
Aftronomique dans la piéce demi-circulaire
ou foutien , enſorte que la ligne de foi qui
eſt marquée dans le milieu du ſoutien ou
piéce demi-circulaire ſoit vis-à-vis dudégré
d'élévation duPole du lieu de l'obſervation ,
ce qui eſt marqué par un quart de cercle
gradué au bord du méridien.
Les deux dernieres choſes étant exactement
obſervées , il ne reſte plus qu'à connoître
l'heure par le moyen du troifiéme
cercle qui repréſente le Zodiaque ou le
chemin que parcourt le Soleil entre les deux
Solſtices.
Il faut donc ouvrir ce troifiéme cercle
à angle droit avec le méridien; ſi l'on étoit
afſuré par une pendule à ſecondes , ou par
ſa montre, fi elle eſt bien réglée , qu'il ne
fut que fix heures du matin ou du foir ,
alors en préſentant au Soleil le côté de la
pinule qui eſt ouverte , la pinule d'argent
où ſe peindra ſon image fera précisément
terminée ſur le centre du petit cercle qui
88 MERCURE DE FRANCE.
eſt tracé ſur la pinule d'argent , conféquemment
le côté de la planche de laiton où eſt
attaché le méridien ſera le méridien du lieu ,
& fi avec une régle droite épaiſſe & parallele
appuyée à ce côté on tireune ligne ,
cette ligne ſera eſſentiellement une ligne méridiene
tracée par une ſeule opération.
Mais ſi l'on n'a ni montre ni pendule ,
il faut ſeulement ſçavoir ſi l'on eſtdevant
ou après midi , & pour lors tourner le
Zodiaque juſqu'à ce que le Soleil enfile les
deux pinules dans leurs points reſpectifs ,
je veux dire que l'image du Soleil foit portée
travers l'ouverture de la pinule de cuivre
fur la pinule d'argent au centre du cercle qui
ſe trouvemarqué; car ſi c'eſt le matin, la pinule
de cuivre ſe trouvera à droite du méridien ,
fi c'eſt après- midi la même pinule ſe trouvera
placée àgauche, ainſi du reſte.
L'heure ſe comptera par la poſition du
troifiéme cercle avec l'Equinoxial ſecond
cercle ſur lequel les vingt-quatres heures du
jour & de la nuit ſont marquées par quarts
& demi -quarts , enſorte que c'eſt par la
moitié de l'épaiſſeur du troiſiéme cercle qui
eſt diviſé par une marque qui ſert à indiquer
l'heure ou la partie de l'heure gravée ſur le
cercle Equinoxial que l'on connoît l'heure
que l'on cherche.
Comme l'Inſtrument eſt trop petit pour
AVRIL 1746.
avoir les heures partagées en ſoixante minutes
, je vais donner un exemple par lequel
on ſera afſſuré de l'heure & de la minute
quoique l'heure ne ſoit pas diviſée par
minutes , le voici.
Je ſçais par la poſition dema pinule &
de mon inſtrument qu'il eſt actuellement
par ſuppoſition neuf heures & un quart
quelques minutes de plus dont je ne ſçais
point le nombre , alors ſans déranger l'Inf
trument de la place, je fais avancer du côté
du méridien le Zodiaque ou troifiéme petit
cercle , enſorte que fon index ou marque
qui partage le cercle en deux parties égales
foit précisément arrêté ſur neuf heures &
demie , qui me donnent bien trente minutes
de l'heure courante à connoître , pour
lors conſidérant ma pinule d'argent comme
le méridien de quelque lieu du monde
fur lequel doit ſe peindre l'image du Soleil
à midi dans le centre du petit cercle , je
dis & foutiens que dès que l'image du
Soleil ſera peinte ſur ce plan & au centre
du petit cercle, il ſera neuf heures trente
minutes dans le lieu de l'obſervation pendant
qu'il ſera midi dans quelqu'autre endroit
du monde , donc fi cette même opé.
ration eſt repetée par toutes les heures &
quarts du reftant de la journée, j'aurai l'heure'
&la minute , quoique l'heure ne ſoit pas dis
viſée par minutes &c.
70 MERCURE DE FRANCE.
1..
PREUVE.
Je ſuppoſe avoir un plan parfaitement de
niveau & de grandeur convenable à tracer
deux méridiennes , que j'ai tracé la premiere
le matin par la maniere ci-deſſus indiquée ;
je veux tracer la deuxième par les hauteurs
correſpodantes du Soleil par le même Inftrument.
Je commence par retirer l'Inſtrument de
fon lieu , & après l'avoir ployé comme ſi je
voulois le placer dans ſon étui je le remets
ainſi ployé dans ſon ſoutien enforte que
tous les cercles foient renfermés exactement
dans leurs places ſous le méridien , pour
lors fans m'embarraſſerde la hauteur du Pole
ni du quantiéme du mois , j'éleve ou abaiffe
ma pinule de cuivre que je préſente au Soleil
, juſqu'à ce que l'image du Soleil ſe foit
peinte exactement ſur le centre du petit
cercle marqué ſur la pinule d'argent , & je
trace par le moyen d'une régle épaiſſe une
ligne le long du côté de la charniere qui ſoutient
le méridien , & je laiſſe l'Inſtrument
dans ſa place fans toucher aux pinules &
cela avant midi .
L'après-midi à peu-près à la même heure
je reviens & croiſant la ligne du matin par
L'inſtrument je préſente une ſeconde fois la
AVRIL 1746. 71
pinule de cuivre ſans la déranger de ſa premiere
ſituation (j'entends de la même hauteur
du matin donnée par le Soleil ) &
j'attends avec patience que le Soleil paſſant
par la pinule de cuivre vienne ſe peindre
à la même place que celle avant midi , pour
lors ayant mes deux hauteurs coreſpondantes
du Soleil par le moyen des deux pinules
, je trace avec la même régle une ſeconde
ligne; tout lemonde ſçait que le point de la
ſection commune de ces deux lignes eſt un
point de la méridienne , & que la moitié de
l'intervalle compris entre ces deux lignes eſt
le deuxième point , ce que l'on prend avec
un compas en mettant une pointe ſur l'interſection
& ouvrant le compas pour tracer
un arc de cercle qui traverſe ces deux lignes;
en diviſant cet arc en deux parties égales
on aura le deuxiéme point de la méridienne ,
dont ſi l'on tire par ces deux points une
ligne ce ſera la méridienne qui doit ſe trou-
*ver parallele à celle qui aura été donnée le
matin par l'heure que l'on a cherchée ſi les
opérations ont été faites avec exactitude.
Cet anneau Aftronomique eſt honoré
d'une approbation de M. de Mayrand , cidevant
Secretaire de l'Académie des Sciences,
72 MERCURE DE FRANCE.
POETA nec non Oratori celeberrimo
meoque amiciffimo , Rhetorices in Parisiensi
Ludovici Magni Collegio Profeſſori emerito
,& rude laureata donato , noſtratiÆg.
Xav. de la Sante Jefuita Sacerdoti , gratiarum
actio , propter bina Latina Poiſeos,
volumina dono miſſa , in quibus unumquodque
Carmen felectorum exfuis Alumnis
nomine videtur ſubſcriptum.
EPISTOLA
A Paulo Forgafio Maillardo.
RedEdddoo tibi , Pater 6 noftras clariffime , grates
Ob mihi præclaros , munera miſſa , libros.
Dicis Alumnorum tantum hoc opus effe: fatetu
Autorem varium , pagina ſeripta , ſuum.
Diffiteor ; quæque eſt nimium pars compta ; ſeveræ
Major ineft limæ lævis ubique labor.
Seſe adjungit ibi , cupidiſque amplexibus hæret
Ars cata Naturæ confociata bonæ.
Scilicet inde oritur carmen fublime ; quod ipſa
Mantua miretur , fulmo vel invideat.
Pingis
AVRIL 1746.
73
Pingis ad expreſſum vates ; ſubitòque renaſci
Et ſpirare reor , dextera quidquid arat.
Fontibus hauſiſti latiis, purumque nitorem ,
Quidquid & Auguſti regna tulere falis.
Atqui annecte decus decori ; tua ſume : Poëtam
Talia nonuſquam fubrubuiſſe ſinent.
Ibis enim longæva volans in fæcula famâ,
Abſque novo Phenix intemerate rogo.
Quid propriis aliena juvat cinxiffe coronis
Tempora ? fimplicitas te facit iſta reum.
Debueras præftantem animi tenuare vigorem ,
Si tibi mens fuerat certa latere diù .
Haud vulgò Juvenes perfecta Poëmata condunt,
Quin ratio victrix concoquat ingenium.
Hic macer ingenio ,timiduſve afcendere clivum ,
Semper in obfcura valle moratur iners.
Flammeus ille vagâ verborum effertur in auras
Luxurie , affuetus ſpernere falcis opem.
Sic prior accendat marcens torpedine pectus ,
Thebani * relegens fervida ſcripta ſenis ;
Alter at interdum recubet fub tegmine fagi * *
Febris ubi ardorem temperet unda fluens.
Namque fibi cenfor vates ſua carmina librat ,
Atque priufquam aliis , vult placuiffe fibi,
Longa dies , longuſque labor , doteſque, benignaæ
Efficiunt dignum pofteritate virum ,
* Oda Pindari.
** Ecloga Virgilii,
D
74 MERGURE DE FRANCE,
Commirio, ſimilem ve tibi , terſove Rapino ,
Percita queis ſacro fomite corda calent.
Hac tua ſunt , credo , hæc tua funt : noſterye
tuorum
Quiſquis Alumnorum nempèMagifter erit.
A PHILIS.
LA vertu , l'efprit,&lesgraces ,
De la beauté précieux attributs
Belle Philis , ſuivent vos traces ,
Et des coeurs tour à tour vous offrent les tributs,
Vos rigueurs , votre indifference ,
Nerebutent point leur conſtance;
Ils veulent vous aimer toujours :
L'Amour ſoumis à votre empire ,
Brûle pour vous d'un beau délire ;
Pſiché n'eut pas de beauxjours,
Mon coeur en vous rendant hommage,
Ne fuit point la communeloi :
Un excès d'amour est le gage
Dema conftance &de ma foi .
Où vais-je , orgueilleux téméraire ?
Mes voeux font-ils dignes de plaire
AVRIL 1746. 75
Ala Déeffe des attraits ?
Oui , je ſens mon infuffifance ,
Et fans former d'autre eſpérance ,
Je vois , j'admire , &je me tais .
Par M. A. C. D. R. au P. D. N.
A CLORIS ſur la mort de ſa Chienne
DTane , hélas ! n'eſt plus. (Une nuit éternelle
Aravi ſes jours précieux )
De la fidélité le plus parfait modéle ,
Des graces , des ris ,&des jeux .
Ceſſez , belle Cloris , de pleurer tant de charmes :
L'Amour ce Dieu vengeur s'offenſe de vos larmes ;
Son dépit de Diane a tranché les beaux jours :
AuDieu des vrais plaiſirs rendez enfin les armes ;
Cédez , belleCloris , aux plus tendres amours .
Par le même.
Dj
76 MERCURE DE FRANCE .
A IRIS le jour de fa fête.
Iris , les vives couleurs
:
Qui brillent ſur votre viſage
Terniffent les plus belles fleurs.
Envainpour vous rendre hommage
De Flore irois-je implorer le ſecours ?
Cette Déeffe des atours
Connoît trop bien cet heureux aſſemblage
Des graces , des vertus , précieux avantage ,
Dont les Dieux ont pris foin de former vos beaux
jours.
Și mon coeur,belle Iris, étoit fait pourvous plaire ,
Jevous l'offrirois en ce jour ;
Il eſt conſtant , tendre & fincere ;
C'eſt le gage certain du plus parfait amour.
Par le même.
AVRIL 1746. 77
QUATRAIN à Silvie.
ENvain àd'autres noeuds on veut porter Tircis ;
L'intérêt ne peut rien ſur un coeur bien épris :
Aux loix de l'amour ſeul fon ame eſt affervie ;
Il attend ſon bonheur de l'aveu de Silvie .
Par le même.
REFLEXIONS MORALES.
Ο
N ne s'ennuie jamais davantage qu'avec
les perſonnes auxquelles on ne
peut pas dire qu'on s'ennuie.
La raillerie déconcerte & décourage un
Auteur , mais la critique l'éclaire & l'inftruit.
S'il eſt honteux d'être jaloux du bonheur
d'autrui , il eſt beau au contraire d'être jaloux
de le faire.
Le crime qui ſe pare des dehors de l'honneur
a ſes ſuccès comme la vertu.
Le crime fait des eſclaves , la vertu n'a
que des ſujets. D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
Il eſt aſſés ordinaire dans les petites Villes
de Province de prendre part à tout ce
qui s'y paſſe ; l'oifiveté qui ydomine traine
àſa ſuite l'eſprit de curioſité &de critique.
S'obſerver , ſe cenſurer les uns les autres , eſt
une eſpece d'amusement , dont chacun, dans
le cercle d'une vie trop unie qu'on cherche
à varier , ſemble être réciproquement convenu
.
Une figure peu revenante fournit très .
ſouvent aux fots le prétexte d'inſulter un
homme de mérite.
Celui qui releve dans un autre des défauts
naturels ne s'apperçoit pas que dans le moment
même il montre quelque choſe de .
plus déſagréable & de moins ſupportable :
une laideur d'ame .
Ceux qui ſe ſont brouillés & racommodés
pluſieurs fois , prouvent par cette conduite
qu'ils ont eu tort ou de ſe brouiller
ou de ſe raccommoder.
La reconnoiffance eſt une vertu qui fait
honneur à deux perſonnes en même tems.
On ne prouve jamais mieux ſa reconnoiffance
qu'en expoſant le bienfait qui en eft
l'objet.
Il eſt plus de perſonnes qui parlent de
leur vertu , qu'il n'en eſt de vertueuſes.
L'ambition eſt un vice d'autant plus funeſte
à la ſociété qu'il eſt, pour ainſidire, ſans
AVRIL. 1746. 79
point d'appui , & que ne connoiſſant aucun
repos ,
il est néceſſairement ennemi de celui
des autres .
Le mépris que les jeunesgens font de la
vieilleſſe n'eſt qu'une inſulte qu'ils ſe font
d'avance à eux-mêmes.
Les Grands peuvent avoir beaucoup d'efprit
& de jugement , mais rarement ont-ils
delamémoire.
La vérité n'approche des Princes qu'en
tremblant ; c'eſt aux Princes à la raſſurer en
l'écoutant attentivement.
Les autres hommes paroiſſent ſi petits
aux yeux des Princes ,& à une ſi grande
diſtance d'eux , qu'on diroit que les Princes
ne les voyent qu'avec le côté d'une lunette
qui éloigne & diminue les objets.
On peut comparer les Princes affables à
une balance dont un des baffins n'acquiert
du poids qu'autant qu'il s'abaifle & éleve
l'autre.
Le bonheur & la miſere ne font que relatifs
à certains objets ; tel qui paroît heureux
ou miférable eſt ſouvent tout le contraire
de ce qu'il paroît.
Il y a des Pays où il ſuffit d'être homme
, d'avoir des talens &de belles qualités
pour pouvoir s'avancer ; dans d'autres il faut
que lehazard concoure auffi à l'avancement;
fans naiſſance on a bien de la peine à percer
la foule, D iiij
30 MERCURE DE FRANCE,
Il y auroit bien moins de procès ſi les
hommes lorſqu'ils les entreprennent , confidéroient
leurs intérêts du même oeil qu'ils les
voyent lorſqu'ils font au moment d'être jugés.
La preuve que notre Religion eſt lameil
leure , c'eſt qu'elle a été de tout tems la
plus combattue.
Il eſt rare qu'on plaigne ceux qui tombent
dans l'adverſité,parce qu'il eſt rare qu'ils
n'y tombent point par leur faute.
L'état Monarchique eſt toujours le plus
ſtable , il reſſemble le mieux à l'ordre que
Dieu s'eſt preſcrit pour le gouvernement de
l'Univers dont l'harmonie dépend du rapport
de toutes les parties à uncentre & à
une unité.
Une armée victorieuſe vaut le double de
ce qu'elle ad'effectif , & une armée battue
vaut la moitié moins.
Près de l'abime où gémit la pauvreté le
crime a creuſé un précipice ; on ne fort
de l'un que pour ſe précipiter dans l'autre.
Il en eſt de la fortune comme de l'eau
qui eſt dans un baſſin; quelque bien cimenté
qu'il ſoit , elle decroît lorſqu'elle ne
croît plus.
Unefemme qui ade la beauté ou de l'efpritcroit
toujours en avoir plus qu'elle n'en
a. Elle ne juge d'elle-même que par la comparaiſon
qu'elle en a fait avec quelqu'autre
AVRIL. 1746. 81I
à qui elle ſuppoſe moins de charmes ou de
mérite ; l'amour propre chés le ſexe ne perd
jamais au parallele..
Fatime a de l'eſprit ; quelquefois elle rime;
foiblement , qu'importe ? c'eſt toujours
rimer , & il faut peu de choſe pour faire
valoir une femme. Mais elle juge , décide ,
elle a même un cercle où ſes déciſions font
ſuivies. Ce cercle n'eſt qu'un petit Etat dont
les loix ne ſont pas reçues dans l'empire
du public. Croyez-moi , Fatime , ne critiquez
que ceque vous faites , vous montrerez
tout à la foisdu diſcernement&del'eſprit.
Le reſpect & les attentions que dans la vie
ordinaire on a pour les femmes ne ſont qu'une
eſpece d'indemnité que les hommes leur ont
accordée pour les avantages qu'ils ont fur
elles du côté de la vie civile.
Le ſçavoir dans les femmes n'eſt jamais
indifferent; il ſert ou à les faire eſtimer ,
ou à les rendre ridicules & inſupportables.
Unefemme qui ne ſçait que peu de choſe
vaut ſouvent moins qu'une femme qui
ne ſçait rien.
L'amour est un foible qui a cependant
plus de force que la raiſon.
L'amour naît affés communément de la
réciprocité des ſentimens, mais il peut fubfifter
fans cette réciprocité.Un feu s'éteint d'un
côté & continue avec violence par l'autre.
Dy
82 MERCURE DE FRANCE.
L'avantage d'être aimable ne vaut pas le
plaifir d'être aimé.
Onne doitque plaindre ceux qui aiment;
il n'y a perſonne qui dans ſon propre coeur
n'ait l'excuſe de cette foibleſſe.
La politeſſe doit avoir ſes bornes , elle
devient une eſpece d'importunité &ſe tourne
même en une forte d'impoliteffe , lorfqu'elle
eſt portée à certains excès ; il n'y a
que l'uſage du monde & la bonne compagnie
qui donnent ce bon ton & cette aiſance
de manieres auxquelles on reconnoît
l'homme bien élevé ; on peut dire abſolument
qu'il y a des gens ou polis avec impoliteſſe
ou impolis avec politeffe.
" La converſation doit être libre , aiſée
générale. Elle ne ſe ſoutient même que par
une eſpece de déſordre. On peut la comparerà
un Etat Anarchique où qui veut primer
& donner la loi ſe rend inſupportable
aux autres.
Tout cela a été dit; iln'y a rien de nouveau
dans ces maximes. Peut- être Arifte
avez-vous raiſon. Un autre peut les avoir
penſées. Mais ne voulez vous pas nous dire
que vous avez beaucoup lû & que vous
ſçavez beaucoup ? je veux le croire, Citez
donc , indiquez la ſource , autrement votre
obſervation ne fera pourmoi qu'un diſcours
de vanité. Le plus ignorant en peut dire
AVRIL. 1746. $3
autant que vous, Tous les Peintres n'ont
peint qu'avec les mêmes couleurs ; il n'y a
de difference que dans la maniere de les
employer. Parce qu'il s'eft fait beaucoup de
Tableaux , s'enfuit-il qu'on n'en doit plus
faire ?
SONNET SUR LES MEDECINS.
QU'eſtce qu'un Médecin ? c'eſtun homme inatile,
Payé pour amuſer un malade en fon lit ,
Un Docteur à grands mots , en quiproquo fertile .
Qui par ſon Art douteux , très peu de gens guérit
La Nature lui ſert comme étant plus habile.
C'eſt par elle en effet qu'il ſoutient ſon crédit
Avoir recours à lui , c'eſt donc être imbécille ,
Puiſque fans ce ſecours rien ne lui réuſſit .
Cependant tous les jcurs on voit le genre hu
main ,
En dépit du bon ſens , ſe mettre ſous ſa main.
Voilà ce que j'appelle une étrange manie.
L'uſage eſt conſulté bien plus que la raiſon.
Mon Efculape va de maiſon en maiſon.
On en connoît l'erreur , mais l'erreur eſt ſuivie,
Dj
84 MERCURE DE FRANCE.
2
EPITRE.
AMonsieur & Madame Chop .... De..
Uand j'aurois de Phebus la Lyre & les ta
lens ,
Du ſublime Arroüet la muſe & les accens,
De l'Illuftre Rouſſeau la plume & le génie ,
Et de deffunt Grecourt la vive repartie ,
Je ne pourrois jamais trop aimables Chop ....
Dépeindre au naturel les façons engageantes ,
La cordialité , les manieres charmantes ,
Que vous a prodigué le Maître des humains.
Il me faut, malgré moi , me borner , me reſtrain
dre
Achanter les plaiſirs qu'on goûte en vos ha
meaux
Ceux que j'ai reſſenti , lorſque ſans me contraindre,
Je déclarois la guerre à perdrix& lapreaux ;
Lorſque me promenant dans un ſombre boccage,
Du tendre Roffignol j'écoutois le ramage :
Ou qu'aſſis avec vous ſur le bord des ruiſſeaux ,
Nous nous entretenions au murmure des eaux.
Hélas ! c'en est donc fait ? Ce tems charmant n'eff
plus;
AVRIL. 1746.
Mes regrets mes deſirs font vains & fuperflus !
Du cours de nos plaiſirs l'éclair eſt une image ,
Etqui penſe autrement n'eſt ma foi pas trop ſage.
AParis ce 12 Decembre 1745. De Lalaure.
LETTRE de Dom Dupleſſis aux Auteurs
du Mercure.
M
Rs. , un Ecrivain périodique dans
une de ſes feuilles qui porte en tête
le numero 33 , & pour date le 27 Fevrier
1746, s'eſt avisé d'imprimer à la page 36
de cette feuille, qu'il paroît par les Journaux
des Scavans & par les Tablettes Chronologiques
de l'Abbé Lenglet , que Dom Toussaint
Dupleſſis a eu part aux deux derniers volumes
du GALLIA CHRISTIANA dont
il a ci-devant , dit-il , relevé les infidélités
autres défauts groſſiers. Nous sçavons, ajoutet-
il , d'ailleurs , que c'est à ce Benedictin &
au P. Brice qu'il faut attribuer les vices de
ces deux volumes , &non , comme nous l'avons
dit, aux PP. Brice & Felix. Refuter en forme
un Ecrivain proſcrit depuis long-tems
avec tant de justice, & dont les déclama
tionsne ſont communément qu'un tiſſu de
80 MERCURE DE FRANCE.
fauſſetés , de menſonges &de calomnies , ce
feroit lui faire trop d'honneur , mais le public
Littéraire aime à connoître les vrais peres
de tels & telsOuvrages qui n'annoncent
point les noms de leurs Auteurs , & il eſt
quelquefois juſtede le ſatisfaire àcet égard.
Qui que ce ſoit qui ait écrit que j'ai part
aux deuxderniers volumes du GalliaChriſtiana
, a été bien mal informé. Le ſeptiéme
qui renferme le Diocèſe de Paris , eſt tout
entier de Dom Felix Hodin & de Dom
Etienne Brice : je n'en ai pas fait une feule
ligne. Le huitiéme qui renferme les quatre
Diocèſes ſuffragans de Paris , eft tout
entier de Dom Brice & de moi : encore
n'y a-t-il de moi que les ſeules Abbayes
des Diocèſesde Chartres& de Meaux; tout
le reſte eſt de Dom Brice. Il me ſemble
après tout qu'on fait dire à l'Abbé Lenglet
ce qu'il ne dit nullement.
Il ſe contente d'annoncer d'une maniere
vague les troisContinuateurs du Gallia Chriftiana
, & il me nomme avec lesdeux autres ,
mais il ne dit pas que j'aie eû part aux deux
derniers volumes. Ceferoit dans ſes tablettes
une mépriſe de plus, qu'il n'est pas juftede
mettre ſur ſon compte. On ſe vante
d'avoir déja relevé les infidélités & autres
défauts groffiers de ces deux volumes . C'eſt
une fanfaronnade qui ne mérite pas de re
AVRIL. 1746. 87
plique. Qui doute qu'il n'y ait des fautes
dans le Gallia Chriſtiana , comme dans tout
autre Ouvrage ? Mais n'eſt- il pas vrai auffi
qu'ily a beaucoup plus de bon que de mauvais
, & incomparablement plus de bon que
dans l'ancienne Gaule Chrétienne des Freres
fainte Marthe ? A l'égard des fautes , aucun
de nous trois n'eſt affés orgueilleux
pour s'en croire exempt, mais toujours eftil
vrai que perſonne ne peut-être reſponſable
des fautes d'un Ouvrage qu'il n'a point
fait. Et de-là il s'enfuit qu'il n'y a aucune
fautede moi dans le ſeptiéme Tome , comme
iln'y en a aucune de Dom Felix Hodin
dans le huitiéme. Inutilement diroit-on
que puiſque nous travaillons en commun ,
les fautes doivent nous être imputées en
commun. Le Gazetier lui-même n'admet
point de ſolidité entre nous , comme en effet
il n'y en a point , & fi cette folidité avoit
lieu dans ſon eſprit , pourquoi diſculperoitil
Dom Felix des fautes du huitiéme Tome
? Il ne le fait , ſans doute , que parcequ'il
ſçait que Dom Felix n'y a point travaillé.
Qu'il ſcache donc pareillement que
je n'ai pas la moindre part au ſeptiéme ,
&que par conféquent les fautes que lui ou
d'autres pourroient ydécouvrir ne m'appartiennent
ni en propre ni en commun. Je
fuis&c.
88 MERCURE DE FRANCE.
SUITE DES RECHERCHES fur
les feux de joie des Anciens & ſur l'invention
de la pondre à canon ,à l'occaſion de
quelques vers de Claudien .
L
Es Commentateurs ( je n'en excepte
aucun ) nous laiſſent ici tout l'avantage
de prétendre * à une découverte : fidélesà
leurméthode ordinaire , qui eſt des'étendre
ſur les choſes aifées , & de ſe taire
fur celles qui offrent quelque difficulté , ces
Meſſieurs n'ont pas ſeulement daigné toucher&
faire même ſemblant d'avoir vû celſe
dont nous parlons. Il eſt difficile qu'ils
ne l'ayent pas apperçue , & plus j'examine
dans le détail cet endroit de Claudien ,
plus je me perfuade qu'il mérite l'attention ,
&qu'il a de quoi embarraſſer ſur la nature
des anciens feux d'artifice.
- Dira-t- on qu'il ne s'agit ici que d'illuminations
? Elles étoient fort ordinaires chés
lesAnciensdans les réjouiſſances publiques:
mais comment des tourbillons de flammes
qui s'élevent , qui ſe détachent du lieu d'où
elles ſont parties , des traits de feu lancés
auloinpeuvent-ils convenir à de ſimples illuminations
? fpargentes ardua flammas fce-
Barchius , Heinfius , Schrevelius variorum,Pyrtho
adufum,
AVRIL. 1746.
na rotet. On m'alleguera peut-être les illuminations
des Chinois , & leur fameuſe fête
des lanternes affés reſſemblante pour le dire
en paſſant au λαμτήρια des Romains &
des Grecs : elle est très ancienne chés eux.
Les Auteurs qui en ont parlé nous en font
des deſcriptions magnifiques : ony retrouve
ces roues , ces lances , ces tourbillons , ces
gerbes de feu, mais les Chinois affürent que
l'invention de la poudre date chés eux de
la plus haute antiquité , & rien n'empêche
de croire , ou plûtôt tout perfuade qu'ils la
mettent en uſage dans leurs feux d'artifice :
les huiles,le bitume , le ſoufre , la poix , toutes
fortesdematieres graiſſeuſes peuvent fuffire
à de ſimples illuminations , mais il faut
des matieres plus épurées , plus rapidement
combustibles ; au moins àces matieres grof
fieres devroit-on mélanger quelqu'autre de
nature plus active,& qui ſervit aux premieres
de vehicule pour produire ces feux vo
lans dont il eſt ici parlé , leſquels ſe diffi
poient preſque dans le moment de leur in-
Hammation. Nous ne connoiſions que la
poudre propre à ces fortes d'effets fi vifs
&fi inſtantanés, mais cette poudre étoit inconue
aux Anciens , on n'oſcroit dire le
contraire: qu'elle étoit donc la matière qu'ils
lui ſubſtituoient ? Cherchons cette cauſe homogéne
à notre poudre. Je dis homogéne,
90 MERCURE DE FRANCE.
& elle devoit l'être , puiſqu'elle produiſoit
des effets tout à fait pareils à ceux que notre
poudre produit. Etoit-ce une forte de
feu grégeois ? Mais on ne commença à con
noître celui- ci que vers le milieu du ſeptiéme
fiécle , où il fut inventé ſous le Regne de
Conſtantin Pogonat par Callinique , ainſi
que le prouvent le P. Petau & d'autres Auteurs
qui alleguent à ce ſujet un tas de citations
dont je dois vous faire grace. Quelques-
uns en font remonter l'invention un
peu plus haut ,& Porphyrogenete rapporte
que quand on demandoit aux Grecs dequoi
étoient compoſés ces feux , ils refuſoient
des'en expliquer,endiſant que cela leur avoit
été défendu par leGrand Constantin de qui
ils tenoient ce ſecret. Quoiqu'il en ſoit , les
Grecs n'ont pas fi bien gardé leur fecret
qu'on ne le leur ait ſurpris. On ſçait que
leur feu ſurnommé grégeois étoit un compoſé
de ſoufre , de naphte , de poix , de
gomme & de bitume. On comprend bien
qu'une mafſe formée de toutes ces matiéres
doit être très facilement inflammable , &
qu'elle pourra cauſer detrès funeſtes incendies
, mais fans ce vehicule dont nous parlions
, on n'en tirera jamais cés feux clairs ,
liquides , volans , ces flammes capables d'inveſtir
, d'envelopper des matiéres auſſi combuſtibles
qu'eſt le bois , & qui s'éclipſent en
AVRIL. 1746. 9 41
fi peu de momens , qu'elles n'y laiſſent que
des traces légeres de leur paſſage. Fida per
innocuas errent incendia turres. Car il eſt
néceſſaire de ſe remettre ici ſous les yeux
les vers que nous examinons. Effingat Mulciber
orbes per tabulas impunè vagus , & le
reſte. Rien de cela ne peut convenir au
feu grégeois . Perſonne n'ignore ce qu'en diſent
nos Hiſtoires ſurtout dans les Croiſades.
On fçait ce que rapporte Joinville de la
prodigieuſe activité dece feu. il conſumoit
tout ce qu'il pouvoit atteindre , & loin que
ſon activité fut paſſagere & rapide , on fut
long-tems à imaginer le moyen de l'éteindre.
Aufſi le comparoit - on dans le neuviéme
& dixiéme fiecle au wῦρ ἄσβεσον des
Anciens , & peut-être ce feu inextinguible
( ainſi nommé ſans doute , parcequ'il étoit
très - difficile , & non pas impoffible de l'éteindre)
ne differoit- il en rien du feu grégois.
Quelque parti qu'on prenne fur cela rien
dansces deux opinions , qui fixent differentes
époques à l'invention du feu grégeois , ne
facilite l'intelligence des vers dont nous cherchons
l'explication. Si le feu grégeois n'eſt
que du ſeptiéme fiécle , ce qui eſt très probable,
on nepeut plus y avoir recours pour
expliquer des vers plus anciens de plus de
3 fiécles : ſi l'on en ſuppoſe l'invention du
tems duGrandConſtantin ,opinion qui pa
92 MERCURE DE FRANCE.
roît très fauſſe , on ne ſera pas plus avance
àcauſe de la difference qui ſe trouve entre
les effets que décrit ici Claudien ,& ceux
que l'on ſçait bien certainement avoir été
corſtamment produits par le feu grégeois.
Ne pourroit- on pas pour ſe tirer d'embarras
hazarder une hypothéſe ? celle que
je prépare paroîtra hardie , fauffe , que ſçaisje
? mais enfin c'eſt une hypothéſe ,& fi elle
n'eſt pas totalement dépourvue de probabilité
, c'en eſt affés pour qu'on me pardonne
de l'avoir riſquée. Je ne la dois mettre
en avant qu'avec précaution, & qu'après y
avoir préparé les eſprits par un nombrede
petites obſervations peu conſidérables , fi on
les prend chacune en particulier , mais qui
toutes réunies peuvent ſe tourner en preuve
de ce que je propoſerai. J'obſerve-donc
premierement qu'il n'eſt rien de ſi incertain
que le tems , le lieu , l'occaſion où a été
inventée la poudre. C'eſt vers la findu treiziéme
fiécle,ſelon ceux-ci : ceux là la renvoient
plus bas , & il eſt vrai que nos Hiftoires
font mention pour la premiere fois
de poudre , quand ils décrivent le fiége de
Pui-Guillaume en 1328; même diſpute fur le
nom de celui à qui on doit en faire honneur
, les uns veulent que ce ſoit un ReligieuxAllemand
nommé Berthold Schward ,
ou le Noir, les autres nomment Bacon Cor
AVRIL. 1746.
delier Anglois. Dans un ſiècle d'ignorance
ces bons Religieux ne laiſſoient pas de fe
mêler de Chymie. Ils ſçavoient occuper leur
loiſir , & on n'ignore pas ce que leur doivent
les Sciences & les Arts,
Or fi d'une part nous ne pouvions fixer
l'invention d'une machine quelconque , & fi
de l'autre nous trouvions dans les premiers
fiécles des effets dont on ne pût expliquer
la cauſe ſans l'imputer à la machine en quel.
tion, neſeroit-on pas fondé àſuppoſer qu'elle
auroit préexiſte , ou du moins coexifté
(paffez-moi ces termes ) aux effets dont
nous verrions les traces dans les fiécles les
plus reculés ?Jen'applique pas encore ce raiſonnement
au fait dont il s'agit ici,mais j'obſerve
en ſecond lieu que les Annales de la
Chine faites par autorité publique , comme
on ſçait , & l'on voit par conféquent de
qu'elle autorité elles font , font remonter à
la plus haute antiquité l'invention de la
poudre dans ce vaſte Royaume. Ce qui eſt
de certain c'eſt que lorſque dans ces der.
niers ſiécles les Européans pénétrerent dans
la Chine , ils y trouverent l'uſage de la poudre
établi dès long-tems , à ce que leur di
ſoient les Chinois. De plus il eft extrêmement
probable que dès les premiers fiécles
du Chriſtianiſme,des Europeans avoient été
dans la Chine , & yavoient apporté la lug
94 MERCURE DE FRANCE.
miere de l'Evangile. Ces Europeans n'ontils
pas pû en rapporter la connoiffance que
les Chinois avoient , dès ce tems-là , de la
poudre & de fes effets ?
J'obſerve en troifiéme lieu que les Ro-
- mains eux-mêmes ont pu tirer cette connoiſſance
des Chinois , s'il est vrai , comme
l'ont prétendu quelques Géographes ,
⚫que les armées Romaines aient pénétréjuſque
dans cesRoyaumes. Ces Auteurs fondent
leur opinion ſur l'explication qu'ils donnent
au Thule dont parlent les Anciens. Ils
:diſent que c'eſt le Catai ; du moins les Seres
dont il eſt fait mention dans Virgile appuyeroient-
ils ce ſentiment , puiſque ces Seres
font à l'égard des Romains placés encore
plus loin que les Chinois, Seres , dit Baudran,
populi Afiaulira Sinas.
Ona déja apperçu l'hipothèſe , ou ſi l'on
veut , le paradoxe que je vais hazarder, mais
avant que de l'énoncer clairement , je prie
qu'on me permette encore cette obſervation
: notre poudre dequoi eſt elle compoſée
? de ſalpétre , de charbon & de ſoufre.
Onne diſconvient pas que les Anciens
n'ayent employé & le foufre & le charbon
dansdifferentes machines de guerre propres
:à porter l'incendie dans les villes & dans les
bâtimens ennemis. Ils broyoient fans doute
ce foufre&ce charbon , & d'autres matieres
AVRIL. 1746. 95
encore; le bitume , la poix , le camphre ,
&c. & pourquoi ne dirions-nous pas qu'ils
ymêloient auſſi le ſalpetre ? & s'ils y ont
mêlé le ſalpêtre , à quoi tient-il qu'ils n'ayent
eu de véritable poudre telle que nous l'avons
aujourd'hui ?
Je n'accumulerai pas un tas d'autorités pour
prouver que le ſalpétre ait été connu des
Anciens, qu'ils en ont aperçu les vertus
&les propriétés; le fait eſt incontestable ,
mais on prétend que ce nitre étoit biendifférent
de celui que la Pyrotechnie met aujourd'hui
en oeuvre.LesAnciens,dit-on, n'ont
connuquele nitre minéral ou foſſile,lequel ſe
formoit naturellement de ſoi-même, mais il
n'en eſt pas ainſi du nitre artificiel qui étant
d'une invention toute nouvelle nedate pas
de plus haut que l'invention de nos canons.
Scaliger étoit de ce ſentiment , mais il
ne laiſſoit pas de foutenir que le nitre des
Anciens égaloit en vertu le nitre artificiel ,
& il prétendoit l'avoir prouvé par l'analife
& la comparaiſon mutuelle de l'un &
de l'autre. La ſeule difference qu'il admet
entre ces deux ſortes de nitres eſt toute
à l'avantage du nitre des Anciens , lequel
aux termes de cet Auteur eſt à l'égard du
nitre artificiel ce qu'eſt un minéral parfait ,
pur & fubtil, comparé à celui qui eſt imparfait
, groffier & terreftre. Le célebre Au.
feur du grandArt de l'Artillerie , Cafimir
96 MERCURE DE FRANCE.
Siemienowits n'admet point cette difference
& il ne fait pas difficulté d'avancer que notre
ſalpêtre & celui des Anciens ne different
enquoi que ce ſoit l'un de l'autre. Cet Auteur
ajoute qu'il n'oferoit douter que les An
ciens( je cite ſes propres termes, ou plûtôt
ceux de ſon traducteur Noizet ) n'ayent
eu le jugement aſſes éclairé pour connoître que
lefel nitre ou salpêtre étoit une matiere fors
combustible , car c'eſt, continue-t-il , une opinionfort
ancienne, quoiqu'elle paroiſſe nouvelle
à quelques-uns , que le ſalpêtre est un corps
plein d'eſprits fort rouges , fort chauds & tres
fusceptibles de fen. Voilà donc ſelon deux
très grands Auteurs , les Anciens en poffeffion
d'une poudre toute ſemblable à la nôtre
, mais pourquoi n'en trouvons-nous pas
des veſtiges bien marqués dans leurs ouvrages
? S'ils parlent de leurs feux d'artifice ,
& qu'ils entrent dans le détail des matières
qu'ilsy employoient , ils font mention d'huile
, de ſoufre , de bitume , de poix , d'en.
cens&c.mais ils ne diſent pas un mot de ſalpêtre.
Cetre objection ſe préſente naturelle
ment , & Siemienowits ne pouvoit ſe difpenſer
de la propoſer après l'opinion qu'il
avoit avancée. Voici comme ily répond : il
dit que parmi les Anciens c'étoit un grand &
mistérieux ſecret que la connoiſſance des rares
énergiques vertus duSalpêtre. Cette connois.
Sanc
AVRIL. 1746. 97
fance , ajoute-t- il, n'étoit communiquée qu'aux
gens du métier, c'est pourquoi ni Tite- Live , ni
César, ni Tacite , Salluste , Polibe , ni tous les
autres Historiens n'en ont touché aucun mot
dans leurs écrits. Je ne prends pas fur moi
d'aprécier la valeur de cette réponſe. Je ſuis
encore plus déterminé à ne rien propoſer
ſur la queſtion que je viens de diſcuter , par
où il ſemble que je pretende la décider ;
c'eſt à vous , Meſſieurs à qui je m'en rapor
te. Si (a) Pétrarque s'étoit aviſé de traiter
cette queſtion , iln'eût pas aparemmenttrouvé
grande difficulté à la reſoudre , lui qui
n'hésite pas de faire honneur à Archimede
de l'invention des canons , &peut- être ſeroit-
il de la bonne foi d'avouer que Pétrarque
a donné en hazardant ce paradoxe l'interprétation
la plus plauſible à tout ce qu'on
raconte affés confuſément des merveilleuſes
machines inventées par ce célebre Mathématicien
. Quoiqu'il en ſoit , il n'y aura pas
lieu de s'étonner ſi on vient un jour à découvrir
dans l'antiquité des Arts dont les
derniers fiécles croient avoir tout l'honneur,
&il me paroît que comme un (6) Ecrivain
denotre tems a fort bien décidé (c) l'ori-
(a) De remedio utriufque fortuna .
(b) Le P. Regnaud Jeſuite.
(c)C'eſt letitremême d'un des Ouvrages de cet
Auteur.
E
98 MERCURE DE FRANCE,
gine ancienne de la Phyſique nouvelle , il feroit
encore plus aiſé de découvrir dans les
anciens Artiſtes les plus heureuſes productions
peut-être que ſe revendiquent les modernes
Méchaniciens .
Avant que de finir permettez-moi d'ajouter
que parmi les lectures à quoi m'ont
engagé les recherches que j'ai pris la liberté
de vous communiquer , j'ai cru appercevoir
dans un ouvrage très eſtimable une erreur
fur laquelle vous voudrez bien encore que
je vous confulte : au Tome 3 de l'Hiſtoire de
l'Académie des Inſcriptions & Belles Lettres
, on trouve l'extrait d'un mémoire de
M. Mahudel ſur l'origine des feux de joye,
En voyant ce titre je crus que je ſerois difpenſé
d'aller chercher ailleurs l'explication
de tout ce qui m'embarraſſoit ; je lus l'extrait
,&j'oſerai dire , fans bleſſer ni l'Auteur
du mémoire ni l'Auteur de l'extrait,
que je n'ai trouvé dans celui - ci rien de
remarquable que le ton précis & décidé
dont on y avance l'erreur dont je veux
parler. Voici comme on s'y énonce : Il
n'y auroit que les feux de joye que nous sça
vons avoir été en usage parmi les Anciens
qu'on pourroit préſumer avoir fait par.
tie de leurs réjouiſſances publiques ; maisnous
u'en voyons l'emploi que dans les machines de
querre ,&plus haut dans le début même de
AVRIL. وو . 1746
,
Textrait que je cite , on lit ces mots : ce n'est
pas chés les Anciens qu'il faut chercher l'origine
des feux de joje , &que si quelquefois
dans les fêtes publiques ils allumoient des feux ,
se n'étoit que par un esprit de Religion. On
pourroit faire une gloſe bien longue ſur un
texte ſi court ; j'y obſerverai ſeulement , 1°.
qu'on y donne à entendre que ce n'étoit
que rarement & dans les fêtes publiques
qu'on allumoit des feux ; aſſertion hazardée
& fi on oſoit le dire , démontrée fauſſe par
tous ceux qui ont écrit des fêtes des Anciens.
2°. L'Auteur ſe contredit lui-même en ces
lignes : il ne faut pas , dit-il , chercher chez.
les Anciens l'origine des feux dejoye , & il
ajoute qu'on en allumoit quelquefois au moins
par un esprit de Religion : comme ſi le motif
de la Religion devoit faire perdre à ces
feux le nom de feux dejoye. C'eſt la Religion
qui a introduit dans le Chriftianiſme les
feux de la veille de S. Jean-Baptifte. L'efpritde
l'inſtitution nous empêche t-il de les
nommer feux de joye ? Ajoutez à cela qu'il
n'eſt point auſſi certain qu'on le prétend
ici ,que tous les feux joie chés les Anciens
fuffent regardés comme des cérémonies de
Religion ; contentons-nous de le prouver
par les vers mêmes que je viens d'examiner.
Manlius Théodore , en l'honneur de qui
a été fait l'ouvrage dont nous parlons , étoit
Eij
100 MERCURE DE FRANCE,
un des plus déclarés ennemis du Paganif
me & de ſes cérémonies. Claudien auroitil
bien fait ſa cour à ſon Mécéne , s'il eût
ptopoſé d'en célébrer le Conſulat par un
ſpectacle tout payen ? Le Poëte a été plus
attentif, & par reſpect pour les ſentimens
du Conſul qu'il célébroit , dans la longue
énumération qu'il fait des differens jeux à
quoi il invite les Romains , il s'eſt bien
donné de garde de faire mention d'aucune
cérémonie payenne,
?
Il n'invite ni à immoler des Victimes
ni à aller offrir des voeux dans le Temple
des Dieux ; auroit-il oſé propoſer des actions
odieuſes à celui à qui il cherchoit à
plaire?
En finiſſant , Meſſieurs , je ne puis m'em.
pêcher de ſentir le peu de rapport qui paroîtra
peut-être ſe trouver entre les differentes
matières dont j'ai rempli ce mémoire
, & le titre que je lui ai donné , mais à
cette occafionje me rappelle que Montagne
intitule ainſi un chapitre deſes Eſſais * : fur
des vers de Virgile , & le chapitre ainſi intitulé
eſt rempli de recherches curieuſes ſur
des matiéres critiques , hiſtoriques & morales.
Si j'ai imité cet Ecrivain dans ſa marche
, il me reſte à ſouhaiter que vous puiſ .
fiez maintenant penſer de moi ce queBal-.
* L. 3. C. s.
AVRIL. 1946101.
zac a écrit de lui , cité par Bouhoursde la
maniere de bien penſer. Il égare , mais il
conduit dans des pays plus agréables qu'il n'avoit
promis.
NOUVELLES LITTERAIES ,
DES BEAUX ARTS , &c.
EPLAGIAIRE , Comédie en vers
L&en trois actes,deM.de Bouilly àPa
ris 1746 in-12 chés Cloufier prix : liv. 1of.
Nous avons déja rendu compte du ſuccès
qu'a eu au Théatre cette Comédie , qui
fut repréſentée pour la premiere fois par les
Comédiens Italiens le premier Février 1746.
Le ſtile de cette piece ne dément point la
réputation de M. de Boiffy ,dont la plume
élégante & legere eſt enpoſſeſſiond'em.bellir
tous les ſujets qu'elle traite.
DISCOURS dogmatiques &moraux fur
le Symbole desApôtres, à Paris 1745 , in-
12 chés Marc Bordelet.
Ce Livre contient trente diſcours , dont
chacun explique un des articles du Symbole;
ils fonttous remplis de raiſon&de piété;
les preuves de la Religion y font expoſées
d'une maniere ſolide & convainquante , &
1
Eiij
102 MERCURE DE FRANCE.
ſa morale divine y eſt exprimée avec onc
tion , en un mot ce Livre ne peut qu'être
très utile pour l'édification des fidéles .
RETRAITE SPIRITUELLE pour
tous les.Etats , à l'uſage des perſonnes du
monde & des perſonnes Religieuſes , par le
PereJ. B. de Belingan de la Compagnie de
Jeſus , àParis 1746 chés Giffcy & Bordelet ,
prix 2 liv. to f. rélié.
3
R
C'eſt ici une oeuvre poſthume du P.de Belingan
qui mourut à la Maiſon Profeffe le
9Mars 1743 : après avoir prêché avec éclat ,
il remplit avec diſtinction les premieres
charges de fa Compagnie , & s'attachant en
même-tems au ſalut des ames , on admira en
lui un directeur auſſi éclairé qu'infatigable;
il a mis lui-même au jour deux volumes
du genre de celui que nous annonçons.
L'un traitoit de la connoiſſance de notre
Seigneur , & l'autre détailloit les principa-.
les vertus de ce divin modéle dans une retraite
de huit jours.
Pluſieurs Communautés Religieuſes, où il
conſacroit habituellement ſes travauxApoftoliques
ont conſervé ſes manufcrits & c'eſt
à elles que l'on doit ce nouveau volume. On
a ramaſſe les méditations & les conſidérations
qui n'avoient point été imprimées , &
on en a compoſé une retraite commune
AVRIL
103 1746.
pour toutes fortes d'états. On retrouve ici
la folidité & la juſteſſe de diſcernement join.
tes à une onction qui prouve que les fentr
mens d'une piété tendre formoient le caractére
du P. de B. Prédicateur éloquent ,
Religieux fidele à ſes devoirs , excellent
Supérieur , Directeur zélé & prudent , il
s'eſt peint lui-même dans ſes ouvrages , où
l'on trouve les plus ſaintes maximes de la
Religion expoſées avec beaucoup d'éloquence.
nous ne
ESSA1 ſur le coeur humain , ou principes
naturels de l'éducation , par M. Morelli,
à Paris 1745 , in-12 , chesde Leſpine.
Quoique l'éducation ſoit une des choſes
les plus négligées parmi nous ,
manquons cependant pas de livres où l'on
s'eſt efforcé de donner des principes ſur cette
importante matiere ; combien d'ouvrages
, de ſiſtêmes n'avons nous pas vû paroître
qui ont au moins prouvé la bonne intention
deleurs Auteurs ! Nous ne pouvons pas
nous arrêter à ſuivre M. Morelli pas à pas.
Ses vûes ſont ſages , ſes principes honnêtes
& vertueux , expoſés avec un ſtile clair &
naturel.
Il recommande avec raiſon la lecture de
'Hiſtoire qui ſelon lui , eſt un vaſte drame
dont l'unitéd'action est la tendance de tous les
Eiiij
104 MERCURE DE FRANCE.
hommes vers le bien : la diverſité des opinions
fursa nature ,fait la varieté de l'intrigue.
Après avoir dit queM. Morelli écrit d'un ſtile
clair & naturel , nous ſommes obligés pour
en être crus d'avertir que les traits de l'efpece
de celui que nous venons de citer ne
font pas communs dans ſon livre. Par exemple
il eſt plus àla portée de toutes fortes de
lecteurs , lorſqu'il dit que l'Histoire doit être
pour les jeunes gens un tableau univerſel du
coeur de tous les hommes & du leur en particulier.
Il a encore raiſon quand il dit que
l'Hiſtoire en ornant l'eſprit accoûtume le
coeur à vouloir ce qu'il admire. Les exemples
de grandeur d'ame raviſſent la notre ;
les éloges de la vertu lui font défirer de les
mériter. Mais après l'avoir entendu raiſonner
fur des principes fi fages , n'a-t-on pas
droit d'être un peu ſurpris lorſqu'on le voit
donner au ſujet des Conquerans dans un
préjugé condamné par la raiſon , & relegué
dans les harangues de College ? quelle hon-
» te , dit-il , pour eux ( les Conquérans )
20
"
ſi dans les fiécles poſtérieurs ils ſe
⚫voyoient dépeints tels qu'ils furent en effet?
fi au lieu des éloges qu'ils attendoient
ils ſe voyoient en horreur à la poſtérité ?
Qui ne croiroit ici entendre un Regent de
Rhétorique déclamant une harangue à ſes
Ecoliers; mais où ſont ces Conquérans dont
"
AVRIL. 1746. τος
Le nom eſt en horreur à la poſtérité ? Si
Alexandre revenoit au monde, il entendroit
dire qu'il eſt le plus grand Capitaine qui
ait été ſur la terre , Mahomet ſecond verroit,
les Turcs établis àConftantinople , benif
fans le nom de celui qui leur a procuré cette
ſuperbe habitation. La mémoire de Charlemagne
n'eft- elle pas en vénération chés
tous les peuples de l'Europe ? fans doute
tous ces Princes ont fait tuer beaucoup de
monde , parce qu'ils ont beaucoup fait la
guerre ; mais c'eſt le fort de tous les Etats
&de tous les Regnes ; il faudroit condamner
abſolument la guerre , ſi on admettoit les
principes de M. Morelli , car du Conquérant
au Prince qui fait la guerre il n'y a que les
ſuccès de difference. Mettez en parallele ,
pourſuit- il , Titus & Alexandre ; qui fut le
plusheureux ? en ſuppoſant même tout ce
que dit M. Morelli contre les Conquérans ,
comme Alexandre n'en croyoit rien , qui
peutpréſumer que cela pût l'empêcher d'être
heureux ? & fr l'on ne veut parler que des
peuples, ſans doute les Perſans furent opprimés
, ils ſouffrirent les miſeres qui font
les ſuites néceſſaires de la guerre , mais les
Macédoniens s'enrichiſſoient & recueilloient
les fruits de leur victoire , &les malheureux
Perſans n'avoient à ſe plaindre que de Darius
qui les défendoit ſi mal , tandis que les
Evj
106 MERCURE DE FRANCE.
Macédoniens devoient benir le nom de
leur Roi qui les conduiſoit par une voie ſi
douce.
Nous dirons encore un mot au ſujet de
'Hiſtoire ; fans doute les exemples que l'on
ytrouve d'amour de la Patrie , de courage ,
de moderation &c. font un grand encouragement
à la pratique de ces vertus , mais l'efprit
n'a-t-il pas au moins autant à profiter
que le coeur dans cette lecture ? ne peuton
pas en tirerun grand fruit pour ſe conduire
dans les affaires , tant militaires que
politiques ? il y a un aflés grand nombre
de gens employés aux unes & aux autres ,
pour que cette reflexion ne dût pas être négligée
; le grand Condé liſoit ſans ceſſe les
Commentaires de Ceſar : un Militaire qui
poſſederoit le détail des campagnes de ce
grand Prince , de M. de Turenne , des.
autresGéneraux qui les ont fuivis,& fur-tout
de ceux qui les avoient précédés , & avoient
été formés par Gustave Adolphe , n'auroit-
il pas en mille occafions un avantage
inappréciable fur ceux qui ſeroient moins
inftruits ? Il en eſt demêmede la politique;
fans ſe trouver préciſement dans des circonſtances
ſemblables , il peut cependant
être fort utile de ſçavoir comment les hommes
ſe ſont conduits , parce que les affaires
même les plus differentes ſe reſſemblant
AVRIL. 1746. 107
toujours par quelques côtés, il peut arriver
que la connoiſſance du moyen qui aura été
employé dans une occaſion , fera naître l'idée
d'un autre convenable à la poſition dans
laquelle on ſe trouve. D'ailleurs l'eſprit ſe
forme par cette habitude d'examiner ainſa
les principes de la conduite des hommes;-
en démêlant les reſſorts ſecrets quilont été
l'ame des affaires , quelles ont été les caufes
du fuccès , ou de la chute d'une entrepriſe
il en reſulte dans une tête bien faite des
principes généraux dont l'uſage eſt applicableàtoutes
les occafions.
臺
Mr. M. joint à la lecture de l'Histoire
celles des Romans honnêtes , & il donne de
très bonnes raiſons de ſon avis, mais fans vouloir
être trop difficile ne pourroit-on pas en
trouver d'auffi bonnes pour l'avis contraire ?
ce n'eſt pas que nous ſoyous allarmés du
prétendu danger que les rigoriſtes trouvent
à ces livres ; mais n'y en a-t-il pas un moins
important & plus éminent ? ces lectures ne
peuvent-elles pas dégouter des autres livres
plus utiles & moins amuſans , & l'eſprit accoutumé
à l'attrait de ces ouvrages ne ſera
t-il pas diſpoſé à s'éxagerer la ſechereſſe des
autres , & à s'en rebuter plus aifément.
D'ailleurs quelle néceſſité de donner ces
livres àde jeunesgens ? n'y en a-t- ilpas de
beaucoupmeilleurs pour leur former le coeur
Evj
108 MERCURE DE FRANCE.
& l'eſprit ? quand ils feront fur leur bonne
foi , alors ils en feront tel uſage qu'ils voudront
, ils auront alors pris leur pli , & il
feroit ridicule de ſe recrier contre une lecture
qui peut délaſſer agréablement l'eſprit ;
mais juſques-là repetons le encore , il eſt très
inutile de les leur faire connoître .
L'Auteur traite ſérieuſement cette queftion
, s'il faut que le jeune homme que l'on
éleve voye des femmes; il ſe déclare à la
vérité pour l'affirmative ; mais on ne s'attendoitgueres
à voir diſcuter ſérieuſement cette
matiere dans un ouvrage où d'ailleurs tout
reſpire lebon ſens & lejugement.
ESSAI ſur les Philoſophesou les égaremens
de la raiſon ſans la Foi.
Dicentes se eſſe ſapientes stulti facti funt.
Ad Rom. v. 1. 1743 .
Ily a long-tems que d'excellens eſprits
ont approfondi la matiere ſur laquelle l'Auteur
s'eſſaye aujourd'ui. C'eſt une vérité
qui n'eſt ignorée d'aucun Chrétien un peu
inſtruit , que la raiſon humaine abandonnée
à elle-même n'eſt que tenebres ; que
l'homme conduit par ce guide ſeul marcheroit
dans le ſentier de l'erreur , & que fi la
Religion ne l'éclaire , ſi elle n'eſt la regle&
lebutde toutes ſes actions , il s'égare entrainé
par le vice , ou féduit parde ſtériles
AVRIL , 1746. 109
&fauſſes vertus. Ainſi ces Philoſophes orgueilleux
qui raiſonnoient ſans ceſſe ſur la
vertu ne la connoiſſoient pas parce qu'il
ne connoiffoient pas le vrai Dieu dont la
foi en eſt le principe , c'étoit des aveugles
qui raiſonnoient au milieu d'une nuit profonde
ſur la nature de la lumiere & des
couleurs ,que leur déroboit le voile épaiffi
fur leurs yeux.
Tel eſt en général le but de l'Auteur
de cet ouvrage , & ce projet n'a rien que
de louable & de digne d'un eſprit ſage &
d'un coeur droit. Notre uſage n'eſt point
de nous engager ſur les traces des Auteurs
& de les ſuivre pas à pas dans leurs
raiſonnemens ou dans leurs recherches
avec l'exactitude d'un Journaliſte attentif
Ainſi nous nous contenterons de rendre
juſtice aux bonnes intentions de l'Auteur
quibrillent dans tout l'ouvrage ; nous obferverons
qu'il dit d'excellentes choſes ſur.
l'eſprit de diſpute , & ſur ſes mauvais effets.
→ Quand on lâche la bride à la paffion de
>> diſputer , on ſe fait au goût de la fauſſe
> gloire qui engage toujours à contrarier ;
> on s'abandonne au plaifir de contredire ,
& fi ce plaiſir eſt malin en lui-même , il
eſt bien incommode pour les autres.
L'Auteur auroit pû ajouter qu'il ne l'eſt pas
moins pour celui qui eſt entiché de ce dé
ככ
115 MERCURE DEFRANCE ,
faut; on fuit un homme qui apporte la
guerre par-tout où il ſe rencontre , & les
gens pacifiques diſent fanûm habet in cornu,
longefuge. L'Auteur cire de beaux exemples
de modération , c'eſt dans le livremême
qu'il faut les alter chercher .
La vérité qui dicte nos éloges nous force
aufli à reprocher à l'Auteur d'avoir donné
trop d'amertumeà ſa critique , dans l'examen
qu'il a fait des moeurs des anciensPhilofophes.
Il convenoit très-bien de prouver que Socrate,
que Platon,que Marc-Aurele &c.n'avoient
pas la véritable idée de la vertu , mais falloit-
il pour cela employer une maligne iro->
nie qui feroit croire que l'on a eu le
projet de donner des ridicules à ces Philofophes1
800ans après leur mortales plus parfaits
ont eu fans doute des défauts , & leurs versus
mêmes n'étoient pas épurées par la Religion
qui ſeule pouvoit leur donner un véritable
prix , mais eft ce là une raiſon pour
empoifonner toutes leurs actions avec la
malignité qu'on employe quand on veut
perdre quelqu'un ? on accuſe par exemple
Marc-Aurele d'avoir fouffert les déreglemensde
ſa femme , & on lui en fait un crime très
grave ; on a prouvé ſuffiſament par une differtation
inferée dans ce Journal , * que ces
Dansle I.vol. de Février 1745 P.45.
AVRIL , 1746.
déreglemens prétendus n'étoient pas auffi
prouvés qu'on le croit , mais en ſuppoſant
la vérité de ces faits , l'indulgence deMarc-
Aurele prouveroit ſeulement la douceur de
fon caractére , ou ſi l'on veut , que comme
toutes les amės vertueuſes , la fienne s'ouvroit
difficilement aux foupçons , & on n'a
jamais que des ſoupçons ſur cette matiere ;
quiconque voudroit dire que tous les maris
ſont obligés d'étre jaloux , & de faire enfermer
leurs femmes dès qu'ils les foupçon
nent, ſeroit fûr d'être lapidé par toutes les
femmes & fifflé par les deux tiers des hommes
; nous aurions pû citer beaucoup d'autres
traits plus importans que celui- ci , mais
leurdiſcuſſion nous auroit menétrop loin
& ce n'est que la raiſon de la brievété qui
nous a fait choifir le trait que nous citons.
یک
L'Auteur parle ſouvent de l'Empereur Julien
,&l'appelle incivilement Julien l'Apoftat
, M. de Tillemont & M l'Abbé de la
Bleterie auſſi zelés & plus fages l'appellent
toujours l'Empereur Julien, il convient à
tout Chretien ſenſé & pieuxde déteſter l'apoſtaſie
de ce Prince , mais il n'eſt pas permis
ſous ce pretexte de parler d'un Souverain
, comme on feroit d'un miſérable ; la
Majefté du rang fuprême ne perd jamais fes
droits. Il eſt vrai que la poſtérité eſt leJugedes
Roismorts; l'Hiſtoire cite à ſonTri
112 MERCURE DE FRANCE.
bunal ces maîtres de la terre , & leurs
vertus & leurs vices peſés dans une juſte
balance font appréciés à leur véritable
prix , mais ſi le reſpect dû à leur rang auguſte
n'ébranle point l'impartiale ſéverité
duJuge , il dicte des ménagemens convenables
dans la façonde prononcer l'arrêt qui
les condamne. Tout Hiſtorien , tout Ecri
vain qui parle d'un Prince , quelque vicieux
qu'il ait été , doit ſe rappeller cesbeaux vers
de l'illustre M. de Voltaire.
Je ne profanepoint les dons de l'harmonie;
Lo ſevere Apollon défend àmon genie
Deverſer , au mépris &des moeurs&des Loix ,
Le fiel de la ſatyre
Sur la tombe où reſpire
La Majesté des Rois.
PANEGYRIQUE de LOUIS XV.
prononcé dans la ſale de l'Hôtel de Ville
de Toulouſe le 9 Janvier 1746 , jour de
la ſéance publique de l'Académie des Jeux
Floraux , par M. Duclos , Avocat au Parlement,
l'un des Quarante de la même Académie
1746, à Toulouſe.
Nous voudrions que les bornes de ce
recueil nous euſſent permis d'inſerer ici ce
Panégyrique tout entier ; quel Ouvrage plus
capable d'embellir notre recueil , & pourions
nous occuper nos lecteurs d'un taAVRIL
, 1746. 113
bleau plus agréable que de celui qui repréſente
la vie d'un Roi , la gloire & les
délices de la France. L'heureuſe divifion
du Panégyriſte lui adonné moyen de parcourir
en entier cette vie ſi brillante & par
le bonheur du peuple & par la gloire du
maître.
১১ Au ſage Héroiſme d'un Roi pacifique
* ( dit M. Duclos ) qui fixa ſon premier
- penchant, la néceſſité a fait fucceder
l'héroiſme éclatant d'unRoi belliqueux ;
auxvertus douces , propres à faire la tran-
» quillité du monde , il a ſçu unir les vertus
fieres propres à en faire la conquête ;
au précieux caractére du grand homn
me, il a joint tous les traits brillants du
Heros. C'eſt ſous ce double point de vuë
> que Louis ſe préſente à moi , & que je
m'efforcerai de le peindre à vos yeux.
32
20
ဘ
Si le ſujet eſt heureuſement choiſi , on
peut dire auſſi qu'il eſt fort bien rempli ;
l'Auteur l'a traité avec éloquence. En voici
un beau trait par lequel nous finirons. Louis
dit l'Académicien , eſt le même dans toutes
les ſituations.
» Egalité d'ame , vertu ſublime , qui par-
>> tant toute du coeur, échappe aux regards
duvulgaire pour ne frapper que les yeux
du ſage , qui ſuppoſe une ame ſuperieure
aux travauxde la Royauté & auxcaprices
de la fortune.
L
14MERCURE DEFRANCE,
DISCOURS ſur les moyens d'établir
une bonne intelligence entre les Médecins
& les Chirurgiens , pronnoncé aux Ecoles,
de Médecine le Dimanche 16Janvier 1746
par M. Michel Procope Couteaux , Docteur
Regent de la Faculté de Médecine en
l'Univerſité de Paris , & Profeffeur de Chirurgie
en Langue Françoiſe , à Paris 1746 ,
chés Quillau Imprimeur de la Faculté de
Médecine.
Il n'eſt perſonne qui n'ait entendu parler
de la querelle élevée entre lesMédecins & les
Chirurgiens ; l'importance de ſon objet en
doit faire excuſer la vivacité , c'eſt la confiance
du public que les uns & les autres ſe -
diſputent, c'eſt le droit de la vie &de la mort
qu'ils exercent ſur les malades , plus puiſſans
àcet égard que les Juges qui en ordonnantdu
fort des Citoyens ſont obligés de ſe regler
par les Loix , au lieu que les autres exerçant
un Art ſoumis en grande partie aux
conjectures , leur pouvoir peut s'appeller
pouvoir arbitraire.
M. Procope qui joint aux connoiſſances
ſerieufes de fon état des talens plus agréables
, en a fait uſage dans ce diſcours , où
une fine ironie , un badinage malin , étoient
plus de ſaiſon que des raiſonnemens ennuyeuſement
convainquans , qui ſeroient
AVRIL , 1746. 1 .
fûrs de perfuader s'ils n'endormoient pas les
Auditeurs .*Il faut lirele diſcours même pour
en pouvoir juger. C'eſt une plaiſanterie foutenue
, & du meilleur ton , & l'on peut dire
hardiment que Lucien même l'avoueroit s'il
renaiſſoit parmi nous.
Nous pouvons citer une fable laquelle
termine le diſcours ; ce morceau eſtde notre
reffort.
Sous l'appas d'un vain conte à propos inventé
Souventle vrai nous paroît plus aimable ,
Et l'on peut emprunter le ſecours de la fable
Pour exprimer la vérité.
LE TRONC ET LES RAMEAUX.
FABLE.
Ungland ſemé dans un terroir fertile
Prit racine; il en vint un chêne des plus beaux;
Son Tronc plein d'une ſeve utile
Donna naiſſance àdeux Rameaux ;
Tous trois unis faiſoient l'ornemenr d'un bocage
Où chaque jour de timides oiſeaux
Venoient ſe mettre à l'abri de l'orage ,
Mais les Rameaux fiers de cet avantage
Ridiculum acri
Fortius ac melius magnas plerumque fecat res.
)
}
116 MERCURE DE FRANCE.
De leur pere bien-tôt ſe crurent les égaux.
Aupoffeffeurdu champ l'un d'euxtint celangage ,
Langage ordinaire aux ingrats ;
Où le bonheur n'en fait il pas ?
Maître , notre union nous ſembleun eſclavage;
Séparez nous dutrone; coupez notre lien;
Chacun denous àpart fournira ſon feuillage ;
Nous méritons du moins un rang pareil au ſien;
Nous pourrons ſubſiſter ſans lui nous & les notres.
Cediſcours, ditle maître , inſenſés ,vous fiedbien;
Vouslui devez la vie , il eſt votre ſoutien ,
Sivous vousſéparez , dans peu vous& les votres
Vous ſecherez fur pied , & lui n'yperdra rien
Il a fçu vous produire , il en produira d'autres.
Les deux Couſines , Comédie en trois
Actes, prix 24 ſ. à Paris 1746 chés Hochereau.
Nous ignorons pour quel ſujer cette
piece n'a pas été repréſentée, l'impreſſion, il
eſt vrai , eſt lapierre de touche du vrai mérite
d'un ouvrage dramatique , mais c'eſt à
condition qu'il aura été repréſenté , & que
l'exécution Théâtrale aura fait voir l'effet
qui en reſulte, effet qui nepeutppastoujours
être deviné à la lecture. Ainfi nous nous
abſtiendrons de porter un jugement définitiffur
cette Comédie,dans laquelle nous
AVRIL , 1746.
avons trouvé des ſemences d'intérêt ; qu'au
roient - elles produit au Théâtre , ne ſe ſe
roit il pas trouvé des longueurs , du froid
qui les auroient empéché de venir à bien ?
c'eſt ſur quoi nous n'ofons prononcer , nous
aſſurerons plus hardiment que ce petit Ouvrage
ne peut venir que de la main d'un
hommed'eſprit.
و
ESSAI d'Odontotechnie ou Differtation
ſur les Dents artificielles , où l'on démontre
que leur uſage n'eſt ni moins commode
, ni moins étendu que celuides dents
naturelles,par M. Mouton , ChirurgienDentiſte.
AParis chés l'Auteur au coin de la
rue des Marmouzets près le Pont Notre-
Dame , & chés Antoine Bondet , Imprimeur
Libraire , rue S. Jacques 1746. Brochure
du prix de 36 fols.
Le but de l'Auteur eſt de détruire des
préjugés fort anciens contre la réparation
des Dents ; préjugés fondés ſans doute fur
l'inexpérience & l'inhabileté de ſes préde.
ceſſeurs dans cet Art , puiſque l'Auteur par
des raiſonnemens clairs & ſuivis démontre
véritablement ce qu'il promet dans ſon titre :
dans la crainte ſans doute qu'on ne ſeméfie
de l'art de perſuader dont on fait honneur
aux gens de ſa profeſſion , il a ſoin
118 MERCURE DE FRANCE.
d'appuyer ſa logique d'exemples de perſonnes
fecourues avec le plus grand ſuccès.
Ce traité n'eſt qu'un petit in-8. de 162
pages , mais il ne faut pas jugerde l'importance
du ſervice que l'Auteur rend au public
par la groſſeur de fon ouvrage , în tenui
labor at tenuis non gloria. Pour peu qu'on
réflechiſſe, on réconnoît que les Dents étant
néceſſaires ,tant pour l'ornement de labouche
que pour la ſanté du corps , dont elles
préparent les alimens , la perte qu'on en
faitne va jamais ſans la perte d'un de ces
avantages , ſouvent méme de tous les deux.
Le ſexe le plus ſenſible au premier de ces
avantages , ſe chargera ſans doute de la plus
grande part de la reconnoiſſance , car l'Auteur
par fon application à trouver une méchanique
fecourable à tous égards dans les
accidens , & à fe former une main légere ,
ainſi que par la maniere agréable , noble &
pure avec laquelle il déduit ſa méthode &
ſes découvertes , ſemble l'avoir eu principalement
envuë , & ne peut manquer de lui
plaire. *
*Cet extraît nous a été envoyé par un inconiu
, que nous en remercions très-fincerement ;
nous réiterons nos inſtances fur cet article à tous
ceux qui voudront nous foulager dans nos penibles
travaux ; nous leur rendrons justice en leur laiſſanţ
lagloire de leurs ouvrages, ainſi que nous faiſons
ici
AVRIL. 1746. 119
LES freres Guerin Libraires ont mis en
vente les Inſtitutions Astronomiques de Keill
traduites en François avec des augmentation s
confidérables & des notes très curieuses , gros
volume iu-4. enrichi de 15 planches en taille
douce.
Le ſçavant Traducteur qui fait ce préſent
au public s'eſt propoſé , à l'occaſionde
cette traduction , d'y joindre toutes les nouvelles
découvertes d'Aſtronomie qui ont été
faites depuis le tems où Keill a écrit fon ouvrage.
On peut aſſurer que ce font ici les
élemens de cette ſcience auffi complets que
'on pouvoit les déſirer. Nous en parlerons
plus amplement,
DANS l'un des Mercures de France de
'année 1728 on annonça la premiere édiiondu
livre intitulé le Chirurgien Dentiſtë ,
ou traité des dents , des alveoles , des gencives
&c. par le ſieur Fauchard , & l'on y
it un ample détail des matieres de ce livre.
Nous croyons devoir en publier la feconde
édition revue , corrigée , conſidérablement
augmentée & enrichie de 42 planches
en taille-douce , laquelle s'imprime actuellement
en 2 volumes in- 12 chés Mariette aux
Colonnes d'Hercule , rue S, Jacques , à
Paris.
L'Auteur de cet ouvrage continue fa
120 MERCURE DE FRANCE ,
profeffion conjointement avec le ſieur Duchemin
ſon beau frere & ſon éleve. Il diſtribue
les Opiats , poudres & éponges fines
propres à entretenir les gencives&lesdents
& il fournit des racines d'une nouvelle préparation
, excellentes pour le même uſage.
On trouve chés lui deux fortes d'eaux qui
guériſſent la plupart des maladies de labouche.
Elles ſont ſouveraines contre les affections
ſcorbutiquesdes gencives , empêchent
qu'elles ne ſe gonflent & ne ſaignent aifément
, les fortifient& les vivifient; par leur
vertu les dents ne s'ébranlent point avant le
tems ; elles raffermiſſent celles qui ne ſont
pas fort déchauffées & chancelantes. Elles
en calment ſouvent la douleur , gueriſſent
les petits ulceres des gencives &du dedans
des lévres , & diminuent la mauvaiſe odeur
de la bouche , enfin elles font les meilleurs
remedes& les plus univerſels que l'Auteur
ait pû trouver. Les bouteilles font de 6liv.
de 3 liv.& de 30 f. On donne un imprimé
qui apprend à s'en ſervir.
Le fieur Fauchard demeure toujours rue
de la Comédie Françoiſe , à Paris.
Il ne reçoit point de Lettres, ſansque le
port en ſoit payé.
LE 26 Fevrier , la Société Litteraire d'Arras
tint ſon aſſemblée folemnelle auGouvernement
1746. 121
vernement. M. Fruleux d'Attecourt , Chancelier
en fit l'ouverture par un diſcours .
dont le but étoit d'exciter l'émulation parmi
les aſſociés , & MM. Denis & de Gouve
Avocats , nouvellement reçus dans la
Compagnie , firent leurs remercimens auxquels
répondit le Chancelier en l'abſence
du Directeur. Enſuite M. de Creſpicoeul l'aîné
lut une Differtation , qui prouve que la
Ville d'Arras eſt celle que d'anciens Auteurs
ont appellée Nemetacum & Nemetocenna.
Cette Piece fut ſuivie d'une Epître de 150
vers que récita M. Maſſon , & M. Harduin
Secretaire perpétuel termina la Séance par
unMémoire pour fervir à 1 Hiſtoire d'Arras
depuis 1484 juſqu'en 1492 , tiré de pluſieurs
Ouvrages , tant imprimés que manufcrits
, & des archives de la Ville.
३.
122 MERCURE DE FRANCE.
SARSARSARS R SARSARSARSARSAR
EXPLICATIONS de l'Enigme en
François & des deux Logogryphes inferés
dans le Mercure de Fevrier 1746. Par
Mlle. Balien de Tonneins.
ST
Explication de l'Enigme.
I dans la ſaiſon où nous ſommes
Je redoute peu les atomes ,
Je pourrois bien l'Eté prochain
Meplaindre du piquant Confin.
Explication du premier Logogryphe,
Que tardez vous? le tambour bat ,
Secondez de Louis la valeur intrépide ;
Amille exploits fameux ſa prudence vous guide;
Allez , braves guerriers , volez tous au Combat,
Explication du ſecond Logogryphe.
Ce Logogryphe à deviner
Me paroît choſe bien aiſée;
Saint Joſeph étoit Charpentier ,
Ou bien ije me ſuis buſce.
AVRIL
1746. 123
EXPLICATION de la premiere Enigme
du mois de Fevrier 1746.
L
E mot que ſous l'Enigme envain l'on veut
céler ,
Eſt très-facile à dévoiler ;
Letriſte ver à ſoye , en ſuivant ſa nature ,
Par fon travail creuſe ſa ſépulture.
Par Mlle. Formel , de Vitry-le- François.
J
ENIGM E.
E fers à plus d'un jeu chacun me connoît bien ;
Sans moi l'homme eſt beaucoup & la femme n'eſt
rien.
J.S. de Machy.
J
AUTRE.
Eparle ſans avoir de langue ;
Je chante fans avoir de voix.
Rheteurs , ſans moi point de harangue ;
Fij
124 MERCURE DE FRANCE,
Magiftrats , fans moi ,point de Loix ,
Sans moi , point d'Edit , d'Ordonnance.
Vertu , ſans moi , point de défenſe ,
Enfans ſans moi , point de ſoupirs ,
Lecteurs ſans moi , point de plaiſirs .
J
AUTRE,
E ſuis funeſte & néceſſaire ,
Reconnu partout l'Univers ,
Et tous les peuples de la terre
Reffentent mes effets divers;
Je tue , & j'entretiens la vie ,
Jamais ſans moi de bons repas ,
Etdans les champs de la Neuſtrie ,
Sans moi , l'on n'eut vû de combats,
LOGOGRYPHE.
Je ſuis connu par tout le monde ;
Contre moi quelquefois on gronde
Soit à tort , ſoit avec raiſon ,
Qu'importe ; j'y trouve mon bon
1-
AVRIL 1746 25
Auxchamps ainſi que dans la Ville
Je ne laiſſe pas d'être utile ,
Mais cependant attache toi
Apouvoir te paſſerde moi.
Si tu ne peux pas me connoître
A tes regards je vais paroître.
J'ai neuf pieds , combine les bien
Lecteur ne laiſſe échapper rien:
En moi ſe rencontre une bête
Dont les Juifs ne font nulle fête;
Un animal affés petit
Qui pique fans faire debruit ,
Etque tout amant chés ſa belle
Voudroit bien chercher fans chandelle ;
Un autre fort commun aux gueux ;
Cequi fait mal , quand on le donne ;
Lepiédeftal de deux beaux yeux ,
Et de la tête d'une Nonne;
Le fupplice d'un meurtrier ;
Ceque montre un vaillant Guerrier
Dans le plus fort de la bataille ,
Etqui n'eſt point dans la canaille ;
Un endroit que tout Ecolier
Apprehende tant de montrer ;
Un inſecte qui dans la terre
A fon domicile ; une pierre ;
De l'ame un ſubit mouvement
Quinous ſuffoque bien ſouvent;
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
Un chemin.commun à tout homme ;
Cequi dans Paris &dans Rome
Précede le char d'un Seigneur ;
L'inſtrument utile au piqueur ;
Certain préſent que fit un Mage;
Ce qui dans la liquide plage
Va toujours devant les Vaiſſeaux
Et ſert à ſéparer les eaux ;
Un homme qui dans le Village
Doit toujours être le plus ſage ;
Une terre de bon produit
Dont nous ne mangeons point le fruit.
Je n'en ai que trop dit peut-être ,
Et fans doute tu ſçais mon être ,
Mais pour moins encor me cacher ,
Tu dois à la Cour me trouver.
:
:
Fait par Gournay le jeune Licentié'ès Loix.
AUTRE.
LAA
canne enmain , le dosvouté , l'air grave ,
Sectateur entêté des us du bon vieux tems ,
Jaloux , gouteux , cenſeur des jeunes gens ,
L'Eſclave de Plutus ou du Dieu de la cave ,
Rebut d'amour& de ſes courtiſans ,
JOY AVRIL 1746 129
Voilà , Lecteur , une image affes nette
De mon individu ;
Si tu veux maintenant me voir par le menu ,
Enquatre mots voici ma figure complette.
1
A
Dans mon tout diviſible en treize portions
J'offre fix Fleuves& vingt Villes :-
Laplus riche des Nations :
Un meuble des plus inutiles ,
( Soit dit fans offenſer le ſexe feminin ).
Le contraire d'un fou , l'oppoſé du chagrin :
Ce jus délicieux qui ranime Gregoire ;
Ce qui dans un beau jour vient obſcurcir le tems :
Un inſecte , un outil , l'un de nos alimens ,
Cequi fait voir d'Iris le ratelier d'ivoire :
Ceſur quoi l'on remarque ou laideur ou beauté :
Unmeuble pour l'hyver , & ſouvent pour l'été :
Deux maux contagieux, deux nombres , deux me
fures ,
Deux fignes évidens de fortune ou malheur :
Une ſubſtancedes plus pures :
Ce métal adoré qui fait notre bonheur :
Un habitant de Nigritie :
Abſtinencequi mortiffe :
Un mode de notre être ; une mer : un oiſeau :
Deux Elemens : un arbriffeau :.
Unearme ; un fruit ; l'amant volage
Dont le mépris cruel au printems de ſesjours
Fiij
128 MERCURE DE FRANCE.
Fit expier ſous les murs de Carthagelo 7
Ala tendre Didon ſes crédules amours :
Lamonture du vieux Silene :
Cequi ſe renouvelle au bout de douze mois :
Cedont le cours n'eſt que mal&que peine :
Celui devant lequel nous défendons nos droits ;
Cequ'on paîtrit : trois notes de Muſique ;
Inftrument méchanique :
Ces Dieux que les Romains plaçoient au coin du
feu
Dieux debal , dont ſouvent ils ne faifoient qu'un.
jeu ;
Cequi fait fur la glace aller avec vîteſſe ,
Du vieux pere d'Ifaac l'épouſe & la maîtreſſe ..
Mais en voilà , lecteur , affés pour aujourd'hui ;
Tu commences ſans doute à ceder à l'ennui.
P. à Nevers.
AUTRE.
QU'un génie avec art me diſpoſe & m'invente
,
Que vertu ſoit ce que je repréſente ,
On le connoît d'abord ;
J'en demeure d'accord ,
AVRIL 1746. 119
Dans mesſept pieds voici ce quejedonne.
L'alternative& caprice des tems
La nourriture aifée aux vieilles gens;
Un Pays prèsde laGaronne;
D'un Poëte l'amuſement ;
Un fon vocal ou d'inſtrument;
UneVille de France ; un Empereurde Romé ,
PlusunRoyaume ancien,item le nom d'un home
Qui ſans être un Auteur ſacré
Fut un Docteur très-reveré
Plus un recueil de Procedure
Une forme d'Architecture.
Lecteur , devine ce que c'eft ;
Mon tout amuſe& plaît,
F.
,
130 MERCURE DE FRANCE.
AIR :
AJOUTE an 4e. acte d'Armide &chanté
par Mlle. Fel.
LEsOiſeaux de ces bocages
N'y reſpirent que l'amour ,
Et fous ces charmans ombrages
Onles entend nuit& jour
Nous dire par leur ramage
Que c'eſt un doux eſclavage
Quand on eſt ſûr du retour.
: . ر
***************
SPECTACLES.
EXTRAITde la Coquettefixée, Comédie.
АСТЕ PREMIER.
Orante homme de condition ouvre la
Dene
avec Clitandre ſon ami. Ils parlent
enſemble du motif qui avoit éloigné
Dorante pendant quelques jours ; c'étoit
an Régiment qu'il étoit allé demann
a
e
a
a
!
AVRIL
1746. 131
der à la Cour ; l'affaire n'eſt pas encore décidée,
mais il en efpere un bon fuccès , &
s'en repoſe ſur les ſoins d'une tante qui follicite
pour lui. Enſuite Clitandre parle du
motif qui les conduit tous deux dans la
maiſon où ils font actuellement. C'eſt celle
de Cidaliſe , dont la Comteſſe occupe une
partie. Dorante amoureux de la Comteffe
après avoir fait la peinture de ſon caractére
de légereté &de coquéterie , dit qu'il dél
feſpere de parvenir jamais à s'en faire ai
mer. Il félicite Clitandre ſur ſon bonheur
prochain , & lui fait eſperer qu'il attendrira
bien tôt Cidaliſe , car une prude eſt bien
plus facile à vaincre qu'une coquette, Cli
tandre repond par ces vers,
>>Mon ami , Cidaliſe eſt bien loin d'être prude
>> J'ai fait de ſon eſprit maprincipale étude ;
>> J'ai vu que ſa fierté n'étoit qu'un vrai détour:
>> Elle craint un amant &panche vers l'amour ;
>>> Elle croit qu'une femme aimable& vertueuſe
>>>Sans le reſpect public ne sçauroit être heureuſe,
>>>Et qu'au préjugé même exacte à s'aſſervir
>> Pour le pouvoir blâmer s'y doit aſſujettir.
>> Voilà le vrai motifde ſa prudence extrême ,
>> Elle a le coeur ſenſible & fe craint elle-même ;.
>> Plus un homme à ſes yeux mérite d'être aimé
→Plus la froideur fuccéde au penchant reprimé.
E
:
130 MERCURE DE FRANCE .
AIR
AJOUTE an 4e . acte d'Armide & chante
par Mlle. Fel.
L
Es Oiſeaux de ces bocages
N'y reſpirent que l'amour ,
Et fous ces charmans ombrages
On les entend nuit & jour
Nous dire par leur ramage
Que c'eſt un doux eſclavage
Quand on eft für du retour. 2.
***************
SPECTACLES.
EXTRAITde la Coquettefixée, Comédie.
D
ACTE PREMIER.
Orante homme de condition ouvre la
fcéne avec Clitandre ſon ami. Ils parlent
enſemble du motif qui avoit éloigné
Dorante pendant quelques jours ; c'étoit
an Régiment qu'il étoit allé demanدعس
a الا
&
1-
lu
la
le
le
1
AVRIL 1746. 131
der à la Cour ; l'affaire n'eſt pas encore décidée,
mais il en eſpere un bon ſuccès , &
s'en repoſe ſur les foins d'une tante qui follicite
pour lui. Enfuite Clitandre parle du
motif qui les conduit tous deux dans la
maiſon où ils font actuellement. C'est celle
de Cidaliſe , dont la Comteſſe occupe une
partie. Dorante amoureux de la Comteffe
après avoir fait la peinture de ſon caractére
de légereté & de coquéterie , dit qu'il dél
feſpere de parvenir jamais à s'en faire ai
mer. Il félicite Clitandre ſur ſon bonheur
prochain, & lui fait eſperer qu'il attendrira
bien tôt Cidalife , car une prude est bien
plus facile à vaincre qu'une coquette, Cli
tandre repond par ces vers.
ei.
:
>>Mon ami , Cidaliſe eſt bien loind'être prude
>>>J'ai fait de ſon eſprit ma principale étude ;
>> J'ai vu que ſa fierté n'étoit qu'un vrai détour
> Elle craint un amant & panche vers l'amour ;
>> Elle croit qu'une femme aimable& vertueuſe
>> Sans le reſpect public ne sçauroir être heureuſe,
>> Et qu'au préjugé même exacte à s'aſſervir
>>Pour le pouvoir blâmer s'y doit affujettir.
>> Voilà le vrai motif de ſa prudence extrême ;
>> Elle a le coeur ſenſible & ſe craint elle-même ;
>> Plus un hommeà ſes yeux mérite d'être aimé
Plus la froideur fuccede au penchant reprimé.
E
132 MERCURE DE FRANCE.
>>>Et cet air dédaigneux qui paroît vous ſurprendre
>> Vient d'un eſprit timide &d'un ame trop tendre ..
Il ajoute que Cidaliſe n'a point de goût
pour lui , quelque tendreſſe qu'il ait pour
elle,&conſeille à Dorante de quiter la Comteſſe
dont l'eſprit ne peut s'accorder avec
la façonde penſer d'unhomme raiſonnable ,
&de s'attacher à Cidaliſe dont le caractére,
ſenſé pouroit le rendre heureux. Dorante
répondà ſon ami qu'il ne peut aimer que
la Comteffe & qu'il eſt ſur le point de lui
déclarer ſon amour. Clitandre lui conſeille
de ſe garder d'une telle démarche ; au contraire
, lui dit-il , ce n'eſt que par une feinteindifferenceque
vousis pourrez faire naître
chés elle des ſentimens qui prenant leur
ſource dans la vanité finiſſent quelquefois
par la tendreſſe. Il lui conſeille ſurtout de
ne point dîner chés elle ce jour-là , quoiqu'il
s'y ſoit engagé ; il le ſollicite de venir
dîner avec lui; Dorante ſent la ſolidité des
conſeils de Clitandre &prometde les ſuivre
exactement. Clitandre fort & Liſette femme
de chambre de la Comteſſe , dit à Dorante
qu'un de ſes gens demande à lui parler.Dorante
en attendant qu'on faſſe venir celui qui
le demande, interrogeLiſette ſur ſa maîtreſſe;
elle répond que ſon caractére change de
jour en jour , & que depuis que Dorante
AVRIL
1746. 135
vient chés elle , ſa coquéterie diminue &
qu'elle devient ſérieuſe & penſive : elle en
fait des reproches à Dorante qu'elle regarde
comme l'auteur de ce changement , &
voyant venir ſon faquais elle fort.
Ce laquais eſt M. Carmin Peintre en mignature
qui a pris un habit à la livrée de Dorante
pour s'introduire dans la maiſon de la
Comteſſe ſans être reconnu. Il promet à
Dorante de faire , ſans être apperçu , le portrait
de celle qu'il aime , il lui vante ſon ta
lent & fa promptitude , en l'aſſurant qu'il a
fait la veille à l'Opéra le portrait du monde
le plus reſſemblant , dans la ſeule durée du
Spectacle. Dorante fort en lepriant ſurtout
de ne ſe point laiſſer découvrir , & Carmin
fe cache dans un coin où il eſt appuyé fur
une petite table. Il voit venir Cidaliſe&Lifette
,à l'air dont celle ci eſt dans la maiſon
il juge qu'elle en eſt la maîtreſſe & que c'eſt
la perſonne dont on luia demandé le portrait;
il y travaille pendant que Cidalife&
Liſette parlent enſemble ,& quand il trouve
ſon ouvrage afſés avancé pour ſe croire
en état de finir la peinture ſans voir l'ori
ginal , il fort.
La Comteſſe ſuivie de Damis petit maî--
tre de robe vient prier Cidalile de préter
ſa ſallé dans laquelle Damis veut cette
nuit même donner un bal à la Comteffe;
134 MERCURE DE FRANCE ,
Cidaliſe le promet & ſe retire. Damis parle
avec la Comteffe de l'amour reſpectueux
de Dorante dont il s'eſt apperçu & fur lequel
il fait des plaifanteries. La Comteſſe
en doute encore , mais elle promet àDa
mis de s'affûrer du fait en excitant la jaloufie
de Dorante pendant le dîner , où elle ſe
promet de marquer des préferences à tout
autre qu'à lui.
(1
Dorante arrive; on veut le plaifanter d'abord;
il repond froidement ; allons dîner lui
dit la Comteffe ; Dorante s'en défend ; la
Comteſſe en eſt piquée , alors on vient dire
àDamis que la Préſidente attend réponſe
a fon billet; il fort & laiffe Dorante ſeul
avec la Comteſſe , qui toujours piquée du
refus qu'il vient de faire lui en demande les
raiſons. Dorante pour ſuivre les conſeilsde
fon ami répond d'abord le plus cavalierement
qu'il peut , enſuite preſſé par la Comteſſe
, il dit pour raiſon les vers ſuivants.
F
>> Je vous fuis attaché , mais parlons franchement
>> Pour fuivre votre char j'ai trop peu d'agrement
>> Je n'ai point un eſprit d'éclairs &de faillies ,
Je ne débite point de ces fadeurs jolies
>> Qui forment l'homme aimable , & j'ignore cet
art
> De ſe faire écouter en parlant par hazard,
AVRIL 1746 135
>> Je n'obſervejamais qu'elle mode circule ;
>> Je ne ſens point le prix d'un nouveau ridicule ,
>>>Et de la beauté même attaquant les abus
>> Je me borne à louer ſeulementles vertus .
>>>Madame , c'eſt par là que je vous conſidere ,
>>> Mais on parle chés vous une langue étrangere ,
>> Et me taiſant toujours fans comprendre un ſeu
مو ST mot,
>>>J'y fournis le portrait d'un ſauvage & d'un fot.f
1
Il vante enſuite ſon indifference;la Comteſſe
pour le piquer lui confie qu'elle reffent
de l'amour , il en eſt d'abord étonné , mais il
fe retient& montre une tranquillité affectée;
la Comteffe va plus loin & lui dit qu'elle
va ſe marier , autre mouvement d'inquiétude
la part de Dorante, il demande le nom
de cet heureux , la Comteſſe nomme au hazardDamon
, Dorante approuve froidement
fon cheix , & la Comteffe en marque fon
dépit ; alors Lifette vient annoncer à ſa
maîtrefle un convive de plus ; c'eſt Damon
qui ,dit-elle , vient l'entretenir ſur ſon mariage.
Dorante perfuadé pour lors que la
Comteſſe lui a dit vrai eſt outré de douleur ;
la Comteſſe s'en apperçoit & follicite malignement
Dorante de diner avec elle ; Do
rante au défeſpoir le refufe toujours, & l'acte
eſt terminé par ces vers,
136 MERCURE DE FRANCE .
LA COMTESSE.
Vous paroiſſez émû ?
DORANTE.
Moi , non , mais je vous jure
>> Que ſi votre Damon tous les jours dîne ici , ..
> J'irai tous ces jours-là dîner chés monami.
Cette ſcéne eft remplie de mouvements
variés , & quoi qu'elle ait tout le mérite de
la penſée , du ſtile & de la verſification ,
elle eſt faite d'une façon ſi Théâtrale qu'elle
gagne encore à être repréſentée.
ACTE DEUXIEME..
D
Amis ouvre la ſcéne par un monolo
gue pendant lequel il examine le portrait
de la Comteſſe qu'il a fait faire la veille
pendant l'Opéra. Dorante arrive & voyant
Damis il voudroit le quitter pour entrer
promptement chés la Comteſſe ; il eſt arrê
té par cet étourdi qui cherchant à le plaifanter
fur le dîner qu'il vient de faire tête à
tête avec ſon ami ,le prie de lui raconter
tout le plaiſir qu'il a reſſenti. Dorante lui
répond
α
Un tel plaiſir .
>> Eſt toujours unrecit ennuyeux à mourir
AVRIL1746 137
➡Vous devriez plûtôt nous faire part des vôtres;
>>Tous vosplaiſirs , Meſſieurs , font differens des
>> nôtres ,
Carvous neles goûtez qu'en nousles racontant ,
>>>Et les notres ne ſont ſentis qu'en les goûtant.
Damis dans le cours de cette ſcéne apprend
à Dorante que Damon épouſe dans
peu la fille d'Orgon , & dans le moment
queDorante ſe croit raſſuré ſur les ſenti
mens de la Comteffe , Damis lui fait confidence
qu'il en eſt aimé ; Dorante refuſe
de le croire , & Damis pour prouver la vérité
de ce qu'il vient de dire montre le portrait
de la coquette qu'il dit avoir reçû
d'elle , & ſe retire en recommandant le fecret
à Dorante. Celui- ci demeure interdit ,
peu-à-peu il ſe met en fureur ; il jure de
vaincre la tendreſſe qu'il a pour elle , & dans
le tems quil ſonge aux moyens de cacher
fon trouble aux yeux de la Comteſſe , il veit
arriver Cidaliſe ; il l'aborde avec émotion
& lui parle avec douleur des égaremens de
la ¡Comteffe , comme il dit que la feule amitié
l'intéreſſe pour elle , Cidaliſe lui fait entendre
qu'elle croiroit à ſon émotion qu'il
eft conduit par l'amour , Dorante s'en défend
ſur le caractére de la Comteffe , &dit
qu'il ne voudroit aimer qu'une perſonne ca138
MERCURE DE FRANCE.
pable des mêmes ſentimens. Enfin il confie
à Cidaliſe que la Comteffe à donné fon pors
trait à Damis dont l'étourderie & l'indifcrétion
vont la perdre dans tout Paris , à quoi
Cidaliſe répond. 18
> LaComteffe auroit dû mieux placer ſes amours ;
>>>Nous aimons malgré nous , mais nous devons
>> toujours
:
>> Eclairer notre amour avec la raiſon même ,
>>>Montrer dans notre choix une prudence extrême
>> Et ſçavoir ménager par un accord fi doux
>> La tendreſſe d'un feul& le reſpect de tous.
>>>Sur la foi d'un amant lorſqu'une femme compte,
>> Le tems la met endroit de ſe rendre ſans honte ,
Et le monde éclairé juge par le vainqueur ,
S'il l'eſt par le caprice ou par le choix du coeur.
Elle promet à Dorante de parler là-deſſus
enamie à la Comteffe , à qui elle ſe propoſe
de demander un entretien particulier.
Dorante demeuré ſeul ſepromet bien de
ne plus ſonger à la Comteffe , & même de
ne la jamais revoir.Carmin arrive & préſente
à Dorante le portrait de Cidaliſe qu'il vient
de finir ; Dorante ſans l'appercevoir le repoufſe
endiſant ,
2
>>Non, je ne veux jamais fonger à cette ingrate
:
AVRIL 1746. 439
: Et s'en va. Carmin demeure étonné d'un
pareil évenement , il croit que le portrait va
lui reſter par l'effet d'une rupture , & tandis
qu'il fait quelques reflexions là - deſſus , la
Comteſſe paroft ; elle demande à Carmin
quel il eſt , Carmin répond qu'il eſt Pein:
tre& qu'il a l'art de faire un portrait ſans la
permiffion de l'original ; la Comtefle refufant
de le croire , il lui répond qu'elle eſt
elle-même dans le cas. Oh , je voudrois ,
dit la Comteffe , que ce fut par l'ordre de
Dorante : quoi , Madame , répond le Peintre
, ce Dorante eſt-il connu de vous ?Est-ce
un honnête homme ? la Comteſſe l'en aſſure
, alors le Peintre lui confie que ce Dorante
lui avoit commandé un portrait &
qu'au lieu de le payer lorſqu'il le lui a apporté
, il a refuſé de le prendre. La Comteſſe
demande à voir ce portrait & le reconnoît
pour être celui de Cidaliſe; piquée de voir
que Dorante ait montré par cette démarche
des ſentimens pour une autre , elle profite
de l'occaſion pour ſe venger ; elle prie le
Peintre de lui laiſſer ce portrait puiſque
Dorante le refuſe ,& lui donne dix louis que
le Peintre reçoit avec joye & s'en va.
Tandis que la Comteſſe réflechit ſurune
avanture dont-elle croit n'être piquée que
par vanité , Cidaliſe arrive , elle eſt embarraffée
ſur la façon dont elle,doit lui parler ;
1
140 MERCUREDE FRANCE.
1
la Comteſſe impute cet embarras au regret
que Cidaliſe peut avoir d'être brouillée avec
Dorante , enfin les choſes venant à s'éclair
cir , & Cidaliſe parlant du portrait que la
Comteffe , a dit-elle , imprudemment livré ,
laComteffe pour lui rendre le change lui
remet celui qu'elle vient de recevoir du
Peintre. Cidaliſe étonnée voit arriver Clitandre
, lui reproche vivement la hardieſſe
qu'il aeu de la faire peindre , & le quitte
bruſquement. La Comteſſe dit malignement
àDorante qui vient auſſi d'arriver que lorſque
l'on employe un Peintre, il faut le conten
ter , Dorante ne conçoit rienà ce difcours ,
mais Clitandre moins préoccupé devine la
mépriſe du Peintre , & en previent tout
bas fon ami. Alors on apporte à Dorante
une lettre que l'on dit être preffée. La
Comteſſe lui ditde la lire promptement , &&
que dans la circonſtance elle peut être de
conféquence, Dorante l'ouvre & lit que le.
Régiment lui eſt accordé , mais qu'il faut
dès le ſoirmême qu'il paye vingt mille écus ,
fans quoi un autre l'emportera fur lui. Dorante
ne prévoit pas pouvoir en fi peu de
tems trouver une pareille ſomme , Clitandredit
qu'il faut ſur le champ fe donner totus
lesmouvemens néceſſaires.Dorante avantque
de partir voudroit éclaircir la Comteffe fur
la mépriſe du Peintte , mais Clitandre pour
l'en empêcher l'entraine malgré lui,.
AVRIL 1746. 141
La Comteffe demeure avec ſa ſuivante ;
elle fait des réflexions ſur la fituation de
ſon ami qui manquera ſon avancement , s'il
ne trouve point l'argent néceſſaire; ſa fuivante
lui fait ſentir que quoiqu'elle ſoit riche
elle n'eſt point dans la poſſibilité de l'o
bliger à préſent. La Comteſſe fait ſentir
- qu'elle imagine un moyen de lui rendre feryice
,& termine l'acte en diſant que fon
coeur quoiqu'inſenſible à l'amour , ne ſcauroit
manquer au devoir de l'amitié,
ACTE TROISIEME.
Andis que Cidaliſe réflechit ſur la
Imeprife du Peintre donciler te
inſtruite par Clitandre , & qu'elle ne peut
plus ſe diffimuler qu'elle reſſent de l'amour
pour Dorante , ce dernier arrive au déſeſpoir
de n'avoir pû venir à bout de trouver
la ſommequi lui étoit néceſſaire pour leRégiment
qu'il eſperoit ; l'idée de voir manquer
fon avancement , joint au chagrin que
lui donne la Comteſſe , lui fait prendre le
parti , non ſeulement de quitter le ſervice ,
mais encore de s'éloigner de Paris & d'aller
vivre dans ſes Terres ; il communique cette
réſolution à Cidaliſe qu'il prie de lui confere
141 MERCURE DE FRANCE.
ver ſon amitié &de lui écrire quelquefois ;
il l'affûre qu'en arrivanť chés lui il va ſemarier
; Cidaliſe lui demande ſur quel objet eft
tombé fonchoix ; Dorante répond qu'il n'a
encore riendécidé là - deſſus , qu'ilne veut
qu'uneperſonnequi lui convienne,& furtout
qui ſoit raiſonnable ; ilprie Cidaliſe de lui
en indiquer unede ce caractére & prometde
l'accepterde ſa main, enfin peu à peu il parvient
à lui propoſer de l'épouſer elle-même ;
Cidaliſe ne s'en défend point , &-Dorante
fonge déja à prendre des meſures pour conclure
ce mariage dès-le lendemain; Damis
qui eſt ſurvenu & a entendu la fin de leur
converſation, les plaiſante l'un & l'autre fur
une réſolution auffi précipitée; Cidaliſe lui
dit qu'elle lui permet de répandre dans Paris
une nouvelle qu'elle ſera la premiére à
publier , & fort avec Dorante.
Le premier ſoin de Damis eſt d'aller informer
la Comteſſe de ce que le hazard vient
de lui faire découvrir ; la Comteſſe en eft
piquée au vif; elle reſte interdite d'un événement
auquel elle s'attendoit ſi peu: elle
voit venir Clitandre tout joyeux d'avoir
trouvé les vingt mille écus dont fon amflavoit
beſoin : elle lui apprend le mariage prochain
de Dorante avec Cidaliſe, & lui dit:
>>On conçoit aifément que ce trait-là vous pique
COZAVRIL 1746
CLITANDRE. :
>>P>ique?Dorante&moinous ſommes trop amis ,
>>>>Pour vouloir nous brouiller jamais à pareil prix ;
>> L'amitié ne prend point gardeà la minutie ;
>> Je crois même qu'il faut que je le remercie,
LA COMTESSE.
>>> Le remercier !
CLITANDRE .
oui ,
LA COMTESSE.
mais vous n'y penſez pas .
CLITANDRE.
>> Ce mariage - là me tire d'embarras ,
>>>>Car , en un mot , j'avois du goût pour Cidaliſe,
>>Qui ſans doute de moi n'étoit pas fort épriſe;
>>>Malgré cela , peut-être , elle eût pu m'épouſer
>> Et nous aurions fini par nous tyrannifer ;
>>Dorante cependant me ſauve cette peine ;
>> Je dois lui rendre grace ; oui , la choſe eſt cer-
८
taine ; -
Je vaismoins le chercher pour vanter mon bienfait,
>> Que pour me réjouir du plaiſir qu'il m'afait.
La Comteſſe demeurée ſeule ne ſçauroit
plus cacher ſa douleur ; elle convient avec
elle-même que les ſentimens qu'elle prenoit
pour de l'amitié n'étoient que de la
tendreſſe ; elle eſt au déſeſpoir de le per
3
144 MERCURE DE FRANCE .
dre; elle l'envoye chercher , & bien - tôt
après il vient. La Comteſſe lui parle de fon
mariage ; Dorantedit qu'il venoit pour lui
en faire part; la Comteſſe cache ſon dépit
leplus qu'il lui eſt poſſible ; enfin il éclatre ,
& elle défend à Dorante de jamais revenir
chés elle; Dorante répond avecpoliteffe &
ſe détermine à ſortir; la Comteſſe lerappelle
, elle voudroit le détourner de ce mariage
, Dorante paroît déterminé à le conclûre
, quelque choſe que puiſſe lui dire la
Comteffe qui va juſqu'à lui propoſer un autre
parti. Cette Scéne eſt extrêmement variée
, remplie de fort beaux détails & de
peintures parfaitement vraies. Cidaliſe ,
Clitandre , & Damis arrivent l'un après l'au
tre mais à très peude diſtance. Cidalife dir
à Dorante que tout eſt prêt pour concure
leur mariage; Clirandre lui apporte le brevet
de ſon Régiment; Dorante croit lui
devoir la ſomme qu'il a fallu donner , mais
Clitandre l'aſſure qu'un autre l'a prévenu &
qu'il a trouvé l'argent déja conſigné ,
lorſqu'il apportoit la même ſomme chés le
Notaire. Dorante ne doutant point que ce
trait ne ſoit parti de Cidaliſe , il lui en marque
fa reconnoiffance, & lorſqu'elle eſt prête
à lui répondre , Damis vient leur propoſer
des Diamans qui font à vendre & qu'un
* Marchand lui a remis ; Dorante ouvre l'écrain
AVRIL 1746. 145
crain & reconnoît les diamans de la Comteſſe;
elle convient que ce ſont eux , &
Cidaliſe voyant que la Comtefle par un femblable
trait vient de prouver qu'elle aime
Dorante , eſt la premiére à lui dire qu'il ne
peut payer un tel bienfait qu'en s'uniſſant à la
perſonne qui avoit déja ſon amour & à laquelle
il doit maintenant toute ſa reconnoiſſance;
elle lui rend ſa parole & ſe retire en lui diſant
ces vers :
>> Et puiſque votre coeur n'eſt point fait pour m'aimer,
» Je veux que tout au moins vous puiſſiez m'eſtimer.
La Comteffe convient alors de ſon amour
pourDorante & reconnoît les erreurs de la
coquetterie ; Dorante enchanté lui donne
la main; le Robin étonné & piqué de voir
fonRival l'emporter ſur, lui dit ces Vers :
>> D'un pareil changement je ſuis charmé , Comteffe;
>>>Décider votre coeur m'auroit rendu content ,
>>Mais j'aime autant l'honneur d'en faire un in
conftant.
>> Pour prouver à quel point je ſuis fûr de vous
plaire,
G
146 MERCURE DE FRANCE,
>>>Voilà votre Portrait qu'en ſecret j'ai fait faire ;
Je veux vous le remettre; il me ſera plus doux
De pouvoir quelque jour le recevoir de vous.
Quelques perſonnes ont trouvé ces Vers
un peu trop forts , mais s'ils avoient fait
attention que depuis le commencement de
la Piéce Damis ſoutient le rôle d'un fat qui
va juſqu'à l'impertinence , elles auroient
ſenti que c'eſt ici un veritable trait de caractére
: d'autres diſent que la Coquette fixée
n'eſt point une Piece , & cette critique paroît
ſurprenante pour un ouvrage où toutes
les ſcenes naiſſent indiſpenſablement l'une
de l'autre , & ont chacune fait un pas vers le
but de l'action principale que l'on ne perd
jamais de vûe. Sans doute les fréquentes
beautés de détail , & l'égalité d'un ſtyle
toujours fimple & toujours foutenû d'une
belle verfification, ont fi fort ſurpris ces
Critiques qu'ils n'ont pas eû le tems de faire
attention au mérite réel de la bonne
conduite que l'on trouve dans cette Piéce. *
L'Académie Royale de Muſique a rouvert
fon Théatre le Mardi 19 par une repréſentation
du Temple de la Gloire. Nous en
avons déja donné l'extrait, & nous remettons
au mois prochain à parler des changemens
conſidérables faits dans l'Acte de Belus.
Cet Extrait nous a été donné par M. Riccoboni,
AVRIL 1746. 147
Ce Ballet ne le céde point aux autres
Ouvrages de M. Rameau ; il y eſt toujours
lui-même , & c'eſt tout dire .
• COME'DIE FRANÇOISE,
Le Lundi 18 Avril , M. Drouin qui avoit
fait le Compliment au public à la clôture du
Théatre , a fait aufli celui de la rentrée qui
a fort plû au public en lui préſentant la ſublime
Athalie du célébre Racine.
Le Mercredi 20 , on donna la premiére
repréſentation d'une Piéce de M. de la
Chauffée qui s'eſt illuftré par un genre nouveau
de Dramatique qui réunit les graces
majestueuſes de Melpomene , & les agrémens
badins de Thalie. Cette Comédie
nouvelle eſt intitulée la Fête interrompue.
Elle eſt ornée de divertiſſemens & a été reçûe
favorablement. On en parlera plus am
plement le mois prochain .
COME'DIE ITALIENNE.
La Coquettefixée ſuivie du Diable boiteux
&de ſon agréable Ballet , où l'on eſt charmé
du Pierrot , de la Pierrette & de la jeune
Camille , a rouvert le Théatre Italien.
L'incomparable Arlequin qu'un accident
près - contraire au plaiſir des ſpectateurs en
اد
Gij
148 MERCURE DE FRANCE,
avoit banni , y eſt remonté avec les applaudiſſemens
dûs à ſes talens ſupérieurs , & a
récité avec ſes graces comiques un compliment
écrit par une main accoutumée à
cueillir des lauriers dans les champs deBellonne
ainſi que ſur le ſommet du Parnaſſe :
nous l'allons donner au public.
Compliment fait par Arlequin , à l'ouverture
du Théatre Italien le Lundi 18 Avril
1746.
JEvoudrois bien , Meffieurs , vous faire un
compliment;
Oui , mais rimer ce n'eſtpas mon talent;
Et par malheur , malgré ma bonne mine ,
me prêter des Vers ainſi qu'à Coraline
Onn'a pasgrand empreſſement.
Quoi:me faudra-t-il faire un compliment en Proſes
Fi doncloh , l'ennuyeuſe choſe !
Ala Cour même d'Apollon ,
Làbas fur le bord de la Seine ,
Onen voit ſouvent ſur ce ton ,
Réfléchis , corrigés , achevés avec peine ,
Et prononcés par gens de grand renom,
Faire pourtant bâiller , dit-on :
Mais auſſi cesMeſſieurs ne ſont point de bergame;
Ons'en tire chés nous tout d'une autre façon :
AVRIL 1746. 149
Vous allez voir : Le zéle qui m'enflame ,
Thedefir queje ſens de vous plaire , en mon ame
Vame tenirlieu d'Hélicon ,
DeMuſes , d'Hypocrêne & de ſacré Vallon.
Meſſieurs nous romponsun filence
Bien long au gré de notre impatience;
Maisprêts à nous livrer au ſoin de vos plaiſirs ,
Nous ofons implorer cette même indulgence
Qui ce dernier Hyver a comblénosdeſirs
Et furpaffé notre eſpérance .
Il eneſtparmi vous qui loin dece ſéjour
Suivant lavoix de la Victoire ,
Bientôt en faveur de la Gloire
Feront banqueroûte à l'Amour ;
Jeleur ſouhaite unbon voyage :
Qu'ils vont recueillir de lauriers !
Renverſerde remparts , terraſſer de Guerriers !
Que ne puis-je avec eux ſignaler mon courage !
Que d'ennemis périroient de mamain ! ...
Mais non , ne quittons point ce paiſible rivage :
Rengainons ce glaive inhumain ;
Paris a beſoin d'Arlequin.
Partez , braves François ; ſoit que par ſa préfence
Louis redouble encor vos guerrieres ardeurs ,
Soit que Marsaux combats vous guide en ſon abfence,
Giij
T30 MERCURE DE FRANCE.
Vousreviendrez ici v ainqueurs .
Rappellez- vous alors ce que je vais vous dire
Paffez les pontsquand vous voudrez pleurer ;
Venez nous voir danſer & folatrer
Quand vous voudrez vous amufer & rire.
CONCERT SPIRITUEL.
Le Vendredi 25 Mars jour de la Fête de
l'Annonciation de la Vierge , on chanta le
Confitebor tibi Domine , Motet à grand choeur
de l'illuftre M. de la Lande.
Un Concerto de flute traverſiere fut joué
par M. Vincent , & applaudi par le public;
il fut fuivi dupetit motet Benedictus Dominus
du gracieux Mouret enfuite M.
Mondonvillejoua feul & termina ce Concert
par ſon grand Motet Jubilate Deo omnis
terra.
,
Le Concert du Dimanche de la Paffion
27-Mars commença par le Confitemini Domi-
710 , Motet à grand choeur de M. de la Lande.
M. Blavet joua ſeul; après ſon Concerto
on exécuta le beau Motet Diligamte Domine
de M. Gilles qui ſoutient encore une brillante
réputation. M. Mondonville & M. Guignon
jouerent enſemble , & furent univerſellement
& copieuſement applaudis : toutes
les fois qu'ils ont joué de même , ils out
reçû le mêmetribut de louanges. Le publie
AVRIL 1746 . 151
meſure toujours ſon encens à ſon plaiſir.
Le Jeudi de la Paſſion 31 Mars , on donha
le Miserere mei Deus quoniam , Motet à
grand choeur du ſçavant M. Bernier ; un
Concerto du célébre Vivaldi , le Motet à
grand choeur de M. de la Lande , Dixit Deminus.
M. Mondonville joua feul , & le Concert
finit par ſon Motet à grand choeur
Regnavit Dominus.
Le Dimanche des Rameaux ; Avril , on
entendit avec ſatisfaction le Motet à grand
chrur de M. Mondonville Nifi Dominus ,
un Due de ſimphoniejoué par M. Guignon
&M: Blavet: il eſt inutile de dire qu'il fut
parfaitement joué , Laudate Dominum omnes
gentes Motet à grand choeur de M. l'Abbé
Blanchard l'un des Maîtres de Muſique de
la Chapelle du Roi & digne du poſte qu'il
occupe : on entendit encore enſemble M.
Mondonville & M. Guignon , & enſuite le
Miserere mei Deus , Motet à grand choeur de
M. de la Lande.
Le Mercredi Saint 6 Avril , on entendit
Exultate jufti Motet à grand choeur de M.
de la Lande; un Concerto de Vivaldi ; Laudate
Dominum quoniam bonus , Motet à
grand choeur de M. l'Abbé Blanchard. M.
Mondonville qui joua ſeul , & fon Motet à
grand choeur Lauda Jerusalem.
Le Jeudi Saint 7 Avril fut rempli par le
Giij
152 MERCURE DE FRANCE.
Confitebortibi Domine , Motet à grand choeur
deM. de la Lande: on fut charmé d'un Trio
de fimphonie exécuté par M. Blavet , M.
Greff& M. l'Abbé ; on écouta favorablement
le Confervame Domine, Motet à grand
choeur de M. l'Abbé Blanchard ; M. Mondonville
joua feul & couronna le Concert
par fon beau Motet Venite exultemus.
Le Vendredi Saint 8 Avril , on debuta
par Laudate Dominum omnes gentes , Motet
àgrand choeur de M. l'Abbé Blanchard, enfuite
M. Blavet joua ſeul , & préceda le Nift
Dominus, Motet à grand choeur de M. Mondonville
qui joua après avec M. Guignon ;
le Concert fut terminé par le Miserere mei
Deus , Mozet à grand choeur de M. de la
Lande.
Le Samedi Saint neuf Avril , on chanta
leRegina Cæli , Motetà grand choeur deM.
l'Abbé Blanchard; M. Guignon joua ſeul ;
on exécuta Jubilate Deo omnis terra , Motet
à grand choeur de M. Mondonville qui joua
après avec M. Guignon. )
On finitle Concert par Deus quidoces manus
meas , Motetà grand choeur de M. l'Abbé
Blanchard , compoſé & exécuté à Verſailles
à l'occaſion de la derniere campagne
du Roi fi fertile en glorieux événemens.
Le Dimanche de Pâques dix. Avril , on
donna Cantase Domino Canticum novum ,
AVRIL 1746. 153
Mötet à grand choeur de M. de la Lande ;
M. Mondonville joua ſeul & avec M. Gur
gnon après le Motet à grand choeur de M.
PAbbé Blanchard Conſerva me , il fut ſuivi
du Motet Venite exultemus de M. Mondonville.
Le Lundi de Pâques onze Avril , on redit
le Regina Cæli , Motet à grand choeur de M.
l'Abbé Blanchard.; M. Guignon joua ſeul
avant Omnes gentes de M. Mondonville , &
enſuite avec lui. Le Concert fut fermé par
leTe Deum , Motet à grand choeur de M. de
Blamont Sur - Intendant de la Muſique du
Roi : Motet ſouvent chanté à Verſailles.
Jamais Monarque François n'a fait tant répéterle
Te Deum dans une même campagne.
Le Mardi de Pâques douze Avril, on chanta
Quemadmodum Motet à grand choeur
de M. de la Lande ; M. Mondonvillejoua
feul Laudate pueri , Motet à grand choeur
deM. l'AbbéBlanchard. M. Guignon & M.
Mondonville jouerent enſemble,&précéderent
le Motet du dernier Dominus regnavit.
Le Vendredi de Pâques 15 Avril , on redonnale
beau MotetdeM.Gilles Diligam te
Domine, M. Guignon joua ſeul ; on chanta
Deus qui doces minus meas , Motet à grand
choeur de M. l'Abbé Blanchard compofé au
fujetde la derniére& brillante campagne du
Gy
154 MERCURE DEFRANCE.
Roi , heureuſe matiere d'éloges veridiques.
M. Guignon & M. Mondonville jouerent
enſemble. Après ce Duo cent & cent fois
applaudi , on exécuta Bonum est , Moter
àgrand choeur deM. Mondonville.
Et enfin le Dimanche de Quasimodo 17
Avril Cantate Domino Canticum novum ,
Motet à grand choeur de M. Mondonville
ouvrit le Concert : ce Motet fut ſuivi d'un
Concerto de Vivaldi intitulé le Printems , &
d'un Motet à grand choeur de M. l'Abbé
Blanchard , Laudate Dominum quoniam bonus
& Pfalmus . M. Mondonville & M. Guignon
jouerent enſemble , & le dernier des
Concerts de Pâques fut très - bien couronné
par le Venite exultemus , Motet, à grand
choeur de M. Mondonville.
Ona fort applaudi danstous ces Concerts
les chants méthodiques & gracieux de Mile
Chevalier , Mile Fel & Mile Bourbonnois ,
le goût de M. Benoît , la légereté brillante
deM. Poirier , & la belle voix de M. l'Abbé
Maline.
CONCERTS DE LA COUR.
LeMercredi 30 Mars., M. Seldela Mufique
du Roi a exécuté dans l'Appartement
AVRIL 1746. 155
de laReine un Motet à voix ſeule avec fimphonie
, de la compofition de M. le Baron
de W. qui a obtenu une approbation générale.
Le Mercredi Saint , leurs Majestés aux
Tenebres entendirent M. l'Abbé Dota , M
du Cro & M. Poirier qui chanterent les trois
premieres leçons en Plein Chant figuré.
Les trois premiéres leçons des Tenebres
du Vendredi Saint furent chantées de même
par M. Jerom , M. Poirier & M. Benoît :
toutes ces leçons furent fort goûtées par la
reſpectable affemblée .
Le Lundi 18 , on recommença les Concerts
interrompus par la Solemnité des Pâques
, & on donna le Prologue du Ballet
des Stratagêmes de l'Amour & le premier Acte
du même Opera , dont les Paroles font
de M. Roy Chevalier de l'Ordre de S. Michel,
& la Muſique de M. Deſtouches Sur-
Intendantde la Muſique du Roi.
Le Mercredi zo on exécuta le Ballet des
Elémens des mêmes Auteurs .
Le Lundi 25 , on a exécuté pour la
deuxième fois la Nymphe de la Seine , divertiſſement
de la compofition de M. Buri
Maître de Muſique de la Chambre du Roi, ce
divertiſſement n'a pas reçu moins d'applaudiſſement
la ſeconde fois que la premiere;
Gvj
136 MERCURE DE FRANCE.
la Reine l'a redemandé , voilà ſon juſte
éloge.
un
Nous avons promis le mois paſſé deparler
du Ballet de la Félicit'é; en voici
extrait qui nous a été envoyé par un des
amis de l'Auteur , nous n'y avons rien ajouté
ni retranché , nous réiterons ici les af
ſurances pluſieurs fois données que nous ſerons
toujours exacts à rendre juſtice à
ceux qui nous ſeconderont.
On a donné ſur le Théârre de Verſailles
le 16 & le 24 Mars dernier le Ballet de la
Felicité , les paroles ſont de M. Roy Chevalier
de l'Ordre de Saint Michel, la Mufique
de Meſſieurs Rebel & Francoeur Sur-
Intendans de la Muſique de ſa Majefté.
La Cour atttendoit que l'Auteur des Elemens
faits pour elle en 1722 , reparut dans
une carrierre où il a des droits acquis par
les ſuccès. Ce dernier ouvrage eſt marqué
au même coin de génie que Philomele, Cal-
Thiroë , les Sens , les Graces ,le Ballet de la
Paix &c. Le ſujet eſt auſſi bien rempli
qu'heureuſement choiſi.
La Felicité paroît le plus digne objet à
préſenter au Monarque occupé de celle
des peuples. L'Auteur ſans propofer audacieuſement
ſes idées comme les ſeules pro
AVRIL 1746. 157
pres aux fêtes de la Cour , en tire l'avantage
d'un éloge pour S. M. également neuf
&naturel : éloge qui ſignale le Citoyen &
le Poëte.
Voici le projet du Ballet.
L'Abondance , fource du bonheur , la
jeuneſſe , tems d'en jouir , le lieu où l'on
voit ce qu'on aime,hors duquel il eſt ſi peude
beaux jours. Voilà les trois parties qui achevent
le tableau de la Felicité; l'Auteur a
trouvé le ſecret d'y aſſortir trois ſujets de
Fable , inconnus au Théâtre Lyrique qui
ſemble avoir épuisé la Mythologie. Ces
fictions variées , foutenues de ſentimens, developent
des caracteres neufs & intereſſans.
Chacune améne deux divertiſſemens . C'eſt
une adreſſe ſinguliere pour épargner au
ſpectateur l'ennui , d'entendre trop de
ſcénes de ſuite , ou de voir danſer trop
long-tems . C'eſt une adreſſe que M. Roy
amarquée dans tous fes Ballets& gliparroit
ſervir de reſſource & de regle.
PREMIERE ENTRE'E.
Une Princeſſe éloignée de la Cour de
Mycene , impatiente d'y retourner , irritée
d'en perdre l'e perance , eſt guerie de l'ambition
par la tendreſſe. Les délices duTem158MERCURE
DE FRANCE
pé ne la conſoloient pas. Le ſeul retour
d'un amant la dédommage de ce qu'elle regrettoit
; cet amant eſt le Dieu qui ſous le
nom d'Idamante avoit conduit Paris chés
Helene. Le courtiſan a toute la délicateſſe &
l'infinuation du Dieu de l'éloquence. Voici
ſon portrait.
Par un art peu connu des vulgaires amans ,
Il ne faiſoit parler que ſes empreſſemens .
S'il peignoit les feux d'un coeur tendre ,
il en ſçavoit cacher les craintes , les tourmens ,
Et ſembloit moins forcer mon aveu , que l'attendre.
Il pratique à la lettre le precepte d'Ovide :
Lanius inſtando tadia tolle tui *
Ovide eſt un tréſor inépuiſable pour le
Poëte qui ſçait mettre en oeuvre. En voici
un ſecond exemple .
** Pectora dum gaudent noe funt adstrita doloro
Ipfa patent , blanda tunc fubit arte Venus.
t
Penſée que Philonide rend ainſi dans la
ſcéne troifiéme.
* Art , amat . 1 .
** ibid,
AVRIL 1746 . 159
C'eſt au ſein des plaiſirs que regne la tendreffe;
L'Amour veut en riant allumer nos ardeurs ,
Ses momens ne ſont pas les momens de triſteſſe ;
Les fêtes & l'éclat lui préparent les coeurs .
Mercure ne dément pas le caractére ſous
lequel il eſt annoncé.
Si vous vous plaiſiez à m'entendre
Mes entretiens vous peindroient mon amour ;
Dès qu'ils vous ennuiront , je ſçaurai les ſuſpen
dre;
Mon feu plus renfermé n'en ſera que plus tendre ;
Mes ſoins plus aſſidus , plus vifs de jour en jour....
Tout ce que je vous tais , ils pourront vous l'af
prendre.
Le premier divertiſſement de cette en
trée eſt une fête à la Fortune , fête qui n'eſt
pas deplacée à la Cour.
On chante le pouvoir de la Déeſſe , fon
inconſtance, l'avidité inquiéte des afpirans ;
elle ne repond pas à l'invocation avec la
docilité des autres oracles. Son filence eft
un effet de fon caprice ou de l'influence
d'un Dieu ſuperieur & intereſſé à mettre
Philonide dans l'embarras. Voici le Choeur
des Prêtreſſes pour juſtifier la bizarrerie de
leur divinité & pour laiſſer l'auditeur en
fufpens.
16. MERCURE DE FRANCE.
Elle fonde ſa puiſſance
Sur ſes caprices divers ;
• Aujourd'hui nos voeux offerts ,
Irritene ſa réſiſtance ;
Demain elle les devance
Ses bienfaits en ſont plus chers ;
Et l'ordre de l'Univers ,
Dépend de fon inconstance.
Imitation de Virgile *
Multos alterna reviſens
Lufit , & in folido rurfus Fortuna locavit.
La ſcéne de dénoûment , où Idamante
amene par degrésPhilonide à renoncer aux
plaiſirs , aux grandeurs ;&à convenir
Qu'où l'on voit ce qu'on aime ,
C'eſt le ſéjour de la Felicité.
<
Eſt maniée avec toute la dexterité que
donne la connoiſſance du coeur humain.
Mercure content de la victoire qu'il ne doit
qu'à ſes ſentimens , & nullement à la divinité,
ſe découvre. Philonide ſent tout le prix
de ſa conquête. Le Dieu appelle les Faunes
& les Driades , ſes premiers éleves en
* Aneid II°,
AVRIL. 1746. 161
muſique. Leur hommage forme le ſecond
divertiſſement.
SECONDE ENTRE' E.
Cette entrée eſt une fiction de converance
, & appuyée ſur des noms &des traits
conſacrés par la Fable. Amaltée fille du
Roy d'Etolie , & dépositaire de la corne
d'abondance , c'est-à-dire , inſtrument de la
Felicité publique , Ariſtée fils du Soleil &
reconnu pour tel après le ſecours donné à
ſaPatrie, ſont des partis dignes l'un de l'autre.
Ce ſujet n'eſt pas choiſi au hazard,
L'alluſion eſt ſenſible.
L'action eſt tiſſue avec vraiſemblance &
fimpliciré;Ariſtée ignore ſa naiſſance. Elevé
par les Nymphes de Cerés dans l'état paſto
ral , état qui n'étoit pas indigne de premiers
Souverains , amoureux d'Amaltée il la prefere
à la Sirene fille d'Achelous , à l'Empire
des pays quil a fertiliſés , & que ce fleuve
arroſe.
On éleve Amaltée au trône par le choix
de Cerès qui lui impoſe de s'unir au fils
du Soleil . L'attente de ce nouveau maître
, flateuſe pour les peuples , accable les
⚫deux amans ſans les dégager. Leur conſtance
augmente le péril. Achelous venge l'outrage
fait à ſa fille. Il ſouleve les flots& in
162 MERCURE DE FRANCE.
onde les campagnes. Spectacle qui a été
tendu d'une maniere ſurprenante. Ariſtée
ſe devoue en victime à la fureur du Fleuve ,
& court ſe précipiter.
Cette ſituation pathétique eſt ſuivie d'une
Peripétie agréable , de l'apparition de Zéphirs
, qui fur des globes de nuées chantent
ces paroles.
Digne fils du Soleil , exercez ſa puiſſance
Ariſtée il ſoumet les Zéphirs à vos loix.
Ariſtée uſe des droits de ſa naiſſance ; il
repare le ravage , releve les arbres , chaffe
les flots , toutes les richeſſes reparoiffent.
Amaltée le couronne ; les moiſſonneurs revenus
de leur crainte viennent rondre grace
àleur bienfaiteur. Leur reconnoiſſance qui
forme le ſecond divertiſſement s'exprime
ainfi.
Regnez; c'eſt ſur vous ſeuls que notre eſpoir ſe
fonde;
Que vos exemples foient nos Loix
Le deſtin aux vertus des Rois
Enchaine le bonheur du monde.
TROISIEME ENTREE.
Voici une Fable nouvelle , mais tracée
AVRIL
1746. 163
d'après les métamorphoſes. L'invention eft
heureuſe & fondée , auſſi a-t-elle paru ſuperieure
encore à celles des deux premiers
Actes.
L'amour chargé par les Dieuxde choiſir une
mortellepour leur fervir de nectar ſe détermine
en faveur d'Hebé fille de Prothée. Rien de
plus raiſonnable que l'inclination de l'amour
pour la jeuneſſe. Illa doit conduire au Ciel.
Suivant le langage des Poëtes , la Cour des
Rois eſt le Ciel. L'allegorie et délicate.
La jeuneſſe eſt ici peinte d'après Horace
*
Mutatur in horas
Amata relinguere pernix.
Occupée de ſa béauté , de la craintede
vieillir.
*Speciosa quero
Pafcere tigres,
Voici comme M. Roy a imité le lyrique
Romain.
:
Hebé plus jeune que ſon âge
S'amuſe à tout & ne s'occupe à rien ;
La jeuneſſe pour elle eſt le ſuprême bien ;
Les troupeaux de Neptune errans ſur ce rivage ,
Une flear , un beau jour , l'aſpect d'un verd feuil
lage ,
Art- Poё,
Ode 27 1. 3º.
164 MERCURE DE FRANCE.
Desdanſes , des chanſons font tout ſon entretiens
Tout est égal à ſon ame legere ;
Tout devant ſes regards paſſe rapidement ;
Pour l'ennuier , pour lui plaire ,
Chaque objet n'a qu'un moment.
Ce ſont les paroles de Prothée dans la
Scéne avec l'Amour , Scéne très - riante qui
met vis-à- vis l'un de l'autre les deux Auteurs
de tout preſtige.
Hebé parle & agit conféquemment àl'idéequ'on
a donnée d'elle. La vivacité , l'impatiencedans
les plaiſirs , la diſtraction font
unjeu charmant aux yeux du Spectateur ;
elle dit àſes Nymphes
Que le Plaiſir s'offre à nous
-Sans le chercher ni l'attendre :
Iln'eſt jamais auſſi doux
Que quand il vient nous ſurprendre;
Le préparer eſt un ennui ;
left déja paſſé quand on court après lui.
L'Amour , perſonnage inconnu à Hebé
& aux Nymphes ſe mêle à leurs Danſes ,
excite la curiofité d'Hebé , danſe à pluſieurs
repriſes en augmentant toujours devivacité.
Il la fixe , & la réduit àpenser ; changement
dont elle eſt étonnée : la Fête ſe retire ; à la
déclaration muette , l'Amour fait ſuccéder
AVRIL 1746. 165
le détail des ſentimens qu'Hébé ignore ellemême;
il lui rend raiſon de l'ennui qu'elle
éprouve partout , du vuide de tous les plaifirs
, qui ne peut être rempli que par celui
qui lui manque, Hébé qui a entendu chés
fon pere des amantes ſe plaindre de leur
fort , craint des chagrins nuiſibles àſes charmes.
Que leurperte aujourd'hui me ſembleroit cruelle;
Nonjen'ai jamais tant ſouhaité d'être belle.
Aimez vous leferez toujours, lui répond le
Dieu; ainſi du fond même du caractére
d'Hebé part ſon conſentement d'aimer. L'art
imperceptible avec lequel cette Scéne eft filée,
la Métaphyfique galante , & naïvement
exprimée ont eu l'applaudiffement univerſel.
Enfin l'aigle de Jupiter apporte le vaſede
pectar ; l'Amour le donne à la tendre Hébé ;
Prothee qui ſurvient , ſurpris de voir ſa fille
devenue ſenſible ; dit
Ma fille , ô Ciel ! quel changement !
Toi qui fuyois l'Amour avec un ſoinextrême.)
Il reçoit d'elle cette réponſe ſans replique,
Iln'avoit pasparlé lui même,
Le divertiſſement eſt la fête du Mariage,
1
166 MERCURE DE FRANCE.
Tout ce qui eſt ſoumis à l'Amour célébre
fon triomphe & les maximes d'Opéra fi
ufées , prennent ici une nouvelle couleur.
► Quoique cet extrait ſoit déja long , nous
ne le finirons pas ſans rendre compte du
Prologue.
La victoire de Fontenoy tant de fois chantée
a fou Incore de nouveaux tons à M.
koy ; il adapte à ce grand événement les
jeux conſacrés à l'Empereur Auguſte , Vain
queur d'une Reine puiſſante dans la journée
d'Actium .
* Quo Actiaca victoria memoria celebratior
in posterum effet quinquennales ludos inftituit.
On ſçait que la Felicitéavoit un Temple
àRome , que les Saliens&les Veſtales préfidoient
aux jeux ; voici l'Hymne de la Veſ
tale à la Félicité.
Felicité charmante , acceptez notre encens ,
Tribut des coeurs reconnoiſſans.
LesCélestes bienfaits , la Paix & la Victoire
Par la main des Céſars ſe répandent ſur nous ;
Augufte a de l'Empire éterniſé la gloire ;
Nos hommages pour lui font un culte pour vous.
On ſçait auſſi que les Piéces de Théatre
ſe repréſentoient dans lesjeux Romains ; té-
*Sueton.vita. Aug. c. 7.
AVRIL 1746. 167
moin les Comédies de Térence : M. Roy
employe ce trait Hiftorique pour annoncer
fonBallet.
Ainſi tout Poëte imbu de l'antiquité
ſçait enrichir ſa Muſe ; le notre avoit trouvé
powconvalefcence du Roiles Auguſtales
dans Suétone. Le public fent le prix de
ces bonnes rencontres qui font aujourd'hui
affés peu communes.
L'exécution de ce Ballet a fait honneur au
goût de M. le Duc d'Aumont Premier
Gentilhomme de la Chambre. La protection
des vrais talens eſt héréditaire à fon
illuftre nom.
La magnificence des habits & des décorations
eſt le fruit des ſoins de M. de Cindré
Intendant des menus , qui préfere à
tout les occupations de ſa charge & qui
la remplit fi dignement.
168 MERCURE DE FRANCE.
JOURNAL DE LA COUR , DE PARIS
&c.
L
E 25 du mois dernier Fête de l'Annonciation
de la Ste Vierge , le Roi & la
Reine entendirent dans la Chapelle du
Château de Verſailles la Meſſle chantéepar
laMuſique & enfuite les Vêpres. L'après midi
leurs Majeſtés accompagnées de Monſeigneur
le Dauphin & de Mesdames de
France affifterent à la prédication du P.
Neuville de la Compagnie de Jeſus.
Le 27 Dimanche de la Paffion , leurs
Majeſtés qui avoient entendu la Meſſe dans
la même Chapelle aſſiſtérent au Se mon
dumême Prédicateur que laReine entendit
le 26.
Le3 de ce mois Dimanche des Rameaux,
le Roi & la Reine accompagnés deMonſeigneur
le Dauphin& de Meſdames de Fra
ce aſliſtérentdans'la même Chapelie à la Bénédiction
des Palmes qui fut faite par l'Abbé
Broſſeau Chapelain ordinaire de la Chapel.
ledeMuſique , lequel en préſenta au Roi &
à la Reine. Leurs Majeſtés allerent à la Proceffion
& adorerent la Croix. Le Roi & la
Reine entendirent enſuite la grande Meffe
célebrée
AVRIL. 1746.
169
célebrée par le même Chapelain, Madame
la Dauphine entendit la même Meſſe
dans la Tribune. L'après - midi leurs Majeſtés
accompagnées comme le matin aſſiſtérent
à la prédication du même , & enſuite
aux Vepres qui furent chantées par la Muſique.
Le 6 Mercredi Saint , le Roi & la Reine
accompagnés de même entendirent dans la
méme Chapelle l'Office des Tenébres.
Le 7Jeudi Saint le Roi aſſiſta au Sermon
de la Céne de l'Abbé de Rolland de Beri
Chanoine de l'Egliſe Cathédrale de Toul ,
& l'Evêque du Puy fit l'Abſoute , enſuite
S. M. lava les pieds à douze Pauvres & les
fervit à table. Le Comte de Charolois faiſant
les fonctions de Grand Maître de la
Maiſon du Roi étoit à la tête des Maî
tres d'Hôtel , & il précédoit le ſervice
dont les plats étoient portés par Mon..
feigneur le Dauphin, le Duc de Chartres ,
le Comte deClermont , le Prince de Conty ,
le Prince de Dombes , le Comte d'Eu , le
Duc de Penthiévre & par les principaux
Officiers de S. M. Après cette cérémonie
le Roi & la Reine ſe rendirent à la Chapelle
où leurs Majeſtés entendirent la grande
Meſſe & affifterent à la Proceſſion.
le4 la Reine communia dans l'Egliſe de
la Paroiſſe du Château par les mains de
H
170 MERCURE DE FRANCE,
l'Abbé de Fleury fon Premier Aumonier.
Le 7 Jeudi Saint après midi , la Reine
entendit le Sermon de la Cene du Pere
Courerot Barnabite , & l'Evéque de Fréjus
ayant fait l'Abſoute , S. M. lava les pieds à
douze Pauvres filles qu'elle fervit à table.
Le Marquis de Chalmazel Premier Maître
d'Hôtel de la Reine , précédoit le ſervice
dont les p'ats furent portés par Madame ,
Madame Adelaide , la Ducheſſe de Chartres
, la Ducheffe de Penthievre , & par les
Dames du Palais. Après cette cérémonie
Je Roi & la Reine ſe rendirent à la Chapelle
du Château où leurs Majestés entendirent
l'Office des Tenebres..1
Le 8 Vendredi Saint , le Roi & la Reine
accompagnés de Monſeigneur le Dauphin
&de Mesdames de France , aſſiſterent au
Sermon de la Paffion du Pere Neufville,
Leurs Majęſtés entendirent l'Office & allerent
à l'Adoration de la Croix , & le foi
elles affifterent à l'Office des Tenebres.
Le 9 Samedi Saint , la Reine accompa
gnée de Monſeigneur le Dauphin , deMa
dame la Dauphine & de Meldames , affift
aux Complies & au Salut pendant leque
POfilii fur chanté par la Muſique.
Le 10 Fête de Pâques , le Roi & la Rein
accompagnés de Monſeigneur le Dauphin &
de Meldames , entendirent dans la Chapell
AVRIL 1746. 178
đu Château la grande Meſſe célébrée pontificalement
par l'Evêque du Puy & chantée
par la Muſique. Madame la Dauphine entendit
la même Meſſe dans la Tribune. L'après
midi leurs Majestés aſſiſterent au Sermon
du Pere Neufville & enſuite aux Vêpres
auſquelles le même Prélat officia.
Le 17 Dimanche de Quasimodo le Roi &la
Reine entendirent dans la Chapelle du Château
la Meſſe chantée par la Muſique.
S
REGIMENS DONNE'S.
:
AM. a donné l'agrément du Régiment
deBourbonnois vacant par ladémiſſion
du Duc de Gramont au Comte de Goas Colone!
du Régiment de Berry , & celuide ce
dernier Régiment au Marquis de Contades
Capitaine dans le Régiment de Cavalerie
de la Viefville.
Le Comte de Caſtellane a été nommé .
Colonel Lieutenant du Régiment d'Eu ; le
Comte d'Aubeterre Colonel Lieutenant du
Régiment Royal des Vaiſſeaux , & le Prince
de Holſtein Beck neveu du Maréchal
Comte de Saxe , Meſtre de Camp Lieutenant
du Régiment Royal Allemand.
Le Marechal Duc de Noailles Miniftre
Hij
172 MERCURE DEFRANCE,
d'Etat que le Roi a chargé d'une Commiffion
particulière auprès du Roi d'Eſpagne ,
partit de Verſailles le dernier Mars pour
Te rendre à Madrid.
On a appris par les lettres dItalie du 17
Mars que le Maréchal de Maillebois avoit
établi le centredeſes Quartiers àNovi , que
par ſa droite il joignoit les troupes Eſpagnoles
, & que par ſa gauche il confervoit
la communication par la riviere de Génes,
LeRoi a donné à M. de Lamoignon de .
Blancmeſnil ci-devant Préſident du Parlement
, l'agrément de la Charge de Premier
Préſident de la Cour des Aides vacante par
la demiſſion volontaire de M. le Camus.
5. M. a accordé la charge de Lieutenant
Géneral au Gouvernement du Pays d'Aunix
vacante par la mortdu Comte de Guiri
au Marquis de Pontchartrain Lieutenant
Géneraldes armées du Roi & Inſpecteur de
Cavalerie,
Le Roi a accordé le Gouvernement de
Philippeville àM. de la MotteGuerin Maréchal
des camps& armées du Roi & Commandant
un Bataillondu Régiment desGar
des Françoiſes.
M de Champeron Marechal & Aide-
1
:
AVRIL. 1746. 173
Major des quatre Compagnies des Gardes
du Corps du Roi , a été nommé Commandeur
de l'Ordre Royal & Militaire de Saint
I.ouis.
Le 15 après midi le Roi accompagné de
Monſeigneur le Dauphin , fit dans la plai
ne des Sablons la revue du Régiment des
Gardes Françoiſes & de celui des Gardes
Suiſſes ; leſquels après avoir fait l'exercice
défilerent en préſence de S. M. Meſdames
de France ſe trouverent à cette revûe.
BENEFICEŠ donnés.
E Roi a nommé à l'Archevêché d'Arles
Ll'Evêque de Vannes, à l'Evêché d'Avranches
l'Abbé de Miffy Vicaire Général
de l'Evêque de Bayeux , à l'Evêché de Nantes
l'Abbé de la Mufanchere Doyen du Chapitre
de l'Egliſe Cathédrale de Luçon , & à
l'Evêché de Vannes l'Abbé Bertin Vicaire
Géneral de l'Evêque de Perigueux.
S. M. a donné l'Abbaye de S. Remy de
Rheims Ordre de S. Auguftin à l'Abbé de
Ghiſtelle ci devant,Aumonier du Roi , celle
de S. Satur même Ordre , Diocéte de Bourges
à l'Abbé Robinet Vicaire Géneral de
l'Archevêché de Paris , celle de Fores -Mon-
Hiij
74MERCURE DE FRANCE.
tier Ordre de S. Benoît , Diocéſe d'Amiens
à l'Abbé de Puifigneux , celle de Bellozane
, Ordre de Premontré, Diocéſe de Rouen
à l'Abbé de Verry & celle de la Chaume
Ordre de S. Benoît, Diocéſe de Nantes à
l'Abbé de Poly de S. Thiebault.
88888-88888888888888
* PRISES DE VAISSEAU X.
L
•E Capitaine Beaulieu Trehouard commandant
le Corfaire l'Heureux , de faint
Malo , a pris , & fait conduire à Breſt les
Navires Anglois , l'Ami , le Franchip ,le Dukin
, le Webster & le Reven , chargés de
bled & de farine.
Il eſt arrivé à S. Malo trois Bâtimens de
lamême Nation nommés la charmante Nancy
, le Bleft Galley &le S. Jean . Les deux
premiers de ces Navires chacun de 300
tonneaux , & chargés l'un de ſucre , de cacao
, de coton &d'autres marchandiſes , l'autre
de bled , de farine , de bierre & de lin ,
ont été pris par le Capitaine Deſchenais
Trehouard qui monte le Corſaire la Marie
Magdeleine , & le troifiéme dont la cargaifon
conſiſte en vin & en oranges , par le
Corſaire le Prince de Conty que comman
de le Capitaine Dufreſne Marion.
AVRIL 1746- 175
Le Corfaire le Tigre a envoyé à Cancalle
le Navire ennemile Wager de 300 tonneaux
à bord duquel il y avoit une grande
quantité de fucre , de poivre & de bois
de Gayac.
On a appris de Nantes que les Corfaires
la Bellonne de ce Port , les deux Conronnes
de S. Malo avoient fait conduire à
Nantes les Bâtimens le Suanfon & le Lanis
Pacquet, ce dernier de 250 tonneaux , armé
de vingt canons & chargé de vin , d'hui
le & de ſavon.
Le Capitaine de Lamer qui monte le
Corfaire le Bacquencourt s'eſt emparé dés
Navires le Fortune , l'Elizaberk- Marie & la
Bontéde Londres , leſqueis ont été menés à
Cherbourg. La chargé des deux premiers
eft compoſée de bled & d'orge , & celle du
troifiéme conſiſte en laine.
Le même Capitaine a rançonné deux autres
Bâtimens ennemis pour la ſomme de
750 liv. ſterlings.
Suivant les avis reçûs du Havre le Corfaire
l'Aimable de Ré , ommandé par le
Capitaine de Ferne a enlevé le Navire le
Farnly &un autre Bâtiment.
Le Navire la Lucie de Londres chargé
de vin, d'oranges & de citrons a été envoyé
à Bayonne par le Capitaine Balanqué qui
monte le Corfaire la Leurette de ce Port.
4
Hiij
176 MERCURE DE FRANCE.
Les lettres de S. Jean de Luz marquent
que le Corſaire le Dauphin y a conduit le
Navire le Roebuck de Bristol.
Il eſt arrivé àBreſt deux Navires Anglois
nommés le Parfillé &le Stableton , le premier
de 220 tonneaux &le ſecondde 250 ,
qui ont été pris par M. Bart commandant le
Vaiſſeau du Roil Elizabeth , armé en courſe.
M. Louvel Enſeigne de vaiſſeau , qui
commande la Frégate du Roi la Siréne , a
conduit au même Port le Navire le Modbury
de la même Nation.
M. du Gué Lambert commandant la Fré
gate du Roi l'Etoile armée en courſe a rançonné
pour 400 liv. ſterlings le Brigantia
laMarie-Annede Boſton , & conjointement
avec la Frégate la Siréne , il a pris leNavire
le Cambrige de la Barbade chargé de ſucre.
La Frégate du Roi le Zéphire armée en
courſe ſous le commandemeur de M. Tiercelin
a repris deux bâtimens François dont
leCorſaire ennemi le Warren s'étoit emparé.
Le Capitaine Pallier qui monte le Corfaire
le Tigre de S. Malo a fait conduire à
Breſt le navire l'Alexandre de Londres.
Il eſt arrivé dans le premier de ces deux
Ports un Bâtiment de Jerſey nommé les
deux Amis , qui a été enlevé par les navires
le Luc & le Jofeph , & un autre vaiſſeau de
la même Iſle , lequel a été pris par leCorfaire
la Marie - Magdeleine.
AVRIL 1746. 177
• Le Corfaire le GrandGrenot commandé
par le Capitaine Clément a envoyé àGran
ville le Navire la Société de Guerneſey dont
la charge conſiſtoit en eau de vie& en -vins
de liqueurs.
Deux bâteauxde Peſcheursde laHogue
y ont amené le vaiſſeau Anglois les deuw
Freres qu'ils ont trouvé démâté de l'un de
ſes mâts.
Le Navire le Chichester chargé de grains
& ſur lequel on a trouvé quatre canons de
fonte , deux mortiers & pluſieurs caiſſes
d'armes qu'il tranſportoit en Irlande a été
enlevépar leCapitaine Cantelou comman
dant le Corfaire la Revanche qui l'a fair
conduire au Havre.
On a été informé par des lettresdeBayonne
que le Corſaire la Levrette monté par le
Capitaine Balangue s'eſt rendu maître des
navires le Cleveland de Liverpool & le
Guillaume Marie de Mariland.
M. Louvel qui monte la Frégate la Siréne
armée en courſe , a pris & envoyé à Breft
le Pinque Anglois la Reine de Hongrie d'en
viron 200 tonneaux.
Le Corfaire le Grand Grenot de Grandville
commandé par le Capitaine Clement
s'eſt emparé des Navires le Dreſnot de Lowdres
de400 tonneaux , armé de 18 canons
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
& de huit pierriers , dont la cargaifon
confiftoit en fucre ; & l'Aigle de 200 tonneaux
, fur lequel il y avoit du tabac. Ces
deuxbâtimens font arrivés à Port- Blanc.
Selon les avis reçûs de Port - Louis , le
Capitaine Fougas qui commande le Corfaire
l'Hermine de Nantes a conduit dans
le premier de ces deux Ports le Navire
ennemi le . Lion de 300 tonneaux ,
chargé de ſucre blanc , & il a rançonné
pour 1990 livres ſterlings le navire le Charles
&deux autres bâtimens Anglois .
Le navite l'Ami de bonne volontéarméde
dix canons &de ſix pierriers ,àbord duquel
on a trouvé beaucoup de bled & d'autres.
grains a été enlevé par le Corſaire la Revanche
du Havre que monte le Capitaine Canteloup.
On mande de Dieppe que le Capitaine
Robert - Vion commandant le Corfaire le
Duc de Penthieure y a amené le navire le
Viathan chargé de ſucre.
Les lettres de Bayonne marquent que les
Corfaires le Chaffeur & la Junon , montés par
les Capitaines Giraudel & Vigoureux y ont
fait conduire , le premier les navires le Frederic
& l'Esperance de Londres , chacun de
300 tonneaux , & dont la charge eſt compoſée
de tabac ; le ſecond les bâtimens la
Marie- Catherine & le Mercure ,chargés.
7
AVRIL.. 1746. 179
l'un de ſucre , de caffé &de cacao & l'autre
de tabacx de merrains.
On a appris de S. Jean de Luz qu'il v
étoit arrivé un bâtiment Anglois nommé le
Destocharcq qui a été pris par le Corfaire le
Pellerin de ce Port.
LISTE DES OFFICIERS GENERAUX.
ARME'E DE FLANDRES .
LIEUTENANSGENERAUX.
L
MESSIEURS
EDuc d'Harcourt, Marquis de Clermont Tonnerre,
Comte de Clermont, Prince de Dombes,
Comte d'Eu , d'Herouville • Bulkley , Clermont
Gallerande , du Chayla , Monteſſon , Chevalier
de Belle- Ifle , Malezieu , Duc de Biron , Lowendalh
, Beranger , Duc de Boutteville , Duc de Richelieu
, Prince de Pons , Brezé , Luxembourg ,
Berchini , Comte de Clare , Chevalier d'Apcher ,
Saugeron , Croiffy , Duc de Boufflers , Duc de
Chartres , Duc de Penthievre , Chiffreville, Pontchartrain
, Marignane , Montgibault , Monnin ,
Courtomer, Contades.
Lieutenans Géneraux qui marchent avec le
MESSIEURS
Roi..
De la Billarderie , Montboiffier , Marquis de
Meuſe , Zurlauben , Jumillhac .
1
Hvj
180 MERCURE DE FRANCE.
Lieutenans Generaux employés dans les
Places.
MESSIEURS
Ceberet à Ipres, Philippes à Maubeuge , Danois
àValenciennes , Daunay àDunkerque.
Maréchaux de Camp.
MESSIEURS
F
Thomé , Firmarcon , du. Roure , Graville
Comte de Beuvron , d'Armentieres , Souvré
Duc de Chevreuſe , Chevalier de Courten ,
Rubempré , Prince de Soubiſe , Duc de Chaulnes
, du Chambon , Champeron , Razilly , Relingue
, Chevalier d'Agueſſeau , Fougeres , Loigny-
Montmorency , Mezieres , Treſſan , Balincourt ,
Suzy, Marquis deCrequy , Dumuy , d'Anlezy, de
Guers , Perufſfy, Morangies , Marquis deSourches,
Canillac , d'Avaray , Rozen , Beaufremont , Pincede
Tingry, la Sufe , Duc de Fitzjames , Comte
deNoailles, Marquis de Choiſeuil, Cremille, Duc
deBroglie, la Perouze, Comte de Blet, Gravelle,
la Luzerne , Baron de Montmorency , Chevalier
de Nuy , Chabannois , Montmorin , Comte de
Lorges , d'Herouville , Duc de Lauraguais , Duc
deDuras , Comtede Froulé, la Marche , Deſtrehans
, la Salle , Comte de Pons , Lavauguyon , de
Guerchy , Comte de Gramont Falon , Marquis de
Gontault , Duc d'Havré , S. Pern , Vaudreuil ,
d'Autanne , d'Aumalle.
:
A
AVRIL. 1746.
Maréchaux de Camp qui marchent avec le
MESSIEURS
Roi...
Le Duc d'Aumont , Duc d'Ayen , Calviere ,
Comte de Monteſquiou , Malherbe , Deſcayeul ,
Dauger , Narbonne , Montboiffier.
Maréchaux de Camp employés dans les
MESSIEURS
Places.
Romecourt à Ipres , d'Eſtrées à Furnes, Séedorfà
Beaumont , Lamothe d'Hugues àOftende.
Etat Major.
MESSIEURS
CremilleMaréchaldes Logis de l'Armée.
Puyſegur , d'Argenſon , Robert , d'Eſpagnac ,
S. Sauveur , Soupire , Batteville , Rouffel , Valognies
, Aides.
MESSIEURS
Vaudreuil Major General.
Champignelles , la Tour , Valfond , Bernier ,
Montazet , d'Hallot , Godere , laGraulet; Aides.
MESSIEURS
Croiſmar Maréchaldes Logis de laCavalerie.
MERCURE DE FRANCE.
Chevalier de Mezieres , S. Georges , du Porail ,
Mouchy , Montlezun , Sourdis , Fontenille , la
Source , Laugeois , Chevalier de Clermont Tonmerre
; Aides
?
ARMEE D'ITALIE.
LIEUTENANS GENE'R AUX..
MESSIEURS
Le Marquis de Senecterre , du Cayla , d'Argouges
, Comte de Rieux , Marquis de Mirepoiх ,
Maulevrier.
Maréchaux de Camp.
• MESSIEURS
Mauroi , Larnage , Vigier , Comte de S. André
, Gramont , Coffé , Chepy , Legendre, de
Sault, Comtede Boiftel , Chevert , Maillebois ,
la Chetardie , Tarneau , du Poulpry , Mailly
d'Aucourt , Puiguyon , Mauriac en Provence ,
d'Arnaulten Dauphiné , Bailly Lieutenant d'Artillerie.
Etat Major.
MESSIEURS
de
Maillebois Maréchal des Logis de l'armée .
Montegnard , d'Agieu , Lalive de Pailly ,
Gafnay, Dougermain , Chevalier de Belloy ;
Aides
AVRIL 1746. 133
Voguć Maréchal des Logis de la Cavalerie,
Montchenu , S. Tropes , Sabran ; Aides .
ARMEE DE CONTY,
Lieutenans Généraux.
MESSIEURS
De la Farre , Lamothe , Mauboug , Segur ,
Comte de Baviere , Marquis de Fenelon , Lautrec
, Chevalier de S. André , Putanges , la Rocheaymont
, Coigny , Refuges , la Ravoye, Chabannes
du Chatel , Chazeron , du Chatelet
Lomont , Salieres , Clermont d'Amboiſe , Villemur
, S. Jal , la Riviere , Maupeon , Duc de
Randan , Comte de Treſmes , Mortagne , Prince
desdeux Ponts.
7
Lieutenans Généraux employés dans lesPlaces.
MESSIEURS
Le Comte de Laval en Lorraine , Balincourt en
Alface , de Creil à Thionville , Bombelles àBitche.
Maréchaux de Camp.
MESSIEURS
LeDuc de Briflac , Montconſeil , Biſſy , Marquis
du Chatelet , Comte d'Harcourt , Labruni ,
Chaumont , Marquis de Pont S. Pierre , Comtede
Laigle, Hery , Eremur , Crufſol , Chevalier de
184 MERCURE DE FRANCE.
Nicolay, Duc de Fleury , Bellefond , Luſſan ,
Prince de Naffau , Laclaviere , Dumeſnil , Carcado
, Fodoas , Vibraye , Surgeres , Bouzols , Dandlay,
Boudeville , Montbarray.
M. Darros employé à Longwy.
EtatMajor.
MESSIEURS
1
SalieresMaréchal des Logis de l'armée.
Torcey , Baye , Narbonne , Redmont , Montazet
, Corfac , Modave , Curſay , Rochepierre ,
Rihiner , Aides.
Chauvelin Major Géneral.
Gayon , Bruſlard , Chatelord, S. Simon , Colevus,
de Broglie , de Grille , Gibaudiere , du Chatelet
Lomont.
Mylord Tirconel Maréchal des Logisde la Cavalerie.
Deſpiés , de Scepeaux , S. Pouens , Weterfheim
, Dagoult , Binet , Aides.
LeRoi ayantdifferé de faire la revûe de ſes deux
Compagnies des Mouſquetaires , juſques à ce que
cesdeuxcorps ayentjoint Sa Majefté enFlandres ,
n'a pas laiſſfé de nommer avant leur départ aux
emplois vacans. LesOfficiers qui ont monté dans
la premiere Compagnie , font M. Huet de Beau-
Lieu Premier Brigadier nommé dernier Marêchal
des Logis enplace de M.de Longavenne mort le
mois de Mars dernier ; Meſſieurs de Beauclair&
de laBrulerie nommés Brigadiers en place deMrs.
Huet ci-deſſus , & des Montiers de Condé qui s'eſt
retiré ,&Mrs de Charlaryd'Ormancey , de Monchamp
&des Bordes nommés Sous - Brigadiers en
AVRIL 1746. 185
place de Mrs de Beauclair & de la Brûlerie ci
deffus , & de Mrs. de Mazieres & de Saint Martin
qui ſe ſont retirés ; M. de la Forêt a été nommé
Sous-Aide Major en place de M. dela Brûlerie
qui l'étoit ci -devant; Mrs. de la Godde & Rouville
ont été faits Porte - Etendart & Porte - Drapeau.
***************
NOUVELLES ETRANGERES
L
RUSSIE.
E Prince' Dolgouroucki Feldt Maréchal &
Préfident du Conseil de Guerre mourut à
Peterſbourg le 23 dumois dernier agé de 82 ans .
Le Comte Gustave Biron ſecond frere du Comte
Ernest Biron ci - devant du Duc de Curlande
, mourut, le 24 dans la 54e. année de fon
âge.
Le Roi de Suede a fait publier un édit par lequel
S. M. permet à tous les Juifs qui pourront
prouver qu'ils font riches au moins de dix mille
Florins de venir s'établir en Suede , d'y faire toutes
fortesde commerces , &de s'intereſſer dans la
compagnie des Indes Orientales , dans la pêche
du harang , &dans toutes les entrepriſes des fabriques
& manufactures. Ceux qui feront reçus
dans le Royaume pourront acquérir le droit de
bourgeoisie dans les Villes où ils feront leur réfidence.
M. de Hoften Ambaſſadeur du Roi de Dannemarck
auprès de l'Imperatrice de Ruſſie a mandé
àSa Majesté Dan. qu'il avoit renouvellé endif186
MERCURE DE FRANCE.
ferentes occafions ſes inſtances pour engager cet
te Princeſſe à faire accepter par le Grand Duc
de Ruffie l'accommodement qui lui a été propoſé
par rapport au Duché de Sleſwick , mais que di
vers obstacles avoient retardé juſques ici la conclufion
de cette affaire. S. M. D. a appris par
les lettres du même Ministre que l'Imperatrice
de Ruffie faifoit travailler à de grands préparatifs
de guerre , dont on avoit de la péiné à penetrer
la deſtination . Quoiqu'on n'ait point lieu de croire
qu'ils ayent un objet relatif aux differends de Sa
Majesté D. avec le Grand Duc de Ruſſie , vû la
diſpoſition qu'elle a fait paroître conitamment de
ſe prêter à toutes les voyes de conciliation qui
lui feroient offertes , il a paru neceſſaire de ſe
mettre dans une ſituation à n'être point ſurpris
par l'évenement. Pour cet effetle Roi a ordonné
de faire une augmentation dans ſa Marine , &
d'équiper quatorze tant Vaifleaux de guerre que
Fregates. Sa Majesté a donné le commandement
de cette Eſcadre au Comte de Danneſchiold
Samfoë.
: 7
ALLEMAGNE.
dumois
ILparoît par des lettres deViennedu 12
dernierque la ſantéde la Reine deHongrie étoit
aufſſibonne qu'on pouvoit le déſirer,&ique dès- lors
Sa Majesté avoit commencé de ſe fare rendre
compte des réſolutions priſes dans le Conſeil. Le
Gouvernementa réſolu d'envoyer en Italie&dans
Ies Pays - Bas toutes les troupes dont on pourra
ſe paffer dans les Pays Héréditaires. Le Prince de
SaxeHildburghauſen doit aller en Croatie afin d'y
donner des ordres pour la marche d'un nouveau
Corps de 8 mille hommes qu'on tire de cette Pro
AVRIL 1746. 187
vince & qui eſt deſtiné à renforcer l'armée que
le Prince de Lichtenstein commande en Italie.
On affure que les troupes d'Italie feront augmen-.
tées juſqu'à foixante mille hommes , & que Sa
Majesté long.fepropoſe d'en avoir cinquante mille
dans les Pays- Bas..
On ne ſçait pas encore quand partiront les 12
mille Saxons que le Roi de la Grande Bretagne
& la Republique des Provinces-Unies ſe propofent
de prendre à leur folde.
Ondit que douze Regimens Pruſſiens doivent
auſſitôt que la faiſon le permettra former un Camp
dans les plaines voiſines de la rive droite de
l'Elbe, & qui touchent aux Frontieres de l'Electorat
de Saxe .
L'exécution du dernier Décret de Commiffion
que le Grand Duc de Toscane a envoyé à la
Diette concernant l'armée d'obſervation qu'il défire
que l'Empire ait fur le Rhin , rencontre de
fort grands obstacles de la part de quelques Princes
& Etats du Corps Germanique ; ils refuſent ,
furtout de ſoufcrire à la propoſition qui a été faite
d'élire le Prince Charles de Lorraine Feldt MarechalGénéral
de l'Empire , ils prétendent ne pouvoir
, fans donner atteinte & à leur neutralité ,
conſentir que ce' Prince commande en même
tems les troupes, des Cercles & celles de la
Reine de Hongrie. L'Electeur de Baviere , qui
perſiſte à défendre la ſortie des vivres de ſon Electorat
, avoit permis aux Miniſtres de la Diette d'en
tirer pour leur uſage , mais foit que Meſſieurs de
Sternberg & d'Hugo , Miniſtres de Boheme & de
Brunft ick ayent abuſé de cette liberté , ſoit par
une autre raiſon , quelques provifions qu'ils faifoient
venir de Baviere ont été arrêtées par ordre
de la Cour de Munich. Les autres Miniſtres ont
188 MERCURE DE FRANCE.
fait ſur cela des repréſentations à celui deBaviere,
&ils lui ont infinué que ſi la Cour de Munich ne
levoit pas une defenſe ſi préjudiciable aux habitantsde
Ratiſbonne on prendroit des meſures pour
l'y obliger.
M.de la Nouë Miniſtre du Roi de France auprèsde
la Diette de l'Empire , a remis à cette affemblée
un Mémoire qui porte qu'il a reçu des avis certains
que quelques troupes de la Reine de Hongrie
, dans le deſſein de faire des courſes ſur les
terresde ladomination de Sa Majesté Très-Chré
tienne , ont tenté le paſſage du Rhin à Plobsheim
&dans pluſieurs autres endroits dependants des
Cercles Neutres , & que le premier Mars un détachement
des mêmes troupes , ayant traverſé ce
fleuve pendant la nuit audeſſous du Fort Mortier ,
aenlevé d'un Poſte , dont la fentinelle a été blef
ſée de trois coups de fufil , un Gaporal & quatre
foldats ; que les Cercles Neutres doivent prevoir
les fuites fâcheuſes qui pourroieutréſulter de ſemblables
excez , contraires à la paix qui ſubſiſte
entre la France & l'Empire , & que Sa Majesté
Très-Chrétienne compte que ces Cercles les previendront
, en obligeant à l'avenir les troupes de
ſa Majesté Hongroiſe de reſpecter davantage la
neutralité qu'ils ont réſolu d'obſerver; qu'ils n'ignorent
pas avec quelle attention le Roi a ordonné
d'indemnifer les habitants du Village de Weihl
du dommage qu'ils ont prétendu leur avoir été
cauſé par des troupes Françoiſes ; que les Cercles
ne peuvent pas avoir oublié les affurances
poſitives qu'ils ont données ſi recemment à M. de
laNouë , de la diſpoſition dans laquelle ils étoient
de ne point permettre que du côté de leurs territoires
les frontieres de Sa Majesté Très- Chrérienne
fuffent inquietées par quelques troupes que
AVRIL. 1746. 189
çe fût , leur volonté étant au contraire de ſe conduire
dans toutes leurs demarches conformément
àce qu'exigent les loix d'un bonvoiſinage ; qu'en
même temps les Miniſtres Directoriaux font informés
que le Roi de France a ordonné de la
façon laplus préciſe aux Generaux de ſes armées,
dene nuire en aucune maniereà la tranquilitédes
Crcles ; qu'ils peuvent être certains que SaMajeſté
Très-Chrétienne perfiſte dans la réſolution
de conſerver le paix avec l'Empire , & qu'ainfi
M. de la Nouë attend des Cercles une réponſe
prompte& fatisfaiſante ſur les griefs dont le Roi
fon Maître a droit de ſe plaindre. Quelques jours
auparavant M. de la Nouë le fils avoit déclaré
auxEtats du Cercle de Svabe que la neutralité
dont il importoit fi fort à ce Cercle de ſe procu
rer les avantages pendant la préſente guerre, exigeoit
que ce Cercle évitât tout ce qui pourroit
cauſer de l'ombrage à S. M. T. C. & qu'il n'accordât
point ſur ſon territoire le paſſage aux ennemis
de la France , pour attaquer ou inquiéter
les Frontieres de ce Royaume ; que S. M, T. С.
demandoit que le Cercle de Suabe s'expliquât ſans
aucune ambiguité fur la conduite qu'il ſe propofoit
de tenir ; qu'occupée du ſoin d'aſſurer le repos
de ce Cercle & des autres Cercles Neutres ,
Elle ne doutoit point qu'il ne s'abſtint de conclure
aucune aſſociation , & de favoriſer aucune en.
trepriſe done Elle eût ſujet d'être mecontente.
Le Directeur du Cercle Electoral du Rhin a
propofé à l'affemblée des Cercles Anterieurs de
l'Empire de répondreau Mémoire préſentéparM.
de laNouë que les Flecteurs , Princes & Etats de
l'Empire en conféquence des devoirs que leur
impoſent leur qualité de Membres du CorpsGer
manique , les Conſtitutions de l'Allemagne , &
190 MERCURE DE FRANCE.
fpecialement la derniere réſolution de la Diette ,
font dans l'intention de s'appliquer avec tout le
foin poffible à maintenir de toutes leurs forces leur
fureté commune , mais qu'ils prendront de juſtes
mefures pour que les Puitfances voiſines n'ayent
zucun fujet de ſe plaindre , & pour que les frontieres
des Etats de ces Puiſſances ne foient ni
troublées ni inquietées , & qu'ils font dans une
ferme confiance que le Roi Très-Chrétien , en
agiſſant demême à l'égard des frontieres de l'Fmpire
& particulierement des Cercles Anterieurs
donnera de nouvelles preuves de ſes diſpoſitions
pacifiques. Les Deputés du Cercle de Franconie
ont réſolu de ne donner leur avis fur cette propoſition
qu'après que les autres Cercles ſe ſeront
expliqués. Ceux du Cercle du Haut Rhin ontdemandé
du tems pour ſe determiner ſur cette affaire
, & ceux de Suabe ont prétendu que leurs
inftructions étoient trop limitées pour qu'ils pûfſent
, avant que d'en avoir de nouvelles , donner
ou refufer leur approbation,
1
ITALIE ,
Leftarrivé à Génes des Deputés de la Ville
delaBaſtie pour affurer le Senat de la foumiſſion
des habitans , & pour demander qu'on leur envoye
du fecours contre les Rebelles , On mande de
Génes du 20 Mars dernier que le Gouvernement
adonné ordre à tous les Officiers de rejoindre
inceſſamment leurs Corps , & la nuit du 15 au
16 Mars on fit partir deux Bataillons , pour aller
renforcer les garniſons de Final& d'Oneille . On
fait construire pluſieurs Brulots , & l'on exerce
Tous les jours les Canoniers& les Bombardiers afin
de ſe préparer à repouſſer les inſultes des Ane
AVRII . 1746.
,
glois , qu'on s'attend toûjours à voir bien - tôt
revenir dans ces Parages. Il y arrive chaque jour
des Bâtiments Catalans chargés de troupes pour
l'armée commandée par 1Infant Don Philippe ,
dont la Cavalerie va être augmentée de 2 mille
cinq cent hommes , venus depuis peu d'Eſpagné
par terre , & qui traverſent la Vallée de Polfevera
, pour ſe rendre à leur destination. Deux
Felouques de la même Nation ont apporté encore
un grand nombre de caiffes de piattrés pour la
même armée . Le Maréchal de Mailtebois qui
aétabli ſon Quartier général à Novi , a fait marcher
à Loano fix cent hommes de troupes Françoiſes
. Les repréſentations des habitans de la
baſtie ont prévalu ſur les raiſons qui dé ournoient
le Gouvernement de hafarder d'y faire paſſer des
troupes , & on y a envoyé des ſecours avec lef,
quels la Ville continuë de ſe défendre contre les
Kebelles , L'equipage d'une Tartane de' Capraia
a rapporté qu'il y avoit vers le Canal de Piombino
près de l'Ifle d'Elbe cinq ou fix Vaiſſeaux de
guerre Anglois , mais que juſqu'à préſent ils n'avoient
formé aucune entrepriſe.
M. Mari , Commiſſaire General dans l'ifle de
Corfe , a afſuré le Senat par ſes dernieres lettres
que les Villes d'Ajaccio & de Calvi étoient
Men état de ne rien craindre de la part des ennemis
, & que la pluſpart des Pieves paroiffoient
evêtre dans une ferme reſolution de demeurer fi
delles à la République.
d Suivant les dernieres nouvelles reçûës de Geneş
24 il paroît juſqu'à préſent que le Parti de la Répulle
blique est le plus fort dans l'Iſle de Corſe , & que
les excès commis à la Baſtie par les Rebelles après
er le bombardement de cette Place ont determiné
les habitants des autres Villes àmettre tout en
192 MERCURE DE FRANCE.
uſage pour n'être pas expoſés à de pareilles
violences. Ceux de la Baſtie perſiſtent dans la
réſolution de périr tous les armes à la main , plûtôt
que d'eprouver de nouveau les traitements
qu'ils ont foufferts. Les Rebelles donnerent encore
la nuit du 13 au :4 Mars un affaut à cette
Ville , qu'ils attaquerent par cinq endroits differents
, mais ils furent partout repouffés , & etant
rebutés de leurs mauvais ſuccès , ils ont abandonné
le blocus de la Place , pour ſe retirer dans les
montagnes.
GRANDE BRETAGNE.
:
A Chambre des Communes filte18 dumois
I paffe la premiere lecture in bill pos
rendre plus ſure la navigation des Vaiſſeaux Anglois
,& elle ordonna que le 29 ce bill ſeroit lû
pour la ſecondefois. Le 2, elle s'affembla en grand
comité pour déliberer fur le bill qui autoriſe
leGouvernement à lever trois millions de livres
Sterlings par une lotterie& par des annuités .
On ſe propoſe d'envoyer au Cap - Breton un
Corps conſidérables de troupes , & les Bâtimens
dontce Convoi ſera compofé feront eſcortés par
quatre Vaiſſeaux de guerre. On équipe auffi par ordredes
Commiſſaires de l'Amirauté pluſieurs Vaifſeaux
de vingt canons qui doivent aller croiſer
fur les Côtes. Les ſix mille hommes que la République
des Provinces-Unies avoitfait paſſer dans
laGrande Bretagne , ſe ſont embarqués à Newcaſtle
vers la fin du mois dernier pour retourner
en Hollande.
Le 30 du mois dernier le Roi ſe rendit à la
Chambre des Pairs avec les cérémonies accoûtu
mées , & Sa Majefté ayant mandé la Chambre
des
AVRIL 1746. 195
1
quante-fix& demi, & les Annuités àquatre-vingt
quatorze.
EcosSE.
Es avis reçus d'Ecoſſe portent que le Prince
Edouard s'étoit rendu maître du Fort S.Georges
près d'Aberdeen; que le 19 Mars il avoit raffemblé
ſes troupes entre la Findorn & la Spey , &
que le Lord Lovat l'avoit joint avec ſept cent
hommes. Les Partiſans de ce Prince publient qu'il
attend des renforts conſidérables , & qu'il ſe difpoſe
à faire inceſſamment une nouvelle invaſion
dans le Royaume d'Angleterre. Le Duc de Cumberland
s'étant avancé le 12 à Aberdeen , détacha
le même jour le Lord Ancram avec trois cent
hommes d'Infanterie & cent Dragons pour s'emparer
du Château de Corgarf, ſitué à l'embouchure
du Don , & dans lequel les ennemis avoient
un magaſind'armes& un de poudre. Cette entrepriſea
eu le ſuccès défiré , & la garniſon qui y
'étoit s'eſt retirée à l'approche des troupes Angloiſes
, mais comme elle avoit enlevé tous les
chevaux des environs , on n'a pu profiter des deux
magaſins , & l'on a été obligé de jetter la poudre
dans la riviere & de brifer les armes . Lorfque
le dernier courier arrivé de l'armée en eft
parti , elle étoit encore à Aberbeen , parce que
les ennemis n'ayant point laiſſé de vivres dans
les lieux où il faut paſſer pour aller à Inverneeff
le Due de Cumberland n'a pû continuer fa mar
che. avant que d'avoir fait un amas ſuffiſant de
ſubſiſtances. On affure qu'il a fait conduire à fon
camp toutes celles qui lui font néceffaires , &
•L'on compte d'apprendre bien-tôt qu'il aura atta-
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
de
qué les ennemis , s'ils demeurent dans la même
poſition. L'armée qu'il commande doit être renforcée
du Régiment d'Infanterie de Blig ,
celuiduDuc de Kingſton Cavalerie,&de deux mille
hommes des Gardes à pied qui ont ordre de
s'embarquer ſur la Tamiſe àbordde pluſieurs Bâtiments
que le Gouvernement a fretés pour cet
effet. Il paroît des copies d'une lettre que le
Comte de Loudon a écrite au Duc de Cumberland
,&dans laquelle il rend compte à ce Prince
des raiſons qui l'ont determiné à abandonner
la Ville d'Inverneeff. Ildit dans cet lettre que
fur la nouvelle des mouvemens des ennemis il
s'étoit porté en avant avec quinze cent hommes
dans le deſſein de fuprendre quelqu'un de leurs
quartiers , mais que des foldas de fon avant-garde
ayant fait feu contre ſes ordres , ſon projet n'a
voit pas réuffi ; que les ennemis l'avoient attaqué ,
&que ſes troupes avoient été tellement difperfées
, que lorſqu'il étoit retourné à Inverneeff ,
il ne lui reſtoit pas la moitié des foldats qu'il
co.nmandoit, qu'une garnifon fi foible ne pouvoit
efperer , en défendant la Place , d'obtenir une
Capitulation avantageuſe , & qu'elle auroit été expoſée
, à être fait prifonnierede guerre. Les troupes
de Sa Majesté Britanniquequi font dans le Ro
yaume d'Angleterre , ont ordre de ſe tenir prêtes
àmarcher . On les croit deſtinées à former divers
camps dans les Comtés de Kent & de Suffex , &
dans les autres Provinces le long des côtes Méridionales.
La Nobleſſe du Comté d'Yorck a pris la réſolution
de congédier les troupes qu'elle avoit
fait lever pour être employées contre le Prince
Edouard.
Selon les derniers avis reçus d'Ecoſſe le Prince
!
1
AVRIL 1746. 197
Edouard après la priſe du Fort Saint Georges a
marché au Fort Auguſte dont il s'est rendu maî
tre. Il avoit detaché pour s'emparer du Fort Guil
laume huit cent Montagnards qui ont tenté d'y
entrer par eſcalade , mais la garnifon compofée
de deux Compagnies de Milices d'Argyle s'y eft
défenduë avec tant de valeur que les ennemis
ont été repouffés. Dans un Conſeil que le Prince
Edouard a tenu au Château de Gordon quelques uns
des Seigneurs de ſon Parti ont été d'avis qu'il fit
démolir la premiere de ces Fortereſſes , & les
ſentiments ayant été partagés, il n'a point enco
re pris de réſolution ſur ce ſujet. Une maladie
furvenuë à ce Prince , & qui l'a mis dans la né
ceſſité de ſe faire tranſporter à Elgin , a fufpendu
l'execution des projets qu'il paroiſſoit méditer,
&ſes troupes auſquelles il avoit donné ordre de
fe tenir prêtes à décamper , ſont toujours dans la
même poſition le long de la Spey.
L'armée Angloiſe laquelle conſiſte en quatorze
millehounmes fans y comprendre les troupes Hefſoiſes
,& qui depuis quelque temps avoit été obligée
de ſe cantonner entre le vieux & le nouvel
Aberdeen , parce que la grande quantité de
neige avoit rendu les chemins impraticables , eſt
actuellement en marche pour ſe raprocher du
Prince Edouard. Le Régiment de Blig étant
rètenu à Leith par les vents contraires n'a pu encore
joindre le Duc de Cumberland.
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
MARIAGES ET MORTS.
Ll'Eglife de'
A nuit du 20 au 21 Février fut faite dans
Roch par M. l'Abbé deGrailly
lacérémonie du Mariage de N ... de Sabran , de
la branche des Seigneursdu BBiiooſfee , dit le Comte
de Sabran , Colonel de Cavalerie & Aide-Major
Général de l'Armée d'Italie avec N... de laJaille
parente de Meſſieurs d'Argenſon. M. de Sabran
eft neveu de M. le Comte de Sabran , ci-devant
premier Chambellan de feu M. le Duc d'Orléans
Régent , & de M. le Marquis de Sabran Mestre
deCamp d'un Régiment de Cavalerie de fon nom :
ſa Maiſon eft fi connue en Provence qu'on ſe
contentera ici de renvoyer pour cette Généalogie
aux differens Auteurs qui ont écrit ſur la Nobleffe
de cette Province; pour le nom de la Jaille il eft
marquépar ſes alliances& des ſervices militaires
& répandu dans la Bretagne , la Touraine & le
Poitou.
La nuit du 21 au 22 furent mariés à Saint
Paul , M. Jean - François le Vayer Maître des
Requêtes ordinaire de l'Hôtel du Roi , & Demoiſelle
Marie-Françoiſe de Catinat fille de M. Pierre
deCatinat& de Dame Marie Fraguier.
Le marié eſt ainé d'une famille établie depuis
très-long-tems dans le Maine , & qui ne paroît
être entrée dans la Magistrature que ſur la fin du
feiziéme fiécle .
Le Mariage que François le Vayer contracta en
en 1572 avec une fille de François le Maire de
AVRIL 1945. 199
Montlivaut Lieutenant General du Mans , lui fit
prendre cette charge , que la grande étendue du
reffort rendoit alors très - conſidérable : il s'en démit
en faveur de René fon fils ainé , celui-ciaprès
l'avoir exercé pendant quelquetems, devint Intendant
d'Artois & Pays conquis , & fut nommé Confeiller
d'Etat Ordinaire en 1644 ; François fon
fils ainé avoit déja été reçu dans la même charge :
il mourut jeune, & n'eut de Renée ſoeur de Jean le
Boindre Doyen du Parlement qu'un fils depuis
Maître des Requêtes & Intendant à Moulins ,.
marié à Renée - Françoiſe le Boindre ſa couſine
germaine. Ce dernier a été pere de Jean-Jacques
leVayer auſſi Maître des Requêtes & Présidentdu
Grand Confeil décédé , le 8 Septembre 1740 , 8
du Mariage de Jean Jacques avec Dame Anne-
Louiſe du Pin , eſt né M. le Vayer qui a donné
lieu à cet article .
D'un grand nombre de Branches que cette famille
avoit produites , il ne ſubſiſte aujourd'hui
que celles de la Morandaye en Bretagne , de Sailly,
au Pays Meſſin & de Faverolles au Maine ; celle de
Boutigny qui a fini en 1728 dans la perſonne de
Rolland - Guillaume le Vayer Confeiller au Parlement
, deſcendoit de Rolland le Vayer de Boutigny
, Maître des Requêtes & Intendant à Soiffons
, Auteur de pluſieurs ouvrages ſur le Droit
public & du Romand de Tarſis & Zelie : il étoit
troifiéme fils de René.
François le Vayer pere de René Intendant d'Artois
, étoit couſin germain de François de laMothe
le Vayer , Conſeiller d'Etat Ordinaire , l'un
des plus ſçavans hommes de ſon tems. Tous deux
avoient pour ayeul M. le Vayer Seigneur de la
Timoniere qui décéda le 10Avril 1574 , & pour
grand oncle François le Vayer de la Maiſon-Neu-
J
Hij
200 MERCURE DE FRANCE.
ve, reçu Chevalier de Maithe le 7 Mai 1532.
,
Feu M. Pierre de Catinat pere de la mariée ,
Conſeiller honoraire au Parlement de Paris , décédé
le 30 Mars 1745 , étoit fils de René de Catinat
Conſeiller d'honneur au même Parlement, frere
ainé de Nicolas de Catinat Maréchal de France
&deGuillaume deCatinat Seigneur de Croiſilles ,
Lieutenant Géneral des armées du Roi. René-
Nicolas & Guillaume de Catinat étoient fils de
Pierre de Catinat mort, Doyen du Parlement
& petits - fils d'autre Pierre de Catinat , reçu
Conſeiller au Parlement de Paris en 1582 , lequel
étoit fils de Nicolas de Catinat LieutenantGeneral
auBaillage du Perche.
La Mariée eſt cadette de deux ſoeurs , dont
l'une eft Religieuſe à la Ville l'Evêque , & l'autre
n'ayant point eu d'enfans du Marquis de Courtomer
Colonel du Régiment de Soiffonnois , s'eſt
remariée à M. Guillaume de Lamoignon , Seigneur
de Montrevaux Maître des Requêtes Ordinaire
de l'Hôtel du Roi.
,
Le 13 Avril fut faite dans la Chapelle de l'Hôtel
de Luxembourg la cérémonie du Mariage de
N... d'Estaing Saillant dit le Comte d'Estaing fils
unique de Charles - François d'Estaing , Marquis
de Saillant , Vicomte de Ravel & de Montégut
appellé le Marquis d'Estaing , Lieutenant Général
des armées du Roi , &de feue Dame Marie-Henriette
Colbert de Maulevrier, morte le 23 Decembre
1737, avec Demoiſelle Marie-Anne Rouffelet
de Chateaurenaud , née le 20 Octobre 1726 , fille
ainée d'Emanuel Rouſſelet , Marquis de Chateaurenaud
en Touraine , Comte de Crauzon , de
Poulmie & de Rofmadec en Bretagne &c. Capitainedes
Vaiſſeaux du Roi , Lieutenant Général
AVRIL 1746. 201
auGouvernement de la Haute &Baffe-Bretagne ,
mort le 1 Mai 1739 , & d'Anne-Julie de Montmorency
ſa ſeconde femme mariés le 18 Juillet
1724.
Voyez pour laGénéalogie de la Maiſon d'Estaing
originaire de Rouergue où eſt ſituée la Terre
de ce nom qu'elle poſſede de 'tems immémorial
le Dictionnaire Hiſtorique de Moréry , Vol. 4
fo'. 484, & la Généalogie qui en a été donnée
au public par le ſieur du Bouchet. Pour celle de
Rouſſelet voyez celle qui en eſt rapportée dans
l'Histoire des Grands Officiers de la Couronne vol.
VII .fol. 651 au ſujet de M. le Maréchal de Chateaurenaud
ayeul de Madame la Comteſſe d'Eftaing
qui donne lieu à cet article.
Le 17 a été marié dans l'Egliſe de S. Paul
M. François - Joſeph de Paris Marquis de Montbrun
âgé de 34 ans , fils de François de Paris de
Coutes Capitaine au Regiment des Gardes Françoiſes
Brigadier d'armée , &Chevalier de l'Ordre
de S. Louis mort le .... Avril 1730 , & de D.
Marie Catherine le Jougleur de Remilly morte
le 8 Septembre 1741 , avec Marie-Marguerite
Louiſe de Bragelongne , âgée de 21 ans fille de
M. Jean-Baptiste Camille de Bragelongne Conſeil-
LerauParlement,&de De. Claude-Franç. Guilloy,
il eft neveu de Meſſire Nicolas - Joſeph de Paris
de Coutes Evêque d'Orléans depuis 1723 , & fa
généalogie de même que celle de la famille de
Bragelogne ſera amplement déduite dans l'Hiftoire
des Maîtres des Requêtes ci - deſſus annoncée
voyez en attendant cette derniere
dans le Dictionnaire Hiftorique de Morery. Vot
deux fol. 284.
IvV
202 MERCURE DE FRANCE,
:
Le 15 Mars Philippe de Pardieu Marquis d' Avrémenil
en Normandie & dans 1Election d'Arques ,
Seigneur de Blancmenil , de Villy &c. ci-devant
Colonel d'Infanterie , Chevalier de l'Ordre Militaire
de S. Louis , mourut dans ſon Château d'Avréménil
dans la 63 année de ſon âge , laiſſantde
Damme Marie-Genevieve de Sommery , qu'il
avoit épousée le 3 Avril 1700. Louis François Jo
ſeph de Pardieu , Comte d'Avrémenil , marié le
17 Fevrier 1738 avec Dame Gabrielle-Elizabeth
deBeauveau, fille de Gabriel-Henri de Beauveau ,
Montgauger , Capitaine des Gardes du Corps de
Monfieur Duc d'Orleans , Philippe de France
Frere unique du Roi Louis XIV , & de Marie-
Magdeleine de Brancas Villars , de laquelle ila
•des enfans , & Conſtance de Pardieu mariée le
24 Août 1724 à Louis-Augustin de Canouville
Marquis de Raffetot dontily a des enfans.
M. d'Avrémenil qui donne lieu à cet Article
étoit fils deCharles de Pardieu , Seigneur d'Avrémenil
& de Dame Conftance de Montigny: la
Coudraye.
Lenom de Pardieu eſt marqué en Normandie
depuis l'an 1290 , par ſa Nobleſſe , par des ſervices
Militaires , & par ſes alliances avec les Maifons
d'Acigné , Piſſeleu , du Beccrepin-Vardes ,
Boulinvillier , le Veneur de Tellieres , de Clere
, de Pellevé , Clermont d'Amboiſe , de Beauveau&
de Canouville &c. Ses Armes ſont de
gueules à un Sautoir d'or , accompagné de quatre
aigles ou alerions de même.
Le 17 Dame Jeanne-Claude Chérouvrier des
Graffieres, épouse de M. Louis Aubertde Tourny
Maitre desRequêtes depuis le 29 Septembre 1719
&Intendantde la Generalité deBordeaux depui
AVRIL 1746. 203
1743 , mourut à Bordeaux âgée de so ans, laiſſare
de fonmariage entr'autres enfans N... Aubert de
Tourny , reçu Conſeiller au Parlement de Paris en
la troiſiéme Chambre des Enquêtes le 6 Août
1745. Elle avoit pour fooeur cadette Marie-Anne
Cherouvrier des Graffieres mariée depuis le 31
Juillet 1730 avec M. Galiot Mandat , Maître des
Requêtes depuis le 26 Janvier 1720 ; elles étoient
filles de Jean Cherouvrier des Graffieres , Seigneur
de Lambroiſe, Secretaire du Roi, Inſpecteur Général
de la Marine en Bretagne , & Receveur Général
des Domaines de cette Province.
M. Jean Boubier ancien Préſident à Mortier au
Parlement deDijon ,&l'un des Quarante de l'Académie
Françoiſe , mourut à Dijon le 17 âgé de
73 ans. Ils'étoit non ſeulement diftingué dans le
Parlement de Dijon , où il étoit le ſeptiéme de
pere en fils , mais il s'eſt encore rendu recommandabledans
toute l'Europe par ſon érudition en tout
genre de Littérature, dont il a donné différentes
preuves au public. 11 avoit hérité de ſes peres une
Bibliothéque qui eſt eſtimée l'une des plusriches
&des mieux choiſſes qu'ily ait en France , il l'a
conſidérablement augmentée ; elle paſſe entre les
mains de M. de Chartraire , Marquis de Bourbonne
, Préſident au même Parlement & lun de ſes
gendres. Il étoit frere du ſecond Evêque de Dijon
facré en 1744; le premier étoitde la branchedes
Bouhier de Verſalieux. On trouve leur généalogiedans
l'Hiſtoire du Parlementde Bourgogne par
Pierre Palliot , continuée par François Petitot . A
l'égard des ouvrages publiés par celui qui donne
lieu au préſent article , on peut en voir la liste
dansla Bibliothéque des Anteurs de Bourgogne , tom.
:
T
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
I. pag. 78. Il avoit revû depuis peu ſes Remarques
ſur Cicéron , qui juſqu'à préſent n'avoient paru
qu'à la ſuite des Traductions de M. l'Abbé d'Olivet
: elles ont été recueillies en un ſeul volume ,
dont il reçut le premier exemplaire quelques jours
avant fa mort. On les vend à Paris chés la veuve
Gandouin , à la Belle Image, à la deſcente du
Pont-Neuf.
M. Louis Comte de Guiry Lieutenant Général du
Pays d'Aulnis , Oleron , Iſle de Rhé & Terres adjacentes
,Gouverneur des Tours de la Rochelle
& Mestre de Camp de Cavalerie , mourut en ſa
maiſon de Bagneux , le 27 âgé de 64 ans ;
il laiſſe de ſa femme Marie de Malezieu , Louiſe
de Guiry , mariée au Marquis de Sabrevois. La
Maiſon de Guiry eſt une des plus anciennes &des
plus illuſtrées du Pays Vexin , ainſi qu'on le peut
voir dans le Pere Anfelme au chapitre desGrands
Officiers.
Le 1 Avril Henri de Saint Nectaire , Comte de
Brinon , Seigneur de Lainville&c. dit le Comte de
Senneterre , Chevalier des Ordres du Roi du trois
Juin 1724 , Lieutenant Général des armés de Sa
Majefté du mois de Juillet 1718 , ci - devant
Ambaſſadeur Extraordinaire en Angleterre , en
1719 , mourut à Paris dans la 82e. année de fon
âge ſans avoir été marié , il étoit fils de Jean
Charles de S. Nectaire , Comte de Brinon, Maréchal
des camps & armées du Roi , mort le
Novembre 1696 , & de Marguerite de Bauves
Dame de Lainville morte le 1 Mai 1701 ; il
étoit oncle à la mode de Bretagne de J.-Charles
de S. Nectaire , dit le Marquis de Sennetere ,
Lieutenant Général des armées du Roi du 8 Octobre
1734, & Chevalier des Ordres du 2 Février
1
AVRIL , 1746. 205
1745. Voyez la généalogie de cette maiſondans
l'Hiftoire des Grands Officiers de la Couronne
Vol. 4 fol 887.
,
Le7M. Charles leGendre Seigneur deBerville,
de Romilly de Fourneau & de Livarot , Lieutenant
Général des armées du Roi depuis le 20
Février 1734 , & Commandeur de l'Ordre Royal
&Militaire de S. Louis depuis le mois de Septembre
1721 mourût à Paris agé de 66 ans ; il
étoit fils de Thomas le Gendre , Seigneur de
Romilly,Alge, d'Elbeuf& Maigremont,&d'Esther
Scottde la Mezangere ; il avoit été marié le 16
Mars 1708 avec Eléonor d'Estaing de Saillans
fille de Gaspard d'Estaing Marquis du Terrail ,
Vicomte de Ravel& de Saillans,&de Philberte
de la Tour de S. Vidal , & il laiſſe de ce mariage
N.... le Gendre Seigneur de Berville
Colonel du Regiment Rouergue Infanterie en
1745 , fait Brigadier d'armée le 2 Mai 1744; feu
M. de Berville avoit pour frere ainé Thomas le
Gendre de Collande , Seigneur de Gaille - Fontaine,
Maréchaldes camps& armées du Roi,Commandeur
de l'Ordre Militaire de S. Louis , mort
le 1 May 1738 , ayant eu des enfans de feue D.
Marguerite Catherine Magdeleine de Voyer d'Argenſon
morte le 27 Novembre 1735 , foeur de
Meſſieursd' Argenſon Ministres& Secretaires d'Etat
, avec laquelle il avoit été marié le 12 Août
mil ſept cent quinze.
,
Dame Marguerite Roy , veuve de M. Gilles
Boudeville, Ecuyer, Seigneur de Salles , eſt decedée
le 7 Avril au Château de Germigny chés Madame
la Comteſſede la Frezeliere fafille. Elle étoit
fooeur de M. Roy Chevalier de 1Ordre de Saint
Michel ,
266 MERCURE DE FRANCE.
Le 10 Avril 1746 , M. Paul Gaſpard François
le Genáre, Chevalier Préſident de la Chambre
des Comptes de Paris depuis le 26 Août 1736,
&avant Conſeiller au Parlement, mourut dans
lasi annéede ſon âge étant né le 31 Janvier1696.
11. etoit fils de M. Gaſpard-François le Gendre
Seigneur de Lormoy Maître des Requêtes ordinaite
de l'Hôtel du Roi , & Conſeiller d'Etat &
avant Intendant ſucceſſivement des Généralités
de Montauban , d'Auch & de Tours , mort le
23 Juin 1740 , & de Dame Marie Anne Pajot
fa premiere femme ; il avoit été marié le 10 Mars
1734. avec Marie Elifabeth Roſlin fille d'Edme :
Joſeph Roflin , Ecuyer Secretaire du Roi , & l'un
des Fermiers Généraux de Sa Majesté,& de Jeanne
Marthe de Beaufort, duquel mariage il laiſſe quatré
filles: voyez pour la généalogie de cette famille ,
la 2e. partie du Regiſtre premier de l'Armorial :
général du ſieur d'Hozier , en attendant celle qui
fera rapportée dans l'Histoire des Maîtres des Requêtes.
Le 13 Louiſe Magdeleine le Blanc , veuve de
puis le 11 Juillet 1726 d'Eſprit Juvenal de Har-..
ville des Urfins Marquis de Trainel , Mestre de
Camp Lieutenant du Regiment d'Orleans Dragons
, & avec lequelle elle avoit été mariée, le24
Mai 1717 , mourut au Château de Doüe en Brie
dans la 49e. année de fon âge étant née le 23
Juin 168 , & laiſſant entr'autres enfans M.le
Marquis de Trainel Colonel d'un Regiment .
Feuë Madame de Trainel étoit fille unique de
Claude le Blanc Secretaire d'Etat ayant le département
de la Guerre , Grand Croix , Grand
Prevêt & Maitre des Cérémonies de l'Ordre
AVRIL, 1746.
3
207
dans
Royal & Militaire de Saint Louis , mort le 19
Mai 1728 , & de Dame Magdeleine Petit des
Paſſi , morte le 13 Avril 1 27 , vous trouverez
la généalogie de la Famille de le Blanc dans
l'Hiftoire des Maîtres des Requêtes , annoncée
cy-devant , & celle de la Maiſon de Harville ,
ancienne Nobleſſe originaire de Beauſſe marquée
par ſes alliances , & ſes ſervices militaires dans
le livre intitulé le Palais de l'honneur par le Pere
Anfelme , & l'Hiſtoire des Grands Officiers de la
Couronne vol. 9 fol. 123.
Le nommé Jean Laires , du Bourg de Salagnac
en Limoſin ,& qui a travaillé long- tems dans
les Bâtimens du Roi en qualité de ſcieur de pier
res mourut à Paris ſur la Paroiſſe de S. Eustache
le 13 de ce mois âgé de 102 ans ſept mois &
19 jours étant né le 24 Août 1643 .
EXPLICATONS des Enigmes & des
Logogryphes du mois de Mars.
L
Emotde la
Mars eft Reconnaiſſancedans lequel on trouvere,
`connaissance , naissance , ance & ce. Le mot de la
ſeconde eſt Macon,qui écrit fans chevron ſur l'a fait
Macon ,&le mot de la troiſiéme eſt la miche d'une
chandelle.
premiere Enigme du Mercure de
Celui du r . Logogryphe eſt Spadille dans lequel
on trouve Lis , ait , fale ,fape , Spa , aile , paille
laid , Leda & aide. Celui du ſecond eſt Manille ,
dans lequel on trouve ame , an ,main, Iman, Ile
ane & mille . Celui du troifiéme eſt Chapitre , dans
lequel on trouve harpie , chat , pre , pirate &aper
Le mot de l'Enigme Latine eſt Enigma
208 MERCURE DE FRANCE.
* QRDONNANCE
DURO Ι.
Sur le Maniement des armes de l'Infanterie.
Du premier Mars 1746.
Reglement fait par ordre du Roi , & approuvé par
Sa Majesté , fur les changemens qu'Elle a jugé à
propos de faire à l'instruction du 2 Mars 1703 ,
dans la partie qui concerne le maniement des armes.
IOrſqu'un bataillon fiançois ou étranger ſera
formé en la maniere ordinaire , & qu'après
les mouvemens d'à droite & de gauche finis , il
s'agira d'en venir au maniement des armes , les
Majors , Aide-Majors ou autres Officiers prépoſés
à l'exercice , feront exactement obſerver les
commandemens qui ſuivent.
Hant les armes. En trois tems. Au premier on portera
la main droite au deſſous de la platine du
fufil , en faiſantgliſſer la croſſe de quatre doigts ,
&en la tournant avec la main gauche , de forte
que le fufil ſoit fur fon plat , les coudes élevés ,
àla hauteur du poignet , la tête haute.
Au ſecond on détachera le fufil de l'épaule
avec la main droite , le bras tendu devant foi à
la hauteurde la cravate.
Au troifiéme on joindra la main gauche au fufil
audeſſus de la platine ,& on le rapprochera à
A
AVRIL. 1746. 209
côté de foi en le baiffant & le tournant de façon
que le canon ſe trouve entre la tête & lépaule
droite, la croſſe en avant , le fufil droit en
avant du corps , & la main droite un peu plus
élevée que le ceinturon.
Apprêtez vos arm's. On fera un petit mouvement
marqué , comme ſt on armoit le fufil de la main
droite le pouce étant ſur le chien.
En jone.En un ſeul tems on portera la croſſe du
fufil à l'épaule droite , en lâchant le pied droit
en arriere , le genou gauche un peu plié , le jaret
droit tendu , la pointe du pied droit en dedans,
&celle du pied gauche en avant , les talons ſur
la même ligne , la tête haute , & les coudes élevés
à la hauteur des poignets.
Tirez . On tirera ſans faire aucun mouvement.
Retirez vos armes. On ſe remettra naturellement
en rapportant le pied droit dans le rang ,& on
fera haut les armes dans la même attitude expliquée
au premier commandementde haut les armes.
Mettezle chien enfon repos On fera de la maindroiteun
petit mouvement , pour marquer celui qu'on
doit faire pour exécuter ce commandement
Effayez vos armes. On fera un petit mouvement
de la main droite ſur la platine, pour marquer ce
que le Soldat doit faire pour effuyer la pierre , la
batterie & le baſſirnet de ſon fuſil ; enſuite on remettra
la même main derriere le chien .
Prenez lefouniment. On prendra le fourniment
de la main droite , fans remuer le fufil qu'on doit
tenir toujours droit de la main gauche , la main
droite tenant le fourniment à undemi-pied à côté
de foi.
Amorcez. On baiſſera de la main gauche le bout .
du fuſil afin de le tenir plat devant foi , le bras
gauche tendu à la hauteur du ceinturon , & on
1
210 MERCURE DE FRANCE.
amorcera en laiſſant enfuite tomber le fourniment
de lui -même.
Fermez le baſſinet. En un tems on portera la main
droite derriere la batterie pour la fermer , & l'on
empoignera le fuſil avec la même main derriere la
platine , lequel doit être toujours plat devant foi.
Croffeà terre. Endeux tems; au premier on ren
verſera le fufil de biais de la main gauche , en
portant la droite à quatre doigts du bout , le
coude élevé .
Au ſecond on laiſſera tomber la croffe à en
Viron un demi pied du bout du pied gauche , en
portant lamain gauche à un demi- pied au deſſous
de ladroite , les armes détachées du corps .
On exécutera les commandemens de l'exercice
de 1703 , pour prendre la cartouche , pour la dé
chirer avec les dents , pour la mettre dans le ca
non , &pour tirer la baguette ; on obſervera ſeu-...
lement en la tirant , de la tourner tout de ſuite
fans commandement , & de la tenir perpendiculairement
le gros bout en bas , le poignet à qua
tre doigts du bout du fufil , au moyen de quoi le
commandement de bant la baguette ſe trouvera
retranché.
Les commandemens de raccourcir la baguette
&de la mettre dans la canon , s'exécuteront à
P'ordinaire , mais on ne bourrera que par un ſeul
tems bienmarqué , lequel ſuffit à causede l'ufage
des baguettes de fer ; ainſi il y aura 2 tems de
retranchés à ce commandement.
Onobſervera encore en retirant labaguette de
latourner d'abord afin de la tenir à plomb , le gros
bout enhaut ; on l'a racourcira& on la remettra en
fon lieu ſuivant l'ancien uſage.
Prenez la bayonnette. Enfuite on fera les commanAVRIL.
1746.
demens ſuivans en un tems , on ſaiſira la douille de
Iabayonnette de la maindroite.
Haut la bayonnette. En un tems on la tirera&on
la preſentera le bras à demi tendu à la hauteur de
l'épaule , à quatre doigts de diſtance du bout du
canon.
Mettez la au bout du canon. Dèsque la bayonnetteſerabien
enchaffée dans le tenon , on empoigne
ra de la maindroite le fuſil à quatre doigts du bout,
étant toujours croſſe à terre& de biais.
Hant les armes. En deux tems , au premier on
relevera le fufilde biais en faiſant glifſfer la main
gauche près la platine .
Auſecond, on le relévera à côté de ſoi, en le fai
fanttourner de la main gauche , &on empoignera
de ladroite ſous la platine le bout de la croſſeen
avant le fufil fort droit.
Fufilfur le bras gauche. En un tems , on lemettra
de lamaindroitede biais ſur le bras gauche , de façon
qu'il ſoit lelong de l'épaule , & on fera def
cendre lamaingauche ſur la platine.
Haut les armes En un tems , on relevera de la
maindroite le fufil à côté de ſoi & on yjoindra la
main gauche au deflus de la platine , les coudes
élevés&détachés du corps .
Apprêtez vos armes . En joue. Tirez. Retirez vos
arimes. Tous ces commandemens doivent s'exécuter
comme il eſt précédemment expliqué ,&
à celui de retirez vos armes , le ſoldat remettra
le chien en ſon repos , eſſuyera la platine& refermera
le baſfinet de foi -même ſans faire aucun
mouvement du corps , les armes toujours hautes..
Croffè à terre. En deux tems , au premier on
baiſſera lefufil debiais de la main gauche & onportera
la droite à-quatre doigts du boutdu canon .
Auſecond, on laiſſfera tomber la croſſe à terre en
1
1
212 MERCURE DE FRANCE .
avant du pied gauche & on reportera la main gaucheà
undemi- pied au deſſous de la droite.
Reprenez laBayonnette. En un tems , on degagera
la dquille du tenon , on l'ôtera du canon & on
la préſenteradroite le bras à demi- tendu àla hauteur
de l'épaule , à quatre doigts à côté du bout du
canon.
Remettez la enfon lieu. En un tems , on laremettradans
ſonfoureau & on rempoignera auſſi -tôt le
fuſil avec la main droite à quatredoigts du bout.
•Haut les armes . En deux tems comme il eſt cidevant
expliqué.
Fufil fur l'épaule. En trois tems , au premier on
relevera le fufil de la main droite devantſoi , le bras
bientendu à la hauteur de la cravatte , les épaules
également effacées , la main gauche pendante &
latêtedroite .
Au ſecond, onlemettra ſurl'épaule enjoignant
enmême tems la main gauche àquatre doigts du
boutdela crofle , les coudes hauts.
Au troiſieme , on abaiſſera les coudes& lamain
gauche qui doit demeurer pendante.
Alors on exécutera les commandemens de Repo-
Sez-voussur vos armes , posezvos armes àterre reprenez
vos armes , &fufil fur l'épaule , ainſi qu'il eft cidevant
pratiqué dans l'ancien exercice , obſervant
defaire toujourshaut les armes comme il vient d'ê .
tre expliqué , toutes les fois qu'on voudra faire tirer
les troupes& de ne marcher à l'ennemi que le
fufilfur le bras gauche ou les armes hautes.
Le Lundi 25 l'Académie Françoiſe élut
M. de Voltaire pour remplir la place vacante
par la mort de M. le Préfident Bouhier.
!
TABLE,
PIECES FUGITIV IECES FUGITIVES en Vers , & en Pro
ſe ,Epitre au Roi
Lettre ſur l'Eloquence du Barreau
La Sageſſe Eternelle , Ode
3
9
19
Lettrede M. de Linchet Md. Eventailliſte 24
Epitre aux Muſes 36
Lettre de M. l'Abbé Beaulieu&c . 38
Versà une Dlle aſſiſe devant ſon miroir 43
Lettre ſur les ſenſations des bêtes 46
Versau Maréchal de Saxe 56
Le chat ambitieux , Fable Ibid.
Bouts rimés 58
Epitre ſur unemaladie àM ... 59
Méridien aſtronomique 64
Epiftola Egidio Xaverio dela Sante Jefuita Sacerdoti
à Faulo Forgafio Maillardo 72
Vers à Philis 74
Autres à Cloris ſur la mortde ſa chienne 75
Autres à Iris le jourde ſa Fête 76
Quatrain à Silvie 77
Réflexions morales Ibid.
Sonnet ſur les Medecins 83
Epitre à M. & Made . Chop ... de ... 84
Lettre de Dom Dupleſſis aux Auteurs du Mercure
85
Suite des recherches ſur les feuxde joye&c. 88
Nouvelles Litteraires , des Beaux Arts. Difcours fur
le ſymbole des Apôtres &c . 101
Le Tronc & les Rameaux , Fable τις
Les deux Coufines , Comédie 116
Effai d'Odontotechnie , Extrait 117
InſtitutionsAstronomiques deKeil 319
Fevrier
Enigmes & Logogryphes
Chanſon notée
SecondeEdition duChirurgien Dentiſte
Aflembléede la Société Litteraire d'Arras
Ibid.
120
Explications des Enigmes & Logogryphes de
* Spectacles , Extrait de laCoquette fixée
123
1bid.
130
Ibid
Comédie Françoiſe &c. 147
Comédie Italienne Ibid.
Compliment en Vers fait par Arlequin 148
Concert ſpirituel 150
Concerts de la Cour 154
Extrait du Ballet de la Félicité 156
Journal de la Cour , de Paris &c. 168
Régimens donnés 171
Bénéfices donnés 173
Priſes de Vaiſſeaux $74
Lifte des Officiers Generaux qui doivent ſervir en
Flandres 179
Nouvelles Etrangères 185
Mariages & Morts 198
* Mots des Enigmes & Logogryphes 208
del'Infanterie
Ordonnance du Roi ſur le maniment des armes
LaChanſon notée doit regarder la page
208
13.0
De l'Imprimerie d Jean - Fr. ROBUSTEL.
rue de la Calcendre près le¡Palais,
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI.
MAI. 1746.
UT SPARGAT LIGITUT
Chés
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER
rue S. Jacques .
La Veuve PISSOT, Quai de Conty
à la defcente du Pont- Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais
M. DCC . XLVI.
AvecApprobation & Privilége du Roi.
840.6
M558 L
1746
AVIS.
'ADRESSE générale du Mercure est
M. DE CLEVES D'ARNICOURT
rue du Champ-Fleuri dans la Maiſon de M.
May Lourdes Correcteur des Comptes au premier
étage ſur le derriere entre un Perruquier & un
Serrurier à côté de l'Hôtel d'Enguien. Nous
prions très- instamment ceux qui nous adrefferont
des Paquets par la Poste , d'en af
franchir le port , pour nous épargner le déplaisir
de les rebuier , & à eux celui de ne
pas voir paroître leurs ouvrages.
Les Libraires des Provinces ou des Pays
Eirangers , qui souhaiteront avoir le Mercure
de France de la premiere main , &plus promptement
, n'auront qu'à écrire à l'adreſſe ci-deſſus
indiquée ; on se conformera très-exactement à
leurs intentions.
Ainsi il faudra mettre ſur les adreſſes à M.
de Cleves d'Arnicourt , Commis au Mercure
de France rue du Champ-Fleuri , pour ren
dre à M. de la Bruere,
PRIX XXX . Sors
MERCURE
DE FRANCE
DÉDIÉ AU ROI.
PIECES FUGITIVES
en Versen Profe.
LEBERGER , le Cuisinier & la Brebis.
FABLE.
Uillot le berger du Village
Avec un Cuiſinier un jour faiſoit
voyage ;
Ils rencontrerent par hazard
Une brebis graffe & dodue ,
Qui ſans doute s'étoit perduę :
Le jour baiſſoit , il étoit tard,
Notre couple commence à lui donner la chaffe ,
rom
Aij
4 MERCURE DE FRANCE ,
Et l'un d'eux à l'inſtant l'arrête ſur la place ;
Chacun voulut enſuite en avoirune part ;
Je l'aurai moi toute entiere ,
Dit d'abord le Cuiſinier ;
Ce ne fera pas vrai , reprit l'autre en colere ,
Je l'ai vûe ici le premier :
Tul'as vûe ! eh bien ! ſoit : mais celui qui l'a priſe
Doit endiſpoſer àſa guiſe ;
Tout - beau , Monfieur le Rotiſſeur
DitGuillot, j'ai droità la priſe ;
,
Chacun de ſa moitié ſera le poffefſeur ,
Et de grace point de fotiſe.
Tandis qu'ils ſe difputoient ,
Madame la brebistémoin de la querelle
(C'étoit au tems que les bêtes parloient )
Jevoudrois bien ſçavoir , dit - elle ,
Quel est le droit que vous avez fur moi ,
Et ceque vous voulez faire de ma perſonne ?
C'eſt , dirent - ils , pour avoir ſoin de toi ;
Mais en ce cas , avant que je me donne ,
Je veux ſçavoir quel eſt à tous deux votre emploi ;
Moi , dit Guillot , men ſoin eſt de défendre
Tes ſemblables du loup , comme de tout danger ;
Si quelqu'un vient pour les ſurprendre ,
Mon chienveille au beſoin , &je cours les venger:
Moi , dit le Cuiſinier , je traite , je fais vivre ,
AuxPrinces jeſersà manger ;
Ne balance point à me ſuivre ,
ΜΑΙ 1746. 3.
Je te mettrai dans monverger :
Non pas s'il vous plait , lui dit-elle ,
En ſe tournant du côté du Berger ;
Pourm'attraper votre ruſe eſt nouvelle
Votre métier eſt de nous égorger ;
Guillot conferve notre vie ;
Ainſi ne vous étonnez pas
Si j'aime mieux ſa compagnie
A le ſuivre tout me convie ,
Etje vais déſormais m'attacher à ſes pas.
Examinez les moeurs , le fond , le caractére ;
Avant de choiſir un ami ;
En agiſſant toujours ainſi ,
Vous ne pouvez manquer d'être heureux fur la
terre.
Par M.... de Châlons fur Marne.
A iij
MERCURE DE FRANCE.
LETTRE de M. C. R. L. F. à M. L. J.
R. contenant la fuite des Réflexions fur
l'Homme en général , inférées dans le
Mercure de Juin 1745 premier volume.
J
'Ai reçû , mon cher Monfieur , votre
derniere Lettre , & vous jugez bien quel
accueil je lui ai fait. Vous connoiſſez mon
coeur , & vous ſçavez que tout ce qui vient
de vous ne peut manquer de me toucher
fenfiblement. Comme vous me paroiſſez
defirer ardemment la ſuite de mon Journal
Philofophique dont je vous ai déja envoyé
le commencement , & qu'entre nous je ſuis
perfuadé que ce que vous me témoignez à
ce ſujet n'eſt pas different de ce que vous
penſez , je vais continuer de vous entretenir
ſurle même ton :
Vous avez entamé dans votre Lettre un
ſujet ſur lequel j'ai bien des choſesà vous dire:
au reſte ſoyez aſſuré que ſi je hazarde mon
ſentiment après le votre , ce n'eſt que pour
vous mieux faire voir la conformité de mes
idées avec les vorres , & que je penſe ainſi
que vous fur tout ce que contient votre
Lettre , excepté ſur un point ſur lequel vous
me diſpenſerez d'être d'accord avec vous Σ
ΜΑΙ 1746.
je veux dire , fur ce que vous flatez mes
foibles lumieres en ravalant les votres.
C'eſt donc de l'amour propre qu'il faut
aujourd'hui vous parler.
>> Ami , vous voulez donc que mon foible pin
ceau
Ofedu coeur humain vous tracer le tableau ,
>> Et dans cet être enfin où l'amour propre abonde
Qui ſe croit l'ornement & le maître du monde ,
Peindre les mouvements & les troubles divers
>> Dont ſahaute prudence agite l'Univers ?
> Ce mobile puiſſant , cet agent inviſible
Agit en nous , ſans nous , parun charme invincible,
Et de l'ame au dedans mouvant tout le reffort )
De chaque paſſion détermine l'effor .
L'amour propre est né avec nous , c'et
lui qui nous anime; c'eſt lui qui nous inſpie
dans preſque toutes les occaſions; il eſt
comme un Prothée qui change de forme ,
d'extérieur & de langage même ſelon les
diverſes occurrences. L'intérêt , dit M. de
la Rochefoucauld , ( & qu'est - ce que c'eſt
que l'intérét ſi ce n'eſt l'amour propre modifié
? ) l'intérêt parle toutes fortes de Langues,
&joue toutes fortes de perſonnages , même
celui de des-intereſſé ; auſſi ne fe produit-il
Aiiij
8 MERCURE DE FRANCE .
jamais que ſous les divers maſques qu'il
emprunte pour parvenir à ſes diverſes fins :
également adroit à diſſimuler ce qui eſt , &
à feindre ce qui n'eſt pas , reifimulator ac
diffimulator , il ſe dérobe ſouvent aux yeux
les plus perçants : il eſt bien difficile de démêler
ſon jeu à travers le voile épais dont il
le couvre preſque toujours; il ſe ſert ordinairement
des livrées de la Vertu pour faire
paſſer ce qu'il peut y avoir d'irrégulier &
même de vicieux dans ſa conduite . C'eſt
par-là qu'il éblouit lesyeuxqui ne voyent
que la fuperficie des choſes ſans les approfondir.
Combien d'actions dont on ſe fait
honneur au dehors & dont on rougit au-dedans
de foi-même ! Pourvû que nous foyons
bien avec les autres , nous nous embarraffons
fort peu d'être mal avec nous-mêmes.
Nous tenons intérieurement un langage
contraire à celui de l'Avare d'Horace .
.... populus mefibilat , at mibi plaudo
Ipfe demifimul ac nummos contempor in arca*.
Rien de plus vrai que tout ce que je vous
dis. Conſultez l'Hiſtoire ; n'y trouverez- vous
pas rapportée avec les plus grands éloges
P'action de Vitellius qui fit mourir plus de
* Lib . 1. Sat. I.
ΜΑΙ 1746.
fix vingt hommes leſquels ſe vantoient
d'avoir tué Galba fon compétiteur à l'Empire
& lui en demandoient récompenſe ?
Quelles louanges ne donne - t - elle pas à
Alexandre fur ce qu'il pleura la mort de
Darius& lui fit faire lui- même de magni
fiques obſéques ? Avec quelle complaiſance
ne parle - t- elle pas de Céſar , qui ne l
contenta pas de plaindre amerement le
malheureux fort de Pompée ſon rival , mais
vengea avec chaleur ſa mort fur ceux qui
pour en être les auteurs prétendoient de lui
de la reconnoiſſance? J'avoue que ces actions
peuvent frapper par l'éclat de leur extérieur,
mais fans prétendre ici endiminuer toute la
gloire , je tombe d'accord que l'amour
propre y eſt pouflé juſqu'au dernier rafinement
, & que je ne puis m'empêcher d'y
admirer ſon adreſſe. Ne nous arrêtons
pas à l'écorce , pénétrons plus avant : nous
découvrirons des gens qui ne font à leurs
ennemis que ce qu'ils voudroient qu'on leut
fit dans le même état , & qui goûtent un
plaiſir intérieur à accablerde biens un corps
inſenſible dont ilsn'ont plus rien à craindre.
Ne peut- on pas dire que l'irellins dans fow
action fongeoit plus à lui- même en la faiſant
qu'à ſon ennemi ? de bonne foi peut-on
dire qu'il penſat à autre choſe qu'à le mettre
à couvert d'un même malheur , & à effurer
Av
to0 MERCURE DE FRANCE.
ſa propre vie & fon Empire , en montrant
àceux qui attentent à la perſonne des Sourverains
, que l'autre Prince leur fucceffeur
( quoiqu'ennemi ) en quelque façon que
ce ſoit vengera leur mort ? Céſar n'étoit- il
pas dans le même cas ? D'ailleurs il avoit
tout lieu de croire que Ptolomée qui avoit
fait maſſacrer Pompée vaincu & fugitif ,
auroit fait la même choſe fur lui s'il avoit été
en la plate de Pompée. Après tout
t.
*O ſoupirs ! ô reſpect ! 6 qu'il eſt doux de
plaindre
Le fort d'un ennemi , lorſqu'il n'eſtplusàcraindre!
Qu'avec chaleur .... on court à le venger ,
Lorſqu'on s'y voit forcé par fon propre danger ,
Etque cet intérêt qu'on prend à ſa mémoire
Fait notre fûreté comme il fait notregloire!
Vous ſçavez le tour dont s'aviſa Denis le
jeune quand ( 1 ) ibne trouva plus rien a
piller dans la Ville des Locriens , pour excroquer
les citoyens engros après les avoir
excroqués en détail.Vous vous ſouvenez que
les Locriens avoient fait à Vénus un voeu
* P. Corneille , Pomp. Act. V. Scén . I.
(1) Dein cum rapinæ occaſio deeffet "univerſam
civitatem callido commento ( Dionyfius
junior ( circumvenit. Cum Rheginorum Tyran
ΜΑΙ 1746. 11
aflés indifcret , quoiqu'il en fût il falloit
l'accomplir ; le malheur qui les pourſuivoit
& qui leur avoit inſpiré ce beau voeu , s'obf
tinoit toujours à affliger leur Ville , juſqu'à ce
qu'enfin Denis , pour les en relever trouva
un expédient qui leur donnoit un moyen
de fatisfaire à la ſuperſtition ſans intéreſſer
l'honneur de leurs familles ; on l'approuva
unaniment ; felon cet arrangement , au jou
marqué toutes les femmes ſe rendent à l'er
vi dans le Temple de Venus parées avec la
1:5
ai Leophrontis bello Locrenſes premerentur, vove
rant, fi victores forent ,ut die feſto Veneris Virgines
fuas proftituerent. Quo voto intermiſſo , cùm
adverſa bella cum Lucanis gererent , in concio
nem eos Dionyfius vocat : hortatur ut uxores
filiaſque ſuas in Templum Veneris quàm poffint
ornatiſſimas mittant : ex quibus forte ductæ
centum voto publico fungantur , Religioniſque
gratiâ , uno ſtent inlupanari menſe omnibus anté
juratis viris , nequis ullam attaminet ; quæ res ne
Virginibus , voto civitatem ſolventibus, fraudi ef
ſet, decretum facerent ne qua Virgo nuberet ,
priuſquam illæmaritis traderentur , probato confilio,
quo & fuperftitioni & pudicitiæ Virginum
conſulebatur , certatum omnes feminæ impenfius
exornate in Templum Veneris conveniunt: quas
omnes Dionyfius immiſſis militibus fpoliator
namentaque Matronarum in prædam fuam vertic .
Quarumdam viros ditiores interficit , quafdamad
prodendas virorum pecunias torquet. Juftin Lib.
21Cap. 3 .
12 MERCURE DE FRANCE.
derniére magnificence ; dès que le Tyran
le ſçût il y envoya ſes ſatellites qui dépouil-'
lérent inhumainement toute l'aſſemblée :
par-là il trouva le moyen de s'approprier
tous leurs bijoux & leurs ſuperbes habillements
; il fit mourir les plus riches d'entre
les maris de ces femmes dont il fit tourmenter
quelques unes pour en tirer l'aveu des
richeſſes de leurs époux &de l'endroit où
elles étoient cachées. C'est ainſi que tous
les jours nous nous ſervons des paffions
d'autrui pour contenter les notres ; le plus
habile eſt celui qui ſçait mieux ménager
l'amour propre des autres , & qui , fans
l'effaroucher , en ſçait adroitement tirer la
fatisfaction du ſien.
Maintenantjettons les yeux ſur les commencements
de chaque Monarchie , nous
n'y trouverons que fables , que prodiges ,
que merveilles : & même plus il y a de
merveilleux & de ſurprenant dans ces contes
conſacrés par une tradition non interrompue
de nourrices en nourrices & de
peres en fils , plus ils trouvent de croyance
dans des eſprits qui ne ſont frappés que des
choſes giganteſques. L'amour propre le plus
ſouvent n'y trouve-t- il pas fon compte ? On
eſt flaté de ſe voir une origine dans laquelle
foient mêlés des Dieux tout-à-fait chimeriques
, ou à laquelle ils ſe ſoient intereſſes.
ΜΑΙ 1746.
13
Sed nos immenfumſpatiis confecimus aquor ,
Etjam tempus equumSpumantiafolvere colla. *
Adieu , mon cher ; ſoyez toujours pourvû
d'une bonne philoſophie dégagée de
toute inquiétude étrangère à votre bien être :
vivez pour moi , commeje ne vis que pour.
vous , &c.
De ... ce 5 Août 1745 .
LE JE NE SCAIS QUOI, Ode
à Iris par M. de la Sorinicre.
0
Toi , dont les graces naïves ,
Ft le certain jene ſçais quoi
Entrainent nos ames captives
Et rangent nos coeurs ſous ta loi.
柴
Iris , viens échauffer ma veine ;
Donne le prix à mes Ecrits ;
Bien mieux que la chafte neuvaine
Tu peux animer mes eſprits .
*
De tesyeux la moindre étincelle
*Virg. Gearg. L. 2.
14 MERCURE DE FRANCE.
Porte partoutce feu vainqueur ,
Dont la flâme qui le décele
Se communique par le coeur.
Déjaje ſensque l'harmonie
Vientennoblir mes fons divers ,
Et que je dois à ton génie
Les plus heureux d'entre mes vers
Fais queje chante avec nobleſſe
Cet élégant je ne ſçais quoi
Queje ſens , mais que ma foibleſſe
Ne pourroit exprimer ſans toi.
Dis-nous ce charme inexplicable,
Dis-nous ce charme impérieux ;
Seroit- il indéfinifſable
Quandil réſide dans tesyeux ?
Ilregne ſur toutton viſage;
Mais à quoi le reconnoît- on ?
Si nous en ſçavions davantage
Il faudroit qu'il perdit ſon nom.
Cet être échauffe , vivifie ,
Reléve, affſaiſonne lestraits,
!
ΜΑΙ 1746. 15
Etdes graces qu'il multiplie
Il fait fentir tous les attraits .
Enfant du gracieux ſourire ,
Ce Dieu s'étend tout à la fois
Sur les petits riens qu'il inſpire ,
Sur les geſtes & fur la voix .
L'Amour le fit avec ſa mere
Pour mieux s'affûrer des humains ,
Et nous voila ſous ce myſtére
Les traits que nous lancent ſes mains,
Du je ne ſçaiquoi qui nous pique
Naiffent ces entretiens légers
Où l'eſprit devient ſympathique
Entre les plus ſimples bergers.
Dece charme qui nous entraine
Labeauté n'eft qu'un foible appui
C'eſt lui quila rend ſouveraine ;
La beauté languiroit ſans lui.
C'eſt par laphyſionomie
* Qu'on plaît , qu'on ſéduitbien ſouvent
On voit des belles ſans genie :
L'air fin n'eſt jamais fans talent,
:
;
16 MERCURE DE FRANCE.
Pour développer tes mystéres ,
Trop dangereux je ne ſçai quoi ,
Le plus docte des Commentaires
Ne peut t'expliquer que par toi.
MEMOIRE où l'on prouve que Philippe
le Berruier Evêque d'Orléans a succédéà
Philippe de Jouy , loin de l'avoir précédé ,
comme on l'a prétendu jusqu'ici, par M.
D. Polluche d'Orléans.
Eſtun
C
ſentiment juſqu'ici généralement
reçu , ( 1 ) que Philippe le Berruier
Evêque d'Orléans ſuccéda immédiatement
à Manaflés de Signelay , & qu'aprèsune
adminiſtration de 14 années paſſant à l'Archevêché
de Bourges , il fut remplacé dans
l'Evêché d'Orléans par Philippe de Jouy
qui ne ſiégea que deux ans. Cependant ni
P'ordre ſucceſſifde ces deux Evêques , ni le
tems fixé pour leur adminiſtration ne font
juſtes , & il eſt au contraire certain , je prétends
le démontrer , que Philippe de Jouy
a précédé Philippe le Berruier , & quầ
peine ce dernier peut-il compter deux an-
(1) La Sauſſaie , Guion ,le Gallia Chriftiana To
ΜΑΙ 1746. 17
nées d'Epifcopat ſur le Siége d'Orléans ; je
viens aux preuves.
Un point fixe & qui nous doit ſervir de
baſe , c'eſt que Philippe le Berruier quitta
l'Evêché d'Orléans au mois d'Août 1236 ,
comme en fait foi un Acte qu'on a de lui
du 25 du même mois. Ce Prélat nommé à
l'Archevêché de Bourges , allant prendre
poſſeſſion de ſa nouvelle Dignité , alla loger
dans l'Abbaye de S. Benoît ſur Loire ,
oùles Religieux toujours attentifs à éloigner
tout ce qui pouvoit donner atteinte à leurs
priviléges , exigerent de lui en le recevant
un Acte par lequel il déclare que c'eſt en
qualité d'Archevêque de Bourges qu'il a été
reçu dans le Monaſtére , & qu'il avoit alors
quitté l'Evêché d'Orléans. Noverint univerfi
quod nos anno Domini M. CC. XXX
VI. in craftino feſti Sti . Bartholomei Apostoli ,
abfoluti à cura Aurel. Eccleſia , recepti fuimus
in Floriac. Monasterio tanquam Archiepifcopus
Bituricensis. ( 1)
Nous trouvons d'ailleurs que ce Prélat
étoit encore vivant en 1259 qu'il afſiſta
avec Robert de Courtenay Evêque d'Orléans
& Thibault Abbé de S. Benoît ſur
Loire à la tranflation qui ſe fit à Orléans
le 26 Octobre des Reliques de S. Agnan ,
(1) Cartul. Floriac.
A
18 MERCURE DEFRANCE.
d'une Châſſe dans une autre , en préſence
du Roi S. Louis & des Princes Louis &
Philippe ſes deux fils. Anno DominiM. CC.
LIX. Septimo kalend. Novembris... translatum
est de theca in thecam corpus B. Aniani
gloriofiffimi Confeſſoris à Reverendis Presbiteris
Philippo Archiepifcop. Bituric. & Roberto
Epifcopo Aurelian. prafentibus &c. (1 )
Ces deux dates ainſi poſées , je paffe à
l'examen des Actes de l'Egliſe d'Orléans
dont je veux me ſervir en preuves.
Le premier eſt une Charte de l'an 1234
par laquelle Philippe Evêque d'Orléans
donne au Chapitre de ſon Egliſe la dixme
de Gidy qu'il déclare avoir eue desHéritiers
de feu de bonne mémoire Philippe
Evêque ſon prédéceſſeur. Quam a legatariis
bone memorie Philippi quondam Aurel. Epifc.
de mandato ipfius habuimus. ( 2) paroles
qui ne peuvent convenir qu'à Philippe le
Berruier qui vivoit certainement pour lors ,
&qui le font ſucceſſeur d'un autre Evêque
du nom de Philippe.
Dans le ſecond titre , encore plus déciſif
que le premier , & qui eſt de l'an 1250,
Guillaumede BuſſyÉvêque d'Orléans notifie
que cette même dixme de Gidy avoit
(1) Treſor de S. Agnan d'Orléans.
(2) Treſor de l'Egliſe d'Orléans,
ΜΑΙ 1746. 19
été acquiſe autrefois par feu de bonne mé
moire Philippe Evêque & que depuis la mort
de ce Prélat Philippe ſon ſucceſſeur alors
Evêque d'Orléans , & actuellement Archevêque
de Bourges , l'avoit donnée à l'Egliſed'Orléans.
Decimam de Gidiaco quam idem
Johannes ... bone memorie Philippo quondam
Aurelian. Epifcopo titulo pignoris obligaverat
, & poft modo Philippus ſucceſſor ipfius
Epifcopus , nunc per Dei gratiam Archiepif
copus Bituric. dictis Decano & Capitulo de
facto contulerat. ( 1 )
Voilà Philippe le Berruier ſucceſſeur
d'un autre Philippe; il ne s'agit plus que de
montrer que ce dernier n'eſt autre que
Philippe de Jouy. La choſe ne ſera pas difficile
à faire , & le treſor de l'Abbaye
d'Hyeres dans le Diocèſe de Paris m'en
fournira les moyens.
On y trouve des Lettres de l'an 1225 ,
intitulées de Philippe Evêque d'Orléans ,
mais d'un Philippe qui parlant de la dot
de ſes trois foeurs , Agathe , Agnès & Alix
Religieuſes dans ce Monaſtére , déclare que
Guy de Jouy fon pere & le leur , avoit afſigné
cette dot ſur les revenus qu'il avoit
en un lieu appellé Montbaudier : Philip.
pus Aurellian. Epiſcopus noveritis univerſi
(1) Ibid.
20 MERCURE DE FRANCE.
quod cum communis pater nofter Guido de
Joiaco miles tribus filiabus fuis monialibus ( 1 )
&c.
Pour ce qui regarde à préſent le tems que
l'un & l'autre de ces deux Evêques ont fiégé,
comme aucune de leurs lettres , du moins de
celles que j'ai vûes , & j'en ai vû beaucoup ,
n'eſt datée des années de leur Epifcopat ,
il n'eſt pas aiſé de le déterminer. Je me
flate pourtant de l'avoir fait : on en va juger,
Manaffés de Signelay Evêque d'Orléans
mourut en 1221 ; on a encore de lui des
Lettres du mois de Juillet en cette année
concernant les dixmes de la Paroiſſe de
Fontaines en Sologne. (2) Dès le mois de
Décembre ſuivant il avoit pour ſucceſſeur
Philippe de Jouy qui prend la qualité d'Evêque
élû : Epifcopus Aurelian. Electus
dans un titre de la Cour-Dieu faiſant mentiondu
don fait àcette Abbaye par Dromon
de Champlon & Clemence ſa femme de
tous leurs droits ſur la dixme d'Eſtouy. (3 )
On a vû par le titre de l'Abbaye d'Hyeres
que cePrélat étoit Evêque en 1225 , (4) & il
paroît qu'il l'étoit encore en 1228; que
( 1 ) Treſor de l'Abbaye d'Hyeres .
(2) Treſor de l'Egliſe d'Orléans .
(3)Trefor de la Cour - Dieu.
(4) Ib.d.
ΜΑΙ 1746. 28
Guillaume & Ferry de Jouy ſes freres
confentent au mois de Juillet , & Mathilde
femme du premier au mois d'Août ſuivant ,
la donation par lui faite à l'Egliſe d'Orléans
de la Terre de Villiers - Martin , puiſque
dans les Actes de ce conſentement il eſt parlé
de l'Evêque Philippe en des termes qui ne
peuvent guéres convenir qu'à une perſonne
actuellement vivante : Vénérable pere en
Dieu notre Seigneur & frere Philippe , par
la grace de Dieu Evêque d'Orléans, Vene
rabilis pater Dominus acfrater nofter Philip
pus Dei gratia Aurelian. Epifcopus. (1)
Ce Prélat ne vivoit plus au mois de Mai
1234 , ſuivant des Lettres de Pierre Archidiacre
d'Eſtampes dans l'Egliſe de Sens , qui
publie le confentement que donne Giraud
de Poinville Seigneur de Fief pour cette
même Terre de Villiers Martin : Donationem
feodi Villaris Martini à Venerabili viro
Philippo quondam Epifcopo Aurelian . bone
memorie factam (2) Il faut donc placer ſa
mort entre le mois d'Août 1228 & celui
de Mai 1234; mais comme c'eſt à cette
derniere année qu'Alberic de Trois Fontaines
l'a fixée dans ſa Chronique , & que fon
témoignage , en qualité d'Auteur contem-
(1 ) Tréſor de l'Egliſe d'Orléans,
(2) Ibid.
22 MERCURE DE FRANCE.
porain , doit étre de quelque autorité en
pareille occaſion , il s'enfuit que Philippe de
Jouy eſt mort dans les cinq premiers mois
de 1234; voici le paffage de la Chronique
d'Alberic : En cette année mourut Gautier
Evêque de Chartres & Hugues lui ſuccéda. A
OrleansPhilippeEvêque fut remplacéparun
autre Philippe : moritur eciam Galterus Carnotenfis
, fuccedit Hugo. Aurelianis post Epifcopum
Philippum fit Epifcopus alter Philippus.
Car c'eſt ainſi qu'il faut lire & non comme
portent les exemplaires imprimés : moritur
eciam Galterus Carnotenfis , fuccedit Hugo
Aurelianenfis . Post Episcopum Philippum fit
Epifcopus alter Philippus , (1) où l'on voit
que le point qui naturellement doit être
après Hugo , a été mis après Aurelianenfis ,
qu'on a lu pourAurelianis , puis qu'en lifant
de cette derniere façon on ne peut ſçavoir
à quel Diocèſe les deux Philippes ont rapport
, & que cet Hugo Aurelianenfis , comme
il eft placé ne peut s'expliquer autrement
que par un Hugues Evêque d'Orléans qui
ſeroit paſſfé à l'Evêché de Chartres, ce qui eſt
infoutenable & contredit formellement par
les dates des deux Philippes qui ſont ſuivies
depuis 1221 juſques en 1236 incluſivement,
La mort de Philippe de Jouy fixée à l'an
(1)Editionde Leibnits p. 554.
1
ΜΑΙ
1746. 23
1234lui en donne 12 à 13 d'Epifcopat &
n'en laiſſe que deux pour ſon ſucceſſeur ,
puiſque ce dernier quitta l'Evêché en 1236,
comme on l'a vû. Voilà par là les deux propoſitions
que j'ai avancées entierement
éclaircies & prouvées d'une maniere qui me
paroît concluante. Ilne me reſte qu'à répondre
à une objection qu'on me peut faire.
Depuis la tranflation de Philippe le Berruier
à l'Archevêché de Bourges , me dira-ton
, juſqu'à Guillaume de Buſſy que les
Analiſtes de l'Egliſe d'Orléans ne font fiéger
qu'en 1238 , il s'eſt paflé deux années ? Cet
intervale ſe trouve naturellement rempli
par Philippe de Jouy; ſi on l'en ôte commenty
ſuppléer ? Admettra-t-onun troiſiéme
Evêque du nom de Philippe ?
Non , & la réponſe eſt facile , puiſque le
Siége Epifcopal d'Orléans vaqua pendant
tout ce tems-là. Ce n'eſt point ici une fimple
conjecture , je le prouve par les Actes
Tuivans. Le premier eſt un vidimusde Lebert
Doyen d'Orléans du mois de Fevrier 1237 ,
étant au Cartulaire de S, Meſmin , le ſecond
des Lettres de l'Official de l'Archidiacre de
Baugency du mois de Septembre en la même
année , étant au Tréſor de l'Abbaye de
Baugency , donnés l'un & l'autre vacante
Sede Aurelian. Ainſi qu'un Acte del'Archidiacre
d'Orléans portant tranſaction
24 MERCURE DE FRANCE.
entre l'Abbé de S. Euverte & Geoffroy
Prêtre de Luyeres du Lundy après le Dimanche
Oculi meide l'an 1238. (1)
Quand je dis au reſte que le Siége étoit
vacant dans ces deux années , je ne prétends
pas par là nier abſolument que Guillaume
de Buffy ne fut peut- être élü Evêque , mais
ſeulement qu'il n'étoit pas encore reconnu
pour Evêque , ſoit qu'il n'eût pas pris pofſe
lion de l'Evêché , ſoit qu'on le lui diſputât.
Dans l'un & l'autre cas le vuide qu'on
m'objectera ne peut faire aucune impreffion,
&je trouve à le couvrir.
V
LETTRE contre l'Amour,
Ous me demandez , ma chere amie ,
mon ſentiment fur l'Amour ; que pourrai-
je vous dire ſur cette paſſion que d'autres
n'ayent pas dit avant moi ? Cette matiere ,
depuis le tems qu'on la traite , devroit bien
étre épuiſée, ſi elle ne l'eſt pas. Il eſt vrai
quejaſqu'ici on n'en a point encore parlé
véridiquement , ainſi puiſque vous le voulezje
vais le prendre ſur un ton plus férieux ,
(1) Cartul . de S. Euverte d'Orléans .
pour
:
ΜΑΙ 1746. 2
pour faire , mon l'apologie de l'Amour .
mais fon portrait au naturel.
L'Amour est une paffion que les Poëtes
& les Romanciers font la ſource de toutes
les Vertus & moi j'en fais celle de tous les
vices ; en effet l'Amour énerve le courage ,
corrompt les moeurs, amollit les coeurs ,
brouille les amis , fait des mariages difproportionnés;
il nous rendrebelles à nos Parens,
prodigues & avarestout à la fois, jaloux,
ſoupçonneux &c. enfin lorſque nous nous
laiffons dompter par une paflion qu'on ne
doit regarder que comme un amusement
inutile ,tous nos ſens nous déclarent la guerre
; nous nourriflons nos plus cruels ennemis
qui ne reſpectent ni ſexe , ni âge , ni
condition.
Dieu nous donna la raiſon en partage
pour nous diftinguer des animaux ; il me
ſemble quele meilleur uſage que nous en
puiſſions faire eſt de commander , & de
reprimer nos paffions.
Vous me direz peut être que ſi l'Amour eſt
une foibleſſe c'eſt la foibleſſe des grands
coeurs , vous ajoûterez à cette maxime
d'Opéra , qu'on n'eſt pas le maître de ſon
coeur , qu'il n'eft pas défendu d'en faire un
bon uſage , & qu'enfin l'Amour n'eſt pas
incompatible avec la Vertu. Défabuſez-vous
de cela, ma chere amie ; ſi les Amans font
B
26 MERCURE DE FRANCE .
vertueux , ſincéres & diſcrets, ce n'eſt par
malheur que dans les Romans. L'amour
s'abuſe lui - même , il croit n'avoir que des
vûes légitimes , mais ſouvent l'occaſion
prouve le contraire.
Vous penſez, me direz -vous, differemment
de tout le genre humain ; fans amour il n'y
auroit plus de ſociété entre les deux ſexes ;
plus de ſentimens , plus d'émulation , plus
de ſpectacles , plus de fêtes , & pour ainfi
dire , plus de mariages. Je répondrai à vos
objections que la ſociété civile en ſeroit plus
charmante; en effet , qu'est-ce que la compagnie
d'un hom.ne amoureux ? Toujours
diſtrait, toujours préoccupé , il porte partout
l'ennui , & abandonne tout le monde
pour s'entretenir de ſes idées chimeriques :
eh ! que deviendroit notre commerce ,
chere amie , fi vous aviez pareille foibleſle ?
vous m'oublieriez au point de ne pas lire
rette Lettre , au lieu qu'une perſonne qui
conferve fa liberté eſt defirée de tout le
monde. A l'égard des Spectacles je veux
bien qu'il y ait de la tendreſſe , mais qu'il
pen faffe pas le point principal ainſi qu'à
Popéra ; la Comédie Françoiſe conſerve
là-deffus un juſte milieu. Sans Amour on
peut exciter dans nos coeurs differens mouromens;
on peut en juger par la Mérope
deM. de Voltaire& par la mort deCéfar,
1
ΜΑΙ 1746. 27
Iln'y auroit plus de ſentimens , ditesvous
? quelle erreur ! L'eſtime & l'amitié
ne font point ſujettes aux échecs de l'Amour
, & par conséquent ont des liens plus
durables ; il est vrai que les femmes connoiſſent
peu cette Vertu ; elles ne ſont
point portées à aimer leurs ſemblables avec
tant de cordialité que les hommes aiment
les leurs. C'eſt une jalouſie de beauté cauſée
par l'envie de donner de l'Amour qui les
éloigne de leur ſexe.
Pour revenir au mariage , c'eſt l'insérêt
ou l'Amour qui en font la plus grande partie
, je ne voudrois ni de l'un ni de l'autre ;
ces fortes d'unions ne ſont pas de longue
durée. L'Amour jure par la raiſon que c'eſt
la Beauté qui l'inſpire , & qui en eft lefoutien
; un Edifice foutenu par un fondement
fragile riſque beaucoup de tomber en
ruine ; l'Amour en s'envolant leve le bandeau
qui nous aveugloit; l'on ſe trouve des
défauts , on ne veut plus ſe les paffer , &
alors le Mariage devient un joug affreux. Si
c'eſt l'intérêt qui vous guide , lorſque les richeſſes
ſont diſſipées , ce qui arrive bientôt
, on ſe ſoucie fort peu de celui ou de
celle de qui on les tenoit. Si l'on faiſoit
réflexion que le Mariage eſt un engagement
pour la vie , & qu'il n'y a pas de plus grand
fupplice que d'être obligé de ſupporter une
Bij
28 MECURE DE FRRANCE.
humeur contraire à la fienne, on ne s'attache
roit uniquement qu'au caractére. Cultivez
celui de la perſonne que vous devez époufer;
faites vous en un ami ou amie ; quand
la figure s'y trouve , c'eſt un ornement de
plus, mais n'en faites pas le principal. Ce
pendant comme on n'obſerve point tout ce
que je dis là-deflus , je conclus qu'il n'y a
point d'état plus fâcheux que celui du mariage
, furtout pour notre ſexe , & de plus
heureux que celuidepoſſeder ſa liberté. Je
n'entreprends point , ma chere amie , à vous
faire un détail des peines de l'hymen, n'ayant
pour le préſent à vous parler que de celles
de l'Amour. Jevous exhorte toujours à fuir
l'un & l'autre, &vous prie de me croire &c,
INVECTIVE contre la Riime.
CEft donc en vain , fatale Rime ,
Qu'à te placer au bout d'un vers
Depuis plus d'un moisje m'eſcrime ,
Je me mets la tête à l'envers ;
Je romps l'accord que cette année
J'avois paffé de me livrer à toi ;
Je maudis ton caprice&méconnois la loi,
Si tu me rends ma Verve fortunée.
Quoi! tume vois de tes ſots ſectateurs
MAI 1746.
Vanter , cherir , embraſſer l'indigence
Demes tendres ſecrets te faire confidence ,
Et tu me fais refus de tes moindres faveurs !
Ingrate , va , je renonceà te ſuivre ;
J'abhorre de tonArt les ſéduiſans attraits;
De la Proſe en ces mots reconnois-tu les traits ?
Eh bien ! elle est ma Reine ; à ſes ſoins je me
livre.
SUITE de l'Histoire Univerſelle de M. de
Voltaire Historiographe de France & l'un
des Quarante de l'Académie Françoise.
CHAPITRE XXIV.
Conquête de l'Angleterre par Guillaume Duc
de Normandie.
T
Andis que de ſimples citoyens de
Normandie fondoient en Italie des
Royaumes , leurs Ducs en acquéroient un
plus beau ſur lequel les Papes prétendirent
le même droit que ſur Naples & Sicile .
Après la mort d'Alfreld le Grand arrivée
en 900 l'Angleterre retomba dans la confufion
& la barbarie. Les anciens Anglois , Saxons,
ſes premiers vainqueurs , & les Danois
fes Ufurpateurs nouveaux s'en diſputoient
toujours la poffeffion , & de nouveaux pi
Biij
30 MERCURE DE FRANCE.
rates Danois venoient encore ſouvent partager
les dépouilės. Ces Pirates continuoient
d'être fi terribles & les Anglois fi foibles, que
vers l'année mille on ne pût ſe racheter d'eux
qu'en leur payant trente mille livres. On
impoſa pour lever cette ſomme une taxe qui
dura depuis affés long-tems en Angleterre ;
ce tribut humiliant fut appellé argent Danois
Danngeld.
Canut Roi deDannemark qu'on a nommé
le Grand , & qui n'a fait que de grandes
cruautés, remit ſous ſa domination en 1017
le Dannemark & l'Angleterre. Les naturels
Anglois furent traités alors comme des efclaves.
Les Auteurs de ce tems avouent que
quand un Anglois rencontroit un Danois ,
il falloit qu'il s'arrêtât juſqu'à ce que le Danois
eûtpaffé.
La race de Canut ayant manqué en
1041 , les Etats du Royaume reprenant
leur liberté , défererent la Couronne à
Edouard defcendant des anciens Anglo-
Saxons , qu'on appelle le S. & le Confeffeur:
une des grandes fautes , ou un des
grands malheurs de ce Roi fut de n'avoir
pointd'enfans de ſa femme Edite , fille du
plus puiflant Seigneur du Royaume :
haiſſoit ſa femme ainſi que ſa propre mere
pour des raiſonsd'Etat , & les éloigna même
Tune& l'autre On prétendit qu'il avoit fait
:
il
A
MAI 1946. 38
voeu de chaſteté , voeu très téméraire dans
un mari , & très- inſenſé dans un Roi qui
avoit beſoin d'héritiers : ce voeu , s'il fut réel,
prépara de nouveaux fers à l'Angleterre.
Les moeurs&les uſages de ce tems - là ne
reſſemblent en rien aux notres. Guillaume
VIII. Duc de Normandie qui conquit
l'Angleterre , loin d'avoir aucun droit ſur ce
Royaume , n'en avoit pas même ſur la
Normandie ; fon pere le Duc Robert qui
ne s'étoit jamais marié, l'avoit eu de la fille
d'un Pelletierde Falaiſe que l'Hiſtoire nomme
Harlot , terme qui ſignifioit & fignifie
encore aujourd'hui en Anglois Concubine
ou femme publique , mais nous avons déja
vû combien la Loi naturelle l'emportoit
alors ſur la Loi poſitive.
Ce bâtardreconnu du vivant deſon pere
pour héritier légitime , ſe maintint par fon
habileté & par ſa valeur contre tous ceux
qui lui diſputoient ſon Duché. Il régnoit
paiſiblement en Normandie , & la Bretagne
lui rendoit hommage , lorſqu'Edouard le
Confeffeur étant mort, il prétendit au
Royaume d'Angleterre .
Edouard le Confefſeur n'avoit pasjoui du
Trône à titre d'héritage : Harald ſucceſſeur
d'Edouard n'étoit point de ſa Race , mais
cet Herald avoit les fuffrages de la Nation ;
Guillaume le bâtard n'avoit pour lui , ni le
Binj
32 MERCURE DE FRANCE.
;
droit de l'Election , ni celui d'héritage , ni
même aucun parti en Angleterre . Il prétendit
que dans un voyage qu'il avoit fait
autrefois dans cette Ifle, le Roi Edouard
avoit fait en ſa faveur un teftament que
perſonne ne vit jamais ; il diſoit encore
qu'autrefois Harald délivré de priſon par lui
&enſuite retenu captif, lui avoit cédé fes
droits ſur l'Angleterre, c'est- à- dire, que Herald
lui avoit cédé des droits qu'il ne pouvoit
avoir , & quand même il les eût eus ,
une ceffion ainſi extorquée n'étoit pas d'un
grand poids ; Guillaume appuya ſes foibles
raiſons d'une forte armée.
Les Barons de Normandie afſemblés en
forme d'Etats , refuſerent de l'argent à leur
Duc pour cette expédition , parce que s'il
ne réuſſiſſoit pas , la Normandie en reſte
roit appauvrie, & qu'un heureux ſuccès la
rendroit Province d'Angleterre ; mais pluſieurs
Normands hazarderent leur fortune
avec leur Duc; un ſeul Seigneur nommé
Filts- Otſbern équipa quarante vaiffeaux à
ſes dépens; le Comte de Flandres beaupere
du DucGuillaume le ſecourut de quelque
argent , le Pape même entra dans ſes
intérêts; il excommunia tous ceux qui s'oppoſeroient
audeſſein de Guillaume; enfin il
partit de S. Valery avec une flotte nom.
breuſe ; on ne ſçait combien il avoit de
ΜΑΙ 1746. 33
Vaiſſeaux ni de ſoldats. Il aborda ſur les
côtes de Suflex , & bientôt après ſe donna
dans cette Province la fameuſe bataille de
Haftting qui décida ſeule du fort de l'Angleterre.
Les Anglois ayant le Roi Harald à
Jeur tête , & les Normands conduits par leur
Duc combattirent pendant douze heures ;
la Gendarmerie qui commençoit à faire
ailleurs la force des armées , ne paroît pas
avoir été employée dans cette bataille ; les
chefsy combattirent à pied; Harald & deux
de ſes freres y furent tués; le vainqueur s'approcha
de Londres , faiſant porter devant
lui une Banniere bénite que le Pape lui avoit
envoyée. Cette Banniere fut l'Etendard auquel
tous les Evêques ſe rallierent en fa faveur
; ils vinrent aux portes avec le Magiftratde
Londres lui offrir la Couronne qu'on
ne pouvoit refuſer au vainqueur.
Guillaume feul gouvernoit , comme il
avoit ſçû conquerir; pluſieurs révoltes étouffées
, des irruptions des Danois rendues
inutiles , des Loix rigoureuſes durement
exécutées ſignalerent fon régne ; anciens
Bretons , Danois, Anglo-Saxons , tous furent
confondus dans la même ſervitude ; les
Normands qui avoient part à ſa victoire
partagerent par ſes bienfaits, les Terres des
vaincus. De- là ces familles Normandes
dont les deſcendants , ou du moins les noms
By
34 MERCURE DE FRANCE.
fabſiſtent encore en Angleterre ; il fit un
dénombrement exact de tous les biens des
ſujets de quelque nature qu'ils fuflent; on
prétend qu'il en profita pour ſe faire en
Angleterre un revenu de quatre cent mille
livres ſterlings , ce qui fait aujourd'hui environ
cinq millions ſterlings , & plus de cent
millions Monnoye de France. Il eſt évident
qu'en cela les Hiſtoriens ſe ſont beaucoup
trompés ; l'état de la Grande Bretagne d'aujourd'hui
qui comprend l'Angleterre , l'Ecoffe
& l'Irlande , n'a pas un ſi gros revenu ,
ſi vous en déduiſez ce qu'on leve pour
payer les anciennes dettes du Gouvernement.
Ce qui eſt fûr , c'eſt que Guillaume abolit
toutes les Loix du Pays poury introduire
celles de Normandie : il ordonna qu'on
plaidât en Normand , & depuis tous les
Actes publics furent expédiés en cette Langue
juſqu'à Edouard III ; il voulut que la
Langue des vainqueurs fut la ſeule du Pays.
Des Ecoles de la Langue Normande furent
érablies dans toutes les Villes & les Bourgades;
cette Langue étoit le François mêlé d'un
peu de Danois , Idiome barbare qui n'avoit
aucun avantage ſur celui qu'on parloit en
Angleterre. On prétend que nonſeulement
il traitoit la Nation vaincue avec dureté ,
mais qu'il affectoit encore des caprices ty
ΜΑΙ 1746. 35
ranniques : on en donne pour exemple la
Loi du couvrefeu , par laquelle il falloit au
ſon de la cloche éteindre le feu dans toutes
les maiſons à huit heures du foir , mais certe .
Loi , bien loin d'être tyrannique , n'eſt qu'une
ancienne Police Eccléſiaſtique établie
preſque dans tous les anciens Cloîtres
du Nord. Les maiſons étoient bâties de
bois , & la crainte du feu étoit un objet des
plus importants de la Police générale ?
On lui reproche encore d'avoir détruit
tous les Villages qui ſe trouvoientdans un
circuit de quinze lienes pour en faire une forêt
, dans laquelle il pût goûter le plaifir
de la chaſſe . Une telle action eſt trop inſenſée
pour être vraiſemblable. Les Hiftoriens
ne font pas attention qu'il faut environ
vingt- cinq années pour qu'un nouveau plan
d'arbres devienne une forêt propre à la
chaffe; on lui fait ſemer cette forrêêtt en 1080;
il avoit alors foixante-trois ans ; quelle apparence
y a-t- il qu'un homme raiſonnable
ait à cet âge détruit des Villages pour femer
quinze lieues en bois dans l'eſpérance d'y
chaffer un jour .
Ce Conquérant de l'Angleterre fut later
reur du Roi de France Philippe Premier
qui voulut abbaiffer trop tard un Vaſſal fi
puiffant; il ſe jetta ſur le Maine qui dépen
doit alors de la Normandie , Guillaume re
Bvj
36 MERCURE DE FRANCE.
paſſa la Mer , reprit le Maine & contraignit
le Roi de France à demander la paix , ainfi
Guillaume quoique ayant un Souverain ,
fut le Prince le plus puiſſant en Europe.
CHAPITRE X X V.
De l'état où étoit l'Europe aux dixiéme &
onziéme fiecles .
ARuffie , comme nous l'avons dit, avoit
Lembraffe le Chriftianisme à la fin du
dixiéme fiecle ; les femmes étoient deſtinées
à convertir les Royaumes ; une foeur
des Empereurs Bafile & Conftantin , mariée
au pere du Czar Jaraflau, dont j'ai parlé, obtint
de ſon mari qu'il ſe feroit baptifer : les
Ruſſes eſclaves de leur maître l'imiterent ,
mais ils ne prirent du Rit Grec que les fuperftitions
: Environ dans ce tems - là , une
femme attira encore la Pologne au Chriftianiſme.
Miſcelas Duc de Pologne fut converti
par ſa femme foeur du Duc de Boheme.
J'ai déja remarqué que les Bulgares avoient
reçû la Foi de la même maniére. Giſtelle
foeur de l'Empereur Henri fit encore Chrétien
fon mari Roi de Hongrie dans la premiére
année du onziéme fiécle. Ainfi il eſt
ΜΑΙ 1746. 37
vrai que la moitié de l'Europe doit aux femmes
fon Chriftianiſme , mais cette Réligion
mal affermie étoit mêlée de Paganiſme.
La Suéde chés qui elle avoit été préchée
au neuviéme fiécle étoit redevenue Idolatre .
La Boheme & tout ce qui eſt au bord de
l'Elbe renonça au Chriftianiſme en 1013 .
Toutes les côtes de la Mer Baltique vers
l'Orient étoient Payennes. Les Hongrois en
1047 retournérent au Paganiſme , & toutes
ces Nations étoient auſſi loin d'être policées
que d'être Chrétiennes.
La Suéde depuis long- tems épuiſée d'ha
bitans par ces anciennes émigrations dont
l'Europe fut inondée, paroît dans le huit
neuf , dix & onziéme fiécles , comme euſevelie
dans ſa groſſiereté ; ſans guerre & fans
commerce avec ſes voiſins , elle n'a part à
aucune grande affaire , & n'en fit probablement
que plus heureuſe : les grands
événemens ne ſont ſouvent que des malheurs
publics.
La Pologne beaucoup plus barbare que
Chrétienne , conſerva juſqu'au treiziéme
fiécle les coutumes des anciens Sarmates de
tuer leur enfans qui naifſſoient imparfaits&
les vieillards invalides. Il fallut qu'à la fin
même du treiziéme fiécle Albert le Grand
fit une Miſſion pour déraciner cet uſage :
qu'on juge par là du reſte du Nord.
38 MERCURE DE FRANCE.
L'Empire de Conſtantinople n'étoit ni
plus reſſerré ni plus agrandi que nous l'avons
vu au neuviéme fiécle . A l'Occident
il ſe défendoit contre les Bulgares ; à l'Orient
& au Nord contre les Turcs & les
Arabes. Le Trône étoit ſouvent enſanglanté,
& peu de Princes du ſang d'un Empereur
échappoient à la fureur d'un ſucceſſeur , qui
faiſoit preſque toujours crever les yeux aux
parents de l'Empereur détrôné. Je me réſerve
à voir quel étoit le fort de Conftantinople
, & quelles révolutions les Tures
avoient cauſées en Afie , lorſque les armées
des Croiſés iront dans ces Etats .
On a vû en général ce qu'étoit l'Italie.
Des Seigneurs particuliers partageoient tout
le Pays depuis Rome juſqu'à la merde la
Calabre , & les Normands en avoient la
plusgrande partie. Florence , Milan , Pavie ,
Piſe , ſe gouvernoient par leurs Magiftrats ,
fous des Comtes ou ſous des Ducs nommés
par les Empereurs. Bologne étoit plus libre.
La Maiſon de Morienne , dont deſcendent
les Ducs de Savoye Rois de Sardaigne ,
commençoit à s'établir : elle poſſedoit comme
fiefde l'Empire la Comté héreditaire de
Savoye & de Morienne , depuis que Hum
bert aux blanches mains , tige de cette Maifon
avoit eu en 888 ce petit démembre
ment du Royaume de Bourgogne ,
ΜΑΙ 1746. 39
Les Suiſſes & les Griſons détachés auffi
de ce même Royaume qui dura ſi peu ,
obéifloient aux Baillis que les Empereurs
nommoient .
Deux Villes maritimes d'Italie commen
çoient à s'élever , non par des invaſions ſubites,
telles que pluſieurs que l'on a vûes, majs
par une induſtrie ſage qui dégénera auſſi-tôt
en eſprit de conquête ; ces deux Villes
étoient Génes & Veniſe. Génes célébre du
tems des Romains , regardoit Charlemagne
comme ſon reſtaurateur ; cet Empereur l'avoit
rebatie quelque tems après que les
Goths l'avoient détruite : gouvernée par des
Comtes ſous Charlemagne & fous ſes premiers
deſcendans , elle fut ſaccagée au dixiéme
ſiécle par les Mahométans , & preſque
tous ſes citoyens furent emmenés en ſervitude
, mais comme c'étoit un Port commer
çant , elle fut bientôt repeuplée. Le Négoce
qui l'avoit fait fleurir ſervit à la rétablir ;
elle devint alors une République : elle prit
l'Ifle de Corſe ſur les Arabes qui s'en étoient
emparés. C'eſt ici qu'il faut ſe ſouvenir que
les Papes pretendoient avoir droit à la Corſe
par la donation de Louis leDebonnaire.
Ils exigerent un tribut des Génois pour cette
Ifle : les Génois payerent ce tribut au
commencement de l'onzieme fiéclé , mais
bientôt après ils s'en affranchirent ſous le
MERCURE DE FRANCE.
Pontificat de Lucius Second. Enfin leur
ambition croiffant avec leurs richeſſes , de
Marchands ils voulurent devenir Conquérants.
La Ville de Veniſe bien moins ancienne
que Génes , affectoit le frivole honneur
d'une plus ancienne liberté ,&jouiſſoit de la
gloire folide d'une puiflance bien ſupérieure;
ce ne fut d'abord qu'une retraite de
Pécheurs & de quelques fugitifs qui s'yre
fugierent au commencement du cinquiéme
fiécle , quand les Huns ravageoient l'Italie :
il n'y avoit pour toute Ville que des cabanes
fur le Rialto. Le nom de Veniſe n'étoit
point encore connu : ce Rialto bien loin
d'être libre , fut pendant trente années un
fimple Bourg appartenant à la VilledePadoue
qui legouvernoit par des Confuls ; la
viciffitude des choſes humaines a mis depuis
Padoue ſous le joug de Veniſe ; il n'y a au
cune preuve que ſous les Rois Lombards
Veniſe ait eu une liberté reconnue; il eſt plus
vraiſemblable que ſes habitans furent oubliésdans
leurs marais .
Le Rialto & les petites Iſſes voiſines ne
conimencerent qu'en 709 à ſe gouverner par
leursMagiftrats.
Ils furent alors indépendants de Padoue ,
& fe regarderent comme une République ;
c'eſt en 709 qu'ils eurent leurpremierDoge,
MAI 1746. 41
qui ne fut qu'un Tribun du peuple élû par
des Bourgeois. Pluſieurs familles qui donnerent
leurs voix à ce premier Doge , fubfiftent
encore ; elles font les plus anciens
Nobles de l'Europe . :
Héraclée fut le premier fiége de cette
République juſqu'à la mort de ſon troifiéme
Doge. Cene fut que vers la fin du neuviéme
fiécie que ces Infulaires retirés plus avant
dans leurs Lagunes , donnerent à cet af
fmblage de perites Iſles qui formerent une
Ville , le nom de Venise , du nom de cette
côte qu'on appelloit Terra Venetorum ;
les habitans de ces marais ne pouvoient
fubfifter que par leur commerce: la néceflité
fut l'origine de leur puiflance.
Il n'eſt pas affürément bien décidé que
cette République fut alors abſolument indépendante
: on voit que Beranger reconnu
quelque tems Empereur en Italie , accorda
l'an 950 au Doge de battre,Monnoye ;
cesDoges mêmes étoient obligés d'envoyer
aux Empereurs en redevance un manteau
de drap d'or tous les ans , & Othon III.
leur remit en 998 cette eſpéce de petit
tribut , mais ces légeres marques de Vaſſalité
n'ôtoient rien à la véritable puiſſance de
Veniſe, car tandis que les Venitiens payoient
un manteau d'etoffe d'or aux Empereurs , ils
acqueroient par leur argent & par leurs
42 MERCURE DE FRANCE.
armes toute la Province d'Iſtrie , & preſque
toutes les côtes de Dalmatie , Spalatro ,
Raguze , Narenta. Leur Doge prenoit vers
le milieu du Dixiéme fiécle le titre de Duc
de Dalmatie ; mais ces conquêtes enrichilſoient
moins Veniſe que le commerce
dans lequel elle ſurpaffoit encore lesGénois
, car tandis que les Barons d'Allemagne
& de France bâtiſſoient des Donjons &
opprimoient les peuples , Veniſe attiroit leur
argent en leur fourniſſant toutes les denrées
de l'Orient. Les mers étoient déja couvertes
de ſes vaiſſeaux , & elle s'enrichiſſoit de
l'ignorance & de la barbarie des Nations
Septentrionales de l'Europe.
Laſuite dans le premier Mercurt.
:
ΜΑΙ 1746. 43
L'AGOΝΙΕ .
QueUel funeſte trouble m'agite !
Je deviens foible & chancelant ;
Quel est donc ce coup violent ?
Ma force tombe , & tout me quitte.
Demes jours le deſtin vainqueur
A-t-il pourbut de me pourſuivre ?
Faut- il enfin ceſſer de vivre ,
Et fubir l'extrême rigueur ?
C'en est fait; Arrêt formidable ,
Tuviens pour exercer tes droits ,
Etcontre d'éternelles Loix
En vain , te voudrois -je traitable ;
Le tems arrive ; il faut finir ;
Mon ame eſt émue & tremblante ,
Et par l'effroi qui la tourmente
Tu me condamnes à périr.
Momens comptés de ma carriere ,
Ombre paſſantede mes jours ,
Ici ſe borne votre cours ;
Dans peuje fuis cendre& pouſſiére :
Ce ſoufle qui ſçut m'animer ,
Ce corps qui fut formépour naître,
44 MERCURE DE FRANCE,
Ce tout , hélas! va ceſſer d'être ,
Etmon eſprit va s'envoler .
!
Parois donc , terme de mavie,
Je ſens trop de maux à la fois ,
Et puiſque je n'ai plus de voix
Abrége ma triſte Agonie .
Dans cet inftant , Dieu Créateur ,
Souriens ta foible créature ;
De tesmains elle eſt l'oeuvre pure ;
Fais lui partager ton bonheur.
perc
atel
kite
10
EXTRAIT d'une Lettre de M. Lesage
Etudiant en Médecine à Paris , adreſſee à
Son Pere à Genéve du 6 Septembra 1745
C
Omme la lettre que je vous écrivis
hier étoit preſque entierement remplie
lorſqueje reçus la vôtre , je ne pus répondre
qu'à quelques-uns des articles dont
vous me parliez , & je n'eus pas aflés de
place pour vous dire ce que je penſois du
Probleme propoſé par l'Académie Royale
de Berlin.
Plus on étudie la Phyſique , plus on la
trouve difficile . Cependant fans avoir étudié
ce qui regarde les vents ,je ne laiſſe pas d'aMAI
1746. A5
percevoir beaucoup de difficulté à traiter
Eette matiére
Il faut confidérer l'effet que produifent
fur notre Athmosphére chacune des cantes
qui peuvent en troubler la tranquilizzé fi
elle agifioit toute feule. Il faut enfuite.combiner
deux de ces caufes pour voir quel
effet en reſulteroit. Eniuite en corabiner
une troifiéme avec ces deux-là. Et ainſi de
fuite, juſqu'à ce qu'on vienne à voir l'effet de
la combinaiſon de toutes ces cauſes à la fois,
Ces cauſes font , 1 °. le mouvement jour
nalier de la terre . 2. fon mouvement annuel.
3º. la gravité décroiffant comme
les quarrés des diſtances augmentent. 4º . la
chaleur du Soleil qui à toutes les heures
dujour agit fur differens méridiens. 5°. cettechaleur
, entant que tous les jours de
P'année elle agit fur differentes latitudes
&plus efficacement ſur les unes que fur
les autres , à cauſe des differens dégrés d'obliquité,
6º, la gravitation de l'Arhmofphere
& de l'Ocean fur la Lune à laquel
le on attribuë les marées ordinaires. 7° ,
a gravitation de l'Atmosphere & de l'O
céan ſur le Soleil , à laquelle on attribue
les marées extraordinaires : enfin d'autres
auſes auſquelles je n'ai peut-être pas penſé,
Vous devez avoir des theſes de M. Maurica
busM. Calandrin. De actione Solis & Lung
aerem& aquas.
46 MERCURE
DE FRANCE.
Je crois que le nombre & la grandeurde cesdifficultés les convertira en une impoffibilité
Mathematique
préſente , c'est-à-dire, que le Calcul conduira à des équations que les Algébriftes d'apréſent ne ſçavent pasre foudre. Mais ces difficultésne font rien fi
on les compare avec les impoſſibilitésPhy- ſiques que l'on trouvera dès qu'on ne voudra
pas poſer les principes du calcul avant que d'avoir bien poſé ceux du probléme, ce qui eſt un défaut preſque commun à tous les Phyfico -Mathématiciens
, & qui est la cauſe pour laquelle beaucoup de gens croyent qu'on nedoitpas appliquer lesMa- thématiques à laPhyſique , voyant le mau- vais ſucès de laplupart de ceux qui ont vou lu le faire. Voici quelques unes de cesimpoffibilités
d'ignorancePhyſique. 1º. Il faudroit ſçavoir files deux mouve- mens de la Terre tirent leur origine d'une eſpéce de projection du Créateur dont l'effet dure encore , quoique la cauſe n'agiffe plus depuis long-tems; ou fi ces deux mouve- mens font produits par une cauſe qui agit continuellement
, mais qui eft trop foible pour que fi elle ceſſoit quelques momens, ces mouvemens
ſubſiſtaſſent
encore quelque tems. Ce premier genre de cauſes , ſenom- me Forces vives , & le ſecond ſe nomme Forces mortes ; car quoique l'effet de cesdeux
P
ΜΑΙ 1746. 47
genresde cauſes fut le même par rapport à
la Terre , il ne ſeroit pas le même par rappartà
fon athmoſphere. Or adhuc fub judice
lis eft : & même ily a apparence qu'on ne
pourra jamais raiſonner ſur cette matière
quepar hypothéſes .
2º. Au cas même que l'on fut perfuadé à
bontitre que les cauſes dont je parlefuſſent
des forces vives , il faudroit ſçavoir encore
ſi le Créateur a imprimé à la fois ces deux
mouvemens , & à la Terre & à fon athmofphére
, ou s'il les a ſeulement imprimés à la
Terre qui les communique continuellement
à fon athmoſphére.
3 °. Il faudroit ſçavoir ſelon quelle loi décroit
la denſité de l'Air , felon quelle loi
chacune des cauſes des vents agiſſent differemment
ſur les couches de differente denfité
; à quel degré de rarité l'Air eſt autant
dilaté qu'il le peut être , & de quel degré de
rarité eſt la coucheſuprême de l'athmoſphé
re. Ges queſtions en renferment huit ou dix
autres preſque toutes impoſſibles à réſoudre:
car fur ces mots , chacune des cauſes des
vents ſont compris les differents degrés
d'élaſticité , d'obliquité du Soleil , de force
de ſes rayons , après avoir traverſé certains
nombres de couches differemment denſes
&c.
0
4°. Il faudroit que la queſtion fut décidéo
Aflemblée de la Société Litteraire d'Arras
SecondeEdition du Chirurgien Dentiſte 120 Ibid.
Fevrier
Enigmes & Logogryphes
Chanſon notée
Explications des Enigmes & Logogryphes de
* Spectacles , Extrait de laCoquette fixée
123
1bid.
130
Ibid
Comédie Françoiſe &c.
147
Comédie Italienne
Ibid.
Compliment en Vers fait par Arlequin
148
Concert ſpirituel 150
Concerts de la Cour 154
ExtraitduBallet dela Félicité 456
Journal de la Cour , de Paris &c.
168.
Régimens donnés
171
Bénéfices donnés
173
Priſes de Vaiſſeaux 174
Flandres
Nouvelles Etrangères
Mariages & Morts
Ordonnance du Roi fur le mar
Liſte des Officiers Generaux qui doivent ſervir en
Mots des Enigmes & Logogryphes
179
185
198
208
maniment des armes
de l'Infanterie 208
La Chanſon notée doit regarder la page
13.0
De l'Imprimerie d Jean - Fr. ROBUSTEL
rue de la Calcendre près le¡Palais.
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI.
MAI . 1746.
UT SPARGAT LIGITUT
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER
rue S. Jacques.
Chés La Veuve PISSOT, Quai de Conty
à la deſcente du Pont- Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais
M. DCC . XLVI .
AvecApprobation & Privilège du Roi.
840.6
M558 L
1746
AVIS.
'ADRESSÉ générale du Mercure est
àM. DE CLEVES D'ARNICOURT
rue du Champ- Fleuri dans la Maison de M.
May Lourdet Correcteur des Comptes au premier
étage ſur le derriere entre un Perruquier & un
Serrurier à côté de l'Hôtel d'Enguien. Nous
prions très-instamment ceux qui nous adrefseront
des Paquets par la Poste , d'en af
franchir le port , pour nous épargner le déplaisir
de les rebuter , & à eux celui de ne
pas voir paroître leurs ouvrages.
Les Libraires des Provinces on des Pays
Etrangers , qui ſouhaiteront avoir le Mercure
de France de la premiere main, & plus promptement
, n'auront qu'à écrire à l'adreſſe ci-deſſus
indiquée ; on se conformera très-exactement à
leurs intentions.
Ainsi il faudra mettre ſur les adreſſes àM.
de Cleves d'Arnicourt , Commis au Mercure
de France rue du Champ-Fleuri , pour reng
dre à M. de la Bruere,
PRIX XXX.SOLS
MERCURE
DE FRANCE
DÉDIÉ AU ROI.
PIECES FUGITIVES
en Vers &en Profe.
LEBERGER , le Cuisinier & la Brebis.
FABLE.
Uillot le berger du Village
Avec un Cuiſinier un jour faiſoit
voyage ;
Ils rencontrerent par hazard
Une brebis graffe & dodue ,
Qui ſans doute s'étoit perduę :
Le jourbaiſſoit , il étoit tard,
Notre couple commence à lui donner la chaffe ,
Aij
MERCURE DE FRANCE.
Et l'un d'eux à l'inſtant l'arrête ſur laplace;
Chacun voulut enſuite en avoir une part ;
Je l'aurai moi toute entiere ,
Ditd'abord le Cuiſinier ;
Ce ne ſera pas vrai , reprit l'autre en colere ,
Je l'ai vûe ici le premier :
Tul'as vûe ! eh bien ! ſoit : mais celui qui l'a priſe
Doit en diſpoſer à ſa guiſe ;
Tout - beau , Monfieur le Rotiffeur ,
Dit Guillot, j'ai droità la priſe ;
Chacun de ſa moitié ſera le poſſeſſeur ,
Etde grace point de fotiſe..
Tandis qu'ils ſe diſputoient ,
Madamelabrebis témoin de la querelle
( C'étoit au tems que les bêtes parloient )
Je voudrois bien fçavoir , dit - elle ,
Quel est ledroit que vous avez fur moi ,
Et ce que vous voulez faire de maperſonne ?
C'eſt , dirent - ils , pour avoir ſoin de toi ;
Mais en ce cas , avant que je me donne ,
Je veux ſçavoir quel eſt à tous deux votre emploi ;
Moi , dit Guillot , men foin eſt de défendre
Tes fomblables du loup , comme de tout danger ;
Si quelqu'un vient pour les ſurprendre ,
Mon chien veille au beſoin , &je cours les venger:
Moi , dit le Cuiſinier, je traite , je fais vivre ,
Aux Princes je ſersà manger ;
Nebalance point à me ſuivre ,
MAI 1746. 3
Je temettrai dans mon verger :
Non pas s'il vous plait , lui dit-elle ,
En ſe tournant du côté du Berger ;
Pour m'attraper votre ruſe eſt nouvelle
Votre métier eſt de nous égorger ;
Guillot conferve notre vie ;
Ainſi ne vous étonnez pas
Si j'aimemieux ſacompagnie
A le ſuivre tout me convie ,
Et je vais déſormais m'attacher à ſes pas .
Examinez les moeurs , le fond, le caractére
Avant de choiſir un ami ;
En agiſſant toujours ainſi ,
Vous ne pouvez manquer d'être heureux fur la
terre.
Par M.... de Châlons fur Marne.
A iij
MERCURE DE FRANCE.
LETTRE de M. C. R. L. F. à M. L. J.
R. contenant la ſuite des Réflexions fur
l'Homme en général , inférées dans le
Mercure de Juin 1745 premier volume.
J
'Ai reçû , mon cher Monfieur , votre
derniere Lettre , & vous jugez bien quel
accueil je lui ai fait. Vous connoiffezmon
coeur , & vous ſçavez que tout ce qui vient
de vous ne peut manquer de me toucher
ſenſiblement. Comme vous me paroiſſez
defirer ardemment la ſuite de mon Journal
Philofophique dont je vous ai déja envoyé
le commencement , & qu'entre nous jeſuis
perfuadé que ce que vous me témoignez à
ce ſujet n'eſt pas different de ce que vous
penſez ,je vais continuer de vous entretenir
ſur le même ton :
Vous avez entamé dans votre Lettre un
ſujet ſur lequelj'ai bien des choſes à vous dire:
au reſte ſoyez affûré que ſi je hazarde mon
ſentiment après le votre , ce n'eſt que pour
vous mieux faire voir la conformité de mes
idées avec les votres , & que je penſe ainſi
que vous fur tout ce que contient votre
Lettre , excepté ſur un point fur lequel vous
me diſpenſerez d'être d'accord avec vous ,
MAI 1746. 7
je veux dire , fur ce que vous flatez mes
foibles lumieres en ravalant les votres.
C'eſt donc de l'amour propre qu'il faut
aujourd'hui vous parler.
>>Ami , vous voulez donc que monfoible pin
ceau
> Ofe du coeur humain vous tracer le tableau,
>> Et dans cet être enfin où l'amour propre abonde
Qui ſe croit l'ornement & le maître du monde ,
Peindre les mouvements & les troubles divers
>>Dont ſahaute prudence agite l'Univers?
>>Cemobile puiſſant , cet agent inviſible
Agit en nous , ſans nous , par un charme invincible
,
Et de l'ame au dedans mouvant tout le reffort
>>De chaque paſſion détermine l'effor.
L'amour propre eſt né avec nous , c'et
lui qui nous anime; c'eſt lui qui nous inſpie
dans preſque toutes les occaſions ; il eſt
comme un Prothée qui change de forme ,
d'extérieur & de langage même ſelon les
diverſes occurrences. L'intérêt , dit M. de
la Rochefoucauld , ( & qu'est - ce que c'eſt
que l'intérét ſi ce n'eſt l'amour propre modifié
? ) l'intérêt parle toutes fortes de Langues,
&joue toutes fortes de perſonnages , même
celui de des-intereſſé ; auſſi ne fe produit- il
Ainj
8 MERCURE DE FRANCE.
jamais que ſous les divers maſques qu'il
emprunte pour parvenir à ſes diverſes fins :
également adroit à diſſimuler ce qui eft , &
à feindre ce qui n'eſt pas , rei fimulator ac
diffimulator , il ſe dérobe ſouvent aux yeux
les plus perçants : il eſt bien difficile de démêler
ſon jeu à travers le voile épais dont il
le couvre preſque toujours; il ſe ſert ordinairement
des livrées de la Vertu pour faire
paſſer ce qu'il peut y avoir d'irrégulier &
même de vicieux dans ſa conduite :. C'est
par-là qu'il éblouit lesyeux qui ne voyent
que la fuperficie des choſes ſans les approfondir.
Combien d'actions dont on fe fait
honneur au dehors & dont on rougit au-dedans
de foi-même ! Pourvû que nous foyons
bien avec les autres , nous nous embarraffons
fort peu d'étre mal avec nous-mêmes.
Nous tenons intérieurement un langage
contraire à celui de l'Avare d'Horace .
.... populus mefibilat , at mibi plaudo
1pfe demifimul ac nummos contempor in arcat.
Rien de plus vrai que tout ce que je vous
dis. Conſultez l'Hiſtoire; n'y trouverez- vous
pas rapportée avec les plus grands éloges
l'action de Vitellius qui fit mourir plus de
* Lib. 1. Sat. 1 .
MAI 1746.
fix vingt hommes leſquels ſe vantoient
d'avoir tué Galba fon compétiteur à l'Empire
& lui en demandoient récompenſe ?
Quelles louanges ne donne - t - elle pas à
Alexandre fur ce qu'il pleura la mort de
Darius& lui fit faire lui- même de magnifiques
obſéques ? Avec quelle complaiſance
ne parle - t - elle pas de César , qui ne
contenta pas de plaindre amerement le
malheureux fort de Pompée ſon rival , mais
vengea avec chaleur ſa mort ſur ceux qui
pour en être les auteurs prétendoient de lui
de la reconnoiſſance? J'avoue que ces actions
peuvent frapper par l'éclat de leur extérieur,
mais fans prétendre ici endiminuer toute la
gloire , je tombe d'accord que l'amour
propre y eſt pouflé juſqu'au dernier rafinement
, & que je ne puis m'empêcher d'y
admirer fon adreſſe. Ne nous arrêtons
pas à l'écorce , pénétrons plus avant : nous
découvrirons des gens qui ne font à leurs
ennemis que ce qu'ils roudroient qu'on leut
fit dans le même état , & qui goûtent un
plaifir intérieur à accablerde biens un corps
inſenſible dont ilsn'ont plus rien à craindre.
Ne peut on pas dire que l'itellius dans ſow
action fongeoit plus àlui- même en la faiſant
qu'à ſon ennemi ? de bonne foi peut-on
dire qu'il penſat à autre choſe qu'à le mettre
à couvert d'un même malheur , & à furer
Av
to0 MERCURE DE FRANCE.
ſa propre vie & fon Empire , en montrant
à ceux qui attentent à la perſonne des Sourverains
, que l'autre Prince leur fucceffeur
( quoiqu'ennemi ) en quelque façon que
ce ſoit vengera leur mort ? Céfar n'étoit-il
pas dans le même cas ? D'ailleurs il avoit
tout lieu de croire que Ptolomée qui avoit
fait maffacrer Pompée'vaincu & fugitif ,
auroit fait la même choſe fur lui s'il avoit été
en la plate de Pompée. Après tout
t.
A
*O ſoupirs ! & reſpect ! 6 qu'il eſt doux de
plaindre
Le fort d'un ennemi , lorſqu'il n'eſt plusà crain
dre!
Qu'avec chaleur .... on court à le venger,
Lorſqu'on s'yvoit forcé par fon propre danger ,
Etque cet intérêt qu'on prend à ſamémoire
Fait notre fûreté comme il fait notregloire!
Vous ſçavez le tour dont s'aviſa Denis le
jeune quand ( 1 ) ibne trouva plus rien a
piller dans la Ville des Locriens , pour excroquer
les citoyens en gros après les avoir
excroqués en détail.Vous vous ſouvenez que
les Locriens avoient fait à Vénus un voeu
* P. Corneille , Pomp . Act. V. Scén. I.
(1) Dein cum rapinæ occaſio deeffet univerſam
civitatem callido commento ( Dionysius
junior ( circumvenit. Cum Rheginorum Tyran
ΜΑΙ 1746. 11
aflés indifcret , quoiqu'il en fût il falloit
l'accomplir ; le malheur qui les pourſuivoit
& qui leur avoit inſpiré ce beau voeu , s'obftinoit
toujours à affliger leur Ville , juſqu'à ce
qu'enfin Denis , pour les en relever trouva
un expédient qui leur donnoit un moyen
de fatisfaire à la ſuperſtition ſans intéreſſer
l'honneur de leurs familles ; on l'approuva
unaniment ; felon cet arrangement , au jou
marqué toutes les femmes ſe rendent à l'er
vi dans le Temple de Venusparées avec la
ni Leophrontis bello Locrenſes premerentur, vove
rant, fi victores forent ,ut die feſto Veneris Virgines
fuas proſtituerent. Quo voto intermiſſo , cùm
adverſa bella cum Lucanis gererent , in concionem
eos Dionyfius vocat : hortatur ut uxores
filiaſque ſuas in Templum Veneris quàm poffint
ornatiſſimas mittant : ex quibus forte ductæ
centum voto publico fungantur , Religioniſque
gratiâ , uno ſtent in lupanari menſe omnibus anté
juratis viris, ne quis ullam attaminet ; quæ res ne
Virginibus , voto civitatem ſolventibus, fraudi ef
ſet , decretum facerent ne qua Virgo nuberet ,
priuſquam illæ maritis traderentur , probato confilio
, quo & fuperftitioni & pudicitiæ Virginum
conſulebatur , certatum omnes feminæ impenfius
exornatæ in Templum Veneris conveniunt: quas
omnes Dionyfius immiſſis militibus fpoliat or
namentaque Matronarum in prædam ſuam vertit.
Quarumdam viros ditiores interficit , quafdamad
prodendas virorum pecunias torquet. Juflin Lib
ab Cap. 3 .
12 MERCURE DE FRANCE.
derniére magnificence ; dès que le Tyran
le ſçût il y envoya ſes ſatellites qui dépouillérent
inhumainement toute l'aflemblée :
par-là il trouva le moyen de s'approprier
tous leurs bijoux & leurs ſuperbes habillements
; il fit mourir les plus riches d'entre
les maris de ces femmes dont il fit tourmenter
quelques unes pour en tirer l'aveu des
richeſſes de leurs époux &de l'endroit où
elles étoient cachées. C'est ainſi que tous
les jours nous nous ſervons des paffions
d'autrui pour contenter les notres ; le plus
habile eſt celui qui ſçait mieux ménager
l'amour propre des autres , & qui , ſans
l'effaroucher , en ſçait adroitement tirer la
fatisfaction du ſien.
Maintenantjettons les yeux ſur les commencements
de chaque Monarchie , nous
n'y trouverons que fables , que prodiges ,
que merveilles : & même plus il y a de
merveilleux & de ſurprenant dans ces contes
conſacrés par une tradition non interrompue
de nourrices en nourrices & de
peres en fils , plus ils trouvent de croyance
dans des eſprits qui ne ſont frappés que des
choſes giganteſques. L'amour propre le plus
ſouvent n'y trouve-t- il pas fon compte ? On
eſt flaté de ſe voir une origine dans laquelle
foient mêlés des Dieux tout-à-fait chimeriques
, ou à laquelle ils ſe ſoient intereſſes.
:
ΜΑΙ 13 1746.
Sed nos immenfumspatiis confecimus aquor ,
Etjamtempus equûm Spumantia folvere colla . *
Adieu , mon cher; ſoyez toujours pourvû
d'une bonne philoſophie dégagée de
toute inquiétude étrangère àvotre bien être :
vivez pour moi , comme je ne vis que pour
vous , &c.
De ... ce 5 Août 1745 .
LE JE NE SCAIS QUOI, Ode
à Iris par M. de la Soriniere.
O Toi , dont les graces naïves ,
Ft le certain jene ſçais quoi
Entrainent nos ames captives
Et rangent nos coeurs ſous ta loi.
Iris , viens échauffer ma veine ;.
Donne le prix à mes Ecrits ;
Bien mieux que la chaſte neuvaine
Tu peux animer mes eſprits.
樂
Detesyeux la moindre étincelle
* Virg. Georg. L. 2.
f
14 MERCURE DE FRANCE.
Porte partout ce feu vainqueur ,
Dont la flâme qui le décele
Se communique par le coeur.
Déjaje ſensque l'harmonie
Vient ennoblir mes fons divers ,
Et que je dois à ton génie
Les plus heureux d'entre mes vers.
**
Fais queje chante avec nobleſſe
Cet élégant je ne ſçais quoi
Queje ſens , mais que ma foibleſſe
Ne pourroit exprimerſans toi.
Dis-nous ce charme inexplicable,
Dis-nous ce charme impérieux ;
Seroit-il indéfinifſable
Quand il réſide dans tes yeux ?
Ilregne fur tout ton viſage ;
Mais àquoi le reconnoît-on ?
Sinous en ſçavions davantage
Il faudroit qu'il perdit ſonnom.
Cet être échauffe , vivifie ,
Reléve, affaiſonne les traits ,
!
ΜΑΙ 1 1746
t
Et des graces qu'il multiplie
Il fait fentir tous les attraits ,
Enfant du gracieux ſourire ,
Ce Dieu s'étend tout à la fois
Surles petits riens qu'il inſpire ,
Sur lesgeſtes & fur la voix .
L'Amour le fit avec ſa mere
Pour mieux s'affûrer des humains ,
Et nous voila ſous ce myſtére
Les traits que nous lancent ſes mains,
Du je ne ſçaiquoi quinouspique
Naiſſent ces entretiens légers
Où l'eſprit devient ſympathique
Entre les plus ſimples bergers.
De ce charme qui nous entraine
Labeauté n'est qu'un foible appui
C'eſt lui quila rend ſouveraine ;
La beauté languiroit ſans lui.
C'eſt par laphyſionomie
Qu'on plaît , qu'on ſéduit bien ſouvent
On voit des belles ſans genie :
L'air fin n'eſtjamais fans talent,
16 MERCURE DE FRANCE.
Pour développer tes myſtéres ,
Trop dangereux je ne ſçai quoi ,
Le plus docte des Commentaires
Ne peut t'expliquer que par toi .
MEMOIRE où l'on prouve que Philippe
le Berruier Evêque d'Orléans a succédéà
Philippe de Jouy , loin de l'avoir précédé ,
comme on l'a prétendu jusqu'ici , par M.
D. Polluche d'Orléans.
Eſt un
C
ſentiment juſqu'ici généralement
reçu , ( 1 ) que Philippe le Berruier
Evêque d'Orléans ſuccéda immédiatement
à Manaffés de Signelay , & qu'après une
adminiſtration de 14 années paſſant à l'Archevêché
de Bourges , il fut remplacé dans
l'Evêché d'Orléans par Philippe de Jouy
qui ne fiégea que deux ans. Cependant ni
P'ordre ſucceſſif de ces deux Evêques , ni le
tems fixé pour leur adminiſtration ne font
juſtes , & il eſt au contraire certain , je prétends
le démontrer, que Philippe de Jouy
a précédé Philippe le Berruier , & quầ
peine ce dernier peut-il compter deux an-
(1) La Saufſfaie , Guion ,le Gallia Chriftiana So
ΜΑΙ 1746. 17
nées d'Epiſcopat ſur le Siége d'Orléans ; je
viens aux preuves.
Un point fixe & qui nous doit ſervir de
baſe , c'eſt que Philippe le Berruier quitta
l'Evêché d'Orléans au mois d'Août 1236 ,
comme en fait foi un Acte qu'on a de lui
du 25 du même mois. Ce Prélat nommé à
l'Archevêché de Bourges , allant prendre
poſſeſſion de ſa nouvelle Dignité , alla loger
dans l'Abbaye de S. Benoît ſur Loire ,
où les Religieux toujours attentifs à éloigner
tout ce qui pouvoit donner atteinte à leurs
priviléges , exigerent de lui en le recevant
un Acte par lequel il déclare que c'eſt en
qualité d'Archevêque de Bourges qu'il a été
reçu dans le Monaſtére , & qu'il avoit alors
quitté l'Evêché d'Orléans. Noverint univerſi
quod nos anno Domini M. CC. XXX
VI. in craftino feſti Sti. Bartholomei Apoftoli ,
abfoluti à cura Aurel. Eccleſia , recepti fuimus
in Floriac. Monasterio tanquam Archiepifcopus
Bituricensis. ( 1)
Nous trouvons d'ailleurs que ce Prélat
étoit encore vivant en 1259 qu'il afſiſta
avec Robert de Courtenay Evêque d'Orléans
& Thibault Abbé de S. Benoît ſur
Loire à la tranflation qui ſe fit à Orléans
le 26 Octobre des Reliques de S. Agnan ,
( 1) Cartul. Floriac.
18 MERCURE DEFRANCE.
d'une Châſſe dans une autre , en préſence
du Roi S. Louis & des Princes Louis &
Philippe ſes deux fils. Anno DominiM. CC.
LIX. Septimo kalend. Novembris... translatum
est de theca in thecam corpus B. Aniani
gloriofiffimi Confefforis à Reverendis Presbite
ris Philippo Archiepiscop. Bituric. & Roberta
Episcopo Aurelian. prafentibus &c. ( 1 )
Ces deux dates ainſi poſées , je paffe à
l'examen des Actes de l'Egliſe d'Orléans
dont je veux me ſervir en preuves.
Le premier eſt une Charte de l'an 1234
par laquelle Philippe Evêque d'Orléans
donne au Chapitre de ſon Egliſe la dixme
de Gidy qu'il déclare avoir ene des Héritiers
de feu de bonne mémoire Philippe
Evêque ſon prédéceſſeur. Quam a legatariis
bone memorie Philippi quondam Aurel. Epifc.
de mandato ipfius habuimus. ( 2) paroles
qui ne peuvent convenir qu'à Philippe le
Berruier qui vivoit certainement pour lors ,
&qui le font ſucceſſeur d'un autre Evêque
du nom de Philippe.
Dans le ſecond titre , encore plus déciſif
que le premier , & qui eſt de l'an 1250,
Guillaumede Buſſy Évêque d'Orléans notifie
que cette même dixme de Gidy avoit
(1)Treſor deS. Agnan d'Orléans.
(2) Trefor de l'Egliſe d'Orléans,
ΜΑΙ 1746. 19
été acquiſe autrefois par feu de bonne mé
moire Philippe Evêque & que depuis la mort
de ce Prélat Philippe ſon ſucceſſeur alors
Evêque d'Orléans , & actuellement Archevêque
de Bourges , l'avoit donnée à l'Egliſe
d'Orléans . Decimam de Gidiaco quam idem
Johannes ... bone memorie Philippo quondam
Aurelian. Episcopo titulo pignoris obligaverat
, & poft modo Philippus ſucceſſor ipfius
Epifcopus , nunc per Dei gratiam Archiepif
copus Bituric. dictis Decano & Capitulo de
facto contulerat . ( 1 )
Voilà Philippe le Berruier ſucceſſeur
d'un autre Philippe; il ne s'agit plus que de
montrer que ce dernier n'eſt autre que
Philippe de Jouy. La choſe ne ſera pas dif-
* ficile à faire , & le treſor de l'Abbaye
d'Hyeres dans le Diocèſe de Paris m'en
fournira les moyens.
On y trouve des Lettres de l'an 1225 ,
intitulées de Philippe Evêque d'Orléans ,
mais d'un Philippe qui parlant de la dot
de ſes trois ſoeurs , Agathe , Agnès & Alix
Religieuſes dans ce Monaſtére , déclare que
Guy de Jouy fon pere & le leur , avoit afſigné
cette dot fur les revenus qu'il avoit
en un lieu appellé Montbaudier : Philip.
pus Aurellian. Episcopus noveritis universi
(1) Ibid.
20 MERCURE DE FRANCE.
quod cum communis pater nofter Guido de
Joiaco miles tribus filiabus fuis monialibus ( 1)
c.
Pour ce qui regarde à préſent le tems que
l'un & l'autre de ces deux Evêques ont fiégé,
comme aucune de leurs lettres , du moins de
celles que j'ai vûes , & j'en ai vû beaucoup ,
n'eſt datée des années de leur Epifcopat ,
il n'eſt pas aiſé de le déterminer. Je me
flate pourtant de l'avoir fait : on en vajuger,
Manaffés de Signelay Evêque d'Orléans
mourut en 1221 ; on a encore de lui des
Lettres du mois de Juillet en cette année
concernant les dixmes de la Paroiſſe de
Fontaines en Sologne. (2) Dès le mois de
Décembre ſuivant il avoit pour ſucceſſeur
Philippe de Jouy qui prend la qualité d'Evêque
élu : Epifcopus Aurelian. Electus
dans un titre de la Cour-Dieu faiſant mentiondu
donfait àcette Abbaye par Dromon
de Champlon & Clemence ſa femme dé
tous leurs droits ſur la dixme d'Eſtouy. (3)
On a vû par le titre de l'Abbaye d'Hyeres
quecePrélat étoit Evêque en 1225 , (4) & il
paroît qu'il l'étoit encore en 1228; que
(1) Treſor de l'Abbaye d'Hyeres .
(2) Treſor de l'Egliſe d'Orléans .
(3) Trefor de la Cour - Dieu.
(4) Ib.d.
:
ΜΑΙ 1746. 28
Guillaume & Ferry de Jouy ſes freres
confentent au mois de Juillet , &Mathilde
femme du premier au mois d'Août ſuivant ,
la donation par lui faite à l'Egliſe d'Orléans
de la Terre de Villiers - Martin , puiſque
dans les Actes de ce conſentement il eſt parlé
de l'Evêque Philippe endes termes qui ne
peuvent guéres convenir qu'à une perſonne
actuellement vivante : Vénérable pere en
Dieu notre Seigneur & frere Philippe , par
la grace de Dieu Evêque d'Orléans. Vent
rabilis pater Dominus acfrater nofter Philip
pus Dei gratia Aurelian. Epifcopus. ( 1)
Ce Prélat ne vivoit plus au mois de Mai
1234 , fuivant des Lettres de Pierre Archidiacre
d'Eſtampes dans l'Egliſe de Sens , qui
publie le conſentement que donne Giraud
de Poinville Seigneur de Fief pour cette
méme Terre de Villiers Martin : Donationem
feodi Villaris Martini à Venerabili viro
Philipo quondam Epifcopo Aurelian. bone
memorie factam (2) Il faut donc placer ſa
mort entre le mois d'Août 1228 & celui
de Mai 1234 ; mais comme c'eſt à cette
derniere année qu'Alberic de Trois-Fontaines
l'a fixée dans ſa Chronique , & que fon
témoignage , en qualité d'Auteur contem-
(1) Tréſor de l'Egliſe d'Orléans ,
(2)Ibid.
22 MERCURE DE FRANCE.
porain , doit être de quelque autorité en
pareille occaſion , il s'enfuit que Philippe de
Jouy eſt mort dans les cinq premiers mois
de 1234; voici le paffage de la Chronique
d'Albéric : En cette année mourut Gautier
Evêque de Chartres &Hugues lui fuccéda.A
Orleans PhilippeEvêque fut remplacé par un
autre Philippe : moritur eciam Galterus Carnotenfis
, fuccedit Hugo. Aurelianis post Epifcopum
Philippum fit Epifcopus alter Philippus.
Car c'eſt ainſi qu'il faut lire & non comme
portent les exemplaires imprimés : moritur
eciam Galterus Carnotenſis , fuccedit Hugo
Aurelianenfis. Post Episcopum Philippum fit
Epifcopus alter Philippus , ( 1) où l'on voit
que le point qui naturellement doit étre
après Hugo , a été mis après Aurelianenfis ,
qu'on a lu pour Aurelianis , puis qu'en lifant
de cette derniere façon on ne peut ſçavoir
à quel Diocèſe les deux Philippes ont rapport
, & que cet Hugo Aurelianenfis, comme
il eſt placé ne peut s'expliquer autrement
que par un Hugues Evêque d'Orléans qui
ſeroit paſſfé à l'Evêché de Chartres, ce qui eft
infoutenable & contredit formellement par
les dates des deux Philippes qui ſont ſuivies
depuis 1221 juſques en 1236incluſivement,
La mort de Philippe de Jouy fixée à l'an
(1) Edition de Leibnits p. 554.
ΜΑΙ
1746. 23
1234lui en donne 12 à 13 d'Epiſcopat &
n'en laiſſe que deux pour ſon ſucceſſeur ,
puiſque ce dernier quitta l'Evêché en 1236,
comme on l'a vû. Voilà par là les deux propoſitions
que j'ai avancées entierement
éclaircies & prouvées d'une maniere qui me
paroît concluante. Ilne me reſte qu'à répondre
à une objection qu'on me peut faire.
Depuis la tranflation de Philippe le Berruier
à l'Archevêché de Bourges , me dira-ton
, juſqu'à Guillaume de Buſſy que les
Analiſtes de l'Egliſe d'Orléans ne font fiéger
qu'en 1238 , il s'eſt paflé deux années ? Cet
intervale ſe trouve naturellement rempli
par Philippe de Jouy; ſi on l'en côte commenty
ſuppléer ? Admettra-t-on un troiſiéme
Evêque du nom de Philippe ?
Non , & la réponſe eſt facile , puiſque le
Siége Epiſcopal d'Orléans vaqua pendant
tout ce tems-là. Ce n'eſt point ici une fimple
conjecture , je le prouve par les Actes
ſuivans. Le premier eſt un vidimusde Lebert
Doyen d'Orléans du mois de Fevrier 1237 ,
étant au Cartulaire de S, Meſmin , le ſecond
des Lettres de l'Official de l'Archidiacre de
Baugency du mois de Septembre en la même
année , étant au Tréſor de l'Abbaye de
Baugency , donnés l'un & l'autre vacante
Sede Aurelian. Ainſi qu'un Acte del'Archidiacre
d'Orléans portant transaction
24 MERCURE DE FRANCE.
entre l'Abbé de S. Euverte & Geoffroy
Prêtre de Luyeres du Lundy après le Dimanche
Oculi meide l'an 1238. (1 )
Quand je dis au reſte que le Siége étoit
vacant dans ces deux années , je ne prétends
pas par là nier abſolument que Guillaume
de Buffy ne fut peut- être élű Evêque , mais
ſeulement qu'il n'étoit pas encore reconnu
pour Evêque , ſoit qu'il n'eût pas pris pofſe
lion de l'Evêché , ſoit qu'on le lui diſputât.
Dans l'un & l'autre cas le vuide qu'on
m'objectera ne peutfaire aucune impreffion,
& je trouve à le couvrir.
***
LETTRE contre l'Amour,
Ous me demandez , ma chere amie ,
V
mon ſentiment ſur l'Amour ; que pourrai-
je vous dire ſur cette paſſion que d'autres
n'ayent pas dit avant moi ? Cette matiere ,
depuis le tems qu'on la traite , devroit bien
être épuiſée, ſi elle ne l'eſt pas. Il est vrai
quejaſqu'ici on n'en a point encore parlé
véridiquement , ainſi puiſque vous le voulezje
vais le prendre ſur un ton plus ſérieux ,
(1 )Cartul. de S. Euverte d'Orléans .
pour
:
ΜΑΙ 1746. 2
pour faire , non l'apologie de l'Amour .
mais fon portrait au naturel.
L'Amour est une paſſion que les Poëtes
& les Romanciers font la ſource de toutes
les Vertus & moi j'en fais celle de tous les
vices ; en effet l'Amour énerve le courage ,
corrompt les moeurs, amollit les coeurs .
brouille les amis , fait des mariages difproportionnés
; il nous rendrebelles à nos Parens,
prodigues & avares tout à la fois, jaloux ,
ſoupçonneux &c. enfin lorſque nous nous
laiffons dompter par une paflion qu'on ne
doit regarder que comme un amusement
inutile,tous nos fens nous déclarent la guerre
; nous nourriffons nos plus cruels ennemis
qui re reſpectent ni ſexe , ni âge , ni
condition .
Dieu nous donna la raiſon en partage
pour nous diftinguer des animaux ; il me
ſemble quele meilleur uſage que nous en
puiſſions faire eſt de commander , & de
reprimer nos paffions .
Vous me direz peut être que ſi l'Amour eſt
une foibleſſe c'eſt la foibleſſe des grands
coeurs , vous ajoûterez à cette maxime
d'Opéra , qu'on n'eſt pas le maître de fon
coeur , qu'il n'eft pas défendu d'en faire un
bon uſage , & qu'enfin l'Amour n'eſt pas
incompatible avec la Vertu. Déſabuſez-vous
de cela , ma chere amie ; ſi les Amans font
B
1
26 MERCURE DE FRANCE .
vertueux , ſincéres & diſcrets, ce n'eſt par
malheur que dans les Romans. L'amour
s'abuſe lui - même , il croit n'avoir que des
vûes légitimes , mais ſouvent l'occaſion
prouve le contraire.
Vous penſez, me direz-vous, differemment
de tout le genre humain ; fans amour iln'y
auroit plus de ſociété entre les deux ſexes ;
plus de ſentimens , plus d'émulation , plus
de ſpectacles , plus de fêtes , & pour ainfi
dire , plus de mariages. Je répondrai à vos
objections que la ſociété civile en ſeroit plus
charmante ; en effet , qu'est- ce que la compagnie
d'un homine amoureux ? Toujours
diſtrait , toujours préoccupé , il porte partout
l'ennui , & abandonne tout le monde
pour s'entretenir de ſes idées chimeriques :
eh ! que deviendroit notre commerce ,
chere amie , fi vous aviez pareille foibleſle ?
vous m'oublieriez au point de ne pas lire
cette Lettre , au lieu qu'une perſonne qui
conferve fa liberté eſt defirée de tout le
monde. A l'égard des Spectacles je veux
bien qu'il y ait de la tendreſſe , mais qu'il
n'en faſſe pas le point principal ainſi qu'à
'Opéra ; la Comédie Françoiſe conſerve
là-deſſus un juſte milieu. Sans Amour on
peut exciter dans nos coeurs differens mouvemens;
on peut en juger par la Méropo
de M. de Voltaire & par la mort de Céfar,
MAI 1746. 27
Iln'y auroit plus de ſentimens , ditesvous
? quelle erreur ! L'eſtime & l'amitié
ne font point ſujettes aux échecs de l'Amour
, & par conféquent ont des liens plus
durables ; il est vrai que les femmes connoiſſent
peu cette Vertu ; elles ne font
point portées à aimer leurs femblables avec
tant de cordialité que les hommes aiment
les leurs. C'eſt une jalouſie de beauté cauſée
par l'envie de donner de l'Amour qui les
éloigne de leur ſexe.
Pour revenir au mariage , c'eſt l'intérêt
ou l'Amour qui en font la plus grande partie
, je ne voudrois ni de l'un ni de l'autre ;
ces fortes d'unions ne ſont pas de longue
durée. L'Amour jure par la raiſon que c'eſt
la Beauté qui l'inſpire , & qui en eft le foutien
; un Edifice foutenu par un fondement
fragile riſque beaucoup de tomber en
ruine ; l'Amour en s'envolant leve le bandeau
qui nous aveugloit ; l'on ſe trouve des
défauts , on ne veut plus ſe les paffer , &
alors le Mariage devient un joug affreux. Si
c'eſt l'intérêt qui vous guide , lorſque les richeſſes
ſont diſſipées , ce qui arrive bientôt
, on ſe ſoucie fort peu de celui ou de
celle de qui on les tenoit. Si l'on faiſoit
réflexion que le Mariage eſt un engagement
pour la vie , & qu'il n'y a pas de plus grand
fupplice que d'être obligé de ſupporter une
Bij
28 MECURE DE FRRANCE.
humeur contraire à la fienne, on ne s'attache
roit uniquement qu'au caractére. Cultivez
celui de la perſonne que vous devez épouſer
; faites vous en un ami ou amie ; quand
la figure s'y trouve , c'eſt un ornement de
plus, mais n'en faitespas le principal. Cer
pendant comme on n'obſerve point tout ce
que je dis là-deflus , je conclus qu'il n'y a
point d'état plus fâcheux que celui du mariage
, ſurtout pour notre ſexe , & de plus
heureux que celui depoſſeder ſa liberté. Je
n'entreprends point, ma chere amie , à vous
faire un détail des peines de l'hymen, n'ayant
pour le préſent à vous parler que de celles
de l'Amour. Je vous exhorte toujours à fuir
l'un & l'autre, & vous prie de me croire &c,
INVECTIVE contre la Rime.
CEftdonc en vain , fatale Rime ,
Qu'à te placer au bout d'un vers
Depuis plus d'un mois je m'eſcrime ,
Je me mets la tête à l'envers ;
Je romps l'accord que cette année
J'avois paffé de me livrer à toi ;
Je maudis ton caprice&méconnois la loi,
Si tu me rends ma Verve fortunée.
Quoi! tu me vois de tes fots ſectateurs
MAI 1746. 29
Vanter , cherir , embraſſer l'indigence
Demes tendres ſecrets te faire confidence ,
Et tu me fais refus de tes moindres faveurs !
Ingrate , va , je renonceà te ſuivre ;
J'abhorre deton Art les ſéduiſans attraits;
De la Proſe en ces mots reconnois-tu les traits ?
Eh bien ! elle est ma Reine ; à ſes ſoins je me
livre.
SUITE de l'Histoire Univerſelle de M. de
Voltaire Historiographe de France & l'un
des Quaranie de l'Académie Françoise.
CHAPITRE XXIV.
Conquête de l'Angleterre par Guillaume Duc
de Normandie .
T
Andis que de ſimples citoyens de
Normandie fondoient en Italie des
Royaumes , leurs Ducs en acquéroient un
plus beau ſur lequel les Papes prétendirent
le même droit que ſur Naples &Sicile.
Après la mort d'Alfreld le Grand arrivée
en900 l'Angleterre retomba dans la confufion
& la barbarie. Les anciens Anglois , Saxons
, ſes premiers vainqueurs , & les Danois
fes Ufurpateurs nouveaux s'en diſputoient
toujours la poffeffion , & de nouveaux pi
Biij
30 MERCURE DE FRANCE.
rates Danois venoient encore ſouvent partager
les dépouilės. Ces Pirates continuoient
d'être fi terribles&les Anglois fi foibles, que
vers l'année mille on ne pût ſe racheter d'eux
qu'en leur payant trente mille livres. On
impoſa pourlever cette fomme une taxe qui
duradepuis affés long-tems en Angleterre ;
ce tribut humiliant fut appellé argent Danois
Danngeld.
Canut Roi de Dannemark qu'on a nommé
le Grand , & qui n'a fait que de grandes
cruautés, remit ſous ſa domination en 1017
le Dannemark & l'Angleterre. Les naturels
Anglois furent traités alors comme des efclaves.
Les Auteurs de ce tems avouent que
quand un Anglois rencontroit un Danois ,
il falloit qu'il s'arrêtât juſqu'à ce que le Danois
eût paffé.
La race de Canut ayant manqué en
1041 , les Etats du Royaume reprenant
leur liberté , défererent la Couronne à
Edouard defcendant des anciens Anglo-
Saxons , qu'on appelle le S. & le Confeffeur:
une des grandes fautes , ou un des
grands malheurs de ce Roi fut de n'avoir
pointd'enfans de ſa femme Edite , fille du
plus puiflant Seigneur du Royaume : il
haiſſoit ſa femme ainſi que ſa propre mere
pour des raiſonsd'Etat , & les éloigna même
Tune& l'autre On prétendit qu'il avoit fait
:
ΜΑΙ 1946. 38
voeu de chaſteté , voeu très téméraire dans
un mari , & très - inſenſé dans un Roi qui
avoit beſoin d'héritiers : ce voeu , s'il fut réel,
prépara de nouveaux fers à l'Angleterre.
Les moeurs &les uſages de ce tems - là ne
reſſemblent en rien aux notres. Guillaume
VIII. Duc de Normandie qui conquit
l'Angleterre , loin d'avoir aucun droit ſur ce
Royaume , n'en avoit pas même ſur la
Normandie ; fon pere le Duc Robert qui
ne s'étoit jamais marié , l'avoit eu de la fille
d'un Pelletier de Falaiſe que l'Hiſtoire nomme
Harlot , terme qui ſignifioit & fignifie
encore aujourd'hui en Anglois Concubine
ou femme publique , mais nous avons déja
vû combien la Loi naturelle l'emportoit
alors ſur la Loi poſitive.
Ce bâtardreconnu duvivant de ſon pere
pour héritier légitime , ſe maintint par fon
habileté & par ſa valeur contre tous ceux
qui hui diſputoient ſon Duché. Il régnoit
paiſiblement en Normandie , & laBretagne
lui rendoit hommage , lorſqu'Edouard le
Confeſſeur étant mort, il prétendit au
Royaume d'Angleterre .
Edouard le Confefſeur n'avoit pasjoui du
Trône à titre d'héritage : Harald fucceffeur
d'Edouard n'étoit point de ſa Race , mais
cet Herald avoit les fuffrages de la Nation ;
Guillaume le bâtard n'avoit pour lui , ni le
B iiij
32 MERCURE DE FRANCE.
droit de l'Election , ni celui d'héritage , ni
même aucun parti en Angleterre. Il prétendit
que dans un voyage qu'il avoit fait
autrefois dans cette Ifle, le Roi Edouard
avoit fait en ſa faveur un teftament que
perſonne ne vit jamais ; il diſoit encore
qu'autrefois Harald délivré de priſon par lui
& enfuite retenu captif, lui avoit cédé ſes
droits ſur l'Angleterre, c'est-à-dire, que Herald
lui avoit cédé des droits qu'il ne pouvoit
avoir , & quand meme il les eût eus ,
une ceffion ainſi extorquée n'étoit pas d'un
grand poids ; Guillaume appuya ſes foibles
raiſons d'une forte armée.
Les Barons de Normandie afſemblés en
forme d'Etats , refuferent de l'argent à leur
Duc pour cette expédition , parce que s'il
ne réuſſifſſoit pas , la Normandie en reſteroit
appauvrie , & qu'un heureux ſuccès la
rendroit Province d'Angleterre ; mais plufieurs
Normands hazarderent leur fortune
avec leur Duc; un ſeul Seigneur nommé
Filts- Otſbern équipa quarante vaiffeaux à
ſes dépens; le Comte de Flandres beaupereduDuc
Guillaume le ſecourut de quelque
argent , le Pape même entra dans ſes
intérêts ; il excommunia tous ceux qui s'oppoſeroient
au deffeinde Guillaume ; enfin il
partit de S. Valery avec une flotte nom.
breuſe ; on ne ſçait combien il avoit de
ΜΑΙ 1746. 33
,
Vaiſſeaux ni de foldats. Il aborda ſur les
côtes de Suflex , & bientôt après ſe donna
dans cette Province la fameuſe bataille de
Haftting qui décida ſeule du fort de l'Angleterre.
Les Anglois ayant le Roi Harald à
Jeur tête , & les Normands conduits par leur
Duc combattirent pendant douze heures;
la Gendarmerie qui commençoit à faire
ailleurs la force des armées ne paroît pas
avoir été employée dans cette bataille; les
chefsy combattirent à pied ; Harald & deux
de ſes freres y furent tués; le vainqueur s'approcha
de Londres , faiſant porter devant
lui une Banniere bénite que le Pape lui avoit
envoyée. Cette Banniere fut l'Etendard auquel
tous les Evêques ſe rallierent en fa faveur
; ils vinrent aux portes avec le Magiftratde
Londres lui offrir la Couronne qu'on
ne pouvoit refufer au vainqueur.
Guillaume feul gouvernoit , comme il
avoit ſçû conquerir; pluſieurs révoltes étouffées
, des irruptions des Danois rendues
inutiles , des Loix rigoureuſes durement
exécutées ſignalerent fon régne ; anciens
Bretons , Danois, Anglo-Saxons, tous furent
confondus dans la même ſervitude ; les
Normands qui avoient part à ſa victoire
partagerent par ſes bienfaits, les Terres des
vaincus. De - là ces familles Normandes 2
dont les deſcendants , ou dumoins les noms
By
34 MERCURE DE FRANCE.
fabſiſtent encore en Angleterre ; il fit un
dénombrement exact de tous les biens des
ſujets de quelque nature qu'ils fuflent ; on
prétend qu'il en profita pour ſe faire en
Angleterre un revenu de quatre cent mille
livres ſterlings , ce qui fait aujourd'hui environ
cinq millions ſterlings , &plus de cent
millions Monnoye de France. Il eſt évident
qu'en cela les Hiſtoriens ſe ſont beaucoup
trompés ; l'état de la Grande Bretagne d'aujourd'hui
qui comprend l'Angleterre , I'Ecoffe
& l'Irlande , n'a pas un ſi gros revenu ,
ſi vous en déduiſez ce qu'on leve pour
payer les anciennes dettes du Gouvernement.
Ce qui eſt ſûr, c'eſt que Guillaume abolit
toutes les Loix du Pays pour y introduire
celles de Normandie : il ordonna qu'on
plaidât en Normand , & depuis tous les
Actes publics furent expédiés en cette Langue
juſqu'à Edouard III ; il voulut que la
Langue des vainqueurs fut la ſeule du Pays.
Des Ecoles de la Langue Normande furent
établies dans toutes les Villes & les Bourgades;
cetteLangue étoit le François mêlé d'un
peu de Danois , Idiome barbare qui n'avoit
aucun avantage ſur celui qu'on parloit en
Angleterre. On prétend que nonſeulement
il traitoit la Narion vaincue avec dureté,
mais qu'il affectoit encore des caprices ty
ΜΑΙ 1746. 35
ranniques : on en donne pour exemple la
Loi du couvrefeu , par laquelle il falloit au
fon de la cloche éteindre le feu dans toutes
les maiſons à huit heures du ſoir , mais certe .
Loi , bien loin d'être tyrannique , n'est qu'une
ancienne Police Eccléſiaſtique établie
preſque dans tous les anciens Cloîtres
du Nord. Les maiſons étoient bâries de
bois , & la crainte du feu étoit un objetdes
plus importants de la Police générale ?
On lui reproche encore d'avoir détruit
tous les Villages qui ſe trouvoientdans un
circuit de quinze lienes pour en faire une forét
, dans laquelle il pût goûter le plaifir
de la chaffe. Une telle action eſt trop infenſée
pour être vraiſemblable. Les Hiftoriens
ne font pas attention qu'il faut environ
vingt- cinq années pour qu'un nouveau plan
d'arbres devienne une forêt propre à la
chaffe; on lui fait ſemer cette forêt en 1080 ;
il avoit alors foixante-trois ans ; quelle apparence
y a-t-il qu'un homme raifonnable
ait à cet âge détruit des Villages pour femer
quinze lieues en bois dans l'eſpérance d'y
chaffer un jour .
Ce Conquérant de l'Angleterre fut la ter
reur du Roi de France Philippe Premier
qui voulut abbaiffer trop tard un Vaſſalfi
puiffant; il ſe jetta ſur le Maine qui dépendoit
alors de la Normandie , Guillaume re
Bvj
36 MERCURE DE FRANCE.
paſſa la Mer , reprit le Maine & contraignit
le Roi de France à demander la paix , ainſi
Guillaume quoique ayant un Souverain
fut le Prince le plus puiſſant enEurope.
CHAPITRE XXV.
De l'état où étoit l'Europe aux dixiéme &
onziéme fiecles.
ARuffie , comme nous l'avons dit, avoit
LAR à la fin du
dixiéme fiecle ; les femmes étoient deſtinées
à convertir les Royaumes ; une ſoeur
des Empereurs Baſile & Conftantin , mariée
au pere du Czar Jaraflau, dont j'ai parlé, obtint
de ſon mari qu'il ſe feroit baptifer : les
Ruſſes eſclaves de leur maître l'imiterent ,
mais ils ne prirent du Rit Grec que les fuperſtitions
: Environ dans ce tems - là , une
femme attira encore la Pologne au Chriftianiſme.
Miſcelas Duc de Pologne fut converti
par ſa femme ſoeur du Duc de Boheme.
J'ai déja remarqué que les Bulgares avoient
reçû la Foi de la même maniére . Giſtelle
foeur de l'Empereur Henri fit encore Chrétien
fon mari Roi de Hongrie dans la premiére
année du onziéme fiécle. Ainfi il eſt
ΜΑΙ 1746. 37
vrai que la moitié de l'Europe doit aux femmes
ſon Chriftianiſme , mais cette Réligion
mal affermie étoit mêlée de Paganiſme.
La Suéde chés qui elle avoit été préchée
au neuviéme fiécle étoit redevenue Idolatre .
La Boheme & tout ce qui eſt au bord de
l'Elbe renonça au Chriftianiſme en 1013 .
Toutesles côtes de la Mer Baltique vers
l'Orient étoient Payennes. Les Hongrois en
1047 retournérent au Paganiſme , & toutes
ces Nations étoient auſſi loin d'etre policées
que d'être Chrétiennes.
La Suéde depuis long- tems épuiſée d'ha
bitans par ces anciennes émigrations dont
l'Europe fut inondée, paroît dans le huit
neuf , dix & onziéme fiécles , comme euſeveliedans
ſagroſſiereté ; ſans guerre & fans
commerce avec ſes voiſins , ele n'a part à
aucune grande affaire , & n'en fut probablement
que plus heureuſe : les grands
événemens ne ſont ſouvent que des malheurs
publics.
La Pologne beaucoup plus barbare que
Chrétienne , conſerva juſqu'au treiziéme
fiécle les coutumes des anciens Sarmates de
tuer leur enfans qui naiſſoient imparfaits&
les vieillards invalides. Il fallut qu'à la fin
méme du treiziéme fiécle Albert le Grand
fit une Miſſion pour déraciner cet uſage :
qu'on juge par là du reſte du Nord.
38
MERCURE DE FRANCE.
L'Empire de Conſtantinople n'étoit ni
plus refferré ni plus agrandi que nous l'avons
vu au neuviéme fiécle. A l'Occident
il ſe défendoit contre les Bulgares ; à l'Orient
& au Nord contre les Turcs & les
Arabes. Le Trône étoit ſouvent enſanglanté,
& peu de Princes du ſang d'un Empereur
échappoient à la fureur d'un ſucceſſeur , qui
faiſoit preſque toujours crever les yeux aux
parents de l'Empereur détrôné. Je me réſerve
à voir quel étoit le fort de Conftantinople
, & quelles révolutions les Tures
avoient caufées en Aſie , lorſque les armées
des Croiſés iront dans ces Etats .
On a vû en général ce qu'étoit l'Italie.
Des Seigneurs particuliers partageoient tout
le Pays depuis Rome juſqu'à la mer de la
Calabre , & les Normands en avoient la
plusgrande partie. Florence ,Milan , Pavie ,
Piſe, ſe gouvernoient par leurs Magiftrats ,
fous des Comtes ou ſous des Ducs nommés
par les Empereurs. Bologne étoit plus libre .
La Maiſon de Morienne , dont deſcendent
les Ducs de Savoye Rois de Sardaigne ,
commençoit à s'établir : elle poſſedoit comme
fiefde l'Empire la Comté héreditaire de
Savoye & de Morienne , depuis que Humbert
aux blanches mains , tige de cette Maiſon
avoit eu en 888 ce petit démembre
ment du Royaume de Bourgogne ,
ΜΑΙ 1746. 3
Les Suiffes & les Griſons détachés auffi
de ce même Royaume qui dura ſi peu ,
obéifloient aux Baillis que les Empereurs
nommoient .
Deux Villes maritimes d'Italie commen
çoient à s'élever , non par des invaſions ſubites,
telles que pluſieurs que l'on a vûes, majs
par une induſtrie ſage qui dégénera auſſi-tôt
en eſprit de conquête ; ces deux Villes
étoient Génes & Veniſe. Génes célébre du
tems des Romains , regardoit Charlemagne
comme ſon reſtaurateur ; cet Empereur l'avoit
rebatie quelque tems après que les
Goths l'avoient détruite : gouvernée par des
Comtes fous Charlemagne & fous ſes premiers
deſcendans , elle fut ſaccagée au dixiéme
fiécle par les Mahométans , & preſque
tous ſes citoyens furent emmenés en ſervitude
, mais comme c'étoit un Port commer
çant , elle fut bientôt repeuplée. Le Négo
ce qui l'avoit fait fleurir ſervit à la rétablir ;
elle devint alors une République : elle prit
l'Ifle de Corſe ſur les Arabes qui s'en étoient
emparés. C'eſt ici qu'il faut ſe ſouvenir que
les Papes pretendoient avoir droit à la Corſe
par la donation de Louis leDebonnaire.
Ils exigerent un tribut des Génois pour cet
te Ifle : les Génois payerent ce tribut au
commencement de l'onzieme fiécle , mais
bientôt après ils s'en affranchirent ſous le
MERCURE DE FRANCE..
Pontificat de Lucius Second. Enfin leur
ambition croiffant avec leurs richeſſes , de
Marchands ils voulurent devenir Conquéfants.
La Ville de Veniſe bien moins ancienne
que Génes , affectoit le frivole honneur
d'une plus ancienne liberté ,&jouifſſoit de la
gloire ſolide d'une puiflance bien ſupérieure;
ce ne fut d'abord qu'une retraite de
Pécheurs & de quelques fugitifs qui s'yre.
fugierent au commencement du cinquiéme
fiécle , quand les Huns ravageoient l'Italie :
il n'y avoit pour toute Ville que des cabanes
fur le Rialto. Le nomde Veniſe n'étoit
point encore connu: ce Rialto bien loin
d'être libre , fut pendant trente années un
fimple Bourg appartenant à la Ville dePadoue
qui le gouvernoit par des Confuls ; la
viciffitude des choſes humaines a mis depuis
Padone ſous le joug de Veniſe ; il n'y a aucune
preuve que ſous les Rois Lombards
Veniſe ait eu une liberté reconnue; il eſt plus
vraiſemblable que ſes habitans furent oubliésdans
leurs marais .
Le Rialto & les petites Iſſes voiſines ne
conimencerent qu'en 709à ſe gouverner par
leurs Magistrats.
ود Ils furentalors indépendants de Padoue
&fe regarderent comme une République ;
c'eſt en709 qu'ils eurent leur premier Doge,
1
MAI 1746. 41
qui ne fut qu'un Tribun du peuple élû par
des Bourgeois. Pluſieurs familles qui donnerent
leurs voix à ce premier Doge , fubfiftent
encore ; elles font les plus anciens
Nobles de l'Europe .
Héraclée fut le premier fiége de cette
République juſqu'à la mort de ſon troiſiéme
Doge. Çene fut que vers la fin du neuviéme
fiécie que ces Infulaires retirés plus avant
dans leurs Lagunes , donnerent à cet aff.
mblage de perites Iſles qui formerent une
Ville, le nom de Venise , du nom de cette
côte qu'on appelloit Terra Venetorum ;
les habitans de ces marais ne pouvoient
fubfifter que par leur commerce: la néceffité
fut l'origine de leur puiſſance.
Il n'eſt pas affürément bien décidé que
certe République fut alors abſolument indépendante
: on voit que Beranger reconnu
quelque tems Empereur en Italie , accorda
l'an 950 au Doge de battre Monnoye ;
cesDoges mêmes étoient obligés d'envoyer
aux Empereurs en redevance un manteau
de drap d'or tous les ans , & Othon III.
leur remit en 998 cette eſpéce de petit
tribut , mais ces légeres marques de Vaffalité
n'ôtoient rien à la véritable puiſſance de
Veniſe, car tandis que les Venitiens payoient
un manteau d'etofle d'or aux Empereurs , ils
acqueroient par leur argent & par leurs
42 MERCURE DE FRANCE.
,
commerarmes
toute la Province d'Iſtrie , & preſque
toutes les côtes de Dalmatie , Spalatro
Raguze , Narenta. Leur Doge prenoit vers
le milieu du Dixiéme fiécle le titre de Duc
de Dalmatie ; mais ces conquêtes enrichiſſoient
moins Veniſe que le
ce dans lequel elle ſurpaſſoit encore lesGénois
, car tandis que les Barons d'Allemagne
& de France bâtiſſoient des Donjons &
opprimoient les peuples , Veniſe attiroit leur
argent en leur fourniſſant toutes les denrées
de l'Orient. Les mers étoient déja couvertes
de ſes vaiſſeaux , & elle s'enrichifſoit de
l'ignorance & de la barbarie des Nations
Septentrionales de l'Europe .
Laſuite dans le premier Mercure.
:
ΜΑΙ 1746. 43
X
Q
L'AGOΝΙΕ.
Uel funeſte trouble m'agite !
Je deviens foible& chancelant ;
Quel est donc ce coup violent ?
Ma force tombe , & tout me quitte.
Demes jours le deſtin vainqueur
A-t-il pourbut de me pourſuivre ?
Faut- il enfin ceſſer de vivre ,
Et ſubir l'extrême rigueur ?
C'en est fait ; Arrêt formidable ,
Tuviens pour exercer tes droits ,
Etcontre d'éternelles Loix
En vain , te voudrois-je traitable;
Le tems arrive ; il faut finir ;
Mon ame eſt émue& tremblante ,
Et par l'effroi qui la tourmente
Tu me condamnes à périr.
Momens comptés de ma carriere ,
Ombre paſſantede mesjours ,
Íci ſe borne votre cours ;
Dans peuje fuis cendre& pouſſiére :
Ceſoufle qui ſçut m'animer ,
Cecorps qui fut formépour naître,
44 MERCURE DE FRANCE.
Ce tout , hélas! va ceſſer d'être ,
Etmon eſprit va s'envoler.
!
Parois donc , terme de mavie;
Je ſens trop de mauxà la fois ,
Et puiſque je n'ai plus de voix
Abrége ma triſte Agonie.
Dans cet inftant , Dieu Créateur ,
Soutiens ta foible créature ;
De tesmains elle eſt l'oeuvre pure ;
Fais lui partager ton bonheur .
f
1
EXTR AIT d'une Lettre de M. Lesage
Etudiant en Médecine à Paris , adreſſee a
Son Pere à Genève du 6 Septembra 1745 .
C
Omme la lettre que je vous écrivis
hier étoit preſque entierement remplie
lorſqueje reçus la vôtre , je ne pus répondre
qu'à quelques-uns des articles don
vous me parliez , & je n'eus pas aflés de
place pour vous dire ce que je penſois dula
Probleme propoſé par l'Académie Royale
de Berlin.
Plus on étudie la Phyſique , plus on la
trouve difficile . Cependant ſans avoir étudie
ce qui regarde les vents , je ne laiſſe pas d'r
MAI 1746. 45
1
bercevoir beaucoup de difficulté à traiter
ette matiére
Il faut conſidérer l'effet que produifent
ur notre Athmosphére chacune des canfes
ui peuvent en troubler la tranquillizé fi
Elle agifloit toute feule. Il faut enfuite combiner
deux de ces cauſes pour voir quel
fet en reſulteroit. Enfuite en corabiner
ne troifiéme avec ces deux- là. Et ainfi de
nite, juſqu'à ce qu'on vienne à voir l'effet de
a combinaiſon de toutes ces cauſes à la fois,
Ces cauſes font , 1 °. le mouvement jour
alier de la terre. 2. fon mouvement anuel
. 3 °. la gravité décroiſſant comme
es quarrés des diſtances augmentent. 4º. la
haleur du Soleil qui à toutes les heures
u jour agit fur differens méridiens. 5º. cet
e chaleur entant que tous les jours de
année elle agit fur differentes latitudes
plus efficacement ſur les unes que fur
s autres , à cauſe des differens dégrés d'oquité.
6º, la gravitation de l'Athmofhere
& de l'Ocean fur la Lune à laquel
on attribuë les marées ordinaires. 7° ,
gravitation de l'Atmosphére & de l'O
an ſur le Soleil , à laquelle on attribue
s marées extraordinaires : enfin d'autres
ufes auſquelles je n'ai peut-être pas penſé,
us devez avoir des theſes de M. Maurica
15M. Calandrin. De actione Solis & Lung
aerem& aquas.
د
46 MERCURE DE FRANCE.
Je crois que le nombre & la grandeurde
cesdifficultés les convertira en une impoffbilité
Mathematique préſente , c'est-à-dire,
que le Calcul conduira à des équations qua
les Algébriſtes d'apréſent ne ſçavent pas re
foudre. Mais ces difficultés ne font rien
on les compare avec les impoſſibilités Phy
fiques que l'on trouvera dès qu'on ne voudra
pas poſer les principes du calcul avant que
d'avoir bien poſé ceux du probléme , ce
qui eſt un défaut preſque commun à tous
les Phyfico - Mathématiciens , & qui eft la
cauſe pour laquelle beaucoup de gens
croyent qu'on ne doit pas appliquer les Mathématiques
à la Phyſique , voyant le mauvais
ſucès de laplupart de ceux qui ont volu
lu le faire. Voici quelques unes de ces im
poſſibilités d'ignorance Phyſique.
1º. Il faudroit ſçavoir filesdeux mouvemens
de la Terre tirent leur origine d'une
eſpéce de projection du Créateurdont l'effet
dure encore , quoique la cauſe n'agiffe plus
depuis long-tems; ou ſi ces deux mouvemens
ſont produits par une cauſe qui agit
continuellement , mais qui est trop foible,
pour que fi elle ceſſoit quelques momens,
ces mouvemens ſubſiſtaſſent encore quelque
tems. Ce premier genre de cauſes , ſenomme
Forces vives , & le ſecond ſe nomme
Forces mortes ; car quoique l'effet de cesdeux
ΜΑΙ 1746. 47
genres de cauſes fut le même par rapport à
la Terre , il ne ſeroit pas le même par rappart
à ſon athmoſphére. Or adhuc fub judico
lis eft : & même ily a apparence qu'on ne
pourra jamais raiſonner ſur cette matiére
que par hypothéſes .
2º. Au cas même que l'on fut perfuadé à
bontitre que les cauſes dont je parle fuſſent
des forces vives , il faudroit ſçavoir encore
ſi le Créateur a imprimé à la fois ces deux
mouvemens , & à la Terre & à fon athmofphére
, ou s'il les aſeulement imprimés à la
Terre qui les communique continuellement
à ſon athmoſphere.
3 °. Il faudroit ſçavoir ſelon quelle loi décroit
la denſité de l'Air , ſelon quelle loi
chacune des cauſes des ventsagiffent differemment
ſur les couches de differente den
ſité ; à quel degré de rarité l'Air eſt autant
dilaté qu'il le peut être , & de quel degré de
rarité eſt la coucheſuprême de l'athmoſphé
re. Ces queſtions en renferment huit ou dix
autres preſque toutes impoſſibles à réſoudre:
car ſur ces mots , chacune des cauſes des
vents ſont compris les differents degrés
d'élafticité , d'obliquité du Soleil , de force
de ſes rayons , après avoir traverſé certains
nombres de couches differemment denſes
&c.
4°. Il faudroit que la queſtion fut décidéo
48 MERCURE DE FRANCE.
ſi lele globe Terraqueaeriën nage dans le
vuide ou dans un ether, qui réſiſtant à ſes
deux mouvemens peut caufer par frottement
des ventsdedeux eſpéces dans l'athmoſphére
: & fi cette queſtion étoit décidée , ilfaudroit
encore ſçavoir l'effet de ce frottement
de l'ether fur la coucheſuprême de l'athmofphére
, & l'effet des mouvemens de cette
couche ſuprême ſur les autres couches.
5º. Il faudroit de même ſçavoir l'effet du
frottement de l'Océan fous la couche infime
de l'Air. Ladenſité de l'eau étant differente
de celle de l'ether , les ſurfaces par lefquelles
ces deux fluides agiffent àcontre-fens
furl'athmoſphére étant de differentes grandeurs
, leurs éloignements du centre de mouvement
étans differens, leurs furfaces'étant
differemment raboteuſes , les couches ſur
leſquelles ils agiſſent étant de differente denfité,
& toutes ces differences s'exprimant par
des proportions qu'il eſt impoſſible de trouver
, ceci eſtune nouvelle impoffibilité à réfoudre
le probleme.
J'entrevois encore mille difficultés ſur les
ſept cauſes que j'ai aſſignées aux vents , mais
je me laffe de perdre mon tems à les rangerſous
differentes claffes .
C'eſtune maxime reçûe parmi les Mathématiciens&
les Phyficiens , que demontrer
l'impoffibilité de réfoudre un problême ,
c'eſt
-ΜΑΙ 1746 . 49
c'eſt autant que de l'avoir réſolu , mais je
penſe qu'il y aura bien des ſçavans qui appercevant
cette impoſſibilité en feront le
ſujet de leur difcours.
Tout ceci eſt extrêmement raturé & mal
couché ; mais il me ſutfit que vous voyiez à
peu- près ce que je penſe ſur une matiére
qui paroît vous intéreſſer un peu ; car fi j'avois
voulu en faire un brouillard & la traiter
dans les formes , j'aurois perdu un tems que
je dois à la Médecine.
VERS adreffés à M. l'Evêque de Chartres
par M. Roy Chevalier de l'Ordre de S.
Michel , le premier Janvier 1746.
P
Aſteurd'innombrables troupeaux ,
Chaque année ouvre à ton zéle
Une carriere nouvelle
De mérites & de travaux .
Aux voeux du Laboureur ſi la terre eſt rebelle
Tes ſoins dans ta Patrieeffacent ces fléaux ,
Heureux de t'appauvrir pout elle.
Toi ſeul à tes vertus dérobes leur éclat,
L'ennemi du falut fouffle-t- il quelque orage ?
Ton zéle s'arme , & l'abat
Avec le même courage
C
So MERCURE DEFRANCE,
Dont tes ayeux faifoient uſage
Sur les ennemis de l'Etat.
Des Pontifes choiſis rare&digne modéle,
Que leCielde ta vie étende les liens !
UnTrône t'eſt marqué parmi les citoyens
Dontles mains ont fondé la Sion éternelle ,
Dégagé de tous biens tu ſoupires pour elle :
Dieu te ſçait néceſſaire aux beſoins des Chrétiens ;
Qu'ildiffere ta récompenſe ,
Et qu'il donne la préférence
Atous nosdeſirs ſur les tiens!
LETTRE de M... M***. à un ami
de Province, ausujet de la nouvelle Fontaine
de la rue de Grenelle , an Fauxbourg S,
Germain des Prez.
Vous avez raiſon de vous plaindre,
M. Je me fouviens parfaitement de l'en
gagement que je pris avec vous lorſqu'on
commençoit à jetter les fondemens de la
magnifiqne Fontaine de la rue deGrenelle
au Fauxbourg S. Germain ; je vous promis
de vous entretenir de cet Edifice auſſi - tôt
qu'il ſeroit achevé. Je vous avoue donc que
ΜΑΙ . 1746. SE
je ſuis en faute. Il ya quatre à cinq moisque
j'aurois dû vous écrire , & que mes foibles
éloges devoſent ſe mêler aux applaudiſſemens
que tout Paris s'eſt empreſſé de donner
à ce ſuperbe Monument, mais ſans chercher
à m'excuſer , je vous dirai tout ſimplement
que depuis ce tems - là, j'ai été tellement
occupé de la choſe même dontjedevois
vous rendre compte , quejen'ai preſque
plus penſé à la parole que je vous avois donnée.
Cela eſt fort mal ,&il ne faut pas moins
que toute votre indulgence pour me le pardonner
; j'oſe cependant vous aſſurer que
vous n'y perdez rien ; plus j'ai examiné avec
une attention méditéetoutes les parties qui
compoſent ce bel aſſemblage d'Architectu
re &de Sculpture , plus je crois être en érat
de vous en fournir une deſcription fidelle ;
je ferai du moins tous mes efforts pour enfrer
, autant que vous pouvez l'attendrede
moi , dans l'eſprit de l'homme excellent
qui a produitun ſi rare chef d'oeuvre.
Vous étes déja inſtruit que cette Fontaine
eſt ſituée dans la ruede Grenelle , affés près
de l'endroit où cette rue ſe croiſe avec celle
duBac. Comme vous n'ignorez pas qu'il ne
ſe trouvoit aucune Fontaine publique dans
tout ce grand quartier aujourd hui ſi peuplé,
vous comprenez auſſi combien il étoit
néceſſaire qu'ony en bâtit une ; mais peut
Cij
MERCURE DE FRANCE,
etre que les raiſons qui ont déterminé ſur le
choix de la place qu'elle occupe vous font
inconnues; vous ne ſçavez peut- être pas que
ci-devant c'étoit un terrain vague appartenant
aux Religieuſes Recolectes , dont on
pouvoit faire aifément l'acquiſition , au lieu
que partout ailleurs la même acquiſition eût
fouttertde très - grandes difficultés : j'ai crû
devoir vous faire en paſſant, cette obſervation
qui ſervira de réponſe à ceux qui critiquent
un peu trop ſévérement le choix
qu'on a fait de cet emplacement.
Les arrangemens pris pour l'établiſſement
de cet important Edifice, M. Turgot dont
la Prévôté ſera mémorable àjamais par le
nombre , la grandeur & l'utilité des ouvragesdont
ila embelli cette Capitale , &Mrs.
du Bureau de la Ville jetterent les yeux fur
M. Bouchardon Sculpteur Ordinaire du
Roi , dont la réputation étoit grande dans
toute l'Europe pour exécuter leur projet : il
lui firent faire des deſſeins & un modéle qui
furent géneralement applaudis ; & l'on poſa
la premiere pierre de l'Edifice ſur la fin de
l'année 1739 .
: Depuis ce moment - là , je puis vous affûrer
que je n'aiplus perdu de vûe ce beau Bâtiment;
j'ai été témoin des ſoins extrêmes
avec lesquels on en a fuivi la conſtruction :
j'ai vu amener ſur le tas la plus belle pierre
ΜΑΙ 1746. 53
deConflans Ste Honorine , la même dont le
fameux François Manſard , fi curieux de
bien faire , s'eſt autrefois ſervi pour leChâ
teau de Maiſons ; j'ai vú cette pierre prendre
entre les mains d'un Appareilleur expéri
menté des formes ſi exactes , un trait ſiprécis
, que miſe en oeuvre il n'eſt preſque pas
poſſible de difcerner les joints des differentes
aſſiſes; les paremens enſont ſiunis & fi
biendreffés , que le tout ne paroît faire qu'une
feule maffe. Je ne crois pas que depuis la
belle façadedu Louvre il ſe ſoit fait un Bâtiment
avec autant de propreté que celui-ci.
Vous me direz , Monfieur , que dans ceci
vous ne reconnoiſſez qu'un ouvrage purement
Méchanique & dont vous n'étes que
foiblement touché. Je vous connois : vous
n'étes véritablement affecté que des ſeules
opérations de l'eſprit; il faut vous montrer
l'homme de génie , vous offrir & vous faire
goûter les fruits heureuxde ſon imagination ,
pénetrer dans le ſecret de ſes penſées& vous
les développer : voila ce que vous demandez
& je vais tâcher de remplir vos vûes :
ſijen'y réuſſis pas , n'en accuſez que mon infuffiſance.
Pour vous donner une idée plus nette de
la Fontaine , dont j'entreprensde vous faire
la deſcription , je dois commencer par vous
en tracer le plan , jentrerai enſuite dans un
Cij
54 MERCURE DE FRANCE.
détail circonstancié de toutes les parties de
ſa décoration & des divers morceaux de
Sculpture qui y font employés: tout le Batiment
régne ſurun des côtés de la rue & y
accupe en longueur une eſpace de quatorze
toiſes & demie; la rue n'eſt pas extrémement
large encet endroit , & fi l'on eût ſuivi
l'allignementdes maiſons , non ſeulement
la Fontaine n'eût pas été d'un accès bien facile,
mais il eſt encore certain qu'il n'y auroit
eû aucun jeu dans ſa compoſition . L'habileArtiſte
qui a préſidé à cet Edifice, a donc
imaginé de ſe retirer d'environ quinze pieds ,
&par cet expédient il a trouvé le moyen
deformer au- devantde la Fontaine uneefpécede
place qui contribue à en rendre le
ſervice plus commode , & qui laiſſe aſſés
d'eſpace pour pouvoir ſe reculer& embrafferd'un
coup d'oeil toute l'ordonnance: l'afpect
endevientplus heureux , & les parties
ſe développent davantage.
Le corpsdu milieu qui eſt ainſi renfoncé ,
fait avant - corps ; il eſt ſoutenu a droite
&à gauche par deux ailes qui , partant de
l'endroit où elles s'uniffent à cet avant-corps,
& décrivant par leur plan des portions de
cercle , viennent reprendre l'allignementde
la rue dans les deux extrémités qui terminent
l'Edifice. Imaginez vous voir le frontispice
d'une magnifique ſcéne de théatre
antique.
ΜΑΙ 1746. 55
Cequeje viens de vous dire du renfoncement
du corps du milieu , doit cependant
à la rigueur ,ſe reſtraindre à la partie ſupérieure
, je veux dire à celle qui régne audeſſus
de la premiere plinte , car au rez-dechauſſée
le plan de l'Edifice change de for
me: celui des aîles eft toujours le même ,
mais l'avant - corps du milieu avance en
faillie preſque juſques ſur la rue , &devient
un maſſif , qui peut être proprement dit ,
le lieu de la Fontaine , puiſque c'eſt de là
que l'eau ſe diſtribue par quatre grands mafcarons
de bronze , placés tant ſur le devant
quedans les retours; ce maflifeſt entierement
orné de refends qui ne font point interrompusdans
la principale face , laquelle prend
laforme d'une tour ronde , qui par une table
d'attente renfermant une Inſcription ;&
le même maſſif couronné par un focle de
glaçons enmarbre blanc, fert debaſeà des
ſtatues colloſſales de même marbre qui
font le principal ornement de toute cette
riche compoſition.
Elles font élevées du pavé à la hauteur de
quinze pieds ; c'eſt une diſtance tout à fait
propre à en conſidérer toutes les beaurés de
détail. La principalede ces ſtatues , celle à
laquelle on voit bien que les autres ſont ſubordonnées
, eſt celle qui repréſente la Ville
de Paris. Affiſe ſur une proue de vaiſſeau
Ciiij
36 MERGURE DE FRANCE.
qui lui ſert de trône & qui eſt priſe de ſes
armes, un ſceptre à la main &la tête couron
née d'uneCouronne de tours ,elle regarde
avec complaiſance le Fleuve de la Seine &
la riviere de la Marne , qui couchés à ſes
pieds , paroiſſent eux-mêmes ſe féliciter du
bonheur qu'ils ont de procurer l'abondance
&de ſervir d'ornement à la grande Ville
qu'ils baignent de leurs eaux. La Seine , en
tant que Fleuve , eſt repréſentée ſous la figure
d'un homme robuſte qui tient un aviron
&qui a derriere lui un cigne ſe jouant
parmi des roſeaux. La Marne eſt figurée par
une femme qui adans la main une écreviſſe ,
&l'on remarque aupres d'elle deux canards
qui fortent encore d'entre des roſeaux.
Je ne veux pas vous arrêter plus longtems
ſur ces admirables ſculptures ; vous entendrez
avec plus de ſatisfaction les jugemensqu'en
ont porté les perſonnes les plus
éclairées : elles ont été touchées de cette majeſté
qui eſt répandue dans toute la figure de
la Ville de Paris: fon attitude , & le jet de
ſa draperie , leur ont rappellé cette ſimpliciténoble
& mâle de l'antique qui n'a jamais
éprouvé les caprices de la mode. La
figure du Fleuve leur a paru deſſinée avec
ſcience& avec fermeté , tandis que celle de
la Nymphe a plu par fa foupleſle & le beau
coulantde ſes contours : ila été dit que l'une
MAI 1746.3572
&l'autre conſervoient ſous la dureté du
marbre la délicateffe & la fenfibilité de la
chair.
:
Un frontiſpice formé par quatre colonnes
cannelées d'Ordre Ionique , & parautantde
pilaſtres de même Ordre , qui portent
un fronton , dans le tympan duquel font
les armes de France , fert de fonda cegroupede
figures , & met la Ville de Paris comme
à l'entrée d'un Temple qui lui eſt dédie
; en même tems ce frontiſpice ſertà
loger dans l'enfoncement de ſon entre-colonne
, une Inſcription Latine en lettres
unciales de bronze , qui conçue dans le ſtyle
Lapidaire , fixe l'époque du Monument ,
&fait élégamment l'éloge d'un Prince cheri
qui ne reſpire que la paix , & n'eſt occupé
que du bonheur de ſes ſujets. Je l'ai copiée ,
je vous l'envoye , & j'eſpere que vous m'en
fçaurez d'autant plus de gré , que je puis y
joindre une Anecdote finguliere , c'eft que
cette Inſcription eſt l'ouvrage de feu M. le
Cardinal de Fleury , & que ce grand hom
me dont la modeſtie étoit auſſi eminente
que la dignité , l'ayant envoyé à M. de
Boze comme un fimple canevas dont il
le laiſſoit abſolument le maître , celui- cin'y
trouva pas un ſeul mot à changer.
C
58 MERCURE DE FRANCE.
DUM LUDOVICUS XV.
POPULI AMOR ET PARENS OPTIMUS
PUBLICA TRANQUILLITATIS ASSERTOR
GALLICI IMPERII FINIBUS
INNOCUE PROPAGATIS
PACE GERMANOS RUSSOS QUE
INTER ET OTTOMANOS
FELICITER CONCILIATA .
GLORIOSE SIMUL ET PACIFICE
REGNABAT
FONTEM HUNC CIVIUM UTILITATI
URBIS QUE ORNAMENTO
CONSECRARUNT.
PRÆFECTUS ET EDILES
ANNO DOMINI
MDCCXXXIX.
Cequi fe peut rendre ainſi ennotre Langue.
Sous le glorieux &pacifique régne
de LOUIS XV.
tandis que cePrince ,
leperedeſes peuples , & l'objet deleur amour;
afſfüroit le repos de l'Europe ,
J MAJ 1746. 59
que sans effusion de ſang.
it étendoit les limites defon Empire ,
quepar son heureuſe médiation
il procuroit la paix
à l'Allemagne , àla Russie ,
à la Porte Ottomane ;
les Prévôt des Marchands& Echevins
confacrerent cette Fontaine
àl'utilitédes Citoyens ,
&àl'embelliſſement de la Ville ,
l'an de Grace MDCCXXXIX.
7
Les nomsdesMagiſtrats auſquels le pu
blic eft redevablede ce ſuperbe Edifice ne
ſetrouvent pas dans cette Inſcription ; mais
je vous ai déja fait remarquer qu'il y
avoit au - devant du mallif qui ſert debaſe
au groupe de figures , dont vous venez
de lire la deſcription , une autre Inf
cription. Celle- ci gravée en lettres d'or fur
un marbre noir en forme de table d'attente
au milieu de deux conſoles , d'où pend un
feſtonde fruitsde marbre blanc , eſt en François
, & c'eſt dans cette Inſcription qu'il
faut chercher lesnoms de cesMagiſtrats : je
vais vous la tranſctire ; vous y lirez aufli le
nom de M. Bouchardon Auteur de l'ouvrage.
La diftinction eſt ſinguliere , mais
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE.
vous conviendrez qu'elle eſt bien placée.
r
173.9 .
Du regne de Louis XV.
De la cinquième Prévôté de Mre. Michel--
Etienne Turgot , Chevalier Marquis de Sous-
Mons &c. de l'Echevinage de Louis -Henry
Veron, Ecuyer Conſeiller du Roi de la Ville
Edme- Louis Meny Ecuyer Avocat an Parlement
, Confeiller du Roi , Notaire , Louis
le Roi de Fereuil, Ecuyer Confeilter du Roi,
Quarrinier , Thomas Germain Ecuyer , Orphevre
du Roy , estant Antoine Moriau Eckyer
Procureur& Avocat du Roi de la Ville ,
J.B. JulienTaitebout , Greffier en chef, JacquesBoucet
Chevalier de l'Ordre du Roi, Receveur.
:
Cette Fontaine a été construitefur les def-
Jeins d'Edme Bouchardon , Sculpteur du Roi ,
né à Chaumont en Baſſigny : les Statues, bas
reliefs & ornemens ont été exécutéspar lui.
Jedois vous décrire à préſentles deux aîles
de Bâtiment qui accompagnent l'avantcorps
du milieu; toutes deux font uniformes
, ainſi la deſcription queje vous feraide
Pune ſervira pour Pautre. Depuis le ſol jufcu'au
deſſus de l'attique qui poſe ſur l'en
tablement , elles s'élevent à lahauteur de
Lept toiſes , en général la décoration et
de même caractere & s'accorde très bien
aveccelledumilieu. Le même Ordre Rufti
que , c'est - à- dire, la même ſuite de re
fends , régne dans la partie inférieure juf
qu'à la premiére plinte , & n'eſt interrom
purque par deux portes cocheres de ſujet
tion , f'une qui fert d'entrée au Monaſtefe
desReligieuſes Recolectes , l'autre qui conduit
au château d'eau ou réſervoirde laFon-
Taine. Ne craignez point que ces deux portes
nuiſent à la compoſition ;unhabile hom
me Içait profiter de tout , il tire avantage
des choſes mêmes qui paroiffent les plus
contraire à ſes deſſeins. La diſpoſition heureuſede
ces portes en fait ici un ornement
qui ſemble néceſſaire & même indiſpen-
Quoique la décoration des deux aîles
prenne plus de richeſſe dans la partie fupérieure
, il n'y régne point cependant
d'Ordre Ionique comme dans le corps du
milieu. M. Bouchardon a crû qu'il valoit
mieux lier toutes les parties qui entrent dans
cette décoration au moyen de ſimples corps
avancés, ou ſi l'on veut , depilaſtres dénués
de bazes & de chapiteaux ; ce qu'il a fait
fans doute , pour mettre plus de repos &
dharmonie dans fon ordonnance , & pour
l'étendre davantage; & en effet fi cespilaf
62 MERCURE DE FRANCE.
tres euſſent été chargés d'un trop grand
nombre de petites moulures , les parties auroient
paru trop coupées& certainement il
en ſeroit réſulté trop de ſécherefle. Ces pilaftres
font couronnés parun grand entablement
& ils enferment des niches , une quarrée
au-deſſus de chaque porte,dans le fonds
de la quelle font repréſentées en bas relief
dans descartouches les armesde la Ville de
Paris , & quatre autres niches ceintrées ,
deux de chaque côté où ſont placées des figuresdegénies.
Vous avez vû , Monfieur , que les principales
figures qui ornent cette Fontaine
concouroient à faire un tableau de l'abondance
qui régne en tout tems dans cette
grande Ville ; &pour étendre la même idée
que pouvoit - on imaginer de mieux , que
de repréſenter dans les figures qui devoient
occuper les niches , les génies des ſaifons?
C'eſt ainſi que les anciens ont voulu expri
mer le bonheur dont ils jouiſſoient ſousdes
Princes qui leur procuroient l'abondance ;
ils ont employé dans pluſieurs de leursMonumens
,& finguliérement ſur lesMédailles,
le typedes quatre ſaiſons avec cette Inſcription
Temporumfelicitas .
On ne s'eſt point écarté icidecette ingénieuſe
allégorie ; ona repréſenté lePrintems
ſous la figure d'un jeune homme paré d'une
ΜΑΙ 1746. 63
guirlande de fleurs & qui aide à un belier ,
le premier des Signes que le Soleil parcourt
dans cette ſaiſon , à fe foutenir: Unautrejeune
homme quiregarde fixément leSoleil &
qui tient un feſton d'épis , exprime l'Eté :
on voit à ſes pieds le cancer. Des balances
&des raiſins entre les mains du troifiéme
génie déſignent l'Automne , parce que c'eſt
le tems des vendanges & que l'équinoxe
d'Automne arrive préciſement au moment
que le Soleil entre au ſigne des Balances :
parune raiſontoute femblable , la figure qui
repréſente l'Hyver eft accompagnée du Ca.
pricorne: c'eſt la ſeule qui ſoit couverte d'une
drapperie, ſous laquelle elle ſemble ſe vouloir
mettre à l'abri des rigueurs du froid.
Tous ces génies ontdes aîles: ce ſontcelles
dutems avec leſquelles ſe fait la courſe rapidedes
ſaiſons , &qui les entraine dans le cerclede
leur révolution .
Les ſymboles qui animent ces quatre figures
expliquent ſuffisamment les ſujets
qu'elles repréſentent , mais ſuppoſé qu'il put
refter encore quelques doutes , ils ſediſliperont
dès qu'on jettera les yeux fur les quatrebas
reliefs qui ſont placés dans des eſpaces
quarrés longs au- defſous de chaque
niche ; dans chacun de ces bas reliefs on voit
des enfans qui s'occupent de ce qui peutfaire
l'objet de leur amuſement dans les diverſes
64MERCURE DE FRANCE .
ſaiſons. Les uns raffemblés dans un jardin,
attachent aux arbres des guirlandes de fleurs
&fe couronnent de roſes , d'autres font la
moillon , quelques uns jouent avec un jeu
neboue avide de manger des raiſins ; & les
derniers fous une rente&près du feu,cher
chent à ſe garantir du froid de l'Hyver,
39
Si l'on a rendu juſtice à la variété &à la
naiveté des attitudes des génies , on a pas
donné moins de louanges à la richefſe des
compoſitions de ces bas reliefs ; le travail en
aparu auffi recherché , & auffi fpirituel que
lamatièrepouvoitle comporter ; car ces bas
reliefs , ainſi que les figures &toutes les au
tres ſculptures qui entrent dans ladécoration
des deux aîles de la Fontaine , ne ſont qu'en
pierre de Tonnerre qui a le grain aſſes fin
&qui eſt fort blanche, mais qui n'a pas à
beacoup près la fierté du marbre , ſeule matiere
digne d'occuper un excellent cizeau ?
queldommage qu'elle foit frrare pour nous !
Ce que j'ai oui beaucoup priſer par les
véritables connoiffeurs ,& ce qui fait en effer
que l'oeil, en conſidérant ce bel Edifice ,
jouit d'un agréable repos , c'eſt la juſteſſe&
řélégance des proportions ; c'eſt le parfait
rapport detoutes les partiesles unes avec les
autres; c'eſt que toutyprend la forme piramidale
fi recommandée, ſibien mile enpradique
par le fameux Michel-Ange. De quel
MAI. 1746.65
que côté que vous vous tourriez , quelque
partie que vous embraffiez , la difpofition
de tous les objets vous deſſine toujoursune
piramide , & cependant cet artifice eſt voilé
avec tant d'adreſſe , qu'il faut en être averti
ou être plus qu'initié dans les Arts pour l'appercevoir.
Permettez-moi d'ajouter encore une rélexion
que je n'ai pas fait ſeul ; je trouve que
la grande richeffe de cet Edifice vient de
fon extrême ſimplicité ,& fi je ne me trompe
, j'y vois éclater de toutes parts ce goût
de l'antique , ce goût folide & fage que don
ne feule l'étude de la belle Nature. Peut-être
me laiſſai-je emporter par trop de zéle.
J'oſe cependant former ce préſage , qu'en
tout tems, qu'en tous lieux cet excellent goût
prédominera , & que toutes les fois que des
idées trop compoſées & trop éloignées du
vrai voudront prendre le deflus il les éclipfera.
Que quelques modernes , & même des
Sculpteurs de nom ſe foient laiflés ſéduire par
un briliant que femblent jetter dans la compofition
certains tours& certaines licences
qui paroiffent empruntésde la peinture , il
n'en eſt pas moins vrai , quand on rappelle
les choſes à leur véritable fin , que ce ne ſoit
une erreur. La peinture & la ſculpture ſont
deux foeurs qui ont le même objet d'imitation
, & qui marchent vers le même but ,
66 MERCURE DE FRANCE,
mais leurs allures ſont bien differentes. On
a blâmé avec raiſon les Peintres qui ont
traité leurs tableaux dans le goût de la
Sculpture ; on leur a reproché la peſanteur
&de n'avoir pas mis allés d'air dans leurs
ordonnances ; un Sculpteur qui ſe propoſeroit
pour modéle lefaire d'unPeintre, tomberoit-
il dans un moindre défaut, &feroitil
plus excufable ?
Il ne me reſte plus , Monfieur , qu'à vous
rendre compte de ce qui s'eſt paſſlé à la réception
de ce grand & bel ouvrage par la
Ville : M. le Preyôt des Marchands , &
Meſſieurs les Echevins ne ſe ſont pas contentésde
témoigner à l'habile homme qu'ils
avoient employé , leur extrême ſatisfaction :
ils ont cru devoiryjoindre une récompenſe
digne de la magnificence de la premiere
Ville du Royaume.
Avouez , Monfieur , que je ne pouvois
mieux finir ma Lettre. J'oſe préſumer que
vous avez préſentement oublié tout mon
tort, & que vous continuerez d'être perſuadé
de la ſincerité des ſentimens pleins
d'eſtime avec leſquels j'ai toujours été
Monfieur , &c.
:
AParis co 1. Mars 1746.
i. 2
MAI 1746. 67
XXXXXXX XXXXXXX
A Madame L. M.D L. R. U. F. Chef
J
d'Escadre dans l'ordre de la Félicité,
E ne briguerai point le ſtérile avantage
Dont vousdotez vos Chevaliers ,
Et l'ancre de vos Mariniers
Ne fera jamais mon partage.
Que me fert le ſigne trompeur
D'une félicité parfaite ,
Quandje ſens au fondde moncoeur
Que mon ame eſt peu fatisfaite ?
Vous avez prodigué ce titre faſtueux
Amille Chevaliers d'élites ,
Mais entre tant de profélites
Combien avez-vous fait d'heureux ?
Par M. de la Soriniere.
MADRIGALfur les grands yeux d'Uranie
parM. de la Soriniere.
Iorſque l'Amour ſur le
plusbeaumodéle
Coupa vos yeux, il avoit fon deſſein ;
L'enfant diſoit , car il est bien malin ,
Faiſons-les grands , ſi grands que la pucelle
Puiſſe y loger l'Amour & tout fon train.
68 MERCURE DE FRANCE.
華一
EPIGRAMME Sur un vieux Poëte.
Amondontje reſpecte l'âge
Ds'estdéclaré Poëte àquatre-vingt deux ans ;
Je le reſpecterois encor bien davantage ,
S'il eut conſervé ſon bon ſens.
MADRIGAL tiré de l'Italien Felice
chi vi mira.
HEureux qui voit tes yeux!
Heureux qui les admire !
Mille fois plus heureux
Qui pour ces yeux ſoupire !
Mais pour faire un parfait bonheur
Il eſt une autre choſe ,
C'eſt de voir foupirer ton coeur
Et d'en être la cauſe.
MAI 1746. 62
***
EPITRE à M. l'Abbé H ***.
Auprès d'un petit lit , vrai Temple d'Hyme
née ,
Sur un trépied aſſisje coulemajournée,
Soit que le doux Zéphir ou le ſombre Aquilon
Fafferire ou pleurer l'équivoque horiſon :
Là , m'inſtruiſent ces morts dont plus de mille
années
Onttoujours reſpecté les célébres trophées ,
Etdont je veux , ami , te faire leſtement
En quelques bouts - rimés le courtdénombrement.
Deſſous l'habit rongé d'un vieux parchemin jaune
Semontre en belle humeur ce ribaut de Pétrone;
Inventeur ( 1 ) rafiné de ſalesvoluptés ,
Qui fait d'affreux portraits adorer les beautés ;
Qui ſous le voile impur d'une fine Satyre
Faitfrémir des excès du Tyran qu'il inſpire.
Auprès de ce cynique (2)& féduiſant vaurion
Paroît bien étoffé le mordant Lucien :
Plus fort que les Titans il brave le tonnerre ,
Se rit de Jupiter, nargue toute la terre.
(1)Tacit. 16Annal.
(2)Terent. Manr.
70 MERCURE DEFRA NIC E.
!
Plus loin en même rangs'offre l'aimable Auteur
Qui de tristes diſerts réjouit ſon lecteur ,
Qui par les traits touchants d'une tendre Elégie ,
Intereffe aux malheurs d'un être de génie :
Aux accents variés de ſa flexible voix ,
Virgileunit les fons de champêtres haut- bois ,
Et du galant éclat de la métamorphoſe
Seme les chaſtes vers que ſon Damon compoſe.
Deflous eux Juvenal , Cenſeur univerſel ,
Répand fur ces Ecrits à pleines mainsleſel ;
PuisPerſe&Martiald'une cauſtique plume
Fontcouler de leur fiel la diſcrette (1 ) amertume ;
Tandis que dans Lucain le crime ſçait calmer
Les troublesqu'en ſon ſein la paix (2 oſa former ,
Horacedes doux fonsde ſa mignonne Lyre
Fait aimer les écarts d'un fublime délire ;
Quint-Curce à ſon Héros pour la postérité
Paye l'heureux tribut d'un encens mérité,
Pour punir les Auteurs des mauxde leur Patrie,
Tacite& Tite - Live éterniſent leur vie.
Quintilien nous dit d'être ce qu'il n'eſt pas. (3)
Cicéronveut envain qu'on marche ſur ſes pas.
Térence au naturel les hommes fait paroître.
Séneque(4)nous dépeint tels que nous devons être,
Auſone legalant , Plaute le naturel ,
(1) Plinelejeune.
(2)Le Triumvirat.
(3)Orateur.
(4)Moral,
MAI 1746.
71
Plutarque le moral , Pline ( 1 ) l'univerſel ;
Les doux amulemens de l'enjoué Tibulle ,
La rare amoenité du pétulant Catulle ;
Voilàtout l'agrémentde mes jeunes deſtins ;(2)
Jejoins au ſel desGrecs lesdouceurs des Latins :
AupiedduMont ſacré j'aime àvoir que Pindare
Calme , trouble, ſe perde , adroitements'égare.
Homére prend le foudre au ſein des immortels ,
Etdes foibles humains en orne les Autels ;
Ifocrate au diſcours donne leſte parure ,
Il le jonche de fleurs , il le peigne& l'épure.
Du Prince , Hérodian le Cenſeur rafiné
Diſcerne le Héros du Tyran effrené :
Pour eux donc , pour Florus , Tyrius , (3) Dé
mofthene ,
Amon réduit , mon cher , chaque jour je m'enchaîne
;
Leurs talens variés , variant mes plaiſirs ,
Sans fâcheux , fans flateurs , fans odieux deſirs ,
Du travailm'étant fait une douce habitude ,
Je trouve un Tivoli dans mon étroite étude,
(1) Natural.
(2) Vingtans,
(3) Maxim,
2 MERCURE DE FRANCE.
EXTRAIT DUNE LETTTRE
écrite aux Auteurs du Mercure au sujet
de l'emploi des 20000 livres.
Oici le
V
plan que je propoſerois à cet
homme zélé pour ſon prochain ; je lui
conſeillerois en premier lieu de ne faire aucune
fondation ,outre qu'un Adminiſtrateur
avide ou négligent ne remplitjamais en entier
les vûes du Fondateur, il eſt encore trèsdangereux
que l'amour propre&une certai
ne vanité he guident la plupart de ces établiſſemens,&
ne faſſent perdre ainſiunebonxe
partie du fruit de ces bonnes oeuvres ; on
perpétue ſon nom avec ſes bienfaits, & fouvent
ne regarde-t-on les bienfaits que comme
le moyen efficace de tranſmettre fon
nom à la poſtérité. Les aumones publiques
ſontbonnes , mais les ſecrettes ſontbien plus
excellentes , fi la main gauche doit ignorer
ce que fait la droite , combien plus ne doiton
pas craindre de faire du bien à la face
detoute uneProvince, de l'annoncer publiquement
, de le dépoſer dans des Actes authentiques,
de prendre enfin une voye où les
témoins font néceſſaires pour la validité de
l'aumône qu'on adeſſeinde donner ?Je voudrois
MAI 1746. 73
drois doncque l'on fut foi- même le diſpenſateur
de ſes charités & que l'on n'y conſacrât
pas ſeulement le revenu de ces 20000 livres,
mais que l'on ébrechât même le capital ,
fi certaines circonstances l'exigeoient.
Je ſçais une famille honteuſe, que le fouvenir
d'une fortune paſſée , rend encore plus
miſérable, par l'impoſſiblité où il la met de
gagner ſa vie; alors au lieu d'une aumône
modique j'en donnerois une abondante , je
ferois àces perſonnes un petit établiſſement ,
je leur fournirois le chauffage , je payerois
leur loyer , j'emploirois mes ſoins mon
crédit , mon bien même pour procurer
quelqu'emploi honnête & lucratif qui pût
les foutenir.
,
Une fille d'honneur &de famille , douée
d'efprit &de beauté,n'a plus aucune reffource
pour vivre ; un pere diffipateur a confumé
le peu de bien qui auroit pû ſuffire à
ſon entretien , ſon nom , ſa naiſſance l'empéchent
d'embraſſer la condition baffe de
domeſtique qui eſt le ſeul parti qui lui reſte ;
fur le bord du précipice ſa frele vertu eſt
prête à ſuccomber; on lui a fait des propoſitions
, des avances dangereuſes , elle a
eu de la peine a y réſiſter ; ſa bouche a dit
non , peut-être fon foible coeur a-t-il enſecret
démenti ce langage ; une mere ſur le
déclin de l'âge & vertueuſe le voit , le ſçait ;
D
74 MERCURE DE FRANCE.
elle en gemit amerement; ſon amour pour
ſa fille , l'horreur du crime qu'elle eſt prête
à commettre lui ferment la bouche & lui
déchirent les entrailles ; elle eſt prête à expirer
de douleur : je courrois vers cette
jeune perſonne , j'y courrois dès que j'en
ſerois informé , j'y courrois le matin , le
ſoir , la nuit même , & après avoir pourvû à
ſes beſoins les plus preſſans , ou je lui donnerois
une aumône pour lui faciliter l'entrée
dans un Monastere , ou ſi elle n'avoit aucune
inclination pour cet état, je lui louerois
une boutique , je lui en avanceroi le
fonds , je le lui donnerois même s'il étoit
néceſſaire.
Une mauvaiſe récolte vient à faire hauſſer
le prix du bled & de toutes les denrées ,
le mendiant , le pauvre laboureur ſont ſans
ſecours , ils ont une famille qui leur demande
du pain , & ils n'ont pas de quoi
la fatisfaire , j'ouvrirois alors mes greniers ,
je vendrois du bled à ces miférables à un
très-vil prix , par là j'étoufferois leurs plaintes
& leurs murmures , ſouvent , ou pour mieux
dire , toujours criminels , je previendrois ce
déſeſpoir auquel ils ſont prêts à s'abandonner.
"Un artiſan obéré qui a de la peine à fe
nourrir du travail de ſes mains , eſt prêt à
perdre le peu qu'il peut avoir ; des créan
ΜΑΙ 1746. 75
ciers avides le preſſent , lui font ſaiſir ſes
biens , je le ſçais , & fans examiner ſi c'eſt
fa faute qui l'a rendu miſérable ou non ,je
les fatisfais , & ainſi j'évite à cet homme
l'ignominie de la priſon , j'empêche le cours
de ces intérêts que l'impoſſibilité de payer
fait bien - tôt monter plus haut que le capital.
Je choiſirois deux jeunes pauvres , je
prendrois foin de leur éducation , comme
s'ils étoientmes propres enfans , jeles avancerois
, je les établirois , je ferois paſſer en
ſecret à ce Curé congruiſte qui ne peut
vivre de ſa Cure , tous les ſecours dont il
auroit beſoin , je chargerois rogatoirement
monhéritier d'avoir la même attention;quels
tréſors de graces une pareille conduite n'attire-
t-elle pas ſur la tête de celui qui la
pratique.
La charité eſt ingénieuſe ; elle trouve
mille moyens de ſe ſatisfaire ; les occafions
ne manquent jamais à un homme qui a un
véritable zéle , mais je voudrois toujours
qu'on fit pendant ſa vie autant d'aumônes
⚫ qu'il feroit poſſible , fans attendre après ſa
mort : melius est nunc tempestivè providere
& aliquid boni pratermittere , quam ſuper
aliorum auxilio post mortem ſperare. *
* Imitatio Chriſti Liv. 1 Ch. 23. Sect. 5.
Dij
ॐ
76 MERCURE DE FRANCE.
Veut-on abſolument des fondations ?je les
ferois de cette maniere;j'emploirois la ſomme
de 20000 livres à doter quelque Hôpitalconſidérable
,& connu par la vigilance
de ceux qui le gouvernent : & comme les
pauvres n'y manquent jamais de la nourrifure
terreſtre, je ſongerois à leur procurer
la ſpirituelle ; j'y fonderois deux places qui
feroient accordées à de pauvres Eccléſiaſtiques
au choix & à la nomination de tous
les Adminiſtrateurs; ils y ſeroient entretenus
à la charge de diſtribuer ſoir & matin
&pluſieurs fois le jour la parole de l'Evangile
aux malades de cet Hôpital , de les
exhorter en particulier , de leur faire des
lectures chrétiennes,de les conſoler dans leurs
afflictions ,de prévenir leur deſeſpoir, de leur
repréſenter leurs fouffrances comme venant
de la main de Dieu , & de leur faire trouver
ainfi dans une occaſion de péché une occafion
de graces & de falut : ah ! combien
demalades livrés à eux-mêmes & aux cruelles
douleurs d'une fiévre ardente , ou d'une maladie
de langueur , maudiſſent en ſecret la
divine Providence de la rigueur de leur fort !
ces Eccléſiaſtiques ſe ſanctifieroient , ils ſanctifieroient
les autres
Sişl'Hôpital n'étoit pas bien conſidérable ,
jet conſeillerois de n'établir qu'une place
d'inſtrution , & de conſacrer ainſi l'autre
ΜΑΙ 1746. 79
moitié du revenu des 20000 livres à l'entre
tien d'une perſonne de famille , mais à qui
ſa pauvreté , même ſans maladie , ôteroit
toute eſpéce de ſecours; je voudrois que
cette perſonne fut au choix de tous les Adminiſtrateurs
, & qu'on ne la reçut qu'après
des atteſtations de fon Curé & de quelque
perſonne conftituée en charge ; mais qu'il feroit
encore à craindre que des motifs de faveur,
oude récompenſe ne fiſſent ôter le pain
aux enfans pour le donner aux petits chiens,
&que cette place ne fut ſujette à la brigue.
Voilà , M. les réflexions qui me font
venues en liſant la queſtion propoſée & la
lettre de M. le Curé de S ...... que vous
avez inférée dans votre Mercure; ſivous jugez
que la mienne y mérite une place, vous me
ferez plaiſir de l'y mettre , peut-être engagera-
t-elle des perſonnes plus éclairées à
nous faire part de leurs lumieres.
Je ſuis &c,
Ce 24 Mars 1746.
Diij
78 MERCURE DE FRANCE ,
LE RAT ET LA PIE.
ON
FABIE.
N raconte que Dame Pie
Se moquoit d'un Rat ſon voiſin:
Que fais- tu dans la vie ,
Diſoit cette harpie?
Eh! BonDieu! tu n'es propre à rien.
Je fends les airs d'une courſe rapide ,
Je vas , je viens , je voyage partout ;
Pour toi pauvre animal timide ,
Apeine fors - tu de ton trou .
Elle joignit à ces mots l'inſolence ,
Et donna pluſieurs coups au Rat ,
Qui jura
Tôt ou tard d'en tirer vengeance.
Aquelque tems de-là ; c'étoit huit jours après ;
Comme il traverſoit les forêts ,
S'étant fourvoyé par mégarde .
11 vit la dame babillarde
Priſedans des lacets.
Elle fut bien ravie
Qu'il vint pour lui donner ſecours ,
Et le pria de lui ſauver la vie ,
Mais il fut fourd à ſes diſcours :
ΜΑΙ 1746. 79
C'eſt le Ciel qui te châtie
Tu te moquois de moi , lui dit-il, l'autre jour ,
Mais aujourd'hui c'eſt mon tour.
Ah! tire moi d'ici , voiſin , je t'en conjure ;
Rien ne pourra jamais alterer l'amitié ,
Quedans ce moment je te jure ;
Que mes malheurs excitent ta pitié :
Elle eût beau faire ; elle eût beau dire ;
Le Rat n'en fit que rire.
Romps , lui dit-il , toi même ton lien
Car pourmoi , tu le ſçais ,je ne ſuis propre à rien :
Et là-deſſus notre Rat ſe retire.
Il faut entretenir tout le monde avee ſoin,
Et ne ſe moquer de perſonne :
Quand le bonheur nous abandonne ,
Sçait-on de qui l'on peut avoir beſoin ?
Par M..... de Châlons sur Marne.
Diiij
MERCURE DE FRANCE .
000000000000000 .
LE THON ET LE DAUPHIN.
U
:
FABLEE..
N Thon que pourſuivoit dans la mer un
Dauphin,
Fut jetté par une tempête
Avec lui ſur un roc voiſin ;
Aufſi tôt retournant la tête ,
Et voyant périr le marin ,
Ah! jeneme plains plus ,dit-il , de mon deſtin,
Et le fort que la mort m'apprête
Ne peut me cauſer de chagrin ,
Puiſqu'il eſt auſſi de la fête.
Ceſouhaitde nos jours hélas ! eſt trop comn.vn:
Petits & grands , non il n'en est pas un
Quine ſouffre ſes maux avec plusde courage
Quand fon rival avec lui les partage.
Par le même.
ΜΑΙ 1746.81
M
Maximes d'Amour en Acrostiche.
Ontrez à votre amant un coeur moins inflexible
;
ſon amour naiſſant devenez plus ſenſible ;
eprimez fon ardeur , ſans rebuter ſes voeux :
-mitez la Colombe ,enbrulant de ſes feux
viter un Berger , c'eſt montrer fa défaite ;
'eſtdevant ſonvainqueur battre honnête retraite
,
I orace dans ſes vers a chanté ces leçons.
Mt le Gentil Bernard les amís en chanfons.
ivre ſans paſſion , c'eſt languir de triſteſſe
imez donc , Chevalier ,& foyez ma Maitreſſe ;
e coeur que je vous offre eft fidéle&conftant ;
I vous eſt preſenté par le plus tendre amant ;
cartés pour jamais tout principe fevere;
econnoiſſez le Dieu qu'on adore à Cithére.
DE LALAURE,
Dy
82 MERCURE DE FRANCE ,
REFLEXIONS
Sur les âges de l'homme , à M. Calandrini
Professeur en Philofophie à Genéve.
Q
UF devient de nos prés la riante verdure?
Et des fleurs la riche parure ,
Philoméle de ſes concerts
Ne rejouit plus laNature ;
Eos paiſibles ruiſſeaux dont l'onde vive& pure
Serpentoit fur des tapis verds
Etqui de cent objets divers
Nous offroient l'aimable peinture ,
Aujourd'hui d'une écorce dure
Sont envelopes& couverts.
Le ſeul Aquilon dans les airs
Fait entendre un affreux murmure
Et changenos champs en déſerts ,
Ah ! que cette fidelle image
Nous repréſente bien le cours
Des heureux & des tristes jours
Dont notre vie est l'aſſemblage.
L'homme dans le printemps de l'âge
Ne reſpire que badinage ;
Les jeux, les ris & les amours
T
MAI 1746.
83
Semblent venir lui rendre hommage ,
Et ſemer de fleurs fon paſſage ;
Si ce temps fortuné pouvoit durer toujours ,
Qu'il feroit doux d'en faire uſage !
On voit la jeuneſſe volage ,
Aller de déſirs en défirs ,
Et pour commencer d'être ſage ,
Attendre la fin des plaiſirs ;
Tėl le Papillon infidéle
Court & vôle de fleurs en fleurs :
Celle dont-il reçoit les plus tendres faveurs ,
Lui paroît toujours la plus belle
Et chaque Aurore renouvelle
Son inconftance & fes ardeurs .
Mais lorſque de l'Eté les brulantes chaleurs
Echauffent nos efprits& le fang de nos veines,
L'homme , ſéduit par des lueurs ,
N'embraſſe que des ombres vaines
Sous le fantôme des grandeurs ,
Et. ſuivant au hazard des routes incertaines ,
Il eſt le jouet de l'erreur ,
Et ne rencontre que des peines
Lorſqu'il croit trouver le bonheur.
D'un voile ténébreux maſquant ſon injuftice ;
D'honneur il paroît revêtu
Et des couleurs de la vertu
Sa main oſe parer le vice .
,
)
De ſes vaftes projets la folle vanité
Dvj
84 MERCURE DE FRANCE.
Lui creuſe l'affreux precipice
Qui fait la honte & le ſupplice
D'un témeraire orgueil & de l'iniquité.
Dans un âge plus mûr l'homme craint l'indigence
;
Mépriſant les tréſors qui ſont enſa puiſſance ,
Pour les biens qu'il n'a pas ſon coeur eſt agité ,
Et de la foifde l'or ſans ceſſe tourmenté ,
Même au milieu de l'abondance ,
Il éprouve la pauvreté.
L'or n'eft que trop ſouvent l'inſtrument de nos
crimes ;
*
Par des moyens illégitimes .
Onſçait de ſes projets couvrir l'iniquité
Tel un Roi cruel & perfide ,
Séquiſant le Romain de ſes tréſors avide ,
De tous ſes attentats obtint l'impunité,
Ainſi par ſa propre foibleſſe
L'homme facilement ſéduit ,
Fuit la verité qui le bleſſe ;
Etdes douceurs de la ſageſſe
Il ne recueille l'heureux fruit
Que lorſque la froide vieilleſſe
* Jugurtha Roi de Numidic , après avoir tué ses
freres &s'être emparé de leurs Couronnes se procura
_aſſés long-tems l'impunité defes crimes en corrompant
es Généraux Romains qui étoient envoyés pour le
punir.
ΜΑΙ 1746
Annonce la fatale nuit ,
Qui nous couvrant d'une ombre épaiſſe ,
Eclipſe le jour qui nous luit.
Notre plaiſir , notre triſteſſe ,
Dans la nuit du tems confondus ,
Loin de nous s'écoulent ſans ceſſe ,
Et bien - tôt ils ne feront plus.
Tel un torrent dans les collines
Ne reſpecte pas plus les fleurs
Que les ronces & les épines ,
Et laiffe par tout des ruines
Triſtes effets de ſes fureurs.
L'Homme pour fixer ſes années
Parun cours rapide entrainées
Feroit d'inutile efforts ;
Le temps détruit tous les refforts
De notre fragile machine ,
Et rompant les heureux accords
Qui joignent& l'ame & le corps ,
Apas certains nous achemine
Dans le fombre ſéjour des morts
Et nous rend à notre origine,
Enfin fatigués de courir
"
Après de faux plaiſirs dontnotre ame étoit yvre x
Nous voulons commencer à vivre ,
Lorſqu'il faut penſer à mourir ;
L'eſprit détrompé des chimeres
Que le temps fait évanouir
MERCURE DE FRANCE.
Ne ſe laiſſe plus éblouir
Par des grandeurs imaginaires
Ou par des beautés paſſageres ,
Dont il ſe flatoit de jouir.
Il voit que ces plaiſirs ontdes aîles legéres ;
Heureux , ſi les Beaux Arts ; & les vertus fincéres
Etoient ſeuls l'objet de ſes ſoins !
Mais hélas ! il n'en eſt pas moins
Eſclave des erreurs groſſiéres ,
Et fujet à de faux beſoins.
L'Homme marche à tâtors au bord des précipices;
Il ne fait que changer de vices .
Tantôt la fiere ambition
८
Lui prépare mille ſupplices ;
Tantôt quelqu'autre paſſion
L'entraîne par ſes artifices :
Preſque toujours l'opinion
Le meut au gré de ſes caprices ;
De préjugés trompeurs l'homme eft en
vironné ,
Il eſt ſur chaque objet incertain , étonné ;
A peine une foible lumiere
Des malheureux mortels éclaire la carriere.
Cependant notre orgueil ſe flate de ſçavoir
Quelle eſt des élémens la forme & la matiére ,
Et s'élevant du ſein de la pouſfiere ,
L'eſprit humain veut concevoir
ΜΑΙ. 1746. 87
La fabrique des Cieux &de la Terre entiere :
Il veut tout connoître & tout voir ,
Et nous ignorons la maniere
Dont notre corps peut ſe mouvoir.
Apprenons que notre devoir
Eft de reſpecter les limites
Que le Ciel lui-même a preſcrites
- Et qui du Créateur nous prouvent le pouvoir.
Oui , dans ſon arrogance extrême
L'homme décide en arbitre ſuprême
Sur l'ordre & les refforts divers
Qui compoſent le beau fiyſtême
De ce magnifique Univers ,
Et dans ſes dangereux travers ,
Il rapporte tour à lui- même..
Ah ! plûtôt ſoumis , fatisfaits
Faiſons un uſage modefte
Des divers talens,des bienfaits
८
Que repand la bonté céleſte ,
Et dont nous fentons les effets.
9
A
Toi , dont le goût exquis égale la ſcience ,
Daigne pardonner mes écarts ;
Tu connois de nos vers les régles , la licence;
Calandrin , ton intelligence
Perce audelà de tes regards.
De la fine Géometrie
Tu pénétre les profondeurs ,
Et peintre ingenieux des moeurs ,
1
:
88 MERCURE DE FRANCE.
:
Tu ſçais de l'humaine folie
Découvrir toutes les erreurs
De nosdivers devoirs tu montres l'harmonie ;
Et de plus aimables couleurs ,
Tu nous peins toutes les douceurs
Dont la vertu ſeroit ſuivie
Si l'ordre zegnoit dans nos coeurs.
Puiſſions nous deſormais en gouter tous les charmes,
Puiſſions nous conſtamment en reſpecter les droits!
Et loin du bruit affreux des armes ,
L'eſprit tranquile & fans alarmes ,
Cultiver les Beaux Artsà l'ombre de nos loix.
AGeneve ce 2 Octobre 1745 , J. B. Tellot.
SUR L'AMITIE
à M. D **
POUR peindre l'Amitié ? ſçais-tu cequ'il faut
faire
Il faut avoir l'original ,
Car ſans lui tu la peindrois mal
Et tu ne tracerois; D ** qu'une chimere ,
Mais pour t'épargner la longueur
ΜΑΙ. 1746. 89
D'une recherche difficile ,
Je vais t'enſeigner ſon azile ;
Tu le trouveras dans mon coeur.
Par le même.
EPITRE à M. le Docteur B * *
AMis, detes conſeilsje connois l'équité ;
Charmé des plaiſirs légitimes ,
Tu ſçais par de ſages maximes
Conduire à la félicité.
Jouet d'un fort cruel , le défir & la crainte
Troubloient le repos de mes jours ;
Accablé ſous le poids d'une dure contrainte
Je cherchois envain du ſecours ;
De mille ſoins cuiſans mon ame étoit atteinte ;
Etdemes noirs chagrins rien n'arrêtoit le cours,
Jete connus alors : une aimable indolence ,
Compagne de la paix, te fuivoit en tous lieux.
Sur ton front brilloit l'innocence ,
Telle qu'on la dépeint chés nor premiers ayeux ,
Lorſque contens des biens laiſſés en leur puiſ
fance
Ils converſoient avec les Dieux.
• MERCURE DE FRANCE..
Tesdiſcours , tes conſeils ſcurenttarir mes larmes;
Des foucis dévorans tu me montras l'erreur ,
Et rallumant l'efpoir preſque éteintdansmon coeur,
Tu diſſipas ces frivoles allarmes ;
Etdès lors de la paix connoiſſant tous les charmes
,
J'en fis tout mon bonheur.
Déſormais demonfort je ſerai ſeul le maître
Et ſelon mes beſoins étendant mes déſirs ,
Dans un lieu riant & champêtre ,
Au gré de mes ſouhaits , je ſçaurai faire naître
De vrais& d'innocens plaiſirs.
C'eſt là que mon eſprit tranquile
Loin du bruit des Cités a fait choix d'un azile;
Fuiant des paſſions le joug impericux
C'eft- là qu'une lecture utile ,
La culture des fleurs rendront mondomicile
Digne de devenir la demeure des Dieux.
;
Le monde offre à nos yeux une belle peinture ;
Les objets ont un fard qui couvre leurs défauts
Partiſan des beautés de la ſimple Nature ,
J'aime encor mieux les bois , les prés &les ruif.
ſeaux ,
Que ces lieux trop peuplés ou l'art & l'impof
ture
Sous des biens apparens nous cachent de vrais
maux.
i
ΜΑΙ.
1746 وہ .
A l'ombre d'un tilleul , au bord d'une fontaine ,
Jeris des vains amuſemens
De ces foibles mortels que l'on voit ſur la ſcéne
Etaler tous les ſentimens
Qu'excitent tour à tour& l'amour & la haine ,
Des coeurs paſſionnés honteux égarements .
De ces heureux valons fuit l'aveugle avarice ;
L'orgueil eſt ici détesté ;
Du ſouffle empoiſonné du vice
Cet hameau n'eſt point infecté ;
Fidéle aux loix de la ſimple équité
L'habitant vit fans artifice
Au milieu d'une douce& fage égalité.
Jamais l'ambition , la cruelle injustice
N'ont fouillé de ſes moeurs l'aimable.pureté.
Mille petits oiſeaux animant leur ramage ,
De leurs tendres chanſons font retentir les airs;
Zéphir leur répondant au travers du feuillage ,
Mêle ſon ſouffle à leurs concerts .
Tout préſente en ces lieux une riante image.
•Que j'aime à voir de ces ruiſſeaux
Couler les ondes fugitives ,
Et les fleurs qui ſont ſur, leurs rives ,
Se multiplier dans les eaux !
Ici quand la naiſſante Aurore.
Invite le ſoleil à repandre ſon cours ,
92 MERCURE DE FRANCE.
J'eſpere que le jour qui commence d'éclore
Serale plus beau de mes jours.
Ah ! des douceurs de l'eſperance
Si l'homme comoiffoit le prix
Il n'auroit plus que du mépris
Pour cette courte & foible jouiſſance
Des biens dont ſon coeur eft épris .
Toi dont l'ame pure , éclairée ,
Aux préjugés trompeurs ne s'eſtjamais livrée
Toi dont j'admire la candeur
Cher ami viens dans ce bocage ,
A la pure vertu rendre un fincére hommage,
Ici , la véritétriomphe de l'erreur.
C'eſt dans ce lieu que l'homme ſage.
Jouit d'un ſolide bonheur,
A Gentoux près de Genève ce 1 Octobre 1745 .
4
華華
DECLARATION
d'un amant àfa maitreffe.
Our vous ma tendreſſe eſt extrême ;
Pour
Si vous y repondiez de même
Si touché de ma vive ardeur ,
,
ΜΑΙ 1745. 93
Vorre coeur confefſoit qu'il m'aime ,
Que ne feroit pas mon bonheur!
Mais d'un aveu ſi témeraire
Ne vous allez pas allarmer ;
Mon amour est rendre& ſincére ;
Ainſi que vos yeux ſçavent plaire ,
Mon coeur , belle Iris , ſçait aimer.
Par le même...
:
CE PETIT OUVRAGE futfait après
la maladie du Roi , & à fon retour de
l'armée:
U
N jeune Prince qui fait les délices
d'une Nation puiſſante , &qui eſt le
fils d'un des plus grands Rois de laTerre,
s'entretenoit il y a quelque tems ſur differentes
matières avec deux ou trois Seigneurs
de ſa Cour.
L'un deux en parlant de l'Empereur Auguſte
rapporta de lui une actiongénéreuſe ,
qui , comme il arrive affés ſouvent en pareil
cas , fut comparée à des actions à peu - près
du même genre , & qui inſenſiblement fit
naître une queſtionbien intéreſſante.
Il s'agiſſoit de ſçavoir en quoi conſiſtoit
la véritable grandeur d'un Prince , & le quel
94 MERCURE DE FRANCE.
de tous les Rois que nous vante l'Hiſtoire ,
étoit celui dont lamémoire méritoit le plus
de reſpect & de vénération : Chacun penſe
à ſa maniere , & il paroiſſoit queles ſentimens
alloient être affés partagés là-deſſus,
forſqu'on vit entrer un autre Seigneur qui
tenoit des papiers à ſa main : je viens, ditil
au Prince , de rencontrer un inconnu qui
m'a prié avec inſtancede vous préſenter ce
Manufcrit , & qui s'eſt retiré enſuite ſans
merien dire davantage. Je n'ai pas crû devoic
vous le donner ſans ſçavoir à peu près dequoi
il s'agiſſoit ; j'en ai lû les premieres
feuillesqui m'ont aflés amuſé ,&je vous l'ap
porte; il n'eſt pas long , Prince , & fi vous
ſouhaitez d'en entendre la lecture , je vais
vous la faire moi - même: le Prince y conſentit;
on ne ſongea plus à la queſtion qu'on
avoit voulu d'abord agiter ; on lut , & voici
mot pour mot ce qui étoit contenu dans le
Manufcrit dont j'ai une copie & que l'Auteur
lui - même m'a permis de donner au
public.
כ ১ Le fils d'Uliſſe n'eſt pas le ſeul Prince
>> avec qui Minerve , la Déeſſe de la Sageſſe,
ait bien voulu voyager pour l'inſtruire : on
ſçait par d'anciennes relations qu'elle a
> pris autrefois le mêmeſoin du fils d'un Roi
désGaules.
>>Ce fut ſous la figure de Mentorqu'elle
ΜΑΙ 1746.
accompagna Télémaques ce fut ſous
■ celle du ſage Hermas qu'elle ſuivit Francus
- ( c'eſt le nom du jeune Prince dont
>>nous parlons , qui n'étoit point encore for.
> ti du lieu de ſa naiſſance , & que fon pere
>>envoyoit à la Cour d'un Roi fort âgé , qui
» en qualité de parent demandoit à le con-
>>noitre , qui n'ayant point d'enfans luidef
.. tinoit ſa ſucceſſion , & qui vouloit le mon-
>>trer à ſes peuples avant que de mourir. )
>>Francus partit donc avec le ſage Her-
>mas qui fut chargé de le conduire. Ce
>>>Prince avoit naturellement beaucoup
•d'eſprit& les inclinations lesplus nobles;
il n'y avoit rien de grand &de vertueux
qu'on ne dût attendre de lui , pourvû qu'il
>ne ſe méprit point dans le choix des Vertus
; car il yen a de faufſes qui ne font que
>>des vices impoſans&fuperbes ; enun mot
>> l'orgueil a les ſiennes , & c'eſt précisément
avec une ame haute , qu'un jeune Prince
>>ſans expérience peut s'y tromper; mais
> c'eſt à quoi Francus n'étoit pas expoſé avec
ſon guide qui avoit de grandes vues ſur lui,
»& qui n'artendoit que l'occaſion de les lui
»déclarer. Ils étoient au dixiéme jour de
>> leur départ , & ils traverſoient le matin
une vaſte plaine où l'on pouvoit voir en-
>core affes diſtinctement la forme d'un
- camp. Francus s'arrêta & parut examiner
96MERCURE DE FRRANCE.
>avec attention. Voici un lieu célébre ;
>>mais que l'humanité rend triſte à voir ,
25tout intérêt de Patrie à part , lui dit Her-
-mas; du tems de votre ayeul, deux nombreuſes
armées s'y ſont trouvées affem-
,blées l'une contre l'autre ; elles en vinrent
» aux mains ; le carnage y fut terrible , &
>>votre ayeul après bien du ſang répandu
yremporta une victoire complette qui lui
ſoumit toute une Province.
>Que ce fut un beau jourpour lui , s'écria
Francus avec uneſpéce de tranſport !
quand me verrai-je à mon tour à la tête
d'une armée? Hermas ſourit de ce diſcours.
> Il vous tarde donc déja de conquérir &de
vaincre ? lui dit-il , eſt- ce là la gloire qui
>> vous touche le plus? Oui , je l'avoue , ré-
> pondit Francus ; je n'en connois point de
>>plus digne de charmerun Prince , ni de
>>plus convenable au rang que nous renons
• fur laTerre. Ily ad'autres gloires pour le
reſte des hommes; celle-ci n'eſt ſpéciale-
»ment accordée qu'à nous ; les Dieux en ont
,, fait l'appanage de notre fortune. La gloire
» de Cyrus , d'Alexandre , de Céfar , celle
>> de tous les Héros , voilà la mienne. Je
>> ne me ſens point au-deſſous d'eux par mon
.. courage , & quand je lis leur Hiſtoire , je
>>brûle de les égaler par mes actions :
Francus , lui repartit Hermas , en
jettant
ΜΑΙ 1746. 97
33
>>en jettant ſur lui un regard qui le pénétra :
>>vous dites vrai , ceux dont vous parlez
» n'ont pas eû plus de courage que vous ,
»&cela ſeul leur a ſuffi pour acquérir cette
> gloire qui vous charme ; mais il en eſtune
infiniment plus rare , & fans comparaiſon
>>plus reſpectable , qui ne s'acquiert qu'avec
>>des vertus que ces ſimples Conquéransn'a-
>>voient pas & que vous avez : cette gloire
» cherie du Ciel & de la Terre & que la rai-
» ſon même appelle gloire , voilà la votre ,
.,voilà celle dont les Dieux n'ont réſervé la
>>plénitude qu'à vospareils , celle qui les fait
»reſſembler à ces Dieux même.
Oùeſt elle donc , lui dit Francus ? en quoi
conſiſte - t- elle ? vous me ſurprenez , je ne
connois que celle des Heros que je viens de
citer , c'eſt la ſeule gloire qui ait fait retentir
le monde d'un bruit& d'une admiration qui
durent encore : Je vous ai nommé mes Heros,
Hermas, nommez moi les votres dont je
n'ai point entendu parler. »
De ceux que vous appellez les votres , ou
du moins de leurs ſemblables , on en a vû
preſque dans tous les ſiècles , lui dit Hermas;
à peine tous les tems en ont-ils montré quelques
uns des miens.
On parle encore avec étonnement des
votres; il eſt vrai ; on ſe plaît à conſidérer
leur gloire ſuperbe & formidable; tout a
E
98 MERCURE DE FRANCE.
1
plié ſous eux; on ſe met à leur place ; c'eſt
de là qu'on les admire , & fi à leur exem.
ple vous ne voulez etre grand qu'aujugement
de notre orgueil , il ne vous ſera pas difcile
d'être admiré comme eux.
Mais vos Heros puniſſent eux-mêmes la
Terre de cette imprudente admiration qu'elle
a pour eux , & loin de l'en punir à votre
tour, c'eſt à vous , Francus , à l'en guérir pour
jamais , à la déſabuſer de ces Heros qui la
ſéduiſent, à lui montrer à quelle gloire elle
doit ſes hommages ; il faut que la votre
apprenne aux hommes à ne plus eſtimer
dans les Princes que la véritable.
La gloire dont vous me parlez , mérite
ſans doute qu'on la préfere , dès que vous
l'eſtimez tant , lui dit Francus, le ſageHermas
ne ſçauroit s'y méprendre , mais encore
une fois je ne la connois point , & vous ne
m'en dites pas affés pour achever de m'inftruire.
Il n'eſt pas néceſſaire de m'expliquet
mieux , répondit Hermas , vous la verrez,
Francus , vous la verrez avec celle de vos
Heros , & je ſuis ſûr que votre coeur vous
avertira de ce qu'elle vaut ; vous n'aurez be
foin que de lui pour ſçavoir la diftinguer vou
même.
Je la verrai, dites - vous, repartit Francu
avec ſurpriſe , je ne vous entends point , le
ΜΑΙ وو . 1746
differentes eſpéces de gloire dont nous parlons
peuvent- elles ſe voit autrement que
dans l'Hſtoire ?
Ne vous étonnez point de mon diſcours ,
lui dit Hermas ; mes pareils ont des connoifſances
qui les mettent au-deſſus des autres
hommes; il ne nous eſt pas toujours permis
de les manifeſter , mais les Dieux qui vous
aiment & qui veillent ſur vous m'ordonnent
aujourd'hui d'employer les miennes en
votre faveur.
Oui , Prince', je ſçais un lieu ſur la terre
où toutes les gloires de vos pareils exiſtent
perſonnifiées , mais où tous les hommes ne
les apperçoivent pas de même.
L'avantage de les voir telles qu'elles font ,
&de bien juger d'elles, n'eſt réſervé qu'aux
hommes vraiment généreux , qu'à ceux qui
ont une véritable élévation dans l'ame ;
tout mortel , ou tout Prince qui n'a que de
l'orgueil , & qui n'aſpire qu'aux fuffrages du
notre , qui eſt plus jaloux de ſurprendre
notre eſtime que de la mériter , & qui s'imagine
qu'on eſt grand quand on eſt célébre,
celui- là voit mal les differentes fortes de
gloires c'eſt la vanité de ſes idées qui décide
dujugementqu'il en porte,
Ehbien ! lui dit Francus , ce lieu dont vous
parlez & où je dois m'inſtruire , puis-je me
Hater de le voir bien-tôt ? nous y allons ,
Eij
10 MERCURE DE FRANCE.
:
répondit Hermas , je vous y méne depuis
notre départ, & nous y arriverons demain ,
mais votre ſuite nous géneroit , & je lui al
déja donné ordre de votre part de refter
ce ſoiroù nous nous arrêterons, &de nous y
attendre.
Francus ne lui répondit qu'en l'embra
fant; je vous fuis , lui dit- il , je me livre
vous avec autant de confiance quej'en aurois
pour unDieumême , qui ſeroit mon guide;
c'étoit l'impreſſion de la Divinité preſente
qui le faiſoit parler ainfi , & le lendemain,
l'Aurore commençoit à peine à diſliper les
ombres de la nuit quand ils partirent.
Cen'étoit pas que la Déeſſe eût beſoin d'aller
loin ni de parcourir de grands eſpacespour
arriver où elle avoit deſſein de mener Francus;
les Dieux font ce quils veulent , & le
ſpectacle qu'elle lui deſtinoit pouvoit ſe trou
ver partout, elle étoit même rentrée ſans
l'en avertir dans les Etats de ſon pere , & ce
pendant la Déeſſe feignoit de le håter, pour
lui cacher ſa puiſſance , & lui perfuadet
qu'il s'agiffoit d'un vrai voyage,
Au fortir d'une allés grande forêt qui
avoit borné leur vûe , ils apperçurent d'affes
loin encore une enceinte qui contenoit de
vaſtes édifices d'une Architecture extrêmement
hardie quoiqu'irréguliere , mais dos
pluſieurs s'élevoient fi haut , qu'on ne conc
ΜΑΪ 1746. 101
voit pas que quelqu'un put y faire ſa demeure
? Que vois -je, dir Francus ? à quoi
ſervent ces bâtimens dont la hauteur va ſe
perdre dans les airs : Nous voici au ſéjour
des gloires , répartit Hermas , & ces Edifices
ſont autantde Palais dont les plus élévés
appartiennent, aux gloires les plus célébres ,
&qui ont fait le plus de bruit dans le monde.
Je ne ſçais ſi je me trompe , dit quelques
momens après Francus , mais il meſemble
que cesPalais contretout ordre naturel baifſent
à mesure que nous nous én approchons
; je ne les trouve plus ſi hauts.
Vous commencez à les bien voir , repartit
Hermas , entrons , les gloires vous atteindent
pour ſe diſputer votre conquête.
En voici déja une qui s'avance avec tout
fon cortége , & qui paroît l'emporter fur
toutes les autres.
C'étoit celle d'Alexandre. Francus ſe
taiſoit. Il étoit ſaiſi d'une admiration qui
ne lui permettoit pas de répondre.
Quelle est belle , s'écria-t-il enfuite ,
quelle a d'éclat , & que ſa fierté m'enchante!
filsde Roi, lui cria t-elle alors à quelque
diſtance de lui, mais en s'approchant toujours,
ne vas pas plus loin , épargne toi un examen
inutile , toutes les gloires que tu vois font
inférieures à celle qui t'appello,& c'eſt à moi
qu'il faut que tu te livres , viens, que je t'ani
Eiij
102 MERCURE DE FRANCÉ.
me de mon fouffle , & que j'imprime ſut
ton front le ſceau de l'immortalité.
Pendant qu'elle parloit , Francus qui la
conſidéroit de plus près , & qui déméloit
mieux tout ce qui l'entourroit , fentoit déja
diminuer ſon admiration pour elle ; ſaphyſionomie
fiére lui paroſſoit dure & même
un peu féroce , & dans le nombre des perſonnages
qui compoſoient ſa ſuite , il en obſervoit
quelques uns qui ne lui plaiſoient pas:
Apprenez - moi , je vous prie , lui dit- il ,
quelles font ces figures hydeuſes que j'apperçois
parmi ces autres , & qui ſemblent
vouloir échapper à mes regards : alors une
de ces figures parla ; puiſque tu nous as remarquées
, dit - elle , il nous eft ordonné de
te répondre: Je m'appelle l'Orgueil effrené,
& celle-ci eſt la Cruauté inutile ; c'eſt par
moi qu'Alexandre alla ſubjuguer des peuples
éloignés & tranquilles , c'eſt elle qui les
égorgeoit dans leur fuite.
A quoibon toutes ces queſtions, dit alors
laGloire dont ils'agiffoit? on ne te dit là que
la ſuite inévitable de mes avantures , je
n'exiſterois pas ſans cela : A ces mots une
autre figure terraſſée , à demi déchirée &
en pleurs , fit entendre quelques gémif-
' femens : Fuis , Prince , cria- t- elle enſuite
, ſauves toi du danger d'être tenté par certe
funeſte gloire , & vois l'état où tous ceux
MAI 1746. 103
qui l'ont ſuivie m'ont réduite ; fuis , ne l'écoute
point, c'eſt l'Humanité qui t'en conjure..
5
A peine achevoit- elle ces mots que la
porte du Palaisde cette Gloire s'ouvrit avec
fracas , & laiſſa voir un ſpectacle effroyable.
C'étoit une immenſe étendue de Pays où
triomphoient le ravage , la mort & les crimes.
Ah Ciel ! dit alors Francus en s'é
cartant , à quelle odieuſe Gloire m'arrêtoisje
ici ? une autre auffitôt l'acueillit ; c'étoit
la Gloire d'un Heros du Nord : Viens!
ſuis moi , lui dit- elle , je ſuis moins éten
due, mais je n'en ſuis pas moins étonnante :
Non , lui repliqua-t-il, ta ſuite eſt àpeu près
la même , ou ſi tu veux que je te connoiffe
mieux , ouvres auſſi la porte de ton Palais
avant que je t'écoute.
Cette porte s'ouvrit en effet ,& découvrit
unPays moins vaſte mais auſſi maltraité que
le premier ; à côté de ce pays on en voyoit
un autre qui paroiſſoit déſert , où tout étoit
triſte , languiſſant & dépouillé.
Quelle eft cette autre terre qui paroît , dit
Francus , quelle eſpéce de malheur a-t-elle
éprouvé ?
C'eſt la Patrie du Heros que j'ai illuſtré ,
répondit-elle. Sa Patrie ? reprit - il, a-t-il
donc fallu que ton Heros la ſubjuguât pour
en être le maître ? Non , répondit-elle , elle
ne te paroît un peu fatiguée que pour avoir
ſervià ſes exploits. Eiij
304 MERCURE DEFRANCE.
Sortons , dit alors Francus indigné , forsons
de ces lieux, je ne puis les ſouffrir, je ne
demanderois pour toute gloire que celle de
venger la Terre de toutes les Gloires qui
fontici.
Il s'éloignoit en tenant cediſcours,entrons
dans ce petit ſentier qui s'offre à nous , lui
ditHermas.
Ce ſentier quoique d'abord un peu ſombre
, s'éclairciſſfoit à meſure, qu'on avançoit,
&il alloit enfin aboutir au plus beau Pays du
monde, & qui étoit ſous le plus beau Ciel.
A l'entrée de ce Pays ils virent une autre
Gloire qui ſourit avec douceur en les
voyant , qui ne ſe vanta point , qui cependant
avoir l'air noble & majestueux ,
& en même tems modeſte ; elle tenoit la
Valeur d'une main & la ſageſſe de l'autre;
tout ce qui l'entourroit étoit reſpectable ;
l'humanité que Francus venoit de voir ſidéſolée,
ſe retrouvoit ici , & n'y montroit qu'un
viſage où ſe peignoient la Paix, la ſatisfaction&
la Joye.
Vous m'enchantez , lui dit Francus en l'abordant;
on ceſſe d'aimer vos compagnes
en les voyant de près , & vous enflammez
ceux qui vous approchent.
Il ſe livroit donc au plaifir de la regarder ,
quandtout à coup un nouveau ſpectacle vint
le frapper; c'étoit une foule de guerriers qui
ΜΑΙ 1746. 1ος
en accompagnoient un qui paroiſſoit . leur
maître; ſa courſe étoit ſi rapide qu'ils avoient
peine à le ſuivre , & il ſembloit aller punir
un ennemi téméraire. Ce qui ſurprit le plus
Francus , ce fut de voir à côté du Guerrier
cette aimable Gloire à qui il venoit de parler
, mais dont les traits auparavant fi doux
avoient alors je ne ſçais quoi de menaçant
&de terrible .
Francus n'avoit pas eû le tems de reconnoitre
le Guerrier qu'il avoit vû paſſer. Il
avança dans le Pays , lorſque quelque tems
après il en fortit un cri général de douleur :
Qu'entens-je ?dit- il à Hermas , qu'elle confternation
ſubite ſe répand ici ? dequoi s'agit-
il ? où va ce peuple qui fond en larmes ?
Il interroge alorstous ceux qu'il rencontre;
que vous eſt il arrivé ? leur diſoit- il , je vous
vois troublez ; vous invoquez les Dieux ,
qu'elle eſt votre infortune
Hélas! il ne vit peut- être plus, lui répondoient
les uns; nous allons le perdre;crioient
les autres : eh !de qui donc parlez-vous ? répondoit-
il à fon tour : de lui; eh ! de qui
pourroit-ce être ſi non de lui , de ce Roi notre
pere , notre ami ,& notre maître ? Que
l'ennemi eſt heureux , & que nous ſommesà
plaindre !
Francus à l'aſpect d'une affliction ſi univerſelle
, & dont il voyoit de ſi prodigieux
Ex
106 MERCURE DE FRANCE.
effets , ne pût s'empêcher de pleurer lui
même , & de partager une tendreſſe dont
il n'avoit pas eû encore la moindre idée.
Il continue d'avancer , & comme les inftructions
que lui donnoit Minerve devoient
être rapides , ſur la fin du jour, il vit la
joye fuccéder inſenſiblement à l'affliction ;
il entendit un cri d'allégreſſe aufli général
que l'avoit été le cri de douleur; il vit ce
méme peuple s'égarer dans les raviſſemens ;
il vit des tranſports qu'une joye , même en
démence, n'auroit pu imiter.
Francus étoit pénétré d'étonnement. Eh !
que! eſt donc ce Roiſicher , & en même
tems ſi intrépide& fi glorieux ? dit il dans ſa
ſurpriſe; quelle gloire que la ſienne ! je ne
l'imaginois pas ; puiſſent les Dieux m'en accorder
une pareille : C'eſt celle de ton pere
que tu choiſis , & tu es actuellement dans
ſon Empire , lui dit alors Minerve qui ſe manifeſta
: le Roi que tu allois trouver n'eſt
plus; des Ambaſſadeurs arrivent demain à
JaCour de ton pere, ils viennent de la part
des peuples t'y reconnoître pour leur Maître;
hâte - toi toi -même de rejoindre ton
pere & profites des leçons que tu as reçues.
ΜΑΙ 1746. 107
EXTRAIT d'une lettre de M. d'Arget
Secretaire du Roi de Prufſe au Baron de
Sparre Ministre de S. M. P.à la Cour
de Suéde.
VOU Ous ne devez pas douter de toute mon
ardeur à chanter votre jeune Prince ,
& marquer la fincérité de ma joye ſur un
événement auſſi heureux ; votre amitié m'en
preſſe& les ordres de vos Dames ſuffiroient
pour me décider , mais ma Muſe ne ſeconde
pas mon inclination ; j'ai fait des efforts qui
n'ont pas réuffi...
Pour célébrerle fils des Vertus & des Graces
J'ai vainement monté ſur l'Hélicon :
L'aimable Ovide & le Chantre des Thraces
Ont préſenté mes voeux au puiſſant Appollon :
Ami , m'a dit ce Dieu , ton zéle eſt témeraire ;
Dans tes vers ne crois pas peindre Adolphe en ce
jour ;
Il faudroit les talens que réunit Voltaire
Pour rendre dignement tous les traitsde l'Amour.
Les conſeils d'un Dieu font des Arrêts
ſans appel; permettez-donc , mon cherBaron
, que je me renferme dans la ſincérité
de mes voeux.
Evj
108 MERCURE DE FRANCE.
Que fur ce Prince heureux la Nature raſſemble
Ses préſens les plus précieux !
Qu'il imite fon pere & ſuive ſes ayeux !
Pour être Grandqu'il leur reſſemble !
4.
• Le jour de ſa naiſſance eſt un jour fortuné
Dontje tire un heureux préſage ;
C'eſt le même où mon Roi par les Dieux fut
donné ;
D'un régne glorieux cette époque eſt le gage ;
Toujours Grand dans la guerre & Grand dans le
repos;
Ila déja ſa place au Temple de Mémoire ,
Et le jour qu'il naquit fut marqué par la Gloire
Pour la naiſſance des Héros.
*Le Prince de Suéde est né le 24Janvierjourde
Janaiſſance duRoi de Pruſſe.
:
ΜΑΙ 1736.. τος
AD PRUDENTISSIMUM fortif
fimum Saxoniæ Comitem , nec non
Franciæ Mareſcallum .
INtefortunam virtus ,prudentia cafum ,
Servilemfuperatſpes generosa metum,
Tefequiturfortuna comes, prudentia ducit ;
Nulla , nifi excipiam numinisarma, times.
Pergito , te quocumque vocat Rex , te duce miles
Victor ovat , Rex , te milite victor, erit.
Follet Musicien à Angers.
TRADUCTION.
TAA valeur , fier Saxon , unie àtaprudence
Sçait bannir toutecrainte au milieu des hazards ;
Surdes projets certains fondant toneſperance,
Tudeviens tous les jours pour nous un autre Mars:
Ton nom feul t'annonçant aux deux bouts de la
Terre,
Tarendu formidable en toustems , en tout lieu s
10 MERCURE DE FRANCE.
Pleind'unſaint reſpect pour ton Dieu ,
Ton coeur ſçait tout braver excepté fon Tonnerre.
Aubruitde tes exploits , ſous un Roi glorieux,
Vole de victoire en victoire ,
Sûrde vivre àjamais au Temple de Mémoire ,
Ainſi que le ſoldat de vaincre ſous tesyeux.
Par M.le Jolivet Benéficier de l'Eglise
d'Angers.
NOUVELLES LITTERAIRES ,
L
DES BEAUX ARTS , &C.
:
aux
ETheatre Anglois tom. III. L'accueil
favorable que le public a fait
deux premiers volumes de cet ouvrage
étoit bien capable d'encourager le Traducteur
à poursuivre ſon travail avec vivacité;
voici un troiſiéme volume , &l'on
nous flate que nous n'attendrons pas longtems
le quatriéme qui ſera peut-être imprimé
dans le même tems que ce que nous
'écrivons ici .
.M..deL. P. refute ſolidement dans un
Préface judicieuſe les objections que l'on
avoit faites contre Sakeſpéar , car beaucou
1
ΜΑΙ 1746. 111
de gens qui ne jugent que par comparaiſon ,
font toujours prêts à condamner ce qu'ils
n'ont pas encore vû , & malheur à qui oſe
s'étendre au delà de la ſphére étroite de leurs
idées , dès - lors ils le croyent égaré , parce
que leurs foibles yeux ne peuvent le ſuivre.
Il ne faut faire aucun doute que la plupart
desbeautés qui ſont dans Sakeſpear produiroient
un grand effet ſur notre Théatre, fi elles
étoient préſentées avec affés d'Art , &
les mêmes gens qui s'élévent contre , qui
reclament l'autorité des régles Dramatiques
pour combattre la raiſon , ſeroient émus
comme les autres,& reviendroient peut- être
de leurs préventions ; en effet le raiſonnement
le plus convainquant que l'on put faire
ſur ce ſujet , feroit une piéce où ces hardief
ſes ſeroient employées par un homme de
génie : onn'auroit rien à répondre à ſon ſuccès
: c'eſt ſur les exemples de ces ſuccèsque
les régles ont été faites; denouvelles beautés
doivent donc amener de nouvelles régles.
Le but de tout Auteur Dramatique est
d'émouvoir les ſpectateurs ; le moyen qu'il
doit employer eſt l'imitation la plus parfaite
de la Nature; l'art dont il doit ſe ſervir eſt de
choiſir pour objet de ſes peintures les caractéres,
les événements les plus propres à faire
une vive impreſſion; fi ce raiſonnement eft
yrai , il faut convenir que Sakeſpear a qu
112 MERCURE DE FRANCE.
ſouvent raiſon , & que nous avons ſouvent
tort. La forcede ſes caractéres , les mouvemens
impétueux de la haine & de la vengeance,
les évenemens terribles qu'amenent
ces paffions , le ſang qui ruiſſele ſouvent fur
ſon Théatre ont révolté quelques lecteurs
délicats dont les moeurs douces, l'ame foible
&l'eſprit fauxs'accommodoient mal de cette
force de pinceau ; cependant quoi de plus
capablede faire une vive impreſſion! lacritique
de ces Cenſeurs ne roule -t- elle pas
même ſur ce qu'ils ont été trop fortementaffectés
, & par conféquent ſur ce que l'Auteur
a trop bien atteint ſon but?
C'eſt perdre du tems que de raiſonner
long-tems ſur les choſes de goût ; les gens
qui font faits pour ſaifir le vrai s'entendent à
demimot; une éternité de diſcuſſion neperſuaderoit
pas les autres. Nous n'ajouterons
àceci qu'une choſe qui a déja été dite , c'eſt
que l'Amourqui eſt l'ame de nosTragédies
eft de toute les paſſions la moins theatrale;
c'eſt celle qui prête le plus à des développemens
de coeur, àdes diſtinctions délicates faites
pour occuper l'eſprit & non pour remuer
le coeur,& ce goût de tout éxaminer du
côté de l'eſprit eſt aſſés géneralement celui
denotre ſfiécle; ces détails où un perſonna
ge expoſantl'état de fon ame , apprend au
ſpectateur les differents chemins que l'A
ΜΑΙ 1746: 113
mour a pris pour ſurprendre ſon coeur , les
mouvemens contradictoires qu'il y excite
&c. que font- ils autre choſe que des differtations
miſes endialogue ? Eſt - ce là laTragédie
? Mais les mouvemens même les plus
impétueux de l'Amour ne font pas auffi
Tragiques que ceux qui naiſſent des autres
ſentimens ou des autres ſituations ; la raiſon
en eſt peut-être , que l'expérience prouve
que l'Amour eſt aſſes ordinairement une
paffion peu durable & toujours peuſérieuſe.
On ſe conduit au Théatre avec les perſonnagesTragiques
comme dans le monde avec les
hommes ; on plaint beaucoup plus un homme
qui perd ſon bien que celui quiperd ſa
Maitreſſe; auſſi l'Amour ne brille-t- il jamais
plus au Théatre que quand on le ſacrifie
à de grands intérêts , alors le perfonnage
amoureux s'étant emparé de l'eſtime
des ſpectateurs , l'Amour participe à l'intérêt
qu'on prend à l'Acteur , & s'annoblit ,
pour ainſi dire , de la dignité qu'on a acquiſe
en le ſacrifiant. En voilà beaucouptrop fur
cette matiere ; nous ne doutons pas que ce
volume ne ſoit reçu auſſi favorablement que
les deux autres. Le Traducteur fait toujours
briller dans ſon ſtyle la même élégance :
pourquoi s'eſt-il abſtenu abſolument de rien
traduire en Vers dans la Tragédie de Jules
Céſar; la raiſon qu'il en donne ne nous pa114
MERCURE DE FRAN CE.
d'éviroît
pas ſuffifſante. Il convient fans doute à
touthomme , quelque talent qu'il ait ,
ter de ſe rencontrer en comparaiſon avec
l'illuſtre M. de V. mais cet Académicien ne
s'eſt ſervi dans ſon Céſar que de la harangue
d'Antoine au peuple , ainſi dans tout le reſte
M. de la P. pouvoit donner l'eſſor à fa
Verve.
ESSAI fur les Monnoyes ou Réflexions
fur le rapport entre l'argent & les denrées , à
Paris 1746 in 4. chés Coignard&de Bure.
Venalitas victualium rerum emptoris debet
ſubjacere rationi ... atque ideo trutinatisomnibus
& ad liquidum calculatione collectâ
diverſarum rerum pretia fubter affiximus
ut omni ambiguitate ſummotâ définitarum
rerum debeat manere cuſtodia.
Caffiodor Lib. II . C. II .
L'Auteur de cet ouvrage s'eſt propoſé de
mettre, s'il ſe peut, à notre portée ce que
les anciens nous ont laiſſfé par écrit ſur le
Commerce & fur les Finances.
Après avoir poſé quelques principes généraux
il a tenté de remonter du connu à l'inconnu,
en combinant ce qui peut influer
fur le prixdes choſes, comme la multitude
du peuple , l'abondance ou la ſtérilité , la
paix ou la guerre , la propagation ou l'abandonnement
du Commerce , le plus ou le
ΜΑΙ
1746. 115
moins d'argent , & la hauteur des eſpéces ,
auſſi bien que la proportion entre les effets
qui ont quelquefois cours dans les payemens.
On compte qu'il ne fautjetter qu'une
certaine quantité de poiſſons dans une certaine
quantité d'arpens d'eau, & qu'une terre
d'une étendue marquée ne comporte qu'un
tel nombre de colombiers , de troupeaux :
feroit - il abſolument impoſſible d'eſtimer de
même le nombre du peuple contenu dans
une Ville , dans un Etat , dans le Monde ?
Il a conſidéré que les diverſes denrées ont
des rapports conſtants qui ſe ſuivent preſque
toujours d'extrêmement près malgré les
changemens qui arrivent dans le nombre du
peuple , dans la quantité des matieres d'or
ou d'argent , & dans la valeur des Monnoyes.
Avant que de balancer avec l'argent
ce qui tombe dans le Commerce , il s'eſt
aſſuré des meſures actuellement uſitées pour
les grains dans la capitale du Royaume &
dans quelques autres endroits , & tant par
leur hauteur , par leur largeur , par leur
poids que par la quantité de pain qu'on en
tire , il a reconnu que depuis plus de 500
ans notre boiſſeau n'avoit point changé ,&
qu'il étoit à peu près le mêmeque celui d'Athénes
& de Rome , puiſqu'un homme s'en
nourriſſoit pendant le même eſpace de tems;
& que le prix du grain qu'il contenoit pou-
.:
118 MERCURE DE FRANCE.
voit ſe renfermer dans certaines proportions
avecdes eſpéces déterminées comme les animaux
, boeufs , moutons &c.
Ces proportions nous fourniffent un
moyen de diftinguer dans les fiécles paffés
les bonnes années des mauvaiſes , qui trouvent
une eſpéce de pierre de touche dans
ces fortes derapports.C'eſt ſur ce fondement
qu'on peut diſcuter le talent , le pondo , la
mine , le denier , le ſeſterce , le Sicle & pluſieurs
autres expreſſions de l'antiquité dont
on nous a préſenté juſqu'ici des idées inſoutenables
, mais qu'il n'eſt pas impoſſible de
rectifier ou de ramener , finon à une évidence
entiére, du moins àun point de vraiſemblance
aſſes ſatisfaiſant . Il donne enſuite
la maniére de faire l'analyſe de toutes les
fabrications des Monnoyes parle caleul &
par les formules Algebriques. Les Tables
qui font voir la valeur du marc d'argent fin
monnoyé , le prix des matiéres auxMonnoyes
, & celui d'une multitude de choſes
depuis 1202 ans juſqu'à préſent , contribueront
beaucoup à éclaircir pluſieurs paſſages
de l'Hiſtoire ancienne & moderne .
BIBLIOTHEQUE de Cour , de Ville &de
Campagne , contenant les bons mots de
pluſieurs Rois , Princes , Seigneurs de la
Cour , & autres personnes illuftres , avec
MAI 1746. 117
un choix des meilleures piéces de Poësie des
Poëtes célébres , Latins & François , tant
anciens que modernes;de penſées ingénieuſes
propres à orner l'eſprit ; d'Anecdotes fingu
liéres , & de remarques critiques ſur différents
ouvrages. Ony trouve auſſi un aſſemblagede
traits naifs , Gaſcons & comiques ,
destraits d'Hiſtoire les plus curieux , & une
collection exacte des bons mots & des
apophtegmes des anciens , nouvelle édition
, conſidérablement augmentée , Paris
1746 , 6 vol. in 12 chés Theodore le Gras.
On voit aflés par le titre de ce Livre qu'il
n'a pas dû couter grande peine à l'Auteur .
dont tout le travail s'eſt borné à copier
ce qu'il avoit ou lû ou entendu dire. Combiende
Livres ſont dans ce cas , ſans que les
Auteurs en conviennent; cet ouvrage a dé
ja été imprimé , & débité avantageuſement ?
c'eſt une eſpéce de magaſin d'eſprit où tout
le monde trouve à ſefournir; des Vers , des
bons mots , des contes , des traits d'Hiſtoire :
on y trouve de tout,
On fent bien que nous ne pouvons pas
nous étendre long tems pour donner l'idéo
de ce Livre ; nous nous contenterons d'en citer
quelques traits qui nous étoient moins
connus que les autres.
ور
Un homme de qualité alla aux Petites
»Maiſons ; il demanda à un fou quelmal il
118 MERCURE DE FRANCE.
- avoit ? Le fou lui répondit : le mal que
nous avons s'appelle vapeur parmi vous
- autres gens de condition , ici on le nom-
>me Folie.
L'Auteur fait une longue collection d'Epitaphes;
mais comment a-t-il ignoré ou
négligé celle-ci , qui étoit encore il n'y a
pas trente ans àS. Severin ?
Ci git deſſous ce marbre uſe
Le pauvre Lieutenant Rufe,
A qui il couta maint écu
Pour être déclaréC ...
A fon frere il n'en coûta rien ,
Et ſi pourtant il le fut bien.
Voiciun coupde Piquet aflés finguliers
■unMiniſtre jouoit au Piquet avec un Cour-
>> tiſan , & la partie étoit de mille piſtoles ;
- celui-ci jugea qu'il le pouvoit faire capot ,
20 & gagner , s'il lui perfuadoit qu'il avoit
■ trois valets dont il avoit écarté un; il comp-
>>ta le point & le reſte de ſon jeu juſqu'à
>>vingt& après avoir révé un moment
,, il jetta ſa premiére carte & compta
> vingt- trois. Le Miniſtre lui demanda de
> quoi il les comptoit: le Courtiſan recom-
„mença à compter ſon jeu , & y ajouta
>> trois valets ; le Miniſtre dit qu'il ne les
>avoit pas nommés avant que de jetter ſa
> premiére carte; le Courtiſan ſoutint le
contraire & offrit de parier cent piſtoles; la
ΜΑΙ 1745.
•propoſition fut acceptée ; le Courtiſan
> condamné par les ſpectateurs , continuant
>>à jouer ſes cartes fit capot le Miniſtre , qui
>> garda l'as du valet que ſon adverſaire avoit
→écarté,
LES CAMPAGNES DU ROI en 1744
1745 Paris 1746 in 12 chés Collombat.
Ily a dans ce Poëme de l'élégance , do
l'harmonie & de l'imagination ,
DISSERTATION fur l'incertitude des ſignes
de la mort l'abus des Enterremens & embaumemens
précipités , par Jacques - Jean
Brubier Docteur en Médecine , ſeconde
Partie , Paris in 12 1746, chés Morel ,
Prault pere , Prault fals & Simon,
Nous parlerons une autre fois de cet ou
vrage qui a pour objet l'utilité publique,
LE PETIT DICTIONNAIRE DU TEMS
pour l'intelligence des Gazettes &des Nouvelles
de la guerre , contenant par ordre
alphabetique la deſcription des Pays où la
guerre ſe fait préfentement , celle des Villes
&Places fortes qu'ils renferment , le détail
de leur ſituation, de leurs fortifications , &
desparticularités qui s'y trouvent , les noms
des Souverains qui les poſſedent , & beaucoup
de traits curieux de l'Histoire , avecun
120 MERCURE DE FRANCE.
petit Kecueil qui renferme l'explication des
principaux termes des fortifications , de
guerre , de la Marine & de la Géographie ,
Paris in 12 chés Ph. N. Lottin .
Nous n'avons pas encore eu le tems de lire
ce Livre que nous nous contentons aujour
d'hui d'annoncer ſeulement.
DISSERTATIONS PRELIMINAIRES pom
forvir à l'Histoire de Sais , à Paris , in 12
1746.
L'Auteur de ces trois Differtations nous
paroît fort bien prouver dans la premiére
que le l'agus Oxymenſis étoit très étendu , &
par conféquentil eſt aſlés autoriſéà en conclure
que c'étoit une des principales portions
de ce que nous appellons aujourd'hu
la Normandie , que c'étoit du tems des Gaulois
le lieu de la réſidence des Ofifmii dont
parle Céſar dans ſes Commentaires , que
ceux qu'on trouve depuis dans la Baſſe-
Bretagne n'en font qu'une émanation , &
que ce fut une Colonie qui yfut tranſplantéepour
peupler une partie du Pays que les
Venetes occupoient auparavant dans cette
Péninſule dont ils avoient été les Habitans
dominans , tranſlation qu'il place apparemment
avant la confection des Itinéraires
Romains & celle de la Notice des Gaules
On y apprend auſſi que les premiers Curio
folise
ΜΑΙ 1746. 121
folites qu'on avoit crû placés au fondde cette
Peninſule font plus probablement les anciens
peuples des environs de Bayeux dont
auneuviéme ſiécle le nomde Pagus Coriliſifus
qu'on leur donnoit confervoit quelque
trace : les raiſonnemens de l'Auteur qui
rendent à la Normandie des peuples qu'on
avoit crû avoir toujours été renfermés dans
la Bretagne , ſe trouvent appuyés par les
obſervations qu'on avoit faites avant lui ,
que les Diablintes étoient auſſi autrefoisdans
le canton de Jublent au Maine , & de
Mayenne , dont ceux de la petite Bretagne ,
s'il y en a eu véritablement , n'auroient été
aufſi qu'une émanation. L'Auteur de cet ouvrage
éclairciſſant cette matiére , fait remar
quer les erreurs de quelques Sçavans de
conſidération qui ont confondu le Pays
d'Auge , contrée de Normandie , avec l'Hiémois
ou Oximenfis. C'eſt auſſi le pur amour
de la vérité qui l'oblige à découvrir le fabuleux
de quelques Legendes & de quelques
Chartes de la Baffe - Bretagne.
Dans la ſeconde Differtation M. l'Abbé
Eſnault s'attache à faire voir que quoiqu'il
ait exiſté une Ville d'Hiemes , qui a donné
lenom au Pays Hiémois , que d'autres appellent
Exmois , il ne ſuit pas néceſſairement
de là , que ce ſoit dans cette Ville que
les Evêques qui ont gouverné ce Pays pour
F
#42 MERCURE DE FRANCE.
le Spirituel ont fait leur réſidence ; qu'à la
vérité c'eſt du Pays Hiémois de la ſeconde
Lionnoiſe que fut Evêque un nommé Litharedus
qui affifta au premierConcile d'Orléans
l'an 511 , mais que c'eſt à Sais qu'étoit
fon Siege Epifcopal , parce que cet Évêque
prenant le titre d'Epiſcopus Oximenſis dans
ſa ſouſcription entendoit par là qu'il étoit
Evêque du Pays d'Hiémois , &non pas de
la Cité d'Hiémes qui n'exiſtoit plus. L'erreur
donc où l'on a été de faire d'Hiémes une Ville
Epiſcopale eſt de la même eſpece que
celle où pluſieurs Picards ont été depuis
quelques fiécles , de faire de Vermandune
Ville Epifcopale. Il faut eſpérer que par la
fuite , tout préjugé mis à part , on reconnoitra
que s'il y a eu quelques Evêques qui
ſe ſoient qualifiés Viromandenſes , c'eſt dans
le même ſens que l'Epiſcopus Oximenfis , &
que commecela ſignifioit l'Evêque du Pays
Hiémois, l'Evêque des Oſiſmiens , de même
Epifcopus Viromandenfis ſignifioit Evêque du
Pais de Vermandois, l'Evêque desVeromanduens.
Il réſulte du ſyſtême de M. l'Abbé
Eſnault qu'il faut regarder comme une faufſe
tradition la tranſlation du Siege Epifcopal
d'Hiémes à Sais , d'autant plus même
qu'on l'établit ſur un ſoufflet donné à l'Evề-
que par le Comte du lieu , ce qui paroît fabri
qué à plaiſir. Ici cer Auteur fait l'apoΜΑΙ
1746.
123
logie de l'ortographedu mot Sais, que l'uſage
fait écrire mal à propos Seez. Il paroît que la
raiſon eſt de ſon côté , puiſqu'en effet on
prononce Sais comme mais , &non pas Séz
en accent aigu , & que dans le Latin on a
toujours dit Sagium ou Saium , & jamais
Seium , ni Segium.
M. Eſnault diſcute en ſa troifiéme Differtation
le tems de l'établiſſement de la Foi
dans la ſeconde Province Lyonnoiſe dont
Sais fait une partie ; il n'y a perſonne qui ne
ſe rende à l'argument qu'il tire de la lettredu
Pape Innocent I. à S. Victrice Evêque de
Rouen, laquelle eſt de l'an 404 , pourprouver
qu'il y avoit dès-lors plus d'un Evêque
dans cette Province , puiſqu'il lui parle de
ſes Suffragans. Il eſt vrai qu'il n'en marque
pas le nombre , mais on doit croire que S.
Exupere étoit mort le ſrécle précédent à
Bayeux & S. Jauvin àEvreux , & peut- être
auſſi S. Latuin àSais. Je dis S. Latuin , &
non Sigifbold , car il ſeroit incongru de
placer dans une Eglife des Gaules au quatriéme
fiécle un Evêque d'un nom barbare ;
Landricius qui n'eſt guéres davantage un
nom Latin , & encore moins Hubert , ne
peuvent être non plus admis. Aufſi l'Auteur
ſemble-t- il mieux aimer admettre des lacunesdans
le Catalogue des Evêques de Sais,
que de reconnoitre & fixer irrevocablement
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
ces deux Evêques. Il nous apprend des circonſtances
curieuſes que nous ignorions ſur
la vie de S.Latuin, ſur le projetde l'enlévement
de ſes Reliques qui fut ſans effet , parce
que le peuple d'Anet auroit joué la même
Tragédieque cellequi futjouée par le peuple
deMontreuil en Picardie lorſque M.de CaumartinEvêque
d'Amiens voulut emporterde
celles de S. Vulfly. L'Auteur a raiſon de regreter
lapertedu petit ouvrage en vers François,
imprimés ſur ce Saintvers l'an 1500;
Pour le dédommagerde cette perte, il permettra
que nous lui indiquions leMiſſelde
Saisimprimé lamême année 1500. à Rouen,
Ilyverra la Fête de S. Alnobert Evêque de
Seez à neuf Leçons le 16 Mai; celle de S.
Latuin auſſi à neufLeçons le 20 Juin , &
celle de S. Godegrand qui y eſt appellé
Gordianus pareillement à neufLeçons le 3
Septembre. Il n'y a au Calendrier que ces
troisEvêques (de Seez , mais S. Julien premier
Evêque du Mans y eſt Duplex in omnibus&
en lettres rouges. Il ſemble qu'on le
regardoit comme l'un des Apôtres duDio
céſedont le ſien eſt voiſin. L'Auteur a granderaiſon
d'exhorter ceux qui ont des Mémoires
ſur le Diocéſe de Sais à les lui communiquer
; puiffent ſes demandes parvenir
juſqu'à ceux qui ont les Mémoires qu'avoit
dreſſés Abbédes Thuilleries , & être exau
MAI 1746 125
cées! Unpouillé eſt auſſi une des choſes qu'il
promet , laquelle ſera très - utile aux amateurs
de laGéographie Topographie. Il eſt
à ſouhaiter que nous ayons celui de tous les
Diocéſesde France pour l'avancement de la
Notice du Royaume d'une maniére auſſi
exacte que fera celui que M. l'Abbé Eſnault
donnera.
TRAITE' des Testaments , codiciles , donations
, à cause de mort , & autres difpofitions
de derniére volontéſuivant les principes &les
décisions du Droit Romain , les Ordonnances,
les Coûtumes & Maximes du Royauume, tant
des Pays de Droit Ecrit , que Coûtumier , &
la Jurisprudence des Arrêts; par Me. Jean-
Baptiste Furgole Avocat au Parlement de
Toulouſe , tom. II. à Paris au Palais , chés
Jean de Nully Libraire Grand'Sale, du côté
de la Cour des Aides , à l'Ecu de France &
à la Palme , 1746 in 40 .
Dans ce II tom.l'Auteur traite du pouvoir
duTeſtateur , des biens qui peuvent ou ne
peuvent pas faire la matière des diſpoſitions
teſtamentaires , des conditions ; charges ou
modes que le Teſtateur peut impoſer; le tout
avec l'étendue que mérite une matiére ſi
curieuſe& fi épineuſe.Comme le plus grand
nombre des queſtions contenues dans ce ſecond
volume ſont puiſées dans le Droit
Fiij
26 MERCURE DE FRANCE.
Romain que nous avons adopté par notre
Jurisprudence au défaut des Coûtumes &
des Loix poſitives ſur un ſujet auſſi important
, l'Auteur a eu foin de relever ainſi qu'il
l'a fait dans ſon premier volume donné au
public en 1745 , les écarts dans leſquels la
plupart des Interpretes du Droit font tombés
, de forte qu'il y a lieu d'eſpérer que le
public ne recevra pas moins favorablement
ce ſecond tome que le premier ; le prix de
ce ſecond volume eſtde 8 liv. relié.
t
Or trouve chés le méme Libraire les
puvrages ſuivans.
COUTUMES de la Province du Comté-Pairie
de la Marche , reffort du Parlement de
Paris , avec des obſervations eſſentiellement utiles
pour les entendre dans le ſens & l'énergieonelles
doivent l'être,selon les uſages àpré-
Sent reçûs en ladite Province , & l'autoritédes
Sentences du Préſidial &Sénéchauffée Royale
de la Ville de Gueret Capitale de lamême Province
, &des Arrêts de ladite Cour du Parlement
, qui font intervenus en conséquence ;
on a joint toutes les Ordonnances , Edits , Déclarations
& Arrêts de Louis XV. concernant
la Jurisprudence nouvelle , par M. Couturier
deFournoue, Ecuyer Conſeiller Secretaire du
Roi , Maiſon Couronne de France , & ancien
Conſeiller & Procureur du Roi au Pré
ΜΑΙ 1746. 薑之
fidial & Sénéchauffée de laMarche , volume
in 8. 6 liv. relić.
LES COUTUMES de la Marche expliquées
interprétées ſuivant les Loix , les meilleurs
Aureurs , & les Arrêts intervenus , par Me.
Jabely ancien Avocat au Parlement. Nouvelle
Edition , revûe , corrigée ,& conferée
avec la Coûtume de Paris , avec de nouvelles
Annotations , par Me. Germain- Antoi
ne Guyot , Avocat au Parlement ; volume
in 12 3 liv. relié.
COUTUMES du Haut & Bas Pays d'An
vergne avec les Notes de Me. Charles da
Moulin , & les Obfervations de Me. Claude
Ignace Prohet. Nouvelle édition , revue ,
corrigée& augmentée de nouvelles Notes,
dont les principales font fur les articles de la
Coûtume qui ont été abrogés ou changés
par les nouvelles Ordonnances du Roi Louis
X V. par Me ***, Avocat en Parlement ,
dédiéés à M. le Maréchal de Noailles'; deux
vol. in 8.12 liv, reliés,
Ces trois Coûtumes s'impriment à Cler
mont - Ferrand avec privilége du Roi , chés
Pierre Viallanes , Imprimeur Libraire , rue
de la Treille près les PP. Jeſuites.
M. l'Abbé Garnier Docteur en Théo
Fiiij 1
128 MERCURE DE FRANCE.
logie , donna Dimanche 1. Mai 1746 à 3
heures pour l'ouverture de ſes Conférences
publiques &gratuites en faveurdes jeunes
gens une Differtation ſur les grands avantages
qu'on retire tous les jours de la connoiſſance
de la Géographie & de la Chronologie
, & il continuera ſes leçons fur ces
ſciences les Lundis & Jeudis de chaque ſemaine
à 1 heure moins un quart dans une
des ſales du Collége de la Marche.
DIMANCHE SUIVANT 7 du préſent
mois, à la même heure , M. l'Abbé le Tort
Bachelier en Droit lut un Mémoire contenant
les ſentimens des Philoſophes anciens
&modernes de toutes les Nations ſur la
création de l'Univers , & il traitera de l'Hiftoire
engénéral depuis le commencement
du monde juſqu'à préſent: ilferaſes Leçons
leMardi& le Vendredi dans le même Collége
à midi trois- quarts.
LE SIEUR Dernis chef du Bureau des
Archives de la Compagnie des Indes eut
l'honneur le Lundi de Pâques II du mois
dernier de préſenter au Roi une Carte dont
on a fait mention dans les Mercures précédens
, qui porte pour titre : Parités reciproquesde
la livrenuméraire instituéepar l'Empereur
Charlemagne , proportionnement àl'angMAI
1746. 129
mentation du prix du mare d'argent , arrivée
depuis son régne jusqu'à celui de Louis XV.
leBien -Aimé, avec une ample explication.
On avertit ceux qui ont acheté ou qui
voudront acheter cette Carte , qu'ils trouveront
l'une & l'autre chés le Sieur Beaumont
ſur le Pont Notre Dame à l'Enſeigne
du Griffon d'or ,& chés l'Auteur à l'Hôtel de
la Compagnie des Indes .
Abregé de la Carte préſentée au Roi par
le Sieur Dernisle 11 Avril 1746.
Chaque Roi a une ligne &une colonne
qui lui font affectées , excepté S. M. qui en a
deux, à cauſe des deux Epoques de 1720
&1726.
La ligne fait voir la valeur de la livredu
Roi , dont le nom est en marge , en Monnoye
des autres Rois antécédens ou ſubſéquens.
Et la colonne apprend quelle eſt en
monnoye du Roy , dont elle marque le
nom , la valeur de la livre de tous les autres
Rois anterieurs ou poſterieurs.
Pour trouver la valeur reſpective de la livre
de deux Rois , tels que l'on voudra
choiſir , voici la regle.
Si c'eſt, par exemple, Charles V. & François
I. la valeur de la livre de ce Roi
ſe trouve ſur ſa ligne dans la colonne de
Charles V. & la valeur de la livre de celui
Ev
130 MERCURE DEFRANCE .
ci ſur ſa ligne , & dans la colonne de Françoispremier.
Il en eſt de même detous les
autresRois.
Ony trouve par exemple que 20 folsdu
tems d'Henri IV. équivaudroient à deux
livres 8 fols de notre monnoye, 20 fols du
tems de Louis XIII à une liv. 15 ſols 3 den.
20 fols du tems de Louis XIV à une livre
4fols 11 den. & enfin 20 f. de l'époque de
1720 à 8 f. 4 d. de l'époque depuis 1726.
Le Public eſt averti qu'après le decès
de M. le Chevalier de la Roque , Auteur
duMercure de France , il eſt reſté pluſieurs
fuites complettes de ce Journal commencé
au mois de Juin 1721 &continue juſqu'au
mois d'Octobre 1744 incluſivement ; ceux
qui voudront acquerir le tout ou partie
pourront s'adreſſer à M. de la Roque , frere
del'Auteur , qui leur en fera une compo
ſition raiſonnable : fa demeure est vis-à vis
la Comédie Françoise chez M. Procope.
Comme il peut ſe trouver des perſonnes
qui ont déja des ſuites de ceJournal & qui
peuvent être défectueuſes , en ce cas on
pourra leur fournir les volumes qu'ils n'aurontpas.
ΜΑΙ 1746. 11
ARREST du Conseil d'Etat du Roidu 15 Avril ,
qui ordonne que dans le tems de deux années tous
ceux qui ontfouferit pour le Livre intitulé : Grammatica
Hebraica & Chaldaica , & Lexicon Hebraïcum
& Chaldaicum , Auctore D. PETRO
GUARIN , feront tenus de retirer des mains du
fieur COLLOMBAT les Exemplaires dudit Livre .
Extrait des Registres du Conseil d'Etat.
SConfeil parJacques
Ur la Requête préſentée au Roi étant en fon
F. Collombat, premier Im
primeur ordinaire du Roi , &des Cabinet & Maiſon
de Sa Majesté ; contenant qu'il a achevé d'im .
primer en trois volumes in-quarto un Livre inti
tulé : Grammatica Hebraica & Chaldaica , & Le
xicon Hebraicum & Chaldaicum , Autore D. Petro
GUARIN , Monacho Ordinis Santi Benedicti è Con
gregatione Saniti Mauri , propoſé par Souſcription :
partie des Souſcripteurs ont retiré les premier &
ſecond volumes , d'autres ne les ont point encore
retirés : comme il eſt important au Suppliant ,
pour le mettre , & fa Famille , à l'abri de toutes
recherches , que le tems de la délivrance de ce
Livre aux Souſcripteurs foit limité à un certain
tems , paffé lequel les Souſcripteurs ne feront plus
reçûs à ſe prévaloir de leurs Souſcriptions ; il a été
conſeillé de recourir à l'autorité de SaMajesté ,
pour lui être fur ce pourvû : Requeroit à ces cau-
Tes le Suppliant qu'il plût à Sa Majesté ordonner
que pendant le tems de dix - huit mois ,
ou tel autre délai que Sa Majefté jugera à propos
de limiter, ceux qui ont ſouſcrit pour ledit livre
intitulé : Grammatica Hebraica & Caldaica , & Le-
Ficon Hebraicum & Cabda.cum,feronttenus de re
Fy
132 MERCURE DE FRANCE.
,
fans
tirer des mains du Suppliant les trois volumes duditlivre
, paffé lequel tems de dix-huit mois ou
anuredélai , leſdits Souſcripteurs feront&demeurerontdéchus
des avantages de leurs Souſcriptions,
&tenus de payer le prix dudit livre, comme s'ils
n'avoient pas ſouſcrit , à la déduction néanmoins
de ce qu'ils auront payé pour ſouſcription
qu'ils puiffent prétendre aucune remiſe , ſous
quelque prétexteque ce puiſſe être, Vú ladite Requête,
Signee POITEVIN DU LIMON : Oui le
rapport ; le Roi étant en ſon Conſeil , de l'avis de
M. le Chancelier, a ordonné & ordonne que dans
le tems de deux années , à compter du jourde la
pubilcationdu préſent Arrêt , tous ceux qui auront
You crit pour le livre intitulé : GrammaticaH
braica& Chaldaica, & Lex.con Hebra cum &Chalda
cum , feront tenus de retirer des mains du ſieur
Collombat les Exemplaires dudit livre , finon , &
àfaute par euxdele faire dansledit tems ,& icelui
paffé, leſdits Souſcripteurs demeureront déchusdes
avantages de leurs Souſcriptions ,&tenus
de payer le prix dudit livre , ainſi que s'ils n'avoient
pas ſouſcrit , à la déduction néanmoins
des ſommes par eux payées lors des Souſcriptions
par euxfaites, deſquelles il leur ſera tenu compte.
Ordonne Sa Majeſté que le préſent Arrêt ſera imprimé
, publié & affiché par tout ou beſoin ſera.
FAIT au Conſeil d'Etat du Roi , Sa Majesté y
étant, tenu à Verſailles le Is Avril mil ſept
cent quarante fix. Signé , PHELYPEA UX.
ESTAMPES NOUVELLES.
L
E fieur PETIT Graveur rue 5. Jacques entre
la rue des Noyers&la ruedesMathurins , quí
continue degraver avec ſuccès la ſuite desHom
ΜΑΙ. 1746. 138
mes Illuftres du feu ſieur Deſroohers Graveur or
dinaire du Roi , vient de mettre au jour les deux
Portraits fuivans.
ANNE-CHARLOTTE DE LORRAINE ſoeur de
François-Etienne de Lorraine , Grand Duc de
Toſcane , née le 17 Mai 1714. On lit ces Vere
aubas.
Par mes vertus , par mes attraits,
Jeregnefans couronne , & je puisdire
Que j'ai le monde pour Empire ;
Que tous les coeurs ſont mes ſujets.
LE PRINCE MENKI BENOIST , ſecond fils de
Jacques STUARD,né à Rome le 25 Mars 1725 ce
Fortrait eſt haut de 9 pouces & 6 lignes fur envi
ron ſept pouces & demi de largeur ;il eſt le pendant
de celui du Prince Charles Edouard fon frere
aîné que vend lemême graveur.
Madame de Vanhovevient de faire graver avec
privilegeexclufif toute lesCartares Francoises avec les
Nois de Sceaux, compoſéespar feu M. Bernier
Maîtrede Mufique de la Chapelle du Roi : elle
les vend chés elle, ruedes PetitsAuguftins Fauxbourg
SaintGermain , vis à-vis la rue des Marais,
àcôté d'un Epicier ; elle les donne à vendre chés
Nully Libraire a Palais, & chés Poilly rue Saint
Jacquesà l'Eſperance ,vis-à-vis celle du Plâtre.
134 MERCURE DE FRANCE
S
ODE en ſtrophes libres à M. Titon du Tilles
Surlamori deM. de l'Argilliere Chancelier
ancien Directeur de l'Académie Royale
de Peinture & Sculpture.
T'Argilliére defcend dans la nuit du tombeau
Cher Titon , tu verſes des larmes :
Appollon , comme toi , dans de vives allarmes
Gémit ſur le double côteau .
Enproyeà ſa douleur funebre
LeDieu ſe retraçant tant d'ouvrages parfaits ,
Veutque lechevalet de ce Peintre célébre
Soit ſonpupitre déſormais.
De fon côté Venus enrichit ſa toilette
Ducoloris brillant que produit ſa palette ,
Et l'Amour qui puiſa dans ſesrians tableaux
Le goût , le naturel , la douceur , la décence ,
Pour foumettre à coup sûr les coeurs à ſa puiſſance ,
Fait des fleches de ſes pinceaux.
EPIGRAMME de M. Desforges Maillard
dont M. de Largilliere àfait le portrait.
PEintre admirable , dont la main
Fit éclore mes traits fous ton pinceaudivin;
Ce tableau, quand le ſort te prolongeoit la vie ,
'. ΜΑΙ 1746. 35
1
M'étoit cher , par rapport à moi;
Apréſent qu'elle t'eſt ravie ,
Conſervantdans mon coeur ta mémoire cherie ,
Je l'aime par rapport à toi.
cor
On adû expliquer les Enigmes & les Logogryphes
du Mercure d'Avril par la Langue , l'Alphabet,
lefen, Procureur Septuagenaire . & Comédie.On trou
vedans le premier Logogryphe porc,puce , pou , cou
roue , coeur , cû , ver , ros , peur , rue coureur
proue , Curé , pré & cour. Dans le ſecond Perfe,panier,
Sage,gaieté , vin , nuage , ver , Serpe , pain , ris , vi
Sage, gant, peste, rage, un, ſept , aune,pinte, gain, perto,
Ange, argent, Negre , jeûne , esprit , Egée , pic , air
eau , vigne , épée geniévre , Enée , âne, an , vie, Juge,
pâté , si , ut , re , vis , Penates , patin , Sarat Agar.
On trouve dans le troiſiéme mode, mic, Medoc , Ode
Mi , Die , Dece , Médie , Come , Code & Dome.
EXPLICATION
Dupremier Logogryphe du mois d'Avril
Q
Uand je vois dans un mot Curé , puce , &
Coureur ;
Ver, porc , coup , cor & proüe ;
Peur , cou , pré , roc , &roue :
Je me dis aufſſi-tôt, Ah ! c'eſt un Procureur .
DE LA LAURE,
36 MERCURE DE FRANCE .
EXP LIC A TIO N
Du dernier Logogryphe
Auxgens d'un certain age ilfaut laiſſer la mie;
La mode au ſexe feminin ;
Le Code à l'Avocat poupin ;
Aux Mahométans la Médie :
L'Ode au Poëte badin ,
Et l'aimable Gauffin jouer la Comédie,
Par Mlle Formel de Vitry-le François.
ENIGME
PAR de tendres chansons , par rule & par
adrefle
Je ſeduis les paſſans ,&c'eſt tout monemploi.
Jadis j'eus la douleur de voir un Roi deGrece
Mépriſer tous mes foins par un traitde ſageſſe,
L'honneur & la vertu ne me font point la loi.
La forme demon corps eft tout à fait étrange ,
Etmamoitiéd'en bas cauſe un horrible eſtroi
ΜΑΙ , 1746. 13%
Onvoit en ma perſonne un monstrueux melange ,
Et , ſans exagerer ,je reunis dans moi
Lamalice d'un diable & labeauté d'un ange.
ParM. Cotterean Curé de Donnemarie.
LOGOGRYPΗ Ε.
N
E cherche point quel eft mon pere ;
Mon origine eft extraordinaire.
Trompé par la fin de mon nom
Ne vas pas me croire Breton.
Parmi mes pieds j'en ai fix remarquables ,
Deux deſquels font en tout ſemblables ;
Dans cinq ans tous fix paroitront ,
Et l'an qui courra marqueront,
Mes autres pieds , & tu veux les connoître ,
Je puis ici te les faire paroître ,
Et fans tourner autour du pot ,
Te les preſenter dans un mot.
Tu les peux voir , & la choſe eſt aiſée
En coupant la tête à Theſée.
138 MERCURE DE FRANCE.
Le ſieur Briari quidemeure dans laCour
&rue Abbatiale de Saint Germain des Prés
à Paris , continue de compoſer une Effence
d'Ogni Fiori ou de toutes fleurs , d'une
odeur agréable ; on en met quelques goutes
dans l'eaudont on ſe lave après avoir éré
rafé ; elle rend l'eau laiteuſe ; les Dames
s'en ſervent pour ſe décraffer & rendre la
peau douce & unie; elle ne nuit point au
teint ; il la vend 24 f. l'once.
Il continue avec ſuccès à faire la vérita
ble Eſſence de Savon à la Bergamotte , &
autres odeurs douces , dont on ſe ſert pour
la barbe au lien de Savonette ; les Dames |
s'en ſervent auſſi pour ſe laver le viſage &
les mains; il la vend huit fols Ponce : il aver
tit que les bouteilles ſont toujours cachetées
&qu'autour du cachet on lit fon nom & fa
demeure ; on voit auſſi une petite bouteille
empreinte dans le milieu du cachet où ily
ale nom de la liqueur , comme à l'ogni
Fiori. Les plus petites bouteilles ſont d'environ
cinq onces.
Il fait auſſi de très - bons Cuirs à repafſer
les raſoirs avec leſquels on peut ſe paſſer
de pierre à éguifer; il lesvend depuis quarante
ſols juſqu'à ſoixante à un feul cô
té, &depuis 4 liv. juſqu'à 8 à deux côtés dil,
ferents; ildonnela maniere de s'en ſervir.
3
১
138
1
& 1
àF
ce
ode
tes
rafe
s'er
pe
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ble
au
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s'e
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tit
&
de
er
a
F
MAI. 1746. 139
}
وا
**********
ARODIE
inuets de la Comédie Italienne.
Upréſent je m'occupe ;
Qui le perd eſt dupe.
L'avenir
He fait point fremir .
- Jouir
on unique étude.
is l'inquiétude .
Mes défirs
fantent que d'heureux ſoupirs.
de à vivre dans les plaiſirs;
Mon coeur s'y livre .
Le tems fuit ,
Il me détruit ;
Mes jours
Seront courts ,
is j'en fais uſage ;
les rends variés & charmans ;
ſens , je ſens le prix du tems.
Que l'envie
Et les cenſeure
140 MERCURE DE FRANCE.
Traitent d'erreurs
Les charmes de la vie ,
Je me ris de leurs diſcours.
Plaisirs , enchainez mes jours.
De la treille le doux jus ,
L'art de Momus ,
Mais fans abus ,
4
Du monde font les élus,
Avec Comus
J'unis Venus ,
Glycere
Suit mes leçons ,
Et mes chanſons
Ont le don de lui plaire ,
Et ſa voix
Au fond des bois
Mêle à mes chants
Les plus doux accents.
Lesbois
Aux amans donnent des droits ,
Et de leurs feuillages
Les avantages
Fixent mon choix.
Là ſans effroi ,
Pour gage de ſa foi ,
Ma bergere ſe livre à moi ;
Sa tendreſſfe ,
Sa foibleffe
ΜΑΙ. 1746.
:
Son air interdit ,
Ses yeux , tout me dit
Que de ſa rigueur
Mon amour vainqueur
Rend chere à ſon coeur
Cette retraite.
Chantons à jamais
Tous les attraits
De ſa défaite,
Nos voeux
N'ont d'autre objet que nous deux.
Dieux!
Quels momens délicieux !
Ces lieux
Pour mai font l'image
Des Cieux.
春春春春
142 MERCURE DE FRANCE,
*****
SPECTACLES .
Académie Roiale de Muſique a cont
Lnuéles répréſentations du Templede
la Gloire , & l'on a continué d'y admire
un grand nombre de symphonies dignes de
l'inimitable auteur de la Muſique.Nous avons
promis de rendre compte des changemens
faits au premier acte ; ils ne regardent la
Muſique qu'autant que les paroles font changées
, carà l'égard des divertiſſemens , ils
font à fort peu de choſe près les mêmes , &
il auroit été difficile que l'on n'eut pas perdu
en changeant d'avantage ; il n'eſt rien de
plus agréable que la muſette qui forme enfuiteun
choeur,les deux gavottes en forme
detambourins&les deuxmenuets A l'égard
des paroles , M. de Voltaire ne fait plus paroître
les Muſes , &ne les fait plus braver par
Belus ; ce double ſpectacle étoit d'une ext
cution trop compliquée pour être bien
rendu. Belus étonné d'avoir vû le Tem
ple de la Gloire ſe fermer devant lui , le
trouve au milieu des bergers qui dans leurs
chants célébrent l'humanité, labienfaisance
MAI.
143
1746.
la conſtance ; Belus s'attendrit par degrés
& Lydie qui paroît à la fin acheve d'adoucir
la férocité de ce conquérant injufte.
L'entrée de Belus ſur le théatre eſt d'une
grande beauté, & l'on peut fans riſquer d'en
trop dire , avancer qu'elle eſt digne de l'il-
Juſtre auteur de ce Poëme. Belus paroît dans
le lointain entouré de ſes guerriers , aux
portes du Temple, au milieu des foudres &
des éclairs; il s'avance dans le bocage des
Muſes .
Où ſuis-je ! qu'ai-je vů? non ,jene le puis croire
Ce Temple qui m'eſt dû , ce ſéjour de la Gloire
S'eſt fermé devant moi.
Mes foldats ont fremi d'effroi.
La foudre a devoré les dépouilles ſanglantes,
Que j'allois conſacrer à Mars ;
Elle a briſé mes étendars
Dans mes mains triomphantes.
Le bruit du tonnerre recommence .
Dieux implacables, Dieux jaloux ,
Qu'ai-je donc fait qui vous outrage ?
ai fait tremblerl'Univers ſous mes coups ,
J'ai mis des Rois à mes genoux ,
Et leurs ſujets dans l'eſclavage ;
Je me fuis vengé comme vous ;
Que demandez yous davantage
144 MERCURE DE FRANCE.
Nous aurions ſouhaité que parmi les char
gemens faits en petit nomore à l'acte d
Trajan on n'eut point fait chanter à ce Prin
ce un ramage d'oiſeaux; c'eſt pouffer tro
loin le privilége qu'a la muſique de ne pa
toujours s'accorder avec les convenance
elle peut les eſquiver,mais non les heurter
front ,& l'on ne peut diſconvenir que la pla
fanterie qui a fait dire que déſormais o
appelleroit Trajan , Trajan l'Oiseleur, ne ſo
meritée.
2
On a remis au Théâtre le Jeudi douz
Mars les Amours des Dieux , Ballet repre
ſenté pour la premiere fois le Dimanche
Septembre 1727 ; il reparu pour la fe
conde fois ſur la ſcéne le mardi 18 Ju
1737; l'approbation de M. de Moncrifjus
competant des ouvrages lyriques , appren
que les représentations de ce Ballet ont 10%
jours été reçûes favorablement du publi
Ainſi nous ne nous étendrons pas fur je
ſuccès de la Piéce ; nous avons de bonn
raiſons pour n'en pas louer les paroles
l'Auteur s'en tient au temoignage de l'ap
probateur ; il n'eſt pas homme à prendre
peine de s'encenſer lui -même.
Al'égard de la Muſique qui eſt du g
cieux Mouret , elle eſt naturelle , elle
point ſemée de ces difficultés ultramon
nes ſi bien copiées par quelques comp
ΜΑΙ.
1746. 145
teurs & fi admirées par la ſecte fanatique
des harmoniſtes pédans qui n'eſtiment en
Muſique que les carillons & les charivaris.
L'agréable & ſçavant Auteur du Spectacle de
la Nature à bien developpé ce ridicule entêtement
dans ſon ſeptiéme volume , mais ſa
politeſſe & ſa moderation l'ont engagé à
ſupprimer les traits lesplus caractériſtiques de
ſes peintures. Nous nedonnerons point un
extrait du Prologue &des trois Actes qu'on
a laiffés à ce Baller, Le ſecond Acte eſt ſacrifié
à la ſaiſon de la promenade. Nous ne
parlerons même que ſuccintement de la Mufique
qui est trop connue pour n'être pas fort
eftimée. Nous nous contenterons de louer
les danſes qui ſont variées & très bien exécutées
, & les acteurs qui rempliffent parfaitement
leurs rolles. Jamais , fur tout, les
regrets d'Apollon n'ont été plus touchans
&les plaintes d'Ariane n'ont frappé plus vivement
les connoiffeurs. La Cantatille de
Coronis a été executée avec la legereté &
le goût qu'elle exige. Melles Bourbonnois &
Jaquet ont repondu à l'attente du public qui
a été extrêmement ſatisfait d'entendre Mrs.
Chaffé , le Page , Poirier & Latour.
COMEDIE FRANCOISE .
furce
On n'a rien donné de nouveau ſur ce Théâ-
G
146 MERCURE DE FRANCE,
tre qu'un feu d'artifice qui a été approuvé,
COMEDIE ITALIENNE.
La Coquette Fixée dontle ſuccès a étébril
lant a été ſuivie d'une petite Piéce compoſée
de ſcénes épiſodiques intitulée la Félicité.
les Acteurs en ſont preſque tous des êtres
métaphyſiques , c'eſt l'illuſion, c'eſt le caprice,
c'eſt l'oiſiveté que l'on fait fondatrices de
l'Ordre de la Felicité , aſſociation nouvelle
qui a des Loix &des parties plus galantes que
celles des frei -maçons,
Il y a de l'eſprit dans cette Piéce , &
furtoutune ſcénejouée par M. Riccoboni eft
ſemée de traits neufs & très - vivement
écrite. Le divertiſſement qui repréſente la
reception de Scapin dans l'Ordre de la Fé
licité eft compofé de chanſons très- jolies
&fort-bien chantées &de danſes très-bien
exécutées.
MAI. $746. 147
52525252
JOURNAL DE LA COUR ,
DE PARIS , &c .
E 24 du mois dernier le Roi tint un
LChapitre de l'ordre du
dans lequel l'Abbé de Pomponne Chancelier
des Ordres du Roi rapporta les preuves de
Religion & de Noblefle du Prince d'Ardore
Ambaſſadeur du Roi des Deux Siciles auprès
du Roi , & qui avoit été propoſé le zer,
du mois de Janvier dernier pour être Chevalier
. Ces preuves ayant été admiſes le
Roi a permis au Prince d'Ardore de porter
les marques de l'Ordre en attendant qu'il
puiſſe étre reçû.
Le 26 & le 27 le Roi & la Reine enten
dirent dans la Chapelle du Château la Mef
ſede Requiem pendant laquelle le De profundis
fut chanté par la Muſique , le 26 pour
l'Anniverſaire de Monſeigneur le Dauphin
Ayeul du Roi , & le 27 pour celui de Madame
laDauphine Ayeule de Sa Majefté.
Le 23 pendant la Meſſe du Roi l'Evêque de
Leictoure préta ferment de fidelité entre les
mains de Sa Majefté,
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
Le 16 Monſeigneur le Dauphin donna au
nom du Roi d'Eſpagne le Colier de l'Ordre
de la Toiſon d'Or au Duc de Lauraguais
qui a été nommé il y a quelque-tems Che
valier de cet Ordre. Cette cérémonie ſe fit
dans l'appartement de Monſeigneur le Dauphin
, & pluſieurs Chevaliers de l'Ordre de
la Toiſon d'Or , qui y avoient été invités ,
y ailiſterent.
Le 17 les Députés des Etats de Bourgogne
eurent audience du Roi. Ils furent préſentés
par le Duc de Saint Aignan Gouverneur
de la Province , & par le Comte de S.
Florentin Secretaire d'Etat , & conduits en la
maniere accoutumée par le Marquis de
Dreux Grand Maître des cérémonies & par
M. Deſgranges maître des cérémonies. La
Députation étoit compoſée pour le Clergé
de l'Abbé de Ciſteaux qui porta la parole ;
du Marquis de Biffy Lieutenant Général des
armées du Roi & Gouverneur des Ville &
Château d'Auxonne pour la Nobleffe ; de
M.Voiſenet pour le Tiers Etat; de M.Rigol-
Jey de Mypons Secretaire des Etats ; deM.
Chartraite deMontigni Tréſorier Général de
la Province & de M. Rouget Syndic .
Le 24 M. Durini Archevêque de Rhodes
& Nonce ordinaire du Pape auprès du Roi
fit ſon entrée publique à Paris. Le Prince de
Guife , & M. de Verneuil Introducteur des
ΜΑΙ. 1746. 145
Ambaſſadeurs allerent le prendre avec les
caroſſes du Roi & de la Reine au Convent
de Picpus d'où la marche ſe fit dans l'ordre
fuivant.
Le caroſſe de l'Introducteur , celui du
Prince de Guiſe; un ſuiſſe du Nonce , à
cheval , ſa livrée à pied , ſes Gentils hommes ,
fon Ecuyer & ſes Pages à cheval ; le carofle
du Roi , aux portieres duquel marchoient la
livrée du Pince de Guiſe & celle de M. de
Verneuil ; le caroſſe de la Reine , celui de
Madame la Dauphine , celui de Madame
la Ducheſſe d'Orleans Doüairiere , ceux du
Duc d'Orleans , du Duc de Chartres , de la
Ducheſſe de Chartres , du Comte de Charolois
, du Prince de Conty , de la Ducheffe
du Maine , du Prince de Dombes , du Comte
d'Eu , de la Comteſſe de Toulouſe , du
Duc de Penthiévre , de la Duchefſe de Penthiévre&
celui du Marquis d'Argenſon Miniſtre
& Secretaire d'Etat ayant le départe.
ment des affaires étrangers. Les quatre caroffes
du Nonce marchoient enſuite à une
diſtance de quarante pas ; lorſqu'il fut arrivé
à ſon Hôtel il y fut complimenté de la
part du Roi par le Duc de Richelieu Premier
Gentilhomme de la Chambre de Sa M.
de la part de la Reine par le Marquis de
Chalmazel fon Premier Maître d'Hôtel ; de
Ja part de Madame la Dauphine par le Mar-
Gi
150 MERCURE DEFRANCE.
quis de Rubempré fon Premier Ecuyer , &
de la part de Madame la Ducheſſe d'Orleans
Doüairiere par le Marquis de Crevecoeur
premier Ecuyer de S. A. R.
Le 26 le Prince de Guiſe , & Mr. de
Verneuil Introducteur des Ambaſſadeurs allerent
prendre le Nonce du Pape en fon
Hôtel & ils le conduiſirent avec les caroffes
de leurs Majestés à Verſailles où il eut fa
premiere audience publique du Roi, Le
Nonce trouva à fon paſſage dans l'avant- cour
du Château les Compagnies des Gardes Françoiſes
& Suiſſes ſous les armes , les tambours
appellant; dans la cour les Gardes de la
Porte & ceux de la Prévôté de l'Hôtel ſous
les armes à leurs poſtes ordinaires , & fur
l'eſcalier les Cent Suifles en habits de cérémonie
& la hallebarde à la main. Il fut reçû
en dedans de la Sale des Gardes par le Duc
de Bethune Capitaine des Gardes du Corps
qui étoient en haye & fous les armes. Après
l'audience du Roi le Nonce fut conduit à
celles de la Reine , de Monſeigneur le Dauphin
& de Madame la Dauphine par le Prince
deGuiſe & par M. de Verneuil. Il eut enfuite
audience de Meſdames de France , &
après avoir éte traité par les Officiers du Roi
il fut reconduit à Paris à fon Hôtel par le
même Introducteur avec les caroſſes de leurs
Majeftés.
MAI. 1746. IST
Le même jour M. Gillés que les Etats
Généraux des Provinces Unies ont envoyé
au Roi en qualité de leur Miniſtre Plénipo
tentaire & qui eſt arrivé à Paris le 18 du
mois dernier , fe rendit à Versailles & il eut
une audience publique du Roi. Il y fut con
duit ainſi qu'à celles de la Reine, de Mona
ſeigneur le Dauphin , de Madame la Dauphine
& de Meſdames de France par M. dé
Verneüil Introducteur des Ambaſfladeurs .
Le Roi eſt parti le 2 de ce mois vers les
deux heures du matin pour aller ſe mettre
à la tête de ſon armée . Sa Majesté a couché
le même jour à Arras d'où elle s'eſt renduë
le lendemain à Ganda
Le 1er. le Marquis Pallavicini Envoyé
Extraordinaire de la République de Génes
eut ſa premiere audience publique du Roi
& enſuite de la Reine , de Monſeigneur le
Dauphin , de Madame la Dauphine & de
Mesdames de France. Il fut conduit à ces
audiences par M. de Verneuil Introducteur
des Ambaſſadeurs qui étoit allé le prendre
avec les caroſſes du Roi & de la Reine , &
après avoir été traité par les Officiers du Roi
il fut reconduit à Paris avec les caroffes de
leurs Majeftés par le même Introducteur.
Les Ambaſſadeurs & les autres Miniſtres
Etrangers ayant été informés de la part du
Roi du prochain départ de Sa Majeſté , ils
Giij
152 MERCURE DE FRANCE.
eurent le même jour l'honneur de complimenter
le Roi à cette occafion &de lui fouhaiter
un heureux voyage.
Les le Corps de Ville entendit dans
l'Egliſe du Saint Eſprit Mune efle folemnelle
qu'ily a fait célebrer pour demander à
Dieu la conſervation de la perſonne ſacrée
du Roi & la proſperité des armes de Sa
Majeſté; le Bureau de la Ville a ordonné que
tous les jours à midi juſqu'au retour du Roi
il fut célebré une Meſſe dans cette Egliſe à
lamême intention.
Un détachement faitdestroupes qui compoſeront
l'armée de Conty s'eſt aſſemblé à
Binſche & il eſt commandé par le Comte
d'Eftrées Lieutenant Général lequel a fous
ſes ordres le Marquis de la Coſte Meſſeliere,
le Marquis de Fiennes , le Comte de Coerlogon
& le Marquis de Baupreau Maréchaux
de camp.
M. de Voltaire qui a été élû pour remplir
dans l'Académie Françoiſe la place
vacante par la mort du Préſident Bouhier
y fut reçû le 9 de ce mois , & il fit fon
diſcours de remerciment auquel l'Abbé d'Olivet
Directeur repondit au nom de l'Académie,
MAI.
1746. 153
L
BENEFICES DONNE'S.
E Roi a accordé la Dommerie d'Aubrac
, Ordre de Saint Benoît , Diocèſe .
de Rhodez , à l'Abbé de Clermont d'Amboiſe.
L'Abbaye de Quimperlay . même Ordre
, Diocéſe de Quimper, à l'Abbé de Vaurouault
de Goyon , & celle de la Vieuville ,
Ordre de Cifteaux , Diocèſe de Dol , à
l'Abbé Thomas.
PRISES DE VAISSEAUX.
E Corſaire l'Intrepide que monte le Ca-
Lpitaine la Place eftrenale Port
de Saint Malo avec le navire ennemi la
Françoise.
On a reçû avis que le Corſaire la Victoire
de Bayonne avoit envoyé à Nantes un
bâtiment Anglois de 250 tonneaux , chargé
de ſalines & d'autres marchandiſes.
Les fregates du Roi l'Etoile & l'Embufcade
, armées en courſe ſous le commandement
de Meſſieurs du Gué Lambert & Tabari
ſe font emparées d'un navire qui eſt
arrivé au Havre où le Capitaine Cantelou
commandant le Corfaire la Revanche de ce
Port a fait conduire un bâtiment de Guer-
Gv
154 MER CURE DE FRANCE.
nezey dont la cargaiſon conſiſte en eau
de vie.
Les lettres écrites de Vigo marquent que
les Corſaires le Pellerin & la Pellerine de S.
Jean de Luz ont relâché dans ce premier
Port avec deux navires ennemis chargés
de bled.
M. Tabary commandant la fregate du
Roi l'Embuscade armée en courſe s'eſt rendu
maître du Corſaire le Rovver de Bristol ,
de 24 canons & de 190 hommes d'équipage
, & il l'a envoyé à Breſt avec le navire
leComte de Derby de 160 tonneaux .
د
Il est arrivé dans le même Port un navire
de Londres nommé la Palme de 450
tonneaux & armé de 16 canons dont la
cargaiſon conſiſte en tabac & en pelleteries ,
& qui a été pris par le Corſaire la Revanche
de Granville que monte le Capitaine
Deſnos Clement.
La fregate du Roi le Zéphire armée en
courſe & commandée par M. Tiercelin eft
rentrée dans le Port Louis avec les bâtimens
le Mesnard de Londres, & le Nancy de Dublin
, chargés l'un de tabac & l'autre de
diverſes marchandiſes .
On mande de Saint Malo que le CapitajneBeaulieu
Trehuoart qui monte le Corfaire
l'Heureux de ce Port y a conduit les
navires la Prefilla , l'Esperance &le Saint
MAI.
1746, 755
Jacques , fur le premier deſquels on a trou
vé beaucoup de ſucre & des pelleteries , &
dont les deux autres portoient de l'eau de
vie , du fer & de la poudre à la Barbade.
Le navire Anglois le Subgalet dont la
charge étoit compofée de tabac a été envoyé
à la Rochelle par la fregate du Roi
l'Etoile que commande M. Auffray du Gué
Lambert..
Les Corſaires la Bellonne & la Junon de
Bayonne ſe ſont emparés des navires ennemis
le Cirus & la Fleur , chargés , le premier
de fucre , & le ſecond de fil de carret ,
de cordages & de toiles pourdes voiles de
vaiſſeaux.
On a appris que le Comte du Guay Capitaine
de vaiſſeau lequel aiant été chargé
d'eſcorter la Flote des Iſles du vent avec
les vaiſſeaux du Roi le Magnanime & le
Rubis , eut au mois de Novembre dernier un
combat très vif à foutenir contre l'eſcadre
Angloiſe commandée par l'Amiral Thownfond,
avoit remis à la voile de la Martinique
le premier Mars dernier & qu'il étoit
revenu le 18 Avril à Breſt avec cette flote
à l'exception de quelques bâtimens qui en
ont été ſeparés & dont pluſieurs font déja
arrivés dans d'autres Ports. Il a pris dans
fa route un navire ennemi nommé le Goulle
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
chargé de quatre cent dix boucaux de ta
bac , qu'il a envoyé à Rochefort.
Le Capitaine Dufreſne Marion comman
dant le Corſaire le Prince de Conty de S.
Malo s'est rendu maître des bâtimens Anglois
le Poftillon,de cent cinquante tonneaux,
dont lacargaiſon confifte en ſucre & en coton;
le Jean Marie chargé de riz , & l'Industrie
ſur lequel il yavoit unegrande quan
tiréde bled. Les deux premiers ont été conduits
à S. Malo & le troifiéme à Brehat.
Les Corſaires l'Anonyme du premier de
ces deuxPorts , & la Charmante de Boulo
gne ont envoyé à Morlaix un Corſaire
de Jerſey , & un navire de cent tonneaux.
Il eſt arrivé dans le méme Port une priſe
faite par le Corſaire les trois Freres deDunkerque
, qui s'eſt auſſi emparé du bâtiment
le Guillaume de Chefter.
Les navires l'Aigle , la Résolution & la
Société ont été pris par le Capitaine Clément
qui monte le Corfaire le GrandGrenot
de Granville.
Selon les lettres écrites de Bayonne le
Corfaire la Junon commandé par le Capitaine
Vigoureuxy a fait conduire le navire
le Guillaume Marie de Mariland , de deux
cent cinquante tonneaux , à bord duque
on a trouvé beaucoup de tabac & d'indigo,
ΜΑΙ.
1746. 157
Le bâtiment le Patti & Kitty de Waterford
a été envoyé au méme Port par le Cor--
faire le Gafcon.
Le Capitaine Soppite commandant le
Corſaire la Baſquoiſe a enlevé les navires
ennemis le Prince d'Orange , le Resingsun
le London .
On mande de Saint Malo que les Capitaines
Ruault & Blondelas commandans les
Corſaires le Tavignon & le Comte de Mawonr
fait conduire le navire les
repas y
deux Soeurs & un autre bâtiment Anglois
dont la cargaiſon conſiſte en riz & enbois
de teinture.
Le navire la Marie Mackde Londres
chargé de bois de teinture , de coton & de
fucre a été pris par le Corſaire l'Anonyme
qui l'a envoyé dans le même Port.
Il éſt arrivé àBrehat un bâtiment de 350
tonneaux dont le chargement eſt compofé
de ſucre , de cacao & de guildive , & qui a
été enlevé par le Corſaire la Marie Magdeleine
en revenant de la Barbade.
Le Capitaine Dangelot qui monte leCorfaire
le Duc d'Harcourt de Rouen à relâché
au Havre avec le navire le Couronnement
de Pool.
Le Corſaire le Poftillon de Dieppe , com
mandé par le Capitaine Altazin s'eſt ren158
MERCURE DE FRANCE.
du maître d'un navire Anglois qui a été
conduit à Cherbourg ainſi que deux autres
bâtimens nommés l'Anson & le Benjamin.
Suivant les avis reçus de la Hogue le Capitaine
Arein commandant le Corfaire l'Attrapefi
tu peux de Boulogne , a envoyé dans
le premier de ces deux Ports le bâtiment
['Hirondelle de la même nation , ſur lequel
on a trouvé du ſucre & du riz.
On a appris de Saint Jean de Luz qu'il
y étoit entré un navire de cent tonneaux
dont s'eſt emparé le Corſaire la Baſquoise
que monte le Capitaine Soppite.
On mande de Calais que la nuit du 22
au 23 du mois paflé il fit une ſi furieuſe
tempête & un vent ſi violent que le 23
à6heures du matin on vit 7 navires échoués
à la côte entre les Paroiffes de Mark & Oye,
depuis Gravelines juſqu'à Calais .
ΜΑΙ 1746. 159
MANDEMENT de fon Eminence
M. le Cardinal de Tencin Arche
vêque & Comte de Lyon , à l'occaſion de
l'ouverture de la Campagne.
PIERRE CIN , &c.
DE GUERIN DE TENAtousAbbés
, Doyens, Chapitres, Prieurs,
Curés , Vicaires , & autres Eccléſiaſtiques ,
Séculiers & Réguliers , & à tous les Fideles
de notre Diocèſe : SALUT & Bénédction en
notre Seigneur.
Voici la troiſième fois , mes très - chers
freres , que le Roi va commander ſon armée
en perſonne. S'il ne peut encore donner
la paix à ſes ſujets , il veut du moins
partager avec eux les travaux & les périls
de la guerre. Il le fait ſurtout par amour
pour la paix. De nouveaux fuccès la hâteront
peut-être , & la préfence de Sa Majesté
les affure. Efperons donc que cette Campagne
ne fera pas moins heureuſe que celles
qui l'ont précédée. Puiſſe-t'elle l'être afſés
pour être la derniére !
Nous ne doutons point , mes très-chers
freres , de la ferveur avec laquelle vous re
doublerez vos voeux pour la conſervation du
160 MERCURE DE FRRANCE.
Roi. Le principal motifde ceux que vous
faites pour la paix , c'eſt les dangers auſquels
laguerre expoſe des jours ſi précieux.
Aces cauſes , Nous Cardinal , Archevêque&
Comte de Lyon fufdit , après en avoir
fait conférer avec nos vénérables Freres Mrs
les Doyen , Chanoines & Chapitre de l'Egliſe,
Comtes de Lyon, avons ordonné :
1 °. Que dans toutes les Egliſes tant féculieres
que régulieres de la Ville & Fauxbourgs
de Lyon , exemptes ou non exemptes
on fera des Prieres de quarante heures
, avec expoſition du Saint Sacrement ;
que le Dimanche premier du mois de Mai on
les commencera dans notre Egliſe Primatiale
par une Meſſe ſolemnelle, après laquelle
on portera proceſſionnellement le très-
Saint Sacrement dans l'Egliſe Paroiffiale de
Sainte Croix , pourycontinuer leſdites Prieres
pendant trois jours confécutifs , & chaque
jour au foir on dira avant la Bénédiction
les Verfets , Panem de Coelo , &c . Fiat manus
tuafuper Virum dextera , &c. Fiat pax in virtute
tua , &c. avec l'Oraiſon du Saint Sacrement
, celle qui ſe trouve dans le Miflel
Lyonnois page CIX. pro Rege & ejus Exercitu,
& dans le Miſſel Romain celle qui ſe
dit à la Meſſe , Tempore belli , & la troifiéme
Oraiſon fera celle pour la paix, Deus
no fancta defideria , &c.
ΜΑΙ 1746. 161
2. Que dans les autres Egliſes de la Ville
& Fauxbourgs de Lyon on y fera les mêmes
Prieres dans les jours & ſuivant l'ordre
ci-après marqués .
3º. Dans les autres Villes , Bourgs & Villages
de ce Diocèſe on commencera les
Prieres de quarante-heures le Dimanche qui
fuivra la reception de notre préſent Mandement
, enforte néanmoins que dans les
lieux où il y a pluſieurs Egliſes , la principale
les fera la premiere , & les autres ſuc
ceſſivement ſuivant le rang qu'elles ont entre
elles.
4°. Dans les Paroiſſes de la campagne
dont les Curés ou Deffervans croiront que
fi leſdites Prieres ſe faiſoient les jours ouvrables
, il s'y trouveroit trop peu d'habitans
on les fera pendant trois Dimanches confécutifs
enexpſoant le Saint Sacrement à la
Meſſe Paroiſſiale & à Vepres ſeulement , &
après celles ci ils en donneront la Bénédiction.
50. Nous ordonnons que juſqu'au retour
de Sa Majeſté on chantera dans notre dite
Egliſe Primatiale & dans toutes les autres
Egliſes de la Ville & Fauxbourgs de Lyon
& de notre Diocèſe tous les Dimanches
&toutes les Fêtes fêtées le Pſeaume Exaudiat
immédiatement après les Vépres , & on dira
à toutes les Meſſes au lieu de la Collecte
182 MERCURE DE FRANCE:
pro pace , celle qui eſt intitulée dans le
Mitel Lyonnois , pro Rege & ejus Exercitu,
& dans le Miſſel Romain celle in Tempore
belli.
Nous accordons les Indulgences Epifco
pales à toutes les perſonnes qui étant bien
diſpoſées aflifteront à la Bénédiction du S.
Sacrement l'un des jours déſignés pour les
Prieres de quarante-heures .
Et fera notre préſent Mandement lû , publié
aux Prônes des Meſſes Paroiſſiales &
affiché par-tout où beſoin ſera.
DONNE à Verſailles le vingt - quatre
Avril mil ſept cent quarante fix.
LETTRE de M. de Voltaire Historiogra
phedu Roi, un des Quarante de l'Académis
Françoise à M. de la Bruere.
MOnfieur ,yil a long-temps que vous
m'honorez de votre amitié, & je dois
cet avantage à mon goût pour les Belles
Lettre ; vous ſcavez qu'elle eſt ma pallion
pour la Langue Italienne.Je la ſçais impar
faitement , mais je voudrois qu'elle fut con
nue dans Paris autant quelle merite de l'être
MAI 1746.
163
permettez moi de m'adreſſer à vouspourvous
ſupplier d'informer le public qu'il y a un
exceilent Maître de cette Langue auquel les
amateurs de l'Italien pourront avoir recours
avec beaucoup defruit , il eſt né Romain , il
étoit ſecretaire de M. le Nonce Crefcenci ;
perſonne ne parle & n'enſeigne mieux , n'a
plusde connoiffance des livres,& ne peut rendre
plus de ſervice à ceux qui voudront
s'inſtruire : il demeure rue de Bourbon près
des Théatins chés le ſieur la Grave Chirurgien;
il ſe nomme Fortunatisje crois que ceux
qui s'adreſſferont à lui me ſçauront gré de
leur avoir indiqué un homme de ſon mérite.
J'ai l'honneur d'être Monfieur , avec les
ſentiments d'eſtime & d'amitié que je vous
dois , &c.
P
64 MERCURE DE FRANCE.
CONCERTS DE LA REINE.
Le Lundi 25 du mois dernier on exécuta
en Concert chés la Reine le Prologus
&le ſecond acte de Callhiroé.
Le Mercredi 27 & le Samedi 30 on exé
cuta les autres Actes. Le ſieur Jeliotte y
chanta le rôle d'Agenor & le ſieur Benoit celui
de Corefus.
Le Mercredi quatre de ce mois on exécuta
le Prologue & le premier Acte de la
Paſtorale Héroique d'Iffe. Les rôles du Pro
logue furent chantés par Madame Canavas ,
les ſieurs Jeliotte , Benoit & Dangerville
Ceux de la Piéce par les Demoiſelles Chevalier
& Deſchamp, les ſieurs Jeliotte , Benoit
&Godonneſche,
Le Samedi 7 & le Lundi y on exécuta
les autres Actes de cette Paſtorale.
ΜΑΙ 1746. 165
OPERATIONS DE L'ARME'E
DU ROI,
L
A Gand le trois Mai 1746.
E Roi eſt parti ce matin d'Arras à ſeptheures
pour ſe rendre ici , où Sa Majesté eſt arrivée
à cinq heures & demie ; elle eſt deſcendue à
l'Evêché où elle occupe le même logement que
l'année derniere. Sa Majesté a donné en arrivant
ſes ordres pour partir demain matin pour ſe ren,
dre à Bruxelles .
A Bruxelles le quatre,
Le Roi étant parti ce matin de Gand ſur les
huit heures , eſt arrivé ici à trois heures & demie ;
Sa Majeſté a reçu à l'entrée de la Ville où elle a
montéà cheval les complimens du Corps de Ville ;
elle a été defcendre à la Collégiale où elle a aſſiſté
au Te Deum qui y a été chanté . Sa Majesté à été
enfuite prendre ſon logement à l'Hôtel d'Egmont
ou elle a été haranguée par les Etats de Brabant
&par le Conſeil Superieur.
A Bruxelles le cing.
Le Roi eſt monté ce matin à cheval ſur les
Onze heures pour faire le tour des fortifications
166 MERCURE DE FRANCE.
de la Vilie. Sa Majesté s'eſt arrêtée pour examiner
le côté par lequel la Place a été attaquée; elle
eſt allée enft ice faire la viſite de fon armée;laquelle
eftcampéeſurdeux lignes appuyée ſur Harem derriere
le ruiſſeaude Wolure , la droite au moulin
de Terwurem , le centre traverſant le ruiffeau de
Wolure prèsde la Chauſſée à Louvain.
Les ennemis n'ont point abandonné Malines
comme le bruit en avoit couru On les a envoyé
reconnpître par des détachemens des Régimens
de Graffin & de la Morliere qui ont rafy
porté qu'ils occupoient toujours cette Ville &
qui ont eſcarmouché avec quelques uns de leurs
partis.
A Bruxelles le fix.
Le Roi après avoir fait hier la viſite de
la gauche de ſon armée juſqu'à la hauffée de
Louvain s'eſt avancé ſur une hauteur vis-à-vis le
Camp de l'Artillerie d'où Sa Majesté a reconnu
la plus grande partie des environs de Bruxelles &
particulierement du côté de Malines où la vuë
s'étend; il eſt forti le matin un détachement qui
s'eſt porté du côté de Louvain , composé de 24
Compagnies de grenadiers , de 24 piquets d'Infan
terie& 1500 hommes,tant en cavalerie qu'en troupes
légeres & dragons. Ce détachementest commandé
par M. le Comte de Lowendal Lieutenant
Général ayant fous ſes ordres Mrs de Souvré &
d'Armentieres Maréchaux de Camp.
A Bruxelles le 7.
Le Roiſortit hier à trois heures après midi pour
aller voir l'allée verte qui eſt la plus belle pre
MAI.
1746. 167
menade de la Ville , & ouSa Majesté s'eſt arrêtée
pendant une heure,
Les ennemis à l'approche du détachement de
M. le Comte de Lowendal abandonnerent hier
Louvain en y laiſſant ſeulement deux ou 300Huffards
qni en furent bien-tột chaffés par nos troupes
legeres qui en tuerent quelquesuns & en prirent
d'autres priſonniers .
Ce détachement après avoir reconnu les camps
à prendre de ce côté là a paſſe la nuit à Louvain,
& eſt venu aujourd'hui rejoindre l'armée ; les ennemis
font campés en des corps differens derriere
la Dyle & le Demer qu'ils occupent depuis
Malines juſqu à Arſchot.
Sa Majesté eſt fortie aujourd'hui ſur les quatre
heures pou: ſe rendre à la droite de ſon armée ;
elle eft montée à cheval pour en faire la vifite
depuis la Chauffée de Louvain juſqu'au moulin de
Terwurem , où elle eſt appuyée .
A Bruxelles le 8 .
Le Roi eſt revenu hier de la promenade qu'il
a faite pour viſiter la droite de fon armée à près
He huit heures du foir,
Sa Majesté a tenu Conſeil d'Etat aujourd'hui &
continue à jouir d'une parfaite ſanté.
L'armée doit ſe porter demain dans un nouveau
camp qui a été reconnu par le détachement
Le Mr le Comte de Lowendal; les campemens
bartiront à deux heures & demie du matin , &
armee marchera ſur ſept colonnes pour s'y renre;
la droite ſera appuyée à la Chauffée de
ruxelles à Louvain près de Velthem ; & la gauhe
vers Perck , les ennemis ont faitun mouveent
derriere la Dyle en ſe reiferrant für leur
oite,
1
168 MERCURE DE FRANCE.
Du Camp de Perck le 9.
L'armée est partie de ſon camp de Bruxelle
aujourd'hui marchant ſur ſept colonnes ſous le
ordres de M. d'Herouville Lieutenant Général,
&de M. le Duc de Chaulnes Maréchal deCamp,
Officiers Généraux de jour.
La droite eſt placée dans la plaine de Weltheim
laiſſant la Chauffée de Bruxelles à Louvain
derriere elle : la gauche est appuyée à Perck où
le Roi a établi ſon Quartier. Le centre de l'armée
occupe les plaines entre Veltheim & Perck paffant
par Querps & Erps ; le Roi eſt arrivé à miề
au Château de Perck.
Du Camp de Perck le 10.
L'armée du Roi a marché hier dans le plu
grand ordre , & fans aucun obstacle de la part de
ennemis ; il n'y a eu qu'une legere eſcarmouch
contre un parti de Huffards qui étoit poſté do
côté de Louvain , & que nos campements OD
diflipé.
L'armée ennemie s'est encore reſſerrée du côt
de Malines , & celle du Roi doit marcher de
nmain pour prendre un camp fur la Dyle vis-à-v
l'armée des ennemis.
Du Camp de Perckle même jour.
L'armée fait demain un mouvement en avant
le Roi aura, fon quartier au Château d'Eppegher
entre la Sene&le Canal de Vilvorden,
M.
MAI 1746. 169
M. le Maréchal aura ſon quartier à Semps & la
gauche appuyée au Pont de Rolſtard.
M. le Comte d'Eftrées est en marche ſur D'ert
& M. du Chaila ſur le grand Wibrock audeſſus
Vilvorden .
Du Camp du Stein le 11.
L'armée conduite par Mrs. de Clermont
Gallerande Lieutenant General , & de Calvieres
Maréchal de Camp, Officiers généraux de jour. a
quitté cematin le Camp de Perck pour ſe porter
en avant vers la Dyle , appuyant ſa droite à la
cenſe du Saint Eſprit vis-à-vis Rotſelaer entre
Louvain , & l'embouchure du Demmer , la gauche
au raiſſeau qui tombe dans la Dyle à Nuyſen ,
&qui a ſa ſource aux environs du Château de
Stein où le Roi a établi ſon quartier ; Sa Majeſté
y est arrivée à dix heures.
M. de Berchiny ayant avec lui M. le Duc
d'Aumont , & M le Marquis de Beaufremont à la
ète d'un détachement conſidérable a paffé la
Dyle à Louvain ; & s'eſt avancé juſqu'à Rotſelaer
en chaſſant devant lui pluſieurs partis ennemis.
Le corps affemblé ſous Dendermonde , & commandé
par M. Duchaila s'eſt approché du Canal
He Bruxelles à Boon , ſa droite eſt établie à
Villebroeck.
Les ennemis occupent encore Malines.
Il n'y apoint eû de Bulletin le 12 &le 13 .
Au Camp de Steen le 14.
;
Le Cardinal de Boſſu Archevêque de Malines
H
170 MERCURE DE FRANCE.
a prêté ce matin ferment de fidelité au Roi per
dant la Meffe : Sa Majesté a tenu aujourd'h
Conſeil d'Etat. Les ennemis ont abandonné Ard
brot , où un détachement des Graſſins s'eſt établi
on affûre qu'ils ont placé un corps d'environ
6000 hommes dans Lierre , il n'y a d'ailleurs au
cun changement dans leur poſition derriere k
Nethe
L'armée du Roi doit paffer demain la Dyla
pour camper entre cette Riviere & la Nethe
lagauche couvrira Malines , οὐ le Roi ſe rend
demain de très-bonne heure.
A Malines le quinze May,
L'armée du Roi a paffé la Dyle aujourd'h
marchant fur 7 colonnes;le camp qu'elle occupect
appuyé par ſa droite àSchrick & paffant à Puka
couvre Malines par fa gauche
Lamarche de l'armée a été precedée par quatr
détachemens repandus au front de fon camp ,
tout aux ordres de M. le Duc de Richelieu qui
conduitleplus fort de ces détachemens au-de-là d
lapartiedu camp que devoit occuper la droite.
Le Roi eft parti de Stein à huit heures du ma
rin& Sa Majesté eſt arrivée ici à 10 heures ; ell
s'eft rendue à la Cathédrale où le Cardinal de
Boffu la reçû à la tête de ſon Clergé. Sa Majef
a affifté au Te Deum qui a été chanté & elle e
alléedeſcendreà la Commanderie del'Ordre Te
conique où elle a pris fon logement.
AMalines le 16,
Le Roia monté hier ſur la tour de la Cathédr
MAI 1746. 171
d'où Sa Majesté a obſervé la poſition du Camp
des ennemis , qui ont leur gauche à Duffel , leur
droite au deſſous de la Chauffée de Malines à
Anvers & la Nethe devant eux .
Mr. le Comte d'Eſtrées est arrivé hier avec
le corps qu'il commande à Arfchot ; il a ordre
depouffer tout de ſuite juſques à Herenſtals , où
ſuivant les aparences il ne pourra arriver que le 18.
AMalines le dix -sept.
Ona appris cematin que les ennemis ont levé leur
camp pendant la nuit&qu'ils ſe ſont mis en marche
pour ſe retirer du côté d'Anvers. Le Regiment
de la Morliere eſt entré dans Liere où il étoit reſté
quelques troupes ; fur les deux heures après midi
on afait marcher les Dragons les Huſſards & deux
Brigades d Infanterie de ladroite de l'armée pour
s'établir à Liere & pour prendre differents poſtes
au-de-làde la grande Nielhe. L'armée entiere marcherademain
matinpour camper au-de-là de cette
riviere.
M. le Comte d'Eſtrées eſt arrivé hier à Vefterloo
; il doit s'être rendu à Herrenſtals aujourd'hui
de bonne heure.
Le Roi a monté à cheval à huit heures. Sa м .
a parcouru tout le Camp , juſqu'à l'extremité de
la droite où elle s'eſt arrêtée ſurun plateau duquel
ondécouvre tout le Pays depuis Malires juſqu'à
Anvers &depuis Anvers juſqu'à Herrenſtals,
:
Sa Majesté eſt rentrée à Malines fur les 5 heures
Iln'y a point eû deBulletin le 18 .
Au Château de Bouchout le dix-neuf.
Le Roi eſt parti après midi de Liere pour fo
1
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
rendre au Château de Bouchout fur la gauche de
ſon armée. Sa Majeſtéy a établi ſon quartier. M.
le Comte de Berchiny qui a été detaché avec un
corps de Dragons& de Huffards pour couvrir l'armée
s'eſt poſté entre Emmelum ſur la petite Nethe
& Rauft. Il n'a rencontré que quelques partis
de troupes legeres qui ſe ſont retirés à fon apaproche.
Les ennemis ayant evacué la Ville d'Anvers dont
la garniſon s'eſt retirée dans la Citadelle , leMagiſtrat
a envoyé des Députés pour faire ſes foumiffions
au Roi. M. le Marquis de Brezé a eû ørdre
de partir demain avec un détachement de 20
compagnies deGrenadiers , 12 piquets , 1200Chevauxpour
en prendre poffeſſion. Les Ennemis ayant
abandonné la Nethe le Fort de Ste Marguerite
qui ſe trouvoit ſans protection s'est rendu à la
ſommation que M. le Marquis du Chayla a fait
faire. Lagarniſon étoit compoſée de 200 hom
mes ; on lui a accordé les honneurs de la guerre,
Du quartier du Roi au Château de
Mouchou le 20.
Le détachement que M. le Marquis de Brezé
a conduit à Anvers pour en prendre poffeffion
a été ſuivi par la Brigade d'Auvergne qui doit y
refter : M. le Comte de Clermont eſt chargé de
faire le ſiége de la Citadelle ; lesOfficiersGéné
raux deſtinés à cette expedition ſont M deBrezé
Lieutenant Général ,& Mrs. Thomé , Seedorff ,!
Davarey , Choiſeuil , la Perrouffe, Froulay , la
Marche , la Vauguyon , le Duc d'Avrey , & Daul
tanne Marêchaux de camp.
Les troupes de ce ſiége feront compoſées de
MAI 1746,173
Brigade d'Auvergne, Beauvoiſis,Bettens & Seedorff
auxquels on a joint huit Bataillons de Grenadiers
Royaux , & deux Brigades du Roi & Orleans
Cavalerie, ce qui fait en tout 28 Bataillons &
16 Eſcadrons.
M. de la Morliere que M. de Berchiny avoit
placé fur la gauche de ſon détachement , ayant
été informé qu'il y avoit un corps de 600 Huf
fards dans Wyengheins au-de-là de la grande
Scheque a fait ſes diſpoſitiors ; les ennemis après
avoir abandonné ce Village ſans combattre ,
s'étant mis en état de tenir ferme dans la plaine ,
la troupe deM. de la Morliere les a chargés par
pelottons , & par un mouvement concerté s'eft
replié fur Wyengheins ; les Huſſards ennemis les
y ont ſuivis ; les Grenadiers de la Morliere dans
le Village en ont tué 80. :
An Quartier du Roi le 21.
Les troupes deſtinées au ſiége de la Citadella
d'Anvers ſont parties ce matin pour en former
l'inveſtiſſement.
Les ennemis ont continué leur marche dans
les bruyeres au-de-là d'Anvers , & ils font ac
tuellement campés ſous Breda .
Hij
174 MERCURE DE FRANCE.
PLACET A. MADAME
Pour faire recevoir à S. Cyr une Demoiselle,
DIgne fille d'un Roi , des mortels adoré,
Vous , dont la Piété fert d'exemple à la notre ,
Vous qui ſçavez à quel dégré
Le coeur porte les ſoins d'une foeur pour une au"
tre ;
Pour la mienne aujourd'hui je tombe à vos ge
noux.
La voix du ſang, loin de ſe taire,
Eft favorable auprès de vous.
Admiſe en cet azile auguſte & falutaire
Où l'on benit d'une ardeur ſi ſincere
Le nom de Dieu , le votre ,&celuide Louis
Pour une autre moi - même agréez quejeſpere
L'avantage dont je jouis.
Mon pere dans les Camps ayant vieilli dix luftres
Les armes à la main a terminé ſon fort ;
Sept guerriers de mon nomdans des hazards ill
ftres :
Ont trouvé la gloire & la mort
ΜΑΙ. 1746.
A ces titres d'honneur je joins vos bontésmême,
Le ſouvenir des jours pour moi ſi précieux ,
Où mes foibles talens aidés d'un zéle extrême
Attirerent fur moi vos yeux.
*Quand nous avons chanté les rapides conquêtes ,
La France rénaiſſante avec fon Roi vainqueur ,
L'hymen qui de nos Lys affûre le bonheur ,
Vous étiés attendrie à nos pieuſes fêtes .
Quel préſage pour nous ! l'actrice de Saint Cyr .
Ofe, en vous implorant , compter de reuffir.
* La convalefcence du Roi, ſon départ & fon
retour , le mariage de Monfeigneur le Dau
phin. Trois Idyles dramatiques déclamées &
chantées à Saint Cyr en préſence de la Reine
dans les années 1744 & 1745 , compofées
par M. Roy Chevalier de l'Ordre de Saint
Michel
LePlacet eſt de la même main; il a été préſenté
au nom de Mlle de la Bachelere qui
a deja deux foeurs à Saint Cyr ; la reception
d'une quatriéme eſt une grace ſinguliere qui
ne demandoit pas moins que la protection
de Madame. :
Le même Auteur , auſſi devoué aux Dames
de Saint Cyr que l'étoit M. Racine , a
exprimé leurs ſentimens à M. l'Evêque de
Chartres leur Superieur à l'occafion de la
nouvelle année.
Hiiij
876 MERCURE DE FRANCE ,
........
Nous avons recouvré depuis peu une piéce
de vers de M. Roy préſentée à M. le
Cardinal de par une Dame de ſes
parentes avec l'envoi d'un vafe de Saxe ; nous
avons cru que le public verroit avec plaifir
un éloge inſpiré par le ſentiment & rendu
avec élégance.
De cette coupe fortunée.
Hebé verſoit aux Dieux le nectar enchanté;
Source de l'immortalité ;
Auſſi n'eſt - elle environnée
Que des fleurs que produit le Printems ou l'Eté,
Eh! que feroient ces Dieux d'un éternelle vie
Aux infirmités aſſervie ?
Autant vaudroit l'humanité.
Vivre , c'eſt poſſeder& jeuneſſe & ſanté,
Quels tréſors pour mon ſexe! il en feroitdependre.
Sa ſuprême felicité.
Seigneur j'oſe vous aprendre ,
Qu'il eſt un ſentiment & plus noble & plus tendre
,
Où mon coeur s'eſt arrêté.
Quand je demeurerois toujours dans le bel âge ,
Qu'importe à l'Univers ? un ſi rare avantage
MAI 1746.
177
Ne feroit que pour moi , que pour ma vanité ;
J'en dois faire : un meilleur uſage.
Que ce charme vainqueur des ans &des deftins
Paſſe en de plus utiles mains ,
Dans celles que le Ciel employe au grand ou
vrage ,
;
Du bonheur de tous les humains.
i
Le Roi ayant écrit aux Vicaires Généraux
de l'Archevêché de Paris qu'il fouhaitoit
qu'on fit des prieres publiques pour
attirer la bénédiction du Ciel ſur les armes
de Sa Majesté ils ont ordonné ces prières
&elles commencerent le 8de ce mois dans
l'Egliſe Métropolitaine de Paris par l'expofition
du Saint Sacrement.
178 MERCURE DE FRANCE.
NOUVELLES ETRANGERES
L
TURQUIE,
E Grand Seigneur a été indiſpoſé , mais fa
ſanté eſt parfaitement rétablie ; il a envoyé
ordre au Kan de Crimée de faire marcher un nouveau
corps dedouze mille hommes pour renforcer
l'armée qui eft fous les ordres du Pacha de Bagdad;
ces troupes doivent s'embarquer à Cafta pour ſe
rendre àTrebiſonde ,&l'on écrit de Constantinople
que la Porte eſt occupée à prendre diverſes
autres meſures pour ſoutenir laguerre contreThamas-
Koulikan , ſi les négociations commencées
avec ce Prince n'ont pas le ſuccès defiré. Les
deux Puiſſances n'ayant pû convenir des conditions
delafufpenfiond'armes qu'avoit propoſée Thamas-
Koulikan , ce Prince eft retourné d'Iſpahan à Tauris
pour reprendre le commandement de fon armée
, & ayant attaqué&mis en fuite deux détachemens
deTartares , il s'eff avancé juſqu'àMouffoul,&
en a ravagé les environs. Sur cette nouvelle
le Pacha de Bagdad , après avoir raſſemblé une
partiedestroupes qui ſont ſous ſes ordres , a marché
dans ledeſſeinde livrerbataille aux Perſans , mais
ceux-ci ſe ſont retirés à fon approche. Depuis ces
nouvelles on a reçu avis que l'Ambaſſadeur de
Perſe avoitde fréquentes conferences avec le Grand
Vifir , &qu'on avoit lieu d'eſperer que les négociations
commencées pourroient avoir un heureux
ſuccès,
MAI. 1746. 179
Les troubles qui avoient été excités en Egypre
font entierement appaiſes , & le Pacha du Caire a
fait punir de mort les principaux auteurs de la révolte..
RUSSIE.
APrinceſſe de Bevern , niece de lafeue Cza-
Lrine , & ci-devant Regente de Ruffie , mourut
le 18 du mois de Mars , âgée de vingt-huit ans
dans l'Iile où elle avoit été releguée près d'Archangel.
Elle ſe nommoit Anne de Mekelbourg , & elle
laiſſede ſonmariage avec le Prince Ulric de Be
verndeux Princes &deux Princeſſes.L'Imperatrice
deRuſſie a donné ordre que le corps de cette Princeſſe
fut tranſporté à Pétersbourg , pour être mis
dans le tombeau de la Ducheſſe de Mekelbourg ,
11 a été expoſé ſur un lit de parade'dans une faie
duConventdeSaint Alexandre Newsky , & le z
dumois paffé après avoir été enfermé dans une cercueil
, il a été déposé dans une Chapelle de l'Egliſe
pour y demeurer juſqu'à ce qu'on ait achevé
les préparatifs de la pompe funébre ordonnée
par l'Impératrice. Tous les Senateurs en longs
manteaux dedeuil ont aſſiſté à cette céremonie,
ainſi que les Ambaſſadeurs& les Miniſtres Etrangers
qui y avoient été invités de la part de S. Μ.
Imperialepar le Comte de Zanti. M. de Hoften
Ambaſſadeur du Roi de Dannemarck a remis un
Mémoire aux Miniftres de l'lmpératrice pour de- .
mander une réponſe définitive fur la propoſition
faite par S. M. Danoiſe de ceder au GrandDuc de
Ruſſie les Comtés d'Oldenbourg & de Delmenhorſt
, ſi ce Prince vouloit renoncer à toutes ſes
prétentions fur la partie du Duché de Holſtein
poſſedée par le Dannemarck. Ce Mémoire a donné
occcafionàpluſieurs conferences , & S. M. Impé
Hvj
180 MERCURE DE FRANCE.
riale s'en étant fait rendre compte , elle a jugé que
les offresdu Roi de Dannemarck n'étoient point
ſuffifantes pour dédommager le GrandDuc. Elle a
cependant fait ſçavoir à M. de Hoften que ce Princeétoit
très-diſpoſé à ſe prêter à toutes les voies de
conciliation , & qu'il ne s'éloigneroit point de
conclure un accommodement , pourvû que S. M.
Danoiſe ajoutât quelques autres territoires à ceux
qu'elle conſentoit de ceder,&pourvû qu'elle ſe
déterminât à acquitter les ſommes qu'elle avoit
promis en 1737 de payer au feu Duc deHolſtein.
Sur cette déclaration M. de Hoſten a laiſſé entrevoir
aux Ministres de l'Imperatrice & à ceux du
Grand Duc que le Roi de Dannemarck , pour apporter
des facilités au fuccês de la négociation ,
pourroit accorder au Grand Duc , non seulement
lesComtésd'Oldenbourg& de Delmenhorst , mais
encore les Bailliages de Gottorp & de Sleſvvick ,
&que felon les apparences il exigeroit que la
renonciation du GrandDuc àſes autres préten
tions fût garantie de la maniere la plus authentiquuee
par la Ruffie.Ainfi il ne parôit preſque
pas douteux que les differends entre ſa Majeſté
Danoiſe & ce Prince ne ſoient entierement terminés
peu après l'arrivée du Comte de Puskin à
Copenhague.
د
L'Imperatrice a réſolu de ne partir pour Riga
que dans lemois de Juin. Le General Stoffeles.t
mort depuis peu en Ukraine.
ALLEMAGNE .
La Reine de Hongrie fut relevée de ſes couches
le 30 Mars.
LeGrand Duc de Toſcane ayant fait ſçavoir aux
ΜΑΙ 1746. 181
Cercles Anterieurs que pour couvrir les Etats d'AIlemagne
ſitués ſur le Rhin , & pour veiller à la fû
reté du Briſgau & des Villes foreſtieres , laReine
deHongrie fe propoſoit de faire avancer des troupes
de ce côté , le Cercle de Suabe a prié ce
Prince de le diſpenſer de recevoir ces troupes ſur
fon territoire , & lui a donné part de la réſolution
qu'il a priſe de ſaivre les loix d'une exacte
neutralité. Les Cercles du Haut & Bas Rhin & celui
de Franconie on fait la même réponſe que celui
de Suabe , & l'on a appris qu'ils font déterminés
à demeurer neutres , ainſi que ce Cercle
& que celui du Haut Rhin a demandé que la Reine
de Hongrie retirât les Régimens de Bernes &de
Kalnocky , auſquels il avoit accordé des quartiers .
Les nouvelles de Munich portent que les Etats
du Cercle de Baviere affemblés à Wafferbourg ,
ſe ſont ſéparés les du mois dernier , après avoir
pris la réſolution d'obſerver une parfaite neutralité
en concourant cependant avec les autres Cercles
à la fûreté de IE'mpire.
Les troupes que les Cercles Anterieurs ont levées
pour affûrer la tranquillité des frontieres de
l'Allemagne , & pour ſe mettre en état de n'être
point contraints de violer la neutralité qu'ils
veulent obſerver , doivent former un camp ſur
le bord du Rhin. Quinze mille hommes des troupes
de la Reine de Hongrie leſquels viennent de
Bohëme , marchent vers la Suabe , & la nouvelle
qu'on a reçûe de la réſolution priſe par la Reine
de Hongrie de lesy faire ſéjourner pendant quelque
tems , donne beaucoup d'inquiétude au Cercle
de cette Province. On ignore juſqu'à préſent
la veritable deſtination de ces troupes ,
qui d'abord avoient eû ordre d'aller joindre l'av
mée des Alliés dans les Païs Bas,
181 MERCURE DE FRANCE
On apprend d'Uime que la Reine de Hongriet
fait porter des plaintes très - vives au Cercle de
Suabe touchant la réſolution priſe par ce Cercle
d'obſerver une parfaite neutralité .
M. Hulft Miniſtre de l'Evêque Prince de Liége
auprès de la République de Hollande a préſentéaux
EtatsGénéraux un Mémoire que ce Prince a envoyé
àpluſieurs Puiſſances,&qui porte que le corps de
troupes de la Reine de Hongrie commandé parle
Général Grune eſt entré dans l'Evêché de Liège,
fans que cette Princeſſe eût fait aucune requifi
tion pour lepaſſage de ces troupes ; qu'elles ont
traverſé le païs fans obſerver aucune diſcipline;
qu'elles ſe ſont fait donner par force des loge
ments , des vivres & des fourages ; qu'elles n'ont
rien payé de ce qui leur a été fourni ; qu'elles ont
commis divers excès dans les Villages de Bouchevines
, de Hougarde &de Thourine , & que pour
faire plus de tort à ce Païs elles y ont fait un fort
long détour ; que de pareilles violences donnent
atteinte , non ſeulement à la neutralité dont l'E
vêché de Liege doit jouir , mais encore aux Conſtitutions
de l'Empire & au Droit desGens, & que
l'Evêque de Liege eſpere que les Puiſſances aufquelles
il en porte ſes plaintes , employeront
leurs bons offices pour leur faire rendre jufticepar
la Reine de Hongrie.
Les troupes qui ſeront ſous les ordres du Prince
Charles de Lorraine ont dû être raſſemblées le 15
du mois dernier ; elles feront commandées par le
Comte Leopold de Daun en attendant que ce
Prince-foit arrivé à l'armée. Elles doivent ſe por
terſur la Moſelle en cas qu'on ait lieu de crain
dre quelque entrepriſe contre Luxembourg , &el
les feront jointes par cinq des Régimens qui ex
reſtés en Bohëme,&par un corps de troupes qu'es
Μ.Α.Ι. 1746. 183
Te propoſe de tirer de la Hongrie , de laTranfyl
vanie , de l'Illyrie & de la Croatie ; il a été réſolud'exécuter
le projet propoſé par le feu Comte
de Kevenhuller pour augmenter les fortifications
de Vienne , & l'on travaille actuellement à la
conftruction d'un ouvrage à corne entre la porte
rouge & celle de Stuthor.:
GRANDE BRETAGNE .
IAuguste apricomparated for
E Prince Edouard , en s'emparant du Fort
,
Compagnies du Régiment de Guiſe qui en com .
poſoient lagarniſon. Il a ordonné d'y tranſporter
fes principaux magaſins , &de demolir les fortifications
du Château d'Inverneff. On a reçû avis
que le corps de ſes troupes , qui a inveſti le Fort
Guillaume , en preſſoit le ſiége avec beaucoup de
vivacité. Le Capitaine Scott , que le Comte de
Loundon avoit detaché pour ſecourir la premiére
de ces Fortereſſes , n'a pû s'avancer au-delà du
Château d'Ellanstalker , parce qu'une partie de l'armée
du Prince Edouard garde les bords du Car
ron. Deux cens hommes de cette armée ſont campés
àdeux milles de Glenavis , & ils exigent de
fortes contributions de tout le Pays voiſin . Ils ont
furpris dans les environs d'Athol pluſieurs partis
qu ilsont taillés en piéces ; ils ont emporté d'aſſaut
les poftes de Kennochan & de Blairfittie , & obligé
les troupes qui étoient à Cushiville , de ſe retireravecprecipitation
,& ils ont enlevé untiers
de l'equipage du Brigantin le Baltimore. Un détachement
desMilices d'Argyle', commandé parM.
Glenure,fut attaqué le 18 & preſque entierement
defait par un autre corps de l'armée du Prince
Edouard
384 MERCURE DE FRANCE.
Mylady Seaforth& la Dame de Mackintosh,
dont les epoux ſervent contre ce Prince , font
allées le joindre avec quelques Tributs de Mackennies.
On aappris par des leteres d'Ecoſſe que le Duc
deCumberland avant envoyéordre à quelques unes
desTribus voiſines du Lac d'Inverneff , de venir
joindre l'armée , elles avoient répondu qu'elles
étoientdans la réſolution de demeurer neutres .
L'armée que commande le Duc de Cumberland
aété partagée en trois corps , & ce Prince eſt à
Aberdeen avec le premier qui confifte en fept
Bataillons & un Régiment de Dragons. Le ſecond
& le treifiéme compoſés , l'un de fix Bataillons
du Régiment de Cavalerie de Kingſton&du Regiment
de Dragons de Cobham ſous les ordres du
Major Général Bland ; l'autre de 3 Batailions aux
ordres du BrigadierGénéralMordaunt, ſont campés
àStrathbagie &à Old Melbrun. Sur la nouvelle
qu'un grand nombre d'Officiers Suédois étoient
debarqués à Peterhead dans lintention d'aller
joindre le Prince Edouard , le Duc de Cumber
landa fait marcher un détachement pour les empêcher
d'exécuter leur deſſein. Le Prince Edouard
gardant toûjours ſamêmepoſitionfurle borddela
Spey dans les environs d'Elgin , s'eſt emparé
Château de Keith.
du
Le Comte de Lowdonà l'approche du Prince
Edouard s'étant retiré d'Inverneff , après avoir
mis une garniſon de trois cent hommes dans le
Château , il paſſa la riviere de Neiff , & le bras!
demer deMurray , de Cromarty & de Dornock.
Comme il s'étoit emparé de tous les bâteaux,
on ne pouvoit le joindre qu'en faiſant le tour de
ce dernier bras de mer , ce qui exigeoit quatre
cu cinq jours de marche. Dans ces circonstancer,
ΜΑΙ 1746. 185
le Colonel Warren , un des Aydes de Camp du
Prince Edouard , propoſa de faire tranſporter à
Findorme par terre toutes les Barques qu'on pour
roit rencontrer en divers endroits de la coſtede
Murray , Avec quelque ſecret que cette entrepriſe
fut exécutée , pluſieurs Vaiſſeaux de guerre Anglois
, qui croiſent dans ces parages , vinrent , fur
l'avis de ce qui ſe paſſoit , bloquer le Port de
Findorne. Malgré ce contre-tems , les Barques ,
qu'on yavoit raſſemblées , en partirent pendant
la nuit au riſque d'être coulées à fond ,&uncalme
qui ſurvint , les favoriſa tellement qu'à la
vuë même des Vaiſſeaux de guerre Anglois elles
arriverent à force de rames en quatre heures de
tems vis-àvis de Dornoch , où étoit le quartier
général du Comte de Lowdon. Le Duc de Perth
ayant auſſi- tôt , à la faveur d'un brouillard épais
qui cacha ſon paſſage , traverſé le bras de mer fur
ces Barques avec les dix-huit cent hommes qui
étoient ſous ſes ordres , le Comte de Lowdonne
decouvrit les troupes de ce Général , que lorf
qu'elles furent proche de la terre, Pendant que
le Comte de Lowdon , pour s'oppoſer au débarquement
, raffembloit les trois mille cinq censhome
mes qu'il commandoit , le Duc de Perth rangea
fes Barques en ligne : il ſe jetta enſuite le premier
à la mer , quoiqu'il y eut quatre pieds d'eau dans
l'endroit où il s'étoit arrêté , &toutes les troupes
fuivirent ſon exemple. Elles marcherent en bon
ordre , & n'ayant plus de l'eau qu'à my jambe ,
elles ſe preparoient à faire leur premiere decharge
; lorſque celles du Comte de Lowdon , éton
nées de tant de fermeté , ſe débanderent de toutes
parts ſans en venir aux mains. Le Comte de Low-
Hon , ſe voyant ainſi abandonné , ſe ſauva lui
même vers la montagne, ainſi que le Lord Forbes
186 MERCURE DE FRANCE.
&M. Maclaod , & ne s'y trouvant pas encore
enſureté, il seſt refugié dans l'iſle de Skye , of
il n'a été joint que par quelques-uns de ſes do
meſtiques. Trois cent hommes , quiétoient en gar
niſon à Dornoch , ont été faits prifonniers de
guerre , & le Duc de Perth a enlevé tous les
autres quartiers du Comte de Lowdon. Quelques
jours après cet avantage , deux mille hommes de
Orcades & du Comté de Cathnell ſe ſont tendus
au camp du Prince Edouard. Le Duc de Perth
a enlevé quatre bâtimens de tranſport ſur lesquels
il y avoit quatorze cens cinquante fufils , dix huit
cent fabres , une grande quantité de munitions
de guerre& de bouche , & une fomme confiderable.
250 hommes qui défendoient le
poſte le plus avancé du camp du Duc de Cumberland
, ont été taillés en piéces par un détachement
du Régiment Royal Ecoffois des troupes
du Roi de France.
Le Duc de Cumberland a depêché un courier
àſa Majesté Britanique , pour l'informer que s'étant
mis en marche d'Aberdeen le 19 , il étoit arrive
le23 ſur lebord de la Spey ; qu'auffitôt il avoit
ordonné auxGrenadiers , au Régiment de Camp-
*bell&à la Cavalerie legere , de paffer la riviere
à gué ; que le Régiment de Cavalerie du Duc
de Kingſton y étoit entré le premier ,&quedes
qu'il avoit été de l'autre côté , il s'étoit avance
au grand galop le ſabre à la main vers un corp
de trois mille Montagnards du parti du Princi
Edouard , qui s'étoient d'abord retirés ; que let
fuite pouvant n'être que ſimulée , &cacher quei
que deffein , & d'ailleurs l'Infanterie de l'arme
duRoi ne pouvanttraverſer promptement la Sper
on n'avoit pas jugé à propos de pourſuivre lese
nemis. On a reçû avis par le même courier
A
ДРИЛМА1 19460187
le Prince Edouard avoit levé le fiége du Château
de Blair , & que le 18 le Prince de Heſſe s'étoit
rendu à Perth avec les fix Bataillons des troupes
Heſſoiſes ; que deux Régiments de Dragons des
mêmes troupes avoient marché à Crief , & quan
autre avoit pris poſte à Huntington. Le Duc de
Cumberland a fait conftruire à Aberdeen un Fort
dans lequel il a mis quelques troupes en garniſon.
Il a ordonné de détruire toutes les habitations des
habitans de la Province de Lochabir qui ont pris
les armes pour les interêts du Prince Edouard.
LeGouvernement d'Angleterre ſonge à chercher
les moyens d'empêcher la contrebande ; elle eft
devenue ſi commune que celle faite dans le ſeul
Comté de Suffolk à fait tort de près de 60000
Guinées à l'Etat ſur le produit des Douanes , &
qu'il eſt ſorti de la Grande Bretagne 4300 livres
Sterlings en eſpeces monoyées.
Le vaiſſeaude guerre la Princeſſe , de l'Eſcadre
de l'Amiral Thownshend , dont il a été ſeparé à
lahauteur des Iſles de Bahama , eſt arrivé le 4 à
Spithead ayant une ſi grande voye d'eau , que
le Capitaine a été obligé de tenir continuelle
ment pendant la route cinquante hommes à la
pompe. On a ſçû par l'equipage que le 25 du
mois de Fevrier dernier l'Amiral Thovynshend
avoit effſuyé en allant de Saint Chriſtophe à l'ifle
Royale une violente tempête qui avoit entierement
diſperſé ſon Eſcadre , & que plufieurs des
Vaifſeauxdontelle étoit compoſée avoient perdu
leurs mâts.
La propoſition ayant été faite le 22 du mois
paffé dans la Chambre des Communes d'accorder
au Roi de la Grande Bretagne trois cent mille
livres ſterlings pour l'entretien du nouveau corps
de troupes Hanoveriennes que ſa Majesté fait
89 MERCURE DE FRANCE.
pafferdans les Païs-Bas , il s'éleva à ce ſujet de
debats très long & très-vifs , mais l'affirmative
l'emporta à la pluralité de deux cent cinquantecinq
voix contre cent vingt-deux. Cette Cham
brea réſolu auſſi de donner dix mille livres ſter.
lings pourle train d'artillerie qui doit accompagner
ces troupes,&d'augmenter les ſubſides de la Reine
deHongrie&du Roi de Sardaigne, l'un de quatre
cent mille livres sterlings & l'autre de cent mille.
Le 27 la même Chambre paſſa le Bill , pour autoriſer
le Roy à faire arrèter& à retenir en prifon
toutes les perſonnes qui lui ſeront ſuſpectes. Elle
ordonna le 28 d'en porter un pour favorifer les
progrès des Manufactures de toiles à voile , &
elle a fait le 29 la premiére lecture de celui
contre les Ufuriers & les Agioteurs .
Onmandede Londres du 6 que le 4 on appris
pardes lettres d'Edimbourg , que l'armée commandéepar
leDuc de Cumberland ayant achevé le24du
mois dernier de paſſer la Spey , ce Prince avoitmarché
le 25à Elgin Capitale du Comté de Murray,&
le 26à Farres , & que le 27 il avoit mis en fuite
à Culloden près d'Inverneff un corps de troupes
du Prince Edouard. Cette nouvelle fut confirmée
le lendemain par le Lord Bury , que le Duc de
Cumberland a depêché au Roi ſon pere , pour l'informer
des particuliarités de l'action ,& qui n'a
pû ſe rendre à Londres plûtôt , parce qu'afin de
ne pas tomber entre les mains des partis ennemis ,
il a fait par mer le trajet d'Inverneffà Bervick.
Par une Rélation qu'on a publiée de ce combat,
paroît qu'on s'eſt d'abord canonné très-vivement
depart&d'autre,mais que le feu d'artillerie n'a pas
duré long-tems ; que l'aile droite des ennemis a
attaqué In gauche du Duc de Cumberland , & 1
été repouffée ; que quelques-unes des Tribus de
MAY 1746
L
Macdonalls & des Frafers ayant été enſuite enfoncées
par l'armée Angloiſe , elles n'ont pû ſe
rallier , & ont jetté la confuſion dans l'aile dont
elles faifoient partie ; que cette aile ainſi en defordre
n'a pû reſiſter à l'impetuoſité des troupes
Angloiſes ; qu'elle s'eſt retirée dans un bois voi
fin, & que le reſte du corps des troupes du
Prince Edouard , obligéde céder à la grande ſuperiorité
du nombre , a abandonné le champ de
bataille , avec perte d'environ quatorze cent hom
mes, eny comprenant les priſonniers , du nom
bredeſquels font le Comte de Kilmarnock , Μ.
Murray de Broughton , & le Chevalier de Wred
derburn , ainſi que M. Boyer d'Aiguille , chargé
d'une commiffion du Roi auprès du Prince
Edouard.
La précaution que le Lord Bury a priſe de s'em.
parquer à Inverneſſ étant une preuve que les
partis de l'armée Ecoſſoiſe tiennent encore la
campagne , on doute que l'avantage remporté
par le Duc de Cumberland ſoit auſſi confiderable
que le Gouvernement Anglois veut le perfuader.
Les Actions de la Compagnie de la mer du
Sudfont à quatre vingt-quinze ; celles de laBanque
à cent vingt-deux ; celles de la Compagnie
des Indes Orientales à cent foixante & trois ,
trois quarts , &les Annuités à quatre-vingt quinze
&demi,
1
ITALIE.
Suivant les avis reçus de Corſe tous les fecours
que la République a envoyés à la Baſtie,y étant
arrivés,on fit le ro du mois dernier une fortie avec
tant de ſuccès , que les Rebelles , qui faisoient
د
190 MERCURE DEFRANCE,
Jeblocusde la Place ſous les ordres du ColonelRi
varola , furent chaffés de tous leurs poſtes , à l'ex
ceptionde celui des Capucins où ils ſe retirerent
On ſe diſpoſoit à les y attaquer lorſqu'on appit
qu'ils s'étoient enfuis pendant la nuit dans les mon
tagnes. Par leur retraite la Villede la Baſtie eft en
tierement délivrée & au pouvoir de la République
à laquelle les habitans ont renouvellé les affürance
de leur foumiſſion, Quelques-uns des Rebelle
qui ont été amenés à Genes de Capraria , ont été
punis de mort, & le Major Gentile eſt de
nombre.
M. Guymont Envoyé Extraordinaire du Roi
auprès de cette République , arriva de Paris k
22 dumois dernier au matin .
Selon les lettres de Livourne le Conſeil de Ré
gence du grand Duché de Toscane a fait dire à
M. Auguftin Viale , Ministre de la République
de Genes à Florence de fortir de Toſcane.
Le Chevalier Alexandre Zone , ci-devant Ambaſſadeur
auprès du Roi a été élu Procurateur de
SaintMarc à la place du feu Chevalier Canale.
Les circonstances ayant obligé l'Infant Don
Philippe de ſe rapprocher des troupes Françoiſes ,
cePrince a fait tranſporter à Pavie l'artillerie ,
lesmagaſins& les Hopitaux qui étoient à Milan ,
&il s'y eft rendu le 20 Mars dernier. Après avoit
raffemblé dans le Paveſan la plus grande partie
des troupes qu'il commande , il a établi ſon
quartier général à la Chartreuſe près de Pavie ,
& il adiſpoſé tellement ſon armée qu'elle étoi:
appuyée par ſa gauche au Téſin , & qu'elle s'étendoit
par fa droite juſqu'à la riviere de Lambro.
Sur l'avis que les ennemis ſe portoientdu côte
de Pizzighitone , il retina les troupes qui étoient
à Lodi & à Codogno , & il les envoya à Plaifan
ΜΑΙ 1746. 194
se où elles font arrivées ſans obstacle.
Le 22 Don Pedro de Velaſco Colonel du Ré.
giment de Dragons de Sagonte attaqua à la tête
de 200 hommes de ce Régiment , un détachement
de Huffards de l'armée de la Reine de Hongrie
, le mit en déroute , & le pourſuivit juſqu'à
P'un des quartiers de cantonnement de cette armée.
1
Le Duc de la Viefville marcha le 23 par ordre
de l'Infant avec 6000 hommes d'Infanterie &
2500de Cavalerie à Rufarola , afin de s'oppofer
audeſſein que le Prince de Lichtenstein paroiſſoir
avoir de jetter des ponts ſur le Téan , & s'étant
avancé affés à tems pour bruler quelques barques
que les ennemis avoient fur cette riviere , il prit
une poſition avantageuſe dans laquelle il pouvois
les obſerver ſans avoir à craindre de leur part
aucune ſurpriſe. Six mille Eſpagnols occuperent
le poſte de Belgiojoſo ſous les ordres d'un Officier
Général. Un détachement de 400 Huffards ennemis
tenta de s'emparer du poſte de Belleguardo ,
ſitué entre Binafco & le quartier géneralde l'Infant
, dans l'eſperance de pouvoir penetrer juf
qu'à la Chartreufe , & d'enlever les équipages de
ce Prince ,mais ces Huſſards furent repouffés avec
une perte conſidérable.
Depuis que l'Infant Don Philippe a abandonné
Milan le Marquis Pallavicini a envoyé des ordres
àla Regence de cette Ville ſur les nouveaux arrangemens
qui doivent être pris par rapport à
L'adminiſtration des affaires & des finances duMilanez
. Ce Général a mandé en même tems aux
Magiſtrats que la Reine de Hongrie étoit fort irritée
des marques de joye que les habitans avoient
données à l'arrivée de l'Infant , & que la Ville
mériteroit d'être taitée avec la derniere rigueur
192 MERCUREDEFRANCE,
3
pour avoir laiſſé éclater des ſentimens ſi oppofés
àceux que ſa Majefté Hongroiſe croyoit devoit
attendrede ſes ſujets.Al'occaſion de ces plaintes
les Magiſtrats ont nommé des Députés pour aller
implorer la protection du Marquis Pallavicini ,
&pour l'engager à fléchir la Reine de Hongrie.
Le Secretaire d'Etat chargé du département
delaguerre dans cette Province par cette Princeffe
eſt à Mantoue , où il eſt occupé à régler
avec ce Général ce que la Ville de Milan ſera
obligée de fournir aux troupes qui reviennent fur
fon territoire.
On a publié un Edit par lequel il eſt enjoint à
tous les habitans du Milanez , qui ont chés eux
des effets, de quelque nature qu'ils puiſſent être ,
appartenans aux Eſpagnols , de les déclarer dans
untems preſcrit.
: Le Gouvernement a confiſqué les biens du
ComteAntoine Joſeph de la Rezovico , qui fert
dans l'armée du Roi d'Eſpagne en qualité d'Aide
deCamp du Comte de Gages .
Le 26 Mars undétachement de Huffards emporta
l'épée à la main un pofte occupé par quelques troupesNapolitaines.
Le même jour le Comte de Brovvne inveſtit
Guastalla , & la Place étant horsd'état deſedeffendre
, la garniſon compoſée detrois Bataillons
&d'un Efcadron a été faite priſonniere de guerre ,
ily aeu une action très-vive entre un détachement
commandé par le Général Nadaſti & trois mille
Eſpagnols que le Marquis de Caſtellar avoit fait
marcher au fecours de la Place ; après avoir cor -
battu avec beaucoup devaleur ils furent obligés
de ſe retirer , mais on ne pût les inquietter dans
leurmarche parce que faiſant face de tems en tems
aux troupes de laReine de Hongrie , ils mirent
pluſieurs
MAI
1746 193
pluſieurs fois les Huſſards en déſordre par la vivacitédu
feu de leur mouſqueterie.
Huit cent hommes des troupes Autrichiennes
ayant voulu enlever ſix pieces de canon que les
Eſpagnols avoient laiſſées à Benaſes furent ſurpris
par un corps de troupes de S. M. C. & à l'exception
de cent foldats tous furent tués oouu faits pri
fonniers.
Après la priſe de Guaſtalla le Comte de Brovvne
s'eſt avancé vers Parme & a formé l'inveſti
ſement de cette Place , où le Marquis de Caſtellar
étoit avec 5000 Eſpagnols . L'Infant Don Philippe
en ayant eu avis a détaché douze Régimens
pour aller au ſecours de cette Place , & leComte
deGages a marché dans le même deſſein à la tête.
d'un autre corps conſidérable.
Dans le même tems le Prince de Lichtenstein
qui étoit allé faire un voyage à Turin , étant révenu
à ſon armée , ceGénéral a fait jetter des
ponts ſur le Pô près de Monticello pour aller.
joindre leGénéral Brovvne.
Cette marche a engagé l'Infant Don Philippe
àmarcher avec toute ſon armée pour dégager
Μ. de Caftellar , & n'ayant plus que le Taro entre
lui & les ennemis , ce Prince auroit tenté le
paffagede la riviere auſſi-tôt après ſon arrivée ,
elle n'étoit débordée. On écrivoit de l'armée Efpagnole
du 14 du mois paſſé que la neige tomboit
comme au mois de Janvier ; l'armée Autri
chienne eſt de 24 à 30000 hommes.
Le Marquisde Caſtellar a attaqué deux poſtes
oùles ennemis ont fait une perte conſidérable.
Lanuit du 19 au 20 du moispaſſé le Marquisde
Caſtellar ayant laiſſé quatre cent hommes dansle
Château de Parme & ſes malades dans la Ville
Le mit en marche avec le corps de troupes qu'il
1
I
194 MERCURE DEFRANCE
commande pour venir rejoindre l'armée de l'Infant
Don Philippe. Les ennemis avertis du deffeinde
ce Lieutenant Général avoient pris diverſes
précautions pour lui couper la retraite : ils
avoient fait en pluſieurs endroits des coupures ,
des puits , des retranchemens &des abattis d'arbres
, & ils avoient garni d'Infanterie toutes les
Caffines qui ſe trouvoient ſur ſon chemin , mais
ces obstacles n'ontpû l'empêcher d'exécuter ſon
entrepriſe. Ses troupes , auxquelles il avoit défenduſous
les peines les plus rigoureuſes de faire
feu fans un ordre exprès, ſe ſont fait jour partout
labayonnette au bout du fufil , & elles n'ont
eu que trois cent hommes de tués , en paſſant au
travers du camp des ennemis , qui ont fait une
perte beaucoup plus confiderable. Le Marquis de
Caſtellar a été obligé de prendreſa routepar Pontremoli
& par Sarzanne , ce qui eft cauſe qu'il n'a
pû encore ſe rendre du côté oppoſé du Taro , &
le Comte deGages l'a remontée à la même hauteur
que ceGénéral , afin que leur jonction pût ſe
faire plus facilement. L'armée Eſpagnole s'étend
depuis Borgo-San-Donino juſqu'à Gibello , où
l'Infant a établi fon quartier.
Lesdernieres lettresde l'ifledeCorſe marquent
que les Rebelles ſe ſont retirés à San-Fiorenzo ,
ayant été chaffés de tous les poſtes qu'ils occupoient.
Le Maréchal de Maillebois n'ayant pu arriver
affés tôt pour ſecourir la Ville de Valence , la
garniſon qui défendoit cette Place a été obligée de
capituler. Ce Général a chaffé les Piedmontois
de pluſieurs poſtes qu'ils occupoient , & il s'eft
rendu maître de celui d'Acqui , où l'on affure
que deux Bataillons des ennemis ont été faits
prifonniers...יינ
1
MAI 1746. 195
Un corps conſidérable de troupes de la Reine
de Hongrie commandé par le Général Groff ,
s'étant avancé à Codogno avec de l'artillerie , le
MarquisPignatelli a été détaché par l'Infant Don
Philippe avec 8000 hommes pour obliger ce corps
d'abandonner ce poſte. Ce Lieutenant Général a
executé ſes ordres avec tant de ſuccès , qu'il y a
forcé les ennemis qui s'y ſont défendus de maiſons
en maiſons , &qu'il les a mis totalement en déroute.
Ils ont perdu en cette occafion fix cent
hommes ; on leur a fait 2400 prifonniers , du
nombre deſquels eſt le Général Groff, & on
leur a enlevé douze pieces de canon , un mortier ,
onze drapeaux , un étandart , un grand nombre
de chevaux.& tous les bagages. La nouvelle qui
s'eſt répandue que les troupes avec leſquelles le
Marquis de Caſtellar s'eſt retiré de Parme avoient
été défaites par le Général Nadaſti , n'a aucun
fondement. Ces troupes n'ont pû être entamées
par les ennemis , & ayant gagné ſur eux une
marche , elles arriverent le 28 du mois dernier à
Sarzanne où elle pafferent le Magra fans aucun
obſtacle.
Le Comte deGages , depuis qu'elles l'ont rejoint
, a quitté les bordsdu Taro , & s'eſt rappro
ché du camp de l'Infant Don Philippe.
On a appris "que le 22 du mois dernier les
400 hommes qui avoient été laiffés par le Marquis
de Caftellar dans le Château de Parme , avoient
arboré le Drapeau blanc , & que le Comte de
Brovvne , qui a attaqué cette Fortereffe , avoit
exigé qu'ils ſe rendiſſent priſonniers de guerre.
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
• MARIAGES ET MORTS.
L
E26Avril fut faitedans la Chapelle de l'Hôtel
de M. le Marêchal Duc de Biron la ceremonie
dumariage de M.Anne-Gabriel-Henri Bernard , Seigneur
de S. Saire, de Paffy-les-Paris , du Fiefde
5. Pol, deGrifolles &c , Préſident de la ſeconde
des Enquêtes du Parlement , Office dans lequel
il avoit été reçu la veille au lieu de feu M. le
Préſident de Rieux fon pere , avec Dlle. Marie-
Magdeleine de Beauvoir de Grimoard du Roure , fille
deLouis-Claude-Scipion de Beauvoir de Grimoard
Comte du Roure ,Marquis de Grifac , Baron des
Villes deBarjac & de Florac &des Etats de Languedoc
, Marechal des camps& armées duRoi ,
premier Sous-Lieutenantde la premiére Compagnie
des Mouſquetaires , & Gouverneurdu Fort-Louis
du Rhin , & de D. Marie-Victoire-Antoinette de
Gontaut-Biron , fille de M. le Marechal Duc de
Biron ; M. de St. Saire est né le 10 Decembre
1724 du mariage de feu M. Gabriel-Bernard de
Rieux , Préſident de la ſeconde des Enquêtesdu
Parlement , mort le 13 Decembre 1745. &de
D. Suzanne-Marie -Henriette de Boulainvillier St.
Saire , ſa deuxième femme , avec laquelle il avoitç
été marié le 29 Mai 1719 , & petit-fils de M.
Samuel-Bernard , Comte de Coubert , Chevalier
de l'Ordre du Roi , Conſeiller d'Etat, mort à Paris
dans la 88 année de fon âge le 18 Janvier 1739.
&de D. Magdeleine Clergeau ſapremiére femme ,
morte le 19 Novembre 1716, & il eſt neveude
M. Samuel-Jacques Bernard , Maître des Requêtes
ordinaire de l'Hôtel du Roi , Sur-Intendant de
1
!
MAI 1746.197
laMaiſon de la Reine , & Grand Croix , Prevôt
&Maîtredes céremonies de l'Ordre Royal & Militaire
de S. Louis : pour la maiſon de Beauvoir
de Grimoard du Roure , également illustre par
fon ancienneté , ſes alliances , ſes marques d'honneur
& ſes ſervices militaires ; on la trouvera
rapportée dans le troiſiéme volume du Dictionnaire
Hiſtorique de Morery , folio 961.
:
Le 27 a été fait le mariage de M. Antoine
d'Albert Marquisde Fios , Capitaine de Vaiſſeau du
Roy , fils de M. Antoine d'Albert , Marquis de
Fios , Préſident à Mortier au Parlement de Provence
, & de D. Marguerite Guidy ; avec Dlle.
Auguſtine Beiffet d'Arville , fillede Jerôme-Auguf
tin Boiffet , Seigneur d'Arville , Brigadier des ar
mées du Roy & Gouverneur de la Ville de Roze ,
&de D. Marie-Barbe Jeumont. Voyés pour la
Genealogie d'Albert le Nobliaire de Provence
par l'Abbé Robert , imprimé en 1693 , & celui
du Sr. Maynier imprimé en 1709.
Le29Mars M. Chriſtophe-Louis Turpin de Criſſe
de Sanſay , Evêque de Nantes , Abbé de Quimper
lay & de la Chaume mourût dans ſon Diocèſe ,
il étoit né le 19 Septembre 1670. Etant Doyen
de l'Egliſe de St. Martin de Tours , il fut nommé
à l'Evêché de Rennes le 15 Août 1717 , dou
il fût transferé à Nantes en 1723 , & nommé aux
Abbayes de Quimperlay&de la Chaume en 1717
&1725 , il avoit pour frere aîné Lancelot Tur
pin de Griffé , Comte de Sanſay Colonel d'un Ré
giment d'Infanterie & Brigadier d'armée , mort
au mois de Septembre 1720 , laiſſant entr'autres
enfans de fon mariage avec D. Claude-Genevieve
Theriere , Anne-Marie Turpin de Sanſay , femme
de M. le Marquis de Simiane., M. le Comte de
Sanfay , & feu M. l'Evêque de Nantes , avoient
liij
198 MERCURE DE FRANCE.
pourBifayeul Charles Turpin , Seigneur de Criffé,
Comte de Vihers nommé à l'Ordre du St.
Eſprit au mois de Janvier 1594 , & c'eſt de lui
que font decendus les Comtes de Vihers & les
Comtes de Sanzay , dont la nobleſſe eft marquée
par fonancienneté , par ſes alliances & par fes
ſervices militaires ; voyez la Généalogie qui en
a été dreffée ſurles titres par le Sr. le Laboureur
&qui eft conſervée dans le Cabinet de M. de
C Généalogiſte des Ordres du Roi.
Le 13 Avril D. Marie-René de Boufflers Rea!
miencourt , Abbeſſe de l'Abbaye d'Andezy près
Sezanne en Brie , Ordre de St. Benoît , Diocèſe de
Châlons depuis l'an 1 (28 , mourut dans cette Abbaye
âgée d'environ 52 ans ; elle étoit ſoeur
de feu Charles-François de Boufflers , Seigneur de
Remiencourt , dit le Marquis de Boufflers , Lieutenant
Général des armées du Roi , Commandeur
de l'Ordre militaire de St. Louis , mort le
18 Decembre 1743 laiſſant pluſieurs enfans , &
elle étoit fille de Charles de Boufflers Seigneur
de Remiencourt&deMarie du Bos de Drancourt :
voyez la Généalogie de la Maiſon de Boufflers
dans l'Histoire des Grands Officiers de la Couronne
, volume s. fol. 89.
Le 17Mre. Jacques-Auguste de Thon , Abbéde
Samer au Bois, Ordre de St. Benoît Diocèſe &près
de Boulogne , depuis l'an 1661 ,&de Souillac du
même Ordre , au Diocèse de Cahors depuis 16οι ,
mourut à Paris dans la 92 année de ſon âge ,
étant né à Paris le 4 Mars 1655 , & le dernier
de ſa famille l'une des premiéres de la Robe
pourſon ancienneté , ſon illustration & ſes alliances;
il étoit fils de Jacques-Auguste de Thou ,
Comte de Meſlay le Vidame , Préſident aux Enquêtes
du Parlement de Paris ,& Ambaſſadeur
:
pour le Roi en Hollande , mort le 26 Septembre
1677, & de D. Marie Picardet ſa premiére femme
morte le 4 Fevrier 1664 , & petit fils de Jacques
Auguſte de Thou , Préſident du Parlement de
Paris ,qui s'eſt immortaliſé par la belle &judicieuſe
Hiftoire de fon tems qu'il a compoſée en Latin ,
&dont on a donné depuis quelques années une
traduction complette ; voyez la Généalogie de
cette famille dans l'Hiſtoire in folio du Parlement
de Paris par le Sr. Blanchard , & celle rapportée
dans le Dictionnaire de Morery , vol. 6 fol. 51ο ,
en attendant celle qui ſera employée beaucoup
plus exacte & plus fidelle dans l'hiſtoire des Maîtres
des Requêtes qui nous eſt promiſe.
Le 2 Mai D. Elifabeth- Eleonore de la Tour
d'Auvergne ,Prieure de l'Abbaye de Notre-Dame
deThorigny , mourut dans l'Abbaye de Mortaing
laBlanche au Diocèſe d'Avranches , dans la 79
année de ſon âge ; elle étoit fooeur de M. le Cardinald'Auvergne,&
fille de Frederic-MauriceComte
de la Tour d'Auvergne , Lieutenant Général
des armées du Roi , Colonel Général de la Ca
valerie legere de France , Senéchal & Gouver
neurdu Haut & Bas Limousin , mort le 23 Novembre
1707 , & d'Henriette-Françoiſe de Hohen-
Zollern, Marquiſe de Bergopzoom ſa premiére
femme , morte le 17 Octobre 1698 ; voyez pour
laGénéalogie de cette grande Maiſon , l'Hiftoire
des Grands Officiers de la Couronne vol. 4 fol.
545-
Les Philippes René de l'ifle du Gal, Chevavalier
Comte dudit lieu mourut à Paris dans la
63 année de fon âge ; il étoit frere ainé de feu
Mre Benjamin de l'Iſle du Gast Evêque de Limoges
& Abbé Commandataire de l'Abbaye de St.
Martial de la même Ville , mort dans ſon Dio
Liiij
100 MERCURE DE FRANCE.
cèſe le 15 Octobre 1739, âgé de so ans , & de
Charles de l'ifle du Gait, Docteur de la Maiſon
&Societé de Sorbonne , Archidiacre &Chanoine
de Chartres , aujourd'hui vivant.
La nuit du 5 au 6 Louis de Boschet Marquis
de Sourches & du Bellay , dit le Comte de Momfo-
Tean , Lieutenant Général des armées du Roi ,
Confeillerd'Etat , Prevôt de l'Hôtel de Sa Majefté&
Grand Prevôt de France , mourut à Verſailles
dans la 80 année de ſon âge , étant né le 26 Juillet
1666 ; il étoit Lieutenant Général de la promotion
du 29 Mars 1710 , & fit ferment le 25
Août 1714 entre les mainsdu Roi pour la charge
de Prevôt de l'Hôtel du Roi & Grand Prevôt
de France, dont il avoit été pourvû fur la demiſſion
de ſon pere; il avoit été marié le is
Fevrier 1706 avec D. Jeanne-Agnés-Thereſede
PochollesduHamel , morte le 28 Decembre 1723 ,
&il en laiffe M.Louis de Boſchet, Marquis deSourches
, Comte de Montſoreau , né les Novembre
1710, pourvû fur la demiſſion de ſon perede la
charge de Prevêt de l'Hôtel du Roi & Grand
Prevêt de France le 13 Fevrier 179 , Marechal
de Camp de la promotion du 2 Mai 1744 ,
marié to, le 7 Fevrier 1730 avec Marie-Charlot.
te-Antonine de Gontaut Biron, fille de M. le
Marêchal Duc de Biron , morte le 6 Juillet 17:0
laiſſant pluſieurs enfans. 20. la nuit du 16 au
17 Août 1741 avec Marguerite Deſmarets de
Maillebois fille de M. le Marêchal de Maillebois .
Feu M. le Comte de Montſoreau , avoit pour
freres Jean-Louis-François de Boſchet de Sourches
Evêque de Dol depuis le 12 Janvier 1715 ; Louis
François de BoſchetComte de Sourches, Lieutenant
Gé éral des armées du Roi du 20 Fevrier 1734)
&Louis-Vincent de Boſcher Chevalier de Malse ,
ΜΑΙ 1746. 201
dit le Chevalier de Montſoreau, Mestre de Camp
du Régiment de Montforeas , Brigadier d'Infanterie
du 1 Fevrier 1719 vivant en 1746.
Il étoit fils de Louis-François de Boſchet , Marquis
de Sourches , Prevêt de l'Hôtel du Roi &
Grand Prevôt de France ſur la demiſſion de fon
pere par lettres du 23 Août 1664 , Gouverneur
&Lieutenant Général pour le Roi des Provinces
du Mayne , Perche & Comté de Laval , & Colonel
d'un Régiment d'Infanterie , mort le 4 Mars
1716, & de D. Marie-Genevieve de Chambes
Comteffe de Montſoreau , & petit fils de Jean
de Boſchet,Marquisde Sourches au Mayne dont il
obtint l'érection en Marquiſat par les lettres du
mois de Decembre 1652 , Conſeiller d'Etat &
Privé, Prevût de l'Hôtel du Roi&Grand Prevôt
de France , pourvû par lettres du 17 Decembre
1643 , reçû Chevalier de l'Ordre du St. Eſprit à
la promotion du 31 Decembre 1661 , mort le r
Fevrier 1677 & de D. Marie Nevelet , morte le
30 Decembre 1662 .
Le nom de Boſchet eſt marqué entre les Nobles
de la Province du Mayne , par ſon ancienneté ,
parſes alliances&par ſes ſervices militaires , &ſes
Armes font d'argentà deux faſſes de fable , voyés
l'hiſtoire des Grands Officiers de la Couronnevol.
9fol. 197.
Le 8 D. Marie-Louiſe Bigot , veuve. depuis le
27 Novembre 1727 de Carloman-Philogene Brulart,
Comtedesillery,Colonel du régiment d'Infanterie
de M. le Prince de Conty , & ſon premier
Ecuyer, & Gouverneur de la Villed'Epernay , avec
lequel elle avoit été mariée au mois d'Août 1697 ,
mouru à Paris âgée de 84 ans , laiſſant de ſon
mariage entr'autres enfans Louis-Philogene Brulart
, Marquis de Puiſieux & de Sillery , né le sa
Iv
202 MERCURE DE FRANCE.
Mai 1701 , Maréchal des camps & armées du
Roi depuis le 20 Fevrier 1743 , & ci-devant
Ambaſſadeur auprès du Roi des Deux Siciles ,
marié depuis le 19 Juillet 1722. avec Charlotte-
Felicité le Tellier , fille de Louis - Nicolas le
Tellier , Marquis de Souvré , Maître de laGarderobe
du Roi , Chevalier de ſes Ordres & Lieutenant
Général de ſa Majesté au Gouvernement
de Bearn & de Navarre , & de Catherine-Charlotte
de Pas Feuquieres Dame de Rebenac : voyez
ła Généalogie de Brulart dans le premier vol.
de l'Hiftoire des Grands Officiers de la Couronne
fol . 525.
Le 9. De. Adelaide-Jeanne-Françoife Bouterone
d'Aubigny , femme depuis le 27 Avril 1733 de
Louis de Conflans , Marquis d'Armentieres , Maréchal
des camps & armées du Roi , & ci-devant
premier Gentilhomme de la Chambre de feu M.
le Duc d'Orleans , Regent du Royaume , mourut
à Paris dans la 30 année de ſon âge , étant née
le 6Avril 1717 du mariage de Jean Bouterouë ,
Seigneur d'Aubigny , Conſeiller du Roi en fes
Conſeils , Grand Maître des Eaux & Forêts de
France au Département de Touraine , Anjou &
Mayne, Confeiller Secretaire du Roi , Maiſon ,
Couronne de France &de ſes Finances , & auffi
Secretaire du Roi & de la Reine d'Eſpagne , &
de Marie- Françoiſe le Moyne de Renemoulin :
voyés la Généalogie de la Maiſon de Conflans
dans l'Histoire des Grands Officiers dela Couronne,
vol. 6 fol. 1 :6 & 142.
J
FORMAT 18746 203
ARRESTS NOTABLES.
ARREST du Conſeil d'Etat du Roi , du 26
Janvier 1746 , portant reglement pour la fabrique
des chapeaux deſtinésà l'uſage des Troupes.
ORDONNANCE du Roi du 28 Janvier
1746 concernant les Milices
Sa Majesté ayant reglé par ſon ordonnance du
10 Avril 1745 , concernant la formation des régimens
des Grenadiers-royaux , que pour rendre les
compagnies deſdits régimens toujours completesde
ſujets quiy ſoient propres , il fera déſigné dans chacunedeshuit
compagnies de Fuſiliers des bataillons
de Milice , des Soldats pour remplacer les Grenadiers
quiviendrontà manquer ; Et ſa Majesté ayant
reconnu qu'il conviendroit mieux pour le biende
fon ſervice , que ces Soldats deſtinés pour monter
aux Grenadiers , forment une compagnie dans
chaquebataillon , où ils ſeroient exercés enſemble
&difciplinés , Elle a ordonné & ordonne,
Art.premier. Les cent douze bataillons de Milice,
y compris les trois de la ville de Paris & les
neufqui compoſent les trois régimens de Milice de
Lorraine & de Bar ,& qui ont été mis par les ordonnances
des 30 Octobre & premier Novembre
derniers , ſur le piedde fix cent cinquante hommes
chacun , formant neuf compagnies , dont une de
Grenadiers de cinquante hommes , & huit de Fufiliers
de ſoixante-quinze hommes , feront , à commencer
du premier Mars prochain portés à dix
Ivj
204 MERCURE DE FRANCE.
compagnies , dont unedeGrenadiers de cinquante
homines , une autre de Grenadiers-Poftiches de
cinquante fix hommes ,& huit de Fufiliersde foixante-
huit hommes chacune.
ORDONNANCE du Roi du 30 Janvier 1746
portant création d'un Corps de cinq cens hommes
de troupes légeres, ſous le nomde Volontairesde
Gantés.
Il ſera inceſſamment tiré pour former les deux
compagnies d'infanterie dudit corps , cent cinquantehommes
des régimens d'infanterie qui compoſent
l'armée d'Italie , àraiſonde quatrehommes
par bataillon , & pareil nombre de cent cinquante
hommes des bataillons de Fufiliers de Montagne ,
pour former lesdeux compagniesde Fuſiliers. &c.
ORDONNANCE du Roi du 30 Janvier
1746 , portant augmentation dans la compagnie
des Chaffeurs de Fiſcher.
Ladite compagnie ſera augmentéede quarante
hommes à pied&foixante à cheval , pour com
poſer avec les foixanteà pied&quarante à cheval,
qui éxiſtent actuellement , deux troupes d'Infanterie&
de Cavaleriedecenthommes chacune.
ORDONNANCE du Roi , concernant
les Régimens de Grenadiers - Royaux; du 10
Mars1/46.
Claude-Henri Feydeau de Marville , &c. Le
Roi ayant ordonné par fon ordonnance du 30
Octobre 1745 , qu'il feroit fait une augmentation
dans chaque bataillonde Milice ;&étant néceffaire,
en faiſant cette augmentation pour les trois
bataillons de la ville deParis , de faire compléter
ΜΑΙ 1746. 205
leſdits trois bataillons , nous ſommes perfuadés
que leshabitansqui doiventycontribuer , ſe por
teront d'eux-mêmes à donner en cette occafion
de nouvelles preuves de leur zéle à Sa Majesté ,
fans qu'il foit beſoin de faire tirer au fort , &
qu'il nous fuffit ſeulement de faire l'état de répartitionde
ce que chaque Corps , Communauté , &
autres habitans auront à fournir. A CES CAUSES ,
Vû les Ordres du Roi , à nous adreſſés par M. le
Comte d'Argenſon Miniſtre & Secrétaire d'Etat
de la guerre , le 3 Mars 1746 , & tout confideré :
Nous Commiſſaire ſuſdit , en vertu du pouvoir
ànous donné par Sa Majesté , ordonnons.
Article I. Que par les Corps & Communautés
de marchands & artiſans , privilégiés & non privi
égiés , officiers ſur les ports , quais & halles
&autres habitans de cette ville & fauxbourgs
ſujets à la Mi ice , dont l'état ſera par nous arrêté
enconféquence de notre préſent mandement .
il ſera fourni fix cent hommes de Milice , tang
pour comp éter les trois bataillonsqui ont été levés
dans cette ville en vertu de l'ordonnance de Sa
Majesté du 10 Janvier 1743 , que pour l'augmenta
tion ordonnée par celle du 30 Octobre 1745.
II . Seront leſdits corps & communautés , &
autres habitans , tenus de fournirdans le courant
du mois d'Avril prochain , les hommes pour lefquels
ils feront compris dans ledit état , de l'âge
de ſeize ans juſqu'à quarante , de la taille de cinq
pieds au moins , &de force ſuffiſante à porter les
armes. 1
III. Les hommes mariés , ni les garçons qui
auront quelqu'incommodité capable de les empêcher
de ſervir , ne pourront être admis ; & s'il
s'en trouvoit dans l'un ou Pautre cas , ils feront
conſtitués prifonniers , & ceux qui les auroient
fournis , obligés à les remplacer.
:
206 MERCURE DE FRANCE
IV. Pourront leſdits corps , comimunautés &
autres habitans , nous préſenter ſéparément learn
Miliciens lorſqu'ils les auront faits , pour être fign
lés; après lequel fignalement leſdits Miliciens
ne pourront s'abſenter decette ville & fauxbourgs,
fans une permiſion expreffe de notre part, conformément
& ſous les peines preſcrites par l'ordonnance
de Sa Majesté dudit jour to Janvier
1743-
V. Dansle cas où leſdits corps , communautés,
& autres habitans , refuſeroient de fournit
le nombre de Miliciens pour lequel ils feron:
comprisdans l'état de répartition par nous arrêté .
dans le tems ci-deſſus préſerit , ceux d'entr'eux
ſujetsà la Milice, leurs enfans , garçons , apprentifs
&domeſtiques, feront tenus de tirer au ført
pardevant le Commiſſaire au Châtelet qui fers
par nous commis à cet effet
VI. Seront tenus les Miliciens ſignalés de fe
trouver dans le lieu d'aſſemblée aux jour &
heure qui leur feront par nous indiqués , à peine
d'être déclarés déſerteurs .
VII. Ordonnons en outre qu'il ſera foami
chaque Milicien de nouvelle levée , une vette
&une culotte de drap blanc , doublées d'une
bonneferge, une paire de fouliers, deux chemiſes,
un col noir, un chapeau bordé d'argent faux ,
un havreſac , une paire de guêtres & une paire |
dejarrettiéres , aux frais&dépens deſdits corps ,
communautés , & autres habitans compris dans
ledit état; du prix de laquelle fourniture , eſemble
de l'ecu de gratification qui ſera delive
àchaque Milicien, il ſera par nous fait un éta
de répartition , pour en être le montant remis
Celui qui en aura fait l'avance &c.
-MAI-174620
ORDONNANCE du Roi , du 20 concernant
les nouveaux Bataillons 'levés en exécution des
ordonnances du 25 Août 17+5 .
DECLARATION du Roi du 9 Avril en faveur
des Corſes fidéles à la République de Genes ,
& contre ceux qui cherchent à ſe ſouftraire à ſa
domination .
Toute l'Europe aura vű avec ſurpriſe les dé
clarations que la Reine de Hongrie & le Roi de
Sardaigne ont fait publier , pour promettre leur
fecours aux peuples rebelles de l'Iſle de Corſe ,
Il eſt évident que ces deux Puiſſances manquent
aux loix de la justice , en fomentant la
rébellion de ces Infulaires contre leur légitime
Souverain , avec lequel elles ne font point en
guerre.
Les égards que la Reine de Hongrie doit à la
mémoire du feu Empereur ſon pere , ajoûtent à
cette entrepriſe odieuſe par elle-même , un nouveau
degré d'irrégularité.
Le Roi & l'Empereur Charles VI s'étoient engagés
de concert à maintenir la République de
Genes dans la poſſeſſion du Royaume de Corſe ;
ce fut enſuite ſous la médiation de ces deux Monarques
, que la tranquillité fut rétablie dans cette
Iſle : enfin leurs Majeſtés accorderent en 1738 leur
garantie pour le maintien de l'amniſtie & des
réglemens qui furent alors ſtatués par la République
en faveur des Corſes .
Čette conſidération auroit du ſuffire pour prévenir
la rébellion ,& non pour l'encourager , mais.
les droits naturels de la raiſon& de l'équité ſe taiſent
lorſqu'il s'agit de fatisfaire fon reſſentiment
& ſa vengeance.
Le Roi, bien éloigné de ſe conduire par de
208 MERCUR DEFRANCE
pareilles maximes, n'ajamais traité en ennems
déclarés les Puiſſances qui ont fourni à la Reine
deHongriedesſecourscontreSa Majefté , tandis
que lesdeux Puiſſances ennemies de Sa Majesté,
exercent contre les Genois les vexations les plus
illégitimes , par la ſeule raiſon qu'ils font Alliés
du Roi , & auxiliaires des Alliés de Sa Majefté.
Cette circonstance eſt un motif qui doitd'autant
plus engager le Roi à donner en cette occafionaux
Corſes fideles , de nouvelles afſurances
de ſa protection & de ſes bontés , & à aider la
République pour faire rentrer dans le devoir ceux
qui , ſéduits ou excités par les Cours de Vienne
& de Turin , ont ofé ou oferont s'en écarter ,
&leſquels Sa Majesté regardera par cette raiſon ,
comme déchûs des graces & des priviléges dont
Elle a été garante.
C'eſt dans cette vûë que le Roi déclare que
fon intention eſt de maintenir par tous les moyens
convenables l'autorité légitime de la République
de Genes, & de contribuer le plus
promptement & le plus efficacement qu'il ſera
poſſible, à rétablir la tranquillité , l'ordre & la
Tubordination dans l'Iſlede Corſe. La fidélité de
Sa Majesté pour ſes Alliés , ſa modération &
fondeſir conſtant de pacifier l'Europe , au lieu
d'en multiplier les troubles , font les fondemens
folidesde la confiance que les Corſes dociles &
foûmis doivent mettre dans l'équiré & la droiture
de ſes intentions , & fon Trône ſera toûjours un
aſyle affure pour toutes les Puiſſances qui lui feront
unies . & dont on attaquera lesdroits& les prérogatives.
ARREST de la Cour du Parlement du 2
Août 1745 , portant réglement pour les Exécu
MAI 1746. 209
toirespour frais des procès criminels auxquels il
ya desparties civiles qui ſe trouvent inſolvables.
ARREST du Conſeil d'Etat du Roi du 20
Novembre 1742 , concernant les Indemnités pour
Papier & Parchemin timbrés accordées aux Procureurs
généraux des Cours , & aux Procureurs du
Roides Siéges qui n'avoient pas été employés dans
l'Arrêt du 7 Juin 1740.
ARREST du Conſeil d'Etat du Roi & lettres
Patentes fur icelui , données à Verſailles le 11 Jan
vier 1746 , Regiſtrées en la Cour des Aydes le 4.
May , portant que les Marchandiſes énoncées dans
le tarif annexé à l'arrêt du Conſeil du to Juillet
1703 , ſeront toujours réputées du Levant lorfqu'elles
viendront de l'étranger, ſi le contrairen'eſt
juftifié pardes certificats en bonne forme des Magiſtratsdes
lieux d'envoi &des Conſuls de la nation
Françoiſe s'il y en a d'établis , & payeront en conſéquence
le droit de vingt pour cent: fans préju
dice des vérifications qui pourront être faites par le
fermier , en cas de ſoupçon qu'il auroit été abuſé
defdits certificats.
:
: ARREST du Conſeil d'Etat du Roi du 25
Janvier 1746 , qui , en rectifiant une erreur gliffée
dans celuidu 15 Mai 1745 , portant tarifdes droits
dûs ſur les marchandiſes de Verrerie d'Alface &
Franche Comté,ordonne que le poidsde deux mille
cinq cent livres , auquel ont été évalués les caiffetins
de quatre pieds & demi de long fur trois
pieds de large&trois pieds deux pouces de haut ,
remplis de verres d'aſſortiment maſſifs , demeurera
réduità ſeize cent quatre vingt-dix- sept livres .&
lesdroits perçus àraiſon de cent cinquante deux
MERCURE DE FRANCE
Les cacores huc feniers par cailletin,
nzatores trois fols bus
A par les acte da 15 Mai 1745
BEST Comel at du Roi da premier
afe ne
atheles-pour
s de faire ancuna
nous cances x parsie
les foscrets avant 17130
POGEMENT & M. de Marvile Lieutenand
Genemi te Face Camminaire en cette partie,
Elcontre les nomme
Cheon iser, marchands frearos de bertiaux , à
reficier & W Bad Fermer les marchés de Scea
Zifrachaechemmoorrccee par eux ven
the ac fear Cauri nechand Boucher ,& à b
renti me lenc el poco aligres en garant
fee tous ces it soos verbal de viite & de
quumifage fait de ladiceVache, aux dépens.
ARREST & Cafel Etat du Roi du 8 Fé
e.fundime l'execution des deux Or
Gonnances in theur Lieutenant géneral de Polict
des 27 Novembre && 23 Décembre 1745, qui on
la comiatica de 29Boeufs ffaaštiissle
Novembre 1745 for le fear Hurard entrepreneur
de la boucheriede hicel roval des Invalides,
pour les avoir achetés bors du marché & aux envi
tucsdePoite : Par lequel arrêt la confiſcation
desins vingt-neufBouts, eft reduite à quatorze
cent cinquante livres, pour le tiers du prix de i
wente derdits Boris , fixée par l'ordonnance
-Novembre 745, & ledit fleurHurard condar
me as coût dedit Arrêt , qui ordonne au furpl
Fexecución des armers du Conseil des 27 Décemb
ΜΑΙ , 1746. 211
1707 , 29 Novembre 1710 , premier Décembre
1711 , 27 Septembre 1725 , & de l'Ordonnance
de police du 7 Mars 1731 , concernant le commerce
des beftiaux .
?
= ARREST du Conseil d'Etat du Roi du 8..
-Février 1746 , qui débouté les habitans d'Aubervilliers
de leur demande en exemption des droits
rétablis ſur les Bois à brûler , par Edit du mois de
Décembre 1143 , & les condamne au payement
deſdits droits
ORDONNANCE de M. le Prevoſt des-
Marchands , du 20 Février 1746 , qui ordonne
l'éxécution de la contrainte décernée par Joſeph
Mellet le 31 Juillet 1744 : condamne Labdouche
de Beaune fils , Penet & confors , chacun à
leur égard , à payer même par corps , les ſommes
portées en ladite contrainte , pour les bois qu'ils
ont fait enlever du port de l'Iſle-Louvier : Donne
défaut contre pluſieurs Marchands de bois défaillans
,& les condamne au payement des ſommes
pour leſquelles ils ſont compris dans leſdites contrainte
& commandement : Ordonne l'exécution
de l'édit du mois de Décembre 17 +1 , & autres
réglemens concernant la perception des droits
fur le bois ; en conféquence que tous les bois à
brûler deſtinez pour la proviſion de Paris , qui
feront enlevés des chantiers& ports cuils auront
été emplacés , pour être tranſportés à quelque
deftination que ce ſoit , feront ſujets au payement
des droits: Fait défenſes auxdits Marchands de
bois neuf& flotté ,& à toutes autres perſonnes ,
d'en enlever aucuns deſdits ports& chantiers fans
payer les droits.
PIECES
TABLE .
IECES FUGITIVE's en Vers & en
Profe . Le Berger , le Cuisinier & la Brebis
Fable.
Page 3
Suite des reflexions ſur l'homme en général. 6
Le Je ne ſçais quoi, Ode, 13
Mémoire ſur Philippe le Berruier.
Lettre contre l'Amour.
Invective contre la Rime .
Suite de l'Hiftoire Univerſelle de M. de Vol-
16
24
28
taire. 29
L'Agonie.
43
Extrait d'une lettre de M. le Sage &c.
44
Vers à l'Evêque de Chartres par M. Roy.
49
Lettre ſur la nouvelle fontaine de la ruë de Grenelle.
50
AMadame L. M. D. L. R. U. F.
67
Epigramme ſur un vieux Poëte.
68
Madrigal. ibid.
Epître à M. l'Abbé H ***.
69
Extrait de lettre au ſujet fle l'emploi des 20000
livres.
Le Rat & la Pie , Fable.
LeThon & le Dauphin , Fable.
Maximes d'amour en acroſtiche.
Reflexions fur les âges de l'homme.
71
78
80
81
8:
Vers fur l'amitié, 88
Epître à M. le Docteur B ***,
Déclaration d'un amant à ſa maîtreſſe.
89
92
Diſcours ſur la véritable grandeur d'un Prince. 93
Extrait de lettre de M, d'Arget Secretaire du Roi
de Prufſſe au Baron de Sparre &c. 107
Vers latins&traduction au Maréchal de Saxe. 109
Nouvelles litteraires , des beaux Arts. Le Théatre
17
Anglois tome III. Extrait. IIQ
Eſai ſur les Monoyes , Extrait, 114
Bibliothéque de Cour , de Ville &de Campagne ,
Extrait. 116
Les campagnesduRoi en 1744&45, Poëme. 119
Differtation ſur l'incertitude des ſignes de la
nort&c ibid,
Le petit Dictionnaire du tems , &c. ibid.
Differtations préliminaires pour ſervir à l'Hiftoire
de Sais , Extrait. 120
Traité des Teſtamens , Extrait. 125
Coûtumes de la Province du ComtéPairiedela
Marche, 126
es Coûtumes de laMarche expliquées,
celles du Haut & Bas Païs d'Auvergne,
Conferences publiques &gratuites.
Leçons ſur l'Hiftoire en général, ibid
'arités reciproquesdela livre numeraire &c. ibid.
rrêt qui ordonne aux Souſcripteurs de retiret
des mains du Sr. Colombat la Grammaire de
12.7
ibid.
128
=
le Dictionnaire Hébraïque & Chaldaique du
: le tems de deux années.
Estampes nouvelles.
13
13
13
Ode àM. Titon ſur la mortde M de Largilliere
&Epigramme fur le même ſujet.
Mots des Enigmes & des Logogryphes du Me
cure d'Avril.
Enigme & Logogryphe .
13
Effence d'Ogni Fiori , Effence de Savon à la Be
gamotte , & Cuirs à repaſſer les rafoirs. 13
ParodiedesMenuets de la Comèdie Italienne. 1
Spectacles , changemens faits au premier Acte c
Temple de la Gloire .
14
Les amours des Dieux remis au Théatre .
Comédie Françoiſe,
1دل
I
H
Comédie Italienne .
Journal de la Cour , de Paris &c. 14
Benefices donnés .
I
Prifes de Vaiſſeaux.
ibu
Mandement du Cardinal de Tencin.
16
I
Lettre de M. de Voltaire &c.
Concerts de la Reine.
Opérations de l'armée du Roi.
Placet à Madame ,
Nouvelles Etrangeres ,
Mariages & Morts...
:
La Chanfon notéedoit regarder la page
...
1
1
Le Livre intitulé Differtations Fréliminaires pour
fervir à l'Histoire de Sais , ſe vend chés Guillaume :
Defprez , Imprimeur ordinaire du Roi , & chés
Guillaume Cavelier fils Libraire rue St. Jacques
A St. Profper & aux trois Vertus .
ERATA DE JANVIER.
On s'eſt trompé lorſqu'à la P. 197 du Mercure
de Janvier , on a dit qu'il ne reſtoit de mâle
Hela Maiſon de Boulainvilliers, que Samuel Comte
He Boulainvilliers . L'aîné de cette maiſon étoit
Louis de Boulainvilliers de Chepoix , Marquis de
Chepoix , Marquis de Boulainvilliers, Capitaine de
Vaiffeaux du Roi ; il commandoit le Bourbon ,
& perit avec ce Vaiſſeau ily a quelques années
Tur les côtes d'Eſpagne en revenant de St. Domingue
; il a laiſſé un fils Henri-Louis de Bouainvilliers
de Chepoix, Marquis de Boulainvilliers,
Enſeigne de Vaiffeau,& aujourd'hui chefdu nom
Armes de la maison de Boulainvilliers. Il y
encore N. Chevalier de Boulainvilliers qui et
'une 'branche cadette.
Fautes à corriger dans ce Livre.
Age29 ligne 22 Anglois,Saxons,lifes Anglois-
Saxons .
ge 30 lig. 2 dépouiles , liſés , depouilles .
1
Page 33 lig. 20 ſeul gouvernoit , lifex ſçût gai
verner .
Page 82 lig. 2. Calandrini , lifes Calandrin,
Page 89 lig. 6. amis, lifés ami.
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AUROI
AVRIL. 1746.
GIT UT SPARGAT
Chés
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER
rue S. Jacques.
La Veuve PISSOT, Quai de Conty
à la deſcente du Pont- Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais
M. DCC, XLVI,
AvecApprobation & Privilége du Roi,
340.6 AVIS.
1558
746
'ADRESSE générale du Mercure eft
LAM. DECLEVES D'ARNICOURI
rue du Champ-Fleuri dans la Maiſon de M.
Lourdet Correcteur des Comptes au premier
étage fur le derriere entre un Perruquier & un
Serrurier à côté de l'Hôtel d'Enguien. Nous
prions très-instamment ceux qui nous adrefferont
des Paquets par la Poſte , d'en af
franchir le port , pour nous épargner le déplaisir
de les rebuter ,& à eux celui de ne
-pas voir paroître leurs ouvrages.
Les Libraires des Provinces ou des Pays
Etrangers , qui souhaiteront avoir le Mercure
de France de la premiere main , &plus promp
tement , n'auront qu'à écrire à l'adreſſe ci-deſſus
indiquée ; on se conformera très- exactement à
leurs intentions.
Ainfi il faudra mettre ſur les adreſſes àM.
de Cleves d'Arnicourt , Commis an Mercure
de France rue du Champ-Fleuri , pourrendreàM.
de la Bruere.
PRIX XX X. Sors
• MERCURE
DE FRANCE
DÉDIÉ AU ROI.
PIECES FUGITIVES
en Vers&en Profe.
EPITRE.
AU ROI
NVAIN pour telouer dans ma vera
ve indiſcrette ,
GrandRoi, j'entreprendrois d'embou
cher laTrompette ;
Cedeſſein dangereux , l'écuëil de tant d'Auteurs ,
Ne ſçait point m'éblouir par ſes déhors trompeurs
Etfur ce pasgliſſant maMuſe ,encor timide ,
A ij
4 MERCURE DE FRANCE .
Au fortir du berceau n'oſe marcher ſansguide .
Qu'un autre plus connu fur le mont des neuf
Scoeurs ,
Fermé par leurs leçons , comblé de leurs faveurs ,
Pour chanter les combats rapelle ſon audace ;
Que des riches Tréſors qu'enfante le Parnaſſe
Prodigue en fes écrits , il étale à nos yeux
Ce qu'ils ont de plus noble &de plus gloieux.
3
Qu'il nous peigne ces murs par toi réduits en cendre
,
こ
Ces mursque l'ennemi voulut envain défendre ,
Qu'il peigne ces Rivaux de ta gloire éblouis;
Interdits & tremblants au ſeul nom de Louis .
Pourmoi,loin des combats ,loin du bruit des allarmes,
Je veux peindre les fruits des ſuccès de tes armes,
Tes Etats conſervés , ton Peuple éxempt d'effroi ,
Exploits encorplus grands & plus dignesde toi,
Dequelque haut éclat dont brille le courage,
11 eftd'autres vertus d'un auſſi noble uſage
Tous ces fameux Guerriers , tous ces grands
Conquérans ,
Ne font le plus ſouvent que d'illuftres tyrans.
Alexandre jadis la terreurde la terre ,
De l'Helleſpont au Gange allant porter la guer
re ,
Voyoit autour de lui vingt Rois humiliés
Depoſer triftement leur couronne à ſes pieds,
AVRIL. 1746. S
Etd'un faftebarbare écoutant les maximes ,
N'oppoſoitque la force à des droits légitimes ;
Mais en vain l'Univers ſembla le réverer ,
Vainenient ſes exploits le firent admirer ;
Le tems qui des Héros conſerve la mémoire ,
Diftingue leurs défauts en nous peignant leur
gloire.
Mais un Roi qui ſçait joindre aux bontés de
Titus ,
Le grand coeur d'Alexandre &mille autres vertus ,
Qui du bonheur public fait ſon bonheur ſuprême ,
Qui cherche ſon repos aux dépens du ſien même ;
Fermé dans ſes deſſeins , modefte en fes ſuccès ,
N'a recours aux combats que pour avoir la paix .
A ce portrait , Grand Roi , qui peut te mécon
noître ?
La France y reconnoit & fon pere & fon-mat
tre ,
Le Belge ſon effroi , l'Europe ſon vengeur ,
L'Empire ſon ſoutien , & l'Anglois fon vain
queur.
Envain ces ennemis qu'une haine immortelle
Rend jaloux de la France , & réunit contre elle ,
Prétendent s'oppoſer à tes juſtes deſſeins ;
Leurs foudres impuiſſants s'éteignent dans leurs
mains.
Leurs Peuples délaiſſés implorans ta clémence ,
Trouvent dans ton appui la paix & l'abondance ;
:
Aiij
6 MERCURE DE FRANCE.
Ils beniſſent la main qui les adégagés
Desmaux où leurs voiſins ſont aujourd'hui plongés;
Ils n'ont point éprouvé ces fleaux éffroyables ,
Dudeftin des combats ſuites trop déplorables,
Où le Soldat guidé par ſon avidité
Se fait une vertu de ſa férocité ,
Où le fer& le feu ſuccedant au pillage ,
D'un vainqueur ſanguinaire aſſouviſſent la rage ,
Et diftinguoient jadis tous ces cruels guerriers ,
Qui d'un ſang odieux flétriſſoient leurs lauriers.
Grand Roi, pourſuis toujours; rien ne manque
ta gloire ;
Laclémence embellit laplus belle victoire.
C'eſt par-làque Henri, ce Héros rédouté ,
Fameux par ſa valeur & grand par ſa bonté ,
Malgré les vains efforts d'une ligue rebelle ,
Soumit enfin la France , & fut adoré d'elle.
Vainement autrefois le ſecond des Céfars
Au char de ſa fortune enchaînoit les hazards ,
Des droits de ſa patrie ufurpateur injuſte ,
Jamais il n'eut porté le beau titre d'Auguſte
Sibientôt ſa fureur n'eut fait place aux bienfaits ;
Ce titre ſi fameux fut le fruit de la paix.
Rome juſques alors à la guerre occupée
D'un ſpectacle nouveau parut être frappée.
Ce n'étoit plus ce tems de troubles , de débats ;
Dans ſes murs autrefois témoins de cent combats
Elle voit accourir les Arts , la politeffe ;
AVRIL. 7 1746.
Rome de beaux eſprits va dépeupler la Grece ,
Et ravir aux vaincus les uniques faveurs
Qui les pouvoient encore égaler aux vainqueurs.
Là les doctes rivaux de Pindare & d'Homere ,
Courtiſans , Citoyens, maîtres en l'art de plaire ,
Dans leurs chants immortels vantant leur protecteur
,
De fon empire heureux célébroient la douceur ;
Là plus d'un Thucidide & plus d'un Démosthène
Parut avec éclat ſous l'appui de Mecêne .
Mais quoi ! Pour retrouver un empire ſi doux
Le devons nous chercher chés d'autres que chés
nous ?
GrandRoi , lorſque l'Europe en proye à tant d'allarmes
,
,
Voit par tout la victoire accompagner tes armes
Lorſque tes ennemis tremblent ſous leurs remparts ,
Le calme en tes états regne de toutes parts.
L'avare poffefſſeur d'une terre fertile
Ne craint point d'avoir pris une peine inutile
Il attend que Cerés prodigue dans ſes dons ;
Faſſe éclore pour lui ſes plus riches moiſſons ;
Déja d'un triſte oubliles Muſes retirées ,
Par tes ſoins généreux à ta Cour attirées ,
Vont retrouver ce tems cher à leur ſouvenir ,
Où l'on vit regner Mars , & les Beaux Arts fleurir ,
Déja leurs doctes mains au Temple de mémoire
De ton regne fameux éterniſent l'hiſtoire .
A iiij
8 MERCURE DE FRANCE.
O combien décrivains d'un beau zéle enflâmés
Prétendent nous tracer tes exploits renommés !
Mais d'un pareil projet l'étendue infinie
Avec un zéle ardent veut un vaſte genie.
Loin ces hardis Auteurs qui dès leur premier
pas
S'empreſſent à te ſuivre au milieu des combats
De tes pobles travaux la peinture brillante ;
Ne peut être le fruitd'une Muſe naiſſante.
Peut être même enfin que ce chantre fameux
Qui dans les champs Troyens fit combattre les
Dieux ,
Qui conduifit Achilleaux rives du Scamandre ,
Et du trifte Ilion fait vivre encor la cendre ,
Après avoir chanté tant de fameux exploits
Pour célébrer les tiens auroit manqué de voix ,
Si témoin de ta gloire ,&de ton grand courage ,
Il t'eût vû l'oeil ſerein dans l'horreur du carnage ,
Braver ce qu'ont d'affreux & la flâme & le fer ,
Et ces foudres plus craints que ceux de Jupiter,
S'il t'eût vû bienfaiſant enſemble & redoutable,
Tendre à tes ennemis une main ſecourable ,
De l'autre foudroyer ces remparts orgueilleux
Du Belge& du Batave azile précieux.
Tels n'étoient point jadis ceux qu'une erreur commune
Mit au rang des travaux d'Apollon & Neptune ,
Et qui durant dix ans témoins de tant de morts ,
AVRIL
1746 و .
De tous les Grecs ligués braverent les efforts
Mais dans tes grands deſſeins ta valeur redoutée
Par d'obstacles pareils ne peut être arrêtée.
Pourfuis , Prince cheri , tes généreux projets ,
Fais trembler tes Rivaux , rends heureux tes ſu
jets ,
Ou plutôt fufpendant les coups de ton tonnerre
Fais fucceder la paix aux horreurs de la guer
re.
C'eſt alors que fans crainte élevant notre voix,
Nos chants célébreront la douceur de tes loix ;
C'eſt alors qu'à nos yeux cette paix déſirée
Retracera les jours de Saturne & de Rhée ,
Siécle d'or que la Fable embellitde ſes traits
Et dont tu dois encor augmenter les attraits.
LETTREA MM. les Auteurs du Mercure
fur Peloquence du Barreau.
Uelques perſonnes ont
Qdifpofee Performe
été un peu in-
MM, de ce que
l'on a hî dans votre recueil ( c'eſt le ſecond
volume de Juin 1945 , page 113. ) que
la Chaire eſt parmi nous le ſeul azile qui
reſte à l'éloquence. » Le Barreau ( eft - il
>>dit dans cet endroit ) n'eſt plus pour elle
» qu'un champ fterile où la chicane a femé
Av
10 MERCURE DE FRANCE.
00
ſes épines , & les Avocats , quoiqu'il y
aitdans cecorps des gens d'un grand mé-
•rite , ſont réduits à n'employer pour dé-
>>fendre leurs parties qu'une dialectique ſéec
che & aride au lieu des figures brillantes
»& pathétiques qu'employoient jadis De-
>> mofthene & Ciceron. Mais ſi le Barreau
>>ne peut plus retentir que de clameurs
>>ſophiſtiques ſemblables à cellesde l'école,
- la Chaire offre à l'éloquence le champ le
>> le plus vaſte; c'eſt là qu'elle peut em-
>>>ployer toutes ſes reſſources& ſe ſervir de
>toutes ſes armes pour étonner l'imagina-
> tion &pour ſubjuguer l'ame.
Cediſcours eſt d'autant plus piquant qu'il
eſt éloquent lui-même & qu'il ſe fait croire.
Jeveux cependant faire votre paix avec les
perſonnes dont je vous parle. Elles n'ont
pour s'appaiſer qu'à faire attention que vous
ne parlez point des Orateurs mais de l'éloquence
du Barreau en general qui n'eſt plus
fufceptible des ornemens qui brillent dans
les autres diſcours. Faites réflexions auſſide
votre côté que vous pouviez vous paſſer de
la comparaiſon ;les ouvrages dont vous faifiez
l'eloge font affez beaux par eux mêmes,
pour qu'il ne ſoit pas beſoinde les élever aux
dépensdes autres.
Peut-être auſſi n'avez - vous pas aſſés examiné
quelle eſt la nature de cette éloquence
AVRIL, 1746. 71
avec qui vous mettez en parallele celle de la
Chaire. Si vous l'aviez fait vous auriez pu
voirque ſongenre eſt different de celui des
autres, ſoit de celle de la Chaire , ſoit de
celle desdiſcours Académiques ou des Panégyriſtes
qui font auſſi differens entr'eux.
L'éloquence n'eſt que le talent de perſuader
oude convaincre , en un mot d'entrainer
à ſon ſentiment ceuxde qui l'on eſt écouté.
Il faut donc qu'unhomme qui parle aux autres
examine principalement qui ſont ceux
devant qui il prononce ſes diſcours.
L'éloquence de laChaire doit reſſembler à
celle de Denoſthéne,parce que cet Orateur
ainſi que les Prédicateurs s'adreſſoit à des
Peuples qu'il falloit perfuader & entraîner
pardegrands mouvemens , mais les diſcours
duBarreau doivent être d'une eſpece toute
differente. Un Orateur alors ne parle pas
pour des perſonnes qu'il veuilleuniquement
perfuader : ce n'eſt pas le Public aſſemblé
fans interêt qui doit décider du fort de celui
dont il défend la cauſe ſes veritables auditeurs
fontdes Juges dont le coeurne doit
point ſe laiſſer ſéduite par des mouvemens de
pitié , detendreſſe , de haine ou de colere.
Tout l'art doit alors conſiſter à leur expofer
avec ordre &dans le point de vûe le plus
favorable pour celui que l'on défend,les faits
Avj
12 MERCURE DE FRANCE.
qui ſe ſont paffés , les conventions qui ont
été faites entre les parties , à expliquer les
differens actes qui peuvent concourir à expliquer
quelle a été leur intention : cet art
conſiſte dans les moyens à remettre ſous
les yeux des Juges les regles & les loix , & à
prouverque celui que l'on défend les a ſuivies
, &que ceux que l'on attaque s'en font
écartés.
Il faut autant de talens nature's & autant
de goût pour réuſſir dans ce genre d'éloquence
,& pour rejetter les ornemens étrangers
, que pour faire des deſcriptions pathetiques
des périls qui menaçoient la ville
d'Athénes , &des malheurs où les Citoyens
auroient été expoſés après la perte de leur
liberté.
Desdeſcriptions de cette nature ne peuvent
ſe trouver au Barreau. C'eſt en vain
qu'unAvocat feroit enviſager la triſte ſituation
d'une femme dont ontveut faire décla
Fer nul le mariage , & l'état funeſte où feront
réduits des enfans à qui on va oter l'honneur
de la légitimité , pour les rendre ſans naiffance
, ſans parens, ſans appui & les plonger
dans l'opprobre de la batardiſe. Ce ſeroit
vainement que l'on voudroit toucher les Juges
en exprimant de la maniere la plus pathétique
la ſituation malheureuſe d'un homime
languiſſant depuis long - tems dans les
AVRIL , 1746 . 13
horreurs d'une priſon , & engager les Magiftrats
par des mouvemens de pitié à lui rendre
la liberté. Ce font des ſentimens auſquels
un Orateur doit ſçavoir que ceux qui l'écoutent
ne doivent point ſe livrer, Toute
fon éloquence doit ſe fixer à montrer d'une
maniere ſenſible que le mariage de celle
qu'il défend a été célébré fuivant les regles
preſcrites par les loix , ou que celui qui eft
dans les fers eſt innocentdu crime dont on
l'accuſe. Tous les autres ornemens ſont étrangers
dans ces occaſions : il s'agitde convaincre
l'efprit de Juges éclairés & non deperfua
derdesperſonnes que l'on voudroit entrainer
par les ſentimens du coeur.
Ce n'eſt pas qu'un Avocat ne puiffe employer
& n'uſe quelquefois de ces traits d'éloquence
parleſquels l'eſprit eſt ému ,& qui
Içavent toucher le coeur ,mais ces traits ne
doivent être qu'à la ſuite de raiſonemens ſo
lides , & pourles faire aimer après les avoir
fait ſentir. Un Orateur par un exorde touchant
peut préparer les eſprits à écouterfavorablement
les faits qu'il va expofer , mais
il faut que ces faits ſuivent; fans cela il n'aura
excité que de vains ſentimens qui ne peuvent
rien produire : par des conſidérations
importantes& noblement exprimées il peut
affermir les moyens qu'il a établis mais ce
ne ferontpas ces confiderations qui pourront
12 MERCURE DE FRANCE.
qui ſe ſont paffés , les conventions qui ont
été faites entre les parties , à expliquer les
differens actes qui peuvent concourir à expliquer
quelle a été leur intention : cet art
conſiſte dans les moyens à remettre ſous
les yeux des Juges les regles & les loix , & à
prouver que celui que l'on défend les a ſuivies
, &que ceux que l'on attaque s'en font
écartés.
Il faut autant de talens nature's & autant
de goût pour réuſſir dans ce genre d'élo-.
quence ,& pour rejetter les ornemens étrangers
, que pour faire des deſcriptions pathetiques
des périls qui menaçoient la ville
d'Athénes , &des malheurs où les Citoyens
auroient été expoſés après la perte de leur
liberté.
Desdeſcriptions de cette nature ne peuvent
ſe trouver au Barreau. C'eſt en vain
qu'unAvocat feroit enviſager la triſte ſituation
d'une femme dont ontveut faire décla
Fer nul le mariage , & l'état funefte où feront
réduits des enfans à qui on va ôter l'honneur
de la légitimité , pour les rendre ſans naiffance
, ſans parens, ſans appui & les plonger
dans l'opprobre de la batardiſe. Ce ſeroit
vainement que l'on voudroit toucher les Jugesen
exprimant de la maniere la plus pathétique
la ſituation malheureuſe d'un homime
languiſſant depuis long - tems dans les
AVRIL , 1746 . 13
horreurs d'une priſon , & engager les Magiftrats
par des mouvemens de pitié à lui rendre
la liberté. Ce font des ſentimens auſquels
un Orateur doit ſçavoir que ceux qui l'écoutent
ne doivent point ſe livrer, Toute
fon éloquence doit ſe fixer à montrer d'une
maniere ſenſible que le mariage de celle
qu'il défend a été célébré fuivant les regles
preſcrites par les loix , ou que celui qui eft
dans les fers eſt innocent du crime dont on
l'accuſe . Tous les autres ornemens ſont étrangers
dans ces occaſions : il s'agit de convaincre
l'esprit de Juges éclairés & nondeperfua
derdesperſonnes que l'on voudroit entrainer
par les ſentimens du coeur.
< Ce n'eſt pas qu'un Avocat ne puiſſe employer&
n'uſe quelquefois de cestraits d'éloquence
parleſquels l'eſprit eſt ému , & qui
fçavent toucher le coeur ,mais ces traits ne
doivent être qu'à la ſuite de raiſonemens fo
lides , & pourles faire aimer après les avoir
fait ſentir. Un Orateur par un exorde touchant
peut préparer les eſprits à écouterfavorablement
les faits qu'il va expofer , mais
il faut que ces faits ſuivent; fans cela il n'aura
excité que de vains ſentimens quine peuvent
rien produire : par des conſidérations
importantes & noblement exprimées il peut
affermir les moyens qu'il a établis mais ce
ne feront pas ces conſiderations qui pourront
14 MERCURE DE FRANCE ,
jamais triompher s'il n'a pas exactement raproché
les regles & les loix des objets dont
il s'agitdejuger.
Onnedoit donc pas élever l'éloquence de
a Chaire aux dépens de cel'e du Barreau ,
parceque ce font deux genres differens dont
chacun ades qualités qui lui font propres ,&
des beautés qui lui ſont particulieres. Un
Avocat qui ne voudroit employer que l'art
d'émouvoir&detoucher , ne réuffiroit pas ;
un Prédicateur qui ne voudroit que prouver
des choſes dont la foi nous rend certains ne
poſſederoit pas le talent qui lui convient.
Il ne faut pas comparer non plus l'éloquence
du Barreau avec celle des diſcours
Académiques. La premiere a un fondement
réel; ils'agit de détai'ler des circonstances
verirables, de les développer,de les prouver,
& d'en tirer des conſequences juſtes pour
obtenir ce que l'on demande à un autre, ou
pour ſe diſpenſer de lui accorder ce qui ne lui
eſtpas dû. Le plan d'un pareil diſcours eſt régulier
ſuivant la methode que vous approu
vez dans votre Mercure de Février 1746
page 1 10; ony trouve néceſſairement l'exorde,
la naration , la confirmation & la peroraifon.
Dans les diſcours Académiques il s'agit
plûtôt d'établir quelque point de Morale ou
de Metaphyſique , que de faits réels ſur lef
AVRIL , 1746. 15
quels il ſoit néceſſaire deprononcer. L'éloquence
alors conſiſte à trouver des idées
avouées de tout le monde afin de démontrer
par la comparaiſon celles que l'on
veut faire prendre à ſes auditeurs. Il eſt
queſtionde trouver des idées neuves & brillantes
pour plaire & s'attirer l'attention. II
faut chercher des expreſſions qui rendent
exactement les idées que l'on a conçues &
que l'on veutdonner aux autres. Comme les
Académies ne ſont établies , pour la plupart ,
que pour perfectionner le langage , il eſt
néceſſaire de ſe ſervir de tours de phrases
heureux , brillans par la beauté du ſtyle , &
qui charment l'oreille avant que de paſſer à
l'eſprit.
Les Panégyriftes doivent encore employer
un autre genre d'éloquence entierement dif
ferent de celui du Barreau & de celui des
Académies. Quoique le plan de leurs dif
cours ne ſoit point ſuivi par ordre de faits
comme un récit ordinaire , il eſt preſque hiftorique
,mais comme les faits que l'on expoſeau
public ſont connus de tout lemonde,
on n'eſtpas obligé de tomber dans la ſechereſſedes
preuves. Les figures les plus communes
de cette forte d'éloquence font les
antithèſes. On fait l'éloge d'un Heros en
montrant ſa modeſtie dans l'éclat de ſa
gloire,& ſa grandeur dans les adverſités,fon
16 MERCURE DEFRANCE ,
courage dans les dangers , & fa bonté lorfque
tout lui eſt ſoumis. Cette eſpece d'élo
quence eſt fufceptible de ce qu'il y a de
plus brillant, même dans la Poëfie , c'est-àdire,
des grandes images;on peut dépeindre
un Roi qui a vũ d'un oeil tranquille les dangers
d'une bataille ſanglante , au milieu de
ſes guerriers qui animés par ſes regardsont
rempli les campagnes de ſes ennemis vaincus
ou diſperſés , & qui ne fait paroître ſur
fon front qu'une fierté modeſte. Quelle peinture
charmante à nous faire que de nous
le repréſenter honorantde ſes embraſſemens
mêmeunHeros qui a contribué à ſa gloire,&
étendant ſes ſoins juſques fur ſes ennemis
mouranspour lui avoir réfifté ! Qu'il eſt aiſe
de faire fentir à des peuples qui ſervent &
qui adorent un ſemblabe maître , combien
ils lui font chers, puiſqu'il prend pitié de ſes
ennemis même lorſque la victoire les lui a
foumis!
On voit combien toutes ces fortes d'éloquences
ſe reſſemblent peu , & que l'on ne
doit les comparer entr'elles que pour éviter
deſe ſervir dans l'une de ce qui ne convient
qu'aux autres.
Il ſeroit poffible de dire que celle du
Barreau ades ſuperiorités ſur elles , en premier
lieu parce qu'elle eſt infiniment plus
variée. Dans les autres difcours on doit fuiAVRIL
. 1746. 17
vre toujours le même plan& la même forme,
mais comme les differens évenemen's
qui arrivent parmi les hommes font infinis,
les differentes conteftations qui naiſſent entr'eux
le font auffi. Tous les Panegyriques
ont quelque choſe de ſemblable entr'eux.
Tous les difcours Academiques roulent fur
des ſujets d'une qualité pareille
jamais une cauſe n'a reſſemblé à un autre ;
il ſe trouve toujours des circonstances nou--
velles qui doivent faire changer l'art de l'Orateur.
,
nais
Une ſeconde qualité de l'éloquence du
Barreau , c'eſt qu'elle eſt beaucoup plus
étendue & oblige l'Orateur à embraſſer un
ſyſtême beaucoup plus vaſte que les autres.
Il n'y a aucun autre diſcours que la même
heure ne voyent commencer & finir , & un
diſcours du Bareau dure quelquefois plus de'
douze Audiences . On ſera forcede conve
nir qu'il faut une plus grande force de genie
pour ſuivre un plan auffi étendu, que pour
compoſer un diſcours qui n'occupe , pour
ainſi dire , que quelques momens.
Il faut convenir que comme tous les Prédicateurs
& tous les Académiciens ne ſont
pas éloquens , tous les Avocats ne le ſont pas
nonplus , mais cela n'empêche pas que l'élo -
quence du Barreau ne ſoit auſſi parfaite en
ſon genre que celles d'une autre eſpece ; il ne
18 MERCURE DEFRANCE ,
s'agit de la part de l'Orateur que de la pofſeder
,&de la part des auditeurs que d'en
connoîtretout le prix.
Aucun Orateur n'a ſurpaſſédans ſongenre
ceux que le Barreau à vû briller dans notre
fiécle. L'un ( de l'aveu de tout le monde )
réuniſſoit à la ſolidité des raiſons l'énergie
des termes& la beauté de la diction. L'autre
par une juſteſſe d'eſprit infinie ſaiſiſſoit
uniquement le vrai moyen de ſa cauſe , &
tous ſes argumensvenoient ſans ceſſe s'y rendre
comme à un centre dont il ne ſe laiſſoit
jamais écarter. Un autre dont la fécondité
ne tarifſoit jamais étonnoit par la beauté &
la varieté de ſes idées , & entrainoit par la
force de ſes raiſonnemens qu'il ſçavoit préfenter
ſous tantde formes diverſes , que ceux
qui y avoient d'abord reſiſté étoient enfin
obligés de céder.
Si leurs diſcours ne ſont point immortels
par l'impreſſion , c'eſt ce qui ajoute encore à
leur merite. Combien faut-il plus de genie
pour parler ſans avoir écrit , que de rendre
des choſes dont on a chargé ſa mémoire ?
combien faut-il plus d'éloquence pour développer
ſur le champ des raiſonnemens
abſtraits & les détruire , que pour expoſer
des penſées fur leſquelles on a reflechi , &
que l'on a eu le tems d'arranger entr'elles ?
Enfin l'Auteur des caracteres dit qu'il eſt
.
AVRIL , 1746. 19
plusdifficiledebien plaider que debien prêcher
, & que cependant il ſe trouve plus de
bonsAvocats quede bons Prédicateurs. Seroit-
ce qu'il y auroit plus degens naturellement
éloquens parmi les Avocats que parmi
les Orateurs de la Chaire ? c'eſt ce que
jevous laiſſe àdécider.
Jesuis .&c.
LA SAGESSE ETERNELLE.
«
ODE.
Homme
Omme aveugle ,ditlaSageffe ,
>>Quelle vaine erreur te conduit ?
>>Ton fort , malgré-toi , m'intereſſe ;
>>Suivrai-je toujours qui me fuit ?
>> Accours à la voix qui t'appelle ;
>> A mes Loix ne fois plus rebelle ;
>> Je t'enyvrérai de plaiſirs ;
>>>Ofe renoncer à tes vices ,
>> Et dans un torent de délices
>> Je furpafferai tes défirs.
>> Mais dans ta courſe qui t'arrête ?
>>>Qui fait chanceler ton eſpoir ?
20 MERCURE DE FRANCE ,
Mon fils , la récompenſe eſt prête ;
Le bonheur est en mon pouvoir.
→ Confidere mon origine :
Elle est éclatante , divine ;
Maſource eſt dans l'éternité ;
>> Je deſcends de l'Etre ſuprême
>> Et je partage avec lui-même.
>> Son heureuſe immortalité.
* >> J'étois en ſa ſainte préſence
>>Quand il élevoit les côteaux :
> Je réglois avec complaiſance
Le juſte équilibre des eaux.
➡ Je dreſſois au niveaules plaines ;
→ Ma voix temperoit les haleines
>> Du Zéphire& de l'Aquilon.
• Le Soleil me dût ſa lumiere ;
Je le couvris dans ſa carriére
-DesCieuxcomme d'un pavillon.
** La nuit a ramené fon ombre .
>> Quels abimes font découverts !
DesTerres , des Soleils ſans nombre
>>>Sont les bornes de l'Univers .
>> Des bords du Midi juſqu'à l'Ourſe ,
>> Ges globes dirigent la courſe
>> DuNautonnier qui fend les flots ;
*Création .
** Corps célestes.
AVRIL , 1746.
Tandis qu'au ſein de l'eſperance
>>>Le Laboureur plein d'affûrance
>>>Puiſe la force& le repos.
(a) > Jette les yeux fur cet eſpace
>> Que remplit l'humide élement :
>>Uni dans toute ſa furface
>> Il ne montre aucun mouvement.
>>>Bien-tôt échapés à la vûe
>>> Ses flots s'énfuiront dansla nue
>>>Pour retomber dans les enfers ;
» Quels débordemens ! quels ravages ! ..
>>Mon doigt marque ſur ces rivages
>>>Laborne où ſe briſent les mers.
(b) >> Sortez du ſein de la pouſſiere
>>>Inſectes inviſibles corps ;
>> Parlez ; qui ſçût de la matiére
>> Animer en vous les refforts ?
>>>Mortel, que ma grandeur étonne.;
>>>Un nouveau monde t'environne ,
> Auſfi- tột créé que conçû.
>> Lemouvemenr & l'harmonie
>>Conſervent la tramblante vie
( a ) Mers
>> D'un corps par moi ſeule aperçu .
(c ) Des hommes qu'admira laGréce ,
(b)Petits insectes qu'on n'apperçoit qu'avec le microscopes
( c ) Lesfept Sages,
MERCURE DE FRANCE ,
>> Diviniſérent la raiſon :
>> Croyant poſſeder la ſageſſe ,
>> Ils n'en connurent que le nom.
>>>Envain , peuple avidede gloire,
>>>Tes travaux dignes de mémoire
>>>Reſpiroient le grand & le beau ;
>>Je fuïois les yeux de tes ſages :
>>>Au travers de mille nuages
>> Ils entrevirent mon flambeau .
>>Mon fils, redoute les paroles
. Des heureux , des Sages du tems :
>>>Acroire leurs diſcours frivoles
Als coulent ſeuls desjours contens.
>>>Leur ſageſſe eſt une chimére.
>>>>Leur bonheur un ombre legére.
>>E>tleurvieuntiſſu d'erreurs.
>>Qu'ils ſe ceignent le front de roſes,
>> La palme que tu te propoſes
>>Ne paſſe point comme ces fleurs,
O ! Reine aimable & triomphante ,
Que vos tabernacles ſon beaux !
Votre ſein tous les jours enfante
Desbiens, des prodiges nouveaux.
De tant de beautés raffemblées ,
De tantde graces dévoilées
L'éclat me remplit de fraïeur ;
Mon ame interdite , éperdue ,
AVRIL , 1746. 25
Tremble & demeure ſuſpendue ,
Entre l'amour & la terreur.
Ah! fi par une force heureuſe
F'étois à moi-même arraché ,
Si votre main victorieuſe
Détruiſoit enmoi le peché ,
Libre alors , une fainte audace
Me feroit voler ſur la trace
Des parfums qui marquent vos pas ;
Mavoix aux crisde laNature
S'uniroit pour venger l'injure
D'unDieu que l'on n'adore pas.
Trahe me : post te curremus in odorem
unguentorum morum.Cant.Cant..
24 MERCURE DE FRANCE,
LETTRE de M. Jean de Linchet
Marchand Eventailliste de..en Gascogne,
à M. Jacques Marchand Eventailliste *
demeurant rue Mouffetar à Paris.
M
Je ſuis d'une Province où depuis
Adam juſqu'à nous incluſivement il
y a eu des gens d'eſprit. Les Gaſcons ſont
auſſi célébres par leurs ſaillies que par leur
courage. D'où vient donc que la Garonne
n'a jamais vû ſur ſes bords ce que
la Seine a produit ſur les ſiens ? Jamais il
n'eſt ſorti de chés nous un Eventailliſte qui
poſſedâttoutes les qualités que vous réuniſſez
en vous même. Nous avons eû des Ouvriers
pleins de feu, mais manquant de juſteſſe dans
leur compoſition ; d'autres avoient quelques
étincelles de ce génie heureux qui vous
anime, M. mais ils n'avoient point les graces
naïves qui vous caractériſent ; je ſuis en état
d'en juger ; je connois depuis longtems vos
Eventails; mon correſpondant à Paris me les
*M. Jacques eſt mort depuis quelques mois ;
c'eſt une grande perte que nous avons faite ; il a
légué au public ſes ouvrages qui étoient ſon ſeul
bien , & nous croyons devoir lui donner cette
Letire comme un effet de la ſucceſſion du deffunt.
envoye
AVRIL 1746. 25
envoye à meſure que vous les mettez au
jour : les premiers que j'ai vus m'ont rempli
d'une admiration que les derniers ont augmentée
encore. Que ne puis - je auffi vous
raconter les effets qu'ils produiſent dans ces
climats brûlants ?
C'eſt vous qui dans le tems que la Nature expire
Sous les traits meurtriers d'un Soleil irrité .
Fourniſſez l'air que l'on reſpire ,
Et crez un Printems au milieu de l'Eté ;
C'eſtpar vos ſoins qu'au gré d'une main exercée,
Des plis ingénieux d'une étoffe agitée ,
Mille tendres Zéphirs s'échappent dans les airs ,
Et par desmouvemens divers
Badinant avec grace autour d'une coëffure ,
Agitent mellement ces noeuds
Que formeun Art induſtrieux
Dans une belle chevelure ,
Etpar un aimable murmure ,
Semblent appeller auprès deux
Les Ris , les Amours & les Jeux.
Ce ſeroit ici le lieu , M. , de vous nommer
l'émule, le rival d'Eole. Mais quoique
vous ayez avec ce Dieu des rapports qui lui
font honneur , j'apperçois entre vous des
differences qui font diparoitre toute ombre
decomparaiſon.
B
MERCURE DE FRANCE,
Car ce perſonnage Divin
Au fond de fon manoir concave
N'a jamais eû que des vents dans ſa cave ,
Et la votre eſt pleine de vin.
Il ſeroit plus naturelde placer auprès de
vous les Ouvriers célébres qui ont illuftré
notre profeſſion. Loin que votre gloire ſouffrit
de ce parallele , elle en recevroit un
nouvel éclat; c'eſt ce que j'ai fait décider
dans notre derniere aſſemblée ſyndicale,
Vous ſçavez , M. , que nous avons chés
nous unede ces aſſemblées; elle ſe tient deux
foisle mois; nous y affiſtons régulierement,&
toutes les fois que nous n'avons abſolument
rien à faire: là , après nous être entretenus
un moment de nos affaires particulieres ,
nous nous occupons profondément de celles
desautres ; dans la ffeéance dontje parle on
apporta un de vos Eventails , & ce fur d'abord
le ſujet de notre converſation.
Chacunenpenſa ce qu'il pût ,
Chacun en dit ce qu'il voulut ;
Les uns le trouvoient admirable ,
D'autres , ſeulement agréable :
Unmienvoiſingrand diſeur de bons mots
Prit l'Eventail , & tenant les yeux clos
Il le tourna par devant , par derriere
AVRIL 1746. 27
Etconclut en cette maniere :
Pourmoi je ne dis rien , ſinon
Que le gentil Auteurde ce bijoux mignon ,
Amoinsqu'il ne change de nom ,
Nefera jamais riendebon.
Quand ce fut à mon tour de parler , je
montai mon diſcours ſur le ton que prend
le ſage Neftor au commencement de l'Iliade;
je fis valoir ma longue expérience dans les
matieres que nous traitions ; je citaide nouveau
les courſes que j'avois faites pour voir
les plus riches magaſins des Eventailliſtes de
l'Europe. Jeparlai de monhabileté dans le
Deffein & dans les autres parties de mon
Art ; enfin je me rendis tant de juſtice
qu'ons'apperçut bien que ma modeſtie ſeule
m'empêchoit de dire tout ce que je penſois
furmon compte; après avoir ainſi préparé
les eſprits , je continuai de la ſorte ;
Et qu'on ne penſe pas , Mis , que notre
profeſſion ne demande pas de génie de la
part de ceux qui l'exercent ; oui , je prétends
qu'il en faut plus pour faire un bon
Eventail , qu'il n'en a fallu pour élever les
Pyramides d'Egypte,
Ce diſcours vous ſurprend , &vous croyez peut
être
Que le ſeul amourpropre aujourd'hui le fait naître,
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
Ecoutez , je vais le juſtifier ; il faut un
peu de géométrie pour tracer le plan d'une
Pyramide , il faut de l'argent pour la faire
conſtruire ; on peut avoir tout cela & n'être
qu'un fot. Mais combien de qualités d'un
autre genre ne demandons nous pas dans
an Eventailliſte ? Nous voulons qu'il aitde
l'invention & du goût , de la fécondité & de
la juſteſſe ; nous voulons qu'il peigne ,
qu'il trace des images , qu'il créé ou de luimême
ou d'après les autres ; nous voulons
en un mot qu'il travaille pour notre plaiſir
autant que pour notre utilité ; & pour cela
on a beſoin de toute autre choſe que d'un
compas , car pour en revenir à notre
exemple , qu'y a-t- il de ſi admirable dans
ces anciennes merveilles d'Egypte ? Il me
ſemble que le fait eſt ſimple ,& voici comme
je l'imagine : Le célébre Pharaon , ou
quelque'un de ſes ſucceſſeurs ayant vû une
petite Pyramide , il lui prit fantaiſie d'en
élever d'une grandeur énorme ; il en donne
l'ordre à des Architectes qui ſçavoient lire ,
ceux-ci conſultent un certain Vitruve qui
a écrit ſur cette matière ; ils trouvent dans
cet Auteur les proportions de l'édifice qu'ils
doivent conſtruire , ils les font ſuivre par
les Ouvriers ſubalternes que le Roi d'Egypte
payoit , & aufli-tôt les Pyramides ſontfaites.
Avouez, Mrs. , qu'on ne fabrique pas un
AVRIL 1746. 29
Eventail avec autant de facilité : cependant
on ſefait une petite idée de notre profeſſion.
Un public ſtupide , envieux,
Sur nos progrès fermant les yeux ,
, Nous prend pour des eſprits futiles
Dangereux à l'Etat , dans le monde inutiles ;
J'ai vû même des gens , & j'en palis d'effroi
Qui le diſoientde bonne foi .
Il eſt vrai que c'étoient des politiques &
decespolitiques qui couvertsd'or & d'argent
déclament ſans ceſſe contre un luxe qu'on
devroit bannir , diſent-ils , de la ſociété avec
tout ce qui ſert à l'entretenir; ainſi ſuivant
ces charitables Mrs. tout Eventailliſte ,
Bijoutier , Orfevre &c.
Devroit aller tête premiere
S'établir dans une riviere.
Je n'examine pas actue'lement où nous
meneroient ces conſequences, mais je ſuis für
que pour détruire le principe dont elles
fortent , il ſuffiroit de diftinguer le luxe qui
enrichit l'Etat d'avec celui qui le ruine.
Cette digreſſion nous écarteroit de notre
ſujet , & j'ai quelque choſe de plus précis
à vous rappeller.
On ſe plaint que les Arts tombent en
:
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
France , que les grands Maîtres en tout
genre ont diſparu , & que ceux qui leur ont
fuccédé ne produiſent plus de ces ouvrages
auſquels les fuffrages des contemporains
concilient par avance ceux de la poſtérité.
Il faut avouer , Mrs , qu'il y a quelque choſe
de vrai dans cette accufation. Nous avons
en notre particulier quantité d'Ouvriers qui
deshonorent la profeffion , & trop ſouvent
leur honte rejaillit ſur les corpsdont ils ſont
membres ; c'eſt une injustice évidente , mais
ilne fuffit pasde la connoître , il feroitbon
de la faire ceſſer , s'il étoit poſſible : poury
parvenir il faudroit de concert ſuivre un
Réglement qui remédiût à tout. 1º. Celui
qui n'a point de talent , au lieu d'aſpirer àla
Maîtriſe devroit toute ſa vie reſter garçon
de boutique. 2º . Celui qui a reçu quelques
talens , devroiten connoître l'étendue , en
renfermer l'uſage dans les bornes que la
Nature lui a preſcrites , & ne pas travailler
àdes Eventails compoſes , lorſqu'il ne peut
enfaire que de ſimples. 3°. Celui dont les
grands talens font couronnés par des ſuccès
proportionnés doit encore s'aſſujettir à
certaines régles dictées par la raiſon , &
mettre ſurtout dans ſes ſujets une vraiſemblance
parfaite. Je reprends ces trois idées ;
l'importance de la matiere l'exige.
د
Avant que d'entreprendre un ouvrage,
AVRIL 1746.
avant que de vouloir porter un fardeau , il
faut meſurer ſes forces , c'eſt le ſentiment
d'Horace, avant lui le bon ſens l'avoit dit , &
il ne conviendroit pas aujourd'hui , même à
un homme d'eſprit , de penſer autrement.
Faute d'appliquer ce principe , pluſieurs
de nos confreres mettent au jour des productions
indignes qui portent avec elles
un caractére de réprobation ; ce font des
Eventails ſans graces & ſans légereté , des
machines lourdes où l'on voit à decouvert
les tracesd'une lime peſante, & les traits d'un
pinceau groffier. Ces Eventailliſtes font par
mi nous ce que les froids Ecrivains font dans
leur genre; les uns & les autres parviennent
par la même route au même but; ils fatiguent
& ils endorment. Il me tomba ces jours
paſſes entre les mains un Eventail qui venoit
d'une deces boutiques ; à fon poids & à fa
ſtructure je le jugeai capable de produire les
plus finguliers effets ; comme celui qui me le
préſentoit le vantoit extrêmement , je le
priai d'en faire l'eſſai ſur lui- même.
11 ébranle auffi - tot ſon Eventail énorme ;
Auvent que produiſoit cette machine informe
Son ſein s'ouvre & s'épanouit ,
Mais bientôt , & revers funeſte !
L'Eventail tombe , l'ennui reſte ,
It mon homme s'évanouit .
B iiij
32. MERCURE DE FRANCE.
Je reprocherai à d'autres Ouvriers un
défaut moins commun , mais dont les effets
font à peu-près les mêmes; ceux- ci donnent
trop d'ampleur & trop de jeu à leurs Evenrails
, & de - là quarrive-t-il ? C'est qu'au
lieu de tempérer les chaleurs de l'Eté par
une fraicheur modérée , ils excitent autour
denous des tempêtes qui nous font tranfir
de froid. Quand un pareil inſtrument eſt
agité , malheur à ceux qui ſe trouvent dans
la ſphére de ſon action : on eſt réellement
alors dans les Mondes de Deſcartes , on
tourne , on circule , on paſſe d'un tourbillon
à l'autre ſans s'en appercevoir. Le bruit
étourdit , le mouvement éblouit. Je comparerois
volontiers ces ſortes d'Eventails à ces
ouvrages de Proſe ou de Poëſie ſurchargés
d'eſprit , d'où s'échappent avec impétuoſité
une infinité de traits hors d'oeuvre & de
ſaillies déplacées , & plus particulierement ,
à ces ſtyles bourſouflés , qui au moyen d'une
nuée d'épithétes bruyantes qu'ils trainent
après eux marchent en grondant& fontun
fracas horrible ; indigné contre des abus fi
marqués , je ne ſçaurois m'empêcher d'adreffer
à ceux qui les introduiſent parmi
nous une apoftrophe des plus violentes :
Peres des ouragans , fleaux de l'Univers ,
Eventailliſtes déteſtables ,
AVRIL 1746. 33
Quoi! par des vents inſurportables
Vous troublez l'empire des airs ?
Quos ego... Je me tais. Mais pour rendre publiques
Les marquesd'un ſi grand courroux
Je n'irai plus dans vos boutiques ,
Et crainte de vos vents je fuirai loinde vous .
Il eſt enfin un troiſiéme écueil contre lequel
viennent fouvent échouer ceux même
qui ont ſçu ſe garantir des deux autres . On
n'étudie point la Nature , & conſequemment
on ne la rend point dans la vérité ; on la
déguiſe comme ſi elle n'étoit pas aflés belle
d'elle-même. Jettons les yeux fur ces fameux
Eventails que les curieux confervent dans
leurs cabinets comme des chefs - d'oeuvre de
l'Art. Nous y verrons.....
Concluons donc , Mrs , car je n'aime pas
à être Prolixe , concluons que M. Jacques
eſt un des Ouvriers qui a porté le plus loin la
gloire de notre Art, & je ne l'ai trouvé en défaut
que dans une occafion : peut-être même
n'ai -je pas bien pris ſa penſée , peut- être y
a-t- il dans ce qui fait l'objet de ma cenſure
une fineſſe qui doit échapper à des Provinciaux.
En examinant de près un de ſes
Eventails qui repréſentoit en même-tems
pluſieurs figures humaines , deux Montres
& une Marmite , je me ſuis apperçu que
By
34 MERCURE DE FRANCE.
l'Ouvrier avoit donné une langue à tout
cela; j'en ai été ſurpris , je l'avoue , non pas
rant à cauſe des deux Montres , car on peut
ſuppoſer qu'elles étoient à répétition , &
dans ce cas la langue feroit un ſigne vraiment
ſymbolique ; mais il m'a paru qu'il n'auroit
pas fallu endonner une à la Marmite. Dixi.
Je finis par-là mon Diſcours diviſé en
trois points. On m'avoit écouté avec attention
; je ſentois en parlant que la douce
perfuafion couloit de mes lévres , & je fus
bien tôt convaincu qu'elle s'étoit gliffée dans
l'eſprit de mes Auditeurs , car au lieu
Quemesconfreres autrefois
Diſoient en entendant mavoix ;
Ah ! cadedis , comme ilbredouille !
Tous étonnés il dirent cette fois :
Eh donc! voyez comme il gafouille !
Je tirai un bon augure de ce changement
d'expreſſion& je voulus en profiter. Je propofai
à l'aſſemblée de vous écrire pour vous
remercier de l'honneur que vous faifiez à
notre profeffion , & des modéles que vous
nous donniez à imiter : ma propoſition fut
reçue avec applaudiſſement , & on voulut
que l'Orateur de l'aſſemblée en fut le Secretaire
; que nedevons-nous pas attendre ,
diſoit-on , d'un homme qui ſans préparation
AVRIL 1746. 35
parle , Proſe , Vers &bon ſens ? Apparemment
ce M. Jacques eſt une Divinité tutelaire
qui inſpire ceux qui veulent toucher à
fonéloge.
Ainſi , M. , un impromptu qu'on m'accufe
d'avoir fait , me force à vous écrire une
Lettre que je ne ſçaurai point faire , &
pendant que ces Meſſieurs ſe félicitent de
leur choix , je ſuis occupé à vous prouver
qu'il n'eſt point fondé en raiſon , car fans
faire tort à votre influence , à laquelle aucontraire
j'ajoûte beaucoup de foi , je vous
avouerai que mon Diſcours n'étoit rien
moins qu'un impromptu. Comme je prévoyois
que vos ouvrages ne tarderoient pas
à faire du bruit dans quelqu'une de nos
aſſemblées , & peut être même à y exciter
des diviſions , j'avois à tout hazard levé des
troupes pour votre ſervice , & préparé des
raiſons pour les oppoſer au mauvais goût :
c'eſt là tout le myſtére: je n'aime pas les
impromptus bruſques ,j'ai même des raiſons
pour leshair,
Carmon eſprit pour l'ordinaire
S'enfuit quand ilm'eſt néceſſaire ;
Ainſi privé de mon defir
Jeme réduis tout ſimplement à faire
Des impromptus fabriqués à loiſir.
Bvj
36 MERCURE DE FRANCE.
Quoiqu'il en ſoit , M. , flaté de la glorieuſe
commiſſion dont on m'a chargé , j'ar
penſé quelque tems à la maniere dont je
m'en acquitterois , mais comme je reſtois
toujours au-deſſous de mon-ſujet , j'ai crû
que l'aveu de mon inſuffiſance valoit mieux
quede ſteriles efforts , & qu'un récit naturel
de ce qui s'eſt paſſe dans notre aſſemblée
vous plairoit plus que le pompeux étalage
queje pouvois faire de vos talens &de vos
vertus. Un éloge qui n'étoit point deſtiné
à parvenir juſqu'à vous ne doit pas vous paroître
ſuſpect .
Je ſuis , Monfieur , &c.
Ce 15 Fevrier 1746.
H
EPITRE Aux Muses.
, Eureux Muſes , heureux ceux que loin dù
vulgaire
Vos faveurs ont admis dans votre ſanctuaire !
Contents de vos lauriers ,& charmés de vos versi,
Ils n'ont pas la fureur de troubler l'Univers.
Ilsn'aimentpointà voir ſur les pas d'Alexandre
Les Trônes fracaſſes , ni les Villes en cendre.
Loin des ſoins du commerce&des cris du Barreau
AVRIL
1746. 37
Votre Pinde pour eux eft l'objet le plus beau ;
Un jardin , un ruiſſeau qui fuit dans les prairies
Borne avec agrément leurs doctes réveries ;
Ils cherchent ces vallons où Zéphir chaque jour
Voitles Ris & Venus danſer avec l'Amour.
Auſſi , Muſes , auſſi rien n'égale leur gloire.
L'oubli n'en doit jamaiseffacer la mémoire.
Sous les Drapeaux de Mars leGrec & le Romain
N'ont acquis un grand nom qu'au prix du ſang
humain.
L'éclat de ces lauriers dont ils paroient leurs
têtes ,
S'eſt auſfi -tôt paſſé qu'ont paſſé leurs conquêtes ,
Mais les fleurs qu'en vos champs les Auteurs vont
cueillir ,
Nont point caufé de maux &ne sçauroient
vieillir.
>
Que la Tour (r) dans un Temple où régne la
Prudence
Tienne enmainde Thémis leglaive&la balance
Que du Chayla (2) bravant le canon & les dards ,
De l'orgueilleux Anglois briſe les Etendarts :
Quant àmoi je me plais dans cesbelles retraites
Qu'habite ſous vos Loix un peuple de Poëtes:
Jen'admire que vous ; vous êtes aujourd'hui
(1) Fremier Prifident au Parlement d'Aix
(2) Lieutenant Général des Armées .
38 MERCURE DE FRANCE.
Mes délices , mes biens , ma gloire , mon appui.
OMuſes ! & Permeſſe !&vous charmans rivages!
Qui me tranſportera dans vos ſombres bocages ?
Comme autrefois ce Grec , (1 ) couché ſur le
gazon ,
Quandpourrai-je dormir ſur le haut Hélicon?
Comblez donc mes fouhaits ; ouvrez à mon audace
Le chemin le plus court qui conduiſe au Parnaſſe ,
Et peut - être qu'un jour plus heureuſe en ſes ſons
MaMuſe aura l'honneur d'être au gré desBourbons.
Manuel Prêtre de la Doctrine Chrétienne .
,
en
LETTRE de M. l'Abbé Beaulieu Prêtre
Chapelain de S. Didier de Poitiers
réponse à M. l'Abbé deS. Remy qui l'a prié
de lui communiquer ſes Réflexions fur ce
fujet: Pourquoi les gens de Lettres font
rarement favoriſés de la fortune.
J
E voudrois bien vous fatisfaire , M. , fur
la Queſtion que vous me propoſez ; je
vous connois plus capable que moi de la
bien traiter ; vous auriez dû le faire vous
meme ; fi vous l'euffiez entrepris , c'eut été
(1)Héfiode,
AVRIL 1746. 39
avec ce ſuccès ordinaire qui vous diftingue
ſi bien dans la République des Lettres :
de plus , la priere que vous me faites n'eſtelle
pointune épreuve à laquelle vous voulez
mettremondiſcernement , ou pour pénetrer
ma façon de penſer ? Je vous répondrai
donc ,M., dans quelque vue que vous m'ayez
interrogé , mais ce ſera ſeulement ſous les
auſpicesde votre indulgence ; mon Difcours
rendra peut-être mal ce que je penſe & ce
que je ſens ; d'ailleurs la brieveté du délai
que vous m'avez accordé reſſerre mon
travail dans des bornes très-étroites ; le peu
de tems que j'ai pour vous répondre neme
permet pas de donner à mon Diſcours l'ordre
& l'arrangement qui pourroient le faire
goûter.
Rarement on voit les gens de Lettres ,
même malgré la ſupériorité de leur mérite
&de leurs talens , avoir part aux faveurs
de la fortune ; leurs prétentions & leurs efpérances
ſont très-bornées, & leur ambition
ne peut s'exercer que ſur des objets médiocres;
les Dignités ni les richeſſes ne les
attendent point au bout de leur carriére :
mais pourquoi des hommes qui par leur
éducation doivent avoir l'eſprit éclairé & les
ſentimens nobles, qui fe fentent des lumieres
&des forces ſupérieures, pourquoi , dis-je
ne profitent-ils pas de cette diſpoſition pour
40 MERCURE DE FRANCE.
parvenir à être élevés par la fortune audeſſus
duvulgaire comme ils le ſont par leur
eſprit ? Pour moi , M. je crois que c'eſt
cette élévation d'eſprit qui leur eſt nuiſible :
l'homme de Lettres , (je parle de l'homme
de Lettres qui eſt en même-tems homme de
bien ) fait trop peu de cas des richeffes &
des grandeurs pour leur ſacrifier ſon repos
& ſon goût ; l'ambition ne le ſollicite point
affés pour lui inſpirer l'ardeur & l'activité
néceſſaires à ceux qui veulent faire fortune à
quelque prix que ce ſoit : il lui faudroit
d'ailleurs être ſouple , complaiſant , flateur ,
& quelquefois ramper honteuſement ; un
homme qui ſent un peu ce qu'il vaut peutil
gagner ſur foi de faire ſa cour à des hommes
qu'il croit avoir droit de mépriſer ? Peut- il
même quelquefois diffimuler ce qu'il penſe à
leur égard ? quand même le mauvais état de
ſes affaires ledétermineroit enfinàvouloirdemander
quelques graces , n'a-t- il pas à craindre
oudes refus humilians ou des promeſſes
trompeuſes? Deplus quelle idée peut-il avoir
dela fortune lorſqu'il la voit prodiguée tous
les jours à des perſonnes du mérite le plus
mince ? Cela eſt arrivé dans tous les fiécles ,
&s'il en doute il n'a qu'à ouvrir ſes Livres
&confulter l'Hiſtoire pour s'en convaincre.
Je puis bien appliquer au mérite littéraire
se que l'Abbé de S. Réal dit du mérite en
AVRIL 1746. 41
général; le mérite , ſelon lui , le plus exempt
dedéfauts, eſt ſouvent un obſtacle à la fortune
, & rarement il aide à réuſſir .
De grandes qualités dans un homme qui
ſe préſente à la Cour irritent ceux dont
elles arrachent l'admiration ; d'ailleurs les
premieres placesde la faveur ſont déja priſes;
le Prince ou le Miniſtre contens de leur
choix ne fongent ſeulement pas qu'ils en
peuvent faire un meilleur; c'eſt ainſi que
le mérite languit & eſt rarement employé.
Meritum laudatur & alget.
Pour répondre en même tems, M.à l'article
de la conversation ſur laquelle vous me demandez
auſſi quelques réflexions, je vousdirai
que le talent de rendre la converſation
agréable ſuppoſe beaucoup d'art & de délicateffe
: rien n'eſt ſi facile avec nos inferieurs
parceque la déference qu'ils ont pour nous
met le choix du ſujet entre nos mains& nous
donne la liberté de le changer à notre gré ,
mais les difficultés commencent avec nos
égaux; ils ont le même droit que nous au
choix & au changement , & la civilité rous
oblige quelquefois àles ſuivre dans un Difcours
qui eſt ſans agrément pour nous , ou
que nous avons peine à comprendre ; l'embarras
augmente avec nos fupérieurs ; il
faut ouſe taire ou entendre parfaitement ce
qu'on dit ; le reſpect ne nous permet point
(
1
42 MERCURE DE FRANCE.
de changer le ſujet , & s'ils le changent eux
mêmes , notre devoir eſt de les ſuivre , &
notre honneur de ne pas paroître ignorans
fur tout ce quil leur plaîtde propoſer , mais
c'eſt particulierement avec les perſonnes de
qualité qu'on ne ſçauroit uſer de trop de
précaution ſi l'on veut ſe ſoutenir longtems
dans leur eſtime. Trop de ſçavoir &d'agrément
les bleſſe parce qu'il leur fait ſentir ce
qui leur manque. Trop peu leur peſe & les
ennuye ; ils mépriſent ce qui ne vaut pas
plus qu'eux , ils redoutent ce qui les ſurpafſe
de trop loin. On ſçait l'avanture de ce
Gntilhomme Italien qui perdit le Chapeau
Rougepour avoir montré plus d'eſprit qu'un
Cardinal qui fut élû Pape quelques jours
après.
Engéneral la converſation avec nos égaux
ou nos inférieurs demande beaucoup de
douceur & de civilité ; un air ouvert dans
les manieres &un tour obligeant dans l'expreffion;
avec nos ſupérieurs c'eſt une confiance
honnête ſans préſomption , un mélange
de ſçavoir &de beſoin d'être inſtruit ,
qui nous faffe expliquer avec grace ce qu'on
eſt bien aiſe d'apprendre de nous , & qui
nous diſpoſe toujours à prêter docilement
l'oreille à ce qu'on ſe croit en état de nous
apprendre , mais avec les uns & les autres un
homme qui veut ſe faire goûter n'accorde
AVRIL 1746. 45
Jamais d'entrée dans ſes diſcours à l'air de
fuffifance & d'orgueil , à la vivacité qui
tient de l'emportement , à l'opiniâtreté &
moins encore à la raillerie , car de quelque
agrément que cette derniere ſoit temperée ,
elle fait toujours plus d'ennemis que d'admirateurs.
Dicteria magis repugnant quan
arrident. *
Je ſuis , Monfieur , &c..
L
APoitiers ce 20 Fevrier 1746.
une Demoiselle aſſiſe devant son miroir
Traduction de l'Anglois.
Es Dieux font aux mortels de dangereux
bienfaits :
:
Labeauté n'eſt ſouvent qu'une fource de larmes
Pour avoir vû dans l'eau ſes agréables traits
Narciffe , qui l'eut crû jamais ?
Mourut victime de ſes charmes .
Vous avez , Emilie , une égale beauté ;
Etes - vous plus en fûreté ?
Défiez - vous de cette glace ;
* Quintil.
১
MERCURE DE FRANCE
Comme vous Narciſſe ſe vit ;
Objet de ſa flame il périt ;
Unmême deſtin vous ménace.
Mon amour vous en avertit .
L'imprudente & jeune alouette
Badine devant un miroir ;
Elle y vole, elle aime à s'y voir ;
Dupede fon humeur coquette ,
Elle court , ſans ſonger au péril qui l'attend ,
Vers le piege ennemi que l'Oiſeleur lui tend.
L'Amour aujourd'hui vous affiége ;
Il uſe du même détour ;
I veut que vous ſoyez captive de l'Amour
Pour lui ſervir après de piége.
Lorſque vous contemplez ces attraits enchanteurs
Répandus par Hébé ſur votre beau viſage ,
Songez qu'ils ont l'éclat & le deftin des fleurs :
Ils s'enfuiront tous avec l'âge ;
Vousles regretterez:il ne ſera plus tems ;
L'Amour n'aura pour vous que des yeux ménaçans
Sur le déclin de votre vie ;
Il ne vous laiſſera que d'affreux repentirs ;
Vous verrez une autre Emilie
Dans ce miroir qui fait tous vos plaiſirs
Au Printems de votre jeuneſſe
1
AVRIL. 1746. 45
2
Ecouterez - vous la fierté ?
Mépriſez ſes avis ; ſçachez que labeauté
Doit votre coeur à la tendreffe .
Votre âge vous promet un deftin desplus doux :
Diane étoit auſſi belle que vous ;
Cette Déeſſe , après s'être admirée
Mille fois dans les claires eaux
Des fontaines & des ruiſſeaux
Préfera le plaifir de ſe voir adorée
Par un jeune Chaſſeur , de ſe voir dans ſes bras ,
Auplaifir d'admirer d'inutiles appas .
Juſques à quand ce coeur volage
Reſſemblera-t-il au miroir¿
J'ai crû quelquefois entrevoir
Qu'il me devenoit moins fauvage.
Mais ce n'étoit helas ! qu'une legere image
Qui ne brille à mes yeux que pour s'évanouir ;
Et dont il reſte à peine un foible ſouvenir.
DuGliral à Rouen.
46 MERCURE DE FRANCE. I
LETTRE de M. D*** à M. D ***
Sur lesſenſations des bêtes..
I
L eſt vrai , M. , que j'ai demeuré quelque
tems avec des perſonnes très-refpectables
qui ont eu biendes bontés pour moi .
mais qui étoient extrêmement attachées au
ſentimentdeDeſcartes ſur les bêtes. Ce fut ce
quimedonna lieu d'écrire quelques réflexions
qui me vinrent alors dans l'eſprit ſur ce ſujet ;
on vous en a parlé & les voici.
Les animaux ont des organes comme
nous ; quelques uns même en ont qui paroiſſent
bien plus ſubtils que les nôtres.
L'odorat des chiens abien plus de fineſſe
que notre odorat , la vue des oiſeaux de
de proye a une portée plus grande que celle
de nos yeux , & les taupes voient où affûrément
nous ne verrions point.
Mais les animaux ont-ils , comme nous
une ſenſation intérieure , lorſque les organes
de leurs ſens ſont émus ? Quand les
objets extérieurs ſe peignent dans le fond
de leurs yeux , ont-ils le ſentiment de la
vûe? Quand le chien vient à la voix de
AVRIL 1746 . 47
ſon maître , y a-t-il eu dans le chien quelque
choſe de plus que le ſimple ébranlement
des organes de l'oreille , & ce chien
connoît-il que c'eſt ſon maître qui l'appelle?
Les divers mouvemens des organes ne
font que des propriétés du corps , mais le
ſentiment intérieur qui en réſulte eſt une
affection qui ſuppoſe que le corps eſt uni
àune ame, Tout ſentiment intérieur eſt une
ſorte de penſée dont le corps eſt incapable,
Le corps ſeul n'eſt ſuſceptible que des propriétés
qui ſont des ſuites de l'étendue ,
comme de mouvement , de diviſibilité , de
figure&c.
Ainfi on demande ſi les bêtes ont le
ſentiment de la vûe , de l'odorat , du goût ,
de l'ouie , & du toucher ; fi elles reſſentent
du plaifir & de la douleur , & fi elles font
émues intérieurement comme nous par les
paffions , dont elles nous donnent tous les
jours tant de témoignages extérieurs.
On l'avoit crû ainſi juſqu'à Deſcartes ,
mais ce Philoſophe prétend que les bêtes ne
font que de ſimples automates comme
cette Statue admirable que nous avons vue
dans ces derniers tems qui jouoit pluſieurs
airs de flute avec une juſteſſe & une expreffion
merveilleuſe , & qui afſurément
n'entendoitni neſentoit rien en les jouant,
48 MERCURE DE FRANCE.
Le ſentiment intérieur étant une forte d
penſée ſelon Deſcartes , ſi les bêtes , ditil,
avoient ce ſentiment elles penſeroient
ſi elles penſoient elles auroient une ame
ſi elles avoient une ame , cette ame étan
ſpirituelle elle ſeroit immortelle,& digne
on de punition , ou de récompenfe.
Tel eſt le raiſonnement de ce Philoſophe
&de ſes diſciples , raiſonnement fondé nor
fur une exacte diſcuſſion du fait , mais uniquement
ſur des conféquences & des analogies.
Ses adverſaires , àleur tour , en tirent
de ſon ſyſtême qui ne font pas moins dangéreuſes.
» Car , diſent-ils , comme le Pere
Pardies l'a fort bien remarqué , fi une fois
>on admet que toutes les opérations des
>> bêtes peuvent ſe faire fans ame & par
la ſeule machine de leur corps , on vien-
„ dra bien- tôt à faire le pas , & à dire auſſi
» que toutes les opérations des hommes
→peuvent ſe faire par une ſemblable diſpofition
de la machine de leur corps.
ec
>> Ainſi les partiſans de l'un ou de l'autre
>> parti n'ont pas plus de droit les uns que
" les autres , continue le P. Pardies , de ſe
>> reprocher leurs ſentimens& de les rendre
odieux par la ſuite qu'on en pourroit tirer
en faveur des impies.
১১
Mais écartons l'idée de ces conféquences
odieuſes ; elles ne donnent aucune lumiere
pour
AVRIL 1746. 45
pour le fond de la choſe qui n'eſt qu'une
ſimple queſtion de fait. Le ſentiment de
Delcartes a donné lieu de faire l'application
de cette penſée ingénieuſe d'un de nos modernes
, que les grands géniesfontles ſyſtêmes ,
que les bons n'y croyent point.
Le P. Pardies , Jéſuite de réputation ,
n'eſt pas le ſeul qui ſe ſoit élevé contre le
ſentiment de Deſcartes , il a été prévenu &
ſuivi par un grand nombre de perſonnes
également pieuſes & fçavantes.
Pour moi je m'en tiens au gros bon ſens
du Laboureur , du Chaſſeur , & de tous
ceux qui aprivoiſent & qui dreſſent des animaux
, avec leſquels ils ne dédaignent pas
de faire une forte de converſation croyant
les entendre & en être entendus. Après cet
aveu je prendrai la liberté d'ajouter ici quelques
réflexions.
I. Dieu eft le maître ſouverain de ſes
créatures; il les a faites telles qu'il lui a
plû ; il leur a donné les facultés qu'il a jugé
à propos de leur donner , ainſi qu'il y ait
des Oiſeaux de proie , des Tigres , des Pantéres
, des Crocodiles , des Vipéres , des Serpens
àſonnette, des Tarentules , un Ver ſolitaire
qui ſe nourrit de notre chile , des Inſectes
qui vivent du plus pur de notre ſang
&c. Ce n'eſt point à nous à vouloir approfondir
la conduite de Dieu , Cela eft : ad-
C
50 MERCURE DE FRANCE.
mirons , reſpectons , & adorons Dieu créa
teur & confervateur , en lui rendant graces
de ce qu'il veut bien nous permettre de
détruire les propres ouvrages , ſi admirablement
organifés , quand ils nous nuiſent &
que nous ſommes les plus forts , ſoit par
notre force naturelle , ſoit par celle que nous
empruntons de notre induſtrie , & n'est-ce
pas ainfi , pour le dire en paſſant , que le
puiſſant opprime lefoible ,& que l'homme
s'aſſujettit Phomme même.
II . Pourquoi n'y auroit-il pas pluſieurs
eſpéces d'ames , les unes immortelles comme
l'ame de l'homme , & les autres ſujettes
à n'être conſervées qu'auſſi long- tems que
dureroit l'economie animale de leur corps :
& celles - ci pourroient étre diviſées en ames
moins brutes , comme celles des Chiens ,
des Singes , des Eléphans , des Caſtors , des
Renards &c. & en ames plus brutes telles que
celles des Anes &c. enſorte qu'il y a peut
être entre les hommes & les animaux une
difference à peu près ſemblable à celle qu'il y
a entre les animaux & les plantes , qui
végétent , qui vivent , qui reſpirent , qui ſe
multiplient &c.
Mais encore un coup ce n'eſt point à
nous à approfondir la conduite de Dieu , &
encore moins à mettre des bornes à ſaToute
Puiſſance,
AVRIL 1746. 32
Mais ſi d'un côté nous ne pouvons pas
nous refuſer à reconnoître le fait qui nous
frappe , qui nous ſaiſit , qui nous étonne
nous ne devons pas pour cela mettre notre
eſprit à la torture , afin d'imaginer des ſyſtêmes
pleins d'illuſions & inventés uniquement
pour éluder des difficultés apparentes
, qui ne font difficultés que pour les eſ
prits foibles qui même n'y penſeroient point
ſi on ne leur en donnoit pas la penſée.
en-
III. * Lepéché est une action , une parole
on un défir contre la Loi de Dien. Ainsi le
péché ſuppoſe donc d'abord une Loi
fuite il ſuppoſe de la part du pécheur la li..
berté & un certain dégré de raiſon & de
lumiére. De-là vient que les enfansqui n'ont
pas encore atteint l'âge de raiſon , ni les
perſonnes qui ont perdu l'eſprit ne péchent
point.
Or les bêtes n'ont aucune loi. On peut
leur dire avec un de nos Poëtes : *
Vous vous abandonnez ſans remords , ſans terreur
A votre pente naturelle ;
Point de loi parmi vous ne la rend criminelle.
En ſecond lieu les bêtes n'ont pas autant
de raiſon ni de lumiére que ceux de nos
*Auguft. L. 22. cont. Fauft. C. 27.
*Des Houl. Idile. T. 1. p. 130 .
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
enfans&de nos inſenſés qui en ont lemoins
& dont les actions contre la Loi ne ſont pas
imputées à péché. Ainſi les bêtes ne font
capables ni de mérite ni de démérite ni
par conféquent dignes de punition ou de
récompenfe. Les Oiſeaux de proie , les bêtes
voraces , les Vipéres &c. fuivent leur diſpofition
méchanique , & il n'y a que la loidu
plus fort qui puiſſe , ou les empêcher de
nuire , ou les punir d'avoir nui.
IV. Avant Deſcartes iln'y avoiteu qu'un
fort petit nombre de perſonnes qui euſſent
penſé comme lui ſur les bêtes , & leur
opinion étoit demeurée dans l'obſcurité &
n'avoit pas eu l'honneur de faire ſecte. Ainſi
l'on peut dire qu'avant ce Philoſophe tout
le monde étoit généralement perfuadé que
les bêtes ont du fentiment. On diſputoit
ſeulement ſur la queſtion de ſçavoir fi elles
ont la faculté de raiſonner & juſqu'à quel
point s'étend en elles cette faculté.
V. Mais revenons au jugement de la
Nature. Je demande à quelque partiſan
des automates , ſi jamais il n'a fait de converſation
par figne avec un muet ? Quand
lemuet répondoit à ſes ſignes , le Philoſophe
croyoit fans doute que le muet l'entendoit
, qu'il voyoit , qu'il ſentoit : & pourquoi
le croyoit-il ? Parce que le muet répondoit
congrument à ce que le Philofo
AVRIL 1746. 53
phe luifaiſoit entendre. Eh bien le Chien répond
ainſià fon maître. Et pourquoi fommes
nous perſuadés que les autres hommes
avec qui nous vivons tous les jours , voyent ,
entendent , fentent & penſent comme nous ?
C'eſt que par leurs geſtes , par leur mine ,
& par leurs actions , ils nous font connoître
qu'ils répondent à nos penſées. Il n'y a fur
ce point entre la béte & nous que la difference
du plus au moins , & celle de l'immortalité
de notre principe de ſentiment &
de la mortalité du principe de ſentiment
dans les bêtes , qui ont des organes femblables
aux nôtres.
VI. Les ſtatues des Dieux des anciens
avoient des oreilles & n'entendoient pas :
elles avoientdes yeux & ne voyoient pas.
Pourquoi ? C'eſt qu'elles n'avoient que le dehorsdes
organes des ſens. Mais dans les bêtes
l'organiſation eſt entiére , elle eſt extérieure
& intérieure ; leurs yeux ſont de véritables
yeux, leurs oreilles ſont des oreilles véritables:
tous les nerfs des organes de leurs
ſens aboutiſſent à un cerveau. Et & je diſois
qu'avec de tels yeux elles ne voyent point
& qu'avec de telles oreilles , elles n'entendent
point, je croirois foutenir qu'avec l'eſtomach
qu'elles ont elles ne digérent point.
La Nature n'auroit-elle donc fait la dépenſe
d'une organiſation fi admirable que
C iij
$4 MERCURE DE FRANCE.
pour nous enimpofer ,& nous faire croire
que les bêtes voyent & entendent , pendant
qu'elles ne verroient ni n'entendroient pas
plus que de ſimples Statues ?
VII. Je ne m'arrêterai pas à une infinité
d'hiſtoires qu'on rapporte des Eléphans ,
des Caſtors , des Singes , &c. Il n'y a perfonne
qui n'obferve tous les jours dans les
animaux domeſtiques des procédés qui ſuppoſent
évidemment du ſentiment. Les pafſions
ſurtout , telles que la jaloufie , la trifteſſe
de l'abſence du maitre &c. me paroiffent
encore une grande preuve de ſentiment
dans les bétes..
Que le Cartéſien me permette donc de
le renvoyer non ſenlement aux ouvrages du
P. Pardies , du P. Daniel & à quelques autres
: mais ſurtout au ſentiment naturel qu'il
a lui-même lorſque ſon Chien le careſſe
lui obéit , le démele dans la foule & lui
donne tant d'autres marques de ſentiment.
Quelle ingratitudede ne pas reconnoître au
moins que ce Chien ſent ce qu'il témoigne
avec tant d'ardeur! Faut-il que des fubtilités
frivoles étouffent dans le Cartéſien ce que
les ſimples lumiéres du bon ſens & le jugement
de la Nature font voir avec tant d'évidence
au reſte des hommes ?
Voilà , M. , les réflexions dont on vous
a parlé. Permettez moi d'ajouter ici l'EpiAVRIL
1746.
55
い
gramme de Mlle. Deſcartes niéce du Philofophe
auſujetde la Fauvete de Mlle. Scuderi:
cet Oiſeau qui venoit à la voix de ſa maîtreſſe
donna de l'exercice aux beaux eſprits
de ce tems-là.
Voici quel eſt mon compliment
Pour la plus belle des Fauvétes ;
Quand elle revient où vous êtes ,
Ah! m'écriai-je , avec étonnement ,
N'en déplaiſe à mononcle , elle a du jugement.
Ainfi , M. , je m'en tiens au jugement de
la Nature & je ſens l'illuſion de ces hypothèſes
arbitraires fondées ſur de pures imaginations.
Elles n'ont qu'un tems dit Ciceron
* & ce même tems qui en abolit peu
à peu le régne confirme tous les jours les
jugemens de la Nature.
J'ajouterai auſſi que le tems ne fait qu'augmenter
en moi les ſentimens d'eſtime & de
reconnoiffance que vous ſçavez , M. , que
j'ai pour vous &c.
* Opinionum commenta delet dies , Naturæ
judicia confirmat . Cic. de Nat. Deor. L. 2. C. 2.
A Paris ce 2 Mars 1746.
Ciiij
58 MERCURE DE FRANCE.
*****号号号号号号号号号
AM. le Maréchal Comte de Saxe fur fa
campagne d'Hyver en 1746.
ASuivrece Héros nos troupes toujours prêtes
Bravent d'un long Hyver les plus vifs contretems
;
Ce Général faifant en Hyver des conquêtes ,
Que ne ferat-il point au retour du Printems ?
J
Le Chat Ambitieux ,
FABLE.
Adis un Chat de maigre échine
Chés une vieille avoit pauvre cuiſine ;
Rarement d'un morceau depain
Avoit-il ordinaire ,
Mais pour appaiſer grande faim
Encor faut-il le néceſſaire.
Hélas ! il ne voyoit de ſouris ni de rats ;
Son gîte étoit trop vuide de farine ;
Auſſi dans ce ſéjour où régnoit la famine
Jamais il ne vint d'autres Chats.
AVRIL 1746. 57
Arrive un jour enfin qu'il voit ſur la muraille
Un de cesbeaux Minets qui font torche& ripaille,
Gros , gras , bien nourri ,
Etqui croquent peu de fouris ;
Minons d'une belle quarrure
Soutenans avec peine une large figure :
Dis-moi , cria maigret , comment cet embon
point ?
Tu créves dans ton gras pourpoint
Tandis que je ſuis miferable :
Un grand me reçoit à ſa table ,
Lui répond le Chat gras ;
J'y prends tous mes repas ;
J'attrape un bon morceau dont je remplis ma
panſe ;
C'en ſeroit bienaſſes pour toi , je penſe .
Maigret ambitieux y veut être conduit ;
Graffet en fut d'accord , il le mene & l'inftruit
Chemin faiſantde ſon manége:
DéjaMaigret content étoit prêt d'arriver ;
LeDeſtin lui dreſſoit un piége
Dont il ne pouvoit ſeſauver.
Des gens adroits étoient en embuſcade
Pour porter l'eftocade
Surtroupede matous , qui le jour précedent
Cauferent du défordre ,
Etporterent la dent
Sur unriche ſouper qu'ils avoient ofé mordre.
Maigret à peine entré ſur des plats apperçoit
CY
58 MERCURE DE FRANCE.
Grand aprêt de gibier , pluſieurs morceaux de
viande;
Les dévorer des yeux , jetter patte friande ,
S'en faiſir c'eſt tout un , & tandis qu'il rongeoit
La premiere griffée ,
Une fléche ſur lui finement décochée
Perce foudain ſa
peau ,
- S'enfonce en ſa poitrine
Ettraverſe ſa platte échine;
Maigret quitte alors le morceau
Cherche àprendre la fuite ;
Il ne voit plus'le Chat gras à ſa ſuite ;
Pénétré de douleur...
Ilpromit enjurant après un tel malheur
De retourner & vivre en fachaumiere ,
Heureux&trop contentde ſon mince ordinaire.
Vivredepeu ſans nulle paſſion
Eſt l'état desirable
プ
A l'homme raiſonnable
Qui ſe perds'ilſe livre à ſon ambitioni
BOUTS RIMES.
Toi dont les ans font les deuxtiers de trente
Je jure, Iris , qu'an de-là de
L
1
quarante
AVRIL . 1746. 59
Mon coeur encor ſuivra la loi du
Si ton defir veut s'accorder au
tien
Feux mutuels rarement à
Se font ſentir , & jamais à
Chacun alors ſent éteindre le
mien.
einquante
foixante ;
fien
L'amitié refte& le coeur n'y perd rien
Lors nous lirons l'ouvrage des Septante
Peut - être ainſi gagnerons-nous nonante
Puis nous mourrons enſemble en gens de bien
Autantunisque S. Roch & fon chien.
***************
EPITRE
Sur ma maladie à M **.
Tu veux donc , cher ami , qu'encor foible
tremblante ,
Ma main te trace fortement
!
Le tableau douloureux ou l'eſquiſſe ſanglante
Des maux que j'ai ſoufferts aux bords du monu
ment ?
Qu'exiges tu de moi! pourquoi dans les ténébres
Après cinq mois cruels plonger encormon coeur
Pourpeindrede monmal & la force& l'horreur
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE.
Je n'ai plus ces couleurs , ni ces pinceaux funébres
Quiſeuls lugubrement expriment la douleur.
Toutefois j'obéis ; je retourne ſanspeine
Sur ces momens affreux dont je frémis encor :
Que ne peut l'amitié ! quandle coeur nous entraine
L'eſprit ſe renouvelle & fait tout fans effort.
Desbiens les plus chéris que leCiel nous diſpenſe ,
Iln'en eſt point , ami , d'égaux à la ſanté :
Sans elle nous n'avons qu'une triſte exiftence :
Sans elle , Créſus même auſein de l'opulence
Du plus doux ſentiment ne ſeroit point flaté.
Dégoûté dès vingt ans d'un plaiſir raiſonnable ,
Je prodiguai cebien , ſi cher , ſi délectable ;
Victime de l'erreur, je me ſuis détrompé;
Ce bien que je croyois immenfe , inaltérable ,
Comme un éclair s'eſt diſſipé.
Comme un Loup devorant, la fiévre impitoyable
M'enchaînant dans mon lit , m'accabla de ſes fers
Ce brûlant tourbillon , furieux , imdomptable ,
Ouvrit bien- tôt la porte à mille maux divers.
Lesdouleurs, le dégoût, les langueurs , l'infomnie
;
AVRIL 1746. 61
M'aſſiégeant à la fois , m'avoient anéanti :
Mon eſprit s'affaiſſa : le feu de mon génie
Soudain fut amorti,
Dans les ſombreshorreurs qu'offre la nuit obfcure,
Mes eſprits animaux , coulans à l'aventure
Tracerent à mes yeux de bizarres portraits :
Tout ſe défigura : tout ne fut qu'impoſture ,
Et l'aimable Nature
▲mes ſens égarés n'eut plus que de fauxtraits,
**
Ne pouvant plus fermer ma débile paupiere ,
J'aſpirois à revoir le célefte flambeau
Quelquefois , fatigué de ſa vive lumiere ,
Et fuyant la Nature entiere ,
Qui nem'étoit plus qu'un fardeau ,
Je demandois aux Dieux de finir ma carriere ,
Et de me plonger au tombeau .
Maraiſon égarée enfanta ce ſyſteme ,
Et me fit un blafphémateur ;
Jenevoyois plus rien: je m'ignorois moi-même,
Et n'avois plus en moi qu'un germe deftructeur :
Raiſon , ſouffle divin , don du Ciel , mais fragile ,
Pourquoi te troubles-tu ? quel reffort , quel moteur ,
Te fait agir au gré de la mortelle argile
Dont nous forma le Créateur 2..
音樂
62 MERCURE DE FRANCE.
Dans cefuneſte état , martyr des aphoriſimes ,
J'eſſuyai les eſſais de prétendus Docteurs :
Aleurtondécif, à leurs brillans ſophiſmes ,
Je' ne vis que des impofteurs.
Oppoſés l'un à l'autre , une guerre éternelle
Régne parmi ces Charlatans :
L'un dit oui , l'autre non , & la race mortelle ,
Sert de champ de bataille à tous ces combattans.
Malgré cet amer témoignage ,
Ne crois pas que leur Art , pratiqué par un ſage ,
Ne foit reſpectable à mes yeux :
Un rival d'Hyppocrate eſt un préſent des Cieux
Arracher un mortel à la Parque ennemie,
C'eſt être créateur d'une ſeconde vie;
C'eſt reſſembler aux Dieux.
!
Mais , hélas ! qu'il eft peu de ces Dieux ſalutaires
Dont la Nature entend la voix !
Le reſte n'est qu'un tas d'aſſaſſins mercenaires
Que d'antiques abus garantiffent des Loix.
Succombant à la fin fous mes peines nombreuſes
Je te diſois adieu pour la derniere fois :
Je croyois déja voir ces routes ténébreuſes
Où les ſimples Berge vont à côté des Rois.
AVRIL 1746.. 63
Tranquile par foibleſſe,&cédant ſans murmure,
Je m'abandonnai donc aux ſoins de la Nature :
Habile par inſtinct , & marchant pas-à-pas ,
Victorieuſe du trépas ,
Elle ſçût rappeller mon ame fugitive ;
Elle vint me chercher ſur l'infernale rive,
Et me tendit les bras.
Le repos & la patience ,
Soutenus d'un régime auſſi ſimple que fain,
Furent les artiſans de ma convalefcence ;
Et bravant des Docteurs la ſçavante ignorance;
L'horreur des Médecins fut mon ſeul Médecin,
Enfin je te revois ; ton éclipſe eft finie.
O! monpremier tréſor , ſanté trop peu cherie,
Ame de nos plaiſirs , volupté de nos coeurs ,
Fabuſerai plutôt tout d'un coup de la vie,
Que d'abuſer de tes faveurs.
Ne crois pas cependant que ma Philofophie
Me faffe renoncer à la ſociété :
Je n'ai point les vapeurs d'une miſantropie
Qui conduit à l'austérité :
Fadore encor Eglé , j'eſtime encor Sylvie :
J'aime à table un ami s'égayant dans le vin ;
Mais , je hais les plaiſirs que goûte un libertin ,
Dès que le ſentiment ſe tourne en frénefie,
A
掣
A
64 MERCURE DE FRANCE,
Tendre & fidéle ami , ſi la vivacité
T'égaroit quelquefois loin de la tempérance ,
Que ce récit t'apprenne à cherir la ſanté ;
Que mes réflexions t'inſpirent la prudence
D'écarter la licence ,
Qui naît du fol excès d'un plaiſir emporté.
AAngers le 16 Mars 1746.
MERIDIEN ASTRONOMIQUE
universel , fa construction , fes usages &sa
preuve, par Jacques Lemaire Ingénieur
pour les Instrumens de Mathématique , de
le Société des Arts à Paris Quai de
l'Horloge à l'Enseigne du Génie,
EEtt IInnfſttrruummeenntt reporte que fix pou
ces en quarré & a d'épaiffeur environ
un pouce & demi, ce qui le rend portatif
& commode.
Sa compoſition eſt ſemblable à l'anneau
Aſtronomique à trois cercles qui eſt déja
connu fur mer à la place de l'Aftrolabe ,
mais comme tout le monde ſçait que ce
qui eſt le plus contraire à l'uſage de cet
Inftrument eſt l'incommodité du vent , qui
AVRIL
1746.
l'agitant ordinairement dans le tems que l'on
veut s'en ſervir le rend de moins d'uſage ,
& que l'on donne la préférence , pourm'expliquervulgairement,
aux Butterfiels qui font
toujours aſſujettis aux inconvéniens de l'aiguille
aimantée , ce qui les rend toujours
variables par ce principe ſi l'on n'a pas recours
à une méridienne tracée avec art , j'ai
donc imaginé un ſupport qui fût aflés ſolide
pour que l'on pût compter ſur ſon exactitude
par la vérification aiſée à démontrer , au
moyen de laquelle on pût s'aſſurer par foimême
de l'évidence de ſa juſteſſe ; pour cer
effet j'ai conſtruit une planchede laiton quarrée
de 6 pouces & de 2 lignes d'épaiſſeur.
Sur undes côtésde cette planche j'ai attaché
par trois vis une piéce forte à charniere
de quatre à cinq lignes de diametre , & en
viron deux pouces de longueur.
A l'autre côté de la charniere eſt attachée
une piéce demi- circulaire qui embraſſe
& ſoutient l'anneau par fon inéridien , laquelle
en elle même devient méridien puifqu'elle
en fait partie .
Au côté voiſin de cette charniere s'éleve
par le moyen d'un reſſort une conſole qui
s'engage à un des côtés de la piéce demi-circulaire,
de façon que cette piéce ou ſoutien
s'éleve à plomb ſur la planche , & entraine
par cette ſituation l'élévation de l'anneau
66 MERCURE DE FRANCE.
Aftronomique à plomb ſur le plan qui eſt
une des chofes des plus néceſſaires pour
avoir l'heure dans la derniere précifion , &
la plus facile à examiner ſoit par le moyen
d'une équiére , ſoit d'un fil à plomb.
Les deux autres côtés de la planche ſont
garnis par deux niveaux d'air à eſprit de vin;
quatre vis aux quatre coins de la planche
forment un ornement qui concourt à
rendre lesdeux niveauxd'accord pour avoir
un plan parfaitement horizontal.
Le milieu de cette planche eſt orné d'une
Boufſole de quatre pouces de diametre dont
l'uſage n'eſt point pour avoir l'heure , mais
pourconnoître par l'heure la déclinaiſon de
l'aiguille aimantée fi l'on a prévû àtous les
obſtacles , je veux dire ſi l'on s'eſt aſſuré
que l'on eft éloigné de toute maſſe de fer
qui pourroit influer par ſon tourbillon fur
celui de l'aiguille aimantée.
Usage pour avoir l'heure.
Pour avoir l'heure avec cet Inſtrument
trois moyens ſe préſentent.
1º. Celui de la Boufſole en obſervant la
déclinaiſon de l'aiguille aimantée.
2º. Celui d'une méridenne tracée avec
juſteſſe.
3°. Le dernier, de le placer par lui-même
n'ayant beſoin ni du premier ni du ſecond
moyen pour avoir l'heure.
AVRIL
1746. 67
Trois choſes ſont requiſes.
Premierement de mettre l'index de l'allidade
ſur lejourdu mois ou Signe du Zodiaque.
2º. D'ouvrir l'Inſtrument à angle droit &
enclaver le cercle Equinoxial par les perites
clefs qui l'enchaſſent fermement dans
la ſituation où il doit être.
3 °. D'enchaſſer le méridien de l'anneau
Aftronomique dans la piéce demi-circulaire
ou foutien , enſorte que la ligne de foi qui
eſt marquée dans le milieu du ſoutien ou
piéce demi-circulaire ſoit vis-à-vis dudégré
d'élévation duPole du lieu de l'obſervation ,
ce qui eſt marqué par un quart de cercle
gradué au bord du méridien.
Les deux dernieres choſes étant exactement
obſervées , il ne reſte plus qu'à connoître
l'heure par le moyen du troifiéme
cercle qui repréſente le Zodiaque ou le
chemin que parcourt le Soleil entre les deux
Solſtices.
Il faut donc ouvrir ce troifiéme cercle
à angle droit avec le méridien; ſi l'on étoit
afſuré par une pendule à ſecondes , ou par
ſa montre, fi elle eſt bien réglée , qu'il ne
fut que fix heures du matin ou du foir ,
alors en préſentant au Soleil le côté de la
pinule qui eſt ouverte , la pinule d'argent
où ſe peindra ſon image fera précisément
terminée ſur le centre du petit cercle qui
88 MERCURE DE FRANCE.
eſt tracé ſur la pinule d'argent , conféquemment
le côté de la planche de laiton où eſt
attaché le méridien ſera le méridien du lieu ,
& fi avec une régle droite épaiſſe & parallele
appuyée à ce côté on tireune ligne ,
cette ligne ſera eſſentiellement une ligne méridiene
tracée par une ſeule opération.
Mais ſi l'on n'a ni montre ni pendule ,
il faut ſeulement ſçavoir ſi l'on eſtdevant
ou après midi , & pour lors tourner le
Zodiaque juſqu'à ce que le Soleil enfile les
deux pinules dans leurs points reſpectifs ,
je veux dire que l'image du Soleil foit portée
travers l'ouverture de la pinule de cuivre
fur la pinule d'argent au centre du cercle qui
ſe trouvemarqué; car ſi c'eſt le matin, la pinule
de cuivre ſe trouvera à droite du méridien ,
fi c'eſt après- midi la même pinule ſe trouvera
placée àgauche, ainſi du reſte.
L'heure ſe comptera par la poſition du
troifiéme cercle avec l'Equinoxial ſecond
cercle ſur lequel les vingt-quatres heures du
jour & de la nuit ſont marquées par quarts
& demi -quarts , enſorte que c'eſt par la
moitié de l'épaiſſeur du troiſiéme cercle qui
eſt diviſé par une marque qui ſert à indiquer
l'heure ou la partie de l'heure gravée ſur le
cercle Equinoxial que l'on connoît l'heure
que l'on cherche.
Comme l'Inſtrument eſt trop petit pour
AVRIL 1746.
avoir les heures partagées en ſoixante minutes
, je vais donner un exemple par lequel
on ſera afſſuré de l'heure & de la minute
quoique l'heure ne ſoit pas diviſée par
minutes , le voici.
Je ſçais par la poſition dema pinule &
de mon inſtrument qu'il eſt actuellement
par ſuppoſition neuf heures & un quart
quelques minutes de plus dont je ne ſçais
point le nombre , alors ſans déranger l'Inf
trument de la place, je fais avancer du côté
du méridien le Zodiaque ou troifiéme petit
cercle , enſorte que fon index ou marque
qui partage le cercle en deux parties égales
foit précisément arrêté ſur neuf heures &
demie , qui me donnent bien trente minutes
de l'heure courante à connoître , pour
lors conſidérant ma pinule d'argent comme
le méridien de quelque lieu du monde
fur lequel doit ſe peindre l'image du Soleil
à midi dans le centre du petit cercle , je
dis & foutiens que dès que l'image du
Soleil ſera peinte ſur ce plan & au centre
du petit cercle, il ſera neuf heures trente
minutes dans le lieu de l'obſervation pendant
qu'il ſera midi dans quelqu'autre endroit
du monde , donc fi cette même opé.
ration eſt repetée par toutes les heures &
quarts du reftant de la journée, j'aurai l'heure'
&la minute , quoique l'heure ne ſoit pas dis
viſée par minutes &c.
70 MERCURE DE FRANCE.
1..
PREUVE.
Je ſuppoſe avoir un plan parfaitement de
niveau & de grandeur convenable à tracer
deux méridiennes , que j'ai tracé la premiere
le matin par la maniere ci-deſſus indiquée ;
je veux tracer la deuxième par les hauteurs
correſpodantes du Soleil par le même Inftrument.
Je commence par retirer l'Inſtrument de
fon lieu , & après l'avoir ployé comme ſi je
voulois le placer dans ſon étui je le remets
ainſi ployé dans ſon ſoutien enforte que
tous les cercles foient renfermés exactement
dans leurs places ſous le méridien , pour
lors fans m'embarraſſerde la hauteur du Pole
ni du quantiéme du mois , j'éleve ou abaiffe
ma pinule de cuivre que je préſente au Soleil
, juſqu'à ce que l'image du Soleil ſe foit
peinte exactement ſur le centre du petit
cercle marqué ſur la pinule d'argent , & je
trace par le moyen d'une régle épaiſſe une
ligne le long du côté de la charniere qui ſoutient
le méridien , & je laiſſe l'Inſtrument
dans ſa place fans toucher aux pinules &
cela avant midi .
L'après-midi à peu-près à la même heure
je reviens & croiſant la ligne du matin par
L'inſtrument je préſente une ſeconde fois la
AVRIL 1746. 71
pinule de cuivre ſans la déranger de ſa premiere
ſituation (j'entends de la même hauteur
du matin donnée par le Soleil ) &
j'attends avec patience que le Soleil paſſant
par la pinule de cuivre vienne ſe peindre
à la même place que celle avant midi , pour
lors ayant mes deux hauteurs coreſpondantes
du Soleil par le moyen des deux pinules
, je trace avec la même régle une ſeconde
ligne; tout lemonde ſçait que le point de la
ſection commune de ces deux lignes eſt un
point de la méridienne , & que la moitié de
l'intervalle compris entre ces deux lignes eſt
le deuxième point , ce que l'on prend avec
un compas en mettant une pointe ſur l'interſection
& ouvrant le compas pour tracer
un arc de cercle qui traverſe ces deux lignes;
en diviſant cet arc en deux parties égales
on aura le deuxiéme point de la méridienne ,
dont ſi l'on tire par ces deux points une
ligne ce ſera la méridienne qui doit ſe trou-
*ver parallele à celle qui aura été donnée le
matin par l'heure que l'on a cherchée ſi les
opérations ont été faites avec exactitude.
Cet anneau Aftronomique eſt honoré
d'une approbation de M. de Mayrand , cidevant
Secretaire de l'Académie des Sciences,
72 MERCURE DE FRANCE.
POETA nec non Oratori celeberrimo
meoque amiciffimo , Rhetorices in Parisiensi
Ludovici Magni Collegio Profeſſori emerito
,& rude laureata donato , noſtratiÆg.
Xav. de la Sante Jefuita Sacerdoti , gratiarum
actio , propter bina Latina Poiſeos,
volumina dono miſſa , in quibus unumquodque
Carmen felectorum exfuis Alumnis
nomine videtur ſubſcriptum.
EPISTOLA
A Paulo Forgafio Maillardo.
RedEdddoo tibi , Pater 6 noftras clariffime , grates
Ob mihi præclaros , munera miſſa , libros.
Dicis Alumnorum tantum hoc opus effe: fatetu
Autorem varium , pagina ſeripta , ſuum.
Diffiteor ; quæque eſt nimium pars compta ; ſeveræ
Major ineft limæ lævis ubique labor.
Seſe adjungit ibi , cupidiſque amplexibus hæret
Ars cata Naturæ confociata bonæ.
Scilicet inde oritur carmen fublime ; quod ipſa
Mantua miretur , fulmo vel invideat.
Pingis
AVRIL 1746.
73
Pingis ad expreſſum vates ; ſubitòque renaſci
Et ſpirare reor , dextera quidquid arat.
Fontibus hauſiſti latiis, purumque nitorem ,
Quidquid & Auguſti regna tulere falis.
Atqui annecte decus decori ; tua ſume : Poëtam
Talia nonuſquam fubrubuiſſe ſinent.
Ibis enim longæva volans in fæcula famâ,
Abſque novo Phenix intemerate rogo.
Quid propriis aliena juvat cinxiffe coronis
Tempora ? fimplicitas te facit iſta reum.
Debueras præftantem animi tenuare vigorem ,
Si tibi mens fuerat certa latere diù .
Haud vulgò Juvenes perfecta Poëmata condunt,
Quin ratio victrix concoquat ingenium.
Hic macer ingenio ,timiduſve afcendere clivum ,
Semper in obfcura valle moratur iners.
Flammeus ille vagâ verborum effertur in auras
Luxurie , affuetus ſpernere falcis opem.
Sic prior accendat marcens torpedine pectus ,
Thebani * relegens fervida ſcripta ſenis ;
Alter at interdum recubet fub tegmine fagi * *
Febris ubi ardorem temperet unda fluens.
Namque fibi cenfor vates ſua carmina librat ,
Atque priufquam aliis , vult placuiffe fibi,
Longa dies , longuſque labor , doteſque, benignaæ
Efficiunt dignum pofteritate virum ,
* Oda Pindari.
** Ecloga Virgilii,
D
74 MERGURE DE FRANCE,
Commirio, ſimilem ve tibi , terſove Rapino ,
Percita queis ſacro fomite corda calent.
Hac tua ſunt , credo , hæc tua funt : noſterye
tuorum
Quiſquis Alumnorum nempèMagifter erit.
A PHILIS.
LA vertu , l'efprit,&lesgraces ,
De la beauté précieux attributs
Belle Philis , ſuivent vos traces ,
Et des coeurs tour à tour vous offrent les tributs,
Vos rigueurs , votre indifference ,
Nerebutent point leur conſtance;
Ils veulent vous aimer toujours :
L'Amour ſoumis à votre empire ,
Brûle pour vous d'un beau délire ;
Pſiché n'eut pas de beauxjours,
Mon coeur en vous rendant hommage,
Ne fuit point la communeloi :
Un excès d'amour est le gage
Dema conftance &de ma foi .
Où vais-je , orgueilleux téméraire ?
Mes voeux font-ils dignes de plaire
AVRIL 1746. 75
Ala Déeffe des attraits ?
Oui , je ſens mon infuffifance ,
Et fans former d'autre eſpérance ,
Je vois , j'admire , &je me tais .
Par M. A. C. D. R. au P. D. N.
A CLORIS ſur la mort de ſa Chienne
DTane , hélas ! n'eſt plus. (Une nuit éternelle
Aravi ſes jours précieux )
De la fidélité le plus parfait modéle ,
Des graces , des ris ,&des jeux .
Ceſſez , belle Cloris , de pleurer tant de charmes :
L'Amour ce Dieu vengeur s'offenſe de vos larmes ;
Son dépit de Diane a tranché les beaux jours :
AuDieu des vrais plaiſirs rendez enfin les armes ;
Cédez , belleCloris , aux plus tendres amours .
Par le même.
Dj
76 MERCURE DE FRANCE .
A IRIS le jour de fa fête.
Iris , les vives couleurs
:
Qui brillent ſur votre viſage
Terniffent les plus belles fleurs.
Envainpour vous rendre hommage
De Flore irois-je implorer le ſecours ?
Cette Déeffe des atours
Connoît trop bien cet heureux aſſemblage
Des graces , des vertus , précieux avantage ,
Dont les Dieux ont pris foin de former vos beaux
jours.
Și mon coeur,belle Iris, étoit fait pourvous plaire ,
Jevous l'offrirois en ce jour ;
Il eſt conſtant , tendre & fincere ;
C'eſt le gage certain du plus parfait amour.
Par le même.
AVRIL 1746. 77
QUATRAIN à Silvie.
ENvain àd'autres noeuds on veut porter Tircis ;
L'intérêt ne peut rien ſur un coeur bien épris :
Aux loix de l'amour ſeul fon ame eſt affervie ;
Il attend ſon bonheur de l'aveu de Silvie .
Par le même.
REFLEXIONS MORALES.
Ο
N ne s'ennuie jamais davantage qu'avec
les perſonnes auxquelles on ne
peut pas dire qu'on s'ennuie.
La raillerie déconcerte & décourage un
Auteur , mais la critique l'éclaire & l'inftruit.
S'il eſt honteux d'être jaloux du bonheur
d'autrui , il eſt beau au contraire d'être jaloux
de le faire.
Le crime qui ſe pare des dehors de l'honneur
a ſes ſuccès comme la vertu.
Le crime fait des eſclaves , la vertu n'a
que des ſujets. D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
Il eſt aſſés ordinaire dans les petites Villes
de Province de prendre part à tout ce
qui s'y paſſe ; l'oifiveté qui ydomine traine
àſa ſuite l'eſprit de curioſité &de critique.
S'obſerver , ſe cenſurer les uns les autres , eſt
une eſpece d'amusement , dont chacun, dans
le cercle d'une vie trop unie qu'on cherche
à varier , ſemble être réciproquement convenu
.
Une figure peu revenante fournit très .
ſouvent aux fots le prétexte d'inſulter un
homme de mérite.
Celui qui releve dans un autre des défauts
naturels ne s'apperçoit pas que dans le moment
même il montre quelque choſe de .
plus déſagréable & de moins ſupportable :
une laideur d'ame .
Ceux qui ſe ſont brouillés & racommodés
pluſieurs fois , prouvent par cette conduite
qu'ils ont eu tort ou de ſe brouiller
ou de ſe raccommoder.
La reconnoiffance eſt une vertu qui fait
honneur à deux perſonnes en même tems.
On ne prouve jamais mieux ſa reconnoiffance
qu'en expoſant le bienfait qui en eft
l'objet.
Il eſt plus de perſonnes qui parlent de
leur vertu , qu'il n'en eſt de vertueuſes.
L'ambition eſt un vice d'autant plus funeſte
à la ſociété qu'il eſt, pour ainſidire, ſans
AVRIL. 1746. 79
point d'appui , & que ne connoiſſant aucun
repos ,
il est néceſſairement ennemi de celui
des autres .
Le mépris que les jeunesgens font de la
vieilleſſe n'eſt qu'une inſulte qu'ils ſe font
d'avance à eux-mêmes.
Les Grands peuvent avoir beaucoup d'efprit
& de jugement , mais rarement ont-ils
delamémoire.
La vérité n'approche des Princes qu'en
tremblant ; c'eſt aux Princes à la raſſurer en
l'écoutant attentivement.
Les autres hommes paroiſſent ſi petits
aux yeux des Princes ,& à une ſi grande
diſtance d'eux , qu'on diroit que les Princes
ne les voyent qu'avec le côté d'une lunette
qui éloigne & diminue les objets.
On peut comparer les Princes affables à
une balance dont un des baffins n'acquiert
du poids qu'autant qu'il s'abaifle & éleve
l'autre.
Le bonheur & la miſere ne font que relatifs
à certains objets ; tel qui paroît heureux
ou miférable eſt ſouvent tout le contraire
de ce qu'il paroît.
Il y a des Pays où il ſuffit d'être homme
, d'avoir des talens &de belles qualités
pour pouvoir s'avancer ; dans d'autres il faut
que lehazard concoure auffi à l'avancement;
fans naiſſance on a bien de la peine à percer
la foule, D iiij
30 MERCURE DE FRANCE,
Il y auroit bien moins de procès ſi les
hommes lorſqu'ils les entreprennent , confidéroient
leurs intérêts du même oeil qu'ils les
voyent lorſqu'ils font au moment d'être jugés.
La preuve que notre Religion eſt lameil
leure , c'eſt qu'elle a été de tout tems la
plus combattue.
Il eſt rare qu'on plaigne ceux qui tombent
dans l'adverſité,parce qu'il eſt rare qu'ils
n'y tombent point par leur faute.
L'état Monarchique eſt toujours le plus
ſtable , il reſſemble le mieux à l'ordre que
Dieu s'eſt preſcrit pour le gouvernement de
l'Univers dont l'harmonie dépend du rapport
de toutes les parties à uncentre & à
une unité.
Une armée victorieuſe vaut le double de
ce qu'elle ad'effectif , & une armée battue
vaut la moitié moins.
Près de l'abime où gémit la pauvreté le
crime a creuſé un précipice ; on ne fort
de l'un que pour ſe précipiter dans l'autre.
Il en eſt de la fortune comme de l'eau
qui eſt dans un baſſin; quelque bien cimenté
qu'il ſoit , elle decroît lorſqu'elle ne
croît plus.
Unefemme qui ade la beauté ou de l'efpritcroit
toujours en avoir plus qu'elle n'en
a. Elle ne juge d'elle-même que par la comparaiſon
qu'elle en a fait avec quelqu'autre
AVRIL. 1746. 81I
à qui elle ſuppoſe moins de charmes ou de
mérite ; l'amour propre chés le ſexe ne perd
jamais au parallele..
Fatime a de l'eſprit ; quelquefois elle rime;
foiblement , qu'importe ? c'eſt toujours
rimer , & il faut peu de choſe pour faire
valoir une femme. Mais elle juge , décide ,
elle a même un cercle où ſes déciſions font
ſuivies. Ce cercle n'eſt qu'un petit Etat dont
les loix ne ſont pas reçues dans l'empire
du public. Croyez-moi , Fatime , ne critiquez
que ceque vous faites , vous montrerez
tout à la foisdu diſcernement&del'eſprit.
Le reſpect & les attentions que dans la vie
ordinaire on a pour les femmes ne ſont qu'une
eſpece d'indemnité que les hommes leur ont
accordée pour les avantages qu'ils ont fur
elles du côté de la vie civile.
Le ſçavoir dans les femmes n'eſt jamais
indifferent; il ſert ou à les faire eſtimer ,
ou à les rendre ridicules & inſupportables.
Unefemme qui ne ſçait que peu de choſe
vaut ſouvent moins qu'une femme qui
ne ſçait rien.
L'amour est un foible qui a cependant
plus de force que la raiſon.
L'amour naît affés communément de la
réciprocité des ſentimens, mais il peut fubfifter
fans cette réciprocité.Un feu s'éteint d'un
côté & continue avec violence par l'autre.
Dy
82 MERCURE DE FRANCE.
L'avantage d'être aimable ne vaut pas le
plaifir d'être aimé.
Onne doitque plaindre ceux qui aiment;
il n'y a perſonne qui dans ſon propre coeur
n'ait l'excuſe de cette foibleſſe.
La politeſſe doit avoir ſes bornes , elle
devient une eſpece d'importunité &ſe tourne
même en une forte d'impoliteffe , lorfqu'elle
eſt portée à certains excès ; il n'y a
que l'uſage du monde & la bonne compagnie
qui donnent ce bon ton & cette aiſance
de manieres auxquelles on reconnoît
l'homme bien élevé ; on peut dire abſolument
qu'il y a des gens ou polis avec impoliteſſe
ou impolis avec politeffe.
" La converſation doit être libre , aiſée
générale. Elle ne ſe ſoutient même que par
une eſpece de déſordre. On peut la comparerà
un Etat Anarchique où qui veut primer
& donner la loi ſe rend inſupportable
aux autres.
Tout cela a été dit; iln'y a rien de nouveau
dans ces maximes. Peut- être Arifte
avez-vous raiſon. Un autre peut les avoir
penſées. Mais ne voulez vous pas nous dire
que vous avez beaucoup lû & que vous
ſçavez beaucoup ? je veux le croire, Citez
donc , indiquez la ſource , autrement votre
obſervation ne fera pourmoi qu'un diſcours
de vanité. Le plus ignorant en peut dire
AVRIL. 1746. $3
autant que vous, Tous les Peintres n'ont
peint qu'avec les mêmes couleurs ; il n'y a
de difference que dans la maniere de les
employer. Parce qu'il s'eft fait beaucoup de
Tableaux , s'enfuit-il qu'on n'en doit plus
faire ?
SONNET SUR LES MEDECINS.
QU'eſtce qu'un Médecin ? c'eſtun homme inatile,
Payé pour amuſer un malade en fon lit ,
Un Docteur à grands mots , en quiproquo fertile .
Qui par ſon Art douteux , très peu de gens guérit
La Nature lui ſert comme étant plus habile.
C'eſt par elle en effet qu'il ſoutient ſon crédit
Avoir recours à lui , c'eſt donc être imbécille ,
Puiſque fans ce ſecours rien ne lui réuſſit .
Cependant tous les jcurs on voit le genre hu
main ,
En dépit du bon ſens , ſe mettre ſous ſa main.
Voilà ce que j'appelle une étrange manie.
L'uſage eſt conſulté bien plus que la raiſon.
Mon Efculape va de maiſon en maiſon.
On en connoît l'erreur , mais l'erreur eſt ſuivie,
Dj
84 MERCURE DE FRANCE.
2
EPITRE.
AMonsieur & Madame Chop .... De..
Uand j'aurois de Phebus la Lyre & les ta
lens ,
Du ſublime Arroüet la muſe & les accens,
De l'Illuftre Rouſſeau la plume & le génie ,
Et de deffunt Grecourt la vive repartie ,
Je ne pourrois jamais trop aimables Chop ....
Dépeindre au naturel les façons engageantes ,
La cordialité , les manieres charmantes ,
Que vous a prodigué le Maître des humains.
Il me faut, malgré moi , me borner , me reſtrain
dre
Achanter les plaiſirs qu'on goûte en vos ha
meaux
Ceux que j'ai reſſenti , lorſque ſans me contraindre,
Je déclarois la guerre à perdrix& lapreaux ;
Lorſque me promenant dans un ſombre boccage,
Du tendre Roffignol j'écoutois le ramage :
Ou qu'aſſis avec vous ſur le bord des ruiſſeaux ,
Nous nous entretenions au murmure des eaux.
Hélas ! c'en est donc fait ? Ce tems charmant n'eff
plus;
AVRIL. 1746.
Mes regrets mes deſirs font vains & fuperflus !
Du cours de nos plaiſirs l'éclair eſt une image ,
Etqui penſe autrement n'eſt ma foi pas trop ſage.
AParis ce 12 Decembre 1745. De Lalaure.
LETTRE de Dom Dupleſſis aux Auteurs
du Mercure.
M
Rs. , un Ecrivain périodique dans
une de ſes feuilles qui porte en tête
le numero 33 , & pour date le 27 Fevrier
1746, s'eſt avisé d'imprimer à la page 36
de cette feuille, qu'il paroît par les Journaux
des Scavans & par les Tablettes Chronologiques
de l'Abbé Lenglet , que Dom Toussaint
Dupleſſis a eu part aux deux derniers volumes
du GALLIA CHRISTIANA dont
il a ci-devant , dit-il , relevé les infidélités
autres défauts groſſiers. Nous sçavons, ajoutet-
il , d'ailleurs , que c'est à ce Benedictin &
au P. Brice qu'il faut attribuer les vices de
ces deux volumes , &non , comme nous l'avons
dit, aux PP. Brice & Felix. Refuter en forme
un Ecrivain proſcrit depuis long-tems
avec tant de justice, & dont les déclama
tionsne ſont communément qu'un tiſſu de
80 MERCURE DE FRANCE.
fauſſetés , de menſonges &de calomnies , ce
feroit lui faire trop d'honneur , mais le public
Littéraire aime à connoître les vrais peres
de tels & telsOuvrages qui n'annoncent
point les noms de leurs Auteurs , & il eſt
quelquefois juſtede le ſatisfaire àcet égard.
Qui que ce ſoit qui ait écrit que j'ai part
aux deuxderniers volumes du GalliaChriſtiana
, a été bien mal informé. Le ſeptiéme
qui renferme le Diocèſe de Paris , eſt tout
entier de Dom Felix Hodin & de Dom
Etienne Brice : je n'en ai pas fait une feule
ligne. Le huitiéme qui renferme les quatre
Diocèſes ſuffragans de Paris , eft tout
entier de Dom Brice & de moi : encore
n'y a-t-il de moi que les ſeules Abbayes
des Diocèſesde Chartres& de Meaux; tout
le reſte eſt de Dom Brice. Il me ſemble
après tout qu'on fait dire à l'Abbé Lenglet
ce qu'il ne dit nullement.
Il ſe contente d'annoncer d'une maniere
vague les troisContinuateurs du Gallia Chriftiana
, & il me nomme avec lesdeux autres ,
mais il ne dit pas que j'aie eû part aux deux
derniers volumes. Ceferoit dans ſes tablettes
une mépriſe de plus, qu'il n'est pas juftede
mettre ſur ſon compte. On ſe vante
d'avoir déja relevé les infidélités & autres
défauts groffiers de ces deux volumes . C'eſt
une fanfaronnade qui ne mérite pas de re
AVRIL. 1746. 87
plique. Qui doute qu'il n'y ait des fautes
dans le Gallia Chriſtiana , comme dans tout
autre Ouvrage ? Mais n'eſt- il pas vrai auffi
qu'ily a beaucoup plus de bon que de mauvais
, & incomparablement plus de bon que
dans l'ancienne Gaule Chrétienne des Freres
fainte Marthe ? A l'égard des fautes , aucun
de nous trois n'eſt affés orgueilleux
pour s'en croire exempt, mais toujours eftil
vrai que perſonne ne peut-être reſponſable
des fautes d'un Ouvrage qu'il n'a point
fait. Et de-là il s'enfuit qu'il n'y a aucune
fautede moi dans le ſeptiéme Tome , comme
iln'y en a aucune de Dom Felix Hodin
dans le huitiéme. Inutilement diroit-on
que puiſque nous travaillons en commun ,
les fautes doivent nous être imputées en
commun. Le Gazetier lui-même n'admet
point de ſolidité entre nous , comme en effet
il n'y en a point , & fi cette folidité avoit
lieu dans ſon eſprit , pourquoi diſculperoitil
Dom Felix des fautes du huitiéme Tome
? Il ne le fait , ſans doute , que parcequ'il
ſçait que Dom Felix n'y a point travaillé.
Qu'il ſcache donc pareillement que
je n'ai pas la moindre part au ſeptiéme ,
&que par conféquent les fautes que lui ou
d'autres pourroient ydécouvrir ne m'appartiennent
ni en propre ni en commun. Je
fuis&c.
88 MERCURE DE FRANCE.
SUITE DES RECHERCHES fur
les feux de joie des Anciens & ſur l'invention
de la pondre à canon ,à l'occaſion de
quelques vers de Claudien .
L
Es Commentateurs ( je n'en excepte
aucun ) nous laiſſent ici tout l'avantage
de prétendre * à une découverte : fidélesà
leurméthode ordinaire , qui eſt des'étendre
ſur les choſes aifées , & de ſe taire
fur celles qui offrent quelque difficulté , ces
Meſſieurs n'ont pas ſeulement daigné toucher&
faire même ſemblant d'avoir vû celſe
dont nous parlons. Il eſt difficile qu'ils
ne l'ayent pas apperçue , & plus j'examine
dans le détail cet endroit de Claudien ,
plus je me perfuade qu'il mérite l'attention ,
&qu'il a de quoi embarraſſer ſur la nature
des anciens feux d'artifice.
- Dira-t- on qu'il ne s'agit ici que d'illuminations
? Elles étoient fort ordinaires chés
lesAnciensdans les réjouiſſances publiques:
mais comment des tourbillons de flammes
qui s'élevent , qui ſe détachent du lieu d'où
elles ſont parties , des traits de feu lancés
auloinpeuvent-ils convenir à de ſimples illuminations
? fpargentes ardua flammas fce-
Barchius , Heinfius , Schrevelius variorum,Pyrtho
adufum,
AVRIL. 1746.
na rotet. On m'alleguera peut-être les illuminations
des Chinois , & leur fameuſe fête
des lanternes affés reſſemblante pour le dire
en paſſant au λαμτήρια des Romains &
des Grecs : elle est très ancienne chés eux.
Les Auteurs qui en ont parlé nous en font
des deſcriptions magnifiques : ony retrouve
ces roues , ces lances , ces tourbillons , ces
gerbes de feu, mais les Chinois affürent que
l'invention de la poudre date chés eux de
la plus haute antiquité , & rien n'empêche
de croire , ou plûtôt tout perfuade qu'ils la
mettent en uſage dans leurs feux d'artifice :
les huiles,le bitume , le ſoufre , la poix , toutes
fortesdematieres graiſſeuſes peuvent fuffire
à de ſimples illuminations , mais il faut
des matieres plus épurées , plus rapidement
combustibles ; au moins àces matieres grof
fieres devroit-on mélanger quelqu'autre de
nature plus active,& qui ſervit aux premieres
de vehicule pour produire ces feux vo
lans dont il eſt ici parlé , leſquels ſe diffi
poient preſque dans le moment de leur in-
Hammation. Nous ne connoiſions que la
poudre propre à ces fortes d'effets fi vifs
&fi inſtantanés, mais cette poudre étoit inconue
aux Anciens , on n'oſcroit dire le
contraire: qu'elle étoit donc la matière qu'ils
lui ſubſtituoient ? Cherchons cette cauſe homogéne
à notre poudre. Je dis homogéne,
90 MERCURE DE FRANCE.
& elle devoit l'être , puiſqu'elle produiſoit
des effets tout à fait pareils à ceux que notre
poudre produit. Etoit-ce une forte de
feu grégeois ? Mais on ne commença à con
noître celui- ci que vers le milieu du ſeptiéme
fiécle , où il fut inventé ſous le Regne de
Conſtantin Pogonat par Callinique , ainſi
que le prouvent le P. Petau & d'autres Auteurs
qui alleguent à ce ſujet un tas de citations
dont je dois vous faire grace. Quelques-
uns en font remonter l'invention un
peu plus haut ,& Porphyrogenete rapporte
que quand on demandoit aux Grecs dequoi
étoient compoſés ces feux , ils refuſoient
des'en expliquer,endiſant que cela leur avoit
été défendu par leGrand Constantin de qui
ils tenoient ce ſecret. Quoiqu'il en ſoit , les
Grecs n'ont pas fi bien gardé leur fecret
qu'on ne le leur ait ſurpris. On ſçait que
leur feu ſurnommé grégeois étoit un compoſé
de ſoufre , de naphte , de poix , de
gomme & de bitume. On comprend bien
qu'une mafſe formée de toutes ces matiéres
doit être très facilement inflammable , &
qu'elle pourra cauſer detrès funeſtes incendies
, mais fans ce vehicule dont nous parlions
, on n'en tirera jamais cés feux clairs ,
liquides , volans , ces flammes capables d'inveſtir
, d'envelopper des matiéres auſſi combuſtibles
qu'eſt le bois , & qui s'éclipſent en
AVRIL. 1746. 9 41
fi peu de momens , qu'elles n'y laiſſent que
des traces légeres de leur paſſage. Fida per
innocuas errent incendia turres. Car il eſt
néceſſaire de ſe remettre ici ſous les yeux
les vers que nous examinons. Effingat Mulciber
orbes per tabulas impunè vagus , & le
reſte. Rien de cela ne peut convenir au
feu grégeois . Perſonne n'ignore ce qu'en diſent
nos Hiſtoires ſurtout dans les Croiſades.
On fçait ce que rapporte Joinville de la
prodigieuſe activité dece feu. il conſumoit
tout ce qu'il pouvoit atteindre , & loin que
ſon activité fut paſſagere & rapide , on fut
long-tems à imaginer le moyen de l'éteindre.
Aufſi le comparoit - on dans le neuviéme
& dixiéme fiecle au wῦρ ἄσβεσον des
Anciens , & peut-être ce feu inextinguible
( ainſi nommé ſans doute , parcequ'il étoit
très - difficile , & non pas impoffible de l'éteindre)
ne differoit- il en rien du feu grégois.
Quelque parti qu'on prenne fur cela rien
dansces deux opinions , qui fixent differentes
époques à l'invention du feu grégeois , ne
facilite l'intelligence des vers dont nous cherchons
l'explication. Si le feu grégeois n'eſt
que du ſeptiéme fiécle , ce qui eſt très probable,
on nepeut plus y avoir recours pour
expliquer des vers plus anciens de plus de
3 fiécles : ſi l'on en ſuppoſe l'invention du
tems duGrandConſtantin ,opinion qui pa
92 MERCURE DE FRANCE.
roît très fauſſe , on ne ſera pas plus avance
àcauſe de la difference qui ſe trouve entre
les effets que décrit ici Claudien ,& ceux
que l'on ſçait bien certainement avoir été
corſtamment produits par le feu grégeois.
Ne pourroit- on pas pour ſe tirer d'embarras
hazarder une hypothéſe ? celle que
je prépare paroîtra hardie , fauffe , que ſçaisje
? mais enfin c'eſt une hypothéſe ,& fi elle
n'eſt pas totalement dépourvue de probabilité
, c'en eſt affés pour qu'on me pardonne
de l'avoir riſquée. Je ne la dois mettre
en avant qu'avec précaution, & qu'après y
avoir préparé les eſprits par un nombrede
petites obſervations peu conſidérables , fi on
les prend chacune en particulier , mais qui
toutes réunies peuvent ſe tourner en preuve
de ce que je propoſerai. J'obſerve-donc
premierement qu'il n'eſt rien de ſi incertain
que le tems , le lieu , l'occaſion où a été
inventée la poudre. C'eſt vers la findu treiziéme
fiécle,ſelon ceux-ci : ceux là la renvoient
plus bas , & il eſt vrai que nos Hiftoires
font mention pour la premiere fois
de poudre , quand ils décrivent le fiége de
Pui-Guillaume en 1328; même diſpute fur le
nom de celui à qui on doit en faire honneur
, les uns veulent que ce ſoit un ReligieuxAllemand
nommé Berthold Schward ,
ou le Noir, les autres nomment Bacon Cor
AVRIL. 1746.
delier Anglois. Dans un ſiècle d'ignorance
ces bons Religieux ne laiſſoient pas de fe
mêler de Chymie. Ils ſçavoient occuper leur
loiſir , & on n'ignore pas ce que leur doivent
les Sciences & les Arts,
Or fi d'une part nous ne pouvions fixer
l'invention d'une machine quelconque , & fi
de l'autre nous trouvions dans les premiers
fiécles des effets dont on ne pût expliquer
la cauſe ſans l'imputer à la machine en quel.
tion, neſeroit-on pas fondé àſuppoſer qu'elle
auroit préexiſte , ou du moins coexifté
(paffez-moi ces termes ) aux effets dont
nous verrions les traces dans les fiécles les
plus reculés ?Jen'applique pas encore ce raiſonnement
au fait dont il s'agit ici,mais j'obſerve
en ſecond lieu que les Annales de la
Chine faites par autorité publique , comme
on ſçait , & l'on voit par conféquent de
qu'elle autorité elles font , font remonter à
la plus haute antiquité l'invention de la
poudre dans ce vaſte Royaume. Ce qui eſt
de certain c'eſt que lorſque dans ces der.
niers ſiécles les Européans pénétrerent dans
la Chine , ils y trouverent l'uſage de la poudre
établi dès long-tems , à ce que leur di
ſoient les Chinois. De plus il eft extrêmement
probable que dès les premiers fiécles
du Chriſtianiſme,des Europeans avoient été
dans la Chine , & yavoient apporté la lug
94 MERCURE DE FRANCE.
miere de l'Evangile. Ces Europeans n'ontils
pas pû en rapporter la connoiffance que
les Chinois avoient , dès ce tems-là , de la
poudre & de fes effets ?
J'obſerve en troifiéme lieu que les Ro-
- mains eux-mêmes ont pu tirer cette connoiſſance
des Chinois , s'il est vrai , comme
l'ont prétendu quelques Géographes ,
⚫que les armées Romaines aient pénétréjuſque
dans cesRoyaumes. Ces Auteurs fondent
leur opinion ſur l'explication qu'ils donnent
au Thule dont parlent les Anciens. Ils
:diſent que c'eſt le Catai ; du moins les Seres
dont il eſt fait mention dans Virgile appuyeroient-
ils ce ſentiment , puiſque ces Seres
font à l'égard des Romains placés encore
plus loin que les Chinois, Seres , dit Baudran,
populi Afiaulira Sinas.
Ona déja apperçu l'hipothèſe , ou ſi l'on
veut , le paradoxe que je vais hazarder, mais
avant que de l'énoncer clairement , je prie
qu'on me permette encore cette obſervation
: notre poudre dequoi eſt elle compoſée
? de ſalpétre , de charbon & de ſoufre.
Onne diſconvient pas que les Anciens
n'ayent employé & le foufre & le charbon
dansdifferentes machines de guerre propres
:à porter l'incendie dans les villes & dans les
bâtimens ennemis. Ils broyoient fans doute
ce foufre&ce charbon , & d'autres matieres
AVRIL. 1746. 95
encore; le bitume , la poix , le camphre ,
&c. & pourquoi ne dirions-nous pas qu'ils
ymêloient auſſi le ſalpetre ? & s'ils y ont
mêlé le ſalpêtre , à quoi tient-il qu'ils n'ayent
eu de véritable poudre telle que nous l'avons
aujourd'hui ?
Je n'accumulerai pas un tas d'autorités pour
prouver que le ſalpétre ait été connu des
Anciens, qu'ils en ont aperçu les vertus
&les propriétés; le fait eſt incontestable ,
mais on prétend que ce nitre étoit biendifférent
de celui que la Pyrotechnie met aujourd'hui
en oeuvre.LesAnciens,dit-on, n'ont
connuquele nitre minéral ou foſſile,lequel ſe
formoit naturellement de ſoi-même, mais il
n'en eſt pas ainſi du nitre artificiel qui étant
d'une invention toute nouvelle nedate pas
de plus haut que l'invention de nos canons.
Scaliger étoit de ce ſentiment , mais il
ne laiſſoit pas de foutenir que le nitre des
Anciens égaloit en vertu le nitre artificiel ,
& il prétendoit l'avoir prouvé par l'analife
& la comparaiſon mutuelle de l'un &
de l'autre. La ſeule difference qu'il admet
entre ces deux ſortes de nitres eſt toute
à l'avantage du nitre des Anciens , lequel
aux termes de cet Auteur eſt à l'égard du
nitre artificiel ce qu'eſt un minéral parfait ,
pur & fubtil, comparé à celui qui eſt imparfait
, groffier & terreftre. Le célebre Au.
feur du grandArt de l'Artillerie , Cafimir
96 MERCURE DE FRANCE.
Siemienowits n'admet point cette difference
& il ne fait pas difficulté d'avancer que notre
ſalpêtre & celui des Anciens ne different
enquoi que ce ſoit l'un de l'autre. Cet Auteur
ajoute qu'il n'oferoit douter que les An
ciens( je cite ſes propres termes, ou plûtôt
ceux de ſon traducteur Noizet ) n'ayent
eu le jugement aſſes éclairé pour connoître que
lefel nitre ou salpêtre étoit une matiere fors
combustible , car c'eſt, continue-t-il , une opinionfort
ancienne, quoiqu'elle paroiſſe nouvelle
à quelques-uns , que le ſalpêtre est un corps
plein d'eſprits fort rouges , fort chauds & tres
fusceptibles de fen. Voilà donc ſelon deux
très grands Auteurs , les Anciens en poffeffion
d'une poudre toute ſemblable à la nôtre
, mais pourquoi n'en trouvons-nous pas
des veſtiges bien marqués dans leurs ouvrages
? S'ils parlent de leurs feux d'artifice ,
& qu'ils entrent dans le détail des matières
qu'ilsy employoient , ils font mention d'huile
, de ſoufre , de bitume , de poix , d'en.
cens&c.mais ils ne diſent pas un mot de ſalpêtre.
Cetre objection ſe préſente naturelle
ment , & Siemienowits ne pouvoit ſe difpenſer
de la propoſer après l'opinion qu'il
avoit avancée. Voici comme ily répond : il
dit que parmi les Anciens c'étoit un grand &
mistérieux ſecret que la connoiſſance des rares
énergiques vertus duSalpêtre. Cette connois.
Sanc
AVRIL. 1746. 97
fance , ajoute-t- il, n'étoit communiquée qu'aux
gens du métier, c'est pourquoi ni Tite- Live , ni
César, ni Tacite , Salluste , Polibe , ni tous les
autres Historiens n'en ont touché aucun mot
dans leurs écrits. Je ne prends pas fur moi
d'aprécier la valeur de cette réponſe. Je ſuis
encore plus déterminé à ne rien propoſer
ſur la queſtion que je viens de diſcuter , par
où il ſemble que je pretende la décider ;
c'eſt à vous , Meſſieurs à qui je m'en rapor
te. Si (a) Pétrarque s'étoit aviſé de traiter
cette queſtion , iln'eût pas aparemmenttrouvé
grande difficulté à la reſoudre , lui qui
n'hésite pas de faire honneur à Archimede
de l'invention des canons , &peut- être ſeroit-
il de la bonne foi d'avouer que Pétrarque
a donné en hazardant ce paradoxe l'interprétation
la plus plauſible à tout ce qu'on
raconte affés confuſément des merveilleuſes
machines inventées par ce célebre Mathématicien
. Quoiqu'il en ſoit , il n'y aura pas
lieu de s'étonner ſi on vient un jour à découvrir
dans l'antiquité des Arts dont les
derniers fiécles croient avoir tout l'honneur,
&il me paroît que comme un (6) Ecrivain
denotre tems a fort bien décidé (c) l'ori-
(a) De remedio utriufque fortuna .
(b) Le P. Regnaud Jeſuite.
(c)C'eſt letitremême d'un des Ouvrages de cet
Auteur.
E
98 MERCURE DE FRANCE,
gine ancienne de la Phyſique nouvelle , il feroit
encore plus aiſé de découvrir dans les
anciens Artiſtes les plus heureuſes productions
peut-être que ſe revendiquent les modernes
Méchaniciens .
Avant que de finir permettez-moi d'ajouter
que parmi les lectures à quoi m'ont
engagé les recherches que j'ai pris la liberté
de vous communiquer , j'ai cru appercevoir
dans un ouvrage très eſtimable une erreur
fur laquelle vous voudrez bien encore que
je vous confulte : au Tome 3 de l'Hiſtoire de
l'Académie des Inſcriptions & Belles Lettres
, on trouve l'extrait d'un mémoire de
M. Mahudel ſur l'origine des feux de joye,
En voyant ce titre je crus que je ſerois difpenſé
d'aller chercher ailleurs l'explication
de tout ce qui m'embarraſſoit ; je lus l'extrait
,&j'oſerai dire , fans bleſſer ni l'Auteur
du mémoire ni l'Auteur de l'extrait,
que je n'ai trouvé dans celui - ci rien de
remarquable que le ton précis & décidé
dont on y avance l'erreur dont je veux
parler. Voici comme on s'y énonce : Il
n'y auroit que les feux de joye que nous sça
vons avoir été en usage parmi les Anciens
qu'on pourroit préſumer avoir fait par.
tie de leurs réjouiſſances publiques ; maisnous
u'en voyons l'emploi que dans les machines de
querre ,&plus haut dans le début même de
AVRIL. وو . 1746
,
Textrait que je cite , on lit ces mots : ce n'est
pas chés les Anciens qu'il faut chercher l'origine
des feux de joje , &que si quelquefois
dans les fêtes publiques ils allumoient des feux ,
se n'étoit que par un esprit de Religion. On
pourroit faire une gloſe bien longue ſur un
texte ſi court ; j'y obſerverai ſeulement , 1°.
qu'on y donne à entendre que ce n'étoit
que rarement & dans les fêtes publiques
qu'on allumoit des feux ; aſſertion hazardée
& fi on oſoit le dire , démontrée fauſſe par
tous ceux qui ont écrit des fêtes des Anciens.
2°. L'Auteur ſe contredit lui-même en ces
lignes : il ne faut pas , dit-il , chercher chez.
les Anciens l'origine des feux dejoye , & il
ajoute qu'on en allumoit quelquefois au moins
par un esprit de Religion : comme ſi le motif
de la Religion devoit faire perdre à ces
feux le nom de feux dejoye. C'eſt la Religion
qui a introduit dans le Chriftianiſme les
feux de la veille de S. Jean-Baptifte. L'efpritde
l'inſtitution nous empêche t-il de les
nommer feux de joye ? Ajoutez à cela qu'il
n'eſt point auſſi certain qu'on le prétend
ici ,que tous les feux joie chés les Anciens
fuffent regardés comme des cérémonies de
Religion ; contentons-nous de le prouver
par les vers mêmes que je viens d'examiner.
Manlius Théodore , en l'honneur de qui
a été fait l'ouvrage dont nous parlons , étoit
Eij
100 MERCURE DE FRANCE,
un des plus déclarés ennemis du Paganif
me & de ſes cérémonies. Claudien auroitil
bien fait ſa cour à ſon Mécéne , s'il eût
ptopoſé d'en célébrer le Conſulat par un
ſpectacle tout payen ? Le Poëte a été plus
attentif, & par reſpect pour les ſentimens
du Conſul qu'il célébroit , dans la longue
énumération qu'il fait des differens jeux à
quoi il invite les Romains , il s'eſt bien
donné de garde de faire mention d'aucune
cérémonie payenne,
?
Il n'invite ni à immoler des Victimes
ni à aller offrir des voeux dans le Temple
des Dieux ; auroit-il oſé propoſer des actions
odieuſes à celui à qui il cherchoit à
plaire?
En finiſſant , Meſſieurs , je ne puis m'em.
pêcher de ſentir le peu de rapport qui paroîtra
peut-être ſe trouver entre les differentes
matières dont j'ai rempli ce mémoire
, & le titre que je lui ai donné , mais à
cette occafionje me rappelle que Montagne
intitule ainſi un chapitre deſes Eſſais * : fur
des vers de Virgile , & le chapitre ainſi intitulé
eſt rempli de recherches curieuſes ſur
des matiéres critiques , hiſtoriques & morales.
Si j'ai imité cet Ecrivain dans ſa marche
, il me reſte à ſouhaiter que vous puiſ .
fiez maintenant penſer de moi ce queBal-.
* L. 3. C. s.
AVRIL. 1946101.
zac a écrit de lui , cité par Bouhoursde la
maniere de bien penſer. Il égare , mais il
conduit dans des pays plus agréables qu'il n'avoit
promis.
NOUVELLES LITTERAIES ,
DES BEAUX ARTS , &c.
EPLAGIAIRE , Comédie en vers
L&en trois actes,deM.de Bouilly àPa
ris 1746 in-12 chés Cloufier prix : liv. 1of.
Nous avons déja rendu compte du ſuccès
qu'a eu au Théatre cette Comédie , qui
fut repréſentée pour la premiere fois par les
Comédiens Italiens le premier Février 1746.
Le ſtile de cette piece ne dément point la
réputation de M. de Boiffy ,dont la plume
élégante & legere eſt enpoſſeſſiond'em.bellir
tous les ſujets qu'elle traite.
DISCOURS dogmatiques &moraux fur
le Symbole desApôtres, à Paris 1745 , in-
12 chés Marc Bordelet.
Ce Livre contient trente diſcours , dont
chacun explique un des articles du Symbole;
ils fonttous remplis de raiſon&de piété;
les preuves de la Religion y font expoſées
d'une maniere ſolide & convainquante , &
1
Eiij
102 MERCURE DE FRANCE.
ſa morale divine y eſt exprimée avec onc
tion , en un mot ce Livre ne peut qu'être
très utile pour l'édification des fidéles .
RETRAITE SPIRITUELLE pour
tous les.Etats , à l'uſage des perſonnes du
monde & des perſonnes Religieuſes , par le
PereJ. B. de Belingan de la Compagnie de
Jeſus , àParis 1746 chés Giffcy & Bordelet ,
prix 2 liv. to f. rélié.
3
R
C'eſt ici une oeuvre poſthume du P.de Belingan
qui mourut à la Maiſon Profeffe le
9Mars 1743 : après avoir prêché avec éclat ,
il remplit avec diſtinction les premieres
charges de fa Compagnie , & s'attachant en
même-tems au ſalut des ames , on admira en
lui un directeur auſſi éclairé qu'infatigable;
il a mis lui-même au jour deux volumes
du genre de celui que nous annonçons.
L'un traitoit de la connoiſſance de notre
Seigneur , & l'autre détailloit les principa-.
les vertus de ce divin modéle dans une retraite
de huit jours.
Pluſieurs Communautés Religieuſes, où il
conſacroit habituellement ſes travauxApoftoliques
ont conſervé ſes manufcrits & c'eſt
à elles que l'on doit ce nouveau volume. On
a ramaſſe les méditations & les conſidérations
qui n'avoient point été imprimées , &
on en a compoſé une retraite commune
AVRIL
103 1746.
pour toutes fortes d'états. On retrouve ici
la folidité & la juſteſſe de diſcernement join.
tes à une onction qui prouve que les fentr
mens d'une piété tendre formoient le caractére
du P. de B. Prédicateur éloquent ,
Religieux fidele à ſes devoirs , excellent
Supérieur , Directeur zélé & prudent , il
s'eſt peint lui-même dans ſes ouvrages , où
l'on trouve les plus ſaintes maximes de la
Religion expoſées avec beaucoup d'éloquence.
nous ne
ESSA1 ſur le coeur humain , ou principes
naturels de l'éducation , par M. Morelli,
à Paris 1745 , in-12 , chesde Leſpine.
Quoique l'éducation ſoit une des choſes
les plus négligées parmi nous ,
manquons cependant pas de livres où l'on
s'eſt efforcé de donner des principes ſur cette
importante matiere ; combien d'ouvrages
, de ſiſtêmes n'avons nous pas vû paroître
qui ont au moins prouvé la bonne intention
deleurs Auteurs ! Nous ne pouvons pas
nous arrêter à ſuivre M. Morelli pas à pas.
Ses vûes ſont ſages , ſes principes honnêtes
& vertueux , expoſés avec un ſtile clair &
naturel.
Il recommande avec raiſon la lecture de
'Hiſtoire qui ſelon lui , eſt un vaſte drame
dont l'unitéd'action est la tendance de tous les
Eiiij
104 MERCURE DE FRANCE.
hommes vers le bien : la diverſité des opinions
fursa nature ,fait la varieté de l'intrigue.
Après avoir dit queM. Morelli écrit d'un ſtile
clair & naturel , nous ſommes obligés pour
en être crus d'avertir que les traits de l'efpece
de celui que nous venons de citer ne
font pas communs dans ſon livre. Par exemple
il eſt plus àla portée de toutes fortes de
lecteurs , lorſqu'il dit que l'Histoire doit être
pour les jeunes gens un tableau univerſel du
coeur de tous les hommes & du leur en particulier.
Il a encore raiſon quand il dit que
l'Hiſtoire en ornant l'eſprit accoûtume le
coeur à vouloir ce qu'il admire. Les exemples
de grandeur d'ame raviſſent la notre ;
les éloges de la vertu lui font défirer de les
mériter. Mais après l'avoir entendu raiſonner
fur des principes fi fages , n'a-t-on pas
droit d'être un peu ſurpris lorſqu'on le voit
donner au ſujet des Conquerans dans un
préjugé condamné par la raiſon , & relegué
dans les harangues de College ? quelle hon-
» te , dit-il , pour eux ( les Conquérans )
20
"
ſi dans les fiécles poſtérieurs ils ſe
⚫voyoient dépeints tels qu'ils furent en effet?
fi au lieu des éloges qu'ils attendoient
ils ſe voyoient en horreur à la poſtérité ?
Qui ne croiroit ici entendre un Regent de
Rhétorique déclamant une harangue à ſes
Ecoliers; mais où ſont ces Conquérans dont
"
AVRIL. 1746. τος
Le nom eſt en horreur à la poſtérité ? Si
Alexandre revenoit au monde, il entendroit
dire qu'il eſt le plus grand Capitaine qui
ait été ſur la terre , Mahomet ſecond verroit,
les Turcs établis àConftantinople , benif
fans le nom de celui qui leur a procuré cette
ſuperbe habitation. La mémoire de Charlemagne
n'eft- elle pas en vénération chés
tous les peuples de l'Europe ? fans doute
tous ces Princes ont fait tuer beaucoup de
monde , parce qu'ils ont beaucoup fait la
guerre ; mais c'eſt le fort de tous les Etats
&de tous les Regnes ; il faudroit condamner
abſolument la guerre , ſi on admettoit les
principes de M. Morelli , car du Conquérant
au Prince qui fait la guerre il n'y a que les
ſuccès de difference. Mettez en parallele ,
pourſuit- il , Titus & Alexandre ; qui fut le
plusheureux ? en ſuppoſant même tout ce
que dit M. Morelli contre les Conquérans ,
comme Alexandre n'en croyoit rien , qui
peutpréſumer que cela pût l'empêcher d'être
heureux ? & fr l'on ne veut parler que des
peuples, ſans doute les Perſans furent opprimés
, ils ſouffrirent les miſeres qui font
les ſuites néceſſaires de la guerre , mais les
Macédoniens s'enrichiſſoient & recueilloient
les fruits de leur victoire , &les malheureux
Perſans n'avoient à ſe plaindre que de Darius
qui les défendoit ſi mal , tandis que les
Evj
106 MERCURE DE FRANCE.
Macédoniens devoient benir le nom de
leur Roi qui les conduiſoit par une voie ſi
douce.
Nous dirons encore un mot au ſujet de
'Hiſtoire ; fans doute les exemples que l'on
ytrouve d'amour de la Patrie , de courage ,
de moderation &c. font un grand encouragement
à la pratique de ces vertus , mais l'efprit
n'a-t-il pas au moins autant à profiter
que le coeur dans cette lecture ? ne peuton
pas en tirerun grand fruit pour ſe conduire
dans les affaires , tant militaires que
politiques ? il y a un aflés grand nombre
de gens employés aux unes & aux autres ,
pour que cette reflexion ne dût pas être négligée
; le grand Condé liſoit ſans ceſſe les
Commentaires de Ceſar : un Militaire qui
poſſederoit le détail des campagnes de ce
grand Prince , de M. de Turenne , des.
autresGéneraux qui les ont fuivis,& fur-tout
de ceux qui les avoient précédés , & avoient
été formés par Gustave Adolphe , n'auroit-
il pas en mille occafions un avantage
inappréciable fur ceux qui ſeroient moins
inftruits ? Il en eſt demêmede la politique;
fans ſe trouver préciſement dans des circonſtances
ſemblables , il peut cependant
être fort utile de ſçavoir comment les hommes
ſe ſont conduits , parce que les affaires
même les plus differentes ſe reſſemblant
AVRIL. 1746. 107
toujours par quelques côtés, il peut arriver
que la connoiſſance du moyen qui aura été
employé dans une occaſion , fera naître l'idée
d'un autre convenable à la poſition dans
laquelle on ſe trouve. D'ailleurs l'eſprit ſe
forme par cette habitude d'examiner ainſa
les principes de la conduite des hommes;-
en démêlant les reſſorts ſecrets quilont été
l'ame des affaires , quelles ont été les caufes
du fuccès , ou de la chute d'une entrepriſe
il en reſulte dans une tête bien faite des
principes généraux dont l'uſage eſt applicableàtoutes
les occafions.
臺
Mr. M. joint à la lecture de l'Histoire
celles des Romans honnêtes , & il donne de
très bonnes raiſons de ſon avis, mais fans vouloir
être trop difficile ne pourroit-on pas en
trouver d'auffi bonnes pour l'avis contraire ?
ce n'eſt pas que nous ſoyous allarmés du
prétendu danger que les rigoriſtes trouvent
à ces livres ; mais n'y en a-t-il pas un moins
important & plus éminent ? ces lectures ne
peuvent-elles pas dégouter des autres livres
plus utiles & moins amuſans , & l'eſprit accoutumé
à l'attrait de ces ouvrages ne ſera
t-il pas diſpoſé à s'éxagerer la ſechereſſe des
autres , & à s'en rebuter plus aifément.
D'ailleurs quelle néceſſité de donner ces
livres àde jeunesgens ? n'y en a-t- ilpas de
beaucoupmeilleurs pour leur former le coeur
Evj
108 MERCURE DE FRANCE.
& l'eſprit ? quand ils feront fur leur bonne
foi , alors ils en feront tel uſage qu'ils voudront
, ils auront alors pris leur pli , & il
feroit ridicule de ſe recrier contre une lecture
qui peut délaſſer agréablement l'eſprit ;
mais juſques-là repetons le encore , il eſt très
inutile de les leur faire connoître .
L'Auteur traite ſérieuſement cette queftion
, s'il faut que le jeune homme que l'on
éleve voye des femmes; il ſe déclare à la
vérité pour l'affirmative ; mais on ne s'attendoitgueres
à voir diſcuter ſérieuſement cette
matiere dans un ouvrage où d'ailleurs tout
reſpire lebon ſens & lejugement.
ESSAI ſur les Philoſophesou les égaremens
de la raiſon ſans la Foi.
Dicentes se eſſe ſapientes stulti facti funt.
Ad Rom. v. 1. 1743 .
Ily a long-tems que d'excellens eſprits
ont approfondi la matiere ſur laquelle l'Auteur
s'eſſaye aujourd'ui. C'eſt une vérité
qui n'eſt ignorée d'aucun Chrétien un peu
inſtruit , que la raiſon humaine abandonnée
à elle-même n'eſt que tenebres ; que
l'homme conduit par ce guide ſeul marcheroit
dans le ſentier de l'erreur , & que fi la
Religion ne l'éclaire , ſi elle n'eſt la regle&
lebutde toutes ſes actions , il s'égare entrainé
par le vice , ou féduit parde ſtériles
AVRIL , 1746. 109
&fauſſes vertus. Ainſi ces Philoſophes orgueilleux
qui raiſonnoient ſans ceſſe ſur la
vertu ne la connoiſſoient pas parce qu'il
ne connoiffoient pas le vrai Dieu dont la
foi en eſt le principe , c'étoit des aveugles
qui raiſonnoient au milieu d'une nuit profonde
ſur la nature de la lumiere & des
couleurs ,que leur déroboit le voile épaiffi
fur leurs yeux.
Tel eſt en général le but de l'Auteur
de cet ouvrage , & ce projet n'a rien que
de louable & de digne d'un eſprit ſage &
d'un coeur droit. Notre uſage n'eſt point
de nous engager ſur les traces des Auteurs
& de les ſuivre pas à pas dans leurs
raiſonnemens ou dans leurs recherches
avec l'exactitude d'un Journaliſte attentif
Ainſi nous nous contenterons de rendre
juſtice aux bonnes intentions de l'Auteur
quibrillent dans tout l'ouvrage ; nous obferverons
qu'il dit d'excellentes choſes ſur.
l'eſprit de diſpute , & ſur ſes mauvais effets.
→ Quand on lâche la bride à la paffion de
>> diſputer , on ſe fait au goût de la fauſſe
> gloire qui engage toujours à contrarier ;
> on s'abandonne au plaifir de contredire ,
& fi ce plaiſir eſt malin en lui-même , il
eſt bien incommode pour les autres.
L'Auteur auroit pû ajouter qu'il ne l'eſt pas
moins pour celui qui eſt entiché de ce dé
ככ
115 MERCURE DEFRANCE ,
faut; on fuit un homme qui apporte la
guerre par-tout où il ſe rencontre , & les
gens pacifiques diſent fanûm habet in cornu,
longefuge. L'Auteur cire de beaux exemples
de modération , c'eſt dans le livremême
qu'il faut les alter chercher .
La vérité qui dicte nos éloges nous force
aufli à reprocher à l'Auteur d'avoir donné
trop d'amertumeà ſa critique , dans l'examen
qu'il a fait des moeurs des anciensPhilofophes.
Il convenoit très-bien de prouver que Socrate,
que Platon,que Marc-Aurele &c.n'avoient
pas la véritable idée de la vertu , mais falloit-
il pour cela employer une maligne iro->
nie qui feroit croire que l'on a eu le
projet de donner des ridicules à ces Philofophes1
800ans après leur mortales plus parfaits
ont eu fans doute des défauts , & leurs versus
mêmes n'étoient pas épurées par la Religion
qui ſeule pouvoit leur donner un véritable
prix , mais eft ce là une raiſon pour
empoifonner toutes leurs actions avec la
malignité qu'on employe quand on veut
perdre quelqu'un ? on accuſe par exemple
Marc-Aurele d'avoir fouffert les déreglemensde
ſa femme , & on lui en fait un crime très
grave ; on a prouvé ſuffiſament par une differtation
inferée dans ce Journal , * que ces
Dansle I.vol. de Février 1745 P.45.
AVRIL , 1746.
déreglemens prétendus n'étoient pas auffi
prouvés qu'on le croit , mais en ſuppoſant
la vérité de ces faits , l'indulgence deMarc-
Aurele prouveroit ſeulement la douceur de
fon caractére , ou ſi l'on veut , que comme
toutes les amės vertueuſes , la fienne s'ouvroit
difficilement aux foupçons , & on n'a
jamais que des ſoupçons ſur cette matiere ;
quiconque voudroit dire que tous les maris
ſont obligés d'étre jaloux , & de faire enfermer
leurs femmes dès qu'ils les foupçon
nent, ſeroit fûr d'être lapidé par toutes les
femmes & fifflé par les deux tiers des hommes
; nous aurions pû citer beaucoup d'autres
traits plus importans que celui- ci , mais
leurdiſcuſſion nous auroit menétrop loin
& ce n'est que la raiſon de la brievété qui
nous a fait choifir le trait que nous citons.
یک
L'Auteur parle ſouvent de l'Empereur Julien
,&l'appelle incivilement Julien l'Apoftat
, M. de Tillemont & M l'Abbé de la
Bleterie auſſi zelés & plus fages l'appellent
toujours l'Empereur Julien, il convient à
tout Chretien ſenſé & pieuxde déteſter l'apoſtaſie
de ce Prince , mais il n'eſt pas permis
ſous ce pretexte de parler d'un Souverain
, comme on feroit d'un miſérable ; la
Majefté du rang fuprême ne perd jamais fes
droits. Il eſt vrai que la poſtérité eſt leJugedes
Roismorts; l'Hiſtoire cite à ſonTri
112 MERCURE DE FRANCE.
bunal ces maîtres de la terre , & leurs
vertus & leurs vices peſés dans une juſte
balance font appréciés à leur véritable
prix , mais ſi le reſpect dû à leur rang auguſte
n'ébranle point l'impartiale ſéverité
duJuge , il dicte des ménagemens convenables
dans la façonde prononcer l'arrêt qui
les condamne. Tout Hiſtorien , tout Ecri
vain qui parle d'un Prince , quelque vicieux
qu'il ait été , doit ſe rappeller cesbeaux vers
de l'illustre M. de Voltaire.
Je ne profanepoint les dons de l'harmonie;
Lo ſevere Apollon défend àmon genie
Deverſer , au mépris &des moeurs&des Loix ,
Le fiel de la ſatyre
Sur la tombe où reſpire
La Majesté des Rois.
PANEGYRIQUE de LOUIS XV.
prononcé dans la ſale de l'Hôtel de Ville
de Toulouſe le 9 Janvier 1746 , jour de
la ſéance publique de l'Académie des Jeux
Floraux , par M. Duclos , Avocat au Parlement,
l'un des Quarante de la même Académie
1746, à Toulouſe.
Nous voudrions que les bornes de ce
recueil nous euſſent permis d'inſerer ici ce
Panégyrique tout entier ; quel Ouvrage plus
capable d'embellir notre recueil , & pourions
nous occuper nos lecteurs d'un taAVRIL
, 1746. 113
bleau plus agréable que de celui qui repréſente
la vie d'un Roi , la gloire & les
délices de la France. L'heureuſe divifion
du Panégyriſte lui adonné moyen de parcourir
en entier cette vie ſi brillante & par
le bonheur du peuple & par la gloire du
maître.
১১ Au ſage Héroiſme d'un Roi pacifique
* ( dit M. Duclos ) qui fixa ſon premier
- penchant, la néceſſité a fait fucceder
l'héroiſme éclatant d'unRoi belliqueux ;
auxvertus douces , propres à faire la tran-
» quillité du monde , il a ſçu unir les vertus
fieres propres à en faire la conquête ;
au précieux caractére du grand homn
me, il a joint tous les traits brillants du
Heros. C'eſt ſous ce double point de vuë
> que Louis ſe préſente à moi , & que je
m'efforcerai de le peindre à vos yeux.
32
20
ဘ
Si le ſujet eſt heureuſement choiſi , on
peut dire auſſi qu'il eſt fort bien rempli ;
l'Auteur l'a traité avec éloquence. En voici
un beau trait par lequel nous finirons. Louis
dit l'Académicien , eſt le même dans toutes
les ſituations.
» Egalité d'ame , vertu ſublime , qui par-
>> tant toute du coeur, échappe aux regards
duvulgaire pour ne frapper que les yeux
du ſage , qui ſuppoſe une ame ſuperieure
aux travauxde la Royauté & auxcaprices
de la fortune.
L
14MERCURE DEFRANCE,
DISCOURS ſur les moyens d'établir
une bonne intelligence entre les Médecins
& les Chirurgiens , pronnoncé aux Ecoles,
de Médecine le Dimanche 16Janvier 1746
par M. Michel Procope Couteaux , Docteur
Regent de la Faculté de Médecine en
l'Univerſité de Paris , & Profeffeur de Chirurgie
en Langue Françoiſe , à Paris 1746 ,
chés Quillau Imprimeur de la Faculté de
Médecine.
Il n'eſt perſonne qui n'ait entendu parler
de la querelle élevée entre lesMédecins & les
Chirurgiens ; l'importance de ſon objet en
doit faire excuſer la vivacité , c'eſt la confiance
du public que les uns & les autres ſe -
diſputent, c'eſt le droit de la vie &de la mort
qu'ils exercent ſur les malades , plus puiſſans
àcet égard que les Juges qui en ordonnantdu
fort des Citoyens ſont obligés de ſe regler
par les Loix , au lieu que les autres exerçant
un Art ſoumis en grande partie aux
conjectures , leur pouvoir peut s'appeller
pouvoir arbitraire.
M. Procope qui joint aux connoiſſances
ſerieufes de fon état des talens plus agréables
, en a fait uſage dans ce diſcours , où
une fine ironie , un badinage malin , étoient
plus de ſaiſon que des raiſonnemens ennuyeuſement
convainquans , qui ſeroient
AVRIL , 1746. 1 .
fûrs de perfuader s'ils n'endormoient pas les
Auditeurs .*Il faut lirele diſcours même pour
en pouvoir juger. C'eſt une plaiſanterie foutenue
, & du meilleur ton , & l'on peut dire
hardiment que Lucien même l'avoueroit s'il
renaiſſoit parmi nous.
Nous pouvons citer une fable laquelle
termine le diſcours ; ce morceau eſtde notre
reffort.
Sous l'appas d'un vain conte à propos inventé
Souventle vrai nous paroît plus aimable ,
Et l'on peut emprunter le ſecours de la fable
Pour exprimer la vérité.
LE TRONC ET LES RAMEAUX.
FABLE.
Ungland ſemé dans un terroir fertile
Prit racine; il en vint un chêne des plus beaux;
Son Tronc plein d'une ſeve utile
Donna naiſſance àdeux Rameaux ;
Tous trois unis faiſoient l'ornemenr d'un bocage
Où chaque jour de timides oiſeaux
Venoient ſe mettre à l'abri de l'orage ,
Mais les Rameaux fiers de cet avantage
Ridiculum acri
Fortius ac melius magnas plerumque fecat res.
)
}
116 MERCURE DE FRANCE.
De leur pere bien-tôt ſe crurent les égaux.
Aupoffeffeurdu champ l'un d'euxtint celangage ,
Langage ordinaire aux ingrats ;
Où le bonheur n'en fait il pas ?
Maître , notre union nous ſembleun eſclavage;
Séparez nous dutrone; coupez notre lien;
Chacun denous àpart fournira ſon feuillage ;
Nous méritons du moins un rang pareil au ſien;
Nous pourrons ſubſiſter ſans lui nous & les notres.
Cediſcours, ditle maître , inſenſés ,vous fiedbien;
Vouslui devez la vie , il eſt votre ſoutien ,
Sivous vousſéparez , dans peu vous& les votres
Vous ſecherez fur pied , & lui n'yperdra rien
Il a fçu vous produire , il en produira d'autres.
Les deux Couſines , Comédie en trois
Actes, prix 24 ſ. à Paris 1746 chés Hochereau.
Nous ignorons pour quel ſujer cette
piece n'a pas été repréſentée, l'impreſſion, il
eſt vrai , eſt lapierre de touche du vrai mérite
d'un ouvrage dramatique , mais c'eſt à
condition qu'il aura été repréſenté , & que
l'exécution Théâtrale aura fait voir l'effet
qui en reſulte, effet qui nepeutppastoujours
être deviné à la lecture. Ainfi nous nous
abſtiendrons de porter un jugement définitiffur
cette Comédie,dans laquelle nous
AVRIL , 1746.
avons trouvé des ſemences d'intérêt ; qu'au
roient - elles produit au Théâtre , ne ſe ſe
roit il pas trouvé des longueurs , du froid
qui les auroient empéché de venir à bien ?
c'eſt ſur quoi nous n'ofons prononcer , nous
aſſurerons plus hardiment que ce petit Ouvrage
ne peut venir que de la main d'un
hommed'eſprit.
و
ESSAI d'Odontotechnie ou Differtation
ſur les Dents artificielles , où l'on démontre
que leur uſage n'eſt ni moins commode
, ni moins étendu que celuides dents
naturelles,par M. Mouton , ChirurgienDentiſte.
AParis chés l'Auteur au coin de la
rue des Marmouzets près le Pont Notre-
Dame , & chés Antoine Bondet , Imprimeur
Libraire , rue S. Jacques 1746. Brochure
du prix de 36 fols.
Le but de l'Auteur eſt de détruire des
préjugés fort anciens contre la réparation
des Dents ; préjugés fondés ſans doute fur
l'inexpérience & l'inhabileté de ſes préde.
ceſſeurs dans cet Art , puiſque l'Auteur par
des raiſonnemens clairs & ſuivis démontre
véritablement ce qu'il promet dans ſon titre :
dans la crainte ſans doute qu'on ne ſeméfie
de l'art de perſuader dont on fait honneur
aux gens de ſa profeſſion , il a ſoin
118 MERCURE DE FRANCE.
d'appuyer ſa logique d'exemples de perſonnes
fecourues avec le plus grand ſuccès.
Ce traité n'eſt qu'un petit in-8. de 162
pages , mais il ne faut pas jugerde l'importance
du ſervice que l'Auteur rend au public
par la groſſeur de fon ouvrage , în tenui
labor at tenuis non gloria. Pour peu qu'on
réflechiſſe, on réconnoît que les Dents étant
néceſſaires ,tant pour l'ornement de labouche
que pour la ſanté du corps , dont elles
préparent les alimens , la perte qu'on en
faitne va jamais ſans la perte d'un de ces
avantages , ſouvent méme de tous les deux.
Le ſexe le plus ſenſible au premier de ces
avantages , ſe chargera ſans doute de la plus
grande part de la reconnoiſſance , car l'Auteur
par fon application à trouver une méchanique
fecourable à tous égards dans les
accidens , & à fe former une main légere ,
ainſi que par la maniere agréable , noble &
pure avec laquelle il déduit ſa méthode &
ſes découvertes , ſemble l'avoir eu principalement
envuë , & ne peut manquer de lui
plaire. *
*Cet extraît nous a été envoyé par un inconiu
, que nous en remercions très-fincerement ;
nous réiterons nos inſtances fur cet article à tous
ceux qui voudront nous foulager dans nos penibles
travaux ; nous leur rendrons justice en leur laiſſanţ
lagloire de leurs ouvrages, ainſi que nous faiſons
ici
AVRIL. 1746. 119
LES freres Guerin Libraires ont mis en
vente les Inſtitutions Astronomiques de Keill
traduites en François avec des augmentation s
confidérables & des notes très curieuses , gros
volume iu-4. enrichi de 15 planches en taille
douce.
Le ſçavant Traducteur qui fait ce préſent
au public s'eſt propoſé , à l'occaſionde
cette traduction , d'y joindre toutes les nouvelles
découvertes d'Aſtronomie qui ont été
faites depuis le tems où Keill a écrit fon ouvrage.
On peut aſſurer que ce font ici les
élemens de cette ſcience auffi complets que
'on pouvoit les déſirer. Nous en parlerons
plus amplement,
DANS l'un des Mercures de France de
'année 1728 on annonça la premiere édiiondu
livre intitulé le Chirurgien Dentiſtë ,
ou traité des dents , des alveoles , des gencives
&c. par le ſieur Fauchard , & l'on y
it un ample détail des matieres de ce livre.
Nous croyons devoir en publier la feconde
édition revue , corrigée , conſidérablement
augmentée & enrichie de 42 planches
en taille-douce , laquelle s'imprime actuellement
en 2 volumes in- 12 chés Mariette aux
Colonnes d'Hercule , rue S, Jacques , à
Paris.
L'Auteur de cet ouvrage continue fa
120 MERCURE DE FRANCE ,
profeffion conjointement avec le ſieur Duchemin
ſon beau frere & ſon éleve. Il diſtribue
les Opiats , poudres & éponges fines
propres à entretenir les gencives&lesdents
& il fournit des racines d'une nouvelle préparation
, excellentes pour le même uſage.
On trouve chés lui deux fortes d'eaux qui
guériſſent la plupart des maladies de labouche.
Elles ſont ſouveraines contre les affections
ſcorbutiquesdes gencives , empêchent
qu'elles ne ſe gonflent & ne ſaignent aifément
, les fortifient& les vivifient; par leur
vertu les dents ne s'ébranlent point avant le
tems ; elles raffermiſſent celles qui ne ſont
pas fort déchauffées & chancelantes. Elles
en calment ſouvent la douleur , gueriſſent
les petits ulceres des gencives &du dedans
des lévres , & diminuent la mauvaiſe odeur
de la bouche , enfin elles font les meilleurs
remedes& les plus univerſels que l'Auteur
ait pû trouver. Les bouteilles font de 6liv.
de 3 liv.& de 30 f. On donne un imprimé
qui apprend à s'en ſervir.
Le fieur Fauchard demeure toujours rue
de la Comédie Françoiſe , à Paris.
Il ne reçoit point de Lettres, ſansque le
port en ſoit payé.
LE 26 Fevrier , la Société Litteraire d'Arras
tint ſon aſſemblée folemnelle auGouvernement
1746. 121
vernement. M. Fruleux d'Attecourt , Chancelier
en fit l'ouverture par un diſcours .
dont le but étoit d'exciter l'émulation parmi
les aſſociés , & MM. Denis & de Gouve
Avocats , nouvellement reçus dans la
Compagnie , firent leurs remercimens auxquels
répondit le Chancelier en l'abſence
du Directeur. Enſuite M. de Creſpicoeul l'aîné
lut une Differtation , qui prouve que la
Ville d'Arras eſt celle que d'anciens Auteurs
ont appellée Nemetacum & Nemetocenna.
Cette Piece fut ſuivie d'une Epître de 150
vers que récita M. Maſſon , & M. Harduin
Secretaire perpétuel termina la Séance par
unMémoire pour fervir à 1 Hiſtoire d'Arras
depuis 1484 juſqu'en 1492 , tiré de pluſieurs
Ouvrages , tant imprimés que manufcrits
, & des archives de la Ville.
३.
122 MERCURE DE FRANCE.
SARSARSARS R SARSARSARSARSAR
EXPLICATIONS de l'Enigme en
François & des deux Logogryphes inferés
dans le Mercure de Fevrier 1746. Par
Mlle. Balien de Tonneins.
ST
Explication de l'Enigme.
I dans la ſaiſon où nous ſommes
Je redoute peu les atomes ,
Je pourrois bien l'Eté prochain
Meplaindre du piquant Confin.
Explication du premier Logogryphe,
Que tardez vous? le tambour bat ,
Secondez de Louis la valeur intrépide ;
Amille exploits fameux ſa prudence vous guide;
Allez , braves guerriers , volez tous au Combat,
Explication du ſecond Logogryphe.
Ce Logogryphe à deviner
Me paroît choſe bien aiſée;
Saint Joſeph étoit Charpentier ,
Ou bien ije me ſuis buſce.
AVRIL
1746. 123
EXPLICATION de la premiere Enigme
du mois de Fevrier 1746.
L
E mot que ſous l'Enigme envain l'on veut
céler ,
Eſt très-facile à dévoiler ;
Letriſte ver à ſoye , en ſuivant ſa nature ,
Par fon travail creuſe ſa ſépulture.
Par Mlle. Formel , de Vitry-le- François.
J
ENIGM E.
E fers à plus d'un jeu chacun me connoît bien ;
Sans moi l'homme eſt beaucoup & la femme n'eſt
rien.
J.S. de Machy.
J
AUTRE.
Eparle ſans avoir de langue ;
Je chante fans avoir de voix.
Rheteurs , ſans moi point de harangue ;
Fij
124 MERCURE DE FRANCE,
Magiftrats , fans moi ,point de Loix ,
Sans moi , point d'Edit , d'Ordonnance.
Vertu , ſans moi , point de défenſe ,
Enfans ſans moi , point de ſoupirs ,
Lecteurs ſans moi , point de plaiſirs .
J
AUTRE,
E ſuis funeſte & néceſſaire ,
Reconnu partout l'Univers ,
Et tous les peuples de la terre
Reffentent mes effets divers;
Je tue , & j'entretiens la vie ,
Jamais ſans moi de bons repas ,
Etdans les champs de la Neuſtrie ,
Sans moi , l'on n'eut vû de combats,
LOGOGRYPHE.
Je ſuis connu par tout le monde ;
Contre moi quelquefois on gronde
Soit à tort , ſoit avec raiſon ,
Qu'importe ; j'y trouve mon bon
1-
AVRIL 1746 25
Auxchamps ainſi que dans la Ville
Je ne laiſſe pas d'être utile ,
Mais cependant attache toi
Apouvoir te paſſerde moi.
Si tu ne peux pas me connoître
A tes regards je vais paroître.
J'ai neuf pieds , combine les bien
Lecteur ne laiſſe échapper rien:
En moi ſe rencontre une bête
Dont les Juifs ne font nulle fête;
Un animal affés petit
Qui pique fans faire debruit ,
Etque tout amant chés ſa belle
Voudroit bien chercher fans chandelle ;
Un autre fort commun aux gueux ;
Cequi fait mal , quand on le donne ;
Lepiédeftal de deux beaux yeux ,
Et de la tête d'une Nonne;
Le fupplice d'un meurtrier ;
Ceque montre un vaillant Guerrier
Dans le plus fort de la bataille ,
Etqui n'eſt point dans la canaille ;
Un endroit que tout Ecolier
Apprehende tant de montrer ;
Un inſecte qui dans la terre
A fon domicile ; une pierre ;
De l'ame un ſubit mouvement
Quinous ſuffoque bien ſouvent;
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
Un chemin.commun à tout homme ;
Cequi dans Paris &dans Rome
Précede le char d'un Seigneur ;
L'inſtrument utile au piqueur ;
Certain préſent que fit un Mage;
Ce qui dans la liquide plage
Va toujours devant les Vaiſſeaux
Et ſert à ſéparer les eaux ;
Un homme qui dans le Village
Doit toujours être le plus ſage ;
Une terre de bon produit
Dont nous ne mangeons point le fruit.
Je n'en ai que trop dit peut-être ,
Et fans doute tu ſçais mon être ,
Mais pour moins encor me cacher ,
Tu dois à la Cour me trouver.
:
:
Fait par Gournay le jeune Licentié'ès Loix.
AUTRE.
LAA
canne enmain , le dosvouté , l'air grave ,
Sectateur entêté des us du bon vieux tems ,
Jaloux , gouteux , cenſeur des jeunes gens ,
L'Eſclave de Plutus ou du Dieu de la cave ,
Rebut d'amour& de ſes courtiſans ,
JOY AVRIL 1746 129
Voilà , Lecteur , une image affes nette
De mon individu ;
Si tu veux maintenant me voir par le menu ,
Enquatre mots voici ma figure complette.
1
A
Dans mon tout diviſible en treize portions
J'offre fix Fleuves& vingt Villes :-
Laplus riche des Nations :
Un meuble des plus inutiles ,
( Soit dit fans offenſer le ſexe feminin ).
Le contraire d'un fou , l'oppoſé du chagrin :
Ce jus délicieux qui ranime Gregoire ;
Ce qui dans un beau jour vient obſcurcir le tems :
Un inſecte , un outil , l'un de nos alimens ,
Cequi fait voir d'Iris le ratelier d'ivoire :
Ceſur quoi l'on remarque ou laideur ou beauté :
Unmeuble pour l'hyver , & ſouvent pour l'été :
Deux maux contagieux, deux nombres , deux me
fures ,
Deux fignes évidens de fortune ou malheur :
Une ſubſtancedes plus pures :
Ce métal adoré qui fait notre bonheur :
Un habitant de Nigritie :
Abſtinencequi mortiffe :
Un mode de notre être ; une mer : un oiſeau :
Deux Elemens : un arbriffeau :.
Unearme ; un fruit ; l'amant volage
Dont le mépris cruel au printems de ſesjours
Fiij
128 MERCURE DE FRANCE.
Fit expier ſous les murs de Carthagelo 7
Ala tendre Didon ſes crédules amours :
Lamonture du vieux Silene :
Cequi ſe renouvelle au bout de douze mois :
Cedont le cours n'eſt que mal&que peine :
Celui devant lequel nous défendons nos droits ;
Cequ'on paîtrit : trois notes de Muſique ;
Inftrument méchanique :
Ces Dieux que les Romains plaçoient au coin du
feu
Dieux debal , dont ſouvent ils ne faifoient qu'un.
jeu ;
Cequi fait fur la glace aller avec vîteſſe ,
Du vieux pere d'Ifaac l'épouſe & la maîtreſſe ..
Mais en voilà , lecteur , affés pour aujourd'hui ;
Tu commences ſans doute à ceder à l'ennui.
P. à Nevers.
AUTRE.
QU'un génie avec art me diſpoſe & m'invente
,
Que vertu ſoit ce que je repréſente ,
On le connoît d'abord ;
J'en demeure d'accord ,
AVRIL 1746. 119
Dans mesſept pieds voici ce quejedonne.
L'alternative& caprice des tems
La nourriture aifée aux vieilles gens;
Un Pays prèsde laGaronne;
D'un Poëte l'amuſement ;
Un fon vocal ou d'inſtrument;
UneVille de France ; un Empereurde Romé ,
PlusunRoyaume ancien,item le nom d'un home
Qui ſans être un Auteur ſacré
Fut un Docteur très-reveré
Plus un recueil de Procedure
Une forme d'Architecture.
Lecteur , devine ce que c'eft ;
Mon tout amuſe& plaît,
F.
,
130 MERCURE DE FRANCE.
AIR :
AJOUTE an 4e. acte d'Armide &chanté
par Mlle. Fel.
LEsOiſeaux de ces bocages
N'y reſpirent que l'amour ,
Et fous ces charmans ombrages
Onles entend nuit& jour
Nous dire par leur ramage
Que c'eſt un doux eſclavage
Quand on eſt ſûr du retour.
: . ر
***************
SPECTACLES.
EXTRAITde la Coquettefixée, Comédie.
АСТЕ PREMIER.
Orante homme de condition ouvre la
Dene
avec Clitandre ſon ami. Ils parlent
enſemble du motif qui avoit éloigné
Dorante pendant quelques jours ; c'étoit
an Régiment qu'il étoit allé demann
a
e
a
a
!
AVRIL
1746. 131
der à la Cour ; l'affaire n'eſt pas encore décidée,
mais il en efpere un bon fuccès , &
s'en repoſe ſur les ſoins d'une tante qui follicite
pour lui. Enſuite Clitandre parle du
motif qui les conduit tous deux dans la
maiſon où ils font actuellement. C'eſt celle
de Cidaliſe , dont la Comteſſe occupe une
partie. Dorante amoureux de la Comteffe
après avoir fait la peinture de ſon caractére
de légereté &de coquéterie , dit qu'il dél
feſpere de parvenir jamais à s'en faire ai
mer. Il félicite Clitandre ſur ſon bonheur
prochain , & lui fait eſperer qu'il attendrira
bien tôt Cidaliſe , car une prude eſt bien
plus facile à vaincre qu'une coquette, Cli
tandre repond par ces vers,
>>Mon ami , Cidaliſe eſt bien loin d'être prude
>> J'ai fait de ſon eſprit maprincipale étude ;
>> J'ai vu que ſa fierté n'étoit qu'un vrai détour:
>> Elle craint un amant &panche vers l'amour ;
>>> Elle croit qu'une femme aimable& vertueuſe
>>>Sans le reſpect public ne sçauroit être heureuſe,
>>>Et qu'au préjugé même exacte à s'aſſervir
>> Pour le pouvoir blâmer s'y doit aſſujettir.
>> Voilà le vrai motifde ſa prudence extrême ,
>> Elle a le coeur ſenſible & fe craint elle-même ;.
>> Plus un homme à ſes yeux mérite d'être aimé
→Plus la froideur fuccéde au penchant reprimé.
E
:
130 MERCURE DE FRANCE .
AIR
AJOUTE an 4e . acte d'Armide & chante
par Mlle. Fel.
L
Es Oiſeaux de ces bocages
N'y reſpirent que l'amour ,
Et fous ces charmans ombrages
On les entend nuit & jour
Nous dire par leur ramage
Que c'eſt un doux eſclavage
Quand on eft für du retour. 2.
***************
SPECTACLES.
EXTRAITde la Coquettefixée, Comédie.
D
ACTE PREMIER.
Orante homme de condition ouvre la
fcéne avec Clitandre ſon ami. Ils parlent
enſemble du motif qui avoit éloigné
Dorante pendant quelques jours ; c'étoit
an Régiment qu'il étoit allé demanدعس
a الا
&
1-
lu
la
le
le
1
AVRIL 1746. 131
der à la Cour ; l'affaire n'eſt pas encore décidée,
mais il en eſpere un bon ſuccès , &
s'en repoſe ſur les foins d'une tante qui follicite
pour lui. Enfuite Clitandre parle du
motif qui les conduit tous deux dans la
maiſon où ils font actuellement. C'est celle
de Cidaliſe , dont la Comteſſe occupe une
partie. Dorante amoureux de la Comteffe
après avoir fait la peinture de ſon caractére
de légereté & de coquéterie , dit qu'il dél
feſpere de parvenir jamais à s'en faire ai
mer. Il félicite Clitandre ſur ſon bonheur
prochain, & lui fait eſperer qu'il attendrira
bien tôt Cidalife , car une prude est bien
plus facile à vaincre qu'une coquette, Cli
tandre repond par ces vers.
ei.
:
>>Mon ami , Cidaliſe eſt bien loind'être prude
>>>J'ai fait de ſon eſprit ma principale étude ;
>> J'ai vu que ſa fierté n'étoit qu'un vrai détour
> Elle craint un amant & panche vers l'amour ;
>> Elle croit qu'une femme aimable& vertueuſe
>> Sans le reſpect public ne sçauroir être heureuſe,
>> Et qu'au préjugé même exacte à s'aſſervir
>>Pour le pouvoir blâmer s'y doit affujettir.
>> Voilà le vrai motif de ſa prudence extrême ;
>> Elle a le coeur ſenſible & ſe craint elle-même ;
>> Plus un hommeà ſes yeux mérite d'être aimé
Plus la froideur fuccede au penchant reprimé.
E
132 MERCURE DE FRANCE.
>>>Et cet air dédaigneux qui paroît vous ſurprendre
>> Vient d'un eſprit timide &d'un ame trop tendre ..
Il ajoute que Cidaliſe n'a point de goût
pour lui , quelque tendreſſe qu'il ait pour
elle,&conſeille à Dorante de quiter la Comteſſe
dont l'eſprit ne peut s'accorder avec
la façonde penſer d'unhomme raiſonnable ,
&de s'attacher à Cidaliſe dont le caractére,
ſenſé pouroit le rendre heureux. Dorante
répondà ſon ami qu'il ne peut aimer que
la Comteffe & qu'il eſt ſur le point de lui
déclarer ſon amour. Clitandre lui conſeille
de ſe garder d'une telle démarche ; au contraire
, lui dit-il , ce n'eſt que par une feinteindifferenceque
vousis pourrez faire naître
chés elle des ſentimens qui prenant leur
ſource dans la vanité finiſſent quelquefois
par la tendreſſe. Il lui conſeille ſurtout de
ne point dîner chés elle ce jour-là , quoiqu'il
s'y ſoit engagé ; il le ſollicite de venir
dîner avec lui; Dorante ſent la ſolidité des
conſeils de Clitandre &prometde les ſuivre
exactement. Clitandre fort & Liſette femme
de chambre de la Comteſſe , dit à Dorante
qu'un de ſes gens demande à lui parler.Dorante
en attendant qu'on faſſe venir celui qui
le demande, interrogeLiſette ſur ſa maîtreſſe;
elle répond que ſon caractére change de
jour en jour , & que depuis que Dorante
AVRIL
1746. 135
vient chés elle , ſa coquéterie diminue &
qu'elle devient ſérieuſe & penſive : elle en
fait des reproches à Dorante qu'elle regarde
comme l'auteur de ce changement , &
voyant venir ſon faquais elle fort.
Ce laquais eſt M. Carmin Peintre en mignature
qui a pris un habit à la livrée de Dorante
pour s'introduire dans la maiſon de la
Comteſſe ſans être reconnu. Il promet à
Dorante de faire , ſans être apperçu , le portrait
de celle qu'il aime , il lui vante ſon ta
lent & fa promptitude , en l'aſſurant qu'il a
fait la veille à l'Opéra le portrait du monde
le plus reſſemblant , dans la ſeule durée du
Spectacle. Dorante fort en lepriant ſurtout
de ne ſe point laiſſer découvrir , & Carmin
fe cache dans un coin où il eſt appuyé fur
une petite table. Il voit venir Cidaliſe&Lifette
,à l'air dont celle ci eſt dans la maiſon
il juge qu'elle en eſt la maîtreſſe & que c'eſt
la perſonne dont on luia demandé le portrait;
il y travaille pendant que Cidalife&
Liſette parlent enſemble ,& quand il trouve
ſon ouvrage afſés avancé pour ſe croire
en état de finir la peinture ſans voir l'ori
ginal , il fort.
La Comteſſe ſuivie de Damis petit maî--
tre de robe vient prier Cidalile de préter
ſa ſallé dans laquelle Damis veut cette
nuit même donner un bal à la Comteffe;
134 MERCURE DE FRANCE ,
Cidaliſe le promet & ſe retire. Damis parle
avec la Comteffe de l'amour reſpectueux
de Dorante dont il s'eſt apperçu & fur lequel
il fait des plaifanteries. La Comteſſe
en doute encore , mais elle promet àDa
mis de s'affûrer du fait en excitant la jaloufie
de Dorante pendant le dîner , où elle ſe
promet de marquer des préferences à tout
autre qu'à lui.
(1
Dorante arrive; on veut le plaifanter d'abord;
il repond froidement ; allons dîner lui
dit la Comteffe ; Dorante s'en défend ; la
Comteſſe en eſt piquée , alors on vient dire
àDamis que la Préſidente attend réponſe
a fon billet; il fort & laiffe Dorante ſeul
avec la Comteſſe , qui toujours piquée du
refus qu'il vient de faire lui en demande les
raiſons. Dorante pour ſuivre les conſeilsde
fon ami répond d'abord le plus cavalierement
qu'il peut , enſuite preſſé par la Comteſſe
, il dit pour raiſon les vers ſuivants.
F
>> Je vous fuis attaché , mais parlons franchement
>> Pour fuivre votre char j'ai trop peu d'agrement
>> Je n'ai point un eſprit d'éclairs &de faillies ,
Je ne débite point de ces fadeurs jolies
>> Qui forment l'homme aimable , & j'ignore cet
art
> De ſe faire écouter en parlant par hazard,
AVRIL 1746 135
>> Je n'obſervejamais qu'elle mode circule ;
>> Je ne ſens point le prix d'un nouveau ridicule ,
>>>Et de la beauté même attaquant les abus
>> Je me borne à louer ſeulementles vertus .
>>>Madame , c'eſt par là que je vous conſidere ,
>>> Mais on parle chés vous une langue étrangere ,
>> Et me taiſant toujours fans comprendre un ſeu
مو ST mot,
>>>J'y fournis le portrait d'un ſauvage & d'un fot.f
1
Il vante enſuite ſon indifference;la Comteſſe
pour le piquer lui confie qu'elle reffent
de l'amour , il en eſt d'abord étonné , mais il
fe retient& montre une tranquillité affectée;
la Comteffe va plus loin & lui dit qu'elle
va ſe marier , autre mouvement d'inquiétude
la part de Dorante, il demande le nom
de cet heureux , la Comteſſe nomme au hazardDamon
, Dorante approuve froidement
fon cheix , & la Comteffe en marque fon
dépit ; alors Lifette vient annoncer à ſa
maîtrefle un convive de plus ; c'eſt Damon
qui ,dit-elle , vient l'entretenir ſur ſon mariage.
Dorante perfuadé pour lors que la
Comteſſe lui a dit vrai eſt outré de douleur ;
la Comteſſe s'en apperçoit & follicite malignement
Dorante de diner avec elle ; Do
rante au défeſpoir le refufe toujours, & l'acte
eſt terminé par ces vers,
136 MERCURE DE FRANCE .
LA COMTESSE.
Vous paroiſſez émû ?
DORANTE.
Moi , non , mais je vous jure
>> Que ſi votre Damon tous les jours dîne ici , ..
> J'irai tous ces jours-là dîner chés monami.
Cette ſcéne eft remplie de mouvements
variés , & quoi qu'elle ait tout le mérite de
la penſée , du ſtile & de la verſification ,
elle eſt faite d'une façon ſi Théâtrale qu'elle
gagne encore à être repréſentée.
ACTE DEUXIEME..
D
Amis ouvre la ſcéne par un monolo
gue pendant lequel il examine le portrait
de la Comteſſe qu'il a fait faire la veille
pendant l'Opéra. Dorante arrive & voyant
Damis il voudroit le quitter pour entrer
promptement chés la Comteſſe ; il eſt arrê
té par cet étourdi qui cherchant à le plaifanter
fur le dîner qu'il vient de faire tête à
tête avec ſon ami ,le prie de lui raconter
tout le plaiſir qu'il a reſſenti. Dorante lui
répond
α
Un tel plaiſir .
>> Eſt toujours unrecit ennuyeux à mourir
AVRIL1746 137
➡Vous devriez plûtôt nous faire part des vôtres;
>>Tous vosplaiſirs , Meſſieurs , font differens des
>> nôtres ,
Carvous neles goûtez qu'en nousles racontant ,
>>>Et les notres ne ſont ſentis qu'en les goûtant.
Damis dans le cours de cette ſcéne apprend
à Dorante que Damon épouſe dans
peu la fille d'Orgon , & dans le moment
queDorante ſe croit raſſuré ſur les ſenti
mens de la Comteffe , Damis lui fait confidence
qu'il en eſt aimé ; Dorante refuſe
de le croire , & Damis pour prouver la vérité
de ce qu'il vient de dire montre le portrait
de la coquette qu'il dit avoir reçû
d'elle , & ſe retire en recommandant le fecret
à Dorante. Celui- ci demeure interdit ,
peu-à-peu il ſe met en fureur ; il jure de
vaincre la tendreſſe qu'il a pour elle , & dans
le tems quil ſonge aux moyens de cacher
fon trouble aux yeux de la Comteſſe , il veit
arriver Cidaliſe ; il l'aborde avec émotion
& lui parle avec douleur des égaremens de
la ¡Comteffe , comme il dit que la feule amitié
l'intéreſſe pour elle , Cidaliſe lui fait entendre
qu'elle croiroit à ſon émotion qu'il
eft conduit par l'amour , Dorante s'en défend
ſur le caractére de la Comteffe , &dit
qu'il ne voudroit aimer qu'une perſonne ca138
MERCURE DE FRANCE.
pable des mêmes ſentimens. Enfin il confie
à Cidaliſe que la Comteffe à donné fon pors
trait à Damis dont l'étourderie & l'indifcrétion
vont la perdre dans tout Paris , à quoi
Cidaliſe répond. 18
> LaComteffe auroit dû mieux placer ſes amours ;
>>>Nous aimons malgré nous , mais nous devons
>> toujours
:
>> Eclairer notre amour avec la raiſon même ,
>>>Montrer dans notre choix une prudence extrême
>> Et ſçavoir ménager par un accord fi doux
>> La tendreſſe d'un feul& le reſpect de tous.
>>>Sur la foi d'un amant lorſqu'une femme compte,
>> Le tems la met endroit de ſe rendre ſans honte ,
Et le monde éclairé juge par le vainqueur ,
S'il l'eſt par le caprice ou par le choix du coeur.
Elle promet à Dorante de parler là-deſſus
enamie à la Comteffe , à qui elle ſe propoſe
de demander un entretien particulier.
Dorante demeuré ſeul ſepromet bien de
ne plus ſonger à la Comteffe , & même de
ne la jamais revoir.Carmin arrive & préſente
à Dorante le portrait de Cidaliſe qu'il vient
de finir ; Dorante ſans l'appercevoir le repoufſe
endiſant ,
2
>>Non, je ne veux jamais fonger à cette ingrate
:
AVRIL 1746. 439
: Et s'en va. Carmin demeure étonné d'un
pareil évenement , il croit que le portrait va
lui reſter par l'effet d'une rupture , & tandis
qu'il fait quelques reflexions là - deſſus , la
Comteſſe paroft ; elle demande à Carmin
quel il eſt , Carmin répond qu'il eſt Pein:
tre& qu'il a l'art de faire un portrait ſans la
permiffion de l'original ; la Comtefle refufant
de le croire , il lui répond qu'elle eſt
elle-même dans le cas. Oh , je voudrois ,
dit la Comteffe , que ce fut par l'ordre de
Dorante : quoi , Madame , répond le Peintre
, ce Dorante eſt-il connu de vous ?Est-ce
un honnête homme ? la Comteſſe l'en aſſure
, alors le Peintre lui confie que ce Dorante
lui avoit commandé un portrait &
qu'au lieu de le payer lorſqu'il le lui a apporté
, il a refuſé de le prendre. La Comteſſe
demande à voir ce portrait & le reconnoît
pour être celui de Cidaliſe; piquée de voir
que Dorante ait montré par cette démarche
des ſentimens pour une autre , elle profite
de l'occaſion pour ſe venger ; elle prie le
Peintre de lui laiſſer ce portrait puiſque
Dorante le refuſe ,& lui donne dix louis que
le Peintre reçoit avec joye & s'en va.
Tandis que la Comteſſe réflechit ſurune
avanture dont-elle croit n'être piquée que
par vanité , Cidaliſe arrive , elle eſt embarraffée
ſur la façon dont elle,doit lui parler ;
1
140 MERCUREDE FRANCE.
1
la Comteſſe impute cet embarras au regret
que Cidaliſe peut avoir d'être brouillée avec
Dorante , enfin les choſes venant à s'éclair
cir , & Cidaliſe parlant du portrait que la
Comteffe , a dit-elle , imprudemment livré ,
laComteffe pour lui rendre le change lui
remet celui qu'elle vient de recevoir du
Peintre. Cidaliſe étonnée voit arriver Clitandre
, lui reproche vivement la hardieſſe
qu'il aeu de la faire peindre , & le quitte
bruſquement. La Comteſſe dit malignement
àDorante qui vient auſſi d'arriver que lorſque
l'on employe un Peintre, il faut le conten
ter , Dorante ne conçoit rienà ce difcours ,
mais Clitandre moins préoccupé devine la
mépriſe du Peintre , & en previent tout
bas fon ami. Alors on apporte à Dorante
une lettre que l'on dit être preffée. La
Comteſſe lui ditde la lire promptement , &&
que dans la circonſtance elle peut être de
conféquence, Dorante l'ouvre & lit que le.
Régiment lui eſt accordé , mais qu'il faut
dès le ſoirmême qu'il paye vingt mille écus ,
fans quoi un autre l'emportera fur lui. Dorante
ne prévoit pas pouvoir en fi peu de
tems trouver une pareille ſomme , Clitandredit
qu'il faut ſur le champ fe donner totus
lesmouvemens néceſſaires.Dorante avantque
de partir voudroit éclaircir la Comteffe fur
la mépriſe du Peintte , mais Clitandre pour
l'en empêcher l'entraine malgré lui,.
AVRIL 1746. 141
La Comteffe demeure avec ſa ſuivante ;
elle fait des réflexions ſur la fituation de
ſon ami qui manquera ſon avancement , s'il
ne trouve point l'argent néceſſaire; ſa fuivante
lui fait ſentir que quoiqu'elle ſoit riche
elle n'eſt point dans la poſſibilité de l'o
bliger à préſent. La Comteſſe fait ſentir
- qu'elle imagine un moyen de lui rendre feryice
,& termine l'acte en diſant que fon
coeur quoiqu'inſenſible à l'amour , ne ſcauroit
manquer au devoir de l'amitié,
ACTE TROISIEME.
Andis que Cidaliſe réflechit ſur la
Imeprife du Peintre donciler te
inſtruite par Clitandre , & qu'elle ne peut
plus ſe diffimuler qu'elle reſſent de l'amour
pour Dorante , ce dernier arrive au déſeſpoir
de n'avoir pû venir à bout de trouver
la ſommequi lui étoit néceſſaire pour leRégiment
qu'il eſperoit ; l'idée de voir manquer
fon avancement , joint au chagrin que
lui donne la Comteſſe , lui fait prendre le
parti , non ſeulement de quitter le ſervice ,
mais encore de s'éloigner de Paris & d'aller
vivre dans ſes Terres ; il communique cette
réſolution à Cidaliſe qu'il prie de lui confere
141 MERCURE DE FRANCE.
ver ſon amitié &de lui écrire quelquefois ;
il l'affûre qu'en arrivanť chés lui il va ſemarier
; Cidaliſe lui demande ſur quel objet eft
tombé fonchoix ; Dorante répond qu'il n'a
encore riendécidé là - deſſus , qu'ilne veut
qu'uneperſonnequi lui convienne,& furtout
qui ſoit raiſonnable ; ilprie Cidaliſe de lui
en indiquer unede ce caractére & prometde
l'accepterde ſa main, enfin peu à peu il parvient
à lui propoſer de l'épouſer elle-même ;
Cidaliſe ne s'en défend point , &-Dorante
fonge déja à prendre des meſures pour conclure
ce mariage dès-le lendemain; Damis
qui eſt ſurvenu & a entendu la fin de leur
converſation, les plaiſante l'un & l'autre fur
une réſolution auffi précipitée; Cidaliſe lui
dit qu'elle lui permet de répandre dans Paris
une nouvelle qu'elle ſera la premiére à
publier , & fort avec Dorante.
Le premier ſoin de Damis eſt d'aller informer
la Comteſſe de ce que le hazard vient
de lui faire découvrir ; la Comteſſe en eft
piquée au vif; elle reſte interdite d'un événement
auquel elle s'attendoit ſi peu: elle
voit venir Clitandre tout joyeux d'avoir
trouvé les vingt mille écus dont fon amflavoit
beſoin : elle lui apprend le mariage prochain
de Dorante avec Cidaliſe, & lui dit:
>>On conçoit aifément que ce trait-là vous pique
COZAVRIL 1746
CLITANDRE. :
>>P>ique?Dorante&moinous ſommes trop amis ,
>>>>Pour vouloir nous brouiller jamais à pareil prix ;
>> L'amitié ne prend point gardeà la minutie ;
>> Je crois même qu'il faut que je le remercie,
LA COMTESSE.
>>> Le remercier !
CLITANDRE .
oui ,
LA COMTESSE.
mais vous n'y penſez pas .
CLITANDRE.
>> Ce mariage - là me tire d'embarras ,
>>>>Car , en un mot , j'avois du goût pour Cidaliſe,
>>Qui ſans doute de moi n'étoit pas fort épriſe;
>>>Malgré cela , peut-être , elle eût pu m'épouſer
>> Et nous aurions fini par nous tyrannifer ;
>>Dorante cependant me ſauve cette peine ;
>> Je dois lui rendre grace ; oui , la choſe eſt cer-
८
taine ; -
Je vaismoins le chercher pour vanter mon bienfait,
>> Que pour me réjouir du plaiſir qu'il m'afait.
La Comteſſe demeurée ſeule ne ſçauroit
plus cacher ſa douleur ; elle convient avec
elle-même que les ſentimens qu'elle prenoit
pour de l'amitié n'étoient que de la
tendreſſe ; elle eſt au déſeſpoir de le per
3
144 MERCURE DE FRANCE .
dre; elle l'envoye chercher , & bien - tôt
après il vient. La Comteſſe lui parle de fon
mariage ; Dorantedit qu'il venoit pour lui
en faire part; la Comteſſe cache ſon dépit
leplus qu'il lui eſt poſſible ; enfin il éclatre ,
& elle défend à Dorante de jamais revenir
chés elle; Dorante répond avecpoliteffe &
ſe détermine à ſortir; la Comteſſe lerappelle
, elle voudroit le détourner de ce mariage
, Dorante paroît déterminé à le conclûre
, quelque choſe que puiſſe lui dire la
Comteffe qui va juſqu'à lui propoſer un autre
parti. Cette Scéne eſt extrêmement variée
, remplie de fort beaux détails & de
peintures parfaitement vraies. Cidaliſe ,
Clitandre , & Damis arrivent l'un après l'au
tre mais à très peude diſtance. Cidalife dir
à Dorante que tout eſt prêt pour concure
leur mariage; Clirandre lui apporte le brevet
de ſon Régiment; Dorante croit lui
devoir la ſomme qu'il a fallu donner , mais
Clitandre l'aſſure qu'un autre l'a prévenu &
qu'il a trouvé l'argent déja conſigné ,
lorſqu'il apportoit la même ſomme chés le
Notaire. Dorante ne doutant point que ce
trait ne ſoit parti de Cidaliſe , il lui en marque
fa reconnoiffance, & lorſqu'elle eſt prête
à lui répondre , Damis vient leur propoſer
des Diamans qui font à vendre & qu'un
* Marchand lui a remis ; Dorante ouvre l'écrain
AVRIL 1746. 145
crain & reconnoît les diamans de la Comteſſe;
elle convient que ce ſont eux , &
Cidaliſe voyant que la Comtefle par un femblable
trait vient de prouver qu'elle aime
Dorante , eſt la premiére à lui dire qu'il ne
peut payer un tel bienfait qu'en s'uniſſant à la
perſonne qui avoit déja ſon amour & à laquelle
il doit maintenant toute ſa reconnoiſſance;
elle lui rend ſa parole & ſe retire en lui diſant
ces vers :
>> Et puiſque votre coeur n'eſt point fait pour m'aimer,
» Je veux que tout au moins vous puiſſiez m'eſtimer.
La Comteffe convient alors de ſon amour
pourDorante & reconnoît les erreurs de la
coquetterie ; Dorante enchanté lui donne
la main; le Robin étonné & piqué de voir
fonRival l'emporter ſur, lui dit ces Vers :
>> D'un pareil changement je ſuis charmé , Comteffe;
>>>Décider votre coeur m'auroit rendu content ,
>>Mais j'aime autant l'honneur d'en faire un in
conftant.
>> Pour prouver à quel point je ſuis fûr de vous
plaire,
G
146 MERCURE DE FRANCE,
>>>Voilà votre Portrait qu'en ſecret j'ai fait faire ;
Je veux vous le remettre; il me ſera plus doux
De pouvoir quelque jour le recevoir de vous.
Quelques perſonnes ont trouvé ces Vers
un peu trop forts , mais s'ils avoient fait
attention que depuis le commencement de
la Piéce Damis ſoutient le rôle d'un fat qui
va juſqu'à l'impertinence , elles auroient
ſenti que c'eſt ici un veritable trait de caractére
: d'autres diſent que la Coquette fixée
n'eſt point une Piece , & cette critique paroît
ſurprenante pour un ouvrage où toutes
les ſcenes naiſſent indiſpenſablement l'une
de l'autre , & ont chacune fait un pas vers le
but de l'action principale que l'on ne perd
jamais de vûe. Sans doute les fréquentes
beautés de détail , & l'égalité d'un ſtyle
toujours fimple & toujours foutenû d'une
belle verfification, ont fi fort ſurpris ces
Critiques qu'ils n'ont pas eû le tems de faire
attention au mérite réel de la bonne
conduite que l'on trouve dans cette Piéce. *
L'Académie Royale de Muſique a rouvert
fon Théatre le Mardi 19 par une repréſentation
du Temple de la Gloire. Nous en
avons déja donné l'extrait, & nous remettons
au mois prochain à parler des changemens
conſidérables faits dans l'Acte de Belus.
Cet Extrait nous a été donné par M. Riccoboni,
AVRIL 1746. 147
Ce Ballet ne le céde point aux autres
Ouvrages de M. Rameau ; il y eſt toujours
lui-même , & c'eſt tout dire .
• COME'DIE FRANÇOISE,
Le Lundi 18 Avril , M. Drouin qui avoit
fait le Compliment au public à la clôture du
Théatre , a fait aufli celui de la rentrée qui
a fort plû au public en lui préſentant la ſublime
Athalie du célébre Racine.
Le Mercredi 20 , on donna la premiére
repréſentation d'une Piéce de M. de la
Chauffée qui s'eſt illuftré par un genre nouveau
de Dramatique qui réunit les graces
majestueuſes de Melpomene , & les agrémens
badins de Thalie. Cette Comédie
nouvelle eſt intitulée la Fête interrompue.
Elle eſt ornée de divertiſſemens & a été reçûe
favorablement. On en parlera plus am
plement le mois prochain .
COME'DIE ITALIENNE.
La Coquettefixée ſuivie du Diable boiteux
&de ſon agréable Ballet , où l'on eſt charmé
du Pierrot , de la Pierrette & de la jeune
Camille , a rouvert le Théatre Italien.
L'incomparable Arlequin qu'un accident
près - contraire au plaiſir des ſpectateurs en
اد
Gij
148 MERCURE DE FRANCE,
avoit banni , y eſt remonté avec les applaudiſſemens
dûs à ſes talens ſupérieurs , & a
récité avec ſes graces comiques un compliment
écrit par une main accoutumée à
cueillir des lauriers dans les champs deBellonne
ainſi que ſur le ſommet du Parnaſſe :
nous l'allons donner au public.
Compliment fait par Arlequin , à l'ouverture
du Théatre Italien le Lundi 18 Avril
1746.
JEvoudrois bien , Meffieurs , vous faire un
compliment;
Oui , mais rimer ce n'eſtpas mon talent;
Et par malheur , malgré ma bonne mine ,
me prêter des Vers ainſi qu'à Coraline
Onn'a pasgrand empreſſement.
Quoi:me faudra-t-il faire un compliment en Proſes
Fi doncloh , l'ennuyeuſe choſe !
Ala Cour même d'Apollon ,
Làbas fur le bord de la Seine ,
Onen voit ſouvent ſur ce ton ,
Réfléchis , corrigés , achevés avec peine ,
Et prononcés par gens de grand renom,
Faire pourtant bâiller , dit-on :
Mais auſſi cesMeſſieurs ne ſont point de bergame;
Ons'en tire chés nous tout d'une autre façon :
AVRIL 1746. 149
Vous allez voir : Le zéle qui m'enflame ,
Thedefir queje ſens de vous plaire , en mon ame
Vame tenirlieu d'Hélicon ,
DeMuſes , d'Hypocrêne & de ſacré Vallon.
Meſſieurs nous romponsun filence
Bien long au gré de notre impatience;
Maisprêts à nous livrer au ſoin de vos plaiſirs ,
Nous ofons implorer cette même indulgence
Qui ce dernier Hyver a comblénosdeſirs
Et furpaffé notre eſpérance .
Il eneſtparmi vous qui loin dece ſéjour
Suivant lavoix de la Victoire ,
Bientôt en faveur de la Gloire
Feront banqueroûte à l'Amour ;
Jeleur ſouhaite unbon voyage :
Qu'ils vont recueillir de lauriers !
Renverſerde remparts , terraſſer de Guerriers !
Que ne puis-je avec eux ſignaler mon courage !
Que d'ennemis périroient de mamain ! ...
Mais non , ne quittons point ce paiſible rivage :
Rengainons ce glaive inhumain ;
Paris a beſoin d'Arlequin.
Partez , braves François ; ſoit que par ſa préfence
Louis redouble encor vos guerrieres ardeurs ,
Soit que Marsaux combats vous guide en ſon abfence,
Giij
T30 MERCURE DE FRANCE.
Vousreviendrez ici v ainqueurs .
Rappellez- vous alors ce que je vais vous dire
Paffez les pontsquand vous voudrez pleurer ;
Venez nous voir danſer & folatrer
Quand vous voudrez vous amufer & rire.
CONCERT SPIRITUEL.
Le Vendredi 25 Mars jour de la Fête de
l'Annonciation de la Vierge , on chanta le
Confitebor tibi Domine , Motet à grand choeur
de l'illuftre M. de la Lande.
Un Concerto de flute traverſiere fut joué
par M. Vincent , & applaudi par le public;
il fut fuivi dupetit motet Benedictus Dominus
du gracieux Mouret enfuite M.
Mondonvillejoua feul & termina ce Concert
par ſon grand Motet Jubilate Deo omnis
terra.
,
Le Concert du Dimanche de la Paffion
27-Mars commença par le Confitemini Domi-
710 , Motet à grand choeur de M. de la Lande.
M. Blavet joua ſeul; après ſon Concerto
on exécuta le beau Motet Diligamte Domine
de M. Gilles qui ſoutient encore une brillante
réputation. M. Mondonville & M. Guignon
jouerent enſemble , & furent univerſellement
& copieuſement applaudis : toutes
les fois qu'ils ont joué de même , ils out
reçû le mêmetribut de louanges. Le publie
AVRIL 1746 . 151
meſure toujours ſon encens à ſon plaiſir.
Le Jeudi de la Paſſion 31 Mars , on donha
le Miserere mei Deus quoniam , Motet à
grand choeur du ſçavant M. Bernier ; un
Concerto du célébre Vivaldi , le Motet à
grand choeur de M. de la Lande , Dixit Deminus.
M. Mondonville joua feul , & le Concert
finit par ſon Motet à grand choeur
Regnavit Dominus.
Le Dimanche des Rameaux ; Avril , on
entendit avec ſatisfaction le Motet à grand
chrur de M. Mondonville Nifi Dominus ,
un Due de ſimphoniejoué par M. Guignon
&M: Blavet: il eſt inutile de dire qu'il fut
parfaitement joué , Laudate Dominum omnes
gentes Motet à grand choeur de M. l'Abbé
Blanchard l'un des Maîtres de Muſique de
la Chapelle du Roi & digne du poſte qu'il
occupe : on entendit encore enſemble M.
Mondonville & M. Guignon , & enſuite le
Miserere mei Deus , Motet à grand choeur de
M. de la Lande.
Le Mercredi Saint 6 Avril , on entendit
Exultate jufti Motet à grand choeur de M.
de la Lande; un Concerto de Vivaldi ; Laudate
Dominum quoniam bonus , Motet à
grand choeur de M. l'Abbé Blanchard. M.
Mondonville qui joua ſeul , & fon Motet à
grand choeur Lauda Jerusalem.
Le Jeudi Saint 7 Avril fut rempli par le
Giij
152 MERCURE DE FRANCE.
Confitebortibi Domine , Motet à grand choeur
deM. de la Lande: on fut charmé d'un Trio
de fimphonie exécuté par M. Blavet , M.
Greff& M. l'Abbé ; on écouta favorablement
le Confervame Domine, Motet à grand
choeur de M. l'Abbé Blanchard ; M. Mondonville
joua feul & couronna le Concert
par fon beau Motet Venite exultemus.
Le Vendredi Saint 8 Avril , on debuta
par Laudate Dominum omnes gentes , Motet
àgrand choeur de M. l'Abbé Blanchard, enfuite
M. Blavet joua ſeul , & préceda le Nift
Dominus, Motet à grand choeur de M. Mondonville
qui joua après avec M. Guignon ;
le Concert fut terminé par le Miserere mei
Deus , Mozet à grand choeur de M. de la
Lande.
Le Samedi Saint neuf Avril , on chanta
leRegina Cæli , Motetà grand choeur deM.
l'Abbé Blanchard; M. Guignon joua ſeul ;
on exécuta Jubilate Deo omnis terra , Motet
à grand choeur de M. Mondonville qui joua
après avec M. Guignon. )
On finitle Concert par Deus quidoces manus
meas , Motetà grand choeur de M. l'Abbé
Blanchard , compoſé & exécuté à Verſailles
à l'occaſion de la derniere campagne
du Roi fi fertile en glorieux événemens.
Le Dimanche de Pâques dix. Avril , on
donna Cantase Domino Canticum novum ,
AVRIL 1746. 153
Mötet à grand choeur de M. de la Lande ;
M. Mondonville joua ſeul & avec M. Gur
gnon après le Motet à grand choeur de M.
PAbbé Blanchard Conſerva me , il fut ſuivi
du Motet Venite exultemus de M. Mondonville.
Le Lundi de Pâques onze Avril , on redit
le Regina Cæli , Motet à grand choeur de M.
l'Abbé Blanchard.; M. Guignon joua ſeul
avant Omnes gentes de M. Mondonville , &
enſuite avec lui. Le Concert fut fermé par
leTe Deum , Motet à grand choeur de M. de
Blamont Sur - Intendant de la Muſique du
Roi : Motet ſouvent chanté à Verſailles.
Jamais Monarque François n'a fait tant répéterle
Te Deum dans une même campagne.
Le Mardi de Pâques douze Avril, on chanta
Quemadmodum Motet à grand choeur
de M. de la Lande ; M. Mondonvillejoua
feul Laudate pueri , Motet à grand choeur
deM. l'AbbéBlanchard. M. Guignon & M.
Mondonville jouerent enſemble,&précéderent
le Motet du dernier Dominus regnavit.
Le Vendredi de Pâques 15 Avril , on redonnale
beau MotetdeM.Gilles Diligam te
Domine, M. Guignon joua ſeul ; on chanta
Deus qui doces minus meas , Motet à grand
choeur de M. l'Abbé Blanchard compofé au
fujetde la derniére& brillante campagne du
Gy
154 MERCURE DEFRANCE.
Roi , heureuſe matiere d'éloges veridiques.
M. Guignon & M. Mondonville jouerent
enſemble. Après ce Duo cent & cent fois
applaudi , on exécuta Bonum est , Moter
àgrand choeur deM. Mondonville.
Et enfin le Dimanche de Quasimodo 17
Avril Cantate Domino Canticum novum ,
Motet à grand choeur de M. Mondonville
ouvrit le Concert : ce Motet fut ſuivi d'un
Concerto de Vivaldi intitulé le Printems , &
d'un Motet à grand choeur de M. l'Abbé
Blanchard , Laudate Dominum quoniam bonus
& Pfalmus . M. Mondonville & M. Guignon
jouerent enſemble , & le dernier des
Concerts de Pâques fut très - bien couronné
par le Venite exultemus , Motet, à grand
choeur de M. Mondonville.
Ona fort applaudi danstous ces Concerts
les chants méthodiques & gracieux de Mile
Chevalier , Mile Fel & Mile Bourbonnois ,
le goût de M. Benoît , la légereté brillante
deM. Poirier , & la belle voix de M. l'Abbé
Maline.
CONCERTS DE LA COUR.
LeMercredi 30 Mars., M. Seldela Mufique
du Roi a exécuté dans l'Appartement
AVRIL 1746. 155
de laReine un Motet à voix ſeule avec fimphonie
, de la compofition de M. le Baron
de W. qui a obtenu une approbation générale.
Le Mercredi Saint , leurs Majestés aux
Tenebres entendirent M. l'Abbé Dota , M
du Cro & M. Poirier qui chanterent les trois
premieres leçons en Plein Chant figuré.
Les trois premiéres leçons des Tenebres
du Vendredi Saint furent chantées de même
par M. Jerom , M. Poirier & M. Benoît :
toutes ces leçons furent fort goûtées par la
reſpectable affemblée .
Le Lundi 18 , on recommença les Concerts
interrompus par la Solemnité des Pâques
, & on donna le Prologue du Ballet
des Stratagêmes de l'Amour & le premier Acte
du même Opera , dont les Paroles font
de M. Roy Chevalier de l'Ordre de S. Michel,
& la Muſique de M. Deſtouches Sur-
Intendantde la Muſique du Roi.
Le Mercredi zo on exécuta le Ballet des
Elémens des mêmes Auteurs .
Le Lundi 25 , on a exécuté pour la
deuxième fois la Nymphe de la Seine , divertiſſement
de la compofition de M. Buri
Maître de Muſique de la Chambre du Roi, ce
divertiſſement n'a pas reçu moins d'applaudiſſement
la ſeconde fois que la premiere;
Gvj
136 MERCURE DE FRANCE.
la Reine l'a redemandé , voilà ſon juſte
éloge.
un
Nous avons promis le mois paſſé deparler
du Ballet de la Félicit'é; en voici
extrait qui nous a été envoyé par un des
amis de l'Auteur , nous n'y avons rien ajouté
ni retranché , nous réiterons ici les af
ſurances pluſieurs fois données que nous ſerons
toujours exacts à rendre juſtice à
ceux qui nous ſeconderont.
On a donné ſur le Théârre de Verſailles
le 16 & le 24 Mars dernier le Ballet de la
Felicité , les paroles ſont de M. Roy Chevalier
de l'Ordre de Saint Michel, la Mufique
de Meſſieurs Rebel & Francoeur Sur-
Intendans de la Muſique de ſa Majefté.
La Cour atttendoit que l'Auteur des Elemens
faits pour elle en 1722 , reparut dans
une carrierre où il a des droits acquis par
les ſuccès. Ce dernier ouvrage eſt marqué
au même coin de génie que Philomele, Cal-
Thiroë , les Sens , les Graces ,le Ballet de la
Paix &c. Le ſujet eſt auſſi bien rempli
qu'heureuſement choiſi.
La Felicité paroît le plus digne objet à
préſenter au Monarque occupé de celle
des peuples. L'Auteur ſans propofer audacieuſement
ſes idées comme les ſeules pro
AVRIL 1746. 157
pres aux fêtes de la Cour , en tire l'avantage
d'un éloge pour S. M. également neuf
&naturel : éloge qui ſignale le Citoyen &
le Poëte.
Voici le projet du Ballet.
L'Abondance , fource du bonheur , la
jeuneſſe , tems d'en jouir , le lieu où l'on
voit ce qu'on aime,hors duquel il eſt ſi peude
beaux jours. Voilà les trois parties qui achevent
le tableau de la Felicité; l'Auteur a
trouvé le ſecret d'y aſſortir trois ſujets de
Fable , inconnus au Théâtre Lyrique qui
ſemble avoir épuisé la Mythologie. Ces
fictions variées , foutenues de ſentimens, developent
des caracteres neufs & intereſſans.
Chacune améne deux divertiſſemens . C'eſt
une adreſſe ſinguliere pour épargner au
ſpectateur l'ennui , d'entendre trop de
ſcénes de ſuite , ou de voir danſer trop
long-tems . C'eſt une adreſſe que M. Roy
amarquée dans tous fes Ballets& gliparroit
ſervir de reſſource & de regle.
PREMIERE ENTRE'E.
Une Princeſſe éloignée de la Cour de
Mycene , impatiente d'y retourner , irritée
d'en perdre l'e perance , eſt guerie de l'ambition
par la tendreſſe. Les délices duTem158MERCURE
DE FRANCE
pé ne la conſoloient pas. Le ſeul retour
d'un amant la dédommage de ce qu'elle regrettoit
; cet amant eſt le Dieu qui ſous le
nom d'Idamante avoit conduit Paris chés
Helene. Le courtiſan a toute la délicateſſe &
l'infinuation du Dieu de l'éloquence. Voici
ſon portrait.
Par un art peu connu des vulgaires amans ,
Il ne faiſoit parler que ſes empreſſemens .
S'il peignoit les feux d'un coeur tendre ,
il en ſçavoit cacher les craintes , les tourmens ,
Et ſembloit moins forcer mon aveu , que l'attendre.
Il pratique à la lettre le precepte d'Ovide :
Lanius inſtando tadia tolle tui *
Ovide eſt un tréſor inépuiſable pour le
Poëte qui ſçait mettre en oeuvre. En voici
un ſecond exemple .
** Pectora dum gaudent noe funt adstrita doloro
Ipfa patent , blanda tunc fubit arte Venus.
t
Penſée que Philonide rend ainſi dans la
ſcéne troifiéme.
* Art , amat . 1 .
** ibid,
AVRIL 1746 . 159
C'eſt au ſein des plaiſirs que regne la tendreffe;
L'Amour veut en riant allumer nos ardeurs ,
Ses momens ne ſont pas les momens de triſteſſe ;
Les fêtes & l'éclat lui préparent les coeurs .
Mercure ne dément pas le caractére ſous
lequel il eſt annoncé.
Si vous vous plaiſiez à m'entendre
Mes entretiens vous peindroient mon amour ;
Dès qu'ils vous ennuiront , je ſçaurai les ſuſpen
dre;
Mon feu plus renfermé n'en ſera que plus tendre ;
Mes ſoins plus aſſidus , plus vifs de jour en jour....
Tout ce que je vous tais , ils pourront vous l'af
prendre.
Le premier divertiſſement de cette en
trée eſt une fête à la Fortune , fête qui n'eſt
pas deplacée à la Cour.
On chante le pouvoir de la Déeſſe , fon
inconſtance, l'avidité inquiéte des afpirans ;
elle ne repond pas à l'invocation avec la
docilité des autres oracles. Son filence eft
un effet de fon caprice ou de l'influence
d'un Dieu ſuperieur & intereſſé à mettre
Philonide dans l'embarras. Voici le Choeur
des Prêtreſſes pour juſtifier la bizarrerie de
leur divinité & pour laiſſer l'auditeur en
fufpens.
16. MERCURE DE FRANCE.
Elle fonde ſa puiſſance
Sur ſes caprices divers ;
• Aujourd'hui nos voeux offerts ,
Irritene ſa réſiſtance ;
Demain elle les devance
Ses bienfaits en ſont plus chers ;
Et l'ordre de l'Univers ,
Dépend de fon inconstance.
Imitation de Virgile *
Multos alterna reviſens
Lufit , & in folido rurfus Fortuna locavit.
La ſcéne de dénoûment , où Idamante
amene par degrésPhilonide à renoncer aux
plaiſirs , aux grandeurs ;&à convenir
Qu'où l'on voit ce qu'on aime ,
C'eſt le ſéjour de la Felicité.
<
Eſt maniée avec toute la dexterité que
donne la connoiſſance du coeur humain.
Mercure content de la victoire qu'il ne doit
qu'à ſes ſentimens , & nullement à la divinité,
ſe découvre. Philonide ſent tout le prix
de ſa conquête. Le Dieu appelle les Faunes
& les Driades , ſes premiers éleves en
* Aneid II°,
AVRIL. 1746. 161
muſique. Leur hommage forme le ſecond
divertiſſement.
SECONDE ENTRE' E.
Cette entrée eſt une fiction de converance
, & appuyée ſur des noms &des traits
conſacrés par la Fable. Amaltée fille du
Roy d'Etolie , & dépositaire de la corne
d'abondance , c'est-à-dire , inſtrument de la
Felicité publique , Ariſtée fils du Soleil &
reconnu pour tel après le ſecours donné à
ſaPatrie, ſont des partis dignes l'un de l'autre.
Ce ſujet n'eſt pas choiſi au hazard,
L'alluſion eſt ſenſible.
L'action eſt tiſſue avec vraiſemblance &
fimpliciré;Ariſtée ignore ſa naiſſance. Elevé
par les Nymphes de Cerés dans l'état paſto
ral , état qui n'étoit pas indigne de premiers
Souverains , amoureux d'Amaltée il la prefere
à la Sirene fille d'Achelous , à l'Empire
des pays quil a fertiliſés , & que ce fleuve
arroſe.
On éleve Amaltée au trône par le choix
de Cerès qui lui impoſe de s'unir au fils
du Soleil . L'attente de ce nouveau maître
, flateuſe pour les peuples , accable les
⚫deux amans ſans les dégager. Leur conſtance
augmente le péril. Achelous venge l'outrage
fait à ſa fille. Il ſouleve les flots& in
162 MERCURE DE FRANCE.
onde les campagnes. Spectacle qui a été
tendu d'une maniere ſurprenante. Ariſtée
ſe devoue en victime à la fureur du Fleuve ,
& court ſe précipiter.
Cette ſituation pathétique eſt ſuivie d'une
Peripétie agréable , de l'apparition de Zéphirs
, qui fur des globes de nuées chantent
ces paroles.
Digne fils du Soleil , exercez ſa puiſſance
Ariſtée il ſoumet les Zéphirs à vos loix.
Ariſtée uſe des droits de ſa naiſſance ; il
repare le ravage , releve les arbres , chaffe
les flots , toutes les richeſſes reparoiffent.
Amaltée le couronne ; les moiſſonneurs revenus
de leur crainte viennent rondre grace
àleur bienfaiteur. Leur reconnoiſſance qui
forme le ſecond divertiſſement s'exprime
ainfi.
Regnez; c'eſt ſur vous ſeuls que notre eſpoir ſe
fonde;
Que vos exemples foient nos Loix
Le deſtin aux vertus des Rois
Enchaine le bonheur du monde.
TROISIEME ENTREE.
Voici une Fable nouvelle , mais tracée
AVRIL
1746. 163
d'après les métamorphoſes. L'invention eft
heureuſe & fondée , auſſi a-t-elle paru ſuperieure
encore à celles des deux premiers
Actes.
L'amour chargé par les Dieuxde choiſir une
mortellepour leur fervir de nectar ſe détermine
en faveur d'Hebé fille de Prothée. Rien de
plus raiſonnable que l'inclination de l'amour
pour la jeuneſſe. Illa doit conduire au Ciel.
Suivant le langage des Poëtes , la Cour des
Rois eſt le Ciel. L'allegorie et délicate.
La jeuneſſe eſt ici peinte d'après Horace
*
Mutatur in horas
Amata relinguere pernix.
Occupée de ſa béauté , de la craintede
vieillir.
*Speciosa quero
Pafcere tigres,
Voici comme M. Roy a imité le lyrique
Romain.
:
Hebé plus jeune que ſon âge
S'amuſe à tout & ne s'occupe à rien ;
La jeuneſſe pour elle eſt le ſuprême bien ;
Les troupeaux de Neptune errans ſur ce rivage ,
Une flear , un beau jour , l'aſpect d'un verd feuil
lage ,
Art- Poё,
Ode 27 1. 3º.
164 MERCURE DE FRANCE.
Desdanſes , des chanſons font tout ſon entretiens
Tout est égal à ſon ame legere ;
Tout devant ſes regards paſſe rapidement ;
Pour l'ennuier , pour lui plaire ,
Chaque objet n'a qu'un moment.
Ce ſont les paroles de Prothée dans la
Scéne avec l'Amour , Scéne très - riante qui
met vis-à- vis l'un de l'autre les deux Auteurs
de tout preſtige.
Hebé parle & agit conféquemment àl'idéequ'on
a donnée d'elle. La vivacité , l'impatiencedans
les plaiſirs , la diſtraction font
unjeu charmant aux yeux du Spectateur ;
elle dit àſes Nymphes
Que le Plaiſir s'offre à nous
-Sans le chercher ni l'attendre :
Iln'eſt jamais auſſi doux
Que quand il vient nous ſurprendre;
Le préparer eſt un ennui ;
left déja paſſé quand on court après lui.
L'Amour , perſonnage inconnu à Hebé
& aux Nymphes ſe mêle à leurs Danſes ,
excite la curiofité d'Hebé , danſe à pluſieurs
repriſes en augmentant toujours devivacité.
Il la fixe , & la réduit àpenser ; changement
dont elle eſt étonnée : la Fête ſe retire ; à la
déclaration muette , l'Amour fait ſuccéder
AVRIL 1746. 165
le détail des ſentimens qu'Hébé ignore ellemême;
il lui rend raiſon de l'ennui qu'elle
éprouve partout , du vuide de tous les plaifirs
, qui ne peut être rempli que par celui
qui lui manque, Hébé qui a entendu chés
fon pere des amantes ſe plaindre de leur
fort , craint des chagrins nuiſibles àſes charmes.
Que leurperte aujourd'hui me ſembleroit cruelle;
Nonjen'ai jamais tant ſouhaité d'être belle.
Aimez vous leferez toujours, lui répond le
Dieu; ainſi du fond même du caractére
d'Hebé part ſon conſentement d'aimer. L'art
imperceptible avec lequel cette Scéne eft filée,
la Métaphyfique galante , & naïvement
exprimée ont eu l'applaudiffement univerſel.
Enfin l'aigle de Jupiter apporte le vaſede
pectar ; l'Amour le donne à la tendre Hébé ;
Prothee qui ſurvient , ſurpris de voir ſa fille
devenue ſenſible ; dit
Ma fille , ô Ciel ! quel changement !
Toi qui fuyois l'Amour avec un ſoinextrême.)
Il reçoit d'elle cette réponſe ſans replique,
Iln'avoit pasparlé lui même,
Le divertiſſement eſt la fête du Mariage,
1
166 MERCURE DE FRANCE.
Tout ce qui eſt ſoumis à l'Amour célébre
fon triomphe & les maximes d'Opéra fi
ufées , prennent ici une nouvelle couleur.
► Quoique cet extrait ſoit déja long , nous
ne le finirons pas ſans rendre compte du
Prologue.
La victoire de Fontenoy tant de fois chantée
a fou Incore de nouveaux tons à M.
koy ; il adapte à ce grand événement les
jeux conſacrés à l'Empereur Auguſte , Vain
queur d'une Reine puiſſante dans la journée
d'Actium .
* Quo Actiaca victoria memoria celebratior
in posterum effet quinquennales ludos inftituit.
On ſçait que la Felicitéavoit un Temple
àRome , que les Saliens&les Veſtales préfidoient
aux jeux ; voici l'Hymne de la Veſ
tale à la Félicité.
Felicité charmante , acceptez notre encens ,
Tribut des coeurs reconnoiſſans.
LesCélestes bienfaits , la Paix & la Victoire
Par la main des Céſars ſe répandent ſur nous ;
Augufte a de l'Empire éterniſé la gloire ;
Nos hommages pour lui font un culte pour vous.
On ſçait auſſi que les Piéces de Théatre
ſe repréſentoient dans lesjeux Romains ; té-
*Sueton.vita. Aug. c. 7.
AVRIL 1746. 167
moin les Comédies de Térence : M. Roy
employe ce trait Hiftorique pour annoncer
fonBallet.
Ainſi tout Poëte imbu de l'antiquité
ſçait enrichir ſa Muſe ; le notre avoit trouvé
powconvalefcence du Roiles Auguſtales
dans Suétone. Le public fent le prix de
ces bonnes rencontres qui font aujourd'hui
affés peu communes.
L'exécution de ce Ballet a fait honneur au
goût de M. le Duc d'Aumont Premier
Gentilhomme de la Chambre. La protection
des vrais talens eſt héréditaire à fon
illuftre nom.
La magnificence des habits & des décorations
eſt le fruit des ſoins de M. de Cindré
Intendant des menus , qui préfere à
tout les occupations de ſa charge & qui
la remplit fi dignement.
168 MERCURE DE FRANCE.
JOURNAL DE LA COUR , DE PARIS
&c.
L
E 25 du mois dernier Fête de l'Annonciation
de la Ste Vierge , le Roi & la
Reine entendirent dans la Chapelle du
Château de Verſailles la Meſſle chantéepar
laMuſique & enfuite les Vêpres. L'après midi
leurs Majeſtés accompagnées de Monſeigneur
le Dauphin & de Mesdames de
France affifterent à la prédication du P.
Neuville de la Compagnie de Jeſus.
Le 27 Dimanche de la Paffion , leurs
Majeſtés qui avoient entendu la Meſſe dans
la même Chapelle aſſiſtérent au Se mon
dumême Prédicateur que laReine entendit
le 26.
Le3 de ce mois Dimanche des Rameaux,
le Roi & la Reine accompagnés deMonſeigneur
le Dauphin& de Meſdames de Fra
ce aſliſtérentdans'la même Chapelie à la Bénédiction
des Palmes qui fut faite par l'Abbé
Broſſeau Chapelain ordinaire de la Chapel.
ledeMuſique , lequel en préſenta au Roi &
à la Reine. Leurs Majeſtés allerent à la Proceffion
& adorerent la Croix. Le Roi & la
Reine entendirent enſuite la grande Meffe
célebrée
AVRIL. 1746.
169
célebrée par le même Chapelain, Madame
la Dauphine entendit la même Meſſe
dans la Tribune. L'après - midi leurs Majeſtés
accompagnées comme le matin aſſiſtérent
à la prédication du même , & enſuite
aux Vepres qui furent chantées par la Muſique.
Le 6 Mercredi Saint , le Roi & la Reine
accompagnés de même entendirent dans la
méme Chapelle l'Office des Tenébres.
Le 7Jeudi Saint le Roi aſſiſta au Sermon
de la Céne de l'Abbé de Rolland de Beri
Chanoine de l'Egliſe Cathédrale de Toul ,
& l'Evêque du Puy fit l'Abſoute , enſuite
S. M. lava les pieds à douze Pauvres & les
fervit à table. Le Comte de Charolois faiſant
les fonctions de Grand Maître de la
Maiſon du Roi étoit à la tête des Maî
tres d'Hôtel , & il précédoit le ſervice
dont les plats étoient portés par Mon..
feigneur le Dauphin, le Duc de Chartres ,
le Comte deClermont , le Prince de Conty ,
le Prince de Dombes , le Comte d'Eu , le
Duc de Penthiévre & par les principaux
Officiers de S. M. Après cette cérémonie
le Roi & la Reine ſe rendirent à la Chapelle
où leurs Majeſtés entendirent la grande
Meſſe & affifterent à la Proceſſion.
le4 la Reine communia dans l'Egliſe de
la Paroiſſe du Château par les mains de
H
170 MERCURE DE FRANCE,
l'Abbé de Fleury fon Premier Aumonier.
Le 7 Jeudi Saint après midi , la Reine
entendit le Sermon de la Cene du Pere
Courerot Barnabite , & l'Evéque de Fréjus
ayant fait l'Abſoute , S. M. lava les pieds à
douze Pauvres filles qu'elle fervit à table.
Le Marquis de Chalmazel Premier Maître
d'Hôtel de la Reine , précédoit le ſervice
dont les p'ats furent portés par Madame ,
Madame Adelaide , la Ducheſſe de Chartres
, la Ducheffe de Penthievre , & par les
Dames du Palais. Après cette cérémonie
Je Roi & la Reine ſe rendirent à la Chapelle
du Château où leurs Majestés entendirent
l'Office des Tenebres..1
Le 8 Vendredi Saint , le Roi & la Reine
accompagnés de Monſeigneur le Dauphin
&de Mesdames de France , aſſiſterent au
Sermon de la Paffion du Pere Neufville,
Leurs Majęſtés entendirent l'Office & allerent
à l'Adoration de la Croix , & le foi
elles affifterent à l'Office des Tenebres.
Le 9 Samedi Saint , la Reine accompa
gnée de Monſeigneur le Dauphin , deMa
dame la Dauphine & de Meldames , affift
aux Complies & au Salut pendant leque
POfilii fur chanté par la Muſique.
Le 10 Fête de Pâques , le Roi & la Rein
accompagnés de Monſeigneur le Dauphin &
de Meldames , entendirent dans la Chapell
AVRIL 1746. 178
đu Château la grande Meſſe célébrée pontificalement
par l'Evêque du Puy & chantée
par la Muſique. Madame la Dauphine entendit
la même Meſſe dans la Tribune. L'après
midi leurs Majestés aſſiſterent au Sermon
du Pere Neufville & enſuite aux Vêpres
auſquelles le même Prélat officia.
Le 17 Dimanche de Quasimodo le Roi &la
Reine entendirent dans la Chapelle du Château
la Meſſe chantée par la Muſique.
S
REGIMENS DONNE'S.
:
AM. a donné l'agrément du Régiment
deBourbonnois vacant par ladémiſſion
du Duc de Gramont au Comte de Goas Colone!
du Régiment de Berry , & celuide ce
dernier Régiment au Marquis de Contades
Capitaine dans le Régiment de Cavalerie
de la Viefville.
Le Comte de Caſtellane a été nommé .
Colonel Lieutenant du Régiment d'Eu ; le
Comte d'Aubeterre Colonel Lieutenant du
Régiment Royal des Vaiſſeaux , & le Prince
de Holſtein Beck neveu du Maréchal
Comte de Saxe , Meſtre de Camp Lieutenant
du Régiment Royal Allemand.
Le Marechal Duc de Noailles Miniftre
Hij
172 MERCURE DEFRANCE,
d'Etat que le Roi a chargé d'une Commiffion
particulière auprès du Roi d'Eſpagne ,
partit de Verſailles le dernier Mars pour
Te rendre à Madrid.
On a appris par les lettres dItalie du 17
Mars que le Maréchal de Maillebois avoit
établi le centredeſes Quartiers àNovi , que
par ſa droite il joignoit les troupes Eſpagnoles
, & que par ſa gauche il confervoit
la communication par la riviere de Génes,
LeRoi a donné à M. de Lamoignon de .
Blancmeſnil ci-devant Préſident du Parlement
, l'agrément de la Charge de Premier
Préſident de la Cour des Aides vacante par
la demiſſion volontaire de M. le Camus.
5. M. a accordé la charge de Lieutenant
Géneral au Gouvernement du Pays d'Aunix
vacante par la mortdu Comte de Guiri
au Marquis de Pontchartrain Lieutenant
Géneraldes armées du Roi & Inſpecteur de
Cavalerie,
Le Roi a accordé le Gouvernement de
Philippeville àM. de la MotteGuerin Maréchal
des camps& armées du Roi & Commandant
un Bataillondu Régiment desGar
des Françoiſes.
M de Champeron Marechal & Aide-
1
:
AVRIL. 1746. 173
Major des quatre Compagnies des Gardes
du Corps du Roi , a été nommé Commandeur
de l'Ordre Royal & Militaire de Saint
I.ouis.
Le 15 après midi le Roi accompagné de
Monſeigneur le Dauphin , fit dans la plai
ne des Sablons la revue du Régiment des
Gardes Françoiſes & de celui des Gardes
Suiſſes ; leſquels après avoir fait l'exercice
défilerent en préſence de S. M. Meſdames
de France ſe trouverent à cette revûe.
BENEFICEŠ donnés.
E Roi a nommé à l'Archevêché d'Arles
Ll'Evêque de Vannes, à l'Evêché d'Avranches
l'Abbé de Miffy Vicaire Général
de l'Evêque de Bayeux , à l'Evêché de Nantes
l'Abbé de la Mufanchere Doyen du Chapitre
de l'Egliſe Cathédrale de Luçon , & à
l'Evêché de Vannes l'Abbé Bertin Vicaire
Géneral de l'Evêque de Perigueux.
S. M. a donné l'Abbaye de S. Remy de
Rheims Ordre de S. Auguftin à l'Abbé de
Ghiſtelle ci devant,Aumonier du Roi , celle
de S. Satur même Ordre , Diocéte de Bourges
à l'Abbé Robinet Vicaire Géneral de
l'Archevêché de Paris , celle de Fores -Mon-
Hiij
74MERCURE DE FRANCE.
tier Ordre de S. Benoît , Diocéſe d'Amiens
à l'Abbé de Puifigneux , celle de Bellozane
, Ordre de Premontré, Diocéſe de Rouen
à l'Abbé de Verry & celle de la Chaume
Ordre de S. Benoît, Diocéſe de Nantes à
l'Abbé de Poly de S. Thiebault.
88888-88888888888888
* PRISES DE VAISSEAU X.
L
•E Capitaine Beaulieu Trehouard commandant
le Corfaire l'Heureux , de faint
Malo , a pris , & fait conduire à Breſt les
Navires Anglois , l'Ami , le Franchip ,le Dukin
, le Webster & le Reven , chargés de
bled & de farine.
Il eſt arrivé à S. Malo trois Bâtimens de
lamême Nation nommés la charmante Nancy
, le Bleft Galley &le S. Jean . Les deux
premiers de ces Navires chacun de 300
tonneaux , & chargés l'un de ſucre , de cacao
, de coton &d'autres marchandiſes , l'autre
de bled , de farine , de bierre & de lin ,
ont été pris par le Capitaine Deſchenais
Trehouard qui monte le Corſaire la Marie
Magdeleine , & le troifiéme dont la cargaifon
conſiſte en vin & en oranges , par le
Corſaire le Prince de Conty que comman
de le Capitaine Dufreſne Marion.
AVRIL 1746- 175
Le Corfaire le Tigre a envoyé à Cancalle
le Navire ennemile Wager de 300 tonneaux
à bord duquel il y avoit une grande
quantité de fucre , de poivre & de bois
de Gayac.
On a appris de Nantes que les Corfaires
la Bellonne de ce Port , les deux Conronnes
de S. Malo avoient fait conduire à
Nantes les Bâtimens le Suanfon & le Lanis
Pacquet, ce dernier de 250 tonneaux , armé
de vingt canons & chargé de vin , d'hui
le & de ſavon.
Le Capitaine de Lamer qui monte le
Corfaire le Bacquencourt s'eſt emparé dés
Navires le Fortune , l'Elizaberk- Marie & la
Bontéde Londres , leſqueis ont été menés à
Cherbourg. La chargé des deux premiers
eft compoſée de bled & d'orge , & celle du
troifiéme conſiſte en laine.
Le même Capitaine a rançonné deux autres
Bâtimens ennemis pour la ſomme de
750 liv. ſterlings.
Suivant les avis reçûs du Havre le Corfaire
l'Aimable de Ré , ommandé par le
Capitaine de Ferne a enlevé le Navire le
Farnly &un autre Bâtiment.
Le Navire la Lucie de Londres chargé
de vin, d'oranges & de citrons a été envoyé
à Bayonne par le Capitaine Balanqué qui
monte le Corfaire la Leurette de ce Port.
4
Hiij
176 MERCURE DE FRANCE.
Les lettres de S. Jean de Luz marquent
que le Corſaire le Dauphin y a conduit le
Navire le Roebuck de Bristol.
Il eſt arrivé àBreſt deux Navires Anglois
nommés le Parfillé &le Stableton , le premier
de 220 tonneaux &le ſecondde 250 ,
qui ont été pris par M. Bart commandant le
Vaiſſeau du Roil Elizabeth , armé en courſe.
M. Louvel Enſeigne de vaiſſeau , qui
commande la Frégate du Roi la Siréne , a
conduit au même Port le Navire le Modbury
de la même Nation.
M. du Gué Lambert commandant la Fré
gate du Roi l'Etoile armée en courſe a rançonné
pour 400 liv. ſterlings le Brigantia
laMarie-Annede Boſton , & conjointement
avec la Frégate la Siréne , il a pris leNavire
le Cambrige de la Barbade chargé de ſucre.
La Frégate du Roi le Zéphire armée en
courſe ſous le commandemeur de M. Tiercelin
a repris deux bâtimens François dont
leCorſaire ennemi le Warren s'étoit emparé.
Le Capitaine Pallier qui monte le Corfaire
le Tigre de S. Malo a fait conduire à
Breſt le navire l'Alexandre de Londres.
Il eſt arrivé dans le premier de ces deux
Ports un Bâtiment de Jerſey nommé les
deux Amis , qui a été enlevé par les navires
le Luc & le Jofeph , & un autre vaiſſeau de
la même Iſle , lequel a été pris par leCorfaire
la Marie - Magdeleine.
AVRIL 1746. 177
• Le Corfaire le GrandGrenot commandé
par le Capitaine Clément a envoyé àGran
ville le Navire la Société de Guerneſey dont
la charge conſiſtoit en eau de vie& en -vins
de liqueurs.
Deux bâteauxde Peſcheursde laHogue
y ont amené le vaiſſeau Anglois les deuw
Freres qu'ils ont trouvé démâté de l'un de
ſes mâts.
Le Navire le Chichester chargé de grains
& ſur lequel on a trouvé quatre canons de
fonte , deux mortiers & pluſieurs caiſſes
d'armes qu'il tranſportoit en Irlande a été
enlevépar leCapitaine Cantelou comman
dant le Corfaire la Revanche qui l'a fair
conduire au Havre.
On a été informé par des lettresdeBayonne
que le Corſaire la Levrette monté par le
Capitaine Balangue s'eſt rendu maître des
navires le Cleveland de Liverpool & le
Guillaume Marie de Mariland.
M. Louvel qui monte la Frégate la Siréne
armée en courſe , a pris & envoyé à Breft
le Pinque Anglois la Reine de Hongrie d'en
viron 200 tonneaux.
Le Corfaire le Grand Grenot de Grandville
commandé par le Capitaine Clement
s'eſt emparé des Navires le Dreſnot de Lowdres
de400 tonneaux , armé de 18 canons
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
& de huit pierriers , dont la cargaifon
confiftoit en fucre ; & l'Aigle de 200 tonneaux
, fur lequel il y avoit du tabac. Ces
deuxbâtimens font arrivés à Port- Blanc.
Selon les avis reçûs de Port - Louis , le
Capitaine Fougas qui commande le Corfaire
l'Hermine de Nantes a conduit dans
le premier de ces deux Ports le Navire
ennemi le . Lion de 300 tonneaux ,
chargé de ſucre blanc , & il a rançonné
pour 1990 livres ſterlings le navire le Charles
&deux autres bâtimens Anglois .
Le navite l'Ami de bonne volontéarméde
dix canons &de ſix pierriers ,àbord duquel
on a trouvé beaucoup de bled & d'autres.
grains a été enlevé par le Corſaire la Revanche
du Havre que monte le Capitaine Canteloup.
On mande de Dieppe que le Capitaine
Robert - Vion commandant le Corfaire le
Duc de Penthieure y a amené le navire le
Viathan chargé de ſucre.
Les lettres de Bayonne marquent que les
Corfaires le Chaffeur & la Junon , montés par
les Capitaines Giraudel & Vigoureux y ont
fait conduire , le premier les navires le Frederic
& l'Esperance de Londres , chacun de
300 tonneaux , & dont la charge eſt compoſée
de tabac ; le ſecond les bâtimens la
Marie- Catherine & le Mercure ,chargés.
7
AVRIL.. 1746. 179
l'un de ſucre , de caffé &de cacao & l'autre
de tabacx de merrains.
On a appris de S. Jean de Luz qu'il v
étoit arrivé un bâtiment Anglois nommé le
Destocharcq qui a été pris par le Corfaire le
Pellerin de ce Port.
LISTE DES OFFICIERS GENERAUX.
ARME'E DE FLANDRES .
LIEUTENANSGENERAUX.
L
MESSIEURS
EDuc d'Harcourt, Marquis de Clermont Tonnerre,
Comte de Clermont, Prince de Dombes,
Comte d'Eu , d'Herouville • Bulkley , Clermont
Gallerande , du Chayla , Monteſſon , Chevalier
de Belle- Ifle , Malezieu , Duc de Biron , Lowendalh
, Beranger , Duc de Boutteville , Duc de Richelieu
, Prince de Pons , Brezé , Luxembourg ,
Berchini , Comte de Clare , Chevalier d'Apcher ,
Saugeron , Croiffy , Duc de Boufflers , Duc de
Chartres , Duc de Penthievre , Chiffreville, Pontchartrain
, Marignane , Montgibault , Monnin ,
Courtomer, Contades.
Lieutenans Géneraux qui marchent avec le
MESSIEURS
Roi..
De la Billarderie , Montboiffier , Marquis de
Meuſe , Zurlauben , Jumillhac .
1
Hvj
180 MERCURE DE FRANCE.
Lieutenans Generaux employés dans les
Places.
MESSIEURS
Ceberet à Ipres, Philippes à Maubeuge , Danois
àValenciennes , Daunay àDunkerque.
Maréchaux de Camp.
MESSIEURS
F
Thomé , Firmarcon , du. Roure , Graville
Comte de Beuvron , d'Armentieres , Souvré
Duc de Chevreuſe , Chevalier de Courten ,
Rubempré , Prince de Soubiſe , Duc de Chaulnes
, du Chambon , Champeron , Razilly , Relingue
, Chevalier d'Agueſſeau , Fougeres , Loigny-
Montmorency , Mezieres , Treſſan , Balincourt ,
Suzy, Marquis deCrequy , Dumuy , d'Anlezy, de
Guers , Perufſfy, Morangies , Marquis deSourches,
Canillac , d'Avaray , Rozen , Beaufremont , Pincede
Tingry, la Sufe , Duc de Fitzjames , Comte
deNoailles, Marquis de Choiſeuil, Cremille, Duc
deBroglie, la Perouze, Comte de Blet, Gravelle,
la Luzerne , Baron de Montmorency , Chevalier
de Nuy , Chabannois , Montmorin , Comte de
Lorges , d'Herouville , Duc de Lauraguais , Duc
deDuras , Comtede Froulé, la Marche , Deſtrehans
, la Salle , Comte de Pons , Lavauguyon , de
Guerchy , Comte de Gramont Falon , Marquis de
Gontault , Duc d'Havré , S. Pern , Vaudreuil ,
d'Autanne , d'Aumalle.
:
A
AVRIL. 1746.
Maréchaux de Camp qui marchent avec le
MESSIEURS
Roi...
Le Duc d'Aumont , Duc d'Ayen , Calviere ,
Comte de Monteſquiou , Malherbe , Deſcayeul ,
Dauger , Narbonne , Montboiffier.
Maréchaux de Camp employés dans les
MESSIEURS
Places.
Romecourt à Ipres , d'Eſtrées à Furnes, Séedorfà
Beaumont , Lamothe d'Hugues àOftende.
Etat Major.
MESSIEURS
CremilleMaréchaldes Logis de l'Armée.
Puyſegur , d'Argenſon , Robert , d'Eſpagnac ,
S. Sauveur , Soupire , Batteville , Rouffel , Valognies
, Aides.
MESSIEURS
Vaudreuil Major General.
Champignelles , la Tour , Valfond , Bernier ,
Montazet , d'Hallot , Godere , laGraulet; Aides.
MESSIEURS
Croiſmar Maréchaldes Logis de laCavalerie.
MERCURE DE FRANCE.
Chevalier de Mezieres , S. Georges , du Porail ,
Mouchy , Montlezun , Sourdis , Fontenille , la
Source , Laugeois , Chevalier de Clermont Tonmerre
; Aides
?
ARMEE D'ITALIE.
LIEUTENANS GENE'R AUX..
MESSIEURS
Le Marquis de Senecterre , du Cayla , d'Argouges
, Comte de Rieux , Marquis de Mirepoiх ,
Maulevrier.
Maréchaux de Camp.
• MESSIEURS
Mauroi , Larnage , Vigier , Comte de S. André
, Gramont , Coffé , Chepy , Legendre, de
Sault, Comtede Boiftel , Chevert , Maillebois ,
la Chetardie , Tarneau , du Poulpry , Mailly
d'Aucourt , Puiguyon , Mauriac en Provence ,
d'Arnaulten Dauphiné , Bailly Lieutenant d'Artillerie.
Etat Major.
MESSIEURS
de
Maillebois Maréchal des Logis de l'armée .
Montegnard , d'Agieu , Lalive de Pailly ,
Gafnay, Dougermain , Chevalier de Belloy ;
Aides
AVRIL 1746. 133
Voguć Maréchal des Logis de la Cavalerie,
Montchenu , S. Tropes , Sabran ; Aides .
ARMEE DE CONTY,
Lieutenans Généraux.
MESSIEURS
De la Farre , Lamothe , Mauboug , Segur ,
Comte de Baviere , Marquis de Fenelon , Lautrec
, Chevalier de S. André , Putanges , la Rocheaymont
, Coigny , Refuges , la Ravoye, Chabannes
du Chatel , Chazeron , du Chatelet
Lomont , Salieres , Clermont d'Amboiſe , Villemur
, S. Jal , la Riviere , Maupeon , Duc de
Randan , Comte de Treſmes , Mortagne , Prince
desdeux Ponts.
7
Lieutenans Généraux employés dans lesPlaces.
MESSIEURS
Le Comte de Laval en Lorraine , Balincourt en
Alface , de Creil à Thionville , Bombelles àBitche.
Maréchaux de Camp.
MESSIEURS
LeDuc de Briflac , Montconſeil , Biſſy , Marquis
du Chatelet , Comte d'Harcourt , Labruni ,
Chaumont , Marquis de Pont S. Pierre , Comtede
Laigle, Hery , Eremur , Crufſol , Chevalier de
184 MERCURE DE FRANCE.
Nicolay, Duc de Fleury , Bellefond , Luſſan ,
Prince de Naffau , Laclaviere , Dumeſnil , Carcado
, Fodoas , Vibraye , Surgeres , Bouzols , Dandlay,
Boudeville , Montbarray.
M. Darros employé à Longwy.
EtatMajor.
MESSIEURS
1
SalieresMaréchal des Logis de l'armée.
Torcey , Baye , Narbonne , Redmont , Montazet
, Corfac , Modave , Curſay , Rochepierre ,
Rihiner , Aides.
Chauvelin Major Géneral.
Gayon , Bruſlard , Chatelord, S. Simon , Colevus,
de Broglie , de Grille , Gibaudiere , du Chatelet
Lomont.
Mylord Tirconel Maréchal des Logisde la Cavalerie.
Deſpiés , de Scepeaux , S. Pouens , Weterfheim
, Dagoult , Binet , Aides.
LeRoi ayantdifferé de faire la revûe de ſes deux
Compagnies des Mouſquetaires , juſques à ce que
cesdeuxcorps ayentjoint Sa Majefté enFlandres ,
n'a pas laiſſfé de nommer avant leur départ aux
emplois vacans. LesOfficiers qui ont monté dans
la premiere Compagnie , font M. Huet de Beau-
Lieu Premier Brigadier nommé dernier Marêchal
des Logis enplace de M.de Longavenne mort le
mois de Mars dernier ; Meſſieurs de Beauclair&
de laBrulerie nommés Brigadiers en place deMrs.
Huet ci-deſſus , & des Montiers de Condé qui s'eſt
retiré ,&Mrs de Charlaryd'Ormancey , de Monchamp
&des Bordes nommés Sous - Brigadiers en
AVRIL 1746. 185
place de Mrs de Beauclair & de la Brûlerie ci
deffus , & de Mrs. de Mazieres & de Saint Martin
qui ſe ſont retirés ; M. de la Forêt a été nommé
Sous-Aide Major en place de M. dela Brûlerie
qui l'étoit ci -devant; Mrs. de la Godde & Rouville
ont été faits Porte - Etendart & Porte - Drapeau.
***************
NOUVELLES ETRANGERES
L
RUSSIE.
E Prince' Dolgouroucki Feldt Maréchal &
Préfident du Conseil de Guerre mourut à
Peterſbourg le 23 dumois dernier agé de 82 ans .
Le Comte Gustave Biron ſecond frere du Comte
Ernest Biron ci - devant du Duc de Curlande
, mourut, le 24 dans la 54e. année de fon
âge.
Le Roi de Suede a fait publier un édit par lequel
S. M. permet à tous les Juifs qui pourront
prouver qu'ils font riches au moins de dix mille
Florins de venir s'établir en Suede , d'y faire toutes
fortesde commerces , &de s'intereſſer dans la
compagnie des Indes Orientales , dans la pêche
du harang , &dans toutes les entrepriſes des fabriques
& manufactures. Ceux qui feront reçus
dans le Royaume pourront acquérir le droit de
bourgeoisie dans les Villes où ils feront leur réfidence.
M. de Hoften Ambaſſadeur du Roi de Dannemarck
auprès de l'Imperatrice de Ruſſie a mandé
àSa Majesté Dan. qu'il avoit renouvellé endif186
MERCURE DE FRANCE.
ferentes occafions ſes inſtances pour engager cet
te Princeſſe à faire accepter par le Grand Duc
de Ruffie l'accommodement qui lui a été propoſé
par rapport au Duché de Sleſwick , mais que di
vers obstacles avoient retardé juſques ici la conclufion
de cette affaire. S. M. D. a appris par
les lettres du même Ministre que l'Imperatrice
de Ruffie faifoit travailler à de grands préparatifs
de guerre , dont on avoit de la péiné à penetrer
la deſtination . Quoiqu'on n'ait point lieu de croire
qu'ils ayent un objet relatif aux differends de Sa
Majesté D. avec le Grand Duc de Ruſſie , vû la
diſpoſition qu'elle a fait paroître conitamment de
ſe prêter à toutes les voyes de conciliation qui
lui feroient offertes , il a paru neceſſaire de ſe
mettre dans une ſituation à n'être point ſurpris
par l'évenement. Pour cet effetle Roi a ordonné
de faire une augmentation dans ſa Marine , &
d'équiper quatorze tant Vaifleaux de guerre que
Fregates. Sa Majesté a donné le commandement
de cette Eſcadre au Comte de Danneſchiold
Samfoë.
: 7
ALLEMAGNE.
dumois
ILparoît par des lettres deViennedu 12
dernierque la ſantéde la Reine deHongrie étoit
aufſſibonne qu'on pouvoit le déſirer,&ique dès- lors
Sa Majesté avoit commencé de ſe fare rendre
compte des réſolutions priſes dans le Conſeil. Le
Gouvernementa réſolu d'envoyer en Italie&dans
Ies Pays - Bas toutes les troupes dont on pourra
ſe paffer dans les Pays Héréditaires. Le Prince de
SaxeHildburghauſen doit aller en Croatie afin d'y
donner des ordres pour la marche d'un nouveau
Corps de 8 mille hommes qu'on tire de cette Pro
AVRIL 1746. 187
vince & qui eſt deſtiné à renforcer l'armée que
le Prince de Lichtenstein commande en Italie.
On affure que les troupes d'Italie feront augmen-.
tées juſqu'à foixante mille hommes , & que Sa
Majesté long.fepropoſe d'en avoir cinquante mille
dans les Pays- Bas..
On ne ſçait pas encore quand partiront les 12
mille Saxons que le Roi de la Grande Bretagne
& la Republique des Provinces-Unies ſe propofent
de prendre à leur folde.
Ondit que douze Regimens Pruſſiens doivent
auſſitôt que la faiſon le permettra former un Camp
dans les plaines voiſines de la rive droite de
l'Elbe, & qui touchent aux Frontieres de l'Electorat
de Saxe .
L'exécution du dernier Décret de Commiffion
que le Grand Duc de Toscane a envoyé à la
Diette concernant l'armée d'obſervation qu'il défire
que l'Empire ait fur le Rhin , rencontre de
fort grands obstacles de la part de quelques Princes
& Etats du Corps Germanique ; ils refuſent ,
furtout de ſoufcrire à la propoſition qui a été faite
d'élire le Prince Charles de Lorraine Feldt MarechalGénéral
de l'Empire , ils prétendent ne pouvoir
, fans donner atteinte & à leur neutralité ,
conſentir que ce' Prince commande en même
tems les troupes, des Cercles & celles de la
Reine de Hongrie. L'Electeur de Baviere , qui
perſiſte à défendre la ſortie des vivres de ſon Electorat
, avoit permis aux Miniſtres de la Diette d'en
tirer pour leur uſage , mais foit que Meſſieurs de
Sternberg & d'Hugo , Miniſtres de Boheme & de
Brunft ick ayent abuſé de cette liberté , ſoit par
une autre raiſon , quelques provifions qu'ils faifoient
venir de Baviere ont été arrêtées par ordre
de la Cour de Munich. Les autres Miniſtres ont
188 MERCURE DE FRANCE.
fait ſur cela des repréſentations à celui deBaviere,
&ils lui ont infinué que ſi la Cour de Munich ne
levoit pas une defenſe ſi préjudiciable aux habitantsde
Ratiſbonne on prendroit des meſures pour
l'y obliger.
M.de la Nouë Miniſtre du Roi de France auprèsde
la Diette de l'Empire , a remis à cette affemblée
un Mémoire qui porte qu'il a reçu des avis certains
que quelques troupes de la Reine de Hongrie
, dans le deſſein de faire des courſes ſur les
terresde ladomination de Sa Majesté Très-Chré
tienne , ont tenté le paſſage du Rhin à Plobsheim
&dans pluſieurs autres endroits dependants des
Cercles Neutres , & que le premier Mars un détachement
des mêmes troupes , ayant traverſé ce
fleuve pendant la nuit audeſſous du Fort Mortier ,
aenlevé d'un Poſte , dont la fentinelle a été blef
ſée de trois coups de fufil , un Gaporal & quatre
foldats ; que les Cercles Neutres doivent prevoir
les fuites fâcheuſes qui pourroieutréſulter de ſemblables
excez , contraires à la paix qui ſubſiſte
entre la France & l'Empire , & que Sa Majesté
Très-Chrétienne compte que ces Cercles les previendront
, en obligeant à l'avenir les troupes de
ſa Majesté Hongroiſe de reſpecter davantage la
neutralité qu'ils ont réſolu d'obſerver; qu'ils n'ignorent
pas avec quelle attention le Roi a ordonné
d'indemnifer les habitants du Village de Weihl
du dommage qu'ils ont prétendu leur avoir été
cauſé par des troupes Françoiſes ; que les Cercles
ne peuvent pas avoir oublié les affurances
poſitives qu'ils ont données ſi recemment à M. de
laNouë , de la diſpoſition dans laquelle ils étoient
de ne point permettre que du côté de leurs territoires
les frontieres de Sa Majesté Très- Chrérienne
fuffent inquietées par quelques troupes que
AVRIL. 1746. 189
çe fût , leur volonté étant au contraire de ſe conduire
dans toutes leurs demarches conformément
àce qu'exigent les loix d'un bonvoiſinage ; qu'en
même temps les Miniſtres Directoriaux font informés
que le Roi de France a ordonné de la
façon laplus préciſe aux Generaux de ſes armées,
dene nuire en aucune maniereà la tranquilitédes
Crcles ; qu'ils peuvent être certains que SaMajeſté
Très-Chrétienne perfiſte dans la réſolution
de conſerver le paix avec l'Empire , & qu'ainfi
M. de la Nouë attend des Cercles une réponſe
prompte& fatisfaiſante ſur les griefs dont le Roi
fon Maître a droit de ſe plaindre. Quelques jours
auparavant M. de la Nouë le fils avoit déclaré
auxEtats du Cercle de Svabe que la neutralité
dont il importoit fi fort à ce Cercle de ſe procu
rer les avantages pendant la préſente guerre, exigeoit
que ce Cercle évitât tout ce qui pourroit
cauſer de l'ombrage à S. M. T. C. & qu'il n'accordât
point ſur ſon territoire le paſſage aux ennemis
de la France , pour attaquer ou inquiéter
les Frontieres de ce Royaume ; que S. M, T. С.
demandoit que le Cercle de Suabe s'expliquât ſans
aucune ambiguité fur la conduite qu'il ſe propofoit
de tenir ; qu'occupée du ſoin d'aſſurer le repos
de ce Cercle & des autres Cercles Neutres ,
Elle ne doutoit point qu'il ne s'abſtint de conclure
aucune aſſociation , & de favoriſer aucune en.
trepriſe done Elle eût ſujet d'être mecontente.
Le Directeur du Cercle Electoral du Rhin a
propofé à l'affemblée des Cercles Anterieurs de
l'Empire de répondreau Mémoire préſentéparM.
de laNouë que les Flecteurs , Princes & Etats de
l'Empire en conféquence des devoirs que leur
impoſent leur qualité de Membres du CorpsGer
manique , les Conſtitutions de l'Allemagne , &
190 MERCURE DE FRANCE.
fpecialement la derniere réſolution de la Diette ,
font dans l'intention de s'appliquer avec tout le
foin poffible à maintenir de toutes leurs forces leur
fureté commune , mais qu'ils prendront de juſtes
mefures pour que les Puitfances voiſines n'ayent
zucun fujet de ſe plaindre , & pour que les frontieres
des Etats de ces Puiſſances ne foient ni
troublées ni inquietées , & qu'ils font dans une
ferme confiance que le Roi Très-Chrétien , en
agiſſant demême à l'égard des frontieres de l'Fmpire
& particulierement des Cercles Anterieurs
donnera de nouvelles preuves de ſes diſpoſitions
pacifiques. Les Deputés du Cercle de Franconie
ont réſolu de ne donner leur avis fur cette propoſition
qu'après que les autres Cercles ſe ſeront
expliqués. Ceux du Cercle du Haut Rhin ontdemandé
du tems pour ſe determiner ſur cette affaire
, & ceux de Suabe ont prétendu que leurs
inftructions étoient trop limitées pour qu'ils pûfſent
, avant que d'en avoir de nouvelles , donner
ou refufer leur approbation,
1
ITALIE ,
Leftarrivé à Génes des Deputés de la Ville
delaBaſtie pour affurer le Senat de la foumiſſion
des habitans , & pour demander qu'on leur envoye
du fecours contre les Rebelles , On mande de
Génes du 20 Mars dernier que le Gouvernement
adonné ordre à tous les Officiers de rejoindre
inceſſamment leurs Corps , & la nuit du 15 au
16 Mars on fit partir deux Bataillons , pour aller
renforcer les garniſons de Final& d'Oneille . On
fait construire pluſieurs Brulots , & l'on exerce
Tous les jours les Canoniers& les Bombardiers afin
de ſe préparer à repouſſer les inſultes des Ane
AVRII . 1746.
,
glois , qu'on s'attend toûjours à voir bien - tôt
revenir dans ces Parages. Il y arrive chaque jour
des Bâtiments Catalans chargés de troupes pour
l'armée commandée par 1Infant Don Philippe ,
dont la Cavalerie va être augmentée de 2 mille
cinq cent hommes , venus depuis peu d'Eſpagné
par terre , & qui traverſent la Vallée de Polfevera
, pour ſe rendre à leur destination. Deux
Felouques de la même Nation ont apporté encore
un grand nombre de caiffes de piattrés pour la
même armée . Le Maréchal de Mailtebois qui
aétabli ſon Quartier général à Novi , a fait marcher
à Loano fix cent hommes de troupes Françoiſes
. Les repréſentations des habitans de la
baſtie ont prévalu ſur les raiſons qui dé ournoient
le Gouvernement de hafarder d'y faire paſſer des
troupes , & on y a envoyé des ſecours avec lef,
quels la Ville continuë de ſe défendre contre les
Kebelles , L'equipage d'une Tartane de' Capraia
a rapporté qu'il y avoit vers le Canal de Piombino
près de l'Ifle d'Elbe cinq ou fix Vaiſſeaux de
guerre Anglois , mais que juſqu'à préſent ils n'avoient
formé aucune entrepriſe.
M. Mari , Commiſſaire General dans l'ifle de
Corfe , a afſuré le Senat par ſes dernieres lettres
que les Villes d'Ajaccio & de Calvi étoient
Men état de ne rien craindre de la part des ennemis
, & que la pluſpart des Pieves paroiffoient
evêtre dans une ferme reſolution de demeurer fi
delles à la République.
d Suivant les dernieres nouvelles reçûës de Geneş
24 il paroît juſqu'à préſent que le Parti de la Répulle
blique est le plus fort dans l'Iſle de Corſe , & que
les excès commis à la Baſtie par les Rebelles après
er le bombardement de cette Place ont determiné
les habitants des autres Villes àmettre tout en
192 MERCURE DE FRANCE.
uſage pour n'être pas expoſés à de pareilles
violences. Ceux de la Baſtie perſiſtent dans la
réſolution de périr tous les armes à la main , plûtôt
que d'eprouver de nouveau les traitements
qu'ils ont foufferts. Les Rebelles donnerent encore
la nuit du 13 au :4 Mars un affaut à cette
Ville , qu'ils attaquerent par cinq endroits differents
, mais ils furent partout repouffés , & etant
rebutés de leurs mauvais ſuccès , ils ont abandonné
le blocus de la Place , pour ſe retirer dans les
montagnes.
GRANDE BRETAGNE.
:
A Chambre des Communes filte18 dumois
I paffe la premiere lecture in bill pos
rendre plus ſure la navigation des Vaiſſeaux Anglois
,& elle ordonna que le 29 ce bill ſeroit lû
pour la ſecondefois. Le 2, elle s'affembla en grand
comité pour déliberer fur le bill qui autoriſe
leGouvernement à lever trois millions de livres
Sterlings par une lotterie& par des annuités .
On ſe propoſe d'envoyer au Cap - Breton un
Corps conſidérables de troupes , & les Bâtimens
dontce Convoi ſera compofé feront eſcortés par
quatre Vaiſſeaux de guerre. On équipe auffi par ordredes
Commiſſaires de l'Amirauté pluſieurs Vaifſeaux
de vingt canons qui doivent aller croiſer
fur les Côtes. Les ſix mille hommes que la République
des Provinces-Unies avoitfait paſſer dans
laGrande Bretagne , ſe ſont embarqués à Newcaſtle
vers la fin du mois dernier pour retourner
en Hollande.
Le 30 du mois dernier le Roi ſe rendit à la
Chambre des Pairs avec les cérémonies accoûtu
mées , & Sa Majefté ayant mandé la Chambre
des
AVRIL 1746. 195
1
quante-fix& demi, & les Annuités àquatre-vingt
quatorze.
EcosSE.
Es avis reçus d'Ecoſſe portent que le Prince
Edouard s'étoit rendu maître du Fort S.Georges
près d'Aberdeen; que le 19 Mars il avoit raffemblé
ſes troupes entre la Findorn & la Spey , &
que le Lord Lovat l'avoit joint avec ſept cent
hommes. Les Partiſans de ce Prince publient qu'il
attend des renforts conſidérables , & qu'il ſe difpoſe
à faire inceſſamment une nouvelle invaſion
dans le Royaume d'Angleterre. Le Duc de Cumberland
s'étant avancé le 12 à Aberdeen , détacha
le même jour le Lord Ancram avec trois cent
hommes d'Infanterie & cent Dragons pour s'emparer
du Château de Corgarf, ſitué à l'embouchure
du Don , & dans lequel les ennemis avoient
un magaſind'armes& un de poudre. Cette entrepriſea
eu le ſuccès défiré , & la garniſon qui y
'étoit s'eſt retirée à l'approche des troupes Angloiſes
, mais comme elle avoit enlevé tous les
chevaux des environs , on n'a pu profiter des deux
magaſins , & l'on a été obligé de jetter la poudre
dans la riviere & de brifer les armes . Lorfque
le dernier courier arrivé de l'armée en eft
parti , elle étoit encore à Aberbeen , parce que
les ennemis n'ayant point laiſſé de vivres dans
les lieux où il faut paſſer pour aller à Inverneeff
le Due de Cumberland n'a pû continuer fa mar
che. avant que d'avoir fait un amas ſuffiſant de
ſubſiſtances. On affure qu'il a fait conduire à fon
camp toutes celles qui lui font néceffaires , &
•L'on compte d'apprendre bien-tôt qu'il aura atta-
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
de
qué les ennemis , s'ils demeurent dans la même
poſition. L'armée qu'il commande doit être renforcée
du Régiment d'Infanterie de Blig ,
celuiduDuc de Kingſton Cavalerie,&de deux mille
hommes des Gardes à pied qui ont ordre de
s'embarquer ſur la Tamiſe àbordde pluſieurs Bâtiments
que le Gouvernement a fretés pour cet
effet. Il paroît des copies d'une lettre que le
Comte de Loudon a écrite au Duc de Cumberland
,&dans laquelle il rend compte à ce Prince
des raiſons qui l'ont determiné à abandonner
la Ville d'Inverneeff. Ildit dans cet lettre que
fur la nouvelle des mouvemens des ennemis il
s'étoit porté en avant avec quinze cent hommes
dans le deſſein de fuprendre quelqu'un de leurs
quartiers , mais que des foldas de fon avant-garde
ayant fait feu contre ſes ordres , ſon projet n'a
voit pas réuffi ; que les ennemis l'avoient attaqué ,
&que ſes troupes avoient été tellement difperfées
, que lorſqu'il étoit retourné à Inverneeff ,
il ne lui reſtoit pas la moitié des foldats qu'il
co.nmandoit, qu'une garnifon fi foible ne pouvoit
efperer , en défendant la Place , d'obtenir une
Capitulation avantageuſe , & qu'elle auroit été expoſée
, à être fait prifonnierede guerre. Les troupes
de Sa Majesté Britanniquequi font dans le Ro
yaume d'Angleterre , ont ordre de ſe tenir prêtes
àmarcher . On les croit deſtinées à former divers
camps dans les Comtés de Kent & de Suffex , &
dans les autres Provinces le long des côtes Méridionales.
La Nobleſſe du Comté d'Yorck a pris la réſolution
de congédier les troupes qu'elle avoit
fait lever pour être employées contre le Prince
Edouard.
Selon les derniers avis reçus d'Ecoſſe le Prince
!
1
AVRIL 1746. 197
Edouard après la priſe du Fort Saint Georges a
marché au Fort Auguſte dont il s'est rendu maî
tre. Il avoit detaché pour s'emparer du Fort Guil
laume huit cent Montagnards qui ont tenté d'y
entrer par eſcalade , mais la garnifon compofée
de deux Compagnies de Milices d'Argyle s'y eft
défenduë avec tant de valeur que les ennemis
ont été repouffés. Dans un Conſeil que le Prince
Edouard a tenu au Château de Gordon quelques uns
des Seigneurs de ſon Parti ont été d'avis qu'il fit
démolir la premiere de ces Fortereſſes , & les
ſentiments ayant été partagés, il n'a point enco
re pris de réſolution ſur ce ſujet. Une maladie
furvenuë à ce Prince , & qui l'a mis dans la né
ceſſité de ſe faire tranſporter à Elgin , a fufpendu
l'execution des projets qu'il paroiſſoit méditer,
&ſes troupes auſquelles il avoit donné ordre de
fe tenir prêtes à décamper , ſont toujours dans la
même poſition le long de la Spey.
L'armée Angloiſe laquelle conſiſte en quatorze
millehounmes fans y comprendre les troupes Hefſoiſes
,& qui depuis quelque temps avoit été obligée
de ſe cantonner entre le vieux & le nouvel
Aberdeen , parce que la grande quantité de
neige avoit rendu les chemins impraticables , eſt
actuellement en marche pour ſe raprocher du
Prince Edouard. Le Régiment de Blig étant
rètenu à Leith par les vents contraires n'a pu encore
joindre le Duc de Cumberland.
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
MARIAGES ET MORTS.
Ll'Eglife de'
A nuit du 20 au 21 Février fut faite dans
Roch par M. l'Abbé deGrailly
lacérémonie du Mariage de N ... de Sabran , de
la branche des Seigneursdu BBiiooſfee , dit le Comte
de Sabran , Colonel de Cavalerie & Aide-Major
Général de l'Armée d'Italie avec N... de laJaille
parente de Meſſieurs d'Argenſon. M. de Sabran
eft neveu de M. le Comte de Sabran , ci-devant
premier Chambellan de feu M. le Duc d'Orléans
Régent , & de M. le Marquis de Sabran Mestre
deCamp d'un Régiment de Cavalerie de fon nom :
ſa Maiſon eft fi connue en Provence qu'on ſe
contentera ici de renvoyer pour cette Généalogie
aux differens Auteurs qui ont écrit ſur la Nobleffe
de cette Province; pour le nom de la Jaille il eft
marquépar ſes alliances& des ſervices militaires
& répandu dans la Bretagne , la Touraine & le
Poitou.
La nuit du 21 au 22 furent mariés à Saint
Paul , M. Jean - François le Vayer Maître des
Requêtes ordinaire de l'Hôtel du Roi , & Demoiſelle
Marie-Françoiſe de Catinat fille de M. Pierre
deCatinat& de Dame Marie Fraguier.
Le marié eſt ainé d'une famille établie depuis
très-long-tems dans le Maine , & qui ne paroît
être entrée dans la Magistrature que ſur la fin du
feiziéme fiécle .
Le Mariage que François le Vayer contracta en
en 1572 avec une fille de François le Maire de
AVRIL 1945. 199
Montlivaut Lieutenant General du Mans , lui fit
prendre cette charge , que la grande étendue du
reffort rendoit alors très - conſidérable : il s'en démit
en faveur de René fon fils ainé , celui-ciaprès
l'avoir exercé pendant quelquetems, devint Intendant
d'Artois & Pays conquis , & fut nommé Confeiller
d'Etat Ordinaire en 1644 ; François fon
fils ainé avoit déja été reçu dans la même charge :
il mourut jeune, & n'eut de Renée ſoeur de Jean le
Boindre Doyen du Parlement qu'un fils depuis
Maître des Requêtes & Intendant à Moulins ,.
marié à Renée - Françoiſe le Boindre ſa couſine
germaine. Ce dernier a été pere de Jean-Jacques
leVayer auſſi Maître des Requêtes & Présidentdu
Grand Confeil décédé , le 8 Septembre 1740 , 8
du Mariage de Jean Jacques avec Dame Anne-
Louiſe du Pin , eſt né M. le Vayer qui a donné
lieu à cet article .
D'un grand nombre de Branches que cette famille
avoit produites , il ne ſubſiſte aujourd'hui
que celles de la Morandaye en Bretagne , de Sailly,
au Pays Meſſin & de Faverolles au Maine ; celle de
Boutigny qui a fini en 1728 dans la perſonne de
Rolland - Guillaume le Vayer Confeiller au Parlement
, deſcendoit de Rolland le Vayer de Boutigny
, Maître des Requêtes & Intendant à Soiffons
, Auteur de pluſieurs ouvrages ſur le Droit
public & du Romand de Tarſis & Zelie : il étoit
troifiéme fils de René.
François le Vayer pere de René Intendant d'Artois
, étoit couſin germain de François de laMothe
le Vayer , Conſeiller d'Etat Ordinaire , l'un
des plus ſçavans hommes de ſon tems. Tous deux
avoient pour ayeul M. le Vayer Seigneur de la
Timoniere qui décéda le 10Avril 1574 , & pour
grand oncle François le Vayer de la Maiſon-Neu-
J
Hij
200 MERCURE DE FRANCE.
ve, reçu Chevalier de Maithe le 7 Mai 1532.
,
Feu M. Pierre de Catinat pere de la mariée ,
Conſeiller honoraire au Parlement de Paris , décédé
le 30 Mars 1745 , étoit fils de René de Catinat
Conſeiller d'honneur au même Parlement, frere
ainé de Nicolas de Catinat Maréchal de France
&deGuillaume deCatinat Seigneur de Croiſilles ,
Lieutenant Géneral des armées du Roi. René-
Nicolas & Guillaume de Catinat étoient fils de
Pierre de Catinat mort, Doyen du Parlement
& petits - fils d'autre Pierre de Catinat , reçu
Conſeiller au Parlement de Paris en 1582 , lequel
étoit fils de Nicolas de Catinat LieutenantGeneral
auBaillage du Perche.
La Mariée eſt cadette de deux ſoeurs , dont
l'une eft Religieuſe à la Ville l'Evêque , & l'autre
n'ayant point eu d'enfans du Marquis de Courtomer
Colonel du Régiment de Soiffonnois , s'eſt
remariée à M. Guillaume de Lamoignon , Seigneur
de Montrevaux Maître des Requêtes Ordinaire
de l'Hôtel du Roi.
,
Le 13 Avril fut faite dans la Chapelle de l'Hôtel
de Luxembourg la cérémonie du Mariage de
N... d'Estaing Saillant dit le Comte d'Estaing fils
unique de Charles - François d'Estaing , Marquis
de Saillant , Vicomte de Ravel & de Montégut
appellé le Marquis d'Estaing , Lieutenant Général
des armées du Roi , &de feue Dame Marie-Henriette
Colbert de Maulevrier, morte le 23 Decembre
1737, avec Demoiſelle Marie-Anne Rouffelet
de Chateaurenaud , née le 20 Octobre 1726 , fille
ainée d'Emanuel Rouſſelet , Marquis de Chateaurenaud
en Touraine , Comte de Crauzon , de
Poulmie & de Rofmadec en Bretagne &c. Capitainedes
Vaiſſeaux du Roi , Lieutenant Général
AVRIL 1746. 201
auGouvernement de la Haute &Baffe-Bretagne ,
mort le 1 Mai 1739 , & d'Anne-Julie de Montmorency
ſa ſeconde femme mariés le 18 Juillet
1724.
Voyez pour laGénéalogie de la Maiſon d'Estaing
originaire de Rouergue où eſt ſituée la Terre
de ce nom qu'elle poſſede de 'tems immémorial
le Dictionnaire Hiſtorique de Moréry , Vol. 4
fo'. 484, & la Généalogie qui en a été donnée
au public par le ſieur du Bouchet. Pour celle de
Rouſſelet voyez celle qui en eſt rapportée dans
l'Histoire des Grands Officiers de la Couronne vol.
VII .fol. 651 au ſujet de M. le Maréchal de Chateaurenaud
ayeul de Madame la Comteſſe d'Eftaing
qui donne lieu à cet article.
Le 17 a été marié dans l'Egliſe de S. Paul
M. François - Joſeph de Paris Marquis de Montbrun
âgé de 34 ans , fils de François de Paris de
Coutes Capitaine au Regiment des Gardes Françoiſes
Brigadier d'armée , &Chevalier de l'Ordre
de S. Louis mort le .... Avril 1730 , & de D.
Marie Catherine le Jougleur de Remilly morte
le 8 Septembre 1741 , avec Marie-Marguerite
Louiſe de Bragelongne , âgée de 21 ans fille de
M. Jean-Baptiste Camille de Bragelongne Conſeil-
LerauParlement,&de De. Claude-Franç. Guilloy,
il eft neveu de Meſſire Nicolas - Joſeph de Paris
de Coutes Evêque d'Orléans depuis 1723 , & fa
généalogie de même que celle de la famille de
Bragelogne ſera amplement déduite dans l'Hiftoire
des Maîtres des Requêtes ci - deſſus annoncée
voyez en attendant cette derniere
dans le Dictionnaire Hiftorique de Morery. Vot
deux fol. 284.
IvV
202 MERCURE DE FRANCE,
:
Le 15 Mars Philippe de Pardieu Marquis d' Avrémenil
en Normandie & dans 1Election d'Arques ,
Seigneur de Blancmenil , de Villy &c. ci-devant
Colonel d'Infanterie , Chevalier de l'Ordre Militaire
de S. Louis , mourut dans ſon Château d'Avréménil
dans la 63 année de ſon âge , laiſſantde
Damme Marie-Genevieve de Sommery , qu'il
avoit épousée le 3 Avril 1700. Louis François Jo
ſeph de Pardieu , Comte d'Avrémenil , marié le
17 Fevrier 1738 avec Dame Gabrielle-Elizabeth
deBeauveau, fille de Gabriel-Henri de Beauveau ,
Montgauger , Capitaine des Gardes du Corps de
Monfieur Duc d'Orleans , Philippe de France
Frere unique du Roi Louis XIV , & de Marie-
Magdeleine de Brancas Villars , de laquelle ila
•des enfans , & Conſtance de Pardieu mariée le
24 Août 1724 à Louis-Augustin de Canouville
Marquis de Raffetot dontily a des enfans.
M. d'Avrémenil qui donne lieu à cet Article
étoit fils deCharles de Pardieu , Seigneur d'Avrémenil
& de Dame Conftance de Montigny: la
Coudraye.
Lenom de Pardieu eſt marqué en Normandie
depuis l'an 1290 , par ſa Nobleſſe , par des ſervices
Militaires , & par ſes alliances avec les Maifons
d'Acigné , Piſſeleu , du Beccrepin-Vardes ,
Boulinvillier , le Veneur de Tellieres , de Clere
, de Pellevé , Clermont d'Amboiſe , de Beauveau&
de Canouville &c. Ses Armes ſont de
gueules à un Sautoir d'or , accompagné de quatre
aigles ou alerions de même.
Le 17 Dame Jeanne-Claude Chérouvrier des
Graffieres, épouse de M. Louis Aubertde Tourny
Maitre desRequêtes depuis le 29 Septembre 1719
&Intendantde la Generalité deBordeaux depui
AVRIL 1746. 203
1743 , mourut à Bordeaux âgée de so ans, laiſſare
de fonmariage entr'autres enfans N... Aubert de
Tourny , reçu Conſeiller au Parlement de Paris en
la troiſiéme Chambre des Enquêtes le 6 Août
1745. Elle avoit pour fooeur cadette Marie-Anne
Cherouvrier des Graffieres mariée depuis le 31
Juillet 1730 avec M. Galiot Mandat , Maître des
Requêtes depuis le 26 Janvier 1720 ; elles étoient
filles de Jean Cherouvrier des Graffieres , Seigneur
de Lambroiſe, Secretaire du Roi, Inſpecteur Général
de la Marine en Bretagne , & Receveur Général
des Domaines de cette Province.
M. Jean Boubier ancien Préſident à Mortier au
Parlement deDijon ,&l'un des Quarante de l'Académie
Françoiſe , mourut à Dijon le 17 âgé de
73 ans. Ils'étoit non ſeulement diftingué dans le
Parlement de Dijon , où il étoit le ſeptiéme de
pere en fils , mais il s'eſt encore rendu recommandabledans
toute l'Europe par ſon érudition en tout
genre de Littérature, dont il a donné différentes
preuves au public. 11 avoit hérité de ſes peres une
Bibliothéque qui eſt eſtimée l'une des plusriches
&des mieux choiſſes qu'ily ait en France , il l'a
conſidérablement augmentée ; elle paſſe entre les
mains de M. de Chartraire , Marquis de Bourbonne
, Préſident au même Parlement & lun de ſes
gendres. Il étoit frere du ſecond Evêque de Dijon
facré en 1744; le premier étoitde la branchedes
Bouhier de Verſalieux. On trouve leur généalogiedans
l'Hiſtoire du Parlementde Bourgogne par
Pierre Palliot , continuée par François Petitot . A
l'égard des ouvrages publiés par celui qui donne
lieu au préſent article , on peut en voir la liste
dansla Bibliothéque des Anteurs de Bourgogne , tom.
:
T
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
I. pag. 78. Il avoit revû depuis peu ſes Remarques
ſur Cicéron , qui juſqu'à préſent n'avoient paru
qu'à la ſuite des Traductions de M. l'Abbé d'Olivet
: elles ont été recueillies en un ſeul volume ,
dont il reçut le premier exemplaire quelques jours
avant fa mort. On les vend à Paris chés la veuve
Gandouin , à la Belle Image, à la deſcente du
Pont-Neuf.
M. Louis Comte de Guiry Lieutenant Général du
Pays d'Aulnis , Oleron , Iſle de Rhé & Terres adjacentes
,Gouverneur des Tours de la Rochelle
& Mestre de Camp de Cavalerie , mourut en ſa
maiſon de Bagneux , le 27 âgé de 64 ans ;
il laiſſe de ſa femme Marie de Malezieu , Louiſe
de Guiry , mariée au Marquis de Sabrevois. La
Maiſon de Guiry eſt une des plus anciennes &des
plus illuſtrées du Pays Vexin , ainſi qu'on le peut
voir dans le Pere Anfelme au chapitre desGrands
Officiers.
Le 1 Avril Henri de Saint Nectaire , Comte de
Brinon , Seigneur de Lainville&c. dit le Comte de
Senneterre , Chevalier des Ordres du Roi du trois
Juin 1724 , Lieutenant Général des armés de Sa
Majefté du mois de Juillet 1718 , ci - devant
Ambaſſadeur Extraordinaire en Angleterre , en
1719 , mourut à Paris dans la 82e. année de fon
âge ſans avoir été marié , il étoit fils de Jean
Charles de S. Nectaire , Comte de Brinon, Maréchal
des camps & armées du Roi , mort le
Novembre 1696 , & de Marguerite de Bauves
Dame de Lainville morte le 1 Mai 1701 ; il
étoit oncle à la mode de Bretagne de J.-Charles
de S. Nectaire , dit le Marquis de Sennetere ,
Lieutenant Général des armées du Roi du 8 Octobre
1734, & Chevalier des Ordres du 2 Février
1
AVRIL , 1746. 205
1745. Voyez la généalogie de cette maiſondans
l'Hiftoire des Grands Officiers de la Couronne
Vol. 4 fol 887.
,
Le7M. Charles leGendre Seigneur deBerville,
de Romilly de Fourneau & de Livarot , Lieutenant
Général des armées du Roi depuis le 20
Février 1734 , & Commandeur de l'Ordre Royal
&Militaire de S. Louis depuis le mois de Septembre
1721 mourût à Paris agé de 66 ans ; il
étoit fils de Thomas le Gendre , Seigneur de
Romilly,Alge, d'Elbeuf& Maigremont,&d'Esther
Scottde la Mezangere ; il avoit été marié le 16
Mars 1708 avec Eléonor d'Estaing de Saillans
fille de Gaspard d'Estaing Marquis du Terrail ,
Vicomte de Ravel& de Saillans,&de Philberte
de la Tour de S. Vidal , & il laiſſe de ce mariage
N.... le Gendre Seigneur de Berville
Colonel du Regiment Rouergue Infanterie en
1745 , fait Brigadier d'armée le 2 Mai 1744; feu
M. de Berville avoit pour frere ainé Thomas le
Gendre de Collande , Seigneur de Gaille - Fontaine,
Maréchaldes camps& armées du Roi,Commandeur
de l'Ordre Militaire de S. Louis , mort
le 1 May 1738 , ayant eu des enfans de feue D.
Marguerite Catherine Magdeleine de Voyer d'Argenſon
morte le 27 Novembre 1735 , foeur de
Meſſieursd' Argenſon Ministres& Secretaires d'Etat
, avec laquelle il avoit été marié le 12 Août
mil ſept cent quinze.
,
Dame Marguerite Roy , veuve de M. Gilles
Boudeville, Ecuyer, Seigneur de Salles , eſt decedée
le 7 Avril au Château de Germigny chés Madame
la Comteſſede la Frezeliere fafille. Elle étoit
fooeur de M. Roy Chevalier de 1Ordre de Saint
Michel ,
266 MERCURE DE FRANCE.
Le 10 Avril 1746 , M. Paul Gaſpard François
le Genáre, Chevalier Préſident de la Chambre
des Comptes de Paris depuis le 26 Août 1736,
&avant Conſeiller au Parlement, mourut dans
lasi annéede ſon âge étant né le 31 Janvier1696.
11. etoit fils de M. Gaſpard-François le Gendre
Seigneur de Lormoy Maître des Requêtes ordinaite
de l'Hôtel du Roi , & Conſeiller d'Etat &
avant Intendant ſucceſſivement des Généralités
de Montauban , d'Auch & de Tours , mort le
23 Juin 1740 , & de Dame Marie Anne Pajot
fa premiere femme ; il avoit été marié le 10 Mars
1734. avec Marie Elifabeth Roſlin fille d'Edme :
Joſeph Roflin , Ecuyer Secretaire du Roi , & l'un
des Fermiers Généraux de Sa Majesté,& de Jeanne
Marthe de Beaufort, duquel mariage il laiſſe quatré
filles: voyez pour la généalogie de cette famille ,
la 2e. partie du Regiſtre premier de l'Armorial :
général du ſieur d'Hozier , en attendant celle qui
fera rapportée dans l'Histoire des Maîtres des Requêtes.
Le 13 Louiſe Magdeleine le Blanc , veuve de
puis le 11 Juillet 1726 d'Eſprit Juvenal de Har-..
ville des Urfins Marquis de Trainel , Mestre de
Camp Lieutenant du Regiment d'Orleans Dragons
, & avec lequelle elle avoit été mariée, le24
Mai 1717 , mourut au Château de Doüe en Brie
dans la 49e. année de fon âge étant née le 23
Juin 168 , & laiſſant entr'autres enfans M.le
Marquis de Trainel Colonel d'un Regiment .
Feuë Madame de Trainel étoit fille unique de
Claude le Blanc Secretaire d'Etat ayant le département
de la Guerre , Grand Croix , Grand
Prevêt & Maitre des Cérémonies de l'Ordre
AVRIL, 1746.
3
207
dans
Royal & Militaire de Saint Louis , mort le 19
Mai 1728 , & de Dame Magdeleine Petit des
Paſſi , morte le 13 Avril 1 27 , vous trouverez
la généalogie de la Famille de le Blanc dans
l'Hiftoire des Maîtres des Requêtes , annoncée
cy-devant , & celle de la Maiſon de Harville ,
ancienne Nobleſſe originaire de Beauſſe marquée
par ſes alliances , & ſes ſervices militaires dans
le livre intitulé le Palais de l'honneur par le Pere
Anfelme , & l'Hiſtoire des Grands Officiers de la
Couronne vol. 9 fol. 123.
Le nommé Jean Laires , du Bourg de Salagnac
en Limoſin ,& qui a travaillé long- tems dans
les Bâtimens du Roi en qualité de ſcieur de pier
res mourut à Paris ſur la Paroiſſe de S. Eustache
le 13 de ce mois âgé de 102 ans ſept mois &
19 jours étant né le 24 Août 1643 .
EXPLICATONS des Enigmes & des
Logogryphes du mois de Mars.
L
Emotde la
Mars eft Reconnaiſſancedans lequel on trouvere,
`connaissance , naissance , ance & ce. Le mot de la
ſeconde eſt Macon,qui écrit fans chevron ſur l'a fait
Macon ,&le mot de la troiſiéme eſt la miche d'une
chandelle.
premiere Enigme du Mercure de
Celui du r . Logogryphe eſt Spadille dans lequel
on trouve Lis , ait , fale ,fape , Spa , aile , paille
laid , Leda & aide. Celui du ſecond eſt Manille ,
dans lequel on trouve ame , an ,main, Iman, Ile
ane & mille . Celui du troifiéme eſt Chapitre , dans
lequel on trouve harpie , chat , pre , pirate &aper
Le mot de l'Enigme Latine eſt Enigma
208 MERCURE DE FRANCE.
* QRDONNANCE
DURO Ι.
Sur le Maniement des armes de l'Infanterie.
Du premier Mars 1746.
Reglement fait par ordre du Roi , & approuvé par
Sa Majesté , fur les changemens qu'Elle a jugé à
propos de faire à l'instruction du 2 Mars 1703 ,
dans la partie qui concerne le maniement des armes.
IOrſqu'un bataillon fiançois ou étranger ſera
formé en la maniere ordinaire , & qu'après
les mouvemens d'à droite & de gauche finis , il
s'agira d'en venir au maniement des armes , les
Majors , Aide-Majors ou autres Officiers prépoſés
à l'exercice , feront exactement obſerver les
commandemens qui ſuivent.
Hant les armes. En trois tems. Au premier on portera
la main droite au deſſous de la platine du
fufil , en faiſantgliſſer la croſſe de quatre doigts ,
&en la tournant avec la main gauche , de forte
que le fufil ſoit fur fon plat , les coudes élevés ,
àla hauteur du poignet , la tête haute.
Au ſecond on détachera le fufil de l'épaule
avec la main droite , le bras tendu devant foi à
la hauteurde la cravate.
Au troifiéme on joindra la main gauche au fufil
audeſſus de la platine ,& on le rapprochera à
A
AVRIL. 1746. 209
côté de foi en le baiffant & le tournant de façon
que le canon ſe trouve entre la tête & lépaule
droite, la croſſe en avant , le fufil droit en
avant du corps , & la main droite un peu plus
élevée que le ceinturon.
Apprêtez vos arm's. On fera un petit mouvement
marqué , comme ſt on armoit le fufil de la main
droite le pouce étant ſur le chien.
En jone.En un ſeul tems on portera la croſſe du
fufil à l'épaule droite , en lâchant le pied droit
en arriere , le genou gauche un peu plié , le jaret
droit tendu , la pointe du pied droit en dedans,
&celle du pied gauche en avant , les talons ſur
la même ligne , la tête haute , & les coudes élevés
à la hauteur des poignets.
Tirez . On tirera ſans faire aucun mouvement.
Retirez vos armes. On ſe remettra naturellement
en rapportant le pied droit dans le rang ,& on
fera haut les armes dans la même attitude expliquée
au premier commandementde haut les armes.
Mettezle chien enfon repos On fera de la maindroiteun
petit mouvement , pour marquer celui qu'on
doit faire pour exécuter ce commandement
Effayez vos armes. On fera un petit mouvement
de la main droite ſur la platine, pour marquer ce
que le Soldat doit faire pour effuyer la pierre , la
batterie & le baſſirnet de ſon fuſil ; enſuite on remettra
la même main derriere le chien .
Prenez lefouniment. On prendra le fourniment
de la main droite , fans remuer le fufil qu'on doit
tenir toujours droit de la main gauche , la main
droite tenant le fourniment à undemi-pied à côté
de foi.
Amorcez. On baiſſera de la main gauche le bout .
du fuſil afin de le tenir plat devant foi , le bras
gauche tendu à la hauteur du ceinturon , & on
1
210 MERCURE DE FRANCE.
amorcera en laiſſant enfuite tomber le fourniment
de lui -même.
Fermez le baſſinet. En un tems on portera la main
droite derriere la batterie pour la fermer , & l'on
empoignera le fuſil avec la même main derriere la
platine , lequel doit être toujours plat devant foi.
Croffeà terre. Endeux tems; au premier on ren
verſera le fufil de biais de la main gauche , en
portant la droite à quatre doigts du bout , le
coude élevé .
Au ſecond on laiſſera tomber la croffe à en
Viron un demi pied du bout du pied gauche , en
portant lamain gauche à un demi- pied au deſſous
de ladroite , les armes détachées du corps .
On exécutera les commandemens de l'exercice
de 1703 , pour prendre la cartouche , pour la dé
chirer avec les dents , pour la mettre dans le ca
non , &pour tirer la baguette ; on obſervera ſeu-...
lement en la tirant , de la tourner tout de ſuite
fans commandement , & de la tenir perpendiculairement
le gros bout en bas , le poignet à qua
tre doigts du bout du fufil , au moyen de quoi le
commandement de bant la baguette ſe trouvera
retranché.
Les commandemens de raccourcir la baguette
&de la mettre dans la canon , s'exécuteront à
P'ordinaire , mais on ne bourrera que par un ſeul
tems bienmarqué , lequel ſuffit à causede l'ufage
des baguettes de fer ; ainſi il y aura 2 tems de
retranchés à ce commandement.
Onobſervera encore en retirant labaguette de
latourner d'abord afin de la tenir à plomb , le gros
bout enhaut ; on l'a racourcira& on la remettra en
fon lieu ſuivant l'ancien uſage.
Prenez la bayonnette. Enfuite on fera les commanAVRIL.
1746.
demens ſuivans en un tems , on ſaiſira la douille de
Iabayonnette de la maindroite.
Haut la bayonnette. En un tems on la tirera&on
la preſentera le bras à demi tendu à la hauteur de
l'épaule , à quatre doigts de diſtance du bout du
canon.
Mettez la au bout du canon. Dèsque la bayonnetteſerabien
enchaffée dans le tenon , on empoigne
ra de la maindroite le fuſil à quatre doigts du bout,
étant toujours croſſe à terre& de biais.
Hant les armes. En deux tems , au premier on
relevera le fufilde biais en faiſant glifſfer la main
gauche près la platine .
Auſecond, on le relévera à côté de ſoi, en le fai
fanttourner de la main gauche , &on empoignera
de ladroite ſous la platine le bout de la croſſeen
avant le fufil fort droit.
Fufilfur le bras gauche. En un tems , on lemettra
de lamaindroitede biais ſur le bras gauche , de façon
qu'il ſoit lelong de l'épaule , & on fera def
cendre lamaingauche ſur la platine.
Haut les armes En un tems , on relevera de la
maindroite le fufil à côté de ſoi & on yjoindra la
main gauche au deflus de la platine , les coudes
élevés&détachés du corps .
Apprêtez vos armes . En joue. Tirez. Retirez vos
arimes. Tous ces commandemens doivent s'exécuter
comme il eſt précédemment expliqué ,&
à celui de retirez vos armes , le ſoldat remettra
le chien en ſon repos , eſſuyera la platine& refermera
le baſfinet de foi -même ſans faire aucun
mouvement du corps , les armes toujours hautes..
Croffè à terre. En deux tems , au premier on
baiſſera lefufil debiais de la main gauche & onportera
la droite à-quatre doigts du boutdu canon .
Auſecond, on laiſſfera tomber la croſſe à terre en
1
1
212 MERCURE DE FRANCE .
avant du pied gauche & on reportera la main gaucheà
undemi- pied au deſſous de la droite.
Reprenez laBayonnette. En un tems , on degagera
la dquille du tenon , on l'ôtera du canon & on
la préſenteradroite le bras à demi- tendu àla hauteur
de l'épaule , à quatre doigts à côté du bout du
canon.
Remettez la enfon lieu. En un tems , on laremettradans
ſonfoureau & on rempoignera auſſi -tôt le
fuſil avec la main droite à quatredoigts du bout.
•Haut les armes . En deux tems comme il eſt cidevant
expliqué.
Fufil fur l'épaule. En trois tems , au premier on
relevera le fufil de la main droite devantſoi , le bras
bientendu à la hauteur de la cravatte , les épaules
également effacées , la main gauche pendante &
latêtedroite .
Au ſecond, onlemettra ſurl'épaule enjoignant
enmême tems la main gauche àquatre doigts du
boutdela crofle , les coudes hauts.
Au troiſieme , on abaiſſera les coudes& lamain
gauche qui doit demeurer pendante.
Alors on exécutera les commandemens de Repo-
Sez-voussur vos armes , posezvos armes àterre reprenez
vos armes , &fufil fur l'épaule , ainſi qu'il eft cidevant
pratiqué dans l'ancien exercice , obſervant
defaire toujourshaut les armes comme il vient d'ê .
tre expliqué , toutes les fois qu'on voudra faire tirer
les troupes& de ne marcher à l'ennemi que le
fufilfur le bras gauche ou les armes hautes.
Le Lundi 25 l'Académie Françoiſe élut
M. de Voltaire pour remplir la place vacante
par la mort de M. le Préfident Bouhier.
!
TABLE,
PIECES FUGITIV IECES FUGITIVES en Vers , & en Pro
ſe ,Epitre au Roi
Lettre ſur l'Eloquence du Barreau
La Sageſſe Eternelle , Ode
3
9
19
Lettrede M. de Linchet Md. Eventailliſte 24
Epitre aux Muſes 36
Lettre de M. l'Abbé Beaulieu&c . 38
Versà une Dlle aſſiſe devant ſon miroir 43
Lettre ſur les ſenſations des bêtes 46
Versau Maréchal de Saxe 56
Le chat ambitieux , Fable Ibid.
Bouts rimés 58
Epitre ſur unemaladie àM ... 59
Méridien aſtronomique 64
Epiftola Egidio Xaverio dela Sante Jefuita Sacerdoti
à Faulo Forgafio Maillardo 72
Vers à Philis 74
Autres à Cloris ſur la mortde ſa chienne 75
Autres à Iris le jourde ſa Fête 76
Quatrain à Silvie 77
Réflexions morales Ibid.
Sonnet ſur les Medecins 83
Epitre à M. & Made . Chop ... de ... 84
Lettre de Dom Dupleſſis aux Auteurs du Mercure
85
Suite des recherches ſur les feuxde joye&c. 88
Nouvelles Litteraires , des Beaux Arts. Difcours fur
le ſymbole des Apôtres &c . 101
Le Tronc & les Rameaux , Fable τις
Les deux Coufines , Comédie 116
Effai d'Odontotechnie , Extrait 117
InſtitutionsAstronomiques deKeil 319
Fevrier
Enigmes & Logogryphes
Chanſon notée
SecondeEdition duChirurgien Dentiſte
Aflembléede la Société Litteraire d'Arras
Ibid.
120
Explications des Enigmes & Logogryphes de
* Spectacles , Extrait de laCoquette fixée
123
1bid.
130
Ibid
Comédie Françoiſe &c. 147
Comédie Italienne Ibid.
Compliment en Vers fait par Arlequin 148
Concert ſpirituel 150
Concerts de la Cour 154
Extrait du Ballet de la Félicité 156
Journal de la Cour , de Paris &c. 168
Régimens donnés 171
Bénéfices donnés 173
Priſes de Vaiſſeaux $74
Lifte des Officiers Generaux qui doivent ſervir en
Flandres 179
Nouvelles Etrangères 185
Mariages & Morts 198
* Mots des Enigmes & Logogryphes 208
del'Infanterie
Ordonnance du Roi ſur le maniment des armes
LaChanſon notée doit regarder la page
208
13.0
De l'Imprimerie d Jean - Fr. ROBUSTEL.
rue de la Calcendre près le¡Palais,
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI.
MAI. 1746.
UT SPARGAT LIGITUT
Chés
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER
rue S. Jacques .
La Veuve PISSOT, Quai de Conty
à la defcente du Pont- Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais
M. DCC . XLVI.
AvecApprobation & Privilége du Roi.
840.6
M558 L
1746
AVIS.
'ADRESSE générale du Mercure est
M. DE CLEVES D'ARNICOURT
rue du Champ-Fleuri dans la Maiſon de M.
May Lourdes Correcteur des Comptes au premier
étage ſur le derriere entre un Perruquier & un
Serrurier à côté de l'Hôtel d'Enguien. Nous
prions très- instamment ceux qui nous adrefferont
des Paquets par la Poste , d'en af
franchir le port , pour nous épargner le déplaisir
de les rebuier , & à eux celui de ne
pas voir paroître leurs ouvrages.
Les Libraires des Provinces ou des Pays
Eirangers , qui souhaiteront avoir le Mercure
de France de la premiere main , &plus promptement
, n'auront qu'à écrire à l'adreſſe ci-deſſus
indiquée ; on se conformera très-exactement à
leurs intentions.
Ainsi il faudra mettre ſur les adreſſes à M.
de Cleves d'Arnicourt , Commis au Mercure
de France rue du Champ-Fleuri , pour ren
dre à M. de la Bruere,
PRIX XXX . Sors
MERCURE
DE FRANCE
DÉDIÉ AU ROI.
PIECES FUGITIVES
en Versen Profe.
LEBERGER , le Cuisinier & la Brebis.
FABLE.
Uillot le berger du Village
Avec un Cuiſinier un jour faiſoit
voyage ;
Ils rencontrerent par hazard
Une brebis graffe & dodue ,
Qui ſans doute s'étoit perduę :
Le jour baiſſoit , il étoit tard,
Notre couple commence à lui donner la chaffe ,
rom
Aij
4 MERCURE DE FRANCE ,
Et l'un d'eux à l'inſtant l'arrête ſur la place ;
Chacun voulut enſuite en avoirune part ;
Je l'aurai moi toute entiere ,
Dit d'abord le Cuiſinier ;
Ce ne fera pas vrai , reprit l'autre en colere ,
Je l'ai vûe ici le premier :
Tul'as vûe ! eh bien ! ſoit : mais celui qui l'a priſe
Doit endiſpoſer àſa guiſe ;
Tout - beau , Monfieur le Rotiſſeur
DitGuillot, j'ai droità la priſe ;
,
Chacun de ſa moitié ſera le poffefſeur ,
Et de grace point de fotiſe.
Tandis qu'ils ſe difputoient ,
Madame la brebistémoin de la querelle
(C'étoit au tems que les bêtes parloient )
Jevoudrois bien ſçavoir , dit - elle ,
Quel est le droit que vous avez fur moi ,
Et ceque vous voulez faire de ma perſonne ?
C'eſt , dirent - ils , pour avoir ſoin de toi ;
Mais en ce cas , avant que je me donne ,
Je veux ſçavoir quel eſt à tous deux votre emploi ;
Moi , dit Guillot , men ſoin eſt de défendre
Tes ſemblables du loup , comme de tout danger ;
Si quelqu'un vient pour les ſurprendre ,
Mon chienveille au beſoin , &je cours les venger:
Moi , dit le Cuiſinier , je traite , je fais vivre ,
AuxPrinces jeſersà manger ;
Ne balance point à me ſuivre ,
ΜΑΙ 1746. 3.
Je te mettrai dans monverger :
Non pas s'il vous plait , lui dit-elle ,
En ſe tournant du côté du Berger ;
Pourm'attraper votre ruſe eſt nouvelle
Votre métier eſt de nous égorger ;
Guillot conferve notre vie ;
Ainſi ne vous étonnez pas
Si j'aime mieux ſa compagnie
A le ſuivre tout me convie ,
Etje vais déſormais m'attacher à ſes pas.
Examinez les moeurs , le fond , le caractére ;
Avant de choiſir un ami ;
En agiſſant toujours ainſi ,
Vous ne pouvez manquer d'être heureux fur la
terre.
Par M.... de Châlons fur Marne.
A iij
MERCURE DE FRANCE.
LETTRE de M. C. R. L. F. à M. L. J.
R. contenant la fuite des Réflexions fur
l'Homme en général , inférées dans le
Mercure de Juin 1745 premier volume.
J
'Ai reçû , mon cher Monfieur , votre
derniere Lettre , & vous jugez bien quel
accueil je lui ai fait. Vous connoiſſez mon
coeur , & vous ſçavez que tout ce qui vient
de vous ne peut manquer de me toucher
fenfiblement. Comme vous me paroiſſez
defirer ardemment la ſuite de mon Journal
Philofophique dont je vous ai déja envoyé
le commencement , & qu'entre nous je ſuis
perfuadé que ce que vous me témoignez à
ce ſujet n'eſt pas different de ce que vous
penſez , je vais continuer de vous entretenir
ſurle même ton :
Vous avez entamé dans votre Lettre un
ſujet ſur lequel j'ai bien des choſesà vous dire:
au reſte ſoyez aſſuré que ſi je hazarde mon
ſentiment après le votre , ce n'eſt que pour
vous mieux faire voir la conformité de mes
idées avec les vorres , & que je penſe ainſi
que vous fur tout ce que contient votre
Lettre , excepté ſur un point ſur lequel vous
me diſpenſerez d'être d'accord avec vous Σ
ΜΑΙ 1746.
je veux dire , fur ce que vous flatez mes
foibles lumieres en ravalant les votres.
C'eſt donc de l'amour propre qu'il faut
aujourd'hui vous parler.
>> Ami , vous voulez donc que mon foible pin
ceau
Ofedu coeur humain vous tracer le tableau ,
>> Et dans cet être enfin où l'amour propre abonde
Qui ſe croit l'ornement & le maître du monde ,
Peindre les mouvements & les troubles divers
>> Dont ſahaute prudence agite l'Univers ?
> Ce mobile puiſſant , cet agent inviſible
Agit en nous , ſans nous , parun charme invincible,
Et de l'ame au dedans mouvant tout le reffort )
De chaque paſſion détermine l'effor .
L'amour propre est né avec nous , c'et
lui qui nous anime; c'eſt lui qui nous inſpie
dans preſque toutes les occaſions; il eſt
comme un Prothée qui change de forme ,
d'extérieur & de langage même ſelon les
diverſes occurrences. L'intérêt , dit M. de
la Rochefoucauld , ( & qu'est - ce que c'eſt
que l'intérét ſi ce n'eſt l'amour propre modifié
? ) l'intérêt parle toutes fortes de Langues,
&joue toutes fortes de perſonnages , même
celui de des-intereſſé ; auſſi ne fe produit-il
Aiiij
8 MERCURE DE FRANCE .
jamais que ſous les divers maſques qu'il
emprunte pour parvenir à ſes diverſes fins :
également adroit à diſſimuler ce qui eſt , &
à feindre ce qui n'eſt pas , reifimulator ac
diffimulator , il ſe dérobe ſouvent aux yeux
les plus perçants : il eſt bien difficile de démêler
ſon jeu à travers le voile épais dont il
le couvre preſque toujours; il ſe ſert ordinairement
des livrées de la Vertu pour faire
paſſer ce qu'il peut y avoir d'irrégulier &
même de vicieux dans ſa conduite . C'eſt
par-là qu'il éblouit lesyeuxqui ne voyent
que la fuperficie des choſes ſans les approfondir.
Combien d'actions dont on ſe fait
honneur au dehors & dont on rougit au-dedans
de foi-même ! Pourvû que nous foyons
bien avec les autres , nous nous embarraffons
fort peu d'être mal avec nous-mêmes.
Nous tenons intérieurement un langage
contraire à celui de l'Avare d'Horace .
.... populus mefibilat , at mibi plaudo
Ipfe demifimul ac nummos contempor in arca*.
Rien de plus vrai que tout ce que je vous
dis. Conſultez l'Hiſtoire ; n'y trouverez- vous
pas rapportée avec les plus grands éloges
P'action de Vitellius qui fit mourir plus de
* Lib . 1. Sat. I.
ΜΑΙ 1746.
fix vingt hommes leſquels ſe vantoient
d'avoir tué Galba fon compétiteur à l'Empire
& lui en demandoient récompenſe ?
Quelles louanges ne donne - t - elle pas à
Alexandre fur ce qu'il pleura la mort de
Darius& lui fit faire lui- même de magni
fiques obſéques ? Avec quelle complaiſance
ne parle - t- elle pas de Céſar , qui ne l
contenta pas de plaindre amerement le
malheureux fort de Pompée ſon rival , mais
vengea avec chaleur ſa mort fur ceux qui
pour en être les auteurs prétendoient de lui
de la reconnoiſſance? J'avoue que ces actions
peuvent frapper par l'éclat de leur extérieur,
mais fans prétendre ici endiminuer toute la
gloire , je tombe d'accord que l'amour
propre y eſt pouflé juſqu'au dernier rafinement
, & que je ne puis m'empêcher d'y
admirer ſon adreſſe. Ne nous arrêtons
pas à l'écorce , pénétrons plus avant : nous
découvrirons des gens qui ne font à leurs
ennemis que ce qu'ils voudroient qu'on leut
fit dans le même état , & qui goûtent un
plaiſir intérieur à accablerde biens un corps
inſenſible dont ilsn'ont plus rien à craindre.
Ne peut- on pas dire que l'irellins dans fow
action fongeoit plus à lui- même en la faiſant
qu'à ſon ennemi ? de bonne foi peut-on
dire qu'il penſat à autre choſe qu'à le mettre
à couvert d'un même malheur , & à effurer
Av
to0 MERCURE DE FRANCE.
ſa propre vie & fon Empire , en montrant
àceux qui attentent à la perſonne des Sourverains
, que l'autre Prince leur fucceffeur
( quoiqu'ennemi ) en quelque façon que
ce ſoit vengera leur mort ? Céſar n'étoit- il
pas dans le même cas ? D'ailleurs il avoit
tout lieu de croire que Ptolomée qui avoit
fait maſſacrer Pompée vaincu & fugitif ,
auroit fait la même choſe fur lui s'il avoit été
en la plate de Pompée. Après tout
t.
*O ſoupirs ! ô reſpect ! 6 qu'il eſt doux de
plaindre
Le fort d'un ennemi , lorſqu'il n'eſtplusàcraindre!
Qu'avec chaleur .... on court à le venger ,
Lorſqu'on s'y voit forcé par fon propre danger ,
Etque cet intérêt qu'on prend à ſa mémoire
Fait notre fûreté comme il fait notregloire!
Vous ſçavez le tour dont s'aviſa Denis le
jeune quand ( 1 ) ibne trouva plus rien a
piller dans la Ville des Locriens , pour excroquer
les citoyens engros après les avoir
excroqués en détail.Vous vous ſouvenez que
les Locriens avoient fait à Vénus un voeu
* P. Corneille , Pomp. Act. V. Scén . I.
(1) Dein cum rapinæ occaſio deeffet "univerſam
civitatem callido commento ( Dionyfius
junior ( circumvenit. Cum Rheginorum Tyran
ΜΑΙ 1746. 11
aflés indifcret , quoiqu'il en fût il falloit
l'accomplir ; le malheur qui les pourſuivoit
& qui leur avoit inſpiré ce beau voeu , s'obf
tinoit toujours à affliger leur Ville , juſqu'à ce
qu'enfin Denis , pour les en relever trouva
un expédient qui leur donnoit un moyen
de fatisfaire à la ſuperſtition ſans intéreſſer
l'honneur de leurs familles ; on l'approuva
unaniment ; felon cet arrangement , au jou
marqué toutes les femmes ſe rendent à l'er
vi dans le Temple de Venus parées avec la
1:5
ai Leophrontis bello Locrenſes premerentur, vove
rant, fi victores forent ,ut die feſto Veneris Virgines
fuas proftituerent. Quo voto intermiſſo , cùm
adverſa bella cum Lucanis gererent , in concio
nem eos Dionyfius vocat : hortatur ut uxores
filiaſque ſuas in Templum Veneris quàm poffint
ornatiſſimas mittant : ex quibus forte ductæ
centum voto publico fungantur , Religioniſque
gratiâ , uno ſtent inlupanari menſe omnibus anté
juratis viris , nequis ullam attaminet ; quæ res ne
Virginibus , voto civitatem ſolventibus, fraudi ef
ſet, decretum facerent ne qua Virgo nuberet ,
priuſquam illæmaritis traderentur , probato confilio,
quo & fuperftitioni & pudicitiæ Virginum
conſulebatur , certatum omnes feminæ impenfius
exornate in Templum Veneris conveniunt: quas
omnes Dionyfius immiſſis militibus fpoliator
namentaque Matronarum in prædam fuam vertic .
Quarumdam viros ditiores interficit , quafdamad
prodendas virorum pecunias torquet. Juftin Lib.
21Cap. 3 .
12 MERCURE DE FRANCE.
derniére magnificence ; dès que le Tyran
le ſçût il y envoya ſes ſatellites qui dépouil-'
lérent inhumainement toute l'aſſemblée :
par-là il trouva le moyen de s'approprier
tous leurs bijoux & leurs ſuperbes habillements
; il fit mourir les plus riches d'entre
les maris de ces femmes dont il fit tourmenter
quelques unes pour en tirer l'aveu des
richeſſes de leurs époux &de l'endroit où
elles étoient cachées. C'est ainſi que tous
les jours nous nous ſervons des paffions
d'autrui pour contenter les notres ; le plus
habile eſt celui qui ſçait mieux ménager
l'amour propre des autres , & qui , fans
l'effaroucher , en ſçait adroitement tirer la
fatisfaction du ſien.
Maintenantjettons les yeux ſur les commencements
de chaque Monarchie , nous
n'y trouverons que fables , que prodiges ,
que merveilles : & même plus il y a de
merveilleux & de ſurprenant dans ces contes
conſacrés par une tradition non interrompue
de nourrices en nourrices & de
peres en fils , plus ils trouvent de croyance
dans des eſprits qui ne ſont frappés que des
choſes giganteſques. L'amour propre le plus
ſouvent n'y trouve-t- il pas fon compte ? On
eſt flaté de ſe voir une origine dans laquelle
foient mêlés des Dieux tout-à-fait chimeriques
, ou à laquelle ils ſe ſoient intereſſes.
ΜΑΙ 1746.
13
Sed nos immenfumſpatiis confecimus aquor ,
Etjam tempus equumSpumantiafolvere colla. *
Adieu , mon cher ; ſoyez toujours pourvû
d'une bonne philoſophie dégagée de
toute inquiétude étrangère à votre bien être :
vivez pour moi , commeje ne vis que pour.
vous , &c.
De ... ce 5 Août 1745 .
LE JE NE SCAIS QUOI, Ode
à Iris par M. de la Sorinicre.
0
Toi , dont les graces naïves ,
Ft le certain jene ſçais quoi
Entrainent nos ames captives
Et rangent nos coeurs ſous ta loi.
柴
Iris , viens échauffer ma veine ;
Donne le prix à mes Ecrits ;
Bien mieux que la chafte neuvaine
Tu peux animer mes eſprits .
*
De tesyeux la moindre étincelle
*Virg. Gearg. L. 2.
14 MERCURE DE FRANCE.
Porte partoutce feu vainqueur ,
Dont la flâme qui le décele
Se communique par le coeur.
Déjaje ſensque l'harmonie
Vientennoblir mes fons divers ,
Et que je dois à ton génie
Les plus heureux d'entre mes vers
Fais queje chante avec nobleſſe
Cet élégant je ne ſçais quoi
Queje ſens , mais que ma foibleſſe
Ne pourroit exprimer ſans toi.
Dis-nous ce charme inexplicable,
Dis-nous ce charme impérieux ;
Seroit- il indéfinifſable
Quandil réſide dans tesyeux ?
Ilregne ſur toutton viſage;
Mais à quoi le reconnoît- on ?
Si nous en ſçavions davantage
Il faudroit qu'il perdit ſon nom.
Cet être échauffe , vivifie ,
Reléve, affſaiſonne lestraits,
!
ΜΑΙ 1746. 15
Etdes graces qu'il multiplie
Il fait fentir tous les attraits .
Enfant du gracieux ſourire ,
Ce Dieu s'étend tout à la fois
Sur les petits riens qu'il inſpire ,
Sur les geſtes & fur la voix .
L'Amour le fit avec ſa mere
Pour mieux s'affûrer des humains ,
Et nous voila ſous ce myſtére
Les traits que nous lancent ſes mains,
Du je ne ſçaiquoi qui nous pique
Naiffent ces entretiens légers
Où l'eſprit devient ſympathique
Entre les plus ſimples bergers.
Dece charme qui nous entraine
Labeauté n'eft qu'un foible appui
C'eſt lui quila rend ſouveraine ;
La beauté languiroit ſans lui.
C'eſt par laphyſionomie
* Qu'on plaît , qu'on ſéduitbien ſouvent
On voit des belles ſans genie :
L'air fin n'eſt jamais fans talent,
:
;
16 MERCURE DE FRANCE.
Pour développer tes mystéres ,
Trop dangereux je ne ſçai quoi ,
Le plus docte des Commentaires
Ne peut t'expliquer que par toi.
MEMOIRE où l'on prouve que Philippe
le Berruier Evêque d'Orléans a succédéà
Philippe de Jouy , loin de l'avoir précédé ,
comme on l'a prétendu jusqu'ici, par M.
D. Polluche d'Orléans.
Eſtun
C
ſentiment juſqu'ici généralement
reçu , ( 1 ) que Philippe le Berruier
Evêque d'Orléans ſuccéda immédiatement
à Manaflés de Signelay , & qu'aprèsune
adminiſtration de 14 années paſſant à l'Archevêché
de Bourges , il fut remplacé dans
l'Evêché d'Orléans par Philippe de Jouy
qui ne ſiégea que deux ans. Cependant ni
P'ordre ſucceſſifde ces deux Evêques , ni le
tems fixé pour leur adminiſtration ne font
juſtes , & il eſt au contraire certain , je prétends
le démontrer , que Philippe de Jouy
a précédé Philippe le Berruier , & quầ
peine ce dernier peut-il compter deux an-
(1) La Sauſſaie , Guion ,le Gallia Chriftiana To
ΜΑΙ 1746. 17
nées d'Epifcopat ſur le Siége d'Orléans ; je
viens aux preuves.
Un point fixe & qui nous doit ſervir de
baſe , c'eſt que Philippe le Berruier quitta
l'Evêché d'Orléans au mois d'Août 1236 ,
comme en fait foi un Acte qu'on a de lui
du 25 du même mois. Ce Prélat nommé à
l'Archevêché de Bourges , allant prendre
poſſeſſion de ſa nouvelle Dignité , alla loger
dans l'Abbaye de S. Benoît ſur Loire ,
oùles Religieux toujours attentifs à éloigner
tout ce qui pouvoit donner atteinte à leurs
priviléges , exigerent de lui en le recevant
un Acte par lequel il déclare que c'eſt en
qualité d'Archevêque de Bourges qu'il a été
reçu dans le Monaſtére , & qu'il avoit alors
quitté l'Evêché d'Orléans. Noverint univerfi
quod nos anno Domini M. CC. XXX
VI. in craftino feſti Sti . Bartholomei Apostoli ,
abfoluti à cura Aurel. Eccleſia , recepti fuimus
in Floriac. Monasterio tanquam Archiepifcopus
Bituricensis. ( 1)
Nous trouvons d'ailleurs que ce Prélat
étoit encore vivant en 1259 qu'il afſiſta
avec Robert de Courtenay Evêque d'Orléans
& Thibault Abbé de S. Benoît ſur
Loire à la tranflation qui ſe fit à Orléans
le 26 Octobre des Reliques de S. Agnan ,
(1) Cartul. Floriac.
A
18 MERCURE DEFRANCE.
d'une Châſſe dans une autre , en préſence
du Roi S. Louis & des Princes Louis &
Philippe ſes deux fils. Anno DominiM. CC.
LIX. Septimo kalend. Novembris... translatum
est de theca in thecam corpus B. Aniani
gloriofiffimi Confeſſoris à Reverendis Presbiteris
Philippo Archiepifcop. Bituric. & Roberto
Epifcopo Aurelian. prafentibus &c. (1 )
Ces deux dates ainſi poſées , je paffe à
l'examen des Actes de l'Egliſe d'Orléans
dont je veux me ſervir en preuves.
Le premier eſt une Charte de l'an 1234
par laquelle Philippe Evêque d'Orléans
donne au Chapitre de ſon Egliſe la dixme
de Gidy qu'il déclare avoir eue desHéritiers
de feu de bonne mémoire Philippe
Evêque ſon prédéceſſeur. Quam a legatariis
bone memorie Philippi quondam Aurel. Epifc.
de mandato ipfius habuimus. ( 2) paroles
qui ne peuvent convenir qu'à Philippe le
Berruier qui vivoit certainement pour lors ,
&qui le font ſucceſſeur d'un autre Evêque
du nom de Philippe.
Dans le ſecond titre , encore plus déciſif
que le premier , & qui eſt de l'an 1250,
Guillaumede BuſſyÉvêque d'Orléans notifie
que cette même dixme de Gidy avoit
(1) Treſor de S. Agnan d'Orléans.
(2) Treſor de l'Egliſe d'Orléans,
ΜΑΙ 1746. 19
été acquiſe autrefois par feu de bonne mé
moire Philippe Evêque & que depuis la mort
de ce Prélat Philippe ſon ſucceſſeur alors
Evêque d'Orléans , & actuellement Archevêque
de Bourges , l'avoit donnée à l'Egliſed'Orléans.
Decimam de Gidiaco quam idem
Johannes ... bone memorie Philippo quondam
Aurelian. Epifcopo titulo pignoris obligaverat
, & poft modo Philippus ſucceſſor ipfius
Epifcopus , nunc per Dei gratiam Archiepif
copus Bituric. dictis Decano & Capitulo de
facto contulerat. ( 1 )
Voilà Philippe le Berruier ſucceſſeur
d'un autre Philippe; il ne s'agit plus que de
montrer que ce dernier n'eſt autre que
Philippe de Jouy. La choſe ne ſera pas difficile
à faire , & le treſor de l'Abbaye
d'Hyeres dans le Diocèſe de Paris m'en
fournira les moyens.
On y trouve des Lettres de l'an 1225 ,
intitulées de Philippe Evêque d'Orléans ,
mais d'un Philippe qui parlant de la dot
de ſes trois foeurs , Agathe , Agnès & Alix
Religieuſes dans ce Monaſtére , déclare que
Guy de Jouy fon pere & le leur , avoit afſigné
cette dot ſur les revenus qu'il avoit
en un lieu appellé Montbaudier : Philip.
pus Aurellian. Epiſcopus noveritis univerſi
(1) Ibid.
20 MERCURE DE FRANCE.
quod cum communis pater nofter Guido de
Joiaco miles tribus filiabus fuis monialibus ( 1 )
&c.
Pour ce qui regarde à préſent le tems que
l'un & l'autre de ces deux Evêques ont fiégé,
comme aucune de leurs lettres , du moins de
celles que j'ai vûes , & j'en ai vû beaucoup ,
n'eſt datée des années de leur Epifcopat ,
il n'eſt pas aiſé de le déterminer. Je me
flate pourtant de l'avoir fait : on en va juger,
Manaffés de Signelay Evêque d'Orléans
mourut en 1221 ; on a encore de lui des
Lettres du mois de Juillet en cette année
concernant les dixmes de la Paroiſſe de
Fontaines en Sologne. (2) Dès le mois de
Décembre ſuivant il avoit pour ſucceſſeur
Philippe de Jouy qui prend la qualité d'Evêque
élû : Epifcopus Aurelian. Electus
dans un titre de la Cour-Dieu faiſant mentiondu
don fait àcette Abbaye par Dromon
de Champlon & Clemence ſa femme de
tous leurs droits ſur la dixme d'Eſtouy. (3 )
On a vû par le titre de l'Abbaye d'Hyeres
que cePrélat étoit Evêque en 1225 , (4) & il
paroît qu'il l'étoit encore en 1228; que
( 1 ) Treſor de l'Abbaye d'Hyeres .
(2) Treſor de l'Egliſe d'Orléans .
(3)Trefor de la Cour - Dieu.
(4) Ib.d.
ΜΑΙ 1746. 28
Guillaume & Ferry de Jouy ſes freres
confentent au mois de Juillet , & Mathilde
femme du premier au mois d'Août ſuivant ,
la donation par lui faite à l'Egliſe d'Orléans
de la Terre de Villiers - Martin , puiſque
dans les Actes de ce conſentement il eſt parlé
de l'Evêque Philippe en des termes qui ne
peuvent guéres convenir qu'à une perſonne
actuellement vivante : Vénérable pere en
Dieu notre Seigneur & frere Philippe , par
la grace de Dieu Evêque d'Orléans, Vene
rabilis pater Dominus acfrater nofter Philip
pus Dei gratia Aurelian. Epifcopus. (1)
Ce Prélat ne vivoit plus au mois de Mai
1234 , ſuivant des Lettres de Pierre Archidiacre
d'Eſtampes dans l'Egliſe de Sens , qui
publie le confentement que donne Giraud
de Poinville Seigneur de Fief pour cette
même Terre de Villiers Martin : Donationem
feodi Villaris Martini à Venerabili viro
Philippo quondam Epifcopo Aurelian . bone
memorie factam (2) Il faut donc placer ſa
mort entre le mois d'Août 1228 & celui
de Mai 1234; mais comme c'eſt à cette
derniere année qu'Alberic de Trois Fontaines
l'a fixée dans ſa Chronique , & que fon
témoignage , en qualité d'Auteur contem-
(1 ) Tréſor de l'Egliſe d'Orléans,
(2) Ibid.
22 MERCURE DE FRANCE.
porain , doit étre de quelque autorité en
pareille occaſion , il s'enfuit que Philippe de
Jouy eſt mort dans les cinq premiers mois
de 1234; voici le paffage de la Chronique
d'Alberic : En cette année mourut Gautier
Evêque de Chartres & Hugues lui ſuccéda. A
OrleansPhilippeEvêque fut remplacéparun
autre Philippe : moritur eciam Galterus Carnotenfis
, fuccedit Hugo. Aurelianis post Epifcopum
Philippum fit Epifcopus alter Philippus.
Car c'eſt ainſi qu'il faut lire & non comme
portent les exemplaires imprimés : moritur
eciam Galterus Carnotenfis , fuccedit Hugo
Aurelianenfis . Post Episcopum Philippum fit
Epifcopus alter Philippus , (1) où l'on voit
que le point qui naturellement doit être
après Hugo , a été mis après Aurelianenfis ,
qu'on a lu pourAurelianis , puis qu'en lifant
de cette derniere façon on ne peut ſçavoir
à quel Diocèſe les deux Philippes ont rapport
, & que cet Hugo Aurelianenfis , comme
il eft placé ne peut s'expliquer autrement
que par un Hugues Evêque d'Orléans qui
ſeroit paſſfé à l'Evêché de Chartres, ce qui eſt
infoutenable & contredit formellement par
les dates des deux Philippes qui ſont ſuivies
depuis 1221 juſques en 1236 incluſivement,
La mort de Philippe de Jouy fixée à l'an
(1)Editionde Leibnits p. 554.
1
ΜΑΙ
1746. 23
1234lui en donne 12 à 13 d'Epifcopat &
n'en laiſſe que deux pour ſon ſucceſſeur ,
puiſque ce dernier quitta l'Evêché en 1236,
comme on l'a vû. Voilà par là les deux propoſitions
que j'ai avancées entierement
éclaircies & prouvées d'une maniere qui me
paroît concluante. Ilne me reſte qu'à répondre
à une objection qu'on me peut faire.
Depuis la tranflation de Philippe le Berruier
à l'Archevêché de Bourges , me dira-ton
, juſqu'à Guillaume de Buſſy que les
Analiſtes de l'Egliſe d'Orléans ne font fiéger
qu'en 1238 , il s'eſt paflé deux années ? Cet
intervale ſe trouve naturellement rempli
par Philippe de Jouy; ſi on l'en ôte commenty
ſuppléer ? Admettra-t-onun troiſiéme
Evêque du nom de Philippe ?
Non , & la réponſe eſt facile , puiſque le
Siége Epifcopal d'Orléans vaqua pendant
tout ce tems-là. Ce n'eſt point ici une fimple
conjecture , je le prouve par les Actes
Tuivans. Le premier eſt un vidimusde Lebert
Doyen d'Orléans du mois de Fevrier 1237 ,
étant au Cartulaire de S, Meſmin , le ſecond
des Lettres de l'Official de l'Archidiacre de
Baugency du mois de Septembre en la même
année , étant au Tréſor de l'Abbaye de
Baugency , donnés l'un & l'autre vacante
Sede Aurelian. Ainſi qu'un Acte del'Archidiacre
d'Orléans portant tranſaction
24 MERCURE DE FRANCE.
entre l'Abbé de S. Euverte & Geoffroy
Prêtre de Luyeres du Lundy après le Dimanche
Oculi meide l'an 1238. (1)
Quand je dis au reſte que le Siége étoit
vacant dans ces deux années , je ne prétends
pas par là nier abſolument que Guillaume
de Buffy ne fut peut- être élü Evêque , mais
ſeulement qu'il n'étoit pas encore reconnu
pour Evêque , ſoit qu'il n'eût pas pris pofſe
lion de l'Evêché , ſoit qu'on le lui diſputât.
Dans l'un & l'autre cas le vuide qu'on
m'objectera ne peut faire aucune impreffion,
&je trouve à le couvrir.
V
LETTRE contre l'Amour,
Ous me demandez , ma chere amie ,
mon ſentiment fur l'Amour ; que pourrai-
je vous dire ſur cette paſſion que d'autres
n'ayent pas dit avant moi ? Cette matiere ,
depuis le tems qu'on la traite , devroit bien
étre épuiſée, ſi elle ne l'eſt pas. Il eſt vrai
quejaſqu'ici on n'en a point encore parlé
véridiquement , ainſi puiſque vous le voulezje
vais le prendre ſur un ton plus férieux ,
(1) Cartul . de S. Euverte d'Orléans .
pour
:
ΜΑΙ 1746. 2
pour faire , mon l'apologie de l'Amour .
mais fon portrait au naturel.
L'Amour est une paffion que les Poëtes
& les Romanciers font la ſource de toutes
les Vertus & moi j'en fais celle de tous les
vices ; en effet l'Amour énerve le courage ,
corrompt les moeurs, amollit les coeurs ,
brouille les amis , fait des mariages difproportionnés;
il nous rendrebelles à nos Parens,
prodigues & avarestout à la fois, jaloux,
ſoupçonneux &c. enfin lorſque nous nous
laiffons dompter par une paflion qu'on ne
doit regarder que comme un amusement
inutile ,tous nos ſens nous déclarent la guerre
; nous nourriflons nos plus cruels ennemis
qui ne reſpectent ni ſexe , ni âge , ni
condition.
Dieu nous donna la raiſon en partage
pour nous diftinguer des animaux ; il me
ſemble quele meilleur uſage que nous en
puiſſions faire eſt de commander , & de
reprimer nos paffions.
Vous me direz peut être que ſi l'Amour eſt
une foibleſſe c'eſt la foibleſſe des grands
coeurs , vous ajoûterez à cette maxime
d'Opéra , qu'on n'eſt pas le maître de ſon
coeur , qu'il n'eft pas défendu d'en faire un
bon uſage , & qu'enfin l'Amour n'eſt pas
incompatible avec la Vertu. Défabuſez-vous
de cela, ma chere amie ; ſi les Amans font
B
26 MERCURE DE FRANCE .
vertueux , ſincéres & diſcrets, ce n'eſt par
malheur que dans les Romans. L'amour
s'abuſe lui - même , il croit n'avoir que des
vûes légitimes , mais ſouvent l'occaſion
prouve le contraire.
Vous penſez, me direz -vous, differemment
de tout le genre humain ; fans amour il n'y
auroit plus de ſociété entre les deux ſexes ;
plus de ſentimens , plus d'émulation , plus
de ſpectacles , plus de fêtes , & pour ainfi
dire , plus de mariages. Je répondrai à vos
objections que la ſociété civile en ſeroit plus
charmante; en effet , qu'est-ce que la compagnie
d'un hom.ne amoureux ? Toujours
diſtrait, toujours préoccupé , il porte partout
l'ennui , & abandonne tout le monde
pour s'entretenir de ſes idées chimeriques :
eh ! que deviendroit notre commerce ,
chere amie , fi vous aviez pareille foibleſle ?
vous m'oublieriez au point de ne pas lire
rette Lettre , au lieu qu'une perſonne qui
conferve fa liberté eſt defirée de tout le
monde. A l'égard des Spectacles je veux
bien qu'il y ait de la tendreſſe , mais qu'il
pen faffe pas le point principal ainſi qu'à
Popéra ; la Comédie Françoiſe conſerve
là-deffus un juſte milieu. Sans Amour on
peut exciter dans nos coeurs differens mouromens;
on peut en juger par la Mérope
deM. de Voltaire& par la mort deCéfar,
1
ΜΑΙ 1746. 27
Iln'y auroit plus de ſentimens , ditesvous
? quelle erreur ! L'eſtime & l'amitié
ne font point ſujettes aux échecs de l'Amour
, & par conséquent ont des liens plus
durables ; il est vrai que les femmes connoiſſent
peu cette Vertu ; elles ne ſont
point portées à aimer leurs ſemblables avec
tant de cordialité que les hommes aiment
les leurs. C'eſt une jalouſie de beauté cauſée
par l'envie de donner de l'Amour qui les
éloigne de leur ſexe.
Pour revenir au mariage , c'eſt l'insérêt
ou l'Amour qui en font la plus grande partie
, je ne voudrois ni de l'un ni de l'autre ;
ces fortes d'unions ne ſont pas de longue
durée. L'Amour jure par la raiſon que c'eſt
la Beauté qui l'inſpire , & qui en eft lefoutien
; un Edifice foutenu par un fondement
fragile riſque beaucoup de tomber en
ruine ; l'Amour en s'envolant leve le bandeau
qui nous aveugloit; l'on ſe trouve des
défauts , on ne veut plus ſe les paffer , &
alors le Mariage devient un joug affreux. Si
c'eſt l'intérêt qui vous guide , lorſque les richeſſes
ſont diſſipées , ce qui arrive bientôt
, on ſe ſoucie fort peu de celui ou de
celle de qui on les tenoit. Si l'on faiſoit
réflexion que le Mariage eſt un engagement
pour la vie , & qu'il n'y a pas de plus grand
fupplice que d'être obligé de ſupporter une
Bij
28 MECURE DE FRRANCE.
humeur contraire à la fienne, on ne s'attache
roit uniquement qu'au caractére. Cultivez
celui de la perſonne que vous devez époufer;
faites vous en un ami ou amie ; quand
la figure s'y trouve , c'eſt un ornement de
plus, mais n'en faites pas le principal. Ce
pendant comme on n'obſerve point tout ce
que je dis là-deflus , je conclus qu'il n'y a
point d'état plus fâcheux que celui du mariage
, furtout pour notre ſexe , & de plus
heureux que celuidepoſſeder ſa liberté. Je
n'entreprends point , ma chere amie , à vous
faire un détail des peines de l'hymen, n'ayant
pour le préſent à vous parler que de celles
de l'Amour. Jevous exhorte toujours à fuir
l'un & l'autre, &vous prie de me croire &c,
INVECTIVE contre la Riime.
CEft donc en vain , fatale Rime ,
Qu'à te placer au bout d'un vers
Depuis plus d'un moisje m'eſcrime ,
Je me mets la tête à l'envers ;
Je romps l'accord que cette année
J'avois paffé de me livrer à toi ;
Je maudis ton caprice&méconnois la loi,
Si tu me rends ma Verve fortunée.
Quoi! tume vois de tes ſots ſectateurs
MAI 1746.
Vanter , cherir , embraſſer l'indigence
Demes tendres ſecrets te faire confidence ,
Et tu me fais refus de tes moindres faveurs !
Ingrate , va , je renonceà te ſuivre ;
J'abhorre de tonArt les ſéduiſans attraits;
De la Proſe en ces mots reconnois-tu les traits ?
Eh bien ! elle est ma Reine ; à ſes ſoins je me
livre.
SUITE de l'Histoire Univerſelle de M. de
Voltaire Historiographe de France & l'un
des Quarante de l'Académie Françoise.
CHAPITRE XXIV.
Conquête de l'Angleterre par Guillaume Duc
de Normandie.
T
Andis que de ſimples citoyens de
Normandie fondoient en Italie des
Royaumes , leurs Ducs en acquéroient un
plus beau ſur lequel les Papes prétendirent
le même droit que ſur Naples & Sicile .
Après la mort d'Alfreld le Grand arrivée
en 900 l'Angleterre retomba dans la confufion
& la barbarie. Les anciens Anglois , Saxons,
ſes premiers vainqueurs , & les Danois
fes Ufurpateurs nouveaux s'en diſputoient
toujours la poffeffion , & de nouveaux pi
Biij
30 MERCURE DE FRANCE.
rates Danois venoient encore ſouvent partager
les dépouilės. Ces Pirates continuoient
d'être fi terribles & les Anglois fi foibles, que
vers l'année mille on ne pût ſe racheter d'eux
qu'en leur payant trente mille livres. On
impoſa pour lever cette ſomme une taxe qui
dura depuis affés long-tems en Angleterre ;
ce tribut humiliant fut appellé argent Danois
Danngeld.
Canut Roi deDannemark qu'on a nommé
le Grand , & qui n'a fait que de grandes
cruautés, remit ſous ſa domination en 1017
le Dannemark & l'Angleterre. Les naturels
Anglois furent traités alors comme des efclaves.
Les Auteurs de ce tems avouent que
quand un Anglois rencontroit un Danois ,
il falloit qu'il s'arrêtât juſqu'à ce que le Danois
eûtpaffé.
La race de Canut ayant manqué en
1041 , les Etats du Royaume reprenant
leur liberté , défererent la Couronne à
Edouard defcendant des anciens Anglo-
Saxons , qu'on appelle le S. & le Confeffeur:
une des grandes fautes , ou un des
grands malheurs de ce Roi fut de n'avoir
pointd'enfans de ſa femme Edite , fille du
plus puiflant Seigneur du Royaume :
haiſſoit ſa femme ainſi que ſa propre mere
pour des raiſonsd'Etat , & les éloigna même
Tune& l'autre On prétendit qu'il avoit fait
:
il
A
MAI 1946. 38
voeu de chaſteté , voeu très téméraire dans
un mari , & très- inſenſé dans un Roi qui
avoit beſoin d'héritiers : ce voeu , s'il fut réel,
prépara de nouveaux fers à l'Angleterre.
Les moeurs&les uſages de ce tems - là ne
reſſemblent en rien aux notres. Guillaume
VIII. Duc de Normandie qui conquit
l'Angleterre , loin d'avoir aucun droit ſur ce
Royaume , n'en avoit pas même ſur la
Normandie ; fon pere le Duc Robert qui
ne s'étoit jamais marié, l'avoit eu de la fille
d'un Pelletierde Falaiſe que l'Hiſtoire nomme
Harlot , terme qui ſignifioit & fignifie
encore aujourd'hui en Anglois Concubine
ou femme publique , mais nous avons déja
vû combien la Loi naturelle l'emportoit
alors ſur la Loi poſitive.
Ce bâtardreconnu du vivant deſon pere
pour héritier légitime , ſe maintint par fon
habileté & par ſa valeur contre tous ceux
qui lui diſputoient ſon Duché. Il régnoit
paiſiblement en Normandie , & la Bretagne
lui rendoit hommage , lorſqu'Edouard le
Confeffeur étant mort, il prétendit au
Royaume d'Angleterre .
Edouard le Confefſeur n'avoit pasjoui du
Trône à titre d'héritage : Harald ſucceſſeur
d'Edouard n'étoit point de ſa Race , mais
cet Herald avoit les fuffrages de la Nation ;
Guillaume le bâtard n'avoit pour lui , ni le
Binj
32 MERCURE DE FRANCE.
;
droit de l'Election , ni celui d'héritage , ni
même aucun parti en Angleterre . Il prétendit
que dans un voyage qu'il avoit fait
autrefois dans cette Ifle, le Roi Edouard
avoit fait en ſa faveur un teftament que
perſonne ne vit jamais ; il diſoit encore
qu'autrefois Harald délivré de priſon par lui
&enſuite retenu captif, lui avoit cédé fes
droits ſur l'Angleterre, c'est- à- dire, que Herald
lui avoit cédé des droits qu'il ne pouvoit
avoir , & quand même il les eût eus ,
une ceffion ainſi extorquée n'étoit pas d'un
grand poids ; Guillaume appuya ſes foibles
raiſons d'une forte armée.
Les Barons de Normandie afſemblés en
forme d'Etats , refuſerent de l'argent à leur
Duc pour cette expédition , parce que s'il
ne réuſſiſſoit pas , la Normandie en reſte
roit appauvrie, & qu'un heureux ſuccès la
rendroit Province d'Angleterre ; mais pluſieurs
Normands hazarderent leur fortune
avec leur Duc; un ſeul Seigneur nommé
Filts- Otſbern équipa quarante vaiffeaux à
ſes dépens; le Comte de Flandres beaupere
du DucGuillaume le ſecourut de quelque
argent , le Pape même entra dans ſes
intérêts; il excommunia tous ceux qui s'oppoſeroient
audeſſein de Guillaume; enfin il
partit de S. Valery avec une flotte nom.
breuſe ; on ne ſçait combien il avoit de
ΜΑΙ 1746. 33
Vaiſſeaux ni de ſoldats. Il aborda ſur les
côtes de Suflex , & bientôt après ſe donna
dans cette Province la fameuſe bataille de
Haftting qui décida ſeule du fort de l'Angleterre.
Les Anglois ayant le Roi Harald à
Jeur tête , & les Normands conduits par leur
Duc combattirent pendant douze heures ;
la Gendarmerie qui commençoit à faire
ailleurs la force des armées , ne paroît pas
avoir été employée dans cette bataille ; les
chefsy combattirent à pied; Harald & deux
de ſes freres y furent tués; le vainqueur s'approcha
de Londres , faiſant porter devant
lui une Banniere bénite que le Pape lui avoit
envoyée. Cette Banniere fut l'Etendard auquel
tous les Evêques ſe rallierent en fa faveur
; ils vinrent aux portes avec le Magiftratde
Londres lui offrir la Couronne qu'on
ne pouvoit refuſer au vainqueur.
Guillaume feul gouvernoit , comme il
avoit ſçû conquerir; pluſieurs révoltes étouffées
, des irruptions des Danois rendues
inutiles , des Loix rigoureuſes durement
exécutées ſignalerent fon régne ; anciens
Bretons , Danois, Anglo-Saxons , tous furent
confondus dans la même ſervitude ; les
Normands qui avoient part à ſa victoire
partagerent par ſes bienfaits, les Terres des
vaincus. De- là ces familles Normandes
dont les deſcendants , ou du moins les noms
By
34 MERCURE DE FRANCE.
fabſiſtent encore en Angleterre ; il fit un
dénombrement exact de tous les biens des
ſujets de quelque nature qu'ils fuflent; on
prétend qu'il en profita pour ſe faire en
Angleterre un revenu de quatre cent mille
livres ſterlings , ce qui fait aujourd'hui environ
cinq millions ſterlings , & plus de cent
millions Monnoye de France. Il eſt évident
qu'en cela les Hiſtoriens ſe ſont beaucoup
trompés ; l'état de la Grande Bretagne d'aujourd'hui
qui comprend l'Angleterre , l'Ecoffe
& l'Irlande , n'a pas un ſi gros revenu ,
ſi vous en déduiſez ce qu'on leve pour
payer les anciennes dettes du Gouvernement.
Ce qui eſt fûr , c'eſt que Guillaume abolit
toutes les Loix du Pays poury introduire
celles de Normandie : il ordonna qu'on
plaidât en Normand , & depuis tous les
Actes publics furent expédiés en cette Langue
juſqu'à Edouard III ; il voulut que la
Langue des vainqueurs fut la ſeule du Pays.
Des Ecoles de la Langue Normande furent
érablies dans toutes les Villes & les Bourgades;
cette Langue étoit le François mêlé d'un
peu de Danois , Idiome barbare qui n'avoit
aucun avantage ſur celui qu'on parloit en
Angleterre. On prétend que nonſeulement
il traitoit la Nation vaincue avec dureté ,
mais qu'il affectoit encore des caprices ty
ΜΑΙ 1746. 35
ranniques : on en donne pour exemple la
Loi du couvrefeu , par laquelle il falloit au
ſon de la cloche éteindre le feu dans toutes
les maiſons à huit heures du foir , mais certe .
Loi , bien loin d'être tyrannique , n'eſt qu'une
ancienne Police Eccléſiaſtique établie
preſque dans tous les anciens Cloîtres
du Nord. Les maiſons étoient bâties de
bois , & la crainte du feu étoit un objet des
plus importants de la Police générale ?
On lui reproche encore d'avoir détruit
tous les Villages qui ſe trouvoientdans un
circuit de quinze lienes pour en faire une forêt
, dans laquelle il pût goûter le plaifir
de la chaſſe . Une telle action eſt trop inſenſée
pour être vraiſemblable. Les Hiftoriens
ne font pas attention qu'il faut environ
vingt- cinq années pour qu'un nouveau plan
d'arbres devienne une forêt propre à la
chaffe; on lui fait ſemer cette forrêêtt en 1080;
il avoit alors foixante-trois ans ; quelle apparence
y a-t- il qu'un homme raiſonnable
ait à cet âge détruit des Villages pour femer
quinze lieues en bois dans l'eſpérance d'y
chaffer un jour .
Ce Conquérant de l'Angleterre fut later
reur du Roi de France Philippe Premier
qui voulut abbaiffer trop tard un Vaſſal fi
puiffant; il ſe jetta ſur le Maine qui dépen
doit alors de la Normandie , Guillaume re
Bvj
36 MERCURE DE FRANCE.
paſſa la Mer , reprit le Maine & contraignit
le Roi de France à demander la paix , ainfi
Guillaume quoique ayant un Souverain ,
fut le Prince le plus puiſſant en Europe.
CHAPITRE X X V.
De l'état où étoit l'Europe aux dixiéme &
onziéme fiecles .
ARuffie , comme nous l'avons dit, avoit
Lembraffe le Chriftianisme à la fin du
dixiéme fiecle ; les femmes étoient deſtinées
à convertir les Royaumes ; une foeur
des Empereurs Bafile & Conftantin , mariée
au pere du Czar Jaraflau, dont j'ai parlé, obtint
de ſon mari qu'il ſe feroit baptifer : les
Ruſſes eſclaves de leur maître l'imiterent ,
mais ils ne prirent du Rit Grec que les fuperftitions
: Environ dans ce tems - là , une
femme attira encore la Pologne au Chriftianiſme.
Miſcelas Duc de Pologne fut converti
par ſa femme foeur du Duc de Boheme.
J'ai déja remarqué que les Bulgares avoient
reçû la Foi de la même maniére. Giſtelle
foeur de l'Empereur Henri fit encore Chrétien
fon mari Roi de Hongrie dans la premiére
année du onziéme fiécle. Ainfi il eſt
ΜΑΙ 1746. 37
vrai que la moitié de l'Europe doit aux femmes
fon Chriftianiſme , mais cette Réligion
mal affermie étoit mêlée de Paganiſme.
La Suéde chés qui elle avoit été préchée
au neuviéme fiécle étoit redevenue Idolatre .
La Boheme & tout ce qui eſt au bord de
l'Elbe renonça au Chriftianiſme en 1013 .
Toutes les côtes de la Mer Baltique vers
l'Orient étoient Payennes. Les Hongrois en
1047 retournérent au Paganiſme , & toutes
ces Nations étoient auſſi loin d'être policées
que d'être Chrétiennes.
La Suéde depuis long- tems épuiſée d'ha
bitans par ces anciennes émigrations dont
l'Europe fut inondée, paroît dans le huit
neuf , dix & onziéme fiécles , comme euſevelie
dans ſa groſſiereté ; ſans guerre & fans
commerce avec ſes voiſins , elle n'a part à
aucune grande affaire , & n'en fit probablement
que plus heureuſe : les grands
événemens ne ſont ſouvent que des malheurs
publics.
La Pologne beaucoup plus barbare que
Chrétienne , conſerva juſqu'au treiziéme
fiécle les coutumes des anciens Sarmates de
tuer leur enfans qui naifſſoient imparfaits&
les vieillards invalides. Il fallut qu'à la fin
même du treiziéme fiécle Albert le Grand
fit une Miſſion pour déraciner cet uſage :
qu'on juge par là du reſte du Nord.
38 MERCURE DE FRANCE.
L'Empire de Conſtantinople n'étoit ni
plus reſſerré ni plus agrandi que nous l'avons
vu au neuviéme fiécle . A l'Occident
il ſe défendoit contre les Bulgares ; à l'Orient
& au Nord contre les Turcs & les
Arabes. Le Trône étoit ſouvent enſanglanté,
& peu de Princes du ſang d'un Empereur
échappoient à la fureur d'un ſucceſſeur , qui
faiſoit preſque toujours crever les yeux aux
parents de l'Empereur détrôné. Je me réſerve
à voir quel étoit le fort de Conftantinople
, & quelles révolutions les Tures
avoient cauſées en Afie , lorſque les armées
des Croiſés iront dans ces Etats .
On a vû en général ce qu'étoit l'Italie.
Des Seigneurs particuliers partageoient tout
le Pays depuis Rome juſqu'à la merde la
Calabre , & les Normands en avoient la
plusgrande partie. Florence , Milan , Pavie ,
Piſe , ſe gouvernoient par leurs Magiftrats ,
fous des Comtes ou ſous des Ducs nommés
par les Empereurs. Bologne étoit plus libre.
La Maiſon de Morienne , dont deſcendent
les Ducs de Savoye Rois de Sardaigne ,
commençoit à s'établir : elle poſſedoit comme
fiefde l'Empire la Comté héreditaire de
Savoye & de Morienne , depuis que Hum
bert aux blanches mains , tige de cette Maifon
avoit eu en 888 ce petit démembre
ment du Royaume de Bourgogne ,
ΜΑΙ 1746. 39
Les Suiſſes & les Griſons détachés auffi
de ce même Royaume qui dura ſi peu ,
obéifloient aux Baillis que les Empereurs
nommoient .
Deux Villes maritimes d'Italie commen
çoient à s'élever , non par des invaſions ſubites,
telles que pluſieurs que l'on a vûes, majs
par une induſtrie ſage qui dégénera auſſi-tôt
en eſprit de conquête ; ces deux Villes
étoient Génes & Veniſe. Génes célébre du
tems des Romains , regardoit Charlemagne
comme ſon reſtaurateur ; cet Empereur l'avoit
rebatie quelque tems après que les
Goths l'avoient détruite : gouvernée par des
Comtes ſous Charlemagne & fous ſes premiers
deſcendans , elle fut ſaccagée au dixiéme
ſiécle par les Mahométans , & preſque
tous ſes citoyens furent emmenés en ſervitude
, mais comme c'étoit un Port commer
çant , elle fut bientôt repeuplée. Le Négoce
qui l'avoit fait fleurir ſervit à la rétablir ;
elle devint alors une République : elle prit
l'Ifle de Corſe ſur les Arabes qui s'en étoient
emparés. C'eſt ici qu'il faut ſe ſouvenir que
les Papes pretendoient avoir droit à la Corſe
par la donation de Louis leDebonnaire.
Ils exigerent un tribut des Génois pour cette
Ifle : les Génois payerent ce tribut au
commencement de l'onzieme fiéclé , mais
bientôt après ils s'en affranchirent ſous le
MERCURE DE FRANCE.
Pontificat de Lucius Second. Enfin leur
ambition croiffant avec leurs richeſſes , de
Marchands ils voulurent devenir Conquérants.
La Ville de Veniſe bien moins ancienne
que Génes , affectoit le frivole honneur
d'une plus ancienne liberté ,&jouiſſoit de la
gloire folide d'une puiflance bien ſupérieure;
ce ne fut d'abord qu'une retraite de
Pécheurs & de quelques fugitifs qui s'yre
fugierent au commencement du cinquiéme
fiécle , quand les Huns ravageoient l'Italie :
il n'y avoit pour toute Ville que des cabanes
fur le Rialto. Le nom de Veniſe n'étoit
point encore connu : ce Rialto bien loin
d'être libre , fut pendant trente années un
fimple Bourg appartenant à la VilledePadoue
qui legouvernoit par des Confuls ; la
viciffitude des choſes humaines a mis depuis
Padoue ſous le joug de Veniſe ; il n'y a au
cune preuve que ſous les Rois Lombards
Veniſe ait eu une liberté reconnue; il eſt plus
vraiſemblable que ſes habitans furent oubliésdans
leurs marais .
Le Rialto & les petites Iſſes voiſines ne
conimencerent qu'en 709 à ſe gouverner par
leursMagiftrats.
Ils furent alors indépendants de Padoue ,
& fe regarderent comme une République ;
c'eſt en 709 qu'ils eurent leurpremierDoge,
MAI 1746. 41
qui ne fut qu'un Tribun du peuple élû par
des Bourgeois. Pluſieurs familles qui donnerent
leurs voix à ce premier Doge , fubfiftent
encore ; elles font les plus anciens
Nobles de l'Europe . :
Héraclée fut le premier fiége de cette
République juſqu'à la mort de ſon troifiéme
Doge. Cene fut que vers la fin du neuviéme
fiécie que ces Infulaires retirés plus avant
dans leurs Lagunes , donnerent à cet af
fmblage de perites Iſles qui formerent une
Ville , le nom de Venise , du nom de cette
côte qu'on appelloit Terra Venetorum ;
les habitans de ces marais ne pouvoient
fubfifter que par leur commerce: la néceflité
fut l'origine de leur puiflance.
Il n'eſt pas affürément bien décidé que
cette République fut alors abſolument indépendante
: on voit que Beranger reconnu
quelque tems Empereur en Italie , accorda
l'an 950 au Doge de battre,Monnoye ;
cesDoges mêmes étoient obligés d'envoyer
aux Empereurs en redevance un manteau
de drap d'or tous les ans , & Othon III.
leur remit en 998 cette eſpéce de petit
tribut , mais ces légeres marques de Vaſſalité
n'ôtoient rien à la véritable puiſſance de
Veniſe, car tandis que les Venitiens payoient
un manteau d'etoffe d'or aux Empereurs , ils
acqueroient par leur argent & par leurs
42 MERCURE DE FRANCE.
armes toute la Province d'Iſtrie , & preſque
toutes les côtes de Dalmatie , Spalatro ,
Raguze , Narenta. Leur Doge prenoit vers
le milieu du Dixiéme fiécle le titre de Duc
de Dalmatie ; mais ces conquêtes enrichilſoient
moins Veniſe que le commerce
dans lequel elle ſurpaffoit encore lesGénois
, car tandis que les Barons d'Allemagne
& de France bâtiſſoient des Donjons &
opprimoient les peuples , Veniſe attiroit leur
argent en leur fourniſſant toutes les denrées
de l'Orient. Les mers étoient déja couvertes
de ſes vaiſſeaux , & elle s'enrichiſſoit de
l'ignorance & de la barbarie des Nations
Septentrionales de l'Europe.
Laſuite dans le premier Mercurt.
:
ΜΑΙ 1746. 43
L'AGOΝΙΕ .
QueUel funeſte trouble m'agite !
Je deviens foible & chancelant ;
Quel est donc ce coup violent ?
Ma force tombe , & tout me quitte.
Demes jours le deſtin vainqueur
A-t-il pourbut de me pourſuivre ?
Faut- il enfin ceſſer de vivre ,
Et fubir l'extrême rigueur ?
C'en est fait; Arrêt formidable ,
Tuviens pour exercer tes droits ,
Etcontre d'éternelles Loix
En vain , te voudrois -je traitable ;
Le tems arrive ; il faut finir ;
Mon ame eſt émue & tremblante ,
Et par l'effroi qui la tourmente
Tu me condamnes à périr.
Momens comptés de ma carriere ,
Ombre paſſantede mes jours ,
Ici ſe borne votre cours ;
Dans peuje fuis cendre& pouſſiére :
Ce ſoufle qui ſçut m'animer ,
Ce corps qui fut formépour naître,
44 MERCURE DE FRANCE,
Ce tout , hélas! va ceſſer d'être ,
Etmon eſprit va s'envoler .
!
Parois donc , terme de mavie,
Je ſens trop de maux à la fois ,
Et puiſque je n'ai plus de voix
Abrége ma triſte Agonie .
Dans cet inftant , Dieu Créateur ,
Souriens ta foible créature ;
De tesmains elle eſt l'oeuvre pure ;
Fais lui partager ton bonheur.
perc
atel
kite
10
EXTRAIT d'une Lettre de M. Lesage
Etudiant en Médecine à Paris , adreſſee à
Son Pere à Genéve du 6 Septembra 1745
C
Omme la lettre que je vous écrivis
hier étoit preſque entierement remplie
lorſqueje reçus la vôtre , je ne pus répondre
qu'à quelques-uns des articles dont
vous me parliez , & je n'eus pas aflés de
place pour vous dire ce que je penſois du
Probleme propoſé par l'Académie Royale
de Berlin.
Plus on étudie la Phyſique , plus on la
trouve difficile . Cependant fans avoir étudié
ce qui regarde les vents ,je ne laiſſe pas d'aMAI
1746. A5
percevoir beaucoup de difficulté à traiter
Eette matiére
Il faut confidérer l'effet que produifent
fur notre Athmosphére chacune des cantes
qui peuvent en troubler la tranquilizzé fi
elle agifioit toute feule. Il faut enfuite.combiner
deux de ces caufes pour voir quel
effet en reſulteroit. Eniuite en corabiner
une troifiéme avec ces deux-là. Et ainſi de
fuite, juſqu'à ce qu'on vienne à voir l'effet de
la combinaiſon de toutes ces cauſes à la fois,
Ces cauſes font , 1 °. le mouvement jour
nalier de la terre . 2. fon mouvement annuel.
3º. la gravité décroiffant comme
les quarrés des diſtances augmentent. 4º . la
chaleur du Soleil qui à toutes les heures
dujour agit fur differens méridiens. 5°. cettechaleur
, entant que tous les jours de
P'année elle agit fur differentes latitudes
&plus efficacement ſur les unes que fur
les autres , à cauſe des differens dégrés d'obliquité,
6º, la gravitation de l'Arhmofphere
& de l'Ocean fur la Lune à laquel
le on attribuë les marées ordinaires. 7° ,
a gravitation de l'Atmosphere & de l'O
céan ſur le Soleil , à laquelle on attribue
les marées extraordinaires : enfin d'autres
auſes auſquelles je n'ai peut-être pas penſé,
Vous devez avoir des theſes de M. Maurica
busM. Calandrin. De actione Solis & Lung
aerem& aquas.
46 MERCURE
DE FRANCE.
Je crois que le nombre & la grandeurde cesdifficultés les convertira en une impoffibilité
Mathematique
préſente , c'est-à-dire, que le Calcul conduira à des équations que les Algébriftes d'apréſent ne ſçavent pasre foudre. Mais ces difficultésne font rien fi
on les compare avec les impoſſibilitésPhy- ſiques que l'on trouvera dès qu'on ne voudra
pas poſer les principes du calcul avant que d'avoir bien poſé ceux du probléme, ce qui eſt un défaut preſque commun à tous les Phyfico -Mathématiciens
, & qui est la cauſe pour laquelle beaucoup de gens croyent qu'on nedoitpas appliquer lesMa- thématiques à laPhyſique , voyant le mau- vais ſucès de laplupart de ceux qui ont vou lu le faire. Voici quelques unes de cesimpoffibilités
d'ignorancePhyſique. 1º. Il faudroit ſçavoir files deux mouve- mens de la Terre tirent leur origine d'une eſpéce de projection du Créateur dont l'effet dure encore , quoique la cauſe n'agiffe plus depuis long-tems; ou fi ces deux mouve- mens font produits par une cauſe qui agit continuellement
, mais qui eft trop foible pour que fi elle ceſſoit quelques momens, ces mouvemens
ſubſiſtaſſent
encore quelque tems. Ce premier genre de cauſes , ſenom- me Forces vives , & le ſecond ſe nomme Forces mortes ; car quoique l'effet de cesdeux
P
ΜΑΙ 1746. 47
genresde cauſes fut le même par rapport à
la Terre , il ne ſeroit pas le même par rappartà
fon athmoſphere. Or adhuc fub judice
lis eft : & même ily a apparence qu'on ne
pourra jamais raiſonner ſur cette matière
quepar hypothéſes .
2º. Au cas même que l'on fut perfuadé à
bontitre que les cauſes dont je parlefuſſent
des forces vives , il faudroit ſçavoir encore
ſi le Créateur a imprimé à la fois ces deux
mouvemens , & à la Terre & à fon athmofphére
, ou s'il les a ſeulement imprimés à la
Terre qui les communique continuellement
à fon athmoſphére.
3 °. Il faudroit ſçavoir ſelon quelle loi décroit
la denſité de l'Air , felon quelle loi
chacune des cauſes des vents agiſſent differemment
ſur les couches de differente denfité
; à quel degré de rarité l'Air eſt autant
dilaté qu'il le peut être , & de quel degré de
rarité eſt la coucheſuprême de l'athmoſphé
re. Ges queſtions en renferment huit ou dix
autres preſque toutes impoſſibles à réſoudre:
car fur ces mots , chacune des cauſes des
vents ſont compris les differents degrés
d'élaſticité , d'obliquité du Soleil , de force
de ſes rayons , après avoir traverſé certains
nombres de couches differemment denſes
&c.
0
4°. Il faudroit que la queſtion fut décidéo
Aflemblée de la Société Litteraire d'Arras
SecondeEdition du Chirurgien Dentiſte 120 Ibid.
Fevrier
Enigmes & Logogryphes
Chanſon notée
Explications des Enigmes & Logogryphes de
* Spectacles , Extrait de laCoquette fixée
123
1bid.
130
Ibid
Comédie Françoiſe &c.
147
Comédie Italienne
Ibid.
Compliment en Vers fait par Arlequin
148
Concert ſpirituel 150
Concerts de la Cour 154
ExtraitduBallet dela Félicité 456
Journal de la Cour , de Paris &c.
168.
Régimens donnés
171
Bénéfices donnés
173
Priſes de Vaiſſeaux 174
Flandres
Nouvelles Etrangères
Mariages & Morts
Ordonnance du Roi fur le mar
Liſte des Officiers Generaux qui doivent ſervir en
Mots des Enigmes & Logogryphes
179
185
198
208
maniment des armes
de l'Infanterie 208
La Chanſon notée doit regarder la page
13.0
De l'Imprimerie d Jean - Fr. ROBUSTEL
rue de la Calcendre près le¡Palais.
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI.
MAI . 1746.
UT SPARGAT LIGITUT
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER
rue S. Jacques.
Chés La Veuve PISSOT, Quai de Conty
à la deſcente du Pont- Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais
M. DCC . XLVI .
AvecApprobation & Privilège du Roi.
840.6
M558 L
1746
AVIS.
'ADRESSÉ générale du Mercure est
àM. DE CLEVES D'ARNICOURT
rue du Champ- Fleuri dans la Maison de M.
May Lourdet Correcteur des Comptes au premier
étage ſur le derriere entre un Perruquier & un
Serrurier à côté de l'Hôtel d'Enguien. Nous
prions très-instamment ceux qui nous adrefseront
des Paquets par la Poste , d'en af
franchir le port , pour nous épargner le déplaisir
de les rebuter , & à eux celui de ne
pas voir paroître leurs ouvrages.
Les Libraires des Provinces on des Pays
Etrangers , qui ſouhaiteront avoir le Mercure
de France de la premiere main, & plus promptement
, n'auront qu'à écrire à l'adreſſe ci-deſſus
indiquée ; on se conformera très-exactement à
leurs intentions.
Ainsi il faudra mettre ſur les adreſſes àM.
de Cleves d'Arnicourt , Commis au Mercure
de France rue du Champ-Fleuri , pour reng
dre à M. de la Bruere,
PRIX XXX.SOLS
MERCURE
DE FRANCE
DÉDIÉ AU ROI.
PIECES FUGITIVES
en Vers &en Profe.
LEBERGER , le Cuisinier & la Brebis.
FABLE.
Uillot le berger du Village
Avec un Cuiſinier un jour faiſoit
voyage ;
Ils rencontrerent par hazard
Une brebis graffe & dodue ,
Qui ſans doute s'étoit perduę :
Le jourbaiſſoit , il étoit tard,
Notre couple commence à lui donner la chaffe ,
Aij
MERCURE DE FRANCE.
Et l'un d'eux à l'inſtant l'arrête ſur laplace;
Chacun voulut enſuite en avoir une part ;
Je l'aurai moi toute entiere ,
Ditd'abord le Cuiſinier ;
Ce ne ſera pas vrai , reprit l'autre en colere ,
Je l'ai vûe ici le premier :
Tul'as vûe ! eh bien ! ſoit : mais celui qui l'a priſe
Doit en diſpoſer à ſa guiſe ;
Tout - beau , Monfieur le Rotiffeur ,
Dit Guillot, j'ai droità la priſe ;
Chacun de ſa moitié ſera le poſſeſſeur ,
Etde grace point de fotiſe..
Tandis qu'ils ſe diſputoient ,
Madamelabrebis témoin de la querelle
( C'étoit au tems que les bêtes parloient )
Je voudrois bien fçavoir , dit - elle ,
Quel est ledroit que vous avez fur moi ,
Et ce que vous voulez faire de maperſonne ?
C'eſt , dirent - ils , pour avoir ſoin de toi ;
Mais en ce cas , avant que je me donne ,
Je veux ſçavoir quel eſt à tous deux votre emploi ;
Moi , dit Guillot , men foin eſt de défendre
Tes fomblables du loup , comme de tout danger ;
Si quelqu'un vient pour les ſurprendre ,
Mon chien veille au beſoin , &je cours les venger:
Moi , dit le Cuiſinier, je traite , je fais vivre ,
Aux Princes je ſersà manger ;
Nebalance point à me ſuivre ,
MAI 1746. 3
Je temettrai dans mon verger :
Non pas s'il vous plait , lui dit-elle ,
En ſe tournant du côté du Berger ;
Pour m'attraper votre ruſe eſt nouvelle
Votre métier eſt de nous égorger ;
Guillot conferve notre vie ;
Ainſi ne vous étonnez pas
Si j'aimemieux ſacompagnie
A le ſuivre tout me convie ,
Et je vais déſormais m'attacher à ſes pas .
Examinez les moeurs , le fond, le caractére
Avant de choiſir un ami ;
En agiſſant toujours ainſi ,
Vous ne pouvez manquer d'être heureux fur la
terre.
Par M.... de Châlons fur Marne.
A iij
MERCURE DE FRANCE.
LETTRE de M. C. R. L. F. à M. L. J.
R. contenant la ſuite des Réflexions fur
l'Homme en général , inférées dans le
Mercure de Juin 1745 premier volume.
J
'Ai reçû , mon cher Monfieur , votre
derniere Lettre , & vous jugez bien quel
accueil je lui ai fait. Vous connoiffezmon
coeur , & vous ſçavez que tout ce qui vient
de vous ne peut manquer de me toucher
ſenſiblement. Comme vous me paroiſſez
defirer ardemment la ſuite de mon Journal
Philofophique dont je vous ai déja envoyé
le commencement , & qu'entre nous jeſuis
perfuadé que ce que vous me témoignez à
ce ſujet n'eſt pas different de ce que vous
penſez ,je vais continuer de vous entretenir
ſur le même ton :
Vous avez entamé dans votre Lettre un
ſujet ſur lequelj'ai bien des choſes à vous dire:
au reſte ſoyez affûré que ſi je hazarde mon
ſentiment après le votre , ce n'eſt que pour
vous mieux faire voir la conformité de mes
idées avec les votres , & que je penſe ainſi
que vous fur tout ce que contient votre
Lettre , excepté ſur un point fur lequel vous
me diſpenſerez d'être d'accord avec vous ,
MAI 1746. 7
je veux dire , fur ce que vous flatez mes
foibles lumieres en ravalant les votres.
C'eſt donc de l'amour propre qu'il faut
aujourd'hui vous parler.
>>Ami , vous voulez donc que monfoible pin
ceau
> Ofe du coeur humain vous tracer le tableau,
>> Et dans cet être enfin où l'amour propre abonde
Qui ſe croit l'ornement & le maître du monde ,
Peindre les mouvements & les troubles divers
>>Dont ſahaute prudence agite l'Univers?
>>Cemobile puiſſant , cet agent inviſible
Agit en nous , ſans nous , par un charme invincible
,
Et de l'ame au dedans mouvant tout le reffort
>>De chaque paſſion détermine l'effor.
L'amour propre eſt né avec nous , c'et
lui qui nous anime; c'eſt lui qui nous inſpie
dans preſque toutes les occaſions ; il eſt
comme un Prothée qui change de forme ,
d'extérieur & de langage même ſelon les
diverſes occurrences. L'intérêt , dit M. de
la Rochefoucauld , ( & qu'est - ce que c'eſt
que l'intérét ſi ce n'eſt l'amour propre modifié
? ) l'intérêt parle toutes fortes de Langues,
&joue toutes fortes de perſonnages , même
celui de des-intereſſé ; auſſi ne fe produit- il
Ainj
8 MERCURE DE FRANCE.
jamais que ſous les divers maſques qu'il
emprunte pour parvenir à ſes diverſes fins :
également adroit à diſſimuler ce qui eft , &
à feindre ce qui n'eſt pas , rei fimulator ac
diffimulator , il ſe dérobe ſouvent aux yeux
les plus perçants : il eſt bien difficile de démêler
ſon jeu à travers le voile épais dont il
le couvre preſque toujours; il ſe ſert ordinairement
des livrées de la Vertu pour faire
paſſer ce qu'il peut y avoir d'irrégulier &
même de vicieux dans ſa conduite :. C'est
par-là qu'il éblouit lesyeux qui ne voyent
que la fuperficie des choſes ſans les approfondir.
Combien d'actions dont on fe fait
honneur au dehors & dont on rougit au-dedans
de foi-même ! Pourvû que nous foyons
bien avec les autres , nous nous embarraffons
fort peu d'étre mal avec nous-mêmes.
Nous tenons intérieurement un langage
contraire à celui de l'Avare d'Horace .
.... populus mefibilat , at mibi plaudo
1pfe demifimul ac nummos contempor in arcat.
Rien de plus vrai que tout ce que je vous
dis. Conſultez l'Hiſtoire; n'y trouverez- vous
pas rapportée avec les plus grands éloges
l'action de Vitellius qui fit mourir plus de
* Lib. 1. Sat. 1 .
MAI 1746.
fix vingt hommes leſquels ſe vantoient
d'avoir tué Galba fon compétiteur à l'Empire
& lui en demandoient récompenſe ?
Quelles louanges ne donne - t - elle pas à
Alexandre fur ce qu'il pleura la mort de
Darius& lui fit faire lui- même de magnifiques
obſéques ? Avec quelle complaiſance
ne parle - t - elle pas de César , qui ne
contenta pas de plaindre amerement le
malheureux fort de Pompée ſon rival , mais
vengea avec chaleur ſa mort ſur ceux qui
pour en être les auteurs prétendoient de lui
de la reconnoiſſance? J'avoue que ces actions
peuvent frapper par l'éclat de leur extérieur,
mais fans prétendre ici endiminuer toute la
gloire , je tombe d'accord que l'amour
propre y eſt pouflé juſqu'au dernier rafinement
, & que je ne puis m'empêcher d'y
admirer fon adreſſe. Ne nous arrêtons
pas à l'écorce , pénétrons plus avant : nous
découvrirons des gens qui ne font à leurs
ennemis que ce qu'ils roudroient qu'on leut
fit dans le même état , & qui goûtent un
plaifir intérieur à accablerde biens un corps
inſenſible dont ilsn'ont plus rien à craindre.
Ne peut on pas dire que l'itellius dans ſow
action fongeoit plus àlui- même en la faiſant
qu'à ſon ennemi ? de bonne foi peut-on
dire qu'il penſat à autre choſe qu'à le mettre
à couvert d'un même malheur , & à furer
Av
to0 MERCURE DE FRANCE.
ſa propre vie & fon Empire , en montrant
à ceux qui attentent à la perſonne des Sourverains
, que l'autre Prince leur fucceffeur
( quoiqu'ennemi ) en quelque façon que
ce ſoit vengera leur mort ? Céfar n'étoit-il
pas dans le même cas ? D'ailleurs il avoit
tout lieu de croire que Ptolomée qui avoit
fait maffacrer Pompée'vaincu & fugitif ,
auroit fait la même choſe fur lui s'il avoit été
en la plate de Pompée. Après tout
t.
A
*O ſoupirs ! & reſpect ! 6 qu'il eſt doux de
plaindre
Le fort d'un ennemi , lorſqu'il n'eſt plusà crain
dre!
Qu'avec chaleur .... on court à le venger,
Lorſqu'on s'yvoit forcé par fon propre danger ,
Etque cet intérêt qu'on prend à ſamémoire
Fait notre fûreté comme il fait notregloire!
Vous ſçavez le tour dont s'aviſa Denis le
jeune quand ( 1 ) ibne trouva plus rien a
piller dans la Ville des Locriens , pour excroquer
les citoyens en gros après les avoir
excroqués en détail.Vous vous ſouvenez que
les Locriens avoient fait à Vénus un voeu
* P. Corneille , Pomp . Act. V. Scén. I.
(1) Dein cum rapinæ occaſio deeffet univerſam
civitatem callido commento ( Dionysius
junior ( circumvenit. Cum Rheginorum Tyran
ΜΑΙ 1746. 11
aflés indifcret , quoiqu'il en fût il falloit
l'accomplir ; le malheur qui les pourſuivoit
& qui leur avoit inſpiré ce beau voeu , s'obftinoit
toujours à affliger leur Ville , juſqu'à ce
qu'enfin Denis , pour les en relever trouva
un expédient qui leur donnoit un moyen
de fatisfaire à la ſuperſtition ſans intéreſſer
l'honneur de leurs familles ; on l'approuva
unaniment ; felon cet arrangement , au jou
marqué toutes les femmes ſe rendent à l'er
vi dans le Temple de Venusparées avec la
ni Leophrontis bello Locrenſes premerentur, vove
rant, fi victores forent ,ut die feſto Veneris Virgines
fuas proſtituerent. Quo voto intermiſſo , cùm
adverſa bella cum Lucanis gererent , in concionem
eos Dionyfius vocat : hortatur ut uxores
filiaſque ſuas in Templum Veneris quàm poffint
ornatiſſimas mittant : ex quibus forte ductæ
centum voto publico fungantur , Religioniſque
gratiâ , uno ſtent in lupanari menſe omnibus anté
juratis viris, ne quis ullam attaminet ; quæ res ne
Virginibus , voto civitatem ſolventibus, fraudi ef
ſet , decretum facerent ne qua Virgo nuberet ,
priuſquam illæ maritis traderentur , probato confilio
, quo & fuperftitioni & pudicitiæ Virginum
conſulebatur , certatum omnes feminæ impenfius
exornatæ in Templum Veneris conveniunt: quas
omnes Dionyfius immiſſis militibus fpoliat or
namentaque Matronarum in prædam ſuam vertit.
Quarumdam viros ditiores interficit , quafdamad
prodendas virorum pecunias torquet. Juflin Lib
ab Cap. 3 .
12 MERCURE DE FRANCE.
derniére magnificence ; dès que le Tyran
le ſçût il y envoya ſes ſatellites qui dépouillérent
inhumainement toute l'aflemblée :
par-là il trouva le moyen de s'approprier
tous leurs bijoux & leurs ſuperbes habillements
; il fit mourir les plus riches d'entre
les maris de ces femmes dont il fit tourmenter
quelques unes pour en tirer l'aveu des
richeſſes de leurs époux &de l'endroit où
elles étoient cachées. C'est ainſi que tous
les jours nous nous ſervons des paffions
d'autrui pour contenter les notres ; le plus
habile eſt celui qui ſçait mieux ménager
l'amour propre des autres , & qui , ſans
l'effaroucher , en ſçait adroitement tirer la
fatisfaction du ſien.
Maintenantjettons les yeux ſur les commencements
de chaque Monarchie , nous
n'y trouverons que fables , que prodiges ,
que merveilles : & même plus il y a de
merveilleux & de ſurprenant dans ces contes
conſacrés par une tradition non interrompue
de nourrices en nourrices & de
peres en fils , plus ils trouvent de croyance
dans des eſprits qui ne ſont frappés que des
choſes giganteſques. L'amour propre le plus
ſouvent n'y trouve-t- il pas fon compte ? On
eſt flaté de ſe voir une origine dans laquelle
foient mêlés des Dieux tout-à-fait chimeriques
, ou à laquelle ils ſe ſoient intereſſes.
:
ΜΑΙ 13 1746.
Sed nos immenfumspatiis confecimus aquor ,
Etjamtempus equûm Spumantia folvere colla . *
Adieu , mon cher; ſoyez toujours pourvû
d'une bonne philoſophie dégagée de
toute inquiétude étrangère àvotre bien être :
vivez pour moi , comme je ne vis que pour
vous , &c.
De ... ce 5 Août 1745 .
LE JE NE SCAIS QUOI, Ode
à Iris par M. de la Soriniere.
O Toi , dont les graces naïves ,
Ft le certain jene ſçais quoi
Entrainent nos ames captives
Et rangent nos coeurs ſous ta loi.
Iris , viens échauffer ma veine ;.
Donne le prix à mes Ecrits ;
Bien mieux que la chaſte neuvaine
Tu peux animer mes eſprits.
樂
Detesyeux la moindre étincelle
* Virg. Georg. L. 2.
f
14 MERCURE DE FRANCE.
Porte partout ce feu vainqueur ,
Dont la flâme qui le décele
Se communique par le coeur.
Déjaje ſensque l'harmonie
Vient ennoblir mes fons divers ,
Et que je dois à ton génie
Les plus heureux d'entre mes vers.
**
Fais queje chante avec nobleſſe
Cet élégant je ne ſçais quoi
Queje ſens , mais que ma foibleſſe
Ne pourroit exprimerſans toi.
Dis-nous ce charme inexplicable,
Dis-nous ce charme impérieux ;
Seroit-il indéfinifſable
Quand il réſide dans tes yeux ?
Ilregne fur tout ton viſage ;
Mais àquoi le reconnoît-on ?
Sinous en ſçavions davantage
Il faudroit qu'il perdit ſonnom.
Cet être échauffe , vivifie ,
Reléve, affaiſonne les traits ,
!
ΜΑΙ 1 1746
t
Et des graces qu'il multiplie
Il fait fentir tous les attraits ,
Enfant du gracieux ſourire ,
Ce Dieu s'étend tout à la fois
Surles petits riens qu'il inſpire ,
Sur lesgeſtes & fur la voix .
L'Amour le fit avec ſa mere
Pour mieux s'affûrer des humains ,
Et nous voila ſous ce myſtére
Les traits que nous lancent ſes mains,
Du je ne ſçaiquoi quinouspique
Naiſſent ces entretiens légers
Où l'eſprit devient ſympathique
Entre les plus ſimples bergers.
De ce charme qui nous entraine
Labeauté n'est qu'un foible appui
C'eſt lui quila rend ſouveraine ;
La beauté languiroit ſans lui.
C'eſt par laphyſionomie
Qu'on plaît , qu'on ſéduit bien ſouvent
On voit des belles ſans genie :
L'air fin n'eſtjamais fans talent,
16 MERCURE DE FRANCE.
Pour développer tes myſtéres ,
Trop dangereux je ne ſçai quoi ,
Le plus docte des Commentaires
Ne peut t'expliquer que par toi .
MEMOIRE où l'on prouve que Philippe
le Berruier Evêque d'Orléans a succédéà
Philippe de Jouy , loin de l'avoir précédé ,
comme on l'a prétendu jusqu'ici , par M.
D. Polluche d'Orléans.
Eſt un
C
ſentiment juſqu'ici généralement
reçu , ( 1 ) que Philippe le Berruier
Evêque d'Orléans ſuccéda immédiatement
à Manaffés de Signelay , & qu'après une
adminiſtration de 14 années paſſant à l'Archevêché
de Bourges , il fut remplacé dans
l'Evêché d'Orléans par Philippe de Jouy
qui ne fiégea que deux ans. Cependant ni
P'ordre ſucceſſif de ces deux Evêques , ni le
tems fixé pour leur adminiſtration ne font
juſtes , & il eſt au contraire certain , je prétends
le démontrer, que Philippe de Jouy
a précédé Philippe le Berruier , & quầ
peine ce dernier peut-il compter deux an-
(1) La Saufſfaie , Guion ,le Gallia Chriftiana So
ΜΑΙ 1746. 17
nées d'Epiſcopat ſur le Siége d'Orléans ; je
viens aux preuves.
Un point fixe & qui nous doit ſervir de
baſe , c'eſt que Philippe le Berruier quitta
l'Evêché d'Orléans au mois d'Août 1236 ,
comme en fait foi un Acte qu'on a de lui
du 25 du même mois. Ce Prélat nommé à
l'Archevêché de Bourges , allant prendre
poſſeſſion de ſa nouvelle Dignité , alla loger
dans l'Abbaye de S. Benoît ſur Loire ,
où les Religieux toujours attentifs à éloigner
tout ce qui pouvoit donner atteinte à leurs
priviléges , exigerent de lui en le recevant
un Acte par lequel il déclare que c'eſt en
qualité d'Archevêque de Bourges qu'il a été
reçu dans le Monaſtére , & qu'il avoit alors
quitté l'Evêché d'Orléans. Noverint univerſi
quod nos anno Domini M. CC. XXX
VI. in craftino feſti Sti. Bartholomei Apoftoli ,
abfoluti à cura Aurel. Eccleſia , recepti fuimus
in Floriac. Monasterio tanquam Archiepifcopus
Bituricensis. ( 1)
Nous trouvons d'ailleurs que ce Prélat
étoit encore vivant en 1259 qu'il afſiſta
avec Robert de Courtenay Evêque d'Orléans
& Thibault Abbé de S. Benoît ſur
Loire à la tranflation qui ſe fit à Orléans
le 26 Octobre des Reliques de S. Agnan ,
( 1) Cartul. Floriac.
18 MERCURE DEFRANCE.
d'une Châſſe dans une autre , en préſence
du Roi S. Louis & des Princes Louis &
Philippe ſes deux fils. Anno DominiM. CC.
LIX. Septimo kalend. Novembris... translatum
est de theca in thecam corpus B. Aniani
gloriofiffimi Confefforis à Reverendis Presbite
ris Philippo Archiepiscop. Bituric. & Roberta
Episcopo Aurelian. prafentibus &c. ( 1 )
Ces deux dates ainſi poſées , je paffe à
l'examen des Actes de l'Egliſe d'Orléans
dont je veux me ſervir en preuves.
Le premier eſt une Charte de l'an 1234
par laquelle Philippe Evêque d'Orléans
donne au Chapitre de ſon Egliſe la dixme
de Gidy qu'il déclare avoir ene des Héritiers
de feu de bonne mémoire Philippe
Evêque ſon prédéceſſeur. Quam a legatariis
bone memorie Philippi quondam Aurel. Epifc.
de mandato ipfius habuimus. ( 2) paroles
qui ne peuvent convenir qu'à Philippe le
Berruier qui vivoit certainement pour lors ,
&qui le font ſucceſſeur d'un autre Evêque
du nom de Philippe.
Dans le ſecond titre , encore plus déciſif
que le premier , & qui eſt de l'an 1250,
Guillaumede Buſſy Évêque d'Orléans notifie
que cette même dixme de Gidy avoit
(1)Treſor deS. Agnan d'Orléans.
(2) Trefor de l'Egliſe d'Orléans,
ΜΑΙ 1746. 19
été acquiſe autrefois par feu de bonne mé
moire Philippe Evêque & que depuis la mort
de ce Prélat Philippe ſon ſucceſſeur alors
Evêque d'Orléans , & actuellement Archevêque
de Bourges , l'avoit donnée à l'Egliſe
d'Orléans . Decimam de Gidiaco quam idem
Johannes ... bone memorie Philippo quondam
Aurelian. Episcopo titulo pignoris obligaverat
, & poft modo Philippus ſucceſſor ipfius
Epifcopus , nunc per Dei gratiam Archiepif
copus Bituric. dictis Decano & Capitulo de
facto contulerat . ( 1 )
Voilà Philippe le Berruier ſucceſſeur
d'un autre Philippe; il ne s'agit plus que de
montrer que ce dernier n'eſt autre que
Philippe de Jouy. La choſe ne ſera pas dif-
* ficile à faire , & le treſor de l'Abbaye
d'Hyeres dans le Diocèſe de Paris m'en
fournira les moyens.
On y trouve des Lettres de l'an 1225 ,
intitulées de Philippe Evêque d'Orléans ,
mais d'un Philippe qui parlant de la dot
de ſes trois ſoeurs , Agathe , Agnès & Alix
Religieuſes dans ce Monaſtére , déclare que
Guy de Jouy fon pere & le leur , avoit afſigné
cette dot fur les revenus qu'il avoit
en un lieu appellé Montbaudier : Philip.
pus Aurellian. Episcopus noveritis universi
(1) Ibid.
20 MERCURE DE FRANCE.
quod cum communis pater nofter Guido de
Joiaco miles tribus filiabus fuis monialibus ( 1)
c.
Pour ce qui regarde à préſent le tems que
l'un & l'autre de ces deux Evêques ont fiégé,
comme aucune de leurs lettres , du moins de
celles que j'ai vûes , & j'en ai vû beaucoup ,
n'eſt datée des années de leur Epifcopat ,
il n'eſt pas aiſé de le déterminer. Je me
flate pourtant de l'avoir fait : on en vajuger,
Manaffés de Signelay Evêque d'Orléans
mourut en 1221 ; on a encore de lui des
Lettres du mois de Juillet en cette année
concernant les dixmes de la Paroiſſe de
Fontaines en Sologne. (2) Dès le mois de
Décembre ſuivant il avoit pour ſucceſſeur
Philippe de Jouy qui prend la qualité d'Evêque
élu : Epifcopus Aurelian. Electus
dans un titre de la Cour-Dieu faiſant mentiondu
donfait àcette Abbaye par Dromon
de Champlon & Clemence ſa femme dé
tous leurs droits ſur la dixme d'Eſtouy. (3)
On a vû par le titre de l'Abbaye d'Hyeres
quecePrélat étoit Evêque en 1225 , (4) & il
paroît qu'il l'étoit encore en 1228; que
(1) Treſor de l'Abbaye d'Hyeres .
(2) Treſor de l'Egliſe d'Orléans .
(3) Trefor de la Cour - Dieu.
(4) Ib.d.
:
ΜΑΙ 1746. 28
Guillaume & Ferry de Jouy ſes freres
confentent au mois de Juillet , &Mathilde
femme du premier au mois d'Août ſuivant ,
la donation par lui faite à l'Egliſe d'Orléans
de la Terre de Villiers - Martin , puiſque
dans les Actes de ce conſentement il eſt parlé
de l'Evêque Philippe endes termes qui ne
peuvent guéres convenir qu'à une perſonne
actuellement vivante : Vénérable pere en
Dieu notre Seigneur & frere Philippe , par
la grace de Dieu Evêque d'Orléans. Vent
rabilis pater Dominus acfrater nofter Philip
pus Dei gratia Aurelian. Epifcopus. ( 1)
Ce Prélat ne vivoit plus au mois de Mai
1234 , fuivant des Lettres de Pierre Archidiacre
d'Eſtampes dans l'Egliſe de Sens , qui
publie le conſentement que donne Giraud
de Poinville Seigneur de Fief pour cette
méme Terre de Villiers Martin : Donationem
feodi Villaris Martini à Venerabili viro
Philipo quondam Epifcopo Aurelian. bone
memorie factam (2) Il faut donc placer ſa
mort entre le mois d'Août 1228 & celui
de Mai 1234 ; mais comme c'eſt à cette
derniere année qu'Alberic de Trois-Fontaines
l'a fixée dans ſa Chronique , & que fon
témoignage , en qualité d'Auteur contem-
(1) Tréſor de l'Egliſe d'Orléans ,
(2)Ibid.
22 MERCURE DE FRANCE.
porain , doit être de quelque autorité en
pareille occaſion , il s'enfuit que Philippe de
Jouy eſt mort dans les cinq premiers mois
de 1234; voici le paffage de la Chronique
d'Albéric : En cette année mourut Gautier
Evêque de Chartres &Hugues lui fuccéda.A
Orleans PhilippeEvêque fut remplacé par un
autre Philippe : moritur eciam Galterus Carnotenfis
, fuccedit Hugo. Aurelianis post Epifcopum
Philippum fit Epifcopus alter Philippus.
Car c'eſt ainſi qu'il faut lire & non comme
portent les exemplaires imprimés : moritur
eciam Galterus Carnotenſis , fuccedit Hugo
Aurelianenfis. Post Episcopum Philippum fit
Epifcopus alter Philippus , ( 1) où l'on voit
que le point qui naturellement doit étre
après Hugo , a été mis après Aurelianenfis ,
qu'on a lu pour Aurelianis , puis qu'en lifant
de cette derniere façon on ne peut ſçavoir
à quel Diocèſe les deux Philippes ont rapport
, & que cet Hugo Aurelianenfis, comme
il eſt placé ne peut s'expliquer autrement
que par un Hugues Evêque d'Orléans qui
ſeroit paſſfé à l'Evêché de Chartres, ce qui eft
infoutenable & contredit formellement par
les dates des deux Philippes qui ſont ſuivies
depuis 1221 juſques en 1236incluſivement,
La mort de Philippe de Jouy fixée à l'an
(1) Edition de Leibnits p. 554.
ΜΑΙ
1746. 23
1234lui en donne 12 à 13 d'Epiſcopat &
n'en laiſſe que deux pour ſon ſucceſſeur ,
puiſque ce dernier quitta l'Evêché en 1236,
comme on l'a vû. Voilà par là les deux propoſitions
que j'ai avancées entierement
éclaircies & prouvées d'une maniere qui me
paroît concluante. Ilne me reſte qu'à répondre
à une objection qu'on me peut faire.
Depuis la tranflation de Philippe le Berruier
à l'Archevêché de Bourges , me dira-ton
, juſqu'à Guillaume de Buſſy que les
Analiſtes de l'Egliſe d'Orléans ne font fiéger
qu'en 1238 , il s'eſt paflé deux années ? Cet
intervale ſe trouve naturellement rempli
par Philippe de Jouy; ſi on l'en côte commenty
ſuppléer ? Admettra-t-on un troiſiéme
Evêque du nom de Philippe ?
Non , & la réponſe eſt facile , puiſque le
Siége Epiſcopal d'Orléans vaqua pendant
tout ce tems-là. Ce n'eſt point ici une fimple
conjecture , je le prouve par les Actes
ſuivans. Le premier eſt un vidimusde Lebert
Doyen d'Orléans du mois de Fevrier 1237 ,
étant au Cartulaire de S, Meſmin , le ſecond
des Lettres de l'Official de l'Archidiacre de
Baugency du mois de Septembre en la même
année , étant au Tréſor de l'Abbaye de
Baugency , donnés l'un & l'autre vacante
Sede Aurelian. Ainſi qu'un Acte del'Archidiacre
d'Orléans portant transaction
24 MERCURE DE FRANCE.
entre l'Abbé de S. Euverte & Geoffroy
Prêtre de Luyeres du Lundy après le Dimanche
Oculi meide l'an 1238. (1 )
Quand je dis au reſte que le Siége étoit
vacant dans ces deux années , je ne prétends
pas par là nier abſolument que Guillaume
de Buffy ne fut peut- être élű Evêque , mais
ſeulement qu'il n'étoit pas encore reconnu
pour Evêque , ſoit qu'il n'eût pas pris pofſe
lion de l'Evêché , ſoit qu'on le lui diſputât.
Dans l'un & l'autre cas le vuide qu'on
m'objectera ne peutfaire aucune impreffion,
& je trouve à le couvrir.
***
LETTRE contre l'Amour,
Ous me demandez , ma chere amie ,
V
mon ſentiment ſur l'Amour ; que pourrai-
je vous dire ſur cette paſſion que d'autres
n'ayent pas dit avant moi ? Cette matiere ,
depuis le tems qu'on la traite , devroit bien
être épuiſée, ſi elle ne l'eſt pas. Il est vrai
quejaſqu'ici on n'en a point encore parlé
véridiquement , ainſi puiſque vous le voulezje
vais le prendre ſur un ton plus ſérieux ,
(1 )Cartul. de S. Euverte d'Orléans .
pour
:
ΜΑΙ 1746. 2
pour faire , non l'apologie de l'Amour .
mais fon portrait au naturel.
L'Amour est une paſſion que les Poëtes
& les Romanciers font la ſource de toutes
les Vertus & moi j'en fais celle de tous les
vices ; en effet l'Amour énerve le courage ,
corrompt les moeurs, amollit les coeurs .
brouille les amis , fait des mariages difproportionnés
; il nous rendrebelles à nos Parens,
prodigues & avares tout à la fois, jaloux ,
ſoupçonneux &c. enfin lorſque nous nous
laiffons dompter par une paflion qu'on ne
doit regarder que comme un amusement
inutile,tous nos fens nous déclarent la guerre
; nous nourriffons nos plus cruels ennemis
qui re reſpectent ni ſexe , ni âge , ni
condition .
Dieu nous donna la raiſon en partage
pour nous diftinguer des animaux ; il me
ſemble quele meilleur uſage que nous en
puiſſions faire eſt de commander , & de
reprimer nos paffions .
Vous me direz peut être que ſi l'Amour eſt
une foibleſſe c'eſt la foibleſſe des grands
coeurs , vous ajoûterez à cette maxime
d'Opéra , qu'on n'eſt pas le maître de fon
coeur , qu'il n'eft pas défendu d'en faire un
bon uſage , & qu'enfin l'Amour n'eſt pas
incompatible avec la Vertu. Déſabuſez-vous
de cela , ma chere amie ; ſi les Amans font
B
1
26 MERCURE DE FRANCE .
vertueux , ſincéres & diſcrets, ce n'eſt par
malheur que dans les Romans. L'amour
s'abuſe lui - même , il croit n'avoir que des
vûes légitimes , mais ſouvent l'occaſion
prouve le contraire.
Vous penſez, me direz-vous, differemment
de tout le genre humain ; fans amour iln'y
auroit plus de ſociété entre les deux ſexes ;
plus de ſentimens , plus d'émulation , plus
de ſpectacles , plus de fêtes , & pour ainfi
dire , plus de mariages. Je répondrai à vos
objections que la ſociété civile en ſeroit plus
charmante ; en effet , qu'est- ce que la compagnie
d'un homine amoureux ? Toujours
diſtrait , toujours préoccupé , il porte partout
l'ennui , & abandonne tout le monde
pour s'entretenir de ſes idées chimeriques :
eh ! que deviendroit notre commerce ,
chere amie , fi vous aviez pareille foibleſle ?
vous m'oublieriez au point de ne pas lire
cette Lettre , au lieu qu'une perſonne qui
conferve fa liberté eſt defirée de tout le
monde. A l'égard des Spectacles je veux
bien qu'il y ait de la tendreſſe , mais qu'il
n'en faſſe pas le point principal ainſi qu'à
'Opéra ; la Comédie Françoiſe conſerve
là-deſſus un juſte milieu. Sans Amour on
peut exciter dans nos coeurs differens mouvemens;
on peut en juger par la Méropo
de M. de Voltaire & par la mort de Céfar,
MAI 1746. 27
Iln'y auroit plus de ſentimens , ditesvous
? quelle erreur ! L'eſtime & l'amitié
ne font point ſujettes aux échecs de l'Amour
, & par conféquent ont des liens plus
durables ; il est vrai que les femmes connoiſſent
peu cette Vertu ; elles ne font
point portées à aimer leurs femblables avec
tant de cordialité que les hommes aiment
les leurs. C'eſt une jalouſie de beauté cauſée
par l'envie de donner de l'Amour qui les
éloigne de leur ſexe.
Pour revenir au mariage , c'eſt l'intérêt
ou l'Amour qui en font la plus grande partie
, je ne voudrois ni de l'un ni de l'autre ;
ces fortes d'unions ne ſont pas de longue
durée. L'Amour jure par la raiſon que c'eſt
la Beauté qui l'inſpire , & qui en eft le foutien
; un Edifice foutenu par un fondement
fragile riſque beaucoup de tomber en
ruine ; l'Amour en s'envolant leve le bandeau
qui nous aveugloit ; l'on ſe trouve des
défauts , on ne veut plus ſe les paffer , &
alors le Mariage devient un joug affreux. Si
c'eſt l'intérêt qui vous guide , lorſque les richeſſes
ſont diſſipées , ce qui arrive bientôt
, on ſe ſoucie fort peu de celui ou de
celle de qui on les tenoit. Si l'on faiſoit
réflexion que le Mariage eſt un engagement
pour la vie , & qu'il n'y a pas de plus grand
fupplice que d'être obligé de ſupporter une
Bij
28 MECURE DE FRRANCE.
humeur contraire à la fienne, on ne s'attache
roit uniquement qu'au caractére. Cultivez
celui de la perſonne que vous devez épouſer
; faites vous en un ami ou amie ; quand
la figure s'y trouve , c'eſt un ornement de
plus, mais n'en faitespas le principal. Cer
pendant comme on n'obſerve point tout ce
que je dis là-deflus , je conclus qu'il n'y a
point d'état plus fâcheux que celui du mariage
, ſurtout pour notre ſexe , & de plus
heureux que celui depoſſeder ſa liberté. Je
n'entreprends point, ma chere amie , à vous
faire un détail des peines de l'hymen, n'ayant
pour le préſent à vous parler que de celles
de l'Amour. Je vous exhorte toujours à fuir
l'un & l'autre, & vous prie de me croire &c,
INVECTIVE contre la Rime.
CEftdonc en vain , fatale Rime ,
Qu'à te placer au bout d'un vers
Depuis plus d'un mois je m'eſcrime ,
Je me mets la tête à l'envers ;
Je romps l'accord que cette année
J'avois paffé de me livrer à toi ;
Je maudis ton caprice&méconnois la loi,
Si tu me rends ma Verve fortunée.
Quoi! tu me vois de tes fots ſectateurs
MAI 1746. 29
Vanter , cherir , embraſſer l'indigence
Demes tendres ſecrets te faire confidence ,
Et tu me fais refus de tes moindres faveurs !
Ingrate , va , je renonceà te ſuivre ;
J'abhorre deton Art les ſéduiſans attraits;
De la Proſe en ces mots reconnois-tu les traits ?
Eh bien ! elle est ma Reine ; à ſes ſoins je me
livre.
SUITE de l'Histoire Univerſelle de M. de
Voltaire Historiographe de France & l'un
des Quaranie de l'Académie Françoise.
CHAPITRE XXIV.
Conquête de l'Angleterre par Guillaume Duc
de Normandie .
T
Andis que de ſimples citoyens de
Normandie fondoient en Italie des
Royaumes , leurs Ducs en acquéroient un
plus beau ſur lequel les Papes prétendirent
le même droit que ſur Naples &Sicile.
Après la mort d'Alfreld le Grand arrivée
en900 l'Angleterre retomba dans la confufion
& la barbarie. Les anciens Anglois , Saxons
, ſes premiers vainqueurs , & les Danois
fes Ufurpateurs nouveaux s'en diſputoient
toujours la poffeffion , & de nouveaux pi
Biij
30 MERCURE DE FRANCE.
rates Danois venoient encore ſouvent partager
les dépouilės. Ces Pirates continuoient
d'être fi terribles&les Anglois fi foibles, que
vers l'année mille on ne pût ſe racheter d'eux
qu'en leur payant trente mille livres. On
impoſa pourlever cette fomme une taxe qui
duradepuis affés long-tems en Angleterre ;
ce tribut humiliant fut appellé argent Danois
Danngeld.
Canut Roi de Dannemark qu'on a nommé
le Grand , & qui n'a fait que de grandes
cruautés, remit ſous ſa domination en 1017
le Dannemark & l'Angleterre. Les naturels
Anglois furent traités alors comme des efclaves.
Les Auteurs de ce tems avouent que
quand un Anglois rencontroit un Danois ,
il falloit qu'il s'arrêtât juſqu'à ce que le Danois
eût paffé.
La race de Canut ayant manqué en
1041 , les Etats du Royaume reprenant
leur liberté , défererent la Couronne à
Edouard defcendant des anciens Anglo-
Saxons , qu'on appelle le S. & le Confeffeur:
une des grandes fautes , ou un des
grands malheurs de ce Roi fut de n'avoir
pointd'enfans de ſa femme Edite , fille du
plus puiflant Seigneur du Royaume : il
haiſſoit ſa femme ainſi que ſa propre mere
pour des raiſonsd'Etat , & les éloigna même
Tune& l'autre On prétendit qu'il avoit fait
:
ΜΑΙ 1946. 38
voeu de chaſteté , voeu très téméraire dans
un mari , & très - inſenſé dans un Roi qui
avoit beſoin d'héritiers : ce voeu , s'il fut réel,
prépara de nouveaux fers à l'Angleterre.
Les moeurs &les uſages de ce tems - là ne
reſſemblent en rien aux notres. Guillaume
VIII. Duc de Normandie qui conquit
l'Angleterre , loin d'avoir aucun droit ſur ce
Royaume , n'en avoit pas même ſur la
Normandie ; fon pere le Duc Robert qui
ne s'étoit jamais marié , l'avoit eu de la fille
d'un Pelletier de Falaiſe que l'Hiſtoire nomme
Harlot , terme qui ſignifioit & fignifie
encore aujourd'hui en Anglois Concubine
ou femme publique , mais nous avons déja
vû combien la Loi naturelle l'emportoit
alors ſur la Loi poſitive.
Ce bâtardreconnu duvivant de ſon pere
pour héritier légitime , ſe maintint par fon
habileté & par ſa valeur contre tous ceux
qui hui diſputoient ſon Duché. Il régnoit
paiſiblement en Normandie , & laBretagne
lui rendoit hommage , lorſqu'Edouard le
Confeſſeur étant mort, il prétendit au
Royaume d'Angleterre .
Edouard le Confefſeur n'avoit pasjoui du
Trône à titre d'héritage : Harald fucceffeur
d'Edouard n'étoit point de ſa Race , mais
cet Herald avoit les fuffrages de la Nation ;
Guillaume le bâtard n'avoit pour lui , ni le
B iiij
32 MERCURE DE FRANCE.
droit de l'Election , ni celui d'héritage , ni
même aucun parti en Angleterre. Il prétendit
que dans un voyage qu'il avoit fait
autrefois dans cette Ifle, le Roi Edouard
avoit fait en ſa faveur un teftament que
perſonne ne vit jamais ; il diſoit encore
qu'autrefois Harald délivré de priſon par lui
& enfuite retenu captif, lui avoit cédé ſes
droits ſur l'Angleterre, c'est-à-dire, que Herald
lui avoit cédé des droits qu'il ne pouvoit
avoir , & quand meme il les eût eus ,
une ceffion ainſi extorquée n'étoit pas d'un
grand poids ; Guillaume appuya ſes foibles
raiſons d'une forte armée.
Les Barons de Normandie afſemblés en
forme d'Etats , refuferent de l'argent à leur
Duc pour cette expédition , parce que s'il
ne réuſſifſſoit pas , la Normandie en reſteroit
appauvrie , & qu'un heureux ſuccès la
rendroit Province d'Angleterre ; mais plufieurs
Normands hazarderent leur fortune
avec leur Duc; un ſeul Seigneur nommé
Filts- Otſbern équipa quarante vaiffeaux à
ſes dépens; le Comte de Flandres beaupereduDuc
Guillaume le ſecourut de quelque
argent , le Pape même entra dans ſes
intérêts ; il excommunia tous ceux qui s'oppoſeroient
au deffeinde Guillaume ; enfin il
partit de S. Valery avec une flotte nom.
breuſe ; on ne ſçait combien il avoit de
ΜΑΙ 1746. 33
,
Vaiſſeaux ni de foldats. Il aborda ſur les
côtes de Suflex , & bientôt après ſe donna
dans cette Province la fameuſe bataille de
Haftting qui décida ſeule du fort de l'Angleterre.
Les Anglois ayant le Roi Harald à
Jeur tête , & les Normands conduits par leur
Duc combattirent pendant douze heures;
la Gendarmerie qui commençoit à faire
ailleurs la force des armées ne paroît pas
avoir été employée dans cette bataille; les
chefsy combattirent à pied ; Harald & deux
de ſes freres y furent tués; le vainqueur s'approcha
de Londres , faiſant porter devant
lui une Banniere bénite que le Pape lui avoit
envoyée. Cette Banniere fut l'Etendard auquel
tous les Evêques ſe rallierent en fa faveur
; ils vinrent aux portes avec le Magiftratde
Londres lui offrir la Couronne qu'on
ne pouvoit refufer au vainqueur.
Guillaume feul gouvernoit , comme il
avoit ſçû conquerir; pluſieurs révoltes étouffées
, des irruptions des Danois rendues
inutiles , des Loix rigoureuſes durement
exécutées ſignalerent fon régne ; anciens
Bretons , Danois, Anglo-Saxons, tous furent
confondus dans la même ſervitude ; les
Normands qui avoient part à ſa victoire
partagerent par ſes bienfaits, les Terres des
vaincus. De - là ces familles Normandes 2
dont les deſcendants , ou dumoins les noms
By
34 MERCURE DE FRANCE.
fabſiſtent encore en Angleterre ; il fit un
dénombrement exact de tous les biens des
ſujets de quelque nature qu'ils fuflent ; on
prétend qu'il en profita pour ſe faire en
Angleterre un revenu de quatre cent mille
livres ſterlings , ce qui fait aujourd'hui environ
cinq millions ſterlings , &plus de cent
millions Monnoye de France. Il eſt évident
qu'en cela les Hiſtoriens ſe ſont beaucoup
trompés ; l'état de la Grande Bretagne d'aujourd'hui
qui comprend l'Angleterre , I'Ecoffe
& l'Irlande , n'a pas un ſi gros revenu ,
ſi vous en déduiſez ce qu'on leve pour
payer les anciennes dettes du Gouvernement.
Ce qui eſt ſûr, c'eſt que Guillaume abolit
toutes les Loix du Pays pour y introduire
celles de Normandie : il ordonna qu'on
plaidât en Normand , & depuis tous les
Actes publics furent expédiés en cette Langue
juſqu'à Edouard III ; il voulut que la
Langue des vainqueurs fut la ſeule du Pays.
Des Ecoles de la Langue Normande furent
établies dans toutes les Villes & les Bourgades;
cetteLangue étoit le François mêlé d'un
peu de Danois , Idiome barbare qui n'avoit
aucun avantage ſur celui qu'on parloit en
Angleterre. On prétend que nonſeulement
il traitoit la Narion vaincue avec dureté,
mais qu'il affectoit encore des caprices ty
ΜΑΙ 1746. 35
ranniques : on en donne pour exemple la
Loi du couvrefeu , par laquelle il falloit au
fon de la cloche éteindre le feu dans toutes
les maiſons à huit heures du ſoir , mais certe .
Loi , bien loin d'être tyrannique , n'est qu'une
ancienne Police Eccléſiaſtique établie
preſque dans tous les anciens Cloîtres
du Nord. Les maiſons étoient bâries de
bois , & la crainte du feu étoit un objetdes
plus importants de la Police générale ?
On lui reproche encore d'avoir détruit
tous les Villages qui ſe trouvoientdans un
circuit de quinze lienes pour en faire une forét
, dans laquelle il pût goûter le plaifir
de la chaffe. Une telle action eſt trop infenſée
pour être vraiſemblable. Les Hiftoriens
ne font pas attention qu'il faut environ
vingt- cinq années pour qu'un nouveau plan
d'arbres devienne une forêt propre à la
chaffe; on lui fait ſemer cette forêt en 1080 ;
il avoit alors foixante-trois ans ; quelle apparence
y a-t-il qu'un homme raifonnable
ait à cet âge détruit des Villages pour femer
quinze lieues en bois dans l'eſpérance d'y
chaffer un jour .
Ce Conquérant de l'Angleterre fut la ter
reur du Roi de France Philippe Premier
qui voulut abbaiffer trop tard un Vaſſalfi
puiffant; il ſe jetta ſur le Maine qui dépendoit
alors de la Normandie , Guillaume re
Bvj
36 MERCURE DE FRANCE.
paſſa la Mer , reprit le Maine & contraignit
le Roi de France à demander la paix , ainſi
Guillaume quoique ayant un Souverain
fut le Prince le plus puiſſant enEurope.
CHAPITRE XXV.
De l'état où étoit l'Europe aux dixiéme &
onziéme fiecles.
ARuffie , comme nous l'avons dit, avoit
LAR à la fin du
dixiéme fiecle ; les femmes étoient deſtinées
à convertir les Royaumes ; une ſoeur
des Empereurs Baſile & Conftantin , mariée
au pere du Czar Jaraflau, dont j'ai parlé, obtint
de ſon mari qu'il ſe feroit baptifer : les
Ruſſes eſclaves de leur maître l'imiterent ,
mais ils ne prirent du Rit Grec que les fuperſtitions
: Environ dans ce tems - là , une
femme attira encore la Pologne au Chriftianiſme.
Miſcelas Duc de Pologne fut converti
par ſa femme ſoeur du Duc de Boheme.
J'ai déja remarqué que les Bulgares avoient
reçû la Foi de la même maniére . Giſtelle
foeur de l'Empereur Henri fit encore Chrétien
fon mari Roi de Hongrie dans la premiére
année du onziéme fiécle. Ainfi il eſt
ΜΑΙ 1746. 37
vrai que la moitié de l'Europe doit aux femmes
ſon Chriftianiſme , mais cette Réligion
mal affermie étoit mêlée de Paganiſme.
La Suéde chés qui elle avoit été préchée
au neuviéme fiécle étoit redevenue Idolatre .
La Boheme & tout ce qui eſt au bord de
l'Elbe renonça au Chriftianiſme en 1013 .
Toutesles côtes de la Mer Baltique vers
l'Orient étoient Payennes. Les Hongrois en
1047 retournérent au Paganiſme , & toutes
ces Nations étoient auſſi loin d'etre policées
que d'être Chrétiennes.
La Suéde depuis long- tems épuiſée d'ha
bitans par ces anciennes émigrations dont
l'Europe fut inondée, paroît dans le huit
neuf , dix & onziéme fiécles , comme euſeveliedans
ſagroſſiereté ; ſans guerre & fans
commerce avec ſes voiſins , ele n'a part à
aucune grande affaire , & n'en fut probablement
que plus heureuſe : les grands
événemens ne ſont ſouvent que des malheurs
publics.
La Pologne beaucoup plus barbare que
Chrétienne , conſerva juſqu'au treiziéme
fiécle les coutumes des anciens Sarmates de
tuer leur enfans qui naiſſoient imparfaits&
les vieillards invalides. Il fallut qu'à la fin
méme du treiziéme fiécle Albert le Grand
fit une Miſſion pour déraciner cet uſage :
qu'on juge par là du reſte du Nord.
38
MERCURE DE FRANCE.
L'Empire de Conſtantinople n'étoit ni
plus refferré ni plus agrandi que nous l'avons
vu au neuviéme fiécle. A l'Occident
il ſe défendoit contre les Bulgares ; à l'Orient
& au Nord contre les Turcs & les
Arabes. Le Trône étoit ſouvent enſanglanté,
& peu de Princes du ſang d'un Empereur
échappoient à la fureur d'un ſucceſſeur , qui
faiſoit preſque toujours crever les yeux aux
parents de l'Empereur détrôné. Je me réſerve
à voir quel étoit le fort de Conftantinople
, & quelles révolutions les Tures
avoient caufées en Aſie , lorſque les armées
des Croiſés iront dans ces Etats .
On a vû en général ce qu'étoit l'Italie.
Des Seigneurs particuliers partageoient tout
le Pays depuis Rome juſqu'à la mer de la
Calabre , & les Normands en avoient la
plusgrande partie. Florence ,Milan , Pavie ,
Piſe, ſe gouvernoient par leurs Magiftrats ,
fous des Comtes ou ſous des Ducs nommés
par les Empereurs. Bologne étoit plus libre .
La Maiſon de Morienne , dont deſcendent
les Ducs de Savoye Rois de Sardaigne ,
commençoit à s'établir : elle poſſedoit comme
fiefde l'Empire la Comté héreditaire de
Savoye & de Morienne , depuis que Humbert
aux blanches mains , tige de cette Maiſon
avoit eu en 888 ce petit démembre
ment du Royaume de Bourgogne ,
ΜΑΙ 1746. 3
Les Suiffes & les Griſons détachés auffi
de ce même Royaume qui dura ſi peu ,
obéifloient aux Baillis que les Empereurs
nommoient .
Deux Villes maritimes d'Italie commen
çoient à s'élever , non par des invaſions ſubites,
telles que pluſieurs que l'on a vûes, majs
par une induſtrie ſage qui dégénera auſſi-tôt
en eſprit de conquête ; ces deux Villes
étoient Génes & Veniſe. Génes célébre du
tems des Romains , regardoit Charlemagne
comme ſon reſtaurateur ; cet Empereur l'avoit
rebatie quelque tems après que les
Goths l'avoient détruite : gouvernée par des
Comtes fous Charlemagne & fous ſes premiers
deſcendans , elle fut ſaccagée au dixiéme
fiécle par les Mahométans , & preſque
tous ſes citoyens furent emmenés en ſervitude
, mais comme c'étoit un Port commer
çant , elle fut bientôt repeuplée. Le Négo
ce qui l'avoit fait fleurir ſervit à la rétablir ;
elle devint alors une République : elle prit
l'Ifle de Corſe ſur les Arabes qui s'en étoient
emparés. C'eſt ici qu'il faut ſe ſouvenir que
les Papes pretendoient avoir droit à la Corſe
par la donation de Louis leDebonnaire.
Ils exigerent un tribut des Génois pour cet
te Ifle : les Génois payerent ce tribut au
commencement de l'onzieme fiécle , mais
bientôt après ils s'en affranchirent ſous le
MERCURE DE FRANCE..
Pontificat de Lucius Second. Enfin leur
ambition croiffant avec leurs richeſſes , de
Marchands ils voulurent devenir Conquéfants.
La Ville de Veniſe bien moins ancienne
que Génes , affectoit le frivole honneur
d'une plus ancienne liberté ,&jouifſſoit de la
gloire ſolide d'une puiflance bien ſupérieure;
ce ne fut d'abord qu'une retraite de
Pécheurs & de quelques fugitifs qui s'yre.
fugierent au commencement du cinquiéme
fiécle , quand les Huns ravageoient l'Italie :
il n'y avoit pour toute Ville que des cabanes
fur le Rialto. Le nomde Veniſe n'étoit
point encore connu: ce Rialto bien loin
d'être libre , fut pendant trente années un
fimple Bourg appartenant à la Ville dePadoue
qui le gouvernoit par des Confuls ; la
viciffitude des choſes humaines a mis depuis
Padone ſous le joug de Veniſe ; il n'y a aucune
preuve que ſous les Rois Lombards
Veniſe ait eu une liberté reconnue; il eſt plus
vraiſemblable que ſes habitans furent oubliésdans
leurs marais .
Le Rialto & les petites Iſſes voiſines ne
conimencerent qu'en 709à ſe gouverner par
leurs Magistrats.
ود Ils furentalors indépendants de Padoue
&fe regarderent comme une République ;
c'eſt en709 qu'ils eurent leur premier Doge,
1
MAI 1746. 41
qui ne fut qu'un Tribun du peuple élû par
des Bourgeois. Pluſieurs familles qui donnerent
leurs voix à ce premier Doge , fubfiftent
encore ; elles font les plus anciens
Nobles de l'Europe .
Héraclée fut le premier fiége de cette
République juſqu'à la mort de ſon troiſiéme
Doge. Çene fut que vers la fin du neuviéme
fiécie que ces Infulaires retirés plus avant
dans leurs Lagunes , donnerent à cet aff.
mblage de perites Iſles qui formerent une
Ville, le nom de Venise , du nom de cette
côte qu'on appelloit Terra Venetorum ;
les habitans de ces marais ne pouvoient
fubfifter que par leur commerce: la néceffité
fut l'origine de leur puiſſance.
Il n'eſt pas affürément bien décidé que
certe République fut alors abſolument indépendante
: on voit que Beranger reconnu
quelque tems Empereur en Italie , accorda
l'an 950 au Doge de battre Monnoye ;
cesDoges mêmes étoient obligés d'envoyer
aux Empereurs en redevance un manteau
de drap d'or tous les ans , & Othon III.
leur remit en 998 cette eſpéce de petit
tribut , mais ces légeres marques de Vaffalité
n'ôtoient rien à la véritable puiſſance de
Veniſe, car tandis que les Venitiens payoient
un manteau d'etofle d'or aux Empereurs , ils
acqueroient par leur argent & par leurs
42 MERCURE DE FRANCE.
,
commerarmes
toute la Province d'Iſtrie , & preſque
toutes les côtes de Dalmatie , Spalatro
Raguze , Narenta. Leur Doge prenoit vers
le milieu du Dixiéme fiécle le titre de Duc
de Dalmatie ; mais ces conquêtes enrichiſſoient
moins Veniſe que le
ce dans lequel elle ſurpaſſoit encore lesGénois
, car tandis que les Barons d'Allemagne
& de France bâtiſſoient des Donjons &
opprimoient les peuples , Veniſe attiroit leur
argent en leur fourniſſant toutes les denrées
de l'Orient. Les mers étoient déja couvertes
de ſes vaiſſeaux , & elle s'enrichifſoit de
l'ignorance & de la barbarie des Nations
Septentrionales de l'Europe .
Laſuite dans le premier Mercure.
:
ΜΑΙ 1746. 43
X
Q
L'AGOΝΙΕ.
Uel funeſte trouble m'agite !
Je deviens foible& chancelant ;
Quel est donc ce coup violent ?
Ma force tombe , & tout me quitte.
Demes jours le deſtin vainqueur
A-t-il pourbut de me pourſuivre ?
Faut- il enfin ceſſer de vivre ,
Et ſubir l'extrême rigueur ?
C'en est fait ; Arrêt formidable ,
Tuviens pour exercer tes droits ,
Etcontre d'éternelles Loix
En vain , te voudrois-je traitable;
Le tems arrive ; il faut finir ;
Mon ame eſt émue& tremblante ,
Et par l'effroi qui la tourmente
Tu me condamnes à périr.
Momens comptés de ma carriere ,
Ombre paſſantede mesjours ,
Íci ſe borne votre cours ;
Dans peuje fuis cendre& pouſſiére :
Ceſoufle qui ſçut m'animer ,
Cecorps qui fut formépour naître,
44 MERCURE DE FRANCE.
Ce tout , hélas! va ceſſer d'être ,
Etmon eſprit va s'envoler.
!
Parois donc , terme de mavie;
Je ſens trop de mauxà la fois ,
Et puiſque je n'ai plus de voix
Abrége ma triſte Agonie.
Dans cet inftant , Dieu Créateur ,
Soutiens ta foible créature ;
De tesmains elle eſt l'oeuvre pure ;
Fais lui partager ton bonheur .
f
1
EXTR AIT d'une Lettre de M. Lesage
Etudiant en Médecine à Paris , adreſſee a
Son Pere à Genève du 6 Septembra 1745 .
C
Omme la lettre que je vous écrivis
hier étoit preſque entierement remplie
lorſqueje reçus la vôtre , je ne pus répondre
qu'à quelques-uns des articles don
vous me parliez , & je n'eus pas aflés de
place pour vous dire ce que je penſois dula
Probleme propoſé par l'Académie Royale
de Berlin.
Plus on étudie la Phyſique , plus on la
trouve difficile . Cependant ſans avoir étudie
ce qui regarde les vents , je ne laiſſe pas d'r
MAI 1746. 45
1
bercevoir beaucoup de difficulté à traiter
ette matiére
Il faut conſidérer l'effet que produifent
ur notre Athmosphére chacune des canfes
ui peuvent en troubler la tranquillizé fi
Elle agifloit toute feule. Il faut enfuite combiner
deux de ces cauſes pour voir quel
fet en reſulteroit. Enfuite en corabiner
ne troifiéme avec ces deux- là. Et ainfi de
nite, juſqu'à ce qu'on vienne à voir l'effet de
a combinaiſon de toutes ces cauſes à la fois,
Ces cauſes font , 1 °. le mouvement jour
alier de la terre. 2. fon mouvement anuel
. 3 °. la gravité décroiſſant comme
es quarrés des diſtances augmentent. 4º. la
haleur du Soleil qui à toutes les heures
u jour agit fur differens méridiens. 5º. cet
e chaleur entant que tous les jours de
année elle agit fur differentes latitudes
plus efficacement ſur les unes que fur
s autres , à cauſe des differens dégrés d'oquité.
6º, la gravitation de l'Athmofhere
& de l'Ocean fur la Lune à laquel
on attribuë les marées ordinaires. 7° ,
gravitation de l'Atmosphére & de l'O
an ſur le Soleil , à laquelle on attribue
s marées extraordinaires : enfin d'autres
ufes auſquelles je n'ai peut-être pas penſé,
us devez avoir des theſes de M. Maurica
15M. Calandrin. De actione Solis & Lung
aerem& aquas.
د
46 MERCURE DE FRANCE.
Je crois que le nombre & la grandeurde
cesdifficultés les convertira en une impoffbilité
Mathematique préſente , c'est-à-dire,
que le Calcul conduira à des équations qua
les Algébriſtes d'apréſent ne ſçavent pas re
foudre. Mais ces difficultés ne font rien
on les compare avec les impoſſibilités Phy
fiques que l'on trouvera dès qu'on ne voudra
pas poſer les principes du calcul avant que
d'avoir bien poſé ceux du probléme , ce
qui eſt un défaut preſque commun à tous
les Phyfico - Mathématiciens , & qui eft la
cauſe pour laquelle beaucoup de gens
croyent qu'on ne doit pas appliquer les Mathématiques
à la Phyſique , voyant le mauvais
ſucès de laplupart de ceux qui ont volu
lu le faire. Voici quelques unes de ces im
poſſibilités d'ignorance Phyſique.
1º. Il faudroit ſçavoir filesdeux mouvemens
de la Terre tirent leur origine d'une
eſpéce de projection du Créateurdont l'effet
dure encore , quoique la cauſe n'agiffe plus
depuis long-tems; ou ſi ces deux mouvemens
ſont produits par une cauſe qui agit
continuellement , mais qui est trop foible,
pour que fi elle ceſſoit quelques momens,
ces mouvemens ſubſiſtaſſent encore quelque
tems. Ce premier genre de cauſes , ſenomme
Forces vives , & le ſecond ſe nomme
Forces mortes ; car quoique l'effet de cesdeux
ΜΑΙ 1746. 47
genres de cauſes fut le même par rapport à
la Terre , il ne ſeroit pas le même par rappart
à ſon athmoſphére. Or adhuc fub judico
lis eft : & même ily a apparence qu'on ne
pourra jamais raiſonner ſur cette matiére
que par hypothéſes .
2º. Au cas même que l'on fut perfuadé à
bontitre que les cauſes dont je parle fuſſent
des forces vives , il faudroit ſçavoir encore
ſi le Créateur a imprimé à la fois ces deux
mouvemens , & à la Terre & à fon athmofphére
, ou s'il les aſeulement imprimés à la
Terre qui les communique continuellement
à ſon athmoſphere.
3 °. Il faudroit ſçavoir ſelon quelle loi décroit
la denſité de l'Air , ſelon quelle loi
chacune des cauſes des ventsagiffent differemment
ſur les couches de differente den
ſité ; à quel degré de rarité l'Air eſt autant
dilaté qu'il le peut être , & de quel degré de
rarité eſt la coucheſuprême de l'athmoſphé
re. Ces queſtions en renferment huit ou dix
autres preſque toutes impoſſibles à réſoudre:
car ſur ces mots , chacune des cauſes des
vents ſont compris les differents degrés
d'élafticité , d'obliquité du Soleil , de force
de ſes rayons , après avoir traverſé certains
nombres de couches differemment denſes
&c.
4°. Il faudroit que la queſtion fut décidéo
48 MERCURE DE FRANCE.
ſi lele globe Terraqueaeriën nage dans le
vuide ou dans un ether, qui réſiſtant à ſes
deux mouvemens peut caufer par frottement
des ventsdedeux eſpéces dans l'athmoſphére
: & fi cette queſtion étoit décidée , ilfaudroit
encore ſçavoir l'effet de ce frottement
de l'ether fur la coucheſuprême de l'athmofphére
, & l'effet des mouvemens de cette
couche ſuprême ſur les autres couches.
5º. Il faudroit de même ſçavoir l'effet du
frottement de l'Océan fous la couche infime
de l'Air. Ladenſité de l'eau étant differente
de celle de l'ether , les ſurfaces par lefquelles
ces deux fluides agiffent àcontre-fens
furl'athmoſphére étant de differentes grandeurs
, leurs éloignements du centre de mouvement
étans differens, leurs furfaces'étant
differemment raboteuſes , les couches ſur
leſquelles ils agiſſent étant de differente denfité,
& toutes ces differences s'exprimant par
des proportions qu'il eſt impoſſible de trouver
, ceci eſtune nouvelle impoffibilité à réfoudre
le probleme.
J'entrevois encore mille difficultés ſur les
ſept cauſes que j'ai aſſignées aux vents , mais
je me laffe de perdre mon tems à les rangerſous
differentes claffes .
C'eſtune maxime reçûe parmi les Mathématiciens&
les Phyficiens , que demontrer
l'impoffibilité de réfoudre un problême ,
c'eſt
-ΜΑΙ 1746 . 49
c'eſt autant que de l'avoir réſolu , mais je
penſe qu'il y aura bien des ſçavans qui appercevant
cette impoſſibilité en feront le
ſujet de leur difcours.
Tout ceci eſt extrêmement raturé & mal
couché ; mais il me ſutfit que vous voyiez à
peu- près ce que je penſe ſur une matiére
qui paroît vous intéreſſer un peu ; car fi j'avois
voulu en faire un brouillard & la traiter
dans les formes , j'aurois perdu un tems que
je dois à la Médecine.
VERS adreffés à M. l'Evêque de Chartres
par M. Roy Chevalier de l'Ordre de S.
Michel , le premier Janvier 1746.
P
Aſteurd'innombrables troupeaux ,
Chaque année ouvre à ton zéle
Une carriere nouvelle
De mérites & de travaux .
Aux voeux du Laboureur ſi la terre eſt rebelle
Tes ſoins dans ta Patrieeffacent ces fléaux ,
Heureux de t'appauvrir pout elle.
Toi ſeul à tes vertus dérobes leur éclat,
L'ennemi du falut fouffle-t- il quelque orage ?
Ton zéle s'arme , & l'abat
Avec le même courage
C
So MERCURE DEFRANCE,
Dont tes ayeux faifoient uſage
Sur les ennemis de l'Etat.
Des Pontifes choiſis rare&digne modéle,
Que leCielde ta vie étende les liens !
UnTrône t'eſt marqué parmi les citoyens
Dontles mains ont fondé la Sion éternelle ,
Dégagé de tous biens tu ſoupires pour elle :
Dieu te ſçait néceſſaire aux beſoins des Chrétiens ;
Qu'ildiffere ta récompenſe ,
Et qu'il donne la préférence
Atous nosdeſirs ſur les tiens!
LETTRE de M... M***. à un ami
de Province, ausujet de la nouvelle Fontaine
de la rue de Grenelle , an Fauxbourg S,
Germain des Prez.
Vous avez raiſon de vous plaindre,
M. Je me fouviens parfaitement de l'en
gagement que je pris avec vous lorſqu'on
commençoit à jetter les fondemens de la
magnifiqne Fontaine de la rue deGrenelle
au Fauxbourg S. Germain ; je vous promis
de vous entretenir de cet Edifice auſſi - tôt
qu'il ſeroit achevé. Je vous avoue donc que
ΜΑΙ . 1746. SE
je ſuis en faute. Il ya quatre à cinq moisque
j'aurois dû vous écrire , & que mes foibles
éloges devoſent ſe mêler aux applaudiſſemens
que tout Paris s'eſt empreſſé de donner
à ce ſuperbe Monument, mais ſans chercher
à m'excuſer , je vous dirai tout ſimplement
que depuis ce tems - là, j'ai été tellement
occupé de la choſe même dontjedevois
vous rendre compte , quejen'ai preſque
plus penſé à la parole que je vous avois donnée.
Cela eſt fort mal ,&il ne faut pas moins
que toute votre indulgence pour me le pardonner
; j'oſe cependant vous aſſurer que
vous n'y perdez rien ; plus j'ai examiné avec
une attention méditéetoutes les parties qui
compoſent ce bel aſſemblage d'Architectu
re &de Sculpture , plus je crois être en érat
de vous en fournir une deſcription fidelle ;
je ferai du moins tous mes efforts pour enfrer
, autant que vous pouvez l'attendrede
moi , dans l'eſprit de l'homme excellent
qui a produitun ſi rare chef d'oeuvre.
Vous étes déja inſtruit que cette Fontaine
eſt ſituée dans la ruede Grenelle , affés près
de l'endroit où cette rue ſe croiſe avec celle
duBac. Comme vous n'ignorez pas qu'il ne
ſe trouvoit aucune Fontaine publique dans
tout ce grand quartier aujourd hui ſi peuplé,
vous comprenez auſſi combien il étoit
néceſſaire qu'ony en bâtit une ; mais peut
Cij
MERCURE DE FRANCE,
etre que les raiſons qui ont déterminé ſur le
choix de la place qu'elle occupe vous font
inconnues; vous ne ſçavez peut- être pas que
ci-devant c'étoit un terrain vague appartenant
aux Religieuſes Recolectes , dont on
pouvoit faire aifément l'acquiſition , au lieu
que partout ailleurs la même acquiſition eût
fouttertde très - grandes difficultés : j'ai crû
devoir vous faire en paſſant, cette obſervation
qui ſervira de réponſe à ceux qui critiquent
un peu trop ſévérement le choix
qu'on a fait de cet emplacement.
Les arrangemens pris pour l'établiſſement
de cet important Edifice, M. Turgot dont
la Prévôté ſera mémorable àjamais par le
nombre , la grandeur & l'utilité des ouvragesdont
ila embelli cette Capitale , &Mrs.
du Bureau de la Ville jetterent les yeux fur
M. Bouchardon Sculpteur Ordinaire du
Roi , dont la réputation étoit grande dans
toute l'Europe pour exécuter leur projet : il
lui firent faire des deſſeins & un modéle qui
furent géneralement applaudis ; & l'on poſa
la premiere pierre de l'Edifice ſur la fin de
l'année 1739 .
: Depuis ce moment - là , je puis vous affûrer
que je n'aiplus perdu de vûe ce beau Bâtiment;
j'ai été témoin des ſoins extrêmes
avec lesquels on en a fuivi la conſtruction :
j'ai vu amener ſur le tas la plus belle pierre
ΜΑΙ 1746. 53
deConflans Ste Honorine , la même dont le
fameux François Manſard , fi curieux de
bien faire , s'eſt autrefois ſervi pour leChâ
teau de Maiſons ; j'ai vú cette pierre prendre
entre les mains d'un Appareilleur expéri
menté des formes ſi exactes , un trait ſiprécis
, que miſe en oeuvre il n'eſt preſque pas
poſſible de difcerner les joints des differentes
aſſiſes; les paremens enſont ſiunis & fi
biendreffés , que le tout ne paroît faire qu'une
feule maffe. Je ne crois pas que depuis la
belle façadedu Louvre il ſe ſoit fait un Bâtiment
avec autant de propreté que celui-ci.
Vous me direz , Monfieur , que dans ceci
vous ne reconnoiſſez qu'un ouvrage purement
Méchanique & dont vous n'étes que
foiblement touché. Je vous connois : vous
n'étes véritablement affecté que des ſeules
opérations de l'eſprit; il faut vous montrer
l'homme de génie , vous offrir & vous faire
goûter les fruits heureuxde ſon imagination ,
pénetrer dans le ſecret de ſes penſées& vous
les développer : voila ce que vous demandez
& je vais tâcher de remplir vos vûes :
ſijen'y réuſſis pas , n'en accuſez que mon infuffiſance.
Pour vous donner une idée plus nette de
la Fontaine , dont j'entreprensde vous faire
la deſcription , je dois commencer par vous
en tracer le plan , jentrerai enſuite dans un
Cij
54 MERCURE DE FRANCE.
détail circonstancié de toutes les parties de
ſa décoration & des divers morceaux de
Sculpture qui y font employés: tout le Batiment
régne ſurun des côtés de la rue & y
accupe en longueur une eſpace de quatorze
toiſes & demie; la rue n'eſt pas extrémement
large encet endroit , & fi l'on eût ſuivi
l'allignementdes maiſons , non ſeulement
la Fontaine n'eût pas été d'un accès bien facile,
mais il eſt encore certain qu'il n'y auroit
eû aucun jeu dans ſa compoſition . L'habileArtiſte
qui a préſidé à cet Edifice, a donc
imaginé de ſe retirer d'environ quinze pieds ,
&par cet expédient il a trouvé le moyen
deformer au- devantde la Fontaine uneefpécede
place qui contribue à en rendre le
ſervice plus commode , & qui laiſſe aſſés
d'eſpace pour pouvoir ſe reculer& embrafferd'un
coup d'oeil toute l'ordonnance: l'afpect
endevientplus heureux , & les parties
ſe développent davantage.
Le corpsdu milieu qui eſt ainſi renfoncé ,
fait avant - corps ; il eſt ſoutenu a droite
&à gauche par deux ailes qui , partant de
l'endroit où elles s'uniffent à cet avant-corps,
& décrivant par leur plan des portions de
cercle , viennent reprendre l'allignementde
la rue dans les deux extrémités qui terminent
l'Edifice. Imaginez vous voir le frontispice
d'une magnifique ſcéne de théatre
antique.
ΜΑΙ 1746. 55
Cequeje viens de vous dire du renfoncement
du corps du milieu , doit cependant
à la rigueur ,ſe reſtraindre à la partie ſupérieure
, je veux dire à celle qui régne audeſſus
de la premiere plinte , car au rez-dechauſſée
le plan de l'Edifice change de for
me: celui des aîles eft toujours le même ,
mais l'avant - corps du milieu avance en
faillie preſque juſques ſur la rue , &devient
un maſſif , qui peut être proprement dit ,
le lieu de la Fontaine , puiſque c'eſt de là
que l'eau ſe diſtribue par quatre grands mafcarons
de bronze , placés tant ſur le devant
quedans les retours; ce maflifeſt entierement
orné de refends qui ne font point interrompusdans
la principale face , laquelle prend
laforme d'une tour ronde , qui par une table
d'attente renfermant une Inſcription ;&
le même maſſif couronné par un focle de
glaçons enmarbre blanc, fert debaſeà des
ſtatues colloſſales de même marbre qui
font le principal ornement de toute cette
riche compoſition.
Elles font élevées du pavé à la hauteur de
quinze pieds ; c'eſt une diſtance tout à fait
propre à en conſidérer toutes les beaurés de
détail. La principalede ces ſtatues , celle à
laquelle on voit bien que les autres ſont ſubordonnées
, eſt celle qui repréſente la Ville
de Paris. Affiſe ſur une proue de vaiſſeau
Ciiij
36 MERGURE DE FRANCE.
qui lui ſert de trône & qui eſt priſe de ſes
armes, un ſceptre à la main &la tête couron
née d'uneCouronne de tours ,elle regarde
avec complaiſance le Fleuve de la Seine &
la riviere de la Marne , qui couchés à ſes
pieds , paroiſſent eux-mêmes ſe féliciter du
bonheur qu'ils ont de procurer l'abondance
&de ſervir d'ornement à la grande Ville
qu'ils baignent de leurs eaux. La Seine , en
tant que Fleuve , eſt repréſentée ſous la figure
d'un homme robuſte qui tient un aviron
&qui a derriere lui un cigne ſe jouant
parmi des roſeaux. La Marne eſt figurée par
une femme qui adans la main une écreviſſe ,
&l'on remarque aupres d'elle deux canards
qui fortent encore d'entre des roſeaux.
Je ne veux pas vous arrêter plus longtems
ſur ces admirables ſculptures ; vous entendrez
avec plus de ſatisfaction les jugemensqu'en
ont porté les perſonnes les plus
éclairées : elles ont été touchées de cette majeſté
qui eſt répandue dans toute la figure de
la Ville de Paris: fon attitude , & le jet de
ſa draperie , leur ont rappellé cette ſimpliciténoble
& mâle de l'antique qui n'a jamais
éprouvé les caprices de la mode. La
figure du Fleuve leur a paru deſſinée avec
ſcience& avec fermeté , tandis que celle de
la Nymphe a plu par fa foupleſle & le beau
coulantde ſes contours : ila été dit que l'une
MAI 1746.3572
&l'autre conſervoient ſous la dureté du
marbre la délicateffe & la fenfibilité de la
chair.
:
Un frontiſpice formé par quatre colonnes
cannelées d'Ordre Ionique , & parautantde
pilaſtres de même Ordre , qui portent
un fronton , dans le tympan duquel font
les armes de France , fert de fonda cegroupede
figures , & met la Ville de Paris comme
à l'entrée d'un Temple qui lui eſt dédie
; en même tems ce frontiſpice ſertà
loger dans l'enfoncement de ſon entre-colonne
, une Inſcription Latine en lettres
unciales de bronze , qui conçue dans le ſtyle
Lapidaire , fixe l'époque du Monument ,
&fait élégamment l'éloge d'un Prince cheri
qui ne reſpire que la paix , & n'eſt occupé
que du bonheur de ſes ſujets. Je l'ai copiée ,
je vous l'envoye , & j'eſpere que vous m'en
fçaurez d'autant plus de gré , que je puis y
joindre une Anecdote finguliere , c'eft que
cette Inſcription eſt l'ouvrage de feu M. le
Cardinal de Fleury , & que ce grand hom
me dont la modeſtie étoit auſſi eminente
que la dignité , l'ayant envoyé à M. de
Boze comme un fimple canevas dont il
le laiſſoit abſolument le maître , celui- cin'y
trouva pas un ſeul mot à changer.
C
58 MERCURE DE FRANCE.
DUM LUDOVICUS XV.
POPULI AMOR ET PARENS OPTIMUS
PUBLICA TRANQUILLITATIS ASSERTOR
GALLICI IMPERII FINIBUS
INNOCUE PROPAGATIS
PACE GERMANOS RUSSOS QUE
INTER ET OTTOMANOS
FELICITER CONCILIATA .
GLORIOSE SIMUL ET PACIFICE
REGNABAT
FONTEM HUNC CIVIUM UTILITATI
URBIS QUE ORNAMENTO
CONSECRARUNT.
PRÆFECTUS ET EDILES
ANNO DOMINI
MDCCXXXIX.
Cequi fe peut rendre ainſi ennotre Langue.
Sous le glorieux &pacifique régne
de LOUIS XV.
tandis que cePrince ,
leperedeſes peuples , & l'objet deleur amour;
afſfüroit le repos de l'Europe ,
J MAJ 1746. 59
que sans effusion de ſang.
it étendoit les limites defon Empire ,
quepar son heureuſe médiation
il procuroit la paix
à l'Allemagne , àla Russie ,
à la Porte Ottomane ;
les Prévôt des Marchands& Echevins
confacrerent cette Fontaine
àl'utilitédes Citoyens ,
&àl'embelliſſement de la Ville ,
l'an de Grace MDCCXXXIX.
7
Les nomsdesMagiſtrats auſquels le pu
blic eft redevablede ce ſuperbe Edifice ne
ſetrouvent pas dans cette Inſcription ; mais
je vous ai déja fait remarquer qu'il y
avoit au - devant du mallif qui ſert debaſe
au groupe de figures , dont vous venez
de lire la deſcription , une autre Inf
cription. Celle- ci gravée en lettres d'or fur
un marbre noir en forme de table d'attente
au milieu de deux conſoles , d'où pend un
feſtonde fruitsde marbre blanc , eſt en François
, & c'eſt dans cette Inſcription qu'il
faut chercher lesnoms de cesMagiſtrats : je
vais vous la tranſctire ; vous y lirez aufli le
nom de M. Bouchardon Auteur de l'ouvrage.
La diftinction eſt ſinguliere , mais
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE.
vous conviendrez qu'elle eſt bien placée.
r
173.9 .
Du regne de Louis XV.
De la cinquième Prévôté de Mre. Michel--
Etienne Turgot , Chevalier Marquis de Sous-
Mons &c. de l'Echevinage de Louis -Henry
Veron, Ecuyer Conſeiller du Roi de la Ville
Edme- Louis Meny Ecuyer Avocat an Parlement
, Confeiller du Roi , Notaire , Louis
le Roi de Fereuil, Ecuyer Confeilter du Roi,
Quarrinier , Thomas Germain Ecuyer , Orphevre
du Roy , estant Antoine Moriau Eckyer
Procureur& Avocat du Roi de la Ville ,
J.B. JulienTaitebout , Greffier en chef, JacquesBoucet
Chevalier de l'Ordre du Roi, Receveur.
:
Cette Fontaine a été construitefur les def-
Jeins d'Edme Bouchardon , Sculpteur du Roi ,
né à Chaumont en Baſſigny : les Statues, bas
reliefs & ornemens ont été exécutéspar lui.
Jedois vous décrire à préſentles deux aîles
de Bâtiment qui accompagnent l'avantcorps
du milieu; toutes deux font uniformes
, ainſi la deſcription queje vous feraide
Pune ſervira pour Pautre. Depuis le ſol jufcu'au
deſſus de l'attique qui poſe ſur l'en
tablement , elles s'élevent à lahauteur de
Lept toiſes , en général la décoration et
de même caractere & s'accorde très bien
aveccelledumilieu. Le même Ordre Rufti
que , c'est - à- dire, la même ſuite de re
fends , régne dans la partie inférieure juf
qu'à la premiére plinte , & n'eſt interrom
purque par deux portes cocheres de ſujet
tion , f'une qui fert d'entrée au Monaſtefe
desReligieuſes Recolectes , l'autre qui conduit
au château d'eau ou réſervoirde laFon-
Taine. Ne craignez point que ces deux portes
nuiſent à la compoſition ;unhabile hom
me Içait profiter de tout , il tire avantage
des choſes mêmes qui paroiffent les plus
contraire à ſes deſſeins. La diſpoſition heureuſede
ces portes en fait ici un ornement
qui ſemble néceſſaire & même indiſpen-
Quoique la décoration des deux aîles
prenne plus de richeſſe dans la partie fupérieure
, il n'y régne point cependant
d'Ordre Ionique comme dans le corps du
milieu. M. Bouchardon a crû qu'il valoit
mieux lier toutes les parties qui entrent dans
cette décoration au moyen de ſimples corps
avancés, ou ſi l'on veut , depilaſtres dénués
de bazes & de chapiteaux ; ce qu'il a fait
fans doute , pour mettre plus de repos &
dharmonie dans fon ordonnance , & pour
l'étendre davantage; & en effet fi cespilaf
62 MERCURE DE FRANCE.
tres euſſent été chargés d'un trop grand
nombre de petites moulures , les parties auroient
paru trop coupées& certainement il
en ſeroit réſulté trop de ſécherefle. Ces pilaftres
font couronnés parun grand entablement
& ils enferment des niches , une quarrée
au-deſſus de chaque porte,dans le fonds
de la quelle font repréſentées en bas relief
dans descartouches les armesde la Ville de
Paris , & quatre autres niches ceintrées ,
deux de chaque côté où ſont placées des figuresdegénies.
Vous avez vû , Monfieur , que les principales
figures qui ornent cette Fontaine
concouroient à faire un tableau de l'abondance
qui régne en tout tems dans cette
grande Ville ; &pour étendre la même idée
que pouvoit - on imaginer de mieux , que
de repréſenter dans les figures qui devoient
occuper les niches , les génies des ſaifons?
C'eſt ainſi que les anciens ont voulu expri
mer le bonheur dont ils jouiſſoient ſousdes
Princes qui leur procuroient l'abondance ;
ils ont employé dans pluſieurs de leursMonumens
,& finguliérement ſur lesMédailles,
le typedes quatre ſaiſons avec cette Inſcription
Temporumfelicitas .
On ne s'eſt point écarté icidecette ingénieuſe
allégorie ; ona repréſenté lePrintems
ſous la figure d'un jeune homme paré d'une
ΜΑΙ 1746. 63
guirlande de fleurs & qui aide à un belier ,
le premier des Signes que le Soleil parcourt
dans cette ſaiſon , à fe foutenir: Unautrejeune
homme quiregarde fixément leSoleil &
qui tient un feſton d'épis , exprime l'Eté :
on voit à ſes pieds le cancer. Des balances
&des raiſins entre les mains du troifiéme
génie déſignent l'Automne , parce que c'eſt
le tems des vendanges & que l'équinoxe
d'Automne arrive préciſement au moment
que le Soleil entre au ſigne des Balances :
parune raiſontoute femblable , la figure qui
repréſente l'Hyver eft accompagnée du Ca.
pricorne: c'eſt la ſeule qui ſoit couverte d'une
drapperie, ſous laquelle elle ſemble ſe vouloir
mettre à l'abri des rigueurs du froid.
Tous ces génies ontdes aîles: ce ſontcelles
dutems avec leſquelles ſe fait la courſe rapidedes
ſaiſons , &qui les entraine dans le cerclede
leur révolution .
Les ſymboles qui animent ces quatre figures
expliquent ſuffisamment les ſujets
qu'elles repréſentent , mais ſuppoſé qu'il put
refter encore quelques doutes , ils ſediſliperont
dès qu'on jettera les yeux fur les quatrebas
reliefs qui ſont placés dans des eſpaces
quarrés longs au- defſous de chaque
niche ; dans chacun de ces bas reliefs on voit
des enfans qui s'occupent de ce qui peutfaire
l'objet de leur amuſement dans les diverſes
64MERCURE DE FRANCE .
ſaiſons. Les uns raffemblés dans un jardin,
attachent aux arbres des guirlandes de fleurs
&fe couronnent de roſes , d'autres font la
moillon , quelques uns jouent avec un jeu
neboue avide de manger des raiſins ; & les
derniers fous une rente&près du feu,cher
chent à ſe garantir du froid de l'Hyver,
39
Si l'on a rendu juſtice à la variété &à la
naiveté des attitudes des génies , on a pas
donné moins de louanges à la richefſe des
compoſitions de ces bas reliefs ; le travail en
aparu auffi recherché , & auffi fpirituel que
lamatièrepouvoitle comporter ; car ces bas
reliefs , ainſi que les figures &toutes les au
tres ſculptures qui entrent dans ladécoration
des deux aîles de la Fontaine , ne ſont qu'en
pierre de Tonnerre qui a le grain aſſes fin
&qui eſt fort blanche, mais qui n'a pas à
beacoup près la fierté du marbre , ſeule matiere
digne d'occuper un excellent cizeau ?
queldommage qu'elle foit frrare pour nous !
Ce que j'ai oui beaucoup priſer par les
véritables connoiffeurs ,& ce qui fait en effer
que l'oeil, en conſidérant ce bel Edifice ,
jouit d'un agréable repos , c'eſt la juſteſſe&
řélégance des proportions ; c'eſt le parfait
rapport detoutes les partiesles unes avec les
autres; c'eſt que toutyprend la forme piramidale
fi recommandée, ſibien mile enpradique
par le fameux Michel-Ange. De quel
MAI. 1746.65
que côté que vous vous tourriez , quelque
partie que vous embraffiez , la difpofition
de tous les objets vous deſſine toujoursune
piramide , & cependant cet artifice eſt voilé
avec tant d'adreſſe , qu'il faut en être averti
ou être plus qu'initié dans les Arts pour l'appercevoir.
Permettez-moi d'ajouter encore une rélexion
que je n'ai pas fait ſeul ; je trouve que
la grande richeffe de cet Edifice vient de
fon extrême ſimplicité ,& fi je ne me trompe
, j'y vois éclater de toutes parts ce goût
de l'antique , ce goût folide & fage que don
ne feule l'étude de la belle Nature. Peut-être
me laiſſai-je emporter par trop de zéle.
J'oſe cependant former ce préſage , qu'en
tout tems, qu'en tous lieux cet excellent goût
prédominera , & que toutes les fois que des
idées trop compoſées & trop éloignées du
vrai voudront prendre le deflus il les éclipfera.
Que quelques modernes , & même des
Sculpteurs de nom ſe foient laiflés ſéduire par
un briliant que femblent jetter dans la compofition
certains tours& certaines licences
qui paroiffent empruntésde la peinture , il
n'en eſt pas moins vrai , quand on rappelle
les choſes à leur véritable fin , que ce ne ſoit
une erreur. La peinture & la ſculpture ſont
deux foeurs qui ont le même objet d'imitation
, & qui marchent vers le même but ,
66 MERCURE DE FRANCE,
mais leurs allures ſont bien differentes. On
a blâmé avec raiſon les Peintres qui ont
traité leurs tableaux dans le goût de la
Sculpture ; on leur a reproché la peſanteur
&de n'avoir pas mis allés d'air dans leurs
ordonnances ; un Sculpteur qui ſe propoſeroit
pour modéle lefaire d'unPeintre, tomberoit-
il dans un moindre défaut, &feroitil
plus excufable ?
Il ne me reſte plus , Monfieur , qu'à vous
rendre compte de ce qui s'eſt paſſlé à la réception
de ce grand & bel ouvrage par la
Ville : M. le Preyôt des Marchands , &
Meſſieurs les Echevins ne ſe ſont pas contentésde
témoigner à l'habile homme qu'ils
avoient employé , leur extrême ſatisfaction :
ils ont cru devoiryjoindre une récompenſe
digne de la magnificence de la premiere
Ville du Royaume.
Avouez , Monfieur , que je ne pouvois
mieux finir ma Lettre. J'oſe préſumer que
vous avez préſentement oublié tout mon
tort, & que vous continuerez d'être perſuadé
de la ſincerité des ſentimens pleins
d'eſtime avec leſquels j'ai toujours été
Monfieur , &c.
:
AParis co 1. Mars 1746.
i. 2
MAI 1746. 67
XXXXXXX XXXXXXX
A Madame L. M.D L. R. U. F. Chef
J
d'Escadre dans l'ordre de la Félicité,
E ne briguerai point le ſtérile avantage
Dont vousdotez vos Chevaliers ,
Et l'ancre de vos Mariniers
Ne fera jamais mon partage.
Que me fert le ſigne trompeur
D'une félicité parfaite ,
Quandje ſens au fondde moncoeur
Que mon ame eſt peu fatisfaite ?
Vous avez prodigué ce titre faſtueux
Amille Chevaliers d'élites ,
Mais entre tant de profélites
Combien avez-vous fait d'heureux ?
Par M. de la Soriniere.
MADRIGALfur les grands yeux d'Uranie
parM. de la Soriniere.
Iorſque l'Amour ſur le
plusbeaumodéle
Coupa vos yeux, il avoit fon deſſein ;
L'enfant diſoit , car il est bien malin ,
Faiſons-les grands , ſi grands que la pucelle
Puiſſe y loger l'Amour & tout fon train.
68 MERCURE DE FRANCE.
華一
EPIGRAMME Sur un vieux Poëte.
Amondontje reſpecte l'âge
Ds'estdéclaré Poëte àquatre-vingt deux ans ;
Je le reſpecterois encor bien davantage ,
S'il eut conſervé ſon bon ſens.
MADRIGAL tiré de l'Italien Felice
chi vi mira.
HEureux qui voit tes yeux!
Heureux qui les admire !
Mille fois plus heureux
Qui pour ces yeux ſoupire !
Mais pour faire un parfait bonheur
Il eſt une autre choſe ,
C'eſt de voir foupirer ton coeur
Et d'en être la cauſe.
MAI 1746. 62
***
EPITRE à M. l'Abbé H ***.
Auprès d'un petit lit , vrai Temple d'Hyme
née ,
Sur un trépied aſſisje coulemajournée,
Soit que le doux Zéphir ou le ſombre Aquilon
Fafferire ou pleurer l'équivoque horiſon :
Là , m'inſtruiſent ces morts dont plus de mille
années
Onttoujours reſpecté les célébres trophées ,
Etdont je veux , ami , te faire leſtement
En quelques bouts - rimés le courtdénombrement.
Deſſous l'habit rongé d'un vieux parchemin jaune
Semontre en belle humeur ce ribaut de Pétrone;
Inventeur ( 1 ) rafiné de ſalesvoluptés ,
Qui fait d'affreux portraits adorer les beautés ;
Qui ſous le voile impur d'une fine Satyre
Faitfrémir des excès du Tyran qu'il inſpire.
Auprès de ce cynique (2)& féduiſant vaurion
Paroît bien étoffé le mordant Lucien :
Plus fort que les Titans il brave le tonnerre ,
Se rit de Jupiter, nargue toute la terre.
(1)Tacit. 16Annal.
(2)Terent. Manr.
70 MERCURE DEFRA NIC E.
!
Plus loin en même rangs'offre l'aimable Auteur
Qui de tristes diſerts réjouit ſon lecteur ,
Qui par les traits touchants d'une tendre Elégie ,
Intereffe aux malheurs d'un être de génie :
Aux accents variés de ſa flexible voix ,
Virgileunit les fons de champêtres haut- bois ,
Et du galant éclat de la métamorphoſe
Seme les chaſtes vers que ſon Damon compoſe.
Deflous eux Juvenal , Cenſeur univerſel ,
Répand fur ces Ecrits à pleines mainsleſel ;
PuisPerſe&Martiald'une cauſtique plume
Fontcouler de leur fiel la diſcrette (1 ) amertume ;
Tandis que dans Lucain le crime ſçait calmer
Les troublesqu'en ſon ſein la paix (2 oſa former ,
Horacedes doux fonsde ſa mignonne Lyre
Fait aimer les écarts d'un fublime délire ;
Quint-Curce à ſon Héros pour la postérité
Paye l'heureux tribut d'un encens mérité,
Pour punir les Auteurs des mauxde leur Patrie,
Tacite& Tite - Live éterniſent leur vie.
Quintilien nous dit d'être ce qu'il n'eſt pas. (3)
Cicéronveut envain qu'on marche ſur ſes pas.
Térence au naturel les hommes fait paroître.
Séneque(4)nous dépeint tels que nous devons être,
Auſone legalant , Plaute le naturel ,
(1) Plinelejeune.
(2)Le Triumvirat.
(3)Orateur.
(4)Moral,
MAI 1746.
71
Plutarque le moral , Pline ( 1 ) l'univerſel ;
Les doux amulemens de l'enjoué Tibulle ,
La rare amoenité du pétulant Catulle ;
Voilàtout l'agrémentde mes jeunes deſtins ;(2)
Jejoins au ſel desGrecs lesdouceurs des Latins :
AupiedduMont ſacré j'aime àvoir que Pindare
Calme , trouble, ſe perde , adroitements'égare.
Homére prend le foudre au ſein des immortels ,
Etdes foibles humains en orne les Autels ;
Ifocrate au diſcours donne leſte parure ,
Il le jonche de fleurs , il le peigne& l'épure.
Du Prince , Hérodian le Cenſeur rafiné
Diſcerne le Héros du Tyran effrené :
Pour eux donc , pour Florus , Tyrius , (3) Dé
mofthene ,
Amon réduit , mon cher , chaque jour je m'enchaîne
;
Leurs talens variés , variant mes plaiſirs ,
Sans fâcheux , fans flateurs , fans odieux deſirs ,
Du travailm'étant fait une douce habitude ,
Je trouve un Tivoli dans mon étroite étude,
(1) Natural.
(2) Vingtans,
(3) Maxim,
2 MERCURE DE FRANCE.
EXTRAIT DUNE LETTTRE
écrite aux Auteurs du Mercure au sujet
de l'emploi des 20000 livres.
Oici le
V
plan que je propoſerois à cet
homme zélé pour ſon prochain ; je lui
conſeillerois en premier lieu de ne faire aucune
fondation ,outre qu'un Adminiſtrateur
avide ou négligent ne remplitjamais en entier
les vûes du Fondateur, il eſt encore trèsdangereux
que l'amour propre&une certai
ne vanité he guident la plupart de ces établiſſemens,&
ne faſſent perdre ainſiunebonxe
partie du fruit de ces bonnes oeuvres ; on
perpétue ſon nom avec ſes bienfaits, & fouvent
ne regarde-t-on les bienfaits que comme
le moyen efficace de tranſmettre fon
nom à la poſtérité. Les aumones publiques
ſontbonnes , mais les ſecrettes ſontbien plus
excellentes , fi la main gauche doit ignorer
ce que fait la droite , combien plus ne doiton
pas craindre de faire du bien à la face
detoute uneProvince, de l'annoncer publiquement
, de le dépoſer dans des Actes authentiques,
de prendre enfin une voye où les
témoins font néceſſaires pour la validité de
l'aumône qu'on adeſſeinde donner ?Je voudrois
MAI 1746. 73
drois doncque l'on fut foi- même le diſpenſateur
de ſes charités & que l'on n'y conſacrât
pas ſeulement le revenu de ces 20000 livres,
mais que l'on ébrechât même le capital ,
fi certaines circonstances l'exigeoient.
Je ſçais une famille honteuſe, que le fouvenir
d'une fortune paſſée , rend encore plus
miſérable, par l'impoſſiblité où il la met de
gagner ſa vie; alors au lieu d'une aumône
modique j'en donnerois une abondante , je
ferois àces perſonnes un petit établiſſement ,
je leur fournirois le chauffage , je payerois
leur loyer , j'emploirois mes ſoins mon
crédit , mon bien même pour procurer
quelqu'emploi honnête & lucratif qui pût
les foutenir.
,
Une fille d'honneur &de famille , douée
d'efprit &de beauté,n'a plus aucune reffource
pour vivre ; un pere diffipateur a confumé
le peu de bien qui auroit pû ſuffire à
ſon entretien , ſon nom , ſa naiſſance l'empéchent
d'embraſſer la condition baffe de
domeſtique qui eſt le ſeul parti qui lui reſte ;
fur le bord du précipice ſa frele vertu eſt
prête à ſuccomber; on lui a fait des propoſitions
, des avances dangereuſes , elle a
eu de la peine a y réſiſter ; ſa bouche a dit
non , peut-être fon foible coeur a-t-il enſecret
démenti ce langage ; une mere ſur le
déclin de l'âge & vertueuſe le voit , le ſçait ;
D
74 MERCURE DE FRANCE.
elle en gemit amerement; ſon amour pour
ſa fille , l'horreur du crime qu'elle eſt prête
à commettre lui ferment la bouche & lui
déchirent les entrailles ; elle eſt prête à expirer
de douleur : je courrois vers cette
jeune perſonne , j'y courrois dès que j'en
ſerois informé , j'y courrois le matin , le
ſoir , la nuit même , & après avoir pourvû à
ſes beſoins les plus preſſans , ou je lui donnerois
une aumône pour lui faciliter l'entrée
dans un Monastere , ou ſi elle n'avoit aucune
inclination pour cet état, je lui louerois
une boutique , je lui en avanceroi le
fonds , je le lui donnerois même s'il étoit
néceſſaire.
Une mauvaiſe récolte vient à faire hauſſer
le prix du bled & de toutes les denrées ,
le mendiant , le pauvre laboureur ſont ſans
ſecours , ils ont une famille qui leur demande
du pain , & ils n'ont pas de quoi
la fatisfaire , j'ouvrirois alors mes greniers ,
je vendrois du bled à ces miférables à un
très-vil prix , par là j'étoufferois leurs plaintes
& leurs murmures , ſouvent , ou pour mieux
dire , toujours criminels , je previendrois ce
déſeſpoir auquel ils ſont prêts à s'abandonner.
"Un artiſan obéré qui a de la peine à fe
nourrir du travail de ſes mains , eſt prêt à
perdre le peu qu'il peut avoir ; des créan
ΜΑΙ 1746. 75
ciers avides le preſſent , lui font ſaiſir ſes
biens , je le ſçais , & fans examiner ſi c'eſt
fa faute qui l'a rendu miſérable ou non ,je
les fatisfais , & ainſi j'évite à cet homme
l'ignominie de la priſon , j'empêche le cours
de ces intérêts que l'impoſſibilité de payer
fait bien - tôt monter plus haut que le capital.
Je choiſirois deux jeunes pauvres , je
prendrois foin de leur éducation , comme
s'ils étoientmes propres enfans , jeles avancerois
, je les établirois , je ferois paſſer en
ſecret à ce Curé congruiſte qui ne peut
vivre de ſa Cure , tous les ſecours dont il
auroit beſoin , je chargerois rogatoirement
monhéritier d'avoir la même attention;quels
tréſors de graces une pareille conduite n'attire-
t-elle pas ſur la tête de celui qui la
pratique.
La charité eſt ingénieuſe ; elle trouve
mille moyens de ſe ſatisfaire ; les occafions
ne manquent jamais à un homme qui a un
véritable zéle , mais je voudrois toujours
qu'on fit pendant ſa vie autant d'aumônes
⚫ qu'il feroit poſſible , fans attendre après ſa
mort : melius est nunc tempestivè providere
& aliquid boni pratermittere , quam ſuper
aliorum auxilio post mortem ſperare. *
* Imitatio Chriſti Liv. 1 Ch. 23. Sect. 5.
Dij
ॐ
76 MERCURE DE FRANCE.
Veut-on abſolument des fondations ?je les
ferois de cette maniere;j'emploirois la ſomme
de 20000 livres à doter quelque Hôpitalconſidérable
,& connu par la vigilance
de ceux qui le gouvernent : & comme les
pauvres n'y manquent jamais de la nourrifure
terreſtre, je ſongerois à leur procurer
la ſpirituelle ; j'y fonderois deux places qui
feroient accordées à de pauvres Eccléſiaſtiques
au choix & à la nomination de tous
les Adminiſtrateurs; ils y ſeroient entretenus
à la charge de diſtribuer ſoir & matin
&pluſieurs fois le jour la parole de l'Evangile
aux malades de cet Hôpital , de les
exhorter en particulier , de leur faire des
lectures chrétiennes,de les conſoler dans leurs
afflictions ,de prévenir leur deſeſpoir, de leur
repréſenter leurs fouffrances comme venant
de la main de Dieu , & de leur faire trouver
ainfi dans une occaſion de péché une occafion
de graces & de falut : ah ! combien
demalades livrés à eux-mêmes & aux cruelles
douleurs d'une fiévre ardente , ou d'une maladie
de langueur , maudiſſent en ſecret la
divine Providence de la rigueur de leur fort !
ces Eccléſiaſtiques ſe ſanctifieroient , ils ſanctifieroient
les autres
Sişl'Hôpital n'étoit pas bien conſidérable ,
jet conſeillerois de n'établir qu'une place
d'inſtrution , & de conſacrer ainſi l'autre
ΜΑΙ 1746. 79
moitié du revenu des 20000 livres à l'entre
tien d'une perſonne de famille , mais à qui
ſa pauvreté , même ſans maladie , ôteroit
toute eſpéce de ſecours; je voudrois que
cette perſonne fut au choix de tous les Adminiſtrateurs
, & qu'on ne la reçut qu'après
des atteſtations de fon Curé & de quelque
perſonne conftituée en charge ; mais qu'il feroit
encore à craindre que des motifs de faveur,
oude récompenſe ne fiſſent ôter le pain
aux enfans pour le donner aux petits chiens,
&que cette place ne fut ſujette à la brigue.
Voilà , M. les réflexions qui me font
venues en liſant la queſtion propoſée & la
lettre de M. le Curé de S ...... que vous
avez inférée dans votre Mercure; ſivous jugez
que la mienne y mérite une place, vous me
ferez plaiſir de l'y mettre , peut-être engagera-
t-elle des perſonnes plus éclairées à
nous faire part de leurs lumieres.
Je ſuis &c,
Ce 24 Mars 1746.
Diij
78 MERCURE DE FRANCE ,
LE RAT ET LA PIE.
ON
FABIE.
N raconte que Dame Pie
Se moquoit d'un Rat ſon voiſin:
Que fais- tu dans la vie ,
Diſoit cette harpie?
Eh! BonDieu! tu n'es propre à rien.
Je fends les airs d'une courſe rapide ,
Je vas , je viens , je voyage partout ;
Pour toi pauvre animal timide ,
Apeine fors - tu de ton trou .
Elle joignit à ces mots l'inſolence ,
Et donna pluſieurs coups au Rat ,
Qui jura
Tôt ou tard d'en tirer vengeance.
Aquelque tems de-là ; c'étoit huit jours après ;
Comme il traverſoit les forêts ,
S'étant fourvoyé par mégarde .
11 vit la dame babillarde
Priſedans des lacets.
Elle fut bien ravie
Qu'il vint pour lui donner ſecours ,
Et le pria de lui ſauver la vie ,
Mais il fut fourd à ſes diſcours :
ΜΑΙ 1746. 79
C'eſt le Ciel qui te châtie
Tu te moquois de moi , lui dit-il, l'autre jour ,
Mais aujourd'hui c'eſt mon tour.
Ah! tire moi d'ici , voiſin , je t'en conjure ;
Rien ne pourra jamais alterer l'amitié ,
Quedans ce moment je te jure ;
Que mes malheurs excitent ta pitié :
Elle eût beau faire ; elle eût beau dire ;
Le Rat n'en fit que rire.
Romps , lui dit-il , toi même ton lien
Car pourmoi , tu le ſçais ,je ne ſuis propre à rien :
Et là-deſſus notre Rat ſe retire.
Il faut entretenir tout le monde avee ſoin,
Et ne ſe moquer de perſonne :
Quand le bonheur nous abandonne ,
Sçait-on de qui l'on peut avoir beſoin ?
Par M..... de Châlons sur Marne.
Diiij
MERCURE DE FRANCE .
000000000000000 .
LE THON ET LE DAUPHIN.
U
:
FABLEE..
N Thon que pourſuivoit dans la mer un
Dauphin,
Fut jetté par une tempête
Avec lui ſur un roc voiſin ;
Aufſi tôt retournant la tête ,
Et voyant périr le marin ,
Ah! jeneme plains plus ,dit-il , de mon deſtin,
Et le fort que la mort m'apprête
Ne peut me cauſer de chagrin ,
Puiſqu'il eſt auſſi de la fête.
Ceſouhaitde nos jours hélas ! eſt trop comn.vn:
Petits & grands , non il n'en est pas un
Quine ſouffre ſes maux avec plusde courage
Quand fon rival avec lui les partage.
Par le même.
ΜΑΙ 1746.81
M
Maximes d'Amour en Acrostiche.
Ontrez à votre amant un coeur moins inflexible
;
ſon amour naiſſant devenez plus ſenſible ;
eprimez fon ardeur , ſans rebuter ſes voeux :
-mitez la Colombe ,enbrulant de ſes feux
viter un Berger , c'eſt montrer fa défaite ;
'eſtdevant ſonvainqueur battre honnête retraite
,
I orace dans ſes vers a chanté ces leçons.
Mt le Gentil Bernard les amís en chanfons.
ivre ſans paſſion , c'eſt languir de triſteſſe
imez donc , Chevalier ,& foyez ma Maitreſſe ;
e coeur que je vous offre eft fidéle&conftant ;
I vous eſt preſenté par le plus tendre amant ;
cartés pour jamais tout principe fevere;
econnoiſſez le Dieu qu'on adore à Cithére.
DE LALAURE,
Dy
82 MERCURE DE FRANCE ,
REFLEXIONS
Sur les âges de l'homme , à M. Calandrini
Professeur en Philofophie à Genéve.
Q
UF devient de nos prés la riante verdure?
Et des fleurs la riche parure ,
Philoméle de ſes concerts
Ne rejouit plus laNature ;
Eos paiſibles ruiſſeaux dont l'onde vive& pure
Serpentoit fur des tapis verds
Etqui de cent objets divers
Nous offroient l'aimable peinture ,
Aujourd'hui d'une écorce dure
Sont envelopes& couverts.
Le ſeul Aquilon dans les airs
Fait entendre un affreux murmure
Et changenos champs en déſerts ,
Ah ! que cette fidelle image
Nous repréſente bien le cours
Des heureux & des tristes jours
Dont notre vie est l'aſſemblage.
L'homme dans le printemps de l'âge
Ne reſpire que badinage ;
Les jeux, les ris & les amours
T
MAI 1746.
83
Semblent venir lui rendre hommage ,
Et ſemer de fleurs fon paſſage ;
Si ce temps fortuné pouvoit durer toujours ,
Qu'il feroit doux d'en faire uſage !
On voit la jeuneſſe volage ,
Aller de déſirs en défirs ,
Et pour commencer d'être ſage ,
Attendre la fin des plaiſirs ;
Tėl le Papillon infidéle
Court & vôle de fleurs en fleurs :
Celle dont-il reçoit les plus tendres faveurs ,
Lui paroît toujours la plus belle
Et chaque Aurore renouvelle
Son inconftance & fes ardeurs .
Mais lorſque de l'Eté les brulantes chaleurs
Echauffent nos efprits& le fang de nos veines,
L'homme , ſéduit par des lueurs ,
N'embraſſe que des ombres vaines
Sous le fantôme des grandeurs ,
Et. ſuivant au hazard des routes incertaines ,
Il eſt le jouet de l'erreur ,
Et ne rencontre que des peines
Lorſqu'il croit trouver le bonheur.
D'un voile ténébreux maſquant ſon injuftice ;
D'honneur il paroît revêtu
Et des couleurs de la vertu
Sa main oſe parer le vice .
,
)
De ſes vaftes projets la folle vanité
Dvj
84 MERCURE DE FRANCE.
Lui creuſe l'affreux precipice
Qui fait la honte & le ſupplice
D'un témeraire orgueil & de l'iniquité.
Dans un âge plus mûr l'homme craint l'indigence
;
Mépriſant les tréſors qui ſont enſa puiſſance ,
Pour les biens qu'il n'a pas ſon coeur eſt agité ,
Et de la foifde l'or ſans ceſſe tourmenté ,
Même au milieu de l'abondance ,
Il éprouve la pauvreté.
L'or n'eft que trop ſouvent l'inſtrument de nos
crimes ;
*
Par des moyens illégitimes .
Onſçait de ſes projets couvrir l'iniquité
Tel un Roi cruel & perfide ,
Séquiſant le Romain de ſes tréſors avide ,
De tous ſes attentats obtint l'impunité,
Ainſi par ſa propre foibleſſe
L'homme facilement ſéduit ,
Fuit la verité qui le bleſſe ;
Etdes douceurs de la ſageſſe
Il ne recueille l'heureux fruit
Que lorſque la froide vieilleſſe
* Jugurtha Roi de Numidic , après avoir tué ses
freres &s'être emparé de leurs Couronnes se procura
_aſſés long-tems l'impunité defes crimes en corrompant
es Généraux Romains qui étoient envoyés pour le
punir.
ΜΑΙ 1746
Annonce la fatale nuit ,
Qui nous couvrant d'une ombre épaiſſe ,
Eclipſe le jour qui nous luit.
Notre plaiſir , notre triſteſſe ,
Dans la nuit du tems confondus ,
Loin de nous s'écoulent ſans ceſſe ,
Et bien - tôt ils ne feront plus.
Tel un torrent dans les collines
Ne reſpecte pas plus les fleurs
Que les ronces & les épines ,
Et laiffe par tout des ruines
Triſtes effets de ſes fureurs.
L'Homme pour fixer ſes années
Parun cours rapide entrainées
Feroit d'inutile efforts ;
Le temps détruit tous les refforts
De notre fragile machine ,
Et rompant les heureux accords
Qui joignent& l'ame & le corps ,
Apas certains nous achemine
Dans le fombre ſéjour des morts
Et nous rend à notre origine,
Enfin fatigués de courir
"
Après de faux plaiſirs dontnotre ame étoit yvre x
Nous voulons commencer à vivre ,
Lorſqu'il faut penſer à mourir ;
L'eſprit détrompé des chimeres
Que le temps fait évanouir
MERCURE DE FRANCE.
Ne ſe laiſſe plus éblouir
Par des grandeurs imaginaires
Ou par des beautés paſſageres ,
Dont il ſe flatoit de jouir.
Il voit que ces plaiſirs ontdes aîles legéres ;
Heureux , ſi les Beaux Arts ; & les vertus fincéres
Etoient ſeuls l'objet de ſes ſoins !
Mais hélas ! il n'en eſt pas moins
Eſclave des erreurs groſſiéres ,
Et fujet à de faux beſoins.
L'Homme marche à tâtors au bord des précipices;
Il ne fait que changer de vices .
Tantôt la fiere ambition
८
Lui prépare mille ſupplices ;
Tantôt quelqu'autre paſſion
L'entraîne par ſes artifices :
Preſque toujours l'opinion
Le meut au gré de ſes caprices ;
De préjugés trompeurs l'homme eft en
vironné ,
Il eſt ſur chaque objet incertain , étonné ;
A peine une foible lumiere
Des malheureux mortels éclaire la carriere.
Cependant notre orgueil ſe flate de ſçavoir
Quelle eſt des élémens la forme & la matiére ,
Et s'élevant du ſein de la pouſfiere ,
L'eſprit humain veut concevoir
ΜΑΙ. 1746. 87
La fabrique des Cieux &de la Terre entiere :
Il veut tout connoître & tout voir ,
Et nous ignorons la maniere
Dont notre corps peut ſe mouvoir.
Apprenons que notre devoir
Eft de reſpecter les limites
Que le Ciel lui-même a preſcrites
- Et qui du Créateur nous prouvent le pouvoir.
Oui , dans ſon arrogance extrême
L'homme décide en arbitre ſuprême
Sur l'ordre & les refforts divers
Qui compoſent le beau fiyſtême
De ce magnifique Univers ,
Et dans ſes dangereux travers ,
Il rapporte tour à lui- même..
Ah ! plûtôt ſoumis , fatisfaits
Faiſons un uſage modefte
Des divers talens,des bienfaits
८
Que repand la bonté céleſte ,
Et dont nous fentons les effets.
9
A
Toi , dont le goût exquis égale la ſcience ,
Daigne pardonner mes écarts ;
Tu connois de nos vers les régles , la licence;
Calandrin , ton intelligence
Perce audelà de tes regards.
De la fine Géometrie
Tu pénétre les profondeurs ,
Et peintre ingenieux des moeurs ,
1
:
88 MERCURE DE FRANCE.
:
Tu ſçais de l'humaine folie
Découvrir toutes les erreurs
De nosdivers devoirs tu montres l'harmonie ;
Et de plus aimables couleurs ,
Tu nous peins toutes les douceurs
Dont la vertu ſeroit ſuivie
Si l'ordre zegnoit dans nos coeurs.
Puiſſions nous deſormais en gouter tous les charmes,
Puiſſions nous conſtamment en reſpecter les droits!
Et loin du bruit affreux des armes ,
L'eſprit tranquile & fans alarmes ,
Cultiver les Beaux Artsà l'ombre de nos loix.
AGeneve ce 2 Octobre 1745 , J. B. Tellot.
SUR L'AMITIE
à M. D **
POUR peindre l'Amitié ? ſçais-tu cequ'il faut
faire
Il faut avoir l'original ,
Car ſans lui tu la peindrois mal
Et tu ne tracerois; D ** qu'une chimere ,
Mais pour t'épargner la longueur
ΜΑΙ. 1746. 89
D'une recherche difficile ,
Je vais t'enſeigner ſon azile ;
Tu le trouveras dans mon coeur.
Par le même.
EPITRE à M. le Docteur B * *
AMis, detes conſeilsje connois l'équité ;
Charmé des plaiſirs légitimes ,
Tu ſçais par de ſages maximes
Conduire à la félicité.
Jouet d'un fort cruel , le défir & la crainte
Troubloient le repos de mes jours ;
Accablé ſous le poids d'une dure contrainte
Je cherchois envain du ſecours ;
De mille ſoins cuiſans mon ame étoit atteinte ;
Etdemes noirs chagrins rien n'arrêtoit le cours,
Jete connus alors : une aimable indolence ,
Compagne de la paix, te fuivoit en tous lieux.
Sur ton front brilloit l'innocence ,
Telle qu'on la dépeint chés nor premiers ayeux ,
Lorſque contens des biens laiſſés en leur puiſ
fance
Ils converſoient avec les Dieux.
• MERCURE DE FRANCE..
Tesdiſcours , tes conſeils ſcurenttarir mes larmes;
Des foucis dévorans tu me montras l'erreur ,
Et rallumant l'efpoir preſque éteintdansmon coeur,
Tu diſſipas ces frivoles allarmes ;
Etdès lors de la paix connoiſſant tous les charmes
,
J'en fis tout mon bonheur.
Déſormais demonfort je ſerai ſeul le maître
Et ſelon mes beſoins étendant mes déſirs ,
Dans un lieu riant & champêtre ,
Au gré de mes ſouhaits , je ſçaurai faire naître
De vrais& d'innocens plaiſirs.
C'eſt là que mon eſprit tranquile
Loin du bruit des Cités a fait choix d'un azile;
Fuiant des paſſions le joug impericux
C'eft- là qu'une lecture utile ,
La culture des fleurs rendront mondomicile
Digne de devenir la demeure des Dieux.
;
Le monde offre à nos yeux une belle peinture ;
Les objets ont un fard qui couvre leurs défauts
Partiſan des beautés de la ſimple Nature ,
J'aime encor mieux les bois , les prés &les ruif.
ſeaux ,
Que ces lieux trop peuplés ou l'art & l'impof
ture
Sous des biens apparens nous cachent de vrais
maux.
i
ΜΑΙ.
1746 وہ .
A l'ombre d'un tilleul , au bord d'une fontaine ,
Jeris des vains amuſemens
De ces foibles mortels que l'on voit ſur la ſcéne
Etaler tous les ſentimens
Qu'excitent tour à tour& l'amour & la haine ,
Des coeurs paſſionnés honteux égarements .
De ces heureux valons fuit l'aveugle avarice ;
L'orgueil eſt ici détesté ;
Du ſouffle empoiſonné du vice
Cet hameau n'eſt point infecté ;
Fidéle aux loix de la ſimple équité
L'habitant vit fans artifice
Au milieu d'une douce& fage égalité.
Jamais l'ambition , la cruelle injustice
N'ont fouillé de ſes moeurs l'aimable.pureté.
Mille petits oiſeaux animant leur ramage ,
De leurs tendres chanſons font retentir les airs;
Zéphir leur répondant au travers du feuillage ,
Mêle ſon ſouffle à leurs concerts .
Tout préſente en ces lieux une riante image.
•Que j'aime à voir de ces ruiſſeaux
Couler les ondes fugitives ,
Et les fleurs qui ſont ſur, leurs rives ,
Se multiplier dans les eaux !
Ici quand la naiſſante Aurore.
Invite le ſoleil à repandre ſon cours ,
92 MERCURE DE FRANCE.
J'eſpere que le jour qui commence d'éclore
Serale plus beau de mes jours.
Ah ! des douceurs de l'eſperance
Si l'homme comoiffoit le prix
Il n'auroit plus que du mépris
Pour cette courte & foible jouiſſance
Des biens dont ſon coeur eft épris .
Toi dont l'ame pure , éclairée ,
Aux préjugés trompeurs ne s'eſtjamais livrée
Toi dont j'admire la candeur
Cher ami viens dans ce bocage ,
A la pure vertu rendre un fincére hommage,
Ici , la véritétriomphe de l'erreur.
C'eſt dans ce lieu que l'homme ſage.
Jouit d'un ſolide bonheur,
A Gentoux près de Genève ce 1 Octobre 1745 .
4
華華
DECLARATION
d'un amant àfa maitreffe.
Our vous ma tendreſſe eſt extrême ;
Pour
Si vous y repondiez de même
Si touché de ma vive ardeur ,
,
ΜΑΙ 1745. 93
Vorre coeur confefſoit qu'il m'aime ,
Que ne feroit pas mon bonheur!
Mais d'un aveu ſi témeraire
Ne vous allez pas allarmer ;
Mon amour est rendre& ſincére ;
Ainſi que vos yeux ſçavent plaire ,
Mon coeur , belle Iris , ſçait aimer.
Par le même...
:
CE PETIT OUVRAGE futfait après
la maladie du Roi , & à fon retour de
l'armée:
U
N jeune Prince qui fait les délices
d'une Nation puiſſante , &qui eſt le
fils d'un des plus grands Rois de laTerre,
s'entretenoit il y a quelque tems ſur differentes
matières avec deux ou trois Seigneurs
de ſa Cour.
L'un deux en parlant de l'Empereur Auguſte
rapporta de lui une actiongénéreuſe ,
qui , comme il arrive affés ſouvent en pareil
cas , fut comparée à des actions à peu - près
du même genre , & qui inſenſiblement fit
naître une queſtionbien intéreſſante.
Il s'agiſſoit de ſçavoir en quoi conſiſtoit
la véritable grandeur d'un Prince , & le quel
94 MERCURE DE FRANCE.
de tous les Rois que nous vante l'Hiſtoire ,
étoit celui dont lamémoire méritoit le plus
de reſpect & de vénération : Chacun penſe
à ſa maniere , & il paroiſſoit queles ſentimens
alloient être affés partagés là-deſſus,
forſqu'on vit entrer un autre Seigneur qui
tenoit des papiers à ſa main : je viens, ditil
au Prince , de rencontrer un inconnu qui
m'a prié avec inſtancede vous préſenter ce
Manufcrit , & qui s'eſt retiré enſuite ſans
merien dire davantage. Je n'ai pas crû devoic
vous le donner ſans ſçavoir à peu près dequoi
il s'agiſſoit ; j'en ai lû les premieres
feuillesqui m'ont aflés amuſé ,&je vous l'ap
porte; il n'eſt pas long , Prince , & fi vous
ſouhaitez d'en entendre la lecture , je vais
vous la faire moi - même: le Prince y conſentit;
on ne ſongea plus à la queſtion qu'on
avoit voulu d'abord agiter ; on lut , & voici
mot pour mot ce qui étoit contenu dans le
Manufcrit dont j'ai une copie & que l'Auteur
lui - même m'a permis de donner au
public.
כ ১ Le fils d'Uliſſe n'eſt pas le ſeul Prince
>> avec qui Minerve , la Déeſſe de la Sageſſe,
ait bien voulu voyager pour l'inſtruire : on
ſçait par d'anciennes relations qu'elle a
> pris autrefois le mêmeſoin du fils d'un Roi
désGaules.
>>Ce fut ſous la figure de Mentorqu'elle
ΜΑΙ 1746.
accompagna Télémaques ce fut ſous
■ celle du ſage Hermas qu'elle ſuivit Francus
- ( c'eſt le nom du jeune Prince dont
>>nous parlons , qui n'étoit point encore for.
> ti du lieu de ſa naiſſance , & que fon pere
>>envoyoit à la Cour d'un Roi fort âgé , qui
» en qualité de parent demandoit à le con-
>>noitre , qui n'ayant point d'enfans luidef
.. tinoit ſa ſucceſſion , & qui vouloit le mon-
>>trer à ſes peuples avant que de mourir. )
>>Francus partit donc avec le ſage Her-
>mas qui fut chargé de le conduire. Ce
>>>Prince avoit naturellement beaucoup
•d'eſprit& les inclinations lesplus nobles;
il n'y avoit rien de grand &de vertueux
qu'on ne dût attendre de lui , pourvû qu'il
>ne ſe méprit point dans le choix des Vertus
; car il yen a de faufſes qui ne font que
>>des vices impoſans&fuperbes ; enun mot
>> l'orgueil a les ſiennes , & c'eſt précisément
avec une ame haute , qu'un jeune Prince
>>ſans expérience peut s'y tromper; mais
> c'eſt à quoi Francus n'étoit pas expoſé avec
ſon guide qui avoit de grandes vues ſur lui,
»& qui n'artendoit que l'occaſion de les lui
»déclarer. Ils étoient au dixiéme jour de
>> leur départ , & ils traverſoient le matin
une vaſte plaine où l'on pouvoit voir en-
>core affes diſtinctement la forme d'un
- camp. Francus s'arrêta & parut examiner
96MERCURE DE FRRANCE.
>avec attention. Voici un lieu célébre ;
>>mais que l'humanité rend triſte à voir ,
25tout intérêt de Patrie à part , lui dit Her-
-mas; du tems de votre ayeul, deux nombreuſes
armées s'y ſont trouvées affem-
,blées l'une contre l'autre ; elles en vinrent
» aux mains ; le carnage y fut terrible , &
>>votre ayeul après bien du ſang répandu
yremporta une victoire complette qui lui
ſoumit toute une Province.
>Que ce fut un beau jourpour lui , s'écria
Francus avec uneſpéce de tranſport !
quand me verrai-je à mon tour à la tête
d'une armée? Hermas ſourit de ce diſcours.
> Il vous tarde donc déja de conquérir &de
vaincre ? lui dit-il , eſt- ce là la gloire qui
>> vous touche le plus? Oui , je l'avoue , ré-
> pondit Francus ; je n'en connois point de
>>plus digne de charmerun Prince , ni de
>>plus convenable au rang que nous renons
• fur laTerre. Ily ad'autres gloires pour le
reſte des hommes; celle-ci n'eſt ſpéciale-
»ment accordée qu'à nous ; les Dieux en ont
,, fait l'appanage de notre fortune. La gloire
» de Cyrus , d'Alexandre , de Céfar , celle
>> de tous les Héros , voilà la mienne. Je
>> ne me ſens point au-deſſous d'eux par mon
.. courage , & quand je lis leur Hiſtoire , je
>>brûle de les égaler par mes actions :
Francus , lui repartit Hermas , en
jettant
ΜΑΙ 1746. 97
33
>>en jettant ſur lui un regard qui le pénétra :
>>vous dites vrai , ceux dont vous parlez
» n'ont pas eû plus de courage que vous ,
»&cela ſeul leur a ſuffi pour acquérir cette
> gloire qui vous charme ; mais il en eſtune
infiniment plus rare , & fans comparaiſon
>>plus reſpectable , qui ne s'acquiert qu'avec
>>des vertus que ces ſimples Conquéransn'a-
>>voient pas & que vous avez : cette gloire
» cherie du Ciel & de la Terre & que la rai-
» ſon même appelle gloire , voilà la votre ,
.,voilà celle dont les Dieux n'ont réſervé la
>>plénitude qu'à vospareils , celle qui les fait
»reſſembler à ces Dieux même.
Oùeſt elle donc , lui dit Francus ? en quoi
conſiſte - t- elle ? vous me ſurprenez , je ne
connois que celle des Heros que je viens de
citer , c'eſt la ſeule gloire qui ait fait retentir
le monde d'un bruit& d'une admiration qui
durent encore : Je vous ai nommé mes Heros,
Hermas, nommez moi les votres dont je
n'ai point entendu parler. »
De ceux que vous appellez les votres , ou
du moins de leurs ſemblables , on en a vû
preſque dans tous les ſiècles , lui dit Hermas;
à peine tous les tems en ont-ils montré quelques
uns des miens.
On parle encore avec étonnement des
votres; il eſt vrai ; on ſe plaît à conſidérer
leur gloire ſuperbe & formidable; tout a
E
98 MERCURE DE FRANCE.
1
plié ſous eux; on ſe met à leur place ; c'eſt
de là qu'on les admire , & fi à leur exem.
ple vous ne voulez etre grand qu'aujugement
de notre orgueil , il ne vous ſera pas difcile
d'être admiré comme eux.
Mais vos Heros puniſſent eux-mêmes la
Terre de cette imprudente admiration qu'elle
a pour eux , & loin de l'en punir à votre
tour, c'eſt à vous , Francus , à l'en guérir pour
jamais , à la déſabuſer de ces Heros qui la
ſéduiſent, à lui montrer à quelle gloire elle
doit ſes hommages ; il faut que la votre
apprenne aux hommes à ne plus eſtimer
dans les Princes que la véritable.
La gloire dont vous me parlez , mérite
ſans doute qu'on la préfere , dès que vous
l'eſtimez tant , lui dit Francus, le ſageHermas
ne ſçauroit s'y méprendre , mais encore
une fois je ne la connois point , & vous ne
m'en dites pas affés pour achever de m'inftruire.
Il n'eſt pas néceſſaire de m'expliquet
mieux , répondit Hermas , vous la verrez,
Francus , vous la verrez avec celle de vos
Heros , & je ſuis ſûr que votre coeur vous
avertira de ce qu'elle vaut ; vous n'aurez be
foin que de lui pour ſçavoir la diftinguer vou
même.
Je la verrai, dites - vous, repartit Francu
avec ſurpriſe , je ne vous entends point , le
ΜΑΙ وو . 1746
differentes eſpéces de gloire dont nous parlons
peuvent- elles ſe voit autrement que
dans l'Hſtoire ?
Ne vous étonnez point de mon diſcours ,
lui dit Hermas ; mes pareils ont des connoifſances
qui les mettent au-deſſus des autres
hommes; il ne nous eſt pas toujours permis
de les manifeſter , mais les Dieux qui vous
aiment & qui veillent ſur vous m'ordonnent
aujourd'hui d'employer les miennes en
votre faveur.
Oui , Prince', je ſçais un lieu ſur la terre
où toutes les gloires de vos pareils exiſtent
perſonnifiées , mais où tous les hommes ne
les apperçoivent pas de même.
L'avantage de les voir telles qu'elles font ,
&de bien juger d'elles, n'eſt réſervé qu'aux
hommes vraiment généreux , qu'à ceux qui
ont une véritable élévation dans l'ame ;
tout mortel , ou tout Prince qui n'a que de
l'orgueil , & qui n'aſpire qu'aux fuffrages du
notre , qui eſt plus jaloux de ſurprendre
notre eſtime que de la mériter , & qui s'imagine
qu'on eſt grand quand on eſt célébre,
celui- là voit mal les differentes fortes de
gloires c'eſt la vanité de ſes idées qui décide
dujugementqu'il en porte,
Ehbien ! lui dit Francus , ce lieu dont vous
parlez & où je dois m'inſtruire , puis-je me
Hater de le voir bien-tôt ? nous y allons ,
Eij
10 MERCURE DE FRANCE.
:
répondit Hermas , je vous y méne depuis
notre départ, & nous y arriverons demain ,
mais votre ſuite nous géneroit , & je lui al
déja donné ordre de votre part de refter
ce ſoiroù nous nous arrêterons, &de nous y
attendre.
Francus ne lui répondit qu'en l'embra
fant; je vous fuis , lui dit- il , je me livre
vous avec autant de confiance quej'en aurois
pour unDieumême , qui ſeroit mon guide;
c'étoit l'impreſſion de la Divinité preſente
qui le faiſoit parler ainfi , & le lendemain,
l'Aurore commençoit à peine à diſliper les
ombres de la nuit quand ils partirent.
Cen'étoit pas que la Déeſſe eût beſoin d'aller
loin ni de parcourir de grands eſpacespour
arriver où elle avoit deſſein de mener Francus;
les Dieux font ce quils veulent , & le
ſpectacle qu'elle lui deſtinoit pouvoit ſe trou
ver partout, elle étoit même rentrée ſans
l'en avertir dans les Etats de ſon pere , & ce
pendant la Déeſſe feignoit de le håter, pour
lui cacher ſa puiſſance , & lui perfuadet
qu'il s'agiffoit d'un vrai voyage,
Au fortir d'une allés grande forêt qui
avoit borné leur vûe , ils apperçurent d'affes
loin encore une enceinte qui contenoit de
vaſtes édifices d'une Architecture extrêmement
hardie quoiqu'irréguliere , mais dos
pluſieurs s'élevoient fi haut , qu'on ne conc
ΜΑΪ 1746. 101
voit pas que quelqu'un put y faire ſa demeure
? Que vois -je, dir Francus ? à quoi
ſervent ces bâtimens dont la hauteur va ſe
perdre dans les airs : Nous voici au ſéjour
des gloires , répartit Hermas , & ces Edifices
ſont autantde Palais dont les plus élévés
appartiennent, aux gloires les plus célébres ,
&qui ont fait le plus de bruit dans le monde.
Je ne ſçais ſi je me trompe , dit quelques
momens après Francus , mais il meſemble
que cesPalais contretout ordre naturel baifſent
à mesure que nous nous én approchons
; je ne les trouve plus ſi hauts.
Vous commencez à les bien voir , repartit
Hermas , entrons , les gloires vous atteindent
pour ſe diſputer votre conquête.
En voici déja une qui s'avance avec tout
fon cortége , & qui paroît l'emporter fur
toutes les autres.
C'étoit celle d'Alexandre. Francus ſe
taiſoit. Il étoit ſaiſi d'une admiration qui
ne lui permettoit pas de répondre.
Quelle est belle , s'écria-t-il enfuite ,
quelle a d'éclat , & que ſa fierté m'enchante!
filsde Roi, lui cria t-elle alors à quelque
diſtance de lui, mais en s'approchant toujours,
ne vas pas plus loin , épargne toi un examen
inutile , toutes les gloires que tu vois font
inférieures à celle qui t'appello,& c'eſt à moi
qu'il faut que tu te livres , viens, que je t'ani
Eiij
102 MERCURE DE FRANCÉ.
me de mon fouffle , & que j'imprime ſut
ton front le ſceau de l'immortalité.
Pendant qu'elle parloit , Francus qui la
conſidéroit de plus près , & qui déméloit
mieux tout ce qui l'entourroit , fentoit déja
diminuer ſon admiration pour elle ; ſaphyſionomie
fiére lui paroſſoit dure & même
un peu féroce , & dans le nombre des perſonnages
qui compoſoient ſa ſuite , il en obſervoit
quelques uns qui ne lui plaiſoient pas:
Apprenez - moi , je vous prie , lui dit- il ,
quelles font ces figures hydeuſes que j'apperçois
parmi ces autres , & qui ſemblent
vouloir échapper à mes regards : alors une
de ces figures parla ; puiſque tu nous as remarquées
, dit - elle , il nous eft ordonné de
te répondre: Je m'appelle l'Orgueil effrené,
& celle-ci eſt la Cruauté inutile ; c'eſt par
moi qu'Alexandre alla ſubjuguer des peuples
éloignés & tranquilles , c'eſt elle qui les
égorgeoit dans leur fuite.
A quoibon toutes ces queſtions, dit alors
laGloire dont ils'agiffoit? on ne te dit là que
la ſuite inévitable de mes avantures , je
n'exiſterois pas ſans cela : A ces mots une
autre figure terraſſée , à demi déchirée &
en pleurs , fit entendre quelques gémif-
' femens : Fuis , Prince , cria- t- elle enſuite
, ſauves toi du danger d'être tenté par certe
funeſte gloire , & vois l'état où tous ceux
MAI 1746. 103
qui l'ont ſuivie m'ont réduite ; fuis , ne l'écoute
point, c'eſt l'Humanité qui t'en conjure..
5
A peine achevoit- elle ces mots que la
porte du Palaisde cette Gloire s'ouvrit avec
fracas , & laiſſa voir un ſpectacle effroyable.
C'étoit une immenſe étendue de Pays où
triomphoient le ravage , la mort & les crimes.
Ah Ciel ! dit alors Francus en s'é
cartant , à quelle odieuſe Gloire m'arrêtoisje
ici ? une autre auffitôt l'acueillit ; c'étoit
la Gloire d'un Heros du Nord : Viens!
ſuis moi , lui dit- elle , je ſuis moins éten
due, mais je n'en ſuis pas moins étonnante :
Non , lui repliqua-t-il, ta ſuite eſt àpeu près
la même , ou ſi tu veux que je te connoiffe
mieux , ouvres auſſi la porte de ton Palais
avant que je t'écoute.
Cette porte s'ouvrit en effet ,& découvrit
unPays moins vaſte mais auſſi maltraité que
le premier ; à côté de ce pays on en voyoit
un autre qui paroiſſoit déſert , où tout étoit
triſte , languiſſant & dépouillé.
Quelle eft cette autre terre qui paroît , dit
Francus , quelle eſpéce de malheur a-t-elle
éprouvé ?
C'eſt la Patrie du Heros que j'ai illuſtré ,
répondit-elle. Sa Patrie ? reprit - il, a-t-il
donc fallu que ton Heros la ſubjuguât pour
en être le maître ? Non , répondit-elle , elle
ne te paroît un peu fatiguée que pour avoir
ſervià ſes exploits. Eiij
304 MERCURE DEFRANCE.
Sortons , dit alors Francus indigné , forsons
de ces lieux, je ne puis les ſouffrir, je ne
demanderois pour toute gloire que celle de
venger la Terre de toutes les Gloires qui
fontici.
Il s'éloignoit en tenant cediſcours,entrons
dans ce petit ſentier qui s'offre à nous , lui
ditHermas.
Ce ſentier quoique d'abord un peu ſombre
, s'éclairciſſfoit à meſure, qu'on avançoit,
&il alloit enfin aboutir au plus beau Pays du
monde, & qui étoit ſous le plus beau Ciel.
A l'entrée de ce Pays ils virent une autre
Gloire qui ſourit avec douceur en les
voyant , qui ne ſe vanta point , qui cependant
avoir l'air noble & majestueux ,
& en même tems modeſte ; elle tenoit la
Valeur d'une main & la ſageſſe de l'autre;
tout ce qui l'entourroit étoit reſpectable ;
l'humanité que Francus venoit de voir ſidéſolée,
ſe retrouvoit ici , & n'y montroit qu'un
viſage où ſe peignoient la Paix, la ſatisfaction&
la Joye.
Vous m'enchantez , lui dit Francus en l'abordant;
on ceſſe d'aimer vos compagnes
en les voyant de près , & vous enflammez
ceux qui vous approchent.
Il ſe livroit donc au plaifir de la regarder ,
quandtout à coup un nouveau ſpectacle vint
le frapper; c'étoit une foule de guerriers qui
ΜΑΙ 1746. 1ος
en accompagnoient un qui paroiſſoit . leur
maître; ſa courſe étoit ſi rapide qu'ils avoient
peine à le ſuivre , & il ſembloit aller punir
un ennemi téméraire. Ce qui ſurprit le plus
Francus , ce fut de voir à côté du Guerrier
cette aimable Gloire à qui il venoit de parler
, mais dont les traits auparavant fi doux
avoient alors je ne ſçais quoi de menaçant
&de terrible .
Francus n'avoit pas eû le tems de reconnoitre
le Guerrier qu'il avoit vû paſſer. Il
avança dans le Pays , lorſque quelque tems
après il en fortit un cri général de douleur :
Qu'entens-je ?dit- il à Hermas , qu'elle confternation
ſubite ſe répand ici ? dequoi s'agit-
il ? où va ce peuple qui fond en larmes ?
Il interroge alorstous ceux qu'il rencontre;
que vous eſt il arrivé ? leur diſoit- il , je vous
vois troublez ; vous invoquez les Dieux ,
qu'elle eſt votre infortune
Hélas! il ne vit peut- être plus, lui répondoient
les uns; nous allons le perdre;crioient
les autres : eh !de qui donc parlez-vous ? répondoit-
il à fon tour : de lui; eh ! de qui
pourroit-ce être ſi non de lui , de ce Roi notre
pere , notre ami ,& notre maître ? Que
l'ennemi eſt heureux , & que nous ſommesà
plaindre !
Francus à l'aſpect d'une affliction ſi univerſelle
, & dont il voyoit de ſi prodigieux
Ex
106 MERCURE DE FRANCE.
effets , ne pût s'empêcher de pleurer lui
même , & de partager une tendreſſe dont
il n'avoit pas eû encore la moindre idée.
Il continue d'avancer , & comme les inftructions
que lui donnoit Minerve devoient
être rapides , ſur la fin du jour, il vit la
joye fuccéder inſenſiblement à l'affliction ;
il entendit un cri d'allégreſſe aufli général
que l'avoit été le cri de douleur; il vit ce
méme peuple s'égarer dans les raviſſemens ;
il vit des tranſports qu'une joye , même en
démence, n'auroit pu imiter.
Francus étoit pénétré d'étonnement. Eh !
que! eſt donc ce Roiſicher , & en même
tems ſi intrépide& fi glorieux ? dit il dans ſa
ſurpriſe; quelle gloire que la ſienne ! je ne
l'imaginois pas ; puiſſent les Dieux m'en accorder
une pareille : C'eſt celle de ton pere
que tu choiſis , & tu es actuellement dans
ſon Empire , lui dit alors Minerve qui ſe manifeſta
: le Roi que tu allois trouver n'eſt
plus; des Ambaſſadeurs arrivent demain à
JaCour de ton pere, ils viennent de la part
des peuples t'y reconnoître pour leur Maître;
hâte - toi toi -même de rejoindre ton
pere & profites des leçons que tu as reçues.
ΜΑΙ 1746. 107
EXTRAIT d'une lettre de M. d'Arget
Secretaire du Roi de Prufſe au Baron de
Sparre Ministre de S. M. P.à la Cour
de Suéde.
VOU Ous ne devez pas douter de toute mon
ardeur à chanter votre jeune Prince ,
& marquer la fincérité de ma joye ſur un
événement auſſi heureux ; votre amitié m'en
preſſe& les ordres de vos Dames ſuffiroient
pour me décider , mais ma Muſe ne ſeconde
pas mon inclination ; j'ai fait des efforts qui
n'ont pas réuffi...
Pour célébrerle fils des Vertus & des Graces
J'ai vainement monté ſur l'Hélicon :
L'aimable Ovide & le Chantre des Thraces
Ont préſenté mes voeux au puiſſant Appollon :
Ami , m'a dit ce Dieu , ton zéle eſt témeraire ;
Dans tes vers ne crois pas peindre Adolphe en ce
jour ;
Il faudroit les talens que réunit Voltaire
Pour rendre dignement tous les traitsde l'Amour.
Les conſeils d'un Dieu font des Arrêts
ſans appel; permettez-donc , mon cherBaron
, que je me renferme dans la ſincérité
de mes voeux.
Evj
108 MERCURE DE FRANCE.
Que fur ce Prince heureux la Nature raſſemble
Ses préſens les plus précieux !
Qu'il imite fon pere & ſuive ſes ayeux !
Pour être Grandqu'il leur reſſemble !
4.
• Le jour de ſa naiſſance eſt un jour fortuné
Dontje tire un heureux préſage ;
C'eſt le même où mon Roi par les Dieux fut
donné ;
D'un régne glorieux cette époque eſt le gage ;
Toujours Grand dans la guerre & Grand dans le
repos;
Ila déja ſa place au Temple de Mémoire ,
Et le jour qu'il naquit fut marqué par la Gloire
Pour la naiſſance des Héros.
*Le Prince de Suéde est né le 24Janvierjourde
Janaiſſance duRoi de Pruſſe.
:
ΜΑΙ 1736.. τος
AD PRUDENTISSIMUM fortif
fimum Saxoniæ Comitem , nec non
Franciæ Mareſcallum .
INtefortunam virtus ,prudentia cafum ,
Servilemfuperatſpes generosa metum,
Tefequiturfortuna comes, prudentia ducit ;
Nulla , nifi excipiam numinisarma, times.
Pergito , te quocumque vocat Rex , te duce miles
Victor ovat , Rex , te milite victor, erit.
Follet Musicien à Angers.
TRADUCTION.
TAA valeur , fier Saxon , unie àtaprudence
Sçait bannir toutecrainte au milieu des hazards ;
Surdes projets certains fondant toneſperance,
Tudeviens tous les jours pour nous un autre Mars:
Ton nom feul t'annonçant aux deux bouts de la
Terre,
Tarendu formidable en toustems , en tout lieu s
10 MERCURE DE FRANCE.
Pleind'unſaint reſpect pour ton Dieu ,
Ton coeur ſçait tout braver excepté fon Tonnerre.
Aubruitde tes exploits , ſous un Roi glorieux,
Vole de victoire en victoire ,
Sûrde vivre àjamais au Temple de Mémoire ,
Ainſi que le ſoldat de vaincre ſous tesyeux.
Par M.le Jolivet Benéficier de l'Eglise
d'Angers.
NOUVELLES LITTERAIRES ,
L
DES BEAUX ARTS , &C.
:
aux
ETheatre Anglois tom. III. L'accueil
favorable que le public a fait
deux premiers volumes de cet ouvrage
étoit bien capable d'encourager le Traducteur
à poursuivre ſon travail avec vivacité;
voici un troiſiéme volume , &l'on
nous flate que nous n'attendrons pas longtems
le quatriéme qui ſera peut-être imprimé
dans le même tems que ce que nous
'écrivons ici .
.M..deL. P. refute ſolidement dans un
Préface judicieuſe les objections que l'on
avoit faites contre Sakeſpéar , car beaucou
1
ΜΑΙ 1746. 111
de gens qui ne jugent que par comparaiſon ,
font toujours prêts à condamner ce qu'ils
n'ont pas encore vû , & malheur à qui oſe
s'étendre au delà de la ſphére étroite de leurs
idées , dès - lors ils le croyent égaré , parce
que leurs foibles yeux ne peuvent le ſuivre.
Il ne faut faire aucun doute que la plupart
desbeautés qui ſont dans Sakeſpear produiroient
un grand effet ſur notre Théatre, fi elles
étoient préſentées avec affés d'Art , &
les mêmes gens qui s'élévent contre , qui
reclament l'autorité des régles Dramatiques
pour combattre la raiſon , ſeroient émus
comme les autres,& reviendroient peut- être
de leurs préventions ; en effet le raiſonnement
le plus convainquant que l'on put faire
ſur ce ſujet , feroit une piéce où ces hardief
ſes ſeroient employées par un homme de
génie : onn'auroit rien à répondre à ſon ſuccès
: c'eſt ſur les exemples de ces ſuccèsque
les régles ont été faites; denouvelles beautés
doivent donc amener de nouvelles régles.
Le but de tout Auteur Dramatique est
d'émouvoir les ſpectateurs ; le moyen qu'il
doit employer eſt l'imitation la plus parfaite
de la Nature; l'art dont il doit ſe ſervir eſt de
choiſir pour objet de ſes peintures les caractéres,
les événements les plus propres à faire
une vive impreſſion; fi ce raiſonnement eft
yrai , il faut convenir que Sakeſpear a qu
112 MERCURE DE FRANCE.
ſouvent raiſon , & que nous avons ſouvent
tort. La forcede ſes caractéres , les mouvemens
impétueux de la haine & de la vengeance,
les évenemens terribles qu'amenent
ces paffions , le ſang qui ruiſſele ſouvent fur
ſon Théatre ont révolté quelques lecteurs
délicats dont les moeurs douces, l'ame foible
&l'eſprit fauxs'accommodoient mal de cette
force de pinceau ; cependant quoi de plus
capablede faire une vive impreſſion! lacritique
de ces Cenſeurs ne roule -t- elle pas
même ſur ce qu'ils ont été trop fortementaffectés
, & par conféquent ſur ce que l'Auteur
a trop bien atteint ſon but?
C'eſt perdre du tems que de raiſonner
long-tems ſur les choſes de goût ; les gens
qui font faits pour ſaifir le vrai s'entendent à
demimot; une éternité de diſcuſſion neperſuaderoit
pas les autres. Nous n'ajouterons
àceci qu'une choſe qui a déja été dite , c'eſt
que l'Amourqui eſt l'ame de nosTragédies
eft de toute les paſſions la moins theatrale;
c'eſt celle qui prête le plus à des développemens
de coeur, àdes diſtinctions délicates faites
pour occuper l'eſprit & non pour remuer
le coeur,& ce goût de tout éxaminer du
côté de l'eſprit eſt aſſés géneralement celui
denotre ſfiécle; ces détails où un perſonna
ge expoſantl'état de fon ame , apprend au
ſpectateur les differents chemins que l'A
ΜΑΙ 1746: 113
mour a pris pour ſurprendre ſon coeur , les
mouvemens contradictoires qu'il y excite
&c. que font- ils autre choſe que des differtations
miſes endialogue ? Eſt - ce là laTragédie
? Mais les mouvemens même les plus
impétueux de l'Amour ne font pas auffi
Tragiques que ceux qui naiſſent des autres
ſentimens ou des autres ſituations ; la raiſon
en eſt peut-être , que l'expérience prouve
que l'Amour eſt aſſes ordinairement une
paffion peu durable & toujours peuſérieuſe.
On ſe conduit au Théatre avec les perſonnagesTragiques
comme dans le monde avec les
hommes ; on plaint beaucoup plus un homme
qui perd ſon bien que celui quiperd ſa
Maitreſſe; auſſi l'Amour ne brille-t- il jamais
plus au Théatre que quand on le ſacrifie
à de grands intérêts , alors le perfonnage
amoureux s'étant emparé de l'eſtime
des ſpectateurs , l'Amour participe à l'intérêt
qu'on prend à l'Acteur , & s'annoblit ,
pour ainſi dire , de la dignité qu'on a acquiſe
en le ſacrifiant. En voilà beaucouptrop fur
cette matiere ; nous ne doutons pas que ce
volume ne ſoit reçu auſſi favorablement que
les deux autres. Le Traducteur fait toujours
briller dans ſon ſtyle la même élégance :
pourquoi s'eſt-il abſtenu abſolument de rien
traduire en Vers dans la Tragédie de Jules
Céſar; la raiſon qu'il en donne ne nous pa114
MERCURE DE FRAN CE.
d'éviroît
pas ſuffifſante. Il convient fans doute à
touthomme , quelque talent qu'il ait ,
ter de ſe rencontrer en comparaiſon avec
l'illuſtre M. de V. mais cet Académicien ne
s'eſt ſervi dans ſon Céſar que de la harangue
d'Antoine au peuple , ainſi dans tout le reſte
M. de la P. pouvoit donner l'eſſor à fa
Verve.
ESSAI fur les Monnoyes ou Réflexions
fur le rapport entre l'argent & les denrées , à
Paris 1746 in 4. chés Coignard&de Bure.
Venalitas victualium rerum emptoris debet
ſubjacere rationi ... atque ideo trutinatisomnibus
& ad liquidum calculatione collectâ
diverſarum rerum pretia fubter affiximus
ut omni ambiguitate ſummotâ définitarum
rerum debeat manere cuſtodia.
Caffiodor Lib. II . C. II .
L'Auteur de cet ouvrage s'eſt propoſé de
mettre, s'il ſe peut, à notre portée ce que
les anciens nous ont laiſſfé par écrit ſur le
Commerce & fur les Finances.
Après avoir poſé quelques principes généraux
il a tenté de remonter du connu à l'inconnu,
en combinant ce qui peut influer
fur le prixdes choſes, comme la multitude
du peuple , l'abondance ou la ſtérilité , la
paix ou la guerre , la propagation ou l'abandonnement
du Commerce , le plus ou le
ΜΑΙ
1746. 115
moins d'argent , & la hauteur des eſpéces ,
auſſi bien que la proportion entre les effets
qui ont quelquefois cours dans les payemens.
On compte qu'il ne fautjetter qu'une
certaine quantité de poiſſons dans une certaine
quantité d'arpens d'eau, & qu'une terre
d'une étendue marquée ne comporte qu'un
tel nombre de colombiers , de troupeaux :
feroit - il abſolument impoſſible d'eſtimer de
même le nombre du peuple contenu dans
une Ville , dans un Etat , dans le Monde ?
Il a conſidéré que les diverſes denrées ont
des rapports conſtants qui ſe ſuivent preſque
toujours d'extrêmement près malgré les
changemens qui arrivent dans le nombre du
peuple , dans la quantité des matieres d'or
ou d'argent , & dans la valeur des Monnoyes.
Avant que de balancer avec l'argent
ce qui tombe dans le Commerce , il s'eſt
aſſuré des meſures actuellement uſitées pour
les grains dans la capitale du Royaume &
dans quelques autres endroits , & tant par
leur hauteur , par leur largeur , par leur
poids que par la quantité de pain qu'on en
tire , il a reconnu que depuis plus de 500
ans notre boiſſeau n'avoit point changé ,&
qu'il étoit à peu près le mêmeque celui d'Athénes
& de Rome , puiſqu'un homme s'en
nourriſſoit pendant le même eſpace de tems;
& que le prix du grain qu'il contenoit pou-
.:
118 MERCURE DE FRANCE.
voit ſe renfermer dans certaines proportions
avecdes eſpéces déterminées comme les animaux
, boeufs , moutons &c.
Ces proportions nous fourniffent un
moyen de diftinguer dans les fiécles paffés
les bonnes années des mauvaiſes , qui trouvent
une eſpéce de pierre de touche dans
ces fortes derapports.C'eſt ſur ce fondement
qu'on peut diſcuter le talent , le pondo , la
mine , le denier , le ſeſterce , le Sicle & pluſieurs
autres expreſſions de l'antiquité dont
on nous a préſenté juſqu'ici des idées inſoutenables
, mais qu'il n'eſt pas impoſſible de
rectifier ou de ramener , finon à une évidence
entiére, du moins àun point de vraiſemblance
aſſes ſatisfaiſant . Il donne enſuite
la maniére de faire l'analyſe de toutes les
fabrications des Monnoyes parle caleul &
par les formules Algebriques. Les Tables
qui font voir la valeur du marc d'argent fin
monnoyé , le prix des matiéres auxMonnoyes
, & celui d'une multitude de choſes
depuis 1202 ans juſqu'à préſent , contribueront
beaucoup à éclaircir pluſieurs paſſages
de l'Hiſtoire ancienne & moderne .
BIBLIOTHEQUE de Cour , de Ville &de
Campagne , contenant les bons mots de
pluſieurs Rois , Princes , Seigneurs de la
Cour , & autres personnes illuftres , avec
MAI 1746. 117
un choix des meilleures piéces de Poësie des
Poëtes célébres , Latins & François , tant
anciens que modernes;de penſées ingénieuſes
propres à orner l'eſprit ; d'Anecdotes fingu
liéres , & de remarques critiques ſur différents
ouvrages. Ony trouve auſſi un aſſemblagede
traits naifs , Gaſcons & comiques ,
destraits d'Hiſtoire les plus curieux , & une
collection exacte des bons mots & des
apophtegmes des anciens , nouvelle édition
, conſidérablement augmentée , Paris
1746 , 6 vol. in 12 chés Theodore le Gras.
On voit aflés par le titre de ce Livre qu'il
n'a pas dû couter grande peine à l'Auteur .
dont tout le travail s'eſt borné à copier
ce qu'il avoit ou lû ou entendu dire. Combiende
Livres ſont dans ce cas , ſans que les
Auteurs en conviennent; cet ouvrage a dé
ja été imprimé , & débité avantageuſement ?
c'eſt une eſpéce de magaſin d'eſprit où tout
le monde trouve à ſefournir; des Vers , des
bons mots , des contes , des traits d'Hiſtoire :
on y trouve de tout,
On fent bien que nous ne pouvons pas
nous étendre long tems pour donner l'idéo
de ce Livre ; nous nous contenterons d'en citer
quelques traits qui nous étoient moins
connus que les autres.
ور
Un homme de qualité alla aux Petites
»Maiſons ; il demanda à un fou quelmal il
118 MERCURE DE FRANCE.
- avoit ? Le fou lui répondit : le mal que
nous avons s'appelle vapeur parmi vous
- autres gens de condition , ici on le nom-
>me Folie.
L'Auteur fait une longue collection d'Epitaphes;
mais comment a-t-il ignoré ou
négligé celle-ci , qui étoit encore il n'y a
pas trente ans àS. Severin ?
Ci git deſſous ce marbre uſe
Le pauvre Lieutenant Rufe,
A qui il couta maint écu
Pour être déclaréC ...
A fon frere il n'en coûta rien ,
Et ſi pourtant il le fut bien.
Voiciun coupde Piquet aflés finguliers
■unMiniſtre jouoit au Piquet avec un Cour-
>> tiſan , & la partie étoit de mille piſtoles ;
- celui-ci jugea qu'il le pouvoit faire capot ,
20 & gagner , s'il lui perfuadoit qu'il avoit
■ trois valets dont il avoit écarté un; il comp-
>>ta le point & le reſte de ſon jeu juſqu'à
>>vingt& après avoir révé un moment
,, il jetta ſa premiére carte & compta
> vingt- trois. Le Miniſtre lui demanda de
> quoi il les comptoit: le Courtiſan recom-
„mença à compter ſon jeu , & y ajouta
>> trois valets ; le Miniſtre dit qu'il ne les
>avoit pas nommés avant que de jetter ſa
> premiére carte; le Courtiſan ſoutint le
contraire & offrit de parier cent piſtoles; la
ΜΑΙ 1745.
•propoſition fut acceptée ; le Courtiſan
> condamné par les ſpectateurs , continuant
>>à jouer ſes cartes fit capot le Miniſtre , qui
>> garda l'as du valet que ſon adverſaire avoit
→écarté,
LES CAMPAGNES DU ROI en 1744
1745 Paris 1746 in 12 chés Collombat.
Ily a dans ce Poëme de l'élégance , do
l'harmonie & de l'imagination ,
DISSERTATION fur l'incertitude des ſignes
de la mort l'abus des Enterremens & embaumemens
précipités , par Jacques - Jean
Brubier Docteur en Médecine , ſeconde
Partie , Paris in 12 1746, chés Morel ,
Prault pere , Prault fals & Simon,
Nous parlerons une autre fois de cet ou
vrage qui a pour objet l'utilité publique,
LE PETIT DICTIONNAIRE DU TEMS
pour l'intelligence des Gazettes &des Nouvelles
de la guerre , contenant par ordre
alphabetique la deſcription des Pays où la
guerre ſe fait préfentement , celle des Villes
&Places fortes qu'ils renferment , le détail
de leur ſituation, de leurs fortifications , &
desparticularités qui s'y trouvent , les noms
des Souverains qui les poſſedent , & beaucoup
de traits curieux de l'Histoire , avecun
120 MERCURE DE FRANCE.
petit Kecueil qui renferme l'explication des
principaux termes des fortifications , de
guerre , de la Marine & de la Géographie ,
Paris in 12 chés Ph. N. Lottin .
Nous n'avons pas encore eu le tems de lire
ce Livre que nous nous contentons aujour
d'hui d'annoncer ſeulement.
DISSERTATIONS PRELIMINAIRES pom
forvir à l'Histoire de Sais , à Paris , in 12
1746.
L'Auteur de ces trois Differtations nous
paroît fort bien prouver dans la premiére
que le l'agus Oxymenſis étoit très étendu , &
par conféquentil eſt aſlés autoriſéà en conclure
que c'étoit une des principales portions
de ce que nous appellons aujourd'hu
la Normandie , que c'étoit du tems des Gaulois
le lieu de la réſidence des Ofifmii dont
parle Céſar dans ſes Commentaires , que
ceux qu'on trouve depuis dans la Baſſe-
Bretagne n'en font qu'une émanation , &
que ce fut une Colonie qui yfut tranſplantéepour
peupler une partie du Pays que les
Venetes occupoient auparavant dans cette
Péninſule dont ils avoient été les Habitans
dominans , tranſlation qu'il place apparemment
avant la confection des Itinéraires
Romains & celle de la Notice des Gaules
On y apprend auſſi que les premiers Curio
folise
ΜΑΙ 1746. 121
folites qu'on avoit crû placés au fondde cette
Peninſule font plus probablement les anciens
peuples des environs de Bayeux dont
auneuviéme ſiécle le nomde Pagus Coriliſifus
qu'on leur donnoit confervoit quelque
trace : les raiſonnemens de l'Auteur qui
rendent à la Normandie des peuples qu'on
avoit crû avoir toujours été renfermés dans
la Bretagne , ſe trouvent appuyés par les
obſervations qu'on avoit faites avant lui ,
que les Diablintes étoient auſſi autrefoisdans
le canton de Jublent au Maine , & de
Mayenne , dont ceux de la petite Bretagne ,
s'il y en a eu véritablement , n'auroient été
aufſi qu'une émanation. L'Auteur de cet ouvrage
éclairciſſant cette matiére , fait remar
quer les erreurs de quelques Sçavans de
conſidération qui ont confondu le Pays
d'Auge , contrée de Normandie , avec l'Hiémois
ou Oximenfis. C'eſt auſſi le pur amour
de la vérité qui l'oblige à découvrir le fabuleux
de quelques Legendes & de quelques
Chartes de la Baffe - Bretagne.
Dans la ſeconde Differtation M. l'Abbé
Eſnault s'attache à faire voir que quoiqu'il
ait exiſté une Ville d'Hiemes , qui a donné
lenom au Pays Hiémois , que d'autres appellent
Exmois , il ne ſuit pas néceſſairement
de là , que ce ſoit dans cette Ville que
les Evêques qui ont gouverné ce Pays pour
F
#42 MERCURE DE FRANCE.
le Spirituel ont fait leur réſidence ; qu'à la
vérité c'eſt du Pays Hiémois de la ſeconde
Lionnoiſe que fut Evêque un nommé Litharedus
qui affifta au premierConcile d'Orléans
l'an 511 , mais que c'eſt à Sais qu'étoit
fon Siege Epifcopal , parce que cet Évêque
prenant le titre d'Epiſcopus Oximenſis dans
ſa ſouſcription entendoit par là qu'il étoit
Evêque du Pays d'Hiémois , &non pas de
la Cité d'Hiémes qui n'exiſtoit plus. L'erreur
donc où l'on a été de faire d'Hiémes une Ville
Epiſcopale eſt de la même eſpece que
celle où pluſieurs Picards ont été depuis
quelques fiécles , de faire de Vermandune
Ville Epifcopale. Il faut eſpérer que par la
fuite , tout préjugé mis à part , on reconnoitra
que s'il y a eu quelques Evêques qui
ſe ſoient qualifiés Viromandenſes , c'eſt dans
le même ſens que l'Epiſcopus Oximenfis , &
que commecela ſignifioit l'Evêque du Pays
Hiémois, l'Evêque des Oſiſmiens , de même
Epifcopus Viromandenfis ſignifioit Evêque du
Pais de Vermandois, l'Evêque desVeromanduens.
Il réſulte du ſyſtême de M. l'Abbé
Eſnault qu'il faut regarder comme une faufſe
tradition la tranſlation du Siege Epifcopal
d'Hiémes à Sais , d'autant plus même
qu'on l'établit ſur un ſoufflet donné à l'Evề-
que par le Comte du lieu , ce qui paroît fabri
qué à plaiſir. Ici cer Auteur fait l'apoΜΑΙ
1746.
123
logie de l'ortographedu mot Sais, que l'uſage
fait écrire mal à propos Seez. Il paroît que la
raiſon eſt de ſon côté , puiſqu'en effet on
prononce Sais comme mais , &non pas Séz
en accent aigu , & que dans le Latin on a
toujours dit Sagium ou Saium , & jamais
Seium , ni Segium.
M. Eſnault diſcute en ſa troifiéme Differtation
le tems de l'établiſſement de la Foi
dans la ſeconde Province Lyonnoiſe dont
Sais fait une partie ; il n'y a perſonne qui ne
ſe rende à l'argument qu'il tire de la lettredu
Pape Innocent I. à S. Victrice Evêque de
Rouen, laquelle eſt de l'an 404 , pourprouver
qu'il y avoit dès-lors plus d'un Evêque
dans cette Province , puiſqu'il lui parle de
ſes Suffragans. Il eſt vrai qu'il n'en marque
pas le nombre , mais on doit croire que S.
Exupere étoit mort le ſrécle précédent à
Bayeux & S. Jauvin àEvreux , & peut- être
auſſi S. Latuin àSais. Je dis S. Latuin , &
non Sigifbold , car il ſeroit incongru de
placer dans une Eglife des Gaules au quatriéme
fiécle un Evêque d'un nom barbare ;
Landricius qui n'eſt guéres davantage un
nom Latin , & encore moins Hubert , ne
peuvent être non plus admis. Aufſi l'Auteur
ſemble-t- il mieux aimer admettre des lacunesdans
le Catalogue des Evêques de Sais,
que de reconnoitre & fixer irrevocablement
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
ces deux Evêques. Il nous apprend des circonſtances
curieuſes que nous ignorions ſur
la vie de S.Latuin, ſur le projetde l'enlévement
de ſes Reliques qui fut ſans effet , parce
que le peuple d'Anet auroit joué la même
Tragédieque cellequi futjouée par le peuple
deMontreuil en Picardie lorſque M.de CaumartinEvêque
d'Amiens voulut emporterde
celles de S. Vulfly. L'Auteur a raiſon de regreter
lapertedu petit ouvrage en vers François,
imprimés ſur ce Saintvers l'an 1500;
Pour le dédommagerde cette perte, il permettra
que nous lui indiquions leMiſſelde
Saisimprimé lamême année 1500. à Rouen,
Ilyverra la Fête de S. Alnobert Evêque de
Seez à neuf Leçons le 16 Mai; celle de S.
Latuin auſſi à neufLeçons le 20 Juin , &
celle de S. Godegrand qui y eſt appellé
Gordianus pareillement à neufLeçons le 3
Septembre. Il n'y a au Calendrier que ces
troisEvêques (de Seez , mais S. Julien premier
Evêque du Mans y eſt Duplex in omnibus&
en lettres rouges. Il ſemble qu'on le
regardoit comme l'un des Apôtres duDio
céſedont le ſien eſt voiſin. L'Auteur a granderaiſon
d'exhorter ceux qui ont des Mémoires
ſur le Diocéſe de Sais à les lui communiquer
; puiffent ſes demandes parvenir
juſqu'à ceux qui ont les Mémoires qu'avoit
dreſſés Abbédes Thuilleries , & être exau
MAI 1746 125
cées! Unpouillé eſt auſſi une des choſes qu'il
promet , laquelle ſera très - utile aux amateurs
de laGéographie Topographie. Il eſt
à ſouhaiter que nous ayons celui de tous les
Diocéſesde France pour l'avancement de la
Notice du Royaume d'une maniére auſſi
exacte que fera celui que M. l'Abbé Eſnault
donnera.
TRAITE' des Testaments , codiciles , donations
, à cause de mort , & autres difpofitions
de derniére volontéſuivant les principes &les
décisions du Droit Romain , les Ordonnances,
les Coûtumes & Maximes du Royauume, tant
des Pays de Droit Ecrit , que Coûtumier , &
la Jurisprudence des Arrêts; par Me. Jean-
Baptiste Furgole Avocat au Parlement de
Toulouſe , tom. II. à Paris au Palais , chés
Jean de Nully Libraire Grand'Sale, du côté
de la Cour des Aides , à l'Ecu de France &
à la Palme , 1746 in 40 .
Dans ce II tom.l'Auteur traite du pouvoir
duTeſtateur , des biens qui peuvent ou ne
peuvent pas faire la matière des diſpoſitions
teſtamentaires , des conditions ; charges ou
modes que le Teſtateur peut impoſer; le tout
avec l'étendue que mérite une matiére ſi
curieuſe& fi épineuſe.Comme le plus grand
nombre des queſtions contenues dans ce ſecond
volume ſont puiſées dans le Droit
Fiij
26 MERCURE DE FRANCE.
Romain que nous avons adopté par notre
Jurisprudence au défaut des Coûtumes &
des Loix poſitives ſur un ſujet auſſi important
, l'Auteur a eu foin de relever ainſi qu'il
l'a fait dans ſon premier volume donné au
public en 1745 , les écarts dans leſquels la
plupart des Interpretes du Droit font tombés
, de forte qu'il y a lieu d'eſpérer que le
public ne recevra pas moins favorablement
ce ſecond tome que le premier ; le prix de
ce ſecond volume eſtde 8 liv. relié.
t
Or trouve chés le méme Libraire les
puvrages ſuivans.
COUTUMES de la Province du Comté-Pairie
de la Marche , reffort du Parlement de
Paris , avec des obſervations eſſentiellement utiles
pour les entendre dans le ſens & l'énergieonelles
doivent l'être,selon les uſages àpré-
Sent reçûs en ladite Province , & l'autoritédes
Sentences du Préſidial &Sénéchauffée Royale
de la Ville de Gueret Capitale de lamême Province
, &des Arrêts de ladite Cour du Parlement
, qui font intervenus en conséquence ;
on a joint toutes les Ordonnances , Edits , Déclarations
& Arrêts de Louis XV. concernant
la Jurisprudence nouvelle , par M. Couturier
deFournoue, Ecuyer Conſeiller Secretaire du
Roi , Maiſon Couronne de France , & ancien
Conſeiller & Procureur du Roi au Pré
ΜΑΙ 1746. 薑之
fidial & Sénéchauffée de laMarche , volume
in 8. 6 liv. relić.
LES COUTUMES de la Marche expliquées
interprétées ſuivant les Loix , les meilleurs
Aureurs , & les Arrêts intervenus , par Me.
Jabely ancien Avocat au Parlement. Nouvelle
Edition , revûe , corrigée ,& conferée
avec la Coûtume de Paris , avec de nouvelles
Annotations , par Me. Germain- Antoi
ne Guyot , Avocat au Parlement ; volume
in 12 3 liv. relié.
COUTUMES du Haut & Bas Pays d'An
vergne avec les Notes de Me. Charles da
Moulin , & les Obfervations de Me. Claude
Ignace Prohet. Nouvelle édition , revue ,
corrigée& augmentée de nouvelles Notes,
dont les principales font fur les articles de la
Coûtume qui ont été abrogés ou changés
par les nouvelles Ordonnances du Roi Louis
X V. par Me ***, Avocat en Parlement ,
dédiéés à M. le Maréchal de Noailles'; deux
vol. in 8.12 liv, reliés,
Ces trois Coûtumes s'impriment à Cler
mont - Ferrand avec privilége du Roi , chés
Pierre Viallanes , Imprimeur Libraire , rue
de la Treille près les PP. Jeſuites.
M. l'Abbé Garnier Docteur en Théo
Fiiij 1
128 MERCURE DE FRANCE.
logie , donna Dimanche 1. Mai 1746 à 3
heures pour l'ouverture de ſes Conférences
publiques &gratuites en faveurdes jeunes
gens une Differtation ſur les grands avantages
qu'on retire tous les jours de la connoiſſance
de la Géographie & de la Chronologie
, & il continuera ſes leçons fur ces
ſciences les Lundis & Jeudis de chaque ſemaine
à 1 heure moins un quart dans une
des ſales du Collége de la Marche.
DIMANCHE SUIVANT 7 du préſent
mois, à la même heure , M. l'Abbé le Tort
Bachelier en Droit lut un Mémoire contenant
les ſentimens des Philoſophes anciens
&modernes de toutes les Nations ſur la
création de l'Univers , & il traitera de l'Hiftoire
engénéral depuis le commencement
du monde juſqu'à préſent: ilferaſes Leçons
leMardi& le Vendredi dans le même Collége
à midi trois- quarts.
LE SIEUR Dernis chef du Bureau des
Archives de la Compagnie des Indes eut
l'honneur le Lundi de Pâques II du mois
dernier de préſenter au Roi une Carte dont
on a fait mention dans les Mercures précédens
, qui porte pour titre : Parités reciproquesde
la livrenuméraire instituéepar l'Empereur
Charlemagne , proportionnement àl'angMAI
1746. 129
mentation du prix du mare d'argent , arrivée
depuis son régne jusqu'à celui de Louis XV.
leBien -Aimé, avec une ample explication.
On avertit ceux qui ont acheté ou qui
voudront acheter cette Carte , qu'ils trouveront
l'une & l'autre chés le Sieur Beaumont
ſur le Pont Notre Dame à l'Enſeigne
du Griffon d'or ,& chés l'Auteur à l'Hôtel de
la Compagnie des Indes .
Abregé de la Carte préſentée au Roi par
le Sieur Dernisle 11 Avril 1746.
Chaque Roi a une ligne &une colonne
qui lui font affectées , excepté S. M. qui en a
deux, à cauſe des deux Epoques de 1720
&1726.
La ligne fait voir la valeur de la livredu
Roi , dont le nom est en marge , en Monnoye
des autres Rois antécédens ou ſubſéquens.
Et la colonne apprend quelle eſt en
monnoye du Roy , dont elle marque le
nom , la valeur de la livre de tous les autres
Rois anterieurs ou poſterieurs.
Pour trouver la valeur reſpective de la livre
de deux Rois , tels que l'on voudra
choiſir , voici la regle.
Si c'eſt, par exemple, Charles V. & François
I. la valeur de la livre de ce Roi
ſe trouve ſur ſa ligne dans la colonne de
Charles V. & la valeur de la livre de celui
Ev
130 MERCURE DEFRANCE .
ci ſur ſa ligne , & dans la colonne de Françoispremier.
Il en eſt de même detous les
autresRois.
Ony trouve par exemple que 20 folsdu
tems d'Henri IV. équivaudroient à deux
livres 8 fols de notre monnoye, 20 fols du
tems de Louis XIII à une liv. 15 ſols 3 den.
20 fols du tems de Louis XIV à une livre
4fols 11 den. & enfin 20 f. de l'époque de
1720 à 8 f. 4 d. de l'époque depuis 1726.
Le Public eſt averti qu'après le decès
de M. le Chevalier de la Roque , Auteur
duMercure de France , il eſt reſté pluſieurs
fuites complettes de ce Journal commencé
au mois de Juin 1721 &continue juſqu'au
mois d'Octobre 1744 incluſivement ; ceux
qui voudront acquerir le tout ou partie
pourront s'adreſſer à M. de la Roque , frere
del'Auteur , qui leur en fera une compo
ſition raiſonnable : fa demeure est vis-à vis
la Comédie Françoise chez M. Procope.
Comme il peut ſe trouver des perſonnes
qui ont déja des ſuites de ceJournal & qui
peuvent être défectueuſes , en ce cas on
pourra leur fournir les volumes qu'ils n'aurontpas.
ΜΑΙ 1746. 11
ARREST du Conseil d'Etat du Roidu 15 Avril ,
qui ordonne que dans le tems de deux années tous
ceux qui ontfouferit pour le Livre intitulé : Grammatica
Hebraica & Chaldaica , & Lexicon Hebraïcum
& Chaldaicum , Auctore D. PETRO
GUARIN , feront tenus de retirer des mains du
fieur COLLOMBAT les Exemplaires dudit Livre .
Extrait des Registres du Conseil d'Etat.
SConfeil parJacques
Ur la Requête préſentée au Roi étant en fon
F. Collombat, premier Im
primeur ordinaire du Roi , &des Cabinet & Maiſon
de Sa Majesté ; contenant qu'il a achevé d'im .
primer en trois volumes in-quarto un Livre inti
tulé : Grammatica Hebraica & Chaldaica , & Le
xicon Hebraicum & Chaldaicum , Autore D. Petro
GUARIN , Monacho Ordinis Santi Benedicti è Con
gregatione Saniti Mauri , propoſé par Souſcription :
partie des Souſcripteurs ont retiré les premier &
ſecond volumes , d'autres ne les ont point encore
retirés : comme il eſt important au Suppliant ,
pour le mettre , & fa Famille , à l'abri de toutes
recherches , que le tems de la délivrance de ce
Livre aux Souſcripteurs foit limité à un certain
tems , paffé lequel les Souſcripteurs ne feront plus
reçûs à ſe prévaloir de leurs Souſcriptions ; il a été
conſeillé de recourir à l'autorité de SaMajesté ,
pour lui être fur ce pourvû : Requeroit à ces cau-
Tes le Suppliant qu'il plût à Sa Majesté ordonner
que pendant le tems de dix - huit mois ,
ou tel autre délai que Sa Majefté jugera à propos
de limiter, ceux qui ont ſouſcrit pour ledit livre
intitulé : Grammatica Hebraica & Caldaica , & Le-
Ficon Hebraicum & Cabda.cum,feronttenus de re
Fy
132 MERCURE DE FRANCE.
,
fans
tirer des mains du Suppliant les trois volumes duditlivre
, paffé lequel tems de dix-huit mois ou
anuredélai , leſdits Souſcripteurs feront&demeurerontdéchus
des avantages de leurs Souſcriptions,
&tenus de payer le prix dudit livre, comme s'ils
n'avoient pas ſouſcrit , à la déduction néanmoins
de ce qu'ils auront payé pour ſouſcription
qu'ils puiffent prétendre aucune remiſe , ſous
quelque prétexteque ce puiſſe être, Vú ladite Requête,
Signee POITEVIN DU LIMON : Oui le
rapport ; le Roi étant en ſon Conſeil , de l'avis de
M. le Chancelier, a ordonné & ordonne que dans
le tems de deux années , à compter du jourde la
pubilcationdu préſent Arrêt , tous ceux qui auront
You crit pour le livre intitulé : GrammaticaH
braica& Chaldaica, & Lex.con Hebra cum &Chalda
cum , feront tenus de retirer des mains du ſieur
Collombat les Exemplaires dudit livre , finon , &
àfaute par euxdele faire dansledit tems ,& icelui
paffé, leſdits Souſcripteurs demeureront déchusdes
avantages de leurs Souſcriptions ,&tenus
de payer le prix dudit livre , ainſi que s'ils n'avoient
pas ſouſcrit , à la déduction néanmoins
des ſommes par eux payées lors des Souſcriptions
par euxfaites, deſquelles il leur ſera tenu compte.
Ordonne Sa Majeſté que le préſent Arrêt ſera imprimé
, publié & affiché par tout ou beſoin ſera.
FAIT au Conſeil d'Etat du Roi , Sa Majesté y
étant, tenu à Verſailles le Is Avril mil ſept
cent quarante fix. Signé , PHELYPEA UX.
ESTAMPES NOUVELLES.
L
E fieur PETIT Graveur rue 5. Jacques entre
la rue des Noyers&la ruedesMathurins , quí
continue degraver avec ſuccès la ſuite desHom
ΜΑΙ. 1746. 138
mes Illuftres du feu ſieur Deſroohers Graveur or
dinaire du Roi , vient de mettre au jour les deux
Portraits fuivans.
ANNE-CHARLOTTE DE LORRAINE ſoeur de
François-Etienne de Lorraine , Grand Duc de
Toſcane , née le 17 Mai 1714. On lit ces Vere
aubas.
Par mes vertus , par mes attraits,
Jeregnefans couronne , & je puisdire
Que j'ai le monde pour Empire ;
Que tous les coeurs ſont mes ſujets.
LE PRINCE MENKI BENOIST , ſecond fils de
Jacques STUARD,né à Rome le 25 Mars 1725 ce
Fortrait eſt haut de 9 pouces & 6 lignes fur envi
ron ſept pouces & demi de largeur ;il eſt le pendant
de celui du Prince Charles Edouard fon frere
aîné que vend lemême graveur.
Madame de Vanhovevient de faire graver avec
privilegeexclufif toute lesCartares Francoises avec les
Nois de Sceaux, compoſéespar feu M. Bernier
Maîtrede Mufique de la Chapelle du Roi : elle
les vend chés elle, ruedes PetitsAuguftins Fauxbourg
SaintGermain , vis à-vis la rue des Marais,
àcôté d'un Epicier ; elle les donne à vendre chés
Nully Libraire a Palais, & chés Poilly rue Saint
Jacquesà l'Eſperance ,vis-à-vis celle du Plâtre.
134 MERCURE DE FRANCE
S
ODE en ſtrophes libres à M. Titon du Tilles
Surlamori deM. de l'Argilliere Chancelier
ancien Directeur de l'Académie Royale
de Peinture & Sculpture.
T'Argilliére defcend dans la nuit du tombeau
Cher Titon , tu verſes des larmes :
Appollon , comme toi , dans de vives allarmes
Gémit ſur le double côteau .
Enproyeà ſa douleur funebre
LeDieu ſe retraçant tant d'ouvrages parfaits ,
Veutque lechevalet de ce Peintre célébre
Soit ſonpupitre déſormais.
De fon côté Venus enrichit ſa toilette
Ducoloris brillant que produit ſa palette ,
Et l'Amour qui puiſa dans ſesrians tableaux
Le goût , le naturel , la douceur , la décence ,
Pour foumettre à coup sûr les coeurs à ſa puiſſance ,
Fait des fleches de ſes pinceaux.
EPIGRAMME de M. Desforges Maillard
dont M. de Largilliere àfait le portrait.
PEintre admirable , dont la main
Fit éclore mes traits fous ton pinceaudivin;
Ce tableau, quand le ſort te prolongeoit la vie ,
'. ΜΑΙ 1746. 35
1
M'étoit cher , par rapport à moi;
Apréſent qu'elle t'eſt ravie ,
Conſervantdans mon coeur ta mémoire cherie ,
Je l'aime par rapport à toi.
cor
On adû expliquer les Enigmes & les Logogryphes
du Mercure d'Avril par la Langue , l'Alphabet,
lefen, Procureur Septuagenaire . & Comédie.On trou
vedans le premier Logogryphe porc,puce , pou , cou
roue , coeur , cû , ver , ros , peur , rue coureur
proue , Curé , pré & cour. Dans le ſecond Perfe,panier,
Sage,gaieté , vin , nuage , ver , Serpe , pain , ris , vi
Sage, gant, peste, rage, un, ſept , aune,pinte, gain, perto,
Ange, argent, Negre , jeûne , esprit , Egée , pic , air
eau , vigne , épée geniévre , Enée , âne, an , vie, Juge,
pâté , si , ut , re , vis , Penates , patin , Sarat Agar.
On trouve dans le troiſiéme mode, mic, Medoc , Ode
Mi , Die , Dece , Médie , Come , Code & Dome.
EXPLICATION
Dupremier Logogryphe du mois d'Avril
Q
Uand je vois dans un mot Curé , puce , &
Coureur ;
Ver, porc , coup , cor & proüe ;
Peur , cou , pré , roc , &roue :
Je me dis aufſſi-tôt, Ah ! c'eſt un Procureur .
DE LA LAURE,
36 MERCURE DE FRANCE .
EXP LIC A TIO N
Du dernier Logogryphe
Auxgens d'un certain age ilfaut laiſſer la mie;
La mode au ſexe feminin ;
Le Code à l'Avocat poupin ;
Aux Mahométans la Médie :
L'Ode au Poëte badin ,
Et l'aimable Gauffin jouer la Comédie,
Par Mlle Formel de Vitry-le François.
ENIGME
PAR de tendres chansons , par rule & par
adrefle
Je ſeduis les paſſans ,&c'eſt tout monemploi.
Jadis j'eus la douleur de voir un Roi deGrece
Mépriſer tous mes foins par un traitde ſageſſe,
L'honneur & la vertu ne me font point la loi.
La forme demon corps eft tout à fait étrange ,
Etmamoitiéd'en bas cauſe un horrible eſtroi
ΜΑΙ , 1746. 13%
Onvoit en ma perſonne un monstrueux melange ,
Et , ſans exagerer ,je reunis dans moi
Lamalice d'un diable & labeauté d'un ange.
ParM. Cotterean Curé de Donnemarie.
LOGOGRYPΗ Ε.
N
E cherche point quel eft mon pere ;
Mon origine eft extraordinaire.
Trompé par la fin de mon nom
Ne vas pas me croire Breton.
Parmi mes pieds j'en ai fix remarquables ,
Deux deſquels font en tout ſemblables ;
Dans cinq ans tous fix paroitront ,
Et l'an qui courra marqueront,
Mes autres pieds , & tu veux les connoître ,
Je puis ici te les faire paroître ,
Et fans tourner autour du pot ,
Te les preſenter dans un mot.
Tu les peux voir , & la choſe eſt aiſée
En coupant la tête à Theſée.
138 MERCURE DE FRANCE.
Le ſieur Briari quidemeure dans laCour
&rue Abbatiale de Saint Germain des Prés
à Paris , continue de compoſer une Effence
d'Ogni Fiori ou de toutes fleurs , d'une
odeur agréable ; on en met quelques goutes
dans l'eaudont on ſe lave après avoir éré
rafé ; elle rend l'eau laiteuſe ; les Dames
s'en ſervent pour ſe décraffer & rendre la
peau douce & unie; elle ne nuit point au
teint ; il la vend 24 f. l'once.
Il continue avec ſuccès à faire la vérita
ble Eſſence de Savon à la Bergamotte , &
autres odeurs douces , dont on ſe ſert pour
la barbe au lien de Savonette ; les Dames |
s'en ſervent auſſi pour ſe laver le viſage &
les mains; il la vend huit fols Ponce : il aver
tit que les bouteilles ſont toujours cachetées
&qu'autour du cachet on lit fon nom & fa
demeure ; on voit auſſi une petite bouteille
empreinte dans le milieu du cachet où ily
ale nom de la liqueur , comme à l'ogni
Fiori. Les plus petites bouteilles ſont d'environ
cinq onces.
Il fait auſſi de très - bons Cuirs à repafſer
les raſoirs avec leſquels on peut ſe paſſer
de pierre à éguifer; il lesvend depuis quarante
ſols juſqu'à ſoixante à un feul cô
té, &depuis 4 liv. juſqu'à 8 à deux côtés dil,
ferents; ildonnela maniere de s'en ſervir.
3
১
138
1
& 1
àF
ce
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F
MAI. 1746. 139
}
وا
**********
ARODIE
inuets de la Comédie Italienne.
Upréſent je m'occupe ;
Qui le perd eſt dupe.
L'avenir
He fait point fremir .
- Jouir
on unique étude.
is l'inquiétude .
Mes défirs
fantent que d'heureux ſoupirs.
de à vivre dans les plaiſirs;
Mon coeur s'y livre .
Le tems fuit ,
Il me détruit ;
Mes jours
Seront courts ,
is j'en fais uſage ;
les rends variés & charmans ;
ſens , je ſens le prix du tems.
Que l'envie
Et les cenſeure
140 MERCURE DE FRANCE.
Traitent d'erreurs
Les charmes de la vie ,
Je me ris de leurs diſcours.
Plaisirs , enchainez mes jours.
De la treille le doux jus ,
L'art de Momus ,
Mais fans abus ,
4
Du monde font les élus,
Avec Comus
J'unis Venus ,
Glycere
Suit mes leçons ,
Et mes chanſons
Ont le don de lui plaire ,
Et ſa voix
Au fond des bois
Mêle à mes chants
Les plus doux accents.
Lesbois
Aux amans donnent des droits ,
Et de leurs feuillages
Les avantages
Fixent mon choix.
Là ſans effroi ,
Pour gage de ſa foi ,
Ma bergere ſe livre à moi ;
Sa tendreſſfe ,
Sa foibleffe
ΜΑΙ. 1746.
:
Son air interdit ,
Ses yeux , tout me dit
Que de ſa rigueur
Mon amour vainqueur
Rend chere à ſon coeur
Cette retraite.
Chantons à jamais
Tous les attraits
De ſa défaite,
Nos voeux
N'ont d'autre objet que nous deux.
Dieux!
Quels momens délicieux !
Ces lieux
Pour mai font l'image
Des Cieux.
春春春春
142 MERCURE DE FRANCE,
*****
SPECTACLES .
Académie Roiale de Muſique a cont
Lnuéles répréſentations du Templede
la Gloire , & l'on a continué d'y admire
un grand nombre de symphonies dignes de
l'inimitable auteur de la Muſique.Nous avons
promis de rendre compte des changemens
faits au premier acte ; ils ne regardent la
Muſique qu'autant que les paroles font changées
, carà l'égard des divertiſſemens , ils
font à fort peu de choſe près les mêmes , &
il auroit été difficile que l'on n'eut pas perdu
en changeant d'avantage ; il n'eſt rien de
plus agréable que la muſette qui forme enfuiteun
choeur,les deux gavottes en forme
detambourins&les deuxmenuets A l'égard
des paroles , M. de Voltaire ne fait plus paroître
les Muſes , &ne les fait plus braver par
Belus ; ce double ſpectacle étoit d'une ext
cution trop compliquée pour être bien
rendu. Belus étonné d'avoir vû le Tem
ple de la Gloire ſe fermer devant lui , le
trouve au milieu des bergers qui dans leurs
chants célébrent l'humanité, labienfaisance
MAI.
143
1746.
la conſtance ; Belus s'attendrit par degrés
& Lydie qui paroît à la fin acheve d'adoucir
la férocité de ce conquérant injufte.
L'entrée de Belus ſur le théatre eſt d'une
grande beauté, & l'on peut fans riſquer d'en
trop dire , avancer qu'elle eſt digne de l'il-
Juſtre auteur de ce Poëme. Belus paroît dans
le lointain entouré de ſes guerriers , aux
portes du Temple, au milieu des foudres &
des éclairs; il s'avance dans le bocage des
Muſes .
Où ſuis-je ! qu'ai-je vů? non ,jene le puis croire
Ce Temple qui m'eſt dû , ce ſéjour de la Gloire
S'eſt fermé devant moi.
Mes foldats ont fremi d'effroi.
La foudre a devoré les dépouilles ſanglantes,
Que j'allois conſacrer à Mars ;
Elle a briſé mes étendars
Dans mes mains triomphantes.
Le bruit du tonnerre recommence .
Dieux implacables, Dieux jaloux ,
Qu'ai-je donc fait qui vous outrage ?
ai fait tremblerl'Univers ſous mes coups ,
J'ai mis des Rois à mes genoux ,
Et leurs ſujets dans l'eſclavage ;
Je me fuis vengé comme vous ;
Que demandez yous davantage
144 MERCURE DE FRANCE.
Nous aurions ſouhaité que parmi les char
gemens faits en petit nomore à l'acte d
Trajan on n'eut point fait chanter à ce Prin
ce un ramage d'oiſeaux; c'eſt pouffer tro
loin le privilége qu'a la muſique de ne pa
toujours s'accorder avec les convenance
elle peut les eſquiver,mais non les heurter
front ,& l'on ne peut diſconvenir que la pla
fanterie qui a fait dire que déſormais o
appelleroit Trajan , Trajan l'Oiseleur, ne ſo
meritée.
2
On a remis au Théâtre le Jeudi douz
Mars les Amours des Dieux , Ballet repre
ſenté pour la premiere fois le Dimanche
Septembre 1727 ; il reparu pour la fe
conde fois ſur la ſcéne le mardi 18 Ju
1737; l'approbation de M. de Moncrifjus
competant des ouvrages lyriques , appren
que les représentations de ce Ballet ont 10%
jours été reçûes favorablement du publi
Ainſi nous ne nous étendrons pas fur je
ſuccès de la Piéce ; nous avons de bonn
raiſons pour n'en pas louer les paroles
l'Auteur s'en tient au temoignage de l'ap
probateur ; il n'eſt pas homme à prendre
peine de s'encenſer lui -même.
Al'égard de la Muſique qui eſt du g
cieux Mouret , elle eſt naturelle , elle
point ſemée de ces difficultés ultramon
nes ſi bien copiées par quelques comp
ΜΑΙ.
1746. 145
teurs & fi admirées par la ſecte fanatique
des harmoniſtes pédans qui n'eſtiment en
Muſique que les carillons & les charivaris.
L'agréable & ſçavant Auteur du Spectacle de
la Nature à bien developpé ce ridicule entêtement
dans ſon ſeptiéme volume , mais ſa
politeſſe & ſa moderation l'ont engagé à
ſupprimer les traits lesplus caractériſtiques de
ſes peintures. Nous nedonnerons point un
extrait du Prologue &des trois Actes qu'on
a laiffés à ce Baller, Le ſecond Acte eſt ſacrifié
à la ſaiſon de la promenade. Nous ne
parlerons même que ſuccintement de la Mufique
qui est trop connue pour n'être pas fort
eftimée. Nous nous contenterons de louer
les danſes qui ſont variées & très bien exécutées
, & les acteurs qui rempliffent parfaitement
leurs rolles. Jamais , fur tout, les
regrets d'Apollon n'ont été plus touchans
&les plaintes d'Ariane n'ont frappé plus vivement
les connoiffeurs. La Cantatille de
Coronis a été executée avec la legereté &
le goût qu'elle exige. Melles Bourbonnois &
Jaquet ont repondu à l'attente du public qui
a été extrêmement ſatisfait d'entendre Mrs.
Chaffé , le Page , Poirier & Latour.
COMEDIE FRANCOISE .
furce
On n'a rien donné de nouveau ſur ce Théâ-
G
146 MERCURE DE FRANCE,
tre qu'un feu d'artifice qui a été approuvé,
COMEDIE ITALIENNE.
La Coquette Fixée dontle ſuccès a étébril
lant a été ſuivie d'une petite Piéce compoſée
de ſcénes épiſodiques intitulée la Félicité.
les Acteurs en ſont preſque tous des êtres
métaphyſiques , c'eſt l'illuſion, c'eſt le caprice,
c'eſt l'oiſiveté que l'on fait fondatrices de
l'Ordre de la Felicité , aſſociation nouvelle
qui a des Loix &des parties plus galantes que
celles des frei -maçons,
Il y a de l'eſprit dans cette Piéce , &
furtoutune ſcénejouée par M. Riccoboni eft
ſemée de traits neufs & très - vivement
écrite. Le divertiſſement qui repréſente la
reception de Scapin dans l'Ordre de la Fé
licité eft compofé de chanſons très- jolies
&fort-bien chantées &de danſes très-bien
exécutées.
MAI. $746. 147
52525252
JOURNAL DE LA COUR ,
DE PARIS , &c .
E 24 du mois dernier le Roi tint un
LChapitre de l'ordre du
dans lequel l'Abbé de Pomponne Chancelier
des Ordres du Roi rapporta les preuves de
Religion & de Noblefle du Prince d'Ardore
Ambaſſadeur du Roi des Deux Siciles auprès
du Roi , & qui avoit été propoſé le zer,
du mois de Janvier dernier pour être Chevalier
. Ces preuves ayant été admiſes le
Roi a permis au Prince d'Ardore de porter
les marques de l'Ordre en attendant qu'il
puiſſe étre reçû.
Le 26 & le 27 le Roi & la Reine enten
dirent dans la Chapelle du Château la Mef
ſede Requiem pendant laquelle le De profundis
fut chanté par la Muſique , le 26 pour
l'Anniverſaire de Monſeigneur le Dauphin
Ayeul du Roi , & le 27 pour celui de Madame
laDauphine Ayeule de Sa Majefté.
Le 23 pendant la Meſſe du Roi l'Evêque de
Leictoure préta ferment de fidelité entre les
mains de Sa Majefté,
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
Le 16 Monſeigneur le Dauphin donna au
nom du Roi d'Eſpagne le Colier de l'Ordre
de la Toiſon d'Or au Duc de Lauraguais
qui a été nommé il y a quelque-tems Che
valier de cet Ordre. Cette cérémonie ſe fit
dans l'appartement de Monſeigneur le Dauphin
, & pluſieurs Chevaliers de l'Ordre de
la Toiſon d'Or , qui y avoient été invités ,
y ailiſterent.
Le 17 les Députés des Etats de Bourgogne
eurent audience du Roi. Ils furent préſentés
par le Duc de Saint Aignan Gouverneur
de la Province , & par le Comte de S.
Florentin Secretaire d'Etat , & conduits en la
maniere accoutumée par le Marquis de
Dreux Grand Maître des cérémonies & par
M. Deſgranges maître des cérémonies. La
Députation étoit compoſée pour le Clergé
de l'Abbé de Ciſteaux qui porta la parole ;
du Marquis de Biffy Lieutenant Général des
armées du Roi & Gouverneur des Ville &
Château d'Auxonne pour la Nobleffe ; de
M.Voiſenet pour le Tiers Etat; de M.Rigol-
Jey de Mypons Secretaire des Etats ; deM.
Chartraite deMontigni Tréſorier Général de
la Province & de M. Rouget Syndic .
Le 24 M. Durini Archevêque de Rhodes
& Nonce ordinaire du Pape auprès du Roi
fit ſon entrée publique à Paris. Le Prince de
Guife , & M. de Verneuil Introducteur des
ΜΑΙ. 1746. 145
Ambaſſadeurs allerent le prendre avec les
caroſſes du Roi & de la Reine au Convent
de Picpus d'où la marche ſe fit dans l'ordre
fuivant.
Le caroſſe de l'Introducteur , celui du
Prince de Guiſe; un ſuiſſe du Nonce , à
cheval , ſa livrée à pied , ſes Gentils hommes ,
fon Ecuyer & ſes Pages à cheval ; le carofle
du Roi , aux portieres duquel marchoient la
livrée du Pince de Guiſe & celle de M. de
Verneuil ; le caroſſe de la Reine , celui de
Madame la Dauphine , celui de Madame
la Ducheſſe d'Orleans Doüairiere , ceux du
Duc d'Orleans , du Duc de Chartres , de la
Ducheſſe de Chartres , du Comte de Charolois
, du Prince de Conty , de la Ducheffe
du Maine , du Prince de Dombes , du Comte
d'Eu , de la Comteſſe de Toulouſe , du
Duc de Penthiévre , de la Duchefſe de Penthiévre&
celui du Marquis d'Argenſon Miniſtre
& Secretaire d'Etat ayant le départe.
ment des affaires étrangers. Les quatre caroffes
du Nonce marchoient enſuite à une
diſtance de quarante pas ; lorſqu'il fut arrivé
à ſon Hôtel il y fut complimenté de la
part du Roi par le Duc de Richelieu Premier
Gentilhomme de la Chambre de Sa M.
de la part de la Reine par le Marquis de
Chalmazel fon Premier Maître d'Hôtel ; de
Ja part de Madame la Dauphine par le Mar-
Gi
150 MERCURE DEFRANCE.
quis de Rubempré fon Premier Ecuyer , &
de la part de Madame la Ducheſſe d'Orleans
Doüairiere par le Marquis de Crevecoeur
premier Ecuyer de S. A. R.
Le 26 le Prince de Guiſe , & Mr. de
Verneuil Introducteur des Ambaſſadeurs allerent
prendre le Nonce du Pape en fon
Hôtel & ils le conduiſirent avec les caroffes
de leurs Majestés à Verſailles où il eut fa
premiere audience publique du Roi, Le
Nonce trouva à fon paſſage dans l'avant- cour
du Château les Compagnies des Gardes Françoiſes
& Suiſſes ſous les armes , les tambours
appellant; dans la cour les Gardes de la
Porte & ceux de la Prévôté de l'Hôtel ſous
les armes à leurs poſtes ordinaires , & fur
l'eſcalier les Cent Suifles en habits de cérémonie
& la hallebarde à la main. Il fut reçû
en dedans de la Sale des Gardes par le Duc
de Bethune Capitaine des Gardes du Corps
qui étoient en haye & fous les armes. Après
l'audience du Roi le Nonce fut conduit à
celles de la Reine , de Monſeigneur le Dauphin
& de Madame la Dauphine par le Prince
deGuiſe & par M. de Verneuil. Il eut enfuite
audience de Meſdames de France , &
après avoir éte traité par les Officiers du Roi
il fut reconduit à Paris à fon Hôtel par le
même Introducteur avec les caroſſes de leurs
Majeftés.
MAI. 1746. IST
Le même jour M. Gillés que les Etats
Généraux des Provinces Unies ont envoyé
au Roi en qualité de leur Miniſtre Plénipo
tentaire & qui eſt arrivé à Paris le 18 du
mois dernier , fe rendit à Versailles & il eut
une audience publique du Roi. Il y fut con
duit ainſi qu'à celles de la Reine, de Mona
ſeigneur le Dauphin , de Madame la Dauphine
& de Meſdames de France par M. dé
Verneüil Introducteur des Ambaſfladeurs .
Le Roi eſt parti le 2 de ce mois vers les
deux heures du matin pour aller ſe mettre
à la tête de ſon armée . Sa Majesté a couché
le même jour à Arras d'où elle s'eſt renduë
le lendemain à Ganda
Le 1er. le Marquis Pallavicini Envoyé
Extraordinaire de la République de Génes
eut ſa premiere audience publique du Roi
& enſuite de la Reine , de Monſeigneur le
Dauphin , de Madame la Dauphine & de
Mesdames de France. Il fut conduit à ces
audiences par M. de Verneuil Introducteur
des Ambaſſadeurs qui étoit allé le prendre
avec les caroſſes du Roi & de la Reine , &
après avoir été traité par les Officiers du Roi
il fut reconduit à Paris avec les caroffes de
leurs Majeftés par le même Introducteur.
Les Ambaſſadeurs & les autres Miniſtres
Etrangers ayant été informés de la part du
Roi du prochain départ de Sa Majeſté , ils
Giij
152 MERCURE DE FRANCE.
eurent le même jour l'honneur de complimenter
le Roi à cette occafion &de lui fouhaiter
un heureux voyage.
Les le Corps de Ville entendit dans
l'Egliſe du Saint Eſprit Mune efle folemnelle
qu'ily a fait célebrer pour demander à
Dieu la conſervation de la perſonne ſacrée
du Roi & la proſperité des armes de Sa
Majeſté; le Bureau de la Ville a ordonné que
tous les jours à midi juſqu'au retour du Roi
il fut célebré une Meſſe dans cette Egliſe à
lamême intention.
Un détachement faitdestroupes qui compoſeront
l'armée de Conty s'eſt aſſemblé à
Binſche & il eſt commandé par le Comte
d'Eftrées Lieutenant Général lequel a fous
ſes ordres le Marquis de la Coſte Meſſeliere,
le Marquis de Fiennes , le Comte de Coerlogon
& le Marquis de Baupreau Maréchaux
de camp.
M. de Voltaire qui a été élû pour remplir
dans l'Académie Françoiſe la place
vacante par la mort du Préſident Bouhier
y fut reçû le 9 de ce mois , & il fit fon
diſcours de remerciment auquel l'Abbé d'Olivet
Directeur repondit au nom de l'Académie,
MAI.
1746. 153
L
BENEFICES DONNE'S.
E Roi a accordé la Dommerie d'Aubrac
, Ordre de Saint Benoît , Diocèſe .
de Rhodez , à l'Abbé de Clermont d'Amboiſe.
L'Abbaye de Quimperlay . même Ordre
, Diocéſe de Quimper, à l'Abbé de Vaurouault
de Goyon , & celle de la Vieuville ,
Ordre de Cifteaux , Diocèſe de Dol , à
l'Abbé Thomas.
PRISES DE VAISSEAUX.
E Corſaire l'Intrepide que monte le Ca-
Lpitaine la Place eftrenale Port
de Saint Malo avec le navire ennemi la
Françoise.
On a reçû avis que le Corſaire la Victoire
de Bayonne avoit envoyé à Nantes un
bâtiment Anglois de 250 tonneaux , chargé
de ſalines & d'autres marchandiſes.
Les fregates du Roi l'Etoile & l'Embufcade
, armées en courſe ſous le commandement
de Meſſieurs du Gué Lambert & Tabari
ſe font emparées d'un navire qui eſt
arrivé au Havre où le Capitaine Cantelou
commandant le Corfaire la Revanche de ce
Port a fait conduire un bâtiment de Guer-
Gv
154 MER CURE DE FRANCE.
nezey dont la cargaiſon conſiſte en eau
de vie.
Les lettres écrites de Vigo marquent que
les Corſaires le Pellerin & la Pellerine de S.
Jean de Luz ont relâché dans ce premier
Port avec deux navires ennemis chargés
de bled.
M. Tabary commandant la fregate du
Roi l'Embuscade armée en courſe s'eſt rendu
maître du Corſaire le Rovver de Bristol ,
de 24 canons & de 190 hommes d'équipage
, & il l'a envoyé à Breſt avec le navire
leComte de Derby de 160 tonneaux .
د
Il est arrivé dans le même Port un navire
de Londres nommé la Palme de 450
tonneaux & armé de 16 canons dont la
cargaiſon conſiſte en tabac & en pelleteries ,
& qui a été pris par le Corſaire la Revanche
de Granville que monte le Capitaine
Deſnos Clement.
La fregate du Roi le Zéphire armée en
courſe & commandée par M. Tiercelin eft
rentrée dans le Port Louis avec les bâtimens
le Mesnard de Londres, & le Nancy de Dublin
, chargés l'un de tabac & l'autre de
diverſes marchandiſes .
On mande de Saint Malo que le CapitajneBeaulieu
Trehuoart qui monte le Corfaire
l'Heureux de ce Port y a conduit les
navires la Prefilla , l'Esperance &le Saint
MAI.
1746, 755
Jacques , fur le premier deſquels on a trou
vé beaucoup de ſucre & des pelleteries , &
dont les deux autres portoient de l'eau de
vie , du fer & de la poudre à la Barbade.
Le navire Anglois le Subgalet dont la
charge étoit compofée de tabac a été envoyé
à la Rochelle par la fregate du Roi
l'Etoile que commande M. Auffray du Gué
Lambert..
Les Corſaires la Bellonne & la Junon de
Bayonne ſe ſont emparés des navires ennemis
le Cirus & la Fleur , chargés , le premier
de fucre , & le ſecond de fil de carret ,
de cordages & de toiles pourdes voiles de
vaiſſeaux.
On a appris que le Comte du Guay Capitaine
de vaiſſeau lequel aiant été chargé
d'eſcorter la Flote des Iſles du vent avec
les vaiſſeaux du Roi le Magnanime & le
Rubis , eut au mois de Novembre dernier un
combat très vif à foutenir contre l'eſcadre
Angloiſe commandée par l'Amiral Thownfond,
avoit remis à la voile de la Martinique
le premier Mars dernier & qu'il étoit
revenu le 18 Avril à Breſt avec cette flote
à l'exception de quelques bâtimens qui en
ont été ſeparés & dont pluſieurs font déja
arrivés dans d'autres Ports. Il a pris dans
fa route un navire ennemi nommé le Goulle
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
chargé de quatre cent dix boucaux de ta
bac , qu'il a envoyé à Rochefort.
Le Capitaine Dufreſne Marion comman
dant le Corſaire le Prince de Conty de S.
Malo s'est rendu maître des bâtimens Anglois
le Poftillon,de cent cinquante tonneaux,
dont lacargaiſon confifte en ſucre & en coton;
le Jean Marie chargé de riz , & l'Industrie
ſur lequel il yavoit unegrande quan
tiréde bled. Les deux premiers ont été conduits
à S. Malo & le troifiéme à Brehat.
Les Corſaires l'Anonyme du premier de
ces deuxPorts , & la Charmante de Boulo
gne ont envoyé à Morlaix un Corſaire
de Jerſey , & un navire de cent tonneaux.
Il eſt arrivé dans le méme Port une priſe
faite par le Corſaire les trois Freres deDunkerque
, qui s'eſt auſſi emparé du bâtiment
le Guillaume de Chefter.
Les navires l'Aigle , la Résolution & la
Société ont été pris par le Capitaine Clément
qui monte le Corfaire le GrandGrenot
de Granville.
Selon les lettres écrites de Bayonne le
Corfaire la Junon commandé par le Capitaine
Vigoureuxy a fait conduire le navire
le Guillaume Marie de Mariland , de deux
cent cinquante tonneaux , à bord duque
on a trouvé beaucoup de tabac & d'indigo,
ΜΑΙ.
1746. 157
Le bâtiment le Patti & Kitty de Waterford
a été envoyé au méme Port par le Cor--
faire le Gafcon.
Le Capitaine Soppite commandant le
Corſaire la Baſquoiſe a enlevé les navires
ennemis le Prince d'Orange , le Resingsun
le London .
On mande de Saint Malo que les Capitaines
Ruault & Blondelas commandans les
Corſaires le Tavignon & le Comte de Mawonr
fait conduire le navire les
repas y
deux Soeurs & un autre bâtiment Anglois
dont la cargaiſon conſiſte en riz & enbois
de teinture.
Le navire la Marie Mackde Londres
chargé de bois de teinture , de coton & de
fucre a été pris par le Corſaire l'Anonyme
qui l'a envoyé dans le même Port.
Il éſt arrivé àBrehat un bâtiment de 350
tonneaux dont le chargement eſt compofé
de ſucre , de cacao & de guildive , & qui a
été enlevé par le Corſaire la Marie Magdeleine
en revenant de la Barbade.
Le Capitaine Dangelot qui monte leCorfaire
le Duc d'Harcourt de Rouen à relâché
au Havre avec le navire le Couronnement
de Pool.
Le Corſaire le Poftillon de Dieppe , com
mandé par le Capitaine Altazin s'eſt ren158
MERCURE DE FRANCE.
du maître d'un navire Anglois qui a été
conduit à Cherbourg ainſi que deux autres
bâtimens nommés l'Anson & le Benjamin.
Suivant les avis reçus de la Hogue le Capitaine
Arein commandant le Corfaire l'Attrapefi
tu peux de Boulogne , a envoyé dans
le premier de ces deux Ports le bâtiment
['Hirondelle de la même nation , ſur lequel
on a trouvé du ſucre & du riz.
On a appris de Saint Jean de Luz qu'il
y étoit entré un navire de cent tonneaux
dont s'eſt emparé le Corſaire la Baſquoise
que monte le Capitaine Soppite.
On mande de Calais que la nuit du 22
au 23 du mois paflé il fit une ſi furieuſe
tempête & un vent ſi violent que le 23
à6heures du matin on vit 7 navires échoués
à la côte entre les Paroiffes de Mark & Oye,
depuis Gravelines juſqu'à Calais .
ΜΑΙ 1746. 159
MANDEMENT de fon Eminence
M. le Cardinal de Tencin Arche
vêque & Comte de Lyon , à l'occaſion de
l'ouverture de la Campagne.
PIERRE CIN , &c.
DE GUERIN DE TENAtousAbbés
, Doyens, Chapitres, Prieurs,
Curés , Vicaires , & autres Eccléſiaſtiques ,
Séculiers & Réguliers , & à tous les Fideles
de notre Diocèſe : SALUT & Bénédction en
notre Seigneur.
Voici la troiſième fois , mes très - chers
freres , que le Roi va commander ſon armée
en perſonne. S'il ne peut encore donner
la paix à ſes ſujets , il veut du moins
partager avec eux les travaux & les périls
de la guerre. Il le fait ſurtout par amour
pour la paix. De nouveaux fuccès la hâteront
peut-être , & la préfence de Sa Majesté
les affure. Efperons donc que cette Campagne
ne fera pas moins heureuſe que celles
qui l'ont précédée. Puiſſe-t'elle l'être afſés
pour être la derniére !
Nous ne doutons point , mes très-chers
freres , de la ferveur avec laquelle vous re
doublerez vos voeux pour la conſervation du
160 MERCURE DE FRRANCE.
Roi. Le principal motifde ceux que vous
faites pour la paix , c'eſt les dangers auſquels
laguerre expoſe des jours ſi précieux.
Aces cauſes , Nous Cardinal , Archevêque&
Comte de Lyon fufdit , après en avoir
fait conférer avec nos vénérables Freres Mrs
les Doyen , Chanoines & Chapitre de l'Egliſe,
Comtes de Lyon, avons ordonné :
1 °. Que dans toutes les Egliſes tant féculieres
que régulieres de la Ville & Fauxbourgs
de Lyon , exemptes ou non exemptes
on fera des Prieres de quarante heures
, avec expoſition du Saint Sacrement ;
que le Dimanche premier du mois de Mai on
les commencera dans notre Egliſe Primatiale
par une Meſſe ſolemnelle, après laquelle
on portera proceſſionnellement le très-
Saint Sacrement dans l'Egliſe Paroiffiale de
Sainte Croix , pourycontinuer leſdites Prieres
pendant trois jours confécutifs , & chaque
jour au foir on dira avant la Bénédiction
les Verfets , Panem de Coelo , &c . Fiat manus
tuafuper Virum dextera , &c. Fiat pax in virtute
tua , &c. avec l'Oraiſon du Saint Sacrement
, celle qui ſe trouve dans le Miflel
Lyonnois page CIX. pro Rege & ejus Exercitu,
& dans le Miſſel Romain celle qui ſe
dit à la Meſſe , Tempore belli , & la troifiéme
Oraiſon fera celle pour la paix, Deus
no fancta defideria , &c.
ΜΑΙ 1746. 161
2. Que dans les autres Egliſes de la Ville
& Fauxbourgs de Lyon on y fera les mêmes
Prieres dans les jours & ſuivant l'ordre
ci-après marqués .
3º. Dans les autres Villes , Bourgs & Villages
de ce Diocèſe on commencera les
Prieres de quarante-heures le Dimanche qui
fuivra la reception de notre préſent Mandement
, enforte néanmoins que dans les
lieux où il y a pluſieurs Egliſes , la principale
les fera la premiere , & les autres ſuc
ceſſivement ſuivant le rang qu'elles ont entre
elles.
4°. Dans les Paroiſſes de la campagne
dont les Curés ou Deffervans croiront que
fi leſdites Prieres ſe faiſoient les jours ouvrables
, il s'y trouveroit trop peu d'habitans
on les fera pendant trois Dimanches confécutifs
enexpſoant le Saint Sacrement à la
Meſſe Paroiſſiale & à Vepres ſeulement , &
après celles ci ils en donneront la Bénédiction.
50. Nous ordonnons que juſqu'au retour
de Sa Majeſté on chantera dans notre dite
Egliſe Primatiale & dans toutes les autres
Egliſes de la Ville & Fauxbourgs de Lyon
& de notre Diocèſe tous les Dimanches
&toutes les Fêtes fêtées le Pſeaume Exaudiat
immédiatement après les Vépres , & on dira
à toutes les Meſſes au lieu de la Collecte
182 MERCURE DE FRANCE:
pro pace , celle qui eſt intitulée dans le
Mitel Lyonnois , pro Rege & ejus Exercitu,
& dans le Miſſel Romain celle in Tempore
belli.
Nous accordons les Indulgences Epifco
pales à toutes les perſonnes qui étant bien
diſpoſées aflifteront à la Bénédiction du S.
Sacrement l'un des jours déſignés pour les
Prieres de quarante-heures .
Et fera notre préſent Mandement lû , publié
aux Prônes des Meſſes Paroiſſiales &
affiché par-tout où beſoin ſera.
DONNE à Verſailles le vingt - quatre
Avril mil ſept cent quarante fix.
LETTRE de M. de Voltaire Historiogra
phedu Roi, un des Quarante de l'Académis
Françoise à M. de la Bruere.
MOnfieur ,yil a long-temps que vous
m'honorez de votre amitié, & je dois
cet avantage à mon goût pour les Belles
Lettre ; vous ſcavez qu'elle eſt ma pallion
pour la Langue Italienne.Je la ſçais impar
faitement , mais je voudrois qu'elle fut con
nue dans Paris autant quelle merite de l'être
MAI 1746.
163
permettez moi de m'adreſſer à vouspourvous
ſupplier d'informer le public qu'il y a un
exceilent Maître de cette Langue auquel les
amateurs de l'Italien pourront avoir recours
avec beaucoup defruit , il eſt né Romain , il
étoit ſecretaire de M. le Nonce Crefcenci ;
perſonne ne parle & n'enſeigne mieux , n'a
plusde connoiffance des livres,& ne peut rendre
plus de ſervice à ceux qui voudront
s'inſtruire : il demeure rue de Bourbon près
des Théatins chés le ſieur la Grave Chirurgien;
il ſe nomme Fortunatisje crois que ceux
qui s'adreſſferont à lui me ſçauront gré de
leur avoir indiqué un homme de ſon mérite.
J'ai l'honneur d'être Monfieur , avec les
ſentiments d'eſtime & d'amitié que je vous
dois , &c.
P
64 MERCURE DE FRANCE.
CONCERTS DE LA REINE.
Le Lundi 25 du mois dernier on exécuta
en Concert chés la Reine le Prologus
&le ſecond acte de Callhiroé.
Le Mercredi 27 & le Samedi 30 on exé
cuta les autres Actes. Le ſieur Jeliotte y
chanta le rôle d'Agenor & le ſieur Benoit celui
de Corefus.
Le Mercredi quatre de ce mois on exécuta
le Prologue & le premier Acte de la
Paſtorale Héroique d'Iffe. Les rôles du Pro
logue furent chantés par Madame Canavas ,
les ſieurs Jeliotte , Benoit & Dangerville
Ceux de la Piéce par les Demoiſelles Chevalier
& Deſchamp, les ſieurs Jeliotte , Benoit
&Godonneſche,
Le Samedi 7 & le Lundi y on exécuta
les autres Actes de cette Paſtorale.
ΜΑΙ 1746. 165
OPERATIONS DE L'ARME'E
DU ROI,
L
A Gand le trois Mai 1746.
E Roi eſt parti ce matin d'Arras à ſeptheures
pour ſe rendre ici , où Sa Majesté eſt arrivée
à cinq heures & demie ; elle eſt deſcendue à
l'Evêché où elle occupe le même logement que
l'année derniere. Sa Majesté a donné en arrivant
ſes ordres pour partir demain matin pour ſe ren,
dre à Bruxelles .
A Bruxelles le quatre,
Le Roi étant parti ce matin de Gand ſur les
huit heures , eſt arrivé ici à trois heures & demie ;
Sa Majeſté a reçu à l'entrée de la Ville où elle a
montéà cheval les complimens du Corps de Ville ;
elle a été defcendre à la Collégiale où elle a aſſiſté
au Te Deum qui y a été chanté . Sa Majesté à été
enfuite prendre ſon logement à l'Hôtel d'Egmont
ou elle a été haranguée par les Etats de Brabant
&par le Conſeil Superieur.
A Bruxelles le cing.
Le Roi eſt monté ce matin à cheval ſur les
Onze heures pour faire le tour des fortifications
166 MERCURE DE FRANCE.
de la Vilie. Sa Majesté s'eſt arrêtée pour examiner
le côté par lequel la Place a été attaquée; elle
eſt allée enft ice faire la viſite de fon armée;laquelle
eftcampéeſurdeux lignes appuyée ſur Harem derriere
le ruiſſeaude Wolure , la droite au moulin
de Terwurem , le centre traverſant le ruiffeau de
Wolure prèsde la Chauſſée à Louvain.
Les ennemis n'ont point abandonné Malines
comme le bruit en avoit couru On les a envoyé
reconnpître par des détachemens des Régimens
de Graffin & de la Morliere qui ont rafy
porté qu'ils occupoient toujours cette Ville &
qui ont eſcarmouché avec quelques uns de leurs
partis.
A Bruxelles le fix.
Le Roi après avoir fait hier la viſite de
la gauche de ſon armée juſqu'à la hauffée de
Louvain s'eſt avancé ſur une hauteur vis-à-vis le
Camp de l'Artillerie d'où Sa Majesté a reconnu
la plus grande partie des environs de Bruxelles &
particulierement du côté de Malines où la vuë
s'étend; il eſt forti le matin un détachement qui
s'eſt porté du côté de Louvain , composé de 24
Compagnies de grenadiers , de 24 piquets d'Infan
terie& 1500 hommes,tant en cavalerie qu'en troupes
légeres & dragons. Ce détachementest commandé
par M. le Comte de Lowendal Lieutenant
Général ayant fous ſes ordres Mrs de Souvré &
d'Armentieres Maréchaux de Camp.
A Bruxelles le 7.
Le Roiſortit hier à trois heures après midi pour
aller voir l'allée verte qui eſt la plus belle pre
MAI.
1746. 167
menade de la Ville , & ouSa Majesté s'eſt arrêtée
pendant une heure,
Les ennemis à l'approche du détachement de
M. le Comte de Lowendal abandonnerent hier
Louvain en y laiſſant ſeulement deux ou 300Huffards
qni en furent bien-tột chaffés par nos troupes
legeres qui en tuerent quelquesuns & en prirent
d'autres priſonniers .
Ce détachement après avoir reconnu les camps
à prendre de ce côté là a paſſe la nuit à Louvain,
& eſt venu aujourd'hui rejoindre l'armée ; les ennemis
font campés en des corps differens derriere
la Dyle & le Demer qu'ils occupent depuis
Malines juſqu à Arſchot.
Sa Majesté eſt fortie aujourd'hui ſur les quatre
heures pou: ſe rendre à la droite de ſon armée ;
elle eft montée à cheval pour en faire la vifite
depuis la Chauffée de Louvain juſqu'au moulin de
Terwurem , où elle eſt appuyée .
A Bruxelles le 8 .
Le Roi eſt revenu hier de la promenade qu'il
a faite pour viſiter la droite de fon armée à près
He huit heures du foir,
Sa Majesté a tenu Conſeil d'Etat aujourd'hui &
continue à jouir d'une parfaite ſanté.
L'armée doit ſe porter demain dans un nouveau
camp qui a été reconnu par le détachement
Le Mr le Comte de Lowendal; les campemens
bartiront à deux heures & demie du matin , &
armee marchera ſur ſept colonnes pour s'y renre;
la droite ſera appuyée à la Chauffée de
ruxelles à Louvain près de Velthem ; & la gauhe
vers Perck , les ennemis ont faitun mouveent
derriere la Dyle en ſe reiferrant für leur
oite,
1
168 MERCURE DE FRANCE.
Du Camp de Perck le 9.
L'armée est partie de ſon camp de Bruxelle
aujourd'hui marchant ſur ſept colonnes ſous le
ordres de M. d'Herouville Lieutenant Général,
&de M. le Duc de Chaulnes Maréchal deCamp,
Officiers Généraux de jour.
La droite eſt placée dans la plaine de Weltheim
laiſſant la Chauffée de Bruxelles à Louvain
derriere elle : la gauche est appuyée à Perck où
le Roi a établi ſon Quartier. Le centre de l'armée
occupe les plaines entre Veltheim & Perck paffant
par Querps & Erps ; le Roi eſt arrivé à miề
au Château de Perck.
Du Camp de Perck le 10.
L'armée du Roi a marché hier dans le plu
grand ordre , & fans aucun obstacle de la part de
ennemis ; il n'y a eu qu'une legere eſcarmouch
contre un parti de Huffards qui étoit poſté do
côté de Louvain , & que nos campements OD
diflipé.
L'armée ennemie s'est encore reſſerrée du côt
de Malines , & celle du Roi doit marcher de
nmain pour prendre un camp fur la Dyle vis-à-v
l'armée des ennemis.
Du Camp de Perckle même jour.
L'armée fait demain un mouvement en avant
le Roi aura, fon quartier au Château d'Eppegher
entre la Sene&le Canal de Vilvorden,
M.
MAI 1746. 169
M. le Maréchal aura ſon quartier à Semps & la
gauche appuyée au Pont de Rolſtard.
M. le Comte d'Eftrées est en marche ſur D'ert
& M. du Chaila ſur le grand Wibrock audeſſus
Vilvorden .
Du Camp du Stein le 11.
L'armée conduite par Mrs. de Clermont
Gallerande Lieutenant General , & de Calvieres
Maréchal de Camp, Officiers généraux de jour. a
quitté cematin le Camp de Perck pour ſe porter
en avant vers la Dyle , appuyant ſa droite à la
cenſe du Saint Eſprit vis-à-vis Rotſelaer entre
Louvain , & l'embouchure du Demmer , la gauche
au raiſſeau qui tombe dans la Dyle à Nuyſen ,
&qui a ſa ſource aux environs du Château de
Stein où le Roi a établi ſon quartier ; Sa Majeſté
y est arrivée à dix heures.
M. de Berchiny ayant avec lui M. le Duc
d'Aumont , & M le Marquis de Beaufremont à la
ète d'un détachement conſidérable a paffé la
Dyle à Louvain ; & s'eſt avancé juſqu'à Rotſelaer
en chaſſant devant lui pluſieurs partis ennemis.
Le corps affemblé ſous Dendermonde , & commandé
par M. Duchaila s'eſt approché du Canal
He Bruxelles à Boon , ſa droite eſt établie à
Villebroeck.
Les ennemis occupent encore Malines.
Il n'y apoint eû de Bulletin le 12 &le 13 .
Au Camp de Steen le 14.
;
Le Cardinal de Boſſu Archevêque de Malines
H
170 MERCURE DE FRANCE.
a prêté ce matin ferment de fidelité au Roi per
dant la Meffe : Sa Majesté a tenu aujourd'h
Conſeil d'Etat. Les ennemis ont abandonné Ard
brot , où un détachement des Graſſins s'eſt établi
on affûre qu'ils ont placé un corps d'environ
6000 hommes dans Lierre , il n'y a d'ailleurs au
cun changement dans leur poſition derriere k
Nethe
L'armée du Roi doit paffer demain la Dyla
pour camper entre cette Riviere & la Nethe
lagauche couvrira Malines , οὐ le Roi ſe rend
demain de très-bonne heure.
A Malines le quinze May,
L'armée du Roi a paffé la Dyle aujourd'h
marchant fur 7 colonnes;le camp qu'elle occupect
appuyé par ſa droite àSchrick & paffant à Puka
couvre Malines par fa gauche
Lamarche de l'armée a été precedée par quatr
détachemens repandus au front de fon camp ,
tout aux ordres de M. le Duc de Richelieu qui
conduitleplus fort de ces détachemens au-de-là d
lapartiedu camp que devoit occuper la droite.
Le Roi eft parti de Stein à huit heures du ma
rin& Sa Majesté eſt arrivée ici à 10 heures ; ell
s'eft rendue à la Cathédrale où le Cardinal de
Boffu la reçû à la tête de ſon Clergé. Sa Majef
a affifté au Te Deum qui a été chanté & elle e
alléedeſcendreà la Commanderie del'Ordre Te
conique où elle a pris fon logement.
AMalines le 16,
Le Roia monté hier ſur la tour de la Cathédr
MAI 1746. 171
d'où Sa Majesté a obſervé la poſition du Camp
des ennemis , qui ont leur gauche à Duffel , leur
droite au deſſous de la Chauffée de Malines à
Anvers & la Nethe devant eux .
Mr. le Comte d'Eſtrées est arrivé hier avec
le corps qu'il commande à Arfchot ; il a ordre
depouffer tout de ſuite juſques à Herenſtals , où
ſuivant les aparences il ne pourra arriver que le 18.
AMalines le dix -sept.
Ona appris cematin que les ennemis ont levé leur
camp pendant la nuit&qu'ils ſe ſont mis en marche
pour ſe retirer du côté d'Anvers. Le Regiment
de la Morliere eſt entré dans Liere où il étoit reſté
quelques troupes ; fur les deux heures après midi
on afait marcher les Dragons les Huſſards & deux
Brigades d Infanterie de ladroite de l'armée pour
s'établir à Liere & pour prendre differents poſtes
au-de-làde la grande Nielhe. L'armée entiere marcherademain
matinpour camper au-de-là de cette
riviere.
M. le Comte d'Eſtrées eſt arrivé hier à Vefterloo
; il doit s'être rendu à Herrenſtals aujourd'hui
de bonne heure.
Le Roi a monté à cheval à huit heures. Sa м .
a parcouru tout le Camp , juſqu'à l'extremité de
la droite où elle s'eſt arrêtée ſurun plateau duquel
ondécouvre tout le Pays depuis Malires juſqu'à
Anvers &depuis Anvers juſqu'à Herrenſtals,
:
Sa Majesté eſt rentrée à Malines fur les 5 heures
Iln'y a point eû deBulletin le 18 .
Au Château de Bouchout le dix-neuf.
Le Roi eſt parti après midi de Liere pour fo
1
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
rendre au Château de Bouchout fur la gauche de
ſon armée. Sa Majeſtéy a établi ſon quartier. M.
le Comte de Berchiny qui a été detaché avec un
corps de Dragons& de Huffards pour couvrir l'armée
s'eſt poſté entre Emmelum ſur la petite Nethe
& Rauft. Il n'a rencontré que quelques partis
de troupes legeres qui ſe ſont retirés à fon apaproche.
Les ennemis ayant evacué la Ville d'Anvers dont
la garniſon s'eſt retirée dans la Citadelle , leMagiſtrat
a envoyé des Députés pour faire ſes foumiffions
au Roi. M. le Marquis de Brezé a eû ørdre
de partir demain avec un détachement de 20
compagnies deGrenadiers , 12 piquets , 1200Chevauxpour
en prendre poffeſſion. Les Ennemis ayant
abandonné la Nethe le Fort de Ste Marguerite
qui ſe trouvoit ſans protection s'est rendu à la
ſommation que M. le Marquis du Chayla a fait
faire. Lagarniſon étoit compoſée de 200 hom
mes ; on lui a accordé les honneurs de la guerre,
Du quartier du Roi au Château de
Mouchou le 20.
Le détachement que M. le Marquis de Brezé
a conduit à Anvers pour en prendre poffeffion
a été ſuivi par la Brigade d'Auvergne qui doit y
refter : M. le Comte de Clermont eſt chargé de
faire le ſiége de la Citadelle ; lesOfficiersGéné
raux deſtinés à cette expedition ſont M deBrezé
Lieutenant Général ,& Mrs. Thomé , Seedorff ,!
Davarey , Choiſeuil , la Perrouffe, Froulay , la
Marche , la Vauguyon , le Duc d'Avrey , & Daul
tanne Marêchaux de camp.
Les troupes de ce ſiége feront compoſées de
MAI 1746,173
Brigade d'Auvergne, Beauvoiſis,Bettens & Seedorff
auxquels on a joint huit Bataillons de Grenadiers
Royaux , & deux Brigades du Roi & Orleans
Cavalerie, ce qui fait en tout 28 Bataillons &
16 Eſcadrons.
M. de la Morliere que M. de Berchiny avoit
placé fur la gauche de ſon détachement , ayant
été informé qu'il y avoit un corps de 600 Huf
fards dans Wyengheins au-de-là de la grande
Scheque a fait ſes diſpoſitiors ; les ennemis après
avoir abandonné ce Village ſans combattre ,
s'étant mis en état de tenir ferme dans la plaine ,
la troupe deM. de la Morliere les a chargés par
pelottons , & par un mouvement concerté s'eft
replié fur Wyengheins ; les Huſſards ennemis les
y ont ſuivis ; les Grenadiers de la Morliere dans
le Village en ont tué 80. :
An Quartier du Roi le 21.
Les troupes deſtinées au ſiége de la Citadella
d'Anvers ſont parties ce matin pour en former
l'inveſtiſſement.
Les ennemis ont continué leur marche dans
les bruyeres au-de-là d'Anvers , & ils font ac
tuellement campés ſous Breda .
Hij
174 MERCURE DE FRANCE.
PLACET A. MADAME
Pour faire recevoir à S. Cyr une Demoiselle,
DIgne fille d'un Roi , des mortels adoré,
Vous , dont la Piété fert d'exemple à la notre ,
Vous qui ſçavez à quel dégré
Le coeur porte les ſoins d'une foeur pour une au"
tre ;
Pour la mienne aujourd'hui je tombe à vos ge
noux.
La voix du ſang, loin de ſe taire,
Eft favorable auprès de vous.
Admiſe en cet azile auguſte & falutaire
Où l'on benit d'une ardeur ſi ſincere
Le nom de Dieu , le votre ,&celuide Louis
Pour une autre moi - même agréez quejeſpere
L'avantage dont je jouis.
Mon pere dans les Camps ayant vieilli dix luftres
Les armes à la main a terminé ſon fort ;
Sept guerriers de mon nomdans des hazards ill
ftres :
Ont trouvé la gloire & la mort
ΜΑΙ. 1746.
A ces titres d'honneur je joins vos bontésmême,
Le ſouvenir des jours pour moi ſi précieux ,
Où mes foibles talens aidés d'un zéle extrême
Attirerent fur moi vos yeux.
*Quand nous avons chanté les rapides conquêtes ,
La France rénaiſſante avec fon Roi vainqueur ,
L'hymen qui de nos Lys affûre le bonheur ,
Vous étiés attendrie à nos pieuſes fêtes .
Quel préſage pour nous ! l'actrice de Saint Cyr .
Ofe, en vous implorant , compter de reuffir.
* La convalefcence du Roi, ſon départ & fon
retour , le mariage de Monfeigneur le Dau
phin. Trois Idyles dramatiques déclamées &
chantées à Saint Cyr en préſence de la Reine
dans les années 1744 & 1745 , compofées
par M. Roy Chevalier de l'Ordre de Saint
Michel
LePlacet eſt de la même main; il a été préſenté
au nom de Mlle de la Bachelere qui
a deja deux foeurs à Saint Cyr ; la reception
d'une quatriéme eſt une grace ſinguliere qui
ne demandoit pas moins que la protection
de Madame. :
Le même Auteur , auſſi devoué aux Dames
de Saint Cyr que l'étoit M. Racine , a
exprimé leurs ſentimens à M. l'Evêque de
Chartres leur Superieur à l'occafion de la
nouvelle année.
Hiiij
876 MERCURE DE FRANCE ,
........
Nous avons recouvré depuis peu une piéce
de vers de M. Roy préſentée à M. le
Cardinal de par une Dame de ſes
parentes avec l'envoi d'un vafe de Saxe ; nous
avons cru que le public verroit avec plaifir
un éloge inſpiré par le ſentiment & rendu
avec élégance.
De cette coupe fortunée.
Hebé verſoit aux Dieux le nectar enchanté;
Source de l'immortalité ;
Auſſi n'eſt - elle environnée
Que des fleurs que produit le Printems ou l'Eté,
Eh! que feroient ces Dieux d'un éternelle vie
Aux infirmités aſſervie ?
Autant vaudroit l'humanité.
Vivre , c'eſt poſſeder& jeuneſſe & ſanté,
Quels tréſors pour mon ſexe! il en feroitdependre.
Sa ſuprême felicité.
Seigneur j'oſe vous aprendre ,
Qu'il eſt un ſentiment & plus noble & plus tendre
,
Où mon coeur s'eſt arrêté.
Quand je demeurerois toujours dans le bel âge ,
Qu'importe à l'Univers ? un ſi rare avantage
MAI 1746.
177
Ne feroit que pour moi , que pour ma vanité ;
J'en dois faire : un meilleur uſage.
Que ce charme vainqueur des ans &des deftins
Paſſe en de plus utiles mains ,
Dans celles que le Ciel employe au grand ou
vrage ,
;
Du bonheur de tous les humains.
i
Le Roi ayant écrit aux Vicaires Généraux
de l'Archevêché de Paris qu'il fouhaitoit
qu'on fit des prieres publiques pour
attirer la bénédiction du Ciel ſur les armes
de Sa Majesté ils ont ordonné ces prières
&elles commencerent le 8de ce mois dans
l'Egliſe Métropolitaine de Paris par l'expofition
du Saint Sacrement.
178 MERCURE DE FRANCE.
NOUVELLES ETRANGERES
L
TURQUIE,
E Grand Seigneur a été indiſpoſé , mais fa
ſanté eſt parfaitement rétablie ; il a envoyé
ordre au Kan de Crimée de faire marcher un nouveau
corps dedouze mille hommes pour renforcer
l'armée qui eft fous les ordres du Pacha de Bagdad;
ces troupes doivent s'embarquer à Cafta pour ſe
rendre àTrebiſonde ,&l'on écrit de Constantinople
que la Porte eſt occupée à prendre diverſes
autres meſures pour ſoutenir laguerre contreThamas-
Koulikan , ſi les négociations commencées
avec ce Prince n'ont pas le ſuccès defiré. Les
deux Puiſſances n'ayant pû convenir des conditions
delafufpenfiond'armes qu'avoit propoſée Thamas-
Koulikan , ce Prince eft retourné d'Iſpahan à Tauris
pour reprendre le commandement de fon armée
, & ayant attaqué&mis en fuite deux détachemens
deTartares , il s'eff avancé juſqu'àMouffoul,&
en a ravagé les environs. Sur cette nouvelle
le Pacha de Bagdad , après avoir raſſemblé une
partiedestroupes qui ſont ſous ſes ordres , a marché
dans ledeſſeinde livrerbataille aux Perſans , mais
ceux-ci ſe ſont retirés à fon approche. Depuis ces
nouvelles on a reçu avis que l'Ambaſſadeur de
Perſe avoitde fréquentes conferences avec le Grand
Vifir , &qu'on avoit lieu d'eſperer que les négociations
commencées pourroient avoir un heureux
ſuccès,
MAI. 1746. 179
Les troubles qui avoient été excités en Egypre
font entierement appaiſes , & le Pacha du Caire a
fait punir de mort les principaux auteurs de la révolte..
RUSSIE.
APrinceſſe de Bevern , niece de lafeue Cza-
Lrine , & ci-devant Regente de Ruffie , mourut
le 18 du mois de Mars , âgée de vingt-huit ans
dans l'Iile où elle avoit été releguée près d'Archangel.
Elle ſe nommoit Anne de Mekelbourg , & elle
laiſſede ſonmariage avec le Prince Ulric de Be
verndeux Princes &deux Princeſſes.L'Imperatrice
deRuſſie a donné ordre que le corps de cette Princeſſe
fut tranſporté à Pétersbourg , pour être mis
dans le tombeau de la Ducheſſe de Mekelbourg ,
11 a été expoſé ſur un lit de parade'dans une faie
duConventdeSaint Alexandre Newsky , & le z
dumois paffé après avoir été enfermé dans une cercueil
, il a été déposé dans une Chapelle de l'Egliſe
pour y demeurer juſqu'à ce qu'on ait achevé
les préparatifs de la pompe funébre ordonnée
par l'Impératrice. Tous les Senateurs en longs
manteaux dedeuil ont aſſiſté à cette céremonie,
ainſi que les Ambaſſadeurs& les Miniſtres Etrangers
qui y avoient été invités de la part de S. Μ.
Imperialepar le Comte de Zanti. M. de Hoften
Ambaſſadeur du Roi de Dannemarck a remis un
Mémoire aux Miniftres de l'lmpératrice pour de- .
mander une réponſe définitive fur la propoſition
faite par S. M. Danoiſe de ceder au GrandDuc de
Ruſſie les Comtés d'Oldenbourg & de Delmenhorſt
, ſi ce Prince vouloit renoncer à toutes ſes
prétentions fur la partie du Duché de Holſtein
poſſedée par le Dannemarck. Ce Mémoire a donné
occcafionàpluſieurs conferences , & S. M. Impé
Hvj
180 MERCURE DE FRANCE.
riale s'en étant fait rendre compte , elle a jugé que
les offresdu Roi de Dannemarck n'étoient point
ſuffifantes pour dédommager le GrandDuc. Elle a
cependant fait ſçavoir à M. de Hoften que ce Princeétoit
très-diſpoſé à ſe prêter à toutes les voies de
conciliation , & qu'il ne s'éloigneroit point de
conclure un accommodement , pourvû que S. M.
Danoiſe ajoutât quelques autres territoires à ceux
qu'elle conſentoit de ceder,&pourvû qu'elle ſe
déterminât à acquitter les ſommes qu'elle avoit
promis en 1737 de payer au feu Duc deHolſtein.
Sur cette déclaration M. de Hoſten a laiſſé entrevoir
aux Ministres de l'Imperatrice & à ceux du
Grand Duc que le Roi de Dannemarck , pour apporter
des facilités au fuccês de la négociation ,
pourroit accorder au Grand Duc , non seulement
lesComtésd'Oldenbourg& de Delmenhorst , mais
encore les Bailliages de Gottorp & de Sleſvvick ,
&que felon les apparences il exigeroit que la
renonciation du GrandDuc àſes autres préten
tions fût garantie de la maniere la plus authentiquuee
par la Ruffie.Ainfi il ne parôit preſque
pas douteux que les differends entre ſa Majeſté
Danoiſe & ce Prince ne ſoient entierement terminés
peu après l'arrivée du Comte de Puskin à
Copenhague.
د
L'Imperatrice a réſolu de ne partir pour Riga
que dans lemois de Juin. Le General Stoffeles.t
mort depuis peu en Ukraine.
ALLEMAGNE .
La Reine de Hongrie fut relevée de ſes couches
le 30 Mars.
LeGrand Duc de Toſcane ayant fait ſçavoir aux
ΜΑΙ 1746. 181
Cercles Anterieurs que pour couvrir les Etats d'AIlemagne
ſitués ſur le Rhin , & pour veiller à la fû
reté du Briſgau & des Villes foreſtieres , laReine
deHongrie fe propoſoit de faire avancer des troupes
de ce côté , le Cercle de Suabe a prié ce
Prince de le diſpenſer de recevoir ces troupes ſur
fon territoire , & lui a donné part de la réſolution
qu'il a priſe de ſaivre les loix d'une exacte
neutralité. Les Cercles du Haut & Bas Rhin & celui
de Franconie on fait la même réponſe que celui
de Suabe , & l'on a appris qu'ils font déterminés
à demeurer neutres , ainſi que ce Cercle
& que celui du Haut Rhin a demandé que la Reine
de Hongrie retirât les Régimens de Bernes &de
Kalnocky , auſquels il avoit accordé des quartiers .
Les nouvelles de Munich portent que les Etats
du Cercle de Baviere affemblés à Wafferbourg ,
ſe ſont ſéparés les du mois dernier , après avoir
pris la réſolution d'obſerver une parfaite neutralité
en concourant cependant avec les autres Cercles
à la fûreté de IE'mpire.
Les troupes que les Cercles Anterieurs ont levées
pour affûrer la tranquillité des frontieres de
l'Allemagne , & pour ſe mettre en état de n'être
point contraints de violer la neutralité qu'ils
veulent obſerver , doivent former un camp ſur
le bord du Rhin. Quinze mille hommes des troupes
de la Reine de Hongrie leſquels viennent de
Bohëme , marchent vers la Suabe , & la nouvelle
qu'on a reçûe de la réſolution priſe par la Reine
de Hongrie de lesy faire ſéjourner pendant quelque
tems , donne beaucoup d'inquiétude au Cercle
de cette Province. On ignore juſqu'à préſent
la veritable deſtination de ces troupes ,
qui d'abord avoient eû ordre d'aller joindre l'av
mée des Alliés dans les Païs Bas,
181 MERCURE DE FRANCE
On apprend d'Uime que la Reine de Hongriet
fait porter des plaintes très - vives au Cercle de
Suabe touchant la réſolution priſe par ce Cercle
d'obſerver une parfaite neutralité .
M. Hulft Miniſtre de l'Evêque Prince de Liége
auprès de la République de Hollande a préſentéaux
EtatsGénéraux un Mémoire que ce Prince a envoyé
àpluſieurs Puiſſances,&qui porte que le corps de
troupes de la Reine de Hongrie commandé parle
Général Grune eſt entré dans l'Evêché de Liège,
fans que cette Princeſſe eût fait aucune requifi
tion pour lepaſſage de ces troupes ; qu'elles ont
traverſé le païs fans obſerver aucune diſcipline;
qu'elles ſe ſont fait donner par force des loge
ments , des vivres & des fourages ; qu'elles n'ont
rien payé de ce qui leur a été fourni ; qu'elles ont
commis divers excès dans les Villages de Bouchevines
, de Hougarde &de Thourine , & que pour
faire plus de tort à ce Païs elles y ont fait un fort
long détour ; que de pareilles violences donnent
atteinte , non ſeulement à la neutralité dont l'E
vêché de Liege doit jouir , mais encore aux Conſtitutions
de l'Empire & au Droit desGens, & que
l'Evêque de Liege eſpere que les Puiſſances aufquelles
il en porte ſes plaintes , employeront
leurs bons offices pour leur faire rendre jufticepar
la Reine de Hongrie.
Les troupes qui ſeront ſous les ordres du Prince
Charles de Lorraine ont dû être raſſemblées le 15
du mois dernier ; elles feront commandées par le
Comte Leopold de Daun en attendant que ce
Prince-foit arrivé à l'armée. Elles doivent ſe por
terſur la Moſelle en cas qu'on ait lieu de crain
dre quelque entrepriſe contre Luxembourg , &el
les feront jointes par cinq des Régimens qui ex
reſtés en Bohëme,&par un corps de troupes qu'es
Μ.Α.Ι. 1746. 183
Te propoſe de tirer de la Hongrie , de laTranfyl
vanie , de l'Illyrie & de la Croatie ; il a été réſolud'exécuter
le projet propoſé par le feu Comte
de Kevenhuller pour augmenter les fortifications
de Vienne , & l'on travaille actuellement à la
conftruction d'un ouvrage à corne entre la porte
rouge & celle de Stuthor.:
GRANDE BRETAGNE .
IAuguste apricomparated for
E Prince Edouard , en s'emparant du Fort
,
Compagnies du Régiment de Guiſe qui en com .
poſoient lagarniſon. Il a ordonné d'y tranſporter
fes principaux magaſins , &de demolir les fortifications
du Château d'Inverneff. On a reçû avis
que le corps de ſes troupes , qui a inveſti le Fort
Guillaume , en preſſoit le ſiége avec beaucoup de
vivacité. Le Capitaine Scott , que le Comte de
Loundon avoit detaché pour ſecourir la premiére
de ces Fortereſſes , n'a pû s'avancer au-delà du
Château d'Ellanstalker , parce qu'une partie de l'armée
du Prince Edouard garde les bords du Car
ron. Deux cens hommes de cette armée ſont campés
àdeux milles de Glenavis , & ils exigent de
fortes contributions de tout le Pays voiſin . Ils ont
furpris dans les environs d'Athol pluſieurs partis
qu ilsont taillés en piéces ; ils ont emporté d'aſſaut
les poftes de Kennochan & de Blairfittie , & obligé
les troupes qui étoient à Cushiville , de ſe retireravecprecipitation
,& ils ont enlevé untiers
de l'equipage du Brigantin le Baltimore. Un détachement
desMilices d'Argyle', commandé parM.
Glenure,fut attaqué le 18 & preſque entierement
defait par un autre corps de l'armée du Prince
Edouard
384 MERCURE DE FRANCE.
Mylady Seaforth& la Dame de Mackintosh,
dont les epoux ſervent contre ce Prince , font
allées le joindre avec quelques Tributs de Mackennies.
On aappris par des leteres d'Ecoſſe que le Duc
deCumberland avant envoyéordre à quelques unes
desTribus voiſines du Lac d'Inverneff , de venir
joindre l'armée , elles avoient répondu qu'elles
étoientdans la réſolution de demeurer neutres .
L'armée que commande le Duc de Cumberland
aété partagée en trois corps , & ce Prince eſt à
Aberdeen avec le premier qui confifte en fept
Bataillons & un Régiment de Dragons. Le ſecond
& le treifiéme compoſés , l'un de fix Bataillons
du Régiment de Cavalerie de Kingſton&du Regiment
de Dragons de Cobham ſous les ordres du
Major Général Bland ; l'autre de 3 Batailions aux
ordres du BrigadierGénéralMordaunt, ſont campés
àStrathbagie &à Old Melbrun. Sur la nouvelle
qu'un grand nombre d'Officiers Suédois étoient
debarqués à Peterhead dans lintention d'aller
joindre le Prince Edouard , le Duc de Cumber
landa fait marcher un détachement pour les empêcher
d'exécuter leur deſſein. Le Prince Edouard
gardant toûjours ſamêmepoſitionfurle borddela
Spey dans les environs d'Elgin , s'eſt emparé
Château de Keith.
du
Le Comte de Lowdonà l'approche du Prince
Edouard s'étant retiré d'Inverneff , après avoir
mis une garniſon de trois cent hommes dans le
Château , il paſſa la riviere de Neiff , & le bras!
demer deMurray , de Cromarty & de Dornock.
Comme il s'étoit emparé de tous les bâteaux,
on ne pouvoit le joindre qu'en faiſant le tour de
ce dernier bras de mer , ce qui exigeoit quatre
cu cinq jours de marche. Dans ces circonstancer,
ΜΑΙ 1746. 185
le Colonel Warren , un des Aydes de Camp du
Prince Edouard , propoſa de faire tranſporter à
Findorme par terre toutes les Barques qu'on pour
roit rencontrer en divers endroits de la coſtede
Murray , Avec quelque ſecret que cette entrepriſe
fut exécutée , pluſieurs Vaiſſeaux de guerre Anglois
, qui croiſent dans ces parages , vinrent , fur
l'avis de ce qui ſe paſſoit , bloquer le Port de
Findorne. Malgré ce contre-tems , les Barques ,
qu'on yavoit raſſemblées , en partirent pendant
la nuit au riſque d'être coulées à fond ,&uncalme
qui ſurvint , les favoriſa tellement qu'à la
vuë même des Vaiſſeaux de guerre Anglois elles
arriverent à force de rames en quatre heures de
tems vis-àvis de Dornoch , où étoit le quartier
général du Comte de Lowdon. Le Duc de Perth
ayant auſſi- tôt , à la faveur d'un brouillard épais
qui cacha ſon paſſage , traverſé le bras de mer fur
ces Barques avec les dix-huit cent hommes qui
étoient ſous ſes ordres , le Comte de Lowdonne
decouvrit les troupes de ce Général , que lorf
qu'elles furent proche de la terre, Pendant que
le Comte de Lowdon , pour s'oppoſer au débarquement
, raffembloit les trois mille cinq censhome
mes qu'il commandoit , le Duc de Perth rangea
fes Barques en ligne : il ſe jetta enſuite le premier
à la mer , quoiqu'il y eut quatre pieds d'eau dans
l'endroit où il s'étoit arrêté , &toutes les troupes
fuivirent ſon exemple. Elles marcherent en bon
ordre , & n'ayant plus de l'eau qu'à my jambe ,
elles ſe preparoient à faire leur premiere decharge
; lorſque celles du Comte de Lowdon , éton
nées de tant de fermeté , ſe débanderent de toutes
parts ſans en venir aux mains. Le Comte de Low-
Hon , ſe voyant ainſi abandonné , ſe ſauva lui
même vers la montagne, ainſi que le Lord Forbes
186 MERCURE DE FRANCE.
&M. Maclaod , & ne s'y trouvant pas encore
enſureté, il seſt refugié dans l'iſle de Skye , of
il n'a été joint que par quelques-uns de ſes do
meſtiques. Trois cent hommes , quiétoient en gar
niſon à Dornoch , ont été faits prifonniers de
guerre , & le Duc de Perth a enlevé tous les
autres quartiers du Comte de Lowdon. Quelques
jours après cet avantage , deux mille hommes de
Orcades & du Comté de Cathnell ſe ſont tendus
au camp du Prince Edouard. Le Duc de Perth
a enlevé quatre bâtimens de tranſport ſur lesquels
il y avoit quatorze cens cinquante fufils , dix huit
cent fabres , une grande quantité de munitions
de guerre& de bouche , & une fomme confiderable.
250 hommes qui défendoient le
poſte le plus avancé du camp du Duc de Cumberland
, ont été taillés en piéces par un détachement
du Régiment Royal Ecoffois des troupes
du Roi de France.
Le Duc de Cumberland a depêché un courier
àſa Majesté Britanique , pour l'informer que s'étant
mis en marche d'Aberdeen le 19 , il étoit arrive
le23 ſur lebord de la Spey ; qu'auffitôt il avoit
ordonné auxGrenadiers , au Régiment de Camp-
*bell&à la Cavalerie legere , de paffer la riviere
à gué ; que le Régiment de Cavalerie du Duc
de Kingſton y étoit entré le premier ,&quedes
qu'il avoit été de l'autre côté , il s'étoit avance
au grand galop le ſabre à la main vers un corp
de trois mille Montagnards du parti du Princi
Edouard , qui s'étoient d'abord retirés ; que let
fuite pouvant n'être que ſimulée , &cacher quei
que deffein , & d'ailleurs l'Infanterie de l'arme
duRoi ne pouvanttraverſer promptement la Sper
on n'avoit pas jugé à propos de pourſuivre lese
nemis. On a reçû avis par le même courier
A
ДРИЛМА1 19460187
le Prince Edouard avoit levé le fiége du Château
de Blair , & que le 18 le Prince de Heſſe s'étoit
rendu à Perth avec les fix Bataillons des troupes
Heſſoiſes ; que deux Régiments de Dragons des
mêmes troupes avoient marché à Crief , & quan
autre avoit pris poſte à Huntington. Le Duc de
Cumberland a fait conftruire à Aberdeen un Fort
dans lequel il a mis quelques troupes en garniſon.
Il a ordonné de détruire toutes les habitations des
habitans de la Province de Lochabir qui ont pris
les armes pour les interêts du Prince Edouard.
LeGouvernement d'Angleterre ſonge à chercher
les moyens d'empêcher la contrebande ; elle eft
devenue ſi commune que celle faite dans le ſeul
Comté de Suffolk à fait tort de près de 60000
Guinées à l'Etat ſur le produit des Douanes , &
qu'il eſt ſorti de la Grande Bretagne 4300 livres
Sterlings en eſpeces monoyées.
Le vaiſſeaude guerre la Princeſſe , de l'Eſcadre
de l'Amiral Thownshend , dont il a été ſeparé à
lahauteur des Iſles de Bahama , eſt arrivé le 4 à
Spithead ayant une ſi grande voye d'eau , que
le Capitaine a été obligé de tenir continuelle
ment pendant la route cinquante hommes à la
pompe. On a ſçû par l'equipage que le 25 du
mois de Fevrier dernier l'Amiral Thovynshend
avoit effſuyé en allant de Saint Chriſtophe à l'ifle
Royale une violente tempête qui avoit entierement
diſperſé ſon Eſcadre , & que plufieurs des
Vaifſeauxdontelle étoit compoſée avoient perdu
leurs mâts.
La propoſition ayant été faite le 22 du mois
paffé dans la Chambre des Communes d'accorder
au Roi de la Grande Bretagne trois cent mille
livres ſterlings pour l'entretien du nouveau corps
de troupes Hanoveriennes que ſa Majesté fait
89 MERCURE DE FRANCE.
pafferdans les Païs-Bas , il s'éleva à ce ſujet de
debats très long & très-vifs , mais l'affirmative
l'emporta à la pluralité de deux cent cinquantecinq
voix contre cent vingt-deux. Cette Cham
brea réſolu auſſi de donner dix mille livres ſter.
lings pourle train d'artillerie qui doit accompagner
ces troupes,&d'augmenter les ſubſides de la Reine
deHongrie&du Roi de Sardaigne, l'un de quatre
cent mille livres sterlings & l'autre de cent mille.
Le 27 la même Chambre paſſa le Bill , pour autoriſer
le Roy à faire arrèter& à retenir en prifon
toutes les perſonnes qui lui ſeront ſuſpectes. Elle
ordonna le 28 d'en porter un pour favorifer les
progrès des Manufactures de toiles à voile , &
elle a fait le 29 la premiére lecture de celui
contre les Ufuriers & les Agioteurs .
Onmandede Londres du 6 que le 4 on appris
pardes lettres d'Edimbourg , que l'armée commandéepar
leDuc de Cumberland ayant achevé le24du
mois dernier de paſſer la Spey , ce Prince avoitmarché
le 25à Elgin Capitale du Comté de Murray,&
le 26à Farres , & que le 27 il avoit mis en fuite
à Culloden près d'Inverneff un corps de troupes
du Prince Edouard. Cette nouvelle fut confirmée
le lendemain par le Lord Bury , que le Duc de
Cumberland a depêché au Roi ſon pere , pour l'informer
des particuliarités de l'action ,& qui n'a
pû ſe rendre à Londres plûtôt , parce qu'afin de
ne pas tomber entre les mains des partis ennemis ,
il a fait par mer le trajet d'Inverneffà Bervick.
Par une Rélation qu'on a publiée de ce combat,
paroît qu'on s'eſt d'abord canonné très-vivement
depart&d'autre,mais que le feu d'artillerie n'a pas
duré long-tems ; que l'aile droite des ennemis a
attaqué In gauche du Duc de Cumberland , & 1
été repouffée ; que quelques-unes des Tribus de
MAY 1746
L
Macdonalls & des Frafers ayant été enſuite enfoncées
par l'armée Angloiſe , elles n'ont pû ſe
rallier , & ont jetté la confuſion dans l'aile dont
elles faifoient partie ; que cette aile ainſi en defordre
n'a pû reſiſter à l'impetuoſité des troupes
Angloiſes ; qu'elle s'eſt retirée dans un bois voi
fin, & que le reſte du corps des troupes du
Prince Edouard , obligéde céder à la grande ſuperiorité
du nombre , a abandonné le champ de
bataille , avec perte d'environ quatorze cent hom
mes, eny comprenant les priſonniers , du nom
bredeſquels font le Comte de Kilmarnock , Μ.
Murray de Broughton , & le Chevalier de Wred
derburn , ainſi que M. Boyer d'Aiguille , chargé
d'une commiffion du Roi auprès du Prince
Edouard.
La précaution que le Lord Bury a priſe de s'em.
parquer à Inverneſſ étant une preuve que les
partis de l'armée Ecoſſoiſe tiennent encore la
campagne , on doute que l'avantage remporté
par le Duc de Cumberland ſoit auſſi confiderable
que le Gouvernement Anglois veut le perfuader.
Les Actions de la Compagnie de la mer du
Sudfont à quatre vingt-quinze ; celles de laBanque
à cent vingt-deux ; celles de la Compagnie
des Indes Orientales à cent foixante & trois ,
trois quarts , &les Annuités à quatre-vingt quinze
&demi,
1
ITALIE.
Suivant les avis reçus de Corſe tous les fecours
que la République a envoyés à la Baſtie,y étant
arrivés,on fit le ro du mois dernier une fortie avec
tant de ſuccès , que les Rebelles , qui faisoient
د
190 MERCURE DEFRANCE,
Jeblocusde la Place ſous les ordres du ColonelRi
varola , furent chaffés de tous leurs poſtes , à l'ex
ceptionde celui des Capucins où ils ſe retirerent
On ſe diſpoſoit à les y attaquer lorſqu'on appit
qu'ils s'étoient enfuis pendant la nuit dans les mon
tagnes. Par leur retraite la Villede la Baſtie eft en
tierement délivrée & au pouvoir de la République
à laquelle les habitans ont renouvellé les affürance
de leur foumiſſion, Quelques-uns des Rebelle
qui ont été amenés à Genes de Capraria , ont été
punis de mort, & le Major Gentile eſt de
nombre.
M. Guymont Envoyé Extraordinaire du Roi
auprès de cette République , arriva de Paris k
22 dumois dernier au matin .
Selon les lettres de Livourne le Conſeil de Ré
gence du grand Duché de Toscane a fait dire à
M. Auguftin Viale , Ministre de la République
de Genes à Florence de fortir de Toſcane.
Le Chevalier Alexandre Zone , ci-devant Ambaſſadeur
auprès du Roi a été élu Procurateur de
SaintMarc à la place du feu Chevalier Canale.
Les circonstances ayant obligé l'Infant Don
Philippe de ſe rapprocher des troupes Françoiſes ,
cePrince a fait tranſporter à Pavie l'artillerie ,
lesmagaſins& les Hopitaux qui étoient à Milan ,
&il s'y eft rendu le 20 Mars dernier. Après avoit
raffemblé dans le Paveſan la plus grande partie
des troupes qu'il commande , il a établi ſon
quartier général à la Chartreuſe près de Pavie ,
& il adiſpoſé tellement ſon armée qu'elle étoi:
appuyée par ſa gauche au Téſin , & qu'elle s'étendoit
par fa droite juſqu'à la riviere de Lambro.
Sur l'avis que les ennemis ſe portoientdu côte
de Pizzighitone , il retina les troupes qui étoient
à Lodi & à Codogno , & il les envoya à Plaifan
ΜΑΙ 1746. 194
se où elles font arrivées ſans obstacle.
Le 22 Don Pedro de Velaſco Colonel du Ré.
giment de Dragons de Sagonte attaqua à la tête
de 200 hommes de ce Régiment , un détachement
de Huffards de l'armée de la Reine de Hongrie
, le mit en déroute , & le pourſuivit juſqu'à
P'un des quartiers de cantonnement de cette armée.
1
Le Duc de la Viefville marcha le 23 par ordre
de l'Infant avec 6000 hommes d'Infanterie &
2500de Cavalerie à Rufarola , afin de s'oppofer
audeſſein que le Prince de Lichtenstein paroiſſoir
avoir de jetter des ponts ſur le Téan , & s'étant
avancé affés à tems pour bruler quelques barques
que les ennemis avoient fur cette riviere , il prit
une poſition avantageuſe dans laquelle il pouvois
les obſerver ſans avoir à craindre de leur part
aucune ſurpriſe. Six mille Eſpagnols occuperent
le poſte de Belgiojoſo ſous les ordres d'un Officier
Général. Un détachement de 400 Huffards ennemis
tenta de s'emparer du poſte de Belleguardo ,
ſitué entre Binafco & le quartier géneralde l'Infant
, dans l'eſperance de pouvoir penetrer juf
qu'à la Chartreufe , & d'enlever les équipages de
ce Prince ,mais ces Huſſards furent repouffés avec
une perte conſidérable.
Depuis que l'Infant Don Philippe a abandonné
Milan le Marquis Pallavicini a envoyé des ordres
àla Regence de cette Ville ſur les nouveaux arrangemens
qui doivent être pris par rapport à
L'adminiſtration des affaires & des finances duMilanez
. Ce Général a mandé en même tems aux
Magiſtrats que la Reine de Hongrie étoit fort irritée
des marques de joye que les habitans avoient
données à l'arrivée de l'Infant , & que la Ville
mériteroit d'être taitée avec la derniere rigueur
192 MERCUREDEFRANCE,
3
pour avoir laiſſé éclater des ſentimens ſi oppofés
àceux que ſa Majefté Hongroiſe croyoit devoit
attendrede ſes ſujets.Al'occaſion de ces plaintes
les Magiſtrats ont nommé des Députés pour aller
implorer la protection du Marquis Pallavicini ,
&pour l'engager à fléchir la Reine de Hongrie.
Le Secretaire d'Etat chargé du département
delaguerre dans cette Province par cette Princeffe
eſt à Mantoue , où il eſt occupé à régler
avec ce Général ce que la Ville de Milan ſera
obligée de fournir aux troupes qui reviennent fur
fon territoire.
On a publié un Edit par lequel il eſt enjoint à
tous les habitans du Milanez , qui ont chés eux
des effets, de quelque nature qu'ils puiſſent être ,
appartenans aux Eſpagnols , de les déclarer dans
untems preſcrit.
: Le Gouvernement a confiſqué les biens du
ComteAntoine Joſeph de la Rezovico , qui fert
dans l'armée du Roi d'Eſpagne en qualité d'Aide
deCamp du Comte de Gages .
Le 26 Mars undétachement de Huffards emporta
l'épée à la main un pofte occupé par quelques troupesNapolitaines.
Le même jour le Comte de Brovvne inveſtit
Guastalla , & la Place étant horsd'état deſedeffendre
, la garniſon compoſée detrois Bataillons
&d'un Efcadron a été faite priſonniere de guerre ,
ily aeu une action très-vive entre un détachement
commandé par le Général Nadaſti & trois mille
Eſpagnols que le Marquis de Caſtellar avoit fait
marcher au fecours de la Place ; après avoir cor -
battu avec beaucoup devaleur ils furent obligés
de ſe retirer , mais on ne pût les inquietter dans
leurmarche parce que faiſant face de tems en tems
aux troupes de laReine de Hongrie , ils mirent
pluſieurs
MAI
1746 193
pluſieurs fois les Huſſards en déſordre par la vivacitédu
feu de leur mouſqueterie.
Huit cent hommes des troupes Autrichiennes
ayant voulu enlever ſix pieces de canon que les
Eſpagnols avoient laiſſées à Benaſes furent ſurpris
par un corps de troupes de S. M. C. & à l'exception
de cent foldats tous furent tués oouu faits pri
fonniers.
Après la priſe de Guaſtalla le Comte de Brovvne
s'eſt avancé vers Parme & a formé l'inveſti
ſement de cette Place , où le Marquis de Caſtellar
étoit avec 5000 Eſpagnols . L'Infant Don Philippe
en ayant eu avis a détaché douze Régimens
pour aller au ſecours de cette Place , & leComte
deGages a marché dans le même deſſein à la tête.
d'un autre corps conſidérable.
Dans le même tems le Prince de Lichtenstein
qui étoit allé faire un voyage à Turin , étant révenu
à ſon armée , ceGénéral a fait jetter des
ponts ſur le Pô près de Monticello pour aller.
joindre leGénéral Brovvne.
Cette marche a engagé l'Infant Don Philippe
àmarcher avec toute ſon armée pour dégager
Μ. de Caftellar , & n'ayant plus que le Taro entre
lui & les ennemis , ce Prince auroit tenté le
paffagede la riviere auſſi-tôt après ſon arrivée ,
elle n'étoit débordée. On écrivoit de l'armée Efpagnole
du 14 du mois paſſé que la neige tomboit
comme au mois de Janvier ; l'armée Autri
chienne eſt de 24 à 30000 hommes.
Le Marquisde Caſtellar a attaqué deux poſtes
oùles ennemis ont fait une perte conſidérable.
Lanuit du 19 au 20 du moispaſſé le Marquisde
Caſtellar ayant laiſſé quatre cent hommes dansle
Château de Parme & ſes malades dans la Ville
Le mit en marche avec le corps de troupes qu'il
1
I
194 MERCURE DEFRANCE
commande pour venir rejoindre l'armée de l'Infant
Don Philippe. Les ennemis avertis du deffeinde
ce Lieutenant Général avoient pris diverſes
précautions pour lui couper la retraite : ils
avoient fait en pluſieurs endroits des coupures ,
des puits , des retranchemens &des abattis d'arbres
, & ils avoient garni d'Infanterie toutes les
Caffines qui ſe trouvoient ſur ſon chemin , mais
ces obstacles n'ontpû l'empêcher d'exécuter ſon
entrepriſe. Ses troupes , auxquelles il avoit défenduſous
les peines les plus rigoureuſes de faire
feu fans un ordre exprès, ſe ſont fait jour partout
labayonnette au bout du fufil , & elles n'ont
eu que trois cent hommes de tués , en paſſant au
travers du camp des ennemis , qui ont fait une
perte beaucoup plus confiderable. Le Marquis de
Caſtellar a été obligé de prendreſa routepar Pontremoli
& par Sarzanne , ce qui eft cauſe qu'il n'a
pû encore ſe rendre du côté oppoſé du Taro , &
le Comte deGages l'a remontée à la même hauteur
que ceGénéral , afin que leur jonction pût ſe
faire plus facilement. L'armée Eſpagnole s'étend
depuis Borgo-San-Donino juſqu'à Gibello , où
l'Infant a établi fon quartier.
Lesdernieres lettresde l'ifledeCorſe marquent
que les Rebelles ſe ſont retirés à San-Fiorenzo ,
ayant été chaffés de tous les poſtes qu'ils occupoient.
Le Maréchal de Maillebois n'ayant pu arriver
affés tôt pour ſecourir la Ville de Valence , la
garniſon qui défendoit cette Place a été obligée de
capituler. Ce Général a chaffé les Piedmontois
de pluſieurs poſtes qu'ils occupoient , & il s'eft
rendu maître de celui d'Acqui , où l'on affure
que deux Bataillons des ennemis ont été faits
prifonniers...יינ
1
MAI 1746. 195
Un corps conſidérable de troupes de la Reine
de Hongrie commandé par le Général Groff ,
s'étant avancé à Codogno avec de l'artillerie , le
MarquisPignatelli a été détaché par l'Infant Don
Philippe avec 8000 hommes pour obliger ce corps
d'abandonner ce poſte. Ce Lieutenant Général a
executé ſes ordres avec tant de ſuccès , qu'il y a
forcé les ennemis qui s'y ſont défendus de maiſons
en maiſons , &qu'il les a mis totalement en déroute.
Ils ont perdu en cette occafion fix cent
hommes ; on leur a fait 2400 prifonniers , du
nombre deſquels eſt le Général Groff, & on
leur a enlevé douze pieces de canon , un mortier ,
onze drapeaux , un étandart , un grand nombre
de chevaux.& tous les bagages. La nouvelle qui
s'eſt répandue que les troupes avec leſquelles le
Marquis de Caſtellar s'eſt retiré de Parme avoient
été défaites par le Général Nadaſti , n'a aucun
fondement. Ces troupes n'ont pû être entamées
par les ennemis , & ayant gagné ſur eux une
marche , elles arriverent le 28 du mois dernier à
Sarzanne où elle pafferent le Magra fans aucun
obſtacle.
Le Comte deGages , depuis qu'elles l'ont rejoint
, a quitté les bordsdu Taro , & s'eſt rappro
ché du camp de l'Infant Don Philippe.
On a appris "que le 22 du mois dernier les
400 hommes qui avoient été laiffés par le Marquis
de Caftellar dans le Château de Parme , avoient
arboré le Drapeau blanc , & que le Comte de
Brovvne , qui a attaqué cette Fortereffe , avoit
exigé qu'ils ſe rendiſſent priſonniers de guerre.
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
• MARIAGES ET MORTS.
L
E26Avril fut faitedans la Chapelle de l'Hôtel
de M. le Marêchal Duc de Biron la ceremonie
dumariage de M.Anne-Gabriel-Henri Bernard , Seigneur
de S. Saire, de Paffy-les-Paris , du Fiefde
5. Pol, deGrifolles &c , Préſident de la ſeconde
des Enquêtes du Parlement , Office dans lequel
il avoit été reçu la veille au lieu de feu M. le
Préſident de Rieux fon pere , avec Dlle. Marie-
Magdeleine de Beauvoir de Grimoard du Roure , fille
deLouis-Claude-Scipion de Beauvoir de Grimoard
Comte du Roure ,Marquis de Grifac , Baron des
Villes deBarjac & de Florac &des Etats de Languedoc
, Marechal des camps& armées duRoi ,
premier Sous-Lieutenantde la premiére Compagnie
des Mouſquetaires , & Gouverneurdu Fort-Louis
du Rhin , & de D. Marie-Victoire-Antoinette de
Gontaut-Biron , fille de M. le Marechal Duc de
Biron ; M. de St. Saire est né le 10 Decembre
1724 du mariage de feu M. Gabriel-Bernard de
Rieux , Préſident de la ſeconde des Enquêtesdu
Parlement , mort le 13 Decembre 1745. &de
D. Suzanne-Marie -Henriette de Boulainvillier St.
Saire , ſa deuxième femme , avec laquelle il avoitç
été marié le 29 Mai 1719 , & petit-fils de M.
Samuel-Bernard , Comte de Coubert , Chevalier
de l'Ordre du Roi , Conſeiller d'Etat, mort à Paris
dans la 88 année de fon âge le 18 Janvier 1739.
&de D. Magdeleine Clergeau ſapremiére femme ,
morte le 19 Novembre 1716, & il eſt neveude
M. Samuel-Jacques Bernard , Maître des Requêtes
ordinaire de l'Hôtel du Roi , Sur-Intendant de
1
!
MAI 1746.197
laMaiſon de la Reine , & Grand Croix , Prevôt
&Maîtredes céremonies de l'Ordre Royal & Militaire
de S. Louis : pour la maiſon de Beauvoir
de Grimoard du Roure , également illustre par
fon ancienneté , ſes alliances , ſes marques d'honneur
& ſes ſervices militaires ; on la trouvera
rapportée dans le troiſiéme volume du Dictionnaire
Hiſtorique de Morery , folio 961.
:
Le 27 a été fait le mariage de M. Antoine
d'Albert Marquisde Fios , Capitaine de Vaiſſeau du
Roy , fils de M. Antoine d'Albert , Marquis de
Fios , Préſident à Mortier au Parlement de Provence
, & de D. Marguerite Guidy ; avec Dlle.
Auguſtine Beiffet d'Arville , fillede Jerôme-Auguf
tin Boiffet , Seigneur d'Arville , Brigadier des ar
mées du Roy & Gouverneur de la Ville de Roze ,
&de D. Marie-Barbe Jeumont. Voyés pour la
Genealogie d'Albert le Nobliaire de Provence
par l'Abbé Robert , imprimé en 1693 , & celui
du Sr. Maynier imprimé en 1709.
Le29Mars M. Chriſtophe-Louis Turpin de Criſſe
de Sanſay , Evêque de Nantes , Abbé de Quimper
lay & de la Chaume mourût dans ſon Diocèſe ,
il étoit né le 19 Septembre 1670. Etant Doyen
de l'Egliſe de St. Martin de Tours , il fut nommé
à l'Evêché de Rennes le 15 Août 1717 , dou
il fût transferé à Nantes en 1723 , & nommé aux
Abbayes de Quimperlay&de la Chaume en 1717
&1725 , il avoit pour frere aîné Lancelot Tur
pin de Griffé , Comte de Sanſay Colonel d'un Ré
giment d'Infanterie & Brigadier d'armée , mort
au mois de Septembre 1720 , laiſſant entr'autres
enfans de fon mariage avec D. Claude-Genevieve
Theriere , Anne-Marie Turpin de Sanſay , femme
de M. le Marquis de Simiane., M. le Comte de
Sanfay , & feu M. l'Evêque de Nantes , avoient
liij
198 MERCURE DE FRANCE.
pourBifayeul Charles Turpin , Seigneur de Criffé,
Comte de Vihers nommé à l'Ordre du St.
Eſprit au mois de Janvier 1594 , & c'eſt de lui
que font decendus les Comtes de Vihers & les
Comtes de Sanzay , dont la nobleſſe eft marquée
par fonancienneté , par ſes alliances & par fes
ſervices militaires ; voyez la Généalogie qui en
a été dreffée ſurles titres par le Sr. le Laboureur
&qui eft conſervée dans le Cabinet de M. de
C Généalogiſte des Ordres du Roi.
Le 13 Avril D. Marie-René de Boufflers Rea!
miencourt , Abbeſſe de l'Abbaye d'Andezy près
Sezanne en Brie , Ordre de St. Benoît , Diocèſe de
Châlons depuis l'an 1 (28 , mourut dans cette Abbaye
âgée d'environ 52 ans ; elle étoit ſoeur
de feu Charles-François de Boufflers , Seigneur de
Remiencourt , dit le Marquis de Boufflers , Lieutenant
Général des armées du Roi , Commandeur
de l'Ordre militaire de St. Louis , mort le
18 Decembre 1743 laiſſant pluſieurs enfans , &
elle étoit fille de Charles de Boufflers Seigneur
de Remiencourt&deMarie du Bos de Drancourt :
voyez la Généalogie de la Maiſon de Boufflers
dans l'Histoire des Grands Officiers de la Couronne
, volume s. fol. 89.
Le 17Mre. Jacques-Auguste de Thon , Abbéde
Samer au Bois, Ordre de St. Benoît Diocèſe &près
de Boulogne , depuis l'an 1661 ,&de Souillac du
même Ordre , au Diocèse de Cahors depuis 16οι ,
mourut à Paris dans la 92 année de ſon âge ,
étant né à Paris le 4 Mars 1655 , & le dernier
de ſa famille l'une des premiéres de la Robe
pourſon ancienneté , ſon illustration & ſes alliances;
il étoit fils de Jacques-Auguste de Thou ,
Comte de Meſlay le Vidame , Préſident aux Enquêtes
du Parlement de Paris ,& Ambaſſadeur
:
pour le Roi en Hollande , mort le 26 Septembre
1677, & de D. Marie Picardet ſa premiére femme
morte le 4 Fevrier 1664 , & petit fils de Jacques
Auguſte de Thou , Préſident du Parlement de
Paris ,qui s'eſt immortaliſé par la belle &judicieuſe
Hiftoire de fon tems qu'il a compoſée en Latin ,
&dont on a donné depuis quelques années une
traduction complette ; voyez la Généalogie de
cette famille dans l'Hiſtoire in folio du Parlement
de Paris par le Sr. Blanchard , & celle rapportée
dans le Dictionnaire de Morery , vol. 6 fol. 51ο ,
en attendant celle qui ſera employée beaucoup
plus exacte & plus fidelle dans l'hiſtoire des Maîtres
des Requêtes qui nous eſt promiſe.
Le 2 Mai D. Elifabeth- Eleonore de la Tour
d'Auvergne ,Prieure de l'Abbaye de Notre-Dame
deThorigny , mourut dans l'Abbaye de Mortaing
laBlanche au Diocèſe d'Avranches , dans la 79
année de ſon âge ; elle étoit fooeur de M. le Cardinald'Auvergne,&
fille de Frederic-MauriceComte
de la Tour d'Auvergne , Lieutenant Général
des armées du Roi , Colonel Général de la Ca
valerie legere de France , Senéchal & Gouver
neurdu Haut & Bas Limousin , mort le 23 Novembre
1707 , & d'Henriette-Françoiſe de Hohen-
Zollern, Marquiſe de Bergopzoom ſa premiére
femme , morte le 17 Octobre 1698 ; voyez pour
laGénéalogie de cette grande Maiſon , l'Hiftoire
des Grands Officiers de la Couronne vol. 4 fol.
545-
Les Philippes René de l'ifle du Gal, Chevavalier
Comte dudit lieu mourut à Paris dans la
63 année de fon âge ; il étoit frere ainé de feu
Mre Benjamin de l'Iſle du Gast Evêque de Limoges
& Abbé Commandataire de l'Abbaye de St.
Martial de la même Ville , mort dans ſon Dio
Liiij
100 MERCURE DE FRANCE.
cèſe le 15 Octobre 1739, âgé de so ans , & de
Charles de l'ifle du Gait, Docteur de la Maiſon
&Societé de Sorbonne , Archidiacre &Chanoine
de Chartres , aujourd'hui vivant.
La nuit du 5 au 6 Louis de Boschet Marquis
de Sourches & du Bellay , dit le Comte de Momfo-
Tean , Lieutenant Général des armées du Roi ,
Confeillerd'Etat , Prevôt de l'Hôtel de Sa Majefté&
Grand Prevôt de France , mourut à Verſailles
dans la 80 année de ſon âge , étant né le 26 Juillet
1666 ; il étoit Lieutenant Général de la promotion
du 29 Mars 1710 , & fit ferment le 25
Août 1714 entre les mainsdu Roi pour la charge
de Prevôt de l'Hôtel du Roi & Grand Prevôt
de France, dont il avoit été pourvû fur la demiſſion
de ſon pere; il avoit été marié le is
Fevrier 1706 avec D. Jeanne-Agnés-Thereſede
PochollesduHamel , morte le 28 Decembre 1723 ,
&il en laiffe M.Louis de Boſchet, Marquis deSourches
, Comte de Montſoreau , né les Novembre
1710, pourvû fur la demiſſion de ſon perede la
charge de Prevêt de l'Hôtel du Roi & Grand
Prevêt de France le 13 Fevrier 179 , Marechal
de Camp de la promotion du 2 Mai 1744 ,
marié to, le 7 Fevrier 1730 avec Marie-Charlot.
te-Antonine de Gontaut Biron, fille de M. le
Marêchal Duc de Biron , morte le 6 Juillet 17:0
laiſſant pluſieurs enfans. 20. la nuit du 16 au
17 Août 1741 avec Marguerite Deſmarets de
Maillebois fille de M. le Marêchal de Maillebois .
Feu M. le Comte de Montſoreau , avoit pour
freres Jean-Louis-François de Boſchet de Sourches
Evêque de Dol depuis le 12 Janvier 1715 ; Louis
François de BoſchetComte de Sourches, Lieutenant
Gé éral des armées du Roi du 20 Fevrier 1734)
&Louis-Vincent de Boſcher Chevalier de Malse ,
ΜΑΙ 1746. 201
dit le Chevalier de Montſoreau, Mestre de Camp
du Régiment de Montforeas , Brigadier d'Infanterie
du 1 Fevrier 1719 vivant en 1746.
Il étoit fils de Louis-François de Boſchet , Marquis
de Sourches , Prevêt de l'Hôtel du Roi &
Grand Prevôt de France ſur la demiſſion de fon
pere par lettres du 23 Août 1664 , Gouverneur
&Lieutenant Général pour le Roi des Provinces
du Mayne , Perche & Comté de Laval , & Colonel
d'un Régiment d'Infanterie , mort le 4 Mars
1716, & de D. Marie-Genevieve de Chambes
Comteffe de Montſoreau , & petit fils de Jean
de Boſchet,Marquisde Sourches au Mayne dont il
obtint l'érection en Marquiſat par les lettres du
mois de Decembre 1652 , Conſeiller d'Etat &
Privé, Prevût de l'Hôtel du Roi&Grand Prevôt
de France , pourvû par lettres du 17 Decembre
1643 , reçû Chevalier de l'Ordre du St. Eſprit à
la promotion du 31 Decembre 1661 , mort le r
Fevrier 1677 & de D. Marie Nevelet , morte le
30 Decembre 1662 .
Le nom de Boſchet eſt marqué entre les Nobles
de la Province du Mayne , par ſon ancienneté ,
parſes alliances&par ſes ſervices militaires , &ſes
Armes font d'argentà deux faſſes de fable , voyés
l'hiſtoire des Grands Officiers de la Couronnevol.
9fol. 197.
Le 8 D. Marie-Louiſe Bigot , veuve. depuis le
27 Novembre 1727 de Carloman-Philogene Brulart,
Comtedesillery,Colonel du régiment d'Infanterie
de M. le Prince de Conty , & ſon premier
Ecuyer, & Gouverneur de la Villed'Epernay , avec
lequel elle avoit été mariée au mois d'Août 1697 ,
mouru à Paris âgée de 84 ans , laiſſant de ſon
mariage entr'autres enfans Louis-Philogene Brulart
, Marquis de Puiſieux & de Sillery , né le sa
Iv
202 MERCURE DE FRANCE.
Mai 1701 , Maréchal des camps & armées du
Roi depuis le 20 Fevrier 1743 , & ci-devant
Ambaſſadeur auprès du Roi des Deux Siciles ,
marié depuis le 19 Juillet 1722. avec Charlotte-
Felicité le Tellier , fille de Louis - Nicolas le
Tellier , Marquis de Souvré , Maître de laGarderobe
du Roi , Chevalier de ſes Ordres & Lieutenant
Général de ſa Majesté au Gouvernement
de Bearn & de Navarre , & de Catherine-Charlotte
de Pas Feuquieres Dame de Rebenac : voyez
ła Généalogie de Brulart dans le premier vol.
de l'Hiftoire des Grands Officiers de la Couronne
fol . 525.
Le 9. De. Adelaide-Jeanne-Françoife Bouterone
d'Aubigny , femme depuis le 27 Avril 1733 de
Louis de Conflans , Marquis d'Armentieres , Maréchal
des camps & armées du Roi , & ci-devant
premier Gentilhomme de la Chambre de feu M.
le Duc d'Orleans , Regent du Royaume , mourut
à Paris dans la 30 année de ſon âge , étant née
le 6Avril 1717 du mariage de Jean Bouterouë ,
Seigneur d'Aubigny , Conſeiller du Roi en fes
Conſeils , Grand Maître des Eaux & Forêts de
France au Département de Touraine , Anjou &
Mayne, Confeiller Secretaire du Roi , Maiſon ,
Couronne de France &de ſes Finances , & auffi
Secretaire du Roi & de la Reine d'Eſpagne , &
de Marie- Françoiſe le Moyne de Renemoulin :
voyés la Généalogie de la Maiſon de Conflans
dans l'Histoire des Grands Officiers dela Couronne,
vol. 6 fol. 1 :6 & 142.
J
FORMAT 18746 203
ARRESTS NOTABLES.
ARREST du Conſeil d'Etat du Roi , du 26
Janvier 1746 , portant reglement pour la fabrique
des chapeaux deſtinésà l'uſage des Troupes.
ORDONNANCE du Roi du 28 Janvier
1746 concernant les Milices
Sa Majesté ayant reglé par ſon ordonnance du
10 Avril 1745 , concernant la formation des régimens
des Grenadiers-royaux , que pour rendre les
compagnies deſdits régimens toujours completesde
ſujets quiy ſoient propres , il fera déſigné dans chacunedeshuit
compagnies de Fuſiliers des bataillons
de Milice , des Soldats pour remplacer les Grenadiers
quiviendrontà manquer ; Et ſa Majesté ayant
reconnu qu'il conviendroit mieux pour le biende
fon ſervice , que ces Soldats deſtinés pour monter
aux Grenadiers , forment une compagnie dans
chaquebataillon , où ils ſeroient exercés enſemble
&difciplinés , Elle a ordonné & ordonne,
Art.premier. Les cent douze bataillons de Milice,
y compris les trois de la ville de Paris & les
neufqui compoſent les trois régimens de Milice de
Lorraine & de Bar ,& qui ont été mis par les ordonnances
des 30 Octobre & premier Novembre
derniers , ſur le piedde fix cent cinquante hommes
chacun , formant neuf compagnies , dont une de
Grenadiers de cinquante hommes , & huit de Fufiliers
de ſoixante-quinze hommes , feront , à commencer
du premier Mars prochain portés à dix
Ivj
204 MERCURE DE FRANCE.
compagnies , dont unedeGrenadiers de cinquante
homines , une autre de Grenadiers-Poftiches de
cinquante fix hommes ,& huit de Fufiliersde foixante-
huit hommes chacune.
ORDONNANCE du Roi du 30 Janvier 1746
portant création d'un Corps de cinq cens hommes
de troupes légeres, ſous le nomde Volontairesde
Gantés.
Il ſera inceſſamment tiré pour former les deux
compagnies d'infanterie dudit corps , cent cinquantehommes
des régimens d'infanterie qui compoſent
l'armée d'Italie , àraiſonde quatrehommes
par bataillon , & pareil nombre de cent cinquante
hommes des bataillons de Fufiliers de Montagne ,
pour former lesdeux compagniesde Fuſiliers. &c.
ORDONNANCE du Roi du 30 Janvier
1746 , portant augmentation dans la compagnie
des Chaffeurs de Fiſcher.
Ladite compagnie ſera augmentéede quarante
hommes à pied&foixante à cheval , pour com
poſer avec les foixanteà pied&quarante à cheval,
qui éxiſtent actuellement , deux troupes d'Infanterie&
de Cavaleriedecenthommes chacune.
ORDONNANCE du Roi , concernant
les Régimens de Grenadiers - Royaux; du 10
Mars1/46.
Claude-Henri Feydeau de Marville , &c. Le
Roi ayant ordonné par fon ordonnance du 30
Octobre 1745 , qu'il feroit fait une augmentation
dans chaque bataillonde Milice ;&étant néceffaire,
en faiſant cette augmentation pour les trois
bataillons de la ville deParis , de faire compléter
ΜΑΙ 1746. 205
leſdits trois bataillons , nous ſommes perfuadés
que leshabitansqui doiventycontribuer , ſe por
teront d'eux-mêmes à donner en cette occafion
de nouvelles preuves de leur zéle à Sa Majesté ,
fans qu'il foit beſoin de faire tirer au fort , &
qu'il nous fuffit ſeulement de faire l'état de répartitionde
ce que chaque Corps , Communauté , &
autres habitans auront à fournir. A CES CAUSES ,
Vû les Ordres du Roi , à nous adreſſés par M. le
Comte d'Argenſon Miniſtre & Secrétaire d'Etat
de la guerre , le 3 Mars 1746 , & tout confideré :
Nous Commiſſaire ſuſdit , en vertu du pouvoir
ànous donné par Sa Majesté , ordonnons.
Article I. Que par les Corps & Communautés
de marchands & artiſans , privilégiés & non privi
égiés , officiers ſur les ports , quais & halles
&autres habitans de cette ville & fauxbourgs
ſujets à la Mi ice , dont l'état ſera par nous arrêté
enconféquence de notre préſent mandement .
il ſera fourni fix cent hommes de Milice , tang
pour comp éter les trois bataillonsqui ont été levés
dans cette ville en vertu de l'ordonnance de Sa
Majesté du 10 Janvier 1743 , que pour l'augmenta
tion ordonnée par celle du 30 Octobre 1745.
II . Seront leſdits corps & communautés , &
autres habitans , tenus de fournirdans le courant
du mois d'Avril prochain , les hommes pour lefquels
ils feront compris dans ledit état , de l'âge
de ſeize ans juſqu'à quarante , de la taille de cinq
pieds au moins , &de force ſuffiſante à porter les
armes. 1
III. Les hommes mariés , ni les garçons qui
auront quelqu'incommodité capable de les empêcher
de ſervir , ne pourront être admis ; & s'il
s'en trouvoit dans l'un ou Pautre cas , ils feront
conſtitués prifonniers , & ceux qui les auroient
fournis , obligés à les remplacer.
:
206 MERCURE DE FRANCE
IV. Pourront leſdits corps , comimunautés &
autres habitans , nous préſenter ſéparément learn
Miliciens lorſqu'ils les auront faits , pour être fign
lés; après lequel fignalement leſdits Miliciens
ne pourront s'abſenter decette ville & fauxbourgs,
fans une permiſion expreffe de notre part, conformément
& ſous les peines preſcrites par l'ordonnance
de Sa Majesté dudit jour to Janvier
1743-
V. Dansle cas où leſdits corps , communautés,
& autres habitans , refuſeroient de fournit
le nombre de Miliciens pour lequel ils feron:
comprisdans l'état de répartition par nous arrêté .
dans le tems ci-deſſus préſerit , ceux d'entr'eux
ſujetsà la Milice, leurs enfans , garçons , apprentifs
&domeſtiques, feront tenus de tirer au ført
pardevant le Commiſſaire au Châtelet qui fers
par nous commis à cet effet
VI. Seront tenus les Miliciens ſignalés de fe
trouver dans le lieu d'aſſemblée aux jour &
heure qui leur feront par nous indiqués , à peine
d'être déclarés déſerteurs .
VII. Ordonnons en outre qu'il ſera foami
chaque Milicien de nouvelle levée , une vette
&une culotte de drap blanc , doublées d'une
bonneferge, une paire de fouliers, deux chemiſes,
un col noir, un chapeau bordé d'argent faux ,
un havreſac , une paire de guêtres & une paire |
dejarrettiéres , aux frais&dépens deſdits corps ,
communautés , & autres habitans compris dans
ledit état; du prix de laquelle fourniture , eſemble
de l'ecu de gratification qui ſera delive
àchaque Milicien, il ſera par nous fait un éta
de répartition , pour en être le montant remis
Celui qui en aura fait l'avance &c.
-MAI-174620
ORDONNANCE du Roi , du 20 concernant
les nouveaux Bataillons 'levés en exécution des
ordonnances du 25 Août 17+5 .
DECLARATION du Roi du 9 Avril en faveur
des Corſes fidéles à la République de Genes ,
& contre ceux qui cherchent à ſe ſouftraire à ſa
domination .
Toute l'Europe aura vű avec ſurpriſe les dé
clarations que la Reine de Hongrie & le Roi de
Sardaigne ont fait publier , pour promettre leur
fecours aux peuples rebelles de l'Iſle de Corſe ,
Il eſt évident que ces deux Puiſſances manquent
aux loix de la justice , en fomentant la
rébellion de ces Infulaires contre leur légitime
Souverain , avec lequel elles ne font point en
guerre.
Les égards que la Reine de Hongrie doit à la
mémoire du feu Empereur ſon pere , ajoûtent à
cette entrepriſe odieuſe par elle-même , un nouveau
degré d'irrégularité.
Le Roi & l'Empereur Charles VI s'étoient engagés
de concert à maintenir la République de
Genes dans la poſſeſſion du Royaume de Corſe ;
ce fut enſuite ſous la médiation de ces deux Monarques
, que la tranquillité fut rétablie dans cette
Iſle : enfin leurs Majeſtés accorderent en 1738 leur
garantie pour le maintien de l'amniſtie & des
réglemens qui furent alors ſtatués par la République
en faveur des Corſes .
Čette conſidération auroit du ſuffire pour prévenir
la rébellion ,& non pour l'encourager , mais.
les droits naturels de la raiſon& de l'équité ſe taiſent
lorſqu'il s'agit de fatisfaire fon reſſentiment
& ſa vengeance.
Le Roi, bien éloigné de ſe conduire par de
208 MERCUR DEFRANCE
pareilles maximes, n'ajamais traité en ennems
déclarés les Puiſſances qui ont fourni à la Reine
deHongriedesſecourscontreSa Majefté , tandis
que lesdeux Puiſſances ennemies de Sa Majesté,
exercent contre les Genois les vexations les plus
illégitimes , par la ſeule raiſon qu'ils font Alliés
du Roi , & auxiliaires des Alliés de Sa Majefté.
Cette circonstance eſt un motif qui doitd'autant
plus engager le Roi à donner en cette occafionaux
Corſes fideles , de nouvelles afſurances
de ſa protection & de ſes bontés , & à aider la
République pour faire rentrer dans le devoir ceux
qui , ſéduits ou excités par les Cours de Vienne
& de Turin , ont ofé ou oferont s'en écarter ,
&leſquels Sa Majesté regardera par cette raiſon ,
comme déchûs des graces & des priviléges dont
Elle a été garante.
C'eſt dans cette vûë que le Roi déclare que
fon intention eſt de maintenir par tous les moyens
convenables l'autorité légitime de la République
de Genes, & de contribuer le plus
promptement & le plus efficacement qu'il ſera
poſſible, à rétablir la tranquillité , l'ordre & la
Tubordination dans l'Iſlede Corſe. La fidélité de
Sa Majesté pour ſes Alliés , ſa modération &
fondeſir conſtant de pacifier l'Europe , au lieu
d'en multiplier les troubles , font les fondemens
folidesde la confiance que les Corſes dociles &
foûmis doivent mettre dans l'équiré & la droiture
de ſes intentions , & fon Trône ſera toûjours un
aſyle affure pour toutes les Puiſſances qui lui feront
unies . & dont on attaquera lesdroits& les prérogatives.
ARREST de la Cour du Parlement du 2
Août 1745 , portant réglement pour les Exécu
MAI 1746. 209
toirespour frais des procès criminels auxquels il
ya desparties civiles qui ſe trouvent inſolvables.
ARREST du Conſeil d'Etat du Roi du 20
Novembre 1742 , concernant les Indemnités pour
Papier & Parchemin timbrés accordées aux Procureurs
généraux des Cours , & aux Procureurs du
Roides Siéges qui n'avoient pas été employés dans
l'Arrêt du 7 Juin 1740.
ARREST du Conſeil d'Etat du Roi & lettres
Patentes fur icelui , données à Verſailles le 11 Jan
vier 1746 , Regiſtrées en la Cour des Aydes le 4.
May , portant que les Marchandiſes énoncées dans
le tarif annexé à l'arrêt du Conſeil du to Juillet
1703 , ſeront toujours réputées du Levant lorfqu'elles
viendront de l'étranger, ſi le contrairen'eſt
juftifié pardes certificats en bonne forme des Magiſtratsdes
lieux d'envoi &des Conſuls de la nation
Françoiſe s'il y en a d'établis , & payeront en conſéquence
le droit de vingt pour cent: fans préju
dice des vérifications qui pourront être faites par le
fermier , en cas de ſoupçon qu'il auroit été abuſé
defdits certificats.
:
: ARREST du Conſeil d'Etat du Roi du 25
Janvier 1746 , qui , en rectifiant une erreur gliffée
dans celuidu 15 Mai 1745 , portant tarifdes droits
dûs ſur les marchandiſes de Verrerie d'Alface &
Franche Comté,ordonne que le poidsde deux mille
cinq cent livres , auquel ont été évalués les caiffetins
de quatre pieds & demi de long fur trois
pieds de large&trois pieds deux pouces de haut ,
remplis de verres d'aſſortiment maſſifs , demeurera
réduità ſeize cent quatre vingt-dix- sept livres .&
lesdroits perçus àraiſon de cent cinquante deux
MERCURE DE FRANCE
Les cacores huc feniers par cailletin,
nzatores trois fols bus
A par les acte da 15 Mai 1745
BEST Comel at du Roi da premier
afe ne
atheles-pour
s de faire ancuna
nous cances x parsie
les foscrets avant 17130
POGEMENT & M. de Marvile Lieutenand
Genemi te Face Camminaire en cette partie,
Elcontre les nomme
Cheon iser, marchands frearos de bertiaux , à
reficier & W Bad Fermer les marchés de Scea
Zifrachaechemmoorrccee par eux ven
the ac fear Cauri nechand Boucher ,& à b
renti me lenc el poco aligres en garant
fee tous ces it soos verbal de viite & de
quumifage fait de ladiceVache, aux dépens.
ARREST & Cafel Etat du Roi du 8 Fé
e.fundime l'execution des deux Or
Gonnances in theur Lieutenant géneral de Polict
des 27 Novembre && 23 Décembre 1745, qui on
la comiatica de 29Boeufs ffaaštiissle
Novembre 1745 for le fear Hurard entrepreneur
de la boucheriede hicel roval des Invalides,
pour les avoir achetés bors du marché & aux envi
tucsdePoite : Par lequel arrêt la confiſcation
desins vingt-neufBouts, eft reduite à quatorze
cent cinquante livres, pour le tiers du prix de i
wente derdits Boris , fixée par l'ordonnance
-Novembre 745, & ledit fleurHurard condar
me as coût dedit Arrêt , qui ordonne au furpl
Fexecución des armers du Conseil des 27 Décemb
ΜΑΙ , 1746. 211
1707 , 29 Novembre 1710 , premier Décembre
1711 , 27 Septembre 1725 , & de l'Ordonnance
de police du 7 Mars 1731 , concernant le commerce
des beftiaux .
?
= ARREST du Conseil d'Etat du Roi du 8..
-Février 1746 , qui débouté les habitans d'Aubervilliers
de leur demande en exemption des droits
rétablis ſur les Bois à brûler , par Edit du mois de
Décembre 1143 , & les condamne au payement
deſdits droits
ORDONNANCE de M. le Prevoſt des-
Marchands , du 20 Février 1746 , qui ordonne
l'éxécution de la contrainte décernée par Joſeph
Mellet le 31 Juillet 1744 : condamne Labdouche
de Beaune fils , Penet & confors , chacun à
leur égard , à payer même par corps , les ſommes
portées en ladite contrainte , pour les bois qu'ils
ont fait enlever du port de l'Iſle-Louvier : Donne
défaut contre pluſieurs Marchands de bois défaillans
,& les condamne au payement des ſommes
pour leſquelles ils ſont compris dans leſdites contrainte
& commandement : Ordonne l'exécution
de l'édit du mois de Décembre 17 +1 , & autres
réglemens concernant la perception des droits
fur le bois ; en conféquence que tous les bois à
brûler deſtinez pour la proviſion de Paris , qui
feront enlevés des chantiers& ports cuils auront
été emplacés , pour être tranſportés à quelque
deftination que ce ſoit , feront ſujets au payement
des droits: Fait défenſes auxdits Marchands de
bois neuf& flotté ,& à toutes autres perſonnes ,
d'en enlever aucuns deſdits ports& chantiers fans
payer les droits.
PIECES
TABLE .
IECES FUGITIVE's en Vers & en
Profe . Le Berger , le Cuisinier & la Brebis
Fable.
Page 3
Suite des reflexions ſur l'homme en général. 6
Le Je ne ſçais quoi, Ode, 13
Mémoire ſur Philippe le Berruier.
Lettre contre l'Amour.
Invective contre la Rime .
Suite de l'Hiftoire Univerſelle de M. de Vol-
16
24
28
taire. 29
L'Agonie.
43
Extrait d'une lettre de M. le Sage &c.
44
Vers à l'Evêque de Chartres par M. Roy.
49
Lettre ſur la nouvelle fontaine de la ruë de Grenelle.
50
AMadame L. M. D. L. R. U. F.
67
Epigramme ſur un vieux Poëte.
68
Madrigal. ibid.
Epître à M. l'Abbé H ***.
69
Extrait de lettre au ſujet fle l'emploi des 20000
livres.
Le Rat & la Pie , Fable.
LeThon & le Dauphin , Fable.
Maximes d'amour en acroſtiche.
Reflexions fur les âges de l'homme.
71
78
80
81
8:
Vers fur l'amitié, 88
Epître à M. le Docteur B ***,
Déclaration d'un amant à ſa maîtreſſe.
89
92
Diſcours ſur la véritable grandeur d'un Prince. 93
Extrait de lettre de M, d'Arget Secretaire du Roi
de Prufſſe au Baron de Sparre &c. 107
Vers latins&traduction au Maréchal de Saxe. 109
Nouvelles litteraires , des beaux Arts. Le Théatre
17
Anglois tome III. Extrait. IIQ
Eſai ſur les Monoyes , Extrait, 114
Bibliothéque de Cour , de Ville &de Campagne ,
Extrait. 116
Les campagnesduRoi en 1744&45, Poëme. 119
Differtation ſur l'incertitude des ſignes de la
nort&c ibid,
Le petit Dictionnaire du tems , &c. ibid.
Differtations préliminaires pour ſervir à l'Hiftoire
de Sais , Extrait. 120
Traité des Teſtamens , Extrait. 125
Coûtumes de la Province du ComtéPairiedela
Marche, 126
es Coûtumes de laMarche expliquées,
celles du Haut & Bas Païs d'Auvergne,
Conferences publiques &gratuites.
Leçons ſur l'Hiftoire en général, ibid
'arités reciproquesdela livre numeraire &c. ibid.
rrêt qui ordonne aux Souſcripteurs de retiret
des mains du Sr. Colombat la Grammaire de
12.7
ibid.
128
=
le Dictionnaire Hébraïque & Chaldaique du
: le tems de deux années.
Estampes nouvelles.
13
13
13
Ode àM. Titon ſur la mortde M de Largilliere
&Epigramme fur le même ſujet.
Mots des Enigmes & des Logogryphes du Me
cure d'Avril.
Enigme & Logogryphe .
13
Effence d'Ogni Fiori , Effence de Savon à la Be
gamotte , & Cuirs à repaſſer les rafoirs. 13
ParodiedesMenuets de la Comèdie Italienne. 1
Spectacles , changemens faits au premier Acte c
Temple de la Gloire .
14
Les amours des Dieux remis au Théatre .
Comédie Françoiſe,
1دل
I
H
Comédie Italienne .
Journal de la Cour , de Paris &c. 14
Benefices donnés .
I
Prifes de Vaiſſeaux.
ibu
Mandement du Cardinal de Tencin.
16
I
Lettre de M. de Voltaire &c.
Concerts de la Reine.
Opérations de l'armée du Roi.
Placet à Madame ,
Nouvelles Etrangeres ,
Mariages & Morts...
:
La Chanfon notéedoit regarder la page
...
1
1
Le Livre intitulé Differtations Fréliminaires pour
fervir à l'Histoire de Sais , ſe vend chés Guillaume :
Defprez , Imprimeur ordinaire du Roi , & chés
Guillaume Cavelier fils Libraire rue St. Jacques
A St. Profper & aux trois Vertus .
ERATA DE JANVIER.
On s'eſt trompé lorſqu'à la P. 197 du Mercure
de Janvier , on a dit qu'il ne reſtoit de mâle
Hela Maiſon de Boulainvilliers, que Samuel Comte
He Boulainvilliers . L'aîné de cette maiſon étoit
Louis de Boulainvilliers de Chepoix , Marquis de
Chepoix , Marquis de Boulainvilliers, Capitaine de
Vaiffeaux du Roi ; il commandoit le Bourbon ,
& perit avec ce Vaiſſeau ily a quelques années
Tur les côtes d'Eſpagne en revenant de St. Domingue
; il a laiſſé un fils Henri-Louis de Bouainvilliers
de Chepoix, Marquis de Boulainvilliers,
Enſeigne de Vaiffeau,& aujourd'hui chefdu nom
Armes de la maison de Boulainvilliers. Il y
encore N. Chevalier de Boulainvilliers qui et
'une 'branche cadette.
Fautes à corriger dans ce Livre.
Age29 ligne 22 Anglois,Saxons,lifes Anglois-
Saxons .
ge 30 lig. 2 dépouiles , liſés , depouilles .
1
Page 33 lig. 20 ſeul gouvernoit , lifex ſçût gai
verner .
Page 82 lig. 2. Calandrini , lifes Calandrin,
Page 89 lig. 6. amis, lifés ami.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères