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MERCURE
Si
DE FRANCE
DÉDIÉ AU ROI.
JANVIER 1746.
LIGIT
UT SPARGAT
Chés
-
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER
rue S. Jacques.
La Veuve PISSOT, Quai de Conty
à ladefcente du Pont-Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais
M. DCC. XLVI .
Avec Approbation & Privilege de Roi
-10.6
1558
746
LISTE DES LIBRAIRES
qui débitent le Mercure dans les
Provinces du Royaume .
ABordeaux, chés Raimond Labottiere,&chesChappuis
1 aîné , Libraires, Place du Palais , à côté de
laBourſe.
Nantes , chés Nicolas Verger.
Rennes , chés Jouanet Vatar , & Vatar le fils , rue
Dauphine.
Blois , chés Maffon.
Tours chés Gripon , &chésBully.
Rouen , ches François-Eustache Herault , & chés
Cailloüeft.
Châlons-fur-Marne , chés Seneuze.
Amiens , chés la veuve François ,& chésGodart,
Arras, chés C. Duchamp , &thes Barbier.
Orleans , chés Rouzeaux.
Angers , à la Pofte ,&chés Boffard , Libraire
Dijon , à la Poſte.
Verſailles , chés Monn'er.
Beſançon , chés Briffaut , à la Poſte.
SaintGermain , chés Chavepeyre.
Lyon , à la Poſte.
Marſeille , chés Sibić , Libraire , ſur le Port.
Beauvais , chés De Saint.
Troyes , chés Michelin , Imprimeur-Libraire.
Charleville , chez Pierre Thelin .
Moulins , chés Faure,
Mâcon , chés De Saint , fils,
Auxerre , chés Fournier.
Nancy , ebes Nicolas.
Toulouſe , ches Biroffe.
Nantes , chés Joſeph Vatar,
Dijon chés Mailly.
:
Le prix est de XXX. fols,
MERCURE
DE FRANCE
DÉDIÉ AU ROI.
JANVIER 1746.
PIECES FUGITIVES
en Versen Profe.
EPITRE A URANIE.
S
Pour lejour defa fête.
I le Dieu que Délos adore
M'avoit appris ſon art charmant ,
Qu'il feroit doux de faire éclore
Mes paroles du ſentiment !
Moncoeur, en guidant mongénie ,
Aij
4. MERCURE DE FRANCE.
Se dévoileroit à tesyeux,
Etdans des Vers mélodieux
Enfantant la douce harmonie ,
Ma lyre , adorable Uranie ,
Porteroit ſes ſons juſqu'aux Cieux.
Des plus brillantes fleurs ornée ,
Et par les Graces couronnée
Volant à l'immortalité
Sur leton des plus doctes Fées
Elle éléveroit des trophées
A l'éclatante vérité.
Auſſi ſublime que ſincére ,
De ton aimable caractére
Ellechanteroit la bonté ,
La candeur , la ſincérité ,
Cet Art de charmer& de plaire ,
Par un Coeur que leCiel éclaire ,
Et par un eſprit enchanté
Joint aux charmes de la beauté :
Préſens , que les Dieux t'on ſçu faire ,
Dont en naiſſant ils t'ont doté .
J'irois à la poſtérité
Laiffer un monument durable
Qui dansune belleadorable ,
Peignant & Minerve , & Venus
Pour ornement auroit les Graces ,
Pour taſe toute les vertus .
P
JANVIER 1746.5
De l'Art des Rouſſeaux , des Horaces ,
Les ſecrets me font inconnus :
En vain voudrois-je ſur leurs traces
Imiter leurs chants ingénus ;
Mes déſirs ſeroient ſuperflus ;
Et quand l'astre de ma naiffance
Par laplus heureuſe influence ,
M'auroit donné tous fes talens ,
Irois-je ſur les tons brillants
De la cadence & de la rime ,
D'une louange légitime
T'offrir les immortels accens ,
Quand ta vertu rare & fublime
Te met au-deſſus de l'encens ?
Moins audacieuſe en ſes chants ,
Enterendantun doux hommage,
Contente d'avoir un langage
Qui fut l'interprete du coeur ,
MaMuſe , de ſa vive ardeur
Te traceroit ici l'image ;
Elle peindroit mes ſentimens
Dont ta vertu forma les chaines ,
Et qui , par des liens charmans ,
Exempts de ſoucis&de peines ,
Defroideurs&de changemens ,
Au ſein d'une douce allégreſſe,
1
A iij
MERCURE DE FRANCE.
Sur le fuſeaude ta ſageffe ,
De mes jours filent les momens.
Elle peindroit ces mouvemens
Que l'amitiédonne à mon ame ,
Ce doux charme de tous mes ſens ,
Cestranſports de ſa vive flame ,
Toujours dans mon coeur renaiſſants ;
Cette union tendre& fincére ,
Ce vrai bonheur que le vulgaire
Dansla folle erreur endormi
Negoute jamais qu'à demi :
Cevrai bien , le feul eſtimable ,
Quidans l'objet le plus aimable
Me donne le parfait ami.
Mais de mon eſprit l'impuiſſance
M'impoſe ſagement filence ,
Etne me permet ſeulement
Quede t'offrir ces fleurs naiſſantes ,
Qui de nos campagnes riantes
Faifoient lagloire & l'ornement ;
En ce jour de réjouiſſance
Que les Dieux puiſfants àjamais
En l'illustrant par ta naiſſance ,
Signalerent par leurs bienfaits.
De votre heureuſe deftinée
Allez jouir , aimable fleurs ,
JANVIER . 7 1746
Dans lademeure fortunée
Qu'habite la Reine des coeurs ;
Tandis quemon ame ravie ,
Par un fort des Dieux envié ,
Ira lui conſacrer ma vie
Dans le temple de l'amitié.
LETTRE de M. du Marſais à M.
Durand Avocat au Parlement , en Périgord,
fur ce passage de l'Art Poëtique d'Horace.
V. 128
DIFFICILE EST PROPRIE COMMUNIA DICERE.
MONSIEUR ,
Dans l'interprétation interlinéaire que
je vous envoye de l'Art Poëtique d'Horace
à l'uſage de MM. vos fils , je n'ai fuivi
ni M. d'Acier , nile P. Tarteron , nile
P. Sanadon dans l'interprétation dece paffage
d'Horace Difficile est proprie communia
dicere. Je déſire fort que vous trouviez que
j'ai eû raiſon , car je fais grand cas de votre
ſuffrage,
A iiij
8 MERCURE DE FRANCE.
L
Pour bien entendre le ſens de ces paroles
il ne faut point les ſéparer de ce qui les
précede ni de ce qui les ſuit. Voici toute la
fuite du diſcours dans lequel fe trouve la
phraſe où eſt la difficulté.
> Si quid inexpertum ſcenæ committis , & audes
>> Perfonam formare novam , ſervetur ad imum
>>>Qualis ab incepto procefferit , & fibi conſtet ;
[ Verùm ) >> Difficile eſt proprié communia dicere
; tu -que
>>> Rectius Iliacum carmen deducis in actus
>> Quam fi proferres ignota indicta-que primus :
[Et tunc illa ] >> Publica materies privati juri
erit, fi !
>> Nec circa vilem patulum-que moraberis orbem
>>> Nec verbum verbo curabis reddere fidus
>> Interpres ; nec déſilies imitator in arctum
> Undè pedem referre pudor vetet aut operis lex.
Ces vers me paroiſſent ne former qu'un
ſens to al, une ſeule& même periode , dont
les membres font liés pardes conjonctions
ſous entendues , que j'ai pris la liberté de
mettre ici entre deux crochets.
Horace qui eft concis, a ſupprimé ces conjonctions
ou tranfitions. La fuppreffion des
prépofitions & des conjonctions rend le difcours
plus vif, mais moins clair. Auguſte ne
JANVIER. و . 1746
faiſoit pas difficulté de les exprimer & méme
deles répéterpour ſerendreplus intelligible. *
Mais revenons à Horace ; voici une paraphraſequi
me paroît faire entendre le ſens de
ſesvers: Si vous oſez mettre ſur la ſcéne un
>> ſujet nouveau , un caractére qui n'ait point
> encore été traité, inexpertum , &que pour
» peindre ce caractére vous inventiez un
>>perſonnagejuſqu'alors inconnu auThéatre,
>>perfonam novam : Que ce perſonnage con-
>> ſerve toujours ſon caractére : qu'il ne ſe
>> démente point , & que juſqu'à la fin de la
>piéce il ſoit tel qu'il aura paru au commen-
>> cement. Mais prenez-y garde : meſurez
>> vos forces : il eſt bien difficile d'imaginer
»& de foutenir ce nouveau perſonnage : de
06 le créer , pour ainſi dire , tel qu'il doit
>> être , propriè , pour peindre quelqu'un de
>>ces caractéresdont on n'a encore q'une idée
générale , communia ; on n'a aucun mo-
»déle devant ſoi; point d'Auteur qui ait
•Genus loquendi ſecutus eſt elegans&temperatum
vitatis fententiarum ineptiis .. præcipuamque
curam duxit ſenſum animi quam apertiſſimè exprimere
: quod quò facilius efficeret aut nec ubi
lectorem vel auditorem obturbaret ac moraretur ,
neque præpofitiones verbis addere , neque conjonctiones
fæpius iterare dubitavit , quæ detractæ
afferunt aliquid obfcuritatis , &fi gratiam augent ,
Sueton. Auguft. c. 86.
10 MERCURE DE FRANCE .
১১ traité le même ſujet : on n'a pour guide
>>que la Nature.
>> C'eſt ainſi que Moliére en prenant l'A-
> vare pour ſujet d'une Comédie , nous a
>> peint un caractére général , communia , &
→ que par la conduite de ſa piéce & par tout
>> ce qu'il fait dire & faire à fon Arpagon ,
>> perſonnage nouveau , il a traité ce ſujet
> propriè; il a appliqué convenablement àce
>> nouveau perſonnage le caractére géneral
>> d'Avare.
>>Le Joueur de Renard étoit auſſiunſujet
>> commun , c'est-à-dire géneral , indetermi-
> né, dont avant lui on n'avoit fait aucune
• application particuliere au Théatre, mais
>>Renard à particulariſé ce caractére dans
la perſonne de Valere , perſonnage nou-
>>veau & inventé exprès inexperium, personam
novam , & il a donné à ce perſonna-
>> ge tous les traits qui peignoient le Joueur,
» quile caractériſent , qui le font reconnoî-
→ trepropriè.
1
>> Mais,jeune Poëte pour qui j'écris, [ vous
→ n'êtes ni Moliere ni Renard , vous n'êtes
دد ni Ariftophane ni Menandre, vous n'êtes
>> ni Sophocle ni Euripide : ne volez pas
>>d'abord de vos propres ailes , croyez-
20 moi , prenez plutôt un ſujet , un ca-
- ractére & un perſonnage déja connus
dans le public , publica materies. Le vail
JANVIER 1746. VI
:
lant Achille , la barbare Médée , le per-
-fide Ixión, le triſte & furieux Oreſte , la
>> tendre& infortunée Didon. Tirez vos fujets&
vos perſonnages d'Homere, de Virgi-
→le &méme de quelque Hiſtorien célebre.
>>Ces ſujets & ces perſonnages que tout le
>> monde connoîtdéja, publica materies , vous
>> deviendront propres,privati juris erit , fr
vous enufez comme de votre propre bien,
➡ſans vous affervir en commentateur litteral
> à la conduite ni aux penſées connues de
>> votre original. Ne croyez pas que parce
> que vous tirez le fond de votre ouvrage
>> d'un Auteur, il nevous foit plus permis
» de retrancher , d'ajouter , de changer ni
>> de donner l'eſſor à votre imagination :
vous devez traiter votre matiere avec la
>> méme liberté que ſivous en étiez vous
>>même le premierAuteur.
Ilme femble , Monfieur que cette paraphraſe
rend le veritable ſens d'Horace , &
ne lui fait pas donner à proprie & à communia
des ſens forcés que ces motsn'ont nulle
part.
Je crois donc que proprie fignifie d'une
maniere propre , adaptée , détermince , au perfonnage
particulier par lequel on peint lecasactére
qu'onveut traiter.
Communia veut dire géneral, vague, indeurminé,
C'eſt dans ce ſens que lesGrammai
Avj
12 MERCURE DE FRANCE.
riens diviſent les noms ſubſtantifs en noms
communs ou appellatifs & en noms propres.
Commun eſt donc ici un de ces termes que
les Logiciens appellent univerſaux, qui fignifient
, diſent- ils , les idées communes , c'eſt à
dire , generales , tels ſont les noms qui conviennent
aux individus de même eſpéce.
C'eſt ainfi que Heros eſt un nom commun ,
séneral ou appellatif, c'eſt à dire , un nom
cui convient à Achille , à Alexandre , à Céfar
, à Henri IV. à Louis XV. au Roi de
Frufſe , au Prince de Conty , au Comte de
Saxe & à tous ces Grands hommes qui ſe
fon diftingués ou qui ſe diftinguent par l'Héroiſme
& que l'admiration des peuples confacre
à l'immortalité .
(
Achille , Alexandre , Céſar font des noms
propres , c'eſt à dire , les noms des individus
particuliers de l'eſpéce ou nom commun.
Ainfi felon Horace il eſt difficile d'inventer
une fable particuliere dans laquelle on
peigne pour la premiere fois , par un perfonnage
fingulier , parun nom propre , propriè,
quelqu'un de ces caractéres géneraux qui
font une eſpéce particulière d'hommes , foit
parmi les grands, foit dans le peuple, communa.
Hypocrite,fauxdévotqui cahetoutes fortes de
vices fous le man teau de la dévotion, communia
eſt un caractérequi n'eſt que tropcom ni
JANVIER
1745. 13
Moliere a fi bien peint ce caractére dans la
perfonne de Tartuffe , & a rendu ce caractére
tellementpropie à Tartuffe, proprie, que
notre Langue s'eſt trouvée enrichie , de ce
mot , & que Tartuffe , nom propre eſt devenu
par figure un nom commun , de forte
que l'on dit aujourd'hui d'un hypocrite &
d'un faux dévot, c'est un Tartuffe.
Ainfi proprie communia dicere , c'eſt adapter
fi bien un caractére à un perſonnage particulier
, que tout ce qu'on fait dire ou faire
à ce perſonnage réponde parfaitement à
l'idée abſtraire & génerale qu'on a du caractére.
Communia , c'eſt le caractére en lui-même
dans le ſens abſtrait,géneral&métaphysique.
Proprie, c'eſt le caractére appliqué à un
perſonnage particulier,& inventé pour être
le tableau du caractére. Les moeurs d'un hypocrite,
communia , ce ſont les moeurs de
Tartuffepropriè.
Au reſte , Monfieur, je dois le fond de
cette remarqueà la note que M. Piat a faite
fur ce paſſage dans le petit Horace qu'il fit
imprimer en 1730 chés Brocas * : note qu'il
*Hic communia funt mores generatim & in univerſum
ſpectati , nullâ ratione habitâ hujus aut hujushominis.
Propriè dicere , eft mores illos , five
naturas , alicui homini adfcribere & illius proprias
facere,
14 MERCURE DE FRANCE.
ne doit àaucun autre Commentateur : mais
quene trouve-t- on pas dans le fond d'un efprit
judicieux ? C'eſt l'inſtrument& lecommentaire
univerfel.
Deux paſſages , l'un de Cicéron, l'autre de
Quintilien , m'ont fait entrer dans la pen
fée de M. Piat & m'ont fait entendre que
Communia vouloit dire ici les caractéres géneraux
, communsà pluſieurs , & que propriè
défignoit l'application du caractére à un
perſonnage particulier.
Cicéron à la fin de ſonOraiſon pour le
Poëte Archias dit: Quæ communiter de ipfius
studio locutus sum : ce que j'ai dit engéneral
dela Poëfie , talent &étude d'Archias. C'eſt
ainſi que tout le monde entend ce paf
fage & c'eſt un des ſens que nos Dictionnaires
donnent à communiter : c'eſt ainſi que
je l'ai traduit dans l'interprétation interlinéaire
queje vous ai envoyée de cette oraiſon de
Cicéron.
Cum perfona aliqua ex hiftoriâ defumitur , ha
bet jam mores fuos, fuam indo'em , fuam naturam
propriam ac péculiarem: nec alius Poëtæ labor
incumbit , nifi ut naturam eam , jam factam
&cognitam fequatur. At ſi nova perſona effingitur ,
adiri neceſſe eſt naturas illas generales atque communes
; atque ex iis hauriri undè hujus-ce perfonæ
indolem propriam conficias : quod effe difficile
Horatius dicit : ideoque ſuadet perſonas jam cogaitas
adhiberi,
JANVIER 1746. 15
Quintilien eſt encore plus précis. * Non
diſſimile huic eft illud præceptum ut à communibus
adpropria veniamus Ferè enim communia
geniralia funt. Commune est , Tyrannum
occidit, proprium, Viriatum Tyrannum occidit.
>C'eſt encore un autre precepte appro-
>> chant de celui dont nous venons de parler
>> qu'il faut paſſer des propoſitions commu-
> nes aux propres ; par communes , dit-il , on
>>entend preſque toujoursgénerales. Il atué
>> un Tyran, voilàune propoſition commune,
>>c'eſt àdire , vague indeterminée. Il atuéViriate
, voilà une propoſitionpropre , c'eſt à
dire, finguliere ,determinée.
Vers la fin du fiécle pafſé le ſensde cesparoles
d'Horace partagea l'Académie&donna
lieu àun procès par écrit entre M. Dacier
&M. le Marquis de Sévigné fils de l'illuftre
Dame dont nous admirons les lettres. Je dis
unprocès, parceque ces Meſſieurs trouverent
àpropos d'intituler leurs écrits Factum, contredits.
Ces écrits furent imprimés à Paris chés
Girin en 16.8 ſous le titre de Differtation
critique ſur l'Art Poëtique d'Horace. On ne
trouve aujourd'hui cette differtation que dans
lecabinet de quelques curieux. C'eſt cette
Differtation que M. Dacier a en vûe lorſque
dans ſes notes ſur le paſſage en queſtion
* Quint. Inft. Or, L. VII. c. I.
16 MERCURE DE FRANCE.
après avoir traité d'abſurde le ſentiment dif
férent du sen , il ajoute : comme je l'ai
prouvé ailleurs.
Voici , Monfieur , en peu de mots le ſentiment
de chacune des deux parties.
La plupart des Commentateurs font dire,
comme nous , à Horace, il eſt difficile de faire
telle chofe, DIFFICILE EST; ainſine lafaitespas;
vous ferez mieux de faire autrement , TU- QUE
RECTIUS , mais M. de Sévigné , qui avoit des
ſentimens héroiques, lui fait dire: il est difficile
de faire telle choſe, ainſifaites la ; ſurmontez ,
bravez les difficultés.
»Un Poëte qui aura inventé ſon ſujet , fera
une bonne Tragédie, dit M. de Sévigné ,
- pourvû qu'il obſerve bien les caractérés :
>>mais il en fera une meilleure s'il choiſit
-un ſujet connu , commun , & fi commun ,
- que preſque perſonne ne l'ignore ; par
> exemple , quelque action éclatante de la
. guerre de Troye.
J'avoue qu'il eſt difficile de traiter ce ſujet
commun & rebattu , communia,d'une manie-
>> re nouvelle qui donne de la curiofité &de
> l'attention aux ſpectateurs propriè : mais
> c'eſt le but où vous devez aſpirer.
Voilà , Monfieur , le ſentiment de M. de
Sévigné , où vous voyez que par communia
il entend connu , ce quepersonne n'ignore.
Selon M. Dacier , communia ne veut pas
JANVIER 17 1746.
dire connu, au contraire , il veut dire inconnu
, nouveau, que tout le monde a droit d'inventer
, mais quin'est encore que dans les espaces
imaginaires jusqu'à ce qu'un premier occcupant
s'en empare.
>>Ces caractéres nouveaux, communia, ſont
difficiles , dit M. Dacier , il faut donc les
„ éviter , & avoir recours aux caractéres
>> connus , & par conféquent vous ferez
■mieux de les prendre dans Homere.
M.Dacier me paroît abuſerde l'autorité des
Juriſconſultes , quandil ditdans ſes contredits
que les Jurifconfultes ne donnentpoint d'autre
fens que luià communia. Mais ce que les Jurif
conſultes appellent res communes , telles que
l'air , l'eau des rivieres , la mer , le rivage de
la mer , ne ſont point des chofes nouvelles ,
ni des êtres de raiſon que chacun peut inventer
, ce font des êtres très - anciens , trèsréels
, & très- connus qui font à l'uſage de
tout le monde. Je retrouve là l'idée que j'ai
de commun que commun ſignifie inconnu nouveau
, maisnouvellement inventéou qui peut l'être;
j'avoue que cette interpretation quoique
preſque généralement fuivie , m'a paru bien
forcée & bien étrange ;je n'oſe dire abſurde
quoique M. Dacier apelle ainſi le ſentiment
contraire au fien.
20
Le P. Sanadon traduit: Il n'eſt pas aifé
detraiter d'une maniere peu commune
18 MERCURE DE FRANCE.
- ces ſujets communs &que tout le monde
>> peut tirer de ſon fond ; vous ferez mieux
d'en prendre dans l'Iliade que d'en imagi-
>> ner qui n'aient été traités de perſonne.
"
Etdans la notep. 579. le P. Sanadon dit
qu'Horaceappellecommuns desſujets nouveaux,
inventés & inconnus. De forte que dans
cette phrafe il n'est pas aisé de traiter d'une
maniere peu commune des ſujets communs.
Commune veut dire le contraire de
commun , car une maniere pen commune , c'eſt
une maniere peu ordinaire , peu usirée , peu
connuë , peu triviale , & commun felon la
note ſignifie nouveau , inventé , inconnu : de
forte que ſi l'on donnoit à commune le même
ſens que la notedonne à commun & quelon
ditd'une maniere peu commune , c'est à dire ,
peu nouvelle , peu inconnue , on feroit dire à
l'Auteur le contraire de ce qu'il a entendu
par commune quoique ce ſoit ce qu'il a entendu
par commun.
Mais revenons à nos plaideurs : M. de Sévigné
mit les rieurs de ſon côté par la légereté
de ſon ſtyle , & par le ridicule qu'il
jetta ſur M. Dacier , par des traits dont je
vous amuſerois volontiers , fi cette lettren'étoit
déja trop longue : M. Dacier de ſon côté
crut avoir accablé ſon adverſaire de raiſons
& d'autorités, de forte qu'il arriva dans
cette occaſion ce qui n'eſt que trop ordi
JANVIER 1746.
naire , c'eſt qu'après avoir bien écrit & bien
diſputé , &cela debonne foi de part& d'autré
, chacun perfiſta dans ſon fentiment , &
crut avoir triomphe de ſon adverſaire.
L'un& l'autre avoit allés d'eſprit pour voir
que le ſentiment qu'il combattoit n'étoit pas
le véritable. M. de Sévigné avoit raifon
quand il foutenoit que M. Dacier avoit tort ,
& M. Dacier prétendoit avec juſtice
ン
que
: mais ni M. de Sévigné n'avoit pas raiſon
l'un ni l'autre ne ſentit qu'il n'avoit pas luimême
ſaiſi le vrai. Il eſt aiſé de voir que les
autres ont tort : il eſt plus rare, je ne dis pas
de convenir , ce ſeroit peut-être trop exiger ,
mais du moins deſentir qu'on a tort auffi foimême.
On croit avoir raiſon parce qu'on
ſent qu'on eſt perfuadé. Peu de perſonnes
ontaflés d'étendue d'eſprit pour aller au delà,
& remonter ſans trouble & de bonne foi
aumotif& à la cauſe de leur perfuafion, La
brute , le Sauvage quivoit un hommedans
un miroir , eft perfuadé qu'il y à là un homme,
mais le Philofophe n'y reconnoît que
des rayons réfléchis. J'ai l'honneur d'étre
avec les ſentimens d'une eſtime très - ſincére
&d'une reconnoiſſance très-vive ,Monfieur,
votre&c. du Marſais.
Paris ce & Aoust 1745 .
20 MERCURE DE FRANCE.
ETraité des Tropes , Ouvrage de M. du
Marſais , Livre qui tientplus queletitre
n'annonce & qui a eu l'approbation de toutes
les perſonnes judicieuſes qui l'ont lû ne ſe
•vend que chés Robinot Quai des Auguſtins
près lagrille.
SONETTO
Del Signor Gio. Giofeffo Felice Orfi.
A
Mor , che ſtaſſi ogn'ora al fianco unite
Di lei , non sò s'iodica o Donna , o Dea ,
Seco apparvemi un dì, ch'in ſuol fiorito
Frà turba di Paftori io mi ſedea.
Vò moſtrarti , ( a la Ninfa Amor dicea , )
Qual frà tanti a te deggia eſſer gradito;
Ba lei , che in giro i vaghi rai volgea ,
Metre volte accennar tentò col dito .
Ove fegnaffe Anor mai non diftinſe
La Nympha, e andò chiedendo : e dove e qual ?
Sin ch un ſuo dardo impaziente ei ſtrinſe ;
Dafe: il guardo suo egua il mio ftale .
1
1
4
JANVIER 1746. 21
Seocco , ferimmi , eil ſangue , ond' ei mi tinſe ,
Fè à lei noto il mio voto , ed il mio male.
U
TRADUCTION LIBRE.
N jour que les Bergers fur lamolle fouge re
Célébroientde Palès la fête par leurs jeux ;
Les uns Lançant des traits qui voloient juſqu'aux
Cieux ,
Les autres s'exerçantàla courſe légere.
L'Amour qui ſuit plutôt mon Iris que ſamere ,
Lui dit, en me montrant , belle Nymphe , je veux
Te faire voir celui dont le coeur amoureux
Scaura trouver enfin le ſecretde te plaire.
Mais elle promenantenvainpartout ſes yeux ,
Où donc eft-il ? Toujours jele confonds, dit-elle;
Ce dard , reprit l'Amour , te le montrera mieux :
Suisle bien; à l'inſtant cet enfantdangereux
Tire , &perce mon coeur d'une fléche mortelle.
Ainfi connut Iris & mes traits& feux .
Laiglon.
ALTRO Sonetto di Gio. Batista Felice Zappi.
S
Taſſi di Cipro in fulla piaggia amena
Un' alta Reggia , dove Amorrifiede :
Colà mi ſpinſi : edel regnante al piede
Preſentai carta d'umiltà ripiena.
2 MERCURE DE FRANCE .
Sire, ( il foglio dicea, ) Tirci , che in pena
Servid fin'or , la libertà ti chiede ;
Nè crede orgoglio ildomandar mercede ,
Dopo ſei luſtri di ſervil catena.
La carta ei preſe , e in eſſa il volto affiſe ;
Malegger non potea , ch'egli era cieco ;
Econnobbe il ſuo ſcorno , e ſe n'affleſſe :
Indi con atto diſdegnoſo& bieco
Gittommi in faccia lo mio ſcritto , e diffe ,
Dallo à morte; elia ne parli meco.
TRADUCTION .
SUURR les bords fortunés de fifle de Cythere
On voit de Cupidon le Palais enchanté :
C'eſt là que l'autre jour j'allai contreGlicere
Préſenter ma Requête à ſa Divinité. :
En vain depuis quinze ans j'ai de cette Bergeré
(Y diſois -je , ) adoréconftamment la beauté ;
Elle rit de ma peine& n'en eft que plus fiere ;
Daignez moi donc , grand Dieu , rendre maliberté
:
Oubliant qu'il est né privé de la lumiere ,
Pour lire l'Amour fit un inutile effort :
11 rougit , & foudain prenant un air ſevére ,
JANVIER 1746. 23
Berger ,va préſenter ta Requête à la Mort ,
Et jete jugerai , me dit - il en colere ,
Quand elle m'enſera venu faire rapport.
Parlemême.
I
REFLEXIONS fur l'Ingratitude.
L eſt des vertus à la pratique deſquelles
l'homme nepeut être forcé: auſſi les vices
qui leur ſont contraires ne ſont jamais
punis par les Loix : c'eſt pour cette raiſon
qu'elles n'ont attaché aucune peine à l'ingratitude.
Les Légiflateurs ontcru que lahonte empreinteſurle
frontde ceux quienétoientcoupables
, que l'idée d'un bienfait pourſuivant
partout l'ingrat qui voudroit l'oublier , que
le remords qui le déchire , joint au mépris
univerſel qu'il encourt , étoient d'aſſes puifſants
motifs pour nous engager a payer avec
exactitude le tribut de la reconnoiffance .
La noirceur du crime a dérobé à leurs
yeux ceux qui en étoient atteints ; ils ont
penſé de l'hommetrop avantageuſement ; ils
l'ont jugétel qu'il devoit être ; l'intégrité de
leurcoeur ne leur permettoit point de voir
la corruption de celui des ingrats.
Suppléons au défaut des Loix. Comba
14 MERCURE DE FRANCE.
tons l'ingratitude. On ne peut y réuffir
qu'en peignant l'affreuſe énormité d'un défaut
lequel les honnétes gens ne tombent
ירמ
Ou peuples n'ont point attaché d'idées
fixes aux vertus , ou ils ſe partagent
fur leur pratique. Les uns font confifter la
vraie grandeur d'ame à affronter le fer , à
mépriſer la vie , à braver la mort. D'autres
affurent qu'on ne parvient à l'héroiſme que
par les victoires qu'on remporte fur foi-meme
& fur ſes paffions. Le Lacedemonien
permet le vol pourvû qu'il ſoit ſecret : chés
lui le crime enfeveli dans la nuit du filence
paſſe pour une adreſſe eflimable. Le Sybarite
repoſe ſur un lit ſemé de fleurs ; fa vie
eft tiflue par une molle oiſiveté que la débauche
ſeule a droit d'interrompre Le Scyte
au contraire nourri dans les camps en conſerve
la rudeſſe. Hors la reconnoiffance il.
n'eſt point de vertu qui n'ait des peuples entiers
pour ennemis : elle feule a enlevé tous
les fuffrages. Les Nations les plus féroces l'eftiment
, l'Univers la protége , l'ingrat lui eft
odieux.
Le Joueur convient de ſa paffion pour le
jeu, le voluptueux de ſa débauche , le Mifantrope
de la haine qu'il porte au genre
humain 1 parelleux de fon oifiveté , l'avare
de fon ardeur pour les richeſſes , l'Ambitieux
JANVIER
1746 25
:
:
i
bitieux de ſes projets vaſtes. Tous cherchent
à couvrir leurs défauts ſous le voile
de l'excuſe. L'Ingrat nie ſon crime ; acune
raiſon ne lui paroît capable d'en er la
noirceur : il ſent combien la reap. Tance
généralement aimée fait déteſte angratitude.
Il eſt deshommes chés qui rien ne ſe hate
tant de vieillir que le ſouvenir d'un bienfait:
ils ſont ſemblables à ces tonneaux percés
de mille trous qui laiſſent couler la liqueur
dont on les remplit; ſouvent il ne
leur ſuffit pas d'oublier les dons qu'on leur
aprodigues : tous les vices ont leurs dégrés
l'ingratitude a les ſiens.
S'ils réflechiſſent par hazard ſur les bienfaits
qu'ils ont reçûs, ils ne les enviſagent que
comme des fardeaux qui les accablent , des
dettes qui les affligent : ils doivent , ils le
ſentent, leur bienfaiteur eſt leur créancier ;
il devient leur ennemi. Ils employent tout
pour le perdre. Tel le lierre étoufle les arbres
dont les rameaux ont favorisé fon éle .
vation.
Le premier degré de l'ingratitude eſt de
manquer à la reconnoiſſance ; le ſecond
eſt de trahir celui à qui on la doit. La biche
que leChaſſeur pourſuit ſe cache dans
une vigne. Le péril eſt-il paſſé ? elle ronge
les feuilles ſans eſquelles elle ne ſeroit plus.
Б
26 MERCURE DE FRANCE.
Telle eſt l'eſquiſſe du Tableau qui repréſente
le caractére de l'ingrat : elle ſuffitpour
nous armer contre lui du mépris & de la
haine qu'il mérite. L'Avare eſtime la libéralité
qui amene de l'or dans ſeş çofres . La
tempérance plait au débauché parce qu'elle
ne luidiſpute point ſes plaiſirs. L'Orgueil-
Jeux aime l'homme modeſte qui lui céde toujours
l'honneur de la préféance. L'Ingratitude
eſt le ſeul vice qui ne nous faſſe point
chérir la vertu qui lui eſt oppoſée.
Nous ſommes nés pour la ſociété ; tout ce
qui tend à la détruire doit paroître odieux
au genre humain. L'ingratitude ofera- t- elle
encore ſe montrer ? elle attaque & revoltę
la Nature qui exige de nous la reconno ffance.
Le ſentiment que Dieu a gravé dans nos
coeurs nous dit qu'un bienfait doit toujours
plaire à l'honnête homme : l'Ingrat ne luj
trouve des charmes que quand il le reçoit ;
ſon coeur change , mais la Nature eſt une ;
l'obligation reſte .
Si les ſervices ſont oubliés la ſociété ſera
annéantie , l'union des hommes détruite ;
tout deviendra particulier. Chacun n'occupera
une place ſur la terre que pour foi ſeul .
Şûr de trouver dans l'Ingrat ſon plus mortel
ennemi , le puiſſant n'ofera proteger le foible
, le riche refuſera de ſecourir le pauvre ,
J'orphelin& la veuve languiront abandonnés,
JANVIER 1746. 27
Leshommes n'eſperant plus de bienfaits les
uns des autres ſe regarderont avec des yeux
jaloux: la difcorde ſecouera ſes flambeaux
fur leurs têtes , le ſouffle empoisonné de la
guerre infectera l'Univers ; ils ſe ſépareront.
Les Villes ſeront déſertes , les forêts habitées
par des peuples plus barbares que les
animaux qui y demeurent.
J'avoue que nous ſommes encore éloignés
de cet excèsde contagion ; que le monde
eſt bien loin de tomber dans le cahos que je
viens de décrire. Mais il me ſuffit d'avoir
prouvé qu'il pourroit être une ſuite de l'in.
gratitudepour faire comprendre combien ce
vice infame eſt odieux àla ſociété : d'ailleurs
dans l'état actuel du coeur humain , combien
eſt-il de gens qui fontprofeſſion de ſe plaindre
des ingrats afin den'obliger perſonne ?
Si leur mauvais naturel eſt la ſource de leur
dureté, il faut avouer auſſi qu'elle eſt en partie
autoriſée par les exemples qu'ils citent.
L'Ingratitude eſt d'autant plus à craindre
qu'elle peut devenir plus commune. Il n'eſt
point de Loix quipuniſſent ceux qui en font
coupables; on la croiroit tolerée ſi le remords
ne la condamnoit.
L'orgueil empéche un ingrat de ſe rappeller
le ſouvenir du bienfait qu'il a reçu ,
mais jamaisl'homme n'en perdroitla mémoires'il
ſçavoit les chagrins, les douleurs , les
Bij
28 MERCURE DE FRANCE .
fupplices qu'il ſe prépare en l'oubliant.
Les animaux les plus venimeux donnent la
mort aux autres fans ſe bleſſer eux- mêmes.
L'Ingrat eft p'us cruel, il exerce ſa barbarie
fur fon bienfaiteur & fur lui: ils'afflige , il ſe
tourmente , il ſe hait, il ſe déteſte d'avoir
reçû des dons qu'il abhorre , des faveurs qui
le condamnent , des liberalités qui forment
ſon fupplice , parce qu'il n'oſe pas en étre
reconnoiffant .
Les bétes les plus féroces ne ſontpas ennemies
de leur étre; elles le reſpectent , elles
évitent tout ce qui pourroit tendre à ſa def-
'truction. L'Ingrat ſe déchire par les chagrins
dont il s'accable ; il s'efforce de trouver en
fon coeur une excuſe pour pallier ſon crime.
Le remords ſe preſente , il ſe fait ſentir : on
veut l'étouffer , il agit avec plus de force , il
dévore.
L'état le plus triſte,de l'homme eſt d'avoir
des ennemis : rien ne le ſaiſit plus d'horreur
que la rencontre d'une perſonne qui s'efforce
de lui nuire. Combien donc eft- il dur
de la trouver toujours en ſoi?
Mais , dirat- on , il en eſt d'un ingrat comme
de tous ceux qui ſont dominés de quelques
vices. Le debauché hait ce qui a fait
fon plaifir. Le Joueur s'abhorre d'avoir hazardé
ſur une carte incertaine le patrimoine
de ſes ayeux. La crapule fait rougir celui
JANVIER لو . 1746
qui s'y eſt livré. L'Aſſaſfin fremit à la vue
defon crime.
Je l'avoue, tous les crimes entrainent après
eux des remords, un défir inquiet les précede
, quelque léger plaifir les accompagne ,
la douleur & l'accablement les fuit ; il ont
cela de commun , mais l'ingratitude attaque
la Nature , elle revolte cette loi de ſentiment
que Dieu nous a donné pour nous
conduire ; les chagrins qu'elle cauſe ſont plus
vifs que ceux que laiſſent l'ambition , la volupté
, l'intemperance & la fureur du jeu.
L'Homicide , il est vrai , combat le même
principe; auſſi la douleur que reffent en lui
méme celui qui l'a commis efface celle dont
les autres crimes affligent leurs auteurs : cependant
elle ſera toujours au-deſſous des peines
que l'Ingrat endure .
Si nousne voulons pas être reconnoiſſants
pour l'amour de ceux qui nous obligent ,
ſoyons - le pour nous mêmes. On fouffre
beaucoup quand on eſt pourſuivi par le refſentiment
de la Nature , le plus cruellement
outragée qu'elle puiſſe être ; la vengeance
répond à l'inſulte. Auſſi cet Empereur Romain
à qui ſes vertus ont mérité le ſurnom
de Philoſophe crut ne pouvoir mieux punir
le rébelle Caffius qu'en lui repréſentant
fon ingratitude: quel reproche !
Les douleurs de l'ingrat font d'autant plus
Biij
30 MERCURE DE FRANCE.
vives que perſonne ne vient les partager ;
dès qu'il eſt connu tout le monde l'évite &
l'abandonne à ſes remords ; nulne s'emprefſe
à le diſtraire : il eſt odieux à la ſociété ;
on ne le plaint pas. Des ennemis ſçavent- ils
plaindre ? Bien loin que le peuple compatifſe
à ſes maux , ou ils font ignorés , ou ils
font la joye publique : on s'entretient de
lui avec indignation , les plus indifferents en
parlent avec froideur. Quoi ! on gémit ſur le
fort des plus grands criminels , & cette conſolation
eſt refuſée à l'ingrat: quelétat humiliant!
Il voit qu'il n'eſt point d'excuſe à fon
crime, confidération qui augmente fon fupi
plice. Le temperament du voluptueux paroît
en partie l'abſoudre de ſa débauche. Le
Joueur est comme entrainé par l'éxemple ;
un cercle brillant l'excite , l'anime, le féduit :
il peut nommer ceux qui l'ont aidé à ſe per
dre. L'Ingrat au contraire ſent qu'il eſt ſeull
coupable . Qu'il jette ſes yeux fur ce qui l'environne
, fur les perſonnes qu'il a fréquentées
, fur les differentes occafions où il s'eſt
trouvé , ſa confcience n'accuſe que lui : il ne
peut fe dérober à fon forfair; s'il étoit hors
d'état de recompenſer ſon bienfaiteur , il
pouvoit conferver la mémoire des libéralités
qu'il en avoit reçûes : il y a manqué : quel
oubli!
JANVIER 1746.
Une foule d'idées affligeantes s'offre à un
homme qui a trouvé ſon tourment dans ce
qui auroit dû faire ſon bonheur. Les ſervices
qu'onnous rendſont les témoignages d'amitié
les moins équivoques. L'Ingrat pouvoit
ſe flater d'avoir des amis : eſt-il dans la fociété
de plus douce félicité ? il s'eſt rendu
odieux à ceux qui l'obligeoient : il a oublié
leurs bienfaits , il s'est démaſqué. Pour lui
le mépris des honnêtes gens fuccéde à leur
eſtime : quel revers !
L'Ingrat eſt fon Juge: quel tribunal ! Auffirien
n'eſt plus terrible que d'être condamné
par ſoi même ! eſt-il pour l'homme de
plus grande punition que celle d'étre in
grat ?
ADijon le 29 Aoust , Lacoste PuinéAvocat
en Parlement.
:
Biiij
34 MERCURE DE FRANCE.
A
AMADAME de**.
Pour lejour desafête.
Unom d'Helene , aimable &digne Abbeffe ,
L'Amour trompé diſpoſoit un bouquet
Qu'à nos Venus volontiers il adreſſe.
De fleurs fans nombre il vous eût fait largeſſe;
Rofes & Lys , Myrthe , rien n'y manquoit ;
Ilvous eût même étourdi d'un caquet
Que ſçût toujours mépriſer la ſageſſe ,
Se rappellant la beauté de la Gréce
Qu'aima Paris , & qui moins ſe picquoit
D'austérité , que d'excès de tendreffe ;
Voyant l'erreur du petit freluquet
Qui ne fut onc verſé dans la légende ;
C'est biencela , lui dis-je , qu'on demande ,
Tu t'y prens mal àfaire ici ta cour ,
Va , porte ailleurs ton infipide offrande ,
Apprens de moi qu'on célebre en ce jour
L'illuſtre Helene Imperatrice à Rome ,
Et non la tienne ; ignore-tu qu'on nomme
De cegrand nom l'Abbeſſe de ces lieux ?
Elle n'a rien des charmes vicieux
Dont ſe targuoit ta faſtueuſe Reine ,
JANVIER 33 1746.
Charmes vraiment dignes d'une Payenne ;
Mais un feu pur animeſes beaux yeux
Tel que celui qui brûledans les Cieux :
Lui ſeul nourrit , enflâme notre Helene.
Enelle on voit de la ſainte Romaine
,
La piété , l'air modeſte, humble & doux!,
Les ſoins actifs , la prudence Chrétienne ;
Enelle , enfin on reconnoît fans peine
Sonnoble coeur , ſa charité pour tous ;
Oui, ſesattraits pouvoient orner un monde
Queſes vertus auroient édifié ,
Mais au Très-Haut elle a ſacrifié
Naiſſance , biens , fur qui l'orgueil ſe fonde ,
Soi-même , & tout , dans une paixprofonde.
AuſſileCiel , parun juſte retour ,
Du cher troupeau qu'il conduit ſur ſes traces
La rend non moins l'exemple que l'Amour ,
Etrempliſſant ſon auguſte ſéjour
ai: celui des Vertus& des Graces.
By
34 MERCURE DE FRANCE.
L'HOMME.
CHAPITRE PREMIER
DE LA CRITIQUE.
:
Doit-on écrire après les plus grands Génies ? Moliere , Corneille , Racine
& la Bruyere n'ont pas eu dans leurs genres
d'écrire des ſucceſſeurs qui puiſſent leur être
comparés. Cependant Racine a fait des
Tragédies dans un tems que Corneille étoit
déja célébre , & il marche à les côtés .
Deſpreauxa effacé Régnier , & la Bruyere
fait oublier que Théophraste eſt dans le meme
volume.
Théophrafte , Horace , Moliere & la
Bruyere n'ont pas épuiſé les fources du Ridicule
; il ſe reproduit ſans ceſſe ſous des
formes differentes , il fournira des ſujets aux
Molieres & aux la Bruyere de tous les tems ,
& l'Artiſte manquera plutôt que la matiere :
il faut des fiécles pour en former un habile ;
combien d'années ſe ſont écoulées depuis
Théophrafte juſqu'à ſon imitateur ? Combien
s'en écoulera-t-il encore depuis celuici
juſqu'à ce qu'un autre ſe fale lire avec le
meme plaifir ? Que de fotiſes à contrôler
ea attendant qu'il paroiffe !
JANVIER 1746 35
'Rien ne ſeroit plus utile à la République
des Lettres qu'un Génie uiverſel & éclairé ,
qui ami du vrai & dépouillé de toute prévention
pût ſainement décider ſur toutes
fortes d'ouvrages , & qui en attaquant le
faux & le précieux le feroit avec liberté ,
mais avec douceur & politeffe .
Les ouvrages qu'une cabale oblige de
condamner delaſſent quelquefois de l'ennui
que donnent ceux qu'elle fait le plus approuver.
Que ne peut la prévention à l'ouverture
detel ou tel Livre ? elle fait perdre le difcernement
à l'homme le plus ſenſé ; il ne le recouvre
qu'en quittant la lecture de ce Livre.
Nous ſommes quelquefois de bons Juges
, mais dans l'examen des ouvrages d'autrui.
L'envie & l'amour propre font des guides
qui nous abandonnent rarement dans l'examen
de nos ouvrages & de ceux d'autrui.
Faut-il indiquer où ils dominent ?
Dire qu'on ne trouve pas des termes afſés
forts pour exprimer les défauts d'unouvrage
, n'est- ce pas dire que l'envie d'y en
trouver eſt au-deſſus de toute expreffion ?
Dans la perfuafion où on eſt qu'on ne
peut éviter les traits de la critique , on a décidé
qu'elle n'attaquoit guéres que les bons
Bvj
36 MERCURE DE FRANCE .
ouvrages : idée qui tend à rabaiſſer les excellens
qu'elle n'a pas attaqué.
La critique nait ordinairement de l'opinion
où l'on eſt qu'on auroit mieux réuſſi.
L'envie de reprendre fait faire bien des
fautes dont la ſource eſt le défaut de jugement.
Critique - t- on un Livre ? l'Auteur crie
qu'on attaque celui à qui il eſt dédié ; ſes
plaintes font inutiles , le public ne voit
qu'une bonne critique d'un mauvais ouvrage..
Le tendre & l'élégant Racine mis audeſſous
de Pradon par notre célébre Deshoulieres
, doit conſoler les illuftres perſécutés
dans le monde littéraire.
L'aigreur régne -t- elle dans un ouvrage ?
L'Auteur en promet- il le déſaveu , ce déſaveu
eſt ſouvent une nouvelle preuve d'aigreur.
Si nous nous connoiſſons des défauts,
nous les donnons à l'humanité , dans,
un tems que nous attribuons nos vertus
nousmêmes.
Il est bien plus aifé de ne pass'appercevoir
des défauts d'autrui que de les connoître
& les taire.
LeBorgne rit du Boiteux & le conſole.
Lequel vaut mieux ? ou de Drion qui
décide hardiment de tout ſans entrer dans.
JANVIER 1746. 37
les preuves du jugement qu'il porte , ou de
Cedren qui en donne de frivoles ? Peut-on
balancer ? Le premier épargne un ennuyeux
détail.
Arifton critique , trouve même déreſtable
un ouvrage qu'il avoit aflés eſtimé pour
le louer , le retoucher & y ajouter des
remarques. En êtes-vous ſurpris ? Il n'avoit
pas encore formé le deſſein d'écrire en ce
genre.
ParMadame la Comtesse de * * *
SO NETTO del Signor A. Annibale
Antonini.
TRa biancheroſe , e mummole viole ,
Poſava Amor , vicino un dolce rio
Che Fauni , e Driadi à danze , ed a Carole
Chiama col lafcivetto mormorio .
Quando colei , per cui me ſteſſo obblio
Alui cheta ne và , per chè l'invole
Le freccie d'oro , ed il coſtume rio
Poi ſiegua di ferir più che non ſuole.
Intanto per lo nuovo almo ſplendore ,
38 MERCURE DE FRANCE,
Che chiaro uscia da quelle luci ſante ,
Sorto credendoil di , Sveglioſſi Amore ;
E lieto diffe : ô Ninfa , a che m'affali ,
Se per farti ciaſcun ſervo , ed amanté
Sono ibegli occhi tuoi l'arco , e gli ftrati.
Ce Sonnet eft pris du Recueil de Poësies Italiennes
donné par M. l'Abbé Antonini en 1744 Second Vol.
paz. 199 impriméchés Prault le fils .
S
IMITATION
TonoNNET.
Ur les bords d'un ruiſſeau dont l'aimable murmure
Invitoit fort ſouvent les Déités des bois
Á venir y mêler leurs danſes & leurs voix ,
L'Amour dormoit couché fur un lit de verdure ,
Quand Iris s'approchant d'une marche peu fûre
Cherche à lui dérober ſon arc & fon carquois :
Mieux que lui la cruelle eût uſé de ſes droits ,
Et frappé les mortels d'une tendre bleſſûre.
Elle tenoit déja ce butin précieux ;
Mais l'Amour éveillé par l'éclat de ſes charmes
JANVIER 1746. 39
Lui dit en l'arrêtant , & d'un ton gracieux :
Queprétendrois-tu faire , Iris , avec ces armes ?
Pour foumettre les coeurs & les rendre amoureux
Peut-ilêtre des traits plus certains que tes yeux ?
SUITE DE L'HISTOIRE universelle
de M. de V. Historiographe du
Roi , de la Société Royale de Londres , de
l'Académie des Humoristes , & de l'Académie
Royale des Sciences de Berlin.
Ce n'est qu'avec un extrême regret que
nous avons differé de quelques mois l'impreſſion
des fragmens que nous avons de
'Hiſtoire univerſelle de l'illuftre M.de Voltaire;
notre impatience égaloit celle du Public.
Nous allons enfin la fatisfaire , en avertiffant,
comme nous avons déja fait , que ce
ne font ici que des fragmens; nous avons
mis des points ou le fil de l'Hiſſoire eſt interrompu,
40 MERCURE DE FRANCE.
PARAGRAPHΕ ΙΙ .
Progrès des Musulmans .
Ependant les Mahometans qui per
cette partie de l'Eſpagne qui
confine à la France , s'étendoient par tout
ailleurs . Si j'enviſage leur Religion je la vois
embraffée par toutes les Indes & par, les
Côtes Orientales & Occidentales de l'Afriqueoù
ils trafiquoient , & fi je regarde leurs
Conquétes , d'abord le Calife Aaron Rachild
contemporain de Charlemagne impoſe
un tribut de ſoixante & dix mille écus
d'or par an à l'Impératrice Irene ; l'Empereur
Nicephore ayant enſuite refuſé de
payer le tribut , Aaron prend l'Iſle de Chypre
, &vient ravager la Grece ; Almamon
ſon petit fils , Prince d'ailleurs fi recommandable
par ſon amour pour les Sciences
& par ſon ſçavoir s'empare par ſes Lieutenans
de l'iſle de Crete. En 825. Les Mufulmans
firent bâtir la Ville de Candie *
qui donna ſon nom à l'iſle.
En 826,les mêmes Afriquains qui avoient
• Les Arabes bâtiſſent Candie.
JANVIER 1745. 47
fubjugué l'Eſpagne &fait déja des incurfions
en Sicile s'établiſſent dans cette Iſle fertile ,
encouragés parun Sicilien nommé Euphemius
qui ayant épousé une Religieuſe , &
ſevoyant pourſuivi par les Loix fit à peu
près en Sicile , ce que le Comte Julien avoit
fait en Eſpagne.
,
* Ni les Empereurs Grecs ni ceux
d'Occident ne purent alors chaffer de Sicile
les Muſulmans , tant l'Orient & l'Occident
étoient mal gouvernés. Ces Conquérans
alloient ſe rendre maîtres de l'Italie , s'ils
avoient étés unis , mais leurs fautes ſauverent
Rome , comme celles des Carthagi .
ginois la ſauverent autrefois.
Ils partent de Sicile en 846 avec une
flotte nombreuſe , ils entrent par l'embouchure
du Tibre & ne trouvant qu'un Pays
preſque déſert ils vont affiéger Rome. Ils
prirent les dehors , & ayant pillé la riche
Eglife de Saint Pierre hors des murs, ils
leverent le fiége pour aller combattre une
armée de François,qui venoit ſecourirRome,
ſous un Général de l'Empereur Lothaire.
L'armée Françoiſe fut battue , mais la Ville
rafraichie fut manquée, & cette expédition
qui devoit être une conquête , ne devint
par leur méſintelligence qu'une incurſion
de barbares ; ils revinrent bien-tôt après
*LesMahométans affiégent Rome en 846.
42 MERCURE DE FRANCE.
1
avec une armée formidable , qui ſembloît
devoir détruire l'Italie & faire une Bour
garde Mahométane de la Capitale du Chrif-
Lianiſme.
Le Pape Leon I V. prenant dans ces dangers
une autorité que les Généraux de
l'Empereur Lothaire paroiſſoient abandonner,
ſe montra digne en défendant Rome, d'y
commander en Souverain ; il avoit employé
les richeſſes de l'Egliſe à réparer les murailles
, à élever des tours , à tendre des
chaînes ſur le Tibre. * Il arma les milices
à ſes dépens , engagea les habitans de Naples
& de Gayete a venir défendre les
Côtes & le Port d'Oſtie , ſans manquer à
la ſage précaution de prendre d'eux des
ôtages , ſçachant bien que ceux qui ſont
affés puiflans pour nous ſecourir , le font
affés pour nous nuire. Il viſita lui-même
tous les poftes , & reçut les Sarrazins à leur
defcente nonpas en équipage de guerrier ,
ainſi qu'en avoit uſé Goflin Evêque de Paris ,
dans une occafion encore plus preffante ,
mais comme un Pontife qui exhortoit un
peuple Chrétien , & comme un Roi qui
veilloit à la fûreté de ſes Sujets; il étoit né
Romain ; le courage des premiers âges de
la République revivoit en lui dans un tems
*Grand courage du Pape Leon,
JANVIER 1746. 49
de lacheté & de corruption , tel qu'un des
beauxmonumens de l'ancienne Rome qu'on
trouve quelques foisdans les ruines de la
nouvelle.
Son courage & ſes ſoins furent ſecondés!
Onreçut les Sarrazins courageuſement à leur
deſcente, & une tempête ayant diſſipé la
moitié de leurs vaiſſeaux , une partie de
ces Conquérans échappés au naufrage fut
miſe à la chaîne:
Le Pape rendit ſa victoire utile en faiſant
travailler aux fortifications de Rome & à
ſes embelliſſemens , les mêmes mains qui
devoient la détruire. Les Mahométans refterent
cependant maîtres du Garillan , entre
Capoue & Gayete , mais plutôt comme
une Colonie de Corſaires indépendans
que comme des Conquérans diſciplinés.
Je vois donc au 9e. fiécle les Mutul
mans redoutables à la fois à Rome & à
Conſtantinople , maîtres de la Perſe, de la
Syrie , de l'Arabie , de toutes les Côtes
d'Afrique juſqu'au mont Atlas , & des trois
quarts de l'Eſpagne , mais ces Conquérans
ne forment pas une ſeule Nation , ainſi que
les Romains étendus preſqu'autant qu'eux,
n'avoient fait qu'un ſeul peuple; toutes ces
Nations nouvellement converties à l'Ilmaniſme
étoient liées entre elles à peu près
comme les Chrétiens , par leur culte, &
44 MERCURE DE FRANCE .
diviſées d'intérêts comme eux .
Sous le fameux Calife Almamon vers
l'an 815 , peu après la mort de Charlemagne
, l'Egypte devint indépendante & le
Grand Caire fut la réſidence d'un Soudan ;
le Prince de la Mauritanie Tingitane fous
le titre de Miramolin , étoit maître abſolu
de l'Empire de Maroc; la Nubie , & la
Lybie obéiſſoient à un autre Soudan, les Abderames
qui avoient fondé le Royaume de
Cordouë ne purent empêcher d'autres Mahométans
de fonder bien tôt celui de Tolede.
Toutes ces nouvelles Dynaſties révéroient
dans le Calife le ſucceſſeur de leur
Prophete.
Les Mahométans de toutes les parties du
monde alloient à la Mecque gouvernée par
un Scherif que nommoit le Calife , & c'étoit
principalement par ce pelerinage que le
Calife maître de la Mecque étoit vénérable
à tous les Princes de ſa croyance , mais
ces Princes moins fidéles à la Religion qu'à
leurs intérêts dépouilloient les Califes en leur
rendant hommage.
JANVIER 1746. 45
CHAPITRE XV.
De l'Empire de Constantinople au 8 .
& ge. fiécle .
T
Andis que l'Empire de Charlemagne
ſe démembroit ; que les inondations
des Sarrazins & des Normans déſoloient
l'Occident , l'Empire de Conſtantinople
ſubſiſtoit , comme un grand arbre vigoureux
encore , mais déja vieux , privé de
quelques racines & affailli de tous côtés par
les tempêtes : cet Empire n'avoit plus rien
en Afrique. La Syrie & une partie de l'Afie
mineure lui étoient enlevées. Il défendoit
contre les Muſulmans ſes frontieres vers
l'Orient de la mer noire ,& tantôt vaincu ,
tantôt vainqueur , il auroit pu au moins ſe
fortifier contre eux par cet uſage continuel
de la guerre , mais du côté du Danube , &
vers le bord Occidental de la mer noire ,
d'autres ennemis le ravageolent ; une Nation
de Scytes , nommés les Abares , ou Avares ,
les Bulgares , autres Scytes , dont la Bulgarie
tient fon nom , déſoloient tous ces
beaux Climats de la Romanie où Adrien
& Trajan avoient conſtruit ces belles Villes
1
46 MERCURE DE FRANCE.
& ces grands chemins , deſquels il ne fubfiſte
plus que quelques chauffées.
Les Abares ſurtout répandus dans laHongrie
& dans l'Autriche , ſe jettoient tantôt
fur les terres de l'Empire d'Orient , tantôt
fur celles de Charlemagne ; ainſi des frontieres
de Perſe à celles de la France la
terre étoit en proye à des incurſions prefque
continuelles.
Si les frontieres de l'Empire Grec étoient
toujours refferrées & défolées , la Capitale
étoit le théatre des révolutions , & des crimes.
Un mélange de l'artifice des Grecs &
de la férocité des Thraces formoit le caractére
qui regnoit à la Cour ; en effet
quel ſpectacle nous repréſente Conſtanti.
nople ? Maurice & fes cinq enfans maſſacrés ,
Phocas afflafliné pour prix de ſes meurtres
& de ſes inceſtes , Confantin empoiſonné
par l'Impératrice Martine , à laquelle enſuite
on arrache la langue tandis quel'on coupe
le nez à fon fils Haracleonas ; Conſtans affommé
dans un bain par ſes domeſtiques ,
Conſtantin Pogonate qui fait crever les yeux
àſes deux freres , Juftinien ſecond ſon fils
prêt à faire à Conftantinople ce que Théodoſe
fit à Theſſalonique , ſurpris mutilé , &
enchaîné par Leonce au moment qu'il alloit
faire égorger les principaux citoyens , Léonce
bien-tot traité lui-même comme il avoit
JANVIER 1746 . 47
traité Juſtinien ſecond. Ce Juſtinien retabli
, faiſant couler ſous ſes yeux dans la
place publique le ſang de ſes ennemis &
périſſant enfin ſous la main d'un boureau ;
Philippe Bardanes detroné & condamné à
perdre les yeux , Leon l'Ifaurien , & Conftantin
Copronime , morts à la vérité dans
leurs lits , mais après un regne fanguinaire ,
auſſi malheureux pour le Prince que pour
les Sujets.
L'Impératrice Irene la premiere femme
qui monta ſur le Trône des Céſars , & la
premiere qui fit périr ſon fils pour regner
, Nicéphore ſon ſucceſſeur déteſté de
fes Sujets , pris par les Bulgares, décapité ,
ſervant de pâture aux bétes , tandis que
fon crane ſert de coupe à ſon vainqueur ;
enfin Michel Curopalate contemporain de
Charlemagne confiné dans un Cloître , &
mourant ainſi d'une façon moins ſanglante ,
mais auffi cruelle que ſes prédéceſſeurs.
Pour ne point laiffer imparfait ce tableau ,
tout horrible & tout dégoutant qu'il eſt ,
il faut voir au ge. fiécle Leon l'Armenien .
brave guerrier, mais ennemi des Images,aſſafſiné
à la Meſſe dans le tems qu'il chantoit
une antienne; ſes aſſaffins s'applaudiflant
d'avoir tué à l'Autel unHérétique , vont tirer
de priſon un Officier nommé Michel le
Begue , condamné à la mort par le Sénat,
48 MERCURE DE FRANCE.
& qui au lieu d'être exécuté reçoit la pourpre
Impériale.
Les affaires de l'Egliſe ſont ſi mélées avec
celles de l'Etat que je peux rarement les
ſéparer comme je voudrois ; cette ancienne
querelle des Images troubloit toujours
l'Empire. La Cour étoit tantôt favorable
tantot contraire à leur culte. Michel le
Begue commença par les conſacrer & finit
par les abattre.
Son ſucceſſeur Théophile , qui regna environ
12 ans depuis 829 juſqu'à 842 , ſe déclara
contre ce culte ; on a écrit qu'il ne
croyoit point la réſurrection, qu'il nioit l'exiftence
des Demons , & qu'il n'admettoit pas
Jeſus-Chrift pour Dieu. Il ſe peut faire
que cet Empereur penſat ainſi , mais faut-il
croire , je ne dis pas ſur les Princes , mais
ſur des particuliers , les témoignages des ennemis
, qui ſans prouver aucun fait , décrient
la Religion & les moeurs des hommes qui
n'ontpas penſé comme eux ?
Ce Théophile , fils de Michel le Begue ,
• fut preſque le ſeul Empereur qui eut fuccedé
paiſiblement à ſon pere depuis deux
fiécles Sous lui les Catholiques furent plus
perfécutés que jamais. On connoit aifément
par ces longues perfecutions que tous les
citoyens étoient diviſes & qu'il y avoit
dans l'Empire d'Orient une de ces guerres
civiles
JANVIER 1746. 49
civiles, qui fans combats & ſans fiéges déſolent
toutes les familles & empoisonnent la
vie.
La peſte proprementdite,eſt une maladie
particuliere aux peuples de l'Afrique comme
la petite vérole à l'Europe. C'eſt de cesPays
qu'elle vient , toujours par des vaiſſeaux
Marchands; elle inonderoit PEurope ſans
les ſages précautions que l'on prend dans
nos Ports , & probablement l'inattention
du Gouvernement laiſſa entrer la contagion
dans la Ville Impériale.
Cettemême inattention expoſa l'Empire à
un autre fleau. Les Rufſes donton n'avoit pas
encore entendu parler , s'embarquerent vers
le Port qu'on nomme aujourd'hui Azoph .
fur la mer noire , & vinrent ravager tous
les rivages du Pont Euxin ; les Arabes d'un
autre côté pouſſerent encore leurs conquêtes
par de-là l'Armenie & dans l'Afie mineure ;
enfin Michel le jeune après un regne cruel
& infortuné fut aſſaſſiné par Bafile , qu'il
avoit tiré de la plus baſſe condition pour
Paſſocier à l'Empire.
L'adminiftration de Bafile ne fut guer
plusheureuſe que celle de ſes prédéceſſeurs ;
c'eſt ſous ſon regne qu'eſt l'époque du
grand fchifme qui ddiiviſa l'Eglife Grecque
de la Latine & dont je parlerai dans l'ar-
C
50 MERCURE DE FRANCE ,
ticle de l'Egliſe , pour ne pas confondre les
matieres.
Les malheurs de l'Empire ne furent pas
beaucoup reparés ſous Leon qu'on appellà
Je Philofophe , non qu'il fut un Antonin , un
Marc-Aurele , un Aaron Rachild, un Alfred,
mais parce qu'il étoit ſçavant , & qu'il écri
yoit bien ......
Au reſte Leon paſſe pour avoir le premier
ouvert un chemin aux Turcs qui fi
long-tems après ont pris Conftantinople.
Les Hiftoires nous diſent en effet que cé
Prince battu ſouvent & preflé par les Bulgares
acheta le ſecours des Turcs qui deneuroient
par de là les embouchures du
Danube; il n'y a vers le Nord de ces embouchures
du Danube que la Beffarabie ,
autrefois la patrie des Getes , une partie de
Ja Pologne & l'Ukraine .
Les Turcs qui combattirent depuis les
Sarrazins , & qui mêlés à eux furent leur foutien
, & les deſtructeurs de l'Empire Grec ,
avoient donc déja envoyé des colonies
dans ces contrées voifines du Danube ; on
n'a guere d'Hiſtoires véritables de ces émigrations
des Barbares fi anciennes & fi renouvel
ées .
Il n'y a que trop d'apparence que les
1 mmes ont ainſi vécu long-tems. A peine
un pays étoit un peu cusivé qu'il étoit
t
JANVIER 1746.
envahi par une Nation affamée , chaſſée à
ſon tour par une autre. Les Gaulois n'étoient
ils pas deſcendus dans l'Italie ? N'avoient-
ils pas été juſques dans l'Afie mineure
? Vingt peuples de la grande Tar
tarie n'ont- ils pas cherché de nouvelles
terres ? Ces Tartares depuis400 ans avoient
pénétré dans tout l'Empire Romain ; au
lieu que vers le 16e. & 17e. fiécles des
Peuples policés ſont allés ſubjuguer des
Sauvages dans un nouveau monde , c'étoit
alors des Sauvages qui venoient renaître &
dompter des Chrétiens policés.
Malgré tant de déſaſtres Conftantinople
fut encore long-tems la Ville Chrétienne la
plus opulente , la plus peuplée , la plus recommandable
pour les Arts; ſa ſituation
ſeule par laquelle elle domine ſur deux mers
la rendoit néceſſairement commerçante. La
peſte de 842 toute deſtructive qu'elle étoit
ne fut qu'un fleau paſſager. Les Villes de
commerce où la Cour réſide ſe repeuplent
toujours de l'affluence des voiſins . Les
Arts méchaniques & les Beaux Arts même
ne périffent point dans une vaſte Capitale
qui est le féjour des riches ; toutes ces révolutions
ſubites du Palais , les crimes de
tant d'Empereurs égorgés les uns par les
autres, font des orages qui ne tombent gueres
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
fur les hommes cachés , qui cultivent en
paix des profeflions qu'on n'envie point ;
la Langue Grecque qu'on parloit à Conftantinople
étoit encore un préſervatif contre
la Barbarie, auſſi verra-t- on dans le Chapitre
des Arts & des Sciences , que dans
cette décadence quelque reſte de l'ancien
eſprit des Grecs ſe conſervoit encore.
Les richeſſes n'étoient point épuiſées ; on
dit qu'en 857 Théodora mere de Michel
en ſe démettant malgré elle de la Régence
fit voir à l'Empereur qu'il y avoit dans le
Tréfor Royal 109000 liv. péſant d'or &
300000 liv. d'argent .
Un Gouvernement ſage pouvoit donc
maintenir encore l'Empire dans ſa puiſſance.
Il étoit reflèrré , mais non démembré ,
changeant d'Empereurs , mais toujours uni
ſous celui qui ſe revétoit de la pourpre, enfin
plus riche ,plusplein de reſſources que celui
de l'Allemagne , cependant il n'eſt plus , &
celui de l'Allemagne ſubſiſte encore...
.
JANVIER 1746. 33
CHAPITRE XVIII .
Etat de l'Empire d'Occident & de
l'Italie fur la fin du ge. fiécle ,
dans le cours du 10. & dans la
moitié du IIe . jusqu'à l'Empereur
Henri III.
Près la dépoſition de Charles le Gros
AEmpire occidente fubfifta plus
que de nom. Arnoud , Arnolfou Arnolde ,
bâtard de Carloman & d'une fille nommée
Carantine , ſe rendit maître de l'Allemagne ,
mais l'Italie étoit partagée entre deux Seigneurs
tous deux du ſang de Charlemagne
par les femmes. L'un étoit un Duc de Spolette
nommé Guy , l'autre Beranger , Duc
de Frioul , tous deuxinveſtis de ces Duchés
par Charles le Chauve, tous deux prétendans
à l'Empire auſſi bien qu'un Bozon
Roi d'Arles , qui le leur diſputoit. Le Pape
Formoſe au milieu de ces troubles qui défoloient
l'Italie , ne pouvoit que donner
l'Onction ſacrée au plus fort. Il couronna
ceGuy de Spolette en 892. L'année d'après
Ciij
34 MERCURE DE FRANCE.
il couronna Beranger vainqueur , & deux
autres années enfuite il fut forcé de couronner
cet Allemand Arnoud qui vint affiéger
Rome & la prit d'affaut .......
Après la mort d'Arnoud , fon fils Hiludovic
que nous appellons Louis IV. fut
créé Empereur à l'âge de 3 ou 4. ans dans
un Village barbare nommé Pourkem par
quelques Comtes & Evêques Germains
mais c'étoit un étrange Empire Romain
que ce Gouvernement qui n'avoit alors ni
les Pays entre le Rhin & la Meuſe , ni la
Bourgogne , ni la France , ni l'Eſpagne , ni
rien enfin dans l'Italie que ce qu'on y pouvoit
gagner à la tête d'une armée, & pas
même une Maiſon dans Rome qu'on pût
dire appartenir à l'Empereur.
Du tems de ce Louis , dernier Empereur
du fang de Charlemagne par batardile , mort
en 912, l'Empire Romain refferré en Allemagne,
fut à quelques égards ce qu'étoit la France;
une contrée dévaſtée par les guerres
civiles étrangeres fous 00 Prince maall obéi
Tout est révolution dans les Gouvernemens;
c'en est une fiappante que de voir ces
Saxons fauvages , traités par Charlemagne
comme les Ilotes par les Lacedemoniens ,
donner ou prendre au bout de 112 ans
cette même dignité qui n'étoit plus dans la
Maiſon de leur vainqueur. Othon Duc de
JANVIER 1746. 59
Saxe après la mort de Louis met par forn
crédit la Couronne d'Allemagne fur la tête
de Conrad , & enfin le fils du Duc Othon
de Saxe , Henri l'Oiſeleur est élû. Tous
ceux qui s'étoient faits Princes héréditaires
en Germanie , joints aux Evêques , faifoient
čes élections dans la décadence de la Famille
de Charlemagne ; la plupart des
Gouverneurs de Provinces s'étoient rendi
abſolus , mais ce qui d'abord étoit ufurpation
devint bien-tôt un droit héréditaire ; en
France , en Italie , tous les Seigneurs formoient
autant de Principautés qu'ils avoient
de terres.
Les Evêques de pluſieurs grands Siégés
déja puiſſans par leur dignité, riches en domaines
, & en eſclaves , n'avoient plus qu'un
pas à faire pour étre Princes , & ce pas fut
bien-tốt fait. De-là vient la puiſſance féculiere
des Evêques de Mayence ,de Cologne ,
de Treves , de Wurfbourg & de tant d'autres
, tant en Allemagne qu'en France. I.es
Archevêques de Reims , de Lyon , de Beauvais,
de Langres, de Laon&c . s'attribuérent
les droits régaliens.Cette puiſſance desEcclé.
ſiaſtiques ne dara pas long- tems en France ,
mais en Allemagne elle est encore affermie
pour long-tems.Enfin les Moines eux-mêmes
devinrent Princes; les Abbésde Fulde , de
Saint Gall, de Kimpten , de Corbie &c.
4
C iiij
36 MERCURE DE FRANCE.
11
N
étoient de petits Rois dans les Pays où
quatre- vingt ans auparavant ils défrichoient
avec leurs Moines quelques terres que des
proprietaires charitables leur avoient données.
Tous ces Seigneurs , Ducs , Comtes
Marquis , Evêques , Abbés , rendoient hommage
au Souverain choiſi par les plus
forts ; c'eſt tout ce qui reſtoit de leur ancienne
fujettion. Ce Gouvernement féodal
n'étoit encore qu'une anarchie ; il n'y avoit
point de liens qui attachaſſent les Grands
Vaffaux aux Vaſſaux directs. Tous ſe
faifoient la guerre ; & l'Italie gemiſſoit dans
les mémes défordres.
On along-tems cherché l'origine de ce
Gouvernement féodal ; il eſt à croire qu'elle
n'en a point d'autre que l'ancienne coutume
du plus fort , d'impoſer un hommage ou
un tribut au plus foible ; on ſçait qu'enfuite
les Empereurs Romains donnerent des terres
à perpétuité à des Véterans , à condition
que leurs enfans ſerviroient dès l'âge de 18
ans; on en trouve des exemples dans les
vies d'Alexandre-Severe & de Probus ; les
Lombards furent les premiers qui erigérent
des Duchés relevans en Fief de leur
Royaume; Spolette & Benevent furent fo
lesRois Lombards des Duchés hérédit
Avant Charlemagne Taflillon pr
JANVIER 1746 . 57
leDuché de Bavière à condition d'un hommage
, & ce Duché eût appartenu à ſes defcendans
fi Charlemagne ayant vaincu ce
Prince n'eut dépouillé le pere & les
enfans ; l'Aquitaine avoit auſſi eu ſes Ducs
héréditaires. Charlemagne engloutit autant
qu'il le put toutes ces Puiffances dans la
ſienne. Ceux qui euffent voulu être Princes
, ne furent que Grands Officiers , mais au
tems de Charles le Simple , de Louis , de
Conrad , ces Officiers étoient Princes.
,
Point de Villes libres alors en Allemagne,
ainſi point de commerce point de
richeſſes. Ces Villes n'avoient pas même de
murailles. Cet Etat qui pouvoit être fi
puiſſant étoit devenu ſi foible par le nombre
& la diviſion de ſes Maîtres , que l'Empereur
Conrad fut obligé de promettre folemnellement
un tribut annuel aux Hongrois
, Huns ou Pannoniens ſi bien contenus
par Charlemagne , & depuis par les
Empereurs de la Maiſon d'Autriche , mais
alors ils ſembloient étre ce qu'ils avoient
été ſous Attila. Ils ravageoient l'Allemagne
&les frontieres de la France. Ils deſcendoient
en Italie par le Tirol , après avoir
pillé la Baviére , & revenoient enſuite avec
les dépouilles de tant de Nations .
C'eſt au regne de Henri l'Oiſeleur que
ſe débrouille un peu ce cahos de l'Alle..
Cy
38 MERCURE DE FRANCE.
magne. Ses limites étoient alors le fleuve
de l'Oder , la Boheme , la Moravie , la
Hongrie , les rivages du Rhin , de l'Eſcaut ,
de la Moſelle , de la Meuſe , & vers le
Septentrion le Pomeranie & le Holſtein
étoient ſes barrieres .
Il falloit que Henri l'Oiſeleur fût un des
Rois des plus dignes de regner ; ſous lui
les Seigneurs de l'Allemagne ſi diviſés font
réunis. Le premier fruit de cette réunion
eſt l'affranchiſſement du tribut qu'on payoit
aux Hongrois , & une grande victoire rem
portée ſur cette nation , alors terrible.. Il
fit entourer de murailles la plupart des
Villes d'Allemagne; il inſtitua des Milices.
On lui attribue même l'invention de quelques
jeux militaires qui donnent une idée
des Tournois. Enfin l'Allemagne reſpiroit.
L'Archevêque de Mayence avoit facré
Henri l'Oiſeleur. Aucun Légat du Pape
aucun Envoyé des Romains n'y avoit aſſiſté ;
l'Allemagne ſembla pendant tout ce regnet
oublier l'Italie .
Il n'en fut pas ainſi ſous Othon le Grand ,
que les Princes Allemands , les Evêques &
les Abbés élurent unanimement après la
mort de Henri fon pere. L'héritier reconnu
d'un Prince puitlant qui a fondé ou rétabli
un Etat , eft toujours plus puiſſant que
fon pere , s'il ne manque pas de courage ,
JANVIER 1746. 59
Gar il entre dans une carriere déja ouverte ;
il commence où ſon prédéceſſeur a fini.
Ainfi Alexandre avoit été plus loin que
Philippe , Charlemagne plus loin que Pepín ,
& Othon le Grand paffa beaucoup Henri
FOifeleur.
Othonqui rétablit une partie de l'Empire
de Charlemagne , étendit comme lui laReligion
Chrétienne en Germanie par des
victoires. Il força les Danois les armes à la
main à payer tribut & à recevoir le
Bâtême qui leur avoit été prêché un fiécle
auparavant&qui étoit preſque entierement
aboli.
CesDanois ou Normands , qui avoient
conquis la Neuſtrie , l'Angleterre , ravagé
In France& l'Allemagne, reçurent des Loix
d'Othon. Il établit des Evêques en Dannemarck
qui furent alors foumis à l'Archevê
que de Hambourg , Métropolitain des Eglifes
barbares fondées depuis peu dans le
Holſtein, dans la Suede, dans le Dannemarck;
tout ce Chriſtianiſme confittoit à
faire le ſigne de la Croi
Boheme après une guerr
depuislui que laBohe
mit la
nemarek
pire , m
le jo
Celt
i
๕๐ MERCURE DE FRANCE.
conſidérable de l'Occident , & l'arbitre des
Princes
Il fut invité à paffer les Alpes par les
Italiens même qui toujours factieux & foibles
, ne pouvoient ni obéir à leurs compatriotes
, ni être libres , ni ſe défendre à
la fois contre les Sarrazins & les Hongrois
dont les incurſions infectoient encore leur
Pays.
L'Italie qui dans ſes ruines étoit toujours
la plus riche & la plus floriſſante contréede
P'Occident , étoit déchirée ſans ceſſe par des
Tyrans, mais Rome dans ces diviſions donnoit
encore le mouvement aux autres Villes
d'Italie .
EPITRE de M. de la Soriniere à M.
Abbé de Baulicu qui lui avoit envoyé
l'Exorde du Panegyrique de S. Augustin ,
qu'il venoit de prêcher à Poitiers avec beaucoup
d'applaudiſſement.
D
Ubeau ſermon qui charma l'Auditoire ,
J'Ai lû l'exorde avec un vraiplaiſir ;
Tosty confpireà ſignaler ta gloire
Etcon acrer ton utile loiſir,
JANVIER 1746. 68
Nobledébut , mâle &vive éloquence
Ydévoiloient de ſublimes clartés ,
Etchaque trait peint avec élégance 1
Nous retraçoit d'aimables vérités.
Courage, Abbé , les Palmes de la Chaire
Sont un tribut que tu dois remporterį ,
Et ſi déja loin d'un ſentier vulgaire
Tonbeau talent a ſçu t'accréditer ,
Avant quatre ans , imitant la Neuville ,
Par des efforts dignes de Maſcaron ,
Nous te verrons à la Cour, à la Ville ,
Lediſputerau nouveau Maſſillon.
Mais toutefois ayons la main légére,
Etn'allons pas , en prêchant trop ſonvent ,
Dans les excès d'un zèle ſomnifere
Laſſer le goût d'un public nonchalant.
Le coeur ouvert aux plus douces amorces,
Tel qu'on a vû préſumer de ſes forces ,
Avû lui-même éclipſer ſon talent.
Qui veut prêcherun bon Panegyrique ,
Surſon ouvrage exerçant la critique ,
A dû polir , confulter & revoir ,
Et de Villiers * t'apprendra ton devoir.
Ala Soriniert.
L'Abbé de Villiers dans fon excellent Poome
1
J'Art de prècher.
62 MERCURE DE FRANCE .
LES JARDINS.
LA
POEME.
A Nimphe ( 1 ) dont les flots de leur courſe
enchantés ,
Ne quittent qu'à regret la Reine des Cités , ( 2 )
Voit les Nimphes qu'elle aime , & que ſa voix
appelle ,
Avec empreſſement ſe raſſembler près d'elle ,
Et tandis que fans bruit ſes eaux fuivent leur
cours,
Ala troupe attentive elle tient ce diſcours.
ENFIN je viens d'entrer à travers mille obf
tacles
:
Dans des lieux où de l'Art éclatent les miracles ;
Cent refforts ( 3 ) merveilleux , chef-d'oeuvre de
Vulcain ,
S'ouvrent , puiſent mes flots qu'ils rejettent fou
dain
Dans des autres profonds où leur viteſſe aug
mente ;
(1) La Seine .) (2) Paris ( 3 ) La Machine de
Marli
! JANVIER 1746. 65
i
1
!
:
?
Par des chemins étroits j'en fors impatiente :
J'arrive& le plaisir de voir des lieux fi beaux
Autant que cet effort fait élancer mes eaux.
Quel charme d'obéir au pouvoir qui m'attire ,
Et moi-même d'orner ces Jardins que j'admire !
SUPERBE Euphrate admis endes Jardins pom
peux
Qu'une Reine * autrefois ſçût approcher des
Cieux :
Tibre encore aujourd'hui fier d'avoir vû votre
onde
Arrofer les Palais des Souverains du monde ,
Vous n'avez point connu de plus beaux monus
mens ,
Vous n'avez point coulé dans des lieux fi char
mans.
D'UN Art long-tems groſſier le beſoin fut le
pere :
L'agréable bien-tôt nâquit du néceſſaire :
A peine eut-on des fruits qu'on rechercha les
fleurs;
Ainſi que leurs parfums on unit leurs couleurs.
Aux plantes que ces foins rendirent plus fertiles
Dans Athéne Epicure aſſigna des aziles ;
Ace peuple ſi foible il prêta des ſecours ,
Étudia ſes gouts , ſa haine & ſes amours..
Rome, tu nous tranfmis cetArtdans ſa naiffance,
* Semiramis
4 MERCURE DE FRANCE.
Et ſes premiers ſuccès étonnoient l'ignorance.
A l'aſpect denos plans enfermés à grands frais ,
Les yeux étoient ſurpris ſans être fatisfaits ,
Et d'un champ inégal plein * d'ornemens barbares
Les enceintes n'offroient que des formes bizares .
Quels heureux changemens ! on m'amene en des
lieux
Où toute la Nature eſt préſente à mes yeux.
J'y vois des champs ingrats devenus le théatre
Des objets enchanteurs que notre oeil idolatre ;
Ces terraffes ici repréſentent les monts ,
Ce parterre & ſes fleurs les prés & les vallons ,
Ces boſquêts ſi riants tant de forêts altiéres
La caſcade un torrent , ces canaux les rivieres .
L'Art peignant la Nature a dû tout raſſembler ,
It fon dernier effort eft de lui reſſembler ,
D'offrir en un deſſein heureux dans l'ordonnance
Les beautés qu'au hazard offre ſon ſein immenfe
On dit que négligée en ces triftes climats
Flore un jour loinde nous vouloit porter ſes pas ;
Un Art informe à peine y retenoit Pomone ,
Mais Le notre paroît ; ſon ſçavoir les étonne.
Vous fuyez , leur dit-il , charmantes Déités ,
LOUIS regne ; tout change ; il le veut ; arrêtez.
Belle Flore à jamais , mes foins & fa puiſſance
De votre amant ici vont fixer l'inconftance ;
On tailloit les Ifs en figures d'animaux.
JANVIER 1746. 69
Vous y verrez toujours au gré de ſes ſoupirs
Naître ces jeunes fleurs , filles de vos plaiſirs.
Vous Pomone , près d'eux vous regnerez ſans
ceffe ;
Vertumine à vos progrès nuiſoitpar ſa tendreſſe ,
Et jaloux des regards d'un jour pur & ferain
Sous la feuille inutile il cachoit votre ſein .
Déja Laquiminie , ( i ) inſtruit par la Nature
Aſſervit ce Dieu même aux loix de la culture ;
Au fruit de vos amours trop lent ou trop haté
Ainſi que la vigueur ſa main rend la beauté.
Sa main entichiſſant nos plaines fortunées
Forme entre vos ſujets de nouveaux hymenées ;
Pour un fruit étranger, prodigue de ſes biens ,
Ce ( 2 ) pere adopte un fils plus heureux que les
fiens.
VOTRE regne s'étend; le ſouffle de Borée
En interrompt envain la trop courte durée ; i
Je ſçais la pròlonger entempérant les airs ,
Et le Printems renait au milieu des Hyvers .
Que de plantes bien-tôt ſous vos yeux réunies,
De cent climats lointains brillantes colonies ,
Vont dans nos champs féconds , pour prix de no
travaux,
Prévenir nos beſoins , nos défirs & nos maux !
Recevez-y nos voeux ; tout ſuivra notre exemple ,
Etdu monde embelli l'Art va vous faire un temple.
( 1 ) L'art de la Greffe. ( 2 ) Les jardins d'Hyver.
66 MERCURE DE FRANCE,
4
IL dit , il exécute , & les Divinités
Voyant naître l'éclat de ces lieux enchantés ,
Prêtes à les quitter , à l'inſtant s'arrêterent
Étdès ce jour heureux pour jamais s'y fixerent .
Nous mêmes fixons -nous dans leur charmant
féjour ;
Allez , Nimphes , allez , embelliſſez leur Cour
Ornez-les à la fois & rendez-les fécondes.
A
Sous cent formes vos mains diſtribueront mes
ondes
Dans ces ſuperbes murs par Louis habités ; ( 1 )
Qu'ily tente d'efforts , que d'obstacles domptés !
Quelle est la vaſte ſcéne ou par plus de mira-
1
cles
On ait ſçu varier la foule des ſpectacles!
De quel étonnement on s'y ſent pénétrer !
Apeine ony reſpire , on n'y peut qu'admirer.
ARROSEZ un ſéjour , ( 2 ) vous ,Nayade char
mante ,
Où moins d'Art a rendu la Nature brillante ,
Où l'heureux Citoyen , même au ſein de Paris ,
Conduit la liberté , la décence & les ris ,
Lieux dont on fent le charme à chaque inſtant
renaître ,
Et qui ſemblent toujours redemander leur maître .
COMBIEN il est encor de jardins moins vantés
( 1) Versailles. ( 2 ) Les Thuilleriesta
JANVIER 1746. 87
Enrichis d'un amas d'auſſi rares beautés !
Tous offrent ces objets que la ſculpture enfante ;
La pierre inanimée en ces lieux eſt vivante ;
Elle agit , elle penſe aux yeux du ſpectateur
Trompé par les efforts du ciſeau créateur.
MAIS c'en est trop ; je céde à votre impa
tience;
Vous brûlez d'admirer ces tréſors de la France
Partez donc , & tandis que par mille canaux
Vous allez y porter vos bienfaits & mes eaux ,
Sûre que mon récit a charmé vos oreilles ,
Je cours au Dieu des mers raconter ces mera
veilles.
LINANT.
VERS à mettre en Musique, ou Madrigal
àMile Ar *** de ...
V
Ous jouiſſez d'une beauté ſuprême ,
Et l'onne peut vous voir, Iris, qu'on ne vous aime,
Mais vous craignez fi fort d'aimer à votre tour
Quevous medeffendez juſques au mot d'amour
Gardons puiſqu'il le faut cette triſte défenſe :
Mais n'entendez vous pas ces aimables aveux
Qu'un timide regard commence ,
Que finit un tendre ſilence ,
Etqu'on ne fait parler qu'aux yeux ?
MERCURE DE FRANCE 1
LETTRE
ADRESSEʼE AUX AUTEURS
du Mercure au sujet de l'Histoire
de Charles XII.
MESSIEURS,
Il y a long-tems que je balance à vous
envoyer quelques petites obſervations critiques
, peu eſſentielles à la vérité , mais
très- exactes , que j'ai faites ſur un endroit
de l'Hiſtoire de Charles XII. par M. de
Voltaire , leſquelles ont échappé à M. de
la Motraye. Je m'y ſuis enfin déterminé ,
& c'eſt moins pour le plaifir malin de critiquer
que pour l'éclairciſſement de quelques
faits que j'écris ces remarques.
L'Auteur qui par un goût univerſel allie
dans un dégré éminent tous les talens de
l'eſprit à ſçû ſe faire admirer dans la compoſition
d'une Hiſtoire , comme dans celle
1
JANVIER 1746.
d'un Poëme Epique , de pluſieurs Tragédies
&c. Charles XII, lui doit autant
qu'Henri IV, & Louis XV lui devroit peutétre
autant que les deux autres Monarques ,
fi la gloire & les vertus de ce Roi BIENA
IME' n'étoient encore au deſſus du beau
Poëme de Fontenoy qui les a célébrées .
Je ne connois M. de Voltaire que par
fes Ouvrages & la grande réputation qu'ils
lui ont ſi juſtement acquiſe; je l'admire avec
tous les connoiſſeurs ; tout ce qui vient de
ſa plume me charme , mais l'amour de la
vérité doit l'emporter ſur toute autre conſidération.
Je me perſuade même qu'il eſt
affés galant homme pour ne point s'offenfer
d'une critique auſſi réſervée que celleci
qui d'ailleurs rendjustice àſon mérite.
Ce célébre Ecrivain me permettra donc
d'affirmer ici qu'il a été trompé par de faux
Mémoires ſur ce qui regarde cet infortuné
Régiment François qui ſe trouva parmi les
prifonniers après la bataille de Fravenſtad ,
laquelle ſe donna le 12 Fevrier 1706 près
de Punits entre les Suedois & les Saxons.
De tous les ouvrages dont M. de Voltaire
à enrichi le public , celui- ci m'a attaché
plus particulierement , parce que j'étois
alors dans cet infortuné Régiment François ,
& que j'ai vu moi même ce que je vais
rapporter.
70 MERCURE DE FRANCE.
i
:
M. de Voltaire dit ( tome premier , livre
troiſiéme , page 12. ) que cet infortuné
Régiment François qui ſe trouva parmi les
priſonniers après la bataille de Fravenſtad
avoit été pris par les troupes de Saxe l'an
1704 à la fameuſe bataille d'Hocſted. Cela
eſt poſitivement faux; il fût pris par les
Anglois à cette même bataille , & dans le
partage qui fût fait de tous les prifonniers
il reſta dans le Wirtemberg , la Suabe &
la Franconie , à l'iſſue de quoi Auguſte Roi
de Pologne qui combattoit pour lors.contre
Charles XII , obtint de l'Empereur la
permiffion de lever 800hommes dans quelques
Régimens de ces priſonniers. Il en
commit le foin à M. de Wacrebac a qui il
donna les ordres de l'Empereur.
Ce Général ſe tranſporta au camp de-.
vant Landau dont on faifoit le fiége pour
la ſeconde fois . Il trouva par hazard M. de
Joyeuſe de France a qui il remit les ordres
qu'il avoit pour lever ce Régiment. M. de
Joyeuſe en fût fait Colonel & feul Commandant.
Ce Régiment ne fût pas plutôt
arrivé en Saxe qu'il fut. formé. Il n'étoit
compoſé que de François , tant Officiers
que Soldats , & battoit marche Françoife.
Auſſi-tôt qu'il fut formé , Auguſte en fit un
Régiment de Grenadiers & non pas de Dragons
, comme le rapporte M. de Voltaire ,
JANVIER 1,746 .
71
& à l'entrée de la Campagne ſuivante , il
en fit ſes Gardes à pied montant la garde
au Roi en place de ſon ancien Régiment.
La mort du Colonel Joyeuſe n'eſt pas
rapportée plus fidélement. M. de Voltaire
dit qu'il fût tué à la premiére ou plutôt
à la ſeule décharge des Suedois. Cela eſt
contre la vérité. Voici comment il fut tué.
M. de Joyeuſe n'avoit nulle part dans le
deſſein qu'avoit formé ſon Régiment de
paſſer au ſervice de Charles XII; lorſqu'il
le vit avec douleur paffer tout d'un coup
du côté des Suedois il prit un drapeau du
Régiment , le Major un autre , qu ils vou-
Joient ſauver, mais il furent pourſuivis par
une vingtaine de Cavaliers Suedois à la tête
'deſquels étoit un jeune Officier , lequel
'ayant joint M. de Joyeuſe lui demanda
fon drapeau : le Colonel fit feinte de le lui
vouloir remettre; l'Officier avança pour le
prendre , & M. de Joyeuſe lui préſentant
ledrapeau d'une main lui coupa la tête de
l'autre avec un Damas qu'il avoit à fon côté,
La mort de ce jeune Officier Suedois fit
auſſi-tôt vengée par celle de M. de Joyerſe
qui reçût à l'inſtant même vingt coups de
piſtolet des Cavaliers du détachement. Le
Major plus timide ou moins téméraire remit
fon drapeau & ſe rendit prifonnier ,
mais il ne le fût pas plus que le Régiment
2 MERCURE DE FRANCE.
:
François , où il rentra , lequel fût trompé
par Charles XII , parce que au lieu de le
faire paſſer en France , comme il le lui avoit
promis par des billets qu'il avoit fait gliſſer
dans ce Régiment , it le prit dès le lendemain
à ſon ſervice.
Voilà ,Meſſieurs , tout ce que j'avois à obſerver
ſur cet endroit de l'Hiſtoire de Charles
XII , que j'ai lu pluſieurs fois avec
beaucoup d'attention &de goût. Si ces remarques
vous paroiſſent mériter l'imprefſion
, je vous prie de les rendre publiques
par la voye de votre Mercure. Je le choifis
préférablement à tout autre ouvrage périodique
, parce qu'il eſt entre les mains de
tout le monde & que c'eſt auſſi le journal
de la Cour. J'ai l'honneur d'être trèsreſpectueuſement,
MESSIEURS ,
Votre très-humble & obéiſſant
ferviteur POPINET.
CHANT
JANVIER 1746. 73
CHANT ROYA L.
PRESENTE A MESSIEURS LES ?
Princes de l'illustre & très-ancienne Confrerie
des Clercs Parifiens , instituée dans
la Ville de Douay fous le titre de la glorieu-
Se Vierge Marie , au foir du Dimanche
dans l'Octave de son Assomption le 22
Août 1745.
ETANT PRINCE
MonfieurAugustin de Lannoy Prêtre Docteur
en Théologie, ancien Profeſſeur de Philo-
Sophie au Collège du Roi, Chanoine &
Doyen de l'infigne Eglise Collégiale de
Saint Pierre à Donay.
Ayant choisi pour refrein, Banni d'ici
lesfureurs de la guerre.
ENtends ma voix , Protectrice immortelle ,
Toi ,dont la terre adore les bienfaits ,
De tes enfans récompenſe le zéle
Et viens combler leurstrop juſtes ſouhaits.
De nos foupirs l'amour est l'interprete:
Etcins la foudre & calme la tempête ,
D
74 MERCURE DE FRANCE.
Qui fur ton peuple exerce ſes fureurs
Affés long-tems de cruels oppreſſeurs
Par leur furie ont ravagé la terre ;
Que ta clémence appaiſe nos douleurs ;
Banni d'ici les fureurs de la guerre.
Mais dans ces lieux l'horreur ſe renouvelle ;
Que vois-je? 6 Ciel ! quels ſiniſtres objets !.
L'orage augmente & la flamme étincelle ;
Un monftre affreux nous lance mille traits.
J'entends ſonner la fatale trompette ;
La mort , la rage , & la guerre s'apprête:
De notre fort je prévpis les rigueurs .
Le déſeſpoir s'empare de nos coeurs ;
Mais qui pourra , grand Dieu ! de ta colere
De tes deſſeins fonder les profondeurs !
Banni d'ici les fureurs de la guerre.
Non , de ce Dieu la juftice éternelle
Ne ſe plaît point à punir nos forfaits ;
11 tonne, il frappe , & d'un peuple fidéle
Sa complaiſance écoute les regrets .
Monſtre fatal ! horrible guerre , arrête ....
Reine des Cieux viens écrafer la tête
De ce Serpent plein de trouble &d'horreurs.
Ah ! tu parois ; nous en ſommes vainqueurs ;
L'eſpoir renait au ſein de la miſere ;
Vierge ſacrée éloigne ces malheurs.
Banni d'ici les fureurs de la guerre
1
1
JANVIER 1746.
74
Dans les périls la victoire eſt plus belle;
Nous oublions les maux qu'on nous a faits
Protege un Roi des bons Rois le modéle ,
Qui ſe dévoue au bien de ſes Sujets ,
Un conquérant d'une valeur parfaite ,
Qui par la force , & par droit de conquêtes
A ſçû calmer nos peines , nos fraieurs
De la révolte, il punit les auteurs ;
L'Anglois vaincu roule dans la pouſſiere;
Ah! de la paix ramene les douceurs.
Banni d'ici les fureurs de la guerre.
*
Rends à nos voeux cette faveur nouvelle ;
D'un fi grand Roi couronne les projets.
Qu'en terraffant un ennemi rebelle,
,
Il ſoit forcé de nous donner la paix.
O Vierge Sainte on célébre ta fête ;
Accorde-nous le bonheur qu'on ſouhaite ;
De notre zéle augmente les ardeurs ;
Que l'Univers admire tes grandeurs.
Dieu dans tes mains a remis ſon tonnerre ;
Eteins les feux de ces foudres vengeurs :
Banni d'ici les fureurs de la guerre.
ENVO 1 .
Prince , le Chef de ſes adorateurs ,
Qui pourroit mieux prétendre à ſes faveurs !
Elle eſt ſenſible à ton amour fincere ,
Quand tu lui dis , viens eſſuyer nos pleurs.
Banni d'ici les fureurs de la guerre.
> Dij
76,MERCURE DE FRANCE.
BALADE.
Sur ce refrein. Donne une paix & profonde
& constante.
Enfin Louis remporte l'avantage ,
Et ſes exploits étonnent l'Univers ;
Tournay ſuccombe au milieu du carnage ;
Tout eſt ſoumis , l'Anglois eft dans les fers.
De ton ſecours , Patronne de la France ,
LOUIS reſſent la divine influence.
Il reconnoît tes ſoins officieux ,
Il a vaincu ce peuple ambitieux
Tout ſe ſoumet à ſa main triomphante ;
Vierge , rend nous un bien plus précieux.
Donneune paix & profonde & conftante.
Brûlant du feu qu'inſpire le courage ,
Tel qu'un Aiglon qui plane dans les airs ,
Son cher DAUPHIN au printems de ſon âge
Porte la foudre au milieu des éclairs ;
Mais ſa douceur égale ſa vaillance ;
Après LOUIS , il eſt notre eſperance;
Il eſt aimable , il eſt cher à nos yeux ;
Sage , intrepide ainſi que ſes ayeux ;
Il ſuit tes loix Vierge , Reine puiſſante ;
JANVIER 1746. 77
Auve le jours d'un Prince glorieux .
Donne une paix& profonde& conftante.
Vierge ſacrée , acheve cet ouvrage ;
N'expoſe plus ton peuple à ces revers ;
Daigne en ce jour recevoir notre hommage ,
Nos tendres voeux , notre encens , nos concerts .
Que l'Univers ſe calme à ta préſence ;
De notre fort' viens fixer l'inconftance;
Accorde-nous des jours délicieux ;
Que ton nom ſeul retentiſſe en ces lieux,
Détruis enfin d'une hydre renaiſſante ,
Les vains efforts, les traits injurieux :
Donne une paix&profonde &conftante.
ENVOI.
Prince , ton coeur s'éleve vers les Cieux ,
Et ta priere exprime ainſi tes voeux.
Mere adorable , ô Vierge bienfaiſante ,
Par les exploits d'un Roi victorieux
Donneunepaix& profonde &conſtante.
2
Diij
78 MERCURE DE FRAN CE.
SUITE de la Séance publique de l'AcadémiedesBelles
Lettres..
Onfieur l'Abbé Bellet lut enſuite
M. une Differtation Hiſtorique & Geographique
ſur Auguſta ancienne Capitalé des
peuples Veromandui. Depuis environ un
fiécle pluſieurs Sçavans , principalement
en France , ſe ſont appliqués aux recherches
Géographiques de la Gaule ; ils ont
heureuſement determiné pluſieurs points
importans. Il faut avouer cependant que la
matiere n'eſt pas épuiſée , & que nos con
noiſſances fur cette partie de l'ancienne Géo.
graphie ne font pas au degré de perfection
que nous pouvons eſperer. Céfar dans ſes
Commentaires , Strabon & Pline nous ont
tranſfinis les noms de pluſieurs Villes & de
peuples dont la poſition eſt encore inconnue,
Ptolemée même qui a pretendudonner une
Deſcription méthodique préſente des difficultés
qui n'ont point été levées. Combien
de points à examiner dans les notices , ſoit
de l'Empire , ſoit des Provinces & des Cités
de la Gaule , & dans les Monumens
Itinéraires ? On ne connoît plus l'étendue
de certains diſtricts , la poſition de quelques
JANVIER 1746 79
Cités , de pluſieurs Ports & d'autres lieux
conſidérables.
> Si de la diſcuſſiondu local,dit M. L. B.
⚫ ons'éleve à l'hiſtorique, combien de quef-
>>tionsàréfoudre& de recherches à faire ?
» Les Cités ( au ſens des anciens Auteurs )
étoient- elles compofées d'un ſeul peuple
>> ou de pluſieurs ? Quel fut l'état des Colo-
>>nies& desMunicipes ſous les premiers Em-
>>pereurs?Les Métropoles avoient-elles quel
>>quejurifdiction ſur lesCités de la Province?
Quelle étoit la forme de leurGouverne-
>> ment? Nos anciens Diocèſes répondent-ils
>> aux territoires des anciennesCités ? Com-
*ment les Pagi ſous le Gouvernement des
>>Rois des François ont ils été ſubſtitués aux
>> Cités Romaines? Ileſt évident , continue
» M. L.. B. que l'examen de ces points &de
pluſieurs autres ſemblables a un rapport
>>>immédiat à l'Hiſtoire du Haut & duBas
•Empire , & qu'il peut répandre un grand
..jour ſur les premiers tems de laMonar-
>>c>hie Françoiſe.
>>La poſition & l'ancienne dignité de la
Ville Augusta des Veromandui eſt un de ces
>> faits intéreſſans & encore indécis . Ces
>> peuples étoient célebres dès le tems de
- la conquête des Gaules par Jule Céſar
>> ils fournirent des contingens conſidéra-;
→bles pour la défenſe de la liberté ; ſoute-
Diij
8. MERCURE DE FRANCE.
» nus par les Nervii & par les Atrebates , ils
→ attaquérent l'armée Romaine avec tantde
courage & d'acharnement qu'elle fut fur
le point de perir. Ils occupoient le Pays
qui conſerve leur nom , le Vermandois ,
⚫ qui fut nommé dans le moyen âge , Pagus
• Veromandenfis , ou fimplement Virmandi-
•fus. LeurVille capitale ſous l'empire d'Au-
•guſte reçut le nom d'Augusta à l'exemple
> de pluſieurs autres Villes qui furent déco-
⚫rées de ce nom pour marquer au Prince
leur reſpect & leur attachement. Suivant
-l'uſage de la Gaule , le Senat de la Cité
tenoit ſes ſéances dans cette Ville principale
, auſſi prit-elle le nomde ſon peuple ,
•Civitas Veromanduorum , & enſuite Vero
- mandui , &dèsle quatriéme ſiécle elle de-
-vintEpifcopale.
•Tel étoit l'état de la Ville Augusta des
Veromandui ſous l'Empire Romain. Nos
•Auteurs ne s'accordentpas ſur la poſition
■ de cette Ville ancienne; les uns préten-
•dent que c'eſt la même qui dans la ſuiteprit
•lenom du Martyr S. Quentin , les autres
-veulent que la Ville Augusta ayant été
• ruinée par les Barbares au cinquiéme ſié
- cle , n'eſt plus qu'une Bourgade qu'on
⚫nomme encore Vermand, & qu'après ſa
•deſtruction le ſiége de l'Evêque des Veromandui
fut transferé à Noyon; d'autres
: JANVIER 1746. 8r
→avouent que l'ancienne Auguſta eſt la Ville
..de S. Quentin,& qu'elle fut capitale ſous .
- le Haut Empire , mais ils ſoutiennent
-qu'elle perdit ſa Dignité , & qu'au qua
>triéme fiecle Vermand étoit lacapitaledu
•peuple& le Siége de l'Evêque.
M. L. B. entreprend de prouver que l'ancienne
Augufta eſt la Ville de S. Quentin ,
qu'elle fut capitale de ſon peuple ſous le
Haut &même ſous le Bas Empire ; enfin
qu'elle a été le ſiége des premiers Evêques
des peuples Veromandui. Il n'eſt pas poffiblededonnerdanscet
Extrait le détaildes
preuves; nous nous contenterons de les indiquer.
La diſcuſſionde ces points, dir
M. L. B. ſervira du moins à fixer ſur une
>>Cartede la Gaule la poſition d'une ancien-
. ne capitale , & ce qui eſt plus important ,
elle fera connoître la dignité &la prée.
•minenced'uneVille quitient un rangcon.
>ſidérable en France.
-Ladiftanced'Augusta aux Villes de Soif-
■fons , de Cambrai & d'Amiens eſtdonnée
■dans les Itineraires Romains. Les meſures
■ anciennescomparées aux eſpaces réels le-
-vésgéometriquement démontrent que cet-
-teVille eft la même que cellede S. Q. Cer-
>>te preuve de fait eft confirmée par lesActes
du Martyrede S. Q. Actes très anciens
quiont été connus deGrégoire de Tours
D
82 MERCURE DE FRANCE.
>>La Ville d'Angusta étoit ſituée ſur la riviere
de Somme. Le corps du Martyr ayant
reçû la ſépulture à Augusta , une Egliſe
১১
futbâtie ſur le tombeau. Ces circonstances
» déſignent évidemment la Ville de S.Quen
>>tin ; elle eſt ſur la Somme : il eſt certain
>>que ſon Egliſeprincipale a été élevée ſur le
>> tombeau du ſaint qui lui a donné le noma
>> Le Village de Vermand eſt éloigné de la
riviere de Somme d'environ deux lieues
>> Françoiſes , il ne peut donc être l'ancien-
»ne Augusta , & ce qui eſt déciſif , lesAc-
>> tes donnent-cinq milles de diſtance entre
* Vermand , Viromandenfium Caftrum & la
» Ville d'Augusta, diſtance qui ſe trouve,
exactement entre Vermand & la Ville de.
* S. Quentin : aufi eſt-elle nommée Auguf-
>> ta Viromandorum, dont pluſieursEcrivains.
du moyen âge , & l'ancien quartier de.
cette Ville a confervéjuſqu'à ces derniers.
fiécles le nom primitif d' Augusta , le détroit
d'Aoufte, comme on le voit dans deux
>>Actes folemnels des années 1293 &,
231567.
"
Cette Ville , ſuivant M. L. B. a toujours
été capitale de ſon peuple; le nom d'Au..
gusta dont elle fût décorée ſuffit pour éta-.
blir ſon ancienne dignité. LesVilles Auguf-.
tes de peuples dans la Gaule furent toutes.
capitales de leur territoire, Les peuplesyou
JANVIER 1745. 83
Jant marquer à l'Empereur leur vénération
auroient- ils donné ſon nom à une Ville du
ſecond ordre ? Suivant Ptolemée Augusta
étoit la capitale des Veromandui au ſecond
fiécle , c'étoit un Municipe d'un ordre diftingué,
qui comptoit parmi ſes citoyens des
Chevaliers Romains ; comme laplupart des
Cités de la Gaule , elle étoit gouvernée par
un Sénat ſous la direction du Magiftrat Romain,
elle étoit le ſiége d'un Pontife ou d'un
Grand prêtre au tems du Paganiſme. Sous
le bas Empire , elle prit le nom de fon
peuple Civitas Veromanduorum , Urbs Veromandensis
, Veromandui , comme on le voit
dans la notice des Provinces & Cités de la
Gaule, dans Grégoire deTours& dans laVie
de S. Eloi ; on ſçait que pluſieurs autres capitales
prirent ainſi le nom de leur peuple.
Pluſieurs monumens annoncent la célebrité
decette Ville ; elle étoit le point deréunion
de cinq voyes Romaines, qui partoient des
Villes de Soiffons , de Reims , de Bavai , de
Cambray & d'Amiens. On adécouvert à S
Quentin une grande quantité de Médailles
frappées ſous Auguſte, fous Néron& ſous les
Empereurs ſuivans ; un nombre prodigieux
d'urnes ſépulchrales , des veſtiges d'anciens
édifices , des fragmens de marbre , de jaſpe,
d'albâtre , & autres antiquités dont on
donna dans le tems des relations détail
lées. Dvj
$4 MERGURE DE FRANCE
1
Les défenſeurs de Vermand répondent
que cette Ville devint ſous le Bas Empire la
capitale du Vermandois , ayant pris le nom
de fon peuple qu'elle conſerve encore aujourd'hui
, que dans lesActes de S. Quentin
elle eſt nommée Viromandenſis Civitas ,
&que pendant le cinquiéme ſiècle elle fut
totalement ruinée par les Barbares.
M. L. B. obſerve qu'un lieu qui porte le
nom d'unpeuple n'eſt pas toujours la Ville
capitale de ce peuple ; il en rapporte des
exemples : d'ailleurs la Ville d'Augusta a pris
pendant pluſieurs fiécles le nomde ſon peuple.
Y auroit-il eu en même-tems deux Cités
, deux capitales du mêmepeuple &du
même territoire ? Dans l'ancienne collectiondes
Actes de S. Quentin , qui fut rédigéeſous
Louis le Debonnaire , Vermand eſt
nommé Viromandenfium Castrum: on ſçait
que le Caftrum étoit d'un ordre inférieur à
celui de Civitas; Vermand n'étoit qu'un ancien
camp dont le retranchement ſubſiſte
encore , mais fans aucuns veſtiges de muraille
, de clôture & d'habitation conſidérable.
La ruinede cette prétendue Cité au cinquiéme
fiecle n'eſt rapportée que par des Ecrivains
du XI & du XII me. fiécle. LaVille
d'Auguſta juſques vers l'an 900 a été nommée
Urbs Vermandenſis ; elle prit alors le
nomdeS. Quentin ; le Caftrum ViromanJANVIER
1746. 85
denfium fut nommé Vermand ſans autre
distinction , mais cette démonſtration ne
peut luiapproprier la dignité de capitale.
Si la Ville d'Augufta étoit capitale de fon
peuple lorſque la Religion Chrétienne s'eſt
établiedans cette partie des Gaules , elle a
étéle ſiégedes premiers Evêques des peuples
Veromandui. Le Gouvernement Eccléſiaſtique
en géneral fut formé ſur le Cis
vil; fuivant les Conſtitutions Canoniques
&l'uſage conftant des Gaules , l'Evêque te
noit ſon ſiége dans la Ville principale de fon
territoire. S. Medard vers l'an 531 transfera
le fiége Epiſcopal à Noyon qui étoit alors
une Place forte; M. L. B. examine les motifs
de cette tranflation. L'ancienne Cité
Epifcopale, qui eft honorée par le tombeau
de S. Quentin , ſuivant l'Auteur de la vie
deS. Eloi , étoit conſidérée comme le fiége
primitif , & pour en perpetuer la mémoi
re, les Evêques deNoyonont ſouvent confacré
dans des Actes ſolemnels le titre de
cette ancienne Eglife , Vermandensis EcclefiaEpifcopus.
L'ancienne Augufta nommée enſuite Ci
vitas Veromanduorum , Urbs Vermandenſis
enfin laVille de S. Quentin, futdanstous
les ſiècles d'un ordre diſtingué : elle fut capitale
de ſon peuple ſous la domination Romaine;
après l'établiſſement des François
86 MERCURE DE FRANCE.
elle a été le ſéjour des Comtes de Vermandois,
& la capitale du Comté ; au tems des
Empereurs elle étoit gouvernée parunSénat:
cetordre ſubſiſta ſous nos premiers Rois; il
fut troublé lorſque les Comtes ufurperent
au neuviéme fiécle la puiſſance du Souverain
&du peuple: les derniers Comtes rétablirent
les Mayeur & Jurés de cette Ville
dans leurs anciens droits. La Commune de
la Ville fut confirmée par Philippe Auguſte
qui réunit le Vermandois à la Couronne.
SUITE de la Séance publique de l'A
cadémiedes Sciences .
L
EMémoire que M. deThurylut àl'A
cadémie n'est à proprement parler que
Ja Préface d'un Livre qu'il promet au public,
& qui aura pour titre la Deſcription géometrique
de la France.
S'il étoit avantageux pour le progrès des
Sciences que l'on connût la véritable figure
de la terre , il n'étoit pas moins impor.
tant pour le bien du public que l'on eût
une connoillance exacte de l'étendue&des
Limites d'un Royaume dont la beauté &les
:
:
JANVIER 1746. 87
richeſſes attirent les étrangers de toutes les
partiesdumonde.
Sans cette connoiſſance il feroit difficile dè
prendredes meſures certaines pour un grand .
nombre de projets utiles àl'Erat & au commerce,
tels que la conftruction des nouveaux
chemins , ponts & chauffées,, canaux &
navigationde rivieres qui peuvent tous faci
liter letranſport des denrées & marchandi
ſes d'une Province à l'autre , prévenir la difette&
procurerl'abondance dans le Royau
me , en ſe communiquant réciproquement
ce dont elles peuvent avoir beſoin pour
leur fubiſtance& le ſoutien de leur com
merce.
Il ſemble qu'il étoitréſervé au régne de
LouisXV.de faire dans tousles genres les en
trepriſes les plus glorieuſes&les plus utiles à
Etat; pourra-t- on jamais parler avec aflés
d'appareil des differens voyages qui ont été
entrepris en dernier lieu dans les differentes
parties dumonde,& qui annoncent à tout
l'Univers le goût que le Roi a pour les
Sciences , & la protection ſignalée qu'il
leuraccorde? Dans le tems que l'on meſirroit
laterre ſous l'Equateur & vers le cercle
polaire , M. deThury parcouroit toute la
France , non ſeulement pour en détermi
ner l'étendue , mais encore pour être en
état dedécider par lui-mêmede la véritable
38 MERCURE DE FRANCE.
•
figure de la terre , en comparant la grandeur
de deux degrés du Méridien déterminée
, l'une au Midi & l'autre au Nord de
Paris. Il ſeroit trop long d'expoſer ici les
moyens qu'il a mis en uſage pour ſurmonter
les difficultés qui ſe ſont rencontrées dans le
cours de ſes opérations ; fi l'on conſidére
combien il en coute de ſoins& de peines
pour avoir avec quelque préciſion le plan
détaillé d'une terre particuliere, pour peu
qu'elle ait d'étendue , que doit-on penſer
de la meſure d'un Royaume auſſi grandque
celui de la France ? Comment déterminer
ce nombre prodigieux de Villes , Bourgs ,
Villages & Châteaux qui y ſont contenus ,
fixer la poſition des Côtes de laMer , &
ſuivre le cours de ſes rivieres ? Pouvoit-on
eſperer qu'un ouvrage dont l'exécution exigeoit
un ſi long travail& de ſi puiſſans ſe.
cours , pût être porté à ſaderniere perfection?
Et falloit-il moins que la protection
& la magnificence d'un grand Roi pour
oſer ſeulement le tenter ?
Il s'en faut encore beaucoup que l'on
ait la poſition de tous les lieux de la
France ; c'eſt l'ouvrage de pluſieurs fiécles ,
&M. de Thury remarque qu'il ſera toujours
difficile de fixer les limites d'unRoyaume
dont l'étendue accroit tous les jours
par les conquêtes du Roi qui ne met point
*
1
10
JANVIER 1746 89
de bornes à ſes projets dès qu'il s'agit d'affürer
le bonheur de ſon peuple , & de lui
procurer une paix de longue durée , mais
onpeut remarquer par la Carte que M. de •
Thury a donnée au public , que toute la
France eſt déja renfermée par une longue
fuitede triangles dont le fil n'eſt point interrompu
, & ferpente , pour ainſi dire, dans
tout l'intérieur du Royaume ; la furfacede
ces triangleseſt remplie d'un grand nombre
de Villes , Bourgs , Villages & autres objets
qui ont été déterminés géometriquement ;
leseſpaces vuides que l'on y remarque ſont
en partiedes bois oudes cantons de Provinces
dénués d'objets , de forte que l'on a à
préſent toute la partie géometrique de la
Carte du Royaume : on ſent affés qu'il ſeroit
impoſſible dedéterminer par la voye
des triangles la direction & la longueur de
tous les chemins , le cours de tous les ruifſeaux,
le contour des forêts & bouquets
d'arbres contenus dans la France : ces dé
terminations doivent appartenir au détail;
on ne doit pas craindre que les erreurs qui
ne ſe gliſſent que trop ſouventdans les peti
tes meſures influent ſur le reſte del'ouvrage ,
puiſqu'elles feront toujours reconnues dès
qu'on les rapportera au plan général ; enfin
la Carte que M. de Thury donne au pu
blic eſt le fruit d'un travail de 12 années
50 MERCURE DE FRANCE.
•
confécutives; les guerres ſurvenues n'en ont
point retardé le cours , & on voyoit fleurir
dans le même tems les Sciences & les armes;
le miniſtére éclairé qui conduiſoit det
ouvrage , ſçavoit que le ſuccès des armes
dépend en partie du progrèsdes Sciences .
SEANCE de l cadémie de la Rochelle.
Extrait d'une lettre écrite aux Auteurs du
Mercure le 26 Juillet 1745.
Lubique
E 28 Avril l'Academie tint ſa ſéance
à l'Hotel du Gouvernement.
M. Jaillot Supérieur de la Maiſon de l'Ora
ratoire , Directeur , en fit l'ouverture en ces
teimes.
ESSIEUR'S
En cejour ſolemnel le Templedes Mu
ſes s'ouvre à ce public éclairé dont nous
>>reſpectons les lumieres , & à ces génies
naiſſans dont les foibles étincelles ne forment
pas encore une lueur afſés vive pour
les conduire ſans un ſecours étranger dans
→les routes du ſçavoir.
>>>Nous voyons atlis au milieu de nous
JANVIER 1746. 91
ces hommes reſpectables , qui honorenz
>>encore plus l'Académie par leurs qualités
3> perſonnelles que par leurs dignités &c. >>
Ici ſe trouvent les éloges de M. l'Evêque
, de M. le Commandant , & de M. de
Barentin Intendant:
-C'eſt à fon crédit ( reprend l'Orateur ,
>> en parlant de M. de Barentin ) que nous
>> devons la faveur dont la Cour vient
>>de récompenſer, je ne dis pas les ſuc
cès decette Compagnie , (elle ne s'en fla-
>>te pas encore ) mais les louables efforts
>qu'elle fait pour yparvenir &c.
>>Les perſonnes en placene ſçauroient fai
>>reun plus noble uſage deleur autorité,que
>d'encourager les talens &de favoriſer le
>>progrès des Sciences qui font la gloire de
>>> P'Etat. D'ailleurs les graces qu'elles répan
>>dontſur lemérite & fur le ſçavoir , ne font
>>pas desgraces perdues: leurs bienfaits ver
>> les fur les hommes font ſouvent des in
> grats , mais leurs faveurs trouvent toujours
les. Muſes reconnoiſſantes : généreuſes,
elles chargent l'Hiſtoire , la Poefie & l'E
loquence d'élever des trophées à leurs
bienfaiteurs : immortelles , ces Déeſſes les
afſocient à leur immortalité. Agrippa fa-
» vori d'Auguſte &grandhomme de guerre,
ett médiocrement connu , tandis que Mé
-cene ſon rival, avec des qualtés moins
MERCURE DE FRANCE.
>brillantes , a été célébré dans tous les âges
.&dans tous les lieux comme le pere des
• Lettres qu'il protégea , & des Littéra-
•teurs qu'il fit jouir d'une fortune éclatante.
• Toutes les bouches de la Renommée ſont
. encore ouvertes en ſa faveur , & les
›› échos du Parnaſſe retentiront à jamais
-de fon nom&de ſa gloire &c.
» Je vous dois , MM. le compte fidéle
du travail que j'ai entrepris ( l'Histoire de
la Rochelle:) ce travaildont des devoirs
⚫effentiels ralentiſſoient la marche , va plus
■ rapidement à l'aide d'un Collégue qui
partage mes foins. Un grand morceau
•d'Hiſtoire affſés intéreſſant a déja reçu la
•derniere main. Nous achevons préſente-
>>ment la partiegéographique de notre ou
>>vrage; elle est conſidérable par l'abondan-
>>ce des matieres. Le Pays d'Aunis étoit mal
•connu , ou plutôt n'étoit pas connu. Les
•Géographes les plus exacts n'en ont don.
➡né que des notions imparfaites , nous
avons approfondi ce qu'ils ont légerement
effleuré &c.
Comme cette Differtation doit paroître
dans le Recueil que l'Académie ſe propoſe
dedonner inceſſamment au public , il ſeroit
inutile d'en faire ici l'Extrait.
M. de Villars Chancelier de l'Académie ,
lut enſuite un Mémoire contenant quelques
20
1
1
JANVIER
1746. 93
-
obſervations pour ſervir à l'Hiſtoire Naturelle
de la Rochelle. Toutes les Sciences
ontpris aujourd'hui un ton depoliteffe que
vous appercevrez aifément dans cepetit morceauqui
précede les remarques.
-J'ai eu l'honneur , ditM. de Villars , de
vous faire part pluſieurs fois demes obſer-
-vations Phyſiques; cegenrede connoiſſancea
des droits acquis ſur moi; jele raméne
encore fur laſcéne; le ſujet en eſt inépuiſable,
puiſque leriche fondde la Nature
en fournit les matériaux..
.L'Hiſtoire Naturelle , vous le ſçavez ,
>> Mrs , eſt l'Hiſtoire des découvertes
-avantageuſes aux Arts dont elle hâte les
progrès en appliquant à leurs uſages les
.qualités récemment connues,des animaux,
>> des plantes&des minéraux. La Medeci
→ nelui doit une partie des moyens ſalutai-
-resqu'elle employe pour rétablir les ref
>>>fortsde la machine humaine.
A ce grand avantage de réuniſſent les
charmes de lanouveauté ; plaiſir qui fe
•reproduit preſque tous les jours ſous les
-yeux du Naturaliſte, & qui ſemble jaillir .
•pour ainſi dire, du milieu des opérations
les plus couteuſes & des expériences les
plusdifficiles,
Quoi de plus gracieux que ces cabinets
dépoſitaires des richeſſesſemées dans l'U.
94 MERCURE DE FRANCE
>>nivers par les mains de la Providence , ca
>>chées dans les entrailles de la terre , enſe
• velies ſous les vaſtes réſervoirs des mers!
Là je vois avec frayeur la dent meurtriere
du Requien ; icije contemple avec plaifer
>> l'enroulement ſi varié des coquillages , &
les nuancesinfiesde leurs couleurs.J'admire
le rare affemblage des habitans des
eaux & de l'air , qui deviennent les ci-
>> toyens d'un même lieu.
>>Mes yeux font agréablement fixés ſur
⚫ un amas de pétrifications , de rocailles , de
>> conques ; ſur un bloc de pierres brutes ou
>>grifatres , la ſource précieuſe denos tréfors
& lapremiére ébauche des métaux.
Tout l'éclat dont ils doivent briller un
>>>jour s'annonce par ces légéres étincelles
>> dont une hideufe marcaffite eſt parſemée.
Quelle foret de plantes amuſe & fixe les
>> regards ? La curioſité avide ne s'épuiſe pas
>> enconſidérant leur nombre , leur figure ,
>> leurs propriétés , & l'anatomie de leurs
• parties organiques.
১১
*
>>Telle eft , Mrs. l'Hiſtoire Naturelle perfectionnée
de nos jours par tant d'habiles
Phyſiciens , & ſurtout par le Pli
ne moderne notre compatriote &
notreilluftre confrere. Diſciple autrefois
de ce grand Maître , & toujoursfon
M. de Réaumur,
JANVIER 1946.
admirateur , je le ſuis depuis long ems à
la trace , me rappellant fans cefle ce que
>ditun Ancien Poëte
Sed longefequere Ec.
J'ai cultivé le goût qu'il m'a inſpiré
>>pour l'Hiſtoire naturelle. Les remarques
>> que je vous préſente de tems en tems en
>> font le fruit. En voici quelques unesentaffées
ſimplement&fans art.
4
>Les Ifles de Taugen & de la Ronde
>nous préſeptentun Phenomene curieux
dans les poiffons folliles. Au nombre de
>> ces animaux amphibies il faut mettre les
> anguilles qu'on pechedans ces deux pa-
>>> roiſſes. Lorsque les cha'eurs ont defféché
les marais oùces poiffons vivent, ils cher-
> chent une retraite dans les lieux humides
>&fouterrains , & s'y entaſſent les uns fur
>>les autres attendant les pluyes de l'Automne.
L'expérience a prouvé que dans le mê-
>> me tems que les marais ſe rempliffent ,un
>>pécheur muni d'un filet nommé Borgne ,
prend plufieurs milliers d'anguilles dans
»une nuit extrêmement noire , & furtout
»s'il pleut. Elles ſortent alors en abondan-
>ces deces climats ténébrex où elles s'é
toient tapies. On les reconnoît aisément à
96 MERCURE DE FRANCE.
fleur taille& à leur couleur. Elles ſont plus
>>courtes que celles qui vivent toujours
-dans l'eau ; leur ventre eſt couleur d'ar
-gent , leur dos eſt noir , & les oreilles ſont
⚫ encore plus noires que le dos. On les ap-
> pelle anguilles franchères , c'est-à-dire
>> anguilles qui vivent dans la terre glaiſe
⚫qu'onnomme terre Franche &c.
I I.
-„Les environs de la Rochelle nous four-
>> niſſent quelques plantes particulieres , tel
-eſt le Lizeron appellé Rochelois , Convol-
• vulus minor argenteus rupellenſisflore rubro.
Je n'ai trouvé cette plante qu'au Port du
. Plomb , & près de la Digue: en le voyant
.. je me rappellai ce beau Lizeron argenté
•connu au Jardin Royal de Paris , Convol-
• vulus minor argenteus repens à Caulis fermè
Oc.
111.
L'Or canette eſt encore un ſimple fort
commun au voiſinage de la Rochelle. L.e
premier coup d'oeil le démêle aisément
fon Port &c.
IV.
L'Abſynte connaue par les Anciens
fou
1
JANVIER 1746. 97
• ſous le nom d' Abſymium ſanctonicum , ſe
trouve ici dans les champs , ſur les chemins
& fur les bords de la Mer où elle croit
>> avec un autre ſimple appellé Tanaiſie ou
herbe aux vers. Ces plantes , s'il en faut
>> croire les gens du Pays , font vermifuges.
>>Lamain de la Providence les a ſemées fur
>> ces Côtes pour préſerver nos Vaiſſeaux
>>de la piqûure des vers marins : l'air agité
pouffant fans ceſſe la farine des fleurs, & les
>>>fleurs mêmes ... dans les eaux, fait mourir
>>ces reptiles ſi redoutables aux flottes
ود
,
en
diminue l'eſpéce, ou du moins les éloigne
>>de nos Côtes &c.
V.
La Scorzonere Rocheloiſe eſt une
>>plante Médecinale. Olivier Poupart de
>> S. Maixant en Poitou , Médecin de cette
"
ود
Ville, s'en fervit avec ſuccès contre la pef
te de 1593 , comme il l'affûre dans fon
Livre intitulé , Conſeil Divin touchant la
maladie Divine &peste en la Ville de laRochelle.
Cette eſpéce de Scorzonere croît
dans les foffés de cette Place & dans les
>> prairies voiſines du Bourg d'Aitré ; only
>> trouve mêlée avec le colchique & les or
ties&c.
30
E
8 MERCUR E DEFRANCE,
V I.
>>La Clandestine connue depuis peu de
■fiécles ſelon Dorel& Balechamp , couvre
les bords du ruiſſeau de Margoris
>> depuis le pont de Groſleau juſqu'à Candé,
> Sa couleur eſt violette ; elle n'eſt pas mê-
>> me commune , parcequ'elle ne ſouffre pas
»le tranſplantement , du moins je n'aija-
> mais pu réuſſir à lui faire changer de Pa-
.. trie. La Clandeſtine que j'ai envoyée à Paris
a eu le même ſort; je crois en trouver
>>la raiſon dans la nature de cette plante ,
» qu'il faut mettre au nombre des Orobanches
, & autres plantes parafites ; or ces
>> fortes de productions ont leurs fibres fi
→ adherentes aux racines des corps fur lefquels
elles croiſſent , qu'on ne ſçauroit
„les en tirer ſans déchirement & fans rup-
»ture &c,
VII.
-Les Cornes d'Ammon qui parent la
- Côte de S. Vincent en Poitou, font épar
>>ſes dans nos campagnes ; ce qui prouve
» que l'Océan avançoit bien avant dans les
terres , comme l'ont démontré les Auteurs
» qui travaillent à l'rliſtoire de la Rochelle,
Des productions marines , telles que les
JANVIER 1746.
23
bucardes , pečtirides , lechimites , myralides ,
coclides, ſe trouvent dans des carrieres près
du Treüil Chartier , à deux lieues de la
Mer ou environ ... On doit remarquet
» qu'il eſt peu de productions marines ſur
>>nos Côtes qui n'ayent leurs analogues
foffiles&c. 20
VIII.
»On pêche près de Loziere ce poiflon &
>>renommé par les Anciens , &dont on fai-
" ſoit la Pourpre Tyrienne. Ce poiſſon eſt
>> dugenre des Testacées , & s'appelle en La
tin Buccinum. Les habitans de Loziere
ſont dans l'uſage de marquer leur linge⚫ 33
20 avec la liqueur que ce coquillage leur four-
,, nit. Ils ſe ſervent encore de la liqueur qui
→ſe trouve dans de petits ſacs ovales , qui
reſſemblent aflés aux poudriers-à-pié. Ces
>> petits ſacs ſont décrits par M. de Réaumur
»dans les Mémoires de l'Académie des
>>Sciences de 1714 &c .
১১
Ala ſuite de M. de Villars , M. du Pati
Treſorier de France , paya le tribut de ſon
adoption par la lecture d'un Mémoirefur le
marcher des Infectes fur les corps durs -
lis placés verticalement. La maniere conciſe
dont l'Auteur a traité ſa matiere , n'étant pas
ſuſceptible d'analyſe on inſerera, le Mémo -
reen en tierdans les premiers Mercures qui
paroîtront. Lafuite dans un autre Mercure.
Eij
κρο MERCURE DE FRANCE.
ODE
ANACREONTIQUE.
Madame la Comteſſe de L. V. pour le jour
desa Fête.
:
D
AP. le 3. Janvier 1746.
Es Aquilons l'affreux ravage
Aflétri les fleurs de nos champs ;
Des riches tréſors du Printems
Nous ne pouvons vous faire hommage,
Mais tandis qu'en d'autres climats
Flore établit ſon doux empire ,
L'Amour , au défaut du Zéphire ,
Fait naître les fleurs ſous vos pas .
Venusvoit võler ſur vos traces
Les Jeux qui déſertent ſa cour ;
Ils font ſuivis du tendre Amour ;
Ils font entrainés par les Graces ,
Le doux Printems renaît pour eux
Quand Phébus l'envie à la terre ;
L'aſtre des enfans de Cythere
Eft le feu qui brille en vos yeux.
:
JANVIER 1746. fof
:
Dans leursjeux ces enfans aimables
Lancent au hazard tous leurs traits ,
Trop fûrs qu'en voyantvos attraits
Leurs carquois font inépuiſables ;
Malheur à qui veut de trop près
Suivre ces traits qui leur échappent !
S'il s'en égare qui le frappent ,
Son coeur ne guérirajamais.
Qu'avecplus de fureur encore ,
L'Aquilon régne dans les airs ,
Vos charme's rendent nos déſerts
Plus brillants que la Cour de Flore.
C'eſt la préſence des Amours
Quifait le Printems de lavie ,
Et ce Printems , jeune Silvie ,
Prèsde vous durera toujours.
Eiij
302 MERCURE DE FRANCE.
NOUVELLES LITTERAIRES ,
DES BEAUX ARTS &c.
ISTOIRE DU THEATRE FRANÇOIS
Hdepuis fon origine juſqu'à préfent,
avec la vie des plus célébres Poëtes Dra
matiques , un Catalogue exact de leurs
Piéces , &des notes hiſtoriques & critiques.
Tom. 4 & 5. àParis 1745. chés leMercier
&Saillant.
Il ya peu de mois qu'en annonçant cette
Hiftoire du Théatre nous promîmes de
la part des Auteurs que les derniers volumes
ſuivroient de près , & on doit à MM.
P. d'autant plus d'éloges de leur exactitude
que les gens de Lettres ne regardent pas
toujours ces engagemens comme inviolables.
Le quatriéme volume dont nous allons
rendre compte aujourd'hui commence à
l'année 1601 , & finit à l'anné 1632. Lorfqu'on
fait reflexion qu'il contient les extraits
de plus de 150 pieces , dont la plûpart
ont joui d'une réputation éclatante
&font aujourd'hui ſi juſtement mépriſées ,
on ſe croit en droit d'avoir fort mauvaiſe
JANVIER 1746. 103
idée du goût de ce fiécle, Gardons nous
cependant de condamner trop légerement
nos ancêtres, ils n'étoient ni moins éclairés ,
ni moins capables que nous de ſentir le
beau. Mais ce beau, les hommes le ſentent
quand ils l'ont ſous les yeux , ou même
qu'une foible lumiere leur en donne l'idée ,
qu'ils ne forment pas d'eux mêmes. Le goût
d'une Nation s'élève ou s'abaiſſe ſuivant le
dégré des talens de ceux qui cultivent les
Arts , & reſpectivement les talens des Artistes
ſe perfectionnent à mesure que le goût
de leur Gécle devient plus épuré. Ainſi on
s'accommoda long-tems de piéces très-mauvaiſes
, parce qu'on n'avoit pas mieux , &
que le commundes hommes ne ſçait juger
que par comparaiſon. On ne voyoit pas
combien ces productions ſans art étoient
loin de la perfection , parce que pour deviner
ainſi les beautés d'un Art , il faut être
en état de les produire , au lieu que pour
les ſentir & les apprécier , pour avoir ce que
l'on appelle du goût , il ſuffit d'avoir un
eſprit juſte & un coeur ſenſible; auſſi les
memes ſpectateurs qui avoient applaudi
Hardi , Mayret , Rotrou & tant d'autres
mauvais Dramatiques , changerent - ils de
goût lorſque le grand Corneille eut ouvert
une nouvelle carriere.
Au tems dont nous parlons Hardi étoit
Enj
104 MERCURE DE FRANCE .
le maître du Théatre. Hardi dont le nom
eſt plus connu par l'Hiſtoire du Théatre que
par ſes piéces aujourd'hui oubliées , n'étoit
ſurement pas un homme ſans mérite , puiſ
qu'il ſçut plaire à ſon ſiècle , mais il eſt
difficile en liſant ſes ouvrages de penſer que
ce Poëte eut un grand talent. La fécondité
merveilleuſe de cet Auteur qui compoſa
6 ou 700 pićces , la barbarie , l'ignorance
de fon fiécle , pourroient excuſer la foibleſſe
de ſes ouvrages ſi l'on ne ſongeoit que
Lopes de Vega , Auteur Eſpagnol eſtimé ,
acompoſé encore plus de Comédies , & que
Sakeſpear qui fleuriſſoit quelques années
avant Hardi , & qui a fait auſſi un très- grand
nombre d'ouvrages Dramatiques , y a ſemé
des morceaux d'une force & d'un fublime
que l'on cherche envain dans tous nos Auteurs
Dramatiques qui ont précédé le grand
Corneille.
Hardi avoit reçû de la Nature une facilité
qui n'eſt pas toujours la preuve du talent ,
& qui peut quelquefois l'étouffer , ſurtout
quand la pauvreté s'y joignant , oblige le
famélique & rapide Ecrivain d'abufer de ſa
fécondité.Tel fut le fort deHardi,mal partagé
des biens de la fortune: il étoit à la folde
d'une troupe de Comédiens dont il falloit
continuellement remplir le répertoire. La
veine intariſſable du Poëte ſuffiſoit aux
JANVIER 1746. 1051
prompts dégoûts du public;unepiéce étoit
l'ouvrage de 15 jours au plus. Ces productions
éphemeres n'étoient autre choſe qu'urr
Roman ſouvent extravagant, mis en action ;
du reſte nul ordre , nulle peinture des moeurs,
nulle connoiſſance ni des hommes ni des paffions
, nulle bienféance. On voit un homme
couché fur le Théatre avec une femme &c.
Qu'on en juge par cet Extrait d'une
Tragédie de Hardi , intitulée Lucrece ou
l'Adultere puni.
*
» Télémaque jeune Seigneur Eſpagnol ,
renommé tant par l'extraction que par
>> le courage , épouſe Lucrece, l'une des plus
১৩ belles & accomplies Damoiſelles de ce
>> tems , que le bon traitement du mari n'em-
>> pêche de courir au change , s'amourachant .
ॐ d'un Gentilhomme voifin nommé Myr-
>> rhene , ce que la jalouſie de certaine Eri-
>> phile, courtifane qu'il entretenoit découvre
» à Télémaque , auſſi défireux de la nouveauté
que ſa femme impudique , de for-
>> te que lui ſous ombre de faire un voyage
>aux champs ſurprend ce couple adultere
enſemble & le tue , mais ne penfant à
rien moins eſt tué après par l'un des
intimes amis de Myrrhene qui l'accom-
> pagnoit d'ordinaire en ce voyage amou
ププ
22
১০ reux.
* Nous nous fervons de l'argument même de Hardiv
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
Voici l'endroit ou Télémaque ſurprend
les deux coupables & les punit d'un ſeul
coup.
TELEMAQUE à part.
• Cieux ! Ô Cieux ! la Louve à fon col fej pendant
,
Et de laſcifs appas provoque l'impudent ,
Iui chatouille le ſein , lui baiſote la bouche ,
D'un clin de tête au lit l'appelle à l'eſcarmouche.
Sortant fur eux.
Ma patience échape , execrable P ....
Tu mourras à ce coup , tu mourras de ma main.
Voilà quel étoit alors le ton du meitleur
PoëteTragique.On ne connoiſſoit pas la
Comédie, mais une eſpece de Poëme , aujourd'hui
ignorée , en tenoit lieu. C'étoit la
Pastorale où le génie fécond de Hardi
'exerçoit auffi heureuſement , comme dans
aTragédie. L'Aſtrée de M.d'Urfé fut longtems
le fond banal où tous les Poëtes pre-
Poient leur fujet ; on mettoit en action une
avanture de ce Roman , on la paraphraſoit
en vers plats , & on avoit compoſé
une Paftorale .
MM. P. croient que la déclamation &
le eu brillant des Comédiens courroient
JANVIER 1746. 107
i
tous les défauts de ces pièces; ce n'eſt pas
ici le lieu d'examiner juſqu'à quel point
peut aller l'illuſion que produit le jeu
des Acteurs , mais quoiqu'il en ſoit , nous
eroirons qu'on n'étoit pas plus difficile parcequ'on
ne connoiſſoit pas mieux. Ils ajoutent
que Racine & Moliere ont les premiers
fait connoître la ſimple & la vraie
déclamation theatrale. Ce fait auroit beſoin
d'étre prouvé , ſurtout à l'égard de Racine ,
qui pafſe conſtamment pour avoir enſeigné
aux Acteurs de ſon tems', & furtout à la
célébre Chammelé , l'art de chanter leurs
rolles , méthode dont l'exemple de Baron
& de Mlle, le Couvreur montradepuis le
ridicule , & dont il ſeroit à ſouhaiter qu'il
ne reſtât aucuns veſtiges dans le tragique.
Nous ſupplions nos lecteurs de nous pardonner
cette légere digreſſion , & nous
revenons à notre ſujer. Hardi tel que nous
venons de le peindre laiſſoit bien loinderriere
lui tous ſes rivaux , dont les ouvrages
plus mauvais ne paroiſſent aujoud'hui inférieurs
aux fiens que quand on examine les
uns & les autres avec attention.
En 1617 le ſuccès éclatant de Pyrame&
Thiſbé , Tragédiede Theophile porta une
vive atteinte à la réputation de Hardi. Ce
Poëme étoit en effet & mieux conduit &
mieuxécrit que ce qu'onavoit vu juſqu'alors ,
Evj
108 MERCURE DE FRANCE.
& les paffions y étoient maniées avec un art
bien foible encore , mais dont on n'avoit
point juſques là eu d'idée.
Voici un joli morceau de cette Tragédie .
Il eſt au quatriéme Acte , lorſque Thiſbé
& fon amant prennent la réſolution de s'enfuir
enſemble.
THISB Ε'.
Je ſerai bien heureuſe , ayant de la fortune
Et diſgrace & faveur avecque toi commune ,
Lorſque je n'aurai plus d'eſpions à flater ,
Que je n'aurai parens , ni mere à redouter ,
Et qu'amour , ennuié de ſe montrer barbare
Ne nous donnera plus de mur qui nous ſépare .
Lors je n'auraiperſonne à reſpecter que toi.
PYRAM E.
,
Lors tu n'auras perſonne à commander que moi,
Deffus mes volontés la tienne fouveraine
Te donnera toujours la qualité de Reine .
Thiſbé , je jure ici la grace de tes yeux ,
Serment qui m'eſt plus cher que de jurer les Dieux,
C'eſt ici l'original de cette jolie Brunette.
Je jure par tes yeux
Serment qui m'eſt plus cher que de jurer les Dieux
Que fi tu m'aimes bien je t'aime encore mieux.
JANVIER 1746. 109
Les Bergeries , Pastorale de M.le Marquis
de Racan , qui fut jouée en 1618 , furent
une époque auſſi facheuſe pour la réputation
de Hardi. Cette Paſtorale qui fut univerſellement
applaudie annéantit toutes celles
de ce Poëte. Outre qu'elle étoit & mieux
conduite & plus décente que toutes celles
de. Hardi , elle avoit encore l'avantage
eſſentiel d'une verſification harmonieuſe &
correcte . Malherbe commençoit à perfectionner
l'art des vers , qu'il avoit enſeigné
à M. de Racan , & le Théatre commença
à ſe perfectionner avec la Poëfie
de ſtyle qui est l'ame de la Scéne. On vit
bien-tôt après arriver Mayret qui après avoir
réuſſi au gré de ſon ſiècle dans ſa Chryfei
de , reçut dans Silvie les applaudiſſemens
les plus immodérés. Le Théatre s'élevoit ,
mais inſenſiblement ,& ſes progrès étoient,
encore fort lents; Mayret prétendoit dèslors
en avoir banni la groſſiereté & l'indécence
; qu'on en juge par ce trait choiſi dans
la Silvie. Silvie voulant aſſurer le Prince
de Sicile de la ſincérité de ſes tendres
ſentimens , ajoute :
Plût aux Dieux , viſſiez vous mon ame toute nue
Pour juger de ſa flame!
110 MERCURE DE FRANCE.
THELAME .
Elle m'eft trop connue.
J'aimeroisbeaucoup mieuxte voir le corps tout nû .
Qu'elle décence ! au reſte cette Epitre
ou Mayret ſe vante d'avoir amené la décence
ſur la Scéne Françoiſe , ſert à prouver
qu'alors les femmes honnêtes n'ofoient aller
à laComédie. Ce Théatre fut regardé longtems
comme nous regardons les Spectacles
de la Foire , & il leur reſſembloit à bien
des égards. Cependant le goût commençoit
à changer au tems de Mayret. Le Théatre
avoit trouvé grace à la Cour , & parmi les
honnêtes gens.Le Cardinal de Richelieu qui
J'aima avec une vivacité que perſonne n'ignore,
ne contribua pas peu à rendre la
Scéne brillante.Alors on vit paroître Gombaud,
Rotrou , Pichou , Scuderi , dont les
ouvrages étoient autant au deſſus de ceux
de Hardi qu'au deſſous des chefs - d'oeuvre
deCorneille leur comtemporain ,& qui pendant
quelque tems fut confondu avec eux.
On commença alors à parler des régles
du Poëme Dramatique. Mayret en fit ulage
dans ſa Tragédie de Sophoniſbe. Ce fut la
premiere fois qu'on vit un eſſai de la majeſté
convenable au Cothurne ; on y trouJANVIER
1746. 111
va une verſification plus chatiée & plus
forte que l'on n'en avoit encore vue , un plan
net , aſſes raiſonnablement ſuivi , des ſentimens,&
ce qui frappa davantage , unepeinture
ébauchée de la fierté Romaine , dont
les traits quoique foibles , avoient le mérite
inappréciable de la nouveauté. Sophoniſbe
eut un ſuccès éclatant ,& tel que le
grand Corneille , jouiſſant déja de la gloire
qu'il s'étoit fi juſtement acquiſe,hefita à traiter
le même ſujet , & après l'avoir traité vit la
balance preſque égale entre lui & fon rival.
Parmi les Ecrivains qu'encourageoient les
bienfaits d'un Miniſtre protecteur des Arts ,
Rotrou tenoit un rang confidérable ;il n'eut
pas peu contribué à perfectionner ſon Art ,
ſi la mort ne l'eut arrêté au milieu de ſa
carriere.
Il étoit Lieutenant Particulier & Civil
de la Ville de Dreux , lorſqu'en 1610 cette
Ville fut affligée d'une maladie épidémique ,
dont il mouroit vingt-cing à trente perſonnes
par jour. C'étoit une eſpece de fiévre
pourprée , accompagnée de tranſport au
cerveau , qui emportoit en fort peu de tems
ceux qui en étoient attaqués. Le frere de
Rotrou qui étoit alors à Paris , lui écrivit
pour l'engager à mettre ſa vie en fûreté ,
& le pria de quitter Dreux, mais il répon
dit que ſa confcience ne luipermettoit pas
:
12 MERCURE DE FRANCE.
----
:
de ſuivre ce conſeil , attendu qu'il étoit le
ſeul qui put dans des circonstances ſi facheuſes
veiller ſur les beſoins de la Ville
& y maintenir l'ordre , ( en effet le Maire
&le Lieutenant Général ſe trouvoient alors
abſens. ) Il finiſſoit ſa lettre par ces mots .
Ce n'est pas que le péril où je me trouve ne
Soit fort grand, puisqu'au moment ou je vous
écris, les clochesSonnent pour la vingt-deuxiéme
perſonne qui est morte aujourd'hui. Cefera
pour moi quand il plaira à Dieu. Peu de
jours après il ſe ſentit frappé , demanda les
Sacremens , qu'il reçut avec beaucoup de
pieté & de réſignation , & mourut le 27
Juin 1650 âgé de quarante ans , laiſſant
trois enfans de Marguerite le Camus ſa
femme.
Parmi tous les Auteurs de ce tems Rotrou
eſt le ſeul dont quelque ouvrage ait réſiſté
à l'injure des années. Son Venceflas eſt encore
au Théatre & a toujours réuffi. Malgré
les platitudes dont il eſt fermé , & qu'il
faut imputer au mauvais goût du ſiécle autant
qu'à l'Auteur , il eſt rempli de traits fublimes
qui ont foutenu ſa réputation. L'efpace
des cent années qui ſe ſont écoulées
depuis ſa repreſentation juſqu'aujourd'hui
devient encore plus confidérable ſi
l'on conſidere la difference des goûts , que
la diſtance des tems. Exempt d'une folle
JANVIER.1746. 115
vanité &d'une baſſe jalousie , comme tous
les gens vraiment ſupérieurs , il inftruifit &
encouragea le grand Corneille , dont ſans
doute il ſentoit mieux que perſonne les talents
éminents. Corneille recconnoiffoit fincerement
les obligations qu'il avoit à Rotrou;
il n'en parloit qu'avec vénération , & avec
rendreſſe , & le nommoit ſon pere. Toutes
ces choſes réunies doivent nous rendre chere
la mémoire d'un Ecrivain qui fut un Citoyen
vertueux & un homme d'un grand talent.
Il s'en falloit beaucoup que Scuderi qui
commença à fleurir en l'an 1629 , eut
autant de talent , quoiqu'il ait eu ſouvent
d'auſſi grands ſuccès qu'aucun de ſes contemporains.
Perſonne n'ignore combien il
fut enorgueilli de la mort des cinq Portiers
de Comédie, qui furent étouffés à fonAmour
tyrannique; on ſçait comment il attaqua le
Cid avec une plume moitié Gaſconne!&
moitié Militaire. Cette critique du Cid , qui
n'a pas même le mérite médiocre que peut
avoir une critique , ira cependant à l'immortalité&
elle fera toujours mépriſée à la ſuito
du Cid , auquel eile eſt jointe , comme
les vaincus montoient à Rome au Capitole
à la ſuite des vainqueurs pour être immolés
après le triomphe.
I.e talent de Scuderi étoit étouffé par
114 MERCURE DE FRANCE.
une facilité & une fécondité très-vicieuſe ,
mais qui paroit avoir été le défaut ordinaire
des Poëtes de ce tems ; il ne méritoit que
trop ce trait de la ſatyre.
Bienheureux Scuderi dont la fertile plume
Peut tous les mois ſans peine enfanter un volume.
Tes écrits il est vrai ſans art & languiſſans
Semblent être formés en dépit de bon ſens ,
Mais ils trouvent enfin ,quoiqu'on en puiſſedire
Un marchand pour les vendre &des fots pour les
lire.
Scuderi étoit plus eftimable par les qualités
du coeur que par celles de l'eſprit; il
avoit des vertus ; ſon ame étoit noble &
généreuſe; il étoit ami fincere& reconnoit
fant; il fut le ſeul qui oſa regarder Théophile
dans ſes malheurs. On connoît de lui
plufieurstraits qui font honneur àla no
bleſſe de ſes ſentimens , mais ce qui lui
arriva à l'occaſion de ſonPoëme d'Alaric ,
ne doit pas être paſſe ſous Slence. Voici
comme M. Chevreau le rapporte.
>>>La Reine Chriſtine m'a dit cent fois
» qu'elle réſervoit à M. de Scuderi pour la
•Dédicace qu'il lui feroit de ſon Alaric ,
>> une chaîne d'or de mille piſtoles. Mais
-comme M. le Comte de la Gardie dont
JANVIER 1746. 14
>> il eſt patlé fort avantageuſement dans ce
- Poëme , effuia la diſgrace de la Reine
- qui ſouhaitoit quele nom du Comte fut
20
•
20
,
ôté de l'ouvrage , & que je l'en infor-
»mai , il me répondit que quand la chaîne
•d'or ſeroit aufſi groſſe & auſſi péſante
>que celle dont il eſt fait mention dans
l'Hiftoire des Incas , il ne détruiroit jamais
l'Autel où il avoit facrifié. Cette
→ fiereté héroïque déplut à la Reine qui
- changea d'avis ,& le Comte de laGardie
→ obligéde reconnoitre la générofité de M.
> de Scuderi , ne lui en fit pas même un
- remerciment. Cette action devient encore
> plus belle quand on ſonge que Scuderi
* étoit pauvre.
Quoique Corneille ait commencé à pa-
Foîtredans les dernieres années dont parle
ce volume , nous differons a en parler ,
lorſque nous rendrons compte du cinquiéme
tome où il est vraiement Corneille.
ROUTIER DES COSTES DES INDES
Orientales & de la Chine , par M. d'Après
de Mannevillette.
Perſonne ne doute de l'utilité du commerce
maritime ; l'Hiſtoire ancienne & moderne
eſt remplie d'exemples qui montrent
quelles reſſources procure à un état l'opu$
16 MERCURE DE FRANCE.
lence qui en eſt la ſuite , & l'on voit conftamment
dans les Hiſtoires des Empires ,
que quiconque a été maître de la mer l'a
été de la terre ; ainſi tout ce qui tend à
perfectionner notre navigation doit être
regardé commetrès- important.
Deux cent-cinquante années qui ſe ſont
écoulées depuis qu'on a doublé le Cap de
Bonne-Eſpérance n'ont pas fuffi pour perfectionner
les Cartes néceſſaires à la navigation
des Indes Orientales. Les Hollandois
qui apportent tant de ſoins , & employent
tant d'induſtrie à perfectionner leur
navigation , ont fait perfectionner les Cartes
qu'ils recueillirent des Portugais lors qu'ils
leur enleverent la plupart de leurs établiſſemens
aux Indes , & ils en ont fait dreſſer
de toutes les Côtes où ils ont envoyé des
Colonies; mais quelque exactitude qu'ils
aient employée , ces Cartes font encore
pleines de fautes conſidérables. Entre celles
qu'ils ont rendues publiques , la plus connue
eſt la Carte générale de Pietergoos dont
pluſieurs Navigateurs ſe ſervent aujourd'hui ,
&on y trouve de grandes erreurs. Les Cartes
Portugaiſes ne méritent pas plus de confiance
, & le Recueil de Thornſon , appellé
le Pilote Anglois a mal établi la plupart des
latitudes & des.giſſemens : c'eſt ſans doute
qu
JANVIER 1746. 117
àla nature du travail & à ſa difficulté plus
qu'à l'ignorance ou à la négligence des Auteurs
des ces Cartes qu'il faut s'en prendre ,
mais cette reflexion méme relève le mérite
de l'ouvrage de M.de Mannevillette, qui s'eſt
mis en état par une expérience de vingtcinq
années , de rectifier ces erreurs .
Nous n'entrerons point dans le détail
des fautes que reprend l'Auteur. Il donne
un Routier fort exact ſur la navigation des
Côtes de tout l'Océan Oriental,
Le ſoin qu'il a apporté dans ſes obfervations
& fon intelligence connue , étoient
ſans doute néceſſaires pour ſe tirer avec
honneur d'une entrepriſe ſi vaſte & fi pé,
nible , & que l'on peut appeller à juſte titre
, periculofa plenum opus alca.
tes
:
Il ne ſe borne pas a fixer ſechement la
poſition des lieux , il donne ſur les Côdont
il parle tous les renſeignemens
que fon expérience lui a fait connoitre ; leş
differentes parties de cet ouvrage font réu
nies dans deux Cartes réduites. La premiere
comprend la Côte d'Afrique depuis l'Equateur
juſqu'au Détroit de Babel - Mandel,
& celles d'Afię juſqu'à l'embouchure du
Gange ; la ſeconde le Golfe de Bengal ,
avec l'Archipel des Indes. En général on
peut dire avec vérité que ce livre eſt l'ous
118 MERCURE DE FRANCE.
vrage d'un homme éclairé , laborieux &
zélé pour le bien public , en un mot d'un
citoyen ; &voilà les ſeuls qui méritent d'affarer
à leurs Auteurs l'eſtime des honnêtes
gens.
HISTOIRE SECRETTE DES FEMMES
Galantes de l'Antiquité , nouvelle Edition
1745 , 6 vol . in- 12 . chés la vouve Ganeau
Libraire , Quai des Auguſtins.
C
1
C
Quoique l'Auteur prétende dans ſa Préface
qu'il écrit en Historien & non en Poëte ,
peu de lecteurs ſe perfuaderont qu'il ait
eû des Mémoires ſecrets échapés aux Hiftoriens
de l'antiquité. C'eſt donc ici un
Roman , un ouvrage de pur agrément , &
regardé avec raiſon comme frivole. Cepen-- 5
dant quoique nous ne prétendions pas affigner
à cette eſpece d'ouvrage un rang bien
important dans la Litterature , nous nous
garderons bien d'imiter ces Cenſeurs mé.
lancholiques qui condamnent avec humeur
ces lectures agréables. Il y a bien des gens
que les lectures utiles rebuteroient ; il vaut
encore mieux qu'ils aient des Romans que
de r'avoir point de livres , & d'ailleurs il
ne faut point laiſſer périr un genre qui
eft propre à notre nation ,& où nous avons
excellé. Ainfi on n'a point de reproches à
faire à un Ecrivain lorſque reſpectant le
1
1
JANVIER او . 1746
public & lui même, il met des moeurs &
des ſentimens vertueux dans ſon ouvrage ;
le Roman méme peut devenir un livre utile
s'il eſt fait avec aſſes d'art , ſi l'Auteur ſçait
peindre la vertu & le vice avec des couleurs
affés fortes pour inſpirer le goût de l'une
&l'horreur de l'autre , c'eſt ainſi que Marianne
, dont la ſuite eſt trop long-tems attendue
, & quelques autres ouvrages du
même Ecrivain peuvent être regardés comme
des écoles de bonnes moeurs , où la
théorie de la vertu, i l'on oſe ſe ſervir de
ce terme , eſt miſe en action , & ou l'on
trouve des leçons d'autant plus utiles qu'elles
ſont cachées ſous les apparencesd'un ſtyle
agréable & intereſſant.
Le livre dont nous parlons a déja été
imprimé , & c'eſt une façon d'en faire l'éloge
que de dire que la premiere édition
eft épuisée depuis long-tems. L'Auteur qui
eſt un Avocat de Rouen nommé M. du
Bois , avoit promis une continuation , mais
la mort l'a ſurpris au milieu de ſon travail ;
c'eſt ici le lieu de rectifier une erreur qui
étoit échapée à M. L. D. lorſqu'il dit dans
ſes feuilles que l'Auteur n'avoit donné que
les 3 premiers volumes ; nous avons des
preuves que les 6 volumes ſont de la même
main.
Les differentes avantures qui ſont dans
120 MERCURE DE FRANCE .
ce livre font attribuées aux plus célébres
perſonnages de l'Antiquité; en calquant ainſi
fur l'Hiſtoire des avantures feintes on apprend
au moins les noms célébres à des
gens qui auroient dédaigné de les aller
chercher dans les bons livres. Mais qu'en
revient-il ? eft-ce -là un objet qu'on puiſſe
regarder comme utile, & la peine que prend
un Ecrivain d'adapter aux circonftances de
'Hiſtoire les réves de ſon imagination , n'eſt
elle pas bien en pure perte ? Car enfin on
ne prétend pas en impoſer ; il faudroit que
l'Auteur fut fou pour s'imaginer qu'on regardera
ſon livre comme une Hiftoire , &
s'il en eſt ainfi , quel eſt ſon but ?
La mode de cette bigarrure de la verité
& du menfonge n'eſt pas nouvelle , & nous
ne ferons point un crime à l'Auteur de
cette Hiftoire ſecrette d'avoir déféré à un
uſage vicieux , qu'il a trouvé établi & accrédité;
du reſte les avantures ſont bien
imaginées , les ſituations ménagées avec art ,
le ſtyle eft coulant & facile , & le livre ſe
fait lire , il n'en faut pasdavantage.
On trouve à la page 282 du troiſfiéme
volume cette reflexion ,,, Ce n'étoit point
, encore une honte au beau ſexe d'avouer
"
ſa défaite , & les femmes de ce teams
,,reconnoiſſoient qu'elles aimoient , avec
> autant de grace qu'elles en ont eu dejuis
On à le cacher.
JANVIER 1746. 121
On voit parlà que l'Auteur a une grande
idée de la retenue & de la ſageſſe des femmes
de fon tems. Cette bonne opinion fait
honneur à fon coeur.
Dehanfy Libraire à Paris ſur le Pont au
Change, debite un Livre d' Heuresfingulier&
unique en fon genre. Le caractére en eſt burine
& imite l'Ecriture la plus parfaite ; il
eft orné de Reliefs , de traits , de vignettes ,
&d'Eſtampes des plus habiles Maîtres , mais
celle qui eſt à la tête du Livre mérite attention
& par la délicateſte de la gravûre &
par ſondeſſein original , puiſqu'elle repréſente
laSte. Vierge & Ste Theréſe Patrones
de Madame la Dauphine à qui le ſieur Dehanſy
a eu l'honneur de le préſenter. On lit
ces versaubas de l'Eſtampe.
Vous que l'heureux nomdeDauphine
PourReine à la France deſtine ,
MARIE ET THERESE à vos yeux ,
Offrent deux auguſtes Patrones
Qui vous préparent des Couronnes ;
Et fur laTerre & dans les Cieux.
Le titre du Livre qui fait face à cette Eftampe
eſt entre deux Lys allégoriques qui ſe
réuniſſent pour ſoutenir les Armes de Monſeigneur
le Dauphin & de Madame la Darphine
, & au bas font repréſentés une Mer
F
122 MERCURE DE FRANCE.
fur laquelle nagent des Dauphins, & fur le rivage
S. Nicolas qui eſt l'Enſeigne du Libraire.
La Reine , Madame la Dauphine & Mefdames
les ont reçû très favorablement , ainfi
que les Dames de la Courà qui il les a
préſentées.
Ce Livre peuttrouver place dans leCabinet
des Curieux dans le genre de gravûre &
Ouvrages au burin; il eſt de grandeur in 12 .
Il en a aufli de plus petites dans le même
genre dédiées à Monſeigneur le Dauphin .
Le ſieur de Hanſy donne auili avis aux
amateurs des Belles Lettres qu'il vendle Dictionarium
univerſale Latino Gallicum , que
les Latiniſtes connoiſſent ſous le nom de
Dictionnaire de Boudot in 8. qu'il a réimprimé
conjointement avec les veuves Rondet &
Labottiere héritieres du ſieur Rondet , d'un
caractére neuf &beaucoup plus parfait que
les Editions qui l'ont précédé , & par conféquent
préférable à toutes celles qui ſe
réimpriment & ſont contrefaites en Province;
pour les diftinguer ils ſont ſignés d'un
des trois Libraires .
Il débite audi un perit Livre intitulé Henres
Militaires , dédiées à la Nobleffe , qui
rcufenne en un petit volume avec les Officesde
Feghie , les devoirs du Capitaine &
du Soldat Chretien.
:
JANVIER 1746. 123
Pour en donner une idée voici l'Epitre
dedicatoire.
ALA NOBLESSE.
MESSIEURS ,
>> Quelques avantages que puiſſent vous
>>procurer les fonctions Militaires , votre
-principale gloire eftd'être Chrétiens : c'eſt
>>méme le plus puiſſant comme le plus légitime
de vos intérêts. Jamais la bravoure
>>n'eſt plus franche que quand la vraie piété
en eſt l'ame; jofe , Meſſieurs , vous
>>prefenterdans cette vue ce Manuel Chrétien
, à l'ufage du Capitaine &du Soldat;
>>je ſuis avec unprofond refpect &c.
:
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
EXTRAIT d'une Lettre de S. Amand en
Berry du 25 Novembre 1745 , écrite àM
de Pasturel par M. Picquet de Colombier
Chirurgien , Directeur des Poſtes & Receveur
de l'Entrepôt du Tabac de S. Amand
en Berry.
M
vous remercie du bon effet que
votre Effence Balſamique , Stomachique
& Antivermineuſe a produit ſur mon
Epouſe , attaquée depuis 15 ans d'une douleur
d'eſtomach inſupportable & preſque
continuelle , qui lui cauſoit par les mauvaiſes
préparations de cette partie des flatuoſités
qui occaſionnoient des diſtentions dans tout
le bas ventre avec des difficultés d'uriner
dans un tems , & dans d'autres des flux immodérés
d'urine , avec des vomiſſemens violens
& réitérés , dans l'inftant de ſes paroximes
, & après avoir ufé de tous les remedes
indiqués par l'art , de méme que des
gouttes d'Angleterre que je tirois de la fource,
qui lui calmoientpour un tems ſes vives
douleurs , j'ai eu enfin recours à votre reméde
qui vient de la guerir radicalement
dans très peu de jours , ce que je regarde
commeune eſpéce de miracle ; recevez-en
JANVIER 1746 125
:
més remercimens , vous pouvez même réndre
ma lettre publique , tant pour votre
propre fatisfaction que pour les perſonnes
qui pourroient ſe trouver dans le mérne
cas, & pour vous donner une preuve de ma
reconnoiſſance , je vous offre de diſtribuer
gratis votre reméde , ſoit dans les Provinces
de Berry& de Bourbonnois qui font limitrophes
:, ma proffeffion de Chirurgien que
j'exerce ſans autre vue d'intérêt que celle
d'être utile à mes compatriotes , me met
àmême de vous faire cette offre qu'on ne
peut ſoupçonner d'aucune vûe illégitime ,
ainſi vous pouvez en ufer librement.
J'ai l'honneurd'être &c. Signé Picquet de
Colombier.
Cette lettre a déterminé M. de Paſturel
d'établir un Bureau à S. Amand en Berry
pour la facilité de ces deux Provinces , &
pour leur épargner les frais de tranſport &
ledélaiqu'on eft obligé d'eſſuyer pour faire
venir ce Reméde de Paris ; ainſi on
peut s'adreſſer en toute fûreté à M. Picquet
de Colombier Receveur de l'Entrepôt du
Tabac ; il donnera avec les bouteilles un
Imprimé qui indique la façon de ſe ſervir
de ce Reméde , & au bas de l'Imprimé
l'Auteur a écrit de ſa main pour avertir qu'il
a établi de Bureau , au moyen de quoi on
peu confronter cette écriture avec celle qui
Fiig
126 MERCURE DE FRANCE.
eſt ſur les étiquettes ; toutes les précautions
fontpriſes pour la fûreté du public; ceux
qui ſouhaiteront de plus grands éclairciflemenspourrontécrire
à Paris à M. de Pasturel
rue des Gravillers , chés M. Clermont à
côté dun Orfévre. Il prie qu'on ait ſoin d'affranchir
le port,
DEVISES des Jettons pour l'année
1746.
TRESOR ROYAL.
LeSoleil au centre du tourbillon enteuré
des orbites des planettes , avec ces mots
pour ame ,
AB UNO OMNES .
Elies dépendent toutes d'un feud.
)
1
:
PARTIES CASUELLES.
Une Grue fur un rocher où elle paroît
repoſer , ayant une patte levée dans laquelle
elle tient une pierre , avec ces mots ,
PLACIDAM DAT CURA QUIETEM.
Lefoin qu'elle prend affûre le repos des autres ..
TETTONS DE I L'ANNEE 1740
II
DAT
CURA
PLACIDAM
UNO
AAB
QUIETEM
OMNES
TRESOR ROYAL
1746.
D・
XV.REX
LUD
PARTIES CASUELLES-
1746.
IV
ATTERIT
OBVI
A
FIDES
RISTIANISS
:
CHR
TUTA
VIL
ORDINAIREDES GUERRES
1746
TELA
HACT
DERE
VIZ
PON
CONTRA
X
SPES
JAM
QUID
ARCES
ARTLLLBATE
1746
III
ASSEQUA
JOVIS
CHAMERS AEEDEN.
1746-
OSTILI
REGNAT
IN
SUO
BATIMENS DUROY
1746.
OCYOR
CERTA
MAIFON DELAREINE
1746
FUTURI
STAT
.
EXTRAORDINAIRE
DES GUERRES
1746
VIII
SER
RTASSE
EURO
GALEAR S
1746
IX
TRIUMPHUS
100000000
MARINE
1746
SYDERE XI
SUB
PATRIO
CRESCUNT
MAISON DE MADAME LA
DAUPHINE .
1740
1
:
:
:
JANVIER 1746 127
MAISON DE LA REINE.
Un Palmier du piedduquel fort un rejetton.
SPES JAM CERTA FUTURI
Elle donne de nouvelles espérances pour
l'avenir.
MAISON DE MADAME LA DAUPHINE.
Deux jeunes Lys éclairés des rayons du
Soleil.
PATRIO SUB SYDERE CRESCUNT .
Ass'élèvent fous un aftre favorable.
CHAMBRE AUX DENIERS.
Jupiter ſur ſon aigle la foudre en ma .
FIDES ASSEQUA JOVIS .
Lafidélitéfuit toujours le Maitre des Dieux.
ORDINAIRE DES GUERRES.
oudre deJupiter.
ATTERIT OBVIA.
Ilabbat tout ce qui lui réſiſte,
Fiij
28 MERCURE DE FRANCE .
EXTRAORDINAIRE DES GUERRES.
UnLion devant lequel fuyent pluſieurs
animaux.
HOSTILI REGNAT IN ARVO.
Il est le maître chés ſes ennemis.
MA RIN E.
Le vaiſſeau des Argonautes qui rapporte
laToiſon d'or .
SERVASSE TRIUMPHUS.
Sa confervation est un triomphe.
GALERES.
Une fléche traverſantles airs .
OCIOR EURO. :
Plus vite que le Vent .
BATIMENS DU ROI .
Une Colonne élevée ſur ſa baſe .
PONDERE TUTA SUO STAT .
Elle fubfifteparson propre poids.
JANVIER 1745. 125
ARTILLERIE.
Jupiter fur des nuages d'où partent des
foudres.
CONTRA HAEC TELA QUID ARCES?
Quelles Fortereſſes peuvent lui réſiſter ? -
MEDAILLE SUR LA CAMPAGNE DU ROΙ.
La Victoire aſſiſe à l'ombre d'un palmier
fur un grandnombre de boucliers aux armes
des Villes que S. M. a conquiſes , écrit fur
le ſien avec la pointede ſon dard ces mots ,
DE ANGLIS , AUSTRIACIS ΕΤ....
Pour legende
VICTORIS CELERITAS ET CONSTANTIA.
L'activité &la conſtance du Vainqueur.
Exergue
PRÆCIPUE BELGII AUSTRIACI URBES
SUBACTE. M. DCC XLV.
Conquête des principales Villes de la Flandre
Autrichienne.
Fy
130 MERCURE DE FRANCE.
L
ESTAMPES NOUVELLES .
Eſieur PetitGraveur rue S. Jacques qui.
continue de graver la fuite des Portraits
des Hommes Illuſtres du feu ſieurDefrochers
, Graveur du Roi, vient de donner
les Portraits de
BALTAZAR BIKKER, Docteur en Théolo..
gie & Miniftre à Amſterdam, lieu de lanaiflance.
Il donna au public en 1694 la derniere
partie de ſon monde enchanté. On fft
ces vers au bas, '1
Oui , par tei de Satan la puiſſance eftbridée,
Mais tun'as cependant pas encore affés fait ;
Pour nous ôter du Diable entierement l'idée,
Bekker , ſupprime ton portrait.
HENRI - CHARLES ARNAUD DE
POMPONNE , Abbé de S.Medardde So ffons ,
Doyen du Conſeil d'Etat du Roi , Commandeur
& Chancelier de ſes Ordres , de
l'Académie Royale des Inſcriptions & Bel..
les Lettres. On lit ces vers au bas .
De tes Ayeux tu ſuis les traces
JANVIER 1746 131
Tu mérites comme eux la faveur d'Appollon ,
Tonnom fait honneuràtesplaces ,
Et tes vertus font honneur à ton nom .
PETRUS - MATHIAS DE GOURN
Prior Commendatarius B. Mariæ de Tabrniaco
, natus Deppa 23 Febr. anno 1702 ,
peint par J. Leroux, Ou lit la fin de ce vers
de Virgile au bas .
Immiſifontibus apros.
PIERRE- FRANÇOIS LE COURAYER' ,
né à Rouen le 17 Novembre 1681 , ci devantBibliotequaire
de Ste,Genevieve à Paris
& depuis refugié en Angleterre. On lic
ces vers au bas .
Courayer , ta Patrie & la Religion
Pleurent de ton évafion .
Elles font desplaintes ameres
Sur tes Ecrits ſçavans , mais des plus téméraires.
Trop de lumiere t'éblouit ,
Et juſqu'au précipice à la fin t'a conduit.
LOUISE CAVELIER LEVESQUE ,
née à Rouen le 25 Novembre 1703 , mor
te le 18 Mai 1745. On lit ces vers au bas.
Lestraits des envieux neme font point changer ,
Et. c'eſt en proſpérant que je ſçais m'en venger .
Evj
132 MERCURE DE FRANCE.
Le ſieur Odieuvre Marchand d'Eſtampes
rue d'Anjou Dauphine qui a fourni les
Portraits des perſonnes Illuftres pour les
nouveaux Mémoires de Sully in 4º. vient de
donner les mêmes Portraits pour l'Edition
in 12 , avec une liſte imprimée & l'indication
des endroits où il les faut placer.
Le méme Marchand vient de mettre en
verte les Portraits de MARIE DE ROHAN ,
mariée en premiere noces au Connétable de
Luynes , & en ſecondes à Claude de Lorraine
Duc de Chevreuſe , née en Décembre
1600 , morte le 13 Août 1679 .
NICOLAS DE HARLAY , SEIGNEUR DE
SANCI &c . Colonel General des Suiſſes ,
mort le 17 Octobre 1629 .
PLAN de S. Cloud & de ses environs.
PLAN de Versailles, du petit Parc & de ses
dépendances , ou font marqués les emplacemens
de chaque maiſon de cette Ville , les
Plans du Château & des Hôtels, les diſtributions
des jardins & boſquets , & les détails
des ſtatues , par M. l'Abbé Delagrive Géographe
de la Ville de Paris , de la Société
Koyale de Londres .
Le public qui a toujours reçû avec plaifir
Jes Plans de Paris & des environs que cet
:
JANVIER 1745 133
Auteur a levés&gravés lui - même fans
jamais être copiſte , ne verra pas avec
moins de fatisfaction ces deux nouvel.es
feuilles ſi intéreſſantes. L'exactitude & la
juſteſledu Plan & l'intelligence dudeffein
dans le tout&dansles parties qui font toujoursrechercher
ſes premiers ouvrages , font
également obſervées dant ceux-ci, dans le!-
quels l'Auteur ſemble s'être furpaſſé pour
La délicateſſe &la propreté de la gravure. H
demeure fur le Quai de Bourbon dans l'Ifle S.
Louis.
Les quatre Saiſons du Coeur , Cantatille
avec ſymphonie ; prix livre 10 fols,
Le Dépit Amoureux , Cantatille avec
ſymphonie pourune baſſe-taille; prix 2 liv.
L'Heureux Caprice, Cantatille avec ſymphonie
; prix I liv. 10
L'Aurore de PAmour , Cantatille avec
ſymphonie ; prix I liv. 101.
Se vendent à Paris chés Bougy fils , Marchand
Mercier Papetier en gros & en dé
tail , rue de la Vieille Draperie près lePa--
lais à laVertu.
Le ſieur Giannotti ordinaire de l'Acadé-
-
134 MERCURE DE FRANCE.
mie Royale de Muſique , donne avis au pu-
Blic qu'il a fait graver avec privilege du Roi
fon neuvième Quare contenantfix Sonates en
trio pour deux violons & une baſſe ; ilse vend!
à Paris chés l'Auteur & aux adreſſes ordinaires.
ود
(
Evéritable Suc deRegliffe&deGuimau-
Lveblanc , fans fucre,ſi eſtimépour toutes
les maladies du Poulmon , inflammations,
enrouemens toux, rhumes , aſthme
poulmonie & pituite , continueà ſe débiter
depuis plus de 30 ans , de l'aveu & approbation
de M. le Premier Médecin du Roi ,
chésMile. Defmoulins quieſt la ſeule qui en.
a le Secret de feue Mile Guy, quoique depuis
quelques annéesdes particuliers ayent voulu .
le contrefaire , lefque's pour mieux tromper
le public fe font dits enfans de M. Guy , ce
qui est une fuppofition; la difference s'en
connoîtra aifément par la comparaiſon qu'on,
en pourra faire.
On peut s'en ſervir en tout tems , le
tranſporter partout & le garder fi long-tems
que l'on veut , ſans jamais ſe gater , ni rien
perdre de ſa qualité
Mlle Deſmoulins demeure rue Guenegand ,
Fauxbourg S. Germain , du côté de la rue MaJANVIER
1746. 135
zarine , chés M. Poulain au deuxième appartement
dans l'allée du Bourrelier visà vis
M.Pascal Sellier; ilſevendfixfrancs la livre..
La veuve Bailly renouvelle au public fes.
aſſurances qu'elle n'a point quitté fon com ...
merce & qu'elle. continue de débiter les véritables
Savonettes de pure crême de ſavon ,
dont elle ſeule a le ſecrer. Elle demeure toujours
rue du Petit Lion vis-avisla rue Fran--
çoise à l'Image S. Nicolas au premier étage ,.
Quartier de la Comédie Italienne.....
104-
PRIX de Poesie pour l'année 1746..
'Académie Françoi edonnerale zy Aούε
Lprochain Fete deS. Louisleri de
Poëfie fondé par M. de Clermont Tonnerre
Evêque & Comte de Noyon , Pair de
France, &l'un des Quarante del'Académie.
Elle propoſe pour ſuſer : la Gloire de LOUIS
LE GRAND perpernés dans le Roisonfucceffeur.
La piéce n'excédera point le nombre
de cent Vers &on y ajoutera une courte
Priere àDieu pour le Roi , ſéparée du corps
de l'ouvrage , & de telle meſure de Vers
qu'on voudra.
Toutes perſonnes feront reçues àcompo136
MERCURE DE FRANCE.
fer pour ce Prix , excepté les Quarante de
l'Académie qui doivent en être les Juges.
LesAuteurs ne mettront point leur nom
à leurs Ouvrages , mais telle Sentence qu'il
leur plaira.
Ceux qui prétendront à ce Prix font avertis
que les Piéces des Auteurs qui ſe feront
fait connoître , foit par eux-mêmes , foit par
leurs amis , feront rejettées & ne concourrontpoint
, & que tous Meſſieurs les Académiciens
ont promis de ſe recuſer eux-mêmes,
&de ne point donner leurs fuffrages pour
les Piécesdont les Auteurs leur feront cornus.
LesAuteurs feront auſſi obligés de remettre
leurs Ouvrages avant le premier jour du
mois de Juillet prochain entre les mains
de M. Coignard , Imprimeur ordinaire du
Roi&de l'Académie Françoiſe , rue S. Jac -
ques , & d'en affranchir le port autrement
ilsne ferontpoint retirés.
:
QUATRAIN.
AM. de Voltaire.
Digne chantre d'un Roi dont la gloire eft
ſuprême ,
Tu ſçais vanter ſes faits , & les mettre en leur
jour ;
JANVIER. 1746 . 137
Voltaire , fuſſes tu l'éloquence elle même ,
Tu ne peindras jamais pour lui tout notre amour.
E
VERS à M. D. S. A. A. E. D. B.
Ntre mille vertus , reſpectable Prélat ,
Dont chés vous la grandeur tire un nouvel éclat ;
De vos bontés , de vos largeſſes
Qui n'a point éprouvé les effets précieux ?
Heureux qui commevous ſçait uſer des richeſſes
Vos mains font les canaux à jamais glorieux !
D'où la céleste Providence
Entous tems ainſi qu'en tous lieux ,
Repand ſes dons en abondance ;
Tel que cetAſtre radieux
Par qui vit la Nature & s'embellit le monde',
Tout fent de vos bienfaits l'influence féconde ,
Mais quand nos Temples ſaints comblés de vos
faveurs ,
Célebrent à l'envi votre magnificence ,
Une juſte reconnoiſſance
Vous fait, divin Prélat, des temples de nos coeurs ,
Γ
138 MERCURE DE FRANCE.
蒸蒸蒸
F
LETTRE de M. de L. B. àM.C.
J'Avois 'Avois abandonné laLyre ,
Etj'avoisjuré quejamais
De ce frénétique délire
Qu'aux Rimeurs Apollon inſpire
Je ne ſentirois les accès .
Pourquoi me faire violence ?
Pourquoi vouloir obſtinément
Me faire rompre ce filence
Que je gardois & prudemment?
Jadis au Printems de mon âge ,
Surun Luth monté par l'Amour
Jecélébrai ſon eſclavage ,
Et le prixd'un tendre retours
Alors animéde ſa flame ,
Etfans implorerApollon ,
Je trouvois au fond de mon ame
Le feu divin dont il enflâme
Leshabitans de l'Hélicon .
Les ans qui s'envolent fans ceffe,
Sur leurs ailes ont emporté
Et la Folie & la Jeuneſſe ..
L'ennuyeuſe maturité
M'a ravi leur aimable yvreſſe ,
JANVIER. 1746.
L'enjouement, lavivacité ,
Sansm'avoirdonné la ſageſſe ,
Maisjeprends lecon ſérieux ;
11faut finircesvers en proſe ;
Autrefoisj'en faifois bien mieux,
Quandje faifoismieux autre chofe..
:
>
LE
Emot du 1. Logogryphe du premiervolume
deDécembre eſt Monstre. Ony trouve Or , nom ,
vot , mort , Rose , More , Rome, Sem , Sort , for ,
Mer, Mentor, Celui du ſecond, eſt Armoirse , dans.
lequel on trouve Roi , Rome , air , ire , mari , misoir
or , arm , aimy , Mer , orme & rime. Celui
de l'Enigme eſt Bouquet.
Ona dû expliquer l'Enigme &les Logogryphes
du IIme. vol. par leGraphometre ; le premier Logogryphe
par Bretagne. On y trouve gast , rate ,
Etang, etrange, Ange&Bret. Le motdu ſecondeft
Carion, dans lequel'on trouve car, Arc , Art , rat ,
Fot, cor, Caron , trans ,
Or&ten..
J
ENIGME ET LOGOGRYPHES.
ENIGME. 1
Efais fort peu de bruit , cependant j'étourdis ;
Des habitans de l'air j'égale la vîteffe ;
Comme eux, je vais , je vole , & je reviens fans
ceffe ,
MERCURE DE FRANCE.
:
tous mes mouvemens à d'autres ſont ſoumis
ſaiſon eſt l'Eté ; dans l'Hyver on m'oublie ;
me faut du beau tems ; je redoute la pluye ;
Je rafraichis Claudine , & j'éehauffe Lucas .
Lecteur, à ce trait ſeul ne devines - tu pas ?
Coeurs foibles fuyez-moi , je ſuis pour vous terrible
;
Eſt-ce-là tout ? Je puis à certains curieux
Montrer pour un inftant ce qu'on cache à leurs
yeux ;
Mesjeux ſont de vosmauxune ſource infaillible ;
Heureux à fon plaiſur qui me croit néceſſaire !
Georges , le Pretendant ne l'intereffent gue.re ;
il oublie avec moi les peines de huit jours;
Lecteur , pour deviner faut- il d'autres ſecours ?
S
M
LOGOGRYPHUS.
INiezer arcanis refero vifceribus ignem ,
Spiffa viatori iam tum portenditur umbra ;
Mox fervare bonas , & amo terrere nocentes , --
Post te mandoforas , fum denus denique & unus.
- JANVIER 1746. 141
{
J
LOGO GRYPHE.
Eſuisà bien des gensun meuble fort utile;
Monnomàdeviner eft chofe très facile ;
Sicependant l'on veut me dévoiler ,
Me. neufs pieds il faut raſſembler ,
Deſquels prenant le ſens véritable& myſtique ,
Vous trouverez fans peine un ſigne de Muſique ,
Ville de l'Albanie , un précieux métal ,
Très- utile machine , un peché capital ,
Fort mauvaiſe habitude ,
De chaffe un inſtrument,
De l'homme un agrément ,
Sujet d'inquiétude
Pour plus d'un bâtiment ,
Une couleur , un Element ,
Cettecélébre capitale
D'où fortoit la Reine Didon ,
Lorſque fondant de Rome la Rivale
Elle aima le Héros de Virgile Maron ,
Une Iſle autrefois renommée ,
Par les Ottomans ſubjuguée,
Le fruit du travail précieux
D'un animal induſtrieux ,
DeJupiter lafameuſe maîtreſſe,
142 MERCURE DE FRANCE.
Qui par mugiſſement lui prouvoit ſa tendreſſe .
DelaDéeffe de l'Amour
L'ordinaire ſejour :
Ami Lecteur, tu peux m'entendre ,
Et fans trop rêver me comprendre
Par M. de la Laure.
CHANSON.
L'Hyver dans nos climats
A ramené ſes frimats ;
Par ſa trifte froidure
Il défole la Nature ;
Tout tremble , mais pour moi je crains peu la ri
gueur ;
Dans ma cave
Jela brave
Enpuiſantdans le vin laplus vive chaleur.
:
:
:
(
W
ne
JANVIER 1746. 143
MADAME D ***, le jour de l'an .
Utems & de ſon cours
blême ;
le Phoenix eſt l'ems'éteint
, il renait, ſe ſuccéde àlui-même ,
enconſacre les jours , les heures , lesinſtants)
conjurer le Ciel par des voeux éclatants
erépandre furvous , adorableUranie ,
eſesdons précieux la faveur infinie.
ais que dis-je? En formant votre eſprit ,votre
corps
"a-t il pas de ſa main prodigué los tréſors?
inſi l'uſage entraine ; on ſuit toujours ſes traces ;
Ime fait oublier dans ces tems révolus
Que les ſouhaits ſont ſuperflus
Où réſident toutes les graces.
144 MERCURE DE FRANCE.
SPECTACLES .
OPER A.
L'Académie Royale de
Muſique a don-
Tragédie d'Armide
le Vendredi 7 Janvier 1 746, qui avoit été
repréſentée ſur le beau Théatre de Verſailles
le Jeudi 30 Décembre 1745 ; Mlle Chevalier
qui jouoit le rôle d'Armide obtint les
applaudiſſemens de la Ville après avoir mérité
les fuffrages de la Cour. Les repéſentations
ont toujours été nombreuſes depuis
la premiere. Il eſt juſte d'inſtruire le public
de l'honneur qu'a procuré le talent à Mile
Chevalier. La Reine , Madame la Dauphine
& Meſdames de France ont daigné lui
marquer leur fatisfaction publiquement
dans la galerie , & Meſdames de France
Iont eminenée dans leur appartement où
differens airs qu'elles lai ont fait chanter ont
été ſuivisde la méme approbation.
Les Mardis & les Jeudis ſont occupés par
les Fêtes de Thalie Ballet du gracieux Mouret
, & par Zelindor Roi des Sylphes , qui
foutient ſa premiere réputation auprès de
deux piéces differentes eſtimées depuis long-
Huitieme
tems.
re
e
a
JANVIER 1746. 145
Huitièmeſuitedes Réflexions ſur les Ballets.
,
Si l'Allegorie régne heureuſement dans
pluſieurs de nos anciens Ballets nous
en avons un moderne où la Métaphyfique
tient dignement ſaplace. Il porte le titre
desAmours deguises, titre que fûrement l'Aureur
ne ſçavoit pas avoir été déja employé
dans la jeuneſle de Louis XIV. quand il crut
l'avoir inventé , cependant malgré la reſſemblance
du titre , voici une difference bien
effentielleentre ces deux ouvrages; dans l'ancien
Ballet , ce ſont lesAmours Personifi's ,
le.s Amours Dieux qui occupent le Théatre ,
dans le nouveau il eſt rempli par les ſentimens
déguiſés de l'Amour Paſſion; maſcarade
affés familiere dans le coeur feminin. Voici
comme l'Auteur des paroles s'en explique
dans ſon avertiſſement. Les déguisemens de
IAmour ſontſi ordinaires qu'il ne se montre
plus tel qu'il est ; bien des coeurs qui le reçoi
vent lorſqu'il s'introduit ſous le nom d'une
autre passion , le rejetteroient d'abord s'il se
présentoit ſous leſien : c'est ce qui l'engagefouvent
à ſe ſervir d'un artifice qui lui réuffit
toujours.
Dans la premiere entrée de ce Ballet
Phaetuſe fille du Soleil croit avoit de la haine
pour Diomede Prince Grec que les vents
G
145 MERCURE DE FRANCE.
:
ont arrêté dans ſon Iſle à ſon retour du
long & fameux ſfiége de Troye , & cette
haine quiparoît violente & implacable eſt
un véritable Amour déguiſé que le peril de
fon objet démaſque ſubitement.
Dans la ſeconde entrée none Nymphe
duMont Ida ſe figure n'avoir que de l'amitié
pour Paris Berger , fils du Roi Priam ,
ignorant ſa naiſſance. On trouve dans l'Eglogue
ingénieuſe du célébre M. de Fontenelle
le germe de cette entrée, & l'Iſmene
de l'Auteur enjoué & ſçavant de la Pluralité
des Mondes a toute la phiſionomie de
l'Enone du Ballet des Amours déguiſés .
Dans la troiſiéme entrée qui peint l'Amour
ſous le nom de l'Eſtime , la Princeſſe
Julie fille d'Auguſte dit à ſa confidente ;
L'Amour charmé de me ſurprendre,
Sous le nom de l'Eſtime a ſéduit ma fierté ;
En le reconnoiſſant j'ai voulu m'en défendre,
Mon coeur étoit déja dompté :
Si on nevoit pas dans ce ſujet - là un
Amour qui ſe déguiſe , on y voit du moins
unAmour qui ſe démaſque ; quand ce Ballet
parut , on accuſa cet Acte d'être trop
ſimple , ſans fituation &nullement confor-.
me au plan adapté , & ce reproche fut fait
par des Critiques impoſans , par des com-
G
4
JANVIER 1746. 147
noiffeurs écoutés & ſuivis: le ſuccès éclatant
les démentit hautement. L'Auteur leur
avoit déja répondu en ſe justifiant , avant la
premiere repréſentation, qu'un ſimple Che
valier Romain faiſant une déclaration galante
à la plus grande Princeſſe de l'Univers,
connu dans des termes délicats & dignes
de fixer l'attention des Auditeurs & d'intérefſer
leur curiofité , lui ſembloit une ſituation
affés piquante. Dans cette ſcéne
Ovide & Julie s'avouent réciproquement
leur tendreſſe , ſans ſe ſervir de toutes les
phrafes ufées ſur le Théatre en pareille occafion.
,
Onnefera peut-être pas fachéde trouver
ici un fait fingulier qui concene cet
Opéra , c'eſt que ſa premiere repréſentation
futhonorée de la préſence de la jeune Cour
de ce temps-là , compoſée du Roi d'Angleterre,
de S. A. R M. le Duc d'Orléans
de S. A. S. M. le Duc de Berry , de S. A.S.
Madame Ducheſſe de Berry , & de leur
brillante ſuite , qui ſouperent dans les loges
même du Spectacle : c'étoit nn ambigu qui
leur fut ſervi entre la ſeconde & la troiſiéme
entrée; l'Orcheſtrejouades ſymphonies pendant
ce repas , qui fut couronné par l'exécution
de l'acte d'Ovide & de Julie , qui
reçut des applaudiſſemens prodigieux. De
L'Opera cette Illuſtre compagnie ſe rene
Gij
148 MERCURE DE FRANCE,
dit à la Foire S. Laurent où après avoir
Parcouru ce qui pouvoit s'y voir , elle entra
à minuit dans la ſale de l'Opéra Comique
où elle fut amuſée par une piécede la
compofition de l'Auteur des paroles du Ballet
que venoit de repréſenter l'Académie
Royale de Muſique ; ainſi cet Auteur eut
l'avantage de divertir deux fois dans le méme
jour ſur deux Théatres tout à fait differens
la Cour la plus éclairée de l'Europe,
Anecdote rare , & ce qu'il y a de plus rarę
encore , c'eſt que la protection ne conduifit
point ce reſpectable auditoire aux Spec
tacles qu'il vilita.
COMEDIE FRANCOISE.
Nous croyons ne pouvoir mieux expliquer
le ſujet de la Tragédie d' Izaidę
donnée au Theatre François par M. Linant
1. 13 Décembre 1745 ,qu'en tranſcrivant la
premiére ſcéne du premier Acte ;elle développe
parfaitementle fond de l'intrigue , &
fournit un bel échantillon de la verfification
de M, Linant, qui eſt ſemée de vers brillans
& Leufs.
JANVIER 1746. 149
A
SCENE PREMIERE.
ALZAIDE , EZIRE , PHERE'S .
PHERE' S.
Demortels ennuis ſi vous n'étiez en proye
J'oferois devant vous faire éclater majoye ;
Je vous revois, Madame , à Memphis, en ces lieux,
Berceau devos vertus , Trône de vos Ayeux ,
Où tout vous obéit, vous aime& vous rappelle,
OùPhérés tant de fois vous a prouvé fon zéle ,
Moins ébloui d'un rang que je ne dois qu'à vous
Qu'attendri de vos maux queje reſſentois tous.
ALZAIDE.
Ah ! Phérés , à Nemphis en ce jour arrivée ,
J'ignore àquel malheur le Ciel m'aréſervée ;.
Dans l'ombre du ſecret lafſe de ſoupirer ,
Jeviens m'en éclaircit , voir le Roi , l'implorer ;
Délivrer un époux dont le deſtin m'accable ,
Qui puni trop long-temps ne futjamais coupable :
Zaraés eſt vaincu , captif & malheureux ,
Amenophis vainqueur , Monarque & génereux ;
Il doit tout oublier : qu'il ajoûte à ſa gloire
Cet effort de vertu plus grand que la Victoire :
Eh! ferons- nous toujours ,& mon époux &moi
Giij
450 MERCURE DE FRANCE.
Les ſeuls infortunés qui vivent ſous ſa Loi !
PHERE'S .
Vous ne le ferez plus , non , croyez que mon
Maître
Juge de votre époux s'eſt vû forcé de l'être ;
Qu'il gémit de ſes fers , qu'il ſe plaint d'un borheur
Qui l'a toujours contraint de percer votre coeur ,
Departager ſans fruit votre douleur extrême
Et vous n'éprouvez rien qu'il n'ait ſenti lui-même ,
Enfin quand accablé du plus triſte revers ,
Zaraés fut dompté , qu'il tomba dans nos fers ,
Que pour venger leurs maux nos peuples l'outragerent
,
Queſes amis , ſes Dieux vaincus l'abandonnerent
Du coeur d'Amenophis le premier mouvement
Fut d'oublier fes droits & fon reſſentiment ,
Mais le biende l'Etat qui régle ſa puiſſance,
Fitparler ſon Conſeil&taire ſaclémence ;
Et tel eſt le devoir & le fort des grands Rois ,
Quemêmeleurs vertus font eſclaves des Loix.
:
ALZAIDE.
Les Loix n'ordonnent point l'abus de la victoire :
Zaraés fut ici victime de la gloire ;
Après ſon infortune à-t-on dû l'enchainer ,
Etvaincre donne-t-il le droit de condamner ?
JANVIER 1746. 151
PHERE'S.
Songez qu'Onés fon pere ufurpa l'Arabie
Au Trône de Memphis de tout - tems aſſervie ;
Sujet d'un Souverain , foumis à notre Loi ,
Il s'arme pour régner; triomphe , ſe fait Roi ,
Meurt& laiffſe àfon fils cette vaſte Contrée .
Sous Buziris bientôt l'Egypte déchirée ,
Auxvoeux de votre époux prête de la céder
Exigea le tribu qu'il devoit accorder ;
Impatient d'un joug dont il falloit dépendre
Il attaqua nos Rois qu'il auroit dû défendre :
Combien de fois lui-même , ou par les mains d'I-
,
phis
Envahit-il l'Egypte ? affiégea-t il Memphis ?
Ou caché ſous le nom de ce chef fi fidéle
En la trompanttoujours ſour - il triompher d'elle ?
Nosmurs étoient détruits&nos champs ravagés.
Quels coups il nous porta ! le Roi nous a vangés.
Ilvainquit ce Héros; ſes deſtins l'accablerent ;
Sans le connoître alors , nos guerriers l'enchaine
rent ,
Avec ce même Iphis dans nos fers retenu ;
Parmid'autres captifs ilvécut inconnu ;
Amenophis apprend qu'il est en ſa puiffance
Touché de ſon malheur il cherche ſa préſence ,
Et de le conſoler s'impoſe le devoir ,
Zaraés qui le ſçait dédaignede le voir;
Son Prince que vers lui lapitié ſeule entraine ,
Ginj
152 MERCURE DE FRANCE .
N'imputant qu'à ſes maux l'éclat de tant de haine ,
Retient des mouvemens qu'excite ſon grand cooeur ,
Et ne l'offenſe point par l'aſpect du vainqueur ;
Mais il fait plus , Madame ; un peuple témeraire
Toujours prêt à punir l'Auteur de ſa miſere ,
Pour perdre Zaraés ſe raſſembloit toujours ,
De fon Captif, cent fois le Roi ſauva lesjours ,
Et trop fûr qu'à ſes dons votre époux inſenſible
Par haineà ſes regards était inacceſſible ,
,
Ce Monarque envers tous clément comme les
Dieux
Lui devint inviſible & bienfaiſant comme eux.
ALZAIDE .
Zaraés occupé des maux qui l'environnent
Voudroit cacher des jours que les Dieux abandonnent
;
Maisje vois tous les coeurs contre lui prévenus ;
Secondez mes deſſeins avant qu'ils ſoient connus ,
Arrêtons au plutôt les mains qui le puniſſent...
Ciel ! comble mes malheurs & que les fiens finiffent
...
Ainſi le Roi le laiſſe aux yeux de l'Univers
Vivre dans la douleur & mourir dans les fers .
Ne pourrai-je adoucir un tourment ſi terrible ?
Non, ce Prince à mes pleurs ne ſera point ſenſible;
Son coeur jusqu'à cejour n'a-t-il pas réſiſté
JANVIER 1746. 153
ン
Aux Conſeils de la gloire , aux cris de l'équité ?
PHERE'S.
Madame, oubliez - vous le pouvoir de vos char
mes,
Rendus même aujourd'hui plus touchans par vos
larmes ?
Connoiſſez-le du moins. Eh ! qui de ce vainqueur
Sçauroit donc mieux que vous défarmer la rigueur ?
Moi , Pherés !
ALZAIDE.
PHERE'S.
Croiriez -vous qu'à ſes grandeurs liée
Son ame vous dédaigne , ou vous ait oub iée ?
Ah ! pour vous raffûrer rappellez-vous ces jours
Dont l'horreur a des ſiens empoisonné le cours ;
Cesjours , où par un pere à ſes voeux arrachée ,
Ades noeuds inconnus vous futes attachée ;
Vousvous retracerez un cruel déſeſpoir
Que n'ont point rallenti l'abſence & le devoir ..
La ſituation & les intérêts des princi
paux perſonages de cette Tragédie nous paroiffent
afſes expliqués dans cette ſcéne pour
donnerune idée de la pièce. Nous ne prétendons
pas en, donner un plan exact ,
nous croyons qu'elle perdroit à être tronquée,
nous nous contenterons de dire que
G
154 MERCURE DE FRANCE.
les rôles d'Alzaide , d'Amenophis & de Zaraés
font foutenus , nobles & originaux. Al-
Zaide tyranifée par une paſſion qu'elle fou-
--met éternellement au devoir , l'immole enfin
à la vertu. Amenophis que la mémepaffion
tourmente , fait briller dans ſes difcours
&dans ſes procédés la magnanimité la plus
héroïque , & Zaraés malgré ſon caractére
féroce étale des ſentimens généreux. Ces
trois rôles dominans ont été parfaitement
remplis , & Mile Clairon a furtout montré
dans celui d'Alzaide ſa vivacité &le pathétique
de l'expreffion .
L'amour vertueux d'Alzaide & d'Amenophis
ne produit dans le cours de la piéce
que des évenemens héroïques & non copiés.
La férocité de Zaraés fait un contraſte admirable
avec la tendreſſe d'Amenophis ;
toujours ſubordonnée à ſa vertu; le coeur
d'Alzaide eſt reſpectable par ſa foibleſſe
même ; ſon amour pour Amenophis ne s'écarte
jamais de la route que lui preſcrit
ſon devoir , qui triomphe dans ſa mort après
avoir fait le ſupplice de ſa vie.
On a trouvédans les trois premiers Actes
de cette Tragédie des ſituations neuves &
pathétiques, des vers heureux & frappans, &
des fentimens très-magnanimes; les deux
derniers Actes ont moins réuſſi :de poignard
confié par Zaraés à ſon épouſe pour imme
JANVIER 1746. 155
ler Amenophis n'a pas produit l'effet qu'or
s'en promettoit.
Lesdifferentes marches des Arabes foflevés
par Zaraés quoique captif, & lestrou
pes du Roi d'Egypte envoyées précipitamment
en Arabie & revenues de même ont
paru plus que forcées. Enfin le dénoûment
n'a point attendri le ſpectateur.
Cette Tragédie ſe vend trentes ſols chés
Jacques Cloufier , rue S. Jacques à l'Ecu de
France.
COMEDIE ITALIENNE.
On y a repréſenté pour la premiere fois
le.... Janvier les Folies de Coraline. C'eſt
une piéce dans le goût Italien ſemée de
ſcénes & de lazzis divertiſſans , qui font briller
le jeu vif& enjoué de l'aimable Actrice
qui les exécute; elle mérite auſſi de nouveaux
applaudiſſemens dans les nouveaux
caractéres de la danſe qui embelliflent la
Comédie , & la charmante Camille ſa ſoeur
n'eſt pas moins fêtée dans ce joli Ballet.
PIECES JOUE'ES A LA COUR.
Le Mercredi 5 Janvier les Comédiens
Italiens donnerent Arlequin Sauvage & le
Tuteur dupé.
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE .
Le Mardi I les Comédiens François
repréſenterentRhadamiste & Zénobie,& pour
petite piéce les trois Freres Rivaux.
Le Mercredi 12 les Italiens jouerent
l'Heureux ſtratagême , & Arlequin & Scapin
Rivaux.
Le Jeudi 13 l'Ecole des maris & Crifpin
Médecin , furent repréſentés par les Comédiens
François.
CONCERTS DE LA COUR .
Le premier Janvier les Haut- Pois de la
Chambre jouerent au lever du Roi pluſieurs
Symphonies de differens Auteurs. Le foir il
yeutgrand Concert , & pendant le ſouper ,
M. Deſtouches Sur- Intendant de la Muque
de la Chambre , en ſemeſtre , fit exécuter
par les vingt- quatre une grande ſuite
d'airs de ſa compofition .
Le Samedi 8 Janvier on exécuta devant
la Reine le Prologue & le premier Acte
d' Amadis de Gaule. Le deuxième & le troiſiéme
furent exécutés le Lundi to du même
mois , & le Samedi 15 on acheva cette
Tragédie par le quatriéme & le cinquiéme
Acte .
Le Lundi 17 & le Mercredi 19 on chanta
à Marli le Prologue & les trois premiers
Actes d'Omphale Tragédie , dont les paroles
JANVIER 1746. 157
font de fou M. de la Motte de l'Académie
Françoiſe , & la Muſique de M. Destouches
Sur-Intendant de la Muſique du Roi.
Les Sieurs Benoist & Poirier yfirent les
rolles d'Hercule &d'Iphis. Ceux d'Omphale
& d'Argine furent rendus par les Demoifelles
Canavas & de la Lande.
Le 24 , le 26 & le 29 la Reine entendit
l'Opéra d'Amadis de Grece , exécuté
par les mêmes.
Le 31 on exécuta le Prologue & le premier
Acte du Ballet des Elémens.
ETRENNE.
PRESENTE'E à la Reine par une
Demoiselle âgée de cinq ans , fur l'Air
Réveillez vous belle endormie, C'étoit un
coeur de pain d'Epice.
M
A Reine , en faveur de l'uſage ,
Je vous étrenne de mon coeur ;
C'eſt la richeſſe de mon âge ;
Il eſt tout entier par bonheur.
Si vous donner eſt une offenſe ,
Grondez en bien votre bonté .
Elle tend les bras à l'Enfance ;
Et cauſe ma témérité,
:
158 MERCURE DE FRANCE.
M. Le Duc de Richelieu à la pénétration
& aux recherches dequi rien n'échape ,
s'étant inſtruit de labeauté &du rare méchaniſme
d'une Machine que le ſieur de France
natifde Rouen, &de l'Académie Royale des
Sciences de la même Ville venoit de finir
en fit le rapport à Sa Majeſté , qui fit ordonner
de la tranſporter à Verſailles , où elle
a été placée fur le Théatre de la ſalle de
la Comédie du Château. La Cour s'y rendit
le Mercredi 29 Decembre ſur les 5 heures
du ſoir pour la voir jouer , & quoique le
tranſport en eut confidérablement ébranlé
tous les reſſorts , ce qui diminua la
beauté de ſon jeu , la Cour en a paru trèsfatisfaite
; les Seigneurs , & les Dames de
la Cour , & les Miniſtres ſe ſont empreffés
de la venir voir jouer pendant les cinq jours
ſuivans qu'elle a été expoſée ſur le même
Théatre.
Cette Machine repréſente un Berger &
une Bergere groupés , poſés fur un pied
deſtal , leſquels jouent plufieurs airs en partie
ſur la flute traverſiére dans une grande
perfection , & dans un uni-fon plus parfait
que ne peuvent faire les deux plus habiles
Joueurs de flute.
JANVIER 1746. 159
Cette Machine ſera expoſée au public a
Ia fin du mois de Fevrier , ou au plutard
au commencement du mois de Mars , &
alors on donnera au public un détail dé
ſon ſimple & ingénieux mechaniſme.
VERS de M. Des-Forges Maillard , pour
le premier de l'an.
JAnus revient , ramenant avec lui
Le nouvel an , &chacun aujourd'hui
Se ſouhaitant fanté , bonheur extrême ,
Joint à ſes voeux les préſens les plus doux ;
Tendre moitié , que j'eſtime& que j'aime , 1
Un coeur ne peut donner plus que lui même ,
Et vous ſçavez que le mien eft à vous.
160 MERCURE DE FRANCE.
XXXXXX
REPONSE de Madame Des-Forges
Maillard.
J Anus revient , & ne ſerez Janus ,
Mon cher Maillard ; mon coeur vous eſt fidelle ;
Vous me direz que plus d'une fémelle
Sçait étrenner de ſemblables rébus
Plus d'un Janus , & pour tels reconnus ,
Serment burleſque & que Vénus la belle
Traite en riant de leurre & de bibus
Bon , cher ami , quand c'eſt ſeulement elle
Avec ſon fils , Enfançon ſans cervelle ,
Qui nous unit , mais lorſque c'eſt ſa ſeur
Bonne amitié , ſincére Demoiselle ,
Qui par l'eſprit ſçût nous conduire au coeur ,
Pour lors , mon cher , la flamme eſt éternelle,
Bonne & loyale , ou c'eſt bien du malheur.
JANVIER 1746. 161
ODE.
A M. L'ABBE' LE GUAY Profeſſeur de
Philofophier an College du Bois de
l'Univerſué de Caen , parM. Ygou.
JE me livre à l'heureux délire
Qui vient s'emparer de mes ſens ;
Et toipuiſſant Dieu de la Lyre ,
Donne la force à mes accens .
Je chante le Guay , ce grand Maître ,
L'éleve de la vérité ,
Ce jeune ſage qu'on vit naître ,
Environné de ſa clarté.
O vérité , je te reclame ;
Diſſipe mes illuſions ;
Approche & pénetre mon ame
Du feu divin de tes rayons.
Que vois-je quel nouveau préſaget
Quel est cet éclat lumineux ?
Pallas fur un brillant nuage ,
Vole vers le ſéjour des Dieux,
162 MERCURE DE FRANCE.
Quel objet près de l'Immortelle
Fixe mes regards curieux ? ....
C'eſt mon Maître .... il vole avec elle :
11 franchit l'eſpace des Cieux.
Chers condiſciples que l'étude
Rend comme moi ſes nouriſſons ,
Suſpendez la douce habitude ,
De reflechir ſur ſes leçons.
Tandis que d'une aîle rapide
Atteignant Newton dans les airs ,
Il ſuit le flambeau qui le guide ,
Et va comtemplant l'Univers.
Lorſque fondant de la Nature
Et les effets & les refforts
,
Il démêle dans ſa ſtructure
Le principe qui meut les corps.
A fes précoces connoiſlances
Que nos coeurs dreſſent des Autels;
Amis , les fublimes Sciences
Aux Dieux égalent les mortels.
JANVIER 1746. 163
****************
JOURNAL DE LA COUR , DE PARIS,
&c.
E 24 du mois dernier veille dela Fête
LdelaNativité de N.S. le Roi & la Reine
accompagnés de Monſeigneur le Dauphin
&de Meſdames de France entendirent les
premieres Vépres chantées par la Muſique
& auxquelles l'Evêque de Troyes officia .
Le jour de la Fête leurs Majestés qui
après avoir aſſiſté aux Matines avoient entendu
trois Mefſes à minuit , aſſiſterent étant
accompagnées de Monſeigneur le Dauphin
de Madame la Dauphine & de Meldames
à la grande Meſſe célébrée pontificalem
par l'Evêque de Troyes. L'après-midi le
Roi & la Reine accompagnés deMeſdames
entendirent les Vepres auxquelles le même
Prélat officia.
Le 23. M. Tron Ambaſſadeur Ordinaire
de la République de Venife eut ſa premiere
audience particuliere du Roi , & il y fut
conduit ainſi qu'aux audiences de la Reine ,
de Monſeigneur le Dauphin , de Madame
la Dauphine & de Meſdames de France ,
par le Chevalier de Sainctot Introducteür
:
164 MERCURE DE FRANCE.
des Ambaſſadeurs. Dans l'audience accordée
par le Roi à M. Tron , M. Diedo nommé
par cette République ſon Ambaſſadeur au .
près de la Reine de Hongrie eut l'honneur
de rendre en cette qualité ſes reſpects à
S. M.
Le premier jour de l'an les Princes &
Princeſſes , & les Seigneurs & Dames de
la Cour eurent l'honneur de complimenter
le Roi & la Reine ſur la nouvelle année.
Le Corps de Ville a rendu à cette occaſion
ſes reſpects à leurs Majestés , à Monſeigneur
le Dauphin , à Madame la Dauphine
& à Meldames de France.
Le 1s le Roi alla coucher au Château
de Marly , où la Reine , Monſeigneur le
Dauphin , Madame la Dauphine & Mefdames
de France ſe ſont rendus le lendeain.
Le même jour M. de Vandiere que le
Roi a nommé Directeur Général des Bâtimens
en ſurvivance de M. de Tournehem
, préta ſerment de fidélité entre les
mains de S. M.
M. Guymont l'un des Gentilshommes
ordinaires de la Maiſon du Roi a été nommé
Envoyé Extraordinaire de S. M. auprès
de la République de Génes.
Le 23 de ce mois le Pere Bonnaventure ,
Recollet , nomméEvêque Titulaire d'Apol-
1
JANVIER 1746. 165
Lonie fut facré dans l'Egliſe des Recollets 4
du Fauxbourg Saint Laurent par l'Arches
véque de Rhodes, Nonce du Pape , affifté
des Eveques de Nitrie & de Bethleem.
NOMINATION des Chevaliers de
l'Ordre du Saint Esprit.
E premier Janvier les Chevaliers
LCommandeurs & Officiers de l'Ordre
du Saint Eſprit s'étant aſſemblés dans le
Cabinet du Roi vers les 11 heures du matin
, S. M. tint un Chapitre dans lequel l'Archevéque
de Tours fut propoſé pour être
Prelat Commandeur de l'Ordre du Saint
Eſprit ; il ſe nomme Louis- Jacques de Chapt
de Raftignac , premierement Evêque deTl
les facré le premier Fevrier 1722 , puis A1-
cheveque de Tours en 1723. Il eſt d'une
noblelle diftinguée répandue dans le Perigord
& dans le Limofin & dont la Généalogie
ſe trouvera amplement déduite dans
l'Armorial général du ſieur d'Hofier , &
dans le méme Chapitre furent propoſés pour
être Chevaliers
Le Prince d'Ardore Ambaſſadeur du Roi
des Deux Siciles auprès du Roi; il fe noin,
166 MERCURE DE FRANCE .
me N ...... Milano & ſa Maiſon eſt originaire
de la Ville de Valence en Eſpagne.
Nicolas-Joſeph-Baltazar de Langlade Ki
comte du Cheyla , Lieutenant Généraldes armées
du Roi , Directeur Général de la Cavalerie
& Commandant dans la Ville de
Gand; il est né le 6 Avril 1686 , & fa
Maiſon eſt originaire du Languedoc.
Le Comte de Lovvendalh Lieutenant Général
des armées du Roi ; il eſt de la Maifon
de Holſtein & de la branche Royale
de Dannemarck. Voyez ſon extraction dans
les Souverains du monde vol. 4 fol. 595 .
Le Comte de Berenger Lieutenant Général
des armées du Roi ; il eſt d'une des plus
illuftres Ma fons de Dauphiné.
Louis - Charles - César le Tellier Comte
Eftrées Lieutenant Général des armées du
Roi ; il est né en 1695. Voyez la Généalogie
deſa Famille rapportée dans l'Hiſtoire des
Grands Officiers de la Couronne , vol.
fol. 578 .
Le Comte de Thomond ( N ... Ο Brien )
Lieutenant Général des armées du Roi ; il eſt
d'une des plus nobles & des plus anciennes
M
t
JANVIER 1746. 167
Maiſons d'Irlande , comme on le peut voir
par la Généalogie qui en eſt rapportée dans
le Dictionaire Hiftorique deMorery, Edition
de 1732 , vol. 5.fol. 324,
Et Claude Aunet d'Apchier, dit le Chevalier
d'Apchier, Lieutenant Général des armées
du Roi ; il est né le 14 Juin 1693
& fort d'une des plus grandes Maiſons de
Languedoc; ſa Généalogie eſt rapportée
dans le volume 3 de l'Hiſtoire des Grands
Officiers de la Couronnefol. 821 , & dans le
7vol. de la même Hiſtoire fol. 356.
,
Les preuves de Religion du Duc de Modéne
, &celles de Religion & de Nobleſſe
du Comtede Montijo , du Prince de Campo
Florido Ambaſſadeur du Roi d'Eſpagne
auprès du Roi , & du Marquis Scoti ,
nommés Chevaliers le 2 du mois de Fevrier
dernier , furent admiſes dans ce Chapitre
àla fin duquel le Prince de Campo Florido
fut introduit dans le Cabinet du Roi , & il
y fut reçû Chevalier de l'Ordre de Sant
Michel , puis il fut reçu Chevalier de l'Ordre
du Saint I ſprit par le Roi après la
grande Meffe. Son nom est Regio & fa famille
eſt une des plus conſidérables de la
Ville de Salerne au Royaume de Naples.
Le nom de M. le Comte de Montijo eft
Portocarrero , qu'il joint à pluſieurs autres ;
168 MERCURE DE FRANCE.
pour la famille du Marquis Scoti elle eſt
marquée entre les plus illuftres du Duché
de Plaiſance,
On a appris de Madrid que le Roi d'Efpagne
avoit nommé Grand d'Eſpagne de
la Premiere Clafle le Maréchal de Maillebois.
Les Grands d'Eſpagne jouiſſent en France
des honneurs des Ducs s'ils ne le font
pas eux-mêmes , & cette Grandeſſe ſe met
ordinairement ſur une terre conſidérable ,
poffédée par le Seigneur auquel ce Titre
eft accordé , & ceux qui en jouiffent à pré
fent en France ſont au nombre de 14 , y
compris M. le Maréchal de Maillebois.
GOUVERNEMENS DONNE'S
par le Roi.
L
EGouvernement des Ville & Citadelle
de Strasbourg au Marquis de Balincourt
(Claude-Guillaume Teſtu ) Lieutenant Général
des armées du Roi du Août 1734
&Gouverneur de Mont-Dauphin.
Le Gouvernement de Mont- Dauphin au
Marquis du Cayla ( François de Bafchi de
Gauffan )
JANVIER 1746. 169
Gauſſan ) LieutenantGénéral des armés du
Roi du 24 Fevrier 1738 , Gouverneur de
Fort-Louis.
LeGouvernement du Fort- Louis au Comre
du Roure ( Louis - Claude - Scipion de
Beauvoir de Grimoard ) Maréchal de Camp
du 20 Fevrier 1743 , Sous- Lieutenant de
lapremiere Compagnie des Mouſquetaires ,
&Lieutenant Général au Gouvernement de
la Province de Languedoc .
REGIMENS DONNES
par le Roi.
E Régiment d'Infanterie dont le Mar-
Camp, Iquis de Bouzols ,faitMaréchalde
étoit Colonel , au Marquis de Mailly Colonel
du Régiment de Perigord; il eſt l'aîné
de la Maiſon de Mailly en Picardie.
Le Régiment de Périgord à M. d' Imocourt
Capitaine dans le Régiment de Cavalerie
du Rumain. Son nom eſt Vaffinbac
ancienne nobleſle du Limoſin , bien alliée
&diftinguée par des ſervices militaires .
H
170 MERCURE DE FRANCE .
Le Régiment de Champagne dont le
Comte de Froullay, fait Maréchal de Camp ,
ébit Colonel , au Marquis des Salles , Brigadier
d'Infanterie du Mai 1745 ; il eſt
de la Maiſon des Salles en Lorraine .
NOMINATIO N d'Officiers
de Marine.
E Roi a fait le premier de ce mois un,
remplacement d'Officiers de Marine ,
un
par lequel S. M. a nommé un Chefd'Eſcadre
qui eſt le Commandeur d'Estourmel , trente
Capitaines de Vaiſſeaux , cinquante
Lieutenans , ſoixante onze Enſeignes ; un
Lieutenant , un Sous .. Lieutenant & neuf
Aides d'Artillerie .
CAPITAINES DE VAISSEAUX .
Mrs. Beauffier de Châteauvert, Capitaine
de Port àToulon; Serquigny Daché; du Chaffant;
du Quesne Menneville , Major àToulon;
de Serigny , Major à Rochefort ; Hoc
quart ; de Tremerenc , de Villarzel , Com.
mandant les Gardes de la Marine à Touon
; de Beaumont le Maître ; le Chevalien
:
JANVIER 1746. 171
de Courbon Blenac ; le Chevalier de Livry ;
de S. André du Verger; le Chevalierde Guebriant
; du Mesnil Rolland , Capitaine de
Port à Rochefort; le Chevalier d'Aubigny;
le Chevalier de S. André ; de Bompar ; de
Mariel ; du Vignau ; de Poulcong ; Macnemara
; de la Gironardiere ; de Chabot ; de Villeneuve
; de Marquaisao ; de Chasteloger ;
Sibon , Capitaine de Port à Brest ; le Baron
de Rochechouart ; le Marquis Desgouttes ; le
Comte de Roquefenil & le Marquis de S.
André. :
LIEUTENANS DE VAISSEAUX.
Mrs. le Chevalier de Villiers ; de Moisset ;
du Paſſage; du Chaffaut de Besné ; de Fayet ;
du Bos ; Staffort ; le Chevalier de la Lande
Calan ; de Marolles ; Dabon , Aide Major à
Toulon ; de Fontenay ; le Chevalier Fouquet ;
de la Borde Noguez , Lieutenant des Gardes
de la Marine à Toulon ; de Gaufridy ; le
Chevalier du Boz ; Desherbiers l'Etanduere ;
de Voutron ; de ia Prevalais ; de Castelane la
Valette ; de Mandelot ; de Broues ; de Guichen;
Meſchin; de Longueval , Aide Major à Rochefort;
le Chevalier de Coutance ; Barentin ;
de Langle ; de Foligny ; de la Filliere ; Queremar
de Boischatean ; du Dreſnay des Roches;
de Martel ; de Breda ; le Comte de Carné
Hij
172 MERCURE DE FRANCE
Marcein ; Reynier ; de Courſerac , Gouvello ;
Dagay ; de Sade ; de Vendes ; Turgot; le Chevalier
Desnos ; de Cheylus ; Thomas de Chậ-
reauneuf; le Chevalier d'Aubarede ; dela Jonquiere
; de Quclen ; le Chevalier de Roquefenil
; le Chevalier de Parabere ; le Comte de
Tourville ; le Chevalier de Mirabeau & M.
de Clien.
ENSEIGNES DE VAISSEAUX,
Mrs. de la Mothe Fiquet ; le Gendre d' Aviray
; Bigot ;le Chevalier d'Argouges ; le Mar.
quis de Vaudreuil ; de Narbonne ; de la Roche
S. André ; de Malromé ; le Chevalier de
Monfiquet ; le Chevalier de la Sale ; de Graffe
Briançon ; de Montcalm S. Veran ; le Chevalier
de Bellingant ; de la Fitte ; le Chevalier
Chabot ; de Villers Franſſure ; Marin ; de
Sourdeval ; de Venel ; de Semerville ; de
Tronjolly ; Deschillais ; Rouffel de Preville ; le
Marquis de Benouville ; Bayart ; de Meré
Broſſin ; de Malvaut ; le Chevalier de Brach ;
Le Chevalier de Narbonne Pelet; de Baraudin;
duTillet ; Dandoque ; Mauclerc du Coudray;
Gravier d'Ortieres ; de la Poype Vertrieux ;
d'Esclabilec ; Baſterot la Barriere ; de Treffemanes;
de Ternay d'Arfac ; de Rays ; le Chevalier
d'Osmont Boiftron ; Maſſilien ; de Cafzelane
Majaſtre ; Thoronce Gorequer ; de Que
JANVIER 1746 173
len ; de Penandref Keranſtret ; le Chevalier de
Foucault ; le Marquis de Gamaches ; le Chevalier
de Pontevez ; de Razilly ; de Beaupoil
de la Dixmerie ; d'Apckon ; de Kertanguy ;
le Vicomte de Rochechonart ; Barjetton ; le
Chevalier deRaymond ; de Caſtelane S. Jeurs ;
Fromont de Villeneuve ; du Quesnel ; d' Ambré
; d'Amilly ; de l'Aubepin ; de Coriolis d'Efpinousse
; de Conflans ; de Blenac ; le Chevalier
de Vendrenil ; le Comte de Darfort ; d'Ara
cy de la Varenne ; de la Valcine ; le Baron de
Fangeres & ie Cheuslier doify.
ARTILLERIE.
Lieutenant M. de Miffieffy; Sous Lieutenant
, M. Raoul de Bomuges ; Aides Mrs.
Frottier du Peray ; Heclor ; de Nolivos de la
Bardenne ; Bouin de la Villebouquais ; de la
Bardouilliere ; le Roy de la Grange ; Girardin
; Tourris & de Cherifey.
PRISES DE VAISSEAUX.
MBart Commandant le Vaiſſeau du Roi
l'Elizabeth , armé en courſe , a fait conduire
à Breſt le Navire Anglois l'Anti de 170
Hin
174 MERCURE DE FRANCE .
tonneaux , & dont la charge conſiſte en fucre
, en coton & en vif argent.
Le Navire le Reven de Bedford , dont le
Vaiſſeau la Baſquoise de S. Jean de Luz
s'eſt rendu maître , a été mené auſſi à Breft.
On mande de S. Malo que le Vaiſſeau
le Duc d'Eſtiſfac , armé en courſe par M.
Sebire Deffaudrais , s'eſt emparé des Bâtimens
ennemis le Mercure & le Rofanale ,
& que les Navires le Ruffall de 120 tonneaux
; le Silvain de 80 ; le Northon de
160 & la Marte de 70 , ont été pris par
les Vaiſſeaux l' Heureux , le Saint Michel &
la Revanche de Granville. Ces Bâtimens qui
font tous arrivés à S. Malo ſont chargés de
pelleteries, de tabac , de morue feche &
d'huile de poiffon.
Le Vaſſeau la Bellonne de Nantes a envoyé
à Benaudet le Navire Anglois le Spi
duel.
Selon les lettres de Cherbourg , le Capitaine
Lamer qui monte le Vaiſſeau le
Bacquencourt de ce Port, a enlevé deux Bâtimens
de la même Nation .
Il eſt arrivé à Dieppe deux autres Bâtimens
Anglois , à bord deſquels il y avoit
du vin & pluſieurs ballots de bas , & qui
ont été pris par les Vaiſſeaux l'Union de
Villeflixe , & le Renard de Boulogne.
On a reçû avis de Bayonne qu'il étoit
JANVIER 1746. 175
i
:
entré dans ce Port un Navire ennemi nommé
la Catherine , dont le chargement étoit
compoſe de ſucre , de gingenvre & d'autres
marchandiſes , & dont le Vaiſſeau la Junor
commandé par le Capitaine Vigoureux , s'eft
emparé.
Le Vaiſſeau l'Anonime de S. Malo commandé
par le Capitaine Marquant eſt rentré
dans ce Port avec le Navire Anglois la
Henriette.
On a appris de Granville que le Brigantin
ennemi le Suveſt y avoit été conduit par
le Capitaine Hugon Commandant le Vaifſeau
le Conquerant , qui s'eſt emparé d'un
autre Bâtiment chargé de tabac , qu'il a envoyé
à Morlaix.
LeCapitaine Clement qui monte le Vaiffeau
la Revanche a fait mener dans le premier
de ces deux Ports le Navire l'Helene
de Lancaftre .
Il eſt arrivéà Cherbourg trois priſes faites
par les Vaifleaux le Bacquencourt de ce Port ,
& le Vainqueur de Honfleur , commandés
par les Capitaines Lamer & Gilles.
Selon les lettres du Havre le Capitane
la Place Guerouſte Commandant le Vaifſeau
l'Intrepide de S. Malo a relâché dans
ce premier Port avec un Bâtiment Anglois
de 150 tonneaux , dont la cargaiſon confifte
en tabac de virginie.
Hi
176 MERCURE DE FRANCE.
1
Un autre Navire de la même Nation a
été rançonné par le Capitaine du Cheſne
qui monte le Vaiſſeau le Renard de Bouogne.
On mande de Bayonne que le Vaiſſeau la
Junon commandé par le Capitaine Vigoureux
s'eſt rendu maître des Navires l'Ipſovich
de Londres , chargé de tabac ; l'Amitié de
Boſton , chargé de furcre , de gingenvre , de
coton &d'autres marchandiſes,&l'Alexandre
de Bristol, armé de 28 canons, à bord duquel
on a trouvé une grande quantité de goudron
, de térébentine & de bois de conftrution
pour les Vaiſſeaux.
lle. Bienvenu Marchande rue Saint
Honoré à la Croix d'or à côté des Ecuries
de Monſeigneur , avertit le public qu'elle
vend des rubans à la Dauphine qu'elle
vient d'avoir l'honneur de préſenter à cette
Princeſſe qui leur a donné ſon ſuffrage &
la permifſion de porter ſon nom , aufli bien
qu'aux coëffures & autres ajuſtemens qui ont
été approuvés.
JANVIER 1746. 177
NOUVELLES ETRANGERBS.
ALLEMAGNE.
IERoi de Pologne Electeur de Saxe après avoir
quité la Villede Dreſde ayant
que l'armée commandée par le Prince Charles de
Lorraine, au lieu de ſuivre ſon projet de pénetrer en
Silefie ſe replia vers la frontiere de l'Electorat de
Saxe afin de ſe joindre aux troupes qui ſont ſous les
ordres du Général Grune & aux troupes Saxonnes
la Reine de Hongrie a envoyé ordre au
Prince Charles de Lorraine de diriger les mouvemens
de cette armée conformément à ce nouveau
plan. En conféquence le Prince Charles a
marché par fa gauche vers l'Elbe qu'il a paffé le
7Decembre à Leutmeritz .
Le 11 il ſe porta fur Auffig , & prit de - là la
route des défilés de Rechberg , qui communiquent
de la Bohëme au Marquiſatde Mifnie.
Le Général Grune & le Comre de Rutowſchi
ſe font auſſi avancé de leur côté vers l'Elbe &
le Prince Charles ayant détaché le Prince de
Lobckowitz avec trente eſcadrons pour faciliter
ſa jonction , il y avoit lieu de préfumer que dans
peu de jours la jonction générale feroit faite ,
mais ſur les avis que le Roi de Pruſſe a reçus de
cette marche , il a envoyé ordre au Prince d'Anhalt
Deſſau d'attaquer l'armée du Général Grune
avant ſa jonction entiere avec les troupes commandées
par le Prince Charles , & en même
tems il s'eſt lui-même approché de Dreſde.
Hv
78 MERCURE DE FRANCE.
Sur ces ordres le Prince d'Anhalt Deſſau au lieu
de paffer l'Elbe à Tolgau , comme on croyoit qu'il
avoit deffein de le faire , a marché ſur Meiffen
d'où les quartiers des ennemis s'étendoient jufqu'en
deça de Pirna: il a pris de ſi juſtes meſures
que les ennemis n'étoient pas encore avertis
de ſes mouvemens lorſqu'il eſt arrivé en leur
préſence .
,
L'action commença le 15 Décembre à deux
heures après midi par l'attaque du Village de
Keffeldorff fitué fur PElbe à une lieue au-deffous
de Dreſde .
Ce ne fut qu'après trois affauts confécutifs que
les Pruffiens emporterent ce Poſte deffendu par
les Saxons ; un ravin qui couvroitl'aile droite des
derniers , rendoit ſurtout l'attaque fort perilleu .
fe. Après un combat de quatre heures , les Saxons
ont été enfoncés ; la Cavalerie qui a été miſe en
fuite la premiere , a été peu après ſuivie de l'Infanterie
, & les trente Efcadrons que commandoit
le Prince de Lobckovvitz étant à l'aile gauche qui
n'a point combattu ont ſuivi les Saxons dans leur
déroute fans avoir donné. On a enlevé la plus
grande partie de l'artillerie des ennemis , & la
perte des Autrichiens & des Saxons monte à plus
de douze mille hommes en y comprenant les bleffés
& les prifonniers parmi leſquels on compte un
grand nombre d'Officiers , tandis que les vainqeurs
n'ont perdu que le Général Hertzberg
M. d'Affebourg Colonel , trente - fix Officiers &
1679 foldats . L'armée Pruſſienne n'étoit compoſee
qued'environ trente-fix mille hommes , & celle
des ennemis étoit de cinquante - cinq mille.
Le Prince Charles de Lorraine qui n'étoit avec
fonarmée qu'à une médiocre diſtance du lieu où
la bataille s'eſt donnée , a youlu marcher au feJANVIER
1746. 179
cours des Saxons , auſſitôt qu'il a été averti que ,
l'attaque étoit engagée, mais les fuyards qui arrivoient
à fon canip yjetterent une telle conſternation
que ſes troupes refuferent constamment
d'avancer.
Le Comte de Rutovyſchi & le Géneral Grune
s'étant repliés ſous lui , toutes les troupes de la
Reine de Hongrie & celles du Roi de Pologne
Electeur de Saxe ſe ſont trouvées réunies & ont
été ſe poſter ſous Dreſde.
Le 16lendemain de la bataille , le Prince Charles
tint un Conſeil de guerre dans lequel il fut
propoſé dedemeurer dans ce camp pour empêcher
le Roi de Pruſſe de ſe rendre maître de la Capitale
de la Saxe , mais le Comte, de Rutovyſchi
& les autres Generaux Saxons ayant repreſenté
que ſi les Pruſſiens forcoient ce camp , & entroient
dans Dreſde dans la premiere chaleur de leur
victoire , cette Ville feroit expoſée au pillage ;
cette conſidération a déterminé à décamper , &
le Prince Charles a pris le parti de repafſer les
gorges , & de regagner lecamp qu'il avoit occupédans
les environs de Leutmeritz , d'autant plus
volontiers que par là il ſe rapprochoit des corps
de troupes auſquels il a ordonné de levenir joindre.
Le Roi de Pruſſe averti de la retraite des enne.
mis s'eſt avancé pour leur préſenter la bataille
mais le Prince Charles à trouvé moyen de l'éviter
, & pendant que ce dernier ſe retiroit avec
précipitation vers la Boheme , le Roi de Pruffe a
tourné vers Dreſde & y est entré le 18 avec dix
bataillons dont fix ontpris pofte dans la Ville , &
quatre dans les Fauxbourgs. La confternation géerale
qui s'étoit répandue parmi les habitans à
+premiere nouvelle de la défaite des troupes
Hvj
180 MERCURE DE FRANCE.
Saxonnes eft beaucoup diminuée depuis l'arrivée
de ce Prince ; il a donné des preuves de la plus
parfaite modération , & a fait obſerver à ſes troupes
la plus exacte diſcipline ; en arrivant il eſt
Allé deſcendre au Palais pour rendre viſite aux
Princes & aux Princeſſes , que la foibleſſe de leur
âge avoit empêché de ſuivre S. M. Po. & ils en
ontreçu les plus grandes marques d'attention ; les
ordres ont été donnés pour conduire à Berlin
toute l'artillerie qui s'eſt trouvée dans la Ville ,
&ony a fait quatre mille prifonniers tant desblefſésquiy
avoient été tranſportés après la bataille
que des milices&des traineurs. Le Roi de Pruffe
a exigé de l'Electorat de Saxe une contribution
de cent cinquante mille écus , & de la Luface
une de deux cent quarante mille , indépendamment
des vivres que cette Province doit fournir
pour la ſubſiſtance des troupes Pruffiennes .
Pendant que ces choſes ſe paſſoient en Saxe les
armes de SM. Pr. foutenoient leur réputation
en Siléfie . Le Lieutenant General Nafiau a challe
des Sichvvartzvvalde le Régiment de Dragons de
Phifibert , qui a eu cent hommes tués onbleffésà
l'attaque de ce pofte, & foixante - dix prifonniers
; le même Général s'eſt enfuite rendu maître
de Confravvalde & de Gablao Les troupes
qui occupoient le Poſte de Gruffau n'ont pas jugéàpropos
de l'attendre.&ſe fout retirées avec
tant deprécipitation , qu'elles ont perdu unc partie
de leurs bagages en repaſſant les gorges des
montagnes qui communiquent avec la Bohëme Les
Autrichiens ont auffi abandonné Landshut , & le
Général Pruſſien après y avoir laiſſé une forte gasniſon
ainſi que dans Franckeftein & dans Reichenbach
, & après avoir pris les meſures conve
mables pour mettre la Siléſie àcouvert desincurJANVIER
1746,
fions des ennemis et retourné à Schveidnitz &
afait rentrer dans leurs quartiers les troupes qui
font fous ſes ordres.
Cependant le Roi de Pologne Electeur de Saxe
a fait faire àS. M. Pr. des propoſitions d'accommodement
; La Reine de Hongrie lui afait ſçavoir
auſſi qu'elle étoit dans la diſpoſition d'entrer
en négociation avec lui , & a demandé d'être admiſe
comme partie contractante dans le Traité
qui ſeroit ſigné entre le Roi de Pruffe & S. M. P.
& le Baron de Balovv en qualité de Miniftre
Plenipotentiaire de S. M. P. & le Comte de HarachGrand
Chancelier de Bohëme & Miniftre Plé
nipotentiaire de la Reine de Hongrie ont com.
mencé à traiter dans Dreide avec le Comte de
Podevvils premier Miniftre du Roi de Pruffe
chargé à cet effet de pleins pouvoirs du Roi ſon
Maître,
Les Conferences ayant eu le ſuccès defiré
le 23 Decembre les articles preliminaires furent
ſignés& le 25 on ſigna le Traité de Paix entre les
deux Rois ainſi que celui entre la Reine de Hon
grie& S. M. P.
Ces deux Traités ont pour baſe celui qui avoit
été conclu à Hanover le 26 du mois d'Août dernier
entre le Roi de la Grande Bretagne & le Roi
de Pruffe , par lequel le Roi de Pruffle avoit conſenti
d'accorder la Paix à la Reine de Hongrie à
condition qu'il n'eut point à craindre à l'avenir
d'être troublé dans la poffeſſion de la Siléfie; que
S. M Br. la lui garantit , qu'elle la lui fit garantir
par les Etats Generaux , & qu'à la Paix géne
rale elle lui procurât une pareille garantie de la
part non ſeulement de l'Empire , mais encore de
toutes les Puiffances Belligérentes ; que S. M. Br.
zenonçât par un Acte formel à ſes prétentions
هللا
182 MERCURE DE FRANCE.
i fur cette Province ; que la Reine de Hongrie garantît
au Roi de Pruffe tous les Etats de S. M. Pr .
laquelle s'engageoit de ſon côté à garantir à S.
M. H. tous ceux que cette Princeſſe poſſede en
Allemagne , que le Furſtembergenzoll fut cédé au
Roide Pruffe en échange de la portion de Ia Siléſie
enclavée dans la Luface; que la Ville deCofel
fut remiſe à S. M. Pr. au même état dans lequel
étoit cettePlace avant que d'avoir été priſe
par les troupes de la Reine de Hongrie : que
la Reine de Hongrie n'apportât aucun obitacle au
commerce des ſujets du Roi de Pruſſe , de même
quecePrincen'en mettroit point au commerce des
fujets de S. M. H. que l'Electeur Palatin & la Maifon
de Heffe fuſſent auſſi compris dans le Traité ,
&que le premier fut indemnifé des dommages que
ſes Etats ont foufferts .
Le Traité que le Roi de Po . vient de conclure
avec le Roi de Pr. porte , non ſeulementque S. M.
Pr. ne rendra rien des contributions qui lui ont été
fournies par l'Electorat de Saxe juſqu'au 22 du mois
dernier , mais encore que dans le tems de la Ire .
Foire qui fe tiendra à Leipſick,le Roi payera de plus
au Roi de Pruſſe quatre millions avec un intérêt de
cinq pour centà compter du jour de la ſignature du
Traité; que tous les Saxons qui ont été enrollés
par les Pruffiens depuis que ceux- ci sont entrés
en Saxe feront rendus à S. M. que le Roi
ne pourra faire dans ſon Electorat aucune innovatiion
préjudiciable aux intérêts de la Religion
Calviniſte , & que ſous aucun prétexte S. M. ne
ſupprimera ni retranchera les intérêts des Capitaux
que les ſujets du Roi de Pruſſe ont placés ou
placerontdans l'Electorat de Saxe en rentes.
,
Il a été ſtipulé dans le Traité entre la Reine de
Hongrie & le Roi de Pruſſe que S. M. H. confira
JANVIER 1746. 183
meroit le Traité de Breſlau& toutes les garanties
accordées en conſequence ; que le Roi de Prufſe
reconnoîtroit le Grand Duc de Toſcane en qualité
d'Empereur & qu'il adhereroit aux réfolutions
priſes par le Corps Germanique pour maintenir
I'Election de cePrince; que les troupes Pruffiennes
ſe retireroient de la Saxe & de la Luface , en
même-tems que les troupes de la Reine de Hongrie
évacueroient toute la Haute Siléfie , & que les
EtatsGénéraux ſeroient invités d'accéder au Traité
&de joindre leur garantie pour la Siléfie à celle
des autres Puiſſances contractantes , & que pourvû
qu'ils y conſentiſſent S. M. Pr. prendroit avec
euxdes arrangemens par rapportaux ſommes prêtées
à l'Empereur Charles VI . par les Hollandois,
& hypotequées ſur les revenus de cette Province
; que l'Electeur Palatin ſeroit admis à ſigner
leTraité comme partie contractante , & qu'il reconnoîtroit
auſſi le Grand Duc en qualité d'Empereur
dès que les troupes de laReine de Hongrie ſeroient
forties du Palatinat , & qu'on feroit convenu
desindemnités qui ſeroient accordées à ce Prin
ce par S. M. Н.
En conféquence de la ſignature de ces Traités
les troupes Pruſſiennes commencerent le 27à ſe
mettre en mouvement pour ſe retirer de la Saxe
& de la Luface. Celles dont l'armée du Roi de
Prufſe eſt compofée reprennent la route de la Siléfie
, & S. M. Pr. renvoye dans le Brandebourg
celles qui ſont commandées par le Prince d'Anhalt
Deffau.
:
Le 28 le Roi de Pruſſe partit pour retourner à
Berlin où il arriva le 29. Toutes les rues par lefquelles
S. M. Pr . paſſa étoient remplies d'une fi
grande multitude de monde que fon caroſſe étoit
obligé des'arrêter à chaque inſtant ; on entendoit
184 MERCURE DE FRANCE.
•detoutes parts cette acclamation réïtérée, vive Fred
dericle Grand. Le fendemain S. M. s'eſt rendue à
Poftdam.
La Reine d'Hongrie a adreffé au cercle de
Franconie un reſcrit datté du 3 Decembre , par
lequel S. M. H. fait ſçavoir à ce cercle , qu'elle
n'avoit pris la réſolution de laiſſer pendant l'Hyver
le long du Rhin les troupes commandées par
Ie Feldt Maréchal Traun , que dans la vûe de procurer
la fûreté de la frontiere d'Allemagne , mais
que les cercles ayant non feulement témoigné
qu'ils ſe croyoient en état de garder eux- mêmes
ces frontières , mais encore ayant déclaré qu'ils
ne verroient point fans peine qu'on ne ſe repoſât
pas fur eux de ce foin , elles'étoit déterminée à
rappeller ſes troupes dans ſes Etats héréditaires ,
& qu'elles y demeureroient juſqu'à ce que la ſaifon
permit de les faire marcher vers les endroits
où ſes intérêts & ceux de fes alliés exigeroient
qu'elle ſe portaflent ; que quelque onereux que fut
ce parti S. M. H. n'avoit pas hésité de le prendre ,
afin de donner à l'Empire une preuve éclatante de
ſon empreſſement à remplir les deſirs du CorpsGermanique
, & qu'elle feroit toujours prête à facrifier
ſes propres avantages pour ceux du bien public.
Par le même Refcrit la Reine demande au
Cercle de Franconie de faciliter la marche de
ſes troupes& de leur fournir les ſecours néceffaires
conformément aux conflitutions de l'Empire. En
conféquence l'es troupes Autrichiennes qui étoient
fous les ordres du Feldt Maréchal Comte de
Traun ſe font miſes en marche pour retourner
dans les Etats héréditaires de la Reine de Hongrie
, & les cercles ont réſolu de mettre les leurs
encantonnementdepuis le territoire de Bale juf
mau Rhingau,
JANVIER 1746. 185
On apprend de Peteribourg que la Ville d'Af
tracan a été preſque entierement réduite en cendres
par un incendie. La perte des ſeules mar
chandiſes réduites en cendres par les flâmes monte
àplus de deux eent cinquante mille roubles.
0
ITALIE..
N apprend par les lettres du 12 Decembre
que le Roi de Sardaigne a fait paffer le Pô à
un corps de ſes troupes dans ledeffein de ſurprendre
Oftie , mais ce projet n'ayant pas réuſſi , ce
Prince a pris le parti deſe replier ſous Turin , il y
fait entrer douze mille payfans pour en reparer les
fortifications , & on y a pris toutes les précautions
auxſquelles on a recourstorfque 1 on appré
healeun bombardement . En même-temsle Prince
de Lichteſtnein qui s'étoit ſéparé de l'armée
Piémontoife , a quitté les bords de la Seſña , &
s'étant mis en marche par le Navarrois il s'eſt rapproché
du Teſin; ſon deſſein étoit de paffer ce
fleuve entre Olégio & Tarbigo , mais le Duc de
la Viefville , qui étoit à Pavie avec vingt- deux
mille hommes , averti de la retraite des ennemis
s'eft porté fur Vigevano. Il a envoyé en mêmetems
un détache nent occuper le poste d'Abbiagroſſa
, & il a fait rompre par un autre détachement
le pont conſtruit fur la Naville , par lequel
les eaux du Teſin ſont conduites juſqu'à Milan.
Cesoperations ont obligé le Prince de Lichtenfteinde
remonter cette rivi re juſqu'à Ceſto , où
elle ſe jette dans le Lac Mayeur , &c'eſt en cet
endroit qu'il l'a repaffée , pour traverſer le haut
Milanès. Son deſſein étoit alors de marcher par
Caffano , Varlate & Sancino ; mais les Eſpagnols
s'étant emparés de Lodi , il n'a pu exécu
186 MERCURE DE FRANCE.
ter ſon projet , & il a été obligé de prendre la route
de l'Etat de Veniſe afin de ſe replier par le
Breffan& par le Bergamaſque dans le Mantouan ;
l'Infant Don Philippe afait en même- tems avancer
à Marignano & à Boſco deux détachemens qui
font à portée d'inquiéter l'a mée Autrichienne
dans ſa marche , & ce Prince continuant la ſienne
vers Milan , les Magiſtrats de cette ville ont donné
ordre au Comte Sfrondati de faire tout préparer
pour la réception de ſes troupes , &de faire mettre
ſous les armes dès quelles paroitroient lamilice
bourgeoiſe endehors de la porte dite de Pavie.
Le 16 Decembre à trois heures après midi le
Régiment des Gardes Walones entra dans la Vil-
'le; il fut ſuivi de divers autres Régimens , qui allerent
aux acclamations du peuple ſe ranger en
bataille dans la grande Place ; on diſtribua enfuite
les logemens aux Officiers & aux Soldats.
Le lendemain il arriva encore pluſieurs détachemens
des troupes Eſpagnoles , & cent mulets des
équipages de l'Infant Don Philippe. Ce Prince accompagné
du Duc de Modéne& du Comte de Gages
, s'y rendit le 19 , & fut reçu avec les plus
grandes démonstrations de joye des Habitans. II
alla defcendre au Palais où il trouva le Sénat qui s'y
étoit aſſemblé pour lui prêter ferment de fidélité.
Après cette cérémonie , l'Infant vit fur le grand
Théatre la repréſentation d'une piéce intitulée ,
La Reconnoiſſance de Cyrus; le foir il foupa avec
un grand nombre de perſonnes de diftinction ;
dès le premier jour que les troupes Eſpagnoles entrerent
dans la Ville , elles commencerent l'invef
tiſſement du Château ; depuis le 17 juſqu'au 19
elles furent occupées à fermer avec de fortes paliffades
toutes les rues qui aboutiffent à l'ef
JANVIER 1746. 187
planade du Château , & on a poſé de diſtance en
diſtance des corps de garde pour empêcher qu'on
n'arrache ces paliſſades. Le22 les Eſpagnols mu
rerent les portes Cornacino & Vercellina , & par les
autres précautions qu'ils ont priſes , le Château ne
peut plus avoir aucune communication avec la
Ville. Lagarniſon de cette Fortereſſe eſt compoſée
de deux mille hommes destroupes de la Reinede
Hongrie,&l'on ne croit pas qu'ils ayent une
quantité de munitions fuffiſante pour faire une
longue réſiſtance; les Eſpagnols attendent dans
peu leur artillerie; ils ſe ſont rendus maîtres du
Fort de Fuentes , & ils ont enlevé un convoi
qu'on vouloit faire entrer dans le Château.
Les affaires de l'Iſle de Corſe ſont dans une gran
de obſcurité. On a ſeulement appris àGénes que
laplupart des Piéves& en particulier la Provincede
la Balagna qui eſt la plus étendue de l'Iſle
avoit refuſé de ſejoindre aux rébelles , que les
principaux habitans s'étoient diſpoſés àfaire prendre
les armes à leurs vaſſaux , & qu'entr'autres
le Colonel Ornano avoit offert de lever un Régiment
de douze cent hommes; on dit auſſi qu'un
corps nombreux des Infulaires qui font demeurés
fidélesà la République , s'eſt aſſemblé dans les environs
de la Baftie , & a formé leblocus de cetre
Place du côté de la Mer.
Les lettres de Livourne marquoient auſſi le 12
Decembre que le nommé Rivarola , qui s'eſt mis
à la tête des rebelles a envoyé un bâtiment à
Livourne , pour informer le Vice Amiral Cooper ,
que s'ils n'étoient promptement ſecourus par l'ef
cadre Angloiſe , ils feroient bientôt réduits à la
derniere extremité. Ces lettres ajoûtent qu'en confequence
le Vice Amiral Cooper s'est déterminé
188 MERCURE DE FRANCE.
à retourner à la Baſtie avec quatre vaiſſeauxde
guerre , ſur leſquels il a fait embarquer une grande
quantité d'armes & de munitions. Dép uis
će temps on n'a reçu de nouvelles de Corſe ,
que par Livourne , d'où l'on a mandé que les
rebelles s'étoient rendus maîtres' de San - Frioren+
zo & de San - Pelegrino ; que le Marquis Eftienne
Mari avoit voulu fairedémolir les Fortifi
cations d'Algaliola , dansla crainte que les rébel
les ne s'enj emparaffent & n'en fiffent une Place
d'armes , maisque les habitanss y étoient oppoſés ,
& qu'ilsavoient promis de tout facrifier pour cond
conferver ce Pofte.
Il régne beacoup de diviſion parmi les rébelles
qui ont ôté toure autorité à leurs chefs,
Le Gouvernement Génois tient de fréquens
Conſeils pour déliberer ſur les moyens d'empêcher
les Anglois d'y entretenir la revolte. Il a donné
ordrenonſeulement de rendre complettes les troupes
de la République , mais encore d'en lever de
nouvelles,&il eſt enTraité pour cet effet avec les
Grifons , du Pays deſquels on pourra facilement
entirer.
Le 2 Decembre le Marquis de Poncallier &
l'Abbé Franchini furent admis à l'audience du Pape
, auquel ils furent préſentés par le Cardinal
Alexandre Aibani ; ces Miniftres qui ont reçû de
nouvelles lettres de créance pour réſider auprès de
Sa Sainteté en qualité d'Envoyés , l'un de la Reine
de Hongrie , l'autre du Grand Duc de Toſcane ,
lui donnerent part dans cette Audience du contenu
des lettres qu'ils avoientreçues de la Cour de
Vienne. Les obſtacles qui avoient empêché jufqu'ici
le Pape de reconnoître la validité de l'élection
faite à Franefort en faveur du Grand Duc
de Toſcane , ayant paru à S. S. ne plus ſubiſter
JANVIER 1746. 189
depuis l'arrivéede ces lettres , le Pape tint le14
unConfiftoire public dans lequel il annon çacette
Election au Sacré Collége.
L
LONDRES,
E Roi d'Angleterre ſe rendit le9Decembre
àla Chambre des Pairs &avant mandé les
Communes , donna fon confentement au Bill de
la taxe fur les terres , & à celui qui ordonne la
continuation des droits fur les boiffons fortes .
La Chambre des Communes s'étant raffemblée
le 21 réſolut de préſenter une adreſſe au Roi pour
demander d'inſtruire le Procès du Lord Préyor
d'Edimbourg , qui a été arrêté le 11 parce qu'il
eft accuſé d'être dans les intérês de la Maiſon de
Stuard ; elle ſe ſépara enſuite pour ne reprendre
ſes Séances que le 29 , & elle a réglé que ce
jour elle recommenceroit à déliberer ſur le Subſide
& fur les moyens de le lever.
Les deux Chambres du Parlement s'étant rafſemblées
le 29 , recurent un meſſage par lequel le
Roi les informoit qu'il jugeoit nécefaire de faire
paffer dans le Royaume les troupes Heſſoiſes qui
font à la folde de la Grande Bretagne , & que
comptantfur lezéle & fur l'affection duParlement,
ilne doutoit point que cette Aſſemblée ne le mit
en état de fubvenir à cette dépenſe extraordinainaire.
Le lendemain les deux Chambres ont préſenté
au Roi des adreſſes , pour lui témoigner
qu'elles approuvent la réſolution qu'il a priſe , &
laChambre des Communes l'a affùré qu'elle affigneroit
les fonds dont on avoit beſoin pour le
tranſport des troupes Heſſoiſes .
Pluſieurs députés de cette Chambre avoie t
propofé de repréſenter au Roi , que les troupes
1
190 MERCURE DE FRANCE.
Nationales devoient fuffire , & ils avoient forte
ment inſiſté pour qu'on inſerât du moins dans l'addreſſede
la Chambre , qu'elle ſe flatoit que le Roi
auſſi - tôt qu'il lui ſeroit poſſible délivreroit la Nationdu
fardeau des troupes étrangeres , mais l'un
&l'autre avis on été rejettés à la pluralité de centquatre-
vingtdix voix contre cent quarante-quatre.
Le Ducde Cumberland est arrivé le 8 Decembre
à Lichtfield , & a pris le commandement de
l'Armée qui étoit ſous les ordres du Général Ligonier.
Les troupes que commande le Prince Edouard
s'avancerent le 8 à Liveropol , le 9 à Wigan &
le to à Mancheſter.
Ce Prince ſe rendit lui-même le 10 en cette derniere
Ville &y reçut le ferment de fidélité des
habitans.
Le 12 il marcha de Mancheſter à Macclesfieqd ,
obligeant les Payſans de jetter des ponts fur les
rivieres qu'il lui falloit paffer. Il y avoit de l'apparence
que fon deſſein étoitde continuer ſa route
vers la capitale ; mais le Duc de Cumberland s'étant
mis en marche le 19 pour l'attaquer , le Prince
Edouard ſe replia vers le Nord de l'Angleterre.
Le 27 ſes troupes qui s'étoient retirées à Kendale
en partirent pour ſe rendre à Penrith. Ayant
trouvé des chemins fort difficiles , elles furent
obligées de s'arrêter la nuit ſuivante à Shap , &
elles he purent arriver à Penrith que le 28.
LeGouvernement a répandu le bruit que le 29
du mois dernier le Duc de Cumberland avoit atteint
près de Louther-Hall l'arriere-garde de l'armée
du Prince Edouard ; qu'une partie des troupes
decette arriere-garde s'étoit retirée à l'approche
de l'armée du Roi dans le Village de Clifton ficué
à trois milles de Penrith ; qu'elles s'étoient
1
1
1
1
JANVIER 1746. 191
défendues dans ce Village avec beaucoup de va
leur , mais qu'elles avoient enfin été obligées de
l'abandonner , & que l'obſcurité de la nuit avoit
empêché de les pourſuivre ; qu'elles avoient laifſé
trentede leurs morts ſur le champ de bataille ;
qu'on leur avoit fait 70 priſonniers du nombre
deſquels étoit le Capitaine Hamilton dangereu
ment bleſſé , & que la perte des troupes de S. M.
ne montoitgueres à plus de40 hommes. Les circonſtances
de cette action rapportées à l'avantage
du Duc de Cumberland ſont contredites par
pluſieurs lettres ſuivant leſquelles il paroît que le
Prince Edouard s'étant porté avec l'élite de ſes
troupes au Village de Clifton a repouilé les
troupes du Duc de Cumberland& leur a fait soo
prifonniers.
Les lettres d'Edimbourg marquent qu'on fortifioit
la Ville de Perth par ordre du Prince
Edouard .
Les actions de la Compagnie de la Mer du Sud
font à 91 ; celles de la Banque à 126 & demi ;
celle de la Compagnie des Indes Orientales a 163
&demi , & les Annuités à 100 & demi .
LA HAYE,
LEs Etats Généraux ayant reçu avis que quelques
troupes au ſervice du Roi de France ſe
trouvoient actuellement en Angleterre , ils ont
envoyé ordre aux 6000 hommes qu'ils avoient fait
paſſer il y a quelque tems dans les Illes Britanniques
de revenir inceſſamment en Hollande. Par
une réſolution qu'ils prirent ledernier Decembre
ils ont reconnu que pluſieurs articles & en particulier
le onziéme du Traité de 1739 n'étoient pas
moins applicable aux Indes qu'à l'Europe , & que
192 MERCURE DE FRANCE.
parconféquent la conduite tenue par le ſieurd'Imhoff
Gouverneur de Batavia à l'égard des trois
vaiſſeaux appartenans à la Compagnie de France
étoit contraire aux conventions conclues entre
S. M. T. C. & la République de Hollande.
L
MORTdes Pays Etrangers.
E ... Decembre Jacques Butler Duc dormond
en Irlande , Pair d'Angleterre & d'Irlande
Chevalier de l'Ordre de la Jarretiere , ancien
Capitaine des Gardes du Koi Guillaume & Gentilhomme
de ſa Chambre , mourut à Avignon dans
la 4e. année de ſon age. Voyez pour la Généalogie
delaMaiſonde Butler l'une des plus diftinguées
d'Irlande , & que l'on croit originaire de
Normandie , le Volume -folio des Généalogies
des Pairs d'Angleterre écrites en Latin par le ſieur
Imhoff.
MARIAGES , NAISSANCES ,
Bâtêmes Morts.
Anuit du 20 au 21 Octobre fut marié dans
Lla Chapelle intérieur du Curé de Saint Roch ,
Meſſire François-JoſephJeerand Atalet , Chevalier
Comte de Vardegre , Baron de la Forêt , Seigneur
de Buillon , de la Goutte- les Tales & dela
Boutereffe , fils de M. Gabriel - Marie Jocerand
Malet
-
JANVIER 1746.
ا و ر
,
Malet, Chevalier Marquis de Vandegre , & Dame
Claude- Geneſie- Torrents de Chillaguet , avec
Demoiselle Louiſe - Sidonie - Victoire de la Fontaine
- Solare de la Boiffiere fille de François
de laFontaine-Solare de la Boiffiere , Chevalier
Comte de la Boiſſiere , Chevalier de l'Ordre
de Saint Louis , Lieutenant de Roi des Ville &
Citadelle de Dieppe , & de Dame Marie-Henriette
de Boulainviller .
La Maiſon de Malet-Vandegre établie en Auvergne
depuis environ 300 ans , eſt originaire du
Velay , où elle est connue dès les 12 & 13e.
fiécles, ſousle nom de Malet-Cabreſpines par ſes
alliances & par differens aveux des terres de
Cabreſpine & de la Tour faits aux Evêques du
Puy, conſervésdans les archives de l'Evêché, ainſi
que par d'autres monumens rapportés dans les
recherches du Pere Boyer ſçavant Bénédictin.
Voyez ſur cette Maiſon les articles du Mercure au
mois de Mai 1738 & Decembre 1683. 11 fuffic
de dire ici que depuis fon établiſſement enAuvergne
, elley tient à toutes les meilleures Maifons
de la Province par ſes alliances avec celles
de Dienne , de Bournazel , Marillac , Reauclerc ,
la Forêt-Buillon , du Croc , Anlezy , Chazeron ,
Roquelaure , Tournebife , Senneterre , Chauffecourte
, Mitte-Chevriers , & autres d'un rang diftingué
, comme en Dauphiné par celles de Muzy ,
Clermont-Tonnerre , Pernes , Epinac , Grolée
Montmorency , la Marck , Poitiers &c. & par
celles en dernier lieu de Solare & de
Boulainviller
&c. elletient à ce qu'il y a de plus grand dans le
Royaume.
A l'égard de la Maiſon de la Fontaine-Solare ,
on ſçait qu'elle tire ſon origine de Georges Solare ,
Comte Souverain d'Afte en Piemont qui époxa
I
194 MERCURE DE FRANCE.
1
en 1272 Marie de la Fontaine , héritiere de la
branche aînée de l'illustre Maiſon de la Fontaine
en France , aux conditions que le ſecond fils qui
naitroit dudit mariage auroit les biens de ſa mere
& que lui & ſes deſcendans porteroient le nom
de la Fontaine-Solare cequi a été ſi fidélement
exécuté , que ſouvent celui de Solare a été obmis
dans des Actes comme moins connu en France ;
ils en ont cependant toujours conſervé les armes
qui font bandé d'or & d'azur de fix piéces , les
bandes d'or échiquetées de gueule.
,
DeThomas Solare fils aîné de Georges & Comte
Souverain d'Afte , ſe ſont formées en Piémont
ou en Italię les branches des Comtes de Solare ,
de Morette , Villeneuve , Malente , Monasterols ,
Cantogne & des Marquis de la Chiueſe , Oglice
ni , de Luz , Geroni , Vignoli , la Tour , Saint
Georges &S. Martin.
Rodolphe fon ſecond frere prit le nom de la
Fontaine- Solare ainſi qu'il avoit été ftipulé , &
vint s'établir en France après avoir épousé en
Fiémont Lucrece'de Gatinara , dont il eut Jean
de la Fontaine-Solare premier du nom qui fut
Gouverneur d'Arras : on voit encore ſes armes
dans l'Egliſe de Saint Gery avec celles de fa femme
, dont il eut Peiro de la Fontaine-Solare qui
épouſa Marie de Villiers- l'ifle-Adam ; & fes defcendans
par des alliances avec les Maiſons de Mi
rabel , de Lyons , d'Eſpaux , de Soyecourt , de
Mailly , du Châtelet , de Meaux , le Picard-Créqui
, Vignacourt brouilly , Boulainviller & autres
des plus illuftres de Champagne , Picardie &
Normandie ont formé diverſes branches qui fub
fistent encore fous differens fur-noms.
De celle de la Boiffiere , par la mort fans al
liance deJean Charles-Joſehp-Quentin de la Fon
JANVIER 1746. 195
taine - Solare , né le 27 Novembre 1684 , &
tué à la bataille de Malplaquet , il ne reſte de
mâle aujourd'hui que François de la Fontaine-
Solare , Comte de la Boiffiere ; qui après avoir
été Page du Roi & fervi avec diftinction dans
les Mouſquetaires & le Régiment de Bretagne .
a fuccedé à Jean-Charles fon pere dans la Lieutenance
de Roi , & Commandement des Ville &
Citadelle de Dieppe , & avoit épousé en 17 ...
de Boulainviller fille ainée du
en .à . ,
feu Comte de ce nom, dont il n'a eu que deux
filles Marie- Louiſe de la Fontaine-Sclare , mariée
.Marquis de Sezmaiſons
& Louife-Sidonie-Victoire qui vient d'épouſer
le Comte de Vandegre & qui a donné lieu à cet
article.
On ne le finira point fans remarquer à l'honneur
de cette Maiſon que dans le grand nombre
des Chevaliers de l'Ordre de Saint Jean de Jérufalem
, qui à Rhodes ou à Malthe ſe ſont diftingués
ou font morts au ſervice de la Religion ,
aucun ne s'eſt rendu plus recommandable que
Pierre de la Fontaine-Solare reçu Chevalier de
Rhodes en 1519 , fait Grand Croix en 1558 ,
Grand Prieur de Champagne en 1562 , & enfin
Grand Prieur de France & Général des Galeres.
11 fut concurrent au magiſtere lors de l'élection
du Grand Maître Jean de la Valette- Parifot &
penſa lui être préféré quoiqu'abſent, à cauſe , difent
les Auteurs ,de fon mérite fingulier & de
fon éminente vertu. Il mourut le 3 Novembre
1572 , âgé de 83 ans
On ne doit pas auſſi oublier Guillaume de la
Fontaine-Solare ſon coufin Commandeur de Saint
Jean de Latran à Paris , où ſe voit ſont Epitaphe.
H avoit étéGrand Croix & Ambaſſadeur de l'Ore
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
dre en France en 1565 ; il ſe trouva en qualité
de Lieutenant Général des armées du Roi Charles
IX. à la bataille de Saint Denis où il fut tué
le 10 Novembre 1557.
Son frere aîné Artus de la Fontaine-Solare Chevalier
de l'Ordre du Roi , ſon Lieutenant Géné
ral en l'Iſße de France , fut Grand Maître des Cé.
rémonies , premier Maître d'Hôtel de S. M. & fon
Ambaffadeur à Vienne & à la Porte. Il épouſa
en 1555 Catherine de Lyons ſoeur du Vicomte
d'Efpaux& de Rodolphe de Lyons Grand Prieur
de Champagne.
Des deux foeurs du Comte de la Boiffiere l'aî
née a épouſe Henri Comte de Mornay - Montchevreuil
, & la ſeconde joſeph - Jean - Baptiste
de la Boiffiere , Seigneur de Chambors , coufin
germain.
Leur oncle commun étoit Joſeph de la Fontaine-
Solar connu ſous le nom de Pere de la Boiffiere
Prêtre de l'Oratoire l'un des plus fameux Prédicateurs
de fon tems , né le 4 Avril 1649 .
Pour ce qui eſt de la Maiſon de Boulainviller
dont étoit lazmere de la Comteſſe de Vandegre ,
on n'ignore pas qu'elle defcend des anciens Rois
de Hongrie , par Marc de Hongrie petit-fils de
Bela I I qui ſe refugia en France vers l'an 1170
1ous le regne de Louis le jeune , qui lui fit époufer
Catherine fille unique de Hugues Sire d'Hurraines
& de Croy. Leur arriere petit - fils. Jean
deHongrie , Vicomte Daimale & de Clery , fils
deJacquesdeHongrie& de Marguerite de Piquigni
épouſa l'heritiere de la Maiſon de Boulainvil.
ler à la charge d'en porter le nom & les armes
de Hongrie ; ſon ſecond frere Guillaume Sire de
Croy avoit épousé l'heritiere de la branche aînée
de la Maiſon de Renty & ſe retira aux Pays
JANVIER 1746. 197
Bas , &de lui deſcendent les branches de Croy ,
d'Havrey & d'Aremberg qui fubfiftent aujourd'hui
avec tant d'honneur & de diftinction.
Cellede Boulainviller ne s'eſt pas rendue moins
illuftre par ſes alliances avec les Maiſons de Courtenay,
d'Anjou , de Bourbon , Montpenfier &
avec les principales de l'Europe , mais ſurtout par
lesgrands hommes qu'elle a produits entre leſquels
s'eſt diftingué de nos jours Henri Comte de Boulainviller
aîné & chef de cette ancienne Maiſon
qui après avoir long-tems ſervi &donné en plu-
Geurs occaſions des preuves de ſa valeur, en a
laiſfé dans ſes écrits de plus durables de ſon
beau genie& de l'étendue de ſes connoiſſances.
,
11 avoit eû de ſon premier mariage avec Marie-
AnneHurault-Chiverny des Marais deux fils , dont
Taîné fut tué à la bataille de Malplaquet , &
l'autre eſt mort en 1709 âgé de 17 ans , la cadette
de ſes filles Marie - Anne - Suzanne de
Boulainviller fut mariée en 1722 à Gabriel
Bernard de Rieux , & l'aînée Marie-Henriette ,
épouſa quelques années après François de la
Fontaine-Solare Comte de la Boiffiere , & mourut
en 1722 laiffant deux filles, Marie-Louiſe Matquiſe
de Sezmaiſons , & Louiſe Sidonie-Victoire
Comteffe de Vandegre.
Henri Comte de Boulainviller avoit épousé en
ſecondes nôces Claude-Catherine d'Alegre dont
il n'a point eu d'enfans , & il ne reſte plus aujourd'hui
de mâle de cette raceilluftre que Samuel
Comte de Boulainviller ſon frere d'un ſecond lit ,
qui a épousé le 29 Octobre 1736 Marie- Anne de
Sarcus dont trois filles , & un fils âgé de 7 ans.
La nuit duz3 au 24Decembre fut marié à Saverne
près de Strasbourg Charles de Rolaa Prince de
I iij
98 MERCURE DE FRANCE.
Sonbife &c. avec Anne-Victoire-Marie-Chriſtinė
de Heff-Rheinfis née le 25 Fevrier 1728 , fille
de Jofeph Prince héréditaire de Heffe-Rheinfels
& de Chriftine- Anne- Louiſe Princeffe de Salm , &
niéce de feue Polixene- Chriftine-Jeannette de
Heffe- Rheinfels Reine de Sardaigne , d'Eléonore-
Philippine de Hefle Comteffe Palatine du Rhin
Princeſſe de Sultzbach , & de Charlotte de Heffe-
Rheinfels Ducheffe de Bourbon mere de M. le
Prince de Condé , & la cérémonie de ce mariage
a été faite par M. le Cardinal de Rohan Evêque
de Strasbourg Grand Aumonier de France , grand
oncle de M le Prince de Soubiſe. Voyez la Généalogie
de la Maiſon de Rohan qui eſt rapportée
dans le Volume 4 des Grands Officiers
de la Couronne; pour la Maiſon Souveraine de
Heffe, yez les Souverains du Monde , les tables
Généalogiques de Hubners , & celles d'Imhoff.
&c.
Le 4 Janvier a été fait le mariage de Joſeph
Palam des de ForbisMarques de JarfonCapitaine dans
le Régiment de Cavalerie d'Anjou , fils unique de
Michel de Forbin Marquis de Janſon ,Baron de Villelaure
, Seigneur de Maune , Gouverneur des Iſle,
Citadelle , Château & Forts d'Antibe, de Graffe &
leurs dépendances , Maréchal des camps & armées
du Roi , & de feue Françoiſe - Chriſtine de
Nicolay, morte le 27 Juillet 1740, foeur de M. de
Nicolay à préſent premier Préſident de la Chambre
des Comptes de Paris , avec
Aubery de Vaftan fille de feu Felix Aubery Marquis
de Vaſtan . Matre des Requêtes honoraire &
Prevôt des Marchands de la Ville de Paris , & de
Dame Marie- Renée le Mairat , ſa ſeconde fem-
...
JANVIER 1746. 199
me. Voyez la Généalogie de la Maiſon de Forbin
l'une des plus distinguées de Provence , dans l'Hiftoire
desGrands Officiers de la Couronne vol 8
fol. 294 ,& cellede lafamille d'Aubery l'une des
premieres de la Robe dans l'Histoire des Maîtres
des Requêtes ci-devant énoncée.
,
Le 18 N ...... de Polastron Com'e de Polaftron
fils de feu Jean-Baptiste Comte de Polaſtron ,
Lieutenant Général des armées du Roi , Gouvernear
du Neuf Briſac & ci-devant Sous-Gouverneur
de Monſeigneur le Dauphin mort en Bo
heme le 4 Mai 1742 , & de Françoiſe-Jeanne-
Yoland de Mirmand Comteſſe de Pleyſſan , a
été marié avec D ... Herault fille de feu
René Herault , Seigneur de Fontaine - Labbé
&de Vaucreſſon , Conſeiller d'Etat , Intendant de
la Généralité de Paris , & avant Lieutenant Général
de Police de cette Ville , mort le 2 Août
1740, & de feue Dame Marie-Marguerite Durey
de Meyniere ſa premiere femme : le nom de Polaftron
eft marqué enGuyenne entre les plus and
ciens , & diftingué par ſes alliances& par ſes ſervices
militaires; ſes armes font d'argent à un Lion
de ſable lampaffé & armé de gueules ; pour la
famille de Heraultoriginaire de Normandie, Voyez
ſaGénéalogie dans la ſeconde partie des Armo .
rial général du ſieur d'Hozier en attendant celle
qui ſera rapportée dans l'Hiftoire des Maîtres des
Requêtes.
On remet an mois de Fevrier prochain à
annoncer lesMariages de M. le Marquis de Clermont-
Montoiſon , de M. d'Aligre avec Mlle. Talon
, de M. d'Argouges avec Mlle de la Faluere ,
de M. Joly de Fleury avec Mlle. Chauvelin ,
&c.
I iiij
MERCURE DE FRANCE.
Le Dimanche 28 Novembre 1745 , à une heure to
minutes du matin , Henriette de Bourbou , époufe
de Jean Comte de la Guiche , Mestre de Camp
du Régiment de Condé Cavalerie , eft accouchée
d'ungarçon qui eſt ſon premier enfant ; il a été
baptisé le même jour à S. Sulpice & nommé
Eléonor Leon , par Leon de Madaillan
de Leſparre , Marquis de Laffay , le parain , &par
Louiſe-Eleonore de Langhac , épouſe de Claude-
Elizabeth Marquis de la Guiche Comte de Sivignon,
ayeule de l'enfant.
LaBranche des Comtes de Sivignon eſt la ſeule
qui refte aujourd'hui de la Maiſon de la Guiche
l'une des plus conſidérables du Maconnois , par
fon ancienneté , par ſes alliances & par les premieres
charges de la Couronne qu'ellea poſſédées ,
comme on le peut voir dans la Généalogie qui en
eft rapportée dans l'Histoire des grands Officiers
de la Couronne, vol . VII . fol. 441 .
T
Le 26 Decembre a été baptifé en l'Egliſe de S.
Eustache Paul-Etienne Auguſte de Beauvilliers , fils
de Paul- Louis de Beauvilliers , Duc de Beauvilliers ,
Pair de France , Mestre de Camp d'un Régiment
de Cavalerie de ſon nom , Chevalier de l'Ordre
Militaire de S. Louis , & d'Augufte- Leonine-
Olimpe - Nicole de Bullion Fervaques , ſon épouſe
, mariés le 8 Avril de la même année ; le parain
le Duc de S. Aignan , Pair de France ,
ayeul de l'enfant ; la mareine , Madame la Marquiſe
de Fervaques ſon ayeule maternelle.
Voyez pour laGénéalogie de la Maiſon de Beauviliers
le vol. IV. de l'Histoire des grands Officiers
de la Couronne , fol . 701 .
Le 29 est né &a été baptifé en l'Eglife Paroif
JANVIER 1746. 201
fiale de S. Nicolas des Champs Anne - Louis
d'Eftourmel , fils de Louis-Auguste d'Estourmel ,
Marquis du Fretoy , Gouverneur des Ville& Châ
teaudu Crotoy , Lieutenant des Gardes du Corps
deS. M. &de Dame Gabrielle-Magdeleine Marc
la Ferté , mariés le 25 Juin 1744-
La Maiſon d'Eftourmel également marquée en
Picardie par ſon ancienneté , par ſes alliances &
par ſes ſervices, eſt originaire du Cambreſis où eft
ſituée la Terre d'Eftourmel , & connue dès le
tems des Croiſades .
Pour la Famille de Marcla Ferté en Norman -
die. Elle est très-diftinguée dans la Robe , & fa
Généalogie ſera rapportée dans l'Histoire des
Maîtres des Requêtes .
Le 1s Janvier est né un fils du mariage
de M. le Prince de Turenne , Colonel géneral
de la Cavalerie Françoiſe & étrangère , & de
Louiſe-Henriette-Gabrielle de Lorraine Marfan ,
mariés la nuit du 27 au 28 Decembre 1743 .
L'enfant nouveau né s'appellera le Prince de
Bouillon.
Le 2 vers les neufheures du matin Madame la
Ducheffe de Penthiévre ( Marie -Thereſe - Félicité
d'Eſt , mariée depuis le 29 Decembre 1744 avec
Louis Jean-Marie de BourbonDuc de Penthiévre )
acconcha heureuſement à Versailles d'un fils qui
a été nommé le Duc de Rambouillet ; il y a deux
mois que le Roi a accordé aux enfans qui naîtroient
du Duc de Penthiévre les mêmes honneurs
dont il jouit.
Le 13 Décembre Gabriel Bernard de Rieux .
ly
A 2 MERCURE DE FRANCE.
* eigneur de laLiviniere &de Ferrales &c . Préſident
de la ſeconde Chambre des Enquêtes du Parlement
depuis le 7 Janvier 1727 , mourut à Paris
dans la 59 année de fon âge étant né le 8 Octobre1687
, ayant eû de Dame Susanne Marie-Henriette
de Boulainviller S. Saire ſa ſeconde femme
avec laquelle il avoit été marié le 29 Mai 17.9 ,
Gabriel Bernard de Rieux né le 10 Decembre
1724 aujourd'hui Conſeiller au Parlement , & feue
Dame Anne - Gabrielle - Henriette - Bernard de
Rieux , mariée le 17 Août 1733 avec Charles-
Pierre Gaston de Levis Lomagne Marquis de Mirepoix
Maréchal héréditaire de la Foi & aujourd'hui
Chevalier des Ordres du Roi , Lieutenant
Généra' de ſes armées , morte ſans enfans le 31
Decembre 1736. M. le Préſident de Rieux étoit
frere puîné de Samuel- Jacques Bernard , Comte de
Coubert , Maître des Requêtes ordinairede l'Hotel
du Roi,Grand-Croix Prevêt & Maître des Céremowies
de l'Ordre Royal & Militaire de S. Louis&
Sur-Intendant de la Maiſon de la Reine , &c . Il
étoit fils de feu Samuel Bernard Comte de Coubert
Chevalier de l'Ordre du Roi & Confeiller
d'Etat mort le 18 Janvier 1739 âgé de 88 ans ,
&de DameMagdeleineClergeau ſa premiere femme
, morte le 19 Novembre 1716.
Le 11 Decembre Dame Marie-Anne Louiſe de
Kerouar femme de Georges Phelypeaux Seigneur
d'Herbault Lieutenant de Roi du Pays Blaifois
avec lequel elle avoit été mariée le 26 Janvier
1729 mourut ayant eu de ſon mariage entr'autres
enfans Louis - Baltazar Phelypeaux d'Her-
Bault né le 19 Mai 1731 reçu Chevalier de Malthe
de minorité au Grand Prieuré de France en
1735 , Elle étoit fille de Paul- Francois-Xavier de
可JANVIER 1746. 203
Kerouart Seigneur de Kerouart, Capitaine Lie.
nant de la Compagnie des Chevau - Legers .
Berry Brigadier des armées du Roi &de Dame
Louife-Anne Dauvet de Rieux ſa 22. femme. Le
nom de Kerouart eſt marqué entre les Nobles de
la Province de Bretagne par ſon ancienneté &
ſes alliances. Ses armes ſont d'argent à une roue
de fable accompagnéede trois croiſettes de même.
Pour la Généalogie de la Maiſon de Phelypeaux ,
il ſuffira de dire que les Seigneurs d'Herbault ſont
lesaînés des Marquis de la Vrilliere , Comtes de
S. Florentin , & des Comtes de Ponchartrain&
de Maurepas.
,
Le 16 mourut à Paris Marie-Marguerite de la
Valée de limodan , veuve de Louis de Barberin
Comte de Reignac Maréchal de Camp, Commandeur
de l'Ordre de Saint Louis , Gouverneur du
Vieux-Brifac , où il a réſidé juſqu'à la paix de
1712 : le Roi lui avoit confié cette Place importante
comme à un des hommes de ſon Royaume
le plus propre à la défendre par ſa valeur , fon
activité & ſon expérience , dont il avoit donné
des preuvesdans les défenſes de Huy , Limbourg
& auparavant dans celle du Fort du Coquelé au
Siége de Namur; il étoitde la Maiſon de Barberin ,
originaire d Italie , qui a fourni le Pape Urbain
VIII . à l'Egliſe , & le Cardinal Antoine Barberin
Grand Aumonier de France. Elle laiſſe de ſon
mariage deux filles ; l'aînée a épousé Charles-Yves
Thibaut Comte de la Riviere de Mur , Lieutenant
Général des armées du Roi , Sous-Lieutenant de
ſesMouſquetaires & Gouverneur de Saint Brieux ;
la ſeconde a épouſé N .... de Campet de Saujon
Lieutenant des Gardes du Corps , Gouverneur dis
Pontde Larche, Madame la Comteffe de Reignac
Ivj
MERCURE DE FRANCE.
it morte âgée de 80 ans ; la Maiſon de la Valée
eft originaire de Champagne , où elle eſt ancienne
; l'aîné eſt LieutenantGénéral pour le Roi d'un
des Evèchés .
Le même jour Meſſire Philippe de Lamet Curé
de Saint Laurent depuis 1706 , & avant Vicaire
de la Paroiffe de Saint Eustache , Docteur en
Théologie de la Faculté de Paris , de la Maifon
de Navarre depuis le 26 Octobre 1684 , mourut
à Paris dans ſa Maiſon Curiale dans la 93e . année
de ſon âge étant né le 12 Mars 1653. Il étoit
fils de François de Lamet M. B. de Paris & de
Barbe Audot.
Le 23 Meſſire François-Hyacinthe de Frugulay
de Kervers Evêque de Treguier mourut dans fon
Diocèſe âgé d'environ 60 ans ; il avoit été facré
le 4Mai 1732 : la famille de Frugu'ay eft originaire
de Bretagne , & fes armes font d'argent à
un Liondeſable lampaffé & armé de gueules .
, Le 31 Jean-Louis Colbert Marquis de Seignelay
Comte de Lignieres mourut à Paris dans la 18e. année
de ſon âge& fut inhumé à Saint Eustache dans
lecaveaude laChapelle de la famille de Colbert ;
il étoit fils de Charles-Elénor Colbert Comte de
Seignelay& de Lignieres , LieutenantGénéralau
Gouvernementde la Province de Berry , &deMarie-
Renée de Gontaut Biron ſa ſeconde femme fille
de M. le Maréchal Duede Biron, l'oye: pour la Généalogie
de Colbert les differentes éditions du
Dictionnaire de Morery , & l'Histoire des Grands
Officiers de la Couronne vol. 9 fol. 324 .
Le premier Janvier François - Gaspar Maffon
JANVIER 1746. 205
Chevalier Seigneur de Buranlure, de Guerchy de
Pefleliere & de la Bertauche Conſeiller du K
en ſes Conſeils , ci- devant Préſident honoraire
au Parlement de Paris fut inhumé à Saint Euftache
, âgé de 46 ans , étant né le 11 Fevrier 1700 .
Il avoit été reçû Confeiller au Parlement le 10
Juillet 1720 , & Commiffaire aux Requêtes du
Palais le 5 Mai 1711 , puis pourvû d'un Office
de Maître des Requêtes par Lettres du 18 Mai
1724 & enfin de l'Office de Préſident de la
premiere des Enquêtes du Parlement le 20 Decembre
1731 ; il étoit fils de Jean- François Maffon
Confeiller Secretaire du Roi Maiſon Couronne de
France & de ſes Finances , & Receveur Général
des Finances de Moulins , & d'Anne Mollien ; il
avoit épousé le 20 Janvier 1727 Dame Marie-
• Marguerite Chevalier , fille de Louis Chevalier
Seigneur de Montgeroultprès Pontoiſe, Préſident
de la ſeconde Chambre des Enquêtes du Pa lement
de Paris , & de Marie - Anne Fermé , &
de ce mariage il ne laiſſe que deux filles qui
font Dame Marie-Marguerite Maſſon mariee le
26 Juin 1742 à Jacques- François-Maxime de
Chaftenet, Marquis de Puyſegur , Colonel du Régiment
de Vexin , & à préſent Brigadier d'Infanterie,&
Dame Anne-Louiſe Mafſon, veuve depuis
quelque tems de N ...... Thibert des Martrais
auquel feu M. Maffen ſon beau-pere avoit
cédé fa charge de Prendent de la premiere des
Enquêtes du Parlement.
Le 7 Dame Françoiſe-Marthe Billard veuve
depuis le 5 Decembre 1715 de Jérome Bignon
Conſeiller d'Etat ordinaire & ancien Prevôt
des Marchands avec lequel elle avoit été mariée
dès le 26 Septembre 1685 , mourut à Paris âgée
1ERCURE DE FRANCE.
2 ans& ſans laiſſer d'enfans . Elle étoit file
née de Germain Billard Seigneur de Monta-
Mire , Avocat au Parlement de Paris , &d'Helene
Meſtivier ; elle avoit pour ſoeur aînée Dame Marguerite
Billard morte le 16 Août 1729 , étant
veuve depuis le 30 Juillet 1719 de Louis Chauvelin
, Seigneur de Griſenoye & de Chandeuil ,
Conſeiller d'Etat ordinaire , duquel elle avoit eu
entr'autres M. Chauvelin ci- devant Garde des
Sceaux de France &c.
AVIS AU PUBLIC.
ILL
importe à un particulier de ſçavoir de quel
Pays étoit le ſieur Charles Fauzillon de Vaubreuil
mort revêtu d'une Charge d'Ecuver Conſeiller du
Roi , Controlleur ordinaire des Guerres , qu'il
avoit achetée lors de la Création de ces Charges
en 169 , laquelle s'eſt trouvée vacante aux
parties caſuelles , & a été levée au mois de Mars
1730. On ſupplie ceux qui ont connu celui dont
il s'agit de vouloir bien indiquer le lieu & la
Paroiffe où il a été inhumé , pour être en état
d'en lever un Extrait Mortuaire , & d'en marquer
ce qu'ils en ſçauront à M Deniannay Controlleur
Ordinaire des Guerres à Abbeville en Picardie ,
qui leur en aura beaucoup d'obligation .
JANVIER 1746. 20,
ARRESTS NOTABLES.
A
RREST du Conſeil d'Etat du Roi du pre
mier Août 1745 , qui ſupprime le droit de
Péage prétendu par la Dame Veuve Charlet ſur
le Pont. conftruit furla riviere de Morin au lieu
d'Eſbly , Généralité de Paris &c.
ORDONNANCE du Roi , du 16 Octobrepor
tant création d'un Régiment de Huſſards de fix compa
gnies de cinquante Maitres chacunes .
S
DE PAR LE ROI.
AMajesté ayant agrée la levée d'un Régiment
de Huffards , dont elle a donné le commandement
au ſieur de Ferrary en qualité de Mestre de
Camp , a ordonné & ordonne.
ARTICLE PREMIER.
Qu'il ſera levé inceſſamment fix compagnies de
Huffards , de cinquante Maîtres chacune , dont il
fera formé un Regiment de deux Efcadrons &c.
AUTRE du 30 du même mois concernant les
Milices.
DE PAR LE ROI.
AMajesté voulant qu'il foit pourvû au rempla
cementdes Soldats qui manquent dans les bataillons
de Milices , & en même tems à la levée
1
ERCURE DE FRANC F.
agmentation qu'elle a réſolu de faire dans
ts bataillons , elle a ordonné & ordonne
ARTICLE PREMIER.
Les cent trois bataillons de Milices des Provinces
& Généralités du Royaume , y compris les
trois de la Ville de Paris , qui par l'Ordonnance
du 15 Septembre 1744 ont été mis à fix cent
dix hommes chacun , formant neuf compagnies ,
dont une de Grenadiers de cinquante hommes , &
huit de Fufiliers de ſoixante- dix hommes , feront
augmentés juſqu'au nombre de fix cent cinquante
hommes; laquelle augmentation montant à quarante
hommes par bataillon , ſera repartie à raifonde
cinq hommes dans chacune des huit compagnies
de Fufiliers, pour lesporter à foixante-quinze
hommes au lieu de foixante-dix , fans augmentationde
Sergens ni de Haute-payes .
II.
Il ſera envoyé dans le courant du mois de No--
vembre prochain , par le Secretaire d'Etat ayant
le département de la guerre , aux Intendans
des Provinces & Généralités & au fieur de
Marville Lieutenant Général de Police de la
Ville de Paris, des Etats du nombre d'hommes dont
ils auront a faire la levée , pour mettre chacun des
bataillons de leur département , au complet de fix
cent cinquante hommes ; & ils y procéderont
aufi- tôt qu'ils auront reçu leſdits états , de maniere
que dans les premiers jours du mois de Fevrier
prochain les Miliciens de ladite levée puiſſent être
affemblés & équipés , conformément à ce qui
eft porté par l'article XII. de l'Ordonnance du
12 Novembre 173.3
JANVIER. 1746. 209
11.
Le ſervice deſdits Miliciens ferade fix années ,
&ils ne pourront s'abſenter ſans congé, de la
troupe dont ils feront , à peine d'être pourſuivis
&punisde mort ſuivant la rigueur des Ordonnances.
IV.
Veut au furplus S. M. que ſes Ordonnances
précédentes , auſquelles elle n'entend déroger
qu'à l'égard de ce qui ſe trouvera contraire à la
réſente , foient exécutées ſelon leur forme &
veneur&c.
AUTRE du premier Novembre portant création
d'un régiment d'Infanterie Allemande , composée d'un
bataillon defix cent foixante bomines .
S
DE PAR LE ROI.
,
A Majesté ayant agréé la propoſition qui lui a
été faite par le ſieur Comte de Ferſen de
mettre inceſſamment fur pied un Régiment d'Infanterie
ſous fonnom , composé d'Officiers & Soldats
tous étrangers , fans yadmettre aucuns nés
dans les Provinces de ladominations du Roi , a
ordonné & ordonne
ARTICLE PREMIER.
Que ce Régiment ſera compoſé d'un batailde
fix compagnies de centdix hommes chacune
lesOfficiers non compris&c.
7
MERCURE DE FRANCE.
1
AUTRE ORDONNANCE DU ROI du même
jour concernant les trois Régimens de Milice de
Lorraine & de Bar &c.
ARREST du Conſeil d'Etat du Roi du 4Decembre
, portant Réglement pour les Toiles à
Voiles qui ſe fabriquent dans l'Evêché de Rennes
&c.
ORDONNANCE du Bureau des Finances
de laGénéralité de Paris du 14 , qui ordonne que
les particuliers , Communes & Paroiffes , propriétaires
riverains de la chauffée allant de la Ville de
Beaumont-fur-Oiſe en celle de Beauvais par Chambly
, feront , chacun en droit ſoi, curer les fofſés
& dégorger les ponceaux pour l'écoulement
des eaux &c.
AUTRE Ordonnance du Roi , du 15 porcréation
d'un Régiment d'infanterie de
troupes légeres , ſous le nom de Cantabres Volen-
S
tant
taires.
DE PAR LEROI.
A Majesté ayant agréé la propoſition qui lui a
été faite par le Chevalier de Bela de mettre
iuceſſamment ſur pied un régiment d'Infanterie de
troupes légéres , compofé de Baſques , a ordonné
&ordonne
ARTICLE PREMIER .
Que ce Régiment ſera compoſé d'un bataillon
dedixcompagnies de cinquante hommes chacune,
lesOfficiers non compris &c.
JANVIER 1746. 211
AUTRE du 21 pour fixer pendant l'année
1746 la retenue du pain de munition à vingtquatre
deniers la ration dans les Places des frontieres
de Flandre & d'Allemagne &c.
ARREST du Conſeil d'Etat du Roi du même
jour qui proroge pendant le courant de l'année
1746, à commencer du premier Janvier audit an ,
la modération des droits de Marc d'or , d'enregiftrement
chés les Gardes des rôles , ſceau & autres
frais des proviſions des Offices vacans & autres
téputés tels , qui feront expediées aux révenus
reputes
cafuels.
0Nn'a pas eu le tems de faire graver lesMédailles
des Connêtes du Roi ; în les fera graver pour
te Mercure de Fevrier.
FAUTES à corriger dans le Mercure
de Novembre.
PAge 236 à l'article de la mort d'Anne-Auguste
de Montmorency Prince de Robecque &c. lifez
que ſon fils aîné Anne Louis-Alexandre de Montmorency
, aujourd'hui Prince de Robecque , cidevant
Comte d'Eſterre &c. est né le 25 Janvier
1724 , non le 15 Janvier 1721 , & donnez pour
frere puiné à ce jeune Seigneur N ........ de
منRCURE DE FRANCE.
norency Marquis de Mobecque né & onyé
le 11 Novembre 1725 , Mouſquetaire de la
premiere Compagnie , & foeur Magdeleine-
Françoife-Anne Félicité-Ifabelle de Montmorency
née & ondoyée le 20 Mai 1727 , & bâtiſée le
lendemain , penſionnaire à la Ville-l'Evêque.
Errata du fecond volume de Decembre.
PAge 186. On a oublié de faire mention des
pere & mere de M. le Baron de Veuilly, qui ſe
nommoient François de Cugnac Marquis de Dam.
piere , mort en 1680 ,& Anne de Cugnac Dame
de Richerville , héritiere de ſa branche , morte
en 17 9.
Même pag. lignes 4 & 11 hautereſnes life
hautevefnes.
Lignes 11 & 12 Beju lifez Bezu.
Ligne Is Baux oncle & niece , lefez Bauxoncle.
Ligne 28 1623 lefez 1729.
Pag. 187 lig. 4harville-traifne , lifez harvilletraiſnel.
TABLE.
PIIEECCEESS FUGITIVES en Vers,&enProſe
, Epitre à Uranie 3
Lettrede M. du Marſais ſur un paſſage d'Horace 7
Traité des Tropes par le même 20
Sonnet Italien & la Traduction Ibid.
Autre& la Traduction 2г
Reflexions ſur l'Ingratitude 23
Vers à Mde .. •pour le jour de ſa Fête 32
Dela Critique 34
Sonnet Italien & Imitation 37
Suite de l'Histoire univerſelle 39.
Epitre de M. de la Soriniere 60
Les Jardins , Poëme 62
Vers à mettre en Muſique 67
Lettre ſur l'Histoire de Charles XII 68
Chant Royal 73
Balade 76
Suite de la Séance publique de l'Académie des
Belles Lettres 78
Suite de celle des Sciences 88
Séance de celle de la Rochelle 90
Ode anacréontique 100
Nouvelles Littaires , des Beaux Arts &c . Hiſtoire du
Théatre François , Extrait 102
Routier des Côtes des Indes ,
τις
Hiftoire ſecrette des Femmes galantes de l'Antiquité
, Nouvelle Edition 118
Heures dédiées à Madame la Dauphine 121
Nouvelle Edition du Dictionnaire de Boudot 122
Heures militaires Ibid.
xtrait de lettre de S. Amand fur l'Effence Balfamique
Deviſes des Jettons de cette année
Estampes nouvelles
Nouveaux Plans
124
126
130
132
Livres de Muſique
Suc de Regliffe &de Guimauve
Savonnettes de pure crême de Savon
Sujet du Prix de l'Académie Françoiſe
Quatrain à M. de Voltaire
Vers à M. ***
Lettre de M. D. L. B. à M. С.
Mots des Logogryphes & de l'Enigme
Enigme & Logogryphes
Chanfon notee
133
134
135
Ibid.
136
137
138
139
Ibid.
142
Vers à Mde. D *** le jour de l'an 143
Spectacles , Opera 144
Huitième ſuite des Refixions ſur les Ballets 145
Çomédie Françoiſe 148
Premiere ſcéne d'Alzaide nouvelle Tragédie 149
Comédie Italienne
155
Piéces jouées à la Cour Ibid.
Concerts de la Cour 156
Etrenne préſentée à la Reine 157
Nouvelle Machine du ſieur de France 158
Vers de M. Desforges Maillard 159
Réponſe 160
Ode à M. l'Abbé le Guay &c. 161
Journal de la Cour , de Paris &c . 163
Nomination de Chevaliers de l'Ordre du Saint
Eſprit 165
Gouvernemens accordés par le Roi 168
Régimens donnés 169
Nomination d'Officiers de Marine
170
Priſes de Vaiſſeaux 173.
Nouveaux rubans à la Dauphine 176
Nouvelles étrangeres , Allemagne
Italie
Londres
La Haye
Mort des Pays Etrangers
Mariages , Naiſſances, Bâtêmes & Morts
Avis au public
Arrêts notables
LaChanſon Notée doit regarder la page
177
185
189
191
192
Ibid
206
207
748
De l'Imprimerie de ROBUSTEL , rue de
la Calendre , près le Palais 1746.
I is coure quin Contient wijngement
Juster historiens d'autres
Lay.3.
Discourses'avé reta bterrane
prea lacademie des Busceptions
IT benedens de Paris . Pay.go.
medaill afrappe a location de
Valedicaceat Consecratwind
S'eglisedeIt Sulpice à Paris Bag 188.
M
1
D
• Strede M. m Suole Cati nep
qua Vaitse une hable Nothetin .
Pag. 129 .
med ciltten des Canyong na dewtoy .
Рад . 14 ва
Ch
MERCURE
DE FRANCE
DÉDIÉ AU ROI
FEVRIER
IGITUT
1746.
SPARGAT
Chés
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER
rue S. Jacques.
La Veuve PISSOT, Quai de Conty
à la defcente du Pont-Neuf.
JEAN DE NULLY', au Palais
M. DCC . XLVI .
AvesApprobation & Privilége da Roi,
540.6
M558
1746
Feb
AVIS,
'ADRESSE générale du Mercure est
LàM. DE CLEVES D'ARNICOURT
rue du Champ-Fleuri dans la Maiſon de M.
Lourdet Correcteur des Comptes au premier
étagefur le derriere entre un Perruquier & un
Serrurier à côté de l'Hôtel d'Enguien. Nous
prions très-instamment ceux qui nous adrefferont
des Paquets par la Poste , d'en affranchir
le port , pour nous épargner le déplaisir
de les rebuier , & à eux celui de ne
pas voir paroître leurs ouvrages.
Les Libraires des Provinces ou des Pays
Etrangers , qui souhaiteront avoir le Mercure
de France de la premiere main , & plus promptement
, n'auront qu'à écrire à l'adreſſe ci-deſſus
indiquée ; on se conformera très-exactement à
leurs intentions.
Ainsi il faudra mettre sur les adreſſes à M.
de Cleves d'Arnicourt , Commis au Mercure
de France rue du Champ-Fleuri , pourrendre
à M. de la Bruere.
PRIX XXX . SOLS
MERCURE
DE FRANCE
DÉDIÉ AU ROI.
FEVRIER 1746.
PIECES FUGITIVES
en Vers & en Profe,
DISCOURS qui contient un jugement
furles Historiensà Autun, par un Chanoine
de l'Eglise de la même Ville.
L n'eſt pas ſurprenant que les
Romains dont la puiſſance *
egaloit la ſageſle , & dont l'une
& l'autre étoient ſupérieures à
toutes les celles de Nations connues , les
* Mac, C. 8,
A ij
4 MERCURE DE FRANCE.
ayent enfin foumiſes à leur Empire.
Mais ce n'eſt pas un petit avantage pour
les Gaulois d'avoir été les derniers ( 1 ) à fubir
cette Loi commune. Leur conquête étoit
reſervée à la valeur du plus grand Capitaine
de la République Romaine. Céfar par
des travaux immenfes &par la force de ſon
génie réduiſit après une guerre de dix années
les Gaules en Province Romaine , &
il eut aſſes d'art pour ſe prévaloir desjalouſies
particulieres des Gaulois , afin de les
afſujétir les uns par les autres.
Il eſt naturel à un François de s'intereſſer
à l'honneur de ſa Nation , de chercherà
développer l'origine de ſes ancêtres , de
s'informer de leur Religion , de leurs moeurs, de leurs coutumes , & de faire connoître les
actions de ceux qui ont reſpiré le même air
que lui.
Deux obſtacles néanmoins paroiſſent s'oppoſer
audéſſein qu'on auroit d'éclaircir des
événemens ſi importans. Le défaut des hif
toriens de ſon Pays & la partialité de ceux
qui ſemblent n'avoir écrit que pour cenſuser
la conduite des Gaulois.
Nos prédéceſſeurs plus attentifs à faire de
grands exploits qu'à nous en conſerver la
(1)Joſeph guer. desJuifs, L, 2. C. 28,
FEVRIER 1746. 5
mémoire , ont fait perdre juſqu'à l'eſpérance
de nous en informer par d'autres que par
eux.
Ils avoient cela de commun avec tous les
autres peuples de la terre , à la réſerve des
Grecs. Si ceux-ci que la Nature avoit formés
pour les lettres , qui ſe donnoient pour les
dépoſitaires de la politeſſe &del'érudition ,
&qui traitoient toutes les autres Nations
de barbares , ont quelquefois rendu juſtice
aux Gaulois , on doit attribuer cet avantage
à la force de la vérité , qui les a obligé de
louer leur courage& leur vertu , & cet aveu
eſtd'autant moins ſuſpect que l'on peut affûrer
que la flaterie a eu peu de part à cet
éloge ; les Romains devenus polis par le
commerce des Grecs entrerent par la ſuite
dans les mêmes vûes d'équité.
Polybe eſt le plus ancien Hiſtorien qui
ait écrit les premieres expeditions desGaulois.
Tite-Live qui le copie ordinairement ,
n'a pas obſervé les mêmes regles de modération
& d'équité à leur égard. Il a cru ſelon
ſa coutume pouvoir dire du mal de ceux
dont les Romains n'avoient pas ſujet d'être
contents.
On ne ſçauroit beaucoup comprer fur
l'exactitude de Diodore de Sicile , puiſqu'au
rapport de Photius,les ſix premiers Livres de
cet Hiſtorien ne contiennent que les faits
Aiij
MERCURE DE FRANCE.
qui ont précédé le ſiége de Troye , où la
fiction a plus de part que la vérité.
Strabon & Ptolomée fontune aflés exacte
deſcription des Gaules.
C'est dommage qu'il ne nous reſte d'Appien
d'Alexandrie qui avoit beaucoup d'ef
prit & de difcernement , qu'un très - léger
extrait de la guerre des Celtes.
Joſeph & Juſtin ne parlent des Gaulois
qu'en paſſant. Pline & Plutarque en rapportentdes
faits très - intereſſans. Floris & Velleïus
Paterculus en ont conſervé quelques
circonftances particulieres. Tacite , & furtout
Ammien Marcellin, nous en apprennent
beaucoup davantage. Mais Céſar eſt celui
de tous les anciens qui en parle avec plus
d'étendue & d'exactitude , Eh ! où trouver
ailleurs que dans ſes admirables commentaires
une deſcription plus exacte du
Pays , une connoiffance plus parfaite des
moeurs & des coutumes , un récit plus fidé-
'le de l'état du Gouvernement & de la Religion
des Gaulois ; en un mot une Hiftoire
plus détaillée d'une guerre longue & perilleuſe
qu'il termina à fón avantage ? If eft
vrai qu'Afinius Pollion l'accuſe de quelque
nég'igence , mais le témoignage deCicéron
eſt d'un tout autre poids (1 ) & il
(1 ) Ap . Sueton,
:
FEVRIER 1746. 7
préviendra toujours en faveur du plus
Grands des Romains.
Enfin l'Orat. Eumenius originaire de la ville
d'Athénes, qui profeſſoit l'Eloquence à Autun
fous Conſtance Chlore &fous l'Empereur
Conſtantin ſon fils , explique affés ſouvent
ce que César n'oſeroit dire ouvertement
dans quelques uns de ſes Panégyriques , que
le tems nous a conſervés. Ils fourniffent des
lumieres fur notre Hiſtoire que l'on ne
trouve point ailleurs .
La plus grande partie de ces anciens Auteurs
parlent avec éloge de la République
des Eduens , &quelques uns même de leur
Capitale , mais aucun d'eux n'a entrepris
d'écrire une Hiſtoire ſuivie des Gaulois , &
fi par occafion Céſar dit un mot de leur origine,
il a ſoin d'avertir que les Druides font
ſes garants , & il paroît peu perfuadéde cette
tradition qui fait deſcendre les Gaulois de
Pluton.
Les Romains eux - mêmes étoient auffi
peu inſtruits de la leur que les autres Nations.
Dès le commercement de fon Hiſtoire
Tite-Live demande grace en faveur de l'antiquité
,& il penſe que l'on est à couvertde
blâme , fi pour honorer ſon Pays on altére
quelquefois la vérité par le mélange de
quelques fables, Datur hac venia antiquitati
, ut miſcendo humana Divinis , primordia
urbium antiquiora faciat. Aiiij
8 MERCURE DE FRANCE.
Si les differens peuples de la terre ont défiguré
la vérité & méconnu leur origine ,
par quel hazard ſe ſeroit-elle conſervée chés
les Gaulois dont les Druïdes ſe faisoient un
point de Religion de ne laiſſer aucun Monument
qui pût les faire connoître à la poſtérité?
Il s'eſt néanmoins trouvé dans ces derniers
tems un fameux Ecrivain qui a cru
pouvoir ſuppléer au défaut des anciens , &
rétablir ce qu'ils avoient négligé.
Annius de Viterbe qui joignoit à la connoiſſance
des Langues une Etude aflés vaſte
de l'Hiſtoire profane , ſe figura qu'à la faveur
des fragmens de quelques anciens Auteurs
cités par Joſeph & par Eufebe , il pourroit
faire revivre les Hiſtoires de Béroſe , de Manethon
, de Fabius Pictor , de Caton , de
Megaſthéne , de Philon & de Xénophon. II
donna ce titre pompeux au premier de ces
Ecrivains. Berofi Sacerdotis Chaldaici de
Antiquitatibus totius orbis Libri quinque ,
quoiqu'on n'en eût jamais connu que trois ,
& que Béroſe n'eût écrit que l'Hiſtoire des
RoisdeBabilone .
Annius n'étoitpas aſſés habile pour exécuterun
tel deſſein; il ne pût éviter de faire
tomber ſes prétendus Auteurs dans quelques
contradictions manifeſtes qui ont découvert
ſa ſupercherie; il n'a pas méFEVRIER.
1746. 9
,
me fait uſage de tous les paſſages que
lui fourniſloient Joſeph & Eufebe; il a défiguré
juſqu'aux noms propres de ſes Auteurs
&il appelle toujours Metaſthéne ,
celui que Joſeph , Strabon & Athenée n'ont
connu que fous le nom deMégaſthéne ; il
dit que la Reine Sémiramis avoit fait bâtir
la Ville de Babylone , quoique le vrai Béroſe
blâme les Grecs d'avoir ſuppoſé ce fait
contre la verité de l'Hiſtoire ; il donne à la
Ville de Lyon fondée par Munatius Plancus
Lieutenant de Marc-Antoine , plus de
mille ans d'antiquité avant la naiſſance de
ce Triumvir.
Pour donner quelqu'apparence à un defſein
auſſi bizarre , Annius fit graver ſur différens
marbres le texte Latin de ſes Auteurs
qui avoient écrit en Grec , & fit acquerir
àces inſcriptions , qu'il eut ſoin de faire cacher
en terre , un certain air d'antiquité. Dès
qu'il les crût en état de paroître , il fit ouvrir
la terre en cet endroit où il les renoit
cachées , & devenu fier de cette prétendue
découverte , il fit porter avec éclat ces Monumens
modernes aux Magiſtrats de Viterbe
, auſquels il tâcha de perfuader que leur
Ville étoit plus ancienne que celle de Rome :
il recueillit enſuite en un même corps ces
Auteurs qu'il avoit fabriqués , & il les expliqua
par de longs commentaires auffi di
gnesde foique le texte. A
10 MERCURE DE FRANCE.
,
Antoine Auguftin Archevêque de Tarragone
rapporte dans l'un de ſes dialogues
toutes ces circonſtances qu'il avoit appriſes
d'un compatriote d'Annius . Mais quand un
aufli habi'e homme n'eût pas dévoilé ce
myftcre d'iniquité , ces impoſtures étoient
trop groffieres pour échapper aux lumieres
de Joſeph Scaliger & de Melchior Cano
que l'on peut regarder avec juſtice comme
l'honneur de l'Ordre de S. Dominique. Celui-
ci , quoique confrere d'Annius , eut ſoin
d'avertir les gens de Lettres de ne point ſe
laiffer éblouir par l'éclat de la fauffe Monnoye
de ce prévaricateur , dontil releve les
anachroniſmes & les autres bévues dans l'endroit
le plus achevé d'un ouvrage digne du
fiécle d'Auguſte. Nec verò libenter nosfcriptorum
prafertim familia noſtra vitia detegimus ,
ſed in publicâstudiorum caufà nullo modo pravaricandum
erat .
Scaliger ne témoigne partout que du mépris
pour Annius dont il affûre que larapfodie
eſt un tiſſu de toutes fortes de men.
fonges , mendaciorum officina. Il fait voir
qu'il a confondu les Rois d'Aflyrie avec ceux
de Babylone , & qu'il écrit par un défaut
de jugement que le Roi Hérodes reconnu
comme tel par le Sénat , felon lui , jubente
Senatu Romano , n'étoit pas unRoi légitime ,
& que les Juifs après 36 ans de tyrannie
FEVRIER 1746. 11
,
lui avoient offert un Royaume qui ne leur
appartenoit pas. Je n'ai pas deſſein
>> continue Scaliger , de relever toutes les
>> fautes de cet homme oifif& ignorant qui
>> s'eſt peu ſoucié de ſacrifier ſa réputation ,
>> pour impoſer au public, mais je plains ſeu-
>>lement le fort de ceux qui ſe perfuadent
>>que l'on ne peut approfondir l'ancienne
»Hiſtoire ſans avoir recours aux fictions
>> d'Annius , quoique ſes fourberies ayent été
démaſquées. ود
Ces avertiſſemens d'Antoine Auguſtin , de
Melchior Cano & de Joſeph Scaliger n'ont
pas néanmoins détourné quelques demi-
Içavans d'employer le témoignage de ces
Ecrivains ſuppoſés , foit qu'ils n'ayent point
connu les ouvrages peu rares de ces critiques
du premier ordre qui en ont démontré
la ſuppoſition ; foit que leur curiofité ait
été féduite par la lifte de ces anciens Rois
Gaulois que l'on fait fuccéder les uns aux
autres depuis le déluge jaſqu'à ces tems
où l'on commence à difcerner le vrai d'avec
le faux , & il est évident que cette com--
modité a tellement préoccupé leurs eſprits
qu'ils n'ont pas fait réflexion que Béroſe n'avoit
entrepris que l'Hiſtoire des Rois de
Babylone & non celle des Gaulois qu'il
ne pouvoit connoître que très - fuperfi
ciellement.
Avj
12 MERCURE DE FRANCE
La pente naturelle de la plupart deshommes
pour le merveilleux a precipité quelques
uns de nos Hiſtoriens dans cet écueil , &
pour ne parler à préſent que de ceux qui ſe
font appliqués à l'Hiſtoire particuliere d'Autun
, S. Julien de Baleure Doyen de l'Egliſe
de Châlons ſur Saône , le premier qui l'ait
écrite avec quelque méthode, donne partout
une égale autorité au témoignage de Céſar
& à celui du faux Béroſe,&les fait toujours
aller de pair. Coinme ilne fit à Autun que leféjour
d'un voyageur , on ne doit pas être ſurpris
que la Carte qui repréſente les antiquitésde
cette Ville ne ſoit pas exacte.
François Perrin Chanoine & Syndic de
l'Egliſe d'Autun mort en 1606 , & Jacques
Léotius ou Leanté Médecin de cette même
Ville , formerent en même tems le deſſein
dedonnerà leur patrie commune des preuves
de leur affection , mais il ne publierent
point leurs ouvrages. L'Hiſtoire de Perrin
n'a point été imprimée ; les extraits que l'on
envoit n'ont pas reçu la derniere main , &
conſolent aiſément de la perte de ſon travail.
Celui de Léotius parut à Lyon en 1650.
in - 4° . avec le titre de Antiquis Auguſtoduni
Monimentis. Il prouve en bon Phyficien que
la ſituationde la Ville d'Autan eſt très-avantageule
pour la ſanté, puiſqu'étant ſituée
FEVRIER 1746. 13
au pied de pluſieurs grandes montagnes qui
lamettent à couvert des vents du midi , l'air
& l'eau de cette Ville n'en font jamais infectés.
Les Mémoiresfervans àl'Histoire d'Autun
par Jean Munier diſciple du Jurifconfulte
Hotman , & Avocat du Roi au Baillage de
cette Ville, furent publiés à Dijon en 1660
in-4'; ils font remplis de recherches trèsjudicieuſes
ſur les Comtes d'Autun , qu'il
dit avoir été les Gouverneurs de la Bourgogne.
Il traite dans ſa premiere partie de
l'Etat & de la République des anciens Autunois
, de fon étendue&de ſes limites , de ſa
Police & de ſon Gouvernement , enfin de
fon Sénat & du Vergobtet ou du Souverain
Magiftrat. Munier ne s'étoit point engagéà
parler de l'origine des Gaulois , & il
pouvoit ſe diſpenſer de faire mention de
Samothés , &des Rois fabuleux d'Annius
mais par une fatalité commune à ceux qui
paffent leurs jours dans la Province , & qui
manquent ſouvent d'amis ſincéres & clairvoyans
qui ſoient en état de revoir leurs ouvrages
, Munier n'a pîíû éviter dedeshonorer
fes Mémoires par le témoignage du faux
Bérofe.
Onne doit point être ſurpris que l'Avocat
Ladone l'ait imité ; il annonce dans ſes-
Antiquités d'Aumn imprimées en cetteVille
14 MERCURE DE FRANCE .
en 1640 in- 8 ° . l'ouvrage de Jean Munier
auquel il céde la palme avec juſtice. Etienne
Ladone a traité ſon ſujet en Vers Latins,
auſſi a-t il uſé de toutes les licences de cet
Art , & jamais homme n'a hazardé tant de
conjectures que lui. Il eſt vrai qu'il a joint
à ſes Vers d'aſſes bons commentaires où il
fournit les textes des Auteurs originaux, mais
il faut en même tems recourir à ces Auteurs
auſquels Ladone ajoute quelques mots pour
autoriſer ſes conjectures.
En 1660 on vit paroître à Lyon une
Hiſtoire de l'antique Cité d'Autun ſans nom
d'Auteur , & on n'en imprima ſeulement
que 104 pag. in -fol. Cet ouvrage plus conſidérable
que tous les précedens eſt orné de
pluſieurs planches très - curieuſes .
Le P. de Montfaucon qui en a fait graver
quelques unes l'attribue à M. Thiroux : le
P. le Long penſe qu'il eſt du S. Aubry
Docteur en Médecine ; M. de Salins Médecin
à Dijon croit que c'eſt l'ouvrage du
fieur de Chevanes célébre Avocat de cette
Ville ; il eſt néanmoins de M. EdmeThomas
, Chanoine & Grand Chantre de l'Egliſe
d'Autun , dont le manufcrit entier qui m'a
été communiqué ſe conſerve dans ſa famille ,
qui occupe un rang diftingué dans le Parle
ment de Bourgogne.
CetteHiftoire eſt diviſée en deux parties
L
-
FEVRIER . 1746.
15
&la premiére partie en trois Livres. Au premier
Livre il eſt parlé des fondateurs de la
Ville d'Autun , dans le goût , & felon le ſyſtême
d'Annius , & de l'étendue de l'ancienne
République des Autunois. On y repréfente
differens plans de Portes de Ville , de
Temples , d'Aqueducs & de quelques Mo--
numens découverts en cette Ville : les gravûres
en ſont groffieres & les deffeins peu
corrects.
On fait mention au ſecond Livre des Armes
, du génie , des moeurs , de l'eſprit
&du courage des Eduens , de leur Gouvernement
, de leurs Loix , de la Police , du
langage , de la milice, des habillemens &
autres ornemens de nos ancêtres. Voilà ce
que contient l'imprimé. Ce qui eſt manufcrit
rappelle l'entrée de Céfar dans lesGaules
&fes autres exploits juſqu'au fiége d'Aliſe .
Ce Livre eſt terminé par l'apologiedes Gaulois
contre leurs accuſateurs & parl'idée que
l'on donne de quelques illuftresAutunois.
Le troiſiéme Livre explique la Religion
&le culte qu'ils rendoient à leurs Dieux naturels
& adoptifs , les prérogatives & les
fonctions des Druides & l'étendue de leur
pouvoir ſur ce qui concerne la Religion &
l'Etat. Telle est la premiere partie de l'Hiftoire
d'Edme Thomas : s'il avoit traité fon
fujet avec plus d'exactitude ; que ſa métho
16 MERCURE DE FRANCE.
defut plus réguliere &ſa critique plus fúre ,
il feroit inutile d'entreprendreun nouvelouvrage
, puiſqu'il ſemble avoir compris tout
ce qui regarde l'ancienne Hiſtoire d'Autun.
Dans unprojet imprimé de cet Ouvrage
il avoit promis une ſeconde Partie dans laquelle
il devoit donner une Hiſtoire Eccléſiaſtiquede
la Ville & du Diocéſe d'Autun ;
il y devoit auffi repréſenter l'établiſſement
de la Foi Chrétienne à Autun , la
ſuite& les actions principales des Evéques
de ce ſiége& fixer l'époque & l'origine des
Abbayes & desautres Egliſes de ce Diocéſe.
Claude Saulnier Chanoine & Prévôt de
cette Egliſe a entrepris de nos jours d'exécuter
ce deſſein ſoit qu'il ait eu la communication
des Mémoires de ſon confrere , ou
qu'il ait cru pouvoir ſe paſſer de ſecours , il
fit paroître en 1686 ſonAutun Chrétien , in-
4°. Il n'a pas cependant répondu à ce que
l'on pouvoit attendre de lui , & il ne s'eſt
point rendu le maître de ſa matiere. Il eſt
peu exact dans la Chronologie & il hazarde
ſouvent des faits dont il ne fournit pas la
preuve, mais il convient de bonne foi qu'il
ne l'a pû faire à cauſe des frequentes deftructions&
des incendies que cette Ville a fouffertes
endifferens tems.
J
En l'année 1688 onvit paroître un ouvrage
anonime , intitulé Hiſtoire de l'ancienne
FEVRIER 1746 17
Bibračte àapréſent appellée Autun. L'Auteur
rempli d'idées romaneſques , a négligé les
régles de l'Hiſtoire , & s'eſt uniquement
occupé à faire des deſcriptions de quelques
Palais enchantés , telles qu'il les avoit lues
dans les Aniadis ou dans le Grand Cyrus :
il diſpoſe des troupes de Céſar commes'il
avoit été maître de ſon camp. Il fait aller
les Suiſſes à Langres avant leur défaite,&fans
ſe rappeller qu'immédiatement après Céfar
alla déclarer la guerre à Arioviſte , & qu'enfuite
il alla paſſer l'Hyver dans la partie de
ſonGouvernement que l'on a depuis appellé
la Lombardie , notre Auteur le fait venir
àBibracte où l'on ne parla plus que dejeux ,
de plaisirs , de bals , de feſtins &de tous les
divertiſſemens qui pouvoient inſpirer une joye
univerſelle. Pour s'attirer quelque croiance
il feint avoir entre les mains des Manufcrits
Latins , qu'il ſuppoſe avoit été trouvés ſous
les ruinesde la Ville d'Autun .
J'ai vû parmi les Livres de la Bibliothéque
de M. Baluze les nouvelles découvertes des
Antiquités d'Autun , par Nicole de Goultiers ,
à Paris 1181 in - 8 °. Je ne puis juger d'un ouvrage
dont je n'ai point eu la communication.
Tels ſont à peu-près les Ecrivains qui depuis
deux cent ans ſe ſont appliqués à l'Hiftoire
particuliere d'Autun, Il ne paroît pas
18 MERCUREDEFR ANCE.
qu'aucun d'eux ait examiné à fond ce problême
hiſtorique où il s'agit de décider
quelle eft cette Ville célébre , connue ſous
le nom Bibracte , & fi elle eſt differente de
celle d'Autun.
Nos Hiftorlens ont plutôt ſuppofé ce fait
qu'il ne l'ont démontré. Ce point de Géographie
a néammoins été diſcuté avec beaucoup
de chaleur dès le commencement de
ce fiécle. L'Inſcription Latine Dea Bibracti
à la Déeſſe , ou plutôt au Génie de la Ville
de Bibracte , trouvée dans les fondemens
du Seminaire d'Autun , donna lieu à cette
conteſtation littéraire , après que M. Baudelot
l'eut publiée dans ſon Utilité des voyages.
Nos Antiquaires de Bourgogne l'ont expliquée
differemment , chacun fuivant leurs
préjugés. M.Moreau de Mautourde l'Académie
des Inſcriptions & Belles Lettres & le
P. l'Empereur Jeſuite ouvrirent cette conteſtation
par leurs diſſertations ſur la Ville
de Bibracte , que le premier ſoutient n'être
autre que la Montagne de Beuvray à quatre
lieues d'Autun ; & le ſecond pretend que
Bibracte & Autun font une même Ville.
On peut voir dans les Journaux de Trevoux
ces deux morceaux remplis d'érudition. M.
de Mautour a crû devoir ſuivre le ſentiment
d'Adrien de Valois , qui dans ſa Notice
des Gaules ſe ſertd'un paſſage de l'Ora
FEVRIER 1746. 19
rateur Eumenius , qu'il ſuppoſe établir la difference
des Villes d'Autun & de Bibracte ,
par la comparaiſon qu'il lui fait faire entre
l'une & l'autre mais M. de Mautour ne
prend pas garde que M. de Valois pour autorifer
cette pretendue diſtinction altére le
ſens de cet Orateur auquel il fait dire ce qu'il
n'a jamais penſé.
M. de Salins Secretaire du Roi & Medecin
à Dijon s'eft élevé contre ce double fyftême
dans deux lettres en forme de Differtations
imprimées à Dijon & à Beaune en
1708. Il fait les derniers efforts pour perſuader
que la Bibracte de Céfar & de Strabon
n'eſt autre quela Villede Beaune , fa
chere Patrie.
Enfin M. Baudot Maître des Comptes
& Maire de Dijon , dans ſes Differtations
fur Autun & fur Dijon qui devinrent publiques
en 1710, eſt ſurpris qu'il ſe trouve
des gens Sçavans dans l'Hiſtoire & dans la
Géograrhie qui puiſſent croire que la Vil-
•le de leaune foit la Bibracte de Céfar.
J'ai cru devoir rapporter les raiſons des
uns & des autres ; je n'ai diffimulé nileurs
preuves ni leurs objections , & mes reflexions
fur ce ſujet forment le ſixiéme Chapitre
de la premiére partie de cette Hiftoire.
On ne peut efufer de rendre cette juſtice
au Clergé d'Autun , qu'il s'eſt dans tous
10 MERCURE DE FRANCE.
les tems trouvédes ſujets de ſon Eglife Cathédrale
, qui ont marqué le défir qu'ils
avoient de relever l'honneur de leur patrie :
il ſeroit même difficile de raffembler un aufſi
grand nombre de Monumens antiques ,
que ceux dont M. Thomas a donné le recueil
également intereſſant & curieux. Mais
on doit convenir en même-tems , que nos
Hiſtoriens dépourvûs des connoiſſances néceſſaires
pour traiter un ſujet qui n'étoit pas
tout- à- fait de leur reffort , n'ont pûdonner
qu'une idée très-ſuperficielle de ce qui
fait la partie la plus conſidérable d'une pareilleentrepriſe.
La Théorie de l'Hiſtoire que l'on puiſe
dans les anciens , ne ſuffit pas pour l'exécution
d'un tel ouvrage; il faut avoir un grand
uſage pour lever exactement des plans ,
pour enmeſurer les proportions , pour comparer
l'Architecture des Grecs avec celles
des Romains , pour ne pas confondre les
Monumens anciens , & éviter de prendre
par éxemple , un Théatre pourun Amphithéatre
, & pour juger de leur antiquité ,
dont la plus grande partie a précédé l'arrivée
de Céſar dans les Gaules.
,
Sans les relations que j'ai eues avec un
habile homme qui a demeuré quelques années
à Autun , je n'aurois jamais entrepris
un ouvrage de cette nature auſſi peu con
FEVRIER 1746. 21
forme àmon état que fort au-deſſus de ma
portée.
Feu M. Thomaſſin élevé par M. le Maréchal
de Vauban , qui lui procura l'emploi
d'Ingénieur Ordinaire du Roi , fut envoyé à
Autun parM. le Duc d'Orleans Régent pour
un autre ſujet que celui d'examiner les anti.
quités de cette Ville. Dans ſes momens de
loiſir je le quittois rarement , ſur tout lorfqu'il
en alloit lever les plans ; j'avois ſoin
àmon retour de recueillir ſes obſervations
fur nos anciens monumens ; il s'offrit meme
à lire avec moi le Vitruve de M. Perrault.
Nous fimes enſemble pluſieurs petits
voyages qu'il crût néceſſaires pour l'intelligence
de quelques endroits des Commentaires
de Céſar. Nous parcourûmes les Landes
de lavaſte montagne d'Auvenai , furlaquelle
l'Armée de Cefar & celle des Suiſſes
avoient campé, Je l'accompagnai lorſqu'il
leva le plan de la belle Colonne de Cuffy
qui est au pied decette montagne ; il en découvrit
le chapiteau qui ſert de bord au puits
des granges d'Auvenai à une lieue de là,
Nous ſuivimes la route que les Suifles pouvoient
avoir tenue lorſqu'ils eurent traverſé
la Saone juſqu'a l'endroit de leur défaite,
Nous fumes viſiter les tombes de la Paroiſſe
de S. Emiland à trois lieues d'Autun , où Sacrovir
perdit la bataille contre Florus Lieu
22 MERCURE DE FRANCE.
tenant de l'Empereur Tibere ; & nous allames
voir les differentes cimes de la montagne
de Bauvrai , dont le pied peut avoir
deux lieues & demie de circonference .
M. Thomaſſin ne me jugeoit pas tout - à
fait inutile à ſes deſſeins ; le peu d'uſage qu'il
avoit de la Langue Latine me fit entreprendre
, pour l'obliger , la traduction des Panégyriques
d'Eumenius & de quelques endroits
d'Ammien Marcellin dont il avoit beſoin,
Il réſolut enfin d'écrire l'Hiſtoire pratique
de la Ville d'Autun , d'y joindre ſes réflé
xions fur les antiquités de cette Ville & de
prouver qu'elles ne ſont point l'ouvrage des
Romains : elles font en eflet dans le goût
desGrecs & ſuivant leurs proportions , que
Vitruve a reformées au tems de César &
d'Augufte. Mais comme les ordres précis
donnés au fieur Thomaſſin avoientpour objet
l'examen des rivieres du Duché de Bourgogne
, par le moyen deſquelles on propofoit
de joindre la Saone à la Seine pour former
une nouvelle communication de l'Océan
avec la Méditerranée & que d'ailleurs
ſes infirmités l'empêcherent de mettre la derniere
main à ſon Hiſtoire d'Autun , il eut
ſoin de me laiſſer en mourant ce qu'il avoit
médité ſur ce ſujet .
Avec ce ſecours & ce que j'avois recueilli
de mon côté , j'ai cru pouvoir entrepren
FEVRIER 1746. 23
dre de donner une Hiſtoire ſuivie de la Ville
d'Autun ſous la puiſſance des Gaulois &
fous celle des Romains , juſqu'à l'arrivée des
Bourguignons ; ce double point de vue ſous
lequelje la conſidere, formera les deux parties
de cet ouvrage.
Dans la premiere je donne une idée géné
rale des moeurs , des coutumes , du Gouvernement
, du langage & de la Religion
des Gaulois. Je parle enſuite de laGaule
Celtique , des Etats dont elle étoit compoſée
, & furtout de celui des Eduens dont je
marque l'étendue , les limites & le Gouver
nement particulier.
Je fais enfuite fur les Mémoires de M.
Thomatlin & fur fes feuilles volantes que
j'ai miſes dans un nouvel ordre , la deſcriptionde
la Ville d'Autun , & des Monumens
qui ſubſiſtent en tout ou en partie , tant
dans cette Ville que dans l'étendue de fon
ancien terroire , & j'y joins fes reflexions
fur l'Architecture des Grecs & des Romains:
Cettedeſcription ſera précedée d'une dif
fertation ſur la Ville de Bibracte. Je finis
par le caractére des principaux Gaulois &
par la diſpoſition où ſe trouverent les eſprits
lorſque Céfar entra dans les Gaules juſqu'à
cequ'il en eut afſſuré la conquête par le fiége
d'Alife & par la priſe de Vercingentorix.
Acette premiere Partie j'en ajoute une
24 MERCURE DE FRANCE.
1
ſecondequi a été négligée par nos Hiſtoriens.
J'ycontinuel'Hiſtoire d'AutunſouslapuiſſancedesRomains,
juſqu'àl'arrivée des bourguignons
quitonderent leur Royanme environ
l'an 413 de l'EreChrétienne: j'examine dans
cettePartie l'origine de l'Egliſe d'Autun & je
donneunCatalogueraiſonnéde ſes Evêques.
Le célebre Grotius m'a fourni le plande
cette Hiſtoire , & m'en a faitreprendre le
deſſein que j'avois différé d'exécuter juſqu'à
préſent. Il parle avec tantde juſteſſe & de
préciſiondes deux Bourgognes à l'occaſion
des préparatifs de la guerre de ces Provinces
entre les Rois de France & d'Eſpapagne
en 1595 que ſes expreſſions font
trop marquées pour n'étre point rapportées
en leur entier.
>Les Eduens connus par leur alliance
» avec les Romains , & les Séquanes furent
> les premiers maîtres de ces Etats qui de-
>> puis ont formé les deux Bourgognes. Les
»Romains qui les avoient conquiſes ſur les
Gaulois les laifferent à leur tour ufurper
>> par les Bourguignons , peuples originai-
>> res du Nord , qui s'étoient établis depuis
>>long-tems ſur les frontieres d'Allemagne.
22
১১ Ils fondérent leur Royaume dans ce Pays
> que traverſoit la riviere de Saone. Quel-
- que tems après les Rois de France refferre-
- rent ceux- ci dans des bornes plus étroites ,
»&
FEVRIER 1746. 25
"
ود
03
ود
رد
& les chaſſerent à la fin de leur Etat
dont ils donnerent une partie à leurs Alliés
quelquefois & plus ſouvent aux fils
de France , tandis qu'ils partageoient entr'eux
leur Royaume , avec la réſerve
néanmoins que ces terres ſeroient mouvantes
de leur Couronne. Celles qui
avoient appartenu aux Eduens porterent
enſuite le nom de Duché , & celles
des Sequanes celui de Comté. Lorſqu'à-
,, près la mort de Charles le Hardi , Louis
XI. Roi de France ſe fut emparé du Duché
de Bourgogne, il ſoutint que cet appa-
„nage étoit dépendant de ſa Couronne
,, far droit de Réverſion & que les femmes
n'en avoient aucun fur cette Provin-
ود
رد
"
دو
و د
رو
ود
"
ce. Mais comme le Comté s'étoit mis de-
,, puis longtems ſous la protection des Prin-
,, ces d'Allemagne , & avoit des Seigneurs
,, particuliers , il entra dans la maiſon d'Autriche
par le mariage de la Princeſſe Marie
avec l'Empereur Maximilien .
Adui olim Romana Societate notiſſimi
Sequani, Gallica Nationes has terras tenuere
; in quarum mox poffeffionem , Romano orbe
concufſo , venere Burgundiones ex feptentrione
orti , fed qui propiora Germania pridem
infederant. Horum & cis & ultra Ararim
longe patens potentia , etiam cum Regio nomine
, a Francica magnitudine primum, ac
B
26 MERCURE DE FRANCE.
postremo obtrita eft. Exinde ejus partes modo
Amicis , Sape& Regum Francorum filiis , attributa
, dum dividuum id Regnum fuit , manenie
regni honore. Pofteà Æduorum fermè que
fuerat Regio. Ducatus, Sequanorum, Comitatus
vocabulo. Poſt mortem Caroli Audacis , Valefiorum
è Stirpe , Ludovicorum undecimus ,
Francorum Rex , Maria - Caroli filia , Du -
catumeripuit ,fucceffionem ejus Imperiifeminis
deferri negans. At Comitatum qui ex quo
Germania feorfim regnata eft , in ejus fide ef-
Se caperat post Maximiliani cum Maria con
jugium Auftriaca domus tenuit.
J'ai tâché de remplir les deux premieres
parties du deſſein de cette Hiſtoire de Bourgogne.
Les RR. PP. Bénedictins de la Congrégation
de S. Maur ont entrepris les autres
; & l'on pourra regarder mon travail
comme un Suplément , ou ſi l'on veut
comme une introduction à l'Hiſtoire qu'ils
ont commencé de donner au public .
Si quid noviſti rectius iftis ,
Candidus imperti : ſi non , his utere mecum,
2
FEVRIER 1746. 27
LA BEAUTE' ET LA LAIDEUR .
FABLE.
N'Aguere en France on dit quela Laideur
Avoit diſpute avec Beauté ſa ſoeur ,
Aquidesdeux porteroit voile ou maſque :
L'ordre en étoit arrivé par un Baſque
Noviſime du Pays de la Cour.
Pour prononcer les Juges prirent jour.
On jabotta de la bonnemanière ;
Femmesjamais ne reſtent en arriére
Quand cela touche un peu leurs intérêts :
Chacun le ſçait : pour entrer en matiere
Dame Beauté commença la premiére ,
Par exalter ſes graces & ſes traits .
Sans contredit , je vais , s'écria- t-elle ,
En quatre mots terminer la querelle :
Quand je parois tout cede à mes attraits ,
Etdans l'inſtant chacun merend hommage ;
Je peux fixer l'homme le plus ſauvage ;
De tous côtés , grands , petits , jeunes , vieux ,
Portent ſur moi des regards curieux :
C'eſt un plaisir de voir un beau viſage.
Interrogez deux centmille mortels
Bij
28 MERCURE DE FRANCE .
Aqui j'ai fait cent fois rendre les armes ;
Tous ceux qu'on voit me dreſſer des Autels ,
L'encens qu'on offre à l'eclat de mes charmes ,
Parlent , je crois , affés en ma faveur :
Pour toi , dit-elle , enſuite à la Laideur ,
Combien as- tu de qualités ſemblables ?
Va te cacher .. tu ferois peur aux diables .
Pourquoi , dit l'autre , irois-je me cacher ?
Sijen'ai pas comme vouslapeau fine
Eft- ce ma faute ? Eh ! pourquoi me chercher
Une querelle à cauſe de ma mine ?
C'eſt , répondit auſſi -tôt la Beauté ,
Que je confulte ici ton avantage :
Quand une fois on a le teint gâté
On n'embellit , ma foi , pas davantage ;
Or en couvrant cette difformité
Tu piquerois la curiofité
De bien des gens.,Madame la bergere ,
Lui repliqua la Laideur en colere ;
Je ne fais pas d'auffi grands maux que vous ;
Et fans parler de vos maris jaloux
Con bien d'Etats , de Villes , de Provinces ,
De faints , de Rois , de Généraux , de Princes
N'avez -vous pas brûlés , perdus , bleſſés ?
Sous la guimpe & le froc , ſous la mitre & le caſque..
Elle ſe tait Meſſieurs c'en eft affés ..
,
Voyez à qui l'on doit donner le maſque .
Par la Demoiselle de Châlons.
FEVRIER 1746. 29
SUITE de la Séance publique de l'Académie
de la Rochelle.
MBourgeois Avocat que l'Académies'e
.toit auſſi aſſocié depuis quelques mois,
termina la ſéance par un diſcours qui a
pour objet l'Eloge Hiſtorique de la Rochelle.
Les trois pointsde vue ſous leſquels l'Auteur
a eu deſſein de peindre ſa Patrie regardent
la guerre , le commerce & les Sciences ;
telle eſt ſa diviſion & voici fon Exorde.
Vos ſtatuts , MM. laiſſant la liberté du
choix , l'amour de la Patrie ne m'a pas
>>permis de balancer entre les differens fu-
>>jets qui ſe font offerts. Intereffant dans tou-
>>tes ſes parties , celui ſur lequel je vais avoir
>>> l'honneur de vous entretenir doit non
ſeulement captiver le coeur denos com-
>> patriotes , mais encore exciter la curiofité
>>& fixer l'attention des étrangers. Où ne
> connoît-on point la Rochelle , & quelle
Nation affés éloignée peut ignorer ſes di-
25verſes révolutions ſi néceſſairement liées à
l'Hiſtoire de la Monarchie ? &c .
30
دد
ככ
>> Quoique l'un de ſes enfans , je ne diffimulerai
point ce qui ſemble avoir quelque
fois obſcurci fa gloire. La pureté denos
Biij
30 MERCURE DE FRANCE.
>> ſentimens , des ſervices réels , & cette fi-
→délité ſi ſouvent éprouvée que nous tenons
de nos ancêtres , doivent effacer un ſou-
>>venir ſans doute humiliant , mais dont la
>>honte rejaillit ſur les vrais auteurs des
→troubles reprochés à cette Ville. Une
>>troupe de ſéditieux nés hors de ſes
• murs énchainant leur liberté les mit au
,, point de devenir coupables malgré eux.
Contraints de céder à la force , de plier
,, ſous le joug de l'oppreffion & de la ty-
,, rannie , ils ſe virent réduits à la triſte
ود
ود
ود
"
reffource de gémir ſur des malheurs
dont ils étoient bien moins les inſtrumens
que les victimes&c. ود
Dans la premiere partie M. Bourgeois
rend compte de la fondation , des progrès ,
des évenemens Militaires dela Rochelle. Il
falloit une grande préciſion pour renfermer
dans un eſpace auſſi court une aufli grande
quantitéde faits.
رد
ود
Les commencemens des Villes les plus
fameuſes , dit l'Orateur , ont été fi foibles
,, qu'à peine en trouve-t- on des traces dans
,, les Hiſtoriens. Une retraite de Pêcheurs ,
attirés par la commodité du lieu & le voi-
,, ſinage de la Mer fit éclore une bourgade
qui prit inſenſiblement de nouveaux accroiſſemens
. Telle a été l'origine de la
Rochelle. Lagarde d'un endroit ſi impor-
ود
ود
FEVRIER 1746. 31
s, tant mérita bientôt toute l'attention des
, Seigneurs qui le poſſedoient,&de vint d'u-
,, ne néceſſité abſolue au commencement du
›, neuviéme fiécle.
,, Un eflain de peuples féroces , fortis du
,, Nord, vint débarquer fur ces Côtes . Jamais
un torrent impétueux n'a fait autant
, de ravages. Dès que leur départ eut ren-
دد
" du la tranquilité on ſongea aux moyens
,, de ſe mettre à couvert de ſemblables
incurfions. La conſtruction d'un Château
"
ود
ود
parut le moyen le plus aſſuré pour s'en garantir
En effet les Barbares ayant ....
tenté une nouvelle defcente en 855 ne le
,,purent forcer ; ils furent obligés d'aller dé-
,, barquer par la Loire , & on ne les revit
,, plus ſur nos bords.
ود
ود
A l'abri de cette Fortereſſe les habitans
des environs chercherent une fûreté
,, qui leur manquoit ailleurs ; le nombre s'en
,, augmentant , il fallut aggrandir l'enceinte
de cette bourgade; elleprit enfin laforme
d'une Ville qui fut nommée Rochelle ,
ſans qu'on en ſcache la raiſon , les conjectures
étant trop frivoles pour nous y arrê-
.د
"
ود
هد
,, ter.
ود
Les Comtes de Poitou Ducs d'Aquitaine
, qui ſuccéderent à ſes premiers maî-
,, tres , réſolurent de ſe conſerver une Ville
,,ſi importante par les priviléges dont ils
رد
Biiij
32 MERCURE DE FRANCE.
,, gratifierent ſes habitans. Le premier des
23 Comtes de Poitou que nous ſçavons en
,,avoir joui, étoit le dernier du nom de Guil-
ود laume; ſes Etats tomberent à Eléonor
,, ſa fille aînée : une ſi riche héritiére fut
,, l'objet des voeux intéreſſés de tous les Prin-
,, ces voiſins&c. "
Ici M. Bourgeois ſe trouve forcé de
ſuivre des événemens qui appartiennent à
'Hiſtoire génerale , comme le mariage d'Eléonor
avec Louis leJeune ; la répudiation
de cette Princeſſe , ſon ſecond mariage avec
Henri Prince de Galles & Duc de Normandie
, les victoires de Philippe Auguf
tedans les Provinces du Royaume poſſedées
par les Anglois. Il rapporte encore d'après
les Hiſtoriens , comment la Rochelle fut
remiſe ſous l'obéitſance de Louis VIII. & de
quelle maniere elle leur fut cédée par le
Traité de Bretigny.
,,Un Auteur contemporain nous a con-
,, ſervé , dit M. Bourgeois , le ſouvenir des
,,plaintes que les Rochelois firent enten-
,, dre , lorſqu'après pluſieurs ordres réitérés
,, ils ſe virent forces de livrer leur Ville.
Voici leurs paroles: la vétuſté du langage
n'ôte rien de ſon énergie : Nousfero ns
& obeirons * aux Anglois des levres ,
"
"
*Froiffart.
FEVRIER 1746. 33
5,s'écrierent- ils , mais les coeurs ne s'en mou-
,, vront. Quel témoignage plus glorieux d'a-
,, mour & de fidélité les autres Villes du
,, Royaume ſeroient-elles en état de citer ?
رد
ود
ود
ود
ود
Oui , MM. on nous rendra toujours juftice
quand on voudra examiner notre
Hiſtoire avec impartialité , & nous juger
ſans prévention.
.Une telle conduite de la part des Rochelois
leur acquit l'eftime du Monarque
,obligé de les ſacrifier. Charles V. fuccefſeur
du Roi Jean les en recompenſa par
de nouveaux priviléges &c.
ود
ود
Je ne ſuivrai point l'Auteur dans la fin de
cette premiére partie. Perſonne n'ignore
comment la Rochelle ſecoua le joug des Anglois
en 1372 ; les ſemences de diviſions &
de révoltes que le novateurs y jetterent dès
l'origine du Calviniſme ; le projet qu'ils
conçurent d'y établir une République,après
en avoir chaſſé les Magiſtrats & les principaux
habitans; le fiége qu'ils y ſoutinrent
fous Charles IX. &enfin de quelle maniére
la révolte & l'Héréſie furent foudroyées par
les armes victorieuſes de Louis le Juſte.
La ſeconde partie qui a pour objet le
commerce , forme un morceau d'Histoire
fufceptible de pluſieurs détails intereſſans
qui ſeroient entrésdans le plan d'un Hiltorien
, mais auſquels M. Bourgeois n'a pas
15 V
34 MERCURE DE FRANCE.
dû s'aſſujétir en qualité d'Orateur.
ود Quin'auroit cru , dit-il, que la Rochelle
,, ſe ſeroit reſſentie long-tems de ces affreux
,, revers ? Elle ne tarda pas à s'en relever ,
,, & reprit ſous un régne affermi par la Juſti-
,, ce un éclat que le fanatiſme étoit venu lui
ودdérober. Tranquiles & rendus à eux mê-
,, mes ſes habitans ſe livrerent à d'utiles oc-
,, cupations que les armes avoient interrom-
,, pues .... Le commerce atoujours été regardé
comme le nerf d'un Etat. Rien ne
,, lui eſt effectivement plus néceſſaire après
les Loix ... Des deux branches que le
,, commerce embraſſe , celle de la mer doit
ود
ود
ود être enviſagée comme produiſant des effets
,.plus certains. Il eut été ſurprenant que nos
,, ancêtres ne s'y fufſſent pas livrés tout en-
ود tiers , placés dans une poſition ſiconvena-
,, ble , auſſi ne furent- ils pas des derniers à
,, couvrir la Mer de leurs heureux vaiſſeaux.
ودAl'imitation des Tyriens ... on vit nos
,, peres & l'on nous voit encore voler de
» l'un à l'autre hémiſphére pour aller chercher
les richeſſes des autres climats&c. ود
"A peine eut-on découvert le nouveau
>>monde que leurs navires y arriverent fous
des aufpices favorables. il s'y forme
des Colonies , & les Rochelois en établiffent
la plupart. Pleins de cette émulation
que le ſuccès ſuit preſque toujours ,
ود
ود
ور
FEVRIER 1746. 35
,,ils vont charger leurs vaiſſeaux de ce qu'ont
ود de plus précieux l'Afrique &l'Amérique.
,, Cet exemple n'a pas peu contribué ày dé-
, terminer les autres ſujets de l'Etat&c .
"
ود ,, La Rochelle n'eſt pas à la vérité la ſeule
Ville dont les vaiſſeaux touchent les bords
,, reculés de la Guinée & de l'Amérique ;
,, cet avantage lui eft commun avec pluſieurs
,, autres Villes maritimes ; mais elle en en-
,,voye tous les ans dans certaines Colo-
,, nies dont le commerce lui eſt propre &
particulier. Que ne doivent point à ſes
Négocians le Canada , l'Ile de Cayene ,
leMiſſiſipy ?
ود
ود
ود
Avant que de finir cette ſeconde Partie
M. Bourgeois ajoute de nouveaux traits au
génie laborieux & déſintereſſé qui caractérife
les Rochelois,&fe rend naturellement
à ſon troiſiéme objet , qui eft de conſidérer
la Rochelle par rapport aux Sciences & aux
Arts.
L'Orateur commence cette partie par
l'éloge du ſçavoir en géneral , & attribue
avec raiſon à l'ignorance les progrès de l'erreur
: » Les reffources , pourſuit-il , qui ſe
>> tirent d'un fond d'eſprit que l'Art a cultivé
, ſont de tous les Erats , appartiennent
à toutes les conditions. Nos ayeux qui
» en avoient entrevû l'avantage enfante-
>>rent au milieu même de tumulte des ar-
دد
20
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
> mes , des projets qui tendoient au progrès
১১
১٦
des Sciences& des Arts. Ils érigérent des
>> Ecoles pour l'inſtruction de la jeuneſſe ...
Ils donnerent tous leurs foins à ramaſſer
» un nombre infini d'ouvrages , ſoit imprimés
, ſoit manufcrits,dont ils compoſerent
> une riche bibliothéque ... Le Cardinal
de Richelieu ne crut point qu'ily eût de
>> récompenſe plus digne du ſervice qu'ilvenoit
de rendre à l'Eglife & à l'Etat , que
> la poſſeſſion de cette Bibliothéque célé..
bre. Louis XIII. la lui donna , & elle a
>> depuis paffé à la famille de ce grand Minif-
>> tre que la protection qu'il accorda aux
>> Sciences n'a pas moins illuſtré que tant
d'autres qualités qui rendront ſa mémoire
immortelle.
دد
رد
ود
ود
ود
"
"
"
,
Mais la privation d'un ſecours auſſi néceffaire
n'éteignit point dans nos ayeux
cet amour des Lettres ſi cher à ceux qui les
connoiffent & qui en ſentent le prix. Faifons
voir que nous avons hérité de leur
,,goût , & s'il fautpour nous yengager des
exemples tirés de notre Patrie, en est-il de
plus capables de nous encourager que le
fort brillant de quelques ſcavans que cette
Ville a produits ? ,,
ود
"
ود
M. Bourgeois parcourt le nombre des
gens de lettres dont la Rochelle a été la Patrie.
Ils'arrête ſur quelques-uns , en fait un
FEVRIER
1746. 37
د
court éloge , accompagné de la notice , &
ſouvent de la critique de leurs ouvrages .
Enſuite de quoi il ajoûte : Combien de
,, gens de Lettres ne nommerois-je pas , ou
fortis de cette Ville , ou qui lui ont été attachés
, ſi je n'étois contraint de me renfermer
dans des bornes étroites ? Outre
,, ceux qui y ont vu le jour , il me ſeroit facile
d'en citer un grand nombre attirés par
» nos ancêtres: car il ne faut que protéger
ود
ود
ود
ود
ود les Sciences pour voir accourirde toutes
,, parts les perſonnes qui les cultivent. Heu-
,, reux alors l'Etat qui les reçoit dans ſon
دد ſein! C'eſt preſque toujoursune marque
,, infaillible de puiſſance & degrandeur&c.
20
ودDes titres figlorieux pouvoient- ils man-
,, quer de nous obtenir de l'autorité ſouve-
,,raine un tribunal Littéraire tel que l'avoient
>> déja pluſieurs Villes du Royaume ? Ces
établiſſemens multipliés & qui s'augmer-
> tent tous les jours , font trop d'honneur à
> la Nation Françoiſe pour ne pas mériter
>> les regards du Gouvernement. Aufſi ,
>>comme les lettres feront favoriſées tant
>> qu'il régnera des Bourbons , ces Lycées
>>érigés ſous la protection royale deviendront
des monumens éternels& du goût
de la Nation & de celui du Souverain .
20
ככ
לכ
L'Orateur parle enſuite de la maniére
dont s'eſt formée l'Académie de la Rochelle.
38 MERCURE DE FRANCE.
Il paſſe au bonheur qu'elle eut de naître
ſous les aufpices & la protectior de S. A.
S. M. le Prince de Conty. L'Univers entier
ſouſcrira aux louanges que M. Bourgeois
donne à ce grand Prince : voici ſes
termes
ره
>> Qui d'entre vous , MM. ne s'apperçoit
>> que je veux parler du Prince qui s'eſtdéclaré
votre Protecteur ? & quel Protecteur
! UnHéros que la ſoifde la Gloire ex-
• poſe aux plus grands perils ; qui né d'un
ang où les Vertus font héréditaires en
porte l'empreinte ſur ſon auguſte front';
>> Que l'Etat ne doit- il point attendre de ſes
>> ſervices , lorſque ſes premiers pas dans
ne cariére épineuſe , ont été ſi diſtingués !
Nos troupes l'ont admiré au milieu
>> des combats , ſe partager entre la dou -
>> ble fonction de Capitaine & de foldat , fe
reproduire , pour ainfi- dire , aux lieux où
>>le danger étoit le plus preſſant , & ne fe
> pas plus ménager que ſi nos plus impor-
>> tans ſuccès n'euſſentpoint dépendu de fa
>> conſervation & de ſes jours. Prince déja
- chargé de lauriers, quoiqu'à la fleur de l'âge,
> ce ſera déſormais le Grand Conty que nous
>> aurons pour Protecteur. Mais s'il eſt grand
>> par les Vertus guerrieres, il ne l'eſt pas moins
par les qualités du coeur & de l'eſprit : celles-
>> là l'ont rendu extrêmement cher aux Héros
FEVRIER 1746. 39
> qui l'ont ſuivi dans le chemin de la Vic-
১১ toire , à ces vaillans Soldats dignes de
>> toutes les bontés & de la distinction
>> dont il les a récompenſés: celles- ci , le pu-
» blirai-je , MM ? vous l'attachent avec une
>> complaiſance qui vous honore infiniment ,
& qui vous affure les bienfaits que l'émulation
littéraire a lieu d'attendre de ſon
>> amour pour les lettres &c.
20
CANTIQUE d'Ezechias Roi de Juda.
Ego dixi in dimidio dierum meorum &c .
LOrſquemes maux paroiffoient fans reffource,
J'ai dit , pleurant mon triſte ſort ,
Helas ! faut- il qu'au milieu de ma courſe
J'arrive aux portes de la mort ?
De mes jours écoulés je cherche envain le reſte :
Couvert d'un nuage funeſte ,
O terre des vivans ! Saint Temple demon Dieu !
Sacré Palais du Roi Céleste !
Je vais bien-tot vous dire un éternel adieu .
Hommes , adieu ; voici ma derniere heure ,
Je vais vous quitter pour jamais ;
Adieu cher peuple , Ah ! faut- il que jemeure
40 MERCURE DE FRANCE ,
Sans te voir jouirde la paix ?
La tente d'un berger moins vîte ſe replie ,
Que la clarté ne m'eſt ravie.
Que ma fin fuit de près l'heure où je fus conçu !
Dieu tranche le fil de ma vie
Quandà peine ſa main en ourdit le tiffu .
Touslesmatinsjediſois à l'Aurore ,
Je ne verrai plus ton retour ,
Et tous les foirs à peine oſois-je encore
Eſperer de revoir le jour .
Lejour étant venu je tenois ce langage.
Ainſi qu'un lion plein de rage ,
La rigueur de mon mal a brifé tous mes os ,
LaMort peinte fur mon viſage
Me tiendracette nuit dans ſes ſombres cachots.
Pareils au bruit des jeunes hyrondelles ,
Mes cris réclamoient ta bonté.
Je gémiſſfois comme les tourterelles
Dans leur trifte viduité .
Mesyeux levés au Cieljuſqu'à la défaillance ,
Difoient , je ſouffre violence :
Mon Dieu, que ta pitié te parle enfinpour moi ;
En proye à ta juſte vengeance ,
Que puis-je en ma faveur repliquer contretoi ?
GrandDieu , je vais (ton amour m'y convie )
FEVRIER 1746. 41
Tâcher de fléchir ta rigueur ,
Etdevant toi péſer toute mavie
Dans l'amertume de mon coeur.
Si plus mes jours font courts plus il m'eſt néceffaire
De porter ton joug falutaire ,
Pour me vivifier ta main me chatira ,
Etma douleur la plus amere
En une douce paix foudain ſe changera.
Ainſimes pleurs déſarmant tajuſtice
Tu mis mes péchés à couvert ,
Et tu comblas l'horrible précipice
Qui ſousmoi s'étoit entr'ouvert.
Pour l'honneur de ton nomta bonté paternelle
A la lumière me rapppelle ,
Carqui peut ches les morts celebrer tes bienfaits ?
Qui de ta promeffe fidelle
Dans l'éternelle nuit attendra les effets ?
C'eſt auxvivans àpublier taGrace ,
Commeje le fais en ce jour.
C'est auxvivans d'annoncer à leur race
Les prodiges de ton amour.
Grand Dieu , dont l'aſſiſtance a diſſipé ma crainte,
Quandje t'adreſſerai maplainte,
Daigne y préter l'oreille& la faire finir ,
Afin que dans ta Maiſon ſainte
Jepaffe avec tes Saints mes jours à te bénir.
43 MERCURE DE FRANCE.
LETTRE à M. *** fur l'Electricité.
dé-
Ous avez entendu parler , M. des
V
merveilles de l'Electricité ,& vous
firez que je vous faffe part de ce que je
ſçais fur cette matiere , fi vous voulez vous
contenter d'une Hiſtoire abregée des découvertes
qu'on a faites dans cette partie de la
Phyſique & du détail des expériences qui
font aujourd'hui tant de bruit , vous ferez
bien-tôt fatisfait, mais n'exigez pas de moi aucune
explication de ces phénoménes que je
ne connois que depuis très-peu de tems ;
guidé par l'uniformité qui s'obſerve dans
pluſieurs expériences , je peux bien déméler
qu'un effetdépend d'un autre , mais la cauſe
premierede tous ces phénoménes m'eſt ab..
folument inconnue ,& je la cherche en vain
dans le ſyſtême de Descartes , & dans celui
de Newton .
Vous ſçavez que quand on frotte unbâton
de cire d'Eſpagne , un morceau d'Ambre
, un canon de fouffre &c. ils attirent
de petites pailles & d'autres corps legers ;
c'eſt cette vertu d'attirer qu'on appelle
versu électrique : or il y a bien d'autres corps
qui la poſſedent. On a reconnu que tous
FEVRIER 1746. 43
les corps folides à l'exception des métaux,
ont de la vertu électrique ; mais comme il
y en a qui en ont ſi peu , qu'il vaudroit autant
dire qu'ils n'en ont point du tout , on
a fait deux claſſes , l'une qui renferme ceux
qui ont beaucoup de vertu électrique &
chés qui elle est très- facile à exciter , l'autre
qui comprend ceux en qui elle est trèsfoible
on bien qui n'en ont abſolument
point du tout. Ainti la cire d'Espagne , l'ambre
, le verre , la foye , la raiſine &c . font des
corps naturellement électriques ; la pierre
de taille au contraire ,le marbre , le bois , le
fer , le cuivre &c. font des corps non-électriques.
Maintenant ces derniers corps nonélectriques
peuvent très bien le devenir
quelques fois artificiellement. C'eſt- à- dire ,
que les corps naturellement électriques peuvent
leur communiquer de leur vertu , à peu
près commeune pierre d'Aimant communique
à un couteau ſa proprieté d'attirer le
fer ; mais des expériences réitérées ont fait
connoître que les corps les moins électriques
de tous , par exemple les métaux , acquiérent
le plus de vertu par la communication
, &au contraire ceux qui font naturellement
les plus électriques n'en reçoivent
preſque point. Ainſi un bâtonde cire d'Efpagne
ne communiquera preſque point de
vertu à un autre bâton de la méme cire ,
44 MERCURE DE FRANCE.
tandis qu'il en communiquera beaucoup à
une clef ou à tout autre morceau de métal ;
cette diſtinction efti une loi conſtante dans
l'Electricité qu'il est à propos de bien connoître
, c'eſt pourquoi ilfaut ſe ſouvenir, que
les corps naturellement électriques peuvent
communiquer leur vertu à ceux qui ne lefont
pas, & toutes choses égales , ils en communiqueront
d'autant plus que ceux-ciferont moins
électriques .
Pour s'appercevoir fi un corps non-électrique
a reçû de la vertu par communication
, il faut abſolument qu'il ſoit poſé fur
un corps naturellement électrique , autrement
il re paroitroit pas qu'il eut rien
reçû. Ainſi quandje veux communiquer de
la vertu électrique a une clef par le moyen
d'untubedeverre frotté , il faut abfolument
que la clef foit ſupportée ſur un cordon de
foye , ſur un gueridon de verre bien fec,
ou ſur un bâton de cire d'Eſpagne , autrement
la clef ne paroitroit pas avoir acquis
aucune vertu , parce que les corps naturellement
électriques ne transmettent point l'Electricité:
ceux au contraire qui ne le font
point , la transmettent , la repandent.& la
laiſſent diffier ; cette loi eſtfencore conſtante
& il est très- important de la bien connoître
pour l'intelligence des expériences.
L'effet de la vertu électrique ne ſe bar
FEVRIER 1746. 45
ne pas à une ſimple attraction; lorſqu'un
corps léger comme une petite feuille d'or
a été attiré par un tube de verre ou quelqu'autre
corps bien électrique , il en eſt
preſqu'aulli-tôt repouffé & il reſte comme
ſuſpendu à quelque diſtance du tube ;
il demeure dans cet état juſqu'à ce qu'il
ait touché quelque corps non-électrique ,
dès- lors la répulfion ceſſe & il ſe précipite
de nouveau ſur le tube , mais il en
eit encore repouſſé dès qu'il arrive proche
de ſa ſurface.
Si pendant qu'une feuille d'or eſt ainſi
repouffée par le tube , on lui préſente le
doigt , une clef ou tout autre corps nonélectrique
, elle va d'elle- même s'y appliquer
comme ſi elle en étoit attirée , mais elle
ſe précipite ſur le tube auſſi-tôt qu'elle a
touché ce corps non- électrique ; ſi au
lieu du doigt, de la clef &c. on lui préſente
un autre tube de verre frotté , loin de
s'en approcher elle en eſt repouſſée comme
du premier ; or il eſt viſible que dès que
cette feuille d'or a touché le tube pour la
premiere fois elle est devenue électrique
par communication , & qu'elle perd fon
électricité dès qu'elle touche le doigt ou
tout autre corps non électrique ; c'eſt pourquoi
elle eſt de nouveau attirée par le tube.
Mais comme elle ne perd pas ſa vertu lorſ46
MERCURE DE FRANCE.
une
qu'on lui préſente un ſecond tube électri.
que , ce phénoméne fert à établir
troifiéme loi de l'Electricité : ſçavoir que
les corps actuellement bien électriques , atti .
rent ou font attirés par ceux qui ne lefont
pas , & qu'ils repouſſent ou font repoussés par
ceux qui font auſſi actuellement bien électriques,
Enfin on a découvert une quatriéme loi
fondée auſſi ſur les expériences : ſçavoir
que toutes les fois qu'on approche d'un corps
qui n'est point électrique un autre corps qui
poſſede actuellement cette vertu , foit qu'elle lui
Soit naturelle , foit qu'il l'ait reçue par communication,
la matiere électrique ſefera aussi-10t
appercevoir & paroîtra lumineuse dans l'obscurité,
&cette lumiere quiparoît à la foisfur les
deux corpsfera accompagnée d'un perillement
fi la matiere electrique est abondante.
Ces quatres loix font fondées ſurun grand
nombre d'expériences que vous avez lû dans
les Mémoires que feu M. du Fay a publié
parmi ceux de l'Académie , elles ſont confirmées
par toutes celles qu'on a faites depuis
en Allemagne , en Hollande & en France.
Comme il étoit difficile & pénible d'exciter
beaucoup de vertu électrique avec le tube
M. Boſe Profetleur de Phyſique expérimentale
à Vittemberg , imagina d'appliquer
un globe de verre à une roue de Coutelier
FEVRIER 1746. 47
&de frotter ce globe avec ſes deux mains
pendant qu'on le faifoit tourner rapidement
ſur ſon axe ; cet expédient lui réuſſit fi bien
qu'il n'employa plus déſormais que cette
méthode & qu'il augmenta prodigieuſement
par ce moyen l'electricité : voici les prinpales
expériences qu'il a faites au moyen
de ce globe.
Ayant placé un homme ſur des gateaux
de poix raiſine & lui ayant fait mettre une
main ſur le globe il devint dans un inſtant ſi
électrique , qu'on pouvoit faire fortir de toutes
les parties de ſon corps des étincelles
très-vives & très-pétillantes , & qui étoient
douloureuſes pour lui & pour celui qui en
approchoit le doigt.
Il électriſa de même une table ſupportée
pardes gateaux de poix & chargée de toutes
fortes de matieres ,toutes devenoient élecstiques
par communication & brilloient
dans l'obſcurité les unes plus , les autres
moins à proportion qu'elles étoient naturellement
moins ou plus électriques.
Ayant appris qu'à Berlin & à Dantzick on
étoit parvenu à enflammer de l'eſprit de
vin avec un tube , il repéta la même choſe
avec ſon globe,& trouva que non-feulement
l'eſprit de vin mais toutes les matic.c
flammables pouvoient s'allumer. Voici comme
j'ai vu faire ici , pour enflammer
ロー
48 MERCURE DE FRANCE .
l'eſprit de vin . On plaça un homme ſur un
gateau de poix raitine , & on lui fit mettre
une main ſur le globe , de l'autre
on lui fit tenir une cuiller pleine d'eſprit
de vin un peu tiede , lorſque par le mouvementduglobe
l'homme fut devenu afſés électrique
, quelqu'un approcha le doigt de la
cuiller comme s'il l'alloit plonger au milieu
de l'eſprit de vin ſans cependant y toucher
; dans l'inſtant il fortit une étincelle de
fon doigt & la liqueur s'enflamma , on l'éteignit
& en approchant encore le doigt on
la ralluma & la même choſe réuſſit trente
fois de ſuite.
M. Boſe dit qu'il a quelquefois ſi bien
électriſé un homme ou un enfant qu'il fortoit
de ſes pieds une vapeur lumineuſe qui
montant peu à peu juſqu'à ſa téte le faifoit
paroître au milieu d'un nuage de lumiere
comme onpeint les Saints dans les images.
On n'a pas encore puréuſſir ici, ni à Paris à
faire cette expérience , peut être faut- il le
concours de quelque circonftance que M.
Bofe s'eſt réſervée ou que l'air n'eſt pas auſſi
pur ni auſſi ſec à Lyon qu'il eſt néceſſaire
pour cette expérience. Lorſqu'on approche
du globe une barre de fer poſée horizontalement
ſur des cordons de ſoye ou foutenue
ſur un gueridon qui poſe ſur des gateaux
de poix , on voit fortir par fon extrémité
FEVRIRE 1746. 49
trémité la plus éloignée du globe une matiere
lumineuſe en forme d'aigrette qui s'anime
& devient plus vive quand on en approche
la main & ſe convertir en une étincelle
très-vive & très-bruyante fi on en
approche le doigt. On peut tirer auſſi de
ſemblables étincelles de quelque point que
ce ſoit de la barre , lorſqu'on en approche
le doigt , & fi quelqu'un touche à la barre
aufſi-tôt l'aigrette lumineuſe ceſſe, & ne ſe
rétablit que lorſqu'on ceſſe de toucher.
Si on met ſur la barre un petit monceau
de ſcieure de bois , elle eſt chaſſée ſur le
champ comme ſi elle étoit ſoufflée & fi on
préſente le doigt à cette pouſſiere , elle paroit
en être attirée.
Si on ajuſte ſur la barre un petit vaifſeau
de métal rempli d'eau & qu'on plonge
dans cette eau la branche la plus courte d'un
ſiphon capillaire ,de maniere que l'eau forte
goutte à goutte par la branche la plus longue
,dès qu'on aura électriſé la barre de fer ,
cette eau paroîtra avoir accéléré ſon mouvement
& fortira par un filet continu; &
ſi la barre devient encore plus électrique le
jet ſe partagera en pluſieurs autres plus
petits qui iront en s'écartant les uns des
autres , & qui feront attirés par les corps
non- électriques qu'on en approchera ; en in
cette eau ſera lumieuſe dans l'obscurité Lorf
C
5. MERCURE DE FRANCE .
qu'on approche du globe une barre de fer
pour en faire fortir une aigrette lumineuſe
on.excite à l'inſtant une odeur mélée d'ail ,
đe vapeur de ſouffre & d'acide; elle approche
plus de celle du phoſphore d'Angletre
que de tout autre , mais cependant
elle n'eſt pas la même , elle ſe fait ſentir davantage
à l'endroit de l'aigrette que par
tout ailleurs & elle est accompagnée comme
d'un vent qui ſouffle de l'extrémité de
la barre de fer.
Si on place ſur une table appuyée ſur des
gateaux de poix un gobelet d'argent àmoi
tić plein d'eau & qu'on en verſe peu à peu
de nouvelle tandis que la table & le gobelet
feront bien électriques , chaque goute
d'eau paroitra lumineuſe à l'inſtant qu'elle
entrera dans le gobelet.
Enfin fi on met fur la même table un
fragment de miroir avec ſon étaim , en obfervant
de mettre la glace du côté de la
rable on verra des rayons lumineux fortir
de la table dans toute la circonférence du
fragment & fe replier ſur l'étaim , par lequel
ils ſemblent attirés ,& ce phénoméne n'arrivera
pas lorſqu'on mettra l'étaim immédiatement
for la table.
M. Mifſchenbroek célébre Profeſſeur de
Phyfique expérimentale à Leyde vient de
faire part à l'Académie des Sciencés d'une
FEVRIER 1746. SI
expérience très-finguliere & qui a déja conduit
à pluſieurs découvertes ſur l'Ectricité.
Voici en quoi elle confifte. Il a ſuſpendu
horizontalement ſur des cordons de ſoye un
canon de fer dont une extrémité étoit proche
du globe électrique :à l'autre extrémi
té il avoit attaché un fil de laiton qui trempoitdans
une bouteille à demi-pleine d'eau :
il ſupportoit cette bouteille avec la maindroite
tandis qu'on électriſoit le canon de
fer ,& ayant approché un doigt de la main
gauche du canon , pour en tirer une étincelle
à l'ordinaire , il fut frappé d'un coup
ſi violent qu'il ſe crut mort, & fe trouvant
fort heureux d'en être échappé , il proteſta
qu'il ne recommenceroit pas cette experience
quand il s'agiroit du Royaume de
France ; il compare la commotion qu'il a
reſſenti dans tout ſon corps à celle d'un
coup de tonnerre : au reſte il ajoute
que toute forte de verre n'eſt pas propre
a cette expérience ; qu'elle a bien mieux
réuſſi dans une bouteille de verre de Boheme
: que quand autre perſonne tient la
bouteille pendant qu'il approche ſon doigt
de la barre le coup n'eſt pas ſi violent.
Cette expérience parût trop finguliere
à ceux qui entendirent la lecture que M.
de Reaumur fit de la lettre de M. Muffchenbroek
, pour ne pas faire naitre l'envie
Cij
32 MERCURE DE FRANCE.
de la repeter , à ceux qui étoient à portée
de le faire . MM. l'Abbé Nolet , & Le-Monnier
moins effrayés du danger dont menaçoit
M. Mufſchenbroek que picqués par l'envie
d'approfondir un phénoméne auſſi extraordinaire
, ſe mirent auſſi-tôt endevoir de la
repeter; ils ont trouvé qu'en effet il n'y avoit
rien à rabattre de l'exprſſion de M. Muflchenbroek
, & Ique la commotion que l'on
reſſent eſt des plus terribles; ils ont bien-tôt
reconnu que la qualité du verre n'influoit pas
fur le ſuccès de cette expérience autant que
l'humidité & la ſechereſſe de ſa ſurface extérieure
; que l'on peut produire le même
effet avec une barre de fer folide au lieu
d'un canon de fer & qu'on peut faire fentir
cette commotion à vingt perſonnes à la fois
qui ſe tiendroient par la main ,dont la premiere
tiendroit la bouteille & la vingtiéme
approcheroit ſon doigt de la barre.
Dans cette expérience l'eau devient lumineuſe
dans la bouteille & petille de tems
en tems ,& ſa vertu électrique ſe conſerve
pendant pluſieurs heures ; voilà M. ce que
j'ai pû apprendre ſurces expériences ſi fingulieres
que j'ai déja fait moi-même ici.Je ne
manquerai pas de vous informer de tout ce
que je verrai de nouveau puiſque vous paroiſſez
tant vous y intéreſſer. J'ai l'honneur
d'être &c.
De Lyon cepremier Fevrier 1746.
FEVRIER 1746. 53
XXXXXXX
LE MEMOIRE ſuivant nous a été
envoyé par un Curé d'une des plusgrandes
Paroiffesde Paris,
Out
N ne peut qu'applaudir aux intentions
de la perſonne pieuſe qui
a fait inférer dans le Mercure de France au
premier vol. de Décembre 1745 une confultation
ſur l'uſage qu'elle doit faire d'une
ſommede 20000 liv. qu'elle deſtine en bonnes
oeuvres. Il eſt donc encore de ces ames
généreuſes , qui touchées du bien public
ſçavent ſe détacher du ſuperflu de leurs richeſſes
pour l'employer à ſon avantage , &
qui ſont aſſésdociles pourne pas tellement ſe
préoccuper de leurs idées , qu'elles ne ſoient
dans ladiſpoſitionde les ſoumettre aux lumieres
de ceux qu'elles préſument avoir acquis
plus d'experience par rapport aux objets
qu'elles ſe propoſent. Il paroît que tels
font en effet les ſentimensde laperſonne qui
conſulte. Toute occupée du defir d'être utile
à la Société le plus qu'il lui ſera poffible,
elle ne veut point ſe déterminer ſans
conſeil, &fielle ne préſente que deux projets
pour atteindre à ce but à proportion de
ſes forces , il eſt à croire qu'elle ne s'y ref-
Cij
34 MERCURE DE FRANCE .
treint , que parce qu'on ne lui en a pas préſenté
de plus preſſants & de plus utiles . On
penſedonc entrer dans ſon eſprit , en examinant
files vues qu'elle a , produiront en
effet le plus grand bien qu'elle ſoit capable
de procurer , & s'il ne feroit pas poſtible de
porter plus loin les avantages qu'on peuttideſa
libéralité. On s'eft borné à lui parler
d'une fondation d'offices & de prieres
dans quelque communauté , ou d'établir
trois prix deſtinés à donner de l'émulation
à de jeunes gens auſquels ils ſeroient accordés
fous certaines conditions qu'on indique.
rer
Il eſt viſible que la premiere propofition
eſt appuyée ſur lesgrandes idées qu'on s'eſt
formées àjufte titre des Benedictions divines
qu'attirentdes prieres chrétiennement faites,
&fur ceux qui ſe plaiſent par deſſus - tout à
ce faint exercice , & fur ceux en faveur de
qui on les adreſſe au Dominateur fouverain
de toutes choſes. Ce projet confideré ſous
cette face n'a rien que de frappant & prouve
clairement la piété infiniment louable de
celui qui l'inſpire , & de la perſonne qui le
goûte : il eſt certain méme que s'il n'étoit
pas pleinement exécuté , il feroit préférable
àtoute autre inſtitution. Mais le zéle de nos
peres a prévenu le notre , & parcequ'ils ont
été conyaincus des grands principes que la
Foinous dicte à ce ſujet , ils n'ont rien né
FEVRIER 1746.
gligé pour nous procurer de toutes parts ce
moyen de ſalut,qui en eſt en effet un des principaux
inſtrumens. De là tant de monumens
de leur piété : de-là tant de Chapitres établis
, de Collégiales conſtruites , de Communautés
ſéçuliéres & réguliéres dotées , de
confréries inftituées; de là l'Office canonial
fondé dans pluſieurs Paroiffes ; de-là les annuels
, les Saluts , les vigiles , les obits dont
nos Egliſes font chargées , enforte qu'on affure
que dans cette capitale il n'eſt pas un ſeul
moment ſoit dujour ou dela nuit où Dieu ne
foit honoré par des ſupplications publiques,
Dans cette poſition ſeroit- ce témérité
d'avancer que peut être il ne ſeroit pas difficile
de trouver d'autres objets qu'on pour
roit foutenir dans un fort bon ſens étre plus
preſſes & plus intereſſans ?
Le ſecond projet a pour baſe l'émulation
qui eſt undes refforts les plus actifs pourtirer
les hommes de l'eſpéce d'engourdiffement
qui leur eſt ſi naturel méme dans le
premier âge , tout vif & tout animé qu'il eſt
d'ailleurs . Mais on penſe qu'il péche & par
la difficulté de l'exécution , & en ce qu'il
eſt encore d'autres inſtitutions qui ſemblent
plus inſtantes & tendre plus directement
aubiende la Société qu'on doit avoir
fingulierement en vue.
د
:
On remarquera d'abord en paſſant que
Ciij
36 MERCURE DE FRANCE.
20000 liv. ne peuvent jamais fournir par an
trois prix d'environ 300 liv. parce que toute
main morte à l'exception de quelques privilégiées
ne peut guére placer , à cauſe des
amortiflemens & des indemnités dues aux
Seigneurs qu'environ au denier 40.
Quantau fondde ce deuxieme projet, outre
l'embarras d'apprécier bien exactement
quel eſt le plus juſte, le plus moderé , le
plus ſobre , le plus laborieux des jeunes
gens d'une Ville , quelque petite qu'on la
ſuppoſe , & où peut- être ſouvent on ne
trouvera pas aſſés de concurrens , au moins
qui ayent les qualités requiſes , indépendamment
des jaloufies inévitables entre les
familles qui prétendront que leurs enfans
auroient dû avoir la préférence , des quereles
qui s'éleveront parmi ces jeunes gens ſur
les fuffrages qu'ils auront portés , & qui ne
reſteront pas ſi ſecrets qu'ils ne percent par
quelques endroits , que deviendra la valeur
du prix qui leur aura été adjugé ? Reſtera-telle
entre leurs mains ? Il ſeroit trop à craindre
qu'une jeuneſſe peu experimentée n'en
fit un mauvais uſage. Sera-t-elle confiée à
leurs parens ? L'attrait pour s'en rendre digne
ſera moins vif, & peut- être s'en trouvera-
t-il parmi ces parens qui peu aiſés ou difſipateurs
la détourneront à tout autre emploi
qu'à celui de ſa deſtination.
FEVRIER 1746. 57
D'une autre part ne peut on pas craindre
que les motifs qui détermineront cette jeuneſſe
à faire pancher labalance plutôt d'un
côté que d'un autre , ne ſoient trop légerement
appuyés ? N'y a-t-il rien à appréhender
des amitiés , des liaiſons particulieres
que ces jeunes gens auront formées entre
eux, des inſtigations ſecrettes, des intrigues ,
desmenaces de leurs parens , de leurs maîtres
, peut-être même des Domeſtiques de
leurs maiſons ? Des têtes de cet âge ne font
ni affés mures ni aſſés fermes pour desdéciſions
de cette importance ; le hazard y
aura ſouvent plus de part que l'exacte jultice,
ou une impreſſion étrangère plus que
lepropre ſentiment des Juges.
Convenous , fi onle veut , que tout s'arrangera
comme on le ſouhaite , mais encore
une fois ſeroit - il impoſſible de trouver
quelqu'autre établiſſement plus avantageux
au public & dont les fruits ſoient plus certains
? Il s'agit de bonnes oeuvres d'une perſonne
qui veut le bien ſincérement. Sans
chercher ſi loin , on a ſous les yeux nombre
d'objets qui paroiſſent aller au but plusdirectement
& revenir au fond à quelque
choſe d'approchant des deux idées auſquelles
on s'eſt fixé.
۱
Le peuple eſt comme le Prétre ; ut Sacerdosfic
populus ; c'eſt une maxime que
Cv
58 MERCURE DE FRANCE.
l'experience a rangée parmi les axiomes les
plus avérés. Veut-on un peuple docile , réglé
, attentif à ſes devoirs , & au bien de la
fociété ? on y réuflira ſi on lui procure d'ecellens
Miniftres de Jeſus-Chriſt , qui d'a
bord ne lui préſentent que des exemples de
vertus , & qui ne ceffent enſuite de lui in
culquer de bons principes par de frequentes
& de ſages'inſtructions. Ils feront du
fruit à proportion de l'étendue & de la vivacité
de leur zéle , fi ce zéle d'ailleurs fe contient
dans de juſtes bornes. Mais il eſt rai
fonnable que ce Prêtre vive de l'Autel &
que la bouche du boeuf qui laboure ne foit
pas liée ; & c'eſt ce qui manque dans la plû
part des Paroiffes , même dans Paris , fans en
exepter les plus grandes. Le ſimple Prêtre
qui porte le poids du jour &de la chaleur ,
fur qui roule tout l'effort du travail , ne
trouve pas ſouvent le plus étroit néceſſaire,
après s'y être conſacré tout entier. De-là
pluficurs inconvéniens dont on ne peut que
gémir. Perſonne , s'il n'eſt d'ailleurs à fon
aife , ne s'y fixe pour toute ſa vie , & n'y
refle qu'autant qu'il ne peut faire autrement.
Le grand ſujet eft bien-tôt enlevé : ceux
d'entre eux qui ne font pas attirés ailleurs
fouffrent dans le ſecret une indigence qu'ils
font bien éloignés de réparer par des baffeffes
, tandis que d'autres trop vivement
FEVRIER 1746. 59
tentés par leur état preſſant , fuccombent à
des occaffions qu'ils cherchent ou qui ſe préfentent,
& deviennent le ſcandale de ceux
mêmes à qui ils doivent apprendre à ne le jamais
donner. Le reméde feroit de leur procurer
dans une Communauté deſtinée à cet
effet , non pas une abondante ſuperfluité
qu'ils ne défirent pas , mais au moins l'étroit
néceſſaire qui leur eſt dù dans la plus exacte
Juſtice. Les Curés ſans doute doivent y
contribuer à proportion de leurs revenus ,
mais ces revenus quelqu'abondans qu'on
veuille les ſuppoſer dans les plus grandes
Paroiſſes , n'égalent jamais à beaucoup près
les beſoins qui s'y font ſentir. Que peut donc
un ſimple particulier dans un ſi vaſte objet ?
Et remarquons que de telles vues rentrent
dans les établiſſemens dont la perſonne qui
conſulte paroît touchée , ainſi qu'on l'a infinué
plus haut, Des Eccléſiaſtiques tels qu'on
les defire & que ce plan donnera plus de
facilité de former , ſeront des hommes de
prieres qui ne ceſſeront de porter au Seigneur
les voeux du peuple , & on chơifira
parmi eux ceux qu'on croira les plus
propres pour diriger les Etudes & le coeur
de la jeuneffe attachée aux Paroiffes , que
Dieu appellera au ſervicede ſes Autels.
Tout ce qui contribue à donner une bonne
éducation à cet âge tendre qui est égale
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE.
ment ſuſceptible des bonnes &des mauvaiſes
impreſſions , & quitend à rectifier la pente
qui entraine le plus ordinairement les hommes
& furtout le premier âge vers le mal
doit procurer viſiblement le plus grand
avantage de la Société , qu'un citoyen fenfé
ne doit jamais perdre de vue , & qu'il doit
préférer à tout. On ſe plaint & avec juſtice
dela corruption des moeurs qui régne partout
& principalement dans les grandes Villes:
mais n'y remédieroit- on pas en partie ,
en s'atrachant à former par une éducation
Chrétienne le coeur des jeunes filles nées de
pauvres parens , &eny joignant tout ce qui
peut les mettre en état par la ſuite de ſatisfaire
à leurs beſoins par un travail proportionné
à leur ſexe ? Il ne s'agira point icide
nouveaux établiſſemens toujours trop difpendieux
& difficiles à former; il ſuffira de
ſuivre & d'appuyer ce qui eſt déja commencé.
Ilya dans Paris pluſieurs Communautés
de filles érigées dans cet eſprit. Celle de Ste.
Agnès dans la rue Plâtriere l'eſt ſur ce plan
qu'elle remplit avecun ſuccès qu'elle porteroit
plus loin, ſi ſes facultés , qui ſont trèsbornées
, lui permettoient de l'étendre autant
qu'elle le deſireroit
Voici une autre idée qui concerne les
garçons. Elle fut propoſée il y a quelque
tems à un Curé de Paris qui n'eut pas été
FEVRIER 1746. 61
éloigné de la ſuivre pour ſa Paroiſſe , fifes
forces euffent répondu à ſes bonnes intentions.
Laplupart des Paroiffes de cette grande
Ville ont établi des Ecoles de Charité
où les enfans des pauvres viennent apprendre
gratuitement à lire &à écrire. On voudroit
encore y ajouter quelques principes
deDeffein. Onconçoit très bien qu'il feroit
très- utile à la plupart. Ceux que la Nature
auroit destiné pour aller au granddans ce
genre , y ſeroient portés tout naturellement
par ces premiéres notions qu'ils en auroient
reçues , mais les autres réſervés ſeulement
pour les Arts méchaniques y feroient plus de
progrès , &travailleroient avec plus d'exactitude&
de préciſion , s'ils avoient au moins
une légere teinture de celui de detliner, Le
Menuilier, leSerrurier, leBrodeur, l'Orfevre,
l'Horloger , l'Ebeniſte , le Maçon , l'Appareilleur
, le Charpentier , le Peintre debâtimens,
l'Emailleur , le Tailleur de pierres
même réuſſiroient plus facilement par ce
moyen chacun dans leur genre , & par
conféquent la ſociété en ſeroit beaucoup
mieux ſervie , but dont il n'eſt jamais permis
à un citoyen de s'écarter.
Il ſeroit encore infiniment avantageux
pour elle d'arrêter le monstrueux trafic par
Jequel d'infames uſuriers , l'horreur du genre
humain & la peſte la plus funeſte de cette
r
62 MERCURE DE FRANCE.
même ſociété , abſorbent par d'énormes
intérêts le gain de ceux qui débitent les
denrées les plus néceſſaires & les plus communes
. C'eſt ce qu'on appelle prêter à la
petite ſemaine. Ne trouveroit - on pas un
grand avantage pour le public de deſtiner
la fomme dont il s'agit à des préts gratuits
qui faits avec toutes les précautions que la
prudence exige, feroient tomber cet horrible
commerce qu'on ne ſçauroit trop détefter
ni trop tôt deraciner ? Onne fait qu'indiquer
en deux mots cette idée qui auroit beſoinde
plus d'étendue pour être ſuffiſamment développée.
Peut-être la perſonne qui confulte deſtine-
t-elle ſes libéralités à la Province , du
moins c'eſt- là qu'elle propoſe de fonder ſes
prix de vertu : on eſt bien éloigné de l'en
détourner , & la Province a ſes beſoins autant&
plus même que les grandes Villes. En
ce cas il ne faudra pas chercher fort loin des
vues dignesde fon attention & de ſa piété.
On lui inſpirera , ſi elle goûte ce projet ,
d'accroître quelque peu le très - modique
revenu , pour ne rien dire de plus , de quelques
Cures à portion congrue. On fent aflés
quel bien peut faire dans une Paroiffe de
Village unCuré habile & zélé qui ſe propoſede
faire de ſes habitans non pas des Docteurs
, Dieu ne les a pas fait naître pour
FEVRIER 1746. 63
,
cela , & ce ſeroit renverſer l'ordre que luiméme
a établi avec tant de ſageſſe , mais de
bons Chrétiens , &par conſequent d'honnêtes
gens qui ſçachent , & ils en font capables
ſi l'on s'y prend de bonne heure , ce qu'ils
doivent à Dieu , à leur Prince , à ſes ordres ,
à leurs Seigneurs , à leurs égaux , à leurs femmes
, à leurs enfans , à tous les autres hommes
à eux mêmes , à qui on apprendroit
ce que c'eſt que l'eſprit de juſtice qui ne permet
pas de faire aux autres ce que nous ne
voudrions pas qui nous fut fait à nous mêmes
; d'où on leur feroit tirer cette conſequence
qui n'est pas au- deffus de leur portée,
que levol , l'impureté , l'yvrognerie , & tant
d'autres peſtes de la ſociété en ſont en effet
le renverſement & la deſtruction . Mais peuton
ſans un miracle de la Providence , peuton
eſpérer un tel homme dans une Cure à
portion congrue , où il eſt évident que le
Curé ne peut vivre qu'en s'occupant entiérement
à labourer la terre comme ſon payſan,
ou à façonner une vigne toute terreftre préférablement
à celle du pere de famille qui
lui eſt ſi particulierement recommandée ?
les tirer de cet état paroît le plus preffant de
tous les objets de cette eſpéce , &dès- là préférable
à ceux fur leſquels on conſulte.
Telles font lesidées qu'ont fait naître les
deux propoſitions auſquelles cette perſonne
64 MERCURE DE FRANCE.
libérale & bienfaiſante s'eſt arrêtée : telles
ſont les réflexions qu'on a cru pouvoir y
oppoſer. On ne prétend pas qu'il ſoit impofſible
de trouver encore mieux , c'eſt ce
qu'apprendront les autres Ecrits que ſans
doute on lui adreſſera à ce ſujet par lavoye
Indiquée. Ils la mettront à portée de ſe déterminerentre
tous les projets qu'on lui propoſera
ſans doute en grand nombre , & de
remplir parfaitement un deſſein auſſi digne
d'éloge , & auſſi intéreſſant pour le public
que celui dont elle eſt occupée ; mais n'a - tonpas
un juſte ſujet de craindre que ſon zéle
ne trouve pas beaucoup d'imitateurs ?
A M. l'Abbé de B. sur sa réception à
l'Académie Françoise.
Ut Pictura Poëfis. Hor.
DEfleurs nouvellement écloſes
Je vois le Pinde s'embellir ;
D'Anacréon je vois les roſes
Dans tes jeunes mains refleurir.
Tour rit à ton charmant génie :
La Nature à l'Art réunie
,
EtlesGraces ſous ton pinceau
Préparent les couleursbrillantes,
FEVRIER 1746. 65
Forment les nuances riantes
Du Titien & de Vateau .
ODE
ANACREO NTIQUE.
AMile ..... en lui envoyant une fleur
d'immortelle le jour de ſa fête.
QUe l'immortelle ſoit l'image
Dema ſincére & vive ardeur :
Accourez donc troupe volage ,
Volez , Zéphirs , rendez hommage
Ala maîtreſſe de mon coeur.
Brillante fleur née à Cythere ,
Enfant des amoureux Zéphirs ,
Préſentez -vous à ma Bergére ,
Et ſoyez la dépoſitaire
De mes baiſers , de mes foupirs.
Parez le ſein de ma maîtreſſe ,
En dépit des fâcheux jaloux ;
Allez , redites- lui fans ceſſe
Quemonamour & matendreſſe
Seront immortels comme vous.
1
66 MERCURE DE FRANCE.
MADRIGAL.
A la même pour mettre au bas de ſon Portaits
C
Elle qu'ici vous voyez en portrait ,
Tant amiable , en beautés fi parfaite ,
C'eſt Cupidon , oui , lui - même en cornette ;
Qu'en dites-vous ? Le voilà trait pour trait.
Si l'Amour est de maligne nature ,
De même auſſi la gente créature
Se plait au mal , & logedans ſes yeux
Un doux poiſon dont on a tout à craindre ;
Puis la cruelle allume mille feux
Qu'helas ! jamais on ne ſçauroit éteindre.
EPITRE à M. le Chevalier D. L. T.
pour lui demander la permiſſion de l'aller
voir.
L. T. un momentd'audience :
C'eſt un éleve d'Apollon
Qui met en toi ſa confiance ;
Nouveau dans le ſacré Vallon
Et dépourvû d'expérience ,
Que peut-on faire ſans appui !
L'on a tant de peine aujourd'hu
D'attraper un peude ſcience ,
Que fans les lumieres d'autrui
FEVRIER 1746. 67
Rarement feroit-on fortune .
Excuſe ſi je t'importune ;
Gens de lettres , comme l'on dit,
Recherchent toujours gens d'eſprit ;
A les frequenter on ſe forme ,
On ſe débrouille , & l'on s'inftruit .
Que l'Ecolier dans ſon réduit
Sue àmettre preuve en forme ,
Que par l'appas du gain ſéduit
L'avide Marchand ne s'informe
Quede ce qu'un tel bien produit :
Chacun à ſon gré ſe conduit ,
Heureux ſi rien ne le traverſe !
L'Homme delettres , s'il converſe
Jamais il ne le fait fans fruit ,
Car fçachant tout mettre à profit
Il s'amaſſe un fonds de richeffe
Dont il jouitdans ſa vieilleſſe :
C'est un tréſor où des voleurs
La mainne peut jamais atteindre ,
Et pour lequel rienn'eft à craindre ,
Ni renverſemens ni malheurs .
D'Homere , d'Horace , d'Ovide
Tout lemonde n'a pas le goût ,
Hélas ! il s'en faut de beaucoup ,
Mais chacunde gloire eſt avide;
On commence àpeine à penſer ,
Qu'on veut courir à toute bride
8 MERCURE DE FRANCE.
Qu'arrive-t-il à tant tracer ?
L'on recule au lieu d'avancer ,
Et celafaute d'un bon guide.
Ce n'eſt pas tout deſe preſſer ,
Il faut voir par où l'on débute ;
Souvent tel qui commence bien
Finit par faire la culbute :
Il faut fi peu de choſe , un rien ,
Pour renverſer votre eſpérance ,
Que ma foi le meilleur moyen
Pour travailler en affûrance
Eſt de rechercher l'aſſiſtance
De quelque brave Citoyen ,
Sçavant , & d'un accès facile:
Il en eſtplusd'un dans la Ville
Dont on peut écouter la voix.
Ton nom ma guidé dans mon choix ;
Je ne demandeque d'apprendre :
Quel heur , fi je pouvois entendre
Qu'on me recevra quelquefois !
J'irai , ſi je ne t'embaraffe ,
Près de toi prendre des leçons ;
Apollon à ſes Nourriſſons
En dicte bien ſur le Parnaſſe.
Voltaireſe fait un plaiſir
De ſuivre le Dieu du Permeſſe ,
Detout tems chés lui lajeuneſſe
L'a trouvé ſuivant ſon dear.
FEVRIER هو . 1746
Rouſſeau , quand il étoit aumonde
Aplus d'un fervoit de Mentor ;
J'en nommerois d'autres encor ,
Tantla choſeen preuves abonde,
A préſent même Nericaut
Sedélaſſe avec un éleve :
Quandon ſçait ce qu'un eſprit yaut
L'on commence , Nature acheve ;
C'eſt ainſi que la plupart font ,
C'est ainſi qu'ont fait ces grands hommes ,
Car avant d'être ce qu'ils font ,
Ilsont étéceque nous ſommes.
Allez , partez , petite Epitre ,
Volez chés ce beau Chevalier ;
Dabord montrez lui votre titre ,
Priez-le de vous déplier .
Sur tout ayez ſoin d'être ſage ;
Verturegneencette maiſon ;
Vous viendrez me rendre raiſon
Du ſuccèsde votre meſſage.
Le 18 Octobre 1745 ,
70 MERCURE DE FRANCE .
SUITE de l'Aſſemblée publique de l'Académie
des Belles Lettres .
M. l'Abbé de la Bleterie lût ensuite unMémoire
par lequel il continua de prouver
que l'Empire Romain ne fut jamais , ni
patrimonial, ni héréditaire même dans la
Maison des Césars.
D
Ansles Mémoires précédens l'Auteur
avoit montré que l'Empire fut électif
dans ſon origine : il préſenta en peu de mots
au commencement de celui-ci , les principales
preuves qui établiſſent par rapport à
Auguſte & à Tibére la vérité de cette propoſition,
également vraie , ſelon lui , pour
toute la ſuite de leurs ſucceſſeurs. Auguſte
n'a point régné par droit de conqueſte : pour
rendre ſa puiſſance incontestablement légitime
, il s'en démit , & ne voulut la reprendre
qu'en vertu d'un Acte National émané
du conſentement libre des differens ordres de
l'Etat. Encore ne l'accepta t-il qu'en partie ,
puiſqu'il partagea les Provinces avec le
peuple&pourun tems limité , tantôt pour
dix ans , tantôt pour cinq ; termes à l'expiration
de chacun deſquels ſes pouvoirs
étoient renouvellés. Ainſi le régne légitiFEVRIER
1746. 71
me d'Auguſte , ſuivant la judicieuſe rematque
de l'Auteur , eſt compofé de fix régnes
auſſi diſtincts que ſi l'Empire eut été fucceffivement
gouverné par ſix Souverains .
Onne lit nulle part que ce Prince ait accepté
, ni même qu'on lui ait offert le droit
de ſe nommerun ſucceſſeur. La prérogative
de diſpoſer de l'Empire comme d'un bien
patrimonial , ou de le tranſmettre à ſa famille
comme un bien héréditaire auroit été
incompatible avec l'authorité provifionelle
& paſſagére qu'affecta conſtamment un
Prince dont la politique fut toujours de
montrer aux Romains leur liberté dans une
perſpective peu éloignée. Lapuiſſance Impériale
ne confiftoit que dans la réunion du
commandement des armées & du Gouvernement
de certaines Provinces avec les Magiftratures
& les Dignités de la République :
or ces emplois furent toujours électifs chés les
Romains , & quoique réunis par Auguſte
ils n'avoient pu devenir héréditaires en ſa
perſonne , fans une diſpoſition ſpéciale du
peuple Romain , diſpoſition que le peuple
Romain ne fit jamais.
Pour Tibére , il ne fût afſocié à une partie
de la puiſſance d'Auguſte que pour la
vie d'Auguſte ſeulement , & cela par une
Election où l'on obferva ſcrupuleuſement
toutes les formalités. Les pouvoirs de Ti-
:
72 MERCURE DE FRANCE .
bére expirants de droit à la mort d'Auguſte ,
quoique de fait ce Prince ſe trouvat maître
abſolu de toute l'Empire , il n'en devint
poſſeſſeur légitime que parcequ'il fut élû
denouveau par la Nation.
Detous ces faits incontestables , & dont
Jadiſcuſſion fait , comme nous l'avons dit ,
l'objetdes Mémoires précédens , M. l'Abbé
dela Bleterie s'eſt cru en droit de conclure
que l'Empire fut électif juſqu'à Tibére.
Dans celui dont nous donnens içi l'extrait ,
il entrepritdeprouver 19. que ſous ce Prince
on continua d'en avoir la même idée : 2P .
que Tibére ne diſpoſa point de l'Empire ,
&que Caïus Céſar ſon ſucceſſeur fut élu par
leSénat.
PREMIERE PROPOSITION.
Sous Tibére on continua de regarder
l'Empire comme Electif,
Un Argument négatif établit d'abord
cette propofition. Adeux changemens près
que fit Tibére à la conſtitution de l'Empire,
il laiſſa ſubſiſteren ſon entier le plan
de ſon prédéceſſeur. Or ni l'une ni l'autre de
ces innovations n'a pû rendre l'Empire ni
héréditaire ni patrimonial.
La premiére déja préparée par Auguſte ,
&qui
FEVRIER 1746.
73
&qui porta une vive atteinte à la libertéde
Rome, regarde les Comices ôtés au peuple
&transférés au Sénat. En attribuant au Sénat
le droit de nommer à toutes les Magiſtratures
& au gouvernement des Provinces
qui étoient du reffort du peuple; en donnant
force de loi aux SénatusConſultes autoriſés
par l'Empereur , ou aux Edits de l'Empereur
approuvés par le Sénat , cette innovation
concentroit toute la puiſſance légifla- ⚫
tive dansune compagnie uniquement regardée
juſqu'alors comme le Conſeil de la Nation
, & dans la perſonne deſon Chef: efpéce
de Gouvenement Aristocratique ſous
les bons Empereurs , mais qui ſous les mauvais
Princes n'en avoit que l'apparence ,
parce que le Chefdu Sénat étoit Generaliſſime
des troupes , & en même tems armé de
la puiſſance Tribunitienne qu'il faifoit valoir
quand il le jugeoit àpropos au nom de
cemêmepeuple qu'il avoit écraſéde concert
avec le Sénar, M. l'Abbé de la Bleterie remarqua
que l'abus que le peuple avoit fait
plusd'une fois ſous Auguſte des foibles reſtes
deſon autorité , ſervit de pretexte à Tibére
pour lui enlever le droit d'élire ſes Magiſtrats
, mais que la véritable raiſon fut le
déſirde ſe rendre plus abſolu : motif encoreplus
puiſſant ſur ſon eſprit que l'antipathie
contre les Plébéïens héréditaire dans ſaMaifon
D
74 MERCURE DE FRANCE .
"
د
>>Il faut, ajoûte l'Auteur, qu'un demi-fiéclede
ſervitude rétreciſſe étrangement les efprits
.Ceux qui aſpiroient aux Charges ſe fé-
„liciterent de n'être plus dans la néceſſité de
faire la cour au peuple &d'acheter ſes ſuffrages.
Le Sénat triompha de l'anéantiſſe-
>>ment du peuple , ſans conſidérer que le
> peuple n'étant plus rien , il ne ſeroit lui-
>>meme que ce qu'il plairoit au Prince ,
parce qu'il eſt plus aiſe de dominer une
>>compagnie dont les membres ont des
>>prétentions , des craintes , des eſpérances ,
.qu'une multitude degens obſcurs & fans
ambition , qui ne ſouhaitent la faveur , ni
>> n'appréhendent la diſgrace.
১১
La feconde innovation qui ſe fit ſous ce
régne , c'eſt que la puiſſance Impériale devint
uneMagiftrature perpétuelle. Mais de ce
qu'elle ceſſa d'être décennale , de ce qu'elle
fut cenſée appartenir pour toute la vie à celui
qui en étoit une fois revêtu , il ne s'enſuit
pas qu'elle fut devenue ſucceſſive. Les
Romains étoient bien éloignés de le penſer ,
puiſqu'à l'expiration de chaque Décennat de
Tibere, ils célébrerent les mémes jeux ,
les mêmes fêtes , reçurent les mêmes largefſes
qu'à la fin de ceux d'Auguſte : ufage
foigneuſement obſervé ſous les régnes fui .
vans ,&qui fſee perpétua dumoinsjuſqu'à la
chutede l'Empire en Occident,
FEVRIER 1746 75
A cet argument negatif qui ne ſouffre
point dereplique , M. l'Abbé de laBleterie
joignit des preuves poſitives dont la force
ne nous a pas paru moindre.
1º. Tibére faifoit gloire d'être parvenu
à l'Empire par le choix de la Nation : » Un
>> bonPrince , diſoit-il un jour aux Sénateurs
» aſſemblés , un Prince digne de l'honneur
» que vous lui avez fait de le revêtir d'un
- pouvoir fi grand & fi étendu , doit s'aſſfu-
>>jétir à la volonté du Sénat .... Je ne me
>>repens point de vous avoir tenu ce langa-
" ge , puiſque j'ai trouvé en vous & quej'y
>>trouve encore des maîtres pleins d'indul
>> gence & de bonté.
د
2º. I.oinde prétendre au droitde diſpoſer
ſeul de l'Empire , fidéle au ſyſtême d'Auguſte,
il ne vouloit pas diſpoſer par lui-même
de lamoindre place , &demandoit tout au
Sénat. M. l'Abbé de la Bleterie ne diſſimule
pas qu'au rapport de Tacite ces prieres
d'un homme qui pouvoit contraindre
étoient regardées comme de vaines grimaces
par ceux à qui elle s'adreſſoient. Mais dujugement
que portoient les Romains de ce
manége de Tibére & d'Auguſte , il faut
conclure , non que ces Princes avoient le
drolt , mais qu'ils avoient le pouvoir de faire
d'autorité ce qu'ils demandoient : nous
paſſons à regret pluſieurs réflexions de l'Au
Dij
76 MERCURE DE FRANCE,
teur ſur la maniere dont il falloit traiter
avec un peuple jaloux dans l'eſclavage méme
des apparences de ſa liberté.
3 ° . Tacite ne regarde point comme une
une vaine formalite la lettre que Tibére
écrivit au Sénat pour le prier de conférer à
fon fils Drufus la Puiſſance Tribunitienne.
Sa demande lui fut accordée avec des flateries
dans leſquelles ce Prince même trouva
de l'excès. Mais malgré la baſſeſſe du Sénat ,
malgré ſa proſtitution aux volontés des Empereurs
, ni dans cette occaſion , ni dans aucune
autre , ces flateries ne roulerent ſur la
modération du Prince qui s'abaiſſoit à demander
ce qu'il avoit droit de donner. Dans
l'hypothéſe refutée par l'Auteur de ce Mémoire
, une telle modération eût cependant
été le lieu commun de tous les adulateurs ;
>>la flaterie n'a recours au menſonge qu'au
➡défaut de vérités qui puiſſent ſervir à ſes
fins. Drufus alors en Campanie écrivit au
Sénat une lettre de remerciment qui parut
fiere , quoique conçue en termes affés modeftes
. On trouva mauvais que pour un
voyage de plaiſir , un jeune homme élévé à
une place ſi éminente , ſe crut diſpenſe de
venir au Sénat. Dans le fait, ajoute l'Auteur
, tout eſt ſerieux. Il s'agit de déſigner
>celui qui doit un jour commander à l'Univers
: Tibére prie ; le Sénat opine &
رد
FEVRIER 1746. 41
accorde ; Drufſus témoigne ſa reconnoif
ſance , le Sénat ſe plaint qu'elle n'est pas
→aflés reſpectueuſe ni proportionnée au
>> bienfait ; l'Hiſtorien approuve ces plaintes;
donc Tibére , Drufus , le Sénat ,
» l'Auteur des Annales font tous intime-
১১ ment perfuadés que l'Empereur n'a point
as droit de diſpoſer de l'Empire , & qu'ainfi
» l'Empire n'eſt point patrimonial.
Ceferoit-dont ſetromper groſſiérement
quede prendre à la lettre certaines expref.
ſions abregées ou peu exactes qui ſe trouvent
dans les Auteurs .
Quand on lit qu'un tel Prince aſſocia un
tel , lui donna la puiſſance Impériale , le
choifitpour Succeſſeur , ces termes doivent
être interpretés par l'uſage connu d'ailleurs .
Dans une Hiſtoire Romaine ils ſignifient
que l'Empereur propoſa , recommanda un
tel ſujet, & que ce ſujet fut élû , comme ils
ſignifieroient dans une Hiſtoire de Ruffie
que le Monarque propriétaire nomma d'au
torité celui qu'il voulut choiſir : réflexion
importante qui renferme un principe géneral
dontl'Auteur fait l'application à uncélébre
paſſage de Tacite qu'il traduit & que
nous ſommes forcés d'abreger ; c'eſt celui
où l'Hiſtorien rapporte les irréſolutions de
Tibére ſur le choix d'un ſucceſſeur. » Tibere
incertain à qui remetre leGouvernement de la
১১
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
République , balança d'abord entre le jeune
Tibére fils de Drusus , & Caius fils deGermanicus
, tous deux ſes petis-fils , le premier
par la Nature , le ſecond par l'adoption ...
Il penſa même à Claude ſon neveu , mais la
foibleſſe de ſon esprit lui donna l'exclufion ...
D'un autre côté prendre un Succeſſeur dans
une famille étrangère , c'eût étédeshonorer la
MaisondesCéfars.
Les autres paſſages de Tacite prouvent
que l'Empire n'étoit point patrimonial , mais
celui-ci eft déciſif pour montrer qu'il n'étoit
pointhéreditaire.
Tibére a deux petits fils , &cependant
il penſe au choix d'un Succeffeur , donc il
n'y a point d'héritier préſomptif: donc ni la
filiation naturelle , ni la filiation légale ne
donnent le droit de ſuccéder. La ſeule incapacité
de Claude l'empêcha d'être déſigné
par Tibére ; fi ce Prince ne craignoit de
dégrader la Maiſon , il pourroit propoſer au
Sénat un étranger : donc la puiſſance Impériale
n'eſt point attachée àla Maiſon des
Céſars: donc fous Tibére on continua de
regarder l'Empire comme électif. Paſſons à
la ſeconde propoſition .
FEVRIER 1746. 79
SECONDE PROPOSITION.
Caius neparvint à l'Empire en vertu d'aucune
diſpoſition de Tibére , mais par l'élection
du Sénat.
I'opinion commune eſt que Tibére
dans ſon teſtament avoit nommé Caïus pour
fon fucceffeur & coniointement avec lui
Tibérius Nero Gémellus ſon petit-fils.
Les Auteurs originaux s'accordent ſipeu
fur ce qui regarde les dernieres diſpoſitions
de ce Prince , que M. l'Abbé de la Bleterie
1 s'eſt cru obligé de diſcuter & d'apprécier
leurs témoignagnes. Il commence par ceux
des Auteurs qui ont écrit en Grec , Joſeph
Philon &Dion.
Selon Joſeph , Tibére malade à Caprées
commanda à Evode ſon affranchi
de faire venir le lendemain de grand matin
ſesdeuxpetits-fils. Réſolu de laiſſer l'Empire
àcelui que leCiel lui déſigneroit pour Succeſſeur
, il pria les Dieux de lui faire connoître
leurs volontés , & fur le champ il réſolut
de l'interpréter en faveur de celui des
deux Princes qui viendroit le premier. Malgré
des meſures affés juſtes de ſa part Caïus
qu'il haiſſoit prevint le jeune Tibérius auquel
dans ſon coeur il donnoit la préference.
Diiij
80 MERCURE DE FRANCE.
1
Ce fut donc Caïus qu'il nomma ſon Succef
ſeur , eu lui adreſſant un diſcours fort
pathétique pour l'intéreſſer au fort de l'infortuné
fils de Drufus. Le Succefleur
déſigné promit tout réſolu de ne rien
tenir , & Tibére mourut quelques jours
aprés.
Philon au contraire en plus d'un endroit,
majs ſurtout en rapportant la fin tragique
du jeune Tibére , l'appelle le cohéritier de
Caïus dans la puiſſance Impériale , & dit
nettement qu'il avoit été laiſſé pour Collé
gue à ce Prince .
Pour Dion , comme s'il préſentoit les differentes
parties de ſon Hiſtoire à differens
lecteurs , il dit dans un endroit que Tibére
s'attacha au feul Caïus , & dans un autre ,
qu'il avoit auſſi laiſe l'Empire à ſon petit-fils
Tibérius, mais que Caïus fit caſſer ſon teſtament.
Venons aux Auteurs Latins. Tibére , felon
Tacite , toujours irréſolu , n'ayant ni
affés de tête , ni aſſés de ſanté pour déliberer
plus long-tems ſur une affaire de cette importance
, en abandonna la déciſion au deſtin.
Ce n'eſt pas que quelque fois il ne parlât
de maniere à faire ſentir qu'il ſçavoit bien
que Caius régneroit après ſa mort, & feroit
périr le jeune Tibére.
Sénéque cité par Suétone donne une
FEVRIER 1746. 8r
grande force au témoignage de Tacite , en
affurant que Tibére ôta fon anneau , le tint
un peu de tems , comme s'il eut voulu le
donner à quelqu'un , qu'enfuite il le remit
à fon doigt , ferma ſa main gauche & demeura
long-tems immobile. Dans un tems
où le cachet tenoit lieu de ſignature , remettre
ſa bague à quelqu'un c'étoit lui donner
la plus grande marque de confiance .
Tibére donc , en paroiſſant d'abord le
préſenter à Caïus & le remettant enſuite à
fon doigt, en faiſant effort pour le retenir,
lorſque ce Prince barbare voulut le lui arracher
, en le lui redemandant même après ,
ne marquoit - ilpas affés qu'il mouroit indécis
ſur le choix de ſon ſucceffeur ?
Enfin ſelon Suétone , Tibére deux ans
avant ſa mort fit ſon teftament dans lequel
il nommoit Caïus & le jeune Tibére fes
héritiers pour moitié , & les ſubſtituoit l'um
àl'autre.
Il ajoûte que Caïus étant arrivé à Rome ,
le Sénat , ſans égard à sa volonté d'un Prince
qui mouroit chargé de toutes les imprécations
que la haine des peuples vomit con
tre lesTyrans , quand ils ne font plus à craindre
, caſſa le teſtament& donna à Caïus le
droit de diſpoſer de tout , jus arbitrium que
rerum omnium ipsipermiffum est.
Après avoir fait parler les témoins M.
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
l'Abbé de la Bleterie confronta leurs témoignages.
Il refuta d'abord en peu de mots
quelques circonstances du récit de Joſeph
affes indifferentes à la queſtion. Mais pour
le fond du récit méme , qui ſe réduit à faire
regarder Caius comme l'unique ſucceſſeur
déſigné par Tibére , quelqu'oppoſé qu'il
paroiffe au ſentiment de Tacite , ſuivant lequel
Tibére meurt ſans avoir fait de choix ,
fans avoir voulu même en faire , l'Auteur du
Mémoire eſſaya de les concilier , le fit d'une
manière qui ne laiſſa rien à defirer , &
prouva que c'est à ces deux autorités réunies
qu'il faut s'en rapporter. Quoique Tacite ne
fafle point confulter les Dieux par Tibére ,
quoiqu'il le laiſſe mourir dans l'irréſolution
il rapporte cependant pluſieurs mots de ce
Prince qui prouvent qu'il étoit convaincu
que Caïus ſeroit ſon fucceffeur,
,
» Indépendamment de tout préſage, un
>> politique tel que Tibére ne pouvoit
>>ignorer quel ſeroit le fortde ſes deux pe-
> tits- fils. La jeuneſſe de l'un , le mauvais
>> naturel de l'autre , le fanatiſme des Ro-
-mains pour tout ce qui appartenoit à Germanicus
, étoient autant d'oracles qui lui
→ annonçoient que Caïus étoit deſtiné à
>> l'Empi e & Tibérius à la mort. Ilest à
préſumer quedans ces derniers momens où
la voixde la Nature eſt ſi forte, ſa tendref-
ככ
FEVRIER 1746. 83
ſe pour le fils de Druſus ſe ranimant , lui ſuggéra
le diſcours que Joſeph lui fait tenir à
Caïus : il a pû lui dire qu'il lui remettoit
l'Empire , mais cette parole à laquelle Joſephdonnoit
un ſens contraire aux idées Romaines
, n'eſt pointune inveſtiture dans les
formes , & quoique vérifiée par l'événement
, elle n'empêche pas que Tacite n'ait
raiſon de dire que Tibére mourut fans
s'étre choifi un Succeſſeur.
Pour Philon & Dion il eſt impoſſiblede
les rapprocher ni de Tacite ni de Joſeph.
Leur récit du premier coup d'oeil paroît
plus conforme à celuide Suétone , mais cette
conformité n'eſt qu'apparente. Ces deux
Auteurs Grecs ne comprenant point le teftament
de Tibére , ſe font imaginés qu'en
inſtituant héritiers ſes deux petits- fils il leur
avoit légué la puiſſance Impériale ; idée contraire
au jugement que Tacite & Suétone
ont porté l'un & l'autre de ce teſtament , qui
ne regardoit , ſelon eux , que fon patrimoine.
Nous ne pouvons douterde ce quepenfoit
Tacite , quoique nous n'ayons plus le
ſeptiéme livre de ſes annales où néceſſairement
il devoit en parler.
En effet , au rapport de Suétone , Tibére
avoit fait ſon teftament deux ans avant
famort. Or felonTacite , dans les derniers
momensde fa vie il délibéroit encore fu
Dvj
84 MERCURE DE FRANCE .
le choix de ſon Succeſſeur , & mourut indécis.
Donc au jugement de Tacite , diſons
mieux , au jugement de Tibére méme , ſes
difpofitions n'eurent pour objet que les
biens qu'il poffedoit comme citoyen.
Une ſeconde preuve de ce ſentiment ,
déja ſi bien établi par celle qui précéde ,
c'eſt qu'Auguſte n'avoit point diſpofé de
l'Empire par ſon teftament. Si Tibére
l'eut fait dans le ſien , c'eut été une nouveauté
remarquable : c'étoit le cas où Suetone
ſe ſeroit exprimé avec préciſion , comme
il fait dans la vie de Caïus , lorſque
pourdonner une preuve de la paſſion extravagante
dece Prince pour Drufille ſa ſoeur,
il dit que Caïus l'inſtitua héritiere de ſes
biens & de l'Empire , bonorum atque Imperii,
mais il parle des derniéres volontés de Tibére
comme il parleroit de celles d'un fimple
citoyen , heredes ex aquis partibus reli .
quit ... nepotes.
Enfin s'il ne s'agit que du patrimoine de
Tibére , on entend ce que veulent dire ces
mots , heredes ex aquis partibus. Mais que
fignifient- ils s'il eſt queſtion de l'Empire ?
ils marquent néceſſairement un partage :
quelfera ce partage ? fera- ce une ſeparation
réelle des contrées ſoumiſes aux Romains ?
non , du tems de Tibére la ſeule idée en
eut paru monstrueuſe. Ce projet inconnu
FEVRIER 1746. 85
- ce
juſqu'aux enfans de Septime Severe , leur
fut fuggéré par l'antipathie , & la propofition
en fut rejettée avec horreur. Si Diocletien
l'exécuta dans la ſuite , il y fut contraint
par la néceſſité de multiplier les
étais d'un Empire chancelant. Sera
un partage de fonctions ? Lorſque Tibére
le propoſa lui-même à la mort d'Auguſte ,
onlui fit entendre qu'un tel partage donnoit
atteinte à l'indiviſibilité de l'Etat , & les
Romains n'avoient pas changé d'avis depuis.
Concluons donc avec Tacite & Suetone
que c'eſt uiquement ſon propre bien
que Tibére partagea à fes deux petits fils
&non la puiffance Impériale , comme le prétendent
Philon & Dion qui ont étendu
trop loin l'idée d'héritier. Le premier , Philoſophe
Juif, & qui député des Juifs d'Aléxandrie
avoit paffé un tems peu conſidérable
à la Cour de Caius , eſt excufable d'avoir
jugé du teftament de Tibére , comme
il auroit jugé de celui d'un Monarque Orien .
tal , ou de quelqu'un des Rois d'Egypte fucceffeurs
d'Alexandre. Mais comment excuſer
le ſecond , Sénateur Romain , homme
conſulaire , de n'avoir pas reformé ſes idées
aſiatiques , du moins par la lecture de Taci
te qu'il avoit tout entier entre les mains ?
Mais dira-t- on , ſi dans le teftament de
Tibére il ne s'agiſſoit que de ſon patri
86 MERCURE DE FRANCE.
moine, que ſervoit-il à Caïus de le faire calſer
, puiſqu'en le rendant nul les deux Princes
ſuccédoient également ab inteſtar ? Conçoit-
on que pour un fordide intérét ce Princeeut
voulu ſignaler ſon avénement à l'Empire
, en dépouillant le jeune Tibére de la
moitiéd'unbien que la Nature lui deſtinoit
tout entier ?Sur quel motifpouvoit il fonder
ſa demande & le Sénat ſon Arrét ?
A ces objections que M. l'Abbé de la
Bleterie ſe propoſa , il répondit d'une maniere
extrêmement ſatisfaiſante& qui montre
comment un homme d'un eſprit juſte ,
verſé dans l'Hiſtoire du fiécle&de la Nation
dont il parle , peut habilement faire uſage
d'une multitude d'inductions , qui par leur
aſſemblage formentune preuve complette.
Mais comme la force de ces raiſonnemens
conſiſte dans le rapport d'un grand nombre
de faits ou d'obſervations détachées qui ſe
prêtent un jour mutuel en ſe réuniſſant , il
faudroit pour endonner une idée bien exacte
les tranfcrire en entier : ce ſeroit plutôt
une copie qu'un extrait , ſurtout lorſque
l'Auteur ne dit rien d'inutile. Le diſcours
que M. l'Abbé de la Bleterie met dans la
bouche de Caïus pour engager le Sénat à
caffer le teſtamentde Tibére , eſt tel qu'a
dûle prononcer un Prince de ſon caractére ,
placédans les circonstances où il ſe trouvoit,
FEVRIER 1746. 89
pour colorer une demande auſſi odieuſe ,
mais qu'il pouvoit hardiment faire àun peuple
idolâtre du ſang de Germanicus,contre
unjeune homme fils de Drufus& petit-fils
de Tibére ; fi Caïus trouva des prétextes
plauſibles ceux qui parurent autoriſer
P'Arrêt rendu en ſa faveur ne l'étoient pas
moins.
Après tout , quelque parti que l'on prenneſur
leteſtament deTibére , il eft certain
qu'il fut caffé. Par conſequent on eſt forcé
de convenir que Caïus ne parvint à la puifance
ſouveraine que par une Election du
Sénat. C'eſt la conclufion quetire l'Auteur,
qui termine ſonMémoire , en diflipant par
des explications également ingénieuſes &
ſolides quelques nuages que deux paffages
mal entendus , l'un de Suérone , l'autre
de Joſeph , pourroient jetter fur cetteconclufior
à laquelle il eſt impoſſible de ſe refufer.
88 MERCURE DE FRANCE.
EPITRE adreſsée à M. de Voltaire vers
le milien de l'année 1744par le Chevalier
deLaures.
HOmere , Xenophon , Sophocle de laFrance,
Ma bouche ne peutplus ſe contraindre au ſilence;
Laffé de t'ériger en ſecret un Autel
Je viens t'offrir enin un encens folemnel .
Quoi ! l'Univers entier applaudit à Voltaire !
Je ſuis François , Poëte , & je pourrois me taire !
Non , non , mais ne crains point qu'un profane
pinceau
D'un mortel comme toi hazarde le Tableau .
Quelques lauriers cueillis ſur les bords du Permeffe
*
N'ont point rempli mes ſens d'une orgueilleuſe
yvreffe;
Juſques au haut du Ciell'Aigle ſeul peut voler ,
Etpour chanter Voltaire il faut lui reſſembler.
Ton chef- d'oeuvre dernier , ce phenix de la
ſcéne ,
Merope me ravit , &mon penchant m'entraine:
Mon coeur que tes accens ont fi bien ſçû toucher,
Plein d'ardeur , dans ton ſein brule des'épancher.
*Auxjeux Floraux,
FEVRIER 1746; 89
J'imite le Perſan , qui par reconnoiffance
Adoroit proſterné l'aſtre dont la naiſſance
Triomphe de la nuit, pare &peint l'Univers .
Dans ce nuage épais dont les arts ſont couverts
Tuparois , tu répands la plus vive lumiere ;
Vers cet autre Soleil je tourne ma paupiere ,
Je l'honore , & ma voix s'anime en contemplant
L'ineftimable prix des tréſors qu'il répand.
Que d'ornemens divers ton vaſte eſprit raſſemble!
Quoi! dans un ſeul mortel tantde talens enſemble !
De l'Achille du Nord , du Titus des François ,
Calliope & Clio , t'ont dicté les hauts faits ,
Et foutenant ton vol , la moderne Uranie
T'a fait ſuivre Newton dans ſa route hardie;
Maisl'eſprit , les talens, ces donsrares des Cieux,
Qui ſemblent élever un morteljuſqu'aux Dieux ,
De quelque nom pompeux que la terre les nomme,
Ne ſçauroientà mes yeux faire ſeuls le grandhom
me:
Pour l'être il faut encor briller par les vertus ,
Leur éclat eſt moins vif, mais intereſſe plus.
Héros de l'Hélicon , que mon ame eſt ravie
Quand je te vois un coeur digne de ton génie!
Ce Trône où ſur le Pinde Appollon t'a placé ,
Tu ne le fouilles point par l'orgueil inſenſé.
J'ai vû ( pour ton ami quel enchanteur ſpectacle ! )
J'ai vû du Mont ſacré l'ornement & l'Oracle
Careſſer des neuf Soeurs lesjeunes Nourriffons ,
Prévenir leurs beſoins , animer leurs chanfons
9. MERCURE DE FRANCE.
Et pour les élever au ſommet du Parnaſſe
Leur montrer de ſes pas la lumineuſe trace.
Ainfi tendre& prudent l'oiſeau de Jupiter
Dirige ſes aiglons dans le vague de l'air ,
Etd'un vol meſuré s'éloignant de la terre
Les fait planer enfin audeſſusdu tonnerre.
Pourſuis , nouvel Orphée , &ranime ta voix
Pour chanter de ton Roi les vertus , les exploits ;
Quand il court triompher d'une puiſſante Reine ,
Par tes accens divins charme , illuſtre, la Seine ,
Etdu Pinde arroſant les tendres arbriſſeaux
Des plus utiles fruits enrichi leurs rameaux.
C'eſt ſervir doublement ta gloire &ta Patrie.
Que la haine , l'orgueil , l'injustice , l'envie
Se liguent contre toi , dans leurs jaloux tranſports
N'écoute point leurs cris ,mépriſe leurs efforts ;
Ce n'est qu'en t'élevant au-deſſus de toi-même
Que tu dois tevenger de cetteaudace extrême.
Que peux tu redouter de leurs traits infectés ?
Apollondéfendra des vers qu'il adictés .
Le Ciel s'ouvre .. La Gloire à ma vûe étonnée
Montre dans l'avenir ta haute deſtinée ;
Ceint du même laurier , au même Trône aſſis ,
Je te vois dans ſon Temple à côté de Louis.
Mais que fais -je? où m'emporte un effor téméraire
?
Quoi ! j'oſe .. Je me tais&rentre dans ma ſphére;
Quel que foitle reſpect que je dois te vouer ,
Pourrois-je teparler&ne pas te louer?
FEVRIER 1746. 97
PORTRAIT.
Objet de mes tendres allarmes ,
Et mon plaifir & mon tourment ,
La jeune Iris a tous les charmes
Qui fontſeulsun fidéle amant,
De l'eſprit ladélicateſſe ,
Du coeur le tendre ſentiment ,
Labeauté jointe à la fageffe ,
Et la ſageſſe à l'enjoûment.
Cat**
NOUVELLES LITTERAIRES,
A
des Beaux Arts &c .
SSEMBLEE publiquede la Sociéte
Royale des Sciences de Montpellier
tenue dans la grande ſale de l'Hôtel de
cette Ville le 11 Mars 1745. A Montpellier
de l'Imprimerie de Jean Martel ,
و د
MERCURE DE FRANCE.
Imprimeur du Roi & des Etats &c. in 4. de
40. pages 1745 .
Si l'on juge de l'état des Sciences en France
par le nombre des Académies qui s'éle
vent chaque jour dans les differentes Provinces
du Royaume , on ne doutera point
que la République des Lettres ne ſoit trèsfloriflante
& qu'elles ne ſoient cultivées aumoins
avec beaucoup de zèle. Il n'y a prefque
plus de grande Ville dans le Royaume
qui à l'instarde la capitale n'ait des Académies
remplies d'excellens ſujets , dont les
travaux communiqués au public , ſoit par
la voye d'une impreffion particulière , foit
par la voye de ce Journal , ne peuvent qu'être
d'une grande utilité & fervir à prouver
que le goût de laLittérature & des Sciences
ſe maintient parmi nous. Il faut avouer que
nous neſcaurions en donner trop de preuves
pour le bien perfuader , car lorſqu'on
nous voit rechercher avec empreſſement &
avec avidité tant de Brochures dont le
moindre vice eſt d'être frivoles , qui ne croiroit
que l'eſprit de la bagatelle s'eſt emparé
de laNation& remplit toutes les têtes ?
La Société Royale de Montpellier tint
ſa ſéance publique le 11 Mars de l'année
précédente , & M. Serane Directeur qui
préſidoit à cette aſſemblée en l'absence de
M. le Comte de S. Florentin Préfident
FEVRIER 1746. 92
pour cette année, fit l'ouverture de laſeance
parun diſcours préliminaire , dans lequel
il donna une idée générale des occupations
de la Société ; on n'a point imprimé ce diſ.
cours dont on ſe contente de faire un ex .
trait qui fera regretter cette omiffion.
M. Ratte Secretaire perpetuel lut enſuite
l'éloge de M. l'Abbé Bignon , qui occupoit
dans cette Académie une place d'Honoraire
, & l'on fit après la lecture de trois
Mémoires , l'un de M. Goulard ſur l'opération
de la Taille. M. Goulard donna la defcription
d'une Méthode qu'il pratique dans
cette dangereuſe opération , ill'appelle appareil
latéral. Cette Méthode , à quelques
changemens près , eſt la même que cellede
Franco , célébre Chirurgien du ſeizéme fiécle
, qui a donné un Traité des hernies en
1561 .
M. Guilleminet qui lut le ſecond Mé
moire , rapporta les obſervations qu'il a faites
fur la Cométe de 1744. Ces obſervations
ſe rapportent à celles des ſçavans
Aſtronomes de l'Europe.
Nous nous arrêteronsun peu plus longtems
ſur le troiſiéme Mémoire qui nous a parucontenir
des détails affés intéreſſans pour
ceux qui aiment l'Hiſtoire Naturelle.
M. de Sauvages Auteur de ce dernier
Mémoire obſerve qu'à deux lieues d'Alais
94 MERCURE DEFRANCE,
& à trois d'Uzés auprès du Village d'Uzés ,
on voit dans une petite prairieune fontaine
&une mare d'eau. L'eau de la mare quoique
ſous une croute grife , qui la couvre entierement
, eſt plus claire que l'eau la plus
pure. La fontaine eſt aſſes abondante ;on
trouve les matins au-tour de la ſurface
intérieure des conduits de cette fontaine
une écume jaunâtre qui coule à gros flocons
mêlée avec l'eau de la ſource , cette écume
ſéchée ſe durcit , ſe condenſe , & en cet état
c'eſt un véritable ſouffre vif dont on ſe ſert
dans les villages voiſins pour allumer le feu
& ſouftrer les tonneaux. On pourroit s'en
ſervir de même pour rafraichir l'eau , pour
blanchir , ou pour mieux dire , bleuir les
foyes.
Nous avons toujours été juſqu'ici chercher
le fouffre vif en Italie , & nous ne
coyions pas en avoir en France , peutêtre
avons-nous pluſieurs fontaines de cette
nature que nous ne connoiffons pas , & fommes
nous à cet égard plus ignorans que pauvres.
Quoiqu'il en ſoit , le fouffre de la fonrain
de M. de S. eſt bon pour rendre le
fan; plus fluide , & par là convient aux
Athmariques , il diſlipe la gratelle , la gale
, & les habitans ont creuſé auprès de la
ſource des eſpéces de bains où les hommes
& les animaux qui ſont attaqués de malaFEVRIER
1746. 95
dies cutanées trouvent un reméde affûré,
M. de Sauvages obſerve que les habitans
des hameaux voiſins n'ont pas beſoin d'y recourir
; les vapeurs qu'exhale la mare les ga
rantit de cette eſpéce de maladie; l'eau de
cette fontaine eft claire & légerement aigrelette
& mucilagineuſe quand on la roule
dans la bouche. La premiere fois que M. de
S. vit cette fontaine , il ne douta pas que
l'eau ne fut purgative; il en conſeilla l'ufageà
quelques malades , &depuis cette fource
eſt très-accréditée dans les cas où celle
d'Hieuſet eſt en uſage. Comme ſur les remedes
, & fur tout ſur les eaux tout eſt fantaiſie
& mode , il ne faut pas déſeſperer que
quelque hazard ne procure un jour à ces
eauxnouvelles une célebrité plus grande.
La ſeconde obſervation de M. de S. roula
encoreſur unefontaine : celle-ci porte de la
Naphte , que l'on appelle autrement Poix de
terre , bitume liquide; elle ſe trouve à deux
lieues d'Alais dans un ravin près du village
appellé Servas ; on l'appelle communément
Fontaine de la Poix , & dans la Langue du
Pays Fon de la Pegue, Cette Poix eſt un bitume
noir , gluant, inflammable , luiſant
& ferme quand il eſt refroidi , qui bouillonne
en Eté entre les fentes d'un rocher d'où
fort la fontaine , & mieux encore aux endroits
plus élévés que l'eau , & plus expoſés
96 MERCURE DE FRANCE.
aux rayons du Soleil. On peut s'en ſervir
comme d'une cire noire à cacheter: ce bitume
eſt auſſi noir , auſſi luifant & n'eſt point
caflant. Les habitans de Servas l'employent
pour réfoudre les tumeurs froides , pour les
playes des animaux , & fur tout pour les
marquer quand il les envoyent à la montagne.
L'eau de la fontaine eft un grand purgatifcontre
les vers; un verre fuffit pour purger;
cette eau eft fort claire , d'un goût & d'une
odeur de ſouffre , & les payſans en font
uſage.
C'eſt encore une fontaine qui fait le ſujet
de la troiſiéme obſervation ; on trouve entre
Anduſe & Laſalle , au lieu nommé S. Felix
de Paillere une fontaine , où ſilon jette ,
excepté enHyver, quelques feuilles d'arbre ,
ou quelque animal mort , le lendemain ou
peu de jours après on trouve ces feuilles
changées en de très-jolis réſeaux , & de ces
animaux il ne reſte que des ſquelettes. M. de
S. eſt perfuadé que cette diſſolution eſt l'ouvrage
d'une petite eſpéce d'écreviffe appel,
lée Crevette. Il n'eſt pas de puits dans les
Cévennes où il n'y en ait, & on les y appelle
vulgairement Trinquetailles. On croit
qu'une de ces crevettes avalée vivante eſt capable
de mordre les boyaux , cependant
comment ſe fait - il que les eaux de la fontaine
en queſtion foient bonnes à boire ;
car
FEVRIER 1746. 97
car ces petits inſectes ſe trouvant dans l'eau
en grand nombre , il eft moralement im-
-plauſible qu'il n'y ait pas ſouvent des gens
qui enavalent : auffi M. de S. n'a-t- il pasencore
ſuffiſamment examiné ce fait pour rien
affürer de plausible. Nous imiterons ſa rerenue
, & nous attendrons qu'il ait eclairci ce
point d'Hiſtoire Naturelle dont l'examen
paroît fournir matiére à des détails curieux.
L'ORIGINE & les progrès des Gardes du
Corps , Poëme par M. Manger Garde da
Corps , à Paris chés Ph. N. Lottin rue S.
Jacques 1745 . Si les plus fameux Poëtes de laGrece ont
ſouvent célébré avec Emphaſe les vainqueurs
qu'on avoit couronnés aux jeux
Olympiques pour avoir ſignalé une inutile
adreſſe , combien est-il plus juſte de célébrer
un Corps célébre qui ſert le Prince
avec tant de courage & de fidélité , & qui
a vaincu tant de fois pour la gloire & le ſalut
de l'Etat!
M. Mauger fait remonter l'origine des
Gardes du Corps auſſi loin qu'il eſt poſſible ,
car il attribue leur inſtitution à Gontran
qui craignant les aſlaſſins envoyés par Frédegonde
, ſe forma une Garde pour ſe garantir
des attentats de ces ſcélerats.
De là l'Auteur paſſe rapidement à la
F
MERCURE DE FRANCE.
bataille de Bovine , il décrit ainſi les exploits
des Gardes du Corps .
Tout fuit , tout céde aux coups d'un vainqueur
enfurię
Qu'avoient armé l'honneur , Philippe & la Patrię .
On douteà ſes exploits ſi le Dieu des combats
Acompoſé ce Corps de chefs oude foldats;
Sa prudence eſt ſouvent à ſa valeur égale ,
Et toujours l'une& l'autre àl'ennemi fatale.
-
Il vaudroit peut-être mieux que l'Auteur
eut dit leur prudence , qui appartiendroit
alors à tous les membres du corps pris ſéparément
, & dont on vient de dire , on doute
fi le Dieu des combats a compose ce corps de
chefs on de soldats. Penfce très heureuſe
, mais il y a bien de la difference entre la
prudence de tous les particuliers d'un corps
pris ſéparément, &la prudence du corps meme
pris collectivement : c'eſt de la premiére
que M. M. a youlu parler , & c'eſt la feconde
qu'indique ſon expreffion.
L'Auteur apoftrophe enſuite les Ecoffois ,
qui rendirent beaucoup de ſervices à Char- .
les VII. , & dont ce Prince forma la premiere
compagnie .
Ah! je vous reconnois EceTois généreux ,
Intrépides foutiens d'un Prince malheureux:
FEVRIER وو . 1746
Sans vous, ſans le ſecours que votre bras luidonne,
Peut-être il n'eut jamais recouvré ſa Couronne,
Mais ne vous flatez point d'avoir trop entrepris ;
Le ſervice fut grand , vous en avez le prix.
Si nos Rois vous ont dû leur Couronne & leur
gloire ,
L'honneur de les garder vaut bien une victoire .
Après avoir parlé des ſervices rendus aux
fucceſſeurs de Charles VII. l'Auteur arrive
au régne de Louis XIV.
Son Trône a pour ſoutiens Minerve , Thémis ,
Mars ,
Et Turenne , & Condé , Luxembourg & Villars,
Près deux eſt cette troupe à la France ſi chere
Que Louis eftimoit , & dont il fut le pere.
,
Plus loin font ces Guerriers vaillans , mais plus
* nouveaux ,
Sujets du même Prince . & pourtant nos rivaux :
Le même amour nous guide & les uns & les autres
;
Nos périls font communs , leurs explois ſont leş
notres.
Le Poëme finit par une deſcription de la
bataille de Leuze.
:
* Les Gendarmes , les Chevau- Légers & les Moufquetaires.
E- j
100 MERCURE DE FRANCE.
Ce Corps inébranlable * en ce jour de carnage ,
Vit enfin des dangers dignes de fon courage.
Ledéſeſpoir , l'envie & l'aveugle fureur ,
L'ardente foif du ſang , la rage & fon horreur,
Tout s'unit contre lui , l'ennemi l'environne ,
La foudre horrible gronde & n'a rien qui l'étonne,
Il frappe , &defiant& le nombre& le fort
Semede tous côtés la terreur & la mort .
LeBatave en pâlit, l'Anglois fremit de rage ,
Le Germain étonné cherche envain ſon courage,
Sur des monceaux de corps , dans des ruiſſeaux de
fang
L'efiroi , le trouble affreux paſſent de rang en
rang ,
Et l'ennemi bien-tôt par une fuite promte
Va cacher loin de nous ſa défaite & fa honte.
Luxembourg le voit fuir , mais il ne permet pas
Qu'aucunde nos guerriers ofe ſuivre ſes pas.
Chartres , jeune& bouillant, voloit à notre tête ,
Le Héros qui l'admire ainſi que nous l'arrête .
Sa rigueur nous irrite ,& nous en fremiffons ;
Mais Luxembourg commande , & nous obéiffons,
Tel uncourfier fougueux &blanchiſſant d'écume ,
Furieux , mord ſon frein , s'agite , ſe conſume ,
Et le crin heriffé , les yeux étincelans,
Suit la main qui s'oppoſe à ſes voeux trop ardens.
*LaMaison du Roi,
FEVRIER 1746. 101
L'ordonnance de ce Poëme eſt belle , &
les vers engénéral font bien faits; il y en a
cependant pluſieurs négligés , & l'Auteur a
en d'autant plus de tort de ſe permettre
quelques tours proſaiques , qu'il avoit affés
de talent pour éviter ce défaut qu'on ne peut
imputer qu'à ſa négligence.
LES NOUVELLES LANTERNES , Poëme
par M. Valois d'Orville , Paris 1746 , chés
Ch. J. B. de l'Espine Imprimeur du Roi
rue S. Jacques.
Des Lanternes d'une fabrique nouvelle ,
&qui produiſent avec une ſimpleméche autant
de lumiere que pluſieurs flambeaux ,
ont occaſionné ce petit Poëme. Les Entrepreneurs
ont un privilége enregiſtré
au Parlement de Paris ; nous donnerons
quelque jour une deſcription exacte de
ces Lanternes lorſque nous ferons mieux
informés.
RELATION abregée d'un voyage fait
dans l'intérieur de l'Amérique Méridionale ,
depuis la Côte de la Mer du Sud , juſqu'aux
Côtes du Breſil & de la Guiane en defcendant
lariviere des Amazones , lue à l'affemblée
publique de l'Académie des Sciences le
28 Avril 1745 par M. de la Condamine de
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
la même Académie , avec une Carte du Maragnon
levée par le même ; Paris 1745 , in-
8. chés la veuve Piffot .
Nous avons donné d'avance l'extrait de ce
Livre en rendant compte de l'aflemblée publiquede
l'Académie des Sciences. On voit
au frontiſpicedu Livre cet épigraphe tiré de
Lucréce.」
Floriferis ut apesin Saltibus omnia libant)
Omnia nos ...
DICTIONNAIRE MILITAIRE
ou Recueil Alphabétique de tous les termes
propres à l'Art de la guerre , ſur ce qui regarde
la Tactique , le Génie , l'Artillerie ,
la ſubſiſtance des troupes & la Marine . On
y a joint l'explication des travaux qui fervent
à la conſtruction , à l'attaque & à la
défenſe des Placés , & des détails Hiſtoriques
fur l'origine & la nature des differentes
eſpéces , tant d'Offices Militaires anciens &
modernes , que des armes qui ont été en
ufage dans les differens tems de la Monarchie.
Seconde Edition revûe corrigée & augmentée
par M. A. D. L. C. Deux Volumes
in- 12. prix fix livres. A Paris chés Giffey ,
rue de la Vieille Bouclerie , Bordelet rue
FEVRIER 1746. 103
Š. Jacques , & David le jeune , rue du Hurpois
1745 .
SUPPLEMENT au même Dictionnaire
qui fait le troifiéme volume. Prix 3
livres.
David le jeune Libraire à Paris Quai des
Auguſtins au Saint Eprit vient de recevoir
du Pays Etranger les Livres ſuivans :
EDUCATION DESENFANs par M.
Lockin- 12 deux vol. 3 livres en blanc,
ARITMETHIQUE de le Gendre nouvelle
Edition augmentée 2 livres 10 fols
reliée.
Nouvelle Théorie de la manoeuvre des
Vaiſſeaux à la portée des Pilotes , par
M. Saverien .
Nous annonçâmes en quelque forte cet
Ouvrage en rendant compte au Public *
d'un Discourssur la Manoeuvre des Vaisseaux
par M. Saverien, puiſqu'il n'étoit ( ainſi que
nous l'apprenons par la Préface de ce Li-
* Mercure du moisde Novembre 1744.
E iiij
104 MERCURE DE FRANCE.
vre) qu'un moyen que l'Auteur employoit
pour fonder les Sçavans touchant de nouvelles
vûes qu'il avoit fur cetArt.
On ſçait que la Théorie de la manoeuvre
, cette partie eſſentielle de la Navigation
, a été maniée par les plus grands Geométres.
On connoît la ſçavante diſpute entre le
Chevalier Renau &M. Huguens , & on ſçait
que malgré la déciſion de M. Bernoulli en
faveur de M. Huguens , & l'évidence de
ſesdémonſtrations le Chevalier Rénau perfiſta
dans ſon erreur juſqu'à la mort.
Cettediſpute fit connoſtre qu'il étoit trèsdifficile
de ſoumettre les mouvemens du
Vaiſſeau à des loix , parce qu'il étoit néceſſaire
d'avoir recours à la Théorie des
impulfions des fluides contre des ſurfaces
courbes , qui eſt une partie des plus profondes
& des plus abſtraites de l'application
de la Géométrie aux Méchaniques.
Cette conſidération obligea M. Bernoulli
de ne donner à ſa Théorie , qu'il publia en
1714 que le titre d'Eſſai.
M. Bernoulli vouloit par ſon ouvrage
contribuer au progrès de la Navigation. M.
Pitot qui a réduit la Théorie de M. Bernoulli
en pratique a eu le même deſlein :
mais ſelon M Saverien , ils ne l'ont pas enFEVRIER
1746. τος
tiérement rempli : il prouve cette propofition
, 1º. par la difficulté qu'il y a que le
commun des marins puiſſent entendre
leurs Théories chargées des calculs analitiques
auffi aiſés pour des Géométres que
difficiles pour des Pilotes.
2º. Sur ce que ces Auteurs , ont fait deux
ſuppoſitions qu'il traite après M. Parent ,
l'une d'abſurde &l'autre d'idéale. Ces ſuppoſitions
font , 1°. Que la viteſſe du Vent
eſt infinie eû égard à ce'le du vaiſſeau. 2°.
Que la caréne ou la ſection horizontale du
vaiſſeau eſt un ſegment de cercle de 30 , &
peut- être même de 60 degrés.
>>Une Théorie , dit l'Auteur , qui évite-
>> roit ces deux inconvéniens , je veux dire ,
>> celui d'être trop abſtraite , & celui d'être
>>fondée ſur des ſuppoſitions fauſſes , ſe-
>>>roit ſans doute une Théorie très-utile.
Telles ſont les fins , que M. Saverien fe
propoſe dans cette nouvelle Théorie ;
cet ouvrage qui eſt dédié à M. le Comte
de Maurepas , eſt diviſé en dix chapitres.
Après avoir poſé des principes ſur
l'action des flui les contre les ſurfaces , M.
S. examine en général les mouvemens du
vaiſſeau,
Ev
106 MERCURE DE FRANCE ,
Dans cet examen il est néceſſaire de connoître
l'effort du vent ſur les voiles & celui
desvoiles fur les vaiſſeaux. Mais comme il
yen a pluſieurs on eſt obligé de déterminer
le point où ſe fait la réunion de toutes les
forces qui font mouvoir le navire : c'eſt ce
que l'Auteur trouve en développant un
principe fondamental pour toutes les mâtures
Suivent enſuite les définitions de la manoeuvre
, & ce ſecond chapitre eſt terminé
par la deſcription d'une belle machine de
M. d'Onſenbray Honoraire de l'Académie
Royale des Sciences , pour connoître l'anglede
la ligne du vent &de la route.
Ces fondemens étant établis l'Auteur
recherche la maniére de déterminer la ſituathon
la plus avantageuſe de la voile. Ici los
fentimens du Chevalier Renau , de M.
Huguens & de M. Bernoulli font examinés ,
détaillés & rejettés. M. S. fait voir combien
cette queſtion eſt importante & développe
la méthode la plus certaine pour
laréfoudre.
Comme fur cette méthode M. Pitot a
calculé une Table des ſituations les plus
avantageuſes de la voile , l'angle de la ligne
du vent & de la route étant connu ,
M. S. Parapportée à la Table qu'il a réduite
& abreg , & dont il explique l'ufage ,
FEVRIER 1746 167
:
L'Auteur finit ce chapitre par une façon
aiſée d'orienter les voiles ſuivant les angles
les plus avantageux .
Les curieux & ſurprenans effets du gouvernail
font le ſujet duquatriéme chapitre ;
on y développe deux forces dans l'action
que M. Bernoulli & le Chevalier Renau
avoient à tort négligées & on y détermine
la ſituation la plus avantageuſe du gouver
nail par une méthode ſimple , d'où l'on déduit
la manierede connoître l'effort du gouvernail
ſur le vaiſſeau dans tous les angles
qu'il peut faire avec la quille. :
La rame , la pagaye , notre façon de ramer
, celle des Sauvages dont M. S. fait un
parallele , fourniſſent matiere à pluſieurs réflexions.
Ce n'eſt pas affés , dit l'Auteur , deconnoître
l'effort du Rameur dans l'action de la
rame , en la conſidérant comme un levier
du ſecond genre ; de prouver qu'il eſt une
réaction , & de déterminer ſa fituation la
plus avantageuſe fur le bateau , il faut pour
rendre cés raisonnemens ſolides faire voir
que la rame peut être priſe pour un levier
du ſecond genre , qui a un point d'appui fi
xe quoiquelle l'ait mobile.
Il eſt queſt ion dans les chapitres qui fuivent
dedéterminer la vitefle du vaifleau par
rapport aux differens airs de vents & aux
Evj
108 MERCURE DE FRANCE.
differentes derives : c'eſt l'objet du fixiéme
chapitre ; eu égard aux différens dégrés de
force du vent , c'eſt le ſujet du ſeptiéme ;
felon les differentes ſurfaces des voiles& les
differentes voilures , c'eſt celui du huitiéme.
Une connoiffance très-difficile à acquérir
& très - eſſentielle , eſt celle de la viteſſe du
vaiſſeau ſelon les diverſes derives.
M. S. après avoir paſſé en revue les méthodes
de Mrs. Bernoulli , Bouguer &c. &
pluſieurs autres , en donne une fort ſimple.
L'objet principal de l'Auteur eſt d'eſtimer
exactement le chemin du vaiſſeau ſans jetter
le loch , moyen, comme l'on ſçait , très défectueux
; il prétend le faire par le calcul ;
& il eſpere que ſi on réduit les principes
qu'il établit en pratique , on pourra attendre
avec moins d'inquiétude la ſolution du
fameux problèmedes longitudes. Dans cette
vue M. S. a inventé une machine qu'il appelle
Barozaneme ou Peze-vent , dont il explique
l'uſage , en ayant auparavant donné
la conſtruction ; il connoît par le poids les
vireſſes du vent , c'est- à- dire , qu'il péſe
le vent pour déterminer les dégrés differens
deviteſſe du vent comme onpéſe l'air pour
connoître ceux de ſa condenſation,
Le neuviéme chapitre renferme la ſolution
de trois problèmes importans qu'on
peut voir dans le Livre.
-
FEVRIER 1746. 109
Dans le dernier chapitre l'Auteur enſeigne
les manoeuvres néceſſaires pour donner la
chaſſe à un vaiſleau ennemi , ou pour l'éviter
ſi on eſt plus foible : il joint auſſi pluſieurs
autres manoeuures de pratique , comme la
maniere de mettre en pane , de venir à
l'abordage &c .
L'ouvrage eſt terminé par une objection
à la Théorie de la mâture de M. Bouguer ,
pićce qui a remporté le prix de l'Académie
en 1727. Si les Sçavans , & en particulier
M. Bouguer auquel M. S. ſoumet ſon ſentiment
, décident en ſa faveur , il nous annonce
qu'il donnera dans la ſuite une nouvelle
Théorie de la mâture ,fondée ſur de nouveaux
principes.
IL paroît depuis peu un Livre dont le
titre galant doit inviter à le lire : c'eſt une
Rhétorique Françoise à l'usage des jeunesDemoiselles.
L'Auteur s'eſt propoſé de donner
une idée de ce qu'il y ade plus intéreſſant &
de plus curieux dans cette belle ſcience ,.
ſans entrerdansun ſçavant détail de Tropes
&de lieux Oratoires dont l'uſage & même
les noms ne font guéres connus hors des
Colléges. Cet ouvrage eſt diviſé en quatre
Livres , les Livres enchapitres , & les Chapitres
en Sections.
L'objet du premier Livre eſt l'invention
1
110 MERCURE DE FRANCE.
où l'on traite des principaux lieux Oratoires
intérieurs & exterieurs .
Dans le ſecond Livre on donne des régles
fur la diſpoſition ou conſtruction dudiſcours,
dont les parties ſont l'exorde , la narration ,
la confirmation & la peroraiſon .
Le troiſiéme Livre regarde l'élocution.
C'eſt la partie la plus eſſentielle de l'Eloquence
; c'eſt elle qui fait valoir toutes les
autres , & qui diftingue le diſcours Oratoitoire
d'une démonstration de Mathématiques
ou d'un argument de Logique ; on
donne ici les définitions des periodes , des
differens ſtyles , & des figures de Rhétorique
les plus belles , les plus brillantes & en
même tems les plus connues ; on en explique
l'Art , l'uſage & les propriétés.
Dans le quatriéme Livre il s'agit de la
prononciation ou de l'éloquence , du geſte
& de la voix. On ſuppoſe que la Nature ne
laiſſe ordinairement rien a defirer aux Dames
de ce côté-là , & l'on ſe contente de
défigner certains défauts à éviter.
Tout le monde convient qu'il n'y a pas
de ſcience qui ſoit plus propre aux Dames ,
ni pour laquelle elles ayent plus de diſpoſition
que la Rhétorique : ſouvent celles qui
en ignorent l'Art en pourroient enſeigner
la pratique ; ileſt à croire cependant qu'un
pea de Théoriene fera que mieux.
FEVRIER 1746. 111
On trouvera ici peu de préceptes &
beaucoup d'exemples. Ces exemples font
tirés , pour la plupart , de nos meilleurs
Orateurs & Poëtes modernes , depuis Marot
juſqu'aux Auteurs de nos jours. On ne
s'eſt pas cependant tellement borné aux modernes
qu'on ne ſe ſoit quelquefois donné
la liberté de fouiller dans les tréſors des fiécles
plus reculés , & d'extraire quelques
fragmens des SS. Peres qui ne font pas les
moindres ornemens de cette collection ,
même à ne les conſidérer que du côté de
P'éloquence.
Çe Livre ſe vend chés Huart , Nyon pere,
Nyonfils, le Clerc l'aîné, le Clerc lejeune, Defpilly
, Barois , Savoye & Ganean. On dit
que c'eſt le coup d'eſſai d'un jeune homme ,
fi cela eſt , c'eſt commencer de bonne heure
à prendre un ton de maître le public
équitable à qui ſeul il appartient d'apprécier
le mérite des ouvrages & des Auteurs ,
jugera ſi c'eſt par modeſtie ou par prudence
que l'Auteur n'a pas voulu ſe nommer.
: Instruſtion des Négocians , Volume in 1
grand papier , diviſé en deux Parties , à
Blois chés Maſſon , & à Paris chés David ,
pere quai des Auguftins
La premiere Partie de cet ouvrage traite
112 MERCURE DE FRANCE.
de la qualité des perſonnes auſquelles le
commerce eſt permis ou deffendu par les
Ordonnances : des regiſtres , des ſociétés ,
des billets , quittances & mémoires arrêtés ,
des lettres de crédit, de la Jurisdiction Confulaire&
de la forme d'y procéder , dans
ledétail de laquelle l'auteur paroît n'avoir
rien obmis : de l'Amirauté , de la conſervation
de Lyon , des lettres d'Etat& de repi ,
des ceſſions de biens , des faillites & banqueroutes
, &des régles que doivent obſer
ver les Juges qui en connoiffent , & ceux
quiy font intereſſés .
La ſeconde Partie contient une inftruction
étendue ſur les lettres de change , &
fur toutes les eſpéces de billets qui entrent
dans le commerce.
Hiftoire Poétique , contenant les Divinités
& les Héros de l'antiquité Payenne pour
P'intelligence des Auteurs , & pour la connoiflance
des tableaux & des ſtatues dont
les fujets font tirés de la Fable , avec une
Table alphabétique. Volume in 18 , grand
papier , à Blois chés Maſſon , & à Paris chés
Desaint & Saillant Libraires rue S. Jean de
Beauvais.
Histoire de Languedoc avec des Notes &
les piècesjustificatives , composéeſur les Auteurs
FEVRIER 1746. 113 .
&les titres originaux , & enrichie de divers
Monumens , par un Religieux Benedictin de
laCongrégation de S. Maur. Tom. V. & dernier
, à Paris chés Jacques Vincent in fol.
1745.
Ce cinquiéme &dernier volume de l'Hif
toire de Languedoc eft compoſé, comme
les précédents , du corps de l'ouvrage , des
Notes & des piéces juſtificatives ; on y a
inſeré de plus des Additions & corrections
pour les tomes précedens .
Le corps de l'ouvrage conſiſte en neuf
Livres. Le trente-cinquiéme ch. qui eſt le
premier de ce cinquiéme volume commence
par les premieres ſéances du Parlement de
Languedoc , après qu'il eut été rétabli en
1443 par le Roi Charles VII. à la très-pref-
Sante demande &fupplication des gens des
trois Etats de Languedoc. Ce Parlement devoit
ſon origine à Alphonſe Comte de Poitiers
& de Toulouſe , qui l'établit en 1266
pourjuger en dernier reſſort les affaires de
ſes ſujets dans l'étendue de ſes Domaines,
Le Roi Philippe le Hardi ſon neveu , fut
le premier de nos Rois qui dix ans après la
réunion du Comté de Toulouſe à la Couronne
établit en 1280 un Parlement Royal
dans cetteVille pourjuger ſes ſujets de la Languedoc
qui comprenoit les Provinces Méridionales
du Royaume. Ce Parlement ayant
114 MERCURÉ DE FRANCE
:
été ſupprimé quelques années après , le Rơi
Philippe le Belle rétablit en 1287 , & cette
Cour continua ſes ſéances à Toulouſe jufqu'en
1291 qu'elle fut encore ſupprimée
& réunie au Parlement de la Langue d'oui
Philippe le Bel projetta de le rétablir de
nouveau par ſa célébre Ordonnance touchant
ce Parlement de l'an 1302. Mais
on ne voit pas que ſon deſſein ait été exécuté.
Charles VII. n'étant encore que Dauphin
rétablit le Parlement de Languedoc à
Toulouſe en 1420. Après avoir augmenté
le nombre des Conſeillers , il le transfera ſuc
ceſſivement à Beziers & à Narbonne , & le
réunit en 1428 à celui de France féant
alors à Poitiers. Enfin ce Prince rétablit en
1443 le Parlement de Languedoc pour la
derniere fois , & le fixa àToulouſe où il a
toujours ſubſiſtédepuis. Telles ſont eri abregé
les principales révolutions qui ſont arrivéesdans
le ſecond Parlement du Royaume
dont l'anciennefraternita avec le Parlement
de la Langue d'oui ou de Paris eſt trèsbien
établie , & qui font rapportées en détail
à la fin du quatrième , & au commencement
du cinquiéme Livre de, l'Hiſtoire
de Languedoc.
Le reſte du 38e. Livre de cette Hiltoire
& les deux ſuivans ſont employés à
décrire les évenemens qui ſe ſontpaffés dans
FEVRIER 1746. τις
le Languedoc depuis l'an 1443 , juſqu'en
1547. On rapporte dans le 35e. Liv. No.
72 pluſieurs ciconſtances curieuſes du fiége
de Leytours entrepris en 1473 par les Généraux
du Roi Louis XI. fur Jean V. Comte
d'Armagnac qui en prit la défenſe , &
de la mort tragique de ce Comte , & de
Jeanne de Foix ſa femme que ces mêmes
Généraux firent périr miferablement contre
la foi de la capitulation.
Ontrouve diverſes Anecdotes , No. 5 .
& ſuiv. du 36e. Liv. touchant les Etats généraux
du Royaume aſſemblés à Tours en
1484au commencementdu régne de Charles
VIII. Le récit de la célébre entrevue que
le Roi François I. eut à Aiguemortes en
1538 avec l'Empereur Charles V. eſt rapporté
au No. 53. du Liv. 87 , & contient
un détail intéreſſant ignoré par les Hiftoriens
François. Ma's ce qui mérite davantage
l'attention du public dans ce cinquiéme
Volume eſt l'Hiftoire complette&
détaillée des divers évenemens qui ſe ſont
paſſés dans la Province dans l'eſpace de près
d'un fiécle , pendant les troubles & les
guerres de la Réligion& les fureurs de la
Ligue , ſurtout depuis la conjuration d'Amboiſe
en 1560 juſqu'à l'Edit de pacification
donné devant Montpellier en 1629
par le Roi Louis XIII. Tous ces faits font
4
116 MERCURE DE FRANCE.
décrits dans les fix derniers Livres de ce
volume. L'affaire de Henri 11. Duc de
Montmorency, Gouverneur de Languedoc,
qui fut décapité à Toulouſe en 1632 eft
détaillée dans le 43e. & dernier Livre ,
qu'on a terminé avec le volúme à la mort
du Roi Louis XIII.
Parmi les Notes qui fuivent le corps de
l'ouvrage , les plus remarquables ſont la
deuxiéme qui regarde les circonstances de
l'entrevue que le Roi François I. eut à
Aiguemortes avec l'Empereur Charles V.
La cinquiéme , releve diverſes fautes de
la Popeliniere touchant les circonstances
de la marche des Princes de Navarre & de
Condé & de l'Amiral de Coligny, lorſque
leurarmée traverſa laProvince en 1570 ,&
lage. où onéxamine l'époque & les circonftancesde
la mort tragique de Jean-Etienne
Duranti premier Préſident & de Jacques
Daffis Avocat général du Parlementde Toulouſe
, que les Ligueurs de cette Ville firent
mourir impitoyablement en 1189 .
Les additions & les corrections ſur les
quatre premiers volumes de l'Hiſtoire de
Languedoc viennent enſuite , elles contiennent
divers articles , parmi leſquels il y en
a pluſieurs d'intéreſſans.Dans la 16e, fur le
premier volume on traitede nouveau une
queſtion qui juſqu'ici à beaucoup partagé
FEVRIER 1746. 117
les Sçavans touchant l'origine du nom de
Septimanie. On a crû devoir inferer dans
l'article ſuivant une Diſſertation ſçavante de
M. Abanfit ſur une piéce d'or frappée à Uſez
ſous le régne de Théodebert . On examine à
fonddans le 27e, art, fur ce volume l'époque
de la tranflationdu Siége Epifcopal du Velai
dans la Ville du Pui. On répond dans le
troiſiéme article ſur le troiſiéme volume à
quelques objections formées par le P. Touron
Dominicain dans ſa vie de S. Dominique ,
touchant l'Hiſtoire & la guerre des Albigeois
rapportées dans ce troifiéme volume.
Après les Additions & corrections on
donneune ſuite de près de 200 Séances du
Clergé, de l'ancienne Nobleſſe & de quelquesCommunautés
de la Province qu'on a
fait graver & qu'on a partagé en 8 Planches.
On y donne auſſi quelques anciennes
Monnoyes du Pays , entr'autres des Comtes
de Toulouſe & des Seigneurs de Montpellier.
Enfin ce volume eſt terminé par un recueil
intéreſſant de piéces juftificatives , parmi
leſquelles on trouve pluſieurs Anecdotes
touchant les guerres de la Réligion & les
affaires de la Ligue dans la Province. Tel eſt
en abregé le plan de ce dernier volume de
l'Hiſtoire de Languedoc , qu'on a enfin terminée
après trente ans de travail,
118 MERCURE DE FRANCE .
IL paroît une Lettre de M. le Cardinal
Querinidatée de Rome le 27 Octobre 1745
&adreſſée à M. Mazochi Chanoine de Naples.
C'eſt au ſujet d'un ancien Calendrier
Neapolitain gravé ſur le marbre dont ce
Chanoine a fait la découverte. On ne peut
douter qu'il ne ſoit de Naples à cauſe des
ſaints Evêques de ce Siége qui y ſont déſignés
ſous la qualification d'Epifcopi noſtri ;
mais on y remarque une grande quantité de
faints de l'Eglife Grecque. M.le Cardinal
Querini pour mieux faire ſentir l'adoptation
des faints de laGrece par l'Egliſe de Naples ,
donne dans ſa lettre les quatre premiers mois
de ce Calendrier Latin & à côtéde chaque
mois un ménologe manufcrit des Grecs qu'il
acheta il y a vingt ans lorſqu'il étoit Evêque
dans l'ifle de Corcyre , moyennant
quoi on reconnoît tout d'un coup les refſemblances
& les differences de ces deux
Calendriers imprimés à deux colonnes.
LETTRE d'un curieux de Topographie
un autre curieux,
M. l'ouvrage de Monfieur Doiſy que vous
m'avez annoncé ſous le titre de Royaume
de France est un immenſe volume que je
viens de parcourir. Je me fuis arrêté principalement
aux Paroiſſes du Diocéſede PaFEVRIER
1746. 119
ris : j'y en ai trouvé pluſieurs de manque , &
d'autres mal écrites; comme je ne connois
point l'Auteur & que vous pouvez être en
relation avec lui, je vous prie de l'exhorter
àdonner un ſupplément qui puiſſe indiquer
les Paroiſſes oubliées , & un Errata qui montre
les corrections qu'il faut faire dans les
noms de lieu mal écrits .
Je viens donc de m'appercevoir qu'on
n'y trouve point Attilly Village de la Brie
au Nord de Brie Comte Robert. Bouqueyal
qui eſt par de là Ecouen ne s'y trouve
pasnon plus. Le Blanc Ménil , la Norville
proche Arpajon , Nozay & la Ville du Bois
yoiſinsdeMontlheri; S. Ouen de l'aumône
proche Pontoife ; tous ces lieux manquent
dans ce dénombrement univerſel ; au moins
il m'a été impoffible de les trouver , non plus
que Chaumontel proche Luſarches &
Combs-la-Ville voifin de la forêt de Senart ,
Quant auxfautes qui feront remarquées facilement
par ceux qui connoiflent les environs
de Paris on peut compter à la page 245
Margeney pour Margency ; page 252 Arceuil
pour Arcueil. Ailleurs Eſconin pour
Efcouen , Tosquencourt pour Rocquencourt ,
Chacun connoît Sant Leu de Taverny ,
mais non pas Saint Taverny comme on lit
à la page 940. Aux environs de Chevreuſe
eſt unPrieurédit S. Paul desAunois,&nom
120 MERCURE DE FRANCE .
pas S. Paul de Vaunori comme il eſt marqué
à la page ... On eſt informé que par de- là
Montlhery il y a une Paroiſſe dite Avrainville
, l'Auteur a coupé ce mot en deux ; il
en a fait une Ville appellée Aurain qu'il dit
compofće de 60 feux.
Ceci n'est qu'un petit Eſſai de l'ortographe
de l'Auteur que je ſouhaiterois avoir été
plus exacte pour la perfection de fon ouvravrage
, qui d'ailleurs fera d'une grande utilité
à pluſieurs perſonnes. Il auroit pu eviter
certaines fautes choquantes en le faiſant voir
à quelqu'un qui ſçut quelque peu de l'Hiftoire
des lieux. J'ai oui dire àdes connoifſeurs
, en parlant de l'Abbaye du Bec en
Normandie , le Bec - Hellouin , & non pas
le Bechellouin . La prononciation eſt fort
differente . M. Doiſy ne counoitroit. il donc
point le fameux Hellouin Fondateur de
ce Monaftére ? Il n'eſt pas heureux dans la
maniere d'écrire les noms de lieu de Normandie
; car en parlant d'une Ville du Diocéſe
de Lizieux appellée de tout tems en
Latin Pons Audomari , il l'écrit Ponteau de
Mer toutes les fois qu'il en fait mention.
*Pourquoi ne pas écrire comme les gens lettrés
Pont -Audemer ? Vaut- il mieux laiſſer
croire aux fimples que ce lieu tire fon nom
d'un petit pont fait ſur un bras de mer ?
Quoiqu'il ſoit échappé à un Avocat dans un
gros
FEVRIER 1746. 121
gros ouvrage où eſt traitée une conteftation
arrivée dans une Collégiale deToul en / orraine
, d'écrire que cette Egliſe eſt ſous le
titre de Saint Jean Goulph , on ne doit
pas ce ſemble ſe modeler fur cette bizarre
ortographe commea fait M. Doiſy à
la pag. 1106 où il écrit Vinly S. J. Goulph ,
en parlant d'une Paroiſſe de l'Election de
Château - Thierry; il falloit écrire Vinly S.
Gengoulf. Ce nom vient de Sanctus Gengulfus.
Pourquoi donc le partager en deux , &
en faire un ſaint Jean ſurnommé Goulph ?
Nous apprenons par l'Hiſtoire de la Maifon
de Chaftillon &par celle de Chabannes
qu'il y a entre la Loire & l'Yonne
une contrée appellée la Puifaye dont
les lieux les plus conſidérables font faint
Fergeau & Toucy; cette contrée ſert méme
de diſtrict à l'un des Archidiaconés
d'Auxerre , de meme que le Pays de Jotais
ouJoſas en fert à l'un de ceux de Paris. Ne
feroit- on pas fort ſurpris à Paris fi quelqu'un
s'aviſoit de faire un faint de ce mot Jofas ?
Le Dictionnaire Univerſel de la France en
1726 a fait léquivalent. Un Village voifin
de Toucy eſt appelle faint en Puifaye en
trois mots , fancta in Puifaya & cela pour
le diftinguer d'un lieu ditfaint au Diocéſe
d'Amiens, &d'un autrefaint ſitué au Diocéſe
de Meaux proche Coulomiers . Les
F
122 MERCURE DE FRANCE.
compilateurs du Dictionnaire Geographi
que au lieu des trois mots n'en ont fait que
deux & ont écrit S. Empuiſaye , comme
ſi on le diſoit , en Latin Sanctus Empuisagus.
C'eſt ce nouveau Saint inconnu dans
tous les Calendriers & Martyrologes qu'on
vientde propoſer dans le Livre qui paroît. La
faute eſt plus legere parce qu'elle n'est qu'imitée.
Mais il eſt toujoursbon que le public ſe
tienne en garde contre ces fortes de manieres
d'écrire qui méritent au moins le
nom d'inexactitude.
Paris ce premier Août 1745 .
CEREMONIES DE LA DEDICACE
& Confécration de l'Egliſe de S. Sulpice ,
in-40. à Paris 1745 .
La Dédicace dont il eſt ici queſtion a
été faite le 30 Juin dernier avec toute la
magnificence & l'appareil convenables à
cette augufte & fainte cérémonie ; tout le
monde connoît depuis long tems les talens
fupérieurs & le zele infatigable de M. le
Curé de S. Sulpice ; ce Temple magnifique
élevé par ſes ſoins , & tant d'autres établiſſemens
confidérables pour l'inſtruction de la
jeuneffe ,ou pour le foulagementdes pauvres
éterniferont à jamais la charité vigilante &
éclairée de ce Paſteur reſpectable,
FEVRIER 1746. 123
On voit au frontiſpice & à la vignette du
Livre deux Médailles.
La premiere eſt celle du Roi. S. M.
y eſt repréſentée en Buſte , revêtue de la
cuiraffe & couronnée de lauriers. Autour
eſt la Legende Lud. XV. Rex Chriftianiffimus.
Louis XV. Roi Très- Chrétien .
Le revers préſente le grand portail de
l'Eglife.Onylit cette Inſcription S. Sulpicio S.
qui marque qu'elle eſt dédiée ſous l'Invocationde
S. Sulpice . Cet mots de la Legendo
Dedit hoc Deus in corde Regis & ceux de
l'Exergue Ut glorificaret Domum Domini ,
ſignifient que c'eſt Dieu même qui a inſpiré
au Roi ce zéle admirable pour la gloirede
la Maiſon du Seigneur. Ce Temple eſt en
effet l'ouvrage de la protection & des bienfaits
de Sa Majesté &un monument de ſa
Religion. C'eſt un paſſage tiré mot à mot
du premier Livre d'Eſdras Chap. VII. qui
forme cette Legende. Au bas de l'Exergue
eſt le millésime de l'année 1745 .
La vignette renferme une ſeconde Médaille
où l'on voit dans le premier côté
les deux Buſtes de S. Pierre & de S. Sulpice,
dont l'un eſt principal Patron & l'autre
Titulaire de cette Eglife. Outre l'attribut
ordinaire du premier qui ſont les deux
Clefs & la Châpe dont le ſecond eſt vêtu
& qui ſert à le déſigner , on les reconnoît
:
Fij
124 MERCURE DEFRANCE.
aux Lettres initiales de leurs noms S.P.S. S.
gravées ſous leurs Effigies. Autour des têtes
on lit cette Legende Ubi prafunt profint qui
exprime la juſte confiance qu'ils préſident à
ce Temple pour y être nos Protecteurs.
Dans le revers on a repréſenté la Coupe
en perſpective de l'Eglife. On y voit de
front une portion de la Nef , & par des
échapées l'un des bas côtés du Choeur &
la naiſſance d'un des bras de la Croiſée.
L'Autel qui eſt à la Romaine paroît en face
& le Choeur en fuite. Chacune de ces parties
a tous ſes accompagnemens qui font
détaillés ſans confufion.
La figure qui paroît fur le devant avec
un voile fur la tête & vêtue d'une Mante
ſemée de Croix & de fleurs de Lys et le
Type de l'Egliſe Gallicane. Elle eſt de plus
caractériſée par tous les attributs de l'Epiſcopat
raſſemblés devant elle , tels que le
Livre des Saints Evangiles ouvert , la Croffe ,
la Mitre & la Croix à deux branches , ſymbole
de la dignité Primatiale. Son action
qui eſt celle d'une perſonne qui éleve un
Encenſoir fumant vers l'Autel , de même que
fon attitude , expriment l'ardeur de les
voeux pour attirer dans ee Temple la Majeftédu
Seigneur. La mèménuée lumineu'e
qui remplitle Temple de Salomon au jour
de ſa Dédicace en figne de la poſſeſlion que
FEVRIER 1746. 129
le Seigneur en prenoit , retrace ici ce qui
s'eſt paffé d'une maniere inviſible à la Con
fécration de cette Eglife.
Lesmots de la Legende Rediviva Sacrerum
Majeftas , qui rappellent la célébrité
des anciennes Dédicaces faites par des Afſemblées
d'Evêques , & ceux de l'Exergue
Clero Gallicano Confecrante ſignifient Majeſté
des Cérémonies facrées renouvellée
dans cette Confécration faite par le Clergé
de France. Au deſſous eſt la date de l'an
née 1745 .
ACADEMIE DES BELLES LETTRES
de Montauban .
M. l'Evêque de Montauban ayant deſtiné
la ſomme de deux cent cinquante livres ,
pour donner un Prix de pareille valeur à
celui qui , au jugement de l'Académie des
Belles Lettres de cette Ville , ſe trouvera
avoir fait le meilleur Diſcours ſur un ſujet
relatif à quelque point de Morale tiré des
Livres ſaints , l'Académie a adjugé le Prix
de l'année 1745 à un Diſcours qui a pour
Sentence : Bonum mihi quia humiliafti me.
Comme l'Académie a été forcée de referver
encore le Prix de 1744 elle aura
deux Prix de Difcours à diſtribuer le 25
Août prochain Fête de S. Louis Roi de
France.
Fiij
26 MERCURE DE FRANCE.
i
Le ſujet de ce Diſcours ſera pour l'année
1746:
Iln'appartient qu'au vrai Héros de ſçavoir
joindre l'humanité avec la valeur:
Conformement à ces paroles de l'Ecriture :
In multitudine videbor bonus , & in bello
fortis. Sap. 8. V. 15 .
Toutes fortes de perſonnes , de quelque
qualité qu'elles foient , feront reçues à prétendre
auPrix hors les Membres de l'Académie,
qui en doivent être les Juges.
Les Dicours ne ſeront tout au plus que
de demi-heure de lecture , & finiront toujours
par une courte Priere à J. C. Ceux
qui en auront compoſé, les feront remettre
dans le coursdu mois de Mai prochain, entre
les mains de M.de Bernoy, Secretaire Perpetuel
de l'Académie , en ſa maifon rue Montmura
, ou en ſon abſence à M. l'Abbé Bellet
en ſa maiſon rue Cour-de-Toulouſe.
On n'en recevra aucun qui n'ait une Approbation
ſignée de deux Docteurs en Théologie.
Les Auteurs n'y mettront point leur
nom , mais ſeulement une marque ou paraphe
, avec un Paſſage de l'Ecriture Sainte
ou d'un Pere de l'Egliſe , qu'on écrira auſſi
ſur le Regiſtre du Secretaire de l'Académie.
Le Prix ne ſera délivré à aucun, qu'il
ne ſe nomme & qu'il ne ſe préſente en
FEVRIER 1746. 127
e
eene
-
X
e
e
el-
Se .
0-
20-
eur
perſonne ou par procureur , pour le recevoir
, & pour ſigner le Diſcours.
Les Auteurs ſont priés d'adreſſer à M. le
Secretaire trois copies bien liſibles de leur
Difcours , & d'affranchir les Paquets qui ſeront
envoyés par la poſte. Sans ces deux
conditions les Ouvrages ne ſeront point
admis au concours .
François Rouzeau Imprimeur- Libraired
Orléans vient d'imprimer un Livre intitulé
Mémoires sur les Priviléges & Fonctions des
Trésoriers de France in- 4°. On en trouvera
à Paris chés Despilly Libraire rue S. Jacques
à la vieille Poſte .
On nous prie de propoſer cette queſtion;
c'eſt d'où peut venir le proverbe par lequel
on dit les Anes de Bourgesou bien les Armes
de Bourges , un Ane en Chaire. Ce proverbe
eſt-il fondé ſur quelque trait Hiſtorique
? quelqu'évenement y a - t - il donné
lieu ? auroit-il été occaſionné par quelque
emblême, quelque ſymbole ou enſeigne ? ou
bien feroit-ce quelque famille Latine du nom
Afinius , ou quelque Françoiſe du nom de
l'Ane qui l'auroit fait naître ?
painte
mie
.
qu'il
e en
Finj
128 MERCURE DE FRANCE .
LETIRE écrite aux Auteurs du Mercure.
E crois , Mrs , que vous me ſçaurez bon
nous venons de faire de M. le Premier Préſident
d'Albertas ; il n'y a point eu de Magiftrat
plus intégre , & plus judicieux ; il a
exercé ſa charge de Premier Préſident en
la Cour des Comptes , Aides & Finances
de cette Province d'une maniere ſi diſtinguée
qu'il a ſçû ſoutenir pendant près de
quarante ans les intérêts du Roi auxquels
il étoit très-attaché , ceux de ſa Compagnie
& de nos Citoyens.
Si la bonté de fon coeur , & la nobleſſe de
ſes ſentimens l'ont fait aimer de tout le
monde pendant ſa vie , le vrai mérite qu'il
poſſedoit , doit lui aſſurer une place dans le
ſouvenir de tous ceux qui ſe font un devoir
de le recompenſer de leur eftime &de leurs
regrets.
M. fon fils lui a fuccédé , S. M. l'ayant
honoré depuis quelque tems de la ſurvi
vance de fa charge ; les preuves qu'il a déja
données de ſes talens & de fon zéle pour
le ſervice du Roi ſont de ſurs garants qu'il
ſuivra un auſſi bon modéle.
AAix le 3 Fevrier 1746 .
FEVRIER !1746. 129
LETTRE de M. au sujet du
-magnifique Cabinet de Médailles de
la Bibliothéque qu'à laiſſées M. l'Abbé de
Rothelin.
L
Rothe E goût naturel de M. l'Abbé de
lin pour les Sciences commença à ſe
manifeſter dans le tems de ſes études de
Théologie par le ſoin qu'il prit de raffembler
toutes les ſources où il pouvoit puiſer
la connoiſſance de l'Hiſtoire Eccléſiaſtique,
en formant une Bibliothéque chofie dans ce
genre . La lecture des Peres de l'Egliſe lui fit
bien-tôt ſentir que pour entendre parfaitement
leurs Ouvrages il ne devoit pas s'y
borner ,& que ſes recherches devoient aufli
s'étendre à l'Histoire Civile & aux Belles-
Lettres à cauſe de la liaiſon réelle qui fetrouve
entre ces differens objets. Les citations
nombreuſes des Auteurs profanes que l'on
rencontre à chaque page dans les Livres des
Ecrivains Eccléſiaſtiques,les allufions fréquentes
qu'ils font à l'Hiſtoire de leur fiécle,
aux événemens qui ſe paſſoient ſous leurs
yeux , à des faits anciens , aux uſages & aux
moeurs de ceux auxquels ils parloient , aux
opinions communément reçues , à ce mé
Fy
* 30 MERCURE DEFRANCE .
lange confus d'idées bizarres , de traditions
abſurdes que le Paganiſme uniſſoit, mettent
quiconque veut étudier leurs ouvrages à
fond , dans la néceſſité d'y joindre la lec
ture des Hiſtoriens , l'étude de la Mythologie
& de la Philoſophie des Anciens , en
un mot de jetter les yeux ſur tous les veftiges
qui nous reſtentde l'Antiquité :veſtiges
épars & en apparence indépendans les uns
des autres , mais qui réunis ſe prêtent un
jour mutuel.
Tel eſt le plan ſuivant lequel M. l'Abbé
de Rothelin a formé laBibliothéque nombreuſe
qu'il laiſſe aujourd'hui. Son voyage
en Italie, dans ce Pays où l'Antiquité ſemble
revivre au milieu de ſes ruines , où les faits
les plus célébres ſont perpétués par une
foule de monumens , lui inſpira l'idée d'acquérir
ceux de ces monumens qu'il pouvoit
plus facilement tranſporter en France. Dans
un ſéjour de deux années qu'il fit à Rome il
ne ſe contenta pas d'acheter toutes lesMédailles
qui ſe trouverent à vendre; il lia une
correſpondance étroite avec les principaux
curieux d'Italie , qui ſe chargerent de lui
annoncer toutes les découvertes qui ſe faifoient
dans ce genre, & de les faire paſſer
juſqu'à lui , enſorte que pendant l'eſpace de
plusde vingt années il ne s'eſt point trouvé
de Médailles dans ce Pays, où la terre
FEVRIER
1746. 131
en cache dans ſon ſein un ſi grand nombre ,
dont il n'ait eu le choix ou fait l'acqui
Ation.
Il s'étoit d'abord propoſé de raſfembler
toutes les ſuites qui ſe peuvent former ſoit
en or , ſoit en argent , ſoit dans les differentes
grandeurs de bronze , mais il comprit
par le peu de progrès qu'il faiſoit dans
chacune , que ce projet étoit d'une étendue
trop vaſte , pour que l'exécution en fut poffible
à un particulier , & ſe bornant à la
fuite d'argent , tant dans les Médaillons de
ce métal quedans les Médailles du volume
ordinaire , & dans les Quinaires , il entreprit
de poufler cette ſuite auſſi loin qu'elle
pouvoit aller , au de là même de celles que
renferment les plus fameux Cabinets de
P'Europe. Pour y réuſſir , non content de
l'augmentation inſenſible , mais trop lente
àſon gré , que ſes correſpondances procuroient
à ſon Cabinet , en y faiſant entrer
de tems en tems un petit nombre de Médailles
choiſies , il donna ordre d'acheter
pour lui tous les Cabinets particuliers qui
fe trouveroient à Rome . entre autres celui
du fameux Marc-Antonio Sabbathini , qui
⚫paffoit avec raiſon pour le plus conſidérablede
tous , ſoit par le nombre , ſoit par
la rareté des Médailles qu'il renfermoit. II
tint la même conduite par rapport à ceux
Fvj
# 32 MERCURE DE FRANCE.
de France , des Pays-Bas & de Hollande ,
dont aucun ne lui eſt échapé.
Aufli peut-on dire ſans exagération que
le Cabinet de M. l'Abbé de Rothelin , qui
lui révenoit au moins à la ſomme de cent
vingt mille livres , eſt formé par la réunion
de plus de trente Cabiners differens , ce qui
compoſe le recueil le plus nombreux qui
foit en Europe , & le plus rempli de pieces
rares & fingulieres. Pour en acquérir une
feule de ce mérite , il achetoit quelquefois
un Cabinet entier , & le grand nombre de
doubles qui ſe trouvoient parlà entre ſes
mains , lui fourniſſoit par la générofité
avec laquelle il les prodiguoit , le moyen
d'acquérir les Médailles qui lui manquoient ,
&dont il ſçavoit que les poſſeſſeurs ne pouvoient
être gagnés que par un échange avantageux
; dans la vue de donner un nouveau
luftre à cette collection déja ſi riche par
elle-même , & en même tems de pouvoir
-diftinguer au ſeul coup d'oeil les changemens
de têtes d'Empereurs, d'Imperatrices&c. qui
compoſent la ſuite de ſes Médailles d'argent
& celle de ſes Quinaires , il prit le parti de
mettre au commencement des Médailles de
chacun de ces Princes ou Princeffes , une
de leurs Médailles en or avec le plus beau
revers qu'il pût trouver , ce qui fait dans la
fuite même d'argent une fuite d'Empereurs
FEVRIER 1746. 133
& d'Impératrices preſque complette en
or.
La célebreBibliothéque de feu M. l'Abbé
de Rothelin ſera vendue en détail après Pâques
1746. Le Catalogue imprimé ſe trouve
chés G. Martin Libraire à Paris , rue
Saint Jacques à l'Etoile.
LETTRE aux Auteurs du Mercure.
MEffieurs, dans l'avis que vous avez eu la bonté de mettre dans le dernier
Mercure au ſujet de la derniere Edition du
Dictionnaire Latin-François ,nommé communément
le Bondot , on s'eſt trompé en
mettant les veuves Rondet & Labottiere, héritieres
du ſieur Rondet. Il faut mettre héritieres
de la veuve Boudot. Je vous prie ,
Meſſieurs , de vouloir bien rectifier cette
mépriſe dans le premier Mercure ; il ne
ſuffiroit pas que cela fut dans un Errata , il
eſt à propos que cela ſoit placé de façon
qu'il n'échape pas au lecteur ; j'eſpere , Meffieurs
, que vous voudrez bien faire attention
à cet article ; vous obligerez celle qui
a l'honneur d'étre &c.
14 MERCURE DE FRANCE.
EAU DE LA PIERRE OU DE LA GRAVELLE
Cette eau ſe fait & ſe débite chés les RR.
PP. Dominiquains du Fauxbourg S. Germain.
Le grand nombre de malades qui continuent
à étre guéris ou fort foulagés par le
remede du feu Frere Pierre Gausinac Religieux
de cette Maiſon , engage celui quí
en a ſeul le ſecret d'en donner avis au public
, follicité d'ailleurs par pluſieurs Médecins
de la Faculté de Paris & par plufieurs
habiles Maîtres Chirurgiens qui ont été plufieurs
fois témoins des effets falutaires de
cette éau,
Elle est compoſée de toutes les meilleures
plantes & drogues dieuretiques , dont on
tire la quinte eſſence par le moyen de la
maceration & de la diſtillation. Elle agit enfuite
dans le corps en ouvrant & débouchant
les conduits , en fondant & détachant
les petites pierres & le gravier ou les glaires
qui empêchent la fortie de l'urine.
Ceux qui font attaqués de ce cruel mal
en doivent prendre le matin à jeun une
doſe , & avaler tout de ſuite un verre de
priſanne , le lendemain repeter la même
chofe: la doſe eſt environ une once ou le
contenu d'un petit verre à eau-de-vie.
Ce remede eſt ſpécifique pour guérir la
colique nefretique , & la colique venteuſe.
It en faut prendre d'abord la doſe ci-deſſus
FEVRIER 1746. 159
&fi on n'est pas foulagé dans l'eſpace de
deux heures , en prendre une ſeconde fois ,
fans mettre de la ptiſanne par deſſus ; fi le
mal continue , il faut prendre quelques lavemens
anodins dans lesquels on mettra
deux onces d'huile d'amandes douces .
Ceux qui ſont ſujets à la gravelle ou qui
ont de petites pierres dans la veſſie , doivent
prendre de cette eau deux jours de ſuite
au déclin de chaque Lune la même doſe ,
ſe promener & faire exercice le plus qu'on
peut.
Les jours qu'on prend ce remede on doit
boire hors des repas de la ptiſanne faite
avec la racine de chicorée , le chien- dent
&la régliſſe , avec un peu de graine de lin
concaffée.
Beaucoup de perſonnes ayant ufé de cette
eau ont jetté quantité de petites pierres ,
commedes pois , d'ou s'est enſuivi une parfaite
guérifon.
Ceux qui ſouhaiteront de l'eau en queftion
, ou qui auront commiſſion d'en prendre
, s'adreſferont au Frere Apoticaire du
Convent des Dominiquains du Noviciat gé
néral à Paris rue du Bac, & on aura ſoin
de payer les ports de lettres.
Comme c'eſt l'amour du bien public &
un eſprit de charité plûtôt que l'intérêt qui
font l'objet de cette diſtribution , on ne
136 MERCURE DE FRANCE.
prendra que dix livres pour une bouteille
d'eau de la pierre, pinte de Paris , en forte
que chaque priſe ne revient environ qu'à
ſept fols.
On fait auſſi dans le même Convent le
véritable Elixir de vie apoplectique , autrement
l'Eau Rouge des Jacobins : on donne
des imprimés ou l'on explique ſes vertus &
la maniere de s'en ſervir. Elle eſt de la compoſition
du Frere Pierre Gaufinac.
:
Les ſieur Oulier & Caftan ſon aſſocié qui
continuent avec ſuccès de vendre la véritable
poudre dite de Santinelly , un des .
plus doux purgatifs qui ait encore paru &
propre pour la guériſon des maladies chroniques
même héréditaires ayant diſcontinué
d'en faire débiter à Montpellier , à Lyon &
autres endroits , ont crú devoir informer le
public qu'iln'en ſeroit débité àl'avenir que ,
chés le ſieur Oulier à Aix en Provence , à.
Paris chés le ſieur Caftan Fue neuve S. Euftache
chés un Cordonnier pour femmes , &
àVersailles chés le ſieur Lhuillier Marchand
Epicier au Marché à Verſailles .
On trouve auſſi chés le ſieur Caftan
& Brouet Marchands de Liqueurs au MagaſindeMontpellier
rue Dauphine à Paris ,
& chés le fieur Lhuillier à Verſailles un
FEVRIER 1746. 137
Sirop ſtomachal très- efficace pour les crudités
de l'eſtomach , les dégouts opiniatres ,
les fiévres , les cours de ventre invétérés ,
furtout des vieillards , les coliques venteu
fes , la jaunile & gros rhumes , c'eſt un des
meilleurs contrevers que nous ayons ; en
un mot il eſt propre dans toutes les maladies
qui dépendent des aigreurs des pre
mieres voyes , glaires de l'épaiſſiſſement ou
de la viſcoſité des humeurs &de l'embarras
des vifceres , les bouteilles ſont de douze
&de fix livres .
L
ESTAMPES NOUVELLES,
E fieur Benoît Audran vient de faire
une acquiſition de vingt- quatre planches
curieuſes qui ſe trouvent chés lui à Paris
rue S. Jacques vis- à-vis S. Yves à l'enſeigne
de la Ville de Paris .
Les ſujets de ces gravûres ſont des per
fonnages ; il y en a douze François & douze
Chinois. Voici les François.
1. Le Château de Cartes . 2. La bonne Mere:
3.L'Ecole Domestique. 4.La Quêteuse dugrand
chemin. 5. La Crémiere. 6. La Bergere labo138
MERCURE DE FRANCE.
rieuse. 7. La Jardiniere. 8. La Bouquetiere
Fanchonnette. 9 La Marchande d'Eufs . 10.
La jeune Ménagere. 11. Je Savoyard avecſa
Marmotte. 12. La vendeuse de Séleri.
Les perſonnages Chinois ſont ceux- ci
1. Musique Chinoise à Clochettes. 2. La
Curiofité Chinoise. 3. Lapâtée du petit Chien.
4. La Maîtresse du Jardin. 5. La Jardiniere
Chinoise. 6 Le jeu d'Echets Chinois. 7. Les
délices de l'Enfance. 8. L'oiseau à bonnesfortunes.
9. Le Paquet incommode. 1o. Le Concert
Chinois. II. Le mérite de tout Pays.
12. La Réveuse.
** Au bas de la plupart de ces gravûres on
trouve des vers qui cadrent fort juſte avec
le ſujet, il eſt bon d'en donner ici quelqu'échantillon
afin que le public ne ſoit
point trompé. Il ſont de Mrs. Foci & Saderlet
, tous deux également Poëtes.
Au bas de l'Eſtampe intitulée l'Oiseau
à bonnes fortunes , qui repréſente une belle
ſeule dans fon jardin qui s'amuſe avec ſon
Perroquet , on lit ces vers :
Toujours le beau plumage & le joli caquet
Ont fait fortune chés les belles ,
Etſouvent il ne faut pour briller auprès d'elles
Qu'un mérite de Perroquet, ( Saderlet)
FEVRIER 1746. 139
Au bas de l'Eſtampe intitulée le Paquet
incommode , & qui repréſente un homme qui
porte ſa femme ſur ſes épaules & qui ploye
ſous le fardeau , on lit ces vers :
Une femme eſt un embarras ;
C'eſt une vérité qui paſſe pour conftante;
Cethomme ſi chargé n'en diſconviendroitpas :
Plus elle eſt jeune&plus elle eſt péſante. ( Foci )
Les autres vers ſont de la même force ,
& auffi convenables au ſujet.
LeBoufon des Chaſſeurs , gravé parMoyreau
Graveur du Roi , d'après le tableau de
P. Wauvermens , de deux pieds de largeur
ſur 18 pouces de haut, qui eſt au Cabinet
de M. d'Ormeſſon Conſeiller Honoraire au
Parlement, Cette Eſtampe ſe vend chés le
fieur Moyrean rue S. Jacques.
Il paroît nouvellement le Portrait de M.
leMaréchal Comte de Saxe , gravé par Will ,
de grandeur in-fol. Il ſe vend à Paris chés
ce Graveur Quai des Auguſtins entre les
rues Git-le-coeur & Pavée , dans la maiſon
de M. Emery Libraire. Prix. 3 livres .
Le ſieur Gaſpard Duchange Graveur du
Roi , Conſeiller en fon Académie Royale
140 MERCURE DE FRANCE.
de Peinture & Sculpture vient de mettre au
jour en ſa quatrevingt-quatrième année un
Ouvrage repréſentant les Myſteres de la Trinité
, de l'Incarnation &de la Rédemption ,
fous les ſymboles des trois Vertus Théolcgales
, la Foi , l'Eſpérance & la Charité ,
avec leur explication. Cet Ouvrage eſt dédié
à M. de Vintimille Archevêque de Paris ,
&ſe vendchés le ſieur Duchange rue S. Jacques.
Il vient de paroître chés le fieur le Rouge
Ingénieur Géographe du Roi à Paris rue
des Auguſtins une nouvelle Carte d'Ecoffe ,
traduite de celle de Bovvles faite à Londres
en 1731 .
Les Plans de Bruxelles , d'Anvers , de
Louvain &de Malines. Les Batailles de Sahai
, de Czaslan & de Sohr , en Boheme.
Celle de Campo Santo en Italie.
Les amateurs & curieux du beau Pafter
font avertis qu'il ſe fait depuis quelque tems
à Paris d'excellens crayons dont le célébre
M. de la Tour & autres fameux Peintres en
ce genre font actuellement uſage par préférence
à tous autres. Ces crayons , quoique
très-tendres , doux & gras , tiennent la pointe
comme ceux de ſanguine & s'effacent
très-difficilement, Ils ſe vendent chés la
FEVRIER 1746. ¥47
Demoiſelle Charmeton au Fauxbourg Saint
Germain rue S. Benoît vis-à-vis l'Abbaye
au premier appartement dans le fond
de la Cour : on y en trouvera toujours des
aſſortimens ou demi- aſfortimens tout prêts.
EXPLIC ATION de l'Enigme inférée
au premier Volume du Mercure de
Decembre 1745.
VA, A , trop heureux Bouquet , au ſein de ma
maîtreffe :
Qu'un baiſer eût bien mieux ſatisfait ma tendreſſe !
Explication du premier Logogryphe.
Quand dans un mot on voit Mentor ,
Mer , fot , Rome , rofe , or ,
Mort & more , aisément l'Enigme eſt dévoilée ,
Car un Monftre auſſi-tôt me vient à la penſée.
Explication du fecond Logogryphe.
Logogryphe mystérieux ,
Privé d'une voyelle ,
142 MERCURE DE FRANCE.
J'admire le talent de celle
Qui t'expoſe à mes yeux ,
Mais ſi tu n'es pas Armoirie ,
Je veux être haï de Sylvie.
Parmentier à Nevers.-
L
E mot de l'Enigme du Mercure de Janvier
eft Escarpolette. Celui du Logogryphe Latin
eſt Silex , dans lequel on trouve Ilex , Lex , ex &
x. Celui du ſecond Logogryphe eſt Ecritoire , dans
lequel on trouve Re , crose or , cri , ive , sic , cor ,
le rire, you , ore , terre , tyr , brete , cive , 10 &
sitere.
,
A
D
ÆNIGM Α.
Rte meâ pereo , tumulum mihi fabricor ipse :
Fila mei fari duco , necemque neo.
TRADUCTION,
Ans mon propre travail , lecteur , je ceſſe
d'être ;
Je creuſe mon tombeau , mais on me voit renaître ,
Et par l'étrange fort
De mon ame afſervie ,
Je n'occupe ma vie
Qu'à filerlentement la trame de ma mort.
FEVRIER 1746. 143
ENIGME.
JE ſuis de figure petite;
Rien n'eſt plus importun que moi :
Difficilement on m'evite ,
Mais mon nom fait honneur dans la bouched'i
Roi,
N
ÆNIGMA,
Atus in igne fui , periturus in igne viciſſim ;
Sylvas assumpsi , dignus in igne mori,
J
LOGOGRYPHE.
E ſuis très - meutrier. Sixpieds forment mon
corps ;
Combien d'ames par moi s'en vont aux fombres
bords!
Mon chef eſt une Ville au ſein de l'Arabie :
¥44 MERCURE DE FRANCE.
Eny joignant mon col , autre en la Natolie.
Ma queue eft utile au Baudet
Je porte dans mon fein un terme très-ſujet ,
Ami lecteur , à la rature ,
Un terme au jeu d'échets ; êtes vous curieux ?
Vous devinerez ma ſtructure ,
En entrant dans le champ du plus ſanglant des
Dieux.
Follet Musfacien de l'Eglise d' Angers.
J
AUTRE.
E vais me préſenter ſous differens portraits ,
Lecteur , de tous examine les traits.
Mon métier eſt méchanique ;
En diviſant mon corps tu verras mille attraits .
Dans cinq lettres je t'offre Inſtrumentde Muſique ,
Bien annuel que chacun veut avoir ,
Et qu'un Solitaire mépriſe ;
Certain ornement de l'Egliſe
Qu'un Chantre fait toujours valoir.
Matiere qui pour ton uſage
Reçut du Créateur un ſecret avantage.
On me dorine au Potier ,
Il me forme , il me cuit : après un tel ouvrage
Dans ſept lettres j'en fors Inſtrumentdeménage.
Je
e;
:
:
145
ître.
cchus.
smon
Cieux;
erre
ables
FEVRIER 1746. 145
Je parois enſuite inftrument
Qui doit au tabac ſa naiſſance ,
Je ſuis même un Grand de France ;
Par un nouvel arrangement ,
En huit lettres , de l'aſſemblée
Des Chanoines je prends le nom :
J'en fors ,& pire que Prothée ,
Dans fix j'accable un voleur en priſon :
Lecteur pour mieux paroître ,
Raſſemble ta combinaiſon ,
Onze lettres en tout me vont faire connoître.
Par L. D. de Magny.
CHANSON.
ETRENNE de l'Amour &de Bacchus.
Trenne moi , Bachus , viens verſer dans mon
verre
Ton jus le plus délicieux :
Voleaufſſi tendreAmour ; vele deſcends des Cieux;
Viens me livrer ta douce guerre ,
Et qu'avec l'an nouveau les plaiſirs ſur la terre
Commencent les beaux jours des plus aimables
Dieux,
G
146 MERCURE DE FRANCE.
Cet air est de la compofition de M. Cardone ,
jeune Eleve de M. de Blamont Sur- Intendant
de la Muſique du Roi , qui étant Page de la
Musique de Sa Majesté & à l'âge de quatorze
ans a eu l'honneur de faire chanter devant Elle
pluſieurs Moters qui ont mérité ſon approbation
les fuffrages éclairés des connoiſſcurs de la
Cour & de la Ville. Le Roi l'a gratifié d'une
furvivance d'une charge de fa Musique.
MEDAILLESfur la Campagne du Roi.
L
A Victoire aſſiſe à l'ombre d'un Palmier
ſur un grand nombre de boucliers
aux armes des Villes que Sa Majefté
a conquiſes , écrit ſur le ſien avec la pointe
de ſon dard ces mots :
DE ANGLIS , AUSTRIACIS ET ......
Pour Legende
2
VICTORIS CELERITAS ET CONSTANTIA,
L'activité& la conſtance du vainqueur.
Exergue
PRÆCIPUE BELGII AUSTRIACI URBES
SUBACTE. M. D. CC. XLV.
LUD •
XV.REX
URBS
ARX
M.
CHRISTI
STIANISS
TORNACENSIS
DECUS
EXPUGNATE
SCALDIS
MPERII
HOSTESAB IPSOMET REGE
FUSIAD FONTENOI UM
XI-MAIIMDOCXLV
VICTORIS
GALLICI
CELERITAS
DE ANGLIS
AUSTRI
ACIS
ET
ET
CONSTANTIA
XXII-MAII-ET XIXJUNII
M DCC XLV.
ERDA
FAECIPUE BELGIX AUSTRIACE
URBES SUBACTE
MDCCXLV
D Sarniquef
1
FEVRIER. 1746. 147
Conquêtes des principales Villes de la Flandre
Autrichienne .
Les Médailles frappées à l'occaſion de la
Bataille de Fontenoy & de la priſe de
Tournay , ont toutes deux d'un côté la
tête du Roi avec l'inſcription ordinaire.
LUD . XV . REX CHRISTIANISSIMUS
.
Au revers de celle de Fontenoy
Le Roi eſt repréſenté dans un Char de
Triomphe à l'antiqué attelé de quatre chevaux
de front ; il tient par la main M. le
Dauphin , comme pour l'aider ày monter ,
& la Victoire qui vole au deſſus du Char ,
poſe une Couronne de laurier ſur la tête
de Sa Majeſté.
La Legende
DECUS IMPERII GALLICI :
Et l'Exergue
HOSTES AB IPSOMET REGE FUSI AD
FONTENOIUM XI . MAII . M. D. CC. XLV .
Signifient que la victoire remportée par le
Roi en perſonne à Fontenoy le 11 Mai 1745
est l'honneur de l'Empire des François.
Au revers de celle de Tournay
Gij
#48 MERCURE DE FRANCE,
On voit la Victoire qui attache à un
Trophée élevé ſur les bords de l'Eſcaut
la Couronne murale & le bouclier des armes
de Tournay.
La Legende
URBSARXQUETORNACENSISEXPUGNATA
Signifie la prise de la Ville & de la Citadellede
Tournay ; les dates font à l'Exergue .
XXII . MAII ET XIX. JUNII M. D. CC. XLV,
JETTON des Menus plaifirs.
D'un côté le Portrait du Roi , de
l'autre un Veſtibule dans l'enfoncement
duquel il y a un Ordre d'Architecture
en façon de décoration de Théatre ornée
de luftres ; dans le Veſtibule on voit repandus
de tous côtés differens Inſtrumens
& attributs de Muſique & fur des tables
ou autres meubles pluſieurs maſques & ornemens
de Théatre , enfin ce qui peut caractériſer
le Bal , l'Opéra & la Comédie.
Legende
VICTORIS OTIA FALLUNT.
Exergue
Menus plaisirs & affaires de la Chambre
du Roi,
FÉVRIER 1746. 149
5
GOPIEdune Lettre de M. Larchevêque
très-célébre Médecin de la Ville de Rouen
écrite àM. Bigot de Saint Pé de Honfleur
ausujet du specifique du fieur Arnoult contre
l'Apoplexie du 18 Octobre 1745 .
J
Ene ſçais comment avec la plus grande
envie du monde de vous répondre
promptement votre lettre m'eſt échappée
pendant deux jours de la mémoire, je me
hâte aujourd'hui de vous faire réponſe de
peur de quelque nouvel embarras qui la
remette en oubli ; je vous dirai par rapport
au ſachet du ſieur Arnoult que deux perfonnes
d'ici &ſous mes yeux s'en font trouvés
fort bien, que ce ſachet étant compoſé
de differens ſels peut abaiſſer les vapeurs ,
ainſi vous pouvez fatisfaire votre envie là
deſſus , mais ne croyez pas s'il y a plénitude
de ſang, qu'il vous exempte d'être ſaigné ;
je ne ſçais où il tient ſon Bureau , mais
l'Abbé Desfontaines Auteur des feuilles Litteraires
qui paroiſſent régulierement vous
en pourra dire des nouvelles & peut être
auffi M. Cavelier Libraire rue Saint Jacques
qui débite le Mercure de France ; que ne
Gij
150 MERCURE DE FRANCE.
voyez vous quelque bon Médecin pour vous
regler ſur ſes avis ſans que néanmoins cela
vous empêche de porter le ſachet ; je me
rejouis au rette que votre ſanté à vos inquiétudes
près ſoit bonne ; je prie Dieu qu'il
vous la conferve. Je ſuis &c.
On apprend encore par M. Vallier Affeffeur
au Baillage de Saint Marcellin que
M. Chabert autre grand Médecin de Grenoble
conſeille l'uſage de ce remede & en
prend ouvertement défenſe.
M. Meſtre Negociant à Marseille , & M.
de Roux ancien Capitaine dans Enguien ,
Chevalier de Saint Louis auſſi à Marseille
atteſtent les bons effets du ſpecifique du
ſieur Arnoult ; voici comme il s'explique
en priant M. Meſtre de lui faire venir un
des ſachets du ſieurArnoult Marchand Dro .
guiſte à Paris.
Ce ſachet a la vertu de diſſiper les engourdiſſemens
caufés par l'Apoplexie & d'en
préſerver à l'avenir lorſqu'on le porte exac->
tement ſur le creux de l'eſtomach , effet qui
a eu lieu en la perſonne du Pere Tardivi ,
Religieux réſident à Saint Jérome , lequel
avoit tout le côté gauche perclus d'une Paraliſie
à la fuite d'une Apoplexie , portant
fon bras en écharpe depuis trois ans malgré
les eaux de Digne où il avoit éte , &
FEVRIER 1746. 1is't
le ſachet dont il s'agit en trois jours lu
rendit la facilité de remuer fon bras & fa
jambe avec aiſance. M. Chapelle Procureur
Général à la Table de Marbre à Metz , M.
Deſtouches Prêtre à Dunkerque , M. de
Folleville de Bruxelles, & M. Gautier Maire
de Châlons- fur-Saone & Elu de Bourgogne
atteſtent de pareils effets de ce reméde .
L
SPECTACLES.
OPERA.
:
'Académie Royale de Muſique continue
les repréſentations d'Armide avec le
feu d'un premier ſuccès. Voici des vers
qu'on nous a envoyés pour Mlle. Chevalier
qui remplit ſi bien un rôle ſi difficile.
AMademoiselle Chevalier,
Lorſque l'on vous donna ce rolle difficile
Où vous charmez toute la Ville ,
En nous peignant i bien Armide & ſes fureurs
On conſulta vos fons étendus & flateurs ,
Vos geſtes gracieux , votre air plein de nobleſſe ;
Giiij
52 MERCURE DE FRANCE.
Si l'on eut conſulté vos moeurs ,
Dans le Prologue auſſi vous feriez la ſageffe.
la même.
Armide , est-il quelqu'un qui puiſſe vous entendre,
Sans admirer des fons ſi beaux ?
Non , vos rivales même ont peine à s'en défendre.
De ſi peu de leçons avoit-on lieu d'attendre
Qu'on vous verroit monter à des ſuccès ſi hauts ?
Que vous exprimez bien ! que vous ſçavez bien
rendre
Desmouvemens du coeur les differens tableaux !
Tour à tour furieuſe & tendre ,
Votre voix & vos yeux s'accordent à propos ,
Pour fraper , émouver , ſurprendre ;
Le charme qui dompta votre jeune héros ,
Chés nous , quand vous chantez , vient d'abord
ſe repandre ;
De tous les ſpectateurs vous faites des Renauds.
Renaud mérite auſſi l'encens du Parnaſſe .
Enfin on doit louer tout ce qui contribue
à la réuſſite du chef d'oeuvre de l'incomparable
Lulli. La Cour a été ſi ſatisfaite de
da premiere repréſentation qu'elle en a vue
àVerſailles dans le moisde Decembre dernier
, qu'elle en a demandé une ſeconde le
Jeudi 13 Janvier , & une troiſieme le
Jeudi 21 .
FEVRIER 1745. 153
Neuvième ſuite des Reflexions ſur les Ballets.
Nous avons un Ballet plus récent du même
Auteur intitulé les Fêtes Grecques
Romaines , dont le Prologne contient un
morceaude danſe pittoreſque qui a toujours
été fort applaudi & dans fa premiére répréſentation
& dans les repriſes nombreuſes
de ce Ballet Hiſtorique , qui a été mis
enMuſique par M. Collin de Blamont Sur-
Intendant de la Muſique de la Chambre du
Roi.
LaDécoration de ce Prologue repréſente
au fond le Temple de Mémoire orné de
Statues des Grands Hommes & d'Inſcriptions
à leur louange. On y arrive par une
grande & magnifique place décorrééee dans
le même goût.
Les Eleves d'EratoMuſe de la Muſique s'y
trouvent raſſemblés par l'ordre d'Apollon
pour ſeconder les deſſeins de la Mufede
Hiſtoire , qui s'explique ainſi.
CLIO.
vous qui conſacrez votre aimable génie
A la Muſe de l'Harmonie ,
Répondez à mes veux , ſecondez ſes efforts ;
Apollon vous raſſemble au Temple de Mémoire ;
Gy
$ 54 MERCURE DE FRANCE.
Pour les Héros ſignalés dans l'Hiſtoire
Je vous demande des accords ;
Des Guerriers fabuleux c'eſt trop chanter la
Gloire ;
Hatez vous d'éprouver de plus nebles tranſports.
Sur la fin de cette Scéne Apollon furvient.
Sa préſence réjouit les deux Muſes .
Ce Dieu qui connoit le goût de notre ſiécle
pour la danſe & qui n'a pas beſoin pour
cette connoiſlance d'être l'Oracle de Delphes
& de Delos , leur dit.
APOLLON.
Vous allez expoſer ſur la Lyrique Scéne
Des Heros, l'ornement & de Rome & d'Athéne ;
Non , ce n'est pas affés de vos charmans concertsi
Une Muſe vous manque encore ,
Croyez vous réunir les fuffrages divers ,
Sans le ſecours de Terpſicore ?
C'eſt en vain qu'aujourd'hui des chants mélodieux
Sur la Scéne appellent les Graces ;
Si la danſe n'amuſe & ne charme les yeux ,
L'ennui ſuit les plaiſirs& vole ſur leurs traces.
Terpficore paroît à la tête de tous ſes
éleves differemment habillés & caractériſés .
Une chacone gracieuſe & variée les amene ,
& leur aimable Divinité exprime differentes
FEVRIER 1746. 155
paſſions par ſes pas &ſes attitudes.Apollon&
Erato célebrent ſes talens par ces vers.
Qu'elle danſe vive & légere !
Les jeux , les ris vous ſuivent tous ,
Muſe brillante , auprès de vous
On voit plus d'Amours qu'à Cythere.
ر
Tous peignez ànosyeux les tranſports des amans ,
Les tendres ſoins , la flateuſe eſpérance ,
Le deſeſpoir jaloux , la cruelle vengeance
Tous vos pas ſont des ſentimens.
Zéphire vole fur vos traces
Plus vif que dans les plus beaux jours;
Vos pas enviés par les Graces ,
Sont applaudis par les Amours .
:
Ce Ballet toujours applaudi depuis fa
naiffance fut preſque rejerté à la derniere
répétition qui s'en fit fur le Théatre de
l'Opéra , & Mlle. Prevőt qui en a établi le
ſuccès ſe rendoit à l'erreur de la critique .....
*Cet éloge donné à Terpsicore doit être une leç6o1n3
pour ses favoris , de qui la danse denuée d'ordre S
d'expreſſion n'est souvent qu'un tiſſu de pas inspirés par
le caprice , &fans aucune analogie avec le perſonnage
du danseur qui les exécute .
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
mais ſupprimons le détail d'un fait quí
n'honore pas le diſcernement des arbitres de
ce tems- là ; contentons nous de dire que
cet heureux Ballet a été depuis exécuté avec
un ſuffrage univerſel par Mile. Camargo , la
charmante Mlle. Barbarine & la jeune Mlle.
Cauchois; ces deux dernieres danſeuſes brillent
à préſent à la Cour de Pruſſe.
Il y a une anecdote qui concerne les Fêtes
Grecques & Romaines que nous allons
développer ici , c'eſt que cet ouvrage étoit
deſtiné pour le Théatre du Louvre; le Vainqueur
de Fontenoy devoity danſer ſous le
nom du Vainqueur d'Actium , & Louis XV.
auroit repréſenté Auguſte amené chés Mecéne
par la Fête des Saturnales , mais il
fut alors décidé , malheureuſement pour les
Auteurs de ce Ballet , mais très-heureuſement
pour le reſte de la France , que le
Roi ne s'occuperoit plus des amuſemens
frivoles , & qu'il commenceroit dès - lors
cette illuſtre carriere où il a ſemé depuis
tant de lauriers & tant de vertus. On ſçait
que la Fête des Saturnales confondoit chés
les Romains les Maîtres & les Eſclaves ;
pouvoit-on choiſir un divertiſſement plus
convenable pour mêler un Roi puiſſant avec
fes ſujets , &mieux introduire le Monarque
qui fait les délices de la France que ſous le
FEVRIER
1746. 154
nom de l'Empereur qui fonda la félicité de l'Empire de Rome ? Ce parallele admet
pourtant une difference conſidérable en ce que la vieilleſſe d'Auguſte , toute vertueuſe qu'elle fut , eſt effacée par la jeuneſſe de
Louis XV .
CONCERT
SPIRITUEL
.
Le Concert Spirituela commencé le jour .
de la Chandeleur par Diligam te Domine , Motet à grand choeur de M. Gille , ſuivi d'un Concerto de M. Blavet , du Cantate
Domino , Motet àgrand choeur de M. de la Lande , d'un Concerto de violon & de Bonum
est Motet à grand choeur de M. de
Mondonville
.
Mlle. Chevalier a chanté avec de grands
applaudiſſemens le recit Viderunt dans le Cantate de M. de la Lande. M. Benoît qui
par indiſpoſition avoit ceſſé de chanter depuis
Pâques au Concert y a reparu avec
beaucoup de ſuccès dans le Motet Bonum est , deM. de Mondonville . Mlles . Fel, Romainville
, Bourbonois , & Mrs. Poirier & Malines
ſe ſont infiniment diftingués dans les
recits qu'ils ont chantés.
158 MERCURE DE FRANCE.
COMEDIE ITALIENNE .
Les ComédiensItaliens ont continué avec un
fuccès égal lesFolies de Coraline .Cette Comédieeſt
une desplus correctes qu'ils aient encore
données de cette eſpece- là. Il y a une
ſuite &une liaiſon de ſcénes qui ſe trouvent
rarement dans les Piéces totalement
Italiennes. Le Ballet qui la termine eſt vif&
très- amuſant. C'eſt un deſſein Allemand &
pittoreſque exécuté avec feu & avec grace.
Le Mardi premier Fevrier on a donné
la premiere repréſentation du Plaigiaire Comédie
Françoiſe en vers & en trois Actes
de M. de Boiſſi , ornée de trois divertiſſemens
pittoreſques ingénieuſement deſſinés.
Le premier de ces divertiſſemens eſt galant
& pittorefque. Il eſt composé de deux
quadrilles. La premiere repréſente desBergers
tendres & difcrets qui ſe rendent au
Temple du miſtére. Leurs pas & leurs attitudes
expriment leur fcrupuleuſe fidélité
& l'innocence de leurs ſentimens ; la ſeconde
quadrille eſt une partie quarrée de deux
coquettes & de deux Petits- Maîtres trèsingénieuſement
figurée; ce mélange nouveau
eft deffiné avec goût & vifſans êtreconfus .
Le ſecond divertiſſement eſt une voliere
où ſe trouvent les differentes eſpeces d'oiFEVRIER
1746. 159
ſeaux; la deſcription de ce Ballet eſt faite
dans la piece par M. du Berceau , Peintre
Artificier& danſeur , Auteur des trois fétes.
La derniere a auſſi ſes agrémens caractés
riſés ; elle eſt terminée par un feu d'artifice
intitulé l'Arc- en-Ciel.
M. Balleti & la charmante Coraline fe
diftinguent dans ces divertiſſemens & s'attirent
les applaudiſſemens reitérés des ſpectateurs.
La jeune Camille y danſe une entrée
ſeule qui fait briller ſes graces enjouées.
Ondonnera un extrait de la piece quand
elle ſera imprimée.
On a repris les Folies de Coraline avec le
premier ſuccès.
COME'DIE FRANÇOISE .
Les Comédiens François ont remis fur
leur Théatre le Moulin de Javelle petita
piece de l'ingénieux Dancourt .
Le rôle de la petite fille eſt bien rempli
par Mlle. Guean qui le joue avec und
voix & un geſte conduit par les graces.
FOIRE SAINT GERMAIN.
La Foire ſaint Germain ne fera pas fi
déſerte qu'on le croyoit. La grande troupe
étrangere des Danſeurs de corde éta
160 MERCURE DE FRANCE.
blie dans le jeu de la Foire couverte y attire
bonne & nombreuſe compagnie ; les Danfeurs
de corde font excellens ; Mlle . Brilla
furtout ſe diftingue par une taille avantageuſe,
accompagnée d'une pliyſionomie trèsaimable
& très-modeſte. Les amateurs de
ces ſortes d'exercices doivent être fort ſatisfaits
de ce qui s'exécute chés le ſieur
Reſtier ; outre les bons Danſeurs de corde
il a deux équilibres parfaits & des Sauteurs
legers & bien montés.
Son ſpectacle finit parune Pantomime intitulée
Chacun son tour , variée dans ſes lazzi
&parfes jolies décorations.
Un tambour ſupérieur est admiré & réjouit
également les oreilles pacifiques &
militaires.
Vis-à-vis du Théatre du ſieur Reſtier des
Enfans Pantomimes en occupent un qui mérite
d'être fréquenté ; la gentillefſe & l'agilité
des petits Acteurs qui y repréſentent
peuvent amuſer des connoiffeurs.
Le 12 Fevrier le proverbe qui dit que
ſouvent on recule pour mieux fauter , à
reçû un furieux démenti par les nouveaux
Pantomimes de Mde. Sandham Angloife ;
elle a débuté par une piéce intitulée Arlequin
victorieux , on ne devine pas trop
où il a remporté ſa victoire; ce n'eſt pas
fürement fur ſes rivaux forains .
FEVRIER 1746. 161
Les Vendanges de Tempé Pantomimejouće
avec ſuccès pendant la Foire ſaint Laurent
derniere termine ce ſpectacle. Tempé jufqu'à
préſent étoit plus connue par ſa vallée
que par ſes vendanges ; on eſt bien obligé
àl'érudition mytologique de l'Auteur de lui
avoir découvert ce mérite inconnu dans l'anfiquité.
PIECES JOUÉES A LA COUR .
Le Jeudi 3 Fevrier les Comédiens François
repréſenterent ſur le Théatre du Château la
Tragédie d'Electre & le Colin Maillard.
I.e Mardi 8 le Misantrope & la Comteffe
Efcarbagnas.
Le Mardi 15 l'Ecole des Maris & leMédecin
malgré lui.
Le Mercredi 9 les Comédiens Italiens repréſenterent
les Défis d'Arlequin &de Scapin .
Le Mercredi 16 Arlequin muet par crainte.
Le Jeudi 10 on repréſenta l'Opéra d'Armide.
CONCERTS DE LA COUR.
4
Le Lundi 17 Janvier onexécuta en concert
àMarly le Prologue & le premier Acte
de l'Opéra d'Omphale.
LeMercredi 1 , & le Samedi 22 on exécuta
les autres Actes,
462 MERCURE DE FRANCE .
Le Lundi 24 le Prologue & le premier
Acte d' Amadis de Grece.
Le Mercredi 26 & le Samedi 29 les
autres Actes .
Le Lundi 31 le Prologue & l'Acte de
l'Air du Ballet des Elémens. Le ſieur Lepage
nouvellement reçû à la Muſique de
la Chambre du Roi chanta les tems font arrivés
&c.
Le Samedi 5 Fevrier on exécuta en concert
chés la Reine l'Acte de l'Ean & celui
du Fen du Ballet des Elémens.
Le Lundi 7 on chanta le Prologue des
Elémens & l'Acte de la Terre du même
Ballet.
Le Samedi 12 on exécuta le Prologue
& le premier Acte de l'Opéra de Tancrede.
Le Lundi 14 le deuxieme& le troiſieme
Actes du même Opéra.
Le Samedi 19 le quatriéme & le cinquiéme
Actes du même Opéra.
FEVRIER 1746. 163
JOURNAL DE LA COUR , DE PARIS
&c.
1
Epremier de cemoisM.Fromentin Rec-
L teurde l'Univerſité ſe rendit à Marly accompagné
des Doyens des Facultés & des
Procureurs des Nations , & fuivant l'ancien
uſage il eut l'honneurde préſenter un Cierge
au Roi , à la Reine & à Monſeigneur le
Dauphin .
Le même jour le Pere Hubault Vicaire
Général des Religieuxde la Mercy accompagné
de trois Religieux de leurConvent du
Marais eut l'honneurde préſenter un Cierge
à la Reine pour ſatisfaire à une des conditions
de leur établiſſement fait àParis en
1615 par la Reine Marie de Médicis.
Le mêmejour après midi , leurs Majeſtés
revinrent à Verſailles du Château de Marly.
Le 2 Fête de la Purification de la Ste.
Vierge, les Chevaliers , Commandeurs &
Officiers de l'Ordre du S. Eſprit s'étant af
ſemblés vers les dix heures du matin dans le
Cabinet du Roi , Sa Majeſté tint un Chapitre.
Les preuves de l'Archevêque de Tours
164 MERCURE DE FRANCE.
propoſé le 1. du mois de Janvier dernier
pour être Prélat Commandeur de l'Ordre
du S. Eſprit , & celles du Vicomte du Chayla
, du Comte de Lowendalh , du Comte
de Beranger , du Comte d'Eſtrées , du Comte
de Thomond & du Chevalier d'Apcher
propoſés le même jour pour être Chevaliers,
furent admiſes dans ce Chapitre , dans lequel
leRoi accorda au Comte de Thomond,
que le ſervicede S. M. a empêché de ſe rendre
à Verſailles pour être reçu , de porter
dèsàpréſent les marques de l'Ordre. A lafin
du Chapitre les autress nouveaux Chevaliers
furent introduitsdans le Cabinet du Roi
où ils furent reçus par S. M. Chevaliers de
l'Ordre de S. Michel. Le Roi ſe rendit enſuite
à ſa Chapelle étant précedé de Monſeigneur
le Dauphin , du Duc d'Orléans , du
Duc de Chartres , du Comte de Clermont ,
du Prince de Dombes , du Comte d'Eu , du
Duc de Penthiévre & des Chevaliers &
Officiers de l'Ordre. Le Vicomte du Chayla
, le Comte de Lowendalh , le Comte de
Beranger , le Comte d'Eſtrées , le Chevalier
d'Apcher en habits de Novices , marchoient
devant les Chevaliers , & l'Archevêque
de Tours derriere S. M. Le Roi étant
arrivé à la Chapelle on chanta le Veni Creator
, & S. M. après être monté à ſon Trône
FEVRIER 1746. 165
près de l'Autel , reçut l'Archevêque de
Tours Prélat Commandeur de l'Ordre du
S. Eſprit. Le Roi aſſiſta à la Bénédiction
des Cierges , à la Proceſſion qui ſe fit dans
la Chapelle& enſuite à la Grande Meſſe célébrée
pontificalement par l'Archevêque de
Tours & chantée par la Muſique. Lorfqu'elle
fut finie , le Roi remonta à ſonTrône&
y reçut avec les cérémonies accoutumées
les cinq nouveaux Chevaliers. Le
Comte de Matignon & le Marquis de Prie
furent parains du Vicomte du Chayla &
du Comte de Lowendalh ; Le Maréchal
de Coigny & le Marquis de Clermont
Tonnerre le furent du Comte de Beranger ,
du Comte d'Eſtrées & du Chevalier d'Apcher.
Les nouveaux Chevaliers ayant pris
leurs places , le Roi ſortit de la Chapelle&
fut conduitdans ſon appartement en lamaniere
accoutumée. La Reine , Madame la
Dauphine & Meſdames de France entendirent
la même Meſſe dans la Tribune.
L'après midi leurs Majestés accom
pagnées de Monſeigneur le Dauphin , de
Madame la Dauphine & de Meſdames de
France , entendirent le Sermon du Pere
Neuville de la Compagnie de Jeſus , & enſuite
les Vêpres qui furent chantées par la
Muſique,
166 MERCURE DE FRANCE.
-
Le 3 le Roi accompagné comme le jour
précédent a aſſiſté au Service qui aété célebré
dans la Chapelle pour le repos des ames
des Chevaliers de l'Ordre du S. Eſprit morts
dans le cours de l'année derniere & auquel
l'Archevêque de Tours a officié.
Le Roi & la Reine entendirent le 12 &
le 18 de ce mois dans la Chapelle du Châ
teau la Meſſe de Requiem pendant laquelle
le De Profundis fut chanté par la Muſique
le 12 pour l'Anniverſaire de Monſeigneur
le Dauphin Pere du Roi , & le 18 pour
l'Anniverſaire de Madame la Dauphine Me..
re de S.M.
Le 26 Mercredi des Cendres le Roi reçût
les cendres des mains du Cardinal de
RohanGrand Aumônier de France. La Reine
les a reçues des mains de l'Archevêque de
Rouen ſon Grand Aumônier ; Monſeigneur
le Dauphin des mains du Coadjuteur de
Strasbourg Grand Aumônier de France en
furvivance , & Madame la Dauphine de
celles de l'ancien Evêque de Mirepoix ſon
premier Aumônier.
Le Duc de Hueſcar Capitaine des Gardes
du Corps du Roi d'Eſpagne & fon Ambaſſadeur
Extraordinaire & Plénipotentiaire
auprès du Roi , étant arrivé à Paris le 17
de ce mois , il ſe rendit à Verſailles le 19
FEVRIER 1746. 167
& il eut une audience particuliere de S. M.
Il fut conduit à cette audience ainſi qu'a
celles de la Reine , de Monſeigneur le Dauphin
, de Madame la Dauphine & de Mefdames
de France par M. de Verneuil Introducteurdes
Ambaſſadeurs ,
Le même jour la Maréchale Ducheſſede
Duras que le Roi à nommée Dame d'hon -
neur de Meſdames de France , a prêté ſerment
de fidélité entre les mains de S. M.
Le Roi a accordé depuis quelques tems.
l'agrément du Régiment de Champagne
dont le Comte de Froulay nommé Maréchal
de Camp étoit Colonel , au Marquis
des Sales, Brigadier d'Infanterie , du 1. Mai
1745 & Colonel de celui d'Artois.
Et le Régiment Royal- Pologne Cavalerie
vacant par la mort de M. Merainville
au Comte deBethune Capitaine dans le même
Régiment. Il eſt fils de feu Louis - Marie-
Victoire Comte de Bethune Maréchal de
Camp & Grand Chambellan du Roi de
Pologne Duc de Lorraine , & de Marie-
Françoiſe Potier de Geſvres ſa ſeconde femme,
ſoeur de M. le Duc de Geſvres ,
Le Prince des deux Ponts a été nommé
Lieutenant Géneral des armées du Roi,
168 MERCURE DE FRANCE,
S. M. a appris par un courier dépêché de
Naples au Prince d'Ardore que le 25 du
mois dernier le Roi des Deux Siciles avoit
nommé Chevalier de l'Ordre Royal de S.
Janvier le Marquis de l'Hopital Ambaladeur
Extraordinaire duRoi auprès de S. M.
Sicilienne .
SIEGE ET PRISE DE BRUXELLES,
LeMaréchal.Comte de Saxe ayant formé
ledeffeinde forcer les ennemis d'abandondonner
les differents poſtes qu'ils avoient
conſervés ſur le canal de Wilworden , & ce
Général ayant cru devoir tenter en même
tems de s'emparer de la Ville de Bruxelles ,
il a fait toutes les diſpoſitions les plus propres
pour affûrer l'exécution de ſon projet.
Il a envoyé des ordres aux troupes qu'il avoit
distribuées dans les places de Flandre de la
ſeconde&de la troifiéme ligne de ſerendre
àMaubeuge , Ath , Tournay , Oudenarde ,
Gand & Dendermonde.
Dès le 28 du mois dernier toutes ces
troupes partirent de leurs quartiers pour fe
porter ſur la riviere de Senne & fur le Canal
de Wilworden au-deſſus & au - deſſous
de Bruxelles. La plupart cantonnerent ce
jour-là dans les Villes & les Villages voiſins,
la
FEVRIER 1746. 169
la Dendre , & le 29 elles marcherent vers
les endroits qui leur avoient été marqués.
M. de Vaux Colonel du Régiment d'Angoumois
& Commandant à Dendermonde ,
s'avança la nuit du 29 au 30 avectrois bataillons
& quelques Compagnies de Grenadiers
devant le Château de Marienſal , ſitué
àla rive gauche du Canal qu'il paſſa dans
des bâteaux , après avoir emporté la redoute
des Trois Fontaines , où il fit priſonnier
deguerre un Détachement des troupes Hollandoiſes.
Il fut ſuivi par le Maréchal Comtede
Saxe , lequel à la tête d'un corps confidérable
d'Infanterie &de Cavalerie paſſa le
30 à 10 heures du matin le Canal ſur un
pontdepontons. Ce Géneral ayant marché
fur Bruxelles , fut joint près de cette Place
par les troupes avec leſquelles le Marquisde
Clermont Gallerande Lieutenant Général ,
avoit paffé la Senne à Hall , & il commença
dans cette partie l'inveſtiſſement de la
Ville de Bruxelles ; en même-tems le Marquis
de Contades Lieutenant Général , fit
de ſon côté jetter un pont à Lacken , & fe
rendit maître d'une Redoute voiſine ainſi
quedu Fort des Trois Trous , cent trente
kommes qui occupoient ce dernier poſte
ayant été faits prifonniers .
Le Marquis d'Armentieres Maréchal de
Camp, s'étant poſté avec un autre corps
H
1
190 MERCURE DE FRANCE,
entre Bruxelles & Louvain , la premiére de
ces deux Villes dont la Garniſon étoit compoſée
de dix - huit bataillons &de quelques
efcadrons , ſe trouva entierement inveſtie ,
In corps de troupes que M. Phelippes
commande à Binch, aempéché les Garniſons
de Mons , de Namur & de Charleroy de
s'oppoſer à l'entrepriſe du Maréchal Comte
de Saxe.
L'artillerie n'a pû arriver que le 2 au foir
devant la Ville affiégée , & les deux jours
ſuivans ont été employés à la placer dans fon
parc.
Le 1. M. de Beaufobre Brigadier entra
dans Malines ; ayant rencontré aupont de
Valhem un corps d'Infanterie ennemie , il
l'a chargé & l'a obligé de repaſſer la riviere
qu'il a remontée enſuite pour enviſiter les
gués.
Les habitans de Louvain ayant refuſé l'entrée
de leur Ville à un détachement du Régiment
de Graffin , ce détachement s'en eft
comparé après avoir mis le fou à une des Portes.
Le 4 le Maréchal Comte de Saxe a envoyé
le Marquis de Contades avec un Regiment
de Dragons & quelques Compagnies
de Grenadiers pour reconnoître Wil
worden que ce General avoit fait bombarder
le jour précedent , & le Marquis
:
FEVRIER 1746. 172
de Contades a obligé la Garniſon qui étoit
de deux cent cinquante-fix hommes de
ſe rendre priſonniere de guerre.
La tranchée fut ouverte le 7 à6heures du
ſoir vis- à- vis de l'ouvrage à corne de la Portede
Scharbuk , & elle fut montée par le
Comte de Logny Montmorency Maréchal
de Camp , avec le premier & le troifiéme
Bataillon du Régiment de Piedmont , les
trois Bataillons du Régiment de Limoſin
les deux Bataillons du Régiment d'Eu , le
premierBataillon du Régimentde Bettens ,
le Régiment de Languedoc , celui de Traifnel
& quatre cent Dragons. Ce jour on
fit milles toiſes d'ouvrage en partant du
centre de la parallele & en s'étendant de
droite & de gauche.
Le Marquis de Beaufremont Maréchal
de Camp releva le 8 la tranchée , ayant ſous
ſes ordres le ſecond & le quatriéme Bataillons
du Régiment de Piedmont , les trois
Bataillons du Régiment Royal Vaiffeaux , le
premier Bataillon du Régiment de la Couronne
, le premier du Regiment de Monnin,
le premier de Wittmer , & un pareil
nombre de Dragons que le jour précédent.
Ondéboucha de la paraliele ſur la droite de
la chauffée par un boyau qui forme une
communication vers la gauche juſqu'à cet
tememe chauffée qu'on ayoit maſquée en ce
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
endroit, &oncommença une ſeconde parallele
à ſoixante toiſes du chemin couvert.
Le و le Comte de la Suze Maréchal de
Camp, monta la tranchée avec le premier
& le troifiéme Bataillons du Régiment de
Normandie , le ſecond & le troiſiéme du
Régiment de la Couronne , le Régiment
Royal la Marine , le ſecond Bataillon du Régiment
de Bettens , le ſecond de Wittmer ,
le premier de Diesback & quatre cent Dragons.
Le travail fut continué fur lagauche ,
& la feconde parallele prolongée : on commença
l'etabliſſement de deux batteries ,
chacune de quatre piécesde canon, & d'une
troifiéme de quatre mortiers.
La tranchée fut relevée le dix parleComte
de Logny Montmorency Maréchal de
Camp, par le ſecond & le quatriéme Bataillons
du Régiment de Normandie , par le
troifiéme Bataillon du Régiment de Bettens,
par le ſecond de Monnin, le troifiéme
de Wittmer & le ſecond de Dieſback , par
les deux Bataillons du Régiment de Chartres
& par deux cent Dragons. En débouchant
de la ſeconde parallele par trois endroits
, on s'avança par des zigzags versles
angles ſaillans de l'ouvrage à corne jusqu'à
hit toiſes de la paliſlade. On forma versla
gauche une ſeconde con manication our
es deux paralleles : on continua le travail
FEVRIER 1746. 173
desbatteries& on en commença une quatriéme
de quatre mortiers.
Le 11 le premier & le ſecond Bataillons
du Régiment du Roi, les trois Bataillonsdu
Régiment Dauphin , le Régiment d'Angoumois
, le troifiéme Bataillon du Régiment
de Monnin , le troiſieme de Dieſback &
deux cent Dragons monterent la tranchée
fous les ordresdu Marquis de Beauffremont
Maréchal de Camp. On fit un boyau pour
former une troiſiéme parallele qui communiquoitde
la ſape de la droite à celle du centre
&on pouſſa deux zigzags à la gauche. Huit
mortiers & quatre piéces de canon ſe ſont
trouvés le 12 au matin en état de tirer à la
pointe du jour. Depuis le 10 le feu des
afliégés a été très - vif & M. d'Auteuil Ingénieur
, fut bléeſſé le 11 légerement ainſi
que deux Officiers : le Maréchal Comte de
Saxe a chargé de la conduite du ſiége le
Marquis de Brezé Lieutenant Géneral.
Latranchée fut relevée le 12 par le Comtede
la Suze Maréchal de Camp , avec le
premier &le troiſiéme Bataillons du Régiment
de Piedmont , les deux Bataillons du
Régiment d'Eu , le Régiment de la Marine ,
celui de Languedoc , le premier Bataillon
du Régiment de Bettens , le premier de
Diefback & deux cent Dragons. On acheva
la communicationde la droite au centre de
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE.
la troiſiéme parallele ; on travailla à l'établif
ment dedeux nouvelles batteries & l'on fit à
la droite , à la gauche &au centre des Cavaliers
de tranchée d'où les Grenadiers obligérent
par leur feu les ennemis d'abandonner
le chemin couvert .
Le 13 le Comte de Logny Montmorency
Maréchal de Camp monta la tranchée
avec le ſecond& le quatriéme Bataillons du
Régiment de Piedmont , le troifiéme &le
quatrième du Regiment duRoi , le premier
Bataillon du Régiment de Monnin , le premier
de Wittmer , le premier de Chartres ,
le ſecond de Dieſback & deux cent Dragons
; on pouffa trois crochets en avantde
la gauche de la derniere parallele ſur l'angle
de l'ouvrage à corne. Une partie du chemin
couvert de la demi-lune fut couronnée , &
l'on y fit quatre traverſes tournantes de droite
& de gauche.
LeMarquis de Beauffremont Maréchal de
Camp releva le 14 la tranchée , & il avoit
ſous ſes ordres le 1. & le ze. Bataillons
du Régiment de Normandie , les trois Bataillons
du Régiment Dauphin , le Régiment
de Traiſnel , le deuxieme Bataillon du
Régiment de Wittmer , le deuxième de Bettens
& le même nombre de Dragons que les
deux jours précedens. Après avoir établi la
communication de la droite à la gauche on
FEVRIER 1746. 17
fit des deſcentes ſur la prolongation des faces
de la demi lune ainſi que ſur le couronne
ment de la Place d'armes Saillante , & 18
piéces de canon ſe trouverent ainſi que fix
mortiers en état de tirer. Ce jour M. de Lanhe
Capitaine dans le Régiment de Normandie
futtué.
Le 15 le Comte de la Suže Maréchal de
Camp monta la tranchée avec le ſecond & lé
quatriéme Bataillons du Régiment de Normandie
, les trois Bataillons du Régiment dé
Limofin , le ſecond Bataillon duRégiment
de Monnin , le troiſiéme de Wittmer , le Régiment
d'Angoumois & 200 Dragons. On
travailla au couronnement de la Place d Ar
mes de la corne droite , & on enveloppa
une partie du chemin couvert de la corne
gauche ; on commença en même- tems l'établiſſement
de quatre batteries dont deux
étoient deſtinées, l'une à batre en brêche le
corps de la Place ſur le prolongement de la
face droite de la demi -lune , & l'autre à tirer
fur la face droite de l'ouvrage à corne.
La tranchée ayant été relevée le 16 par le
Comte d'Herouville' de Claye Maréchal de
Camp , avec le premier & le ſecond Bataillons
du Régiment du Roi, les trois Bataillons
du Régiment Royal Vaiſſeaux , le troi
fiéme Bataillon du Régiment de Monnin ,
Dieſback , le premier du Régiment de Char
Hiij
$ 76 MERCURE DE FRANCE.
tres, le troiſiéme de Bettens , le troifiéme de
Dieſback & deux cent Dragons , on perfectionna
la communication au débouché
du couronnement de la Place d'armes fail-
Jante de la demi- lune pour la deſcente du
foffé; on mit en état les quatre nouvelles
batteries de canon & l'on travailla à en
établir deux autres de mortiers.
Le 17 le Marquis de Guerchy Maréchal
de Camp étant de tranchée avec le premier
& le troifiéme Bataillons du Régiment de
Piedmont, les trois Bataillons du Régiment
de la Couronne , le Régiment de Languedoc
, le premier Bataillon du Régimentde
Bettens , le ſecond du Régiment de Chartres
& deux centDragons , onfit ladefcente
du foſſe dans la contreſcape de la Place
d'armes ſaillante de la demi-lune ſur lepatapét
de laquelle on ſe logea. Le Chevalier
d'Aubéterre Colonel du Régiment Royal
Vaiſſeaux allant ce jour-là reconnoître le logement
reçut une bleſfüre dont il eſt mort
depuis.
La tranchée fut montée le 18 par le Duc
đe Chevreuſe Maréchal de Camp qui avoit
lous ſes ordres le ſecond &le quatriéme Bataillons
du Régiment de Piedmont , le troifiéme
& le quatriéme du Régiment du Roi le
premier Bataillon du Régiment de Monnin,
le premier de Wittmer , le premier de
!
1
:
FEVRIER 1746. 177
Dieſback , le premier du Régiment de Chartres
& deux cent Dragons. De nouvelles
communications furent faites vis-à-vis des
débouchés de la deſcente dufoſſe leſquels
furent élargis.
Le 19 M. de Romecourt Maréchal de
Camp , releva la tranchée avec le premier
& le troifiéme Bataillons du Régiment de
Normandie , les trois Bataillons du Régiment
Dauphin , le ſecond Bataillon du Régiment
de Bettens , le ſecond de Wittmer
le Régiment de Traifnel & un nombre de
Dragons pareil à celui des jours précédens.
Le feudesbatteries étantcontinuel on comptoit
que le 20 les brêches ſeroient praticables.
Le Maréchal Comte de Saxe a fait marcher
le 15 à Louvain le Corps de troupes
qui étoit àGeneppe ſous les ordres du Comtede
Relingue , & il en a donné le commandement
au Comte de Lowendalh LieutenantGéneral.
Le feu continuel des differentes batteries
de canons &de mortiers avec leſquelles on
a attaqué laVille de Bruxelles ayant produit
beaucoup d'effet , tant ſur le corps de la
Place , que fur l'ouvrage à corne , & les affiégés
ayant reconnu le zo que les bréches
étoient praticables , ils ſe détermi
nerent ce jour - là à arborer le Drapeau
blanc; ils demanderent à ſe rendre & la ca-
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
pitulation fut ſignée le même jour par le
Comte de Kaunitz & pour les troupes Hollandoiſes
de la garniſon par le Géneral Vander
- Duyn. La garniſon eſt prifonniére de
guerre; elle a livré le 21 à midi la porte
de Flandres & elle ſortit en quatre
diviſions les 25 , 26 , 27 & 28. Les troupes
d'Infanterie qui formoient cette garniſon
ſe montoient à 18 Bataillons dont deux
du Régiment des Gardes Bleues , un de celui
de Waldeck , un de celui de Cronſtrom ,
un de celui d'Aylva , un de celui de Smiffaart,
un de celui de Guy, un de celui
d'Elias , un de celui de Débitz , & neufdes
Regimens Suiſſes de Conſtant , de Stufler
& de Planta. La Cavalerie confiſtoit en
deux Eſcadrons du Régiment de Hoeft-Van-
Hoey & 5 Efcadrons du Régiment de Dragons
de Naſſau , 200 Dragons du Régiment
de Ligne & cent cinquante Huffards. L.es
principaux Officiers qui ont été faits prifonniers
dans cette Place , ſont les Marquis
de Los Rios Feldt Maréchal , les deux Princes
de Ligne , l'un General d'Infanterie ,
l'autre de Cavalerie , le Comte de Chanclos
Géneral d'Infanterie, le Comte de Lannoy
Lieutenant General & Gouverneurde
a Ville, le Comte de Lallain , le Marquis
de Bournonville , le Comte de Maldeghem
& le Comte de Culemberg Lieutenans Gé.
FEVRIER 1746. 179
neraux , Mrs. de Gibſon , de Wild , de Mahontza
, Oconor & de Tonnerfeldt Majors
Generaux , un General de Huſſards , le Duc
d'Urſe & le Prince de Stelberg, & M. de Bon
Colonel des Ingenieurs.
La nouvelle de la priſe de Bruxelles a été
apportée au Roi par M. de Vaux Colonel
du Régiment d'Angoumois , lequel
a été envoyé à S. M. par le Maréchal Comte
de Saxe , & qui eſt arrivé à Verſailles
le 23 .
La capitulation des garniſons Autrichienne
& Hollandoiſe de Bruxelles qui a été fignée
le 20 par le Comte de Kaunits & le
Géneral Vander-Duyn porte que la garniſon
ſera priſonniére de guerre.
Que les alliégés conſerveront leurs chevaux
, & que les armes des Soldats Hollan
dois feront remiſes aux magaſins pour être
rendues lorsde l'échange.
Que la garniſon ne fortira que le 25 par
la porte de Flandres qui ſera livrée le 21 à
midi & ne ſortira qu'en quatre diviſions les
25 , 26 , 27 & 28.
Que les troupes pourront faire tranſporter
tous leurs effets à Anvers , à Breda & à
Maſtrich , à l'effet déquoi il ſera fourni des
voitures aux frais du Pays.
Que les Officiers de l'EtatMajor feront rela-
-
Hvj
180 MERCURE DE FRANCE.
---
chés ſur leurparole dès qu'ils le ſouhaiteront.
Que les Domeſtiques du Duc de Cumberland
pourront ſe retirer avec tous les
chevaux& effets de ce Prince , & qu'il leur
ſera fourni des eſcortes , paſſeports & voituřes
néceſſaires .
Que le Comte de Kaunitz aura la même
liberté pour ſa perſonne , ſa maiſon & effets ,
& pour ceux qui voudront le ſuivre , à
l'exception des Officiers chargés de la récette
des deniers publics , qui reſteront pour
rendre compte de leur adminiſtration.
Que les effets du Prince Charles de Lorraine
reſteront où ils ſe trouveront juſqu'à
ce qu'il ait été pris des arrangemens pour
les faire conduire où će Prince jugera à propos
dans le terme de trois mois .
Que le Secretaire de la légation des Etats
Généraux poura reſter dans la Ville juſqu'à
ce qu'il ait reçû dės ordres ulterieurs.
Que les Bateliers Hollandois avec leurs
bateaux , & tout autres Sujets de la République
pourront retourner chés eux.
Que les Bâtimens Royaux feront confervés
dans tout leur entier , à l'exception des
effets militaires qui s'y trouveront.
Que la Ville confervera l'artillerie qui lui
appartient en propre.
Que le cours de la Juſtice ſera maintenu
dans tous les Tribunaux .
FEVRIER 1746. 181
Le 27 la Muſique de la Chambre jointe
à celle de la Chapelle chanta à la Meſſe du
Roi le Te Deum de la compoſition de M.
Deſtouches pour la priſe de Bruxelics.
PRISES DE VAISSEAU X.
Ldepar
EVaiſſeau du Roi le Serieux , comman-
M. de Fromentieres Capitaine
de Vaiſſeau , s'eſt emparé à la hauteur du
Cap Finiflerre du Corſaire l' Annibal , de
30 canons &de 160 hommes d'équipage ,
lequel avoit été armé à Topsham , & M. de
Fromentieres a ordonné de mettre le feu à
ce Navire , après en avoir fait paſſer l'équipage
ſur ſonbord.
On mande de Breft que M. Beaubriant
qui monte le Vaiſſeau du Roi l'Auguste armé
en courſe , s'eſt rendu maître des Bâtimens
Anglois le Fortuné, chargé de fucre ,
de caffé , d'yvoire & d'autres marchandiſes ,
&le Prince Guillaume , à bord duquel il y
avoit unegrande quantité de ritz , de pelleteries
&de therebentine , & que ces Navires
ſont arrivés l'un à Breſt , l'autre à faint
Malo.
Le Capitaine Donat commandant le
182 MERCURE DE FRANCE.
:
Vaiſſeau la Biche , de ce dernier Port , y a
conduit le Navire ennemi le Heathcote
de 550 tonneaux & de 26 canons , dont
la cargaiſon eftimée 600000 liv. conſiſte
principalement en ſucre , en indigo &
enyvoire.
Les Bâtiments le Memland , l'Amitié des
Planteurs , le Melford & le Lark, chargés
le premier d'étoffes de laine , le ſecond de
tabac & de pelleteries , le troiſiéme de fucre
& le quatriéme de pelleteries & d'indigo
, ont été envoyés dans le même Port
par les Vaiſſeaux le Prince de Conty , lefaint
Michel & le Tavignon , & le Vaiſſeau le
Prince de Conty a rançonné pour deux cent
liv. ſterlings le Navire la Caroline de Yarmouth.
Les Navires Anglois la Surpriſe , de cent
foixante tonneaux,& le Marchand Ita'ien de
deux centqui ont été pris par les Vaiſſeaux
le Tigre &le Cerf, ont été conduits à S.
Malo. Leur charge eſt compoſéede ſucre ,
de coton& d'autres marchandiſes.
Le Capitaine Paillet qui monte le Vaiſſeau
la Scrionne , eſt entré dans le Port de Dieppe
avec le Bâtiment l'Albans , dont la charge,
conſiſtant en indigo , en vif- argent ,
en cotton , en pelleteries , & en deux barils
d'argentmonnoyé , monte à prèsde cinq
centmille liv.
:
FEVRIER 1746. 183
,
Les lettres de la Rochelle marquent qu'il
y eſt arrivé un Corſaire de la Caroline
nommé l'Aſſiſtance , dont s'eſt emparée la
Fregate du Roi la Megere , armée en courſe
&montée par M. le Vafſor de la Touche , la.
quelle a exigé d'un autre Navire ennemi une
rançon de neuf cent liv. ſterlings .
On a appris de Bayonne que les Vaiſſeaux
la Victoire , la Junon & la Basquoise , y
avoient conduit les Bâtimens le Boheme de
Bofton chargé de tabac ; le Scarborough de
Londres chargé de tabac , de merrains & de
fer; le Vernon chargé de ſucre , de cotton
&d'yvoire , & la Justice , armé de ſeize canons
& de quatre pierriers.
NOUVELLES ETRANGERES.
L
ALLEMAGNE .
Electeur Palatin a donné ſon acceffion au
Traité conclu entre la Reine de Hongrie&
le Roi de Pruſſe ; les ratifications des deux Traités
ſignés à Dreſde le 25 Décembre de l'année
derniere ayant été échangées , ils ont été rendus
publics ; celui entre la Reine de Hongrie & le
Roi de Pruffe contient treize articles , & il porte
qu'il y aura entre les deux Puiſſances une paix
184 MERCURE DE FRANCE.
conſtante , perpétuelle & inviolable ,auſſi-bien
qu'une véritable amitié & une fincere union , &
que l'une des Parties Contractantes ne pourra ,
fous quelque prétexte que ce ſoit , former aucune
entrepriſe au préjudice de l'autre ; qu'elles ne
fourniront aucun ſecours à leurs ennemis reſpectifs ,
&qu'elles s'efforceront au contraire de procurer
mutuellement leur fûreté& leurs avantages ; que
les articles préliminaires de la paix de Breſlau , fignés
le 11 Juin 1742 ; le Traité Définitif de ladite
paix , igné à Berlin le 28 Juillet de la même
année ; le Reglement des limites,duquel les
deux Puiſſances ſont convenues peu après la concluſion
de ce Traité , & la convention faite à
Hanover le 26 Août de l'année derniere par le
Roi de Pruffe avec ſa Majesté Britannique , fervirontde
baſe au préſent Traité , tous les précédents
étant renouvellés & confirmés par celui-ci
de la maniere la plus forte & la plus folemnelle ;
que les renonciations antérieures , tant de la part
des Princes de la Maiſon Royale de Pruffe &
Electorale de Brandebourg, que de la part des Etats
de Boheme , ſubſiſteront à perpétuité dans toute
leur étenduë comme s'il n'étoit ſurvenu aucun
differend entre la Reine de Hongrie & le Rei
de Pruffe; que cette Princeffe renonce auffi pour
elle&pour ſes Succeſſeurs à toutes les prétentions
qu'elle pourroit avoir ou former fur les Etats de
ſa Majesté , particulierement ſur ceux qui ont été
cédés au Roi de Pruſſe par le Traité de Breſlau ,
de même qu'à toute indemnité des pertes&dommages
qu'elle a foufferts , & à la demande dece
qui n'a point été payé des contributions exigées
par ſes troupes , que les expectances & furvivances
, accordées par l'Empereur Charles VI fur
des fiefs , terres & autres biens ſitués en Siléſie ,
,
FEVRIER 1746. 185
de pourront jamais être reclamées ; que de part
&d'autre perſonne ne ſera inquietté au ſujet de
ce qui ſe ſera paſſé pendant la guerre ; qu'on publiera
unë Amniſtie générale ,& que tous les biens
confiſqués ſérónt rendus aux Propriétaires ; que
les hoftilités cefferont des deux parts trois jours
après la fignature du Traité , & que douze jours
après cette fignature , la Reine de Hongrie retirera
fes troupes des Pays dont elle a fait une
ceſſion au Roi de Pruſſe , qui dans le même terme
fera fortir les ſiennesdes Etats de cette Princeffe;
que fa Majesté Hongroiſe , immédiatement
après l'échange des ratifications , reftituera au Roi
de Prufſe la Baronie de Tournhout dans le Brabant,
avec ſes dépendancés , revenus , archives
&tout ce qui pourroit avoir été détourné depuis
la confiſcation de cette Baronie ; que tous les prifonniers
faits pendant la guerre , de quelque
rang qu'ils puiffent être , feront remis en liberté
fans rançon , & que les malades & les bleffés
dont ondreſſera une liſte exacté , le feront après
leur guériſon ; que la Reine de Hongrie rendra
auffi tous les ſujets& les Vai Teaux des ſujets de
ſaMajefté Pruſſienne ,pris par les Armateurs d'Oftende
; que cette Princeſſe & le Roi de Pruffe
s'engagent mutuellement à favorifer , autant qu'il
fera poſſiblé , le commerce entre leurs Pays refpectifs
; que le Roi de Pruffe promet de reconnoître
le Grand Duc de Tofcane en qualité de Chef
de l'Empire , & l'activité de la voix Electorale
de Boheme , la Reine de Hongrie promettant de
ſon côté de porter le Grand Duc à accorder à la
Maiſon Royale de Pruſſe & Electorale de Brandebourg
les prérogatives , avantages , privileges
&droits , dont jouiffent les Maiſons Electorales
de Saxe & de Hanover; que la Majefté Hon-
,
185 MERCURE DE FRANCE.
groiſe garantira ſans exception tous les Etats du
Roi de Pruffe ,& que ce Prince lui garantira ſeulement
ceux qu'elle poſſede en Allemagne ; que
le Roi de la Grande Bretagne , outre la garantie
qu'il donne pour l'exécution du préſent Trai
té , procurera celle de l'Empire & de la République
de Hollande , & qu'il employera ſes ſoins
pour faire comprendre ledit ' Traité & celui de
Breſlau dans le Traité General de paix , qui fera
conclu entre les Puiſſances Belligerentes ; que се
Prince , en qualité d'Electeur de Hanover , ſera
admis comme Partie Contractante dans le préſent
Traité , ainſi que l'Electeur Palatin & la Maiſon
de Heffe , & que les Etats de l'Electeur Palatin ,
lorſqu'ilaura reconnu l'activité de la voix de Boheme
& la validité de l'Election du Grand Duc de
Toſcane , ſeront évacués par les troupes de la Reine
de Hongrie ,&délivrés de toute exaction d'ara
gent , de fourages & de logemens de gens de
guerre
Dans le Traité du Roi de Pruſſe avec le Roi
de Pologne Electeur de Saxe , il a été ſtipulé
quatorze articles , par leſquels on eft convenu que
ni l'une ni l'autre Puiſſance ne demanderoit aucun
dédommagement , & que toutes les prétena
tions occaſionnées ſoit par l'entrée ou le paſſage
des troupes de part & d'autre dans les Etats refpectifs
, ſoir pour contributions ou violences commiſes
, demeureroient entierement éteintes ; que
les hoftilités ceſſeroient à compter du jour de la
date du Traité ; que les Etats de Saxe & la Ville
de Leipfick , ſous la garantie ſpéciale de fa
Majefté Polonoiſe , s'engageroient à payer au Roi
de Prufſe , outre les autres impoſitions exigées , un
million d'écus d'Allemagne , laquelle fomme ſe
roit acquittée pendant la prochaine Foire de Leïp-
!
FEVRIER 1746 . 187
fick avec les intérêts à raiſon de cinq pour cent .
&que ſi , malgré les précautions priſes par ſa Majeſté
Pruſſienne , il arrivoit que les corps de ſes
troupes , trop éloignés d'elle pour recevoir à tems
ſes ordres , euffent fait contribuer quelque Ville
ou District depuis la paix ſignée , l'article en queftion
n'en auroit pas moins fon plein effet ; que
les armées du Roi de Prufſſe ſortiroient des Etats
de ſa Majesté Polonoiſe ; que toutes les Places
qui lui appartiennent , lui ſeroient remiſes dans
lemême état que lorſqu'elles avoient été occupées
par les troupes Pruſiennes , & qu'on rendroit aux
habitants de ces Places leurs armes , à l'exception
de celles qu'ils ont achetées des Déſerteurs ;
que la Ville de Dreſde en particulier ſeroit évacuée
immédiatement après l'échange des ratifications
, & celle de Leipfick huit jours après ; que
les vivres & les fourages ſeroient fournis gratuitement
aux armées de ſa Majesté Pruſſienne , tant
qu'elles ſeroient ſur le territoire de Saxe , & qu'il
refteroit à Meiffen un Détachement des troupes
Pruſſiennes pour la ſureté des malades & des blefſés
que le Roi de Prufſe y laiſſoit ; que tous les
Officiers & les Soldats Saxons , qui avoient été
faits priſonniers , feroient rendus ſans rançon , excepté
ceux qui étoient entrés au ſervice de ſa
Majesté Pruffienne ; que le Roide Pologne Elec
teur de Saxe accéderoit purement & fiimplement
pour lui & pour ſes Succeſſeurs à perpétuité à la convention arrêtée à Hanover le 26 Août de l'année
derniere entre le Roi de Pruffe & fa Majef
té Britannique ; que dans l'eſpace de trois ſemai
nes , à compter du jour de la ſignature du préſent
Traité , la Reine de Pologne Electrice de
Saxe donneroit un Acte folemnel de Ceſſion des
droits éventuels , qu'elle & ſes héritiers pourroient188
MERCURE DE FRANCE.
après l'extinction de la poſtérité de la Reine de
Hongrie , prétendre en vertu de la Pragmatique-
Sanction, fur les Etats & Pays cédés au Roi de
Pruffe par le Traité de Breſlau , promettant de
ne jamais troubler ſa Majesté Pruſſienne ni fes
Succeſſeurs , de l'un & l'autre ſexe,dans la poffeffion
defdits Etats; que pour terminer toutes les
conteſtations qui ſe ſont ſouvent élevées entre ſa
Majesté Pruſſienne &le Roi de Pologne Electeur
de Saxe , par rapport au paſſage de Schidlo & au
Péage de Furſtemberg fur l'Oder, le Furftembergenzoll
appartiendroit déſormais au Roi de Pruffe ,
à condition que fa Majesté Pruſſienne abandonheroit
au Roi de Pologne Electeur de Saxe la
portion de la Si'éſie enclavée dans la Luface; que
le Cartel conclu en 174 entré le Roi de Pruffe
& ſa Majesté Polonoiſe ſubſiſteroit dans toute la
vigueur ; qu'on redreſſeroit réciproquement & de
bonne foi les abus qui ſe font gliffés dans le commerce
au préjudice des ſujets reſpectifs des deux
Puiffances ; que ſur les paſſeports de la Cour de
Dreſde le Roi de Pruffe accorderoit le libre paffage
pat la Siléſie , tant pour ce que la Majeké
Polonoiſe feroit venir de Pologne , que pour ce
qu'elle y enverroit; que tout ce qui avoit été réglé
par le Traité de Westphalie à l'égard de la
Religion Proteftante ſeroit obſervé inviolablemient
dans les Etats de l'une & l'autre des Parties
Contractantes, que les Vaſſaux&ſujets de ſa
Majesté Pruſſienne , qui ont des Capitaux fur ce
qu'on appelle Sach- Sifche Ober Stever Einabme , feroient
fidelement remboursés de leurs ſommes &
des intérêts aux termes portés par leurs obligations ;
que le Roi de Pologne Electeur de Saxe agiroit
en faveur de la Maiſon Electorale Palatine , conformément
au rie. Article de la Convention de
!
FEVVRIER 1746. 189
Hanover ; que l'Impératrice de Ruſſie , le Roi de
la Grande Bretagne , & les Etats Généraux des
Provinces Unies , ſcroient invités de garantir le
préſent Traité , mais qu'il ne ſeroit pas exécuté
avec moins d'exactitude , quand même ces garanties
ne pourroient être obtenues .
Le 21 du mois dernier les troupes Hanoveriennesqui
étoient cantonnées dans le voisinage de
Francfort , ſe mirent en marche pour ſe rendre les
unes dans les Pays Bas , les autres dans l'Electorat
d'Hanover , quatre Régimens de Cavalerie de ces
troupes demeurant ſur le Rhin pour être employés
à former une chaîne le long de ce fleuve conjointement
avec les troupes des Cercles .
de
Le Prince de Furſtemberg a remis de la part du
Grand Duc de Toſcane à la Diette affemblée
à Ratiſbonne un Décret de ce Prince concernant
l'armée que les Cercles doivent mettre ſur pied
pour la ſureté de l'Allemagne ; on a réſolu de
mettre les Croates ſur le pieddes troupes réglées ,
&d'en former divers Régimens d'Infanterie&
Cavalerie: la Reine de Hongrie ayant réſolu d'impoſer
une nouvelle taxe par tête fur les Etats Héréditaires
, S. M. a fait publier ſon Ordonnance à
ce ſujet. Les quatreOrdres Mandians, les perſonnes
dépendantes du Conſeil Aulique,& les foldats
ſont ſeuls exempts de cette Capitation. Les
de ce mois la clébration du mariage du Prince
Frédéric de deux Ponts &de la Princeſſe de Sultzbach
s'est faite avec la plus grande magnificence.
SUEDE.
Le 24 du mois dernier , la Princeſſe Royale
de Suede eft accouchée d'un Prince.
Le Roi de Suede a accordé à pluſicars Officiers
190 MERCURE DE FRANCE.
de ſes troupes lapermiſſion d'aller ſervir dans celles
de France , à condition cependant qu'ils ne
feront point employés en faveur de la Maiſon
Stuard.Malgré celaM.deGuydikensMiniſtre du Roi
de la Grande Bretagne a fait de nouvelles inftances
pour que ſa Majeſte Suédoiſe revoquât cette
permiſſion prétendant qu'il pouvoit arriver des circonftances
dans lesquelles ces Officiers ſeroient
entraînés malgré eux à contrevenir aux ordres
du Roi leur maître ; on a répondu aux repréſentations
réitérées de ce Miniſtre , que ſa Majesté
étoit remplie de la plus parfaite confidération
pour le Roi de laGrande Bretagne , & qu'elle ne
verroit jamais qu'avec un très grand déplaifir les
entrepriſes qui ſe formeroient au préjudice de la
tranquillité des Etats de ce Prince , maisqu'iln'étoit
pas au pouvoir duRoi de rien changer à ce qu'il avoit
réglé ; que la permiſſion qu'il avoit accordée étoit
conforme aux conſtitutions du Royaume ,
deſquelles il eſt libre à laNobleſſe Suédoiſe entems
depaixde paffer au ſervicedes Puiffances étrangeres,
pour s'exercer dans l'ArtMilitaire,&pour ſe rendreplus
capables de défendre leur patrie;que ce ſeroit
introduire une nouveauté dangéreuſe à la
Suede , que de preſcrire quelque défenſe ſur ce
fujet; que ſi les Officiers qui étoient l'objet des
plaintes de M. de Guydikens avoient choifi le
ſervice du Roi T. C. préférablement à celui de
toute autre Puiſſance , le gouvernement n'y avoit
aucune part ; qu'ils pouvoient également , s'ils l'avoient
voulu entrer au ſervice de la Grande Bretagne
, & que fi cette démarche avoit attiré quelques
repréſentations de la part de la France , on
auroit fait les mêmes réponſes. M. de Guydikens
a déclaré là-deſſus que dès que ces Officiers aue
roient quitté les côtes de Suede ils ſeroient cens
ume , en vertu
FEVRIER 1746. 191
fés être aux ennemis de la Grande Bretagne , &
qu'il ne répondoit pas des ſuites en cas qu'ils fuffent
rencontrés par des Armateurs Anglois. Sur
cette déclaration , le Colonel Leflai qui eft char
gé de conduire ces Officiers en France a fait prier
le Roi de leur accorder une eſcorte d'un ou de
deux Vaiffeaux de guerre afin qu'ils puiſſent en
fureté ſe rendre à leur deftination ,ils font au nombre
de cent quatre-vingt , & doivent s'embarquer
à Gattembourg pou: Oftende . Le Traité d'alliance
défenſive entre la Cour de Suede & celle de
Berlin eſt ſigné , & le Comte de Finkeſtein Envoyé
Extraordinaire du Roi de Prufſe a dépêché
un courier à ce Prince pour lui en porter la
nouvelle.
ITALIF ,
Les rebelles de Corſe ont choiſi les nommés
Cafforio & Matra , pour commander dans la Baf
tie ſous les ordres du Colonel Rivarola, Le 3 du
mois dernier ils ſe rangerent en bataille dans la
principale ruë , & après s'être engagés par ferment
à ne point rentrer ſous l'obéilfance de la
République de Génes , ils allerent arborer ſur le
donjon du Château les armes de Corſe ; le sil .
arriva à la Baſtie quatre Vaiſſeaux de Guerre , qui
donnerent fond à un mille de distance ; le Commandant
de cette Eſcadre defcendit à terre avec
quelques Officiers & dans le Conſeil de guerre
qui ſe tint le 6 il fut réſolu que les Anglois attaqueroient
par mer Calvi & Ajaccio , tandis que
les rebelles afliégeroient ces deux Villes par terre
, mais ce projet n'a point été exécuté. Le Commandant
de l'Eſcadre Angloiſe ayant proposé à
un Génois qu'il croyoit être du parti des rebelles
-
192 MERCURE DE FRANCE.
,
de porter quelques dépêches à l'un de leurs Chefs
ce Génois les a remiſes à M. Mari & lui a indiqué
l'endroit où les Anglois devoient aller
chercher la réponſe , le Génois s'y étant rendu
&ayant fait le ſignal dont il étoit convenu avec
les ennemis, ceux-ci ont détaché une chaloupe
pour le prendre à bord , mais foixante home
mes qu'on avoit placés en embuſcade en cet en,
droit ont fait une décharge de mouſqueterie fi à
propos , que plus de la moitié des foldats & des
matelots dont l'équipage étoit compoſé ont été
tués ou bleſſés ,les autres ont été faits prifonniers,
L'Eſcadre Angloiſe a bordayé long-tems depuis
Ajaccio juſqu'à Calvi , mais ſe tenant toujours hors
de la portée du canon; les Habitans de la Côte
nemontrant aucune diſpoſition à favorifer les rebelles
, ceux-ci n'ont pu rien entreprendre contre
ces deux Places.
Quelques jours après l'arrivée de ces nouvelles ,
le bruit s'eft répandu que les Anglois ont abandonné
les mers de Corſe , n'ayant pu réfifter au
vent forcé du Nord qui a regné , & le principal
chef des rebelles manquant d'argent , & ne pouvant
contenir ſes adhérants dont le nombre diminue
tous les jours , ſe trouve dans un grand embarras.
Le 13 du mois dernier le Marquis de Caftella |
fit occuper par des détachemens la Ville deGuaftalla
, & les poſtes de Berſel & de Gualterio;
les troupes commandées par l'Infant Don
Philippe forment une chaîne le long du Teſin
&de l'Adda.
Le Roi de Naples a nommé Viceroi de Sicile
de Duc de la Viefville & le Comte Mahoni doit
prendre à la place de ce Général le commandement
des troupes Napolitaines.
ESPAGNE,
FEVRIER
1746.
193
ESPAGNE
.
,
,
outre une
Le 14 du mois dernier les Vaiſſeaux le S. Geor- ges , la Nymphe , le S. Esprit , & le S. Michel & la Fregate la Perle qui viennent de la Havane , ar- riverent au Port de la Corogne , ils ont apporté
environ vingt millions en piaſtres grande quantité d'argent non monnoié , de vade
tabac , & de
nille , de cacao , de fucre bois de Brefil. On a été informé par les Equi- pages de ces Bâtimens , que les Vaiſſeaux du Roi d'Eſpagne & les Armateurs de la Havane & de Cuba ont fait dans les Mers d'Amérique pluſieurs priſes conſidérables , & que la Frégate commandée par Don Pedre Garaicoechea
s'eſt emparée d'un bâtiment dont la charge eſt eſtimée quatre cent mille piastres. Le Vaiſſeau de guerrel'Afie com- mandé par le Chef d'Eſcadre Don Joſeph Pizarro eſt arrivé le 20 du mois dernier de Buenos-Ayre à Corcubion en Galice , après trois mois & fix jours de navigation. Ce Vaiſſeau a rapporté plus d'un million de piastres , & une grande quantité de marchandises
, & il a enlevé dans les environs
du Cap Finiſtere un bâtiment Anglois qui retournoit
de Lisbonne à Portſſmouth.
: GRANDE BRETAGNI .
:
Le 25 du mois dernier le Roi de la Grande Bretagne ſe rendit à la Chambre des Pairs avec les cérémonies accoûtumées
& fa Majesté , ayant mandé la Chambredes Communes , fit le difcours
fuivant.
I
194 MERCURE DE FRANCE .
MYLORDS ET MESSIEURS.
a
>>>Lorſque le Parlement s'eſt raſſemblé ,j'ai crû
>> ne devoir vous entretenir que de ce qui avoit
>> un rapport immédiat à la revolte ,&à la fû-
>>> reté de l'intérieur de mes Etats , Le téméraire
>> attentat , formé depuis par les Rebelles con-
>> tre l'Angleterre , a heureuſement échoué , &
>>>leur retraite précipitée a entierement décon-
>> certé leurs adhérents . La fidélité que la Nation
fait éclater ſi généralement ,&dont je ne
>> perdrai jamais le ſouvenir , leur a prouvé com-
>> bien l'eſpérance qu'ils avoient conçue de ren-
>> dre par une pareille entrepriſe leur parti plus
>> nombreux , étoit vaine & peu fondée. Non
>> ſeulement j'ai envoyé un corps conſidérable de
>>troupes en Ecoffe , & j'ai ordonné à celles de
>> Heffe , qui font à ma ſolde ,de s'y rendre , mais
>> encore j'aitellement diſpoſé le reſte de mes for-
>> ces, tant par mer que par terre , qu'il y a tout
>> lieu de s'attendre , moyennant la protection Di-
>> vine , que la revolte ſera bien-tôt éteinte , &
>> que les préparatifs , faits pour notre deffenſe ,
détourneront nos ennemis d'éxecuter l'invafion
>> dont ils nous menacent L'Election d'un Empe
>> reur , menagée par mes ſoins , eſt un évenement
>> de grande importance , autant pour la liberté
>> de l'Europe en général , que pour le ſoutien
>> dela Maiſon d'Autriche. Pendant le cours de
>> l'année derniere j'ai auſſi employé tous mes
>> efforts , afin de procurer un accommodement
دد entre les Cours de Vienne, de Dreſde &de
>> Berlin & j'en ai ſpoſé les premiers fonde-
>mens par la convention que j'ai conclue avec
,
1
FEVRIER 1746. 195
>>> le Roi de Pruſſe. Cegrand ouvrage ayant ens
,
fin été porté à ſa perfection par 1.s Traité
>>>ſignés dernierement à Dreſde , la tranquillité a
>> été rétablie en Allemagne. Ma premiere at-
>> tention a été & ſera de mettre la Cour de
>>> Vienne en état de profiter de cette heureuſe
>>> circonstance pour faire marcher des ſecours
>> en Italie. Je ne travaillerai pas avec moins
>> d'ardeur à favoriser les meſures , par leſquel-
>> les la République de Hollande , l'ancienne &
>>>naturelle Alliée de la Grande Bretagne , &
>> l'un des principaux appuis de la cauſe Pro-
>>>teſtante , peut ſe garantir de ſa ruine. Les Etats
>> Généraux m'ont requis de la maniere la plus
>>>preſſante de les aſſiſter dans leur ſituation cri-
>> tique. Les dangers éminents auſquels ils font
>> expoſés méritent nos plus ſérieuſes réflexions,
>>> les intérêts des deux Nations étant tellement
>> liés , que le bonheur de l'une eft attaché àla
>>>> conſervation de l'autre . Ces raiſons m'ont en-
>>> gagé d'afſſurer les Etats Généraux que je con-
>> tribuërois de tout mon pouvoir , & autant que
>> les beſoins de mes propres Etats me le per-
>>> mettroient , à empêcher nos ennemis de pouf-
>>>ſer plus loin leurs progrès dans les Pays-Bas ,
>> & à défendre la République de Hollande contre
>> les deſſeins ambitieux de la France. Pour par-
>> venir à cette fin néceſſaire , je ſuis actuelle-
>> ment occupé à concerter avec les Etats Gé-
>>> néraux les moyens de les ſecourir de ma part
>>>le plus promptement & le plus efficacement
> qu'il fera poſſible ,& de ſe procurer de la leur
>>>une augmentation de forces , proportionnée à
>>> ce qu'exige la poſitionpréſente. Les avantages
>> que notre commerce a retirés de nos flottes,
&les pertes que nos ennemis ont fouffertes ,
I ij
196 MERCURE DE FRANCE ,
> ont fait ſuffisamment connoître de quelle uti-
>>> lité eſt la puiſſance fur mer. C'eſt pourquoi je
ſuis réſolu d'être particulierement attentif à cet
>>> important objet , & d'avoir au Printems un af-
> fés grand nombre de Vaiſſeaux , pour remplir
à cet égard les differentes vûes que je me
>> propoſe.
MESSIEURS DE LA CHAMBRE DES
COMMUNES.
>> C'eſt avec beaucoup de regret que je me
trouve obligé de demander de nouveaux fub-
>>>fides à mon Peuple. Je ſuis ſi touché du fardeau
dont il est chargé , que le plaiſir le plus
>> vif pour moi ſeroit d'en pouvoir diminuer le
>> poids , mais notre défenſe & notre conferva-
>> tion dépendent tellement du ſuccés des arrangements
ſur leſquels je vous propoſe de déli-
>> bérer , que je fuis perfuadé que vous ne né.
>>> gligerez rien pour les faire réuflir. Les états
>>>de dépenses feront inceſſamment remis devant
>>> vous , & je vous recommande inftamment de
redoubler yos ſoins pour foutenir le crédit public
dans cette conjoncture.
MYLORDS ET MESSIEURS.
>> Je vous- ai amplement expoſé mes projets ,
>>& vous fentez combien ils font effentiels a
→ T'honneur de ma Couronne & à la profpérité
de mes Royaumes. Je compte fur vo re aſſiftance
, ainſi que fur une parfaite unanimité&far
>> une gapte expédition dans vos délibérations.
Les Seigneurs préſenterent le lendemain au Roi
FEVRIER 1746. 1ダブ
une adreſſe , laquelle porte >> que les ſoins de fa
>> Majesté pour défendre ſes Royaumes , font
>> de nouvelles preuves de ſa bonté & de ſes
>> égards pour fon Peuple , au bonheur duquel
>>> importent fi fort la conſervation du Roi & le
>>>> maintien de la ſucceſſion Protestante dans la
>> Maiſon de ſa Majesté , que les Pairs de 'a
>>> Grande Bretagne demandent au Roi la ppeerminion
de le féliciter ſur l'heureux ſuccès de
>>> ſes armes , & ſur l'inutilité de l'entrepriſe que
>> le Prince Edouard aformée contre l'Angleter
re ; que la reconnoiffance que ſa Majesté tém
>> moigne de la fidélité de ſes ſujets affectionnés
>> doit être pour eux un nouveau motif de per
>> ſévérer avec conftance dans les mêmes princi
pes ; que la Chambre ne fait que remplir fon
>>>devoir , & fe conformer à ce que fon propre
>>> intérêt exige d'elle , lorſqu'elle donne au Roi
>>>les plus fortes affûrances qu'elle concourera avec
>>> zéle aux moyens de faire échouer les deffeins
>> de la maiſon de Stuard , & de tous ceux qui
>> s'efforcent de la foutenir ; que les Seigneursre
>> connoiffent lagrande ſageſſe de ſa Majesté dans
>>> les effortsqu'elle a faits pour favorifer par fa puif
>> fante influence l'Election d'un Empereur , &
>>>pour ménager la paix entre la Reine de Hon-
>>> grie , le Roi de Pruſſe & le Roi de Pologne
>>> Electeur de Saxe ; qu'on ne peut conſidérer
>> qu'avec une entiere fatisfaction l'accompliffe-
>>> ment de ce grand ouvrage, puiſque par là les
>>> Alliés feront en état de ſecourir l'Italie , de
>> foutenir le Roi de Sardaigne , & de faire avan-
>>> cer des troupes pour la fureté des Provinces
>>> Unies ; que les Seigneurs font vivement tou-
>> chés du preſſant danger auquel la Hollande
>> eft expoſée , & qu'ils regardent la conferva
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
>
tiondecette République , comme extrêmement
importante au bonheur de laGrande Bretagne ;
qu'ainſi ſa Majesté doit être certaine qu'ils l'ai-
> deront dans toutes les meſures qu'elle jugera
>> à propos de prendre pour la défenſe des Pro-
>> vinces Unies , & qu'ils approuveront tous les
engagemens dans lesquels elle entrera à ce
>> ſujet; que la prudence du Roi n'a jamais paru
avec plus d'éclat que dans ce qu'il lui aplu
>>>de leur faire connoître par rapport aux cir-
>conftances où se trouvent ſes propres Domaines
; qu'ils ne doutent point que cette confi-
>> dération ne ſoit d'un grand poids pour lesAl-
>> liés de la Grande Bretagne , & que les Etats
>> Généraux n'augmentent leurs troupes , & ne
>> fallent d'autres efforts proportionnés aux dan-
>>>gers dont ils font merraces ; que la Chambre
>>eſt ſi convaincuë de l'utilité , dont les forces
>>>maritimes du Roi ont été au commerce , qu'elle
>> n'a pu qu'apprendre avec plaifir la réſolution pri-
>> ſe par ſa Majesté de donner une particuliere
>> attention à ce qui concerne l'équipement d'u-
>> ne nombreuſe flotte; que le Roi par la dé-
>>> claration qu'il a faite à la finde fondiſcours ,
> augmente la juste confiance des Seigneurs
> dans les ſentimens de ſa Majesté , & qu'ils fup-
>> plient le Roi d'être perfuadé que les entrepri-
>> ſes des ennemis ne produiſent d'autre effet ,
>>> que de redoubler le zéle de la Nation pour
la cauſe de ſa Majefté & pour les intérêts de
>> la Patrie. Le Roi répondit à cette adreſſe .
MYLORDS.
>> Je vous remercie des témoignages que vous
me donnez de votre fidélité & de votre af
FEVRIER 1746. 199
>> fection. Les diſpoſitions dans lesquelles vousme
>> paroiffez être de vous oppoſer aux progrèsdes
>> Rebelles, d'aſſiſter nos alliés,&de faire échouer
>> les deſſeins de nos ennemis , me fatisfont extrêmement.
Je me fie à vos promeſſes , &vous
>> pouvez vous repoſer de votre côté ſur la per-
;, févérance avec laquelle je veillerai à la gloire
,.& aux véritables intérêts de la Grande Bre-
,, tagne. "
Le même jour , la Chambre des Communes
fréſenta auffi au Roi une adreſſe , par laquelle
elle l'affura ,, que le ſuccès des armes de ſa Ma-
,,jeſté cauſoit à ſes ſujets une joye générale ;
> que la Chambre reſſentoit la plus vive fatisfaction
du bonheur , avec lequel le Roi avoit conduit
l'Election d'un Empereur , & avoit retabli
,. la tranquillité dans l'Allemagne ; que par ce
,, moyen la Reine de Hongrie ſe trouvoit en état
de ſe foutenir elle même en Italie ; que la ود
" Chambre ſçavoit que les intérêts de laGrande
Bretagne étoient les mêmes que ceux des
;, Etats Généraux ; qu'ainſi elle fourniroit au Roi
"
" lesſubſides convenables pour ſecourir la Hol-
,, lande , afin que cette République avec les
., efforts qu'elle fera de ſa part , puiſſe arrêter
,, les progrès des François dans les Pays-Bas , ود
ſe procurer une fûreté ſuffiſante contre ſes ennemis,&
recouvrer le repos par une paix fta-
,, ble&honorable pour les Allies ; que la Cham -
bre remercioit le Roi de l'attention avec laquel- ود
" le il promettoit d'entretenir ſes forces nava-
,, les qui avoient produit de ſi grands avanta-
,, ges , & dont on avoit droit d'efpérer les plus
,, importants ſervices. "
Selon une lifte qui paroît des forces navales
du Roi de la Grande Bretagne , ſa Majesté a
I iiij
200 MERCURE DE FRANCE.
deux cent trois Vaiſſeaux de guerre , depuis qua
rante juſqu'à cent piéces de canon ; vingt-quatre
Fregates ; trente chaloupes armées , & vingt tant
Brulots que Galiottes à bombes .
Les intéreſſés dans la Compagnie de la Banque
tinrent le 25 une aſſemblée générale , dans laquelle
il fut réglé que les Directeurs ſeroient autoriſés
à conftituer de nouvelles annuités pour
la fomme d'un million de livres sterlings , que
la Banque doit prêter au Gouvernement , & à
accepter l'arrangement propoſé par lequel le
Gouvernement 's'engage à payer à raiſon de quatre
pour cent les intérêts des neuf cent quatrevingt
dix-huit mille livres ſterlings qu'il a déja
empruntées de la banque.
,
Les Miniſtres Etrangers s'étant plaints de ce
qui eſt inférédans la proclamation publiée le 28
du moisdernier au ſujet des Prêtres Catholiques ,
ſujets de ſa Majesté , qui leur font attachés , le
Gouvernement leur a fait réponſe qu'il étoit de
toute néceſſité que les priviléges , établis par le
droit des gens , fuffent compatibles avec la ſureté
du Pays où les Miniſtres réfident; que le
féjour des Prêtres Catholiques Nationaux , qui
font en plus grand nombre que jamais dans cette
Ville , a été jugé dangereux pour l'Etat , furtout
dans le tems qu'un parti s'est déclaré pour
la Maiſon de Stuard ; que le Roi ne prétend
point afſujettir les Miniſtres Etrangers à ſes Ordonnances
, mais qu'il eſt endroit de requerir de
ſes ſujets une obéiſſance , dont aucune protection
étrangere ne peut les diſpenſer; qu'ainſi ſa Majefté
s'attend que fur cette expoſition les Miniftres
Etrangers voudront bien congédier les Prêtres
Catholicues , Anglois de Nation , & qu'elle
ne peut ſe perfuader que des Puiſſances Alliées
ou amies infiftent , ſous prétexte de privilége,
FEVRIER
1746.
201 for un article directement
contraire
aux Loix fondamentales
de l'Etat ; qu'au reſte ſi l'Officier
de
Juftice , dont l'Ambaſſadeur
de la République
de
s'eſt ſervi des ex-
Veniſe a porté des plaintes
preſſions peu meſurées
dont on l'accuſe , le Roi
les déſapprouve
entierement
,& fera rendre à cet
Ambaſſadeur
une fatisfaction
convenable
.
,
La nuit d'après l'action qui ſe paſſa le 29 de
Décembre
entre l'avantgarde des troupesdu Duc de
Cumberland
& l'arriere garde de l'armée du Prince
Edouard , les troupes decette arriere garde ſe
retirerent
de Clifton pour allerjoindre ce Prince
à Carlifle , & le Duc de Cumberland
ne jugez
pas à propos de le poursuivre
, tant à cauſe de
l'obſcurité
que parce que le Pays eft couvert de
bois, & que les troupes étoient extrêmement
fatiguées
; le Prince Edouard
étant parti de Carlifle
le 2 pour rentrer en Ecoffe avec ſon armée ,
& n'ayant laiffé dans cette Place que 400 hommes
avec trois piéces de canon pour couvrir fa
retraité
, le Duc de Cumberland
a inveſti la Vil-
-le le même jour , elle a été obligée de ſe rendre
le 10 , & le Duc de Gumberland
n'ayant
voulu
*accorder
à la garniſon
aucune capitulation
, elle
's'eft remiſe à la clémence
du Roi de la Grande
Bretagne
.
Cependant
le Prince Edouard
a marché par
Yedbourg
, & tenant la même route qu'il avoit
ſuivie enjs'aprochant
de Londres , il eſt arrivé le 3 à
Damfreis
, il a décampé
le lendemain
, & le 6 il
étoit à Glaſcou. Depuis que ce Prince s'eſt replié
vers l'Ecoffe , le Roi de la Grande Bretagne
s'eft
déterminé
à renvoyer
une partie de ſes troupes
dans les Provinces
méridionales
d'Angleterre
; les
trois diviſions dont ce corps eft compofé formeront une chaîne depuis Chichester
juſqu'à Douvres,
Iv
202 MERCURE DE FRANCE.
Le Prince Edouard étant décampé de Glaſcou
le 14 du mois dernier , s'eſt rendu le jour ſuivant
dans les environs de Sterling , ily a fait conduire
fur des radeaux l'artillerie qu'il avoit à Perth
& la Ville s'eſt ſoumiſe le 19 ; il a formé enſuite
le Siége du Château , & le Général Hawley s'étant
avancé pour ſecourir cette Fortereſſe , a fait
diverſes tentatives pour empêcher que le Prince
Edouard ne fut joint par ſon Artillerie qui étoit
de l'autre côté de la riviere de Forths. Tous les
efforts des ennemis ayant été inutiles , ils ont jugé
qu'il ne leur reſtoit d'autre moyen , pour faire
lever le Siége , que de hafarder une bataille.
Dans ce deffein , après avoir été renforcés par
les troupes qui étoient au Nord de l'Angleterre ,
&après avoir raſſemblé les Montagnards du Pays
d'Argyle& toutes les Milices de la Plaine , ils ſe
font avancés près de Falkirc , ſituée à dix - huit
mille de celle d'Edimbourg. Le Prince Edouard,
qui le même jour avoit fait ouvrir la tranchéedevant
le Château de Sterling , choifit un champ
de bataille , propre à couvrir le ſiége. Ily a attendu
pendant deux jours les ennemis , & neles
voyant point paroître , il prit le 28 le parti de
marcher à leur rencontre , en faiſant garder par
ſes troupes le même ordre dans lequel ellesdevoient
combattre. Il trouva les ennemis à un mille
de leur camp , qui venoient à lui ,& qui à ſon
approche ſe poſterent ſur les hauteurs voiſines.
Leur armée étoit compoſée de quatorze Régimens
d'Infanterie revenus de Flandres ; de deux de
Cavalerie , qui étoient arrivés lemême jour d'Angleterre
; de deux de Dragons ; de huit cen
Montagnards , & de quinze à ſeize cent homme
de Milices. Elle ſe forma fur trois lignes , don
la premiere étoit preſque toute de Cavalerie. Le
FEVRIER 1746 203
Montagnards & les Miliciens , foutenus de deux
Régiments , formoient la ſeconde ligne , &l'élite
de l'Infanterie étoit a la troifiéme. Le Prince
Edouard avoit placé à ſa premiere ligne quatre
mille Montagnards & trois mille hommes d'autres
troupes , & au centre de la ſeconde , qui n'étoit
guéres que de mille hommes , trois piquets du Régiment
du Lord Drummond & trois piquets Irlandois.
Sa Cavalerie , partagée en deux corps
de réſerve , chacun de deux cent vingt Maîtres
étoit ſur les aîles entre les deux lignes. Les deux
armées marcherent l'une contre l'autre avec beaucoup
d'ardeur , mais on ne tira point d'une ni
d'autre part , avant d'être à demie portée dupiftolet.
Le feu des troupes du Prince Edouard ébranla
la Cavaleriedes ennemis , ſans la rompre , mais
elle ne fit pas une longue réſiſtance , iorſque les
Montagnards du parti du Prince , ayantjetté leurs
fufils , fondirent au milieu des rangs le fabre à la
main. En fuyant , elle fut obligée de préſenter
le flanc, parce que les chevaux ne purent defcendre
en ligne droite la colline qui étoit très
eſcarpée , &elle fut chargée ſi vivement que la
moitié reſta ſur le champ de bataille. Les Montagnards
d'Argyle & les deux Régiments d'Infanterie
,qui compoſoient la ſeconde ligne de l'armée
ennemie , furent culbutés en même tems à
la droite & à la gauche. Dans le tems que le
Prince Edouard ſe diſpoſoit à attaquer la troiſieme
ligne , qui avoit changé ſon premier ordre
de bataille , & préſentoit deux épaiſſes Co-
Ionnes, les Montagnards du parti de ce Prince
fe trouvant la plupart ſans fufils , & ayant été
abſolument rompus par l'impétuoſité de leurs attaques
, reculerent en quelques endroits. Le Lord
Georges Murray , qui commandoit à la droite ,
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
les rallia , & il les ramena contre l'ennemi avec
tant de vivacité , qu'en peu de tems tout ce qui
s'offrit devant eux à la derniere ligne , fut entierement
mis en déroute. La fortune n'étoit pas
ailleurs fi favorable au Prince ,& ſes troupes étoient
ſi diſperſées à l'aile gauche, qu'il ne paroiffoit prefque
pas poſſible de les reformer.Ce contre tems étoit
d'autantplus fâcheux , que le Prince , qui étoit accouru
avec fon corps de réſerve , pouvoit être facilement
enlevé. Déja la Cavalerie ennemie , qui
s'étoit ralliée , revenoit pour charger cette aile
en flanc , & n'étoit plus qu'à demie portée du fufil
, tandis qu'un corps d'Infanterie s'avançoit pour
attaquer de front. Heureuſement , les trois piquets
du Régiment du Lord Drummond & les trois piquets
Irlandois , étant arrivés affez à tems , firent
face à la Cavalerie par un quart de converſion .
Cette manoeuvre donna le tems à l'aile gauche
de ſe mettre en état de ſoutenir l'attaque de l'Infanterie
qui marchoit à elle. La Cavalerie ennemie
, dès qu'elle vit l'ordre rétabli dans les troupes
du Prince , prit de nouveau l'épouvante & la
fuite , & bien-tot l'Infanterie la ſuivit avec précapitation
. Ainfi le Prince Edouard demeura maître
du champ de bataille , & avec huit mille hommes
remporta une victoire complette ſur une armée
de plus de douze mille. Le combat avoit
commencé à trois heures & un quart après midi :
il en étoit quatre &demie , lorſqu'il finit , &comme
il fallut du tems aux Montagnards pour retrouver
leurs fufils , & pour rejoindre leurs drapeaux
, & à l'armée pour ſe refoorrmmeerr ,, la nuit fut
*entierement fermée , avant que le Prince put fe
remettre en marche. Ses troupes n'avoient ni vivres
ni tentes ; d'ailleurs la pluye tomboit en fi grande
abondance,& étoitaccompagnée d'un vent ſi violent
L
FEVRIER 1745. 205
,
&fi froid , qu'elles auroient été expoſées à périr ,
en paſſant la nuit ſur le champ de bataille , &
elles ne pouvoient retourner à leurs quartiers
fans renoncer aux avantages de leur victoire. Par
ces raiſons , le Prince Edouard réſolut , malgré le
danger de l'entrepriſe , d'aller fans canons , fans
guides , & dans la plus affreuſe obſcurité , attaquer
les ennemis dans leur camp. Quoique la fi- /
tuation en fût très avantageuſe , & qu'il fût défendu
par de forts retranchemens , leurs foldats
encore effrayés de l'intrépidité avec laquelle les
troupes du Prince avoient combattu , n'oferent l'y
attendre , & ils s'enfuirent vers Edimbourg , après
avoir mis le feu à leur camp. Ils avoient une
heure & demie d'avance fur les troupes Ecoffoiſes
: quelques troupes , qu'ils laifferent dans Falc-
Kirc , & qui en diſputerent l'entrée , leur donnerent
encore une autre heure , & la Cavalerie
du Prince n'étant pas avantageuſement montée ,
ne put les fuivre affés vite , pour les atteindre .
Cela fut cauſe que dans une déroute , où l'on auroit
dû leur faire cinq à fix mille priſonniers , on
ne leur en a fait qu'environ fix cent , parmi lefquels
il n'y en a que deux cent trente de troupes
réglées . On leur a tué plus de fix cent hommes
, les deux tiers de Cavaliers & de Dragons ,
&l'on ne ſçait point au juſte le nombre de leurs
,
bleffés. Ceux de l'armée du Prince ne montent
qu'à cent vingt , & il n'a perdu que trente-deux
tant foldats qu'officiers. Ses troupes ont pris ſept
canons , trois mortiers , une paire de timbales
deux drapeaux , trois étendarts , près de fix
cent fufils , une grande quantité de grenades ,
quatre milliers de poudre , vingt-huit chariots
chargés de toute forte de munitions de guerre ,
des tentes pour cinq mille hommes , & tout le
206 MÉRCURE DE FRANCE.
,
bagage que les flammes ont épargné. Entre les
officiers ennemis qui ont été tués on compte
cinq Colonels ,deux Lieutenans Colonels ,& prefque
tous les Chefs des corps de Montagnards &
de Miliciens. En arrivant à Edimbourg , pluſieurs
de leurs principaux officiers ont été mis au Confeil
de guerre , entr'au'res le Commandant de
leur artillerie, qui a prévenu fon jugement , en
fe coupant une artere. Tous leurs Montagnards
&la plupart de leurs foldats de Milices ſe ſont
diſperſes , & ils n'en ont pas actuellement de
quoi former deux Compagnies. Au commencement
de la bataille , le Prince Edouard de qui l'on
avoit exigé que par amour pour ſes troupes il ne
s'expofât pas , étoit au centre de la ſeconde ligne
avec les piquets , mais auſſi-tôt que ſon aile
gauche fut ébranlée , il s'y porta avec une impa
tience que rien ne put retenir. Il a ſuivi pour la
diſpoſition de fon armée les conſeils du Lord
Georges Murray , qui avoit le commandementde
T'aile droite, & qui a toûjours combattu à pied
àla tête des Montagnards. Le Lord Drummond
commandoit l'aile gauche ,& il s'eſt extrêmement
diftingué : à l'attaque de Falkirc il a fait de
famain quelques priſonniers a eu fon cheval
tué ſous lui , & a reçu au bras droit un coup de
fufil qui n'eft pas dangereux. On doit auſſi beaucoupd'éloges
à la valeur & à la prudence de
pluſieurs autres officiers , particulierement de M.
Stappleton , Brigadier des armées du Roi de France,&
commandant les piquets Irlandois , deM.
Sullivan , Marêchal Général des logis de larmée ,
Iequel a rallié une partie de l'aile gauche , &de
M. Braun Colonel dans les troupes du Prince
& l'un de ſes Aydes de Camp ci-devant MajorduRégiment
Irlandois de Lafli dans les trou-
,
,
FEVRIER . 1746. 207
pes de ſa Majesté Très -Chrêtienne. Pendant que
le Prince a attaqué les ennemis , le Duc de Perth
a continué avec deux mille hommes le fiége du
Château de Sterling .
ANUIVE
L
MORT des Pays Etrangers.
E ... Janvier le Comte Charles Biron , frere
d'Ernest-Jean Biron Comte de Biron , ci-devant
Duc de Curlande , mourut en Curlande dans
une terre qui étoit le feul bien qu'il eut conſervé.
LE
MARIAGES & MORTS.
Janvier le mariage de M. René-
François de Menon , Brigadier des armées du
Roi , Exempt des Gardes du Corps , & Chevalier
de l'OrdreRoyal & Militaire de Saint Louis, fils de
M. Charles de Menou en ſon vivantBrigadierdes
armées du Roi , Gouverneur de la Citadelle d'Arras
,&de Dame Jacquelinede Cremeur ſon époufe
, fut célébre dans la Chapelle du Château de
Bouſſay , au Diocèſe de Tours , avec Dlle. Louife-
Marie-Charlotte de Menou ſa cousine , ſeule &
unique fille héritierede M. René-Charles Marquis
de Menou-Bouffay , vivant Comtedes Roches
Saint-Quentin-Genilly , Baronde Boffay&du Bois
Rogue au Pays Ludonnois , chef & ainé de la
208 MERCURE DE FRANCE .
MaiſondeMenouunedes plus illuftres& anciennes
de la Province de Touraine , & de Dame Louiſe-
Leaud de Ligniere ſon épouſe.
Le 15 Fevrier furent fiancés& mariés à Saint
CloudEdouard Marquis de Boufiers Rouverel , Capitaine
de Cavalerie du Régiment de Belfond
Als d'Edouard Marquis de Bouflers Rouverel , & de
Dame Anne Françoiſe Wanchop , & Dlle. Marie-
Charlotte-Hypolite de Campet de Sanjon , fille de
feu Charles- François de Campet , Chevalier Comte
de Sanjon , Baron dela Riviere , Lieutenant des
Gardes du Corps du Roi &c. & de Dame Marie-
Louiſe-Angelique de Barberin de Reignac .
La nuit du 16 au 17 fut célébré dans la Chapelle
intérieure de l'Hôtel de Charoft le mariage
d'entre M. Jean Paris de Monmartel , Confeiller
d'Etat Garde du Tréſor Royal , & Dile.
Marie-Armande de Bethune , fille de M. Louis
Comte de Bethune , Lieutenant Général des armées
navales , & de Dame Marie-Thereſe Pollet
de la Combe ſon épouse.
......
Dame Iſabelle-Catherine de Machan , épouse
de Bernardin Marquis de Mathan , Lieutenant
pour le Roi au Gouvernement des Ville &
Château de Caen, Chevalier de l'Ordre Royal
&Militairede Saint Louis , Comte de Beaunay ,
Seigneur de Longvillers , Tournay , Trouffeauville
, Beville Saint Marc , Sainte Genevieve , les
Hameaux & autres lieux eſt morte au Château
deCaen le 2 Novembre 1745 dans la cinquantequatriéme
année de fon âge .
LaMaiſon de Mathan eſt une des plus ancien
nes & des plus illuftres de la Province de No
1
FEVRIER
1746.
209
mandie, tirant ſon nom , ou l'ayant donné au fief &terrede Mathan , ſcis en Baſſe-Normandie fur la riviere d'Odon à fix lieues de Caën près du Bourg & Abbaye d'Aunay , qu'elle poffede de tems immémorial , &par Actes autentiques depuis Jean de Mathan l'un des Chevaliers
Bannerets
Nor- mands qui ſuivit en 1096 Robert de Courteheuſe
Duc de Normandie à la conquête de la Terre
Sainte. Bernardin & Iſabelle de Mathan font iffus par deux branches de Nicolas de Mathan & de Mag- deleine d'Epinay, fille de Henri Sire d'Epinay
Chambellan du Roi Louis XII . Nicolas de Mathan ayeul paternel au fixiéme dégré de Bernardin de Mathan , & au cinquiéme dégré d'Iſabelle-Catherine de Mathan , étoit iſſu en ligne directe de Jean de Mathan , dont il eft parlé ci-deſſus , ayeul paternel au dix-neuviéme dégré de Bernardin & au dix-huitiéme d'Iſabelle-
Catherine
. Iſabelle-Catherinede Mathan'ayant donné pour don mobile enſe mariant à Bernardin de Mathan
la terre & fief de Mathan , le Roi par Lettres Patentes enregiſtrées au Parlement & Chambre
des Comptes de Normandie , y a réuni la terre &Châtellenie de Semilly , appartenant à Bernar- din de Mathan , & poffédée dans ſa Maiſon de- puis plus de quatre cent ans , & les a érigées en Marquifat ſous le nom de Mathan relevant im- médiatement
de ſon Duché de Normandie
. De Bernardin Marquis de Mathan & d'Iſa- belle Catherine
de Mathan mariés en Decembre
1713 font iſſus Iſabelle de Mathan née en Octobre 1714 morte en Fevrier 1734. Anne- Louis de Mathan né le 30 Novembre 1715 , Lieu- tenant de Grenadiers au Régiment des Gardes
:
210 MERCURE DE FRANCE.
A
Françoiſes , Chevalier de l'Ordre Royal & Mili
taire de Saint Louis , & reçu en ſurvivance du
Marquis de Mathan ſon pere à la Lieutenance
pour le Roi au Gouvernement des Ville & Châ
teau de Caen , & Louis de Mathan né le 10 Août
1719 Chevalier Novice de l'Ordre de M Ithe ,
reçu en Octobre 1719 & Enſeigne des Vaiſſeaux
du Roi : les armes de la Mafon de Mathan font
de Gueules à deux Jumelles d'or avec un Lion
d'or paffant en chef.
M. Couston Sculpteur ordinaire du Roi , Recteur
& ancien Directeur de l'Académie Royale
de Peinture & de Sculpture mourut à Paris le 22
de ce mois âgé de 69 ans. Il s'étoit rendu cé
lebre par le grand nombre & par la perjection
des ouvrages qui ſont ſortis de ſes mains.
AMlled'E.... repréſentant l'Amour des Fêtes
d'Hebe
J'Avois formé les voeux de ne plus m'engager ;
Déjamon coeur contentde ne plus ſoupirer ,
S'applaudiſſoit en liberté
De ſa tranquillité.
Je croyois helas ! me ſouftraire
Du pouvoirdangereux de l'enfant de Cythere ,
Mais le fripon par une rufe
Me féduit encor & m'abuse.
Ilprend fous ſon armure
1
FEVRIER 1746. 21
De l'aimable d'E .... les traits& lafigure ;
Il avoit ſes beaux yeux , àqui tout rend les armes,
Sa voix , ſes ris , ſes graces ont ſes charmes ;
Ade ſi doux vainqueurs pouvoit- on réſiſter ?
C'en étoit trop pour ne pas m'enfâmer ;
Il rit alors de mes fermens,
Et me ravit par mille enchantemens .
Amour , Amour , quitte ta mere ;
Choifi d'E ..... tu ſeras ſûr de plaire :
Près d'elle viens fixer tes plaiſirs& tes jeux ;
Tous les cooeurs ſont à toi , tu vas les rendre heureux.
ARRESTS NOTABLES .
RDONNANCE du Roi du premier Novembre
1745, portant réglement pour le payement
des Troupes de Sa Majesté pendant l'Hyver
prochain.
AUTRE du même jour , portant création d'un Régiment
d'Infanterie Allemande , composé de deux
Bataillons de fix cent foixante hommes chacun.
S
A Majesté ayant agréé la propoſition qui luia
été faite par le Prince de Naffau-Saarbruck ,
de mettre inceſſamment ſur pied un Régiment
d'In fanterie , ſous le nom du Prince Louis de
Naſſau-Saarbruck ſon fils , composé d'Officiers &
2 MERCURE DEFRANCE.
Soldats tous étrangers , ſansy en admettre aucuns
nés dans les Provinces de la domination du Roi ,
aordonné & ordonne que ce Régiment ſera com
poſé de deux Bataillons , chacun de fix compagnies
à cent dix hommes , les Officiers non
compris&c.
ARREST du Conſeil d'Etat du Roi du 30 ,
quiproroge pour trois années , àcompter du pre
mier Janvier 1746, la perception du droit d'un
demi pour cent , ordonné pour la Déc'aration da
10 Novembre 1727 être levé ſur les marchandi
ſes venantdes Ifles Françoiſes de l'Amérique.
AUTRE du Conſeil d'Etat du Roi du 4 Decembre
, qui caffe & annulle la Délibération de
la Communauté des Braſſeurs , du 19 Juin 17: 6 ,
enſemble les Contrats qui ont étépafles en conſéquence
; ordonne que les intérêts qui ont été
payés , ſoient rapportés par ceux quiles ontreçus&
c.
AUTRES du Conſeil d'Etat du Roi , des 14
Juin 1689 , 3 Janvier 1693 & 22 Décembre 1745
portant Réglement ſur letems&la maniére en laquelle
doivent être paſſes les Baux des Octrois
des Villes & Communautés du Royaume.
AUTRE du Conſeil d'Etat du Roi du 28 ,
qui caffe une Sentence de l'Election d'Abbeville
du 29 Octobre 1744 , pour avoir renvoyé abſous
le nommé Jean-François Dimpre , dit S. Pierre ,
Soldat au Régiment Royal Comtois , arrêté avec
quatorze onces de faux tabac , indépendamment
de trois livres ſept onces qu'il avoit jettées dans
une maifon voiſine de celle où il a été arrêté , & ce
FEVRIER 1746. 213
fous prétexte d'une fauſſe interprétation donnée
par les Officiers de ladite Election , a l'Ordonnance
militaire du premier Octobre 1743 à la
faveurde laquelle interprétation ils ont prétendu
qu'un Soldat pouvoit avoir une ou deux livresde
fauxtabacpour ſa provifion , fans encourir les peines
portées par les Réglemens contre ceux qui
vendent du tabac de fraude :
Confiſque le faux tabac ſaiſi ſur ledit Dimpre ,
le condamne en mille livres d'amende : defend
aux Officiers de rendre de pareilles Sentences ,
&ordonne que le préſent Airèt ſera enregistré au
Greffe de leur Jurifdiction .
AUTRE du Conſeil d'Etat du Roi du onze
Janvier 1746 , qui proroge pour un an, à compter
du premier Janvier 1746 jusqu'au premier Janvier
1747 , l'exemption de droits ſur les beftiaux venant
de l'étranger , ordonnée par celui du 26Janvier1745.
ORDONNANCE du Roi du 20 , pour
proroger juſqu'au premier Avril 1746 le completdes
Bataillons que S. M a crées par fes Ordonnances
du 25 Août 1745 .
ARREST du Conſeil d'Etat du Roi du 21 , qui
ordonne que l'Edit du mois d'octobre 169 , Déclaration
du 12 Mars 1697 , & Arrêts du Conſeil
des 4 Août 1699,5 Août 1704 19 Janvier & 15
Mai 1745 , & Lettres Patentes expédices en
conſequence , concernant les Jurés- Prifeurs vendeurs
de biens - meubles , feront exécutés felon
leur forme & teneur : & fait défenſes à tous Huiffiers
, Sergens , Notaires , Tabellions , Greffiers
214 MERCURE DE FRANCE.
&tous autres de s'immiſcer directement ni indirectement
à faire les fonctions deſdits Jurés
Priſeurs , à peine de nullité de leur priſées&
ventes , répétition des droits au quadruple ,&de
mille liv . d'amende&c.
ORDONNANCE du Roi du 22 Janvier
Portant création d'une nouvelle Compagnie do
Fufiliers -guides de 25 hommes.
S
A Majesté jugeant néceſſaire au biende fon
ſervice de former une Compagnie de Fufiliers-
guides , pour être employée dans fon armée
de Flandres, a ordonné & ordonneque cetteCompagniedont
la levéeſe fera par les foins du Maréchal
Général des Logis de l'armée de Flandres ,
fera compoſée d'un Capitaine , un Lieutenant en
pied , un Lieutenant reformé , deux Sergens
deux Caporaux , un Anſpeſſade && vingt Fufiliers
- guides ; & payée par jour , ſçavoir , au
Capitaine quatre livres , au Lieutenant en pied
wingt- ſept fols huit deniers , au Lieutenant réformé
vingt fols , à chaque Sergent treize ſols , à
chaque Caporal dix fols fix deniers , à l'Anſpeſſade
huit ſols fix deniers , & à chacun des vingt
Fufiliers - guides dix ſols ſix deniers.
Dans le nombre des vingt-cinq hommes dont
ladite Compagnie ſera compoſée , il y en aura
douze à cheval , ſçavoir un Sergent , un Caporal&
dix Fufiliers - guides &c,
PIECES
TABLE.
IECES FUGITIVES en Vers , & en Profe.
Difcours contenant un Jugement ſurlesHiftoriens
d'Autun
3
La Beauté& la Laideur , Fable 27
Suite de la Séance publique de l'Académie de la
Rochelle 29
( antique d'Ezechias 39
Lettre ſur l'Electricité 42
Mémoired'un Curéd'unedes plus grandes Paroif
fesde Paris.
53
Vers à M. l'Abbé de B. ſur ſa réception à l'Académie
Françoiſe 64
Ode Anacréontique 65
Madrigal 66
Epitre à M. le Chevalier D. L T.&c. Ibid.
Suite de l'Aſſemblée publique de l'Académie des
Belles lettres , Extrait 7
Epitre à M. de Voltaire 88
Portrait
91
Nouvelles Litteraires , des Beaux Arts ; Afſſemblée
Publique de la Société Royale des Sciences de
Montpellier Ibid
L'origine & les progrès des Gardes du Corps ,
Poëme , Extrait&c . 97
Lettre du Cardinal Querini 118
Lettre ſur laTopographie Ibid,
Cérémonies de la dédicace de S. Sulpice 122
Académie des Belles Lettres de Montauban , &
fujet du Prix Tas
Mémoires ſur les priviléges des Tréforiers de
Frances 127
Queftion propoſée Ibid,
Lettre aux Auteurs du Mercure 128
Autre ſur la Bibliotheque & le Cabinet de M.
l'Abbé de Rothelin
129
Autre aux Auteurs du Mercure
133
Eau de la Pierre ou de la Gravelle 134
Poudre de Santinelly 136
Eftampes nouvelles 137
Nouvelles Cartes 140
Beau Paſtel Ibid.
Enigmes & Logogryphes 142
Chanfon notée
145
Médailles ſur la campagne du Roi 146
Lettre fur le ſpecifique du ſieur Arnoult 1 149
Spectacles , Opera 151
Vers à Mademoiselle Chevalier Ibid.
Neuviéme ſuite des Réflexions ſur les Ballets &c.
153
Journal de la Cour , de Paris &c. Siége & priſe
de Bruxelles . Priſes de Vaiſſeaux 181
Nouvelles Etrangeres , Allemagne &c . 183
Mariages& Morts 207
Arrêts Notables 210
LaChanſon Notée doit regarder la page 145
Les Médailles gravées doivent regarder la page
146
De l'Imprimerie de Jean - Fr. ROBUSTEL ,
rue de la Calendre près le Palais.
Rechercher Sus tar foup de Juice
Der enciens. vici. Poge
و
.
MERCURE
DE FRANCE
DÉDIÉ AU ROI.
MARS. 1746.
LIGIT UT SPARGATS
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER
rue S. Jacques.
Chés La Veuve PISSOT, Quai de Conty
à la deſcente du Pont-Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais
M. DCC . XLVI.
AvecApprobation& Privilége du Roi.
184016
M558
1746
Mar. LàM.
AVIS.
'ADRESSE générale du Mercure est
DE CLEVES D'ARNICOURT
rue du Champ- Fleuri dans la Maiſon de M.
Lourdet Correcteur des Compies au premier
étage ſur le derriere entre un Perruquier & un
Serrurier à côté de l'Hôtel d'Enguien. Nous
prions très-instamment ceux qui nous adrefferont
des Paquets par la Poſte , d'en affranchir
le port , pour nous épargner le déplaisir
de les rebuier , & à eux celui de ne
pas voir paroître leurs ouvrages.
Les Libraires des Provinces ou des Pays
Etrangers , qui souhaiteront avoir le Mercure
de France de la premiere main , &plus promptement
, n'auront qu'à écrire à l'adreſſe ci-deſſus
indiquée ; on se conformera très- exactement à
leurs intentions.
Ainsi il faudra mettre ſur les adreſſes àM.
de Cleves d'Arnicourt , Commis au Mercurė
de France rue du Champ- Fleuri , pour rendreà
M. de la Bruere.
: PRIX XX X. SOLS
MERCURE
DE FRANCE
DÉDIÉ AU ROI.
PIECES FUGITIVES
en Vers & en Profe .
LA VERTU ,
ODE .
:
EUREUX qui maître de foi-même
H Triomphe de ſes paſſions ,
Et fuit de la vertu ſuprême
Les divines impreſſions !
Les noirs foucis , la folle envie
A ij
4 MERCURE DE FRANCE.
1
Ne corrompent point de ſa vie
L'innocent , le tranquille cours,
Et fon ame intrépide & ferme ,
L'oeil fixe enviſage le terme
Où ſe précipitent ſes jours.
Mais quoi ! victime infortunée
De ſes propres égaremens ,
L'homme enchaîne ſa deſtinée
Dans un long cercle de tourmens :
Vainement la raiſon l'éclaire ;
L'artificieuſe chimere
Sur lui fait couler ſes pavots ;
Il tombe , & lorſqu'il ſe redreſſe
Bien-tôt ſa ſéduiſante adreſſe
Lui forge des maîtres nouveaux.
Tel que dans l'horreur du Tartare
Le perfide ſang de Bélus ,
Pour expier ſa main barbare ,
S'épuiſe en efforts ſuperflus ;
Ainſi des dons de la fortune
La poſſeſſion importune
Ne peut ſuſpendre nos ſouhaits ;
Dans notre ame toujours avide
Un nouveau deſir plus rapide
Succede aux deſirs fatisfaits,
Franchi l'étonnante barriere
!
MARS. 1746. 5 :
:
Qui bornoit ton ambition;
Va , Cromvvel , pourſui ta carriére
Soumets la ſuperbe Albion :
Eh bien ! tout cede à ton audace ;
Joui d'un ſuccès qui ſurpaſſe
De tes voeux les ardens tranſports ;
Joui ; ton ame eſt afſouvie ......
Non , je vois déchirer ta vie
Par le trouble & par les remords .
Ainſi la fraude & le parjure
N'ont que de funeſtes préſens ;
Les biens donnés à l'impoſture
Font le fupplice des méchants :
Les ſoins , les regrets & la crainte
Sur cette proſpérité feinte
Diftillent un poiſon affreux.
Mortels , qui marchez ſur leurs traces ,
Craignez de fi terribles graces ;
Le crime n'eſt jamais heureux.
Cequ'élevele fort perfide ,
Ne peut- il pas le renverſer ?
Cherchez donc un bonheur folide
Querien ne puiſſe traverſer.
Ce ſage que l'erreur cruelle
Immoleaux tranſports d'un faux zéle ,
Trouve encor la paix dans les fers ,
A iij
:
6 MERCURE DE FRANCE.
Et dans les plaiſirs de Caprée
Cette douceur fi defirée
Fuit le maître de l'Univers .
あ楽
L'éternel & fuprême arbitre
Qui des Bergers entend la voix ,
Et malgré l'orgueil d'un vain titre
Confond la majeſté des Rois ,
Dans la ſouveraine puiſſance
Ni dans le ſein de l'opulence
N'a point fixé le vrai bonheur ;
Sur l'or ainſi que ſur la cendre
Tout mortel a droit d'y prétendre
Et la ſource en eſt dans ſon coeur .
あ
Quelle est cette pure richeffe
Dont l'heureuſe poſſeſſion
Bannit le tumulte & l'yvreffe
De toute folle paffion ?
Un coeur conduit par la droiture ,
Quifuit fans cefſſe l'impoſture,
Fidele eſclave du devoir :
Celui dont l'inflexible tête
Sur foi voit fondre la tempête
Sans la craindre & fans s'émouvoir.
Quel objet ? c'eſt un miſérable
Injuſte victime du fort :
MARS. 1748. 7
Une lâche fureur l'accable
De maux plus cruels que la mort.
L'horreur , la calomnie atroce ,
Le beſoin , le mépris féroce
Pour l'abbattre uniffent leurs coups .
Qu'oppoſe-t-il á tant de rage ?
Sa vertu , ſon ferme courage
Bravent léur infame courroux.
楽
Sans toi que devient ce commerce ,
Doux lien des ſociétés ?
Un aſſemblage où l'on s'exerce
Aux vices les plus détestés.
Regnes-tu ? l'équité préſide,
L'ardente charité décide ,
Et rompt tout intérêt brutal :
L'homme pour l'homme s'intéreſſe ,
Et juſqu'en l'extrême baſſeffe
Il ſçait reſpecter ſon égal,
あ
O Déeffe , de ton empire
Les jours font- ils évanouis ?
Hélas ! le crime encor reſpire :
Tu vois ces excès inouis ;
En tous lieux la terre fumante
N'offre que terreur , qu'épouvante ,
Que plaines couvertes de ſang .
La mort à l'oeil creux , au teint pâle ,
Aij
MERCURE DE FRANCE.
Devient la puiſſance fatale
Qui fait l'appui du premier rang.
Parois , & que ce monstre horrible ,
Tombé fous l'effort de ton bras ,
Redoute le Héros terrible
Qui ſuit la trace de tes pas.
Soutien ſa formidable épée
Qui de la difcorde trompée
Briſe les odieux refforts .
Viens; il eſt tems que ta préſence
De la paix & de l'abondance
Nous ouvre les riches tréſors .
Bouchaud,à Loin.
MARS 1746..
華養
RECHERCHES fur les Feux dejoie des
Anciens & fur l'invention de la poudre à
canon à l'occasion de quelques vers de
Claudien.
Ce Mémoire a été lu à l'aſſemblée d'une Académie
des Beaux Arts établie dans une Ville dont le nom ne
nous a pas éte rezélé
L
Es Académiciens des Beaux Arts ne
ſont pas des ſimples Artistes , & ils ne
fortent point de leur ſphére , quand ils ſe
livrent à ce que la théorie des machines a de
plus fublime,ou lorſqu'ils recherchent ce que
'Hiſtoire des Arts a de plus curieux. Ce n'eſt
point là brouiller & confondre les objets des
differentes études , comme quelques perſonnes
ont paru le craindre : non , mais
c'eſt lier ces objets entre eux , & maintenir
dans le cercle des ſciences , des lettres &des
Arts une harmonie néceſſaire à leur perfection
reſpective. En vain diroit-on élégamment
avec notre Théophraste moderne
, que l'hemme univerſel eſt une chimére ,
s'il est vrai à certains égards , que c'eſt n'ê
Av
10 MERCURE DE FRANCE.
tre rien que de vouloir être tout; il n'eſt
pas moins certain qu'en fait de belles connoiſſances
, fi l'on n'embraffe tout , on ne
ſaiſit rien , & qu'il faut au moins ſçavoir
un peu de chaque choſe pour ſe pouvoir
flater qu'on en ſçaitbienune ſeule. J'ai eu
le regret de le reconnoitre quand, faute
d'être aſſés bien inſtruit ſur un point de
l'Hiſtoire des Arts , je me ſuis trouvé en défaut
fur le ſensde quelques Vers d'un ancien
Poëte Latin. Ce point Liſtorique concerne
l'invention de la Poudre à canon. Je ſçais
quelle eſt l'époque qu'on lui fixe communé
ment; mais cette époque , que juſqu'ici
preſque tous les gens de lettres ſe ſont accordés
à regarder comme inconteftable ,
paroît nonſeulement combattue , mais clairement
détruite par un témoin qu'on ne
peut recuſer. Il faut donc par ladifcuffion
exacte des termes dans leſquels eft conçu le
témoignage que je vais alléguer , le concilier
avec l'opinion généralement avouée de
tous les ſçavans; ou fi cette conciliation eſt
impratiquable , il faudra convenir de bonne
grace que juſqu'ici l'on a été dans l'erreur
fur le tems où lapoudre fut inventée. Telle
eft Palternative : elle m'a jetté dans un embaras
d'où je n'ai pu me tirer. Aufli donnaijed'abord
à cette Diſſertation le titre fimple
& trop exactement vraide Doutessur quel-
:
1
MARS 1746.
ques Vers d'un ancien Auteur. Conſervons lui
le même titre puiſque c'eſt encore le même
ouvrage. Je ne viens donc pas , Mrs. fur
les traces fi heureuſement battues par plufieurs
membres de l'Académie , communiquer
au public des découvertes que j'aye
faites ; j'entreprends la lecture de cet Ecrit
pour prier les perſonnes éclairées de m'aider
à une dévouverte que je voudrois faire :
d'autres écrivent ſur ce qu'ils ont appris ;
qu'il me ſoit permis d'écrire aujourd'hui fur
ce que je defirerois apprendre , ſemblable
encepoint à Julius Avitus : Cet ancien qui ,
au rapport de Pline le jeune ne paroiffoit
inftruit que par le deſir qu'il montroit de
s'inſtruire. Hacpracipua eruditio quod difcere
volebat .
Claudien dont le mérite Poetique ne fait
rien au point queje veux difcuter; carje ne le
conſidére ici cet Auteur, que comme l'Hifrien
d'un fait qui intéreſſe les Arts , Claudien
dans un de ſes meilleurs ouvrages compoſé
pour célébrer le Conſular de Manlius
Théodore invite les Romains à faire éclater
pardes témoignages publics la joyé que leur
cauſoit l'élévation de ce grand homme , &
parmi les differentes fêtes qu'il les preſſe de
donner à cette occafion , il en eſt une qu'il
décrit ainſi.
1
Avi
12 MERCURE DE FRANCE .
J'allois réciter les Vers de Claudien : differons
, car pour juſtifier d'abord mes doutes
& la liberté que je prendrai de vous les
expoſer , je veux vous préſenter les Vers en
queſtion , & y joindre le fragment d'une
autre piéce de Vers compoſée dans ledernier
ſiècle. Vous trouverez en ces deux morceaux
de comparaiſon tant de reſſemblance
dans les idées , que je ne crois pas faire tort
àvotre diſcernement , ſi j'oſe dire que vous
balancerez à juger lequel de ces deux fragmens
nous vient du quatriéme fiécle ( car
c'eſt le ſiécle où Claudien a vécu ) & quel
eſt au contraire celui qui a été composé
preſque de nos jours.
>>Publica ſuſpenſæ teſtantur gaudia flammæ.
>>Aſpice , ut in varias incendia verſa figuras
>>Ludant arte novâ .
>>Ut ſe multiplici gyro contorqueat ignis
>> Plexilis , & geminas divisa luce columnas
→Attollat fursùm parvo finuamine flectens .
>> Proh! quàm flammiferi cernes miracula fumi
>>>Et ſcintillantes per inaniacurrere tædas.
> Mobile ponderibus deſcendat Pegma reductis
,
> Inque chori ſpeciem ſpargentes ardua flammas
>> Scena rotet : varios effingat Mulciber orbes
Per tabulas impunè vagus ; pictæque citato
> Ludant igne trabes , & non permiſſa morari
MARS 1746. 13
>> Fida per innocuas errent incendia turres.
Je vous prie d'obſerver , Mrs. fi ces deux
lambeaux de Vers que vous avez ſous les
yeux ne font pas également propresà pein .
dre nos Feux d'Artifices , & comment
nos feux d'Artifices étant d'invention ſi recente
, peuvent - ils ſe trouver fi exactement
décrits dans un ouvrage compoſé
depuis près de 14 fiécles ?
Voilà le ſujet de mon embarras. Je n'ai
pasdû vous le propoſer bruſquement ; c'eût
été trop confulter la pareſſe, & confulter
trop peu le reſpect que je vous dois. Je me
fuis préparé à apprécier les éclairciſſemens
que j'attends de vous , Mrs. par l'inutilité
des efforts que j'ai faits pouren trouver que
je ne dûfſe qu'à moi -même .
Commençons par adjuger à Claudien
les Vers qui font à lui: ce ſont ceux qui
commencent ainſi : mobile ponderibus. Ils
furent compoſés en 399 , ſur quoi je fais
d'abord cette queſtion qui ſe préſente naturellement
à l'eſprit : 1° . Si Claudien avoit
eu à décrire des Feux d'Artifice , tels qu'ils
font en uſage chés nous , c'eſt-à dire , dont
tout l'effet eſt produit par la Poudre , auroit
- il dù s'exprimer autrement ? Non ,
puiſque nous trouvons dans ſes expreſſions
les effetsde la poudre miſe en oeuvre dans
nos Feux d'Artifice décrits avec toute la
14 MERCURE DE FRANCE.
juſteſſe & toute la préciſion qu'on puiſſe
fouhaiter , vû que ces expreſſions offrent à
l'eſprit l'image juſte & reſſemblante de ce
que ces Feux & cette Poudre préſentent à
nos regards. Je demande donc en ſecond
lieu d'après quel objet réel Claudien nous at-
il fait cette peinture Poctique , mais vraie ;
puiſque Claudien n'a pû peindre ici d'imagination
, & inviter le peuple à célébrer un
événement très - réel par une féte chimérique.
Que ſi le Feu d'Artifice , que décrit le
Poëte , n'a jamais été que dans ſon idée , il
reſtera au moins que le Poëte avoit l'idéede
Feux d'Artifice tout à fait reflemblants à
ceux de nos jours. Nous voilà engagés à
des recherches ſur les Feux d'Artifices des
anciens. J'ai donc ici deux objets. Je dois
d'abord apporter une traduction nette &
un Commentaire détaillé des Vers allégués ,
&par cette verfion il paroitra que les Feux
d'Artifices qu'on a faits avant l'invention de
la Poudre ne differoient point de ceux qui
ſe ſont faits depuis cette invention; & comme
la conféquence paroît prouvée fauffe
par le fait même , & par un point d'Hiſtoire
incontestable , lequel ne nous permet pas
de faire remonter l'invention de laPoudre
plus haut que le treizieme fiécle , il faudra
rechercher quelle étoit la matière dont on
ſe ſervoit autrefois pour donner des Feux
1
MARS 1746 . 15
d'Artifices ſemblables à ceux qui ſe donnent
aujourd'ui.
Ici un très -habile mais trop hardi critique
m'arrêteroit tout court , & avec fon fyftême
de la ſuppoſition très-prétendue de la
plupart des ouvrages des meilleurs Poëres
Latins de l'antiquité , datant les Vers de
Claudien du treiziéme ou quatorziéme fiécle
, il ſe riroit de mon embarras , & me
tiendroit quitte de toutes mes recherches .
C'enferoit fait de tous les monumens litteraires
ſi un ſiſtéme ſi abſurde avoit lieu .
Laiffons donc le dénoûment qui en réſulteroit
par rapport à la queſtion propofée , &
affürés , comme nous le fommes par l'accord
de toutes les éditions faites d'après les meilleurs
MSS. que Claudien né vers l'an
360 ou 70 ( il n'importe en quel Pays ,
car c'eſt un point conteſté ) affûrés , dis -je ,
que Claudien eſt véritablement Auteur des
Vers cités , bornons-nous à les expliquer &
à réfoudre , s'il eſt poſſible , les doutes à
quoi ils donnent lieu. En voici d'abordune
traduction moins élégante que litterale.
>>Mobile ponderibus deſcendat pegma reductis ;
>> Inque chori ſpeciem ſpargentes ardua flammas
>>> Scena rotet : varios effingat Mulciber orbes
>> Per tabulas impunè vagus ; pictæque citato
>> Ludant igne trabes ,& non permiſſa morari
>>Fida per innocuas errent incendia turres. **
16 MERCURE DE FRANCE.
- Que le bâti de l'Artifice ſoit d'abord
rabaiffé ; que dans toute ſon étendue il
-faſſe rouler ſes flammes : que le feu fer-
>> pentant légérement de tous les côtés y
>>forme mille ondulations circulaires : que
>>lesbois s'en trouvent inveſtis ſans en être
>> endommagés , la flamme les effleurant
... avec trop de rapidité pour leur nuire.
J'aurois fans doute préferé le plaifir de
citer une bonne traduction de ces Vers à la
peine d'en faire moi-même une médiocre :
mais je n'en connois aucune de cet ouvrage
de Claudien.
Je traduis pegma par ces mots : le bati de
l'Artifice ; & à ce ſujetje ferai une réflexion
fur le lieu où les anciens donnoient leurs
Feux de Joye : c'étoit ſur des théatres mobiles
depluſieurs étages , leſquels hauffoient
&baiffoient par refforts. Permettez-moi de
rapporter ce que Séneque en a dit quelque
part. Cette citation eſt toute propre àdonner
quelque idée de l'habileté des Mécaniciens.
Machinatores qui pegmata perfefurgentia
excogitant , &tabulata tacite infublime
furgentia , & alias ex inopinato varietates,
ant dehifcentibus qua cobarebant , aut his que
distabant sua sponte coëuntibus , aut his qua
eminebant paulatim inſe reſidentibus. Quelle
variéténe devoit pas avoir le ſpectacle ! les
divers étages étoient tous éclairés ; tantôt
:
MARS 1746. 19
ils ' s'élevoient les uns au -deſſus des autres ,
& un moment après ils ſe plaçoient ſur le
même niveau ; ajoutez que la maſſe elle-mêmede
tout l'édifice étoit mobile &dans une
agitation continuelle : ce mouvement donnoit
inceſſamment une nouvelle activité aux
flammes : on en voyoit partir des traits qui
s'étendoient , s'élevoient , tomboient felon
la direction que leurdonnoient les ouvriers
appliqués à ce miniſtére , car il eſt à remarquerque
fur ces théatres , c'est - à - dire , fur
chacun de leurs étages étoit placé un nombre
conſidérable , dirai-je , d'Artificiers ou
deBateleurs qui ſe rouloient au milieu des
flammes dont ils étoient enveloppés , & en
Jançoient des traits dont nos fufées &nos
lances de feu ſont une fidelle imitation ?
Spargentes ardua flammas ſcena rotet. Nous
trouvons nos roues à feu plus expreſſément
&plus diſtinctement énoncées dans ce qui
fuit. Varios effingat mulciber orbes per tabulas
impunè vagus. Sur le préjugé trop commun ,
mais qui n'eſtpas toujours vrai , que les Poë-
⚫tes prodiguent les mots , quelqu'un pourroit
croire que Claudien eſt ici tombé dans
le cas , & qu'il a deux fois exprimé la même
choſe: il paroitra que ce Vulcain , c'est-àdire
, ce feu qui ſerpente à travers les poutres
& les foliveaux ne peint que ce qu'on
avoit déja vû dans le théatre , qui roule des
18 MERCURE DE FRANCE.
flammes flammas ſeena rotet. Mais ce font
ici deux Artifices tout differens , car d'une
part ce ſont des roues à feu fixées ſur le bois
même , & dont l'éfet ne s'étend pas au loin ;
effingat orbes per tabulas : & de l'autre , ce
fontdes traitsde feu , qui lancés du hautde
latour ſe répandent au loin. Scena rotetſpargentesflammas.
I.e nombre , la ſituation & les mouvemens
de ces Bateleurs qu'on nomma Petan .
riftes , c'est-à-dire , voltigeurs , ſi on ofoit
hazarder le terme pour dire un homme
qui voltige , ont donné lieu au Poëte de les
comparer aux choeurs des Tragiques , inqué
chori ſpeciem. Rien en effet de plus dramatique
, ſi j'oſe m'exprimer de la forte , que
les fonctions de ces Artificiers. Ils étoient
placés ſurun théatre extrêmement exhauffé,
expoſés à la vûe d'une foule de ſpectateurs ,
& ils ydonnoient des ſcénes à travers les
tourbillons de flammes , & fi ceux- ci paffoient
avec trop de rapidité ſur les boilages
pour les pouvoir conſumer , elles étoient
aſſés vives , & il s'en élevoit des fumées affés
épaiſſes pour intercepter la reſpiration des
Acteurs , & rendre pour eux la catastrophe
très- funeſte. Les PP. comparent ſouventces
fpectacles aux feux de l'enfer , &S. Chryfoftome
en particulier appelle quelque part
l'enfer lui-même du nom σέταυρον .
MARS 1746. 19
Les trois derniers des Vers cités ne demandent
pas de commentaire. Revenons
maintenant à la queſtion principale : quelle
étoit donc la matiére combustible que les
anciens mettoient en oeuvre pour donner
ces fortes de ſpectacles ?
Laſuite dans le premier Mercure.
VERSA Madame F....
Depuis le jour que notre folitude
Avû briller vos raviſſants attraits ,
De plus d'un coeur la tendre inquiétude
Pour vous revoir forme mille ſouhaits ;
Deplus d'un coeur l'attachement fidéle
Pour vous revoir follicite les Dieux ,
Et tendrement en ces mots vous rappelle.
Trop cher objet , revenez dans ces lieux ;
Reparoiſſez , montrez vous à nos yeux ;
Reparoiſſez , jeune & brillante Aurore ;
Nous brulons tous de vous revoir encore.
Cefront aimable où le fils de Cypris
Aſçû fixer lesGraces & les Ris ;
Ceriche éclat d'une vive jeuneſſe ;
Cemantien noble& ce port de Déeſſe
:
20 MERCURE DE FRANCE.
De vos regardsle charmeimperieux ,
Souvent fatal aux coeurs audacieux ;
Ce doux fouris , cette bouche agréable
Séjour cheri de la naïveté ,
Et quelquefois pourtant fi redoutable
Par ces arrêts que dicte la Fierté ;
Mais qui pourroit ravir Jupiter même
En luidiſant ſeulement , je vous aime ...
De votre voix les amoureux accens ,
Maîtresde l'ame & féducteurs des ſens ,
Qui des Enfers bravant le dur caprice
Afon époux feroient rendre Euridice ...
Ces dons exquis , ſi rares , ſi vantés ,
Créés exprès pour les Divinités ;
Ces dons exquis que l'eſprit le plus ſage
Doit revérer par le plus tendre hommage ;
Cesdons exquis trouvent dans tous nos coeurs ,
Belle F.... autant d'admirateurs ,
Et ce ſont eux auffi qui nous font dire ,
En nous rangeant ſous votre aimable empire ,
Trop cher objet , revenez dans ces lieux ,
Reparoiffez , montrez-vousà nos yeux ;
Reparoiſſez , jeune & brillante Aurore ;
Nous brûlons tous de vous revoir encore.
Il eſt chés vous d'autres puiſſans appas ,
Fille des Dieux , que nous n'ignorons pas ,
Car ce n'eſt point cette beauté touchante
Qui ſeulement nous charme & nous enchante :
MARS 1746. 21
De génereux& nobles ſentimens
Donnent le prix à tous vos agrémens.
Cette attrayante& douce politeſſe ,
Cet air aiſé , ſimple , fans petiteſſe;
Cette franchiſe exemte de détours
Trop inconnue aux beautés de nos jours ;
Pourvos amis ce zéle inaltérable ;
Pour votre choix cette flâme durable ...
Ces qualités , préſens des immortels ,
Dignes comme eux de Temples & d'Autels ,
Dignes d'amours , de tendreſſe& d'eftime ,
Dignes enfin du rang le plus fublime :
Ces vrais appas trouvent dans tous nos coeurs ,
Belle F .. autant d'adorateurs ;
Etce font eux qui ſurtout nous font dire
En nous rangeant ſous votre aimable empire ,
Trop cher objet , revenez dans ces lieux ;
Reparoiſſez , montrez-vousà nos yeux ,
Reparoiſſez , jeune & brillante Aurore ;
Nous brulons tous devous revoir encore,
22 MERCURE DE FRANCE .
DISCOURS de M. Rey Deleur en Médecine
de la Société Royale de Montpellier ,
des Académies des Belles Lettres& des
Beaux Artsde Lyon , à l'ouverture de l'Académie
d'Eloquence de Saint Chamond en
Lyonnois , prononcé le 7 Decembre 1745
dans la Sale des RR. PP. Minimes.
RS. nous voilà enfin parvenus à unjour
M heureux & parfaitement digne d'etre
célébré dans cette Ville. Ce jour enfante à
laPatrie une Académie nouvelle , ſi propre
a en augmenter la décoration & à la diftinguer
par la politeſſe des moeurs & du
langage. Les Belles Lettres viennent établir
ici leur ſéjour. Les Muſes en ce moment y
font leur entrée publique pour ſe former
une Société d'éléves qui ſous leurs aufpices
cultivent les Beaux Arts & ſurtout l'éloquence.
S'il étoit permis de percer l'avenir ,
j'oferois dire , fondé ſur votre zéle & fur vos
talens , que j'y vois déja cette illuſtre Compagnie
recueillir bien des lauriers ,& fe fignaler
au loin dans ſes occupations brillantes.
Nous nous exercerons , Mrs , dans tout
ce qui peut nous aider à faire des progrès
MARS 1746.
23
dans les vaſtes champs de la belle élocution
. Chacun de nous dans les ſéances lira
une piéce d'éloquence de ſa façon. Ons'étudiera
par-là à écrire & à bien écrire. On
ſe polira dans la Langue. On prendia l'ha
bitude de peindre ſes penſées avec élegance.
Lebeau langage fert de parure aux penſées.
UnAuteur ne ſe fait point lire ni entendre ,
mais il rebute , il endort pour le moins lorfqu'il
ſe préfente dans un certain négligé.
Il s'annonce mal dès qu'il ne plaît pas ; &
pour plaire , diſent les Maîtres de lArt ,
ontre la folidité , la juſteſſe , l'économie &
Parrangement dans le Diſcours , il faut des
ajuſtemens , de la propreté , des ornemens ,
des graces diſpenſées avec ſageſſe , avec prudence
, ſans courir après l'eſprit , les pointes
&les faux brillants. On ſe gardera biende
l'affectation , continuent ces grands Maîtres,
& on ne laiſſera jamais voir de l'étude , de
l'art , de la contrainte.
Un Ecrivain doit aſſortir la Nature avec
elle-même , & la repréſenter avec ſa noble
fimplicité qui inſpire une ſorte de reſpect
&& d'admiration , & avec ces beaux mouvemens
qui excitent les beaux ſentimens du
coeur.
Le Diſcours eſt une eſpece de tableau.
L'habile Artiſte ſe distingue par l'ordonnance
, l'attitude , le deſſein , le coloris , leş
24 MERCURE DE FRANCE .
nuances , la force avec la légéreté , l'énergie
avec la délicateffe.
L'éloquence place l'homme de Lettres à
une grande diſtance de l'homme brute &
ſansculture.Pendant que celui-ci plongé dans
une profonde difette , ne peut attirer les
regards , ni fortir de ſon état vil , rempant ,
obfcur, mépriſable, l'autre touche , intéreſſe ,
flate le goût , s'éleve , s'ennoblit , ravit l'admiration
, enleve les applaudiſſemens , &
acquiert un empire fingulier ſur les eſprits
& fur les coeurs .
Dans les exercices Académiques les
beaux exemples prêtentdu ſecours à l'émulation,
& font éclore desprogrès rapides ,
auxquels les ſimples préceptes ne ſçauroient
atteindre. Ils frappent ces exemples ; ils
impriment plus , fortement parce qu'ils préſentent
à la fois le précepte & l'application.
Onyvoit , onytouche ( pour ainſi dire ) le
beau lui-même , dont on prend mieux le
goût,quin'eſt autre choſe qu'un diſcernement
vif, net , précis de l'élegance , de la vérité
&de la juſteſſe des penſées & des expreffions
, par leſquelles un diſcours plaîtdans
tous les tems & dans tous les lieux.
Les diverſes Nations ſe ſont empreffées
de ſuivre le bon goût de la France. Elle
eſt devenue en ce genre leur modéle parfait.
Chaque jour voit naître parmi nous de
nouvelles
MARS 1746.
25
:
nouvelles Académies. Paris , Toulouſe
Bordeaux , Montpellier , Lyon , Marſeille ,
Beziers , Montauban , la Rochelle , Caen ,
Dijon , Soiffons , Rouen , Arras , Ville- Franche
en Beaujolois , ſe ſont illustrés par ces
nobles établiſſemens. Le Portugal , l'Eſpagne
, l'Angleterre , l'Allemagne , la Ruffie ,
Italie , ſurtout, notre émule, ont marché ſur
nos traces , & ont fondé des Compagnies
ſçavantes . Partout on s'eſt piqué de fortir
de la barbarie des ſiécles antérieurs à celui
de Louis XIV , & de cultiver le ſel attique
& l'urbanité Romaine.
Heureux orgueil! heureux empreſſement ,
qui ont mis en fuite l'ignorance & la rufti
cité ſous leſquelles on avoit gémi tant de
fiécles . Les Belles Lettres , les Sciences &
les Beaux Arts avoient repris naiſſance ſous
François I. On les avû croître dans la ſuite
& reparoître enfin ſur la ſcéne avec éclat,
Nos Académies ont extrémemerit contribué
à ces grands progrès. En perfectionnant les
Sciences& les Beaux Arts elles ont fait
fleurir la ſaine éloquence ,& nous ont reproduit
le fiécle d'Auguſte.
Sous le Regne deLouis le Grand les Lettres
étoient déja parvenues au comble de la
gloire,& nos Académies enfantérent mille
chefs-d'oeuvre qui les ont immortaliſées.
LOUIS LE BIEN-AIME' fuit les pas de ſon
B
1
26 MERCURE DE FRANCE.
illuftre Bifayeul, Jamais Princes n'ont davantage
mérité des Belles Lettres ; & jamais
elies n'en ont célébré avec plus de juſtice ,
de dignité & de fuccès. C'eſt ainſi que la
réuflite ſuit de près les travaux communs
de pluſieurs hommes raſſemblés , qui ſe
prêtent des f. cours mutue's pour arriver au
faîte de l'honneur.
: Mais je m'arrête trop à encourager nôtre
Académie naiſſante. On n'a pas beſoin , Mrs,
d'exciter votre zéle , & on vous voit déja
prêts à vous ſignaler dans le champ de Minerve
par les exploits les plus glorieux.
Il me ſuffira donc de vous propoſer ici
quelques régles de diſcipline qui s'obſervent
dans pluſieurs Compagnies ſcavantes. Ce
feront autant de Statuts pour nous , après
qu'elles auront été agréées par l'Académie.
POEME SUR LA BATAILLE
de Fontenoy.
DUUHEROSde nos jours célébrons la victoire
LOUIS dans Fontenoy , tout éclatant de gloire ,
De ſes fiers ennemis terraſſant les efforts ,
De l'Anglois en fureur arrête les tranſports.
MARS 1746. 27
Muſe,pour ſeconder ma généreuſe envie, 1
De tes plus nobles chants prête moi l'harmonie.
Déja de Cumberland les farouches ſoldats
Aax champs de Fontenoy précipitent leurs pas ;
Leurs Eſcadrons ſerrés , leurs Bataillons terribles
L'airain lançant le feu par cent bouches horribles
,
Le ſalpétre en fureur tonnant de toutes parts ,
EtBellone faiſant flotter ſes étendars ,
L'air obſcurci de traits , le démon du carnage
En tous lieux par le feu ſe faiſant un paſſage ,
Tout offre en ce moment l'épouvante &la mort ;
Tout ſuccombe , tout céde, à leurpuiſſant effort.
Quei ! leCielcontre nous va-t-il lancer ſa foudre ?
Va-t-ildans ſon courroux réduire tout en poudre ?
LOUIS vole à l'inſtant plus terrible que Mars ,
Il est chef & foldat , affronte les hazards.
Epargne , juſte Ciel ! une tête ſi chere ;
Qui de tous ſes ſujets il eſt moins Roi que pere ;
France , tremble & frémi cruel Dieu das
combats ,
...
LOUIS eſt en danger ... arrête ces foldats.
A ce fougueux torrent oppoſe quelque digue ;
Reſpecte dans LOUIS ſes beaux jours qu'il prodigue.
Mais quels cris redoublés viennent frapper les airs ?
QuelsHeros à mes yeux atteints de traits divers !
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
Grammont qui de fon maître imitoit la vaillance ,
Lutteaude nos François l'amour & l'efperance
Méziere & Saint Sauveur , le vaillant Longonay ,
Puiſegur & Craon & le brave d'Avray ,
Tombent percés de traits bouillans d'impatience
Devoir que contre nous Mars panchoitla balance
Amour! & tendre amour! jevois coulertespleurs;
Matignon eſt frappé , l'objet de tes douleurs .
Muſe , de ces Heros honorez la mémoire.
Sur ces chefs expirans &tout couverts degloire
Entaſſez en ce jour les plus brillants lauriers
Qu'ils vivent dans mes vers ces généreux
guerriers;
Qu'ils vivent ces Heros ; que l'Europe étonnée ,
Lifant de Fontenoy la fameuſe journée ,
Au récit éclatantde leurs nobles exploits ,
Apeine ence moment oſe en croire ma voix.
Oui , malgré les deſtins& la parque ennemie
Vous vivrez par mes chants en dépit de l'envie!
Que des yers immortels & tracés de mamain
Puiffent graver vos noms ſur le bronze&Fairain.
Mais quoildevos hautsfaits en rappellant l'hiſtoire,
Jevoisvos noms voler auTemplede Mémoire.
1ls vont vous arracher à la nuit du tombeau;
Puiffent mes vers comme eux en tracer le tableau!
Toi qui dans cemomentau fortir de l'enfance ,
Fis brillerdes Héros la valeur , la prudence
A
MARS 29 1746.
De nos concitoiens les plus tendres amours ,
Penthiévre au moins pour eux épargne plus tes
jours.
Chevrier qu'animoit ſon ardeur ordinaire ,
Par le plomb renverſé roule ſur la pouſſiere.
Saint Georges l'imitant dans ſon noble courroux ,
De l'Anglois furieux tombe deſſous les coups.
Tu ſuccombes Brocard , dans ce combat terri
ble ;
Il meurt ce grand Heros qu'on croyoit invincible.
Langeais , Daché , Cliſſon fouffrent le même ſort.
Mille traits enflammés lancent par tout la mort.
GrandDieu ! ſouffriras-tu cet horrible carnage ?
De nos chefs expirantsadmire le courage .
LOUIS d'un air tranquille apperçoit le danger ,
Il part , il court , il vole , &prompt à le venger ,
Maurice , dont le nom fait gagner les batailles ,
Renverſe les remparts ,&briſe les murailles ,
Maurice de ſon maître admirant la valeur ,
Ranime nos guerriers & bannit la terreur ;
Du Dieu Mars en futeur ila la reſſemblance ;
Tout frémit à l'aſpect du Heros de la France.
Ses yeux étincelants annonçent le trépas ,
Et des lauriers ſanglants s'élevent ſous ſes pas,
Daignez , grand Dieu ! daignez , attendri par nos
larmes ,
Conferver ce Héros le ſoutien de nos armes .
:
Bij
30 MERCURE DE FRANCE .
Qui précipite ainſi ces Anglois diſperſés ?
Quel Dieu par ſes regardsles a tous terraífés ?
C'eſt LOUIS , c'eſt mon Roi , c'eſt ce nouvel
Alcide ,
Il inſpire aux guerriers ſon courage intrépide.
Je les vois ces guerriers , ainſi que des torrents
Renverſer les Anglois ſous leurs coups expirants.
Les voilà donc enfin ces vengeurs de mon maître,
Les voilà ces Heros , que le Ciel a fait naître ,
Pour venger de Creci notre antique douleur ,
Boufflers , & Richelieu , Chevreuſe plein d'ardeur.
Rohan dont la valeur , égale la naiſſance ,
D'Argenſon dont le nom eſt ſi cherà la France
Du Chaylat & d'Ayen, le brave Pequigni ,
Lowendalh & de Pons , le grand Montmorency ,
Clare parmi les ſiens ſuivi de la victoire ,
Auxplus fiers combattants , triomphe de ſa gloire,
Deſescoups redoublés , fait reſſentir l'effort ,
Etla foudre à la main il fait voler la mort.
r ,
Mais quel eſt ce Heros dont le bras redoutable
Se fait jour au travers d'une foule innombrable?
Biron , de tes ayeux imitant la valeur
Des plus ſanglants combats tu braves la fureur,
Tes regards enflammés rallument l'eſpérance ,
Sous ton bras triomphant on vole à la vengeance,
MARS
1746. 31
Et tout couvert de feu , de pouffiere& de ſang ,
Tu force, écrafe, abbats l'Anglois de rang en rang.
Tel on voit qu'un Lion dans les champs de Lybie
Sur les troupeaux épars s'élance avec furie ,
Et par un trait atteint , devenu plus fougueux ,
Des Pays d'alentour fait un défert affreux.
Céde enfin, Cumberland , cédé à notre courage ,
De tes vaillants ſoldats évite le carnage.
A l'aſpect de LOUIS rien ne peut réſiſter ;
La fortune à ſes yeux n'oferoit balancer.
11 ſçait vaincre en Heros &comme un autre Tite
Du Dieu vivant qu'il fert la douceur il imite.
Il ſoupire en voyant flotter de toutes parts
Dans des fleuvesde ſang les bataillons épars.
Par ſes ſoins généreux on bande leurs bleſſures?,
Et connoiſſant des coeurs les routes les plus ſures,
Juſqu'à ſes ennemis il étend ſes bienfaits
Etmalgré leur courroux arrache des ſouhaits.
,
,
Prince,demon Heros le plus parfait modéle ,
Toujours prêt à voler où ſa gloire l'appelle,
Cher Prince , de nos voeux les plus tendres défirs ,
Que tu nous as couté de pleurs & de foupirs
Par LOUIS dès l'enfance inftruit à la victoire
Tu connois le chemin qui conduit à la gloire,
Et fans guide marchant fur les pas des Céfars ,
Atravers mille morts tu braves les hazards,
ود
:
Binj
32 MERCURE DE FRANCÉ .
:
Partout l'on voit les jeux&les ris& les graces,
Voltiger ſur tes pas & marcher fur tes traces ;
Qui , tu ſeras toujours nosplus tendres amours ;
Oui , la Francepour toi prodiguera ſes jours.
,
,
Grand Roi , ſi de ce jour ſi cher à ma mémoire
Par mes foibles accents j'oſe tracer l'hiſtoire ,
Si ma Muſe tremblante au but de tes exploits ,
Sans force& fans haleine oſe éléver ſa voix ,
Pardonne je te prie à ma verve indiſcrette
Qui ſans un noble effort auroit été muette.
C'eſt lui qui m'excitant dans le facré vallon
Aneuf luftres complets me ſervit d'Apollon .
Mais pourquoi ces diſcours ? ma peine eſt inutile ,
Pour peindre tes vertus il faudroit un Virgile.
Quoi ! les maîtres du Pinde en d'illuſtres écrits
Auront de ta valeur étonné tout Paris !
Quoi ! d'un Chantre fameux l'audace généreuſe ,
Suivant de Deſpreaux la trace glorieuſe,
Aura de tes exploits célebré la grandeur ,
Chanté Londres & Turin , en proye à leur
douleur
La Baviere confufe , au bruit de ta victoire ,
Et Vienne gemidant fous le poids de ta gloire !
Etmoi qui connois peu Phébus &fes douceurs ,
J'oſe chanter ton nom en dépit des Neuf Soeurs.
Encor fi de mes vers au péril de ma vie ,
Pour te venger du moins de leur peu d'harmonie,
MARS 1746. 33
Aux bords enfanglantes du Rhin ou de l'Eſcaut ,
Pour cueillir des lauriers je ſuivois mon Heros ,
Glorieux de mon fort& content de la parque
Je verrois fans regret la redoutable barque ;
De la fiere Atropos ſans craindre les ciſeaux ,
Sans regret je verrois les infernales eaux.
Mais d'un mal rigoureux le joug inſuportable ,
Par mille traits perçants & m'agite& m'accable
De mon Roi je ne puis ſuivre les étendarts ,
Des Bourbons je ne puis partager les hazards.
A mes ardens ſouhaits tout s'oppoſe & réſiſte.
Dans mes ardens déſirs mon amour ſeul perfifte
Permets du moins , permets dans mes nobles tranf
ports
Que d'un fils généreux je t'offre les efforts .
Occupé chaque jourà garder ta perſonne ,
De tout ce qui t'aproche ou bien qui t'environne
Pour le ſoin de tes jours il veille avec ardear.
Animé par l'amour autant que par l'honneur.
Oui , grand Roi, tes vertus partout te font connoître ,
D'abord en te voyant l'on reconnoît fon maître
Thémis & la Victoire accompagnent ces pas ,
Vers toi l'on voit voler le coeurde tes foldats.
Toujours à tes côtés font Minerve & Bellonne ;
LaTamiſe gémit, le Danube friffonne.
Tous les Rois de l'Europe auront beau fe liguer ,
Bruxelles attend le coup qui la doit foudroyer ;
By
34 MERCURE DE FRANCE.
-
De l'Aigle en ſes tranſports cette fierté fi grande
Vient enfin d'expirer ſur les remparts d'Oſtende.
Quede Villes , grand Roi, tombent en te voyant!
Quel amas de lauriers moiſſonnés en paffant ?
Tournay, Bruges &Gand, & les plus fortes Villes ,
Ne coutent à Louis que des affauts faciles.
Rien ne peut reſiſter à ton bras triomphant ,
Et l'Anglois dans Nieuport ſuccombe en t'admirant.
Les corps de leurs foldats tout pourris dans nos
plaines ,
Sourcesde tantde pleurs , de travaux&de peines ,
Leurs plus fiers combattans leurs épais Bataillons,
Des champs de Fontenoy engraiſſent les fillons.
François , de votre Roi publiez la vaillance ,
Célébrez ſa bonté , ſa grandeur , ſa clémence ;
Il moiſſonne pour vous ces ſuperbes lauriers
Il anime pour vous nos généreux guerriers .
Toujours il recompenſe , & punit avec peine ;
Lecrime ſeulement eſt l'objet de ſa haine.
De ſon joug adoré l'Univers amoureux ,
Ne compte ſous ſes loix que des ſujets heureux.
Sa bonté fait revoir la Justice d'Aftrée ,
Et les jours fortunés de Saturne & de Rhée.
On l'aime , on le reſpecte , on paſſe tour à tour,
De l'amour au reſpect , du reſpect à l'amour.
MARS 1746. $5
Toi , d'un fils généreux l'amour & le modéle ,
Toujours de tes vertus imitateur fidéle
Et qui par ſeshauts faits aux champs de Fontenoy
Montra ce noble feu qu'il a reçu de toi,
Miniſtre ſi zélé du plus grand des Monarques ,
Toi , qu'il a revétu des plus illuftres marques ,
D'Argenſen , ſi du Roi publiant les exploits , :
Je pouvois par mes chants l'amuſer quelquefois
Si malgré tous les ſoins où ton maître t'appelle ,
Ames foibles accents tu peux prêter l'oreille ,
A l'ombre de ton nom mes vers accrédités ,
Sans craindre les cenſeurs ſe verroient reſpectés.
EPIGRAMME de M. D. G. à Helene
de .....
0
N dit qu'un jour le maîtredu tonnere
Eat de Leda fille gente aux doux yeux ,
Au fin ſouris , ſi qu'en toute la terre
Neſe vit one minois plus gracieux.
Pour recouvrer tréſor ſi précieux
Ménélas mit tous les Grecs en allarmes ,
Hommes & Dieux alors prirent les armes .
Et Jupiter lui même eut combattu ,
Si tout ainſi que vous avez ſes charmes ,
De même Hélene eut eû vôtre vertu ,
Bvj
36 MERCURE DE FRANCE.
J
DISCOURS prononcé en 1743 à la
premiere rentrée des conferences deMessieurs
les Conſeillers de Ville, par M. Brallet l'un
d'eux.
'Ce Difcours eſt adreſſe à MB .. auſſi Conſeillor
de Ville , Préſident , au nom de cette Compagnie.*
T. Emulation nous raffemble aujourd'hui
pour ouvrir une nouvelle cariére , &
puiſque vous voulez bien , Monfieur , conti
nuer de vous prêter à nos empreſſemens ,
nous recommençons avecjoye des exercices
que nous n'avons interrompus qu'à regret;
les conferences précédentes nous ont été
trop utiles pour ne pas ſouhaiter avec un
extrême déſir la continuation d'inſtructions
fi néceſſaires .
Pénétré de toute l'étendue des devoirs
d'un Officier Municipal qui eſt destiné par
le Souverain à décider avecſes collégues de
l'honneur & des biens des citoyens , & à leur
* Il y a déja quelques mois que nous avons
cette Piéce ; l'abondance des matières ne nous
a pas permis de l'imprimer plutor .
MARS 1746. 37
procurer l'abondance , vous avez penfé que
l'on ne pouvoit être trop éclairé pour remplir
avec dignité une place auſſi importante,
L'amour du bien public vous a déterminé
àtenir chés vous avec vos confréres des afſemblées
deſtinées à s'inſtruire ſur ſes Loix
&fur la Police de cette Capitale du Royaume;
encouragé à entreprendre ces travaux
par l'illuſtre Magiftrat qui préſide au Corps
de Ville, vous avez fait tous vos efforts pour
furpaſſer fes defirs & fes eſpérances.
Vous avez raſſemblé avec un foin extrême
& une dépenſe conſidérable tous les
matériaux néceſſaires àune ſibelle entreprife;
Livres , Plans , Fêtes , Entrées , Monumens
, tout eſt d'un choix qui fait honneur
à votre difcernement & à la délicateſſe de
votre goût.
Depuis un an nous travaillons avec émulation
à profiter de vos lumieres. Vous préfidez
ànos aſſemblées , vous dirigez les ma
tieres qui doivent être traitées, & fur le
champ vous nous donnez la ſolution de
nos queſtions , & les éclairciſſemens néceffaires
pour travailler avec fruit.
Nos conférences ne ſe bornent point à
une fimple ſpéculation ; vous yjoignez la
démonftration , & vous n'êtes content que
quand nous vous paroiſſons inftruits.& convaincus.
18 MERCURE DE FRANCE,
Permettez - nous , M. de retracer icipar
ordre ce qui s'eſt paſſé depuis notre premiere
aſſemblée ; vous jugerez enſuite des
progrès que nous aurons faits.
Les premieres conférencesont été employées
à la lecture d'un catalogue raiſonné
de tous les Auteurs , tant imprimés que manuſcrits
, qui ont traité de la Villede Paris ,
avec l'indication la plus exacte desBibliothéques
où ils font renfermés: de courtes
analyſes ſur chacun de ces Auteurs nous ont
conduits à faire de courtes réflexions criti
ques&hiſtoriques , & à éclairircir pluſieurs
faits obfcurs & importans fur cette capitale.
Aux conferences ſuivantes nous avons lu
la ſçavante Diflertation de M. le Roi ſur l'origine
de l'Hôtel de Ville ; les differens paragraphes
de cet ouvrage ont été partagés
enpluſieurs ſéances , & chacun a fourni matiére
à differentes reflexions ; la lecture entierede
ce Traité nous a inſtruits de l'origine
de la Juſtice Municipale de la VilledeParis
, & par une Chronologie ſuivie remon- .
tée juſqu'au temsoù cette partie des Gaules
étoit Province Romaine , elle nous a démontré
que les Officiers appellés Nautes ou
Naviculaires , exerçoient cette Juſtice ſous
le nom de défenſeurs de Cité , & enſuite
fous celui de Bourgeois de la marchandise
de l'eau.
:
MARS 1746. 3
Après cet examen nous avons employe
les conférences qui ont ſuivi à lire & à
méditer l'Ordonnance de Louis XIV. de
1672 concernant la Jurisdiction des Prevot
des Marchands & Echevins de la Ville de
Paris.
1
Pour bien entendre cette Ordonnance,
après la lecture de chaque article , vous
nous propofiez des queſtions qui y étoient
relatives ; chacun de nous donnoit ſon avis
& ſes motifs ; vous réſumiez les uns & les
autres , & y ajoutant vos lumieres vous
nous faifiez ſentir le pointde vûe de chaque
conteftation , & la raiſon déterminante qui
avoit donné lieu au Réglement.
Il faut dire auſſi que vous nous avez toujours
inſpiré l'eſprit de conciliation &de
complaiſance. Jene craindrai point d'avancer
que pluſieurs d'entre nous voyoient avec
une extrême ſatisfaction les raiſons de leurs
confreres prévaloir ſur les leurs , s'y prêtoient,
les mettoient dans leur plus beau
jour , &enfin s'y conformoient avec plaifir.
Après une longue étude de l'Ordonnance
, nous avons fait notre cours des fontaines
: vous avez raſſemblé les inftrumens &
les machines en petit, propres à nous en
démontrer le Mechaniſme. Ces obſervations
ont employé pluſieurs ſéances , &
nous ont naturellement conduits à faire chés
40 MERCURE DE FRANCE
vous pluſieurs expériences de Phyfique ſur
la preſſion de l'eau , le reffort de l'air &c .
Nous avons auſſi travaillé ſur toutes les
differentes Pompes , ſoit foulantes , foit afpirantes
, ou mixtes; le traité de l'Hydraulique
deM. Bellidor nous a guidé dans nos
opérations.
Pour ne rien laiſſer à deſirer fur ce cours
des fontaines & achever de nous développer
ce que la Théorie nous avoit enſeigné ,
nous avons été examiner la pompe du Pont
Notre - Dame , & après avoir décompoſe ,
pour ainfi-dire , ces célébres machinesHydrauliques
, nous avons fait nos obſervations
fur toutes fes parties , meſuré leurs dimenfions
, examiné leurs propriétés & leurs
differentes fonctions,
Nous avons fait les mêmes opérations
fur les pompes d'incendie , & des calculs
fur la vitefle & l'accélération de l'eau , ainfi
que fur les differens diametres des tuyaux
de ces pompes, enfin nous avons terminé
par l'examen des cuvettes dejauge de plufieurs
fontaines publiques. Rien ne vous a
échappé , & vous nous avez donné , M. fur
chaque partie les inſtructions les plus claires&
les plus fatisfaifantes .
Une très-ample Differtation fur l'origine
des fontaines de cette Ville a rempli les conferences
ſuivantes ; vous y avez joint une
L
MARS 1746. 41
Carte Topographique en pluſieurs feuilles
où elles ſont démontrées , leurs diſtributions,
leurs cuvettes, leurs tuyaux de conduite
avec leurs principaux embranchemens ,
le cours de l'eau , & juſqu'à une diſtinction
de l'eau des aqueducs , de celles machinales&
de celles qui appartiennent au Roi.
Enfin nous avons terminé par l'examen
d'une ſuite complette & extrêmemens précieuſede
tous les differens Plans de Paris &
de ſes environs , où tous les accroiſſemens
decette ſuperbeVille ſont démontrés , avec
des Notes très - curieuſes ſur ſes differentes
gradations.
Voilà , M. un léger crayon de ce qui
s'eſt paffé dans nos conférences depuis
qu'elles ont été commencées.
Votre but n'a pas été de vous borner à
une inſtruction purement curieuſe , vous
avez cherché à augmenter en nous cet efprit
dejuſtice&de rectitude que donnent laprobité
&la belle éducation, mais qui a beſoin ,
pour être entierement développé ,de cette
étude ſur les Loix& fur les Ordonnances .
Je dis plus ; vous avez ſenti juſqu'où s'étendroient
les fruits de vos conferences ; l'étude
des Loix répand dans notre ame une lumiére
éclatante , en nous inſtruiſant elle
nous découvre des défauts qui nous feroient
échappés & que l'ignorance couvre d'un
42 MERCURE DE FRANCÉ.
voile épais ; elle nous porte naturellement
àpenſer qu'un homme deftiné à diſtribuer
un jour la Juftice à ſes concitoyens , né
doitpoint fouffrir en luiles défauts qu'il condamnedans
les autres : nos conférences en
nous éclairant ſur nos devoirs , nous forment
inſenſiblement à la vertu & àl'équité.
Les Membres qui compoſent cetteCompagnie
ſont preſque tous peres de famille; ils
ſemeront dans le coeur de leurs enfans ces
principes de droiture & de juſtice qui ſe développeront
avec l'âge , ils les tranſmettront
à leur tour à leurs defcendans. C'est donc
perpétuer à l'infini dans le ſeinde l'Etat un
peuplede citoyens éclairés &vertueux.
L'honneur d'être Membre de cette Com
pagnie a de tout tems été le deſir des plus
notables citoyens de cette Ville. Juftifions
donc leur eſtime en la méritant de plus en
plus. L'avantage que nous avons d'etreAfſociés
dans l'Hôtel de Ville , par le titre &
par les fonctions , à pluſieurs de ces principauxMagiftrats
des Cours Souverainesdont
ils font l'ornement , eſt encore une raiſon
bien eſſentielle pour exciter notre émulation
, ajoutons le deſir de ſe mettre en état
d'étre utiles un jour au premier Magiſtrat de
Botre Tribunal : ce n'eſt point aflés de lui
porter cette véneration & cette eſtime que
vous nous inſpirez pour ſa perſonne , il faut
MARS 1746. 43
encore yjoindre les lumieres afin de lui aider
à porter le poids de ces fonctions fi pénibles
quand on veut s'en acquitter avec
exactitude .
Permettez - nous , M. de feliciter cetre
capitale du bonheur dont elle jouit ; l'adminiſtration
de M. le Prevôt des Marchands
lui procure tous les avantages qu'elle a droit
d'attendre du plus parfait Magiſtrat ; ſous
fa préfecture les riches jouiſſent de toute
l'abondance que leur fournit la fortune , &
les pauvres ne s'apperçoivent pas de leur
miſere: vous avez vù ces derniers, nourris, ( r)
chauffés , (2) occupés ( 3 ) par ſes ſoinspaternels;
ſes vertus éclateront ſans doute,
malgré le ſoin qu'il prend de les cacher , &
ſans briguer lesdignités , il eſt aiſé de pref
fentir que ſous un regne auſſi équitable &
auſſi éclairé , il ſera un jour décoré des plates
les plushonorables. (4)
Nous avons auſſi dans M. Le. P. D. R. un
autre Magiſtrat digne de toute notre eſtime ;
:
( 1 ) La diftribution du Ris , & des aumônes
dans toutes les Paroiſſes .
(2) Le bois fourni pendant l'Hyver dans les
Carrefours& Places .
(3 ) Au briſement des glaces & autres travaux
publics.
(4) Monfieur de Vaſtan fut nommé quelques
mois après Conſeiller d'Etat. )
44 MERCURE DE FRANCE.
extrêmement meſuré dans les fonctions de
ſon miniſtére , tout eſt refléchi , tout eft
peſé au poids de l'équité ;perfuadé que l'amourdes
peuples eſt le tribut le plus flateur
pour un Roi , il ne ſe ſert des intérêts du
Souverain que pour rendre les citoyens plus
heureux; toujours modéré, toujours égal, né
éloquent , ces diſcours qu'exigent les changemens
d'Ediles , ces matieres ſi froides &
ſi uſées deviennentdans ſabouche desſujets
nouveaux , riches & fleuris ; on y remarque
enfin ce brillant des Orateurs de l'ancienne
Rome.
Voilà , M. des exemples , voilà desmotifs
d'émulation ; notre Compagnie , il eſt
vrai , eſt portée entierement à imiterde fi
grands modéles , autant que fon état peut
lui permettre ; elle eſt d'ailleurs très-digne
del'eſtime publique; chacun de ſesMembres
eſt diſtingué par quelque mérite particulier.
Lepremierd'entre nous , célébre par Fétendue
de ſes lumieres , joint à tous les ta
Jens de l'eſprit toutes les qualités du coeur;
attaché à la Compagnie parun goût décidé ,
enétant cheri tendrement , après avoir renapli
les fonctions de la Magiftrature dans pluſieursTribunaux
differens , il n'a que trop
mérité cette eſtime générale qui lui eſt
cordée d'une voixunanime : avec quelle faacMARS
1746. 4$
tisfaction le voyons nous remplir ſi digne
ment la placede notre Doyen!
Nous comptons auſſi parmi les Membres
de cette Compagnie , le premier Echevin
de cette capitale du Royaume diftingué
par un caractére de vérité & de ſincérité ,
rien n'échappeà ſa pénétration ; laborieux ,
exact juſqu'à la délicateſſe à remplir ſes devoirs;
il juftifie l'eſpérance que ſes confréres
onttoujours eu qu'il feroit d'autant
plus d'honneur à la Compagnie que ſes talens
ſeroient placés dans un plus grandjour,
Aſſocié à de dignes collégues , leurs lumieres
réciproques agiſſent pour le biencommun
avec une parfaite union .
Cette union eſt établie auſſi de tous les
tems entre cettecompagnie & celle de Mefſieurs
les Quartiniers ; une eſtime réciproque
en eſt le lien indifloluble ; leur compagnie
eft formée de la fleur des citoyens ; la Religion,
la probité , la pureté des moeurs font
des qualités indiſpenſables pour leur étre
aggreges. Ce n'eſt point aflés d'être ſans le
moindre reproche ,leur délicateſſe ne leur
permet point d'admettre un ſujet qui auroit
le moindre ſoupçon : tant d'analogie entre
eux& nous eſt un für garand de cette éternelleunion.
Enfin nousvoyons parmi les membres de
notre Compagnie des exemples d'une efti
46 MERCURE DE FRANCE.
me finguliere , & d'un déſintereſſement par .
fait.
L'un choiſi par le ſuffrage des citoyens
pour remplir la Magiftrature Municipale,
après s'en être acquité avec ſuccès , entre par
goût dans cette Compagnie,feulementpour
avoir la ſatisfaction de faire corps avec elle ,
&depuiſer dans ſon ſein ces agrémens que
donne une aimable Société,
Celui qui fuit , plus content de mériter
cette placequede la remplir , voit avec un
extréme plaiſir ſon confrére lui ſuccéder
dans cette même place , moins due à fon
rang qu'à la grandeur de ſes ſentimens& à
ſes talens naturels & acquis.
Quelques autres dépositaires de la Foi
publique , ou par leur profeſſion chargés
d'affaires importantes , méritent par leur
probité cette confiance & cette eſtime publique
qui en eſt le digne prix.
Sous un extérieur ſimple un autre eſt
rempli de l'érudition la plus profonde , érudition
puiſée dans les ſources : iljoint à ſes
talens la rare qualité de les cacher ſans affectation;
les lumieres les plus ſupérieures , &
le caractére le plus aimable s'y trouvent
réunis à un degré ſi éminent & en même
tems ſi égal qu'il eſt impoſſible de décider
lequel des deux ſurpaſſe l'autre.
Ceux dont le commerce fait la principas
MARS 1746. 47
eoccupation , ſont un exemple bien ſenfible
que les lumieres naturelles aidées d'un
ſens exquis & appuyées ſur la probité , ſuffiſent
pour s'acquiter des emplois les plus
conſidérables , finon avec le méme brillant
que donnent les Lettres & la Jurisprudence ,
du moins avec la même ſolidité.
Quelle Compagnie donc mérita mieux ,
M. votre attachement ? Mais auſſi quel fujet
mérita mieux notre eſtime ? Nédans le
ſein de Thémis , les plus célébres Juriſconſultes
ont été vos premiers Auteurs : àun
naturel heureux vous avez joint l'étude la
plus vaſte; les ſciences les plus abſtraites ne
yous ont point empêché de cultiver la belle
Littérature ; ſublime &profond , mais agréable
& enjoue ; chés les autres Sçavans la
ſcience eſt trifte , fombre& rebutante , avec
vous elle eſt aimable , attrayante & gratieuſe
, enfin avec vous Minerve ett couronnéede
fleurs & badine avec les Graces. Extrêmement
choiſi dans vos expreſſions , aufſi
poli dans vos uſages , on n'ajamais mieux
appliqué cette penſée , en diſant que vous
uniflez le ſel & la délicateſſe d'Athénes à
l'urbanité de l'Ancienne Rome ; quel carac
tére plus généreux ! ingénieux à faire naître
lesoccaſions d'obliger vos amis , c'eſt pour
yousune étude ſerieuſe ; ravi quandelles ſe
rencontrent , on vous voit en reſſentir une
48 MERCURE DE FRANCE,
ſatisfaction qui donne un prix infiniaubien
fait. Ces mêmes conférences qué nous recommençons
aujourd'hui en ſont une démonſtration
bien évidente ; elles ne font
utiles qu'à nous , vous n'en recueillez que
des peines & des ſoins : le plaiſir d'inſtruire
wos confreres eſt l'unique prix de vos trawaux.
Nous répondrons fans doute à vos
bontés autant qu'il ſera en notre pouvoir ,
mais ſi nos lumieres ne ſuivent pas vos defirs,
foyez du moins perſuadé , M. que ſi la Nature
a mis des bornes à notre capacité , el
le n'en a point mis ànotre reconnoiffance.
502
EPITRE fur la parcſſe.
CEnſeur de mac'here pareffe ,
Pourquoi viens - tu me réveiller
Au ſein de cette enchantéreſſe
Où j'aime tant à ſommeiller?
Laiſſe moi , Philoſophe auſtére ,
Goûter voluptueuſement
Le doux plaifir de ne rien faire
Etdepenſer tranquillement.
Sur l'Hélicon tu me rappelles ,
Mais taMuſe envainme promet
Le ſecours conſtant de ſes ailes
Pour
MARS 1746. 149
Pour m'élever à ſon ſommet ;
Mon eſprit amoureux des chaines
Que lui préſente le repos ,
Fremit des veilles & des peines
Qui ſuivent le Dieu de Délos .
Veux - tu qu'héritier de la plume
Des Malherbes & des Roufſeaux
Dansmes vers pompeux je rallume
Le feu qui fortde leurs pinceaux?
Ce n'est point à l'humble colombe
Aſuivre l'aigle dans les Cieux ;
Sous les grands travaux je ſuccombe ;
Les Jeux & les Ris font mes Dieux.
Peut-être d'une voix légere
Entre l'Amour & les Buveurs
J'aurois pû vanter à Glycére
Etmes lauriers & fes faveurs :
Mais la Fare , la Sabliere
Ont cueilli les plus belles fleurs ,
Et n'ont laiffé dans leur cariere
Que des Narcifſes ſans couleurs.
Pour éternifer fa mémoire
On perd les momens les plus doux;
Pourquoi chercher ſi loin la Gloire ?
Le plaifir eſt ſi près denous .
Dites - moi , manes des Corneilles ,
Vous , qui par des Vers immortels
Des Dieux égalez les merveiles ,
C
10 MERCURE DE FRANCE.
Et leur diſputez les Autels ;
Cette Couronne toujours verte
Qui pare vos fronts triomphans ,
Vous venge-t-elle de la perte
Devos amours , de vos beaux ans ?
Non : vos chants , triſte Melpomene ;
Ne troubleront point mes loiſirs ,
Lagloire ne vaut pas la peine
Quej'abandonne les plaiſirs .
Cen'est pas que froid Quiétifte ,
Mes yeux fermés par le repos
Languiſſent dans une nuit trifte
Qui n'a pour fleurs que despavots .
Occupé de riants mensonges ,
L'Amour interrompt mon ſommeil ;
Je paſſe de ſonges en ſonges ;
Du repos je vole au réveil :
Quelque fois pour Eléonore ,
Oubliant fon oiſiveté
Majeune muſe touche encore
UnLuth que l'amour a monté ,
Mais elle abandonne la Lyre
Dès qu'elle eſt près deſe laffer ;
Car enfin , que ſert-il d'écrire?
N'est - ce pas affés de penſer ?
MARS 1746.
EPITRE de M. V.
AMi charmant , la Nature
Mit en toi l'impreſſion
Decette morale pure ,
Dont là leçon la plus ſûre
Eſt ſans régle , ſans meſure ,
De ſuivre l'impulſion
Du penchant qui nous affûre
La douce poſſeſſion
Des plaiſirs dont Epicure
Veutque la ſimple piquûre
Tienne lieu de paſſion.
Denos goûts ſuivre la pente
Eſt le chemin du bonheur ,
Mais autant paroît charmante
Cette Nayade brillante
Dont l'eau baigne chaque fleur ,
Des lieux où ſon cours ſerpente
Et s'égareavec lenteur ;
Autant lacourſe terrible
De ce torrent furieux
Change en un déſert horrible ,
Et détruit les plus beaux lieux,
Tel que la fragile antenne
2
Cij
52 MERCURE DE FRANCE,
D'un vaiſſeau , jouet des vents ,
Qui ſur la mer Caſpienne
Tremble , fléchit , ſe raméne
Sous l'effort des ouragans ;
L'homme ſe connoît à peine
Que cent leures déçevants
Livrent ſon ame incertaine
Ades maîtres differens :
Ici labeauté d'Hélene
Exige ſonjuſte encens ;
Là le verre de Siléne
Veut l'empire de ſes ſens ;
Plus loin la voix des parents ,
L'exemple , excuſe trop vaine ,
Veut qu'étant né ſur la ſcéne
Des eſclaves nommésGrands ,
Comme eux il porte la chaîne ,
En pliant qu'il ſe ſoutienne ,
Qu'il flechiſſe à tous les vents,
S'il ſe roidit , l'un l'entraine ,
Sans doute & le plus fort chénę
Craint la rage des autans ,
Qu'il écoute la Siréne
Sans donner dans les briſans.
Un jour à l'autre ſuccede ;
Le paſſé fuit ſans reméde
Et ne ſçauroit revenir ;
Del'inſtant qui leprécede
!
MARS 1746 . 35
L'inftant n'a qu'un ſouvenir :
LeDeſtin à qui tout céde
Eft maître de l'avenir ,
Pourquoi donc le prévenir ?
Le bien ſeul que l'on poffede
Eft un bien , mais va finir .
Qu'est - ce done que notre vie ?
Quefaiſons - nous dans ces lieux ?
L'ambition eft manie ,
Appas brillant , ſpécieux :
Bien fou qui lui facrifie
Des plaiſirs délicieux.
Crains cette fatale envie.
Tantôt aux pieds de Silvie
Lis tesſuccèsdans ſes yeux ,
Puis d'une douce harmonie
Entends les fons gracieux.
Tantôt ſuivant ton génie ,
:
D'Euterpe & de Polymnie
Cherche les dons précieux ;
Auplaifir tout te convie ,
:
1
Là l'émail de laprairie
Et les merveilles des Cieux ,
Ici la folle induſtrie
De l'homme né ſoucieux,
Enfin ta courſe finie
Tu fortiras de la vie
Ciⅱ)
34 MERCURE DE FRANCE.
Pour voler au ſeindes Dieux.
La fleur qu'enferme ce vaſe
N'aqu'un des jours du Printems ;
Tout s'ébranle , tout s'écrafe
Sous les coups affreux du tems.
Sa main des bouches du Phaſe
Comble lesdégorgemens ,
Etdes rochesdu Caucafe
Il mine les fondemens ;
Il n'est pas juſqu'à Pégaze
Quejeſens battre des flancs.
Ainſi tout doit nous inſtruire ,
Quenosmomens fontbien courts ;
Peut- être pourrois - tu dire
Que lejour qui vient te luire
Eft unde tes derniers jours.
Suisdonc legoût que t'inſpire
Un agréable délire;
Suis, emprunte ſon ſecours ,
Tantôt touchant cette lyre
Digne d'attendrir les ours ,
Tantôt aux pieds de Thémire
Sacrifiant aux Amours,
Mais oùm'emporte monzéle ?
Vole, c'eſt trop t'arrêter ,
MARS 1746. 55
Quand le plaiſir nous appelle
Eft il tems de differter ?
Moi d'ailleurs que rien ne touche ,
J'oſe célébrer les Ris ,
Et porter un oeil farouche
Sur le Temple de Cypris ;
Sans doute je ſens les charmes
Et ladouceurdes plaiſirs ,
Mais plein de juſtes allarmes
Je crains de donner des armes
Ad'impétueux deſirs.
La paiſible indifference
Contre leur folle impuiſſance
M'offrant la tranquillité ,
Je ſçais dans l'indépendance
Trouver ma félicité ;
Pour toi que le Ciel fit naître
Moins extrême&plus heureux ,
Pourfuis , tu n'as point de maître
Ni de penchant dangereux.
C iiij
56 MERCURE DE FRANCE.
OBSERVATIONS de M. Bruhier
Docteur en Medecine fur la réponſe placée
immédiatement aprèssa lettre, où il examine
fi la circulation peut s'arrêter ſans exclure
tout retour à la vie , inferée p. 337 du tom.
X. des Jugemens fur quelques Ouvrages
par M. l'Abbé Desfontaines.
Ll'éloignement
A mort de M. l'Abbé Desfontaines , &
deM. Bertin , qu'on peut
regarder comme le véritable Auteur de la
réponſe à ma lettre , m'ont laiſſe longtems
dans l'incertitude ſi je laiſſerois ou non cette
réponſe ſans replique. Mais la queſtion que
j'ai traitée eſt trop curieuſe , & même trop
intéreſſante à la Société pour négliger d'y
répandre un nouveau jour.
Les objections de M. Bertin tirent leur
principale force de ce qu'elles ne combattent
qu'une partie des exemples que j'ai rapportés
dans ma Differtation sur l'incertitude des
fignes de la mort , pour prouver que la
circulation peut s'arrêter fans exclure tout
retour à la vie. L'exemple conſtant , malgré
l'incredulité de M. l'Abbé Desfontaines ,
d'une infinité d'oiſeaux qui ſont pendant
des mois entiers dans un état de mort
MARS 1746.. 57
apparente ; celui d'un chat gelé ,reſſuſcité
par la chaleur du fumier , qu'on peut voir à
la p. 302 de la ſeconde partie ; enfin celui
d'une fille trouvée avec toutes les apparences
de la mort ſept jours après qu'elle fe
fut éclipſée de la maiſon de ſes parens , &
qu'on trouvera àla p. 147 de la même partie
, ſont des preuves victorieuſes auſquelles
M. Bertin ne répond pas ; il est vrai qu'il
n'étoit pas en quelque maniere obligé de le
faire puiſqu'il n'avoit deſſein de critiquer
que ma lettre & non pas mon ouvrage.
Laiflons donc ces preuves à part , & voyons
ſi les critiques qu'il fait de celles que renferme
ma lettre ſont au-deſſus dela replique.
On m'objecte que dans les pendus & les
noyés la circulation peut se continuer par
le moyen du trou ovale & du canal artériel ,
qui eſt le ſeul que reconnoifle M. Senac dans
ſa Phyfiologie pour entrenir la circulation &
la vie dans un homme qui eſt longtems dans
l'eau fans mourir .
Je ſuis plus à portée que bien d'autres de
connoître le merite de M. Senac , mais fon
autorité & celle des grands hommes qu'on
pourroit m'oppofer feront en pure perte
juſqu'à ce qu'ils ayent traité ex profeſſo la
méme queſtion que moi , & qu'ils ayent
donné des raiſons folides pour prouver qu'il
n'y apoint de force dans la Nature qui puiffe
Cy
38 MERCURE DE FRANCE.
remettre le ſang en mouvement quand i
s'eſt arrêté pendant quelque tems. Les plus
grands génies n'enviſagent pas tous les
objets. Qui a dit à M. Bertin que M. Senac
me ſeroit oppoſé s'il entroit dans l'examen
dema queſtion ?
Je ſçais qu'il y a des exemples que le
trou ovale s'eſt trouvé ouvert ; M. Winflow
qui a diſſequé un nombre conſidérable de
fujets , l'a trouvé quelquefois : c'eſt ainſi qu'il
me l'a dit lui - même : j'ajoûte qu'il réſulte
des obſervations que cite M. Bertin pour
prouver cette vérité , une preuve concluante
que c'eſtunerareté. Remarque-ton comme
finguliere une choſe qui ſeroit auſſi commune
qu'il ſemble l'infinuer ? Quant à M.
Morgagni qui a trouvé le trou ovale ouvert
dans ſept ſujets de dix- ſept; il faut convenir
que cette obſervation eſt très-remarquable .
Mais , pour qu'on n'en conclue pas qu'ily
apreſque lamoitié des adultes où le même
phénoméne ſe rencontre , j'oppoſerai à M.
Morgagni M. Cheſelden qui prétend qu'il
ne l'eſt jamais dans l'adulte , pas même dans
les animaux amphibies ; d'où il ſuit pour le
moins que ce célébre Anatomiſte Anglois
ne l'a jamais trouvé ; car on ne peut douter
qu'il ne l'ait cherché. La difference des climats
qu'habitent ces deux Anatomiſtes in-
Aucroit-elle ſur celle de leurs obſervations ?
MARS 1746. 59
C'eſt ce que les diſſections ſeules peuvent
nous apprendre.
Mais quand le trou ovale ſeroit ouvert
dans tous les adultes ,la circulation pourroitelle
s'entretenir par fon moyen ? M. Cheſelden
prétend que non , & qu'il ne pourroit
leur être du même uſage qu'au fætus, ( V. fur
ce ſujet ce que jedis p. 211. & fuiv. de la
premiere partie de ma Differtation ) à moins
que le canal artériel ne le fut auifi ; & cette
propoſition n'eſt pas dénuée de raiſon : car
ſi la circulation pouvoit ſe faire dans les
amphibies par le moyen du trou ovale ſeul, il
s'enfuivroit qu'ils ne pourroient jamais ſe
noyer , ce qui eſt contraire à l'expérience
& à l'obſervation que je rapporte part. II.
p. 156d'un caſtor qui avoit été noyé. Pourquoi
donc les amphibies ſe noyent- ils ?
C'eſt parce que , bien que le trou ovale foit
encore ouvert chés eux, du moins je le
ſuppoſe, lepaſſage duſang étant interrompu
dans les poumons par rapport à la rarefaction
de l'air qui y eſt contenu , & le canal
arteriel ſe trouvant oudégéneré en ligament,
ou dans une direction qui empêche le
fang d'y entrer aisément, cette liqueur
regorge dans la veine cave & dans tous les
vaiſſeaux veineux, ce qui produit l'engorgement
de ceux du cerveau, & l'apoplexie que
je regarde comme cauſe de la mort des
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE.
pendus & des noyés. Donc, quoique le
trou ovale foit ouvert , on n'eſt point à l'abri
de la fuffocation par l'eau ou par la corde ,
ſi le canal arteriel ne reprend en même
tems ſes fonctions , ce qui ne peut ſe faire
aifément. Je n'examine pas ſi ces deux paffages,
étant libres , il n'y auroit pas encore lieu
a la fuffocation. J'ai cité part. I. p. 162 &
ſuiv. des obſervations qui prouvent qu'il eſt
plusdifficile de ſuffoquer un animal qui n'a
point reſpiré , maisen creuſant le raiſonnement
que je viens de faire , on verra que
malgré le ſecours de ces paſſages la fuffocation
eſt inévitable , bien que plus tard.
Suivons la doctrine deM. Bertin ſur l'uſage
&l'effet du canal arteriel.
Son diametre , dit- il , eſt à peu près égal
au diamétre total des deux artéres pulmonaires
; d'où il conclud que dans le fæoetus il
doit paffer par le poumon, ſans le ſecours de
la reſpiration , une quantité de ſangqui doit
être en raiſon du diamétre de ces deux
artéres.
Je ſuis fort éloigné d'admettre cette
conféquence , & voici comme je raiſonne.
Il devoit arriver un tems où le canal artériel
ceſſeroit affés bruſquement de ſervir à la
circulation . LAuteur de la Nature n'a donc
pointdû attendre que ce tems fut venu pour
préparer les vaiſſeaux qui doivent remplir
MARS 1746. 61
les fonctions du canal artériel. Il étoit donc
néceſſaire que les artéres pulmonaires euſſent
un diamétre capable de laiſſer paſſer librement
le ſang. Mais il ne s'enfuit pas de cette
diſpoſition des vaiſſeaux que le ſang qui
entre dans les artéres pulmonaires ſoit égal
en quantité à celui qui paſſe par le canal
artériel. Comme le ſang ne ſe détourne vers
ce canal que par rapport à l'obstacle que fait
à ſa circulation l'affaiſſement des poumons ,
je concluds de cette proportion entre le
canal artériel & les artéres pulmonaires qu'il
ne paſſe dans le poumon que l'excès du ſang
qui ne peut paſſer par le canal artériel ; or
cet excès doit étre fort petit , ſuivant les
proportions admiſes par M. Bertin même :
&qui en doutera , s'il fait réflexion à la difpoſition
des poumons du foetus ?
Je ne réponds aux objections de M.
Bertin que pour ne pas laiſſer croire qu'elles
font déciſives contre ma propoſition; car
au fond que me fait tout fon étalage de
Phyſiologie ? La meilleure partie des noyés
& des pendus dont je parle , ainſi que les
ſujets de pluſieurs autres obſervations que
je rapporte , ne donnoient plus de ſignes
de vie ; ils n'avoient ni pouls ni reſpiration.
L'érudition de M., Bertin eſt donc en pure
perte , car il y auroit au moins une pulſation
dans ceux chés qui la circulation le conti-
!
62 MERCURE DE FRANCE.
nueroit par le moyen du trou ovale & du
canal artériel ou de l'un des deux.
Venons auxphénoménes de la ſuffocation
par l'eau & la corde ſur leſquels M. Berrin
n'eſt point d'accord avec moi.
- Il ne s'eſt point , dit- il, apperçû en
-ouvrant la trachée artére des chiens qu'il
>> a noyés , opération qu'il a toujours faite ,
>> que leur poitrine ſe fut ſenſiblement affaiffée
, ni que l'air en fut forti avec bruit.
Comment ſe ſeroit- il apperçû de l'affaifſement
de la poitrine , s'il n'a pas remarqué
qu'elle étoit élevée? Or qu'il en ſoit ainfi c'eſt
ce qui eſt évident puiſquil ne regarde pas
ſon élévation comine un ſigne inſéparable
de la fuffocation. S'il n'a pas auſſi remarqué
que l'air fortoit avec bruit par l'ouverture
de la trachée artére , cela peut venir du tems
où il l'a ouverte , ou de la maniéredont cette
inciſion a été faite. D'ailleurs fi M. Bertin
ne cherchoit pas la cauſe de la dilatation
forcée de la poitrine , ni à vérifier ce quedit
Becker de la fortie de l'air avec bruit ; il eſt
très aiféde concevoir comment cette dilatation&
le fifflement de l'air lui auront échappé.
Occupés de l'objet de leurs recherches ,
les obſervateurs ne voient ſouvent que ce qui
ya rapport. J'ai trouvé des preuves de l'incertitude
des ſignes de la mort dans des
ouvrages qui ſont depuis très-long tems entre
MARS 1746. 63
les mains de tout le monde & où perſonne
ne les avoit apperçus .
ود
>> Mais , dit M. Bertin , il ſe peut faire
>> que vos noyés& vos pendus ayent perdu
→la reſpiration dans le tems de l'inſpiration :
alors la corde, & l'irritation cauſée par l'eau
>>s'oppoſant à la fortie de l'air , les côtes
>> ont dû reſter élevées , le poumon rempli
>> d'air , & cet air a dû fortir avec bruit par
l'ouverture de la trachée artére. Mais il
»n'en doit pas être de même ſi l'animal s'eſt
>>noyé dans le tems de l'expiration , car la
دد
دد
2
chaleur douce du corps humain ne peut
affés raréfier le peu d'air qui reſte alors
dans la poitrine pour la tenir dans l'état
d'une inſpiration violente.
Je réponds que mes noyés& mes pendus
nedifferent pas de tous les autres. Il n'y en
a aucun de ceux que j'ai vus , hommes ou
animaux , où ce phénoméne ne ſe ſoit
remarqué. Qu'on ouvre tous les Auteurs qui
parlent des noyés , tous parlent du gonflementde
la poitrine& du bas - ventre ; c'eft
lui qui eſt cauſe de l'erreur populaire qui
attribue la fuffocation par l'eau à la quantité
de ce ſiquide qui remplit ces cavités. Croirons-
nous que tous les noyés dont on a
parlé depuis qu'on a écrit ayent perdu l'uſagede
la reſpiration dans le tems de l'inſpiration
? Croirons - nous que ceux de M.
64 MERCURE DE FRANCE.
Bertin ayent eu le privilége de le perdre dans
le tems de l'expiration ?
Mais pour que la poitrine s'éléve il eſt
fort indifferent que la reſpiration ait été
interceptée dans le tems de l'inſpiration :
auſſi n'ai -je eû garde d'adopter la doctrine
de M. Detharding , qui , perfuadé de l'univerſalité
de ce phénoméne dans les noyés ,
l'attribue à la crainte qui cauſe toujoursune
inſpiration violente. Je ſçais le contraire par
ma propre expérience. J'ai penſé me noyer,
& je me fouviens d'avoir expiré pluſieurs
fois. Aufſi n'ai-je pas donné l'air comme
cauſe de l'élévation de la poitrine , mais
Bien ſa dilatation comme eauſe de l'obstacle
que le fang trouve à ſa circulation dans ce
vifcére. Je ſens qu'il faut qu'il y ait une caufe
qui tienne la poitrine dans l'état d'inſpiration;
j'aurois pu donner des conjectures ,
peut- être même atteindre au but , mais j'ai
mieux aimé garder le filence juſqu'à ce que
j'eufle eû les occafions d'éclaircir cettematiére
par des obſervations. Mais de ce que je
n'ai point découvert la cauſe qui tient la
poitrine dans l'état d'inſpiration , qu'en
peut-on conclure contre ce que je dis de
l'effet de la raréfaction du ſang ? Peut - on
conclure qu'elle ne fait pas un obſtacle au
paffage du ſang dans les poumons ? C'eſt
pourtant tout ce dont j'ai besoin pour
-
MARS 1746 . 65
prouver que l'arreſt du ſang eſt la cauſe
premiere de la ſuffocation par l'eau ou la
corde. Or cette propoſition établie , & la
ſeconde , que ces ſuffocations ne ſont pas
eſſentiellement mortelles l'étant auſſi ,
peut on douter que la circulation ne puiſſe
ceffer pendant quelque tems ſans exclure
tout retour à la vie ?
VERS à Mile. Jarente de Senas fur un
mal d'yeux qu'elle avoit eû , & dont elle
a été guerie par M. Thomatis habile Chi
rurgien.
VEnus un jour voyant Thémire
Qui l'effaçoit par ſes atraits ,
Prends, dit-elle à l'Amour, prens vîte un de tes
traits ;
Sans toi c'eſt fait de mon empire :
Seconde ma juſte fureur,
Ailons Cupidon , prends les armes ,
Tire fur ces beaux yeux ſi remplis de douceur
Ah! qu'ils m'ont fait verſer de larmes !
Tire mieux que jadis tu ne fis ſur ſon coeur.
Le Dieu malin ſur la prunelle
De l'un des yeux de cette belle
66 MERCURE DE FRANCE.
1
Décochant un trait inhumain ,
Montra devant Venus une adreſſe nouvelle.
Conſolez vous , dit-il , Maman ; votre mortelle
Verra bien-tôt diſparoître l'eſſain
Des amans malheureux qui ſoupirent pour elle.
Fils de Venus , tu te flattois en vain ;
Un Dieu puiffant & falutaire ,
Apollon , ſe moqua de l'enfant deCythere.
Vers la belle à l'inſtant vint un ſçavant mortel ,
(C'eſt l'heureux Thomatis, que Phébus fit inſtruire.)
Eclairépar le Dieu qui brille dans le Ciel ,
Il rend tout fon éclat au bel oeil de Thérmire ,
Et cauſant à Venus les plus vives douleurs ,
De ſes yeux obſcurcis il fait couler des pleurs.
ParM. Ricaud de Marseille.
SONNET en bouts rimés fur le même
fujer.
Nbonnes mains, Philis, le fort a mis ton eil, E
Bien tôt tu mangeras & jambon & Sauciffe.
Ta porte te verra badiner ſur le feuil
Plus belle que ne fut autrefois Berenice.
Par leur art inhumain des Docteurs pleins d'orgueil
Te préparoient le fort qu'eût maint ſoldat àNice:
MARS 1746.
67
Bienplus extravagans 'que ne l'eſt l'
Ils vouloient t'immoler ainſi qu'une
Ecureuil
,
Geniffe
Tu connus par bonheur le ſçavant
11 gueriroit lui ſeul & Rome &
Aux maux les plus cruels il donne l'
Heureux le Piémontois qui pour nous l'a
Philis , fais lui manger d'excellente
Puiſqu'il te fait manger & Panade &
Parle même.
Thomati;
Frefcati;
eftrapade.
bâti !
Panade
Rôti.
PROJET POUR L'ETABLISSEMENT
d'Ecoles gratuites de Deffein.
LE tems de l'éduc
E tems de l'éducation des pauvres en
&des gens du Tiers
Etat s'étend ordinairement depuis l'âge
de 4 à 5 ans juſqu'à celui de 19 ou 20;
ce qui comprend 15 années , dont le tiers
eſt ſouvent enpure perte pour eux. Cetems
ſemble donc être partagé en 3 parties égales
dont la premiere eſt ſagement employée à
leur apprendre les élémens de la Religion ,
à lire & à écrire. La deuxième eſt preſque
88 MERCURE DE FRANCE.
--
toujours un tems perdu , un eſpace vuide
qui les accoûtume au libertinage & à la
fainéantiſe , & qui n'eſt que trop ſouvent la
cauſe de leur perte. Et la troiſieme enfin ,
eſt le tems que la prudence humaine veut
que l'on donne à leur faire apprendre un
métier.
C'eſt en refléchiſſant ſur les conféquences
du déplorable vuide de la deuxièmede
ces trois parties , que j'ai formé le projet
d'établiſſement d'Ecoles gratuites ; & c'eſt ce
tems perdu que je voudrois leur faire employer
utilement dans ces Ecoles. J'ai encore
intentionde faire enſorte que l'on mette
ces enfans dans les talens propres à leur gé
nie , & qu'on leur faſſe choix dorénavant
des profeſſions pour leſquelles ils auroient
du goût & des diſpoſitions. En effet au
moyen de ces Ecoles on ſeroit à portée
depreſſentir à quoi leur génie les porteroit :
on ſe feroit une loide les exercer avec ſoin
dans la partie du Deſſein convenable au
talent pour lequel on leur connoîtroit du
penchant , & conféquemment ils deviendroient
fûrement d'habiles ouvriers.
On conviendra de cette vérité ſi l'on
veut faire attention'que tous les enfans à qui
les parens ont pu procurer cette forte d'éducation
avant que de les mettre en apprentiſſage
, ſont tous devenus d'habiles ouvriers
MARS 1746.
L
& ont laiſſé bien en arriére leurs concurrens
qui ont eu le malheur d'être privés de ce
ſecours. En effet à quoi le Deſſein ne conduit-
il pas ? Un ouvrier , de quelque profeſſion
qu'il puiſſe être , retire du Deſſein
un ſecours infini. Le Deſſein forme le goût
pour tous les ouvrages; il produit la fécondité
de l'imagination , & donne la facilité
de l'exécution ; il éléve l'ouvrier au-deſſus
de ſon état ; rien ne l'arréte ; rien ne lui
paroît difficile ; il conçoit , il enfante de
nouveaux projets & les améne à une heureuſe
exécution. Il rend le Maçon habile à
exécuter les projets de l'Architecte ; il donne
au Tailleur de pierre l'art d'operer toutes
les differentes coupes avec ſûreté. Le Charpentier
en abeſoin dans toutesſes opérations;
il eſt urile au Menuifier pour la décora ,
tion d'une alcove , d'une conſole , d'un panneau
, d'un lambris , d'un chambranle &c.
Sans lui un Serrurier ne peut former avec
goût une grille , un ſupport , un balcon ,
ni aucun ouvrage qui le puiſſe diftinguer.
C'eſt enfin au Deffein que nous devons ces
riches & rares ouvrages d'orfévrerie, qui font
la decoration de nos Temples , & l'ornement
de nos buffets. Il rend l'Horloger
adroit & induſtrieux : il décide le Tabletier ,
l'Ebéniſte & le Metteur en oeuvre : il donne
le goût & l'imagination au Tapiffier pour
70 MERCURE DEFRANCE,
l'ordonnance , la décoration & le choix des
belles formes des meubles. Il guide fûrement
les Galonniers , les Cartiſanniers& les
Fabriquans d'Etoffes de quelque nature
qu'elles ſoient , en leur faiſant imaginer ce
bon & ce nouveau goût , qui eſt toujours
ſi bien reçû de toutes les Nations. Je dis
plus : le ſimple Soldat qui aura été élevé
dans les principes du Deſſein ,&dans quelques
préceptes de Géométrie , peut s'éle
vant au deſſus de ſon état, devenir un ſujet
utile , un homme important , un Ingénieur
habile & capable de rendre de ſignalés fervices
dans les glorieuſes & toujours juſtes
&heureuſes entrepriſes de notre augufte
Monarque , toujours aimé , toujours grand ,
toujours victorieux.
Cette nouvelle forte d'éducation propoſée
pour la jeuneſſe fourniroit néceſſaire_
ment de bons Apprentifs qui deviendroient
utiles à leurs Maîtres par le profit qu'ils
tireroient des ouvrages de ces induſtrieux
enfans , & ne les employant uniquement
qu'à leur travail , ils en feroient d'excellens
ouvriers , chacun dans leur profeſſion. De
plus , la nouveauté des modes qu'ils inventeroient
, jointe à l'excellence du travail ,
feroit eftimer & rechercher leurs ouvrages
tant au dedans qu'au dehors du Royaume,
ce qui rendroit le commerceplus ſtoriſſant.
1
MARS 1746. 71
Les Sçavans même tireroient de l'intelligence
de ces ouvriers un ſecours qui
tendroit à la perfection des Sciences & des
Arts. Dans combien de nouvelles & utiles
inventions ne ſe ſont ils pas trouvés arrêtés ,
faute de rencontrer la main ſécourable &
habile d'un ouvrier capable d'entendre &
d'exécuter ce qu'ils avoient conçu ? Mille
exemples nous prouvent cette vérité , & le
publicſe trouve privé d'une infinité de nouvelles&
précieuſes découvertes que le Phyficien
ou autre , dégouté par cet obſtacle ,
ne ſe donne plus la peine de ſuivre.
Loinque ces jeunes éleves puiſſent nuire
à ceux qui n'auront point eu la même éducation
, je prétends au contraire qu'ils en
retireront de très -grands avantages , puifque
ces premiers leur fourniſſant une quantité
d'excellens modéles à imiter , cette imitation
pourra leur faire abandonner cette
miſérable routine de travail , qui n'étant
foutenue d'aucun principe , ne peut produire
que du bas & du rampant , ou tout
au plus que des choſes fort médiocres.
Le genre de Deſſein que l'on ſe propoſe
d'enſeigner dans ces Ecoles , quoiqu'égal en
principes à celui que montrent les plus
grands Maîtresde cet Art , ſera néanmoins
d'une eſpéce differente de celui que l'on
enſeigne dans nos célébres Académies , puif
72 MERCURE DE FRANCE.
qu'il ne ſera queſtion que d'y préparer &
&d'y élever d'excellens ſujets pour former
de bons ouvriers en tout genre. Les leçons
feront donc un compoſé de figures humaines
, d'ornemens , de plans , de profils , d'élévations
d'Architecture , de figures géométriques
&c. toutes choſes qu'on n'enfeigne
pas toutes enſemble dans nos Académies.
De plus , les pauvres enfans dont eſt
queſtion ne ſont pas des ſujets pour les
Académies, puiſqu'avant que d'y être admis ,
il faut être ſuffisamment inſtruit& néceſſairement
avoir étudié le Deſſein ſous quelque
excellent Maître pendant pluſieurs années ,
juſqu'à ce qu'enfin l'éléve ſoit jugé capable
de deſſiner d'après le naturel.
Je crois avoir ſuffisamment fait connoître
l'utilité de cet établiſſement , & combien
il devient une ſuite néceſſaire des
charitables foins que l'on ſe donne pour enſeigner
gratuitement ces pauvres enfans , qui
s'ennuyant pour l'ordinaire des premiers
exercices des Ecoles de charité , les quittent
d'eux-mêmes à ou to ans , ce qui a donné
lieu de penſer qu'il ſeroit à propos pour
achever la bonne oeuvre déja commencée ,
de les occuper à une autre étude qui lour
ſeroit plus utile plus agréable & qui
leur feroit paſſer s ans avec rapidité
; & par cette continuité d'exercice , ils
feroient
,
!
MARS 1746.
73
ſeroient hors de danger de contracter de
mauvaiſes habitudes que l'âge fortifie en
eux, qu'ils ſe communiquent les uns aux
autres , ce qui trop ſouvent , comme je l'ai
déja dit , les conduit à leur perte totale &
au malheur du public.
Tout concourt donc à démontrer l'utilité
de cette charitable entrepriſe. Combien
l'Etat & chaque particulier y trouveroit
d'avantages ? combien on éviteroit de défordres,&
combien enfin on retireroit d'ex.
cellens fruits de ces ſtériles & malheureuſes
plantes , qui ne produiront rien de bon
juſqu'à cet heureux établiſſement. Alors les
Communautés compoſées d'excellens ouvriers
feroient plus opulentes & fourniroient
plus abondamment aux beſoins de
l'Etat. Cet établiſſement opéreroit auſſi la
décharge des Paroiſſes & des Hôpitaux.
Enfin on n'en peut attendre que de très-
-grands avantages ſans aucun inconvénient.
Le Sieur Ferrand de Monthelon , ancien
Ajoint & Profeſſeur de l'Académie de Peinture
offre à ceux qui voudront faire cet
établiſſement , ſoit à Paris ou en Province ,
fon travail & quantitéde choſes propres aux
inſtructions que l'on y donnera. Il demeure
à Paris à l'entrée de la rue Sainte Croix de
La Bretonnerie ,du côté de la rue Saint Merri ,
D
74 MERCURE DE FRANCE,
chés M. le Sage. M. Ferrand ne recevra au
cune lettre par la poſte qu'elle ne foit af
franchie.
COPIE D'UNE LETTRE DU
R. P. C. J. au sujet du Projet d'établiſſement
d'Ecoles gratuites de Deffein.
J
'Ai lu & relu , Monfieur , votre projet
avec beaucoup d'attention , &je l'ai trouvé
d'une vérité & d'une bonté toutes fimples&
faciles , comme ſont lesbons projets,
Les gens aiſés font la dépenſe de donner
des Maîtres à lire & écrire à leurs enfans ,
&comme il est bon de ſçavoir lire& écrire,
&que tout le monde n'a pas le moyende
faire la dépenſe de ces Maîtres ,les perfor..
nes charitables yont pourvû par l'établiffement
des Ecoles de charité. Le Deſſein eſt
une bonne choſe à apprendre. Les gens
aiſés en font la dépenſe ,parmi les Artiſans
même. Il eſt donc tout naturel quedes perſonnes
charitables y ſupleent pour beaucoup
de pauvres ouvriers , qui n'ont pas le
moyen d'avoir des Maîtres. On voit même
tous les jours que des gens riches & ver
MARS 1746.75
tueux donnent des Maîtres de Deſſein à de
jeunes fils d'Artiſans , qui ne ſont pas en
état de le faire eux-mêmes. 11 ſuffit de faire
obſerver aux perſonnes riches, qui aiment
à conſacrer leur fuperflu à de bonnes ceuvres
, que le Deſſein eſt en quelque forte
plus néceſſaire aux ouvriers , & à mille forte
d'ouvriers que la lecture & j'écriture. On
peut être habile Menuifier , Charpentier ,
Ébéniſte &c . fans ſçavoir lire & écrire , mais
non ſans ſçavoir deſſiner. Mille ouvriers
reſtent dans la ſphére la plus baſſe de leurs
talens , qui s'éleveroient au plus haut point ,
perfectionneroient leur Art & feroient honneur
à la Nation , s'ils ſçavoient deſſiner.
Je parle pour en avoir vû de ceux- là. Spécialement
les François ſont nés pour le Defſein.
Le goût des modes & des ornemens
qui leur eſt propre , eſt un goût de Deſſein
Or ce goût des modes que les gens de mauvaiſe
humeur critiquent , fait un honneur
infini & apporte un gain confidérable à la
France. Aujourd'hui nos modes regnent par
tout. Ce goût nous attire une infinité d'étrangers,
Anglois,Allemands &c.Nos bijoux , nos
bagatelles , nos modes en étoffes , en habits ,
en coëffures , en toutes choſes d'uſage , nous
font rentrer un argent infini. Les Anglois
s'y ruinent. Ils jurent , ils peſtent contre les
modes Françoiſes, N'en ſoyons pas lesdupes.
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
Ils jurentquand ils s'y ſont ruinés , ou quand
ils ſe voyent forcésde s'y ruiner. Un Auteur
Anglois a rempli un livre d'invectives contre
la France. Il le conclud en diſant que la
France eſt un jardin délicieux , où ils vont
diſſiper en une année tout ce qu'ils ont
gagné en bien des années par le commerce.
Il n'y a que les Hollandois qui tiennent bon
pour la fimplicité toute nue du vieux tems
contre nos modes & nos deſſeins. Ils commencent
pourtant à y donner. L'étranger
qui traverſe avec de l'argent les atteliers de
Paris , où l'on étale nos ingénieuſes baga.
telles , ne peut pas tenir contre tous ces
petits contours , ces cizelures , ces configurations,
ces tournures de tabatiéres , d'étuis ,
de ceci& de celà , qu'on leur étale de toutęs
parts comme autant de filets ou de filous
, qui leur eſcamotent juſqu'à leur dernjer
ſou. Nos Serruriers font des ouvrages
recherchés du Portugal , de l'Eſpagne , de
l'Italie &c. Si les ouvriers de Paris ſçavoient
communément le Deffein , non ſeulement
les garçons , mais les filles même , on y
porteroit les Arts & les Métiers à des perfecrions
, dont les François ſont ſeuls capables.
Vous dites vrai , qu'après avoir été
aux Ecoles de charité , juſqu'à l'âge de
à 10 ans , les parens font embarraſſes des
enfans juſqu'à l'âge de 15 ou 18. La Po
MARS 1746. ラブ
lice même en eſt embarraſſée , & l'on a vů
ces derniéres années de triſtes exemples
des crimes précoces , où une demi enfan
ce négligée peut porter tous ces petits va
gabons , joueurs &jureurs de Paris , & combien
il feroit important de continuer l'édu
cation ſous des Maîtres juſqu'à un âge plus
avancé. En général l'éducation en France
eſt bonne en ſoi , mais trop courte, & la
meilleure éducation devient inutile , même
pernicieuſe , lorſqu'elle ne va pas juſqu'au
bout. Il n'eſt pire corruption que celle des
bonnes choſes. Un enfant qui n'a fait que
des demi études , eſt ordinairement plus
méchant que celui qui n'a pas étudié du
tout. Il eſt plus alerte , plus hardi , plus intelligent
pour le mal. Il n'y a que les habitudes
qui ſoient efficaces chés les hommes.
Apprendre , n'eſt rien. C'eſt l'habitude
de ſçavoir qui fait le ſçavant en tout genre,
L'éducation plie. Ce n'eſt que l'habitude
d'être plié qui décide du pli. Un reffort
plié n'acquiert de la vivacité que pour s'élancer
enſens contraire , ſi àla longue il ne
contracte l'habitude d'être plié dans le ſens
où on l'a mis. L'eſſentiel de l'homme eſt d'être
honnête homme , fage , circonfpect , vertueux
citoyen. Non ſeulement des Ecoles de
Deſſein formeront d'habiles ouvriers , mais
en tenant plus long-tems les enfans ſous des
Dij
78 MERCURE DE FRANCE.
Maîtres , ſous ladiſcipline , ſous la férule , ils
en deviendront plus murs, plus ſages , plus
honnêtes gens , plus citoyens. On ne ſcauroit
trop prolonger les éducations , & perſectionner
les enfans dans divers Arts , ſciences&
c. , n'eut-on que le deſlein de les ren -
dre de bons citoyens , de bons maris , de
bons enfans , de bons peres de famille , de
bons ſujets du Roi. Car un enfant qui a
des Maîtres , eſt toujours plus rangé , plus
timide , plus modefte. Un enfant qui fort
dechés les Maîtres, ſe regarde comme émancipépour
l'eſprit, pour le coeur, pour le mal.
Unepareille émancipation eſt contre toutes
les loix. Je ſuis &c.
TRADUCTION d'une Ode d'Horace
en Dialogue : Donec gratus eram tibi.
DAPHNIS.
LOrſque tesyeuxſembloient me dire ,
Philis , que tu n'aimois que moi ,
Plus heureux que le plus grand Roi ,
J'aimois mieux ton coeur qu'un Empire.
MARS 1746. 79
PHILIS .
Daphnis , quandtes ſoins pleinsd'ardeur
M'affûroient d'un retour fidéle ,
Je trouvois plus doux mon bonheur
Que la gloire d'une immortelle.
DAPHNIS.
D'autres attraits m'ont ſçû ravis
Maintenant j'adore Sylvie ;
Si je pouvois l'en affranchir
La mort feroit ma douce envie.
PHILI S.
Thamire m'enflamme aujourd'hui ;
Ses yeux, ſes vers m'ont attendrie ;
Je mourrois mille fois pour lui
Sima mortprolongeoit ſa vie.
DAPHNIS.
Mais ſi le Dieu qui fait aimer
Rallumoit ma premiere flamme ;
Si cellequi maſçû charmer
Ceſſoit de captiver mon ame.
PHILI S.
L'Amour te repond de ma foi ;
J'oublirois celui qui m'enchante ;
J'aimerois à vivre avec toi;
Avec toi je mourrois contente.
ALyon par M. Segond.
Diiij
80 MERCURE DE FRANCE.
EXTRAIT d'une Lettre de Smyrne du 20
L
Juin 1745 .
Es tremblemens de terre ont toujours
été fréquens dans ce Pays ci ; celui de
1686, fans remonter plus loin, ruina preſque
toute la Ville & obligea la plupart des habitans
à aller chercher un azile ailleurs ,
j'entends ceux de la Ville baſſe qui eſt dans
la plaine au bord de la mer , car les maifons
de la Ville haute qui ſont ſur la croupe
de la montagne ſe reffentent beaucoup
moins de ces accidens & l'on s'yrefugie quand
on a lieu de les appréhender.
En 1739 le 4 Avril il y eut un autre
tremblement de terre affés confidérable
mais qui ne caufa cependant pas beaucoup
de dommage. Nous en avons eu depuis le
18 Mars de la préſente année unevingtaine ,
mais petits ; il y en eut quatre depuis quatre
heures du ſoir de ce jour juſqu'au
lendemain midi , & depuis nous continuons
d'en reflentir de tems en tems ; ceux
qui ont vû de grands tremblemens de terre
font fort troublés & épouvantés des moindres
fecouffes , mais les nouveaux venus n'en
MARS 1746. 81
font pas fort effrayés ; on remarque aufi
qu'il faut avoir une certaine habitude pour
s'en appercevoir ; jen'en ai reffenti que trois
depuis que je fuis ici il y a environ un an
&demi, encore le dernier m'ayant éveillé en
furſaut, fon effer étoit paſſé quand je penfai
que c'étoit une ſecoufſe; les maisons de bois
dans leſquelles nous habitons font fort pro
pres pour réſiſter à ces accidens quoique je
eroye que l'opinion vulgaire les accrédite
trop,car je vois que les bâtimens bien bâtis en
pierre , comme ſont les Moſquées & les Caravanſerails
, y réſiſtent parfaitement & fervent
d'azile quand on s'en croit menacé';
la plus grande partie des ſecouſſes que nous
avons reffenties cette année ſont arrivées
de nuit , ſurtout vers le matin. Un Aga Ture
de mes amis qui a demeuré long tems à
Tauris me diſoit ces jours paſſés que cette
Ville étoit autrefois fort ſujette aux tremblemens
de terre , ce que quelques Philofophes
& quelques Naturaliſtes du Pays ayant artribué
à des matieres minérales & à des
exhalaiſons fourerraines , il fut ordonné par
-le Magiftrat que chacun eut à faire creufer
dans fa maiſon un puits le plus profond qu'il
ſe pourroit pour faire évaporer ces exha
laiſons, ce qui fut exécuté avec tant de fuccès
que depuis les tremblemens de terre
ont été beaucoup moins fréquens & lesfe
Dv
82 MERCURE DE FRANCE .
couſſes moins fortes ; la qualité des terres
de ce Pays nous prive de cette reſſource ,
car on ne peut pas creuſer trois ou quatre
pieds ſans trouver l'eau en abondance ; c'eſt
ordinairement dans le tems des Equinoxes
que l'on reſſent ici les tremblemens de terre,
&ſurtout pendant celui du Printems ; ce
n'eſt pas ſeulement quand le vent manque
abſolument & qu'il fait un calme plat qu'il
y a lieu d'appréhender ces fortes d'accidens;
j'en ai reſſenti dans le tems qu'il faifoit
vent frais.
Les Grecs dans ce Pays à la driftribution
des Rameaux pendant laSemaine Sainte
ne donnent que des branches de laurier
quoique les ranteaux de palmier & furtout
d'olivier dont il eſt parlé dans l'Ecriture
Sainte, foient fort communs ici , diſant que
c'eſt une choſe indifferente ; à Conſtantinople
onpratique la même choſe, à labonne
heure; je conviendrai avec eux s'ils veulent
que cela eſt aſſés indifferent , mais je n'aurai
pas la même indulgence pour d'autres
uſages qu'ils ontdans preſquetout le Levant ,
comme d'interdire l'entrée de l'Egliſe aux
femmes qui ont leurs incommodités , ce qui
eſt cauſe qu'ils s'en trouve beaucoup qui
aimentmieux reſter à leur maiſon que d'aller
ſe tenir à la porte de l'Egliſe pendant la
Mefle & les Offices ,&faire ſçavoir par là
MARS 1746. 83
à tous les gens de leur connoiſſance l'état
dans lequel elles ſe trouvent.
Ils empêchent auffi les filles d'aller à l'Egli
fe &de ſe confefſer , diſant que juſqu'à leur
mariage elles peuvent prier Dieu chés elles
&ne doivent pas avoir beſoin du Sacrement
de Confeſſion ſans la préparation du
quel ils leur adminiſtrent celui de la Communion
.
VERS à Madame laMarquise deB......
EN fongetranſportédans leTemple desGraces
J'y rencontrai les jeux& les plaiſirs';
L'encens brûloitd'un feu qu'allumoient les Zéphirs ;
Les amours occupoient des places
Que leurdiſputoient les defirs .
Sur un trône de fleurs je vis quatre Déeſſes ,
Dont l'une étoit ſervie avec plus de grandeur ;
Quelle eft , dis - je à l'Amour , cette charmante,
fooeur
Quide ta mere enieve les careſſes?
Les trois Graces jadis habitoient ce ſéjour ;
Auroient- elles changé d'afile ? ...
Ceffe de t'étonner, me répondit l'Amour ;
Quand on comptoit ainfi , l'aimable B ......
N'avoit point encor vû le jour.
Par M. D. C. de Caen,
Dvj
84. MERCURE DE FRANCE.
LETTRE écrite aux Auteurs du Mercure.
M
Rs , M. l'Abbé Goujet vient de donner
au public le IX. & le X. Tomes
de ſon intéreſſante Bibliothéque. Après avoir
parlé dans les Volumes précédens des écrits
imprimés en François ſur la Poësie en général
, ſur l'Art poëtique , &des traités particuliers
ſur les differentes eſpeces de Poësie
qui ont été inventées juſqu'à préſent , il a
crû , pour rendre fon ouvrage plus méthodique
, en examinant les Poëtes mêmes
devoir traiter d'abord desTraductions Françoiſes
des anciens Poëtes , ſoit Grecs , foit
Latins. La même méthode l'a engagé pareillement
à faire fuivre les Traductions des
Poëtes Latins modernes , & enfin pour ne
rien ſéparer de ce que nous avons deTraductions
Françoiſes de cette eſpece, il parle
dans ſesderniers volumes de celles des Poëtes
qui appartiennent aux Nations voifines de
la France , & qui ont écrit dans leur Langue
naturelle.
Après ces Traductions les Poëfies faites
en, notre Langue venoient naturellement ;
mais l'Auteur de la Bibliothéque , trop exact
pour rien laiſſer échaper à celui qu'il inftruit
MARS 1746
85
de nos richeſſes Littéraires , s'arrête un
moment pour conſidérer l'origine & les pro
grès de la Poëfie Françoiſe ; avant donc
que d'entrer dans la diſcuſſion des Poëtes
François il examine l'Hiſtoire de notre Poëfie
, & les recherchesqui ont été faites fur fon
origine & fes progrès ; il parle des Ecrivains
qui ont ſuivi cet Art dans les differens âges ,
&ſes diverſes révolutions , & qui ſe ſont appliqués
a nous faire connoitre ceux à qui le
genre dans lequel ils ont écrit a mérité , ou
du moins acquis le titre de Poètes François.
Cette matiere fait le ſujet de la ſeptiéme
partie , & termine le VIII. volume de la
Bibliothéque.
Le IX. & le X. dont il eſt queſtion parlent
des premiers & plus anciens Poëtes
François , c'est -à- dire de ceux qui ont exifté
depuis le commencement du 13e. fiécle jufques
vers la fin du 15e. Quoiqu'en ait ofé
dire un Critique trop fameux , qui ſe fut
acquis plus de gloire s'il eut écrit avec
moins de partialité , on ne ſçauroit trop
reconnoître le ſervice que M. l'Abbé Goujet
rend aujourd'hui à la Littérature , en
nous faiſant connoître ceux qui ont donné
naiſſance à la Poësie Françoiſe. Si l'on ne
peut regarder comme de véritables richeſſes
les ouvrages qu'il tire de l'oubli où ils étoient
plongés pour la plupart , on peut dire du
:
86 MERCURE DE FRANCE.
4
moins qu'il nous met à portée de connoître
tout le prix des tréſors que nous poſſedons
aujourd'hui en genre de Poësie. Il ne faut
qu'avoir un peu de goût pour les Lettres
pour ſentir combien il eſt avantageux de ne
point ignorer les progrès que l'eſprit humain
peut faire dans chaque genre de ſcience. Les
premiers eſſais ſont d'autant plus eſtimables
qu'ils ont eu preſque toujours le mérite de
la nouveauté , & qu'on peut les regarder
comme de premiers modéles qui ont ſervi
à ceux qui ſe ſont perfectionnés dans la ſuite.
D'ailleurs , comme dit M. l'Abbé Goujet ,
dans la Préface qu'il a miſe à la tête du IX.
volume , I es défauts que l'on reproche à
> nos premiers Poëtes n'étoient pas ſi uni-
- verſellement repandus que pluſieurs
» n'aient fait des efforts heureux pour s'en
» débaraffer , & que l'on ne voie dans quel-
>>ques-uns un génie plus cultivé , plus de
>> connoiſſance du beau , un eſprit plus orné,
> de grands talens même à qui il n'a manqué
>> pour être perfectionnés que d'étre éclos
>> quelques ſiécles plûtard.>>
Que l'on conſidere quelle eſt la nature
de l'ouvrage dont nous parlons ; c'eſt une
Hiſtoire de la Littérature Françoiſe dans le
plan de laquelle devoit entrer néceffairement
la partie que traite notre Auteur. Les
gens de Lettres ſenſés lui auroient ſcu mauMARS
87 1746.
vais gré s'il eut gardé le ſilence ſur nospremiers
Poëtes , ſous pretexte qu'ils ne valent
pas ceux qui font venus depuis , de même
qu'on ne pardonneroit pas à un Auteur
qui traitant des Médailles ou desMonnoyes ,
négligeroit de parler des plus anciennes qu'il
connoîtroit , parce qu'elles ne ſeroient pas
ſi bien frappées que celles d'aujourd'hui, Au
reſte s'il y a quelque choſe de dégoutant
ou de déſagréable dans la lecture des anciens
Poëtes François , l'Auteur de la Bibliothéque
a tout pris pour lui ; il a eſſuyé
toute la peine , pour nous diſpenſer de lire
des Auteurs ſecs & d'un ſtyle aſſes ſouvent
inintelligible. En lifant la nouvelle Biblio .
theque on apprend à connoître & les Auteurs
& leur génie , ſans être obligé d'étudier
tous leurs ouvrages. On ytrouve d'ailleurs
beaucoup de faits concernant l'Hiftoire
Civile , Eccléfiaſtique & Littéraire , inconnus
à nos Hiſtoriens , & qui peut être
ne ſe trouvent que dans ces vieux Auteurs
dont on a trop négligé la lecture. M. l'AbbéGoujet
a choiſi ces endroits ,préférable
ment àtous autres , pour donner des exemples
de nos anciennes Poëſies , & l'on peut
dire que ces extraits bien choiſis ne contribuent
pas peu à rendre extrêmement intéreſſante
la lecture de ſon ouvrage.
L'ordre que ſuit le Bibliothécaire dans
88 MERCURE DE FRANCE.
l'examen de nos Poëtes eſt autant qu'il eſt
poſſible , celui de la Chronologie. Cette
méthode convient à merveille avec le but
qu'il ſe propoſe ,de faire voir les progrès &
les révolutions de la Poësie Françoiſe. Le
premier Poëte dont il parle eft Dans-Helynand
qui vivoit ſous Philippe Auguſte à
la findu 12e, fiécle & au commencement du
13e. Philippe aimoit les Poëtes , & Helynand
avoit l'honneur de recréer ce Prince
par ſes Poëfies & ſes Chanſons. Il ne nous
reſte de cet Auteur qu'un Poëme fur la mort
écrit dans un ſtyle approchant de l'ancien
Roman François ,& inintelligibledansbeaucoup
d'endroits.
Les Princes ne ſe ſont pas toujours contenté
d'aimer & de proteger les gens de
Lettres , ils ont voulu quelquefois le de
venir eux-mêmes. Du tems de Saint Louis
on vit pluſieurs Poëtes parmi les plus Grands
Seigneurs . Charles d'Anjou frere du Roi ,
qui depuis fut lui-même Roi de Naples &
de Sicile , Henri Duc de Brabant , Pierre
Mauclerc Comte de Bretagne , Raoul Comte
de Soiſſons , Thibault Comte de Champagne
& Roi de Navarre ſe plaifoient à
Fimer. Ce dernier tient la ſeconde place
parmi nos anciens Poëtes.
Les Chanſons de ce Prince ſont les plus
célebres de nos premieres Piéces en ce
1
MARS 1746. 89
genre. Ony trouvera'de la tendreſſe dans les
ſentimens , de la délicateſſe dans les penſées ,
de la naïveté dans les expreſſions , pourvû
qu'on puiſſe s'accoûtumer à entendre ce
Poëte parler le langage de ſon ſiécle. Thibault
eſt le premier de nos Poëtes qui ait
mêlé les rimes maſculines avec les féminines,
&qui ait ſenti les agrémens & les charmes
de ce mélange. Pluſieurs ont prétendu que
ſes chanſons avoient été faites la plupart pour
la Keine Blanche dont le Comte Thibault ,
dit-on , étoit amoureux , mais cet amour de
Thibault pour une Princeſſe auſſi diſtinguée
par ſes rares vertus que l'étoit la Reine
Blanche , doit paſſer pour une fable qui
n'eſt appuyée que ſur le témoignage d'un
Hiſtorien ſuſpect.
Quoique ç'ait été vers le tems de Thibault
, c'est- à-dire , au milieu du 136. fiécle
, qu'a été compoſé le fameux Roman de
la Roſe , on s'apperçoit d'une difference
ſenſible dans le langage. La verſification
même en eft aiſée , & l'on y trouve , eû
égard au tems , une imagination belle &
ſagement variée ; on y voit ſurtout quantité
dedeſcriptions dans leſquelles l'Auteur ſe
montre aufli fleuri qu'abondant. Ce livre a
eu deux Auteurs ; le premier eſt Guillaume
de Lorris qui a fait les quatre mille cent
cinquante premiers vers ; l'autre eft Jeande
9 MERCURE DE FRANCE.
Meun qui ſe mit a y travailler plus de
quarante ans après Guillaume & l'acheva.
Cet ouvrage a fait beaucoup de bruit dans
fon tems , & a eu des partiſans auffi bien
que des ennemis. Il faut voir dans la Bibliothéque
même les motifs du bon & du mauvais
accueil qu'on lui fit lorſqu'il parut.
Quoique M. l'Abbé Goujet ſe ſoit engagé
a ne parler que des ſeuls livres imprimés ,
il a cru néanmoins devoir s'écarter de cette
regle en faveur des Poëfies de Charles Duc
d'Orleans , dont on n'a de recueil complet
qu'en manufcrit. La naiſſance de ce Prince
qui étoit petir-fils du Roi Charles V. & qui
fut pere de LouisXII. & onclede François I. ,
jointe à un goût particulier & à des talens
qui le rendent ſupérieur à tous ceux qui ont
écrit de ſon tems en vers , n'eſt pasla ſeule
choſe qui ait déterminé l'Auteur de la Bibliothéque
à lui donner place dans ſon ouvrage.
Pluſieurs piéces de Charles ont été
imprimées , quelques-unes mêmes ont été
pillées par d'autres Poëtes qui étoient prefque
ſes contemporains. Il étoit néceſſaire
dedécouvrir ceplagiat; il falloitdonc parler
des ouvrages du Duc d'Orleans. M.
Goujet a comparé le manufcrit qu'il a eu
entre les mains , & qui eft preſque dutems
de l'Auteur des Poëfies qui y font recueillies
, avec pluſieurs piéces qui ſe trouvent
MARS 1746. 97
parmi les oeuvres de Blaiſe d'Auriol & d'Oc
tavien de Saint Gélais , & qu'ils ont ofe donner
comme leurs productions propres; ita
reconnu ſans peine le vol que ces Auteurs
ont fait à Charles d'Orleans. On ne doit
pas s'étonner qu'ils aient été tentés de s'attribuer
ainſi unbien qui ne leur appartenoit
pas. Les Poëfies du Duc d'Orleans font
pleines de délicateſſe , de graces , & d'une
naiveté admirable , telles enfin que des
Poëtes bien poſtérieurs aux deux plagiaires
dont on vient de parler auroient pu euxmêmes
s'en faire honneur. Dutems de Charles
la Poëſie étoit en vogue à la Cour. Les
Princes , les Courtiſans vouloient rimer &
cherchoient à briller de ce côté là. Le manufcrit
d'après lequel parle l'Auteur de la Bibliothéque
contient les Poëfies de pluſieurs
Princes &Grands Seigneurs de ce tems-là ,
autres que le Duc d'Orleans , mais les productions
de ce dernier femportent encore
de beaucoup fur celles des autres .
Je vous renvoye , M. , à l'ouvrage même
pour y connoître les differens progrès de
notre Poësie , & l'utilité qu'on peut retirer
de nos anciens Poëtes. Par les articles
dont on vient de parler on peut juger du
mérite de l'ouvrage & du travail immenfe
qu'il a dû couter à ſon Auteur , d'autant
plus que M. l'Abbé Goujet ne parle prefMERCURE
DE FRANCE.
que d'aucun livre qu'il ne l'ait lû ou aư
moins parcouru d'un bout à l'autre. C'eſt
la méthode la plus fûre; il eſt vrai qu'il en
coute davantage, mais on riſque moins de
fe tromper , & l'on mérite alors toute la
confiance de ſon lecteur.
Q
EPITRE de M. V.
Uand une bile maligne
Parſes efforts obſtinés ,
Trop clairement me déſigne
L'étroite & l'austére ligne
De mesjours infortunés ,
Je ſçais me trouver peu digne
De tes repas rafinés ;
Ami , ſous un même ſigne
Tous les hommes ſont - ils nés ?
Froidſans être pédagogue ,
Farouche par le maintien,
Ne crains pas que j'épilogue
Ni leur plaiſir ni le tien :
Je dirai fans dialogue ,
Pourquoi nouveau chrifologue
Vouloir être tout & rien ?
Tu fçais jouir ſans envie
MARS 1746. 93
Desgraces d'un beau génie
Ates goûts 'obéiſſant ,
Et fur la cime hardie
De loin je vois Polymnie
Guider ton aftre naiſſant :
Dans une ſi belle vie
Ce que le Ciel te dénie
Vaut- il un regret preſſant ?
Roland , malgré maint trophée,
Fut ſupplanté par Médor ;
Tout cede aux accens d'Orphée ,
Tout fuit la voix de Stentor ;
Jamais on ne vit Alcide
Dans les champs Moeoniens,
De la Nature timide
Pourquoi forcer les liens ?
Entre ton joyeux convive
Et toi cette mere active
Apartagé ſes tréſors ;
Tu pris l'ame ſenſitive ,
Il eut la forcedu corps ,
94 MERCURE DE FRANCE .
L'ETALAGE perdu Allégorie A. M.
M
L. C.De ...
Inerve un jour voulut connoitre
Si le goût des mortels toujours étoit pervers :
Acet effet nevoulant point paroitre ,
Elle prit un habit champêtre
Et chemina dans l'Univers .
Elley rencontra l'Injustice ,
La folle Ambition , la ſtupide Avarice ,
La Vertu dans l'oubli, leVice reſpecté ,
Le Luxe à fon comble monté :
Tous ne reſpiroient que malice ,
Oiſiveté, Pareſſe & molle Volupté :
Le monde avoitbanni cette douce franchiſe
Qui forme le lien de la ſociété ;
Partouty régnoit la ſurpriſe ,
Et qui pis eſt , l'impiété ;
Chacun aimoit la nouveauté
Et ſe gouvernoit à ſa guiſe.
Quand Minerve eût partout vûleur iniquité
Il lui prit curiofité
D'éprouver encore leur fottiſe.
De Jouailliere elle prit qualité :
1
MARS 1746. 95
Sous ce déguisement elle ſe vit admiſe
Endes lieux où la Vanité
Du faſte arboroit la deviſe ;
Lors étala ſuperbe marchandiſe ;
Talens , beaux arts elle mit d'un côté ,
Des doctes Soeurs oeuvres miraculeufes
Qu'avoient brodé leurs mains ingénieuſes ,
Bref, tout ce qu'un Socrate eût ſans doute acheté :
D'autre part elle mit amorces de beauté ;
Bijoux , Romans , fleurettes dangereuſes ;
Ceci brilloit ; on le choiſit ;
Le vice plût , il ſeduifit ;
Déhors flateurs , apparences trompeuſes ;
On l'aima , chacun le faifit.
Aujourd'hui c'eſt de même , & chacun lecouronne;
Mais la Vertu ſimple&fans fard.
D'aucun n'attira le regard ,
Et ne plût hélas ! à perſonne !
Le monde quitta l'or pour chercher le clinquant;
L'un eſt plus précieux, mais l'autre eſtplus brillant,
Inſenſés , leur dit la Déeſſe ,
Quand ouvrirez-vous donc les yeux ?]
Faut-il que toujours je vous preffe
De faire choixde mes dons précieux ?
Reconnoiſſez enfin ce que vautla ſageſſe;
Sentez l'illuſion des déhors ſpécieux
Dont le faux éclat n'intéreſſe
Queles foibles eſprits &les coeurs vicieux :
6 MERCURE DE FRANCE.
Mais elle dit envain de ſi belles paroles ;
Dumonde pour les babioles
L'empreſſement toujours fut auſſi ſerieux ,
Et l'ony voit jeunes & vieux
Devin , de jeu , de femmes , de piſtoles
:
Du point d'honneur faire leurs Dieux.
Amides arts , franc Chevalier ,
Tenantdes Nymphes de Permeſſe ,
Toi qui ſçais ſi bien allier
, Lesgraces de l'eſprit aux dons de la ſageſſe
Daigne jetter lesyeux un moment ſur ces Vers ,
Légéremarque de mon zéle ;
Dans ces jours où l'an renouvelle :
Du ſiécle j'y peins les travers ,
Crois-tu la peinture fidelle ?
Qui mieux que toi peut en juger ?
Si tu luidonnes ton fuffrage ,
Autour del'Hélicon j'oſerai voltiger
Sans compromettre mon plumage,
A Châlons fur Marne le... Janvier.
25
LETTRE
MARS 1746. 97
DISSERTATION du P. M. Texte
Dominicain ſur le jour du décès & fur
le tems du Regne du Roi de France Philippe
de Valois , pour ſervir de mémoire à
l'Histoire,
L
E jour du décès & le tems du Régne
de Philippe de Valois , Roi de France
Vi du nom , ſont ſidifferemment marqués
par les Hiſtoriens , qu'ayant fait des découvertes
fur ces ſujets fi fréquemment traités ,
j'ai cru que je devois les communiquer, par
une Differtation ſolide, à ceux qui à l'avenir
en parleront , afin qu'ils puiſſent plus
aifément les fixer.
Les deux tombeaux de ce Roi ſe préſentent
d'abord à examiner , au ſujet dujour
de ſon décès; pour ce qui eſt de celui de
ſon corps enterré à S. Denis en France , il
eſt ſans épitaphe, ſelon la remarque de D.
Felibien p . 553 de l'Hiſtoire de cette Abbaye
; & il ne reſte plus à la Chartreuſe
de Bourg-Fontaine en Valois de l'épitaphe
de fon coeur enterré ſous une tombe près
du Lutrin , que ce peu de mots, au rapport
de D. Auguſtin Chabert Vicaire de cette
98 MERCURE DE FRANCE.
Maiſon , tranſcrits dans ſa Lettre en date
du 20 Novembre 1729, écrite à fon confrere
D. Armand à Paris. Le Cuer de Philippe
de Valois a été déposéſous cette tombe ...
Aoust. Un Auteur moderne mal informé dit
un tombeau ,
Ainſi toute la notion qu'on peut avoir
fur ce ſujet , par les tombeaux ſe réduit à
l'épitaphe de celui de ſes entrailles , autrefois
placé dans la Chapelle de N. Dame
des Graces dit Bonfons , Antiquités de Paris
, & aujourd'hui dans celle de Bourbon
de la même Egliſe des Dominicains de la
Tuê S. Jacques à Paris . Cette épitaphe eſt
gravée en lettres gothiques, autourdu deſſus
de la pierre qui couvre un tombeau tout
de marbre noir , ſur lequel eft couchée l'effigie
de Philippe VI , en marbre blanc ,
ayant une couronne en cercle ſur la tête ,
le Sceptre à la main droite , & ferrant ſur
fon ſein avec la gauche un paquet , que je
crois repréſenter ſes entrailles. Voici l'épitaphe.
৩০
" C'y giflent les entrailles du Roi
Phe. le vrai Catholique , qui regna XXII
ans, & trépaſſa le XXVIII d'Août mil
CCCL. Priés à Dieu qu'il en ait l'ame ,
Amene Lui a fait faire cette ſépul.
ture la Royne Blanche ſon épouse.
1
:
MARS. وو . 1746
Quelque authentique néanmoins que paroifle
cette date du 28 , comme je ne recherche
qu'a découvrir la vérité , je dirai
ingénuement qu'en déchiffrant l'ancien
Nécrologe du Monastere Royal des Dames
Religieuſes Dominicaines de Poiſſy , écrit
fur du vélin , & couvert de bois , afin de
réduire en un méme caractere une infinité
d'autres differens écrits ſelon les tems des
évenemens qui y font inférés , j'y ai lû que
Philippe de Valois mourut le 10 des Kalendes
de Septembre , qui eſt le 23 d'Août.
Le public n'étant pas obligé de s'en tenir
àmon témoignage ſeul, j'ai eu la précaution
d'y ajoûter celui-ci d'un de nos RR.
PP. Directeurs de nos Dames de Poiſſy.
A Poiſſy ce jour de Noel, 1745 .
» Mon R. P. , voici mot à mot ce qu'il
" y a dans l'ancien Nécrologe de cette
১১ Maiſon. X. Kalendas Sept. Obiit illuftrif-
>> fimus Rex Francorum Philipus , nepos pri-
১১ mi fundatoris noſtri qui Ecclefiam nostram
>> fecit dedicari , & indulgentiam Ecclefia
» per Papam Johannem XXII dupplicari.
F.Gaugerand de l'Ordre des FreresPrêcheurs,
l'adreſſe aſt au R. P. M. Texte &c. à Paris,
E ij
10 MERCURE DE FRANCE,
Philippe V I étoit fils du Comte Charfes
de Valois , frere de Philippe le Bel , fon-
Hateur du Monaftere de Poiſſy en 1304 ,
duquel les trois fils , Louis X , Philippe V,
& Charles IV , qui ſe ſuccederent à la Couronne
ont augmenté les revenus & les bâtimens
de cette Maiſon Royale.
,
Il faut remarquer premierement que Poifſy
n'eſt qu'à 8 lieuës de Nogent le Roi
où Philippe VI décéda , l'un & l'autre du
Diocèſe de Chartres,un peu àcôté du grand
chemin de Nogent à Paris , qui en eſt diſtant
de 13 lieuës. En ſecond lieu que les
Dames Marie de Clermont fille de Robert
de France , & petite fille de S. Louis , Marguerite
de France fille de Jean II. qui ſuccéda
depuis à ſon pere Philippe VI , Marie
de Bourbon , fille de Pierre Duc de Bourbon,
& foeur de la Reine Jeanne épouſe
de Charles V. & deux autres Princeſles du
Sang, Iſabeau d'Alençon niéce du Roi Philippe
VI. & Marie de Bretagne d'une branche
de Louis le Gros , étoient actuellement
igieufes de la Communauté de Poiffy ,
nelles doublement intéreſſées à la ſanté
-Amoi Philippe frere d'Iſabelle de Valois
ofoffe de Poiſſy décédée en 1349 &
Bienfaiteur de leur Maiſon , dom
cit fait dédier l'Eglife , devoient fans
the fréquemment & exactementinfor.
MARS. 1746. 101
mées de l'état de la maladie du Roi , & furtout
je ne dis pas du jour , mais même du
moment de ſa mort,
Cette date du Nécrologe de Poiffy au
toriſée par la préſence des Princeſſes que
je n'ai pû me diſpenſer de nommer ,l'eft
auſſi par la dateque le ſçavant P. Anſehme
à miſe en ces termes à la marge du Tai p.
103 Edition de 1726 de l'HistoireGénéalog.
au 5 Registre criminel du Parlement de
Paris p. 166, il est dit que Philippe de Valois
mourut la nuit de S. Barthelemy .
Elle s'accorde de même avec celle duNécrologe
de la Chartreuſe de Bourg-Fontaine
, dont parle D. Chabert dans fa Lertre
déja citée ; j'ai trouvé , dit- il ,dans pluſieurs
écrits anciens , principalement dans
notre Nécrologe que ce fut le 26 d'Août
1350 qu'on fit l'inhumation du coeur de
Philippe VI , & tous les ans à pareil jour
nous en faiſons l'Anniverſaire .
Ce peu d'eſpace de tems du 23 au 26
d'Août prouve qquueepar la nuit de S. Barthelemy
ilfaut entendre l'entréedelanuitdu
23 au24 , & par là on trouvera que ce décès
fut la nuit du même jour 23 veille de cet
Apôtre , & que l'inhumation peut avoir eté
faite en Valois à 25 lieuës de Nogent le
Roi le 26 au foir.
M. Joly Chantre & Chanoine de l'EE
iij
102 MERCURE DE FRANCE,
gliſe de N. Dame de Paris rapporte dans
fon livre , qui a pour titre voyage de Munfter
, qu'on chante dans cette Egliſe de Paris
unAnniverſaire Solemnel pour Philippe
VI le 27 d'Août , date qui précédant le 28
favoriſe le 23 du Nécrologe de Poiffy. Ce
n'est pas,dit-il, que Philippe de Valois , n'ait
30
১১
s
auffi fait quelque fondation à l'Egliſe de
N. Dame de Paris , mais c'eſt pour un
Obit dont il eſt fait mention en un ancien
Nécrologe de cette Egliſe , où il y
> a ces mots , VI Kalendas Septembris ( qui
eft le 27 d'Août ) Obitus Solemnis Philippi
Regis de Valefio fuper terram devere
&d'Eva.
Comme je prévois que quelqu'un pourroit
m'oppoſer le ſentiment de Froiſſard ,
lequel a mis le décès de Philippe VI , au
22 d'Août , je vais faire l'analyſe de ſon
témoignage , afin de deſabuſer le public
en continuant mes découvertes , pour faire
voir le peu d'autorité de cet Hiftorien fur
ceſujet.
Je pourrois d'abord dire quedans le Livre
Manufcrit in-folio de M. Antoine Aubery
Avocat au Conſeil décédé vers 1695 ,
que feu M.AntoineAncelot de l'Académie des
Belles Lettres eut la bonté de me communiquer
, qui a pour titre Journal du Roi Philippe
de Valois , il y a en parlant de la mort
MARS. 1746. 103
de ce Roi , Jean Froiſſard n'apas mis dans
fon manufcrie le jour ni le lien. Il faut que
M. Aubery Auteur de pluſieurs Ouvrages
duquel il eſt dit dans la Bibliothéque du
Perele Long , il écritfenfément , & fon fort
eft la fidélité, ait lû un Manuscrit de Froifſard,
où ces deux faits ne ſe trouvent pas ,
il ſe peut que c'eſt celui dont parle Moreri
qu'on dit être à Tournay , je les ai
néanmoins découverts ces deux faits dans
deux Manuſcrits de cetAuteur,à Paris à laBibliotheque
du Roi ; en voici deux Extraits.
ود Premier Extrait du Manufcrit fur du
,, papier : item , audit an mil CCCL , le
„ Dimanche 22 du mois d'Août , le Roi
,, Philippe de France mourut à Nogent le
,, Roi près de Couvois , & fut apporté à
, N. Dame de Paris le Jeudi enſuivant ,
& le Samedi enſuivant fut enterré le corps
àS. Denis au côtéſéneſtre du grandAutel.
SecondExtrait duManufcrit ſurdu vélin:
audit an mil CCCL , le Dimanche 22
,, dudit mois d'Août , le Roi Philippe à
; Nogent près Couvois , trépaſſa de ce Siécle
, & fut apporté à N. Dame de Paris
le Jeudi enſuivant ,& le Samedi après
fut lecorps moult notablement enterré à
,, S. Denis au côté ſéneſtre du grand Autel.
ود
ود
ود
ود
ود
"
رد
"
هد
Mais voici un troifiéme Extrait d'un Manufcrit
choiſi ſans doute comme un des meil-
Eij
104 MERCURE DE FRANCE.
leurs pour l'impreſſion faite en 1536 , qui
eſt bien plus abrégé. Je prie le lecteur
d'en bien remarquer la difference : icelui
,, an mil CCCL 2.2 d'Août Philippe de
ود
ود
ود
29
France mourut à Nogent le Roi près de
Couvois , & fut porté le corps à Notre
Dame de Paris , le Jeudi enſuivant
fut enterré à S. Denis.
Iln'y eſt pas parlé de la pompe funebre ,
fut enterré moult notablement ni du lieu de
l'Egliſe où eſt la ſépulture au côté ſeneſtre du
grand Autel, la phraſe trépaſſa de ce Siecle
y eſt en ce ſeul mot mourut , il y a fimplementPhilippe
deFrance,&ailleurs Nogent
ſansdire le Roi,& fans parler des autres omiffions
ou additions , la virgule eſt placée
avant ces mots , le Jeudi enſuivant fut enterré
à S. Denis , c'eſt ainſi que le ſçavant
continuateur de l'Hiſtoire de l'Egliſe Galli
cane l'a naturellement entendu quand il
a mis T. XIH. p. 395 on transporta le corps
du Roi à N. Dame de Paris , &le Jeudi
Suivant on fit les obſeques à S. Denis , & felon
les deux premiers Manufcrits ce ne fut
que le Samedi
De forte que les jours du Dimanche
du Jeudi & du Samedi ſi bien ſpécifiés
dans les Manufcrits de la Bibliothéque du
Roi , qui frappent d'abord , & qui ont ébloui
les Ecrivains pour les engager àdire après
MARS. 1746. 105
८
Froiffard que Philippe VI mourut le 22
d'Août , ſe réduifent au ſeul Jendi précédé
d'une virgule & fuivi de ses termes fut enterré
qui font du jour du dépôt du corps
porté fans cérémonies à N. Dame de Paris ,
celui de ſon enterrement à S. Denis .
De là il eſt ailé de conclure que c'eſt
avec fondement qu'il eſt dit dans la Bi
bliothéque du P. le Long p. 368 les copies
de Manuscrits de Froiſſardſont pleines
de fantes , les chiffres yfont défigures, & comme
il eſt impoſſible que les trois manufcrits
cités ſi peu conformes, foient d'un mémeAuteur
ou de fidelle copies d'un même ori
ginal , il eſt vrai de dire avec M. Aubery
que Froiſſard n'a pas mis le jour ni le lieu
du décès de Philippe VI , ou qu'on ignore
les dates & le contenu du véritable.
Je veux même que cet Hiſtorien ait mis
le 22 ; qu'elle foi peut-on ajouter à ce qu'il
n'a écrit que ſur un oui dire , car il n'autoriſe
pas ce qu'il avance par la moind
preuve , non plus que ceux qui le citent ?
le continuateur de Nangis , ni Robert de
Boheme , qui a rapporté une conteftation
furvenue à l'enterrement de ce Roi , de laquelle
parie M. du Boulay dans l'Histoire
de l'Univerſité de Paris, T. 4 p. 309,1
tout autre Ecrivain contemporain que je
ſcache , ne parlent pas du jour de ce dé
Ev
106MERCURE DE FRANCE .
cès , moi-même paſſant à Nogent le Roi ,
jen'en ai pû rien découvrir ; d'où Froiflard
a-t-il pu tirer que ce fut le 22 d'Août
lui qui écrivoit ſa Chronique en Flandre à
l'inſtance ( dit Moreri ) du Comte de Beaufort
Seigneur de Namur ?
Il n'a pas pú le ſçavoir commetémoin ;
né ( felon le P. le Long ) en 1333 à Valancienne,
Ville deFlandre,éloignée de 63lieues
de Nogent le Roi , élevé à la Cour d'Edouard
III. Roi d'Angleterre ,pourvû d'un canonicat
dans laVille de Chimay en Hainaut , pas
une époque de ſa vie ne le rend préſent
aux funerailles de Philippe VI .
Deux erreurs groſſieres rendent encore
fon témoignage ſuſpect , il dit ſelon le P.
Anſelme T. 1 p. 103 que ce Roi gagna la
bataille de Montcaſſel en Flandre , le jour
de S. Barthelemy le 24 Août 1328 , au lieu
que le continuateur de Nangis a écrit que
cefut le 23 veille de la fête de cet Apôtre
. J'ai vû dit-il les lettres d'avis que le
Roi victorieux en donna à l'Abbé de S.
Denis litteras quas ego vidi. Quelle certitude
peut avoir eu Froiſſard du jour de la
mort de Philippe VI , lui qui a ignoré celui
d'une victoire ſi célébre remportée par le
même Roi , ſi près de ſa patrie ?
Que peut on attendre d'un Hiſtorien âgé
feulement de 17 ans à la mort de ce Roi,
MARS. 1746. 107
qui à l'âge de 45 s'eſt trompé ſur ce qui
s'eſt paſſe de ſon tems ? Charles VI , dit
20
ود
le P. Anfelme T. 1 p. 3 fut ſacré à Reims
» non pas le 28 Octobre ni le 1- Novem-
- bre , c'eſt Froiſſard qui a trompé ces der-
> niers en diſant L. 2 p. 105 que le Roi
→ arriva à Reims le ſamedi , & qu'il fut cou-
→ ronné le lendemain jour de la Touſſaints ,
> cette fête , ajoute le P. Anſelme, fut cette
année un Jeudi , & non pas un Diman-
>> che , ſa remarque eſt juſte , Froiſſfard n'at-
ilpas pû ſe tromper avec bien plus de facilité
ſur un fait paſſe à Nogent le Roi depuis
30 ans , en prenant un jour pour un
autre ?
Concluons & diſons que la date du 23
Août du Nécrologe de Poiſſy , juſqu'ici
ignorée des Ecrivains , & fi bien autoriſée
par celles dus Registre Criminel & des Nécrologes
de Bourg-Fontaine & de N. Dame
deParis étant ſi autentique,maintenant qu'on
en connoit la folidité , doit ce me ſemble
être uniquement ſuivie. X KalendasSeptembris
obiit illuftriffimus Rex Francorum Philipus,&
c. l'Illuftriffime Roi des François, Philippe
VI mourut le 23 d'Août 1350 âgé
felon la commune opinion de 57 ans .
Pour ce qui eſt du tems de ſon Regne ,
le ſecond ſujet de ma Differtation , il regna
22ans4mois & 21 jours, Dupleix , de Servj
108 MERCURE DE FRANCE.
res &c. qui ont mis 23 ans de Regne , M.
le Gendre , le P. Anſelme qui comptent s
mois & 21 jours , & ceux qui les ont ſuivis
, ſe ſont trompés , on en fera convaincu
ſi l'on fait réflexion que tous les Ecrivains
conviennent que le Roi Charles IV fon
Prédéceſſeur décédé le 1 Février 1328 , ſtile
nouveau , laifſa la Reine enceinte , & dans
l'attente d'un Prince. Philippe de Valois
ne fut que Régent du Royaume l'eſpace de
deux mois , après leſquels Blanche de France
étant née le 1 Avril 1328 , le lendemain
2Avril veille de Pâques ,dit le P, Anſelme
il commença à regner , comme il s'apprend
dit-il d'un Journal de ce jour , & mourut le
23 Août 1350.
i
>
Or il eſt certain que depuis le 2 Avril
1328 juſques au 23 Août 1350 , il n'y a
que 22 ans4 mois ; Avril , Mai , Juin, Juillet
& 21 jours d'Août.
J'ai tâché de délivrer les Ecrivains de
cette incertitude génante que leur ont cauſé
juſques ici les ſentimens differens fur ces
deux ſujets ; j'eſpere qu'ils m'en ſçauront
bongré.
Hacfuerint nobispræmia fiplacui .
Martial Epig. XCI.
AParis ce 1 Janvier 1746.
MARS
109 1746.
EPITRE de M. Cottereau Curé de
Donnemarie , à M. le Curé de ......
Ui j'oſe , ami, vous plaindre ;& votre aveu
glement
Me cauſe de la peine & de l'étonnement .
Quoi ! dans les ſaints travaux vous rendre redoutable
!
Affliger ſans égards un peuple miſérable !
C'eſt ſans honte trahir les intérêts des Cieux ,
Allarmer le fidele , & lui rendre odieux
Des devoirs impofés ſans regle & fans prudence.
Que ſert au vrai Chrétien cette vive éloquence
Que vous lui prodiguez ſous un zéle affecté ?
Vous devez pour l'honneur de votre dignité
De vos rares talens faire un plus noble uſage.
Si le fier Mahomet par un affreux carnage
Força des malheureux de plier fous ſa Loi ,
Autrement en uſa l'Auteur de notre foi :
Par de touchans difcours , par une humble con.
duite
Il triompha des coeurs , il s'en fit un mérite ,
Et pour ſe conſerver un peuple tout nouveau
Il donna de l'amour l'exemple le plus beau ,
En voulant de ſon ſang cimenter ſon ouvrage.
110 MERCURE DE FRANCE,
De ce Maître divin ſoyez la vive image,
Mais fi trop enchanté d'un agréable fort
Vous n'ofez ſignaler votre foi par la mort ,
Du moins de l'Evangile écartant le plus rude
De ſa ſimplicité faites vous une étude.
Que dans vos ſaints exploits la bonté , la douceur
,
La modération , l'équité , la candeur
Raffurent le timide , appaiſent le critique ,
Confondent le rebelle , & charment l'hérétique.
Qui veut gagner à Dieu de fidéles ſujets ,
Doit ſur la charité regler tous ſes projets.
Ce n'est qu'en pratiquant cette fage maxime ,
Qu'on peut prêcher la foi , la défendre ſans
crime ;
Enfin pour vous montrer digne de votre état ,
Et ſeconder les ſoins de votre grand Prélat ,
Il faut que déſormais fans forme de justice ,
Sans caufer au prochain le moindre préjudice ,
Ni tenir ſur ſes moeurs de discours indifcret ,
Vous appreniez à fond le merveilleux ſecret
De convertir à Dieu vos amis & vos freres
Comme ont fait autrefois Moïse & les Saints
Peres .
On nous a remis depuis peu l'Epigramme
ſuivante qui s'étoit égarée dans les papiers
de feu M. le Chevalier de la Roque
MARS 1746. 111
ci- devantAuteur du Mercure ; quoique cette
petite piéce qui fut compoſée en 1744 à
l'occaſion du rétabliſſement de la ſanté du
Roi ne foit plus de faifon , nous n'avons pas
crû néanmoins devoir en priver le public.
LA
EPIGRAMME. *
A mort , aveugle dans ſa rage ,
Sans reſpecter du Roi la Couronne , ni l'âge ,
De ſes jours précieux alloit trancher le cours :
Surpriſe , elle s'arrête , en voyant le dommage
Que fa cruelle main doit caufer pour toujours.
Quoi ! dit-elle , un grand peuple accablé de trif
teffe
Va périr , ſi ſon Roi meurt du mal qui l'oppreffe !
Ce ſpectacle eſt pour moi ſurprenant& nouveau ;
Ne troublons point un regne& fi doux &fi beau .
Quoique j'aime le ſang , l'horreur , & le carnage ,
Je ferois un trop grand ravage ,
En mettant LOUIS au tombeau.
Par M. Cottereau Curé de Donnemarie.
* Cette Epigramme fut préſentée au Roi avec un
Sonnet du même Auteur inféré dans le Journal de
Verdun du mois de Décembre 1744 , par M. l'Abbé
de Saint Cyr , ci-devant sous - Precepteur de Mon-
Seigneur le Dauphin , mais elle n'a point encore élé
imprimée.
112 MERCURE DE FRANCE.
:
LETTRE de M. Mazure Maître-ès-Arts
dans l'Univerſué de Paris , Répétiteur de
Philofophie&Maître de Mathématiques à
Rennes , à M. L****.
Puiſque
M
vous m'avez paru fouhaiter
que le public fût inſtruit des réflexions
que j'avois à faire fur la regle que vous don
nez dans votre Traité de Phyſique pour déterminer
la quantité de mouvement , j'ai
crû que je ne pouvois mieux exprimer ma
déférence pour vous qu'en les foumettant
à la déciſion d'un ſi reſpectacle tribunal.
Les voici donc , M. , mais auparavant il
paroit naturel d'expoſer ici cette regle. Vous
dites que pour déterminer la quantité de
mouvement d'un corps , (& vous n'y mettez
aucune restriction ) il faut multiplier la maffe
par le quarré de la viseſſe ; c'est-à-dire
que la quantité de mouvement d'un corps
eſt proportionnelle au produit de ſa maſſe
par le quarré de ſa viteſſe.
Plus j'examine cette regle , M. , & plus"
il me paroît qu'elle renverſe de fond en
comble tous les principes de la statique
del'hydrostatique & de l'hydraulique,& qu'elle
contredit ouvertement les expériences les
,
MARS 1746. 113
plus conſtantes ſur ces trois belles parties
de la Phyſique.
1º. Il me paroît évident, M. , que cette
propoſition une fois établie , on ne pourra
plus prendre pour principe général de l'équilibre
cette propoſition univellement reçue
par tous les Phyfico-Mathématiciens, ſçavoir
qu'ilfautque les poids & les diſtances au point
d'appui , ou ce qui eſt la même choſe , les
viteſſes ſoient enraiſon réciproque & qu'il faudra
y ſubſtituer cette autre propoſition que
les poids foient en raiſon réciproque des quarrés
des viteſſes , ce qui eſt manifeſtement contraire
à l'expérience , puiſque deux poids
font toujours en équilibre , lorſque la maſſe
du plus grand eſt à celle du plus petit ,
comme la diſtance ou la viteſſe de celuici
eſt à la diſtance ou à la viteſſe de celuilà.
Par exemple deux corps A & B , dont
le premier a un dégré de maſſe & quatre
de vitefle, & le ſecond quatre de maſſe &
un de viteſſe , ſont dans tous les cas poffibles
en équilibre; ils ont donc des quantités
demouvement égales. Or cette égalité ne
peut ſe trouver que dans la ſuppoſition que
la quantité de mouvement ſoit proportionnelle
au produit de la maſſe par la viteſſe , car
ſi elle étoit proportionnelle au produit de
la mafſſe par le quarré de la viteſſe , le corps
114 MERCURE DE FRANCE.
A dans l'exemple propoſé auroit 16 de
quantité de mouvement, puifque le quarré
de ſa viteſſe 4 eſt 16 qui multiplié par ſa
maſſe i donneroit toujours 16 ,& le corps
B auroit ſeulement 4de quantité de mouvement
; puiſque 4 de mafle ſeroient multipliés
par i quarré de ſa vitefle 1 , dont
toutes les puiſſances ne ſont jamais que l'unité.
Donc ces deux corps ne pourroient
demeurer en équilibre , ce qui est contre
l'expérience. Ici , M. , vous avez recours aux
forces mortes & aux forces vives , & vous
dites que les ignorans n'en sçavent pas
faire la difference. Mais ſi de mortes qu'el
les font dans le cas de l'équilibre , on
les rend vives , & que la même contradiction
s'y trouve , à quoi ſe réduira votre diftinction
& la ſcience dont vous vous prévalez
ſur cela ? Pour y parvenir , ſuppoſons
donc , M. , qu'au corps B on ajoute un dégré
de maſſe , ce qui fera 5 , la même expérience
nous apprend qu'il va l'emporter
fur le corps B& le mettre en mouvement ;
ily aura donc là des forces vives, & dans la
ſuppoſitionde votre regle, 5 de mouvement
furpaſſeroit 16 , ce qui certainement contredit
le principe de la raison suffisante ,
pour parler le langage de M. Leibnitz , avec
lequel vous dites être d'accord ſur ce point.
2º, Dans l'hydrostatique , dans deux tubes
MARS 1746. 114
ι
communicants , dont l'un ſeroit triple de
l'autre en largeur , la liqueur ne pourroit
jamais ſe mettre de niveau en équilibre ,
puiſque ſuivant votre regle , dans la branche
la plus large il n'y auroit que trois dégrés
de quantité de mouvement , c'eſt -
à- dire 3 de maſſe multipliés par
quarré de ſa viteſffe , & que dans l'autre il
y auroit 9 de quantité de mouvement ,
c'est-à-dire i de maſſe multiplié par quarré
de la viteſſe , qui eſt 3 , puiſqu'afin que
la liqueur deſcendit d'un pouce dans la
branche la plus large , il faudroit qu'elle
montat de 3 dans l'autre. Cette regle ne
peut donc s'accommoder avec les expériences
les plus certaines de l'hydrostatique , les
loix même de la Nature que l'expérience
nous dévoile , ſemblent donc nous défendre
de l'admettre , & vos forces vives ou
mortes n'auroient pas ici un meilleur ſuccès
que dans l'article précédent. Quand même
vous appelleriez l'inertie à leur ſecours , elle
ne pourroit jamais ſauver la contradiction
avec le principe de la raiſon ſuffisante.
3º. Dans l'hydraulique ſi l'on prend deux
tubes , l'un quadruple de l'autre en longueur
, & que percés d'égale ouverture , on
les tienne toujours pleins , la quantité d'eau
qui coulera du plus long ſera à celle qui
coulera du plus court dans le même tems
116 MERCURE DE FRANCE.
comme 2 font à 1; cela eſt confirmé par
une expérience journaliere. Or , M. , fi la
quantité de mouvement étoit le produit de
la maſſe multipliée par le quarré de la viteſſe
, la quantité de mouvement dans l'eau
qui fortiroit du tube quadruple ſeroit exprimée
par 8 , car 2de maſſe ſeroient multipliés
par 4 quarré de la viteſſe; il réfulteroit
donc un effet comme 8 d'une cauſe
comme 4 , puiſque la preſſion ne ſeroit que
comme 4 dans le tube le plus long , ce qui
eſt encore manifeſtement contraire au principe
de la raisonfuffisante , pour ne rien dire
de plus. Votre regle pour trouver la quantité
du mouvement ne paroît donc pas pouvoir
ſe concilier avec les principes de la
ſtatique , de l'hydroſtatique , de l'hydrauliqué ,
ni avec l'expérience. Il faudroit donc bannir
de la Phyſique ces trois parties , qui en
font comme l'ame , ou ajuſter à votre regle
un nouveau ſyſtême , qui coûteroit peut être
plus qu'il n'auroit de folidité.
Voyons maintenant , M., ſi votre regle
s'accorde mieux avec les opérations d'Arithmétique
, dont vous prétendez vous fervir.
Vous établiſſez ce corollaire que fi deux
corps ont des maſſes & des viteſſes inégales ,
leurs quantités de mouvement ſont égales, lorf
que les quarrés des viteſſes ſont en raison résiproque
ou inverse des maſſes. Pour le prouMARS
1746. 117
2
ver , vous prenez l'exemple de deux corps
A & B , dont le premier a 1 & l'autre 2
de maſſe ,A 10. de viteſſe &B 7 , & vous
prétendez que dans cette ſuppoſition les
quantités de mouvement ſont égales , parce
que, dites-vous , le quarré zoo de la viteſſe
du premier , qui eſt 10 multiplié par ſa
maſſe I donne 100 & que la maffe 2 du
deuxiéme multipliée par 50 , que vous fuppoſez
quarré de ſa viteſſe 7 donne également
100 , mais , M. , par quelle méthode
avez vous trouvé que le quarré de 7
eſt so ? car il me paroît que ce devroit
être 514 qui multipliés , fuivant votre
regle , par 2 de maſſe donneroit 102
Or , M. , cela ne vous donne point des quantités
de mouvement égales. Voilà donc encore
l'Arithmétique qui à le malheur de ne
ſe pas trouver d'accord avec vous , non plus
que l'expérience, Je ſens bien que pour faire
votre compte il vous eût fallu trouver exactement
la racine quarrée de 50 , pour la donner
pour viteffe au corpsB.Trouvez-la donc,
& eris mihi magnus Apollo. C'eſt peut
étre à vous que cela étoit réſervé , comme
de faire prévaloir , contre l'idée de M. de
Fontenelle , le ſentiment de M. Leibnitz qui
n'eſt rien moins que ce que vous dites , com
me je tâcherai de le démontrer dans ma
premiere lettre , a la réponſe , dont vous
I
:
118 MERCURE DE FRANCE,
voudrez bien m'honorer , paroît l'exiger.
Voilà , M. , les réflexions dont vous avez
paru ſouhaiter que je fiſſe le public juge,
j'ai tâché de n'y point parler indiscretement.
Je ſuis perfuadé que les mêmes motifs ,
l'amourde la vérité ,&un ſincere defir d'être
utiles au public nous animent tous les deux.
Dans ces fentimens je fuis avec reſpect
&c,
ODE tirée du Pleaume 51.
Vous dont la grandeur mortelle
Eblouit nos regards ſurpris ,
Quelle vanité criminelle
Séduit vos aveugles eſprits ?
Fiers d'un pouvoir illégitime ,
Dans les ſentiers honteux du crime
Vous cherchez un nom glorieux ,
Et nous voyons vos mains coupables
Desforfaits les plus déteſtables
Dreſſer un Trophée à nos yeux,
C'eſt vous dont la langue homicide ,
Arbitre du fort des humains ,
MARS 1746. 119
Eucalomniateur perfide
Abſout les ténébreux deſſeins :
C'est vous dont l'injaſte puiſſance
Nourrit l'orgueilleufe licence
Dans le ſeinde l'impunité ,
Etqui par un noir artifice
Des coupsvengeurs de la juftice
Affranchiſſez l'in quité.
Juſqu'à quand , du Dieude nos peres
Irez - vous , lâches déſerteurs ,
AuxDivinités étrangeres
Offrir des voeux profanateurs ?
Verrai-je toujours votre audace
Elever Baal à la place
Du Dieu qu'adore le Jourdain ,
Et votre haine parricide
Livrer l'innocence timide
Auxcoups du perfide afſfaſſin ?
Que dis- je ? quel affreux nuage
Frappe mes yeux épouvantés ?
Quel yent a formé cet orage
Dans le ſein des airs irrités ?
La mort ſur l'aîle des tempêtes
Savance au-defſſus de vos têtes
D'un pas rapide&menaçant;
2.1
120 MERCURE DE FRANCE,
Eſt-ce toi, Dieu juſte & propice,
Qui viens armé pour le ſupplice
De mon ennemi rugiſſant?
*
Une eſpérance trop flateufe
Abuſe peut - être mon coeur :
Mais non; tremblez, race odieuſe ,
Oui c'eſt Dieu , c'eſt ſon bras vengeur ...
Déjaſous les coups de la foudre
Ils ont de leurs têtes en poudre
Payé leurs complots furieux.
Dieu puiſſant , pourfuis ta vengeance ;
Affranchis ma foible innocence
Dujougde leurs derniers neveux ,
Tum'entends; les fleaux célestes
Fondent fur leur poſlérité ,
Qui ſembloit à ces noms funeſtes
Promettre l'immortalité :
Je vois leurs corps ſans ſépulture
Devenir l'horrible pâture
Des ours&des loups raviſſans ;
Leurs palais , ſéjour ſolitaire ,
Ne fontplus que l'affreux repaire
Des couleuvres& des ſerpens .
:
Venez
MARS 1746.
Venez d'une a douce image
Ennyvrer vos yeux enchantés ,
Juſtes que pourſuivoit la rage
De ces monſtres enſanglantés.
Pard'éternels chants de victoire
Conſacrons l'auguſte mémoire
D'un jour à jamais glorieux ;
Etvouséchappés autonnerre,
Craignez , fiers enfans de la terre ,
Le fortdevos terreſtres Dieux,
Reconnoiſſez , ames hautaines ,
Dans le ſein du gouffre infernal
Quelle main a forgé les chaines
Dontvous ſentez le poids fatal :
Réveil d'horreur&de triſteſſe ,
Qui ſuccéde àla folle yvreſſe
Dont vous nous vantiez lesattraits!
Eft-ce vous dont l'orgueil ſuprême
Sembloit contre l'Eternel même
Devoir renvoyer traits pour traits?
Simon ame pure &craintive
Atoujours pratiqué tes Loix ,
Etfi mou oreille attentive
toujours diftingué tavoix :
:
F
12 MERCURE DE FRANCE .
Seigneur , d'une main fecourable
Viens deta douceur ineffable ,
Abreuver mon coeur altéré ,
Et fais toujours en ta préſence
De ma fructueuſe innocence
Croître le germe revéré.
D. C. Officier au Régiment Royal Infanterie.
ENVOI dun Cheval à une jeune
Demoiselle qui s'étoit déclarée pour l'Art
quifaçonne les chevaux,
SAns être Cheval de Roland ,
De Ferragus ni d'Agramant ,
Celui qu'on vous envoye eſt Courſier des plus
ſages;
On le croiroit un habitant
Des lieux qu'en ſes Ecrits Guliver prône tant.
Il me diſoit unjour , quels fonevos avantages,
Petit homme ? Raiſon , eſprit , goût , ſentiment
,
Sont, dites vous, vosappanages;
Le prouvez vous ? Sera-t-on obligé
De croire ce vain préjugé
Qui n'eſt produit que par votre arrogance ?
MARS 1746. 123
Etpourvous le démontrer
Il fuffit de comparer
Vos moeurs & vos faits aux notres.
.
Nous avons nosvertus , apprécions les votres .
Vivez- vous p'us tranquillement
Que nous ? Votre raiſon échoue
Contre le moindre évenement.
Vousvous plaignez à tout moment
De la Fortune qui vous joue:
Une charge manquée , une perte de biens,
Un coeur mutin qui vous réſiſte ,
Etqui dans ſa froideur perſiſte ,
Voustrouble... Vous pleurez quelquefois pour des
riens .
Votreeſprit prétendun'eſt qu'un préſent ſiniſtre
Que vous traitez de céleſte faveur.
Mal dirigé , c'eſt un Miniſtre
Qui de votre ruine eſt fort ſouvent l'auteur.
Sur le goût , vous ſçavez qu'il n'eſt point de
difpute
Nous ne nous nourriſſfons que de ſains alimens ,
Quejamais pour l'excès l'eſtomac ne rebute ,
Etquant ànos habillemens ,
Nous mépriſons tous ces vains ornemens
Dont vous faites votre parure.
Chés vous l'art eſt l'auteur de tous vos agrémens,
Chés nous c'eſt la fimple Nature.
Paſſons à cette frenéfic
Fij
124 MERCURE DE FRANCE,
Que vous qualifiez du nom de ſentiment ;.
Homme , dites-moi je vous prie ,
Vous rendelle heureux un moment?
Nop , de vospaſſions éternelle complice ,
Elle vous agite toujours ,
Elle empoiſonne tous vos jours ,
Et vousconduit enfindans quelque précipice
Pardes chemins ſemés de fleurs,
D'une vertu dont lefond n'est que vice
Vantez moins les fauſſes lueurs,
Etconvenez , fuperbe Philofophe ,
Qui croyez votre eſprit de la plus riche étoffe,
Quoique de notre instinct ildoive être jaloux ,
Que l'homme eſt très-ſouventbien plus.Cheval
quenous,
:
:
MARS 1746 125
م
15
NOUVELLES LITTERAIRES,
: desBeaux Arts , &c.
E
duréé SSAI fur les probabilités de la
de la vie humaine d'où l'on déduit la
maniére de déterminer les Rentes viagéres
tant ſimples que Tontines; précédé d'une
courte explicationſur les Rentesà terme ou
annuités,&accompagné d'un grand nombre
de tables , par M. de Parcieux de la Société
Royale des Sciences de Montpellier.AParis
1746 in 4. chés les freres Guerin rue S.
Jacques.
LaGéométrie a fait de fi grand progrès
depuis le commencement de ce fiécle; elle
s'eſt élevée d'un vol ſi rapide vers l'infini ,
qu'uniquement occupée de fes fublimes ſpéculations
elle dédaigne de s'abaiſſer aux objets
fenfibles, &d'etre applicable à l'utilité
des foibles mortels.
Tandis que les Géométres François &
Anglois admirent dans legrandNewton le
fondateur d'une nouvelle ſecte de Phyficiens,
celui qui a arraché le ſceptre àDefcartes ;
le deſtructeur des tourbillons , le créateur
de l'attraction , le calculateur infatigable,
Finj
126 MERCURE DE FRANCE.
les amateurs des Arts , les citoyens zélés
pour lebiende la ſociétéhumaine ,les bons
eſprits en un mot, ſe demandent quel bien
ceGéométre afait à ſa Patrie , quelle de ſes
découvertes a été utile aux Arts , foit en
Simplifiant les travaux des Ouvriers , foit
entrouvantde nouveaux uſages d'une choſe
déja donnée , & on ne peut rien leur
répondre , ſinon que de tout tems le
monde a étéde même , que ce n'ajamais ou
preſquejamais été aux ſçavans que l'on a dù
les inventions les plus utiles aux Arts : &
pour ne parler que de nos jours , l'Imprime .
rie, laPoudre , tous les ſecretsde nos Ma
nufactures ſont dûs à l'induſtrie méchanique
dequelqueshommes , qu'un talent qu'on ne
peutdéfinir , conduiſoit , ou que le hazard
abien ſervi , mais qui auroient été incapables
des ſublimes théories du Calcul intégral&
differentiel.
Ce que nous diſons doit relever d'autant
plus le travailde M. de Parcieux , qui quoiquetrès-
verſédans la plus hauteGéométrie
n'a pas dedaigné de traiter une matierepour
laquelle ſuffifoient les premiers élémens de
l'Algébre ; c'eſt l'ouvrage d'un bon citoyen,
& enmême tems d'un excellent eſprit; ce
Livre ſera à jamais conſulté par ceux qui
voudront ou calculer l'avantage qu'il y a à
mettre à une Tontine propoſce , ou conf
MARS 1746. 127
tituer des Rentes viagéres ſur une ou plu
ſieurs têtes ; on peut même ſans être fort
habile ſe ſervir de la Méthode queM. deP.
enſeigne pour réſoudre les cas qu'il n'a pas
prévus. Nous ne pouvons nous étendre
davantage ſur ce Livre , & nous nous contenterons
d'obſerver deux choſes. Le préjugé
commun avoit été juſqu'à préſent qu'il
naiſſoit plus de femmes que d'hommes.
L'expérience a fait voir le contraire ; le
nombre des femmes qui naiſſent eſt à celui
des hommes comme 17 eſt à 18 ; & ces
mêmes femmes dont la ſomme eſt moindre
que celle des hommes vivent entr'elles une
ſomme d'années égale à cellede la vie des
hommes , & leur vie commune eſt par
conféquent à celle des hommes comme 18
eſt à 17 : Calcul encore contraire au préjugé
qui avoit fait croire juſqu'ici que les
hommes vivoient plus longtems.
Onvoit dans l'état que M. le Curé de S.
Sulpice a fait dreſſer des morts de ſa Paroifſe
, que dans l'eſpace de 30 ans il eſt mort
furcette Paroiffe de S. Sulpice * 17 filles ,
femmes mariées ou veuves à l'âge de 100
* Le nombredes mortsde ces 30 années monte
à 24073 , tant hommes mariés que veufs &
garçons,& 24467 femmes, tant filles que mariées
ou veuves .
F iiij
12 MERCURE DE FRANCE.
ans , & qu'il n'y eſt mortque s hommes dii
même âge; qu'il y est mort femmes à
l'âgede99ans , &feulement trois hommes:
10 femmes à l'âge de98 ans&pointd'hom.
mes , enfin il y est mort 128 femmes &
ſeulement 49 hommes au de-là de 90 ans,
M. de P. obſerve encore une choſe contraire
aux préjugés communs , c'eſt que l'on trouvemoins
de vieillardsà proportion dans les
Convents quedans le fiécle,
RETRAITE Spirituelle pour les perfonnes
religieuſes , ouvrage poſthumedu Pere
Claude Judde de la Compagnie de Jeſus;
àParis 1746 in 12 , chés Giffey rue de la
Bouclerie , & Bordelet rue S. Jacques; prix
2 liv. 5 ſols. relić.
Voici l'ouvrage d'un homme éclairé &
plein de zéle pour le ſalut des ames; le
Pere Judde Auteur de cette Retraite eft
mort en 1715. Singulierement adonné aux
devoirs de ſon état , il s'étoit attaché à la
prédication,&a longtems brillédans l'exer
cicede ce Miniſtére Evangélique. On ſça't
que la Compagnie deJeſus eft de toutter's
en poffeffion de produire les plus gran's
Orateurs de la Chaire. On lit le Livredu
P. Judde avec édification & avec plaifir ;
l'une naît de ſon zéle , l'autre de ſon éloquence.
MARS 1746 . 129
HOMERIOpera quæ extant omnia Græcè
& Latinè duobus tomis divifa , quoruni in
Priore Ilias;Paris 1746 in 12 chés la veuve
Brocas.
Ily avoit deux cent cinquante ans qu'on
n'avoit imprimé le Prince des Poëtes , &les
exemplaires des éditions antérieures , ou
uféspar vetufté ou répandus dans lagrande
multitude des Bibliothéques de l'Europe ,
étoient devenus fort rares. On peut même
ajoûter qu'une grande partie des éditions
d'Homére étant in -fol. celle - ci qui par la
forme & fon volume eſt portative & fort
commode pour l'uſage , a un grand avanta- ,
gefur les autres : le caractére Grec ſurtout
eft fort net & l'édition eſt très - correcte;
nous remarquerons cependant qu'on voit
une faute d'impreſſion au frontiſpice du
Livre , où on lit 1747 pour 1746', c'eſt
une légére erreur , il eſt à ſouhaiter que,
notre Librairie ſi négligée ſe ranime par.
pluſieurs entrepriſes ſemblables , & réveille
ainſi le goût des Lettres qui tombe endecadence
, ſurtout le goût des Lettres Grec
ques que l'on commence à laiſſer périr parmi
nous. C'eſt pourtant au goût de cette Lit,
térature Grecque& Latine que nous devons
la renaiſſance des Arts en France ; cette
ſupéritorité que nous avons ſur toutes les
Nations de l'Europe quant à la Littérature
Fv
130 MERCURE DE FRANCE.
c'eſt àla lecture & à la méditation des An..
ciens que nous la devons , & nouspourrions
leurdire comme Horace diſoit à Mécene ,
Si monstror dizitopratereuntium ,
Totum hocmumris tui cft.
INTRODUCTION à la connoiſſance de
l'eſprit humain , ſuivie de Reflexions&de
Maximes ; à Paris 1746 in 12 chés Briaſſon.
Tandis que le petit nombre des gens
ſenſésgémit fur cette inondation de Brochures
mépriſables qui est dépuis quelques
années le fléau de Paris , il paroît cependant
de tems en tems quelque bon
Livre qui reclame pour la raiſon , celui-ci
eſtdece nombre , &mérite àplus d'un titre
l'eſtime publique', c'eſt l'ouvrage d'un Philoſophe
éclairé qui a médité & approfondi,&
dont l'eſprit eft capable de grandes
vûes. Il ſeroit à ſouhaiter que l'Auteur eût
pûmettre la derniere main à fon travail,
les occupations de la guerre &des infirmités
continuellesl'ont empêché de donner à
eet ouvrage toute la perfection dont il eſt
fufceptible , & que l'on voit bien que l'Auteur
eft capable de lui donner , mais s'il eſt
quelques endroits où l'Auteur auroit pû
mieux développer ſon idée, il n'en eſt aucon
où l'on ne voye qu'il apenfé fortement ;
،
MARS 1746. 13έ
où l'on n'apperçoive l'eſquiſſe d'un grand
tableau. On entre dans l'attelier de Praxitele
, on y voit un Jupiter qui n'eſt pas
encore achevé , mais tel qu'il eſt on découvre
ce qu'il doit devenir , & on reconnoît
la main du grand Artiſte.
Pendent Opera interrupta , minaque ,
Murorum ingentes .
Ce que l'Auteur dit du bien & du mal
moral n'eſt point dans ce cas là , il n'y a
rien à y defirer : » Ce qui n'eſt bien oumal
» qu'à un particulier & qui peut être le
>>contraire de cela à tout le reſte des hom-
>>mes , ne peut être regardé en général
> comme un mal ou comme un bien.
→Afin qu'une choſe ſoit regardée comme
>>un bien par toute laSociété il faut qu'elle
>>tende à l'avantage de toute la Société , &
>>afin qu'on la regarde comme un mal il faut
» qu'elle tende à ſa ruine , voilà le grand caractére
du bien& du mal moral.
כ כ
» Les hommes étant imparfaits n'ont pu
ſe ſuffire à eux-mêmes,de là la néceffité de
former des Sociétés. Qui dit une Société
>>dit un corps qui ſubſiſte par l'union dé
divers membres , & confond l'intérêt particulier
dans l'intérêt général ; c'eſt là
מ
-fondement de toute la morale.
le
>>Mais parce que le bien commun exige
Fvj
32 MERCURE DEFRANCE.
:
-de grands facrifices , & qu'il ne peut fe
> répandre également ſur tous les hommes ,
» la Religion qui repare le vice des chofes
humaines affure des indemnités dignes
d'envie à ceux qui nous ſemblent lézés.
Et toutefois ces motifs reſpectables n'étant
pas aflés puiſſans pour donner un
>> freinà la cupidité des hommes , ila fallu
-encore qu'ils convinſſent de certaines ré-
>gles pour le bien public fondé à la honte
>>dugenrehumain fur la crainte odieuſe des
>> fupplices; & c'eſt l'origine des Loix .....
>>Heureux qui les ſçait reſpecter comme
melles méritent de l'être; plus heureux qui
>> porte en ſon coeur celles d'un heureux
naturel!
->Ileſtbienfacilede voir queje veux parler
des Vertus. Ieur nobleſſe &leur excellence
font l'objetde tout ce diſcours, mais j'ai cru
>>qu'il falloit d'abord établir une régle fûre ,
>pour les bien diftinguer du vice , je fai
rencontrée ſans effort dans le bien& le
>>mal moral : je l'aurois cherchée vainement
dans une moins grande origine. Dire
ſimplement que la Vertu eſt Vertu , parce
2>qu'elle est bonne en fon fond , & le vice
→tout au contraire , ce n'eſt pas les fai-
>> re connoitre ; la force & la beauté
>>font auſſi de grands biens, lavieilleffe &
- lamaladie des maux réels. Cependant l'on
MARS 1746 133
n'a jamais dit que ce fut le vice ou la Vertu,
>> le mot de Vertu emporte l'idéede quelque
>choſe d'eftimable à l'égard de toute la
>> terre ; le vice au contraire : or il n'y a que
>> le bien & le mal moral qui portent ces
> caractéres. La préférence de l'intéreſt
>> géneral au perſonel , eſt la ſeule diſtinc-
>>tion qui ſoit digne de la Vertu ,&qui doive
en fixer l'idée , au contraitre le facrifi-
» ce mercenaire de ce bonheur public à
>> l'intérêt propre , eſt le ſcéau éternel du
„vice.
Les bornes de ce Journal ne nous permettent
pas de remarquer un grand nombre
d'autres morceaux qui ne cédent en rien à
celui - ci : ce Livre reſpire par tout l'amour
de la Vertu&lemépris du vice,& fait
autant d'honneur au coeur qu'à l'eſprit de
Auteur.
RECUEIL de Piéces pour fervirde fuite
àP'Hiſtoire de Louis XI. par M. Duclosde
l'Académie des Belles Lettres 1746 in 12.
Ce Livre contient pluſieurs piéces curieufes
dont preſque aucune n'a été imprimée,&
on s'eft arrangé avec les éditeurs du nouveau
Comines, de façon qu'il n'entre ici aucune
des piéces qui ſeront à la ſuite de cepremier
ouvrage; ainſi c'eſt un vrai préfent qu'on
fait aux gens de lettres que de leur épargner
la fatigue d'aller chercher des monumens
134 MERCURE DE FRANCE.
dansde vieux Manuscrits où l'on est obligé
de lire, de parcourir du moins cent piéces
inutiles avant que de trouver celles que l'on
cherche. Ce Volume feraun accompagne
ment convenable & même néceſlaire à
I'Hiſtoire de Louis X I. de M. Duclos , dont
le ſuccès a été ſi brillant,
NOUVEAUX Mémoires pour ſervir à
I'Hiſtoire de l'Eſprit & du Coeur , par M.
le Marquis d'Argens , & par Mademoiſelle
Cochois, à la Haye 1745 in 12 , & fe trouvent
àParis chés Guillain Quai des Auguſtins.
On est trop accoutumé à voir ces titres
ambitieux orner le frontiſpice de Livres qui
ne les foutiennent pas , pour s'étonner de ne
trouver ici pour ſervir à l'Hiſtoire du coeur
quedes réflexions ſur l'amitié &un Roman ,
& pour l'Hiſtoire de l'Eſprit des reflexions
fur la critique , des Lettres où ces Ouvrages
ſont loués ,& quelques obſervations ſur
le vuide , ſur la nature de l'air, fur fon
reffort&ſur ſa peſanteur. C'eſt encore beaucoup
: bien des Auteurs ont ſouvent rempli
leurtitre moins dignement ; on connoît
depuis longtems la plume agréable & l'érudition
variée de M. le Marquis d'Argens ,
qui eſt aujourd'hui Chambellan du Roi de
Pruffe. Sans nous arrêter trop longtems fur
les differentes parties de ce Livre, nous di-
:
MARS 1746. 135
rons ſeulement que le ſtyle de Mlle Cochois
fait honneur au maître qui l'a formée. TA
Ily a des choſes très-judicieuſes dans ce
que M. le M. D. dit fur la critique ; if
ſoutient avec raiſon que la bonnne critique
eſt très utile à l'avancement des Lettres ,
mais en convenant de ce principe , il faut
bien entendre ce que ſignifie ce mot : on
entendde nos jours par critique , & M. D.
ne s'éloigne pas de ce ſens , un Cenſeur
mercenaire qui pour piquer la malignité de
ſes lecteurs , s'étudie à chercher les défauts
d'un Livre eſtimable , qui au moyen de
trois ou quatre traits relevés de bonne ou
de mauvaiſe foi dans un grand ouvrage
tourne en ridicule l'Auteur & foulage l'amour
propre des lecteurs du tribut de
louanges qu'il leur auroit coûté. Il arrive
de- là que les gens de Lettres ſont découragés
& que les Lettres font dégradées
non ſeulement par le ridicule que l'on jette
ſur ceux qui les cultivent , mais encore
parce que bien des gens peu inſtruits décidant
légerement les jugent tous comme
s'ils étoient faits ſur le modèle de leurs
cenfeurs : & il arrive la même choſe que
fi l'onvouloit juger des moeurs de la Nation
Allemandepleinede bravoure &de probité,
par les excès que les Pandoures& les Talpaches
ont commis depuis le commence-
1
136 MERCURE DE FRANCE.
ment de la guerre. Mais quand on trouveroit
un Cenfeur auffi éclairé qu'impartial ;
qui ne reprendroit que ce qui mériteroit
d'étre repris , & avecles ménagemens convenables
, il n'en feroit pas moins vrai que
tout ce qu'il pourroit faire feroit d'une inu .
tilité abſolue pour le progrès desArts.
Que ſert- il d'annoncer au public qu'un
ouvrage eſt mauvais , ou que tel endroit eſt
-défectueux ? ille ſçaitauflibienqueleCenſeur.
La critiquedans le ſens où elle feroit
utile , ſeroit un examen raiſonné d'un ouvrage
où l'on montreroit pourquoi cet ouvrage
eſt bon ou pourquoi il eſt mauvais ,
comment l'Auteur auroit pû s'y prendre
pour faire mieux quand il n'a fait que bien ,
quelle reſſemblance il y a d'un morceau
quine fait nul effet dans ſon ouvrage , à un
morceau d'un autre Auteur qui eſt eſtimé
juſtement , en quoidifferent cesdeux morceaux
, en quoi ils ſe reffemblent , & pourquoi
& combien ce qu'ils ont de different
change ce qu'ils ont de ſemblable ; voilà
ce qu'a fait Quintilien que cite M. D. commeun
excellent Critique ;voilà ce qu'a fait
le Grand Corneille dans l'examen de ſes
Tragédies. Mais où peut-on eſpérer de trouverun
pareil homme? Il eſt rare de rencon
trer de grands talens , mais il ſeroit bien plus
étonnant encore de voir un homme né avec
MARS 1746. 137
ees avantages ſe borner au métier de Crititique.
Voilà pourquoi on a fi peu de bons
Livres ſur la Poëtique. Ceux qui ont les
grands talens les cultivent, & ceux à qui
ils manquent font incapables de donner des
préceptes,dont on n'approfondit les raifons
qu'autant qu'on eſt en état de les pratiquer
foi même.
M. D. prétend que pluſieursgens qui ont
bienécrit ont mal jugé ; cela ſe peut , mais
c'eſt qu'ils ne jugeoient pas apparemment
des ouvrages de leurgenre;on cite ici Corpeille,
qui , dit-on, ne jugeoit de ſes piéces
que par l'argent qu'elles lui rapportoient.
Se peut-il quel'on répete ſerieuſement un
pareil conte ? Il peut l'avoir dit , ou pour
ſedébarraſſer d'un importun , ou par raillerie
, ou par tel autre motif: mais peut- on
entirer une induction contre un homme
qui les a jugées avec tant de ſageſſe , &
dequi les examens compoſent uncorps de
Poëtique qui n'a jamais été égalé& ne fera
jamais furpaflé ? Est-il poſſible que l'on ait
pû accufer de manquer de goût un homme
qui en avoit donné des preuves fi éclatantes
? Etrange effet de la prévention ; un
vers de Boileau a entretenu ce préjugé ;
*Tel excelle à rim er qui jugefottement.
On fçait que c'eſt Corneille qu'il avoulu déſigner.
138 MERCURE DE FRANCE.
M. D. le cite comme ſa preuve; ce même
Boileau qui pafle pour un excellent juge ,
verſificateur exact , mais qui mettoit dans
ſes déciſions plus d'humeur que de goût
devoréde l'amour de ſes vers&de lajaloufie
contre ceux des autres , a parlé du Taſſe
avec mépris & de trois hommesde ſon ſiécle
qu'il a eſſayé vainement de rabaiffer , &
qui lui étoient bien ſupérieurs à tous égards,
c'eſt àſçavoir le Grand Corneille , Quinault
& la Fontaine , voilà pourtant l'homme
qui paſſe pour un oracle du goût.
David le jeune Libraire à Paris Quai
des Auguſtins au S. Eſprit vient de recevoir
du Païs Etranger les Livres ſuivans :
Introduction à la Syntaxe Latine, pour apprendre
aifément à compoſer en Latin avec des
exemples de thêmes appropriés à toutes les
régles de la Syntaxe , & proportionnés par
dégrés à la portée des enfans , à quoi lon
ajoûe un abrégé de l'HiſtoireGrecque&Romaine
en faveur des enfans plus avancés
dans la connoiſſance de la Langue Latine ,
avec des regles touchant le genre des noms
Latins , par Jean Clarke, Principal duCollége
de la Ville de Hull , dans le Comté
d'York. Ouvrage traduit ſur la ſixiéme edition
Angloiſe , avec quelques additions &
corrections à l'uſage des Colleges où l'on
MARS
1746. 139
2
parle François , in-8º 2vol. 4 liv, enblanc.
Le même Libraire vient de mettre en
vente , le Traitédu Caſtor , dans lequel on
explique la nature , les propriétés & l'uſage
Medico-Chymique du Caſtorum dans laMé
decine , par Jean Marius , Médecin d'Aufbourg
augmenté des Obſervations de cet
Auteur& de pluſieurs autres Médecins célebres
ſur l'histoire des maladies dont on
n'avoit point encore parlé , & d'un grand
nombre de découvertes , par Jean Francus ,
traduit par M. Eidous , in-12 1. vol. orné
de figures 2. liv. relié.
On trouve chés le même Libraire la
Science de la guerre , ou connoiſſances néceffaires
pour tous ceux qui entreprennent
la profeffion des armes , ouvrage divité en
deux Livres; le premier traite de la fortification,
avec l'analyſe des ſyſtêmes des
meilleurs Auteurs , & les deux nouvelles
manieres de fortifier de l'Auteur. Le ſecond
traite des Opérations d'une armée en campagne
, ſoit en guerre défenſive ou offenfive
, ſuivant lesdifferentes ſituations duPays,
orné de figures in-8 ° . 7liv. relić.
LE ſecond Livre de Fleurettes paroît
&ſe débite chés les Marchands de Mufique.
140 MERCURE DE FRANCE .
:
PRIX proposé par l'Académie de Chirurgie
pour l'année 1747.
L'Académie Royale de Chirurgie propoſe
pour le Prix de l'année 1747 , de déterminer
ce que c'est que les Remedes déterſifs ,
d'expliquer leur maniere d'agir , de distinguer
leurs differentes especes , & de marquer leur
usage dans les Maladies Chirurgicales.
L'Académie defireroit que ceux qui travailleront
ſur ce ſujet , s'atrachaſſent ſurtout
à ranger par claſſe les differens genres
de remedes déterſiſs ſimples & compoſés
, à diftinguer par les differentes qualités
de ces remedes leles diverſes eſpeces
que chaque genre peut renfermer , à prefcrire
les préparations , les formules & Tufage
de ces remedes dans les maladies ſe-
Ion leurs genres , leurs differentes complications
, & les differentes parties où elles
arrivent ; à appuyer leur doctrine ſur l'expérience
& ſur les obſervations des meilleurs
Praticiens .
L'Académie , ſelon les vûes qu'elle s'eſt
propoſées , avertit qu'elle n'adoptera que les
recherches qui peuvent conduire fûrement
dans la Pratique ; elle rejette toutes opinions
, toutes explications purement ingénieuſes
, & tous raiſonnemens qui ne font
fondés que fur des conjectures ou fur des
vraiſemblances,
MARS 1746.
141
Le Prix eſt une Médaille d'or de la valeur
de deux cent livres , qui ſera donnée
à celui qui , au jugement de l'Académie ,
aura fait le meilleur Ouvrage ſur le Sujer
propoſé.
L'Auteur du Mémoire qui remportera
le Prix ſera aggrégé à l'Académie, s'il a fatisfait
aux conditions qu'elle preſcrit.
Ceux qui envoyeront des Mémoires font
priés de les écrire en latin ou en françois ,
& d'avoir attention qu'ils foient fort liſibles,
Ils mettront à leurs Mémoires une marque
diftinctive , comme Sentence , Devife ,
Paraphe ou Signature , & cette marque
fera couverte d'un papier collé , qu cacheté
qui ne ſera levé qu'en cas que la piéce ait
remporté le Prix.
Ils auront ſoin d'adreſſer leurs Ouvrages
francs de port à M. Queſnay Secretaire de
l'Académie de Chirurgie , ou à M. Hevin
Secretaire pour les correſpondances , ou les
leur feront remettre entre les mains.
Toutes perſonnes de quelques qualité &
Pays qu'elles foient, pourontafpirer au Prix ;
on n'excepte que les Membres de l'Acadé
mie.
Le Prix ſera délivré à l'Auteur même ou
au porteur d'une procuration de ſa part ,
l'un ou l'autre repréſentant la marque diftinctive
, & une copie nette du Mémoire .
142 MERCURE DE FRANCE.
Les Ouvrages ſeront reçus juſqu'au dernier
Fevrier 1747 incluſivement , & l'Académie
àſon afſemblée publique de la même année
, qui ſe tiendra le Mardi d'après la Trinité
, proclamera la piece qui aura rempor.
té le Prix.
:
On propose cette Question.
Pourquoi la vûë diſtingue exactement
une ligne droite , quoique la repréſentation
en ſoit courbe ſur le fond de l'oeil.
I
ESTAMPES NOUVELLES,
L paroît nouvellement chés le fieur Tardien
fils Graveur du Roi , trois morceaux de l'Hif
coire de Conſtantin gravés par Tardien pere ,
d'après Rubens ; cette ſuite eſt maintenant complette
de 12 morceaux : les foins que demandent
les gravûres de cetteconféquencene permettant
pas de les faire en peu de tems , l'Auteurn'a pû
répondre plus promptement à l'accueil favorable
que le public a fait aux premieres Estampes de
cette ſuite à meſure qu'elles ont parû. Ces trois
derniers,Sujets font 1o,les Sénateurs délivrés depriſen
par Conftamin. 20. Trophée élevé à ſa Gloire. 30.
La Fondation'de Constantinople: le 1. ſujet eft en large,
les ſecond & troifiéme en hauteur , de ces
12 Estampes 7 font à une livre 15 f. , & sà
18 f.
Le fieur Tardien fils demeure rue S. Jacques
près celle deNoyers à Paris,
MARS 143 1746.
** Le fieur Petit , Graveur , ruë S. Jacques à la
Couronne d'Epines , près les Mathurins , qui continue
de graver avec ſuccès la fuite des Hommes
Illuftres du feu fieur 'Desrochers Graveur ordinaire
du Roi , vient de mettre au jour les Portraits fuivans,
LOUIS PHILIPPE D'ORLEANS DUC
DE CHARTRES , né le 12 Mai 1725 : on
lit ces vers au bas , de M. Moraine.
Malgré tous les plaiſirs d'une aimable jeuneſſe ,
Et les noeuds d'un Hymen formé par la tendreſſe ,
Ce Prince , incapable d'effroi ,
Au milieu des dangers dont Bellone eſt ſuivie ,
S'eft déja fait honneur de hazarder ſa vie ,
Pour cueillir des lauriers ſur les pas de ſon Roi.
LOUISE HENRIETTE DE BOURBON CONTY,
née le 20 Juin 1726 , & mariée avec M. le Duc
de Chartres le 17 Decembre 1743 : les vers qui
font au bas font du même Auteur.
Jeune Princeſſe , ornement de la France ,
Et l'amour d'un Epoux moins grand par ſa naiſſance
Que par fon creur & ſa bonté ;
On ne sçauroit t'offrir un portrait plus fincere ,
Qu'en diſant , tes Vertus & ta rare beauté
Igalent la valeur de ton Illuſtre frere.
CHARLES D'ALBERT DUC DE LUYNES ,
Pair, Connétable &Grand Fauconnier de France ,
144 MERCURE DE FRANCE .
ChevalierdesOrdres du Roi , premier Gentilhomme
de fa Chambre , Gouverneur de Normandie
Iile de France , Picardie &c . mort en 1621 : ae
bas de ce portrait eſt une médaille où eft repré
ſentée une main qui tient l'épée de Connétable ,
accompagnée de palmes &de lauriers ; on lit au
tour ces mots latins , qui me jura vocant & Regisgloria.
ZENON Philoſophe natif de l'Iſle de Cypre
mort à 98 ans : ces vers font au bas,
Severe dans ſes moeurs , grave en ſes entretiens ,
Zenon fut reconnu chefdes Stoïciens ;
2
Dans Athenes comblé de gloire ,
Il eut une Statue une couronne d'or :
Un préſage frivole , une idée illufoire
L'engagerent pourtant à ſe donner la mort.
:
LUCIUS ANNOEUS SENEQUE , originaire
de Cordous en Eſpagne , mort dit-on , à l'â
ge de 120 ans Ces vers font au bas.
Que d'utiles Conſeils , que d'excellents avis ,
Séneque , que d'eſprit on voit en tes écrits !
Și Néron ton difciple & l'Auteur de tes peines
Si ce cruel, ce yicieux ,
Eut été comme toi ſage &judicieux ,
On n'auroit pas coupé tes veines.
Bouque
MARS 1746. 45
BOUQUETà Iris, en lui envoyant des
Immortelles blanches.
DAigne agréer ence jour
Ces fleurs avec mon hommage :
Elles font de mon amour
Et le ſymbole & le gage.
CAT. **
Nadû expliquer
les Enigmes du Mercure de
Fevrier par Bombix , le Confin , Mouche , Carbo
ligneus , & les Logogryphes par Combat &
Charpentier. On trouve dans le premier Co, Ville
d'Arabie , Com , autre Ville dans la Natolie , bật ,
mot , mat . On trouve dans le ſecond Harpe , rente
terre, terrine chipe , , rape , Pair , Chapitre &
chaines :
ENIGME EN LOGOGRYPHE.
Parmi les inventeurs de Loix
Il eſt parlé de moi dans plus d'un paragraphe.
Mais pour me deviner laiſſez le vieux Gaulois ,
Prenez ſoin de m'écrire en nouvelle ortographe,
IG
146 MERCURE DE FRANCE.
Alors j'ai treize pieds. J'attendriffois jadis
Dans les Romans & dans la Tragédie...
J'ai pris place à préſent dans le Pays des Ris
It je touche les coeurs même à la Comédie.
*
Avecun ſigne , une ligne , un paté ,
On peut faire chanter ma tête.
De moi ce chef étant ôté ,
Lecteur , alors je vous apprête
Un nom par qui vous connoîtrez
Tous les objets dont yous l'aurez.
?
:
詭
Ecartez de ce nom une filabe encore ,
Vos ayeux , comme vous ,m'ont pris ſans me ſcavoir.
Tout animal me donne à ce qu'il fait éclore ;
Le plus riche n'a rien avant que de m'avoir.
Mes quatre derniers pieds font choſe fort vul
gaire.
Choſe cependant néceſſaire ,
Surtout à la cuiſine , où fans moi quelquefois
Les plus habiles gens ſe bruleroient les doigts.
C'eſt vainement que d'un air fombre
Vous cherchez par ce mot à vous déterminer.
Retranchez de ce mot encor le premier nombre
Ce qui demeure alors vous reſte à deviner.
MARS 1746 . 147
U
ENIGME.
N trait de plus me rend l'ouvrage
D'un traitde moins , mon cher lecteur ,
Par là j'ai le double avantage
D'être édifice & conſtructeur ;
Premier , je ſuis unique oudu moins je crois l'être ,
Dernier l'on me trouve par tout,
Par tout j'abbats , releve & donne un nouvel étre
Quoiqu'on me maudiſſe par tout .
,
Je pourrois dans mon ſein trouver des mots divers
Italiens , Latins , François; differens termes ,
Mais pourquoi fans raiſon faire de mauvais vers ,
Ilvaut mieux qu'en ceux- ci , lecteur , je me ren
ferme.
Par Mlle. Durand.
J
AUTRE.
E brûle auprès d'une blanche femelle.
Elle expire pour moi quand je brûle pour elle :
Nos déſirs ſont égaux juſqu'à notre trépas ;
Elle entretient mon mal , & fon amour en pleure
د
Gij
#48 MERCURE DE FRANCE.
Si-tôt qu'elle n'eſt plus , mon fort veut que je
meure ;
Je ſurvis un inftant , mais qui ne dure pas.
LOGOGRYPHE.
JEparois en campagne un peu moins qu'à laVille,
Je fuis feul , & pourtant l'aîné de ma famille.
Lecteur , pour me bien deviner ,
J'ai huit pieds qu'il faut combiner.
D'abord j'offre une fleur fort eftimée en France ,
Mais qui ne faiſit point le fubtil odorat.
Le ragoût ſenſuel d'un Gaſcon delicat .
Un lieu commode pour la danſe ,
Et ce qui fait qu'un mur s'abbat .
Chés moi préſide encor une terre étrangere,
D'oùjaillit une eau ſalutaire.
Cequi fert auxOiſeaux pour parcourir les airs.
Ce qui contre d'affreux hyvers ,
Garantit l'indigent dans ſa triſte chaumiere.
Ceque le ſexe feminin
Ne cherche jamais à paroître .
Une amante du Dieu Jupin.
Bref, ce que dans un Camp tout Officier veut être
Auprès d'un Général pour faire ſon chemin.
MARS 1746. 149 -
AUTRE .
I Ecteur, je fais trembler qui contre moi s'ef
crime ,
Quand avec trois de mes enfans
Je deſcends dans l'arêne où leur vertu m'anime :
Souvent mon aggreſſeur devenu ma victime
Eft obligé de battre aux champs .
Avec ſept pieds diverſement j'exiſte :
Je ris aux uns , chés d'autres je ſuis trifte.
Quoi ! ce début allarme ta raifon?
Tu vas me démaſquer par la combinaiſon.
D'abordfois ſur qu'en moi F'on trouve
Ce qu'on ne connoit point , ce qu'on n'a jamais vu
Le fils aîné du tems qui conſtamment éprouve
Le fort de tout mortel , ſans en être abbatu .
Pourfuis ; on trouve encor ce dont tout ſecretaire
Ne pourra jamais ſe paſſer .
Un mot qui ſert à caractériſer
Un Prêtre de ſecte étrangère.
Ceque dans le danger ſouhaite un nautonier ,
Ce dont n'approchent point cocher ni palfrenier .
Un nombre enfin , efficace reſſource
De qui peut en Ducats le tenir dans ſa bourt.
:
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
-
H
AUTRE.
Uit lettresde mon nom vous donnent une
idée;
Par differens ſujets ma nature eft guidée.
Je vais vous démontrer mon horrible produit ;
Les divers animaux dont mon corps eft conftruit.
Sans être cependant ce Dragon à ſept têtes ,
Je renferme en mon fein ſept differentes bêtes ,
Dont lemanége eſt dangereux.
Je vois d'abord ce monftre fabuleux
Qu'on nous repreſente vorace ,
Qu'on nous dépeint avec la feminine face ;
Le corps ſemblable à celui des Vautours ,
O la merveilleuſe effigie !
L'animal qui nous tend la patte de velours :
Lecteur , qu'en penſe tu? ma foi , fi je m'y fie.
Sa femelle eſt après auſſi fine que lui ,
Du peuple fourriquois le cruel ennemi ;
Race ſujette à la rapine ,
Qui d'ordinaire tient fon fort dans la cuiſin.e
Un habitant de l'air , ce ruſé rapineur,
Etde notre caquet fidéle imitateur .
Un terrible Marin ſujet au brigandage ,
Etdont on craint fort l'abordage.
0
三二三
:
MARS. 1746.15
-
En Latin l'animal juſte ſujet d'horreur ,
Et l'énorme habitant de l'obſcure Erimante ,
Qui jette partout l'épouvante
Et fait trembler le Laboureur.
C'eſtaffés meportraire, adieu ,mon cher lecteur.
A
ÆNIGMA.
Mbulo larvatum ; fi quis mihi toliere larvam
Norverit ; hen ! pereo. Sim quid , amice , vides.
XXXXXX
V
CHANSON.
Ous jouiffez d'une beauté ſuprême ,
Et l'on ne peut vous voir , Iris , qu'on ne vous
aime ,
Mais vous craignez ſi fort d'aimer à votre tour
Que vous me défendez juſques au mot d'amour .
Gardons , puiſqu'il le faut , cette triſte défenſe ;
Mais n'entendez vous pas ces aimables aveux
Qu'un tendre regard commence ,
Que finit un tendre filence ,
Et qu'on ne fait parler qu'aux yeux?
Ginj
132 MERCURE DE FRANCE.
VAUDEVILLE.
Tandis que dans nos bois
Nous goûtons un fort paiſible ,
Le plus aimé des Rois
Eftpartout invincible.
Sa grandeur eſt ſans fard;
Sa valeur toujours fûre
Aſſervit le hazard ,
Dompte l'Art ,
Soumet la Nature.
L
SPECTACLES .
OPERA .
'Académie Royale de Muſique continue
les répréſentations d'Armide avec
un ſuccès qu'on n'eſperoit pas de la flotante
incertitude du goût du ſiecle. Il paroît aux
aplaudiſſemens & à l'affluence continue des
auditeurs que les Novateurs en Muſique
n'ont pas encore ſubjugué les Lulliſtes & que
l'Auteur de l'harmonie aimée du coeur avoit
ر
MARS 1746.353
encore bien des oreilles dans ſon parti. Si .*
le ſchiſme régne dans nos Concerts , il n'a
pas ſoumisentierement le Théâtre Lirique.
Nous pourions nous étendre loin ſur ce ſujet
,& raiſonner long-tems ſans ſuperfluité
fur l'injuſte prévention des différentes ſectes
des Amateurs de la Muſique , mais ce ſeroit
raiſonner bien inutilement. Nous aurions
affaire à des diſputeurs qui ne connoiffent
pas les argumens reguliers & qui n'apportent
jamais pour preuve de leurs opinions que les
fillogiſmes des Marquis de Moliere , cela eft
détestable , parce que cela eſt déteſtable.
Interrompons nos reflexions pour rendre
àMlle. Mets la juſtice qui lui eſt due au ſujet
du rôle d'Armide qu'elle a joué le Mardi
huit Mars avec un applaudiſſement géneral.
Elle amis dans ſon jeu toutes les nuances
que les divers mouvemens exigeoient. Ce
n'étoit point une Actrice qu'on admirois
tranquilement , c'étoit Armide elle-même.
animée du feu de l'amour & accompagnée
de toutes les graces de la jeunelle , qui tiroit
des yeux attendris des ſpectateurs des lar
mes plus flateuſes encore que les applaudiſſemens.
Ce premier ſuccès a été ſoutenu &
redoublé dans les repréſentations ſuivantes.
La même Mile. Mets ajoué dans le même
Opéra d'Armide le Vendredi 18 Mars un
ôle qui lui attira de nouveaux & nombreux
G
154 MERCURE DE FRANCE.
applaudiſſemens , qu'elle eut l'honneur de
partager avec un véritable Héros , plus digne
des tributs dela Rénommée que lePaladin
fabuleux du Taſſe.
Mlle. Chevalier rempliſſoit le perſonnage
d'Armide avec ſon ſuccès ordinaire , &
Mlle.Metsjouoitdans le Prologne le rôle de
laGloire.
M. le Maréchal Comte de Saxe de retour
de l'armée & de la Cour , reçut en
defcendant de carroſſe les premiers kommages
du public reconnoiffant qui par des
acclamations &des applaudiffemens redou
blés lui témoigna la joye qu'il avoit de revoir
le Vainqueur de Bruxelles avec une
ſanté parfaitement rétablie. La France a
l'obligation de cet heureux rétabliſſement à
la capacité , au zéle & aux foins de M. de
Sénac , Medecin confultant du Roi , de l'Abbaye
Royale de S. Cyr , & de l'Hopitalde
ła Charité de Verſailles.
M. le Maréchal Comte de Saxe en entrant
au Balconde l'Opéra fut célébré unanimement
avec les mêmes acclamations &
les mêmes applaudiſſemens par la brillante
aſſemblée qui l'attendoit avec impatience.
C'eſtainſi que lesCéſars étoient fêtés au retour
de leurs fameuſes expeditions par le Senat &
le PeupleRomain. Mile. Mets qui ce jour-la
répréſentoit laGloire dans lePrologued'Ar
MARS 1746. 155
mide , illuſtra ſon rôle en préſentant la couronne
de laurier qui en étoit le ſymbole , à
M. le Maréchal Comte de Saxe. Cet évenement
attira les juſtes applaudiſſemens des
ſpectateurs , jamais on n'en a vûde plus unanimes
, & la jeune Actrice fut fort louée d'avoir
rempli & à propos les fonctions de la
Gloire.
Le Jeudi trois de ce mois on a répréſenté
ſur le Théâtrede Verſailles Zelifca Comédie
Ballet en trois actes , avec des intermedes
mêlés de chants & de danſes .
Cette piéce eft de M. de la Noiie , Acteur
François , connu par des ſuccès tant ſur ſon
Théâtre ou il a donné Mahometſecondque
ſur celui des Italiens ou il a produit le retour
de Mars petite Comédie ſemée de traits
enjoués & fins,
La Muſique des Intermedes eſt deM.
Jeliotte , excellent Acteur de l'Académie
Royale de Muſique ; on a ſouvent vû furle
Théâtre François& ſur l'Italien des Acteurs
devenus Auteurs , mais le Théâtre Lyrique
n'en avoit point encore produît qui réunit les
deux talens.M.Jeliotteſi accoûtumé à enlever
tous les ſuffrages , quand il exécute & embellit
les ouvrages des autres , a reçu commeAuteur
les applaudiſſemens qu'on lui prodigue
chaque jour commeActeur; fa Mufique
àplu univerſellement aux gens de goût
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
&méme elle a réuni les ſuffrages des partifans
des deux differentes ſectes qui ſe ſont
introduites dans la Muſique depuis un certain
tems. En généralelle eſt agréable, fans
être commune , neuve ſans être bizarre &
travaillée fans être confuſe. L'éxecution a
parfaitement bien répondu au mérite de
l'Ouvrage , & s'il faut donner de juſtes éloges
à ceux qui l'ont éxécuté , il ne faut pas
moins louer l'attention du Compofiteur qui
travaillant pour les voix qu'il employoit a
fçuſe porportioner à leur étendue , & à leurs,
differentes propriétés. Cet exemple& le fuccès
qui l'a ſuivi , ſont unegrande leçondont
tous lesCompoſiteurs devroient profiter. II
n'eſt que trop ordinaire de les voir négliger
abſolument cette partie; paſſons au ſujetde
la Comédie.
Zeliſca eſt une Princeſſe aimée par deux
freres, fils d'une Fée puiſſante qui les a doués
bien differemment, l'un eſt Enchanteur &
poffede tout l'art des Urgandes & des Meluſines.
Il attaque le coeur de Zeliſca avec
les merveilles pompeuſesde laMagie. L'autre
n'emprunte pour ſe faire aimer que le
ſecours ſimple de la Nature, & a le pouyoir
dedétruire tous les enchantemens par
ſa ſeule préſence ; Zeliſca paroît dans lepremier
Acte incertaine du choix qu'elle doit
faire. Un Oracle écrit en lettres lumineuſes
MARS 1746.57
!
lui prédit qu'elle doit accorder ſa tendreſſe
à l'amant qui lui offrira le Spectacle le
plus flateur. Cet Oracle fait préſumer au
Prince Enchanteur un triomphe certam , &
pour hater ſa conquête , il appelle une troupe
d'Enchanteurs qui forment la premiere Fête
, conduite par un Ordonateur répréſenté
parM. de Challé , qui célébre ainſi les preftiges
de la Magie.
Rien ne ſuſprend , rien ne limite
Les efforts d'un Art Enchanteur.
L'Univers en repos , la Nature en fureur
N'a point d'effets qu'iln'imite.
Avare de ſes dons la fterile Nature
Les diſperſe en des lieux divers :
Aimable fils de l'impoſture ,
! :
د
L'Art aux voeux des Mortels tient fes trefors ou
verts,
Et dans le même eſpace ,
Il raffemble , il ſurpaſſe ,
Les beautés de tout l'Univers.
Le Choeur repete les quatre premiers
vers d'une harmonie qui a obtenu le ſuffragedes
connoiffeurs.Enſuite unGenie chante
ces paroles galantes fur un air très gracieux
. Ce Genie eſt M. Poirier ordinaire de
la Muſique du Roi.
138 MERCURE DE FRANCE.
5
G'eſt dansvos yeux qu'il allume ſa flamme ,
GeDieu dontvous n'oſez éprouver les douceurs.
Pourquoi lui refuſer l'empire de votre ame
Lorſqu'il vous fait regner ſur tous les cooeurs ?
Beautés ſouveraines ,
G'eſtdevos mains qu'il prend ſes traits vainqueurs
Vous verſés en formant nos chaines
Ou ſes plaiſirs ou ſes rigueurs.
Le niême Intermede finit par un ſecond
choeur.
Dans le deuxieme Acte le coeur deZeliſca
n'eſt pas encoredéterminé. Cependant
on s'apperçoit à quelques ſentimens ingenus
&délicats que la Nature à la fin l'emportera
ſur l'Art,malgré la deuxieme Fête offerte
par le Prince Enchanteur , où M. de Laval
Compofiteur des Ballets de la Cour a déployédans
un pas de cinq tous les agrémens
de la danſe. Ce pas de cinq eſt exécuté
par M. D. Dumoulin répréſentant
P'Amour. M. Malter troiſiéme repréſentant
Zephire , Mlle. Sallé repréſentant Flore ,M.
Pitro repréſentant un Faune , & Mite, Lionois
repréſentant une Driade , on trouve
pourtant un défaut à cette derniere , c'eſt
qu'on dit qu'elle n'a pas l'air du perſonnage
champetre qu'elle repréſente, & qu'elle a
MARS 1746. 159
T
plus la phyſionomie d'une Grace que d'une
Driade. Nous nous flatons que nos continuelles
reflexions en faveur des Ballets Pantomimes
engagent inſenſiblement les habiles
Compoſiteurs à imaginer des danſes mieux
deſſinées que les anciennes , & que cette
partie de nosOpérajuſqu'ici négligée &trop
bornée , deviendra bien-tôt plus variée , &
Pittorefque. Nous en avons vu un agréable
échantillon ſur le Théâtre Italien dans l'Intermede
du premier Acte de la Comédie
du Plagiaire. Ce joli tableau étoit un véritable
Vateau.
Le ſecond Intermede de Zeliſca raffem
ble encore d'autres beautés ; Mile, Camargo
ydanſe. M. Jeliotte Compoſiteur de la
Muſiqueyy chante ces jolis vers s , où les aî
les de l'amour ſi ſouvent alleguées pour fi
gnifier l'inconſtance, font ici employées d'u
ne façon ingenieuſe & neuve.
Ici les ris , les jeux
Forment les chaînes les plus belles ;
Il n'eſt point d'Armans malheureux ,
Il n'eſt point d'Amans rebelles.
Un deur ,
Un foupir
Adoucit les plus cruelles ,
Et fi l'Amour a des aîles
C'eſt pour voler vers le plaifir.
16. MERCURE DE FRANCE.
Enfin Zeliſca dans le troiſieme Acte fe
rend à l'aimable Prince qui n'a emprunté
contre fon indifference que les agrémens
donnés par la Nature, elle lui avoue ſa
défaite. On trouve que l'Oracle qu'il craignoit
ne lui étoit point contraire. Sonvéritable
ſens eft découvert& le ſuccès prouve
quele Spectacle le plus flateur eſtde voir l'amourfatisfaitdans
les regards de l'objet qu'on
aime ; l'Amant préferé donne pour fête à
Zeliſca le Spectacle du triomphe d'un Berger
&d'uneBergere dont la tendre fidelité
eſt courronnée par les heureux habitans
d'une Campagnetranquille, foumiſe aux loix
de l'innocence. Ces deux Amans champêtres
chantent une ſcene& un Duo parfaits.
Cela n'eſt pas étonnant , puiſque ce morceau
eft exécuté parM. Jeliote & par Mlle.
le Maure toujours elle-même.
Le charmant payſage où ſe donne la fête
eſt terminé parun riantcoteau d'où def
cendent ſucceſſivement des troupes des Bergers
heroïques & des Paſtres , qui forment
desdanſes variées. On y admire les graces
nobles de M. Dupré , on eft charméde revoir
Mile. Sallé , Mlle. Camargo , & les
habiles danſeurs &danſeuſes qui ont orné
les premiers Intermedes. On eſt charmé
de compterdans la troupes des Paſtres l'aimable
petite Puvizée accompagnée d'un
MARS 1746. 161
jeune danſeur , fils de M. Laval Compofiteur
des Ballets du Roi , & quels progrès ne
fera t-il pas ſous unſi bon maître !
Nous nepouvons mieux terminer cet extrait
que par le Vaudeville que l'on chante
à la findu troiſiéme Divertiſſement , on en
trouvera l'airgravé avec la Chanſon du mois.
L'or & l'éclat pompeux
Ici ne nous touchent gueres :
Dans cet azile heureux
On ne ſongequ'à plaire.
Notre bonheur ne part
Que d'une ſource pure.
Notre amour eft fans fard
Tout notre Art
N'eft que la Nature.
i
II.
Du deſtin le plus doux
Chaque Berger eſt le maître,
Un tréſor eft en nous
Pour qui ſçait le connoître.
Lecoeur eft cetréſor ,
Que debiens il procure!
Voulez vous voir encore
L'âge d'or ?
Suivez la Nature.
Vous qui feignez d'aimer
: 1
,
162 MERCUREDE FRANCE
Etne cherchez qu'à feduire ,
Croyez vous nous charmer ?
Le coeur ſçait nous inſtruire ;
Le ferment, le régard ,
Chés vous tout eſt parjure.
Bien-tôt on voit le fard;
Jamais l'Art
Ne rend la Nature.
1 V.
Tandis que dans nosbois
Nous goûtons un fort paiſible
Le plus aimé des Rois
Eſt partout invincible :
Sa grandeur eft fans fard ;
Sa valeur toujours fûre
Afſfervit le hazard ,
Dompte l'Art ,
Soumet la Nature.
:
On a donné le Jeudi dix Marsune deuxiéme
Repréſentation de cette Comédie
Ballet qui malgré un des plus vilains jours de
l'hyvera conduit à la Cour biendes curieux
de la Ville.
Voici une lettre que nous venonsde recevoir
de M. de la Noüe Auteur de Zeliſca.
Meffieurs avant que vous avez donné au
public l'Extrait de la Comédie Ballet de
Zeliſca , repréſentée pour laſeconde fois
MARS 1746. 165
Verſailles devant leurs Majeſtés , Jeudi der
nier, dix Mars j'ai cru qu'il étoit de mon de
voir de vous avertir que dans le total des
divertiſſemens , il y avoit deux airs qui n'étoient
pas de macompoſition. Le premier
eſt audeuxiéme Intermede , c'eſt un choeur
alternatif chanté par Mlle, Bourbonois qui
commence par
Dans ces beaux lieux
Quels biens vont éclore. &c.
Le ſecond ſe trouve dans le troiſieme In
termede , c'eſt une Parodie de la chacone
chantée par Mlle. Fel, qui commence& fi
nitpar ces vers.
:
こ
L'amour dans ces lieux
Couronne vos feux. &c.
La difficulté de travailler ſur des cario
vas augmente encore le mérite de ces deux
morceaux. J'avoue qu'ils ne ſont pasde moi.
Le reſte du divertiſſement auſſi bien que la
Comédie m'appartient tout entier, &je fuis
ſeul reſponſable des fautes qui s'y trouvent
la vérité & les conſeils de mes amis m'ont
obligé à vous donner cet éclairciſſement
que je vous prie de rendre public.
J'ai quelques réflexions à vous communiquer
fur la fureur que l'on a aujourd'hui de
dépoſſeder de leurs Ouvrages la plupart
164 MERCURE DE FRANCE.
des véritables Auteurs , pour les attribuer à
d'autres. Cefera , je l'eſpere , pour leMercute
du mois prochain , j'ai l'honneur d'être ,
&c.....
Nous connoiffons quelques Auteurs qui
n'écriroient pas une ſemblable Lettre ſans
tecevoir des dementis bien authentiques.
COME'DIE FRANÇOISE.
Les Comédiens François ont ſouvent donhé
enſemble l'Oracle & le Magnifique ,
deuxtrès jolies Piéces d'un Acte , appartenantes
incontestablement à leurs Auteurs ,
fans aucune revendication.
Le Dimanche 13 Mars , on a donné à la
Comédie Françoiſe un feu d'artifice intitulé
le Deluge Univerſel le rideau du fond du
Théâtre repréſentoit ce funeſte évenement.
COMEDIE ITALIENNE.
Le Jeudi dix Mars on a donné la pres
miere repréſentationde la Coquettefixée,Comédie
en trois Actes , qui a été ført ap.
plaudie; on en donnera l'Extrait le mois
prochain..
Le Samedi 29 les Commédiens Italiens
donnerent pour la clôture du Théatre la
Coquette Fixée & l'Epreuve , Comédie de
1
!
MARS 1746. 165
M.de Marivaux ſouvent repriſe &toujours
avec le ſuccès d'une nouveauté.
M. Riccoboni prononça le Compliment,
&nous avons cru faire un préſent agréable à
nos lecteurs en le leur mettant ſous les yeux.
COMPLIMENT pour la clôture du
Theatre Italien.
MRs, jamais dans notre Theatre celui qui l'honneur parler au public
le jour de la clôture , ne s'eſt trouvé dans
une occafion aufli favorable & auſſi flateuſe
qu'elle l'eſt aujourd'hui pour moi.
A la fin des années précédentes nous nous
occupions à vanter notre zéle pour le public
, parce que rien ne nous afſfüroit qu'il
eût été remarqué. Nous rendions graces
aux ſpectateurs de leur indulgence , mais
hélas ! c'étoit une indulgence ſtérile qui ne
pouvoit fatisfaire que notre zéle; quelle
difference aujourd'hui, Mrs. je puis avec une
véritable joye me rappeller vos bontés pour
nous dans toutes les nouveautés , ſoit Italiennes
, ſoit Françoiſes, que nous vous avons
préſentées, vous nous avez applaudis , c'étoit
beaucoup ; mais vous avez conſtamment
ſuivi notre Spectacle , vous y étes
166 MERCURE DE FRANCE.
venus en foule , c'eſt remplir tous nos
ſouhaits. C'eſt nous perfuader qu'il y avoit
dans vos applaudiſſemens quelque choſe de
plus que de l'indulgence , pardonnez-nous ,
Mrs , ce petit mouvement d'amour propre ,
il ne fera que nous attacher davantage ànos
devoirs envers le public.
Laderniere de nospiécesnouvelleseſt celle
qui nous a produit les plus nombreuſes &
les plus brillantes afſemblées. Cet heureux
ſuccès bien loin d'exciter la vanité de l'Auteur
aréveillé ſa modeſtie; il m'avoit chargé ,
Mrs , de vous faire ſentir dans ce remerciment
, qu'il ne comptoitdevoir les marques
d'approbation dont vous avez honoré for
ouvrage qu'à votre ſeule complaiſance
mais nous voyons trop clairement qu'en
applaudiſſant la Coquette fixée vous n'avez
montré de l'indulgence que pour les Acteurs
, & pour l'Auteur que de la juſtice,
Continuez , Mrs ; tout vous aſſure que nous
ferons toujours les mêmes; fi notre zélene
s'eſt point démenti lorſqu'il n'étoit pas heureux
, quelles nouvelles forces neprendrat-
il pas lorſqu'il ſe verra récompenfé !
Ce Compliment judicieux eſt de la compoſition
de M. Ricoboni qui l'a récité& a
été fort applaudi par une très- nombreuſe
aſſemblée.
MARS 1746. 167
a
LaCoquette fixée est uneComédie élégan
ment écrite, &dont le ſtyle naturel & léger
n'eſt point infectéde la contagion du néolo,
giſmemoderne. Sonſuccès eſt brillant , & il
eſtmérité ; elle étoit ſuivie d'un Ballet Comique
& varié deſſiné par M. Ricoboni , &
ce Ballet prouve qu'il eſt auſſi bien avec
Terpſicore qu'avec Thalie.
M. Balleti & l'aimable Coraline danſerent
une entrée de Pierrot &de Perrete ,
tantôt avec Arlequin tantôt avec le Compofiteur
lui même , quia extrêmement amuſé
des ſpectateurs. I.e Polichinel exécuté par
M. Thomaſſin y a fait briller ſa légereté,
& la charmante petite Camille exécuta un
pas de trois avecMrs Dubois & Duval , qui
aété fort applaudi .
L'Académie Royale de Muſique donna
le Samedi 26 Armide pour laclôture de ſon
Théatre ; & les Comédiens François la
-Merope de M. de Voltaire ; lestrois Théatres
furent auffi pleins que s'il n'y avoit eu
qu'un Spectacle à Paris.
COMEDIES, Concerts & Ballets de la Cour.
Le Mardi 1. Mars , les Comédiens François
repréſenterent ſur le Théatre du Châ168
MERCURE DE FRANCE,
reau Alzaide & le Galand Jardinier.
Le Mercredi 2 les Comédiens Italiens
jouerent ſur le même Théatre les Contretems.
Le même jour & le Jeudi 3 , M. Benoît
Maître de Muſique de la Cathédrale de
Chartres , fit chanter pendant la Meſſede
leurs Majestés le Pſeaume Deus nofter &c.
Le Vendredi 4 & le Samedi 5 , M.
Benoît fit chanter pendant la Meſſe de leurs
Majestés pour la ſeconde fois lePleaume
Mifericordias Domini cantabo.
Le Samedis on exécuta en Concert chés
la Reine le Prologue & la ſeconde entrée
du Ballet de l'Europe Galante.
Le Lundi 7 , on exécuta en Concert la
troifiéme & cinquieme entrée de l'Europe
Galante.
Le Mardi 8 les Comédiens François repréſenterent
fur le Théatre du Château la
TragédiedeRodogune & le Port de Mer,
Le Mercredi , les Comédiens Italiens
jouerent fur le Théatre du Château les Fofies
de Coraline ſuivies d'un Ballet.
Le Jeudi 10 Zeliſta ſeconde repréſentation.
Le Vendredi 11 & le Samedi 12 M.
Crétien Ordinaire de la Muſique du Roi
âgé de 16 à 17 ans ayant été Page de la
Muſique ſous feu M. Campra , fit chanter
pendant la Meſſe de leurs Majestés un
Motet
MARS 1746. 169
ANCI
Motetdeſa compoſition ,dont toute laCour
futfatisfaite.
Le Mardi 15 les Comédiens François
repréſenterent ſur le Théatre du Château
l'Enfant Prodigue & l'Ami de tout le monde.
Les Comédiens Italiens jouerent ſur le
Théatre du Château le Mercredi 16 lesdeux
Anneaux Magiques.
Le Jeudi 17 on exécuta fur le grand
Théatre des Ecuries le Séjour de la Felicité,
Ballet en trois Actes & un Prologue. Les
paroles en ſont de M. Roi, & laMuſique
de Mrs Rebel & Francoeur ; leBallet deM.
Laval : on endonnera l'extrait le mois prochain.
Le Samedi 19 on exécuta en Concert
chés la Reine un divertiſſement de M. de
Bury Survivancier de M. de Blamont en la
charge de Maître de Muſique de la Chambre
du Roi; les paroles font de Mile
de Luſſan.
Les Acteurs du divertiſſement font , la
Nymphe de Verſailles Madame Lalande ,
une Driade & une Bergere Mlle Fel , un
Berger M. Poirier.
LeLundi 21 Mars on exécuta enConcert
chés laReine le Prologue & le premier Acte
de l'Opéra de Martheſie de Mrs Roi &
Deſtouches.
Le Mardi 22 les Comédiens François
H
10 MERCURE DE FRANCE,
repréſenterent fur le Théatre du Château
la Tragédie de Policucte & l'Impromptu de
Campagne ; la Dile Cammaſſe Danfeuſedu
Roi de Pologne Duc de Lorraine à danſé !
entre les deux piéces & après la petite
avec beaucoup de graces & de légereté.
Le Mercredi 23 M. Camus Page de la
Muſique de la Chapelle du Roi & eleve de
M. l'Abbé Madin Maître de la Muſique du
Roi fit chanter devant leurs Majeftés le
Pleaume Qui confidunt in Domino &c. Motet
de fa compofition. Cet Auteur n'a pas
15 ans& en a déja fait chanter deux devant
Įçurs Majestés,
Le même jour Mercredi 23 les Comédiens
Italiens jouerent fur le Théatre du
Château la Coquette fixée , piécce nouvelle
en trois Actes , ſuivie du Diable boiteux &
du Ballet des Berceaux.
Le Jeudi 24 on exécuta à la Meffe de
leurs Majestés le même Moter de M. le Ca
mus Page de la Muſique de la Chapelle.
L'après midi on exécuta pour la ſeconde
fois fur le Théatre des Grandes Ecuries le
Ballet de la Félicité.
Le Samedi 26 on exécuta en Concert
chés la Reine le Prologue & le ſecondAcfe
du Baller des Elémens. M. le Page nouvellement
de la Muſique de la Chambre
du Roi chanta les Rôles de bafle , & M.
MARS 1746. 171
Benoît une Cantatille de ſa compofition ,
Le Lundi 14 Fevrier les Pages de la
Reine ont donné un bal ; ils en ont fait les
honneurs de maniere que beaucoup de Seigneurs
&de Damesde la Cour qui y avoient
été invités en ont été extrêmement contents.
Les rafraichiſſemens y furent ſervis en
abondance , & le tout s'eſt paffé dans un
ordre qui eſt peu ordinaire dans des affem..
blées nombreuſes.
La Reine a eu la bonté de leur témoigner
qu'elle étoit très - contente du rapport qui
Jui en avoit été fait.
EXPLICATION de l'Enigme dy
premier volume de Décembre,
L'Enigmeeſt devinée ;
Ce n'eſt plus un ſecret;
Charmante Iris , pour la fin de l'année
L'on a voulu vous donner un Bouquet.,
5.
20
172 MERCURE DE FRANCE,
ややや
JOURNAL DE LA COUR , DE PARIS,
&c.
E 27 Février premier Dimanche du
LCarême le Roi &la Reine accompagnés
deMonſeigneur le Dauphin , de Madame
la Dauphine & de Meſdames de France
entendirent dans la Chapelle du Château
deVerſailles la Meſſe pendant laquelle le
Te Deum fut chanté en actions de graces de
la priſe de la Ville de Bruxelles.
L'après-midi leurs Majeſtés accompagnées
de même entendirent la prédicationdu Pere
Neufville de la Compagnie de Jeſus. La
Reine accompagnéedeMonſeigneur le Dau
phin& de Mefdames entendit le 2 de ce
mois le Sermon du même Prédicateur.
Le Comte de Waffenaer que la République
de Hollande anommé fon Miniſtre
Plénipotentiaire auprèsdu Roi étant arrivé
à Paris le 20 du mois dernier eut à Ver.
ſailles le 27 une audience particuliere du
Roi. II y fut conduit ainſi qu'à celles de la
Reine , de Monſeigneur le Dauphin , deMadame
la Dauphine&de Meſdamesde France
par M. de Verneuil Introducteur des
Ambaſſadeurs,
E
173 .
MARS 1746. 7
Les troupes qui compoſoient la garnifon
de Bruxelles en ſont ſorties en trois Divifions
le 23 du mois dernier&les deux jours
ſuivans. Le Maréchal Comte de Saxe eſt
entré dans la Ville le 25 ; il ya fait chanter
le Te Deum, & il a été complimenté
par les Magiftrats de la Ville. Le Comtede
Lowendalh Lieutenant Général a été choisi
par le Maréchal Comte de Saxe pour commander
dans Bruxelles ,&le Vicomte du
Chayla Lieutenant Général commande dans
Louvain.
Le Roi ayant écrit à l'Archevêque de
Paris pour faire rendre à Dieu des actions
degraces folemnelles de la priſe de la Ville
de Bruxelles on chantale 3 de ce mois dans
l'Egliſe Métropolitaine de Te Deum auquel
l'Abbé d'HarcourtDoyen duChapitre officia.
Le Chancelier de France accompagné de
pluſieurs Confeillers d'Etat & Maîtres des
Requêtes y aſſiſta ainſi que le Parlement , la
Chambrede Comptes , la Courdes Aides &
leCorps de Ville qui y avoient été invités
par le Marquis de Dreux GrandMaître des
Cérémonies.
Le foir on tira un feu d'artifice dans la
Place vis-à-vis de l'Hôtel de Ville lequel fut
illuminé , & ily eut des illuminations dans
toutes les rues.
Le même jour les 52 Drapeaux & les3
Hij
174 MERCURE DEFRANCE.
Etendarts des Bataillons & Efcadrons -faits
prifonniersdeguerre dans la Ville de Bruxelles
& que le Maréchal Comte de Saxe a
envoyés au Roi par M. de la Maſſais Colonel
du Régiment de Piedmont furent portés
à l'Egliſe Métropolitaine avec les céré
monies ordinaires .
Le 4de ce mois le Pere Geoffroy l'un
des Profeſſeurs de Rhétorique du Collége
de Louis le Grandy prononça un Diſcours
Latin très - éloquent dans lequel il pronva
que les ſuccès de la derniere Campagne font
un heureux préſage de ceux de la Campagne
prochaine. L.Aſſemblée étoit compoſee du
Nonce du Pape, de pluſieursArchevêques
& Evêques & d'un grand nombre de perſonnes
de distinction.
Le 6 ſecond Dimanche du Carême le
Roi & la Reine entendirent dans la Chapelle
du Château la Meſſe qui fut chantée par
la Muſique.
L'après-midi leurs Majeſtés accompagnées
de Monſeigneur le Dauphin &de Meſdames
de France aſſiſterent à la prédication du
Pere Neufville.
Le 4 le Roi & la Reine entendirent le
Sermon du même Prédicateur.
Le Lundi au foir 7 de ce mois le Roi
alia à l'ancien Cabinet des Médailles , pour.
y voir les Machines & Inftruments qui fer-
T
MARS 1746. もうす
2.
vent depuis deux ans aux Leçons de Phyfi
que expérimentale que M. l'Abbé Nollet
a l'honneur de faire à la Cour tant pour
¡ Monſeigneur le Dauphin que pour Madame
la Dauphine & pour Meſdames de France ,
& cet Académicien répeta les fameuſes &
nouvelles expériences d'Electricité en pré
fence de Sa Majeſté qui en parut égale
ment ſurpriſe & fatisfaite.
Le même jour la Reine voulut voir le
nouveau Phénoméne Electrique communi
qué par M. Muſchenbrock de Leyde , &
dont nous avons fait mention dans notre
dernier Journal : de toutes les expériences
que M. L. N. fait entrer dans fes Cours
c'étoit la ſeule que S. M. n'eut point vûe.
Le Dimanche ſuivant M. L. N. par ordre&
en préſence du Roi fit dans la grande
Galerie du Château les nouvelles expériences
d'Electricité ſi célébres; entr'autres , il
fit ſentir d'un ſeul coup & fubitement la
commotion électrique à cent quatre- vingt
perſonnes qui formoient une chaîne en ſe
tenant par la main.
Le 13 troiſſeme Dimanche du Carême
le Roi & laReine entendirent dans la même
Chapelle la Meſſe chantée par la Muſique.
L'aprés-midi leurs Majeftés accompagnées
deMonſeigneur le Dauphin , de Madame la
Dauphine& de Meſdames de France affifte-
Hij
176 MERCURE DE FRANCE.
rent au Sermon du même Prédicateur.
Le , & le 16 la Reine entendit le Sermon
du même.
Le Maréchal Comte de Saxe arriva à
Verſailles le 13 , & il eut le même jour
l'honneur de ſaluer le Roi qui l'a reçû très
favorablement. S. M. lui a accordé les
grandes entrées.
Le 20 quatriéme Dimanche du Carême
le Roi & la Reine entendirent dans la même
Chapelle la Meſſe chantée par la Muſique.
L'après-midi leurs Majestés accompagnées
de même aſſiſterent au Sermon du
même Prédicateur.
Le 18 & le 23 la Reine entendit le Sermon
du même,
LETTRE de M. L. *** Chanoine de
Notre-Dame,à M. de la Bruere l'un
des Auteurs du Mercure.
Ous me
V
faites un véritable plaifir ,
en vous addreſſant à moi pour
vous fournir de quoi parler dans vos Mémoires
de M. l'Archevêque de Paris que
nous venons de perdre. Je ſaiſis avec empreſſement
cette occafion de payer àla Mémoire
de ce reſpectable Prélat la reconnoiſſance
que je lui dois des bionfaits qui
MARS
1746. 177
7
ont accompagné la confiance dont il m'a .
honoré.
Son nom est connu de tout le monde
& ſaMaiſon eſt établie enProvence depuis
plus de ſept fiécles , par l'échange qui fut
fait par ſes ancêtres du reſte de leur Souveraineté
de Vintimille avec des Dignités ,
des Gouvernemens & des Terres que le
Comte de Provence leur donna dans ſon
Pays.
-Son ſur-nom de Marſeille appartient à
ceux de cette Maiſon qui deſcendent comme
lui d'Emmanuel de Vintimille & de
Sibille de Marſeille d'Evenes ſooeur de Guillaume
de Marſeillode Signe ,lequel mourut
fans enfans , & obligea par ſon Testament
ceux de ſa ſoeur & leur poſtérité de porter
le nom & les armes de Marſeille , avec
cettedifference cependant que l'aînéde cette
Maiſon ſe nommoit de Marseille des Comtes
de Vintimille , & que les branches du
Luc , de Seifion , & de Figaniere fe nom.
moient de Vintimille des Comtes de Marfeille.
C'eſt enconféquence de ces faits que le
fils de M. le Comte de Vintimille &de feue
Mlle. de Mailly fon épouſe , né en 1741 ,
& qui eſt l'arriere-petit-neveu de M. l'Archevêque
, a été nommé le Comte de Marfeille.
Hv
178MERCURE DE FRANCE
Ce Prélat a répondu à cette haute naif
fance par des manieres nobles , généreuſes
&douces , avec leſquelles il s'eſt égalé à toures
fortes de perſonnes pendant 63 ans d'Epiſcopat
, fans rien perdre de ſadignité. 11-
fut nommé à l'Evêché de Marſeille prefque
aufſi- tôt qu'il eut atteint l'âge requis par
les Canons , & avec la conduite la plus exacte
& la plus réguliere , il a été également aimé
&reſpecté par les perſonnes de tout état.
En 1708 le feu Roi connoiffant ſa prudence
& ſa dextérité dans les affaires, le plaça
fur le Siége d'Aix pour être à la têre de
celles de la Province en qualité de premier
Procureur du Pays. Tous ceux avec
qui il a partagé ce ſoin ont été témoins de
ſa ſollicitude pour ménager les intérêts de
la Province , & la protection du Roi pour
elle. La réputation qu'une conduite ſi ſage
lui avoit donnée , l'a porté à la tête de huit
Aſſemblées Générales du Clergé où iľa préfidé
, pendant leſquelles tous ſes confreres
l'ont regardé comme leur pere,
Il étoit en 1720 dans la terre de M. le
Comte du Luc ſon frere. Ce Seigneur fi
digne de l'eſtime publique par la bonté de
fon coeur, & par ſa capacité à traiter les
plus grandes affaires , dont il a donné des
preuves en Suiffe en qualité d'Ambaſladeur ,
au Congrès de Bade où il étoit Plénipoten
MARS
1746. 179
tiaire , &dans fon Ambaſſade Extraordinaire
-auprès de l'Empereur Charles VI. dont Louis
XIV. fut fi fatisfait qu'il lui écrivit qu'il feroic
décoré de l'Ordre du Saint Eſprit à la premiere
promotion , & qu'il n'y avoit aucune
dignité dans ſon Royaume à laquelle il n'eut
droit de prétendre. Il étoit , dis-je , auprès
de fon frere qu'il aimoit tendrement , & du
quel il avoit été ſéparé depuis bien des années
, lorſqu'il apprit que la peſte ſe manifeſtoit
dans Marſeille ; quoiqu'il fut atta,
qué de la fiévre depuis plufieurs jours , il
ſe rendit le lendemain à Aix. C'eſt dans ce
tems principalement qu'il a fait connoître
fon intrépidité , ſa prudence & fa chatite
Le fleau de la contagion ravagea cette Capitale
de la Province. Le Parlement y ayant
diſcontinné ſes ſéances , ce fut pour notre
illuſtre Prélat un ſurcroit de ſoins. Ferme
contre les attaques de ce mal , il recevoit
journellement dans ſa chambre les Médecins
qui viſitoient les malades dans les infirmeries,
pour être informé de ce qui s'y pafſoit ;
il alloit lui-même dans ces maisons de mort
trois fois la ſemaine , & ne diſcontinua d'y
envoyer de chés lui des nourritures particuheres
pour les Confeffeurs , que lorſque les
Médecins lui eurent repréſenté quelles contribueroient
à leur faire gagner le mal qui en
avoit déja enlevé pluſieurs. Rien n'étoit fo
Hvj
480 MERCURE DE FRANCE.
touchant & fi vif que ce qu'il écrivoit pour
folliciterdes ſecours pournotreProvince affligée,&
il avoit une ſi grande attention qu'ils
fuſſent bien diſtribués que les lieux les plus
maltraités par la contagion n'ont manque de
rien. Auſſi M. leMaréchal de B** qui étoit
allé commander en Provence , diſoit à fon
retour que les trois Prélats dont les Diocèſes
avoientle plus ſouffert par la peſte , s'yétoient
comportés chacun ſelon leurs qualités perſonnelles
; M. l'Evêque de Toulon en homme
de bien , M. l'Evêque de Marfeille comme
un ſaint , & M. l'Archevêque d'Aix en
homme d'Etat &comme le pere de laProvince.
Il fut transféré au Siége de Paris en 1719 :
le caractére de douceur & de modération
qu'on reconnoiſſoit en lui l'avoient fait regarder
bien auparavantcomme leplus pro
preàconcilier les eſpritsdiviſés ſur les affai
res de l'Eglife , &les voeux du public avoient
prévenu le choix du Roi. Il a travailléàce
grand ouvrage avec le zéle& la prudence
qui convenoient au plus ancien Evêquede
l'Eglife. Nous pouvons nous flater que Dieu
a beni ce travail , puiſque après avoir fait
défirer la perpétuitéde fon Gouvernement ,
il emporte les regrèts des uns&des autres.
Ceux du Chapitre de ſon Egliſe dureront
long-tems.
MARS 1746.
Les Chanoines qui le compoſent aujourd'hui
n'oubliront jamais la conſidération
qu'il leur a marquée pour leur Corps , la
cordialité avec laquelle il a traité les affaires
quipouvoient les intereſſer réciproquement,
& les témoignages de bonté que chacun
d'eux a reçû de lui. Pluſieurs d'entre-eux
alloient journellement le voir , moins pour
Jui rendre des devoirs que pour jouir des
agrémens de ſa converſation toujours enjouée,&
jamais mordante , charmés de for
accueil noble & affable pour tout lemonde,
Les Chanoines qui leur fucéderont éprouveront
encore mieux ce qu'il a fait pour
maintenir la majeſté du fervice Divin dans
leur Eglife.
M. l'Archevêque étoit né avec un bon
rempéramment qu'il a conſervé juſqu'à 90
ans, fans avoir jamais eu aucune maladie
ni infirmité , fruit naturel de la tempérance
&de la régularité avec laquelle il a paflé
tous les âges de ſa vie. Il en a vû approcher
le terme avec une fermeté vraiment
Epiſcopale , en repetant tranquillement qu'il
étoit temsde quitter ce monde quand on y
devenoit inutile pour Dieu & pour les hommes.
Il a conſervé cette fermeté & toute la
préſence d'eſprit juſqu'au dernier moment
qui arriva le Dimanche 13 de cemois à
heures & un quart du matin après avoir
182 MERCURE DEFRANCE.
répondu diſtinctement aux exhortations que
Jui fit M. l'Abbé d'Harcourt notre Doyen,
il refuſa une cueillier de gélée , en difan:
qu'il n'étoit plus queſtion de cela , mais de
mériter les miféricordes du Seigneur par le
facrifice de ſa vie , & lui rendit fon ame
dans l'inſtant,
Telles ont été en abregé la vie & la fin
de ce vénérable Prélat , grand ſans fierté,
gracieux pour tout le mondeſans fadeur , &
charitable fans la moindre oftentation.
Le corps de M. l'Archevêque ayant été vů
aviſage découvert le jour defamort&le
Jendemain , fut embaumé le 15de ce mois
&il fut enſuite expoſé ſur un litde parade.
Le 17 au matin il fut porté à l'Eglife
Métropolitaine & après la grande Mefle &
les prieres ordinaires il fut inhumé dans
la cave qui ſert de Sépulture aux Archevêques
de Paris .
--Le Chapitre de l'Egliſe Métropolitaine s'eſt
affemblé aufli-tôt après la mort de M. l'Archevêque
& il a nommé Vicaires Généraux
pendant la vacance du Siége l'Abbé d'Harcourt
, Doyen ; l'Abbé de Saint Exuperi ,
Chantre l'Abbé Renaud , Archidiacre de
Paris ; l'Abbé Goulard , Archidiacre de
Joſas ; l'Abbé Tandau , Archidiacre de
Brie; l'Abbé Thiery , Chancelier de l'Eglife
MARS 185 1746.
!
Métropolitaine ; l'Abbé d'Agout , l'Abbé
Robinet & l'Abbé de Coriolis , Chanoines.
L'Abbe Renaud , Archidiacre , a été nommé
Official Diocésain ; l'Abbé Baudouin ,
Chanoine , Vice-gerent de cette Officialité ,
l'Abbé de la Chaffe , Sous-Chantre , Offi
cial Métropolitain ; l'Abbé Robert , Cha
noine , Vice-gerent , & l'Abbé Jeanſon ,
Théologal , Promoteur des deux Officialités.
A la fin du Chapitre les Chanoines allerent
en cérémonie jetter de l'eau-bénite ſur le
corps de M. l'Archevéque.
Le 21 le Chapitre fit célébrer dans l'Egliſe
Métropolitaine un ſervice folemnel
pour le repos de l'ame de ce Prélat, & l'Abbé
de Saint Exuperi , Chantre , y officia.
Le Roi a nommé pour le remplacer dans
l'Archevêché de Paris M. l'Archevêque
d'Arles ; il ſe nomme Jacques Bonne Gigault
de Bellefonds Archevêque d'Arles depuis le
mois de Septembre 1741 & Abbé Commandataire
de la Cour - Dieu , Ordre de
Citeaux , au Diocéſe d'Orleans depuis le
mois de Mars 1730 , étant Docteur en
Théologie de la Faculté de Paris , de la
Maiſon Royale de Navarre , du 18. Mai
1724. , Chanoine & Prevôt de l'Egliſe de
Saint Martin de Tours , Vicaire Général de
Tours & Aumonier du Roi, Il fut nommé
484 MERCURE DE FRANCE.
l'Evêché de Bayonne le 8 Octobre
1735,&facré le 25 Mars 1736. Il eſt l'aîmé
de la Maiſon de Gigault de Bellefonds , &
apour trifayeul Jean Gigault Seigneur de
Marennes près Iſſoudun &de Bellefonds ,
Ecuyer d'Ecurie du Duc d'Alençon , vivant
en 1585 & 1618 , frere aîné de Bernardin
Gigault Seigneur de Bellefonds ayeul
deBernardinGigault Marquis deBellefonds,
Maréchalde France &Chevalier des Ordres
duRoi , mort le4Décembre:694, bifayeul
deM. le Marquis de Bellefonds aujourd'hui
Maréchal de Camp & Gouverneur de Vincennes.
Les armes deGigault ſont d'azur àun
chevron d'or accompagné de trois langues
d'argent pofées deux en chef&une en pointe.
Voyez cette Généalogie dans Hiſtoire
des Grands Officiers de la Couronne , vol.
7 fol. 594.
Le Roi a nomméBrigadiers deſes armées
M. de Vaux Colonel du Régiment d'Amgoumois
,&M. de la Maſſais N... Amproux
Colonel de celui de Piedmont.
Le Roi a accordé au Marquis de Chalmazel
Premier Maître d'Hôtel de la Reine
la ſurvivance de cette Charge en faveur
du Marquis de Talaru ſon fils , Colonel
d'un Régiment d'Infanterie ; ſa Maiſon
eſt une des plus anciennes du Lyonnois &
du Forêt; ſes alliances , les entrées qu'elle
MARS 1746. 183
aeûde tout tems dans le Chapitre noble
de Lyon , & ſes ſervices militaires la mettentdedroit
au rang des plus diſtinguées
duRoyaume.
Voyez en la Généalogie dans l'Hiſtoire
des Mazures de l'Iſle-Barbe par le ſieur le
Laboureur.
CHARGES MILITAIRES.
IE Roi ayant difpofé depuis quelque
tems des emplois qui vaquoient dans
la Gendarmerie , le Marquis d'offun a été
-nommé Capitaine Lieutenant des Chevau-
Legers de la Reine.
Le Comtede Lutzelbourg , Capitaine- Lieutenant
des Gendarmes de Bretagne.
Le Comte de Lannoy , Capitaine- Lizute
nant des Chevau Legers d'Orleans .
LeMarquis du Coudray Capitaine Lieurenant
des Gendarmes d'Anjou.
Le Vicomte de Courtomer( N ... de Saint
Simon ) Capitaine-Lieutenant des Chevau-
Legers de Berri.
185 MERCURE DE FRANCE.
LeMarquis de Saint Auban ( N ... Pape)
Sous-Lieutenant de la Compagnie des Gendarmes
Ecoffois.
→Le Marquis de Manlevrier , Sous-Lieutenant
de la Compagnie des Gendarmes
Anglois.
Le Chevalier d'Hondetot , Sous-Lieutenant
de la Compagnie desGendarmes Dauphins.
Le Marquis d'Oify , N ... Tournay d'Alfignies
) Sous-Lieutenant de la Compagnie
des Gendarmes d'Anjou.
:
Le Baron d'Oppede ( N... de Forbin ,
Sous- Lieutenantde la Compagnie des Gendarmes
de la Reine.
Le Marquisde Custine , Enſeigne de la
Compagnie des Gendarmes Anglois.
Le Marquis de Clermont- Montoiſon , Enſeigne
de la Compagnie des Gendarmes
Bourguignons.
Le Chevalier de Monaco ( N ... Grimaldi
Matignon ) Enſeigne de la Compagnie des
Gendarmes de Bretagne.
COMARS 1745. 187
LeMarquis de Tracy , Enſeigne de la Com
pagnie des Gendarmes d'Anjou.
Le Marquis de Cruſſol d'Amboise , Enſeigne
de la Compagnie des Gendarmes de Berri .
Le Chevalier d'Harcourt , Enſeigne de la
Compagnie des Chevau-Legers d'Orleans .
Le Comte de Talaru , Guidon de la Com
pagnie des Gendarmes de Flandres.
- Le Marquis de Surgeres ( N ... de la Rochefoucauld
) Cornette de la Compagnie des
Chevau-Legers de la Reine.
Le Marquis de Breteuil ( N ... le Ton
nellier ) Guidon de la Compagnie des Gendarmes
Dauphins.
LeMarquis de la Porte de Riants ,Guidon
de la Compagnie des Chevau-Legers de Bre
tagne,
Le Marquis de Wignacourt , Guidon de la
Compagnie des Gendarmes d'Anjou.
Le Marquis de Graville , Guidon de la
Compagnie des Gendarmes de Berri
i
188 MERCURE DE FRANCE.
BENEFICES donnés parle Roi.
LE
ERoi anommé à l'Evêché de Treguier
enBafle-Bretagne , Suffragant deTours ,
vacantpar lamort de Meſfire François-Hyacinthede
Frugulayde Kervers , MeſſireN ...
de Langle de Kermorran , Vicaire Général
de l'Eveché de Saint Paulde Leon.
Lenom deLangle eſt diſtingué entre les
nobles de Bretagne.
Sa Majeſté a donné l'Abbaye de Manlieu
, Ordre de Saint Benoit , Diocèse de
Clermont , à l'Abbé de Rohan du Poulduc
d'une Branche -Cadette de la Maiſon de
Rohan.
Celle de Landeveneck , même Ordre,
Diocèſe de Quimper , à l'Abbé de Cicé
(N... Champion. )
Celle de Belleville , Ordre de Saint Auguftin,
Diocèſe de Lyon , àl'Abbé d'Hanterive.
L'Abbaye Réguliere de Cambron , Ordre
de Citeaux, Diocèſe de Malines , àDom
Defclaibes , Religieux du méme Ordre.
MARS 1716. 189
Celle du Saint Sépulchre à Cambray ,
Ordre de Saint Benoit , à Dom ie Febvre ,
Religieux du même Ordre,
Cellede SaintAmand de Rouen , Ordre
de Saint Benoît à Madame de Levy , fortie
d'une Branche- Cadette de cette Maifon.
NOUVELLES ETRANGERES.
CONSTANTINOPLE.
Nmande de Conftantinople que le 11 du
mois dernier Ály BeyAmbatiadeur Extraor
dinaire de Thamas Kouli-Kan y étoit arrivé
qu'il y avoit fait le lendemain ſon entrée. Il eut
le 17 audience du grand Viſir , & le 25 il fue
conduit à celle du Grand Seigneur on ajou e
qu'il paroît que les nouvelles propoſitions faites à
la Porte par cet Amballadeur étoient plus accepzables
que celles qui avoient été ci-devant faites .
par Thamas Kouli-Kan ; le bruit court que ce
Prince ſe déſiſte de ſes prétentions &demande
ſeulement que le Grand Seigneur le reconnoiffe
Roi de Perfe,
190 MERCURE DE FRANCE,
ALLEMAGNE .
D Epuis que la Reine de Hongrie a été faignée
pour la derniere fois groffeffe, le grand
Duc deToſcane a ſigné en vertu des pouvoirs qu'il
avoit reçus de cette Princeſſe , toutes les expeditions
tantpour le Militaire que pour le Civil , &
le 27 du mois dernier la Reine accoucha d'une
Princeſſe qui fut baptiſée le jour même , & fut
nommee Marie-Anne - Jofephine -Jeanne - Antoinette.
Elle a eu pour Maraine l'Imperatrice Marie-
Amelie,répréſentée par l'Impératrice Elifabeth ,
& pour. Parain l'Electeur de Cologne , au nom
duquel elle a été tenue ſur les Fonts par le Prince
Louisde Brunswich.
Il fut décidé le 23 que le Prince Charles de
Lorraine commanderoit en Chef les troupes qui
doivent s'aſſembler fur le Rhin & qu'il auroit fous
fes ordres le Prince de Lebckowits , les Généraux
Leopold de Daun de Salm , Charles Palfy , François
de Konigſeg de Merci , de Philibert & le
Prince de Birkenfellt , le Comte de Bathianıaura
le commandement des troupes dans les Pays-
Bas , & les Généraux Gefrugg , Wolfembutel ,
Grune , Kollowrath , Holgi , Radicati & Wiukelman
ſerviront ainſi que le Prince de SaxeGo
tha ſous ce Général.
La premiere Diviſion des troupes commandée
par le Général Grune étoit arrivée le 7 de ce
mois aux environs de Francfort ; ces troupes montent
à vingt deux mille hommes, fans compter
trois mille Pandoures qui font ſous les ordres du
Baron de Trenk , & elles marchent ſur deux Co-
Iones , dont l'une traverſera le Lantgraviat de
MARS 1746. 191
Heffe , & l'autre prendra ſa route par la Princi
pauté de Fulde pour aller paſſer le Rhin prèsde
Cologne ; les troupes font malgré la rigueur de
Ja faiſon quatre lieues par jour ; on attend inceffamment
fur le Rhin un autre corps de troupes qui
vient de Boheme , & que commande le Comte de
Konigſeg Lieutenant Feldt Marechal ; on affure
que le Prince Charles de Lorraine ſera nommé
par la Diette aſſemblée à Ratiſbonne Feldt- MarechalGénéral
de l'Empire & que ce Prince aura le
commandement non - ſeulement des troupes de
la Reine de Hongrie ſur le Rhin , mais encore de
celles des Cercles .
Les nouvelles de Hanover portent que le Roi
de la Grande Bretagne a envoyé ordre aux troupes
qu'il avoit fait venir du Rhin dans fon Electoratde
ſe tenir prêtes à marcher.
On a appris de Stokolm que M.de Guydikens
Miniftre de ce Prince auprès du Roi de Suéde
avoit proposé à S. M. Suédoiſe de conſentir qu'un
nouveau corps de troupes de Heſſe entrât à la folde
de la Grande Bretagne , & qu'ily avoit apparence
que cette négociation réuſſiroit.
On écrit de Berlin que S. M. Prufſienne ſepropoſe
d'augmenter ſes troupes juſqu'à cent cinquantemille
hommes. Ce Prince a fait conduire àGlatz
un train confiderable d'artillerie , & l'on travaille
à y établir des magaſins. Les ordres ont été donnés
auſſi pour ajouter pluſieurs Ouvrages aux Fortifications
de Berlin , & à celles de diverſes Places de
la Haute-Siléſie & les Pruſſiens établiſſent grand
nombre de magasins dans diverſes Villes voiſines
de laMoravie.
Le Baron de Beckers , Miniſtre de l'Electeur
Palatin auprès du Roi de Pruſſe , ayant été executer
à Drefde diverſes commiſſions de l'Electeur
192 MERCURE DE FRANCE.
MAR
fon maître auprès du Roide Pologne ,a auſſi pendant
ſon ſéjour en cette Cour reglé avec le Comte
Efferhafi , Miniſtre de la Reine de Hongrie
les conditions de l'accommodement de l'Electeur
Palatin avec cette Princeſſe.
QuelquesComtés de Hongrie s'étant plaintsde
ce que contre leurs priviléges on avoit diſtribué
des quartiers dans leurs territoires à d'autres troupes
qu'à desHongroiſes, ils ont envoyédes Députés
àVienne pour demander non-feulement d'être indemnifés
, mais encoreque la Reine les difpenfâr
à l'avenir de recevoir des troupes étrangeres.
En conféquence des ordres donnés par S. M. H.
deux Commiffaires des Guerres font allés en Efclavonie
faire des informations au ſujet des excès
commispardes payſans de cette Province con
tredeux CaravanesdeMarchands ,ſujets du Grand
Seigneur.
GRANDE BRETAGNE.
Odu & du
Navoit appris par des lettres d'Edimbourg
Fevrier , que le Prince Edouard
étoit rétourné à Sterling le lendemain du combat
de Falckirk , & que le Général Blackeney
qui commande dans le Château , ayant répondu à
la nouvelle fommation qui lui avoit étéfaitedele
rendre , qu'il étoit réſolu de ſe défendre juſqu'à
la derniere extrémité , les aſſiegans avoient achevé
l'établiſſement de leurs batteries , &y avoient
placé deux pieces de canon , de dix-huit livres
deballe ; deux de ſeize , & trois de de douze.
Sur ces avis on craignoit à Londres de recevoir
bien-tôt la nouvelle de la priſe de ce Château
lorſqu'il eſt arrivé un courier par lequel leDuc
de Cumberband a mandé au Roi de la Grande
Bretagne ,
avec
Bretagne , que les tro
avoient levé le ſiege
ſa
Majesté , &
qu'ell
de
Forths.
Selon les
Duc de
Cumberland
quatorze
Batail
Dragons & les
Milice
repporterent qu'un Co
mis
étoit
encore à F
Corps
occupoit même 1
diſpoſitions qui
auroien
rer que le
Prince Ed
ſeconde action , fi l'on
troupes de ce
Prince
ges fur leurs
derrieres.
abandonnerent Falckir
que le Duc de
Cumberla
où elles
s'étoient retiré
précipitation vers
Sterlin
paroit à
aller les y
attac
Prince
Edouard étoit d
cette Ville ,
après avoir
ſes
batteries
, &
mettre
poudres. Le 13 le Duc d
du à
Sterling , où il a tro
pitainedans le
Regiment
du
Regiment de Lec , &
qui
avoientétéfait
priſonn
bat Ila
donné des
marqu
au
Géneral
Blackeney
&
de la
Garnison du
Châtea
des
recompenſes
aux fol
diftingués pendant le ſieg
les
qu'on a eu de
l'armé
portent que le
même jour
berland étoit
entré dan
MARS 1746. 193
Bretagne, que les troupes du Prince Edouard, en
avoient levé le ſiege à l'approche de l'arme de
ſa Majesté , & qu'elles avoient repaſſé la riviere
de Forths. Selon les dépêches de ce courier le
Duc de Cumberland s'étant avancé à Lintlitgow
avec quatorze Bataillons , deux Regiments de
Dragons & les Milices d'Argyle , ſes eſpions lui
repporterent qu'un Corps confidérable des ennemis
étoit encore à Falckirck. Une partie de ce
Corps occupoit même les hauteurs , faiſant diverſes
diſpoſitions qui auroient donné lieu de conjecturer
que le Prince Edouard vouloit engager une
ſeconde action , ſi l'on n'avoit été informé que les
troupes de ce Prince faisoient défiler leurs bagages
fur leurs derrieres. La nuit du 11 au 12 elles
abandonnerent Falckirck , & dès qu'elles ſçurent
que le Duc de Cumberland marchoit à Thorwood
où elles s'étoient retirées, elles ſe replierent avec
précipitation vers Sterling . Pendant qu'on ſe préparoit
à aller les y attaquer on reçut avis que le
Prince Edouard étoit décampé des environs de
cette Ville , après avoir fait enclouer le canon de
ſes batteries , & mettre le feu à une partie de ſes
poudres . Le 13 le Duc de Cumberland s'eſt rendu
à Sterling , où il a trouvé M. Fitzgerald , apitaine
dans le Regiment de Monro ; un Enſeigne
du Regiment de Lec , & vingt foldatsbleffes
qui avoient été fait priſonniers dans le dernier combat
Il a donné des marques particulieres d'eſtime
au Géneral Blackeney & aux principaux Officiers
de laGarniſon du Château ,& il a fait diſtribuer
des recompenfes aux foldats qui ſe ſont le plus
diftingués pendant le ſiege. Les dernieres nouvelles
qu'on a eu de l'armée du Prince Edouard
portent que le même jour que le Duc de Cumberland
étoit entré dans Sterling le Prince
I
,
194 MERCURE DE FRANCE.
M
Edouard étoit arrivé à Perth , & qu'il avoit emprope
tant dediligence dans ſa retraite , que le
Brigadier Général Mordaunt , qui avoit été détaché
pour le poursuivre , n'avoit pû enlever que
quelques traineurs de l'arriere garde.
Lt Duc de Cumberland a établi un Conſeil de
guerre pour juger les Officiers & les ſoldats
accufés de n'avoir pas fait leur devoir dans le
combat de Falckirck , & quelques-uns des derniers
ont été condamnés à être paſſés par les armes,
Pluſieurs foldats dont les uns s'étoient diſperſés
après ce combat , & les autres avoient été pris ,
font revenus joindre l'armée de S. M. Britannique.
On a depuis reçu avis d'un avantage remporté
par le Prince Edouard ſur les troupes du Roi
de laGrande Bretagne , & on apeine à ſe perſuader
qu'il n'y ait eu , ainſi que la Cour de Londres
le publie , que 400 homme de tués dans cette
action.
Le II du mois paſſé la Chambre des Communes
réſolut d'accorder au Roi ſoixante & dix- sept
mille cinq cent trente- ſept livres ſterlins pour l'entretien
pendantquatre mois des quinze nouveaux
Régimens qui ont été crées , cent quatre-vingt
dix-huit mille quarante huit pour les dépenses ordinaires
de la Marine , en y comprenant les appointemens
des Officiers à la demie paie , ſeize
mille pour la conſtruction d'un Hopital près de
Gofport ,&dix mille pour celui de Greenwich ,
Depuis elle a accordé au Roi huit mille trois cent
foixante& fept livres ſterlings pour les non valeurs
du droit ſur le papier timbré , treize mille
ſept cent quatre-vingt treize pour les non valeurs
desdroits fur les boiſſons , quarante - neuf mille
deux cent cinquante-deux pour les non valeurs du
fend general ; dix- sept mille cinq cent pour le
payement de f
prunté ſur le
achever le por
pour la Colon
penſes pour
monter à troi
que l'année de
leveroit deux
par des Annu
quante mille
ſera payé une
livres sterling
billets dans co
même tems c
Aerlings
. Les
ſés ,
l'étant e
la
Compagnie
vingt neuf &
dix-huit, cell
tales à
cent
quatrevingt
Le
Duc
de
Secretaires d'
la
démiſſiond
-
ville ,
connu
teret,
fut
nor
Lord
Harring
gneur
exerçâ
ge de
Garde
Gower.
Len
fidentdu
Cor
Commiſaire
hire,
Grand
Pelham ,
Fre
Tréſorier de
romettre
aufi
MARS 1746. 195
payement de ſix mois des arrérages du million emprunté
ſur le produit du ſel ; vingt milepour
achever le pont de Westminster , & quatre mille
pour la Colonie de la nouvelle Georgie. Les dépenſes
pour le ſervice de cette année devant
monter à trois millons de livres ſterlings de plus
que l'année derniere , le Parlement a décidé qu'on
leveroit deux millions &demi de livres ſterlings
par des Annuités à 4 pour 100 d'intérêts ,& cinquante
mille livres ſterlings par une Lotterie ; il
ſera payé une rente viagere de quatre-vingt dix
livres ſterlings à ceux qui ſouſcriront pour cent
billets dans cette Lotterie , & qui prendront en
même tems des Annuités pour cent mille livres
fterlings. Les fonds publics qui étoient déja baiffés
, l'étant encore nouvellement , les actions de
la Compagnie de la Mer du Sud ſont à quatrevingt
neuf& demi , celles de la Banque à cent
dix-huit, celles de la Compagnie des Indes Orientalesà
cent cinquante-cing , & les Annuités à
quatre-vingt trois.
Le Duc de Newcastle& le Lord Harrington ,
Secretaires d'Etat , ayant donné le 21 de ce mois
la démiſſionde leurs charges , le Comte de Granville
, connu ei-devant ſous le nom de Lord Carteret,
fut nommé le même jour pour ſucceder au
Lord Harrington , &le Roi ordonna que ceSeigneur
exerçât par interim les fonctions de la charge
de Garde du Sceau Privé , à la place du Lord
Gower. Le même jour le Duc de Dorſet , Préfidentdu
Conſeil ; le Duc de Bedford , Premier
Commiſſaire de l'Amirauté ; le Duc de Devonshire
, Grand Maître de la Maiſon du Roi , & Μ.
Pelham , Frere du Duc de Newcastle & Vice-
Tréſorier de l'Echiquier , prirent la réſolution de
romettre auffi leurs emplois. Ces changemens
196 MERCURE DE FRANCE,
produifirent fur le champ beaucoup de murmure
& itation dans Londres , &plus de quatre
cent
, perſonnes de distinction parmi leſquelles
étoient la plupart des Membres de la Chambre
des Communes , rendirent viſite au Duc deNewcaſtle.
Le Lord Hardwick, Grand Chancelier ;
le Duc Grafton , Grand Chambellan ; le Comte
de Chesterfield , Viceroi d'Irlande ; les Lords
Pembroke , de Lawar & Cobliam , allerent en
même tems prier le Roi d'accepter leurs démiſfions.
Le Comte de Granville , jugeant par les
differentes démarches d'une partie de la Cour &
du Parlement , que fa nomination n'étoit pas
agréable à la Nation , il s'eſt excuféde continuer
de remplir la charge de Secretaire d'Etat du Lord
Harrington à qui cette charge a été rendue de
mêmeque toutes les autres , qui vacquoient , l'ont
été aux perſonnes parleſquelles elles étoient pof
fedées.
Selon des lettres de Londres du 4 ; M. de
Wafner , qui y réſide en qualité de Miniſtre Plenipotentiaire
de la Reine de-Hongrie , a déclaré
aux Miniſtres du Roi de la Grande Bretagne , que
cette Princeſſe avoit beaucoupde reconnoiffance
de la réſolution priſe par S. M. Britannique de
lui continuer un ſubſide de trois cent mille livres
fterlings , & qu'elle ne négligeroit aucun moyen
derépondre aux marques d'affection de la Nation
Angloiſe; qu'elle étoit convaincue de la néceſſité
d'avoir recours à de nouveaux efforts dans les circonftancespréſentes
, pour procurer la réuffite des
deffeins de ſes Alliés maisque ſa fituation , &
l'épuiſement auquel ſes ſujets font réduits par les
pertes qu'ils ont fouffertes , ne lui permettoient
pas de faire tout ce qu'elle défireroit , & qu'ainfi
elle ſe fatoit que le Roide la Grande Bretagne
MARS 1746. 197
augmenteroit de cent mille livres ſterlingsb
ſide ordinaire. Les mêmes lettres ajoutent que la
réponſe du Roi de la Grande Bretagne avoit été
telle que la Reine de Mongrie s'y attendoit , &
qu'il avoit conſenti d'accorder l'augmentation de
ſubſide qu'elle a demandée , mais qu'il avoit fait
ſçavoir à M. de Wafner , qu'il comptoitque S. M.
Hongroiſe feroit marcher dans les Pays Bas un
nombreux Corps de troupes , independamment
de celui qu'elle s'eſt engagée d'y entretenir.
L
ITALIE.
Es lettres du courier depêché le 15 du mois
paffé au Roi d'Eſpagne par l'InfantDon Phi
lippe , marquent que les habitans de Castelnovo ,
de Santa Vittoria , & de pluſieurs autres Villes
ou Bourgs , avoient envoyé des Députés au Comte
Caraffe , Maréchal de Camp , qui commande
à Guastalla , pour ſe ſoumettre à S. M. , & que
cet Officier Géneral avoit enlevé aux ennemis
onzeBarques , chargées des munitions qu'ils avoient
retirées de Berſello & de Gualterio en abandonnant
ces poftes. Ces lettres ajoutent que le Marquis
de Caftellar , Lieutenant Géreral , avoit fait
occuper par un Détachement la Ville de Reggio ,
& qu'un Officier , un Maréchal des Logis , & quatre-
vingt Dragons d'un Régiment que le Prince
de Lichtenstein à formé de Deſerteurs Eſpagnols
étoient venus jondre le Commandant de ce
Détachement , l'aſſurant que le reſte de leur Régiment
, dès qu'il ſe préſenteroit une occaſion favorable
, fuivroit leur exemple . On a été informé
par les mêmes lettres que les troupes de la
Reine de Hongrie manquant de vivres , & ayant
fi peu de fourage qu'on ne leur diftribuoit plus
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
po aque cheval que fix livresde foin parjour
le Prince de Lichtensteinſe diſpoſoit à ſe replier
vers le Mantouan , & que l'Infant Don Philippe
avoit fait avancer àTurbigo le Régiment de Caftille,
le premier Bataillon de celui de la Reine ,
& le Régiment de Dragons de Flandres , afin
d'inquiéter les ennemis dans leur retraite. Le
Roi a envoyé ordre d'habiller de neuf toutes les
troupes que commande l'Infant.
:
Il eſt arrivé ſur des bâtimens Catalans qui ont
débarqué à Genes deux mille ſoldats Eſpagnols
qu'on a fait marcher à l'armée commandée par
l'Infant Don Philippe .
On a établi desmagaſins à Oſtiglia par ordre
du Prince de Lichtenstein , qui a fait conduireà
Quiftello dix mille ſacs d'avoine , qu'il a tirés da
Ferrarois & du Duché de Modene. Les troupes
que commande se General , ont formé des cordons
le long du Po& dela Secchia , pour la fureté
des Ponts qu'elles ont fur ces deux rivieres.
Un Bataillon du Régiment de Vaſquez a été envoyé
à Quingentolo ,&la tète du Pont deLibiola
eft gardée par les Croates& les Efclavons. Douze
cent Cavaliers ont été diftribués ſur la rive
du Po depuis Governolo juſqu'à Oftiglia . Deux
Bataillons du Régiment de Staremberg & les quatre
Efcadrons du Régiment de Dragons de Balleyra
font arrivés d'Allemagne , d'oùle Prince de
Lichtenstein attend un renfort beaucoup plus con-
Lidérable , compoſé des Régimens d'Infanterie de
Berencklau , du jeune Konigſeg , de Schulembourg
, de Mercy Argenteau , de Vivari , d'Andlau
, de Keil , de Vettes , deGiulay & de Wallis
; des Régimens de Cavalerie del Portugal ,.
de LobeKoritz , de Holly , de Trips & de Barionay
, & de deux mille Varadins, Ces dernieres
1
اوو MARS 1746.
troupes marchent ſous le commandementdesGéneraux
BerencKlau , Browne , d'Andlau , جال
ni , Cabb , Giulay , Nadaſti , Keil , Meligny &
Botta d'Adorno. Les diſpoſitions faites par le
Prince de Lichtenstein ayant donné lieu aux Efpagnols
de conjecturer que ſon deſſein étoit de
former quelque entrepriſe du côté de Guastalla ,
l'Infant Don Philippe a fait avancer ſur la frontiere
du Parmeſan trois Régimens d'Infanterie&
un de Cavalerie , &il a augmenté juſqu'à fix mille
hommes le Corps de troupes avec lequel le Comte
Georges Caraffe eſt à Guastalla.
Le peu de ſuccès de l'entrepriſe que le Roi de
Sardaigne forma ily a quelques tems contre Aſti ,
ne lui ayant point fait perdre l'eſperance de red
couvrer cette Place , S. M. a raſſemblé ſes quar
tiers au commencement de ce mois , & elle afat
en même tems diverſes diſpoſitions , qui en per
ſuadant aux ennemis , qu'elle vouloit, tenter de
jetter du ſecours dans le Château d'Alexandrie ,
puſſent leur cacher fon véritable deſſein. Après
quelques marches propres à les laiſſer dans l'incertitude
de celui qu'elle méditoit , elle s'eſt em
parée du Pont , par lequel les troupes Fran
çoiſes , qui étoient dans Aſti , confervoient leur
communication avec l'armée du Maréchal de
Maillebois. Elle s'eſt portée enſuite devant Aſti ,
dont elle a formé les de ce mois l'inveſtiſſement
& le Marquis de Montal , qui y commandoit ,
a été obligé de ſe rendre prifonnier de guerre avee
laGarniſon. Le même jour que le Roi de Sardaigne
s'eſt rendu maître de la Ville d'Asti,unDétachement
de dix- neuf cent Vaudois , foutenu de deux cent
hommes des troupes reglées de S. M. a attaqué
le Poſte de Caſtel Franco , mais il a été repoullé
avec une perte conſidérable.
I iiij
200 MERCURE DE FRANCE.
BRUXELLES,
Es troupes de la République des Province's
L Unies , qui compofoient la plus grande par
tie de la Garniſon de Bruxelles , en ſont ſorties
en trois Diviſions le 23 du mois dernier & les
deux jours fuivants. La premiere Divifion , confiftant
dans les trois Bataillonsdu Régiment Suiſſe
de Planta, un Bataillon d'un Régiment de Grifons
, un du Régiment de Dibbetz , un d'Elias&
un deGuy , a été conduite àArras. On a fait prendrela
routede Douai à la ſeconde , formée par
les trois Bataillons du Régiment Suiffe de Sturler
, le Régiment d'Aylva , celui de Smiffaart ,
celuides Carabiniers& celui de Dragonsde Mafſau.
UnBataillon du Régiment des Gardes Bleues ,
un Bataillon du Régiment de Waldeck ,le Régiment
de Cromſtrom , &les trois Bataillons du
Régiment Suiffe de Conftant , dont la troiſiéme
Diviſion étoit compoſée ,ontété envoyés a Lille.
Le départ des deux cent Dragons & des cent
cinquante Huffards de la Reine de Hongrie , qui
étoient à Bruxelles en garniſon , a été ſuſpendu
pendantquelques jours , parce qu'ils avoient fubftitué
de mauvais chevaux à ceux qu'ils avoient
lorſque la Capitulation a été ſignée. Le 25 le
Marechal Comte de Saxe fit entrer dans cette
Ville quinze Bataillons avec un Régiment de Cavalerie&
deux de Dragons. CeGénéral s'y rendit
à cheval le même jour avec une nombreuſe
fuite , & il fit chanter dans l'Egliſe Collegialede
Saint Michel & Sainte Gudule le Te Deum , auquel
leConſeil ſouverain de Brabant & tous les
Tribunaux aſſiſterent. Le Marêchal Comte de Saxe
alla deſcendre à l'Hôtel du Prince de la Tour
MARS 1746. 201
Taxis , qui avoit été préparé pour ſon logement ,
& il envoya les Grenadiers du Régiment de
Piedmont prendre chés le Géneral Vander-Duyn
les Drapeaux & les Etendarts de la Garniſon ,
leſquels y avoient été mis en dépôt. Il reçut le
lendemain les complimens des Députés du Confeil
de Brabant& des Magiſtrats , après avoir vifité
les fortifications de la Ville& les dommages
cauſés par les batteries des affiegeans. Le Vicome
du Chayla étant allé relever à Louvain le
Comte de Lowendalh , ce dernier que le Maréchal
Comte de Saxe a nommé pour commander
dans Bruxelles , y est arrivé. Le même jour que
le Maréchal Comte de Saxe eſt entré dans cette
Ville , le Comte de Kaunits , ci-devant Gouverneur
des Pays-Bas pendant l'abfence du Prince
Charles de Lorraine , étoit parti pour Anvers
ainfi que M Schockaert , Chancelier de Brabant .
M. Steenhault , Président du Confeil , & M. de
Witt , Préſident de la Chambre des Comptes.
Les diſpoſitions faites par le Prince de Waldck
juſqu'au 20 du mois dernier n'ayant pû lemettre
en état de ſecourir Bruxelles , il a été obligé
d'abandonner ce deſſein ſur l'avis qu'il a reçu de
la reddition de cette Place , il eſt occupé àpren
dre des meſures pour tâcher de demeurer maître
de la Rupel &de la droite de l'Efcaut , afin de
garder une poſition propre pour couvrir la Ville
d'Anvers. Ce nouveau plan ayant exigé qu'on dégarnit
Malines , le Prince de Waldeck en a re
tiré un Corps de troupes qu'il a fait marcher au
Pont de Walerne .
On travaille à réparer& augmenter les fortifi
cations de Bruxelles ,&à en paliſſader de nouveau
les ouvrages : on éleve des rédoutes entre la Porte
de Namur& celle de Louvain , & l'on confe
,
Iv
202 MERCURE DE FRANCE.
trait deux Forts , l'un à la portée du canon de la
Porte de Hall , l'autre devant l'Ouvrage à Corne
de la Porte de Scharbeeck.Le 7 de ce mois , il
arriva de Gand ſoixante chariots chargés de
bombes&de boulets,& l'on établit à Bruxelles des
magaſins confidérablesde toutes fortesde munitions
Ona renforcé la Garniſon de Wilworden , dont
on fortifie le Château. Depuis que cette Ville a
paffé ſous la domination du Roi , M. de Kinfchot
, qui pendant qu'elle appartenoit à la Reine
deHongrie , y rempliſſoit la place de Reſident
de la Républiquedes Provinces Unies , y eftrevenu
pour mettre ordre à ſes affaires domeftiques,
&il eft parti le 12 pour retourner à Anvers.
Les deux Princes de Ligne , le Comte de
Lannoy & leGénéral Chanclos , qui ont été faits
priſonniersdans cette Ville lorſqu'elle a capitulé ,
ont été rélachés ſur leur parole. Sur la nouvelle
qu'on a reçue que des Huſſards des troupes de la
Reine deHongrie s'étoient avancés dans le def
feinde mettre à contribution quelques Villages
du Brabant , on a envoyé un Détachement de
Cavalerie , pour leur donner la chaffe.
Les Députés des Etats de Hollande & de Weftfriſe
ont réſolu d'établir une Lotterie , dont les
billets feront chacun dedeux cent florins. Il y
aura cinquante mille billets , & un pareilnombrede
lots', dont le premier ſera de cent mille
Aorins , le ſecond de foixante & quinze mille , le
troifiéme de cinquante mille, le quatriéme de
quarante mille , le cinquiéme detrente mille , les
deux ſuivants de vingt mille , & les autres principaux
lots , qui ſont au nombre de quarante-fix ,
depuis quinze mille florins juſqu'à cinq mille.
Outre ces lots , il y en aura ſoixante &douze de
deux mille florins , cent ſoixante & quinze de
MARS 1746. 203
mille , cinq cent de la moitiéde cette for me
mille quatre-vingt de quatre cent florins , trois
mille cent vingt de trois cent cinquante , & lest
quarante-cinq mille reſtant feront de deux cen
Horins chacun. Ainsi la ſomme des lots excedera
d'unmillion ſept cent cinquante mille florins la
recette de la Lotterie. Les lots ne feront point
payés en argent comptant , mais les perſonnes
auſquelles ils échoiront , recevront un intérêt de
deux pour cent , des lots au-deſſus de deux cent
florins ,& un de quatre pour cent , des autres lots.
Le payement de ces intérêts , qui ne feront ſujets
à aucune impoſition ni reduction , fera affigné
ſur les revenus de la Province de Hollande ,
&l'on ne pourra obliger les propriétaires d'en recevoir
le remboursement pendant les dix premieres
années. Les obligations que la Province
diſtribuera pour les lots pourront être négociées
fans tranſport , & il ſera donné de chacune un
double qu'il ſuffira de préſenter pour toucher les
arrerages. Il ſera permis aux tuteurs &adminif
trateurs des biens des Mineurs , ainſi qu'aux Chambres
des Orphelins & aux Hôpitaux , de mettre
à cette Lotterie les deniers qui leur ſont confiés.
Si quelqu'un neveut payer qu'en deux termes les
billets qu'il prendra il fera obligé de payerdans
le coursdu mois après le tirage de la Lotterie la
fomme dont il ſera redevable , & en cas qu'on
ne fatisfaffe pas à cette condition , les billets
feront dévolus à la Province. Les intérêts des
obligations feront comptés depuis le premier du
mois prochain , à l'exception des lots échus aux
billets dont la ſomme n'aura été fournie qu'en
deux payemens. LesBureaux de la Lotterie feront
ouverts le 22 de ce mois , & elle fera tirée à
la Haye le premier du mois de Juillet. Auſi
I vj
204 MERCURE DE FR'A'N CE ,
:
tôt près le tirage , le Receveur Général de Hol
Hande&de Westfriſe donnera pour chaque billet
unreçu ,qui ſera enſuite converti en obligation.
VOICI une Lettre qu'on nous apriéde communiquer
àla perſonne intereffée.
MESSIEURS ,
Si la certitude que vous donnez de la
queſtion propoſée dans le premier volume
duMercure de France du mois de Décem
bre 1745 , au ſujet des 20000 livres àplacer
en bonnes oeuvres , eſt réellement pour
déterminer la perſonne indéciſe , & nonune
fiction, je vous priede propoſer à cette perfonne
un troiſiéme moyen de placer fon argent.
Elle veut, dites-vous , le bien , & le
veut fincerement. Elle veut par confequent
que Dieu foit glorifié , que fon argent ſoit
employé pourun bien public , & que fa donation
ne lui ſoit point infructueuſe pour le
Ciel.Or lemoyen que je propoſe procureroit
la gloire deDieu ,l'utilité du public ,
&eſt une des oeuvres les plus méritoires à
laquelleon puifle travailler ; par conféquent
*levraibien qu'elle défire. Elle en jugera par
lefait.
j
MARS. 1746- 109
A
RS,
Il s'agit de rétablir une Egliſe d'unecommunauté
Religicuſe , confuméepar les Hames
. Eglife très -fréquentée , utile au public
pour la célébration des Saints Myfteres &.
de l'Office Divin , & pour la fréquentation
des Sacremens.
Eglife qui ne peut être rétablie que par
les charités publiques ou particulieres. Cel
les du lieu qui paroiſſent preſque épuifées,
ont à peine été fuffiſantes avec une partie
des fonds aliénés de cette Communauté
pour rétablir une partie de la charpente ,
&de la couverture de l'Eglife. L'autre partie
, la réedification dugrand Autel , du
Tabernacle , du Choeur , de l'Orgue , de la
Sacriftie , la réparation des murs en dedans ,
& du Pavé de l'Egliſe , en un mot tout ce
qui est néceffaire pour le rétabliſſement d'un
Temple du Seigneur , eſt abandonné aux
foins de la providence du tout Puiſſant qui
yhabite.
Ne ſemble-t'ilpas que c'eſt dans ce grand,
dans ce veritable bien , que la perſonne qui
le défire veritablement veut placer fon argent?
Qu'elle oeuvre meilleure , quel fond
plus ſolide pourroit on ſouhaiter , dès qu'on
le deſtine pour quelque bonne oeuvre ? Si
celaréullit , nous en benirons le Seigneur ,
qui nous a châtiédans fa colere par le feu le
plus prompt& le plus vif; nous témoigne.
1
1
206 MERCURE DE FRANCE,
ronstre reconnoiſſance à la bienfaitrice >
avec qui nous conviendrons des conditions.
juſtes & raiſonnables , pour lui aſſurer nos
prieres& celles de nos ſucceſſeurs.
L'Evêque de Vannes pourra rendre un
témoignage ni équivoque ni ſuſpect ; toute
laVille deHennebont en Bretagne , où ce
malheur eſt arrivé , certifiera également la
verité de ce que j'avance , & le beſoin extrême
oùnous ſommes réduits,
AHennebont ce 12. Mars 1746.
Fr. A. Prieur des Carmes de Hennebont,
MARIAGES & MORTS.
LE fut Parole
E 6 Fevrier fut célébré dans l'Egliſe Paroif-
Clermont en Auvergne , le mariage de M. Guy
Joſeph Comte de Plas , Baron de Marfillac , Marquisdu
Thillay, Seigneur de Curemonte , du Puydarnac
, S. Genis , Sennac , & autres lieux , fils
de deffunt M. François Joſeph Comte de Plas,Marquis
du Thillay , Baron de Marfillac , Seigneur
des ſuſdits lieux ,&deMarie Judith de Pouffard
du Vigean de, Lignieres ſa femme , avec Damoifelle
Marie-Françoiſe de Cordeboeuf-Beauverger ,
de Montgon , née au Château de Soucheye
Auvergne lezSeptembre1724, fillededeffuntPhilip-
,
en
MARS 1746. 207
pe-Gilbert de Cordeboeuf-Beauverger , Contede
Montgon ,Maréchal des Camps& Armées du Roi ,
Commandeurde l'Ordre Royal & militaire de S.
Louis, Gouverneur des Iſles d'Oleron , où il mourut
le 13 Octobre 1724 , & de Dame Blanche
Henriette de la Roche-Aymon , ſa femme , foeur
de M. l'Archevêque de Toulouze. M. l'Evêque
de Clermont fit les cérémonies de ce mariage.
La maiſon de Plas eſt une des meilleurs &des
plus anciennes du bas Limousin , connue dès le
onziéme fiécle , ſuivant une charte de l'Abbaye
de Tulles , concernant une donation faite à cette
Abbaye & à Fondino qui en étoit Abbé , par Ai
mar Chevalier Seigneur de la Ro he & Tareldis
fa femme , fille de Renaud III. du nom Vicomte
d'Aubuſſon , en préſence de Bernard , & Aimar
de Plas qui ſervirent de témoins. Ladite charte
paffée ſous le Regne de Philippe I. & de l'Epiſcopat
de Ithier Evêque de Limoges , qui aſſiſta
en 1059 au couronnement de Philippe I. , c
qui mourut l'an 1073 , c'eſt entre ces deux Epoques
que l'on peut placer le tems que cette charte
futfaite.
Outre ce titre on conſerve encore dans les
Archives du Château de Plas un acte en Latin ,
qui eſt une donation que Lucie de Plas fille de
deffunt Bernard de Plas , qui eft qualifié Miles
fait de tous ſes biens à Heblond de Plas fon frefrere
, qualifié Domicellus , paſſé le Jeudi d'après
la fête de l'Annonciation de la Vierge , l'an 1208
au château de Raymond Vicomte de Turenne
qui fut préſent à cet acte , & auquel il fit appofer
le ſceau de ſes armes.
DePlas porte d'argent à trois jumelles de guenles
poſées en bande.
Lanuit du 20 au 21 fut marié dans la Chapel208
MERCURE DE FRANCE.
:
leintérieure du Curé de S. Roch Guy- Françoř
de la Porte de Ryants , ditle Marquis de Ryams,
Chevalier Comte du Briou , Baron de Villerai au
Perche , & de la Broffe en Beauſſe , Guidon des
Chevau-Legers de Bretagne , né le 29 Octobre
1719 , fils de Guy-François de la Porte Comte
du Briou , & de Leonarde de Guillon , avec
Demoiselle Henriette Bibianne Colbert de Croilly ,
née le 10 Janvier 1727 , fille de Jean-Baptiste-
Joachim Colbert , Marquis de Croiffy , Baron de
Nogent, Lieutenant Général des armées du Roi ,
Capitaine des Gardes de la porte ,&de Françoife
Bibianne de Franquetot de Coigny , fille du Maréchal
de Coigny ,& petite fille de M. le Marquis
deTorcy Ministre d'Etat & Commandeur des
Ordres du Roi. Le Marquis de la Porte joint à
fon nom celui deRyants en vertu de la ſubſtitution
faite en ſa faveur par le Teftament de feu
Denis de Ryants , dit le Marquis de Ryants , Brigadier
des Armées du Roi& Capitaine Lieutenant
desGendarmes de Berry mort le 26 Avril 1745-
Il porte écartelé au ier. & 4 d'or à une bande
Pazur , qui est de la Porte , & au 2.5 3. d'azur
ſemé detrefles d'or à deux barres adoſſées demèm?;
ſupports , deux Licornes , qui eft de Ryants.
La maison de la Porte en Berry eft connue dès
l'an rooo par des titres qui repréſentent les Seigneurs
qui en font fortis , figurans avec les plus
Grands de leur Province& partageans avec eux
le titre de Chevalier & tous les autres avantages
affectés ſeulement à la haute nobleſſe. Eudes de
la Porte , Seigneur de Bannegon à huit lieues de
Bourges vivant ſous le Regne de Hugues Capet
eft regardé comme l'Auteur de cette Maiſon , if
confirma avec Beraud ſon fils & Archambaud de
Bourbon la donation faite à l'Egliſe de Bourges
MARS 1746.
par Eudes , Albereda ſa mere , Sequaldus & Erojus
de Poligny du fiefpreſbiteral deBannegon. C'eſt
de cet Ludes que ſont ſorties les branches de
Bannegon éteintes vers le milieu du 146. ſiecle ;
celles de Peſſelieres & des deux Lyons éteintes
depuis , &celle des Seigneurs d'Iſſertieux qui ſubſiſte
aujourd'ui dans la perſonne de René-Joſeph
Marquis de la Porte d'Iſſertieux oncle à la mode
de Bretagne de M. le Marquis de la Porte
de Ryants qui donne lieu à cet article.
Les armes de René-Joſeph Marquis de la Porte
d'Iſſertieux font d'or à une bande d'azur ; ſupports ,
deux ſauvages au naturel tenant leurs maſſuës levées
, au bas deſquelles pendent des clefs : cimier ,
une tête de cheval jettant du feu par la bouche
&par les narines : deviſe GARDIATORES DE
LA PORTE.
Ses alliances font avec les Maiſons de Belleſime ,
de des Barres ,de Châtellus, de Blancafort , de Rabutin
, de Meauvoiſin , de la Grange d'Arquien ,
de Tilly , d'Anlezy , d'Etampes , de leGroin , de
Couraud, de Rochechouart , de Montmorin , de
la Roche-Andry , de Salignac , de Bonneval , d'Ef
cars , du Pleffis-Liancourt , de Culant , &c .
La nuit du Dimanche au Lundi 14 s'eſt faitdans
la Paroiffe de Saint Laurent de Paris le mariage
de Jules -Etienne - Honoré de Prunelé Chevalier
Baron de Saint Germain le Deſiré de Molitart ,
Seigneur de Valieres , fils de feu Jules-César de
Prunelé , Chevalier Baron de Saint Germain , avec
Dame Marie Geneviève - Gabrielle - Nicole de
Grouches de Chepy , veuve depuis le 7 Mars 1740
de Jean-Louis de Leſtandart Marquis de Bully ,
Chevalier de l'Ordre Militaire de Saint Louis
Gouverneur de Neufchatel en Normandie & ci
,
$10 MERCURE DE FRANCE.
devantde Menin en Flandres ,& fille de Nicolas
AntoinedeGrouches Marquis de Chepy, Maréchal
deCamp&Commandeur de l'Ordre Militaire de
Saint Louis , & de Dame Marie - Geneviève
Becquin.
Voyez la Généalogie de la Maiſon de Prunelé
ancienne nobleſſe de Beauſſe dans le Supplément
du Dictionnaire Hiftorique de Morery , vol. 2
fol. 122 , &celle deGrouches ancienne Nobleſſe
de Picardie dans le Nobiliaire de la Province de
Picardie , dreffé & imprimé par les ſoinsdu ſieur
de Rouffeville Procureur du Roi de la recherche
de la Nobleſſe de la Province de Picardie.
DameThéreſe Hennequin d'Ecquevilly , épouse de
M. Louis le Peletier , ci-devant Premier Préſident
du Parlement , mourut à Paris le 25 Février âgée
de 58 ans.
M. Jean Boubier Préſident Honoraire au Parle
ment de Bourgogne& l'un des Quarante de l'AeadémieFrançoiſe,
mourut à Dijon le 17 Mars âgé
de 73 ans.
Le .. Fevrier N ..... de Brun dit leMarquis ,
de Brun , Lieutenant Général des armées du Roi
du 2Mai 1744 , mourut dans le Comté de Bour
gogne , d'où il étoit originaire ; voyez ſur cette
généalogie le Dictionnaire Hiſtorique de Morery
vol. 2. fol. 354 .
Le 28 De. Marie de Voyfin , veuve de M. Louis-
Thomas du Bois de Fienne , Marquis de Leuville ,
Lieutenant Général des Armées du Roi , Grand
Bailli de Touraine& Gouverneur de Charlemont
avec lequel elle avoit été mariée les Juin 1725 ,
mourut à Paris dans la 44e, année de ſon âge
ANCI MARS 1746. 1 211
eétant née le 21 Mars 1702 ; elle étoit fille par
be
née de Daniel-François de Voyſin Seigneur de
Noraye & du Menil-Bourré , Chancelier & Garde
des Sceaux de France , Greffier Commandeur des
Ordresdu Roi, mort la nuit du 1. au 2 Fevrier 17173
& de D. Charlotte de Trudaine morte le 20Avril
1714. Voyez ce qui eſt dit de la maiſon de
Voyſin dans l'Histoire des Grands Officiers de la
Couronne , vol. 6. fol. 588 , & pour celle du
Bois , l'Histoire du Nobiliaire de Touraine par
l'Hermite de Soliers.
Le 1. de Mars D. Monique Defvieux , femme
depuis le 27 Septembre 1735 de M. François-Do
minique Barberiede S. Contest, Maître des Requêtes
Ordinaire de l'Hôtel du Roi , Intendant en
Bourgogne , mourut à Paris dans ſa 28e. année;
elle étoit fille de Philippe Deſvieux Seigneur de
Naveilles , l'un des Fermiers Généraux des Fermes
Unies , & de D. Bonne-Magdeleine le Couturier
, & elle étoit foeur de Philippe-Etienne
Deſvieux , troiſiéme Préſident de la premiere
Chambre des Requêtes du Palais depuis le 9 Décembre
1744.
Le 3 du même mois mourut Dame Marie-Louiſe
Delpech épouſe de Gilles-Gervaisde Pechepeiroux
Marquis de Beaucayre , Chevalier Seigneur de
Moiffac &c. Colonel du Régiment de Cavalerie
de fon nom , Brigadier des armées du Roi , ſans
poſtérité. Elle étoit fille de Paul Delpech Ecuyer
Seigneur de Chaumot &c . Receveur Général des
Finances d'Auvergne ,&de Dame Magdeleine de
Monthy.
Le 13 Meſſire Philbert Lorenchet Chanoine Souss
212 MERCURE DE FRANCE.
Diacre de l'Egliſe de Paris depuis le23 Mai 1685.
Conſeiller Clerc au Parlement de Paris depuis
le 6 Mai 1699 , ci-devant Abbé de Clairmon
au Mans , mourut dans un âge fort avancé ; il étor
de Beaune& fils de Jean Lorenchet Avocat an
Parlement & de Jeanne le Vaffor.
Le même jour Meſſire César le Blanc Evêque
d'Avranches & Abbé de Satur , mourut à Paris
dans la74 annéedeſon âge étant né le 15 Novem
bre 1672 ; il étoit Religieux de Sainte Croix de
la Bretonnerie , & Frieur de Dammartin en 1719
lorſqu'il fut nommé à l'Evêché d'Avranches, &
ſacré le premier Mai 1720 , & ilobtine auffi en
1727 l'Abbaye de Saint Satur près Sancerre , Ordte
de Saint Augustin, Diocèſe de Bourges.Il étoit frere
puiné de Claude le Blanc Secretaire d'Etat ayant
leDépartement de la Guerre,Grand Croix,Grand
Prevêt& Maître des Cérémonies de l'Ordre Royal
&Militaire de Saint Louis , mort le 19Mai 1728 ,
*& frere aîné de Denis-Alexandre le Blanc Evtque
de Sarlat depuis l'an 1721 ,& ils étoient tous
trois fils de Louis le Blanc Maître des Requêtes
Ordinaire de l'Hôtel du Roi Intendant, de Juftice
àRouen , & nommé Ambaſſadeur à Constantinople,
mort le ro Octobre 1707 , & de Dame Suzanne
Bazin de Beſons morte le 4Juin 1699.
,
Nicolas de Largilliere Peintre Ordinaire du Roi ,
Chancelier ancien Directeur & Recteur de
l'Académie Royale de Peinture & Sculpture ,
Parifien , mourut le 20 Mars dans la 90 année de
fon âge , étant né le 2 Octobre 1656.
On peut dire que jamais Peintre n'a été plus
univerſel que lui , &qu'il adonné des preuves de
l'excellence de ſon Pinceau dans tous les genres
MARS 1746, 213
!
一
de Peinture ; Hiſtoire , Portrait , Payſage ,
Animaux , Fruits , Fleurs , Architecture ; il avoit
une facilité extraordinaire dans la compoſition,
& jamais Peintre n'a été plus grand praticien. A.
force d'avoir vû & examiné avec attention la
Nature , de l'avoir copié exactement pendant
pluſieurs années , & d'en avoir fait de grandes
études , il ne ſe fervoit preſque plus de Modéle ,,
de Manequin , ni de choſes réelles devant ſes
-yeux; tout étoit préſent dans ſon imagination ,
Meubles , Etoffes , Habillemens , Inſtrumens de
Muſique, Livres , Architecture , Animaux , Fleurs ,
Fruits &c . qu'on peut dire qu'il rendoit comme la
Nature même. Son plus grand travailat été le Portrait
comme étant le plus utile , auſſi yjavoit-il fait..
une fortune affés conſidérable ; mais la plupart de
ſes Portraits font toujours connoitre le grand Pein
tre,&fur tout ceux qui ſont juſqu'aux genoux par
la richeffedes fonds, des ornemens,&des attributs
qui conviennent aux perſonnes quiy font repréſentées
, ſont de véritables Tableaux qui feront
toujours recherchés des Connoiffeurs. On trouveroit
dans Parisdouzeà quinze cent de ſes Portraits
, car il a peint juſqu'à l'âge de 86 ans d'une
maniére admirable . Un de ſes derniers Portraits
eft celui de M. Néricault des Touches Célébre
Académicien , qu'on peut voir dans la fale de
l'Académie Françoiſe au Louvre .
1
A l'égard des Tableaux d'Hiſtoire de M. de
Largilliere , on en voit entre autres deux dans
la grande fale de l'Hôtel de Ville de Paris , & un
dans l'Egliſe de Sainte Genevieve, où tous les
principaux Officiers du Corps de Ville & autres
figures de grandeur naturelle y ſont repréſentés :
ces ouvrages font beaucoup d'honneur à ce Peintre..
On trouvera dans ſa maiſon rue Geoffroy-l'An214
MERCURE DE FRANCE.
gevinà ſon inventaire environ 12 Tableaux de
la vie de Notre Seigneur&de celle de la Sainte
Vierge , & quelques autres des ſujets de l'ancien
Teftament.
Lacompoſition de quatre eſt de 20, de 30%
de 40 figures principales , ſans une multitude
d'autres qui font dans le lointain; les ſujets de
ces quatre Tableaux ſont l'EntréeTriomphante dans
Jerufalem; lePortement de Croix , l'élévation de la
Croix, le Crucifiement & Confummatum eft ; &un
cinquiemeTableau qui repréſente Notre Seigneur
qu'onmet au Tombeau. Ces Tableaux ſont environ
de quatre pieds&demi ſur trois; onytrouvera auli
huitou dix Buſtes d'Apôtres avec leur attributs ;
quelques Payſages , Tableaux de fleurs&de fruits
qui font connoître la fécondité du génie de
Grand Peintre , & la beauté de ſon Pinceau qu'on
pourroitcompareràceux deRubens&du Correge.
M. de Largilliere ſe faiſoit auſſi un grand plaiſit
de faire partde ſes connoiſſances dans ſon Art à
toutes lesperſonnes qui le confultoient ; ſon ca
ractére étoit doux & obligeant , & il joignoit à la
douceurune grande probité. Il avoit épouſé Mile
Forest fille du célébre Foreſt Peintre du Roi.
ce
PIECES
TABLE.
IECES FUGITIVES en Vers , &en Preſe
. La Vertu , Ode
Recherches ſur les feux de joye des Anciens
Vers à Mlle. F.
3
9
19
Difcours prononcé à l'ouverture de l'Académie
deS. Chamond en Lyonnois.
Poëme fur la Bataille de Fontenoy
Epigramme à Helene de ***.
26
35
Diſcoursprononcé par M. Brallet Conſeiller de
Ville. 36
Epître ſur la Pareffe, 48
Autre de M. V.
Obſervations de M. Bruhier. 56
Vers à Mlle Jarente de Senas . 65
Sonnet en bouts rimés . 66
Projet pour l'établiſſement d'Ecoles gratuites de
Deffein. 67
Copie d'une lettre du R. P. C. J. ſur ce projet 74
Traduction d'un Ode d'Horace 78
Extrait d'une lettre de Smyrne 80
Vers à Mde. la Miſe. de B. 83
Lettre écrite aux Auteurs du Mercure 84
Epître de M. V. 92
L'étalage perdu , Allégorie 94
Differtation du P. Texte pour ſervir de mémoire
à l'Histoire &c. 97
Epitre de M. Cottereau Curé de Donnemarie à
M. le Cure de ****. 109
Epigramme.
III
Lettre de M. Mazure Maître de Mathematiques
à M. L. **** 112
Ode tirée du Pſeaume sr. 118
Vers à une Dlle. en lui envoyant un cheval 122
Nouvelles Litteraires , des beaux Arts , Effai fur
les probabilités de la durée de la vie humaine .
Extrait . 125
Introduction à la connoiſſance de l'eſprit humain ,
Extrait 130
Recueil de Pieces pour ſervirà l'Hiſtore de Louis
ΧΙ . 133
Nouveaux Memoires pour fervir à l'Hiftoire de
l'eſprit & du coeur , Extrait 134
Letraité du Caſtor 139
Le deuxieme livre des Fleurettes Ibid,
47. 140
Prix propofé par l'Académie de Chirurgie pour
Question propoſée
Estampes nouvelles,
Bouquet à Iris.
141
Ibid.
145
Explicationdes Enigmes &des Logogryphes de
Fevrier. Ibid.
Enigmes & Logogryphes Ibid.
Chanfon notée
15
Vaudeville noté.
152
Spectacle , Opéra. Ibid,
M. le Maréchal de Saxe reçoit une couronne de
laurier de l'Actrice qui repréſentoit la Gloire.
155
Zelifca , Comédie Ballet jouée à laCour , Extrait
Ibid,
Lettre de M. de la Nouë , Auteur de cettepiece ба
Comédie Françoiſe , Feu d'artifice intitulé leDe.
Inge universel. 164
Comédie Italienne. La Coquette fixée nouvelle
Piece. Ibid.
Compliment pour la Clôture du Théâtre Italien .
165
Comédies , Concerts &Balletde laCour
167
Explication de l'Enigme de Décembre 1er. vol.
171
Journal de la Cour, de Paris&c. 172
Lettre ſur la mort de M. l'Archevêque de Paris
176
Charges militaires 185
Bénefices donnés 188
Nouvelles Etrangeres &c,
Lettre ſur les 20000 liv. à employer
Mariages & Morts
La chanfon notée doit regarder la page
De l'Imprimerie de Jean- Fr. ROBUSTEL ,
rue de la Calendre près le Palais,
Si
DE FRANCE
DÉDIÉ AU ROI.
JANVIER 1746.
LIGIT
UT SPARGAT
Chés
-
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER
rue S. Jacques.
La Veuve PISSOT, Quai de Conty
à ladefcente du Pont-Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais
M. DCC. XLVI .
Avec Approbation & Privilege de Roi
-10.6
1558
746
LISTE DES LIBRAIRES
qui débitent le Mercure dans les
Provinces du Royaume .
ABordeaux, chés Raimond Labottiere,&chesChappuis
1 aîné , Libraires, Place du Palais , à côté de
laBourſe.
Nantes , chés Nicolas Verger.
Rennes , chés Jouanet Vatar , & Vatar le fils , rue
Dauphine.
Blois , chés Maffon.
Tours chés Gripon , &chésBully.
Rouen , ches François-Eustache Herault , & chés
Cailloüeft.
Châlons-fur-Marne , chés Seneuze.
Amiens , chés la veuve François ,& chésGodart,
Arras, chés C. Duchamp , &thes Barbier.
Orleans , chés Rouzeaux.
Angers , à la Pofte ,&chés Boffard , Libraire
Dijon , à la Poſte.
Verſailles , chés Monn'er.
Beſançon , chés Briffaut , à la Poſte.
SaintGermain , chés Chavepeyre.
Lyon , à la Poſte.
Marſeille , chés Sibić , Libraire , ſur le Port.
Beauvais , chés De Saint.
Troyes , chés Michelin , Imprimeur-Libraire.
Charleville , chez Pierre Thelin .
Moulins , chés Faure,
Mâcon , chés De Saint , fils,
Auxerre , chés Fournier.
Nancy , ebes Nicolas.
Toulouſe , ches Biroffe.
Nantes , chés Joſeph Vatar,
Dijon chés Mailly.
:
Le prix est de XXX. fols,
MERCURE
DE FRANCE
DÉDIÉ AU ROI.
JANVIER 1746.
PIECES FUGITIVES
en Versen Profe.
EPITRE A URANIE.
S
Pour lejour defa fête.
I le Dieu que Délos adore
M'avoit appris ſon art charmant ,
Qu'il feroit doux de faire éclore
Mes paroles du ſentiment !
Moncoeur, en guidant mongénie ,
Aij
4. MERCURE DE FRANCE.
Se dévoileroit à tesyeux,
Etdans des Vers mélodieux
Enfantant la douce harmonie ,
Ma lyre , adorable Uranie ,
Porteroit ſes ſons juſqu'aux Cieux.
Des plus brillantes fleurs ornée ,
Et par les Graces couronnée
Volant à l'immortalité
Sur leton des plus doctes Fées
Elle éléveroit des trophées
A l'éclatante vérité.
Auſſi ſublime que ſincére ,
De ton aimable caractére
Ellechanteroit la bonté ,
La candeur , la ſincérité ,
Cet Art de charmer& de plaire ,
Par un Coeur que leCiel éclaire ,
Et par un eſprit enchanté
Joint aux charmes de la beauté :
Préſens , que les Dieux t'on ſçu faire ,
Dont en naiſſant ils t'ont doté .
J'irois à la poſtérité
Laiffer un monument durable
Qui dansune belleadorable ,
Peignant & Minerve , & Venus
Pour ornement auroit les Graces ,
Pour taſe toute les vertus .
P
JANVIER 1746.5
De l'Art des Rouſſeaux , des Horaces ,
Les ſecrets me font inconnus :
En vain voudrois-je ſur leurs traces
Imiter leurs chants ingénus ;
Mes déſirs ſeroient ſuperflus ;
Et quand l'astre de ma naiffance
Par laplus heureuſe influence ,
M'auroit donné tous fes talens ,
Irois-je ſur les tons brillants
De la cadence & de la rime ,
D'une louange légitime
T'offrir les immortels accens ,
Quand ta vertu rare & fublime
Te met au-deſſus de l'encens ?
Moins audacieuſe en ſes chants ,
Enterendantun doux hommage,
Contente d'avoir un langage
Qui fut l'interprete du coeur ,
MaMuſe , de ſa vive ardeur
Te traceroit ici l'image ;
Elle peindroit mes ſentimens
Dont ta vertu forma les chaines ,
Et qui , par des liens charmans ,
Exempts de ſoucis&de peines ,
Defroideurs&de changemens ,
Au ſein d'une douce allégreſſe,
1
A iij
MERCURE DE FRANCE.
Sur le fuſeaude ta ſageffe ,
De mes jours filent les momens.
Elle peindroit ces mouvemens
Que l'amitiédonne à mon ame ,
Ce doux charme de tous mes ſens ,
Cestranſports de ſa vive flame ,
Toujours dans mon coeur renaiſſants ;
Cette union tendre& fincére ,
Ce vrai bonheur que le vulgaire
Dansla folle erreur endormi
Negoute jamais qu'à demi :
Cevrai bien , le feul eſtimable ,
Quidans l'objet le plus aimable
Me donne le parfait ami.
Mais de mon eſprit l'impuiſſance
M'impoſe ſagement filence ,
Etne me permet ſeulement
Quede t'offrir ces fleurs naiſſantes ,
Qui de nos campagnes riantes
Faifoient lagloire & l'ornement ;
En ce jour de réjouiſſance
Que les Dieux puiſfants àjamais
En l'illustrant par ta naiſſance ,
Signalerent par leurs bienfaits.
De votre heureuſe deftinée
Allez jouir , aimable fleurs ,
JANVIER . 7 1746
Dans lademeure fortunée
Qu'habite la Reine des coeurs ;
Tandis quemon ame ravie ,
Par un fort des Dieux envié ,
Ira lui conſacrer ma vie
Dans le temple de l'amitié.
LETTRE de M. du Marſais à M.
Durand Avocat au Parlement , en Périgord,
fur ce passage de l'Art Poëtique d'Horace.
V. 128
DIFFICILE EST PROPRIE COMMUNIA DICERE.
MONSIEUR ,
Dans l'interprétation interlinéaire que
je vous envoye de l'Art Poëtique d'Horace
à l'uſage de MM. vos fils , je n'ai fuivi
ni M. d'Acier , nile P. Tarteron , nile
P. Sanadon dans l'interprétation dece paffage
d'Horace Difficile est proprie communia
dicere. Je déſire fort que vous trouviez que
j'ai eû raiſon , car je fais grand cas de votre
ſuffrage,
A iiij
8 MERCURE DE FRANCE.
L
Pour bien entendre le ſens de ces paroles
il ne faut point les ſéparer de ce qui les
précede ni de ce qui les ſuit. Voici toute la
fuite du diſcours dans lequel fe trouve la
phraſe où eſt la difficulté.
> Si quid inexpertum ſcenæ committis , & audes
>> Perfonam formare novam , ſervetur ad imum
>>>Qualis ab incepto procefferit , & fibi conſtet ;
[ Verùm ) >> Difficile eſt proprié communia dicere
; tu -que
>>> Rectius Iliacum carmen deducis in actus
>> Quam fi proferres ignota indicta-que primus :
[Et tunc illa ] >> Publica materies privati juri
erit, fi !
>> Nec circa vilem patulum-que moraberis orbem
>>> Nec verbum verbo curabis reddere fidus
>> Interpres ; nec déſilies imitator in arctum
> Undè pedem referre pudor vetet aut operis lex.
Ces vers me paroiſſent ne former qu'un
ſens to al, une ſeule& même periode , dont
les membres font liés pardes conjonctions
ſous entendues , que j'ai pris la liberté de
mettre ici entre deux crochets.
Horace qui eft concis, a ſupprimé ces conjonctions
ou tranfitions. La fuppreffion des
prépofitions & des conjonctions rend le difcours
plus vif, mais moins clair. Auguſte ne
JANVIER. و . 1746
faiſoit pas difficulté de les exprimer & méme
deles répéterpour ſerendreplus intelligible. *
Mais revenons à Horace ; voici une paraphraſequi
me paroît faire entendre le ſens de
ſesvers: Si vous oſez mettre ſur la ſcéne un
>> ſujet nouveau , un caractére qui n'ait point
> encore été traité, inexpertum , &que pour
» peindre ce caractére vous inventiez un
>>perſonnagejuſqu'alors inconnu auThéatre,
>>perfonam novam : Que ce perſonnage con-
>> ſerve toujours ſon caractére : qu'il ne ſe
>> démente point , & que juſqu'à la fin de la
>piéce il ſoit tel qu'il aura paru au commen-
>> cement. Mais prenez-y garde : meſurez
>> vos forces : il eſt bien difficile d'imaginer
»& de foutenir ce nouveau perſonnage : de
06 le créer , pour ainſi dire , tel qu'il doit
>> être , propriè , pour peindre quelqu'un de
>>ces caractéresdont on n'a encore q'une idée
générale , communia ; on n'a aucun mo-
»déle devant ſoi; point d'Auteur qui ait
•Genus loquendi ſecutus eſt elegans&temperatum
vitatis fententiarum ineptiis .. præcipuamque
curam duxit ſenſum animi quam apertiſſimè exprimere
: quod quò facilius efficeret aut nec ubi
lectorem vel auditorem obturbaret ac moraretur ,
neque præpofitiones verbis addere , neque conjonctiones
fæpius iterare dubitavit , quæ detractæ
afferunt aliquid obfcuritatis , &fi gratiam augent ,
Sueton. Auguft. c. 86.
10 MERCURE DE FRANCE .
১১ traité le même ſujet : on n'a pour guide
>>que la Nature.
>> C'eſt ainſi que Moliére en prenant l'A-
> vare pour ſujet d'une Comédie , nous a
>> peint un caractére général , communia , &
→ que par la conduite de ſa piéce & par tout
>> ce qu'il fait dire & faire à fon Arpagon ,
>> perſonnage nouveau , il a traité ce ſujet
> propriè; il a appliqué convenablement àce
>> nouveau perſonnage le caractére géneral
>> d'Avare.
>>Le Joueur de Renard étoit auſſiunſujet
>> commun , c'est-à-dire géneral , indetermi-
> né, dont avant lui on n'avoit fait aucune
• application particuliere au Théatre, mais
>>Renard à particulariſé ce caractére dans
la perſonne de Valere , perſonnage nou-
>>veau & inventé exprès inexperium, personam
novam , & il a donné à ce perſonna-
>> ge tous les traits qui peignoient le Joueur,
» quile caractériſent , qui le font reconnoî-
→ trepropriè.
1
>> Mais,jeune Poëte pour qui j'écris, [ vous
→ n'êtes ni Moliere ni Renard , vous n'êtes
دد ni Ariftophane ni Menandre, vous n'êtes
>> ni Sophocle ni Euripide : ne volez pas
>>d'abord de vos propres ailes , croyez-
20 moi , prenez plutôt un ſujet , un ca-
- ractére & un perſonnage déja connus
dans le public , publica materies. Le vail
JANVIER 1746. VI
:
lant Achille , la barbare Médée , le per-
-fide Ixión, le triſte & furieux Oreſte , la
>> tendre& infortunée Didon. Tirez vos fujets&
vos perſonnages d'Homere, de Virgi-
→le &méme de quelque Hiſtorien célebre.
>>Ces ſujets & ces perſonnages que tout le
>> monde connoîtdéja, publica materies , vous
>> deviendront propres,privati juris erit , fr
vous enufez comme de votre propre bien,
➡ſans vous affervir en commentateur litteral
> à la conduite ni aux penſées connues de
>> votre original. Ne croyez pas que parce
> que vous tirez le fond de votre ouvrage
>> d'un Auteur, il nevous foit plus permis
» de retrancher , d'ajouter , de changer ni
>> de donner l'eſſor à votre imagination :
vous devez traiter votre matiere avec la
>> méme liberté que ſivous en étiez vous
>>même le premierAuteur.
Ilme femble , Monfieur que cette paraphraſe
rend le veritable ſens d'Horace , &
ne lui fait pas donner à proprie & à communia
des ſens forcés que ces motsn'ont nulle
part.
Je crois donc que proprie fignifie d'une
maniere propre , adaptée , détermince , au perfonnage
particulier par lequel on peint lecasactére
qu'onveut traiter.
Communia veut dire géneral, vague, indeurminé,
C'eſt dans ce ſens que lesGrammai
Avj
12 MERCURE DE FRANCE.
riens diviſent les noms ſubſtantifs en noms
communs ou appellatifs & en noms propres.
Commun eſt donc ici un de ces termes que
les Logiciens appellent univerſaux, qui fignifient
, diſent- ils , les idées communes , c'eſt à
dire , generales , tels ſont les noms qui conviennent
aux individus de même eſpéce.
C'eſt ainfi que Heros eſt un nom commun ,
séneral ou appellatif, c'eſt à dire , un nom
cui convient à Achille , à Alexandre , à Céfar
, à Henri IV. à Louis XV. au Roi de
Frufſe , au Prince de Conty , au Comte de
Saxe & à tous ces Grands hommes qui ſe
fon diftingués ou qui ſe diftinguent par l'Héroiſme
& que l'admiration des peuples confacre
à l'immortalité .
(
Achille , Alexandre , Céſar font des noms
propres , c'eſt à dire , les noms des individus
particuliers de l'eſpéce ou nom commun.
Ainfi felon Horace il eſt difficile d'inventer
une fable particuliere dans laquelle on
peigne pour la premiere fois , par un perfonnage
fingulier , parun nom propre , propriè,
quelqu'un de ces caractéres géneraux qui
font une eſpéce particulière d'hommes , foit
parmi les grands, foit dans le peuple, communa.
Hypocrite,fauxdévotqui cahetoutes fortes de
vices fous le man teau de la dévotion, communia
eſt un caractérequi n'eſt que tropcom ni
JANVIER
1745. 13
Moliere a fi bien peint ce caractére dans la
perfonne de Tartuffe , & a rendu ce caractére
tellementpropie à Tartuffe, proprie, que
notre Langue s'eſt trouvée enrichie , de ce
mot , & que Tartuffe , nom propre eſt devenu
par figure un nom commun , de forte
que l'on dit aujourd'hui d'un hypocrite &
d'un faux dévot, c'est un Tartuffe.
Ainfi proprie communia dicere , c'eſt adapter
fi bien un caractére à un perſonnage particulier
, que tout ce qu'on fait dire ou faire
à ce perſonnage réponde parfaitement à
l'idée abſtraire & génerale qu'on a du caractére.
Communia , c'eſt le caractére en lui-même
dans le ſens abſtrait,géneral&métaphysique.
Proprie, c'eſt le caractére appliqué à un
perſonnage particulier,& inventé pour être
le tableau du caractére. Les moeurs d'un hypocrite,
communia , ce ſont les moeurs de
Tartuffepropriè.
Au reſte , Monfieur, je dois le fond de
cette remarqueà la note que M. Piat a faite
fur ce paſſage dans le petit Horace qu'il fit
imprimer en 1730 chés Brocas * : note qu'il
*Hic communia funt mores generatim & in univerſum
ſpectati , nullâ ratione habitâ hujus aut hujushominis.
Propriè dicere , eft mores illos , five
naturas , alicui homini adfcribere & illius proprias
facere,
14 MERCURE DE FRANCE.
ne doit àaucun autre Commentateur : mais
quene trouve-t- on pas dans le fond d'un efprit
judicieux ? C'eſt l'inſtrument& lecommentaire
univerfel.
Deux paſſages , l'un de Cicéron, l'autre de
Quintilien , m'ont fait entrer dans la pen
fée de M. Piat & m'ont fait entendre que
Communia vouloit dire ici les caractéres géneraux
, communsà pluſieurs , & que propriè
défignoit l'application du caractére à un
perſonnage particulier.
Cicéron à la fin de ſonOraiſon pour le
Poëte Archias dit: Quæ communiter de ipfius
studio locutus sum : ce que j'ai dit engéneral
dela Poëfie , talent &étude d'Archias. C'eſt
ainſi que tout le monde entend ce paf
fage & c'eſt un des ſens que nos Dictionnaires
donnent à communiter : c'eſt ainſi que
je l'ai traduit dans l'interprétation interlinéaire
queje vous ai envoyée de cette oraiſon de
Cicéron.
Cum perfona aliqua ex hiftoriâ defumitur , ha
bet jam mores fuos, fuam indo'em , fuam naturam
propriam ac péculiarem: nec alius Poëtæ labor
incumbit , nifi ut naturam eam , jam factam
&cognitam fequatur. At ſi nova perſona effingitur ,
adiri neceſſe eſt naturas illas generales atque communes
; atque ex iis hauriri undè hujus-ce perfonæ
indolem propriam conficias : quod effe difficile
Horatius dicit : ideoque ſuadet perſonas jam cogaitas
adhiberi,
JANVIER 1746. 15
Quintilien eſt encore plus précis. * Non
diſſimile huic eft illud præceptum ut à communibus
adpropria veniamus Ferè enim communia
geniralia funt. Commune est , Tyrannum
occidit, proprium, Viriatum Tyrannum occidit.
>C'eſt encore un autre precepte appro-
>> chant de celui dont nous venons de parler
>> qu'il faut paſſer des propoſitions commu-
> nes aux propres ; par communes , dit-il , on
>>entend preſque toujoursgénerales. Il atué
>> un Tyran, voilàune propoſition commune,
>>c'eſt àdire , vague indeterminée. Il atuéViriate
, voilà une propoſitionpropre , c'eſt à
dire, finguliere ,determinée.
Vers la fin du fiécle pafſé le ſensde cesparoles
d'Horace partagea l'Académie&donna
lieu àun procès par écrit entre M. Dacier
&M. le Marquis de Sévigné fils de l'illuftre
Dame dont nous admirons les lettres. Je dis
unprocès, parceque ces Meſſieurs trouverent
àpropos d'intituler leurs écrits Factum, contredits.
Ces écrits furent imprimés à Paris chés
Girin en 16.8 ſous le titre de Differtation
critique ſur l'Art Poëtique d'Horace. On ne
trouve aujourd'hui cette differtation que dans
lecabinet de quelques curieux. C'eſt cette
Differtation que M. Dacier a en vûe lorſque
dans ſes notes ſur le paſſage en queſtion
* Quint. Inft. Or, L. VII. c. I.
16 MERCURE DE FRANCE.
après avoir traité d'abſurde le ſentiment dif
férent du sen , il ajoute : comme je l'ai
prouvé ailleurs.
Voici , Monfieur , en peu de mots le ſentiment
de chacune des deux parties.
La plupart des Commentateurs font dire,
comme nous , à Horace, il eſt difficile de faire
telle chofe, DIFFICILE EST; ainſine lafaitespas;
vous ferez mieux de faire autrement , TU- QUE
RECTIUS , mais M. de Sévigné , qui avoit des
ſentimens héroiques, lui fait dire: il est difficile
de faire telle choſe, ainſifaites la ; ſurmontez ,
bravez les difficultés.
»Un Poëte qui aura inventé ſon ſujet , fera
une bonne Tragédie, dit M. de Sévigné ,
- pourvû qu'il obſerve bien les caractérés :
>>mais il en fera une meilleure s'il choiſit
-un ſujet connu , commun , & fi commun ,
- que preſque perſonne ne l'ignore ; par
> exemple , quelque action éclatante de la
. guerre de Troye.
J'avoue qu'il eſt difficile de traiter ce ſujet
commun & rebattu , communia,d'une manie-
>> re nouvelle qui donne de la curiofité &de
> l'attention aux ſpectateurs propriè : mais
> c'eſt le but où vous devez aſpirer.
Voilà , Monfieur , le ſentiment de M. de
Sévigné , où vous voyez que par communia
il entend connu , ce quepersonne n'ignore.
Selon M. Dacier , communia ne veut pas
JANVIER 17 1746.
dire connu, au contraire , il veut dire inconnu
, nouveau, que tout le monde a droit d'inventer
, mais quin'est encore que dans les espaces
imaginaires jusqu'à ce qu'un premier occcupant
s'en empare.
>>Ces caractéres nouveaux, communia, ſont
difficiles , dit M. Dacier , il faut donc les
„ éviter , & avoir recours aux caractéres
>> connus , & par conféquent vous ferez
■mieux de les prendre dans Homere.
M.Dacier me paroît abuſerde l'autorité des
Juriſconſultes , quandil ditdans ſes contredits
que les Jurifconfultes ne donnentpoint d'autre
fens que luià communia. Mais ce que les Jurif
conſultes appellent res communes , telles que
l'air , l'eau des rivieres , la mer , le rivage de
la mer , ne ſont point des chofes nouvelles ,
ni des êtres de raiſon que chacun peut inventer
, ce font des êtres très - anciens , trèsréels
, & très- connus qui font à l'uſage de
tout le monde. Je retrouve là l'idée que j'ai
de commun que commun ſignifie inconnu nouveau
, maisnouvellement inventéou qui peut l'être;
j'avoue que cette interpretation quoique
preſque généralement fuivie , m'a paru bien
forcée & bien étrange ;je n'oſe dire abſurde
quoique M. Dacier apelle ainſi le ſentiment
contraire au fien.
20
Le P. Sanadon traduit: Il n'eſt pas aifé
detraiter d'une maniere peu commune
18 MERCURE DE FRANCE.
- ces ſujets communs &que tout le monde
>> peut tirer de ſon fond ; vous ferez mieux
d'en prendre dans l'Iliade que d'en imagi-
>> ner qui n'aient été traités de perſonne.
"
Etdans la notep. 579. le P. Sanadon dit
qu'Horaceappellecommuns desſujets nouveaux,
inventés & inconnus. De forte que dans
cette phrafe il n'est pas aisé de traiter d'une
maniere peu commune des ſujets communs.
Commune veut dire le contraire de
commun , car une maniere pen commune , c'eſt
une maniere peu ordinaire , peu usirée , peu
connuë , peu triviale , & commun felon la
note ſignifie nouveau , inventé , inconnu : de
forte que ſi l'on donnoit à commune le même
ſens que la notedonne à commun & quelon
ditd'une maniere peu commune , c'est à dire ,
peu nouvelle , peu inconnue , on feroit dire à
l'Auteur le contraire de ce qu'il a entendu
par commune quoique ce ſoit ce qu'il a entendu
par commun.
Mais revenons à nos plaideurs : M. de Sévigné
mit les rieurs de ſon côté par la légereté
de ſon ſtyle , & par le ridicule qu'il
jetta ſur M. Dacier , par des traits dont je
vous amuſerois volontiers , fi cette lettren'étoit
déja trop longue : M. Dacier de ſon côté
crut avoir accablé ſon adverſaire de raiſons
& d'autorités, de forte qu'il arriva dans
cette occaſion ce qui n'eſt que trop ordi
JANVIER 1746.
naire , c'eſt qu'après avoir bien écrit & bien
diſputé , &cela debonne foi de part& d'autré
, chacun perfiſta dans ſon fentiment , &
crut avoir triomphe de ſon adverſaire.
L'un& l'autre avoit allés d'eſprit pour voir
que le ſentiment qu'il combattoit n'étoit pas
le véritable. M. de Sévigné avoit raifon
quand il foutenoit que M. Dacier avoit tort ,
& M. Dacier prétendoit avec juſtice
ン
que
: mais ni M. de Sévigné n'avoit pas raiſon
l'un ni l'autre ne ſentit qu'il n'avoit pas luimême
ſaiſi le vrai. Il eſt aiſé de voir que les
autres ont tort : il eſt plus rare, je ne dis pas
de convenir , ce ſeroit peut-être trop exiger ,
mais du moins deſentir qu'on a tort auffi foimême.
On croit avoir raiſon parce qu'on
ſent qu'on eſt perfuadé. Peu de perſonnes
ontaflés d'étendue d'eſprit pour aller au delà,
& remonter ſans trouble & de bonne foi
aumotif& à la cauſe de leur perfuafion, La
brute , le Sauvage quivoit un hommedans
un miroir , eft perfuadé qu'il y à là un homme,
mais le Philofophe n'y reconnoît que
des rayons réfléchis. J'ai l'honneur d'étre
avec les ſentimens d'une eſtime très - ſincére
&d'une reconnoiſſance très-vive ,Monfieur,
votre&c. du Marſais.
Paris ce & Aoust 1745 .
20 MERCURE DE FRANCE.
ETraité des Tropes , Ouvrage de M. du
Marſais , Livre qui tientplus queletitre
n'annonce & qui a eu l'approbation de toutes
les perſonnes judicieuſes qui l'ont lû ne ſe
•vend que chés Robinot Quai des Auguſtins
près lagrille.
SONETTO
Del Signor Gio. Giofeffo Felice Orfi.
A
Mor , che ſtaſſi ogn'ora al fianco unite
Di lei , non sò s'iodica o Donna , o Dea ,
Seco apparvemi un dì, ch'in ſuol fiorito
Frà turba di Paftori io mi ſedea.
Vò moſtrarti , ( a la Ninfa Amor dicea , )
Qual frà tanti a te deggia eſſer gradito;
Ba lei , che in giro i vaghi rai volgea ,
Metre volte accennar tentò col dito .
Ove fegnaffe Anor mai non diftinſe
La Nympha, e andò chiedendo : e dove e qual ?
Sin ch un ſuo dardo impaziente ei ſtrinſe ;
Dafe: il guardo suo egua il mio ftale .
1
1
4
JANVIER 1746. 21
Seocco , ferimmi , eil ſangue , ond' ei mi tinſe ,
Fè à lei noto il mio voto , ed il mio male.
U
TRADUCTION LIBRE.
N jour que les Bergers fur lamolle fouge re
Célébroientde Palès la fête par leurs jeux ;
Les uns Lançant des traits qui voloient juſqu'aux
Cieux ,
Les autres s'exerçantàla courſe légere.
L'Amour qui ſuit plutôt mon Iris que ſamere ,
Lui dit, en me montrant , belle Nymphe , je veux
Te faire voir celui dont le coeur amoureux
Scaura trouver enfin le ſecretde te plaire.
Mais elle promenantenvainpartout ſes yeux ,
Où donc eft-il ? Toujours jele confonds, dit-elle;
Ce dard , reprit l'Amour , te le montrera mieux :
Suisle bien; à l'inſtant cet enfantdangereux
Tire , &perce mon coeur d'une fléche mortelle.
Ainfi connut Iris & mes traits& feux .
Laiglon.
ALTRO Sonetto di Gio. Batista Felice Zappi.
S
Taſſi di Cipro in fulla piaggia amena
Un' alta Reggia , dove Amorrifiede :
Colà mi ſpinſi : edel regnante al piede
Preſentai carta d'umiltà ripiena.
2 MERCURE DE FRANCE .
Sire, ( il foglio dicea, ) Tirci , che in pena
Servid fin'or , la libertà ti chiede ;
Nè crede orgoglio ildomandar mercede ,
Dopo ſei luſtri di ſervil catena.
La carta ei preſe , e in eſſa il volto affiſe ;
Malegger non potea , ch'egli era cieco ;
Econnobbe il ſuo ſcorno , e ſe n'affleſſe :
Indi con atto diſdegnoſo& bieco
Gittommi in faccia lo mio ſcritto , e diffe ,
Dallo à morte; elia ne parli meco.
TRADUCTION .
SUURR les bords fortunés de fifle de Cythere
On voit de Cupidon le Palais enchanté :
C'eſt là que l'autre jour j'allai contreGlicere
Préſenter ma Requête à ſa Divinité. :
En vain depuis quinze ans j'ai de cette Bergeré
(Y diſois -je , ) adoréconftamment la beauté ;
Elle rit de ma peine& n'en eft que plus fiere ;
Daignez moi donc , grand Dieu , rendre maliberté
:
Oubliant qu'il est né privé de la lumiere ,
Pour lire l'Amour fit un inutile effort :
11 rougit , & foudain prenant un air ſevére ,
JANVIER 1746. 23
Berger ,va préſenter ta Requête à la Mort ,
Et jete jugerai , me dit - il en colere ,
Quand elle m'enſera venu faire rapport.
Parlemême.
I
REFLEXIONS fur l'Ingratitude.
L eſt des vertus à la pratique deſquelles
l'homme nepeut être forcé: auſſi les vices
qui leur ſont contraires ne ſont jamais
punis par les Loix : c'eſt pour cette raiſon
qu'elles n'ont attaché aucune peine à l'ingratitude.
Les Légiflateurs ontcru que lahonte empreinteſurle
frontde ceux quienétoientcoupables
, que l'idée d'un bienfait pourſuivant
partout l'ingrat qui voudroit l'oublier , que
le remords qui le déchire , joint au mépris
univerſel qu'il encourt , étoient d'aſſes puifſants
motifs pour nous engager a payer avec
exactitude le tribut de la reconnoiffance .
La noirceur du crime a dérobé à leurs
yeux ceux qui en étoient atteints ; ils ont
penſé de l'hommetrop avantageuſement ; ils
l'ont jugétel qu'il devoit être ; l'intégrité de
leurcoeur ne leur permettoit point de voir
la corruption de celui des ingrats.
Suppléons au défaut des Loix. Comba
14 MERCURE DE FRANCE.
tons l'ingratitude. On ne peut y réuffir
qu'en peignant l'affreuſe énormité d'un défaut
lequel les honnétes gens ne tombent
ירמ
Ou peuples n'ont point attaché d'idées
fixes aux vertus , ou ils ſe partagent
fur leur pratique. Les uns font confifter la
vraie grandeur d'ame à affronter le fer , à
mépriſer la vie , à braver la mort. D'autres
affurent qu'on ne parvient à l'héroiſme que
par les victoires qu'on remporte fur foi-meme
& fur ſes paffions. Le Lacedemonien
permet le vol pourvû qu'il ſoit ſecret : chés
lui le crime enfeveli dans la nuit du filence
paſſe pour une adreſſe eflimable. Le Sybarite
repoſe ſur un lit ſemé de fleurs ; fa vie
eft tiflue par une molle oiſiveté que la débauche
ſeule a droit d'interrompre Le Scyte
au contraire nourri dans les camps en conſerve
la rudeſſe. Hors la reconnoiffance il.
n'eſt point de vertu qui n'ait des peuples entiers
pour ennemis : elle feule a enlevé tous
les fuffrages. Les Nations les plus féroces l'eftiment
, l'Univers la protége , l'ingrat lui eft
odieux.
Le Joueur convient de ſa paffion pour le
jeu, le voluptueux de ſa débauche , le Mifantrope
de la haine qu'il porte au genre
humain 1 parelleux de fon oifiveté , l'avare
de fon ardeur pour les richeſſes , l'Ambitieux
JANVIER
1746 25
:
:
i
bitieux de ſes projets vaſtes. Tous cherchent
à couvrir leurs défauts ſous le voile
de l'excuſe. L'Ingrat nie ſon crime ; acune
raiſon ne lui paroît capable d'en er la
noirceur : il ſent combien la reap. Tance
généralement aimée fait déteſte angratitude.
Il eſt deshommes chés qui rien ne ſe hate
tant de vieillir que le ſouvenir d'un bienfait:
ils ſont ſemblables à ces tonneaux percés
de mille trous qui laiſſent couler la liqueur
dont on les remplit; ſouvent il ne
leur ſuffit pas d'oublier les dons qu'on leur
aprodigues : tous les vices ont leurs dégrés
l'ingratitude a les ſiens.
S'ils réflechiſſent par hazard ſur les bienfaits
qu'ils ont reçûs, ils ne les enviſagent que
comme des fardeaux qui les accablent , des
dettes qui les affligent : ils doivent , ils le
ſentent, leur bienfaiteur eſt leur créancier ;
il devient leur ennemi. Ils employent tout
pour le perdre. Tel le lierre étoufle les arbres
dont les rameaux ont favorisé fon éle .
vation.
Le premier degré de l'ingratitude eſt de
manquer à la reconnoiſſance ; le ſecond
eſt de trahir celui à qui on la doit. La biche
que leChaſſeur pourſuit ſe cache dans
une vigne. Le péril eſt-il paſſé ? elle ronge
les feuilles ſans eſquelles elle ne ſeroit plus.
Б
26 MERCURE DE FRANCE.
Telle eſt l'eſquiſſe du Tableau qui repréſente
le caractére de l'ingrat : elle ſuffitpour
nous armer contre lui du mépris & de la
haine qu'il mérite. L'Avare eſtime la libéralité
qui amene de l'or dans ſeş çofres . La
tempérance plait au débauché parce qu'elle
ne luidiſpute point ſes plaiſirs. L'Orgueil-
Jeux aime l'homme modeſte qui lui céde toujours
l'honneur de la préféance. L'Ingratitude
eſt le ſeul vice qui ne nous faſſe point
chérir la vertu qui lui eſt oppoſée.
Nous ſommes nés pour la ſociété ; tout ce
qui tend à la détruire doit paroître odieux
au genre humain. L'ingratitude ofera- t- elle
encore ſe montrer ? elle attaque & revoltę
la Nature qui exige de nous la reconno ffance.
Le ſentiment que Dieu a gravé dans nos
coeurs nous dit qu'un bienfait doit toujours
plaire à l'honnête homme : l'Ingrat ne luj
trouve des charmes que quand il le reçoit ;
ſon coeur change , mais la Nature eſt une ;
l'obligation reſte .
Si les ſervices ſont oubliés la ſociété ſera
annéantie , l'union des hommes détruite ;
tout deviendra particulier. Chacun n'occupera
une place ſur la terre que pour foi ſeul .
Şûr de trouver dans l'Ingrat ſon plus mortel
ennemi , le puiſſant n'ofera proteger le foible
, le riche refuſera de ſecourir le pauvre ,
J'orphelin& la veuve languiront abandonnés,
JANVIER 1746. 27
Leshommes n'eſperant plus de bienfaits les
uns des autres ſe regarderont avec des yeux
jaloux: la difcorde ſecouera ſes flambeaux
fur leurs têtes , le ſouffle empoisonné de la
guerre infectera l'Univers ; ils ſe ſépareront.
Les Villes ſeront déſertes , les forêts habitées
par des peuples plus barbares que les
animaux qui y demeurent.
J'avoue que nous ſommes encore éloignés
de cet excèsde contagion ; que le monde
eſt bien loin de tomber dans le cahos que je
viens de décrire. Mais il me ſuffit d'avoir
prouvé qu'il pourroit être une ſuite de l'in.
gratitudepour faire comprendre combien ce
vice infame eſt odieux àla ſociété : d'ailleurs
dans l'état actuel du coeur humain , combien
eſt-il de gens qui fontprofeſſion de ſe plaindre
des ingrats afin den'obliger perſonne ?
Si leur mauvais naturel eſt la ſource de leur
dureté, il faut avouer auſſi qu'elle eſt en partie
autoriſée par les exemples qu'ils citent.
L'Ingratitude eſt d'autant plus à craindre
qu'elle peut devenir plus commune. Il n'eſt
point de Loix quipuniſſent ceux qui en font
coupables; on la croiroit tolerée ſi le remords
ne la condamnoit.
L'orgueil empéche un ingrat de ſe rappeller
le ſouvenir du bienfait qu'il a reçu ,
mais jamaisl'homme n'en perdroitla mémoires'il
ſçavoit les chagrins, les douleurs , les
Bij
28 MERCURE DE FRANCE .
fupplices qu'il ſe prépare en l'oubliant.
Les animaux les plus venimeux donnent la
mort aux autres fans ſe bleſſer eux- mêmes.
L'Ingrat eft p'us cruel, il exerce ſa barbarie
fur fon bienfaiteur & fur lui: ils'afflige , il ſe
tourmente , il ſe hait, il ſe déteſte d'avoir
reçû des dons qu'il abhorre , des faveurs qui
le condamnent , des liberalités qui forment
ſon fupplice , parce qu'il n'oſe pas en étre
reconnoiffant .
Les bétes les plus féroces ne ſontpas ennemies
de leur étre; elles le reſpectent , elles
évitent tout ce qui pourroit tendre à ſa def-
'truction. L'Ingrat ſe déchire par les chagrins
dont il s'accable ; il s'efforce de trouver en
fon coeur une excuſe pour pallier ſon crime.
Le remords ſe preſente , il ſe fait ſentir : on
veut l'étouffer , il agit avec plus de force , il
dévore.
L'état le plus triſte,de l'homme eſt d'avoir
des ennemis : rien ne le ſaiſit plus d'horreur
que la rencontre d'une perſonne qui s'efforce
de lui nuire. Combien donc eft- il dur
de la trouver toujours en ſoi?
Mais , dirat- on , il en eſt d'un ingrat comme
de tous ceux qui ſont dominés de quelques
vices. Le debauché hait ce qui a fait
fon plaifir. Le Joueur s'abhorre d'avoir hazardé
ſur une carte incertaine le patrimoine
de ſes ayeux. La crapule fait rougir celui
JANVIER لو . 1746
qui s'y eſt livré. L'Aſſaſfin fremit à la vue
defon crime.
Je l'avoue, tous les crimes entrainent après
eux des remords, un défir inquiet les précede
, quelque léger plaifir les accompagne ,
la douleur & l'accablement les fuit ; il ont
cela de commun , mais l'ingratitude attaque
la Nature , elle revolte cette loi de ſentiment
que Dieu nous a donné pour nous
conduire ; les chagrins qu'elle cauſe ſont plus
vifs que ceux que laiſſent l'ambition , la volupté
, l'intemperance & la fureur du jeu.
L'Homicide , il est vrai , combat le même
principe; auſſi la douleur que reffent en lui
méme celui qui l'a commis efface celle dont
les autres crimes affligent leurs auteurs : cependant
elle ſera toujours au-deſſous des peines
que l'Ingrat endure .
Si nousne voulons pas être reconnoiſſants
pour l'amour de ceux qui nous obligent ,
ſoyons - le pour nous mêmes. On fouffre
beaucoup quand on eſt pourſuivi par le refſentiment
de la Nature , le plus cruellement
outragée qu'elle puiſſe être ; la vengeance
répond à l'inſulte. Auſſi cet Empereur Romain
à qui ſes vertus ont mérité le ſurnom
de Philoſophe crut ne pouvoir mieux punir
le rébelle Caffius qu'en lui repréſentant
fon ingratitude: quel reproche !
Les douleurs de l'ingrat font d'autant plus
Biij
30 MERCURE DE FRANCE.
vives que perſonne ne vient les partager ;
dès qu'il eſt connu tout le monde l'évite &
l'abandonne à ſes remords ; nulne s'emprefſe
à le diſtraire : il eſt odieux à la ſociété ;
on ne le plaint pas. Des ennemis ſçavent- ils
plaindre ? Bien loin que le peuple compatifſe
à ſes maux , ou ils font ignorés , ou ils
font la joye publique : on s'entretient de
lui avec indignation , les plus indifferents en
parlent avec froideur. Quoi ! on gémit ſur le
fort des plus grands criminels , & cette conſolation
eſt refuſée à l'ingrat: quelétat humiliant!
Il voit qu'il n'eſt point d'excuſe à fon
crime, confidération qui augmente fon fupi
plice. Le temperament du voluptueux paroît
en partie l'abſoudre de ſa débauche. Le
Joueur est comme entrainé par l'éxemple ;
un cercle brillant l'excite , l'anime, le féduit :
il peut nommer ceux qui l'ont aidé à ſe per
dre. L'Ingrat au contraire ſent qu'il eſt ſeull
coupable . Qu'il jette ſes yeux fur ce qui l'environne
, fur les perſonnes qu'il a fréquentées
, fur les differentes occafions où il s'eſt
trouvé , ſa confcience n'accuſe que lui : il ne
peut fe dérober à fon forfair; s'il étoit hors
d'état de recompenſer ſon bienfaiteur , il
pouvoit conferver la mémoire des libéralités
qu'il en avoit reçûes : il y a manqué : quel
oubli!
JANVIER 1746.
Une foule d'idées affligeantes s'offre à un
homme qui a trouvé ſon tourment dans ce
qui auroit dû faire ſon bonheur. Les ſervices
qu'onnous rendſont les témoignages d'amitié
les moins équivoques. L'Ingrat pouvoit
ſe flater d'avoir des amis : eſt-il dans la fociété
de plus douce félicité ? il s'eſt rendu
odieux à ceux qui l'obligeoient : il a oublié
leurs bienfaits , il s'est démaſqué. Pour lui
le mépris des honnêtes gens fuccéde à leur
eſtime : quel revers !
L'Ingrat eſt fon Juge: quel tribunal ! Auffirien
n'eſt plus terrible que d'être condamné
par ſoi même ! eſt-il pour l'homme de
plus grande punition que celle d'étre in
grat ?
ADijon le 29 Aoust , Lacoste PuinéAvocat
en Parlement.
:
Biiij
34 MERCURE DE FRANCE.
A
AMADAME de**.
Pour lejour desafête.
Unom d'Helene , aimable &digne Abbeffe ,
L'Amour trompé diſpoſoit un bouquet
Qu'à nos Venus volontiers il adreſſe.
De fleurs fans nombre il vous eût fait largeſſe;
Rofes & Lys , Myrthe , rien n'y manquoit ;
Ilvous eût même étourdi d'un caquet
Que ſçût toujours mépriſer la ſageſſe ,
Se rappellant la beauté de la Gréce
Qu'aima Paris , & qui moins ſe picquoit
D'austérité , que d'excès de tendreffe ;
Voyant l'erreur du petit freluquet
Qui ne fut onc verſé dans la légende ;
C'est biencela , lui dis-je , qu'on demande ,
Tu t'y prens mal àfaire ici ta cour ,
Va , porte ailleurs ton infipide offrande ,
Apprens de moi qu'on célebre en ce jour
L'illuſtre Helene Imperatrice à Rome ,
Et non la tienne ; ignore-tu qu'on nomme
De cegrand nom l'Abbeſſe de ces lieux ?
Elle n'a rien des charmes vicieux
Dont ſe targuoit ta faſtueuſe Reine ,
JANVIER 33 1746.
Charmes vraiment dignes d'une Payenne ;
Mais un feu pur animeſes beaux yeux
Tel que celui qui brûledans les Cieux :
Lui ſeul nourrit , enflâme notre Helene.
Enelle on voit de la ſainte Romaine
,
La piété , l'air modeſte, humble & doux!,
Les ſoins actifs , la prudence Chrétienne ;
Enelle , enfin on reconnoît fans peine
Sonnoble coeur , ſa charité pour tous ;
Oui, ſesattraits pouvoient orner un monde
Queſes vertus auroient édifié ,
Mais au Très-Haut elle a ſacrifié
Naiſſance , biens , fur qui l'orgueil ſe fonde ,
Soi-même , & tout , dans une paixprofonde.
AuſſileCiel , parun juſte retour ,
Du cher troupeau qu'il conduit ſur ſes traces
La rend non moins l'exemple que l'Amour ,
Etrempliſſant ſon auguſte ſéjour
ai: celui des Vertus& des Graces.
By
34 MERCURE DE FRANCE.
L'HOMME.
CHAPITRE PREMIER
DE LA CRITIQUE.
:
Doit-on écrire après les plus grands Génies ? Moliere , Corneille , Racine
& la Bruyere n'ont pas eu dans leurs genres
d'écrire des ſucceſſeurs qui puiſſent leur être
comparés. Cependant Racine a fait des
Tragédies dans un tems que Corneille étoit
déja célébre , & il marche à les côtés .
Deſpreauxa effacé Régnier , & la Bruyere
fait oublier que Théophraste eſt dans le meme
volume.
Théophrafte , Horace , Moliere & la
Bruyere n'ont pas épuiſé les fources du Ridicule
; il ſe reproduit ſans ceſſe ſous des
formes differentes , il fournira des ſujets aux
Molieres & aux la Bruyere de tous les tems ,
& l'Artiſte manquera plutôt que la matiere :
il faut des fiécles pour en former un habile ;
combien d'années ſe ſont écoulées depuis
Théophrafte juſqu'à ſon imitateur ? Combien
s'en écoulera-t-il encore depuis celuici
juſqu'à ce qu'un autre ſe fale lire avec le
meme plaifir ? Que de fotiſes à contrôler
ea attendant qu'il paroiffe !
JANVIER 1746 35
'Rien ne ſeroit plus utile à la République
des Lettres qu'un Génie uiverſel & éclairé ,
qui ami du vrai & dépouillé de toute prévention
pût ſainement décider ſur toutes
fortes d'ouvrages , & qui en attaquant le
faux & le précieux le feroit avec liberté ,
mais avec douceur & politeffe .
Les ouvrages qu'une cabale oblige de
condamner delaſſent quelquefois de l'ennui
que donnent ceux qu'elle fait le plus approuver.
Que ne peut la prévention à l'ouverture
detel ou tel Livre ? elle fait perdre le difcernement
à l'homme le plus ſenſé ; il ne le recouvre
qu'en quittant la lecture de ce Livre.
Nous ſommes quelquefois de bons Juges
, mais dans l'examen des ouvrages d'autrui.
L'envie & l'amour propre font des guides
qui nous abandonnent rarement dans l'examen
de nos ouvrages & de ceux d'autrui.
Faut-il indiquer où ils dominent ?
Dire qu'on ne trouve pas des termes afſés
forts pour exprimer les défauts d'unouvrage
, n'est- ce pas dire que l'envie d'y en
trouver eſt au-deſſus de toute expreffion ?
Dans la perfuafion où on eſt qu'on ne
peut éviter les traits de la critique , on a décidé
qu'elle n'attaquoit guéres que les bons
Bvj
36 MERCURE DE FRANCE .
ouvrages : idée qui tend à rabaiſſer les excellens
qu'elle n'a pas attaqué.
La critique nait ordinairement de l'opinion
où l'on eſt qu'on auroit mieux réuſſi.
L'envie de reprendre fait faire bien des
fautes dont la ſource eſt le défaut de jugement.
Critique - t- on un Livre ? l'Auteur crie
qu'on attaque celui à qui il eſt dédié ; ſes
plaintes font inutiles , le public ne voit
qu'une bonne critique d'un mauvais ouvrage..
Le tendre & l'élégant Racine mis audeſſous
de Pradon par notre célébre Deshoulieres
, doit conſoler les illuftres perſécutés
dans le monde littéraire.
L'aigreur régne -t- elle dans un ouvrage ?
L'Auteur en promet- il le déſaveu , ce déſaveu
eſt ſouvent une nouvelle preuve d'aigreur.
Si nous nous connoiſſons des défauts,
nous les donnons à l'humanité , dans,
un tems que nous attribuons nos vertus
nousmêmes.
Il est bien plus aifé de ne pass'appercevoir
des défauts d'autrui que de les connoître
& les taire.
LeBorgne rit du Boiteux & le conſole.
Lequel vaut mieux ? ou de Drion qui
décide hardiment de tout ſans entrer dans.
JANVIER 1746. 37
les preuves du jugement qu'il porte , ou de
Cedren qui en donne de frivoles ? Peut-on
balancer ? Le premier épargne un ennuyeux
détail.
Arifton critique , trouve même déreſtable
un ouvrage qu'il avoit aflés eſtimé pour
le louer , le retoucher & y ajouter des
remarques. En êtes-vous ſurpris ? Il n'avoit
pas encore formé le deſſein d'écrire en ce
genre.
ParMadame la Comtesse de * * *
SO NETTO del Signor A. Annibale
Antonini.
TRa biancheroſe , e mummole viole ,
Poſava Amor , vicino un dolce rio
Che Fauni , e Driadi à danze , ed a Carole
Chiama col lafcivetto mormorio .
Quando colei , per cui me ſteſſo obblio
Alui cheta ne và , per chè l'invole
Le freccie d'oro , ed il coſtume rio
Poi ſiegua di ferir più che non ſuole.
Intanto per lo nuovo almo ſplendore ,
38 MERCURE DE FRANCE,
Che chiaro uscia da quelle luci ſante ,
Sorto credendoil di , Sveglioſſi Amore ;
E lieto diffe : ô Ninfa , a che m'affali ,
Se per farti ciaſcun ſervo , ed amanté
Sono ibegli occhi tuoi l'arco , e gli ftrati.
Ce Sonnet eft pris du Recueil de Poësies Italiennes
donné par M. l'Abbé Antonini en 1744 Second Vol.
paz. 199 impriméchés Prault le fils .
S
IMITATION
TonoNNET.
Ur les bords d'un ruiſſeau dont l'aimable murmure
Invitoit fort ſouvent les Déités des bois
Á venir y mêler leurs danſes & leurs voix ,
L'Amour dormoit couché fur un lit de verdure ,
Quand Iris s'approchant d'une marche peu fûre
Cherche à lui dérober ſon arc & fon carquois :
Mieux que lui la cruelle eût uſé de ſes droits ,
Et frappé les mortels d'une tendre bleſſûre.
Elle tenoit déja ce butin précieux ;
Mais l'Amour éveillé par l'éclat de ſes charmes
JANVIER 1746. 39
Lui dit en l'arrêtant , & d'un ton gracieux :
Queprétendrois-tu faire , Iris , avec ces armes ?
Pour foumettre les coeurs & les rendre amoureux
Peut-ilêtre des traits plus certains que tes yeux ?
SUITE DE L'HISTOIRE universelle
de M. de V. Historiographe du
Roi , de la Société Royale de Londres , de
l'Académie des Humoristes , & de l'Académie
Royale des Sciences de Berlin.
Ce n'est qu'avec un extrême regret que
nous avons differé de quelques mois l'impreſſion
des fragmens que nous avons de
'Hiſtoire univerſelle de l'illuftre M.de Voltaire;
notre impatience égaloit celle du Public.
Nous allons enfin la fatisfaire , en avertiffant,
comme nous avons déja fait , que ce
ne font ici que des fragmens; nous avons
mis des points ou le fil de l'Hiſſoire eſt interrompu,
40 MERCURE DE FRANCE.
PARAGRAPHΕ ΙΙ .
Progrès des Musulmans .
Ependant les Mahometans qui per
cette partie de l'Eſpagne qui
confine à la France , s'étendoient par tout
ailleurs . Si j'enviſage leur Religion je la vois
embraffée par toutes les Indes & par, les
Côtes Orientales & Occidentales de l'Afriqueoù
ils trafiquoient , & fi je regarde leurs
Conquétes , d'abord le Calife Aaron Rachild
contemporain de Charlemagne impoſe
un tribut de ſoixante & dix mille écus
d'or par an à l'Impératrice Irene ; l'Empereur
Nicephore ayant enſuite refuſé de
payer le tribut , Aaron prend l'Iſle de Chypre
, &vient ravager la Grece ; Almamon
ſon petit fils , Prince d'ailleurs fi recommandable
par ſon amour pour les Sciences
& par ſon ſçavoir s'empare par ſes Lieutenans
de l'iſle de Crete. En 825. Les Mufulmans
firent bâtir la Ville de Candie *
qui donna ſon nom à l'iſle.
En 826,les mêmes Afriquains qui avoient
• Les Arabes bâtiſſent Candie.
JANVIER 1745. 47
fubjugué l'Eſpagne &fait déja des incurfions
en Sicile s'établiſſent dans cette Iſle fertile ,
encouragés parun Sicilien nommé Euphemius
qui ayant épousé une Religieuſe , &
ſevoyant pourſuivi par les Loix fit à peu
près en Sicile , ce que le Comte Julien avoit
fait en Eſpagne.
,
* Ni les Empereurs Grecs ni ceux
d'Occident ne purent alors chaffer de Sicile
les Muſulmans , tant l'Orient & l'Occident
étoient mal gouvernés. Ces Conquérans
alloient ſe rendre maîtres de l'Italie , s'ils
avoient étés unis , mais leurs fautes ſauverent
Rome , comme celles des Carthagi .
ginois la ſauverent autrefois.
Ils partent de Sicile en 846 avec une
flotte nombreuſe , ils entrent par l'embouchure
du Tibre & ne trouvant qu'un Pays
preſque déſert ils vont affiéger Rome. Ils
prirent les dehors , & ayant pillé la riche
Eglife de Saint Pierre hors des murs, ils
leverent le fiége pour aller combattre une
armée de François,qui venoit ſecourirRome,
ſous un Général de l'Empereur Lothaire.
L'armée Françoiſe fut battue , mais la Ville
rafraichie fut manquée, & cette expédition
qui devoit être une conquête , ne devint
par leur méſintelligence qu'une incurſion
de barbares ; ils revinrent bien-tôt après
*LesMahométans affiégent Rome en 846.
42 MERCURE DE FRANCE.
1
avec une armée formidable , qui ſembloît
devoir détruire l'Italie & faire une Bour
garde Mahométane de la Capitale du Chrif-
Lianiſme.
Le Pape Leon I V. prenant dans ces dangers
une autorité que les Généraux de
l'Empereur Lothaire paroiſſoient abandonner,
ſe montra digne en défendant Rome, d'y
commander en Souverain ; il avoit employé
les richeſſes de l'Egliſe à réparer les murailles
, à élever des tours , à tendre des
chaînes ſur le Tibre. * Il arma les milices
à ſes dépens , engagea les habitans de Naples
& de Gayete a venir défendre les
Côtes & le Port d'Oſtie , ſans manquer à
la ſage précaution de prendre d'eux des
ôtages , ſçachant bien que ceux qui ſont
affés puiflans pour nous ſecourir , le font
affés pour nous nuire. Il viſita lui-même
tous les poftes , & reçut les Sarrazins à leur
defcente nonpas en équipage de guerrier ,
ainſi qu'en avoit uſé Goflin Evêque de Paris ,
dans une occafion encore plus preffante ,
mais comme un Pontife qui exhortoit un
peuple Chrétien , & comme un Roi qui
veilloit à la fûreté de ſes Sujets; il étoit né
Romain ; le courage des premiers âges de
la République revivoit en lui dans un tems
*Grand courage du Pape Leon,
JANVIER 1746. 49
de lacheté & de corruption , tel qu'un des
beauxmonumens de l'ancienne Rome qu'on
trouve quelques foisdans les ruines de la
nouvelle.
Son courage & ſes ſoins furent ſecondés!
Onreçut les Sarrazins courageuſement à leur
deſcente, & une tempête ayant diſſipé la
moitié de leurs vaiſſeaux , une partie de
ces Conquérans échappés au naufrage fut
miſe à la chaîne:
Le Pape rendit ſa victoire utile en faiſant
travailler aux fortifications de Rome & à
ſes embelliſſemens , les mêmes mains qui
devoient la détruire. Les Mahométans refterent
cependant maîtres du Garillan , entre
Capoue & Gayete , mais plutôt comme
une Colonie de Corſaires indépendans
que comme des Conquérans diſciplinés.
Je vois donc au 9e. fiécle les Mutul
mans redoutables à la fois à Rome & à
Conſtantinople , maîtres de la Perſe, de la
Syrie , de l'Arabie , de toutes les Côtes
d'Afrique juſqu'au mont Atlas , & des trois
quarts de l'Eſpagne , mais ces Conquérans
ne forment pas une ſeule Nation , ainſi que
les Romains étendus preſqu'autant qu'eux,
n'avoient fait qu'un ſeul peuple; toutes ces
Nations nouvellement converties à l'Ilmaniſme
étoient liées entre elles à peu près
comme les Chrétiens , par leur culte, &
44 MERCURE DE FRANCE .
diviſées d'intérêts comme eux .
Sous le fameux Calife Almamon vers
l'an 815 , peu après la mort de Charlemagne
, l'Egypte devint indépendante & le
Grand Caire fut la réſidence d'un Soudan ;
le Prince de la Mauritanie Tingitane fous
le titre de Miramolin , étoit maître abſolu
de l'Empire de Maroc; la Nubie , & la
Lybie obéiſſoient à un autre Soudan, les Abderames
qui avoient fondé le Royaume de
Cordouë ne purent empêcher d'autres Mahométans
de fonder bien tôt celui de Tolede.
Toutes ces nouvelles Dynaſties révéroient
dans le Calife le ſucceſſeur de leur
Prophete.
Les Mahométans de toutes les parties du
monde alloient à la Mecque gouvernée par
un Scherif que nommoit le Calife , & c'étoit
principalement par ce pelerinage que le
Calife maître de la Mecque étoit vénérable
à tous les Princes de ſa croyance , mais
ces Princes moins fidéles à la Religion qu'à
leurs intérêts dépouilloient les Califes en leur
rendant hommage.
JANVIER 1746. 45
CHAPITRE XV.
De l'Empire de Constantinople au 8 .
& ge. fiécle .
T
Andis que l'Empire de Charlemagne
ſe démembroit ; que les inondations
des Sarrazins & des Normans déſoloient
l'Occident , l'Empire de Conſtantinople
ſubſiſtoit , comme un grand arbre vigoureux
encore , mais déja vieux , privé de
quelques racines & affailli de tous côtés par
les tempêtes : cet Empire n'avoit plus rien
en Afrique. La Syrie & une partie de l'Afie
mineure lui étoient enlevées. Il défendoit
contre les Muſulmans ſes frontieres vers
l'Orient de la mer noire ,& tantôt vaincu ,
tantôt vainqueur , il auroit pu au moins ſe
fortifier contre eux par cet uſage continuel
de la guerre , mais du côté du Danube , &
vers le bord Occidental de la mer noire ,
d'autres ennemis le ravageolent ; une Nation
de Scytes , nommés les Abares , ou Avares ,
les Bulgares , autres Scytes , dont la Bulgarie
tient fon nom , déſoloient tous ces
beaux Climats de la Romanie où Adrien
& Trajan avoient conſtruit ces belles Villes
1
46 MERCURE DE FRANCE.
& ces grands chemins , deſquels il ne fubfiſte
plus que quelques chauffées.
Les Abares ſurtout répandus dans laHongrie
& dans l'Autriche , ſe jettoient tantôt
fur les terres de l'Empire d'Orient , tantôt
fur celles de Charlemagne ; ainſi des frontieres
de Perſe à celles de la France la
terre étoit en proye à des incurſions prefque
continuelles.
Si les frontieres de l'Empire Grec étoient
toujours refferrées & défolées , la Capitale
étoit le théatre des révolutions , & des crimes.
Un mélange de l'artifice des Grecs &
de la férocité des Thraces formoit le caractére
qui regnoit à la Cour ; en effet
quel ſpectacle nous repréſente Conſtanti.
nople ? Maurice & fes cinq enfans maſſacrés ,
Phocas afflafliné pour prix de ſes meurtres
& de ſes inceſtes , Confantin empoiſonné
par l'Impératrice Martine , à laquelle enſuite
on arrache la langue tandis quel'on coupe
le nez à fon fils Haracleonas ; Conſtans affommé
dans un bain par ſes domeſtiques ,
Conſtantin Pogonate qui fait crever les yeux
àſes deux freres , Juftinien ſecond ſon fils
prêt à faire à Conftantinople ce que Théodoſe
fit à Theſſalonique , ſurpris mutilé , &
enchaîné par Leonce au moment qu'il alloit
faire égorger les principaux citoyens , Léonce
bien-tot traité lui-même comme il avoit
JANVIER 1746 . 47
traité Juſtinien ſecond. Ce Juſtinien retabli
, faiſant couler ſous ſes yeux dans la
place publique le ſang de ſes ennemis &
périſſant enfin ſous la main d'un boureau ;
Philippe Bardanes detroné & condamné à
perdre les yeux , Leon l'Ifaurien , & Conftantin
Copronime , morts à la vérité dans
leurs lits , mais après un regne fanguinaire ,
auſſi malheureux pour le Prince que pour
les Sujets.
L'Impératrice Irene la premiere femme
qui monta ſur le Trône des Céſars , & la
premiere qui fit périr ſon fils pour regner
, Nicéphore ſon ſucceſſeur déteſté de
fes Sujets , pris par les Bulgares, décapité ,
ſervant de pâture aux bétes , tandis que
fon crane ſert de coupe à ſon vainqueur ;
enfin Michel Curopalate contemporain de
Charlemagne confiné dans un Cloître , &
mourant ainſi d'une façon moins ſanglante ,
mais auffi cruelle que ſes prédéceſſeurs.
Pour ne point laiffer imparfait ce tableau ,
tout horrible & tout dégoutant qu'il eſt ,
il faut voir au ge. fiécle Leon l'Armenien .
brave guerrier, mais ennemi des Images,aſſafſiné
à la Meſſe dans le tems qu'il chantoit
une antienne; ſes aſſaffins s'applaudiflant
d'avoir tué à l'Autel unHérétique , vont tirer
de priſon un Officier nommé Michel le
Begue , condamné à la mort par le Sénat,
48 MERCURE DE FRANCE.
& qui au lieu d'être exécuté reçoit la pourpre
Impériale.
Les affaires de l'Egliſe ſont ſi mélées avec
celles de l'Etat que je peux rarement les
ſéparer comme je voudrois ; cette ancienne
querelle des Images troubloit toujours
l'Empire. La Cour étoit tantôt favorable
tantot contraire à leur culte. Michel le
Begue commença par les conſacrer & finit
par les abattre.
Son ſucceſſeur Théophile , qui regna environ
12 ans depuis 829 juſqu'à 842 , ſe déclara
contre ce culte ; on a écrit qu'il ne
croyoit point la réſurrection, qu'il nioit l'exiftence
des Demons , & qu'il n'admettoit pas
Jeſus-Chrift pour Dieu. Il ſe peut faire
que cet Empereur penſat ainſi , mais faut-il
croire , je ne dis pas ſur les Princes , mais
ſur des particuliers , les témoignages des ennemis
, qui ſans prouver aucun fait , décrient
la Religion & les moeurs des hommes qui
n'ontpas penſé comme eux ?
Ce Théophile , fils de Michel le Begue ,
• fut preſque le ſeul Empereur qui eut fuccedé
paiſiblement à ſon pere depuis deux
fiécles Sous lui les Catholiques furent plus
perfécutés que jamais. On connoit aifément
par ces longues perfecutions que tous les
citoyens étoient diviſes & qu'il y avoit
dans l'Empire d'Orient une de ces guerres
civiles
JANVIER 1746. 49
civiles, qui fans combats & ſans fiéges déſolent
toutes les familles & empoisonnent la
vie.
La peſte proprementdite,eſt une maladie
particuliere aux peuples de l'Afrique comme
la petite vérole à l'Europe. C'eſt de cesPays
qu'elle vient , toujours par des vaiſſeaux
Marchands; elle inonderoit PEurope ſans
les ſages précautions que l'on prend dans
nos Ports , & probablement l'inattention
du Gouvernement laiſſa entrer la contagion
dans la Ville Impériale.
Cettemême inattention expoſa l'Empire à
un autre fleau. Les Rufſes donton n'avoit pas
encore entendu parler , s'embarquerent vers
le Port qu'on nomme aujourd'hui Azoph .
fur la mer noire , & vinrent ravager tous
les rivages du Pont Euxin ; les Arabes d'un
autre côté pouſſerent encore leurs conquêtes
par de-là l'Armenie & dans l'Afie mineure ;
enfin Michel le jeune après un regne cruel
& infortuné fut aſſaſſiné par Bafile , qu'il
avoit tiré de la plus baſſe condition pour
Paſſocier à l'Empire.
L'adminiftration de Bafile ne fut guer
plusheureuſe que celle de ſes prédéceſſeurs ;
c'eſt ſous ſon regne qu'eſt l'époque du
grand fchifme qui ddiiviſa l'Eglife Grecque
de la Latine & dont je parlerai dans l'ar-
C
50 MERCURE DE FRANCE ,
ticle de l'Egliſe , pour ne pas confondre les
matieres.
Les malheurs de l'Empire ne furent pas
beaucoup reparés ſous Leon qu'on appellà
Je Philofophe , non qu'il fut un Antonin , un
Marc-Aurele , un Aaron Rachild, un Alfred,
mais parce qu'il étoit ſçavant , & qu'il écri
yoit bien ......
Au reſte Leon paſſe pour avoir le premier
ouvert un chemin aux Turcs qui fi
long-tems après ont pris Conftantinople.
Les Hiftoires nous diſent en effet que cé
Prince battu ſouvent & preflé par les Bulgares
acheta le ſecours des Turcs qui deneuroient
par de là les embouchures du
Danube; il n'y a vers le Nord de ces embouchures
du Danube que la Beffarabie ,
autrefois la patrie des Getes , une partie de
Ja Pologne & l'Ukraine .
Les Turcs qui combattirent depuis les
Sarrazins , & qui mêlés à eux furent leur foutien
, & les deſtructeurs de l'Empire Grec ,
avoient donc déja envoyé des colonies
dans ces contrées voifines du Danube ; on
n'a guere d'Hiſtoires véritables de ces émigrations
des Barbares fi anciennes & fi renouvel
ées .
Il n'y a que trop d'apparence que les
1 mmes ont ainſi vécu long-tems. A peine
un pays étoit un peu cusivé qu'il étoit
t
JANVIER 1746.
envahi par une Nation affamée , chaſſée à
ſon tour par une autre. Les Gaulois n'étoient
ils pas deſcendus dans l'Italie ? N'avoient-
ils pas été juſques dans l'Afie mineure
? Vingt peuples de la grande Tar
tarie n'ont- ils pas cherché de nouvelles
terres ? Ces Tartares depuis400 ans avoient
pénétré dans tout l'Empire Romain ; au
lieu que vers le 16e. & 17e. fiécles des
Peuples policés ſont allés ſubjuguer des
Sauvages dans un nouveau monde , c'étoit
alors des Sauvages qui venoient renaître &
dompter des Chrétiens policés.
Malgré tant de déſaſtres Conftantinople
fut encore long-tems la Ville Chrétienne la
plus opulente , la plus peuplée , la plus recommandable
pour les Arts; ſa ſituation
ſeule par laquelle elle domine ſur deux mers
la rendoit néceſſairement commerçante. La
peſte de 842 toute deſtructive qu'elle étoit
ne fut qu'un fleau paſſager. Les Villes de
commerce où la Cour réſide ſe repeuplent
toujours de l'affluence des voiſins . Les
Arts méchaniques & les Beaux Arts même
ne périffent point dans une vaſte Capitale
qui est le féjour des riches ; toutes ces révolutions
ſubites du Palais , les crimes de
tant d'Empereurs égorgés les uns par les
autres, font des orages qui ne tombent gueres
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
fur les hommes cachés , qui cultivent en
paix des profeflions qu'on n'envie point ;
la Langue Grecque qu'on parloit à Conftantinople
étoit encore un préſervatif contre
la Barbarie, auſſi verra-t- on dans le Chapitre
des Arts & des Sciences , que dans
cette décadence quelque reſte de l'ancien
eſprit des Grecs ſe conſervoit encore.
Les richeſſes n'étoient point épuiſées ; on
dit qu'en 857 Théodora mere de Michel
en ſe démettant malgré elle de la Régence
fit voir à l'Empereur qu'il y avoit dans le
Tréfor Royal 109000 liv. péſant d'or &
300000 liv. d'argent .
Un Gouvernement ſage pouvoit donc
maintenir encore l'Empire dans ſa puiſſance.
Il étoit reflèrré , mais non démembré ,
changeant d'Empereurs , mais toujours uni
ſous celui qui ſe revétoit de la pourpre, enfin
plus riche ,plusplein de reſſources que celui
de l'Allemagne , cependant il n'eſt plus , &
celui de l'Allemagne ſubſiſte encore...
.
JANVIER 1746. 33
CHAPITRE XVIII .
Etat de l'Empire d'Occident & de
l'Italie fur la fin du ge. fiécle ,
dans le cours du 10. & dans la
moitié du IIe . jusqu'à l'Empereur
Henri III.
Près la dépoſition de Charles le Gros
AEmpire occidente fubfifta plus
que de nom. Arnoud , Arnolfou Arnolde ,
bâtard de Carloman & d'une fille nommée
Carantine , ſe rendit maître de l'Allemagne ,
mais l'Italie étoit partagée entre deux Seigneurs
tous deux du ſang de Charlemagne
par les femmes. L'un étoit un Duc de Spolette
nommé Guy , l'autre Beranger , Duc
de Frioul , tous deuxinveſtis de ces Duchés
par Charles le Chauve, tous deux prétendans
à l'Empire auſſi bien qu'un Bozon
Roi d'Arles , qui le leur diſputoit. Le Pape
Formoſe au milieu de ces troubles qui défoloient
l'Italie , ne pouvoit que donner
l'Onction ſacrée au plus fort. Il couronna
ceGuy de Spolette en 892. L'année d'après
Ciij
34 MERCURE DE FRANCE.
il couronna Beranger vainqueur , & deux
autres années enfuite il fut forcé de couronner
cet Allemand Arnoud qui vint affiéger
Rome & la prit d'affaut .......
Après la mort d'Arnoud , fon fils Hiludovic
que nous appellons Louis IV. fut
créé Empereur à l'âge de 3 ou 4. ans dans
un Village barbare nommé Pourkem par
quelques Comtes & Evêques Germains
mais c'étoit un étrange Empire Romain
que ce Gouvernement qui n'avoit alors ni
les Pays entre le Rhin & la Meuſe , ni la
Bourgogne , ni la France , ni l'Eſpagne , ni
rien enfin dans l'Italie que ce qu'on y pouvoit
gagner à la tête d'une armée, & pas
même une Maiſon dans Rome qu'on pût
dire appartenir à l'Empereur.
Du tems de ce Louis , dernier Empereur
du fang de Charlemagne par batardile , mort
en 912, l'Empire Romain refferré en Allemagne,
fut à quelques égards ce qu'étoit la France;
une contrée dévaſtée par les guerres
civiles étrangeres fous 00 Prince maall obéi
Tout est révolution dans les Gouvernemens;
c'en est une fiappante que de voir ces
Saxons fauvages , traités par Charlemagne
comme les Ilotes par les Lacedemoniens ,
donner ou prendre au bout de 112 ans
cette même dignité qui n'étoit plus dans la
Maiſon de leur vainqueur. Othon Duc de
JANVIER 1746. 59
Saxe après la mort de Louis met par forn
crédit la Couronne d'Allemagne fur la tête
de Conrad , & enfin le fils du Duc Othon
de Saxe , Henri l'Oiſeleur est élû. Tous
ceux qui s'étoient faits Princes héréditaires
en Germanie , joints aux Evêques , faifoient
čes élections dans la décadence de la Famille
de Charlemagne ; la plupart des
Gouverneurs de Provinces s'étoient rendi
abſolus , mais ce qui d'abord étoit ufurpation
devint bien-tôt un droit héréditaire ; en
France , en Italie , tous les Seigneurs formoient
autant de Principautés qu'ils avoient
de terres.
Les Evêques de pluſieurs grands Siégés
déja puiſſans par leur dignité, riches en domaines
, & en eſclaves , n'avoient plus qu'un
pas à faire pour étre Princes , & ce pas fut
bien-tốt fait. De-là vient la puiſſance féculiere
des Evêques de Mayence ,de Cologne ,
de Treves , de Wurfbourg & de tant d'autres
, tant en Allemagne qu'en France. I.es
Archevêques de Reims , de Lyon , de Beauvais,
de Langres, de Laon&c . s'attribuérent
les droits régaliens.Cette puiſſance desEcclé.
ſiaſtiques ne dara pas long- tems en France ,
mais en Allemagne elle est encore affermie
pour long-tems.Enfin les Moines eux-mêmes
devinrent Princes; les Abbésde Fulde , de
Saint Gall, de Kimpten , de Corbie &c.
4
C iiij
36 MERCURE DE FRANCE.
11
N
étoient de petits Rois dans les Pays où
quatre- vingt ans auparavant ils défrichoient
avec leurs Moines quelques terres que des
proprietaires charitables leur avoient données.
Tous ces Seigneurs , Ducs , Comtes
Marquis , Evêques , Abbés , rendoient hommage
au Souverain choiſi par les plus
forts ; c'eſt tout ce qui reſtoit de leur ancienne
fujettion. Ce Gouvernement féodal
n'étoit encore qu'une anarchie ; il n'y avoit
point de liens qui attachaſſent les Grands
Vaffaux aux Vaſſaux directs. Tous ſe
faifoient la guerre ; & l'Italie gemiſſoit dans
les mémes défordres.
On along-tems cherché l'origine de ce
Gouvernement féodal ; il eſt à croire qu'elle
n'en a point d'autre que l'ancienne coutume
du plus fort , d'impoſer un hommage ou
un tribut au plus foible ; on ſçait qu'enfuite
les Empereurs Romains donnerent des terres
à perpétuité à des Véterans , à condition
que leurs enfans ſerviroient dès l'âge de 18
ans; on en trouve des exemples dans les
vies d'Alexandre-Severe & de Probus ; les
Lombards furent les premiers qui erigérent
des Duchés relevans en Fief de leur
Royaume; Spolette & Benevent furent fo
lesRois Lombards des Duchés hérédit
Avant Charlemagne Taflillon pr
JANVIER 1746 . 57
leDuché de Bavière à condition d'un hommage
, & ce Duché eût appartenu à ſes defcendans
fi Charlemagne ayant vaincu ce
Prince n'eut dépouillé le pere & les
enfans ; l'Aquitaine avoit auſſi eu ſes Ducs
héréditaires. Charlemagne engloutit autant
qu'il le put toutes ces Puiffances dans la
ſienne. Ceux qui euffent voulu être Princes
, ne furent que Grands Officiers , mais au
tems de Charles le Simple , de Louis , de
Conrad , ces Officiers étoient Princes.
,
Point de Villes libres alors en Allemagne,
ainſi point de commerce point de
richeſſes. Ces Villes n'avoient pas même de
murailles. Cet Etat qui pouvoit être fi
puiſſant étoit devenu ſi foible par le nombre
& la diviſion de ſes Maîtres , que l'Empereur
Conrad fut obligé de promettre folemnellement
un tribut annuel aux Hongrois
, Huns ou Pannoniens ſi bien contenus
par Charlemagne , & depuis par les
Empereurs de la Maiſon d'Autriche , mais
alors ils ſembloient étre ce qu'ils avoient
été ſous Attila. Ils ravageoient l'Allemagne
&les frontieres de la France. Ils deſcendoient
en Italie par le Tirol , après avoir
pillé la Baviére , & revenoient enſuite avec
les dépouilles de tant de Nations .
C'eſt au regne de Henri l'Oiſeleur que
ſe débrouille un peu ce cahos de l'Alle..
Cy
38 MERCURE DE FRANCE.
magne. Ses limites étoient alors le fleuve
de l'Oder , la Boheme , la Moravie , la
Hongrie , les rivages du Rhin , de l'Eſcaut ,
de la Moſelle , de la Meuſe , & vers le
Septentrion le Pomeranie & le Holſtein
étoient ſes barrieres .
Il falloit que Henri l'Oiſeleur fût un des
Rois des plus dignes de regner ; ſous lui
les Seigneurs de l'Allemagne ſi diviſés font
réunis. Le premier fruit de cette réunion
eſt l'affranchiſſement du tribut qu'on payoit
aux Hongrois , & une grande victoire rem
portée ſur cette nation , alors terrible.. Il
fit entourer de murailles la plupart des
Villes d'Allemagne; il inſtitua des Milices.
On lui attribue même l'invention de quelques
jeux militaires qui donnent une idée
des Tournois. Enfin l'Allemagne reſpiroit.
L'Archevêque de Mayence avoit facré
Henri l'Oiſeleur. Aucun Légat du Pape
aucun Envoyé des Romains n'y avoit aſſiſté ;
l'Allemagne ſembla pendant tout ce regnet
oublier l'Italie .
Il n'en fut pas ainſi ſous Othon le Grand ,
que les Princes Allemands , les Evêques &
les Abbés élurent unanimement après la
mort de Henri fon pere. L'héritier reconnu
d'un Prince puitlant qui a fondé ou rétabli
un Etat , eft toujours plus puiſſant que
fon pere , s'il ne manque pas de courage ,
JANVIER 1746. 59
Gar il entre dans une carriere déja ouverte ;
il commence où ſon prédéceſſeur a fini.
Ainfi Alexandre avoit été plus loin que
Philippe , Charlemagne plus loin que Pepín ,
& Othon le Grand paffa beaucoup Henri
FOifeleur.
Othonqui rétablit une partie de l'Empire
de Charlemagne , étendit comme lui laReligion
Chrétienne en Germanie par des
victoires. Il força les Danois les armes à la
main à payer tribut & à recevoir le
Bâtême qui leur avoit été prêché un fiécle
auparavant&qui étoit preſque entierement
aboli.
CesDanois ou Normands , qui avoient
conquis la Neuſtrie , l'Angleterre , ravagé
In France& l'Allemagne, reçurent des Loix
d'Othon. Il établit des Evêques en Dannemarck
qui furent alors foumis à l'Archevê
que de Hambourg , Métropolitain des Eglifes
barbares fondées depuis peu dans le
Holſtein, dans la Suede, dans le Dannemarck;
tout ce Chriſtianiſme confittoit à
faire le ſigne de la Croi
Boheme après une guerr
depuislui que laBohe
mit la
nemarek
pire , m
le jo
Celt
i
๕๐ MERCURE DE FRANCE.
conſidérable de l'Occident , & l'arbitre des
Princes
Il fut invité à paffer les Alpes par les
Italiens même qui toujours factieux & foibles
, ne pouvoient ni obéir à leurs compatriotes
, ni être libres , ni ſe défendre à
la fois contre les Sarrazins & les Hongrois
dont les incurſions infectoient encore leur
Pays.
L'Italie qui dans ſes ruines étoit toujours
la plus riche & la plus floriſſante contréede
P'Occident , étoit déchirée ſans ceſſe par des
Tyrans, mais Rome dans ces diviſions donnoit
encore le mouvement aux autres Villes
d'Italie .
EPITRE de M. de la Soriniere à M.
Abbé de Baulicu qui lui avoit envoyé
l'Exorde du Panegyrique de S. Augustin ,
qu'il venoit de prêcher à Poitiers avec beaucoup
d'applaudiſſement.
D
Ubeau ſermon qui charma l'Auditoire ,
J'Ai lû l'exorde avec un vraiplaiſir ;
Tosty confpireà ſignaler ta gloire
Etcon acrer ton utile loiſir,
JANVIER 1746. 68
Nobledébut , mâle &vive éloquence
Ydévoiloient de ſublimes clartés ,
Etchaque trait peint avec élégance 1
Nous retraçoit d'aimables vérités.
Courage, Abbé , les Palmes de la Chaire
Sont un tribut que tu dois remporterį ,
Et ſi déja loin d'un ſentier vulgaire
Tonbeau talent a ſçu t'accréditer ,
Avant quatre ans , imitant la Neuville ,
Par des efforts dignes de Maſcaron ,
Nous te verrons à la Cour, à la Ville ,
Lediſputerau nouveau Maſſillon.
Mais toutefois ayons la main légére,
Etn'allons pas , en prêchant trop ſonvent ,
Dans les excès d'un zèle ſomnifere
Laſſer le goût d'un public nonchalant.
Le coeur ouvert aux plus douces amorces,
Tel qu'on a vû préſumer de ſes forces ,
Avû lui-même éclipſer ſon talent.
Qui veut prêcherun bon Panegyrique ,
Surſon ouvrage exerçant la critique ,
A dû polir , confulter & revoir ,
Et de Villiers * t'apprendra ton devoir.
Ala Soriniert.
L'Abbé de Villiers dans fon excellent Poome
1
J'Art de prècher.
62 MERCURE DE FRANCE .
LES JARDINS.
LA
POEME.
A Nimphe ( 1 ) dont les flots de leur courſe
enchantés ,
Ne quittent qu'à regret la Reine des Cités , ( 2 )
Voit les Nimphes qu'elle aime , & que ſa voix
appelle ,
Avec empreſſement ſe raſſembler près d'elle ,
Et tandis que fans bruit ſes eaux fuivent leur
cours,
Ala troupe attentive elle tient ce diſcours.
ENFIN je viens d'entrer à travers mille obf
tacles
:
Dans des lieux où de l'Art éclatent les miracles ;
Cent refforts ( 3 ) merveilleux , chef-d'oeuvre de
Vulcain ,
S'ouvrent , puiſent mes flots qu'ils rejettent fou
dain
Dans des autres profonds où leur viteſſe aug
mente ;
(1) La Seine .) (2) Paris ( 3 ) La Machine de
Marli
! JANVIER 1746. 65
i
1
!
:
?
Par des chemins étroits j'en fors impatiente :
J'arrive& le plaisir de voir des lieux fi beaux
Autant que cet effort fait élancer mes eaux.
Quel charme d'obéir au pouvoir qui m'attire ,
Et moi-même d'orner ces Jardins que j'admire !
SUPERBE Euphrate admis endes Jardins pom
peux
Qu'une Reine * autrefois ſçût approcher des
Cieux :
Tibre encore aujourd'hui fier d'avoir vû votre
onde
Arrofer les Palais des Souverains du monde ,
Vous n'avez point connu de plus beaux monus
mens ,
Vous n'avez point coulé dans des lieux fi char
mans.
D'UN Art long-tems groſſier le beſoin fut le
pere :
L'agréable bien-tôt nâquit du néceſſaire :
A peine eut-on des fruits qu'on rechercha les
fleurs;
Ainſi que leurs parfums on unit leurs couleurs.
Aux plantes que ces foins rendirent plus fertiles
Dans Athéne Epicure aſſigna des aziles ;
Ace peuple ſi foible il prêta des ſecours ,
Étudia ſes gouts , ſa haine & ſes amours..
Rome, tu nous tranfmis cetArtdans ſa naiffance,
* Semiramis
4 MERCURE DE FRANCE.
Et ſes premiers ſuccès étonnoient l'ignorance.
A l'aſpect denos plans enfermés à grands frais ,
Les yeux étoient ſurpris ſans être fatisfaits ,
Et d'un champ inégal plein * d'ornemens barbares
Les enceintes n'offroient que des formes bizares .
Quels heureux changemens ! on m'amene en des
lieux
Où toute la Nature eſt préſente à mes yeux.
J'y vois des champs ingrats devenus le théatre
Des objets enchanteurs que notre oeil idolatre ;
Ces terraffes ici repréſentent les monts ,
Ce parterre & ſes fleurs les prés & les vallons ,
Ces boſquêts ſi riants tant de forêts altiéres
La caſcade un torrent , ces canaux les rivieres .
L'Art peignant la Nature a dû tout raſſembler ,
It fon dernier effort eft de lui reſſembler ,
D'offrir en un deſſein heureux dans l'ordonnance
Les beautés qu'au hazard offre ſon ſein immenfe
On dit que négligée en ces triftes climats
Flore un jour loinde nous vouloit porter ſes pas ;
Un Art informe à peine y retenoit Pomone ,
Mais Le notre paroît ; ſon ſçavoir les étonne.
Vous fuyez , leur dit-il , charmantes Déités ,
LOUIS regne ; tout change ; il le veut ; arrêtez.
Belle Flore à jamais , mes foins & fa puiſſance
De votre amant ici vont fixer l'inconftance ;
On tailloit les Ifs en figures d'animaux.
JANVIER 1746. 69
Vous y verrez toujours au gré de ſes ſoupirs
Naître ces jeunes fleurs , filles de vos plaiſirs.
Vous Pomone , près d'eux vous regnerez ſans
ceffe ;
Vertumine à vos progrès nuiſoitpar ſa tendreſſe ,
Et jaloux des regards d'un jour pur & ferain
Sous la feuille inutile il cachoit votre ſein .
Déja Laquiminie , ( i ) inſtruit par la Nature
Aſſervit ce Dieu même aux loix de la culture ;
Au fruit de vos amours trop lent ou trop haté
Ainſi que la vigueur ſa main rend la beauté.
Sa main entichiſſant nos plaines fortunées
Forme entre vos ſujets de nouveaux hymenées ;
Pour un fruit étranger, prodigue de ſes biens ,
Ce ( 2 ) pere adopte un fils plus heureux que les
fiens.
VOTRE regne s'étend; le ſouffle de Borée
En interrompt envain la trop courte durée ; i
Je ſçais la pròlonger entempérant les airs ,
Et le Printems renait au milieu des Hyvers .
Que de plantes bien-tôt ſous vos yeux réunies,
De cent climats lointains brillantes colonies ,
Vont dans nos champs féconds , pour prix de no
travaux,
Prévenir nos beſoins , nos défirs & nos maux !
Recevez-y nos voeux ; tout ſuivra notre exemple ,
Etdu monde embelli l'Art va vous faire un temple.
( 1 ) L'art de la Greffe. ( 2 ) Les jardins d'Hyver.
66 MERCURE DE FRANCE,
4
IL dit , il exécute , & les Divinités
Voyant naître l'éclat de ces lieux enchantés ,
Prêtes à les quitter , à l'inſtant s'arrêterent
Étdès ce jour heureux pour jamais s'y fixerent .
Nous mêmes fixons -nous dans leur charmant
féjour ;
Allez , Nimphes , allez , embelliſſez leur Cour
Ornez-les à la fois & rendez-les fécondes.
A
Sous cent formes vos mains diſtribueront mes
ondes
Dans ces ſuperbes murs par Louis habités ; ( 1 )
Qu'ily tente d'efforts , que d'obstacles domptés !
Quelle est la vaſte ſcéne ou par plus de mira-
1
cles
On ait ſçu varier la foule des ſpectacles!
De quel étonnement on s'y ſent pénétrer !
Apeine ony reſpire , on n'y peut qu'admirer.
ARROSEZ un ſéjour , ( 2 ) vous ,Nayade char
mante ,
Où moins d'Art a rendu la Nature brillante ,
Où l'heureux Citoyen , même au ſein de Paris ,
Conduit la liberté , la décence & les ris ,
Lieux dont on fent le charme à chaque inſtant
renaître ,
Et qui ſemblent toujours redemander leur maître .
COMBIEN il est encor de jardins moins vantés
( 1) Versailles. ( 2 ) Les Thuilleriesta
JANVIER 1746. 87
Enrichis d'un amas d'auſſi rares beautés !
Tous offrent ces objets que la ſculpture enfante ;
La pierre inanimée en ces lieux eſt vivante ;
Elle agit , elle penſe aux yeux du ſpectateur
Trompé par les efforts du ciſeau créateur.
MAIS c'en est trop ; je céde à votre impa
tience;
Vous brûlez d'admirer ces tréſors de la France
Partez donc , & tandis que par mille canaux
Vous allez y porter vos bienfaits & mes eaux ,
Sûre que mon récit a charmé vos oreilles ,
Je cours au Dieu des mers raconter ces mera
veilles.
LINANT.
VERS à mettre en Musique, ou Madrigal
àMile Ar *** de ...
V
Ous jouiſſez d'une beauté ſuprême ,
Et l'onne peut vous voir, Iris, qu'on ne vous aime,
Mais vous craignez fi fort d'aimer à votre tour
Quevous medeffendez juſques au mot d'amour
Gardons puiſqu'il le faut cette triſte défenſe :
Mais n'entendez vous pas ces aimables aveux
Qu'un timide regard commence ,
Que finit un tendre ſilence ,
Etqu'on ne fait parler qu'aux yeux ?
MERCURE DE FRANCE 1
LETTRE
ADRESSEʼE AUX AUTEURS
du Mercure au sujet de l'Histoire
de Charles XII.
MESSIEURS,
Il y a long-tems que je balance à vous
envoyer quelques petites obſervations critiques
, peu eſſentielles à la vérité , mais
très- exactes , que j'ai faites ſur un endroit
de l'Hiſtoire de Charles XII. par M. de
Voltaire , leſquelles ont échappé à M. de
la Motraye. Je m'y ſuis enfin déterminé ,
& c'eſt moins pour le plaifir malin de critiquer
que pour l'éclairciſſement de quelques
faits que j'écris ces remarques.
L'Auteur qui par un goût univerſel allie
dans un dégré éminent tous les talens de
l'eſprit à ſçû ſe faire admirer dans la compoſition
d'une Hiſtoire , comme dans celle
1
JANVIER 1746.
d'un Poëme Epique , de pluſieurs Tragédies
&c. Charles XII, lui doit autant
qu'Henri IV, & Louis XV lui devroit peutétre
autant que les deux autres Monarques ,
fi la gloire & les vertus de ce Roi BIENA
IME' n'étoient encore au deſſus du beau
Poëme de Fontenoy qui les a célébrées .
Je ne connois M. de Voltaire que par
fes Ouvrages & la grande réputation qu'ils
lui ont ſi juſtement acquiſe; je l'admire avec
tous les connoiſſeurs ; tout ce qui vient de
ſa plume me charme , mais l'amour de la
vérité doit l'emporter ſur toute autre conſidération.
Je me perſuade même qu'il eſt
affés galant homme pour ne point s'offenfer
d'une critique auſſi réſervée que celleci
qui d'ailleurs rendjustice àſon mérite.
Ce célébre Ecrivain me permettra donc
d'affirmer ici qu'il a été trompé par de faux
Mémoires ſur ce qui regarde cet infortuné
Régiment François qui ſe trouva parmi les
prifonniers après la bataille de Fravenſtad ,
laquelle ſe donna le 12 Fevrier 1706 près
de Punits entre les Suedois & les Saxons.
De tous les ouvrages dont M. de Voltaire
à enrichi le public , celui- ci m'a attaché
plus particulierement , parce que j'étois
alors dans cet infortuné Régiment François ,
& que j'ai vu moi même ce que je vais
rapporter.
70 MERCURE DE FRANCE.
i
:
M. de Voltaire dit ( tome premier , livre
troiſiéme , page 12. ) que cet infortuné
Régiment François qui ſe trouva parmi les
priſonniers après la bataille de Fravenſtad
avoit été pris par les troupes de Saxe l'an
1704 à la fameuſe bataille d'Hocſted. Cela
eſt poſitivement faux; il fût pris par les
Anglois à cette même bataille , & dans le
partage qui fût fait de tous les prifonniers
il reſta dans le Wirtemberg , la Suabe &
la Franconie , à l'iſſue de quoi Auguſte Roi
de Pologne qui combattoit pour lors.contre
Charles XII , obtint de l'Empereur la
permiffion de lever 800hommes dans quelques
Régimens de ces priſonniers. Il en
commit le foin à M. de Wacrebac a qui il
donna les ordres de l'Empereur.
Ce Général ſe tranſporta au camp de-.
vant Landau dont on faifoit le fiége pour
la ſeconde fois . Il trouva par hazard M. de
Joyeuſe de France a qui il remit les ordres
qu'il avoit pour lever ce Régiment. M. de
Joyeuſe en fût fait Colonel & feul Commandant.
Ce Régiment ne fût pas plutôt
arrivé en Saxe qu'il fut. formé. Il n'étoit
compoſé que de François , tant Officiers
que Soldats , & battoit marche Françoife.
Auſſi-tôt qu'il fut formé , Auguſte en fit un
Régiment de Grenadiers & non pas de Dragons
, comme le rapporte M. de Voltaire ,
JANVIER 1,746 .
71
& à l'entrée de la Campagne ſuivante , il
en fit ſes Gardes à pied montant la garde
au Roi en place de ſon ancien Régiment.
La mort du Colonel Joyeuſe n'eſt pas
rapportée plus fidélement. M. de Voltaire
dit qu'il fût tué à la premiére ou plutôt
à la ſeule décharge des Suedois. Cela eſt
contre la vérité. Voici comment il fut tué.
M. de Joyeuſe n'avoit nulle part dans le
deſſein qu'avoit formé ſon Régiment de
paſſer au ſervice de Charles XII; lorſqu'il
le vit avec douleur paffer tout d'un coup
du côté des Suedois il prit un drapeau du
Régiment , le Major un autre , qu ils vou-
Joient ſauver, mais il furent pourſuivis par
une vingtaine de Cavaliers Suedois à la tête
'deſquels étoit un jeune Officier , lequel
'ayant joint M. de Joyeuſe lui demanda
fon drapeau : le Colonel fit feinte de le lui
vouloir remettre; l'Officier avança pour le
prendre , & M. de Joyeuſe lui préſentant
ledrapeau d'une main lui coupa la tête de
l'autre avec un Damas qu'il avoit à fon côté,
La mort de ce jeune Officier Suedois fit
auſſi-tôt vengée par celle de M. de Joyerſe
qui reçût à l'inſtant même vingt coups de
piſtolet des Cavaliers du détachement. Le
Major plus timide ou moins téméraire remit
fon drapeau & ſe rendit prifonnier ,
mais il ne le fût pas plus que le Régiment
2 MERCURE DE FRANCE.
:
François , où il rentra , lequel fût trompé
par Charles XII , parce que au lieu de le
faire paſſer en France , comme il le lui avoit
promis par des billets qu'il avoit fait gliſſer
dans ce Régiment , it le prit dès le lendemain
à ſon ſervice.
Voilà ,Meſſieurs , tout ce que j'avois à obſerver
ſur cet endroit de l'Hiſtoire de Charles
XII , que j'ai lu pluſieurs fois avec
beaucoup d'attention &de goût. Si ces remarques
vous paroiſſent mériter l'imprefſion
, je vous prie de les rendre publiques
par la voye de votre Mercure. Je le choifis
préférablement à tout autre ouvrage périodique
, parce qu'il eſt entre les mains de
tout le monde & que c'eſt auſſi le journal
de la Cour. J'ai l'honneur d'être trèsreſpectueuſement,
MESSIEURS ,
Votre très-humble & obéiſſant
ferviteur POPINET.
CHANT
JANVIER 1746. 73
CHANT ROYA L.
PRESENTE A MESSIEURS LES ?
Princes de l'illustre & très-ancienne Confrerie
des Clercs Parifiens , instituée dans
la Ville de Douay fous le titre de la glorieu-
Se Vierge Marie , au foir du Dimanche
dans l'Octave de son Assomption le 22
Août 1745.
ETANT PRINCE
MonfieurAugustin de Lannoy Prêtre Docteur
en Théologie, ancien Profeſſeur de Philo-
Sophie au Collège du Roi, Chanoine &
Doyen de l'infigne Eglise Collégiale de
Saint Pierre à Donay.
Ayant choisi pour refrein, Banni d'ici
lesfureurs de la guerre.
ENtends ma voix , Protectrice immortelle ,
Toi ,dont la terre adore les bienfaits ,
De tes enfans récompenſe le zéle
Et viens combler leurstrop juſtes ſouhaits.
De nos foupirs l'amour est l'interprete:
Etcins la foudre & calme la tempête ,
D
74 MERCURE DE FRANCE.
Qui fur ton peuple exerce ſes fureurs
Affés long-tems de cruels oppreſſeurs
Par leur furie ont ravagé la terre ;
Que ta clémence appaiſe nos douleurs ;
Banni d'ici les fureurs de la guerre.
Mais dans ces lieux l'horreur ſe renouvelle ;
Que vois-je? 6 Ciel ! quels ſiniſtres objets !.
L'orage augmente & la flamme étincelle ;
Un monftre affreux nous lance mille traits.
J'entends ſonner la fatale trompette ;
La mort , la rage , & la guerre s'apprête:
De notre fort je prévpis les rigueurs .
Le déſeſpoir s'empare de nos coeurs ;
Mais qui pourra , grand Dieu ! de ta colere
De tes deſſeins fonder les profondeurs !
Banni d'ici les fureurs de la guerre.
Non , de ce Dieu la juftice éternelle
Ne ſe plaît point à punir nos forfaits ;
11 tonne, il frappe , & d'un peuple fidéle
Sa complaiſance écoute les regrets .
Monſtre fatal ! horrible guerre , arrête ....
Reine des Cieux viens écrafer la tête
De ce Serpent plein de trouble &d'horreurs.
Ah ! tu parois ; nous en ſommes vainqueurs ;
L'eſpoir renait au ſein de la miſere ;
Vierge ſacrée éloigne ces malheurs.
Banni d'ici les fureurs de la guerre
1
1
JANVIER 1746.
74
Dans les périls la victoire eſt plus belle;
Nous oublions les maux qu'on nous a faits
Protege un Roi des bons Rois le modéle ,
Qui ſe dévoue au bien de ſes Sujets ,
Un conquérant d'une valeur parfaite ,
Qui par la force , & par droit de conquêtes
A ſçû calmer nos peines , nos fraieurs
De la révolte, il punit les auteurs ;
L'Anglois vaincu roule dans la pouſſiere;
Ah! de la paix ramene les douceurs.
Banni d'ici les fureurs de la guerre.
*
Rends à nos voeux cette faveur nouvelle ;
D'un fi grand Roi couronne les projets.
Qu'en terraffant un ennemi rebelle,
,
Il ſoit forcé de nous donner la paix.
O Vierge Sainte on célébre ta fête ;
Accorde-nous le bonheur qu'on ſouhaite ;
De notre zéle augmente les ardeurs ;
Que l'Univers admire tes grandeurs.
Dieu dans tes mains a remis ſon tonnerre ;
Eteins les feux de ces foudres vengeurs :
Banni d'ici les fureurs de la guerre.
ENVO 1 .
Prince , le Chef de ſes adorateurs ,
Qui pourroit mieux prétendre à ſes faveurs !
Elle eſt ſenſible à ton amour fincere ,
Quand tu lui dis , viens eſſuyer nos pleurs.
Banni d'ici les fureurs de la guerre.
> Dij
76,MERCURE DE FRANCE.
BALADE.
Sur ce refrein. Donne une paix & profonde
& constante.
Enfin Louis remporte l'avantage ,
Et ſes exploits étonnent l'Univers ;
Tournay ſuccombe au milieu du carnage ;
Tout eſt ſoumis , l'Anglois eft dans les fers.
De ton ſecours , Patronne de la France ,
LOUIS reſſent la divine influence.
Il reconnoît tes ſoins officieux ,
Il a vaincu ce peuple ambitieux
Tout ſe ſoumet à ſa main triomphante ;
Vierge , rend nous un bien plus précieux.
Donneune paix & profonde & conftante.
Brûlant du feu qu'inſpire le courage ,
Tel qu'un Aiglon qui plane dans les airs ,
Son cher DAUPHIN au printems de ſon âge
Porte la foudre au milieu des éclairs ;
Mais ſa douceur égale ſa vaillance ;
Après LOUIS , il eſt notre eſperance;
Il eſt aimable , il eſt cher à nos yeux ;
Sage , intrepide ainſi que ſes ayeux ;
Il ſuit tes loix Vierge , Reine puiſſante ;
JANVIER 1746. 77
Auve le jours d'un Prince glorieux .
Donne une paix& profonde& conftante.
Vierge ſacrée , acheve cet ouvrage ;
N'expoſe plus ton peuple à ces revers ;
Daigne en ce jour recevoir notre hommage ,
Nos tendres voeux , notre encens , nos concerts .
Que l'Univers ſe calme à ta préſence ;
De notre fort' viens fixer l'inconftance;
Accorde-nous des jours délicieux ;
Que ton nom ſeul retentiſſe en ces lieux,
Détruis enfin d'une hydre renaiſſante ,
Les vains efforts, les traits injurieux :
Donne une paix&profonde &conftante.
ENVOI.
Prince , ton coeur s'éleve vers les Cieux ,
Et ta priere exprime ainſi tes voeux.
Mere adorable , ô Vierge bienfaiſante ,
Par les exploits d'un Roi victorieux
Donneunepaix& profonde &conſtante.
2
Diij
78 MERCURE DE FRAN CE.
SUITE de la Séance publique de l'AcadémiedesBelles
Lettres..
Onfieur l'Abbé Bellet lut enſuite
M. une Differtation Hiſtorique & Geographique
ſur Auguſta ancienne Capitalé des
peuples Veromandui. Depuis environ un
fiécle pluſieurs Sçavans , principalement
en France , ſe ſont appliqués aux recherches
Géographiques de la Gaule ; ils ont
heureuſement determiné pluſieurs points
importans. Il faut avouer cependant que la
matiere n'eſt pas épuiſée , & que nos con
noiſſances fur cette partie de l'ancienne Géo.
graphie ne font pas au degré de perfection
que nous pouvons eſperer. Céfar dans ſes
Commentaires , Strabon & Pline nous ont
tranſfinis les noms de pluſieurs Villes & de
peuples dont la poſition eſt encore inconnue,
Ptolemée même qui a pretendudonner une
Deſcription méthodique préſente des difficultés
qui n'ont point été levées. Combien
de points à examiner dans les notices , ſoit
de l'Empire , ſoit des Provinces & des Cités
de la Gaule , & dans les Monumens
Itinéraires ? On ne connoît plus l'étendue
de certains diſtricts , la poſition de quelques
JANVIER 1746 79
Cités , de pluſieurs Ports & d'autres lieux
conſidérables.
> Si de la diſcuſſiondu local,dit M. L. B.
⚫ ons'éleve à l'hiſtorique, combien de quef-
>>tionsàréfoudre& de recherches à faire ?
» Les Cités ( au ſens des anciens Auteurs )
étoient- elles compofées d'un ſeul peuple
>> ou de pluſieurs ? Quel fut l'état des Colo-
>>nies& desMunicipes ſous les premiers Em-
>>pereurs?Les Métropoles avoient-elles quel
>>quejurifdiction ſur lesCités de la Province?
Quelle étoit la forme de leurGouverne-
>> ment? Nos anciens Diocèſes répondent-ils
>> aux territoires des anciennesCités ? Com-
*ment les Pagi ſous le Gouvernement des
>>Rois des François ont ils été ſubſtitués aux
>> Cités Romaines? Ileſt évident , continue
» M. L.. B. que l'examen de ces points &de
pluſieurs autres ſemblables a un rapport
>>>immédiat à l'Hiſtoire du Haut & duBas
•Empire , & qu'il peut répandre un grand
..jour ſur les premiers tems de laMonar-
>>c>hie Françoiſe.
>>La poſition & l'ancienne dignité de la
Ville Augusta des Veromandui eſt un de ces
>> faits intéreſſans & encore indécis . Ces
>> peuples étoient célebres dès le tems de
- la conquête des Gaules par Jule Céſar
>> ils fournirent des contingens conſidéra-;
→bles pour la défenſe de la liberté ; ſoute-
Diij
8. MERCURE DE FRANCE.
» nus par les Nervii & par les Atrebates , ils
→ attaquérent l'armée Romaine avec tantde
courage & d'acharnement qu'elle fut fur
le point de perir. Ils occupoient le Pays
qui conſerve leur nom , le Vermandois ,
⚫ qui fut nommé dans le moyen âge , Pagus
• Veromandenfis , ou fimplement Virmandi-
•fus. LeurVille capitale ſous l'empire d'Au-
•guſte reçut le nom d'Augusta à l'exemple
> de pluſieurs autres Villes qui furent déco-
⚫rées de ce nom pour marquer au Prince
leur reſpect & leur attachement. Suivant
-l'uſage de la Gaule , le Senat de la Cité
tenoit ſes ſéances dans cette Ville principale
, auſſi prit-elle le nomde ſon peuple ,
•Civitas Veromanduorum , & enſuite Vero
- mandui , &dèsle quatriéme ſiécle elle de-
-vintEpifcopale.
•Tel étoit l'état de la Ville Augusta des
Veromandui ſous l'Empire Romain. Nos
•Auteurs ne s'accordentpas ſur la poſition
■ de cette Ville ancienne; les uns préten-
•dent que c'eſt la même qui dans la ſuiteprit
•lenom du Martyr S. Quentin , les autres
-veulent que la Ville Augusta ayant été
• ruinée par les Barbares au cinquiéme ſié
- cle , n'eſt plus qu'une Bourgade qu'on
⚫nomme encore Vermand, & qu'après ſa
•deſtruction le ſiége de l'Evêque des Veromandui
fut transferé à Noyon; d'autres
: JANVIER 1746. 8r
→avouent que l'ancienne Auguſta eſt la Ville
..de S. Quentin,& qu'elle fut capitale ſous .
- le Haut Empire , mais ils ſoutiennent
-qu'elle perdit ſa Dignité , & qu'au qua
>triéme fiecle Vermand étoit lacapitaledu
•peuple& le Siége de l'Evêque.
M. L. B. entreprend de prouver que l'ancienne
Augufta eſt la Ville de S. Quentin ,
qu'elle fut capitale de ſon peuple ſous le
Haut &même ſous le Bas Empire ; enfin
qu'elle a été le ſiége des premiers Evêques
des peuples Veromandui. Il n'eſt pas poffiblededonnerdanscet
Extrait le détaildes
preuves; nous nous contenterons de les indiquer.
La diſcuſſionde ces points, dir
M. L. B. ſervira du moins à fixer ſur une
>>Cartede la Gaule la poſition d'une ancien-
. ne capitale , & ce qui eſt plus important ,
elle fera connoître la dignité &la prée.
•minenced'uneVille quitient un rangcon.
>ſidérable en France.
-Ladiftanced'Augusta aux Villes de Soif-
■fons , de Cambrai & d'Amiens eſtdonnée
■dans les Itineraires Romains. Les meſures
■ anciennescomparées aux eſpaces réels le-
-vésgéometriquement démontrent que cet-
-teVille eft la même que cellede S. Q. Cer-
>>te preuve de fait eft confirmée par lesActes
du Martyrede S. Q. Actes très anciens
quiont été connus deGrégoire de Tours
D
82 MERCURE DE FRANCE.
>>La Ville d'Angusta étoit ſituée ſur la riviere
de Somme. Le corps du Martyr ayant
reçû la ſépulture à Augusta , une Egliſe
১১
futbâtie ſur le tombeau. Ces circonstances
» déſignent évidemment la Ville de S.Quen
>>tin ; elle eſt ſur la Somme : il eſt certain
>>que ſon Egliſeprincipale a été élevée ſur le
>> tombeau du ſaint qui lui a donné le noma
>> Le Village de Vermand eſt éloigné de la
riviere de Somme d'environ deux lieues
>> Françoiſes , il ne peut donc être l'ancien-
»ne Augusta , & ce qui eſt déciſif , lesAc-
>> tes donnent-cinq milles de diſtance entre
* Vermand , Viromandenfium Caftrum & la
» Ville d'Augusta, diſtance qui ſe trouve,
exactement entre Vermand & la Ville de.
* S. Quentin : aufi eſt-elle nommée Auguf-
>> ta Viromandorum, dont pluſieursEcrivains.
du moyen âge , & l'ancien quartier de.
cette Ville a confervéjuſqu'à ces derniers.
fiécles le nom primitif d' Augusta , le détroit
d'Aoufte, comme on le voit dans deux
>>Actes folemnels des années 1293 &,
231567.
"
Cette Ville , ſuivant M. L. B. a toujours
été capitale de ſon peuple; le nom d'Au..
gusta dont elle fût décorée ſuffit pour éta-.
blir ſon ancienne dignité. LesVilles Auguf-.
tes de peuples dans la Gaule furent toutes.
capitales de leur territoire, Les peuplesyou
JANVIER 1745. 83
Jant marquer à l'Empereur leur vénération
auroient- ils donné ſon nom à une Ville du
ſecond ordre ? Suivant Ptolemée Augusta
étoit la capitale des Veromandui au ſecond
fiécle , c'étoit un Municipe d'un ordre diftingué,
qui comptoit parmi ſes citoyens des
Chevaliers Romains ; comme laplupart des
Cités de la Gaule , elle étoit gouvernée par
un Sénat ſous la direction du Magiftrat Romain,
elle étoit le ſiége d'un Pontife ou d'un
Grand prêtre au tems du Paganiſme. Sous
le bas Empire , elle prit le nom de fon
peuple Civitas Veromanduorum , Urbs Veromandensis
, Veromandui , comme on le voit
dans la notice des Provinces & Cités de la
Gaule, dans Grégoire deTours& dans laVie
de S. Eloi ; on ſçait que pluſieurs autres capitales
prirent ainſi le nom de leur peuple.
Pluſieurs monumens annoncent la célebrité
decette Ville ; elle étoit le point deréunion
de cinq voyes Romaines, qui partoient des
Villes de Soiffons , de Reims , de Bavai , de
Cambray & d'Amiens. On adécouvert à S
Quentin une grande quantité de Médailles
frappées ſous Auguſte, fous Néron& ſous les
Empereurs ſuivans ; un nombre prodigieux
d'urnes ſépulchrales , des veſtiges d'anciens
édifices , des fragmens de marbre , de jaſpe,
d'albâtre , & autres antiquités dont on
donna dans le tems des relations détail
lées. Dvj
$4 MERGURE DE FRANCE
1
Les défenſeurs de Vermand répondent
que cette Ville devint ſous le Bas Empire la
capitale du Vermandois , ayant pris le nom
de fon peuple qu'elle conſerve encore aujourd'hui
, que dans lesActes de S. Quentin
elle eſt nommée Viromandenſis Civitas ,
&que pendant le cinquiéme ſiècle elle fut
totalement ruinée par les Barbares.
M. L. B. obſerve qu'un lieu qui porte le
nom d'unpeuple n'eſt pas toujours la Ville
capitale de ce peuple ; il en rapporte des
exemples : d'ailleurs la Ville d'Augusta a pris
pendant pluſieurs fiécles le nomde ſon peuple.
Y auroit-il eu en même-tems deux Cités
, deux capitales du mêmepeuple &du
même territoire ? Dans l'ancienne collectiondes
Actes de S. Quentin , qui fut rédigéeſous
Louis le Debonnaire , Vermand eſt
nommé Viromandenfium Castrum: on ſçait
que le Caftrum étoit d'un ordre inférieur à
celui de Civitas; Vermand n'étoit qu'un ancien
camp dont le retranchement ſubſiſte
encore , mais fans aucuns veſtiges de muraille
, de clôture & d'habitation conſidérable.
La ruinede cette prétendue Cité au cinquiéme
fiecle n'eſt rapportée que par des Ecrivains
du XI & du XII me. fiécle. LaVille
d'Auguſta juſques vers l'an 900 a été nommée
Urbs Vermandenſis ; elle prit alors le
nomdeS. Quentin ; le Caftrum ViromanJANVIER
1746. 85
denfium fut nommé Vermand ſans autre
distinction , mais cette démonſtration ne
peut luiapproprier la dignité de capitale.
Si la Ville d'Augufta étoit capitale de fon
peuple lorſque la Religion Chrétienne s'eſt
établiedans cette partie des Gaules , elle a
étéle ſiégedes premiers Evêques des peuples
Veromandui. Le Gouvernement Eccléſiaſtique
en géneral fut formé ſur le Cis
vil; fuivant les Conſtitutions Canoniques
&l'uſage conftant des Gaules , l'Evêque te
noit ſon ſiége dans la Ville principale de fon
territoire. S. Medard vers l'an 531 transfera
le fiége Epiſcopal à Noyon qui étoit alors
une Place forte; M. L. B. examine les motifs
de cette tranflation. L'ancienne Cité
Epifcopale, qui eft honorée par le tombeau
de S. Quentin , ſuivant l'Auteur de la vie
deS. Eloi , étoit conſidérée comme le fiége
primitif , & pour en perpetuer la mémoi
re, les Evêques deNoyonont ſouvent confacré
dans des Actes ſolemnels le titre de
cette ancienne Eglife , Vermandensis EcclefiaEpifcopus.
L'ancienne Augufta nommée enſuite Ci
vitas Veromanduorum , Urbs Vermandenſis
enfin laVille de S. Quentin, futdanstous
les ſiècles d'un ordre diſtingué : elle fut capitale
de ſon peuple ſous la domination Romaine;
après l'établiſſement des François
86 MERCURE DE FRANCE.
elle a été le ſéjour des Comtes de Vermandois,
& la capitale du Comté ; au tems des
Empereurs elle étoit gouvernée parunSénat:
cetordre ſubſiſta ſous nos premiers Rois; il
fut troublé lorſque les Comtes ufurperent
au neuviéme fiécle la puiſſance du Souverain
&du peuple: les derniers Comtes rétablirent
les Mayeur & Jurés de cette Ville
dans leurs anciens droits. La Commune de
la Ville fut confirmée par Philippe Auguſte
qui réunit le Vermandois à la Couronne.
SUITE de la Séance publique de l'A
cadémiedes Sciences .
L
EMémoire que M. deThurylut àl'A
cadémie n'est à proprement parler que
Ja Préface d'un Livre qu'il promet au public,
& qui aura pour titre la Deſcription géometrique
de la France.
S'il étoit avantageux pour le progrès des
Sciences que l'on connût la véritable figure
de la terre , il n'étoit pas moins impor.
tant pour le bien du public que l'on eût
une connoillance exacte de l'étendue&des
Limites d'un Royaume dont la beauté &les
:
:
JANVIER 1746. 87
richeſſes attirent les étrangers de toutes les
partiesdumonde.
Sans cette connoiſſance il feroit difficile dè
prendredes meſures certaines pour un grand .
nombre de projets utiles àl'Erat & au commerce,
tels que la conftruction des nouveaux
chemins , ponts & chauffées,, canaux &
navigationde rivieres qui peuvent tous faci
liter letranſport des denrées & marchandi
ſes d'une Province à l'autre , prévenir la difette&
procurerl'abondance dans le Royau
me , en ſe communiquant réciproquement
ce dont elles peuvent avoir beſoin pour
leur fubiſtance& le ſoutien de leur com
merce.
Il ſemble qu'il étoitréſervé au régne de
LouisXV.de faire dans tousles genres les en
trepriſes les plus glorieuſes&les plus utiles à
Etat; pourra-t- on jamais parler avec aflés
d'appareil des differens voyages qui ont été
entrepris en dernier lieu dans les differentes
parties dumonde,& qui annoncent à tout
l'Univers le goût que le Roi a pour les
Sciences , & la protection ſignalée qu'il
leuraccorde? Dans le tems que l'on meſirroit
laterre ſous l'Equateur & vers le cercle
polaire , M. deThury parcouroit toute la
France , non ſeulement pour en détermi
ner l'étendue , mais encore pour être en
état dedécider par lui-mêmede la véritable
38 MERCURE DE FRANCE.
•
figure de la terre , en comparant la grandeur
de deux degrés du Méridien déterminée
, l'une au Midi & l'autre au Nord de
Paris. Il ſeroit trop long d'expoſer ici les
moyens qu'il a mis en uſage pour ſurmonter
les difficultés qui ſe ſont rencontrées dans le
cours de ſes opérations ; fi l'on conſidére
combien il en coute de ſoins& de peines
pour avoir avec quelque préciſion le plan
détaillé d'une terre particuliere, pour peu
qu'elle ait d'étendue , que doit-on penſer
de la meſure d'un Royaume auſſi grandque
celui de la France ? Comment déterminer
ce nombre prodigieux de Villes , Bourgs ,
Villages & Châteaux qui y ſont contenus ,
fixer la poſition des Côtes de laMer , &
ſuivre le cours de ſes rivieres ? Pouvoit-on
eſperer qu'un ouvrage dont l'exécution exigeoit
un ſi long travail& de ſi puiſſans ſe.
cours , pût être porté à ſaderniere perfection?
Et falloit-il moins que la protection
& la magnificence d'un grand Roi pour
oſer ſeulement le tenter ?
Il s'en faut encore beaucoup que l'on
ait la poſition de tous les lieux de la
France ; c'eſt l'ouvrage de pluſieurs fiécles ,
&M. de Thury remarque qu'il ſera toujours
difficile de fixer les limites d'unRoyaume
dont l'étendue accroit tous les jours
par les conquêtes du Roi qui ne met point
*
1
10
JANVIER 1746 89
de bornes à ſes projets dès qu'il s'agit d'affürer
le bonheur de ſon peuple , & de lui
procurer une paix de longue durée , mais
onpeut remarquer par la Carte que M. de •
Thury a donnée au public , que toute la
France eſt déja renfermée par une longue
fuitede triangles dont le fil n'eſt point interrompu
, & ferpente , pour ainſi dire, dans
tout l'intérieur du Royaume ; la furfacede
ces triangleseſt remplie d'un grand nombre
de Villes , Bourgs , Villages & autres objets
qui ont été déterminés géometriquement ;
leseſpaces vuides que l'on y remarque ſont
en partiedes bois oudes cantons de Provinces
dénués d'objets , de forte que l'on a à
préſent toute la partie géometrique de la
Carte du Royaume : on ſent affés qu'il ſeroit
impoſſible dedéterminer par la voye
des triangles la direction & la longueur de
tous les chemins , le cours de tous les ruifſeaux,
le contour des forêts & bouquets
d'arbres contenus dans la France : ces dé
terminations doivent appartenir au détail;
on ne doit pas craindre que les erreurs qui
ne ſe gliſſent que trop ſouventdans les peti
tes meſures influent ſur le reſte del'ouvrage ,
puiſqu'elles feront toujours reconnues dès
qu'on les rapportera au plan général ; enfin
la Carte que M. de Thury donne au pu
blic eſt le fruit d'un travail de 12 années
50 MERCURE DE FRANCE.
•
confécutives; les guerres ſurvenues n'en ont
point retardé le cours , & on voyoit fleurir
dans le même tems les Sciences & les armes;
le miniſtére éclairé qui conduiſoit det
ouvrage , ſçavoit que le ſuccès des armes
dépend en partie du progrèsdes Sciences .
SEANCE de l cadémie de la Rochelle.
Extrait d'une lettre écrite aux Auteurs du
Mercure le 26 Juillet 1745.
Lubique
E 28 Avril l'Academie tint ſa ſéance
à l'Hotel du Gouvernement.
M. Jaillot Supérieur de la Maiſon de l'Ora
ratoire , Directeur , en fit l'ouverture en ces
teimes.
ESSIEUR'S
En cejour ſolemnel le Templedes Mu
ſes s'ouvre à ce public éclairé dont nous
>>reſpectons les lumieres , & à ces génies
naiſſans dont les foibles étincelles ne forment
pas encore une lueur afſés vive pour
les conduire ſans un ſecours étranger dans
→les routes du ſçavoir.
>>>Nous voyons atlis au milieu de nous
JANVIER 1746. 91
ces hommes reſpectables , qui honorenz
>>encore plus l'Académie par leurs qualités
3> perſonnelles que par leurs dignités &c. >>
Ici ſe trouvent les éloges de M. l'Evêque
, de M. le Commandant , & de M. de
Barentin Intendant:
-C'eſt à fon crédit ( reprend l'Orateur ,
>> en parlant de M. de Barentin ) que nous
>> devons la faveur dont la Cour vient
>>de récompenſer, je ne dis pas les ſuc
cès decette Compagnie , (elle ne s'en fla-
>>te pas encore ) mais les louables efforts
>qu'elle fait pour yparvenir &c.
>>Les perſonnes en placene ſçauroient fai
>>reun plus noble uſage deleur autorité,que
>d'encourager les talens &de favoriſer le
>>progrès des Sciences qui font la gloire de
>>> P'Etat. D'ailleurs les graces qu'elles répan
>>dontſur lemérite & fur le ſçavoir , ne font
>>pas desgraces perdues: leurs bienfaits ver
>> les fur les hommes font ſouvent des in
> grats , mais leurs faveurs trouvent toujours
les. Muſes reconnoiſſantes : généreuſes,
elles chargent l'Hiſtoire , la Poefie & l'E
loquence d'élever des trophées à leurs
bienfaiteurs : immortelles , ces Déeſſes les
afſocient à leur immortalité. Agrippa fa-
» vori d'Auguſte &grandhomme de guerre,
ett médiocrement connu , tandis que Mé
-cene ſon rival, avec des qualtés moins
MERCURE DE FRANCE.
>brillantes , a été célébré dans tous les âges
.&dans tous les lieux comme le pere des
• Lettres qu'il protégea , & des Littéra-
•teurs qu'il fit jouir d'une fortune éclatante.
• Toutes les bouches de la Renommée ſont
. encore ouvertes en ſa faveur , & les
›› échos du Parnaſſe retentiront à jamais
-de fon nom&de ſa gloire &c.
» Je vous dois , MM. le compte fidéle
du travail que j'ai entrepris ( l'Histoire de
la Rochelle:) ce travaildont des devoirs
⚫effentiels ralentiſſoient la marche , va plus
■ rapidement à l'aide d'un Collégue qui
partage mes foins. Un grand morceau
•d'Hiſtoire affſés intéreſſant a déja reçu la
•derniere main. Nous achevons préſente-
>>ment la partiegéographique de notre ou
>>vrage; elle est conſidérable par l'abondan-
>>ce des matieres. Le Pays d'Aunis étoit mal
•connu , ou plutôt n'étoit pas connu. Les
•Géographes les plus exacts n'en ont don.
➡né que des notions imparfaites , nous
avons approfondi ce qu'ils ont légerement
effleuré &c.
Comme cette Differtation doit paroître
dans le Recueil que l'Académie ſe propoſe
dedonner inceſſamment au public , il ſeroit
inutile d'en faire ici l'Extrait.
M. de Villars Chancelier de l'Académie ,
lut enſuite un Mémoire contenant quelques
20
1
1
JANVIER
1746. 93
-
obſervations pour ſervir à l'Hiſtoire Naturelle
de la Rochelle. Toutes les Sciences
ontpris aujourd'hui un ton depoliteffe que
vous appercevrez aifément dans cepetit morceauqui
précede les remarques.
-J'ai eu l'honneur , ditM. de Villars , de
vous faire part pluſieurs fois demes obſer-
-vations Phyſiques; cegenrede connoiſſancea
des droits acquis ſur moi; jele raméne
encore fur laſcéne; le ſujet en eſt inépuiſable,
puiſque leriche fondde la Nature
en fournit les matériaux..
.L'Hiſtoire Naturelle , vous le ſçavez ,
>> Mrs , eſt l'Hiſtoire des découvertes
-avantageuſes aux Arts dont elle hâte les
progrès en appliquant à leurs uſages les
.qualités récemment connues,des animaux,
>> des plantes&des minéraux. La Medeci
→ nelui doit une partie des moyens ſalutai-
-resqu'elle employe pour rétablir les ref
>>>fortsde la machine humaine.
A ce grand avantage de réuniſſent les
charmes de lanouveauté ; plaiſir qui fe
•reproduit preſque tous les jours ſous les
-yeux du Naturaliſte, & qui ſemble jaillir .
•pour ainſi dire, du milieu des opérations
les plus couteuſes & des expériences les
plusdifficiles,
Quoi de plus gracieux que ces cabinets
dépoſitaires des richeſſesſemées dans l'U.
94 MERCURE DE FRANCE
>>nivers par les mains de la Providence , ca
>>chées dans les entrailles de la terre , enſe
• velies ſous les vaſtes réſervoirs des mers!
Là je vois avec frayeur la dent meurtriere
du Requien ; icije contemple avec plaifer
>> l'enroulement ſi varié des coquillages , &
les nuancesinfiesde leurs couleurs.J'admire
le rare affemblage des habitans des
eaux & de l'air , qui deviennent les ci-
>> toyens d'un même lieu.
>>Mes yeux font agréablement fixés ſur
⚫ un amas de pétrifications , de rocailles , de
>> conques ; ſur un bloc de pierres brutes ou
>>grifatres , la ſource précieuſe denos tréfors
& lapremiére ébauche des métaux.
Tout l'éclat dont ils doivent briller un
>>>jour s'annonce par ces légéres étincelles
>> dont une hideufe marcaffite eſt parſemée.
Quelle foret de plantes amuſe & fixe les
>> regards ? La curioſité avide ne s'épuiſe pas
>> enconſidérant leur nombre , leur figure ,
>> leurs propriétés , & l'anatomie de leurs
• parties organiques.
১১
*
>>Telle eft , Mrs. l'Hiſtoire Naturelle perfectionnée
de nos jours par tant d'habiles
Phyſiciens , & ſurtout par le Pli
ne moderne notre compatriote &
notreilluftre confrere. Diſciple autrefois
de ce grand Maître , & toujoursfon
M. de Réaumur,
JANVIER 1946.
admirateur , je le ſuis depuis long ems à
la trace , me rappellant fans cefle ce que
>ditun Ancien Poëte
Sed longefequere Ec.
J'ai cultivé le goût qu'il m'a inſpiré
>>pour l'Hiſtoire naturelle. Les remarques
>> que je vous préſente de tems en tems en
>> font le fruit. En voici quelques unesentaffées
ſimplement&fans art.
4
>Les Ifles de Taugen & de la Ronde
>nous préſeptentun Phenomene curieux
dans les poiffons folliles. Au nombre de
>> ces animaux amphibies il faut mettre les
> anguilles qu'on pechedans ces deux pa-
>>> roiſſes. Lorsque les cha'eurs ont defféché
les marais oùces poiffons vivent, ils cher-
> chent une retraite dans les lieux humides
>&fouterrains , & s'y entaſſent les uns fur
>>les autres attendant les pluyes de l'Automne.
L'expérience a prouvé que dans le mê-
>> me tems que les marais ſe rempliffent ,un
>>pécheur muni d'un filet nommé Borgne ,
prend plufieurs milliers d'anguilles dans
»une nuit extrêmement noire , & furtout
»s'il pleut. Elles ſortent alors en abondan-
>ces deces climats ténébrex où elles s'é
toient tapies. On les reconnoît aisément à
96 MERCURE DE FRANCE.
fleur taille& à leur couleur. Elles ſont plus
>>courtes que celles qui vivent toujours
-dans l'eau ; leur ventre eſt couleur d'ar
-gent , leur dos eſt noir , & les oreilles ſont
⚫ encore plus noires que le dos. On les ap-
> pelle anguilles franchères , c'est-à-dire
>> anguilles qui vivent dans la terre glaiſe
⚫qu'onnomme terre Franche &c.
I I.
-„Les environs de la Rochelle nous four-
>> niſſent quelques plantes particulieres , tel
-eſt le Lizeron appellé Rochelois , Convol-
• vulus minor argenteus rupellenſisflore rubro.
Je n'ai trouvé cette plante qu'au Port du
. Plomb , & près de la Digue: en le voyant
.. je me rappellai ce beau Lizeron argenté
•connu au Jardin Royal de Paris , Convol-
• vulus minor argenteus repens à Caulis fermè
Oc.
111.
L'Or canette eſt encore un ſimple fort
commun au voiſinage de la Rochelle. L.e
premier coup d'oeil le démêle aisément
fon Port &c.
IV.
L'Abſynte connaue par les Anciens
fou
1
JANVIER 1746. 97
• ſous le nom d' Abſymium ſanctonicum , ſe
trouve ici dans les champs , ſur les chemins
& fur les bords de la Mer où elle croit
>> avec un autre ſimple appellé Tanaiſie ou
herbe aux vers. Ces plantes , s'il en faut
>> croire les gens du Pays , font vermifuges.
>>Lamain de la Providence les a ſemées fur
>> ces Côtes pour préſerver nos Vaiſſeaux
>>de la piqûure des vers marins : l'air agité
pouffant fans ceſſe la farine des fleurs, & les
>>>fleurs mêmes ... dans les eaux, fait mourir
>>ces reptiles ſi redoutables aux flottes
ود
,
en
diminue l'eſpéce, ou du moins les éloigne
>>de nos Côtes &c.
V.
La Scorzonere Rocheloiſe eſt une
>>plante Médecinale. Olivier Poupart de
>> S. Maixant en Poitou , Médecin de cette
"
ود
Ville, s'en fervit avec ſuccès contre la pef
te de 1593 , comme il l'affûre dans fon
Livre intitulé , Conſeil Divin touchant la
maladie Divine &peste en la Ville de laRochelle.
Cette eſpéce de Scorzonere croît
dans les foffés de cette Place & dans les
>> prairies voiſines du Bourg d'Aitré ; only
>> trouve mêlée avec le colchique & les or
ties&c.
30
E
8 MERCUR E DEFRANCE,
V I.
>>La Clandestine connue depuis peu de
■fiécles ſelon Dorel& Balechamp , couvre
les bords du ruiſſeau de Margoris
>> depuis le pont de Groſleau juſqu'à Candé,
> Sa couleur eſt violette ; elle n'eſt pas mê-
>> me commune , parcequ'elle ne ſouffre pas
»le tranſplantement , du moins je n'aija-
> mais pu réuſſir à lui faire changer de Pa-
.. trie. La Clandeſtine que j'ai envoyée à Paris
a eu le même ſort; je crois en trouver
>>la raiſon dans la nature de cette plante ,
» qu'il faut mettre au nombre des Orobanches
, & autres plantes parafites ; or ces
>> fortes de productions ont leurs fibres fi
→ adherentes aux racines des corps fur lefquels
elles croiſſent , qu'on ne ſçauroit
„les en tirer ſans déchirement & fans rup-
»ture &c,
VII.
-Les Cornes d'Ammon qui parent la
- Côte de S. Vincent en Poitou, font épar
>>ſes dans nos campagnes ; ce qui prouve
» que l'Océan avançoit bien avant dans les
terres , comme l'ont démontré les Auteurs
» qui travaillent à l'rliſtoire de la Rochelle,
Des productions marines , telles que les
JANVIER 1746.
23
bucardes , pečtirides , lechimites , myralides ,
coclides, ſe trouvent dans des carrieres près
du Treüil Chartier , à deux lieues de la
Mer ou environ ... On doit remarquet
» qu'il eſt peu de productions marines ſur
>>nos Côtes qui n'ayent leurs analogues
foffiles&c. 20
VIII.
»On pêche près de Loziere ce poiflon &
>>renommé par les Anciens , &dont on fai-
" ſoit la Pourpre Tyrienne. Ce poiſſon eſt
>> dugenre des Testacées , & s'appelle en La
tin Buccinum. Les habitans de Loziere
ſont dans l'uſage de marquer leur linge⚫ 33
20 avec la liqueur que ce coquillage leur four-
,, nit. Ils ſe ſervent encore de la liqueur qui
→ſe trouve dans de petits ſacs ovales , qui
reſſemblent aflés aux poudriers-à-pié. Ces
>> petits ſacs ſont décrits par M. de Réaumur
»dans les Mémoires de l'Académie des
>>Sciences de 1714 &c .
১১
Ala ſuite de M. de Villars , M. du Pati
Treſorier de France , paya le tribut de ſon
adoption par la lecture d'un Mémoirefur le
marcher des Infectes fur les corps durs -
lis placés verticalement. La maniere conciſe
dont l'Auteur a traité ſa matiere , n'étant pas
ſuſceptible d'analyſe on inſerera, le Mémo -
reen en tierdans les premiers Mercures qui
paroîtront. Lafuite dans un autre Mercure.
Eij
κρο MERCURE DE FRANCE.
ODE
ANACREONTIQUE.
Madame la Comteſſe de L. V. pour le jour
desa Fête.
:
D
AP. le 3. Janvier 1746.
Es Aquilons l'affreux ravage
Aflétri les fleurs de nos champs ;
Des riches tréſors du Printems
Nous ne pouvons vous faire hommage,
Mais tandis qu'en d'autres climats
Flore établit ſon doux empire ,
L'Amour , au défaut du Zéphire ,
Fait naître les fleurs ſous vos pas .
Venusvoit võler ſur vos traces
Les Jeux qui déſertent ſa cour ;
Ils font ſuivis du tendre Amour ;
Ils font entrainés par les Graces ,
Le doux Printems renaît pour eux
Quand Phébus l'envie à la terre ;
L'aſtre des enfans de Cythere
Eft le feu qui brille en vos yeux.
:
JANVIER 1746. fof
:
Dans leursjeux ces enfans aimables
Lancent au hazard tous leurs traits ,
Trop fûrs qu'en voyantvos attraits
Leurs carquois font inépuiſables ;
Malheur à qui veut de trop près
Suivre ces traits qui leur échappent !
S'il s'en égare qui le frappent ,
Son coeur ne guérirajamais.
Qu'avecplus de fureur encore ,
L'Aquilon régne dans les airs ,
Vos charme's rendent nos déſerts
Plus brillants que la Cour de Flore.
C'eſt la préſence des Amours
Quifait le Printems de lavie ,
Et ce Printems , jeune Silvie ,
Prèsde vous durera toujours.
Eiij
302 MERCURE DE FRANCE.
NOUVELLES LITTERAIRES ,
DES BEAUX ARTS &c.
ISTOIRE DU THEATRE FRANÇOIS
Hdepuis fon origine juſqu'à préfent,
avec la vie des plus célébres Poëtes Dra
matiques , un Catalogue exact de leurs
Piéces , &des notes hiſtoriques & critiques.
Tom. 4 & 5. àParis 1745. chés leMercier
&Saillant.
Il ya peu de mois qu'en annonçant cette
Hiftoire du Théatre nous promîmes de
la part des Auteurs que les derniers volumes
ſuivroient de près , & on doit à MM.
P. d'autant plus d'éloges de leur exactitude
que les gens de Lettres ne regardent pas
toujours ces engagemens comme inviolables.
Le quatriéme volume dont nous allons
rendre compte aujourd'hui commence à
l'année 1601 , & finit à l'anné 1632. Lorfqu'on
fait reflexion qu'il contient les extraits
de plus de 150 pieces , dont la plûpart
ont joui d'une réputation éclatante
&font aujourd'hui ſi juſtement mépriſées ,
on ſe croit en droit d'avoir fort mauvaiſe
JANVIER 1746. 103
idée du goût de ce fiécle, Gardons nous
cependant de condamner trop légerement
nos ancêtres, ils n'étoient ni moins éclairés ,
ni moins capables que nous de ſentir le
beau. Mais ce beau, les hommes le ſentent
quand ils l'ont ſous les yeux , ou même
qu'une foible lumiere leur en donne l'idée ,
qu'ils ne forment pas d'eux mêmes. Le goût
d'une Nation s'élève ou s'abaiſſe ſuivant le
dégré des talens de ceux qui cultivent les
Arts , & reſpectivement les talens des Artistes
ſe perfectionnent à mesure que le goût
de leur Gécle devient plus épuré. Ainſi on
s'accommoda long-tems de piéces très-mauvaiſes
, parce qu'on n'avoit pas mieux , &
que le commundes hommes ne ſçait juger
que par comparaiſon. On ne voyoit pas
combien ces productions ſans art étoient
loin de la perfection , parce que pour deviner
ainſi les beautés d'un Art , il faut être
en état de les produire , au lieu que pour
les ſentir & les apprécier , pour avoir ce que
l'on appelle du goût , il ſuffit d'avoir un
eſprit juſte & un coeur ſenſible; auſſi les
memes ſpectateurs qui avoient applaudi
Hardi , Mayret , Rotrou & tant d'autres
mauvais Dramatiques , changerent - ils de
goût lorſque le grand Corneille eut ouvert
une nouvelle carriere.
Au tems dont nous parlons Hardi étoit
Enj
104 MERCURE DE FRANCE .
le maître du Théatre. Hardi dont le nom
eſt plus connu par l'Hiſtoire du Théatre que
par ſes piéces aujourd'hui oubliées , n'étoit
ſurement pas un homme ſans mérite , puiſ
qu'il ſçut plaire à ſon ſiècle , mais il eſt
difficile en liſant ſes ouvrages de penſer que
ce Poëte eut un grand talent. La fécondité
merveilleuſe de cet Auteur qui compoſa
6 ou 700 pićces , la barbarie , l'ignorance
de fon fiécle , pourroient excuſer la foibleſſe
de ſes ouvrages ſi l'on ne ſongeoit que
Lopes de Vega , Auteur Eſpagnol eſtimé ,
acompoſé encore plus de Comédies , & que
Sakeſpear qui fleuriſſoit quelques années
avant Hardi , & qui a fait auſſi un très- grand
nombre d'ouvrages Dramatiques , y a ſemé
des morceaux d'une force & d'un fublime
que l'on cherche envain dans tous nos Auteurs
Dramatiques qui ont précédé le grand
Corneille.
Hardi avoit reçû de la Nature une facilité
qui n'eſt pas toujours la preuve du talent ,
& qui peut quelquefois l'étouffer , ſurtout
quand la pauvreté s'y joignant , oblige le
famélique & rapide Ecrivain d'abufer de ſa
fécondité.Tel fut le fort deHardi,mal partagé
des biens de la fortune: il étoit à la folde
d'une troupe de Comédiens dont il falloit
continuellement remplir le répertoire. La
veine intariſſable du Poëte ſuffiſoit aux
JANVIER 1746. 1051
prompts dégoûts du public;unepiéce étoit
l'ouvrage de 15 jours au plus. Ces productions
éphemeres n'étoient autre choſe qu'urr
Roman ſouvent extravagant, mis en action ;
du reſte nul ordre , nulle peinture des moeurs,
nulle connoiſſance ni des hommes ni des paffions
, nulle bienféance. On voit un homme
couché fur le Théatre avec une femme &c.
Qu'on en juge par cet Extrait d'une
Tragédie de Hardi , intitulée Lucrece ou
l'Adultere puni.
*
» Télémaque jeune Seigneur Eſpagnol ,
renommé tant par l'extraction que par
>> le courage , épouſe Lucrece, l'une des plus
১৩ belles & accomplies Damoiſelles de ce
>> tems , que le bon traitement du mari n'em-
>> pêche de courir au change , s'amourachant .
ॐ d'un Gentilhomme voifin nommé Myr-
>> rhene , ce que la jalouſie de certaine Eri-
>> phile, courtifane qu'il entretenoit découvre
» à Télémaque , auſſi défireux de la nouveauté
que ſa femme impudique , de for-
>> te que lui ſous ombre de faire un voyage
>aux champs ſurprend ce couple adultere
enſemble & le tue , mais ne penfant à
rien moins eſt tué après par l'un des
intimes amis de Myrrhene qui l'accom-
> pagnoit d'ordinaire en ce voyage amou
ププ
22
১০ reux.
* Nous nous fervons de l'argument même de Hardiv
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
Voici l'endroit ou Télémaque ſurprend
les deux coupables & les punit d'un ſeul
coup.
TELEMAQUE à part.
• Cieux ! Ô Cieux ! la Louve à fon col fej pendant
,
Et de laſcifs appas provoque l'impudent ,
Iui chatouille le ſein , lui baiſote la bouche ,
D'un clin de tête au lit l'appelle à l'eſcarmouche.
Sortant fur eux.
Ma patience échape , execrable P ....
Tu mourras à ce coup , tu mourras de ma main.
Voilà quel étoit alors le ton du meitleur
PoëteTragique.On ne connoiſſoit pas la
Comédie, mais une eſpece de Poëme , aujourd'hui
ignorée , en tenoit lieu. C'étoit la
Pastorale où le génie fécond de Hardi
'exerçoit auffi heureuſement , comme dans
aTragédie. L'Aſtrée de M.d'Urfé fut longtems
le fond banal où tous les Poëtes pre-
Poient leur fujet ; on mettoit en action une
avanture de ce Roman , on la paraphraſoit
en vers plats , & on avoit compoſé
une Paftorale .
MM. P. croient que la déclamation &
le eu brillant des Comédiens courroient
JANVIER 1746. 107
i
tous les défauts de ces pièces; ce n'eſt pas
ici le lieu d'examiner juſqu'à quel point
peut aller l'illuſion que produit le jeu
des Acteurs , mais quoiqu'il en ſoit , nous
eroirons qu'on n'étoit pas plus difficile parcequ'on
ne connoiſſoit pas mieux. Ils ajoutent
que Racine & Moliere ont les premiers
fait connoître la ſimple & la vraie
déclamation theatrale. Ce fait auroit beſoin
d'étre prouvé , ſurtout à l'égard de Racine ,
qui pafſe conſtamment pour avoir enſeigné
aux Acteurs de ſon tems', & furtout à la
célébre Chammelé , l'art de chanter leurs
rolles , méthode dont l'exemple de Baron
& de Mlle, le Couvreur montradepuis le
ridicule , & dont il ſeroit à ſouhaiter qu'il
ne reſtât aucuns veſtiges dans le tragique.
Nous ſupplions nos lecteurs de nous pardonner
cette légere digreſſion , & nous
revenons à notre ſujer. Hardi tel que nous
venons de le peindre laiſſoit bien loinderriere
lui tous ſes rivaux , dont les ouvrages
plus mauvais ne paroiſſent aujoud'hui inférieurs
aux fiens que quand on examine les
uns & les autres avec attention.
En 1617 le ſuccès éclatant de Pyrame&
Thiſbé , Tragédiede Theophile porta une
vive atteinte à la réputation de Hardi. Ce
Poëme étoit en effet & mieux conduit &
mieuxécrit que ce qu'onavoit vu juſqu'alors ,
Evj
108 MERCURE DE FRANCE.
& les paffions y étoient maniées avec un art
bien foible encore , mais dont on n'avoit
point juſques là eu d'idée.
Voici un joli morceau de cette Tragédie .
Il eſt au quatriéme Acte , lorſque Thiſbé
& fon amant prennent la réſolution de s'enfuir
enſemble.
THISB Ε'.
Je ſerai bien heureuſe , ayant de la fortune
Et diſgrace & faveur avecque toi commune ,
Lorſque je n'aurai plus d'eſpions à flater ,
Que je n'aurai parens , ni mere à redouter ,
Et qu'amour , ennuié de ſe montrer barbare
Ne nous donnera plus de mur qui nous ſépare .
Lors je n'auraiperſonne à reſpecter que toi.
PYRAM E.
,
Lors tu n'auras perſonne à commander que moi,
Deffus mes volontés la tienne fouveraine
Te donnera toujours la qualité de Reine .
Thiſbé , je jure ici la grace de tes yeux ,
Serment qui m'eſt plus cher que de jurer les Dieux,
C'eſt ici l'original de cette jolie Brunette.
Je jure par tes yeux
Serment qui m'eſt plus cher que de jurer les Dieux
Que fi tu m'aimes bien je t'aime encore mieux.
JANVIER 1746. 109
Les Bergeries , Pastorale de M.le Marquis
de Racan , qui fut jouée en 1618 , furent
une époque auſſi facheuſe pour la réputation
de Hardi. Cette Paſtorale qui fut univerſellement
applaudie annéantit toutes celles
de ce Poëte. Outre qu'elle étoit & mieux
conduite & plus décente que toutes celles
de. Hardi , elle avoit encore l'avantage
eſſentiel d'une verſification harmonieuſe &
correcte . Malherbe commençoit à perfectionner
l'art des vers , qu'il avoit enſeigné
à M. de Racan , & le Théatre commença
à ſe perfectionner avec la Poëfie
de ſtyle qui est l'ame de la Scéne. On vit
bien-tôt après arriver Mayret qui après avoir
réuſſi au gré de ſon ſiècle dans ſa Chryfei
de , reçut dans Silvie les applaudiſſemens
les plus immodérés. Le Théatre s'élevoit ,
mais inſenſiblement ,& ſes progrès étoient,
encore fort lents; Mayret prétendoit dèslors
en avoir banni la groſſiereté & l'indécence
; qu'on en juge par ce trait choiſi dans
la Silvie. Silvie voulant aſſurer le Prince
de Sicile de la ſincérité de ſes tendres
ſentimens , ajoute :
Plût aux Dieux , viſſiez vous mon ame toute nue
Pour juger de ſa flame!
110 MERCURE DE FRANCE.
THELAME .
Elle m'eft trop connue.
J'aimeroisbeaucoup mieuxte voir le corps tout nû .
Qu'elle décence ! au reſte cette Epitre
ou Mayret ſe vante d'avoir amené la décence
ſur la Scéne Françoiſe , ſert à prouver
qu'alors les femmes honnêtes n'ofoient aller
à laComédie. Ce Théatre fut regardé longtems
comme nous regardons les Spectacles
de la Foire , & il leur reſſembloit à bien
des égards. Cependant le goût commençoit
à changer au tems de Mayret. Le Théatre
avoit trouvé grace à la Cour , & parmi les
honnêtes gens.Le Cardinal de Richelieu qui
J'aima avec une vivacité que perſonne n'ignore,
ne contribua pas peu à rendre la
Scéne brillante.Alors on vit paroître Gombaud,
Rotrou , Pichou , Scuderi , dont les
ouvrages étoient autant au deſſus de ceux
de Hardi qu'au deſſous des chefs - d'oeuvre
deCorneille leur comtemporain ,& qui pendant
quelque tems fut confondu avec eux.
On commença alors à parler des régles
du Poëme Dramatique. Mayret en fit ulage
dans ſa Tragédie de Sophoniſbe. Ce fut la
premiere fois qu'on vit un eſſai de la majeſté
convenable au Cothurne ; on y trouJANVIER
1746. 111
va une verſification plus chatiée & plus
forte que l'on n'en avoit encore vue , un plan
net , aſſes raiſonnablement ſuivi , des ſentimens,&
ce qui frappa davantage , unepeinture
ébauchée de la fierté Romaine , dont
les traits quoique foibles , avoient le mérite
inappréciable de la nouveauté. Sophoniſbe
eut un ſuccès éclatant ,& tel que le
grand Corneille , jouiſſant déja de la gloire
qu'il s'étoit fi juſtement acquiſe,hefita à traiter
le même ſujet , & après l'avoir traité vit la
balance preſque égale entre lui & fon rival.
Parmi les Ecrivains qu'encourageoient les
bienfaits d'un Miniſtre protecteur des Arts ,
Rotrou tenoit un rang confidérable ;il n'eut
pas peu contribué à perfectionner ſon Art ,
ſi la mort ne l'eut arrêté au milieu de ſa
carriere.
Il étoit Lieutenant Particulier & Civil
de la Ville de Dreux , lorſqu'en 1610 cette
Ville fut affligée d'une maladie épidémique ,
dont il mouroit vingt-cing à trente perſonnes
par jour. C'étoit une eſpece de fiévre
pourprée , accompagnée de tranſport au
cerveau , qui emportoit en fort peu de tems
ceux qui en étoient attaqués. Le frere de
Rotrou qui étoit alors à Paris , lui écrivit
pour l'engager à mettre ſa vie en fûreté ,
& le pria de quitter Dreux, mais il répon
dit que ſa confcience ne luipermettoit pas
:
12 MERCURE DE FRANCE.
----
:
de ſuivre ce conſeil , attendu qu'il étoit le
ſeul qui put dans des circonstances ſi facheuſes
veiller ſur les beſoins de la Ville
& y maintenir l'ordre , ( en effet le Maire
&le Lieutenant Général ſe trouvoient alors
abſens. ) Il finiſſoit ſa lettre par ces mots .
Ce n'est pas que le péril où je me trouve ne
Soit fort grand, puisqu'au moment ou je vous
écris, les clochesSonnent pour la vingt-deuxiéme
perſonne qui est morte aujourd'hui. Cefera
pour moi quand il plaira à Dieu. Peu de
jours après il ſe ſentit frappé , demanda les
Sacremens , qu'il reçut avec beaucoup de
pieté & de réſignation , & mourut le 27
Juin 1650 âgé de quarante ans , laiſſant
trois enfans de Marguerite le Camus ſa
femme.
Parmi tous les Auteurs de ce tems Rotrou
eſt le ſeul dont quelque ouvrage ait réſiſté
à l'injure des années. Son Venceflas eſt encore
au Théatre & a toujours réuffi. Malgré
les platitudes dont il eſt fermé , & qu'il
faut imputer au mauvais goût du ſiécle autant
qu'à l'Auteur , il eſt rempli de traits fublimes
qui ont foutenu ſa réputation. L'efpace
des cent années qui ſe ſont écoulées
depuis ſa repreſentation juſqu'aujourd'hui
devient encore plus confidérable ſi
l'on conſidere la difference des goûts , que
la diſtance des tems. Exempt d'une folle
JANVIER.1746. 115
vanité &d'une baſſe jalousie , comme tous
les gens vraiment ſupérieurs , il inftruifit &
encouragea le grand Corneille , dont ſans
doute il ſentoit mieux que perſonne les talents
éminents. Corneille recconnoiffoit fincerement
les obligations qu'il avoit à Rotrou;
il n'en parloit qu'avec vénération , & avec
rendreſſe , & le nommoit ſon pere. Toutes
ces choſes réunies doivent nous rendre chere
la mémoire d'un Ecrivain qui fut un Citoyen
vertueux & un homme d'un grand talent.
Il s'en falloit beaucoup que Scuderi qui
commença à fleurir en l'an 1629 , eut
autant de talent , quoiqu'il ait eu ſouvent
d'auſſi grands ſuccès qu'aucun de ſes contemporains.
Perſonne n'ignore combien il
fut enorgueilli de la mort des cinq Portiers
de Comédie, qui furent étouffés à fonAmour
tyrannique; on ſçait comment il attaqua le
Cid avec une plume moitié Gaſconne!&
moitié Militaire. Cette critique du Cid , qui
n'a pas même le mérite médiocre que peut
avoir une critique , ira cependant à l'immortalité&
elle fera toujours mépriſée à la ſuito
du Cid , auquel eile eſt jointe , comme
les vaincus montoient à Rome au Capitole
à la ſuite des vainqueurs pour être immolés
après le triomphe.
I.e talent de Scuderi étoit étouffé par
114 MERCURE DE FRANCE.
une facilité & une fécondité très-vicieuſe ,
mais qui paroit avoir été le défaut ordinaire
des Poëtes de ce tems ; il ne méritoit que
trop ce trait de la ſatyre.
Bienheureux Scuderi dont la fertile plume
Peut tous les mois ſans peine enfanter un volume.
Tes écrits il est vrai ſans art & languiſſans
Semblent être formés en dépit de bon ſens ,
Mais ils trouvent enfin ,quoiqu'on en puiſſedire
Un marchand pour les vendre &des fots pour les
lire.
Scuderi étoit plus eftimable par les qualités
du coeur que par celles de l'eſprit; il
avoit des vertus ; ſon ame étoit noble &
généreuſe; il étoit ami fincere& reconnoit
fant; il fut le ſeul qui oſa regarder Théophile
dans ſes malheurs. On connoît de lui
plufieurstraits qui font honneur àla no
bleſſe de ſes ſentimens , mais ce qui lui
arriva à l'occaſion de ſonPoëme d'Alaric ,
ne doit pas être paſſe ſous Slence. Voici
comme M. Chevreau le rapporte.
>>>La Reine Chriſtine m'a dit cent fois
» qu'elle réſervoit à M. de Scuderi pour la
•Dédicace qu'il lui feroit de ſon Alaric ,
>> une chaîne d'or de mille piſtoles. Mais
-comme M. le Comte de la Gardie dont
JANVIER 1746. 14
>> il eſt patlé fort avantageuſement dans ce
- Poëme , effuia la diſgrace de la Reine
- qui ſouhaitoit quele nom du Comte fut
20
•
20
,
ôté de l'ouvrage , & que je l'en infor-
»mai , il me répondit que quand la chaîne
•d'or ſeroit aufſi groſſe & auſſi péſante
>que celle dont il eſt fait mention dans
l'Hiftoire des Incas , il ne détruiroit jamais
l'Autel où il avoit facrifié. Cette
→ fiereté héroïque déplut à la Reine qui
- changea d'avis ,& le Comte de laGardie
→ obligéde reconnoitre la générofité de M.
> de Scuderi , ne lui en fit pas même un
- remerciment. Cette action devient encore
> plus belle quand on ſonge que Scuderi
* étoit pauvre.
Quoique Corneille ait commencé à pa-
Foîtredans les dernieres années dont parle
ce volume , nous differons a en parler ,
lorſque nous rendrons compte du cinquiéme
tome où il est vraiement Corneille.
ROUTIER DES COSTES DES INDES
Orientales & de la Chine , par M. d'Après
de Mannevillette.
Perſonne ne doute de l'utilité du commerce
maritime ; l'Hiſtoire ancienne & moderne
eſt remplie d'exemples qui montrent
quelles reſſources procure à un état l'opu$
16 MERCURE DE FRANCE.
lence qui en eſt la ſuite , & l'on voit conftamment
dans les Hiſtoires des Empires ,
que quiconque a été maître de la mer l'a
été de la terre ; ainſi tout ce qui tend à
perfectionner notre navigation doit être
regardé commetrès- important.
Deux cent-cinquante années qui ſe ſont
écoulées depuis qu'on a doublé le Cap de
Bonne-Eſpérance n'ont pas fuffi pour perfectionner
les Cartes néceſſaires à la navigation
des Indes Orientales. Les Hollandois
qui apportent tant de ſoins , & employent
tant d'induſtrie à perfectionner leur
navigation , ont fait perfectionner les Cartes
qu'ils recueillirent des Portugais lors qu'ils
leur enleverent la plupart de leurs établiſſemens
aux Indes , & ils en ont fait dreſſer
de toutes les Côtes où ils ont envoyé des
Colonies; mais quelque exactitude qu'ils
aient employée , ces Cartes font encore
pleines de fautes conſidérables. Entre celles
qu'ils ont rendues publiques , la plus connue
eſt la Carte générale de Pietergoos dont
pluſieurs Navigateurs ſe ſervent aujourd'hui ,
&on y trouve de grandes erreurs. Les Cartes
Portugaiſes ne méritent pas plus de confiance
, & le Recueil de Thornſon , appellé
le Pilote Anglois a mal établi la plupart des
latitudes & des.giſſemens : c'eſt ſans doute
qu
JANVIER 1746. 117
àla nature du travail & à ſa difficulté plus
qu'à l'ignorance ou à la négligence des Auteurs
des ces Cartes qu'il faut s'en prendre ,
mais cette reflexion méme relève le mérite
de l'ouvrage de M.de Mannevillette, qui s'eſt
mis en état par une expérience de vingtcinq
années , de rectifier ces erreurs .
Nous n'entrerons point dans le détail
des fautes que reprend l'Auteur. Il donne
un Routier fort exact ſur la navigation des
Côtes de tout l'Océan Oriental,
Le ſoin qu'il a apporté dans ſes obfervations
& fon intelligence connue , étoient
ſans doute néceſſaires pour ſe tirer avec
honneur d'une entrepriſe ſi vaſte & fi pé,
nible , & que l'on peut appeller à juſte titre
, periculofa plenum opus alca.
tes
:
Il ne ſe borne pas a fixer ſechement la
poſition des lieux , il donne ſur les Côdont
il parle tous les renſeignemens
que fon expérience lui a fait connoitre ; leş
differentes parties de cet ouvrage font réu
nies dans deux Cartes réduites. La premiere
comprend la Côte d'Afrique depuis l'Equateur
juſqu'au Détroit de Babel - Mandel,
& celles d'Afię juſqu'à l'embouchure du
Gange ; la ſeconde le Golfe de Bengal ,
avec l'Archipel des Indes. En général on
peut dire avec vérité que ce livre eſt l'ous
118 MERCURE DE FRANCE.
vrage d'un homme éclairé , laborieux &
zélé pour le bien public , en un mot d'un
citoyen ; &voilà les ſeuls qui méritent d'affarer
à leurs Auteurs l'eſtime des honnêtes
gens.
HISTOIRE SECRETTE DES FEMMES
Galantes de l'Antiquité , nouvelle Edition
1745 , 6 vol . in- 12 . chés la vouve Ganeau
Libraire , Quai des Auguſtins.
C
1
C
Quoique l'Auteur prétende dans ſa Préface
qu'il écrit en Historien & non en Poëte ,
peu de lecteurs ſe perfuaderont qu'il ait
eû des Mémoires ſecrets échapés aux Hiftoriens
de l'antiquité. C'eſt donc ici un
Roman , un ouvrage de pur agrément , &
regardé avec raiſon comme frivole. Cepen-- 5
dant quoique nous ne prétendions pas affigner
à cette eſpece d'ouvrage un rang bien
important dans la Litterature , nous nous
garderons bien d'imiter ces Cenſeurs mé.
lancholiques qui condamnent avec humeur
ces lectures agréables. Il y a bien des gens
que les lectures utiles rebuteroient ; il vaut
encore mieux qu'ils aient des Romans que
de r'avoir point de livres , & d'ailleurs il
ne faut point laiſſer périr un genre qui
eft propre à notre nation ,& où nous avons
excellé. Ainfi on n'a point de reproches à
faire à un Ecrivain lorſque reſpectant le
1
1
JANVIER او . 1746
public & lui même, il met des moeurs &
des ſentimens vertueux dans ſon ouvrage ;
le Roman méme peut devenir un livre utile
s'il eſt fait avec aſſes d'art , ſi l'Auteur ſçait
peindre la vertu & le vice avec des couleurs
affés fortes pour inſpirer le goût de l'une
&l'horreur de l'autre , c'eſt ainſi que Marianne
, dont la ſuite eſt trop long-tems attendue
, & quelques autres ouvrages du
même Ecrivain peuvent être regardés comme
des écoles de bonnes moeurs , où la
théorie de la vertu, i l'on oſe ſe ſervir de
ce terme , eſt miſe en action , & ou l'on
trouve des leçons d'autant plus utiles qu'elles
ſont cachées ſous les apparencesd'un ſtyle
agréable & intereſſant.
Le livre dont nous parlons a déja été
imprimé , & c'eſt une façon d'en faire l'éloge
que de dire que la premiere édition
eft épuisée depuis long-tems. L'Auteur qui
eſt un Avocat de Rouen nommé M. du
Bois , avoit promis une continuation , mais
la mort l'a ſurpris au milieu de ſon travail ;
c'eſt ici le lieu de rectifier une erreur qui
étoit échapée à M. L. D. lorſqu'il dit dans
ſes feuilles que l'Auteur n'avoit donné que
les 3 premiers volumes ; nous avons des
preuves que les 6 volumes ſont de la même
main.
Les differentes avantures qui ſont dans
120 MERCURE DE FRANCE .
ce livre font attribuées aux plus célébres
perſonnages de l'Antiquité; en calquant ainſi
fur l'Hiſtoire des avantures feintes on apprend
au moins les noms célébres à des
gens qui auroient dédaigné de les aller
chercher dans les bons livres. Mais qu'en
revient-il ? eft-ce -là un objet qu'on puiſſe
regarder comme utile, & la peine que prend
un Ecrivain d'adapter aux circonftances de
'Hiſtoire les réves de ſon imagination , n'eſt
elle pas bien en pure perte ? Car enfin on
ne prétend pas en impoſer ; il faudroit que
l'Auteur fut fou pour s'imaginer qu'on regardera
ſon livre comme une Hiftoire , &
s'il en eſt ainfi , quel eſt ſon but ?
La mode de cette bigarrure de la verité
& du menfonge n'eſt pas nouvelle , & nous
ne ferons point un crime à l'Auteur de
cette Hiftoire ſecrette d'avoir déféré à un
uſage vicieux , qu'il a trouvé établi & accrédité;
du reſte les avantures ſont bien
imaginées , les ſituations ménagées avec art ,
le ſtyle eft coulant & facile , & le livre ſe
fait lire , il n'en faut pasdavantage.
On trouve à la page 282 du troiſfiéme
volume cette reflexion ,,, Ce n'étoit point
, encore une honte au beau ſexe d'avouer
"
ſa défaite , & les femmes de ce teams
,,reconnoiſſoient qu'elles aimoient , avec
> autant de grace qu'elles en ont eu dejuis
On à le cacher.
JANVIER 1746. 121
On voit parlà que l'Auteur a une grande
idée de la retenue & de la ſageſſe des femmes
de fon tems. Cette bonne opinion fait
honneur à fon coeur.
Dehanfy Libraire à Paris ſur le Pont au
Change, debite un Livre d' Heuresfingulier&
unique en fon genre. Le caractére en eſt burine
& imite l'Ecriture la plus parfaite ; il
eft orné de Reliefs , de traits , de vignettes ,
&d'Eſtampes des plus habiles Maîtres , mais
celle qui eſt à la tête du Livre mérite attention
& par la délicateſte de la gravûre &
par ſondeſſein original , puiſqu'elle repréſente
laSte. Vierge & Ste Theréſe Patrones
de Madame la Dauphine à qui le ſieur Dehanſy
a eu l'honneur de le préſenter. On lit
ces versaubas de l'Eſtampe.
Vous que l'heureux nomdeDauphine
PourReine à la France deſtine ,
MARIE ET THERESE à vos yeux ,
Offrent deux auguſtes Patrones
Qui vous préparent des Couronnes ;
Et fur laTerre & dans les Cieux.
Le titre du Livre qui fait face à cette Eftampe
eſt entre deux Lys allégoriques qui ſe
réuniſſent pour ſoutenir les Armes de Monſeigneur
le Dauphin & de Madame la Darphine
, & au bas font repréſentés une Mer
F
122 MERCURE DE FRANCE.
fur laquelle nagent des Dauphins, & fur le rivage
S. Nicolas qui eſt l'Enſeigne du Libraire.
La Reine , Madame la Dauphine & Mefdames
les ont reçû très favorablement , ainfi
que les Dames de la Courà qui il les a
préſentées.
Ce Livre peuttrouver place dans leCabinet
des Curieux dans le genre de gravûre &
Ouvrages au burin; il eſt de grandeur in 12 .
Il en a aufli de plus petites dans le même
genre dédiées à Monſeigneur le Dauphin .
Le ſieur de Hanſy donne auili avis aux
amateurs des Belles Lettres qu'il vendle Dictionarium
univerſale Latino Gallicum , que
les Latiniſtes connoiſſent ſous le nom de
Dictionnaire de Boudot in 8. qu'il a réimprimé
conjointement avec les veuves Rondet &
Labottiere héritieres du ſieur Rondet , d'un
caractére neuf &beaucoup plus parfait que
les Editions qui l'ont précédé , & par conféquent
préférable à toutes celles qui ſe
réimpriment & ſont contrefaites en Province;
pour les diftinguer ils ſont ſignés d'un
des trois Libraires .
Il débite audi un perit Livre intitulé Henres
Militaires , dédiées à la Nobleffe , qui
rcufenne en un petit volume avec les Officesde
Feghie , les devoirs du Capitaine &
du Soldat Chretien.
:
JANVIER 1746. 123
Pour en donner une idée voici l'Epitre
dedicatoire.
ALA NOBLESSE.
MESSIEURS ,
>> Quelques avantages que puiſſent vous
>>procurer les fonctions Militaires , votre
-principale gloire eftd'être Chrétiens : c'eſt
>>méme le plus puiſſant comme le plus légitime
de vos intérêts. Jamais la bravoure
>>n'eſt plus franche que quand la vraie piété
en eſt l'ame; jofe , Meſſieurs , vous
>>prefenterdans cette vue ce Manuel Chrétien
, à l'ufage du Capitaine &du Soldat;
>>je ſuis avec unprofond refpect &c.
:
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
EXTRAIT d'une Lettre de S. Amand en
Berry du 25 Novembre 1745 , écrite àM
de Pasturel par M. Picquet de Colombier
Chirurgien , Directeur des Poſtes & Receveur
de l'Entrepôt du Tabac de S. Amand
en Berry.
M
vous remercie du bon effet que
votre Effence Balſamique , Stomachique
& Antivermineuſe a produit ſur mon
Epouſe , attaquée depuis 15 ans d'une douleur
d'eſtomach inſupportable & preſque
continuelle , qui lui cauſoit par les mauvaiſes
préparations de cette partie des flatuoſités
qui occaſionnoient des diſtentions dans tout
le bas ventre avec des difficultés d'uriner
dans un tems , & dans d'autres des flux immodérés
d'urine , avec des vomiſſemens violens
& réitérés , dans l'inftant de ſes paroximes
, & après avoir ufé de tous les remedes
indiqués par l'art , de méme que des
gouttes d'Angleterre que je tirois de la fource,
qui lui calmoientpour un tems ſes vives
douleurs , j'ai eu enfin recours à votre reméde
qui vient de la guerir radicalement
dans très peu de jours , ce que je regarde
commeune eſpéce de miracle ; recevez-en
JANVIER 1746 125
:
més remercimens , vous pouvez même réndre
ma lettre publique , tant pour votre
propre fatisfaction que pour les perſonnes
qui pourroient ſe trouver dans le mérne
cas, & pour vous donner une preuve de ma
reconnoiſſance , je vous offre de diſtribuer
gratis votre reméde , ſoit dans les Provinces
de Berry& de Bourbonnois qui font limitrophes
:, ma proffeffion de Chirurgien que
j'exerce ſans autre vue d'intérêt que celle
d'être utile à mes compatriotes , me met
àmême de vous faire cette offre qu'on ne
peut ſoupçonner d'aucune vûe illégitime ,
ainſi vous pouvez en ufer librement.
J'ai l'honneurd'être &c. Signé Picquet de
Colombier.
Cette lettre a déterminé M. de Paſturel
d'établir un Bureau à S. Amand en Berry
pour la facilité de ces deux Provinces , &
pour leur épargner les frais de tranſport &
ledélaiqu'on eft obligé d'eſſuyer pour faire
venir ce Reméde de Paris ; ainſi on
peut s'adreſſer en toute fûreté à M. Picquet
de Colombier Receveur de l'Entrepôt du
Tabac ; il donnera avec les bouteilles un
Imprimé qui indique la façon de ſe ſervir
de ce Reméde , & au bas de l'Imprimé
l'Auteur a écrit de ſa main pour avertir qu'il
a établi de Bureau , au moyen de quoi on
peu confronter cette écriture avec celle qui
Fiig
126 MERCURE DE FRANCE.
eſt ſur les étiquettes ; toutes les précautions
fontpriſes pour la fûreté du public; ceux
qui ſouhaiteront de plus grands éclairciflemenspourrontécrire
à Paris à M. de Pasturel
rue des Gravillers , chés M. Clermont à
côté dun Orfévre. Il prie qu'on ait ſoin d'affranchir
le port,
DEVISES des Jettons pour l'année
1746.
TRESOR ROYAL.
LeSoleil au centre du tourbillon enteuré
des orbites des planettes , avec ces mots
pour ame ,
AB UNO OMNES .
Elies dépendent toutes d'un feud.
)
1
:
PARTIES CASUELLES.
Une Grue fur un rocher où elle paroît
repoſer , ayant une patte levée dans laquelle
elle tient une pierre , avec ces mots ,
PLACIDAM DAT CURA QUIETEM.
Lefoin qu'elle prend affûre le repos des autres ..
TETTONS DE I L'ANNEE 1740
II
DAT
CURA
PLACIDAM
UNO
AAB
QUIETEM
OMNES
TRESOR ROYAL
1746.
D・
XV.REX
LUD
PARTIES CASUELLES-
1746.
IV
ATTERIT
OBVI
A
FIDES
RISTIANISS
:
CHR
TUTA
VIL
ORDINAIREDES GUERRES
1746
TELA
HACT
DERE
VIZ
PON
CONTRA
X
SPES
JAM
QUID
ARCES
ARTLLLBATE
1746
III
ASSEQUA
JOVIS
CHAMERS AEEDEN.
1746-
OSTILI
REGNAT
IN
SUO
BATIMENS DUROY
1746.
OCYOR
CERTA
MAIFON DELAREINE
1746
FUTURI
STAT
.
EXTRAORDINAIRE
DES GUERRES
1746
VIII
SER
RTASSE
EURO
GALEAR S
1746
IX
TRIUMPHUS
100000000
MARINE
1746
SYDERE XI
SUB
PATRIO
CRESCUNT
MAISON DE MADAME LA
DAUPHINE .
1740
1
:
:
:
JANVIER 1746 127
MAISON DE LA REINE.
Un Palmier du piedduquel fort un rejetton.
SPES JAM CERTA FUTURI
Elle donne de nouvelles espérances pour
l'avenir.
MAISON DE MADAME LA DAUPHINE.
Deux jeunes Lys éclairés des rayons du
Soleil.
PATRIO SUB SYDERE CRESCUNT .
Ass'élèvent fous un aftre favorable.
CHAMBRE AUX DENIERS.
Jupiter ſur ſon aigle la foudre en ma .
FIDES ASSEQUA JOVIS .
Lafidélitéfuit toujours le Maitre des Dieux.
ORDINAIRE DES GUERRES.
oudre deJupiter.
ATTERIT OBVIA.
Ilabbat tout ce qui lui réſiſte,
Fiij
28 MERCURE DE FRANCE .
EXTRAORDINAIRE DES GUERRES.
UnLion devant lequel fuyent pluſieurs
animaux.
HOSTILI REGNAT IN ARVO.
Il est le maître chés ſes ennemis.
MA RIN E.
Le vaiſſeau des Argonautes qui rapporte
laToiſon d'or .
SERVASSE TRIUMPHUS.
Sa confervation est un triomphe.
GALERES.
Une fléche traverſantles airs .
OCIOR EURO. :
Plus vite que le Vent .
BATIMENS DU ROI .
Une Colonne élevée ſur ſa baſe .
PONDERE TUTA SUO STAT .
Elle fubfifteparson propre poids.
JANVIER 1745. 125
ARTILLERIE.
Jupiter fur des nuages d'où partent des
foudres.
CONTRA HAEC TELA QUID ARCES?
Quelles Fortereſſes peuvent lui réſiſter ? -
MEDAILLE SUR LA CAMPAGNE DU ROΙ.
La Victoire aſſiſe à l'ombre d'un palmier
fur un grandnombre de boucliers aux armes
des Villes que S. M. a conquiſes , écrit fur
le ſien avec la pointede ſon dard ces mots ,
DE ANGLIS , AUSTRIACIS ΕΤ....
Pour legende
VICTORIS CELERITAS ET CONSTANTIA.
L'activité &la conſtance du Vainqueur.
Exergue
PRÆCIPUE BELGII AUSTRIACI URBES
SUBACTE. M. DCC XLV.
Conquête des principales Villes de la Flandre
Autrichienne.
Fy
130 MERCURE DE FRANCE.
L
ESTAMPES NOUVELLES .
Eſieur PetitGraveur rue S. Jacques qui.
continue de graver la fuite des Portraits
des Hommes Illuſtres du feu ſieurDefrochers
, Graveur du Roi, vient de donner
les Portraits de
BALTAZAR BIKKER, Docteur en Théolo..
gie & Miniftre à Amſterdam, lieu de lanaiflance.
Il donna au public en 1694 la derniere
partie de ſon monde enchanté. On fft
ces vers au bas, '1
Oui , par tei de Satan la puiſſance eftbridée,
Mais tun'as cependant pas encore affés fait ;
Pour nous ôter du Diable entierement l'idée,
Bekker , ſupprime ton portrait.
HENRI - CHARLES ARNAUD DE
POMPONNE , Abbé de S.Medardde So ffons ,
Doyen du Conſeil d'Etat du Roi , Commandeur
& Chancelier de ſes Ordres , de
l'Académie Royale des Inſcriptions & Bel..
les Lettres. On lit ces vers au bas .
De tes Ayeux tu ſuis les traces
JANVIER 1746 131
Tu mérites comme eux la faveur d'Appollon ,
Tonnom fait honneuràtesplaces ,
Et tes vertus font honneur à ton nom .
PETRUS - MATHIAS DE GOURN
Prior Commendatarius B. Mariæ de Tabrniaco
, natus Deppa 23 Febr. anno 1702 ,
peint par J. Leroux, Ou lit la fin de ce vers
de Virgile au bas .
Immiſifontibus apros.
PIERRE- FRANÇOIS LE COURAYER' ,
né à Rouen le 17 Novembre 1681 , ci devantBibliotequaire
de Ste,Genevieve à Paris
& depuis refugié en Angleterre. On lic
ces vers au bas .
Courayer , ta Patrie & la Religion
Pleurent de ton évafion .
Elles font desplaintes ameres
Sur tes Ecrits ſçavans , mais des plus téméraires.
Trop de lumiere t'éblouit ,
Et juſqu'au précipice à la fin t'a conduit.
LOUISE CAVELIER LEVESQUE ,
née à Rouen le 25 Novembre 1703 , mor
te le 18 Mai 1745. On lit ces vers au bas.
Lestraits des envieux neme font point changer ,
Et. c'eſt en proſpérant que je ſçais m'en venger .
Evj
132 MERCURE DE FRANCE.
Le ſieur Odieuvre Marchand d'Eſtampes
rue d'Anjou Dauphine qui a fourni les
Portraits des perſonnes Illuftres pour les
nouveaux Mémoires de Sully in 4º. vient de
donner les mêmes Portraits pour l'Edition
in 12 , avec une liſte imprimée & l'indication
des endroits où il les faut placer.
Le méme Marchand vient de mettre en
verte les Portraits de MARIE DE ROHAN ,
mariée en premiere noces au Connétable de
Luynes , & en ſecondes à Claude de Lorraine
Duc de Chevreuſe , née en Décembre
1600 , morte le 13 Août 1679 .
NICOLAS DE HARLAY , SEIGNEUR DE
SANCI &c . Colonel General des Suiſſes ,
mort le 17 Octobre 1629 .
PLAN de S. Cloud & de ses environs.
PLAN de Versailles, du petit Parc & de ses
dépendances , ou font marqués les emplacemens
de chaque maiſon de cette Ville , les
Plans du Château & des Hôtels, les diſtributions
des jardins & boſquets , & les détails
des ſtatues , par M. l'Abbé Delagrive Géographe
de la Ville de Paris , de la Société
Koyale de Londres .
Le public qui a toujours reçû avec plaifir
Jes Plans de Paris & des environs que cet
:
JANVIER 1745 133
Auteur a levés&gravés lui - même fans
jamais être copiſte , ne verra pas avec
moins de fatisfaction ces deux nouvel.es
feuilles ſi intéreſſantes. L'exactitude & la
juſteſledu Plan & l'intelligence dudeffein
dans le tout&dansles parties qui font toujoursrechercher
ſes premiers ouvrages , font
également obſervées dant ceux-ci, dans le!-
quels l'Auteur ſemble s'être furpaſſé pour
La délicateſſe &la propreté de la gravure. H
demeure fur le Quai de Bourbon dans l'Ifle S.
Louis.
Les quatre Saiſons du Coeur , Cantatille
avec ſymphonie ; prix livre 10 fols,
Le Dépit Amoureux , Cantatille avec
ſymphonie pourune baſſe-taille; prix 2 liv.
L'Heureux Caprice, Cantatille avec ſymphonie
; prix I liv. 10
L'Aurore de PAmour , Cantatille avec
ſymphonie ; prix I liv. 101.
Se vendent à Paris chés Bougy fils , Marchand
Mercier Papetier en gros & en dé
tail , rue de la Vieille Draperie près lePa--
lais à laVertu.
Le ſieur Giannotti ordinaire de l'Acadé-
-
134 MERCURE DE FRANCE.
mie Royale de Muſique , donne avis au pu-
Blic qu'il a fait graver avec privilege du Roi
fon neuvième Quare contenantfix Sonates en
trio pour deux violons & une baſſe ; ilse vend!
à Paris chés l'Auteur & aux adreſſes ordinaires.
ود
(
Evéritable Suc deRegliffe&deGuimau-
Lveblanc , fans fucre,ſi eſtimépour toutes
les maladies du Poulmon , inflammations,
enrouemens toux, rhumes , aſthme
poulmonie & pituite , continueà ſe débiter
depuis plus de 30 ans , de l'aveu & approbation
de M. le Premier Médecin du Roi ,
chésMile. Defmoulins quieſt la ſeule qui en.
a le Secret de feue Mile Guy, quoique depuis
quelques annéesdes particuliers ayent voulu .
le contrefaire , lefque's pour mieux tromper
le public fe font dits enfans de M. Guy , ce
qui est une fuppofition; la difference s'en
connoîtra aifément par la comparaiſon qu'on,
en pourra faire.
On peut s'en ſervir en tout tems , le
tranſporter partout & le garder fi long-tems
que l'on veut , ſans jamais ſe gater , ni rien
perdre de ſa qualité
Mlle Deſmoulins demeure rue Guenegand ,
Fauxbourg S. Germain , du côté de la rue MaJANVIER
1746. 135
zarine , chés M. Poulain au deuxième appartement
dans l'allée du Bourrelier visà vis
M.Pascal Sellier; ilſevendfixfrancs la livre..
La veuve Bailly renouvelle au public fes.
aſſurances qu'elle n'a point quitté fon com ...
merce & qu'elle. continue de débiter les véritables
Savonettes de pure crême de ſavon ,
dont elle ſeule a le ſecrer. Elle demeure toujours
rue du Petit Lion vis-avisla rue Fran--
çoise à l'Image S. Nicolas au premier étage ,.
Quartier de la Comédie Italienne.....
104-
PRIX de Poesie pour l'année 1746..
'Académie Françoi edonnerale zy Aούε
Lprochain Fete deS. Louisleri de
Poëfie fondé par M. de Clermont Tonnerre
Evêque & Comte de Noyon , Pair de
France, &l'un des Quarante del'Académie.
Elle propoſe pour ſuſer : la Gloire de LOUIS
LE GRAND perpernés dans le Roisonfucceffeur.
La piéce n'excédera point le nombre
de cent Vers &on y ajoutera une courte
Priere àDieu pour le Roi , ſéparée du corps
de l'ouvrage , & de telle meſure de Vers
qu'on voudra.
Toutes perſonnes feront reçues àcompo136
MERCURE DE FRANCE.
fer pour ce Prix , excepté les Quarante de
l'Académie qui doivent en être les Juges.
LesAuteurs ne mettront point leur nom
à leurs Ouvrages , mais telle Sentence qu'il
leur plaira.
Ceux qui prétendront à ce Prix font avertis
que les Piéces des Auteurs qui ſe feront
fait connoître , foit par eux-mêmes , foit par
leurs amis , feront rejettées & ne concourrontpoint
, & que tous Meſſieurs les Académiciens
ont promis de ſe recuſer eux-mêmes,
&de ne point donner leurs fuffrages pour
les Piécesdont les Auteurs leur feront cornus.
LesAuteurs feront auſſi obligés de remettre
leurs Ouvrages avant le premier jour du
mois de Juillet prochain entre les mains
de M. Coignard , Imprimeur ordinaire du
Roi&de l'Académie Françoiſe , rue S. Jac -
ques , & d'en affranchir le port autrement
ilsne ferontpoint retirés.
:
QUATRAIN.
AM. de Voltaire.
Digne chantre d'un Roi dont la gloire eft
ſuprême ,
Tu ſçais vanter ſes faits , & les mettre en leur
jour ;
JANVIER. 1746 . 137
Voltaire , fuſſes tu l'éloquence elle même ,
Tu ne peindras jamais pour lui tout notre amour.
E
VERS à M. D. S. A. A. E. D. B.
Ntre mille vertus , reſpectable Prélat ,
Dont chés vous la grandeur tire un nouvel éclat ;
De vos bontés , de vos largeſſes
Qui n'a point éprouvé les effets précieux ?
Heureux qui commevous ſçait uſer des richeſſes
Vos mains font les canaux à jamais glorieux !
D'où la céleste Providence
Entous tems ainſi qu'en tous lieux ,
Repand ſes dons en abondance ;
Tel que cetAſtre radieux
Par qui vit la Nature & s'embellit le monde',
Tout fent de vos bienfaits l'influence féconde ,
Mais quand nos Temples ſaints comblés de vos
faveurs ,
Célebrent à l'envi votre magnificence ,
Une juſte reconnoiſſance
Vous fait, divin Prélat, des temples de nos coeurs ,
Γ
138 MERCURE DE FRANCE.
蒸蒸蒸
F
LETTRE de M. de L. B. àM.C.
J'Avois 'Avois abandonné laLyre ,
Etj'avoisjuré quejamais
De ce frénétique délire
Qu'aux Rimeurs Apollon inſpire
Je ne ſentirois les accès .
Pourquoi me faire violence ?
Pourquoi vouloir obſtinément
Me faire rompre ce filence
Que je gardois & prudemment?
Jadis au Printems de mon âge ,
Surun Luth monté par l'Amour
Jecélébrai ſon eſclavage ,
Et le prixd'un tendre retours
Alors animéde ſa flame ,
Etfans implorerApollon ,
Je trouvois au fond de mon ame
Le feu divin dont il enflâme
Leshabitans de l'Hélicon .
Les ans qui s'envolent fans ceffe,
Sur leurs ailes ont emporté
Et la Folie & la Jeuneſſe ..
L'ennuyeuſe maturité
M'a ravi leur aimable yvreſſe ,
JANVIER. 1746.
L'enjouement, lavivacité ,
Sansm'avoirdonné la ſageſſe ,
Maisjeprends lecon ſérieux ;
11faut finircesvers en proſe ;
Autrefoisj'en faifois bien mieux,
Quandje faifoismieux autre chofe..
:
>
LE
Emot du 1. Logogryphe du premiervolume
deDécembre eſt Monstre. Ony trouve Or , nom ,
vot , mort , Rose , More , Rome, Sem , Sort , for ,
Mer, Mentor, Celui du ſecond, eſt Armoirse , dans.
lequel on trouve Roi , Rome , air , ire , mari , misoir
or , arm , aimy , Mer , orme & rime. Celui
de l'Enigme eſt Bouquet.
Ona dû expliquer l'Enigme &les Logogryphes
du IIme. vol. par leGraphometre ; le premier Logogryphe
par Bretagne. On y trouve gast , rate ,
Etang, etrange, Ange&Bret. Le motdu ſecondeft
Carion, dans lequel'on trouve car, Arc , Art , rat ,
Fot, cor, Caron , trans ,
Or&ten..
J
ENIGME ET LOGOGRYPHES.
ENIGME. 1
Efais fort peu de bruit , cependant j'étourdis ;
Des habitans de l'air j'égale la vîteffe ;
Comme eux, je vais , je vole , & je reviens fans
ceffe ,
MERCURE DE FRANCE.
:
tous mes mouvemens à d'autres ſont ſoumis
ſaiſon eſt l'Eté ; dans l'Hyver on m'oublie ;
me faut du beau tems ; je redoute la pluye ;
Je rafraichis Claudine , & j'éehauffe Lucas .
Lecteur, à ce trait ſeul ne devines - tu pas ?
Coeurs foibles fuyez-moi , je ſuis pour vous terrible
;
Eſt-ce-là tout ? Je puis à certains curieux
Montrer pour un inftant ce qu'on cache à leurs
yeux ;
Mesjeux ſont de vosmauxune ſource infaillible ;
Heureux à fon plaiſur qui me croit néceſſaire !
Georges , le Pretendant ne l'intereffent gue.re ;
il oublie avec moi les peines de huit jours;
Lecteur , pour deviner faut- il d'autres ſecours ?
S
M
LOGOGRYPHUS.
INiezer arcanis refero vifceribus ignem ,
Spiffa viatori iam tum portenditur umbra ;
Mox fervare bonas , & amo terrere nocentes , --
Post te mandoforas , fum denus denique & unus.
- JANVIER 1746. 141
{
J
LOGO GRYPHE.
Eſuisà bien des gensun meuble fort utile;
Monnomàdeviner eft chofe très facile ;
Sicependant l'on veut me dévoiler ,
Me. neufs pieds il faut raſſembler ,
Deſquels prenant le ſens véritable& myſtique ,
Vous trouverez fans peine un ſigne de Muſique ,
Ville de l'Albanie , un précieux métal ,
Très- utile machine , un peché capital ,
Fort mauvaiſe habitude ,
De chaffe un inſtrument,
De l'homme un agrément ,
Sujet d'inquiétude
Pour plus d'un bâtiment ,
Une couleur , un Element ,
Cettecélébre capitale
D'où fortoit la Reine Didon ,
Lorſque fondant de Rome la Rivale
Elle aima le Héros de Virgile Maron ,
Une Iſle autrefois renommée ,
Par les Ottomans ſubjuguée,
Le fruit du travail précieux
D'un animal induſtrieux ,
DeJupiter lafameuſe maîtreſſe,
142 MERCURE DE FRANCE.
Qui par mugiſſement lui prouvoit ſa tendreſſe .
DelaDéeffe de l'Amour
L'ordinaire ſejour :
Ami Lecteur, tu peux m'entendre ,
Et fans trop rêver me comprendre
Par M. de la Laure.
CHANSON.
L'Hyver dans nos climats
A ramené ſes frimats ;
Par ſa trifte froidure
Il défole la Nature ;
Tout tremble , mais pour moi je crains peu la ri
gueur ;
Dans ma cave
Jela brave
Enpuiſantdans le vin laplus vive chaleur.
:
:
:
(
W
ne
JANVIER 1746. 143
MADAME D ***, le jour de l'an .
Utems & de ſon cours
blême ;
le Phoenix eſt l'ems'éteint
, il renait, ſe ſuccéde àlui-même ,
enconſacre les jours , les heures , lesinſtants)
conjurer le Ciel par des voeux éclatants
erépandre furvous , adorableUranie ,
eſesdons précieux la faveur infinie.
ais que dis-je? En formant votre eſprit ,votre
corps
"a-t il pas de ſa main prodigué los tréſors?
inſi l'uſage entraine ; on ſuit toujours ſes traces ;
Ime fait oublier dans ces tems révolus
Que les ſouhaits ſont ſuperflus
Où réſident toutes les graces.
144 MERCURE DE FRANCE.
SPECTACLES .
OPER A.
L'Académie Royale de
Muſique a don-
Tragédie d'Armide
le Vendredi 7 Janvier 1 746, qui avoit été
repréſentée ſur le beau Théatre de Verſailles
le Jeudi 30 Décembre 1745 ; Mlle Chevalier
qui jouoit le rôle d'Armide obtint les
applaudiſſemens de la Ville après avoir mérité
les fuffrages de la Cour. Les repéſentations
ont toujours été nombreuſes depuis
la premiere. Il eſt juſte d'inſtruire le public
de l'honneur qu'a procuré le talent à Mile
Chevalier. La Reine , Madame la Dauphine
& Meſdames de France ont daigné lui
marquer leur fatisfaction publiquement
dans la galerie , & Meſdames de France
Iont eminenée dans leur appartement où
differens airs qu'elles lai ont fait chanter ont
été ſuivisde la méme approbation.
Les Mardis & les Jeudis ſont occupés par
les Fêtes de Thalie Ballet du gracieux Mouret
, & par Zelindor Roi des Sylphes , qui
foutient ſa premiere réputation auprès de
deux piéces differentes eſtimées depuis long-
Huitieme
tems.
re
e
a
JANVIER 1746. 145
Huitièmeſuitedes Réflexions ſur les Ballets.
,
Si l'Allegorie régne heureuſement dans
pluſieurs de nos anciens Ballets nous
en avons un moderne où la Métaphyfique
tient dignement ſaplace. Il porte le titre
desAmours deguises, titre que fûrement l'Aureur
ne ſçavoit pas avoir été déja employé
dans la jeuneſle de Louis XIV. quand il crut
l'avoir inventé , cependant malgré la reſſemblance
du titre , voici une difference bien
effentielleentre ces deux ouvrages; dans l'ancien
Ballet , ce ſont lesAmours Personifi's ,
le.s Amours Dieux qui occupent le Théatre ,
dans le nouveau il eſt rempli par les ſentimens
déguiſés de l'Amour Paſſion; maſcarade
affés familiere dans le coeur feminin. Voici
comme l'Auteur des paroles s'en explique
dans ſon avertiſſement. Les déguisemens de
IAmour ſontſi ordinaires qu'il ne se montre
plus tel qu'il est ; bien des coeurs qui le reçoi
vent lorſqu'il s'introduit ſous le nom d'une
autre passion , le rejetteroient d'abord s'il se
présentoit ſous leſien : c'est ce qui l'engagefouvent
à ſe ſervir d'un artifice qui lui réuffit
toujours.
Dans la premiere entrée de ce Ballet
Phaetuſe fille du Soleil croit avoit de la haine
pour Diomede Prince Grec que les vents
G
145 MERCURE DE FRANCE.
:
ont arrêté dans ſon Iſle à ſon retour du
long & fameux ſfiége de Troye , & cette
haine quiparoît violente & implacable eſt
un véritable Amour déguiſé que le peril de
fon objet démaſque ſubitement.
Dans la ſeconde entrée none Nymphe
duMont Ida ſe figure n'avoir que de l'amitié
pour Paris Berger , fils du Roi Priam ,
ignorant ſa naiſſance. On trouve dans l'Eglogue
ingénieuſe du célébre M. de Fontenelle
le germe de cette entrée, & l'Iſmene
de l'Auteur enjoué & ſçavant de la Pluralité
des Mondes a toute la phiſionomie de
l'Enone du Ballet des Amours déguiſés .
Dans la troiſiéme entrée qui peint l'Amour
ſous le nom de l'Eſtime , la Princeſſe
Julie fille d'Auguſte dit à ſa confidente ;
L'Amour charmé de me ſurprendre,
Sous le nom de l'Eſtime a ſéduit ma fierté ;
En le reconnoiſſant j'ai voulu m'en défendre,
Mon coeur étoit déja dompté :
Si on nevoit pas dans ce ſujet - là un
Amour qui ſe déguiſe , on y voit du moins
unAmour qui ſe démaſque ; quand ce Ballet
parut , on accuſa cet Acte d'être trop
ſimple , ſans fituation &nullement confor-.
me au plan adapté , & ce reproche fut fait
par des Critiques impoſans , par des com-
G
4
JANVIER 1746. 147
noiffeurs écoutés & ſuivis: le ſuccès éclatant
les démentit hautement. L'Auteur leur
avoit déja répondu en ſe justifiant , avant la
premiere repréſentation, qu'un ſimple Che
valier Romain faiſant une déclaration galante
à la plus grande Princeſſe de l'Univers,
connu dans des termes délicats & dignes
de fixer l'attention des Auditeurs & d'intérefſer
leur curiofité , lui ſembloit une ſituation
affés piquante. Dans cette ſcéne
Ovide & Julie s'avouent réciproquement
leur tendreſſe , ſans ſe ſervir de toutes les
phrafes ufées ſur le Théatre en pareille occafion.
,
Onnefera peut-être pas fachéde trouver
ici un fait fingulier qui concene cet
Opéra , c'eſt que ſa premiere repréſentation
futhonorée de la préſence de la jeune Cour
de ce temps-là , compoſée du Roi d'Angleterre,
de S. A. R M. le Duc d'Orléans
de S. A. S. M. le Duc de Berry , de S. A.S.
Madame Ducheſſe de Berry , & de leur
brillante ſuite , qui ſouperent dans les loges
même du Spectacle : c'étoit nn ambigu qui
leur fut ſervi entre la ſeconde & la troiſiéme
entrée; l'Orcheſtrejouades ſymphonies pendant
ce repas , qui fut couronné par l'exécution
de l'acte d'Ovide & de Julie , qui
reçut des applaudiſſemens prodigieux. De
L'Opera cette Illuſtre compagnie ſe rene
Gij
148 MERCURE DE FRANCE,
dit à la Foire S. Laurent où après avoir
Parcouru ce qui pouvoit s'y voir , elle entra
à minuit dans la ſale de l'Opéra Comique
où elle fut amuſée par une piécede la
compofition de l'Auteur des paroles du Ballet
que venoit de repréſenter l'Académie
Royale de Muſique ; ainſi cet Auteur eut
l'avantage de divertir deux fois dans le méme
jour ſur deux Théatres tout à fait differens
la Cour la plus éclairée de l'Europe,
Anecdote rare , & ce qu'il y a de plus rarę
encore , c'eſt que la protection ne conduifit
point ce reſpectable auditoire aux Spec
tacles qu'il vilita.
COMEDIE FRANCOISE.
Nous croyons ne pouvoir mieux expliquer
le ſujet de la Tragédie d' Izaidę
donnée au Theatre François par M. Linant
1. 13 Décembre 1745 ,qu'en tranſcrivant la
premiére ſcéne du premier Acte ;elle développe
parfaitementle fond de l'intrigue , &
fournit un bel échantillon de la verfification
de M, Linant, qui eſt ſemée de vers brillans
& Leufs.
JANVIER 1746. 149
A
SCENE PREMIERE.
ALZAIDE , EZIRE , PHERE'S .
PHERE' S.
Demortels ennuis ſi vous n'étiez en proye
J'oferois devant vous faire éclater majoye ;
Je vous revois, Madame , à Memphis, en ces lieux,
Berceau devos vertus , Trône de vos Ayeux ,
Où tout vous obéit, vous aime& vous rappelle,
OùPhérés tant de fois vous a prouvé fon zéle ,
Moins ébloui d'un rang que je ne dois qu'à vous
Qu'attendri de vos maux queje reſſentois tous.
ALZAIDE.
Ah ! Phérés , à Nemphis en ce jour arrivée ,
J'ignore àquel malheur le Ciel m'aréſervée ;.
Dans l'ombre du ſecret lafſe de ſoupirer ,
Jeviens m'en éclaircit , voir le Roi , l'implorer ;
Délivrer un époux dont le deſtin m'accable ,
Qui puni trop long-temps ne futjamais coupable :
Zaraés eſt vaincu , captif & malheureux ,
Amenophis vainqueur , Monarque & génereux ;
Il doit tout oublier : qu'il ajoûte à ſa gloire
Cet effort de vertu plus grand que la Victoire :
Eh! ferons- nous toujours ,& mon époux &moi
Giij
450 MERCURE DE FRANCE.
Les ſeuls infortunés qui vivent ſous ſa Loi !
PHERE'S .
Vous ne le ferez plus , non , croyez que mon
Maître
Juge de votre époux s'eſt vû forcé de l'être ;
Qu'il gémit de ſes fers , qu'il ſe plaint d'un borheur
Qui l'a toujours contraint de percer votre coeur ,
Departager ſans fruit votre douleur extrême
Et vous n'éprouvez rien qu'il n'ait ſenti lui-même ,
Enfin quand accablé du plus triſte revers ,
Zaraés fut dompté , qu'il tomba dans nos fers ,
Que pour venger leurs maux nos peuples l'outragerent
,
Queſes amis , ſes Dieux vaincus l'abandonnerent
Du coeur d'Amenophis le premier mouvement
Fut d'oublier fes droits & fon reſſentiment ,
Mais le biende l'Etat qui régle ſa puiſſance,
Fitparler ſon Conſeil&taire ſaclémence ;
Et tel eſt le devoir & le fort des grands Rois ,
Quemêmeleurs vertus font eſclaves des Loix.
:
ALZAIDE.
Les Loix n'ordonnent point l'abus de la victoire :
Zaraés fut ici victime de la gloire ;
Après ſon infortune à-t-on dû l'enchainer ,
Etvaincre donne-t-il le droit de condamner ?
JANVIER 1746. 151
PHERE'S.
Songez qu'Onés fon pere ufurpa l'Arabie
Au Trône de Memphis de tout - tems aſſervie ;
Sujet d'un Souverain , foumis à notre Loi ,
Il s'arme pour régner; triomphe , ſe fait Roi ,
Meurt& laiffſe àfon fils cette vaſte Contrée .
Sous Buziris bientôt l'Egypte déchirée ,
Auxvoeux de votre époux prête de la céder
Exigea le tribu qu'il devoit accorder ;
Impatient d'un joug dont il falloit dépendre
Il attaqua nos Rois qu'il auroit dû défendre :
Combien de fois lui-même , ou par les mains d'I-
,
phis
Envahit-il l'Egypte ? affiégea-t il Memphis ?
Ou caché ſous le nom de ce chef fi fidéle
En la trompanttoujours ſour - il triompher d'elle ?
Nosmurs étoient détruits&nos champs ravagés.
Quels coups il nous porta ! le Roi nous a vangés.
Ilvainquit ce Héros; ſes deſtins l'accablerent ;
Sans le connoître alors , nos guerriers l'enchaine
rent ,
Avec ce même Iphis dans nos fers retenu ;
Parmid'autres captifs ilvécut inconnu ;
Amenophis apprend qu'il est en ſa puiffance
Touché de ſon malheur il cherche ſa préſence ,
Et de le conſoler s'impoſe le devoir ,
Zaraés qui le ſçait dédaignede le voir;
Son Prince que vers lui lapitié ſeule entraine ,
Ginj
152 MERCURE DE FRANCE .
N'imputant qu'à ſes maux l'éclat de tant de haine ,
Retient des mouvemens qu'excite ſon grand cooeur ,
Et ne l'offenſe point par l'aſpect du vainqueur ;
Mais il fait plus , Madame ; un peuple témeraire
Toujours prêt à punir l'Auteur de ſa miſere ,
Pour perdre Zaraés ſe raſſembloit toujours ,
De fon Captif, cent fois le Roi ſauva lesjours ,
Et trop fûr qu'à ſes dons votre époux inſenſible
Par haineà ſes regards était inacceſſible ,
,
Ce Monarque envers tous clément comme les
Dieux
Lui devint inviſible & bienfaiſant comme eux.
ALZAIDE .
Zaraés occupé des maux qui l'environnent
Voudroit cacher des jours que les Dieux abandonnent
;
Maisje vois tous les coeurs contre lui prévenus ;
Secondez mes deſſeins avant qu'ils ſoient connus ,
Arrêtons au plutôt les mains qui le puniſſent...
Ciel ! comble mes malheurs & que les fiens finiffent
...
Ainſi le Roi le laiſſe aux yeux de l'Univers
Vivre dans la douleur & mourir dans les fers .
Ne pourrai-je adoucir un tourment ſi terrible ?
Non, ce Prince à mes pleurs ne ſera point ſenſible;
Son coeur jusqu'à cejour n'a-t-il pas réſiſté
JANVIER 1746. 153
ン
Aux Conſeils de la gloire , aux cris de l'équité ?
PHERE'S.
Madame, oubliez - vous le pouvoir de vos char
mes,
Rendus même aujourd'hui plus touchans par vos
larmes ?
Connoiſſez-le du moins. Eh ! qui de ce vainqueur
Sçauroit donc mieux que vous défarmer la rigueur ?
Moi , Pherés !
ALZAIDE.
PHERE'S.
Croiriez -vous qu'à ſes grandeurs liée
Son ame vous dédaigne , ou vous ait oub iée ?
Ah ! pour vous raffûrer rappellez-vous ces jours
Dont l'horreur a des ſiens empoisonné le cours ;
Cesjours , où par un pere à ſes voeux arrachée ,
Ades noeuds inconnus vous futes attachée ;
Vousvous retracerez un cruel déſeſpoir
Que n'ont point rallenti l'abſence & le devoir ..
La ſituation & les intérêts des princi
paux perſonages de cette Tragédie nous paroiffent
afſes expliqués dans cette ſcéne pour
donnerune idée de la pièce. Nous ne prétendons
pas en, donner un plan exact ,
nous croyons qu'elle perdroit à être tronquée,
nous nous contenterons de dire que
G
154 MERCURE DE FRANCE.
les rôles d'Alzaide , d'Amenophis & de Zaraés
font foutenus , nobles & originaux. Al-
Zaide tyranifée par une paſſion qu'elle fou-
--met éternellement au devoir , l'immole enfin
à la vertu. Amenophis que la mémepaffion
tourmente , fait briller dans ſes difcours
&dans ſes procédés la magnanimité la plus
héroïque , & Zaraés malgré ſon caractére
féroce étale des ſentimens généreux. Ces
trois rôles dominans ont été parfaitement
remplis , & Mile Clairon a furtout montré
dans celui d'Alzaide ſa vivacité &le pathétique
de l'expreffion .
L'amour vertueux d'Alzaide & d'Amenophis
ne produit dans le cours de la piéce
que des évenemens héroïques & non copiés.
La férocité de Zaraés fait un contraſte admirable
avec la tendreſſe d'Amenophis ;
toujours ſubordonnée à ſa vertu; le coeur
d'Alzaide eſt reſpectable par ſa foibleſſe
même ; ſon amour pour Amenophis ne s'écarte
jamais de la route que lui preſcrit
ſon devoir , qui triomphe dans ſa mort après
avoir fait le ſupplice de ſa vie.
On a trouvédans les trois premiers Actes
de cette Tragédie des ſituations neuves &
pathétiques, des vers heureux & frappans, &
des fentimens très-magnanimes; les deux
derniers Actes ont moins réuſſi :de poignard
confié par Zaraés à ſon épouſe pour imme
JANVIER 1746. 155
ler Amenophis n'a pas produit l'effet qu'or
s'en promettoit.
Lesdifferentes marches des Arabes foflevés
par Zaraés quoique captif, & lestrou
pes du Roi d'Egypte envoyées précipitamment
en Arabie & revenues de même ont
paru plus que forcées. Enfin le dénoûment
n'a point attendri le ſpectateur.
Cette Tragédie ſe vend trentes ſols chés
Jacques Cloufier , rue S. Jacques à l'Ecu de
France.
COMEDIE ITALIENNE.
On y a repréſenté pour la premiere fois
le.... Janvier les Folies de Coraline. C'eſt
une piéce dans le goût Italien ſemée de
ſcénes & de lazzis divertiſſans , qui font briller
le jeu vif& enjoué de l'aimable Actrice
qui les exécute; elle mérite auſſi de nouveaux
applaudiſſemens dans les nouveaux
caractéres de la danſe qui embelliflent la
Comédie , & la charmante Camille ſa ſoeur
n'eſt pas moins fêtée dans ce joli Ballet.
PIECES JOUE'ES A LA COUR.
Le Mercredi 5 Janvier les Comédiens
Italiens donnerent Arlequin Sauvage & le
Tuteur dupé.
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE .
Le Mardi I les Comédiens François
repréſenterentRhadamiste & Zénobie,& pour
petite piéce les trois Freres Rivaux.
Le Mercredi 12 les Italiens jouerent
l'Heureux ſtratagême , & Arlequin & Scapin
Rivaux.
Le Jeudi 13 l'Ecole des maris & Crifpin
Médecin , furent repréſentés par les Comédiens
François.
CONCERTS DE LA COUR .
Le premier Janvier les Haut- Pois de la
Chambre jouerent au lever du Roi pluſieurs
Symphonies de differens Auteurs. Le foir il
yeutgrand Concert , & pendant le ſouper ,
M. Deſtouches Sur- Intendant de la Muque
de la Chambre , en ſemeſtre , fit exécuter
par les vingt- quatre une grande ſuite
d'airs de ſa compofition .
Le Samedi 8 Janvier on exécuta devant
la Reine le Prologue & le premier Acte
d' Amadis de Gaule. Le deuxième & le troiſiéme
furent exécutés le Lundi to du même
mois , & le Samedi 15 on acheva cette
Tragédie par le quatriéme & le cinquiéme
Acte .
Le Lundi 17 & le Mercredi 19 on chanta
à Marli le Prologue & les trois premiers
Actes d'Omphale Tragédie , dont les paroles
JANVIER 1746. 157
font de fou M. de la Motte de l'Académie
Françoiſe , & la Muſique de M. Destouches
Sur-Intendant de la Muſique du Roi.
Les Sieurs Benoist & Poirier yfirent les
rolles d'Hercule &d'Iphis. Ceux d'Omphale
& d'Argine furent rendus par les Demoifelles
Canavas & de la Lande.
Le 24 , le 26 & le 29 la Reine entendit
l'Opéra d'Amadis de Grece , exécuté
par les mêmes.
Le 31 on exécuta le Prologue & le premier
Acte du Ballet des Elémens.
ETRENNE.
PRESENTE'E à la Reine par une
Demoiselle âgée de cinq ans , fur l'Air
Réveillez vous belle endormie, C'étoit un
coeur de pain d'Epice.
M
A Reine , en faveur de l'uſage ,
Je vous étrenne de mon coeur ;
C'eſt la richeſſe de mon âge ;
Il eſt tout entier par bonheur.
Si vous donner eſt une offenſe ,
Grondez en bien votre bonté .
Elle tend les bras à l'Enfance ;
Et cauſe ma témérité,
:
158 MERCURE DE FRANCE.
M. Le Duc de Richelieu à la pénétration
& aux recherches dequi rien n'échape ,
s'étant inſtruit de labeauté &du rare méchaniſme
d'une Machine que le ſieur de France
natifde Rouen, &de l'Académie Royale des
Sciences de la même Ville venoit de finir
en fit le rapport à Sa Majeſté , qui fit ordonner
de la tranſporter à Verſailles , où elle
a été placée fur le Théatre de la ſalle de
la Comédie du Château. La Cour s'y rendit
le Mercredi 29 Decembre ſur les 5 heures
du ſoir pour la voir jouer , & quoique le
tranſport en eut confidérablement ébranlé
tous les reſſorts , ce qui diminua la
beauté de ſon jeu , la Cour en a paru trèsfatisfaite
; les Seigneurs , & les Dames de
la Cour , & les Miniſtres ſe ſont empreffés
de la venir voir jouer pendant les cinq jours
ſuivans qu'elle a été expoſée ſur le même
Théatre.
Cette Machine repréſente un Berger &
une Bergere groupés , poſés fur un pied
deſtal , leſquels jouent plufieurs airs en partie
ſur la flute traverſiére dans une grande
perfection , & dans un uni-fon plus parfait
que ne peuvent faire les deux plus habiles
Joueurs de flute.
JANVIER 1746. 159
Cette Machine ſera expoſée au public a
Ia fin du mois de Fevrier , ou au plutard
au commencement du mois de Mars , &
alors on donnera au public un détail dé
ſon ſimple & ingénieux mechaniſme.
VERS de M. Des-Forges Maillard , pour
le premier de l'an.
JAnus revient , ramenant avec lui
Le nouvel an , &chacun aujourd'hui
Se ſouhaitant fanté , bonheur extrême ,
Joint à ſes voeux les préſens les plus doux ;
Tendre moitié , que j'eſtime& que j'aime , 1
Un coeur ne peut donner plus que lui même ,
Et vous ſçavez que le mien eft à vous.
160 MERCURE DE FRANCE.
XXXXXX
REPONSE de Madame Des-Forges
Maillard.
J Anus revient , & ne ſerez Janus ,
Mon cher Maillard ; mon coeur vous eſt fidelle ;
Vous me direz que plus d'une fémelle
Sçait étrenner de ſemblables rébus
Plus d'un Janus , & pour tels reconnus ,
Serment burleſque & que Vénus la belle
Traite en riant de leurre & de bibus
Bon , cher ami , quand c'eſt ſeulement elle
Avec ſon fils , Enfançon ſans cervelle ,
Qui nous unit , mais lorſque c'eſt ſa ſeur
Bonne amitié , ſincére Demoiselle ,
Qui par l'eſprit ſçût nous conduire au coeur ,
Pour lors , mon cher , la flamme eſt éternelle,
Bonne & loyale , ou c'eſt bien du malheur.
JANVIER 1746. 161
ODE.
A M. L'ABBE' LE GUAY Profeſſeur de
Philofophier an College du Bois de
l'Univerſué de Caen , parM. Ygou.
JE me livre à l'heureux délire
Qui vient s'emparer de mes ſens ;
Et toipuiſſant Dieu de la Lyre ,
Donne la force à mes accens .
Je chante le Guay , ce grand Maître ,
L'éleve de la vérité ,
Ce jeune ſage qu'on vit naître ,
Environné de ſa clarté.
O vérité , je te reclame ;
Diſſipe mes illuſions ;
Approche & pénetre mon ame
Du feu divin de tes rayons.
Que vois-je quel nouveau préſaget
Quel est cet éclat lumineux ?
Pallas fur un brillant nuage ,
Vole vers le ſéjour des Dieux,
162 MERCURE DE FRANCE.
Quel objet près de l'Immortelle
Fixe mes regards curieux ? ....
C'eſt mon Maître .... il vole avec elle :
11 franchit l'eſpace des Cieux.
Chers condiſciples que l'étude
Rend comme moi ſes nouriſſons ,
Suſpendez la douce habitude ,
De reflechir ſur ſes leçons.
Tandis que d'une aîle rapide
Atteignant Newton dans les airs ,
Il ſuit le flambeau qui le guide ,
Et va comtemplant l'Univers.
Lorſque fondant de la Nature
Et les effets & les refforts
,
Il démêle dans ſa ſtructure
Le principe qui meut les corps.
A fes précoces connoiſlances
Que nos coeurs dreſſent des Autels;
Amis , les fublimes Sciences
Aux Dieux égalent les mortels.
JANVIER 1746. 163
****************
JOURNAL DE LA COUR , DE PARIS,
&c.
E 24 du mois dernier veille dela Fête
LdelaNativité de N.S. le Roi & la Reine
accompagnés de Monſeigneur le Dauphin
&de Meſdames de France entendirent les
premieres Vépres chantées par la Muſique
& auxquelles l'Evêque de Troyes officia .
Le jour de la Fête leurs Majestés qui
après avoir aſſiſté aux Matines avoient entendu
trois Mefſes à minuit , aſſiſterent étant
accompagnées de Monſeigneur le Dauphin
de Madame la Dauphine & de Meldames
à la grande Meſſe célébrée pontificalem
par l'Evêque de Troyes. L'après-midi le
Roi & la Reine accompagnés deMeſdames
entendirent les Vepres auxquelles le même
Prélat officia.
Le 23. M. Tron Ambaſſadeur Ordinaire
de la République de Venife eut ſa premiere
audience particuliere du Roi , & il y fut
conduit ainſi qu'aux audiences de la Reine ,
de Monſeigneur le Dauphin , de Madame
la Dauphine & de Meſdames de France ,
par le Chevalier de Sainctot Introducteür
:
164 MERCURE DE FRANCE.
des Ambaſſadeurs. Dans l'audience accordée
par le Roi à M. Tron , M. Diedo nommé
par cette République ſon Ambaſſadeur au .
près de la Reine de Hongrie eut l'honneur
de rendre en cette qualité ſes reſpects à
S. M.
Le premier jour de l'an les Princes &
Princeſſes , & les Seigneurs & Dames de
la Cour eurent l'honneur de complimenter
le Roi & la Reine ſur la nouvelle année.
Le Corps de Ville a rendu à cette occaſion
ſes reſpects à leurs Majestés , à Monſeigneur
le Dauphin , à Madame la Dauphine
& à Meldames de France.
Le 1s le Roi alla coucher au Château
de Marly , où la Reine , Monſeigneur le
Dauphin , Madame la Dauphine & Mefdames
de France ſe ſont rendus le lendeain.
Le même jour M. de Vandiere que le
Roi a nommé Directeur Général des Bâtimens
en ſurvivance de M. de Tournehem
, préta ſerment de fidélité entre les
mains de S. M.
M. Guymont l'un des Gentilshommes
ordinaires de la Maiſon du Roi a été nommé
Envoyé Extraordinaire de S. M. auprès
de la République de Génes.
Le 23 de ce mois le Pere Bonnaventure ,
Recollet , nomméEvêque Titulaire d'Apol-
1
JANVIER 1746. 165
Lonie fut facré dans l'Egliſe des Recollets 4
du Fauxbourg Saint Laurent par l'Arches
véque de Rhodes, Nonce du Pape , affifté
des Eveques de Nitrie & de Bethleem.
NOMINATION des Chevaliers de
l'Ordre du Saint Esprit.
E premier Janvier les Chevaliers
LCommandeurs & Officiers de l'Ordre
du Saint Eſprit s'étant aſſemblés dans le
Cabinet du Roi vers les 11 heures du matin
, S. M. tint un Chapitre dans lequel l'Archevéque
de Tours fut propoſé pour être
Prelat Commandeur de l'Ordre du Saint
Eſprit ; il ſe nomme Louis- Jacques de Chapt
de Raftignac , premierement Evêque deTl
les facré le premier Fevrier 1722 , puis A1-
cheveque de Tours en 1723. Il eſt d'une
noblelle diftinguée répandue dans le Perigord
& dans le Limofin & dont la Généalogie
ſe trouvera amplement déduite dans
l'Armorial général du ſieur d'Hofier , &
dans le méme Chapitre furent propoſés pour
être Chevaliers
Le Prince d'Ardore Ambaſſadeur du Roi
des Deux Siciles auprès du Roi; il fe noin,
166 MERCURE DE FRANCE .
me N ...... Milano & ſa Maiſon eſt originaire
de la Ville de Valence en Eſpagne.
Nicolas-Joſeph-Baltazar de Langlade Ki
comte du Cheyla , Lieutenant Généraldes armées
du Roi , Directeur Général de la Cavalerie
& Commandant dans la Ville de
Gand; il est né le 6 Avril 1686 , & fa
Maiſon eſt originaire du Languedoc.
Le Comte de Lovvendalh Lieutenant Général
des armées du Roi ; il eſt de la Maifon
de Holſtein & de la branche Royale
de Dannemarck. Voyez ſon extraction dans
les Souverains du monde vol. 4 fol. 595 .
Le Comte de Berenger Lieutenant Général
des armées du Roi ; il eſt d'une des plus
illuftres Ma fons de Dauphiné.
Louis - Charles - César le Tellier Comte
Eftrées Lieutenant Général des armées du
Roi ; il est né en 1695. Voyez la Généalogie
deſa Famille rapportée dans l'Hiſtoire des
Grands Officiers de la Couronne , vol.
fol. 578 .
Le Comte de Thomond ( N ... Ο Brien )
Lieutenant Général des armées du Roi ; il eſt
d'une des plus nobles & des plus anciennes
M
t
JANVIER 1746. 167
Maiſons d'Irlande , comme on le peut voir
par la Généalogie qui en eſt rapportée dans
le Dictionaire Hiftorique deMorery, Edition
de 1732 , vol. 5.fol. 324,
Et Claude Aunet d'Apchier, dit le Chevalier
d'Apchier, Lieutenant Général des armées
du Roi ; il est né le 14 Juin 1693
& fort d'une des plus grandes Maiſons de
Languedoc; ſa Généalogie eſt rapportée
dans le volume 3 de l'Hiſtoire des Grands
Officiers de la Couronnefol. 821 , & dans le
7vol. de la même Hiſtoire fol. 356.
,
Les preuves de Religion du Duc de Modéne
, &celles de Religion & de Nobleſſe
du Comtede Montijo , du Prince de Campo
Florido Ambaſſadeur du Roi d'Eſpagne
auprès du Roi , & du Marquis Scoti ,
nommés Chevaliers le 2 du mois de Fevrier
dernier , furent admiſes dans ce Chapitre
àla fin duquel le Prince de Campo Florido
fut introduit dans le Cabinet du Roi , & il
y fut reçû Chevalier de l'Ordre de Sant
Michel , puis il fut reçu Chevalier de l'Ordre
du Saint I ſprit par le Roi après la
grande Meffe. Son nom est Regio & fa famille
eſt une des plus conſidérables de la
Ville de Salerne au Royaume de Naples.
Le nom de M. le Comte de Montijo eft
Portocarrero , qu'il joint à pluſieurs autres ;
168 MERCURE DE FRANCE.
pour la famille du Marquis Scoti elle eſt
marquée entre les plus illuftres du Duché
de Plaiſance,
On a appris de Madrid que le Roi d'Efpagne
avoit nommé Grand d'Eſpagne de
la Premiere Clafle le Maréchal de Maillebois.
Les Grands d'Eſpagne jouiſſent en France
des honneurs des Ducs s'ils ne le font
pas eux-mêmes , & cette Grandeſſe ſe met
ordinairement ſur une terre conſidérable ,
poffédée par le Seigneur auquel ce Titre
eft accordé , & ceux qui en jouiffent à pré
fent en France ſont au nombre de 14 , y
compris M. le Maréchal de Maillebois.
GOUVERNEMENS DONNE'S
par le Roi.
L
EGouvernement des Ville & Citadelle
de Strasbourg au Marquis de Balincourt
(Claude-Guillaume Teſtu ) Lieutenant Général
des armées du Roi du Août 1734
&Gouverneur de Mont-Dauphin.
Le Gouvernement de Mont- Dauphin au
Marquis du Cayla ( François de Bafchi de
Gauffan )
JANVIER 1746. 169
Gauſſan ) LieutenantGénéral des armés du
Roi du 24 Fevrier 1738 , Gouverneur de
Fort-Louis.
LeGouvernement du Fort- Louis au Comre
du Roure ( Louis - Claude - Scipion de
Beauvoir de Grimoard ) Maréchal de Camp
du 20 Fevrier 1743 , Sous- Lieutenant de
lapremiere Compagnie des Mouſquetaires ,
&Lieutenant Général au Gouvernement de
la Province de Languedoc .
REGIMENS DONNES
par le Roi.
E Régiment d'Infanterie dont le Mar-
Camp, Iquis de Bouzols ,faitMaréchalde
étoit Colonel , au Marquis de Mailly Colonel
du Régiment de Perigord; il eſt l'aîné
de la Maiſon de Mailly en Picardie.
Le Régiment de Périgord à M. d' Imocourt
Capitaine dans le Régiment de Cavalerie
du Rumain. Son nom eſt Vaffinbac
ancienne nobleſle du Limoſin , bien alliée
&diftinguée par des ſervices militaires .
H
170 MERCURE DE FRANCE .
Le Régiment de Champagne dont le
Comte de Froullay, fait Maréchal de Camp ,
ébit Colonel , au Marquis des Salles , Brigadier
d'Infanterie du Mai 1745 ; il eſt
de la Maiſon des Salles en Lorraine .
NOMINATIO N d'Officiers
de Marine.
E Roi a fait le premier de ce mois un,
remplacement d'Officiers de Marine ,
un
par lequel S. M. a nommé un Chefd'Eſcadre
qui eſt le Commandeur d'Estourmel , trente
Capitaines de Vaiſſeaux , cinquante
Lieutenans , ſoixante onze Enſeignes ; un
Lieutenant , un Sous .. Lieutenant & neuf
Aides d'Artillerie .
CAPITAINES DE VAISSEAUX .
Mrs. Beauffier de Châteauvert, Capitaine
de Port àToulon; Serquigny Daché; du Chaffant;
du Quesne Menneville , Major àToulon;
de Serigny , Major à Rochefort ; Hoc
quart ; de Tremerenc , de Villarzel , Com.
mandant les Gardes de la Marine à Touon
; de Beaumont le Maître ; le Chevalien
:
JANVIER 1746. 171
de Courbon Blenac ; le Chevalier de Livry ;
de S. André du Verger; le Chevalierde Guebriant
; du Mesnil Rolland , Capitaine de
Port à Rochefort; le Chevalier d'Aubigny;
le Chevalier de S. André ; de Bompar ; de
Mariel ; du Vignau ; de Poulcong ; Macnemara
; de la Gironardiere ; de Chabot ; de Villeneuve
; de Marquaisao ; de Chasteloger ;
Sibon , Capitaine de Port à Brest ; le Baron
de Rochechouart ; le Marquis Desgouttes ; le
Comte de Roquefenil & le Marquis de S.
André. :
LIEUTENANS DE VAISSEAUX.
Mrs. le Chevalier de Villiers ; de Moisset ;
du Paſſage; du Chaffaut de Besné ; de Fayet ;
du Bos ; Staffort ; le Chevalier de la Lande
Calan ; de Marolles ; Dabon , Aide Major à
Toulon ; de Fontenay ; le Chevalier Fouquet ;
de la Borde Noguez , Lieutenant des Gardes
de la Marine à Toulon ; de Gaufridy ; le
Chevalier du Boz ; Desherbiers l'Etanduere ;
de Voutron ; de ia Prevalais ; de Castelane la
Valette ; de Mandelot ; de Broues ; de Guichen;
Meſchin; de Longueval , Aide Major à Rochefort;
le Chevalier de Coutance ; Barentin ;
de Langle ; de Foligny ; de la Filliere ; Queremar
de Boischatean ; du Dreſnay des Roches;
de Martel ; de Breda ; le Comte de Carné
Hij
172 MERCURE DE FRANCE
Marcein ; Reynier ; de Courſerac , Gouvello ;
Dagay ; de Sade ; de Vendes ; Turgot; le Chevalier
Desnos ; de Cheylus ; Thomas de Chậ-
reauneuf; le Chevalier d'Aubarede ; dela Jonquiere
; de Quclen ; le Chevalier de Roquefenil
; le Chevalier de Parabere ; le Comte de
Tourville ; le Chevalier de Mirabeau & M.
de Clien.
ENSEIGNES DE VAISSEAUX,
Mrs. de la Mothe Fiquet ; le Gendre d' Aviray
; Bigot ;le Chevalier d'Argouges ; le Mar.
quis de Vaudreuil ; de Narbonne ; de la Roche
S. André ; de Malromé ; le Chevalier de
Monfiquet ; le Chevalier de la Sale ; de Graffe
Briançon ; de Montcalm S. Veran ; le Chevalier
de Bellingant ; de la Fitte ; le Chevalier
Chabot ; de Villers Franſſure ; Marin ; de
Sourdeval ; de Venel ; de Semerville ; de
Tronjolly ; Deschillais ; Rouffel de Preville ; le
Marquis de Benouville ; Bayart ; de Meré
Broſſin ; de Malvaut ; le Chevalier de Brach ;
Le Chevalier de Narbonne Pelet; de Baraudin;
duTillet ; Dandoque ; Mauclerc du Coudray;
Gravier d'Ortieres ; de la Poype Vertrieux ;
d'Esclabilec ; Baſterot la Barriere ; de Treffemanes;
de Ternay d'Arfac ; de Rays ; le Chevalier
d'Osmont Boiftron ; Maſſilien ; de Cafzelane
Majaſtre ; Thoronce Gorequer ; de Que
JANVIER 1746 173
len ; de Penandref Keranſtret ; le Chevalier de
Foucault ; le Marquis de Gamaches ; le Chevalier
de Pontevez ; de Razilly ; de Beaupoil
de la Dixmerie ; d'Apckon ; de Kertanguy ;
le Vicomte de Rochechonart ; Barjetton ; le
Chevalier deRaymond ; de Caſtelane S. Jeurs ;
Fromont de Villeneuve ; du Quesnel ; d' Ambré
; d'Amilly ; de l'Aubepin ; de Coriolis d'Efpinousse
; de Conflans ; de Blenac ; le Chevalier
de Vendrenil ; le Comte de Darfort ; d'Ara
cy de la Varenne ; de la Valcine ; le Baron de
Fangeres & ie Cheuslier doify.
ARTILLERIE.
Lieutenant M. de Miffieffy; Sous Lieutenant
, M. Raoul de Bomuges ; Aides Mrs.
Frottier du Peray ; Heclor ; de Nolivos de la
Bardenne ; Bouin de la Villebouquais ; de la
Bardouilliere ; le Roy de la Grange ; Girardin
; Tourris & de Cherifey.
PRISES DE VAISSEAUX.
MBart Commandant le Vaiſſeau du Roi
l'Elizabeth , armé en courſe , a fait conduire
à Breſt le Navire Anglois l'Anti de 170
Hin
174 MERCURE DE FRANCE .
tonneaux , & dont la charge conſiſte en fucre
, en coton & en vif argent.
Le Navire le Reven de Bedford , dont le
Vaiſſeau la Baſquoise de S. Jean de Luz
s'eſt rendu maître , a été mené auſſi à Breft.
On mande de S. Malo que le Vaiſſeau
le Duc d'Eſtiſfac , armé en courſe par M.
Sebire Deffaudrais , s'eſt emparé des Bâtimens
ennemis le Mercure & le Rofanale ,
& que les Navires le Ruffall de 120 tonneaux
; le Silvain de 80 ; le Northon de
160 & la Marte de 70 , ont été pris par
les Vaiſſeaux l' Heureux , le Saint Michel &
la Revanche de Granville. Ces Bâtimens qui
font tous arrivés à S. Malo ſont chargés de
pelleteries, de tabac , de morue feche &
d'huile de poiffon.
Le Vaſſeau la Bellonne de Nantes a envoyé
à Benaudet le Navire Anglois le Spi
duel.
Selon les lettres de Cherbourg , le Capitaine
Lamer qui monte le Vaiſſeau le
Bacquencourt de ce Port, a enlevé deux Bâtimens
de la même Nation .
Il eſt arrivé à Dieppe deux autres Bâtimens
Anglois , à bord deſquels il y avoit
du vin & pluſieurs ballots de bas , & qui
ont été pris par les Vaiſſeaux l'Union de
Villeflixe , & le Renard de Boulogne.
On a reçû avis de Bayonne qu'il étoit
JANVIER 1746. 175
i
:
entré dans ce Port un Navire ennemi nommé
la Catherine , dont le chargement étoit
compoſe de ſucre , de gingenvre & d'autres
marchandiſes , & dont le Vaiſſeau la Junor
commandé par le Capitaine Vigoureux , s'eft
emparé.
Le Vaiſſeau l'Anonime de S. Malo commandé
par le Capitaine Marquant eſt rentré
dans ce Port avec le Navire Anglois la
Henriette.
On a appris de Granville que le Brigantin
ennemi le Suveſt y avoit été conduit par
le Capitaine Hugon Commandant le Vaifſeau
le Conquerant , qui s'eſt emparé d'un
autre Bâtiment chargé de tabac , qu'il a envoyé
à Morlaix.
LeCapitaine Clement qui monte le Vaiffeau
la Revanche a fait mener dans le premier
de ces deux Ports le Navire l'Helene
de Lancaftre .
Il eſt arrivéà Cherbourg trois priſes faites
par les Vaifleaux le Bacquencourt de ce Port ,
& le Vainqueur de Honfleur , commandés
par les Capitaines Lamer & Gilles.
Selon les lettres du Havre le Capitane
la Place Guerouſte Commandant le Vaifſeau
l'Intrepide de S. Malo a relâché dans
ce premier Port avec un Bâtiment Anglois
de 150 tonneaux , dont la cargaiſon confifte
en tabac de virginie.
Hi
176 MERCURE DE FRANCE.
1
Un autre Navire de la même Nation a
été rançonné par le Capitaine du Cheſne
qui monte le Vaiſſeau le Renard de Bouogne.
On mande de Bayonne que le Vaiſſeau la
Junon commandé par le Capitaine Vigoureux
s'eſt rendu maître des Navires l'Ipſovich
de Londres , chargé de tabac ; l'Amitié de
Boſton , chargé de furcre , de gingenvre , de
coton &d'autres marchandiſes,&l'Alexandre
de Bristol, armé de 28 canons, à bord duquel
on a trouvé une grande quantité de goudron
, de térébentine & de bois de conftrution
pour les Vaiſſeaux.
lle. Bienvenu Marchande rue Saint
Honoré à la Croix d'or à côté des Ecuries
de Monſeigneur , avertit le public qu'elle
vend des rubans à la Dauphine qu'elle
vient d'avoir l'honneur de préſenter à cette
Princeſſe qui leur a donné ſon ſuffrage &
la permifſion de porter ſon nom , aufli bien
qu'aux coëffures & autres ajuſtemens qui ont
été approuvés.
JANVIER 1746. 177
NOUVELLES ETRANGERBS.
ALLEMAGNE.
IERoi de Pologne Electeur de Saxe après avoir
quité la Villede Dreſde ayant
que l'armée commandée par le Prince Charles de
Lorraine, au lieu de ſuivre ſon projet de pénetrer en
Silefie ſe replia vers la frontiere de l'Electorat de
Saxe afin de ſe joindre aux troupes qui ſont ſous les
ordres du Général Grune & aux troupes Saxonnes
la Reine de Hongrie a envoyé ordre au
Prince Charles de Lorraine de diriger les mouvemens
de cette armée conformément à ce nouveau
plan. En conféquence le Prince Charles a
marché par fa gauche vers l'Elbe qu'il a paffé le
7Decembre à Leutmeritz .
Le 11 il ſe porta fur Auffig , & prit de - là la
route des défilés de Rechberg , qui communiquent
de la Bohëme au Marquiſatde Mifnie.
Le Général Grune & le Comre de Rutowſchi
ſe font auſſi avancé de leur côté vers l'Elbe &
le Prince Charles ayant détaché le Prince de
Lobckowitz avec trente eſcadrons pour faciliter
ſa jonction , il y avoit lieu de préfumer que dans
peu de jours la jonction générale feroit faite ,
mais ſur les avis que le Roi de Pruſſe a reçus de
cette marche , il a envoyé ordre au Prince d'Anhalt
Deſſau d'attaquer l'armée du Général Grune
avant ſa jonction entiere avec les troupes commandées
par le Prince Charles , & en même
tems il s'eſt lui-même approché de Dreſde.
Hv
78 MERCURE DE FRANCE.
Sur ces ordres le Prince d'Anhalt Deſſau au lieu
de paffer l'Elbe à Tolgau , comme on croyoit qu'il
avoit deffein de le faire , a marché ſur Meiffen
d'où les quartiers des ennemis s'étendoient jufqu'en
deça de Pirna: il a pris de ſi juſtes meſures
que les ennemis n'étoient pas encore avertis
de ſes mouvemens lorſqu'il eſt arrivé en leur
préſence .
,
L'action commença le 15 Décembre à deux
heures après midi par l'attaque du Village de
Keffeldorff fitué fur PElbe à une lieue au-deffous
de Dreſde .
Ce ne fut qu'après trois affauts confécutifs que
les Pruffiens emporterent ce Poſte deffendu par
les Saxons ; un ravin qui couvroitl'aile droite des
derniers , rendoit ſurtout l'attaque fort perilleu .
fe. Après un combat de quatre heures , les Saxons
ont été enfoncés ; la Cavalerie qui a été miſe en
fuite la premiere , a été peu après ſuivie de l'Infanterie
, & les trente Efcadrons que commandoit
le Prince de Lobckovvitz étant à l'aile gauche qui
n'a point combattu ont ſuivi les Saxons dans leur
déroute fans avoir donné. On a enlevé la plus
grande partie de l'artillerie des ennemis , & la
perte des Autrichiens & des Saxons monte à plus
de douze mille hommes en y comprenant les bleffés
& les prifonniers parmi leſquels on compte un
grand nombre d'Officiers , tandis que les vainqeurs
n'ont perdu que le Général Hertzberg
M. d'Affebourg Colonel , trente - fix Officiers &
1679 foldats . L'armée Pruſſienne n'étoit compoſee
qued'environ trente-fix mille hommes , & celle
des ennemis étoit de cinquante - cinq mille.
Le Prince Charles de Lorraine qui n'étoit avec
fonarmée qu'à une médiocre diſtance du lieu où
la bataille s'eſt donnée , a youlu marcher au feJANVIER
1746. 179
cours des Saxons , auſſitôt qu'il a été averti que ,
l'attaque étoit engagée, mais les fuyards qui arrivoient
à fon canip yjetterent une telle conſternation
que ſes troupes refuferent constamment
d'avancer.
Le Comte de Rutovyſchi & le Géneral Grune
s'étant repliés ſous lui , toutes les troupes de la
Reine de Hongrie & celles du Roi de Pologne
Electeur de Saxe ſe ſont trouvées réunies & ont
été ſe poſter ſous Dreſde.
Le 16lendemain de la bataille , le Prince Charles
tint un Conſeil de guerre dans lequel il fut
propoſé dedemeurer dans ce camp pour empêcher
le Roi de Pruſſe de ſe rendre maître de la Capitale
de la Saxe , mais le Comte, de Rutovyſchi
& les autres Generaux Saxons ayant repreſenté
que ſi les Pruſſiens forcoient ce camp , & entroient
dans Dreſde dans la premiere chaleur de leur
victoire , cette Ville feroit expoſée au pillage ;
cette conſidération a déterminé à décamper , &
le Prince Charles a pris le parti de repafſer les
gorges , & de regagner lecamp qu'il avoit occupédans
les environs de Leutmeritz , d'autant plus
volontiers que par là il ſe rapprochoit des corps
de troupes auſquels il a ordonné de levenir joindre.
Le Roi de Pruſſe averti de la retraite des enne.
mis s'eſt avancé pour leur préſenter la bataille
mais le Prince Charles à trouvé moyen de l'éviter
, & pendant que ce dernier ſe retiroit avec
précipitation vers la Boheme , le Roi de Pruffe a
tourné vers Dreſde & y est entré le 18 avec dix
bataillons dont fix ontpris pofte dans la Ville , &
quatre dans les Fauxbourgs. La confternation géerale
qui s'étoit répandue parmi les habitans à
+premiere nouvelle de la défaite des troupes
Hvj
180 MERCURE DE FRANCE.
Saxonnes eft beaucoup diminuée depuis l'arrivée
de ce Prince ; il a donné des preuves de la plus
parfaite modération , & a fait obſerver à ſes troupes
la plus exacte diſcipline ; en arrivant il eſt
Allé deſcendre au Palais pour rendre viſite aux
Princes & aux Princeſſes , que la foibleſſe de leur
âge avoit empêché de ſuivre S. M. Po. & ils en
ontreçu les plus grandes marques d'attention ; les
ordres ont été donnés pour conduire à Berlin
toute l'artillerie qui s'eſt trouvée dans la Ville ,
&ony a fait quatre mille prifonniers tant desblefſésquiy
avoient été tranſportés après la bataille
que des milices&des traineurs. Le Roi de Pruffe
a exigé de l'Electorat de Saxe une contribution
de cent cinquante mille écus , & de la Luface
une de deux cent quarante mille , indépendamment
des vivres que cette Province doit fournir
pour la ſubſiſtance des troupes Pruffiennes .
Pendant que ces choſes ſe paſſoient en Saxe les
armes de SM. Pr. foutenoient leur réputation
en Siléfie . Le Lieutenant General Nafiau a challe
des Sichvvartzvvalde le Régiment de Dragons de
Phifibert , qui a eu cent hommes tués onbleffésà
l'attaque de ce pofte, & foixante - dix prifonniers
; le même Général s'eſt enfuite rendu maître
de Confravvalde & de Gablao Les troupes
qui occupoient le Poſte de Gruffau n'ont pas jugéàpropos
de l'attendre.&ſe fout retirées avec
tant deprécipitation , qu'elles ont perdu unc partie
de leurs bagages en repaſſant les gorges des
montagnes qui communiquent avec la Bohëme Les
Autrichiens ont auffi abandonné Landshut , & le
Général Pruſſien après y avoir laiſſé une forte gasniſon
ainſi que dans Franckeftein & dans Reichenbach
, & après avoir pris les meſures conve
mables pour mettre la Siléſie àcouvert desincurJANVIER
1746,
fions des ennemis et retourné à Schveidnitz &
afait rentrer dans leurs quartiers les troupes qui
font fous ſes ordres.
Cependant le Roi de Pologne Electeur de Saxe
a fait faire àS. M. Pr. des propoſitions d'accommodement
; La Reine de Hongrie lui afait ſçavoir
auſſi qu'elle étoit dans la diſpoſition d'entrer
en négociation avec lui , & a demandé d'être admiſe
comme partie contractante dans le Traité
qui ſeroit ſigné entre le Roi de Pruffe & S. M. P.
& le Baron de Balovv en qualité de Miniftre
Plenipotentiaire de S. M. P. & le Comte de HarachGrand
Chancelier de Bohëme & Miniftre Plé
nipotentiaire de la Reine de Hongrie ont com.
mencé à traiter dans Dreide avec le Comte de
Podevvils premier Miniftre du Roi de Pruffe
chargé à cet effet de pleins pouvoirs du Roi ſon
Maître,
Les Conferences ayant eu le ſuccès defiré
le 23 Decembre les articles preliminaires furent
ſignés& le 25 on ſigna le Traité de Paix entre les
deux Rois ainſi que celui entre la Reine de Hon
grie& S. M. P.
Ces deux Traités ont pour baſe celui qui avoit
été conclu à Hanover le 26 du mois d'Août dernier
entre le Roi de la Grande Bretagne & le Roi
de Pruffe , par lequel le Roi de Pruffle avoit conſenti
d'accorder la Paix à la Reine de Hongrie à
condition qu'il n'eut point à craindre à l'avenir
d'être troublé dans la poffeſſion de la Siléfie; que
S. M Br. la lui garantit , qu'elle la lui fit garantir
par les Etats Generaux , & qu'à la Paix géne
rale elle lui procurât une pareille garantie de la
part non ſeulement de l'Empire , mais encore de
toutes les Puiffances Belligérentes ; que S. M. Br.
zenonçât par un Acte formel à ſes prétentions
هللا
182 MERCURE DE FRANCE.
i fur cette Province ; que la Reine de Hongrie garantît
au Roi de Pruffe tous les Etats de S. M. Pr .
laquelle s'engageoit de ſon côté à garantir à S.
M. H. tous ceux que cette Princeſſe poſſede en
Allemagne , que le Furſtembergenzoll fut cédé au
Roide Pruffe en échange de la portion de Ia Siléſie
enclavée dans la Luface; que la Ville deCofel
fut remiſe à S. M. Pr. au même état dans lequel
étoit cettePlace avant que d'avoir été priſe
par les troupes de la Reine de Hongrie : que
la Reine de Hongrie n'apportât aucun obitacle au
commerce des ſujets du Roi de Pruſſe , de même
quecePrincen'en mettroit point au commerce des
fujets de S. M. H. que l'Electeur Palatin & la Maifon
de Heffe fuſſent auſſi compris dans le Traité ,
&que le premier fut indemnifé des dommages que
ſes Etats ont foufferts .
Le Traité que le Roi de Po . vient de conclure
avec le Roi de Pr. porte , non ſeulementque S. M.
Pr. ne rendra rien des contributions qui lui ont été
fournies par l'Electorat de Saxe juſqu'au 22 du mois
dernier , mais encore que dans le tems de la Ire .
Foire qui fe tiendra à Leipſick,le Roi payera de plus
au Roi de Pruſſe quatre millions avec un intérêt de
cinq pour centà compter du jour de la ſignature du
Traité; que tous les Saxons qui ont été enrollés
par les Pruffiens depuis que ceux- ci sont entrés
en Saxe feront rendus à S. M. que le Roi
ne pourra faire dans ſon Electorat aucune innovatiion
préjudiciable aux intérêts de la Religion
Calviniſte , & que ſous aucun prétexte S. M. ne
ſupprimera ni retranchera les intérêts des Capitaux
que les ſujets du Roi de Pruſſe ont placés ou
placerontdans l'Electorat de Saxe en rentes.
,
Il a été ſtipulé dans le Traité entre la Reine de
Hongrie & le Roi de Pruſſe que S. M. H. confira
JANVIER 1746. 183
meroit le Traité de Breſlau& toutes les garanties
accordées en conſequence ; que le Roi de Prufſe
reconnoîtroit le Grand Duc de Toſcane en qualité
d'Empereur & qu'il adhereroit aux réfolutions
priſes par le Corps Germanique pour maintenir
I'Election de cePrince; que les troupes Pruffiennes
ſe retireroient de la Saxe & de la Luface , en
même-tems que les troupes de la Reine de Hongrie
évacueroient toute la Haute Siléfie , & que les
EtatsGénéraux ſeroient invités d'accéder au Traité
&de joindre leur garantie pour la Siléfie à celle
des autres Puiſſances contractantes , & que pourvû
qu'ils y conſentiſſent S. M. Pr. prendroit avec
euxdes arrangemens par rapportaux ſommes prêtées
à l'Empereur Charles VI . par les Hollandois,
& hypotequées ſur les revenus de cette Province
; que l'Electeur Palatin ſeroit admis à ſigner
leTraité comme partie contractante , & qu'il reconnoîtroit
auſſi le Grand Duc en qualité d'Empereur
dès que les troupes de laReine de Hongrie ſeroient
forties du Palatinat , & qu'on feroit convenu
desindemnités qui ſeroient accordées à ce Prin
ce par S. M. Н.
En conféquence de la ſignature de ces Traités
les troupes Pruſſiennes commencerent le 27à ſe
mettre en mouvement pour ſe retirer de la Saxe
& de la Luface. Celles dont l'armée du Roi de
Prufſe eſt compofée reprennent la route de la Siléfie
, & S. M. Pr. renvoye dans le Brandebourg
celles qui ſont commandées par le Prince d'Anhalt
Deffau.
:
Le 28 le Roi de Pruſſe partit pour retourner à
Berlin où il arriva le 29. Toutes les rues par lefquelles
S. M. Pr . paſſa étoient remplies d'une fi
grande multitude de monde que fon caroſſe étoit
obligé des'arrêter à chaque inſtant ; on entendoit
184 MERCURE DE FRANCE.
•detoutes parts cette acclamation réïtérée, vive Fred
dericle Grand. Le fendemain S. M. s'eſt rendue à
Poftdam.
La Reine d'Hongrie a adreffé au cercle de
Franconie un reſcrit datté du 3 Decembre , par
lequel S. M. H. fait ſçavoir à ce cercle , qu'elle
n'avoit pris la réſolution de laiſſer pendant l'Hyver
le long du Rhin les troupes commandées par
Ie Feldt Maréchal Traun , que dans la vûe de procurer
la fûreté de la frontiere d'Allemagne , mais
que les cercles ayant non feulement témoigné
qu'ils ſe croyoient en état de garder eux- mêmes
ces frontières , mais encore ayant déclaré qu'ils
ne verroient point fans peine qu'on ne ſe repoſât
pas fur eux de ce foin , elles'étoit déterminée à
rappeller ſes troupes dans ſes Etats héréditaires ,
& qu'elles y demeureroient juſqu'à ce que la ſaifon
permit de les faire marcher vers les endroits
où ſes intérêts & ceux de fes alliés exigeroient
qu'elle ſe portaflent ; que quelque onereux que fut
ce parti S. M. H. n'avoit pas hésité de le prendre ,
afin de donner à l'Empire une preuve éclatante de
ſon empreſſement à remplir les deſirs du CorpsGermanique
, & qu'elle feroit toujours prête à facrifier
ſes propres avantages pour ceux du bien public.
Par le même Refcrit la Reine demande au
Cercle de Franconie de faciliter la marche de
ſes troupes& de leur fournir les ſecours néceffaires
conformément aux conflitutions de l'Empire. En
conféquence l'es troupes Autrichiennes qui étoient
fous les ordres du Feldt Maréchal Comte de
Traun ſe font miſes en marche pour retourner
dans les Etats héréditaires de la Reine de Hongrie
, & les cercles ont réſolu de mettre les leurs
encantonnementdepuis le territoire de Bale juf
mau Rhingau,
JANVIER 1746. 185
On apprend de Peteribourg que la Ville d'Af
tracan a été preſque entierement réduite en cendres
par un incendie. La perte des ſeules mar
chandiſes réduites en cendres par les flâmes monte
àplus de deux eent cinquante mille roubles.
0
ITALIE..
N apprend par les lettres du 12 Decembre
que le Roi de Sardaigne a fait paffer le Pô à
un corps de ſes troupes dans ledeffein de ſurprendre
Oftie , mais ce projet n'ayant pas réuſſi , ce
Prince a pris le parti deſe replier ſous Turin , il y
fait entrer douze mille payfans pour en reparer les
fortifications , & on y a pris toutes les précautions
auxſquelles on a recourstorfque 1 on appré
healeun bombardement . En même-temsle Prince
de Lichteſtnein qui s'étoit ſéparé de l'armée
Piémontoife , a quitté les bords de la Seſña , &
s'étant mis en marche par le Navarrois il s'eſt rapproché
du Teſin; ſon deſſein étoit de paffer ce
fleuve entre Olégio & Tarbigo , mais le Duc de
la Viefville , qui étoit à Pavie avec vingt- deux
mille hommes , averti de la retraite des ennemis
s'eft porté fur Vigevano. Il a envoyé en mêmetems
un détache nent occuper le poste d'Abbiagroſſa
, & il a fait rompre par un autre détachement
le pont conſtruit fur la Naville , par lequel
les eaux du Teſin ſont conduites juſqu'à Milan.
Cesoperations ont obligé le Prince de Lichtenfteinde
remonter cette rivi re juſqu'à Ceſto , où
elle ſe jette dans le Lac Mayeur , &c'eſt en cet
endroit qu'il l'a repaffée , pour traverſer le haut
Milanès. Son deſſein étoit alors de marcher par
Caffano , Varlate & Sancino ; mais les Eſpagnols
s'étant emparés de Lodi , il n'a pu exécu
186 MERCURE DE FRANCE.
ter ſon projet , & il a été obligé de prendre la route
de l'Etat de Veniſe afin de ſe replier par le
Breffan& par le Bergamaſque dans le Mantouan ;
l'Infant Don Philippe afait en même- tems avancer
à Marignano & à Boſco deux détachemens qui
font à portée d'inquiéter l'a mée Autrichienne
dans ſa marche , & ce Prince continuant la ſienne
vers Milan , les Magiſtrats de cette ville ont donné
ordre au Comte Sfrondati de faire tout préparer
pour la réception de ſes troupes , &de faire mettre
ſous les armes dès quelles paroitroient lamilice
bourgeoiſe endehors de la porte dite de Pavie.
Le 16 Decembre à trois heures après midi le
Régiment des Gardes Walones entra dans la Vil-
'le; il fut ſuivi de divers autres Régimens , qui allerent
aux acclamations du peuple ſe ranger en
bataille dans la grande Place ; on diſtribua enfuite
les logemens aux Officiers & aux Soldats.
Le lendemain il arriva encore pluſieurs détachemens
des troupes Eſpagnoles , & cent mulets des
équipages de l'Infant Don Philippe. Ce Prince accompagné
du Duc de Modéne& du Comte de Gages
, s'y rendit le 19 , & fut reçu avec les plus
grandes démonstrations de joye des Habitans. II
alla defcendre au Palais où il trouva le Sénat qui s'y
étoit aſſemblé pour lui prêter ferment de fidélité.
Après cette cérémonie , l'Infant vit fur le grand
Théatre la repréſentation d'une piéce intitulée ,
La Reconnoiſſance de Cyrus; le foir il foupa avec
un grand nombre de perſonnes de diftinction ;
dès le premier jour que les troupes Eſpagnoles entrerent
dans la Ville , elles commencerent l'invef
tiſſement du Château ; depuis le 17 juſqu'au 19
elles furent occupées à fermer avec de fortes paliffades
toutes les rues qui aboutiffent à l'ef
JANVIER 1746. 187
planade du Château , & on a poſé de diſtance en
diſtance des corps de garde pour empêcher qu'on
n'arrache ces paliſſades. Le22 les Eſpagnols mu
rerent les portes Cornacino & Vercellina , & par les
autres précautions qu'ils ont priſes , le Château ne
peut plus avoir aucune communication avec la
Ville. Lagarniſon de cette Fortereſſe eſt compoſée
de deux mille hommes destroupes de la Reinede
Hongrie,&l'on ne croit pas qu'ils ayent une
quantité de munitions fuffiſante pour faire une
longue réſiſtance; les Eſpagnols attendent dans
peu leur artillerie; ils ſe ſont rendus maîtres du
Fort de Fuentes , & ils ont enlevé un convoi
qu'on vouloit faire entrer dans le Château.
Les affaires de l'Iſle de Corſe ſont dans une gran
de obſcurité. On a ſeulement appris àGénes que
laplupart des Piéves& en particulier la Provincede
la Balagna qui eſt la plus étendue de l'Iſle
avoit refuſé de ſejoindre aux rébelles , que les
principaux habitans s'étoient diſpoſés àfaire prendre
les armes à leurs vaſſaux , & qu'entr'autres
le Colonel Ornano avoit offert de lever un Régiment
de douze cent hommes; on dit auſſi qu'un
corps nombreux des Infulaires qui font demeurés
fidélesà la République , s'eſt aſſemblé dans les environs
de la Baftie , & a formé leblocus de cetre
Place du côté de la Mer.
Les lettres de Livourne marquoient auſſi le 12
Decembre que le nommé Rivarola , qui s'eſt mis
à la tête des rebelles a envoyé un bâtiment à
Livourne , pour informer le Vice Amiral Cooper ,
que s'ils n'étoient promptement ſecourus par l'ef
cadre Angloiſe , ils feroient bientôt réduits à la
derniere extremité. Ces lettres ajoûtent qu'en confequence
le Vice Amiral Cooper s'est déterminé
188 MERCURE DE FRANCE.
à retourner à la Baſtie avec quatre vaiſſeauxde
guerre , ſur leſquels il a fait embarquer une grande
quantité d'armes & de munitions. Dép uis
će temps on n'a reçu de nouvelles de Corſe ,
que par Livourne , d'où l'on a mandé que les
rebelles s'étoient rendus maîtres' de San - Frioren+
zo & de San - Pelegrino ; que le Marquis Eftienne
Mari avoit voulu fairedémolir les Fortifi
cations d'Algaliola , dansla crainte que les rébel
les ne s'enj emparaffent & n'en fiffent une Place
d'armes , maisque les habitanss y étoient oppoſés ,
& qu'ilsavoient promis de tout facrifier pour cond
conferver ce Pofte.
Il régne beacoup de diviſion parmi les rébelles
qui ont ôté toure autorité à leurs chefs,
Le Gouvernement Génois tient de fréquens
Conſeils pour déliberer ſur les moyens d'empêcher
les Anglois d'y entretenir la revolte. Il a donné
ordrenonſeulement de rendre complettes les troupes
de la République , mais encore d'en lever de
nouvelles,&il eſt enTraité pour cet effet avec les
Grifons , du Pays deſquels on pourra facilement
entirer.
Le 2 Decembre le Marquis de Poncallier &
l'Abbé Franchini furent admis à l'audience du Pape
, auquel ils furent préſentés par le Cardinal
Alexandre Aibani ; ces Miniftres qui ont reçû de
nouvelles lettres de créance pour réſider auprès de
Sa Sainteté en qualité d'Envoyés , l'un de la Reine
de Hongrie , l'autre du Grand Duc de Toſcane ,
lui donnerent part dans cette Audience du contenu
des lettres qu'ils avoientreçues de la Cour de
Vienne. Les obſtacles qui avoient empêché jufqu'ici
le Pape de reconnoître la validité de l'élection
faite à Franefort en faveur du Grand Duc
de Toſcane , ayant paru à S. S. ne plus ſubiſter
JANVIER 1746. 189
depuis l'arrivéede ces lettres , le Pape tint le14
unConfiftoire public dans lequel il annon çacette
Election au Sacré Collége.
L
LONDRES,
E Roi d'Angleterre ſe rendit le9Decembre
àla Chambre des Pairs &avant mandé les
Communes , donna fon confentement au Bill de
la taxe fur les terres , & à celui qui ordonne la
continuation des droits fur les boiffons fortes .
La Chambre des Communes s'étant raffemblée
le 21 réſolut de préſenter une adreſſe au Roi pour
demander d'inſtruire le Procès du Lord Préyor
d'Edimbourg , qui a été arrêté le 11 parce qu'il
eft accuſé d'être dans les intérês de la Maiſon de
Stuard ; elle ſe ſépara enſuite pour ne reprendre
ſes Séances que le 29 , & elle a réglé que ce
jour elle recommenceroit à déliberer ſur le Subſide
& fur les moyens de le lever.
Les deux Chambres du Parlement s'étant rafſemblées
le 29 , recurent un meſſage par lequel le
Roi les informoit qu'il jugeoit nécefaire de faire
paffer dans le Royaume les troupes Heſſoiſes qui
font à la folde de la Grande Bretagne , & que
comptantfur lezéle & fur l'affection duParlement,
ilne doutoit point que cette Aſſemblée ne le mit
en état de fubvenir à cette dépenſe extraordinainaire.
Le lendemain les deux Chambres ont préſenté
au Roi des adreſſes , pour lui témoigner
qu'elles approuvent la réſolution qu'il a priſe , &
laChambre des Communes l'a affùré qu'elle affigneroit
les fonds dont on avoit beſoin pour le
tranſport des troupes Heſſoiſes .
Pluſieurs députés de cette Chambre avoie t
propofé de repréſenter au Roi , que les troupes
1
190 MERCURE DE FRANCE.
Nationales devoient fuffire , & ils avoient forte
ment inſiſté pour qu'on inſerât du moins dans l'addreſſede
la Chambre , qu'elle ſe flatoit que le Roi
auſſi - tôt qu'il lui ſeroit poſſible délivreroit la Nationdu
fardeau des troupes étrangeres , mais l'un
&l'autre avis on été rejettés à la pluralité de centquatre-
vingtdix voix contre cent quarante-quatre.
Le Ducde Cumberland est arrivé le 8 Decembre
à Lichtfield , & a pris le commandement de
l'Armée qui étoit ſous les ordres du Général Ligonier.
Les troupes que commande le Prince Edouard
s'avancerent le 8 à Liveropol , le 9 à Wigan &
le to à Mancheſter.
Ce Prince ſe rendit lui-même le 10 en cette derniere
Ville &y reçut le ferment de fidélité des
habitans.
Le 12 il marcha de Mancheſter à Macclesfieqd ,
obligeant les Payſans de jetter des ponts fur les
rivieres qu'il lui falloit paffer. Il y avoit de l'apparence
que fon deſſein étoitde continuer ſa route
vers la capitale ; mais le Duc de Cumberland s'étant
mis en marche le 19 pour l'attaquer , le Prince
Edouard ſe replia vers le Nord de l'Angleterre.
Le 27 ſes troupes qui s'étoient retirées à Kendale
en partirent pour ſe rendre à Penrith. Ayant
trouvé des chemins fort difficiles , elles furent
obligées de s'arrêter la nuit ſuivante à Shap , &
elles he purent arriver à Penrith que le 28.
LeGouvernement a répandu le bruit que le 29
du mois dernier le Duc de Cumberland avoit atteint
près de Louther-Hall l'arriere-garde de l'armée
du Prince Edouard ; qu'une partie des troupes
decette arriere-garde s'étoit retirée à l'approche
de l'armée du Roi dans le Village de Clifton ficué
à trois milles de Penrith ; qu'elles s'étoient
1
1
1
1
JANVIER 1746. 191
défendues dans ce Village avec beaucoup de va
leur , mais qu'elles avoient enfin été obligées de
l'abandonner , & que l'obſcurité de la nuit avoit
empêché de les pourſuivre ; qu'elles avoient laifſé
trentede leurs morts ſur le champ de bataille ;
qu'on leur avoit fait 70 priſonniers du nombre
deſquels étoit le Capitaine Hamilton dangereu
ment bleſſé , & que la perte des troupes de S. M.
ne montoitgueres à plus de40 hommes. Les circonſtances
de cette action rapportées à l'avantage
du Duc de Cumberland ſont contredites par
pluſieurs lettres ſuivant leſquelles il paroît que le
Prince Edouard s'étant porté avec l'élite de ſes
troupes au Village de Clifton a repouilé les
troupes du Duc de Cumberland& leur a fait soo
prifonniers.
Les lettres d'Edimbourg marquent qu'on fortifioit
la Ville de Perth par ordre du Prince
Edouard .
Les actions de la Compagnie de la Mer du Sud
font à 91 ; celles de la Banque à 126 & demi ;
celle de la Compagnie des Indes Orientales a 163
&demi , & les Annuités à 100 & demi .
LA HAYE,
LEs Etats Généraux ayant reçu avis que quelques
troupes au ſervice du Roi de France ſe
trouvoient actuellement en Angleterre , ils ont
envoyé ordre aux 6000 hommes qu'ils avoient fait
paſſer il y a quelque tems dans les Illes Britanniques
de revenir inceſſamment en Hollande. Par
une réſolution qu'ils prirent ledernier Decembre
ils ont reconnu que pluſieurs articles & en particulier
le onziéme du Traité de 1739 n'étoient pas
moins applicable aux Indes qu'à l'Europe , & que
192 MERCURE DE FRANCE.
parconféquent la conduite tenue par le ſieurd'Imhoff
Gouverneur de Batavia à l'égard des trois
vaiſſeaux appartenans à la Compagnie de France
étoit contraire aux conventions conclues entre
S. M. T. C. & la République de Hollande.
L
MORTdes Pays Etrangers.
E ... Decembre Jacques Butler Duc dormond
en Irlande , Pair d'Angleterre & d'Irlande
Chevalier de l'Ordre de la Jarretiere , ancien
Capitaine des Gardes du Koi Guillaume & Gentilhomme
de ſa Chambre , mourut à Avignon dans
la 4e. année de ſon age. Voyez pour la Généalogie
delaMaiſonde Butler l'une des plus diftinguées
d'Irlande , & que l'on croit originaire de
Normandie , le Volume -folio des Généalogies
des Pairs d'Angleterre écrites en Latin par le ſieur
Imhoff.
MARIAGES , NAISSANCES ,
Bâtêmes Morts.
Anuit du 20 au 21 Octobre fut marié dans
Lla Chapelle intérieur du Curé de Saint Roch ,
Meſſire François-JoſephJeerand Atalet , Chevalier
Comte de Vardegre , Baron de la Forêt , Seigneur
de Buillon , de la Goutte- les Tales & dela
Boutereffe , fils de M. Gabriel - Marie Jocerand
Malet
-
JANVIER 1746.
ا و ر
,
Malet, Chevalier Marquis de Vandegre , & Dame
Claude- Geneſie- Torrents de Chillaguet , avec
Demoiselle Louiſe - Sidonie - Victoire de la Fontaine
- Solare de la Boiffiere fille de François
de laFontaine-Solare de la Boiffiere , Chevalier
Comte de la Boiſſiere , Chevalier de l'Ordre
de Saint Louis , Lieutenant de Roi des Ville &
Citadelle de Dieppe , & de Dame Marie-Henriette
de Boulainviller .
La Maiſon de Malet-Vandegre établie en Auvergne
depuis environ 300 ans , eſt originaire du
Velay , où elle est connue dès les 12 & 13e.
fiécles, ſousle nom de Malet-Cabreſpines par ſes
alliances & par differens aveux des terres de
Cabreſpine & de la Tour faits aux Evêques du
Puy, conſervésdans les archives de l'Evêché, ainſi
que par d'autres monumens rapportés dans les
recherches du Pere Boyer ſçavant Bénédictin.
Voyez ſur cette Maiſon les articles du Mercure au
mois de Mai 1738 & Decembre 1683. 11 fuffic
de dire ici que depuis fon établiſſement enAuvergne
, elley tient à toutes les meilleures Maifons
de la Province par ſes alliances avec celles
de Dienne , de Bournazel , Marillac , Reauclerc ,
la Forêt-Buillon , du Croc , Anlezy , Chazeron ,
Roquelaure , Tournebife , Senneterre , Chauffecourte
, Mitte-Chevriers , & autres d'un rang diftingué
, comme en Dauphiné par celles de Muzy ,
Clermont-Tonnerre , Pernes , Epinac , Grolée
Montmorency , la Marck , Poitiers &c. & par
celles en dernier lieu de Solare & de
Boulainviller
&c. elletient à ce qu'il y a de plus grand dans le
Royaume.
A l'égard de la Maiſon de la Fontaine-Solare ,
on ſçait qu'elle tire ſon origine de Georges Solare ,
Comte Souverain d'Afte en Piemont qui époxa
I
194 MERCURE DE FRANCE.
1
en 1272 Marie de la Fontaine , héritiere de la
branche aînée de l'illustre Maiſon de la Fontaine
en France , aux conditions que le ſecond fils qui
naitroit dudit mariage auroit les biens de ſa mere
& que lui & ſes deſcendans porteroient le nom
de la Fontaine-Solare cequi a été ſi fidélement
exécuté , que ſouvent celui de Solare a été obmis
dans des Actes comme moins connu en France ;
ils en ont cependant toujours conſervé les armes
qui font bandé d'or & d'azur de fix piéces , les
bandes d'or échiquetées de gueule.
,
DeThomas Solare fils aîné de Georges & Comte
Souverain d'Afte , ſe ſont formées en Piémont
ou en Italię les branches des Comtes de Solare ,
de Morette , Villeneuve , Malente , Monasterols ,
Cantogne & des Marquis de la Chiueſe , Oglice
ni , de Luz , Geroni , Vignoli , la Tour , Saint
Georges &S. Martin.
Rodolphe fon ſecond frere prit le nom de la
Fontaine- Solare ainſi qu'il avoit été ftipulé , &
vint s'établir en France après avoir épousé en
Fiémont Lucrece'de Gatinara , dont il eut Jean
de la Fontaine-Solare premier du nom qui fut
Gouverneur d'Arras : on voit encore ſes armes
dans l'Egliſe de Saint Gery avec celles de fa femme
, dont il eut Peiro de la Fontaine-Solare qui
épouſa Marie de Villiers- l'ifle-Adam ; & fes defcendans
par des alliances avec les Maiſons de Mi
rabel , de Lyons , d'Eſpaux , de Soyecourt , de
Mailly , du Châtelet , de Meaux , le Picard-Créqui
, Vignacourt brouilly , Boulainviller & autres
des plus illuftres de Champagne , Picardie &
Normandie ont formé diverſes branches qui fub
fistent encore fous differens fur-noms.
De celle de la Boiffiere , par la mort fans al
liance deJean Charles-Joſehp-Quentin de la Fon
JANVIER 1746. 195
taine - Solare , né le 27 Novembre 1684 , &
tué à la bataille de Malplaquet , il ne reſte de
mâle aujourd'hui que François de la Fontaine-
Solare , Comte de la Boiffiere ; qui après avoir
été Page du Roi & fervi avec diftinction dans
les Mouſquetaires & le Régiment de Bretagne .
a fuccedé à Jean-Charles fon pere dans la Lieutenance
de Roi , & Commandement des Ville &
Citadelle de Dieppe , & avoit épousé en 17 ...
de Boulainviller fille ainée du
en .à . ,
feu Comte de ce nom, dont il n'a eu que deux
filles Marie- Louiſe de la Fontaine-Sclare , mariée
.Marquis de Sezmaiſons
& Louife-Sidonie-Victoire qui vient d'épouſer
le Comte de Vandegre & qui a donné lieu à cet
article.
On ne le finira point fans remarquer à l'honneur
de cette Maiſon que dans le grand nombre
des Chevaliers de l'Ordre de Saint Jean de Jérufalem
, qui à Rhodes ou à Malthe ſe ſont diftingués
ou font morts au ſervice de la Religion ,
aucun ne s'eſt rendu plus recommandable que
Pierre de la Fontaine-Solare reçu Chevalier de
Rhodes en 1519 , fait Grand Croix en 1558 ,
Grand Prieur de Champagne en 1562 , & enfin
Grand Prieur de France & Général des Galeres.
11 fut concurrent au magiſtere lors de l'élection
du Grand Maître Jean de la Valette- Parifot &
penſa lui être préféré quoiqu'abſent, à cauſe , difent
les Auteurs ,de fon mérite fingulier & de
fon éminente vertu. Il mourut le 3 Novembre
1572 , âgé de 83 ans
On ne doit pas auſſi oublier Guillaume de la
Fontaine-Solare ſon coufin Commandeur de Saint
Jean de Latran à Paris , où ſe voit ſont Epitaphe.
H avoit étéGrand Croix & Ambaſſadeur de l'Ore
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
dre en France en 1565 ; il ſe trouva en qualité
de Lieutenant Général des armées du Roi Charles
IX. à la bataille de Saint Denis où il fut tué
le 10 Novembre 1557.
Son frere aîné Artus de la Fontaine-Solare Chevalier
de l'Ordre du Roi , ſon Lieutenant Géné
ral en l'Iſße de France , fut Grand Maître des Cé.
rémonies , premier Maître d'Hôtel de S. M. & fon
Ambaffadeur à Vienne & à la Porte. Il épouſa
en 1555 Catherine de Lyons ſoeur du Vicomte
d'Efpaux& de Rodolphe de Lyons Grand Prieur
de Champagne.
Des deux foeurs du Comte de la Boiffiere l'aî
née a épouſe Henri Comte de Mornay - Montchevreuil
, & la ſeconde joſeph - Jean - Baptiste
de la Boiffiere , Seigneur de Chambors , coufin
germain.
Leur oncle commun étoit Joſeph de la Fontaine-
Solar connu ſous le nom de Pere de la Boiffiere
Prêtre de l'Oratoire l'un des plus fameux Prédicateurs
de fon tems , né le 4 Avril 1649 .
Pour ce qui eſt de la Maiſon de Boulainviller
dont étoit lazmere de la Comteſſe de Vandegre ,
on n'ignore pas qu'elle defcend des anciens Rois
de Hongrie , par Marc de Hongrie petit-fils de
Bela I I qui ſe refugia en France vers l'an 1170
1ous le regne de Louis le jeune , qui lui fit époufer
Catherine fille unique de Hugues Sire d'Hurraines
& de Croy. Leur arriere petit - fils. Jean
deHongrie , Vicomte Daimale & de Clery , fils
deJacquesdeHongrie& de Marguerite de Piquigni
épouſa l'heritiere de la Maiſon de Boulainvil.
ler à la charge d'en porter le nom & les armes
de Hongrie ; ſon ſecond frere Guillaume Sire de
Croy avoit épousé l'heritiere de la branche aînée
de la Maiſon de Renty & ſe retira aux Pays
JANVIER 1746. 197
Bas , &de lui deſcendent les branches de Croy ,
d'Havrey & d'Aremberg qui fubfiftent aujourd'hui
avec tant d'honneur & de diftinction.
Cellede Boulainviller ne s'eſt pas rendue moins
illuftre par ſes alliances avec les Maiſons de Courtenay,
d'Anjou , de Bourbon , Montpenfier &
avec les principales de l'Europe , mais ſurtout par
lesgrands hommes qu'elle a produits entre leſquels
s'eſt diftingué de nos jours Henri Comte de Boulainviller
aîné & chef de cette ancienne Maiſon
qui après avoir long-tems ſervi &donné en plu-
Geurs occaſions des preuves de ſa valeur, en a
laiſfé dans ſes écrits de plus durables de ſon
beau genie& de l'étendue de ſes connoiſſances.
,
11 avoit eû de ſon premier mariage avec Marie-
AnneHurault-Chiverny des Marais deux fils , dont
Taîné fut tué à la bataille de Malplaquet , &
l'autre eſt mort en 1709 âgé de 17 ans , la cadette
de ſes filles Marie - Anne - Suzanne de
Boulainviller fut mariée en 1722 à Gabriel
Bernard de Rieux , & l'aînée Marie-Henriette ,
épouſa quelques années après François de la
Fontaine-Solare Comte de la Boiffiere , & mourut
en 1722 laiffant deux filles, Marie-Louiſe Matquiſe
de Sezmaiſons , & Louiſe Sidonie-Victoire
Comteffe de Vandegre.
Henri Comte de Boulainviller avoit épousé en
ſecondes nôces Claude-Catherine d'Alegre dont
il n'a point eu d'enfans , & il ne reſte plus aujourd'hui
de mâle de cette raceilluftre que Samuel
Comte de Boulainviller ſon frere d'un ſecond lit ,
qui a épousé le 29 Octobre 1736 Marie- Anne de
Sarcus dont trois filles , & un fils âgé de 7 ans.
La nuit duz3 au 24Decembre fut marié à Saverne
près de Strasbourg Charles de Rolaa Prince de
I iij
98 MERCURE DE FRANCE.
Sonbife &c. avec Anne-Victoire-Marie-Chriſtinė
de Heff-Rheinfis née le 25 Fevrier 1728 , fille
de Jofeph Prince héréditaire de Heffe-Rheinfels
& de Chriftine- Anne- Louiſe Princeffe de Salm , &
niéce de feue Polixene- Chriftine-Jeannette de
Heffe- Rheinfels Reine de Sardaigne , d'Eléonore-
Philippine de Hefle Comteffe Palatine du Rhin
Princeſſe de Sultzbach , & de Charlotte de Heffe-
Rheinfels Ducheffe de Bourbon mere de M. le
Prince de Condé , & la cérémonie de ce mariage
a été faite par M. le Cardinal de Rohan Evêque
de Strasbourg Grand Aumonier de France , grand
oncle de M le Prince de Soubiſe. Voyez la Généalogie
de la Maiſon de Rohan qui eſt rapportée
dans le Volume 4 des Grands Officiers
de la Couronne; pour la Maiſon Souveraine de
Heffe, yez les Souverains du Monde , les tables
Généalogiques de Hubners , & celles d'Imhoff.
&c.
Le 4 Janvier a été fait le mariage de Joſeph
Palam des de ForbisMarques de JarfonCapitaine dans
le Régiment de Cavalerie d'Anjou , fils unique de
Michel de Forbin Marquis de Janſon ,Baron de Villelaure
, Seigneur de Maune , Gouverneur des Iſle,
Citadelle , Château & Forts d'Antibe, de Graffe &
leurs dépendances , Maréchal des camps & armées
du Roi , & de feue Françoiſe - Chriſtine de
Nicolay, morte le 27 Juillet 1740, foeur de M. de
Nicolay à préſent premier Préſident de la Chambre
des Comptes de Paris , avec
Aubery de Vaftan fille de feu Felix Aubery Marquis
de Vaſtan . Matre des Requêtes honoraire &
Prevôt des Marchands de la Ville de Paris , & de
Dame Marie- Renée le Mairat , ſa ſeconde fem-
...
JANVIER 1746. 199
me. Voyez la Généalogie de la Maiſon de Forbin
l'une des plus distinguées de Provence , dans l'Hiftoire
desGrands Officiers de la Couronne vol 8
fol. 294 ,& cellede lafamille d'Aubery l'une des
premieres de la Robe dans l'Histoire des Maîtres
des Requêtes ci-devant énoncée.
,
Le 18 N ...... de Polastron Com'e de Polaftron
fils de feu Jean-Baptiste Comte de Polaſtron ,
Lieutenant Général des armées du Roi , Gouvernear
du Neuf Briſac & ci-devant Sous-Gouverneur
de Monſeigneur le Dauphin mort en Bo
heme le 4 Mai 1742 , & de Françoiſe-Jeanne-
Yoland de Mirmand Comteſſe de Pleyſſan , a
été marié avec D ... Herault fille de feu
René Herault , Seigneur de Fontaine - Labbé
&de Vaucreſſon , Conſeiller d'Etat , Intendant de
la Généralité de Paris , & avant Lieutenant Général
de Police de cette Ville , mort le 2 Août
1740, & de feue Dame Marie-Marguerite Durey
de Meyniere ſa premiere femme : le nom de Polaftron
eft marqué enGuyenne entre les plus and
ciens , & diftingué par ſes alliances& par ſes ſervices
militaires; ſes armes font d'argent à un Lion
de ſable lampaffé & armé de gueules ; pour la
famille de Heraultoriginaire de Normandie, Voyez
ſaGénéalogie dans la ſeconde partie des Armo .
rial général du ſieur d'Hozier en attendant celle
qui ſera rapportée dans l'Hiftoire des Maîtres des
Requêtes.
On remet an mois de Fevrier prochain à
annoncer lesMariages de M. le Marquis de Clermont-
Montoiſon , de M. d'Aligre avec Mlle. Talon
, de M. d'Argouges avec Mlle de la Faluere ,
de M. Joly de Fleury avec Mlle. Chauvelin ,
&c.
I iiij
MERCURE DE FRANCE.
Le Dimanche 28 Novembre 1745 , à une heure to
minutes du matin , Henriette de Bourbou , époufe
de Jean Comte de la Guiche , Mestre de Camp
du Régiment de Condé Cavalerie , eft accouchée
d'ungarçon qui eſt ſon premier enfant ; il a été
baptisé le même jour à S. Sulpice & nommé
Eléonor Leon , par Leon de Madaillan
de Leſparre , Marquis de Laffay , le parain , &par
Louiſe-Eleonore de Langhac , épouſe de Claude-
Elizabeth Marquis de la Guiche Comte de Sivignon,
ayeule de l'enfant.
LaBranche des Comtes de Sivignon eſt la ſeule
qui refte aujourd'hui de la Maiſon de la Guiche
l'une des plus conſidérables du Maconnois , par
fon ancienneté , par ſes alliances & par les premieres
charges de la Couronne qu'ellea poſſédées ,
comme on le peut voir dans la Généalogie qui en
eft rapportée dans l'Histoire des grands Officiers
de la Couronne, vol . VII . fol. 441 .
T
Le 26 Decembre a été baptifé en l'Egliſe de S.
Eustache Paul-Etienne Auguſte de Beauvilliers , fils
de Paul- Louis de Beauvilliers , Duc de Beauvilliers ,
Pair de France , Mestre de Camp d'un Régiment
de Cavalerie de ſon nom , Chevalier de l'Ordre
Militaire de S. Louis , & d'Augufte- Leonine-
Olimpe - Nicole de Bullion Fervaques , ſon épouſe
, mariés le 8 Avril de la même année ; le parain
le Duc de S. Aignan , Pair de France ,
ayeul de l'enfant ; la mareine , Madame la Marquiſe
de Fervaques ſon ayeule maternelle.
Voyez pour laGénéalogie de la Maiſon de Beauviliers
le vol. IV. de l'Histoire des grands Officiers
de la Couronne , fol . 701 .
Le 29 est né &a été baptifé en l'Eglife Paroif
JANVIER 1746. 201
fiale de S. Nicolas des Champs Anne - Louis
d'Eftourmel , fils de Louis-Auguste d'Estourmel ,
Marquis du Fretoy , Gouverneur des Ville& Châ
teaudu Crotoy , Lieutenant des Gardes du Corps
deS. M. &de Dame Gabrielle-Magdeleine Marc
la Ferté , mariés le 25 Juin 1744-
La Maiſon d'Eftourmel également marquée en
Picardie par ſon ancienneté , par ſes alliances &
par ſes ſervices, eſt originaire du Cambreſis où eft
ſituée la Terre d'Eftourmel , & connue dès le
tems des Croiſades .
Pour la Famille de Marcla Ferté en Norman -
die. Elle est très-diftinguée dans la Robe , & fa
Généalogie ſera rapportée dans l'Histoire des
Maîtres des Requêtes .
Le 1s Janvier est né un fils du mariage
de M. le Prince de Turenne , Colonel géneral
de la Cavalerie Françoiſe & étrangère , & de
Louiſe-Henriette-Gabrielle de Lorraine Marfan ,
mariés la nuit du 27 au 28 Decembre 1743 .
L'enfant nouveau né s'appellera le Prince de
Bouillon.
Le 2 vers les neufheures du matin Madame la
Ducheffe de Penthiévre ( Marie -Thereſe - Félicité
d'Eſt , mariée depuis le 29 Decembre 1744 avec
Louis Jean-Marie de BourbonDuc de Penthiévre )
acconcha heureuſement à Versailles d'un fils qui
a été nommé le Duc de Rambouillet ; il y a deux
mois que le Roi a accordé aux enfans qui naîtroient
du Duc de Penthiévre les mêmes honneurs
dont il jouit.
Le 13 Décembre Gabriel Bernard de Rieux .
ly
A 2 MERCURE DE FRANCE.
* eigneur de laLiviniere &de Ferrales &c . Préſident
de la ſeconde Chambre des Enquêtes du Parlement
depuis le 7 Janvier 1727 , mourut à Paris
dans la 59 année de fon âge étant né le 8 Octobre1687
, ayant eû de Dame Susanne Marie-Henriette
de Boulainviller S. Saire ſa ſeconde femme
avec laquelle il avoit été marié le 29 Mai 17.9 ,
Gabriel Bernard de Rieux né le 10 Decembre
1724 aujourd'hui Conſeiller au Parlement , & feue
Dame Anne - Gabrielle - Henriette - Bernard de
Rieux , mariée le 17 Août 1733 avec Charles-
Pierre Gaston de Levis Lomagne Marquis de Mirepoix
Maréchal héréditaire de la Foi & aujourd'hui
Chevalier des Ordres du Roi , Lieutenant
Généra' de ſes armées , morte ſans enfans le 31
Decembre 1736. M. le Préſident de Rieux étoit
frere puîné de Samuel- Jacques Bernard , Comte de
Coubert , Maître des Requêtes ordinairede l'Hotel
du Roi,Grand-Croix Prevêt & Maître des Céremowies
de l'Ordre Royal & Militaire de S. Louis&
Sur-Intendant de la Maiſon de la Reine , &c . Il
étoit fils de feu Samuel Bernard Comte de Coubert
Chevalier de l'Ordre du Roi & Confeiller
d'Etat mort le 18 Janvier 1739 âgé de 88 ans ,
&de DameMagdeleineClergeau ſa premiere femme
, morte le 19 Novembre 1716.
Le 11 Decembre Dame Marie-Anne Louiſe de
Kerouar femme de Georges Phelypeaux Seigneur
d'Herbault Lieutenant de Roi du Pays Blaifois
avec lequel elle avoit été mariée le 26 Janvier
1729 mourut ayant eu de ſon mariage entr'autres
enfans Louis - Baltazar Phelypeaux d'Her-
Bault né le 19 Mai 1731 reçu Chevalier de Malthe
de minorité au Grand Prieuré de France en
1735 , Elle étoit fille de Paul- Francois-Xavier de
可JANVIER 1746. 203
Kerouart Seigneur de Kerouart, Capitaine Lie.
nant de la Compagnie des Chevau - Legers .
Berry Brigadier des armées du Roi &de Dame
Louife-Anne Dauvet de Rieux ſa 22. femme. Le
nom de Kerouart eſt marqué entre les Nobles de
la Province de Bretagne par ſon ancienneté &
ſes alliances. Ses armes ſont d'argent à une roue
de fable accompagnéede trois croiſettes de même.
Pour la Généalogie de la Maiſon de Phelypeaux ,
il ſuffira de dire que les Seigneurs d'Herbault ſont
lesaînés des Marquis de la Vrilliere , Comtes de
S. Florentin , & des Comtes de Ponchartrain&
de Maurepas.
,
Le 16 mourut à Paris Marie-Marguerite de la
Valée de limodan , veuve de Louis de Barberin
Comte de Reignac Maréchal de Camp, Commandeur
de l'Ordre de Saint Louis , Gouverneur du
Vieux-Brifac , où il a réſidé juſqu'à la paix de
1712 : le Roi lui avoit confié cette Place importante
comme à un des hommes de ſon Royaume
le plus propre à la défendre par ſa valeur , fon
activité & ſon expérience , dont il avoit donné
des preuvesdans les défenſes de Huy , Limbourg
& auparavant dans celle du Fort du Coquelé au
Siége de Namur; il étoitde la Maiſon de Barberin ,
originaire d Italie , qui a fourni le Pape Urbain
VIII . à l'Egliſe , & le Cardinal Antoine Barberin
Grand Aumonier de France. Elle laiſſe de ſon
mariage deux filles ; l'aînée a épousé Charles-Yves
Thibaut Comte de la Riviere de Mur , Lieutenant
Général des armées du Roi , Sous-Lieutenant de
ſesMouſquetaires & Gouverneur de Saint Brieux ;
la ſeconde a épouſé N .... de Campet de Saujon
Lieutenant des Gardes du Corps , Gouverneur dis
Pontde Larche, Madame la Comteffe de Reignac
Ivj
MERCURE DE FRANCE.
it morte âgée de 80 ans ; la Maiſon de la Valée
eft originaire de Champagne , où elle eſt ancienne
; l'aîné eſt LieutenantGénéral pour le Roi d'un
des Evèchés .
Le même jour Meſſire Philippe de Lamet Curé
de Saint Laurent depuis 1706 , & avant Vicaire
de la Paroiffe de Saint Eustache , Docteur en
Théologie de la Faculté de Paris , de la Maifon
de Navarre depuis le 26 Octobre 1684 , mourut
à Paris dans ſa Maiſon Curiale dans la 93e . année
de ſon âge étant né le 12 Mars 1653. Il étoit
fils de François de Lamet M. B. de Paris & de
Barbe Audot.
Le 23 Meſſire François-Hyacinthe de Frugulay
de Kervers Evêque de Treguier mourut dans fon
Diocèſe âgé d'environ 60 ans ; il avoit été facré
le 4Mai 1732 : la famille de Frugu'ay eft originaire
de Bretagne , & fes armes font d'argent à
un Liondeſable lampaffé & armé de gueules .
, Le 31 Jean-Louis Colbert Marquis de Seignelay
Comte de Lignieres mourut à Paris dans la 18e. année
de ſon âge& fut inhumé à Saint Eustache dans
lecaveaude laChapelle de la famille de Colbert ;
il étoit fils de Charles-Elénor Colbert Comte de
Seignelay& de Lignieres , LieutenantGénéralau
Gouvernementde la Province de Berry , &deMarie-
Renée de Gontaut Biron ſa ſeconde femme fille
de M. le Maréchal Duede Biron, l'oye: pour la Généalogie
de Colbert les differentes éditions du
Dictionnaire de Morery , & l'Histoire des Grands
Officiers de la Couronne vol. 9 fol. 324 .
Le premier Janvier François - Gaspar Maffon
JANVIER 1746. 205
Chevalier Seigneur de Buranlure, de Guerchy de
Pefleliere & de la Bertauche Conſeiller du K
en ſes Conſeils , ci- devant Préſident honoraire
au Parlement de Paris fut inhumé à Saint Euftache
, âgé de 46 ans , étant né le 11 Fevrier 1700 .
Il avoit été reçû Confeiller au Parlement le 10
Juillet 1720 , & Commiffaire aux Requêtes du
Palais le 5 Mai 1711 , puis pourvû d'un Office
de Maître des Requêtes par Lettres du 18 Mai
1724 & enfin de l'Office de Préſident de la
premiere des Enquêtes du Parlement le 20 Decembre
1731 ; il étoit fils de Jean- François Maffon
Confeiller Secretaire du Roi Maiſon Couronne de
France & de ſes Finances , & Receveur Général
des Finances de Moulins , & d'Anne Mollien ; il
avoit épousé le 20 Janvier 1727 Dame Marie-
• Marguerite Chevalier , fille de Louis Chevalier
Seigneur de Montgeroultprès Pontoiſe, Préſident
de la ſeconde Chambre des Enquêtes du Pa lement
de Paris , & de Marie - Anne Fermé , &
de ce mariage il ne laiſſe que deux filles qui
font Dame Marie-Marguerite Maſſon mariee le
26 Juin 1742 à Jacques- François-Maxime de
Chaftenet, Marquis de Puyſegur , Colonel du Régiment
de Vexin , & à préſent Brigadier d'Infanterie,&
Dame Anne-Louiſe Mafſon, veuve depuis
quelque tems de N ...... Thibert des Martrais
auquel feu M. Maffen ſon beau-pere avoit
cédé fa charge de Prendent de la premiere des
Enquêtes du Parlement.
Le 7 Dame Françoiſe-Marthe Billard veuve
depuis le 5 Decembre 1715 de Jérome Bignon
Conſeiller d'Etat ordinaire & ancien Prevôt
des Marchands avec lequel elle avoit été mariée
dès le 26 Septembre 1685 , mourut à Paris âgée
1ERCURE DE FRANCE.
2 ans& ſans laiſſer d'enfans . Elle étoit file
née de Germain Billard Seigneur de Monta-
Mire , Avocat au Parlement de Paris , &d'Helene
Meſtivier ; elle avoit pour ſoeur aînée Dame Marguerite
Billard morte le 16 Août 1729 , étant
veuve depuis le 30 Juillet 1719 de Louis Chauvelin
, Seigneur de Griſenoye & de Chandeuil ,
Conſeiller d'Etat ordinaire , duquel elle avoit eu
entr'autres M. Chauvelin ci- devant Garde des
Sceaux de France &c.
AVIS AU PUBLIC.
ILL
importe à un particulier de ſçavoir de quel
Pays étoit le ſieur Charles Fauzillon de Vaubreuil
mort revêtu d'une Charge d'Ecuver Conſeiller du
Roi , Controlleur ordinaire des Guerres , qu'il
avoit achetée lors de la Création de ces Charges
en 169 , laquelle s'eſt trouvée vacante aux
parties caſuelles , & a été levée au mois de Mars
1730. On ſupplie ceux qui ont connu celui dont
il s'agit de vouloir bien indiquer le lieu & la
Paroiffe où il a été inhumé , pour être en état
d'en lever un Extrait Mortuaire , & d'en marquer
ce qu'ils en ſçauront à M Deniannay Controlleur
Ordinaire des Guerres à Abbeville en Picardie ,
qui leur en aura beaucoup d'obligation .
JANVIER 1746. 20,
ARRESTS NOTABLES.
A
RREST du Conſeil d'Etat du Roi du pre
mier Août 1745 , qui ſupprime le droit de
Péage prétendu par la Dame Veuve Charlet ſur
le Pont. conftruit furla riviere de Morin au lieu
d'Eſbly , Généralité de Paris &c.
ORDONNANCE du Roi , du 16 Octobrepor
tant création d'un Régiment de Huſſards de fix compa
gnies de cinquante Maitres chacunes .
S
DE PAR LE ROI.
AMajesté ayant agrée la levée d'un Régiment
de Huffards , dont elle a donné le commandement
au ſieur de Ferrary en qualité de Mestre de
Camp , a ordonné & ordonne.
ARTICLE PREMIER.
Qu'il ſera levé inceſſamment fix compagnies de
Huffards , de cinquante Maîtres chacune , dont il
fera formé un Regiment de deux Efcadrons &c.
AUTRE du 30 du même mois concernant les
Milices.
DE PAR LE ROI.
AMajesté voulant qu'il foit pourvû au rempla
cementdes Soldats qui manquent dans les bataillons
de Milices , & en même tems à la levée
1
ERCURE DE FRANC F.
agmentation qu'elle a réſolu de faire dans
ts bataillons , elle a ordonné & ordonne
ARTICLE PREMIER.
Les cent trois bataillons de Milices des Provinces
& Généralités du Royaume , y compris les
trois de la Ville de Paris , qui par l'Ordonnance
du 15 Septembre 1744 ont été mis à fix cent
dix hommes chacun , formant neuf compagnies ,
dont une de Grenadiers de cinquante hommes , &
huit de Fufiliers de ſoixante- dix hommes , feront
augmentés juſqu'au nombre de fix cent cinquante
hommes; laquelle augmentation montant à quarante
hommes par bataillon , ſera repartie à raifonde
cinq hommes dans chacune des huit compagnies
de Fufiliers, pour lesporter à foixante-quinze
hommes au lieu de foixante-dix , fans augmentationde
Sergens ni de Haute-payes .
II.
Il ſera envoyé dans le courant du mois de No--
vembre prochain , par le Secretaire d'Etat ayant
le département de la guerre , aux Intendans
des Provinces & Généralités & au fieur de
Marville Lieutenant Général de Police de la
Ville de Paris, des Etats du nombre d'hommes dont
ils auront a faire la levée , pour mettre chacun des
bataillons de leur département , au complet de fix
cent cinquante hommes ; & ils y procéderont
aufi- tôt qu'ils auront reçu leſdits états , de maniere
que dans les premiers jours du mois de Fevrier
prochain les Miliciens de ladite levée puiſſent être
affemblés & équipés , conformément à ce qui
eft porté par l'article XII. de l'Ordonnance du
12 Novembre 173.3
JANVIER. 1746. 209
11.
Le ſervice deſdits Miliciens ferade fix années ,
&ils ne pourront s'abſenter ſans congé, de la
troupe dont ils feront , à peine d'être pourſuivis
&punisde mort ſuivant la rigueur des Ordonnances.
IV.
Veut au furplus S. M. que ſes Ordonnances
précédentes , auſquelles elle n'entend déroger
qu'à l'égard de ce qui ſe trouvera contraire à la
réſente , foient exécutées ſelon leur forme &
veneur&c.
AUTRE du premier Novembre portant création
d'un régiment d'Infanterie Allemande , composée d'un
bataillon defix cent foixante bomines .
S
DE PAR LE ROI.
,
A Majesté ayant agréé la propoſition qui lui a
été faite par le ſieur Comte de Ferſen de
mettre inceſſamment fur pied un Régiment d'Infanterie
ſous fonnom , composé d'Officiers & Soldats
tous étrangers , fans yadmettre aucuns nés
dans les Provinces de ladominations du Roi , a
ordonné & ordonne
ARTICLE PREMIER.
Que ce Régiment ſera compoſé d'un batailde
fix compagnies de centdix hommes chacune
lesOfficiers non compris&c.
7
MERCURE DE FRANCE.
1
AUTRE ORDONNANCE DU ROI du même
jour concernant les trois Régimens de Milice de
Lorraine & de Bar &c.
ARREST du Conſeil d'Etat du Roi du 4Decembre
, portant Réglement pour les Toiles à
Voiles qui ſe fabriquent dans l'Evêché de Rennes
&c.
ORDONNANCE du Bureau des Finances
de laGénéralité de Paris du 14 , qui ordonne que
les particuliers , Communes & Paroiffes , propriétaires
riverains de la chauffée allant de la Ville de
Beaumont-fur-Oiſe en celle de Beauvais par Chambly
, feront , chacun en droit ſoi, curer les fofſés
& dégorger les ponceaux pour l'écoulement
des eaux &c.
AUTRE Ordonnance du Roi , du 15 porcréation
d'un Régiment d'infanterie de
troupes légeres , ſous le nom de Cantabres Volen-
S
tant
taires.
DE PAR LEROI.
A Majesté ayant agréé la propoſition qui lui a
été faite par le Chevalier de Bela de mettre
iuceſſamment ſur pied un régiment d'Infanterie de
troupes légéres , compofé de Baſques , a ordonné
&ordonne
ARTICLE PREMIER .
Que ce Régiment ſera compoſé d'un bataillon
dedixcompagnies de cinquante hommes chacune,
lesOfficiers non compris &c.
JANVIER 1746. 211
AUTRE du 21 pour fixer pendant l'année
1746 la retenue du pain de munition à vingtquatre
deniers la ration dans les Places des frontieres
de Flandre & d'Allemagne &c.
ARREST du Conſeil d'Etat du Roi du même
jour qui proroge pendant le courant de l'année
1746, à commencer du premier Janvier audit an ,
la modération des droits de Marc d'or , d'enregiftrement
chés les Gardes des rôles , ſceau & autres
frais des proviſions des Offices vacans & autres
téputés tels , qui feront expediées aux révenus
reputes
cafuels.
0Nn'a pas eu le tems de faire graver lesMédailles
des Connêtes du Roi ; în les fera graver pour
te Mercure de Fevrier.
FAUTES à corriger dans le Mercure
de Novembre.
PAge 236 à l'article de la mort d'Anne-Auguste
de Montmorency Prince de Robecque &c. lifez
que ſon fils aîné Anne Louis-Alexandre de Montmorency
, aujourd'hui Prince de Robecque , cidevant
Comte d'Eſterre &c. est né le 25 Janvier
1724 , non le 15 Janvier 1721 , & donnez pour
frere puiné à ce jeune Seigneur N ........ de
منRCURE DE FRANCE.
norency Marquis de Mobecque né & onyé
le 11 Novembre 1725 , Mouſquetaire de la
premiere Compagnie , & foeur Magdeleine-
Françoife-Anne Félicité-Ifabelle de Montmorency
née & ondoyée le 20 Mai 1727 , & bâtiſée le
lendemain , penſionnaire à la Ville-l'Evêque.
Errata du fecond volume de Decembre.
PAge 186. On a oublié de faire mention des
pere & mere de M. le Baron de Veuilly, qui ſe
nommoient François de Cugnac Marquis de Dam.
piere , mort en 1680 ,& Anne de Cugnac Dame
de Richerville , héritiere de ſa branche , morte
en 17 9.
Même pag. lignes 4 & 11 hautereſnes life
hautevefnes.
Lignes 11 & 12 Beju lifez Bezu.
Ligne Is Baux oncle & niece , lefez Bauxoncle.
Ligne 28 1623 lefez 1729.
Pag. 187 lig. 4harville-traifne , lifez harvilletraiſnel.
TABLE.
PIIEECCEESS FUGITIVES en Vers,&enProſe
, Epitre à Uranie 3
Lettrede M. du Marſais ſur un paſſage d'Horace 7
Traité des Tropes par le même 20
Sonnet Italien & la Traduction Ibid.
Autre& la Traduction 2г
Reflexions ſur l'Ingratitude 23
Vers à Mde .. •pour le jour de ſa Fête 32
Dela Critique 34
Sonnet Italien & Imitation 37
Suite de l'Histoire univerſelle 39.
Epitre de M. de la Soriniere 60
Les Jardins , Poëme 62
Vers à mettre en Muſique 67
Lettre ſur l'Histoire de Charles XII 68
Chant Royal 73
Balade 76
Suite de la Séance publique de l'Académie des
Belles Lettres 78
Suite de celle des Sciences 88
Séance de celle de la Rochelle 90
Ode anacréontique 100
Nouvelles Littaires , des Beaux Arts &c . Hiſtoire du
Théatre François , Extrait 102
Routier des Côtes des Indes ,
τις
Hiftoire ſecrette des Femmes galantes de l'Antiquité
, Nouvelle Edition 118
Heures dédiées à Madame la Dauphine 121
Nouvelle Edition du Dictionnaire de Boudot 122
Heures militaires Ibid.
xtrait de lettre de S. Amand fur l'Effence Balfamique
Deviſes des Jettons de cette année
Estampes nouvelles
Nouveaux Plans
124
126
130
132
Livres de Muſique
Suc de Regliffe &de Guimauve
Savonnettes de pure crême de Savon
Sujet du Prix de l'Académie Françoiſe
Quatrain à M. de Voltaire
Vers à M. ***
Lettre de M. D. L. B. à M. С.
Mots des Logogryphes & de l'Enigme
Enigme & Logogryphes
Chanfon notee
133
134
135
Ibid.
136
137
138
139
Ibid.
142
Vers à Mde. D *** le jour de l'an 143
Spectacles , Opera 144
Huitième ſuite des Refixions ſur les Ballets 145
Çomédie Françoiſe 148
Premiere ſcéne d'Alzaide nouvelle Tragédie 149
Comédie Italienne
155
Piéces jouées à la Cour Ibid.
Concerts de la Cour 156
Etrenne préſentée à la Reine 157
Nouvelle Machine du ſieur de France 158
Vers de M. Desforges Maillard 159
Réponſe 160
Ode à M. l'Abbé le Guay &c. 161
Journal de la Cour , de Paris &c . 163
Nomination de Chevaliers de l'Ordre du Saint
Eſprit 165
Gouvernemens accordés par le Roi 168
Régimens donnés 169
Nomination d'Officiers de Marine
170
Priſes de Vaiſſeaux 173.
Nouveaux rubans à la Dauphine 176
Nouvelles étrangeres , Allemagne
Italie
Londres
La Haye
Mort des Pays Etrangers
Mariages , Naiſſances, Bâtêmes & Morts
Avis au public
Arrêts notables
LaChanſon Notée doit regarder la page
177
185
189
191
192
Ibid
206
207
748
De l'Imprimerie de ROBUSTEL , rue de
la Calendre , près le Palais 1746.
I is coure quin Contient wijngement
Juster historiens d'autres
Lay.3.
Discourses'avé reta bterrane
prea lacademie des Busceptions
IT benedens de Paris . Pay.go.
medaill afrappe a location de
Valedicaceat Consecratwind
S'eglisedeIt Sulpice à Paris Bag 188.
M
1
D
• Strede M. m Suole Cati nep
qua Vaitse une hable Nothetin .
Pag. 129 .
med ciltten des Canyong na dewtoy .
Рад . 14 ва
Ch
MERCURE
DE FRANCE
DÉDIÉ AU ROI
FEVRIER
IGITUT
1746.
SPARGAT
Chés
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER
rue S. Jacques.
La Veuve PISSOT, Quai de Conty
à la defcente du Pont-Neuf.
JEAN DE NULLY', au Palais
M. DCC . XLVI .
AvesApprobation & Privilége da Roi,
540.6
M558
1746
Feb
AVIS,
'ADRESSE générale du Mercure est
LàM. DE CLEVES D'ARNICOURT
rue du Champ-Fleuri dans la Maiſon de M.
Lourdet Correcteur des Comptes au premier
étagefur le derriere entre un Perruquier & un
Serrurier à côté de l'Hôtel d'Enguien. Nous
prions très-instamment ceux qui nous adrefferont
des Paquets par la Poste , d'en affranchir
le port , pour nous épargner le déplaisir
de les rebuier , & à eux celui de ne
pas voir paroître leurs ouvrages.
Les Libraires des Provinces ou des Pays
Etrangers , qui souhaiteront avoir le Mercure
de France de la premiere main , & plus promptement
, n'auront qu'à écrire à l'adreſſe ci-deſſus
indiquée ; on se conformera très-exactement à
leurs intentions.
Ainsi il faudra mettre sur les adreſſes à M.
de Cleves d'Arnicourt , Commis au Mercure
de France rue du Champ-Fleuri , pourrendre
à M. de la Bruere.
PRIX XXX . SOLS
MERCURE
DE FRANCE
DÉDIÉ AU ROI.
FEVRIER 1746.
PIECES FUGITIVES
en Vers & en Profe,
DISCOURS qui contient un jugement
furles Historiensà Autun, par un Chanoine
de l'Eglise de la même Ville.
L n'eſt pas ſurprenant que les
Romains dont la puiſſance *
egaloit la ſageſle , & dont l'une
& l'autre étoient ſupérieures à
toutes les celles de Nations connues , les
* Mac, C. 8,
A ij
4 MERCURE DE FRANCE.
ayent enfin foumiſes à leur Empire.
Mais ce n'eſt pas un petit avantage pour
les Gaulois d'avoir été les derniers ( 1 ) à fubir
cette Loi commune. Leur conquête étoit
reſervée à la valeur du plus grand Capitaine
de la République Romaine. Céfar par
des travaux immenfes &par la force de ſon
génie réduiſit après une guerre de dix années
les Gaules en Province Romaine , &
il eut aſſes d'art pour ſe prévaloir desjalouſies
particulieres des Gaulois , afin de les
afſujétir les uns par les autres.
Il eſt naturel à un François de s'intereſſer
à l'honneur de ſa Nation , de chercherà
développer l'origine de ſes ancêtres , de
s'informer de leur Religion , de leurs moeurs, de leurs coutumes , & de faire connoître les
actions de ceux qui ont reſpiré le même air
que lui.
Deux obſtacles néanmoins paroiſſent s'oppoſer
audéſſein qu'on auroit d'éclaircir des
événemens ſi importans. Le défaut des hif
toriens de ſon Pays & la partialité de ceux
qui ſemblent n'avoir écrit que pour cenſuser
la conduite des Gaulois.
Nos prédéceſſeurs plus attentifs à faire de
grands exploits qu'à nous en conſerver la
(1)Joſeph guer. desJuifs, L, 2. C. 28,
FEVRIER 1746. 5
mémoire , ont fait perdre juſqu'à l'eſpérance
de nous en informer par d'autres que par
eux.
Ils avoient cela de commun avec tous les
autres peuples de la terre , à la réſerve des
Grecs. Si ceux-ci que la Nature avoit formés
pour les lettres , qui ſe donnoient pour les
dépoſitaires de la politeſſe &del'érudition ,
&qui traitoient toutes les autres Nations
de barbares , ont quelquefois rendu juſtice
aux Gaulois , on doit attribuer cet avantage
à la force de la vérité , qui les a obligé de
louer leur courage& leur vertu , & cet aveu
eſtd'autant moins ſuſpect que l'on peut affûrer
que la flaterie a eu peu de part à cet
éloge ; les Romains devenus polis par le
commerce des Grecs entrerent par la ſuite
dans les mêmes vûes d'équité.
Polybe eſt le plus ancien Hiſtorien qui
ait écrit les premieres expeditions desGaulois.
Tite-Live qui le copie ordinairement ,
n'a pas obſervé les mêmes regles de modération
& d'équité à leur égard. Il a cru ſelon
ſa coutume pouvoir dire du mal de ceux
dont les Romains n'avoient pas ſujet d'être
contents.
On ne ſçauroit beaucoup comprer fur
l'exactitude de Diodore de Sicile , puiſqu'au
rapport de Photius,les ſix premiers Livres de
cet Hiſtorien ne contiennent que les faits
Aiij
MERCURE DE FRANCE.
qui ont précédé le ſiége de Troye , où la
fiction a plus de part que la vérité.
Strabon & Ptolomée fontune aflés exacte
deſcription des Gaules.
C'est dommage qu'il ne nous reſte d'Appien
d'Alexandrie qui avoit beaucoup d'ef
prit & de difcernement , qu'un très - léger
extrait de la guerre des Celtes.
Joſeph & Juſtin ne parlent des Gaulois
qu'en paſſant. Pline & Plutarque en rapportentdes
faits très - intereſſans. Floris & Velleïus
Paterculus en ont conſervé quelques
circonftances particulieres. Tacite , & furtout
Ammien Marcellin, nous en apprennent
beaucoup davantage. Mais Céſar eſt celui
de tous les anciens qui en parle avec plus
d'étendue & d'exactitude , Eh ! où trouver
ailleurs que dans ſes admirables commentaires
une deſcription plus exacte du
Pays , une connoiffance plus parfaite des
moeurs & des coutumes , un récit plus fidé-
'le de l'état du Gouvernement & de la Religion
des Gaulois ; en un mot une Hiftoire
plus détaillée d'une guerre longue & perilleuſe
qu'il termina à fón avantage ? If eft
vrai qu'Afinius Pollion l'accuſe de quelque
nég'igence , mais le témoignage deCicéron
eſt d'un tout autre poids (1 ) & il
(1 ) Ap . Sueton,
:
FEVRIER 1746. 7
préviendra toujours en faveur du plus
Grands des Romains.
Enfin l'Orat. Eumenius originaire de la ville
d'Athénes, qui profeſſoit l'Eloquence à Autun
fous Conſtance Chlore &fous l'Empereur
Conſtantin ſon fils , explique affés ſouvent
ce que César n'oſeroit dire ouvertement
dans quelques uns de ſes Panégyriques , que
le tems nous a conſervés. Ils fourniffent des
lumieres fur notre Hiſtoire que l'on ne
trouve point ailleurs .
La plus grande partie de ces anciens Auteurs
parlent avec éloge de la République
des Eduens , &quelques uns même de leur
Capitale , mais aucun d'eux n'a entrepris
d'écrire une Hiſtoire ſuivie des Gaulois , &
fi par occafion Céſar dit un mot de leur origine,
il a ſoin d'avertir que les Druides font
ſes garants , & il paroît peu perfuadéde cette
tradition qui fait deſcendre les Gaulois de
Pluton.
Les Romains eux - mêmes étoient auffi
peu inſtruits de la leur que les autres Nations.
Dès le commercement de fon Hiſtoire
Tite-Live demande grace en faveur de l'antiquité
,& il penſe que l'on est à couvertde
blâme , fi pour honorer ſon Pays on altére
quelquefois la vérité par le mélange de
quelques fables, Datur hac venia antiquitati
, ut miſcendo humana Divinis , primordia
urbium antiquiora faciat. Aiiij
8 MERCURE DE FRANCE.
Si les differens peuples de la terre ont défiguré
la vérité & méconnu leur origine ,
par quel hazard ſe ſeroit-elle conſervée chés
les Gaulois dont les Druïdes ſe faisoient un
point de Religion de ne laiſſer aucun Monument
qui pût les faire connoître à la poſtérité?
Il s'eſt néanmoins trouvé dans ces derniers
tems un fameux Ecrivain qui a cru
pouvoir ſuppléer au défaut des anciens , &
rétablir ce qu'ils avoient négligé.
Annius de Viterbe qui joignoit à la connoiſſance
des Langues une Etude aflés vaſte
de l'Hiſtoire profane , ſe figura qu'à la faveur
des fragmens de quelques anciens Auteurs
cités par Joſeph & par Eufebe , il pourroit
faire revivre les Hiſtoires de Béroſe , de Manethon
, de Fabius Pictor , de Caton , de
Megaſthéne , de Philon & de Xénophon. II
donna ce titre pompeux au premier de ces
Ecrivains. Berofi Sacerdotis Chaldaici de
Antiquitatibus totius orbis Libri quinque ,
quoiqu'on n'en eût jamais connu que trois ,
& que Béroſe n'eût écrit que l'Hiſtoire des
RoisdeBabilone .
Annius n'étoitpas aſſés habile pour exécuterun
tel deſſein; il ne pût éviter de faire
tomber ſes prétendus Auteurs dans quelques
contradictions manifeſtes qui ont découvert
ſa ſupercherie; il n'a pas méFEVRIER.
1746. 9
,
me fait uſage de tous les paſſages que
lui fourniſloient Joſeph & Eufebe; il a défiguré
juſqu'aux noms propres de ſes Auteurs
&il appelle toujours Metaſthéne ,
celui que Joſeph , Strabon & Athenée n'ont
connu que fous le nom deMégaſthéne ; il
dit que la Reine Sémiramis avoit fait bâtir
la Ville de Babylone , quoique le vrai Béroſe
blâme les Grecs d'avoir ſuppoſé ce fait
contre la verité de l'Hiſtoire ; il donne à la
Ville de Lyon fondée par Munatius Plancus
Lieutenant de Marc-Antoine , plus de
mille ans d'antiquité avant la naiſſance de
ce Triumvir.
Pour donner quelqu'apparence à un defſein
auſſi bizarre , Annius fit graver ſur différens
marbres le texte Latin de ſes Auteurs
qui avoient écrit en Grec , & fit acquerir
àces inſcriptions , qu'il eut ſoin de faire cacher
en terre , un certain air d'antiquité. Dès
qu'il les crût en état de paroître , il fit ouvrir
la terre en cet endroit où il les renoit
cachées , & devenu fier de cette prétendue
découverte , il fit porter avec éclat ces Monumens
modernes aux Magiſtrats de Viterbe
, auſquels il tâcha de perfuader que leur
Ville étoit plus ancienne que celle de Rome :
il recueillit enſuite en un même corps ces
Auteurs qu'il avoit fabriqués , & il les expliqua
par de longs commentaires auffi di
gnesde foique le texte. A
10 MERCURE DE FRANCE.
,
Antoine Auguftin Archevêque de Tarragone
rapporte dans l'un de ſes dialogues
toutes ces circonſtances qu'il avoit appriſes
d'un compatriote d'Annius . Mais quand un
aufli habi'e homme n'eût pas dévoilé ce
myftcre d'iniquité , ces impoſtures étoient
trop groffieres pour échapper aux lumieres
de Joſeph Scaliger & de Melchior Cano
que l'on peut regarder avec juſtice comme
l'honneur de l'Ordre de S. Dominique. Celui-
ci , quoique confrere d'Annius , eut ſoin
d'avertir les gens de Lettres de ne point ſe
laiffer éblouir par l'éclat de la fauffe Monnoye
de ce prévaricateur , dontil releve les
anachroniſmes & les autres bévues dans l'endroit
le plus achevé d'un ouvrage digne du
fiécle d'Auguſte. Nec verò libenter nosfcriptorum
prafertim familia noſtra vitia detegimus ,
ſed in publicâstudiorum caufà nullo modo pravaricandum
erat .
Scaliger ne témoigne partout que du mépris
pour Annius dont il affûre que larapfodie
eſt un tiſſu de toutes fortes de men.
fonges , mendaciorum officina. Il fait voir
qu'il a confondu les Rois d'Aflyrie avec ceux
de Babylone , & qu'il écrit par un défaut
de jugement que le Roi Hérodes reconnu
comme tel par le Sénat , felon lui , jubente
Senatu Romano , n'étoit pas unRoi légitime ,
& que les Juifs après 36 ans de tyrannie
FEVRIER 1746. 11
,
lui avoient offert un Royaume qui ne leur
appartenoit pas. Je n'ai pas deſſein
>> continue Scaliger , de relever toutes les
>> fautes de cet homme oifif& ignorant qui
>> s'eſt peu ſoucié de ſacrifier ſa réputation ,
>> pour impoſer au public, mais je plains ſeu-
>>lement le fort de ceux qui ſe perfuadent
>>que l'on ne peut approfondir l'ancienne
»Hiſtoire ſans avoir recours aux fictions
>> d'Annius , quoique ſes fourberies ayent été
démaſquées. ود
Ces avertiſſemens d'Antoine Auguſtin , de
Melchior Cano & de Joſeph Scaliger n'ont
pas néanmoins détourné quelques demi-
Içavans d'employer le témoignage de ces
Ecrivains ſuppoſés , foit qu'ils n'ayent point
connu les ouvrages peu rares de ces critiques
du premier ordre qui en ont démontré
la ſuppoſition ; foit que leur curiofité ait
été féduite par la lifte de ces anciens Rois
Gaulois que l'on fait fuccéder les uns aux
autres depuis le déluge jaſqu'à ces tems
où l'on commence à difcerner le vrai d'avec
le faux , & il est évident que cette com--
modité a tellement préoccupé leurs eſprits
qu'ils n'ont pas fait réflexion que Béroſe n'avoit
entrepris que l'Hiſtoire des Rois de
Babylone & non celle des Gaulois qu'il
ne pouvoit connoître que très - fuperfi
ciellement.
Avj
12 MERCURE DE FRANCE
La pente naturelle de la plupart deshommes
pour le merveilleux a precipité quelques
uns de nos Hiſtoriens dans cet écueil , &
pour ne parler à préſent que de ceux qui ſe
font appliqués à l'Hiſtoire particuliere d'Autun
, S. Julien de Baleure Doyen de l'Egliſe
de Châlons ſur Saône , le premier qui l'ait
écrite avec quelque méthode, donne partout
une égale autorité au témoignage de Céſar
& à celui du faux Béroſe,&les fait toujours
aller de pair. Coinme ilne fit à Autun que leféjour
d'un voyageur , on ne doit pas être ſurpris
que la Carte qui repréſente les antiquitésde
cette Ville ne ſoit pas exacte.
François Perrin Chanoine & Syndic de
l'Egliſe d'Autun mort en 1606 , & Jacques
Léotius ou Leanté Médecin de cette même
Ville , formerent en même tems le deſſein
dedonnerà leur patrie commune des preuves
de leur affection , mais il ne publierent
point leurs ouvrages. L'Hiſtoire de Perrin
n'a point été imprimée ; les extraits que l'on
envoit n'ont pas reçu la derniere main , &
conſolent aiſément de la perte de ſon travail.
Celui de Léotius parut à Lyon en 1650.
in - 4° . avec le titre de Antiquis Auguſtoduni
Monimentis. Il prouve en bon Phyficien que
la ſituationde la Ville d'Autan eſt très-avantageule
pour la ſanté, puiſqu'étant ſituée
FEVRIER 1746. 13
au pied de pluſieurs grandes montagnes qui
lamettent à couvert des vents du midi , l'air
& l'eau de cette Ville n'en font jamais infectés.
Les Mémoiresfervans àl'Histoire d'Autun
par Jean Munier diſciple du Jurifconfulte
Hotman , & Avocat du Roi au Baillage de
cette Ville, furent publiés à Dijon en 1660
in-4'; ils font remplis de recherches trèsjudicieuſes
ſur les Comtes d'Autun , qu'il
dit avoir été les Gouverneurs de la Bourgogne.
Il traite dans ſa premiere partie de
l'Etat & de la République des anciens Autunois
, de fon étendue&de ſes limites , de ſa
Police & de ſon Gouvernement , enfin de
fon Sénat & du Vergobtet ou du Souverain
Magiftrat. Munier ne s'étoit point engagéà
parler de l'origine des Gaulois , & il
pouvoit ſe diſpenſer de faire mention de
Samothés , &des Rois fabuleux d'Annius
mais par une fatalité commune à ceux qui
paffent leurs jours dans la Province , & qui
manquent ſouvent d'amis ſincéres & clairvoyans
qui ſoient en état de revoir leurs ouvrages
, Munier n'a pîíû éviter dedeshonorer
fes Mémoires par le témoignage du faux
Bérofe.
Onne doit point être ſurpris que l'Avocat
Ladone l'ait imité ; il annonce dans ſes-
Antiquités d'Aumn imprimées en cetteVille
14 MERCURE DE FRANCE .
en 1640 in- 8 ° . l'ouvrage de Jean Munier
auquel il céde la palme avec juſtice. Etienne
Ladone a traité ſon ſujet en Vers Latins,
auſſi a-t il uſé de toutes les licences de cet
Art , & jamais homme n'a hazardé tant de
conjectures que lui. Il eſt vrai qu'il a joint
à ſes Vers d'aſſes bons commentaires où il
fournit les textes des Auteurs originaux, mais
il faut en même tems recourir à ces Auteurs
auſquels Ladone ajoute quelques mots pour
autoriſer ſes conjectures.
En 1660 on vit paroître à Lyon une
Hiſtoire de l'antique Cité d'Autun ſans nom
d'Auteur , & on n'en imprima ſeulement
que 104 pag. in -fol. Cet ouvrage plus conſidérable
que tous les précedens eſt orné de
pluſieurs planches très - curieuſes .
Le P. de Montfaucon qui en a fait graver
quelques unes l'attribue à M. Thiroux : le
P. le Long penſe qu'il eſt du S. Aubry
Docteur en Médecine ; M. de Salins Médecin
à Dijon croit que c'eſt l'ouvrage du
fieur de Chevanes célébre Avocat de cette
Ville ; il eſt néanmoins de M. EdmeThomas
, Chanoine & Grand Chantre de l'Egliſe
d'Autun , dont le manufcrit entier qui m'a
été communiqué ſe conſerve dans ſa famille ,
qui occupe un rang diftingué dans le Parle
ment de Bourgogne.
CetteHiftoire eſt diviſée en deux parties
L
-
FEVRIER . 1746.
15
&la premiére partie en trois Livres. Au premier
Livre il eſt parlé des fondateurs de la
Ville d'Autun , dans le goût , & felon le ſyſtême
d'Annius , & de l'étendue de l'ancienne
République des Autunois. On y repréfente
differens plans de Portes de Ville , de
Temples , d'Aqueducs & de quelques Mo--
numens découverts en cette Ville : les gravûres
en ſont groffieres & les deffeins peu
corrects.
On fait mention au ſecond Livre des Armes
, du génie , des moeurs , de l'eſprit
&du courage des Eduens , de leur Gouvernement
, de leurs Loix , de la Police , du
langage , de la milice, des habillemens &
autres ornemens de nos ancêtres. Voilà ce
que contient l'imprimé. Ce qui eſt manufcrit
rappelle l'entrée de Céfar dans lesGaules
&fes autres exploits juſqu'au fiége d'Aliſe .
Ce Livre eſt terminé par l'apologiedes Gaulois
contre leurs accuſateurs & parl'idée que
l'on donne de quelques illuftresAutunois.
Le troiſiéme Livre explique la Religion
&le culte qu'ils rendoient à leurs Dieux naturels
& adoptifs , les prérogatives & les
fonctions des Druides & l'étendue de leur
pouvoir ſur ce qui concerne la Religion &
l'Etat. Telle est la premiere partie de l'Hiftoire
d'Edme Thomas : s'il avoit traité fon
fujet avec plus d'exactitude ; que ſa métho
16 MERCURE DE FRANCE.
defut plus réguliere &ſa critique plus fúre ,
il feroit inutile d'entreprendreun nouvelouvrage
, puiſqu'il ſemble avoir compris tout
ce qui regarde l'ancienne Hiſtoire d'Autun.
Dans unprojet imprimé de cet Ouvrage
il avoit promis une ſeconde Partie dans laquelle
il devoit donner une Hiſtoire Eccléſiaſtiquede
la Ville & du Diocéſe d'Autun ;
il y devoit auffi repréſenter l'établiſſement
de la Foi Chrétienne à Autun , la
ſuite& les actions principales des Evéques
de ce ſiége& fixer l'époque & l'origine des
Abbayes & desautres Egliſes de ce Diocéſe.
Claude Saulnier Chanoine & Prévôt de
cette Egliſe a entrepris de nos jours d'exécuter
ce deſſein ſoit qu'il ait eu la communication
des Mémoires de ſon confrere , ou
qu'il ait cru pouvoir ſe paſſer de ſecours , il
fit paroître en 1686 ſonAutun Chrétien , in-
4°. Il n'a pas cependant répondu à ce que
l'on pouvoit attendre de lui , & il ne s'eſt
point rendu le maître de ſa matiere. Il eſt
peu exact dans la Chronologie & il hazarde
ſouvent des faits dont il ne fournit pas la
preuve, mais il convient de bonne foi qu'il
ne l'a pû faire à cauſe des frequentes deftructions&
des incendies que cette Ville a fouffertes
endifferens tems.
J
En l'année 1688 onvit paroître un ouvrage
anonime , intitulé Hiſtoire de l'ancienne
FEVRIER 1746 17
Bibračte àapréſent appellée Autun. L'Auteur
rempli d'idées romaneſques , a négligé les
régles de l'Hiſtoire , & s'eſt uniquement
occupé à faire des deſcriptions de quelques
Palais enchantés , telles qu'il les avoit lues
dans les Aniadis ou dans le Grand Cyrus :
il diſpoſe des troupes de Céſar commes'il
avoit été maître de ſon camp. Il fait aller
les Suiſſes à Langres avant leur défaite,&fans
ſe rappeller qu'immédiatement après Céfar
alla déclarer la guerre à Arioviſte , & qu'enfuite
il alla paſſer l'Hyver dans la partie de
ſonGouvernement que l'on a depuis appellé
la Lombardie , notre Auteur le fait venir
àBibracte où l'on ne parla plus que dejeux ,
de plaisirs , de bals , de feſtins &de tous les
divertiſſemens qui pouvoient inſpirer une joye
univerſelle. Pour s'attirer quelque croiance
il feint avoir entre les mains des Manufcrits
Latins , qu'il ſuppoſe avoit été trouvés ſous
les ruinesde la Ville d'Autun .
J'ai vû parmi les Livres de la Bibliothéque
de M. Baluze les nouvelles découvertes des
Antiquités d'Autun , par Nicole de Goultiers ,
à Paris 1181 in - 8 °. Je ne puis juger d'un ouvrage
dont je n'ai point eu la communication.
Tels ſont à peu-près les Ecrivains qui depuis
deux cent ans ſe ſont appliqués à l'Hiftoire
particuliere d'Autun, Il ne paroît pas
18 MERCUREDEFR ANCE.
qu'aucun d'eux ait examiné à fond ce problême
hiſtorique où il s'agit de décider
quelle eft cette Ville célébre , connue ſous
le nom Bibracte , & fi elle eſt differente de
celle d'Autun.
Nos Hiftorlens ont plutôt ſuppofé ce fait
qu'il ne l'ont démontré. Ce point de Géographie
a néammoins été diſcuté avec beaucoup
de chaleur dès le commencement de
ce fiécle. L'Inſcription Latine Dea Bibracti
à la Déeſſe , ou plutôt au Génie de la Ville
de Bibracte , trouvée dans les fondemens
du Seminaire d'Autun , donna lieu à cette
conteſtation littéraire , après que M. Baudelot
l'eut publiée dans ſon Utilité des voyages.
Nos Antiquaires de Bourgogne l'ont expliquée
differemment , chacun fuivant leurs
préjugés. M.Moreau de Mautourde l'Académie
des Inſcriptions & Belles Lettres & le
P. l'Empereur Jeſuite ouvrirent cette conteſtation
par leurs diſſertations ſur la Ville
de Bibracte , que le premier ſoutient n'être
autre que la Montagne de Beuvray à quatre
lieues d'Autun ; & le ſecond pretend que
Bibracte & Autun font une même Ville.
On peut voir dans les Journaux de Trevoux
ces deux morceaux remplis d'érudition. M.
de Mautour a crû devoir ſuivre le ſentiment
d'Adrien de Valois , qui dans ſa Notice
des Gaules ſe ſertd'un paſſage de l'Ora
FEVRIER 1746. 19
rateur Eumenius , qu'il ſuppoſe établir la difference
des Villes d'Autun & de Bibracte ,
par la comparaiſon qu'il lui fait faire entre
l'une & l'autre mais M. de Mautour ne
prend pas garde que M. de Valois pour autorifer
cette pretendue diſtinction altére le
ſens de cet Orateur auquel il fait dire ce qu'il
n'a jamais penſé.
M. de Salins Secretaire du Roi & Medecin
à Dijon s'eft élevé contre ce double fyftême
dans deux lettres en forme de Differtations
imprimées à Dijon & à Beaune en
1708. Il fait les derniers efforts pour perſuader
que la Bibracte de Céfar & de Strabon
n'eſt autre quela Villede Beaune , fa
chere Patrie.
Enfin M. Baudot Maître des Comptes
& Maire de Dijon , dans ſes Differtations
fur Autun & fur Dijon qui devinrent publiques
en 1710, eſt ſurpris qu'il ſe trouve
des gens Sçavans dans l'Hiſtoire & dans la
Géograrhie qui puiſſent croire que la Vil-
•le de leaune foit la Bibracte de Céfar.
J'ai cru devoir rapporter les raiſons des
uns & des autres ; je n'ai diffimulé nileurs
preuves ni leurs objections , & mes reflexions
fur ce ſujet forment le ſixiéme Chapitre
de la premiére partie de cette Hiftoire.
On ne peut efufer de rendre cette juſtice
au Clergé d'Autun , qu'il s'eſt dans tous
10 MERCURE DE FRANCE.
les tems trouvédes ſujets de ſon Eglife Cathédrale
, qui ont marqué le défir qu'ils
avoient de relever l'honneur de leur patrie :
il ſeroit même difficile de raffembler un aufſi
grand nombre de Monumens antiques ,
que ceux dont M. Thomas a donné le recueil
également intereſſant & curieux. Mais
on doit convenir en même-tems , que nos
Hiſtoriens dépourvûs des connoiſſances néceſſaires
pour traiter un ſujet qui n'étoit pas
tout- à- fait de leur reffort , n'ont pûdonner
qu'une idée très-ſuperficielle de ce qui
fait la partie la plus conſidérable d'une pareilleentrepriſe.
La Théorie de l'Hiſtoire que l'on puiſe
dans les anciens , ne ſuffit pas pour l'exécution
d'un tel ouvrage; il faut avoir un grand
uſage pour lever exactement des plans ,
pour enmeſurer les proportions , pour comparer
l'Architecture des Grecs avec celles
des Romains , pour ne pas confondre les
Monumens anciens , & éviter de prendre
par éxemple , un Théatre pourun Amphithéatre
, & pour juger de leur antiquité ,
dont la plus grande partie a précédé l'arrivée
de Céſar dans les Gaules.
,
Sans les relations que j'ai eues avec un
habile homme qui a demeuré quelques années
à Autun , je n'aurois jamais entrepris
un ouvrage de cette nature auſſi peu con
FEVRIER 1746. 21
forme àmon état que fort au-deſſus de ma
portée.
Feu M. Thomaſſin élevé par M. le Maréchal
de Vauban , qui lui procura l'emploi
d'Ingénieur Ordinaire du Roi , fut envoyé à
Autun parM. le Duc d'Orleans Régent pour
un autre ſujet que celui d'examiner les anti.
quités de cette Ville. Dans ſes momens de
loiſir je le quittois rarement , ſur tout lorfqu'il
en alloit lever les plans ; j'avois ſoin
àmon retour de recueillir ſes obſervations
fur nos anciens monumens ; il s'offrit meme
à lire avec moi le Vitruve de M. Perrault.
Nous fimes enſemble pluſieurs petits
voyages qu'il crût néceſſaires pour l'intelligence
de quelques endroits des Commentaires
de Céſar. Nous parcourûmes les Landes
de lavaſte montagne d'Auvenai , furlaquelle
l'Armée de Cefar & celle des Suiſſes
avoient campé, Je l'accompagnai lorſqu'il
leva le plan de la belle Colonne de Cuffy
qui est au pied decette montagne ; il en découvrit
le chapiteau qui ſert de bord au puits
des granges d'Auvenai à une lieue de là,
Nous ſuivimes la route que les Suifles pouvoient
avoir tenue lorſqu'ils eurent traverſé
la Saone juſqu'a l'endroit de leur défaite,
Nous fumes viſiter les tombes de la Paroiſſe
de S. Emiland à trois lieues d'Autun , où Sacrovir
perdit la bataille contre Florus Lieu
22 MERCURE DE FRANCE.
tenant de l'Empereur Tibere ; & nous allames
voir les differentes cimes de la montagne
de Bauvrai , dont le pied peut avoir
deux lieues & demie de circonference .
M. Thomaſſin ne me jugeoit pas tout - à
fait inutile à ſes deſſeins ; le peu d'uſage qu'il
avoit de la Langue Latine me fit entreprendre
, pour l'obliger , la traduction des Panégyriques
d'Eumenius & de quelques endroits
d'Ammien Marcellin dont il avoit beſoin,
Il réſolut enfin d'écrire l'Hiſtoire pratique
de la Ville d'Autun , d'y joindre ſes réflé
xions fur les antiquités de cette Ville & de
prouver qu'elles ne ſont point l'ouvrage des
Romains : elles font en eflet dans le goût
desGrecs & ſuivant leurs proportions , que
Vitruve a reformées au tems de César &
d'Augufte. Mais comme les ordres précis
donnés au fieur Thomaſſin avoientpour objet
l'examen des rivieres du Duché de Bourgogne
, par le moyen deſquelles on propofoit
de joindre la Saone à la Seine pour former
une nouvelle communication de l'Océan
avec la Méditerranée & que d'ailleurs
ſes infirmités l'empêcherent de mettre la derniere
main à ſon Hiſtoire d'Autun , il eut
ſoin de me laiſſer en mourant ce qu'il avoit
médité ſur ce ſujet .
Avec ce ſecours & ce que j'avois recueilli
de mon côté , j'ai cru pouvoir entrepren
FEVRIER 1746. 23
dre de donner une Hiſtoire ſuivie de la Ville
d'Autun ſous la puiſſance des Gaulois &
fous celle des Romains , juſqu'à l'arrivée des
Bourguignons ; ce double point de vue ſous
lequelje la conſidere, formera les deux parties
de cet ouvrage.
Dans la premiere je donne une idée géné
rale des moeurs , des coutumes , du Gouvernement
, du langage & de la Religion
des Gaulois. Je parle enſuite de laGaule
Celtique , des Etats dont elle étoit compoſée
, & furtout de celui des Eduens dont je
marque l'étendue , les limites & le Gouver
nement particulier.
Je fais enfuite fur les Mémoires de M.
Thomatlin & fur fes feuilles volantes que
j'ai miſes dans un nouvel ordre , la deſcriptionde
la Ville d'Autun , & des Monumens
qui ſubſiſtent en tout ou en partie , tant
dans cette Ville que dans l'étendue de fon
ancien terroire , & j'y joins fes reflexions
fur l'Architecture des Grecs & des Romains:
Cettedeſcription ſera précedée d'une dif
fertation ſur la Ville de Bibracte. Je finis
par le caractére des principaux Gaulois &
par la diſpoſition où ſe trouverent les eſprits
lorſque Céfar entra dans les Gaules juſqu'à
cequ'il en eut afſſuré la conquête par le fiége
d'Alife & par la priſe de Vercingentorix.
Acette premiere Partie j'en ajoute une
24 MERCURE DE FRANCE.
1
ſecondequi a été négligée par nos Hiſtoriens.
J'ycontinuel'Hiſtoire d'AutunſouslapuiſſancedesRomains,
juſqu'àl'arrivée des bourguignons
quitonderent leur Royanme environ
l'an 413 de l'EreChrétienne: j'examine dans
cettePartie l'origine de l'Egliſe d'Autun & je
donneunCatalogueraiſonnéde ſes Evêques.
Le célebre Grotius m'a fourni le plande
cette Hiſtoire , & m'en a faitreprendre le
deſſein que j'avois différé d'exécuter juſqu'à
préſent. Il parle avec tantde juſteſſe & de
préciſiondes deux Bourgognes à l'occaſion
des préparatifs de la guerre de ces Provinces
entre les Rois de France & d'Eſpapagne
en 1595 que ſes expreſſions font
trop marquées pour n'étre point rapportées
en leur entier.
>Les Eduens connus par leur alliance
» avec les Romains , & les Séquanes furent
> les premiers maîtres de ces Etats qui de-
>> puis ont formé les deux Bourgognes. Les
»Romains qui les avoient conquiſes ſur les
Gaulois les laifferent à leur tour ufurper
>> par les Bourguignons , peuples originai-
>> res du Nord , qui s'étoient établis depuis
>>long-tems ſur les frontieres d'Allemagne.
22
১১ Ils fondérent leur Royaume dans ce Pays
> que traverſoit la riviere de Saone. Quel-
- que tems après les Rois de France refferre-
- rent ceux- ci dans des bornes plus étroites ,
»&
FEVRIER 1746. 25
"
ود
03
ود
رد
& les chaſſerent à la fin de leur Etat
dont ils donnerent une partie à leurs Alliés
quelquefois & plus ſouvent aux fils
de France , tandis qu'ils partageoient entr'eux
leur Royaume , avec la réſerve
néanmoins que ces terres ſeroient mouvantes
de leur Couronne. Celles qui
avoient appartenu aux Eduens porterent
enſuite le nom de Duché , & celles
des Sequanes celui de Comté. Lorſqu'à-
,, près la mort de Charles le Hardi , Louis
XI. Roi de France ſe fut emparé du Duché
de Bourgogne, il ſoutint que cet appa-
„nage étoit dépendant de ſa Couronne
,, far droit de Réverſion & que les femmes
n'en avoient aucun fur cette Provin-
ود
رد
"
دو
و د
رو
ود
"
ce. Mais comme le Comté s'étoit mis de-
,, puis longtems ſous la protection des Prin-
,, ces d'Allemagne , & avoit des Seigneurs
,, particuliers , il entra dans la maiſon d'Autriche
par le mariage de la Princeſſe Marie
avec l'Empereur Maximilien .
Adui olim Romana Societate notiſſimi
Sequani, Gallica Nationes has terras tenuere
; in quarum mox poffeffionem , Romano orbe
concufſo , venere Burgundiones ex feptentrione
orti , fed qui propiora Germania pridem
infederant. Horum & cis & ultra Ararim
longe patens potentia , etiam cum Regio nomine
, a Francica magnitudine primum, ac
B
26 MERCURE DE FRANCE.
postremo obtrita eft. Exinde ejus partes modo
Amicis , Sape& Regum Francorum filiis , attributa
, dum dividuum id Regnum fuit , manenie
regni honore. Pofteà Æduorum fermè que
fuerat Regio. Ducatus, Sequanorum, Comitatus
vocabulo. Poſt mortem Caroli Audacis , Valefiorum
è Stirpe , Ludovicorum undecimus ,
Francorum Rex , Maria - Caroli filia , Du -
catumeripuit ,fucceffionem ejus Imperiifeminis
deferri negans. At Comitatum qui ex quo
Germania feorfim regnata eft , in ejus fide ef-
Se caperat post Maximiliani cum Maria con
jugium Auftriaca domus tenuit.
J'ai tâché de remplir les deux premieres
parties du deſſein de cette Hiſtoire de Bourgogne.
Les RR. PP. Bénedictins de la Congrégation
de S. Maur ont entrepris les autres
; & l'on pourra regarder mon travail
comme un Suplément , ou ſi l'on veut
comme une introduction à l'Hiſtoire qu'ils
ont commencé de donner au public .
Si quid noviſti rectius iftis ,
Candidus imperti : ſi non , his utere mecum,
2
FEVRIER 1746. 27
LA BEAUTE' ET LA LAIDEUR .
FABLE.
N'Aguere en France on dit quela Laideur
Avoit diſpute avec Beauté ſa ſoeur ,
Aquidesdeux porteroit voile ou maſque :
L'ordre en étoit arrivé par un Baſque
Noviſime du Pays de la Cour.
Pour prononcer les Juges prirent jour.
On jabotta de la bonnemanière ;
Femmesjamais ne reſtent en arriére
Quand cela touche un peu leurs intérêts :
Chacun le ſçait : pour entrer en matiere
Dame Beauté commença la premiére ,
Par exalter ſes graces & ſes traits .
Sans contredit , je vais , s'écria- t-elle ,
En quatre mots terminer la querelle :
Quand je parois tout cede à mes attraits ,
Etdans l'inſtant chacun merend hommage ;
Je peux fixer l'homme le plus ſauvage ;
De tous côtés , grands , petits , jeunes , vieux ,
Portent ſur moi des regards curieux :
C'eſt un plaisir de voir un beau viſage.
Interrogez deux centmille mortels
Bij
28 MERCURE DE FRANCE .
Aqui j'ai fait cent fois rendre les armes ;
Tous ceux qu'on voit me dreſſer des Autels ,
L'encens qu'on offre à l'eclat de mes charmes ,
Parlent , je crois , affés en ma faveur :
Pour toi , dit-elle , enſuite à la Laideur ,
Combien as- tu de qualités ſemblables ?
Va te cacher .. tu ferois peur aux diables .
Pourquoi , dit l'autre , irois-je me cacher ?
Sijen'ai pas comme vouslapeau fine
Eft- ce ma faute ? Eh ! pourquoi me chercher
Une querelle à cauſe de ma mine ?
C'eſt , répondit auſſi -tôt la Beauté ,
Que je confulte ici ton avantage :
Quand une fois on a le teint gâté
On n'embellit , ma foi , pas davantage ;
Or en couvrant cette difformité
Tu piquerois la curiofité
De bien des gens.,Madame la bergere ,
Lui repliqua la Laideur en colere ;
Je ne fais pas d'auffi grands maux que vous ;
Et fans parler de vos maris jaloux
Con bien d'Etats , de Villes , de Provinces ,
De faints , de Rois , de Généraux , de Princes
N'avez -vous pas brûlés , perdus , bleſſés ?
Sous la guimpe & le froc , ſous la mitre & le caſque..
Elle ſe tait Meſſieurs c'en eft affés ..
,
Voyez à qui l'on doit donner le maſque .
Par la Demoiselle de Châlons.
FEVRIER 1746. 29
SUITE de la Séance publique de l'Académie
de la Rochelle.
MBourgeois Avocat que l'Académies'e
.toit auſſi aſſocié depuis quelques mois,
termina la ſéance par un diſcours qui a
pour objet l'Eloge Hiſtorique de la Rochelle.
Les trois pointsde vue ſous leſquels l'Auteur
a eu deſſein de peindre ſa Patrie regardent
la guerre , le commerce & les Sciences ;
telle eſt ſa diviſion & voici fon Exorde.
Vos ſtatuts , MM. laiſſant la liberté du
choix , l'amour de la Patrie ne m'a pas
>>permis de balancer entre les differens fu-
>>jets qui ſe font offerts. Intereffant dans tou-
>>tes ſes parties , celui ſur lequel je vais avoir
>>> l'honneur de vous entretenir doit non
ſeulement captiver le coeur denos com-
>> patriotes , mais encore exciter la curiofité
>>& fixer l'attention des étrangers. Où ne
> connoît-on point la Rochelle , & quelle
Nation affés éloignée peut ignorer ſes di-
25verſes révolutions ſi néceſſairement liées à
l'Hiſtoire de la Monarchie ? &c .
30
دد
ככ
>> Quoique l'un de ſes enfans , je ne diffimulerai
point ce qui ſemble avoir quelque
fois obſcurci fa gloire. La pureté denos
Biij
30 MERCURE DE FRANCE.
>> ſentimens , des ſervices réels , & cette fi-
→délité ſi ſouvent éprouvée que nous tenons
de nos ancêtres , doivent effacer un ſou-
>>venir ſans doute humiliant , mais dont la
>>honte rejaillit ſur les vrais auteurs des
→troubles reprochés à cette Ville. Une
>>troupe de ſéditieux nés hors de ſes
• murs énchainant leur liberté les mit au
,, point de devenir coupables malgré eux.
Contraints de céder à la force , de plier
,, ſous le joug de l'oppreffion & de la ty-
,, rannie , ils ſe virent réduits à la triſte
ود
ود
ود
"
reffource de gémir ſur des malheurs
dont ils étoient bien moins les inſtrumens
que les victimes&c. ود
Dans la premiere partie M. Bourgeois
rend compte de la fondation , des progrès ,
des évenemens Militaires dela Rochelle. Il
falloit une grande préciſion pour renfermer
dans un eſpace auſſi court une aufli grande
quantitéde faits.
رد
ود
Les commencemens des Villes les plus
fameuſes , dit l'Orateur , ont été fi foibles
,, qu'à peine en trouve-t- on des traces dans
,, les Hiſtoriens. Une retraite de Pêcheurs ,
attirés par la commodité du lieu & le voi-
,, ſinage de la Mer fit éclore une bourgade
qui prit inſenſiblement de nouveaux accroiſſemens
. Telle a été l'origine de la
Rochelle. Lagarde d'un endroit ſi impor-
ود
ود
FEVRIER 1746. 31
s, tant mérita bientôt toute l'attention des
, Seigneurs qui le poſſedoient,&de vint d'u-
,, ne néceſſité abſolue au commencement du
›, neuviéme fiécle.
,, Un eflain de peuples féroces , fortis du
,, Nord, vint débarquer fur ces Côtes . Jamais
un torrent impétueux n'a fait autant
, de ravages. Dès que leur départ eut ren-
دد
" du la tranquilité on ſongea aux moyens
,, de ſe mettre à couvert de ſemblables
incurfions. La conſtruction d'un Château
"
ود
ود
parut le moyen le plus aſſuré pour s'en garantir
En effet les Barbares ayant ....
tenté une nouvelle defcente en 855 ne le
,,purent forcer ; ils furent obligés d'aller dé-
,, barquer par la Loire , & on ne les revit
,, plus ſur nos bords.
ود
ود
A l'abri de cette Fortereſſe les habitans
des environs chercherent une fûreté
,, qui leur manquoit ailleurs ; le nombre s'en
,, augmentant , il fallut aggrandir l'enceinte
de cette bourgade; elleprit enfin laforme
d'une Ville qui fut nommée Rochelle ,
ſans qu'on en ſcache la raiſon , les conjectures
étant trop frivoles pour nous y arrê-
.د
"
ود
هد
,, ter.
ود
Les Comtes de Poitou Ducs d'Aquitaine
, qui ſuccéderent à ſes premiers maî-
,, tres , réſolurent de ſe conſerver une Ville
,,ſi importante par les priviléges dont ils
رد
Biiij
32 MERCURE DE FRANCE.
,, gratifierent ſes habitans. Le premier des
23 Comtes de Poitou que nous ſçavons en
,,avoir joui, étoit le dernier du nom de Guil-
ود laume; ſes Etats tomberent à Eléonor
,, ſa fille aînée : une ſi riche héritiére fut
,, l'objet des voeux intéreſſés de tous les Prin-
,, ces voiſins&c. "
Ici M. Bourgeois ſe trouve forcé de
ſuivre des événemens qui appartiennent à
'Hiſtoire génerale , comme le mariage d'Eléonor
avec Louis leJeune ; la répudiation
de cette Princeſſe , ſon ſecond mariage avec
Henri Prince de Galles & Duc de Normandie
, les victoires de Philippe Auguf
tedans les Provinces du Royaume poſſedées
par les Anglois. Il rapporte encore d'après
les Hiſtoriens , comment la Rochelle fut
remiſe ſous l'obéitſance de Louis VIII. & de
quelle maniere elle leur fut cédée par le
Traité de Bretigny.
,,Un Auteur contemporain nous a con-
,, ſervé , dit M. Bourgeois , le ſouvenir des
,,plaintes que les Rochelois firent enten-
,, dre , lorſqu'après pluſieurs ordres réitérés
,, ils ſe virent forces de livrer leur Ville.
Voici leurs paroles: la vétuſté du langage
n'ôte rien de ſon énergie : Nousfero ns
& obeirons * aux Anglois des levres ,
"
"
*Froiffart.
FEVRIER 1746. 33
5,s'écrierent- ils , mais les coeurs ne s'en mou-
,, vront. Quel témoignage plus glorieux d'a-
,, mour & de fidélité les autres Villes du
,, Royaume ſeroient-elles en état de citer ?
رد
ود
ود
ود
ود
Oui , MM. on nous rendra toujours juftice
quand on voudra examiner notre
Hiſtoire avec impartialité , & nous juger
ſans prévention.
.Une telle conduite de la part des Rochelois
leur acquit l'eftime du Monarque
,obligé de les ſacrifier. Charles V. fuccefſeur
du Roi Jean les en recompenſa par
de nouveaux priviléges &c.
ود
ود
Je ne ſuivrai point l'Auteur dans la fin de
cette premiére partie. Perſonne n'ignore
comment la Rochelle ſecoua le joug des Anglois
en 1372 ; les ſemences de diviſions &
de révoltes que le novateurs y jetterent dès
l'origine du Calviniſme ; le projet qu'ils
conçurent d'y établir une République,après
en avoir chaſſé les Magiſtrats & les principaux
habitans; le fiége qu'ils y ſoutinrent
fous Charles IX. &enfin de quelle maniére
la révolte & l'Héréſie furent foudroyées par
les armes victorieuſes de Louis le Juſte.
La ſeconde partie qui a pour objet le
commerce , forme un morceau d'Histoire
fufceptible de pluſieurs détails intereſſans
qui ſeroient entrésdans le plan d'un Hiltorien
, mais auſquels M. Bourgeois n'a pas
15 V
34 MERCURE DE FRANCE.
dû s'aſſujétir en qualité d'Orateur.
ود Quin'auroit cru , dit-il, que la Rochelle
,, ſe ſeroit reſſentie long-tems de ces affreux
,, revers ? Elle ne tarda pas à s'en relever ,
,, & reprit ſous un régne affermi par la Juſti-
,, ce un éclat que le fanatiſme étoit venu lui
ودdérober. Tranquiles & rendus à eux mê-
,, mes ſes habitans ſe livrerent à d'utiles oc-
,, cupations que les armes avoient interrom-
,, pues .... Le commerce atoujours été regardé
comme le nerf d'un Etat. Rien ne
,, lui eſt effectivement plus néceſſaire après
les Loix ... Des deux branches que le
,, commerce embraſſe , celle de la mer doit
ود
ود
ود être enviſagée comme produiſant des effets
,.plus certains. Il eut été ſurprenant que nos
,, ancêtres ne s'y fufſſent pas livrés tout en-
ود tiers , placés dans une poſition ſiconvena-
,, ble , auſſi ne furent- ils pas des derniers à
,, couvrir la Mer de leurs heureux vaiſſeaux.
ودAl'imitation des Tyriens ... on vit nos
,, peres & l'on nous voit encore voler de
» l'un à l'autre hémiſphére pour aller chercher
les richeſſes des autres climats&c. ود
"A peine eut-on découvert le nouveau
>>monde que leurs navires y arriverent fous
des aufpices favorables. il s'y forme
des Colonies , & les Rochelois en établiffent
la plupart. Pleins de cette émulation
que le ſuccès ſuit preſque toujours ,
ود
ود
ور
FEVRIER 1746. 35
,,ils vont charger leurs vaiſſeaux de ce qu'ont
ود de plus précieux l'Afrique &l'Amérique.
,, Cet exemple n'a pas peu contribué ày dé-
, terminer les autres ſujets de l'Etat&c .
"
ود ,, La Rochelle n'eſt pas à la vérité la ſeule
Ville dont les vaiſſeaux touchent les bords
,, reculés de la Guinée & de l'Amérique ;
,, cet avantage lui eft commun avec pluſieurs
,, autres Villes maritimes ; mais elle en en-
,,voye tous les ans dans certaines Colo-
,, nies dont le commerce lui eſt propre &
particulier. Que ne doivent point à ſes
Négocians le Canada , l'Ile de Cayene ,
leMiſſiſipy ?
ود
ود
ود
Avant que de finir cette ſeconde Partie
M. Bourgeois ajoute de nouveaux traits au
génie laborieux & déſintereſſé qui caractérife
les Rochelois,&fe rend naturellement
à ſon troiſiéme objet , qui eft de conſidérer
la Rochelle par rapport aux Sciences & aux
Arts.
L'Orateur commence cette partie par
l'éloge du ſçavoir en géneral , & attribue
avec raiſon à l'ignorance les progrès de l'erreur
: » Les reffources , pourſuit-il , qui ſe
>> tirent d'un fond d'eſprit que l'Art a cultivé
, ſont de tous les Erats , appartiennent
à toutes les conditions. Nos ayeux qui
» en avoient entrevû l'avantage enfante-
>>rent au milieu même de tumulte des ar-
دد
20
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
> mes , des projets qui tendoient au progrès
১১
১٦
des Sciences& des Arts. Ils érigérent des
>> Ecoles pour l'inſtruction de la jeuneſſe ...
Ils donnerent tous leurs foins à ramaſſer
» un nombre infini d'ouvrages , ſoit imprimés
, ſoit manufcrits,dont ils compoſerent
> une riche bibliothéque ... Le Cardinal
de Richelieu ne crut point qu'ily eût de
>> récompenſe plus digne du ſervice qu'ilvenoit
de rendre à l'Eglife & à l'Etat , que
> la poſſeſſion de cette Bibliothéque célé..
bre. Louis XIII. la lui donna , & elle a
>> depuis paffé à la famille de ce grand Minif-
>> tre que la protection qu'il accorda aux
>> Sciences n'a pas moins illuſtré que tant
d'autres qualités qui rendront ſa mémoire
immortelle.
دد
رد
ود
ود
ود
"
"
"
,
Mais la privation d'un ſecours auſſi néceffaire
n'éteignit point dans nos ayeux
cet amour des Lettres ſi cher à ceux qui les
connoiffent & qui en ſentent le prix. Faifons
voir que nous avons hérité de leur
,,goût , & s'il fautpour nous yengager des
exemples tirés de notre Patrie, en est-il de
plus capables de nous encourager que le
fort brillant de quelques ſcavans que cette
Ville a produits ? ,,
ود
"
ود
M. Bourgeois parcourt le nombre des
gens de lettres dont la Rochelle a été la Patrie.
Ils'arrête ſur quelques-uns , en fait un
FEVRIER
1746. 37
د
court éloge , accompagné de la notice , &
ſouvent de la critique de leurs ouvrages .
Enſuite de quoi il ajoûte : Combien de
,, gens de Lettres ne nommerois-je pas , ou
fortis de cette Ville , ou qui lui ont été attachés
, ſi je n'étois contraint de me renfermer
dans des bornes étroites ? Outre
,, ceux qui y ont vu le jour , il me ſeroit facile
d'en citer un grand nombre attirés par
» nos ancêtres: car il ne faut que protéger
ود
ود
ود
ود
ود les Sciences pour voir accourirde toutes
,, parts les perſonnes qui les cultivent. Heu-
,, reux alors l'Etat qui les reçoit dans ſon
دد ſein! C'eſt preſque toujoursune marque
,, infaillible de puiſſance & degrandeur&c.
20
ودDes titres figlorieux pouvoient- ils man-
,, quer de nous obtenir de l'autorité ſouve-
,,raine un tribunal Littéraire tel que l'avoient
>> déja pluſieurs Villes du Royaume ? Ces
établiſſemens multipliés & qui s'augmer-
> tent tous les jours , font trop d'honneur à
> la Nation Françoiſe pour ne pas mériter
>> les regards du Gouvernement. Aufſi ,
>>comme les lettres feront favoriſées tant
>> qu'il régnera des Bourbons , ces Lycées
>>érigés ſous la protection royale deviendront
des monumens éternels& du goût
de la Nation & de celui du Souverain .
20
ככ
לכ
L'Orateur parle enſuite de la maniére
dont s'eſt formée l'Académie de la Rochelle.
38 MERCURE DE FRANCE.
Il paſſe au bonheur qu'elle eut de naître
ſous les aufpices & la protectior de S. A.
S. M. le Prince de Conty. L'Univers entier
ſouſcrira aux louanges que M. Bourgeois
donne à ce grand Prince : voici ſes
termes
ره
>> Qui d'entre vous , MM. ne s'apperçoit
>> que je veux parler du Prince qui s'eſtdéclaré
votre Protecteur ? & quel Protecteur
! UnHéros que la ſoifde la Gloire ex-
• poſe aux plus grands perils ; qui né d'un
ang où les Vertus font héréditaires en
porte l'empreinte ſur ſon auguſte front';
>> Que l'Etat ne doit- il point attendre de ſes
>> ſervices , lorſque ſes premiers pas dans
ne cariére épineuſe , ont été ſi diſtingués !
Nos troupes l'ont admiré au milieu
>> des combats , ſe partager entre la dou -
>> ble fonction de Capitaine & de foldat , fe
reproduire , pour ainfi- dire , aux lieux où
>>le danger étoit le plus preſſant , & ne fe
> pas plus ménager que ſi nos plus impor-
>> tans ſuccès n'euſſentpoint dépendu de fa
>> conſervation & de ſes jours. Prince déja
- chargé de lauriers, quoiqu'à la fleur de l'âge,
> ce ſera déſormais le Grand Conty que nous
>> aurons pour Protecteur. Mais s'il eſt grand
>> par les Vertus guerrieres, il ne l'eſt pas moins
par les qualités du coeur & de l'eſprit : celles-
>> là l'ont rendu extrêmement cher aux Héros
FEVRIER 1746. 39
> qui l'ont ſuivi dans le chemin de la Vic-
১১ toire , à ces vaillans Soldats dignes de
>> toutes les bontés & de la distinction
>> dont il les a récompenſés: celles- ci , le pu-
» blirai-je , MM ? vous l'attachent avec une
>> complaiſance qui vous honore infiniment ,
& qui vous affure les bienfaits que l'émulation
littéraire a lieu d'attendre de ſon
>> amour pour les lettres &c.
20
CANTIQUE d'Ezechias Roi de Juda.
Ego dixi in dimidio dierum meorum &c .
LOrſquemes maux paroiffoient fans reffource,
J'ai dit , pleurant mon triſte ſort ,
Helas ! faut- il qu'au milieu de ma courſe
J'arrive aux portes de la mort ?
De mes jours écoulés je cherche envain le reſte :
Couvert d'un nuage funeſte ,
O terre des vivans ! Saint Temple demon Dieu !
Sacré Palais du Roi Céleste !
Je vais bien-tot vous dire un éternel adieu .
Hommes , adieu ; voici ma derniere heure ,
Je vais vous quitter pour jamais ;
Adieu cher peuple , Ah ! faut- il que jemeure
40 MERCURE DE FRANCE ,
Sans te voir jouirde la paix ?
La tente d'un berger moins vîte ſe replie ,
Que la clarté ne m'eſt ravie.
Que ma fin fuit de près l'heure où je fus conçu !
Dieu tranche le fil de ma vie
Quandà peine ſa main en ourdit le tiffu .
Touslesmatinsjediſois à l'Aurore ,
Je ne verrai plus ton retour ,
Et tous les foirs à peine oſois-je encore
Eſperer de revoir le jour .
Lejour étant venu je tenois ce langage.
Ainſi qu'un lion plein de rage ,
La rigueur de mon mal a brifé tous mes os ,
LaMort peinte fur mon viſage
Me tiendracette nuit dans ſes ſombres cachots.
Pareils au bruit des jeunes hyrondelles ,
Mes cris réclamoient ta bonté.
Je gémiſſfois comme les tourterelles
Dans leur trifte viduité .
Mesyeux levés au Cieljuſqu'à la défaillance ,
Difoient , je ſouffre violence :
Mon Dieu, que ta pitié te parle enfinpour moi ;
En proye à ta juſte vengeance ,
Que puis-je en ma faveur repliquer contretoi ?
GrandDieu , je vais (ton amour m'y convie )
FEVRIER 1746. 41
Tâcher de fléchir ta rigueur ,
Etdevant toi péſer toute mavie
Dans l'amertume de mon coeur.
Si plus mes jours font courts plus il m'eſt néceffaire
De porter ton joug falutaire ,
Pour me vivifier ta main me chatira ,
Etma douleur la plus amere
En une douce paix foudain ſe changera.
Ainſimes pleurs déſarmant tajuſtice
Tu mis mes péchés à couvert ,
Et tu comblas l'horrible précipice
Qui ſousmoi s'étoit entr'ouvert.
Pour l'honneur de ton nomta bonté paternelle
A la lumière me rapppelle ,
Carqui peut ches les morts celebrer tes bienfaits ?
Qui de ta promeffe fidelle
Dans l'éternelle nuit attendra les effets ?
C'eſt auxvivans àpublier taGrace ,
Commeje le fais en ce jour.
C'est auxvivans d'annoncer à leur race
Les prodiges de ton amour.
Grand Dieu , dont l'aſſiſtance a diſſipé ma crainte,
Quandje t'adreſſerai maplainte,
Daigne y préter l'oreille& la faire finir ,
Afin que dans ta Maiſon ſainte
Jepaffe avec tes Saints mes jours à te bénir.
43 MERCURE DE FRANCE.
LETTRE à M. *** fur l'Electricité.
dé-
Ous avez entendu parler , M. des
V
merveilles de l'Electricité ,& vous
firez que je vous faffe part de ce que je
ſçais fur cette matiere , fi vous voulez vous
contenter d'une Hiſtoire abregée des découvertes
qu'on a faites dans cette partie de la
Phyſique & du détail des expériences qui
font aujourd'hui tant de bruit , vous ferez
bien-tôt fatisfait, mais n'exigez pas de moi aucune
explication de ces phénoménes que je
ne connois que depuis très-peu de tems ;
guidé par l'uniformité qui s'obſerve dans
pluſieurs expériences , je peux bien déméler
qu'un effetdépend d'un autre , mais la cauſe
premierede tous ces phénoménes m'eſt ab..
folument inconnue ,& je la cherche en vain
dans le ſyſtême de Descartes , & dans celui
de Newton .
Vous ſçavez que quand on frotte unbâton
de cire d'Eſpagne , un morceau d'Ambre
, un canon de fouffre &c. ils attirent
de petites pailles & d'autres corps legers ;
c'eſt cette vertu d'attirer qu'on appelle
versu électrique : or il y a bien d'autres corps
qui la poſſedent. On a reconnu que tous
FEVRIER 1746. 43
les corps folides à l'exception des métaux,
ont de la vertu électrique ; mais comme il
y en a qui en ont ſi peu , qu'il vaudroit autant
dire qu'ils n'en ont point du tout , on
a fait deux claſſes , l'une qui renferme ceux
qui ont beaucoup de vertu électrique &
chés qui elle est très- facile à exciter , l'autre
qui comprend ceux en qui elle est trèsfoible
on bien qui n'en ont abſolument
point du tout. Ainti la cire d'Espagne , l'ambre
, le verre , la foye , la raiſine &c . font des
corps naturellement électriques ; la pierre
de taille au contraire ,le marbre , le bois , le
fer , le cuivre &c. font des corps non-électriques.
Maintenant ces derniers corps nonélectriques
peuvent très bien le devenir
quelques fois artificiellement. C'eſt- à- dire ,
que les corps naturellement électriques peuvent
leur communiquer de leur vertu , à peu
près commeune pierre d'Aimant communique
à un couteau ſa proprieté d'attirer le
fer ; mais des expériences réitérées ont fait
connoître que les corps les moins électriques
de tous , par exemple les métaux , acquiérent
le plus de vertu par la communication
, &au contraire ceux qui font naturellement
les plus électriques n'en reçoivent
preſque point. Ainſi un bâtonde cire d'Efpagne
ne communiquera preſque point de
vertu à un autre bâton de la méme cire ,
44 MERCURE DE FRANCE.
tandis qu'il en communiquera beaucoup à
une clef ou à tout autre morceau de métal ;
cette diſtinction efti une loi conſtante dans
l'Electricité qu'il est à propos de bien connoître
, c'eſt pourquoi ilfaut ſe ſouvenir, que
les corps naturellement électriques peuvent
communiquer leur vertu à ceux qui ne lefont
pas, & toutes choses égales , ils en communiqueront
d'autant plus que ceux-ciferont moins
électriques .
Pour s'appercevoir fi un corps non-électrique
a reçû de la vertu par communication
, il faut abſolument qu'il ſoit poſé fur
un corps naturellement électrique , autrement
il re paroitroit pas qu'il eut rien
reçû. Ainſi quandje veux communiquer de
la vertu électrique a une clef par le moyen
d'untubedeverre frotté , il faut abfolument
que la clef foit ſupportée ſur un cordon de
foye , ſur un gueridon de verre bien fec,
ou ſur un bâton de cire d'Eſpagne , autrement
la clef ne paroitroit pas avoir acquis
aucune vertu , parce que les corps naturellement
électriques ne transmettent point l'Electricité:
ceux au contraire qui ne le font
point , la transmettent , la repandent.& la
laiſſent diffier ; cette loi eſtfencore conſtante
& il est très- important de la bien connoître
pour l'intelligence des expériences.
L'effet de la vertu électrique ne ſe bar
FEVRIER 1746. 45
ne pas à une ſimple attraction; lorſqu'un
corps léger comme une petite feuille d'or
a été attiré par un tube de verre ou quelqu'autre
corps bien électrique , il en eſt
preſqu'aulli-tôt repouffé & il reſte comme
ſuſpendu à quelque diſtance du tube ;
il demeure dans cet état juſqu'à ce qu'il
ait touché quelque corps non-électrique ,
dès- lors la répulfion ceſſe & il ſe précipite
de nouveau ſur le tube , mais il en
eit encore repouſſé dès qu'il arrive proche
de ſa ſurface.
Si pendant qu'une feuille d'or eſt ainſi
repouffée par le tube , on lui préſente le
doigt , une clef ou tout autre corps nonélectrique
, elle va d'elle- même s'y appliquer
comme ſi elle en étoit attirée , mais elle
ſe précipite ſur le tube auſſi-tôt qu'elle a
touché ce corps non- électrique ; ſi au
lieu du doigt, de la clef &c. on lui préſente
un autre tube de verre frotté , loin de
s'en approcher elle en eſt repouſſée comme
du premier ; or il eſt viſible que dès que
cette feuille d'or a touché le tube pour la
premiere fois elle est devenue électrique
par communication , & qu'elle perd fon
électricité dès qu'elle touche le doigt ou
tout autre corps non électrique ; c'eſt pourquoi
elle eſt de nouveau attirée par le tube.
Mais comme elle ne perd pas ſa vertu lorſ46
MERCURE DE FRANCE.
une
qu'on lui préſente un ſecond tube électri.
que , ce phénoméne fert à établir
troifiéme loi de l'Electricité : ſçavoir que
les corps actuellement bien électriques , atti .
rent ou font attirés par ceux qui ne lefont
pas , & qu'ils repouſſent ou font repoussés par
ceux qui font auſſi actuellement bien électriques,
Enfin on a découvert une quatriéme loi
fondée auſſi ſur les expériences : ſçavoir
que toutes les fois qu'on approche d'un corps
qui n'est point électrique un autre corps qui
poſſede actuellement cette vertu , foit qu'elle lui
Soit naturelle , foit qu'il l'ait reçue par communication,
la matiere électrique ſefera aussi-10t
appercevoir & paroîtra lumineuse dans l'obscurité,
&cette lumiere quiparoît à la foisfur les
deux corpsfera accompagnée d'un perillement
fi la matiere electrique est abondante.
Ces quatres loix font fondées ſurun grand
nombre d'expériences que vous avez lû dans
les Mémoires que feu M. du Fay a publié
parmi ceux de l'Académie , elles ſont confirmées
par toutes celles qu'on a faites depuis
en Allemagne , en Hollande & en France.
Comme il étoit difficile & pénible d'exciter
beaucoup de vertu électrique avec le tube
M. Boſe Profetleur de Phyſique expérimentale
à Vittemberg , imagina d'appliquer
un globe de verre à une roue de Coutelier
FEVRIER 1746. 47
&de frotter ce globe avec ſes deux mains
pendant qu'on le faifoit tourner rapidement
ſur ſon axe ; cet expédient lui réuſſit fi bien
qu'il n'employa plus déſormais que cette
méthode & qu'il augmenta prodigieuſement
par ce moyen l'electricité : voici les prinpales
expériences qu'il a faites au moyen
de ce globe.
Ayant placé un homme ſur des gateaux
de poix raiſine & lui ayant fait mettre une
main ſur le globe il devint dans un inſtant ſi
électrique , qu'on pouvoit faire fortir de toutes
les parties de ſon corps des étincelles
très-vives & très-pétillantes , & qui étoient
douloureuſes pour lui & pour celui qui en
approchoit le doigt.
Il électriſa de même une table ſupportée
pardes gateaux de poix & chargée de toutes
fortes de matieres ,toutes devenoient élecstiques
par communication & brilloient
dans l'obſcurité les unes plus , les autres
moins à proportion qu'elles étoient naturellement
moins ou plus électriques.
Ayant appris qu'à Berlin & à Dantzick on
étoit parvenu à enflammer de l'eſprit de
vin avec un tube , il repéta la même choſe
avec ſon globe,& trouva que non-feulement
l'eſprit de vin mais toutes les matic.c
flammables pouvoient s'allumer. Voici comme
j'ai vu faire ici , pour enflammer
ロー
48 MERCURE DE FRANCE .
l'eſprit de vin . On plaça un homme ſur un
gateau de poix raitine , & on lui fit mettre
une main ſur le globe , de l'autre
on lui fit tenir une cuiller pleine d'eſprit
de vin un peu tiede , lorſque par le mouvementduglobe
l'homme fut devenu afſés électrique
, quelqu'un approcha le doigt de la
cuiller comme s'il l'alloit plonger au milieu
de l'eſprit de vin ſans cependant y toucher
; dans l'inſtant il fortit une étincelle de
fon doigt & la liqueur s'enflamma , on l'éteignit
& en approchant encore le doigt on
la ralluma & la même choſe réuſſit trente
fois de ſuite.
M. Boſe dit qu'il a quelquefois ſi bien
électriſé un homme ou un enfant qu'il fortoit
de ſes pieds une vapeur lumineuſe qui
montant peu à peu juſqu'à ſa téte le faifoit
paroître au milieu d'un nuage de lumiere
comme onpeint les Saints dans les images.
On n'a pas encore puréuſſir ici, ni à Paris à
faire cette expérience , peut être faut- il le
concours de quelque circonftance que M.
Bofe s'eſt réſervée ou que l'air n'eſt pas auſſi
pur ni auſſi ſec à Lyon qu'il eſt néceſſaire
pour cette expérience. Lorſqu'on approche
du globe une barre de fer poſée horizontalement
ſur des cordons de ſoye ou foutenue
ſur un gueridon qui poſe ſur des gateaux
de poix , on voit fortir par fon extrémité
FEVRIRE 1746. 49
trémité la plus éloignée du globe une matiere
lumineuſe en forme d'aigrette qui s'anime
& devient plus vive quand on en approche
la main & ſe convertir en une étincelle
très-vive & très-bruyante fi on en
approche le doigt. On peut tirer auſſi de
ſemblables étincelles de quelque point que
ce ſoit de la barre , lorſqu'on en approche
le doigt , & fi quelqu'un touche à la barre
aufſi-tôt l'aigrette lumineuſe ceſſe, & ne ſe
rétablit que lorſqu'on ceſſe de toucher.
Si on met ſur la barre un petit monceau
de ſcieure de bois , elle eſt chaſſée ſur le
champ comme ſi elle étoit ſoufflée & fi on
préſente le doigt à cette pouſſiere , elle paroit
en être attirée.
Si on ajuſte ſur la barre un petit vaifſeau
de métal rempli d'eau & qu'on plonge
dans cette eau la branche la plus courte d'un
ſiphon capillaire ,de maniere que l'eau forte
goutte à goutte par la branche la plus longue
,dès qu'on aura électriſé la barre de fer ,
cette eau paroîtra avoir accéléré ſon mouvement
& fortira par un filet continu; &
ſi la barre devient encore plus électrique le
jet ſe partagera en pluſieurs autres plus
petits qui iront en s'écartant les uns des
autres , & qui feront attirés par les corps
non- électriques qu'on en approchera ; en in
cette eau ſera lumieuſe dans l'obscurité Lorf
C
5. MERCURE DE FRANCE .
qu'on approche du globe une barre de fer
pour en faire fortir une aigrette lumineuſe
on.excite à l'inſtant une odeur mélée d'ail ,
đe vapeur de ſouffre & d'acide; elle approche
plus de celle du phoſphore d'Angletre
que de tout autre , mais cependant
elle n'eſt pas la même , elle ſe fait ſentir davantage
à l'endroit de l'aigrette que par
tout ailleurs & elle est accompagnée comme
d'un vent qui ſouffle de l'extrémité de
la barre de fer.
Si on place ſur une table appuyée ſur des
gateaux de poix un gobelet d'argent àmoi
tić plein d'eau & qu'on en verſe peu à peu
de nouvelle tandis que la table & le gobelet
feront bien électriques , chaque goute
d'eau paroitra lumineuſe à l'inſtant qu'elle
entrera dans le gobelet.
Enfin fi on met fur la même table un
fragment de miroir avec ſon étaim , en obfervant
de mettre la glace du côté de la
rable on verra des rayons lumineux fortir
de la table dans toute la circonférence du
fragment & fe replier ſur l'étaim , par lequel
ils ſemblent attirés ,& ce phénoméne n'arrivera
pas lorſqu'on mettra l'étaim immédiatement
for la table.
M. Mifſchenbroek célébre Profeſſeur de
Phyfique expérimentale à Leyde vient de
faire part à l'Académie des Sciencés d'une
FEVRIER 1746. SI
expérience très-finguliere & qui a déja conduit
à pluſieurs découvertes ſur l'Ectricité.
Voici en quoi elle confifte. Il a ſuſpendu
horizontalement ſur des cordons de ſoye un
canon de fer dont une extrémité étoit proche
du globe électrique :à l'autre extrémi
té il avoit attaché un fil de laiton qui trempoitdans
une bouteille à demi-pleine d'eau :
il ſupportoit cette bouteille avec la maindroite
tandis qu'on électriſoit le canon de
fer ,& ayant approché un doigt de la main
gauche du canon , pour en tirer une étincelle
à l'ordinaire , il fut frappé d'un coup
ſi violent qu'il ſe crut mort, & fe trouvant
fort heureux d'en être échappé , il proteſta
qu'il ne recommenceroit pas cette experience
quand il s'agiroit du Royaume de
France ; il compare la commotion qu'il a
reſſenti dans tout ſon corps à celle d'un
coup de tonnerre : au reſte il ajoute
que toute forte de verre n'eſt pas propre
a cette expérience ; qu'elle a bien mieux
réuſſi dans une bouteille de verre de Boheme
: que quand autre perſonne tient la
bouteille pendant qu'il approche ſon doigt
de la barre le coup n'eſt pas ſi violent.
Cette expérience parût trop finguliere
à ceux qui entendirent la lecture que M.
de Reaumur fit de la lettre de M. Muffchenbroek
, pour ne pas faire naitre l'envie
Cij
32 MERCURE DE FRANCE.
de la repeter , à ceux qui étoient à portée
de le faire . MM. l'Abbé Nolet , & Le-Monnier
moins effrayés du danger dont menaçoit
M. Mufſchenbroek que picqués par l'envie
d'approfondir un phénoméne auſſi extraordinaire
, ſe mirent auſſi-tôt endevoir de la
repeter; ils ont trouvé qu'en effet il n'y avoit
rien à rabattre de l'exprſſion de M. Muflchenbroek
, & Ique la commotion que l'on
reſſent eſt des plus terribles; ils ont bien-tôt
reconnu que la qualité du verre n'influoit pas
fur le ſuccès de cette expérience autant que
l'humidité & la ſechereſſe de ſa ſurface extérieure
; que l'on peut produire le même
effet avec une barre de fer folide au lieu
d'un canon de fer & qu'on peut faire fentir
cette commotion à vingt perſonnes à la fois
qui ſe tiendroient par la main ,dont la premiere
tiendroit la bouteille & la vingtiéme
approcheroit ſon doigt de la barre.
Dans cette expérience l'eau devient lumineuſe
dans la bouteille & petille de tems
en tems ,& ſa vertu électrique ſe conſerve
pendant pluſieurs heures ; voilà M. ce que
j'ai pû apprendre ſurces expériences ſi fingulieres
que j'ai déja fait moi-même ici.Je ne
manquerai pas de vous informer de tout ce
que je verrai de nouveau puiſque vous paroiſſez
tant vous y intéreſſer. J'ai l'honneur
d'être &c.
De Lyon cepremier Fevrier 1746.
FEVRIER 1746. 53
XXXXXXX
LE MEMOIRE ſuivant nous a été
envoyé par un Curé d'une des plusgrandes
Paroiffesde Paris,
Out
N ne peut qu'applaudir aux intentions
de la perſonne pieuſe qui
a fait inférer dans le Mercure de France au
premier vol. de Décembre 1745 une confultation
ſur l'uſage qu'elle doit faire d'une
ſommede 20000 liv. qu'elle deſtine en bonnes
oeuvres. Il eſt donc encore de ces ames
généreuſes , qui touchées du bien public
ſçavent ſe détacher du ſuperflu de leurs richeſſes
pour l'employer à ſon avantage , &
qui ſont aſſésdociles pourne pas tellement ſe
préoccuper de leurs idées , qu'elles ne ſoient
dans ladiſpoſitionde les ſoumettre aux lumieres
de ceux qu'elles préſument avoir acquis
plus d'experience par rapport aux objets
qu'elles ſe propoſent. Il paroît que tels
font en effet les ſentimensde laperſonne qui
conſulte. Toute occupée du defir d'être utile
à la Société le plus qu'il lui ſera poffible,
elle ne veut point ſe déterminer ſans
conſeil, &fielle ne préſente que deux projets
pour atteindre à ce but à proportion de
ſes forces , il eſt à croire qu'elle ne s'y ref-
Cij
34 MERCURE DE FRANCE .
treint , que parce qu'on ne lui en a pas préſenté
de plus preſſants & de plus utiles . On
penſedonc entrer dans ſon eſprit , en examinant
files vues qu'elle a , produiront en
effet le plus grand bien qu'elle ſoit capable
de procurer , & s'il ne feroit pas poſtible de
porter plus loin les avantages qu'on peuttideſa
libéralité. On s'eft borné à lui parler
d'une fondation d'offices & de prieres
dans quelque communauté , ou d'établir
trois prix deſtinés à donner de l'émulation
à de jeunes gens auſquels ils ſeroient accordés
fous certaines conditions qu'on indique.
rer
Il eſt viſible que la premiere propofition
eſt appuyée ſur lesgrandes idées qu'on s'eſt
formées àjufte titre des Benedictions divines
qu'attirentdes prieres chrétiennement faites,
&fur ceux qui ſe plaiſent par deſſus - tout à
ce faint exercice , & fur ceux en faveur de
qui on les adreſſe au Dominateur fouverain
de toutes choſes. Ce projet confideré ſous
cette face n'a rien que de frappant & prouve
clairement la piété infiniment louable de
celui qui l'inſpire , & de la perſonne qui le
goûte : il eſt certain méme que s'il n'étoit
pas pleinement exécuté , il feroit préférable
àtoute autre inſtitution. Mais le zéle de nos
peres a prévenu le notre , & parcequ'ils ont
été conyaincus des grands principes que la
Foinous dicte à ce ſujet , ils n'ont rien né
FEVRIER 1746.
gligé pour nous procurer de toutes parts ce
moyen de ſalut,qui en eſt en effet un des principaux
inſtrumens. De là tant de monumens
de leur piété : de-là tant de Chapitres établis
, de Collégiales conſtruites , de Communautés
ſéçuliéres & réguliéres dotées , de
confréries inftituées; de là l'Office canonial
fondé dans pluſieurs Paroiffes ; de-là les annuels
, les Saluts , les vigiles , les obits dont
nos Egliſes font chargées , enforte qu'on affure
que dans cette capitale il n'eſt pas un ſeul
moment ſoit dujour ou dela nuit où Dieu ne
foit honoré par des ſupplications publiques,
Dans cette poſition ſeroit- ce témérité
d'avancer que peut être il ne ſeroit pas difficile
de trouver d'autres objets qu'on pour
roit foutenir dans un fort bon ſens étre plus
preſſes & plus intereſſans ?
Le ſecond projet a pour baſe l'émulation
qui eſt undes refforts les plus actifs pourtirer
les hommes de l'eſpéce d'engourdiffement
qui leur eſt ſi naturel méme dans le
premier âge , tout vif & tout animé qu'il eſt
d'ailleurs . Mais on penſe qu'il péche & par
la difficulté de l'exécution , & en ce qu'il
eſt encore d'autres inſtitutions qui ſemblent
plus inſtantes & tendre plus directement
aubiende la Société qu'on doit avoir
fingulierement en vue.
د
:
On remarquera d'abord en paſſant que
Ciij
36 MERCURE DE FRANCE.
20000 liv. ne peuvent jamais fournir par an
trois prix d'environ 300 liv. parce que toute
main morte à l'exception de quelques privilégiées
ne peut guére placer , à cauſe des
amortiflemens & des indemnités dues aux
Seigneurs qu'environ au denier 40.
Quantau fondde ce deuxieme projet, outre
l'embarras d'apprécier bien exactement
quel eſt le plus juſte, le plus moderé , le
plus ſobre , le plus laborieux des jeunes
gens d'une Ville , quelque petite qu'on la
ſuppoſe , & où peut- être ſouvent on ne
trouvera pas aſſés de concurrens , au moins
qui ayent les qualités requiſes , indépendamment
des jaloufies inévitables entre les
familles qui prétendront que leurs enfans
auroient dû avoir la préférence , des quereles
qui s'éleveront parmi ces jeunes gens ſur
les fuffrages qu'ils auront portés , & qui ne
reſteront pas ſi ſecrets qu'ils ne percent par
quelques endroits , que deviendra la valeur
du prix qui leur aura été adjugé ? Reſtera-telle
entre leurs mains ? Il ſeroit trop à craindre
qu'une jeuneſſe peu experimentée n'en
fit un mauvais uſage. Sera-t-elle confiée à
leurs parens ? L'attrait pour s'en rendre digne
ſera moins vif, & peut- être s'en trouvera-
t-il parmi ces parens qui peu aiſés ou difſipateurs
la détourneront à tout autre emploi
qu'à celui de ſa deſtination.
FEVRIER 1746. 57
D'une autre part ne peut on pas craindre
que les motifs qui détermineront cette jeuneſſe
à faire pancher labalance plutôt d'un
côté que d'un autre , ne ſoient trop légerement
appuyés ? N'y a-t-il rien à appréhender
des amitiés , des liaiſons particulieres
que ces jeunes gens auront formées entre
eux, des inſtigations ſecrettes, des intrigues ,
desmenaces de leurs parens , de leurs maîtres
, peut-être même des Domeſtiques de
leurs maiſons ? Des têtes de cet âge ne font
ni affés mures ni aſſés fermes pour desdéciſions
de cette importance ; le hazard y
aura ſouvent plus de part que l'exacte jultice,
ou une impreſſion étrangère plus que
lepropre ſentiment des Juges.
Convenous , fi onle veut , que tout s'arrangera
comme on le ſouhaite , mais encore
une fois ſeroit - il impoſſible de trouver
quelqu'autre établiſſement plus avantageux
au public & dont les fruits ſoient plus certains
? Il s'agit de bonnes oeuvres d'une perſonne
qui veut le bien ſincérement. Sans
chercher ſi loin , on a ſous les yeux nombre
d'objets qui paroiſſent aller au but plusdirectement
& revenir au fond à quelque
choſe d'approchant des deux idées auſquelles
on s'eſt fixé.
۱
Le peuple eſt comme le Prétre ; ut Sacerdosfic
populus ; c'eſt une maxime que
Cv
58 MERCURE DE FRANCE.
l'experience a rangée parmi les axiomes les
plus avérés. Veut-on un peuple docile , réglé
, attentif à ſes devoirs , & au bien de la
fociété ? on y réuflira ſi on lui procure d'ecellens
Miniftres de Jeſus-Chriſt , qui d'a
bord ne lui préſentent que des exemples de
vertus , & qui ne ceffent enſuite de lui in
culquer de bons principes par de frequentes
& de ſages'inſtructions. Ils feront du
fruit à proportion de l'étendue & de la vivacité
de leur zéle , fi ce zéle d'ailleurs fe contient
dans de juſtes bornes. Mais il eſt rai
fonnable que ce Prêtre vive de l'Autel &
que la bouche du boeuf qui laboure ne foit
pas liée ; & c'eſt ce qui manque dans la plû
part des Paroiffes , même dans Paris , fans en
exepter les plus grandes. Le ſimple Prêtre
qui porte le poids du jour &de la chaleur ,
fur qui roule tout l'effort du travail , ne
trouve pas ſouvent le plus étroit néceſſaire,
après s'y être conſacré tout entier. De-là
pluficurs inconvéniens dont on ne peut que
gémir. Perſonne , s'il n'eſt d'ailleurs à fon
aife , ne s'y fixe pour toute ſa vie , & n'y
refle qu'autant qu'il ne peut faire autrement.
Le grand ſujet eft bien-tôt enlevé : ceux
d'entre eux qui ne font pas attirés ailleurs
fouffrent dans le ſecret une indigence qu'ils
font bien éloignés de réparer par des baffeffes
, tandis que d'autres trop vivement
FEVRIER 1746. 59
tentés par leur état preſſant , fuccombent à
des occaffions qu'ils cherchent ou qui ſe préfentent,
& deviennent le ſcandale de ceux
mêmes à qui ils doivent apprendre à ne le jamais
donner. Le reméde feroit de leur procurer
dans une Communauté deſtinée à cet
effet , non pas une abondante ſuperfluité
qu'ils ne défirent pas , mais au moins l'étroit
néceſſaire qui leur eſt dù dans la plus exacte
Juſtice. Les Curés ſans doute doivent y
contribuer à proportion de leurs revenus ,
mais ces revenus quelqu'abondans qu'on
veuille les ſuppoſer dans les plus grandes
Paroiſſes , n'égalent jamais à beaucoup près
les beſoins qui s'y font ſentir. Que peut donc
un ſimple particulier dans un ſi vaſte objet ?
Et remarquons que de telles vues rentrent
dans les établiſſemens dont la perſonne qui
conſulte paroît touchée , ainſi qu'on l'a infinué
plus haut, Des Eccléſiaſtiques tels qu'on
les defire & que ce plan donnera plus de
facilité de former , ſeront des hommes de
prieres qui ne ceſſeront de porter au Seigneur
les voeux du peuple , & on chơifira
parmi eux ceux qu'on croira les plus
propres pour diriger les Etudes & le coeur
de la jeuneffe attachée aux Paroiffes , que
Dieu appellera au ſervicede ſes Autels.
Tout ce qui contribue à donner une bonne
éducation à cet âge tendre qui est égale
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE.
ment ſuſceptible des bonnes &des mauvaiſes
impreſſions , & quitend à rectifier la pente
qui entraine le plus ordinairement les hommes
& furtout le premier âge vers le mal
doit procurer viſiblement le plus grand
avantage de la Société , qu'un citoyen fenfé
ne doit jamais perdre de vue , & qu'il doit
préférer à tout. On ſe plaint & avec juſtice
dela corruption des moeurs qui régne partout
& principalement dans les grandes Villes:
mais n'y remédieroit- on pas en partie ,
en s'atrachant à former par une éducation
Chrétienne le coeur des jeunes filles nées de
pauvres parens , &eny joignant tout ce qui
peut les mettre en état par la ſuite de ſatisfaire
à leurs beſoins par un travail proportionné
à leur ſexe ? Il ne s'agira point icide
nouveaux établiſſemens toujours trop difpendieux
& difficiles à former; il ſuffira de
ſuivre & d'appuyer ce qui eſt déja commencé.
Ilya dans Paris pluſieurs Communautés
de filles érigées dans cet eſprit. Celle de Ste.
Agnès dans la rue Plâtriere l'eſt ſur ce plan
qu'elle remplit avecun ſuccès qu'elle porteroit
plus loin, ſi ſes facultés , qui ſont trèsbornées
, lui permettoient de l'étendre autant
qu'elle le deſireroit
Voici une autre idée qui concerne les
garçons. Elle fut propoſée il y a quelque
tems à un Curé de Paris qui n'eut pas été
FEVRIER 1746. 61
éloigné de la ſuivre pour ſa Paroiſſe , fifes
forces euffent répondu à ſes bonnes intentions.
Laplupart des Paroiffes de cette grande
Ville ont établi des Ecoles de Charité
où les enfans des pauvres viennent apprendre
gratuitement à lire &à écrire. On voudroit
encore y ajouter quelques principes
deDeffein. Onconçoit très bien qu'il feroit
très- utile à la plupart. Ceux que la Nature
auroit destiné pour aller au granddans ce
genre , y ſeroient portés tout naturellement
par ces premiéres notions qu'ils en auroient
reçues , mais les autres réſervés ſeulement
pour les Arts méchaniques y feroient plus de
progrès , &travailleroient avec plus d'exactitude&
de préciſion , s'ils avoient au moins
une légere teinture de celui de detliner, Le
Menuilier, leSerrurier, leBrodeur, l'Orfevre,
l'Horloger , l'Ebeniſte , le Maçon , l'Appareilleur
, le Charpentier , le Peintre debâtimens,
l'Emailleur , le Tailleur de pierres
même réuſſiroient plus facilement par ce
moyen chacun dans leur genre , & par
conféquent la ſociété en ſeroit beaucoup
mieux ſervie , but dont il n'eſt jamais permis
à un citoyen de s'écarter.
Il ſeroit encore infiniment avantageux
pour elle d'arrêter le monstrueux trafic par
Jequel d'infames uſuriers , l'horreur du genre
humain & la peſte la plus funeſte de cette
r
62 MERCURE DE FRANCE.
même ſociété , abſorbent par d'énormes
intérêts le gain de ceux qui débitent les
denrées les plus néceſſaires & les plus communes
. C'eſt ce qu'on appelle prêter à la
petite ſemaine. Ne trouveroit - on pas un
grand avantage pour le public de deſtiner
la fomme dont il s'agit à des préts gratuits
qui faits avec toutes les précautions que la
prudence exige, feroient tomber cet horrible
commerce qu'on ne ſçauroit trop détefter
ni trop tôt deraciner ? Onne fait qu'indiquer
en deux mots cette idée qui auroit beſoinde
plus d'étendue pour être ſuffiſamment développée.
Peut-être la perſonne qui confulte deſtine-
t-elle ſes libéralités à la Province , du
moins c'eſt- là qu'elle propoſe de fonder ſes
prix de vertu : on eſt bien éloigné de l'en
détourner , & la Province a ſes beſoins autant&
plus même que les grandes Villes. En
ce cas il ne faudra pas chercher fort loin des
vues dignesde fon attention & de ſa piété.
On lui inſpirera , ſi elle goûte ce projet ,
d'accroître quelque peu le très - modique
revenu , pour ne rien dire de plus , de quelques
Cures à portion congrue. On fent aflés
quel bien peut faire dans une Paroiffe de
Village unCuré habile & zélé qui ſe propoſede
faire de ſes habitans non pas des Docteurs
, Dieu ne les a pas fait naître pour
FEVRIER 1746. 63
,
cela , & ce ſeroit renverſer l'ordre que luiméme
a établi avec tant de ſageſſe , mais de
bons Chrétiens , &par conſequent d'honnêtes
gens qui ſçachent , & ils en font capables
ſi l'on s'y prend de bonne heure , ce qu'ils
doivent à Dieu , à leur Prince , à ſes ordres ,
à leurs Seigneurs , à leurs égaux , à leurs femmes
, à leurs enfans , à tous les autres hommes
à eux mêmes , à qui on apprendroit
ce que c'eſt que l'eſprit de juſtice qui ne permet
pas de faire aux autres ce que nous ne
voudrions pas qui nous fut fait à nous mêmes
; d'où on leur feroit tirer cette conſequence
qui n'est pas au- deffus de leur portée,
que levol , l'impureté , l'yvrognerie , & tant
d'autres peſtes de la ſociété en ſont en effet
le renverſement & la deſtruction . Mais peuton
ſans un miracle de la Providence , peuton
eſpérer un tel homme dans une Cure à
portion congrue , où il eſt évident que le
Curé ne peut vivre qu'en s'occupant entiérement
à labourer la terre comme ſon payſan,
ou à façonner une vigne toute terreftre préférablement
à celle du pere de famille qui
lui eſt ſi particulierement recommandée ?
les tirer de cet état paroît le plus preffant de
tous les objets de cette eſpéce , &dès- là préférable
à ceux fur leſquels on conſulte.
Telles font lesidées qu'ont fait naître les
deux propoſitions auſquelles cette perſonne
64 MERCURE DE FRANCE.
libérale & bienfaiſante s'eſt arrêtée : telles
ſont les réflexions qu'on a cru pouvoir y
oppoſer. On ne prétend pas qu'il ſoit impofſible
de trouver encore mieux , c'eſt ce
qu'apprendront les autres Ecrits que ſans
doute on lui adreſſera à ce ſujet par lavoye
Indiquée. Ils la mettront à portée de ſe déterminerentre
tous les projets qu'on lui propoſera
ſans doute en grand nombre , & de
remplir parfaitement un deſſein auſſi digne
d'éloge , & auſſi intéreſſant pour le public
que celui dont elle eſt occupée ; mais n'a - tonpas
un juſte ſujet de craindre que ſon zéle
ne trouve pas beaucoup d'imitateurs ?
A M. l'Abbé de B. sur sa réception à
l'Académie Françoise.
Ut Pictura Poëfis. Hor.
DEfleurs nouvellement écloſes
Je vois le Pinde s'embellir ;
D'Anacréon je vois les roſes
Dans tes jeunes mains refleurir.
Tour rit à ton charmant génie :
La Nature à l'Art réunie
,
EtlesGraces ſous ton pinceau
Préparent les couleursbrillantes,
FEVRIER 1746. 65
Forment les nuances riantes
Du Titien & de Vateau .
ODE
ANACREO NTIQUE.
AMile ..... en lui envoyant une fleur
d'immortelle le jour de ſa fête.
QUe l'immortelle ſoit l'image
Dema ſincére & vive ardeur :
Accourez donc troupe volage ,
Volez , Zéphirs , rendez hommage
Ala maîtreſſe de mon coeur.
Brillante fleur née à Cythere ,
Enfant des amoureux Zéphirs ,
Préſentez -vous à ma Bergére ,
Et ſoyez la dépoſitaire
De mes baiſers , de mes foupirs.
Parez le ſein de ma maîtreſſe ,
En dépit des fâcheux jaloux ;
Allez , redites- lui fans ceſſe
Quemonamour & matendreſſe
Seront immortels comme vous.
1
66 MERCURE DE FRANCE.
MADRIGAL.
A la même pour mettre au bas de ſon Portaits
C
Elle qu'ici vous voyez en portrait ,
Tant amiable , en beautés fi parfaite ,
C'eſt Cupidon , oui , lui - même en cornette ;
Qu'en dites-vous ? Le voilà trait pour trait.
Si l'Amour est de maligne nature ,
De même auſſi la gente créature
Se plait au mal , & logedans ſes yeux
Un doux poiſon dont on a tout à craindre ;
Puis la cruelle allume mille feux
Qu'helas ! jamais on ne ſçauroit éteindre.
EPITRE à M. le Chevalier D. L. T.
pour lui demander la permiſſion de l'aller
voir.
L. T. un momentd'audience :
C'eſt un éleve d'Apollon
Qui met en toi ſa confiance ;
Nouveau dans le ſacré Vallon
Et dépourvû d'expérience ,
Que peut-on faire ſans appui !
L'on a tant de peine aujourd'hu
D'attraper un peude ſcience ,
Que fans les lumieres d'autrui
FEVRIER 1746. 67
Rarement feroit-on fortune .
Excuſe ſi je t'importune ;
Gens de lettres , comme l'on dit,
Recherchent toujours gens d'eſprit ;
A les frequenter on ſe forme ,
On ſe débrouille , & l'on s'inftruit .
Que l'Ecolier dans ſon réduit
Sue àmettre preuve en forme ,
Que par l'appas du gain ſéduit
L'avide Marchand ne s'informe
Quede ce qu'un tel bien produit :
Chacun à ſon gré ſe conduit ,
Heureux ſi rien ne le traverſe !
L'Homme delettres , s'il converſe
Jamais il ne le fait fans fruit ,
Car fçachant tout mettre à profit
Il s'amaſſe un fonds de richeffe
Dont il jouitdans ſa vieilleſſe :
C'est un tréſor où des voleurs
La mainne peut jamais atteindre ,
Et pour lequel rienn'eft à craindre ,
Ni renverſemens ni malheurs .
D'Homere , d'Horace , d'Ovide
Tout lemonde n'a pas le goût ,
Hélas ! il s'en faut de beaucoup ,
Mais chacunde gloire eſt avide;
On commence àpeine à penſer ,
Qu'on veut courir à toute bride
8 MERCURE DE FRANCE.
Qu'arrive-t-il à tant tracer ?
L'on recule au lieu d'avancer ,
Et celafaute d'un bon guide.
Ce n'eſt pas tout deſe preſſer ,
Il faut voir par où l'on débute ;
Souvent tel qui commence bien
Finit par faire la culbute :
Il faut fi peu de choſe , un rien ,
Pour renverſer votre eſpérance ,
Que ma foi le meilleur moyen
Pour travailler en affûrance
Eſt de rechercher l'aſſiſtance
De quelque brave Citoyen ,
Sçavant , & d'un accès facile:
Il en eſtplusd'un dans la Ville
Dont on peut écouter la voix.
Ton nom ma guidé dans mon choix ;
Je ne demandeque d'apprendre :
Quel heur , fi je pouvois entendre
Qu'on me recevra quelquefois !
J'irai , ſi je ne t'embaraffe ,
Près de toi prendre des leçons ;
Apollon à ſes Nourriſſons
En dicte bien ſur le Parnaſſe.
Voltaireſe fait un plaiſir
De ſuivre le Dieu du Permeſſe ,
Detout tems chés lui lajeuneſſe
L'a trouvé ſuivant ſon dear.
FEVRIER هو . 1746
Rouſſeau , quand il étoit aumonde
Aplus d'un fervoit de Mentor ;
J'en nommerois d'autres encor ,
Tantla choſeen preuves abonde,
A préſent même Nericaut
Sedélaſſe avec un éleve :
Quandon ſçait ce qu'un eſprit yaut
L'on commence , Nature acheve ;
C'eſt ainſi que la plupart font ,
C'est ainſi qu'ont fait ces grands hommes ,
Car avant d'être ce qu'ils font ,
Ilsont étéceque nous ſommes.
Allez , partez , petite Epitre ,
Volez chés ce beau Chevalier ;
Dabord montrez lui votre titre ,
Priez-le de vous déplier .
Sur tout ayez ſoin d'être ſage ;
Verturegneencette maiſon ;
Vous viendrez me rendre raiſon
Du ſuccèsde votre meſſage.
Le 18 Octobre 1745 ,
70 MERCURE DE FRANCE .
SUITE de l'Aſſemblée publique de l'Académie
des Belles Lettres .
M. l'Abbé de la Bleterie lût ensuite unMémoire
par lequel il continua de prouver
que l'Empire Romain ne fut jamais , ni
patrimonial, ni héréditaire même dans la
Maison des Césars.
D
Ansles Mémoires précédens l'Auteur
avoit montré que l'Empire fut électif
dans ſon origine : il préſenta en peu de mots
au commencement de celui-ci , les principales
preuves qui établiſſent par rapport à
Auguſte & à Tibére la vérité de cette propoſition,
également vraie , ſelon lui , pour
toute la ſuite de leurs ſucceſſeurs. Auguſte
n'a point régné par droit de conqueſte : pour
rendre ſa puiſſance incontestablement légitime
, il s'en démit , & ne voulut la reprendre
qu'en vertu d'un Acte National émané
du conſentement libre des differens ordres de
l'Etat. Encore ne l'accepta t-il qu'en partie ,
puiſqu'il partagea les Provinces avec le
peuple&pourun tems limité , tantôt pour
dix ans , tantôt pour cinq ; termes à l'expiration
de chacun deſquels ſes pouvoirs
étoient renouvellés. Ainſi le régne légitiFEVRIER
1746. 71
me d'Auguſte , ſuivant la judicieuſe rematque
de l'Auteur , eſt compofé de fix régnes
auſſi diſtincts que ſi l'Empire eut été fucceffivement
gouverné par ſix Souverains .
Onne lit nulle part que ce Prince ait accepté
, ni même qu'on lui ait offert le droit
de ſe nommerun ſucceſſeur. La prérogative
de diſpoſer de l'Empire comme d'un bien
patrimonial , ou de le tranſmettre à ſa famille
comme un bien héréditaire auroit été
incompatible avec l'authorité provifionelle
& paſſagére qu'affecta conſtamment un
Prince dont la politique fut toujours de
montrer aux Romains leur liberté dans une
perſpective peu éloignée. Lapuiſſance Impériale
ne confiftoit que dans la réunion du
commandement des armées & du Gouvernement
de certaines Provinces avec les Magiftratures
& les Dignités de la République :
or ces emplois furent toujours électifs chés les
Romains , & quoique réunis par Auguſte
ils n'avoient pu devenir héréditaires en ſa
perſonne , fans une diſpoſition ſpéciale du
peuple Romain , diſpoſition que le peuple
Romain ne fit jamais.
Pour Tibére , il ne fût afſocié à une partie
de la puiſſance d'Auguſte que pour la
vie d'Auguſte ſeulement , & cela par une
Election où l'on obferva ſcrupuleuſement
toutes les formalités. Les pouvoirs de Ti-
:
72 MERCURE DE FRANCE .
bére expirants de droit à la mort d'Auguſte ,
quoique de fait ce Prince ſe trouvat maître
abſolu de toute l'Empire , il n'en devint
poſſeſſeur légitime que parcequ'il fut élû
denouveau par la Nation.
Detous ces faits incontestables , & dont
Jadiſcuſſion fait , comme nous l'avons dit ,
l'objetdes Mémoires précédens , M. l'Abbé
dela Bleterie s'eſt cru en droit de conclure
que l'Empire fut électif juſqu'à Tibére.
Dans celui dont nous donnens içi l'extrait ,
il entrepritdeprouver 19. que ſous ce Prince
on continua d'en avoir la même idée : 2P .
que Tibére ne diſpoſa point de l'Empire ,
&que Caïus Céſar ſon ſucceſſeur fut élu par
leSénat.
PREMIERE PROPOSITION.
Sous Tibére on continua de regarder
l'Empire comme Electif,
Un Argument négatif établit d'abord
cette propofition. Adeux changemens près
que fit Tibére à la conſtitution de l'Empire,
il laiſſa ſubſiſteren ſon entier le plan
de ſon prédéceſſeur. Or ni l'une ni l'autre de
ces innovations n'a pû rendre l'Empire ni
héréditaire ni patrimonial.
La premiére déja préparée par Auguſte ,
&qui
FEVRIER 1746.
73
&qui porta une vive atteinte à la libertéde
Rome, regarde les Comices ôtés au peuple
&transférés au Sénat. En attribuant au Sénat
le droit de nommer à toutes les Magiſtratures
& au gouvernement des Provinces
qui étoient du reffort du peuple; en donnant
force de loi aux SénatusConſultes autoriſés
par l'Empereur , ou aux Edits de l'Empereur
approuvés par le Sénat , cette innovation
concentroit toute la puiſſance légifla- ⚫
tive dansune compagnie uniquement regardée
juſqu'alors comme le Conſeil de la Nation
, & dans la perſonne deſon Chef: efpéce
de Gouvenement Aristocratique ſous
les bons Empereurs , mais qui ſous les mauvais
Princes n'en avoit que l'apparence ,
parce que le Chefdu Sénat étoit Generaliſſime
des troupes , & en même tems armé de
la puiſſance Tribunitienne qu'il faifoit valoir
quand il le jugeoit àpropos au nom de
cemêmepeuple qu'il avoit écraſéde concert
avec le Sénar, M. l'Abbé de la Bleterie remarqua
que l'abus que le peuple avoit fait
plusd'une fois ſous Auguſte des foibles reſtes
deſon autorité , ſervit de pretexte à Tibére
pour lui enlever le droit d'élire ſes Magiſtrats
, mais que la véritable raiſon fut le
déſirde ſe rendre plus abſolu : motif encoreplus
puiſſant ſur ſon eſprit que l'antipathie
contre les Plébéïens héréditaire dans ſaMaifon
D
74 MERCURE DE FRANCE .
"
د
>>Il faut, ajoûte l'Auteur, qu'un demi-fiéclede
ſervitude rétreciſſe étrangement les efprits
.Ceux qui aſpiroient aux Charges ſe fé-
„liciterent de n'être plus dans la néceſſité de
faire la cour au peuple &d'acheter ſes ſuffrages.
Le Sénat triompha de l'anéantiſſe-
>>ment du peuple , ſans conſidérer que le
> peuple n'étant plus rien , il ne ſeroit lui-
>>meme que ce qu'il plairoit au Prince ,
parce qu'il eſt plus aiſe de dominer une
>>compagnie dont les membres ont des
>>prétentions , des craintes , des eſpérances ,
.qu'une multitude degens obſcurs & fans
ambition , qui ne ſouhaitent la faveur , ni
>> n'appréhendent la diſgrace.
১১
La feconde innovation qui ſe fit ſous ce
régne , c'eſt que la puiſſance Impériale devint
uneMagiftrature perpétuelle. Mais de ce
qu'elle ceſſa d'être décennale , de ce qu'elle
fut cenſée appartenir pour toute la vie à celui
qui en étoit une fois revêtu , il ne s'enſuit
pas qu'elle fut devenue ſucceſſive. Les
Romains étoient bien éloignés de le penſer ,
puiſqu'à l'expiration de chaque Décennat de
Tibere, ils célébrerent les mémes jeux ,
les mêmes fêtes , reçurent les mêmes largefſes
qu'à la fin de ceux d'Auguſte : ufage
foigneuſement obſervé ſous les régnes fui .
vans ,&qui fſee perpétua dumoinsjuſqu'à la
chutede l'Empire en Occident,
FEVRIER 1746 75
A cet argument negatif qui ne ſouffre
point dereplique , M. l'Abbé de laBleterie
joignit des preuves poſitives dont la force
ne nous a pas paru moindre.
1º. Tibére faifoit gloire d'être parvenu
à l'Empire par le choix de la Nation : » Un
>> bonPrince , diſoit-il un jour aux Sénateurs
» aſſemblés , un Prince digne de l'honneur
» que vous lui avez fait de le revêtir d'un
- pouvoir fi grand & fi étendu , doit s'aſſfu-
>>jétir à la volonté du Sénat .... Je ne me
>>repens point de vous avoir tenu ce langa-
" ge , puiſque j'ai trouvé en vous & quej'y
>>trouve encore des maîtres pleins d'indul
>> gence & de bonté.
د
2º. I.oinde prétendre au droitde diſpoſer
ſeul de l'Empire , fidéle au ſyſtême d'Auguſte,
il ne vouloit pas diſpoſer par lui-même
de lamoindre place , &demandoit tout au
Sénat. M. l'Abbé de la Bleterie ne diſſimule
pas qu'au rapport de Tacite ces prieres
d'un homme qui pouvoit contraindre
étoient regardées comme de vaines grimaces
par ceux à qui elle s'adreſſoient. Mais dujugement
que portoient les Romains de ce
manége de Tibére & d'Auguſte , il faut
conclure , non que ces Princes avoient le
drolt , mais qu'ils avoient le pouvoir de faire
d'autorité ce qu'ils demandoient : nous
paſſons à regret pluſieurs réflexions de l'Au
Dij
76 MERCURE DE FRANCE,
teur ſur la maniere dont il falloit traiter
avec un peuple jaloux dans l'eſclavage méme
des apparences de ſa liberté.
3 ° . Tacite ne regarde point comme une
une vaine formalite la lettre que Tibére
écrivit au Sénat pour le prier de conférer à
fon fils Drufus la Puiſſance Tribunitienne.
Sa demande lui fut accordée avec des flateries
dans leſquelles ce Prince même trouva
de l'excès. Mais malgré la baſſeſſe du Sénat ,
malgré ſa proſtitution aux volontés des Empereurs
, ni dans cette occaſion , ni dans aucune
autre , ces flateries ne roulerent ſur la
modération du Prince qui s'abaiſſoit à demander
ce qu'il avoit droit de donner. Dans
l'hypothéſe refutée par l'Auteur de ce Mémoire
, une telle modération eût cependant
été le lieu commun de tous les adulateurs ;
>>la flaterie n'a recours au menſonge qu'au
➡défaut de vérités qui puiſſent ſervir à ſes
fins. Drufus alors en Campanie écrivit au
Sénat une lettre de remerciment qui parut
fiere , quoique conçue en termes affés modeftes
. On trouva mauvais que pour un
voyage de plaiſir , un jeune homme élévé à
une place ſi éminente , ſe crut diſpenſe de
venir au Sénat. Dans le fait, ajoute l'Auteur
, tout eſt ſerieux. Il s'agit de déſigner
>celui qui doit un jour commander à l'Univers
: Tibére prie ; le Sénat opine &
رد
FEVRIER 1746. 41
accorde ; Drufſus témoigne ſa reconnoif
ſance , le Sénat ſe plaint qu'elle n'est pas
→aflés reſpectueuſe ni proportionnée au
>> bienfait ; l'Hiſtorien approuve ces plaintes;
donc Tibére , Drufus , le Sénat ,
» l'Auteur des Annales font tous intime-
১১ ment perfuadés que l'Empereur n'a point
as droit de diſpoſer de l'Empire , & qu'ainfi
» l'Empire n'eſt point patrimonial.
Ceferoit-dont ſetromper groſſiérement
quede prendre à la lettre certaines expref.
ſions abregées ou peu exactes qui ſe trouvent
dans les Auteurs .
Quand on lit qu'un tel Prince aſſocia un
tel , lui donna la puiſſance Impériale , le
choifitpour Succeſſeur , ces termes doivent
être interpretés par l'uſage connu d'ailleurs .
Dans une Hiſtoire Romaine ils ſignifient
que l'Empereur propoſa , recommanda un
tel ſujet, & que ce ſujet fut élû , comme ils
ſignifieroient dans une Hiſtoire de Ruffie
que le Monarque propriétaire nomma d'au
torité celui qu'il voulut choiſir : réflexion
importante qui renferme un principe géneral
dontl'Auteur fait l'application à uncélébre
paſſage de Tacite qu'il traduit & que
nous ſommes forcés d'abreger ; c'eſt celui
où l'Hiſtorien rapporte les irréſolutions de
Tibére ſur le choix d'un ſucceſſeur. » Tibere
incertain à qui remetre leGouvernement de la
১১
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
République , balança d'abord entre le jeune
Tibére fils de Drusus , & Caius fils deGermanicus
, tous deux ſes petis-fils , le premier
par la Nature , le ſecond par l'adoption ...
Il penſa même à Claude ſon neveu , mais la
foibleſſe de ſon esprit lui donna l'exclufion ...
D'un autre côté prendre un Succeſſeur dans
une famille étrangère , c'eût étédeshonorer la
MaisondesCéfars.
Les autres paſſages de Tacite prouvent
que l'Empire n'étoit point patrimonial , mais
celui-ci eft déciſif pour montrer qu'il n'étoit
pointhéreditaire.
Tibére a deux petits fils , &cependant
il penſe au choix d'un Succeffeur , donc il
n'y a point d'héritier préſomptif: donc ni la
filiation naturelle , ni la filiation légale ne
donnent le droit de ſuccéder. La ſeule incapacité
de Claude l'empêcha d'être déſigné
par Tibére ; fi ce Prince ne craignoit de
dégrader la Maiſon , il pourroit propoſer au
Sénat un étranger : donc la puiſſance Impériale
n'eſt point attachée àla Maiſon des
Céſars: donc fous Tibére on continua de
regarder l'Empire comme électif. Paſſons à
la ſeconde propoſition .
FEVRIER 1746. 79
SECONDE PROPOSITION.
Caius neparvint à l'Empire en vertu d'aucune
diſpoſition de Tibére , mais par l'élection
du Sénat.
I'opinion commune eſt que Tibére
dans ſon teſtament avoit nommé Caïus pour
fon fucceffeur & coniointement avec lui
Tibérius Nero Gémellus ſon petit-fils.
Les Auteurs originaux s'accordent ſipeu
fur ce qui regarde les dernieres diſpoſitions
de ce Prince , que M. l'Abbé de la Bleterie
1 s'eſt cru obligé de diſcuter & d'apprécier
leurs témoignagnes. Il commence par ceux
des Auteurs qui ont écrit en Grec , Joſeph
Philon &Dion.
Selon Joſeph , Tibére malade à Caprées
commanda à Evode ſon affranchi
de faire venir le lendemain de grand matin
ſesdeuxpetits-fils. Réſolu de laiſſer l'Empire
àcelui que leCiel lui déſigneroit pour Succeſſeur
, il pria les Dieux de lui faire connoître
leurs volontés , & fur le champ il réſolut
de l'interpréter en faveur de celui des
deux Princes qui viendroit le premier. Malgré
des meſures affés juſtes de ſa part Caïus
qu'il haiſſoit prevint le jeune Tibérius auquel
dans ſon coeur il donnoit la préference.
Diiij
80 MERCURE DE FRANCE.
1
Ce fut donc Caïus qu'il nomma ſon Succef
ſeur , eu lui adreſſant un diſcours fort
pathétique pour l'intéreſſer au fort de l'infortuné
fils de Drufus. Le Succefleur
déſigné promit tout réſolu de ne rien
tenir , & Tibére mourut quelques jours
aprés.
Philon au contraire en plus d'un endroit,
majs ſurtout en rapportant la fin tragique
du jeune Tibére , l'appelle le cohéritier de
Caïus dans la puiſſance Impériale , & dit
nettement qu'il avoit été laiſſé pour Collé
gue à ce Prince .
Pour Dion , comme s'il préſentoit les differentes
parties de ſon Hiſtoire à differens
lecteurs , il dit dans un endroit que Tibére
s'attacha au feul Caïus , & dans un autre ,
qu'il avoit auſſi laiſe l'Empire à ſon petit-fils
Tibérius, mais que Caïus fit caſſer ſon teſtament.
Venons aux Auteurs Latins. Tibére , felon
Tacite , toujours irréſolu , n'ayant ni
affés de tête , ni aſſés de ſanté pour déliberer
plus long-tems ſur une affaire de cette importance
, en abandonna la déciſion au deſtin.
Ce n'eſt pas que quelque fois il ne parlât
de maniere à faire ſentir qu'il ſçavoit bien
que Caius régneroit après ſa mort, & feroit
périr le jeune Tibére.
Sénéque cité par Suétone donne une
FEVRIER 1746. 8r
grande force au témoignage de Tacite , en
affurant que Tibére ôta fon anneau , le tint
un peu de tems , comme s'il eut voulu le
donner à quelqu'un , qu'enfuite il le remit
à fon doigt , ferma ſa main gauche & demeura
long-tems immobile. Dans un tems
où le cachet tenoit lieu de ſignature , remettre
ſa bague à quelqu'un c'étoit lui donner
la plus grande marque de confiance .
Tibére donc , en paroiſſant d'abord le
préſenter à Caïus & le remettant enſuite à
fon doigt, en faiſant effort pour le retenir,
lorſque ce Prince barbare voulut le lui arracher
, en le lui redemandant même après ,
ne marquoit - ilpas affés qu'il mouroit indécis
ſur le choix de ſon ſucceffeur ?
Enfin ſelon Suétone , Tibére deux ans
avant ſa mort fit ſon teftament dans lequel
il nommoit Caïus & le jeune Tibére fes
héritiers pour moitié , & les ſubſtituoit l'um
àl'autre.
Il ajoûte que Caïus étant arrivé à Rome ,
le Sénat , ſans égard à sa volonté d'un Prince
qui mouroit chargé de toutes les imprécations
que la haine des peuples vomit con
tre lesTyrans , quand ils ne font plus à craindre
, caſſa le teſtament& donna à Caïus le
droit de diſpoſer de tout , jus arbitrium que
rerum omnium ipsipermiffum est.
Après avoir fait parler les témoins M.
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
l'Abbé de la Bleterie confronta leurs témoignages.
Il refuta d'abord en peu de mots
quelques circonstances du récit de Joſeph
affes indifferentes à la queſtion. Mais pour
le fond du récit méme , qui ſe réduit à faire
regarder Caius comme l'unique ſucceſſeur
déſigné par Tibére , quelqu'oppoſé qu'il
paroiffe au ſentiment de Tacite , ſuivant lequel
Tibére meurt ſans avoir fait de choix ,
fans avoir voulu même en faire , l'Auteur du
Mémoire eſſaya de les concilier , le fit d'une
manière qui ne laiſſa rien à defirer , &
prouva que c'est à ces deux autorités réunies
qu'il faut s'en rapporter. Quoique Tacite ne
fafle point confulter les Dieux par Tibére ,
quoiqu'il le laiſſe mourir dans l'irréſolution
il rapporte cependant pluſieurs mots de ce
Prince qui prouvent qu'il étoit convaincu
que Caïus ſeroit ſon fucceffeur,
,
» Indépendamment de tout préſage, un
>> politique tel que Tibére ne pouvoit
>>ignorer quel ſeroit le fortde ſes deux pe-
> tits- fils. La jeuneſſe de l'un , le mauvais
>> naturel de l'autre , le fanatiſme des Ro-
-mains pour tout ce qui appartenoit à Germanicus
, étoient autant d'oracles qui lui
→ annonçoient que Caïus étoit deſtiné à
>> l'Empi e & Tibérius à la mort. Ilest à
préſumer quedans ces derniers momens où
la voixde la Nature eſt ſi forte, ſa tendref-
ככ
FEVRIER 1746. 83
ſe pour le fils de Druſus ſe ranimant , lui ſuggéra
le diſcours que Joſeph lui fait tenir à
Caïus : il a pû lui dire qu'il lui remettoit
l'Empire , mais cette parole à laquelle Joſephdonnoit
un ſens contraire aux idées Romaines
, n'eſt pointune inveſtiture dans les
formes , & quoique vérifiée par l'événement
, elle n'empêche pas que Tacite n'ait
raiſon de dire que Tibére mourut fans
s'étre choifi un Succeſſeur.
Pour Philon & Dion il eſt impoſſiblede
les rapprocher ni de Tacite ni de Joſeph.
Leur récit du premier coup d'oeil paroît
plus conforme à celuide Suétone , mais cette
conformité n'eſt qu'apparente. Ces deux
Auteurs Grecs ne comprenant point le teftament
de Tibére , ſe font imaginés qu'en
inſtituant héritiers ſes deux petits- fils il leur
avoit légué la puiſſance Impériale ; idée contraire
au jugement que Tacite & Suétone
ont porté l'un & l'autre de ce teſtament , qui
ne regardoit , ſelon eux , que fon patrimoine.
Nous ne pouvons douterde ce quepenfoit
Tacite , quoique nous n'ayons plus le
ſeptiéme livre de ſes annales où néceſſairement
il devoit en parler.
En effet , au rapport de Suétone , Tibére
avoit fait ſon teftament deux ans avant
famort. Or felonTacite , dans les derniers
momensde fa vie il délibéroit encore fu
Dvj
84 MERCURE DE FRANCE .
le choix de ſon Succeſſeur , & mourut indécis.
Donc au jugement de Tacite , diſons
mieux , au jugement de Tibére méme , ſes
difpofitions n'eurent pour objet que les
biens qu'il poffedoit comme citoyen.
Une ſeconde preuve de ce ſentiment ,
déja ſi bien établi par celle qui précéde ,
c'eſt qu'Auguſte n'avoit point diſpofé de
l'Empire par ſon teftament. Si Tibére
l'eut fait dans le ſien , c'eut été une nouveauté
remarquable : c'étoit le cas où Suetone
ſe ſeroit exprimé avec préciſion , comme
il fait dans la vie de Caïus , lorſque
pourdonner une preuve de la paſſion extravagante
dece Prince pour Drufille ſa ſoeur,
il dit que Caïus l'inſtitua héritiere de ſes
biens & de l'Empire , bonorum atque Imperii,
mais il parle des derniéres volontés de Tibére
comme il parleroit de celles d'un fimple
citoyen , heredes ex aquis partibus reli .
quit ... nepotes.
Enfin s'il ne s'agit que du patrimoine de
Tibére , on entend ce que veulent dire ces
mots , heredes ex aquis partibus. Mais que
fignifient- ils s'il eſt queſtion de l'Empire ?
ils marquent néceſſairement un partage :
quelfera ce partage ? fera- ce une ſeparation
réelle des contrées ſoumiſes aux Romains ?
non , du tems de Tibére la ſeule idée en
eut paru monstrueuſe. Ce projet inconnu
FEVRIER 1746. 85
- ce
juſqu'aux enfans de Septime Severe , leur
fut fuggéré par l'antipathie , & la propofition
en fut rejettée avec horreur. Si Diocletien
l'exécuta dans la ſuite , il y fut contraint
par la néceſſité de multiplier les
étais d'un Empire chancelant. Sera
un partage de fonctions ? Lorſque Tibére
le propoſa lui-même à la mort d'Auguſte ,
onlui fit entendre qu'un tel partage donnoit
atteinte à l'indiviſibilité de l'Etat , & les
Romains n'avoient pas changé d'avis depuis.
Concluons donc avec Tacite & Suetone
que c'eſt uiquement ſon propre bien
que Tibére partagea à fes deux petits fils
&non la puiffance Impériale , comme le prétendent
Philon & Dion qui ont étendu
trop loin l'idée d'héritier. Le premier , Philoſophe
Juif, & qui député des Juifs d'Aléxandrie
avoit paffé un tems peu conſidérable
à la Cour de Caius , eſt excufable d'avoir
jugé du teftament de Tibére , comme
il auroit jugé de celui d'un Monarque Orien .
tal , ou de quelqu'un des Rois d'Egypte fucceffeurs
d'Alexandre. Mais comment excuſer
le ſecond , Sénateur Romain , homme
conſulaire , de n'avoir pas reformé ſes idées
aſiatiques , du moins par la lecture de Taci
te qu'il avoit tout entier entre les mains ?
Mais dira-t- on , ſi dans le teftament de
Tibére il ne s'agiſſoit que de ſon patri
86 MERCURE DE FRANCE.
moine, que ſervoit-il à Caïus de le faire calſer
, puiſqu'en le rendant nul les deux Princes
ſuccédoient également ab inteſtar ? Conçoit-
on que pour un fordide intérét ce Princeeut
voulu ſignaler ſon avénement à l'Empire
, en dépouillant le jeune Tibére de la
moitiéd'unbien que la Nature lui deſtinoit
tout entier ?Sur quel motifpouvoit il fonder
ſa demande & le Sénat ſon Arrét ?
A ces objections que M. l'Abbé de la
Bleterie ſe propoſa , il répondit d'une maniere
extrêmement ſatisfaiſante& qui montre
comment un homme d'un eſprit juſte ,
verſé dans l'Hiſtoire du fiécle&de la Nation
dont il parle , peut habilement faire uſage
d'une multitude d'inductions , qui par leur
aſſemblage formentune preuve complette.
Mais comme la force de ces raiſonnemens
conſiſte dans le rapport d'un grand nombre
de faits ou d'obſervations détachées qui ſe
prêtent un jour mutuel en ſe réuniſſant , il
faudroit pour endonner une idée bien exacte
les tranfcrire en entier : ce ſeroit plutôt
une copie qu'un extrait , ſurtout lorſque
l'Auteur ne dit rien d'inutile. Le diſcours
que M. l'Abbé de la Bleterie met dans la
bouche de Caïus pour engager le Sénat à
caffer le teſtamentde Tibére , eſt tel qu'a
dûle prononcer un Prince de ſon caractére ,
placédans les circonstances où il ſe trouvoit,
FEVRIER 1746. 89
pour colorer une demande auſſi odieuſe ,
mais qu'il pouvoit hardiment faire àun peuple
idolâtre du ſang de Germanicus,contre
unjeune homme fils de Drufus& petit-fils
de Tibére ; fi Caïus trouva des prétextes
plauſibles ceux qui parurent autoriſer
P'Arrêt rendu en ſa faveur ne l'étoient pas
moins.
Après tout , quelque parti que l'on prenneſur
leteſtament deTibére , il eft certain
qu'il fut caffé. Par conſequent on eſt forcé
de convenir que Caïus ne parvint à la puifance
ſouveraine que par une Election du
Sénat. C'eſt la conclufion quetire l'Auteur,
qui termine ſonMémoire , en diflipant par
des explications également ingénieuſes &
ſolides quelques nuages que deux paffages
mal entendus , l'un de Suérone , l'autre
de Joſeph , pourroient jetter fur cetteconclufior
à laquelle il eſt impoſſible de ſe refufer.
88 MERCURE DE FRANCE.
EPITRE adreſsée à M. de Voltaire vers
le milien de l'année 1744par le Chevalier
deLaures.
HOmere , Xenophon , Sophocle de laFrance,
Ma bouche ne peutplus ſe contraindre au ſilence;
Laffé de t'ériger en ſecret un Autel
Je viens t'offrir enin un encens folemnel .
Quoi ! l'Univers entier applaudit à Voltaire !
Je ſuis François , Poëte , & je pourrois me taire !
Non , non , mais ne crains point qu'un profane
pinceau
D'un mortel comme toi hazarde le Tableau .
Quelques lauriers cueillis ſur les bords du Permeffe
*
N'ont point rempli mes ſens d'une orgueilleuſe
yvreffe;
Juſques au haut du Ciell'Aigle ſeul peut voler ,
Etpour chanter Voltaire il faut lui reſſembler.
Ton chef- d'oeuvre dernier , ce phenix de la
ſcéne ,
Merope me ravit , &mon penchant m'entraine:
Mon coeur que tes accens ont fi bien ſçû toucher,
Plein d'ardeur , dans ton ſein brule des'épancher.
*Auxjeux Floraux,
FEVRIER 1746; 89
J'imite le Perſan , qui par reconnoiffance
Adoroit proſterné l'aſtre dont la naiſſance
Triomphe de la nuit, pare &peint l'Univers .
Dans ce nuage épais dont les arts ſont couverts
Tuparois , tu répands la plus vive lumiere ;
Vers cet autre Soleil je tourne ma paupiere ,
Je l'honore , & ma voix s'anime en contemplant
L'ineftimable prix des tréſors qu'il répand.
Que d'ornemens divers ton vaſte eſprit raſſemble!
Quoi! dans un ſeul mortel tantde talens enſemble !
De l'Achille du Nord , du Titus des François ,
Calliope & Clio , t'ont dicté les hauts faits ,
Et foutenant ton vol , la moderne Uranie
T'a fait ſuivre Newton dans ſa route hardie;
Maisl'eſprit , les talens, ces donsrares des Cieux,
Qui ſemblent élever un morteljuſqu'aux Dieux ,
De quelque nom pompeux que la terre les nomme,
Ne ſçauroientà mes yeux faire ſeuls le grandhom
me:
Pour l'être il faut encor briller par les vertus ,
Leur éclat eſt moins vif, mais intereſſe plus.
Héros de l'Hélicon , que mon ame eſt ravie
Quand je te vois un coeur digne de ton génie!
Ce Trône où ſur le Pinde Appollon t'a placé ,
Tu ne le fouilles point par l'orgueil inſenſé.
J'ai vû ( pour ton ami quel enchanteur ſpectacle ! )
J'ai vû du Mont ſacré l'ornement & l'Oracle
Careſſer des neuf Soeurs lesjeunes Nourriffons ,
Prévenir leurs beſoins , animer leurs chanfons
9. MERCURE DE FRANCE.
Et pour les élever au ſommet du Parnaſſe
Leur montrer de ſes pas la lumineuſe trace.
Ainfi tendre& prudent l'oiſeau de Jupiter
Dirige ſes aiglons dans le vague de l'air ,
Etd'un vol meſuré s'éloignant de la terre
Les fait planer enfin audeſſusdu tonnerre.
Pourſuis , nouvel Orphée , &ranime ta voix
Pour chanter de ton Roi les vertus , les exploits ;
Quand il court triompher d'une puiſſante Reine ,
Par tes accens divins charme , illuſtre, la Seine ,
Etdu Pinde arroſant les tendres arbriſſeaux
Des plus utiles fruits enrichi leurs rameaux.
C'eſt ſervir doublement ta gloire &ta Patrie.
Que la haine , l'orgueil , l'injustice , l'envie
Se liguent contre toi , dans leurs jaloux tranſports
N'écoute point leurs cris ,mépriſe leurs efforts ;
Ce n'est qu'en t'élevant au-deſſus de toi-même
Que tu dois tevenger de cetteaudace extrême.
Que peux tu redouter de leurs traits infectés ?
Apollondéfendra des vers qu'il adictés .
Le Ciel s'ouvre .. La Gloire à ma vûe étonnée
Montre dans l'avenir ta haute deſtinée ;
Ceint du même laurier , au même Trône aſſis ,
Je te vois dans ſon Temple à côté de Louis.
Mais que fais -je? où m'emporte un effor téméraire
?
Quoi ! j'oſe .. Je me tais&rentre dans ma ſphére;
Quel que foitle reſpect que je dois te vouer ,
Pourrois-je teparler&ne pas te louer?
FEVRIER 1746. 97
PORTRAIT.
Objet de mes tendres allarmes ,
Et mon plaifir & mon tourment ,
La jeune Iris a tous les charmes
Qui fontſeulsun fidéle amant,
De l'eſprit ladélicateſſe ,
Du coeur le tendre ſentiment ,
Labeauté jointe à la fageffe ,
Et la ſageſſe à l'enjoûment.
Cat**
NOUVELLES LITTERAIRES,
A
des Beaux Arts &c .
SSEMBLEE publiquede la Sociéte
Royale des Sciences de Montpellier
tenue dans la grande ſale de l'Hôtel de
cette Ville le 11 Mars 1745. A Montpellier
de l'Imprimerie de Jean Martel ,
و د
MERCURE DE FRANCE.
Imprimeur du Roi & des Etats &c. in 4. de
40. pages 1745 .
Si l'on juge de l'état des Sciences en France
par le nombre des Académies qui s'éle
vent chaque jour dans les differentes Provinces
du Royaume , on ne doutera point
que la République des Lettres ne ſoit trèsfloriflante
& qu'elles ne ſoient cultivées aumoins
avec beaucoup de zèle. Il n'y a prefque
plus de grande Ville dans le Royaume
qui à l'instarde la capitale n'ait des Académies
remplies d'excellens ſujets , dont les
travaux communiqués au public , ſoit par
la voye d'une impreffion particulière , foit
par la voye de ce Journal , ne peuvent qu'être
d'une grande utilité & fervir à prouver
que le goût de laLittérature & des Sciences
ſe maintient parmi nous. Il faut avouer que
nous neſcaurions en donner trop de preuves
pour le bien perfuader , car lorſqu'on
nous voit rechercher avec empreſſement &
avec avidité tant de Brochures dont le
moindre vice eſt d'être frivoles , qui ne croiroit
que l'eſprit de la bagatelle s'eſt emparé
de laNation& remplit toutes les têtes ?
La Société Royale de Montpellier tint
ſa ſéance publique le 11 Mars de l'année
précédente , & M. Serane Directeur qui
préſidoit à cette aſſemblée en l'absence de
M. le Comte de S. Florentin Préfident
FEVRIER 1746. 92
pour cette année, fit l'ouverture de laſeance
parun diſcours préliminaire , dans lequel
il donna une idée générale des occupations
de la Société ; on n'a point imprimé ce diſ.
cours dont on ſe contente de faire un ex .
trait qui fera regretter cette omiffion.
M. Ratte Secretaire perpetuel lut enſuite
l'éloge de M. l'Abbé Bignon , qui occupoit
dans cette Académie une place d'Honoraire
, & l'on fit après la lecture de trois
Mémoires , l'un de M. Goulard ſur l'opération
de la Taille. M. Goulard donna la defcription
d'une Méthode qu'il pratique dans
cette dangereuſe opération , ill'appelle appareil
latéral. Cette Méthode , à quelques
changemens près , eſt la même que cellede
Franco , célébre Chirurgien du ſeizéme fiécle
, qui a donné un Traité des hernies en
1561 .
M. Guilleminet qui lut le ſecond Mé
moire , rapporta les obſervations qu'il a faites
fur la Cométe de 1744. Ces obſervations
ſe rapportent à celles des ſçavans
Aſtronomes de l'Europe.
Nous nous arrêteronsun peu plus longtems
ſur le troiſiéme Mémoire qui nous a parucontenir
des détails affés intéreſſans pour
ceux qui aiment l'Hiſtoire Naturelle.
M. de Sauvages Auteur de ce dernier
Mémoire obſerve qu'à deux lieues d'Alais
94 MERCURE DEFRANCE,
& à trois d'Uzés auprès du Village d'Uzés ,
on voit dans une petite prairieune fontaine
&une mare d'eau. L'eau de la mare quoique
ſous une croute grife , qui la couvre entierement
, eſt plus claire que l'eau la plus
pure. La fontaine eſt aſſes abondante ;on
trouve les matins au-tour de la ſurface
intérieure des conduits de cette fontaine
une écume jaunâtre qui coule à gros flocons
mêlée avec l'eau de la ſource , cette écume
ſéchée ſe durcit , ſe condenſe , & en cet état
c'eſt un véritable ſouffre vif dont on ſe ſert
dans les villages voiſins pour allumer le feu
& ſouftrer les tonneaux. On pourroit s'en
ſervir de même pour rafraichir l'eau , pour
blanchir , ou pour mieux dire , bleuir les
foyes.
Nous avons toujours été juſqu'ici chercher
le fouffre vif en Italie , & nous ne
coyions pas en avoir en France , peutêtre
avons-nous pluſieurs fontaines de cette
nature que nous ne connoiffons pas , & fommes
nous à cet égard plus ignorans que pauvres.
Quoiqu'il en ſoit , le fouffre de la fonrain
de M. de S. eſt bon pour rendre le
fan; plus fluide , & par là convient aux
Athmariques , il diſlipe la gratelle , la gale
, & les habitans ont creuſé auprès de la
ſource des eſpéces de bains où les hommes
& les animaux qui ſont attaqués de malaFEVRIER
1746. 95
dies cutanées trouvent un reméde affûré,
M. de Sauvages obſerve que les habitans
des hameaux voiſins n'ont pas beſoin d'y recourir
; les vapeurs qu'exhale la mare les ga
rantit de cette eſpéce de maladie; l'eau de
cette fontaine eft claire & légerement aigrelette
& mucilagineuſe quand on la roule
dans la bouche. La premiere fois que M. de
S. vit cette fontaine , il ne douta pas que
l'eau ne fut purgative; il en conſeilla l'ufageà
quelques malades , &depuis cette fource
eſt très-accréditée dans les cas où celle
d'Hieuſet eſt en uſage. Comme ſur les remedes
, & fur tout ſur les eaux tout eſt fantaiſie
& mode , il ne faut pas déſeſperer que
quelque hazard ne procure un jour à ces
eauxnouvelles une célebrité plus grande.
La ſeconde obſervation de M. de S. roula
encoreſur unefontaine : celle-ci porte de la
Naphte , que l'on appelle autrement Poix de
terre , bitume liquide; elle ſe trouve à deux
lieues d'Alais dans un ravin près du village
appellé Servas ; on l'appelle communément
Fontaine de la Poix , & dans la Langue du
Pays Fon de la Pegue, Cette Poix eſt un bitume
noir , gluant, inflammable , luiſant
& ferme quand il eſt refroidi , qui bouillonne
en Eté entre les fentes d'un rocher d'où
fort la fontaine , & mieux encore aux endroits
plus élévés que l'eau , & plus expoſés
96 MERCURE DE FRANCE.
aux rayons du Soleil. On peut s'en ſervir
comme d'une cire noire à cacheter: ce bitume
eſt auſſi noir , auſſi luifant & n'eſt point
caflant. Les habitans de Servas l'employent
pour réfoudre les tumeurs froides , pour les
playes des animaux , & fur tout pour les
marquer quand il les envoyent à la montagne.
L'eau de la fontaine eft un grand purgatifcontre
les vers; un verre fuffit pour purger;
cette eau eft fort claire , d'un goût & d'une
odeur de ſouffre , & les payſans en font
uſage.
C'eſt encore une fontaine qui fait le ſujet
de la troiſiéme obſervation ; on trouve entre
Anduſe & Laſalle , au lieu nommé S. Felix
de Paillere une fontaine , où ſilon jette ,
excepté enHyver, quelques feuilles d'arbre ,
ou quelque animal mort , le lendemain ou
peu de jours après on trouve ces feuilles
changées en de très-jolis réſeaux , & de ces
animaux il ne reſte que des ſquelettes. M. de
S. eſt perfuadé que cette diſſolution eſt l'ouvrage
d'une petite eſpéce d'écreviffe appel,
lée Crevette. Il n'eſt pas de puits dans les
Cévennes où il n'y en ait, & on les y appelle
vulgairement Trinquetailles. On croit
qu'une de ces crevettes avalée vivante eſt capable
de mordre les boyaux , cependant
comment ſe fait - il que les eaux de la fontaine
en queſtion foient bonnes à boire ;
car
FEVRIER 1746. 97
car ces petits inſectes ſe trouvant dans l'eau
en grand nombre , il eft moralement im-
-plauſible qu'il n'y ait pas ſouvent des gens
qui enavalent : auffi M. de S. n'a-t- il pasencore
ſuffiſamment examiné ce fait pour rien
affürer de plausible. Nous imiterons ſa rerenue
, & nous attendrons qu'il ait eclairci ce
point d'Hiſtoire Naturelle dont l'examen
paroît fournir matiére à des détails curieux.
L'ORIGINE & les progrès des Gardes du
Corps , Poëme par M. Manger Garde da
Corps , à Paris chés Ph. N. Lottin rue S.
Jacques 1745 . Si les plus fameux Poëtes de laGrece ont
ſouvent célébré avec Emphaſe les vainqueurs
qu'on avoit couronnés aux jeux
Olympiques pour avoir ſignalé une inutile
adreſſe , combien est-il plus juſte de célébrer
un Corps célébre qui ſert le Prince
avec tant de courage & de fidélité , & qui
a vaincu tant de fois pour la gloire & le ſalut
de l'Etat!
M. Mauger fait remonter l'origine des
Gardes du Corps auſſi loin qu'il eſt poſſible ,
car il attribue leur inſtitution à Gontran
qui craignant les aſlaſſins envoyés par Frédegonde
, ſe forma une Garde pour ſe garantir
des attentats de ces ſcélerats.
De là l'Auteur paſſe rapidement à la
F
MERCURE DE FRANCE.
bataille de Bovine , il décrit ainſi les exploits
des Gardes du Corps .
Tout fuit , tout céde aux coups d'un vainqueur
enfurię
Qu'avoient armé l'honneur , Philippe & la Patrię .
On douteà ſes exploits ſi le Dieu des combats
Acompoſé ce Corps de chefs oude foldats;
Sa prudence eſt ſouvent à ſa valeur égale ,
Et toujours l'une& l'autre àl'ennemi fatale.
-
Il vaudroit peut-être mieux que l'Auteur
eut dit leur prudence , qui appartiendroit
alors à tous les membres du corps pris ſéparément
, & dont on vient de dire , on doute
fi le Dieu des combats a compose ce corps de
chefs on de soldats. Penfce très heureuſe
, mais il y a bien de la difference entre la
prudence de tous les particuliers d'un corps
pris ſéparément, &la prudence du corps meme
pris collectivement : c'eſt de la premiére
que M. M. a youlu parler , & c'eſt la feconde
qu'indique ſon expreffion.
L'Auteur apoftrophe enſuite les Ecoffois ,
qui rendirent beaucoup de ſervices à Char- .
les VII. , & dont ce Prince forma la premiere
compagnie .
Ah! je vous reconnois EceTois généreux ,
Intrépides foutiens d'un Prince malheureux:
FEVRIER وو . 1746
Sans vous, ſans le ſecours que votre bras luidonne,
Peut-être il n'eut jamais recouvré ſa Couronne,
Mais ne vous flatez point d'avoir trop entrepris ;
Le ſervice fut grand , vous en avez le prix.
Si nos Rois vous ont dû leur Couronne & leur
gloire ,
L'honneur de les garder vaut bien une victoire .
Après avoir parlé des ſervices rendus aux
fucceſſeurs de Charles VII. l'Auteur arrive
au régne de Louis XIV.
Son Trône a pour ſoutiens Minerve , Thémis ,
Mars ,
Et Turenne , & Condé , Luxembourg & Villars,
Près deux eſt cette troupe à la France ſi chere
Que Louis eftimoit , & dont il fut le pere.
,
Plus loin font ces Guerriers vaillans , mais plus
* nouveaux ,
Sujets du même Prince . & pourtant nos rivaux :
Le même amour nous guide & les uns & les autres
;
Nos périls font communs , leurs explois ſont leş
notres.
Le Poëme finit par une deſcription de la
bataille de Leuze.
:
* Les Gendarmes , les Chevau- Légers & les Moufquetaires.
E- j
100 MERCURE DE FRANCE.
Ce Corps inébranlable * en ce jour de carnage ,
Vit enfin des dangers dignes de fon courage.
Ledéſeſpoir , l'envie & l'aveugle fureur ,
L'ardente foif du ſang , la rage & fon horreur,
Tout s'unit contre lui , l'ennemi l'environne ,
La foudre horrible gronde & n'a rien qui l'étonne,
Il frappe , &defiant& le nombre& le fort
Semede tous côtés la terreur & la mort .
LeBatave en pâlit, l'Anglois fremit de rage ,
Le Germain étonné cherche envain ſon courage,
Sur des monceaux de corps , dans des ruiſſeaux de
fang
L'efiroi , le trouble affreux paſſent de rang en
rang ,
Et l'ennemi bien-tôt par une fuite promte
Va cacher loin de nous ſa défaite & fa honte.
Luxembourg le voit fuir , mais il ne permet pas
Qu'aucunde nos guerriers ofe ſuivre ſes pas.
Chartres , jeune& bouillant, voloit à notre tête ,
Le Héros qui l'admire ainſi que nous l'arrête .
Sa rigueur nous irrite ,& nous en fremiffons ;
Mais Luxembourg commande , & nous obéiffons,
Tel uncourfier fougueux &blanchiſſant d'écume ,
Furieux , mord ſon frein , s'agite , ſe conſume ,
Et le crin heriffé , les yeux étincelans,
Suit la main qui s'oppoſe à ſes voeux trop ardens.
*LaMaison du Roi,
FEVRIER 1746. 101
L'ordonnance de ce Poëme eſt belle , &
les vers engénéral font bien faits; il y en a
cependant pluſieurs négligés , & l'Auteur a
en d'autant plus de tort de ſe permettre
quelques tours proſaiques , qu'il avoit affés
de talent pour éviter ce défaut qu'on ne peut
imputer qu'à ſa négligence.
LES NOUVELLES LANTERNES , Poëme
par M. Valois d'Orville , Paris 1746 , chés
Ch. J. B. de l'Espine Imprimeur du Roi
rue S. Jacques.
Des Lanternes d'une fabrique nouvelle ,
&qui produiſent avec une ſimpleméche autant
de lumiere que pluſieurs flambeaux ,
ont occaſionné ce petit Poëme. Les Entrepreneurs
ont un privilége enregiſtré
au Parlement de Paris ; nous donnerons
quelque jour une deſcription exacte de
ces Lanternes lorſque nous ferons mieux
informés.
RELATION abregée d'un voyage fait
dans l'intérieur de l'Amérique Méridionale ,
depuis la Côte de la Mer du Sud , juſqu'aux
Côtes du Breſil & de la Guiane en defcendant
lariviere des Amazones , lue à l'affemblée
publique de l'Académie des Sciences le
28 Avril 1745 par M. de la Condamine de
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
la même Académie , avec une Carte du Maragnon
levée par le même ; Paris 1745 , in-
8. chés la veuve Piffot .
Nous avons donné d'avance l'extrait de ce
Livre en rendant compte de l'aflemblée publiquede
l'Académie des Sciences. On voit
au frontiſpicedu Livre cet épigraphe tiré de
Lucréce.」
Floriferis ut apesin Saltibus omnia libant)
Omnia nos ...
DICTIONNAIRE MILITAIRE
ou Recueil Alphabétique de tous les termes
propres à l'Art de la guerre , ſur ce qui regarde
la Tactique , le Génie , l'Artillerie ,
la ſubſiſtance des troupes & la Marine . On
y a joint l'explication des travaux qui fervent
à la conſtruction , à l'attaque & à la
défenſe des Placés , & des détails Hiſtoriques
fur l'origine & la nature des differentes
eſpéces , tant d'Offices Militaires anciens &
modernes , que des armes qui ont été en
ufage dans les differens tems de la Monarchie.
Seconde Edition revûe corrigée & augmentée
par M. A. D. L. C. Deux Volumes
in- 12. prix fix livres. A Paris chés Giffey ,
rue de la Vieille Bouclerie , Bordelet rue
FEVRIER 1746. 103
Š. Jacques , & David le jeune , rue du Hurpois
1745 .
SUPPLEMENT au même Dictionnaire
qui fait le troifiéme volume. Prix 3
livres.
David le jeune Libraire à Paris Quai des
Auguſtins au Saint Eprit vient de recevoir
du Pays Etranger les Livres ſuivans :
EDUCATION DESENFANs par M.
Lockin- 12 deux vol. 3 livres en blanc,
ARITMETHIQUE de le Gendre nouvelle
Edition augmentée 2 livres 10 fols
reliée.
Nouvelle Théorie de la manoeuvre des
Vaiſſeaux à la portée des Pilotes , par
M. Saverien .
Nous annonçâmes en quelque forte cet
Ouvrage en rendant compte au Public *
d'un Discourssur la Manoeuvre des Vaisseaux
par M. Saverien, puiſqu'il n'étoit ( ainſi que
nous l'apprenons par la Préface de ce Li-
* Mercure du moisde Novembre 1744.
E iiij
104 MERCURE DE FRANCE.
vre) qu'un moyen que l'Auteur employoit
pour fonder les Sçavans touchant de nouvelles
vûes qu'il avoit fur cetArt.
On ſçait que la Théorie de la manoeuvre
, cette partie eſſentielle de la Navigation
, a été maniée par les plus grands Geométres.
On connoît la ſçavante diſpute entre le
Chevalier Renau &M. Huguens , & on ſçait
que malgré la déciſion de M. Bernoulli en
faveur de M. Huguens , & l'évidence de
ſesdémonſtrations le Chevalier Rénau perfiſta
dans ſon erreur juſqu'à la mort.
Cettediſpute fit connoſtre qu'il étoit trèsdifficile
de ſoumettre les mouvemens du
Vaiſſeau à des loix , parce qu'il étoit néceſſaire
d'avoir recours à la Théorie des
impulfions des fluides contre des ſurfaces
courbes , qui eſt une partie des plus profondes
& des plus abſtraites de l'application
de la Géométrie aux Méchaniques.
Cette conſidération obligea M. Bernoulli
de ne donner à ſa Théorie , qu'il publia en
1714 que le titre d'Eſſai.
M. Bernoulli vouloit par ſon ouvrage
contribuer au progrès de la Navigation. M.
Pitot qui a réduit la Théorie de M. Bernoulli
en pratique a eu le même deſlein :
mais ſelon M Saverien , ils ne l'ont pas enFEVRIER
1746. τος
tiérement rempli : il prouve cette propofition
, 1º. par la difficulté qu'il y a que le
commun des marins puiſſent entendre
leurs Théories chargées des calculs analitiques
auffi aiſés pour des Géométres que
difficiles pour des Pilotes.
2º. Sur ce que ces Auteurs , ont fait deux
ſuppoſitions qu'il traite après M. Parent ,
l'une d'abſurde &l'autre d'idéale. Ces ſuppoſitions
font , 1°. Que la viteſſe du Vent
eſt infinie eû égard à ce'le du vaiſſeau. 2°.
Que la caréne ou la ſection horizontale du
vaiſſeau eſt un ſegment de cercle de 30 , &
peut- être même de 60 degrés.
>>Une Théorie , dit l'Auteur , qui évite-
>> roit ces deux inconvéniens , je veux dire ,
>> celui d'être trop abſtraite , & celui d'être
>>fondée ſur des ſuppoſitions fauſſes , ſe-
>>>roit ſans doute une Théorie très-utile.
Telles ſont les fins , que M. Saverien fe
propoſe dans cette nouvelle Théorie ;
cet ouvrage qui eſt dédié à M. le Comte
de Maurepas , eſt diviſé en dix chapitres.
Après avoir poſé des principes ſur
l'action des flui les contre les ſurfaces , M.
S. examine en général les mouvemens du
vaiſſeau,
Ev
106 MERCURE DE FRANCE ,
Dans cet examen il est néceſſaire de connoître
l'effort du vent ſur les voiles & celui
desvoiles fur les vaiſſeaux. Mais comme il
yen a pluſieurs on eſt obligé de déterminer
le point où ſe fait la réunion de toutes les
forces qui font mouvoir le navire : c'eſt ce
que l'Auteur trouve en développant un
principe fondamental pour toutes les mâtures
Suivent enſuite les définitions de la manoeuvre
, & ce ſecond chapitre eſt terminé
par la deſcription d'une belle machine de
M. d'Onſenbray Honoraire de l'Académie
Royale des Sciences , pour connoître l'anglede
la ligne du vent &de la route.
Ces fondemens étant établis l'Auteur
recherche la maniére de déterminer la ſituathon
la plus avantageuſe de la voile. Ici los
fentimens du Chevalier Renau , de M.
Huguens & de M. Bernoulli font examinés ,
détaillés & rejettés. M. S. fait voir combien
cette queſtion eſt importante & développe
la méthode la plus certaine pour
laréfoudre.
Comme fur cette méthode M. Pitot a
calculé une Table des ſituations les plus
avantageuſes de la voile , l'angle de la ligne
du vent & de la route étant connu ,
M. S. Parapportée à la Table qu'il a réduite
& abreg , & dont il explique l'ufage ,
FEVRIER 1746 167
:
L'Auteur finit ce chapitre par une façon
aiſée d'orienter les voiles ſuivant les angles
les plus avantageux .
Les curieux & ſurprenans effets du gouvernail
font le ſujet duquatriéme chapitre ;
on y développe deux forces dans l'action
que M. Bernoulli & le Chevalier Renau
avoient à tort négligées & on y détermine
la ſituation la plus avantageuſe du gouver
nail par une méthode ſimple , d'où l'on déduit
la manierede connoître l'effort du gouvernail
ſur le vaiſſeau dans tous les angles
qu'il peut faire avec la quille. :
La rame , la pagaye , notre façon de ramer
, celle des Sauvages dont M. S. fait un
parallele , fourniſſent matiere à pluſieurs réflexions.
Ce n'eſt pas affés , dit l'Auteur , deconnoître
l'effort du Rameur dans l'action de la
rame , en la conſidérant comme un levier
du ſecond genre ; de prouver qu'il eſt une
réaction , & de déterminer ſa fituation la
plus avantageuſe fur le bateau , il faut pour
rendre cés raisonnemens ſolides faire voir
que la rame peut être priſe pour un levier
du ſecond genre , qui a un point d'appui fi
xe quoiquelle l'ait mobile.
Il eſt queſt ion dans les chapitres qui fuivent
dedéterminer la vitefle du vaifleau par
rapport aux differens airs de vents & aux
Evj
108 MERCURE DE FRANCE.
differentes derives : c'eſt l'objet du fixiéme
chapitre ; eu égard aux différens dégrés de
force du vent , c'eſt le ſujet du ſeptiéme ;
felon les differentes ſurfaces des voiles& les
differentes voilures , c'eſt celui du huitiéme.
Une connoiffance très-difficile à acquérir
& très - eſſentielle , eſt celle de la viteſſe du
vaiſſeau ſelon les diverſes derives.
M. S. après avoir paſſé en revue les méthodes
de Mrs. Bernoulli , Bouguer &c. &
pluſieurs autres , en donne une fort ſimple.
L'objet principal de l'Auteur eſt d'eſtimer
exactement le chemin du vaiſſeau ſans jetter
le loch , moyen, comme l'on ſçait , très défectueux
; il prétend le faire par le calcul ;
& il eſpere que ſi on réduit les principes
qu'il établit en pratique , on pourra attendre
avec moins d'inquiétude la ſolution du
fameux problèmedes longitudes. Dans cette
vue M. S. a inventé une machine qu'il appelle
Barozaneme ou Peze-vent , dont il explique
l'uſage , en ayant auparavant donné
la conſtruction ; il connoît par le poids les
vireſſes du vent , c'est- à- dire , qu'il péſe
le vent pour déterminer les dégrés differens
deviteſſe du vent comme onpéſe l'air pour
connoître ceux de ſa condenſation,
Le neuviéme chapitre renferme la ſolution
de trois problèmes importans qu'on
peut voir dans le Livre.
-
FEVRIER 1746. 109
Dans le dernier chapitre l'Auteur enſeigne
les manoeuvres néceſſaires pour donner la
chaſſe à un vaiſleau ennemi , ou pour l'éviter
ſi on eſt plus foible : il joint auſſi pluſieurs
autres manoeuures de pratique , comme la
maniere de mettre en pane , de venir à
l'abordage &c .
L'ouvrage eſt terminé par une objection
à la Théorie de la mâture de M. Bouguer ,
pićce qui a remporté le prix de l'Académie
en 1727. Si les Sçavans , & en particulier
M. Bouguer auquel M. S. ſoumet ſon ſentiment
, décident en ſa faveur , il nous annonce
qu'il donnera dans la ſuite une nouvelle
Théorie de la mâture ,fondée ſur de nouveaux
principes.
IL paroît depuis peu un Livre dont le
titre galant doit inviter à le lire : c'eſt une
Rhétorique Françoise à l'usage des jeunesDemoiselles.
L'Auteur s'eſt propoſé de donner
une idée de ce qu'il y ade plus intéreſſant &
de plus curieux dans cette belle ſcience ,.
ſans entrerdansun ſçavant détail de Tropes
&de lieux Oratoires dont l'uſage & même
les noms ne font guéres connus hors des
Colléges. Cet ouvrage eſt diviſé en quatre
Livres , les Livres enchapitres , & les Chapitres
en Sections.
L'objet du premier Livre eſt l'invention
1
110 MERCURE DE FRANCE.
où l'on traite des principaux lieux Oratoires
intérieurs & exterieurs .
Dans le ſecond Livre on donne des régles
fur la diſpoſition ou conſtruction dudiſcours,
dont les parties ſont l'exorde , la narration ,
la confirmation & la peroraiſon .
Le troiſiéme Livre regarde l'élocution.
C'eſt la partie la plus eſſentielle de l'Eloquence
; c'eſt elle qui fait valoir toutes les
autres , & qui diftingue le diſcours Oratoitoire
d'une démonstration de Mathématiques
ou d'un argument de Logique ; on
donne ici les définitions des periodes , des
differens ſtyles , & des figures de Rhétorique
les plus belles , les plus brillantes & en
même tems les plus connues ; on en explique
l'Art , l'uſage & les propriétés.
Dans le quatriéme Livre il s'agit de la
prononciation ou de l'éloquence , du geſte
& de la voix. On ſuppoſe que la Nature ne
laiſſe ordinairement rien a defirer aux Dames
de ce côté-là , & l'on ſe contente de
défigner certains défauts à éviter.
Tout le monde convient qu'il n'y a pas
de ſcience qui ſoit plus propre aux Dames ,
ni pour laquelle elles ayent plus de diſpoſition
que la Rhétorique : ſouvent celles qui
en ignorent l'Art en pourroient enſeigner
la pratique ; ileſt à croire cependant qu'un
pea de Théoriene fera que mieux.
FEVRIER 1746. 111
On trouvera ici peu de préceptes &
beaucoup d'exemples. Ces exemples font
tirés , pour la plupart , de nos meilleurs
Orateurs & Poëtes modernes , depuis Marot
juſqu'aux Auteurs de nos jours. On ne
s'eſt pas cependant tellement borné aux modernes
qu'on ne ſe ſoit quelquefois donné
la liberté de fouiller dans les tréſors des fiécles
plus reculés , & d'extraire quelques
fragmens des SS. Peres qui ne font pas les
moindres ornemens de cette collection ,
même à ne les conſidérer que du côté de
P'éloquence.
Çe Livre ſe vend chés Huart , Nyon pere,
Nyonfils, le Clerc l'aîné, le Clerc lejeune, Defpilly
, Barois , Savoye & Ganean. On dit
que c'eſt le coup d'eſſai d'un jeune homme ,
fi cela eſt , c'eſt commencer de bonne heure
à prendre un ton de maître le public
équitable à qui ſeul il appartient d'apprécier
le mérite des ouvrages & des Auteurs ,
jugera ſi c'eſt par modeſtie ou par prudence
que l'Auteur n'a pas voulu ſe nommer.
: Instruſtion des Négocians , Volume in 1
grand papier , diviſé en deux Parties , à
Blois chés Maſſon , & à Paris chés David ,
pere quai des Auguftins
La premiere Partie de cet ouvrage traite
112 MERCURE DE FRANCE.
de la qualité des perſonnes auſquelles le
commerce eſt permis ou deffendu par les
Ordonnances : des regiſtres , des ſociétés ,
des billets , quittances & mémoires arrêtés ,
des lettres de crédit, de la Jurisdiction Confulaire&
de la forme d'y procéder , dans
ledétail de laquelle l'auteur paroît n'avoir
rien obmis : de l'Amirauté , de la conſervation
de Lyon , des lettres d'Etat& de repi ,
des ceſſions de biens , des faillites & banqueroutes
, &des régles que doivent obſer
ver les Juges qui en connoiffent , & ceux
quiy font intereſſés .
La ſeconde Partie contient une inftruction
étendue ſur les lettres de change , &
fur toutes les eſpéces de billets qui entrent
dans le commerce.
Hiftoire Poétique , contenant les Divinités
& les Héros de l'antiquité Payenne pour
P'intelligence des Auteurs , & pour la connoiflance
des tableaux & des ſtatues dont
les fujets font tirés de la Fable , avec une
Table alphabétique. Volume in 18 , grand
papier , à Blois chés Maſſon , & à Paris chés
Desaint & Saillant Libraires rue S. Jean de
Beauvais.
Histoire de Languedoc avec des Notes &
les piècesjustificatives , composéeſur les Auteurs
FEVRIER 1746. 113 .
&les titres originaux , & enrichie de divers
Monumens , par un Religieux Benedictin de
laCongrégation de S. Maur. Tom. V. & dernier
, à Paris chés Jacques Vincent in fol.
1745.
Ce cinquiéme &dernier volume de l'Hif
toire de Languedoc eft compoſé, comme
les précédents , du corps de l'ouvrage , des
Notes & des piéces juſtificatives ; on y a
inſeré de plus des Additions & corrections
pour les tomes précedens .
Le corps de l'ouvrage conſiſte en neuf
Livres. Le trente-cinquiéme ch. qui eſt le
premier de ce cinquiéme volume commence
par les premieres ſéances du Parlement de
Languedoc , après qu'il eut été rétabli en
1443 par le Roi Charles VII. à la très-pref-
Sante demande &fupplication des gens des
trois Etats de Languedoc. Ce Parlement devoit
ſon origine à Alphonſe Comte de Poitiers
& de Toulouſe , qui l'établit en 1266
pourjuger en dernier reſſort les affaires de
ſes ſujets dans l'étendue de ſes Domaines,
Le Roi Philippe le Hardi ſon neveu , fut
le premier de nos Rois qui dix ans après la
réunion du Comté de Toulouſe à la Couronne
établit en 1280 un Parlement Royal
dans cetteVille pourjuger ſes ſujets de la Languedoc
qui comprenoit les Provinces Méridionales
du Royaume. Ce Parlement ayant
114 MERCURÉ DE FRANCE
:
été ſupprimé quelques années après , le Rơi
Philippe le Belle rétablit en 1287 , & cette
Cour continua ſes ſéances à Toulouſe jufqu'en
1291 qu'elle fut encore ſupprimée
& réunie au Parlement de la Langue d'oui
Philippe le Bel projetta de le rétablir de
nouveau par ſa célébre Ordonnance touchant
ce Parlement de l'an 1302. Mais
on ne voit pas que ſon deſſein ait été exécuté.
Charles VII. n'étant encore que Dauphin
rétablit le Parlement de Languedoc à
Toulouſe en 1420. Après avoir augmenté
le nombre des Conſeillers , il le transfera ſuc
ceſſivement à Beziers & à Narbonne , & le
réunit en 1428 à celui de France féant
alors à Poitiers. Enfin ce Prince rétablit en
1443 le Parlement de Languedoc pour la
derniere fois , & le fixa àToulouſe où il a
toujours ſubſiſtédepuis. Telles ſont eri abregé
les principales révolutions qui ſont arrivéesdans
le ſecond Parlement du Royaume
dont l'anciennefraternita avec le Parlement
de la Langue d'oui ou de Paris eſt trèsbien
établie , & qui font rapportées en détail
à la fin du quatrième , & au commencement
du cinquiéme Livre de, l'Hiſtoire
de Languedoc.
Le reſte du 38e. Livre de cette Hiltoire
& les deux ſuivans ſont employés à
décrire les évenemens qui ſe ſontpaffés dans
FEVRIER 1746. τις
le Languedoc depuis l'an 1443 , juſqu'en
1547. On rapporte dans le 35e. Liv. No.
72 pluſieurs ciconſtances curieuſes du fiége
de Leytours entrepris en 1473 par les Généraux
du Roi Louis XI. fur Jean V. Comte
d'Armagnac qui en prit la défenſe , &
de la mort tragique de ce Comte , & de
Jeanne de Foix ſa femme que ces mêmes
Généraux firent périr miferablement contre
la foi de la capitulation.
Ontrouve diverſes Anecdotes , No. 5 .
& ſuiv. du 36e. Liv. touchant les Etats généraux
du Royaume aſſemblés à Tours en
1484au commencementdu régne de Charles
VIII. Le récit de la célébre entrevue que
le Roi François I. eut à Aiguemortes en
1538 avec l'Empereur Charles V. eſt rapporté
au No. 53. du Liv. 87 , & contient
un détail intéreſſant ignoré par les Hiftoriens
François. Ma's ce qui mérite davantage
l'attention du public dans ce cinquiéme
Volume eſt l'Hiftoire complette&
détaillée des divers évenemens qui ſe ſont
paſſés dans la Province dans l'eſpace de près
d'un fiécle , pendant les troubles & les
guerres de la Réligion& les fureurs de la
Ligue , ſurtout depuis la conjuration d'Amboiſe
en 1560 juſqu'à l'Edit de pacification
donné devant Montpellier en 1629
par le Roi Louis XIII. Tous ces faits font
4
116 MERCURE DE FRANCE.
décrits dans les fix derniers Livres de ce
volume. L'affaire de Henri 11. Duc de
Montmorency, Gouverneur de Languedoc,
qui fut décapité à Toulouſe en 1632 eft
détaillée dans le 43e. & dernier Livre ,
qu'on a terminé avec le volúme à la mort
du Roi Louis XIII.
Parmi les Notes qui fuivent le corps de
l'ouvrage , les plus remarquables ſont la
deuxiéme qui regarde les circonstances de
l'entrevue que le Roi François I. eut à
Aiguemortes avec l'Empereur Charles V.
La cinquiéme , releve diverſes fautes de
la Popeliniere touchant les circonstances
de la marche des Princes de Navarre & de
Condé & de l'Amiral de Coligny, lorſque
leurarmée traverſa laProvince en 1570 ,&
lage. où onéxamine l'époque & les circonftancesde
la mort tragique de Jean-Etienne
Duranti premier Préſident & de Jacques
Daffis Avocat général du Parlementde Toulouſe
, que les Ligueurs de cette Ville firent
mourir impitoyablement en 1189 .
Les additions & les corrections ſur les
quatre premiers volumes de l'Hiſtoire de
Languedoc viennent enſuite , elles contiennent
divers articles , parmi leſquels il y en
a pluſieurs d'intéreſſans.Dans la 16e, fur le
premier volume on traitede nouveau une
queſtion qui juſqu'ici à beaucoup partagé
FEVRIER 1746. 117
les Sçavans touchant l'origine du nom de
Septimanie. On a crû devoir inferer dans
l'article ſuivant une Diſſertation ſçavante de
M. Abanfit ſur une piéce d'or frappée à Uſez
ſous le régne de Théodebert . On examine à
fonddans le 27e, art, fur ce volume l'époque
de la tranflationdu Siége Epifcopal du Velai
dans la Ville du Pui. On répond dans le
troiſiéme article ſur le troiſiéme volume à
quelques objections formées par le P. Touron
Dominicain dans ſa vie de S. Dominique ,
touchant l'Hiſtoire & la guerre des Albigeois
rapportées dans ce troifiéme volume.
Après les Additions & corrections on
donneune ſuite de près de 200 Séances du
Clergé, de l'ancienne Nobleſſe & de quelquesCommunautés
de la Province qu'on a
fait graver & qu'on a partagé en 8 Planches.
On y donne auſſi quelques anciennes
Monnoyes du Pays , entr'autres des Comtes
de Toulouſe & des Seigneurs de Montpellier.
Enfin ce volume eſt terminé par un recueil
intéreſſant de piéces juftificatives , parmi
leſquelles on trouve pluſieurs Anecdotes
touchant les guerres de la Réligion & les
affaires de la Ligue dans la Province. Tel eſt
en abregé le plan de ce dernier volume de
l'Hiſtoire de Languedoc , qu'on a enfin terminée
après trente ans de travail,
118 MERCURE DE FRANCE .
IL paroît une Lettre de M. le Cardinal
Querinidatée de Rome le 27 Octobre 1745
&adreſſée à M. Mazochi Chanoine de Naples.
C'eſt au ſujet d'un ancien Calendrier
Neapolitain gravé ſur le marbre dont ce
Chanoine a fait la découverte. On ne peut
douter qu'il ne ſoit de Naples à cauſe des
ſaints Evêques de ce Siége qui y ſont déſignés
ſous la qualification d'Epifcopi noſtri ;
mais on y remarque une grande quantité de
faints de l'Eglife Grecque. M.le Cardinal
Querini pour mieux faire ſentir l'adoptation
des faints de laGrece par l'Egliſe de Naples ,
donne dans ſa lettre les quatre premiers mois
de ce Calendrier Latin & à côtéde chaque
mois un ménologe manufcrit des Grecs qu'il
acheta il y a vingt ans lorſqu'il étoit Evêque
dans l'ifle de Corcyre , moyennant
quoi on reconnoît tout d'un coup les refſemblances
& les differences de ces deux
Calendriers imprimés à deux colonnes.
LETTRE d'un curieux de Topographie
un autre curieux,
M. l'ouvrage de Monfieur Doiſy que vous
m'avez annoncé ſous le titre de Royaume
de France est un immenſe volume que je
viens de parcourir. Je me fuis arrêté principalement
aux Paroiſſes du Diocéſede PaFEVRIER
1746. 119
ris : j'y en ai trouvé pluſieurs de manque , &
d'autres mal écrites; comme je ne connois
point l'Auteur & que vous pouvez être en
relation avec lui, je vous prie de l'exhorter
àdonner un ſupplément qui puiſſe indiquer
les Paroiſſes oubliées , & un Errata qui montre
les corrections qu'il faut faire dans les
noms de lieu mal écrits .
Je viens donc de m'appercevoir qu'on
n'y trouve point Attilly Village de la Brie
au Nord de Brie Comte Robert. Bouqueyal
qui eſt par de là Ecouen ne s'y trouve
pasnon plus. Le Blanc Ménil , la Norville
proche Arpajon , Nozay & la Ville du Bois
yoiſinsdeMontlheri; S. Ouen de l'aumône
proche Pontoife ; tous ces lieux manquent
dans ce dénombrement univerſel ; au moins
il m'a été impoffible de les trouver , non plus
que Chaumontel proche Luſarches &
Combs-la-Ville voifin de la forêt de Senart ,
Quant auxfautes qui feront remarquées facilement
par ceux qui connoiflent les environs
de Paris on peut compter à la page 245
Margeney pour Margency ; page 252 Arceuil
pour Arcueil. Ailleurs Eſconin pour
Efcouen , Tosquencourt pour Rocquencourt ,
Chacun connoît Sant Leu de Taverny ,
mais non pas Saint Taverny comme on lit
à la page 940. Aux environs de Chevreuſe
eſt unPrieurédit S. Paul desAunois,&nom
120 MERCURE DE FRANCE .
pas S. Paul de Vaunori comme il eſt marqué
à la page ... On eſt informé que par de- là
Montlhery il y a une Paroiſſe dite Avrainville
, l'Auteur a coupé ce mot en deux ; il
en a fait une Ville appellée Aurain qu'il dit
compofće de 60 feux.
Ceci n'est qu'un petit Eſſai de l'ortographe
de l'Auteur que je ſouhaiterois avoir été
plus exacte pour la perfection de fon ouvravrage
, qui d'ailleurs fera d'une grande utilité
à pluſieurs perſonnes. Il auroit pu eviter
certaines fautes choquantes en le faiſant voir
à quelqu'un qui ſçut quelque peu de l'Hiftoire
des lieux. J'ai oui dire àdes connoifſeurs
, en parlant de l'Abbaye du Bec en
Normandie , le Bec - Hellouin , & non pas
le Bechellouin . La prononciation eſt fort
differente . M. Doiſy ne counoitroit. il donc
point le fameux Hellouin Fondateur de
ce Monaftére ? Il n'eſt pas heureux dans la
maniere d'écrire les noms de lieu de Normandie
; car en parlant d'une Ville du Diocéſe
de Lizieux appellée de tout tems en
Latin Pons Audomari , il l'écrit Ponteau de
Mer toutes les fois qu'il en fait mention.
*Pourquoi ne pas écrire comme les gens lettrés
Pont -Audemer ? Vaut- il mieux laiſſer
croire aux fimples que ce lieu tire fon nom
d'un petit pont fait ſur un bras de mer ?
Quoiqu'il ſoit échappé à un Avocat dans un
gros
FEVRIER 1746. 121
gros ouvrage où eſt traitée une conteftation
arrivée dans une Collégiale deToul en / orraine
, d'écrire que cette Egliſe eſt ſous le
titre de Saint Jean Goulph , on ne doit
pas ce ſemble ſe modeler fur cette bizarre
ortographe commea fait M. Doiſy à
la pag. 1106 où il écrit Vinly S. J. Goulph ,
en parlant d'une Paroiſſe de l'Election de
Château - Thierry; il falloit écrire Vinly S.
Gengoulf. Ce nom vient de Sanctus Gengulfus.
Pourquoi donc le partager en deux , &
en faire un ſaint Jean ſurnommé Goulph ?
Nous apprenons par l'Hiſtoire de la Maifon
de Chaftillon &par celle de Chabannes
qu'il y a entre la Loire & l'Yonne
une contrée appellée la Puifaye dont
les lieux les plus conſidérables font faint
Fergeau & Toucy; cette contrée ſert méme
de diſtrict à l'un des Archidiaconés
d'Auxerre , de meme que le Pays de Jotais
ouJoſas en fert à l'un de ceux de Paris. Ne
feroit- on pas fort ſurpris à Paris fi quelqu'un
s'aviſoit de faire un faint de ce mot Jofas ?
Le Dictionnaire Univerſel de la France en
1726 a fait léquivalent. Un Village voifin
de Toucy eſt appelle faint en Puifaye en
trois mots , fancta in Puifaya & cela pour
le diftinguer d'un lieu ditfaint au Diocéſe
d'Amiens, &d'un autrefaint ſitué au Diocéſe
de Meaux proche Coulomiers . Les
F
122 MERCURE DE FRANCE.
compilateurs du Dictionnaire Geographi
que au lieu des trois mots n'en ont fait que
deux & ont écrit S. Empuiſaye , comme
ſi on le diſoit , en Latin Sanctus Empuisagus.
C'eſt ce nouveau Saint inconnu dans
tous les Calendriers & Martyrologes qu'on
vientde propoſer dans le Livre qui paroît. La
faute eſt plus legere parce qu'elle n'est qu'imitée.
Mais il eſt toujoursbon que le public ſe
tienne en garde contre ces fortes de manieres
d'écrire qui méritent au moins le
nom d'inexactitude.
Paris ce premier Août 1745 .
CEREMONIES DE LA DEDICACE
& Confécration de l'Egliſe de S. Sulpice ,
in-40. à Paris 1745 .
La Dédicace dont il eſt ici queſtion a
été faite le 30 Juin dernier avec toute la
magnificence & l'appareil convenables à
cette augufte & fainte cérémonie ; tout le
monde connoît depuis long tems les talens
fupérieurs & le zele infatigable de M. le
Curé de S. Sulpice ; ce Temple magnifique
élevé par ſes ſoins , & tant d'autres établiſſemens
confidérables pour l'inſtruction de la
jeuneffe ,ou pour le foulagementdes pauvres
éterniferont à jamais la charité vigilante &
éclairée de ce Paſteur reſpectable,
FEVRIER 1746. 123
On voit au frontiſpice & à la vignette du
Livre deux Médailles.
La premiere eſt celle du Roi. S. M.
y eſt repréſentée en Buſte , revêtue de la
cuiraffe & couronnée de lauriers. Autour
eſt la Legende Lud. XV. Rex Chriftianiffimus.
Louis XV. Roi Très- Chrétien .
Le revers préſente le grand portail de
l'Eglife.Onylit cette Inſcription S. Sulpicio S.
qui marque qu'elle eſt dédiée ſous l'Invocationde
S. Sulpice . Cet mots de la Legendo
Dedit hoc Deus in corde Regis & ceux de
l'Exergue Ut glorificaret Domum Domini ,
ſignifient que c'eſt Dieu même qui a inſpiré
au Roi ce zéle admirable pour la gloirede
la Maiſon du Seigneur. Ce Temple eſt en
effet l'ouvrage de la protection & des bienfaits
de Sa Majesté &un monument de ſa
Religion. C'eſt un paſſage tiré mot à mot
du premier Livre d'Eſdras Chap. VII. qui
forme cette Legende. Au bas de l'Exergue
eſt le millésime de l'année 1745 .
La vignette renferme une ſeconde Médaille
où l'on voit dans le premier côté
les deux Buſtes de S. Pierre & de S. Sulpice,
dont l'un eſt principal Patron & l'autre
Titulaire de cette Eglife. Outre l'attribut
ordinaire du premier qui ſont les deux
Clefs & la Châpe dont le ſecond eſt vêtu
& qui ſert à le déſigner , on les reconnoît
:
Fij
124 MERCURE DEFRANCE.
aux Lettres initiales de leurs noms S.P.S. S.
gravées ſous leurs Effigies. Autour des têtes
on lit cette Legende Ubi prafunt profint qui
exprime la juſte confiance qu'ils préſident à
ce Temple pour y être nos Protecteurs.
Dans le revers on a repréſenté la Coupe
en perſpective de l'Eglife. On y voit de
front une portion de la Nef , & par des
échapées l'un des bas côtés du Choeur &
la naiſſance d'un des bras de la Croiſée.
L'Autel qui eſt à la Romaine paroît en face
& le Choeur en fuite. Chacune de ces parties
a tous ſes accompagnemens qui font
détaillés ſans confufion.
La figure qui paroît fur le devant avec
un voile fur la tête & vêtue d'une Mante
ſemée de Croix & de fleurs de Lys et le
Type de l'Egliſe Gallicane. Elle eſt de plus
caractériſée par tous les attributs de l'Epiſcopat
raſſemblés devant elle , tels que le
Livre des Saints Evangiles ouvert , la Croffe ,
la Mitre & la Croix à deux branches , ſymbole
de la dignité Primatiale. Son action
qui eſt celle d'une perſonne qui éleve un
Encenſoir fumant vers l'Autel , de même que
fon attitude , expriment l'ardeur de les
voeux pour attirer dans ee Temple la Majeftédu
Seigneur. La mèménuée lumineu'e
qui remplitle Temple de Salomon au jour
de ſa Dédicace en figne de la poſſeſlion que
FEVRIER 1746. 129
le Seigneur en prenoit , retrace ici ce qui
s'eſt paffé d'une maniere inviſible à la Con
fécration de cette Eglife.
Lesmots de la Legende Rediviva Sacrerum
Majeftas , qui rappellent la célébrité
des anciennes Dédicaces faites par des Afſemblées
d'Evêques , & ceux de l'Exergue
Clero Gallicano Confecrante ſignifient Majeſté
des Cérémonies facrées renouvellée
dans cette Confécration faite par le Clergé
de France. Au deſſous eſt la date de l'an
née 1745 .
ACADEMIE DES BELLES LETTRES
de Montauban .
M. l'Evêque de Montauban ayant deſtiné
la ſomme de deux cent cinquante livres ,
pour donner un Prix de pareille valeur à
celui qui , au jugement de l'Académie des
Belles Lettres de cette Ville , ſe trouvera
avoir fait le meilleur Diſcours ſur un ſujet
relatif à quelque point de Morale tiré des
Livres ſaints , l'Académie a adjugé le Prix
de l'année 1745 à un Diſcours qui a pour
Sentence : Bonum mihi quia humiliafti me.
Comme l'Académie a été forcée de referver
encore le Prix de 1744 elle aura
deux Prix de Difcours à diſtribuer le 25
Août prochain Fête de S. Louis Roi de
France.
Fiij
26 MERCURE DE FRANCE.
i
Le ſujet de ce Diſcours ſera pour l'année
1746:
Iln'appartient qu'au vrai Héros de ſçavoir
joindre l'humanité avec la valeur:
Conformement à ces paroles de l'Ecriture :
In multitudine videbor bonus , & in bello
fortis. Sap. 8. V. 15 .
Toutes fortes de perſonnes , de quelque
qualité qu'elles foient , feront reçues à prétendre
auPrix hors les Membres de l'Académie,
qui en doivent être les Juges.
Les Dicours ne ſeront tout au plus que
de demi-heure de lecture , & finiront toujours
par une courte Priere à J. C. Ceux
qui en auront compoſé, les feront remettre
dans le coursdu mois de Mai prochain, entre
les mains de M.de Bernoy, Secretaire Perpetuel
de l'Académie , en ſa maifon rue Montmura
, ou en ſon abſence à M. l'Abbé Bellet
en ſa maiſon rue Cour-de-Toulouſe.
On n'en recevra aucun qui n'ait une Approbation
ſignée de deux Docteurs en Théologie.
Les Auteurs n'y mettront point leur
nom , mais ſeulement une marque ou paraphe
, avec un Paſſage de l'Ecriture Sainte
ou d'un Pere de l'Egliſe , qu'on écrira auſſi
ſur le Regiſtre du Secretaire de l'Académie.
Le Prix ne ſera délivré à aucun, qu'il
ne ſe nomme & qu'il ne ſe préſente en
FEVRIER 1746. 127
e
eene
-
X
e
e
el-
Se .
0-
20-
eur
perſonne ou par procureur , pour le recevoir
, & pour ſigner le Diſcours.
Les Auteurs ſont priés d'adreſſer à M. le
Secretaire trois copies bien liſibles de leur
Difcours , & d'affranchir les Paquets qui ſeront
envoyés par la poſte. Sans ces deux
conditions les Ouvrages ne ſeront point
admis au concours .
François Rouzeau Imprimeur- Libraired
Orléans vient d'imprimer un Livre intitulé
Mémoires sur les Priviléges & Fonctions des
Trésoriers de France in- 4°. On en trouvera
à Paris chés Despilly Libraire rue S. Jacques
à la vieille Poſte .
On nous prie de propoſer cette queſtion;
c'eſt d'où peut venir le proverbe par lequel
on dit les Anes de Bourgesou bien les Armes
de Bourges , un Ane en Chaire. Ce proverbe
eſt-il fondé ſur quelque trait Hiſtorique
? quelqu'évenement y a - t - il donné
lieu ? auroit-il été occaſionné par quelque
emblême, quelque ſymbole ou enſeigne ? ou
bien feroit-ce quelque famille Latine du nom
Afinius , ou quelque Françoiſe du nom de
l'Ane qui l'auroit fait naître ?
painte
mie
.
qu'il
e en
Finj
128 MERCURE DE FRANCE .
LETIRE écrite aux Auteurs du Mercure.
E crois , Mrs , que vous me ſçaurez bon
nous venons de faire de M. le Premier Préſident
d'Albertas ; il n'y a point eu de Magiftrat
plus intégre , & plus judicieux ; il a
exercé ſa charge de Premier Préſident en
la Cour des Comptes , Aides & Finances
de cette Province d'une maniere ſi diſtinguée
qu'il a ſçû ſoutenir pendant près de
quarante ans les intérêts du Roi auxquels
il étoit très-attaché , ceux de ſa Compagnie
& de nos Citoyens.
Si la bonté de fon coeur , & la nobleſſe de
ſes ſentimens l'ont fait aimer de tout le
monde pendant ſa vie , le vrai mérite qu'il
poſſedoit , doit lui aſſurer une place dans le
ſouvenir de tous ceux qui ſe font un devoir
de le recompenſer de leur eftime &de leurs
regrets.
M. fon fils lui a fuccédé , S. M. l'ayant
honoré depuis quelque tems de la ſurvi
vance de fa charge ; les preuves qu'il a déja
données de ſes talens & de fon zéle pour
le ſervice du Roi ſont de ſurs garants qu'il
ſuivra un auſſi bon modéle.
AAix le 3 Fevrier 1746 .
FEVRIER !1746. 129
LETTRE de M. au sujet du
-magnifique Cabinet de Médailles de
la Bibliothéque qu'à laiſſées M. l'Abbé de
Rothelin.
L
Rothe E goût naturel de M. l'Abbé de
lin pour les Sciences commença à ſe
manifeſter dans le tems de ſes études de
Théologie par le ſoin qu'il prit de raffembler
toutes les ſources où il pouvoit puiſer
la connoiſſance de l'Hiſtoire Eccléſiaſtique,
en formant une Bibliothéque chofie dans ce
genre . La lecture des Peres de l'Egliſe lui fit
bien-tôt ſentir que pour entendre parfaitement
leurs Ouvrages il ne devoit pas s'y
borner ,& que ſes recherches devoient aufli
s'étendre à l'Histoire Civile & aux Belles-
Lettres à cauſe de la liaiſon réelle qui fetrouve
entre ces differens objets. Les citations
nombreuſes des Auteurs profanes que l'on
rencontre à chaque page dans les Livres des
Ecrivains Eccléſiaſtiques,les allufions fréquentes
qu'ils font à l'Hiſtoire de leur fiécle,
aux événemens qui ſe paſſoient ſous leurs
yeux , à des faits anciens , aux uſages & aux
moeurs de ceux auxquels ils parloient , aux
opinions communément reçues , à ce mé
Fy
* 30 MERCURE DEFRANCE .
lange confus d'idées bizarres , de traditions
abſurdes que le Paganiſme uniſſoit, mettent
quiconque veut étudier leurs ouvrages à
fond , dans la néceſſité d'y joindre la lec
ture des Hiſtoriens , l'étude de la Mythologie
& de la Philoſophie des Anciens , en
un mot de jetter les yeux ſur tous les veftiges
qui nous reſtentde l'Antiquité :veſtiges
épars & en apparence indépendans les uns
des autres , mais qui réunis ſe prêtent un
jour mutuel.
Tel eſt le plan ſuivant lequel M. l'Abbé
de Rothelin a formé laBibliothéque nombreuſe
qu'il laiſſe aujourd'hui. Son voyage
en Italie, dans ce Pays où l'Antiquité ſemble
revivre au milieu de ſes ruines , où les faits
les plus célébres ſont perpétués par une
foule de monumens , lui inſpira l'idée d'acquérir
ceux de ces monumens qu'il pouvoit
plus facilement tranſporter en France. Dans
un ſéjour de deux années qu'il fit à Rome il
ne ſe contenta pas d'acheter toutes lesMédailles
qui ſe trouverent à vendre; il lia une
correſpondance étroite avec les principaux
curieux d'Italie , qui ſe chargerent de lui
annoncer toutes les découvertes qui ſe faifoient
dans ce genre, & de les faire paſſer
juſqu'à lui , enſorte que pendant l'eſpace de
plusde vingt années il ne s'eſt point trouvé
de Médailles dans ce Pays, où la terre
FEVRIER
1746. 131
en cache dans ſon ſein un ſi grand nombre ,
dont il n'ait eu le choix ou fait l'acqui
Ation.
Il s'étoit d'abord propoſé de raſfembler
toutes les ſuites qui ſe peuvent former ſoit
en or , ſoit en argent , ſoit dans les differentes
grandeurs de bronze , mais il comprit
par le peu de progrès qu'il faiſoit dans
chacune , que ce projet étoit d'une étendue
trop vaſte , pour que l'exécution en fut poffible
à un particulier , & ſe bornant à la
fuite d'argent , tant dans les Médaillons de
ce métal quedans les Médailles du volume
ordinaire , & dans les Quinaires , il entreprit
de poufler cette ſuite auſſi loin qu'elle
pouvoit aller , au de là même de celles que
renferment les plus fameux Cabinets de
P'Europe. Pour y réuſſir , non content de
l'augmentation inſenſible , mais trop lente
àſon gré , que ſes correſpondances procuroient
à ſon Cabinet , en y faiſant entrer
de tems en tems un petit nombre de Médailles
choiſies , il donna ordre d'acheter
pour lui tous les Cabinets particuliers qui
fe trouveroient à Rome . entre autres celui
du fameux Marc-Antonio Sabbathini , qui
⚫paffoit avec raiſon pour le plus conſidérablede
tous , ſoit par le nombre , ſoit par
la rareté des Médailles qu'il renfermoit. II
tint la même conduite par rapport à ceux
Fvj
# 32 MERCURE DE FRANCE.
de France , des Pays-Bas & de Hollande ,
dont aucun ne lui eſt échapé.
Aufli peut-on dire ſans exagération que
le Cabinet de M. l'Abbé de Rothelin , qui
lui révenoit au moins à la ſomme de cent
vingt mille livres , eſt formé par la réunion
de plus de trente Cabiners differens , ce qui
compoſe le recueil le plus nombreux qui
foit en Europe , & le plus rempli de pieces
rares & fingulieres. Pour en acquérir une
feule de ce mérite , il achetoit quelquefois
un Cabinet entier , & le grand nombre de
doubles qui ſe trouvoient parlà entre ſes
mains , lui fourniſſoit par la générofité
avec laquelle il les prodiguoit , le moyen
d'acquérir les Médailles qui lui manquoient ,
&dont il ſçavoit que les poſſeſſeurs ne pouvoient
être gagnés que par un échange avantageux
; dans la vue de donner un nouveau
luftre à cette collection déja ſi riche par
elle-même , & en même tems de pouvoir
-diftinguer au ſeul coup d'oeil les changemens
de têtes d'Empereurs, d'Imperatrices&c. qui
compoſent la ſuite de ſes Médailles d'argent
& celle de ſes Quinaires , il prit le parti de
mettre au commencement des Médailles de
chacun de ces Princes ou Princeffes , une
de leurs Médailles en or avec le plus beau
revers qu'il pût trouver , ce qui fait dans la
fuite même d'argent une fuite d'Empereurs
FEVRIER 1746. 133
& d'Impératrices preſque complette en
or.
La célebreBibliothéque de feu M. l'Abbé
de Rothelin ſera vendue en détail après Pâques
1746. Le Catalogue imprimé ſe trouve
chés G. Martin Libraire à Paris , rue
Saint Jacques à l'Etoile.
LETTRE aux Auteurs du Mercure.
MEffieurs, dans l'avis que vous avez eu la bonté de mettre dans le dernier
Mercure au ſujet de la derniere Edition du
Dictionnaire Latin-François ,nommé communément
le Bondot , on s'eſt trompé en
mettant les veuves Rondet & Labottiere, héritieres
du ſieur Rondet. Il faut mettre héritieres
de la veuve Boudot. Je vous prie ,
Meſſieurs , de vouloir bien rectifier cette
mépriſe dans le premier Mercure ; il ne
ſuffiroit pas que cela fut dans un Errata , il
eſt à propos que cela ſoit placé de façon
qu'il n'échape pas au lecteur ; j'eſpere , Meffieurs
, que vous voudrez bien faire attention
à cet article ; vous obligerez celle qui
a l'honneur d'étre &c.
14 MERCURE DE FRANCE.
EAU DE LA PIERRE OU DE LA GRAVELLE
Cette eau ſe fait & ſe débite chés les RR.
PP. Dominiquains du Fauxbourg S. Germain.
Le grand nombre de malades qui continuent
à étre guéris ou fort foulagés par le
remede du feu Frere Pierre Gausinac Religieux
de cette Maiſon , engage celui quí
en a ſeul le ſecret d'en donner avis au public
, follicité d'ailleurs par pluſieurs Médecins
de la Faculté de Paris & par plufieurs
habiles Maîtres Chirurgiens qui ont été plufieurs
fois témoins des effets falutaires de
cette éau,
Elle est compoſée de toutes les meilleures
plantes & drogues dieuretiques , dont on
tire la quinte eſſence par le moyen de la
maceration & de la diſtillation. Elle agit enfuite
dans le corps en ouvrant & débouchant
les conduits , en fondant & détachant
les petites pierres & le gravier ou les glaires
qui empêchent la fortie de l'urine.
Ceux qui font attaqués de ce cruel mal
en doivent prendre le matin à jeun une
doſe , & avaler tout de ſuite un verre de
priſanne , le lendemain repeter la même
chofe: la doſe eſt environ une once ou le
contenu d'un petit verre à eau-de-vie.
Ce remede eſt ſpécifique pour guérir la
colique nefretique , & la colique venteuſe.
It en faut prendre d'abord la doſe ci-deſſus
FEVRIER 1746. 159
&fi on n'est pas foulagé dans l'eſpace de
deux heures , en prendre une ſeconde fois ,
fans mettre de la ptiſanne par deſſus ; fi le
mal continue , il faut prendre quelques lavemens
anodins dans lesquels on mettra
deux onces d'huile d'amandes douces .
Ceux qui ſont ſujets à la gravelle ou qui
ont de petites pierres dans la veſſie , doivent
prendre de cette eau deux jours de ſuite
au déclin de chaque Lune la même doſe ,
ſe promener & faire exercice le plus qu'on
peut.
Les jours qu'on prend ce remede on doit
boire hors des repas de la ptiſanne faite
avec la racine de chicorée , le chien- dent
&la régliſſe , avec un peu de graine de lin
concaffée.
Beaucoup de perſonnes ayant ufé de cette
eau ont jetté quantité de petites pierres ,
commedes pois , d'ou s'est enſuivi une parfaite
guérifon.
Ceux qui ſouhaiteront de l'eau en queftion
, ou qui auront commiſſion d'en prendre
, s'adreſferont au Frere Apoticaire du
Convent des Dominiquains du Noviciat gé
néral à Paris rue du Bac, & on aura ſoin
de payer les ports de lettres.
Comme c'eſt l'amour du bien public &
un eſprit de charité plûtôt que l'intérêt qui
font l'objet de cette diſtribution , on ne
136 MERCURE DE FRANCE.
prendra que dix livres pour une bouteille
d'eau de la pierre, pinte de Paris , en forte
que chaque priſe ne revient environ qu'à
ſept fols.
On fait auſſi dans le même Convent le
véritable Elixir de vie apoplectique , autrement
l'Eau Rouge des Jacobins : on donne
des imprimés ou l'on explique ſes vertus &
la maniere de s'en ſervir. Elle eſt de la compoſition
du Frere Pierre Gaufinac.
:
Les ſieur Oulier & Caftan ſon aſſocié qui
continuent avec ſuccès de vendre la véritable
poudre dite de Santinelly , un des .
plus doux purgatifs qui ait encore paru &
propre pour la guériſon des maladies chroniques
même héréditaires ayant diſcontinué
d'en faire débiter à Montpellier , à Lyon &
autres endroits , ont crú devoir informer le
public qu'iln'en ſeroit débité àl'avenir que ,
chés le ſieur Oulier à Aix en Provence , à.
Paris chés le ſieur Caftan Fue neuve S. Euftache
chés un Cordonnier pour femmes , &
àVersailles chés le ſieur Lhuillier Marchand
Epicier au Marché à Verſailles .
On trouve auſſi chés le ſieur Caftan
& Brouet Marchands de Liqueurs au MagaſindeMontpellier
rue Dauphine à Paris ,
& chés le fieur Lhuillier à Verſailles un
FEVRIER 1746. 137
Sirop ſtomachal très- efficace pour les crudités
de l'eſtomach , les dégouts opiniatres ,
les fiévres , les cours de ventre invétérés ,
furtout des vieillards , les coliques venteu
fes , la jaunile & gros rhumes , c'eſt un des
meilleurs contrevers que nous ayons ; en
un mot il eſt propre dans toutes les maladies
qui dépendent des aigreurs des pre
mieres voyes , glaires de l'épaiſſiſſement ou
de la viſcoſité des humeurs &de l'embarras
des vifceres , les bouteilles ſont de douze
&de fix livres .
L
ESTAMPES NOUVELLES,
E fieur Benoît Audran vient de faire
une acquiſition de vingt- quatre planches
curieuſes qui ſe trouvent chés lui à Paris
rue S. Jacques vis- à-vis S. Yves à l'enſeigne
de la Ville de Paris .
Les ſujets de ces gravûres ſont des per
fonnages ; il y en a douze François & douze
Chinois. Voici les François.
1. Le Château de Cartes . 2. La bonne Mere:
3.L'Ecole Domestique. 4.La Quêteuse dugrand
chemin. 5. La Crémiere. 6. La Bergere labo138
MERCURE DE FRANCE.
rieuse. 7. La Jardiniere. 8. La Bouquetiere
Fanchonnette. 9 La Marchande d'Eufs . 10.
La jeune Ménagere. 11. Je Savoyard avecſa
Marmotte. 12. La vendeuse de Séleri.
Les perſonnages Chinois ſont ceux- ci
1. Musique Chinoise à Clochettes. 2. La
Curiofité Chinoise. 3. Lapâtée du petit Chien.
4. La Maîtresse du Jardin. 5. La Jardiniere
Chinoise. 6 Le jeu d'Echets Chinois. 7. Les
délices de l'Enfance. 8. L'oiseau à bonnesfortunes.
9. Le Paquet incommode. 1o. Le Concert
Chinois. II. Le mérite de tout Pays.
12. La Réveuse.
** Au bas de la plupart de ces gravûres on
trouve des vers qui cadrent fort juſte avec
le ſujet, il eſt bon d'en donner ici quelqu'échantillon
afin que le public ne ſoit
point trompé. Il ſont de Mrs. Foci & Saderlet
, tous deux également Poëtes.
Au bas de l'Eſtampe intitulée l'Oiseau
à bonnes fortunes , qui repréſente une belle
ſeule dans fon jardin qui s'amuſe avec ſon
Perroquet , on lit ces vers :
Toujours le beau plumage & le joli caquet
Ont fait fortune chés les belles ,
Etſouvent il ne faut pour briller auprès d'elles
Qu'un mérite de Perroquet, ( Saderlet)
FEVRIER 1746. 139
Au bas de l'Eſtampe intitulée le Paquet
incommode , & qui repréſente un homme qui
porte ſa femme ſur ſes épaules & qui ploye
ſous le fardeau , on lit ces vers :
Une femme eſt un embarras ;
C'eſt une vérité qui paſſe pour conftante;
Cethomme ſi chargé n'en diſconviendroitpas :
Plus elle eſt jeune&plus elle eſt péſante. ( Foci )
Les autres vers ſont de la même force ,
& auffi convenables au ſujet.
LeBoufon des Chaſſeurs , gravé parMoyreau
Graveur du Roi , d'après le tableau de
P. Wauvermens , de deux pieds de largeur
ſur 18 pouces de haut, qui eſt au Cabinet
de M. d'Ormeſſon Conſeiller Honoraire au
Parlement, Cette Eſtampe ſe vend chés le
fieur Moyrean rue S. Jacques.
Il paroît nouvellement le Portrait de M.
leMaréchal Comte de Saxe , gravé par Will ,
de grandeur in-fol. Il ſe vend à Paris chés
ce Graveur Quai des Auguſtins entre les
rues Git-le-coeur & Pavée , dans la maiſon
de M. Emery Libraire. Prix. 3 livres .
Le ſieur Gaſpard Duchange Graveur du
Roi , Conſeiller en fon Académie Royale
140 MERCURE DE FRANCE.
de Peinture & Sculpture vient de mettre au
jour en ſa quatrevingt-quatrième année un
Ouvrage repréſentant les Myſteres de la Trinité
, de l'Incarnation &de la Rédemption ,
fous les ſymboles des trois Vertus Théolcgales
, la Foi , l'Eſpérance & la Charité ,
avec leur explication. Cet Ouvrage eſt dédié
à M. de Vintimille Archevêque de Paris ,
&ſe vendchés le ſieur Duchange rue S. Jacques.
Il vient de paroître chés le fieur le Rouge
Ingénieur Géographe du Roi à Paris rue
des Auguſtins une nouvelle Carte d'Ecoffe ,
traduite de celle de Bovvles faite à Londres
en 1731 .
Les Plans de Bruxelles , d'Anvers , de
Louvain &de Malines. Les Batailles de Sahai
, de Czaslan & de Sohr , en Boheme.
Celle de Campo Santo en Italie.
Les amateurs & curieux du beau Pafter
font avertis qu'il ſe fait depuis quelque tems
à Paris d'excellens crayons dont le célébre
M. de la Tour & autres fameux Peintres en
ce genre font actuellement uſage par préférence
à tous autres. Ces crayons , quoique
très-tendres , doux & gras , tiennent la pointe
comme ceux de ſanguine & s'effacent
très-difficilement, Ils ſe vendent chés la
FEVRIER 1746. ¥47
Demoiſelle Charmeton au Fauxbourg Saint
Germain rue S. Benoît vis-à-vis l'Abbaye
au premier appartement dans le fond
de la Cour : on y en trouvera toujours des
aſſortimens ou demi- aſfortimens tout prêts.
EXPLIC ATION de l'Enigme inférée
au premier Volume du Mercure de
Decembre 1745.
VA, A , trop heureux Bouquet , au ſein de ma
maîtreffe :
Qu'un baiſer eût bien mieux ſatisfait ma tendreſſe !
Explication du premier Logogryphe.
Quand dans un mot on voit Mentor ,
Mer , fot , Rome , rofe , or ,
Mort & more , aisément l'Enigme eſt dévoilée ,
Car un Monftre auſſi-tôt me vient à la penſée.
Explication du fecond Logogryphe.
Logogryphe mystérieux ,
Privé d'une voyelle ,
142 MERCURE DE FRANCE.
J'admire le talent de celle
Qui t'expoſe à mes yeux ,
Mais ſi tu n'es pas Armoirie ,
Je veux être haï de Sylvie.
Parmentier à Nevers.-
L
E mot de l'Enigme du Mercure de Janvier
eft Escarpolette. Celui du Logogryphe Latin
eſt Silex , dans lequel on trouve Ilex , Lex , ex &
x. Celui du ſecond Logogryphe eſt Ecritoire , dans
lequel on trouve Re , crose or , cri , ive , sic , cor ,
le rire, you , ore , terre , tyr , brete , cive , 10 &
sitere.
,
A
D
ÆNIGM Α.
Rte meâ pereo , tumulum mihi fabricor ipse :
Fila mei fari duco , necemque neo.
TRADUCTION,
Ans mon propre travail , lecteur , je ceſſe
d'être ;
Je creuſe mon tombeau , mais on me voit renaître ,
Et par l'étrange fort
De mon ame afſervie ,
Je n'occupe ma vie
Qu'à filerlentement la trame de ma mort.
FEVRIER 1746. 143
ENIGME.
JE ſuis de figure petite;
Rien n'eſt plus importun que moi :
Difficilement on m'evite ,
Mais mon nom fait honneur dans la bouched'i
Roi,
N
ÆNIGMA,
Atus in igne fui , periturus in igne viciſſim ;
Sylvas assumpsi , dignus in igne mori,
J
LOGOGRYPHE.
E ſuis très - meutrier. Sixpieds forment mon
corps ;
Combien d'ames par moi s'en vont aux fombres
bords!
Mon chef eſt une Ville au ſein de l'Arabie :
¥44 MERCURE DE FRANCE.
Eny joignant mon col , autre en la Natolie.
Ma queue eft utile au Baudet
Je porte dans mon fein un terme très-ſujet ,
Ami lecteur , à la rature ,
Un terme au jeu d'échets ; êtes vous curieux ?
Vous devinerez ma ſtructure ,
En entrant dans le champ du plus ſanglant des
Dieux.
Follet Musfacien de l'Eglise d' Angers.
J
AUTRE.
E vais me préſenter ſous differens portraits ,
Lecteur , de tous examine les traits.
Mon métier eſt méchanique ;
En diviſant mon corps tu verras mille attraits .
Dans cinq lettres je t'offre Inſtrumentde Muſique ,
Bien annuel que chacun veut avoir ,
Et qu'un Solitaire mépriſe ;
Certain ornement de l'Egliſe
Qu'un Chantre fait toujours valoir.
Matiere qui pour ton uſage
Reçut du Créateur un ſecret avantage.
On me dorine au Potier ,
Il me forme , il me cuit : après un tel ouvrage
Dans ſept lettres j'en fors Inſtrumentdeménage.
Je
e;
:
:
145
ître.
cchus.
smon
Cieux;
erre
ables
FEVRIER 1746. 145
Je parois enſuite inftrument
Qui doit au tabac ſa naiſſance ,
Je ſuis même un Grand de France ;
Par un nouvel arrangement ,
En huit lettres , de l'aſſemblée
Des Chanoines je prends le nom :
J'en fors ,& pire que Prothée ,
Dans fix j'accable un voleur en priſon :
Lecteur pour mieux paroître ,
Raſſemble ta combinaiſon ,
Onze lettres en tout me vont faire connoître.
Par L. D. de Magny.
CHANSON.
ETRENNE de l'Amour &de Bacchus.
Trenne moi , Bachus , viens verſer dans mon
verre
Ton jus le plus délicieux :
Voleaufſſi tendreAmour ; vele deſcends des Cieux;
Viens me livrer ta douce guerre ,
Et qu'avec l'an nouveau les plaiſirs ſur la terre
Commencent les beaux jours des plus aimables
Dieux,
G
146 MERCURE DE FRANCE.
Cet air est de la compofition de M. Cardone ,
jeune Eleve de M. de Blamont Sur- Intendant
de la Muſique du Roi , qui étant Page de la
Musique de Sa Majesté & à l'âge de quatorze
ans a eu l'honneur de faire chanter devant Elle
pluſieurs Moters qui ont mérité ſon approbation
les fuffrages éclairés des connoiſſcurs de la
Cour & de la Ville. Le Roi l'a gratifié d'une
furvivance d'une charge de fa Musique.
MEDAILLESfur la Campagne du Roi.
L
A Victoire aſſiſe à l'ombre d'un Palmier
ſur un grand nombre de boucliers
aux armes des Villes que Sa Majefté
a conquiſes , écrit ſur le ſien avec la pointe
de ſon dard ces mots :
DE ANGLIS , AUSTRIACIS ET ......
Pour Legende
2
VICTORIS CELERITAS ET CONSTANTIA,
L'activité& la conſtance du vainqueur.
Exergue
PRÆCIPUE BELGII AUSTRIACI URBES
SUBACTE. M. D. CC. XLV.
LUD •
XV.REX
URBS
ARX
M.
CHRISTI
STIANISS
TORNACENSIS
DECUS
EXPUGNATE
SCALDIS
MPERII
HOSTESAB IPSOMET REGE
FUSIAD FONTENOI UM
XI-MAIIMDOCXLV
VICTORIS
GALLICI
CELERITAS
DE ANGLIS
AUSTRI
ACIS
ET
ET
CONSTANTIA
XXII-MAII-ET XIXJUNII
M DCC XLV.
ERDA
FAECIPUE BELGIX AUSTRIACE
URBES SUBACTE
MDCCXLV
D Sarniquef
1
FEVRIER. 1746. 147
Conquêtes des principales Villes de la Flandre
Autrichienne .
Les Médailles frappées à l'occaſion de la
Bataille de Fontenoy & de la priſe de
Tournay , ont toutes deux d'un côté la
tête du Roi avec l'inſcription ordinaire.
LUD . XV . REX CHRISTIANISSIMUS
.
Au revers de celle de Fontenoy
Le Roi eſt repréſenté dans un Char de
Triomphe à l'antiqué attelé de quatre chevaux
de front ; il tient par la main M. le
Dauphin , comme pour l'aider ày monter ,
& la Victoire qui vole au deſſus du Char ,
poſe une Couronne de laurier ſur la tête
de Sa Majeſté.
La Legende
DECUS IMPERII GALLICI :
Et l'Exergue
HOSTES AB IPSOMET REGE FUSI AD
FONTENOIUM XI . MAII . M. D. CC. XLV .
Signifient que la victoire remportée par le
Roi en perſonne à Fontenoy le 11 Mai 1745
est l'honneur de l'Empire des François.
Au revers de celle de Tournay
Gij
#48 MERCURE DE FRANCE,
On voit la Victoire qui attache à un
Trophée élevé ſur les bords de l'Eſcaut
la Couronne murale & le bouclier des armes
de Tournay.
La Legende
URBSARXQUETORNACENSISEXPUGNATA
Signifie la prise de la Ville & de la Citadellede
Tournay ; les dates font à l'Exergue .
XXII . MAII ET XIX. JUNII M. D. CC. XLV,
JETTON des Menus plaifirs.
D'un côté le Portrait du Roi , de
l'autre un Veſtibule dans l'enfoncement
duquel il y a un Ordre d'Architecture
en façon de décoration de Théatre ornée
de luftres ; dans le Veſtibule on voit repandus
de tous côtés differens Inſtrumens
& attributs de Muſique & fur des tables
ou autres meubles pluſieurs maſques & ornemens
de Théatre , enfin ce qui peut caractériſer
le Bal , l'Opéra & la Comédie.
Legende
VICTORIS OTIA FALLUNT.
Exergue
Menus plaisirs & affaires de la Chambre
du Roi,
FÉVRIER 1746. 149
5
GOPIEdune Lettre de M. Larchevêque
très-célébre Médecin de la Ville de Rouen
écrite àM. Bigot de Saint Pé de Honfleur
ausujet du specifique du fieur Arnoult contre
l'Apoplexie du 18 Octobre 1745 .
J
Ene ſçais comment avec la plus grande
envie du monde de vous répondre
promptement votre lettre m'eſt échappée
pendant deux jours de la mémoire, je me
hâte aujourd'hui de vous faire réponſe de
peur de quelque nouvel embarras qui la
remette en oubli ; je vous dirai par rapport
au ſachet du ſieur Arnoult que deux perfonnes
d'ici &ſous mes yeux s'en font trouvés
fort bien, que ce ſachet étant compoſé
de differens ſels peut abaiſſer les vapeurs ,
ainſi vous pouvez fatisfaire votre envie là
deſſus , mais ne croyez pas s'il y a plénitude
de ſang, qu'il vous exempte d'être ſaigné ;
je ne ſçais où il tient ſon Bureau , mais
l'Abbé Desfontaines Auteur des feuilles Litteraires
qui paroiſſent régulierement vous
en pourra dire des nouvelles & peut être
auffi M. Cavelier Libraire rue Saint Jacques
qui débite le Mercure de France ; que ne
Gij
150 MERCURE DE FRANCE.
voyez vous quelque bon Médecin pour vous
regler ſur ſes avis ſans que néanmoins cela
vous empêche de porter le ſachet ; je me
rejouis au rette que votre ſanté à vos inquiétudes
près ſoit bonne ; je prie Dieu qu'il
vous la conferve. Je ſuis &c.
On apprend encore par M. Vallier Affeffeur
au Baillage de Saint Marcellin que
M. Chabert autre grand Médecin de Grenoble
conſeille l'uſage de ce remede & en
prend ouvertement défenſe.
M. Meſtre Negociant à Marseille , & M.
de Roux ancien Capitaine dans Enguien ,
Chevalier de Saint Louis auſſi à Marseille
atteſtent les bons effets du ſpecifique du
ſieur Arnoult ; voici comme il s'explique
en priant M. Meſtre de lui faire venir un
des ſachets du ſieurArnoult Marchand Dro .
guiſte à Paris.
Ce ſachet a la vertu de diſſiper les engourdiſſemens
caufés par l'Apoplexie & d'en
préſerver à l'avenir lorſqu'on le porte exac->
tement ſur le creux de l'eſtomach , effet qui
a eu lieu en la perſonne du Pere Tardivi ,
Religieux réſident à Saint Jérome , lequel
avoit tout le côté gauche perclus d'une Paraliſie
à la fuite d'une Apoplexie , portant
fon bras en écharpe depuis trois ans malgré
les eaux de Digne où il avoit éte , &
FEVRIER 1746. 1is't
le ſachet dont il s'agit en trois jours lu
rendit la facilité de remuer fon bras & fa
jambe avec aiſance. M. Chapelle Procureur
Général à la Table de Marbre à Metz , M.
Deſtouches Prêtre à Dunkerque , M. de
Folleville de Bruxelles, & M. Gautier Maire
de Châlons- fur-Saone & Elu de Bourgogne
atteſtent de pareils effets de ce reméde .
L
SPECTACLES.
OPERA.
:
'Académie Royale de Muſique continue
les repréſentations d'Armide avec le
feu d'un premier ſuccès. Voici des vers
qu'on nous a envoyés pour Mlle. Chevalier
qui remplit ſi bien un rôle ſi difficile.
AMademoiselle Chevalier,
Lorſque l'on vous donna ce rolle difficile
Où vous charmez toute la Ville ,
En nous peignant i bien Armide & ſes fureurs
On conſulta vos fons étendus & flateurs ,
Vos geſtes gracieux , votre air plein de nobleſſe ;
Giiij
52 MERCURE DE FRANCE.
Si l'on eut conſulté vos moeurs ,
Dans le Prologue auſſi vous feriez la ſageffe.
la même.
Armide , est-il quelqu'un qui puiſſe vous entendre,
Sans admirer des fons ſi beaux ?
Non , vos rivales même ont peine à s'en défendre.
De ſi peu de leçons avoit-on lieu d'attendre
Qu'on vous verroit monter à des ſuccès ſi hauts ?
Que vous exprimez bien ! que vous ſçavez bien
rendre
Desmouvemens du coeur les differens tableaux !
Tour à tour furieuſe & tendre ,
Votre voix & vos yeux s'accordent à propos ,
Pour fraper , émouver , ſurprendre ;
Le charme qui dompta votre jeune héros ,
Chés nous , quand vous chantez , vient d'abord
ſe repandre ;
De tous les ſpectateurs vous faites des Renauds.
Renaud mérite auſſi l'encens du Parnaſſe .
Enfin on doit louer tout ce qui contribue
à la réuſſite du chef d'oeuvre de l'incomparable
Lulli. La Cour a été ſi ſatisfaite de
da premiere repréſentation qu'elle en a vue
àVerſailles dans le moisde Decembre dernier
, qu'elle en a demandé une ſeconde le
Jeudi 13 Janvier , & une troiſieme le
Jeudi 21 .
FEVRIER 1745. 153
Neuvième ſuite des Reflexions ſur les Ballets.
Nous avons un Ballet plus récent du même
Auteur intitulé les Fêtes Grecques
Romaines , dont le Prologne contient un
morceaude danſe pittoreſque qui a toujours
été fort applaudi & dans fa premiére répréſentation
& dans les repriſes nombreuſes
de ce Ballet Hiſtorique , qui a été mis
enMuſique par M. Collin de Blamont Sur-
Intendant de la Muſique de la Chambre du
Roi.
LaDécoration de ce Prologue repréſente
au fond le Temple de Mémoire orné de
Statues des Grands Hommes & d'Inſcriptions
à leur louange. On y arrive par une
grande & magnifique place décorrééee dans
le même goût.
Les Eleves d'EratoMuſe de la Muſique s'y
trouvent raſſemblés par l'ordre d'Apollon
pour ſeconder les deſſeins de la Mufede
Hiſtoire , qui s'explique ainſi.
CLIO.
vous qui conſacrez votre aimable génie
A la Muſe de l'Harmonie ,
Répondez à mes veux , ſecondez ſes efforts ;
Apollon vous raſſemble au Temple de Mémoire ;
Gy
$ 54 MERCURE DE FRANCE.
Pour les Héros ſignalés dans l'Hiſtoire
Je vous demande des accords ;
Des Guerriers fabuleux c'eſt trop chanter la
Gloire ;
Hatez vous d'éprouver de plus nebles tranſports.
Sur la fin de cette Scéne Apollon furvient.
Sa préſence réjouit les deux Muſes .
Ce Dieu qui connoit le goût de notre ſiécle
pour la danſe & qui n'a pas beſoin pour
cette connoiſlance d'être l'Oracle de Delphes
& de Delos , leur dit.
APOLLON.
Vous allez expoſer ſur la Lyrique Scéne
Des Heros, l'ornement & de Rome & d'Athéne ;
Non , ce n'est pas affés de vos charmans concertsi
Une Muſe vous manque encore ,
Croyez vous réunir les fuffrages divers ,
Sans le ſecours de Terpſicore ?
C'eſt en vain qu'aujourd'hui des chants mélodieux
Sur la Scéne appellent les Graces ;
Si la danſe n'amuſe & ne charme les yeux ,
L'ennui ſuit les plaiſirs& vole ſur leurs traces.
Terpficore paroît à la tête de tous ſes
éleves differemment habillés & caractériſés .
Une chacone gracieuſe & variée les amene ,
& leur aimable Divinité exprime differentes
FEVRIER 1746. 155
paſſions par ſes pas &ſes attitudes.Apollon&
Erato célebrent ſes talens par ces vers.
Qu'elle danſe vive & légere !
Les jeux , les ris vous ſuivent tous ,
Muſe brillante , auprès de vous
On voit plus d'Amours qu'à Cythere.
ر
Tous peignez ànosyeux les tranſports des amans ,
Les tendres ſoins , la flateuſe eſpérance ,
Le deſeſpoir jaloux , la cruelle vengeance
Tous vos pas ſont des ſentimens.
Zéphire vole fur vos traces
Plus vif que dans les plus beaux jours;
Vos pas enviés par les Graces ,
Sont applaudis par les Amours .
:
Ce Ballet toujours applaudi depuis fa
naiffance fut preſque rejerté à la derniere
répétition qui s'en fit fur le Théatre de
l'Opéra , & Mlle. Prevőt qui en a établi le
ſuccès ſe rendoit à l'erreur de la critique .....
*Cet éloge donné à Terpsicore doit être une leç6o1n3
pour ses favoris , de qui la danse denuée d'ordre S
d'expreſſion n'est souvent qu'un tiſſu de pas inspirés par
le caprice , &fans aucune analogie avec le perſonnage
du danseur qui les exécute .
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
mais ſupprimons le détail d'un fait quí
n'honore pas le diſcernement des arbitres de
ce tems- là ; contentons nous de dire que
cet heureux Ballet a été depuis exécuté avec
un ſuffrage univerſel par Mile. Camargo , la
charmante Mlle. Barbarine & la jeune Mlle.
Cauchois; ces deux dernieres danſeuſes brillent
à préſent à la Cour de Pruſſe.
Il y a une anecdote qui concerne les Fêtes
Grecques & Romaines que nous allons
développer ici , c'eſt que cet ouvrage étoit
deſtiné pour le Théatre du Louvre; le Vainqueur
de Fontenoy devoity danſer ſous le
nom du Vainqueur d'Actium , & Louis XV.
auroit repréſenté Auguſte amené chés Mecéne
par la Fête des Saturnales , mais il
fut alors décidé , malheureuſement pour les
Auteurs de ce Ballet , mais très-heureuſement
pour le reſte de la France , que le
Roi ne s'occuperoit plus des amuſemens
frivoles , & qu'il commenceroit dès - lors
cette illuſtre carriere où il a ſemé depuis
tant de lauriers & tant de vertus. On ſçait
que la Fête des Saturnales confondoit chés
les Romains les Maîtres & les Eſclaves ;
pouvoit-on choiſir un divertiſſement plus
convenable pour mêler un Roi puiſſant avec
fes ſujets , &mieux introduire le Monarque
qui fait les délices de la France que ſous le
FEVRIER
1746. 154
nom de l'Empereur qui fonda la félicité de l'Empire de Rome ? Ce parallele admet
pourtant une difference conſidérable en ce que la vieilleſſe d'Auguſte , toute vertueuſe qu'elle fut , eſt effacée par la jeuneſſe de
Louis XV .
CONCERT
SPIRITUEL
.
Le Concert Spirituela commencé le jour .
de la Chandeleur par Diligam te Domine , Motet à grand choeur de M. Gille , ſuivi d'un Concerto de M. Blavet , du Cantate
Domino , Motet àgrand choeur de M. de la Lande , d'un Concerto de violon & de Bonum
est Motet à grand choeur de M. de
Mondonville
.
Mlle. Chevalier a chanté avec de grands
applaudiſſemens le recit Viderunt dans le Cantate de M. de la Lande. M. Benoît qui
par indiſpoſition avoit ceſſé de chanter depuis
Pâques au Concert y a reparu avec
beaucoup de ſuccès dans le Motet Bonum est , deM. de Mondonville . Mlles . Fel, Romainville
, Bourbonois , & Mrs. Poirier & Malines
ſe ſont infiniment diftingués dans les
recits qu'ils ont chantés.
158 MERCURE DE FRANCE.
COMEDIE ITALIENNE .
Les ComédiensItaliens ont continué avec un
fuccès égal lesFolies de Coraline .Cette Comédieeſt
une desplus correctes qu'ils aient encore
données de cette eſpece- là. Il y a une
ſuite &une liaiſon de ſcénes qui ſe trouvent
rarement dans les Piéces totalement
Italiennes. Le Ballet qui la termine eſt vif&
très- amuſant. C'eſt un deſſein Allemand &
pittoreſque exécuté avec feu & avec grace.
Le Mardi premier Fevrier on a donné
la premiere repréſentation du Plaigiaire Comédie
Françoiſe en vers & en trois Actes
de M. de Boiſſi , ornée de trois divertiſſemens
pittoreſques ingénieuſement deſſinés.
Le premier de ces divertiſſemens eſt galant
& pittorefque. Il eſt composé de deux
quadrilles. La premiere repréſente desBergers
tendres & difcrets qui ſe rendent au
Temple du miſtére. Leurs pas & leurs attitudes
expriment leur fcrupuleuſe fidélité
& l'innocence de leurs ſentimens ; la ſeconde
quadrille eſt une partie quarrée de deux
coquettes & de deux Petits- Maîtres trèsingénieuſement
figurée; ce mélange nouveau
eft deffiné avec goût & vifſans êtreconfus .
Le ſecond divertiſſement eſt une voliere
où ſe trouvent les differentes eſpeces d'oiFEVRIER
1746. 159
ſeaux; la deſcription de ce Ballet eſt faite
dans la piece par M. du Berceau , Peintre
Artificier& danſeur , Auteur des trois fétes.
La derniere a auſſi ſes agrémens caractés
riſés ; elle eſt terminée par un feu d'artifice
intitulé l'Arc- en-Ciel.
M. Balleti & la charmante Coraline fe
diftinguent dans ces divertiſſemens & s'attirent
les applaudiſſemens reitérés des ſpectateurs.
La jeune Camille y danſe une entrée
ſeule qui fait briller ſes graces enjouées.
Ondonnera un extrait de la piece quand
elle ſera imprimée.
On a repris les Folies de Coraline avec le
premier ſuccès.
COME'DIE FRANÇOISE .
Les Comédiens François ont remis fur
leur Théatre le Moulin de Javelle petita
piece de l'ingénieux Dancourt .
Le rôle de la petite fille eſt bien rempli
par Mlle. Guean qui le joue avec und
voix & un geſte conduit par les graces.
FOIRE SAINT GERMAIN.
La Foire ſaint Germain ne fera pas fi
déſerte qu'on le croyoit. La grande troupe
étrangere des Danſeurs de corde éta
160 MERCURE DE FRANCE.
blie dans le jeu de la Foire couverte y attire
bonne & nombreuſe compagnie ; les Danfeurs
de corde font excellens ; Mlle . Brilla
furtout ſe diftingue par une taille avantageuſe,
accompagnée d'une pliyſionomie trèsaimable
& très-modeſte. Les amateurs de
ces ſortes d'exercices doivent être fort ſatisfaits
de ce qui s'exécute chés le ſieur
Reſtier ; outre les bons Danſeurs de corde
il a deux équilibres parfaits & des Sauteurs
legers & bien montés.
Son ſpectacle finit parune Pantomime intitulée
Chacun son tour , variée dans ſes lazzi
&parfes jolies décorations.
Un tambour ſupérieur est admiré & réjouit
également les oreilles pacifiques &
militaires.
Vis-à-vis du Théatre du ſieur Reſtier des
Enfans Pantomimes en occupent un qui mérite
d'être fréquenté ; la gentillefſe & l'agilité
des petits Acteurs qui y repréſentent
peuvent amuſer des connoiffeurs.
Le 12 Fevrier le proverbe qui dit que
ſouvent on recule pour mieux fauter , à
reçû un furieux démenti par les nouveaux
Pantomimes de Mde. Sandham Angloife ;
elle a débuté par une piéce intitulée Arlequin
victorieux , on ne devine pas trop
où il a remporté ſa victoire; ce n'eſt pas
fürement fur ſes rivaux forains .
FEVRIER 1746. 161
Les Vendanges de Tempé Pantomimejouće
avec ſuccès pendant la Foire ſaint Laurent
derniere termine ce ſpectacle. Tempé jufqu'à
préſent étoit plus connue par ſa vallée
que par ſes vendanges ; on eſt bien obligé
àl'érudition mytologique de l'Auteur de lui
avoir découvert ce mérite inconnu dans l'anfiquité.
PIECES JOUÉES A LA COUR .
Le Jeudi 3 Fevrier les Comédiens François
repréſenterent ſur le Théatre du Château la
Tragédie d'Electre & le Colin Maillard.
I.e Mardi 8 le Misantrope & la Comteffe
Efcarbagnas.
Le Mardi 15 l'Ecole des Maris & leMédecin
malgré lui.
Le Mercredi 9 les Comédiens Italiens repréſenterent
les Défis d'Arlequin &de Scapin .
Le Mercredi 16 Arlequin muet par crainte.
Le Jeudi 10 on repréſenta l'Opéra d'Armide.
CONCERTS DE LA COUR.
4
Le Lundi 17 Janvier onexécuta en concert
àMarly le Prologue & le premier Acte
de l'Opéra d'Omphale.
LeMercredi 1 , & le Samedi 22 on exécuta
les autres Actes,
462 MERCURE DE FRANCE .
Le Lundi 24 le Prologue & le premier
Acte d' Amadis de Grece.
Le Mercredi 26 & le Samedi 29 les
autres Actes .
Le Lundi 31 le Prologue & l'Acte de
l'Air du Ballet des Elémens. Le ſieur Lepage
nouvellement reçû à la Muſique de
la Chambre du Roi chanta les tems font arrivés
&c.
Le Samedi 5 Fevrier on exécuta en concert
chés la Reine l'Acte de l'Ean & celui
du Fen du Ballet des Elémens.
Le Lundi 7 on chanta le Prologue des
Elémens & l'Acte de la Terre du même
Ballet.
Le Samedi 12 on exécuta le Prologue
& le premier Acte de l'Opéra de Tancrede.
Le Lundi 14 le deuxieme& le troiſieme
Actes du même Opéra.
Le Samedi 19 le quatriéme & le cinquiéme
Actes du même Opéra.
FEVRIER 1746. 163
JOURNAL DE LA COUR , DE PARIS
&c.
1
Epremier de cemoisM.Fromentin Rec-
L teurde l'Univerſité ſe rendit à Marly accompagné
des Doyens des Facultés & des
Procureurs des Nations , & fuivant l'ancien
uſage il eut l'honneurde préſenter un Cierge
au Roi , à la Reine & à Monſeigneur le
Dauphin .
Le même jour le Pere Hubault Vicaire
Général des Religieuxde la Mercy accompagné
de trois Religieux de leurConvent du
Marais eut l'honneurde préſenter un Cierge
à la Reine pour ſatisfaire à une des conditions
de leur établiſſement fait àParis en
1615 par la Reine Marie de Médicis.
Le mêmejour après midi , leurs Majeſtés
revinrent à Verſailles du Château de Marly.
Le 2 Fête de la Purification de la Ste.
Vierge, les Chevaliers , Commandeurs &
Officiers de l'Ordre du S. Eſprit s'étant af
ſemblés vers les dix heures du matin dans le
Cabinet du Roi , Sa Majeſté tint un Chapitre.
Les preuves de l'Archevêque de Tours
164 MERCURE DE FRANCE.
propoſé le 1. du mois de Janvier dernier
pour être Prélat Commandeur de l'Ordre
du S. Eſprit , & celles du Vicomte du Chayla
, du Comte de Lowendalh , du Comte
de Beranger , du Comte d'Eſtrées , du Comte
de Thomond & du Chevalier d'Apcher
propoſés le même jour pour être Chevaliers,
furent admiſes dans ce Chapitre , dans lequel
leRoi accorda au Comte de Thomond,
que le ſervicede S. M. a empêché de ſe rendre
à Verſailles pour être reçu , de porter
dèsàpréſent les marques de l'Ordre. A lafin
du Chapitre les autress nouveaux Chevaliers
furent introduitsdans le Cabinet du Roi
où ils furent reçus par S. M. Chevaliers de
l'Ordre de S. Michel. Le Roi ſe rendit enſuite
à ſa Chapelle étant précedé de Monſeigneur
le Dauphin , du Duc d'Orléans , du
Duc de Chartres , du Comte de Clermont ,
du Prince de Dombes , du Comte d'Eu , du
Duc de Penthiévre & des Chevaliers &
Officiers de l'Ordre. Le Vicomte du Chayla
, le Comte de Lowendalh , le Comte de
Beranger , le Comte d'Eſtrées , le Chevalier
d'Apcher en habits de Novices , marchoient
devant les Chevaliers , & l'Archevêque
de Tours derriere S. M. Le Roi étant
arrivé à la Chapelle on chanta le Veni Creator
, & S. M. après être monté à ſon Trône
FEVRIER 1746. 165
près de l'Autel , reçut l'Archevêque de
Tours Prélat Commandeur de l'Ordre du
S. Eſprit. Le Roi aſſiſta à la Bénédiction
des Cierges , à la Proceſſion qui ſe fit dans
la Chapelle& enſuite à la Grande Meſſe célébrée
pontificalement par l'Archevêque de
Tours & chantée par la Muſique. Lorfqu'elle
fut finie , le Roi remonta à ſonTrône&
y reçut avec les cérémonies accoutumées
les cinq nouveaux Chevaliers. Le
Comte de Matignon & le Marquis de Prie
furent parains du Vicomte du Chayla &
du Comte de Lowendalh ; Le Maréchal
de Coigny & le Marquis de Clermont
Tonnerre le furent du Comte de Beranger ,
du Comte d'Eſtrées & du Chevalier d'Apcher.
Les nouveaux Chevaliers ayant pris
leurs places , le Roi ſortit de la Chapelle&
fut conduitdans ſon appartement en lamaniere
accoutumée. La Reine , Madame la
Dauphine & Meſdames de France entendirent
la même Meſſe dans la Tribune.
L'après midi leurs Majestés accom
pagnées de Monſeigneur le Dauphin , de
Madame la Dauphine & de Meſdames de
France , entendirent le Sermon du Pere
Neuville de la Compagnie de Jeſus , & enſuite
les Vêpres qui furent chantées par la
Muſique,
166 MERCURE DE FRANCE.
-
Le 3 le Roi accompagné comme le jour
précédent a aſſiſté au Service qui aété célebré
dans la Chapelle pour le repos des ames
des Chevaliers de l'Ordre du S. Eſprit morts
dans le cours de l'année derniere & auquel
l'Archevêque de Tours a officié.
Le Roi & la Reine entendirent le 12 &
le 18 de ce mois dans la Chapelle du Châ
teau la Meſſe de Requiem pendant laquelle
le De Profundis fut chanté par la Muſique
le 12 pour l'Anniverſaire de Monſeigneur
le Dauphin Pere du Roi , & le 18 pour
l'Anniverſaire de Madame la Dauphine Me..
re de S.M.
Le 26 Mercredi des Cendres le Roi reçût
les cendres des mains du Cardinal de
RohanGrand Aumônier de France. La Reine
les a reçues des mains de l'Archevêque de
Rouen ſon Grand Aumônier ; Monſeigneur
le Dauphin des mains du Coadjuteur de
Strasbourg Grand Aumônier de France en
furvivance , & Madame la Dauphine de
celles de l'ancien Evêque de Mirepoix ſon
premier Aumônier.
Le Duc de Hueſcar Capitaine des Gardes
du Corps du Roi d'Eſpagne & fon Ambaſſadeur
Extraordinaire & Plénipotentiaire
auprès du Roi , étant arrivé à Paris le 17
de ce mois , il ſe rendit à Verſailles le 19
FEVRIER 1746. 167
& il eut une audience particuliere de S. M.
Il fut conduit à cette audience ainſi qu'a
celles de la Reine , de Monſeigneur le Dauphin
, de Madame la Dauphine & de Mefdames
de France par M. de Verneuil Introducteurdes
Ambaſſadeurs ,
Le même jour la Maréchale Ducheſſede
Duras que le Roi à nommée Dame d'hon -
neur de Meſdames de France , a prêté ſerment
de fidélité entre les mains de S. M.
Le Roi a accordé depuis quelques tems.
l'agrément du Régiment de Champagne
dont le Comte de Froulay nommé Maréchal
de Camp étoit Colonel , au Marquis
des Sales, Brigadier d'Infanterie , du 1. Mai
1745 & Colonel de celui d'Artois.
Et le Régiment Royal- Pologne Cavalerie
vacant par la mort de M. Merainville
au Comte deBethune Capitaine dans le même
Régiment. Il eſt fils de feu Louis - Marie-
Victoire Comte de Bethune Maréchal de
Camp & Grand Chambellan du Roi de
Pologne Duc de Lorraine , & de Marie-
Françoiſe Potier de Geſvres ſa ſeconde femme,
ſoeur de M. le Duc de Geſvres ,
Le Prince des deux Ponts a été nommé
Lieutenant Géneral des armées du Roi,
168 MERCURE DE FRANCE,
S. M. a appris par un courier dépêché de
Naples au Prince d'Ardore que le 25 du
mois dernier le Roi des Deux Siciles avoit
nommé Chevalier de l'Ordre Royal de S.
Janvier le Marquis de l'Hopital Ambaladeur
Extraordinaire duRoi auprès de S. M.
Sicilienne .
SIEGE ET PRISE DE BRUXELLES,
LeMaréchal.Comte de Saxe ayant formé
ledeffeinde forcer les ennemis d'abandondonner
les differents poſtes qu'ils avoient
conſervés ſur le canal de Wilworden , & ce
Général ayant cru devoir tenter en même
tems de s'emparer de la Ville de Bruxelles ,
il a fait toutes les diſpoſitions les plus propres
pour affûrer l'exécution de ſon projet.
Il a envoyé des ordres aux troupes qu'il avoit
distribuées dans les places de Flandre de la
ſeconde&de la troifiéme ligne de ſerendre
àMaubeuge , Ath , Tournay , Oudenarde ,
Gand & Dendermonde.
Dès le 28 du mois dernier toutes ces
troupes partirent de leurs quartiers pour fe
porter ſur la riviere de Senne & fur le Canal
de Wilworden au-deſſus & au - deſſous
de Bruxelles. La plupart cantonnerent ce
jour-là dans les Villes & les Villages voiſins,
la
FEVRIER 1746. 169
la Dendre , & le 29 elles marcherent vers
les endroits qui leur avoient été marqués.
M. de Vaux Colonel du Régiment d'Angoumois
& Commandant à Dendermonde ,
s'avança la nuit du 29 au 30 avectrois bataillons
& quelques Compagnies de Grenadiers
devant le Château de Marienſal , ſitué
àla rive gauche du Canal qu'il paſſa dans
des bâteaux , après avoir emporté la redoute
des Trois Fontaines , où il fit priſonnier
deguerre un Détachement des troupes Hollandoiſes.
Il fut ſuivi par le Maréchal Comtede
Saxe , lequel à la tête d'un corps confidérable
d'Infanterie &de Cavalerie paſſa le
30 à 10 heures du matin le Canal ſur un
pontdepontons. Ce Géneral ayant marché
fur Bruxelles , fut joint près de cette Place
par les troupes avec leſquelles le Marquisde
Clermont Gallerande Lieutenant Général ,
avoit paffé la Senne à Hall , & il commença
dans cette partie l'inveſtiſſement de la
Ville de Bruxelles ; en même-tems le Marquis
de Contades Lieutenant Général , fit
de ſon côté jetter un pont à Lacken , & fe
rendit maître d'une Redoute voiſine ainſi
quedu Fort des Trois Trous , cent trente
kommes qui occupoient ce dernier poſte
ayant été faits prifonniers .
Le Marquis d'Armentieres Maréchal de
Camp, s'étant poſté avec un autre corps
H
1
190 MERCURE DE FRANCE,
entre Bruxelles & Louvain , la premiére de
ces deux Villes dont la Garniſon étoit compoſée
de dix - huit bataillons &de quelques
efcadrons , ſe trouva entierement inveſtie ,
In corps de troupes que M. Phelippes
commande à Binch, aempéché les Garniſons
de Mons , de Namur & de Charleroy de
s'oppoſer à l'entrepriſe du Maréchal Comte
de Saxe.
L'artillerie n'a pû arriver que le 2 au foir
devant la Ville affiégée , & les deux jours
ſuivans ont été employés à la placer dans fon
parc.
Le 1. M. de Beaufobre Brigadier entra
dans Malines ; ayant rencontré aupont de
Valhem un corps d'Infanterie ennemie , il
l'a chargé & l'a obligé de repaſſer la riviere
qu'il a remontée enſuite pour enviſiter les
gués.
Les habitans de Louvain ayant refuſé l'entrée
de leur Ville à un détachement du Régiment
de Graffin , ce détachement s'en eft
comparé après avoir mis le fou à une des Portes.
Le 4 le Maréchal Comte de Saxe a envoyé
le Marquis de Contades avec un Regiment
de Dragons & quelques Compagnies
de Grenadiers pour reconnoître Wil
worden que ce General avoit fait bombarder
le jour précedent , & le Marquis
:
FEVRIER 1746. 172
de Contades a obligé la Garniſon qui étoit
de deux cent cinquante-fix hommes de
ſe rendre priſonniere de guerre.
La tranchée fut ouverte le 7 à6heures du
ſoir vis- à- vis de l'ouvrage à corne de la Portede
Scharbuk , & elle fut montée par le
Comte de Logny Montmorency Maréchal
de Camp , avec le premier & le troifiéme
Bataillon du Régiment de Piedmont , les
trois Bataillons du Régiment de Limoſin
les deux Bataillons du Régiment d'Eu , le
premierBataillon du Régimentde Bettens ,
le Régiment de Languedoc , celui de Traifnel
& quatre cent Dragons. Ce jour on
fit milles toiſes d'ouvrage en partant du
centre de la parallele & en s'étendant de
droite & de gauche.
Le Marquis de Beaufremont Maréchal
de Camp releva le 8 la tranchée , ayant ſous
ſes ordres le ſecond & le quatriéme Bataillons
du Régiment de Piedmont , les trois
Bataillons du Régiment Royal Vaiffeaux , le
premier Bataillon du Régiment de la Couronne
, le premier du Regiment de Monnin,
le premier de Wittmer , & un pareil
nombre de Dragons que le jour précédent.
Ondéboucha de la paraliele ſur la droite de
la chauffée par un boyau qui forme une
communication vers la gauche juſqu'à cet
tememe chauffée qu'on ayoit maſquée en ce
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
endroit, &oncommença une ſeconde parallele
à ſoixante toiſes du chemin couvert.
Le و le Comte de la Suze Maréchal de
Camp, monta la tranchée avec le premier
& le troifiéme Bataillons du Régiment de
Normandie , le ſecond & le troiſiéme du
Régiment de la Couronne , le Régiment
Royal la Marine , le ſecond Bataillon du Régiment
de Bettens , le ſecond de Wittmer ,
le premier de Diesback & quatre cent Dragons.
Le travail fut continué fur lagauche ,
& la feconde parallele prolongée : on commença
l'etabliſſement de deux batteries ,
chacune de quatre piécesde canon, & d'une
troifiéme de quatre mortiers.
La tranchée fut relevée le dix parleComte
de Logny Montmorency Maréchal de
Camp, par le ſecond & le quatriéme Bataillons
du Régiment de Normandie , par le
troifiéme Bataillon du Régiment de Bettens,
par le ſecond de Monnin, le troifiéme
de Wittmer & le ſecond de Dieſback , par
les deux Bataillons du Régiment de Chartres
& par deux cent Dragons. En débouchant
de la ſeconde parallele par trois endroits
, on s'avança par des zigzags versles
angles ſaillans de l'ouvrage à corne jusqu'à
hit toiſes de la paliſlade. On forma versla
gauche une ſeconde con manication our
es deux paralleles : on continua le travail
FEVRIER 1746. 173
desbatteries& on en commença une quatriéme
de quatre mortiers.
Le 11 le premier & le ſecond Bataillons
du Régiment du Roi, les trois Bataillonsdu
Régiment Dauphin , le Régiment d'Angoumois
, le troifiéme Bataillon du Régiment
de Monnin , le troiſieme de Dieſback &
deux cent Dragons monterent la tranchée
fous les ordresdu Marquis de Beauffremont
Maréchal de Camp. On fit un boyau pour
former une troiſiéme parallele qui communiquoitde
la ſape de la droite à celle du centre
&on pouſſa deux zigzags à la gauche. Huit
mortiers & quatre piéces de canon ſe ſont
trouvés le 12 au matin en état de tirer à la
pointe du jour. Depuis le 10 le feu des
afliégés a été très - vif & M. d'Auteuil Ingénieur
, fut bléeſſé le 11 légerement ainſi
que deux Officiers : le Maréchal Comte de
Saxe a chargé de la conduite du ſiége le
Marquis de Brezé Lieutenant Géneral.
Latranchée fut relevée le 12 par le Comtede
la Suze Maréchal de Camp , avec le
premier &le troiſiéme Bataillons du Régiment
de Piedmont , les deux Bataillons du
Régiment d'Eu , le Régiment de la Marine ,
celui de Languedoc , le premier Bataillon
du Régiment de Bettens , le premier de
Diefback & deux cent Dragons. On acheva
la communicationde la droite au centre de
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE.
la troiſiéme parallele ; on travailla à l'établif
ment dedeux nouvelles batteries & l'on fit à
la droite , à la gauche &au centre des Cavaliers
de tranchée d'où les Grenadiers obligérent
par leur feu les ennemis d'abandonner
le chemin couvert .
Le 13 le Comte de Logny Montmorency
Maréchal de Camp monta la tranchée
avec le ſecond& le quatriéme Bataillons du
Régiment de Piedmont , le troifiéme &le
quatrième du Regiment duRoi , le premier
Bataillon du Régiment de Monnin , le premier
de Wittmer , le premier de Chartres ,
le ſecond de Dieſback & deux cent Dragons
; on pouffa trois crochets en avantde
la gauche de la derniere parallele ſur l'angle
de l'ouvrage à corne. Une partie du chemin
couvert de la demi-lune fut couronnée , &
l'on y fit quatre traverſes tournantes de droite
& de gauche.
LeMarquis de Beauffremont Maréchal de
Camp releva le 14 la tranchée , & il avoit
ſous ſes ordres le 1. & le ze. Bataillons
du Régiment de Normandie , les trois Bataillons
du Régiment Dauphin , le Régiment
de Traiſnel , le deuxieme Bataillon du
Régiment de Wittmer , le deuxième de Bettens
& le même nombre de Dragons que les
deux jours précedens. Après avoir établi la
communication de la droite à la gauche on
FEVRIER 1746. 17
fit des deſcentes ſur la prolongation des faces
de la demi lune ainſi que ſur le couronne
ment de la Place d'armes Saillante , & 18
piéces de canon ſe trouverent ainſi que fix
mortiers en état de tirer. Ce jour M. de Lanhe
Capitaine dans le Régiment de Normandie
futtué.
Le 15 le Comte de la Suže Maréchal de
Camp monta la tranchée avec le ſecond & lé
quatriéme Bataillons du Régiment de Normandie
, les trois Bataillons du Régiment dé
Limofin , le ſecond Bataillon duRégiment
de Monnin , le troiſiéme de Wittmer , le Régiment
d'Angoumois & 200 Dragons. On
travailla au couronnement de la Place d Ar
mes de la corne droite , & on enveloppa
une partie du chemin couvert de la corne
gauche ; on commença en même- tems l'établiſſement
de quatre batteries dont deux
étoient deſtinées, l'une à batre en brêche le
corps de la Place ſur le prolongement de la
face droite de la demi -lune , & l'autre à tirer
fur la face droite de l'ouvrage à corne.
La tranchée ayant été relevée le 16 par le
Comte d'Herouville' de Claye Maréchal de
Camp , avec le premier & le ſecond Bataillons
du Régiment du Roi, les trois Bataillons
du Régiment Royal Vaiſſeaux , le troi
fiéme Bataillon du Régiment de Monnin ,
Dieſback , le premier du Régiment de Char
Hiij
$ 76 MERCURE DE FRANCE.
tres, le troiſiéme de Bettens , le troifiéme de
Dieſback & deux cent Dragons , on perfectionna
la communication au débouché
du couronnement de la Place d'armes fail-
Jante de la demi- lune pour la deſcente du
foffé; on mit en état les quatre nouvelles
batteries de canon & l'on travailla à en
établir deux autres de mortiers.
Le 17 le Marquis de Guerchy Maréchal
de Camp étant de tranchée avec le premier
& le troifiéme Bataillons du Régiment de
Piedmont, les trois Bataillons du Régiment
de la Couronne , le Régiment de Languedoc
, le premier Bataillon du Régimentde
Bettens , le ſecond du Régiment de Chartres
& deux centDragons , onfit ladefcente
du foſſe dans la contreſcape de la Place
d'armes ſaillante de la demi-lune ſur lepatapét
de laquelle on ſe logea. Le Chevalier
d'Aubéterre Colonel du Régiment Royal
Vaiſſeaux allant ce jour-là reconnoître le logement
reçut une bleſfüre dont il eſt mort
depuis.
La tranchée fut montée le 18 par le Duc
đe Chevreuſe Maréchal de Camp qui avoit
lous ſes ordres le ſecond &le quatriéme Bataillons
du Régiment de Piedmont , le troifiéme
& le quatriéme du Régiment du Roi le
premier Bataillon du Régiment de Monnin,
le premier de Wittmer , le premier de
!
1
:
FEVRIER 1746. 177
Dieſback , le premier du Régiment de Chartres
& deux cent Dragons. De nouvelles
communications furent faites vis-à-vis des
débouchés de la deſcente dufoſſe leſquels
furent élargis.
Le 19 M. de Romecourt Maréchal de
Camp , releva la tranchée avec le premier
& le troifiéme Bataillons du Régiment de
Normandie , les trois Bataillons du Régiment
Dauphin , le ſecond Bataillon du Régiment
de Bettens , le ſecond de Wittmer
le Régiment de Traifnel & un nombre de
Dragons pareil à celui des jours précédens.
Le feudesbatteries étantcontinuel on comptoit
que le 20 les brêches ſeroient praticables.
Le Maréchal Comte de Saxe a fait marcher
le 15 à Louvain le Corps de troupes
qui étoit àGeneppe ſous les ordres du Comtede
Relingue , & il en a donné le commandement
au Comte de Lowendalh LieutenantGéneral.
Le feu continuel des differentes batteries
de canons &de mortiers avec leſquelles on
a attaqué laVille de Bruxelles ayant produit
beaucoup d'effet , tant ſur le corps de la
Place , que fur l'ouvrage à corne , & les affiégés
ayant reconnu le zo que les bréches
étoient praticables , ils ſe détermi
nerent ce jour - là à arborer le Drapeau
blanc; ils demanderent à ſe rendre & la ca-
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
pitulation fut ſignée le même jour par le
Comte de Kaunitz & pour les troupes Hollandoiſes
de la garniſon par le Géneral Vander
- Duyn. La garniſon eſt prifonniére de
guerre; elle a livré le 21 à midi la porte
de Flandres & elle ſortit en quatre
diviſions les 25 , 26 , 27 & 28. Les troupes
d'Infanterie qui formoient cette garniſon
ſe montoient à 18 Bataillons dont deux
du Régiment des Gardes Bleues , un de celui
de Waldeck , un de celui de Cronſtrom ,
un de celui d'Aylva , un de celui de Smiffaart,
un de celui de Guy, un de celui
d'Elias , un de celui de Débitz , & neufdes
Regimens Suiſſes de Conſtant , de Stufler
& de Planta. La Cavalerie confiſtoit en
deux Eſcadrons du Régiment de Hoeft-Van-
Hoey & 5 Efcadrons du Régiment de Dragons
de Naſſau , 200 Dragons du Régiment
de Ligne & cent cinquante Huffards. L.es
principaux Officiers qui ont été faits prifonniers
dans cette Place , ſont les Marquis
de Los Rios Feldt Maréchal , les deux Princes
de Ligne , l'un General d'Infanterie ,
l'autre de Cavalerie , le Comte de Chanclos
Géneral d'Infanterie, le Comte de Lannoy
Lieutenant General & Gouverneurde
a Ville, le Comte de Lallain , le Marquis
de Bournonville , le Comte de Maldeghem
& le Comte de Culemberg Lieutenans Gé.
FEVRIER 1746. 179
neraux , Mrs. de Gibſon , de Wild , de Mahontza
, Oconor & de Tonnerfeldt Majors
Generaux , un General de Huſſards , le Duc
d'Urſe & le Prince de Stelberg, & M. de Bon
Colonel des Ingenieurs.
La nouvelle de la priſe de Bruxelles a été
apportée au Roi par M. de Vaux Colonel
du Régiment d'Angoumois , lequel
a été envoyé à S. M. par le Maréchal Comte
de Saxe , & qui eſt arrivé à Verſailles
le 23 .
La capitulation des garniſons Autrichienne
& Hollandoiſe de Bruxelles qui a été fignée
le 20 par le Comte de Kaunits & le
Géneral Vander-Duyn porte que la garniſon
ſera priſonniére de guerre.
Que les alliégés conſerveront leurs chevaux
, & que les armes des Soldats Hollan
dois feront remiſes aux magaſins pour être
rendues lorsde l'échange.
Que la garniſon ne fortira que le 25 par
la porte de Flandres qui ſera livrée le 21 à
midi & ne ſortira qu'en quatre diviſions les
25 , 26 , 27 & 28.
Que les troupes pourront faire tranſporter
tous leurs effets à Anvers , à Breda & à
Maſtrich , à l'effet déquoi il ſera fourni des
voitures aux frais du Pays.
Que les Officiers de l'EtatMajor feront rela-
-
Hvj
180 MERCURE DE FRANCE.
---
chés ſur leurparole dès qu'ils le ſouhaiteront.
Que les Domeſtiques du Duc de Cumberland
pourront ſe retirer avec tous les
chevaux& effets de ce Prince , & qu'il leur
ſera fourni des eſcortes , paſſeports & voituřes
néceſſaires .
Que le Comte de Kaunitz aura la même
liberté pour ſa perſonne , ſa maiſon & effets ,
& pour ceux qui voudront le ſuivre , à
l'exception des Officiers chargés de la récette
des deniers publics , qui reſteront pour
rendre compte de leur adminiſtration.
Que les effets du Prince Charles de Lorraine
reſteront où ils ſe trouveront juſqu'à
ce qu'il ait été pris des arrangemens pour
les faire conduire où će Prince jugera à propos
dans le terme de trois mois .
Que le Secretaire de la légation des Etats
Généraux poura reſter dans la Ville juſqu'à
ce qu'il ait reçû dės ordres ulterieurs.
Que les Bateliers Hollandois avec leurs
bateaux , & tout autres Sujets de la République
pourront retourner chés eux.
Que les Bâtimens Royaux feront confervés
dans tout leur entier , à l'exception des
effets militaires qui s'y trouveront.
Que la Ville confervera l'artillerie qui lui
appartient en propre.
Que le cours de la Juſtice ſera maintenu
dans tous les Tribunaux .
FEVRIER 1746. 181
Le 27 la Muſique de la Chambre jointe
à celle de la Chapelle chanta à la Meſſe du
Roi le Te Deum de la compoſition de M.
Deſtouches pour la priſe de Bruxelics.
PRISES DE VAISSEAU X.
Ldepar
EVaiſſeau du Roi le Serieux , comman-
M. de Fromentieres Capitaine
de Vaiſſeau , s'eſt emparé à la hauteur du
Cap Finiflerre du Corſaire l' Annibal , de
30 canons &de 160 hommes d'équipage ,
lequel avoit été armé à Topsham , & M. de
Fromentieres a ordonné de mettre le feu à
ce Navire , après en avoir fait paſſer l'équipage
ſur ſonbord.
On mande de Breft que M. Beaubriant
qui monte le Vaiſſeau du Roi l'Auguste armé
en courſe , s'eſt rendu maître des Bâtimens
Anglois le Fortuné, chargé de fucre ,
de caffé , d'yvoire & d'autres marchandiſes ,
&le Prince Guillaume , à bord duquel il y
avoit unegrande quantité de ritz , de pelleteries
&de therebentine , & que ces Navires
ſont arrivés l'un à Breſt , l'autre à faint
Malo.
Le Capitaine Donat commandant le
182 MERCURE DE FRANCE.
:
Vaiſſeau la Biche , de ce dernier Port , y a
conduit le Navire ennemi le Heathcote
de 550 tonneaux & de 26 canons , dont
la cargaiſon eftimée 600000 liv. conſiſte
principalement en ſucre , en indigo &
enyvoire.
Les Bâtiments le Memland , l'Amitié des
Planteurs , le Melford & le Lark, chargés
le premier d'étoffes de laine , le ſecond de
tabac & de pelleteries , le troiſiéme de fucre
& le quatriéme de pelleteries & d'indigo
, ont été envoyés dans le même Port
par les Vaiſſeaux le Prince de Conty , lefaint
Michel & le Tavignon , & le Vaiſſeau le
Prince de Conty a rançonné pour deux cent
liv. ſterlings le Navire la Caroline de Yarmouth.
Les Navires Anglois la Surpriſe , de cent
foixante tonneaux,& le Marchand Ita'ien de
deux centqui ont été pris par les Vaiſſeaux
le Tigre &le Cerf, ont été conduits à S.
Malo. Leur charge eſt compoſéede ſucre ,
de coton& d'autres marchandiſes.
Le Capitaine Paillet qui monte le Vaiſſeau
la Scrionne , eſt entré dans le Port de Dieppe
avec le Bâtiment l'Albans , dont la charge,
conſiſtant en indigo , en vif- argent ,
en cotton , en pelleteries , & en deux barils
d'argentmonnoyé , monte à prèsde cinq
centmille liv.
:
FEVRIER 1746. 183
,
Les lettres de la Rochelle marquent qu'il
y eſt arrivé un Corſaire de la Caroline
nommé l'Aſſiſtance , dont s'eſt emparée la
Fregate du Roi la Megere , armée en courſe
&montée par M. le Vafſor de la Touche , la.
quelle a exigé d'un autre Navire ennemi une
rançon de neuf cent liv. ſterlings .
On a appris de Bayonne que les Vaiſſeaux
la Victoire , la Junon & la Basquoise , y
avoient conduit les Bâtimens le Boheme de
Bofton chargé de tabac ; le Scarborough de
Londres chargé de tabac , de merrains & de
fer; le Vernon chargé de ſucre , de cotton
&d'yvoire , & la Justice , armé de ſeize canons
& de quatre pierriers.
NOUVELLES ETRANGERES.
L
ALLEMAGNE .
Electeur Palatin a donné ſon acceffion au
Traité conclu entre la Reine de Hongrie&
le Roi de Pruſſe ; les ratifications des deux Traités
ſignés à Dreſde le 25 Décembre de l'année
derniere ayant été échangées , ils ont été rendus
publics ; celui entre la Reine de Hongrie & le
Roi de Pruffe contient treize articles , & il porte
qu'il y aura entre les deux Puiſſances une paix
184 MERCURE DE FRANCE.
conſtante , perpétuelle & inviolable ,auſſi-bien
qu'une véritable amitié & une fincere union , &
que l'une des Parties Contractantes ne pourra ,
fous quelque prétexte que ce ſoit , former aucune
entrepriſe au préjudice de l'autre ; qu'elles ne
fourniront aucun ſecours à leurs ennemis reſpectifs ,
&qu'elles s'efforceront au contraire de procurer
mutuellement leur fûreté& leurs avantages ; que
les articles préliminaires de la paix de Breſlau , fignés
le 11 Juin 1742 ; le Traité Définitif de ladite
paix , igné à Berlin le 28 Juillet de la même
année ; le Reglement des limites,duquel les
deux Puiſſances ſont convenues peu après la concluſion
de ce Traité , & la convention faite à
Hanover le 26 Août de l'année derniere par le
Roi de Pruffe avec ſa Majesté Britannique , fervirontde
baſe au préſent Traité , tous les précédents
étant renouvellés & confirmés par celui-ci
de la maniere la plus forte & la plus folemnelle ;
que les renonciations antérieures , tant de la part
des Princes de la Maiſon Royale de Pruffe &
Electorale de Brandebourg, que de la part des Etats
de Boheme , ſubſiſteront à perpétuité dans toute
leur étenduë comme s'il n'étoit ſurvenu aucun
differend entre la Reine de Hongrie & le Rei
de Pruffe; que cette Princeffe renonce auffi pour
elle&pour ſes Succeſſeurs à toutes les prétentions
qu'elle pourroit avoir ou former fur les Etats de
ſa Majesté , particulierement ſur ceux qui ont été
cédés au Roi de Pruſſe par le Traité de Breſlau ,
de même qu'à toute indemnité des pertes&dommages
qu'elle a foufferts , & à la demande dece
qui n'a point été payé des contributions exigées
par ſes troupes , que les expectances & furvivances
, accordées par l'Empereur Charles VI fur
des fiefs , terres & autres biens ſitués en Siléſie ,
,
FEVRIER 1746. 185
de pourront jamais être reclamées ; que de part
&d'autre perſonne ne ſera inquietté au ſujet de
ce qui ſe ſera paſſé pendant la guerre ; qu'on publiera
unë Amniſtie générale ,& que tous les biens
confiſqués ſérónt rendus aux Propriétaires ; que
les hoftilités cefferont des deux parts trois jours
après la fignature du Traité , & que douze jours
après cette fignature , la Reine de Hongrie retirera
fes troupes des Pays dont elle a fait une
ceſſion au Roi de Pruſſe , qui dans le même terme
fera fortir les ſiennesdes Etats de cette Princeffe;
que fa Majesté Hongroiſe , immédiatement
après l'échange des ratifications , reftituera au Roi
de Prufſe la Baronie de Tournhout dans le Brabant,
avec ſes dépendancés , revenus , archives
&tout ce qui pourroit avoir été détourné depuis
la confiſcation de cette Baronie ; que tous les prifonniers
faits pendant la guerre , de quelque
rang qu'ils puiffent être , feront remis en liberté
fans rançon , & que les malades & les bleffés
dont ondreſſera une liſte exacté , le feront après
leur guériſon ; que la Reine de Hongrie rendra
auffi tous les ſujets& les Vai Teaux des ſujets de
ſaMajefté Pruſſienne ,pris par les Armateurs d'Oftende
; que cette Princeſſe & le Roi de Pruffe
s'engagent mutuellement à favorifer , autant qu'il
fera poſſiblé , le commerce entre leurs Pays refpectifs
; que le Roi de Pruffe promet de reconnoître
le Grand Duc de Tofcane en qualité de Chef
de l'Empire , & l'activité de la voix Electorale
de Boheme , la Reine de Hongrie promettant de
ſon côté de porter le Grand Duc à accorder à la
Maiſon Royale de Pruſſe & Electorale de Brandebourg
les prérogatives , avantages , privileges
&droits , dont jouiffent les Maiſons Electorales
de Saxe & de Hanover; que la Majefté Hon-
,
185 MERCURE DE FRANCE.
groiſe garantira ſans exception tous les Etats du
Roi de Pruffe ,& que ce Prince lui garantira ſeulement
ceux qu'elle poſſede en Allemagne ; que
le Roi de la Grande Bretagne , outre la garantie
qu'il donne pour l'exécution du préſent Trai
té , procurera celle de l'Empire & de la République
de Hollande , & qu'il employera ſes ſoins
pour faire comprendre ledit ' Traité & celui de
Breſlau dans le Traité General de paix , qui fera
conclu entre les Puiſſances Belligerentes ; que се
Prince , en qualité d'Electeur de Hanover , ſera
admis comme Partie Contractante dans le préſent
Traité , ainſi que l'Electeur Palatin & la Maiſon
de Heffe , & que les Etats de l'Electeur Palatin ,
lorſqu'ilaura reconnu l'activité de la voix de Boheme
& la validité de l'Election du Grand Duc de
Toſcane , ſeront évacués par les troupes de la Reine
de Hongrie ,&délivrés de toute exaction d'ara
gent , de fourages & de logemens de gens de
guerre
Dans le Traité du Roi de Pruſſe avec le Roi
de Pologne Electeur de Saxe , il a été ſtipulé
quatorze articles , par leſquels on eft convenu que
ni l'une ni l'autre Puiſſance ne demanderoit aucun
dédommagement , & que toutes les prétena
tions occaſionnées ſoit par l'entrée ou le paſſage
des troupes de part & d'autre dans les Etats refpectifs
, ſoir pour contributions ou violences commiſes
, demeureroient entierement éteintes ; que
les hoftilités ceſſeroient à compter du jour de la
date du Traité ; que les Etats de Saxe & la Ville
de Leipfick , ſous la garantie ſpéciale de fa
Majefté Polonoiſe , s'engageroient à payer au Roi
de Prufſe , outre les autres impoſitions exigées , un
million d'écus d'Allemagne , laquelle fomme ſe
roit acquittée pendant la prochaine Foire de Leïp-
!
FEVRIER 1746 . 187
fick avec les intérêts à raiſon de cinq pour cent .
&que ſi , malgré les précautions priſes par ſa Majeſté
Pruſſienne , il arrivoit que les corps de ſes
troupes , trop éloignés d'elle pour recevoir à tems
ſes ordres , euffent fait contribuer quelque Ville
ou District depuis la paix ſignée , l'article en queftion
n'en auroit pas moins fon plein effet ; que
les armées du Roi de Prufſſe ſortiroient des Etats
de ſa Majesté Polonoiſe ; que toutes les Places
qui lui appartiennent , lui ſeroient remiſes dans
lemême état que lorſqu'elles avoient été occupées
par les troupes Pruſiennes , & qu'on rendroit aux
habitants de ces Places leurs armes , à l'exception
de celles qu'ils ont achetées des Déſerteurs ;
que la Ville de Dreſde en particulier ſeroit évacuée
immédiatement après l'échange des ratifications
, & celle de Leipfick huit jours après ; que
les vivres & les fourages ſeroient fournis gratuitement
aux armées de ſa Majesté Pruſſienne , tant
qu'elles ſeroient ſur le territoire de Saxe , & qu'il
refteroit à Meiffen un Détachement des troupes
Pruſſiennes pour la ſureté des malades & des blefſés
que le Roi de Prufſe y laiſſoit ; que tous les
Officiers & les Soldats Saxons , qui avoient été
faits priſonniers , feroient rendus ſans rançon , excepté
ceux qui étoient entrés au ſervice de ſa
Majesté Pruffienne ; que le Roide Pologne Elec
teur de Saxe accéderoit purement & fiimplement
pour lui & pour ſes Succeſſeurs à perpétuité à la convention arrêtée à Hanover le 26 Août de l'année
derniere entre le Roi de Pruffe & fa Majef
té Britannique ; que dans l'eſpace de trois ſemai
nes , à compter du jour de la ſignature du préſent
Traité , la Reine de Pologne Electrice de
Saxe donneroit un Acte folemnel de Ceſſion des
droits éventuels , qu'elle & ſes héritiers pourroient188
MERCURE DE FRANCE.
après l'extinction de la poſtérité de la Reine de
Hongrie , prétendre en vertu de la Pragmatique-
Sanction, fur les Etats & Pays cédés au Roi de
Pruffe par le Traité de Breſlau , promettant de
ne jamais troubler ſa Majesté Pruſſienne ni fes
Succeſſeurs , de l'un & l'autre ſexe,dans la poffeffion
defdits Etats; que pour terminer toutes les
conteſtations qui ſe ſont ſouvent élevées entre ſa
Majesté Pruſſienne &le Roi de Pologne Electeur
de Saxe , par rapport au paſſage de Schidlo & au
Péage de Furſtemberg fur l'Oder, le Furftembergenzoll
appartiendroit déſormais au Roi de Pruffe ,
à condition que fa Majesté Pruſſienne abandonheroit
au Roi de Pologne Electeur de Saxe la
portion de la Si'éſie enclavée dans la Luface; que
le Cartel conclu en 174 entré le Roi de Pruffe
& ſa Majesté Polonoiſe ſubſiſteroit dans toute la
vigueur ; qu'on redreſſeroit réciproquement & de
bonne foi les abus qui ſe font gliffés dans le commerce
au préjudice des ſujets reſpectifs des deux
Puiffances ; que ſur les paſſeports de la Cour de
Dreſde le Roi de Pruffe accorderoit le libre paffage
pat la Siléſie , tant pour ce que la Majeké
Polonoiſe feroit venir de Pologne , que pour ce
qu'elle y enverroit; que tout ce qui avoit été réglé
par le Traité de Westphalie à l'égard de la
Religion Proteftante ſeroit obſervé inviolablemient
dans les Etats de l'une & l'autre des Parties
Contractantes, que les Vaſſaux&ſujets de ſa
Majesté Pruſſienne , qui ont des Capitaux fur ce
qu'on appelle Sach- Sifche Ober Stever Einabme , feroient
fidelement remboursés de leurs ſommes &
des intérêts aux termes portés par leurs obligations ;
que le Roi de Pologne Electeur de Saxe agiroit
en faveur de la Maiſon Electorale Palatine , conformément
au rie. Article de la Convention de
!
FEVVRIER 1746. 189
Hanover ; que l'Impératrice de Ruſſie , le Roi de
la Grande Bretagne , & les Etats Généraux des
Provinces Unies , ſcroient invités de garantir le
préſent Traité , mais qu'il ne ſeroit pas exécuté
avec moins d'exactitude , quand même ces garanties
ne pourroient être obtenues .
Le 21 du mois dernier les troupes Hanoveriennesqui
étoient cantonnées dans le voisinage de
Francfort , ſe mirent en marche pour ſe rendre les
unes dans les Pays Bas , les autres dans l'Electorat
d'Hanover , quatre Régimens de Cavalerie de ces
troupes demeurant ſur le Rhin pour être employés
à former une chaîne le long de ce fleuve conjointement
avec les troupes des Cercles .
de
Le Prince de Furſtemberg a remis de la part du
Grand Duc de Toſcane à la Diette affemblée
à Ratiſbonne un Décret de ce Prince concernant
l'armée que les Cercles doivent mettre ſur pied
pour la ſureté de l'Allemagne ; on a réſolu de
mettre les Croates ſur le pieddes troupes réglées ,
&d'en former divers Régimens d'Infanterie&
Cavalerie: la Reine de Hongrie ayant réſolu d'impoſer
une nouvelle taxe par tête fur les Etats Héréditaires
, S. M. a fait publier ſon Ordonnance à
ce ſujet. Les quatreOrdres Mandians, les perſonnes
dépendantes du Conſeil Aulique,& les foldats
ſont ſeuls exempts de cette Capitation. Les
de ce mois la clébration du mariage du Prince
Frédéric de deux Ponts &de la Princeſſe de Sultzbach
s'est faite avec la plus grande magnificence.
SUEDE.
Le 24 du mois dernier , la Princeſſe Royale
de Suede eft accouchée d'un Prince.
Le Roi de Suede a accordé à pluſicars Officiers
190 MERCURE DE FRANCE.
de ſes troupes lapermiſſion d'aller ſervir dans celles
de France , à condition cependant qu'ils ne
feront point employés en faveur de la Maiſon
Stuard.Malgré celaM.deGuydikensMiniſtre du Roi
de la Grande Bretagne a fait de nouvelles inftances
pour que ſa Majeſte Suédoiſe revoquât cette
permiſſion prétendant qu'il pouvoit arriver des circonftances
dans lesquelles ces Officiers ſeroient
entraînés malgré eux à contrevenir aux ordres
du Roi leur maître ; on a répondu aux repréſentations
réitérées de ce Miniſtre , que ſa Majesté
étoit remplie de la plus parfaite confidération
pour le Roi de laGrande Bretagne , & qu'elle ne
verroit jamais qu'avec un très grand déplaifir les
entrepriſes qui ſe formeroient au préjudice de la
tranquillité des Etats de ce Prince , maisqu'iln'étoit
pas au pouvoir duRoi de rien changer à ce qu'il avoit
réglé ; que la permiſſion qu'il avoit accordée étoit
conforme aux conſtitutions du Royaume ,
deſquelles il eſt libre à laNobleſſe Suédoiſe entems
depaixde paffer au ſervicedes Puiffances étrangeres,
pour s'exercer dans l'ArtMilitaire,&pour ſe rendreplus
capables de défendre leur patrie;que ce ſeroit
introduire une nouveauté dangéreuſe à la
Suede , que de preſcrire quelque défenſe ſur ce
fujet; que ſi les Officiers qui étoient l'objet des
plaintes de M. de Guydikens avoient choifi le
ſervice du Roi T. C. préférablement à celui de
toute autre Puiſſance , le gouvernement n'y avoit
aucune part ; qu'ils pouvoient également , s'ils l'avoient
voulu entrer au ſervice de la Grande Bretagne
, & que fi cette démarche avoit attiré quelques
repréſentations de la part de la France , on
auroit fait les mêmes réponſes. M. de Guydikens
a déclaré là-deſſus que dès que ces Officiers aue
roient quitté les côtes de Suede ils ſeroient cens
ume , en vertu
FEVRIER 1746. 191
fés être aux ennemis de la Grande Bretagne , &
qu'il ne répondoit pas des ſuites en cas qu'ils fuffent
rencontrés par des Armateurs Anglois. Sur
cette déclaration , le Colonel Leflai qui eft char
gé de conduire ces Officiers en France a fait prier
le Roi de leur accorder une eſcorte d'un ou de
deux Vaiffeaux de guerre afin qu'ils puiſſent en
fureté ſe rendre à leur deftination ,ils font au nombre
de cent quatre-vingt , & doivent s'embarquer
à Gattembourg pou: Oftende . Le Traité d'alliance
défenſive entre la Cour de Suede & celle de
Berlin eſt ſigné , & le Comte de Finkeſtein Envoyé
Extraordinaire du Roi de Prufſe a dépêché
un courier à ce Prince pour lui en porter la
nouvelle.
ITALIF ,
Les rebelles de Corſe ont choiſi les nommés
Cafforio & Matra , pour commander dans la Baf
tie ſous les ordres du Colonel Rivarola, Le 3 du
mois dernier ils ſe rangerent en bataille dans la
principale ruë , & après s'être engagés par ferment
à ne point rentrer ſous l'obéilfance de la
République de Génes , ils allerent arborer ſur le
donjon du Château les armes de Corſe ; le sil .
arriva à la Baſtie quatre Vaiſſeaux de Guerre , qui
donnerent fond à un mille de distance ; le Commandant
de cette Eſcadre defcendit à terre avec
quelques Officiers & dans le Conſeil de guerre
qui ſe tint le 6 il fut réſolu que les Anglois attaqueroient
par mer Calvi & Ajaccio , tandis que
les rebelles afliégeroient ces deux Villes par terre
, mais ce projet n'a point été exécuté. Le Commandant
de l'Eſcadre Angloiſe ayant proposé à
un Génois qu'il croyoit être du parti des rebelles
-
192 MERCURE DE FRANCE.
,
de porter quelques dépêches à l'un de leurs Chefs
ce Génois les a remiſes à M. Mari & lui a indiqué
l'endroit où les Anglois devoient aller
chercher la réponſe , le Génois s'y étant rendu
&ayant fait le ſignal dont il étoit convenu avec
les ennemis, ceux-ci ont détaché une chaloupe
pour le prendre à bord , mais foixante home
mes qu'on avoit placés en embuſcade en cet en,
droit ont fait une décharge de mouſqueterie fi à
propos , que plus de la moitié des foldats & des
matelots dont l'équipage étoit compoſé ont été
tués ou bleſſés ,les autres ont été faits prifonniers,
L'Eſcadre Angloiſe a bordayé long-tems depuis
Ajaccio juſqu'à Calvi , mais ſe tenant toujours hors
de la portée du canon; les Habitans de la Côte
nemontrant aucune diſpoſition à favorifer les rebelles
, ceux-ci n'ont pu rien entreprendre contre
ces deux Places.
Quelques jours après l'arrivée de ces nouvelles ,
le bruit s'eft répandu que les Anglois ont abandonné
les mers de Corſe , n'ayant pu réfifter au
vent forcé du Nord qui a regné , & le principal
chef des rebelles manquant d'argent , & ne pouvant
contenir ſes adhérants dont le nombre diminue
tous les jours , ſe trouve dans un grand embarras.
Le 13 du mois dernier le Marquis de Caftella |
fit occuper par des détachemens la Ville deGuaftalla
, & les poſtes de Berſel & de Gualterio;
les troupes commandées par l'Infant Don
Philippe forment une chaîne le long du Teſin
&de l'Adda.
Le Roi de Naples a nommé Viceroi de Sicile
de Duc de la Viefville & le Comte Mahoni doit
prendre à la place de ce Général le commandement
des troupes Napolitaines.
ESPAGNE,
FEVRIER
1746.
193
ESPAGNE
.
,
,
outre une
Le 14 du mois dernier les Vaiſſeaux le S. Geor- ges , la Nymphe , le S. Esprit , & le S. Michel & la Fregate la Perle qui viennent de la Havane , ar- riverent au Port de la Corogne , ils ont apporté
environ vingt millions en piaſtres grande quantité d'argent non monnoié , de vade
tabac , & de
nille , de cacao , de fucre bois de Brefil. On a été informé par les Equi- pages de ces Bâtimens , que les Vaiſſeaux du Roi d'Eſpagne & les Armateurs de la Havane & de Cuba ont fait dans les Mers d'Amérique pluſieurs priſes conſidérables , & que la Frégate commandée par Don Pedre Garaicoechea
s'eſt emparée d'un bâtiment dont la charge eſt eſtimée quatre cent mille piastres. Le Vaiſſeau de guerrel'Afie com- mandé par le Chef d'Eſcadre Don Joſeph Pizarro eſt arrivé le 20 du mois dernier de Buenos-Ayre à Corcubion en Galice , après trois mois & fix jours de navigation. Ce Vaiſſeau a rapporté plus d'un million de piastres , & une grande quantité de marchandises
, & il a enlevé dans les environs
du Cap Finiſtere un bâtiment Anglois qui retournoit
de Lisbonne à Portſſmouth.
: GRANDE BRETAGNI .
:
Le 25 du mois dernier le Roi de la Grande Bretagne ſe rendit à la Chambre des Pairs avec les cérémonies accoûtumées
& fa Majesté , ayant mandé la Chambredes Communes , fit le difcours
fuivant.
I
194 MERCURE DE FRANCE .
MYLORDS ET MESSIEURS.
a
>>>Lorſque le Parlement s'eſt raſſemblé ,j'ai crû
>> ne devoir vous entretenir que de ce qui avoit
>> un rapport immédiat à la revolte ,&à la fû-
>>> reté de l'intérieur de mes Etats , Le téméraire
>> attentat , formé depuis par les Rebelles con-
>> tre l'Angleterre , a heureuſement échoué , &
>>>leur retraite précipitée a entierement décon-
>> certé leurs adhérents . La fidélité que la Nation
fait éclater ſi généralement ,&dont je ne
>> perdrai jamais le ſouvenir , leur a prouvé com-
>> bien l'eſpérance qu'ils avoient conçue de ren-
>> dre par une pareille entrepriſe leur parti plus
>> nombreux , étoit vaine & peu fondée. Non
>> ſeulement j'ai envoyé un corps conſidérable de
>>troupes en Ecoffe , & j'ai ordonné à celles de
>> Heffe , qui font à ma ſolde ,de s'y rendre , mais
>> encore j'aitellement diſpoſé le reſte de mes for-
>> ces, tant par mer que par terre , qu'il y a tout
>> lieu de s'attendre , moyennant la protection Di-
>> vine , que la revolte ſera bien-tôt éteinte , &
>> que les préparatifs , faits pour notre deffenſe ,
détourneront nos ennemis d'éxecuter l'invafion
>> dont ils nous menacent L'Election d'un Empe
>> reur , menagée par mes ſoins , eſt un évenement
>> de grande importance , autant pour la liberté
>> de l'Europe en général , que pour le ſoutien
>> dela Maiſon d'Autriche. Pendant le cours de
>> l'année derniere j'ai auſſi employé tous mes
>> efforts , afin de procurer un accommodement
دد entre les Cours de Vienne, de Dreſde &de
>> Berlin & j'en ai ſpoſé les premiers fonde-
>mens par la convention que j'ai conclue avec
,
1
FEVRIER 1746. 195
>>> le Roi de Pruſſe. Cegrand ouvrage ayant ens
,
fin été porté à ſa perfection par 1.s Traité
>>>ſignés dernierement à Dreſde , la tranquillité a
>> été rétablie en Allemagne. Ma premiere at-
>> tention a été & ſera de mettre la Cour de
>>> Vienne en état de profiter de cette heureuſe
>>> circonstance pour faire marcher des ſecours
>> en Italie. Je ne travaillerai pas avec moins
>> d'ardeur à favoriser les meſures , par leſquel-
>> les la République de Hollande , l'ancienne &
>>>naturelle Alliée de la Grande Bretagne , &
>> l'un des principaux appuis de la cauſe Pro-
>>>teſtante , peut ſe garantir de ſa ruine. Les Etats
>> Généraux m'ont requis de la maniere la plus
>>>preſſante de les aſſiſter dans leur ſituation cri-
>> tique. Les dangers éminents auſquels ils font
>> expoſés méritent nos plus ſérieuſes réflexions,
>>> les intérêts des deux Nations étant tellement
>> liés , que le bonheur de l'une eft attaché àla
>>>> conſervation de l'autre . Ces raiſons m'ont en-
>>> gagé d'afſſurer les Etats Généraux que je con-
>> tribuërois de tout mon pouvoir , & autant que
>> les beſoins de mes propres Etats me le per-
>>> mettroient , à empêcher nos ennemis de pouf-
>>>ſer plus loin leurs progrès dans les Pays-Bas ,
>> & à défendre la République de Hollande contre
>> les deſſeins ambitieux de la France. Pour par-
>> venir à cette fin néceſſaire , je ſuis actuelle-
>> ment occupé à concerter avec les Etats Gé-
>>> néraux les moyens de les ſecourir de ma part
>>>le plus promptement & le plus efficacement
> qu'il fera poſſible ,& de ſe procurer de la leur
>>>une augmentation de forces , proportionnée à
>>> ce qu'exige la poſitionpréſente. Les avantages
>> que notre commerce a retirés de nos flottes,
&les pertes que nos ennemis ont fouffertes ,
I ij
196 MERCURE DE FRANCE ,
> ont fait ſuffisamment connoître de quelle uti-
>>> lité eſt la puiſſance fur mer. C'eſt pourquoi je
ſuis réſolu d'être particulierement attentif à cet
>>> important objet , & d'avoir au Printems un af-
> fés grand nombre de Vaiſſeaux , pour remplir
à cet égard les differentes vûes que je me
>> propoſe.
MESSIEURS DE LA CHAMBRE DES
COMMUNES.
>> C'eſt avec beaucoup de regret que je me
trouve obligé de demander de nouveaux fub-
>>>fides à mon Peuple. Je ſuis ſi touché du fardeau
dont il est chargé , que le plaiſir le plus
>> vif pour moi ſeroit d'en pouvoir diminuer le
>> poids , mais notre défenſe & notre conferva-
>> tion dépendent tellement du ſuccés des arrangements
ſur leſquels je vous propoſe de déli-
>> bérer , que je fuis perfuadé que vous ne né.
>>> gligerez rien pour les faire réuflir. Les états
>>>de dépenses feront inceſſamment remis devant
>>> vous , & je vous recommande inftamment de
redoubler yos ſoins pour foutenir le crédit public
dans cette conjoncture.
MYLORDS ET MESSIEURS.
>> Je vous- ai amplement expoſé mes projets ,
>>& vous fentez combien ils font effentiels a
→ T'honneur de ma Couronne & à la profpérité
de mes Royaumes. Je compte fur vo re aſſiftance
, ainſi que fur une parfaite unanimité&far
>> une gapte expédition dans vos délibérations.
Les Seigneurs préſenterent le lendemain au Roi
FEVRIER 1746. 1ダブ
une adreſſe , laquelle porte >> que les ſoins de fa
>> Majesté pour défendre ſes Royaumes , font
>> de nouvelles preuves de ſa bonté & de ſes
>> égards pour fon Peuple , au bonheur duquel
>>> importent fi fort la conſervation du Roi & le
>>>> maintien de la ſucceſſion Protestante dans la
>> Maiſon de ſa Majesté , que les Pairs de 'a
>>> Grande Bretagne demandent au Roi la ppeerminion
de le féliciter ſur l'heureux ſuccès de
>>> ſes armes , & ſur l'inutilité de l'entrepriſe que
>> le Prince Edouard aformée contre l'Angleter
re ; que la reconnoiffance que ſa Majesté tém
>> moigne de la fidélité de ſes ſujets affectionnés
>> doit être pour eux un nouveau motif de per
>> ſévérer avec conftance dans les mêmes princi
pes ; que la Chambre ne fait que remplir fon
>>>devoir , & fe conformer à ce que fon propre
>>> intérêt exige d'elle , lorſqu'elle donne au Roi
>>>les plus fortes affûrances qu'elle concourera avec
>>> zéle aux moyens de faire échouer les deffeins
>> de la maiſon de Stuard , & de tous ceux qui
>> s'efforcent de la foutenir ; que les Seigneursre
>> connoiffent lagrande ſageſſe de ſa Majesté dans
>>> les effortsqu'elle a faits pour favorifer par fa puif
>> fante influence l'Election d'un Empereur , &
>>>pour ménager la paix entre la Reine de Hon-
>>> grie , le Roi de Pruſſe & le Roi de Pologne
>>> Electeur de Saxe ; qu'on ne peut conſidérer
>> qu'avec une entiere fatisfaction l'accompliffe-
>>> ment de ce grand ouvrage, puiſque par là les
>>> Alliés feront en état de ſecourir l'Italie , de
>> foutenir le Roi de Sardaigne , & de faire avan-
>>> cer des troupes pour la fureté des Provinces
>>> Unies ; que les Seigneurs font vivement tou-
>> chés du preſſant danger auquel la Hollande
>> eft expoſée , & qu'ils regardent la conferva
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
>
tiondecette République , comme extrêmement
importante au bonheur de laGrande Bretagne ;
qu'ainſi ſa Majesté doit être certaine qu'ils l'ai-
> deront dans toutes les meſures qu'elle jugera
>> à propos de prendre pour la défenſe des Pro-
>> vinces Unies , & qu'ils approuveront tous les
engagemens dans lesquels elle entrera à ce
>> ſujet; que la prudence du Roi n'a jamais paru
avec plus d'éclat que dans ce qu'il lui aplu
>>>de leur faire connoître par rapport aux cir-
>conftances où se trouvent ſes propres Domaines
; qu'ils ne doutent point que cette confi-
>> dération ne ſoit d'un grand poids pour lesAl-
>> liés de la Grande Bretagne , & que les Etats
>> Généraux n'augmentent leurs troupes , & ne
>> fallent d'autres efforts proportionnés aux dan-
>>>gers dont ils font merraces ; que la Chambre
>>eſt ſi convaincuë de l'utilité , dont les forces
>>>maritimes du Roi ont été au commerce , qu'elle
>> n'a pu qu'apprendre avec plaifir la réſolution pri-
>> ſe par ſa Majesté de donner une particuliere
>> attention à ce qui concerne l'équipement d'u-
>> ne nombreuſe flotte; que le Roi par la dé-
>>> claration qu'il a faite à la finde fondiſcours ,
> augmente la juste confiance des Seigneurs
> dans les ſentimens de ſa Majesté , & qu'ils fup-
>> plient le Roi d'être perfuadé que les entrepri-
>> ſes des ennemis ne produiſent d'autre effet ,
>>> que de redoubler le zéle de la Nation pour
la cauſe de ſa Majefté & pour les intérêts de
>> la Patrie. Le Roi répondit à cette adreſſe .
MYLORDS.
>> Je vous remercie des témoignages que vous
me donnez de votre fidélité & de votre af
FEVRIER 1746. 199
>> fection. Les diſpoſitions dans lesquelles vousme
>> paroiffez être de vous oppoſer aux progrèsdes
>> Rebelles, d'aſſiſter nos alliés,&de faire échouer
>> les deſſeins de nos ennemis , me fatisfont extrêmement.
Je me fie à vos promeſſes , &vous
>> pouvez vous repoſer de votre côté ſur la per-
;, févérance avec laquelle je veillerai à la gloire
,.& aux véritables intérêts de la Grande Bre-
,, tagne. "
Le même jour , la Chambre des Communes
fréſenta auffi au Roi une adreſſe , par laquelle
elle l'affura ,, que le ſuccès des armes de ſa Ma-
,,jeſté cauſoit à ſes ſujets une joye générale ;
> que la Chambre reſſentoit la plus vive fatisfaction
du bonheur , avec lequel le Roi avoit conduit
l'Election d'un Empereur , & avoit retabli
,. la tranquillité dans l'Allemagne ; que par ce
,, moyen la Reine de Hongrie ſe trouvoit en état
de ſe foutenir elle même en Italie ; que la ود
" Chambre ſçavoit que les intérêts de laGrande
Bretagne étoient les mêmes que ceux des
;, Etats Généraux ; qu'ainſi elle fourniroit au Roi
"
" lesſubſides convenables pour ſecourir la Hol-
,, lande , afin que cette République avec les
., efforts qu'elle fera de ſa part , puiſſe arrêter
,, les progrès des François dans les Pays-Bas , ود
ſe procurer une fûreté ſuffiſante contre ſes ennemis,&
recouvrer le repos par une paix fta-
,, ble&honorable pour les Allies ; que la Cham -
bre remercioit le Roi de l'attention avec laquel- ود
" le il promettoit d'entretenir ſes forces nava-
,, les qui avoient produit de ſi grands avanta-
,, ges , & dont on avoit droit d'efpérer les plus
,, importants ſervices. "
Selon une lifte qui paroît des forces navales
du Roi de la Grande Bretagne , ſa Majesté a
I iiij
200 MERCURE DE FRANCE.
deux cent trois Vaiſſeaux de guerre , depuis qua
rante juſqu'à cent piéces de canon ; vingt-quatre
Fregates ; trente chaloupes armées , & vingt tant
Brulots que Galiottes à bombes .
Les intéreſſés dans la Compagnie de la Banque
tinrent le 25 une aſſemblée générale , dans laquelle
il fut réglé que les Directeurs ſeroient autoriſés
à conftituer de nouvelles annuités pour
la fomme d'un million de livres sterlings , que
la Banque doit prêter au Gouvernement , & à
accepter l'arrangement propoſé par lequel le
Gouvernement 's'engage à payer à raiſon de quatre
pour cent les intérêts des neuf cent quatrevingt
dix-huit mille livres ſterlings qu'il a déja
empruntées de la banque.
,
Les Miniſtres Etrangers s'étant plaints de ce
qui eſt inférédans la proclamation publiée le 28
du moisdernier au ſujet des Prêtres Catholiques ,
ſujets de ſa Majesté , qui leur font attachés , le
Gouvernement leur a fait réponſe qu'il étoit de
toute néceſſité que les priviléges , établis par le
droit des gens , fuffent compatibles avec la ſureté
du Pays où les Miniſtres réfident; que le
féjour des Prêtres Catholiques Nationaux , qui
font en plus grand nombre que jamais dans cette
Ville , a été jugé dangereux pour l'Etat , furtout
dans le tems qu'un parti s'est déclaré pour
la Maiſon de Stuard ; que le Roi ne prétend
point afſujettir les Miniſtres Etrangers à ſes Ordonnances
, mais qu'il eſt endroit de requerir de
ſes ſujets une obéiſſance , dont aucune protection
étrangere ne peut les diſpenſer; qu'ainſi ſa Majefté
s'attend que fur cette expoſition les Miniftres
Etrangers voudront bien congédier les Prêtres
Catholicues , Anglois de Nation , & qu'elle
ne peut ſe perfuader que des Puiſſances Alliées
ou amies infiftent , ſous prétexte de privilége,
FEVRIER
1746.
201 for un article directement
contraire
aux Loix fondamentales
de l'Etat ; qu'au reſte ſi l'Officier
de
Juftice , dont l'Ambaſſadeur
de la République
de
s'eſt ſervi des ex-
Veniſe a porté des plaintes
preſſions peu meſurées
dont on l'accuſe , le Roi
les déſapprouve
entierement
,& fera rendre à cet
Ambaſſadeur
une fatisfaction
convenable
.
,
La nuit d'après l'action qui ſe paſſa le 29 de
Décembre
entre l'avantgarde des troupesdu Duc de
Cumberland
& l'arriere garde de l'armée du Prince
Edouard , les troupes decette arriere garde ſe
retirerent
de Clifton pour allerjoindre ce Prince
à Carlifle , & le Duc de Cumberland
ne jugez
pas à propos de le poursuivre
, tant à cauſe de
l'obſcurité
que parce que le Pays eft couvert de
bois, & que les troupes étoient extrêmement
fatiguées
; le Prince Edouard
étant parti de Carlifle
le 2 pour rentrer en Ecoffe avec ſon armée ,
& n'ayant laiffé dans cette Place que 400 hommes
avec trois piéces de canon pour couvrir fa
retraité
, le Duc de Cumberland
a inveſti la Vil-
-le le même jour , elle a été obligée de ſe rendre
le 10 , & le Duc de Gumberland
n'ayant
voulu
*accorder
à la garniſon
aucune capitulation
, elle
's'eft remiſe à la clémence
du Roi de la Grande
Bretagne
.
Cependant
le Prince Edouard
a marché par
Yedbourg
, & tenant la même route qu'il avoit
ſuivie enjs'aprochant
de Londres , il eſt arrivé le 3 à
Damfreis
, il a décampé
le lendemain
, & le 6 il
étoit à Glaſcou. Depuis que ce Prince s'eſt replié
vers l'Ecoffe , le Roi de la Grande Bretagne
s'eft
déterminé
à renvoyer
une partie de ſes troupes
dans les Provinces
méridionales
d'Angleterre
; les
trois diviſions dont ce corps eft compofé formeront une chaîne depuis Chichester
juſqu'à Douvres,
Iv
202 MERCURE DE FRANCE.
Le Prince Edouard étant décampé de Glaſcou
le 14 du mois dernier , s'eſt rendu le jour ſuivant
dans les environs de Sterling , ily a fait conduire
fur des radeaux l'artillerie qu'il avoit à Perth
& la Ville s'eſt ſoumiſe le 19 ; il a formé enſuite
le Siége du Château , & le Général Hawley s'étant
avancé pour ſecourir cette Fortereſſe , a fait
diverſes tentatives pour empêcher que le Prince
Edouard ne fut joint par ſon Artillerie qui étoit
de l'autre côté de la riviere de Forths. Tous les
efforts des ennemis ayant été inutiles , ils ont jugé
qu'il ne leur reſtoit d'autre moyen , pour faire
lever le Siége , que de hafarder une bataille.
Dans ce deffein , après avoir été renforcés par
les troupes qui étoient au Nord de l'Angleterre ,
&après avoir raſſemblé les Montagnards du Pays
d'Argyle& toutes les Milices de la Plaine , ils ſe
font avancés près de Falkirc , ſituée à dix - huit
mille de celle d'Edimbourg. Le Prince Edouard,
qui le même jour avoit fait ouvrir la tranchéedevant
le Château de Sterling , choifit un champ
de bataille , propre à couvrir le ſiége. Ily a attendu
pendant deux jours les ennemis , & neles
voyant point paroître , il prit le 28 le parti de
marcher à leur rencontre , en faiſant garder par
ſes troupes le même ordre dans lequel ellesdevoient
combattre. Il trouva les ennemis à un mille
de leur camp , qui venoient à lui ,& qui à ſon
approche ſe poſterent ſur les hauteurs voiſines.
Leur armée étoit compoſée de quatorze Régimens
d'Infanterie revenus de Flandres ; de deux de
Cavalerie , qui étoient arrivés lemême jour d'Angleterre
; de deux de Dragons ; de huit cen
Montagnards , & de quinze à ſeize cent homme
de Milices. Elle ſe forma fur trois lignes , don
la premiere étoit preſque toute de Cavalerie. Le
FEVRIER 1746 203
Montagnards & les Miliciens , foutenus de deux
Régiments , formoient la ſeconde ligne , &l'élite
de l'Infanterie étoit a la troifiéme. Le Prince
Edouard avoit placé à ſa premiere ligne quatre
mille Montagnards & trois mille hommes d'autres
troupes , & au centre de la ſeconde , qui n'étoit
guéres que de mille hommes , trois piquets du Régiment
du Lord Drummond & trois piquets Irlandois.
Sa Cavalerie , partagée en deux corps
de réſerve , chacun de deux cent vingt Maîtres
étoit ſur les aîles entre les deux lignes. Les deux
armées marcherent l'une contre l'autre avec beaucoup
d'ardeur , mais on ne tira point d'une ni
d'autre part , avant d'être à demie portée dupiftolet.
Le feu des troupes du Prince Edouard ébranla
la Cavaleriedes ennemis , ſans la rompre , mais
elle ne fit pas une longue réſiſtance , iorſque les
Montagnards du parti du Prince , ayantjetté leurs
fufils , fondirent au milieu des rangs le fabre à la
main. En fuyant , elle fut obligée de préſenter
le flanc, parce que les chevaux ne purent defcendre
en ligne droite la colline qui étoit très
eſcarpée , &elle fut chargée ſi vivement que la
moitié reſta ſur le champ de bataille. Les Montagnards
d'Argyle & les deux Régiments d'Infanterie
,qui compoſoient la ſeconde ligne de l'armée
ennemie , furent culbutés en même tems à
la droite & à la gauche. Dans le tems que le
Prince Edouard ſe diſpoſoit à attaquer la troiſieme
ligne , qui avoit changé ſon premier ordre
de bataille , & préſentoit deux épaiſſes Co-
Ionnes, les Montagnards du parti de ce Prince
fe trouvant la plupart ſans fufils , & ayant été
abſolument rompus par l'impétuoſité de leurs attaques
, reculerent en quelques endroits. Le Lord
Georges Murray , qui commandoit à la droite ,
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
les rallia , & il les ramena contre l'ennemi avec
tant de vivacité , qu'en peu de tems tout ce qui
s'offrit devant eux à la derniere ligne , fut entierement
mis en déroute. La fortune n'étoit pas
ailleurs fi favorable au Prince ,& ſes troupes étoient
ſi diſperſées à l'aile gauche, qu'il ne paroiffoit prefque
pas poſſible de les reformer.Ce contre tems étoit
d'autantplus fâcheux , que le Prince , qui étoit accouru
avec fon corps de réſerve , pouvoit être facilement
enlevé. Déja la Cavalerie ennemie , qui
s'étoit ralliée , revenoit pour charger cette aile
en flanc , & n'étoit plus qu'à demie portée du fufil
, tandis qu'un corps d'Infanterie s'avançoit pour
attaquer de front. Heureuſement , les trois piquets
du Régiment du Lord Drummond & les trois piquets
Irlandois , étant arrivés affez à tems , firent
face à la Cavalerie par un quart de converſion .
Cette manoeuvre donna le tems à l'aile gauche
de ſe mettre en état de ſoutenir l'attaque de l'Infanterie
qui marchoit à elle. La Cavalerie ennemie
, dès qu'elle vit l'ordre rétabli dans les troupes
du Prince , prit de nouveau l'épouvante & la
fuite , & bien-tot l'Infanterie la ſuivit avec précapitation
. Ainfi le Prince Edouard demeura maître
du champ de bataille , & avec huit mille hommes
remporta une victoire complette ſur une armée
de plus de douze mille. Le combat avoit
commencé à trois heures & un quart après midi :
il en étoit quatre &demie , lorſqu'il finit , &comme
il fallut du tems aux Montagnards pour retrouver
leurs fufils , & pour rejoindre leurs drapeaux
, & à l'armée pour ſe refoorrmmeerr ,, la nuit fut
*entierement fermée , avant que le Prince put fe
remettre en marche. Ses troupes n'avoient ni vivres
ni tentes ; d'ailleurs la pluye tomboit en fi grande
abondance,& étoitaccompagnée d'un vent ſi violent
L
FEVRIER 1745. 205
,
&fi froid , qu'elles auroient été expoſées à périr ,
en paſſant la nuit ſur le champ de bataille , &
elles ne pouvoient retourner à leurs quartiers
fans renoncer aux avantages de leur victoire. Par
ces raiſons , le Prince Edouard réſolut , malgré le
danger de l'entrepriſe , d'aller fans canons , fans
guides , & dans la plus affreuſe obſcurité , attaquer
les ennemis dans leur camp. Quoique la fi- /
tuation en fût très avantageuſe , & qu'il fût défendu
par de forts retranchemens , leurs foldats
encore effrayés de l'intrépidité avec laquelle les
troupes du Prince avoient combattu , n'oferent l'y
attendre , & ils s'enfuirent vers Edimbourg , après
avoir mis le feu à leur camp. Ils avoient une
heure & demie d'avance fur les troupes Ecoffoiſes
: quelques troupes , qu'ils laifferent dans Falc-
Kirc , & qui en diſputerent l'entrée , leur donnerent
encore une autre heure , & la Cavalerie
du Prince n'étant pas avantageuſement montée ,
ne put les fuivre affés vite , pour les atteindre .
Cela fut cauſe que dans une déroute , où l'on auroit
dû leur faire cinq à fix mille priſonniers , on
ne leur en a fait qu'environ fix cent , parmi lefquels
il n'y en a que deux cent trente de troupes
réglées . On leur a tué plus de fix cent hommes
, les deux tiers de Cavaliers & de Dragons ,
&l'on ne ſçait point au juſte le nombre de leurs
,
bleffés. Ceux de l'armée du Prince ne montent
qu'à cent vingt , & il n'a perdu que trente-deux
tant foldats qu'officiers. Ses troupes ont pris ſept
canons , trois mortiers , une paire de timbales
deux drapeaux , trois étendarts , près de fix
cent fufils , une grande quantité de grenades ,
quatre milliers de poudre , vingt-huit chariots
chargés de toute forte de munitions de guerre ,
des tentes pour cinq mille hommes , & tout le
206 MÉRCURE DE FRANCE.
,
bagage que les flammes ont épargné. Entre les
officiers ennemis qui ont été tués on compte
cinq Colonels ,deux Lieutenans Colonels ,& prefque
tous les Chefs des corps de Montagnards &
de Miliciens. En arrivant à Edimbourg , pluſieurs
de leurs principaux officiers ont été mis au Confeil
de guerre , entr'au'res le Commandant de
leur artillerie, qui a prévenu fon jugement , en
fe coupant une artere. Tous leurs Montagnards
&la plupart de leurs foldats de Milices ſe ſont
diſperſes , & ils n'en ont pas actuellement de
quoi former deux Compagnies. Au commencement
de la bataille , le Prince Edouard de qui l'on
avoit exigé que par amour pour ſes troupes il ne
s'expofât pas , étoit au centre de la ſeconde ligne
avec les piquets , mais auſſi-tôt que ſon aile
gauche fut ébranlée , il s'y porta avec une impa
tience que rien ne put retenir. Il a ſuivi pour la
diſpoſition de fon armée les conſeils du Lord
Georges Murray , qui avoit le commandementde
T'aile droite, & qui a toûjours combattu à pied
àla tête des Montagnards. Le Lord Drummond
commandoit l'aile gauche ,& il s'eſt extrêmement
diftingué : à l'attaque de Falkirc il a fait de
famain quelques priſonniers a eu fon cheval
tué ſous lui , & a reçu au bras droit un coup de
fufil qui n'eft pas dangereux. On doit auſſi beaucoupd'éloges
à la valeur & à la prudence de
pluſieurs autres officiers , particulierement de M.
Stappleton , Brigadier des armées du Roi de France,&
commandant les piquets Irlandois , deM.
Sullivan , Marêchal Général des logis de larmée ,
Iequel a rallié une partie de l'aile gauche , &de
M. Braun Colonel dans les troupes du Prince
& l'un de ſes Aydes de Camp ci-devant MajorduRégiment
Irlandois de Lafli dans les trou-
,
,
FEVRIER . 1746. 207
pes de ſa Majesté Très -Chrêtienne. Pendant que
le Prince a attaqué les ennemis , le Duc de Perth
a continué avec deux mille hommes le fiége du
Château de Sterling .
ANUIVE
L
MORT des Pays Etrangers.
E ... Janvier le Comte Charles Biron , frere
d'Ernest-Jean Biron Comte de Biron , ci-devant
Duc de Curlande , mourut en Curlande dans
une terre qui étoit le feul bien qu'il eut conſervé.
LE
MARIAGES & MORTS.
Janvier le mariage de M. René-
François de Menon , Brigadier des armées du
Roi , Exempt des Gardes du Corps , & Chevalier
de l'OrdreRoyal & Militaire de Saint Louis, fils de
M. Charles de Menou en ſon vivantBrigadierdes
armées du Roi , Gouverneur de la Citadelle d'Arras
,&de Dame Jacquelinede Cremeur ſon époufe
, fut célébre dans la Chapelle du Château de
Bouſſay , au Diocèſe de Tours , avec Dlle. Louife-
Marie-Charlotte de Menou ſa cousine , ſeule &
unique fille héritierede M. René-Charles Marquis
de Menou-Bouffay , vivant Comtedes Roches
Saint-Quentin-Genilly , Baronde Boffay&du Bois
Rogue au Pays Ludonnois , chef & ainé de la
208 MERCURE DE FRANCE .
MaiſondeMenouunedes plus illuftres& anciennes
de la Province de Touraine , & de Dame Louiſe-
Leaud de Ligniere ſon épouſe.
Le 15 Fevrier furent fiancés& mariés à Saint
CloudEdouard Marquis de Boufiers Rouverel , Capitaine
de Cavalerie du Régiment de Belfond
Als d'Edouard Marquis de Bouflers Rouverel , & de
Dame Anne Françoiſe Wanchop , & Dlle. Marie-
Charlotte-Hypolite de Campet de Sanjon , fille de
feu Charles- François de Campet , Chevalier Comte
de Sanjon , Baron dela Riviere , Lieutenant des
Gardes du Corps du Roi &c. & de Dame Marie-
Louiſe-Angelique de Barberin de Reignac .
La nuit du 16 au 17 fut célébré dans la Chapelle
intérieure de l'Hôtel de Charoft le mariage
d'entre M. Jean Paris de Monmartel , Confeiller
d'Etat Garde du Tréſor Royal , & Dile.
Marie-Armande de Bethune , fille de M. Louis
Comte de Bethune , Lieutenant Général des armées
navales , & de Dame Marie-Thereſe Pollet
de la Combe ſon épouse.
......
Dame Iſabelle-Catherine de Machan , épouse
de Bernardin Marquis de Mathan , Lieutenant
pour le Roi au Gouvernement des Ville &
Château de Caen, Chevalier de l'Ordre Royal
&Militairede Saint Louis , Comte de Beaunay ,
Seigneur de Longvillers , Tournay , Trouffeauville
, Beville Saint Marc , Sainte Genevieve , les
Hameaux & autres lieux eſt morte au Château
deCaen le 2 Novembre 1745 dans la cinquantequatriéme
année de fon âge .
LaMaiſon de Mathan eſt une des plus ancien
nes & des plus illuftres de la Province de No
1
FEVRIER
1746.
209
mandie, tirant ſon nom , ou l'ayant donné au fief &terrede Mathan , ſcis en Baſſe-Normandie fur la riviere d'Odon à fix lieues de Caën près du Bourg & Abbaye d'Aunay , qu'elle poffede de tems immémorial , &par Actes autentiques depuis Jean de Mathan l'un des Chevaliers
Bannerets
Nor- mands qui ſuivit en 1096 Robert de Courteheuſe
Duc de Normandie à la conquête de la Terre
Sainte. Bernardin & Iſabelle de Mathan font iffus par deux branches de Nicolas de Mathan & de Mag- deleine d'Epinay, fille de Henri Sire d'Epinay
Chambellan du Roi Louis XII . Nicolas de Mathan ayeul paternel au fixiéme dégré de Bernardin de Mathan , & au cinquiéme dégré d'Iſabelle-Catherine de Mathan , étoit iſſu en ligne directe de Jean de Mathan , dont il eft parlé ci-deſſus , ayeul paternel au dix-neuviéme dégré de Bernardin & au dix-huitiéme d'Iſabelle-
Catherine
. Iſabelle-Catherinede Mathan'ayant donné pour don mobile enſe mariant à Bernardin de Mathan
la terre & fief de Mathan , le Roi par Lettres Patentes enregiſtrées au Parlement & Chambre
des Comptes de Normandie , y a réuni la terre &Châtellenie de Semilly , appartenant à Bernar- din de Mathan , & poffédée dans ſa Maiſon de- puis plus de quatre cent ans , & les a érigées en Marquifat ſous le nom de Mathan relevant im- médiatement
de ſon Duché de Normandie
. De Bernardin Marquis de Mathan & d'Iſa- belle Catherine
de Mathan mariés en Decembre
1713 font iſſus Iſabelle de Mathan née en Octobre 1714 morte en Fevrier 1734. Anne- Louis de Mathan né le 30 Novembre 1715 , Lieu- tenant de Grenadiers au Régiment des Gardes
:
210 MERCURE DE FRANCE.
A
Françoiſes , Chevalier de l'Ordre Royal & Mili
taire de Saint Louis , & reçu en ſurvivance du
Marquis de Mathan ſon pere à la Lieutenance
pour le Roi au Gouvernement des Ville & Châ
teau de Caen , & Louis de Mathan né le 10 Août
1719 Chevalier Novice de l'Ordre de M Ithe ,
reçu en Octobre 1719 & Enſeigne des Vaiſſeaux
du Roi : les armes de la Mafon de Mathan font
de Gueules à deux Jumelles d'or avec un Lion
d'or paffant en chef.
M. Couston Sculpteur ordinaire du Roi , Recteur
& ancien Directeur de l'Académie Royale
de Peinture & de Sculpture mourut à Paris le 22
de ce mois âgé de 69 ans. Il s'étoit rendu cé
lebre par le grand nombre & par la perjection
des ouvrages qui ſont ſortis de ſes mains.
AMlled'E.... repréſentant l'Amour des Fêtes
d'Hebe
J'Avois formé les voeux de ne plus m'engager ;
Déjamon coeur contentde ne plus ſoupirer ,
S'applaudiſſoit en liberté
De ſa tranquillité.
Je croyois helas ! me ſouftraire
Du pouvoirdangereux de l'enfant de Cythere ,
Mais le fripon par une rufe
Me féduit encor & m'abuse.
Ilprend fous ſon armure
1
FEVRIER 1746. 21
De l'aimable d'E .... les traits& lafigure ;
Il avoit ſes beaux yeux , àqui tout rend les armes,
Sa voix , ſes ris , ſes graces ont ſes charmes ;
Ade ſi doux vainqueurs pouvoit- on réſiſter ?
C'en étoit trop pour ne pas m'enfâmer ;
Il rit alors de mes fermens,
Et me ravit par mille enchantemens .
Amour , Amour , quitte ta mere ;
Choifi d'E ..... tu ſeras ſûr de plaire :
Près d'elle viens fixer tes plaiſirs& tes jeux ;
Tous les cooeurs ſont à toi , tu vas les rendre heureux.
ARRESTS NOTABLES .
RDONNANCE du Roi du premier Novembre
1745, portant réglement pour le payement
des Troupes de Sa Majesté pendant l'Hyver
prochain.
AUTRE du même jour , portant création d'un Régiment
d'Infanterie Allemande , composé de deux
Bataillons de fix cent foixante hommes chacun.
S
A Majesté ayant agréé la propoſition qui luia
été faite par le Prince de Naffau-Saarbruck ,
de mettre inceſſamment ſur pied un Régiment
d'In fanterie , ſous le nom du Prince Louis de
Naſſau-Saarbruck ſon fils , composé d'Officiers &
2 MERCURE DEFRANCE.
Soldats tous étrangers , ſansy en admettre aucuns
nés dans les Provinces de la domination du Roi ,
aordonné & ordonne que ce Régiment ſera com
poſé de deux Bataillons , chacun de fix compagnies
à cent dix hommes , les Officiers non
compris&c.
ARREST du Conſeil d'Etat du Roi du 30 ,
quiproroge pour trois années , àcompter du pre
mier Janvier 1746, la perception du droit d'un
demi pour cent , ordonné pour la Déc'aration da
10 Novembre 1727 être levé ſur les marchandi
ſes venantdes Ifles Françoiſes de l'Amérique.
AUTRE du Conſeil d'Etat du Roi du 4 Decembre
, qui caffe & annulle la Délibération de
la Communauté des Braſſeurs , du 19 Juin 17: 6 ,
enſemble les Contrats qui ont étépafles en conſéquence
; ordonne que les intérêts qui ont été
payés , ſoient rapportés par ceux quiles ontreçus&
c.
AUTRES du Conſeil d'Etat du Roi , des 14
Juin 1689 , 3 Janvier 1693 & 22 Décembre 1745
portant Réglement ſur letems&la maniére en laquelle
doivent être paſſes les Baux des Octrois
des Villes & Communautés du Royaume.
AUTRE du Conſeil d'Etat du Roi du 28 ,
qui caffe une Sentence de l'Election d'Abbeville
du 29 Octobre 1744 , pour avoir renvoyé abſous
le nommé Jean-François Dimpre , dit S. Pierre ,
Soldat au Régiment Royal Comtois , arrêté avec
quatorze onces de faux tabac , indépendamment
de trois livres ſept onces qu'il avoit jettées dans
une maifon voiſine de celle où il a été arrêté , & ce
FEVRIER 1746. 213
fous prétexte d'une fauſſe interprétation donnée
par les Officiers de ladite Election , a l'Ordonnance
militaire du premier Octobre 1743 à la
faveurde laquelle interprétation ils ont prétendu
qu'un Soldat pouvoit avoir une ou deux livresde
fauxtabacpour ſa provifion , fans encourir les peines
portées par les Réglemens contre ceux qui
vendent du tabac de fraude :
Confiſque le faux tabac ſaiſi ſur ledit Dimpre ,
le condamne en mille livres d'amende : defend
aux Officiers de rendre de pareilles Sentences ,
&ordonne que le préſent Airèt ſera enregistré au
Greffe de leur Jurifdiction .
AUTRE du Conſeil d'Etat du Roi du onze
Janvier 1746 , qui proroge pour un an, à compter
du premier Janvier 1746 jusqu'au premier Janvier
1747 , l'exemption de droits ſur les beftiaux venant
de l'étranger , ordonnée par celui du 26Janvier1745.
ORDONNANCE du Roi du 20 , pour
proroger juſqu'au premier Avril 1746 le completdes
Bataillons que S. M a crées par fes Ordonnances
du 25 Août 1745 .
ARREST du Conſeil d'Etat du Roi du 21 , qui
ordonne que l'Edit du mois d'octobre 169 , Déclaration
du 12 Mars 1697 , & Arrêts du Conſeil
des 4 Août 1699,5 Août 1704 19 Janvier & 15
Mai 1745 , & Lettres Patentes expédices en
conſequence , concernant les Jurés- Prifeurs vendeurs
de biens - meubles , feront exécutés felon
leur forme & teneur : & fait défenſes à tous Huiffiers
, Sergens , Notaires , Tabellions , Greffiers
214 MERCURE DE FRANCE.
&tous autres de s'immiſcer directement ni indirectement
à faire les fonctions deſdits Jurés
Priſeurs , à peine de nullité de leur priſées&
ventes , répétition des droits au quadruple ,&de
mille liv . d'amende&c.
ORDONNANCE du Roi du 22 Janvier
Portant création d'une nouvelle Compagnie do
Fufiliers -guides de 25 hommes.
S
A Majesté jugeant néceſſaire au biende fon
ſervice de former une Compagnie de Fufiliers-
guides , pour être employée dans fon armée
de Flandres, a ordonné & ordonneque cetteCompagniedont
la levéeſe fera par les foins du Maréchal
Général des Logis de l'armée de Flandres ,
fera compoſée d'un Capitaine , un Lieutenant en
pied , un Lieutenant reformé , deux Sergens
deux Caporaux , un Anſpeſſade && vingt Fufiliers
- guides ; & payée par jour , ſçavoir , au
Capitaine quatre livres , au Lieutenant en pied
wingt- ſept fols huit deniers , au Lieutenant réformé
vingt fols , à chaque Sergent treize ſols , à
chaque Caporal dix fols fix deniers , à l'Anſpeſſade
huit ſols fix deniers , & à chacun des vingt
Fufiliers - guides dix ſols ſix deniers.
Dans le nombre des vingt-cinq hommes dont
ladite Compagnie ſera compoſée , il y en aura
douze à cheval , ſçavoir un Sergent , un Caporal&
dix Fufiliers - guides &c,
PIECES
TABLE.
IECES FUGITIVES en Vers , & en Profe.
Difcours contenant un Jugement ſurlesHiftoriens
d'Autun
3
La Beauté& la Laideur , Fable 27
Suite de la Séance publique de l'Académie de la
Rochelle 29
( antique d'Ezechias 39
Lettre ſur l'Electricité 42
Mémoired'un Curéd'unedes plus grandes Paroif
fesde Paris.
53
Vers à M. l'Abbé de B. ſur ſa réception à l'Académie
Françoiſe 64
Ode Anacréontique 65
Madrigal 66
Epitre à M. le Chevalier D. L T.&c. Ibid.
Suite de l'Aſſemblée publique de l'Académie des
Belles lettres , Extrait 7
Epitre à M. de Voltaire 88
Portrait
91
Nouvelles Litteraires , des Beaux Arts ; Afſſemblée
Publique de la Société Royale des Sciences de
Montpellier Ibid
L'origine & les progrès des Gardes du Corps ,
Poëme , Extrait&c . 97
Lettre du Cardinal Querini 118
Lettre ſur laTopographie Ibid,
Cérémonies de la dédicace de S. Sulpice 122
Académie des Belles Lettres de Montauban , &
fujet du Prix Tas
Mémoires ſur les priviléges des Tréforiers de
Frances 127
Queftion propoſée Ibid,
Lettre aux Auteurs du Mercure 128
Autre ſur la Bibliotheque & le Cabinet de M.
l'Abbé de Rothelin
129
Autre aux Auteurs du Mercure
133
Eau de la Pierre ou de la Gravelle 134
Poudre de Santinelly 136
Eftampes nouvelles 137
Nouvelles Cartes 140
Beau Paſtel Ibid.
Enigmes & Logogryphes 142
Chanfon notée
145
Médailles ſur la campagne du Roi 146
Lettre fur le ſpecifique du ſieur Arnoult 1 149
Spectacles , Opera 151
Vers à Mademoiselle Chevalier Ibid.
Neuviéme ſuite des Réflexions ſur les Ballets &c.
153
Journal de la Cour , de Paris &c. Siége & priſe
de Bruxelles . Priſes de Vaiſſeaux 181
Nouvelles Etrangeres , Allemagne &c . 183
Mariages& Morts 207
Arrêts Notables 210
LaChanſon Notée doit regarder la page 145
Les Médailles gravées doivent regarder la page
146
De l'Imprimerie de Jean - Fr. ROBUSTEL ,
rue de la Calendre près le Palais.
Rechercher Sus tar foup de Juice
Der enciens. vici. Poge
و
.
MERCURE
DE FRANCE
DÉDIÉ AU ROI.
MARS. 1746.
LIGIT UT SPARGATS
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER
rue S. Jacques.
Chés La Veuve PISSOT, Quai de Conty
à la deſcente du Pont-Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais
M. DCC . XLVI.
AvecApprobation& Privilége du Roi.
184016
M558
1746
Mar. LàM.
AVIS.
'ADRESSE générale du Mercure est
DE CLEVES D'ARNICOURT
rue du Champ- Fleuri dans la Maiſon de M.
Lourdet Correcteur des Compies au premier
étage ſur le derriere entre un Perruquier & un
Serrurier à côté de l'Hôtel d'Enguien. Nous
prions très-instamment ceux qui nous adrefferont
des Paquets par la Poſte , d'en affranchir
le port , pour nous épargner le déplaisir
de les rebuier , & à eux celui de ne
pas voir paroître leurs ouvrages.
Les Libraires des Provinces ou des Pays
Etrangers , qui souhaiteront avoir le Mercure
de France de la premiere main , &plus promptement
, n'auront qu'à écrire à l'adreſſe ci-deſſus
indiquée ; on se conformera très- exactement à
leurs intentions.
Ainsi il faudra mettre ſur les adreſſes àM.
de Cleves d'Arnicourt , Commis au Mercurė
de France rue du Champ- Fleuri , pour rendreà
M. de la Bruere.
: PRIX XX X. SOLS
MERCURE
DE FRANCE
DÉDIÉ AU ROI.
PIECES FUGITIVES
en Vers & en Profe .
LA VERTU ,
ODE .
:
EUREUX qui maître de foi-même
H Triomphe de ſes paſſions ,
Et fuit de la vertu ſuprême
Les divines impreſſions !
Les noirs foucis , la folle envie
A ij
4 MERCURE DE FRANCE.
1
Ne corrompent point de ſa vie
L'innocent , le tranquille cours,
Et fon ame intrépide & ferme ,
L'oeil fixe enviſage le terme
Où ſe précipitent ſes jours.
Mais quoi ! victime infortunée
De ſes propres égaremens ,
L'homme enchaîne ſa deſtinée
Dans un long cercle de tourmens :
Vainement la raiſon l'éclaire ;
L'artificieuſe chimere
Sur lui fait couler ſes pavots ;
Il tombe , & lorſqu'il ſe redreſſe
Bien-tôt ſa ſéduiſante adreſſe
Lui forge des maîtres nouveaux.
Tel que dans l'horreur du Tartare
Le perfide ſang de Bélus ,
Pour expier ſa main barbare ,
S'épuiſe en efforts ſuperflus ;
Ainſi des dons de la fortune
La poſſeſſion importune
Ne peut ſuſpendre nos ſouhaits ;
Dans notre ame toujours avide
Un nouveau deſir plus rapide
Succede aux deſirs fatisfaits,
Franchi l'étonnante barriere
!
MARS. 1746. 5 :
:
Qui bornoit ton ambition;
Va , Cromvvel , pourſui ta carriére
Soumets la ſuperbe Albion :
Eh bien ! tout cede à ton audace ;
Joui d'un ſuccès qui ſurpaſſe
De tes voeux les ardens tranſports ;
Joui ; ton ame eſt afſouvie ......
Non , je vois déchirer ta vie
Par le trouble & par les remords .
Ainſi la fraude & le parjure
N'ont que de funeſtes préſens ;
Les biens donnés à l'impoſture
Font le fupplice des méchants :
Les ſoins , les regrets & la crainte
Sur cette proſpérité feinte
Diftillent un poiſon affreux.
Mortels , qui marchez ſur leurs traces ,
Craignez de fi terribles graces ;
Le crime n'eſt jamais heureux.
Cequ'élevele fort perfide ,
Ne peut- il pas le renverſer ?
Cherchez donc un bonheur folide
Querien ne puiſſe traverſer.
Ce ſage que l'erreur cruelle
Immoleaux tranſports d'un faux zéle ,
Trouve encor la paix dans les fers ,
A iij
:
6 MERCURE DE FRANCE.
Et dans les plaiſirs de Caprée
Cette douceur fi defirée
Fuit le maître de l'Univers .
あ楽
L'éternel & fuprême arbitre
Qui des Bergers entend la voix ,
Et malgré l'orgueil d'un vain titre
Confond la majeſté des Rois ,
Dans la ſouveraine puiſſance
Ni dans le ſein de l'opulence
N'a point fixé le vrai bonheur ;
Sur l'or ainſi que ſur la cendre
Tout mortel a droit d'y prétendre
Et la ſource en eſt dans ſon coeur .
あ
Quelle est cette pure richeffe
Dont l'heureuſe poſſeſſion
Bannit le tumulte & l'yvreffe
De toute folle paffion ?
Un coeur conduit par la droiture ,
Quifuit fans cefſſe l'impoſture,
Fidele eſclave du devoir :
Celui dont l'inflexible tête
Sur foi voit fondre la tempête
Sans la craindre & fans s'émouvoir.
Quel objet ? c'eſt un miſérable
Injuſte victime du fort :
MARS. 1748. 7
Une lâche fureur l'accable
De maux plus cruels que la mort.
L'horreur , la calomnie atroce ,
Le beſoin , le mépris féroce
Pour l'abbattre uniffent leurs coups .
Qu'oppoſe-t-il á tant de rage ?
Sa vertu , ſon ferme courage
Bravent léur infame courroux.
楽
Sans toi que devient ce commerce ,
Doux lien des ſociétés ?
Un aſſemblage où l'on s'exerce
Aux vices les plus détestés.
Regnes-tu ? l'équité préſide,
L'ardente charité décide ,
Et rompt tout intérêt brutal :
L'homme pour l'homme s'intéreſſe ,
Et juſqu'en l'extrême baſſeffe
Il ſçait reſpecter ſon égal,
あ
O Déeffe , de ton empire
Les jours font- ils évanouis ?
Hélas ! le crime encor reſpire :
Tu vois ces excès inouis ;
En tous lieux la terre fumante
N'offre que terreur , qu'épouvante ,
Que plaines couvertes de ſang .
La mort à l'oeil creux , au teint pâle ,
Aij
MERCURE DE FRANCE.
Devient la puiſſance fatale
Qui fait l'appui du premier rang.
Parois , & que ce monstre horrible ,
Tombé fous l'effort de ton bras ,
Redoute le Héros terrible
Qui ſuit la trace de tes pas.
Soutien ſa formidable épée
Qui de la difcorde trompée
Briſe les odieux refforts .
Viens; il eſt tems que ta préſence
De la paix & de l'abondance
Nous ouvre les riches tréſors .
Bouchaud,à Loin.
MARS 1746..
華養
RECHERCHES fur les Feux dejoie des
Anciens & fur l'invention de la poudre à
canon à l'occasion de quelques vers de
Claudien.
Ce Mémoire a été lu à l'aſſemblée d'une Académie
des Beaux Arts établie dans une Ville dont le nom ne
nous a pas éte rezélé
L
Es Académiciens des Beaux Arts ne
ſont pas des ſimples Artistes , & ils ne
fortent point de leur ſphére , quand ils ſe
livrent à ce que la théorie des machines a de
plus fublime,ou lorſqu'ils recherchent ce que
'Hiſtoire des Arts a de plus curieux. Ce n'eſt
point là brouiller & confondre les objets des
differentes études , comme quelques perſonnes
ont paru le craindre : non , mais
c'eſt lier ces objets entre eux , & maintenir
dans le cercle des ſciences , des lettres &des
Arts une harmonie néceſſaire à leur perfection
reſpective. En vain diroit-on élégamment
avec notre Théophraste moderne
, que l'hemme univerſel eſt une chimére ,
s'il est vrai à certains égards , que c'eſt n'ê
Av
10 MERCURE DE FRANCE.
tre rien que de vouloir être tout; il n'eſt
pas moins certain qu'en fait de belles connoiſſances
, fi l'on n'embraffe tout , on ne
ſaiſit rien , & qu'il faut au moins ſçavoir
un peu de chaque choſe pour ſe pouvoir
flater qu'on en ſçaitbienune ſeule. J'ai eu
le regret de le reconnoitre quand, faute
d'être aſſés bien inſtruit ſur un point de
l'Hiſtoire des Arts , je me ſuis trouvé en défaut
fur le ſensde quelques Vers d'un ancien
Poëte Latin. Ce point Liſtorique concerne
l'invention de la Poudre à canon. Je ſçais
quelle eſt l'époque qu'on lui fixe communé
ment; mais cette époque , que juſqu'ici
preſque tous les gens de lettres ſe ſont accordés
à regarder comme inconteftable ,
paroît nonſeulement combattue , mais clairement
détruite par un témoin qu'on ne
peut recuſer. Il faut donc par ladifcuffion
exacte des termes dans leſquels eft conçu le
témoignage que je vais alléguer , le concilier
avec l'opinion généralement avouée de
tous les ſçavans; ou fi cette conciliation eſt
impratiquable , il faudra convenir de bonne
grace que juſqu'ici l'on a été dans l'erreur
fur le tems où lapoudre fut inventée. Telle
eft Palternative : elle m'a jetté dans un embaras
d'où je n'ai pu me tirer. Aufli donnaijed'abord
à cette Diſſertation le titre fimple
& trop exactement vraide Doutessur quel-
:
1
MARS 1746.
ques Vers d'un ancien Auteur. Conſervons lui
le même titre puiſque c'eſt encore le même
ouvrage. Je ne viens donc pas , Mrs. fur
les traces fi heureuſement battues par plufieurs
membres de l'Académie , communiquer
au public des découvertes que j'aye
faites ; j'entreprends la lecture de cet Ecrit
pour prier les perſonnes éclairées de m'aider
à une dévouverte que je voudrois faire :
d'autres écrivent ſur ce qu'ils ont appris ;
qu'il me ſoit permis d'écrire aujourd'hui fur
ce que je defirerois apprendre , ſemblable
encepoint à Julius Avitus : Cet ancien qui ,
au rapport de Pline le jeune ne paroiffoit
inftruit que par le deſir qu'il montroit de
s'inſtruire. Hacpracipua eruditio quod difcere
volebat .
Claudien dont le mérite Poetique ne fait
rien au point queje veux difcuter; carje ne le
conſidére ici cet Auteur, que comme l'Hifrien
d'un fait qui intéreſſe les Arts , Claudien
dans un de ſes meilleurs ouvrages compoſé
pour célébrer le Conſular de Manlius
Théodore invite les Romains à faire éclater
pardes témoignages publics la joyé que leur
cauſoit l'élévation de ce grand homme , &
parmi les differentes fêtes qu'il les preſſe de
donner à cette occafion , il en eſt une qu'il
décrit ainſi.
1
Avi
12 MERCURE DE FRANCE .
J'allois réciter les Vers de Claudien : differons
, car pour juſtifier d'abord mes doutes
& la liberté que je prendrai de vous les
expoſer , je veux vous préſenter les Vers en
queſtion , & y joindre le fragment d'une
autre piéce de Vers compoſée dans ledernier
ſiècle. Vous trouverez en ces deux morceaux
de comparaiſon tant de reſſemblance
dans les idées , que je ne crois pas faire tort
àvotre diſcernement , ſi j'oſe dire que vous
balancerez à juger lequel de ces deux fragmens
nous vient du quatriéme fiécle ( car
c'eſt le ſiécle où Claudien a vécu ) & quel
eſt au contraire celui qui a été composé
preſque de nos jours.
>>Publica ſuſpenſæ teſtantur gaudia flammæ.
>>Aſpice , ut in varias incendia verſa figuras
>>Ludant arte novâ .
>>Ut ſe multiplici gyro contorqueat ignis
>> Plexilis , & geminas divisa luce columnas
→Attollat fursùm parvo finuamine flectens .
>> Proh! quàm flammiferi cernes miracula fumi
>>>Et ſcintillantes per inaniacurrere tædas.
> Mobile ponderibus deſcendat Pegma reductis
,
> Inque chori ſpeciem ſpargentes ardua flammas
>> Scena rotet : varios effingat Mulciber orbes
Per tabulas impunè vagus ; pictæque citato
> Ludant igne trabes , & non permiſſa morari
MARS 1746. 13
>> Fida per innocuas errent incendia turres.
Je vous prie d'obſerver , Mrs. fi ces deux
lambeaux de Vers que vous avez ſous les
yeux ne font pas également propresà pein .
dre nos Feux d'Artifices , & comment
nos feux d'Artifices étant d'invention ſi recente
, peuvent - ils ſe trouver fi exactement
décrits dans un ouvrage compoſé
depuis près de 14 fiécles ?
Voilà le ſujet de mon embarras. Je n'ai
pasdû vous le propoſer bruſquement ; c'eût
été trop confulter la pareſſe, & confulter
trop peu le reſpect que je vous dois. Je me
fuis préparé à apprécier les éclairciſſemens
que j'attends de vous , Mrs. par l'inutilité
des efforts que j'ai faits pouren trouver que
je ne dûfſe qu'à moi -même .
Commençons par adjuger à Claudien
les Vers qui font à lui: ce ſont ceux qui
commencent ainſi : mobile ponderibus. Ils
furent compoſés en 399 , ſur quoi je fais
d'abord cette queſtion qui ſe préſente naturellement
à l'eſprit : 1° . Si Claudien avoit
eu à décrire des Feux d'Artifice , tels qu'ils
font en uſage chés nous , c'eſt-à dire , dont
tout l'effet eſt produit par la Poudre , auroit
- il dù s'exprimer autrement ? Non ,
puiſque nous trouvons dans ſes expreſſions
les effetsde la poudre miſe en oeuvre dans
nos Feux d'Artifice décrits avec toute la
14 MERCURE DE FRANCE.
juſteſſe & toute la préciſion qu'on puiſſe
fouhaiter , vû que ces expreſſions offrent à
l'eſprit l'image juſte & reſſemblante de ce
que ces Feux & cette Poudre préſentent à
nos regards. Je demande donc en ſecond
lieu d'après quel objet réel Claudien nous at-
il fait cette peinture Poctique , mais vraie ;
puiſque Claudien n'a pû peindre ici d'imagination
, & inviter le peuple à célébrer un
événement très - réel par une féte chimérique.
Que ſi le Feu d'Artifice , que décrit le
Poëte , n'a jamais été que dans ſon idée , il
reſtera au moins que le Poëte avoit l'idéede
Feux d'Artifice tout à fait reflemblants à
ceux de nos jours. Nous voilà engagés à
des recherches ſur les Feux d'Artifices des
anciens. J'ai donc ici deux objets. Je dois
d'abord apporter une traduction nette &
un Commentaire détaillé des Vers allégués ,
&par cette verfion il paroitra que les Feux
d'Artifices qu'on a faits avant l'invention de
la Poudre ne differoient point de ceux qui
ſe ſont faits depuis cette invention; & comme
la conféquence paroît prouvée fauffe
par le fait même , & par un point d'Hiſtoire
incontestable , lequel ne nous permet pas
de faire remonter l'invention de laPoudre
plus haut que le treizieme fiécle , il faudra
rechercher quelle étoit la matière dont on
ſe ſervoit autrefois pour donner des Feux
1
MARS 1746 . 15
d'Artifices ſemblables à ceux qui ſe donnent
aujourd'ui.
Ici un très -habile mais trop hardi critique
m'arrêteroit tout court , & avec fon fyftême
de la ſuppoſition très-prétendue de la
plupart des ouvrages des meilleurs Poëres
Latins de l'antiquité , datant les Vers de
Claudien du treiziéme ou quatorziéme fiécle
, il ſe riroit de mon embarras , & me
tiendroit quitte de toutes mes recherches .
C'enferoit fait de tous les monumens litteraires
ſi un ſiſtéme ſi abſurde avoit lieu .
Laiffons donc le dénoûment qui en réſulteroit
par rapport à la queſtion propofée , &
affürés , comme nous le fommes par l'accord
de toutes les éditions faites d'après les meilleurs
MSS. que Claudien né vers l'an
360 ou 70 ( il n'importe en quel Pays ,
car c'eſt un point conteſté ) affûrés , dis -je ,
que Claudien eſt véritablement Auteur des
Vers cités , bornons-nous à les expliquer &
à réfoudre , s'il eſt poſſible , les doutes à
quoi ils donnent lieu. En voici d'abordune
traduction moins élégante que litterale.
>>Mobile ponderibus deſcendat pegma reductis ;
>> Inque chori ſpeciem ſpargentes ardua flammas
>>> Scena rotet : varios effingat Mulciber orbes
>> Per tabulas impunè vagus ; pictæque citato
>> Ludant igne trabes ,& non permiſſa morari
>>Fida per innocuas errent incendia turres. **
16 MERCURE DE FRANCE.
- Que le bâti de l'Artifice ſoit d'abord
rabaiffé ; que dans toute ſon étendue il
-faſſe rouler ſes flammes : que le feu fer-
>> pentant légérement de tous les côtés y
>>forme mille ondulations circulaires : que
>>lesbois s'en trouvent inveſtis ſans en être
>> endommagés , la flamme les effleurant
... avec trop de rapidité pour leur nuire.
J'aurois fans doute préferé le plaifir de
citer une bonne traduction de ces Vers à la
peine d'en faire moi-même une médiocre :
mais je n'en connois aucune de cet ouvrage
de Claudien.
Je traduis pegma par ces mots : le bati de
l'Artifice ; & à ce ſujetje ferai une réflexion
fur le lieu où les anciens donnoient leurs
Feux de Joye : c'étoit ſur des théatres mobiles
depluſieurs étages , leſquels hauffoient
&baiffoient par refforts. Permettez-moi de
rapporter ce que Séneque en a dit quelque
part. Cette citation eſt toute propre àdonner
quelque idée de l'habileté des Mécaniciens.
Machinatores qui pegmata perfefurgentia
excogitant , &tabulata tacite infublime
furgentia , & alias ex inopinato varietates,
ant dehifcentibus qua cobarebant , aut his que
distabant sua sponte coëuntibus , aut his qua
eminebant paulatim inſe reſidentibus. Quelle
variéténe devoit pas avoir le ſpectacle ! les
divers étages étoient tous éclairés ; tantôt
:
MARS 1746. 19
ils ' s'élevoient les uns au -deſſus des autres ,
& un moment après ils ſe plaçoient ſur le
même niveau ; ajoutez que la maſſe elle-mêmede
tout l'édifice étoit mobile &dans une
agitation continuelle : ce mouvement donnoit
inceſſamment une nouvelle activité aux
flammes : on en voyoit partir des traits qui
s'étendoient , s'élevoient , tomboient felon
la direction que leurdonnoient les ouvriers
appliqués à ce miniſtére , car il eſt à remarquerque
fur ces théatres , c'est - à - dire , fur
chacun de leurs étages étoit placé un nombre
conſidérable , dirai-je , d'Artificiers ou
deBateleurs qui ſe rouloient au milieu des
flammes dont ils étoient enveloppés , & en
Jançoient des traits dont nos fufées &nos
lances de feu ſont une fidelle imitation ?
Spargentes ardua flammas ſcena rotet. Nous
trouvons nos roues à feu plus expreſſément
&plus diſtinctement énoncées dans ce qui
fuit. Varios effingat mulciber orbes per tabulas
impunè vagus. Sur le préjugé trop commun ,
mais qui n'eſtpas toujours vrai , que les Poë-
⚫tes prodiguent les mots , quelqu'un pourroit
croire que Claudien eſt ici tombé dans
le cas , & qu'il a deux fois exprimé la même
choſe: il paroitra que ce Vulcain , c'est-àdire
, ce feu qui ſerpente à travers les poutres
& les foliveaux ne peint que ce qu'on
avoit déja vû dans le théatre , qui roule des
18 MERCURE DE FRANCE.
flammes flammas ſeena rotet. Mais ce font
ici deux Artifices tout differens , car d'une
part ce ſont des roues à feu fixées ſur le bois
même , & dont l'éfet ne s'étend pas au loin ;
effingat orbes per tabulas : & de l'autre , ce
fontdes traitsde feu , qui lancés du hautde
latour ſe répandent au loin. Scena rotetſpargentesflammas.
I.e nombre , la ſituation & les mouvemens
de ces Bateleurs qu'on nomma Petan .
riftes , c'est-à-dire , voltigeurs , ſi on ofoit
hazarder le terme pour dire un homme
qui voltige , ont donné lieu au Poëte de les
comparer aux choeurs des Tragiques , inqué
chori ſpeciem. Rien en effet de plus dramatique
, ſi j'oſe m'exprimer de la forte , que
les fonctions de ces Artificiers. Ils étoient
placés ſurun théatre extrêmement exhauffé,
expoſés à la vûe d'une foule de ſpectateurs ,
& ils ydonnoient des ſcénes à travers les
tourbillons de flammes , & fi ceux- ci paffoient
avec trop de rapidité ſur les boilages
pour les pouvoir conſumer , elles étoient
aſſés vives , & il s'en élevoit des fumées affés
épaiſſes pour intercepter la reſpiration des
Acteurs , & rendre pour eux la catastrophe
très- funeſte. Les PP. comparent ſouventces
fpectacles aux feux de l'enfer , &S. Chryfoftome
en particulier appelle quelque part
l'enfer lui-même du nom σέταυρον .
MARS 1746. 19
Les trois derniers des Vers cités ne demandent
pas de commentaire. Revenons
maintenant à la queſtion principale : quelle
étoit donc la matiére combustible que les
anciens mettoient en oeuvre pour donner
ces fortes de ſpectacles ?
Laſuite dans le premier Mercure.
VERSA Madame F....
Depuis le jour que notre folitude
Avû briller vos raviſſants attraits ,
De plus d'un coeur la tendre inquiétude
Pour vous revoir forme mille ſouhaits ;
Deplus d'un coeur l'attachement fidéle
Pour vous revoir follicite les Dieux ,
Et tendrement en ces mots vous rappelle.
Trop cher objet , revenez dans ces lieux ;
Reparoiſſez , montrez vous à nos yeux ;
Reparoiſſez , jeune & brillante Aurore ;
Nous brulons tous de vous revoir encore.
Cefront aimable où le fils de Cypris
Aſçû fixer lesGraces & les Ris ;
Ceriche éclat d'une vive jeuneſſe ;
Cemantien noble& ce port de Déeſſe
:
20 MERCURE DE FRANCE.
De vos regardsle charmeimperieux ,
Souvent fatal aux coeurs audacieux ;
Ce doux fouris , cette bouche agréable
Séjour cheri de la naïveté ,
Et quelquefois pourtant fi redoutable
Par ces arrêts que dicte la Fierté ;
Mais qui pourroit ravir Jupiter même
En luidiſant ſeulement , je vous aime ...
De votre voix les amoureux accens ,
Maîtresde l'ame & féducteurs des ſens ,
Qui des Enfers bravant le dur caprice
Afon époux feroient rendre Euridice ...
Ces dons exquis , ſi rares , ſi vantés ,
Créés exprès pour les Divinités ;
Ces dons exquis que l'eſprit le plus ſage
Doit revérer par le plus tendre hommage ;
Cesdons exquis trouvent dans tous nos coeurs ,
Belle F.... autant d'admirateurs ,
Et ce ſont eux auffi qui nous font dire ,
En nous rangeant ſous votre aimable empire ,
Trop cher objet , revenez dans ces lieux ,
Reparoiffez , montrez-vousà nos yeux ;
Reparoiſſez , jeune & brillante Aurore ;
Nous brûlons tous de vous revoir encore.
Il eſt chés vous d'autres puiſſans appas ,
Fille des Dieux , que nous n'ignorons pas ,
Car ce n'eſt point cette beauté touchante
Qui ſeulement nous charme & nous enchante :
MARS 1746. 21
De génereux& nobles ſentimens
Donnent le prix à tous vos agrémens.
Cette attrayante& douce politeſſe ,
Cet air aiſé , ſimple , fans petiteſſe;
Cette franchiſe exemte de détours
Trop inconnue aux beautés de nos jours ;
Pourvos amis ce zéle inaltérable ;
Pour votre choix cette flâme durable ...
Ces qualités , préſens des immortels ,
Dignes comme eux de Temples & d'Autels ,
Dignes d'amours , de tendreſſe& d'eftime ,
Dignes enfin du rang le plus fublime :
Ces vrais appas trouvent dans tous nos coeurs ,
Belle F .. autant d'adorateurs ;
Etce font eux qui ſurtout nous font dire
En nous rangeant ſous votre aimable empire ,
Trop cher objet , revenez dans ces lieux ;
Reparoiſſez , montrez-vousà nos yeux ,
Reparoiſſez , jeune & brillante Aurore ;
Nous brulons tous devous revoir encore,
22 MERCURE DE FRANCE .
DISCOURS de M. Rey Deleur en Médecine
de la Société Royale de Montpellier ,
des Académies des Belles Lettres& des
Beaux Artsde Lyon , à l'ouverture de l'Académie
d'Eloquence de Saint Chamond en
Lyonnois , prononcé le 7 Decembre 1745
dans la Sale des RR. PP. Minimes.
RS. nous voilà enfin parvenus à unjour
M heureux & parfaitement digne d'etre
célébré dans cette Ville. Ce jour enfante à
laPatrie une Académie nouvelle , ſi propre
a en augmenter la décoration & à la diftinguer
par la politeſſe des moeurs & du
langage. Les Belles Lettres viennent établir
ici leur ſéjour. Les Muſes en ce moment y
font leur entrée publique pour ſe former
une Société d'éléves qui ſous leurs aufpices
cultivent les Beaux Arts & ſurtout l'éloquence.
S'il étoit permis de percer l'avenir ,
j'oferois dire , fondé ſur votre zéle & fur vos
talens , que j'y vois déja cette illuſtre Compagnie
recueillir bien des lauriers ,& fe fignaler
au loin dans ſes occupations brillantes.
Nous nous exercerons , Mrs , dans tout
ce qui peut nous aider à faire des progrès
MARS 1746.
23
dans les vaſtes champs de la belle élocution
. Chacun de nous dans les ſéances lira
une piéce d'éloquence de ſa façon. Ons'étudiera
par-là à écrire & à bien écrire. On
ſe polira dans la Langue. On prendia l'ha
bitude de peindre ſes penſées avec élegance.
Lebeau langage fert de parure aux penſées.
UnAuteur ne ſe fait point lire ni entendre ,
mais il rebute , il endort pour le moins lorfqu'il
ſe préfente dans un certain négligé.
Il s'annonce mal dès qu'il ne plaît pas ; &
pour plaire , diſent les Maîtres de lArt ,
ontre la folidité , la juſteſſe , l'économie &
Parrangement dans le Diſcours , il faut des
ajuſtemens , de la propreté , des ornemens ,
des graces diſpenſées avec ſageſſe , avec prudence
, ſans courir après l'eſprit , les pointes
&les faux brillants. On ſe gardera biende
l'affectation , continuent ces grands Maîtres,
& on ne laiſſera jamais voir de l'étude , de
l'art , de la contrainte.
Un Ecrivain doit aſſortir la Nature avec
elle-même , & la repréſenter avec ſa noble
fimplicité qui inſpire une ſorte de reſpect
&& d'admiration , & avec ces beaux mouvemens
qui excitent les beaux ſentimens du
coeur.
Le Diſcours eſt une eſpece de tableau.
L'habile Artiſte ſe distingue par l'ordonnance
, l'attitude , le deſſein , le coloris , leş
24 MERCURE DE FRANCE .
nuances , la force avec la légéreté , l'énergie
avec la délicateffe.
L'éloquence place l'homme de Lettres à
une grande diſtance de l'homme brute &
ſansculture.Pendant que celui-ci plongé dans
une profonde difette , ne peut attirer les
regards , ni fortir de ſon état vil , rempant ,
obfcur, mépriſable, l'autre touche , intéreſſe ,
flate le goût , s'éleve , s'ennoblit , ravit l'admiration
, enleve les applaudiſſemens , &
acquiert un empire fingulier ſur les eſprits
& fur les coeurs .
Dans les exercices Académiques les
beaux exemples prêtentdu ſecours à l'émulation,
& font éclore desprogrès rapides ,
auxquels les ſimples préceptes ne ſçauroient
atteindre. Ils frappent ces exemples ; ils
impriment plus , fortement parce qu'ils préſentent
à la fois le précepte & l'application.
Onyvoit , onytouche ( pour ainſi dire ) le
beau lui-même , dont on prend mieux le
goût,quin'eſt autre choſe qu'un diſcernement
vif, net , précis de l'élegance , de la vérité
&de la juſteſſe des penſées & des expreffions
, par leſquelles un diſcours plaîtdans
tous les tems & dans tous les lieux.
Les diverſes Nations ſe ſont empreffées
de ſuivre le bon goût de la France. Elle
eſt devenue en ce genre leur modéle parfait.
Chaque jour voit naître parmi nous de
nouvelles
MARS 1746.
25
:
nouvelles Académies. Paris , Toulouſe
Bordeaux , Montpellier , Lyon , Marſeille ,
Beziers , Montauban , la Rochelle , Caen ,
Dijon , Soiffons , Rouen , Arras , Ville- Franche
en Beaujolois , ſe ſont illustrés par ces
nobles établiſſemens. Le Portugal , l'Eſpagne
, l'Angleterre , l'Allemagne , la Ruffie ,
Italie , ſurtout, notre émule, ont marché ſur
nos traces , & ont fondé des Compagnies
ſçavantes . Partout on s'eſt piqué de fortir
de la barbarie des ſiécles antérieurs à celui
de Louis XIV , & de cultiver le ſel attique
& l'urbanité Romaine.
Heureux orgueil! heureux empreſſement ,
qui ont mis en fuite l'ignorance & la rufti
cité ſous leſquelles on avoit gémi tant de
fiécles . Les Belles Lettres , les Sciences &
les Beaux Arts avoient repris naiſſance ſous
François I. On les avû croître dans la ſuite
& reparoître enfin ſur la ſcéne avec éclat,
Nos Académies ont extrémemerit contribué
à ces grands progrès. En perfectionnant les
Sciences& les Beaux Arts elles ont fait
fleurir la ſaine éloquence ,& nous ont reproduit
le fiécle d'Auguſte.
Sous le Regne deLouis le Grand les Lettres
étoient déja parvenues au comble de la
gloire,& nos Académies enfantérent mille
chefs-d'oeuvre qui les ont immortaliſées.
LOUIS LE BIEN-AIME' fuit les pas de ſon
B
1
26 MERCURE DE FRANCE.
illuftre Bifayeul, Jamais Princes n'ont davantage
mérité des Belles Lettres ; & jamais
elies n'en ont célébré avec plus de juſtice ,
de dignité & de fuccès. C'eſt ainſi que la
réuflite ſuit de près les travaux communs
de pluſieurs hommes raſſemblés , qui ſe
prêtent des f. cours mutue's pour arriver au
faîte de l'honneur.
: Mais je m'arrête trop à encourager nôtre
Académie naiſſante. On n'a pas beſoin , Mrs,
d'exciter votre zéle , & on vous voit déja
prêts à vous ſignaler dans le champ de Minerve
par les exploits les plus glorieux.
Il me ſuffira donc de vous propoſer ici
quelques régles de diſcipline qui s'obſervent
dans pluſieurs Compagnies ſcavantes. Ce
feront autant de Statuts pour nous , après
qu'elles auront été agréées par l'Académie.
POEME SUR LA BATAILLE
de Fontenoy.
DUUHEROSde nos jours célébrons la victoire
LOUIS dans Fontenoy , tout éclatant de gloire ,
De ſes fiers ennemis terraſſant les efforts ,
De l'Anglois en fureur arrête les tranſports.
MARS 1746. 27
Muſe,pour ſeconder ma généreuſe envie, 1
De tes plus nobles chants prête moi l'harmonie.
Déja de Cumberland les farouches ſoldats
Aax champs de Fontenoy précipitent leurs pas ;
Leurs Eſcadrons ſerrés , leurs Bataillons terribles
L'airain lançant le feu par cent bouches horribles
,
Le ſalpétre en fureur tonnant de toutes parts ,
EtBellone faiſant flotter ſes étendars ,
L'air obſcurci de traits , le démon du carnage
En tous lieux par le feu ſe faiſant un paſſage ,
Tout offre en ce moment l'épouvante &la mort ;
Tout ſuccombe , tout céde, à leurpuiſſant effort.
Quei ! leCielcontre nous va-t-il lancer ſa foudre ?
Va-t-ildans ſon courroux réduire tout en poudre ?
LOUIS vole à l'inſtant plus terrible que Mars ,
Il est chef & foldat , affronte les hazards.
Epargne , juſte Ciel ! une tête ſi chere ;
Qui de tous ſes ſujets il eſt moins Roi que pere ;
France , tremble & frémi cruel Dieu das
combats ,
...
LOUIS eſt en danger ... arrête ces foldats.
A ce fougueux torrent oppoſe quelque digue ;
Reſpecte dans LOUIS ſes beaux jours qu'il prodigue.
Mais quels cris redoublés viennent frapper les airs ?
QuelsHeros à mes yeux atteints de traits divers !
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
Grammont qui de fon maître imitoit la vaillance ,
Lutteaude nos François l'amour & l'efperance
Méziere & Saint Sauveur , le vaillant Longonay ,
Puiſegur & Craon & le brave d'Avray ,
Tombent percés de traits bouillans d'impatience
Devoir que contre nous Mars panchoitla balance
Amour! & tendre amour! jevois coulertespleurs;
Matignon eſt frappé , l'objet de tes douleurs .
Muſe , de ces Heros honorez la mémoire.
Sur ces chefs expirans &tout couverts degloire
Entaſſez en ce jour les plus brillants lauriers
Qu'ils vivent dans mes vers ces généreux
guerriers;
Qu'ils vivent ces Heros ; que l'Europe étonnée ,
Lifant de Fontenoy la fameuſe journée ,
Au récit éclatantde leurs nobles exploits ,
Apeine ence moment oſe en croire ma voix.
Oui , malgré les deſtins& la parque ennemie
Vous vivrez par mes chants en dépit de l'envie!
Que des yers immortels & tracés de mamain
Puiffent graver vos noms ſur le bronze&Fairain.
Mais quoildevos hautsfaits en rappellant l'hiſtoire,
Jevoisvos noms voler auTemplede Mémoire.
1ls vont vous arracher à la nuit du tombeau;
Puiffent mes vers comme eux en tracer le tableau!
Toi qui dans cemomentau fortir de l'enfance ,
Fis brillerdes Héros la valeur , la prudence
A
MARS 29 1746.
De nos concitoiens les plus tendres amours ,
Penthiévre au moins pour eux épargne plus tes
jours.
Chevrier qu'animoit ſon ardeur ordinaire ,
Par le plomb renverſé roule ſur la pouſſiere.
Saint Georges l'imitant dans ſon noble courroux ,
De l'Anglois furieux tombe deſſous les coups.
Tu ſuccombes Brocard , dans ce combat terri
ble ;
Il meurt ce grand Heros qu'on croyoit invincible.
Langeais , Daché , Cliſſon fouffrent le même ſort.
Mille traits enflammés lancent par tout la mort.
GrandDieu ! ſouffriras-tu cet horrible carnage ?
De nos chefs expirantsadmire le courage .
LOUIS d'un air tranquille apperçoit le danger ,
Il part , il court , il vole , &prompt à le venger ,
Maurice , dont le nom fait gagner les batailles ,
Renverſe les remparts ,&briſe les murailles ,
Maurice de ſon maître admirant la valeur ,
Ranime nos guerriers & bannit la terreur ;
Du Dieu Mars en futeur ila la reſſemblance ;
Tout frémit à l'aſpect du Heros de la France.
Ses yeux étincelants annonçent le trépas ,
Et des lauriers ſanglants s'élevent ſous ſes pas,
Daignez , grand Dieu ! daignez , attendri par nos
larmes ,
Conferver ce Héros le ſoutien de nos armes .
:
Bij
30 MERCURE DE FRANCE .
Qui précipite ainſi ces Anglois diſperſés ?
Quel Dieu par ſes regardsles a tous terraífés ?
C'eſt LOUIS , c'eſt mon Roi , c'eſt ce nouvel
Alcide ,
Il inſpire aux guerriers ſon courage intrépide.
Je les vois ces guerriers , ainſi que des torrents
Renverſer les Anglois ſous leurs coups expirants.
Les voilà donc enfin ces vengeurs de mon maître,
Les voilà ces Heros , que le Ciel a fait naître ,
Pour venger de Creci notre antique douleur ,
Boufflers , & Richelieu , Chevreuſe plein d'ardeur.
Rohan dont la valeur , égale la naiſſance ,
D'Argenſon dont le nom eſt ſi cherà la France
Du Chaylat & d'Ayen, le brave Pequigni ,
Lowendalh & de Pons , le grand Montmorency ,
Clare parmi les ſiens ſuivi de la victoire ,
Auxplus fiers combattants , triomphe de ſa gloire,
Deſescoups redoublés , fait reſſentir l'effort ,
Etla foudre à la main il fait voler la mort.
r ,
Mais quel eſt ce Heros dont le bras redoutable
Se fait jour au travers d'une foule innombrable?
Biron , de tes ayeux imitant la valeur
Des plus ſanglants combats tu braves la fureur,
Tes regards enflammés rallument l'eſpérance ,
Sous ton bras triomphant on vole à la vengeance,
MARS
1746. 31
Et tout couvert de feu , de pouffiere& de ſang ,
Tu force, écrafe, abbats l'Anglois de rang en rang.
Tel on voit qu'un Lion dans les champs de Lybie
Sur les troupeaux épars s'élance avec furie ,
Et par un trait atteint , devenu plus fougueux ,
Des Pays d'alentour fait un défert affreux.
Céde enfin, Cumberland , cédé à notre courage ,
De tes vaillants ſoldats évite le carnage.
A l'aſpect de LOUIS rien ne peut réſiſter ;
La fortune à ſes yeux n'oferoit balancer.
11 ſçait vaincre en Heros &comme un autre Tite
Du Dieu vivant qu'il fert la douceur il imite.
Il ſoupire en voyant flotter de toutes parts
Dans des fleuvesde ſang les bataillons épars.
Par ſes ſoins généreux on bande leurs bleſſures?,
Et connoiſſant des coeurs les routes les plus ſures,
Juſqu'à ſes ennemis il étend ſes bienfaits
Etmalgré leur courroux arrache des ſouhaits.
,
,
Prince,demon Heros le plus parfait modéle ,
Toujours prêt à voler où ſa gloire l'appelle,
Cher Prince , de nos voeux les plus tendres défirs ,
Que tu nous as couté de pleurs & de foupirs
Par LOUIS dès l'enfance inftruit à la victoire
Tu connois le chemin qui conduit à la gloire,
Et fans guide marchant fur les pas des Céfars ,
Atravers mille morts tu braves les hazards,
ود
:
Binj
32 MERCURE DE FRANCÉ .
:
Partout l'on voit les jeux&les ris& les graces,
Voltiger ſur tes pas & marcher fur tes traces ;
Qui , tu ſeras toujours nosplus tendres amours ;
Oui , la Francepour toi prodiguera ſes jours.
,
,
Grand Roi , ſi de ce jour ſi cher à ma mémoire
Par mes foibles accents j'oſe tracer l'hiſtoire ,
Si ma Muſe tremblante au but de tes exploits ,
Sans force& fans haleine oſe éléver ſa voix ,
Pardonne je te prie à ma verve indiſcrette
Qui ſans un noble effort auroit été muette.
C'eſt lui qui m'excitant dans le facré vallon
Aneuf luftres complets me ſervit d'Apollon .
Mais pourquoi ces diſcours ? ma peine eſt inutile ,
Pour peindre tes vertus il faudroit un Virgile.
Quoi ! les maîtres du Pinde en d'illuſtres écrits
Auront de ta valeur étonné tout Paris !
Quoi ! d'un Chantre fameux l'audace généreuſe ,
Suivant de Deſpreaux la trace glorieuſe,
Aura de tes exploits célebré la grandeur ,
Chanté Londres & Turin , en proye à leur
douleur
La Baviere confufe , au bruit de ta victoire ,
Et Vienne gemidant fous le poids de ta gloire !
Etmoi qui connois peu Phébus &fes douceurs ,
J'oſe chanter ton nom en dépit des Neuf Soeurs.
Encor fi de mes vers au péril de ma vie ,
Pour te venger du moins de leur peu d'harmonie,
MARS 1746. 33
Aux bords enfanglantes du Rhin ou de l'Eſcaut ,
Pour cueillir des lauriers je ſuivois mon Heros ,
Glorieux de mon fort& content de la parque
Je verrois fans regret la redoutable barque ;
De la fiere Atropos ſans craindre les ciſeaux ,
Sans regret je verrois les infernales eaux.
Mais d'un mal rigoureux le joug inſuportable ,
Par mille traits perçants & m'agite& m'accable
De mon Roi je ne puis ſuivre les étendarts ,
Des Bourbons je ne puis partager les hazards.
A mes ardens ſouhaits tout s'oppoſe & réſiſte.
Dans mes ardens déſirs mon amour ſeul perfifte
Permets du moins , permets dans mes nobles tranf
ports
Que d'un fils généreux je t'offre les efforts .
Occupé chaque jourà garder ta perſonne ,
De tout ce qui t'aproche ou bien qui t'environne
Pour le ſoin de tes jours il veille avec ardear.
Animé par l'amour autant que par l'honneur.
Oui , grand Roi, tes vertus partout te font connoître ,
D'abord en te voyant l'on reconnoît fon maître
Thémis & la Victoire accompagnent ces pas ,
Vers toi l'on voit voler le coeurde tes foldats.
Toujours à tes côtés font Minerve & Bellonne ;
LaTamiſe gémit, le Danube friffonne.
Tous les Rois de l'Europe auront beau fe liguer ,
Bruxelles attend le coup qui la doit foudroyer ;
By
34 MERCURE DE FRANCE.
-
De l'Aigle en ſes tranſports cette fierté fi grande
Vient enfin d'expirer ſur les remparts d'Oſtende.
Quede Villes , grand Roi, tombent en te voyant!
Quel amas de lauriers moiſſonnés en paffant ?
Tournay, Bruges &Gand, & les plus fortes Villes ,
Ne coutent à Louis que des affauts faciles.
Rien ne peut reſiſter à ton bras triomphant ,
Et l'Anglois dans Nieuport ſuccombe en t'admirant.
Les corps de leurs foldats tout pourris dans nos
plaines ,
Sourcesde tantde pleurs , de travaux&de peines ,
Leurs plus fiers combattans leurs épais Bataillons,
Des champs de Fontenoy engraiſſent les fillons.
François , de votre Roi publiez la vaillance ,
Célébrez ſa bonté , ſa grandeur , ſa clémence ;
Il moiſſonne pour vous ces ſuperbes lauriers
Il anime pour vous nos généreux guerriers .
Toujours il recompenſe , & punit avec peine ;
Lecrime ſeulement eſt l'objet de ſa haine.
De ſon joug adoré l'Univers amoureux ,
Ne compte ſous ſes loix que des ſujets heureux.
Sa bonté fait revoir la Justice d'Aftrée ,
Et les jours fortunés de Saturne & de Rhée.
On l'aime , on le reſpecte , on paſſe tour à tour,
De l'amour au reſpect , du reſpect à l'amour.
MARS 1746. $5
Toi , d'un fils généreux l'amour & le modéle ,
Toujours de tes vertus imitateur fidéle
Et qui par ſeshauts faits aux champs de Fontenoy
Montra ce noble feu qu'il a reçu de toi,
Miniſtre ſi zélé du plus grand des Monarques ,
Toi , qu'il a revétu des plus illuftres marques ,
D'Argenſen , ſi du Roi publiant les exploits , :
Je pouvois par mes chants l'amuſer quelquefois
Si malgré tous les ſoins où ton maître t'appelle ,
Ames foibles accents tu peux prêter l'oreille ,
A l'ombre de ton nom mes vers accrédités ,
Sans craindre les cenſeurs ſe verroient reſpectés.
EPIGRAMME de M. D. G. à Helene
de .....
0
N dit qu'un jour le maîtredu tonnere
Eat de Leda fille gente aux doux yeux ,
Au fin ſouris , ſi qu'en toute la terre
Neſe vit one minois plus gracieux.
Pour recouvrer tréſor ſi précieux
Ménélas mit tous les Grecs en allarmes ,
Hommes & Dieux alors prirent les armes .
Et Jupiter lui même eut combattu ,
Si tout ainſi que vous avez ſes charmes ,
De même Hélene eut eû vôtre vertu ,
Bvj
36 MERCURE DE FRANCE.
J
DISCOURS prononcé en 1743 à la
premiere rentrée des conferences deMessieurs
les Conſeillers de Ville, par M. Brallet l'un
d'eux.
'Ce Difcours eſt adreſſe à MB .. auſſi Conſeillor
de Ville , Préſident , au nom de cette Compagnie.*
T. Emulation nous raffemble aujourd'hui
pour ouvrir une nouvelle cariére , &
puiſque vous voulez bien , Monfieur , conti
nuer de vous prêter à nos empreſſemens ,
nous recommençons avecjoye des exercices
que nous n'avons interrompus qu'à regret;
les conferences précédentes nous ont été
trop utiles pour ne pas ſouhaiter avec un
extrême déſir la continuation d'inſtructions
fi néceſſaires .
Pénétré de toute l'étendue des devoirs
d'un Officier Municipal qui eſt destiné par
le Souverain à décider avecſes collégues de
l'honneur & des biens des citoyens , & à leur
* Il y a déja quelques mois que nous avons
cette Piéce ; l'abondance des matières ne nous
a pas permis de l'imprimer plutor .
MARS 1746. 37
procurer l'abondance , vous avez penfé que
l'on ne pouvoit être trop éclairé pour remplir
avec dignité une place auſſi importante,
L'amour du bien public vous a déterminé
àtenir chés vous avec vos confréres des afſemblées
deſtinées à s'inſtruire ſur ſes Loix
&fur la Police de cette Capitale du Royaume;
encouragé à entreprendre ces travaux
par l'illuſtre Magiftrat qui préſide au Corps
de Ville, vous avez fait tous vos efforts pour
furpaſſer fes defirs & fes eſpérances.
Vous avez raſſemblé avec un foin extrême
& une dépenſe conſidérable tous les
matériaux néceſſaires àune ſibelle entreprife;
Livres , Plans , Fêtes , Entrées , Monumens
, tout eſt d'un choix qui fait honneur
à votre difcernement & à la délicateſſe de
votre goût.
Depuis un an nous travaillons avec émulation
à profiter de vos lumieres. Vous préfidez
ànos aſſemblées , vous dirigez les ma
tieres qui doivent être traitées, & fur le
champ vous nous donnez la ſolution de
nos queſtions , & les éclairciſſemens néceffaires
pour travailler avec fruit.
Nos conférences ne ſe bornent point à
une fimple ſpéculation ; vous yjoignez la
démonftration , & vous n'êtes content que
quand nous vous paroiſſons inftruits.& convaincus.
18 MERCURE DE FRANCE,
Permettez - nous , M. de retracer icipar
ordre ce qui s'eſt paſſé depuis notre premiere
aſſemblée ; vous jugerez enſuite des
progrès que nous aurons faits.
Les premieres conférencesont été employées
à la lecture d'un catalogue raiſonné
de tous les Auteurs , tant imprimés que manuſcrits
, qui ont traité de la Villede Paris ,
avec l'indication la plus exacte desBibliothéques
où ils font renfermés: de courtes
analyſes ſur chacun de ces Auteurs nous ont
conduits à faire de courtes réflexions criti
ques&hiſtoriques , & à éclairircir pluſieurs
faits obfcurs & importans fur cette capitale.
Aux conferences ſuivantes nous avons lu
la ſçavante Diflertation de M. le Roi ſur l'origine
de l'Hôtel de Ville ; les differens paragraphes
de cet ouvrage ont été partagés
enpluſieurs ſéances , & chacun a fourni matiére
à differentes reflexions ; la lecture entierede
ce Traité nous a inſtruits de l'origine
de la Juſtice Municipale de la VilledeParis
, & par une Chronologie ſuivie remon- .
tée juſqu'au temsoù cette partie des Gaules
étoit Province Romaine , elle nous a démontré
que les Officiers appellés Nautes ou
Naviculaires , exerçoient cette Juſtice ſous
le nom de défenſeurs de Cité , & enſuite
fous celui de Bourgeois de la marchandise
de l'eau.
:
MARS 1746. 3
Après cet examen nous avons employe
les conférences qui ont ſuivi à lire & à
méditer l'Ordonnance de Louis XIV. de
1672 concernant la Jurisdiction des Prevot
des Marchands & Echevins de la Ville de
Paris.
1
Pour bien entendre cette Ordonnance,
après la lecture de chaque article , vous
nous propofiez des queſtions qui y étoient
relatives ; chacun de nous donnoit ſon avis
& ſes motifs ; vous réſumiez les uns & les
autres , & y ajoutant vos lumieres vous
nous faifiez ſentir le pointde vûe de chaque
conteftation , & la raiſon déterminante qui
avoit donné lieu au Réglement.
Il faut dire auſſi que vous nous avez toujours
inſpiré l'eſprit de conciliation &de
complaiſance. Jene craindrai point d'avancer
que pluſieurs d'entre nous voyoient avec
une extrême ſatisfaction les raiſons de leurs
confreres prévaloir ſur les leurs , s'y prêtoient,
les mettoient dans leur plus beau
jour , &enfin s'y conformoient avec plaifir.
Après une longue étude de l'Ordonnance
, nous avons fait notre cours des fontaines
: vous avez raſſemblé les inftrumens &
les machines en petit, propres à nous en
démontrer le Mechaniſme. Ces obſervations
ont employé pluſieurs ſéances , &
nous ont naturellement conduits à faire chés
40 MERCURE DE FRANCE
vous pluſieurs expériences de Phyfique ſur
la preſſion de l'eau , le reffort de l'air &c .
Nous avons auſſi travaillé ſur toutes les
differentes Pompes , ſoit foulantes , foit afpirantes
, ou mixtes; le traité de l'Hydraulique
deM. Bellidor nous a guidé dans nos
opérations.
Pour ne rien laiſſer à deſirer fur ce cours
des fontaines & achever de nous développer
ce que la Théorie nous avoit enſeigné ,
nous avons été examiner la pompe du Pont
Notre - Dame , & après avoir décompoſe ,
pour ainfi-dire , ces célébres machinesHydrauliques
, nous avons fait nos obſervations
fur toutes fes parties , meſuré leurs dimenfions
, examiné leurs propriétés & leurs
differentes fonctions,
Nous avons fait les mêmes opérations
fur les pompes d'incendie , & des calculs
fur la vitefle & l'accélération de l'eau , ainfi
que fur les differens diametres des tuyaux
de ces pompes, enfin nous avons terminé
par l'examen des cuvettes dejauge de plufieurs
fontaines publiques. Rien ne vous a
échappé , & vous nous avez donné , M. fur
chaque partie les inſtructions les plus claires&
les plus fatisfaifantes .
Une très-ample Differtation fur l'origine
des fontaines de cette Ville a rempli les conferences
ſuivantes ; vous y avez joint une
L
MARS 1746. 41
Carte Topographique en pluſieurs feuilles
où elles ſont démontrées , leurs diſtributions,
leurs cuvettes, leurs tuyaux de conduite
avec leurs principaux embranchemens ,
le cours de l'eau , & juſqu'à une diſtinction
de l'eau des aqueducs , de celles machinales&
de celles qui appartiennent au Roi.
Enfin nous avons terminé par l'examen
d'une ſuite complette & extrêmemens précieuſede
tous les differens Plans de Paris &
de ſes environs , où tous les accroiſſemens
decette ſuperbeVille ſont démontrés , avec
des Notes très - curieuſes ſur ſes differentes
gradations.
Voilà , M. un léger crayon de ce qui
s'eſt paffé dans nos conférences depuis
qu'elles ont été commencées.
Votre but n'a pas été de vous borner à
une inſtruction purement curieuſe , vous
avez cherché à augmenter en nous cet efprit
dejuſtice&de rectitude que donnent laprobité
&la belle éducation, mais qui a beſoin ,
pour être entierement développé ,de cette
étude ſur les Loix& fur les Ordonnances .
Je dis plus ; vous avez ſenti juſqu'où s'étendroient
les fruits de vos conferences ; l'étude
des Loix répand dans notre ame une lumiére
éclatante , en nous inſtruiſant elle
nous découvre des défauts qui nous feroient
échappés & que l'ignorance couvre d'un
42 MERCURE DE FRANCÉ.
voile épais ; elle nous porte naturellement
àpenſer qu'un homme deftiné à diſtribuer
un jour la Juftice à ſes concitoyens , né
doitpoint fouffrir en luiles défauts qu'il condamnedans
les autres : nos conférences en
nous éclairant ſur nos devoirs , nous forment
inſenſiblement à la vertu & àl'équité.
Les Membres qui compoſent cetteCompagnie
ſont preſque tous peres de famille; ils
ſemeront dans le coeur de leurs enfans ces
principes de droiture & de juſtice qui ſe développeront
avec l'âge , ils les tranſmettront
à leur tour à leurs defcendans. C'est donc
perpétuer à l'infini dans le ſeinde l'Etat un
peuplede citoyens éclairés &vertueux.
L'honneur d'être Membre de cette Com
pagnie a de tout tems été le deſir des plus
notables citoyens de cette Ville. Juftifions
donc leur eſtime en la méritant de plus en
plus. L'avantage que nous avons d'etreAfſociés
dans l'Hôtel de Ville , par le titre &
par les fonctions , à pluſieurs de ces principauxMagiftrats
des Cours Souverainesdont
ils font l'ornement , eſt encore une raiſon
bien eſſentielle pour exciter notre émulation
, ajoutons le deſir de ſe mettre en état
d'étre utiles un jour au premier Magiſtrat de
Botre Tribunal : ce n'eſt point aflés de lui
porter cette véneration & cette eſtime que
vous nous inſpirez pour ſa perſonne , il faut
MARS 1746. 43
encore yjoindre les lumieres afin de lui aider
à porter le poids de ces fonctions fi pénibles
quand on veut s'en acquitter avec
exactitude .
Permettez - nous , M. de feliciter cetre
capitale du bonheur dont elle jouit ; l'adminiſtration
de M. le Prevôt des Marchands
lui procure tous les avantages qu'elle a droit
d'attendre du plus parfait Magiſtrat ; ſous
fa préfecture les riches jouiſſent de toute
l'abondance que leur fournit la fortune , &
les pauvres ne s'apperçoivent pas de leur
miſere: vous avez vù ces derniers, nourris, ( r)
chauffés , (2) occupés ( 3 ) par ſes ſoinspaternels;
ſes vertus éclateront ſans doute,
malgré le ſoin qu'il prend de les cacher , &
ſans briguer lesdignités , il eſt aiſé de pref
fentir que ſous un regne auſſi équitable &
auſſi éclairé , il ſera un jour décoré des plates
les plushonorables. (4)
Nous avons auſſi dans M. Le. P. D. R. un
autre Magiſtrat digne de toute notre eſtime ;
:
( 1 ) La diftribution du Ris , & des aumônes
dans toutes les Paroiſſes .
(2) Le bois fourni pendant l'Hyver dans les
Carrefours& Places .
(3 ) Au briſement des glaces & autres travaux
publics.
(4) Monfieur de Vaſtan fut nommé quelques
mois après Conſeiller d'Etat. )
44 MERCURE DE FRANCE.
extrêmement meſuré dans les fonctions de
ſon miniſtére , tout eſt refléchi , tout eft
peſé au poids de l'équité ;perfuadé que l'amourdes
peuples eſt le tribut le plus flateur
pour un Roi , il ne ſe ſert des intérêts du
Souverain que pour rendre les citoyens plus
heureux; toujours modéré, toujours égal, né
éloquent , ces diſcours qu'exigent les changemens
d'Ediles , ces matieres ſi froides &
ſi uſées deviennentdans ſabouche desſujets
nouveaux , riches & fleuris ; on y remarque
enfin ce brillant des Orateurs de l'ancienne
Rome.
Voilà , M. des exemples , voilà desmotifs
d'émulation ; notre Compagnie , il eſt
vrai , eſt portée entierement à imiterde fi
grands modéles , autant que fon état peut
lui permettre ; elle eſt d'ailleurs très-digne
del'eſtime publique; chacun de ſesMembres
eſt diſtingué par quelque mérite particulier.
Lepremierd'entre nous , célébre par Fétendue
de ſes lumieres , joint à tous les ta
Jens de l'eſprit toutes les qualités du coeur;
attaché à la Compagnie parun goût décidé ,
enétant cheri tendrement , après avoir renapli
les fonctions de la Magiftrature dans pluſieursTribunaux
differens , il n'a que trop
mérité cette eſtime générale qui lui eſt
cordée d'une voixunanime : avec quelle faacMARS
1746. 4$
tisfaction le voyons nous remplir ſi digne
ment la placede notre Doyen!
Nous comptons auſſi parmi les Membres
de cette Compagnie , le premier Echevin
de cette capitale du Royaume diftingué
par un caractére de vérité & de ſincérité ,
rien n'échappeà ſa pénétration ; laborieux ,
exact juſqu'à la délicateſſe à remplir ſes devoirs;
il juftifie l'eſpérance que ſes confréres
onttoujours eu qu'il feroit d'autant
plus d'honneur à la Compagnie que ſes talens
ſeroient placés dans un plus grandjour,
Aſſocié à de dignes collégues , leurs lumieres
réciproques agiſſent pour le biencommun
avec une parfaite union .
Cette union eſt établie auſſi de tous les
tems entre cettecompagnie & celle de Mefſieurs
les Quartiniers ; une eſtime réciproque
en eſt le lien indifloluble ; leur compagnie
eft formée de la fleur des citoyens ; la Religion,
la probité , la pureté des moeurs font
des qualités indiſpenſables pour leur étre
aggreges. Ce n'eſt point aflés d'être ſans le
moindre reproche ,leur délicateſſe ne leur
permet point d'admettre un ſujet qui auroit
le moindre ſoupçon : tant d'analogie entre
eux& nous eſt un für garand de cette éternelleunion.
Enfin nousvoyons parmi les membres de
notre Compagnie des exemples d'une efti
46 MERCURE DE FRANCE.
me finguliere , & d'un déſintereſſement par .
fait.
L'un choiſi par le ſuffrage des citoyens
pour remplir la Magiftrature Municipale,
après s'en être acquité avec ſuccès , entre par
goût dans cette Compagnie,feulementpour
avoir la ſatisfaction de faire corps avec elle ,
&depuiſer dans ſon ſein ces agrémens que
donne une aimable Société,
Celui qui fuit , plus content de mériter
cette placequede la remplir , voit avec un
extréme plaiſir ſon confrére lui ſuccéder
dans cette même place , moins due à fon
rang qu'à la grandeur de ſes ſentimens& à
ſes talens naturels & acquis.
Quelques autres dépositaires de la Foi
publique , ou par leur profeſſion chargés
d'affaires importantes , méritent par leur
probité cette confiance & cette eſtime publique
qui en eſt le digne prix.
Sous un extérieur ſimple un autre eſt
rempli de l'érudition la plus profonde , érudition
puiſée dans les ſources : iljoint à ſes
talens la rare qualité de les cacher ſans affectation;
les lumieres les plus ſupérieures , &
le caractére le plus aimable s'y trouvent
réunis à un degré ſi éminent & en même
tems ſi égal qu'il eſt impoſſible de décider
lequel des deux ſurpaſſe l'autre.
Ceux dont le commerce fait la principas
MARS 1746. 47
eoccupation , ſont un exemple bien ſenfible
que les lumieres naturelles aidées d'un
ſens exquis & appuyées ſur la probité , ſuffiſent
pour s'acquiter des emplois les plus
conſidérables , finon avec le méme brillant
que donnent les Lettres & la Jurisprudence ,
du moins avec la même ſolidité.
Quelle Compagnie donc mérita mieux ,
M. votre attachement ? Mais auſſi quel fujet
mérita mieux notre eſtime ? Nédans le
ſein de Thémis , les plus célébres Juriſconſultes
ont été vos premiers Auteurs : àun
naturel heureux vous avez joint l'étude la
plus vaſte; les ſciences les plus abſtraites ne
yous ont point empêché de cultiver la belle
Littérature ; ſublime &profond , mais agréable
& enjoue ; chés les autres Sçavans la
ſcience eſt trifte , fombre& rebutante , avec
vous elle eſt aimable , attrayante & gratieuſe
, enfin avec vous Minerve ett couronnéede
fleurs & badine avec les Graces. Extrêmement
choiſi dans vos expreſſions , aufſi
poli dans vos uſages , on n'ajamais mieux
appliqué cette penſée , en diſant que vous
uniflez le ſel & la délicateſſe d'Athénes à
l'urbanité de l'Ancienne Rome ; quel carac
tére plus généreux ! ingénieux à faire naître
lesoccaſions d'obliger vos amis , c'eſt pour
yousune étude ſerieuſe ; ravi quandelles ſe
rencontrent , on vous voit en reſſentir une
48 MERCURE DE FRANCE,
ſatisfaction qui donne un prix infiniaubien
fait. Ces mêmes conférences qué nous recommençons
aujourd'hui en ſont une démonſtration
bien évidente ; elles ne font
utiles qu'à nous , vous n'en recueillez que
des peines & des ſoins : le plaiſir d'inſtruire
wos confreres eſt l'unique prix de vos trawaux.
Nous répondrons fans doute à vos
bontés autant qu'il ſera en notre pouvoir ,
mais ſi nos lumieres ne ſuivent pas vos defirs,
foyez du moins perſuadé , M. que ſi la Nature
a mis des bornes à notre capacité , el
le n'en a point mis ànotre reconnoiffance.
502
EPITRE fur la parcſſe.
CEnſeur de mac'here pareffe ,
Pourquoi viens - tu me réveiller
Au ſein de cette enchantéreſſe
Où j'aime tant à ſommeiller?
Laiſſe moi , Philoſophe auſtére ,
Goûter voluptueuſement
Le doux plaifir de ne rien faire
Etdepenſer tranquillement.
Sur l'Hélicon tu me rappelles ,
Mais taMuſe envainme promet
Le ſecours conſtant de ſes ailes
Pour
MARS 1746. 149
Pour m'élever à ſon ſommet ;
Mon eſprit amoureux des chaines
Que lui préſente le repos ,
Fremit des veilles & des peines
Qui ſuivent le Dieu de Délos .
Veux - tu qu'héritier de la plume
Des Malherbes & des Roufſeaux
Dansmes vers pompeux je rallume
Le feu qui fortde leurs pinceaux?
Ce n'est point à l'humble colombe
Aſuivre l'aigle dans les Cieux ;
Sous les grands travaux je ſuccombe ;
Les Jeux & les Ris font mes Dieux.
Peut-être d'une voix légere
Entre l'Amour & les Buveurs
J'aurois pû vanter à Glycére
Etmes lauriers & fes faveurs :
Mais la Fare , la Sabliere
Ont cueilli les plus belles fleurs ,
Et n'ont laiffé dans leur cariere
Que des Narcifſes ſans couleurs.
Pour éternifer fa mémoire
On perd les momens les plus doux;
Pourquoi chercher ſi loin la Gloire ?
Le plaifir eſt ſi près denous .
Dites - moi , manes des Corneilles ,
Vous , qui par des Vers immortels
Des Dieux égalez les merveiles ,
C
10 MERCURE DE FRANCE.
Et leur diſputez les Autels ;
Cette Couronne toujours verte
Qui pare vos fronts triomphans ,
Vous venge-t-elle de la perte
Devos amours , de vos beaux ans ?
Non : vos chants , triſte Melpomene ;
Ne troubleront point mes loiſirs ,
Lagloire ne vaut pas la peine
Quej'abandonne les plaiſirs .
Cen'est pas que froid Quiétifte ,
Mes yeux fermés par le repos
Languiſſent dans une nuit trifte
Qui n'a pour fleurs que despavots .
Occupé de riants mensonges ,
L'Amour interrompt mon ſommeil ;
Je paſſe de ſonges en ſonges ;
Du repos je vole au réveil :
Quelque fois pour Eléonore ,
Oubliant fon oiſiveté
Majeune muſe touche encore
UnLuth que l'amour a monté ,
Mais elle abandonne la Lyre
Dès qu'elle eſt près deſe laffer ;
Car enfin , que ſert-il d'écrire?
N'est - ce pas affés de penſer ?
MARS 1746.
EPITRE de M. V.
AMi charmant , la Nature
Mit en toi l'impreſſion
Decette morale pure ,
Dont là leçon la plus ſûre
Eſt ſans régle , ſans meſure ,
De ſuivre l'impulſion
Du penchant qui nous affûre
La douce poſſeſſion
Des plaiſirs dont Epicure
Veutque la ſimple piquûre
Tienne lieu de paſſion.
Denos goûts ſuivre la pente
Eſt le chemin du bonheur ,
Mais autant paroît charmante
Cette Nayade brillante
Dont l'eau baigne chaque fleur ,
Des lieux où ſon cours ſerpente
Et s'égareavec lenteur ;
Autant lacourſe terrible
De ce torrent furieux
Change en un déſert horrible ,
Et détruit les plus beaux lieux,
Tel que la fragile antenne
2
Cij
52 MERCURE DE FRANCE,
D'un vaiſſeau , jouet des vents ,
Qui ſur la mer Caſpienne
Tremble , fléchit , ſe raméne
Sous l'effort des ouragans ;
L'homme ſe connoît à peine
Que cent leures déçevants
Livrent ſon ame incertaine
Ades maîtres differens :
Ici labeauté d'Hélene
Exige ſonjuſte encens ;
Là le verre de Siléne
Veut l'empire de ſes ſens ;
Plus loin la voix des parents ,
L'exemple , excuſe trop vaine ,
Veut qu'étant né ſur la ſcéne
Des eſclaves nommésGrands ,
Comme eux il porte la chaîne ,
En pliant qu'il ſe ſoutienne ,
Qu'il flechiſſe à tous les vents,
S'il ſe roidit , l'un l'entraine ,
Sans doute & le plus fort chénę
Craint la rage des autans ,
Qu'il écoute la Siréne
Sans donner dans les briſans.
Un jour à l'autre ſuccede ;
Le paſſé fuit ſans reméde
Et ne ſçauroit revenir ;
Del'inſtant qui leprécede
!
MARS 1746 . 35
L'inftant n'a qu'un ſouvenir :
LeDeſtin à qui tout céde
Eft maître de l'avenir ,
Pourquoi donc le prévenir ?
Le bien ſeul que l'on poffede
Eft un bien , mais va finir .
Qu'est - ce done que notre vie ?
Quefaiſons - nous dans ces lieux ?
L'ambition eft manie ,
Appas brillant , ſpécieux :
Bien fou qui lui facrifie
Des plaiſirs délicieux.
Crains cette fatale envie.
Tantôt aux pieds de Silvie
Lis tesſuccèsdans ſes yeux ,
Puis d'une douce harmonie
Entends les fons gracieux.
Tantôt ſuivant ton génie ,
:
D'Euterpe & de Polymnie
Cherche les dons précieux ;
Auplaifir tout te convie ,
:
1
Là l'émail de laprairie
Et les merveilles des Cieux ,
Ici la folle induſtrie
De l'homme né ſoucieux,
Enfin ta courſe finie
Tu fortiras de la vie
Ciⅱ)
34 MERCURE DE FRANCE.
Pour voler au ſeindes Dieux.
La fleur qu'enferme ce vaſe
N'aqu'un des jours du Printems ;
Tout s'ébranle , tout s'écrafe
Sous les coups affreux du tems.
Sa main des bouches du Phaſe
Comble lesdégorgemens ,
Etdes rochesdu Caucafe
Il mine les fondemens ;
Il n'est pas juſqu'à Pégaze
Quejeſens battre des flancs.
Ainſi tout doit nous inſtruire ,
Quenosmomens fontbien courts ;
Peut- être pourrois - tu dire
Que lejour qui vient te luire
Eft unde tes derniers jours.
Suisdonc legoût que t'inſpire
Un agréable délire;
Suis, emprunte ſon ſecours ,
Tantôt touchant cette lyre
Digne d'attendrir les ours ,
Tantôt aux pieds de Thémire
Sacrifiant aux Amours,
Mais oùm'emporte monzéle ?
Vole, c'eſt trop t'arrêter ,
MARS 1746. 55
Quand le plaiſir nous appelle
Eft il tems de differter ?
Moi d'ailleurs que rien ne touche ,
J'oſe célébrer les Ris ,
Et porter un oeil farouche
Sur le Temple de Cypris ;
Sans doute je ſens les charmes
Et ladouceurdes plaiſirs ,
Mais plein de juſtes allarmes
Je crains de donner des armes
Ad'impétueux deſirs.
La paiſible indifference
Contre leur folle impuiſſance
M'offrant la tranquillité ,
Je ſçais dans l'indépendance
Trouver ma félicité ;
Pour toi que le Ciel fit naître
Moins extrême&plus heureux ,
Pourfuis , tu n'as point de maître
Ni de penchant dangereux.
C iiij
56 MERCURE DE FRANCE.
OBSERVATIONS de M. Bruhier
Docteur en Medecine fur la réponſe placée
immédiatement aprèssa lettre, où il examine
fi la circulation peut s'arrêter ſans exclure
tout retour à la vie , inferée p. 337 du tom.
X. des Jugemens fur quelques Ouvrages
par M. l'Abbé Desfontaines.
Ll'éloignement
A mort de M. l'Abbé Desfontaines , &
deM. Bertin , qu'on peut
regarder comme le véritable Auteur de la
réponſe à ma lettre , m'ont laiſſe longtems
dans l'incertitude ſi je laiſſerois ou non cette
réponſe ſans replique. Mais la queſtion que
j'ai traitée eſt trop curieuſe , & même trop
intéreſſante à la Société pour négliger d'y
répandre un nouveau jour.
Les objections de M. Bertin tirent leur
principale force de ce qu'elles ne combattent
qu'une partie des exemples que j'ai rapportés
dans ma Differtation sur l'incertitude des
fignes de la mort , pour prouver que la
circulation peut s'arrêter fans exclure tout
retour à la vie. L'exemple conſtant , malgré
l'incredulité de M. l'Abbé Desfontaines ,
d'une infinité d'oiſeaux qui ſont pendant
des mois entiers dans un état de mort
MARS 1746.. 57
apparente ; celui d'un chat gelé ,reſſuſcité
par la chaleur du fumier , qu'on peut voir à
la p. 302 de la ſeconde partie ; enfin celui
d'une fille trouvée avec toutes les apparences
de la mort ſept jours après qu'elle fe
fut éclipſée de la maiſon de ſes parens , &
qu'on trouvera àla p. 147 de la même partie
, ſont des preuves victorieuſes auſquelles
M. Bertin ne répond pas ; il est vrai qu'il
n'étoit pas en quelque maniere obligé de le
faire puiſqu'il n'avoit deſſein de critiquer
que ma lettre & non pas mon ouvrage.
Laiflons donc ces preuves à part , & voyons
ſi les critiques qu'il fait de celles que renferme
ma lettre ſont au-deſſus dela replique.
On m'objecte que dans les pendus & les
noyés la circulation peut se continuer par
le moyen du trou ovale & du canal artériel ,
qui eſt le ſeul que reconnoifle M. Senac dans
ſa Phyfiologie pour entrenir la circulation &
la vie dans un homme qui eſt longtems dans
l'eau fans mourir .
Je ſuis plus à portée que bien d'autres de
connoître le merite de M. Senac , mais fon
autorité & celle des grands hommes qu'on
pourroit m'oppofer feront en pure perte
juſqu'à ce qu'ils ayent traité ex profeſſo la
méme queſtion que moi , & qu'ils ayent
donné des raiſons folides pour prouver qu'il
n'y apoint de force dans la Nature qui puiffe
Cy
38 MERCURE DE FRANCE.
remettre le ſang en mouvement quand i
s'eſt arrêté pendant quelque tems. Les plus
grands génies n'enviſagent pas tous les
objets. Qui a dit à M. Bertin que M. Senac
me ſeroit oppoſé s'il entroit dans l'examen
dema queſtion ?
Je ſçais qu'il y a des exemples que le
trou ovale s'eſt trouvé ouvert ; M. Winflow
qui a diſſequé un nombre conſidérable de
fujets , l'a trouvé quelquefois : c'eſt ainſi qu'il
me l'a dit lui - même : j'ajoûte qu'il réſulte
des obſervations que cite M. Bertin pour
prouver cette vérité , une preuve concluante
que c'eſtunerareté. Remarque-ton comme
finguliere une choſe qui ſeroit auſſi commune
qu'il ſemble l'infinuer ? Quant à M.
Morgagni qui a trouvé le trou ovale ouvert
dans ſept ſujets de dix- ſept; il faut convenir
que cette obſervation eſt très-remarquable .
Mais , pour qu'on n'en conclue pas qu'ily
apreſque lamoitié des adultes où le même
phénoméne ſe rencontre , j'oppoſerai à M.
Morgagni M. Cheſelden qui prétend qu'il
ne l'eſt jamais dans l'adulte , pas même dans
les animaux amphibies ; d'où il ſuit pour le
moins que ce célébre Anatomiſte Anglois
ne l'a jamais trouvé ; car on ne peut douter
qu'il ne l'ait cherché. La difference des climats
qu'habitent ces deux Anatomiſtes in-
Aucroit-elle ſur celle de leurs obſervations ?
MARS 1746. 59
C'eſt ce que les diſſections ſeules peuvent
nous apprendre.
Mais quand le trou ovale ſeroit ouvert
dans tous les adultes ,la circulation pourroitelle
s'entretenir par fon moyen ? M. Cheſelden
prétend que non , & qu'il ne pourroit
leur être du même uſage qu'au fætus, ( V. fur
ce ſujet ce que jedis p. 211. & fuiv. de la
premiere partie de ma Differtation ) à moins
que le canal artériel ne le fut auifi ; & cette
propoſition n'eſt pas dénuée de raiſon : car
ſi la circulation pouvoit ſe faire dans les
amphibies par le moyen du trou ovale ſeul, il
s'enfuivroit qu'ils ne pourroient jamais ſe
noyer , ce qui eſt contraire à l'expérience
& à l'obſervation que je rapporte part. II.
p. 156d'un caſtor qui avoit été noyé. Pourquoi
donc les amphibies ſe noyent- ils ?
C'eſt parce que , bien que le trou ovale foit
encore ouvert chés eux, du moins je le
ſuppoſe, lepaſſage duſang étant interrompu
dans les poumons par rapport à la rarefaction
de l'air qui y eſt contenu , & le canal
arteriel ſe trouvant oudégéneré en ligament,
ou dans une direction qui empêche le
fang d'y entrer aisément, cette liqueur
regorge dans la veine cave & dans tous les
vaiſſeaux veineux, ce qui produit l'engorgement
de ceux du cerveau, & l'apoplexie que
je regarde comme cauſe de la mort des
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE.
pendus & des noyés. Donc, quoique le
trou ovale foit ouvert , on n'eſt point à l'abri
de la fuffocation par l'eau ou par la corde ,
ſi le canal arteriel ne reprend en même
tems ſes fonctions , ce qui ne peut ſe faire
aifément. Je n'examine pas ſi ces deux paffages,
étant libres , il n'y auroit pas encore lieu
a la fuffocation. J'ai cité part. I. p. 162 &
ſuiv. des obſervations qui prouvent qu'il eſt
plusdifficile de ſuffoquer un animal qui n'a
point reſpiré , maisen creuſant le raiſonnement
que je viens de faire , on verra que
malgré le ſecours de ces paſſages la fuffocation
eſt inévitable , bien que plus tard.
Suivons la doctrine deM. Bertin ſur l'uſage
&l'effet du canal arteriel.
Son diametre , dit- il , eſt à peu près égal
au diamétre total des deux artéres pulmonaires
; d'où il conclud que dans le fæoetus il
doit paffer par le poumon, ſans le ſecours de
la reſpiration , une quantité de ſangqui doit
être en raiſon du diamétre de ces deux
artéres.
Je ſuis fort éloigné d'admettre cette
conféquence , & voici comme je raiſonne.
Il devoit arriver un tems où le canal artériel
ceſſeroit affés bruſquement de ſervir à la
circulation . LAuteur de la Nature n'a donc
pointdû attendre que ce tems fut venu pour
préparer les vaiſſeaux qui doivent remplir
MARS 1746. 61
les fonctions du canal artériel. Il étoit donc
néceſſaire que les artéres pulmonaires euſſent
un diamétre capable de laiſſer paſſer librement
le ſang. Mais il ne s'enfuit pas de cette
diſpoſition des vaiſſeaux que le ſang qui
entre dans les artéres pulmonaires ſoit égal
en quantité à celui qui paſſe par le canal
artériel. Comme le ſang ne ſe détourne vers
ce canal que par rapport à l'obstacle que fait
à ſa circulation l'affaiſſement des poumons ,
je concluds de cette proportion entre le
canal artériel & les artéres pulmonaires qu'il
ne paſſe dans le poumon que l'excès du ſang
qui ne peut paſſer par le canal artériel ; or
cet excès doit étre fort petit , ſuivant les
proportions admiſes par M. Bertin même :
&qui en doutera , s'il fait réflexion à la difpoſition
des poumons du foetus ?
Je ne réponds aux objections de M.
Bertin que pour ne pas laiſſer croire qu'elles
font déciſives contre ma propoſition; car
au fond que me fait tout fon étalage de
Phyſiologie ? La meilleure partie des noyés
& des pendus dont je parle , ainſi que les
ſujets de pluſieurs autres obſervations que
je rapporte , ne donnoient plus de ſignes
de vie ; ils n'avoient ni pouls ni reſpiration.
L'érudition de M., Bertin eſt donc en pure
perte , car il y auroit au moins une pulſation
dans ceux chés qui la circulation le conti-
!
62 MERCURE DE FRANCE.
nueroit par le moyen du trou ovale & du
canal artériel ou de l'un des deux.
Venons auxphénoménes de la ſuffocation
par l'eau & la corde ſur leſquels M. Berrin
n'eſt point d'accord avec moi.
- Il ne s'eſt point , dit- il, apperçû en
-ouvrant la trachée artére des chiens qu'il
>> a noyés , opération qu'il a toujours faite ,
>> que leur poitrine ſe fut ſenſiblement affaiffée
, ni que l'air en fut forti avec bruit.
Comment ſe ſeroit- il apperçû de l'affaifſement
de la poitrine , s'il n'a pas remarqué
qu'elle étoit élevée? Or qu'il en ſoit ainfi c'eſt
ce qui eſt évident puiſquil ne regarde pas
ſon élévation comine un ſigne inſéparable
de la fuffocation. S'il n'a pas auſſi remarqué
que l'air fortoit avec bruit par l'ouverture
de la trachée artére , cela peut venir du tems
où il l'a ouverte , ou de la maniéredont cette
inciſion a été faite. D'ailleurs fi M. Bertin
ne cherchoit pas la cauſe de la dilatation
forcée de la poitrine , ni à vérifier ce quedit
Becker de la fortie de l'air avec bruit ; il eſt
très aiféde concevoir comment cette dilatation&
le fifflement de l'air lui auront échappé.
Occupés de l'objet de leurs recherches ,
les obſervateurs ne voient ſouvent que ce qui
ya rapport. J'ai trouvé des preuves de l'incertitude
des ſignes de la mort dans des
ouvrages qui ſont depuis très-long tems entre
MARS 1746. 63
les mains de tout le monde & où perſonne
ne les avoit apperçus .
ود
>> Mais , dit M. Bertin , il ſe peut faire
>> que vos noyés& vos pendus ayent perdu
→la reſpiration dans le tems de l'inſpiration :
alors la corde, & l'irritation cauſée par l'eau
>>s'oppoſant à la fortie de l'air , les côtes
>> ont dû reſter élevées , le poumon rempli
>> d'air , & cet air a dû fortir avec bruit par
l'ouverture de la trachée artére. Mais il
»n'en doit pas être de même ſi l'animal s'eſt
>>noyé dans le tems de l'expiration , car la
دد
دد
2
chaleur douce du corps humain ne peut
affés raréfier le peu d'air qui reſte alors
dans la poitrine pour la tenir dans l'état
d'une inſpiration violente.
Je réponds que mes noyés& mes pendus
nedifferent pas de tous les autres. Il n'y en
a aucun de ceux que j'ai vus , hommes ou
animaux , où ce phénoméne ne ſe ſoit
remarqué. Qu'on ouvre tous les Auteurs qui
parlent des noyés , tous parlent du gonflementde
la poitrine& du bas - ventre ; c'eft
lui qui eſt cauſe de l'erreur populaire qui
attribue la fuffocation par l'eau à la quantité
de ce ſiquide qui remplit ces cavités. Croirons-
nous que tous les noyés dont on a
parlé depuis qu'on a écrit ayent perdu l'uſagede
la reſpiration dans le tems de l'inſpiration
? Croirons - nous que ceux de M.
64 MERCURE DE FRANCE.
Bertin ayent eu le privilége de le perdre dans
le tems de l'expiration ?
Mais pour que la poitrine s'éléve il eſt
fort indifferent que la reſpiration ait été
interceptée dans le tems de l'inſpiration :
auſſi n'ai -je eû garde d'adopter la doctrine
de M. Detharding , qui , perfuadé de l'univerſalité
de ce phénoméne dans les noyés ,
l'attribue à la crainte qui cauſe toujoursune
inſpiration violente. Je ſçais le contraire par
ma propre expérience. J'ai penſé me noyer,
& je me fouviens d'avoir expiré pluſieurs
fois. Aufſi n'ai-je pas donné l'air comme
cauſe de l'élévation de la poitrine , mais
Bien ſa dilatation comme eauſe de l'obstacle
que le fang trouve à ſa circulation dans ce
vifcére. Je ſens qu'il faut qu'il y ait une caufe
qui tienne la poitrine dans l'état d'inſpiration;
j'aurois pu donner des conjectures ,
peut- être même atteindre au but , mais j'ai
mieux aimé garder le filence juſqu'à ce que
j'eufle eû les occafions d'éclaircir cettematiére
par des obſervations. Mais de ce que je
n'ai point découvert la cauſe qui tient la
poitrine dans l'état d'inſpiration , qu'en
peut-on conclure contre ce que je dis de
l'effet de la raréfaction du ſang ? Peut - on
conclure qu'elle ne fait pas un obſtacle au
paffage du ſang dans les poumons ? C'eſt
pourtant tout ce dont j'ai besoin pour
-
MARS 1746 . 65
prouver que l'arreſt du ſang eſt la cauſe
premiere de la ſuffocation par l'eau ou la
corde. Or cette propoſition établie , & la
ſeconde , que ces ſuffocations ne ſont pas
eſſentiellement mortelles l'étant auſſi ,
peut on douter que la circulation ne puiſſe
ceffer pendant quelque tems ſans exclure
tout retour à la vie ?
VERS à Mile. Jarente de Senas fur un
mal d'yeux qu'elle avoit eû , & dont elle
a été guerie par M. Thomatis habile Chi
rurgien.
VEnus un jour voyant Thémire
Qui l'effaçoit par ſes atraits ,
Prends, dit-elle à l'Amour, prens vîte un de tes
traits ;
Sans toi c'eſt fait de mon empire :
Seconde ma juſte fureur,
Ailons Cupidon , prends les armes ,
Tire fur ces beaux yeux ſi remplis de douceur
Ah! qu'ils m'ont fait verſer de larmes !
Tire mieux que jadis tu ne fis ſur ſon coeur.
Le Dieu malin ſur la prunelle
De l'un des yeux de cette belle
66 MERCURE DE FRANCE.
1
Décochant un trait inhumain ,
Montra devant Venus une adreſſe nouvelle.
Conſolez vous , dit-il , Maman ; votre mortelle
Verra bien-tôt diſparoître l'eſſain
Des amans malheureux qui ſoupirent pour elle.
Fils de Venus , tu te flattois en vain ;
Un Dieu puiffant & falutaire ,
Apollon , ſe moqua de l'enfant deCythere.
Vers la belle à l'inſtant vint un ſçavant mortel ,
(C'eſt l'heureux Thomatis, que Phébus fit inſtruire.)
Eclairépar le Dieu qui brille dans le Ciel ,
Il rend tout fon éclat au bel oeil de Thérmire ,
Et cauſant à Venus les plus vives douleurs ,
De ſes yeux obſcurcis il fait couler des pleurs.
ParM. Ricaud de Marseille.
SONNET en bouts rimés fur le même
fujer.
Nbonnes mains, Philis, le fort a mis ton eil, E
Bien tôt tu mangeras & jambon & Sauciffe.
Ta porte te verra badiner ſur le feuil
Plus belle que ne fut autrefois Berenice.
Par leur art inhumain des Docteurs pleins d'orgueil
Te préparoient le fort qu'eût maint ſoldat àNice:
MARS 1746.
67
Bienplus extravagans 'que ne l'eſt l'
Ils vouloient t'immoler ainſi qu'une
Ecureuil
,
Geniffe
Tu connus par bonheur le ſçavant
11 gueriroit lui ſeul & Rome &
Aux maux les plus cruels il donne l'
Heureux le Piémontois qui pour nous l'a
Philis , fais lui manger d'excellente
Puiſqu'il te fait manger & Panade &
Parle même.
Thomati;
Frefcati;
eftrapade.
bâti !
Panade
Rôti.
PROJET POUR L'ETABLISSEMENT
d'Ecoles gratuites de Deffein.
LE tems de l'éduc
E tems de l'éducation des pauvres en
&des gens du Tiers
Etat s'étend ordinairement depuis l'âge
de 4 à 5 ans juſqu'à celui de 19 ou 20;
ce qui comprend 15 années , dont le tiers
eſt ſouvent enpure perte pour eux. Cetems
ſemble donc être partagé en 3 parties égales
dont la premiere eſt ſagement employée à
leur apprendre les élémens de la Religion ,
à lire & à écrire. La deuxième eſt preſque
88 MERCURE DE FRANCE.
--
toujours un tems perdu , un eſpace vuide
qui les accoûtume au libertinage & à la
fainéantiſe , & qui n'eſt que trop ſouvent la
cauſe de leur perte. Et la troiſieme enfin ,
eſt le tems que la prudence humaine veut
que l'on donne à leur faire apprendre un
métier.
C'eſt en refléchiſſant ſur les conféquences
du déplorable vuide de la deuxièmede
ces trois parties , que j'ai formé le projet
d'établiſſement d'Ecoles gratuites ; & c'eſt ce
tems perdu que je voudrois leur faire employer
utilement dans ces Ecoles. J'ai encore
intentionde faire enſorte que l'on mette
ces enfans dans les talens propres à leur gé
nie , & qu'on leur faſſe choix dorénavant
des profeſſions pour leſquelles ils auroient
du goût & des diſpoſitions. En effet au
moyen de ces Ecoles on ſeroit à portée
depreſſentir à quoi leur génie les porteroit :
on ſe feroit une loide les exercer avec ſoin
dans la partie du Deſſein convenable au
talent pour lequel on leur connoîtroit du
penchant , & conféquemment ils deviendroient
fûrement d'habiles ouvriers.
On conviendra de cette vérité ſi l'on
veut faire attention'que tous les enfans à qui
les parens ont pu procurer cette forte d'éducation
avant que de les mettre en apprentiſſage
, ſont tous devenus d'habiles ouvriers
MARS 1746.
L
& ont laiſſé bien en arriére leurs concurrens
qui ont eu le malheur d'être privés de ce
ſecours. En effet à quoi le Deſſein ne conduit-
il pas ? Un ouvrier , de quelque profeſſion
qu'il puiſſe être , retire du Deſſein
un ſecours infini. Le Deſſein forme le goût
pour tous les ouvrages; il produit la fécondité
de l'imagination , & donne la facilité
de l'exécution ; il éléve l'ouvrier au-deſſus
de ſon état ; rien ne l'arréte ; rien ne lui
paroît difficile ; il conçoit , il enfante de
nouveaux projets & les améne à une heureuſe
exécution. Il rend le Maçon habile à
exécuter les projets de l'Architecte ; il donne
au Tailleur de pierre l'art d'operer toutes
les differentes coupes avec ſûreté. Le Charpentier
en abeſoin dans toutesſes opérations;
il eſt urile au Menuifier pour la décora ,
tion d'une alcove , d'une conſole , d'un panneau
, d'un lambris , d'un chambranle &c.
Sans lui un Serrurier ne peut former avec
goût une grille , un ſupport , un balcon ,
ni aucun ouvrage qui le puiſſe diftinguer.
C'eſt enfin au Deffein que nous devons ces
riches & rares ouvrages d'orfévrerie, qui font
la decoration de nos Temples , & l'ornement
de nos buffets. Il rend l'Horloger
adroit & induſtrieux : il décide le Tabletier ,
l'Ebéniſte & le Metteur en oeuvre : il donne
le goût & l'imagination au Tapiffier pour
70 MERCURE DEFRANCE,
l'ordonnance , la décoration & le choix des
belles formes des meubles. Il guide fûrement
les Galonniers , les Cartiſanniers& les
Fabriquans d'Etoffes de quelque nature
qu'elles ſoient , en leur faiſant imaginer ce
bon & ce nouveau goût , qui eſt toujours
ſi bien reçû de toutes les Nations. Je dis
plus : le ſimple Soldat qui aura été élevé
dans les principes du Deſſein ,&dans quelques
préceptes de Géométrie , peut s'éle
vant au deſſus de ſon état, devenir un ſujet
utile , un homme important , un Ingénieur
habile & capable de rendre de ſignalés fervices
dans les glorieuſes & toujours juſtes
&heureuſes entrepriſes de notre augufte
Monarque , toujours aimé , toujours grand ,
toujours victorieux.
Cette nouvelle forte d'éducation propoſée
pour la jeuneſſe fourniroit néceſſaire_
ment de bons Apprentifs qui deviendroient
utiles à leurs Maîtres par le profit qu'ils
tireroient des ouvrages de ces induſtrieux
enfans , & ne les employant uniquement
qu'à leur travail , ils en feroient d'excellens
ouvriers , chacun dans leur profeſſion. De
plus , la nouveauté des modes qu'ils inventeroient
, jointe à l'excellence du travail ,
feroit eftimer & rechercher leurs ouvrages
tant au dedans qu'au dehors du Royaume,
ce qui rendroit le commerceplus ſtoriſſant.
1
MARS 1746. 71
Les Sçavans même tireroient de l'intelligence
de ces ouvriers un ſecours qui
tendroit à la perfection des Sciences & des
Arts. Dans combien de nouvelles & utiles
inventions ne ſe ſont ils pas trouvés arrêtés ,
faute de rencontrer la main ſécourable &
habile d'un ouvrier capable d'entendre &
d'exécuter ce qu'ils avoient conçu ? Mille
exemples nous prouvent cette vérité , & le
publicſe trouve privé d'une infinité de nouvelles&
précieuſes découvertes que le Phyficien
ou autre , dégouté par cet obſtacle ,
ne ſe donne plus la peine de ſuivre.
Loinque ces jeunes éleves puiſſent nuire
à ceux qui n'auront point eu la même éducation
, je prétends au contraire qu'ils en
retireront de très -grands avantages , puifque
ces premiers leur fourniſſant une quantité
d'excellens modéles à imiter , cette imitation
pourra leur faire abandonner cette
miſérable routine de travail , qui n'étant
foutenue d'aucun principe , ne peut produire
que du bas & du rampant , ou tout
au plus que des choſes fort médiocres.
Le genre de Deſſein que l'on ſe propoſe
d'enſeigner dans ces Ecoles , quoiqu'égal en
principes à celui que montrent les plus
grands Maîtresde cet Art , ſera néanmoins
d'une eſpéce differente de celui que l'on
enſeigne dans nos célébres Académies , puif
72 MERCURE DE FRANCE.
qu'il ne ſera queſtion que d'y préparer &
&d'y élever d'excellens ſujets pour former
de bons ouvriers en tout genre. Les leçons
feront donc un compoſé de figures humaines
, d'ornemens , de plans , de profils , d'élévations
d'Architecture , de figures géométriques
&c. toutes choſes qu'on n'enfeigne
pas toutes enſemble dans nos Académies.
De plus , les pauvres enfans dont eſt
queſtion ne ſont pas des ſujets pour les
Académies, puiſqu'avant que d'y être admis ,
il faut être ſuffisamment inſtruit& néceſſairement
avoir étudié le Deſſein ſous quelque
excellent Maître pendant pluſieurs années ,
juſqu'à ce qu'enfin l'éléve ſoit jugé capable
de deſſiner d'après le naturel.
Je crois avoir ſuffisamment fait connoître
l'utilité de cet établiſſement , & combien
il devient une ſuite néceſſaire des
charitables foins que l'on ſe donne pour enſeigner
gratuitement ces pauvres enfans , qui
s'ennuyant pour l'ordinaire des premiers
exercices des Ecoles de charité , les quittent
d'eux-mêmes à ou to ans , ce qui a donné
lieu de penſer qu'il ſeroit à propos pour
achever la bonne oeuvre déja commencée ,
de les occuper à une autre étude qui lour
ſeroit plus utile plus agréable & qui
leur feroit paſſer s ans avec rapidité
; & par cette continuité d'exercice , ils
feroient
,
!
MARS 1746.
73
ſeroient hors de danger de contracter de
mauvaiſes habitudes que l'âge fortifie en
eux, qu'ils ſe communiquent les uns aux
autres , ce qui trop ſouvent , comme je l'ai
déja dit , les conduit à leur perte totale &
au malheur du public.
Tout concourt donc à démontrer l'utilité
de cette charitable entrepriſe. Combien
l'Etat & chaque particulier y trouveroit
d'avantages ? combien on éviteroit de défordres,&
combien enfin on retireroit d'ex.
cellens fruits de ces ſtériles & malheureuſes
plantes , qui ne produiront rien de bon
juſqu'à cet heureux établiſſement. Alors les
Communautés compoſées d'excellens ouvriers
feroient plus opulentes & fourniroient
plus abondamment aux beſoins de
l'Etat. Cet établiſſement opéreroit auſſi la
décharge des Paroiſſes & des Hôpitaux.
Enfin on n'en peut attendre que de très-
-grands avantages ſans aucun inconvénient.
Le Sieur Ferrand de Monthelon , ancien
Ajoint & Profeſſeur de l'Académie de Peinture
offre à ceux qui voudront faire cet
établiſſement , ſoit à Paris ou en Province ,
fon travail & quantitéde choſes propres aux
inſtructions que l'on y donnera. Il demeure
à Paris à l'entrée de la rue Sainte Croix de
La Bretonnerie ,du côté de la rue Saint Merri ,
D
74 MERCURE DE FRANCE,
chés M. le Sage. M. Ferrand ne recevra au
cune lettre par la poſte qu'elle ne foit af
franchie.
COPIE D'UNE LETTRE DU
R. P. C. J. au sujet du Projet d'établiſſement
d'Ecoles gratuites de Deffein.
J
'Ai lu & relu , Monfieur , votre projet
avec beaucoup d'attention , &je l'ai trouvé
d'une vérité & d'une bonté toutes fimples&
faciles , comme ſont lesbons projets,
Les gens aiſés font la dépenſe de donner
des Maîtres à lire & écrire à leurs enfans ,
&comme il est bon de ſçavoir lire& écrire,
&que tout le monde n'a pas le moyende
faire la dépenſe de ces Maîtres ,les perfor..
nes charitables yont pourvû par l'établiffement
des Ecoles de charité. Le Deſſein eſt
une bonne choſe à apprendre. Les gens
aiſés en font la dépenſe ,parmi les Artiſans
même. Il eſt donc tout naturel quedes perſonnes
charitables y ſupleent pour beaucoup
de pauvres ouvriers , qui n'ont pas le
moyen d'avoir des Maîtres. On voit même
tous les jours que des gens riches & ver
MARS 1746.75
tueux donnent des Maîtres de Deſſein à de
jeunes fils d'Artiſans , qui ne ſont pas en
état de le faire eux-mêmes. 11 ſuffit de faire
obſerver aux perſonnes riches, qui aiment
à conſacrer leur fuperflu à de bonnes ceuvres
, que le Deſſein eſt en quelque forte
plus néceſſaire aux ouvriers , & à mille forte
d'ouvriers que la lecture & j'écriture. On
peut être habile Menuifier , Charpentier ,
Ébéniſte &c . fans ſçavoir lire & écrire , mais
non ſans ſçavoir deſſiner. Mille ouvriers
reſtent dans la ſphére la plus baſſe de leurs
talens , qui s'éleveroient au plus haut point ,
perfectionneroient leur Art & feroient honneur
à la Nation , s'ils ſçavoient deſſiner.
Je parle pour en avoir vû de ceux- là. Spécialement
les François ſont nés pour le Defſein.
Le goût des modes & des ornemens
qui leur eſt propre , eſt un goût de Deſſein
Or ce goût des modes que les gens de mauvaiſe
humeur critiquent , fait un honneur
infini & apporte un gain confidérable à la
France. Aujourd'hui nos modes regnent par
tout. Ce goût nous attire une infinité d'étrangers,
Anglois,Allemands &c.Nos bijoux , nos
bagatelles , nos modes en étoffes , en habits ,
en coëffures , en toutes choſes d'uſage , nous
font rentrer un argent infini. Les Anglois
s'y ruinent. Ils jurent , ils peſtent contre les
modes Françoiſes, N'en ſoyons pas lesdupes.
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
Ils jurentquand ils s'y ſont ruinés , ou quand
ils ſe voyent forcésde s'y ruiner. Un Auteur
Anglois a rempli un livre d'invectives contre
la France. Il le conclud en diſant que la
France eſt un jardin délicieux , où ils vont
diſſiper en une année tout ce qu'ils ont
gagné en bien des années par le commerce.
Il n'y a que les Hollandois qui tiennent bon
pour la fimplicité toute nue du vieux tems
contre nos modes & nos deſſeins. Ils commencent
pourtant à y donner. L'étranger
qui traverſe avec de l'argent les atteliers de
Paris , où l'on étale nos ingénieuſes baga.
telles , ne peut pas tenir contre tous ces
petits contours , ces cizelures , ces configurations,
ces tournures de tabatiéres , d'étuis ,
de ceci& de celà , qu'on leur étale de toutęs
parts comme autant de filets ou de filous
, qui leur eſcamotent juſqu'à leur dernjer
ſou. Nos Serruriers font des ouvrages
recherchés du Portugal , de l'Eſpagne , de
l'Italie &c. Si les ouvriers de Paris ſçavoient
communément le Deffein , non ſeulement
les garçons , mais les filles même , on y
porteroit les Arts & les Métiers à des perfecrions
, dont les François ſont ſeuls capables.
Vous dites vrai , qu'après avoir été
aux Ecoles de charité , juſqu'à l'âge de
à 10 ans , les parens font embarraſſes des
enfans juſqu'à l'âge de 15 ou 18. La Po
MARS 1746. ラブ
lice même en eſt embarraſſée , & l'on a vů
ces derniéres années de triſtes exemples
des crimes précoces , où une demi enfan
ce négligée peut porter tous ces petits va
gabons , joueurs &jureurs de Paris , & combien
il feroit important de continuer l'édu
cation ſous des Maîtres juſqu'à un âge plus
avancé. En général l'éducation en France
eſt bonne en ſoi , mais trop courte, & la
meilleure éducation devient inutile , même
pernicieuſe , lorſqu'elle ne va pas juſqu'au
bout. Il n'eſt pire corruption que celle des
bonnes choſes. Un enfant qui n'a fait que
des demi études , eſt ordinairement plus
méchant que celui qui n'a pas étudié du
tout. Il eſt plus alerte , plus hardi , plus intelligent
pour le mal. Il n'y a que les habitudes
qui ſoient efficaces chés les hommes.
Apprendre , n'eſt rien. C'eſt l'habitude
de ſçavoir qui fait le ſçavant en tout genre,
L'éducation plie. Ce n'eſt que l'habitude
d'être plié qui décide du pli. Un reffort
plié n'acquiert de la vivacité que pour s'élancer
enſens contraire , ſi àla longue il ne
contracte l'habitude d'être plié dans le ſens
où on l'a mis. L'eſſentiel de l'homme eſt d'être
honnête homme , fage , circonfpect , vertueux
citoyen. Non ſeulement des Ecoles de
Deſſein formeront d'habiles ouvriers , mais
en tenant plus long-tems les enfans ſous des
Dij
78 MERCURE DE FRANCE.
Maîtres , ſous ladiſcipline , ſous la férule , ils
en deviendront plus murs, plus ſages , plus
honnêtes gens , plus citoyens. On ne ſcauroit
trop prolonger les éducations , & perſectionner
les enfans dans divers Arts , ſciences&
c. , n'eut-on que le deſlein de les ren -
dre de bons citoyens , de bons maris , de
bons enfans , de bons peres de famille , de
bons ſujets du Roi. Car un enfant qui a
des Maîtres , eſt toujours plus rangé , plus
timide , plus modefte. Un enfant qui fort
dechés les Maîtres, ſe regarde comme émancipépour
l'eſprit, pour le coeur, pour le mal.
Unepareille émancipation eſt contre toutes
les loix. Je ſuis &c.
TRADUCTION d'une Ode d'Horace
en Dialogue : Donec gratus eram tibi.
DAPHNIS.
LOrſque tesyeuxſembloient me dire ,
Philis , que tu n'aimois que moi ,
Plus heureux que le plus grand Roi ,
J'aimois mieux ton coeur qu'un Empire.
MARS 1746. 79
PHILIS .
Daphnis , quandtes ſoins pleinsd'ardeur
M'affûroient d'un retour fidéle ,
Je trouvois plus doux mon bonheur
Que la gloire d'une immortelle.
DAPHNIS.
D'autres attraits m'ont ſçû ravis
Maintenant j'adore Sylvie ;
Si je pouvois l'en affranchir
La mort feroit ma douce envie.
PHILI S.
Thamire m'enflamme aujourd'hui ;
Ses yeux, ſes vers m'ont attendrie ;
Je mourrois mille fois pour lui
Sima mortprolongeoit ſa vie.
DAPHNIS.
Mais ſi le Dieu qui fait aimer
Rallumoit ma premiere flamme ;
Si cellequi maſçû charmer
Ceſſoit de captiver mon ame.
PHILI S.
L'Amour te repond de ma foi ;
J'oublirois celui qui m'enchante ;
J'aimerois à vivre avec toi;
Avec toi je mourrois contente.
ALyon par M. Segond.
Diiij
80 MERCURE DE FRANCE.
EXTRAIT d'une Lettre de Smyrne du 20
L
Juin 1745 .
Es tremblemens de terre ont toujours
été fréquens dans ce Pays ci ; celui de
1686, fans remonter plus loin, ruina preſque
toute la Ville & obligea la plupart des habitans
à aller chercher un azile ailleurs ,
j'entends ceux de la Ville baſſe qui eſt dans
la plaine au bord de la mer , car les maifons
de la Ville haute qui ſont ſur la croupe
de la montagne ſe reffentent beaucoup
moins de ces accidens & l'on s'yrefugie quand
on a lieu de les appréhender.
En 1739 le 4 Avril il y eut un autre
tremblement de terre affés confidérable
mais qui ne caufa cependant pas beaucoup
de dommage. Nous en avons eu depuis le
18 Mars de la préſente année unevingtaine ,
mais petits ; il y en eut quatre depuis quatre
heures du ſoir de ce jour juſqu'au
lendemain midi , & depuis nous continuons
d'en reflentir de tems en tems ; ceux
qui ont vû de grands tremblemens de terre
font fort troublés & épouvantés des moindres
fecouffes , mais les nouveaux venus n'en
MARS 1746. 81
font pas fort effrayés ; on remarque aufi
qu'il faut avoir une certaine habitude pour
s'en appercevoir ; jen'en ai reffenti que trois
depuis que je fuis ici il y a environ un an
&demi, encore le dernier m'ayant éveillé en
furſaut, fon effer étoit paſſé quand je penfai
que c'étoit une ſecoufſe; les maisons de bois
dans leſquelles nous habitons font fort pro
pres pour réſiſter à ces accidens quoique je
eroye que l'opinion vulgaire les accrédite
trop,car je vois que les bâtimens bien bâtis en
pierre , comme ſont les Moſquées & les Caravanſerails
, y réſiſtent parfaitement & fervent
d'azile quand on s'en croit menacé';
la plus grande partie des ſecouſſes que nous
avons reffenties cette année ſont arrivées
de nuit , ſurtout vers le matin. Un Aga Ture
de mes amis qui a demeuré long tems à
Tauris me diſoit ces jours paſſés que cette
Ville étoit autrefois fort ſujette aux tremblemens
de terre , ce que quelques Philofophes
& quelques Naturaliſtes du Pays ayant artribué
à des matieres minérales & à des
exhalaiſons fourerraines , il fut ordonné par
-le Magiftrat que chacun eut à faire creufer
dans fa maiſon un puits le plus profond qu'il
ſe pourroit pour faire évaporer ces exha
laiſons, ce qui fut exécuté avec tant de fuccès
que depuis les tremblemens de terre
ont été beaucoup moins fréquens & lesfe
Dv
82 MERCURE DE FRANCE .
couſſes moins fortes ; la qualité des terres
de ce Pays nous prive de cette reſſource ,
car on ne peut pas creuſer trois ou quatre
pieds ſans trouver l'eau en abondance ; c'eſt
ordinairement dans le tems des Equinoxes
que l'on reſſent ici les tremblemens de terre,
&ſurtout pendant celui du Printems ; ce
n'eſt pas ſeulement quand le vent manque
abſolument & qu'il fait un calme plat qu'il
y a lieu d'appréhender ces fortes d'accidens;
j'en ai reſſenti dans le tems qu'il faifoit
vent frais.
Les Grecs dans ce Pays à la driftribution
des Rameaux pendant laSemaine Sainte
ne donnent que des branches de laurier
quoique les ranteaux de palmier & furtout
d'olivier dont il eſt parlé dans l'Ecriture
Sainte, foient fort communs ici , diſant que
c'eſt une choſe indifferente ; à Conſtantinople
onpratique la même choſe, à labonne
heure; je conviendrai avec eux s'ils veulent
que cela eſt aſſés indifferent , mais je n'aurai
pas la même indulgence pour d'autres
uſages qu'ils ontdans preſquetout le Levant ,
comme d'interdire l'entrée de l'Egliſe aux
femmes qui ont leurs incommodités , ce qui
eſt cauſe qu'ils s'en trouve beaucoup qui
aimentmieux reſter à leur maiſon que d'aller
ſe tenir à la porte de l'Egliſe pendant la
Mefle & les Offices ,&faire ſçavoir par là
MARS 1746. 83
à tous les gens de leur connoiſſance l'état
dans lequel elles ſe trouvent.
Ils empêchent auffi les filles d'aller à l'Egli
fe &de ſe confefſer , diſant que juſqu'à leur
mariage elles peuvent prier Dieu chés elles
&ne doivent pas avoir beſoin du Sacrement
de Confeſſion ſans la préparation du
quel ils leur adminiſtrent celui de la Communion
.
VERS à Madame laMarquise deB......
EN fongetranſportédans leTemple desGraces
J'y rencontrai les jeux& les plaiſirs';
L'encens brûloitd'un feu qu'allumoient les Zéphirs ;
Les amours occupoient des places
Que leurdiſputoient les defirs .
Sur un trône de fleurs je vis quatre Déeſſes ,
Dont l'une étoit ſervie avec plus de grandeur ;
Quelle eft , dis - je à l'Amour , cette charmante,
fooeur
Quide ta mere enieve les careſſes?
Les trois Graces jadis habitoient ce ſéjour ;
Auroient- elles changé d'afile ? ...
Ceffe de t'étonner, me répondit l'Amour ;
Quand on comptoit ainfi , l'aimable B ......
N'avoit point encor vû le jour.
Par M. D. C. de Caen,
Dvj
84. MERCURE DE FRANCE.
LETTRE écrite aux Auteurs du Mercure.
M
Rs , M. l'Abbé Goujet vient de donner
au public le IX. & le X. Tomes
de ſon intéreſſante Bibliothéque. Après avoir
parlé dans les Volumes précédens des écrits
imprimés en François ſur la Poësie en général
, ſur l'Art poëtique , &des traités particuliers
ſur les differentes eſpeces de Poësie
qui ont été inventées juſqu'à préſent , il a
crû , pour rendre fon ouvrage plus méthodique
, en examinant les Poëtes mêmes
devoir traiter d'abord desTraductions Françoiſes
des anciens Poëtes , ſoit Grecs , foit
Latins. La même méthode l'a engagé pareillement
à faire fuivre les Traductions des
Poëtes Latins modernes , & enfin pour ne
rien ſéparer de ce que nous avons deTraductions
Françoiſes de cette eſpece, il parle
dans ſesderniers volumes de celles des Poëtes
qui appartiennent aux Nations voifines de
la France , & qui ont écrit dans leur Langue
naturelle.
Après ces Traductions les Poëfies faites
en, notre Langue venoient naturellement ;
mais l'Auteur de la Bibliothéque , trop exact
pour rien laiſſer échaper à celui qu'il inftruit
MARS 1746
85
de nos richeſſes Littéraires , s'arrête un
moment pour conſidérer l'origine & les pro
grès de la Poëfie Françoiſe ; avant donc
que d'entrer dans la diſcuſſion des Poëtes
François il examine l'Hiſtoire de notre Poëfie
, & les recherchesqui ont été faites fur fon
origine & fes progrès ; il parle des Ecrivains
qui ont ſuivi cet Art dans les differens âges ,
&ſes diverſes révolutions , & qui ſe ſont appliqués
a nous faire connoitre ceux à qui le
genre dans lequel ils ont écrit a mérité , ou
du moins acquis le titre de Poètes François.
Cette matiere fait le ſujet de la ſeptiéme
partie , & termine le VIII. volume de la
Bibliothéque.
Le IX. & le X. dont il eſt queſtion parlent
des premiers & plus anciens Poëtes
François , c'est -à- dire de ceux qui ont exifté
depuis le commencement du 13e. fiécle jufques
vers la fin du 15e. Quoiqu'en ait ofé
dire un Critique trop fameux , qui ſe fut
acquis plus de gloire s'il eut écrit avec
moins de partialité , on ne ſçauroit trop
reconnoître le ſervice que M. l'Abbé Goujet
rend aujourd'hui à la Littérature , en
nous faiſant connoître ceux qui ont donné
naiſſance à la Poësie Françoiſe. Si l'on ne
peut regarder comme de véritables richeſſes
les ouvrages qu'il tire de l'oubli où ils étoient
plongés pour la plupart , on peut dire du
:
86 MERCURE DE FRANCE.
4
moins qu'il nous met à portée de connoître
tout le prix des tréſors que nous poſſedons
aujourd'hui en genre de Poësie. Il ne faut
qu'avoir un peu de goût pour les Lettres
pour ſentir combien il eſt avantageux de ne
point ignorer les progrès que l'eſprit humain
peut faire dans chaque genre de ſcience. Les
premiers eſſais ſont d'autant plus eſtimables
qu'ils ont eu preſque toujours le mérite de
la nouveauté , & qu'on peut les regarder
comme de premiers modéles qui ont ſervi
à ceux qui ſe ſont perfectionnés dans la ſuite.
D'ailleurs , comme dit M. l'Abbé Goujet ,
dans la Préface qu'il a miſe à la tête du IX.
volume , I es défauts que l'on reproche à
> nos premiers Poëtes n'étoient pas ſi uni-
- verſellement repandus que pluſieurs
» n'aient fait des efforts heureux pour s'en
» débaraffer , & que l'on ne voie dans quel-
>>ques-uns un génie plus cultivé , plus de
>> connoiſſance du beau , un eſprit plus orné,
> de grands talens même à qui il n'a manqué
>> pour être perfectionnés que d'étre éclos
>> quelques ſiécles plûtard.>>
Que l'on conſidere quelle eſt la nature
de l'ouvrage dont nous parlons ; c'eſt une
Hiſtoire de la Littérature Françoiſe dans le
plan de laquelle devoit entrer néceffairement
la partie que traite notre Auteur. Les
gens de Lettres ſenſés lui auroient ſcu mauMARS
87 1746.
vais gré s'il eut gardé le ſilence ſur nospremiers
Poëtes , ſous pretexte qu'ils ne valent
pas ceux qui font venus depuis , de même
qu'on ne pardonneroit pas à un Auteur
qui traitant des Médailles ou desMonnoyes ,
négligeroit de parler des plus anciennes qu'il
connoîtroit , parce qu'elles ne ſeroient pas
ſi bien frappées que celles d'aujourd'hui, Au
reſte s'il y a quelque choſe de dégoutant
ou de déſagréable dans la lecture des anciens
Poëtes François , l'Auteur de la Bibliothéque
a tout pris pour lui ; il a eſſuyé
toute la peine , pour nous diſpenſer de lire
des Auteurs ſecs & d'un ſtyle aſſes ſouvent
inintelligible. En lifant la nouvelle Biblio .
theque on apprend à connoître & les Auteurs
& leur génie , ſans être obligé d'étudier
tous leurs ouvrages. On ytrouve d'ailleurs
beaucoup de faits concernant l'Hiftoire
Civile , Eccléfiaſtique & Littéraire , inconnus
à nos Hiſtoriens , & qui peut être
ne ſe trouvent que dans ces vieux Auteurs
dont on a trop négligé la lecture. M. l'AbbéGoujet
a choiſi ces endroits ,préférable
ment àtous autres , pour donner des exemples
de nos anciennes Poëſies , & l'on peut
dire que ces extraits bien choiſis ne contribuent
pas peu à rendre extrêmement intéreſſante
la lecture de ſon ouvrage.
L'ordre que ſuit le Bibliothécaire dans
88 MERCURE DE FRANCE.
l'examen de nos Poëtes eſt autant qu'il eſt
poſſible , celui de la Chronologie. Cette
méthode convient à merveille avec le but
qu'il ſe propoſe ,de faire voir les progrès &
les révolutions de la Poësie Françoiſe. Le
premier Poëte dont il parle eft Dans-Helynand
qui vivoit ſous Philippe Auguſte à
la findu 12e, fiécle & au commencement du
13e. Philippe aimoit les Poëtes , & Helynand
avoit l'honneur de recréer ce Prince
par ſes Poëfies & ſes Chanſons. Il ne nous
reſte de cet Auteur qu'un Poëme fur la mort
écrit dans un ſtyle approchant de l'ancien
Roman François ,& inintelligibledansbeaucoup
d'endroits.
Les Princes ne ſe ſont pas toujours contenté
d'aimer & de proteger les gens de
Lettres , ils ont voulu quelquefois le de
venir eux-mêmes. Du tems de Saint Louis
on vit pluſieurs Poëtes parmi les plus Grands
Seigneurs . Charles d'Anjou frere du Roi ,
qui depuis fut lui-même Roi de Naples &
de Sicile , Henri Duc de Brabant , Pierre
Mauclerc Comte de Bretagne , Raoul Comte
de Soiſſons , Thibault Comte de Champagne
& Roi de Navarre ſe plaifoient à
Fimer. Ce dernier tient la ſeconde place
parmi nos anciens Poëtes.
Les Chanſons de ce Prince ſont les plus
célebres de nos premieres Piéces en ce
1
MARS 1746. 89
genre. Ony trouvera'de la tendreſſe dans les
ſentimens , de la délicateſſe dans les penſées ,
de la naïveté dans les expreſſions , pourvû
qu'on puiſſe s'accoûtumer à entendre ce
Poëte parler le langage de ſon ſiécle. Thibault
eſt le premier de nos Poëtes qui ait
mêlé les rimes maſculines avec les féminines,
&qui ait ſenti les agrémens & les charmes
de ce mélange. Pluſieurs ont prétendu que
ſes chanſons avoient été faites la plupart pour
la Keine Blanche dont le Comte Thibault ,
dit-on , étoit amoureux , mais cet amour de
Thibault pour une Princeſſe auſſi diſtinguée
par ſes rares vertus que l'étoit la Reine
Blanche , doit paſſer pour une fable qui
n'eſt appuyée que ſur le témoignage d'un
Hiſtorien ſuſpect.
Quoique ç'ait été vers le tems de Thibault
, c'est- à-dire , au milieu du 136. fiécle
, qu'a été compoſé le fameux Roman de
la Roſe , on s'apperçoit d'une difference
ſenſible dans le langage. La verſification
même en eft aiſée , & l'on y trouve , eû
égard au tems , une imagination belle &
ſagement variée ; on y voit ſurtout quantité
dedeſcriptions dans leſquelles l'Auteur ſe
montre aufli fleuri qu'abondant. Ce livre a
eu deux Auteurs ; le premier eſt Guillaume
de Lorris qui a fait les quatre mille cent
cinquante premiers vers ; l'autre eft Jeande
9 MERCURE DE FRANCE.
Meun qui ſe mit a y travailler plus de
quarante ans après Guillaume & l'acheva.
Cet ouvrage a fait beaucoup de bruit dans
fon tems , & a eu des partiſans auffi bien
que des ennemis. Il faut voir dans la Bibliothéque
même les motifs du bon & du mauvais
accueil qu'on lui fit lorſqu'il parut.
Quoique M. l'Abbé Goujet ſe ſoit engagé
a ne parler que des ſeuls livres imprimés ,
il a cru néanmoins devoir s'écarter de cette
regle en faveur des Poëfies de Charles Duc
d'Orleans , dont on n'a de recueil complet
qu'en manufcrit. La naiſſance de ce Prince
qui étoit petir-fils du Roi Charles V. & qui
fut pere de LouisXII. & onclede François I. ,
jointe à un goût particulier & à des talens
qui le rendent ſupérieur à tous ceux qui ont
écrit de ſon tems en vers , n'eſt pasla ſeule
choſe qui ait déterminé l'Auteur de la Bibliothéque
à lui donner place dans ſon ouvrage.
Pluſieurs piéces de Charles ont été
imprimées , quelques-unes mêmes ont été
pillées par d'autres Poëtes qui étoient prefque
ſes contemporains. Il étoit néceſſaire
dedécouvrir ceplagiat; il falloitdonc parler
des ouvrages du Duc d'Orleans. M.
Goujet a comparé le manufcrit qu'il a eu
entre les mains , & qui eft preſque dutems
de l'Auteur des Poëfies qui y font recueillies
, avec pluſieurs piéces qui ſe trouvent
MARS 1746. 97
parmi les oeuvres de Blaiſe d'Auriol & d'Oc
tavien de Saint Gélais , & qu'ils ont ofe donner
comme leurs productions propres; ita
reconnu ſans peine le vol que ces Auteurs
ont fait à Charles d'Orleans. On ne doit
pas s'étonner qu'ils aient été tentés de s'attribuer
ainſi unbien qui ne leur appartenoit
pas. Les Poëfies du Duc d'Orleans font
pleines de délicateſſe , de graces , & d'une
naiveté admirable , telles enfin que des
Poëtes bien poſtérieurs aux deux plagiaires
dont on vient de parler auroient pu euxmêmes
s'en faire honneur. Dutems de Charles
la Poëſie étoit en vogue à la Cour. Les
Princes , les Courtiſans vouloient rimer &
cherchoient à briller de ce côté là. Le manufcrit
d'après lequel parle l'Auteur de la Bibliothéque
contient les Poëfies de pluſieurs
Princes &Grands Seigneurs de ce tems-là ,
autres que le Duc d'Orleans , mais les productions
de ce dernier femportent encore
de beaucoup fur celles des autres .
Je vous renvoye , M. , à l'ouvrage même
pour y connoître les differens progrès de
notre Poësie , & l'utilité qu'on peut retirer
de nos anciens Poëtes. Par les articles
dont on vient de parler on peut juger du
mérite de l'ouvrage & du travail immenfe
qu'il a dû couter à ſon Auteur , d'autant
plus que M. l'Abbé Goujet ne parle prefMERCURE
DE FRANCE.
que d'aucun livre qu'il ne l'ait lû ou aư
moins parcouru d'un bout à l'autre. C'eſt
la méthode la plus fûre; il eſt vrai qu'il en
coute davantage, mais on riſque moins de
fe tromper , & l'on mérite alors toute la
confiance de ſon lecteur.
Q
EPITRE de M. V.
Uand une bile maligne
Parſes efforts obſtinés ,
Trop clairement me déſigne
L'étroite & l'austére ligne
De mesjours infortunés ,
Je ſçais me trouver peu digne
De tes repas rafinés ;
Ami , ſous un même ſigne
Tous les hommes ſont - ils nés ?
Froidſans être pédagogue ,
Farouche par le maintien,
Ne crains pas que j'épilogue
Ni leur plaiſir ni le tien :
Je dirai fans dialogue ,
Pourquoi nouveau chrifologue
Vouloir être tout & rien ?
Tu fçais jouir ſans envie
MARS 1746. 93
Desgraces d'un beau génie
Ates goûts 'obéiſſant ,
Et fur la cime hardie
De loin je vois Polymnie
Guider ton aftre naiſſant :
Dans une ſi belle vie
Ce que le Ciel te dénie
Vaut- il un regret preſſant ?
Roland , malgré maint trophée,
Fut ſupplanté par Médor ;
Tout cede aux accens d'Orphée ,
Tout fuit la voix de Stentor ;
Jamais on ne vit Alcide
Dans les champs Moeoniens,
De la Nature timide
Pourquoi forcer les liens ?
Entre ton joyeux convive
Et toi cette mere active
Apartagé ſes tréſors ;
Tu pris l'ame ſenſitive ,
Il eut la forcedu corps ,
94 MERCURE DE FRANCE .
L'ETALAGE perdu Allégorie A. M.
M
L. C.De ...
Inerve un jour voulut connoitre
Si le goût des mortels toujours étoit pervers :
Acet effet nevoulant point paroitre ,
Elle prit un habit champêtre
Et chemina dans l'Univers .
Elley rencontra l'Injustice ,
La folle Ambition , la ſtupide Avarice ,
La Vertu dans l'oubli, leVice reſpecté ,
Le Luxe à fon comble monté :
Tous ne reſpiroient que malice ,
Oiſiveté, Pareſſe & molle Volupté :
Le monde avoitbanni cette douce franchiſe
Qui forme le lien de la ſociété ;
Partouty régnoit la ſurpriſe ,
Et qui pis eſt , l'impiété ;
Chacun aimoit la nouveauté
Et ſe gouvernoit à ſa guiſe.
Quand Minerve eût partout vûleur iniquité
Il lui prit curiofité
D'éprouver encore leur fottiſe.
De Jouailliere elle prit qualité :
1
MARS 1746. 95
Sous ce déguisement elle ſe vit admiſe
Endes lieux où la Vanité
Du faſte arboroit la deviſe ;
Lors étala ſuperbe marchandiſe ;
Talens , beaux arts elle mit d'un côté ,
Des doctes Soeurs oeuvres miraculeufes
Qu'avoient brodé leurs mains ingénieuſes ,
Bref, tout ce qu'un Socrate eût ſans doute acheté :
D'autre part elle mit amorces de beauté ;
Bijoux , Romans , fleurettes dangereuſes ;
Ceci brilloit ; on le choiſit ;
Le vice plût , il ſeduifit ;
Déhors flateurs , apparences trompeuſes ;
On l'aima , chacun le faifit.
Aujourd'hui c'eſt de même , & chacun lecouronne;
Mais la Vertu ſimple&fans fard.
D'aucun n'attira le regard ,
Et ne plût hélas ! à perſonne !
Le monde quitta l'or pour chercher le clinquant;
L'un eſt plus précieux, mais l'autre eſtplus brillant,
Inſenſés , leur dit la Déeſſe ,
Quand ouvrirez-vous donc les yeux ?]
Faut-il que toujours je vous preffe
De faire choixde mes dons précieux ?
Reconnoiſſez enfin ce que vautla ſageſſe;
Sentez l'illuſion des déhors ſpécieux
Dont le faux éclat n'intéreſſe
Queles foibles eſprits &les coeurs vicieux :
6 MERCURE DE FRANCE.
Mais elle dit envain de ſi belles paroles ;
Dumonde pour les babioles
L'empreſſement toujours fut auſſi ſerieux ,
Et l'ony voit jeunes & vieux
Devin , de jeu , de femmes , de piſtoles
:
Du point d'honneur faire leurs Dieux.
Amides arts , franc Chevalier ,
Tenantdes Nymphes de Permeſſe ,
Toi qui ſçais ſi bien allier
, Lesgraces de l'eſprit aux dons de la ſageſſe
Daigne jetter lesyeux un moment ſur ces Vers ,
Légéremarque de mon zéle ;
Dans ces jours où l'an renouvelle :
Du ſiécle j'y peins les travers ,
Crois-tu la peinture fidelle ?
Qui mieux que toi peut en juger ?
Si tu luidonnes ton fuffrage ,
Autour del'Hélicon j'oſerai voltiger
Sans compromettre mon plumage,
A Châlons fur Marne le... Janvier.
25
LETTRE
MARS 1746. 97
DISSERTATION du P. M. Texte
Dominicain ſur le jour du décès & fur
le tems du Regne du Roi de France Philippe
de Valois , pour ſervir de mémoire à
l'Histoire,
L
E jour du décès & le tems du Régne
de Philippe de Valois , Roi de France
Vi du nom , ſont ſidifferemment marqués
par les Hiſtoriens , qu'ayant fait des découvertes
fur ces ſujets fi fréquemment traités ,
j'ai cru que je devois les communiquer, par
une Differtation ſolide, à ceux qui à l'avenir
en parleront , afin qu'ils puiſſent plus
aifément les fixer.
Les deux tombeaux de ce Roi ſe préſentent
d'abord à examiner , au ſujet dujour
de ſon décès; pour ce qui eſt de celui de
ſon corps enterré à S. Denis en France , il
eſt ſans épitaphe, ſelon la remarque de D.
Felibien p . 553 de l'Hiſtoire de cette Abbaye
; & il ne reſte plus à la Chartreuſe
de Bourg-Fontaine en Valois de l'épitaphe
de fon coeur enterré ſous une tombe près
du Lutrin , que ce peu de mots, au rapport
de D. Auguſtin Chabert Vicaire de cette
98 MERCURE DE FRANCE.
Maiſon , tranſcrits dans ſa Lettre en date
du 20 Novembre 1729, écrite à fon confrere
D. Armand à Paris. Le Cuer de Philippe
de Valois a été déposéſous cette tombe ...
Aoust. Un Auteur moderne mal informé dit
un tombeau ,
Ainſi toute la notion qu'on peut avoir
fur ce ſujet , par les tombeaux ſe réduit à
l'épitaphe de celui de ſes entrailles , autrefois
placé dans la Chapelle de N. Dame
des Graces dit Bonfons , Antiquités de Paris
, & aujourd'hui dans celle de Bourbon
de la même Egliſe des Dominicains de la
Tuê S. Jacques à Paris . Cette épitaphe eſt
gravée en lettres gothiques, autourdu deſſus
de la pierre qui couvre un tombeau tout
de marbre noir , ſur lequel eft couchée l'effigie
de Philippe VI , en marbre blanc ,
ayant une couronne en cercle ſur la tête ,
le Sceptre à la main droite , & ferrant ſur
fon ſein avec la gauche un paquet , que je
crois repréſenter ſes entrailles. Voici l'épitaphe.
৩০
" C'y giflent les entrailles du Roi
Phe. le vrai Catholique , qui regna XXII
ans, & trépaſſa le XXVIII d'Août mil
CCCL. Priés à Dieu qu'il en ait l'ame ,
Amene Lui a fait faire cette ſépul.
ture la Royne Blanche ſon épouse.
1
:
MARS. وو . 1746
Quelque authentique néanmoins que paroifle
cette date du 28 , comme je ne recherche
qu'a découvrir la vérité , je dirai
ingénuement qu'en déchiffrant l'ancien
Nécrologe du Monastere Royal des Dames
Religieuſes Dominicaines de Poiſſy , écrit
fur du vélin , & couvert de bois , afin de
réduire en un méme caractere une infinité
d'autres differens écrits ſelon les tems des
évenemens qui y font inférés , j'y ai lû que
Philippe de Valois mourut le 10 des Kalendes
de Septembre , qui eſt le 23 d'Août.
Le public n'étant pas obligé de s'en tenir
àmon témoignage ſeul, j'ai eu la précaution
d'y ajoûter celui-ci d'un de nos RR.
PP. Directeurs de nos Dames de Poiſſy.
A Poiſſy ce jour de Noel, 1745 .
» Mon R. P. , voici mot à mot ce qu'il
" y a dans l'ancien Nécrologe de cette
১১ Maiſon. X. Kalendas Sept. Obiit illuftrif-
>> fimus Rex Francorum Philipus , nepos pri-
১১ mi fundatoris noſtri qui Ecclefiam nostram
>> fecit dedicari , & indulgentiam Ecclefia
» per Papam Johannem XXII dupplicari.
F.Gaugerand de l'Ordre des FreresPrêcheurs,
l'adreſſe aſt au R. P. M. Texte &c. à Paris,
E ij
10 MERCURE DE FRANCE,
Philippe V I étoit fils du Comte Charfes
de Valois , frere de Philippe le Bel , fon-
Hateur du Monaftere de Poiſſy en 1304 ,
duquel les trois fils , Louis X , Philippe V,
& Charles IV , qui ſe ſuccederent à la Couronne
ont augmenté les revenus & les bâtimens
de cette Maiſon Royale.
,
Il faut remarquer premierement que Poifſy
n'eſt qu'à 8 lieuës de Nogent le Roi
où Philippe VI décéda , l'un & l'autre du
Diocèſe de Chartres,un peu àcôté du grand
chemin de Nogent à Paris , qui en eſt diſtant
de 13 lieuës. En ſecond lieu que les
Dames Marie de Clermont fille de Robert
de France , & petite fille de S. Louis , Marguerite
de France fille de Jean II. qui ſuccéda
depuis à ſon pere Philippe VI , Marie
de Bourbon , fille de Pierre Duc de Bourbon,
& foeur de la Reine Jeanne épouſe
de Charles V. & deux autres Princeſles du
Sang, Iſabeau d'Alençon niéce du Roi Philippe
VI. & Marie de Bretagne d'une branche
de Louis le Gros , étoient actuellement
igieufes de la Communauté de Poiffy ,
nelles doublement intéreſſées à la ſanté
-Amoi Philippe frere d'Iſabelle de Valois
ofoffe de Poiſſy décédée en 1349 &
Bienfaiteur de leur Maiſon , dom
cit fait dédier l'Eglife , devoient fans
the fréquemment & exactementinfor.
MARS. 1746. 101
mées de l'état de la maladie du Roi , & furtout
je ne dis pas du jour , mais même du
moment de ſa mort,
Cette date du Nécrologe de Poiffy au
toriſée par la préſence des Princeſſes que
je n'ai pû me diſpenſer de nommer ,l'eft
auſſi par la dateque le ſçavant P. Anſehme
à miſe en ces termes à la marge du Tai p.
103 Edition de 1726 de l'HistoireGénéalog.
au 5 Registre criminel du Parlement de
Paris p. 166, il est dit que Philippe de Valois
mourut la nuit de S. Barthelemy .
Elle s'accorde de même avec celle duNécrologe
de la Chartreuſe de Bourg-Fontaine
, dont parle D. Chabert dans fa Lertre
déja citée ; j'ai trouvé , dit- il ,dans pluſieurs
écrits anciens , principalement dans
notre Nécrologe que ce fut le 26 d'Août
1350 qu'on fit l'inhumation du coeur de
Philippe VI , & tous les ans à pareil jour
nous en faiſons l'Anniverſaire .
Ce peu d'eſpace de tems du 23 au 26
d'Août prouve qquueepar la nuit de S. Barthelemy
ilfaut entendre l'entréedelanuitdu
23 au24 , & par là on trouvera que ce décès
fut la nuit du même jour 23 veille de cet
Apôtre , & que l'inhumation peut avoir eté
faite en Valois à 25 lieuës de Nogent le
Roi le 26 au foir.
M. Joly Chantre & Chanoine de l'EE
iij
102 MERCURE DE FRANCE,
gliſe de N. Dame de Paris rapporte dans
fon livre , qui a pour titre voyage de Munfter
, qu'on chante dans cette Egliſe de Paris
unAnniverſaire Solemnel pour Philippe
VI le 27 d'Août , date qui précédant le 28
favoriſe le 23 du Nécrologe de Poiffy. Ce
n'est pas,dit-il, que Philippe de Valois , n'ait
30
১১
s
auffi fait quelque fondation à l'Egliſe de
N. Dame de Paris , mais c'eſt pour un
Obit dont il eſt fait mention en un ancien
Nécrologe de cette Egliſe , où il y
> a ces mots , VI Kalendas Septembris ( qui
eft le 27 d'Août ) Obitus Solemnis Philippi
Regis de Valefio fuper terram devere
&d'Eva.
Comme je prévois que quelqu'un pourroit
m'oppoſer le ſentiment de Froiſſard ,
lequel a mis le décès de Philippe VI , au
22 d'Août , je vais faire l'analyſe de ſon
témoignage , afin de deſabuſer le public
en continuant mes découvertes , pour faire
voir le peu d'autorité de cet Hiftorien fur
ceſujet.
Je pourrois d'abord dire quedans le Livre
Manufcrit in-folio de M. Antoine Aubery
Avocat au Conſeil décédé vers 1695 ,
que feu M.AntoineAncelot de l'Académie des
Belles Lettres eut la bonté de me communiquer
, qui a pour titre Journal du Roi Philippe
de Valois , il y a en parlant de la mort
MARS. 1746. 103
de ce Roi , Jean Froiſſard n'apas mis dans
fon manufcrie le jour ni le lien. Il faut que
M. Aubery Auteur de pluſieurs Ouvrages
duquel il eſt dit dans la Bibliothéque du
Perele Long , il écritfenfément , & fon fort
eft la fidélité, ait lû un Manuscrit de Froifſard,
où ces deux faits ne ſe trouvent pas ,
il ſe peut que c'eſt celui dont parle Moreri
qu'on dit être à Tournay , je les ai
néanmoins découverts ces deux faits dans
deux Manuſcrits de cetAuteur,à Paris à laBibliotheque
du Roi ; en voici deux Extraits.
ود Premier Extrait du Manufcrit fur du
,, papier : item , audit an mil CCCL , le
„ Dimanche 22 du mois d'Août , le Roi
,, Philippe de France mourut à Nogent le
,, Roi près de Couvois , & fut apporté à
, N. Dame de Paris le Jeudi enſuivant ,
& le Samedi enſuivant fut enterré le corps
àS. Denis au côtéſéneſtre du grandAutel.
SecondExtrait duManufcrit ſurdu vélin:
audit an mil CCCL , le Dimanche 22
,, dudit mois d'Août , le Roi Philippe à
; Nogent près Couvois , trépaſſa de ce Siécle
, & fut apporté à N. Dame de Paris
le Jeudi enſuivant ,& le Samedi après
fut lecorps moult notablement enterré à
,, S. Denis au côté ſéneſtre du grand Autel.
ود
ود
ود
ود
ود
"
رد
"
هد
Mais voici un troifiéme Extrait d'un Manufcrit
choiſi ſans doute comme un des meil-
Eij
104 MERCURE DE FRANCE.
leurs pour l'impreſſion faite en 1536 , qui
eſt bien plus abrégé. Je prie le lecteur
d'en bien remarquer la difference : icelui
,, an mil CCCL 2.2 d'Août Philippe de
ود
ود
ود
29
France mourut à Nogent le Roi près de
Couvois , & fut porté le corps à Notre
Dame de Paris , le Jeudi enſuivant
fut enterré à S. Denis.
Iln'y eſt pas parlé de la pompe funebre ,
fut enterré moult notablement ni du lieu de
l'Egliſe où eſt la ſépulture au côté ſeneſtre du
grand Autel, la phraſe trépaſſa de ce Siecle
y eſt en ce ſeul mot mourut , il y a fimplementPhilippe
deFrance,&ailleurs Nogent
ſansdire le Roi,& fans parler des autres omiffions
ou additions , la virgule eſt placée
avant ces mots , le Jeudi enſuivant fut enterré
à S. Denis , c'eſt ainſi que le ſçavant
continuateur de l'Hiſtoire de l'Egliſe Galli
cane l'a naturellement entendu quand il
a mis T. XIH. p. 395 on transporta le corps
du Roi à N. Dame de Paris , &le Jeudi
Suivant on fit les obſeques à S. Denis , & felon
les deux premiers Manufcrits ce ne fut
que le Samedi
De forte que les jours du Dimanche
du Jeudi & du Samedi ſi bien ſpécifiés
dans les Manufcrits de la Bibliothéque du
Roi , qui frappent d'abord , & qui ont ébloui
les Ecrivains pour les engager àdire après
MARS. 1746. 105
८
Froiffard que Philippe VI mourut le 22
d'Août , ſe réduifent au ſeul Jendi précédé
d'une virgule & fuivi de ses termes fut enterré
qui font du jour du dépôt du corps
porté fans cérémonies à N. Dame de Paris ,
celui de ſon enterrement à S. Denis .
De là il eſt ailé de conclure que c'eſt
avec fondement qu'il eſt dit dans la Bi
bliothéque du P. le Long p. 368 les copies
de Manuscrits de Froiſſardſont pleines
de fantes , les chiffres yfont défigures, & comme
il eſt impoſſible que les trois manufcrits
cités ſi peu conformes, foient d'un mémeAuteur
ou de fidelle copies d'un même ori
ginal , il eſt vrai de dire avec M. Aubery
que Froiſſard n'a pas mis le jour ni le lieu
du décès de Philippe VI , ou qu'on ignore
les dates & le contenu du véritable.
Je veux même que cet Hiſtorien ait mis
le 22 ; qu'elle foi peut-on ajouter à ce qu'il
n'a écrit que ſur un oui dire , car il n'autoriſe
pas ce qu'il avance par la moind
preuve , non plus que ceux qui le citent ?
le continuateur de Nangis , ni Robert de
Boheme , qui a rapporté une conteftation
furvenue à l'enterrement de ce Roi , de laquelle
parie M. du Boulay dans l'Histoire
de l'Univerſité de Paris, T. 4 p. 309,1
tout autre Ecrivain contemporain que je
ſcache , ne parlent pas du jour de ce dé
Ev
106MERCURE DE FRANCE .
cès , moi-même paſſant à Nogent le Roi ,
jen'en ai pû rien découvrir ; d'où Froiflard
a-t-il pu tirer que ce fut le 22 d'Août
lui qui écrivoit ſa Chronique en Flandre à
l'inſtance ( dit Moreri ) du Comte de Beaufort
Seigneur de Namur ?
Il n'a pas pú le ſçavoir commetémoin ;
né ( felon le P. le Long ) en 1333 à Valancienne,
Ville deFlandre,éloignée de 63lieues
de Nogent le Roi , élevé à la Cour d'Edouard
III. Roi d'Angleterre ,pourvû d'un canonicat
dans laVille de Chimay en Hainaut , pas
une époque de ſa vie ne le rend préſent
aux funerailles de Philippe VI .
Deux erreurs groſſieres rendent encore
fon témoignage ſuſpect , il dit ſelon le P.
Anſelme T. 1 p. 103 que ce Roi gagna la
bataille de Montcaſſel en Flandre , le jour
de S. Barthelemy le 24 Août 1328 , au lieu
que le continuateur de Nangis a écrit que
cefut le 23 veille de la fête de cet Apôtre
. J'ai vû dit-il les lettres d'avis que le
Roi victorieux en donna à l'Abbé de S.
Denis litteras quas ego vidi. Quelle certitude
peut avoir eu Froiſſard du jour de la
mort de Philippe VI , lui qui a ignoré celui
d'une victoire ſi célébre remportée par le
même Roi , ſi près de ſa patrie ?
Que peut on attendre d'un Hiſtorien âgé
feulement de 17 ans à la mort de ce Roi,
MARS. 1746. 107
qui à l'âge de 45 s'eſt trompé ſur ce qui
s'eſt paſſe de ſon tems ? Charles VI , dit
20
ود
le P. Anfelme T. 1 p. 3 fut ſacré à Reims
» non pas le 28 Octobre ni le 1- Novem-
- bre , c'eſt Froiſſard qui a trompé ces der-
> niers en diſant L. 2 p. 105 que le Roi
→ arriva à Reims le ſamedi , & qu'il fut cou-
→ ronné le lendemain jour de la Touſſaints ,
> cette fête , ajoute le P. Anſelme, fut cette
année un Jeudi , & non pas un Diman-
>> che , ſa remarque eſt juſte , Froiſſfard n'at-
ilpas pû ſe tromper avec bien plus de facilité
ſur un fait paſſe à Nogent le Roi depuis
30 ans , en prenant un jour pour un
autre ?
Concluons & diſons que la date du 23
Août du Nécrologe de Poiſſy , juſqu'ici
ignorée des Ecrivains , & fi bien autoriſée
par celles dus Registre Criminel & des Nécrologes
de Bourg-Fontaine & de N. Dame
deParis étant ſi autentique,maintenant qu'on
en connoit la folidité , doit ce me ſemble
être uniquement ſuivie. X KalendasSeptembris
obiit illuftriffimus Rex Francorum Philipus,&
c. l'Illuftriffime Roi des François, Philippe
VI mourut le 23 d'Août 1350 âgé
felon la commune opinion de 57 ans .
Pour ce qui eſt du tems de ſon Regne ,
le ſecond ſujet de ma Differtation , il regna
22ans4mois & 21 jours, Dupleix , de Servj
108 MERCURE DE FRANCE.
res &c. qui ont mis 23 ans de Regne , M.
le Gendre , le P. Anſelme qui comptent s
mois & 21 jours , & ceux qui les ont ſuivis
, ſe ſont trompés , on en fera convaincu
ſi l'on fait réflexion que tous les Ecrivains
conviennent que le Roi Charles IV fon
Prédéceſſeur décédé le 1 Février 1328 , ſtile
nouveau , laifſa la Reine enceinte , & dans
l'attente d'un Prince. Philippe de Valois
ne fut que Régent du Royaume l'eſpace de
deux mois , après leſquels Blanche de France
étant née le 1 Avril 1328 , le lendemain
2Avril veille de Pâques ,dit le P, Anſelme
il commença à regner , comme il s'apprend
dit-il d'un Journal de ce jour , & mourut le
23 Août 1350.
i
>
Or il eſt certain que depuis le 2 Avril
1328 juſques au 23 Août 1350 , il n'y a
que 22 ans4 mois ; Avril , Mai , Juin, Juillet
& 21 jours d'Août.
J'ai tâché de délivrer les Ecrivains de
cette incertitude génante que leur ont cauſé
juſques ici les ſentimens differens fur ces
deux ſujets ; j'eſpere qu'ils m'en ſçauront
bongré.
Hacfuerint nobispræmia fiplacui .
Martial Epig. XCI.
AParis ce 1 Janvier 1746.
MARS
109 1746.
EPITRE de M. Cottereau Curé de
Donnemarie , à M. le Curé de ......
Ui j'oſe , ami, vous plaindre ;& votre aveu
glement
Me cauſe de la peine & de l'étonnement .
Quoi ! dans les ſaints travaux vous rendre redoutable
!
Affliger ſans égards un peuple miſérable !
C'eſt ſans honte trahir les intérêts des Cieux ,
Allarmer le fidele , & lui rendre odieux
Des devoirs impofés ſans regle & fans prudence.
Que ſert au vrai Chrétien cette vive éloquence
Que vous lui prodiguez ſous un zéle affecté ?
Vous devez pour l'honneur de votre dignité
De vos rares talens faire un plus noble uſage.
Si le fier Mahomet par un affreux carnage
Força des malheureux de plier fous ſa Loi ,
Autrement en uſa l'Auteur de notre foi :
Par de touchans difcours , par une humble con.
duite
Il triompha des coeurs , il s'en fit un mérite ,
Et pour ſe conſerver un peuple tout nouveau
Il donna de l'amour l'exemple le plus beau ,
En voulant de ſon ſang cimenter ſon ouvrage.
110 MERCURE DE FRANCE,
De ce Maître divin ſoyez la vive image,
Mais fi trop enchanté d'un agréable fort
Vous n'ofez ſignaler votre foi par la mort ,
Du moins de l'Evangile écartant le plus rude
De ſa ſimplicité faites vous une étude.
Que dans vos ſaints exploits la bonté , la douceur
,
La modération , l'équité , la candeur
Raffurent le timide , appaiſent le critique ,
Confondent le rebelle , & charment l'hérétique.
Qui veut gagner à Dieu de fidéles ſujets ,
Doit ſur la charité regler tous ſes projets.
Ce n'est qu'en pratiquant cette fage maxime ,
Qu'on peut prêcher la foi , la défendre ſans
crime ;
Enfin pour vous montrer digne de votre état ,
Et ſeconder les ſoins de votre grand Prélat ,
Il faut que déſormais fans forme de justice ,
Sans caufer au prochain le moindre préjudice ,
Ni tenir ſur ſes moeurs de discours indifcret ,
Vous appreniez à fond le merveilleux ſecret
De convertir à Dieu vos amis & vos freres
Comme ont fait autrefois Moïse & les Saints
Peres .
On nous a remis depuis peu l'Epigramme
ſuivante qui s'étoit égarée dans les papiers
de feu M. le Chevalier de la Roque
MARS 1746. 111
ci- devantAuteur du Mercure ; quoique cette
petite piéce qui fut compoſée en 1744 à
l'occaſion du rétabliſſement de la ſanté du
Roi ne foit plus de faifon , nous n'avons pas
crû néanmoins devoir en priver le public.
LA
EPIGRAMME. *
A mort , aveugle dans ſa rage ,
Sans reſpecter du Roi la Couronne , ni l'âge ,
De ſes jours précieux alloit trancher le cours :
Surpriſe , elle s'arrête , en voyant le dommage
Que fa cruelle main doit caufer pour toujours.
Quoi ! dit-elle , un grand peuple accablé de trif
teffe
Va périr , ſi ſon Roi meurt du mal qui l'oppreffe !
Ce ſpectacle eſt pour moi ſurprenant& nouveau ;
Ne troublons point un regne& fi doux &fi beau .
Quoique j'aime le ſang , l'horreur , & le carnage ,
Je ferois un trop grand ravage ,
En mettant LOUIS au tombeau.
Par M. Cottereau Curé de Donnemarie.
* Cette Epigramme fut préſentée au Roi avec un
Sonnet du même Auteur inféré dans le Journal de
Verdun du mois de Décembre 1744 , par M. l'Abbé
de Saint Cyr , ci-devant sous - Precepteur de Mon-
Seigneur le Dauphin , mais elle n'a point encore élé
imprimée.
112 MERCURE DE FRANCE.
:
LETTRE de M. Mazure Maître-ès-Arts
dans l'Univerſué de Paris , Répétiteur de
Philofophie&Maître de Mathématiques à
Rennes , à M. L****.
Puiſque
M
vous m'avez paru fouhaiter
que le public fût inſtruit des réflexions
que j'avois à faire fur la regle que vous don
nez dans votre Traité de Phyſique pour déterminer
la quantité de mouvement , j'ai
crû que je ne pouvois mieux exprimer ma
déférence pour vous qu'en les foumettant
à la déciſion d'un ſi reſpectacle tribunal.
Les voici donc , M. , mais auparavant il
paroit naturel d'expoſer ici cette regle. Vous
dites que pour déterminer la quantité de
mouvement d'un corps , (& vous n'y mettez
aucune restriction ) il faut multiplier la maffe
par le quarré de la viseſſe ; c'est-à-dire
que la quantité de mouvement d'un corps
eſt proportionnelle au produit de ſa maſſe
par le quarré de ſa viteſſe.
Plus j'examine cette regle , M. , & plus"
il me paroît qu'elle renverſe de fond en
comble tous les principes de la statique
del'hydrostatique & de l'hydraulique,& qu'elle
contredit ouvertement les expériences les
,
MARS 1746. 113
plus conſtantes ſur ces trois belles parties
de la Phyſique.
1º. Il me paroît évident, M. , que cette
propoſition une fois établie , on ne pourra
plus prendre pour principe général de l'équilibre
cette propoſition univellement reçue
par tous les Phyfico-Mathématiciens, ſçavoir
qu'ilfautque les poids & les diſtances au point
d'appui , ou ce qui eſt la même choſe , les
viteſſes ſoient enraiſon réciproque & qu'il faudra
y ſubſtituer cette autre propoſition que
les poids foient en raiſon réciproque des quarrés
des viteſſes , ce qui eſt manifeſtement contraire
à l'expérience , puiſque deux poids
font toujours en équilibre , lorſque la maſſe
du plus grand eſt à celle du plus petit ,
comme la diſtance ou la viteſſe de celuici
eſt à la diſtance ou à la viteſſe de celuilà.
Par exemple deux corps A & B , dont
le premier a un dégré de maſſe & quatre
de vitefle, & le ſecond quatre de maſſe &
un de viteſſe , ſont dans tous les cas poffibles
en équilibre; ils ont donc des quantités
demouvement égales. Or cette égalité ne
peut ſe trouver que dans la ſuppoſition que
la quantité de mouvement ſoit proportionnelle
au produit de la maſſe par la viteſſe , car
ſi elle étoit proportionnelle au produit de
la mafſſe par le quarré de la viteſſe , le corps
114 MERCURE DE FRANCE.
A dans l'exemple propoſé auroit 16 de
quantité de mouvement, puifque le quarré
de ſa viteſſe 4 eſt 16 qui multiplié par ſa
maſſe i donneroit toujours 16 ,& le corps
B auroit ſeulement 4de quantité de mouvement
; puiſque 4 de mafle ſeroient multipliés
par i quarré de ſa vitefle 1 , dont
toutes les puiſſances ne ſont jamais que l'unité.
Donc ces deux corps ne pourroient
demeurer en équilibre , ce qui est contre
l'expérience. Ici , M. , vous avez recours aux
forces mortes & aux forces vives , & vous
dites que les ignorans n'en sçavent pas
faire la difference. Mais ſi de mortes qu'el
les font dans le cas de l'équilibre , on
les rend vives , & que la même contradiction
s'y trouve , à quoi ſe réduira votre diftinction
& la ſcience dont vous vous prévalez
ſur cela ? Pour y parvenir , ſuppoſons
donc , M. , qu'au corps B on ajoute un dégré
de maſſe , ce qui fera 5 , la même expérience
nous apprend qu'il va l'emporter
fur le corps B& le mettre en mouvement ;
ily aura donc là des forces vives, & dans la
ſuppoſitionde votre regle, 5 de mouvement
furpaſſeroit 16 , ce qui certainement contredit
le principe de la raison suffisante ,
pour parler le langage de M. Leibnitz , avec
lequel vous dites être d'accord ſur ce point.
2º, Dans l'hydrostatique , dans deux tubes
MARS 1746. 114
ι
communicants , dont l'un ſeroit triple de
l'autre en largeur , la liqueur ne pourroit
jamais ſe mettre de niveau en équilibre ,
puiſque ſuivant votre regle , dans la branche
la plus large il n'y auroit que trois dégrés
de quantité de mouvement , c'eſt -
à- dire 3 de maſſe multipliés par
quarré de ſa viteſffe , & que dans l'autre il
y auroit 9 de quantité de mouvement ,
c'est-à-dire i de maſſe multiplié par quarré
de la viteſſe , qui eſt 3 , puiſqu'afin que
la liqueur deſcendit d'un pouce dans la
branche la plus large , il faudroit qu'elle
montat de 3 dans l'autre. Cette regle ne
peut donc s'accommoder avec les expériences
les plus certaines de l'hydrostatique , les
loix même de la Nature que l'expérience
nous dévoile , ſemblent donc nous défendre
de l'admettre , & vos forces vives ou
mortes n'auroient pas ici un meilleur ſuccès
que dans l'article précédent. Quand même
vous appelleriez l'inertie à leur ſecours , elle
ne pourroit jamais ſauver la contradiction
avec le principe de la raiſon ſuffisante.
3º. Dans l'hydraulique ſi l'on prend deux
tubes , l'un quadruple de l'autre en longueur
, & que percés d'égale ouverture , on
les tienne toujours pleins , la quantité d'eau
qui coulera du plus long ſera à celle qui
coulera du plus court dans le même tems
116 MERCURE DE FRANCE.
comme 2 font à 1; cela eſt confirmé par
une expérience journaliere. Or , M. , fi la
quantité de mouvement étoit le produit de
la maſſe multipliée par le quarré de la viteſſe
, la quantité de mouvement dans l'eau
qui fortiroit du tube quadruple ſeroit exprimée
par 8 , car 2de maſſe ſeroient multipliés
par 4 quarré de la viteſſe; il réfulteroit
donc un effet comme 8 d'une cauſe
comme 4 , puiſque la preſſion ne ſeroit que
comme 4 dans le tube le plus long , ce qui
eſt encore manifeſtement contraire au principe
de la raisonfuffisante , pour ne rien dire
de plus. Votre regle pour trouver la quantité
du mouvement ne paroît donc pas pouvoir
ſe concilier avec les principes de la
ſtatique , de l'hydroſtatique , de l'hydrauliqué ,
ni avec l'expérience. Il faudroit donc bannir
de la Phyſique ces trois parties , qui en
font comme l'ame , ou ajuſter à votre regle
un nouveau ſyſtême , qui coûteroit peut être
plus qu'il n'auroit de folidité.
Voyons maintenant , M., ſi votre regle
s'accorde mieux avec les opérations d'Arithmétique
, dont vous prétendez vous fervir.
Vous établiſſez ce corollaire que fi deux
corps ont des maſſes & des viteſſes inégales ,
leurs quantités de mouvement ſont égales, lorf
que les quarrés des viteſſes ſont en raison résiproque
ou inverse des maſſes. Pour le prouMARS
1746. 117
2
ver , vous prenez l'exemple de deux corps
A & B , dont le premier a 1 & l'autre 2
de maſſe ,A 10. de viteſſe &B 7 , & vous
prétendez que dans cette ſuppoſition les
quantités de mouvement ſont égales , parce
que, dites-vous , le quarré zoo de la viteſſe
du premier , qui eſt 10 multiplié par ſa
maſſe I donne 100 & que la maffe 2 du
deuxiéme multipliée par 50 , que vous fuppoſez
quarré de ſa viteſſe 7 donne également
100 , mais , M. , par quelle méthode
avez vous trouvé que le quarré de 7
eſt so ? car il me paroît que ce devroit
être 514 qui multipliés , fuivant votre
regle , par 2 de maſſe donneroit 102
Or , M. , cela ne vous donne point des quantités
de mouvement égales. Voilà donc encore
l'Arithmétique qui à le malheur de ne
ſe pas trouver d'accord avec vous , non plus
que l'expérience, Je ſens bien que pour faire
votre compte il vous eût fallu trouver exactement
la racine quarrée de 50 , pour la donner
pour viteffe au corpsB.Trouvez-la donc,
& eris mihi magnus Apollo. C'eſt peut
étre à vous que cela étoit réſervé , comme
de faire prévaloir , contre l'idée de M. de
Fontenelle , le ſentiment de M. Leibnitz qui
n'eſt rien moins que ce que vous dites , com
me je tâcherai de le démontrer dans ma
premiere lettre , a la réponſe , dont vous
I
:
118 MERCURE DE FRANCE,
voudrez bien m'honorer , paroît l'exiger.
Voilà , M. , les réflexions dont vous avez
paru ſouhaiter que je fiſſe le public juge,
j'ai tâché de n'y point parler indiscretement.
Je ſuis perfuadé que les mêmes motifs ,
l'amourde la vérité ,&un ſincere defir d'être
utiles au public nous animent tous les deux.
Dans ces fentimens je fuis avec reſpect
&c,
ODE tirée du Pleaume 51.
Vous dont la grandeur mortelle
Eblouit nos regards ſurpris ,
Quelle vanité criminelle
Séduit vos aveugles eſprits ?
Fiers d'un pouvoir illégitime ,
Dans les ſentiers honteux du crime
Vous cherchez un nom glorieux ,
Et nous voyons vos mains coupables
Desforfaits les plus déteſtables
Dreſſer un Trophée à nos yeux,
C'eſt vous dont la langue homicide ,
Arbitre du fort des humains ,
MARS 1746. 119
Eucalomniateur perfide
Abſout les ténébreux deſſeins :
C'est vous dont l'injaſte puiſſance
Nourrit l'orgueilleufe licence
Dans le ſeinde l'impunité ,
Etqui par un noir artifice
Des coupsvengeurs de la juftice
Affranchiſſez l'in quité.
Juſqu'à quand , du Dieude nos peres
Irez - vous , lâches déſerteurs ,
AuxDivinités étrangeres
Offrir des voeux profanateurs ?
Verrai-je toujours votre audace
Elever Baal à la place
Du Dieu qu'adore le Jourdain ,
Et votre haine parricide
Livrer l'innocence timide
Auxcoups du perfide afſfaſſin ?
Que dis- je ? quel affreux nuage
Frappe mes yeux épouvantés ?
Quel yent a formé cet orage
Dans le ſein des airs irrités ?
La mort ſur l'aîle des tempêtes
Savance au-defſſus de vos têtes
D'un pas rapide&menaçant;
2.1
120 MERCURE DE FRANCE,
Eſt-ce toi, Dieu juſte & propice,
Qui viens armé pour le ſupplice
De mon ennemi rugiſſant?
*
Une eſpérance trop flateufe
Abuſe peut - être mon coeur :
Mais non; tremblez, race odieuſe ,
Oui c'eſt Dieu , c'eſt ſon bras vengeur ...
Déjaſous les coups de la foudre
Ils ont de leurs têtes en poudre
Payé leurs complots furieux.
Dieu puiſſant , pourfuis ta vengeance ;
Affranchis ma foible innocence
Dujougde leurs derniers neveux ,
Tum'entends; les fleaux célestes
Fondent fur leur poſlérité ,
Qui ſembloit à ces noms funeſtes
Promettre l'immortalité :
Je vois leurs corps ſans ſépulture
Devenir l'horrible pâture
Des ours&des loups raviſſans ;
Leurs palais , ſéjour ſolitaire ,
Ne fontplus que l'affreux repaire
Des couleuvres& des ſerpens .
:
Venez
MARS 1746.
Venez d'une a douce image
Ennyvrer vos yeux enchantés ,
Juſtes que pourſuivoit la rage
De ces monſtres enſanglantés.
Pard'éternels chants de victoire
Conſacrons l'auguſte mémoire
D'un jour à jamais glorieux ;
Etvouséchappés autonnerre,
Craignez , fiers enfans de la terre ,
Le fortdevos terreſtres Dieux,
Reconnoiſſez , ames hautaines ,
Dans le ſein du gouffre infernal
Quelle main a forgé les chaines
Dontvous ſentez le poids fatal :
Réveil d'horreur&de triſteſſe ,
Qui ſuccéde àla folle yvreſſe
Dont vous nous vantiez lesattraits!
Eft-ce vous dont l'orgueil ſuprême
Sembloit contre l'Eternel même
Devoir renvoyer traits pour traits?
Simon ame pure &craintive
Atoujours pratiqué tes Loix ,
Etfi mou oreille attentive
toujours diftingué tavoix :
:
F
12 MERCURE DE FRANCE .
Seigneur , d'une main fecourable
Viens deta douceur ineffable ,
Abreuver mon coeur altéré ,
Et fais toujours en ta préſence
De ma fructueuſe innocence
Croître le germe revéré.
D. C. Officier au Régiment Royal Infanterie.
ENVOI dun Cheval à une jeune
Demoiselle qui s'étoit déclarée pour l'Art
quifaçonne les chevaux,
SAns être Cheval de Roland ,
De Ferragus ni d'Agramant ,
Celui qu'on vous envoye eſt Courſier des plus
ſages;
On le croiroit un habitant
Des lieux qu'en ſes Ecrits Guliver prône tant.
Il me diſoit unjour , quels fonevos avantages,
Petit homme ? Raiſon , eſprit , goût , ſentiment
,
Sont, dites vous, vosappanages;
Le prouvez vous ? Sera-t-on obligé
De croire ce vain préjugé
Qui n'eſt produit que par votre arrogance ?
MARS 1746. 123
Etpourvous le démontrer
Il fuffit de comparer
Vos moeurs & vos faits aux notres.
.
Nous avons nosvertus , apprécions les votres .
Vivez- vous p'us tranquillement
Que nous ? Votre raiſon échoue
Contre le moindre évenement.
Vousvous plaignez à tout moment
De la Fortune qui vous joue:
Une charge manquée , une perte de biens,
Un coeur mutin qui vous réſiſte ,
Etqui dans ſa froideur perſiſte ,
Voustrouble... Vous pleurez quelquefois pour des
riens .
Votreeſprit prétendun'eſt qu'un préſent ſiniſtre
Que vous traitez de céleſte faveur.
Mal dirigé , c'eſt un Miniſtre
Qui de votre ruine eſt fort ſouvent l'auteur.
Sur le goût , vous ſçavez qu'il n'eſt point de
difpute
Nous ne nous nourriſſfons que de ſains alimens ,
Quejamais pour l'excès l'eſtomac ne rebute ,
Etquant ànos habillemens ,
Nous mépriſons tous ces vains ornemens
Dont vous faites votre parure.
Chés vous l'art eſt l'auteur de tous vos agrémens,
Chés nous c'eſt la fimple Nature.
Paſſons à cette frenéfic
Fij
124 MERCURE DE FRANCE,
Que vous qualifiez du nom de ſentiment ;.
Homme , dites-moi je vous prie ,
Vous rendelle heureux un moment?
Nop , de vospaſſions éternelle complice ,
Elle vous agite toujours ,
Elle empoiſonne tous vos jours ,
Et vousconduit enfindans quelque précipice
Pardes chemins ſemés de fleurs,
D'une vertu dont lefond n'est que vice
Vantez moins les fauſſes lueurs,
Etconvenez , fuperbe Philofophe ,
Qui croyez votre eſprit de la plus riche étoffe,
Quoique de notre instinct ildoive être jaloux ,
Que l'homme eſt très-ſouventbien plus.Cheval
quenous,
:
:
MARS 1746 125
م
15
NOUVELLES LITTERAIRES,
: desBeaux Arts , &c.
E
duréé SSAI fur les probabilités de la
de la vie humaine d'où l'on déduit la
maniére de déterminer les Rentes viagéres
tant ſimples que Tontines; précédé d'une
courte explicationſur les Rentesà terme ou
annuités,&accompagné d'un grand nombre
de tables , par M. de Parcieux de la Société
Royale des Sciences de Montpellier.AParis
1746 in 4. chés les freres Guerin rue S.
Jacques.
LaGéométrie a fait de fi grand progrès
depuis le commencement de ce fiécle; elle
s'eſt élevée d'un vol ſi rapide vers l'infini ,
qu'uniquement occupée de fes fublimes ſpéculations
elle dédaigne de s'abaiſſer aux objets
fenfibles, &d'etre applicable à l'utilité
des foibles mortels.
Tandis que les Géométres François &
Anglois admirent dans legrandNewton le
fondateur d'une nouvelle ſecte de Phyficiens,
celui qui a arraché le ſceptre àDefcartes ;
le deſtructeur des tourbillons , le créateur
de l'attraction , le calculateur infatigable,
Finj
126 MERCURE DE FRANCE.
les amateurs des Arts , les citoyens zélés
pour lebiende la ſociétéhumaine ,les bons
eſprits en un mot, ſe demandent quel bien
ceGéométre afait à ſa Patrie , quelle de ſes
découvertes a été utile aux Arts , foit en
Simplifiant les travaux des Ouvriers , foit
entrouvantde nouveaux uſages d'une choſe
déja donnée , & on ne peut rien leur
répondre , ſinon que de tout tems le
monde a étéde même , que ce n'ajamais ou
preſquejamais été aux ſçavans que l'on a dù
les inventions les plus utiles aux Arts : &
pour ne parler que de nos jours , l'Imprime .
rie, laPoudre , tous les ſecretsde nos Ma
nufactures ſont dûs à l'induſtrie méchanique
dequelqueshommes , qu'un talent qu'on ne
peutdéfinir , conduiſoit , ou que le hazard
abien ſervi , mais qui auroient été incapables
des ſublimes théories du Calcul intégral&
differentiel.
Ce que nous diſons doit relever d'autant
plus le travailde M. de Parcieux , qui quoiquetrès-
verſédans la plus hauteGéométrie
n'a pas dedaigné de traiter une matierepour
laquelle ſuffifoient les premiers élémens de
l'Algébre ; c'eſt l'ouvrage d'un bon citoyen,
& enmême tems d'un excellent eſprit; ce
Livre ſera à jamais conſulté par ceux qui
voudront ou calculer l'avantage qu'il y a à
mettre à une Tontine propoſce , ou conf
MARS 1746. 127
tituer des Rentes viagéres ſur une ou plu
ſieurs têtes ; on peut même ſans être fort
habile ſe ſervir de la Méthode queM. deP.
enſeigne pour réſoudre les cas qu'il n'a pas
prévus. Nous ne pouvons nous étendre
davantage ſur ce Livre , & nous nous contenterons
d'obſerver deux choſes. Le préjugé
commun avoit été juſqu'à préſent qu'il
naiſſoit plus de femmes que d'hommes.
L'expérience a fait voir le contraire ; le
nombre des femmes qui naiſſent eſt à celui
des hommes comme 17 eſt à 18 ; & ces
mêmes femmes dont la ſomme eſt moindre
que celle des hommes vivent entr'elles une
ſomme d'années égale à cellede la vie des
hommes , & leur vie commune eſt par
conféquent à celle des hommes comme 18
eſt à 17 : Calcul encore contraire au préjugé
qui avoit fait croire juſqu'ici que les
hommes vivoient plus longtems.
Onvoit dans l'état que M. le Curé de S.
Sulpice a fait dreſſer des morts de ſa Paroifſe
, que dans l'eſpace de 30 ans il eſt mort
furcette Paroiffe de S. Sulpice * 17 filles ,
femmes mariées ou veuves à l'âge de 100
* Le nombredes mortsde ces 30 années monte
à 24073 , tant hommes mariés que veufs &
garçons,& 24467 femmes, tant filles que mariées
ou veuves .
F iiij
12 MERCURE DE FRANCE.
ans , & qu'il n'y eſt mortque s hommes dii
même âge; qu'il y est mort femmes à
l'âgede99ans , &feulement trois hommes:
10 femmes à l'âge de98 ans&pointd'hom.
mes , enfin il y est mort 128 femmes &
ſeulement 49 hommes au de-là de 90 ans,
M. de P. obſerve encore une choſe contraire
aux préjugés communs , c'eſt que l'on trouvemoins
de vieillardsà proportion dans les
Convents quedans le fiécle,
RETRAITE Spirituelle pour les perfonnes
religieuſes , ouvrage poſthumedu Pere
Claude Judde de la Compagnie de Jeſus;
àParis 1746 in 12 , chés Giffey rue de la
Bouclerie , & Bordelet rue S. Jacques; prix
2 liv. 5 ſols. relić.
Voici l'ouvrage d'un homme éclairé &
plein de zéle pour le ſalut des ames; le
Pere Judde Auteur de cette Retraite eft
mort en 1715. Singulierement adonné aux
devoirs de ſon état , il s'étoit attaché à la
prédication,&a longtems brillédans l'exer
cicede ce Miniſtére Evangélique. On ſça't
que la Compagnie deJeſus eft de toutter's
en poffeffion de produire les plus gran's
Orateurs de la Chaire. On lit le Livredu
P. Judde avec édification & avec plaifir ;
l'une naît de ſon zéle , l'autre de ſon éloquence.
MARS 1746 . 129
HOMERIOpera quæ extant omnia Græcè
& Latinè duobus tomis divifa , quoruni in
Priore Ilias;Paris 1746 in 12 chés la veuve
Brocas.
Ily avoit deux cent cinquante ans qu'on
n'avoit imprimé le Prince des Poëtes , &les
exemplaires des éditions antérieures , ou
uféspar vetufté ou répandus dans lagrande
multitude des Bibliothéques de l'Europe ,
étoient devenus fort rares. On peut même
ajoûter qu'une grande partie des éditions
d'Homére étant in -fol. celle - ci qui par la
forme & fon volume eſt portative & fort
commode pour l'uſage , a un grand avanta- ,
gefur les autres : le caractére Grec ſurtout
eft fort net & l'édition eſt très - correcte;
nous remarquerons cependant qu'on voit
une faute d'impreſſion au frontiſpice du
Livre , où on lit 1747 pour 1746', c'eſt
une légére erreur , il eſt à ſouhaiter que,
notre Librairie ſi négligée ſe ranime par.
pluſieurs entrepriſes ſemblables , & réveille
ainſi le goût des Lettres qui tombe endecadence
, ſurtout le goût des Lettres Grec
ques que l'on commence à laiſſer périr parmi
nous. C'eſt pourtant au goût de cette Lit,
térature Grecque& Latine que nous devons
la renaiſſance des Arts en France ; cette
ſupéritorité que nous avons ſur toutes les
Nations de l'Europe quant à la Littérature
Fv
130 MERCURE DE FRANCE.
c'eſt àla lecture & à la méditation des An..
ciens que nous la devons , & nouspourrions
leurdire comme Horace diſoit à Mécene ,
Si monstror dizitopratereuntium ,
Totum hocmumris tui cft.
INTRODUCTION à la connoiſſance de
l'eſprit humain , ſuivie de Reflexions&de
Maximes ; à Paris 1746 in 12 chés Briaſſon.
Tandis que le petit nombre des gens
ſenſésgémit fur cette inondation de Brochures
mépriſables qui est dépuis quelques
années le fléau de Paris , il paroît cependant
de tems en tems quelque bon
Livre qui reclame pour la raiſon , celui-ci
eſtdece nombre , &mérite àplus d'un titre
l'eſtime publique', c'eſt l'ouvrage d'un Philoſophe
éclairé qui a médité & approfondi,&
dont l'eſprit eft capable de grandes
vûes. Il ſeroit à ſouhaiter que l'Auteur eût
pûmettre la derniere main à fon travail,
les occupations de la guerre &des infirmités
continuellesl'ont empêché de donner à
eet ouvrage toute la perfection dont il eſt
fufceptible , & que l'on voit bien que l'Auteur
eft capable de lui donner , mais s'il eſt
quelques endroits où l'Auteur auroit pû
mieux développer ſon idée, il n'en eſt aucon
où l'on ne voye qu'il apenfé fortement ;
،
MARS 1746. 13έ
où l'on n'apperçoive l'eſquiſſe d'un grand
tableau. On entre dans l'attelier de Praxitele
, on y voit un Jupiter qui n'eſt pas
encore achevé , mais tel qu'il eſt on découvre
ce qu'il doit devenir , & on reconnoît
la main du grand Artiſte.
Pendent Opera interrupta , minaque ,
Murorum ingentes .
Ce que l'Auteur dit du bien & du mal
moral n'eſt point dans ce cas là , il n'y a
rien à y defirer : » Ce qui n'eſt bien oumal
» qu'à un particulier & qui peut être le
>>contraire de cela à tout le reſte des hom-
>>mes , ne peut être regardé en général
> comme un mal ou comme un bien.
→Afin qu'une choſe ſoit regardée comme
>>un bien par toute laSociété il faut qu'elle
>>tende à l'avantage de toute la Société , &
>>afin qu'on la regarde comme un mal il faut
» qu'elle tende à ſa ruine , voilà le grand caractére
du bien& du mal moral.
כ כ
» Les hommes étant imparfaits n'ont pu
ſe ſuffire à eux-mêmes,de là la néceffité de
former des Sociétés. Qui dit une Société
>>dit un corps qui ſubſiſte par l'union dé
divers membres , & confond l'intérêt particulier
dans l'intérêt général ; c'eſt là
מ
-fondement de toute la morale.
le
>>Mais parce que le bien commun exige
Fvj
32 MERCURE DEFRANCE.
:
-de grands facrifices , & qu'il ne peut fe
> répandre également ſur tous les hommes ,
» la Religion qui repare le vice des chofes
humaines affure des indemnités dignes
d'envie à ceux qui nous ſemblent lézés.
Et toutefois ces motifs reſpectables n'étant
pas aflés puiſſans pour donner un
>> freinà la cupidité des hommes , ila fallu
-encore qu'ils convinſſent de certaines ré-
>gles pour le bien public fondé à la honte
>>dugenrehumain fur la crainte odieuſe des
>> fupplices; & c'eſt l'origine des Loix .....
>>Heureux qui les ſçait reſpecter comme
melles méritent de l'être; plus heureux qui
>> porte en ſon coeur celles d'un heureux
naturel!
->Ileſtbienfacilede voir queje veux parler
des Vertus. Ieur nobleſſe &leur excellence
font l'objetde tout ce diſcours, mais j'ai cru
>>qu'il falloit d'abord établir une régle fûre ,
>pour les bien diftinguer du vice , je fai
rencontrée ſans effort dans le bien& le
>>mal moral : je l'aurois cherchée vainement
dans une moins grande origine. Dire
ſimplement que la Vertu eſt Vertu , parce
2>qu'elle est bonne en fon fond , & le vice
→tout au contraire , ce n'eſt pas les fai-
>> re connoitre ; la force & la beauté
>>font auſſi de grands biens, lavieilleffe &
- lamaladie des maux réels. Cependant l'on
MARS 1746 133
n'a jamais dit que ce fut le vice ou la Vertu,
>> le mot de Vertu emporte l'idéede quelque
>choſe d'eftimable à l'égard de toute la
>> terre ; le vice au contraire : or il n'y a que
>> le bien & le mal moral qui portent ces
> caractéres. La préférence de l'intéreſt
>> géneral au perſonel , eſt la ſeule diſtinc-
>>tion qui ſoit digne de la Vertu ,&qui doive
en fixer l'idée , au contraitre le facrifi-
» ce mercenaire de ce bonheur public à
>> l'intérêt propre , eſt le ſcéau éternel du
„vice.
Les bornes de ce Journal ne nous permettent
pas de remarquer un grand nombre
d'autres morceaux qui ne cédent en rien à
celui - ci : ce Livre reſpire par tout l'amour
de la Vertu&lemépris du vice,& fait
autant d'honneur au coeur qu'à l'eſprit de
Auteur.
RECUEIL de Piéces pour fervirde fuite
àP'Hiſtoire de Louis XI. par M. Duclosde
l'Académie des Belles Lettres 1746 in 12.
Ce Livre contient pluſieurs piéces curieufes
dont preſque aucune n'a été imprimée,&
on s'eft arrangé avec les éditeurs du nouveau
Comines, de façon qu'il n'entre ici aucune
des piéces qui ſeront à la ſuite de cepremier
ouvrage; ainſi c'eſt un vrai préfent qu'on
fait aux gens de lettres que de leur épargner
la fatigue d'aller chercher des monumens
134 MERCURE DE FRANCE.
dansde vieux Manuscrits où l'on est obligé
de lire, de parcourir du moins cent piéces
inutiles avant que de trouver celles que l'on
cherche. Ce Volume feraun accompagne
ment convenable & même néceſlaire à
I'Hiſtoire de Louis X I. de M. Duclos , dont
le ſuccès a été ſi brillant,
NOUVEAUX Mémoires pour ſervir à
I'Hiſtoire de l'Eſprit & du Coeur , par M.
le Marquis d'Argens , & par Mademoiſelle
Cochois, à la Haye 1745 in 12 , & fe trouvent
àParis chés Guillain Quai des Auguſtins.
On est trop accoutumé à voir ces titres
ambitieux orner le frontiſpice de Livres qui
ne les foutiennent pas , pour s'étonner de ne
trouver ici pour ſervir à l'Hiſtoire du coeur
quedes réflexions ſur l'amitié &un Roman ,
& pour l'Hiſtoire de l'Eſprit des reflexions
fur la critique , des Lettres où ces Ouvrages
ſont loués ,& quelques obſervations ſur
le vuide , ſur la nature de l'air, fur fon
reffort&ſur ſa peſanteur. C'eſt encore beaucoup
: bien des Auteurs ont ſouvent rempli
leurtitre moins dignement ; on connoît
depuis longtems la plume agréable & l'érudition
variée de M. le Marquis d'Argens ,
qui eſt aujourd'hui Chambellan du Roi de
Pruffe. Sans nous arrêter trop longtems fur
les differentes parties de ce Livre, nous di-
:
MARS 1746. 135
rons ſeulement que le ſtyle de Mlle Cochois
fait honneur au maître qui l'a formée. TA
Ily a des choſes très-judicieuſes dans ce
que M. le M. D. dit fur la critique ; if
ſoutient avec raiſon que la bonnne critique
eſt très utile à l'avancement des Lettres ,
mais en convenant de ce principe , il faut
bien entendre ce que ſignifie ce mot : on
entendde nos jours par critique , & M. D.
ne s'éloigne pas de ce ſens , un Cenſeur
mercenaire qui pour piquer la malignité de
ſes lecteurs , s'étudie à chercher les défauts
d'un Livre eſtimable , qui au moyen de
trois ou quatre traits relevés de bonne ou
de mauvaiſe foi dans un grand ouvrage
tourne en ridicule l'Auteur & foulage l'amour
propre des lecteurs du tribut de
louanges qu'il leur auroit coûté. Il arrive
de- là que les gens de Lettres ſont découragés
& que les Lettres font dégradées
non ſeulement par le ridicule que l'on jette
ſur ceux qui les cultivent , mais encore
parce que bien des gens peu inſtruits décidant
légerement les jugent tous comme
s'ils étoient faits ſur le modèle de leurs
cenfeurs : & il arrive la même choſe que
fi l'onvouloit juger des moeurs de la Nation
Allemandepleinede bravoure &de probité,
par les excès que les Pandoures& les Talpaches
ont commis depuis le commence-
1
136 MERCURE DE FRANCE.
ment de la guerre. Mais quand on trouveroit
un Cenfeur auffi éclairé qu'impartial ;
qui ne reprendroit que ce qui mériteroit
d'étre repris , & avecles ménagemens convenables
, il n'en feroit pas moins vrai que
tout ce qu'il pourroit faire feroit d'une inu .
tilité abſolue pour le progrès desArts.
Que ſert- il d'annoncer au public qu'un
ouvrage eſt mauvais , ou que tel endroit eſt
-défectueux ? ille ſçaitauflibienqueleCenſeur.
La critiquedans le ſens où elle feroit
utile , ſeroit un examen raiſonné d'un ouvrage
où l'on montreroit pourquoi cet ouvrage
eſt bon ou pourquoi il eſt mauvais ,
comment l'Auteur auroit pû s'y prendre
pour faire mieux quand il n'a fait que bien ,
quelle reſſemblance il y a d'un morceau
quine fait nul effet dans ſon ouvrage , à un
morceau d'un autre Auteur qui eſt eſtimé
juſtement , en quoidifferent cesdeux morceaux
, en quoi ils ſe reffemblent , & pourquoi
& combien ce qu'ils ont de different
change ce qu'ils ont de ſemblable ; voilà
ce qu'a fait Quintilien que cite M. D. commeun
excellent Critique ;voilà ce qu'a fait
le Grand Corneille dans l'examen de ſes
Tragédies. Mais où peut-on eſpérer de trouverun
pareil homme? Il eſt rare de rencon
trer de grands talens , mais il ſeroit bien plus
étonnant encore de voir un homme né avec
MARS 1746. 137
ees avantages ſe borner au métier de Crititique.
Voilà pourquoi on a fi peu de bons
Livres ſur la Poëtique. Ceux qui ont les
grands talens les cultivent, & ceux à qui
ils manquent font incapables de donner des
préceptes,dont on n'approfondit les raifons
qu'autant qu'on eſt en état de les pratiquer
foi même.
M. D. prétend que pluſieursgens qui ont
bienécrit ont mal jugé ; cela ſe peut , mais
c'eſt qu'ils ne jugeoient pas apparemment
des ouvrages de leurgenre;on cite ici Corpeille,
qui , dit-on, ne jugeoit de ſes piéces
que par l'argent qu'elles lui rapportoient.
Se peut-il quel'on répete ſerieuſement un
pareil conte ? Il peut l'avoir dit , ou pour
ſedébarraſſer d'un importun , ou par raillerie
, ou par tel autre motif: mais peut- on
entirer une induction contre un homme
qui les a jugées avec tant de ſageſſe , &
dequi les examens compoſent uncorps de
Poëtique qui n'a jamais été égalé& ne fera
jamais furpaflé ? Est-il poſſible que l'on ait
pû accufer de manquer de goût un homme
qui en avoit donné des preuves fi éclatantes
? Etrange effet de la prévention ; un
vers de Boileau a entretenu ce préjugé ;
*Tel excelle à rim er qui jugefottement.
On fçait que c'eſt Corneille qu'il avoulu déſigner.
138 MERCURE DE FRANCE.
M. D. le cite comme ſa preuve; ce même
Boileau qui pafle pour un excellent juge ,
verſificateur exact , mais qui mettoit dans
ſes déciſions plus d'humeur que de goût
devoréde l'amour de ſes vers&de lajaloufie
contre ceux des autres , a parlé du Taſſe
avec mépris & de trois hommesde ſon ſiécle
qu'il a eſſayé vainement de rabaiffer , &
qui lui étoient bien ſupérieurs à tous égards,
c'eſt àſçavoir le Grand Corneille , Quinault
& la Fontaine , voilà pourtant l'homme
qui paſſe pour un oracle du goût.
David le jeune Libraire à Paris Quai
des Auguſtins au S. Eſprit vient de recevoir
du Païs Etranger les Livres ſuivans :
Introduction à la Syntaxe Latine, pour apprendre
aifément à compoſer en Latin avec des
exemples de thêmes appropriés à toutes les
régles de la Syntaxe , & proportionnés par
dégrés à la portée des enfans , à quoi lon
ajoûe un abrégé de l'HiſtoireGrecque&Romaine
en faveur des enfans plus avancés
dans la connoiſſance de la Langue Latine ,
avec des regles touchant le genre des noms
Latins , par Jean Clarke, Principal duCollége
de la Ville de Hull , dans le Comté
d'York. Ouvrage traduit ſur la ſixiéme edition
Angloiſe , avec quelques additions &
corrections à l'uſage des Colleges où l'on
MARS
1746. 139
2
parle François , in-8º 2vol. 4 liv, enblanc.
Le même Libraire vient de mettre en
vente , le Traitédu Caſtor , dans lequel on
explique la nature , les propriétés & l'uſage
Medico-Chymique du Caſtorum dans laMé
decine , par Jean Marius , Médecin d'Aufbourg
augmenté des Obſervations de cet
Auteur& de pluſieurs autres Médecins célebres
ſur l'histoire des maladies dont on
n'avoit point encore parlé , & d'un grand
nombre de découvertes , par Jean Francus ,
traduit par M. Eidous , in-12 1. vol. orné
de figures 2. liv. relié.
On trouve chés le même Libraire la
Science de la guerre , ou connoiſſances néceffaires
pour tous ceux qui entreprennent
la profeffion des armes , ouvrage divité en
deux Livres; le premier traite de la fortification,
avec l'analyſe des ſyſtêmes des
meilleurs Auteurs , & les deux nouvelles
manieres de fortifier de l'Auteur. Le ſecond
traite des Opérations d'une armée en campagne
, ſoit en guerre défenſive ou offenfive
, ſuivant lesdifferentes ſituations duPays,
orné de figures in-8 ° . 7liv. relić.
LE ſecond Livre de Fleurettes paroît
&ſe débite chés les Marchands de Mufique.
140 MERCURE DE FRANCE .
:
PRIX proposé par l'Académie de Chirurgie
pour l'année 1747.
L'Académie Royale de Chirurgie propoſe
pour le Prix de l'année 1747 , de déterminer
ce que c'est que les Remedes déterſifs ,
d'expliquer leur maniere d'agir , de distinguer
leurs differentes especes , & de marquer leur
usage dans les Maladies Chirurgicales.
L'Académie defireroit que ceux qui travailleront
ſur ce ſujet , s'atrachaſſent ſurtout
à ranger par claſſe les differens genres
de remedes déterſiſs ſimples & compoſés
, à diftinguer par les differentes qualités
de ces remedes leles diverſes eſpeces
que chaque genre peut renfermer , à prefcrire
les préparations , les formules & Tufage
de ces remedes dans les maladies ſe-
Ion leurs genres , leurs differentes complications
, & les differentes parties où elles
arrivent ; à appuyer leur doctrine ſur l'expérience
& ſur les obſervations des meilleurs
Praticiens .
L'Académie , ſelon les vûes qu'elle s'eſt
propoſées , avertit qu'elle n'adoptera que les
recherches qui peuvent conduire fûrement
dans la Pratique ; elle rejette toutes opinions
, toutes explications purement ingénieuſes
, & tous raiſonnemens qui ne font
fondés que fur des conjectures ou fur des
vraiſemblances,
MARS 1746.
141
Le Prix eſt une Médaille d'or de la valeur
de deux cent livres , qui ſera donnée
à celui qui , au jugement de l'Académie ,
aura fait le meilleur Ouvrage ſur le Sujer
propoſé.
L'Auteur du Mémoire qui remportera
le Prix ſera aggrégé à l'Académie, s'il a fatisfait
aux conditions qu'elle preſcrit.
Ceux qui envoyeront des Mémoires font
priés de les écrire en latin ou en françois ,
& d'avoir attention qu'ils foient fort liſibles,
Ils mettront à leurs Mémoires une marque
diftinctive , comme Sentence , Devife ,
Paraphe ou Signature , & cette marque
fera couverte d'un papier collé , qu cacheté
qui ne ſera levé qu'en cas que la piéce ait
remporté le Prix.
Ils auront ſoin d'adreſſer leurs Ouvrages
francs de port à M. Queſnay Secretaire de
l'Académie de Chirurgie , ou à M. Hevin
Secretaire pour les correſpondances , ou les
leur feront remettre entre les mains.
Toutes perſonnes de quelques qualité &
Pays qu'elles foient, pourontafpirer au Prix ;
on n'excepte que les Membres de l'Acadé
mie.
Le Prix ſera délivré à l'Auteur même ou
au porteur d'une procuration de ſa part ,
l'un ou l'autre repréſentant la marque diftinctive
, & une copie nette du Mémoire .
142 MERCURE DE FRANCE.
Les Ouvrages ſeront reçus juſqu'au dernier
Fevrier 1747 incluſivement , & l'Académie
àſon afſemblée publique de la même année
, qui ſe tiendra le Mardi d'après la Trinité
, proclamera la piece qui aura rempor.
té le Prix.
:
On propose cette Question.
Pourquoi la vûë diſtingue exactement
une ligne droite , quoique la repréſentation
en ſoit courbe ſur le fond de l'oeil.
I
ESTAMPES NOUVELLES,
L paroît nouvellement chés le fieur Tardien
fils Graveur du Roi , trois morceaux de l'Hif
coire de Conſtantin gravés par Tardien pere ,
d'après Rubens ; cette ſuite eſt maintenant complette
de 12 morceaux : les foins que demandent
les gravûres de cetteconféquencene permettant
pas de les faire en peu de tems , l'Auteurn'a pû
répondre plus promptement à l'accueil favorable
que le public a fait aux premieres Estampes de
cette ſuite à meſure qu'elles ont parû. Ces trois
derniers,Sujets font 1o,les Sénateurs délivrés depriſen
par Conftamin. 20. Trophée élevé à ſa Gloire. 30.
La Fondation'de Constantinople: le 1. ſujet eft en large,
les ſecond & troifiéme en hauteur , de ces
12 Estampes 7 font à une livre 15 f. , & sà
18 f.
Le fieur Tardien fils demeure rue S. Jacques
près celle deNoyers à Paris,
MARS 143 1746.
** Le fieur Petit , Graveur , ruë S. Jacques à la
Couronne d'Epines , près les Mathurins , qui continue
de graver avec ſuccès la fuite des Hommes
Illuftres du feu fieur 'Desrochers Graveur ordinaire
du Roi , vient de mettre au jour les Portraits fuivans,
LOUIS PHILIPPE D'ORLEANS DUC
DE CHARTRES , né le 12 Mai 1725 : on
lit ces vers au bas , de M. Moraine.
Malgré tous les plaiſirs d'une aimable jeuneſſe ,
Et les noeuds d'un Hymen formé par la tendreſſe ,
Ce Prince , incapable d'effroi ,
Au milieu des dangers dont Bellone eſt ſuivie ,
S'eft déja fait honneur de hazarder ſa vie ,
Pour cueillir des lauriers ſur les pas de ſon Roi.
LOUISE HENRIETTE DE BOURBON CONTY,
née le 20 Juin 1726 , & mariée avec M. le Duc
de Chartres le 17 Decembre 1743 : les vers qui
font au bas font du même Auteur.
Jeune Princeſſe , ornement de la France ,
Et l'amour d'un Epoux moins grand par ſa naiſſance
Que par fon creur & ſa bonté ;
On ne sçauroit t'offrir un portrait plus fincere ,
Qu'en diſant , tes Vertus & ta rare beauté
Igalent la valeur de ton Illuſtre frere.
CHARLES D'ALBERT DUC DE LUYNES ,
Pair, Connétable &Grand Fauconnier de France ,
144 MERCURE DE FRANCE .
ChevalierdesOrdres du Roi , premier Gentilhomme
de fa Chambre , Gouverneur de Normandie
Iile de France , Picardie &c . mort en 1621 : ae
bas de ce portrait eſt une médaille où eft repré
ſentée une main qui tient l'épée de Connétable ,
accompagnée de palmes &de lauriers ; on lit au
tour ces mots latins , qui me jura vocant & Regisgloria.
ZENON Philoſophe natif de l'Iſle de Cypre
mort à 98 ans : ces vers font au bas,
Severe dans ſes moeurs , grave en ſes entretiens ,
Zenon fut reconnu chefdes Stoïciens ;
2
Dans Athenes comblé de gloire ,
Il eut une Statue une couronne d'or :
Un préſage frivole , une idée illufoire
L'engagerent pourtant à ſe donner la mort.
:
LUCIUS ANNOEUS SENEQUE , originaire
de Cordous en Eſpagne , mort dit-on , à l'â
ge de 120 ans Ces vers font au bas.
Que d'utiles Conſeils , que d'excellents avis ,
Séneque , que d'eſprit on voit en tes écrits !
Și Néron ton difciple & l'Auteur de tes peines
Si ce cruel, ce yicieux ,
Eut été comme toi ſage &judicieux ,
On n'auroit pas coupé tes veines.
Bouque
MARS 1746. 45
BOUQUETà Iris, en lui envoyant des
Immortelles blanches.
DAigne agréer ence jour
Ces fleurs avec mon hommage :
Elles font de mon amour
Et le ſymbole & le gage.
CAT. **
Nadû expliquer
les Enigmes du Mercure de
Fevrier par Bombix , le Confin , Mouche , Carbo
ligneus , & les Logogryphes par Combat &
Charpentier. On trouve dans le premier Co, Ville
d'Arabie , Com , autre Ville dans la Natolie , bật ,
mot , mat . On trouve dans le ſecond Harpe , rente
terre, terrine chipe , , rape , Pair , Chapitre &
chaines :
ENIGME EN LOGOGRYPHE.
Parmi les inventeurs de Loix
Il eſt parlé de moi dans plus d'un paragraphe.
Mais pour me deviner laiſſez le vieux Gaulois ,
Prenez ſoin de m'écrire en nouvelle ortographe,
IG
146 MERCURE DE FRANCE.
Alors j'ai treize pieds. J'attendriffois jadis
Dans les Romans & dans la Tragédie...
J'ai pris place à préſent dans le Pays des Ris
It je touche les coeurs même à la Comédie.
*
Avecun ſigne , une ligne , un paté ,
On peut faire chanter ma tête.
De moi ce chef étant ôté ,
Lecteur , alors je vous apprête
Un nom par qui vous connoîtrez
Tous les objets dont yous l'aurez.
?
:
詭
Ecartez de ce nom une filabe encore ,
Vos ayeux , comme vous ,m'ont pris ſans me ſcavoir.
Tout animal me donne à ce qu'il fait éclore ;
Le plus riche n'a rien avant que de m'avoir.
Mes quatre derniers pieds font choſe fort vul
gaire.
Choſe cependant néceſſaire ,
Surtout à la cuiſine , où fans moi quelquefois
Les plus habiles gens ſe bruleroient les doigts.
C'eſt vainement que d'un air fombre
Vous cherchez par ce mot à vous déterminer.
Retranchez de ce mot encor le premier nombre
Ce qui demeure alors vous reſte à deviner.
MARS 1746 . 147
U
ENIGME.
N trait de plus me rend l'ouvrage
D'un traitde moins , mon cher lecteur ,
Par là j'ai le double avantage
D'être édifice & conſtructeur ;
Premier , je ſuis unique oudu moins je crois l'être ,
Dernier l'on me trouve par tout,
Par tout j'abbats , releve & donne un nouvel étre
Quoiqu'on me maudiſſe par tout .
,
Je pourrois dans mon ſein trouver des mots divers
Italiens , Latins , François; differens termes ,
Mais pourquoi fans raiſon faire de mauvais vers ,
Ilvaut mieux qu'en ceux- ci , lecteur , je me ren
ferme.
Par Mlle. Durand.
J
AUTRE.
E brûle auprès d'une blanche femelle.
Elle expire pour moi quand je brûle pour elle :
Nos déſirs ſont égaux juſqu'à notre trépas ;
Elle entretient mon mal , & fon amour en pleure
د
Gij
#48 MERCURE DE FRANCE.
Si-tôt qu'elle n'eſt plus , mon fort veut que je
meure ;
Je ſurvis un inftant , mais qui ne dure pas.
LOGOGRYPHE.
JEparois en campagne un peu moins qu'à laVille,
Je fuis feul , & pourtant l'aîné de ma famille.
Lecteur , pour me bien deviner ,
J'ai huit pieds qu'il faut combiner.
D'abord j'offre une fleur fort eftimée en France ,
Mais qui ne faiſit point le fubtil odorat.
Le ragoût ſenſuel d'un Gaſcon delicat .
Un lieu commode pour la danſe ,
Et ce qui fait qu'un mur s'abbat .
Chés moi préſide encor une terre étrangere,
D'oùjaillit une eau ſalutaire.
Cequi fert auxOiſeaux pour parcourir les airs.
Ce qui contre d'affreux hyvers ,
Garantit l'indigent dans ſa triſte chaumiere.
Ceque le ſexe feminin
Ne cherche jamais à paroître .
Une amante du Dieu Jupin.
Bref, ce que dans un Camp tout Officier veut être
Auprès d'un Général pour faire ſon chemin.
MARS 1746. 149 -
AUTRE .
I Ecteur, je fais trembler qui contre moi s'ef
crime ,
Quand avec trois de mes enfans
Je deſcends dans l'arêne où leur vertu m'anime :
Souvent mon aggreſſeur devenu ma victime
Eft obligé de battre aux champs .
Avec ſept pieds diverſement j'exiſte :
Je ris aux uns , chés d'autres je ſuis trifte.
Quoi ! ce début allarme ta raifon?
Tu vas me démaſquer par la combinaiſon.
D'abordfois ſur qu'en moi F'on trouve
Ce qu'on ne connoit point , ce qu'on n'a jamais vu
Le fils aîné du tems qui conſtamment éprouve
Le fort de tout mortel , ſans en être abbatu .
Pourfuis ; on trouve encor ce dont tout ſecretaire
Ne pourra jamais ſe paſſer .
Un mot qui ſert à caractériſer
Un Prêtre de ſecte étrangère.
Ceque dans le danger ſouhaite un nautonier ,
Ce dont n'approchent point cocher ni palfrenier .
Un nombre enfin , efficace reſſource
De qui peut en Ducats le tenir dans ſa bourt.
:
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
-
H
AUTRE.
Uit lettresde mon nom vous donnent une
idée;
Par differens ſujets ma nature eft guidée.
Je vais vous démontrer mon horrible produit ;
Les divers animaux dont mon corps eft conftruit.
Sans être cependant ce Dragon à ſept têtes ,
Je renferme en mon fein ſept differentes bêtes ,
Dont lemanége eſt dangereux.
Je vois d'abord ce monftre fabuleux
Qu'on nous repreſente vorace ,
Qu'on nous dépeint avec la feminine face ;
Le corps ſemblable à celui des Vautours ,
O la merveilleuſe effigie !
L'animal qui nous tend la patte de velours :
Lecteur , qu'en penſe tu? ma foi , fi je m'y fie.
Sa femelle eſt après auſſi fine que lui ,
Du peuple fourriquois le cruel ennemi ;
Race ſujette à la rapine ,
Qui d'ordinaire tient fon fort dans la cuiſin.e
Un habitant de l'air , ce ruſé rapineur,
Etde notre caquet fidéle imitateur .
Un terrible Marin ſujet au brigandage ,
Etdont on craint fort l'abordage.
0
三二三
:
MARS. 1746.15
-
En Latin l'animal juſte ſujet d'horreur ,
Et l'énorme habitant de l'obſcure Erimante ,
Qui jette partout l'épouvante
Et fait trembler le Laboureur.
C'eſtaffés meportraire, adieu ,mon cher lecteur.
A
ÆNIGMA.
Mbulo larvatum ; fi quis mihi toliere larvam
Norverit ; hen ! pereo. Sim quid , amice , vides.
XXXXXX
V
CHANSON.
Ous jouiffez d'une beauté ſuprême ,
Et l'on ne peut vous voir , Iris , qu'on ne vous
aime ,
Mais vous craignez ſi fort d'aimer à votre tour
Que vous me défendez juſques au mot d'amour .
Gardons , puiſqu'il le faut , cette triſte défenſe ;
Mais n'entendez vous pas ces aimables aveux
Qu'un tendre regard commence ,
Que finit un tendre filence ,
Et qu'on ne fait parler qu'aux yeux?
Ginj
132 MERCURE DE FRANCE.
VAUDEVILLE.
Tandis que dans nos bois
Nous goûtons un fort paiſible ,
Le plus aimé des Rois
Eftpartout invincible.
Sa grandeur eſt ſans fard;
Sa valeur toujours fûre
Aſſervit le hazard ,
Dompte l'Art ,
Soumet la Nature.
L
SPECTACLES .
OPERA .
'Académie Royale de Muſique continue
les répréſentations d'Armide avec
un ſuccès qu'on n'eſperoit pas de la flotante
incertitude du goût du ſiecle. Il paroît aux
aplaudiſſemens & à l'affluence continue des
auditeurs que les Novateurs en Muſique
n'ont pas encore ſubjugué les Lulliſtes & que
l'Auteur de l'harmonie aimée du coeur avoit
ر
MARS 1746.353
encore bien des oreilles dans ſon parti. Si .*
le ſchiſme régne dans nos Concerts , il n'a
pas ſoumisentierement le Théâtre Lirique.
Nous pourions nous étendre loin ſur ce ſujet
,& raiſonner long-tems ſans ſuperfluité
fur l'injuſte prévention des différentes ſectes
des Amateurs de la Muſique , mais ce ſeroit
raiſonner bien inutilement. Nous aurions
affaire à des diſputeurs qui ne connoiffent
pas les argumens reguliers & qui n'apportent
jamais pour preuve de leurs opinions que les
fillogiſmes des Marquis de Moliere , cela eft
détestable , parce que cela eſt déteſtable.
Interrompons nos reflexions pour rendre
àMlle. Mets la juſtice qui lui eſt due au ſujet
du rôle d'Armide qu'elle a joué le Mardi
huit Mars avec un applaudiſſement géneral.
Elle amis dans ſon jeu toutes les nuances
que les divers mouvemens exigeoient. Ce
n'étoit point une Actrice qu'on admirois
tranquilement , c'étoit Armide elle-même.
animée du feu de l'amour & accompagnée
de toutes les graces de la jeunelle , qui tiroit
des yeux attendris des ſpectateurs des lar
mes plus flateuſes encore que les applaudiſſemens.
Ce premier ſuccès a été ſoutenu &
redoublé dans les repréſentations ſuivantes.
La même Mile. Mets ajoué dans le même
Opéra d'Armide le Vendredi 18 Mars un
ôle qui lui attira de nouveaux & nombreux
G
154 MERCURE DE FRANCE.
applaudiſſemens , qu'elle eut l'honneur de
partager avec un véritable Héros , plus digne
des tributs dela Rénommée que lePaladin
fabuleux du Taſſe.
Mlle. Chevalier rempliſſoit le perſonnage
d'Armide avec ſon ſuccès ordinaire , &
Mlle.Metsjouoitdans le Prologne le rôle de
laGloire.
M. le Maréchal Comte de Saxe de retour
de l'armée & de la Cour , reçut en
defcendant de carroſſe les premiers kommages
du public reconnoiffant qui par des
acclamations &des applaudiffemens redou
blés lui témoigna la joye qu'il avoit de revoir
le Vainqueur de Bruxelles avec une
ſanté parfaitement rétablie. La France a
l'obligation de cet heureux rétabliſſement à
la capacité , au zéle & aux foins de M. de
Sénac , Medecin confultant du Roi , de l'Abbaye
Royale de S. Cyr , & de l'Hopitalde
ła Charité de Verſailles.
M. le Maréchal Comte de Saxe en entrant
au Balconde l'Opéra fut célébré unanimement
avec les mêmes acclamations &
les mêmes applaudiſſemens par la brillante
aſſemblée qui l'attendoit avec impatience.
C'eſtainſi que lesCéſars étoient fêtés au retour
de leurs fameuſes expeditions par le Senat &
le PeupleRomain. Mile. Mets qui ce jour-la
répréſentoit laGloire dans lePrologued'Ar
MARS 1746. 155
mide , illuſtra ſon rôle en préſentant la couronne
de laurier qui en étoit le ſymbole , à
M. le Maréchal Comte de Saxe. Cet évenement
attira les juſtes applaudiſſemens des
ſpectateurs , jamais on n'en a vûde plus unanimes
, & la jeune Actrice fut fort louée d'avoir
rempli & à propos les fonctions de la
Gloire.
Le Jeudi trois de ce mois on a répréſenté
ſur le Théâtrede Verſailles Zelifca Comédie
Ballet en trois actes , avec des intermedes
mêlés de chants & de danſes .
Cette piéce eft de M. de la Noiie , Acteur
François , connu par des ſuccès tant ſur ſon
Théâtre ou il a donné Mahometſecondque
ſur celui des Italiens ou il a produit le retour
de Mars petite Comédie ſemée de traits
enjoués & fins,
La Muſique des Intermedes eſt deM.
Jeliotte , excellent Acteur de l'Académie
Royale de Muſique ; on a ſouvent vû furle
Théâtre François& ſur l'Italien des Acteurs
devenus Auteurs , mais le Théâtre Lyrique
n'en avoit point encore produît qui réunit les
deux talens.M.Jeliotteſi accoûtumé à enlever
tous les ſuffrages , quand il exécute & embellit
les ouvrages des autres , a reçu commeAuteur
les applaudiſſemens qu'on lui prodigue
chaque jour commeActeur; fa Mufique
àplu univerſellement aux gens de goût
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
&méme elle a réuni les ſuffrages des partifans
des deux differentes ſectes qui ſe ſont
introduites dans la Muſique depuis un certain
tems. En généralelle eſt agréable, fans
être commune , neuve ſans être bizarre &
travaillée fans être confuſe. L'éxecution a
parfaitement bien répondu au mérite de
l'Ouvrage , & s'il faut donner de juſtes éloges
à ceux qui l'ont éxécuté , il ne faut pas
moins louer l'attention du Compofiteur qui
travaillant pour les voix qu'il employoit a
fçuſe porportioner à leur étendue , & à leurs,
differentes propriétés. Cet exemple& le fuccès
qui l'a ſuivi , ſont unegrande leçondont
tous lesCompoſiteurs devroient profiter. II
n'eſt que trop ordinaire de les voir négliger
abſolument cette partie; paſſons au ſujetde
la Comédie.
Zeliſca eſt une Princeſſe aimée par deux
freres, fils d'une Fée puiſſante qui les a doués
bien differemment, l'un eſt Enchanteur &
poffede tout l'art des Urgandes & des Meluſines.
Il attaque le coeur de Zeliſca avec
les merveilles pompeuſesde laMagie. L'autre
n'emprunte pour ſe faire aimer que le
ſecours ſimple de la Nature, & a le pouyoir
dedétruire tous les enchantemens par
ſa ſeule préſence ; Zeliſca paroît dans lepremier
Acte incertaine du choix qu'elle doit
faire. Un Oracle écrit en lettres lumineuſes
MARS 1746.57
!
lui prédit qu'elle doit accorder ſa tendreſſe
à l'amant qui lui offrira le Spectacle le
plus flateur. Cet Oracle fait préſumer au
Prince Enchanteur un triomphe certam , &
pour hater ſa conquête , il appelle une troupe
d'Enchanteurs qui forment la premiere Fête
, conduite par un Ordonateur répréſenté
parM. de Challé , qui célébre ainſi les preftiges
de la Magie.
Rien ne ſuſprend , rien ne limite
Les efforts d'un Art Enchanteur.
L'Univers en repos , la Nature en fureur
N'a point d'effets qu'iln'imite.
Avare de ſes dons la fterile Nature
Les diſperſe en des lieux divers :
Aimable fils de l'impoſture ,
! :
د
L'Art aux voeux des Mortels tient fes trefors ou
verts,
Et dans le même eſpace ,
Il raffemble , il ſurpaſſe ,
Les beautés de tout l'Univers.
Le Choeur repete les quatre premiers
vers d'une harmonie qui a obtenu le ſuffragedes
connoiffeurs.Enſuite unGenie chante
ces paroles galantes fur un air très gracieux
. Ce Genie eſt M. Poirier ordinaire de
la Muſique du Roi.
138 MERCURE DE FRANCE.
5
G'eſt dansvos yeux qu'il allume ſa flamme ,
GeDieu dontvous n'oſez éprouver les douceurs.
Pourquoi lui refuſer l'empire de votre ame
Lorſqu'il vous fait regner ſur tous les cooeurs ?
Beautés ſouveraines ,
G'eſtdevos mains qu'il prend ſes traits vainqueurs
Vous verſés en formant nos chaines
Ou ſes plaiſirs ou ſes rigueurs.
Le niême Intermede finit par un ſecond
choeur.
Dans le deuxieme Acte le coeur deZeliſca
n'eſt pas encoredéterminé. Cependant
on s'apperçoit à quelques ſentimens ingenus
&délicats que la Nature à la fin l'emportera
ſur l'Art,malgré la deuxieme Fête offerte
par le Prince Enchanteur , où M. de Laval
Compofiteur des Ballets de la Cour a déployédans
un pas de cinq tous les agrémens
de la danſe. Ce pas de cinq eſt exécuté
par M. D. Dumoulin répréſentant
P'Amour. M. Malter troiſiéme repréſentant
Zephire , Mlle. Sallé repréſentant Flore ,M.
Pitro repréſentant un Faune , & Mite, Lionois
repréſentant une Driade , on trouve
pourtant un défaut à cette derniere , c'eſt
qu'on dit qu'elle n'a pas l'air du perſonnage
champetre qu'elle repréſente, & qu'elle a
MARS 1746. 159
T
plus la phyſionomie d'une Grace que d'une
Driade. Nous nous flatons que nos continuelles
reflexions en faveur des Ballets Pantomimes
engagent inſenſiblement les habiles
Compoſiteurs à imaginer des danſes mieux
deſſinées que les anciennes , & que cette
partie de nosOpérajuſqu'ici négligée &trop
bornée , deviendra bien-tôt plus variée , &
Pittorefque. Nous en avons vu un agréable
échantillon ſur le Théâtre Italien dans l'Intermede
du premier Acte de la Comédie
du Plagiaire. Ce joli tableau étoit un véritable
Vateau.
Le ſecond Intermede de Zeliſca raffem
ble encore d'autres beautés ; Mile, Camargo
ydanſe. M. Jeliotte Compoſiteur de la
Muſiqueyy chante ces jolis vers s , où les aî
les de l'amour ſi ſouvent alleguées pour fi
gnifier l'inconſtance, font ici employées d'u
ne façon ingenieuſe & neuve.
Ici les ris , les jeux
Forment les chaînes les plus belles ;
Il n'eſt point d'Armans malheureux ,
Il n'eſt point d'Amans rebelles.
Un deur ,
Un foupir
Adoucit les plus cruelles ,
Et fi l'Amour a des aîles
C'eſt pour voler vers le plaifir.
16. MERCURE DE FRANCE.
Enfin Zeliſca dans le troiſieme Acte fe
rend à l'aimable Prince qui n'a emprunté
contre fon indifference que les agrémens
donnés par la Nature, elle lui avoue ſa
défaite. On trouve que l'Oracle qu'il craignoit
ne lui étoit point contraire. Sonvéritable
ſens eft découvert& le ſuccès prouve
quele Spectacle le plus flateur eſtde voir l'amourfatisfaitdans
les regards de l'objet qu'on
aime ; l'Amant préferé donne pour fête à
Zeliſca le Spectacle du triomphe d'un Berger
&d'uneBergere dont la tendre fidelité
eſt courronnée par les heureux habitans
d'une Campagnetranquille, foumiſe aux loix
de l'innocence. Ces deux Amans champêtres
chantent une ſcene& un Duo parfaits.
Cela n'eſt pas étonnant , puiſque ce morceau
eft exécuté parM. Jeliote & par Mlle.
le Maure toujours elle-même.
Le charmant payſage où ſe donne la fête
eſt terminé parun riantcoteau d'où def
cendent ſucceſſivement des troupes des Bergers
heroïques & des Paſtres , qui forment
desdanſes variées. On y admire les graces
nobles de M. Dupré , on eft charméde revoir
Mile. Sallé , Mlle. Camargo , & les
habiles danſeurs &danſeuſes qui ont orné
les premiers Intermedes. On eſt charmé
de compterdans la troupes des Paſtres l'aimable
petite Puvizée accompagnée d'un
MARS 1746. 161
jeune danſeur , fils de M. Laval Compofiteur
des Ballets du Roi , & quels progrès ne
fera t-il pas ſous unſi bon maître !
Nous nepouvons mieux terminer cet extrait
que par le Vaudeville que l'on chante
à la findu troiſiéme Divertiſſement , on en
trouvera l'airgravé avec la Chanſon du mois.
L'or & l'éclat pompeux
Ici ne nous touchent gueres :
Dans cet azile heureux
On ne ſongequ'à plaire.
Notre bonheur ne part
Que d'une ſource pure.
Notre amour eft fans fard
Tout notre Art
N'eft que la Nature.
i
II.
Du deſtin le plus doux
Chaque Berger eſt le maître,
Un tréſor eft en nous
Pour qui ſçait le connoître.
Lecoeur eft cetréſor ,
Que debiens il procure!
Voulez vous voir encore
L'âge d'or ?
Suivez la Nature.
Vous qui feignez d'aimer
: 1
,
162 MERCUREDE FRANCE
Etne cherchez qu'à feduire ,
Croyez vous nous charmer ?
Le coeur ſçait nous inſtruire ;
Le ferment, le régard ,
Chés vous tout eſt parjure.
Bien-tôt on voit le fard;
Jamais l'Art
Ne rend la Nature.
1 V.
Tandis que dans nosbois
Nous goûtons un fort paiſible
Le plus aimé des Rois
Eſt partout invincible :
Sa grandeur eft fans fard ;
Sa valeur toujours fûre
Afſfervit le hazard ,
Dompte l'Art ,
Soumet la Nature.
:
On a donné le Jeudi dix Marsune deuxiéme
Repréſentation de cette Comédie
Ballet qui malgré un des plus vilains jours de
l'hyvera conduit à la Cour biendes curieux
de la Ville.
Voici une lettre que nous venonsde recevoir
de M. de la Noüe Auteur de Zeliſca.
Meffieurs avant que vous avez donné au
public l'Extrait de la Comédie Ballet de
Zeliſca , repréſentée pour laſeconde fois
MARS 1746. 165
Verſailles devant leurs Majeſtés , Jeudi der
nier, dix Mars j'ai cru qu'il étoit de mon de
voir de vous avertir que dans le total des
divertiſſemens , il y avoit deux airs qui n'étoient
pas de macompoſition. Le premier
eſt audeuxiéme Intermede , c'eſt un choeur
alternatif chanté par Mlle, Bourbonois qui
commence par
Dans ces beaux lieux
Quels biens vont éclore. &c.
Le ſecond ſe trouve dans le troiſieme In
termede , c'eſt une Parodie de la chacone
chantée par Mlle. Fel, qui commence& fi
nitpar ces vers.
:
こ
L'amour dans ces lieux
Couronne vos feux. &c.
La difficulté de travailler ſur des cario
vas augmente encore le mérite de ces deux
morceaux. J'avoue qu'ils ne ſont pasde moi.
Le reſte du divertiſſement auſſi bien que la
Comédie m'appartient tout entier, &je fuis
ſeul reſponſable des fautes qui s'y trouvent
la vérité & les conſeils de mes amis m'ont
obligé à vous donner cet éclairciſſement
que je vous prie de rendre public.
J'ai quelques réflexions à vous communiquer
fur la fureur que l'on a aujourd'hui de
dépoſſeder de leurs Ouvrages la plupart
164 MERCURE DE FRANCE.
des véritables Auteurs , pour les attribuer à
d'autres. Cefera , je l'eſpere , pour leMercute
du mois prochain , j'ai l'honneur d'être ,
&c.....
Nous connoiffons quelques Auteurs qui
n'écriroient pas une ſemblable Lettre ſans
tecevoir des dementis bien authentiques.
COME'DIE FRANÇOISE.
Les Comédiens François ont ſouvent donhé
enſemble l'Oracle & le Magnifique ,
deuxtrès jolies Piéces d'un Acte , appartenantes
incontestablement à leurs Auteurs ,
fans aucune revendication.
Le Dimanche 13 Mars , on a donné à la
Comédie Françoiſe un feu d'artifice intitulé
le Deluge Univerſel le rideau du fond du
Théâtre repréſentoit ce funeſte évenement.
COMEDIE ITALIENNE.
Le Jeudi dix Mars on a donné la pres
miere repréſentationde la Coquettefixée,Comédie
en trois Actes , qui a été ført ap.
plaudie; on en donnera l'Extrait le mois
prochain..
Le Samedi 29 les Commédiens Italiens
donnerent pour la clôture du Théatre la
Coquette Fixée & l'Epreuve , Comédie de
1
!
MARS 1746. 165
M.de Marivaux ſouvent repriſe &toujours
avec le ſuccès d'une nouveauté.
M. Riccoboni prononça le Compliment,
&nous avons cru faire un préſent agréable à
nos lecteurs en le leur mettant ſous les yeux.
COMPLIMENT pour la clôture du
Theatre Italien.
MRs, jamais dans notre Theatre celui qui l'honneur parler au public
le jour de la clôture , ne s'eſt trouvé dans
une occafion aufli favorable & auſſi flateuſe
qu'elle l'eſt aujourd'hui pour moi.
A la fin des années précédentes nous nous
occupions à vanter notre zéle pour le public
, parce que rien ne nous afſfüroit qu'il
eût été remarqué. Nous rendions graces
aux ſpectateurs de leur indulgence , mais
hélas ! c'étoit une indulgence ſtérile qui ne
pouvoit fatisfaire que notre zéle; quelle
difference aujourd'hui, Mrs. je puis avec une
véritable joye me rappeller vos bontés pour
nous dans toutes les nouveautés , ſoit Italiennes
, ſoit Françoiſes, que nous vous avons
préſentées, vous nous avez applaudis , c'étoit
beaucoup ; mais vous avez conſtamment
ſuivi notre Spectacle , vous y étes
166 MERCURE DE FRANCE.
venus en foule , c'eſt remplir tous nos
ſouhaits. C'eſt nous perfuader qu'il y avoit
dans vos applaudiſſemens quelque choſe de
plus que de l'indulgence , pardonnez-nous ,
Mrs , ce petit mouvement d'amour propre ,
il ne fera que nous attacher davantage ànos
devoirs envers le public.
Laderniere de nospiécesnouvelleseſt celle
qui nous a produit les plus nombreuſes &
les plus brillantes afſemblées. Cet heureux
ſuccès bien loin d'exciter la vanité de l'Auteur
aréveillé ſa modeſtie; il m'avoit chargé ,
Mrs , de vous faire ſentir dans ce remerciment
, qu'il ne comptoitdevoir les marques
d'approbation dont vous avez honoré for
ouvrage qu'à votre ſeule complaiſance
mais nous voyons trop clairement qu'en
applaudiſſant la Coquette fixée vous n'avez
montré de l'indulgence que pour les Acteurs
, & pour l'Auteur que de la juſtice,
Continuez , Mrs ; tout vous aſſure que nous
ferons toujours les mêmes; fi notre zélene
s'eſt point démenti lorſqu'il n'étoit pas heureux
, quelles nouvelles forces neprendrat-
il pas lorſqu'il ſe verra récompenfé !
Ce Compliment judicieux eſt de la compoſition
de M. Ricoboni qui l'a récité& a
été fort applaudi par une très- nombreuſe
aſſemblée.
MARS 1746. 167
a
LaCoquette fixée est uneComédie élégan
ment écrite, &dont le ſtyle naturel & léger
n'eſt point infectéde la contagion du néolo,
giſmemoderne. Sonſuccès eſt brillant , & il
eſtmérité ; elle étoit ſuivie d'un Ballet Comique
& varié deſſiné par M. Ricoboni , &
ce Ballet prouve qu'il eſt auſſi bien avec
Terpſicore qu'avec Thalie.
M. Balleti & l'aimable Coraline danſerent
une entrée de Pierrot &de Perrete ,
tantôt avec Arlequin tantôt avec le Compofiteur
lui même , quia extrêmement amuſé
des ſpectateurs. I.e Polichinel exécuté par
M. Thomaſſin y a fait briller ſa légereté,
& la charmante petite Camille exécuta un
pas de trois avecMrs Dubois & Duval , qui
aété fort applaudi .
L'Académie Royale de Muſique donna
le Samedi 26 Armide pour laclôture de ſon
Théatre ; & les Comédiens François la
-Merope de M. de Voltaire ; lestrois Théatres
furent auffi pleins que s'il n'y avoit eu
qu'un Spectacle à Paris.
COMEDIES, Concerts & Ballets de la Cour.
Le Mardi 1. Mars , les Comédiens François
repréſenterent ſur le Théatre du Châ168
MERCURE DE FRANCE,
reau Alzaide & le Galand Jardinier.
Le Mercredi 2 les Comédiens Italiens
jouerent ſur le même Théatre les Contretems.
Le même jour & le Jeudi 3 , M. Benoît
Maître de Muſique de la Cathédrale de
Chartres , fit chanter pendant la Meſſede
leurs Majestés le Pſeaume Deus nofter &c.
Le Vendredi 4 & le Samedi 5 , M.
Benoît fit chanter pendant la Meſſe de leurs
Majestés pour la ſeconde fois lePleaume
Mifericordias Domini cantabo.
Le Samedis on exécuta en Concert chés
la Reine le Prologue & la ſeconde entrée
du Ballet de l'Europe Galante.
Le Lundi 7 , on exécuta en Concert la
troifiéme & cinquieme entrée de l'Europe
Galante.
Le Mardi 8 les Comédiens François repréſenterent
fur le Théatre du Château la
TragédiedeRodogune & le Port de Mer,
Le Mercredi , les Comédiens Italiens
jouerent fur le Théatre du Château les Fofies
de Coraline ſuivies d'un Ballet.
Le Jeudi 10 Zeliſta ſeconde repréſentation.
Le Vendredi 11 & le Samedi 12 M.
Crétien Ordinaire de la Muſique du Roi
âgé de 16 à 17 ans ayant été Page de la
Muſique ſous feu M. Campra , fit chanter
pendant la Meſſe de leurs Majestés un
Motet
MARS 1746. 169
ANCI
Motetdeſa compoſition ,dont toute laCour
futfatisfaite.
Le Mardi 15 les Comédiens François
repréſenterent ſur le Théatre du Château
l'Enfant Prodigue & l'Ami de tout le monde.
Les Comédiens Italiens jouerent ſur le
Théatre du Château le Mercredi 16 lesdeux
Anneaux Magiques.
Le Jeudi 17 on exécuta fur le grand
Théatre des Ecuries le Séjour de la Felicité,
Ballet en trois Actes & un Prologue. Les
paroles en ſont de M. Roi, & laMuſique
de Mrs Rebel & Francoeur ; leBallet deM.
Laval : on endonnera l'extrait le mois prochain.
Le Samedi 19 on exécuta en Concert
chés la Reine un divertiſſement de M. de
Bury Survivancier de M. de Blamont en la
charge de Maître de Muſique de la Chambre
du Roi; les paroles font de Mile
de Luſſan.
Les Acteurs du divertiſſement font , la
Nymphe de Verſailles Madame Lalande ,
une Driade & une Bergere Mlle Fel , un
Berger M. Poirier.
LeLundi 21 Mars on exécuta enConcert
chés laReine le Prologue & le premier Acte
de l'Opéra de Martheſie de Mrs Roi &
Deſtouches.
Le Mardi 22 les Comédiens François
H
10 MERCURE DE FRANCE,
repréſenterent fur le Théatre du Château
la Tragédie de Policucte & l'Impromptu de
Campagne ; la Dile Cammaſſe Danfeuſedu
Roi de Pologne Duc de Lorraine à danſé !
entre les deux piéces & après la petite
avec beaucoup de graces & de légereté.
Le Mercredi 23 M. Camus Page de la
Muſique de la Chapelle du Roi & eleve de
M. l'Abbé Madin Maître de la Muſique du
Roi fit chanter devant leurs Majeftés le
Pleaume Qui confidunt in Domino &c. Motet
de fa compofition. Cet Auteur n'a pas
15 ans& en a déja fait chanter deux devant
Įçurs Majestés,
Le même jour Mercredi 23 les Comédiens
Italiens jouerent fur le Théatre du
Château la Coquette fixée , piécce nouvelle
en trois Actes , ſuivie du Diable boiteux &
du Ballet des Berceaux.
Le Jeudi 24 on exécuta à la Meffe de
leurs Majestés le même Moter de M. le Ca
mus Page de la Muſique de la Chapelle.
L'après midi on exécuta pour la ſeconde
fois fur le Théatre des Grandes Ecuries le
Ballet de la Félicité.
Le Samedi 26 on exécuta en Concert
chés la Reine le Prologue & le ſecondAcfe
du Baller des Elémens. M. le Page nouvellement
de la Muſique de la Chambre
du Roi chanta les Rôles de bafle , & M.
MARS 1746. 171
Benoît une Cantatille de ſa compofition ,
Le Lundi 14 Fevrier les Pages de la
Reine ont donné un bal ; ils en ont fait les
honneurs de maniere que beaucoup de Seigneurs
&de Damesde la Cour qui y avoient
été invités en ont été extrêmement contents.
Les rafraichiſſemens y furent ſervis en
abondance , & le tout s'eſt paffé dans un
ordre qui eſt peu ordinaire dans des affem..
blées nombreuſes.
La Reine a eu la bonté de leur témoigner
qu'elle étoit très - contente du rapport qui
Jui en avoit été fait.
EXPLICATION de l'Enigme dy
premier volume de Décembre,
L'Enigmeeſt devinée ;
Ce n'eſt plus un ſecret;
Charmante Iris , pour la fin de l'année
L'on a voulu vous donner un Bouquet.,
5.
20
172 MERCURE DE FRANCE,
ややや
JOURNAL DE LA COUR , DE PARIS,
&c.
E 27 Février premier Dimanche du
LCarême le Roi &la Reine accompagnés
deMonſeigneur le Dauphin , de Madame
la Dauphine & de Meſdames de France
entendirent dans la Chapelle du Château
deVerſailles la Meſſe pendant laquelle le
Te Deum fut chanté en actions de graces de
la priſe de la Ville de Bruxelles.
L'après-midi leurs Majeſtés accompagnées
de même entendirent la prédicationdu Pere
Neufville de la Compagnie de Jeſus. La
Reine accompagnéedeMonſeigneur le Dau
phin& de Mefdames entendit le 2 de ce
mois le Sermon du même Prédicateur.
Le Comte de Waffenaer que la République
de Hollande anommé fon Miniſtre
Plénipotentiaire auprèsdu Roi étant arrivé
à Paris le 20 du mois dernier eut à Ver.
ſailles le 27 une audience particuliere du
Roi. II y fut conduit ainſi qu'à celles de la
Reine , de Monſeigneur le Dauphin , deMadame
la Dauphine&de Meſdamesde France
par M. de Verneuil Introducteur des
Ambaſſadeurs,
E
173 .
MARS 1746. 7
Les troupes qui compoſoient la garnifon
de Bruxelles en ſont ſorties en trois Divifions
le 23 du mois dernier&les deux jours
ſuivans. Le Maréchal Comte de Saxe eſt
entré dans la Ville le 25 ; il ya fait chanter
le Te Deum, & il a été complimenté
par les Magiftrats de la Ville. Le Comtede
Lowendalh Lieutenant Général a été choisi
par le Maréchal Comte de Saxe pour commander
dans Bruxelles ,&le Vicomte du
Chayla Lieutenant Général commande dans
Louvain.
Le Roi ayant écrit à l'Archevêque de
Paris pour faire rendre à Dieu des actions
degraces folemnelles de la priſe de la Ville
de Bruxelles on chantale 3 de ce mois dans
l'Egliſe Métropolitaine de Te Deum auquel
l'Abbé d'HarcourtDoyen duChapitre officia.
Le Chancelier de France accompagné de
pluſieurs Confeillers d'Etat & Maîtres des
Requêtes y aſſiſta ainſi que le Parlement , la
Chambrede Comptes , la Courdes Aides &
leCorps de Ville qui y avoient été invités
par le Marquis de Dreux GrandMaître des
Cérémonies.
Le foir on tira un feu d'artifice dans la
Place vis-à-vis de l'Hôtel de Ville lequel fut
illuminé , & ily eut des illuminations dans
toutes les rues.
Le même jour les 52 Drapeaux & les3
Hij
174 MERCURE DEFRANCE.
Etendarts des Bataillons & Efcadrons -faits
prifonniersdeguerre dans la Ville de Bruxelles
& que le Maréchal Comte de Saxe a
envoyés au Roi par M. de la Maſſais Colonel
du Régiment de Piedmont furent portés
à l'Egliſe Métropolitaine avec les céré
monies ordinaires .
Le 4de ce mois le Pere Geoffroy l'un
des Profeſſeurs de Rhétorique du Collége
de Louis le Grandy prononça un Diſcours
Latin très - éloquent dans lequel il pronva
que les ſuccès de la derniere Campagne font
un heureux préſage de ceux de la Campagne
prochaine. L.Aſſemblée étoit compoſee du
Nonce du Pape, de pluſieursArchevêques
& Evêques & d'un grand nombre de perſonnes
de distinction.
Le 6 ſecond Dimanche du Carême le
Roi & la Reine entendirent dans la Chapelle
du Château la Meſſe qui fut chantée par
la Muſique.
L'après-midi leurs Majeſtés accompagnées
de Monſeigneur le Dauphin &de Meſdames
de France aſſiſterent à la prédication du
Pere Neufville.
Le 4 le Roi & la Reine entendirent le
Sermon du même Prédicateur.
Le Lundi au foir 7 de ce mois le Roi
alia à l'ancien Cabinet des Médailles , pour.
y voir les Machines & Inftruments qui fer-
T
MARS 1746. もうす
2.
vent depuis deux ans aux Leçons de Phyfi
que expérimentale que M. l'Abbé Nollet
a l'honneur de faire à la Cour tant pour
¡ Monſeigneur le Dauphin que pour Madame
la Dauphine & pour Meſdames de France ,
& cet Académicien répeta les fameuſes &
nouvelles expériences d'Electricité en pré
fence de Sa Majeſté qui en parut égale
ment ſurpriſe & fatisfaite.
Le même jour la Reine voulut voir le
nouveau Phénoméne Electrique communi
qué par M. Muſchenbrock de Leyde , &
dont nous avons fait mention dans notre
dernier Journal : de toutes les expériences
que M. L. N. fait entrer dans fes Cours
c'étoit la ſeule que S. M. n'eut point vûe.
Le Dimanche ſuivant M. L. N. par ordre&
en préſence du Roi fit dans la grande
Galerie du Château les nouvelles expériences
d'Electricité ſi célébres; entr'autres , il
fit ſentir d'un ſeul coup & fubitement la
commotion électrique à cent quatre- vingt
perſonnes qui formoient une chaîne en ſe
tenant par la main.
Le 13 troiſſeme Dimanche du Carême
le Roi & laReine entendirent dans la même
Chapelle la Meſſe chantée par la Muſique.
L'aprés-midi leurs Majeftés accompagnées
deMonſeigneur le Dauphin , de Madame la
Dauphine& de Meſdames de France affifte-
Hij
176 MERCURE DE FRANCE.
rent au Sermon du même Prédicateur.
Le , & le 16 la Reine entendit le Sermon
du même.
Le Maréchal Comte de Saxe arriva à
Verſailles le 13 , & il eut le même jour
l'honneur de ſaluer le Roi qui l'a reçû très
favorablement. S. M. lui a accordé les
grandes entrées.
Le 20 quatriéme Dimanche du Carême
le Roi & la Reine entendirent dans la même
Chapelle la Meſſe chantée par la Muſique.
L'après-midi leurs Majestés accompagnées
de même aſſiſterent au Sermon du
même Prédicateur.
Le 18 & le 23 la Reine entendit le Sermon
du même,
LETTRE de M. L. *** Chanoine de
Notre-Dame,à M. de la Bruere l'un
des Auteurs du Mercure.
Ous me
V
faites un véritable plaifir ,
en vous addreſſant à moi pour
vous fournir de quoi parler dans vos Mémoires
de M. l'Archevêque de Paris que
nous venons de perdre. Je ſaiſis avec empreſſement
cette occafion de payer àla Mémoire
de ce reſpectable Prélat la reconnoiſſance
que je lui dois des bionfaits qui
MARS
1746. 177
7
ont accompagné la confiance dont il m'a .
honoré.
Son nom est connu de tout le monde
& ſaMaiſon eſt établie enProvence depuis
plus de ſept fiécles , par l'échange qui fut
fait par ſes ancêtres du reſte de leur Souveraineté
de Vintimille avec des Dignités ,
des Gouvernemens & des Terres que le
Comte de Provence leur donna dans ſon
Pays.
-Son ſur-nom de Marſeille appartient à
ceux de cette Maiſon qui deſcendent comme
lui d'Emmanuel de Vintimille & de
Sibille de Marſeille d'Evenes ſooeur de Guillaume
de Marſeillode Signe ,lequel mourut
fans enfans , & obligea par ſon Testament
ceux de ſa ſoeur & leur poſtérité de porter
le nom & les armes de Marſeille , avec
cettedifference cependant que l'aînéde cette
Maiſon ſe nommoit de Marseille des Comtes
de Vintimille , & que les branches du
Luc , de Seifion , & de Figaniere fe nom.
moient de Vintimille des Comtes de Marfeille.
C'eſt enconféquence de ces faits que le
fils de M. le Comte de Vintimille &de feue
Mlle. de Mailly fon épouſe , né en 1741 ,
& qui eſt l'arriere-petit-neveu de M. l'Archevêque
, a été nommé le Comte de Marfeille.
Hv
178MERCURE DE FRANCE
Ce Prélat a répondu à cette haute naif
fance par des manieres nobles , généreuſes
&douces , avec leſquelles il s'eſt égalé à toures
fortes de perſonnes pendant 63 ans d'Epiſcopat
, fans rien perdre de ſadignité. 11-
fut nommé à l'Evêché de Marſeille prefque
aufſi- tôt qu'il eut atteint l'âge requis par
les Canons , & avec la conduite la plus exacte
& la plus réguliere , il a été également aimé
&reſpecté par les perſonnes de tout état.
En 1708 le feu Roi connoiffant ſa prudence
& ſa dextérité dans les affaires, le plaça
fur le Siége d'Aix pour être à la têre de
celles de la Province en qualité de premier
Procureur du Pays. Tous ceux avec
qui il a partagé ce ſoin ont été témoins de
ſa ſollicitude pour ménager les intérêts de
la Province , & la protection du Roi pour
elle. La réputation qu'une conduite ſi ſage
lui avoit donnée , l'a porté à la tête de huit
Aſſemblées Générales du Clergé où iľa préfidé
, pendant leſquelles tous ſes confreres
l'ont regardé comme leur pere,
Il étoit en 1720 dans la terre de M. le
Comte du Luc ſon frere. Ce Seigneur fi
digne de l'eſtime publique par la bonté de
fon coeur, & par ſa capacité à traiter les
plus grandes affaires , dont il a donné des
preuves en Suiffe en qualité d'Ambaſladeur ,
au Congrès de Bade où il étoit Plénipoten
MARS
1746. 179
tiaire , &dans fon Ambaſſade Extraordinaire
-auprès de l'Empereur Charles VI. dont Louis
XIV. fut fi fatisfait qu'il lui écrivit qu'il feroic
décoré de l'Ordre du Saint Eſprit à la premiere
promotion , & qu'il n'y avoit aucune
dignité dans ſon Royaume à laquelle il n'eut
droit de prétendre. Il étoit , dis-je , auprès
de fon frere qu'il aimoit tendrement , & du
quel il avoit été ſéparé depuis bien des années
, lorſqu'il apprit que la peſte ſe manifeſtoit
dans Marſeille ; quoiqu'il fut atta,
qué de la fiévre depuis plufieurs jours , il
ſe rendit le lendemain à Aix. C'eſt dans ce
tems principalement qu'il a fait connoître
fon intrépidité , ſa prudence & fa chatite
Le fleau de la contagion ravagea cette Capitale
de la Province. Le Parlement y ayant
diſcontinné ſes ſéances , ce fut pour notre
illuſtre Prélat un ſurcroit de ſoins. Ferme
contre les attaques de ce mal , il recevoit
journellement dans ſa chambre les Médecins
qui viſitoient les malades dans les infirmeries,
pour être informé de ce qui s'y pafſoit ;
il alloit lui-même dans ces maisons de mort
trois fois la ſemaine , & ne diſcontinua d'y
envoyer de chés lui des nourritures particuheres
pour les Confeffeurs , que lorſque les
Médecins lui eurent repréſenté quelles contribueroient
à leur faire gagner le mal qui en
avoit déja enlevé pluſieurs. Rien n'étoit fo
Hvj
480 MERCURE DE FRANCE.
touchant & fi vif que ce qu'il écrivoit pour
folliciterdes ſecours pournotreProvince affligée,&
il avoit une ſi grande attention qu'ils
fuſſent bien diſtribués que les lieux les plus
maltraités par la contagion n'ont manque de
rien. Auſſi M. leMaréchal de B** qui étoit
allé commander en Provence , diſoit à fon
retour que les trois Prélats dont les Diocèſes
avoientle plus ſouffert par la peſte , s'yétoient
comportés chacun ſelon leurs qualités perſonnelles
; M. l'Evêque de Toulon en homme
de bien , M. l'Evêque de Marfeille comme
un ſaint , & M. l'Archevêque d'Aix en
homme d'Etat &comme le pere de laProvince.
Il fut transféré au Siége de Paris en 1719 :
le caractére de douceur & de modération
qu'on reconnoiſſoit en lui l'avoient fait regarder
bien auparavantcomme leplus pro
preàconcilier les eſpritsdiviſés ſur les affai
res de l'Eglife , &les voeux du public avoient
prévenu le choix du Roi. Il a travailléàce
grand ouvrage avec le zéle& la prudence
qui convenoient au plus ancien Evêquede
l'Eglife. Nous pouvons nous flater que Dieu
a beni ce travail , puiſque après avoir fait
défirer la perpétuitéde fon Gouvernement ,
il emporte les regrèts des uns&des autres.
Ceux du Chapitre de ſon Egliſe dureront
long-tems.
MARS 1746.
Les Chanoines qui le compoſent aujourd'hui
n'oubliront jamais la conſidération
qu'il leur a marquée pour leur Corps , la
cordialité avec laquelle il a traité les affaires
quipouvoient les intereſſer réciproquement,
& les témoignages de bonté que chacun
d'eux a reçû de lui. Pluſieurs d'entre-eux
alloient journellement le voir , moins pour
Jui rendre des devoirs que pour jouir des
agrémens de ſa converſation toujours enjouée,&
jamais mordante , charmés de for
accueil noble & affable pour tout lemonde,
Les Chanoines qui leur fucéderont éprouveront
encore mieux ce qu'il a fait pour
maintenir la majeſté du fervice Divin dans
leur Eglife.
M. l'Archevêque étoit né avec un bon
rempéramment qu'il a conſervé juſqu'à 90
ans, fans avoir jamais eu aucune maladie
ni infirmité , fruit naturel de la tempérance
&de la régularité avec laquelle il a paflé
tous les âges de ſa vie. Il en a vû approcher
le terme avec une fermeté vraiment
Epiſcopale , en repetant tranquillement qu'il
étoit temsde quitter ce monde quand on y
devenoit inutile pour Dieu & pour les hommes.
Il a conſervé cette fermeté & toute la
préſence d'eſprit juſqu'au dernier moment
qui arriva le Dimanche 13 de cemois à
heures & un quart du matin après avoir
182 MERCURE DEFRANCE.
répondu diſtinctement aux exhortations que
Jui fit M. l'Abbé d'Harcourt notre Doyen,
il refuſa une cueillier de gélée , en difan:
qu'il n'étoit plus queſtion de cela , mais de
mériter les miféricordes du Seigneur par le
facrifice de ſa vie , & lui rendit fon ame
dans l'inſtant,
Telles ont été en abregé la vie & la fin
de ce vénérable Prélat , grand ſans fierté,
gracieux pour tout le mondeſans fadeur , &
charitable fans la moindre oftentation.
Le corps de M. l'Archevêque ayant été vů
aviſage découvert le jour defamort&le
Jendemain , fut embaumé le 15de ce mois
&il fut enſuite expoſé ſur un litde parade.
Le 17 au matin il fut porté à l'Eglife
Métropolitaine & après la grande Mefle &
les prieres ordinaires il fut inhumé dans
la cave qui ſert de Sépulture aux Archevêques
de Paris .
--Le Chapitre de l'Egliſe Métropolitaine s'eſt
affemblé aufli-tôt après la mort de M. l'Archevêque
& il a nommé Vicaires Généraux
pendant la vacance du Siége l'Abbé d'Harcourt
, Doyen ; l'Abbé de Saint Exuperi ,
Chantre l'Abbé Renaud , Archidiacre de
Paris ; l'Abbé Goulard , Archidiacre de
Joſas ; l'Abbé Tandau , Archidiacre de
Brie; l'Abbé Thiery , Chancelier de l'Eglife
MARS 185 1746.
!
Métropolitaine ; l'Abbé d'Agout , l'Abbé
Robinet & l'Abbé de Coriolis , Chanoines.
L'Abbe Renaud , Archidiacre , a été nommé
Official Diocésain ; l'Abbé Baudouin ,
Chanoine , Vice-gerent de cette Officialité ,
l'Abbé de la Chaffe , Sous-Chantre , Offi
cial Métropolitain ; l'Abbé Robert , Cha
noine , Vice-gerent , & l'Abbé Jeanſon ,
Théologal , Promoteur des deux Officialités.
A la fin du Chapitre les Chanoines allerent
en cérémonie jetter de l'eau-bénite ſur le
corps de M. l'Archevéque.
Le 21 le Chapitre fit célébrer dans l'Egliſe
Métropolitaine un ſervice folemnel
pour le repos de l'ame de ce Prélat, & l'Abbé
de Saint Exuperi , Chantre , y officia.
Le Roi a nommé pour le remplacer dans
l'Archevêché de Paris M. l'Archevêque
d'Arles ; il ſe nomme Jacques Bonne Gigault
de Bellefonds Archevêque d'Arles depuis le
mois de Septembre 1741 & Abbé Commandataire
de la Cour - Dieu , Ordre de
Citeaux , au Diocéſe d'Orleans depuis le
mois de Mars 1730 , étant Docteur en
Théologie de la Faculté de Paris , de la
Maiſon Royale de Navarre , du 18. Mai
1724. , Chanoine & Prevôt de l'Egliſe de
Saint Martin de Tours , Vicaire Général de
Tours & Aumonier du Roi, Il fut nommé
484 MERCURE DE FRANCE.
l'Evêché de Bayonne le 8 Octobre
1735,&facré le 25 Mars 1736. Il eſt l'aîmé
de la Maiſon de Gigault de Bellefonds , &
apour trifayeul Jean Gigault Seigneur de
Marennes près Iſſoudun &de Bellefonds ,
Ecuyer d'Ecurie du Duc d'Alençon , vivant
en 1585 & 1618 , frere aîné de Bernardin
Gigault Seigneur de Bellefonds ayeul
deBernardinGigault Marquis deBellefonds,
Maréchalde France &Chevalier des Ordres
duRoi , mort le4Décembre:694, bifayeul
deM. le Marquis de Bellefonds aujourd'hui
Maréchal de Camp & Gouverneur de Vincennes.
Les armes deGigault ſont d'azur àun
chevron d'or accompagné de trois langues
d'argent pofées deux en chef&une en pointe.
Voyez cette Généalogie dans Hiſtoire
des Grands Officiers de la Couronne , vol.
7 fol. 594.
Le Roi a nomméBrigadiers deſes armées
M. de Vaux Colonel du Régiment d'Amgoumois
,&M. de la Maſſais N... Amproux
Colonel de celui de Piedmont.
Le Roi a accordé au Marquis de Chalmazel
Premier Maître d'Hôtel de la Reine
la ſurvivance de cette Charge en faveur
du Marquis de Talaru ſon fils , Colonel
d'un Régiment d'Infanterie ; ſa Maiſon
eſt une des plus anciennes du Lyonnois &
du Forêt; ſes alliances , les entrées qu'elle
MARS 1746. 183
aeûde tout tems dans le Chapitre noble
de Lyon , & ſes ſervices militaires la mettentdedroit
au rang des plus diſtinguées
duRoyaume.
Voyez en la Généalogie dans l'Hiſtoire
des Mazures de l'Iſle-Barbe par le ſieur le
Laboureur.
CHARGES MILITAIRES.
IE Roi ayant difpofé depuis quelque
tems des emplois qui vaquoient dans
la Gendarmerie , le Marquis d'offun a été
-nommé Capitaine Lieutenant des Chevau-
Legers de la Reine.
Le Comtede Lutzelbourg , Capitaine- Lieutenant
des Gendarmes de Bretagne.
Le Comte de Lannoy , Capitaine- Lizute
nant des Chevau Legers d'Orleans .
LeMarquis du Coudray Capitaine Lieurenant
des Gendarmes d'Anjou.
Le Vicomte de Courtomer( N ... de Saint
Simon ) Capitaine-Lieutenant des Chevau-
Legers de Berri.
185 MERCURE DE FRANCE.
LeMarquis de Saint Auban ( N ... Pape)
Sous-Lieutenant de la Compagnie des Gendarmes
Ecoffois.
→Le Marquis de Manlevrier , Sous-Lieutenant
de la Compagnie des Gendarmes
Anglois.
Le Chevalier d'Hondetot , Sous-Lieutenant
de la Compagnie desGendarmes Dauphins.
Le Marquis d'Oify , N ... Tournay d'Alfignies
) Sous-Lieutenant de la Compagnie
des Gendarmes d'Anjou.
:
Le Baron d'Oppede ( N... de Forbin ,
Sous- Lieutenantde la Compagnie des Gendarmes
de la Reine.
Le Marquisde Custine , Enſeigne de la
Compagnie des Gendarmes Anglois.
Le Marquis de Clermont- Montoiſon , Enſeigne
de la Compagnie des Gendarmes
Bourguignons.
Le Chevalier de Monaco ( N ... Grimaldi
Matignon ) Enſeigne de la Compagnie des
Gendarmes de Bretagne.
COMARS 1745. 187
LeMarquis de Tracy , Enſeigne de la Com
pagnie des Gendarmes d'Anjou.
Le Marquis de Cruſſol d'Amboise , Enſeigne
de la Compagnie des Gendarmes de Berri .
Le Chevalier d'Harcourt , Enſeigne de la
Compagnie des Chevau-Legers d'Orleans .
Le Comte de Talaru , Guidon de la Com
pagnie des Gendarmes de Flandres.
- Le Marquis de Surgeres ( N ... de la Rochefoucauld
) Cornette de la Compagnie des
Chevau-Legers de la Reine.
Le Marquis de Breteuil ( N ... le Ton
nellier ) Guidon de la Compagnie des Gendarmes
Dauphins.
LeMarquis de la Porte de Riants ,Guidon
de la Compagnie des Chevau-Legers de Bre
tagne,
Le Marquis de Wignacourt , Guidon de la
Compagnie des Gendarmes d'Anjou.
Le Marquis de Graville , Guidon de la
Compagnie des Gendarmes de Berri
i
188 MERCURE DE FRANCE.
BENEFICES donnés parle Roi.
LE
ERoi anommé à l'Evêché de Treguier
enBafle-Bretagne , Suffragant deTours ,
vacantpar lamort de Meſfire François-Hyacinthede
Frugulayde Kervers , MeſſireN ...
de Langle de Kermorran , Vicaire Général
de l'Eveché de Saint Paulde Leon.
Lenom deLangle eſt diſtingué entre les
nobles de Bretagne.
Sa Majeſté a donné l'Abbaye de Manlieu
, Ordre de Saint Benoit , Diocèse de
Clermont , à l'Abbé de Rohan du Poulduc
d'une Branche -Cadette de la Maiſon de
Rohan.
Celle de Landeveneck , même Ordre,
Diocèſe de Quimper , à l'Abbé de Cicé
(N... Champion. )
Celle de Belleville , Ordre de Saint Auguftin,
Diocèſe de Lyon , àl'Abbé d'Hanterive.
L'Abbaye Réguliere de Cambron , Ordre
de Citeaux, Diocèſe de Malines , àDom
Defclaibes , Religieux du méme Ordre.
MARS 1716. 189
Celle du Saint Sépulchre à Cambray ,
Ordre de Saint Benoit , à Dom ie Febvre ,
Religieux du même Ordre,
Cellede SaintAmand de Rouen , Ordre
de Saint Benoît à Madame de Levy , fortie
d'une Branche- Cadette de cette Maifon.
NOUVELLES ETRANGERES.
CONSTANTINOPLE.
Nmande de Conftantinople que le 11 du
mois dernier Ály BeyAmbatiadeur Extraor
dinaire de Thamas Kouli-Kan y étoit arrivé
qu'il y avoit fait le lendemain ſon entrée. Il eut
le 17 audience du grand Viſir , & le 25 il fue
conduit à celle du Grand Seigneur on ajou e
qu'il paroît que les nouvelles propoſitions faites à
la Porte par cet Amballadeur étoient plus accepzables
que celles qui avoient été ci-devant faites .
par Thamas Kouli-Kan ; le bruit court que ce
Prince ſe déſiſte de ſes prétentions &demande
ſeulement que le Grand Seigneur le reconnoiffe
Roi de Perfe,
190 MERCURE DE FRANCE,
ALLEMAGNE .
D Epuis que la Reine de Hongrie a été faignée
pour la derniere fois groffeffe, le grand
Duc deToſcane a ſigné en vertu des pouvoirs qu'il
avoit reçus de cette Princeſſe , toutes les expeditions
tantpour le Militaire que pour le Civil , &
le 27 du mois dernier la Reine accoucha d'une
Princeſſe qui fut baptiſée le jour même , & fut
nommee Marie-Anne - Jofephine -Jeanne - Antoinette.
Elle a eu pour Maraine l'Imperatrice Marie-
Amelie,répréſentée par l'Impératrice Elifabeth ,
& pour. Parain l'Electeur de Cologne , au nom
duquel elle a été tenue ſur les Fonts par le Prince
Louisde Brunswich.
Il fut décidé le 23 que le Prince Charles de
Lorraine commanderoit en Chef les troupes qui
doivent s'aſſembler fur le Rhin & qu'il auroit fous
fes ordres le Prince de Lebckowits , les Généraux
Leopold de Daun de Salm , Charles Palfy , François
de Konigſeg de Merci , de Philibert & le
Prince de Birkenfellt , le Comte de Bathianıaura
le commandement des troupes dans les Pays-
Bas , & les Généraux Gefrugg , Wolfembutel ,
Grune , Kollowrath , Holgi , Radicati & Wiukelman
ſerviront ainſi que le Prince de SaxeGo
tha ſous ce Général.
La premiere Diviſion des troupes commandée
par le Général Grune étoit arrivée le 7 de ce
mois aux environs de Francfort ; ces troupes montent
à vingt deux mille hommes, fans compter
trois mille Pandoures qui font ſous les ordres du
Baron de Trenk , & elles marchent ſur deux Co-
Iones , dont l'une traverſera le Lantgraviat de
MARS 1746. 191
Heffe , & l'autre prendra ſa route par la Princi
pauté de Fulde pour aller paſſer le Rhin prèsde
Cologne ; les troupes font malgré la rigueur de
Ja faiſon quatre lieues par jour ; on attend inceffamment
fur le Rhin un autre corps de troupes qui
vient de Boheme , & que commande le Comte de
Konigſeg Lieutenant Feldt Marechal ; on affure
que le Prince Charles de Lorraine ſera nommé
par la Diette aſſemblée à Ratiſbonne Feldt- MarechalGénéral
de l'Empire & que ce Prince aura le
commandement non - ſeulement des troupes de
la Reine de Hongrie ſur le Rhin , mais encore de
celles des Cercles .
Les nouvelles de Hanover portent que le Roi
de la Grande Bretagne a envoyé ordre aux troupes
qu'il avoit fait venir du Rhin dans fon Electoratde
ſe tenir prêtes à marcher.
On a appris de Stokolm que M.de Guydikens
Miniftre de ce Prince auprès du Roi de Suéde
avoit proposé à S. M. Suédoiſe de conſentir qu'un
nouveau corps de troupes de Heſſe entrât à la folde
de la Grande Bretagne , & qu'ily avoit apparence
que cette négociation réuſſiroit.
On écrit de Berlin que S. M. Prufſienne ſepropoſe
d'augmenter ſes troupes juſqu'à cent cinquantemille
hommes. Ce Prince a fait conduire àGlatz
un train confiderable d'artillerie , & l'on travaille
à y établir des magaſins. Les ordres ont été donnés
auſſi pour ajouter pluſieurs Ouvrages aux Fortifications
de Berlin , & à celles de diverſes Places de
la Haute-Siléſie & les Pruſſiens établiſſent grand
nombre de magasins dans diverſes Villes voiſines
de laMoravie.
Le Baron de Beckers , Miniſtre de l'Electeur
Palatin auprès du Roi de Pruſſe , ayant été executer
à Drefde diverſes commiſſions de l'Electeur
192 MERCURE DE FRANCE.
MAR
fon maître auprès du Roide Pologne ,a auſſi pendant
ſon ſéjour en cette Cour reglé avec le Comte
Efferhafi , Miniſtre de la Reine de Hongrie
les conditions de l'accommodement de l'Electeur
Palatin avec cette Princeſſe.
QuelquesComtés de Hongrie s'étant plaintsde
ce que contre leurs priviléges on avoit diſtribué
des quartiers dans leurs territoires à d'autres troupes
qu'à desHongroiſes, ils ont envoyédes Députés
àVienne pour demander non-feulement d'être indemnifés
, mais encoreque la Reine les difpenfâr
à l'avenir de recevoir des troupes étrangeres.
En conféquence des ordres donnés par S. M. H.
deux Commiffaires des Guerres font allés en Efclavonie
faire des informations au ſujet des excès
commispardes payſans de cette Province con
tredeux CaravanesdeMarchands ,ſujets du Grand
Seigneur.
GRANDE BRETAGNE.
Odu & du
Navoit appris par des lettres d'Edimbourg
Fevrier , que le Prince Edouard
étoit rétourné à Sterling le lendemain du combat
de Falckirk , & que le Général Blackeney
qui commande dans le Château , ayant répondu à
la nouvelle fommation qui lui avoit étéfaitedele
rendre , qu'il étoit réſolu de ſe défendre juſqu'à
la derniere extrémité , les aſſiegans avoient achevé
l'établiſſement de leurs batteries , &y avoient
placé deux pieces de canon , de dix-huit livres
deballe ; deux de ſeize , & trois de de douze.
Sur ces avis on craignoit à Londres de recevoir
bien-tôt la nouvelle de la priſe de ce Château
lorſqu'il eſt arrivé un courier par lequel leDuc
de Cumberband a mandé au Roi de la Grande
Bretagne ,
avec
Bretagne , que les tro
avoient levé le ſiege
ſa
Majesté , &
qu'ell
de
Forths.
Selon les
Duc de
Cumberland
quatorze
Batail
Dragons & les
Milice
repporterent qu'un Co
mis
étoit
encore à F
Corps
occupoit même 1
diſpoſitions qui
auroien
rer que le
Prince Ed
ſeconde action , fi l'on
troupes de ce
Prince
ges fur leurs
derrieres.
abandonnerent Falckir
que le Duc de
Cumberla
où elles
s'étoient retiré
précipitation vers
Sterlin
paroit à
aller les y
attac
Prince
Edouard étoit d
cette Ville ,
après avoir
ſes
batteries
, &
mettre
poudres. Le 13 le Duc d
du à
Sterling , où il a tro
pitainedans le
Regiment
du
Regiment de Lec , &
qui
avoientétéfait
priſonn
bat Ila
donné des
marqu
au
Géneral
Blackeney
&
de la
Garnison du
Châtea
des
recompenſes
aux fol
diftingués pendant le ſieg
les
qu'on a eu de
l'armé
portent que le
même jour
berland étoit
entré dan
MARS 1746. 193
Bretagne, que les troupes du Prince Edouard, en
avoient levé le ſiege à l'approche de l'arme de
ſa Majesté , & qu'elles avoient repaſſé la riviere
de Forths. Selon les dépêches de ce courier le
Duc de Cumberland s'étant avancé à Lintlitgow
avec quatorze Bataillons , deux Regiments de
Dragons & les Milices d'Argyle , ſes eſpions lui
repporterent qu'un Corps confidérable des ennemis
étoit encore à Falckirck. Une partie de ce
Corps occupoit même les hauteurs , faiſant diverſes
diſpoſitions qui auroient donné lieu de conjecturer
que le Prince Edouard vouloit engager une
ſeconde action , ſi l'on n'avoit été informé que les
troupes de ce Prince faisoient défiler leurs bagages
fur leurs derrieres. La nuit du 11 au 12 elles
abandonnerent Falckirck , & dès qu'elles ſçurent
que le Duc de Cumberland marchoit à Thorwood
où elles s'étoient retirées, elles ſe replierent avec
précipitation vers Sterling . Pendant qu'on ſe préparoit
à aller les y attaquer on reçut avis que le
Prince Edouard étoit décampé des environs de
cette Ville , après avoir fait enclouer le canon de
ſes batteries , & mettre le feu à une partie de ſes
poudres . Le 13 le Duc de Cumberland s'eſt rendu
à Sterling , où il a trouvé M. Fitzgerald , apitaine
dans le Regiment de Monro ; un Enſeigne
du Regiment de Lec , & vingt foldatsbleffes
qui avoient été fait priſonniers dans le dernier combat
Il a donné des marques particulieres d'eſtime
au Géneral Blackeney & aux principaux Officiers
de laGarniſon du Château ,& il a fait diſtribuer
des recompenfes aux foldats qui ſe ſont le plus
diftingués pendant le ſiege. Les dernieres nouvelles
qu'on a eu de l'armée du Prince Edouard
portent que le même jour que le Duc de Cumberland
étoit entré dans Sterling le Prince
I
,
194 MERCURE DE FRANCE.
M
Edouard étoit arrivé à Perth , & qu'il avoit emprope
tant dediligence dans ſa retraite , que le
Brigadier Général Mordaunt , qui avoit été détaché
pour le poursuivre , n'avoit pû enlever que
quelques traineurs de l'arriere garde.
Lt Duc de Cumberland a établi un Conſeil de
guerre pour juger les Officiers & les ſoldats
accufés de n'avoir pas fait leur devoir dans le
combat de Falckirck , & quelques-uns des derniers
ont été condamnés à être paſſés par les armes,
Pluſieurs foldats dont les uns s'étoient diſperſés
après ce combat , & les autres avoient été pris ,
font revenus joindre l'armée de S. M. Britannique.
On a depuis reçu avis d'un avantage remporté
par le Prince Edouard ſur les troupes du Roi
de laGrande Bretagne , & on apeine à ſe perſuader
qu'il n'y ait eu , ainſi que la Cour de Londres
le publie , que 400 homme de tués dans cette
action.
Le II du mois paſſé la Chambre des Communes
réſolut d'accorder au Roi ſoixante & dix- sept
mille cinq cent trente- ſept livres ſterlins pour l'entretien
pendantquatre mois des quinze nouveaux
Régimens qui ont été crées , cent quatre-vingt
dix-huit mille quarante huit pour les dépenses ordinaires
de la Marine , en y comprenant les appointemens
des Officiers à la demie paie , ſeize
mille pour la conſtruction d'un Hopital près de
Gofport ,&dix mille pour celui de Greenwich ,
Depuis elle a accordé au Roi huit mille trois cent
foixante& fept livres ſterlings pour les non valeurs
du droit ſur le papier timbré , treize mille
ſept cent quatre-vingt treize pour les non valeurs
desdroits fur les boiſſons , quarante - neuf mille
deux cent cinquante-deux pour les non valeurs du
fend general ; dix- sept mille cinq cent pour le
payement de f
prunté ſur le
achever le por
pour la Colon
penſes pour
monter à troi
que l'année de
leveroit deux
par des Annu
quante mille
ſera payé une
livres sterling
billets dans co
même tems c
Aerlings
. Les
ſés ,
l'étant e
la
Compagnie
vingt neuf &
dix-huit, cell
tales à
cent
quatrevingt
Le
Duc
de
Secretaires d'
la
démiſſiond
-
ville ,
connu
teret,
fut
nor
Lord
Harring
gneur
exerçâ
ge de
Garde
Gower.
Len
fidentdu
Cor
Commiſaire
hire,
Grand
Pelham ,
Fre
Tréſorier de
romettre
aufi
MARS 1746. 195
payement de ſix mois des arrérages du million emprunté
ſur le produit du ſel ; vingt milepour
achever le pont de Westminster , & quatre mille
pour la Colonie de la nouvelle Georgie. Les dépenſes
pour le ſervice de cette année devant
monter à trois millons de livres ſterlings de plus
que l'année derniere , le Parlement a décidé qu'on
leveroit deux millions &demi de livres ſterlings
par des Annuités à 4 pour 100 d'intérêts ,& cinquante
mille livres ſterlings par une Lotterie ; il
ſera payé une rente viagere de quatre-vingt dix
livres ſterlings à ceux qui ſouſcriront pour cent
billets dans cette Lotterie , & qui prendront en
même tems des Annuités pour cent mille livres
fterlings. Les fonds publics qui étoient déja baiffés
, l'étant encore nouvellement , les actions de
la Compagnie de la Mer du Sud ſont à quatrevingt
neuf& demi , celles de la Banque à cent
dix-huit, celles de la Compagnie des Indes Orientalesà
cent cinquante-cing , & les Annuités à
quatre-vingt trois.
Le Duc de Newcastle& le Lord Harrington ,
Secretaires d'Etat , ayant donné le 21 de ce mois
la démiſſionde leurs charges , le Comte de Granville
, connu ei-devant ſous le nom de Lord Carteret,
fut nommé le même jour pour ſucceder au
Lord Harrington , &le Roi ordonna que ceSeigneur
exerçât par interim les fonctions de la charge
de Garde du Sceau Privé , à la place du Lord
Gower. Le même jour le Duc de Dorſet , Préfidentdu
Conſeil ; le Duc de Bedford , Premier
Commiſſaire de l'Amirauté ; le Duc de Devonshire
, Grand Maître de la Maiſon du Roi , & Μ.
Pelham , Frere du Duc de Newcastle & Vice-
Tréſorier de l'Echiquier , prirent la réſolution de
romettre auffi leurs emplois. Ces changemens
196 MERCURE DE FRANCE,
produifirent fur le champ beaucoup de murmure
& itation dans Londres , &plus de quatre
cent
, perſonnes de distinction parmi leſquelles
étoient la plupart des Membres de la Chambre
des Communes , rendirent viſite au Duc deNewcaſtle.
Le Lord Hardwick, Grand Chancelier ;
le Duc Grafton , Grand Chambellan ; le Comte
de Chesterfield , Viceroi d'Irlande ; les Lords
Pembroke , de Lawar & Cobliam , allerent en
même tems prier le Roi d'accepter leurs démiſfions.
Le Comte de Granville , jugeant par les
differentes démarches d'une partie de la Cour &
du Parlement , que fa nomination n'étoit pas
agréable à la Nation , il s'eſt excuféde continuer
de remplir la charge de Secretaire d'Etat du Lord
Harrington à qui cette charge a été rendue de
mêmeque toutes les autres , qui vacquoient , l'ont
été aux perſonnes parleſquelles elles étoient pof
fedées.
Selon des lettres de Londres du 4 ; M. de
Wafner , qui y réſide en qualité de Miniſtre Plenipotentiaire
de la Reine de-Hongrie , a déclaré
aux Miniſtres du Roi de la Grande Bretagne , que
cette Princeſſe avoit beaucoupde reconnoiffance
de la réſolution priſe par S. M. Britannique de
lui continuer un ſubſide de trois cent mille livres
fterlings , & qu'elle ne négligeroit aucun moyen
derépondre aux marques d'affection de la Nation
Angloiſe; qu'elle étoit convaincue de la néceſſité
d'avoir recours à de nouveaux efforts dans les circonftancespréſentes
, pour procurer la réuffite des
deffeins de ſes Alliés maisque ſa fituation , &
l'épuiſement auquel ſes ſujets font réduits par les
pertes qu'ils ont fouffertes , ne lui permettoient
pas de faire tout ce qu'elle défireroit , & qu'ainfi
elle ſe fatoit que le Roide la Grande Bretagne
MARS 1746. 197
augmenteroit de cent mille livres ſterlingsb
ſide ordinaire. Les mêmes lettres ajoutent que la
réponſe du Roi de la Grande Bretagne avoit été
telle que la Reine de Mongrie s'y attendoit , &
qu'il avoit conſenti d'accorder l'augmentation de
ſubſide qu'elle a demandée , mais qu'il avoit fait
ſçavoir à M. de Wafner , qu'il comptoitque S. M.
Hongroiſe feroit marcher dans les Pays Bas un
nombreux Corps de troupes , independamment
de celui qu'elle s'eſt engagée d'y entretenir.
L
ITALIE.
Es lettres du courier depêché le 15 du mois
paffé au Roi d'Eſpagne par l'InfantDon Phi
lippe , marquent que les habitans de Castelnovo ,
de Santa Vittoria , & de pluſieurs autres Villes
ou Bourgs , avoient envoyé des Députés au Comte
Caraffe , Maréchal de Camp , qui commande
à Guastalla , pour ſe ſoumettre à S. M. , & que
cet Officier Géneral avoit enlevé aux ennemis
onzeBarques , chargées des munitions qu'ils avoient
retirées de Berſello & de Gualterio en abandonnant
ces poftes. Ces lettres ajoutent que le Marquis
de Caftellar , Lieutenant Géreral , avoit fait
occuper par un Détachement la Ville de Reggio ,
& qu'un Officier , un Maréchal des Logis , & quatre-
vingt Dragons d'un Régiment que le Prince
de Lichtenstein à formé de Deſerteurs Eſpagnols
étoient venus jondre le Commandant de ce
Détachement , l'aſſurant que le reſte de leur Régiment
, dès qu'il ſe préſenteroit une occaſion favorable
, fuivroit leur exemple . On a été informé
par les mêmes lettres que les troupes de la
Reine de Hongrie manquant de vivres , & ayant
fi peu de fourage qu'on ne leur diftribuoit plus
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
po aque cheval que fix livresde foin parjour
le Prince de Lichtensteinſe diſpoſoit à ſe replier
vers le Mantouan , & que l'Infant Don Philippe
avoit fait avancer àTurbigo le Régiment de Caftille,
le premier Bataillon de celui de la Reine ,
& le Régiment de Dragons de Flandres , afin
d'inquiéter les ennemis dans leur retraite. Le
Roi a envoyé ordre d'habiller de neuf toutes les
troupes que commande l'Infant.
:
Il eſt arrivé ſur des bâtimens Catalans qui ont
débarqué à Genes deux mille ſoldats Eſpagnols
qu'on a fait marcher à l'armée commandée par
l'Infant Don Philippe .
On a établi desmagaſins à Oſtiglia par ordre
du Prince de Lichtenstein , qui a fait conduireà
Quiftello dix mille ſacs d'avoine , qu'il a tirés da
Ferrarois & du Duché de Modene. Les troupes
que commande se General , ont formé des cordons
le long du Po& dela Secchia , pour la fureté
des Ponts qu'elles ont fur ces deux rivieres.
Un Bataillon du Régiment de Vaſquez a été envoyé
à Quingentolo ,&la tète du Pont deLibiola
eft gardée par les Croates& les Efclavons. Douze
cent Cavaliers ont été diftribués ſur la rive
du Po depuis Governolo juſqu'à Oftiglia . Deux
Bataillons du Régiment de Staremberg & les quatre
Efcadrons du Régiment de Dragons de Balleyra
font arrivés d'Allemagne , d'oùle Prince de
Lichtenstein attend un renfort beaucoup plus con-
Lidérable , compoſé des Régimens d'Infanterie de
Berencklau , du jeune Konigſeg , de Schulembourg
, de Mercy Argenteau , de Vivari , d'Andlau
, de Keil , de Vettes , deGiulay & de Wallis
; des Régimens de Cavalerie del Portugal ,.
de LobeKoritz , de Holly , de Trips & de Barionay
, & de deux mille Varadins, Ces dernieres
1
اوو MARS 1746.
troupes marchent ſous le commandementdesGéneraux
BerencKlau , Browne , d'Andlau , جال
ni , Cabb , Giulay , Nadaſti , Keil , Meligny &
Botta d'Adorno. Les diſpoſitions faites par le
Prince de Lichtenstein ayant donné lieu aux Efpagnols
de conjecturer que ſon deſſein étoit de
former quelque entrepriſe du côté de Guastalla ,
l'Infant Don Philippe a fait avancer ſur la frontiere
du Parmeſan trois Régimens d'Infanterie&
un de Cavalerie , &il a augmenté juſqu'à fix mille
hommes le Corps de troupes avec lequel le Comte
Georges Caraffe eſt à Guastalla.
Le peu de ſuccès de l'entrepriſe que le Roi de
Sardaigne forma ily a quelques tems contre Aſti ,
ne lui ayant point fait perdre l'eſperance de red
couvrer cette Place , S. M. a raſſemblé ſes quar
tiers au commencement de ce mois , & elle afat
en même tems diverſes diſpoſitions , qui en per
ſuadant aux ennemis , qu'elle vouloit, tenter de
jetter du ſecours dans le Château d'Alexandrie ,
puſſent leur cacher fon véritable deſſein. Après
quelques marches propres à les laiſſer dans l'incertitude
de celui qu'elle méditoit , elle s'eſt em
parée du Pont , par lequel les troupes Fran
çoiſes , qui étoient dans Aſti , confervoient leur
communication avec l'armée du Maréchal de
Maillebois. Elle s'eſt portée enſuite devant Aſti ,
dont elle a formé les de ce mois l'inveſtiſſement
& le Marquis de Montal , qui y commandoit ,
a été obligé de ſe rendre prifonnier de guerre avee
laGarniſon. Le même jour que le Roi de Sardaigne
s'eſt rendu maître de la Ville d'Asti,unDétachement
de dix- neuf cent Vaudois , foutenu de deux cent
hommes des troupes reglées de S. M. a attaqué
le Poſte de Caſtel Franco , mais il a été repoullé
avec une perte conſidérable.
I iiij
200 MERCURE DE FRANCE.
BRUXELLES,
Es troupes de la République des Province's
L Unies , qui compofoient la plus grande par
tie de la Garniſon de Bruxelles , en ſont ſorties
en trois Diviſions le 23 du mois dernier & les
deux jours fuivants. La premiere Divifion , confiftant
dans les trois Bataillonsdu Régiment Suiſſe
de Planta, un Bataillon d'un Régiment de Grifons
, un du Régiment de Dibbetz , un d'Elias&
un deGuy , a été conduite àArras. On a fait prendrela
routede Douai à la ſeconde , formée par
les trois Bataillons du Régiment Suiffe de Sturler
, le Régiment d'Aylva , celui de Smiffaart ,
celuides Carabiniers& celui de Dragonsde Mafſau.
UnBataillon du Régiment des Gardes Bleues ,
un Bataillon du Régiment de Waldeck ,le Régiment
de Cromſtrom , &les trois Bataillons du
Régiment Suiffe de Conftant , dont la troiſiéme
Diviſion étoit compoſée ,ontété envoyés a Lille.
Le départ des deux cent Dragons & des cent
cinquante Huffards de la Reine de Hongrie , qui
étoient à Bruxelles en garniſon , a été ſuſpendu
pendantquelques jours , parce qu'ils avoient fubftitué
de mauvais chevaux à ceux qu'ils avoient
lorſque la Capitulation a été ſignée. Le 25 le
Marechal Comte de Saxe fit entrer dans cette
Ville quinze Bataillons avec un Régiment de Cavalerie&
deux de Dragons. CeGénéral s'y rendit
à cheval le même jour avec une nombreuſe
fuite , & il fit chanter dans l'Egliſe Collegialede
Saint Michel & Sainte Gudule le Te Deum , auquel
leConſeil ſouverain de Brabant & tous les
Tribunaux aſſiſterent. Le Marêchal Comte de Saxe
alla deſcendre à l'Hôtel du Prince de la Tour
MARS 1746. 201
Taxis , qui avoit été préparé pour ſon logement ,
& il envoya les Grenadiers du Régiment de
Piedmont prendre chés le Géneral Vander-Duyn
les Drapeaux & les Etendarts de la Garniſon ,
leſquels y avoient été mis en dépôt. Il reçut le
lendemain les complimens des Députés du Confeil
de Brabant& des Magiſtrats , après avoir vifité
les fortifications de la Ville& les dommages
cauſés par les batteries des affiegeans. Le Vicome
du Chayla étant allé relever à Louvain le
Comte de Lowendalh , ce dernier que le Maréchal
Comte de Saxe a nommé pour commander
dans Bruxelles , y est arrivé. Le même jour que
le Maréchal Comte de Saxe eſt entré dans cette
Ville , le Comte de Kaunits , ci-devant Gouverneur
des Pays-Bas pendant l'abfence du Prince
Charles de Lorraine , étoit parti pour Anvers
ainfi que M Schockaert , Chancelier de Brabant .
M. Steenhault , Président du Confeil , & M. de
Witt , Préſident de la Chambre des Comptes.
Les diſpoſitions faites par le Prince de Waldck
juſqu'au 20 du mois dernier n'ayant pû lemettre
en état de ſecourir Bruxelles , il a été obligé
d'abandonner ce deſſein ſur l'avis qu'il a reçu de
la reddition de cette Place , il eſt occupé àpren
dre des meſures pour tâcher de demeurer maître
de la Rupel &de la droite de l'Efcaut , afin de
garder une poſition propre pour couvrir la Ville
d'Anvers. Ce nouveau plan ayant exigé qu'on dégarnit
Malines , le Prince de Waldeck en a re
tiré un Corps de troupes qu'il a fait marcher au
Pont de Walerne .
On travaille à réparer& augmenter les fortifi
cations de Bruxelles ,&à en paliſſader de nouveau
les ouvrages : on éleve des rédoutes entre la Porte
de Namur& celle de Louvain , & l'on confe
,
Iv
202 MERCURE DE FRANCE.
trait deux Forts , l'un à la portée du canon de la
Porte de Hall , l'autre devant l'Ouvrage à Corne
de la Porte de Scharbeeck.Le 7 de ce mois , il
arriva de Gand ſoixante chariots chargés de
bombes&de boulets,& l'on établit à Bruxelles des
magaſins confidérablesde toutes fortesde munitions
Ona renforcé la Garniſon de Wilworden , dont
on fortifie le Château. Depuis que cette Ville a
paffé ſous la domination du Roi , M. de Kinfchot
, qui pendant qu'elle appartenoit à la Reine
deHongrie , y rempliſſoit la place de Reſident
de la Républiquedes Provinces Unies , y eftrevenu
pour mettre ordre à ſes affaires domeftiques,
&il eft parti le 12 pour retourner à Anvers.
Les deux Princes de Ligne , le Comte de
Lannoy & leGénéral Chanclos , qui ont été faits
priſonniersdans cette Ville lorſqu'elle a capitulé ,
ont été rélachés ſur leur parole. Sur la nouvelle
qu'on a reçue que des Huſſards des troupes de la
Reine deHongrie s'étoient avancés dans le def
feinde mettre à contribution quelques Villages
du Brabant , on a envoyé un Détachement de
Cavalerie , pour leur donner la chaffe.
Les Députés des Etats de Hollande & de Weftfriſe
ont réſolu d'établir une Lotterie , dont les
billets feront chacun dedeux cent florins. Il y
aura cinquante mille billets , & un pareilnombrede
lots', dont le premier ſera de cent mille
Aorins , le ſecond de foixante & quinze mille , le
troifiéme de cinquante mille, le quatriéme de
quarante mille , le cinquiéme detrente mille , les
deux ſuivants de vingt mille , & les autres principaux
lots , qui ſont au nombre de quarante-fix ,
depuis quinze mille florins juſqu'à cinq mille.
Outre ces lots , il y en aura ſoixante &douze de
deux mille florins , cent ſoixante & quinze de
MARS 1746. 203
mille , cinq cent de la moitiéde cette for me
mille quatre-vingt de quatre cent florins , trois
mille cent vingt de trois cent cinquante , & lest
quarante-cinq mille reſtant feront de deux cen
Horins chacun. Ainsi la ſomme des lots excedera
d'unmillion ſept cent cinquante mille florins la
recette de la Lotterie. Les lots ne feront point
payés en argent comptant , mais les perſonnes
auſquelles ils échoiront , recevront un intérêt de
deux pour cent , des lots au-deſſus de deux cent
florins ,& un de quatre pour cent , des autres lots.
Le payement de ces intérêts , qui ne feront ſujets
à aucune impoſition ni reduction , fera affigné
ſur les revenus de la Province de Hollande ,
&l'on ne pourra obliger les propriétaires d'en recevoir
le remboursement pendant les dix premieres
années. Les obligations que la Province
diſtribuera pour les lots pourront être négociées
fans tranſport , & il ſera donné de chacune un
double qu'il ſuffira de préſenter pour toucher les
arrerages. Il ſera permis aux tuteurs &adminif
trateurs des biens des Mineurs , ainſi qu'aux Chambres
des Orphelins & aux Hôpitaux , de mettre
à cette Lotterie les deniers qui leur ſont confiés.
Si quelqu'un neveut payer qu'en deux termes les
billets qu'il prendra il fera obligé de payerdans
le coursdu mois après le tirage de la Lotterie la
fomme dont il ſera redevable , & en cas qu'on
ne fatisfaffe pas à cette condition , les billets
feront dévolus à la Province. Les intérêts des
obligations feront comptés depuis le premier du
mois prochain , à l'exception des lots échus aux
billets dont la ſomme n'aura été fournie qu'en
deux payemens. LesBureaux de la Lotterie feront
ouverts le 22 de ce mois , & elle fera tirée à
la Haye le premier du mois de Juillet. Auſi
I vj
204 MERCURE DE FR'A'N CE ,
:
tôt près le tirage , le Receveur Général de Hol
Hande&de Westfriſe donnera pour chaque billet
unreçu ,qui ſera enſuite converti en obligation.
VOICI une Lettre qu'on nous apriéde communiquer
àla perſonne intereffée.
MESSIEURS ,
Si la certitude que vous donnez de la
queſtion propoſée dans le premier volume
duMercure de France du mois de Décem
bre 1745 , au ſujet des 20000 livres àplacer
en bonnes oeuvres , eſt réellement pour
déterminer la perſonne indéciſe , & nonune
fiction, je vous priede propoſer à cette perfonne
un troiſiéme moyen de placer fon argent.
Elle veut, dites-vous , le bien , & le
veut fincerement. Elle veut par confequent
que Dieu foit glorifié , que fon argent ſoit
employé pourun bien public , & que fa donation
ne lui ſoit point infructueuſe pour le
Ciel.Or lemoyen que je propoſe procureroit
la gloire deDieu ,l'utilité du public ,
&eſt une des oeuvres les plus méritoires à
laquelleon puifle travailler ; par conféquent
*levraibien qu'elle défire. Elle en jugera par
lefait.
j
MARS. 1746- 109
A
RS,
Il s'agit de rétablir une Egliſe d'unecommunauté
Religicuſe , confuméepar les Hames
. Eglife très -fréquentée , utile au public
pour la célébration des Saints Myfteres &.
de l'Office Divin , & pour la fréquentation
des Sacremens.
Eglife qui ne peut être rétablie que par
les charités publiques ou particulieres. Cel
les du lieu qui paroiſſent preſque épuifées,
ont à peine été fuffiſantes avec une partie
des fonds aliénés de cette Communauté
pour rétablir une partie de la charpente ,
&de la couverture de l'Eglife. L'autre partie
, la réedification dugrand Autel , du
Tabernacle , du Choeur , de l'Orgue , de la
Sacriftie , la réparation des murs en dedans ,
& du Pavé de l'Egliſe , en un mot tout ce
qui est néceffaire pour le rétabliſſement d'un
Temple du Seigneur , eſt abandonné aux
foins de la providence du tout Puiſſant qui
yhabite.
Ne ſemble-t'ilpas que c'eſt dans ce grand,
dans ce veritable bien , que la perſonne qui
le défire veritablement veut placer fon argent?
Qu'elle oeuvre meilleure , quel fond
plus ſolide pourroit on ſouhaiter , dès qu'on
le deſtine pour quelque bonne oeuvre ? Si
celaréullit , nous en benirons le Seigneur ,
qui nous a châtiédans fa colere par le feu le
plus prompt& le plus vif; nous témoigne.
1
1
206 MERCURE DE FRANCE,
ronstre reconnoiſſance à la bienfaitrice >
avec qui nous conviendrons des conditions.
juſtes & raiſonnables , pour lui aſſurer nos
prieres& celles de nos ſucceſſeurs.
L'Evêque de Vannes pourra rendre un
témoignage ni équivoque ni ſuſpect ; toute
laVille deHennebont en Bretagne , où ce
malheur eſt arrivé , certifiera également la
verité de ce que j'avance , & le beſoin extrême
oùnous ſommes réduits,
AHennebont ce 12. Mars 1746.
Fr. A. Prieur des Carmes de Hennebont,
MARIAGES & MORTS.
LE fut Parole
E 6 Fevrier fut célébré dans l'Egliſe Paroif-
Clermont en Auvergne , le mariage de M. Guy
Joſeph Comte de Plas , Baron de Marfillac , Marquisdu
Thillay, Seigneur de Curemonte , du Puydarnac
, S. Genis , Sennac , & autres lieux , fils
de deffunt M. François Joſeph Comte de Plas,Marquis
du Thillay , Baron de Marfillac , Seigneur
des ſuſdits lieux ,&deMarie Judith de Pouffard
du Vigean de, Lignieres ſa femme , avec Damoifelle
Marie-Françoiſe de Cordeboeuf-Beauverger ,
de Montgon , née au Château de Soucheye
Auvergne lezSeptembre1724, fillededeffuntPhilip-
,
en
MARS 1746. 207
pe-Gilbert de Cordeboeuf-Beauverger , Contede
Montgon ,Maréchal des Camps& Armées du Roi ,
Commandeurde l'Ordre Royal & militaire de S.
Louis, Gouverneur des Iſles d'Oleron , où il mourut
le 13 Octobre 1724 , & de Dame Blanche
Henriette de la Roche-Aymon , ſa femme , foeur
de M. l'Archevêque de Toulouze. M. l'Evêque
de Clermont fit les cérémonies de ce mariage.
La maiſon de Plas eſt une des meilleurs &des
plus anciennes du bas Limousin , connue dès le
onziéme fiécle , ſuivant une charte de l'Abbaye
de Tulles , concernant une donation faite à cette
Abbaye & à Fondino qui en étoit Abbé , par Ai
mar Chevalier Seigneur de la Ro he & Tareldis
fa femme , fille de Renaud III. du nom Vicomte
d'Aubuſſon , en préſence de Bernard , & Aimar
de Plas qui ſervirent de témoins. Ladite charte
paffée ſous le Regne de Philippe I. & de l'Epiſcopat
de Ithier Evêque de Limoges , qui aſſiſta
en 1059 au couronnement de Philippe I. , c
qui mourut l'an 1073 , c'eſt entre ces deux Epoques
que l'on peut placer le tems que cette charte
futfaite.
Outre ce titre on conſerve encore dans les
Archives du Château de Plas un acte en Latin ,
qui eſt une donation que Lucie de Plas fille de
deffunt Bernard de Plas , qui eft qualifié Miles
fait de tous ſes biens à Heblond de Plas fon frefrere
, qualifié Domicellus , paſſé le Jeudi d'après
la fête de l'Annonciation de la Vierge , l'an 1208
au château de Raymond Vicomte de Turenne
qui fut préſent à cet acte , & auquel il fit appofer
le ſceau de ſes armes.
DePlas porte d'argent à trois jumelles de guenles
poſées en bande.
Lanuit du 20 au 21 fut marié dans la Chapel208
MERCURE DE FRANCE.
:
leintérieure du Curé de S. Roch Guy- Françoř
de la Porte de Ryants , ditle Marquis de Ryams,
Chevalier Comte du Briou , Baron de Villerai au
Perche , & de la Broffe en Beauſſe , Guidon des
Chevau-Legers de Bretagne , né le 29 Octobre
1719 , fils de Guy-François de la Porte Comte
du Briou , & de Leonarde de Guillon , avec
Demoiselle Henriette Bibianne Colbert de Croilly ,
née le 10 Janvier 1727 , fille de Jean-Baptiste-
Joachim Colbert , Marquis de Croiffy , Baron de
Nogent, Lieutenant Général des armées du Roi ,
Capitaine des Gardes de la porte ,&de Françoife
Bibianne de Franquetot de Coigny , fille du Maréchal
de Coigny ,& petite fille de M. le Marquis
deTorcy Ministre d'Etat & Commandeur des
Ordres du Roi. Le Marquis de la Porte joint à
fon nom celui deRyants en vertu de la ſubſtitution
faite en ſa faveur par le Teftament de feu
Denis de Ryants , dit le Marquis de Ryants , Brigadier
des Armées du Roi& Capitaine Lieutenant
desGendarmes de Berry mort le 26 Avril 1745-
Il porte écartelé au ier. & 4 d'or à une bande
Pazur , qui est de la Porte , & au 2.5 3. d'azur
ſemé detrefles d'or à deux barres adoſſées demèm?;
ſupports , deux Licornes , qui eft de Ryants.
La maison de la Porte en Berry eft connue dès
l'an rooo par des titres qui repréſentent les Seigneurs
qui en font fortis , figurans avec les plus
Grands de leur Province& partageans avec eux
le titre de Chevalier & tous les autres avantages
affectés ſeulement à la haute nobleſſe. Eudes de
la Porte , Seigneur de Bannegon à huit lieues de
Bourges vivant ſous le Regne de Hugues Capet
eft regardé comme l'Auteur de cette Maiſon , if
confirma avec Beraud ſon fils & Archambaud de
Bourbon la donation faite à l'Egliſe de Bourges
MARS 1746.
par Eudes , Albereda ſa mere , Sequaldus & Erojus
de Poligny du fiefpreſbiteral deBannegon. C'eſt
de cet Ludes que ſont ſorties les branches de
Bannegon éteintes vers le milieu du 146. ſiecle ;
celles de Peſſelieres & des deux Lyons éteintes
depuis , &celle des Seigneurs d'Iſſertieux qui ſubſiſte
aujourd'ui dans la perſonne de René-Joſeph
Marquis de la Porte d'Iſſertieux oncle à la mode
de Bretagne de M. le Marquis de la Porte
de Ryants qui donne lieu à cet article.
Les armes de René-Joſeph Marquis de la Porte
d'Iſſertieux font d'or à une bande d'azur ; ſupports ,
deux ſauvages au naturel tenant leurs maſſuës levées
, au bas deſquelles pendent des clefs : cimier ,
une tête de cheval jettant du feu par la bouche
&par les narines : deviſe GARDIATORES DE
LA PORTE.
Ses alliances font avec les Maiſons de Belleſime ,
de des Barres ,de Châtellus, de Blancafort , de Rabutin
, de Meauvoiſin , de la Grange d'Arquien ,
de Tilly , d'Anlezy , d'Etampes , de leGroin , de
Couraud, de Rochechouart , de Montmorin , de
la Roche-Andry , de Salignac , de Bonneval , d'Ef
cars , du Pleffis-Liancourt , de Culant , &c .
La nuit du Dimanche au Lundi 14 s'eſt faitdans
la Paroiffe de Saint Laurent de Paris le mariage
de Jules -Etienne - Honoré de Prunelé Chevalier
Baron de Saint Germain le Deſiré de Molitart ,
Seigneur de Valieres , fils de feu Jules-César de
Prunelé , Chevalier Baron de Saint Germain , avec
Dame Marie Geneviève - Gabrielle - Nicole de
Grouches de Chepy , veuve depuis le 7 Mars 1740
de Jean-Louis de Leſtandart Marquis de Bully ,
Chevalier de l'Ordre Militaire de Saint Louis
Gouverneur de Neufchatel en Normandie & ci
,
$10 MERCURE DE FRANCE.
devantde Menin en Flandres ,& fille de Nicolas
AntoinedeGrouches Marquis de Chepy, Maréchal
deCamp&Commandeur de l'Ordre Militaire de
Saint Louis , & de Dame Marie - Geneviève
Becquin.
Voyez la Généalogie de la Maiſon de Prunelé
ancienne nobleſſe de Beauſſe dans le Supplément
du Dictionnaire Hiftorique de Morery , vol. 2
fol. 122 , &celle deGrouches ancienne Nobleſſe
de Picardie dans le Nobiliaire de la Province de
Picardie , dreffé & imprimé par les ſoinsdu ſieur
de Rouffeville Procureur du Roi de la recherche
de la Nobleſſe de la Province de Picardie.
DameThéreſe Hennequin d'Ecquevilly , épouse de
M. Louis le Peletier , ci-devant Premier Préſident
du Parlement , mourut à Paris le 25 Février âgée
de 58 ans.
M. Jean Boubier Préſident Honoraire au Parle
ment de Bourgogne& l'un des Quarante de l'AeadémieFrançoiſe,
mourut à Dijon le 17 Mars âgé
de 73 ans.
Le .. Fevrier N ..... de Brun dit leMarquis ,
de Brun , Lieutenant Général des armées du Roi
du 2Mai 1744 , mourut dans le Comté de Bour
gogne , d'où il étoit originaire ; voyez ſur cette
généalogie le Dictionnaire Hiſtorique de Morery
vol. 2. fol. 354 .
Le 28 De. Marie de Voyfin , veuve de M. Louis-
Thomas du Bois de Fienne , Marquis de Leuville ,
Lieutenant Général des Armées du Roi , Grand
Bailli de Touraine& Gouverneur de Charlemont
avec lequel elle avoit été mariée les Juin 1725 ,
mourut à Paris dans la 44e, année de ſon âge
ANCI MARS 1746. 1 211
eétant née le 21 Mars 1702 ; elle étoit fille par
be
née de Daniel-François de Voyſin Seigneur de
Noraye & du Menil-Bourré , Chancelier & Garde
des Sceaux de France , Greffier Commandeur des
Ordresdu Roi, mort la nuit du 1. au 2 Fevrier 17173
& de D. Charlotte de Trudaine morte le 20Avril
1714. Voyez ce qui eſt dit de la maiſon de
Voyſin dans l'Histoire des Grands Officiers de la
Couronne , vol. 6. fol. 588 , & pour celle du
Bois , l'Histoire du Nobiliaire de Touraine par
l'Hermite de Soliers.
Le 1. de Mars D. Monique Defvieux , femme
depuis le 27 Septembre 1735 de M. François-Do
minique Barberiede S. Contest, Maître des Requêtes
Ordinaire de l'Hôtel du Roi , Intendant en
Bourgogne , mourut à Paris dans ſa 28e. année;
elle étoit fille de Philippe Deſvieux Seigneur de
Naveilles , l'un des Fermiers Généraux des Fermes
Unies , & de D. Bonne-Magdeleine le Couturier
, & elle étoit foeur de Philippe-Etienne
Deſvieux , troiſiéme Préſident de la premiere
Chambre des Requêtes du Palais depuis le 9 Décembre
1744.
Le 3 du même mois mourut Dame Marie-Louiſe
Delpech épouſe de Gilles-Gervaisde Pechepeiroux
Marquis de Beaucayre , Chevalier Seigneur de
Moiffac &c. Colonel du Régiment de Cavalerie
de fon nom , Brigadier des armées du Roi , ſans
poſtérité. Elle étoit fille de Paul Delpech Ecuyer
Seigneur de Chaumot &c . Receveur Général des
Finances d'Auvergne ,&de Dame Magdeleine de
Monthy.
Le 13 Meſſire Philbert Lorenchet Chanoine Souss
212 MERCURE DE FRANCE.
Diacre de l'Egliſe de Paris depuis le23 Mai 1685.
Conſeiller Clerc au Parlement de Paris depuis
le 6 Mai 1699 , ci-devant Abbé de Clairmon
au Mans , mourut dans un âge fort avancé ; il étor
de Beaune& fils de Jean Lorenchet Avocat an
Parlement & de Jeanne le Vaffor.
Le même jour Meſſire César le Blanc Evêque
d'Avranches & Abbé de Satur , mourut à Paris
dans la74 annéedeſon âge étant né le 15 Novem
bre 1672 ; il étoit Religieux de Sainte Croix de
la Bretonnerie , & Frieur de Dammartin en 1719
lorſqu'il fut nommé à l'Evêché d'Avranches, &
ſacré le premier Mai 1720 , & ilobtine auffi en
1727 l'Abbaye de Saint Satur près Sancerre , Ordte
de Saint Augustin, Diocèſe de Bourges.Il étoit frere
puiné de Claude le Blanc Secretaire d'Etat ayant
leDépartement de la Guerre,Grand Croix,Grand
Prevêt& Maître des Cérémonies de l'Ordre Royal
&Militaire de Saint Louis , mort le 19Mai 1728 ,
*& frere aîné de Denis-Alexandre le Blanc Evtque
de Sarlat depuis l'an 1721 ,& ils étoient tous
trois fils de Louis le Blanc Maître des Requêtes
Ordinaire de l'Hôtel du Roi Intendant, de Juftice
àRouen , & nommé Ambaſſadeur à Constantinople,
mort le ro Octobre 1707 , & de Dame Suzanne
Bazin de Beſons morte le 4Juin 1699.
,
Nicolas de Largilliere Peintre Ordinaire du Roi ,
Chancelier ancien Directeur & Recteur de
l'Académie Royale de Peinture & Sculpture ,
Parifien , mourut le 20 Mars dans la 90 année de
fon âge , étant né le 2 Octobre 1656.
On peut dire que jamais Peintre n'a été plus
univerſel que lui , &qu'il adonné des preuves de
l'excellence de ſon Pinceau dans tous les genres
MARS 1746, 213
!
一
de Peinture ; Hiſtoire , Portrait , Payſage ,
Animaux , Fruits , Fleurs , Architecture ; il avoit
une facilité extraordinaire dans la compoſition,
& jamais Peintre n'a été plus grand praticien. A.
force d'avoir vû & examiné avec attention la
Nature , de l'avoir copié exactement pendant
pluſieurs années , & d'en avoir fait de grandes
études , il ne ſe fervoit preſque plus de Modéle ,,
de Manequin , ni de choſes réelles devant ſes
-yeux; tout étoit préſent dans ſon imagination ,
Meubles , Etoffes , Habillemens , Inſtrumens de
Muſique, Livres , Architecture , Animaux , Fleurs ,
Fruits &c . qu'on peut dire qu'il rendoit comme la
Nature même. Son plus grand travailat été le Portrait
comme étant le plus utile , auſſi yjavoit-il fait..
une fortune affés conſidérable ; mais la plupart de
ſes Portraits font toujours connoitre le grand Pein
tre,&fur tout ceux qui ſont juſqu'aux genoux par
la richeffedes fonds, des ornemens,&des attributs
qui conviennent aux perſonnes quiy font repréſentées
, ſont de véritables Tableaux qui feront
toujours recherchés des Connoiffeurs. On trouveroit
dans Parisdouzeà quinze cent de ſes Portraits
, car il a peint juſqu'à l'âge de 86 ans d'une
maniére admirable . Un de ſes derniers Portraits
eft celui de M. Néricault des Touches Célébre
Académicien , qu'on peut voir dans la fale de
l'Académie Françoiſe au Louvre .
1
A l'égard des Tableaux d'Hiſtoire de M. de
Largilliere , on en voit entre autres deux dans
la grande fale de l'Hôtel de Ville de Paris , & un
dans l'Egliſe de Sainte Genevieve, où tous les
principaux Officiers du Corps de Ville & autres
figures de grandeur naturelle y ſont repréſentés :
ces ouvrages font beaucoup d'honneur à ce Peintre..
On trouvera dans ſa maiſon rue Geoffroy-l'An214
MERCURE DE FRANCE.
gevinà ſon inventaire environ 12 Tableaux de
la vie de Notre Seigneur&de celle de la Sainte
Vierge , & quelques autres des ſujets de l'ancien
Teftament.
Lacompoſition de quatre eſt de 20, de 30%
de 40 figures principales , ſans une multitude
d'autres qui font dans le lointain; les ſujets de
ces quatre Tableaux ſont l'EntréeTriomphante dans
Jerufalem; lePortement de Croix , l'élévation de la
Croix, le Crucifiement & Confummatum eft ; &un
cinquiemeTableau qui repréſente Notre Seigneur
qu'onmet au Tombeau. Ces Tableaux ſont environ
de quatre pieds&demi ſur trois; onytrouvera auli
huitou dix Buſtes d'Apôtres avec leur attributs ;
quelques Payſages , Tableaux de fleurs&de fruits
qui font connoître la fécondité du génie de
Grand Peintre , & la beauté de ſon Pinceau qu'on
pourroitcompareràceux deRubens&du Correge.
M. de Largilliere ſe faiſoit auſſi un grand plaiſit
de faire partde ſes connoiſſances dans ſon Art à
toutes lesperſonnes qui le confultoient ; ſon ca
ractére étoit doux & obligeant , & il joignoit à la
douceurune grande probité. Il avoit épouſé Mile
Forest fille du célébre Foreſt Peintre du Roi.
ce
PIECES
TABLE.
IECES FUGITIVES en Vers , &en Preſe
. La Vertu , Ode
Recherches ſur les feux de joye des Anciens
Vers à Mlle. F.
3
9
19
Difcours prononcé à l'ouverture de l'Académie
deS. Chamond en Lyonnois.
Poëme fur la Bataille de Fontenoy
Epigramme à Helene de ***.
26
35
Diſcoursprononcé par M. Brallet Conſeiller de
Ville. 36
Epître ſur la Pareffe, 48
Autre de M. V.
Obſervations de M. Bruhier. 56
Vers à Mlle Jarente de Senas . 65
Sonnet en bouts rimés . 66
Projet pour l'établiſſement d'Ecoles gratuites de
Deffein. 67
Copie d'une lettre du R. P. C. J. ſur ce projet 74
Traduction d'un Ode d'Horace 78
Extrait d'une lettre de Smyrne 80
Vers à Mde. la Miſe. de B. 83
Lettre écrite aux Auteurs du Mercure 84
Epître de M. V. 92
L'étalage perdu , Allégorie 94
Differtation du P. Texte pour ſervir de mémoire
à l'Histoire &c. 97
Epitre de M. Cottereau Curé de Donnemarie à
M. le Cure de ****. 109
Epigramme.
III
Lettre de M. Mazure Maître de Mathematiques
à M. L. **** 112
Ode tirée du Pſeaume sr. 118
Vers à une Dlle. en lui envoyant un cheval 122
Nouvelles Litteraires , des beaux Arts , Effai fur
les probabilités de la durée de la vie humaine .
Extrait . 125
Introduction à la connoiſſance de l'eſprit humain ,
Extrait 130
Recueil de Pieces pour ſervirà l'Hiſtore de Louis
ΧΙ . 133
Nouveaux Memoires pour fervir à l'Hiftoire de
l'eſprit & du coeur , Extrait 134
Letraité du Caſtor 139
Le deuxieme livre des Fleurettes Ibid,
47. 140
Prix propofé par l'Académie de Chirurgie pour
Question propoſée
Estampes nouvelles,
Bouquet à Iris.
141
Ibid.
145
Explicationdes Enigmes &des Logogryphes de
Fevrier. Ibid.
Enigmes & Logogryphes Ibid.
Chanfon notée
15
Vaudeville noté.
152
Spectacle , Opéra. Ibid,
M. le Maréchal de Saxe reçoit une couronne de
laurier de l'Actrice qui repréſentoit la Gloire.
155
Zelifca , Comédie Ballet jouée à laCour , Extrait
Ibid,
Lettre de M. de la Nouë , Auteur de cettepiece ба
Comédie Françoiſe , Feu d'artifice intitulé leDe.
Inge universel. 164
Comédie Italienne. La Coquette fixée nouvelle
Piece. Ibid.
Compliment pour la Clôture du Théâtre Italien .
165
Comédies , Concerts &Balletde laCour
167
Explication de l'Enigme de Décembre 1er. vol.
171
Journal de la Cour, de Paris&c. 172
Lettre ſur la mort de M. l'Archevêque de Paris
176
Charges militaires 185
Bénefices donnés 188
Nouvelles Etrangeres &c,
Lettre ſur les 20000 liv. à employer
Mariages & Morts
La chanfon notée doit regarder la page
De l'Imprimerie de Jean- Fr. ROBUSTEL ,
rue de la Calendre près le Palais,
Qualité de la reconnaissance optique de caractères