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MERCURE
DE FRANCE
DÉDIÉ AU ROI.
NOVEMBRE 1745 ,
LIGIT
UT
SPARG
A
PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER
rue S. Jacques.
Chés La Veuve PISSOT , Quai de Conty
à la defcente du Pont- Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais.
M. DCC. XLV.
Avec Approbation & Privilége du Roi
A VIS.
L'ADRESSEgénérale du Mercure eft
à M. DE CLEVES D'ARNICOURT
rue du Champ-Fleuri dans la Maifon de M.
Lourdet Correcteur des Comptes au premier
étage fur le derriere entre un Perruquier & un
Serrurier à côté de l'Hôtel d'Enguien. Nous
prions très-inftamment ceux qui nous adrefferont
des Paquets par la Pofte , d'en affranchir
le port , pour nous épargner le déplaifir
de les rebuter , & à eux celui de ne
pas voir paroître leurs ouvrages .
Les Libraires des Provinces ou des Pays
Etrangers , qui fouhaiteront avoir le Mercure
de France de la premiere main , & plus promptement
, n'auront qu'à écrire à l'adreſſe ci-deffus
indiquée ; on fe conformera très- exactement à
leurs intentions.
Ains ilfaudra mettre fur les adreffes à M.
de Cleves d'Arnicourt , Commis au Mercure
de France rue du Champ-Fleuri , pour rendre
à M, de la Bruere.
PRIX XXX, SOLS,
MERCURE
DE FRANCE
DÉDIÉ AU ROI.
NOVEMBRE 1745 .
PIECES FUGITIVES
en Vers & en Profe.
LA COUR.
O D E.
Uelle eft la fuperbe chimere.
Qui s'offre à mes regards furpris ?
L'efpérance lui fert de mere ;
Ses enfans font des favoris ;
Pour compagnes elle a l'envie ,
L'injuftice , la perfidie ,
BIBLIO
THEO
LYON
*1
A ij
4 MERCURE DE FRANCE,
L'impofture a l'oeil féducteur ;
Et ce monftre vit du mélange
De tout ce qu'ont de plus étrange ,
Et la baffeffe & la hauteur .
>
A cette fidelle peinture
Qui peut méconnoître la Cour
Où regnent loin de la droiture
La foupleffe & l'obſcur détour ;
Où chacun tâche de foi- même
De faire avec art un emblême ,
Au gré de fa cupidité ;
Où contre l'écueil & l'orage
Le plus adroit & le plus fage
Ne fut jamais en fureté ?
La fortune tient fon empire
Sur cet Océan périlleux ;
C'eft par elle qu'on y refpire
Un air au loin contagieux ;
L'ambition qu'elle y fit naître , ey
N'a qu'elle pour guide , pour maître ,
Pour loix & pour divinité ;
Sans ceffe cette efclave vainę
Y fuit inquiette , incertaine ,
Sa brillante fragilité.
Yvre de fon efpoir frivole
NOVEMBRE 1745.
Un avide effein de mortels ,
Comme elle avec tranſport immole
Pour les faux biens les biens réels :
Tandis que du haut de fa roue
L'aveugle Déeffe ſe joue
De ce vil tas d'adorateurs ,
Et fur eux fans choix , fans juftice ,
Fait tomber felon fon caprice ,
Ses difgraces & fes faveurs.
悲
Fortune , ambition altiere ,
De la Cour immortels vautours ,
Heureux qui met une barriere
Entre votre éclat & fes jours ▸
Que vos routes font orageufes !
Que vos promeffes font trompeufes !
Que vous vendez cher vos bienfaits !
L'Univers ne vit la Tamiſe
Aux loix du fier Cromvvel foumife
Que par mille nouveaux forfaits .
La ténébreuſe politique
Avide d'honneurs , de tréfors ,
Jour & nuit de fon art oblique ,
Y fait jouer tous les refforts ;
Autour de la pompe royale
Son fein , inviſible dédale ,
Sert d'azile aux plus noirs complots ;
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
C'eft- là qu'à l'envi l'on s'égare ,
•
Et que l'on a le fort d'Icare ,
Sans tomber des Cieux dans les flots.
L'intérêt fourdement la guide
Par des chemins toujours nouveaux ;
Par lui feul elle fe décide ;
'Il eft l'ame de fes travaux ;
Dès qu'on la démafque , elle expire ,
Souvent jufqu'au Trône elle afpire ;
Dans le fein de l'adverfité ,
Et comme elle a de la coulouvre
L'obfcure & rampante manoeuvre ,
Elle en a la malignité .
20
Fille du Stix , haine cruelle ,
C'eft fur ce Théatre fameux
Que fous l'air empreffé du zéle
Tu caches ton fiel venimeux .
De l'amitié , de fa loi fainte
Chacun y paroît fans contrainte
L'interprête , le défenfeur ,
Mais o perfidie exécrable !
Quand leur bouche d'encens l'accable
Elle eft profcrite dans leur coeur :
*
On ne voit là qu'un affemblage
De hardis , d'heureux criminels
NOVEMBRE 17457 *
Que le même motifengage
A s'entre ériger des autels ;
Dévorés de la jalouſie ,
Et percés des traits de l'envie ,
Un encenfoir eft dans leurs mains ,
Toujours prêt pour ceux que les brigues ,
Les trames , les complots , les ligues ,
Rendent & plus grands & plus vains,
Là fur les ruines du pere
S'éleve le coupable fils ;
Le frere fur celles du frere ;
Là tous les coeurs font ennemis.
C'eft vainement que la Nature
Repréfente fes droits , murmure ,
Rien n'arrête un ambitieux ;
De fon onde fier & prodigue ,
Tel un torrent , malgré la digue,
Porte le ravage en tous lieux .
*
Qu'entends-je ? C'eft la flaterie a
Sa voix feule y charme les Rois ;
O Ciel ! leur coeur lui facrifie
L'honneur , les vertus & les loix ;
Parés de leurs traits refpectables
Ses Miniftres abominables
Leur offrent fes poiſons cruels.
Hélas ! faut-il qu'entre le Trône
A iiij
MERCURE DE FRANCE
Et la pompe qui l'environne
Le fort ait placé fes autels ?
*
De-là cette fource féconde
De vices , de crimes divers ,
Dont fouillent les Maîtres du monde
Leur Sceptre aux yeux de l'Univers
A peine ouvrent- ils la paupiere ,
Qu'elle leur cache la lumiere ,
Qui feule peut guider leurs pas ,
Et bien-tôt par fon art funefte ,
Du vrai Monarque il ne leur refte
Que les honneurs & les Etats
*
De cette demeure fatale ช
Tel eft le dangereux poifon ;
Des charmes trompeurs qu'elle étale
L'éclat éblouit la Raifon
En proie à ce flateur preftige ,
Elle admire comme un prodige
L'objet qui devroit faire horreur,
Sort bifarre ! fort déplorable !
Mais à jamais inféparable
Des lieux qu'habite la grandeur.
Objets hideux , par quel miracle
Vous êtes vous évanouis !
Quel nouveau , quel noble fpectacle!
NOVEMBRE 1745 .
و
J'apperçois la Cour de LOUIS ;
De ces projets illégitimes
Et de ces barbares maximes
Elle ne connoît point les loix ;
C'eft l'équité , c'eft la fageffe ,
Que l'on y voit regner fans ceffe
Avec le plus parfait des Rois.
SEANCE PUBLIQUE
De l'Académie Royale de Chirurgie , à la
quelle préfida M. de Malaval Directeur
en l'absence de M. de la Peyronie Préfident
, premier Chirurgien du Roi , & Médecin
Confultant de S. M. le 15 Juin 1745.
M
Onfieur Hevin Sécretaire pour les
correfpondances lut en l'abfence de
M. Quefnay Sécretaire , un précis fur les
Remedes Anodins. Il déclara que l'Acadé
mie avoit adjugé le Prix au Mémoire No. 9
qui a pour devife Anodinorum palma leniendo
fimulabit. Ce Mémoire eft de M. Louis
Maître- ès-Arts , ancien Chirurgien , Aide-
Major des Camps & Armées du Roi , ancien
Chirurgien Major du Régiment du
Commiffaire Général de la Cavalerie , &
A v
10 MERCURE DE FRANCE.
gagnant Maîtriſe en Chirurgie à l'Hôpital
Général de Paris en la maiſon de la Salpêtriere
: M. Louis avoit eu l'année derniere
un Acceffit au Prix des Remedes Emolliens ;
l'Académie lui a auffi accordé des Lettres
d'Affocié Correfpondant. Elle a trouvé que
de tous les autres ouvrages qui ont mérité
d'être admis au Concours , les Mémoires
No. 5. & No. 3. ont le plus approché de
celui qui a remporté le Prix..
L'Auteur du Mémoire No. 5. qui a pour
devife, Arte decet cantâ favos mulcere dolores ,
eft M. Guyot , Maître en Chirurgie à Geneve ,
qui eut l'année derniere un Acceffit au Prix.
Le Mémoire No. 3. qui fe termine par ces
mots , quo coepi pede pergam alacrior , eft
de M. Fabre , Maître- ès-Arts , & éleve en
Chirurgie de M. Petit.
M. Hevin fit enfuite les Eloges de M.
Gerard Confeiller du comité perpétuel de
l'Académie , ancien Chirurgien en chef de
l'Hôpital de la Charité , ancien Démonftrateur
dans les Ecoles de Médecine , & dans
celles du Jardin du Roi , ancien Prevôt de
fa Compagnie , & Chirurgien Major des
Camps & Armées du Roi ; de M. Courtois
Maître - ès- Arts , ancien Prevôt , & Receveur
en charge de fa Compagnie , & Adjoint au
comité perpétuel de l'Académie , & de M
Noël Chirurgien à Orléans , Lieutenant de
NOVEMBRE 1745 .
M. le premier Chirurgien du Roi , Démonftrateur
en Anatomie & Chirurgie , Lithoto
mifte penfionnaire , & Chirurgien Major de
l'Hôtel- Dieu de la même Ville , Affocié
Correfpondant de l'Académie , tous trois
morts depuis l'Affemblée publique de 1744.
L'Académie a choifi pour Affociés Correfpondans
Regnicoles M. Graffot Maître- ès-
Arts & en Chirurgie , & Chirurgien Major
du Grand Hôtel - Dieu de Lyon : M. Graſſot
a remporté le Prix de l'année 1744.
M. Hugon le fils , autrefois Chirurgien
dans le Grand Hôtel-Dieu de Lyon , &
Maître en Chirurgie à Arles en Provence.
M. Hugon a gagné le Prix de l'année 1743 .
& il avoit eu un Acceffit en 1742.
M. Bailleron Maître en Chirurgie à Béziers
en Languedoc , Lieutenant de M. le
premier Chirurgien du Roi , & Membre de
l'Académie des Sciences & des Belles -Lettres
de la même Ville .
Elle s'eft aggrégé pour Affocié étranger
M. Schligting Docteur en Médecine &
en Chirurgie à Amfterdam , Affocié de l'Académie
Impériale de Léopold , dite des
Curieux de la Nature , & de la Société
Litteraire de Nuremberg.
L'Académie en nommant ces illuftres
Affociés , fait connoître en même - tems le
défir & l'efpérance qu'elle a de perfectionner
A vj
12 MERCURE DE FRANCE.
de plus en plus , par le concours des lu
mieres la pratique de l'Art dont elle fait for
objet.
M. de Malaval lut un Mémoire fur la
néceffité qu'il y a d'examiner avec beaucoup
d'attention les caufes des maladies
chirurgicales pour réuffir dans leur traitement
le Chirurgien convient d'abord qu'il
y a diverfes maladies dont on n'a pu découvrir
jufqu'à préfent la véritable caufe
& qu'on traite néanmoins avec fuccès ; il
en donne pour exemple certains Cancers
les Ecrouelles , les Dartres , la Vérole même ,
mais fon deffein eft de montrer que trèsfouvent
, faute de férieufes recherches ou
d'un examen fuffifant , on peut prendre le
change fur la caufe de certains maux , &
s'égarer dans leur cure : il donne de faite
trois faits qui prouvent évidemment ſa propofition.
Dans le premier , M. de Malaval parle
d'une Demoitelle à qui il étoit furvenu plufieurs
dépôts confidérables fous le Fafcialata
, & aux parties latérales du genou , &
dont il fit l'ouverture quand la fuppuration
fut faite. Il ne fe paffa rien de particulier
dans le traitement des playes qui
dura environ fix femaines ; il ne reftoit plus
qu'un pouce de la cicatrice à fe former
tout annonçoit une guérifon prochaine lorfNOVEMBRE
1745 13
qu'il furvint tout à coup à la circonférence
de la plaie une inflammation qui fit rompre
la cicatrice prefque dans toute fon
étendue : un fang très - noir en ruiffeloit de
toutes parts ; il s'y forma des chairs fpongieufes
& liyides , telles qu'on en voit ordinairement
aux gencives des Scorbutiques.
Comme la malade n'avoit pas eu fes regles
depuis deux ou trois mois , M. de Malaval
fondé fur les obfervations de divers Praticiens
, imagina que tout ce défordre venoit
du fang menftruel retenu qui faifoit irruption
à la plaie . Un Confultant qui fut appellé
ne penfa pas de même , & attribua la couleur
& la confiftance viciées des chairs , &
l'hémorragie de la plaie à un virus fcorbu
tique , quoiqu'il n'y en eût d'ailleurs aucun
autre fymptôme apparent.
On donna en conféquence à la malade des
remédes antifcorbutiques qui ne produifirent
aucun bon effet fenfible. Le défordre de la
plaie fe foutint pendant les fept ou huit
jours de la durée ordinaire des regles ; le
calme revint enfuite ; la plaie fe mondifia de
nouveau & fembloit prendre la voye de la
cicatrice , mais au bout du mois les mêmes
accidens reparurent , quoiqu'on eut fait
quelques jours auparavant une faignée du
pied , dans la vûe de déterminer les regles
par les voyes ordinaires. On tenta fans fuccès
les remedes Martiaux qui procurerent
14 MERCURE DE FRANCE.
le mois fuivant une plus grande évacuation
de fang par la playe : M. de Malaval prit
alors le parti de faigner plufieurs fois la
malade du pied , il la mit à l'uſage des Eaux
Minérales épurées de Paffy ; il ne paufa plus
la plaie qu'avec l'Eau de Rabel affoiblie
qui la conduifit promtement à une bonne
& ferme cicatrice : vers le tems périodique
il parut dans fes environs une légere inflammation
éryfipelateufe qui céda bien -tôt à
une faignée du pied & aux fomentations.
d'oxicrat. Enfin le mois fuivant les regles
prirent leur route naturelle , & la malade
fut parfaitement guérie.
Dans la feconde obfervation il s'agit
d'une Dame âgée à qui M. de Malaval ouvrit
un finus furvenu à une petite plaie
qu'elle s'étoit faite à la jambe. La plaie
qui pendant les douze ou quinze premiers
jours avoit paru très-belle , devint blanchâtre
, & le trouva inondée de férofités ;
on s'apperçut qu'en preffant le gras de la
jambe il fortoit de la plaie un fel de liqueur
claire ; on crut qu'il s'étoit fait un
nouveau finus , mais on ne put le découvrir
avec le ftilet. On s'attachoit en vain à détruire
par les Cathéretiques une excrefcence
fongueule qui fe formoit à un des côtés de
la plaie , & qui fe régénéroit d'un jour à
l'autre.
NOVEMBRE 1745 IS
M. de Malaval qui n'avoit pas vû la ma-
Fade depuis l'opération qu'il lui avoit faite
fut rappellé ; il jugea auffi-tôt qu'un vaiffeau
lymphatique du corps graiffeux devenu
variqueux , verfoit cette liqueur claire
dans la plaie ; il confeilla de ne la panfer
qu'avec l'eau Alumineufe , & de fomenter
fes environs avec un Vin Aromatique &
Aftringent ; en peu de jours tout changea de
face ; la plaie fe détergea , & fe garnit de bonnes
chairs ; le fuintement lymphatique ceffa
entierement , & la cicatrice fut bien- tôt faite.
Une ulcére à la langue fait le fujet de la
troifiéme obſervation . Le malade qui la
portoit depuis très-long-tems , avoit effayé
fans fuccès une très -grande quantité de remédes
; il fut condamné enfin à recevoir
les frictions mercurielles. M. de Malaval
qui le vifita , découvrit que l'angle tranchant
d'une dent cariée & caffée qui répondoit
vis-à-vis de l'ulcere , en empêchoit
vraisemblablement la guérifon ; il fit arracher
la dent ; le malade fut guéri quelques
jours après.
Ces faits prouvent clairemement combien
on doit être attentif à la recherche des caufes
des maladies , & même au prognoſtic qu'on
en fair.
M. Puzos lut enfuite une differtation fur
les éruptions miliaires laiteufes qui fe portent
affés communément à la peau des
to MERCURE DE FRANCE.
dé
femmes nouvellement accouchées .Le nombre
prodigieux de petits boutons qui fe forment
à la peau des femmes peu de jours après
leur accouchement , & aufquels on a don→
né le nom d'éruption laiteufe , été regarpar
beaucoup de gens comme une fécrétion
favorable aux fuites de couches. On
a cru que ces boutons miliaires étoient autant
d'échapées' & d'iffues multipliées par
où s'évacuoit l'humeur laiteufe dont regorgent
les femmes qui ne nouriffent pas leurs
enfans. Sur ce préjugé on a cherché tous
les moyens propres à feconder la métaſtaſe
du lait par cette voye , pour peu que la
Nature parut s'y prêter , fouvent même on
a déterminé l'humeur à faire éruption malgré
des difpofitions contraires.
Dans ces vûes il femble qu'on ait porté
jufqu'à l'abus les agens capables de procurer
l'éruption laiteufe aux femmes accouchées ;
qu'on ait forcé la nature à faire paffer à la peau
le lait furabondant confufément avec les
fueurs, dans l'idée que cette humeur affés analogue
avec la matiere de la tranſpiration &
des fueurs traverferoit avec autant de facilité
qu'elle les petits pertuis de l'épiderme , mais
le nombre prodigieux de boutons qui s'y forme
, marque affés que le lait ne les peut
pénétrer , qu'il s'arrête à cette barriere , &
qu'il y fait autant de dépôts qu'on y remar
que de boutons.
NOVEMBRE 1945. 17
5
Ce méchanifme plus vraisemblable que
n'eſt l'opinion contraire a engagé M.
Puzos à donner des éclairciffemens fur une
matiere qui n'a pas encore été traitée. Le
deffein de ce Mémoire eſt donc de faire
connoître ce que que c'eft que l'éruption laiteuſe ,
les fignes qui indiquent fes differentes eſpeces
, & quels font les avantages & les in→
convéniens de cette maladie .
50
L'Auteur la divife en trois efpeces : » La
» premiere , dit-il , eft fimple , naturelle , &
» communément favorable aux fuites des
couches. La feconde efpece eft regardée
2 comme non naturelle , ou pour mieux
dire , forcée par des agens qui la font
paroître contre le gré de la Nature ; cette
éruption eft plus contraire qu'avantageuſe .
La troifiéme efpece eft dite maligne , tang
» à caufe de fon danger , que parce qu'elle'
so en impofe pendant plufieurs jours par des
» apparences fimples & naturelles.
En général l'éruption laiteufe eft un amas
de petits boutons tranfparens fur la ſurface
de la peau ; ils font plus confluens dans les
endroits où la fueur est la plus abondante ,
comme à la poitrine , au col , au ventre ,
aux poignets & aux doigts . Cette maladie net
paroît gueres que le trois , le quatre , où le
cinquième jour de la couche ; elle gonfle &
rougit la peau , ainfi que fait l'éryfipelle .
L'éruption de la premiere efpece paroît
18 MERCURE DE FRANCE
être fubordonnée à la fueur qui la précede
& qui l'accompagne , mais il y a lieu de
croire , comme il vient d'être dit , que le
lait confondu avec les fueurs & la matiere
de la tranfpiration dans les couloirs inté
rieurs , les abandonne au débouché de la
peau , qu'il refte ftagnant à l'extrémité des
tuyaux excréteurs , jufqu'à ce qu'une espece
de fuppuration détruiſe l'épiderme & donne
jour à cette humeur. On effuye pendant.
ce tems des picottemens infupportables , de
Finfomnie , & quelquefois de la fiévre , mais
huit ou dix jours font le terme de cette maladie
qui finit toujours heureuſement.
La feconde efpece , que l'Auteur dit être
non naturelle , eft prefque toujours excitée
par des agens qu'autorife un préjugé commun
à beaucoup de gardes , qu'il faut étouf
fer le lait à force de chaleur , de fueurs ,
& de précautions relatives au projet. En
conféquence & fans égard aux faiſons , aux
lieux , aux tempéramens , on garnit & on
couvre une pauvre accouchée dans la Cani
cule , comme au tems des glaces ; on ne lui
fait pas grace du feu dans fa chambre , &
dans l'innocent deffein d'étouffer le lait , on
fait par même moyen étouffer les femmes.
Il eft aifé de comprendre à quels excès
la fueur peut-être portée par ces folles précautions
; quelle forte éruption elle doit
NOVEMBRE 17457
exciter , & à quelle modicité les autres
évacuations doivent fe réduire pour contribuer
à l'entretien de celle - ci . On voit effectivement
les urines diminuer , le ventre devenir
pareffeux , les lochies couler en moindre
quantité, la bouche manquer d'humidité,
parce que tous les filtres du corps forcés
à des diverfions font journellement occupés
à porter dans le torrent des fueurs de quoi
fournir à leur perpétuel écoulement.
L'accouchée n'a pas feulement à fouffrir
d'un bain de fueurs dans lequel elle eft ,
& du poids de fes vêtemens mouillés ; l'air
qu'elle refpire , raréfié par la chaleur du
tems & du lieu , fait irruption dans les poulmons
; il en écarte les véficules outre me
fure , & génant le cours du fang , il caufe
des étouffemens , de la fiévre , & beaucoup
d'autres incommodités , qui mettroient les
femmes en danger fi on ne changeoit l'or
donnance d'un tel régime.
L'Auteur dit avoir fouvent dérangé l'or
dre de ces précautions , en s'oppofant à
fufage des cordiaux , ou des boiffons vineufes
& fucrées ; en faifant changer de linges
avant le tems prefcrit , quand il les trou
voit extrêmement mouillés ; on renouvelloit
encore l'air de la chambre par l'ouverture
d'une porte ou d'une fenêtre , & on
avoit attention à donner les boiffons moins
chaudes ; par cette gradation du trop chaud
20 MERCURE DE FRANCE
au tempéré on rapprochoit les chofes de
l'état naturel , & on redonnoit la vie à de
pauvres femmes , qui périffoient dans l'efclavage
de regies mal entendues .
La troifiéme espece d'éruption eft communément
dite maligne , parce qu'elle cache
fon mauvais caractere fous les apparences
d'une maladie fimple ainfi que les fiévres
de ce nom , & que fon danger , maſqué jufqu'à
la fin , n'éclate en fignes funeftes que
lorfqu'il n'eft prefque plus tems d'y remédier.
C'eft ce qui a engagé l'Auteur à la diftinguer
des deux autres par des fignes qui lui font
propres ; à donner les moyens de s'oppoſer
à fon progrès , & à la ramener à une favorable
terminaifon .
Les fignes diftinctifs de cette éruption
maligne font , que fes boutons , moins con-
Auens qu'aux autres éruptions , paroiffent
toujours tranfparens , & ne viennent point
à fuppuration ; la peau eft moins rouge &
moins gonflée ; la fièvre , humide aux autres ,
eft féche & ardente à celle- ci ; une infenfibilité
générale empêche la malade de fe
plaindre; elle fait des foupirs involontaires
fans avoir de peine à refpirer ; elle fe plaint
d'avoir la tête vuide par befoin de nourriture
; elle demande à manger pour écarter
des rêves qu'elle fait au moindre affoupiffement
les fignes qui marquent fenfible
ment le danger d'un pareil état n'allarment
NOVEMBRE 1745. 21
point encore les parens , les gardes , & quel .
quefois des gens de l'Art : on s'oppofe aux
remédes propofés , fur ce que les lochies
coulent , que le ventre eft mollet & fans
douleur , que la fiévre foible n'eft occafionnée
, dit-on , que par le mouvement du lait ,
que fi la malade rêve plus qu'on ne fait
ordinairement
, c'eft par befoin de manger.
&
Dans une telle perplexité , M. Puzos
veut qu'on ait recours à un confeil éclairé ;
qu'on repréfente bien que les fignes détaillés
ci- deffus annoncent un dépôt dans le cerveau
, & que l'éruption de la peau n'eft incomplette
que parce que l'humeur laiteufe
s'eft partagée entre le cerveau , & la fuperficie
du corps. Il eft d'avis qu'on infifte fur
la faignée du pied , même repétée plufieurs
fois , s'il en eft befoin , puifque c'est le
moyen le plus für pour rappeller le lait vers
fes couloirs naturels & comme on n'a
point de tems à perdre ni lieu de temporifer
, il ait qu'on peut , à l'appui des
faignées , attaquer prefque auffi - tôt les
premieres voyes avec l'huile d'amandes
douces , les apozémes , & l'abondante boiffon
d'eau de poulet , & que fans accéder au
précepte d'Hyppocrate, Concocta Medicari ,
on doit faire marcher la bile par des purgatifs
appropriés.
,
L'Auteur n'a pas borné le ſujet de ſa dif22
MERCURE DE FRANCE.
fertation aux moyens de connoître & de
traiter les differentes efpeces d'éruptions ;
il en propofe encore pour éviter cette maladie
, & pour parer certains dépôts , qui ne
furviennent que trop fouvent à la fuite des
accouchemens. Il prétend , d'après des expériences
faites à ce fujet , que fi on pratiquoit
à Paris , en vue de précaution , la
faignée du pied peu de tems après l'accouchement
, comme on le fait dans certaines
Provinces de France , & dans quelques Pays
Etrangers , on préviendroit prefque tous les
accidens dont font menacées les femmes qui
ne nourriffent pas leurs enfans , c'eft ce qu'on
éprouve dans les Pays où elle a lieu ; la faignée
s'y fait le fecond jour de l'accouchement
, fans autre befoin que la fimple précaution
; les femmes la défirent autant qu'on
la redoute ici , dans la confiance d'etre à
l'abri de tout accident par fon fecours.
M. Puzos n'a pas été des derniers à adopter
& à fuivre cette fage pratique ; il dit
avoir paré avec la faignée de précaution &
quelques autres petits véhicules appropriés
au lait , des dépôts qui menaçoient , des
reliquats laiteux d'une couche à l'autre ,
comme darties , galles , abfcès fiftuleux , foibleflès
de parties , tremblemens & c. Il avoue
en même tems qu'il n'a pas eû le talent
de perfuader toutes les femmes ; que cerNOVEMBRE
1745 . 23
taines , pour qui il avoit raifon de craindre
des retours de dépôts , s'étant révoltées
contre la faignée de précaution , ou contre
d'autres moyens , avoient effuyé les recidi
ves de la maladie , & des accidens qu'elles
avoient eu ci-devant ; que d'autres plus dociles
par confiance ou par raifon , avoient
éprouvé le bon effet des remédes propofés.
L'Auteur rapporte hiftoriquement dans
fa differtation des faits plus circonftanciés -
fur la difference des évenemens qu'ont eu
fes confeils fuivis ou non reçus , mais il fuffit
pour notre extrait de faire connoître fon fen
timent fur ces moyens de précautions.
De ces moyens il paffe à l'hiftoire d'un
fel devenu le favori de la Medecine en matiere
d'affection laiteufe ; c'est l'Arcanum ;
fa naiffance au tems des Clement & Mauricean
, fon regne pendant leur vie , fa chûte
& fon oubli aprés leur mort , enfin la réſurrection
& fon crédit de nos jours font détaillés
dans le Memoire avec les circonftances
qui ont opéré la bonne & la mauvaiſe
fortune de ce fel . Comme il n'eft ici quef
tion que des vertus de ce Remede & de la
confiance qu'on doit y prendre , le fentiment
de M. Pazos eft qu'il ne doit être employé
qu'après les premiers dégorgemens de
la Matrice , qu'il faut le profcrire dans les
24 MERCURE DE FRANCE,
maladies aiguës ou fufceptibles d'inflammation
, pendant le cours des tranchées , dans
les violentes douleurs , & dans la tenfion du
ventre , & qu'autant il eft dangereux dans
la phlogofe , à caufe de quelques parties
cauftiques dont on ne peut abfolument le
dépouiller , autant il réuflit dans les malades
chroniques , dans le rallentiffement des
lochies , dans les menaces de dépôts &
dans les infiltrations laiteufes.
یرم
La Differtation finit par une espece d'Aphorifme
, qu'on ne peut par trop de voyes
de moyens procurer l'évacuation du lait aux
femmes accouchees , qui ne nourriffent pas leurs
enfans.
Il tire les preuves de cet Aphorifme de la
quantité prodigieufe de lait qu'ont eu des
femmes groffes , plus encore de femmes qui
nourriffoient un ou plufieurs enfans , & qui
étoient encore obligées d'en laiffer perdre.
Les faits fuivans appartiennent à d'illuftres
Etrangers cités dans la Republique des
Lettres. M. Puzos referve pour un autre
tems ceux qu'il a fur cette matiere,
Une femme groffe avoit tant de lait en
vivant d'eau & de pain bis , qu'elle étoit obligée
de fe tirer par chaque jour pour ſe ſoulager.
Mifcellan. Natur. Curiof. Ann. 6 &
obf. 70 idem Alt. Iaffniens , ou de Copenhague.
7
Autre
NOVEMBRE 1745. 25
Autre femme qui dès le fixiéme mois
de fa groffeffe tiroit de fes mammelles une
livre & demie de lait par chaque jour ; abondance
qu'on réduifit à une demie livre par
la faignée : Mifc. Nat. Cur. Ann. 11 Dec.
11 obf. 99.
Une autre avoit tant de lait que du reftant
de ce que confommoient deux enfans
qu'elle nourriffoit , un Apoticaire s'en fourniffoit
encore dequoi faire du beure qu'il
donnoit pour le traitement des Phtyfiques
Pierre Borel. Cent. 11. obf. 82
Riedlin. Liné. med. obf. 2 Ann. 1697.
rapporte un exemple prodigieux : fa propre
femme qui nourriffoit à la fois deux de fes
enfans avoit encore befoin de plufieurs petits
chiens pour la tirer : outre cela elle
perdoit affés de lait pour faire une livre &
demie de beure.
La fuite dans un autre Mercure.
EPITRE à M. de Villars Docteur en
Médecine , de l'Académie Royale des Belles
Lettres de la Rochelle,
CHer amis dont l'humeur cynique
Fronde le luxe de nos jours ;
26. MERCURE DE FRANCE.
Mortel fimple , modeste , unique ,
Qui fuis le faux éclat des fuperbes atours :
Toi qu'on ne vit jamais , d'une ardeur infenfée
Sacrifier la raiſon offenſée
Au caprice toujours nouveau
De la folie & de la mode ;
Qui couvert d'un large chapeau
Et d'un habit ample & commode ,
Teris du fot orgueil qui nous domine tous ?
Villars , j'admire ta Sageffe ,
Quand nous fommes defi grands foux.
Ta maniere de vivre eft la feule richeffe
Dont l'homme vertueux devroit être jaloux :
Mais qu'il en coûte , hélas ! pour fecouer l'uſage
Il exerce en tyran l'empire de nos coeurs .
Arifte , comme toi , feroit peut-être (age ,
S'il n'écoutoit de frivoles terreurs ;
Efclave de l'erreur profonde
Qui l'affervit au joug d'une ufage importun ,
On le railleroit dans le monde ,
Et voilà ce qu'il craint : cet abus eft commun.
C'est lui qui de Cliton tient l'ame enfevelie
Dans de honteux travers qu'il détefte en ſecret ;
Il a d'un efprit fort affiché la manie
Et quoiqu'il en ait du regret
Il n'ofe dévoiler ce qu'il penfe. En effet
Que diroit-on de lui s'il changecit de langage ?
Ainfi nous nous plaifons dans notre aveuglement ,
NOVEMBRE. 1745. 27
Et pour nous arracher aux fers de l'esclavage ,
L'aimable verité ne luit que foiblement ;
Ainfi de nos erreurs efclaves volontaires ,
La raifon ne nous fert de rien :
Elle a beau vouloir notre bien ,
Nous écartons fouvent fes avis falutaires ..
Mais pourquoi prens-je un ton moral !
Ce ton-là convient- il à ma badine Muſe ?
Villars , viens lui fervir d'excuſe ;
Le badinage fieroit mal ,
En traitant des vertus dont ton ame s'amufe.
Exemt des préjugés qui nous offufquent tous ,
Tu t'embaraffes peu de l'injuſte courroux
De ces fades humains qui n'ont d'autre mérite
Que d'étaler aux yeux un vain ajustement ;"
Ton exemple eft pour eux un reproche ſanglant į
Et c'eft-là ce qui les irrite ;
L'afpect du vertueux fait rougir le méchant.
Tu formes un parfait contrafte
Avec ces odieux mortels
Qui s'occupent fans ceffe à dreffer des Autels
Aux vices qu'entraine le faſte ;
1
Tu n'en éleves , toi , qu'à la fimplicité ;
Compagne des vertus & de la probité ,
Elle poffede , ami , ton ame toute entiere ,
Et ton coeur pour écueil n'a point la vanité.
Bij
28 MERCURE DE FRANCE,
Philofophe éclairé ; tu cours dans la carriere
Où la plus brillante lumiere
Découvre à tes regards des merveilles fans fin
Quand les trefors de la Nature
T'offrent uu fi riche butin ,
Tu fçais en faire part à la race future ;
Quel plus agréable Deftin !
Du fçavant Reaumur le difciple & l'éleve ,
Tu ne donnes ni paix ni treve
A la fagacité de ton oeil curieux .
T'entretiendtai-je auffi de tes autres richeffes ?
Car feulement ambitieux
De réunir Auteurs de toutes les efpeces ,
"
Ton Cabinet eft un trefor ,
Quoique tout n'y foit pas de l'or ,
Mais dans le plus mauvais ouvrage
Tu fçais qu'il est toujours quelque chofe de bon :
Une reflexion fi fage
;
Te porte à rechercher juſqu'au mince Pradon .
Il n'eft point de bouquin qui ne puiffe prétendre
A l'honneur d'augmenter ta compilation ;
Auteurs Grecs & Romains , vous qu'on a mis en
cendre ,
Renaiffez pour finir cette collection.
Si le docte Villars défire l'opulence ,
Ce n'eft point pour dormir dans une molle ai
fance
NOVEMBRE 1745 . 29
Encor moins pour briller par de faftueux biens
Aux yeux des concitoyens ,
Mais pour faire amas de fcience ,
Et contenter fon goût univerfel .
Puiffedu Ciel l'équitable puiſſance
Combler toujours les voeux de ce digne mortel.
Par M... de la Rochelle.
A
BOUQUET
A Mademoiselle M. A ……..
Dorable Cloris , pour bouquet en ce jour
Je voulois vous donner fuivant le bel uſag
Quelque fleur , mais qui fût l'image
D'un éternel & tendre amour.
En eft-il ? la fleur la plus belle
Bientôt , hélas ! fe fanne & fe flétrit ;
Mon ardeur au contraire eft conftante , immortelle,
Et ce beau fein fur lequel dépérit
D'un parterre émaillé la fille paffagere ,
Accroît de plus en plus ma paffion fincere .
Que vous préfenter donc mon coeur , mon tendre
coeur.
On ne peut point offrir deux fois la même fleur ;
B iij
Bo MERCURE DE FRANCE.
Elle ne vit au plus qu'une journée ,
Mais le coeur fe redonne & redonne cent fois ,
Quand après mainte & mainte année
El fuit , comme le mien , toujours les mêmes loix,
LAIGLON..
bbbbbbbbbbbb bbb
ERS de M.Gaudet à Mademoiselle ***,
Q
Uand à tes pieds , jeune Ifabeau ,
Te croyant fidelle & fincere ,
Mille fois au bord d'un ruiffeau
Mon coeur ne cherchant qu'à te plaire ,
De l'amour le plus vif t'ébauchoit le tableau ;
Dans les divers tranſports de mon amour extrême ,
Quittant mes chiens & mon troupeau ,
J'eus pú paffer pour l'Amour même,
Puifque j'en avois le bandeau,
NOVEMBRE. 1745 31
LETTRE d'un Militaire fur la défenfe
des lignes de circonvallation à M.Le
Comte de B. Marechal de Camp.
PL
Lus je reflechis ,'Monfieur , fur la façon
dont on fait la guerre aujourd'hui , &
plus je reconnois la verité de ce que vous
m'avez fait l'honneur de me dire plufieurs
fois , que les pratiques les plus generalement
reçues ne font pas toujours fondées fur
des principes certains , & que dans bien des
occafions l'ufage foutenu d'une fauffe opinion
en fait tout le merite; celle dans laquelle nous
fommes depuis long -tems ,que quelques bonnes
que foient des lignes de circonvallation, il
'eft toujours dangereux d'y attendre l'ennemi,
& qu'il vaut mieux en fortir pour le combattre
en rafe campagne , n'eft point vraie au
point qu'on ait été en droit d'en faire une
maxime generale. * J'oſe vous affùrer , M.
que les exemples dont-on l'autoriſe bien
analyfés , foutiendroient mal la folidité de
cette opinion , comme j'efpere le faire voir.
Si on me cite les lignes d'Arras forcées en
1654 , je repons que leur circonvallation
* Mémoires de Feuquieres.
B iiij
MERCURE DE FRANCE.
y
embraffoit une fi grande étendue de terrain ,
par rapport au peu de troupes qu'on avoit
pour les garder , qu'elles n'étoient pas dans
le cas d'une bonne défenſe ; M. de Turenne
les força par un endroit négligé où il
avoit très-peu de foldats , encore hors de
portée d'être fecourus à tems. Le Maréchal
d'Hocquincourt d'un autre côté entra fans
nul obftacle ; il n'y eut qu'à l'attaque du
Maréchal de la Ferté qu'on difputa le terrain
. M. le Prince y fit des chofes extraor
dinaires , cependant malgré fa valeur & fon
intelligence les affaires étoient défefpérées
lorfqu'il parut , qu'il fut obligé d'abandonner
une moitié de fon armée pour ſauver
l'autre.
de
Les lignes devant Valenciennes attaquées
un an après par ce même Prince furent auffi
forcées , mais qu'on fe donne la peine d'en
rechercher la caufe , on verra qu'elle vient
bien moins de leur foibleffe que du
du peu
foin qu'on prit d'affûrer la
communication
des quartiers ; une digue qu'on éleva pour
ce fujet fe trouva fi baffe & fi peu folide
que les eaux lachées par le Gouverneur de
Bouchain pafferent pardeffus , la rompirent
en plufieurs endroits &
fubmergerent toute
la campagne , de façon qu'il fut impoffible
à M. de Turenne d'aller au fecours du Maréchal
de la Ferté dont le quartier fut ema
NOVEMBRE 1745. 33
porté après une affés vigoureuſe reſiſtance
de la part de l'Infanterie.
Le dernier fiege de Turin favoriferoit
encore l'opinion reçuë fi nous ne fçavions
pas que les lignes autour de cette Place
femblables à celles d'Arras , nous réduifoient
à rien par leur grande étenduë ; l'ennemi
ayant paffé la Doire attaqua notre circonvallation
au- delă de cette riviere , où il nous
trouva fi peu en forces quoique nous neuffions
qu'un petit front à garder , que la
Brigade de la Vielle Marine fut obligée
de border le retranchement fur deux de
hauteur pendant que les deux tiers de notre
Infanterie reftoit tranquille dans des endroits
où elle n'étoit nullement néceffaire , l'ennemi
s'étant borné à un feul point d'attaque.
Ces exemples nous apprennent que des
Generaux de la plus fublime intelligence
ont jugé qu'il étoit plus avantageux d'attendre
l'ennemi dans des lignes que d'en fortir
pour le combattre ; il eft vrai que le
fuccès ne repondit pas à leur attente , mais
pour que cela puiffe faire une autorité , il
faudroit qu'on prouvât que ces GrandsHommes
fecondés de la valeur des troupes euffent
mis en ufage dans ces occafions tout
ce que l'art peut fournir de précautions &
de moyens pour s'empêcher d'être forcés ,
& c'eft ce que nous ne voyons point ici ,
B v
34 MERCURE DE FRANCE.
"
Au refte , M. prefque toutes les maximes
font à facetes ; celles qui font vraies dans
de certaines circonftances deviennent fauffes
dans d'autres , & prétendre qu'on ne doit
jamais fortir de fes lignes , comme vouloir
qu'on en forte en toute occafion ce font
deux façons de penfer qui quoiqu'opposées
me paroiffent également fauffes ; cela depend
des conjonctures ; un General habile
fe decide par la confideration de plufieurs
choſes ; il examine d'abord la difette ou l'abondance
des munitions de toutes efpeces
dans laquelle fe trouve fon armée , enfuite
fes forces & celles qu'on lui oppofe , la force
de fes retranchemens , leur difpofition ,
la grandeur de leur circuit , & le nombre
de troupes qu'il a pour les défendre ; enfin
la nature du terrain aux environs de fa cir .
convallation & même au- delà . Ce dernier
article eft extrêmement important car ce
n'eft que par la connoiffance exacte du ter
rain que l'on peut fe précautionner aux endroits
par où l'ennemi peut venir fécourir
la place & forcer les retranchemens ;
que l'on eft maître fi on a pris la réfolution
d'en fortir , de choisir un champ de bataille
où chaque arme fe trouve dans fa place ,
non-feulement par rapport au terrain qu'on
occupera , mais encore relativement à celui
que l'ennemi doit occuper, Le Maréchal
que
NOVEMBRE 1745. 35
,
Comte de Saxe à la journée de Fontenoi
vient de nous en donner un bel exemple ; ce
General dont la fcience égale la valeur
avoit avec des yeux militaires médité fi
profondement fon champ de bataille , que
fes troupes & fon artillerie placées dans des
lieux où elles fe protegeoient mutuellement ,
les ennemis n'ont pu former d'attaque ni
marcher en avant fans ſe trouver tout d'un
coup accablés d'un feu prodigieux à leurs
flancs , de front & de revers. La bonne ordonnance
exige donc cette attention dans
la diſtribution des armes , qu'il faut néceſſairement
qu'une arme ſoutienne l'autre , qu'on
puiffe faire face par-tout , attaquer & fe défendre
, pouffer fes avantages & reparer fes
mauvais fuccès,chofes auxquelles on ne peut
efperer de réuffir , fi le lieu où combat l'ennemi
n'a déterminé notre ordre de bataille
autant que celui fur lequel nous combattons ;
toutes ces circonftances & une infinité d'autres
dans lesquelles on peut fe trouver bien
& dûement combinées , un General - prend
fon parti. En 1703. par exemple , le Maréchal
de Tallar affiégea Landau ; il ſe vit
à la veille d'être attaqué dans fes lignes par
une armée d'un tiers plus grande que la
fienne , il fe donna bien de garde d'y refter;
la force de la garnifon contre laquelle il ne
s'étoit point précautionné , la fupériorité de
B vj
36 MERCUR DE FRANCE.
l'ennemi, la crainte qu'on ne lui coupat les vivres,&
la vafte étenduë d'une circonvallation
qu'il ne lui étoit pas poffible de garder , lui
donnoient trop d'inquiétude; pour s'en délivrer
le Maréchal prit une réfolution hardie &
prudente , digne de fa valeur & de fa capacité
, en un mot la feule qui convenoit par
rapport aux conjonctures ; il affûra fa tranchée
, leva fon camp , marcha à l'ennemi
le furprit fur les bords du Spieback , & le
défit d'une façon fi complette qu'il en écri
vit au Roi en ces termes . Sire , votre Majefté
y a plus gagné de drapeaux qu'elle n'y a
perdu de foldats ; l'hyperbole eft un peu
forte , mais on la doit paffer en faveur du
fuccès.
Je remarque , Monfieur , que cette action
fi fagement conduite & qui mérite fans dou
te l'approbation de tous les gens du métier ,
fut précédée de circonftances qui forcerent
le Maréchal de fortir de fes lignes , & j'af
fûrerois bien que fa manoeuvre ne fut point
un effet du préjugé dont j'ai parlé au commencement
de cette lettre , car c'en eft un ,
& ce qu'on nous débite comme une maxime
vraie à tous égards , ne peut avoir lieu
que dans des cas particuliers. Pour être convaincu
que des lignes bien difpofées & à
la défenfe defquelles il ne manque rien ne
toujours attaquées avec fuccès , il font
Fas
NOVEMBRE 1745. 37
ne faut que jetter les yeux fur l'Hiftoire tant
ancienne que moderne ; la premiere , entre
plufieurs exemples , nous en fournit un à jamais
mémorable ; elle nous préfente le plus
grand des guerriers enfermé entre deux lignes
environnantes devant Alexia , Place
forte dans laquelle Vercengetorix s'étoit retiré
après la défaite de fa Cavalerie ; quatre
vingt mille hommes de troupes d'élite l'y
avoient fuivi , contre lefquels Céfar eut à
défendre fa contrevallation , pendant que
plus de deux cent mille Gaulois venus au
fecours de leur General faifoient des efforts
incroyables pour forcer fes retranchemens
du côté de la Campagne , mais quels retranchemens
? C'eft ici le chef d'oeuvre du
plus grand Capirame dont l'Hiftoire falle
mention ; un General d'armée , dit un Au .
teur celebre dans fon Traité de l'attaque &
de la défenſe des Places des Anciens , qui
n'auroit d'autre titre à produire qu'un fait
femblable à celuid'Alexia auroit dequoi s'immortalifer
fouffrez , Monfieur , pour mon
inftruction , que j'entre dans le détail de ces
fameufes lignes .
Céfar ayant appris par des transfuges que
toutes les forces des Gaulois étoient prêtes
à tomber fur lui , fe prépara à les recevoir ;
il fit tirer un foffé à fond de cuve de vingt
pieds de Farge à quatre-vingt pas de la cit
38 MERCURE DE FRANCE.
convallation , dit d'Ablancourt dans fa traduction
des Commentaires de ce grand Capitaine
, afin qu'on ne pût venir à lui en
bataille ni l'attaquer de nuit à l'improviſte ,
ou de jour interompre fes travaux , enfuite
il commença la circonvallation qui confiftoit
en deux foffés de 15 pieds de large & d'autant
de profondeur , avec un rempart derriere
de la hauteur de 12 pieds , garni d'un
parapet avec les créneaux & d'une espece
de fraife en dehors à l'endroit qui joignoit le
parapet au rempart , le tout flanqué de
tours à 80 pieds les unes des autres , & le
dernier foffe rempli d'eau de la riviere
aux endroits les plus bas. Comme les foldats
étoient occupés en même tems à aller
querir du bois & des vivres affés loin , à
travailler aux fortifications , & que l'ennemi
faifoit fouvent des forties par plufieurs
portes pour interompre l'ouvrage , Céfar
trouva à-propos d'ajouter quelque chofe au
travail des lignes , afin qu'il fallut moins
de gens pour les garder. Il prit donc des
arbres de médiocre hauteur dont il fit couper
les branches les plus foibles , & aiguiler
les autres , & tirant un foffé perdu de cinq
pieds de profondeur devant les lignes , il
les y fit enfoncer & attacher enfemble par
le pied , afin qu'on ne put les arracher ;
on recouvroit le foffé de terre , enforte
NOVEMBRE 1745 . 49
le
qu'il ne paroiffoit que la tête du tronc dont
les pointes entroient dans les jambes de
ceux qui les penfoient traverfer ; c'est pourquoi
les foldats lesappelloient des ceps , &
comme il y en avoit cinq rangs de fuite qui
étoient entrelaffés , on ne les pouvoit éviter
au devant il fit des foffes de trois
pieds de profondeur , un peu
étroites par
haut & difpofées de travers enquinqu'onces;
là dedans on fichoit des pieces rondes de
la groffeur de la cuiffe , brulées & aiguilées
par le bout qui étoient quatre doigts feulement
hors de terre,le refte étoit enfoncé trois
pieds plus bas que la profondeur de la foffe
pour tenir plus ferme , & la foffe cou
verte de brouffailles pour fervir comme de
piége ; il y en avoit 8 rangs de fuite,chacun à
3 pieds l'un de l'autre ; devant tout cela on
fit jetter un espece de chauffe trappe qui
étoit des pointes de fer attachées à des batons
de la longueur d'un pied qui ſe fichoient
en terre , tellement qu'il ne fortoit
que ces pointes , que les foldats appelloient
des aiguillons , & toute la terre en étoit ,
Couverte. Voilà quelle étoit la circonvallation
du côté de la Place , & pour empêcher
les fecours de dehors , Céfar en fit tirer
une oppofée , pareille à la premiere , afin
que fi par hazard on venoit attaquer fes
lignes en fon abfence , on ne le put invef
40 MERCURE DE FRANCE.
tir en même tems de tous côtés avec
grande multitude.
une
C'est ainsi que le plus grand Capitaine
du monde après avoir approvifionné fon
camp fe précautionna contre un ennemi
redoutable qui penfoit l'accabier de fes forces
; il faut avouer , Monfieur , Monfieur , que cela eft
admirable , & qu'il y a dans ces retranchemens
un fublime de fortifications , fi l'on peut
fe fervir de ce terme , que perfonne n'a en
core furpaffé & qui ne peut même
être imité que par de Grands Hommes.
Monfieur le Marechal de Bervick au dernier
fiége de Philifbourg avoit fortifié fa circonvallation
fur le modéle de celle d'Alexia;
elle parut fi refpectable au Prince Eugene
que quoiqu'il fut à la tête de quatre- vingt
mille hommes , il n'ofa jamais l'infulter. Les
Gaulois furent plus hardis ; animés par l'amour
de la liberté & foutenus de la plus
intrépide valeur ils attaquerent à plufieurs
réprifes les rétranchemens des Romains ;
ils les forcerent même en plufieurs endroits ,
mais Cefarqui d'un coup d'oeil s'appercut
du défavantage des fiens , y mit ordre fur
le champ ; il commande à une partie de
la Cavalerie de fortir des lignes & d'inveftir
l'ennemi , pendant qu'il court l'attaquer
avec de nouvelles forces ; l'ennemi
troublé de le voir environné de toutes
NOVEMBRE 1745 * r
parts prend l'épouvante , lache le pied , &
en fuyant donne dans la Cavalerie Romaine
qui en fait un horrible carnage ; peu
fe fauvent d'un fi grand nombre , & ceux de
la Ville voyant le maffacre & la fuite de
leurs gens fe retirent de défeſpoir ; fur ces
nouvelles on abandonne le camp , & fans
la laffitude des Romains fatigués d'un long
& pénible combat , où il avoit fallu courir
au fecours en divers endroits , toute l'armée
des ennemis eût été taillée en piéces ;
enfin , Monfieur , le réfultat de cette terrible
affaire fût que Vercengetorix obligé de
céder à ſa mauvaiſe fortune fe rendit à la
difcrétion du vainqueur.
Qu'on ne m'objecte pas que la façon de
faire la guerre de ces tems- là étoit moins
fçavante que celle que nous pratiquons aujourd'hui
( langage ordinaire des ignorans )
& que l'exemple que j'ai rapporté ne prouve
rien contre l'opinion que je combats ; il
faudroit n'avoir aucune connoiffance de
l'antiquité pour raiſonner ainfi & pour ne
pas convenir que les Anciens nous ont infiniment
furpaffé dans la ſcience des armes ,
tant dans la guerre de Campagne que dans
celle des fiéges. En effet , Monfieur , qu'on
me fafle voir chés les Modernes des lignes
mieux fortifiées que celles d'Alexia , un fiége
Comparable pour l'attaque & pour la dé
42 MERCURE DE FRANC É,
fenſe à celui de Lilibée , une tactique plus
rufée & plus profonde que celle d'Epami
nondas dans fes deux ordres de bataille à
Leuctres & à Mantinée , & enfin des Généraux
auffi parfaits dans la fcience des
poftes & dans la guerre des montagnes , la
plus difficile de toutes , que l'étoient Sertorius
& Amilcar Barcas. Il ne faut pas
s'imaginer non plus que l'Art que nous employons
aujourd'hui à affiéger une Place
foit de notre invention ; les tranchées , les
paralleles , la fappe , & les galleries fouterraines
ne nous appartiennent point ; c'eſt
aux Anciens que nous les devons ; ils communiquoient
du Camp aux traineaux les plus
près de la Place de la même façon que nous
y communiquons ; ils défendoient le paffage
des fofles & l'attaque des brêches infiniment
mieux , & fi les canons & les mortiers
leur étoient inconnus , ils y fuppléoient
par la balifte & la catapulte dont les effets
n'étoient pas moins terribles que ceux de
nos bouches à feu.
On me dira peut - être que les Gaulois
étant moins intelligens dans les chofes de
la guerre que les Grecs & les peuples de
l'Afie , les Romains les méprifoient infiniment
, & cela pofé il n'eft point étonnant
que Céfar les ait attendus dans fes lignes ;
on fe tromperoit encore en penfant ainfi ;
NOVEMBRE 1745. 43
"
les Gaulois furent toujours la terreur des
Romains , & jamais ceux ci n'ont eu à combattre
des ennemis plus redoutables ; ils les
fubjuguerent cependant , mais bien moins
par la fupériorité de fcience & de courage
que par l'avantage de leurs armes tant offenfives
que défenfives , infiniment meilleures
que celles des Gaulois , ce qui n'eût cependant
pas empêché ces derniers de forcer les
retranchemens de Céfar à Alexia s'il n'avoit
employé tout l'art imaginable à fe précautionner
contre-eux.
On donnera la fuite dans le Mercure
prochain.
******
EPIGRA M M E.
Dorine me foutient qu'en lui Damon raffemb 1
Toutes les qualités du plus parfait amant ;
Elle plaifante affûrément ;
On ne peut-être amant & mari tout enſemble
Par M. Gaudet.
44 MERCURE DE FRANCE.
IMITATION DU PSEAUME 138.
Domine probafti me & cognovifti me.
DIEU, qui fondes mes reins, quoi que je diſe ow
1 faffe ;
Soit affis , foit debout , je fuis devant ta face
En tous tems , en tous lieux.
Tu vis en me formant ce qu'apréfent je penſe ;
Ma conduite & mon fort , avant mon exiſtence
Sont préfens à tes yeux.
Envain donc je voudrois t'oppofer un nuage ;
Tuvois tous mes projets , tu préviens mon langage
Et le fon de ma voix ?
Tu prévis de tout tems les effets & les cauſes ;
Do ta main qui renferme & les lieux & les choſes
Je ne puis fuir le poids .
Tume connois bien mieux que je ne fais moi même
Aux pénétrans rayons de ta clarté fuprême
Ou puis-je être caché ?
Eft-t- il une retraite à tes yeux inconnue
Où je puiffe fouftraire à sa perçante vûe
Ma honte & mon péché ?
NOVEMBRE 1745 .
Je monte au Ciel ; j'y yois ta Gloire & ta Puiffance,
Je defcends aux Enfers , j'y vois à ta vengance
Les pécheurs immolés :
Je m'envole porté fur le char de l'Aurore
Loin au delà des mers , & tu me tiens encore
Surees bords ifolés.
Si je dis , quand la nuit tendra ſes yoiles fombres ,"
Elle enfevelira mes plaifirs dans fes ombres ,
La nuitfe change en jour :
Dieu, qui fis le Soleil , la Lune & les Etoiles ,
La plus profonde nuit pour toi n'a point de voiles
Ni mon coeur de détour,
Tu vois ce que je crains , tu vois ce que j'eſpére ;
Ta main qui m'a formé dans le ſein de ma mere ,
M'a fait ce que je fuis ;
Sur moi- même admirant ton admirable ouvrage ,
Je veux , en m'offrant tout à toi feul en hommage
T'offrir ce que je puis,
7
Tu comptois tous mes os & toutes leurs jointures
Avant que ta bonté tirât les créatures
De ton fein paternel :
Quand tout n'étoit encor qu'une confuſe maffe
Mes jours étoient écrits , & mon nom avoit place
Dans ton livre éternel,
46
MERCURE DE
FRANCE,
Mais fi nul des mortels ne fort de ta mémoire ,
Grand Dieu , qu'à tes amis tu prépares de gloire
Et de bienfaits divers !
Tu rendras leur empire à jamais immuable ;
Leur nombre égalera celui des grains de fable
Qu'on voit au bord des mers .
Jufques dans mon fommeilje penfe à tes merveilles;
L'Aube du jour venant recommencer mes veilles
Me retrouve avec toi :
Mais fi'tu dois lancer tes traits fur les coupables ,
De carnage & de fang monftres inſatiables ,
Eloignez vous de moi .
Fuyez, vous dontla bouche eft ouverte au blafphême,
Infenfès qui croyez malgré notre Dieu même
Envahir nos cités ....
Que je hais , ô Grand Dieu , les objets de ta haine !
Qui connoit mieux que toi mon horreur fouveraine
Pour leurs impietés ?
Eprouve donc mon coeur , voi quel amour l'enflâme ;
Regle tous mes défirs , ne laiſſe dans mon ame
Rien d'impur à tes yeux :
Hors de toi fi je cherche & ma paix & ma joye ,
Ramene moi, Seigneur , dans ta Divine voye
Qui conduit l'homme aux Cieux ,
NOVEMBRE, 1745. 47
EXEX SHESHES LEXEY
SEMON CE faite le fecond Dimanche
de fanvier de l'année 1745 pår
M. SOUBEIRAN DE SCOPON ?
Ecuyer , Avocat au Parlement , l'un des
Quarante de l'Académie des feux Floraux,
M ESSIEURS ,
Faut- il écrire pour la poftérité ? Suffit il
de plaire à fon Siécle ? C'eft une Propofition
ambiguë que même des gens d'efprit
honorent tous les jours du nom de Problême.
Ils féparent & ils oppofent fans fondement
deux objets que tout Ecrivain doit
ſe propoſer en même- tems , & que le defir
de parvenir à la perfection réunit toûjours
comme le prix des recherches & des
travaux des gens de Lettres.
Quand on plaît à fon Siécle à la maniere
d'Horace , contentus paucis lectoribus , on
peut compter fur les fuffrages de la Poftérité.
Je dis plus ; on ne peut fe flater de fe
furvivre par fes Ecrits & de fauver de l'oubli
cette précieuſe partie de foi- même qu'au
tant qu'on y eft autorisé par l'eftime de fes
MERCURE DE FRANCE.
contemporains. Comment oferoit -on préfumer
qu'on obtiendra les fuffrages des fié,
cles à venir fi l'on a pû obtenir les fuffrages
de fon propre fiécle ? Ne font - ils pas
les premiers degrés qui mènent à l'immortalité
?
Je fçais qu'il y a des exemples de quelques
réputations rapides , fruit précoce d'un
preftige trompeur , & qui portoit avec foi
le principe de fa deftruction. Auffi parlaije
de réputations qui ont acquis une certaine
maturité , non de celles qui ne doivent
leur être qu'au caprice de la multitude
, non de ces applaudiffemens vagues ,
tumultueux , momentanés , que des Ecrits
médiocres raviffent quelquefois , mais d'une
approbation refléchie , tranquille & confirmée
par les fuffrages répetés du petit nombre
de Juges qui ont droit de prononcer.
Car dans tous les tems , dans les fiécles
même ¡ les plus éclairés , le bon goût a été
le partage d'un petit nombre de gens de
Lettres. Depuis Homere jufqu'à nous il a
été comme en dépôt chés quelques hommes
diftingués par leurs lumieres & par
leurs talens dans les differentes contrées où
les Lettres ont eté en honneur. Cette tradition
précieuſe , après avoir fouffert en divers
tems quelque altération , ſubſiſte dans
toute
NOVEMBRE. 1745. 49.
toute fa pureté ( a ) & avec encore plus
d'éclat parmi nous , quoiqu'en difent les
Cenfeurs de notre fiécle.
C'eft ce que j'ai deffein d'établir pour
exciter l'émulation , pour réveiller le zéle
des favoris des Mufes qui brulent du defir
d'etre avotiés d'elles par nos fuffrages . A
mefare qu'ils fentiront à quel point ils doivent
refpecter le goût de leur Siécle , ils
feront de nouveaux efforts pour s'y confor
mer; ils y prendront une eftime éclairée
pour la fçavante antiquité , une jufte appréciation
du génie de notre Siécle , & des
Loix utiles pour la faine Critique .
Quand nous n'aurious d'autre preuve que
nous fommes dans le regne du bon goût
que cette vénération univerfelle pour les
Écrivains célebres de l'antiquité , le culte
légitime qu'on leur rend dans la République
des Lettres , & l'étude affiduë qu'on y fait
de ces grands modéles , ne ferions - nous.
pas autorités à prononcer qu'il fe maintiendra
, qu'il s'enrichira à l'aide des talens qui
naiffent dans tous les Climats & dans tous
les Siècles , & qui ne peuvent manquer de
( ) ly a en tous tems de bons efprits qui jugent
comme jugera un jour la poilérité , il y a
en tous tems , fi je puis m'exprimer de la forte ,
une poftérité vivante, Trublet , effais , 3e. Edition
pag. 459.
C
50 MERCURE DE FRANCE,
répandre leur lumiére & leurs richeſſes dans
l'Univers , pourvu qu'ils foient exercés par
le travail , excités par les Maîtres de l'Art ,
& foûtenus par l'affection & par l'autorité
des Potentats ?
Tout parmi nous attefte la jufte eftime
que l'on a pour la faine antiquité ; témoin
les travaux des Sçavans pour dévoiler fes riches
tréfors , témoin ces Editions multipliées
des Livres précieux qu'elle nous a tranfmis ,
témoin ces traductions fidelles , élégantes ,
qui en font un bien commun à toutes perfonnes
, fans diftinction d'âge ni de fexe.
De concert avec les amateurs des Beaux
Arts nous travaillons toujours à vous infpirer
pour les Ouvrages des Anciens cette
ardeurinfatigable qu'Horace demandoit pour
les Livres Grecs :
Vos nocturnâ verfate manu , verfate diurnâ.
Eft-çe envain que les leçons & l'exemple
des Sçavans vous y follicitent ? Que d'imitations
heureufes des plus précieux lambeaux
des Grecs & des Latins ! Que de larcins
adroits fur l'inépuifable antiquité ! N'eftce
pas de la part des Maîtres & de la part de
leurs Difciples l'aveu le plus formel & le plus
autentique qu'on ne fçauroit puifer dans de
meilleures fources. ?
Ce feroit ici le lieu de vous retracer une
NOVEMBRE. 1745 . SE
idée du mérite des Anciens & du caractére
de leurs Ouvrages , de vous préfenter un tableau
varié de la fcéne antique , de peindre
de leurs vraies couleurs les divers Perfonnages
qui après avoir illuftré Athénes & Rome
ont peuplé l'Europe par des defcendans
& des éleves dignes d'eux ; de vous indiquer
les traits aufquels vous devez les reconnoître
, & de vous faire difcerner ceux que vous
devez imiter d'avec ceux qui auroient befoin
de correction .
Je devrois appeller votre attention fur
les touches fçavantes , hardies & quelquefois
irrégulieres de ces grands Maîtres ; je
devrois , fi je l'ofe dire , pefer, éprouver avec
vous l'or de l'antiquité , en feparer l'alliage
que la foibleffe humaine y a laiffé entrer ,
& vous fixer ainfi fur la jufte appréciation
que vous devez faire de ces génies fublimes
, de ces ames privilégiées qui ont enrichi
les Beaux Arts , embelli la raiſon &
honoré la Nature.
Mais n'eft-ce pas à ceux-là mêmes qui
en ont fi bien peint les beautés qu'il appartient
de vous guider fur le jugement que
vous devez faire de leurs tableaux ? C'eſt
en les étudiant affidûment , avec attention ,
c'eft en les comparant enfemble que vous
acquererez ce difcernement jufte , ce soût
fûr, ce fentiment fin , fi propres à vous faire
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
faifir les coups de pinceau qui décelent les
grands Maitres & qui échappent aux yeux
du vulgaire. Ces beaux génies , en vous
empliffent de leur lumiére , vous éclaireront
fur leurs propres défauts . C'eſt enfin d'euxmemes
que vous devez apprendre à les connoître
& à les imiter.
D'ailleurs entreprendrions - nous de juger
nos Maitres ? Est- ce à nous de redreffer
nos guides ? Oferions -nous citer à notre
tribunal ceux qui nous ont donné des
Loix ? Devons- nous vous autorifer à difcuter
avec une févérité indifcrette & avec une
forte de licence ces modéles refpectables
que vous devez fuivre pour arriver furement
à la gloire des Lettres , fans toute-fois
affervir votre génie à leur maniér ??
Je dis fans affervir votre geniz , car ce
feroit en arrêter l'activité , en éteindre le
feu , en étouffer la fécondité que de l'affujettir
à une imitation fervile , qui ne produiroit
qu'un coloris dur , que des attitudes
contraintes , fans agrément , fans naiveté.
Il faut imiter les Anciens en rival , & non
en efclave ; après avoir marché fur leurs
traces en entrant dans la carrière , ofer les
quitter pour fuivre fon propre génie , & le
dirai -je ? préfumer qu'on pourra les devan .
cer , ne fut-ce que pour fe fauver de la honte
de demeurer trop en arriere.
NOVEMBRE. 1745 53
Cette noble émulation a fait le progrès
des Arts , lefquels feroient tous encore dans
l'enfance fi une imitation rivale de Finvention
ne les eût étendus , ne les cut enrichis en
les perfectionnant & en ajoutant à ce qui
avoit déja eté découvert. (a) C'eft ainfi que
Virgile imita Homére & Théocrite ; Cicéron
Démofthéne ; c'eft ainfi que Moliére aimité
Térence & Plaute; Racine Euripide & Sophocle;
la Bruyere Théophrafte; ainfi Defpréaux
a fait renaître Horace avec cette noble liberté
, cette heureufe hardieffe , cette brillante
fécondité qui caractérisent les Ecrivains
du premier ordre , & qui les font marcher
à côté des génies créateurs.
Voilà les glorieux fuccès qui vous font
préparés au bout de la carriere que le bon
goût du Siécle vous ouvre ; telle eft la voye
que vous devez fuivre pour mériter l'eftime
de vos contemporains : ils attendent de vous
cette force , cette vérité , cette expreflion
de la Nature qu'ils aiment , qu'ils admirent
dans les Anciens & dans les illuftres Modernes
. Etudiez les avec foin , vous y
retrouverez prefque par tout les traces
(a) Turpe etiam illud eft contentum effe id confequi
quod imiteris. Nam rufis quid era: futurum , fi
nemo plùs effeciffet eo quem fequebatur ? › ..
Nihil
enim crefcit folá imitatione. Quintil . Inftitut . Lib .
X. Cap. II . de Imit.
.....
C iij
$4 MERCURE DE FRANCE.
ces immortelles du bon goût , ee dépôt précieux
dont nous fommes tous comptables
à nos neveux. Nous pouvons nous flater de
le leur tranfmettre plus pur encore que nous
ne l'avons reçu de nos peres.
Quand nous n'aurions , je le repéte , d'autre
preuve que nous vivons dans le régne
du goût, que cet hommage conftant , éclairé
qu'on rend avec raifon à la fçavante antiquité
, c'en feroit affés fans doute pour raſfûrer
les enfans d'Apollon qui nous écoutent,
contre les allarmes qu'on leur donne ſur ſa
décadence. Ils trouveront un tribunal toû→
jours fubfiftant , réuni en partie , en partie
épars dans la Société , qui leur donnera des
Loix fages & prifes dans la Nature. En les
fuivant ils parviendront à plaire à leur Sié- ~
cle & à la poftérité.
Car plaire à la faine partie de fon fiécle
c'eft déja plaire à la postérité , & ne vous
laiffez point entraîner par ces critiques outrés
qui profcrivent tout ce qui ne s'accorde
pas avec leur tour d'efprit & leurs
idées particulieres . Il y a dans les clameurs
de quelques uns de nos Ecrivains , & de
ceux qui fe donnant exclufivement pour
Juges , affectent de méprifer le goût de
leur Siécle , il y a dis-je , quelque chofe qui
n'eft pas bien démêlé. Qu'ils daignent répondre.
Ou ils penfent que les Ouvrages
NOVEMBRE, 1745 . 55
des Modernes ont des beautés équivalentes
aux beautés des Ouvrages les plus eftimés
des Siécles d'Augufte & de Louis XIV , ou
ils avoient que leurs Auteurs ne fçauroient
fans préfomption fe flater de foutenir cette
comparaifon .
S'ils prétendent que les Ecrits modernes
égalent les meilleurs Ecrits des Anciens &
des Illuftres du dernier Régne , c'eſt donc
en vain qu'ils médifent de leur Siécle , qui
reproduit ces célébres merveilles . S'ils
avoüent qu'ils ne peuvent difputer la palme
aux régnes d'Augufte & de LOUIS
LB GRAND , notre goût n'eft donc point
perverti , car nous fentons comme eux le
danger du parallele , particulierement entre
les Poëtes des régnes d'Augufte & de
LOUIS XIV . , & ceux qui devroient les
remplacer ; nous en partageons avec eux
l'humiliation , & nous penfons auffi mo .
deftement qu'eux- mêmes de leurs Ouvrages .
Pourquoi le déguiferions nous ? Il n'y a
qu'un cri fur la décadenee du génie Poëtique.
On ne voit plus de peintures animées
des caractéres des hommes & de leurs
paffions ; on n'entend plus de ces fons mâles
& pénetrans qui portent dans les coeurs
des émotions délicieufes. Nos Bergers font
preſque réduits à répeter les chanfons de
leurs
peres nous accourons encore pour
C iiij
36 MERCURE DE FRANCE.
les entendre comme fi elles étoient nouvelles
, & nous difons , pourquoi les Dieux
ne nous infpirent - ils de même ? Les Cygnes
du Méandre ont fait retentir le facré valon
de ces plaintes douloureuſes :
Du Laurier d'Apollon dans nos ftériles champs
La feuille négligée eft déformais flétrie.
Dieux pourquoi mon Païs n'eft- il plus la Patrie
Et de la Gloire & des talens ? ( a )
Les Poëtes de nos jours & ceux qui
croyent l'être n'adoptent pas tous ce langage
, mais pour la plupart ils ne le juftifient
que trop ; aigris par le fentiment de
leur médiocrité , preffés par l'oeil furveillant
de la critique , ils accufent le goût qui eft
très - fain , & ils reclament les droits du génie
qui eft certainement refroidi. Or voilà
un aveu que leur vanité nous refufe , & que
la vérité arrache de tous ceux qui connoiffent
le vrai mérite des bons Siècles .
Ce n'eft pas que le feu Poëtique foit entierement
éteint parmi nous ;vos fuccès nous raffurent
contre cette crainte & foutiennent nos
efpérances. Entre quelques effais heureux en
divers genres & de differentes plumes de
nos jours , un Poëte célebre a tiré des fons
(a) A. D. V.
NOVEMBRE. 1745. 57
harmonieux de la trompette de Virgile ; fa
main brillante & légére a gravé avec un
burin immortel les exploits & les vertus
d'un de nos meilleurs & de nos plus grands
Rois. Nous nous rappellons avec complaifance
& avec éloge les nouveaux caracté
res & les nouveaux intérêts qui ont occupé
la fcéne Françoife depuis que les grands
Maîtres ont difparu , mais nous n'y trou
vons pas de quoi nous confoler de leur perte.
Les chefs- d'oeuvre ne fe multiplient pas aufli
fréquemment de nos jours que du tems d'Horace
, de Virgile & deCorneille.Qui eft- ce qui
tance le ridicule comme Mcliére ? Qui eft - ce
qui va au coeur commeRacine? Qui eft- ce qui
conte comme la Fontaine ? Defpréaux , Déshoulieres
, Rouffeau ont- ils des imitateurs ?
Nous connoiffons les richefes des bons
Siécles & nos befoins . On accufe à tort
le goût du Siécle préfent. C'eft fur la dé
cadence du génie Poëtique qu'il faut gémir,
Le goût n'eft pas en défaut parmi
nous. I ef dangereux de le braver fi l'on
prétend à l'immortalité.
Avoüons le tous , à cette verve divine
qui chantoit dignement les Dieux & les Héros
, à cet entoufiafie des génies créa
teurs a fuccédé un efprit Philofophique ,
un efprit d'analyſe & de difcuffion qui a fon
mérite , & peut-être plus d'utilité . Y a - t-on
Cv
38 MERCURE DE FRANCE.
perdu ? Cet examen fera le fujet d'une Dif
fertation particuliere .
Oui , dira-t- on encore , differtons dans
l'impuiffance d'imaginer. Toujours des Differtations
& jamais d'ouvrage neuf, d'ouvrage
de génie, où l'on reconnoifle ce feu divin
du bon Siécle , ce goût du vrai , ce fentiment
du bean pris dans la Nature , ces traits
mâles , cette élégance continue des Auteurs
de la faine antiquité & des bons Ecrivains
du dernier régne .
Il est vrai que dans l'ordre de la belle
Littérature ces heureufes productions du génie
répandroient plus d'éclat fur la République
des Lettres. On ne peut le nier ,
les exemples ont plus d'agrément que les
préceptes , mais notre difette à cet égard
ne prend rien fur notre délicateffe & ne
nous rend pas plus indulgens. Malgré notre
avidité à découvrir quelque etincelle de
ce beau feu qui anima les grands Poëtes ,
notre goût nous épargne des méprifes que
nos Cenfeurs eux-mêmes nous auroient
peut être pardonnées.
C'eft à l'efprit d'analyfe qu'on nous reproche
que nous fommes redevables de ce
fentiment jufte & délicat qui nous éclaire
fur le vrai mérite des Ouvrages. S'il eft vrai ,
comme on le prétend , que dans le Siécle
de Tibére & de Neron on ait préféré la
NOVEMBRE . 1745. 59
Pharfale de Lucain , qu'on n'eftime pas affés
, (a) vû fur tout la jeunefie de l'Auteur
, (b) fi , dis-je , il eft vrai que dans le
Siécle de Sénéque on ait donné la préférence
à la Pharfale fur l'Iliade & fur l'Enéïde
, on ne peut pas du moins reprocher
à notre Siécle d'avoir préféré la Phedre de
Pradon à la Phédre de Racine. Voilà pourtant
ce qu'on a vû & ce que nous entendons
dire avec étonnement du regne célébre
qui nous a précédés.
pro-
Que ce mécompte ſi ſurprenant , fi
digieux , ait été purement une affaire de
parti , c'est ce qu'on aura peine à nous perfuader.
Il feroit difficile de faire croire à quelqu'un
qui connoît le génie de la République
des Lettres , qui ne refpire que la liberté
& l'indépendance , que l'autorité puiffe
accréditer une opinion dont la fauffeté
feroit univerfellement reconnue. Un parti ,
quelque puiffant , quelque tyrannique qu'il
foit , ne fçauroit appuyer & maintenir l'erreur
fans que le fentiment de fes fauteurs
en foit un peu complice.
Je ne delavouerai pas que la préoccupa=
tion exagérant toujours les beautés & les
(a) Emendaturus , fi licuiffet , erat . Ovid.
(b) Lucain mourut dans la vingt-ſeptiéme année
de fon âge.
C jv
60 MERCURE DE FRANCE.
que
défauts , n'ait élevé trop haut , même de
nos jours , des Ouvrages qui donnoient beaucoup
de prife à la Critique , & dont le
mérite étoit plus éblouiffant
folide
,
mais ceux qui fembloient avoir pris à tâche
de les faire valoir , ne les ont jamais
préférés à des Ouvrages dont la fupériorité
étoit inconteftable , & fi , trompés euxmêmes
, ils euflent tenté d'induire leur Siécle
en erreur , leur féduction n'auroit rien
opéré à l'avantage des Ecrivains qu'ils affectionnoient
, & elle auroit révolté le Parnaffe
contre leur attentat. Sans nommer perfonne
, nous pouvons rendre ce témoignage
à notre Siccle , que certains Auteurs qui
ont été en vogue , quoique trés - cftimables
d'ailleurs , n'ont jamais été oppofés dans le
même genre à ceux dont la réputation étoit
décidée.
On peut bien être furpris à eftimer trop
avantageufement ou à eftimer trop peu
certains Cuvrages en foi , par inclination
pour l'Auteur , par goût pour le fujet
qu'il a choifi , par préférence pour la forme
qu'il a donnée à fon travail & pour la
méthode qu'il a fuivie , ou parce qu'il a écrit
en Vers ou en Profe On voit tous les jours
des exemples de ces illufions chés des Lecteurs
très exercés & des critiques très attentif
, mais quand on compare deux piéces
enfemble , il n'eft pas permis de fe méNOVEMBRE.
1745 . 61
: prendre on a droit d'exiger un jugement
équitable & nettement prononcé . Après
avoir mis en paralléle des Ouvrages du même
genre , ce qui eft bien plus facile , on
doit néceffairement prendre le bon parti &
donner le prix au meilleur , car il n'y eut jamais
deux Ouvrages rigoureufement égaux
de tout point.
Cette méprife dans la compara fon eft
précisément l'objet de reproche que nous
avons crû pouvoir faire au Siécle fameux
de LOUIS LE GRAND .
Ce n'eft pas une vaine chimére que je
combats ; la vraisemblance vient ici à l'appui
de la vérité .
Le long & fameux régne de LOUIS
XI V. a réuni toutes les extrémités. Le
beau dans tous les genres eft né fous ce
régne , & il a été porté au plus haut période.
Le génie a franchi rapidement l'intervalle
de la médiocrité à la perfection .
Dans l'aurore de ce jour éclatant l'habitude
au beau n'étoit donc pas encore formée
il renaifoit alors depuis Augufte . On
en étoit étonné plus qu'on ne le goûtoit ;
on en étoit frappé ; nous le fentons mieux.
Pour nous renfermer dans le genre tragique,
dont il eft ſeulement içi queftion, Triftan,
Mairet, Hardy , Rotrou même contribue
rent foiblement à relever la Tragédie. Après
62 MERCURE DE FRANCE.
que le grand Corneille eut tranſporté Ro
me au milieu de la France avec toute fa
pompe & toute fon audace, il fallut que Delpréaux
& Racine y fixaffent le goût. Leur
Ouvrage n'étoit pas encore confommé , ils
y travailloient encore , & ils luttoient avec
les plus nobles efforts contre le faux goût
du Siécle , que Corneille , un peu atteint
lui- même & cédant feulement à fon génie ,
n'avoit pas précisément fongé à combattre ,
lorfqu'au grand étonnement de Racine &
des connoifleurs , il éclata par la diſgrace
de Phédre , de Phédre , dis-je, qui après Athalie
eft le chef- d'oeuvre de ce grand Maître.
و
Je fçais que ce jugement bizarre ne fut
pas général , & je ne prétends pas médire
d'un Siécle qui l'emporte de beaucoup fur
le nôtre par le talent , dont les faftes
brillans font écrits dans le Temple de
Mémoire & dont la Renommée publiera
les prodiges jufqu'à la poftérité la plus
reculée ; je veux feulement conclure de ce
que je viens de dire , que le bon goût n'étoic,
ni auffi fûr alors , ni auffi répandu qu'il
l'eft parmi nous , & je crois être autorifé
à foutenir qu'il eft encore plus établi que
la Phédre de Pradon a triomphé durant
quelque tems de la Phédre de Racine , &
que la victoire demeura encore plus longtems
incertaine entre ces deux contendans
NOVEMBRE. 1745 . 63
fi inégaux , qu'il ne l'eft que la Pharfale
fut jadis préférée à l'Iliade & à l'Enéide.
Le fuccès équivoque des meilleures piéces
de Racine & de Moliére , ( a ) lorfqu'elles
parurent dans leur nouveauté , ne
confirme que trop ce foupçon . On fçait
que le tems feul leur a donné leur véritable
prix , & qu'elles en obtiarent , fi j'ofe
ainfi parler , une approbation laborieufe.
La fuite dans le prochain Mercure.
道楽器
LETABLE AU du Mariage , Conte.
UN Jouvenceau qui s'alloít marier ,
Voulut d'Hymen avoir la portraiture.
Un Peintre adroit fe met à l'âtelier ,
Travaille en bref ; préfente la peinture,
Eft mal reçû ; quelle pefante allure !
Cet hymen là reffemble à l'amitié .
Le gars n'étoit encore marié ;
Bien-tôt le fut ; tandis le pauvre Artiſte
Se bat les flancs à virer fa couleur ;
Revient enfin ; ah ! Peintre de malheur
Dit l'époufé , Monfieur le Colorifte ;
Etes vous fol ? c'eft l'amour tout craché .
(a) Britannicus , le Miſantrope.
f
4 MERCURE DE FRANCE . |
Remportez vîte , allez c'eft pour Pfiché ,
Non pas pour moi qu'avez fait ce chef d'oeuvre.
Il fallut bien avaler la couleuvre .
A quelques jours de- là l'homme au pinceau
Revient encor trouver le jouvenceau.
Daignez , dit - il , venir dans ma boutique ;
Vous y verrez certain tableau d'Optique
Qui n'eft pas mal . Demain .... dès aujourd'hui ,
Reprend l'epoux avec impatience ,
Déja grillant d'être hors de chés lui ;
Partons foudain ; la meilleure ſcience
Eft de fçavoir mettre une heure à profit.
C'est mon avis & c'eft le mot du Sage ;
Toujours le Sage eft cité par les foux ,
Qui vont coufant fes dits avec leurs goûts.
Pour cette fois ce fut de grand courage
Qu'on s'en fervit ; Hymen , felon l'ufage ,
De la maifon avoit amour exclus ;
Souvent l'on hait dès que l'on n'aime plus ;
A tout le moins on s'ennuye , on enrage ;
Ainfi faifoit notre défunt amant
Qui chés le Peintre avec empreffement
S'achemina ; là d'abord fe récrie
Sur la beauté d'un falon décoré
Des plus beaux traits de l'Art qui colorie.
L'enfoncement de cette galerie.
Offroit aux yeux dans un tableau ceintré
Une Venus qu'un las imperceptible
NOVEMBRE . 1745 . 65
Et pour fa honte à Lemnos préparé
Aux feux de Mars laiffoit voir trop fenfible.
Avec tant d'art les pinceaux avoient fçû
De fes chainons exprimer le tiffù ,
Qu'il fembloit voir à cette douce étreinte
Que l'heureux couple en aimoit la contrainte ,
Et qu'au mépris de l'imprudent epoux
Leurs doux plaifirs en devenoient plus doux :
A cet objet le curieux s'écrie ,
Veut voir de près , arpente le falon ,
Mais un prodige étonne fa raifon ;
A chaque pas il femble qu'un chainon
Se groffiffant à fes yeux par magie
Vent , détruifant ce chef- d'oeuvre fi beau,
N'en faire plus qu'un grotefque morceau .
Il fe confond , mais c'eft b en autre choſe
Quand approchant tout à fait du tableau.
Il touche au doit cette métamorphofe
Qui d'un ouvrage exquis & précieux
Compofe un monftre effroyable à fes yeux,
Il ne voit plus la Déeffe agréable ;
Il cherche en vain fes traits fi gracieux ;
Ceft un Coloffe informe , épouvantable ,
Et ces filets doux & délicieux ,
,
Ne femblent plus qu'un las impitoyable
Fait pour dompter des monftres furieux .
Le Peintre alors content du ftratagême ,
Tel eft dit -il , tel eft l'Hymen lui- mê n ,
66 MERCURE DE FRANCE
1
Flaifir d'Optique ainſi que mon tableau ;
L'éloignement ne nous l'offre qu'en beau ;
Illufion par le tems éclaircie
Et qu'à regret notre coeur apprécie
Souvenez vous : oui , oui , je m'en fouvien ,
Reprit d'abord l'epoux qui fentit bien
Le but caché de l'adroite morale ,
Mais s'il vous plaît Monfieur , que fites vous
De ce portrait il étoit dans ma fale
Et l'autre jour par un futur epoux
Fut emporté . Tant mieux , reprit notre homme
Mais vous a-t-il payé toute la fomme
Avant que d'être au joug d'Hymen lié?
Non , mais je l'ai furvendu de moitié.
3 €
IMITATIONde l'Ode 12e. du ze
Livre, d'Horace. Nolis longa feræ, &c«
N 'Attendez pas de mon délire
Des chants dignes de vos loifirs ;
Les fons dont réfonne ma Lyre
Sont au niveau de mes defirs ,
Et jamais elle ne reſpire
Que la molkeffe & les plaifirs .
Qu'une autre en fa fublime veine
Se confacre aux enfans de Mars !
NOVEMBRE. 1745 .
Qu'il chante leur valeur hautaine
Triomphant de tous les hazards ,
Et les travaux du fils d'Alcmene
Et les miracles des Céfars .
L'éclat d'un héroïque ouvrage
N'eut jamais de charmes pour moi ;
Epris de l'objet qui m'engage
Je chante fa paifible loi ,
Ses yeux , fa voix , fon doux langage
Et la conftance de fa foi .
Quel charme de voir ma Bergere
Lors qu'en de champêtres ébats
D'une danfe vive & légere
Qui redouble encore fes appas ,
Elle preffe fur la fougere
Les fleurs qui naiffent fous fes pas
Qu'un autre à ſon gré multiplie
Et fes tréfors & fes emplois ,
Je ne lui porte point d'envie
Et je préfere mille fois
!
Un feul cheveux de ma Lydie
Aux tréfors qu'entaffent les Rois.
Quand fur fes lévres que je preffe
Elle recueille mes foupirs ,
Gages brulans de ma tendreffe ,
Et doux témoins de fes defirs ,
Son ame femble en cette yvreffe
Voler au devant des plaifirs.
68 MERCURE DE FRANCE.
Quelquefois un tendre artifice
La dérobant à mes tranſports ,
Elle fçait par ce doux caprice
Qui rend mes feux toujours plus forts .
Au bien qu'il faut que je raviffe
Joindre le prix de mes efforts .
Tantôt la plus vive careffe
Prévient brufquement mes fouhaits ,
Et fa voluptueufe adreffe
Ranimant encor fes attraits ,
Elle fait renaître fans ceffe
Les defirs qu'elle a fatisfaits
Fhébus dont le divin génie
Daigna fi fouvent m'éclairer ,
Pardonne à l'aimable Lydie
Si je ceffe de t'implorer ;
Elle eft le feul Dieu qu'en ma vie
L'amour me permet d'adorer.
LETTRE de M. Brubier aux Au.
teurs du Mercure.
MESSIEURS ,
Etant bien aife d'approfondir autant qu'il
eft poffible tout ce qui a rapport à la ma
NOVEMBRE. 1745 . 69
tiere des enterremens qui fait mon étude
depuis plufieurs années , je vous prie de
m'aider à éclaircir une queftion qui me paroi
intéreffante.
Il eft bien certain que les Juifs , les Grecs
& les Romains ne précipitoient pas les enterremens
comme nous ; inftruits par des
exemples de perfonnes revenues aux fonctions
de la vie après plufieurs jours d'une
mort apparente , ils aimolent mieux d flérer
tous les enterremens que d'en donner
quelques uns au hazard. La Religion Chrétienne
s'étant etablie d'abord dans la Judée ,
il eft aifé de prouver que les ufages fur les
enterremens ne furent pas changés . On peut
confulter fur ce fujet Oauphre Pauoinius
qui cite Origene . J'ai une preuve négative
que les ufages établis à Rome fur les enterremens
fe foutinent pendant plufieurs
fiécles depuis l'établiffement du Chriſtianifme.
L'Empereur Leon au Xe.abrogea la Loi
des douze Tables qui deffendoit d'enterrer
dans la Ville , & il le fit fur le fondement
que c'eft une confulation de pouvoir pleufer
fur le tombeau de fes parens & de fes
amis , & fur celui de l'impoffibilité où fe
trouvoient les pauvres de faire enterrer leurs
proches le meme jour. Le reméde étoit
pourtant aifé. Il n'étoit pas dificile d'en
trouver un au dernier inconvenient, Jufti90
MERCURE DE FRANCE,
nien avoit établi des Officiers qui faifoient
les enterremens aux dépens du public ; il
falloit fuivie fes traces. Quant à la corruption
des corps , qui et un des motifs qu'allegue
Leon , comment avoit- on oublié au
Heuviéme ficcle les précautions que prenoient
les Romains , les Grecs , & les Juifs ,
pour en prevenir les fuites , précautions que
jai expliquées fort au long dans la première
partie de ma Differtation fur l'incertitude des
fignes de la mort , & dont on peut trouver
quelque chofe dans un des Mercures de
l'année 1742 , ou 1743 ?
Le fait ainfi expliqué , voici , Meffieurs
ce que je fouhaiterois fcavoir ; dans quel
teins on a commencé à précipiter les enterremens
, & quelle a été la raifon qui a pu
déterminer à le faire : Je vous avoue franchement
que je ne foupçonne feulement
pas pourquoi on s'eft écarté des ulages anciens.
Le plutôt qu'on pourra répondre à
cette question fera le mieux , car n'ayant
aucune raifon de taxer d'imprudence la conduite
des peuples dont j'ai parlé , au contraire
en trouvant beaucoup dans la dif,
cipline qu'on obferve aujourd'hui partout le
monde ,fi l'on en excepte peut- être les Païs
froids où les enterremens ne fe précipitent
pas fi fort , car on n'y enterre gueres qu'ate
bout de trois jours revolus , & ou malgré
NOVEMBRE. 1745 ,
cette précaution on n'eft point à l'abri de
l'inconvenient d'enterrer des perfonnes vivantes
, comme je l'ai prouvé dans la deu
xiéme partie de ma Differtation fur l'incertitude
des fignes de la mort , je fais de mon
mieux pour faire réuffir un projet de Reglement
général fur les enterremens & embaumemens.
Je ferois pourtant fâché de
me donner tant de mouvemens pour induire
en erreur les perfonnes en qui réfide
l'autorité.
En effet j'ai eu l'honneur de préfenter
mon Mémoire au Roi , à tous les Miniftres
, & Chefs des Compagnies Supérieures
du Royaume. J'ai fait plus , je l'ai envoyé
en droiture à toutes les Puiffances qui n'ont
pas de Miniftres à la Cour , & je l'ai donné
à tous les Miniftres étrangers qui y font.
Vous voyez , Meffieurs , que je n'ai rien négligé
pour le faire connoitre ; il eft vrai que
jufqu'à préfent je n'ai eu que la fatisfaction
d'être accueilli le plus favorablement , &
loué fur des vues auffi avantageuſes au genre
humain,mais j'efpere qu'on n'en reftera pas là ,
& que des exemples tout récens de perfonnes
tirées vivantes du tombeau produiront tout
l'effet qu'on a droit d'en attendre .
Je crois au refte , Meffieurs , que ces
nouveaux évenemens étoient parfaitement
inutiles pour produire l'impreffion que je
772 MERCURE DE FRANCE,
fouhaite. J'établis la néceflité du Regiement
que je propofe fur un très grand nombre
'Hiftoires anciennes & modernes , car il y
en a près de cent quarante dons mes deux
volumes , fans compter un grand nombre
que j'ai appris depuis que le dernier oft
imprimé. Je fais voir que l'habitude eft fi
impéricufe qu'elle en impofe à ceux mêmes
que l'éminence de leurs dignités n.et
dans l'obligation de veiller à la fureté publique
; qu'il n'y a point de Reglemens
fur la matiere des enterremens ou qu'ils
fent très infufifans ; qu'il n'y a de fignes
certains de la mort qu'un commencement
de putréfaction. Je prouve enfuite qu'1
n'y a que Tautorité fouveraine qui puffe
garantir tous les hommes du malheur
d've enterrés vivans , parce que quelques
précautions que prenne la perfonne la mieux
perfu , dée qu'elle eft expolée à ce malheur ,
elle en peut être la dupe , & comme il eft
extrêmement cruel de mourir fous le couteau
d'un Chirurgien qui embaume , bien
que l'horreur de ce genie de mort n'approche
pas du défefpoir d'un homme enterré
vivant , & que je rapporte des exemples
du premier malheur , que le Reglement leur
que je propofe eft capable de prévenir ,
j'en concius que mon projet intereffe la
confervation des Rois , comme celle de leurs
fujets
NOVEMBRE . 1745. 73
fujets. Tel eft , Meffieurs , l'objet de la premiere
partie de mon Mémoire .
La feconde contient uue idée du projet
qu'on peut exécuter pour prévenir ces maux.
J'y fais voir les abus qui fe commettent univerſellement
dans la maniere de traiter les
corps réputés morts ; & les moyens de
s'aflurer de cet état , & d'empêcher que la
mort ne fe réalife . Car il eft fur qu'il meurt
bien des malades qu'on fauveroit fi on ne
les abandonnoit parce qu'on les croit morts ,
ou hors d'état de profiter des fecours qu'on
leur donneroit. Je réponds enfuite aux ob .
jections qu'on peut tirer du défagrément &
de l'embarras de garder les corps réputés
morts , & du danger de l'infection je fais
fentir indépendamment de l'utilité qu'on
peut tirer des Infpecteurs , dont je demande
Ï'établiffemen , pour s'affurer de la mort ,
qui combien ils peuvent être utiles au public
pour prévenir les crimes , & les maladies
contagieules
.
Telles font , Meffieurs les vûes que m'a
infpiré le bien de la Société. Je vous en
crois affés amis pour ne point douter que
vous n'infériés promptement cette Lertre
dans votre Mercure. Je n'y ajoûterai qu'un
mot , que j'emprunte d'un des Ouvrages
périodiques , c'eft qu'en attendant que les
circonftances des tems permettent à la bonté
D
74 MERCURE
DE FRANCE
.
1
du Roi de fe fignaler par un réglement qui
confirmera l'idée que les étrangers & noas
avons de fa haute fageffe ; les perfonnes bien
intentionnées pourroient tirer de mon projet
les avantages qu'ils tireroient du réglement.
Vous ne doutez pas que je ne le fouhaite
très fincérement. Le titre de Peres
de la Patrie a fait l'ambition des Princes
dont la mémoire eft encore aujourd'hui en
véneration . N'eft-il pas permis à un fimple
particulier d'ambitionner Phonneur d'en
être le bienfaiteur ? Je fuis tres - parfaitement
, Meffieurs , votre très- humble &
très- obéiffant ferviteur BRUHIER.
A Paris ce 2 Septembre,
NOVEMBRE . 1745. 75
LES VENDANGES
Qua
O DE BACCHIQUE.
Uand de Phébus la divine lumiere
Eut aux bergers annoncé les beaux jours :
Que le Printemps fur fon aile légére
Eut ramené les Ris & les Amours .
;
Pour lors épris des beaux yeux de Thémire ,
J'oſai chanter & l'Amour & ſes feux
Mais aujourd'hui je vais monter ma lyre
Pour célébrer le plus puiffant des Dieux.
Divin Bacchus , comble notre espérance ;
Dieu de la tonne accours, defcends des Cieux;
Dans nos caveaux ramene l'abondance ;
Exauce nous rends tes enfans heureux.
-
"
Nagez , mon coeur , nagez dans l'allégreffe ;
Qu'un pampre vert couronne mes cheveux.
Buveurs , vieillards, & vous belle jeuneffe ,
Accourez tous dans ces aimables lieux.
Que vois-je ? Dieux ! cette troupe mêlée
Sur ces côteaux vendange le raiſin ;
La cuve eft prête , & la grappe foulée
Nage déja dans mille flots de vin.
78 MERCURE DE FRANCE,
Çà , chers amis , armez -vous de vos verres ,
Et livrez-vous à de douces fureurs :
Le vin déja coule entre les fougères ;
Bacchus remplit l'attente des buveurs .
Sous ce berceau de pampres & de lierres ,
Au Dieu du Vin élevons des Autels ;
Danfons , chantons , célebrons les myftéres
Du plus charmant d'entre les immortels .
De nos efprits , liqueur enchantereffe ,
Tu fçais bannir , le chagrin la douleur ;
Baume divin , c'eft à ta douce yyreſſe ,
C'est à toi feul que je dois mon bonheur,
L'Amour vient il me caufer des allarmes ?
Du Dieu bien tot vous me voyez vainqueur :
Amis , je bois ; ce font les feules armes
fers contre mon agreffeur .
Dont je me
?
Picardet .
EPITRE A M. L. P.
Vous voulez - done , charmant Amynte -
Que du fein de la volupté ,
Du fond de ce bois enchanté
Qui me voit rimer fans contrainte ;
NOVEMBRE 1745. 77
Peut- être fans amenité ,
Je vous décrive la beauté
De ce cocagne délectable ,
Où parmi les jeux & la table
Conduit par la main des Amours
La liberté file mes jours ;
Où je vois fans inquiétude ,
S'abreger leur rapide cours :
Enfin , de cette folitude
Où je voudrois vivre toujours ?
Mais croyez -vous qu'il foit facile
De rendre par d'aimables vers
Les charmes de ce domicile ,
Des vrais plaiſirs le feul azyle ,
Et l'abregé de l'Univers ?
Vouloir que de couleur divine
Je vous peigne ces antres verds ,
Le lointain de cette colline ,
Et l'émail de ces prés déferts ,
C'eft chercher des fleurs fur l'épine
Et des fruits au fort des hyvers .
Pour exprimer les faits d'Alcide ,
Il faudroit le hardi pinceau
Ou de Carache , ou de Vatau ;
Et non pas le crayon timide
D'un Peintre qui n'eft qu'au berceau :
Ainfi pour chanter un Achillera. !
Falut-il les nobles accords at stuck
24
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
Du chantre des attiques bords ;
Ainfi du Pafteur de Sicile
Faudroit-il le pipeau facile ,
La tendre flute , le hautbois ,
Ou la mufette de Virgile
Pour chanter l'agrément des bois.
Où trouver ces touches légéres ,
Ces trais vainqueurs , ce coloris
Qui de nos charmantes Bergéres
Exprime au vrai les teints fleuris ?
Où ... mais fur les jeunes fougéres
Je vois l'effaim brillant des Ris ;
Ils forment des danſes naïves ,
Ils foulent les trefles fleuris ,
Ils mêlent dans leurs chanfons vives
Les noms de Bacchus & d'Iris ,
Des jafmins cueillis fur ces rives
Aux cheveux flottans de Cloris,
Ce ſpectacle anime ma lyre ;
J'en tire des fons plus heureux ,
Déja d'un aimable délire
Je fubis l'effort gracieux. ››
Fuyez ces lieux , Muſes chagrines ;
Paroiffez Manes radieux , 暑
Ranimez-vous Ombres badines ,
Des la Fares & des Chaulieux ;
Prêtez-moi , Chantres du génie ,
Les fons de la douce harmonie ,
NOVEMBRE. 1745 .
Dont vos voix , dans d'auffi beaux lieux
Charmoient les fages & les Dieux.
Aminte , fi leur troupe aifée
Pouvoit des bofquets d'Elifée
Entendre ma voix dans ce jour ,
Vous admireriez dans mes rimes ,
Non les Portraits grands & fublimes
Du fafte impofant de la Cour ,
Mais bien la riante Peinture ;
Las traits de la volupté pure ,
Dont je jouis dans ce féjour
A l'Ecole de la Nature
Et dans les bras d'un chaíte amour .
Echappés au feu des combats ,
Quatre pareffeux délicats ,
Dans ce Palais où la molieffe
Invite à de joyeux ébats ,
Dans un océan d'allégreſſe
Noyant les ennuis , la trifteffe ,
Viennent puifer au fein des Arts
L'oubli des fureurs de Bellone ,
Le mépris des lauriers de Mars.
Palés n'offre point de hazards ;
Un monceau de fleurs eft fon trône ;
Le Dieu des jardins l'environne
Avec le Dieu des tendres airs
D iiij
30 MERCURE DE FRANCE.
Et le Dieu des aimables vers .
Là , fur des mufettes champêtres ,
Les habitans de ce canton
Dans le bonheur mes premiers maîtres ,
Aux chants de Life & de Toinon
Mêlent les mots d'une chanfon .
Inftruits par le barbon Silêne ,
De la rime ils fecouent la gêne ;
L'Amour devient leur Appollon ;
Le vin leur tient lieu d'Hypocrêne :
Tout bois où le hazard les méne
Eft pour eux le faré Vallon.
C'est dans ce Temple refpectable ,
Là que la troupe fociable
:
Des quatre fufdits pareffeux
Unit un badinage aimable
A des entretiens férieux .
Tout ce qui plait devient mettable
Dans nos propos capricieux .
Loin du caget & de la prude ,
Des partifans du goût nouveau ,
Loin de l'affoupiffante étude
Et des cris perçants du Barreau
Loin du cimétrique langage ,
Des fronts mafqués , du bel uſage ,
De la coquette & du jaloux ,
Ici , leplus fou d'entre nous
NOVEMBRE . 1745 .
81
Mérite le nom le plus fage.
Paris , la Reine des cités
N'offre que de fades beautés
A fes fpectateurs fédentaires .
Venez dans nos bois folitaires ,
Mortels enyvrés à longs traits
Du fafte des Villes altieres ;
Quittez leurs brillantes chiméres ,
Sous nos ormeaux , dans nos guerêts ,
La troupe des Graces légères ,
La voix des Nymphes bocageres ,
Captivéront vos fens diftraits .
Ici la Nymphe à demie nue
Découvre les picquants attraits ,
Et dans une danfe ingénue ,
Elle abandonne au gré des vents
Sa robe de pampres flottants ,
Qui couvre la beauté fecrette
Pour qui le volage Zéphir
Se fixe dans cette retraite ,
Se Livre à l'amoureux foupir.
Sui -je feul ? Un nouveau plaifir |
Charme mon utile loifir.
Aux Chantres de Grece & de Rome ,
J'unis les tons harmonieux
Des Chantres que Paris renomme
Et fouvent je chante avec eux
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
Sur une guitarre enfantine ,
Des airs que l'écho de ces lieux
Porte aux Nymphes de la colline ,
Atoute la plaine voifine ,
A tous les bergers amoureux .
C'est ainsi que l'heureux Hermite
Qui rime ici fans trop de fuite ,
Dans un loifir délicieux
Voit s'abreger les dons des Cieux ;
Mais fans en déplorer la fuite ,
Sçavez-vous que jufqu'au Cocyte
Votre ami conduira les Jeux ?
Dans l'empire du froid Borée ,
Sur une plage hiperborée ,
Que vois-je? C'eſt un antre affreux
Dont l'Hyver me défend l'entrée ,
Dont l'afpect étonne mes yeux .
Sicet antre cache un heureux ,
C'eft pour moi le Palais d'un fage ;
Les Ris naiffent fur ce rivage ;
J'y trouve l'Olympe des Dieux .
Ami , dont j'aime le fuffrage ,
Si vous voulez fçavoir pourtant
Comment je puis vivre content
Dans le folitaire Hermitage ,
Où la Paix conduifit mes pas ;
*)
NOVEMBRE
. 83
1745 .
Voici l'image racourcie
De toute ma philofophie :
Je vis fans crainte du trépas ,
Sans aucun dégoût de la vie ,
Sans querelles & ſans débats ,
Sans procès comme fans combats ,
Enfin fans trifte rêverie ,
Et le même en route ſaiſon ,
Mon inftinct qui tout apprécie ,
Au poids de l'aimable génie ,
Non de l'humaine paffion ,
Donne les mois à la Folie
Et les inftans à la raiſon .
Mais jà l'amante de Céphale
Vient de réveiller mon ſerin ,
Déja l'abeille matinale
Picote la rofe & letin ;
C'eft affés de bouffonnes rimes ,
C'est trop rimer pour un matin,
Ami , par de graves maximes
Finiffons ce propos badin .
Un ruiffeau gonflé par la pluye
Que la pente entraine toujours ,
Voit dans fon infenfible cours
Tantôt une plaine fleurie ,
Et tantôt un fterile bord ;
Son onde enfin eft engloutie
Dvi
MERCURE DE FRANCE.
Dans les goufres de Barbarie ,
Au fein des Mers & loin du Port.
Voilà le tableau de la vie ,
Et l'image de notre fort.
G. S.
Big Nud ! DND N
EPITRE de M. de la Soriniere à fon
Médecin.
F Ins d'Hyppocrate & de Chikose
Que redoute le vieux Caron ,
Fléau de la fatale barque ,
De Néméfis & de la Parque ,
Souffrez , ( ampliſſime Doctor )
Qu'au fond de fa fombre retraite
Un Reclus , un Anachorette
A fa verve donne l'effor ,
Pourvous fabrique r une Epitre.
Déja ma main fur mon pupitre
Griffonne , efface , ôte , remet ;
Etcepeu que j'ai mis au net
Eft le produit d'un long chapitre.
Mes vers paffés à l'alambic ,
Tout tombe en caput mortuum :
Mais hélas ! chacun a fon ticq
Qui nous conduit ad tumulum,
NOVEMBRE 1745. 85
Que mes vers efflanqués, fans force ,
Avec l'efprit faffent divorce ,
Ou plutôt avec la raiſon ;
Je fens en moi certaine amorce
Qui m'affaiſonne le poifon.
Plus je fais mal , plusje m'efforce ;
Et malgré mainte & mainte entorse
Je crois marcher à l'uniffon ,
Tant mon mal devient incurable.
Ah ! s'il eft parmi les humains
Un afcendant inévitable ;
C'eft furtout chés les Ecrivains
Que ce démon eft indomptable.
Vous qui trouvez en maint écrit
Le remede à cent maladies ,
Par quelques recettes choifies
Ne pourriez-vous guérir l'efprit ?
Je vous promets fans flaterie
Que Plutus avec tout fon or
Defcendroit dans votre tréfor
Pour prix d'une telle induftrie :
Mais fi vous trouvez ce grand Art ,
Commencez par moi , je vous prie.
Plût -à Dieu , que le vieux Ronfard
Eut pû guérir de ſa manie !
Nous n'aurions pas les mauvais vers
Ni les pitoyables travers
Dù s'abandonna ſon génie .
3
16 MERCURE DE FRANCE
Mais tous fecrets font fuperflus ,
Et je crains que mon Uranie
Qui me fait rimer tant & plus ,
N'ait auffi le cerveau perclus .
Mufes pourroient bien être folles :
Eh ! que fçait - on ? Dans leurs écoles
On voit tant de tymbres fêlés !
Et Phébus avec la neuvaine
Parmi tant de cris redoublés ,
Doit au moins avoir la migraine.
A la Soriniere en Anjou.
**********************
Réponse à la Question proposée dans le
Mercure d'Août 1745 •
Converfation d'Acanthe & de Poliphile.
L y a quelques jours qu'Acanthe & Po-
I liphile à mailon
s'y rendirent à l'heure accoûtumée. Le
maître du logis étoit forti ; la maîtrefle n'étoit
éveillée que pour les femmes , & le reſte
de la compagnie n'étoit pas encore arrivé.
Comme il faifoit le plus beau tems du monde,
ils prirent avec plaifir le parti de ſe
NOVEMBRE # 745 . 87
faire ouvrir une porte de cette maiſon qui
defcend dans le jardin du Palais Royal.
Après quelques tours de promenade , s'étant
affis fur un banc , Acanthe tira de fa
poche le Mercure qu'on lui avoit apporté
le matin , & l'ayant ouvert au hazard , il
jetta les yeux fur la page 133 , & y lut ces
paroles.
On demande laquelle des deux , on de la
Beauté, ou de la Laideur doit porter le masque.
Voilà , dit auffi- tôt Poliphile , une queftion
bien extraordinaire ; & je n'aurois pas
imaginé qu'on put la propofer. Elle ne me
le paroît pas autant qu'à vous , répondit
Acanthe , & je m'étonne au contraire qu'on
ait tardé fi long-tems à s'en avifer. Parlezvous
tout de bon , reprit Poliphile , en le
regardant ? ou depuis quelque tems le perfitlage
feroit- il devenu de votre goût ? C'eſt
me faire injuftice , répondit Acanthe , que
de me foupçonner de donner dans un genre
de plaifanterie qui rend la bonne compa-.
gnie fi femblable à la mauvaiſe , mais je ne
puis m'empêcher de regretter véritablement
un ufage fi avantageux pour l'un & pour
l'autre fexe. Quoi ! répondit Poliphile , vous
auriez la cruauté de vouloir priver mes yeux
de la vûe des objets dont ils peuvent être
88 MERCURE DE FRANCE.
le plus agréablement flatés ? De l'humeur
dont je vous vois , vous demanderez quelque
jour qu'on arrache toutes les fleurs d'un
parterre , & qu'on dépouille les arbres de
toutes leurs branches , de crainte qu'ils ne
fe parent de feuilles & de fruits. Vous êtes
toujours injufte , reprit Acanthe ; men intention
n'eſt pas de bannir la beauté , mais
de prevenir feulement les dangers aufquels
elle nous expofe ; & la fûreté de mon coeur
me paroît préférable au plaifir de mes
yeux. Eh ! que m'importe , s'écria vivement
Poliphile , que mon coeur foit à chaque
inftant en danger ? ne ferois - je pas trop
heureux de perdre une liberté qui me prive
du bonheur le plus doux , & fi cette liberté
même est un bien , la vûe de tant d'objets
capables de me la ravir n'en eft- elle pas
le foûtien le plus infaillible ? A peine mes
yeux enchantés fe fixent fur un objet , que
mon coeur prêt à lui rendre les armes voit
fon attention détournée par de nouveaux
attraits.
Tandis qu'il eft encore indécis , une troifiéme
beauté qui fe préfente ...……. voilà
préciſement , interrompit Acanthe , ce que
je regarderois comme un malheur : rarement
un coeur accoûtumé à fe livrer à tant
de plaifirs à la fois , eft-il capable d'en bien
connoître les douceurs ; & moi , pour qui
NOVEMBRE 1745. 89
"
la conftance a des charmes , moi , qui ne
defire point de changer de chaînes , je ferois
bien aife que tout confpirât en faveur de
la fidélité . Mais , répondit Poliphile , ne
feriez vous pas bien amufé , lorfque vous
entrez dans l'amphithéatre de l'Opéra le
jour d'une premiere repréfentation , longtems
avant qu'il commence , fi vous n'aviez
d'autres occupations que de confidérer cinquante
ou foixante mafques aflis dans les
loges , & ne feriez vous pas bien dédommagé
de l'ennui que vous caufe l'attente du
Spectacle , par une vûe fi capable de plaire ?
Que fçais-je , reprit Acanthe , s'il n'y au
roit pas à gagner pour moi ? Si par hazard ,
une perfonne que j'aimerois étoit à l'Opéra ,
je la reconnoîtrois bientôt , méme fans être
prevenu qu'elle dut s'y trouver. L'amour a
de bons yeux. Ne feroit - ce pas un plaifir
pour moi d'imaginer connoître feul l'objet
le plus digne de plaire ? & fi je ne fuis
prevenu d'aucune paffion , c'eft alors que
mon imagination eft la maîtreffe de fe donner
une libre carriere ; je cherche à deviner
la phyfionomie des differens mafques qui fe
préfentent ; je fuis maître de me la peindre
auffi agréable que je le veux , j'attribue à
chacune des femmes que je vois un vifage
charmant , & tandis que vous ne voyez
que cinquante mafques de velours noir ,
90 MERCURE DE FRANCE.
je vois cinquante houris du paradis de Mahomet
; quelque prevenu que je fois , dit
Poliphile , de l'étendue & du pouvoir de
votre imagination , je ne crois pas qu'il lui
foit poffible , à moins qu'elle ne foit aidée
par un certain agrément repandu fur toute
la perfonne , de fe faire une idée fi agréable
du vifage qu'on a pris foin de lui cacher.
Ne voyons nous pas tous les jours des
femmes dont la taille n'eft pas de la derniere
élegance , dont les bras , & les doigts
font d'une groffeur difproportionnée , dont
la gorge eft couverte avec juftice , ne les
voyons nous pas , dis-je , faire excufer tous
ces défauts par les charmes d'une belle tête ,
& ne leurs feriez vous pas un tort confidérable
, fi ces défauts que la beauté vous
fait paroître peu effentiels , mais qui vous
blefferoient infiniment ? ..... Mais convenez
à votre tour , interrompit Acanthe
que fort fouvent auffi un beau corps fe
trouve joint à un vifage peu digne de plaire ;
qu'on eft heureux alors de pouvoir prê
ter des traits reguliers & délicats à un corps
dont la grace & l'élegance fontun fi puiffant
effet fur les fens ? Vous ne fongez donc pas ,
reprit Poliphile , qu'alors vous rendez le
mafque général , & ce n'eft là l'état de
pas
la queftion. Vraiment je fuis bien en cela.
de votre avis ; mafquons la laideur , pour
NOVEMBRE 1745. 9%
l'honneur même de l'humanité , ne duffions
nous y trouver d'autre avantage , que de
nous garantir d'une vûe défagréable . Non ,
reprit Acanthe , maſquons plutôt la beauté.
N'avons nous pas déja affés de peine à nous
défendre de l'agrément de l'efprit des femmes
? N'avons nous pas affés de pente à nous
en laiffer féduire , fans leur donner encore
un moyen fûr de triompher , & de nous
foûmettre à un empire d'autant plus dangereux
, que les moyens qui fervent à l'établir
, renaiflent à chaque inftant pour affû
rer fa durée ?
Comme ils parloient encore , Célimene
vint à paffer , & s'étant détournée pour faluer
Poliphile , Acanthe eut le loifir de
confidérer les charmes & la régularité de
ſes traits. Un fouris gracieux fit en mêmetems
briller fes yeux d'un nouvel éclat , &
paroître les plus belles dents du monde . Sa
démarche noble & aifée prêtoit encore de
nouvelles graces à une taille fine & légere ,
& donnoit un air de Nimphe à toute fa
perfonne. Ah ! s'écria pour lors Acanthe ,
qu'elle a d'attraits ! je me fens forcé de l'adorer
, & c'eft la maniere dont elle recevra
mes voeux & mes hommages , qui me fera
connoître fi l'abfence du mafque doit faire
le bonheur ou le malheur de ma vie.
1 MERCURE DE FRANCE.
I
O D E.
De M. de la Soriniere,
Nfpire-moi , Dieu des bons vers
La poli.effe & l'élégance
Quon vante par tout l'Univers
Dans Loelius & dans Térence .
Que loin d'un fublime ennuieux
Ma Mufe riante & docile
Evite les tons orguilleux ,
Et n'entonne qu'un chant facile !
Cette pompeufe obſcurité
Dont tant d'écrivains font parade'
N'offre au lecteur épouvanté
Qu'une burleſque mafcarade .
Il déteste un aigre fauffet
Qui dans fa verve cacochime
Vient difputer avec Greffet
De l'élégance & de la rime.
Je ne veux chanter que les bois ,
Les prés , les vergers & les plaines
NOVEMBRE 1745 .
93
Et je confacre mon haut- bois
Aux chaftes Nimphes des fontaines ,
Je ne dirai point les combats
Où LOUIS conduit la victoire
Et de fon invincible bras
Un autre chantera l'Histoire.
Laiffons à Voltaire , à Rouffeau ,
Le foin d'un effor fi fublime ,
Et rimons avec du Cerceau
De petits vers que l'on eftime ,
Que ne puis-je , ainfi rue Greffet ,
Mêlant l'agr . able à l'utile ,
Intéreffer par le fu et
Et la légereté du ſtile !
Célébrant les tendres amours
Je déroberois à Tibulle
"
Les fentimens , les heureux tours ,
Pour les joindre aux traits de Catulle ,
Théocrite dans fes chanfons
Ne traite que de bergeries ,
Et fur les plus aimables tons
Anacréon dit des folies.
N'avons-nous pas vû d . nos jours
94 MERCURE DE FRANCE.
Le Philofophe de Neuftrie
Chanter de ruftiques amours
Sur le claveffin d'Uranie ?
Ses vers doux , fimples & naife
Caractérisent la bergere ,
Et fes tours élégans & vifs
La peignent conftante ou légere,
Nous devons tout au fentiment ;
C'eſt chés nous un juge infaillible :
L'efprit fe féduit aisément ;
Le premier eft incorruptible.
Pour bien juger , il faut fentir ;
C'est un préfent de la Nature;
L'étude le peut aſſortir ;
Le donner , c'eft chimere pure .
Il eftun fexe plein d'appas
Qui fans le clavier d'Ariftote
Du bon goût régle le compas ,
Et nous affervit à fa note.
A la Soriniere en Anjou .
PAS
NOVEMBRE . 1745. 95
V
Oici quelques chapitres , de l'ouvrage
dont nous avons donné la préface dans
le Mercure d'Octobre . Comme le deffein
de l'Auteur n'eft pas de donner fon ouvrage
entier dans ce Journal, on n'en trouvera ici
que des chapitres détachés , & tels que
l'Auteur a cru devoir les choifir pour don
ner une idée de fon livre ; on l'imprimera
dans peu.
LE COMEDIE N.
N
Ouvrage divife en deux parties. ]
INTRODUCTION.
Otre imagination. eft prefque toujours
obligée de fupléer à l'impuillance
des autres Arts. Celui du Comédien n'exige
de nous par lui-même aucun fuplément ,
& quand quelque chofe manque à l'illufion ,
ce n'eft point par l'imperfection de l'Art ,
c'eſt par les défauts ou par les fautes des
perfonnes qui le profeffent.
Dans un bal à la faveur du Mafque , un
96 MERCURE DE FRANCE.
homme veut paffer pour un autre : fila différence
entre leurs tailles eft trop fenfible
les yeux les moins clairvoyans ne prendront
point le change. Si la taille étant la même ,
les manieres font differentes , les bons yeux
ne feront pas long-tems les dupes du traveltiffement.
Les Comédiens ne réuffiffent pas
mieux à nous tromper , lorfque la Nature
ne les a point faits pour leurs perfonnages ,
& lorfqu'ayant reçu d'elle les dons néceffaires
pour reprefenter ces perionnages , ils ne fe
mettent point en peine de chercher dans
leur Art les moyens de les repréfenter avec
vérité.
Nous allons au Théatre dans le deffein
de nous prêter à la féduction , mais nous
voulons que notre erreur , autant qu'il eft
poffible , ait l'air raifonnable , & que les
Séducteurs , par lesquels nous confentons
d'avoir les yeux fafcinés , employent des
charmes affés puiffans , pour que nous foyons
excufables de nous laiffer féduire.
La fotife d'un boffi qui fe flare , en ſe
maiquant , de paroître bien fait , ou celle
d'une Villageoile qui croit que des habits
empruntés lui den eront les graces d'une
femme de la Cour , pourra nous amufer
quelques inftans , mais bientôt elle excitera
notre ennui, Ceile des perfonnes , qui
veulent en dépit de la Nature , ou fans pofféder
NOVEMBRE. 1745 97
féder les fecrets de leur art , jouer la Comédie
ou la Tragédie , produira le même
effet fur nous.
Un Acteur eft - il privé de certains avantages
naturels ? Il ne pourra plaire , même au
commun des Spectateurs. Eft- il doué de
ces avantages , mais ne s'applique- t- il pas
ſérieuſement à en acquérir plufieurs autres ?
Il ne plaira que de tems en tems & par hafard
aux Spectateurs d'un certain ordre.
Il faut que la Nature ébauche le Comé
dien. Il faut qu'un travail long & pénible
acheve de le former.
PREMIERE PARTIE .
Des avantages que les Comédiens doivent
tenir de la Nature.
Divifion de la premiere partie,
Tvaleur ,
Aillez , poliffez une pierre de peu de
vous ne lui donnerez point
P'éclat ni le prix du diamant.
L'Art peut perfectionner la Nature , mais
il ne peut la remplacer un Acteur qu'elle
n'a point favorifé cherche envain à fupléer
par des qualités acquifes aux avantages qu'il
E
98 MERCURE DE FRANCE.
n'a point obtenus d'elle. A quelque habileté
qu'il parvienne dans fa profeffion , quelque
infruit qu'il foit de tous les moyens de
plaire , il ne pourra point en faire ufage
pour lui- même , & il fera tout au plus capable
de les enfeigner aux autres.
Peut-etre les jeunes perfonnes qu'il entreprendra
de guider , tireront -elles quelque
profit de fes leçons , mais la meilleure qu'il
puiffe leur donner , c'eft de ne point fuivre
fon exemple , & d'éviter de monter fur le
Théatre fi elles ne font pas nées pour y
réuffir.
Que leur principal foin, avant que de s'expofer
aux yeux du public , foit de confiderer
attentivement de quelle façon le fort les
a traitées , de fe juger avec la même ſevérité
qu'elles ont à craindre des Spectateurs ,
& d'obferver fi elles ne font pas privées des
dons qui font néceffaires à tous les Comédiens.
Il eft des avantages que tout le monde
s'accorde à regarder comme des prefens de
la Nature . Telles font une figure noble , une
une voix touchante , une aimable vivacité.
Il eft d'autres avantages , qui felon les uns
font l'effet d'une heureufe organiſation , &
qui felon d'autres font le fruit de l'étude &
de l'exercice . Telle eft la mémoire . Bien
des gens font même tentés de compter l'e
BLIOTHECE
!
NOVEMBRE. 1745 .
ON
T3
prit parmi les qualités , dont nous ne
mes redevables qu'à nos foins ; ils préten
dent qu'il doit être mefuré par le plus ou
moins grand nombre des idées , & par la
plus ou moins grande facilité d'en appercevoir
& d'en combiner les rapports , & que
les idées & le jugement s'acquérant , l'ef
prit peut auffi s'acquérir.
Cette diverfité de fentimens vient de ce
que plufieurs qualités , quoique données
par la Natute , ont befoin d'être aidées de
l'Art pour atteindre à la perfectoin . Certainement
par exemple , quelque facilité qu'on
ait d'apprendre & de retenir , on ne parviendra
point , fi on néglige de la cultiver ,
à poffeder une de ces memoires rares , qui
chés le vulgaire jouiflent auffi généralement
qu'injuftement des mêmes honneurs que l'efprit.
Cette difpofition peut donc , quand elle
eft portée à un certain point , paffer pour
un avantage acquis , mais en même tems ,
puifque des enfans paroiffent être doués plus
que d'autres de cette difpofition , fans avoir
fait aucun effort pour la perfectionner , on
eft autorifé à la nommer un avantage naturel.
J'uferai de ce privilége , & je la rangerai
dans la claffe des dons que nous apportons
en naiffant. Je placerai dans la même claffe
diverfes qualités , qui demandent fans
E jj
100 MERCURE DE FRANCE
doute de la culture , pour paroître dans tout ,
leur éclat , mais qui fuppofent une certaine
conformation dans le fujet auquel elles fervent
d'ornement .
Si quelque profeffion exige des perfonnes
qui l'exercent une conformation avantageufe
, c'eft far tout la profeflion des Comédiens;
ils font comptables à notre esprit de
le tromper, & à notre coeur de l'émouvoir ;
pour s'acquitter de cette double dette , ils
ont befoin que la Nature les feconde. Quelques
uns des Acteurs ont encore plus affaire
les autres à notre efprit & à notre
coeur , parce qu'il importe principalement
à notre plaifir , que ce foient eux qui nous
faffent illufion , & parce que c'eſt furtout
de leur part que nous attendons les mouvemens
qui doivent nous agiter ; ceux- là ont
encore plus befoin que leurs compagnons
d'étre favorifés de la Nature.
que
Nous examinerons d'abord , quels font
les avantages naturels qui font néceffaires
en general à tous les Comédiens. Nous examinerons
enfuite quels font ceux qui font
néceffaires à quelques Comédiens en particulier
.
NOVEMBRE. 1745. 101
CHAPITRE III. DU PREM . LIVRE .
P Lufieurs Spectareurs
moins touchés des
plaifirs de l'efprit que de ceux des fens,
font attirés au Théatre plutôt par les Actrices
que par les piéces. Senfibles uniquement
à la figure , ils font toujours difpofés à prendre
un vilage aimable pour dù talent , &
ils voudroient que Madame Pernelle même
eût des appas .
Leur annonce-t- on une débutante ? Ils
commencent par demander fi elle est jolie ,
& fouvent ils oublient de s'informer fi elle
eft bonne Comédienne ; envain excellerat-
elle dans fon Art. Si fa phifionnomie ne
les intéreffe point ils ne rendront juftice à
fon jeu , qu'après que fa réputation fera fi
bien établie , qu'ils ne pourroient plus dire
de mal d'elle , fans s'expofer au rifque de ie
rendre ridicules. Au contraire un mérite médiocre
les fubjugue, dès qu'il eft accompagné
des charmes de la perfonne ; tout ce qui
leur eft récité par une belle bouche leur
paroît prononcé du ton dont il doit étre
dit.
Quoique les femmes affurent que la figure
eft ce qu'elles examinent le moins dans
E iij
#02 MERCURE DE FRANCE.
les hommes , cependant un Acteur qui n'eft
pas doué de certains agrémens , obtient difficilement
leurs fuffrages . Les critiques de
plufieurs d'entre elles roulent moins fur les
imperfections qui regardent l'Art , que fur
celles qui regardent l'exterieur du Ċomédien
; & prefque toujours fon plus ou moins
de bonne mine eft ce qu'elles ont le mieux
remarqué.
Ainfi du moins fur le Théatre François ,
fi l'on en croit une partie du public , il n'importe
pas moins d'être beau & bien fait ,
que d'avoir de la voix & de la mémoire .
Les Juges éclairés ne tombent point dans
cette erreur ; ils conviennent qu'il eft des
rôles , qui comme nous le verrons dans la
fuite , exigent que l'Acteur ait une figure
noble & gracieuſe. Ils ne nient point que
même dans les autres rôles on n'ait droit de
vouloir qu'il ne foit pas abfolument privé
de tous les avantages exterieurs , mais ils
pretendent que notre délicateffe fur la régularité
des traits & fur l'élégance de la taille
n'eft un fentiment raifonnable , qu'autant
que nous le renfermons dans les bornes qu'il
doit avoir. On ne peut qu'aprouver la répugnance
des Spectateurs pour les figures choquantes
, mais il eft auffi injufte que contraire
à nos intérêts & aux convenances du
Théatre de ne vouloir admettre fur la fcéNOVEMBRE
. 1745. 103
ne que des Venus & des Adonis .
11 eft certains défauts corporels qui ne ſeront
jamais tolérés dans un Acteur , quoiqu'ils
ayent pu fe rencontrer , & que peutétre
même ils fe foient rencontrés effectivemennt
dans les perfonnes dont il emprunte
les noms. Une jambe plus courte que l'autre
, ou une taille difforme n'auroit point
empêché le grand Scipion d'être regardé
comme le plus illuftre des Romains ; cependant
le Comédien le plus parfait , qui
auroit l'une de ces imperfections , fe feroit
fiffler en reprefentant ce guerier , & nous ne
pafferions point à l'Acteur ce que nous aurions
paffé au Héros. Orgon pouvoit avoir
le vifage défiguré par une loupe ou par une
large cicatrice. Cependant nous n'accorderions
point d'audience à un homme qui fe
préfenteroit avec l'un de ces défauts pour
jouer le rôle de l'ami crédule du Tartuffe
Cette contradiction apparente n'en eft
pas une. Trouvant le fort injufte , lorfqu'il
donne pour demeure à une belle ame un
corps défectueux , nous exigeons que le
Théatre repare à cet égard les fautes de la
Nature , & qu'il en diffimule les caprices ,
& la Tragédie nous plaifant principalement
par l'air de grandeur qu'elle donne au
genre humain , nous ne voulons point que
dans les tableaux qu'elle nous offre, rien faf-
E iiij
104 MERCURE DE FRANCE .
fe diverfion à l'admiration qu'elle nous donne
pour notre espéce : de même que nous
cherchons dans la Tragédie des objets qui
flatent notre orgueil , nous cherchons dans
la Comédie des objets qui excitent notre
gayeté. Notre intention eft traversée , fi
tandis que le rôle nous divertit , le Comédien
nous attrifte , en nous rappellant par
fes difgraces perfonnelles les accidens aufquels
nous fommes fujets.
Que la difformité n'efpere donc pas de
nous la même indulgence que le fimple défaut
d'agrémens. D'un autre côté , que le
fimple défaut d'agrémens n'éprouve pas de
notre part les même rebuts que la difformité.
Soyons fenfibles , mais foyons juftes. Rendons
hommage aux charmes , mais refpectons
les talens. Laiffons nous toucher par
une Actrice fi elle eft jolie , mais quoiqu'elle
n'ait pas cet avantage, applaudiffons
la , fi elle eft douée de ceux qui ne craignent
point les outrages des ans ni des maladies .
Les agrémens étant plus l'appanage de fon
fexe que du nôtre , les femmes fans contredit
font encore plus obligées d'excufer la
privation de ce mérite dans un Acteur, que
nous ne le fommes de la pardonner à une
Actrice , & elles doivent fonger que trop de
fevérité fur la figure nous priveroit quelque
fois d'excellens fujets qui ont reçu de la
NOVEMBRE 1745 . 105
Nature des préfens beaucoup plus eftimables
que ceux qu'elle leur à refufés.
Ce n'eft point entendre nos intérêts , que
d'exiger que toutes les Actrices & tous les Acteurs
avent des figures d'un ordre fuperieur.
Ce n'eft point non plus entendre les convenances
du Théatre & peut etre eft- il à fouhaiter
pour la perfection du Spectacle, non feulement
que tous les dons exterieurs ne foient
pas également repartis entre les Comédiens ,
mais encore que quelques Comédiens ne
poffedent pas quelques uns de ces dons.
Des traits réguliers , un air noble , doivent
fans doute en général nous prevenir favorablement
dans une perfonne de Théatre
mais il eſt des rôles dans lefquels elle paroîtra
mieux placée fi elle n'a pas ces avantages.
Je fçais qu'on voit fans être bleffé du défaut
de vraisemblance , qu'on voit même
avec plaifir une jeung beauté fe charger
d'un perfonnage de vieille , & un Acteur ,
fait pour plaire , reprefenter un Payfan
mauflade & groffier . Je fçais que nous allons
à la Comédie , moins pour voir les objets
eux-mêmes , que pour en voir l'imitation ;
que quelque févéres que nous foyons fur la
conformité que nous exigeons entre l'original
& la copie , nous defirons cependant
pour Fordinaire, que les Comédiens n'ayent
E v
106 MERCURE DE FRANCE
1:
pas les défauts dont ils entreprennent de
nous offrir l'image ; que fouvent la copie
nous charme , tandis que l'original nous paroîtroit
défagréable , & qu'un Comédien ,
qui fe préfenteroit yvre fur la fcéne , feroit
mal reçu , même en y jouant un rôle d'yvrogue
mais il faut diftinguer deux fortes de
rôles comiques.
Les uns nous divertiffent par la feule imitation
de certains ridicules. Le plaifir que
nous font les autres naît fouvent du contrafte
qui fe trouve , foit entre l'intention du
perfonnage & fes fuccès , foit entre l'effet
qu'il devroit produire fur les autres perſonnages
avec lefquels il eft mis en action & l'effet
qu'il produit effectivement fur eux.
Dans les rôles de la premiére eſpéce ,
plus l'Acteur a les perfections oppofées aux
défauts que la vérité de la reprefentation demande
qu'il imite, plus on lui fçait gré de
nous prefenter un portait fidéle de ces défauts.
Dans les rôles de la feconde efpece
moins l'Acteur a les perfections dont le pique
le perfonnage qu'il reprefente , ou celles
qu'attribuent à ce perfonnage les autres
perfonnages extravagans de la piéce , plus il
fait paroître ridicules les folles prétentions
de l'un & la bizarre façon de juger des
autres , & par conféquent plus il jette de
NOVEMBRE. 1745. 107
comique dans l'action. Le rôle d'un homme
laid , qui fait le beau , n'excitera pas autant
de rifée s'il eft joué par un Acteur à
qui la Nature ait prodigué fes dons , que
s'il l'eft par un autre qu'elle ait moins favorifé.
L'erreur d'une dupe qui prend un valet
pour un homme de qualité , nous réjouira
moins lorfque la bonne mine du valet pourra
faire excufer cette erreur , que lorsqu'il
n'aura point un exterieur qui la juftifie.
Donc bien loin qu'il foit convenable de
n'avoir que des Comédiens , dont la figure
foit élégante & diftinguée , il importe à notre
plaifir qu'ils ne foient pas tous formés
fur ce modéle .
Ils ne doivent pas cependant donner trop
d'extenfion à cette maxime ; nous leur permettons
de n'avoir pas certaines perfections ;
il ne faut pas qu'ils abufent de la permiſſion
d'avoir les défauts oppofés ; nous exigeons
même qu'ils foient exemts de plufieurs défauts
, fur lefquels nous ne frions point le
procès à des perfonnes qui ne fe deſtineroient
pas à fe donner en Spectacle .
L'exercice de leur profeffion fuppofe de
l'efprit & demande des graces. Nous voulons
que leur phifionomie nous annonce
qu'ils poffedent le prémier de ces avantages :
nous ne voulons point trouver en eux un
exterieur incompatible avec le fecond.
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
On defire que tous les Acteurs ayent une
phifionomie fpirituelle : on la defire telle ,
même à ceux qui fe propofent uniquement
de reprefenter des perfonnages de niais &
de dupes. En fait de défauts , je l'ai déja dit ,
c'eft la copie & non l'original , que nous
cherchons au Théatre , & nous ne tenons
aucun compte au Comédien de nous paroître
ce qu'il eft effectivement . Il ne peut fe
faire auprès de nous un merite de bien jouer
le rôle d'un fot fur la fcéne , qu'autant que
nous jugeons qu'il ne le joue pas dans le
monde. Nous louerons d'autant plus fon
Art , que pour en faire ufage , il eft moins
aidé de la Nature.
Quiconque eft doué d'une phifionnomie
fpirituelle , peut fe vanter de poffeder une
des principales graces , mais chés un Acteur
cette grace doit être accompagnée de
celles de l'action : celles-ci ne fe rencontreront
point en lui , s'il ne régne pas un jufte
accord entre toutes les parties dont fon
exte ieur eft compofé. Une taille trop épaiffe
ou trop mince , des bras trop longs ou
trop courts , des jambes trop groffes ou trop
décharnées , une tète qui a trop ou trop
peu de volume , nous le rendront néceffairevent
défagréable , parce que ces imperfecions
rendront néceſſairement fon action
dé. ctueufe,
NOVEMBRE. 1745. 109
Ces imperfections n'étant qu'à un certain
degré , ne fero ent peut être pas remarquées
dans un autre homme : étant feulement à ce
mème degré dans une perfonne de Théatre ,
elles y feront infupportables. Qu'un homme
fe contente de demeurer dans la foule : on
ne s'avife point de le chicaner fur une bouche
trop grande ou fur des jambes qui ne
font pas exactement bien conformées . Veutil
fixer les regards ? Sa bouche qui ne paroiffoit
que grande , paroît énorme . Ses
jambes , qui paroiffoient feulement n'être
pas dignes d'éloges , paroiffent mériter toute
notre critique. On ne nous reproche
point des défauts naturels quand nous rendant
juftice , nous ne tentons point des
entrepriſes pour lefquelles nous ne fommes
pas nés. On ceffe de nous pardonner
ces défauts , lorfque les ignorant ou feignant
de les ignorer , nous formons des prétentions
qui nous font interdites .
Non feulement il ne doit point y avoir
de difproportion dans les parties qui compofent
l'extérieur du Comédien , mais encore
il convient que fa taille ne foit pas trop
hors de l'ordre commun. Les tailles monftrueules
par l'excès de leur grandeur ou de
leur petiteffe ne font pas les feules profcrites
au Théatre . Sans être dans l'ordre du
géant ou dans celui du nain , on peut n'être
110 MERCURE DE FRANCE.
pas propre à jouer la Comédie . Il est bien
difficile qu'une perfonne trop grande réuniffe
certaines graces. La petiteffe de la
taille ne les exclud point , mais un petit
homme femble ne jouir pas des même priviléges
qu'un autre . A voir les ris qu'il excite
, lorfqu'il montre de la colere ou de la
fierté , on diroit que certaines paſſions ne
lui font pas permifes . Dumoins elt - il certain
qu'elles ne lui font pas convenables , & que
l'emportement ou le deffein d'infpirer du refpect
, s'accorde mal avec la foibleffe & avec
l'interêt d'étre modefte. Quoiqu'un Acteur
qui ne nous montre que des mouvemens
feints, nedut pas étre dans le même cas qu'une
perfonne qui éprouveroit veritablement les
mouvemens qu'elle fait paroître , cependant
il fait fur nous la même impreffion . Nous
nous mocquerions de lui fi nous le voyions
agité d'une paffion violente Nous nous rappellons',
quand fur la fcéne il nous peint
cette paffion , combien il feroit déraiſonnable
en s'y livrant hors du Théatre. Il paroitra
donc déplacé dans la plupart des rôles
Tragiques : il le fera même dans un
grand nombre de rôles Comiques , & en
géneral on ne le fupportera que lorfque le
défaut de fa taille pourra fervir à faire mieux
fentir le ridicule de fon perfonnage.. •
NOVEMBRE 1745 . Il 1
CHAPITRE II. DU IIe . LIVRE.
On a droit de demander dans la figure de
quelques Acteurs ce qu'il n'est pas effentiel
de trouver dans celle des autres .
"
L'
'Elévation des fentimens d'une Princeffe
pouvant lui faire oublier le peu de régularité
des traits d'un Héros , en faveur des
grandes qualités qui le diftinguent , nous ne
ferons point le procès fur le plus ou moins
de beauté à un Acteur tragique , même lorfqu'il
repréſentera un jeune Prince. Nous demanderons
feulement qu'il ne nous paroiffe
pas être dans l'impuiffance de faire naître
une paffion.
Dans la Comédie , ce qu'on ne croiroit
pas , nous fommes plus féveres. Comme elle
ne nous offre rien que de commun dans
les fentimens & dans les actions de fes perfonnages
, nous n'imaginons point que fes
Héros foient d'un mérite affés tranfcendant
pour triompher du coeur , fans charmer les
yeux , ni fes Héroines affés délicates pour
ne point confulter du tout leurs yeux dans
le don qu'elles font de leur coeur . Ainfi
lorfque l'Auteur ne fe propofe point de
112 MERCURE DE FRANCE. M
nous offrir le tableau d'une paffion ridiculé
, nous défirons , non feulement què la
figure de l'amant ne demente pas , mais
encore qu'elle autorife la tendreffe de la
perfonne dont il eft aimé. Ce n'eft pas affés
que l'Africe nous peigne avec des couleurs
vraies fon amour prétendu, Il faut que nous
jugions cet amour vraiſemblable , & nous
voulons pouvoir en même tems louer l'excellence
du jeu de la Comédienne , & ne
pas blâmer le mauvais goût de l'amante .
On a beau dire que c'eft à la fituation
de tel perfonnage , & non à la perfonne de
tel Acteur , que nous prenons intérêt ; qu'ainfi
il n'a point affaire à nos yeux , mais à
notre coeur & à notre efprit ; qu'on a vu
fouvent des perfonnes foupirer pour d'autres
qui étoient fort peu aimables , & que
ces bifarreries ne doivent pas nous éton- .
ner au Théatre , puifque le monde nous en
fournit tous les jours de pareilles .
Peut-être , en y reflèchiffant , fe rendroit
on à la vérité de ce raifonnement , mais on
va au Spectacle , pour fentir , non pour raifoaner
, & l'on veut , quand le rôle fuppofe
dans le Comédien les charmes de la jeu- .
neffe & de la figure , que le Comédien
puiffe plaire aux fpectateurs qui n'ont que
des yeux , de même qu'à ceux qui ont des
oreilles & du difcernement.
NOVEMBRE 1745 :
Si cet article eft effentiel au Théatre
dans un amaat , il l'eft encore plus dans les
Actrices qui jouent des rôles d'amantes
aimées & dignes de l'être . Ce n'eft pas précifément
de la beauté qu'elles ont befoin.
C'eft de quelque chofe qui vaut mieux
que la beauté , & qui agit plus généralement
& plus puiffamment fur les coeurs ;
de ce je ne fçais quoi , avec lequel une
femme paroît charmante , & fans lequel elle
eft belle inutilement ; de cet attrait vainqueur
, auffi certain de triompher toujours ,
que de n'être jamais bien défini.
En même tems que nous ne paffons point
dans la Comédie le défaut d'agrémens aux
perfonnes qui font fuppofées etre favorifées
avec juftice par l'Amour , nous fouhaitons
dans un Comédien , à qui l'Auteur préte le
nom & les fentimens d'un homme au deffus
du vulgaire , un dehors qui no dégrade point
fon perfonnage .
Quoique l'expérience nous montre que
la Nature ne proportionne pas toujours fes
dons à l'éclat de la naiffance, & que fouvent
une phyfionomie fort peu refpectable accompagne
des titres fort refpectés , nous ne
voions qu'avec répugnance un Acteur
d'une figure à laquelle un petit -maître de
Cour ne voudroit pas donner place derriere
fon caroffe , entreprendre de repréſenter ce
petit- maître,
114 MERCURE DE FRANCE.
Nous avons obfervé qu'un exterieur peu
impofant , non feulement étoit fupporté ,
mais même quelquefois étoit pour nous une
fource de plaifir dans certains Acteurs comiques.
Il n'en eft ainfi d'aucun des tragiques.
Avec des traits qui par eux-mêmes.
n'ont rien d'extrêmement diftingué , on
peut , pourvu qu'on foit le maître de prendre
un air de fierté lorfqu'il eft néceſſaire ,
fe rifquer à jouer le rôle d'un Général ou
d'un Miniftre , mais fi l'on a un viſage ignoble
, on ne doit point fe charger des rôles
les plus fubalternes dans la Tragédie .
A plus forte raifon ne doit on pas ambitionner
d'y remplir les premieres places
à moins qu'on ne puiffe foutenir par une
figure noble la dignité du perſonnage dont
on emprunte le nom. Cet avantage , qui
dans les autres Acteurs tragiques eft furabondance
de biens , eft un bien néceffaire
dans les principaux fuivans de Melpomene .
Il feroit déraisonnable d'exiger qu'ils reffemblaffent
tous à un Comédien , dont j'ai déja
fait l'éloge & la critique , & qui dans le
dernier fiécle fit revivre Rofcius fous les
traits d'Alcibiade , ou à un autre Comédien ,
à qui la Nature en faveur de Melpomene
& de Thalie prodigua fes dons les plus
rares , & qui a quitté le Théatre beaucoup
trop tôt pour nos plaifirs , Mais fi un AcNOVEMBRE
1745. 11
teur en voulant nous montrer un Héros ,
ne nous montre qu'un homme du peuple ,
il femble moins jouer fon rôle que le pa
rodier.
L'avanture d'un débutant n'eft pas encre
oubliée . Il avoit du mérite & des talens
, mais par malheur pour lui fa phyfionomie
n'étoit rien moins qu'héroïque . Un
jour il repréſenta Mithridate , & il le repréfenta
d'une maniere à fatisfaire tous les
auditeurs , s'il n'avoit eu pour auditeurs que
des aveugles . Dans la fcéne ou Monime dit
à ce Prince , Seigneur , vous changez de
vifage ! un Plaifant cria à l'Actrice , laiffez
le faire. On perdit de vue fur le champ
toutes les bonnes qualités de l'Acteur , pour
ne penfer qu'au peu de reffemblance qu'il
avoit avec un grand Roi.
La phyfionomie des principaux Acteurs
tragiques ne doit pas feulement être noble ,
il faut qu'elle foit douce & heureuſe . Thalie
n'étant occupée que du foin de nous divertir
, il n'eft pas extraordinaire qu'elle
banniffe de fes jeux tout ce qui peut s'oppofer
à l'effet qu'elle veut produire. La
terreur étant une des paffions que Melpomene
fe plaît le plus à exciter , on a plus
fujet d'être furpris qu'elle exige de fes fuivans
un exterieur, qui paroît contraire à fes
vûes. Deux réflexions font appercevoir la
116 MERCURE DE FRANCE.
raifon de cette prétendue bifarrerie . La
Tragédie peut expofer à nos yeux des actions
cruelles , même barbares , mais nous
voulons qu'elles foient les fuites de l'emportement
d'une paffion violente , & non
d'un penchant naturel pour le crime. Nous
confentons que les Héros tragiques foient
coupables , ma's nous fouhaitons de pouvoir
nous perfuader qu'ils le font malgré
eux ; qu'en fe livrant au mal , ils confervent
une espece d'amour pour le bien ; qu'ils
font entrainés dans le précipice , & non
qu'ils s'y jettent volontairement . Ce n'eſt
pas même affés pour notre délicateffe . Nous
ne fommes pas contens , fi les apparences ne
nous annoncent que ces Héros étoient nés
ponr voir leurs defirs fatisfaits , & fi le droit
qu'ils avoient d'être heureux , ne les excufe
d'avoir voulu triompher , à quelque prix
que ce fut , des obftacles qui traverfoient
leur bonheur .
海
MONSIEUR de Vaucanfon fi célebre
dans les Méchaniques vient de mettre au
jour une vraie merveille de l'Art , & cela
dans un objet de la plus grande utilité d
c'est une machine avec laquelle un cheval ,
NOVEMBRE 1745. 117
un boeuf ou un âne , font des Etoffes bien
plus belles & bien plus parfaites que les plus.
habiles ouvriers en foye.
Cette machine confifte en un premier
mobile en forme de Cabeftan qui peut communiquer
fon mouvement à plufieurs mé
tiers à la fois pour y faire toutes les opé
rations néceffaires à la fabrication des
Etoffes.
Ce Cabeftan mû par une force quelcon
que , on voit fur le métier l'Etoffe fe fabriquer
fans aucun fecours humain , c'est - àdire
, la chaîne s'ouvrir , la navette etter la
trame , le battant frapper l'Etoffe avec une
jufteffe & une égalité que la main d'homme
ne fçauroit jamais avoir.
L'Etoffe, fe roule d'elle- même à meſure
qu'elle fe fabrique ; la chaîne eft toujours
également tendue , la trame toujours (galement
couchée & l'Etofte toujours frappée
au même point & avec la même force , &
tout cela le fait fans fatiguer la foye &
fans qu'elle reçoive aucun frottement , car
la navette paffe la trame fans toucher la
chaîne ni même le peigne , & les liffes qui
font ouvrir cette chaîne ne la touchent jamais
deux fois au même endroit.
Cet ingenieux Auteur a trouvé le moyen
de déterminer la quantité de foye qu'il veut
faire entrer dans une Etoffe en don118
MERCURE DE FRANCE,
nant plus ou moins de poids au battant avec
lequel il la fait frapper, en tenant la chaîne
plus ou moins tendue , & en faifant donner
plus ou moins de trame.
Par un feul tour de manivelle il fait entrer
pour cinq fols de foye de plus par aulne
dans fon Etoffe & en tournant cette même
manivelle en fens contraire il y en fait entrer
pour cinq fols de moins , laquelle augmentation
ou diminution de cinq fols en
cinq fols peut être portée au point où l'on
veut par differens nombres de tours de
cette manivelle.
C'eft par de femblables moyens qu'il fait
devider fon Etoffe plus ou moins vite felon
que la trame eft plus ou moins groffe &
qu'elle eft plus ou moins frappée.
Les lifieres de l'Etoffe frabriquée ſur ce
nouveau métier font bien plus belles &
bien plus parfaites que celles des Etoffes
ordinaires , l'Auteur ayant trouvé le moyen
de fupprimer une piece appellée Tampia
dont on fe fert ordinairement pour contenir
l'Etoffe dans fa largeur , mais qui gâte
les lifieres par les trous que les pointes y
font.
Eft- il queftion de recharger la navette
ou de racommoder un fil caffé on arrête
le mêtier fur le champ en pouffant un Bouton
qui peut le trouver aux quatre coins
NOVEMBRE 1745. 119
du métier & fous la main d'une petite fille
prépofée pour veiller à quatre de ces mêtiers
, dont la feule occupation confie à
nettoyer la foye , racommoder les fils caf
fés & garnir les navettes qui contiennent
fix fois plus de trame que les navettes ordinaires.
Cet arrêt dont la méchanique eft toute
nouvelle & fort ingénieufe fufpend comme
un éclair tous les mouvemens du métier
dans tel état qu'il fe puiffe tourner , &
lorfqu'on le fait repartir , ce qui fe fait avec
la même facilité & la même promptitude
qu'on l'a arrété , fes mouvemens reprennent
fur le champ au même point où ils ont
ceffé ; cet arrêt d'ailleurs eft particulier à
chaque métier & fans aucun rapport des uns
avec les autres , enforte qu'on arrête celui
qu'on veut fans que les autres ceffent de
travailler , le moteur général ne diſcontinuant
point d'être en mouvement.
Un cheval attelé au premier mobile peut
faire travailler trente de ces métiers , une
chute d'eau un bien plus grand nombre ,
& fi on vouloit y employer des hommes
un feul en feroit aller fix fans peine , puifque
un enfant de huit ans en fait aller un
fort aifément . Chaque métier fait par jour
tout autant d'Etoffe que le meilleur ouvrier
quand il ne perd pas de tems,
120 MERCURE DE FRANCE, 2
L'Auteur n'a encore travaillé que pour
faire toutes fortes d'Etoffes unies , comme
le Taffetas , le Gros de Naples , le Sergé ,
le Satin & c. Des productions auffi merveil
leufes d'un genie auffi neuf & auffi étendu
que celui de M. de Vaucanfon donnent tout
lieu d'efperer qu'il trouvera les moyens de
rendre les nouveaux ouvriers de fa création
également habiles pour la fabrication deș
Etoffes façonnées & de nos plus belles Etoffes
, méme brochées en or & en argent , à
quoi l'on dit qu'il travaille actuellen ent ; il
n'eft perfonne qui ne fente tous les avantages
d'une pareille découverte qui peut
procurer à l'Etat le moyen d'avoir des Étoffes
de foye , des Toiles même , fi l'on veut,
fabriquées avec bien plus de perfection & à
beaucoup moins de frais que celles où l'on
employe des hommes qui pourroient fervir
à d'autres befoins de l'Etat.
NOUVELLES
NO VEMBRE 1745. 12F
***** &**3*3
NOUVELLES LITTERAIRES ,
des Beaux Arts & c .
THEATRE ANGLOIS 1745. 2 vol . in- 12 .
ON a déja enrichi notre Littérature de
la plupart des ouvrages Anglois qui
font eftimés . Nous n'avions qu'une médiocre
connoiffance de leur Théatre ; la Traduction
qu'avoit donnée M. Prevoft d'une
Tragédie & d'une Comédie , quelques morceaux
épars dans les mélanges de Littérature
de M. de Voltaire , étoient plus propres
à exciter notre curiofité qu'à la fatisfaire.
Un homme qui a beaucoup d'efprit & de
goût , & qui connoît à fond la Langue Angloife
, a entrepris de nous donner ce Théatre
Anglois qu'on defiroit depuis fi longtems.
On voit à la tête du premier volume
un difcours préliminaire , plein de jugement
, de vues fines , & tel que l'on peut
flater l'Auteur que dès que les Anglois connoîtront
fon Livre , ils feront à fon diſcours
le même honneur qu'il a fait aux fix piéces
de Sakeſpear qui compofent ce volume .
Tous les Lecteurs fenfés fe font réunis
pour admirer dans ces piéces un grand nom-
F
122 MERCURE DE FRANCE.
bres de morceaux fublimes. Si la barbarie
du fiécle où vivoit Sakeſpear lui a fait mêler
fouvent des chofes abfurdes aux traits
les plus grands , on voit fouvent auffi le
genie de ce grand homne lutter avec un
fuccès éclatant contre la groffiereté de fon
fiécle & l'ignorance où il étoit plongé. M.
de L. P. qui a traduit partie en Vers , partie
en Profe, nous a tranfinis dans fa Traduction
le caractére de fon Auteur , ce qui eft le plus
grand mérite qu'un Traducteur puiffe avoir,
mérite qui augmente encore lorfqu'on tra
duit un Poëte , & un Poëte tel que S. chés
lequel on voit qu'en général la Poëfie de
ftyle eft très - forte , très élevée & pleine
d'imagination. Sakefpear ou a ignoré
les régles prefcrites par Ariftote , ou ne
s'eft pas foucie de s'y affervir ; fes piéces
font Hiftoire mife en action telle qu'elle
eft , & cette forme reffemble affés à celles
de nos premiers fpectacles que l'on appelloit
Myftéres; mais quelle difference dans l'exécution
! Au refte il ne faut pas faire ici trop
d'honneur aux régles d'Ariftote ; ce n'eft
point pour les avoir tranfgreffées que Sakefpear
eft tombé dans les défauts qu'on lui
reproche ; Corneille qui les fçavoit , & les
refpectoit , a mis en les fuivant beaucoup de
chofes plates à côté des traits fublimes qui
Jui ont donné le premier rang parmi les PoëNOVEMBRE
1745. 123
tes Dramatiques. C'est parce que l'un &
l'autre vivoient dans un tems où le génie
avoit à tout moment à lutter contre le
mauvais goût , c'eſt pour avoir ignoré les
convenances & non les régles , que Sakef
pear a mis les Foffoyeurs dans Hamlet , &
tant d'autres chofes fi deplacées. Mais quoiqu'en
difent ces mêmes régles , quelques
défenfes que fallent Horace & Ariftote d'en-.
fanglanter le Théatre , ils n'empêcheront
point qu'on ne life avec beaucoup de plaifir
le monologue de Mylord Clifford , lorfqu'il
vient expirer fur le Théatre après la bataille
de Ferribridge.
Il en eft ainfi de plufieurs autres endroits .
La plupart des gens fe previennent à tort &
croyent trop légérement qu'ils ne doivent
juger d'un ouvrage que conformement aux
regies. La premiere de toutes eft de plaire.
Or toutes les Loix de la Poëtique n'ont jamais
appris à aucun Ecrivain le fecret de
toucher & d'émouvoir. L'Abbé d'Aubignac
Auteur d'un affés bon Livre fur la pratiquedu
Théatre , fit en fuivant fes principes une
Tragédie fans fautes & fans beautés , laquelle
fut impitoyablement fiflée : les régles
du Théatre n'ont jamais été faites que pour
indiquer l'Art d'éviter des écueils , le fecret
de ne pas déplaire plutôt que celui de plaire.
Un exemple va expliquer ce que ceci
pourroit avoir de trop obfcur,
Fij
124 MERCURE DE FRANCE,
L'unité de jour eft effentiellement recommandée
, quelques uns ont même voulu reftraindre
la durée de l'action à celle de la
repréfentation ; pourquoi cela ? C'eſt que
le plaifir que l'on trouve au Théatre , venant
de illufion que nous nous faiſons à
nous mêmes en prenant la repréfentation de
l'action pour l'action méme , tout ce qui
peut détruire cette illufion doit être évité
avec foin , tout ce qui peut l'entretenir &
l'augmenter doit être recherché avec attention
& obfervé avec fcrupule. Ainfi comme
il eft plus ailé de fe prêter à l'illufion lorfque
la durée de l'action n'excédera pas celle de la
repreſentation , ou des vingt- quatre heures ,
que lorfque cette même action qu'on repréfente
au Théatre en deux heures & demie
durera plufieurs jours , plufieurs mois , plufieurs
années , comme il arrive quelquefois
à Sakeſpear , on a fait en conféquence la régle
de l'unité de jour , qu'il eft prudent de
refpecter , puifque la route contraire eft femée
d'écueils.
Mais fi un Auteur Dramatique par l'intérêt
& la chaleur qu'il mettra dans fa Tragé
die , par le pathetique du Dialogue & l'élévation
du ftyle , fe fent affés de reffources
pour maîtriſer, fubjuguer l'imagination des
Spectateurs & conferver l'illufion , en fe
permettant des licences qui peuvent la
NOVEMBRE 1745 .
1745. 125
détruire , s'il eft affés heureux pour réuffir .
Alors , non feulement il eft abfurde de lui
reprocher qu'il a violé les regles, mais mê
me c'eft un nouvel éloge que l'on fait de
lui que de dire qu'il les a tranfgreffées , lorſqu'on
convient de fon fuccès , car il a eu befoin
de plus de mérite pour réuffir. Une jolie
femme plaît à tout le monde lans art &
fans foins ; celle à qui la beauté manque a
befoin de toutes les reffources de fon efprit
pour plaire , & eft obligée d'etre beaucoup
plus aimable que celle qui eft belle.
MUSA RHETORICES feu carminum
Libri fex , à felectis Rhetorices Alumnis
, in Regio Ludovici Magni Collegio elaborati
, & palàm recitati , in argumenta ipfis
propofita ab æg. ann . Xav. de la Sante
Societatis Jefu Sacerdote. Lutetiæ Parifiorum
, apud Joannem Barbou. Editio tertia.
1745. in - iz .
On fçait avec quel éclat le R. P. de la Sante
, digne Collégue & rival du célébre Peré
Poréé , a régenté la Rhétorique pendant
plufieurs années au Collège de Louis le
Grand ; il publie dans ce recueil les differentes
piéces de Poëfie qu'il a dictées à fes
Ecoliers , & quoiqu'il pretende leur en faire
honneur , & que l'on voie au bas de cha
que piéce le nom d'un des Difciples du P
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
(
de la Sante , la main du Grand Maître s'y
fait trop bien fentir pour qu'on puiffe foupçonner
de pareils ouvrages d'être les effais
de jeunes Rhétoriciens : fi cela étoit la France
feroit bien fertile en grands Poëtes Latins,
car il y en a plus de cent de nommés dans
le Livre ; mais il faut reftituer au célébre
Profeffeur la gloire qu'il a voulu partager
avec les Difciples , & qui lui appartient
toute entiere.
La fécondité de l'imagination , l'élévation
des idées , la nobleffe & la force du ſtyle ,
l'harmonie des Vers , & fur tout une Latinité
pure font le caractere de ces Poëfies.
Pour mettre les Lecteurs plus à portée d'en
juger , nous allons mettre fous leurs yeux
une des piéces qui compofent ce recueil ;
c'eft la meilleure façon d'en faire l'éloge.
SALMONEUS , five fulminis imitator
ictus fulmine.
Quid non , Ambitio , faftu male turgida cogis
Pectora ? Non unus , quem pungis acumine , Princeps
Faftidit genus ipfe fuum , Deus ardet haberi ,
Atque inconceffos Divûm fibi pofcit honores.
At dum par cupit effe Deo , Divinaque pofcit , '
Humanâ fit forte minor , fit bellua , monftrum
Sæpe fit ; hunc vinclis oneras , probrofaque mittis
NOVEMBRE. 1745. 127
Sub juga. Dum fefe Macedo Jove prædicat or
tum ,
Colla tibi fubdit . Vincis Salmonea , victum
Ad currus-religare tuos tua gloria geftit ,
Dum curru artifici Jovis haud imitabile fulmen
Hic fimulat , gaudetque parem fe ferre Tonanti
.
Scilicet hic pontem conflatum ex ære Conoro
Jufferat attolli , currumque micantibus auro
Fulgentem radiis fuper altum currere pontem .
Fulmineum elatâ currum cervice trahebant
Bis terni Alipedes ab equis folaribus orti ,
Ditibus ornati phaleris , ardentibus ignem
Naribus efflantes , fpumifque afperfa feroci
Fræna admordentes fub dente , tapetibus àrmos
Inftrati Æbaliis , quorum color igneus , igni
Parerat Æthereo . In curru radiante fedentem
Tincta colore rubro veftibat purpura Regem ,
Cujus in auguftâ fplendebat fronte pyropis
Diſtinctum diadema vibrantibus undique flammas ,
Plurima ventorum larvis induta fequentum
Turba videbatur tumidis impellere buccis
Præcipitem currum ; velut Euri , Auftrique tremendis
Fulminibus fætas impellunt flamine nubes.
Turbafed antevolans rutilantem ad fulguris inftar
Terribilem gladium dextrâ minitante rotabat .
Hos inter famulos vectus quafi nube curuli ,
Finj
128 MERCURE DE FRANCE.
Horrificam dextrâ , Sceptri vice , lampada quaf
fans ,
Et lævam armatus tædâ fumante Tyrannus,
Impellebat equos ; Simulabat in aëre nubem
Turbidus erumpens tædarum ex ordine fumus.
Pulfus equûm , pontifque fragor referebat
Olympi
Murmura , cum rauco ftrepuere tonitrua Coelo.
In quodcunque caput caderet fax Regis ab alto
Ponte vibrata , necis fententia dira cadebat ;
Utque videretur percuffum fulminis ictu ,
Immiffus caput hoc truncabat acinace miles.
Victima multa novo cecidit mactata tonanti ,
Victima nulla novum potuit placare tonantem.
Ergo manus , oculos, gemitufque ad fydera tollens
Turba , Jovem vocat æthereum , fupplexque precatur
,
Ut vel ab Elei dextrâ Jovis auferat ignes
Fulmineos , vel fe confeffus Rege minorem
Elei Jovis ante pedes fua fulmina ponat.
Jupiter ifta fuum vota increpitantia Numen
Audit , & invidiâ pariter fuccenfus & irâ ,
Ne fua mox terris vilefcant jura veretur
Jura tyrannorum faftus contundere nata .
Continuò fignum dat nubibus ; agmine facto
Ut coeant jubet , ut pugnent ; ut fulgura &
ignes
Conflictu eliciant ; ut mota cacumina Coeli ,
NOVEMBRE 1745 : 129
Utque repercuffæ quatiant fundamina terræ ,
Seque probent utriufque Deum . Dum nubila
rauco
Confligunt ftrepitu , dum frictu elifa , tot ignes
Fulguris emittunt , ut ruptis Ætna caminis
Eructare fuas credatur in æthera flammas ;
Jupiter arreptum contorquet fulmen , in ictum ,
Corpore connixus toto tanto impete nullum
· Irruerat fulmen , nifi quo periere Gigantes.
Fulminis ignivomo divifæ pondere nubes
Diffiliunt , tiepidantque metu , pavidæquè recé-
*
dunt ,
>
Ut profugas refilire jubet reverentia , fciffo
Majeftascùm fumma Jovis defcendit Olympo .
Undique facrilegum tempeftas ignea Regem
Obfidet , è dextrâ tædam excutit , excitat ignes
Longè alios ; capiti dextram percuffus inermem
Admovet , ut teneat nutantem in fronte coronam.
Nil ibijam nifi pulvis erat . Rex impius , irâ
Percitus infrendet : violenti flamma furoris ,
Ætherei flammam tantùm non fulminis æquat.
Attonitus , fed non domitus , parat ille Tonantem
Objurgare , novum nova per convicia fulmen
Acciturus er at , cum fulminis ecce prioris
Flamma per os penetrat , fibras & corpus adurit ;
Fit cinis in cineres abeunt pons , currus , &
ufti
Fr
130 MERCURE DE FRANCE.
Quadrupedes , famulique ; rogi nil indiga , ventis
Rapta cohors , nullam tumuli dat vermibus efcam.
DICTIONNAIRE de Mythologie
pour l'intelligence des Poëtes , de l'Hiftoire
fabuleufe , des monumens hiftoriques , des
bas reliefs , des tableaux &c. A Paris 1 745.3
vol. in- 12 chés Briaffon.
Le titre feul de ce Livre annonce com- .
bien il eft utile ; fi l'on ne connoît la Mythologie
on eft arrêté à tout moment en
regardant des tableaux , des ftatues , en
lifant les Poëtes , ainfi il eft indifpenfable
d'acquérir au moins quelques lumieres fur
cette ſcience.
On avoit eu jufqu'à préfent un petit
D &tionnaire poëtique , mais beaucoup trop
fuccint , voici enfin un Dictionnaire auffi
érendu qu'il étoit raifonnable de le défirer ,
lequel raffemble tout ce qu'il eft utile de
fçavoir fur la Mythologie ; l'Auteur à profité
du travail des Auteurs les plus eftimés
- qui ont travaillé fur cette matiere , tels que
Paufanias , D. Bernard de Montfaucon dans
fes antiquites Grecques & Romaines , l'explication
des Fables par l'Abbé Banier ,
I'Hiftoire fi célebre des Oracles de M. de
Fontenelle , & enfin l'excellent Théatre des
Grecs du R. P. Brumoi , ainfi ce Diction-
1
NOVEMBRE 1745. 138
naire reffemble au miel de l'Abeille compofé
du fuc des fleurs les plus odoriferantes
, & c'eft fans doute le plus grand mérite
qu'un Dictionnaire puiffe avoir. L'Auteur
qui écrit en homme d'efprit & de goût
a fait un choix judicieux , & a même donné
quelques explications que n'avoit pas données
l'Abbé Banier.
Ce livre eft donc un précis de ce qui
s'eft dit de meilleur fur la Mythologie ;
l'extenfion que l'Auteur donne à ce mot , ne
fe borne pas à l'Hiftoire fabuleufe des Dieux ,
des demi Dieux , & des Heros de l'antiquité
, quoique ce foit là proprement le fonds'
de cette fcience , & c'eft fur ce pied que
l'avoit traitée le P. Jouvency dans un petit
Livre fort bon , mais fort court , intitulé
Appendix de Diis & Heroibus , qui a été
traduit en François. M. l'Abbé de la Clauftre
Auteur de ce nouveau Dictionnaire a porté
fes vûes plus loin , & a fait entrer dans fon
Livre tout ce qui a quelque rapport à la
Religion Payenne ; c'eft - à-dire , les differens
fyftêmes de Théologie , & tous les Dogmes
qui fe font fucceffivement établis dans
les differens âges du Paganifme , les oracles
, les forts , les augures , les aufpices ,
les préfages , les prodiges , les expiations ,
les dévouemens , les évocations , & tous les
genres de divination qui ont été en ufa-
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
›
ge , les fonctions des Prêtres , des Devins ;
des Sybilles , des Veftales , les Fêtes & les
Jeux , les Sacrifices & les Victimes , les
Temples , les Autels , les Trépieds & les
Inftrumens des Sacrifices &c. Ainfi quiconque
fçauroit bien ce Dictionnaire pourroit
fe vnter d'être un homme très - fçavant &
très-verfé dans la connoiffance de l'antiquité
mais les Dictionnairets n'ont jamaisfait
de fçavans ; quoiqu'il en foit , celui- ci
fera fort utile tant par les chofes qu'il contient
, que par l'ordre dans lequel elles font
arrangées , & nous ne doutons pas que le
public ne fafle à ce Livre un accueil trèsfavorable.
DISSERTATION qui à remporté le
Prix de l'Académie Royale des Infcriptions
& Belles Lettres en l'année 1745. Par M.
de Bougainville , à Paris 1745 in - 12 . chés
de Saint & Saillant.
On avoit proposé pour fujet du Prix cette
queftion , Quels étoient les droits des Métropoles
Grecques fur les Colonies , les devoirs des
Colonies envers les Métropoles & les engagemens
réciproques des unes & des autres.
Le fifrage de l'Académie des Belles
Lettres qui a couronné M. de Bougainville ,
NOVEMBRE 1745. 133
eft un garant fûr du fuffrage du public ,
qui quoique confidéré comme l'arbitre du
fort des Auteurs , ne porte réellement de
décifion définitive fur aucun ouvrage que
d'après les Maîtres de l'Art duquel il eſt
queftion. D'ailleurs cette Differtation ne
reflemble pas à plufieurs de cette nature
dont le fujet ne comportant qu'une érudition
vafte & judicieule , mais trop forte
pour le commun des hommes , ne peut
donner lieu qu'à un ouvrage peu interef
fant pour le vulgaire des Lecteurs , quel
que eftimable qu'il foit en lui-même.
Celle- ci forme un morceau qui peut être
regardé comme un préliminaire utile à quiconque
voudra fire l'Hiftoire Grecque avec
réflexion. La vafte érudi ion qui y eft répandue
auroit fuffi pour en faire un excellent
Livre , mais de plus la méthode , la
clarté , l'élégance qui y regnent , en rendent
la lecture agréable même pour les lecteurs
profanes qui ne prennent pas à l'antiquité
le même intérêt que les fçavans. Quelles
efpérances le public ne doit-il pas conce
voir du jeune Auteur , qui dans un âge encore
tendre débute par un morceau dont
les Ecrivains les plus confommés le feroient
honneur !
LA BIBLIOTHEQUE POETIQUE
134 MERCURE DE FRANCE.
ou nouveau choix des plus belles piéces de
Vers en tout genre depuis Marot jufques
aux Poëtes de nos jours , avec leurs vies
& des remarques fur leurs ouvrages , 4 vol.
in 49. chés Briaffon Libraire à Paris rue
S. Jacques 1745 .
4º .
La beauté du papier & de l'impreffion
de cet ouvrage ont de quoi fatisfaire tous
les curieux , & quant à l'exécution & au
deffein de l'Auteur , voici ce qu'il en dit
lui- même.
39
99
ל כ
"
» On trouve communément dans les plus
petits cabiners les Poëfies de Racine
Boileau , Moliere , la Fontaine & Rouſſeau ;
» il n'en eft pas de même des Poëtes qui
les ont précédés , on qui ont vécu de
» leur tems ; les Editions en font rares pour
» la plupart on en réimprime très - peu ,
& il étoit à craindre que par l'éloignement
de tems & la difficulté de les
» trouver , on n'oubliât quantité de beaux
» morceaux qu'ils ont compofés. C'eft dans
le deffein d'y fuppléer que nous avons
entrepris ce Recueil ; il tiendra lieu dans
» les Bibliotheques des Poëtes rares qu'on
» ne recherche fouvent que pour quelques
piéces qu'on trouvera plus aifement ici .
ود
20
93
ab
Voila le plan que l'Auteur s'eft formé. Nous
ajouterons qu'on trouve à la tête du Livre
NOVEMBRE 1745. 135
f
une introduction qui comprend l'Hiftoire de
la Poëfie Françoife & fon origine , avec la
connoiffance des Poëtes qui ont précédé
Marot, en forte qu'avec ce Livre & les oeuvres
modernes des Maîtres de l'Art on peut ſe flater
d'avoir un recueil choifi des beaux morceaux
de la Poëfie Françoiſe.
IL nous a été adreffé une Lettre fort
étendue qui parle fçavamment fur un grand
nombre de chefs qui regardent l'Art d'écrire
, mais dont nous ne pouvons parler
que très-fuccinctement ; fi nous avions pu ,
comme nous le défirions , la mettre ici en
fon entier , le public y auroit trouvé de
quoi le défabufer de beaucoup de préjugés
qui font fort contraires à fes intérets ; il
paroît même que l'on fe prépare à faire
paroître à ce fujet quelques ouvrages importans.
Il y eft parlé de la maniere excellente
dont M. Royllet Maître Ecrivain
rue de la Verrerie à Paris , fe conduit à
l'égard de fes Penfionnaires , de la grande
attention qu'il a de remuer leur efprit & de
les exercer fi bien par fes fçavantes démonftrations
qu'il les met bien- tôt en état de
connoître les principes de l'Art , d'où
avec la pratique il réfulte des opérations
belles & certaines qui ne dégénerent point.
Il eft moralement impoflible , eft-il dit
136 MERCURE DE FRANCE.
enfuite , qu'étant cultivés avec tant d'affiduité
, même hors les heures de fa claffe ,
ils ne faffent un progrès rapide en ſuivant
le plan que leur trace cet habile Maître ,
pour peu que les fujets foient propres a y
répondre.
Les fleurs Briaffon , Durand & David
l'aîné , Libraires à Paris rue S. Jacques ,
croyent devoir informer le public qu'ils
avancent avec la plus grande diligence l'Edition
du Dictionnaire univerfel de Mede-.
cine , de Chirurgie , de Pharmacie , d'Anatomie
, de Chymie , de Physique & de Botanique
, in-folie 6 vol. avec figures , traduit de
l'Anglois , dont ils ont publié le projet de
foufcription il y a plufieurs mois .
La voie des foufcriptions étant ouverte
jufqu'à la fin de cette année , le premier
volume quoiqu'entierement achevé ne fera
livré que le 2 Janvier prochain conformement
à leurs engagemens , & les fuivans de
fix mois en fix mois au plûtard. On trouvera
à la tête de ce premier volume une
approbation dont la Faculté de Medecine
de Paris a honoré cet ouvrage . Elle eſt
datée du 4 Octobre dernier , vifée par M.
le Doyen & fignée par Mrs. COL- DEVILLARS
, BARON , pere , LE ROY DE S.
· AGNAN , BOUVARD , FERRET & BARON ,
NOVEMBRE 137 1745.
fils , Docteurs Régens & Commiffaires
nommés par la Faculté pour l'examiner &
lui en faire leur rapport .
Ceux qui feront curieux de jetter les
yeux fur ce premier volume & de le parcourir
auront la liberté de le voir chés les
fufdits Libraires.
L'ACADEMIE DES SCI: NCES DE DIJON ,
fondée par M. Hector - Bernard Pouffer
avoit propofé pour l'année 1745 un Prix
de Phyfique à de certaines conditions exprimées
dans fon Programme , dont l'une
étoit d'envoyer les Mémoires avant le premier
d'Avril. Un feul Auteur s'y eft conformé
exactement , les autres ont fait tenir
leurs productions trop tard , ce qui a été
caufe que le concours n'a pû avoir lieu ,
mais l'Académie ne voulant pas priver la
Phyfique du Prix qu'elle lui avoit deſtiné,
a cru devoir propofer le même fujet pour
l'année 1746 , dans l'efpérance que ceux
qui concoureront , ne laifferont point expirer
un délai fatal qui eft d'ufage dans
toutes les Académies ; ainfi celle de Dijon
annonce à tous les Sçavans que le Prix pour
l'année 1746 , confiftant en une Médaille
d'or de trente piſtoles , fera adjugé à celui
qui aura le mieux traité la queſtion fuivante,
138 MERCURE DE FRANCE.
par
Déterminer la nature des Sels les differentes
configurations de leurs cristaux.
Il fera libre à ceux qui voudront concourir
, d'écrire en François ou en Latin ,
obfervant que leurs ouvrages foient lifibles
& qu'ils n'excédent pas trois- quarts d'heure
de lecture ; ceux qui ont déja envoyé des
piéces fur cette matiere , feront les maîtres de
les retoucher , & d'en renvoyer de nouvelles
au bas defquelles ils écriront qu'on ne doit
point avoir égard aux anciennes marquées
par une telle Devife , finon elles feront lûes
dans l'état où elles ont été reçûes.
Tous les Mémoires francs de port ( fans
quoi ils ne feront pas retirés ) feront adreffés
à M. Petit Secretaire de l'Académie , rue du
Vieux- Marché à Dijon , qui n'en recevra
aucun paffé le premier d'Avril , conditions
auxquelles la plupart des Etrangers ont
négligé de fe conformer jufques à préfent
& ont perdu ainfi le fruit de leurs travaux.
Tous ceux qui ayant travaillé fur le fujet
donné , fe feront fait connoître avant la
"diftribution du Prix directement ou d'une
'maniere indirecte , feront exclus du concours.
Pour remedier à cet inconvenient , chaque
Auteur fera tenu de mettre au bas de
NOVEMBRE 1745 . 139
fon Mémoire une Sentence ou Devife , &
d'y joindre une feuille de papier cachetée .
au dos de laquelle fera la même Sentence
ou Devife , & fous le cachet , ſon nom , ſes
qualités & fa demeure , pour y
avoir recours
lors de la diftribution du Prix ; plufieurs Auteurs
qui ne lifent point le Programme avec
attention , fignent leurs ouvrages fans aucune
précaution , & s'excluent par là du
concours au grand regret de l'Académie.
Lefdites feuilles cachetées comme on vient
de le dire ne feront point ouvertes avant
le tems marqué ci - deffus , & le Secretaire
en tiendra un Registre exact ; ceux qui exigeront
un Récepiffe de leurs ouvrages , le
feront expédier fous un autre nom que le
leur , & dans le cas où celui qui auroit ufé
de cette précaution auroit mérité le Prix ,
il fera obligé en chargeant une perfonne
domiciliée à Dijon de fa procuration fimple
pour le recevoir , d'y joindre auffi le
Récepiffe.
La diftribution du Prix fe fera dans une
affemblée publique de 1 Académie , le Dimanche
zi du mois d'Août 1746.
140 MERCURE DE FRANCE.
L'ACADEMIE des Sciences, des Belles
Lettres & des Arts établie à Rouen , par
Lettres Patentes du Roi données à Lille
au mois de Juin 1744 , tint fa premiere af- ·
femblée publique dans la faile de l'Hôtel de
Ville le Mardi premier Juin 1745.
M. De Premagny Confeiller , Echevin
& Secretaire pour les Belles Lettres , en
fit l'ouverture par un difcours fur la néceffité
du travail , fur l'utilité de la critique
& fur l'établiffement de l'Académie où il fit
l'éloge hiftorique de M. l'Abbé le Gendre ,
Chanoine & Sous- Chantre de Notre Dame
de Paris bienfaiteur de l'Académie , connû
par plufieurs ouvrages , & principalement
par fon Hiftoire de France : il y fit enfuite
mention des trois Académiciens décedés pendant
le cours de cette premiere année ; fçavoir
M.Clerot Avocat, fort verfé dans l'étude
des Antiquités de cette Province ; M. de la
Houffaye de Fourmetot bon Phyficien &
qui s'étoit particulierement attaché à la Chymie
; M. de Bettencourt Avocat & Secretaire
de l'Académie pour les Belles Lettres ,
connu par nombre de Poefies ingénieufes ,
& entr'autres par une Ode adreffée à M. de
Fontenelle , au fujet de l'Académie de
Rouen ; ce difcours fut terminé par l'élo
NOVEMBRE 1745. 141
ge de M. le Duc de Luxembourg , Gouverneur
de la Province & Protecteur de
l'Académie , lequel vient de lui donner de
nouvelles preuves de fa bienveillance , en
fondant un prix annuel de la valeur de 300
liv. & alternatifpour les Sciences & les Belles
Lettres ; & enfin par celui du Roi quị
a accordé les Lettres Patentes pour l'établiſ
fement de l'Académie au milieu de fes conquêtes
de l'année derniere , dont l'heureuſe
convalefcence fut l'époque de fa fondation ,
& dont les nouveaux triomphes dans la prefente
Campagne ont été le fujet de fon premier
exercice public.
ANALYSE D'un Mémoire Jur
l'origine & le progrès de la Mythologie des
Anciens.
M. GUERIN Secretaire de l'Académie
pour les Sciences lût enfuite un Mémoire en
forme d'effai fur l'origine, le progrès & la décadence
de la Mythologie des anciens, dont
on ne donne ici que l'analyſe ; il fait voir d'abord
que l'homme ayant laiffé affoiblir l'im
preffion des verités qu'il tenoit de l'auteur
de fon être , furtout celles qui regardent la
nature de la Divinité & la création du mon
de , la Philofophie voulut fuppléer à cet
142 MERCURE DE FRANCE
que
le.
obfcurciffement , mais ne confultant
témoignage des fens , les Philofophes ne
reconnurent dans l'Univers que det x principes
, la matiere & la vertu active qu'ils lui
attribuoient ; ces deux principes donnerent
naiffance aux deux premieres Divinités de
J'Egypte , Iris & Oziris ; le nombre des
Dieux s'accrût à mefure que ce genre de Philofophie
fe dévelopa.
Les quatre élemens de la Phyfique ancienne
, le feu , l'air , l'eau & la terre ajoû,
terent quatre Divinités aux deux premieres,
Jupiter , Junon , Neptune & Pluton. Les
fubftances compofées de la combinaifon de
ces élemens en augmenterent encore le
nombre : fous un Ciel ferain où les impreffions
font vives & perpetuelles , dans un
S plein de force où les productions font
abondar tes & delicieufes , tout fut déifié par
des hon mes qui ne connoilloient prefque
point d'autre bonheur que celui des fens &
d'autre être capable d'agir fur eux que la
matiere.
C'est plus en confultant les moeurs & la
doctrine des premiers Philofophes fur les
princip es de la nature , que les Auteurs qui
ont écrit fur cette matiere , que M. Guerin
donne à la Mythologie cette origine ; on
en voit pourtant des traces , dit - il , dans
quelques anciens Mythologiftes , mais la
NOVEMBRE 1745 . 143
plus grande partie des autres ont formé
differens plans qu'on peut toujours foupçonner
d'être un peu plus arbitraires.
L'Auteur du Mémoire montre enfuite que
les Philofophes Grecs qui venoient d'Egypte
s'inftruire chés eux , prirent les erreurs
de ces derniers , & y en ajouterent de nouvelles
. La Métempficofe laquelle n'étoit
originairement chés les Philofophes Egyptiens
qu'une queftion de Phyfique qui expliquoit
les diferentes révolutions des parties
de la matiere, qui agitées par un mouvemen
inteftin & divifées en parcelles , forment
tantôt un corps , & en forment tantôt
un autre : cette Métempficofe Phyfique fervit
en Grece & en Italie aux Philofophes qui
fe méloient du Gouvernement des Etats , àકે
établir une Métempficofe des ames , fur laquelle
ils fondoient en partie la recompenſe
de la vertu & la punition du vice. Autre
exemple. Le refpect qu'on avoit pour les
Grands Hommes , les éloges qu'on en faifoit
en Egypte à leur mort donnerent lieu
à l'Apotheofe que les autres Nations firent
dans la fuite de leurs Héros ; l'abus fuivit de
près l'erreur , la flaterie déïfia des monftres
dont la mémoire auroit dú refter dans une.
éternelle exécration. Orphée qui porta dans
fon Pays le détail des cérémonies funébres
des Egyptiens , donna occafion , felon Diodore
de Sicile , à la Fable des Champs Eli
44 MERCURE DE FRANCE.
fées , & du Tartare . Chés les Egyptiens c'étoit
un ufage qui influoit dans les moeurs :
chés les Grecs c'étoit une croyance populaire
; pour nous , dit l'Auteur du Mémoire ,
nous y reconnoiffons les traces d'une ancienne
vérité.
M. Guerin montre enfuite que les Poëtes
qui étoient les Ecrivains des premiers
tems , conferverent dans leurs Ecrits ce plan
de Religion , & fervirent à perpetuer l'erreur
; ce défordre , remarque l'Auteur , ne
doit point être imputé à la Poëfie , & on ne
doit point en prendre occafion de décrier un
Art qui dans fon inftitution étoit confacré à
la Religion & à la Morale ; les Poëtes ont
parlé , comme tout autre Ecrivain l'auroit
fait, conformément aux préjugés de leur Pays
& de leur fiécle, ce n'eft point comme Poëtes
qu'ils nous ont donné de fauffes idées de la
Divinité , c'eft précisément comme Grecs &
comme Romains. On peut feulement les blâmer
d'avoir donné occafion à de nouvelles erreurs
par leurs expreffions trop figurées ; c'eft
le défaut qu'on reproche à la Poeſie d'Homere
, dont le fens qui fe prefente d'abord à
l'efprit , ne forme que des idées de Divinités
bizarres , injuftes , paffionnées .... mais il
ne peint que les actions des hommes allégorifées
par le Poëte , & non celles des Dieux
qui étoient pour lors l'objet du culte public.
L'Auteur
NOVEMBRE. 1745. 145
L'Auteur finit fon Mémoire , en diſant
que le peuple fut la trife victime de l'égarement
de l'efprit des Philofophes , de la
fauffe prudence des Politiques & de l'imagination
trop brillante des Poëtes. Telle étoit,
dit- il & plus défigurée encore , la Religion
Payenne à la naiffance du Chriftianifme.
Porphire & Jamblique , Philofophes Platoniciens
tenterent en vain de donner un
fens raisonnable à toutes ces fables , ils n'y
réuffirent pas, méme vis- à- vis des Payens de
leur tems , pour lefquels la Doctrine de ces
Philofophes étoit plutôt une nouvauté que
le renouvellement de l'ancienne Théologie
Payenne .
Lafaite dans le premier Mercure.
LETTRE de M. C. aux Auteurs du
Mercure.
MESSIEURS ,
J'ai lû dans votre Mercure du mois de
Septembre une Lettre au fujet du Procès de
M. Huchet de la Bedoyere contre fes pere
& mere appellans comme d'abus de fon
mariage.
G
150 MERCURE DE FRANCE.
La relation de cette Caufe célébre & intéreffante
ne m'a pas parû auffi exacte qu'on .
pourroit la défirer ; il s'y eft gliffé quelques
fautes qu'il eft néceffaire de corriger , & en
cela , Meffieurs, je travaille pour votre propre
gloire des Auteurs qui font profeflion
inftruire le public n'établiffent folide-.
ment leur crédit que par le triomphe de la
vérité .
Je vois qu'on retranche de l'exorde du .
Pladoyé de M. de L. B. les Morceaux qui
ont obtenu le fuffrage univerfel ; ce font des
traits defentimens qui font autant d'honneur
à celui qui en eft penetré , qu'à ceux qui en
font l'objet ; tel eft l'endroit où M. de L. B.
s'exprime en ces termes : »> Qu'il eft affligeant
pour un fils de paroître aux yeux
de la Juftice pour s'oppofer aux defirs de
fes parens ! mais telle eft l'extrémité de
ma fituation , je ne puis adopter leur fyf
tême fans manquer à mes engagemens ; &
» de quel pretexte colorer ma foibleffe
quand je fçais que ces engagemens réguliers
& refpectables fubfifteroient malgré
ma volonté & ma réclamation ; que j'ai
pour les faire confirmer des moyens victorieux
& des argumens invincibles ? eftce
donc dans ces circonftances qu'on peut
renoncer à fa défenfe ? Non , Mrs. la feule
Deliberation eft une faute , peut - être
ו ט
NOVEMBRE 1745. 147
20
» même un crime . En effet , feroit-il per-
,, mis derefter dans l'incertitude quand il s'agit
de foutenir fon état , ou de l'abandon-
64
2 ner ?
ן כ
""
93
» Si j'éprouve des agitations & des inquiétudes
, elles ne partent que des mou-
» vemens de la Nature ; deshérité par un
acte qui eft parvenu à ma connoiffance ,
je fçais que je n'ai plus rien à eſperer ni à
prétendre , mes fentimens cependant font
toujours les mêmes , tendres & refpec
tueux ; ils n'étoient point établis fur des
» motifs d'intérêt , & je fens par ce qui fe
pafle dans mon coeur , que je me confolerai
aifément de la perte de mes biens , mais
jamais de la perte de l'amitié de mes pa-
"
"
2
» rens.
Je crois que des fentimens auffi précieux
pour l'humanité & auffi conformes aux
mouvemens de refpe&t & de tendreffe que
tout enfant doit éprouver pour fes pere &
mere , mériten : bien quelque place dans
une relation où l'on rapporte littéralement
les moyens qui ont été plaidés de part &
d'autre tout ce qui fert à honorer le coeur
& l'efprit, frappe toujours agréablement , &
foit que le Lecteur trouve en lui-même les
traits qu'il admire , foit qu'il fe contente de
les applaudir dans les autres , la vertu n'en
obtient pas moins le tribut qui lui eſt dû ,
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
tant eft grand fon empire fur tous les hom
mes.
Ainfi j'aurois mieux aimé , aprés avoir copié
l'exorde de M. de L. B. placer des reflexions
au fujet des fentimens des parties ,
que de faire l'hiftoire de fon arrivée à Paris
avec M. fon pere ; ( hiftoire qui n'eft pas
exacte , M. de L. B. n'étant point venu avec
fon pere, ) que de raconter la fable de la con,
noillance de Mlle Sticotty au Théatre Italien
, avec les progrès & les dangers de
cette connoiffance trop intime ; outre que toutes
les reflexions fur cet objet ceffent d'être
intereffantes , parce qu'elles font trop fatiriques
, je vois que la vérité y eft bleffée ,
c'en eft affés pour m'allarmer , non que je
prétende juftifier M. de L. B. mais pour
avoir fait quelques fautes , eft - ce une
raifon de l'accufer de toutes celles qu'il auroit
pû commettre ?
D'ailleurs il eft aifé de fentir que ces réflexions
ne devoient jamais étre placées au
rang des faits de la caufe ; le détenfeur de
M. & Madame de la Bedoyere pere & mere
les avoit hazardées pour embellir fa narration
, mais dans un récit tel que le public
le defire , il faut facrifier les ornemens à
l'exactitude.
Je paffe aux faits & je remarque encore
qu'on fait un reproche à M. de L. B. d'avoir
NOVEMBRE 1745. 149
pris la qualité de Bourgeois de Paris dans la
publication des Bans de S. Sauveur ; l'Auteur
de la Lettre s'eft trompé , Mrs. il a été
prouvé lors des plaidoiries que ces mots
Bourgeois de Paris n'exiftoient point dans la
publication telle quelle avoit été faite , quoiqu'ils
fe trouvaffent dans la délivrance qu'en
avoient demandé M. & Madame de L.B.
pere & mere ; fi l'on veut fçavoir comment
ce fait a été établi , je ferai obferver cons
formément à ce qui eft demeuré pour cer
tain , que dans la délivrance des la sfaite le
20 Janvier 1744. on ne lit point Bourgeois
de Paris , & c'eft cette Piéce qui a fervi de
baze au mariage ; à la verité depuis qu'il a
été celébré on a délivré des expéditions où
P'on remarque ces mots , Bourgeois de Paris,
mais cette expreffion ne pouvoit avoir d'ef
fet retroactif par rapport au mariage : d'ail
leurs du propre aveu du Curé elle venoit
uniquement de la faute du Copifte qui ne
voyant point de qualité avoit crû devoir
mettre celle de Bourgeois de Paris , ainfi l'on
a dit mal à propos que M. de L.. B. avoit pris
la qualité de Bourgeois de Paris : j'efpere
qu'on ne me fçaura pas mauvais gré d'avoir
rétabli un fait auffi important.
Il me paroît également qu'on doit retran
cher la reflexion qui a été faite au fujet du
Bail de M. Sticotty : la voici telle qu'on
G iij
750 MERCURE DE FRANCE.
»
la trouve page 111 : On voit que M. de L.
» B. n'avoit fait louer cet appartement que
pour acquerir un domicile à la Dlle Sti-
» cotty fur une Paroiffe étrangere , & qu'il
»ne convenoit point à un homme tel que
» lui d'aller demeurer avec fa femme pendant
les premiers tems de fon mariage
dans deux chambres de 25 liv. par quar-
» tier au niveau du nommé Graudifaut qui
devoit occuper la troifiéme.
30
>>
„
On ne peut fuppofer raifonnablement
que c'eft M. de L. B. qui a fait louer l'appartement
de M. Sticotty ; les baux font
paffés fans qu'il foit fait mention qu'il y ait
eu aucune part , il n'y a que M. Sticotty &
fa foeur qui contractent enfemble ; pourquoidonc
appeller M. de L.B à des operations
qui font faites fans lui ? Quand on ajoûte
qu'il ne convenoit pas à M. de L. B. d'aller
demeurer avec fa femme dans un appartement
de 25 liv. par quartier,
" On
ne raifonne pas plus confequemment. M. de
L. B. en époufant Mlle Sticotty ne comptoit
pas fans doute aller demeurer avec elle ,
mais au contraire qu'elle viendroit demeurer
avec lui , fuivant l'ufage , & comme elle
y eft venue effectivement. C'eſt peutêtre
la premiere fois qu'on a propofé pour
moyens d'abus contre un mariage le prix ou
la convenance des appartemens.
NOVEMBRE. 1745. 151
Il y auroit encore quelques erreurs à rectifier
; par exemple à la page 118 on lit à
après l'expofition du fait tel qu'on vient
de le rapporter , M. L. G. a repris cequ'il
avoit dit en commençant ... Ileft
certain que M. L. G. qui fe diftingue principalement
par fon exactitude , n'a point
expofé les faits de la caufe comme on les rapporte
dans la lettre qu'on vous a écrite , Mis.
il les a puifés dans les piéces , & ils y fonť
plus fimples , plus vrais & dégagés de toutes
reflexions critiques ; j'aurois fouhaité
qu'on eût fuivi la même route , & cela étoit
bien facile ; toutes les pieces du procès font
imprimées à la fin du Mémoire ou Plaidoyé
de M. de L. B. il en eft de même de
quelques raisonnemens qu'on a mal ententius
ou mal expliqués , mais je n'écris que pour
la , vérité & je crois lui avoir rendu l'hom
mage qu'elle mérite en relevant ce qui la
bleffoit immédiatement ; le refte n'eft pas
d'une grande confequence. Dans cette matiere
la diverfité des raifonnemens étant infinie
, il n'y a que les faits qui intereffent ;
voilà la raifon qui m'a porté à les indiquer
avec la régularité qui leur convient.
Je me flate , Mrs. que vous regarderez
ma démarche moins comme une critique
de la Lettre que vous avez inferée dans
votre Mercure , que comme un éclairciffe-
G iiij
452 MERCURE
DE FRANCE
.
ment indifpenfable pour foutenir le carac—
terede vérité que vous faites briller dans vos
ouvrages ; je n'eus jamais deffein de cenfurer
perfonne , mais j'ai toujours intention
d'être fincére , & cette qualité devient un
devoir quand la douceur & la modeftie l'accompagnent
; je fuis ; Mrs. votre &c .
C ****
EXPLICATION du Logogryphe inféré dans
le Mercure de France du mois de
M
Septembre 1745.
Ademoiſelle de l'Etoile *
Qui nous cachez fous fombre voile
Un mot dont vous donnez plus d'un échantillon ,
Je gagerois bon or contre fimple billon
Qu'en faifant votre Logogryphe
Vous penfiez ( paffez moi ce petit coup de griffe )
Bien plus au jeu d'amour qu'au jeu du Corbillon
* Allufion à l'Etoile qui mafque le nom de l'Auteur
femelle du Logogryphe .
Par M. Gombaut Confeiller du Roi Grenetier
au Grenier à Sel d'Ifondun.
NOVEMBRE
1745. 153
D
ENIGM
E.
Ans l'Europe je fuis & de mode & d'uſage ;
Je répare des ans le rigoureux outrage :
Par mon art j'en impofe à prefque tous les yeux ;
On fe donne par moi l'air grave & férieux .
Ainfi donc mon pouvoir produit les deux contraire
Un Marchand autrefois eût bien fait fes affaires ,
En offrant mon ſecours au premier des Céfars ;
Le fombre Janfenifte à pour moi peu d'égards ;
Mais la Cour & la Ville en dépit de fon zéle ,
Me donnent tous les jours quelque grace nouvelle.
J
AUTRE .
E fers également les Grands & le vulgaire ;
Sans faire un peu de bruit on ne peut m'employer
:
On me découvre alors , fans fe faire prier ,
Ce qu'aux autres en montre avec bien du miftere,
Ne devinez vous pas ? Prenez un autre fens ;
e fuis fouvent utile aux pauvres Courtisans.
GT
154 MERCURE DE FRANCE .
AUTRE.
JE fuis la rivale des belles :
Je leur ôte des coeurs & j'en brûle pour elles .
Je brife ma prifon plus vite que le vent .
C'est pour m'y retenir qu'on me lâche ſouvent.
J'excite fans égard & les ris & les larmes :
Je ramene la paix ; je fais courir aux armes . 1
J'enfante la folie, & j'aide à la Raifon :
Pour l'un je fuis un bien , & pour l'autre un poifon ;
J : renverfe & foutiens ; on en rit , on en gronde.
On me trouve à la fois fur la terre & fur l'onde ;
Le plus riche mortel poffede mes faveurs ;
Le plus vil , comme lui , favoure mes douceurs :
Sage ou prostituée , il n'importe, on m'adore.
On déchauffe une belle ; on me décoiffe : quoi !
Tu ne peux cher Lecteur , me deviner encore ?
Il fautdonc que tu fois auffi bouché que moi.
BIBL
NOVEMBRE 1745 . 155
" AIR du beau Thamaris des rives de l'Eure.
Les paroles font du tendre Catulle de
la rue Trouffevache.
A Mis , ne quittons point un fi charmant azile ;
Ici l'Amour obéit à Bacchus ;
J'y verrois d'un regard tranquile
Les agrémens d'Iris & fes refus.
Voyez vous le Dieu de la Treille
Plus brillant le verre à la main ?
Amis , puifque c'eſt dans le vin
Que l'on trouve le don de plaire ,
Verfez , verfez ; je boirai fans fin.
Le mot de la premiere Enigme eft l'Eclair; Celui
de l'Enigme Latine eft Speculum. Celui du premier
Logogryphe eft Corail . On y trouve Cor , Ail ,
Roc , Lia , jimme de Jacob , car , la , Or , le Loir, Ri
viere , Leir anima!, & Loi. Le mot du deuxième eft
Eloquence. On y trouve Leçon , Coq , Eole , Enée
Ecole, vol & on .
Gvi
56 MERCURE DE FRANC
******************
SUITE DU CONTE TURC.
T
Hélamir , qui n'avoit pas vu Tézile
depuis le tems que nous étions parties ,
étoit le plus empreffé . Pour moi , je me
livrai à toute ma gaieté. Je remarquai que
le bon Derviche fe prenoit d'amour pour
ma four & pour moi ; je l'engageai à boi-
1e du vin & des liqueurs , afin de l'enflâmer
encore. Tézile lui chanta quelques chanfons
qui penferent le mettre hors de lui , & je
lui fis , pour me réjouir , des carefles dont
mon cher Delicat ne put s'empêcher de me
faire de tendres reproches.
Nous paflames la nuit dans ces plaiſirs ,
& le lendemain le Derviche , enchanté de
nous , nous fit préfent d'un Eunuque pour
nous fervir , & nous dit qu'il vouloit nous
rendre les plus belles perfonnes de l'Univers .
Allons enfemble , nous dit- il , dans un Caravanferail
qui n'eft pas éloigné d'ici , vous
y trouverez deux Juifs qui poffedent des
tréfors ineftimables qu'ils ont volés ; fongez
à vous en emparer.
Thélimir nous copfeilla de profiter de
fes avis , & nous aliâmes dans le CaravanfeNOVEM
BRE
1745. 197
tail où le Derviche nous conduifit : nous y
trouvâmes quelques Marchands qui s'y
étoient retirés , nous fumes bien reçûs &
nous nous mîmes à table avec eux .
Nous ne fûmes pas long-tems fans voir
paroître les deux hommes que le Derviche
nous avoit dépeints. Ma foeur en fit placer
un à côté d'elle , & je fis mettre fon compagnon
auprès de moi.
Le Derviche nous avoit dit , fans que
nous pullions fçavoir ce que cela fignifioit ,
que leur frere avoit danfe , nous les fimes
danfer auffi ; ils peuvent fe vanter de s'être
bien divertis ce jour là ; nous les mêmes
en tel état que nous leur emportâmes facilement
tout ce qu'ils avoient & nous les
abandonnâmes à leur deftin .
Lorfque nous les eûmes quittés , Tezile
fembla au Prince , à Thelamir & à moi
cent fois plus belle qu'elle n'étoit auparavant
, & je parus de même à leurs yeux.
Thélamir qui connoiffoit mille fecrets , nous
félicita fur le tréfor que nous avions acquis ,
fans nous dire quel il étoit.
( Siroco , en cet endroit , dit tout bas au
Baffa ; il n'en faut point douter ; elles ont
les Talifmans de beauté que les Juis avoient
pris à mes deux filles : le Baffa lui fit figne
qu'en étoit perfuadé , mais il ne voulut
pas interrompie Dely.
158 MERCURE DE FRANCE.
Quoique Delicat ( continua-t-elle ) fut
plus charmé que jamais de mes appas , il
défaprouvoit l'entreprife que nous avions
faite ; il ne voulut plus retourner chés le
Derviche , & nous fit embarquer pour l'Ifle
de Marbre noir.
Il n'eſt pas étonnant que cette Ifle foit
inconnue à tout l'Univers : les Rochers plus
noirs que du jais dont elle eft entourée ,
répandent aux environs une obfcurité effrayante
qui ne permet pas d'y aborder :
nos Matelots ne fe connoiffoient plus , &
quoique nous en euffions été prévenues ,
nous fumes épouvantées nous -mêmes de la
nuit où nous nous trouvions ; cependant
Thélamir guida notre Pilote & nous arrivâmes
fans danger,
A notre abord nous trouvâmes un Païs
charmant. Le jour le plus pur faifoit briller
la verdure ; les arbres les plus beaux &
que l'on ne voit dans aucun autre endroit
monde , élevoient leur cime à perte de
vûë ; les ruifleaux dont l'eau s'étoit philtrée
au travers des marbres rouloient leurs ondes
plus claires que le criftal fur un gravier
de mille couleurs differentes .
Les Habitans reconnurent leur Prince S
qui avoit repris fes habits d'homme , & vinrent
en foule au devant de nous ; mais ils
nous aprirent que le Roi étoit plus irrité
1
NOVEMBRE 1745. 159
que jamais contre fon fils Delicat de ce
qu'il ne vouloit pas époufer la Princeffe
Ökimpare ( c'étoit le nom de fa Coufine )
& de ce qu'il s'étoit échapé fans permiffion .
On ne lui confeilla pas d'aller à la Capitale
de l'Empire , de peur qu'il n'éprouvât
toute l'indignation de fon
pere .
Ce n'étoit point l'ambition qui me guidoit
; j'aimois mon cher Prince pour lui- même
; j'aurois cependant été ravie d'être dans
une Cour que je me figurois brillante &
de m'y voir en état de dominer. Nous fuivîmes
les avis les plus fages , & nous nous
retirâmes dans un Château que Thélamir
avoit dans un endroit écarté au milieu d'une
vafte forêt.
Ce Palais pouvoit s'appeller un féjour enchanté
, il étoit bâti d'un marbre fi poli que
les fleurs des jardins , les fontaines & les
autres objets dont il étoit environné pa-
´roiffoient dans les murs comme dans un
miroir. Les appartemens étoient d'une étendue
immenfe & parés des meubles les plus
précieux. Il y avoit fur tout un petit appartement
meublé de taffetas jaune & argent
que je me deſtinai , parce que comme j'ai
les cheveux noirs , il me féïoit à ravir. Nous
avions ma foeur & moi plufieurs femmes les
plus belles qui nous fervoient , & nous chan160
MERCURE DE FRANCE.
gions de robes tous les jours ; rien n'étoit
comparable à notre félicité ; hélas ! que
n'a -t- elle été plus durable !
Toute mon ame étoit à mon cher Deficat
, qui de fon côté m'aimoit à la folic .
Mais ma foeur qui le flattoit auffi ( feulement
parce qu'il devoit être Roi ) donnoit fouvent
des jaloufies affreufes à Théiamir. Nos
plus beaux jours étoient troublés par des
explications pleines de tendres reproches ,
dont cependant les larmes de Tézile triomphoient
toujours.
Au milieu des plaifirs dont nous jouiffions
nous apprîmes que le Roi étoit dangérculement
malade. Je confeillai à mon cher Prince
d'aller à la Cour pour fçavoir fi cette
nouvelle étoit vraie , & afin de fe montrer
aux Senateurs & aux premiers Seigneurs de
l'Empire. Il refifta long- tems à ma priere ;
il fembloit qu'il previt le malheur funefte
qui devoit nous arriver : enfin Tézile , qui
fui en parla un matin en préfence de Thélamir
, le perfuada , mais comme fon amour
pour moi l'occupoit plus qu'une Couronne
il nous promit qu'il feroit de retour
avant la nuit.
Le jour finit cependant fans que nous le
viffions arriver. Tézile qui étoit la caufe
de fon départ marquoit des inquiétudes qui
NOVEMBRE 1745. 261
paroiffoient trop tendres au jaloux Thélamir.
A mon égard je ne puis exprimer quelle
étoit mon agitation . Je me levai au milieu
de la nuit , & dans l'efpérance de le
trouver j'allai feule fur le chemin que je lui
avois vû prendre au travers de la forêt . Mon
preffentiment ne m'avoit point trompée ;
j'entendis du bruit , c'étoit mon cher Prin
ce ; il defcendit de cheval dès qu'il me reconnut
& nous nous affimes fur le gazon
pour nous faire part de nos mutuelles allar
mes.
Nous ne parlames point de fon voyage ,
le plaifir d'être réunis nous occupoit entierement
: Cher Prince ( lui difois -je , & ces
paroles doivent bien m'être demeurées dans
la tête ) c'eft vous feul que j'adore : ah ! que
ma foeur n'aime pas fi tendrement que moi !
mon cher Delicat étoit tranfporté de plaifir.
Sa tête étoit prefque colée à la mienne
& il me répondoit : Quelle eft l'ardeur dont
je vous aime non l'amour de Thelamir n'é
galera jamais celui que je reffens pour vous.
A peine Delicat eut il prononcé ces paroles
que j'entendis du bruit derriere nous ;
nous n'eûmes pas le tems de nous retourher,
& d'un même coup de fabre on nous
abbatit à tous deux la téte ; elles roulerent
fur l'herbe à quelque pas de nous.
De par Mahomet ( dit Siroco ) vous fe
162 MERCURE DE FRANCE.
7
méritiez :Pourquoi vous fervir des lieux communs
pour exprimer votre amour ? Queſt
ce que fignifie je vous adore , les autres n'aiment
pas comme moi ? Si vous euffiez dit des
chofes plus recherchées cet accident ne vous
feroit pas arrivé. Que voulez-vous , ( dit Tézile
qui prit le parti de fa foeur , ) quand le
coeur eft bien épris l'efprit ne fe donne pas
la peine de chercher ce que l'on veut dire ?
Il faut avouer , Seigneur , ( dit Dely ) que
vous êtes bien injufte ; fi on coupoit la tête
à tous les difeurs de rien , il n'y auroit
plus de fûreté dans le monde. *
Pour achever ( pourfuivit la jeune Circaffienne
) dès qu'on nous eut abbattu la tête
, j'entendis la voix de Thélamir en co
lere qui nous difoit : Parjures, répondez moi;
je vous en donne encore le pouvoir pendant
quelques momens. Infidelle Tezile , perfide Delicat
, ce n'est pas d'aujourd'hui que je m'apperçois
que vous vous aimez : quel fujet vous
ai-je donné de me trahir?
Je vis à ce difcours que Thélamir s'étoit
trompé & qu'il m'avoit pris pour ma
foeur. Hélas , lui répondit ma tête avec une
voix foible , je ne fuis point à Tézile , je
On croiroit volontiers que l'Auteur Mahométan
auroit eu peur , & que dans cet endroit il au
roit voulu parler pour lui- même .
NOVEMBRE 1745. 163
fuis à la malheureufe Dely que vous privez
du jour auffi - bien que votre ami . Thélamir
fembla faire réflexion fur fon erreur ;
je puis vous rendre la vie , reprit- il d'un
ton plus modéré ; banniffez vos allarmes.
Auffi tôt il chercha la tête du Prince , qui
ne faifoit que pouffer quelques foupirs ; il
nous mit à chacun une paftille magique dans
la bouche & nous replaça la tête fur le col.
La vertu des paftilles étoit merveilleuſe , nos
têtes reprirent parfaitement fans qu'il reftât
aucune marque qu'elles euffent eté coupées ,
mais comme Thélamir n'y voyoit goute , il
avoit mis ma tête fur le corps de Délicat
, & avoit placé celle du Prince fur mon
col.
Nous nous levâmes auffi -tôt , & nous fûmes
étourdis des differentes idées qui s'élevoient
de notre coeur à notre tête ; nous
portâmes nos mains à notre front ; ceiles
du Prince n'étoient point accoûtumées à
trouver une coëffure de femme ni les miennes
à fentir un turban , nous ne pouvions
comprendre ce que nous étions devenus.
Nous vîmes paroître dans ce moment
Tézile fuivie de plufieurs Efclaves qui portoient
des flambeaux : elle avoit entendu
fortir Thélamir , & elle avoit été allarmée
de ne me plus trouver dans mon appartement
; elle venoit nous chercher. Dès que
164 MERCURE DE FRANCĚ.
la lumiére parut , quelle fut ma furpriſe de
voir ma tête fur un autre corps que le
mien ! Ma foeur qui s'étoit approchée de
nous , crut d'abord que j'avois troqué d'ha
billement avet Delicat , mais ma robe s'étant
ouverte dans ce défordre , ma gorge
qui paroiffoit , l'affûroit du contraire.
Comme chacun aime fa perfonne plus
que toute autre , nous ne pûmes d'abord
nous empêcher de marquer un peu d'humeur
à Thélamir. Cependant Delicat m'aimoit
avec des fentimens fi tendres qu'après
un peu de réflexion il fe félicita de l'échange
qui s'étoit fait. J'ai toujours ( me ditil
) le même coeur brulant d'amour pour
vous , belle Dely , & je fuis en poffeffion
de votre tête ; mon bonheur eft parfait.
Thélamir , confus de toutes fes erreurs ,
nous dit qu'il avoit encore deux paftilles magiques
femblables à celles dont nous avions
éprouvé la vertu , & il nous propofa de recommencer
l'opération . Tout bien examiné
nous ne voulumes pas y confentir. Puifque
vous refufez mes offres , nous dit-il , ne
m'accufez donc plus de rien , & que vos
plaintes finiffent ; prenez chacun cette paftille
magique ( ajouta-t-il en nous les préfentant
) s'il arrive que vous foyez décapi
tés quelque jour vous vous en fervirez , &
chacun reprendra ce qui lui appartient,
NOVEMBRE. 1745. 、$
Nous acceptâmes fon préfent & nous retournâmes
tous enfemble au Château,
Quand nous fumes rentrés nous nous trou ,
vâmes dans un grand embarras. Ma tête
fans y penfer conduifoit le corps du Prince
dans mon appartement jaune & argent.
Mes femmes ne voulurent pas lui en per
mettre l'entrée , & me dirent qu'il n'y avoit
plus rien qui fut à mon ulage ; on me con
duifit dans l'appartement de Delicat,
Lorfque l'on me deshabilla pour me mettre
au lit , je penfai mourir de furprife
de voir tant d'hommes autour de moi
mes yeux n'étoient point accoutumés
aux objets différens qu'i's voyoient , tout
cela m'cblouiffoit & paffoit mon imagination
. Je me figurois que la tête de Delicat
qui étoit alors fur mon corps dans mon
appartement étoit aufli étonnée que la mienne
, & j'étois bien curieufe d'en fçavoir des
nouvelles : parmi toutes ces differentes idées
je ne dormis pas d'un fommeil bien tranquile.
Que vous devez ( dit Zambac ) avoir
eu de plaifir ! Vous pouvez dire que vous
avez bien connu le coeur de votre amant ,
puifque votre elprit étoit à portée de l'ex
rainer de fi près. Dites - moi , je vous prie
s'il vous aimoit d'un amour véritable ? Vous
feriez bien en état de faire des Differtations
166 MERCURE DE FRANCE.
fur le coeur & l'efprit. Vous avez eu le coeur
d'un homme & la tête d'une femme cela
eft admirable.
Ces Differtations , répondit Dely , pouroient
fort bien vous enauyer ; tout ce que
j'ai pû remarquer , c'eft que l'amour des
hommes eft dans le coeur , & celui des fem .
mes eft dans la tête avec la vanité, le caprice
& les autres paffions où l'imagination agit
plus que le fentiment. Ah ! dit Zambac , il
n'y a que dans l'Ifle de Marbre noir où cela
eft comme vous le dites ; dans tout le refte
du monde , c'eft le coeur feul qui agit chés
les femmes . Paffons fur ces réflexions , reprit
Dely ; elle nous conduiroient trop loin,
Le lendemain , continua -t elle , nous nous
regardâmes au miroir , & comme il n'eſt
rien qui ne devienne familier , nous ne fûmes
plus etonnés de nous trouver comme
nous étions. Nous n'eûmes qu'à troquer de
coëffure . Je devins une jolie blonde ( car
je vous ai dit que mon cher Delicat avoit
le vifage auffi aimable que la plus belle fille
) & le Prince étoit devenu un brun ayant
les traits que vous voyez & que j'ai repris
depuis ; dès le jour même tout le monde
dans le Palais fut accoûtumé à notre métamorphofe
.
Quelque tems après nous apprîmes la
mort du Roi de l'Ifle de Marbre noir.La tête
NOVEMBRE . 1745. 167
du Prince. Delicat qui avoit été autrefois la
mienne étoit pleine d'ambition , il voulut aller
à laCapitale de l'Empire pour le faire procla
mer Roi , mais notre embarras fut extrême : il
n'étoit pas poffible que l'on reconnut l'un
de nous pour hétirier du Sceptre ; c'étoit
une fille qui avoit les traits du Prince , &
le Prince étoit méconnoiffable avec un autre
vifage que celui qu'on lui avoit toujours
vu : de raconter aux Senateurs & aux premiers
Seigneurs de l'Empire notre avanture ,
ils n'y auroient jamais ajoûté foi ; nous avions
eu bien de la peine à la croire nous-mêmes ,
quoiqu'elle nous fut arrivée. Cependant mą
tete l'emporta , & nous allâmes mon amant
& moi nous préfenter aux Etats affemblés.
Nous trouvâmes que le Roi lui-même
quand il s'étoit vû prêt de mourir avoit prof
crit fon fils , & placé fur le Trône la Princeffe
Okimpare. La plupart des Grands &
des Sénateurs déclaroient ouvertement qu'ils
lui auroient préféré le fils du défunt Roi
s'ils avoient pu le connoître , mais on ne
le pouvoit voir ni en Delicat ni en moi,
On nous regarda comme des impofteurs ;
nous fumes enfermés dans une tour du Palais
& la nouvelle Reine nous fit faire no
tre procès.
Peu de jours après notre emprifonnement ,
Tézile & Thélamir qui nous avoient fuivis ,
168 MERCURE DE FRANCE.
vinrent nous annoncer que nous étions jugés
: ils nous dirent qu'ils avoient été dans
une inquiétude mortelle fur le genre de fupplice
que l'on nous deflinoit , mais que par
un bonheur inoui , nous étions condamnés
à avoir la tête tranchée .
Je dis franchement à ma foeur que je ne
voyois rien là de trop réjouifiant. Quoi ,
me dit Thélamir , ne concevez - vous pas
que dès qu'on vous aura coupé la tête je
ferai ufage des paftilles magiques que je vous
ai données, & que ... il n'eut pas le tems
d'achever ; Okimpare avoit donné des ordres
précis ; l'échafaut étoir dreffé ; on nous
conduifit dans la grande Plice qui étoit
devant le Palais , oùles principaux de l'Empire
& les peuples étoient aflemblés.
Le boureau fit d'abord fauter ma tête
de deffus les épaules du Prince ; dans l'inftant
ma four & Thé amir volerent fur l'échafaut
; ce dernier fe failit du coutelas &
coupa la tête de Delicat que j'avois . Ma
foeur mit une des paftilles magiques dans
ma bouche & remit fur mon col ma tête
naturelle ; elle reprit au mieux ; Thélamir
en fit autant à mon amant , & dit à haute
voix , en le préfentant au bord de l'échaf
faut : Sénateurs , & vous peuples reconnoiffez
le Prince Delicat , le fils de votre Roi , & votre
légitime Souverain, Les Sénateurs & les
peuples
་ |
NOVEMPRE. 1745. 169
peuples jetterent des cris dejoye , & tout le
monde reconnut Delicat pour fon Maître.
Okimpare qui étoit fur un balcon du l'alais
s'évanouit de défeſpoir & fut emportée chés
elle.
Je courus à mon cher Prince pour l'embraſſer
, mais hélas ! je m'apperçus que fon
vifage pâliffoit ; je vis les yeux qui perdoient
leur éclat & qui fe couvroient d'un nuage.
Ah ! me dit -il d'une voix prefque éteinte ,
je me meurs , ma chere Dely , mais je meurs
Roi & fidelle;je vis dans ce moment qu'une
artére de fon col n'avoit pas bien repris &
que le fang de mon cher Prince couloit
fous fa robe ; le ma heureux Delicat ne put
fe foutenir plus long-tems ; il tomba à nos
pieds & il expira.
Tranfportée de fureur , d'amour , & de
défefpoir , je pris le coutelas qui étoit tombé
fur l'échafaut , Thélamir voulut me faifir
la main dans la crainte que je ne me
perçaffe ; je le punis lui- même d'avoir mal
remis la téte à mon cher Prince & de nous
l'avoir coupée dans la forêt ; je le frappai
au milieu du coeur ; il tomba mort auprès
de mon amant. . .
Chacun donnoit toute fon attention à une
hiftoire auffi furprenante , lorfque l'on s'apperçut
que Dely ne pouvoit plus pourfuivre
, & que fon vifage fe couvroit d'une
H
170 MERCUR DE FRANCE.
pâleur mortelle ; Tézile étoit tombée fur
les couffins ou elle s'étoit affife ; le fouvenir
du malheur ,funefte que Dely racontoit
avoit fi fort touché les deux foeurs qu'elles
étoient évanouies. Zambac ordonna à fes
femmes d'employer tous leurs foins à les
foulager & les fit emporter dans un appartement
proche du fien.
On fit diverfes réflexions fur l'hiftoire
que Dely venoit de raconter. Ibrahim qui
étoit accoûtumé à chercher & qui n'avoit
autre chofe dans l'efprit , dit que tandis que
les deux jeunes Circaffiennes étoient éva -
nouies, on devroit voir fi elles n'avoient point
fur elles les Talifians des deux filles de
Siroco. Le Baffa lui reprocha cette penſée ,
qui en efiet n'étoit pas bien réguliere; quoi !
mon fils , lui dit- il , méprifez- vous ainfi les
droits de l'hofpitalité ? Ces deux belles filles
nous ont fort bien dit qu'elles n'étoient
point nos esclaves & que nous ne devons
rien obtenir d'elles que de leur gré ; attendons
jufqu'à demain , nous trouverons peutêtre
le moyen de les intéreffer en notre faveur.
Ces deux belles perfonnes ( dit Zélide
) ont fort bien penfé quand elles ont
fait ferment de ne contribuer au bonheur
d'aucuns amans : fi j'étois féparée de mon
cher Haffan , je voudrois que tout le monde
partageât mon malheur. Haffan qui étoit
NOVEMBRE. 1745 . 171
à fes pieds , jetta fur elle un regard qui peignoit
la joye & la tendreſſe .
Cependant minuit approchoit. Néangir
qui étoit placé auprès de la belle Juive ,
lui montroit le portrait de la charmante Argentine
& entendoit avec un plaifir extrême
qu'elle étoit plus belle encore qu'on
ne l'avoit dépeinte. Toute la compagnie
étoit dans l'attente des deux Montres qui
devoient venir retrouver Sumi : le Baffa
avoit ordonné que toutes les portes fuffent
ouvertes pour que rien ne les empêchât d'entrer
dans le Palais , mais on trembloit en
même-tems que celui qui les avoit achétées
le matin ne les eût montées par hazard &
qu'elles ne revinflent pas cette nuit , lorf
qu'on vit entrer le jeune Page que le Baffa
avoit banni ce foir là de fa préſence.
Le Baffa le regarda avec colere. Azemi , lui
dit-il , ( c'étoit le nom du jeune Page )
eft- ce ainfi que vous obéillez à mes ordres ?
Ne vous avois-je pas défendu de paroître
devant moi ?
Seigneur répondit modeftement Aze
mi ) j'étois en dehors auprès de cette porte
, d'où j'ai entendu le récit des deux belles
danfeuſes : je vois que vous aimez les hif
toires ; je viens vous en raconter une qui
ne fera pas fi longue , mais qui vous interreffera
beaucoup davantage. Ayez la bonté
Hij
172 MERCURE
DE FRANCE
.
de l'écouter & fi elle ne vous plaît pas ,
faites moi punir féverement. Je le veux ,
dit le Bafla ; prends bien garde à ce que
tu vas dire .
Mon fouverain Seigneur ( reprit Azemi )
je me promenois
ce matin dans la Ville.
J'ai vu un homme qui marchoit à côté de
moi , fuivi d'un efclave de bonne mine. Cet
homme eft entré chés un Boulanger
où il
s'et fait donner du meilleur pain , dont il
a chargé fon Efclave . Il eft entré enfuite chés
un Marchands
de fruits. Il a achété les plus
excellens qu'il a pu trouver , qu'il a donnés
de même à celui qui l'accompagnoit
. Nous
avons paffe dans le marché où il a pris le
meilleur gibier & de toutes fortes d'épices
ries pour l'affaifonner
, qu'il a encore don
nées à celui qui portoit les autres provifions....
Ah! fur mon ame ( dit Siroco
) Azemi aura cinq cent coups de bâton
fous la plante des pieds ; fon récit n'eft
point intérellant. Attendez quelques momens
, dit le jeune Page ; on ne peut juger
des chofes que quand on en a vû la
fin.
- L'inconnu ( continua le Page ) a dit enfuite
à fon Elclave , portez tout cela à la
maifon & que le fouper foit prêt ce foir à
minuit ; j'aurai compagnie , mais nous n'avons
qu'une heure à demeurer à table. L'Efclave
l'a quitté pour exécuter fes ordres,
NOVEMBRE . 1745. 173
J'ai encore fuivi de loin cet inconnu &
je l'ai vu acheter une montre qui m'a paru
d'argent , qu'il a miſe dans fa manche &
qu'il a emportée , & à quelque pas de là ,
je l'ai vu ramafler une montre d'or qu'il a
trouvée à fes pieds . J'ai couru à lui & j'en
ai retenu ma part : il m'a dit que cela étoit
jufte & m'a conduit dans fa maifon pour
partager; là il m'a donné quatre cent fe
quins pour la moitié du bijou qu'il avoit
trouvé en ma piéfence , & m'a congédié.
Je me fuis rendu enfuite à mon devoir ,
& je vous ai accompagné , Seigneur , quand
vous êtes entré chés le Cadi . J'ai entendu
par l'hiftoire des trois Juifs de quelle importance
étoient les deux montres que j'avois
laiffées à celui qui m'avoit donné les
quatre cent fequins ; j'ai couru chés lui ; il
étoit forti , je n'ai trouvé que fon, Efclave
qui m'avoit vu avec lui quelques momens,
auparavant & qui m'a pris pour un de fes,
amis. J'ai dit que j'avois oublié de dire quelque
chofe d'important à fon maître ; il m'a
fait entrer pour attendre qu'il fut revenu . J'ai
vu les deux montres fur une table,j'ai mis à la
place de la montre d'or les quatre cent fequins
qu'il m'avoit donnés & à la place de la montre
d'argent trois fultanins que je fçavois qu'elle,
lui avoit coûté , & j'ai écrit fur un papier
que j'ai laiffé fur la même table , puifque vous
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE.
avez parlé de ſouper à minuit , vous connoif
fez les deux montres . Vous fçavez qu'elles
ne restent jamais à celui qui les achete on
qui les trouve ; il est bien heureux quand il
peut ravoirfon argent. J'ai emporté les deux
montres & dans le moment je viens de les
monter ; Aurore & Argentine font à l'heure
que je vous parle enfermées à double tour
dans ma chambre.
A ces mots Siroco tranſporté de joye
fe jetta au col d'Azemi & tout le monde
penfa l'étouffer à force de l'embraffer. Néangir
, plus ardent que les autres vouloit aller
trouver fa chere Argentine & enfoncer la
porte d'Azemi fans fçavoir où étoit ſa chambre.
Monfeigneur , dit le Page , attendez un
moment ; je vais fatisfaire votre impatience,
Il fortit en effet & revint dans le même
inftant en conduifant par la main la belle
Aurore & la charmante Argentine, Zélide
courut à elles pour les embraffer , & Siroco
ne put retenir les larmes que lui arracha
le plaifir de revoir deux filles fi charmantes
qu'il avoit perdues depuis fi longtems.
Zambac les fit placer auprès d'elle &
ne pouvoit fe laffer d'admirer leur beauté.
Néangir trouvoit fa chere Argentine mille
fois plus adorable qu'elle ne lui avoit paru
dans le portrait que Siroco lui avoit donné.
Tandis que tout le monde étoit dans l'adNOVEMBRE.
1745. 175
iration des deux charmantes foeurs , Ibra
him s'approcha de la belle Aurore & ſe jettant
à fes genoux il cherchi dans les plis de
fa robe ; dans le cinquième pli il trouva le
grain de corail qu'il avoit perdu. Il fut
comb'é de joye à cette vûe : il l'enfila
promptement avec les quatre-vingt dix-huit
grains qui lui reftoient & , dit avec tranſport,
le Tesbuch , eft complet je ne chercherai plus .
Haffan à ces mots ne put diffimulér fa
trifteffe ! eh moi , dit- il en foupirant , je dois
pleuter encore , & je ferai feul malheureux.
c'étoit du moins une confolation pour moi ,
mon cher frere , de vous voir courir dans
notre chambre tandis que j'étois plongé
dans la plus vive douleur. On tâcha de confoler
Haffan en lui repréfentant que l'on ne
pouvoit manquer le Derviche qui avoit emporté
le fac de taffetas couleur de roſe.
•
Comme Néangir étoit encore pénétré de
la crainte qu'il avoit eu que l'inconnu qui
avoit achété le matin les deux montres
ne les eût montées à minuit , fi Azemi n'avoit
pas eu l'adreffe de les lui enlever , il
demanda à Argentine fi elle fçavoit quel
étoit cet homme & d'où il avoit pu tenir
leur fecret. Tout ce que j'en puis dire , lui
répondit Argentine , c'eft le Muzulman chés
qui vous couchiez hier quand vous nous
avez oubliées. En fortant de votre chambre
7
Hij
176 MERCURE DE FRANCE.
,
tandis que vous ouvriez votre porte pour
nous fuivre fur l'efcalier , nous entendîmes
quelqu'un qui difoit , j'ai bien compris
les difcours que vous veniez de tenir dans
la chambre de mon hôte ; allez , aimables
enfans dès demain je vous achèterai
& je ne ferai pas fi négligeant que lui .
Que nous vous avons d'obligation,mon cher
Azemi ( dit Néangir en embraffaat encore
le jeune Page ) cet homme auroit joui de
la vue de mon adorable maitreffe : qui peut
fçavoir ce qui lui feroit arrivé auffi -bien
qu'à fa foeur. Ah ! Seigneur , dit le Page ,
vous vous allarmez trop ; les provifions qu'il
avoit faites montrent bien qu'il ne vouloit
que les régaler à fouper.
On s'empreffa à fervir les deux foeurs.
Elles mangeoient quelques fruits : le Baffa
fit apporter le flacon d'Amour parfait que
Zélide lui avoit confié ; Neangir en verfa .
lui- même à ſa chere Argentine , & Ibrahim
en prit aufli avec la belle Aurore : auffi- tôt
leurs yeux brillerent d'un feu nouveau & ils
fe jurerent tendrement de s'aimer toujours.
La joye étoit fi grande que l'on ne faifoit
pas attention qu'elle ne devoit durer
que jufqu'à une heure . Cette heure fatale
fonna ; les deux filles du Gouverneur d'Alexandrie
difparurent & redeviarent montres,
La fuite dans le Mercure prochain.
NOVEMBRE. 1745. 177
N
Ous avons annoncé le mois paffé l'entreprife
du fleur Gautier , pour 8 planches d'Anatomie
qu'il propofe par foufcription ; nous n'eûmes
pas le tems alors de nous étendre d'avanta
ge fur cette entrepriſe utile ; pour ne rien laiffer
à defirer au Public , nous allons donner une Def
cription de ce que contiendront ces huit planches
; elles font de grandeur naturelle ; la tête
eft en fon entier jufques aux deux premieres
côtes vûë par la face , & jufqu'à l'angle inférieur
de l'omoplate , dans celles qui font vûës poftérieurement
, la premiere figure eft de profil , & nous
repréſente l'état naturel d'une tête fraîchement
diffequée par les mains d'une habile Démonftrateur
c'eft Monfieur Duverney ) Un fimple
étudiant y diftingue d'abord les os , les mufcles
, les tendons , les aponévrofes , les tégumens ,
la direction des fibres , fans la confufion que l'on
trouve dans les Eftampes noires , où l'on prend
quelquefois les acheures pour des fibres & les
tendons pour des parties charnuës ; il femble que
l'Art d'imprimer en tableaux eft inventé expreffément
pour repréſenter aux yeux des amateurs
des Sciences dans un porte - feuille ou dans un cabinet
une infinité de piéces rares que l'on n'avoit
auparavant qu'avec des frais confidérables en
parti s féches , lefquelles ne confervoient aucunement
l'état naturel de la vraie démonſtration ; -
un mufcle fraîchement développé fait paroître
fon tendon , fon aponevrofe , & la partie char➡
nue dans fa naiffance & dans fon infertion avec
fes couleurs , une partie féche conferve véritablement
les attaches , mais on n'y voit point ce
H Y
"
178 MERCURE DE FRANCE.
différens accidens ; il faut toûjours les barbouil
ler avec des ingrédiens pour les conferver , &
quand on vient à l'étude du naturel dans un fujet
diffequé , on trouve qu'un muſcle qui paroît
alors comme dans les tableaux imprimés de jufte
proportion , épais , rond , & chamu , tiffu de fibres
vermeilles , terminé par des tendons argentins
bluâtres , quelquefois dorés , n'eft au contraire
dans une piéce féche que ſemblable à la
corde d'une baffe de Violon , quelquefois même
tortillé par la féchereffe , fujet aux vers &
à une odeur infupportable. Je ne dis pas que l'un
& l'autre ne foit utile à la parfaite étude ; mais
dans ces figures ci le chemin eſt affûré ; le naturel
eft toûjours préfent aux yeux , cette nature
admirable que l'on ne peut pas conferver , s'y
trouve pour ainfi dire perpétuée : on ne fera aucun
paralelle ici des Eftampes noires aux tableaux
imprimés en ce qui concerne l'Anatomie :
cette question a été décidée univerfellement."
On voudroit bien que l'on donnât une fuite de
Plantes dans le même goût , & de tout ce qui
regarde l'Hiftoire naturelle ; la Médecine , la Phar
macie , & la Chirurgie poffederoient alors de véritables
tréfors pour l'utilité de leurs Sciences.
La feconde figure eft auffi vûë de profil ; les
premiers muſcles font enlevés , & l'on voit les
mufcles fuivans en entier. Le globe de l'oeil furtout
eft admirablement bien fitué dans fa foffe orbiculaire
, fufpendu par fes fix muſcles , à côté ,
Porbiculaire fe trouve renversé , & le releveur de
la paupiére hors de fa fituation porté comme
du fujet naturel on eût voulu découvrir cette partie
pour appercevoir le globe qui paroît vouloir
fe remuer.
Ces Figures font fi naturellement dépeintes que
NOVEMBRE . 1745. 179
fafpect furprend & émeut ; il femble que le fujet
eft préfent , mais on s'y aprivoife aifément
quand l'amour de l'Art en fait connoître les beautés
.
La troifiéme Figure a la face en racourci , le
col diffequé , & ne cede en rien à la beauté des
autres.
La quatriéme repréfente le Larinx d'une délicateffe
& d'un vrai étonnant .
un mor-
La cinquiéme & la fixiéme à la gravûre def
quelles l'Auteur travailloit ( car les cinq dernieres
piéces font prêtes , & les tableaux en état , mais
on ne les livrera cependant que du premier Février
prochain au dernier Avril avec
ceau d'augmentation que l'Auteur fe prépare de
donner auffi au même-tems ) La cinquiéme &
fixiéme piéce , dis-je , font vûës par derriere jufques
à l'angle inférieur de l'omoplate , & quoique
la face ne paroiffe pas , il femble qu'elles font
avec tous leurs muſcles dans differens mouvemens.
> La feptiéme eft de même vûë par derriere
mais extrêmement rare ; les muſcles vertebreux ,
ceux de la tête font bien & naturellement repréfentés
, l'extrêmité des apophifes traverfés de chaque
vertebre fe voit auffi en fon lieu. On est char
mé de voir cet affemblage admirable de la ftruc.
ture de notre corps.
La huitiéme repréfente la langue détachée , la
machoire détachée , & les mufcles antérieurs du
col. Tous les Sçavans applaudiffent à cette entreprife.
Le fieur Gautier privilégié du Roi demeu
re ruë S. Honoré au coin de la ruë S. Nicaife
; on foufcrit chés lui , & chés le fieur Mangin
Greffier des Bâtimens rue Bourtibourg , & chés
le fieur Quillau pere , Libraire Imprimeur de
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
l'Univerfité de Medecine rue Galande , on ne
fouferira que jufques au premier Fevrier : la foufcription
eft de 12 liv. en foufcrivant on reçoit les
trois premieres figures avec leurs Tables explicatives
en beau papier de pareille grandeur : on
diftribue le profpectus chés le fieur Gautier.
L
SPECTACLES.
'Académie Royale de Mufique continue
les reprefentations du Ballet des Fétes
de Polimnie ; la foule augmente de jour en
jour , ce qui eft la preuve la plus certaine du
fuccès. M. Rameau a déja éprouvé plus d'une
fois que fa Mufique gagnoit à proportion
qu'on la connoiffoit davantage ; nous avons
oublié en rendant compte des paroles , de
dire qu'elles font dédiées au Roi , & que
l'Auteur a eu l'honneur de les prefenter à Sa
Majefté.
Le public a vû avec plaifir que dans plufieurs
endroits de cet Opera l'éloge du Roi
eft fouvent enveloppé fous la fiction du
Poëme.
Cet Art de l'Auteur brille fur tout dans
F'acte de Stratonice , où peignant un Roi
NOVEMBRE . 1745 . 181
que la Victoire vient de couronner de fes
lauriers & qui aime fon peuple autant qu'il
en eft aimé , il a donné le portrait le plus
fidéle, & par conféquent l'éloge le plus complet
du Monarque qui fait aujourd'hui l'admiration
de l'Europe & les délices des François.
L'Académie Royale de Mufique fait de
concert avec les Penfionnaires du Roi les
répetitions du Ballet du Temple de la Gloire
dont les paroles font de M. de Voltaire
& la Mufique de M. Rameau. Cet Ouvra
doit être exécuté à Verſailles , au retour
de S. M. fur le magnifique Théatre confpour
l'augufte hymen célebré au comge
truit
cement de cette année.
L'Opéra a déja donné quelques bals fur
fon Théatre du Palais Royal.
Le jour de la Fête de la Touffaints on a
donné, fuivant l'uſage , dans la fale des Thuilleries
le Concert Spirituel.
Les Comédiens François ont remis pendant
le voyage de Fontainebleau fur leur
Théatre de Paris la Tragédie de Penélope ,
ouvrage de M. l'Abbé Geneft , qui ſoutient
depuis un demi fiécle une brillante réputation.
Le public a reçu cette piéce avec
beaucoup de fatisfaction , & a temoigné par
182 MERCURE DE FRANCE.
fes applaudiffemens combien il étoit content
des Acteurs qui l'ont repréſenté. Mile
Clairon a joué parfaitement le rôle de Penélope
, Mrs de la Noue , Rozeli & Dubois
ont réuffi avec diftinction dans les perfonnages
d'Uliffe , de Télemaque & d'Eubée.
Le 2 Novembre on a donné la premiere
repreſentation de la Tarentule petite Comédie
en Profe d'un acte , fuivie d'un divertiffement.
Le 13 on a remis les Machabées, Tragédie
de M. de la Motte de l'Académie Françoife
, laquelle fut jouée autrefois avec un
grand fuccès
SEPTIEME fuite des reflexions fur les
Ballets
L'année 1628 les Penfionnaires du Collége
de la Ville de Reims danferent un
Ballet en réjouiffance de la réduction de la
Ville de la Rochelle , dont le deſſein , en forme
de vieux Roman , étoit la conquête du
Char de la Gloire par legrand Théandre : en
voici l'argument.
Les Géans de la tour noire fe fiant à la
force de leurs charmes firent publier un cartel
dicté par l'Orgueil qui invitoit tout les
Chevaliers errans à la conquête du char ‘ de
la Gloire.
NOVEMBRE . 1745. 183
Lindamor defirant châtier l'infolence de
ces Sauvages , fait une partie avec trois de ſes
amis pour les aller combattre. La tour noire
étoit remplie de charmes , & il n'y avoit
nul moyen d : l'ouvrir qu'avec le fon d'un cor
enchante que les Géans avoient attaché à la
porte, Lindamor le fonne ; les Géans averti
de l'aventure qui fe prefente fortent fur lui
& fur fes compagnons. La partie n'étant pas
égale , Lindamor eft contraint de fe retirer
& de laiffer les compagnons de fa valeur
entre les mains des Géans qui les chargent
de fers & les lient à la porte de la tour pour
y fervir de trophée à leur orgueil. Quelques
Bergers de la contrée qui avoient vu le combat
de Lindamor & des Géans , perfuadent
Cafpis de s'employer en faveur des infortunés
Chevaliers abandonnés par la Victoire ;
ce Berger fupérieur dans la Magie fe prefente
aux Captifs & d'abord brife leurs fers
& leur procure la liberté. Lindamor fatisfait
de l'action généreuſe de Cafpis , concerte
avec lui les mefures néceffaires pour fe
venger des Géans de la tour noire. Il apprend
du Berger enchanteur que l'épée de
Cloridan doit feule achever cette entrepri
fe , & que pour poffeder cette fatale épée il
faut endormir le dragon à qui les Géans en
ont confié la garde . Cafpis fe charge de cette
opération & l'exécute heureuſement , mais
184 MERCURE DE FRANCE.
pour avoir l'épée de Cloridan il falloit quelque
chofe de plus que d'endormir le Dragon.
Le Berger magicien évoque l'ombre
de Cloridan pour fçavoir de lui -même ce
qu'il falloit faire pour fe fervir utilement de
cette épée; l'ombre évoquée leur apprend
que Theandre feul eft capable de s'en fervir.
Le bruit de cet Oracle s'étant répandu , Vulcain
ſecondé de fes Ciclopes prépare des armes
victorieufes pour Théandre , qui conduit
par la Renommée & fuivi de Lindamor
court où l'épée de Cloridan étoit gardée ,
fe faifit de cette épée après avoir enchainé
le Dragon , fe préfente à la parte de la tour
noire , la fait ouvrir au fon du cor , défait
les Géans , tire de la Tour le Char de la
Gloire , y attache les Géans vaincus &
triomphe enfin des armes & des enchantemens
de les ennemis.
Ce projet qui tient de la conduite des anciens
Romans , eft une allégorie de la prife
de la Rochelle. Théandre eft le Roi Louis
XIII. Le Berger enchanteur Cafpis, eft le
fameux Cardinal de Richelieu Premier &
principal Miniftre de ce Monarque.
Lindamor, le Roi HENRI III , qui n'étant
encore que Duc d'Anjou avoit en vain tenté
le fiége de cette Ville rebelle ; l'épée de
.Cloridan eft celle du GRAND CLOUIS ; la
tour noire repréſente la Rochelle , les enNOVEMBRE.
1745. 185.
chantemens figurent l'Héréfie & la révolte.
Ces deffeins allégoriques font les plus
ingénieux & les plus propres pour le Ballet,
pourvû qu'ils foient naturels & aifés à concevoir.
VERS à M. Raux le fils.
Toi dont l'amour des Arts forme entre nous
les noeuds ,
A ce titre accepte mes voeux .
Pourois - tu refufer de trop juftes fuffrages ?
Que d'autres dans leurs Vers élevent de faux
Grand's ,
Le Mérite réel reçoit feul mes hommages ,
Je ne chante que les talens .
Approuve les tranſports de l'ardeur qui m'enflâme;
Dis-moi par quel pouvoir fous tes adroites mains
L'émail obéiffant femble emprunter une ame ?
Rival de Promethée aux moteurs fouverains
Aurois -tu dérobé des rayons de la flâme
Dont ils animent les humains ?
Tu veux , foudain naiffent mille prodiges..
La Nature fe peint , & vit dans chacun d'eux.
Tu fçais , docte enchanteur, tromper par tes prefti
ges
186 MERCURE DE FRANCE.
L'efprit même ainſi que les yeux.
Comme Titon , ce mortel genereux ,
Tu confacrâs aux Arts l'image du Parnaffe ,
Apollon ne fçauroit te récompenfer mieux
Qu'en t'y refervant une place.
Raux le fils , Marchand de Bijoux en émail
ruë du Petit- Lion , aux armes du Dauphin , dư
côté de la rue S. Denis , vend toute forte de petites
Etrennes en émail , d'un deffein ingénieux
capables de furprendre agréablement ceux à qui
ces petits préfens font faits , tels que de petits
cabinets de carton à la façon des cabinets de la
Chine , renfermant des perfonnages d'émail , des
hommes , des femmes, des joueurs , des Muficiens ;
plus de petits corps de logis de même matiere, avec
des appartemens fort jolis, où fe paffent des histoires
véritables Par exemple dans l'un eft repréſentée
celle du fameux Vertvert. Le même Raux a fait en
émail le Parnaffe de M. Titon , piéce fort élégante ,
qui fe montre chés lui indifféremment à tous les
Curieux . Au refte on y trouve de ces petits onvrages
à tout prix , depuis un écu jufqu'à dix
Louis . Cet ingénieux Artifte produ't tous les ans
quelque chofe de nouveau & de galant , qui n'a
point encore paru. Ce qu'on ne doit pas omettre
, eft qu'il donne des leçons de fon Art à ceux
qui en veulent faire ufage pour leur amufement.
L
Efieur le Rong , Ingénieur Géographe du Roi
à Paris rue des Auguftins , vient de donner
une nouvelle Carte de France fur les nouvelles obfervations
de Meffieurs de Caffini & Grimaldi ; cette
Carte et fort differente des anciennes.
NOVEMBRE 1745. 187
Plus une nouvelle Carte des Pays Catholiques ,
contenant la Flandre , le Hainault , le Brabant
l'Artois & le Luxembourg.
Le Plan de la Bataille de Sohr gagnée par le Roi de
Pruffe fur les Autrichiens le 30 Septembre dernier.
L
***
E Vendredi 12 l'Académie Royale des Belles
Lettres fit fuivant la coûtume fa rentrée
publique. M. Ronamy lut un Mémoire qui contenoit
un détail du Procès de Jacques Coeur &
de fes dernieres avantures où il montra la fauffeté
de tout ce que les Ecrivains ont débité à fon fujet.
M. l'Abbé de la Bletterie prouva que l'Empire
chés les Romains n'étoit ni patrimonial ni fucceffif,
mais electif de Droit , & examina en particulier
ce qui concerne la maniere dont Caligula
a fuccédé à Tibere.
M. l'Abbé Belley montra que l'ancienne Cité des
Vermandui , peuple de la Belgique, étoit la Ville
de S. Quentin & non le Village de Vermand à deux
lieuës de S. Quentin. Nous rendrons fuivant notre
ufage un compte plus particulier de tes Mémoires.
L
E Samedi 13 l'Académie Royale des Sciences
fit fa rentrée publique. Nous donnerons
inceffamment au public l'Extrait des Mémoires qui
y furent lus .
L'Académie défirant que les Auteurs qui compofent
pour le Prix , ayent tout le tems d'approfon
dir les matiéres , & de travailler les fujets qu'elle
188 MERCURE DE FRANCE.
f
leur donne à traiter , a réfolu de les publier beaucoup
plûtôt , & elle annonce dès à préfent que
le fujet qu'elle a arrêté pour le concours au Prix
qu'elle diftribuera à Paques 1747 , confifte à exa➡
miner & à déterminer , quelle eft la véritable fignification
du titre d'AUTONOME que prenoient
pinfieurs Villes dans le tens qu'elles étoient foumifes
à une Puissance étrangere : Quels étoient les priviléges
attachés à ce titre , foit par rapport à l'adminiftration
de la Juftice , foit par rapport aux impofitions 5 au
Service militaire.
Le Prix fera toûjours une Médaille d'Or , de
la valeur de quatre cent livres .
Toutes perfonnes , de quelque Pays & condi
tion qu'elles foient , excepté celles qui compofent
ladite Académie , feront admifes à concourir pour
ce Prix , & leurs Ouvrages pourront être écrits,
en François ou en Latin à leur choix . Il fau➡
dra feulement les borner à une heure de lecture
au plus.
9
Les Auteurs mettront fimplement une Deviſe à
leurs ouvrages , mais , pour le faire connoître , ils
y joindront dans un papier cacheté , & écrit de
leur propre main , leurs nom , demeure & qualités ,
& ce papier ne fera ouvert qu'après l'adjudication
du Prix .
Les piéces affranchies de tous ports feront remifes
entre les mains du Secretaire de l'Acadé
mie avant le premier Décembre 1746.
NOVEMBRE, 1745. 189
JOURNAL DE LA COUR , DE PARIS
&c.
L
Es troupes de l'armée qui étoit en
Flandre fous les ordres du Maréchal
Comte de Saxe fe font féparées.
Le 24 du mois dernier pendant la Meffe
du Roi l'Archevêque de Vienne prêta ferment
de fidélité entre les mains de S. M.
Les Députés des Etats de la Province
d'Artois eurent le 15 audience du Roi étant
préfentés par le Prince Charles de Lorraine
Gouverneur de la Province en furvivance
du Duc d'Elbeuf , & par le Comte d'Argeafon
Miniftre & Secretaire d'Etat du
Département de la guerre , & conduits en
la maniere accoûtumée par le Marquis de
Dreux Grand Maître des Cérémonies. La
députation étoit compofée pour le Clergé
de l'Abbé de France de Noyelles Chanoine
de l'Eglife Cathédrale d'Arras , qui porta
la parole ; de M. Raulin de Belval pour la
Nobleffe , & de M. le Senne pour le Tiers
Etat.
Le 26 leurs Majeftés accompagnées de
Monfeigneur le Dauphin , de Madame la
Dauphine & de Meldames de France , fe
190 MERCURE DE FRANCE.
rendirent vers les quatre heures après midi
à l'Eglife de la Paroiffe de Fontainebleau
où l'Archevêque de Sens fit avec les cérémonies
accoûtumées la Bénédiction de 4
Cloches. La premiere fut nommée par leurs
Majeftes , la deuxième par Monfeigneur le
Dauphin & par Madame la Dauphine , la
troifiéme par le Roi & par Madame Adélaide
, & la quatrième par Monfeigneur le
Dauphin & par Madame.
Le Roi a accordé au Comte de Brionne
nommé il y a déja quelque tems Grand
Ecuyer de France en furvivance du Prince
Charles de Lorraine fon grand Oncle , la
permiffion d'exercer dès à préfent les fonctions
de fa Charge.
M. de Cremille Maréchal des Camps &
armées du Roi , & Maréchal Général des
Logis de l'armée de Flandre a été nommé
Infpecteur des troupes de S. M.
M. Micault Capitaine au Régiment de
Normandie , fils de M. Micault Commiffaire
Général des Poudres de France , a été
choifi par M. le Maréchal de Saxe pour
porter au Roi la nouvelle de la prite d'Ath ,
& S. M. lui a donné le Erevet de Colonel,
NOVEMBRE 1745. 191
હોમ અ
PROMOTION d'Officiers Généraux faits
le 31 Octobre 1745 .
LIEUTENANS GENERAUX.
Eat- Placide-François de Zurlauben , du Canton
Bde Zug , Colonel du Régiment des Gardes
Suiffes , Maréchal de Canip du 15 Mars 1740.
Louis- François de Gautier Marquis de Chiffrevil's
premier Sous-Lieutenant de la feconde Compagnie
des Moufquetaires de la Garde , Maréchal
de Camp du 15 Mars 1740,
Jofeph-Marie de Covet Marquis de Marignone
Sous-Lieutenant de la Compagnie des Chevau
Legers de la Garde , Maréchal de Camp du 15
Mars 1740,
N.... de Montgibaur Lieutenant dans la Com
pagnie des Gardes du Corps d'Harcourt , Mar
chal de Camp du 15 Mars 1740,
Jean-Claude de Laftic Marquis de S. Jal Lieutenant
des Gardes du Corps dans la Compagnie.
de Villeroy , Maréchal de Camp du5 Mars 1740 ,
Charles-Yves -Thibaut de la Rivire du Ples
Comte de la Riviere Sous-Lieutenant de la feconde
192 MERCURE DE FRANCE .
*
Compagnie des Moufquetaires de la Garde , Commandeur
de l'ordre Militaire de S. Louis , Maréchal
de Camp du 15 Mars 1740.
René- Théophile de Manpecu , Seigneur de Sablonniere
, Marquis de Manpeon , Infpecteur d'in
fanterie , Maréchal de Camp du 15 Mars 17.0 .
Paul- Jerome Phelypeaux Marquis de Pontchartrain
Infpecleur de Cavalerie , Maréchal deCamp
du 5 Mars 1740 , étant alors Capitaine- Lieute
nant de la Compagnie des Gendarmes A glois,
Louis -René-Edouard Clbert Comte de Maulevrier
, Maréchal de Camp du 5 Mars 740.
Pierre- Jofeph Chapelle Marquis de Jumillac en
Perigord , Capitaine- Lieutenant de la premiere
Compagnie des Moufquetaires de la Garde du 23
Mai 1738 , Maréchal de Camp du 5 Mars 1740,
Louis Engelbert de la Marck Comte de la Marck
Lumain , Marquis de Vades , Colonel d'un Régi
ment d'Infanterie Allemande du 10 Juillet 1714 ,
Maréchal de Camp du 15 Mars 1740
. Paul-François de l'Hôpital Cheify , a pellé ci-devant
le Marquis de Vitry & à préfent le Marquis de
l'Hôpital, Ambaffadeur de S. M. auprès du Roi des
deux Siciles depuis le mois de Juillet 139 , Maréchal
de Camp du 15 Mars 1740 .
N .... de Monnin Colonel d'un Régiment Suiffe
du 16 Août 1739 , Maréchal de Camp du 15
Mars 1740 .
Raoul- Antoine de S. Simon Comte de Courtom
Lieute
NOVEMBRE . 193 1745 .
Lieutenant - Colonel du Régiment des Gardes
Françoifes , Maréchal de Camp du 15 Mars 1740.
Guy-Michel de Durfert Duc de Randan Commandant
dans le Comté de Bourgogne , Maréchal
de Camp du 5 Mars 1740 ; il eft petit - neveu
de M. le Maréchal Duc de Duras.
Louis-Léon Potier de Gefores Comte de Trefmes ,
Maréchal de Camp du 15 Mars 1740 .
Erafme de Contade Marquis de Contade , Infpecteur
d'Infanterie , Maréchal de Camp du
15 Mars 1740.
+
Le Comte de Mortaigne , ci- devant Lieutenant
Général au fervice de l'Empereur Charles VII .
MARECHAUX DE САМР.
N .... Baffa Lieutenant d'Artillerie , Brigadier
d'Infanterie du 6 Août 1736 .
Le Marquis de Valory Colonel réformé d'Infanterie
, Envoyé Extraordinaire de S. M. auprès du
Roi de Pruffe , Brigadier d'Infanterie du premier
Juillet 1739.
Joachim-Jacques Trotti Marquis de la Chetardie,
Colonel du Régiment d'Infanterie de Tournaifis
du 20 Février 1734 , Brigadier d'Infanterie du
premier Janvier 1740 , ci- devant Ambaffadeur de
S. M. auprés de l'Impératrice de Ruffie . & auparavant
Miniftre de France auprès du Roi de
Pruffe.
194 MERCURE DE FRANCE,
Claude de Chamborant de la Claviere Lieutenant-
Colonel du Régiment d'Infanterie d'Enghien ,
Brigadier d'Infanterie du 15 Mars 1740 .
Victor-François de Broglio Duc de Broglio , Colonel
du Regiment d'Infanterie de Luxembourg
depuis 1734 , Brigadier d'infanterie du 25 Avril
142 ; il eft fils aîné de feu M. le Maréchal Duc
de Broglio.
N..deMarin Marquis de Montcam Colonel Commandant
une Compagnie dans le Régiment deş
Gardes de Lorraine , Brigadier d'Infanterie du 20
Février 1743 .
N.... du Mefni Meftre de amp réformé & Inf
pecteur de Cavalerie , Brigadier de Cavalerie du
20 Février 1743.
Louis-Alexandre- Xavier le Sénéchal Marquis de
Carcad Colonel du Régiment de Breffe depuis
1733 , Brigadier d'Infanterie du 20 Février 1743 .
François -Raymond Pelet Vicomte de Narbonne
Lieutenant dans la Compagnie des Gardes du Corps
d'Harcourt , Brigadier d'infanterie du 20 Février
1743.
François -Charles de Rochechouart Comte de Ro
chechouart Fandoas Colonel du Régiment d'Infanverie
d'Anjou , Brigadier d'Infanterie du 20 Fé
trier 1743 .
Jean-Baptife- François de Montmorin S. Herem ,
Marquis de Montmorin , Colonel d'un Régiment
NOVEMBRE 1745 195
d'Infanterie du 30 Novembre 1738 , Brigadier
d'Infanterie du 20 Février 1743 .
Paul-Maximilien Hurault Marquis de Vibraye
Meftre de Camp d'un Régiment de Dragons depuis
1734 , Brigadier de Dragons du 20 Février
1743 .
Louis de Francas -Villars Duc de Lauraguais Colonel
d'un Régiment d'Infanterie , ci- devant de
celui d'Artois , Brigadier d'Infanterie du 20 Février
174).
Le Comte de Froullay Colonel du Régiment de
Champagne , & auparavant du Régiment Royal
Comtois, Brigadier d'Infanterie du 20Février1743 .
-
Alexandre Nicolas de la Rochefoucaud Marquis
de Surgeres , Meftre de Camp d'un Régiment de
Dragons , Brigadier de Dragons du 20 Février
1743.
François-Antoine d'Andlau , d'Alface , Meftre
de Camp d'un Régiment de Cavalerie du 24 Fevrier
1738 , Brigadier de Cavalerie du 20 Fevrier
1743 .
Jean François Malortie Marquis de Boudeville ,
Colonel du Régiment de Foix depuis 1734 , Briga
dier d'Infanterie du 20 Fevrier 1743 .
Emanuel-Louis de Coetlogon Vicomte de Creta
logon , Colonel - Lieutenant du Régiment d'Infanterie
de Penthievre de 1734 , Brigadier d'Infanterie
du 20 Fevrier 1743 ,
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
Le Chevalier de Mesoles Lieutenant Colonel du
Régiment de Cavalerie Dauphin , Brigadier de
Cavalerie du 20. Fevrier 1743 ·
N.... de S. Mauris Comte de Montbarey, Colonel
du Régiment d'Infanterie de Lorraine , Brigadier
d'Infanterie du 20 Fevrier 1743 .
Jacques Bertrand de Scepeaux Beauprean Marquis
de Scepeaux , Colonel da Régiment de Lyonnois
en 1734 , Brigadier d Infanterie du 20 Fevrier
1743 .
Charles-François de Granges de Surgeres Marquis
de uyguion , Meftre de Camp Lieutenant du Régiment
de Dragons Dauphin , Brigadier de Cavalerie
du 20 Fevrier 1743 .
Te Conte de Grammont ( de Franche - Comté )
Meftre de Camp d'un Régiment de Cavalerie
depuis 1735 , Brigadier de Caval . du 25 Fevrier
1743 .
Charles-Antoine Armand Gentand Biron Marquis
de Gentand, Colonel d'un Régiment d'Infanterie
de 1735. Brigad . d'Infant. u 20 Fevrier 17433
il eft le dernier fils du Maréchal Duc de Biron,
N. de la Motte d'Hugues Lieutenant Colonel du
Régiment d'Infanterie de Crillon , Brigadier d'Infanterie
du 20 Fevrier 1743 ,
N. de Maurin Lieutenant Colonel du Régiment
d'Infanterie de la Roche - Aimon , Brigadier d'Infanterie
du 20 Fevrier 1743 .
N, d'Arnault Lieutenant Colonel du Régiment
NOVEMBRE 1745. 197
d'Infanterie cy- devaut Monboiffier , Brigadier d'Infanterie
du 20 Fevrier 1743 .
N. du Vivier Directeur des Fortifications , Brigadier
d'infanterie du 20 Fevrier 1743.
N. Bailly Lieutenant d'Artillerie , Brigadier
d'Infanterie du 20 Fevrier 1743 :
N.... de Rigand , Chevalier de Vaudreuil
Major du Régiment des Gardes Françoifes du
mois de Mai 1744 , & avant Capitaine dans ce
Régiment , Brigadier d'Infante.le du mois de Juin
fuivant.
Le Chevalier d'Aultanne Lieutenant Colonel du
Régiment de Cavalerie de Clermont-Tonnerre
Brigadier de Cavalerie.
BRIGADIERS D'INFANTERIE.
M. Reding de Biberegg Capitaine dans le Régiment
des Gardes Suiffes .
Le Marquis de Ruffer , ( de Bourgogne ) Colonel
du Régiment de Boulonnois .
M. de Planta Capitaine dans le Régiment des
Gardes Suiffes .
- !!
Louis Henri d'Aubigné Tign" , Comte d'A
bigné , Colonel du Régiment de la Marine depuis
1737 ; il eft fils du feu Comte d'Aubigné , Lieutenant
Général des Armées du Roi , mort depuis
quelques mois.
E:
I iÿj
98 MERCURE DE FRANCE.
}
Le Duc de Grammont Colonel du Régiment
de Bourbonnois depuis le 25 Mars 1740 ; il eft fils
aîné du feu Duc de Grammont Colonel du Régiment
des Gardes Françoiſes tué à Fontenoy.
Le Marquis de Cuftine ( de Lorraine ) Colonel
d'un Régiment d'Infanterie.
Le Marquis de Rongé ( de Bretagne ) Colonel du
Régiment de Vermandois.
Le Marquis d'Efcars Colonel du Régiment de
Santerre.
Le Chevalier de Dreux Brezé Colonel du Régiment
Royal de la Marine ; il eft fils & frere de
Mrs. de Dreux de Brezé tous deux Lieutenans
Géneraux des Armées du Roi.
Le Comte de Duglas Colonel du Régiment de
Languedoc .
Le Marquis des Salles ( de Lorraine ) Colonel
du Régiment d'Artois.
Le Comte de Lannion ( Bretagne ) Colonel
du Régiment de Médoc.
Le Comte de Bergeick, Colonel du Régiment
Royal Walon.
Le Prince de Monaco Grimaldy , ( ainé de la Mai➡
fon de Matignon ) Colonel d'un Régiment d'Infanterie
.
Le Prince de Guife ( Lorraine Harcourt ) Colonel
d'un Régiment d'Infanterie .
NOVEMBRE. 1745. 199
THELLE
Le Lord Drummond de Perth de la Maiſon de
Drummond d'Ecoffe , Colonel du Régiment Royal
Ecoffois .
*
1893*
M. Graffin Colonel d'un Régiment d'Arquebus
fters .
M. de Lally Colonel d'un Régiment Irlandois .
M. Gourdon de Leglifieré Ingénieur .
M. Baudouin Ingenieur.
M. Courdoumer Ingénieur.
M. de Feneftre Lieutenant Colonel du Régiment
de Bourgogne.
M. Parron Lieutenant Colonel du Régiment de
Traifnel .
- M. de la Roche Lieutenant Colonel du Régiment
de Talern.
M. Payant Lieut. Col. du Régiment de Quercy.
M. de Watteville Lieutenant Cononel du Régi
ment de Béarn.
M. de la Broffe Lieutenant Colonel du Régiment
de Nivernois.
M. Bonnaventure Lieutenant Colonel du Régiment
de Chartres .
M. Pafcal Lieutenant Colonel du Régiment de
Limofin .
Le Chevalier de Beaucouze , Lieutenant Colonel
du Régiment de Fleury.
I iiij
200 MERCURE DE FRANCE.
BRIGADIERS DE CAVALERIE.
Le Chevalier de Banner ( de Languedoc ) Maréchal
des Logis & Aide- Major de la premiere Compagnie
des Moufquetaires de la Garde.
Le Comte d'Orlick Meftre de Camp reformé à
la fuite du Régiment Royal Allemand .
M. Defmaretz Lieutenant Colonel du Régiment
de Maugiron.
Le Comte de Vogué ( du Vivarais ) Meſtre de
Camp du Régiment d'Anjou.
M. de Coock Capitaine dans le Régiment de
Fitz -james.
Le Chevalier de Beaucaire (de Peychperou ) Meftre
de Camp d'un Régiment de Cavalerie .
M. Guyot Maréchal des Logis & Aide-Major
de la feconde Compagnie des Moufquetaires de
la Garde.
L Marquis de S. Simon Meftre de Camp d'un
Régiment de Cavalerie.
Le Marqnis de Voluire Meftre de Camp du Régiment
de Cavalerie Dauphin .
Le Comte de Rangrave Meftre de Camp d'un Régiment
de Cavalerie Legere .
Le Marquis de Vintimille Mestre de Camp d'un
NOVEMBRE 1745. 2.01
Régiment de Cavalerie , petit neveu de M. l'Archevêque
de Paris.
Le Marquis de Marcieu ( N.... Emé S.Julien
de Dauphiné ) Enſeigne de la Compagnie des Gendarmes
de la Garde.
Le Marquis de S. Chamans Enfeigne de la Compagnie
des Gendarmes de la Garde.
Le Comte de Rumain du nom de le Vicomte , en
Bretagne ) Meftre de Camp d'un Régiment de
Cavalerie .
M. de Verrey fous-Aide - Major de la Gendarmerie.
M. de Malezien des Tournelles Commandant une
des Brigades du Régiment Royal des Carabiniers .
Le Chevalier de S. Jal ( N... de Laſtic ) Enſeigne
de la Compagnie des Gardes du Corps de
Villeroy .
M. de la Touche , Major du Régiment Allemand
de Rozen .
M. de Lizondez, Enfeigne de la Compagnie des
Gardes du Corps de Noailles.
M. Doros Lieutenant Colonel du Régiment de
Broglio.
Le Chevalier de Marcillac Lieutenant Colonel du
Régiment de S. Jal,
I v
202 MERCURE DE FRANCE .
M. de Corail Lieutenant Colonel du Régiment
du Roi.
M. de Roquefenil Liutenant Colonel du Régiment
de Beauvilliers .
M. de Magueur Lieutenant Colonel du Régiment
Commiffaire Général .
M. de Pujol Lieutenant Colonel du Régiment
Royal Piedmont.
Le Chevalier de Croifmare ( de Normandie ) Ca
pitaine dans le Régiment de Broglio.
Le Chevalier de Montbarey ( Ñ. . de S. Mauris
de Franche-Comté ) Lieutenant Colonel du Régiment
Royal.
BRIGADIERS DE DRAGONS .
Le Marquis de Boufflers Remiencourt Mestre de
Camp Lieutenant du Régiment d'Orleans.
Le Marquis d'Argence ( N... Joumard de Tifon >
Capitaine dans le Régiment de Vibraye .
Le Marquis d'Asfeld ( N... Bidal ) Meftre de
Camp d'un Régiment de Dragons ; il eſt fils du
feu Maréchal de France .
Le Come de l'Hopital S. Mefme Meffre de Camp
d'un Régiment de Dragons.
· Le Chevalier de Saumery ( N.. de Jobanne ) Ma
jor du Régiment d'Asfeld.
NOVEMBRE 1745. 203 .
M. d'Aubigny Lieutenant Colonel du Régiment
d'Egmont.
BENEFICES DONNES
par le Roi.
LGénéral de l'archeveche d'Ais,
E Roi a nommé l'Abbé de Roquefort , Vicaire
à l'Evêché
de Beziers.
L'Abbé de Narbonne Pelet , Vicaire Général de
l'Archevêché d'Arles , à l'Evêché de Lectoure .
•
S. M. a accordé l'Abbaye de Foreſmoutier , O.
de S. Ben. Dioc . d'Amiens , à l'Abbé de Ghoſtile
qui a remis l'Evêché de Beziers auquel il avoit été
.nommé .
Celle de Nouaillé , même O. D. de Poitiers
à l'Abbé de la Ville , chargé des affaires du Roi à
la Haye.
Celle de la Prée O. de Cît . D. de Bourges
à l'Abbé de Sourdeval , Confeiller au Parlement de
Rouen .
Celle de S.Vincent de Bezançon , O. de S. Ben .
à l'Abbé d'Uzelles , Vicaire Général de l'Archevêché
de Bezançon.
Celle de Châtres , O. de S. Aug. , D. de Saintes
à f'Abbé de Laſtic.
1 vj
204 MERCURE DE FRANCE.
Celle de Perfeigne , O. de Cît . , D. du Mans à
l'Abbé de Commelles.
Celle de Nefle la Repofte , O. de S. Ben . , D.
de Troyes à l'Abbé de Barail.
Celle de Dilo , O. de Prem . D. de Sens à l'Abbé
de Breves Vicaire Général de l'Archevêché de
Vienne .
L'Abbaye Reguliere aux Bois , O. de Cît . dans
la Ville de Paris , à Madame de Mornay de Montchevreuil.
Celle de Leyme , même O. D. de Cahors à Madame
de la Bourlie.
Celle de Bertaucourt , O. de S. Ben. D. ďAmiens
à Madame de Caftellane , Abbeffe de l'Abbaye
d'Eſpagne.
Celle de Nôtre-Dame de Protection à Valogne ,
même O. D. de Coutances à Madame de Fontenay
Neuville.
Celle S. Avit , même O. D. de Chartres à Ma◄
dame de Mauffabré.
NOVEMBRE 1745. 205
Le Vendredi 8 Octobre M. de Blamont Sur-
Intendant de la Mufique du Roi fi chanter par
ordre de S. M. fon le Deum pendant la Meffe
pour l'affaire arrivée en Italie près du Tanaro
Septembre dernier. M. l'Abbé Gergois
Chapelain de la Grande Chapelle l'a entonné
en furplis & en étole .
le
27
LETTRE DU ROI
à M. l'Archevêque de Paris.
MON
COUSIN
ON COUSIN , mes Alliés éprou
vent en Italie la même protection que la divine
Providence a bien voulu répandre fur les entrepriſes
de ma derniere campagne en Flandres . Le
Comte de LAUTREC , l'un de mes Lieutenans
Généraux en mes armées , après avoir opéré
en s'avançant fur Exiles , une diverfion en faveur
des projets de mon Frere , Coufin & Gendre l'Infant
DON PHILIPPE , eft tombé
le 11 Octobre fur un corps de Piedmontois qu'il
a défaits dans la Vallée de Pragelas Mon armée
jointe à celle d'Eſpagne a réduit le même jour
la Ville d'Alexandrie après cinq jours de tranchée
ouverte , & pendant qu'elle en tenoit la Citadelle
bloquée , elle a affiégé Valence que le
Gouverneur a abandonnée la nuit du 29 au 30 ,
206 MERCURE DE FRANCE .
après dix jours de fiége , en laiffant au Château
une garnifon qui s'eft rendue prifonniére de guerres
A la vue de tant de fuccès multipliés au-delà de
mes espérances je ne puis que redoubler les actions
de graces qui en font dûes au Dieu des armées ,
& joindre mes priéres à celles de mes peuples & de
mes alliés , pour qu'il daigne foutenir la justice de
hos armes , jufqu'à ce qu'il veuille bien , en fe montrant
le Dieu de la paix , calmer pour comble
de fes bienfaits les troubles dont l'Europe eft agitée.
Pénétré de plus en plus de ces fentimens
je vous fais cette Lettre , pour vous dire que mon
intention eft que vous faffiez chanter le Te Deum
dans l'Eglife Métropolitaine de ma bonne "Ville
de Paris & autres de votre Diocèſe , avec les
folemnités requifes , au jour & à l'heure que le
Grand-Maître ou le Maître des Cérémonies vous
dira de má part , & que vous y invitiez tous ceux
qu'il conviendra d'y affifter. Sur ce , je prie Dieu
qu'il vous ait , mon Coufin , en fa fainte & digne
garde. Ecrit à Fontainebleau le 8 Novembre 1745 .
&
Signé , LOUIS.
Et plus bas , PHELYPEAUX ,
Le Te Deum a été chanté le 16 de ce mois ,
i . y a eu des illuminations & un feu d'artifice ,
NOVEMBRE 1745. 207
NOUVELLES ETRANGERES
GENE S.
UNe Galiote Angloife de 13 Vaiffeaux de
guerre parut le 27 de Septembre à la vûe
du Port de Génes ; deux Galiotes à bombes
commencerent à une heure après minuit à bombarder
cette Place mais fans aucun fuccès . Lelendemain
cette Efcadre prit le large , & après avoir
croifé pendant toute la journée à la hauteur de
ce Port , elle fit voile le 29 vers le couchant ;
elle s'arrêta devant Final qu'elle commença de
bombarder auffi inutilement , n'y ayant que 4
bombes qui ayent porté de 260 qui ont été tirées.
La même Efcadre eft allée depuis fe préfenter
devant Sanremo , & quoique les habi
tans ayant 18 piéces de canon de 36 livres de
balle & ou 8 de moindre calibre , fuffent en
état de fe défendre , ils pourvûrent fi mal à leur
fûreté que les Anglois jetterent 600 bombes dans
la Ville & accompagnerent ce bombardement de
2000 coups de canon. La Ville a extrêmem.nt
fouffert.
OPERATIONS des armées combinées
de France & d'Espagne. Du Camp de
San-Salvador le 8 Octobre.
Le même jour que l'armée d'Efpagne & de
France commandée par l'Infant Don Philippe dé168
MERCURE DE FRANCE.
campa de Rivaronne pour fe rendre à Pezzetto
ce Prince fit former l'inveftiffement de la ville
d'Alexandrie par quatre détachemens , l'un compofé
de 12 Bataillons Efpagnols & François aux
ordres du Marquis de Caravajal Lieutenant Général
des troupes d'Efpagne , qui ſe porta à Pavone
; le deuxième de fix Bataillons auffi des deux
Nations aux ordres de M de Chevert Maréchal
de Camp au fervice de 3. M. T. C. , lequel pric
pofte à San- Salvador ; le troifiéme de deux Régimens
de Dragons François & de deux Batail-
Jons de la même Nation aux ordres du Marquis
de Gramont Maréchal de Camp , qui s'avança à
Caftellaccio , & le dernier de 2 Bataillons & de
2 Régimens de Dragons Efpagnols aux ordres de
M. Lefey Maréchal de Camp des troupes de S M.
C. , lequel marcha à Caftel Bayano.
On acheva le 3 de ce mois un pont que l'Infant
avoit ordonné de conftruire à Baffignana avec
les bateaux pris aux troupes de la Reine de Hongrie
, ce qui mit en état de faire un fourage général
dans la Lomelline .
L'armée ayant quitté le lendemain le camp de
Pezzetto pour s'approcher d'Alexandrie , l'Infant
établit à San-Salvador fon quartier général qui
étoit couvert par 8 Brigades d'Infanterie . Un détachement
de 3 Bataillons de Grenadiers Provinciaux
& de 1200 hommes de Cavalerie des troupes
Efpagnoles étoit pofté en avant à la Zarone ,
& il étoit deftiné à obferver les mouvemens des
ennemis auffi bien qu'à empêcher les courfes de
leurs partis Le refte de la Cavalerie étoit campé
à Baffignana avec 3 Brigades d'Infanterie , tant
pour garder le pont , que pour être à portée de
continuer de tirer des fourages de Lomelline. L Infant
a fait occuper le Château de Bomara par 300
NOVEMBRE 1745 209
hommes qu'il a chargés de veiller à la défenfe
des moulins & du pont volant qui fe trouvent fur
le Po dans cette partie .
Le changement de pofition de l'armée a obligé
le Roi de Sardaigne & le Comte de Schulembourg
de repaffer ce fleuve .
La nuit du 6 au la tranchée fut ouverte devant
Alexandrie & deux fauffes attaques faites
par Mrs. de Chevert & de Lefcy ayant dérobé
aux affiégés la connoiffance de la véritable , les
travaux fe trouverent fort avancés à la pointe du
jour fans qu'il en ait coûté la vie à un feul hom
me. La premiere parallele fut prolongée de 6ơ
toifes pendant la nuit du & , & l'on acheva la
feconde qui n'étoit qu'à 120 toifes de la Place .
Les travaux de l'attaque de la Ville ayant été
avancés avec beaucoup de fuccès , le Gouverneur
qui défendoit cette Place prit le 2 avant le jour
le parti de fe retirer dans la Citadelle avec les
troupes qui étoient dans la Ville ainſi qu'avec le
canon & tous les effets qu'il a pu emporter avec
lui.
Le même jour à 8 heures du matin l'Evêque
d'Alexandrie fit arborer le Drapeau au nom de
tous les habitans & il demanda à capituler. L'Infant
d'Efpagne Don Philippe accepta les propofitions
de l Evêque, & il fit fur le champ prendre
poffeffion de la Ville dans laquelle il fit entrer
fept Bataillons Efpagnols & 33 François afin
que ces troupes fuffent en état de former le blo◄
cus de la Citadelle.
Les aliégés qui avoient fur le Tanaro un pont
de pierre & un de bateaux lefquels établiffoient
la communication entre la Ville & Citadelle ont
détruit deux arches du premier pont & ils ont
brûlé le ſecond ; ils ont auffi fait fauter un Baftion
216 MERCURE DE FRANCE.
de la Ville , qui auroit pu faciliter l'attaque de
la Citadelle , & ils ont tenté fans fuccès de détruire
une Tour fituée près du pont de pierres .
Auffi- tôt que l'Infant a été inaître de la Ville
il a fait marcher l'artillerie qui a fervi à attaquer
cette Place pour aller commencer le fiége de la
Ville de Valence .
Le Roi a reçû ces nouvelles le 1 au matin par
le Marquis de l'Aubepine Capitaine dans le Ré
giment de Cavalerie de Beauvilliers que le Ma
réchal de Maillebois a dépêché à S. M.
Toutes les difpofitions ayant été faites pour former
le fiége de Valence on ouvrit le 19 la tran
chée devant cette Place , mais la grande quantité
de pluye qui tomba le 20 & le 21 a retardé
pendant ces deux jours les progrès des travaux
.
La nuit du 22 au 23 les François firent 400
toifes d'ouvrage & les Efpagnols plus de 200 .
Les affiégés firent le 23 fur les 6 heures du foir
une fortie d'environ 150 hommes , & ils repouf
ferent d'abord nos travailleurs dont o furent tués .
Les Grenadiers & les Piquets de tranchée ayant
marché auffi-tôt au fecours des travailleurs les ennemis
furent obligés de fe retirer avec précipi
tation dans la Ville . On travailla la nuit du 24
à l'établiffement de deux batteries deftinées à
battre en brêche , l'une la face & l'autre le flanc
du Baftion embraffé par l'attaque,
Du Camp de San Salvador le 27 Octobre. ›
La nuit du 24 au 25 on perfectionna la parallele
& l'on y établit des banquettes ; la communication
de la gauche fut élargie & l'on acheva la batterie
de la droite ; on travailla à celle de la gauche ou
NOVEMBRE 1745. 211
on devoit placer 10 piéces de canon , & la batte -
fie de mortiers commença à tirer. On continua
pendant la nuit fuivante le travail de la batterie de
10 pieces, & 150 travailleurs François furent em◄
ployés à l'établiſſement d'une nouvelle batterie .
On déboucha par trois zigzags fur la lunette &
T'on fit les difpofitions néceffaires pour fe procurer'
un logement par lequel on fut en état de prendre
de revers le front du Ravin qui la couvre.
Le 27 les travailleurs Eſpagnols fermerent la
batterie de la gauche pour la défendre contre les
forties ; ils ont fait la même operation à la batte
rie conftruite par les François , & ils ont formé
une communication à ces deuxbatteries leſquelles
fe trouvant entre deux paralleles font en fûreté.
Une nouvelle batterie de fix piéces fut commencée
en prolongation de celle de la droite afin de
battre la face droite de la demi-lune du front d'attaque
, & le flanc dans lequel eft la porte d'Alexandrie
.
Le Roi a appris par des Lettres du Maréchal de
Maillebois dattées du 30 du mois dernier , que
l'Infant Don Philippe étoit Maître de la Ville de
Valence ; ces lettres contiennent les particularités
fuivantes.
Les Grenadiers ayant marché la nuit du 29 au
30 pour s'emparer de la lunette embraflée par le
front de l'attaque ils y entrerent fans refiftance &
n'ayant trouvé perfonne dans le chemin couvert ,
ils s'avancérent jufqu'au pont . Sur le bruit qu'ils firent
la bourgeoisie rappella , alluma des feux & crias
Vive l'Espagne; il fe prefenta en même tems un Officier
qui après avoir annoncé que la garniſon avoit
évacué la Place & qu'il n'étoit resté qu'un déta
chement peu confidérable dans le vieux Chateau
demanda à capituler pour cette Fortereffe & pour
les habitans de la Ville.
212 MERCURE DE FRANCE .
M. d'Aramburu Lieutenant General Espagnol
qui montoit la tranchée avec le Comte de Choifeul
Mar. chal de Camp des troupes de S. M en
ayant donné avis à l'Infant & ce Prince lui ayant
fait favoir qu'il vouloit que la garniſon du Château
fut prifonniere de guerre , cette garnifon s'eft
rendue à difcretion. Il y avoit dans ce Château
6 mortiers & 35 piéces de canon que les ennemis
ont enclouées ; on en a trouvé 40 dans la Ville où
la garnifon en fe retirant a laiffé 160 bleffés .
Le parti que l'Infant avoit pris le 27 de faire approcher
fon pont du Bas Po à une portée de carabine
de Valence , & d'ordonner de conftruire un
fecond pont afin de pouvoir enfermer la Place de
l'autre côté de la riviere eft fans doute ce qui a déterminé
le Roi de Sardaigne à faire fortir de la
Ville les 3 Bataillons qui là defendoient . Ils ont
profité pour cet effet de quelques bateaux qu'ils
avoient fous le feu de la Place , & le Roi de Sardaigne
pour favorifer leur retraite avoit fait avan◄
cer vers bartizana vingt Compagnies de Grena➡
diers & 600 hommes de Cavalerie.
On a appris que le 11 du mois d'Octobre le
Comte de Lautrec avoit furpris & defait un Corps
de troupes du Roi de Sardaigne . Ce Corps étoit
compofé des Régimens de Saluces , de Mayer &
de Nice ; de 2 Compagnies Franches & de 1500
Vaudois il étoit campé , & dans une pofition trèsavantageufe
au-deffous du Village de Joffeau dans
la vallée de Pragelas , fon front etant couvert par
la riviere de Cluzon.
Les troupes qui font fous les ordres du Comte de
Lautrec ayant marché fur plufieurs colonnes &
s'étant rendues aux divers endroits d'où elles devoient
déboucher , la colonne commandée par M.
de ZaryColonel d'un Régiment Suiffe au fervice da
NOVEMBRE 1745. 213
Roi d'Efgne paffa à gué la riviere & attaqua les
Régimens de Saluces & de Mayer qui combatti,
rent longtems avec beaucoup de valeur , mais qui
furent enfin obligés de plier & s'enfuirent du côté
du Col de Pis . Pendant que M. de Zury avoit engagé
l'action , la plus grande partie des troupes
que le Comte de Lautrec commande avoit aufli
paffé la riviere . Les ennemis défefperant de pouvoir
foutenir les efforts de ces troupes fe déter,
minérent à ne pas faire une plus longue refiftance.
Ils fe retirerent par le Village de Joifeau ,
mais le Régiment de Nice après avoir traverfé ce
Village , fut mis entre deux feux par un Bataillon
du Regiment Royal Artillerie & par le Régiment
de Burgos des troupes Espagnoles , & la plupart
des foldats dont il étoit compofé furent faits prifonniers.
Le Commandeur Roffi Maréchal de
Camp qui commandoit les Piedmontois & qui
s'étoit mis à la tête de ce Régiment a eu le mêmes
fort ainsi que le Marquis de Gares qui en eft
Colonel , le Lieutenant Colonel du même Régi,
ment & 26 Officiers . Le refte des troupes ennemies
a pris la fuite & s'eft fauvé dans le bois . On leur
a enlevé 2 drapeaux , une piéce de canon & 3 fauconneaux
.
Selon le rapport des Déſerteurs les ennemis ont
enterré trois autres piéces de canon qui défendoient
le front de leur retranchement .
Leur Camp qu'elles ont abandonné tout
tenda a été pillé ainfi que leurs équipages . Elles
n'ont pas pu non plus emmener l'Hôpital que le
Commandeur Roli avoit établi dans le Village de
Jofleau. Il y a eu du côte des lied.nontois 130
hommes de tués & un beaucoup plus grand nombre
de bleffés parmi lefquels et M. de
Mayer , Colonel du Régiment Suiffe de fon nom ;
9
214 MERCURE DE FRANCE .
du côté des Efpagnols & des François on ne comp,
te que 12 hommes tués & 25 bleffés .
Le Comte de Lautrec a envoyé à l'endroit où l'on
foupçonne que les trois piéces de canon font enterrées
, un détachement pour les découvrir& pour em
porter les bleffés qu'on trouvera dans les Villages
voifins.Les Piedmontois ayant abandonnéleur camp
tout tendu il a été pillé & brulé . Toutes les troupes
qui ont combattu , particulierement celles de la
coloine de M. de Zury , le Régiment de Burgos
& le Bataillon Royal Artillerie , ont donné des
preuves d'une valeur au- deffus de tous éloges .M. de
Zury qui a été bleflé dangereufement a infiniment
contribué au fuccès de l'action .
-
HOLLANDE ET PAY S- B A S,
O
N mande de la Haye du 14 du mois dernier
que les Etats Généraux après avoir dé-
Libéré fur le Mémoire préfenté par l'Abbé de la
Ville au fujet des Bataillons des garnifons de Tournay
& de Dendermonde ont répondu à ce Miniftre
que leur intention étoit d'obferver & de faire
obferver les capitulations faites par leurs troupes ;
qu'ayant été requis par S. M. Br . en vertu de leurs
engagemens de lui envoyer du fecours, ils ont examiné
mûrement les capitulations mentionnées dan
le Mémoire de l'Abbé de la Ville , & qu'ils n'ont
point jugé qu'elles les empêchaffent d'employer
les troupes des garnifons de Tournay & de Dendermonde
à l'ufage auquel ils les deſtinoient ; que
pour prévenir tout inconvénient ils ont averti le
Roi de la grande Bretagne qu'il ne pourroit fe
fervir de ces troupes que fuivant la teneur des
capitulations fignées par les Gouverneurs de ces
NOVEMBRE 1745. 215
Places ; qu'en même- tems ils ont ordonné au Gé
néral qui commandera les mêmes troupes de ne
point perdre de vûë dans l'emploi qu'on en fera
les engagemens pris par ces capitulations ; que
d'ailleurs ces troupes continuent d'être à la folde
de cette République , & qu'elles ne peuvent
par conféquent être regardées comme paffant à
un fervice étranger.
Sur cette réponse l'Abbé de la Ville préfenta
le 6 aux Etats Généraux un nouveau Mémoire
qui porte que les raifons qu'ils alléguent ne peuvent
en aucune façon autorifer l'envoi des garnifons
de Tournay & de Dendermonde dans la
Grande Bretagne , qu'ils fe rendent juges & interpretes
des Traités qui n'ont jamais dépendu
d'eux ; qu'ils pré endent avoir rempli toute obli
gation en donnant au Commandant chargé de
conduire ces troupes en Angleterre certains ordres
qu'ils n'expliquent pas , mais que fi l'on veut ,
fans s'arrêter aux autres claufes rapportées dans le
précédent Mémoire de l'Abbé de la Ville s'en te
nir à celle par laquelle il a été ftipulé que les
garnifons de Tournay & de Dendermonde ne fero
ent aucune fonction militaire pendant 18 mois ,
il est évident qu'elles ne peuvent fervir pendant
ce tems en aucun lieu de la terre ; que fi les
Etats Généraux fe propofent le contraire , leur réfolution
fera injufte & deviendra d'une conféquen
ce funefte ; qu'ils donneront par- là l'exemple de
l'infraction la plus éclatante ; qu'ils violeront les
droits facrés qui mettent un frein aux horreurs de
la guerre ; qu'ils briferont des liens qui laiffent
encore aux hommes quelque ombre des douceurs
de la paix au milieu même des hoftilités , & qu'ils
ôteront aux vainqueurs l'heureuſe liberté de renvoy.
r déformais les vaincus fur leur parole ; qu'en
216 MERCURE DE, FRANCE.
effet on ne voudra jamais laiffer fortir une garnifon
fous le ferment de ne point porter les armes
dès qu'on pourra fans prétexte manquer de
fidélité à ces fermens ; que ce font les ennemis
du Roi de France ou plutôt ceux de la République
qui par leur féduction engagent les Etats Généraux
à violer en leur faveur le droit des gens
au mépris de tout ce que les Nations doivent ref
pecter , que ces ennemis jaloux de la fituation
avantageufe du commerce des Hollandois entraînent
les Etats Généraux fort au de-là de ce qu'ils
peuvent & qu'ils doivent faire en qualité d'Alliés
de la Reine de Hongrie ; que par des inftigations
pernicieufes les Etats Généraux n'ont déja
que trop étendu l'obligation dans laquelle ils
croyent être de la fecourir ; que les mêmes ennemis
voudroient rendre le Roi de France irréconciliable
avec une Puiffance qu'il regardoit
comme la feule capable de concilier l'Europe ;
qu'ils s'irritent de l'eftime & des ménagemens
que S. M. T. C. a toujours eû pour la Hollande
dans les tems les plus difficiles ; qu'ils ferment
tous les chemins à la paix que tant de Nations
défirent , & qu'elles ont même attenduë de la
prudence des Etats Généraux ; que les ordres de
Ï'Abbé de la Ville font de demander aux Etats
Généraux la réponſe la plus prompte à fes nouvelles
repréſentations , & que le Roi de Françe
compte que les garnifons de Tournay & de Dendermonde
cefferont de faire partie du fecours qu'ils
ont réfolu d'envoyer au Roi d'Angleterre . ·´
L'Abbé de la Ville remit le 21 au Président
de l'Affemblée des Etats Généra x un fecond Mémoire
au fujet des trois Vaiffeaux de la Compagnie
des Indes conduits par les Anglois à Batavia.
Ce Miniftre dit dans ce Memoire qu'il croit avoir
' démontré
NOVEMBRE 1745 217
démontré par celui qu'il préfenta le premier du
même mois fur la même affaire , la juftice de la
reclamation qu'il a faite des trois Vaiffeaux dont
il s'agit ; qu'ainfi il n'a par rapport à la fatisfaction
due en cette occaſion à S. M. T. C. qu'à
fe repofer fur l'équité des Etats Généraux , & à
attendre la réfolution qu'ils prendront lorfqu'ils
auront reçû les éclairciffemens qu'ils ont jugé a
propos de demander à cet égard , mais qu'à fa
premiere démarche il ne peut fe difpenfer d'en
ajouter une feconde pour les prier de vouloir bien
interpofer leur autorité afin que la cargaifon du
Vaiffeau l'Hercule arrivé au Texel ne foit ni alienée
ni détournée en tout ou en partie de quelque maniere
& fous quelque prétexte que ce foit ; que
cette Réquifition incidente eft fondée fur les avis
qu'il a reçûs que les marchandifes qui font à
bord de ce Vaiffeau étoient comprifes dans le
nombre de celles que la Compagnie des Indes
Orientales établie en Hollande fe propofe d'expofer
en vente dans le cours du mois prochain ; qu'il
eft vraisemblable que lorfque la lifte de ces marchandifes
a été rendue publique par ordre des Directeurs
de cette Compagnie , ils ignoroient encore
que le Roi de France eut fait reclamer les
Vaiffeaux l'Hercule , le Jafon & le Darphin ; que
cependant comme dans une matiere fi importante
on ne peut employer trop de vigilance & de
précaution , il eft du devoir d'un Miniftre chargé
à la Haye des affaires de S. M. T. C. , de recourir
à l'autorité des Etats Généraux pour prévenir
tout embarras & tout inconvénientultérieur ,
& pour calmer les juftes inquiétudes que la Cor
pagnie des Indes établie en France n'a pu ma:
quer de concevoir à la lecture de la feuille imprimée
par laquelle on ann once la vente d'effet
K
218 MERCURE DE FRANCE.
dont elle attend avec confiance l'entiere & promte
reftitution ,
GRANDE BRETAGNE,
Es lettres d'Edimbourg du 20 Octobre an-
L nonçoient que le Prince Edouardaprès avoir
été proclamé dans la Ville de Perth Régent du
Royaume d'Ecoffe y avoit fait publier plufieurs
Ordonnances concernant la nouvelle forme de
Gouvernement qu'il fe propofcit d'établir ; que
200 hommes de fes troupes s'étoient rendus maîtres
de Dundée & qu'il avoit fait occuper le pofte
de Nevvbourgh par un autre détachement,
Suivant des avis du 23 , 3000 hommes de fon
armée ayant marchê de Perth vers Edimbourg le
Général Cope avoit envoyé les Régimens de Dragons
de Hamilton & de Gardiner pour s'oppofer
au paffage de ces troupes , & il s'avançoit vers
Perth dans le deffein d'attaquer le Prince Edouard .
On avoit été informé par d'autres lettres que
les précautions prifes par ce Prince pour fortifier
fon camp avoient fait changer le Général Cope
de refolution ; que ce Général s'étoit replié fur
fa droite , & que le Prince Edouard ayant gagné
quelques marches fur les troupes du Roi leur avoit
coupé la communication avec Edimbourg. Ces
lettres ajoutoient que l'armée du Prince Edouard
ayant paffé la Forth au deffus de Sterling , un Régiment
de Dragons qui étoit dans cette derniere
Ville s'en étoit retiré à l'approche de ce Prince
lequel avoit été joint par un grand nombre de
Gentilshommes de la Baffe- Ecoffe & par 409
Vallaux du Duc de Perth bien armés ,
NOVEMBRE 1745. 219
On apprit le 29 que le jour précédent le Prince
Edouard étoit entré dans Edimbourg dont les
habitans lui avoient prêté le ferment de fidélité ,
& que le Général Gueft qui y commandoit s'étoit
retiré dans le Château avec la garniſon . La confternation
répandue à Londres à cette occaſion eſt
augmentée confidérablement par l'arrivée d'un
courier dont les dépêches marquent que le 2 Octobre
le Prince Edouard a attaqué à Preſton près
de Seaton à fept milles en deçà d'Edimbourg le
Général Cop qui voyant fa communication coupée
avec cette derniere Ville avoit pris le parti
de s'embarquer à Aberdeen avec les troupes qu'il
commande , & de fe rendre par mer à Dumbar
d'où il avoit marché au lieu où s'eft paffée l'action ;
que les deux Régimens de Dragons du Corps de
troupes de ce Général n'ont fait qu'une très- foible
réfiftance ; que fon Infanterie a combattu avec
beaucoup de valeur , mais qu'elle n'a pu foutenir
les efforts des troupes du Prince Edouard & qu'elle
a été totalement difperfée . Il y a eu du côté de
l'armée du Roi 307 hommes de tués & 450 bleffés.
Les principaux d'entre les premiers font les Colonels
Wright & Gardiner & le Major Bovvles.
L'armée du Prince Edouard a fait 500 prifonniers
& elle n'a perdu que 5o hommes . Sur cet av's le
Roi s'est déterminé à rappeller toutes les troupes
Angloifes de l'armée des Alliés & à faire partir
inceffamment pour l'Ecoffe plufieurs Régimens.
Plufieurs détachemens des troupes du Prince
Edouard formerent le 10 Octobre au foir l'inveſtiffement
du Château d'Edimbourg , & le 13 ils
commencerent à faire quelques travaux pour ſe
difpofer à l'attaquer.
Le 15 les affiégés firent une fortie ; ils s'emparerent
d'un pofte occupé par les affiégéans &
Kij
220 MERCURE DE FRANCE.
s'y étant maintenus jufqu'au lendemain ils ont
trouvé le moyen de faire entrer dans le Château
vintg boeufs & quelques autres proviſions ,
Le Prince Edouard en ayant été averti a
r nforcé de 1000 hommes les troupes du blocus ,
& l'on fe difpofoit à refferrer tellement les affiégés
qu'on efpéroit qu'ils ne feroient pas en état de
faire une longue réfiftance . Ce Prince que le Lord
Ogilvy a joint avec 700 hommes eft campé à
Haddington & il est entierement maître des bords
de la riviere de Forth . La Ville de Glafgovv lui
a fourni un foubfide de 5500 liv . ferlings ; plufieurs
autres Villes ont fuivi cet exemple en lui
envoyant des fommes proportionnées au nombre
& aux richeffes de leurs habitans , & il a été réglé
que les propriétaires des terres lui payeroient un
cinquiéme de leurs revenas .
Les Lieutenans Généraux de fes troupes font le
Duc de Perth , le Lord Ogilvy , le Lord Georges
Murray , le Lord Elcho , le Lord Cardroff
& le Lord Lochdanal. Les Lords Glengarie &
Courie , le Chevalier Donald Macdonel , Mrs.
Robinfon de Schvvan & Murray de Broughton
y fervent en qualité de Majors Généraux ; le Lord
Dilton & Mrs. Seaton , de Dubfide , Walhup ,
de Netherie & Charteris en qualité de Brigadiers .
Il a difpofé de la place de Préfident du Confeil
en faveur du Marquis de Tullibardine , & il a
nommé Mrs. Sheridan , Jofeph Macdonel , Sullivan
& Kelly fes Sécretaires du Cabinet.
Le 26 du mois dernier le Roi fe rendit à la
Chambre des Pairs & fit l'ouverture du Parlement
par ce difcours adreffé aux deux Chambres.
NOVEMBRE 1745. 221
לכ
MYLORDS ET MESSIEURS
>> La rebellion ouverte qui s'eft manifeftée en
Ecoffe & qui continue d'y faire des progrès m'a
o obligé de vous affembler plûtòt que je ne me l'étois
propofé. Je ne vous entretiendrai pour
» le prefent que de ce qui concerne notre fûreté au
» dedans , me refervant de vous parler dans une au-
→ tre occafion des autres affaires fur lefquelles vous
» avez à déliberer . Un attentat témeraire conduit
לג
» par le fils ainé du Prétendant foutenu par un
» grand nombre de traitres & de gens defefperés ,
» & favorisé par mes ennemis , demande l'avis
» & l'afiftance de mon Parlement . Le zéle & l'af-
>> fection que mes fidéles fujets ont toujours montré
» avec tant d'unanimité pour ma perfonne & pour
» mon Gouvernement , & leurs foins vigilans
» pour la défenfe des intérêts de la Nation me
» funt de fûrs garans que vous étes dans la ré-
» folution d'agir avec la vivacité convenable en un
tems où le danger eft fi géneral , & que vous employerez
tous vos efforts pour confondre ceux
» qui fe font engagés dans la revolte . J'ai regardé
pendant tout le cours de mon régne les Loix du
» Pays comme la régle de ma conduite , & le main-
>>tien de la constitution prefente de l'Egli-
» fe & de l'Etat a toujours été , auffi bien que la
» confervation des droits de mon peuple , lebut
» de toutes mes actions . Ainfi rien n'eft plus fur-
» prenant que de voir quelques uns de mes fujets
Proteftans qui connoiffent tout l'avantage du
» Gouvernement actuel , qui en ont joui , & qui
n'ignorent pas le grand danger dont ce Royaume
» a été délivré d'une maniere fi merveilleufe par
une heureuſe revolution , fe laiffer féduire par
Kiij
222 MERCURE DE FRANCE.
l'artifice jufqu'au point d'entrer dans des vues
» qui tendent à détruire leur Religion & leur li-
» berté , à introduire la Religon Romaine & le
» Pouvoir arbitraire & à affujétir la Nation à un
joug étranger .
MRS. DE LA CHAMBRE DES COMMUNES
,
» Je compte fur votre affection pour ma perfonne
& fur vos foins pour la fûreté commune
» & je ne doute point que vous ne m'accordiez
» les fubfides néceffaires pour me mettre en état
» déteindre la rébellion , de décourager toute
» Puiffance qui voudroit protéger les rébelles & de
» rétablir la paix dans le Royaume. C'est pourquoi
» j'ordonnerai qu'on mette devant vous les états
» des dépenfes .
ככ
כ כ
que
>>De toutes les fâcheufes confequences qui peuvent
» refulter d'une perfide entrepriſe , aucune ne me
touche plus fenfiblement que les charges extraor
»dinaires qui feront impofées dans ces circonstances
>fur mes fidéles fujets . Mais qu'on n'en accuſe
» ceux qui y ont donné lieu par leur trahison , & que
>>mon peuple fçache ce que l'on doit à ces pertuba-
» teurs de notre repos qui s'efforcent de rendre ce
Royaume un Théatre fanglant de defordre & de
>> confufion.
ככ
MY LORDS ET MESSIEURS
>> Le grand nombre de preuves évidentes que
> mon Parlement m'a données de fon amour &
» de fa fidélité , & fon attachement conftant à
>> la Conftitution de l'Etat ainfi qu'au veritable in-
» térêt de la Patrie , font que je me repofe entié-
> rement fur la vigueur que vous témoignerez dans
>votre conduite & dans vos réfolutions . Je fuis per-
» fuadé que vous agirez en hommes qui enviſagent
>>comme, ce qu'ils ont de plus cher & de plus eftima-
» bles les chofes attaquées par les rebelles , & j'efNOVEMBRE
1745. 223
pere que moyennant la Bénediction Divine nous
> verrons bientôt la fin de la revolte , & que par
» ce moyen , non feulement la tranquillité de
mon Gouvernement fera rétablie , mais la pre-
» fente Conftitution de l'Eglife & de l'Etat , qu'on
» veut renverfer , en recevra une nouvelle force .
ל כ
Les maximes de cette Conftitution continueront
» d'être ma regle . Que mon interêt & celui de
» mon peuple n'en faffent qu'un & qu'ils foient inféparables.
Unifons- uous dans ce danger com-
» mun , & tous ceux qui concoureront fincerement
» & efficacement pour la caufe generale , pour-
>ront compter fur ma protection & fur ma bien-
> veillance .
Le 29 les Seigneurs prefeaterent au Roi une
adreffe dans laquelle ils affûrerent S. M. que fi
d'un côté ils ont été touchés de la plus vive dou.
feur par la rebellion qui s'eft manifestée en Ecoffe
, de l'autre ils ont eu la plus grande joye de ce
que les voeux ardens de la Nation ont été rem
plis par l'heureux retour de S. M. qu'ils ne trouvent
point de termes pour exprimer l'indignation que
leur infpire l'attentat formé contre le Gouvernement
; que tout l'effet que produira cet attentat
fur leurs efprits fera d'exciter en eux un redoublement
de courage & d'unanimité dans une conjoncture
fi critique ; que les marques de zéle pour
le Roi déja données par la Nation , & dont on n'a
jamais vû d'exemple , fi ce n'eft lors de la révo
lution effectuée par Guillaume III , prouvent clairement
que la Nation eft déterminée à conferver
l'édifice qui a été bâti fur ces fondemens ; qu'ainfi
l'attente de ceux qui fe font imaginés que la Chambre
des Pairs de la Grande Bretagne participeroit
à leurs deffeins eft abfolument vaine
qu'ils font convaincus des égards paternels du Roi
"
Kiiij
224
MERCURE
DE FRANCE
pour les Loix du Pays & pour les droits de fon
peuple , & qu'ils en ont la plus vive reconnoiffance;
que vivement animés par ces fentimens , & iné
branlables dans leurs principes ils proteftent d'unir
& de rifquer leurs biens & leurs vies pour la
défenſe de la perfonne & du Gouvernement de
S. M. & qu'ils concourreront fans relâche à toutes
les mefures qui feront jugées les plus efficaces
pour éteindre la rebellion , pour ôter à toute
Puiffance Etrangere l'efperance de la faire réuffir,
pour rendre la tranquillité à la Grande Bretagne ,
& pour affermir de plus en plus la Conftitution
prefente de l'Eglife & de l'Etat que les ennemis
de la Nation tâchent de détruire .
Le Roi repondit à cette adreffe
MYLORDS
» Je vous remercie des fortes affûrances que
>> vous me donnez de votre attachement & de
» votre fidélité . L'intérêt que vous prenez à la
» Conftitution du Gouvernement ne m'eft pas
» moins agréable que votre zéle pour ma perfonne
J'ai une entiere confiance en vos fentimens &
> en votre affiftance , & j'en attens une prompte
» extinction de la revolte & le rétabliffemunt de
» la paix dans mon Royaume . »
La Chambre des Communes dans l'adreffe qu'elle
préfenta le même jour au Roi témoigna les mêmes
difpofitions que la Chambre des Pairs , &
elle ajoûta cu'elle accordera au Roi tous les fubfides
dont il aura befoin pour s'oppofer aux deffeins
de ceux qui ont déja rendu une partie du
Royaume le Théatre d'une guerre inteftine ; que
la Religion , les Loix & la liberté de la Nation
étant attaquées lss fidéles fujets du Roi fe croyent
NOVEMBRE 1745. 225
obligés de contribuer en tout ce qui dépendra
d'eux à la défenſe de S. M. ; que le Roi peut fe
fier entierement au zéle & aux fentimens de la
Chambre ; que toutes les perfonnes dont elle eſt
compofée montreront par leur conduite combien
elles font perfuadées que la Conftitution préfente
du Gouvernement et la plus avantageufe , &
combien elles défirent de la faire durer.
Il a été propofé dans la Chambres des Communes
de fufpendre l'exécution de la Loi Habeas
Corpus , pour que le Gouvernement foit plus à
portée de s'affûrer de plufieurs perfonnes fufpectes
.
L'armée deftinée à marcher contre le Prince
Edouard qui n'eft compofée que de 9000 hommés
s'eft affemblée à Dowcafter dans le Duché d'Yorck .
Elle a du commencer le 3 de ce mois à fe mettre
en mouvement pour s'avancer vers le Nord , &
l'on comptoit que le 21 elle arriveroit dans les
environs d'Edimbourg.
Le Roi a rappellé le Général Cope & elle a
donné au Ginéral Handafy le commandement
des troupes qui font campées à Berwick .
Les dernieres lettres arrivées d'Ecoffe marquent
que le Prince Edouard avoit étë joint dans fon
Camp par plufieurs Gentilshommes qui s'étoient
rendus auprès de lui avec differens Corps de troupes
tant d'Infanterie que de Cavalerie , & qu'un
grand nombre de Seigneurs & de Gentilshommes
ayant levé des Compagnies étoient en marche
pour aller fe joindre à l'armée du Prince , laquelle
après l'arrivée de ces troupes fera affés forte pour
que le Prince fe trouve en état de laiffer en Ecoffe
des forces fuffifantes pour conferver ce Royaume ,
- & de s'avancer avec la plus grande partie de fon
armée vers l'Angleterre.
Ky
226 MERCURE DE FRANCE.
33
MORT DES PAYS ETRANGERS.
L
E 23 Octobre Louis -Jean-Guillaume de Heffe
Prince héréditaire de Hombourg , Chevalier de
l'Ordre de S. André de Ruffie & de celui de l'Aigle
blanc , & Feldt- Maréchal au ſervice de l'Imperatrice
de Ruffie , mourut à Berlin âgé de 41
ans , étant né le 15 Janvier 1705 ; il avoit époufé
le 3 Fevrier 1738. Anaftafie de Trubeskoi fille
d'Yvan Prince de Trubeskoi , Général Feldt Maréchal
des troupes de Ruffie . Il étoit fils de Frederic-
Jacques Prince de Heffe-Hombourg & d'Elifabeth
Dorothée de Heffe- d'Armſtadt mariés le
14 Fevrier 1700. Voyez pour la Généalogie de la
Maifon Souveraine de Heffen les tables Généalogiques
de Hubners , & les Souverains du monde.
vol. 2 fol. 172.
3
MARIAGE, BAPTE ME
L
& Morts.
E Comte de Chabannes Marquis de la Paliffe
& autres lieux , Grand'Croix & Commandeur
de l'Ordre Royal & Militaire de S. Louis , Gouverneur
de la Ville & Citadelle de Verdun &
Païs Verdunois , a époufé les premiers jours de ce
mois de Novembre Mademoiſelle Duplefis Chatills
, fille du Marquis Dupleffis Chatillon , Marquis
dudit lieu , de Nonant , & de S. Gelais
NOVEMBRE 1745. 227
Comte de Château Melliant , Seigneur de Cherveux
, S. Août & c . Lieutenant Général des armées
du Roi , Gouverneur pour Sa Majesté de la Ville
& Château d'Argentan en Normandie , & de Dame
Colbert de Croiffy , Marquife de Dupleffis Chatillon
fille de M. de Torcy.
Le Comte de Chabannes veuf de Marie-Claude
Cahouette de Beauvais épouſe en premieres noces
de M. d'Ormeffon , Intendant de Franche - Comté ,
eft frere 10. du Marquis de Chabannes Pionfac ,
qui a continué la branche de Chabannes Fionfac.
comme on peut le voir dans le Mercure d'Août de
cette année. 20. de Thomas de Chabannes , Maréchal
des Camps & armées du Roi , mort en
1735 , étant employé dans un Commandement fur
les frontieres d'Allemagne ; il n'avoit point été marié
, 30 de Charles de Chabannes , Capitaine de
Cavalerie non marié. 4º.de N.de Chabannes mariée
au Marquis de Preamenoux du nom de la Queille
Chateauguay dont il y a eu une fille mariée au-
Comte de Langheac.
La branche de Chabannes Pionfac defcend de
Gilbert de Chabannes , Vicomte de Savigny ,
Comte de Pionſac , Lieutenant Général
pour le Roi
dans la Province de Bourbonnois , Colonel de deux
Régimens , tué au Siége de Mouron , & duquel
il eft fait mention dans les Mémoires de M. le
Comte de Buffy Rabutin ; il fut pere de Gilbert
de Chabannes Comte de Pionfac , Colonel du
Régiment de Navarre , Maréchal des Camps &
armées du Roi , Gouverneur des Ifle & Citadelles
d'Oleron , & qui avoit époufé une des filles du
Baron de Lutzelbourg en Alface , fooeur de la Comteffe
Defaleurs & du Comte de Lutzelbourg un
des principaux Miniftres de l'Electeur de Saxe ,
Roi de Pologne & Chevalier de fon Ordre.
K vj
228 MERCURE DE FRANCE .
Le 14 Novem.Charles - Louis - Marie de la Vieuville
Comte de la Vicnvite , ancien Colonel d'un Régiment
d'Infanterie de fon nom , Chevalier de l'Ordre
Militaire de S. Louis , & Gouverneur particulier
des Ville & Château de Fontenay le Comte
en Poitou , fut marié avec Anne-Genevieve de la
Vieuville , Demoiſelle d'Areft fa niéce née le
30 Septembre 1717 , fille puinée de Jean- Baptiste-
René de la Vieuville , Marquis de la Vieuville ,
Comte d'Ablois , ancien Colonel d'un Régiment
d'Infanterie de fon nom , Chevalier de l'Ordre de
S. Louis , & d'Anne-Charlotte de Creil , mariés le
26 Août 1719. M. le Marquis de la Vieuville &
M. le Comte de la Vieuville fon frere & fon
gendre qui donne lieu à cet article ont pour foeur
née de la même mere Dame Marie-Magdeleine
de la Vieuville veuve depuis le 13 Avril 1716 de
Cefar de Baudean Marquis de Parabere Meſtre de
Camp de Cavalerie & Brigadier des armées du
Roi , & ils font enfans de René- François Marquis
de la Vieuville , Chevalier d'Honneur de la
Reine , Gouverneur & Lieutenant Général du
Haut & Bas Fou & Gouverneur particulier des
Ville & Château de Fontenay le Comte , mort le
9 Juin 1719 , & de Dame Marie- Louife de la
Chauffée d'Eu d'Areft fa ze . femme , Dame d'atour .
de fene , Madame la Ducheffe de Berry , morte le
10 Septembre 1715 , petit fils de Charles de la
Vieuville 2e . du nom Duc de la Vieuville , Fair de
France , Chevalier des Ordres du Roi , Lieutenant
Général de -fes armées , Gouverneur & Lieutenant
Général du Haut & Bas Poitou , Gouverneur particulier
des Ville & Château de Fontenay le Com
te , Cheva ier d'Honneur de la Reine , Gouverneur
nommé par le Roi Louis XIV . de Philippe
petit fils de Tiance , alors Duc de Chartres , deNOVEMBRE
1745 . 229
puis Duc d'Orleans , Regent du Royaume &c . more
le 2 Fevrier 1689 & de FrançoifeMarie de Vienne
Comteffe de Châteauvieux morte le 7 Juillet
1669 , arriere petit fils de Charles de la Vieuville , I.
du nom Duc de la Vieuville , Pair de France , par
Lettres d'Erection du mois de Decembre 1651
Chevalier des Ordres du Roi , premier Capitaine de
fes Gardes du Corps , Grand Fauconnier de France ,
Lieutenant Général au Gouvernement de Champagne
& de Rethelois , & Sur Intendant des Finances
en 1623 , mort le 2 Janvier 1653 , & de Marie Bouhier
de Beaumarchais morte en 1663 , lequel Charles
I. Duc de la Vieuville , étoit fils de Robert de la
Vieuville Marquis de la Vieuville , Vicomte de
Farbus en Artois , Chevalier des Ordres du Roi en
1599 , Gouverneur des Villes de Mezieres & de
Linchamp, Grand Fauconnier de France , Lieutenant
Général du Pays de Rethelois , Capitaine de so
hommes d'armes d'Ordonnance , Confeiller au
Confeil Privé , Ambatfadeur en Allemagne , mort
en 1612 & de Catherine d'O fa deuxieme femme.
Voyez la Généalogie de la Maifon de la
Vieuville dans le 8e. vol. e l'Hiftoire des Grands
Officiers de la Couronne . fol . 758.
Madame Anne - Urbaine de Grimoard de Bauvoir
du Rowe a accouché d'un fils le 24 Octobre .
Il a été nommé Louis Scipion ; elle eft femme
de haut & puiffant Seigneur Meffire Louis - Charle
de Merle , Baron de la Gorce , Vicomte Deu , Sergneur
de Salavas & l'un des Barons du Vivarais ,
il a été page du Roi en fa perite écurie , & enfuite
il est entré dans le Régiment d'Anjou Ca
valerie ou il a été Capitaine ; fon Pere étoit feu
Meffire Mathieu de Merle , Baron de la Gorce &c .
Et fa mere Madame Marguerite Claude 23
230 MERCURE DE FRANCE.
de Guion de la Chevallerie ; ledit Mathieu étoit
fils de Meffire Henri de Merle Baron de la Goree
& Capitaine d'Infanterie , & d'Anne Novi.
Ledit Henri étoit fils d'autre Haut Puiffant Seigneur
Meffire Henry de Merle , Baron de la Gorce &c .
Capitaine au Régiment de la Reine , & de Madame
Lucreffe Pape de S. Auban . Ledit Henri de
Merle premier , étoit fils de Meffire Torail de Merle
, Baron de la Gorce , Capitaine de cent hommes
& Gentil-homme ordinaire de la Chambre
du Roi & de Demoiſelle Anne de Balafve , fills
de Meffire Guillaume de Balasve , Maréchal des
Camps & armées du Roi & Gentilhomme ordinaire
de fa Chambre , & de Demoiſelle Françoiſe
de Grimoard du Roure & parente au quatriéme
degré de M. le Duc de Montmorency & de Madame
la Princeffe de Condé , Ledit Torail étoit
fils de M. Mathieu de Merle premier du nom,
Gouverneur d'Yffoire , de Marvejols , de Mande
& du Gevodan , Capitaine de cent chevau Legers
, Baron de la Gorce , Vicomte Deu & de
Demoiſelle Françoife Dauzole. Ledit Mathieu
étoit fecond fils de noble Antoine de Merle ,
Ecuyer , & de Demoiſelle Marguerite de Virgilly
; ils vivoient au quinziéme Siècle , & noble
homme Foulques Merle , Ecuyer Seigneur de Villeglain
, rendit hommage au Roi en l'an 1396 de
fa ditte terre .
La naiffance du fufdit Louis Scipion du côté
de fa mere eft auffi ancienne & illuftre , puifque
fon trifayeul maternel Scipion , Comte du Roure ,
étoit Chevalier des Ordres du Roi & de la maifon
du Pape Urbain cinquiéme ; il a été tenu fur
les fonts Baptifmaux le 27 d'Octobre 1745 , trois
jours après fa naiffance,
NOVEMBRE 1745 . 237
M. Jofeph de Scyptres , Marquis de Caumont
Seigneur de Verquieres , mourut à Avignon le 20
Septembre 1645 âgé de 57 ans ; fon amour pour
les Belles Lettres & fon fçavoir lui mériterent
l'honneur d'être reçû de l'Académie desInfcriptions
& Belles Lettres , de celle de Marfeille , de la
Société Royale de Londres , & de l'Académie des
Arcades de Rome fous le nom de Rhodanio.
3
Il avoit époufé en 1722 Marie- Elifabeth de
Doni , troifiéme fille du Marquis de Doni originaire
de Florence , & de Françoiſe de la Croix
de Caftries , fille de René - François de la Croix
Marquis de Caftries , Chevalier des Ordres du Roi ,
& Gouverneur de la Ville & Citadelle de Montpellier
; niéce du Cardinale de Bonzi , & foeur de
feu M.le Marquis de Caftries Gouverneur de la même
Ville , & de M. l'Archevêque d'Albi , Commandeur
des Ordres du Roi ; il a eu de ce matiage
neuf enfans ; l'aîné qui fervoit dans le Ré-
-giment du Roi , mourut à Prague le 20 Avril
1742. Le fecond , qui étoit reçû Chevalier de
Malthe au berceau, a fervi fur les Vaiffeaux du
Roi au département de Toulon , & à quitté la Croix
étant devenu l'aîné de fa maifon , le troifiéme eft
Abbé & eft au Collége à Paris . Le quatriéme a
été reçû Chevalier de Malthe de mincrité ; la fille
aînée a époufé le Marquis d'Albert de Sillans , cidevant
enfeigne des Vaiffeaux du Roi , qui a un
frere Chevalier de Malthe , Capitaine de Cavalerie
dans le Régiment de la Rochefoucault ; il eft mort
deux filles en bas âge & il en refte encore deux
jeunes.
La Maiſon de Scyptres eft une des plus anciennes
du Dauphiné ; on voit leurs armes fur la Ville
de Montelimar qu'ils firent bâtir ; elle a eu en
1309 un Chevalier de Rhodes nommé Roftain de
232 MERCURE DE FRANCE.
&
,
Scyptres , & depuis ce tems , cette maiſon n'a
pas difcontinué de donner des Chevaliers à l'Ordre
de S. Jean de Jerufalem . Jean de Scyptres
Seigneur de Novifan quitta le Dauphiné pour venir
s'établir dans le Comtat Venaiffin où il épouſa
en 1472 Delphine Spifame Dame de Caumont héritiére
, & niéce de l'Evêque d'Avignon . Olivierfon
fils époufa Jeanne de Galliens & enfuite Baltazar
époufa Catherine de Mayaud qui eut pour fils
Louis-Chevalier des Ordres du Roix du Pape , qui
époufa Marguerite de Berton - Crillon ; Gafpard de
Scyptres époufa Suſanne d'Obrecht ; Louis époufa
Françoile de Grille Peruzzi , & Louis de Scyptres
fon fils épouſa Catherine de Fortia Montreali ;
qui étoit pere de Jofeph le dernier mort , qui étoit
Jumeau ; fon frere qui avoit été reçû au berceau
Chevalier de Malthe , mourut quelques mois après
fa naiffance ; Christophe de Scyptres fils de Louis
fon trifayeul Baillif de Manofque en 1610 , a été
Ambaffadeur de la Religion de Malthe à Rome.
Voyez la Généalogie de cette Maifon au fupplément
du Dictionnaire de Morery.
Le 15 Octobre Dame Anne - Françoise de
Barrillon veuve depuis le 19 Avril 1726. d'Antoine
Cleriadus de Choifeul Beaupré Seigneur d'Aillecourt
, dit le Comte de Choifeul , Lieutenant Général
des armées du Roi & au Gouvernement de
la Province de Champagne , avec lequel elle avoit
é é mariée le 19 Juin 1695 mourut à Châlons - fur-
Marne âgé de 68 ans ; elle étoit fille d'Antoine
de Barrillon Seigneur de Morangis , Maître des
Requêtes Ordinaire de l'Hôtel du Roi , & Intendant
de Juftice à Orléans & c . & de Dame Catherine
Boucherat fille du Chancelier de France
de ce nom , & elle laiffe pour enfans Claude- AnNOVEMBRE
1745 . 233
toine de Choifeul-Beaupré , né le 16 Novembre
1697 , Evêque de Châlons Comte & Pair de France
nommé le 28 Août 173 ) , & Charles Marie de
Choifeul né le 8 Septembre 1678 , dit le Comte de
Choifeul , Marquis de Beaupré , Seigneur d'Aillecourt,
ci - devan tCapitaine - Lieutenantde laCompagnie
desGendarmes de la Reine , Maréchal deCamp
duzMai1744.lequel a plufieurs enfans de fon mariage
avec Dame Anne- Marie de Baffompierre . Voyez
la Généalogie de la Maifon de Choifeul l'une des
plus anciennes & des plus illuftres du Royaume
dans l'Hiftoire des Grands Officiers de la Cou
ronne . Vol . 4 jol 843. pour celle de la Famille
de Barrillon l'une des premieres de la Robe , on
l'aura dans l'Hiftoire nouvelle des Maîtres des
Requêtes qui paroitra inceffamment.
Louis de la Cour dit le Chevalier de la Cour ,
Garde de la Marine au département de Breft ,
mourut le 17 Octobre , âgé de 20 ans , au retour
d'un voyage aux fles d'Amérique qu'il avoit fait
fur le Northumberland commandé par M. le Chevalier
de Conflans ; il étoit fecond fils de Jacques-
Claude de la Cour , Marquis de Balleroy , Lieutenant
Général des armées du Roi , Premier Ecuyer
de M. le Duc d'Orléans , ci- devant Gouverneur
de M. le Duc de Chartres , & de Dame Marie-
Elifabeth de Matignon morte à Paris le 13 Mars
dernier.
Le 21 Dame Claude -Sufanne- Therefe de Durfort
de Lorges Abbeffe de S. Amand de Rouen
Ordre de S. Benoît , depuis 1721 , & avant Religieufe
, au Prieuré de Conflans prés Paris , mourug
dans fon Abbaye à l'âge de 57 ans univerfellement
regretée , elle étoit derniere fille de Guy234
MERCURE DE FRANCE.
Aldonce de Durfort Duc de Lorges Quintin , Ma
rechal de France , Chevalier des Ordres du Roi ,
Capitaine des Gardes du Corps de S. M. & Gou
verneur du Duché de Lorraine, mort le 22 Octobre
1702 & de Geneviève Fremont d'Auneuil le 6
Septembre 1727. Voyez la Généalogie de la Maifon
de Durfort dans l'Hiftoire des Grands Officiers
de la Couronne. Vol . 5 fol. 540 .
Le 22 Donatien de Maillé Marquis de Carmar ™
Comte de Maillé Baron de Lefquelen , premier
Banneret de l'Evêché de Léon mourut dans fes terres
en Baffe-Bretagne , dans la 71e . année de fon
âge , étant né en Juin 1675. Il avoit été Colonel
d'un Régiment d'Infanterie de fon nom en 1702 ;
il étoit fils de Donatien de Maillé , Marquis de
Carman , mort le 4 Décembre 1728 , & de Marie-
Anne du Puy de Murinais fa premiere femme .
Il avoit été marie le 29 ctobre 1706 avec Marie-
Louife Binet de Marcoignet veuve de Julien de
Salligné Marquis de la Chaife , Lieutenant de Roi
au Gouvernement de Poitou , & fille de Nicolas
Binet Seigneur de Marcoignet Maréchal de Camp
& Gouverneur de la Rochelle , & de Thérefe de
Vauverde , & de ce mariage font nés Dona ien
de Maillé Marquis de Carman né en 1708 , Capitaine
de Cavalerie dans le Régiment de Clermont
Prince ; Louis- René de Maillé né en 1710 ,
Chanoine de l'Eglife de Tours , Abbé de N. D.
de Moreaux au Diocèfe de Poitiers , en 1734
premier Lieutenant dans le Régiment de Cavalerie
de Clermont Prince , tué pendant le fiége
de Philifbourg ; Charles de Maillé né en 1720 ;
Marie-Eleonor de Maillé née en 1712 mariée le
13 Novembre 1733 avec François-Jean- Baptifte-
Jofeph de Sade Comte de Cofte & de Saumane
1
NOVEMBRE. 1745. 235
dans le Comtat Venaiffin , Colonel Général de la
Cavalerie du Pape dans l'Etat d'Avignon & depuis
Lieutenant Général au Gouvernement de
Bourgogne au département de Breft & c . Voyez
la Généalogie de la Maifon de Maillé une des
plus anciennes & illuftres de Touraine dans l'Hif
toire des Grands Officiers de la Couronne. Vol.
12. fol. 497.
1. Le 24 Dame Geneviève- Armande de la Rochefoucand
de Roye femme de Philippe- Aymar de
Clermont Comte de Clermont & de Tonnerre ,
ancien Colonel du Régiment d'Infanterie d'Anjou
, avec lequel elle avoit été mariée le 17 Décembre
1708 , mourut à Paris dans la 54e. année
de fon âge . Elle étoit l'une des Dames de
S. A. R. Madame la Ducheffe d'Orléans , & elle
ne laiffe de fon mariage que deux filles dont
l'aînée eft mariée avec M. le Comte de Lannion ,
d'une des premieres Maifons de Bretagne , & la
feconde qui eft Mlle. de Tonnerre vient obtenir un
Brevet de Dame de Compagnie de la même
Princeffe avec 3000 liv. de penfion. Madame de
Tonnerre étoit fille de Charles de la Rochefou
caud de Roye Comte de Blanzac , Lieutenant Gé
néral des armées du Roi , & Gouverneur de Bapaume
, & de Marie- Henriette d'Aloigny de Ro→
chefort. Voyez pour la Généalogie de la Maifon
de la Rochefoucaud l'Hiftoire des Grands Officiers
de la Couronne . Vol. 4 fol . 418 , & pour
celle de Clermont - Tonnerre le Vol. 8 de la
même Hiftoire fol. 907.
Le 27 Anne-Augufte de Montmorency Prince de
Robecque , Grand d'Efpagne de la premiere claf
fe , Comte d'Efterre , Marquis de Morbecque ,
236 MERCURE DE FRANCE.
& Chevalier de la Toifon d'Or , Lieutenant Géneral
des armées du Roi , & ci - devant Major-
Dome Major de la feue Reine veuve de Louis I.
Roi d'Efpagne , mourut à Lille dans la 67. année
de fon âge , il étoit fils puiné de Philippe - Marie
de Montmorency Prince de Robecque , Marquist
de Morbecque inort en 1691 , & de Marie- Philippine
de Croy Solre. Il vint à la grandeffe d'Efpagne
par la mort de Charles de Montmorency
Prince de Robecque fon frere ainé, mert le 15 Oc
tobre 1716 ; il fut fait Chevalier de la Toifon d'Or
le 8 Fevrier 1711 , Lieutenant Géneral des Armées
du Roi le 31 Mars 1720 & Major Dome Major
de la Maifon de la Reine d'Espagne veuve du
Roi Louis I , en 1725 ; il fe diftingua au combat
de Chiari en 1701 , au fiége de Verrue en 1705 , a
la prife des Ville & Château de Lerida en 1708 au
fiége & prife de Gironne en 1710 , au fiege de
Barcelonne en 1714 , & au fiége de Philifbourg
en 1734 ; il avoit été marié le 23 Decembre 1722
avec Chaterine - Felicité du Bellay nommée Dame
du Palais de la Reine , feconde Douairiere d'E
pagne en 1725 , morte le 3 Juin 1727 à l'âge de
19 ans , fille de Charles du Bellay , dit le Comte
du Bellay Seigneur de la Pallu , de Benais & du
Ruart , & de Chaterine - Renée de Joaucourt Villarnoul
Dame de la Baronie de la Foreft , & il
laille de ce mariage Anne - Louis - Alexandre de
Montmorency né le 25 Janvier 721 , Comte d'Efterre
, Baron de la Foreft fur Sevre , Seigneur de
la Boutarliere , Colonel du Régiment de Limofin
aujourd'hui Grand d'Efpagne de la premiére claffe
, marié le 22 Mars 1745 avec Anne - Marie de
Montmorency-Luxembourg , fille de Charles- François
de Montmorency- Luxembourg , Duc de Luxembourg
Montmorency , Pair de France , LieuteNOVEMBRE
237 1715.
nant General des armées du Roi , Gouverneur de
la Province & Duché de Normandie , & de
Marie-Sophie Colbert de Seignelay.
Voyez la Généalogie de cette illuftre Maifon
dans l'Hiftoire des Grands Officiers de la Couronne
Vol. 3 fo. 598, "
Le 4. Novembre Françoife Charlotte de S. Nec
taire Marquife de la Ferté , femme de Jean - François
de Malortie Segneur de Boudeville , Marêchal des
camps & armées du Roi , de la derniere promotion
, mourut en fon Château de la Ferté près
d'Orléans , âgée de 66 ans , fans laiffer d'enfans
de ce mariage ; elle avoit été mariée en premiérenoces
le 28 Juillet 1698 avec François - Gabriel
Thibault Marquis de la Carte , Capitaine des
Gardes du Corps de M. le Duc d'Orléans Philippe
de France Frere unique du Roi Louis XIV , lequel
en vertu de ce mariage prit le titre de Marquis
de la Ferté , & les armes de la Maifon de S.
Nectaire ; il mourut le .. Aouft 1712 , laiffant pour
fils unique Philippe- Louis Thibault de S. Nectaitaire
Marquis de la Ferté né le 24 Avril 1699 ,
devant Colonel dn Régiment de la Marche , aujourd'hui
vivant & non marié . Feue Madame de
Boudeville étoit fille puinée de Henri -François
de S. Nectaire , Duc de la Ferté , Pair de Francrance
, Lieutenant Général des armées du Roi ,
mort le 1 Aout 1703 , & de Marie- Gabrielle- Angelique
de la Motthe Houdancourt , morte le 29
Avril 1726 , foeur puinée de feue Madame la Ducheffe
de Ventandour Gouvernante des Enfans de
France.
I
ci-
Voyez la Généalogie de la Maifon de S.Nectaire
dans l'Hiftoire des Grands Officiers de la Couronne
Vol. 4 , fol. 887, celle des Seign.urs de la
238 MERCURE
DE FRANCE
.
Carte du nom de Thibault ancienne Nobleffe de
Poitou dans la deuxième partie du fecond Regiftre
de l'Armorial Généalogique ; pour le nom
de Malortie marqué entre les Nobles de Normandie
, & connu anciennement fous celui de Benel,
Ses armes font d'azur à deux chevrons d'or , accompagnés
de trois fers de dards d'argent , renverfés
& pofés deux en chef& un en pointe .
E Samedi 27la fale de Spectacles qui a été confdans
la cour du Manege , fervit à la repréfentation
d'un nouveau Ballet intitulé le Temple de la Gisire.
C'eſt une Allégorie ingenieufe où fans nommer le
Roi l'Auteur rappelle l'idée des vertus de ce Grand
Monarque en peignant celles de Trajan le plus
glorieux & le plus jufte des Céfars . Les paroles
font de M , de Voltaire , & la Muſique de M. Rameau.
Nous en rendrons compte au public dans le
mois prochain..
PIECE
TABLE
.
1ECES Fugitives en vers & en profe. La
Cour , Ode.
Séance publique de l'Académie Royale de Chirur
gie. Epitre à M. de Villars Docteur en Médecine
&c .
Bouquet
à Mile. M. A
Vers de M. Gaudet à Mlle. ***
3
9
25
29
30
Lettre d'un Militaire fur la défenſe des lignes de
circonvallation .
Epigramme .
Imitation du Pfeaume 138.
31
43
44
Semonce faite par M. Soubeiran de Scaupon. 47
Le Tableau du Mariage , Conte.
621
Imitation de la 12e . Ode du 2e. Livre d'Horace . 66
Lettre de M. Bruhier aux Auteurs du Mercure . 68
Les Vendanges , Ode Bachique.
Epitre à M. L. P.
7$
Autre de M. de la Soriniere à fon Médecin. 84
Réponse à une Queftion propofée dans le Mer
cure d'Août .
Ode de M. de la Soriniere.
Le Comédien , Ouvrage divifé en deux parties
Introduction .
Nouvelle Machine par M. de Vaucanfon,
Théatre Anglois , Extrait.
86
92
?
95
116
Nouvelles Littéraires , des Beaux Arts. &c. Le
12X
Mufa Rhetorices.
125.
Salmoneus ictus fulmine, 126
Dictionnaire de Mythologie , Extrait 130
Differtation qui a remporté le Prix de l'Académie
des Infcriptions & Beiles Lettres. 132
La Bibliothèque Poëtique , Extrait . 133
Maniére d'enfeigner à écrire de M. Royllet . 135
Dictionnaire univerfel de Médecine propofé far
foufcription .
137
136
Programme de l'Academie des Sciences de Dijon.
Premiere affemblée publique de l'Académie des
Siences de Rouen , Extrait . 140
145
Lettre aux Auteurs du Mercure au fujet du Procès
de M de la Bedoyere.
Explication du Logogryphe de Septembre. 152
Enigmes 353
Air noté .
ISS
Mots des Enigmes & Logogryphes d'Octobre . Ibid,
Suite du Conte Turc.
Tableaux coloriés .
Spectacles.
156
177
180
Septiéme fuite des Réflexions fur les Ballets . 1Ɛ2
Vers à M. Raux le fils,
Bijoux en émail .
Nouvelles Cartes.
185
186
Ibid.
Rentrées publique de l'Académie des Belles Lettres
& de celle des Sciences & Programme. 187
Journal de la Cour , de Paris & c. 189
Promotion d'Officiers Généraux .
191
Bénéfices donnés par le Roi . 203
Te Deum de M. de Blamont . 205
Lettre du Roi à l'Archevêque de Paris . Ibid.
Nouvelles Etrangeres & c . 207
Mort des Pays Etrangers, 226
Mariage , Baptême & Morts. Ibid.
Nouveau Ballet repréſenté à Verſailles. 238
La Chanfon notée doit regarder la page. 155 .
Fantes à corriger dans le Mercure d'Octobre.
Age 86, ligne 21. qu'ils avoient mis , lifez qu'ils
Pasient prife.
Ibid. lig. 22. qu'ils euffent prife , lifez qu'ils euffent
mis.
Pag. 121. lig. 11. par Mademoiſelle de Bon , lifez
Madame de Bon .
Ibid. lig 17. par Mademoiſelle de Bernage , lifez
Madame de Berrage.
Fag. 12. lig.4. M. le Préfident le Manet , life ,
M. le Préfident le Mairat .
MERCURE
DE FRANCE
DÉDIÉ AU ROI
DECEMBRE 1745 .
PREMIER VOLUME.
AGIT
||
UT
SPARGATE
illon
S.
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER
rue S. Jacques.
Chés La Veuve PISSOT , Quai de Conty
à la defcente du Pont-Neuf
JEAN DE NULLY , au Palais.
M. DCC . XLV.
Avec Approbation & Privilége du Roi
A VIS.
L'ADRESSE générale du Mercure eft
à M. DE CLEVES D'ARNICOURT
rue du Champ-Fleuri dans la Maifon de M.
Lourdet Correcteur des Comptes au premier
étage fur le derriere entre un Perruquier & un
Serrurier à côté de l'Hôtel d'Enguien. Nous
prions très-inftamment ceux qui nous adrefferont
des Paquets par la Pofte , d'en affranchir
le port , pour nous épargner le déplaifir
de les rebuter , & à eux celui de ne
pas voir paroître leurs ouvrages.
Les Libraires des Provinces on des Pays
Etrangers , qui fouhaiteront avoir le Mercure
de France de la premiere main , & plus promp
tement , n'auront qu'à écrire à l'adreffe ci-deffus
indiquée ; on fe conformera très-exactement à
leurs intentions.
Ainfi il faudra mettre fur les adreffes à M.
de Cleves d'Arnicourt , Commis au Mercure
de France rue du Champ-Fleuri , pourrendre
à M. de la Bruere.
PRIX XXX . SOLS
RE
LAVILLE
MERCURE
DE FRANCE
DÉDIÉ AU ROI.
DECEMBRE 1745 .
PIECES
L
FUGITIVES
en Vers & en Profe.
AVIS.
OTHEQUE
BIBLIO
Epitre qui fuit fut imprimée en
1736 fans l'aveu de l'Auteur ; les
Editeurs fe donnerent la liberté
d'y faire des changemens , des
additions , des retranchemens qui la défiguroient
abſolument. La voici telle qu'elle eft
fortie des mains de l'Auteur & telle qu'elle
auroit dû être imprimeé alors.
I, Vol.
A ij
LYON
*
1893 *
4 MERCURE DE FRANCE.
*/ **/ ** **// */*/
EPITRE
AUX DIEUX PENATES.
P Rotecteurs de mon toit ruftique ,
C'est à vous qu'aujourd'hui j'écris ,
Vous qui fous ce foyer antique
Bravez le fafte de Paris ,
Et la molleffe afiatique
Des alcoves & de lambris.
Soyez les feuls dépofitaires.
De mes Vers férieux ou foux ;
Que mes ouvrages folitaires
Se dérobant aux yeux vulgaires
Ne s'éloignent jamais de vous .
J'efperois que l'affreux Borée
Refpecteroit nos jeunes fleurs ,
Et que l'haleine temperée
Du Dieu qui previent les chaleurs
Rendroit à la Terre éplorée
Et fes parfums & fes couleurs,
Mais les Nymphes & leurs compagnes
Cherchent les abris des buiffons ,
L'Hyver defcendu des montagnes
DECEMBRE. 1745 .
Souffle de nouveau fes glaçons ,
Et ravage dans nos campagnes
Les premices de nos moiffons.
Rentrons dans notre folitude ,
Puifque l'Aquilon déchainé
Menace Zéphyre étonné
D'une nouvelle fervitude :
Rentrons , & qu'une douce étude
Déride mon front férieux :
Vous mes Penates , vous mes Dieux ,
Ecartez ce qu'elle a de rude ,
Et que les vents féditieux
N'emportent que l'inquiétude
Et laiffent la Paix en ces lieux .
Enfin je vous revois , mes Lares ,
Sous ce foyer éteincelant ,
A la rigueur des vents barbares
Oppofer un chêne brulant :
Je fuis enfin dans le filence ,
Mon efprit libre de fes fers
Se promene avec nonchalance
Sur les erreurs de l'Univers ;
Rien ne l'aigrit , rien ne l'altere ;
Coeurs vicieux , efprits pervers ,
Je vous condamne fans colere :
Coeurs éprouvés par les revers ,
Et foutenus par l'innocence ,
Ma main fans efpoir vous encenſe ;
A iij
ઠ MERCURE DE FRANCE.
Mes yeux fur le mérite ouverts
Se ferment fur la récompenſe ;
Sans fortir de mon indolence
Je reconnois tous les travers
De ce rien qu'on nomme ſcience ;
Je vois que la fombre ignorance
Obfcurcit les pâles éclairs
De notre foible intelligence :
Ah ! que ma chere indifference
M'offre ici de plaiſirs divers !
Ma maîtreffe et
l'indépendance ,
Mes Dieux font les Rois que je fers.
Amant de la fimple Nature .
Je fuis les traces de fes pas ;
Sa main auffi libre que fûre
Néglige les loix du compas ,
Et la plus légere parure
Eft un voile pour fes appas.
Quand la verrai-je ſans emblême ,
Sans fard , fans éclat emprunté
Conferver dans la pudeur même
Une piquante nudité ,
Et joindre à la langueur que j'aime
Le fouris de la volupté ?
✪ toi qui donnas la naiffance
Au Dieu qu'adore l'Univers ,
Déeffe , répand dans mes Vers
Ce tour , cette noble cadence ,
DECEMBRE. 1745 7
Et cette molle négligence ,
Dont Tibulle embellit fes airs.
Inſpirez moi Divins Penates ,
Vous-mêmes guideź mes travaux ,
Verfez fur ces rimes ingrates
Un feu , vainqueur de mes rivaux ,
Et que mes chants toujours nouveaux
Mêlent la Raifon des Socrates
Au badinage des Saphos ,
Mais qu'une fageffe fterile
N'occupe jamais mes loisirs ,
Que toujours ma Muſe fertile
Imite , en variant fon ftyle ,
Le vol inconſtant des Zéphyrs ,
Et qu'elle abandonne l'utile
S'il eft feparé des plaifirs !
Favorable à ce beau délire
Rouffeau , j'implore ton fecours ,
Seconde le Dieu qui m'inſpire,
Réunis en ce jour la lyre
Et le luth badin des Amours ;
Soutiens moi , prêtes moi tes ailes ,
Guide mon vol audacieux
Jufqu'à ces voûtes éternelles
Où l'aftre qui parcourt les Cieux
Darde fes flâmes immortelles
Sur les ténébres de ces lieux.
f A iij
3 MERCURE DE FRANCE,
Je lis , j'admire tes ouvrages ,
L'efprit de l'Etre Créateur
Semble verfer fur tes images
Toute fa force & fa grandeur:
Mais , ne crois pas que vil flateur
Je deshonore mes fuffrages
En mandiant ceux de l'Auteur.
Vous le fçavez , Dieux domestiques ,
Mon ftyle n'eft point infecté
Par le fiel amer des critiques ,
Ni par le nectar apprêté
Des longs & froids panégyriques :
Sous les yeux de la verité
J'adreffe au Princes de Lyriques
Cet éloge que m'ont dicté
Le goût , l'eftime & l'équité.
Rouffeau conduit par Polymnie
Fit paffer dans nos vers François ,
Ces fons nombreux , cette harmonie
Qui donnent la vie & la voix
Aux airs qu'enfante le génie.
Sa prudente févérité
Sous les contraintes de la rime
Fit naître l'ordre & la clarté ;
le concours unanime Et par
D'une heureuſe fécondité
Unie aux travaux de la lime ,
Sa Muſe avec rapidité
S'élevantjufques au fublime,
DECEMBRE
1745:
Vola vers l'immortalité .
Que la Renommé & l'Hiftoire
Gravent à jamais fur l'airain
Ces hymnes dignes de mémoire ,
Où Rouſſeau la flâme à la main
Chaffe du Temple de la Gloire
Les deſtructeurs du genre humain ,
Et fous les yeux de la Victoire
Renverfe leur Trône incertain .
Tels font les accords de fa lyre.
Mais quel feu , quels nouveaux attraits
Lorfque Bacchus & la fatyre
Dans un vin petillant & frais
Trempent la pointe de fes traits !
Envain , de fa gloire ennemie ,
La haine répand en tout lieu
Que fa Mufe enfin avilie
N'eft plus cette Muſe cherie
De Duffé , la Fare , & Chaulieu
Malgré les arrêts de l'envie ,
S'il revenoit dans fa Patrie,
Il en feroit encor le Dieu .
Les travaux de notre jeune âge
Sont toujours les plus éclatans ;
Les Graces qui font leur partage
Les fauvent des rides du tems.
Moins la rofe compte d'inftans ,
A v
ΤΟ MERCURE DE FRANCE.
Plus elle s'affûre l'hommage
Des autres filles du Printems.
Par quel Art , celebre Voltaire
Conferve-tu ce coloris ,
Ce nombre , ce beau caractere '
Qui marquent tes premiers Ecrits ?
D'une main féconde & legere
Tu peignis l'Amour & les Ris ,
Le vin faillant dans la fougere ,
Les regards malins de Cypris ,
Et tous les Secrets de Cythere.
Bientôt , de l'héroïque épris ,
Tu célebras la violence
Des feize Tyrans de Paris ,
Et la généreufe clemence
Du plus vaillant de nos Henris .
Déja la fublime éloquence
Te pénetroit de fes chaleurs
Les graces & la véhémence
Se marioient dans tes couleurs ,
Et par une heureufe inconftance ,
De ton efprit en abondance
Sortoient des foudres & des fleurs ;
Enfin , au milieu de ta courſe
g
Tu n'as point vû tarir la fource
D'où naiffoient tant d'Ecrits heureux .
Toujours égal dans fa carriere ,
Ainfi le Dieu de la lumiere
DECEMBRE. 1745 . 11
Brille fans épuifer fes feux .
Tandis que ma mufe volage ,
Par un aimable égarement ,
S'arrête où le plaifir l'engage,
Et donne tout au fentiment ;
L'ombre defcend , le jour s'efface ,
Le char du Soleil qui s'enfuit
Se joue envain fur la ſurface
De l'onde qui le reproduit ;
L'heure impatiente le fuit ,
Vole , le preffe, & dans fa place
Fait fucceder l'obfcure nuit."
Que mon toit foit impénétrable
Aux craintes aux remords vengeurs ,
"
Et qu'un repos inaltérable
Dans cet azyle favorable
Endorme les foucis rongeurs !
Sur ces demeures folitaires
Veillez , ô mes Dieux tutélaires.
Déja Morphée au teint vermeil
Abbaiffe fes ailes legeres ,
D'où la molleffe & le fommeil
Vont defcendre fur mes paupieres.
Puiffai-je après deux nuits entieres ,
N'être encor qu'au premier reveil ,
Et voir dans tout fon appareil
L'Aurore entr'ouvrant les barrieres
Bus
A vij
12 MERCURE DE FRANCE.
Du temple brillant du Soleil!
Confidens d'un amour fincere ,
Vous , mes amis , dès le berceau
Si l'enfant qui porte un flambeau
Venoit m'anonncer que Glicere
Favorife un amant nouveau ,
Mes Dieux , déchirez fon bandeau ,
Et repouffez le téméraire ;
Mais fi plus ſenſible à mes voeux
Il vous apprend que cette belle
Moins aimable encor que fidelle
Brule pour moi des mêmes feux ,
Alors , d'une offrande éternelle
Flatez cet enfant dangereux ,
Et que la fleur la plus nouvelle
Orne à l'inſtant ſes beaux cheveux .
Le 20 Mai 1736.
DECEMBRE. 1745. *$
LVE X NE E V VE VE VE
RONDE A U.
Depuis long- tems , aimable & fiere Hoṛtenſe ,
Par vos rigueurs exerçant ma conftance ,
Vous condamnez mes foupirs innocens ,
Et fur l'ardeur que pour vous je reffens
Vous me forcez à garder le filence.
Mais de mes voeux , malgré má prévoyance ,
Pour Pour vous cacher la douce violence
J'ai fait toujours des efforts impuiffans
Depuis long- tems.
M'en croirez-vous ? Loin qu'amour vous offenſe,
Suivez , goûtez fes plaifirs raviffans ,
Et couronnez les feux les plus preffans
D'un prix flateur qu'avec impatience
Mon coeur attend de fa perféverance
Depuis long-tems .
Par M. Gaudet.
14 MERCURE DE FRANCE.
SAILLIE A M. l'Abbé d'Ale ***
de Roched *** en réponse d'une Lettre
qu'il m'avoit envoyée .
Jrai và Bacchus ; ami , j'en jure ;
Puiffent , fi je te mens , les Aquilons fougueux
Porter fur mes raifins un fouffle dangereux ,
J'ai vu Bacchus : dans une grotte obfcure
Ce Dieufuivi d'une foule de Dieux ,
La coupe en main , l'yvreffe dans les yeux ,
Laiffez , s'écrioit-il , le Nectar à mon pere ,
Amis , je vous en offre un plus délicieux .
Plongeons-nous dans le vin , faifons-nous fur la
terre
Un fort plus beau que dans les Cieux ..
A ces mots le pefant Silene
Renverfé fur fon vafte dos ,
A l'aide d'un Sylvain près d'un flacon fe traine .
Déja dans fon gofier le vin coule à long flots ..
Que d'agréables fons ! que de foupirs myftiques J
Les cris , les hurlemens , les tranfports frenetiques
Ne troublent point la paix de cet Antre facré.
Non , non , j'ai vû dans cet azile ,
J'ai vu la Ménade docile ,
Le front de pampres entouré,
DECEMBRE. 1745,
Sans thyrfes , fans clameurs porter un oeil tranquile
Sur le Sylvain lafcif & le Faune enyvré ..
Au nom de Milton , de Voltaire ;
Je fens s'animer mes efprits ;
D'une fureur involontaire
Je me vois tout à coup épris.
O ! fi ta préſence cherie
Soutenoit les efforts de ma mufe enhardie ,
Ami , tu la verrois s'élevant dans les airs ,
Par les chants les plus beaux étonner l'Univers
Et s'ouvrant elle-même une nouvelle trace ,
Dans fon effor ambitieux
Loin de fon vol laiffer tout le Parnaffe ,
Et jufques dans l'Olympe aller charmer les Dieux..
Sectateurs du fage Epicure ,
Chaulieu , la Fare , Auteurs délicieux ,
Des douces loix de la Nature ,
*
Interpretes naïfs , brillans voluptueux,
Eloignez de mes yeux ces triftes perfonnages
Qui préfentant fans ceffe à mon coeur revolté
Les maximes les plus fauvages
Dans leur fyftême détesté
Appellent des vertus fuprêmes
Les coupables efforts qui nous font dans nous
mêmes
* On ne parle ici que de ces perfonnes atrabilai
Tes , qui ennemies de toute fenfibilité femblent
ouloir ramener les folies du ftoïciſme,
16 MERCURE DE FRANCE.
Anéantir l'humanité ...
Et toi , dont l'innocente Muſe
Enchantoit autrefois les rives de Vauclufe
Petrarque , foit que la douleur ,
Soit qu'Amour lui-même t'inſpire
! que tes chants partout font remplis de dou
ceur !
Hélas ! depuis long-tems comme toi je foupire ,
Comme toi que ne puis-je exprimer fur ma lyre ,
Toute ma tendreffe & mon coeur !
A Carpentras , par L. A. F. D. L.S. N.
IMPROMPTU.
Sur un apparence incertainė ,
Vous me taxez d'être indifcret ;
Que ne foulagez-vous ma peine?
Ah! vous verriez , charmante Ifmene ,
A quel point je garde un fecret.
Par M. Gaudet.
DECEMBRE.
17 1745
薬業
P
BOUQUET pour Manon M ....
Our vous faire un bouquet c'eft envain que
j'efcrime :
Non , jamais la quinteufe rime
Ne vint fi de travers.
Ne pouvant donc faire de vers ,
Vous , refufant les dons de Flore ,
Je n'ai plus à vous préfenter
Que du fruit ; s'il peut vous tenter
Chere Manon , vous que j'adore ,
Dans peu je vous en fais porter.
E. Rebis.
SUITE de la Lettre d'un Militaire.
IL eft donc certain ,
Monfieur
, que
lorf
que les conjonctures nous déterminent à
refter dans des lignes , l'intelligence dans
la façon de les fortifier & de les défendre ,
jointe à la valeur des troupes , décide des
évenemens : je ne pense pas que l'on me
18 MERCURE DE FRANCË.
chicanne là deffus ; en tout cas fi l'exemple
de Céfar ne le prouve point affés, en voici un
moderne qui , je m'affùre , détruira l'opinion
où l'on eft que des lignes attaquées font
toujours des lignes forcées. Le fait fera un
peu long à rapporter , mais il eft fi beau
& fi frappant que je me ferois fait un fcrupule
d'omettre aucune des principales circonftances
: le voici.
En 1640 le Comte d'Harcourt inveſtit
Turin où le Prince Thomas étoit avec un
Corps de troupes auffi fort que notre armée.
Le Comte après avoir pris fes quartiers
autour de la Place , fit travailler à
la circonvallation qu'il fit faire large & profonde
avec des redans & des redoutes de
diſtance en diſtance , & de plus une contreligne
pour ſe garantir des forties du Prince
qui en faifoit très- fouvent ; il en fit une
entr'autres le jour de la Pentecôte avec
500 hommes de pied , & 300 chevaux ,
& donna jufqu'au campement , mais notre
Cavalerie ayant promptement monté à cheval
, l'ennemi fut repouffé dans la Ville ;
peu de tems après le Marquis de Leganés
qui avoit raffemblé un Corps de troupes
de 18000 hommes , fe préfenta devant nos
lignes dans l'intention de nous forcer ; pour
cet effet le 30 Mai les Efpagnols paru
tent fur la colline d'où ils firent défiler des
DECEMBRE 1745. 19
troupes fur le bord du Po pour fecourir la
Ville par cet endroit , mais le Vicomte de
Turenne les reçût fi vigoureufement qu'il
les contraignit de quitter cette entrepriſe ;
le lendemain au matin ils attaquerent fur la
colline le Fort qui eft proche des Capucins ,
que nous défendîmes avec tant de valeur
qu'au bout de deux heures les ennemis furent
contraints de fe retirer. Le Marquis
de Leganés ne fe rebutant point de fes difgraces
voulut faire un dernier effort du côté
de Montcallier ; il fe faifit pour cela d'une
Ifle fur le Po , & fit paffer de l'Infanterie
en deçà de l'eau , qui fut auffi - tôt chargéo
par le Comte d'Harcourt & miſe en fuite ;
le Marquis de Leganés voyant la réſiſtan
ce qu'il trouvoit de tous côtés fe campa
vers Montcallier fur le bord du Po à une
portée de moufquet de nos lignes , dans le
deffein de nous couper les vivres , & de tomber
fur quelqu'un de nos quartiers à l'heure
que nous y penferions le moins , cependant
le Comte d'Harcourt ne laiffoit pas d'avoir
de l'inquiétude , car il falloit que les troupes
fuffent toujours fous les armes pour fe
garder d'une furpriſe , ayant d'un côté les
Efpagnols près de lui , & le Prince Thomas
de l'autre , tellement que d'affiégeant
il étoit devenu affiégé ; il jugea qu'avec
une armée auffi fatiguée que la fienne il
lui feroit impoffible de réſiſter à un fi grand
20 MERCURE DE FRANCE.
nombre d'ennemis s'il n'étoit promptement
fecouru ; fur l'avis qu'il en donna à la Cour ,
le Cardinal de Richelieu lui envoya un renfort
commandé par le Comte de Clermont-
Tonnerre , & donna ordre au Marquis de
Villeroy qui étoit à la tête d'un Corps
dans la Franche- Comté d'aller joindre le
Comte d'Harcourt le plus diligemment qu'il
pourroit. Leganés réfolut de ne pas attendre
leur armée , & de faire auparavant une
attaque générale de tous côtés ; il fépara
pour cela fon armée en trois afin d'attaquer
en même tems le quartier du Roi ,
celui de la Motte , & la colline près des
Capucins ; le quartier de la Motte fut le
premier attaqué par 6000 hommes de pied ,
& 3000 chevaux commandés par Don Carlos
de la Gatta , qui donnerent dans la
ligne avec des pontons & des fafcines &
la comblerent à la faveur de leur artillerie
& du grand feu de leur Infanterie ; les Régimens
de Vilandri & de la Motte ne purent
foutenir un fi grand effort , tellement
que les Efpagnols pafferent la ligne , maist
la Motte - Houdancourt étant venu au fecours
, il les chargea fi brufquement qu'il
les força à la repaffer ; ils rentrerent en
même tems par un autre endroit , & furent
chaffés pour la feconde fois ; fans fe rebuter
ils revinrent à la charge pour la troifiéme
& rentrerent dans la ligne avec tant de
DECEMBRE 1745 . 27
vigueur que les François furent contraints
de reculer. La Motte- Houdancourt voyant
ce défordre fit avancer les Régimens de S.
André , Monbrun & du Teirrail , & gagną
une ravine bordée de hayes où il mit ion
Infanterie , laquelle attendit les Eſpagnols
qui marchoient à la Ville & devoient néceffairement
défiler par là ; quand ils furent
proche elle fit une décharge fur eux , & la
Cavalerie fraiche jointe à celle qui avoit
été battue & s'étoit ralliée , les chargea en
flanc fi vertement qu'ils furent mis en défordre
, & repafferent la ligne en confufion ,
excepté Don Carlos qui entra avec 1000
chevaux dans la Ville dont il ne put fortir.
Dans ce même moment le Marquis de Leganés
attaqua du côté du Po , & feignant
plufieurs attaques fondit tout d'un coup fur
le Régiment de Nereftan avec force pontons
& fafcines pour combler laligne à la
faveur de fon canon qui nous battoit en
flanc ; le Prince en même tems fit une
grande fortie de la Ville avec 3000 hommes
de pied & toute la Cavalerie pour
favorifer l'attaque qui le faifoit du côté de
la colline ; elle ne fut pas plus heure e
que les autres , car le Vicomte de Turenne
la foutint avec tant de courage que ceux
de dehors & de dedans furent obligés de
fe retirer avec perte . Peu de tems apiès
12 MERCURE DE FRANCE.
le Comte d'Harcourt reçût un renfort par
l'arrivée du Comte de Tonnerre qui fut
bien-tôt fuivi du Marquis de Villeroy , ce
qui commença à lui donner bonne opinion
de fon entrepriſe . Le Marquis de Leganés
rebuté de tant d'attaques inutiles demeura
campé auprès des François pour les fatiguer
, cependant le beſoin de vivres ſe faifoit
fentir dans la Ville ; on y manquoit
de pain , & les 1000 chevaux entrés avec
Don Carlos de la Gatta incommodoient
plus qu'il ne fervoient , c'eft pourquoi le
Prince Thomas eût bien voulu les faire fortir
avec une partie de fa Cavalerie qui manquoit
de fourage ; il tenta le 24 Juillet
d'exécuter ce projet par deux forties qu'il
fit en même tems fur le quartier du Po ,
& fur celui de la Motte . Don Carlos qui
commandoit la derniere travailloit avec des
pelles & des pioches à combler la contreligne
, lorfque la Motte - Houdancourt y
arriva qui le força de rentrer dans la Ville
plus vite qu'il n'étoit forti , & le Prince
Thomas trouvant les poftes mieux garnis
qu'à l'ordinaire n'ofa enfoncer plus avant
de l'autre côté & fe retira fans rien faire ; la
même ſemaine le Marquis de Leganés fut
joint par un Corps confidérable veau de
Naples qui lui donna le courage de hazarder
encore un combat. Don Carlos qui vouloit
DECEMBRE. 1745 23
fortir de Turin à quelque prix que ce fût ,
s'efforça de paffer par les quartiers du Marquis
de Ville & de Pianeffe avec un ponton
pour mettre fur la ligne & lui rendre
le paffage plus aifé. Le Prince Thomas le
foutint avec 3000 hommes , pendant que
le Marquis de Leganés attaquoit par la
colline à fix heures du foir dans l'efpérance
de faire la nuit ce qu'il n'avoit pû
exécuter le jour ; en effet Den Carlos fortit
de la Ville du côté de la Confolata le
premier d'Août , marcha vers la Doire &
donna l'allarme au Marquis de Ville qui
y accourut avec l'Escadron de Savoye & le
Régiment du Commandeur de Souvré ; il
trouva que le Prince Thomas étoit venu
dans l'obfcurité jufqu'à la ligne fans être
découvert , & que les Efpagnols accommodoient
leur ponton pour paffer , mais il
les chargea fi brufquement qu'il leur fit
quitter leur travail pour fe retirer dans la
Ville ; le Marquis de Leganés furvenant là
deffus par dehors eût dégagé Don Carlos
avec fes 1000 chevaux , fi la Motte Hou
dancourt venant à propos fur l'allarme , ne
les eût contraints de fe retirer , Don Carlos
dans la Ville , & le Marquis dans fon
camp. Cependant la famine étoit grande
dans Turin & la mifere y augmentoit tous
les jours , fans que le Marquis de Leganés
24 MERCURE DE FRANCE.
pût y apporter de reméde ; c'eft pourquoi
le Prince Thomas par une derniere tentative
avec 6000 hommes de pied , & 1000 chevaux
, furprit cinq redoutes entre le Valentin
& le Fauxbourg du Po , mais le Comte
d'Harcourt y enyoya le Régiment de Normandie
avec d'autres troupes qui les reprirent
, & repoufferent les Eſpagnols jufques
dans Turin ; dans ce même tems le Marquis
de Leganés parut en bataille à la vûe des
lignes , & voyant les redoutes repriſes , &
qu'il étoit venu trop tard , il rentra dans
on camp fans rien entreprendre ; depuis
ce tems-là il ne fit plus que des courſes
du côté de Pignerol pour attraper quelques
prifonniers.
Le Prince Thomas n'ayant plus de quoi
nourrir ni fes troupes ni une nombreuſe
populace qui commençoit à fe mutiner
faute de pain , & ne voyant d'ailleurs aucune
espérance de fecours , après tant de
combats fans effet , parla d'accommodement
; le Comte d'Harcourt l'écouta ; les
affaires fe terminerent & le Traité fut figné
le 24 Septembre , enfuite de quoi le
Prince fortit de Turin avec 8000 hommes
, & le Comte d'Harcourt entra trionphant
dans la Ville,
Il me femble , Monfieur , que cet exemple
devroit bien frapper l'imagination de
ceux
DECEMBRE 1745 .
25
ceux qui réfléchiffent , & leur faire connoître
combien les armées qui fe défendent fous la
protection d'un retranchement ont d'avantage
fur celles qui combattent en rafe campagne
; remarquez , s'il vous plait , que ce
ne font point ici des troupes Gauloifes qui
attaquent avec de mauvaiſes armes tant
offenfives que défenfives comme à Alexia ,
ce font des foldats armés & difciplinés comme
les nôtres , commandés par des Généraux
expérimentés & entreprenans ; les mauvais
fuccès ne les rebutent point ; toujours
animés d'une nouvelle audace , ils reviennent
fans ceffe à la charge , & employent
tout ce que l'Art leur fuggére de moyens
pour faire réuflir leurs entrepriſes , malgré
cela ils échouent partout , cependant ils
attaquent avec la fupériorité du nombre
mais elle ne peut rien contre des ennemis
braves & réfolus , qui joignent à l'avantage
du lieu celui d'avoir à leur tête un Général
femblable au Comte d'Harcourt , doint
les actions ont été fi belles & fi extrao
dinaires , qu'elles méritent que la poftérité
n'en perde jamais le fouvenir.
Un Général qui s'engage à défendre une
circonvallation , outre les attentions qu'il doit
avoir à diriger fes lignes de forte qu'il tourne
à fon utilité les differentes fituations du
terrain , comme les hauteurs , & es com-
I. Vel. B
26 MERCURE DE FRANCE,
mandemens qui font à portée , les rivieres ,
les marais , étangs , ravines , & autres chofes
que l'infpection des lieux fait découvrir à
un homme qui a le génie & le coup d'oeil
militaires , doit encore après avoir mis fes
lignes dans le cas d'être bien défendues , tacher
de gagner la confiance des Officiers
& des foldats , en leur faifant connoître la
force des retranchemens en eux- mêmes
combien il eft difficile de franchir un foffé ,
& de fe guinder far un parapet bordé de
toutes parts de piques , de pertuifanes , &
d'autres armes de longueur , entremélés de
feux de differentes efpeces. Par là , Monfieur
, on viendroit à bout de vaincre la
peur qu'on remarque prefque toujours dans
nos troupes lorfqu'elles combattent derricre
un retranchement , & on les difpoferoit à
une vigoureuſe réfiftance , qu'on pourroit
même augmenter confidérablement , fi au
lieu de l'ancienne méthode dans la défenfe
, on vouloit fuivre celle que le Commentateur
de Polybe nous a donnée à l'occafion
de l'attaque du Camp retranché de
Cleomene , méthode excellente , très - capable
de nous guérir de nos préjugés , &
dont il fuffit de faifir l'efprit pour s'acommoder
à toutes fortes de fituations , car il
n'y a point d'autre difference entre des
lignes de circonvallation & un camp reDECEMBRE
1745 . 27
tranché , fi ce n'eft qu'ici les troupes réunies
& enſemble combattent fans diftraction
de leurs forces , & que là , on eft obligé de
divifer une armée & d'en féparer les quartiers
fouvent par d'affes longues diftances
à quoi on remédie en établillant de bonnes
communications de l'un à l'autre , que
l'on doit faire larges afin que les troupes
puiffent marcher fur un grand front aux
endroits où le fecours eft néceffaire , & attaquer
en arrivant ; à cela près tout eft
égal , & la nature du terrain décide de
l'ordre de bataille ; dans des lignes de circonvallation
il faut qu'il foit difpofé de façon
que chaque quartier puiffe fe défendre par
lui -même indépendamment de la force que
l'on peut emprunter des autres , ou dumoins
que la réfiftance foit fi bonne qu'on
ait tout le tems d'être fecouru . Quand on
combat fur de parcils principes & que
l'on
eft fur fes gardes , on ne craint point d'etre
furpris , & les fauffes attaques pour faire
réuffir les véritables deviennent inutiles
parce qu'on ne fe dégarnit nulle part qu'avec
connoiffance de caufe .
Je fuis perfuadé , Monfieur , que pour
réuffir dans un projet de défenfe tel que
celui dont il eft queſtion , il n'y a rien de
mieux à faire par rapport à l'ordre de bataille
que de border les retranchemens fur
Bij
18 MERCURE DE FRANCE.
1
fix de hauteur fi on a affés de troupes pour
cela , de mettre la Cavalerie en feconde
ligne entremêlée de colonnes d'Infanterie
qu'on obfervera de faire plus fortes dans
es endroits où l'on jugera que l'ennemi
doit former fes principales attaques ; les
flancs de chaque quartier feront bien af,
fûrés , & la tête des communications fortifiée
de bonnes redoutes ou autres ouvrages
fous la protection defquels on fe ralliera
au cas que l'ennemi par un effort extraordinaire
vint à forcer la ligne , ce que
je ne crois guéres poffible , car je fuppofe
pour un moment qu'il ait furmonté tous
les obftacles qu'on lui aura oppofés au comblement
& au paffage du foffé , qu'il ait
rófifté à une grêle de coups de fufils &
aux éclats d'une infinité de grenades , &
qu'enfin malgré les armes blanches mifes
en ufage pour défendre le parapet , il l'ait
franchi , & qu'il foit dans l'intérieur de la
ligne , je fçais combien alors l'opinion a de
force , & que la plupart des Militaires regardent
les affaires comme defefpérées , cependant
elles ne font rien moins que cela ,
car la Cavalerie n'a qu'à s'abandonner l'épée
à la main fur les troupes qui auront
pénétré , les charger de front tandis que les
colonnes la bayonnette au bout du fufil ,
les attaqueront par le flanc , je vous jure ,
DECEMBRE 1745. 29
Monfieur , que l'ennemi fe verra bien-tôt
culbuté & contraint de repaffer la ligne en
confufion , alors on fe remparera avec des
arbres coupés garnis de leurs branches
dont on aura fait provifion ; on les mettra
devant la brêche , & on attendra derriere
ce nouveau retranchement que l'ennemi
faffe une feconde charge ; que s'il venoit
à pénétrer par plufieurs endroits , il faudroit
faire doubler & tripler les files des Bataillons
qui bordent le parapet , en fournir
des colonnes , & attaquer dans cet ordre
tout ce qui aura paffé ; c'eft la méthode de
l'Auteur que j'ai cité qui me paroit fi bien
démontrée qu'il y a tout lieu de croire
qu'elle fera un jour généralement fuivie &
qu'on s'en trouvera bien ; j'ai l'honneur
d'être avec reſpect &c .
A Nantes le 6 Juillet.
A M** pour le jour de ſafête
CRois-tu , pour célebrer tafête ,
Que j'aille me caffer la tête,
Et dans des vers pompeux , brillans ,
Chanter tes fublimes talens ?
Biij
30 MERCURE DE FRANCE.
Non , les tréfors de l'Hypocréne
Ne me furent jamais ouverts ,
Et
pour
faire de méchans vers
Ce feroit prendre trop de peine.
Au lieu de ces longs complimens
Qui te mettroient à la torture ,
D'une amitié fidelle & pure
Daigne agréer les ſentimens .
Son inaltérable tendreffe
Sera , malgré le cours du tems ,
Le doux plaifir de ma vieilleffe ,
Comme elle l'eft de n on printems.
ODE
ANACREONTIQUE.
R. Ebuté des rigueurs d'Hémire
Mon coeur ceffoit de s'enflâmer,
Et las d'un funefte délire ,
Je jurois de ne plus aimer,
*****
Contre Cyprine & fa puiffance
Je me croyois en fûreté .
Et du fein de l'indifférence
J'attendois la tranquillité.
*
DECEMBRE. 1745 . 32
Ah ! difois-je , vous qu'amour bleffe ,
Lâches efclaves de fa loi ,
Rougiffez de votre foibleffe ,
Et triomphez- en comme moi.
Quoi ! Près d'une beauté frivole
Pouffer des foupirs languiffans ,
Et fur les Autels d'une dole
Bruler un criminel encens ?
Non , c'en est fait ; je quitte Hémire ,
Je brave à jamais fes froideurs :
Dieu des treilles , fous ton empire
Mon ame fixe fes ardeurs .
*
Dans les flots d'un vin délectable
Noyons nos chagrins fans retour
Et que les douceurs de la table
Mevengent des maux de l'amour,
Où fuis-je ! quel trouble me preffe !
Quels feux s'emparent de mon coeur !
Hélas ! le Dieu de la tendreile
Seroit-il encor mon vainqueur ?
*
Que vois-je ! Hémire! Ah ! Dieux , fes charmes
Me font oublier mes fermens :
Bij
32 MERCURE DE FRANCE.
Fier Amour , je te rends les armes ;
J'adore jufqu'à tes tourmens.
+4
Sous les aîles de l'efpérance
Tu flates nos tendres defirs ,
Et fouvent la perfévérance
Conduit au comble des plaiſirs .
Bacchus , en vain tu te diſpoſes
A punir mes coupables voeux ;
Viens voir Hémire , fi tu l'ofes ,
Et condamne-moi , fi tu peux.
Par M. Gaudet.
£3 £3
SUITE de la Séance publique de l'Académie
Royale de Chirurgie.
L
E troifiéme Mémoire qui fut lu dans
cette affemblée , fut de M. Petit. Ce
Mémoire contenoit quelques préceptes généraux
pour la curation des playes.
Après cette lecture , M. Levret termina
la Séance par la defcription d'un moyen
particulier dont il s'eft fervi pour guerir une
ulceration rebelle au bord des deux paupieres
inférieures d'une jeune perfonne.
La guerifon des maladies les plus fimDECEMBRE.
1745.
33
ples en apparence ne s'obtient pas tou-
» jours aifément , dit M. Levret ; il en eſt
» dont les indications ne font point douteufes
, mais qui offrent de la difficulté , foit
» par la nature des parties malades , foit par
les obftacles qui fe prefentent quand il faut
employer les remedes convenables..
53
"
23
Une jeune Demoiſelle avoit eu fix ans àuparavant
la petite verole ; il lui étoit refté
plufieurs petits ulcéres variqueux qui occupoient
toute la partie interne de la paupiére
inférieure de chaque oil : on fit ufage depuis
ce tems d'une prodigieufe quantité de
remédes de toutes efpéces qui ne produifirent
pas le moindre foulagement , M. Levret qui
vit alors la malade , obferva que le bord de
chaque paupiere inferieure étoit un peu renverfé
; ce renverfement donnoit lieu à un
écoulement involontaire de larmes fur la
joue ; la malade ne pouvoit fupporter
la lumière qu'à travers un bandeau de gaze.
( 1 ) Ce Chirurgien propofa de faire
à la partie ulcérée des ablutions déterfi-
( 1 ) Toutes les fois qu'il y a inflammation aux
paupieres ou ulcération avec renverſement de ces
parties , on ade la peine à foutenir le grand jour
ou la lumiere artificielle , pour deux raifons principales.
19. Non feulement la pupille fe refferre
à l'abord des rayons lumineux trop éclatans , mais
les paupiéres s'approchent encore l'une de l'autre ,
BY
34 MERCURE DE FRANCE.
ves avec un gros de fel fixe de tartre diffous
dans une pinte d'eau commune , afin de
corriger une lymphe épaiffe & vifquenfe ,
qui exfudoit continuellement de ces petits
ulceres , & de donner en même - tems un
peu plus de reffort aux vaifleaux .
peu
Ces petites douches que l'on continua
pendant huit jours ne produifirent aucun effet
que de diminuer un peu la cuiffon que
la malade y fentoit continuellement. M.
Levret voyant le de fuccès de ce premier
moyen , prit le parti de recourir aux
cathérétiques . Il fe détermina pour la pierre
infernale que divers praticiens propofent
en pareils cas , mais il s'agiffoit de fe rendre
maître de la paupiere , de l'éloigner affés
du globe de l'oeil pour en toucher le fond ,
& de pouvoir garantir la conjonctive de l'impreffion
des particules cauftiques de la
pierre.
tant pour diminuer la quantité des rayons , que
pour moderer leur activité : pour y parvenir , il faut
que le mouvement des paupieres foit libre , ce
qui ne peut être à caufe de la tenfion de la conjonctive
, du renversement de la paupiere & de
la douleur de cette partie : 20. L'oeil fain eft continuellement
lubriñé par les larmes que le jeu des
paupieres dans l'état naturel étend continuellement
fur la furface antérieure du globe pour y faire une
efpéce de vernis ; moyen dont la Nature ſe ſert
pout moderer l'activité des rayons ; les paupieres
DECEMBRE. 1745. 35
M. Levret peu fatisfait des moyens qu'on
employe ordinairement & qui lui parurent
infuffifans pour obvier à ces difficultés , s'attacha
à chercher une méthode fûre , & qui
pût mettre la malade à l'abri de tout inconvenient
; tel fut fon procéde ; il fit faire un
collier de velours large d'un pouce & dont
la longueur n'éxcedoit pas la groffeur du
col afin que les rubans attachés à fes extremités
pûffent ferrer fuffifamment . Il fit coudre
à la partie anterieure de ce collier deux
petits anneaux dont la diftance étoit réglée
fur l'éloignement des yeux du fujet , enforte
que chaque anneau répondoit directement
au centre de la prunelle de chaque
cil par une ligne perpendiculaire : [ M.
Levret fait obferver que cettediftance eft
affés ordinairement de trois pouces. ] Il coupa
enfuite de droit fil deux bandelettes de
linge neuf& fin , qui formoient chacune une
efpéce de lofange dont le triangle fuperieur
malades n'ayant pas leur mouvement libre ne
fçauroient accomplir qu'imparfaitement cette action
, ce qui fait que la cornée tranſparente n'étant
pas fuffisamment humectée , les rayons la pénétrent
trop âprement , c'eft pourquoi dans les mafadies
de l'interieur des paupieres qui gênent le
mouvement de ces parties la vûe eft bleffée
fans que le globe de l'oeil foit directement affectée.
Le bandeau de gaze fupplée en ce cas au dé
faut de ce vernis.
Bri
36 MERCURE DE FRANCE .
avoit environ huit lignes de hauteur , & la
partie la plus large de ce triangle , que nous
nommerons fa baze , étoit de l'étendue de
la paupière inférieure : cette portion étoit
couverte d'emplâtre d'André de la Croix : la
partie inférieure de cette bandelette formoit
auffi un triangle, mais beaucoup plus allongé;
on fit coudre à fon extremité un petit an
neau :
M. Levret prépara encore un morceau de
papier blanc , battu , huilé & enſuite bien
effuyé , d'environ 10 lignes de large fur un
pouce & demi de haut & arrondi à fon
extremité inferieure : ce papier étoit huilé ,
tant pour s'oppofer plus puiffamment à
l'impreffion que la diffolution de la pierre
infernale pourroit faire , que pour empêcher
que les larmes ne l'imbibaflent & ne lui fiffent
perdre fa forme ; il fe munit auffi de
deux petits pinceaux de poil très doux ,
dont l'un étoit fec & l'autre légèrement
humecté d'huile.
Toutes chofes ainfi préparées , la malade
placée fur une chaife baffe , M. Levret lui
mit le collier dont il noua les rubans à la
Nuque , il prit enfuite une des bandelettes ,
& après avoir un peu échauffé la portion
couverte d'emplâtre , il en applliqua la partie
la plus large le long de l'extérieur de la
paupière inferieure près du tarfe depuis un
DECEMBRE . 1745 . 37
angle juſqu'à l'autre ; il eut attention qu'elle
ne touchât pas aux cils : il renverfa la
longue branche & au moyen d'un petit ru
ban il joignit l'anneau de la bandelette
avec celui du collier qui lui répondoit.
›
M. Levret fait remarquer en paffant qu'il
fit mettre cet anneau au bout de la bande ,
plûtôt que de la prolonger en forme de ruban
afin de lui conferver la rectitude des fils dont
nous avons parlé , & qu'elle pût éloigner
également du globe de l'oeil la paupiére
dans toute fon étendue , ce qui n'eût pas été
poffible fans cette précaution . Il ſe plaça
alors derriere la malade , il écarta la paupiére
du globe de l'oeil , ou pour mieux dire
il éloigna l'oeil par un mouvement
commun avec la tête, de la paupière inferieure
qui étoit fixée par la bande attachée au
collier : il pofa l'extrémité inferieure du
papier huilé entre la paupière & l'oeil , &
après avoir effuyé les larmes avec le pinceau
fec, il pafla promptement & légerement fur
tous les ulcéres la pierre infernale qu'il
avoit taillée en crayon fort délié . Il deffécha
fur le champ & à plufieurs repriſes avec
le pinceau fec les larmes qui couloient , de
crainte qu'en fe répandant elles ne fiffent des
impreffions fur les parties voifines ; il répeta
trois fois de fuite l'application de la pierre
avec les mêmes précautions , puis il paffa
38 MERCURE DE FRANCE.
doucement le pinceau huilé fur toutes la
partie cautérifce.
M. Levret fit la même opération à la paupiere
de l'autre oeil & avec les mêmes attentions.
Il réitera quatre fois à deux jours de
diftance l'une de l'autre l'application de la
pierre infernale fur ces ulcéres , il eut enfuite
recours aux ablutions déterfives dont nous
avons parlé plus haut , & il eut la fatisfaction
de guérir parfaitement cette jeune Demoiſelle
en trois ſemaines.
M. Levret finit fon Mémoire en faifant
obferver que cette méthode peut avoir lieut
pour l'extraction des corps étrangers qui adhérent
au fond des paupieres inférieures
pour l'extirpation des petites tumeurs qui y
iffent & autres cas femblables , où ce
moyenfera le vrai fpeculum de ces paupiéres.
Il y a même des circonftances où il peut
remplir les ufages du fpeculum oculi , inftrument
qui, comme on fçait , ne peut que découvrir
la partie anterieure du globe de
l'oeil , en appuyant les paupiéres fur la plus
grande partie de ce globe, ce qui dans ces cas
feroit un défaut que n'a point la méthode de
M. Levret
M. Baffuel fit la lecture d'un Mémoire
Hiftorique & pratique concernant la cure de
la Rotule fracturée où il donne un nouveau
bandage qu'il croit l'un des plus fûrs que l'on
رك
DECEMBRE 1745 . 39
puiffe propofer. L'an paffé il communiqua
un morceau extrêmement intereffant fur la
théorie de cette fracture , qu'il approfondit
par l'Anatomie & les loix méchaniques ; il
fert de premiere partie au Mémoire dont ileft
ici queftion , & qui a été indiqué en
gros dans l'extrait de la féance publique
de l'année précedente.
D'abord l'Erudition des pratiques à l'égard
du traitement de cette fracture dansles
differens tems , depuis les plus reculés
jufqu'à nos jours , eft fçavamment employée
dans ce Mémoire , à faire voir avec quelle
lenteur cette cure a reçû des progrès , &
combien la Chirurgie moderne , & en parti
culier celle de Paris y ont fervi : cet endroit
curieux doit être lû dans l'Auteur même.
Enfuite un de fes objets principaux eft de
montrer que ce n'eft pas fans quelque crain--
te de ne pas réuffir qu'on entreprend, même
encore aujourd'hui , une fracture qui élude
fi ſouvent la dextérité du Chirurgien , auffi
on s'efforce journellement de trouver des
méthodes nouvelles , & des exemples de
réuffite . Ce n'eſt pas affés d'être de ceux qui
ont droit par leur experience éclairée de
traiter ces fractures , il faut prefque être
heureux pour en avoir un fuccès complet
avec les fecours connus jufqu'à prefent : » A
» la vérité, dit M. Baffuel , les plus habiles
40 MERCURE DE FRANCE.
30
39
Chururgiens depuis long- tems ne font pas
ordinairement expolés à laiffer leurs blef
fés fans la plus heureuſe guérifon ; mais
.. leur fuccès eft du à cette fagacité qui fçait
prévenir les plus petits dérangemens , &
à cette délicateffe de panfement guidée
par le génie qui peut tout reparer , jufqu'au
vice des méthodes .
n
35
33
Mais , ajoûte - t -il , il faut avouer une
forte de défaut de l'Art ; il manque à l'égard
de cette fracture de ces moyens fürs ,
» comme on en a pour tant d'autres cas , qui
puiffent aller à toutes mains , même avec
» moins de lumieres & d'experience , ne fe-
» roit- ce que pour les jeunes gens.
38
ร
C'eft à une fage crainte qu'à eû M. Baffuel
de tomber dans l'inconvenient de manquer
cette forte de fracture , fatal au bleffé , mais
trifte pour un Chirurgien qui croiroit n'avoir
rien à fe reprocher , que l'on doit une reffource
nouvelle qu'il ne regarde modeftement
que comme une invention perfectionnée.
Il a , ce me femble , imaginé & réuni
tout ce qui pouvoit le mieux remplir fon
projet. L'inftrument , fi on peut fe fervir
de ce terme , confifte d'abord en un cuir fort
de vache percé pour affujettir l'os fracturé
& accommodé d'ailleurs affés artiftement à
la figure de la partie. Il fe fert encore d'une
feconde piéce auffi du même cuir , moulée
DECEMBRE . 1745 . 41
1
fes bouts ; elle
en goutiere & échancrée par
eſt deſtinée à embraffer le jarret : l'une &
l'autre piéce garnies chacune de ſa compreſfe
en quatre doubles , pour ne point bleffer,
s'approche & s'affermit mutuellement par un
ruban de fil large d'un pouce & demi , &
long d'une aune , qui eft fixé dans fon milieu
fur le haut de la piéce du genouil ; celle-
ci a des portes de cuir mince aux quatre
coins pour maintenir les croifées que doit
faire le ruban fous le jarret , au- deffus & audeffous
de la Rotule.
M. Baffuel avoit vû bien des fois fe fervir
d'un cuir groffierement coupé , percé an
hazard & rarement affés pour s'accommoder
à la Rotule. Il avoit lu d'ailleurs dans M.
Verduc le pere, Chirurgien de Paris , qui a
écrit des bandages il y a plus de 60 ans , qu'il
employoit utilement des compreffes , & un
carton ouvert ; mais ces fecours étoient
trop imparfaits , & avoient de grands défauts
; ils avoient au moins befoin d'être
refondus, & de reparoître fous une autre forme
pour épargner furtout une charge d'appareil
qui donnoit le change , quand on
croyoit le bleffé en bon état.
C'est ce qui fait dire à M. Baſſuel : » mais
» ces piéces ( les compreffes , le carton , ou
» le cuir &c. ) pour fervir l'intention que
2 MERCURE DE FRANCË.
පා
l'on a , doivent être affujettis, & pour cela
» on accabloit le membre bieffe par l'appareil
fous lequel la fracture pouvoit s'écar-
» ter ; onze aunes de bande paro ffoient à
» peine fuffire avec prefque plein un grand
baffin de compreffes , de longuettes & de
cartons. Il me parut inutile d'ufer de tant
d'expediens pour retenir des compreffes,
» un carton ou un cuir percés , furtout ce
» dernier ... avec les pièces de cuir dont
je me fers .... il faut au plus deux aunes
» de bande & peu de compreffes.
Pendant le traitement M. Baffuel ne rejette
point les fanons dont il croit que l'on
pouroit abfolument fe paffer , perfuadé
qu'ils contiendront mieux le malade dans la
fituation qui lui convient , furtout pendant
le fommeil , s'il furvenoit quelques mouvemens
extraordinaires .
Il ne faut pas omettre de dire que M
Baffuel a fait dans l'endroit de fon Mémoire
où il convenoit , une critique bien ſenſée
des machines de métal qu'il compare à un
étau , pour la Rotule fracturée , & il en
montre affés le ridicule ufage.
Après une deſcription auffi exacte & auf
fi claire qu'il étoit poffible de fon nouveaubandage
, il ajoute ce qui fuit vers la fin du
Mémoire. » A l'armée où la fanté de tout
homme eft chére à notre Prince BelliDECEMBRE
1745. 43
55
» queux & à l'Etat , ce bandage fera d'une
» utilité particuliere & fort importante ;
il peut feul fuffire dans le tranſport ,
même au loin , d'un foldat travailleur , qui
auroit à l'occaſion d'un effort une pareille
fracture. Enfin par fon moyen , déja reve-
>> nu de la crainte de la laiffer imperfaitement
» réunie , on peut encore compter avec
confiance qu'elle fera guérie en bien
» moins de tems que l'on ne croit : au lieu
de 60 jours & plus de gêne dans un lit
» 25 jours mettent un malade en état de fe
lever , méme d'eflayer à marcher avec
les précautions ordinaires .
သ
23
M. Baffuel doit fe trouver honorablement
recompenfé de fes recherches , en
voyant des Chirurgiens du premier ordre
prendre fon bandage pour modéle ; fe propofer
d'en faire ufage & le mettre déja au
nombre des inftrumens utiles pour les Hôpitaux
où l'accident fe voit frequemment,
44 MERCURE DE FRANCE
33
LES DEUX CHASSEURS ET LE DAIM .
FABLE.
Certain quidam un beau matin
Fut chaffer dans un bois voifin ;
Il avoit porté de quoi vivre .
Le premier gibier qu'en chemin
11 rencontra , ce fut un Daim.
Auffitôt lui de le poursuivre ,
Mais helas ! ce fut bien en vain ,
Car l'animal s'enfuit foudain ,
Et notre homme ne put le fuivre .
Quoiqu'il eût couru les forêts ,
Sa peine devint inutile ;
Il fallut regagner la Ville ,
Sans avoir fait plus grand progrès.
Un autre Chaffeur vint après
Quifut plus fortuné qu'habile :
Il vit notre Daim aux abois ,
Et ne fit qu'un pas pour le prendre ,
Souvent on va battre le bois :
Je parle clair ; on doit m'entendre :
Mais c'eft avec bien peu de fruit ,
Car un autre attrape le nid.
DECEMBRE 1745. 49
SUITE DE LA SEMONCE
de M. Soubeiran de Scopon.
N tenoit encore alors , comme à un
préjugé chéri , aux pointes qui étoient
applaudies depuis long - tems. Le grand
Corneille paya ce tribut au goût de fon
fiécle ; & même il apprécioit aflés imparfaitement
jufqu'à fes propres Ouvrages. Son
génie fort , élevé , fécond , lui fourniffoit
pour ainfi dire à fon infçû , ces grands
mouvemens , ces fentimens fublimes , ces fituations
frappantes , cette expreffion énergique
, nerveufe , qui le font régner fur la
Icéne tragique , mais le goût s'eft beaucoup
épuré depuis. L'illuftre Racine , foûtenu
par Defpréaux , commença cette réforme .
& ne fut pas lui-même à l'abri de la critique.
( a) Si le célébre Defpréaux eût fuivi
aveuglément les avis d'un ami illuftre , (b)
(a) Je conviens qu'en bien des chofes on a dang
la fuite rendu plus de juftice à leurs productions
( de Corneille & de Racine ) parce que le goût
s'eft épuré , & que l'intelligence des beautés Dra
matiques eft devenue plus lumineufe . Recueil de
Differt . fur Corn , & Rac.
(b) M. Patrit,
46 MERCURE DE FRANCE.
il auroit condamné à l'oubli fon Art Poë
tique , Ouvrage ineftimable par fa précifion
& par fon élégance , monument immortel
des Loix les plus précieufes & les plus fages
de la Poëtique.
Ces jugemens précipités ont compromis
en quelque forte le goût du Régné célébre
de LOUIS LE GRAND , d'ailleurs
fi fécond en merveilles , & qu'on peut nommer
le Régne du génie.
Nous oferons dire à la gloire de notre
fiécle qu'on y eft en garde contre ces furprifes
. La critique n'a jamais été plus libre
, plus éclairée , plus fure. Le Sécle de
LOUIS XV. femble être deftiné à juger
tous les autres Siécles : c'eft le régne du goût,
Ainfi tous ces paralleles qu'on cherche
à établir entre les régnes differens comme
entre le régne de Tibére & le nôtre , ces
foins qu'on prend pour trouver des reffemblances
ont quelque chofe d'odieux , de
puérile & de forcé , & ne fervent qu'à faire
porter de faux jugemens , qui pourroient
être reformés par notre Analyfe.
"
Ceux qu'elle offenfe le plus , ceux qui s'en
plaignent avec le plus de hauteur & d'indifcretion
ceux qui prennent le ton le plus
décifif, ceux-là mêmes ne font ni l'un ni
l'autre , je veux dire qu'ils n'écrivent point ,
& qu'en prononçant dogmatiquement fur
DECEMBRE. 1745. 47
tout, ils ne jugent de rien. Ils demandent qu'on
les amufe ,qu'on les inftruife qu'on les émeuve
; ils fe propofent prefque pour modéles , &
après avoir profcrit tous les émules duParnaf
fe & les Citoyens les plus zelés de la République
des Lettres , ils la laiffent vuide &
dépeuplée , dans l'impuiflance de remplacer
les fujets qu'ils en ont chaffés : plerique
perverfe , nè dicam impudenter , nos habere
tales volunt quales ipfi effe non poffunt : quaque
ipfi non tribuunt , hec defiderant. (*)
&
Un de ces Cenfeurs impérieux , quoi
qu'inutile lui-même dans la République des
Lettres , à laquelle il n'a payé aucun tribut ,
voulant bien s'abbaiffer à difcuter quelquesuns
de ces Ouvrages d'imagination qui
ont eu le plus de célébrité parmi les Modernes
, difoit de la Princeffe de Cléves
qui eft un chef d'oeuvre dans fon genre ,
qui a occafionné entr'autres , une critique.
admirable qui vivra autant que l'Ouvrage
méme , fans lui nuire ; ce Zoile , disje
croyoit donner le plus grand éloge à ce Livre
merveilleux , en difant qu'il voudroit l'avoir
fait. Ne voudroit-il pas aufli avoir fait l'Iliade,
l'Enéïde ,le Livre de Cervantes , le Lutrin
le Télémaque, la Henriade ? Il n'appartient
qu'aux Auteurs du premier ordre , aux Auteurs
d'Ouvrages connus & eftimés de louer
ainfi ceux qui s'elevent, comme il n'appartient
(*) Cic,
MERCURE DE FRANCE.
qu'aux Grands de protéger les Citoyens.
En matiére de bel efprit tout le monde
fe donne pour Juge . De toute cette foule
de volontaires combien peu feroient acceptés
! Que de Plebeiens parmi ces Patriciens !
Dans la République des Lettres chacun
fe furfaifant à foi-même , affecte indécemment
une égalité ambitieuſe qui va à troubler
l'ordre & l'harmonie qui doivent y
régner , & à confondre les premiers Citoyens
avec la multitude , en leur enlevant
qu en effayant de partager avec eux les
diftinctions qu'ils ont glorieufement acquifes.
I.e Chanfonnier , le protecteur des petits
Théatres , prétendent participer aux
honneurs du grand Poëte , du célébre Orateur
, du Philofophe . Si on les leur difpute
, Montagne nous apprendra quelles feront
leurs reffources pour foutenir cet echec :
Si nous ne pouvons les aveindre , diront ils ,
vengeons nous à en médire.
On a dit d'un Ecrivain fort connu qui
depuis long-tems travailloit à faire le caractére
des autres , qu'il n'avoit réuffi qu'à
faire le fien , & que fon Livre étoit le portrait
du Peintre. Que cette imputation foit
fauffe ou bien fondée , il faut avoir de quoi
rendre les autres contens de foi , ou du moins
n'avoir rien à fe reprocher à cet égard , pour
efer dire qu'on n'eft pas content desautres.
La
DECEMBRE. 1745. 49
La préfomption de ces Critiques injuftes
eft aufli nuifible aux progrès des Lettres que
la défiance même qu'ils infpirent à quelques-
uns de ceux qui auroient pû les porter
au plus haut dégré. La timidité couvre
& refferre quelquefois les richeffes &
le feu du génie , comme la préfomption décéle
l'ignorance.
L'une nous furfait à nous - mêmes ; elle
exagére nos forces & nous entreprenons
trop ; l'autre nous les cache & nous n'entreprenons
rien. La préfomption nous expofe
à des écarts , à des mécomptes humilians.
La défiance nous retient dans la barriére
, & nous lie de fes propres chaînes.
Il eft vrai que les génies d'une certaine
trempe peuvent tirer quelque avantage de
la présomption même. Elle infpire une audace
qui fied bien à une imagination féconde
& qui fert quelquefois les grands talens
une forte de générofité qui agrandit notre
ame & qui la difpofe à cet ellor fublime
à ces grands mouvemens qui paffent dans
l'ame de ceux qui nous lifent ou qui nous
écoutent.
>
Je ne vois point de reffource pour un
efprit timide qui s'ignore lui - même , qui eft
trop frappé de la terreur d'un mauvais fuccès
, ou des cenfures améres d'une Critique'
fougueufe & indiſcrete.
1. Vol. C
50 MERCURE
DE FRANCE.
Quoi donc de plus inhumain & de plus
de funefte au progrès des Beaux Arts que
fe plaire à humilier les talens naiffans que
l'encouragement
peut déveloper plus efficacement
encore qu'une application affidue!
Quel coup mortel ne portent pas à la République
des Lettres ces Cenfeurs inquiets
qui vont fans pitié jetter la défolation au milieu
d'un effaim de jeunes Aiglons qui s'effayent,
qui s'excitent à l'envi pour imiter le vol
de ces Aigles audacieux qui planent dans les
airs?Peut-on les voir fans indignation cruellement
appliqués à déconcerter leurs jeux ,
s'attacher fans relâche à reprimer les efforts
qu'ils font s'élever? Parce que leur pour
aire n'a pas éte bâtie fur la cime des rochers
, fuffent- ils nés dans les vallées , leur
interdira-t- on un effer qui feroit d'autant
plus généreux & d'autant plus vif qu'ils partiroient
de plus bas ? Parlons fans figure ;
Si dans chaque Province il y avoit un de
ces faux Gallus , un de ces Lycons , & qu'il
fut accrédité , on verroit bien tôt le goût
des Lettres s'affoiblir , le découragement ramener
la barbarie & l'ignorance , que l'é- '
mulation en avoit bannies , & détruire à
jamais ce commerce utile de lumiéres & de
talens , qui fait la principale gloire des Capitales
des Empires.
Le découragement
n'eſt
pas le feul préDECEMBRE.
1745. ST
judice que les déclamations des Cenfeurs du
Siécle cauferont aux amateurs des Beaux
Arts. A la faveur du fatal afcendant qu'elles
ont fur les efprits toûjours difpofés à
mêler leurs murmures aux clameurs de ceux
qui ofent les premiers élever leur voix , elles
entraînent le confentement , ou plutôt
elles arrachent l'acquiefcement de la multitude
par perfuafion ou par autorité. Ainfi
après avoir jetté l'allarme dans le coeur des
jeunes Athlétes qui etoient animés du defir
de fe fignaler dans la carriére des Lettres ,
no: Cenfeurs les rebuteront d'entrer en lice ;
ils leur infpireront une indifference à gagner
les fuffrages des Tribunaux Littéraires
, une négligence à les mériter , qui ne
fera pas moins nuifible à leurs progrès .
Les Auteurs prévenus contre le goût de
leur Siécle dédaigneront de perfectionner
leurs travaux. Ils ne donneront rien d'approfondi
, rien de foigné , rien de fini ; ils
proportionneront le foin qu'ils mettront à
leurs Ouvrages à l'idée qu'ils auront de leurs
Juges , & la préoccupation fera en eux ce
que l'ignorance fait dans les autres.
Tels feroient les triftes effets des accufations
qu'on forme fi hautement contre le
Siécle fi elles prenoient quelque autorité ;
tel feroit le fruit des plaintes de quelques
mécontens fur la prétendue décadence du
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
goût , & du defir indifcret qu'ils témoignent
de le fauver d'une corruption entiére . Les
moyens qu'ils employent pour l'en préferver
ferviroient néceflairement à l'y préci
piter.
Mais quoi ! en attaquant fans reſtriction
le goût du public , peuvent -ils efpérer d'être
fecondés ? Par les efforts même qu'ils
font pour ébranler fon autorité & pour décréditer
fes jugemens , n'affoibliffent- ils pas
leur propre Cenfure ? Après avoir effayé
de porter atteinte au reſpect qu'il femble
qu'on ne puiffe refufer aux déciſions du
grand nombre , ou du moins de la faine
par
tie , comment oferoient- ils fe flater de faire
respecter leurs décifions particulieres ? Un
feul témoin dans chaque Contrée , un feul
Juge contre tant de coupables ! N'auroient .
ils que la force pour monter eux- mémes fur
le Tribunal ?
Nos Ariftarques y ont appellé les premie
res Cités du Monde & les Héros de la Littérature.
L'accufation de mauvais goût &
d'affectation vicieufe , qu'ils font à notre
Siécle ( en s'exceptant eux-mêmes ) peut
avoir fon application à l'égard de quelques
Ecrivains qu'on ne prétend pas défendre.
Mais pourquoi enveloper tous les Auteurs
COLnus dans cette Cenfure ? Les plus céres
ne la méritent pas , & , qu'on y pren
DECEMBRE . 1745. 53
ne garde , ceux- là ne frondent point. C'est
le partage ou la reffource de la médiocrité
& de l'orgueil.
D'ailleurs ces plaintes font anciennes ; (a)
on les a faites dans les meilleurs tems .
Qui Bavium non odit , amet tua carmina Moevi (b)
Chaque Siécle a eu , chaque Siécle aura
fes Bavius , fes Mævius , & même ſes Zoiles.
La Critique aura toujours des occafions
d'exercer fes droits , mais il ne lui fera jamais
permis d'en abufer ni de fe prêter à la malignité
& à l'envie . N'eft- il pas fingulier
d'entendre un Auteur s'écrier que tout fon
Siécle eft dans le délire , & que lui ſeul eft
dans la bonne voye , dans le vrai ton ? Ces
jactances présomptueufes ne font fupportables
que fur les Théatrés fubalternes des
Thefpis de nos jours.
Vous , dignes Emules du Parnaffe , pourfuivez
votre carrière avec courage ; n'écou
tez point ces voix importunes , qui troubleroient
vos concerts ; défiez - vous de ces in-
(a) Ac fi omnia percenfeas , nulla fit ars qualis inventa
eft , nec intra initium ftetit : nifi forte noflra potilimu
imun tempora damamus bujus inf·lici‘aris , ut nunc
demum nihil crefcat . Quintil . Inftit . Lib. 10. cap .
2. 'Horatius Paffim .
(b) Virg.
Ciij
34 MERCURE DE FRANCE.
grats détracteurs de leur Siècle. Ils ne femblent
dédaigner tout ce qui eft moderne
que parce que ce qu'il y a de bon efface ce
qu'ils ofent produire .
Ne vous laiffez point aigrir contre votre
Siécle , de qui vous tenez vos lumiéres , &
à qui vous devez le tribut de vos talens ;
tâchez d'affortir vos chants au goût qu'il vous
infpire. S'il n'eft pas fatisfait des hommages
que vous lui rendrez , loin de murmurer
contre une délicateffe qui ne paroîtra injuſte
qu'à vous feuls , craignez pour votre répu
tation & pour votre gloire. L'approbation
de la faine partie de votre Siecle eft la
caution la plus fùre & la plus flateufe que
votre nom fera tranfmis à la poftérité , mais
pour y arriver il faut vous fauver des défauts
de votre propre Siècle . Il en a fans
doute ; nous ne l'ignorons pas. Notre goût ,
en l'appréciant , nous dévoile ce qui lui manque
ou ce qui le dépare Libres de toute
préoccupation à l'égard de nos contempo
rains , nous fçavons également les accufer
& les défendre . Leur mérite eft peſé aufli
équitablement , aufli rigoureufement par la
faine partie du Siécle qu'il le fera par la
poftérité.
On ne plaira ni à fon Siécle ni à la
poftérité par des Ecrits fans force & fans
DECEMBRE. 1745. $ 5
vie , où par un funefte abus de l'Art on
reunit des expreffions finguliéres des tours
de phraſe hazardés & qu'on croit heureux ,
durs , entortillés , bizarres , qu'on donne pour
nerveux & fublimes , & où par une profufion
mal entendue , on entaffe des penſées ingénieufes
fans folidité.
On ne plaira ni à fon Siécle ni à la
poftérité par de vaines fictions qui bleſſent
également la raifon & la vertu , quoiqu'on
y affecte la vraisemblance
& qu'on femble
y décrier le vice.
On ne plaira ni à fon Siécle ni à la
poftérité lorſqu'on introduira fur la Scéne
des caractéres informes , équivoques , mal
foûtenus ; lorfque le progrès d'une action
qui doit intéreffer , fera lent , fufpendu ou
précipité , & qu'une catastrophe qui revolte
au lieu de furprendre , fera entraînée &
non amenée , & qu'elle finna l'action fans
la terminer.
On ne plaira ni à fon Siécle ni à la
postérité par ce Defpotifme tyrannique , fi
ruineux pour la République des Lettres ,
qui eft l'afyle de la liberté , par ces Ecrits
pleins de fiel , de férocité , d'emportement ,
qui en dégradant leurs téméraires Auteurs ,
ne fervent quelquefois qu'à rendre plus refpectables
ceux qu'ils attaquent.
La Critique eft utile lorfqu'elle eft équi
36 MERCURE DE FRANCE.
table , fage & modérée. (* ) On donne volontiers
fa confiance à un Cenfeur qui paroît
nous aimer par cela même qu'il nous
corrige. Lorfque la Critique eft aigre & maligne,
fût- elle lumineufe d'ailleurs , fes leçons
font en pure perte.
Dans chaque Siécle on a vû des Ecrivains
polémiques attacher certains Lecteurs par
la vivacité de leur Cenfure. L'utilité publique
, les priviléges de la vérité étoient en
même tems les motifs apparens & l'apologie
de leur zéle . Peut-être les motifs réels
n'étoient-ils pas auffi légitimes . Ces témoins
du goût , qui devoient être irréprochables ,
ont été quelquefois en oppofition avec des
Auteurs dont la probité égaloit les talens.
Ne pouvant accréditer leurs témoignages
par infinuation , ils ont effayé de les répandre
par artifice & de les maintenir par une
forte de violence . Préfomptueux dépofitaires
du goût , ils ont tenté de s'en rendre
les arbitres , mais le public qui ne perd
jamais fes droits , & qui tient en fes mains
(*) Si la Cenfure demeuroit dans ces bornes
on pourroit dire qu'elle ne feroit pas moins utile
dans la République des Lettres qu'elle le fut autrefois
dans celle de Rome , & qu'elle ne feroit pas
moins de bons Ecrivains dans l'une qu'elle a fait
de bons Citoyens dans l'autre . Sentimens de l'Académie
Françoife fur le Cid,
DECEMBRE. 1745. 57
toutes les récompenfes & toutes les peines ,
en reprenant fon autorité , a rendu la liberté
à la République des Lettres. Il a puni
les Tyrans & chaffé les Ufurpateurs.
-
Ah! loin de vous, nourriffons de CLEMENCE
, loin de vous ces excès & ces revers .
Ne profanez point vos talens par la mordante
fatyre ni par la cruelle médifance ;
déteftez ces moyens faciles & odieux de
vous faire un nom , en expofant votre réputation
& celle des autres ; reprimez ces
faillies indifcretes d'une verve à qui il ne
faut que préfenter d'autres objets pour vous
couvrir de gloire ; dédaignez ces applaudiffemens
contagieux de la malignité qui vous
foûrit & qui excite vos mains à lancer fes
traits ; redoutez ces coupables effais d'une Mufe
dont les jeux mal conduits vous préparent
des repentirs cuifans : appliquez - là à des fujets
qui folent dignes d'elle . Le Livre de
la Nature eft toûjours ouvert & ne fera jamais
épuifé. Vous y prendrez toûjours de
nouvelles couleurs & des images nouvelles .
Au- deffus de vos têtes quel fpectacle ! Il
confond l'imagination , il vous préfente comme
une ébauche de la grandeur de l'Etre (*)
à qui vous le devez. Sondez le coeur de
(* ) Magnificentia ejus , & cirtus ejus in nubibus.
Pfal.67. V. 350
Cv
58 MERCURE DE FRANCE.
l'homme , cherchez à le pénétrer ; quel abî
me ! L'approfondirez-vous ? quel Dédale
Votre génie , guidé par le bon goût du Siécle
, en faifira Piffue .
Tels font les riches fonds dignes de voschants
& de vos Ecrits , Poëtes , Orateurs ,
qui prétendez à nos Palmes. Nous ne les
donnons qu'à la vertu relevée & comme
embellie par les ornemens de la parole &
par les richeffes de l'imagination . C'eſt aux
graces de l'efprit & aux fentimens du coeur
que nos Couronnes font refervées . Vous
plairez également à votre Siécle & à la poftérité
pourvû que vous refpectiez ces maxipourvû
que vous vous foûmettiez à
ces Loix fi précieufes pour vous & pour la
Société.
,
Orateurs , Poëtes , dont nous venons içi
exciter l'émulation , éclairer les talens , guider
le zéle , regler les mouvemens , former
le goût pour vous rendre dignes de nos
Couronnes , vous travaillerez également
pour votre Siécle & pour la poftérité fi vous
publiez les vertus , fi vous célébrez dignement
les exploits du Monarque qui par fes
conquêtes rend fes fujets redoutables à l'Europe
entiere , & qui par fes conquêtes &
par fes vertus fe rend lui - même fi refpectable
& fi cher à fes fujets .
Vous travaillerez pour vo tre Siécle &
DECEMBRE. 1745 59
pour la poftérité fi vous chantez avec magnificence
& avec amour un Roi bon par
fentiment , jufte par lumiére , pacificateur
par penchant , conquérant par néceflité
afyle & protecteur des Rois par hofpitalité
, par puiffance & par héritage .
Vous travaillerez également pour votre
Siécle & pour la poftérité fi vous gravez fur
le marbre & fur l'airain ce prodige refervé
à nos jours . Vous leur direz : Louis
X V. a fçu infpirer en même-tems à fes fujets
l'amour & la crainte , affemblage prefque
inoui de deux fentimens qui femblent
fe détruire & ne pouvoir fe réunir fur le
méme objet en faveur des Rois que par
une grace fpéciale de la condefcendance divine
lorfqu'elle veut faire le bonheur des
Nations ; affemblage plus précieux que la
bonté,que l'humanité , elles n'oppofent point
de frein à la licence ; plus frappant que la
terreur du nom , elle ne fait que des efclaves.
L'exemple du Prince aimé & refpecté
en fait des foldats. Je vois ces braves
guerriers
voler après leur Monarque intrépide :
Leur courage porté fur les ailes de l'amour
lui foûmettroit bien-tót tous fes ennemis fi
fa modération n'en temperoit l'ardeur. Qu'il
vive pour leur bonheur ! qu'ils vivent pour
fa gloire !
Ce chef- d'oeuvre de la fageffe unie à la .
Gvj
60 MERCURE DE FRANCE.
puiffance , notre Roi l'a accompli prefque
en commençant fa carriére. Qui pourroit
nombrer les beaux jours qu'elle va fournir
à fes fujets ! Quel nuage pourroit en obfcurcir
l'éclat !
Et cependant , Orateurs , Poëtes , vous
remplirez l'attente de votre Siécle & vous
préparerez un ſpectacle bien touchant à la
poftérité fi vous peignez avec de vives couleurs
les allarmes, la terreur , le faififfement
qui s'emparerent de tous les coeurs des François
lorfque I. o U IS X V. leur Roi alloit
devenir la proye du tombeau , lorfque cette
Tige fi précieufe étoit prefque fechée par
le fouffle empefté de la mort.
Vcus mériterez les applaudiffemens de
votre Patrie & les éloges de la poftérité ſi
vous racontez avec énergie , fi vous fentez
vous-mêmes le raviffement , les tranſports
de joye qui éclatérent de toutes parts lorfque
les François apprirent que leur Roi le
Bien Aimé étoit rendu à leurs cris , que le
Tout-Puiffant exauça fans exiger d'autres
Sacrifices que des Sacrifices de louanges.
Si vous leur dites avec quelle ardeur ,
avec quel tendre refpe& les Corps les plus
confidérables de cette Capitale de la Province
, en fecondant l'allegreffe publique ,
ont rendu à Dieu des Actions de graces de
ce que fon fouffle divin a donné en quelDECEMBRE.
1745. 61
que
forte à notre Roi une nouvelle vie .
Si vous leur dites quel réveil délitieuz
fuccéda à ce fommeil univerfel de la Nation
, qui étoit abîmée dans une douleur
léthargique.
Réveillez-vous vous - mêmes , génies nés
pour parler le langage des Dieux ; réveillez-
vous élevez vos voix , entonnez la trompette
; (a) montez , accordez vos Lyres ; (b)
formez les plus mélodieux Concerts . Que
le fon des muzettes (c) & des hautbois célébre
le jour heureux qui vous a rendu votre
Maître ; que les Sçavans & les Bergers
, que les Citoyens & les Héros chantent
à l'envi leur ami ,leur défenfeur & leur
Pere.
Ne foyez pas humiliés par la néceffité
de demeurer au- deffous de votre fujet : à
qui est - il arrivé de l'épuifer ? Qui eft- ce
qui eft parvenu à acquitter fon coeur pour
notre augufte Monarque ? Si l'Académie y
eût prétendu , auroit- elle employé mon foible
organe pour faire éclater fes fentimens
au premier inftant qu'il lui a été permis de
les publier ? Elle a accepté mon zéle ; vous
pouvez compter fur fon indulgence .
(a) Le Poëme . (b) L'Ode. ( c ) L'Eglogue *
I'Idyle .
62 MERCURE DE FRANCE.
¿ESTESTESHEXS
SUITE de la Séance publique de l'Aca
démie de Rouen.
EXTRAIT du Mémoire fur l'Electricité.
Onfieur le Cat Vice-Directeur de
Macadémie ,
Correfpondant de celle
des Sciences de Paris , Membre de la Société
Royale de Londres & de l'Académie
de Madrid , lut enfuite un Mémoire:
fur l'Electricité. M. le Cat avoit quelquesautres
Mémoires concernant la Phyfique du
corps humain qui fait fon obiet capital
mais l'Académie a préféré l'Electricité com
me un fujet plus propre à piquer la curio
fité d'une affemblée publique .
Les Anciens , dit M. le Cat , ont obfervé
que l'Ambre , lorſqu'il eft frotté , attire
la paille , le duvet & les autres corps
legers . ils appelloient l'Ambre Electrum ;
on a donc nommé Electricité cette proprieté
d'attirer les corps legers , qu'on
croyoit d'abord particuliere à l'Ambre , &
qu'on a reconnue depuis dans une infinité
d'autres efpeces de matieres , telles que la
cire d'Elpagae , la gomme copal , toutes les
refines , le verre , les pierres précieuſes , &
tous les corps tranfparens.
DECEMBRE 1745 .
63
M. le Cat fait enfaite une courte Hif
toire des découvertes de l'Electricité , & des
Sçavans qui s'y font diftingués.
ל כ
כ
5
38
ස
On feroit , ajoute-t - il , un fort gros vo--
fume des travaux de tous ces célébres Phyficiens
. Cette entrepriſe furpaffe de beaucoup
les bornes d'un Mémoire , où nous
ne pouvons que faire un choix de ce qu'il·
y a de plus intereffant fur cette matiere.
» Je me bornerai donc aux circonftances
capitales du phenoméne de l'Electricité. Je
choifirai parmi les expériences celles qui
font les plus propres à établir ces circonf-
» tances, & à dévoiler leurs cauſes. Enfin je tacheraidedévelopper
cette caufe . J'auroiscrû
» ne point remplir mes engagemens , fi je ne'
» vous avois montré des phenoménies curieux-
» que pour laiffer vos efprits dans une for-
» te de défefpoir' , & dans l'inquiétude hu-
» miliante de ne pouvoir les comprendre .
» Ces fortes de caufes , lors même qu'elles
» ne font que conjecturales,repréfentent plus
» fortement les phenoménes , dit M. de Fon-
» tenelle . D'ailleurs n'a- t- on pas acquis le
» droit de hazarder quelques pages de fyf--
» tême , quand on a amaffé des volumes
d'expériences ?
පා
ود
33
» Non feulement on s'eft affùré , continue:
» M.le Cat, qu'un grand nombre de matieres
» que les Anciens n'avoient pas ſoupçonnées›
* Hift. Acad. p. 3•
64 MERCURE DE FRANCE .
d'être électriques , comme l'Ambre , atti-
» roient cependant , comme lui , les corps
legers , mais encore on a découvert que
» toutes ces ſubſtances , après avoir attiré ces
corps legers , les repoufloient loin d'elles ;
ce qui établit déja dans le phenoméne de
l'Electricité deux effets oppofés, l'attraction
,, & la repulfion.
35
On s'elt avifé enfuite de frotter les fubftances
électriques dans l'obfcurité , & l'on
s'eft apperçu qu'elles jettoient des étincelles
de lumiere , & qu'ainfi le corps électrique
étoit une espece de phoſphore.
Enfin la curiofité à porté les Phyliciens
à examiner fi ces effets de l'Electricité ne
pouvoient pas fe communiquer à d'autres
corps qui ne fuffent pas naturellement électriques
, & ils ont trouvé que ces effets fe
communiquoient à tous les corps en général
fi l'on en excepte la flamme , & cela à des
diftances fort éloignées , & qu'il en étoit
prefque de l'Electricité , comme du fon &
de la lumiere .
Voilà les principaux effets qu'on a conftatés
jufqu'ici dans le phenoméne de l'Electricité
, fçavoir l'attraction , la repulſion , l'émanation
des étincelles , & la communication
ou propagation de tous ces effets. Ce
font eux qui font l'objet & la divifion de
ce Mémoire, M. Dufay s'étoit crû très-fondé
DECEMBRE.
1745. 85
à ajouter à ces circonftances unediftinction de
l'Electricité en deux efpeces, une particuliere
au verre & aux autres matieres vitrées , & une
autre propre à la cire d'Eſpagne & aux matieres
refineufes, mais pourfuitM.le Cat M.l'AbbéNolet,
dontla correſpondance m'a été trèsutile
dans les experiences fur l'Electricité ,
vient de m'avertir qu'il avoit des expériences
qui rendoient cette diftinction douteuſe ,
J'ai donc abandonné cette diftinction , ne
voulant raifonner ici que fur desfaits conftans.
M. le Cat fait autant d'articles qu'il vient
de diftinguer d'effets dans l'Electricité , &
chaque article a deux parties , dont la premiere
contient les expériences, & la feconde
l'explication . M. le Cat a non feulement
lu les procédés des expériences , mais
il les a encore exécutés dans cette même
affemblée publique , à l'exception de l'émanation
des étincelles qui demande un lieu
obfcur & des commodités trop difficiles
à fe procurer dans une fale immenfe , &
remplie à l'excès de fpectateurs.
Les effets capitaux de l'Electricité que les
expériences expofent , font très-connus , &
ils font fuffilamment défignés par l'énumération
précédente ; on nous diſpenſera donc
de les rapporter , pour nous attacher à ce
qu'il y a de neuf dans ce Mémoire , c'eſtà-
dire aux explications.
86 MERCURE DE FRANCE.
Voici comme M. le Cat explique l'attraction
des corps legers produite par le
tube , on l'Electricité proprement prife.
Perfonne n'ignore que les pores de tous
les corps font remplis d'une matiere extrê
mement déliée qu'on appelle communément
matiere fubtile , & fous le genre de laquelle
on peut comprendre la matiere du feu ,
& celle de la lumiere . On fçait que les corps
tranſparens , comme le verre , donnent un
fibre paffage à la lumiere , & que les corps
refineux , comme le fouphre , la poix , la
cire d'Efpagne font très- inflammables , c'eftà-
dire qu'ils contiennent beaucoup de matiere
de feu & de fubftance propre à lui
fervir d'aliment .
Les matieres vitrées & refineufes font
donc parmi les corps folides ceux où réfide
une plus grande quantité de matiere fubtile ,
& c'eft cette proprieté qui les rend électriques
par eux-mêmes , car lorfqu'on frotte
avec la main des corps auffi fournis de matiere
fubtile , on les échauffe , on met dans
un violent mouvement cette matiere deliée
dont ils font imbus : on y introduit encore
de ce feu actif qui anime nos liqueurs. Cet
amas de matiere fubtile vivement agitée fe
rarefie, occupé plus d'efpace autour du corps
fotté , autour du tube ; elle en écarte l'air
& les autres efpeces de matiere moins fube
DECEMBRE 1745. 67
و ت
tile qu'elle ; enfin elle forme autour du tube
une atmoſphére d'une étendue plus ou moins
grande , felon la quantité de la matiere ſubtile
agitée , & le dégré de fon agitation
& cette atmofphére eft compofée de matiere
dont la plus fubtile & la plus agitée eft
au centre , & la plus groffiere ou la moins
agitée , à la circonférence.
Cette matiere plus fubtile du centre pé
netre librement les corps , elle paffe au
travers fans beaucoup d'oppofition , & ne
fait prefque aucune impreffion fur eux . Ce
centie de l'atmosphére électrique eft donc
pour les corps legers une espece de vuide ,
où ils trouvent très-peu de réfilance , au
lieu que le fluide de la circonférence plus
groffier a de la prife fur ces corps , & leur fait
éprouver toute l'impulfion , tout le choc du
mouvement inteftin de fes particules agitées .
Donc toutes les fois qu'on enveloppera un
corps leger dans cette atmosphére , ou
qu'on l'expofera entre le centre & la circonférence
du tourbillon électrique , ce corps
leger fera néceffairement pouffé par cette
circonférence plus réfiftante vers le centre
où il y a pour lui une efpece de vuide ,
& un vrai défaut de réfiftance .
On peut oppoſer à cette explication une
expérience qui démontre que l'Electricité a
lieu dans le vuide , ou dans le récipient de
68 MERCURE DE FRANCE .
la machine pneumatique dont on a pompé
l'air , mais cette machine ne peut jamais
pomper exactement tout l'air du récipient
& en le fuppofant gratuitement , il n'eft pas
néceffaire que la circonférence de l'atmofphére
électrique foit compofée d'air , pour
produire le méchaniſme qu'on vient d'expofer;
il fuffit qu'elle foit faite d'une ma-
- tiere moins fubtile que le feu & la lumiere ;
or tous les Phyficiens conviendront qu'entre
le feu & l'air il doit y avoir un grand
nombre d'efpeces de matieres plus groffieres
que le feu , & plus fubtiles que l'air : c'eſt
de ces efpeces fubalternes de matiere que
fera compofée la circonférence du tourbillon
électrique dans le vuide de la machine pneumatique.
Voici des expériences qui nous apprennent
que , fi l'air groffier ne concourt pas
au phenoméne de l'Electricité , comme caufe
efficiente , au moins il y a quelque part .
Si l'on remplit un tube d'air comprimé ,
ou fi on l'en vuide en entier , il ne deviendra
point électrique , quelque vivement
qu'on le frotte,
On devine aifément que dans ces deux
cas l'air comprime la furface du tube , &
fait obftacle à l'expenfion de l'atmoſphere ,
& à la liberté des mouvemens néceſſaire à
l'Electricité.
y
DECEMBRE 1745 . 69
C'eft par la même raiſon que l'humidité
,
en éteignant le mouvement de la matiere
électrique eft le plus grand obftacle à ce
phenomene : c'eft pourquoi nous avons recommandé
que le tube foit bien fec , & nous
ajoutons que pour réuflir à ces expériences il
faut choifir un tems & un lieu fort fec. Muskenbrok
( pag. 257. ) ayant remarqué que
les vapeurs feules de la refpiration & de la
tranfpiration d'une affemblée nombreuſe
rendoient fouvent l'air affés humide pour les
faire manquer
.
L'Electricité eft foible dans un tems chaud,
& forte dans un tems froid & fec , comme
dans une belle gelée , par la même raiſon
que le feu a peu d'activité dans l'Eté , &
beaucoup dans l'Hyver. Dans un tems chaud
la matiere ignée s'étend trop , & fe difperfe
dans un air qui ne lui refifte point elle
doit donc faire moins d'impreffion . Dans un
tems froid & fec l'air environnant plus denfe
, plus refiftant, refferre la matiere ignée, la
tient raffemblée dans un inoindre efpace , où
elle a par conféquent un effet plus violent.
M. le Cat , qui previent le public que
ces expériences manquent ordinairement
dans les grandes affemblées , n'a pas laiffe
de les faire avec aflés de fuccès dans cette
affemblée publique , qui étoit des plus nombreufes
, mais la peine qu'il a été obligé
MERCURE DE FRANCE.
de fe donner pour les faire réuffir , a juftifié
fa précaution..
L'article fecond traite de la répulfion .
L'Electricité , dit M. le Cat , eft peutêtre
le feul phenoméne en Phyfique , qui
renferme dans les mêmes circonftances deux
effers auffi contradictoires que l'attraction
& répullion . Qu'un des pôles de l'aimant
attire le fer , tandis que l'autre le repoufle
il femble que c'eft une fuite naturelle de
Poppofition de ces pôles , mais que la même
region d'un tube attire & repouffe alternativement
tant de fois de fuite qu'on voudra
c'est une une fingularité aufli neuve que
furprenante .
Cette alternative d'effets oppofés eft auffi
ce qu'il y de a plus embaraflant dans ce
phenoméne. Voici comment M. le Cat réfout
ce probleme, "
Quand le corps leger eft attiré par le
tube vers le centre de fon atmosphére , la
matiere fubtile & agitée de ce centre rarefie
néceffairement ce que le petit corps apporte
avec lui d'air ou d'autres matieres plus
fubtiles , & melée avec ces matieres elle forme
un petit ballon élaftique , une atmofphére
comme celle du tube , par la même
méchanique qu'en frottant le tube , & rarefiant
par-là fes fluides , on lui fait une atmofphére
électrique.
DECEMBRE
ཏཝཱ , 1745.
La matiere du centre du tourbillon électrique
du tube plus fubtile & plus agitée que
celle de la circonférence a en elle mene
plus de force & de puiffance que cette derniere
, non feulement parce qu'elle eſt faite
de parties plus folides , & plus agitées
mais encore parce qu'elles fe donnent au
centre un appui réciproque. Le corps leger
dénué d'atmosphére ne reffent pas cette
fupériorité du centre du tourbillon électrique
du tube , parce que fa matiere poreufe
eft trop ouverte à fon paffage , & n'y oppofe
prefque aucune réfiftance . Mais dès
que ce petit corps fe trouve auffi environ
né d'une atmosphére électrique , qui a ce
corps même pour centre de fon mouvement
, la matiere fubtile du tube a prife contre
la matiere électrique pareille du corps
leger , & les mouvemens contraires de ces
deux atmosphéres portant l'un contre l'autre,
ne peuvent manquer de féparer ces corps ,
& de les porter auffi loin l'un de l'autre
que cette puiffance a d'étendue , d'autant
mieux que la circonférence grofliere de l'atmoſphere
dn corps leger doit s'appuyer fur
le tube qu'elle ne peut pénétrer , & qu'ainfi
lorfqu'elle fe développe tout à coup contre
le tube , elle doit faire élancer le corps leger ."
de deffus , comme par exploſion , & puilque
la matiere fubtile du centre de l'ate
2 MERCURE DE FRANCE.
mofphére électrique du tube , a le pouvoir
décarter vers la circonférence tout le fluide
groffier ou fubalterne , par la même raiſon
elle doit achever de pouffer & foutenir à
cette circonférence la couche groffere
& extérieure de l'atmosphére du corps leger
qui eft de même nature que le fluide
de cette circonférence .
foible
Si le tube n'eft pas beaucoup frotté , ou
peu électrique , fon atmoſphere trop
ue rarefiera point les fluides qui accompa
gnent la feuille d'or ; elle ne lui formera
point une atmosphére électrique , & ainfi
ce corps leger ne fera point repouffé de
deffus le tube.
Quoique le tube foit bien frotté , & très- ,
électrique , fi la feuille d'or fe trouve couchée
à plat fur le tube , elle n'en fera pas
repouffée , parce que fon application intime
avec les parois du tube produit un furcroit
d'attraction ou d'adherence , dont M,
le Cat a donné le méchaniſme ( pag. 335. )
du Traité des Sens , & parce que la matiere
du tube fait peut-être quelque obftacle à la
libre formation de l'atmofphére électrique
de la feuille d'or,
Nous pafferons quelques applications de
ces principes à des phenoménes particuliers
de l'Electricité pour venir aux conféquences
que tire M. le Car de cette doctrine.
La
DECEMBRE 1745. 73
La conftance , dit - il , avec laquelle l'atmofphére
du tube repouffe & foucient en
l'air dans un même éloignement la petite
atmoſphere de la feuille d'or électrifée , eft
pour le moins une image de la méchanique
qui tient les tourbillons des Planettes &
des Satellites à un éloignement déterminé
du centre de leur tourbillon , moteur , &
de l'impoffibilité de la chute de ces Planettes
dans ce centre .
Réciproquement on peut conclure de la
même analogie que toutes les Planettes ,
fans exception , celles mêmes dont la rotation
eft douteuse , & qu'on a foupçonnées
par là de n'avoir point de tourbillon , en
ont néceffairement un , ou au moins une
atmosphére , puifque fans cet accompagnement
elles ne pourroient fe foutenir , comme
elles font , dans une couche déterminée.
de la Sphere du tourbillon folaire , & que
comme la feuille d'or dépouillée de fon
atmoſphere tombe fur le tube , ces Planettes
fans tourbillon tomberoient dans le Soleil.
Cette application eft une raifon de plus
pour l'exiftence des tourbillons , & contre
le vuide de Newton , car l'atmosphére électrique
eft inconteftable , elle le fait entendre
par un petillement , on la voit par les
étincelles , elle fe manifefte à l'odorat par
une odeur de fouphre , au toucher même
1. Vol. D
74 MERCURE DE FRANCE,
par une espece de piqûure , & par un frottement
leger femblable à celui d'une toile
d'araignée .
On ne peut éluder ces conféquences qu'en
traitant de frivole la comparaifon faite entre
les corps céleftes & les corps électriques
ou électrifés , mais les Anglois même conviennent
de la jufteffe de cette analogie,
M. Gray , que j'ai déja cité , ne feint pas
d'appeller les corps iegers électrifés , & repouflés
, comme on vient de le dire , de
petites Plancies , & ce Phyficien étoit fi
charmé de cette idée , que dans une expérience
où , fans y penfer , cette idée conduifoit
fa main , il a crû voir une image &
une preuve de la circulation d'Orient en
Occident des Planetes autour du Soleil,
Quoiqu'il n'y ait pas lieu d'efpérer que l'Electricité
nous conduife fi loin , il me femble
au moins qu'on peut affurer avec M,
Dufay , que .... la vertu électrique influe
beaucoup plus qu'on ne penfe dans le méchanisme
de l'Univers. L'énorme difference qui
fe trouve entre les maffes ne fait pas une
objection contre l'analogie des phenoménes ,
Il eft permis aux Phyficiens de remonter
de l'atome aux Spheres céleftes : c'eft même
le fruit le plus folide & le plus glorieux
de leurs travaux de pouvoir appliquer les
expériences de leur cabinet au fyftéme du
monde,
DECEMBRE. 1745 .
75
Sic parvis componere magna folebant .
Il s'agit dans le 3e. article de l'émanation
des étincelles des corps électriques ,
que tout Paris a vûe chés M. l'Abbé Nollet.
M. le Cat compofe le centre de l'atmofphére
électrique de la matiere du feu &
de celle de la lumiere , ainfi il attribue les
étincelles que produifent ces corps aux vibrations
violentes , & à la collifion de cette
matiere entr'elle , & avec les particules fulphureufes
de la main de celui qui fait les
expériences. Nous ne pouvons le fuivre dans
les détails de ces explications.
Le quatrième article traite de la propagation
de l'Electricité , ou de la communication
de cet effet. On fçait que l'Electricité
le porte le long d'une corde à plus de
1250 pieds , furtout fi la corde eft mouillée.
Il faut foutenir cette corde fur des fils
de foye bien fecs.
I eft démontré par ces expériences , dit
M. le Cat , que l'émanation corpufculaire
qui forme l'atmofphére électrique , & que
le frottement excite , fe communique de
proche en proche à tous les corps dans lefquels
elle ne trouve point d'obſtacle , & cela
à de très- grandes diftances.
Le fluide actif & ſubtil du centre du tour-
Dij
74- MERCURE DE FRANCE.
billon électrique repouffe & foutient les
fluides groffiers de la circonférence , mais
raproquement ceux - ci contiennent les
premiers , les refferrent , & font comme leur
enveloppe, enforte qu'on peut regarder cette
circonférence élargie par le fluide du centre
qu'elle comprime , comme les parois d'un
ballon diftendu par l'air qu'il renferme.
Si vous pouffez deux ballons l'an contre
l'autre , ils ne feront que fe comprimer
& s'arrêter réciproquement. De même , fi
vous préfentez au tube ou au globe un
corps électrique , comme de la foye , de la
réfine , les deux atmosphéres porteront l'une
contre l'autre , & s'arrêteront ; il n'y aura
point de communication .
Si au contraire vous préfentez au corps
électrique du fer, une corde de chanvre , ou
toute autre fubftance non électrique , c'eftà
dire , qui n'a point d'atmofphére de
certe espece , c'eft comme fi vous pouffiez
contre le ballon de l'exemple précédent
une barre de fer , un corps pointu , qui en
crevant le ballon feroit échaper l'air le long
du corps dur qui en auroit percé l'enveloppe :
c'eft ainfi que les corps non électriques ,
qui font des corps nuds & pointus , en comparaison
de Patinofphére du corps électrique
, rompent cette atmofphére , ouvrent
un libre paffage à la matiere fubtile qui y
DECEMBRE 1745. 17
-
-
eft comme emprisonnée , & qui ne manque
pas de couler le long du corps qui lui a
ouvert cette prifon. Voilà le principe de la
propagation de l'Electricité , mais la grande
diftance où elle fe porte me perfuade que
cette communication ne fe fait point en
entier par une émanation qui foit toute aux
dépens du tube électrique , & qu'il en eft
un peu de la propagation de l'Electricité ,
comme de celle du fon & de la lumiere
qui fe fait par une communication de vibration
dans un fluide qui eft déja placé
entre le corps fonore ou lumineux & nous.
Il n'eft pas croyable qu'un fi petit inftrument
que le tube puifle fournir une atmofphére
à une corde de 1256 pieds , comme
celle que M. Dufay a employée dans cette
expérience , fans compter ce qui s'en perd
fur la route.
Il eft plus vraisemblable qu'une fufée de
matiere électrique ou ignée du tube écha
pée avec une forte d'impétuofité de la couche
extérieure qui la renferme , fe coulant
le long de cette corde , met en mouvement
& embrale , pour ainfi dire , la matiere
fubtile de la corde & des environs ,
qui
de concert avec cette fufée forme l'atmof
phére électrique de la corde.
On fufpend la corde avec des cordons
de foye , parce que la foye , qui eft électri-
Diji
78 MERCURE DE FRANCE.
que
que par elle même , a déja en elle de la
matière électrique , dont elle eft prefque
faoulée , comme difent les Chymiftes . Ainfi
lorfqu'il le préfente une atmofphére électrique
agitée , elle force bien un peu celle
dont la foye eft imbue , & elle s'empare
d'une petite étendue de cette foye , mais
arrêtée , comme on a dit , par le fluide qui
loge dans le refte de la foye , elle arrête
elle même le torrent électrique qui le fuit ,
& qui eft obligé de prendre une autre route ,
c'eft-à-dire , de fuivre la corde.
Si vous mouillez cette foye , vous éteignez
l'atmosphére qui fait obftacle à l'émanation
; vous empliffez les pores de cette
foye d'une liqueur antagoniſte , fur laquele
la matiere électrique coulera , comme l'eau
coule fur la toile cirée ou fur le papier
huilé. L'Electricité paffera donc le long des
cordons de foye mouillée , elle ira fe perdre
fur les corps aufquels la foye eft attachée ,
& elle ceffera de fe communiquer le long
de la corde de chanvre .
Si au contraire la foye eft bien féche ,
elle réfiftera fortement à la diffipation de
TElectricité qui reftera prefque toute dans
la corde. Cette corde qui conduit l'Electricité
, n'eft pas naturellement électrique , fi
vous la comparez à la foye , mais elle l'eft
pourtant un peu ; elle a une foible atmofDECEMBRE
1745.
phere qui ne laiſſe pas d'embarraffer l'émanation
électrique & d'en diminuer l'effet ;
en mouillant la corde vous éteignez cette
legere atmoſphere , vous donnez une pleine
liberté à la fufée électrique du tube de gliffer
le long de la corde , & d'y mettre en mouvement
la matiere fubtile qu'elle y rencontre.
La communication de l'Electricité à une
vingtaine d'hommes placés fur des gâteaux
de retine s'explique de la même façon. Si
ces hommes étoient fur le plancher , l'émanation
électrique s'y répandroit , & fe perdroit
dans la chambre . La réfine fur la
quelle ils font eft électrique , ainfi fon atmofphére
fait obftacle à la diffipation de
l'émanation du tube ou du globe.
M. le Cat explique enfuite comment l'Electricité
fe conferve des mois , des années
même , en enveloppant le corps électrique
avec du papier , de la flanelle & c. & il
finit ainfi fon Mémoire.
Comme toutes les vérités qu'on vient
d'expofer fur la propagation & la confervation
de l'Electricité , font des faits inconteſtables
, on peut dire que cet article eft le
triomphe de la Philofophie corpufculaire.
Les phenoménes de la fympathie même révoqués
en doute par la plupart des Phyficiens
ne deviennent pas trop admirables, auprès de
la propagation de l'Electricité .
D iiij
8. MERCURE DE FRANCE.
•
En général toutes les expériences qu'on
a faites fur le phenoméne que je traite , &
dont je n'ai donné qu'un Extrait fort abregé ,
me paroiffent des preuves continuelles de
la Phyfique Carthéfienne. Il eft fort heureux
Four cette Secte que l'Electricité fe foitmife
in vogue dans le tems même que le Newtonianifme
s'efforce d'étendre fon empire ;
& plus heureux encore pour la fublime fcience
de la Nature , que toutes les Nations de
l'Europe concourent à approfondir une matiere
qui confirme d'anciennes vérités , &
qui ouvre aux nouvelles découvertes une
voye dont on n'apperçoit pas encore le
terme.
Nous exhortons les Lecteurs à comparer
le fyftême de M. le Cat avec celui de
M. l'Abbé Nollet , que nous avons expofé
en rendant compte au public de la Séance
publique de l'Académie des Sciences. L'Extrait
de ce Mémoire eft dans le Mercure
d'Octobre ; rien n'eft plus utile & plus agréable
en tout genre de Littérature que ces
comparaifons.
M
ONSIEUR de Premagny Secretaire
pour les Belles Lettres a terminé la
Séance par la lecture d'une piéce en vers,dont
DECEMBRE 1745. 81
le fujet étoit Vau pour la paix ; & par .
l'annonce du Prix que voici .
L'Académie des Sciences , des Belles Lettres ,
& des Arts de Rouen propofe pour le sujet du
Prix de l'année 1746.
La fondation même du Prix alternatif
pour les Sciences & les Belles Lettres , par
M. le Duc de Luxembourg Gouverneur de
la Province de Normandie, & Protecteur de
l'Académie.
4
Le Prix eft une Médaille d'or de la valeur
de 300 liv. qui fera donnée à une Ode , ou
à une pièce de cent vers , qui , au jugement de
l'Académie,aura le mieux traité le sujet propofé.
Les Pieces feront admifes au concours juf
qu'au dernier Janvier 1746 , & le vainqueur
fera proclamé à la rentrée publique le
Mardi d'après la Quasimodo. Les Académiciens
en font exclus.
Les Auteurs mettront à leur Mémoire une
marque distinctive , comme Sentence , Devise on
fignature, laquelle fera couverte,& nefera déve
loppée qu'en cas quelapiéce foit jugée la meilleure
Ils auront l'auention d'adreffer leur piéce
franche de port, à M. de Premagny Secretaire
pour les Belles Lettres au College du Pape.
Le Prix fera délivré ou à l'Auteur même ;
ou au porteur d'une procuration de fa part ;
P'une ou l'autre représentant la marque diftinctive
avec Poriginal de la piece.
DY
82 MERCURE DE FRANCE .
A M. le Marquis de Gontaut Colonel du
Régiment de Biron & Brigadier des
armées du Roi , fur fon retour des Eaux
de Barrege.
IL revit ce Marquis , l'objet de nos douleurs ,
Pour illuftrer encor fa belle deftinée .
Mufes , dont les doux fons raviffent tous les coeurs
Célebrez avec nous cette heureuſe journée.
why
O toi qui fur le Mein toujours ferme en ton rang ,
Bravant tous les périls, n'écoutant que la gloire ,
Te couvris de lauriers teints de ton propre fang ,
Tes maux font à la fin fortis de ta mémoire .
Le fçavant Taranger t'a rendu la fanté ;
Tes jours font un préfent de fon Art falutaire ,
par lui de nouveau ton bras fi néceffaire
Va t'ouvrir un chemin à l'Immortalité .
Et
Echapé comme toi de la fureur des parques
Ton rince s'applaudit de te revoir encor ;
La mort a respecté le plus grand des Monarques ;
Fuiffes-tu comme lui vivre autant que Neftor !
* Chirurgien en Chef des Hepitaux de Tournay.
DECEMBRE 1745. 83
Gontaut , toi qui forti d'une illuftre origine ,
Fais revivre à nos yeux tant de fameux guerriers ,
Digne fils des Birons , la France te deftine
Et les mêmes emplois & les mêmes lauriers.
Le Chevalier de C ....
EX
TRADUCTION d'une pièce de Catulle
qui commence par ces mots : Vivamus
mea Lefbia , atque amemus .
A Imons nous , chere Leſbie ;
Du vulgaire infenfé méprifons les difcours;
Aimons- nous , & de notre vie
Mettons à profit les beaux jours .
Quand le Soleil a fini fa carriere ,
Bien-tôt il renait & luit ,
Mais lorsque nous mourons une éternelle nuit
Voile à nos yeux la lumiere,
Ufons du tems , & que ma bouche
De cent baifers goûte enfin la douceur.
Ah! laiffe moi fur cette bouche
Par mille autres encor t'exprimer mon ardeur ,
Nul facheux ne nous apperçoit
Sous ce feuillage épais & fombre ,
Ou fi quelque jaloux nous voit ,
Laiffons lui la douleur d'en ignorer le nombre.
Par M. Maffon , Chevau-Leger de la garde du Roi.
Dvj
8 MERCURE DE FRANCE .
4
SUITE ET CONCLUSION
du Conte Turc.
A
Zemi demanda qu'on les lui laiſſât juſqu'au
lendemain , & promit fur la tête
qu'il finiroit leur enchantement. Le Baſſa &
Siroco lui accorderent fa demande du confentement
de Sumi . Azemi , lui dit le Baffa
, on vous confie un tréfor d'où dépend
tout notre bonheur ; nous vous avons trop
d'obligation pour vous refufer , prenez auffi
cette bourfe de mille fequins pour vous dédommager
de ceux que vous avez rendus au
Muzulman. Toute la compagnie ſe ſépara
enchantée d'avoir vû les deux imcomparables
lies de Siroco, & flatée de l'efpérance
de les poffeder bien -tôt pour toujours . Chacun
fe retira dans l'appartement qui lui étoit
deftiné.
Dès que l'Aurore parut Azemi defcendit
dans les jardins . Il n'avoit pu dormir dans
la joye où il étoit de poffeder une ſomme
aufli confidérable que mille fequins , & dans
le deffein de rendre aux deux filles de Si-
Toco leurs charmes & leur liberté. Après
avoir parcouru quelques ailées folitaires , il
DECEMBRE. 1745. 8.5
fut frappé d'une voix charmante qui l'attira
dans un bofquet. Les oifeaux qui s'éveilloient
fembloient vouloir difputer le prix
aux accens de la voix qui fe faifoit entendre
, & la perfonne qui leur répondoit ,
imitoit leurs ramages avec tant d'art qu'ils
ne fembloient lui fervir que d'accompagnement.
&
Le jeune Page s'approcha doucement ,
reconnut les deux Circaffiennes . L'une , c'étoit
Dely , étoit affife fut le gazon , & il
vit auprès d'elle Tézile qui avoit cueilli des
fleurs & qui les arrangeoit dans les cheveux
de fa foeur : comme ces deux jeunes
perfonnes fe croyoient fans témoins , elles
étoient enſemble fans contrainte . Les cheveux
de Dely que Tézile étoit occupée
à entrelacer avec des fleurs étoient répandus
fur fes épaules & fur fon fein , Tézile
avoit relevé les manches de fa robe & laiffoit
voir des bras d'une beauté parfaite . Azémi
avoit admiré la veille la beauté des deux
Circaffiennes ; la fraîcheur du matin & la folitude
l'augmentoient encore à fes yeux.
Azemi étoit de la figure la plus aimablé
& dans la premiere jeuneffe. Les mouvemens
qu'il éprouva dans ce moment lui
firent prefque oublier les intérêts de fes
maîtres & des filles de Siroco , Après avoir
joui pendant quelque tems du charmant
86 MERCURE DE FRANCE.
fpectacle qui s'offroit à fes regards , il vouluť
s'approcher ; dès que Dely entendit du
bruit , elle fe leva à moitié pour s'enfuir.
Le jeune Page la retint. Pourquoi m'éviter
( dit- il ) qu'avez vous à craindre de moi
dans les jardins de ce Palais ? Ce que nous
craignons , dit Tézile en foûriant ? c'eft que
vous n'aimiez plus l'une de nous que l'autre &
qu'il n'y en ait une de malheureufe : Vous n'êtes
pas le vieux, Derriche , qui ne fait le
malheur que de celle qu'il aime le plus. Ce
Derviche vous tient au coeur , dit Azemi ,
qui ne cherchoit qu'un prétexte pour les
faire refter , permettez-moi de m'affeoir auprès
de vous , & contez- moi je vous prie
ce que vous devintes après que vos amans
eurent perdu la vie dans l'Ifle de Marbre
Noir , & comment vous avez retrouvé le
Derviche dont vous parlez.
Il eſt aifé de vous fatisfaire , dit Tézile ;
lorfque je vis tomber mon cher Thelamir.....
Ah ! dit le Page , laiffez je vous en conjure
conter Dely ; vous avez tout l'efprit pof
fible , mais elle a un ton attendriffant qui
charme. Puifque vous le voulez ré.
pondit Dely , je vais vous contenter. Dès
que
le malheureux Prince & Thélamir eu.
rent perdu la vie , la Reine Okimpare
qui étoit demeurée , la maîtreffe , nous fit.
DECEMBRE. 1745 , 87
conduire ma foeur & moi à fon Palais , &
pour le venger de ce que j'avois été fa rivale
, elle nous condamna à chanter & à
danſer dès le jour même dans un grand ſpectacle
qu'elle donna au peuple.
Dans le trajet que ma tête avoit fait deux
fois d'un corps fur un autre , il étoit bien
naturel qu'elle fe fut un peu éventée . Je ne
m'appercevois pas combien il convenoit peu
de danfer après avoir perdu un amant auffi
parfait que mon cher Delicat. Je charmois
tout le monde par ma légereté.
Pour ma foeur , plus fage que moi , chantoit
des airs fi tendres & fi languiffans qu'elle
faifoit foupirer d'ennui ; elle choififfoit des
paroles affés mauvaiſes ppoouurr faire couper la
tête à toutes les chanteufes de l'Univers . On
ne venoit à nos ſpectacles que pour la danfe
, le reſte auroit fait enfuir tout le monde.
C'est dans ce tems- là que ma foeur me
fit entendre raiſon , & que nous fimes let
ferment de rendre tous les amans auffi malheureux
que nous l'avions été. Dés que nous
voyions deux coeurs unis enfemble , nous
nous attachions l'amant par les manieres
les plus engageantes ; nous le détruifions
dans l'efprit de fa maîtreffe par les difcours
les plus envenimés , rien ne réfiftoit au poifon
que nous fçavions répandre fur tous
13 MERCURE DE FRANCE .
ceux que l'amour ou les convenances unif
foient. Toutes les femmes en porterent des
plaintes fi vives à la Reine , qu'elle nous
banuit pour toujours de fon Empire . On
nous mit dans un Vaifleau avec notre Eunuque
Gouloucou , & on nous conduifit aux
environs de Conftantinople, où on nous laiſſa.
Nous vîmes fur le rivage un Vieillard
dans une occupation qui nous parut finguliére.
Il s'amufoit à noyer dans la Mer de
petits cochous noirs , & leur parloit comme
s'ils euffent pu l'entendre. Votre race
funefte ( leur diſoit -il ) a caufé le malheur
de celui à qui j'ai donné le bracelet fait à
Medine ; vous périrez tous. Nous nous approchâmes
de lui par curiofité & nous reconnûmesle
même Derviche qui nous avoit
reçû chés lui lorfque nous nous étions échappées
des mains des Marchands qui nous conduifoient
au Serail.
Dès que le vieux Derviche nous reconnut ,
il abandonna fon occupation & vint à nous
avec des tranfports de joye infinis. Nous lui
demandâmes ce que fignifioit ce que nous
venions de voir & d'entendre ; fans vouloir
nous en inftruire , il nous donna retraite
dans une caverne qu'il habitoit , & nous fit
préfent du dernier petit animal qui reftoit
en vie , en nous difant que le Bala de la
Mer en donneroit tout ce que nous vou-
I
DECEMBRE. 1745
drions. Je mis le préfent qu'il nous faifoit ,
comme une chofe précieufe , dans mon fac
à ouvrage d'où j'ôtai ma grande navette .
Ce matin nous l'avons voulu préfenter au
Baffa qui s'eft mocqué de nous ; nous avons
réfolu de nous venger du Derviche qui nous
avoit attrappées ; en rentrant nous l'avons
trouvé endormi , nous lui avons entierement
coupé la barbe ; il n'ofera plus fe montrer.
C'eft ce qui nous réjouiffoit fi fort quand
on a abbatu le mur de la caverne ou nous
étions avec lui.
Pour celui-là ( dit Azemi ) vous aviez
raifon hier de dire que vous aviez la tête
légere . Vous vous fâchez , vous pleurez
vous riez felon qu'il vous en vient la fantaifie.
Cela fait une variété charmante , mais
quand vous finites hier par vous évanouir ,
la chofe étoit bien plus jolie , j'efpérois qu'au
jourd'hui vous en feriez autant , cela m'auroit
fait plaifir, Et par quelle raifon , dit
Tézile ? Oh ! dit le Page , une femme qui
pleure ou qui s'évanouit eft adorable. Celui
qui fe trouve auprès d'elle dans ce moment
a le bonheur de la confoler ou de
la fecourir , au lieu qu'une femme contente
qui rit & qui s'amufe n'a befoin de rien ;
tout le monde lui devient inutile. Vous pou
6 MERCURE DE FRANCE
fiez ajoûter , dit Dely en foûriant , qu'un
évanouiffement épargne à un homme les
frais d'une déclaration ; fes foins peuvent
marquer fon amour fans qu'il l'exprime ;
je n'ofois , dit Azemi , porter le difcours
jufques-là , mais puifque vous avez devinê ,
il faut en tomber d'accord. Avouez auffi
que fi un évanouiffement épargne une déclaration
, il épargne en même-tems la peine
d'un refus ; voyez combien il accomode
tout le monde.
Vous me donnez prefque regres , reprit
la belle Circaftienne , de n'avoir pas en le
bonheur de me trouver mal ; vous êtes jeune
& aimable , ajouta-t-elle en donnant fa main
à Azemi , je crois qu'il y auroit plaifir à
vous avoir obligation . Eh bien ( dit le Page )
reffouvenons nous de la mort de votre
amant. Lorfque Thélamir eut mal remis
la tête du Prince , qu'il pâlit , & que vous
vous apperçûtes que fon lang couloit encore.....
Ah ! n'achevez pas, dit Dely , mon parti
eft pris aujourd'hui ;je ne veux plus me chagriner
; il y a tant d'autres moyens pour plaire
que vous en trouverez fi vous voulez . Comment
ferois -je , répondit Azemi ? vous avez
juré de rendre tous les amans malheureux ;
oui ceux des autres , dit Tezile ; à l'égard
des nôtres cela pourroit être different. Tous
DECEMBRE . 1745 .
mes voeux feroient comblés , reprit Azemi ,
fi je pouvois vous plaire ; les moyens les plus
furs pour y réuffir feront ceux que vous me
dicterez , enfeignez- moi comment il faut fe
conduire. Mais , dit Dely , il faut avoir de
la douceur , de la difcrétion , rendre toutes
fortes de petits fervices à l'objet qu'on
aime. Oh ! dit Tézile , nous en avons appris
de bien plus charmans parmi nos compagnes
dans l'Ifle de Marbre Noir. Eh ! quels
font- ils ? dit le Page avec vivacité. C'eſt de
faire des préfens , reprit Tézile ; il n'y a
riem qui touche plus que cela. Vous m'y
faites fonger ( reprit Azemi qui avoit encore
d'autres deffeins que celui de plaire aux
deux jeunes Circaffiennes ) recevez , belle
Dely , cette montre que je vous avois def
tinée . ( En difant cela il lui préfenta la mone
tre d'or & Dely la prit en l'admirant ) &
puifque vous aimez que l'on vous rende
des fervices permettez-moi d'achever votre
coëffure ; j'y confens , dit la jeune Circal
fiene , nous verrons un peu votre adreſſe .
Azemi fe mit à genoux auprès d'elle ;
il étoit enchanté de tenir fes cheveux plus
noirs que du jais , qui defcendoient jufqu'à
la ceinture de la jeune Dely ; il laiffoit à tout
moment échapper quelque fleurs qui tomboient
dans le fein de la belle Circaffienne
d'où la main du Page alloit les retirer. La
$ 2 MERCURE DE FRANCE.
jeune perfonne rioit de ce badinage & ne
puniffoit pas Azemi bien féverement .
La préience de Tézile gênoit un peu
l'amoureux Azemi. En vérité , lui dit-il , vous
n'avez pas cueilli les plus belles fleurs de
ces jardins. Si vous vouliez en aller choifir
d'autres dans le parterre , vous avez parlé
de préfens , je vous donnerois une montre
d'argent , voyez- la ; je vous prie de la recevoir
de moi. Tézile déja jaloufe de ce
qu'Azemi avoit plus d'attention pour fa foeur
que pour elle le mit à rire du préfent . Voilà ,
dit elle , une galanterie bien digne d'un Page.
A-t-on jamais parlé de montres d'argent
à des femmes telles que nous ? L'or &
les diamans les plus beaux font feuls dignes
de nous appartenir. Vous êtes bien
difficile , dit Azemi , mais je parie que l'une
de vous deux a un cachet d'argent qui
conviendroit parfaitement au préfent que
je vous fais. C'eſt la vérité , dit Dely ; ma
foeur , mettez votre cachet monté d'argent
à cette montre , j'en ai un d'or comme vous
fçavez , je vais le mettre à celle que je tiens .
Dans ce moment les deux Circaffiennes
attacherent en effet les deux pierres conftellées
qu'elles avoient prifes dans le Caravanferail
à Izif & à Izouf , qui les avoit
fait monter en cachet ; auffi -tôt les deux
montres s'échapperent des mains de Tézile
DECEMBRE 1745. 93
& de fa foeur , & Aurore & Argentine parurent
en leur place avec chacune leur Talifman
de beauté à leur doigt.
Les deux filles de Siroco furent ' d'abord
furpriſes elles -mêmes du changement qu'elles
éprouvoient ; elles n'étoient plus accoûtumées
à voir la lumiére du Soleil ; le jour
fembloit les éblouir ; les fleurs , les eaux &
la yerdure paroiffoient renaître pour elles.
Lorfqu'elles eurent reconnu les anneaux
qu'elles avoient à leurs mains elles furent
affurées que leur enchantement étoit fini
pour toujours ; la joye éclata fur leur vifage.
Elles s'embrafferent en fe félicitant mutuellement
de leur bonheur.
Les deux jeunes Circaffiennes furent faifies
d'étonnement en voyant naître devant
elles deux perfonnes charmantes qui leur
étoient inconnues ; mais quand elles s'apperçurent
que c'étoit l'effet des Talifmans
qu'elles avoient eu en leur poffeffion & dont
elles fe voyoient privées , elles ne purent
s'empêcher de verfer des larmes . Azemi ,
qui s'étoit levé par refpect en voyant les
deux filles du Gouverneur d'Alexandrie
approcha de Dély d'un air timide pour ef
fayer de calmer fa douleur , mais elle ne
voulut plus l'entendre , & le repouffa avec -
la main en détournant les yeux de deffus lui,
Aurore & Argentine les confolerent de la
94 MERCURE DE FRANCË.
to
maniere la plus tendre. Ceffez de vous af
Aliger , leur dirent elles ; le tréfor que vous
avez perdu ne vous étoit pas fi néceffaire
qu'à nous ; la deftinée de votre beauté n'y
étoit point attachée ; il vous refte des charmes
affés puiffans pour engager tous ceux
dont vous voudrez triompher , & mon Pere
qui nous aime tendrement , reconnoîtra co
que nous vous devons en vous faifant la fortune
la plus brillante,
Azemi ayant perdu l'efpérance de flêchir
en fa faveur les deux Circaffiennes , courut
au Palais pour informer le Baffa & le
Gouverneur d'Alexandrie de ce qui venoit
d'arriver. Ils vinrent auffi -tôt avec Néangir;
& Ibrahim qui ne cherchoit plus le grain
de Corail. Ils confirmerent aux deux jeunes
Circaffiennes les promeffes qu'Aurore
& Argentine leur avoient faites ; ces deux
aimables filles les remercierent de leurs bontés
& femblerent reprendre leur tranquillité,
Le bruit du deſenchantement de la charmante
Aurore & de la belle Argentine s'étant
répandu dans le Haram , Žambac fortit
dans les jardins accompagnée de Zélide
& de Sumi . Tout le monde fe trouvoit
réuni à l'exception du malheureux Haffan
qui pleuroit alors fur fa main d'ébene . Au
milieu de la joye où on fe livroit , & des
tendres careffes que chacun faifoit aux deux
DECEMBRE. 1745. 95
charmantes filles de Siroco , Zélide ne put
cacher le regret qu'elle avoit de ne point
voir fon amant dans cette aflemblée. Mes
cheres foeurs , difoit- elle à Aurore & à Argentine
, je n'ai point été privée comme
vous de mon Talifman ; mon malheur n'a
pas été auffi grand que le votre , mais il
dure plus long-tems , & je fuis encore incertaine
quand il finira.
La jeune Zélide avoit à peine achevé
ces paroles que l'on vit paroître les efclaves
à qui le Baffa avoit ordonné de garder
l'entrée de la caverne du Derviche , &
de la murer dès que quelqu'un y feroit entré
; au milieu d'eux étoit Haflan que l'on
vit de loia battre des mains , & témoigner
la joye la plus vive. Il vint en courant
faire voir que fon fupplice étoit fini & que
fa main étoit redevenue comme elle étoit
avant qu'il eut paitri la galette de l'esclave
Chrétienne, J'étois ( dit - il ) occupé à pleurer
comme à mon ordinaire , lorfque j'ai
fenti que les larmes fe refufoient à mes yeux ,
au contraire la joye fe répandoit dans mon
coeur, alors j'ai éprouvé dans la main droite
un frémiffement inconnu , j'ai levé les yeux
pour la confidérer , j'ai vu qu'elle perdoit fa
noirceur , enfin elle a repris entierement fon
mouvement & fa couleur naturelle. Mais
( ajouta-t-il en s'adreffant à Zélide ) ce n'eft
·
96
MERCURE
DE
FRANCE
.
pas ma guérifon qui me flate le plus , ce
qui met le comble à ma félicité , c'eft que
rien ne peut déſormais retarder le bonheur
que j'aurai d'être à vous & de vous donner
pour jamais cette main qui vous est
deftinée .
Le Baffa envoya dans cemoment Azémi
chés le Cady pour l'inviter à venir prendre
part à fa joye , & célébrer les mariages
de fes trois fils avec leurs charmantes
maîtreffes. Je ne croirai point ( dit- il )` nos
malheurs finis que ces tendres amans ne
oient unis pour toujours ,
Au milieu des plaifirs qui commençoient
cette heureuſe journée , on étoit curieux de
fçavoir comment la main d'Haffan avoit été
guérie . On ne doutoit point que le petit
cochon noir ne fut noyé , mais on ignoroit
à qui on avoit cette obligation . Les efclaves
qui accompagnoient Haffan dirent qu'ils
venoient exprés pour annoncer au Baſſa
que le matin ils avoient vu trois hommes
qui couroient après un autre & qui le bat
toient avec violence , que celui qu'ils pourfuivoient
s'étant fauvé dans la caverne , les
trois hommes y étoient entrés après lui , &
qu'alors ils avoient exécuté les ordres qu'ils
avoient reçûs, & bouché l'ouverture du foûterrain
.
Au même inſtant on entendit de grands
cris
DECEMBRE 1745. 97
cris fur la terraffe où toute la compagnie
s'étoit repofée la veille & l'on vit venir en
courant un homme que les deux Circalfiennes
reconnurent pour le vieux Derviche
, quoiqu'il cachât avec ſes mains fa
barbe coupée. On apperçut en même tems
que c'étoit les trois Juifs qui n'avoient plus
leurs bequilles , qui le pourfuivoient auffi
vivement que s'ils n'avoient jamais eu la cuifle
bleffée . Quand le Vieillard vit tant de perfonnes
affemblées , il voulut fuir d'un autre
côté , mais les Efclaves du Baffa l'arrêterent,
auffi- bien que les trois Jumeaux .
Lorfque le Derviche fut au milieu de la
compagnie , l'étonnement du Baffa fut extrême
de reconnoître celui qui avoit autrefois
donné à les trois fils le Tefbuch , la
plaque de cuivre & le braffelet : il ne put
s'empêcher d'aller à lui & de l'embi affer.
Ne craignez rien , mon pere ( lui dit -il )
Vous êtes dans la maifon d'un fidele Mufulman
qui vous revere ; celui qui voudroit vous
faire outrage périroit dans le moment , mais
inftruifez moi , je vous prie , qui vous a fait
l'injure de vous ôter le figne vénérable de
votre profeffion , j'en ferai un exemple terrible
?
Les deux jeunes Circaffiennes ne purent
fe tenir de rire à ces paroles, Seigneur , dit
l'une d'elles , c'eft notre ouvrage , mais il
1. Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
que
l'on
l'a bien mérité . Alors elles raconterent que
le Derviche étoit celui qui étoit amoureux
d'el es, & ce qu'elles avoient rapporté à Azemi
. Hélas , ( dic le Derviche , qui avoit les
yeux baiffés pendant leur recit ) devois -je
attendre autre chofe de deux jeunes in prudentes
à qui mon coeur s'étoit malheureufement
livré. Les hommes les plus fages
ont un moment de foibleffe qui les féduit ,
& font d'autant plus à plaindre que ce ne
font point ordinairement des femmes raifonnables
qui triomphent de leur vertu . Leur
fageffe fert à foutenir la nôtre ; il n'y a que
la légereté & la folie qui foient l'écueil de la
raifon . Un bonheur cependant eft
guérit plus aifément d'une paffion qui ne doit
fa naiffance qu'à l'imprudence & au caprice
que de celles qui auroient un autre foutien.
Mes yeux fe font ouverts ; j'ai vu le tort
que j'ai eu lorfque j'ai laiffe fui prendre mon
coeur aux attraits de ces deux jeunes perfonnes
; je fuis entierement forti de mon aveuglement.
Pour vous inftruite à préfent ,
Meffeigneurs , de la peine que j'en ai foufferte
, je vous dirai qu'hier quand j'enten
dis que l'on abbatoit le mur qui formoit le
fond de la caverne qui me fervoit de demeure
, je fus honteux de paroître dans l'état
où je fuis , & je me fauvai avec le fac
ac taffetas couleur de rofe . J'étois cette nuit
DECEMBRE. 1745
SHOTHEQUE
1900 N
dans la campagne ; ces trois homme que
vous voyez font venus fe repofer aupres
moi ; ils m'ont dit qu'ils venoient d'échapper
d'un grand danger & qu'en bleffant
Fun d'eux , on les avoit bleflés tous trois .
Je ne pouvois ajouter foi à leur diſcours.
J'ai cueilli des fimples que je connois parfaitement
, j'en ai appliqué fur la bleſſure
de l'un d'eux , & les deux autres quelques
heures après ont été guéris auffi - bien que
lui quoique je n'euffe rien mis fur leur playe.
Nous avons paffé tranquillement la nuit enfemble
, mais à la pointe du jour l'un d'entr'eux
ma confidéré avec attention . Ah ! at-
il dit à fes compagnons , c'eft celui qui
accompagnoit les Danfeufes qui nous ont
dépouillés de tout dans le Caravanserail.
Ce difcours m'a frappé. Je les ai enviſagés
à mon tour & j'ai reconnu les deux hommes
à qui les jeunes Circaffiennes que vous
voyez & que j'accompagnois alors , avoient
pris les Talifmans des filles de Siroco &
toutes les marchandifes qu'ils poffédoient.
La peur m'a faifi ; j'aurois mieux aimé dans
ce moment avoir de bonnes jambes qu'ún
bel habit. * Ils fe font levés pleins de fureur
, & fe font jettés fur moi . J'ai voulu
* L'Hiſtorien Turc a voulu imiter ce bel endroit
d'Homere où Telemaque , en montrant à Minery
qui eft fous la figure d'un Etranger , les Amans dee
DELA VILLE
Eij
100 MERCURE DE FRANCE.
fuir & éviter leur colere ; j'ai couru chercher
un azile dans mon foûterrain , ils m'ont
fuivi jufques fur la terraffe de vos jardins , ils
fe font faifis du fac ou étoit le petit cochon
noir & l'ont jetté dans la Mer ; c'eſt ce
que j'aurois fait moi - même depuis longtems
, files deux ingrates que j'aimois n'euf,
fent pas troublé ma raifon.Je fçais, Seigneur,
( ajouta le Derviche en s'adreffant au Baſſa )
que le bonheur d'un de vos fils dépendoit
de cet évenement ; ce font ces trois Juifs qui
l'ont délivré de la peine qu'il a foufferte ,
bien loin de les punir vous devez leur accorder
de grandes récompenfes . Tout ce
que je défire c'eft que notre grand Prophete
les en rende dignes en les attirant à la Religion
des fidéles Mufulmans.
Pendant que le Derviche parloit de la
forte Izif & Izouf regardoient les deux
jeunes Circaffiennes , & la beauté de ces
deux aimables perfonnes faifoit fur eux l'effet
qu'elle produifoit à l'égard de tout le monde
, c'eft a dire qu'elle captivoit entierement
leur coeur. Ils avoient déja vu ces deux belles
filles dans le Caravanferail où elles
Penelope qui fe rejouiffent dans fa maiſon , lui dit.
Si Uliffe revenait , tous aimeroient bien mieux avoir
debonnesjambes , que d'êtreplus parés d'or & de beaus
habits.
Πάντες κ ' α γραίατ ' ελαφρότεροι πόδας εἶναι
Η αφιούτερ ! χρυσοῖοτε ἐπιτές τε , Odifie , L. Ι.
DECEMBRE. 1745 101
étoient avec le Derviehe & ils n'avoient
pu les voir fans les aimer ; ce moment acheva
de triompher de leur liberté.
Siroco affûra les trois Juifs qu'il cublioit
le larcia qu'ils avoient fait à fes deux filles ,
& le Baffa leur demanda quelle récompenfe.
ils vouloient du ſervice qu'ils venoient de lui
rendre en noyant le petit cochon noir. Sei .
gneur ( dit Izouf ) les plus grands tréfors
ne nous toucheroient point fans la poffeffion
d'une perfonge aimable qui put les partager
avec nous. Accordez à Izif mon frere
& à moi ces deux belles perfonnes ( if
montra les deux Circaffiennes en difant ces
mots ) la charmante Sumi fera le partage
de notre frere Izaf , vous comblerez tous
nos defirs , mais fans cela nous ne pouvons
être parfaitement heureux.
Zambac demanda aux deux Circaffiennes
fi elles y vouloient confentir. Après tous
nos malheurs ( dit Tézile ) il ne nous eft
pas permis de choifir notre deftinée . Nous
fuivrons vos volontés & celles de l'illuftre
Baffa votre Epoux , mais à condition que
ceux que vous nous deſtinez embraſſeront
la foi du Prophete.
Le Baffa & Siroco qui defiroient ardemment
de donner à Mahomet trois profélites
auffi illuftres que les trois fils du célébre
Nathan-Ben- Sadi ; les en prefferent avec
E ij
02 MERCURE DE FRANCE.
inftance . Le Bafla voyant qu'ils héfitoient
envoya fecretement chercher le flacon d'Elixir
d'Amour Parfait , & en fit verfer à Izouf
par Tézile fans qu'il fçut de quelle liqueur
on l'invitoit à boire. Dès qu'il en eut gouté
il fe jetta aux genoux de la belle Circaffienne
& promit de faire tout ce qu'elle
exigeroit de lui.
Izif & Izaf n'eurent pas befoin de prendre
de l'Elixir pour éprouver les mêmes
tranfports que leur frere . La fympathie étoit
toujours la même entre les trois jumeaux
& dès que l'un fut foumis aux loix de Tézile
Izif tomba aux pieds de Dely & Izaf
à ceux de la belle Juive. Cette belle perfonne
ne pouvant avoir d'autres fentimens
que ceux de fon cher Izaf, embraffa auffi
la foi du Prophete .
Azemi yint dans ce moment annoncer
l'arrivée du Cady. Le jeune Page ne témoigna
pas un grand regret de voir que
les deux belles Circaffiennes alloient époufer
les deux Juifs. L'amour qu'il avoit pris
pour elles n'alloit pas jufqu'à leur facrifier
fa liberté. Il dit à Dely & à fa foeur quelques
mots à l'oreille fans que l'on pût l'entendre
, les deux jeunes foeurs lui répondirent
d'un figne de tête en fouriant .
Le Cady étant arrivé les trois Juifs en
fa préfence reçûrent le Turban des mains.
DECEMBRE 103 1745 .
du vieux Derviche qui fut confolé de la
perte de fa barbe par la joye qu'il reffentoit
de voir s'augmenter ainfi le nombre
des fidéles croyans.
Après la cérémonie le Cady fit celle de
fix mariages , & pour que l'union fut entiére
entre ces époux , on préfenta de l'elixir
d'amour parfait à Dely & à fa four ; elles
étoient les feules qui n'en euffent point pris ;
elles burent tout ce qui reftoit dans le flacon
, & n'en laifferent pas une goute pour
toutes les Danfeufes qui font venues après
elles.
NOUVELLES LITTERAIRES ,
des Beaux Arts & c .
L
A PRATIQUE UNIVERSELLE pour la renovation
des Terriers & des Droits Seigneuriaux
, contenant les queftións les plus
importantes fur cette matiere , & leurs décifions
, tant pour les Pays coutumiers que
ceux régis par le Droit écrit ; ouvrage utile
à tous les Seigneurs , tant Laics qu'Ecléfiaftiques
, à leurs Intendans , gens d'affaires
, Receveurs , Fermiers & Régiffeurs ,
E iiij
104 MERCURE DE FRANCE.
de même qu'aux Notaires & Commiffaires
à Terriers & autres Officiers , dédié à M.
le Prince Conftantin de Rohan , par Edme
de la Poix de Freminville , Bailly des Ville
& Marquifat de la Paliffe , Commiffaire
aux droits Seigneuriaux , fe vend à Paris
chés Morel l'ainé Grand'Sale du Palais , &
chés Giffey rue de la Veille Bouclerie à
l'Arbre de Jeffé ,
Ce Livre contient un grand nombre de
queftions fur la maniere de renouveller tous
les Titres des Droits Seigneuriaux , & on n'a
pas vu d'Auteur plus plein de fa matiere
que celui- ci . Il eft vrai que ce n'eft que
par l'effai & une longue fuite de pratique
qu'il eft parvenu à mettre au jour les queftions
épineufes qu'il a rencontrées lui -même
dans ces fortes d'ouvrages ; il en a traité de
très fingulieres , & qui n'ont peut- être pas
été agitées au Bareau , telles que de fçavoir
fi un Cenfitaire dans une coutume qui admet
la preſcription peut l'oppofer à fon
Seigneur lui feul , fans juftifier qu'il eſt entré
en foi envers le Roi ou fon Seigneur Suzerain
; enfin on peut dire à l'avantage de
cet Auteur qu'il régne dans tout cet ouvrage
une droiture & une équité qui fe
foutiennent avec une même égalité depuis le
commencement jufqu'à la fin , & des régles
les plus conformes à la Juftice la plus
DECEMBRE 1745. 105
épurée. Le public lui eft redevable d'avoir
donné un ouvrage qui n'eft pas feulement
néceffaire à tous les Seigneurs , à leurs Fermiers
& Regiffeurs , mais encore à tous
les Vaffaux & Cenfitaires du Royaume , &
d'autant plus utile pour chacun d'eux , qu'aucun
Auteur n'a jufqu'ici traité cet objet .
CHYMIE Hydraulique pour extraire les
fels effentiels des vegétaux, animaux & mineraux
avec l'eau pure , par M. L. C. D.
L. G. A Paris chés Coignard M. D. CCXLV,
in 12. pag. 390. 1745 .
PELERINAGE du Calvaire fur le Mont-
Valerien Par M. l'Abbé de Pont- Briant , à
Paris chés Huart rue S. Jacques à la Juftice
, 1745 , in 12 .
CHARLES- ANTOINE Jombert Libraire du
Roi pour l'Artillerie & le Génie , qui demeure
préfentement fur le Quai des . Auguftins
au coin de la rue Git-le- Coeur à l'Image
Notre- Dame à Paris , vient d'achever
l'impreffion de plufieurs Livres nouveaux
fur l'Art Militaire & les Mathématiques ,
dont on verra les Titres ci-après , ainfi
que ceux de quelques Livres imprimés depuis
peu en Hollande & .dans les Pays Etrangers
, fur les memes Matieres , dont il a ac-
L V
106 MERCUR DE FRANCE
quis un nombre d'exemplaires , afin qu'on
puiffe trouver chés lui un affortiment complet
des meilleurs ouvrages qui ont paru en
ce genre.
Mémoires d'Artillerie par M. Surirey de
S. Remy. Nouvelle édition , confidérablement
augmentée , & ornée de vignettes &
de Fleurons en trois volumes in 4° . avec plus
de 200 planches . On trouvera dans cette
édition , non feulement ce qui fe pratiquoit
anciennement dans l'Artillerie , mais encore
tous les changemens qui y font arrivés depuis
M.de S.Remy, ainfi que plufieurs découvertes
fur la poudre ,fur l'effet des mines,fur les contremines
&c.enforte que le tout forme à préfent
un Traité complet fur l'Artillerie . On
y a ajouté un Recueil de toutes les Ordondonnances
qui concernent le fervice de l'Artillerie
, entr'autres celle de 1732 qui régle
les dimenfions des canons & mortiers des
differens calibres , avec les planches qui y
font relatives : le prix eft de 45 liv.
Elémens géneraux des parties de Mathématiques
néceffaires à l'Artillerie & au Génie,
contenant les Elémens de l'Arithmétique ,
de l'Aigbre & de l'Analyfe : les raiſons ,
proportions & progreffions Arithmétiques &
Céometriques les Logarithmes , les EleDECEMBRE
1745 . 107
mens de la Géometrie , de la Trigonometrie
, du Nivellement , de la Planimétrie ,
de la Stéréométrie , des Sections coniques :
le toifé de la Maçonnerie , & le Toifé des
Bois les Elemens de l'Arithmétique des
infinis , la Méchanique génerale , la Statique
, l'Hydroftatique , l'Airométrie & l'Hydraulique
, avec un Traité de perfpective,
Par M. l'Abbé Deidier , Profeffeur Royal
des Mathématiques aux Ecoles d'Artillerie
de la Fere, en 2 vol. in-4 , avec 62 Planches
qui fortent hors du Livre , prix 24 liv.
Traité de Perspective Théorique & pratique
, tirées du Cours de Mathématique
de M. l'Abbé Deidier ; vol . in 4. avec 15
Planches ; prix broché 3 liv. 10 f
Le Parfait Ingénieur François , ou la Fortification
fuivant les fyftêmes de M. le Maréchal
de Vauban , & des autres Auteurs
qui ont écrit fur cette fcience ; avec l'attaque
& la défenſe des Places fuivant le même
Auteur , par M. l'Abbé Deidier , Profeffeur
, &c. Nouvelle édition , augmentée
du Plan & de la defcription de la Ville de
Luxembourg , de la relation & des Plans du
fiége de Lille , & du fiege de Namur , in 4.
enrichi de so 50 Planches ; prix 15 liv.
E vj
To8 MERCURE DE FRANCE .
Nouveaux Elemens de Fortification , contenant
ce qu'il y a de plus effentiel à obſerver
dans une Place forte , pour initier avec
facilité les jeunes Militaires dans l'étude de
cette fcience. Par M. le Blond , Profeffeur
de Mathématique des Pages du Roi.
Nouvelle édition augmentée , in 12. avec .
17 Planches ; prix ; liv.
ge
Elemens de la Guerre des Siéges , à l'ufades
jeunes Militaires , où il eft traité , 1º.
de l'Artillerie , ou des armes & machines en
ufage à la guerre depuis l'invention de la
poudre. 2º . De l'attaque des places , où
l'on trouve tout ce qui concerne les trayaux
& les opérations d'un fiége. 3 °º, De la
défenfe des Places , avec un mémoire contenant
plufieurs obfervations fur la vifite des
Places , & un Dictionnaire des termes les
plus en ufage & néceffaires pour l'intelligence
de la guerre des fiéges ; par M. le
Blond Profeffeur , & c . en trois vol , in 8. avec
22 Planches ; prix 15 prix 15 liv.
Traité de Géometrie Théorique & pratique ,
à l'ufage des gens d'Art , par Sébastien le
Clerc Profeffeur de Géométrie & de Perfpective
dans l'Académie Royale de Peinture
; nouvelle édition , extrêmement bien
exécutée, & enrichie de 45 Planches ornées
1
DECEMBRE 1745. 10
de petits fujets grotelques propres à deffiner
à la plume , in 8. On trouvera dans cet ouge
le précis des Elemens d'Euclide , mis à la
portée des jeunes gens ; le toifé des fuperficies
& des folides ; la doctrine des triangles
par le calcul ; la maniere de lever les Plans ,
de dreffer les Cartes , & de faire les principales
opérations de la Géometrie fur le terrein
, avec la defcription & l'uſage des principaux
inftrumens qu'on y employe . L'Auteur
s'eft attaché furtout à rendre cet ouvrage
clair & facile en joignant la théorie à la
pratique. Il a travaillé principalement pour
inftruire les perfonnes dont la profeffion
exige quelque connoiffance de la Géométrie
, comme les Ingenieurs , les Peintres ,
les Architectes , les Arpenteurs , &c. Dans.
cette intention , il s'eft renfermé dans les
chofes d'ufage ou qui tendent à la pratique
& il les explique avec une netteté & une
brieveté admirables. On a ajouté à cette édition
un abregé de la vie de l'Auteur , & une
ample Table des matieres ; le prix est de 7
livres.
Les Regles du Deffein & du Lavis , pour
les Plans , profils & élevation des édifices
Militaires & Civils , & pour les Cartes des
environs d'une place. Par M. Buchotte , Ingénieur
du Roi ; nouvelle Edition , mife
to MERCURE DE FRANCE.
dans un meilleur ordre que la précédente &
augmentée du double , avec un nouveau
fupplément , in 8. enrichi de 24 Planches ;
prix 5 liv.
De la maniere de graver à l'eauforte &
au burin, & de la Gravûre en maniere noire ,
avec la façon de conftruire les Preffes modernes
, & d'imprimer en Taille - Douce ;
par Abraham Boffe , Graveur du Roi. Nou--
velle édition , revue , corrigée & augmentée
de plus de la moitié par un habile Artifte
, in 8. orné de vignettes & de 19 planches
; prix 6 liv.
Nouveau Tarifdu toifé de la Maçonnerie ,
tantfuperficiel que fotide , où l'on trouve les
calculs du Toifé tout fait fans mettre la main
à la plume , avec le toifé des bâtimens fuivant
les Us & Coutumes de Paris , & le toifé
du Bout- Avant. Ouvrage utile aux Architectes
, Ingénieurs , Arpenteurs , Entrepreneurs
, &c, & aux bourgeois qui font bâtir,
in 8. prix 7 liv.
Application de la Geometrie & des Calculs
differentiel & integral , à la résolution de plu
fieurs Problêmes Phyfico- Mathématiques , par
M. Robillard , fils du Profeffeur de, Mathématiques
de l'Ecole d'Artillerie de Metz ,
DECEMBRE 1745 . III
in 4. avec 30 Planches ; prix 8 liv.
més
Elemens de Phyfique Mathématique confirpar
des experiences , on introduction à
la Philofophie de Nevvton , à l'ufage des
Etudians , traduits du Latin de M. Gravefande
, Recteur & Profeffeur dans l'Univerfité
de Leyde , par M. Roland de Virlois , Profeffeur
de Mathématiques ; en deux vol . in 8.
enrichis de 50 Planches ; prix 12 liv.
Principes du Systême des petits Tourbillons ,
ou abregé de la Phyfique de feu M. l'Abbé
de Molieres , mife à la portée de tout le
monde , & appliquée aux phénoménes les
plus généraux , avec une Differtation pofthume
du même Auteur , in 12. de 426
pages ; prix 2 liv. 10f.
Ufages de l'Analife de Descartes , pour découvrir
fans le fecours du calcul differentiel
, les propriétés ou affections principales
des lignes géométriques de tous les ordres ,
par M. l'Abbé de Gua , in 12. prix 3 livres
10 fols.
Livres nouveaux des Pays Etrangers qui fe
trouvent chés le même Libraire.
Traité de l'attaque de la défense des Pla
112 MERCURE DE FRANCE.
ces , avec un Traité pratique des Mines , par
M. le Maréchal de Vauban , & un Traité
de la guerre en géneral , nouvelle édition ,
beaucoup plus correcte & plus ample que la
précedente , enrichie de Notes inftructives
& d'une ample Table des matieres par ordre
Alphabetique , en deux volumes in 8.
enrichis de grand nombre de Planches. La
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, in ufum Studiofa Juventutis . Ab eodem
Autore , in 8. deux volumes , avec quantité
de planches. Geneva ; prix 9 liv.
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Mathematica , perpetuis commentariis
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113 1745 .
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Philofophica & Philologica , cum vitâ Authoris
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fparfim edita
quam hactenus inedita. Gene
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Nouvellement arrivés chez Briaffon ,
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Science & àl'Ange Gardien.
D
Uelli ( Raim ) Biga Librorum rariorum
, in-fol. Francof. 1730 .
Ejufd. Excerpta Genealogia Hiftoricæ
, in -fol. fig . Lipfia. 1725 .
Leutingeri ( Nic. ) Opera omnia hiftorica ,
4°. 2 vol. Francof. 1719."
Stabelij ( Georg. Frid. ) Chymia Dogmatico
-Hiftorica , Hala 1728.
Behrij ( Georg. Hen. ) Lexicon Phyfico-
Chymico - Medicum , 4 ° . Argentorati
1938.
14 MERCURE DE FRANCE .
H
Zozimi Hiftoria , cum notis variorum , 80 .
Jena. 1728.
Eccard ( Job. ) de Templo Capadocia ,
40. Quellimbergi. 1721 .
Koch ( M. Joh. ) de bene ordinanda Bibliotheca
, 8°. Lipfiæ , 1719.
Hoffmanni ( Cafp . ) de acido Vitrioli vinofo
, 4°. Norimb. 1735.
Ejufd . Nova fcriptorum & monumentorum
varior, collectio, in 4. 2 vol . Lipfia ,
1731.
( Jo . Guil. ) de Adulteriis coercendis ,
in 4. Francof. 1732.
Wechneri ( Dan. ) Hellenolexias five parallelifmi
Græco Latini , in 8. Gotha.
Plateri ( Fel. ) Praxis Medica , in44..33 vol.
Bafilea , 1736.
Leufden ( Jo . ) Philologus Hebræus ,
Mixtus & Græcus in 4. 3 vol. Bafilea , 1739.
fig.
Wolfii ( Chrift. ) Ratio prælexionum in
Mathefis & Philof. in 8. Hala , 1718 .
Ejufd. de Differentia nexus rerum ,
&c. in 4 Hala , 1724 ..
Feithii ( Ever ) Antiquitates homerica ,
in 8. Argent. 1743.
Pexinfelder ( Mich . ) Apparatus eruditionis
per omnes Artes & Scientias , in 8. Cola.
nie , 1744.
Hoffmanni ( Frid . ) opufcula Phyfico Medica
in 8. 2. vol. Ulma , 1741.
DECEMBRE 1745. VIS
Furftenau ( Jo. Herm. ) de Morbis Jurifconfultorum
& de Praxi-Medica , in 8 Francof.
2722.
Heinnecii (Jo . Got. ) Elementa juris ſecund.
Pandectas , in 8. Argent. 1732 .
Limborg. ( Phil A. ) Collatio amica de
veritate Religionis Chriftianæ , in 8 Bafileæ ,
1740.
Schotti Gafp. ) Phyfica curiofa , five mirabilia
naturæ & artis , in 4. fig. Herbipoli ,
1697 .
Budæi ( Jo . Fr. ) Hiftoria Philoſophica
in 8. Hala , 173 1 .
2
Synopfis Medicina Sthalianæ in 8. Budinga
, 1724.
Buxtorfi ( Jo . ) Lexicon Hebraicum &
Chaldaicum , in 8. Bafilee , 1735.
Gentzckenii ( Frid . ) Hiftoria Philofophor.
& eorum hypothefium , &c. in 8.
Hamb. 1724.
Ottii ( Jo. Henr ) Annales Anabaptiftici
, in 4. Bafilea , 1672.
Bernoulli ( Jac. ) Ars conjectandi , in 4.
Bafilea , fig. 1713 .
Traité des Tribunaux de Judicature , par
Roques in 4. Bafle , 1740.
Stephani ( Rob. ) Thefaurus lingua Latina,
éditio auctior per aat Byrrium , in 4.
vol. fol. Bafilea , 1740.
Ottonis ( Ever. ) Papinianus , in 8. Brema
, 1743 .
116 MERCURE DE FRANCE
Drefferi ( Matt. ) Collectionnes Litterauræ
Græcæ , in 8.
De Typographis Polonis , eorumque
initiis & incrementis ; commentarius de Marechalis
& Canceliariis Poloniæ & Programma
Litterarium , &c , in 4. Dantiſci , 1740
& 1743 .
Schubert ( Jo. Ern. ) Inftitutiones Meta
phyficæ , in 8. Vitemb. 1744.
Heinecei (Jo. Gor. ) Philofophiæ Rationalis
& Moralis Elementa & Hiftoria Philofophica
, in 8. Amft. 1742.
Buecher ( Bened . ) Philofophia experi
mentalis , in 4 Salifb . 1743.
Wachner ( And. Georg . ) Antiquitat es
Hebræorum & Ifraëlitæ Gentis , in 8. 2 vol.
Gottinga , 1743 .
Lindelftolpe de Venenis in 8. Francof.
1739.
Heumannus ( Chriſt. Aug. ) Differtationes
Sacræ , in S. Gottinge , 1743 .
Ejufd . Confpectus Reipublicæ Litterariæ
. in 8. Hannovera , 1740.
Ejufd. Cenfura Concilii Niceni five
Caroli M. fcripta de imaginibus cum notis ,
in 8. Hannovera , 1731 .
Grævii ( Arn. )Memoria Jo . Epini , in 4.
Hamberg. 1736.
Ungeri ( Jo . God . ) Analecta antiquitatis
facræ in 8. Lipfia 1740.
DECEMBRE 1745. I 1
Tentamen Geographiæ generalis Mathemat.
phyficæ , Hiftorica & Politicæ , Religionum
& linguarum , in 8. Lipfia , 1735.
Haupti ( Chriſt. Frid. ) Inftitutiones Aftronomica
, in 8. Lemgovi , 1743 .
Hanthaller ( P. Chrift. ) de Nummis veterum
in 4. 3. vol . fig. Noremberga , 1735 4.3. .
à
1741.
Dalai ( Jo . G. ) Methaphyfices , in 4. 2 ,
vol. Jena , 1743.
Tralles ( Balt. Lud. ) de Vena jugulari ,
in 8. Lipfia , 1735 ,
Ejufd. Examen rigorous virium remediorum
, in 4. Lipfie , 1740 .
Bilfingeri ( G. B. ) Logica & de regulis
difcendi , in 8. Jena 1742 .
Ejufd. Phyfices Elementa & difquifitio
de Zampyris , in 8. fig. Lipfia , 1742.
Ejufd. de Origine & permiffione Ma
li , in 8. Tubinga , 1743 .
£743.
Ejufd. Varia , in 8. Stugardia fig.
Ejufd. de Deo , anima , mundo , &c.
in 8. Francof. 1743 .
Baumeiſteri ( Frid. Chriſt. ) inſtitutiones
Philofophiæ rationalis , in 8. Vitemb. 1742 ,
Schelhornii ( Jo . Geor. ) Amnitates Hiltoriæ
Ecclefiafticæ & Litterariæ , in 8. 2 vol.
in 4 Part. Francof. 1737.
4 Damafceni ( Nic, ) Fragmenta in inftit.
18 MERCURE DE FRANCE
Cæfaris - Augufti cum verfione Hug. Grotii
& Nic, Valefii.Græce & Latine , in 8. Hamb.
1737.
S. Hyppoliti opera , Gr. Lat . & Syr. ex
éditione Jo. Al . Fabricii .fol . Hamb. 1716.
Colomefii ( Paul. ) Gallia orientalis , in 4.
Hamb. 1709.
Supplementa in Voffium de Hiftoricis ,
Græcis & Latinis in 8. Hamb. 1709.
Grotius ( Hug. ) in Vitriario , feu inſtitutiones
juris Nat. & Gentium , 8. Norih 1726.
Eccard. ( Jo . Georg . ) de Origine fami-
Habsburgo - Auftriace, fol. Lipfia 1721.
Peterfi ( P. Car. ) Concilia Hungarica , fol.
2 vol. fig. Vienna , 1742 .
liæ
Arpy ( Pet. Fri. ) de Ortu , progreffu , &
Antiquitate artis Talifmanicæ in 8. Hamburg.
1717.
Fabricii ( Jo. Alb. ) de fcriptis clarorum
centuria , in 8. Hamburgi. 1709.
Ejufd. Lux Evangelica Gr. & Lat . in
4. Hamburgi, 1731 .
1729.
Ejufd. Votum Davidicum , in 4. Hamb.
Ejufd. Confpe&tus Thefauri Litterarii
Italici , in S. Hamburgi , 1730.
Ejufd. Bibliotheca Latina , in 8. 3 .
vol. Hamb. 731 .
Acoluthi ( And. ) Alcoranica five fpecimen
Alcorani Arab. Perf. Turc. & Latine , fol
Berolini , 1701 .
DECEMBRE 1745. 119
Collectanea Genealogiæ Hiftorica ex Archivio
Auftriæ , fol . fig. Vienne 1705 .
Folieta ( Ubert. ) de ufu lingua Latina
cum Notis Jo. Lau , Mosheim in 4. Hamburgi
, 1723.
Pezii ( Hieron . ) Scriptores rerum Aufftriacarum
, fol. 2 vol. Vienne , 1743-
Bashuifen ( Hen. Jac . ) Clavis Thalmudica
, Hebr. Latina , in 4. Hannovia , 1740
(Ga. ) De ufu Ph.lologiæ , in 4. Seveftr.
1726.
Edzardi ( Georg. Eliez. ) Tractatus Talmudici
& de Idolatria , Hebreo - Latine , in
4. Hamburgi , 1795 .
Sencherbergii ( Hen . Chrift. ) Selecta ju
ris Francofurtenfia , in 8. 6. vol. Francof
1734.
Sancti Philaftri de herefia , cum Notis
Jo. Al. Fabricii , in 8. Hamburgi , 1721 .
Leonardi ( Camil. ) Speculum lapidum &
de Magia Aftrologica , in 8. Hamburgi
1717.
Marini ( Nexap. ) Vita Procli , Græc. &
Lat. in 4. Hamb. 1700.
Werenfelli ( Sam ) de Logomachis eruditorum
, in 8. Francof. 1736.
Schelveth Burch. )
tiones
Medicæ
, in 4. Fulde , 1741.
Rapheli ( M. Geog. ) Annotationes Philologica
in novum Teftamentum ; accedit
120 MERCURE DE FRANCE .
etiam in vetus. Et de ftilo ejufd; conferendo
cum profanis , in 8. Hamburgi 1720.
Schoettgenii ( Chr. ) Hora Hebraice &
Talmudica in univerfum Teftamentum ,
cum variis Diflertationibus , ut & in Theologiam
Judeor. de Meffia accedunt Rabinica
Lectiones , in 8. 1 vol. Drefda , 1733
& 1742.
Lambecii ( Pet. ) Prodromus Hiftoriæ Litterariæ
, fol. Francof. 1710.
Goldafti ( Mich. Haïm. ) Scriptores rerum
Alamannicarum , fol. 3 vol. Francof.
1730,
Burgravius ( Jo. Phil. ) de Spiritibus Nerofis.
8. Francof. 1725 .
Kelfkerii ( Jo. ) Bibliotheca eruditiorum
in 8. Amburgi 1717.
Le fieur de Marne Architecte & Grayeur
Ordinaire de la Reine , donne avis
qu'il a fait plufieurs changements dans fon
Ouvrage de la Bible gravée en 525 planches
d'après Raphael & autres Grands- Maîtres
, l'Ancien & le Nouveau Teftament.
Chaque fujet eft expliqué par les paroles
même du Texte facré , en Latin & en
François , avec des Sommaires Hiftoriques
pour l'intelligence de cet Ouvrage , ce qui
la met à portée même de l'Etranger.
L'accueil favorable que le public y a fait
& les confeils des Connoiffeurs ont engagé
le fieur
DECEMBRE. 1745. 12
le fieur de Marne à diriger cette Bible , de
forte qu'elle ne contient plus que deux volumes
petits in - folio au lieu de trois qu'elle
contenoit ci - devant , ce qui en diminue
les frais à peu près d'un tiers , fans cependant
rien changer au nombre des 525 planches
qui font confervées dans toute leur beauté.
Le but de l'Auteur n'étant que de rendre
un Ouvrage de cette importance d'une
plus facile acquifition , il fournira à l'ordinaire
les mêmes planches fur telle grandeur
de papier que l'on fouhaitera pour
inférer dans differents Ouvrages tels que la
Bible de Sacy & l'Hiftoire du Peuple de
Dieu du R. P. Berurier.
A Paris chés l'Auteur rue du Foin en
entrant par la rue de la Harpe , quartier
de Sorbonne , 1745 .
Avis aux Amateurs de l'Architecture.
A l'exemple des Italiens , des François
& des Anglois qui ont publié avec beaucoup
de fuccès des Recueils intereffants contenant
les Plans & les Elévations de leurs plus
beaux édifices , M. de Thurah , Colonel
d'Infanterie & premier Architecte de Sa
Majefté le Roi de Dannemarc & de Norvege
, doit mettre inceffamment au jour un
ouvrage important , qui fera connoître le
1. Vol. F
122 MERCURE DE FR ANCE.
bon goût d'Architecture qui regne dans for
Pays.
On y trouvera les Plans , les Elévations
& les Coupes bien détaillés des . Palais &
Bâtimens Royaux & publics , ainfi que des
maifons des particuliers , fituées tant dans
la Ville Capitale que dans les Provinces
qui compofent les Etats de la Couronne de
Dannemarc , & l'on y verra avec plaifir
que la belle Architecture qui n'habitoit autrefois
que l'Italie , ne connoît plus préfentement
de bornes & s'eft étendue dans toute
l'Europe.
Ce grand Ouvrage fera intitulé le Vitruve
Danois . Les foins qu'on s'eft donné pour en
faire les deffeins dans la plus grande exactitude
, & pour les faire graver par d'habiles
Maîtres , ne peuvent manquer de prévenir
en fa faveur , & de fixer l'attention des
Connoiffeurs & des gens de l'Art.
Il fera divifé en deux Volumes , le premier
contiendra les Bâtimens de la Ville
de Coppenhague en centfix Planches , le fecond
ceux des environs de cette Capitale
& des Provinces en cent dix Planches . Cha,
que Pâtiment fera accompagné de ſa Def
cription imprimée en Langues Allemande &
Françoiſe.
Le prix des deux Volumes eft de vings
Ecus de Dannemarc évalués à la fomme de
DECEMBRE. 1745. 123
quatre-vingt feize livres argent de France ,
pour ceux feulement qui voudront s'en
affürer des Exemplaires. La moitié de cette
fomme fe payera d'avance & il en fera fourni
une reconnoiffance . On donnera vingt-quat re
livres en recevant le premier volume , &
les vingt-quatre livres reftans , lorfqu'on délivrera
le fecond. Les Exemplaires feront
fournis dans Paris francs de port , & exempts
de tous rifques , à ceux qui y auront foufcrit.
Ce fera chés Pierre- Jean Mariette ,
Libraire-Imprimeur ruë S. Jacques aux Colonnes
d'Hercule que fe délivreront les foulcriptions.
Comme l'on efpere donner le premier Volume
à la fin du mois de Mars de l'année
prochaine 1746 , le terme de la livraiſon
des foufcriptions avoit été limité en Dannemarc
, à la fin du mois de Septembre de
cette année , mais on a jugé à propos de
l'étendre en faveur des étrangers. Ainfi elles
refteront ouvertes dans Paris jufqu'à la fin
de la préfente année 1745. Le fecond Volume
paroîtra au plus tard dans le commencement
de 1747 , & il ne fera tiré d'exemplaires
de l'un & de l'autre qu'autant qu'il en
fera néceffaire pour les foufcripteurs.
On avertit le Public , qu'il y a plufieurs
fuites de Médailles de Bronze à vendre ,
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
.
"
gravées par le célebre Ferdinand de S. Ur
bain , Graveur des Médailles & Monnoyes
de Lorraine , & premier Architecte de
feu S. A. R. Leopold L. Les Ouvrages
qui font fortis de fon burin font univerfellement
admirés des Connoiffeurs & font
l'éloge de cet homme célebre qui étoit Académicien
honoraire de plufieurs Académies
de l'Europe . Les Curieux qui fouhaiteront
quelque fuite de ces Médailles
ou Médaillons détachés , pourront s'adreffer
à fon Gendre M. Vautriu Avocat à la
Cour Souveraine de Lorraine & de Bar ,
demeurant à l'Hôtel des Monnoyes à Nancy
; on aura la bonté d'affranchir les lettres
quand on lui écrira : voici la Lifte des
Médailles avec le dernier prix en argent
au cours de France .
19. La fuite métallique des Ducs &
Ducheffes de Lorraine , depuis Gerard d'Ąlface
jufqu'à Leopold I. Pere du Grand Duc
de Tofcane , en trente-fix Médailles ; on y
voit d'un côté le bufte du Duc , & de l'autre
celui de la Ducheffe avec leurs noms
& leurs qualités ; tous ces portraits font
reffemblans , & ont couté un tems infini
pour en faire la recherche , 200 liv.
2º. Le Grand Médaillon qui renferme
les armes des alliances de Lorraine. 15 liv.
3 °. Le Duc Leopold , le revers repréfentant
les grandschemins . 15. liv .
DECEMBRE. 1745. 125
4º . La Régence de S. A. R. Madame .
1 2 liv.
5º. Charles V. Duc de Lorraine. 12 liv .
6°. Le Comte Marfilly Fondateur de
l'Académie de Bologne. 15. liv.
7°. L'Abbé Bignon . 15 liv.
8°. Clément XI . Pape. 12 liv.
9°. Clement XII . 18 liv.
liv. 10°. Philippe V. Roi d'Efpagne.
11 ° . Le Docteur Freind Anglois. 15 liv.
12 °. Jean Guillaume Electeur Palatin,
9 liv .
13º. Le Cardinal Norris . 6 liv .
14º . Baglivus , Médecin de Rome . liv.
15 °. Le Docteur Malphigins de Bologhe.
6 liv.
16°. Le Docteur Sbaralia . 6 liv.
170. Le Duc de Modene , 24 liv.
18. La fuite des Medailles de la Régence
du Duc d'Orléans , 9 liv. la piéce.
190. Médailles de differens Papes , 6 liv .
piéce,
126 MERCURE DE FRANCE.
bóó óóóóðôôôô
SEANCE PUBLIQUE de l'Academie
des Belles Lettres.
L'Académie rentra fuivant la ' couture le
12 Novembre , recommença fes exercices
par une Séancepublique.
M Bonamy lut un mémoire fur les
derniéres années de la vie de Jacques
Coeur , ou Cuer , car c'eft ainfi qu'il fignoit,
Argentier du Roi Charles VII . Ĉet homme
célébre dans notre Hiftoire , & dont la mémoire
ne doit pas être indifferente à des
François méritoit d'être connu d'une maniere
particuliere. C'étoit un citoyen recommandable
par fon amour pour fon Roi &
pour fa patrie , & eftimable par les qualités
du coeur & les talens de l'efprit . Charles
VII. le trouva toujours prêt à le ſecourir
dans les befoins de l'Etat , & la France lui
fut redevable du bon ordre qui régna dans
les Finances , de la fuppreffion des abus qui
s'étoient introduits dans la fabrication des
Monnoyes , & du rétabliſſement du commerce
, totalement tombé dans le Royaume
pendant les guerres funeftes contre les Anglois.
Jacques Coeur feroit probablement
DECEMBRE 1745. 127
refté toute la vie Négociant , fi Charles VII .
qui reconnut pendant fon féjour à Bourges
les talens qu'il avoit pour le Gouvernement
ne l'eût engagé à les employer au bien de
fon Etat , & ne lui eût donné la direction de
fes Finances fous le titre de Confeiller &
Argentier du Roi , mais il lui accorda en
même-tems la permiffion de faire le commerce
qu'il continua par fes facteurs jufqu'à
fon emprisonnement .
Annobli dès l'an 1440 , il vivoit avec
une fplendeur conforme à la nobleffe dont il
étoit décoré , & aux richeffes immenfes qu'il
avoit amaffées par des voies licites , lorſqu'en
1451 une intrigue de Cour renverfa cette
fortune trop grande pour être durable , quoiqu'elle
fût légitime , le fit condamner à perdre
tous fes biens , & l'obligea de s'enfuir de
fa patrie pour aller mourir dans une terre
étrangère c'eft cette chute & les triſtes effets
dont elle fut fuivie que M. Bonamy
a entrepris de décrire dans fon mémoire ,
car quoique prefque tous nos Hiftoriens
ayent parlé de Jacques Coeur , on a cru
qu'ils n'avoient point fait ufage d'un grand
nombre de piéces concernant fon procès ;
c'eft de ces monumens authentiques & de
quelques autres Actes fignés de la main de
Jacques Coeur que l'Académicien s'eft ſervi
pour faire voir avec combien peu d'exactitu-
F
28 MERCURE DE FRANCE.
de nos Auteurs ont décrit les derniers évenemens
de fa vie.
9
Le mémoire de M. Bonamy contient
deux parties ; dans la premiere après avoir
parlé de l'origine du procès intenté à Jacques
Coeur , accufé fauffement d'avoir empoifoné
Agnés Sorelle morte en couche à
I'Abbaye de Jumiege le Fevrier 1450 , ou
1451 , felon notre maniere de compter , &
dont l'enfant vécut fix mois après ſa mere ,
l'Académicien eft entré dans le détail de toute
la procédure faire contre Jacques Coeur en
confequence des lettres de commiflion du
Roi adreflées à Antoine de Chabannes
Comte de Dammartin , à Guillaume Gouffier
Premier Chambellan de Charles VII ,
& à d'autres Commiffaires pour informer fur
de nouvelles accufations formées contre
Jacques Coeur. Cette procédure , comme
tout le monde fçait , fut terminée par un
jugement qui le condamna comme coupable
de déprédations des Finances , & du crime
de Leze-Majeflé , jugement que les Avocats
du Parlement de Paris , confultés par les
enfans de Jacque Coeur , regardérent comme
un jugement inique ; le Roi lui remit la
peine de mort , mais il fut condamné à
payer cent mille écus pour les fommés par
lui retenues , & trois cent mille écus en
amende profitable au Roi , amende exhor .
DECEMBRE. 1745 .
1745. 129.
bitante & qui donne en même tems une idée
des richeffes de Jacques Coeur, car ces quatre
cent mille écus feroient quatre millions deux
cent ving-huit mille cent foixante livres de
notre Monnoye d'aujourd'hui.
Les biens meubles & immeubles de cet
infortuné ayant eté confifqués par l'Arrêt de
fa condamnation , Antoine de Chabannes
fe fit adjuger à la chambre du Trefor pour
la fomme de vingt mille écus d'or la Seigneu
vie de S. Fargeau , & toutes les Terres du
Pays de Puyfaie que Jacques Coeur avoit
achetées du Marquis de Montferrat : Guillaume
Gouffier eut la Terre de Boiffy & la
moitié de celles de S. Aon & de Roanne
pour dix mille écus d'or.
Dans la feconde partie du mémoire M.
Bonamy s'eft attaché à faire voir que tous
nos Auteurs n'ont débité que des fables fur
ce que devint Jacques Coeur après ſa con.-
damnation & fur le lieu de fa retraite . On
fçait que les uns, comme Borel , Mrs. de Ste.
Marthe , Mezeray & le Commiffaire de la
Mare ont dit que pendant fon abfence fes
amis avoient ménagé fon accomodemment ,
que le Parlement l'avoit rétabli dans fa bonne
renommée , & avoit ordonné que fes
biens lui feroient rendus. D'autres, comme
Chaumeau dans fon Hiftoire de Berry , rapportent
qu'après avoir oui la lecture de fa
Fy
130 MERCURE DE FRANCE.
Sentence , il trouva moyen par l'intelligen-.
ce qu'il avoit avec fes gardes de fortir de prifon
& de fe retirer chés le Soudan d'Egypte
où il fut bien reçu . Le Commiffaire la Mare
le fait voyager en Turquie , d'où , dit - il ,
fi on en croit une tradition que l'on tient
pour conftante , il rapporta à fon retour
des poules de Turquie , qu'il fit élever dans
fon beau Château de Beaumont en Gatinois,
mais le plus grand nombre de nos Auteurs,
même les plus célébres, comme la Thaumaffiere
, Godefroi , le P. Daniel & d'autres fe
réuniffent à dire qu'ayant reçu de fes principaux
Facteurs foixante mille écus , il fe
retira dans l'Ifle de Chypre , où il fit encore
une nouvelle fortune , y contracta un ſecond
mariage avec une Dame nommée Théodora
dont il eut deux filles qu'il maria richement
; bâtit à Famagoufte un Hôpital
pour les Pelerins de la Palestine , & qu'enfin
il fut enterré dans l'Eglife des Carmes de
cette Ville qu'il avoit fondée magnifiquement.
M. Bonamy foutient que tout ce que ces
Auteurs ont avancé eft faux, & en particulier
la pretendue retraite de Jacques Coeur dans
l'ile de Chypre , & il en donne des preuves
fans replique d'après desLettres du RoiCharles
VII. du mois de Fevrier 1457 , par lefquelles
on voit , 1º , que Jacquesoeur étoit
DECEMBRE 1745. 131
mort fur la fin de l'année 1456 , ce qui eft
confirmé par l'Obituaire de l'Eglife de S.
Etienne de Bourges qui marque fon anniverfaire
au 25 Novembre , & par d'autres Lettres
de Charles VII . qui difent qu'il étoit
mort à la tête des troupes du Pape , en expofant
fa perfonne à l'encontre des infidéles. 20.
Que Jacques Coeur après la condamnation
qui lui fut prononcée au mois de Juin 1453 ,
avoit été transferé de Poitiers dans la Ville de
Beaucaire fur le Rhône , où il fut enfermé
dans le Convent des Cordeliers , & où il
étoit encore au commencement de l'année
1455 ; que ce fut de Beaucaire qu'un de fes
Facteurs nommé Jean de Village qui avoit
époufé fa niéce , l'enleva & lui facilita les
moyens de fe fauver à Rome , où il arriva
vers le mois de Mars 1455 , & où il paffa le
refte de cette année à regler fes affaires &
à entendre les comptes de fes Facteurs qui
lui étoient reftés fidéles. Comme Jacques
Coeur eft mort à la fin de l'année fuivante
1456 , onfent bien , fans en avertir, qu'il eft
impoffible qu'il ait paffé dans l'Ifle de Chypre
pour y contracter un mariage dont il
auroit eû deux enfans , & enfin qu'il y ait
fait cette fortune brillante dont parlent tous
nos Hiftoriens.
Mais fi Jacques Coeur n'eft pas mort dans
l'Ifle de Chypre , où s'e.t - il donc retiré après
F vj
132 MERCURE DE FRAN CE.
fon départ de Rome ? Les lettres de Charles
VII , & l'Obituaire de S. Etienne de
Bourges nous diſent bien qu'il eft mort en
expofant fa perfonne à la tête des troupes
de l'Eglife , mais elles ne nous apprennent
point le lieu de fa mort.
M. Bonamy n'a trouvé qu'un Auteur qui
ait pû lui donner quelque éclairciffement fur
ce ſujet : c'eft Jean d'Auton Hiſtorien de
Louis XII . qui avoit vécu avec les enfans de
Jacques Coeur : cet Auteur après avoir raconté
une expédition des François dans
Ifle de Metelin en 1501 , dit que leur flotte
aborda à l'Ile de Chio pour y defcendre
les malades dont quelques uns moururent ,
& furent enterrés dans l'Eglife des Cordeliers,
auquel lieu , ajoute- t - il , eft pareillement
enfepulture feu Jacques Cour , dedans le milieu
du choeur de ladite Eglife.
Ce témoignage de Jean d'Auton d'où
M. Bonamy conclut la mort de Jacques
Coeur dans l'Ile de Chio , paroît d'autant
mieux fondé qu'il s'accorde parfaitement
avec ce que difent les Lettres de Charles
VII. & l'Obituaire de S. Etienne de Bourges
, que Jacques Coeur eft mort à la tête
des troupes de l'Eglife , car il n'y a qu'à faire
voir qu'en 1456 le Pape Califte III.arma en
effet à Oftie contre les Turcs nouvellement
maîtres de Conftantinople une Flotte de
IEMBRE 1745. 133
feize Galeres qui vint aborder à l'Ifle de
Chio , & qui eft la feule fur laquelle Jacques
Coeur ait pu avoir quelque commandement
.
Michel Ducas Auteur
contemporain &
l'un des Hiftoriens de l'Hiftoire Byzantine,
qui a marqué exactement les expéditions de
cette flotte & les lieux où elle s'arrêta , ne
fait aucune mention de l'Ifle de Chypre ; il
dit expreffement qu'en partant d'Italie elle
vint en droiture à l'Ile de Rhodes , où
après avoir demeuré quelque tems , elle
aborda à l'Ifle de Chio où elle féjourna auffi
, & ce fut alors que Jacques Coeur étant
tombé malade dans cette Ifle , il y mourut
& fut enterré , fuivant le témoignage de
Jean d'Auton , au milieu du choeur de l'Eglife
des Cordeliers.
On ne fçait aucune particularité de fa
mort, Charles VII.dans fes Lettres du 5 Août
1457 , par lefquelles il rend aux enfans de
Jacques Coeur une partie des biens de leur
pere , nous apprend feulement que Jacques
Ceur à la fin de fes jours lui avoit recommandé
fes enfans , en le fuppliant humblement
qu'eû égard aux grands biens & honneurs
qu'il avoit ens en fon tems autour de lui , fon
plaifir fut de leur donner aucune chofe , afin
que ceux qui étoient féculiers puffent honnêtement
vivre fans néceffité.
Il en laiffa quatre, fçavoir Jean Archevê134
MERCURE DE FRANCE.
qeu de Bourges , Prélat refpectable par
fa piété , fa droiture & fa générofité
& dont la mémoire eft encore aujourd'hui
en vénération dans fon Diocéfe ;
Henri Doyen de l'Eglife de Limoges ; Renaud
& Geofroy. Če fut à ces deux derniers
que Charles VII . rendit une partie de
la fucceffion de leur pere , mais en exigeant
d'eux qu'ils ne répeteroient jamais rien des
autres biens dont ce Prince avoit difpofé.
Cependant Antoine de Chabannes que les
enfans de Jaques Coeur regarderent toujours
comme le principal auteur des malheurs de
leur pere étant tombé dans la difgrace de
Louis XI. Geofroy Coeur Me, d'Hôtel &
& Echanſon du Roi , crut devoir profiter de
cette circonftance pour rentrer à main armée
& en vertu des Lettres de Louis XI.
régiftrées en Parlement le 7 Septembre
1463 dans la Seigneurie de S. Fargeau & les
autres terres du Pays de Puyfaie confifquées
fur Jacques Coeur , mais il n'en fut pas fongtems
paisible poffeffeur , car Antoine de
Chabannes ayant fait fa paix avec le Roi ,
il rentra dans la poffeffion de ces mêmes
Terres pour lesquelles Geofroy Coeur lui
intenta au Parlement un procès en régle
qui refta indécis pendant trente ans , & dọnna
lieu à beaucoup de pourfuites. Pendant
tout ce tems , on ne voit pas que le Parle
ment ait fait aucun acte pour réhabiliter la
DECEMBRE . 1745. 135
.
par
mémoire de Jacques Coeur , mais l'ardeur
avec laquelle fes enfans oferent pourſuivre
durant tant d'années Antoine de Chabannes
, ce Seigneur fi puiffant auprès du Roi ,
revêtu des premieres charges de la Couronne
, confiderable par fes alliances & fes
richeſſes , témoigne qu'ils étoient bien perfuadés
de la juftice de leur caufe & des voeux
du public en leur faveur. Enfin Antoine de
Chabannes & Geofroy Ceeur étant morts ,
les difputes qui avoient duré fi long-tems
entre les deux familles , furent terminées en
1489 par une tranfaction à l'amiable par
laquelle Jean de Chabannes fils d'Antoine
donna aux enfans de Geofroy Coeur dix mille
écus d'or , qui vaudroient aujourd'hui
cent mille liv. de notre Monnoye, quelques
rentes & la Terre de Beaumont en Gatinois.
Il ne refta des enfans de Geofroy Coeur que
deux filles , dont l'une nommée Germaine
Coeur,porta dans la famille de Harlai la Terre
de Beaumont par fon mariage avec Louis
de Harlai , & c'eft de cette famille célébre par
les grands hommes qu'elle a produits dans
l'épée , dans les ambaffades & dans la Magiftrature
qu'elle a paffé dans l'illuftre Maiſon
de Montmorency par le mariage de Chrif
tian - Louis de Montmorency , aujourd'hui
Maréchal de France , avec Louife- Ma--
delaine de Harlai defcendue de Germaine
Coeur. On donnera lafuite dans le M.de Janv.
2
136 MERCURE DE FRANCE.
EXPLICATIO N des deux Enigmes
& du Logogryphe inferés au Mercure de
France du mois d'Août 1745 .
A l'Auteur de la premiere Enigme .
Sans avoir le regard auffi perçant qu'un Lynx ,
On devine aisément quel est le mot myftique
De ton oeuvre énigmatique.
Ne vas pas pour cela , comme autrefois le Sphinx,
Dans un accès frenetique ,
Servir de nourriture à la Gent aquatique ;
Mieux vaut refpirer l'Air qu'en tes Vers tu nous
peins.
Explication de la fecon le Enigne.
Pour découvrir le fens myfterieux
De telle Enigme , il ne faut que des Yeux.
Exlication du Logegryphe.
Un mot qui douze fois au jufte combiné ,
M'offre un âne , une vache , un havre , nacre ,
une ancre ,
An , re , cave , Caen , ah ! un char , enfin de
l'encre ,
Ne peut - être que Chanvre , ou j'ai mal deviné.
Par le Frere Picot Hermite à la Chapelle du
pont d'ijoudun en Berry.
DECEMBRE . 1745.
137
E mot de la premiere Enigme du Mercure de
eft Chaife , & celui de la troifiéme eft Bouteille.
ENIGME ET LOGOGRYPHES.
ENIGM E.
DEs trefors du Printems éclatant aſſemblage ,
Des Nymphes de nos bois je pare la beauté.
Des fujets de l'Amour je fuis auffi le gage ;
Tout dépend d'un bon choix pour être bien goûté.
Quelquefois d'Apollon l'amufant badinage
Décore mes appas de brillantes faveurs ;
A Nanette , à Suzon je vais offrir hommage :
Ah! combien j'en reçois d'enchanteufes douceurs!
Séjour délicieux où Nanette meplace ,
Que ne puis-je jouir de l'immortalité !
Mais ma félicité commence , coule & paffe
Dans le même moment avec rapidité.
De
Joigny.
138 MERCURE DE FRANCE.
LOGOGRYPHE.
Ouvrage du caprice , heteroclite enfant ,
Lamere à qui je dois la vie ,
Auxplus fevéres loix conftamment affervie ,
Me produifit en s'oubliant .
Sept membres compoſent mon être ;
Pour réuffir à me connoître ,
Combinez-les ; j'offre d'abord
Ce qu'Harpagon aime fi fort ,
Ce qui dans le fiécle où nous fommes
Fait le grand mérite des hommes
Ce que chaque mortel avec avidité
Souhaite de tranfmettre à la poftérité .
Un plat commun qu'on fert à table.
Une Déeffe inexorable ,
Dont perfonne ne peut éviter les rigueurs.
La gloire du Printems , la plus belle des Fleurs ,
Habitant de l'Ethiopie ,
Ville célébre en Italie ,
L'un des deux freres de Japhet ,
Ce dont aucun n'eft fatisfait ,
Epithéte peu défirée ,
L'orageux Elément où naquit Cythérée ,
Le nom d'un fage conducteur.
En voilà bien affés : devinez cher Lecteur.
DECEMBRE. 1745. 139
AUTRE
Dans lequel on nefait point entrer la voyelle A.
H Uit pieds foutiennent mon tour ,
Et renferment bien du myftére ;
On y peut du premier coup
Trouver un nom que l'on revere ,
Une Ville , un Element ,
Même un vice très indécent.
Si l'on combine , filletes ,
On y voit l'objet de vos voeux :
Puis ce qui fur vos toilettes
Fixe ſouvent vos tendres yeux ,
Ce que Jupiter pour celle
Dont je n'ofe exprimer le nom ,
Fit pleuvoir fur le donjon
Où l'on veilloit en fentinelle ,
Ce qu'on voit fur un guerrier ,
Et que couvre tout meurtrier.
Ce verbe cheri d'Ovide ,
Et dont pour le ſexe timide
Il fit un volume entier ;
Le moite Empire de Neptune :
* Danaé.
440 MERCURE DE FRANCE
Unbois d'efpéce commune ;
Enfin , ce qui pour le trouver
Près d'un jour me fit rêver.
Par Mlle.... à Nevers.
1 x XES EX
CHANSON.
J'En jure par ton thire , aimable Dieu des pôts ;
Je veux que fans pitié l'on me jette par terre ,
Et qu'à coups de flacons l'on me brife les os
Sijamais de ton jus je refufois un verre :
Les doux bruits des glous glous me fervent de
réveil ;
D'avaler à grands coups je fais toute ma gloire ,
Et je renoncerois pour jamais au fommeil ,
Se je pouvois paffer toutes les nuits à boir
NO
.
DELA
BIBLIC
DECEMBRE. 1745. 141
O
SPECTACLES.
N a donné à la Cour le Samedi 4
Decembre une feconde repréfentation
du Ballet intitulé le Temple de la
Gloire , & le Mardi fuivant l'Académie
Royale de Mufique l'a repréfenté à Paris
fur fon Théatre .
Après une victoire fignalée , après la prife
de fept Villes à la vue d'une armée ennemie
, & la paix offerte par le Vainqueur ,
le Spectacle le plus convenable qu'on put
donner au Souverain & à la Nation qui
ont fait ces grandes actions étoit le Temple
de la Gloire .
Le Théatre repréfente au premier Afte
la Caverne de l'Envie ; on voir à travers les
ouvertures de la Caverne le Temple de la
Gloire qui eft dans le fond , & les berceaux
des Mufes qui font fur les ailes. L'Envie &
fes fuivans occupent le Théatre.
L'ENVI E.
Profonds abimes du Tenare ,
Nuit affreufe , éternelle nuit ,
Dieux de l'oubli , Dieux du Tartare ,
142 MERCURE DE FRANCE.
Eclipfez le jour qui me luit.
Demons apportez-moi votre fecours barbare
Contre le Dieu qui me pourfuit.
Les Mufes & la Gloire ont élevé leur Temple
Dans ces paifibles lieux .
Qu'avec horreur je les contemple !
Que leur éclat bleſſe mes yeux !
Après un Choeur de la fuite de l'Envie ,
duquel la Mufique eft admirable , l'Envie
continuë.
Hâtez-vous ; vengez mon outrage ;
Des Mufes que je hais embrafez le bocage ;
Ecrafez fous ces fondemens
Et la Gloire & fon Temple & fes heureux enfans
Que je hais encor d'avantage :
Demons , ennemis des vivans,
Donnez ce ſpectacle à ma rage.
Lorfque les fuivans de l'Envie fe préparent
à exécuter fes ordres cruels , Apollon
paroît fuivi des Mufes , de demi- Dieux &
de Héros.
Arrêtez, monftres furieux ;
Fui mes traits , crain mes feux , implacable furie.
L'ENVI E.
Non ni les mortels , ni les Dieux
Ne pourront defarmer l'Envie ,
DECEMBRE . 1745. 143
APOLLO N.
Ofes-tu fuivre encor mes pas ?
Ofes-tu foûtenir l'éclat de ma lumiére !
L'ENVI E,
J'embraferai plus de climats
Que tu n'en vois dans ta carriere.
Apollon ordonne aux Mufes & aux demi-
Dieux de faifir l'Envie ; il eft obéi , &
continuë.
Le Ciel ne permes pas que ce monftre périffe ;
Il eft immortel comme nous ;
Qu'il fouffre un éternel fupplice !
Que du bonheur du monde il foit infoṛtuné
Qu'auprès de la gloire il gémiffe !
Qu'à fon Trône il foit enchaîné !
L'Antre de l'Envie s'ouvre & laiffe voir
le Temple de la Gloire ; on enchaîne l'Envie
aux pieds de cette Déefle .
CHOEUR des Mufes.
Ce monftre toujours terrible
Sera toujours abbaccu ;
Les Arts , la Gloire , la Vertu ,
*44 MERCURE DE FRANCE,
Nourriront fa rage inflexible. ,
APOLLON aux Mufes.
Vous , entre fa Caverne horrible
Et ceTemple où la Gloire appelle les grands coeurs ,
Chantez , filles des Dieux fur ce côteau paiſible ;
La Gloire & les Mufes font foeurs .
La Caverne de l'Envie acheve de difpa
roître ; on voit les deux côteaux du Parnaffe.
Des berceaux ornés de guirlandes de
fleurs font à mi-côte & le fond du Théatre
eft compofé de trois arcades de verdure ,
à travers lefquelles on voit le Temple de
la Gloire dans le lointain .
Les Mufes , les Héros , les demi- Dieux
forment un divertiffement très- agréable.
Rien n'eft plus ingénieux ni plus jufte
que cette allégorie . Le Trône de la Gloire
élevé auprès du féjour des Mufes & la
Caverne de l'Envie placée entre ces deux
Temples , font une image fidelle de la vérité
.
Que la gloire doive nommer l'homme
le plus digne d'être couronné par elle , ce
n'eft la que l'image fenfible du jugement
des honnétes gens , dont l'approbation doit
être le prix le plus flateur que puiffent fe
propofer les Princes.
Lydie
DECEMBRE. 1745. 145
Lydie Princeffe que Belus a aimée , qu'il
a abandonnée après l'avoir dépouillée de
fes Etats , ouvre la Scene au fecond Acte ;
elle s'eft retirée chés les Bergers confacrés
aux Muſes , qui habitent dans leurs bocages ;.
elle y cherche la paix que l'amour a bannie
de fon coeur , & Belus doit y venir chercher
la Gloire dont le Temple comme nous
l'avons dit eft auprès des bocages des Muſes.
Il paroît en effet fur un Trône porté par
huit Rois enchaînés .
"
Rois qui portez mon Trône , Efclaves couronnés ,
Que j'ai daigné choisir pour orner ma Victoire
Allez , allez m'ouvrir le Temple de la Gloire ;
Préparez les honneurs qui me font deftinés.
Je veux que votre orgueil ſeconde
Les foins de ma grandeur .
La Gloire en m'élevant au premier rang du monde
Honore affés votre malheur.
Lydie fait de vains efforts pour arrêter
fon amant volage & parjure . Belus enyvré
de fon pouvoir , méprifant ce qu'il a aimé ,
facrifiant tout à une ambition cruelle , croit
que des actions barbares & heureufes doivent
lui ouvrir le Temple de la Gloire ,
mais il en eft chaffe par les Mufes qu'il dédaigne
, & par les Dieux qu'il brave.
Peu eitrayé du ton erre qui gronde , &
1. Vol. G
146 MERCURE DE FRANCE .
des menaces d'Apollon & des Muſes , il ſe
retire en difant :
Non je ne tremble point , je brave le tonnerre ,
Je méprife ce Temple , & je hais les humains ;
J'embraferai de mes puiffantes mains
Les triftes reftes de la terre .
Bacchus eft le fujet du troifiéme A&te ;
ce conquerant de l'Inde abandonné aux plaifirs
& à la molleffe , parcourant la terre
avec fes Bacchantes , arrive aux avenues du
Temple de la Gloire. Ses Guerriers ,
Les
menades le précedent & l'annoncent.
Les Tigres enchaînés conduisent fur la terre
Erigone & Bacchus ;
Les victorieux , les vaincus ,
Tous les Dieux des plaifirs , tous les Dieux de la
Guerre
Marchent enfemble confondu ,
UNE BACCHANT E.
Je vois la tendre volupté
Sur le char fanglant de Bellone ;
Je vois l'Amour qui couronne
La valeur & la beauté.
A ce fpectacle fi riant les Prêtres de la
Gloire rentrent dans leur Temple & les pories
fe ferment.
DECEMBRE 1745 147
Bacchus uniquement occupé d'Erigone ,
n'apperçoit qu'au bout de quelque tems &
par hazard le Temple de la Gloire duquel
il eft fi proche , il y veut entrer , mais le
Grand Prêtre l'arrête . Bacchus , lui dit- il
Bacchus qu'on célebre en tous lieux
N'obtiendra point ici la préférence ;
Il eft une vafte diſtance
Entre les noms connus & les noms glorieux.
Bacchus eft étonné de ce refus.
J'ai verfé des bienfaits fur l'Univers foumis ;
Pour qui font ces lauriers que votre main prépare
LE GRAND PRESTRE.
Pour des vertus d'un plus haut prix,
Contentez -vous, Bacchus ,de régner dans vos Fêtes,
D'y noyer tous les maux que vos fureurs ont faits ;
Laiffez-nous couronner de plus belles conquêtes
Et de plus grands bienfaits.
Bacchus fe confole aifément , il retourne
aux plaifirs qu'il avoit quittés , & abai
donne ce Temple dont les premiers honneurs
n'étoient pas dûs à un homme qui
a été injufte dans fes conquêtes & effrené
dans fes voluptés.
Gij
148 MERCURE DE FRANCE,
Cette place eft due au Heros qui paroît
au quatrième Acte . On a choifi Trajan parmi
les Empereurs Romains qui ont fait la gloire,
de Rome & le bonheur du monde. Tous
les Hiftoriens rendent témoignage quil avoit
les vertus militaires & fociables , & qu'il les
couronnoit par la juftice ; plus connu encore
par fes bienfaits que par fes Victoires ,
il étoit humain & acceflible. Son coeur étoit
tendre , & cette tendreffe étoit en lui une
vertu , elle répandoit un charme inexprimable
fur ces grandes qualités qui prennent
fouvent un air de dureté dans une ame
qui n'eft que jufte.
Il fçavoit éloigner de lui la calomnie. I
cherchoit le mérite modefte pour l'employer
& le récompenfer , parce qu'il étoit modelte.
lui- même , & il le démeloit parce qu'il étoit
éclairé . Il dépofoit avec fes amis le fafte
de l'empire , fier avec fes feuls ennemis , &
la clémence prenoit la place de cette hauteur
après la Victoire. Jamais on ne fut
plus grand & plus fimple. Jamais Prince
ne goûta comme lui , au milieu des foins
d'une Monarchie immenfe , les douceurs de
la vie privée , & les charmes de l'amitié , Son
nom eft encore cher à toute la terre , fa
mémoire même fait encore des heureux , elle,
infpire une noble & tendre émulation aux
cours qui font nés dignes de l'imiter,
DECEMBRE. 1745. 149
.
Quoique ces traits avec lefquels M. de V.
à peint Trajan lui convienuent affés- bien
ce n'eft pas cet Empereur Romain que l'on
a reconnu à ce portrait ; il reffembloit trop
bien à un autre Monarque pour que l'on
put s'y méprendre , & méconnoître le Trajan
de la France . Il étoit difficile de donnér
des louanges plus fines , plus naturel'ès &
plus proportionnées au fujet , car la feule maniére
de bien louer les Héros du premier ordre
, eft de faire une peinture fidelle de leur
caractére.
Trajan vainqueur des Parthes , ne re
vient que pour un moment auprès de Plautine
qui l'attend dans Artaxate Capitale de
l'Armenie ; il faut qu'il la quitte encore pour
aller châtier cinq Rois revoltés contre lui ,
qui font en armes auprès des remparts de
la Ville. Il part & pendant que Plautine
implore les Dieux en faveur de fon époux
il bat les cinq Rois & les ramene enchaînés.
Rois qui redoutez ma vengeance ;
Qui craignez les affronts aux vaincus deſtinésSà
Soyez déformais enchaînés
Par la feule reconnoiffance.
Plautine vous a vus ; il faut qu'en fa préſence
Il ne foit point d'infortunés .
LES ROIS fe relevant .
O Grandeur , ô Clémence ,
G iij
50 MERCURE DE FRANCE.
Vainqueur égal aux Dieux ,
Vous avez leur clémence ;
Vous pardonnez comme eux ,
La Gloire defcend alors d'un vol préci
pité , elle a à la main une Couronne de
Laurier qu'elle préſente au vainqueur .
Ainfi tandis que Trajan n'eft occupé qué
de fon devoir , la Gloire vole audevant de
lui , elle le couronne & le place dans fon
Temple qui fe découvre , & prend la place
de la Ville d'Artaxate , que le Théatre repréfentoit
. Trajan toûjours fidéle à fon caractére
refufe ces honneurs.
Des honneurs fi brillans font trop pour mon partage
Dieux dont j'éprouve la faveur ,
Dieux de mon peuple , achevez votre ouvrage ,
Changez ce Temple augufte en celui du bonheur.
Qu'il ferve à jamais aux fêtes
Des fortunés humains !
Qu'il dure autant que les Conquêtes
Et que la gloire des Romains !
LA GLOIRE.
Les Dieux ne refuſent rien
Au mortel qui leur reffemble .
Volez plaiſirs , que fa vertu raſſemble ;
Le Temple du bonheur fera toujours le mien.
DECEMBRE 1745. ISI
Le Temple du bonheur eft le fujet du
cinquiéme Acte . C'eft une efpéce d'Epilogue
, comme le premier Acte n'étoit qu'une
elpece de Prologue. Les Romains y forment
une fète convenable au fujet .
LE CHOEUR.
Chantons en ce jour folemnel
Et que la terre nous réponde ,
Un mortel , un feul mortel
Fait le bonheur du monde.
Trajan qui paroît dans le Temple , &
y reçoit les juftes & tendres hommages
de fon peuple , finit par ces Vers.
Montez au Ciel encens que je reçois ;
Retournez vers les Dieux, hommages que j'attire ;
Dieux protégez toujours ce formidable Empire ;
Inſpirez toujours tous les Rois .
La Mufique de ce Ballet n'a pas eû moins
de fuccès à la Cour & à la Ville que celle
des fêtes de Polymnie.Nous avions remarqué
le caractére neuf de l'ouverture de ce premier
Ballet , celle- ci eft incomparablement
plus furprenante , c'eft une carrière abfolument
nouvelle que M. R. s'eft ouverte ,
Giiij
152 MERCURE DE FRANCE .
& on ſe trouve dans un Pays entierement
inconnu , fans que la fingularité coûte rien
à l'ag ément. La Mufique de l'Envie , les
Choeurs de fa fuite, font comparables aux
plus beaux morceaux que M. R. ait faits
en ce genre , car ce feroit le rabaiſler que de
le comparer à d'autres qu'àlui- même . Nous
dirons la même chofe du Choeur des cinq
Rois aufquels Trajan rend leurs Etats .
Nous paflerions de beaucoup les bornes
que nous nous prefcrivons fi nous voulions
nous arrêter fur tous les beaux morceaux
de cet Opera.
Le Mercredi huit Décembre le Concert
des Thuilleries a débuté par Cantate Domino
Canticum novum , Motet de M. de la Lande ,
enfuite M. Blavet a joué un Concerto. Le
Motet Venite exultemus de M. Mouret a précédé
le Concerto de M. Mondonville` qui
a été fuivi du Motet Dominus Regnavit du
même Auteur. M. Poirier , M. l'Abbé Malines
, Miles . Fel , Chevalier & Romainville
ont obtenu les fuffrages ordinaires.
On a remis au Théatre François la Comédie
des Dehors Trompeurs de M. de Boiffi
avec le fuccès d'un début applaudi.
Le Mardi 7 Décembre les Comédiens
DECEMBRE 1745 153
Italiens ont donné une nouvelle piéce Ita
lienne intitulée l'Esclave fuppofé; le nouveau
Scaramouche y a brillé ; Arlequin & Coraline
y font toujours applaudis.
Lundi 13 Decembre la Comédie Françoife
a donné la premiere Repréſentation
d'Alzaide Tragédie pleine de fituations neuves
& finguliéres. La verfification en eſt noble
& brillante. On en donnera l'extrait
inceffamment .
JOURNAL DE LA COUR , DE PARIS
&c.
E 14 Novembre le Bailli de Froulay
Ambaffadeur de la Religion de Malthe
eut à Fontainebleau une audience particu
liere du Roi , & il y fut conduit par le Che
valier de Sainctot Introducteur des Ambaffadeurs.
Le 16 le Te Deum fut chanté dans l'Eglife
Métropolitaine de cette Ville en action de
graces de l'avantage remporté fur un Corps
de troupes Piedmontoifes & de la prife des
Villes d'Alexandrie & de Valence par les
armées d'Eſpagne & de France. L'Archevê
Gv
154 MERCURE DE FRANCE.
que de Paris officia pontificalement à ce
Te Deum auquel affifterent le Parlement ,
la Chambre des Comptes , la Cour des Aides
& le Corps de Ville qui y avoient été invités
de la part du Roi par le Marquis de Brezé
Grand Maître des Cérémonies .
Le Roi qui étoit venu de Fontainebleau
à Choifi le 19 du mois dernier en arriva à
Verſailles le 26.
Le 28 premier Dimanche de l'Avent leRoi
& la Reine entendirent dans la Chapelle du
Château la Meffe chantée par la Mufique.
L'après- midi leurs Majeftés accompagnées de
Monfeigneur le Dauphin , de Madame la
Dauphine & de Meſdames de France aſſiſterent
à la prédication de l'Abbé Ardouin Chanoine
de l'Eglife Métropolitaine de Sens.
Le même jour le Duc de Grammont au
quel le Roi a accordé dès le mois de Mai
dernier le Gouvernement de laHaute & Baffe
Navarre & du Bearn prêta ferment de fidélité
entre les mains de S. M.
Le Roi a accordé au Comte d'Argenteuil
la charge de Lieutenant Général des
Provinces de Champagne & Brie , en furvivance
de M. le Marquis d'Argenteuil fon
pere ; S. M. lui a auffi accordé la même furvivance
pour le Gouvernement de Troyes ,
duquel eft pareillement pourvû M. fon pere :
la Maifon de le Baſcle , dont fort M. le
DECEMBRE 1745. 155
Comte d'Argenteuil , eft une des plus anciennes
, & des plus illuftres de la Province
de Champagne , dont elle n'eft cependant
pas originaire . Elle defcend d'Henri le Bafcle
Chevalier de l'Hôtel du Roi S. Louis ,
qui accompagna ce Prince au deuxième
voyage qu'il fit en Terre Sainte en 1170 ,
fils de Guillaume le Baſcle , Grand Sénéchal
de Guienne en 1240 , & pere de Pierre
le Bafcle , Chevalier Seigneur de Barbé
près Sens en 1300 à caufe d'Ifabeau de
Meudon fa femme , de laquelle il eut Jean
le Bafcle , Chevalier Seigneur du Puibafcle
, le Pui & S. Louant en Touraine , qui
fe trouva à la bataille de Crecy en 1347 ; il
étoit réputé pour un des plus vaillans Chevaliers
de fon tems , au rapport de Froiffard
& du Pere Daniel , & commanda enfuite
un des trois Corps d'armée à la bataille de
Cocherel en 1365 où il fut tué au rapport
du même Froiffard , qui le traite de Monfeigneur
; il mourut revêtu de beaux , grands
& notables effets , entr'autres pour 2000
livres de vaiffelle d'or & d'argent , fomme
pour lors très - conſidérable ; il fut pere de
Jean le Baſcle II . du nom , Seigneur du Puibafcle
, le Pui & S. Louant , qui de Catherine-
Charlote -Angélique d'Argenteuil laiſſa
Jean le Bafcle tige des Seigneurs du Pui &
de S. Louant en Touraine , & outre Jean
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
le Bafcle III. du nom l'aîné Seigneur du
Puibafcle, L.amartiniere & Varennes en Loudonnois
, lequel époufa en 1440 Yolande
le Maire , fille de Jean le Maire , Seigneur
de la Roche - Jacquelin , & de Jeanne
Quatrefbarbes , grande tante d'Hiachinte
Quatrefbarbes Marquis de Larongere , Chevalier
du S. Efprit , dont il eut entr'autres
enfans , Hugues le Baſcle qui fuit , François
le Bafcle Gouverneur de l'Ifle- Bouchard ,
Maître d'Hôtel ordinaire du Roi Charles
VIII. en 1492 , premier Maître d'Hôtel
de Monfeigneur le Dauphin , & Charlote
le Bafcle , femme de Jean de Grailly de
la Maifon des Rois de Navarre , Hugues
le Bafcle , Seigneur du Puibafcle , Lamartiniere
& Varennes en Loudonnois , élevé
enfant d'honneur de la Reine Marie d'Anjou ,
femme du Roi Charles VII en 1463 , enfuite
Ecuyer d'honneur & Echanfon du Duc
de Normandie , frere de Louis XI , en 1468,
& Maître d'Hôtel ordinaire de Sa Majeſté
en 1483 , qui fixa fa demeure en Champagnepar
le mariage qu'il y fit en 1478 avec
Marguerite de Mandelot , Baronne d'Argenteuil
& de Moulins au Baillage de Sens ,
grande tante de François de Mandelot ,
Chevalier du S.Efprit, Gouverneur de Lyon,
Lyonnois , Forêt & Beaujolois , & fille unique
& fele héritiere de Claude de ManDECEMBRE
. 1745 . 157
delot , Baron d'Argenteuil & Moulins
de laquelle il eut Antoine le Bafcle
Seigneur du Puibaſcle , Lamartinere &
Varennes , Baron d'Argenteuil & Moulins ,
qualifié Haut & Puiffant Seigneur par Acte
du 13 Juillet 138 , lequel avoit épousé
Marguerite de la Touche , petite fille de
Jean de la Touche , Seigneur de la Touche
Limouſiniere, & de Jeanne de Rohan , & fille
de Renaud de la Touche , Chevalier Seigneur
de laTouche Limoufiniere,& deFrançoiſe
de Rochechouart , fille de François Vicomte
de Rochechouart , & de Renée d'Anjou
Meffiere , qui avoit pour trifayeul Louis
d'Anjou Roi de Naples, Sicile & Jéruſalem
fils de Jean Roi de France ; François le Bafcle
Baron d'Argenteuil & Moulins , petit fils
dudit Antoine , fut Chevalier de l'Ordre du
Roi, Gentilhomme ordinaire de fa Chambre
, Confeiller en tous fes Confeils d'Etat
& Privé , Meftre de Camp d'un Régiment
d'Infanterie fous Henri III. & Henri I'V
en 1591 , & premier Chambellan de Louis
de Bourbon , Comte de Soiffons , fecond
Prince du Sang de France, & époufa en 1577
Deniſe d'Hériot , fille de Patrice d'Hériot ,
Chevalier de l'Ordre du Roi , Lieutenant
des Gardes du Corps Ecoffois de S. M. ,
& de Barbe de Chaftenay , tante d'Hubert
de Chaſtenay Abbeffe de Remiremont : fe
158 MERCURE DE FRANCE.
condement en 1591 , Marie de Lenoncourt
, Dame de Château- Chinon , Beauregard
, Bougé , Lavacherie & les Landes ,
d'une des plus anciennes & des plus illuftres
Maifons de Lorraine , tante de Magdelaine-
Claire de Lenoncourt Ducheffe de Villars-
Brancas ; du premier lit fortit Patrice le
Bafcle qui fuit , & dy fecond François le
Bafcle Baron d'Argenteuil premier Gentilhomme
de la Chambre , du fufdit Comte de
Soiffons , & en réputation d'un des plus braves
hommes de fon fiécle , qui a fait les
branches des Comtes de Chapelaines , Marquis
de Maroles & Seigneur de Loches , dont
eft aujourd'hui chef Edme - Charles le Bafcle
Comte d'Argenteuil , Seigneur de Loches
, Brigadier des armées du Roi , Chevalier
de S. Louis ; Patrice le Bafcle Barond'Argenteuil
& Moulins , Seigneur de Pouy
en 1608. Meftre de Camp d'un Régiment
d'Infanterie en 1613 , époufa Colombe de
Boucher Comteffe d'Epincuil , fille d'Edme
de Boucher Seigneur de Flogny , Comte de
la Chapelle & d'Epineuil , & de Catherine
Longeuil, d'une des plus anciennes & des plus
illuftres familles de Paris , de laquelle il eut
Louis le Bafcle qui fuit , Catherine le Baſcle ,
femme dePaul-François de Beaujeu , Seigneur
de Vulviſvineux , Chevalier de l'Ordre du Duc
de Mantoue , & Capitaine de fes Gardes du
DECEMBRE 1745.
159
Corps; & Charles le Bafcle Baron de Moulins,
qui par fon mariage avec Gabrielle de laBeaume
Monrevel , Dame d'Ancis le Cerveux a
fait la branche des Comtes de Moulins , dont
eft aujourd'hui chef Pierre - François le Bafcle
Comte de Moulins , Chevalier de S. Louis ,
Lieutenant-Colonel de Dragons , pere de
Charles - Nicolas le Bafcle Marquis de Moulins
, Chevalier de S. Louis , Lieutenant-
Colonel du Régiment de Barbanfon Cavalerie
, & ci- devant Maréchal Général des
Logis des camps & armées du Roi ; Louis
le Bafcle Comte d'Epineuil , Baron d'Argenteuil
, Seigneur de Pouy Mailly , élevé
Page , puis Gentilhomme ordinaire de la
Chambre du Roi Louis XIII. époufa premierement
en 1640 Catherine de Torcy ,
des Barons d'Aigreville , fille de Claude de
Torcy, & de Françoiſe de Chaux ; fecondement
en 1652 Françoife.de Ponville ,
Dame de Mailly , fille d'Edme de Ponville ,
Seigneur de Mailly , & de Louiſe de Combault
, petite niéce de Robert de Combault ,
Chevalier du S. Efprit ; du premier fortit
François le Bafcle Comte d'Argenteuil , Seigneur
de Pouy , Lieutenant- Colonel du Régiment
de Cavalerie de Clainvilliers , pere
de Jean -Louis le Bafcle Marquis d'Argen-"
teuil , Comte d'Epineuil , Seigneur de Pouy ,
Lieutenant Général pour le Roi des Provin
160 MERCURE DE FRANCE.
tes de Champagne & Brie , Gouverneur de
la Ville de Troyes , allié le 15 Novembre
1712 avec Louiſe - Anne- Victoire de Rogres
, d'une des plus anciennes Maifons de
Poitou , Dame de Cheurinvilliers , Baflin ,
Langlé , Villemarechal , S. Ange & Villeron,
qui a l'honneur d'être parente de Madame
la Princeffe de Conty , fille du Roi
Louis XIV. & de la feue Reine de Pologne
Marie-Cafimir de la Grange d'Arquien , fille
unique & feule héritiere de Louis- Charles
Comte de Rogres , Chevalier Seigneur defdits
lieux , & deMarie - Anne le Charron niéce
& petite niéce de Madame la Maréchale du
Pleffis- Praflin , & de Madame la Comteſſe
de Coffé , ayeule de M. le Duc de Briffac
d'aujourd'hui , de laquelle alliance font venus
Jean - Louis- Nicolas le Bafele , Comte d'Argenteuil,
Capitaine de Cavalerie auRégiment
du Roi , qui a donné lieu à cet article , Jacques
- François le Baſcle d'Argenteuil , Chevalier
de Malthe de minorité le 21 Juin
1723 Capitaine de Cavalerie au Régiment
de Fiennes , & Louife - Anne - Elifabeth le
Baſcle d'Argenteuil , reçûe Chanoineffe de
Remiremont par Acte du 28 Novembre
1726 , & mariée au mois de Julliet 1738
à Jofeph- Augufte de Chaftenay Comte de
Lanty.
La Maiſon de le Bafcle eft alliée à celle
DECEMBRE 1745 .
16
de Coligny , la Rochefoucault , Souvré
Neuville -Villeroy , Potiers , Valantinois
Rouvrois S. Simon , la Trimouille , & autres
des plus confidérables du Royaumes ; elle
a produit un Prevôt de Paris en 1358
plufieurs Gouverneurs de Villes & Places ;
Lieutenans des Gardes du Corps , & un
grand nombre de Chanoineſſes de Remiremont
& d'Epinal , dont une a été élue
Doyenne de ce Chapitre en 1710 , & de
Chevaliers de Malthe , un defquels a été
reçû le 12 Août 1603 .
On propofe au Public cette Question.
U en
NE perfonne à 20000 livres à mettre
en bonnes oeuvres ; quelques-uns la
follicitent pour faire une fondation d'Offi
ces & de Prieres dans quelque Communauté
; d'autres lui propofent de fonder trois
Prix de vertu d'environ 300 livres chacun
dans une petite Ville du Royaume , Prix
qui feront diftribués tous les ans à perpétuité
à trois jeunes gens du lieu qui au
jugement de leurs pareils & par la voie du
fcrutin feront reconnus les plus juftes , les
plus modérés , les plus fobres & les plus
162 MERCURE DE FRANCE.
laborieux. La perfonne à qui on fait ces propofitions
& qui veut le bien fincerement ,
eft incertaine entre ces deux partis , il s'agit
de la déterminer par des raifons folides.
On prie les perfonnes qui ont un zéle éclairé
de s'expliquer là- deffus par la voie du Mercure
, & qu'on ne croie pas que ce foit ici
une de ces queftions que l'on propoſe de
tems en tems pour exercer les efprits &
pour amufer le public ; il y a dans celle ci
du réel.
Probleme de Chymie.
Propofel par J. T. D ....... Docteur en
Médecine.
Eterminer par une expérience Chy→
Dmique le rapport de la quantité des
efprits acides que l'air contient dans un
tems , une faifon , un lieu , à la quantité de
ces mêmes efprits dans un autre tems , une
autre faifon , un autte lieu ; enforte que cette
expérience qui doit être facile à faire , donne
à connoître cette quantité d'efprits acides
, comme le Thermometre fait connoitre
la chaleur, l'Hygrometre l'humidité.
DECEMBRE 1745 . 183
Ce Problême eft dans la Chymie ce que
les Mathématiciens appellent Problême indéterminé
, ou qui a plufieurs folutions , &
ces folutions plufieurs dégrés de perfection .
Il eft aifé d'en trouver une quelconque, comme
il étoit facile de trouver le Thermoż
metre , en partant de ce principe que tous
les liquides fe raréfient par la chaleur & fo
condenſent par le froid. Mais on fçait combien
cet inftrument a été perfectionné depuis
Drebbel qui en eft l'inventeur jufqu'à
M.de Reaumur qui paroît n'avoir rien laiffé
à défirer pour rendre cet inftrument Géométrique.
Dans l'expérience qu'on propoſe ,
le choix des matieres , & un inftrument méchanique
convenable font toute la difficulté.
PRISES DE VAISSEAUX.
Es lettres de Bayonne marquent que
Lalettres de conunde qar
le Capitaine Laurent Vermere s'eft rendu
maître du Vaiffeau l'Union de Londres .
L'Armateur l'Eole auffi de Bayonne a conduit
à Nantes un Navire Anglois chargé de
fucre & de taffia .
On a appris de S. Malo que le Capitaine
164 MERCURE DE FRANCE.
Keraudran qui monte l'Armateur le Lys
de ce Port y eft rentré avec un Vaiffeau de
la même Nation armé de 16 canons & de
14 pierriers.
Le Capitaine Paillet qui commande le
Vaiffeau le Cheval Marin eft arrivé à Dieppe
avec deux Bâtimens ennemis , dont l'un eft
de 130 tonneaux.
Le Navire le Drahe Refolu a été pris par
l'Armateur la Revanche de Granville qui lui a
enlevé en même- tems une Barque Françoiſe
chargée de cidre dont ce Corfaire s'étoit
emparé.
Suivant les avis reçûs de Dunkerque les
Capitaines Butel & Batteman Commandans
les Vaiffeaux La Dauphine & la Ste. Annë
y ont envoyé le Vaiffeau le Hardi Mañdiant
de Londres , & un autre Bâtiment d'environ
200 tonneaux ,
L'Armateur la Parfaite que commande le
Capitaine Durye a fait conduire au même
Port le Navire le Dragon de Wisbech fur
lequel il y avoit du fel , de l'huile & du fucre.
Le Vaiffeau le Jean de Neuchatel dont
la cargaiſon confiftoit en bierre , en planches
& en merrains & qui a été pris par l'Armateur
le Duc de Penthiévre que monte le
Capitaine Robert Vion , eft arrivé à Oftende,
DECEMBRE 1745. 169
NOUVELLES ETRANGERES.
TURQUI E.
"
EXTRAIT d'une Lettre de Conftantinople,
Na appris du 25 Août qu'il y avoit environ 22
jours que les armées du Sultan , la grande du
côté de Kars & d'Erivan , l'autre vers Chere
foul & Irbil dans le Kurdiftan , font entrées en
Perfe. Schah Nadir, ou Thamas s'eft retranché près
d'Erivan , & le Séraskier qui a plus de 150000
hommes fans les Tartares & les Volontaires , cherche
à le prendre par fes derrieres pour l'obliger
a décamper, & il y réuffira felon les apparences.
Thamas a cette fois- ci la peur au ventre ; il eft
comme un enragé dans fes retranchemens , faifant
mourir tous fes plus intimes favoris & beaucoup,
d'autres ; fes gens écrivent au camp des Turcs
tous les jours , mais le Séraskier ne s'y fie guéres.
L'armée du Kurdistan n'eft pas loin de Smyrne
& de Kirmancha en Perfe ; le fils de Thamas l'a
tâté & ' a été repouffé dans 3 ou 4 petites occafions
, mais il paroît vouloir éviter une bataille
générale . Cette armée du Sultan eft compofée
de
25000 Curdes
de 20000
Turcs
de
" 2
30000 hommes des troupes ' d'Ahmet Pacha de
Babylone , & de 20000
Perfiens avec trois
Kans tous transfuges ainfi que Ahmet Kan qui
les commande , le même que Schah Saphi avoit
élu l'année paffée pour fon Grand Vifir à Kars
& qui a quitté ce Prince fou à cauſe de ſes extravagances
; mais il eft venu un autre fils de Schah
166 MERCURE DE FRANCE.
Huffein , fort fpirituel , fort ſage & fort aimable
à l'armée que tous les Perfiens reconnoiffent pour
le légitime héritier , de forte que Schah Saphi n'eft
dans le camp des Turcs que pour y boire & manger
, mais fans aucune confidération , car cet extravagant
coupoit tous les jours la tête à quelqu'un
de fes domeftiques , fur quoi le Seraskier lui
a fait fignifier que s'il tue quelqu'un à l'avenir ,
il le fera étrangler ; il en a rendu compte à la
Porte & on l'a approuvé , & Saphi intimidé ne
fort plus de fa tente .
AUTRE Lettre de Conftantinople du premier
Septembre,
Le premier Septembre la Porte reçut des nouvelles
de Perfe dont le Miniftere ne paroiffoit pas
trop fatisfait ; elles portoient que Heghen Pacha
avoit trouvé Thamas Koulikan retranché de façon
qu'on ne pouvoit l'attaquer fans facrifier la meilleure
partie des troupes , ayant détourné le cours
d'une riviere pour former un foffé devant fes lignes
, dont les avenues étoient d'ailleurs toutes
minées.
Le 2 on fit une décharge générale de l'artillerie
de cette Capitale à l'occafion de quelques
avantages qu'on difoit avoir remportés en Perſe .
Il ne s'agiloit pourtant que d'une exécution que
Tehetctgi , Abdullah Pacha & Hamet Kan
avoient faits du côté de Sviré & de Sakin , où
ils avoient brulé quantité de Villages fur leur
route ; il parut le même jour une relation latine
dans laquelle on avançoit que ces deux Généraux
avoient battu les troupes commandées par le fils
de Thamas Koulikan , & qu'on avoit apporté au
DECEMBRE 1745. 167
Serrail la tête d'un Grand qu'on croyoit être celle
de ce Prince .
Les le Serrail reçut des nouvelles qui y jetterent
la confternation ; le lendemain on fçut que
le Seraskier Heghen Pacha étoit mort , mais il
fe répandit divers bruits fur les circonstances de
cet évenement ; les uns difoient qu'il étoit mort
après 25 iours de maladie , les autres qu'il avoit
été tué dans une bataille ; le bruit le plus commun
étoit que les Sesdens Guetchis ou enfans
perdus l'avoient affaifiné ; enfin on a été jusqu'à
débiter qu'il vivoit encore , & qu'il avoit été fait
prifonnier par Thamas Koulikan ; il feroit difficile
de dire pofitivement ce qui en eft , parce que
ceux qui fçavent le vrai de toutes chofe font obligés
d'ufer de beaucoup de réferve & de ménagement
: voici ce qu'a rapporté de plus vrai femblable
une perfonne qui eft à portée d'être inf
truite de cet évenement , mais qui peut cependant
ayoir eû des raifons d'en déguifer quelques circonftances.
Le armées fe trouverent en préfence à 4 lieues
lqin d'Erivan. Thamas Koulikan étoit retranché
entre une riviere & une montagne ayant devant
fon camp des lignes bien fortifies & munies d'un
foffé rempli d'eau .
·
Le Seraskier Heghen Pacha déclara aux troupes
qu'il les menoit à l'ennemi pour vaincre ou
mourir & que fa réfolution étoit d'attaquer les
Perfans dans leurs retranchemens & de tenter de
les y forcer ; quelque difficile que fut 1 entrepriſe,
le Seraskier , homme de réfolution , s'y étoit déterminé
d'autant plus que l'état des provisions rendoit
ce parti prefque indifpenfable ; le jour de
l'attaque fut fixé à un Vendredi 27 Août , nouveau
ftile , mais le Mercredi précédent 25 dudit
168 MERCURE DE FRANCE.
mois quelques troupes Turques étant allées voltiger
devant les retranchemens des Perfans , ceux..ci
firent fortir des leurs , & d'efcarmouches en efcarmouches
il fe lia un combat prefque géné .
ral & fi vif que deux Pachas Turcs refterent fur
le champ de bataille . Les Turcs cependant s'attribuerent
l'honneur de cette journée ayant obligé
les Perfes de rentrer dans leurs retranchemens
avec une perte conſidérable .
Le Seraskier n'étoit pas à cette action qui s'étoit
engagéë fortuitement & fans fes ordres , &
d'ailleurs il étoit malade depuis quelques jours.
d'un charbon fous la mamelle , que l'on conjecture
avoir été peftilentiel ( c'eft ici la circonftance
fur laquelle le public varie car le plus grand nombre
publie au contraire qu'après cette action des
Sesdens Guetchis , fiers de leur fuccès vinrent
demander leur Bachis ou Etrennes pour récompenfe
& que le Seraskier leur ayant répondu qu'il
ne le leur refuferoit pas , mais qu'il le leur donneroit
après qu'ils auroient forcé les retranchemens
, quelques- uns d'entr'eux porterent la révolte
& la cruauté jufqu'à lui tirer quelques coups de
piftolet , dont le Seraskier fut bleffé mortellement
; dautres difent que cette révolte a été occafionnée
par la fuppreffion de certaines rations d'avoine
qu'on étoit dans l'ufage de donner aux
Zaims Timariotes & autres Cavaliers ; quoiqu'il
en foit , le Jeudi qui étoit le lendemain de ce premier
combat , le Seraskier étoit dangereufement
malade , cependant n'ayant rien changé à la réfolution
qu'il avoit prife d'attaquer le Vendredi.
les retranchemens des Perfans , il fe mit quoique
moribond dans fon caroffe , & alla parcourir tous
les poftes & régler les difpofitions pour le lendemain
, diſtribuant dans cette tournée quantité
d'argent
DECEMBRE 1745. 169
.
d'argent aux troupes pour les encourager ;
de lendemain elles furent mises en ordre
de bataille , mais le brouillard & une pluie qui
furvinrent firent differer l'attaque , & dans cet in◄
tervalle le Seraskier mourut dans fa tente ; fa mort
n'ayant pû être cachée jetta la confternation dans
les troupes. Le défordre commença par les Leventis
& Delis , eſpeces de Braves qui forment la
Garde à cheval du Général en Chef; ils fe débanderent
& furent fuivis par les Zaims & Timariotes
du mécontentement defquels on a déja
parlé . Yedetchi Pacha qui après la mort du Seraskier
fe trouvoit le premier en dignité , & les
autres Commandans avec lui coururent après ces
déferteurs pour leur repréfenter l'indignité de leur
procédé ; les fuyards les entrainerent eux- mêmes
& les Janiffaires croyant que les Généraux de
l'armée les abandonnoient, prirent quoique les der
niers , le parti de la retraite , n'emmenant avec eux
que 4 piéces de campagne. Cependant le brouil
lard s'étant diffipé , & les Perfans qui s'attendoient
à tout moment d'être attaqués , voyant que les
Ofmanlis décampoient , vinrent fondre fur eux
on convient que les Janiffaires ont été fort mal◄
traités fans qu'on dife cependant préciſement à
quoi peut monter leur perte. Toute l'armée s'eft
retirée du côte de Kars , où les Perfans ont ceffé
de la pourfuivre , & le Pacha Ahmet le Borgne
ayant pris la qualité de Seraskier en vertu du
Katecherif qu'il avoit l'année paſſée , a tâché
avec le Corps de referve qu'il commandoit du côté
de Kars de retenir les fuyards & de raffembler
l'armée pour tenir tête aux Perfans, On dir que
dans cette déroute les Turcs ont perdu leurs centes
& bagages & toute leur artillerie .
Le 7 du mois on a expédié à Ahmet Facha
I. Vol. H.
170 MERCURE DE FRANCE.
un Katecherif pour le confirmer dans la dignité
de Seraskier. On dit que depuis il lui a été envoyé
des ordres de faire main bafle fur tous les Serdens
Guetchis qui ont eû part à la révolte &
qui ont donné l'exemple de la défertion .
Le 11 il a été tenu un Divan extraordinaire
& fort nombreux chés le Grand Seigneur ; le
Mufty y a affifté , & on y a appellé le Kiaya du
Grand Vifir , contre l'uſage.
Le 13 ce Kiaya du Grand Vifir a été fait Pacha
à trois Queues . On ne fçait fi ce feroit pour lui
donner la qualité de Kaimacan au cas que le
Grand Vifir foit obligé de paffer en Afie La
Charge de Kiaya a été donnée à Ferafy Mustapha
Effendi Roufnamedgi ou Controlleur Général des
Finances.
Il eſt arrivé la veille 3 Janiffaires & un cou
rier des frontieres d'Allemagne.
Le 4 de ce mois M. le Bailly de Mayo Envoyé des
Deux- Siciles eut audience du Grand Vifir & lui
remit la réponſe de fa Cour à la propofition que
la Porte avoit faite de la médiation du Grand
Seigneur.
Le 13 M. le Comte de Caftellane a fait célé
brer un fervice folemnel pour le repos de l'ame
de M, le Marquis de Villeneuve fon prédéceſſeur
en cette Ambaffade.
DECEMBRE. 1745. 171 .
1
EXTRAIT d'une Lettre écrite
par M.
Deflobert Ingénieur an Service du Roi
d'Espagne le 24 Septembre 1745. De Pas
vie à M. de....
L
' A nuit du 21 au 22 Septembre notre
pont de Pifarello fur le Po ayant
été établi , & l'ouvrage qui en couvroit
la tête fe trouvant en affés bon état , M. le
Duc de la Viefville eut l'ordre de marcher
à Pavie avec un détachement de Grenadiers
montant à cinq mille hommes y compris les
piquets, le premier Bataillon des Gardes
Elpagnoles & fix cent chevaux. Je fus nommé
avec quatre Ingénieurs au fervice d'Efpagne
, Condé , Santander , Lozada , Calonge
fous les ordres de l'Ingénieur Arbunyes
Directeur au fervice de Naples, S, E. s'étan
arrêtée avec fon détachement à un mille des
murs de Pavie , m'a envoyé devant avec
cent fufiliers de montagne pour prendre poffellion
de la porte de Sancta Giuftina , autre -
ment de Cremone, que les gens du Pays de -
voient m'ouvrir fur l'affûrance qu'ils avoient
donnée qu'il n'y avoit pas un Allemand dans
la Ville.L'IngénieurDirecteurArbunyes étoit
occupé ailleurs. Je menai avec moi nos qua-
Hij
72 MERCURE DE FRANCE.
tre Ingénieurs qui me furent d'un grand
fecours. En effet le même jour M. de Schu,
lembourg averti de notre mouvement avoit
fait marcher à Pavie deux mille cinq cent
hommes détachés d'un gros qu'il avoit à
portée qui devoient être fuivis le lendemain
de huit mille. Je rencontrai à cent pas de
la porte à trois heures devant le jour un pofte
avancé dont la fentinelle m'ayant crié Wordo
fe retira avec le pofle dans la Ville. Je
vis fermer la porte & lever le pont levis,
Il y avoit déja quatre jours que j'avois écrit
à S. E. M. le Comte Morillo de quelle importance
étoit pour nous le pofte de Pavie
pour nous rendre maîtres du Tefin & des
deux rives du Po jufqu'à la mer , & ôter
la communication des Places du Milanois
avec le Roi de Sardaigne par llee pont
Pavie qui eft le feul fur le Tefin juſqu'au
lac majeur. Au défefpoir de ne pouvoir entrer
par
la porte , & infpiré par un certain
je ne fçais quoi qui me faifoit envifager
l'occafion de me mettre en état, fi je réulfiffois,
de pouvoir rendre à mon Maître dans
de plus grands emplois de plus grands fervices
j'ofai prendre fur moi de former le
deffein d'efcalader la muraille fans échelles ,
& de me rendre maître de la porte de Sancta
Giuftina par dedans la Ville avec mes cent
hommes, & comparant la grandeur de l'ade
DECEMBRE 1743. 173
Vantage qui en reviendroit au Roi fi je réufffiffois
avec le petit rifque de ma vie & de
celle de quelques uns des cent fufiliers , je
ne balancai plus & ne fongeai qu'à l'exé
cution.
Tous les ouvrages extérieurs de Pavie
font de terre fans paliffades , & les courtines
de terre . Je menai mes cent hommes
dans le foffé d'un ouvrage extérieur où je
les laiffai avec ordre de m'attendre. Je def
tinai quatre hommes à faire feu du côté de
la
porte de Sancta Giuftina ; je m'en fus tout
feul reconnoître la muraille , je paffai l'ouvrage
extérieur , le foffé de la Place , fa cuvette
pleine d'eau. Je grimpai par l'efcarpe
de la courtine , laiffant la porte fur ma droi
te. Je reconnus que la courtine étoit dégatnie
de troupes , je defcends vers mes cent
fufiliers , je les harangue en mauvais Catàlan
leur étalant les appas de la gloire & du
butin avec le fouvenir de leurs exploits paffés
dans tous les endroits où je les avois vûs &
menés plufieurs fois ; je les vis pleins de feu
& de cette ardeur qui annonce la victoire .
Je les fis monter le fufil en bandouliere ,
cinquante de front , s'accrochant aux ronces
& aux herbes de l'efcarpe pour me fuivre.
Je fautai le premier par deffus le parapet
dans le terreplein de la courtine fans
réfiftance parce que l'ennemi attiré par les
H iij
174 MERCURE DE FRANCE
petites décharges contre la porte y avoit
porté toute fon attention . Je les fis repofer
pour reprendre haleine. Je difpofai mon
attaque du pofte de la porte , le plus brave
Sergent en avant avec 10 hommes fuivis
d'un Lieutenant , avec vingt fuivis de moi
à la tête des foixante & dix avec leur Major
& les deux Capitaines qui ont fait des
merveilles. La premiere fentinelle que nous
trouvâmes ayant été tuée par mes premiers
fufiliers, la Garde de la porte courut au bruit
pour me charger ; mes deux partis avancés
s'étant repliés fur moi felon mon ordre
, j'unis toute ma troupe à deux de hauteur
, ma droite fur le haut du terreplein,,
s'étendant le long du talud du rempart,
jufqu'a un cordon de maiſons qui paroiffoient
placées exprès pour appuyer & fermer
ma gauche , & alors tête baiffée , la
bayonnette au bout du fufil , criant : Viva
el Rey : Viva España ,je les chargeai avec une
furie qu'ils ne purent foûtenir , je gagnai la
porte & les pouffai plus de cinquante pas au
de- là jufqu'à la fin du cordon des maiſons de
ma gauche , ayant fait plus de quarante prifonniers
dans cette premiere action .Je revins
à ma porte me couvrant pardevant & par derriere
avec trente hommes d'un côté & trente
hommes de l'autre , toujours depuis le haut
du rempart jufqu'aux maifons , quinze homDECEMBRE.
1745. 175
mes dans les maifons vis-à-vis de la porte ,
dix hommes à rompre la porte & le refte
au milieu avec moi pour les porter ou il fe.
roit befoin avec mes quatre camarades
Condé , Santander , Lozada , Calonge qui
ont fait tout ce qu'on peut attendre de gens.
d'honneur & bien nés. Je n'avois pas d'ou
tils , pas une hache . J'imaginai de faire fauter
un fufilier en dehors de la muraille pardeffus
le toit d'un corps de Garde attenant
au dedans du pont levis & en dehors de
la porte ; il décrocha les chaînes du pont & la
force de la chute du pont ayant foulevé la
porte qui fortit de fes gonds elle s'ouvrit .
L'ennemi revint fur moi en plus grand nom
bre des autres poftes & me chargea par trois
fois , toujours avec un tel fuccès que j'ai fait
affûrément près de trois cent prifonniers
dont j'ai envoyé plus de deux cent, les au?
tres s'étant échappés. Je me fuis maintenu
pendant deux heures avec les cent fufiliers
maitre de la porto jufqu'à ce que M. le Due
de la Viefville que j'avois envoyé avertir eſt
arrivé avec fon détachement . Nous avons
chaffé par tout l'ennemi de tous fes poftes
dans la Ville & de la rue du pont de Feffin
ou il s'étoit affemblé,& où le Major des
futiliers de montagne a été bleffé; nous avons
trouvé beaucoup de munitions de guerre
& de bouche; 4500 fufils , deux petites pié-
2
Hiiij
16 MERCURE DE FRANCE.
ces de bronze , une de fix , l'autre de trois,
& trois mortiers de huit pouces.
Le Château s'eft rendu à deux heures
après midi. Nous avons fait quatre cent
prifonniers dans la Ville & cinq cent dans
le Château. J'ai été envoyé à S. A. R. qui
m'a comblé de faveurs. M. le Duc de la
Viefville m'a fait la grace de marquer dans
fa lettre que j'ai remis à M. le Comte de
Gages que le fuccès de cette avanture m'étoit
entierement dû.
ARRESTS NOTABLES.
ORDONNANCE du Roi du
9 Juin ザ
portant
création
d'un Sous-Aide-Major
dans
chacune
des quatre
Compagnies
des Gardes
du
Corps
de Sa Majesté
.
ORDONNANCE du Roi du 21 Juin
portant création d'un Sous-Aide-Major en chacun
des cinq Bataillons du Régiment Royal Artillerie .
ARREST du Confeil d'Etat du Roi du 3
Juillet , qui ordonne l'exécution de l'Edit du mois
de Fevrier 1745 , portant création d'Infpecteurs
& Contrôleurs des Maîtres & Gardes dans les
Corps des Marchands , & des Infpecteurs & Contrôleurs
des Jurés dans les Communautés d'Arts
& Métiers du Royaume.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi dư
DECEMBRE
1745. 177
même jour , qui ordonne que ies Drapiers drapans
& les Sergers de la Ville de Beauvais porteront
toutes les differentes fortes d'étoffes de laine qu'ils
auront fabriquées , & qui auront reçu le plomb
de fabrique , au Bureau de contrôle établi dans
ladite Ville , pour y être d'abondant viſitées , & c.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi du 10
portant Reglement fur l'examen , l'approbation ,
l'impreffion & le débit des Livres & autres ou
vrages.
DECLARATION du Roi du 24 Juillet
, portant confirmation des priviléges , prérogatives
& droits accordés aux Grands Maîtres dès
Eaux & Forêts.
:
ARREST du Parlement du 28 Juillet 1744 ,
donné au Camp de Boft le 24 Juillet rendu
en l'audience de la Grand - Chambre en fi
veur des Sieur & Dame de la Noüe contre la
Demoiſelle Ferrand qui juge conformément à l'article
9 du titre 27 de l'Ordonnance de 1667 , &
à l'Arrêt rendu entre les parties le 28 Avril précédent
, que celui qui eft condamné de laifferla
poffeffion d'un héritage en lui rembourſant quelques
fommes , efpéces , impenfes ou méliorations ,
ne peut- être contraint de quitter l'héritage qu'après
avoir été rembourfé tant du prix principal
de l'héritage que du montant des impenfes ou méliorations
, & qu'à cet effet il a tout le délai qui
lui a été donné pour faire faire la liquidation defdites
efpeces , impenfes & méliorations, fans qu'on
puiffe le contraindre de recevoir féparément le
prix principal de l'héritage qu'il eft condamné de
laiffer.
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi du
31 Juillet . fervant de Reglernent pour la regie
& perception des droits de Traite-Foraine & Do.
maniale fur les marchandiſes du crû ou fabrique
de Languedoc , ou qui empruntent le paffage de
ladite Province , & fur celles du crû de la Haute-
Guyenne qui font conduites dans la Ville d'Agen
& autres de la Baffe-Guyenne , & autorife le tarif
de compofition defdits Droits arrêté par M. le
Gendre Intendant de Languedoc le 22 Juin 1705.
ARREST Contradictoire du Confeil d'Etat
du Roi du même jour , par lequel Sa Majesté , en
caffant une Sentence de l'Election de Montivilliers
du 10 Octobre 1741 , pour avoir déchargé le fieur
Chibellier de la contrainte décernée contre lui
par le Receveur des Traites du Havre pour le
payement des Droits de jauge & courtage & quatre
fols pour livre , tant defdits droits de ceux
que
des grandes entrées fur dix- huit muids de vin
d'alicante qu'il a fait venir au Havre pour fon
compte, & ce fous prétexte de prétendues exemp
tions de Droits d'Aides accordés à la Ville du Havre
, & que les vins venant de l'Etranger doivent
être exempts des 4 fols pour livre des Droits des
grandes entrées & de jauge & courtage , comme
Tes marchandifes fujettes aux Droits des Traites
ou cinq groffes fermes , qui en font exemptes lorfqu'elles
viennent de l'Etranger ; ordonne l'exécution
des Déclarations & Arrêts des 10 Octobre .
& 31 Decembre 1689 & 14 Novembre 1690 ,
concernant les Droits de jauge & courtage , 16
Mai 1718 & 30 Septembre 1727 , pour les 4 fols
pour livre : & fans égard à l'intervention des Maire
& Echevins du Favre de grace , dont ils font déDECEMBRE
1745. 179
boutés , condamne ledit fieur Chibellier à payer
fi fait n'a été , deux Droits de jauge & courtage
fur les vins en queftion , fçavoir , un premier
Droit dû fur les boiffons venant des Pays exempts
des Droits d'Aides ou de l'Etranger , dans les lieux
où les Aides ont cours , au premier Bureau établi™
à cet effet , foit par eau ou par terre , & le fecond
qui eft dû dans le reffort de la Cour des Aides
de Rouen , conjointement avec le Droit de
fubvention aux entrées dans les lieux qui y font
fujets : & ordonne en outre que ledit fieur Chibellier
payera les 4 fols pour livre , tant du dro t
de jauge & courtage dû à la Ferme , Générale ,
que des autres Droits par lui dûs & qui font indépendans
des cinq groffes Fermes.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi du premier
Août , qui fupprime les Droits de travers &
peage par terre , prétendus par les Abbé & Religieux
de Notre - Dame de Royaumont , au lieu
& dans la Seigneurie d'Afnieres , Généralité de
Paris.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi du même
jour , qui maintient le fieur de Montefquiou ,
en qualité d'engagifte du Domaine de Sa Majesté
dans un Droit de péage à raifon de cinq deniers
fur chaque bête à pied fourché paffant en bâteaur
fur la riviére de Seine par la Ville deMantes , Gé- ›
néralité de Paris.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi , & Lettres
Patentes fur icelui , registrées en la Cour des
Aides le 3 Août 1745 , portant prorogation.
pendant la préfente guerre ,, de l'entrepo: des
Marchandifes & denrées deftinées pour le commer--
ce des Iles & Colonies Françoifes . Données à Verfailles
le 4 Mai 1745.
Hvj
180 MERCURE DE FRANCE.
me-
ARREST du Confeil d'Etat du Roi du 7
Août , qui ordonne que les Marchands & autres
qui feront arriver des bois ouvrés à bâtir ,
nuiferie , fciage & charronage dans la Ville ,
Fauxbourgs & Banlieue de Paris , feront tenuş
de rapporter des Lettres de voiture paffées devant
Notaires , contenant les quantités de morceaux
de bois , leurs qualités & leurs réductions en piéces
& en toifes , qu'ils repréfenteront aux Commis
qui font la perception des Droits établis fur
le bois , & qu'ils feront en outre tenus de faire
des Déclarations aux differens Bureaux de recette
defdits Droits , relativement auxdites Lettres de
voiture , par quantités , qualités & réductions en
piéces & en toifes : le tout à peine de confifcation
& de cinq cent livres d'amende .
ORDONNANCE de M. l'Intendant de
la Généralité de Paris du 9 Août , qui fait défenfes
à toutes perfonnes de s'affembler les jours
de fêtes patronales ou autres jours , dans les Paroiffes
de ladite généralité , pour jouer aux jeux
de hafard , &c.
ORDONNANCE du Roi du 10 Août ,
pour augmenter les cinq Compagnies de Mineurs ,
d'un Capitaine en fecond & de vingt-cinq hommes
, & les cinq Compagnies d'Ouvriers d'un
Sous-Lieutenant & de vingt hommes,
ORDONNANCE du Roi du même jour
pour la fuppreffion du fupplément de folde confer
vé aux Sergens , Caporaux & Anfpeffades de Milice
incorporés dans plufieurs Régimens en conféquence
des Ordonnances des 25 Avril 1742 &
as Janvier 1743.
DECEMBRE 1745. 181
ARREST du Confeil d'Etat du Roi du 14
Août , qui caffe cinq Sentences de l'Election de
Doulens des 6 Mai , 3 & 23 Juin derniers , pour
n'avoir prononcé que la confifcation de quelquesonces
de faux Tabac faifies fur cinq particuliers ,
avec dépens , & les avoir renvoyés à fe pourvoir
au Confeil fur l'amende , fous prétexte que l'Or
donnance de 168 n'en prononce point pour les
faifies domiciliaires au deffous d'une livre , quoique
les Reglemens rendus depuis établiffent mille
livres d'amende contre ceux qui s'en trouveront
faifis , de quelque maniere & en quelque quantité
que ce foit :
Ordonne la confifcation des Tabacs faifis fur les
nommés François Ranfon , Manouvrier à Couteville
, François Gambard demeurant à Acheax ,
François Holville Laboureur aux Fermes de Val-
Heureux , Gedeon Bardon berger au Village de
Fienvillers , & Gafpard Douchet Maître Perruquier
à Doulens : les condamne chacun en mille livres
d'amende , & fait défenfes aux Juges de ladite
Ville de rendre à l'avenir de pareilles Sentences ,
fous telles peines qu'il appartiendra.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi du 21
Août , qui permet pendant une année l'entrée
dans le Royaume , des Beurres venant d'Angleterre
, d'Ecoffe & d'Irlande , & ce en payant les
Droits qui font dûs.
ORDONNANCE du Roi du 25 Août
pour augmenter d'un Bataillon le Régiment d'In
fanterie d'Anjou.
ORDONNANCE du Roi du même jour
182 MERCURE DE FRANCE.
pour augmenter d'un Bataillon le Régiment d'Infanterie
de Bretagne .
ORDONNANCE du Roi du même jour
pour augmenter d'un Bataillon le Régiment d'Infanterie
de Montmorin.
ORDONNANCE du Roi dumême jour
pour augmenter d'un Bataillon le Régiment d'Infanterie
de Brancas.
ORDONNANCE du Roi du même jour
pour augmenter d'un Bataillon le Régiment d'Infanterie
de la Reine.
ORDONNANCE du Roi du même jour
pour augmenter d'un Bataillon le Régiment d'Infanterie
d'Artois.
ORDONNANCE du Roi du même jour
pour augmenter d'un Bataillon le Régiment d'Infanterie
de la Sarre.
ORDONNANCE du Roi du même jour
pour augmenter d'un Bataillon le Régiment d'Infanterie
de Montboilier , ci-devant Gondrin ,
ORDONNANCE du Roi du même jour
pour la confervation des nouveaux Bataillons 'des
Régimens de Limofin ,, Bourgogne , Medoc &
Ponthieu , formés en 1743 & 1744, & pour ré.
gler le traitement qui doit fervir à rétablir les
anciens Bataillons échangés de ces Régimens .
ORDONNANCE du Roi du même jour
pour conferver la paye jufqu'au dernier Octobre
DECEMBRE 1745. 183
1746 , aux Sergens , haute payes & Brigadiers
qui fe trouveront furnuméraires dans les Régimens
qui ont fervi en Boheme & en Baviere , par l'échange
de ceux qui étoient prifonniers ; & pour
conferver de même aux Maréchaux des logis furnuméraires
leurs appointemens juſqu'à leur remplacement.
ORDONNANCE du Roi du même jour
pour augmenter d'un Bataillon le Régiment d'Infanterie
de la Roche- Aymon.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi du 28
Août , rendu au fujet du Privilége ci - devant accordé
pour l'impreffion de l'ouvrage intitulé , Dictionnaire
Univerfel des Arts & des Sciences .
ARREST du Confell d'Etat du Roi du 30
Août , concernant la liquidation de la retenue des
fix deniers pour livre , qui fe fait au profit des Invalides
de la Marine fur les prifes faites en¡Mer.
ORDONNANCE du Roi du 25 pour augmenter
d'un Bataillon le Régiment d'Infanterie de
Rohan , ci -devant Aubeterre .
ORDONNANCE du Roi du 30 pour
régler le nombre des Officiers de fes Troupes de
Cavalerie & de Dragons qui auront congé par
femeitre.
ORDONNANCE du Roi du même jour pour
régler le nombre des Officiers de fes Troupes d'Infanterie
Françoife qui auront congé par femeftre .
DECLARATION du Roi du 12
184 MERCURE DE FRANCE.
Septembre portant aliénation des Droits fur les
bois quarres à bâtir , fciage & charronage , fur
les veaux , fur la volaille , gibier , cochons de
fait , agneaux & chevreaux , fur le charbon de
bois , fur le foin , & fur le bois à brûler.
DECLARATION du Roi du 14 Septembre
, qui fixe & regle les délais des comptes
du Dixiéme à rendre par les Receveurs Généraux
des Finances & autres Comptables , pour le quar
tier d'Octobre 1741 , & années 742 , 1743 ;
1744 & 1745.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi du même
jour portant Reglement au fujet des pours
fuites ou procédures faites ou à faire par ceux
qui prétendent avoir des Droits de propriété ou
de créance à exercer fur les biens des Religionnaires
fugitifs étant en régie , & au fujet des Juges
qui en doivent connoître.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi du même
jour pour la Rectification de differentes erreurs
de noms , d'états des perfonnes , & de condi
tions des conftitutions , dans plufieurs parties de
Rentes purement viageres & de Tontine des deux
Loteries Royales établies par Edits des Mois de
Janvier & Fevrier 1743 .
ARREST du Confeil d'Etat du Roi du méme
jour portant confirmation des opérations de
la Loterie Royale , établie par Arrêt cu Confeil
du 5 Novembre 174 ;, & Reglement fur les comptes
qui doivent en être rendus par les Notaires
au Châtelet de Paris qui en ont fait la recette
particuliére,
DECEMBRE 1745. 18%
ARREST du Confeil d'Etat du Roi du mê→
me jour pour la Rectification de dix-huit parties
de Rentes des Tontines créees par Edits des mois
de Janvier & Fevrier 1743 , dans lesquelles ily
avoit erreur d'âge & de claffe .
ARREST du Confeil d'Etat du Roi du même
jour , qui modére au tiers les Droits des Trai
tes , fubvention par doublement , jauge & courtage
, anciens & nouveaux cinq fols , & courtiers
jaugeurs , fur les vins du crû de la Châtellenie
de Chantoceaux , que les hahitans d'icelle feront
paffer en Bretagne.
ORDONNANCE du Roi du 15 Sep
tembre pour défendre aux Troupes de Sa Majefté
qui entreront dans le Royaume , ou qui aue
ront ordre de paffer d'une Province dans une
autre , de fe charger d'aucunes Marchandifes , faux
fel , ni faux tabac , fur les peines y contenues.
ARREST du Conſeil d'Etat du Roi du 28
Septembre , concernant les faifies qui ont été &
feront faites à la Requête de Maurice Charvre &
de fes prépofés , fur les Tréforiers , Receveurs ,
Payeurs des gages , Fermiers , Locataires , Séqueftres
, Dépofitaires & autres Débiteurs des gages ,
rentes & autres revenus des Officiers qui ont été
ou feront compris dans les Rôles arrêtés au Conſeil
en exécution des Edits du mois de Fevrier 1745*
DECLARATION du Roi du 3 Octobre
, en interprétation de celle du 3 Décembre
174 , concernant l'entretien des Lanternes , des
Pompes & du nettoyement des rues de la Ville
de Paris.
186 MERCURE DE FRANCE.
ARREST de la Cour des Monnoies du 11
Octobre qui déclare les nommés François Duchefne
, dit Mcirand , Eliſabeth Lefevre , dite Babeth,
Jacques Leroux , dit Vernier , & Gilbert-
Gobert Dhont , düement atteints & convaincus
du crime de fabrication & expofition de faux
Louis , pour réparation de quoi les condamne à
faire amende honorable & enfuite pendus : Surfeoit
au jugement des autres accufés jufqu'après
l'exécution.
ORDONNANCE du Roi du 15 Octobre
, pour continuer de proroger pendant un an
la fufpenfion des congés d'ancienneté dans les
Troupes.
OR DONNA Ń C E du Roi du 16 Octobre
, portant creation d'un Régiment de Troupes
légeres , tant à pied qu'à cheval , fous le nom des
Fufiliers de la Morliere.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi , du 19
Octobre , qui ordonne que ceux des Officiers des
Elections & Greniers à fel qui n'auront pas payé
'dans le courant du mois d'Octobre , la moitié
des fommes pour lesquelles ils font compris aux
Rôles , feront déchûs de plein droit de tous les
honneurs , droits , émolumeus , priviléges, exemptions
& prérogatives à eux attribués , & notamment
de l'exemption de taille ; en conféquence
qu'ils y feront impofés pour l'année 1946 & les
fuivantes , comme taillables , & en cette qualité
compris aux Rôles des Villes & Paroiffes où ils
font leur réfidence : Comme auffi qu'ils demeuréront
déchûs de l'exemption de la Milice eux
DECEMBRE 1745 .
187
& leurs enfans , fdu Guet & Garde , logement
de gens de guerre , uftenfile & fourrages , & autres
charges des Villes fans aucune exception .
བ
à
ORDONNANCE de M. l'Intendant de
la Généralité de Paris du 28 Octobre , qui accorde
un nouveau délai de fix mois , compter
du premier Juillet 1745 , pour la marque des Ouvrages
de Bonneterie au métier , qui fe fabriquent
à S. Arnould & autres Paroiffes de l'Election de
Beauvais.
JUGEMENT rendu par M. le Lieutenant de
Police le 29.
DE PAR LE ROI, & M le Lieutenant
Général de Police de la Ville , Prevôté & Vicomté
de Paris , Commiffaire député du Confeil en cette
partie.
JUGEMENT au profit de Maître Dominique-
Antoine Huel Fermier du fol pour livre &
autres Droits qui fe perçoivent fur les beftiaux
vendus dans les marchés de Sceaux & de Poiffy.
Contre les nommés Prevôt & David , Marchands
Bouchers à S. Germain en Laye.
Qui déclare valable la faifie für eux faite de
cinq boeufs par eux déclarés achetés hors lefdits
marchés les condamine à la repréſentation d'iceux
, ou à payer audit Huel la fomme de cinq
cent foixante dix livres , à quoi ils ont été eftimés :
Fait défenfes auxdits Prevôt & David , & à
tous autres Bouchers d'acheter aucuns beftiaux
ailleurs que dans lefdits marchés de Sceaux &
Poiffy :
Les condamne en cinq cent livres d'amende
chacun , & aux dépens.
188 MERCURE DE FRANCE
ORDONNANCE du Roi du 31 Octo
bre , portant Reglement fur les décomptés de l'Infanterie
du premier Novembre 1745 au dernier
Avril 1746.
ORDONNANCE du Roi du premier
Novembre pour réduire le Régiment Royal-Lor .
raine à deux Batai.lons , & créer un nouveau Ré
giment de deux Bataillons , avec grand Etat- Ma→
jor , fous le titre de Royal- Barrois .
ORDONNANCE du Roi du même jour
pour régler le rang du Régiment Royal -Barrois .
ORDONNANCE du Roi du même jour
portant Reglement fur les décomptes de la Ca
valerie Françoife & Etrangère , & des Dragons
du premier Novembre 1,45 au dernier Avril
1746
***** *** *** * 394 +++ *3 #
RECAPITULATION GENERALE DES
Baptêmes, Mariages, Mortuaires,& Enfans
Trouvés de la Ville & Fauxbourgs de Paris
& de toutes les Maifons Religieufes d'Hommes
& de Filles , pendant l'Année 1744.
Moss. Baptimes . Mariages Morts Enfans
Trouvés
Janvier. • • 1548 448
1737 272
Février • 1654 716 1570 289
Mars. > 1807
88 1675
294.
Avril 1514 291 1746 251
Mai. 1470 359
1493 262
Juin
• 1499 1208
327 229
Juillet , 1416 361
1040
251
Λούτ Août... ? 1603 344 927 2211
Septembre.. 1579 378 1126
230
Octobre .. 1448 315 1077 244
Novembre .. 1399
505 1059 270
Decembre. 1381 78 1272 221
Total 18318 4210 15930 3034
Au Cimetiere des Etrangers
Dans toutes les Maifons Religieufes,
tant d'Hommes que de Filles ,
t il y a eu en l'année 1744.
Total général
Partant le
nombre des
Baptêmes de
l'année 1744
excede celui
des Morts de
Il y a eu en
1743
2113
269
16205
Baptêmes. Mariages, Morts. Enfans
Trouvé s
17873 5143 19033 3101
Le nombre Celui Celui Celui des
dés Baptêmes des Ma- des Enfans
de l'année
riages
Morts Trouvés .
1744, eft eft di- eft di- eft dimiaugmenté
de minué minué nué de
celui de 1743
de 445
de de 2828 67
833
TABL E.
PIECES FUGITIVES en Vers , & en Profe
, Epitre aux Dieux Penates
Rondeau
4
13
Saillie à M. l'Abbé d'Ale ***; en réponſe d'une
lettre envoyée à l'Auteur
Impromptu
Suite de la lettre d'un Militaire
Bouquet pour Manon M ***,
Vers à M ** . pour le jour de fa Fête
Ode Anacréontique
14
16
17
18
29
39
Suite de la Séance publique de l'Académie de
Chirurgie
Les deux Chaffeurs & le Daim , Fable
32
44
Suite de la Semonce de M. Soubeiran de Scopon 45
Suite de la Séance publique de l'Académie de
Rouen 62
Programme du Prix de la même Académie pour
1746
Vers à M. le Marquis de Gontaut
Traduction d'une piéce de Catulle
Suite & conclufion du Conte Turc
81
82
83
84
Nouvelles Littaires , des Beaux Arts &c. La Prati
que univerfelle pour la rénovation des Terriers
& c . 103
Chynie Hydraulique
105
Pelerinage du Calvaire Ibid.
Livres nouveaux fur l'Art Militaire & c. Ibid.
Livres étrangers & c . 113
La Bible gravée en 525 Planches 120
J. Viruze Danois.
123
Suites de Médailles de Bronze à vendre
Séance publique de l'Académie des Belles Lettres ,
Extrait
Explication des deux Enigmes & du Logogryphe
d'Aouft
Mots des Enigmes de Novembre
Enigme & Logogryphes
Chanfon notée
126
136
137
Ibid.
140
Spectacles. Extrait du Temple de la Gloire 141
L'Efclave nouvelle Piéce Italienne 153
Alzaide nouvelle Piéce repréſentée ſur le Théatre
François
Nouvelles de la Cour de Paris & c.
Queſtion propofée
Problême de Chymie
Prifes de Vaiffeaux
Nouvelles étrangeres , Turquie .
Ibid.
161
161
162
163
165
Extrait d'une Lettre de Conftantinople , ibid.
Autre Lettre de Conftantinople du 1 Septembre
165
Extrait d'une lettre écrite par M. Delobert 171
Arrêts Notables .
176
Recapitulation générale des Baptêmes , Mariages,
&c. de Paris en 1744. 189
Chasfon Notée doit regerder la page 1404
De l'Imprimerie de ROBUSTEL , rue do
La Calendre près le Palais , 1745.
MERCURE
DE FRANCE
DÉDIÉ AU ROI.
DECEMBRE 1745 .
SECOND VOLUME.
IGIT
UT
SPARG
LYON
DE
LA
VILLE
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER
rue S. Jacques.
Chés La Veuve PISSOT , Quai de Conty
à la defcente du Pont- Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais.
M. DCC . XLV.
Avec Approbation & Privilége dn Roi
A V IS.
L'A
ADRESSE générale du Mercure eft
à M. DE CLEVES D'ARNICOURT
rue du Champ-Flui dans la Maifon de M.
Lourdet Correcteur des Comptes au premier
étage fur le derriere entre un Perruquier & un
Serrurier à côté de l'Hôtel d'Enguien . Nous
prions très-inftamment ceux qui nous adrefferont
des Paquets par la Pofte , d'en affranchir
le port , pour nous épargner le déplaifir
de les rebuter , & à eux celui de ne
pas voir paroitre leurs ouvrages.
Les Libraires des Provinces ou des Pays
Etrangers , qui fouhaiteront avoir le Mercure
de France de la premiere main , & plus promptement
, n'auront qu'à écrire à l'adreſſe ci- deſſus.
indiquée ; on fe conformera très- exactement à
leurs intentions .
Ainfi il faudra mettre fur les adreffes à M.
de Cleves d'Arnicourt , Commis au Mercure
de France rue du Champ- Fleuri , pour rendre
à M. de la Bruere .
PRIX XXX . SOLS
MERCURE
DE FRANCE.
DÉDIÉ AU ROI.
DECEMBRE
1745 .
PIECES FUGITIVES
en Vers & en Profe .
BOUQUET à ***.
Ce Bouquet que je vous donne
Je joins un hommage affés doux ,
C'eft celui d'un coeur qui fans vous
Peut- être n'eût aimé perfonne ,
Non que déja de l'amitié
Je n'euffe éprouvé cet empire
Qui nous fait être de moitié ,
II. Vol.
A ij
4 MERCURE DE FRANCE.
}
Avec un ami qui foupire ,
Craint , jouit , efpere ou défire ,
Mais ce fentiment plus flateur
Plus intime & plus féducteur
Que le goût forme & renouvelle ,
Fenchant plus fort que les fermens ,
Penchant& toujours refpecté du tems
Qui ne le rend que plus fidéle ,
Sans vous je l'aurois ignoré ;
Même à préſent , en vérité ,
J'ignore comment il s'appelle ,
Et quelquefois je ſuis tenté
De le prendre pour cette flamme ,
Qu'Amour fçait verfer dans notre ame ,
A dire vrai , c'eſt là d'abord
Ce qu'on trouve de mieux à dire ,
Mais pourtant après quelque effort ,
Dans le fentiment qui m'infpire
On découvre un autre reffort
Moins violent mais auffi fort ,
Plus de douceur , moins de tranſport ,
De la tendreffe fans délire ,
Et toujours la raifon d'accord
Avec ce que mon coeur défire ,
Mais ce qui le diftingue mieux ,
De ces tranfports prodigieux
Qui font la gloire d'une belle ,
C'eft ue toujours il durera ,
DECEMBRE 1745 .
Et jamais ne s'affoiblira ,
Dites moi comment il s'appelle ?
LE
MADRIGAL.
E Dieu d'Amour avare en fes largeffes ,
En vous donnant le droit de tout charmer ,
Au don de plaire il borna vos richeſſes ,
Et referva pour moi celui d'aimer .
"
, Ces deux talens ont befoin l'un de l'autre
Et le meilleur s'il eft feul , ne vaut rien.
Daignez connoître enfin le prix du mien ,
Ou donnez - moi , Lucinde , un peu du vôtre .
LETTRE de M. D. G.
FAire ceffer la douleur qui vous mine
Aifé feroit à Meffer Apollon.
Carbien fçavez que docte en Médecine
Autant eft-il qu'expert en Violon ,
Mais ne croyez qu'il s'empreffe à le faire.
Si l'ignorez , tout le noeud de l'affaire
Vous débrouiller puis- je de point en point ,
Trop m'êtes cher pour vouloir vous rien taire.
Oyez ; le Dieu ne me dédira point .
Lorsque vous plaît , fans fueur & fans peine
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
Vers excellens coulent de votre veine ,
Mais ne vous plaît jamais , fors quand le mal
Au lit vous tient . Lors , certes , c'eft merveille
Comme imez ; copie , original
Egalement enchantent notre oreille ;
Mais une fois lå fanté de retour ,
Adieu Phoebus , ferviteur à la Lyre :
Le coeur , l'efprit , le corps , tout ne refpire
Que le plaifir , la pareffe , & l'amour .
Vous voilà pris . Trifte eft la conjoncture ,
Car n'espérez qu'il penfe à votre cure ,
Tant que de vous Vers exquis & nouveaux
Croira tirer ; de femblables morceaux .
Sçavez qu'il eft friand outre meſure ,
Partant ne fçais pour foulager vos maux
Remede aucun , fors que fuiviez , beau fire ,
Le mien confeil dont bien vous adviendra .
Changer vous faut votre façon d'écrire ,
Prendre la mienne , & bien puis vous prédire
Que la fanté foudain vous reviendra .
REPONSE à la Lettre précédente.
Bien
Ien avez l'art de galamment écrire ,
Et tiens pour fûr que le Roi des rimeurs
DECEMBRE. 1745.
7
Le bon Marot , ce maître du bien dire ,
Tranſmis vous a la fouveraine Lyre ,
Dont à bon droit il charmoit tous les coeurs ;
Mais à louer par trop êtes facile ,
>
Et m'ébahis comme en champ ſi ſtérile
Puiffent par vous germer fi belles fleurs
Or voyez bien que ce champ infertile ,
C'eft moi chetif , que votre Mufe habile
Sçait accoutrer des plus riches couleurs ,
Si que chacun me voyant de la forte
Ne fonge plus que je ne vau de rien ,
Et que moi- même , ou le Diable m'emporte ,
En vous lifant à peine m'en fouvien.
Vous dites donc en vos cajoleries
Que de Phoebus je ne dois espérer
De voir jamais mes fouffrances guéries ,
Tant que le mal qu'il me faut endurer ‚
Source fera de tant d'oeuvres cheries
C'eft -là le los dont vous plait m'honorer ,
Mais entre nous font- ce point mocqueries ?
Me pourriez-vous de bon jeu célébrer
Sihautement ? oui ce font joncheries ;
Or pouvez voir qu'en fait de tromperies
Ne ferai court & vous les rendrai bien .
Novice encor ne fuis en cet ufage ;
Défiez vous à donc de mon langage ;
Je vous le dis ; ne me croyez en rien
Hors en un point qui ne fera frivole ,
A iiij
8 MERCURE DE FRANCE.
Et ce point là franc comme Paladin ,
C'est quand mon coeur vous donnera parole
De vous aimer fans mefure & fans fin .
IMITATION de l'Ode VIIIe , du zer
Livre d'Horace . Quid Bellicofus , &c .
Q Ue l'Anglois jaloux nous outrage ;
Qu'il s'anime aux plus fiers combats ;
Que la guerre , que les frimats
Signalent à l'envi leur rage ,
J'attendrai fans le prevenir ,
Le fort que le Ciel me prépare ;
Jamais mon efprit ne s'égare
Dans l'abime de l'avenir.
La Nature à fes loix fidelle
N'eft qu'un cercle de changemens ;
Les jours , les faifons , & les ans ;
Tout périt & fe renouvelle.
Bien-tôt la joye & les amours
Nous fuiront d'un vol trop rapide ;
Je yois déja la Parque avide.
Filer à regret nos beaux jours .
DECEMBRE.
9 1745
Ne chargeons point notre penſée
D'inutiles & vagues foins
Qui fous le poids des faux befoins]
Accablent une ame inſenſée ;
Faifons un plus aimable choix ,
Que les plaiſirs & la molleffe
Soient l'organe que la Sageffe
Emprunte pour dicter fes loix.
Au pied de ces Plânes champêtres
Voluptueufement affis ,
Paffons à table fans foucis
Le moment dont nous fommes maîtres.
Ceignons nous des plus belles fleurs ;
Bûvons , & qu'une douce yvreffe
Par fa puiffance enchantereffe
Nous cache s'il eft des malheurs .
Que la Nayade fugitive
Qui s'égare entre ces rofeaux ,
Rafraichiffe au fein de fes eaux
De ce vin l'ardeur exceffive .
Célébrons Bacchus tour à tour ;
Qu'il foit l'ame de notre Lyre ,
Mais dans notre aimable délire
Gardons-nous d'oublier l'amour.
A Y
ΙΟ MERCURE DE FRANCE.
Viens Philis fous ce frais ombrage ;
Hâte toi du combler nos voeux ,
Laiffe flotter tes blonds cheveux
Au gré du Zéphire volage ;
Viens former les plus doux accens ;
Rivale du Dieu de la treille ,
Partage avec la bouteille
La gloire de charmer nos fens.
LA
OD E.
A Sageffe & la folie
Ne different que de nom ;
Tout eft caprice en la vie ;
Rien ne fe fait par raifon .
Dans fa freneſie auftere
Le Philofophe préfere
A la douceur des plaifirs
L'orgueil fecret & fevere
De regner fur fes defirs .
Une plus douce manie
Occupe mes heureux jours ;
A Bacchus je facrifie ,
Et plus encor aux Amours.
DECEMBRE 1745 .
II
Je n'ai d'autre fantaiſie
Que de jouir de ma vie
Tant qu'en durera le cours ;
C'eft là ma Philofophie ,
Et je veux chanter toujours ,
La Sageffe & la folie
Ne different que de nom ;
Tout eft caprice en la vie ;
Rien ne fe fait par raiſon.
EXTRAIT d'une Lettrede S. E. Mgr . le
Cardinal Quirini , au fujet du Poëme de
M. de Voltairefur la Bataille de Fontenoy
E
Piftolæ ifti Brixianis typis , quod jam
vidiftis , excufæ , ut ex Romanis additamentum
accedat , in caufa eft celebris
Volterii veftri Gallicum Poëma , quod mihi
ab Authore cum humanilinis Literis datis
die decimofeptimo Augufti proxime præteriti
tranſmiſſum , accepi , jam iter Romanum
ingreffus , in oppidulo Caſtri Novi
Veronam verfus tricefimo circiter lapide
difiti ab urbe Brixia. Avide ftatim illud evolvere
coepi , eaque lectio mirifice adeo animum
meum recreavit , ut injectam mihi fenferim
cupiditatem periculum faciendi , num
A vj
12 MERCURE DE FRANCE.
vel inter iter illud habendum aliquos ejus
Poëmatis verfus Latinis reddere valerem.
Subiti hujus experimenti teftes habeo , primo
quidem Clariffimum Sodalem noftrum
Scipionem Mafleum , cum quo , altero mei
itineris die , verfionis à me tumultuarie elaboratum
initium , pro magna quæ inter nos
intercedit ftudiorum neceflitudine ,' communicandum
duxi , deinde ipfum Volterium
cui , vix Ferrariam advectus , debitum gratiarum
officium perfolvens , meis literis eo
munere fungentibus illud ipfum initium co- .
pulavi , ratus , non alia clarius ratione à me
eidem explicari poffe , quanto in pretio habuiffem
donum , quo fueram abipfo honeftatus
. Quod autem in more mihi fit , dum
Brixia Romam pergo , & dum Roma Brixiam
revertor , literas mecum peregrinantes adhibere
, indeque novæ alicujus lucubrationis
argumentum animo verfare , atque illam , ut
primo iter abfolvi, in publicam lucem emittere
, in iis literis expofitum fuiffe reperietis ,
quas ante triennium dedi ad Cardinalem de
Fleuri , quæque tertium locum obtinent in
prima Decade Latinarum mearum Epiftolarum.
Hunc ipfum morem à me confianter
fervari , ii facilius fibi perfuadebunt , qui-
' bus innotuerit, quod de mei illius itineris ratione
nuperrime Hage Comitum vulgatum
DECEMBRE. 1745. $3
cement de
eft , nimirum ipfum à me peragi ftatis temporibus
confuevifle , en petit train de Prince,
& à pas d' Ambaffadeur , ceft-à- dire , fort doupear
de m'incommoder ; quis enim'
non videt, molliter itinerandi rationem iftam
hand ægre admittere ut mihi tempus mcduf
que fuppetant , literariam aliquamopellam
feu durn curru vehor , feu dum in diverforiis
fubfifto , concipiendi ac procreandi ? Stu
dii autem genus , quo nuperrimum iter
meum oblectavi , certo confido , oculis veftris
modo exhibitum benigne à vobis excipiendum
; quandoquidem ad bellicam Nationis
veftræ gloriam amplificandam conducat.
Conducet etiam , ut video , novis
fcommatibus Haga Comitum vulgandis
dum ftatim jactabitur eum , qui omni ope
enititur , ut paffim habeatur , le Phoenix des
beaux efprits , l'Aigle de la Theologie , le Coriphée
des Sçavans , la Perie des Prelats ,
modo fatagere , ut , hederis caput velatus ,
Poëtarum etiam choro mifceatur ; nihilque
abfuturum, quin, il ſe défole, s'abandonne à la
colere la plus impetueufe, au reffentiment le plus
vif, fi l'on voudra rabattre un peu auffi de
cette nouvelle faftuenfe idée. Noftis , ut arbitror
, intemperias , unde ifta rifu digniffima
fluxerunt. Ego vero , qui novi mecum
habitare , fatis bene , ut ad Volterium
jam fcripfi , agi mecum putabo , fiquæ Mu14
MERCURE DE FRANCE.
fa mea lufit , dum fublimis geſtarer , ea ſermone
pedeftri ceciniffe minime infimulari
poffim. At miffis jocofis quæramus feria ,
cujus modi certe eft præftantiffimum Carmen
Volterii , infcriptum , le Poëme de Fontenoy
; quod fi dixero novem calatum Mufis
Opus , nullus dubito , dicti hujufce mei plerofque
omnes Academiæ noftræ Socios fuffragatores
adfuturos. Volterii primo verfus
recitabo , deinde Latinam interpretationem
intexam , Gallicæ fcilicet Purpuræ vilem
meum pannum.
Quoi , du fiécle paffé le fameux Satyrique ,
Aura fait retentir la trompette heroique ,
Aura chanté du Rhin les bords enfanglantés ,
Ses défenfeurs mourans , fes flots épouvantés ,
Son Dieu même en fureur effrayé du paſſage ,
Cedant à nos ayeux ſon onde & fon rivage !
Et vous , quand votre Roi , dans des plaines de
fang
Voit la mort devant lui voler de rang en rang ,
Tandis que de Tournay foudroyant les murailles ,
Il fufpend les affauts pour courir aux batailles ;
Quand des bras de l'Hymen s'élançant au trépas
,
Son fils , fon digne fils , fuit de fi près fes pas ;"
Vous , heureux par fes loix, & grands par fa vaillance,
DECEMBRE 1745. 13
Français , vous garderiez un indigne filence ?
Venez le contempler aux champs de Fontenoy :
O vous , Gloire , Vertu , Déeffes de mon Rot?
Redoutable Bellone , & Minerve cherie ,
Paffion des grands coeurs , amour de la patrie ,
Pour couronner Louis prêtez - moi vos lauriers :
Enflâmez mon efprit du feu de nos guerriers
Peignez de leurs exploits une éternelle image.
» Ergo ne præteriti Satyris Mufa inclita fæcli
» Heroicæ clangore tubæ compleverit auras,
Sparfa canens Rheni atro litora fanguine, cæfofque
Ejus cuftodes , nec non vada territa , & horum
» Numen turbatum , atque furens , quod cerneret
undas ,
» Et ripas aditum Patribus permittere noftris ?
» Et vos , qui veftrum Regem fpectatis aperta
» In Loca profiliiffe , ubi cuncta cruore madef
cunt ,
» Ante ejus volitatque oculos ubi mortis imago
» Plurima , Tornaci dum muros fcilicet itu
» Sternere fulmineo aggreffus , jubet illico coep
tis
» Paullatim abfiſti , tentandaque prælia præfert ;
» Dumque una Natus fe proripit ex Hymenei
Complexu ad funus , caput objectare periclis
» Nil veritufque , terit propius veftigia Patris ,
16 MERCURE DE FRANCE.
» Ne proles indigna fuo genitore feratur ,
>> Vas , inquam , Galli , vos tanti Principis æque
» Quos magnos arma efficiunt , ac jura beatos ,
Non pudeat decora hæc tam grandia , & alta filere
?
» Fonteneis vifum in campis accedite Regem ?
» Huc adfis virtus , adfis huc gloria , Regis
» Numina quippe mei , Bellona ferox , & amica
Pallas , amor patriæ magnorum cura animorum.
» Utendas præbete , precor , veftras mihi lauros ,
» Unde queam capiti Ludovici intexere fertum .
» Noftrorum Heroum igne meam fuccendite mentem
,
Pingite & æternum horum virtutis fimulachrum.
Cura à me infumpta in primam hanc Poëmatis
partem vertendam , adeo , ut verum
fatear , animum meum titillavit , ut fingulari
ftatim defiderio incenfus fuerim ulterius
in eo labore progrediendi , imo vero , fi
fieri poffet , à capite ad calcem ejuſdem
Poëmatis verfionem conficiendi , antequam
iter abfolverem. Hæc , inquam ,. cupiditas
animum meum blande tentabat , præfertim
quod maxime mihi arrideret Volterii propofitum
in celebrandâ gentis fuæ gloriâ ,
quin exteris nationibus , adverfus quas illa
pugnaverat , ullam ignominiæ labein inurefet
. Hoc ille propofitum in Carminis fui
DECEMBRE 1745 17
Præfatione fat aperte declaravit , namque
ibi fcribit , On a peint ( loquitur de fuo Poëmate
) avec des trais vrais , mais non injurieux
les Nations dont Louis XV. a triomphé.
D'e Hungariæ vero Regina in hunc modum ,
La Reine de Hongrie , qui ajoûte tant à la
gloire de la Maifon d'Autriche , fçait combien
les Français refpectent fa perfonne & ſes vertus
, en étantforcés de la combattre. De Anglorum
virtute hæc habet. On n'a pas moins
loué la valeur & la conduite de cette Nation
&furtout on n'a cité le nom de Monfieur le Duc
de Cumberland , qu'avec l'éloge que fa magnanimité
doit attendre de tout le monde. Tandem,
On a taché que cet ouvrage fût'un monument
de la gloire du Roi , & non de la honte
des Nations dont il triomphe . Adeo æquum,
adeo fapiens Volterii propofitum , etfi novo
me ftimulo , præter Carminis illius excellen-1
tiam , invitaret , ut hanc mihi legem præfcriberem
, ne Romam ingrederer , nifi abfolutâ
totius Poëmatis verfione , artamen cur
ardor ille meus refrigefceret , in caufâ fuit
propriorum nominum eorum fcilicet ,
quorum maxime virtus enituit in pugnâ eo
Poëmate defcriptâ ) quædam veluti phalanx,
quæ fubinde meam in Mufam incurrebat ,
curantemque nomina illa unico quandoque
verfu , quod ita Poematis ftructura ferret, includere
, adeo perterrefaciebat , ac territos fuif
18 MERCURE DE FRANCE .
fe hoftes à fortiffimis iis ducibus enarrat Poëta.
Itaque ab ea cogitatione divelli coactum
me fenfi , quin tamen ejus Poëmatis lectionem
omnino dimitteren. Quare refumpto
identidem in manus libello , facile paffus
fum , ut mea Mufa modo huc modo illuc ,
nimirum quacumque ei magis libebat , exfpatiaretur.
Ea igitur recitatis modo verfibus ,
qui PoëmatisPræparationem conficiunt , haud
ægre primo novem alios adjunxit , qui eofdem
proxime , nullo fcilicet intervallo , fubfequentes
, Actionis exordium conftituunt.
Sunt autem hujufmodi .
Vous m'avez tranfporté fur ce fanglant rivage ,
J'y vois ces combattans , que vous conduisez tous :
C'est là ce fier Saxon qu'on croit né parmi nous
Maurice qui touchant à l'infernale rive ,
Rapelle pour fon Roi fon ame fugitive ,
Et qui demande à Mars dont il a la valeur ,
De vivre encor un jour & de mourir vainqueur .
Confervez , juftes Cieux , fes hautes deſtinées ,
Pour Louis & pour nous prolongez ſes années.
» Hanc , ducibus vobis , perfufam fanguine ripam
Attigi , ubi afpicio turmas , quæ veftra fequuntur
Signa , ubi Saxo ferus , noftræ quem ftirpis alumnum
DECEMBRE 1745 19
»Dixeris , infernas jam jam ceffurus ad umbras ,
» Mauritius , Regis caufâ , revocat fugientem
ל כ
Jam jam animum , Martemque rogat , cujus
vigor illi ,
» Addatur lux una fibi , victorque recedat.
>> Dî jufti , fervate hominis fublimia fata ,
» Sitque diu Regis , noftrûmque ad commoda
fofpes.
Mox vero Actionem ipfam difcribit
Poëta , tres videlicet ob oculos ponit aggref
fiones , & in eis edita egregia virtutis tam à
Gallis , quam ab hoftibus argumenta , debitâ
cum laude concelebrat , recenfetque
quotquot fortiffime pugnantes occubuerunt :
ac poftea devolvitur ad potiffimum ejufdem
Actionis caput , fcilicet ad repræfentandum
Regem Ludovicum , ejufque Filium manifefto
vite difcrimini expofitos , remque
ita narrat :
Le feu qui fe déploye , & qui dans fon paffage
S'anime en dévorant l'aliment de fa rage ,
Les torrens debordés dans l'horreur des hyvers ,
Le flux impetueux des menaçantes mers ,
Ont un cours moins rapide , ont moins de violence,
Que l'épais bataillon qui contre nous s'avance,
Qui triomphe en marchant , qui le fer à la main
A travers les mourans s'ouvre un large chemin ;
to MERCURE DE FRANCE.
Rien n'a pu l'arrêter ; Mars pour lui fe déclare ;
Le Roi voit le malheur , le brave & le repare :
Son fils, fon feul efpoir ... Ah! cher Prince, arrétez;
Où portez vous ainfi vos pas precipités !
Confervez cette vie au monde néceffaire .
Louis craint pour fon fils , le fils craint pour fon
pere ;
Nos guerriers tout fanglans fremiffent pour tous
deux ,
Seul mouvement d'effroi dans ces coeurs gené-`
reux .
» Non ita qui late fefe explicat ignis , ubique
» Dum ferpens vires acquirit , cuncta voratque
» Quæ fatis apta fuo dederint alimenta furori ,
Non adeo torrens brumâ horrefcente per agros
» Qui ruit , irato pelago contingere fuevit
» Non ita qui fluxus , non hæc , inquam omnia curfu
Tam rapido volvuntur , & impete tam violento ,
Ac denfum adverfus nos quod fe exporrigit ag
men ,
Nam procedit ovans , & ei manus horrida ferro
» Largum pandit iter per corpora tradita morti ;-
» Nil obftare ipfi valuit , Mar's totus eidem
» Jam favet ; inde inftare fuis difcrimen apertum
» Rex videt , objurgatque illud , fortifque repellit.
Natus , fpes ipfi unica ... Care , o tu , quid agis
mi
Princeps ? Præcipitem quo te ducit tuus ardor ?
DECEMBRE. 1745. 21
Vitam orbi ferva , quam fervari eft opus orbi.
» Pro Nato Lodoix pavet , æque , & pro patre Natus
.
» At noftri Heroes madidi undique fanguine , fortera
1
Amborum veriti , trepidantque , fremuntque ;
pavoris
» Hic generofa unus pertentat pectora motus.
Mox autem fermone converſo ad ea militiæ
corpora , quæ conftituunt , quam abfque
ulla aliâ imagine Poëta appellavit , La Mai-
Jon du Roi , ita ipfa affatur.
Vous qui gardez mon Roi , vous qui vangez la
France ,
Vous , peuple de Heros , dont la foule s'avance ,
Accourez; c'eft à vous de fixer les deftins .
Louis , fon fils , l'Etat , l'Europe eft en vos
mains ,
Maifon du Roi marchez , affûrez la victoire.
>> Tu Regis cuftos , Regni tuque inclyta vindex ,
» Tu gens Heroum , cujus jam tendit in hoftes
» Turba , celer properato , tuum eft modo figere
fata.
Jam Lodoix , Natufque ejus , res publica , tota
> In manibufque tuis Europa eft ; exere robur ,
Quo polles invicta acies , pugna , atque triumpha,
22 MERCURE DE FRANCE.
Suis hujufmodi votis quomodo fauftus
eventus refponderit , pluribus verfibus profequitur
Poëta ; ac demum primo Noallium
compellat , eumque hortatur , ut milites
fuos jam fanguine expletos , jam cædibus
exfaturatos , triumphantes reducat , deinde
quotquot in eo triumpho egregiam ! audem
retulerant , alloquitur , totique Peomati
finem imponit.
Français , heureux Français , peuple doux & terrible
,
C'eft peu qu'en vous guidant Louis foit invincible ,
C'eft peu que le front calme , & la mort dans les
mains
Ilait lancé la foudre avec des yeux fereins ;
C'eft peu d'ètre vainqueur , il eft modefte & ten,
dre ,
11 honore de pleurs le fang qu'il vit répandre ;
Entouré des Héros , qui fuivirent fes pas ,
Il prodigue l'éloge & ne le reçoit pas ;
Il veille fur des jours hazardés pour lui plaire ,
Le Monarque est un homme , & le vainqueur un
pere :
Ces captifs tout fanglans portés par nos foldats
Par leur main triomphante arrachés au trépas ,
Après ces jours de fang , d'horreur & de furie ,
Ainfi qu'en leurs foyers , au fein de leur patrie ,
Des plus tendres bienfaits éprouvent les douceurs ,
DECEMBRE 1745 . 23
Confolés , fecourus , fervis par leurs vainqueurs,
Ograndeur verital le ! ô victoire nouvelle !
Eh! quel coeur ulceré d'une haine cruelle ,
Quel farouche ennemi peut n'aimer pas mon Roi ,
Et ne pas fouhaiter d'être né fous fa loi !
11 étendra fon bras , il calmera l'Empire :
Deja Vienne ſe tait , déja Londres l'admire :
La Baviere confufe au bruit de fes exploits ,
Gémit d'avoir quitté le protecteur des Rois ;
Naple eft en fûreté , la Sardaigne en allarmes :
Tous les Rois de fon fang triomphent par fer ars
mes ,
Et de l'Ebre à la Seine en tous lieux on entend ,
LE PLUS AIME' DES ROIS , EST AUSSI LE PLUS
GRAND .
Ah ! qu'on ajoûte encor à ce titre fuprême
Ce nom fi cher au monde & fi cher à lui- même
Ce prix de fes vertus qui manque à fa valeur ,
Ce titre augufte , & faint de Pacificateur !
Que de fes jours fi beaux , de qui nos jours dépen
dent ,
La courfe foit tranquille , & les bornes s'étendent .
Ramenez ce Heros , ô vous qui l'imitez !
Guerriers , qu'il vit combatre , & vaincre à fes
côtés ;
Les palmes dans les mains nos peuples vous atten
dent ;
Nos coeurs volent vers vous , nos regards you
demandent :
1
24 MERCURE DE FRANCE,
1
Vos meres . vos enfans , à vos defirs rendus ,
De vos perils paffés encor tout éperdus ,
Vont baigner dans l'excès d'une ardente allegreſſe ,
Vos fronts victorieux de larmes de tendreffe .
Accourez , recevez à votre heureux retour
Le prix de la Vertu prefenté par l'Amour,
Galli , felices Galli , gens blanda , feroxque ,
Haud fatis eft , vos ducentem invictum Ludovicum
» Sepreftare , fatis non eft , quod fulgeat ipfi
→ Frons tranquilla , manu dum funera verfat utrâque
,
> Eft viciile parum , lenem afpicis atque modeftum.
Flens decorat fpargi quem viderat ante cruorem ,
» Heroumque choro , fualqui veftigia fidi
>> Prefferunt , cinctus , laudes effundit in omnes ,
Quas refugit , vigil infpicit atque dies , quibus
illi ?
Unde ipfi placeant , vitæ fubiere pericla.
Rex hominem præfert , præfert victorque parentem
.
Captivi hi , nofter quos tinctos fanguine miles
Abducit , raptos vitirici è funere dextrâ ,
» Poft necis , horrorifque dies , dirique furoris
In fua ceu tecta , in patriam veluti atque recepti
Suavis plena officia experiuntur amoris ;
» Nam folamen , fubfidium ipfis ; fervitiumque
כ כ
Præftant
DECEMBRE.. 1745 .
25
» Præftant victores Animi o præftanti ♫ vera!
» O nova quæ fequitur victoria ! faucius unquam .
Quis tam odio pectus crudeli , quifnam tam ferus
hoftis ,
» Profequi amore meum Regem detrectet ? In
auras
» Subjectum fe legi ejus prodiffe nec optet ?
כ כ
"
>> Brachium is extendet , pacem dabit Impericque ,
»Jamque Vienna filet , jamque admiratur eundem
» Londinum , Bavarufque ftupens tam fortia gefta ,
» Tutorem dolet , atque gemit fe deferuiffe
» Regum , tuta eft Parthenope , Sardus timet ,
atque
» Quotquot funt Reges ex ejus fanguine creti
» Illius armorum cuncti virtute triumphant ;
>> Ac unam refonant vocem loca quælibet inter
>> Sequanam , Iberumque , Is REGUM QUI MA◄
XIME AMATUR ,
>> MAXIMUS EST ETIAM REGUM . O utinam !
ifti
» Addatur titulo fupremo hoc nomen , & orbi
» Carum adeo , Regique ipfi , Regis virtutum
» Hoc pretium , fortis bellator quo caret uno ,
» Auguftus titulus fanétufque , unde indigitetur
>> PACIFICATOR ; & hæc tam pulchra & utinam !
fluat illi
Et placida , & longa ætas , fors noftræ ipfa fu-
Cura.
IIVol. B
26 MERCURE DE FRANCE.
ככ
Eja ergo , hunc Heroa reducite , quotquot eundem
Laus præclara imitari eft , quotquot fcilicet ipfe
» Stare fuum ad latus , & pugnare , & vincere
vidit.
» Vos populi expectant , quorum fert dextera pal
mas ,
» Ad vos corda volant jam noftra , avidique re
pofcunt
» Vos noftri obtutus , votis jam reddita veftris
» Matrum , Natorumque cohors , licet ipfa periclis
» Præteritis horrefcat adhuc , ardore repente
» Lætitiæ immodica flagrans , victricia veftra
» Geftiet ora fuis teneris perfundere guttis .
» Faufto , inquam , reditu huc properate , ac fumite
cuncti
Virtutis pretium , quod amor perfolvere novit,
DECEMBRE , 1745.
27
LETTRE de M. Piftoye Avocat au
Parlement de Provence à M. Dandré
Bardon au fujet de la mort de M. Wanloa
Profeffeur en l'Académie Royale de Peintur
& Sculpture &c. decedé à Aix en Proance
le 20 Septembre 1745 .
MONSI ONSIEUR ,
L'intérêt que nous prenions à la fanté do
M. Wanloo , m'a porté à vous en donner
des nouvelles pendant votre abſence. Je
vous ai tenu long- tems entre la crainte &
l'efpérance , mais il eft inutile de vous flater
; ce grand homme eft mort. Il avoit envain
preferé fa patrie pour y rétablir une
fanté que de grandes occupations en Angleterre
avoient entierement affoiblie : il femble
n'avoir pris cette fage précaution que
pour rendre à fa patrie les jours qu'il en
reçus .
avoit
La République de la Peinture tremblan
te fur le fort d'un de fes plus grands fajets ,
avoit depuis un tems les yeux fixés fur notre
Ville. Qu'y voit- elle aujourd'hui ? Celui qui
en faifoit un des principaux ornemens , n'eft
Bij
18 MERCURE DE FRANCE,
plus que l'objet de nos regrets. Une époule
l'exemple des femmes y pleure un mari
complaifant ; fes enfans dignes héritiers de
fon nom & de fes talens y regrettent un
pere tendre ; fes amis , un homme véritablement
né pour la fociété ; la Peinture un
de fes plus brillants appuis , & la Nation , un
Citoyen illuftre qui le rendoit admirable
aux yeux de l'Univers . Je ne vous peindrai
point les qualités du coeur de cet hemme célebre
. Doué yous même- de talens auffi rares
qu'ils font rarement réunis dans un mê-,
me fujet, vous étiez fon ami depuis très longtems
. Officier de la même Academie , vous
avez fouvent travaillé à fes côtés . Eleve des
plus grands Maîtres , vous m'avez ſouvent
avoué que vous l'aviez toujours regardé comme
un parfait modéle. Qui mérite mieux
nos éloges que lui , & qui peut mieux lui
rendre juftice que vous ? Je partage voș
peines , & fuis &c .
A Aix le 20 Septembre 1745 .
DECEMBRE . 1745. 29
REPONSE de M. Dandré Bardon
la Lettre précédente.
MONSIEUR ,
J'apprens avec douleur la mort du grand
Wanloo. Je me fuis toujours flaté ſur fa maladie;
je m'imaginois que le Ciel feroit un miracle
en faveur d'un de ces hommes que les
fiécles reproduisent à peine , & qu'il nous
le conferveroit jufqu'à ce que la foibleffe
de l'âge lui fit tomber le pinceau des mains.
Je perds en lui un véritable ami & un des
p'us excellens modéles dans l'Art que je
cheris & dont il m'avoit , pour ainsi dire ,
applani les fentiers , en ranimant par la vi
vacité de fon génie les foibles étincelles du
mien . Je n'ajoute rien à l'idée que vous
avez des rares qualités de fon coeur ; je doute
même qu'on puiffe le peindre avec des
traits plus vrais que ceux dont vous vous fervez
à fon égard & vous me rendez véritablement
juftice , en penfant qu'il n'eſt
perfonne au monde qui en rende plus à
fon mérite que moi ; auffi perfonne n'a- t-il
Bij
30 MERCURE
DE FRANCE.
été plus fenfible à fa perte. J'ai l'honneur
d'être très-parfaitement , Monfieur , & c.
.... le 22 Septembre 1745 .
IMITATION de la deuxième des
Epodes d'Horace . Beatus ille & c.
HEureux qui fuyant de la Ville
Abjure tout engagement ,
Et dans le fein de fon azyle
Ne vit que pour lui feulement!
*****
De la Trompette fanguinaire
Il mépriſe la fiere voix ,
De la Fortune mercenaire
11 ignore les dures Loix.
炒鮮
Il rit du frivole avantage
Dont le courtiſan eft épris ;
Et l'intrigue au double viſage
N'obtient de lui que des mépris,
Fidéle aux loix de la Nature ,
Seule elle fait tous ſes plaifirs ;
Et fes befoins font la meſure
DECEMBRE
1745 .
De fes goûts & de fes defirs.
022
Tantôt à fa vigne naiffante
Il unit de jeunes ormeaux
Tantot d'une main bienfaifante
Il en élague les rameaux .
菜蒜
Taitôt à l'ombre de la treille
Îl
Il conpte fes troupeaux
naiffans;
Il fere les dons de l'abeille ;
İl told fes agneaux bondiffants.
Lorfque Pomone , en fes contrées
Anûri fes dons precieux ,
Ilcharge fes mains épurées
De premices qu'il offre aux Dieux .
*
Sous un vieux cheſne il ſçait attendre
Le déclin du brulant Soleil ,
Puis fur un gazon frais & tendre
Il va chercher un doux fommeil .
*
Alors mille rivaux d'Orphée ,
Fardeau leger des arbriffeaux ,
S'uniffent, pour hâter Morphée ,
Au gafouillement des ruiffeaux .
Quand la Nature pâlilante ,
B iiij
-32 MERCURE DE FRANCE.
Perd ſes attraits & nos plaiſirs ,
La Terre feche & languiffante
Peut encor charmer fes loifirs .
,
L'appas d'une amorce traitreffe
Trompant les crédules oifeaux
Les victimes de fon adreffe
Peuplent à l'envi fes réſeaux .
>
Envain par une prompte fuite
Le Cerf ſe dérobe au trépas
Une auffi légére pourfuite
Fait voler la mort fur fes pas.
Parmi tant de plaiſirs tranquiles ,
Qui fe remplacent tour à tour ,
L'heureux maître de ces afiles
Ignore jufqu'au nom d'Amour .
熊
Si le Dieu d'Hymen à fes chaines
Affervit ce paifible coeur ,
C'eft fans en connoître les peines
Qu'il en éprouve la douceur.
Ignorante dans l'art de feindre ,
Bornée à d'innocens plaiſirs ,
Sa compagne fans fe contraindre
Previent fans ceffe fes défirs .
DECEMBRE 1745. 33
D'une main foigneufe elle étale
Les doux mets qu'a profcrit Plutus,
Et dont l'abondance frugale
Retrace l'âge des Vertus .
諾
Elle fçait verfer avec grace
Un vin rare & délicieux ,
Que l'heureux fecours de la glace
Rend par fes foins plus précieux .
Sans ceffe régné à cette table ,
Parmi des mets peu fomptueux ,
Cette liberté délectable
Qui fuit les repas faftueux .
Qu'il eft doux de voir fur la brune
Rentrer fon troupeau gras & fain ,
De pouvoir au clair de la Lune
Le compter le verre à la main!
器
Dans cette heureufe folitude
Tout refpire la volupté ;
L'efprit eft fans inquiétude ,
Et le coeur eft en liberté.
Tels font les biens dont la retraite
Nous laiffe recueillir le fruit
Mais le vulgaire les regrette ,
Et le fage feul en jouit.
;
BY
34 MERCURE DE FRANCE
T
ats ats
પંડ ક as ats
EPITREfur l'Amitié à M. D. M.
Charmant Rimeur , aimable Myſantrope ,
Plus raisonnable & plus fage que Pope ,
Reçois ces Vers foibles & négligés ,
Trop aisément fous ma plume arrangés ,
Par qui je veux , te peignant à toi même ,
Te faire voir à quels titres je t'aime ,
Et parvenir en traçant tes vertus .
S'il eft poffible à t'aimer encor plus :
Qu'avec raifon ennemi de la feinte ,
Ton efprit ferme a banni la contrainte
De ces dehors , moins civils qu'affomans ,
Vernis d'un coeur vuide de fentimens !
L'hypocrifie en amena l'uſage ;
Talent des fots , elle eft l'horreur du fage ,
De la Verturle fantôme emprunté ,
A chaque inftant trahit la fauffeté .
Un hypocrite en fes vertus poftiches ,
Du vrai mérite étalant les affiches ,
Obtient bientôt du public détrompé
La jufte horreur de l'art qui l'a dupé .
Que je méprife un flateur mercenaire,
En amitié puniffable fauffaire
DECEMBRE 1745. 35
Qui redoublant fes fades complimens ,
Croit s'acquerir à force de fermens
De bas refpects , de lâche complaifance
Un jufte droit à ma reconnoiffance !
Près du patron que fa langue applaudit
Et que fon coeur peut- être au fond maudit
L'adulateur prodiguant l'hyperbole ,
Brule un encens qui fait rougir l'Idole ,
Si quelqu'un fçait rougir d'être flaté ;
On ne rougit que de la vérité ,
Et le faquin dont l'hommage fe loue
Ne manque pas d'un faquin qui l'avoue :
Craignons , ami , ce déteftable miel ,
Mais avec foin fuyons auffi ce fiel ,
Quefur les traits de fa langue cauftique
A pleines mains répand l'apre critique.
Je n'aime point un Confeiller hargneux ,
Obfervateur chagrin & dédaigneux ;
De mes défauts microfcope incommode,
Quim'eftimant , & m'aimant à fa mode ,
Pour m'éclairer me brule fans pitié ,
Et me déchire à force d'amitié .
Dans ces écueils prudente, autant que libre ,
La Vertu tient le fage en équilibre :
Un bon ami fincere & vertueux
N'avilit point fon air affectueux
Par le fatras d'un éloge burlesque ,
Et fans s'armer d'un courroux pédantefque
B vi
36 MERCURE DE FRANCE.
Sçait , ménageant un trop foible cerveau ,
De la raifon gouverner le flambeau
Des paffions il excuſe l'yvreffe ,
1 ;
Et pardonnant ce qui n'eft que foibleſſe ,
Au vice feul que fans ceffe il pourfuit ,
Montre avec foin la lumiere qu'il fuit.
Tel un Roi jufte ennemi des entraves ,
Où le Tyran fait gémir fes efclaves ,
Veut feulement fes fujets vertueux ,
Sans oublier qu'il eft homme comme eux.
Afes projets fes peuples applaudiffent ,
D'éloges vrais tous les lieux retentiffent ;
On le cherit , & fon aimable aſpect ,
Dans tous les coeurs joint l'amour au respect.
Tel un ami compatiffant & tendre ,
Sçait pardonner plus fouvent que reprendre ;
Toujours heureux ; il jouit à fon tour
Des droits charmans d'un mutuel retour.
DECEMBRE 1745. 37
LE
MADRIGAL.
A IS SE.
E févére refpect , l'impatient amour ,
Sur mon ame
Dominent tour à tour ;
L'un veut , charmante Iffé , que je cache ma flâme ,
L'autre me preffe à vous la découvrir ;
J
De ces deux fiers Rivaux quelle fécrette guerre
N'ai-je pas à fouffrir !
Des décrets du Dieu de Cythere ,
Mon coeur envain s'éforce d'appeller ,
Quand fur mes fens troublés j'aurois tant de puiffance
,
Que de forcer ma bouche à garder le filence ,
Puis-je dans des tranfports dont l'ardeur vous
offenſe ,
Empêcher mes yeux de parler ?
Par M. Gaudet.
18 MERCURE DE FRANCE.
BILLET du même à Madame ***.
D'Es que l'Aurore matinale
Sortira des bras de Céphale
Demain je volerai chés vous ;
Mais pour une raifon preffanté ,
Raifon à déduire entre nous ,
Aimable & fenfible Amarante •
Tâchez pour un inftant d'éloigner votre époux.
LETTRE écrite à M.D. I.. B. Auteur du
Mercure par M. l'Abbé le Beuf, au sujet
d'une nouvelle Differtation où il eſt cité.
M
On deffein n'eft pas , Monfieur , de
faire un long écrit au fujet de la Bataille
que nos Hiftoriens de France difent
avoir été donnée dans le Soiffonnois l'an
593. Je connois plufieurs perfonnes qui
ont travaillé à en défigner la pofition , &
moi-même ſi j'avois continué d'être dans
la fituation d'écrire pour le prix de l'Académie
de Soiffons , je me ferois fait un plaifir
de mettre en oeuvre les materiaux que j'avois
DECEMBRE 1745. 39
ramaffés pour cela dès le tems que je voya
geois dans le Spiffonnois avec le deffein
d'en éclaircir l'Hiftoire . Mais ce qui m'o
blige de dire un mot touchant cette Bataille ,
eft l'Ecrit de M. de Longuemare à qui l'Académie
de Soiffons a adjugé le prix l'année
derniere & qui ne fait que de paroître. Cet
Auteurrépondant à l'une des questions propofées
par cette Académie en ces termes :
Quel eft le lieu nommé Truccia ou Trucciago
dans le Pays Soiffonnois où fe livra la Bataelle
entre Fredegonde & les Géneraux de
Childebert : rapporte ce qu'en a écrit M. de
Valois en cinq ou fix lignes , & ajoûte que
le Pere Daniel eft d'avis que ce lieu eft
Troucy fur la petite riviere de Delerte .
puis il continue ainfi : M. le Beuf dit au
contraire d'après Dormay que c'eft Troiffyfitue
au-delà de la Marne à une lieue de Dormans.
Il fembleroit peut - être , que j'aurois cidevant
publié une differtation ou un mémoire
fur le lieu de cette Bataille , fi je ne
mettois ici en évidence la citation que M.
de Longuemare a faite de ce que j'en ai dit :
le renvoi qu'il y a en marge regarde un
mot de ma differtation de l'an 1741 page
12 de l'Edition de Soiffons. J'y dis qu'on vit
Frédegonde aller en perfonne à la guerre
y porter fon fils Clotaire II. qui n'avoit
que huit ou neuf ans . La note marginale qui
&
40 MERCURE DE FRANCE.
explique de quelle guerre je veux parler eft
conçue en ces deux lignes feulement : Guerre
de Troiffy faite en 563 , où elle battit les
Auftrafiens felon l'Auteur du Gefta Francorum
.
Je puis demander à M. de Longuemare
en quel endroit j'ai défigné Troiffy comme
fitué au-delà de la Marne à une lieue de Dormans
; fi c'est dans l'Edition qui a été faite à
Paris de la même Differtation , il peut hardiment
l'indiquer : mais c'eft ce que je n'ai
fait nulle part & que j'étois bien éloigné de
faire alors . C'eût été déclarer mon fentiment
fur un point que je prevoyois bien devoir
être un jour propofé, Si j'avois mis Guerre de
Troiffy c'eft comme fi j'avois employé le
mot Trucciacum : & afin d'éviter ce mot
Latin j'en ai employé un qui paroiffoit le
moins alteré , en attendant l'occafion de pubier
les materiaux que j'avois pour éclaircir
ce point d'Hiftoire. Un Ecrivain qui ne
parle d'une chofe qu'en paffant n'est pas
obligé de tout dire.
M. de Longuemare fçaura donc , s'il lui
plait , que felon ma coutume je n'ai jamais
entrepris de rien écrire fur le Soiffonnois
que je n'euffe vû auparavant les lieux , &
que je ne me fuis jamais contenté de regarder
fimplement fur les cartes de ce Pays-là
quels pouvoient étre les noms approchants
DECEMBRE 1745. 41
de ce qu'on fouhaitoit fçavoir & fixer : mais
qu'avant de rien affùrer pofitivement , je me
fuis tranfporté dans lesVillages ou Bourgs fur
lefquels j'avois quelques vûes. Auffi preant
les devants dès l'an 1742 au mois de
uin, pendant le féjour que je fis à Soiffons
la Fête Dieu & à la Fête Patronale de S.
Gervais , à la quelle Meffieurs les Vénéra
bles du Chapitre me firent l'honneur de
m'affocier Canonicalement parmi eux , j'allai
à Droiffy & à Muret pour voir ſi j'y trou
verois dequoi infirmer ou fortifier le pref
fentiment que j'avois , que c'étoit en ce lieu
que les Auftrafiens avoient été furpris & battus
par les troupes de Fredegonde . N'étoit- il
pas naturel que je penfaffe que ce n'étoit pas
ailleurs que fe fit le carnage en conféquence
du ftratagême marqué dans l'Hiftoire ,
puifque de Braine à l'ancien territoire de
Droifly il n'y a que trois à quatre lieues ?
D'abord il fe trouve une très- grande conformité
de nom ; car le T & le D font deux
lettres qui procédent du même organe. Secondement
ce lieu eft dans le voifinage de
Braines , & il y a un chemin très- facile &
fans aucune riviere ; en troifiéme lieu on
trouve proche Droiffy ( ou Droify . ) en tirant
vers Braine , & fur le territoire de Muret
ancien démembrement de Droiffy , le
refte d'un retranchement qui avoit été là ,
41 MERCURE DE FRANCE.
il étoit à la vérité déja prefque tout applani
& recouvert lorfque je le vis dans le clos du
Château , mais cependant il étoit encore
affés reconnoiffable pour laifler à penser que
les Auftrafiens y avoient campé , & peutêtre
même les Romains avant eux.
Si M. de Longuemarre pouvoit s'imaginer
que j'invente ces faits , & que je n'ai été ni à
Droiffy ni à Muret , qui y eft contigu , je
pourrois lui citer les perfonnes qui m'y ont
vû & avec qui je converfai ; au lieu que je
le défie de produire perfonne qui m'ait jamais
vû à Troiffy proche Dormans , puifque
véritablement je n'y ai jamais été , ni
n'en ai eu la penſée , & qu'il auroit fallu que
j'euffe été hors du bon fens pour conjecturer
que le Trucciacum en queftion fut à dix
lieues de Braine , comme l'eft celui-là .
Je prie donc M. de Longuemare lorſqu'il
me fera l'honneur de me citer , de ne me
faire dire que ce que j'ai dit , fans alonger ni
broder mes expreffions géographiques pour
avoir occafion de les refuter. Je l'exhorterois
même fi fes occupations le lui permet
toient , de ſe mettre en état de décider plus
ponctuellement qu'il n'a fait fur les lieux des
Batailles , & de ne pas tant propofer ce
qu'il na vû que fur les cartes , pour ch ifir
au bout du compte le lieu qui parole
moins vraisemblable du côté de la denominaDECEMBRE
1745 . 43
tion : car qui pourroit fe douter que Tructiacum
ait formé Bruil ? A-t- on jamais vû le
Tfe changer en B? La Nature feule fait fentir
que ces deux lettres ne procédent pas du même
organe.Pour moi je perfevére dans le fen
timent que j'avois embraffé dès l'an 1739 &
dans lequel je me confirmai en 1740 , fçavoir
, que par Troiffy , Trucciacum , il faut
entendre Droiffy , Paroiffe à cinq lieues ou
environ de Soiffons du côté du midi , dont le
territoire comprenoit originairement les val
lons de Muret dont le Château a donné an
ciennement occcafion à l'érection d'une fe
conde Paroiffe. Je ne fçais pas fi c'étoit là
le Troiffy dont Dormai a voulu parler.
Je n'ofe pas lui imputer le fentiment que M.
de Longuemare lui attribue d'avoir eu en vûe
Troiffy voifin de Dormans ; mais je croirai
plus volontiers qu'il entendoit par Troify,
le mêmeVillage de Droifly dont j'ai parlé,lequel
avec Bufancy, Chacrife , Nanteuil fous
Muret & Muret , renferme une vafte campagne
propre à fervir de Champ de Bataille.
Fredegonde & fes Capitaines qui employérent
le ftratagême du port de branches
d'arbres avoient fans doute refléchi fur la fituation
du lieu où les troupes Auftrafiennes
& Bourguignones étoient campées , car elle
fe trouvoit fort avantageuſe pour la réuffite
du ftratagême. Braine étant précisément à
44 MERCURE DE FRANCE.
l'orient de ce lieu , les gardes de l'armée
dormante , qui étoient foit à Muret , foit à
Droiffy durent appercevoir plus facilement
à la faveur de l'aurore qui étoit au
dos de l'armée marchante , l'efpéce de forêt
, ou au moins de bois taillis que la quan
tité infinie de branches portées par les
Soldats dut figurer. Il faut être dans le Pays ,
comme je m'y tranfporte actuellement d'imagination
après l'avoir vu , pour en juger
de la même maniere que je fais . J'exhorte M.
de Longuemare à s'y tranfporter réellement ;
& il fera convaincu par fes yeux que de
Braine où j'ai auffi été , jufqu'au Champ de
Bataille qui avoit été indiqué entre Chacrife
, Muret & Droiffy : la route étoit
très pratiquable dans les plus courtes nuits
de l'Eté,
Au refte fi je parois fupporter avec déplaifir
qu'on m'ait cité d'une maniere nfidelle
, ce n'eft pas que je me regarde comme
infaillible. A Dieu ne plaife que j'aye une
telle préfomption : je fuis en état de faire des
fautes comme plufieurs autres Ecrivains , &
furtout des fautes d'inadvertance en matiere
de généalogie . Mais quant à celles des lieux fur
lefquels j'écris ex profeſſo , je tâche de les éviter
foigneufement. Je n'aurois rien dit à M.
de Longuemare , fi par exemple il avoit relevé
dans la même differtation de 1741 où
1
DECEMBRE. 1745. 45
il m'attaque , la faute d'inadvertance que
j'ai commife en mettant pour nominatif d'une
phrafe le pere pour l'oncle , & par une
fuite néceffaire en qualifiant de fils celui
qui n'étoit que neveu . Perfonne ne s'eſt
apperçu de cette faute , parce qu'elle n'influe
point dans la matiere qui étoit propofée
, le fond du fujet étant également vrai
foit qu'il s'agiffe de fils ou de neveu : je
ne rougis point cependant de l'avouer au
public,parce que je m'en fuis apperçu le premier.
Je l'ai corrigée de la main dans quelques
exemplaires ; & furement elle ne l'étoit
point dans celui que M. de Longuemare
a eu entre fes mains. Je fuis Monfieur
&c.
A Paris ce 25 Aouft.
46 MERCURE DE FRANCE
KKKKKKKKKKE:*
EPITRE à Monfieur de Fontenelle
de l'Académie Françoife , de l'Académie
Royale des Infcriptions & Belles Lettres ,
de l'Académie Royale des Sciences , & de
la Societé Royale de Londres.
GRand Fontenelle , honneur du nom François ,
Daigne un moment à ma timide voix
Prêter l'oreille , & d'un apprentif fage
Reçois les voeux & le fincere hommage.
De la beauté de tes rares Ecrits ,
En les lifant je fus d'abord épris,
J'y fçûs puifer ce goût pour l'évidence ,
Pour les Beaux Arts ; fur-tout pour la Science ;
J'y fçûs puifer ces heureux fentimens ,
D'une belle ame auguftes mouvemens .
Partout on t'aime , & ta gloire eft complette,
Le Philofophe , & l'homme , & le Poëte ,
Tout plaît en toi ; dans tes divines mains ,
Tout devient or pour le bien des humains ..
Amant zélé de la philofophie ,
Seule elle fait le bonheur de ma vie.
Oui , fur tes pas mon efprit reflexif
Sur chaque objet porte un oeil attentif :
Un rien le fixe, A tout homme qui penſe ,
DECEMBRE. 1745 . 47
Le vafte champ de la Nature immenfe
Offre un fpectacle & fublime & pompeux.
11 va faifir l'Enigme ingenieux
De fes refforts : d'une main fare & jufte
Il fçait ouvrir fon fanctuaire augufte ;
De chaque ouvrage admirant le deffein
Il reconnoît partout le fceau Divin .
L'efprit bientôt dédaigne la matiere ,
De fa prifon il franchit la barriere ,
Et fortement rempli de fon objet
Depouille alors tout fentiment abject ,
Que j'aime à voir un hardi Newtonifte ( 1
Suivre avec foin la Nature à la pifte ,
Et recherchant la caufe par l'effet
Ofer enfin la prendre fur lefait,,
J'aime à te voir vers la Celefte cîme ( 4)
Avec vigueur prendre un effor fublime ,
Et parcourir dans le vafte univers
Tes tourbillons & es mondes divers .
De ces grands corps ton vigoureux génie
(1 ) On veut parler ici des fameufes experiences
de Newton fur la lumiere , & fur les couleurs ,
fur quoi l'on peut confulter fon Optique ou Traité de
la Lumiere des Couleurs ; fruit de 30 années d'experience
, Ouvrage que l'Auteur n'a pas achevé parceque
des experiences dont il avoit encore befoin ,
furent interrompues, & qu'il n'a pû les reprendre ;
cet ouvrage vit le jour en 1704.
( 2 ) Tout le monde connoît l'excellent Livre de
La Pluralité des Mondes.
18 MERCURE DE FRANCE,
Va mefurer la carriere infinie ,
De leur viteffe examiner les loix ,
Fixer leur cours , déterminer leur poids ,
Et confultant la Nature elle-même
Bâtir du tout l'harmonique fyftême :
Déja des bords dè l'abîme profond , ( 1 )
Qu'ouvrit Leibnitz , où penetra Newton
Vers l'infini , ton ame auloin guidée
A la Raifon en a foumis l'idée,
Tu le voulus , & docile à ta voix
De ton calcul il reconnut les loix.
Que tu fçais bien , dans un tableau fincére
Du coeur humain dévoilant le myſtêre ,
Peindre à nos yeux fes Méandres divers
Et dans leur fource éclairer nos travers !
( 1 ) Pour peu qu'on foit au fait des Anecdotes
Mathématiques , on fçait les guerres qu'excita l'invention
du Calcul differentiel. M. Leibnitz fi connu
dans prefque tous les genres de Litterature fut le
premier qui parla fur une matiere qui n'avoit pas
encore été maniée par les Géométres .
Il donna en 1684 dans les Alta Eruditorum de
Leipfick fa Patrie, les Regles du calcul differentiel,
mais il en cacha les démonftrations . En 1687 parut
l'admirable livre de Newton des Frincipes Mathematiques
de la Philofophie Naturelle , fondé preſque
entierement fur le même calcul auquel Newton
donnoit le nom de Fluxions , & M. Leibnitz
celui de differences . Au refte on peut voir l'Hif
toire de ce procès dans le Commercum Epiftolicum,
donné au public parla Société Royale de Londres,
dan
DECEMBRE
49
1745.
Dans tes portraits qu'elle délicateffe !
Dans tes leçons quelle aimable fageffe !
Toi feul as fçû , par un rare talent ,
Inftruire & plaire , être utile & charmant,
Heureux qui peut de loin à tire d'aile
Suivre ton vol , ô fage Fontenelle !
Ton nom fameux chés nos voisins jaloux
T'immortalife & t'illuftre avec nous.
On voit chés toi l'hyver de la vieilleffe
Porter les traits de l'aimable jeuneſſe ;
Que ton efprit toujours vainqueur du tems
Brave l'injure & la glace des ans !
Que Paris fier de tes fçavans Ouvrages ,
Du grand Neftor revoye en toiles âges !
O Mufe un jour fais moi pour mon bonheur
Connoître l'homme ayant connu l'Auteur ;
dans lequel elle fit imprimer fon jugement fur cet
te conteftation en faveur de Newton. Si on
ne veut pas fe donner la peine de lire le Commer◄
cium Epiftolicum, on peut lire les éloges de Léibnitz
& de Newten par M.de Fontenelle; la Metho
de des Fluxions des fuites infinies par le Chevalier
Newton , eft un des premiers ouvrages de l'Auteur
commencé , dit on , en 1664 , fini en 1671 ,
& qui cependant n'a paru qu'en 1736 , 10 ans
après la mort de fon Auteur. Il a été traduit en
François parM.deBuffon de l'Académie Royale des
Sciences , à qui nous fommes redevables de la
Traduction de plufieurs Livres Anglois fur les
Sciences.
11. Vol. C
so MERCURE DE FRANCE,
Fais que je puiffe au moins de mon eftime
Lui préfenter le tribut légitime ;
Fais que le don de mon fincére encens
Ne bleffe point fes humbles fentimens ,
A Paris ce 14 Aoûft 1745 ,
C.R. LEFEBVRE ,
Qu
O DE.
Uel bruit frappe ici mon oreille !
J'entens par tout de doux concerts ;
Quelle et donc la grande merveille
Qui s'opere dans l'Univers ?
Que notre Monarque s'empare
Des Villes d'un Roi qui s'égare ,
Pour moi je n'en fuis pas furpris ;
Il n'est point pour lui de barriere ;
De fa valeur la terre entiere
Ne feroit que le juſte prix.
François , en fuivant un tel guide ,
Vous ferez à jamais heureux ;
Minerve à fes Confeils préfide ;
DECEMBRE 1743
11 eft le favori des Dieux .
Mars n'eft plus le Dieu de la guerre,
LOUIS l'efface fur la terre ;
Son nom vele en tous les climats ;
Le bruit feul de fa renommée
Fait plus que l'innombrable armée
De tous les autres Potentâts .
Sur fon front , trône de la gloire ,
Sont gravés fes fameux exploits ;
Et de la main de lavictoire
Il eft feul couronné des Rois .
Tout l'Univers fçait que la Parque ,
Prête à frapper ce grand Monarque
Le reconnut pour immortel ;
Puifqu'elle a refpecté ſa vie ,
Il n'eft aucun trait de l'envie
Qui l'empêche d'être éternel.
Fut- il Héros plus redoutable ,
Plus magnanime fous les Cieux ?
Fut-il un vainqueur plus aimable ,
D'un coeur plus grand , plus généreux ?
Qu'il regne fur la terre & l'onde ;
Qu'il foit maître de tout le monde ;
Qu'il ait du Ciel mille faveurs !
Vive LOUIS plein de clémence ,
C ij
12 MERCURE DE FRANCE,
L'augufte foutien de la France ;
Vive le Roi de tous les coeurs !
EPITRE de M. de
Couché fur un lit
détestable ,
Sans lit de plume ni fins draps ,
Mais feulement un matelas
Qui pourroit mieux fervir de table ;
Dans le plus infâme réduit ,
C'est là qu'un effroyable orage
Me contraint de paffer la nuit .
Je cheminois d'nn grand courage
Plein d'une impatiente ardeur ;
J'allois d'une viteffe extrême ,
Trop lente encore pour un coeur
Qui va rejoindre ce qu'il aime.
Tout à coup le deftin jaloux.
Semble avoir conjuré ma perte ;
Chaque inftant des Cieux en couroux
J'apperçois la voute entr'ouverte ;
On ne voit qu'éclats dans les airs ,
Non le tendre éclat des Etoiles ;
L'orage les tient fous fes voiles
Mais il céde au feu des éclairs.
?
DECEMBRE. 1745 .
Les Elemens fe font la guerre ;
La Nature fremit d'effroi ;
+ Seul je l'affronte toute entiere
Le tendre amour veilloit pour moi .
Mais c'est envain que je m'obftine
Chacun me fuit & fe mutine ,
Je me trouve feul fans valet ,
Poftillon , cheval ni mulet.
Alors je gronde , je murmuré ,
Et je m'arrête en ce logis ,
Que je vous peins comme un taudis ,
Sur ce que chacun m'en affûre ,
Car fans cela je vous le jure
Je n'aurois pû donner avis ,
Si c'est une pauvre maſure
Ou bien un riche Paradis ,
Graces à l'objet que j'adore ,
Tous les lieux me femblent égauxz
Toujours fans lui je les abhorre ,
Avec lui je les trouve beaux ,
Et puis comment ferois-je encore ,
Pour fonger à ce que je vois ?
Car fans mentir je ne m'occupe
Mon aimable Iris que de toi,
Et tout le refte eft pris pour dupe ;
Si tout le reste penſe à moi,
C iij
34 MERCURE DE FRANCE.
*£3÷÷£3**£3**£3* *£3* :*£3**£3* +£3*
YERS de M. des Mabys a Mlle G ...
LAA fabuleufe Antiquité
A la Déeffe de Cythere
Accorde avec Paris le prix de la beauté ,
Aux graces le talent de charmer & de plaire ,
Au tendre Amour le don d'être & de rendre
heureux ;
vous ! dont les plaiſirs fuivent ici les traces ?
Je vois dans vous feule avec eux ,
L'Amour , Vénus & les trois Grace
DECEMBRE 1745 . 35
®: • ཀྱི @ :
CONJECTURES fur la cauſe de
l'antipathie naturelle & involontaire
que quelques perfonnes ont
pour un Chat , un Lapin , des Huitres
, des Fleurs , des Fraits , &c.
Par M. Dupré d'Aulnay Lieutenant att
Régiment de Foix.
N Prélat , autant refpectable par fa
U vertu,que us fa naiffance , tombe UN
vertu , par
en foibleffe , fi dans l'appartement où il
entre , il y a un Chat , quoiqu'il ne l'apperçoive
pas.
Un Officier Général qui a donné des
preuves de fa bravoure de la force de
fon efprit en plufieurs rencontres trèspérilleuses
, avoit la même antipathie pour
un Lapin.
"
Un Gentilhomme de Normandie tomboit
en fyncope lorfqu'il entroit dans une
chambre où il y avoit des fleurs.
On feroit un volume fi l'on rapportoit
combien il y a de perfonnes fufceptibles
d'antipathie ; car chacun a la fienne plus ou
C iiij
56 MERCURE DE FRANCE.
moins marquée pour les hommes , les animaux
, les fleurs , les fruits , le fromage &c.
Il faut chercher la caufe de ces antipathies
au dehors de nous , dans les corpufcules qui
fortent des corps animés , & au dedans de
nous , dans la difpofition' de nos organes
fenfibles ou infenfibles au choc de ces
corpufcules .
On fçait que l'infenfible tranſpiration eſt
une vapeur fubtile qui s'échappe des corps
animés , & même des végétaux , par les
vaiffeaux excrétoires , & que fon interception
caufe de grands dérangemens dans l'oeconomie
animale & végétale .
Les particules de cette tranfpiration participent
dés qualités des corps dont elles
s'échappent : l'expérience le confirme ; on le *
prouvera bien-tôt.
Il y a des hommes & des animaux qui
puent naturellement ; cela ne peut procéder
que de la configuration des vaiffeaux excrétoires
difpofés de maniere à retenir la
tranfpiration qui s'y corrompt avant que de
s'échapper , & qui laiffe après elle un levain
de corruption.
Si l'on met de l'eau pure dans un vaſe
fait de bois odorant , en très - peu de tems
cette eau prendra la même odeur que la
matiere du vaſe , parce qu'elle en développe
les fels & les fouffres.
DECEMBRE 1745 57
Si l'on fait infufer un morceau de verre
d'antimoine dans du vin , ce vin deviendra
purgatif.
Si un corps animal eft corrompu , les
particules de fa tranſpiration le feront auffi ,
& elles corrompront l'air , & feront nuifibles
à ceux qui le reſpirent.
On peut préfumer avec fondement que
les corpufcules de l'inſenſible tranſpiration
font remplis d'infectes.
Si l'on met infufer dans de l'eau pure
du poivre concaffé ou autre chofe propre
à l'infufion , en 24 heures elle fera remplie
d'une infinité de petits animaux produits
par le développement des ceufs que la ' matiere
infufée contient , ou que l'efprit volatil
qui s'en échappe attire de l'air où ils nagent.
Si l'on prend au bout d'une aiguille une
goute de l'infufion laquelle contienne un
petit nombre de ces animaux . & que l'on
dépofe cette goute dans une liqueur homogéne
, 24 heures après cette liqueur fera
remplie d'un grand nombre de femblables
animaux que l'on apperçoit avec un bon
Microſcope.
Les maladies contagieufes fe communiquent
, ou par l'approche , ou en refpirant.
Fair où la maladie régne ; ainfi il s'exhale
donc des corpufcules des corps malades par
l'infenfible tranſpiration.
Cy
58 MERCURE DE FRANCE.
Si cette infenfible tranfpiration n'étoit
pas remplie d'animaux , elle ne pourroit
produire de maléfices au dehors , & la caufe
de ces maléfices ne pourroit fe conferver
& s'augmenter dans les hardes , dans les
meubles & dans l'air ; ils n'attaqueroient
que ceux qui dans une même Ville , ou dans
un même climat , auroient le fang femblablement
altéré & ſuſceptible de corruption
par une mauvaiſe nourriture commune , comme
eft le fang de ceux qui font des voyages
de long cours fur mer , que le fcorbut
afflige ; & ceux qui viendroient d'un Pays
fain , ne feroient pas fujets à la contagion
par le feul attouchement de la fimple refpiration.
Les perfonnes qui ont l'expérience des
Microfcopes & des infufions dont je viens
de parler , connoiffent une infinité d'animaux
qu'on ne peut appercevoir que par le moyen
d'une lentille qui groffit de plufieurs milliers
de fois ces petits animaux , enforte qu'ils
fourmillent dans une goute de liqueur qui
paroît claire & limpide aux yeux les plus
perçans.
On les voit même s'accoupler , & procréer
dans un inftant , ce qui doit paroître
d'autant plus digne d'attention que leur
infinie petiteffe qui contient toutes les parties
d'une créature parfaite , prouve la PuifDECEMBRE
1745. 59
fance du Créateur , également admirable
dans les créatures infiniment grandes , comme
l'Eléphant & la Baleine , & dans celles
infiniment petites , comme les animaux dont
parle Levvenhoec defquels il faut mille fois
cent milliards pour former un pouce cubique.
Que ceux qui n'ont pas vû ces merveilles ,
ne s'écrient pas , à la fable , à l'imposture ,
mais qu'ils cherchent à s'en inftruire , en
fe procnrant un bon Microfcope , ou en
méditant fur ce qu'en ont écrit Dodart ,
Levvenhoec & en dernier lieu Joblot , qui a
fait un Traité fur cette matiere.
Et comme en Phyfique on peut conclure
par les chofes connues de celles qui font
inconnues , on peut donc préfumer que dans
l'eau , dans l'air , dans la terre & dans tous
les corps , il réfide une infinité d'animaux
perceptibles & imperceptibles , les uns benins,
les autres malfaifants & d'autres indifferens
, lefquels recherchent ce qui leur convient
& fuyent ce qui leur eft contraire.
La difpofition naturelle qu'ont toutes les
créatures dans cette recherche & dans cette
fuite , eft une des merveilles des ouvrages
du Créateur. On voit les chiens qui , fans
avoir fait leur cours de Pharmacopée choififfent
du chien-dent , entre beaucoup d'autres
herbes , fans ſe meprendre .
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
De ce que nous avons dit touchant la
multiplication des petits animaux , imperceptibles
fans un bon Microſcope , on peut
inférer que l'air de la contagion en eft rempli
, que les puftules & les charbons des
peftiférés en fourmillent , & que ces animaux
fe portent dans la maffe du fang où
ils pullulent , qu'il s'en échappe dans l'air
qu'ils corrompent , jufqu'à ce que cet air
qui eft leur élément , ait été purifié par le
changement de faifon , ou par le vent du
Nord , ou par les fumigations dont le compofé
eft mortifere à ces animaux.
Il fuit néceffairement de nos obfervations
que l'infenfible tranſpiration eſt nuifible
, ou homogéne , ou indifferente , felon
les corps dont elle fort , & felon la difpofition
de ceux aufquels elle s'attache , parce
que
la fenfation des animaux raiſonnables
ou brutes , procéde ou de l'arrangement ,
ou de la folidité , ou de la délicateffe des
organes. Cette difference eft une feconde
caufe de combinaiſon entre la fenfation &
ce qui la caufe ; je veux dire que cette
tranfpiration , par rapport à fa qualité particuliere
, ou à l'arrangement des fibres au
fiége des fens , peut nuire à une créature
& être convenable à ſa ſemblable dont les
organes font differemment configurés , &
conféquemment , les corpufcules qui forDECEMBRE
1745 . 61
tent d'un Chat , d'un Lapin , &c. peuvent
bleffer un homme , & ne faire aucun effet
fur un autre . Il en eft de même des corpufcules
qui s'échappent des fleurs ; elles
flatent l'odorat de celui- ci , tandis qu'elles
font tomber celui -là en fyncope ; & cela ne
vient que des differentes configurations des
organes & des differentes configurations des
particules odorantes des fleurs , comme de
tout autre corps qui tranfpire.
Ainfi la caufe de ce qu'une perſonne
reffent relativement à un Chat , à un Lapin ,
à des Huitres , &c. qu'elle apperçoit , ou
fans les appercevoir , fe déduit de ce que
je viens de dire , & on peut l'appliquer à
tous les cas d'antipathie pour des corps
animés ou inanimés , qui chaffent hors d'eux
une matiere fubtile héterogéne .
On pourroit même étendre ce principe à
l'averfion & à la fimpathie naturelle & fans
caufe particuliere , qu'un homme a pour
un autre homme ou pour le beau féxe ,
& à l'effet avantageux que le changement
d'air produit aux maladies de langueur.
62 MERCURE DE FRANCE .
BOUQUET
A ma foeur pour le jour de fa fête .
Tous les ans votre fête arrive ,
Et je vous dois une fleur :
Hola ! mon imaginative ;
Travaillez , c'eft pour une foeur
Mufe , ne foyez point rétive ;
Accordez tout à mon ardeur .
Je parcours jardins & parterres ;
Je n'y vois que fleurs paffageres ;
Après tout qu'eft- ce qu'une fleur ?
Vous voyez le fond de mon coeur ;
Les voeux qu'il forme font finceres ,
Pleins de l'amour le plus parfait ,
Je vous les offre pour Bouquet :
Acceptez ce préfent d'un frere
Dont le feul & l'unique objet
Eft de vous chérir & vous plaire,
"
DECEMBRE 1745 .
63
STANCES
A Mademoiselle ....
Si pour rimer ici , je chantois vos talens' ,
Et mettois en plein jour ces dons tant excellens
Dont l'Auteur des humains vous a fi bien parée ,
Je croirois aujourd'hui Calliope égarée .
De tout tems je ne fus qu'un très- mauvais rimeur
Phoebus m'a refufé la poëtique ardeur :
Je me tais donc , Iris ; pardonnez à ma rime ;
Ne blamez point l'excès de ma témérité ;
Je finis par la vérité ;
肉
Vous fçavez que je vous eftime.
LA VILLE DE DUNQUERQUE
à Mademoiselle D ....
EPITRE.
J'Ai mille coeurs qui vous regrettent ,
Jeune & charmante D ......
34 MERCURE DE FRANCE,
D
Mais les uns gardent le tacet ,
Les autres fans ceffe répetent
En prenant un ton de fauſſet ;
Faut-il donc vous avoir connue ,
Et vous avoir fi - tôt perdue ,
Jeune & charmante D ...... ?
Partout ce n'eft qu'un cri funefte ,
Vous jugez bien de tout le refte ;
On ne rit point , on ne dørt plus
( Quoique ma foi pour l'ordinaire
Avec vous on me dorme guére )
Nos jours font des jours fuperflus ,
Nos jeux même n'ont plus de graces ,
Et tous nos joueurs font perclus ;
que font ils devenus ? Hélas !
Mais ils fuivent par tout vos traces
Ces jeux , & par malheur pour nous ,
Dans les beaux lieux qui vous retiennent
En foule avec vous les ris viennent
Et s'en retournent avec vous.
Adieu donc cette Comédie
Ou votre rôle intéreſſant
Eut par un fpectacle amufant
Porté dans les coeurs l'incendie ,
Et fait rire la maladie :
Le départ a tout dérangé ,
Et le fpectacle s'eft changé
En une affreufe Tragédie.
DECEMBRE 1745 , 65%.
Adieu donc ce colin maillard
Qui par vous ſembloit adorable ;
Et que le jeune & le vieillard
Trouvoit à tout jeu préférable.
On y goutoit vos entretiens ,
Vos vivacités , vos faillies ,
Vos ingénieufes folies ;
Que fçais-je moi ? cent petits riens
Qu'il s'y difoit de jolies chofes !.
Qu'il s'y faifoit de jolis tours !
Ah ! c'étoit le jeu des Amours
Et le tems des métamorphofes.
Vous trompiez par mille détoure;
Sous quelque figure empruntée ,
Vous changiez , & charmant Prothée
En changeant vous plaifiez toujours ,
Mais on n'ofoit pas Vous le dire :
Aujourd'hui j'ofe vous l'écrire.
Imaginez-vous les regrets
Que j'exhale , moi trifte Ville ,
Et que vous emportez à Lille.
Si la douleur fait des progrès ,
Nous irons aux lieux ou vous êtes,
Car enfin on n'y peut tenir
S'il ne vous plaît de revenir.
Nos jours étoient des jours de fêtes ,
Ce ne font plus que jours de deuil,
La bonne joye & ſa famille ,
68 MERCURE DE FRANCE,
Et la fanté fa pauvre fille
A grands pas s'en vont au cercueil :
La beauté n'eft qu'une guenille ,
Et la jeunefle fi gentille
En a perdu fon vermillon.
Ce que vous rendiez papillon
Ne nous paroit plus que chenille.
Mil Amours , mais des plus mignons,
Qui croiffoient en votre préfence
Plus vite que des champignons ,
Sont déja morts dans votre abfence ;
Oui morts , prefqu'auffi-tôt que nés .
Si vous fçaviez comme on en grondé ...
Revenez , belle , rèvenez ,
Ou nous partons pour l'autre monda
Vous ne vous imaginez pas
Qu'au fein des mers le vieux Neptung
Renfonce fa plainte importune ,
Car il connoiffoit vos appas ,
Et certain jour par avanture
Qu'il faifoit un tems gracieux
Sur mes rives tournant les yeux
Il en rit jufqu'à la ceinture ,
Ce qui le mit à la torture ,
Sans vous le dire feulement ,
Et depuis dans fon élément
Il a bien de la tablature :
Son moite Empire eft à l'envers ;
DECEMBRE 1745 . 07
Le fier Trident va de travers ,
Enfin Meffieurs les Dieux humides
Au moins ont perdu la moitié
De ce qu'ils avoient d'amitié
Pour Mefdames les Nereïdes.
Pendant le bain les imprudens
Regardans à travers l'eau claire
Vous ont trop permis de leur plaire :
Ils font aujourd'hui fur les dents.
Quelques-uns des Siécles antiques
Rappellant les vieilles chroniques
Du tems où Vénus fe montroi
Sur une nacre vagabonde
Dans fon éclat fortant de l'Onde ,
Crurent que Vénus y rentroit.
Ils furent touchés de vos charmes ,
Et depuis ce funefte jour y
Où vous quittâtes mom féjour ,
La'mer fe groffit de leurs larmes,
Vous mépriſez les Dieux marins ,
Mais nos Héros Dieux de la terre
S'ils ne font détruits par la
Ils le feront par les chagrins.
guerre ,
B ………….. dans fon troifiéme luftre ......
Qui vous marquoit fon petit foin
B ...... Hélas ! perd tout fon luftre,
Et devient jaune comme un coin .
V..... qui fut toujours en butte
88 MERCURE DE FRANCË,
A vos dédains , à vos humeurs ,
Eft le plus morne des rimeurs ,
Jufqu'à n'aimer plus la difpute.
Cent autres qu'on ne nomme pas ,
Qui vous cherchoient un peu querelle
Quand vous faifiez trop la cruelle ,
Pouffent , de perdre vos appas ,
Des foupirs longs comme le bras ;
Leurs nuits , leurs jours font déplorables
Vous laiffez bien des miférables ,
Mais vous ne laiffez point d'ingrats .
On aimoit juſqu'à vos caprices ,
Vos coups , vos petites malices ,
Et même encor vos petits rats.
Faut-il donc vous avoir connue ,
Et vous avoir fi - tôt perdue ,
Jeune & charmante D . .. ... ?
Ah ! mettez la main à la plume
Pour adoucir cette amertume ,,
Sinon j'en mourrai de regret.
DECEMBRE 1745. 69
LE RETOUR DU PRINTEMS ,
CANTATILLE ,
Par M. Gaudet.
LA neige ceffe enfin de couvrir les montagnes
Un air doux & ferein ranime l'Univers ;
Les troupeaux bondiffans errent dans les Cam
pagnes ,
Sans craindre des frimats les obftacles divers >
La Naïade du fein de fa grotte profonde
Voit librement couler fon onde ,
Et les Oifeaux par leurs accens
Annoncent dans nos bois le retour du Printem
Accourez-tous , Amans fidéles ;
L'Aquilon fuit de ces côteaux ,
Et les Zéphirs à tire - d'aîles
Raménent les jours les plus beaux
La riante Flore
Embellit ces lieux :
Ses foins font éclore
La Rofe à nosyeux ;
70 MERCURE DE FRANCE,
L'aimable verdure
Pare nos guérets :
Le ruiffeau murmure ;
Tout dans la Nature
Reprend fes attraits ,
Accourez-tous , Amans fidéles ;
L'Aquilon fuit de ces côteaux ,
Et les Zéphirs à tire-d'aîles
Raménent les jours les plus beaux,
Déja couchés fur l'herbe tendre
Les Bergers au loin font entendre
Les fons de leurs chalumeaux ,
Et leurs conftantes Bergéres
Sortant en foule des Hameaux
Viennent par des danses légères
Et des concerts harmonieux
Charmer de leurs amans & le coeur & les yeux.
Jouiffez de la jeuneffe ;
C'est le Printems des plaifirs ;
Le tems fuit , & la vieilleffe
Dans nos tranfports ne nous laiffe
Que de stériles défirs .
Vous que l'Amour bleſſe
De fes traits vainqueurs ,
DECEMBRE 1745. 77
Célébrez l'yvreffe
Qui regne en vos coeurs
Que l'écho répete
Vos tendres accens ;
Que votre Mufette ,
Soit feule interprett
De vos voeux preffans ,
Jouiffez de la jeuneffe ;
C'est le Printers des plaifirs ;
Le tems fuit & la vieilleffe
Dans nos tranfports ne nous laiffe
Que de fiériles défirs .
LE QUARTIER D'HIVER.
O D E.
Loin d'ici l'affreufe Bellonne ;
Que Mars abondonne nos champs ;
Le Ciel aujourd'hui nous ordonne
De ceffer les combats fanglans,
Loin de fes demeures chéries
Le Faune vient dans nos prairies
Raffembler les plus belles fleurs ,
Et les Nimphes font leurs offrandes
72 MERCURE DE FRANCE.
Des plus magnifiques guirlandes
Et des plus flatteuſes odeurs .
Le ruiffeau fous un doux murmure
Voit rouler fes flots argentés ; {
La Nymphe dans ſon onde pure
Contemple à loifir ſes beautés ;
Les Zéphirs à la douce haleine
D'un foufle léger dans la plaine
Pouffent des innocens foupirs ,
Et le jeune enfant de Cythere
S'arrache des bras de fa mere
Pour avoir part à leurs plaiſirs.
La jeune & timide Bergére
D'un efcarpin blanc & léger
Va fouler la tendre fougére ,
Tenant la main de fon Berger.
Non loin d'eux fur la marjolaine
Des yvrognes à taffes pleine
Célébrent le divin Bacchus ;
Tous applaudiffent à ſes charmes ,
Et le Guerrier quitte fes armes
Pour fe noyer dans fon doux jus .
Charmé de ce brillant ſpectacle
Apollon déferte les Cieux ;
De
DECEMBRE 1745 .
73
De Délos il change l'Oracle
Pour le tranſporter en ces lieux :
Les chaftes Nymphes du Permeſſe
Par mille concerts d'allegreffe
Viennent chanter fon nouveau choix ;
Pan quitte fes fombres bocages ,
Et fa flute fur ces rivages
Annonce les plus douces loix ,
9
A peine de la blanche Aurore
Voit-on paroître le retour ,
Qu'auffi-tôt l'Olympe fe dors
Des éclatans rayons du jour
Et les Etoiles courroucées ,
Dans l'obſcurité repouffées ,
Perdent leur brillante lueur .
Un aftre plus vif les efface ,
Et le monde , de leur difgrace
Tire un avantage flateur ,
Ainfi dans les plaines fameufes
Que l'Escaut baigne de ſes eaux ,
LOUIS des brigues orageuſes
Diffipa les concerts nouveaux ;
En vain les orgueilleux nuages
S'uniffent avec les orages
Pour ternir l'éclat du Soleil ,
Auffi -tôt leurs forces tariffent ,
11, Fel.
1
74 MERCURE DE FRANCE,
430#
Leurs Efcadrons fe défuniffent ;
L'aftre reprend fon appareil.
Qu'un trop frivole orgueil fe flate
De foumettre tous les humains ,
Que la bombe menace , éclate ,
La foudre même eft en nos mains
Le feul effet d'un avis fage
Abbat un aveugle courage ,
Bellone tombe , & s'étourdit.
En vain la Ligue fe raffemble ,
LOUIS paroît , l'ennemi tremble ,
Et dans les airs Mars applaudit .
L'Hyver déformais agréable
Malgré la neige & les glaçons ,
Paroît feul être favorable
Aux peuples que nous terraffons,
Inftrumens d'une paix profonde
Les froids en ravageant le monde
Vont mettre la difcorde aux fers
Leurs fureurs feront nos délices ,
Et les vents feront les indices
Du calme de tout l'Univers,
DECEMBRE 1745. 75
A
MADAME DE CHASS AIGNE ,
pour le premier jour de l'année..
C Hacun veut en cette journée
Faire des complimens fur la nouvelle année ;
Je voudrois bien , Madame , auſſi vous en faire un
Qui ne fût pas tout a fait du commun ;
Mais comment donc m'y prendrai -je pour faire
Un fouhait digne de vous plaire ?
Rien n'eft moins fa cile en effet ,
Car vous avez tout à fouhait ;
On s'empreffe à vous rendre hommage ;
La beauté , la vertu font de votre appanage
On voit les graces , les amours ,
Qui vous
accompagnent toujours ;
Plutus grand maître des richeffes
Vous a fait part de fes largeffes.
Pour de l'efprit , il eft certain
2
que vous en avez bien autant qu'un vrai Lutin ,
Votre cher époux vous adore ,
Et je puis affûrer encore
Qu'il previent en tout vos fouhaits ;
Rien n'eft égal à vos attraits ;
Venus même vous porte envie.
Je vous fouhaite donc encor cent ans de vie.
Par Mile. Sophie
d'Orvilliers la cadre ,
de Vernenfur Seine , âgée de 14 ans deux mois .
Dij
76 MERCURE DE FRANCE,
VERS faits la veille d'un départ.
B
Eaux lieux , bofquets cheris ,
Tendre féjour de flore ,
Où l'on ne voit éclore
Que jeux , qu'amours , que ris
Me reverrai-je encore
Seul avec mon Iris ,
Au lever de l'aurore ,
Sur vos gazons
1
fleuris ?
Dieu qui regne à Cythere ,
Ménage mon retour ;
Je laiffe. ma bergere ]
?
Aux foins du tendre Amour ;
Auffi charmante , auffi fincere ,
Puiffe - t-il me la rendre un jour ?
L. A. V.
DECEM BRE 1745. 17
NOUVELLES LITTERAIES,
DES BEAUX ARTS , &c.
LMANACHET CALENDRIER journalier ,
Aperpétuel &univerfel, ouvrage trèsutilé
& néceffaire aux Magiftrats , gens de Juftice
, Praticiens, Hiftoriens , Chronologies ,
Curieux , & à toutes fortes de perfonnes ,
dédié à M. le Comté de S. Florentin Sécretaire
d'Etat par Noël l'Archer Mathéma
ticien à Paris 1745. in - 12.chés de Bats au
Palais , & de Lormel Quai des Auguftins.
La deftinée des Almanachs à peu près
femblable à celle des fleurs qu'un même
jour voit naître & mourir , avoit été jufqu'à
préfent de mourir à fin de l'année de
leur naiſſance ; en voici un qui a des prétentions
plus étendues. Il eft calculé depuis
l'année 100 jufqu'en 2500 , c'est- à- dire
qu'avec le fecours de ce petit volume on
connoîtra quelles ont été & feront pendant
les 1500 années qu'il renferme , les Epactes ,
le Nombre d'or , le Cycle folaire , le tems
des Fêtes mobiles , les Lettres dominicales ,
les pleines Lunes ; enfin tout ce qu'il eft
néceffaire ou poffible de fçavoir fur les mo-
Dij
78 MERCURE DE FRANCE.
dalités differentes de l'année. Cet Almanach
retrograde des années antérieures ne
doit pas être regardé comme une choſe
auffi inutile qu'il pourroit le paroitre . Par cemoyen
on fçaura fi tel jour de tel mois
d'une année antérieure étoit un Dimanche
ou un jour ouvrier , & il eft des cas où cet
éclairciffement eft important ; il eft arrivé
qu'en recourant à d'anciens Almanachs on
a prouvé qu'un exploit daté de tel jour
étoit faux , puifque ce jour étoit un Dimanche
ou une Fête , jours aufquels il est
dé fendu d'affigner ; à l'égard des calcu's à
ver que l'Auteur nous donne jufqu'en l'année
2500 il nous étale des tréfors dont nousne
jouirons pas , & il ne peut avoir en
e que de flater la curiofité en faifant pa
fer ainfi en revûe devant nos yeux toutes
les années futures ; un pere de famille avare
pourroit fubftituere livre à fa pofterité jufqu'à
la trentiéme génération.
L'Auteur explique dans une Préface la
façon dont il faut fe fervir de fon Calendrier
, & y traite à fond la matiere des
Epactes , Cycles folaires , Nombre d'or &c.
Ce petit livre contient 10. 1500 années
Grégoriennes , fçavoir 750 du paffé , & 750
de l'avenir. 20. 1500 autres années Juliennes
partagées comme les précédentes , ce qui
1ait 3000 Almanachs complets , dont cha
DECEMBRE 1745. 79
cun a fa Lettre dominicale , fon Epace &
fon Nombre d'or , 30. Une Table perpétuelle
de toutes les Fêtes mobiles , 40. Une
Table de toutes les nouvelles Lunes à perpétuité
, 5º . Une autre Table perpétuelle
de la célébration de la fête de Pâques applicable
au Calendrier Julien. 60. Enfin fept
Calendriers perpétuels par le moyen des
fept Lettres dominicales , & aufli complets
que ceux qu'on débite tous les ans.
L'Auteur de cet ouvrage donne avis à
ceux qui veulent fe perfectionner dans le
Génie , qu'il enfeigne la Géométrie & partie
des Mathématiques. Il demeure rue Phélypeaux
proche le Temple vis-à- vis un
Rotiffeur.
LE NEPTUNE ORIENTAL , OU
Routier général des côtes des Indes Orientales
& de la Chine , enrichi de Cartes
hydrographiques tant générales que partículieres
pour fervir d'inſtruction à la Navigation
de ces differentes Mers , dédié à
M. Orry de Fulvy , Confeiller d'Etat , Intendant
des Finances , Commiffaire du Roi
à la Compagnie des Indes, par M. d'Après
de Mannevillette , Lieutenant des Vaiffeaux
de la Compagnie des Indes , & Correfpondant
de l'Académie Royale des Sciences , à
Paris 1745. in folio.
Diiij
80 MERCURE DE FRANCE.
Cet ouvrage imprimé avec de belles
Cartes fera d'un grand fecours à ceux qui
naviguent dans les Mers dont l'Auteur donne
la defcription ; il eft fait avec beaucoup de
foin & d'exactitude, & on ne peut qu'applaudir
aux recherches & au travail de l'Auteur .
RECEUIL DE DIFFERENS PAPIERS
d'Etat de Jean Turloé Secretaire des deux
Cromwels , jufqu'au rétabliſſement de Chayles
II. publiés à Londres par Thomas Birch
Maître-ès- Arts & Membre de la Societé
Royale.
M. BONGIOVANNI a trouvé parmi
les Manufcrits de la Bibliothéque de Saint
Marc un Commentaire fur Homere qui paroit
du Xe. fiécle , & qui parconféquent eft
antérieur à Eufthate le plus renommé des
Scholiaftes d'Homere. M. Bongiovanni qui
a fait imprimer les Commentaires de ce nouveau
Scholiafte & les a traduits en Latin ,
prouve dans fa Préface qu'Eufthate à tiré une
partie de fon travail de cet ancien Auteur ,
& qu'ainfi il a joui pendant long- tems d'une
gloire ufurpée . Eufthate a encore eu un tort
d'une autre efpéce ; il a négligé de prendre
beaucoup de bonnes chofes dans l'Auteur
qu'il mettoit fi hardiment à contribu
tion , & comme on ne peut pas préfumer
DECEMBRE 1745 .
que ce foit par fcrupule
qu'il fe foit arrêté on peut raiſonnablement
l'accufer
de mau- vais goût. Le livre de M. Bongiovanni
eft
imprimé
à Venife
.
-JEAN- BAPTISTE Pafquali Libraire
de Veniſe a imprimé une Traduction Itálienne
de la Vie de Ciceron par M. Midleton
, Bibliothéquaire de 1 Univerfité de
Cambridge , & il paroit par les nouvelles
Litteraires de Florence , que cette Traduc
tion a un grand fuccès.
ON a imprimé à Milan une Differtation
du Pere Anfalde où ce Religieux réfute le
livre de M. Dodwel De paucitate Martyram .
M. Dodwel avoit avancé qu'il s'en falloit
beaucoup que tous les Saints dont les noms
font rapportés dans le Martyrologe Romains
euffent fouffert le martyre , c'eft cetre erreur
que le Pere Anfalde a refutée avec force.
Il montre que M. Dodwel n'a pas bien entendu
ce nom de Martyr , que les Ecrivains
Ecléfiaftiques donnent fouvent à des gens qui
font morts à la vérité dans leur lit , mais qui
avoient fouffert précédemment pour J. C, ou
l'exil ou la prifon ou telle autre peine temporelle
: ces vers de S. Paulin de Nole , au
fujet de S. Felix Martyr qui n'a point été
couronné en font une preuve fans replique,
D v
28 MERCURE DE FRANCE.
Vectus in æthereum fine fanguine Martyr honorem
Occidit , & Chrifto fuperis eft natus in aftris ,
Coeleftem nactus fine fanguine Martyr honorem .
ON vient d'imprimer à Florence un
Dialogue de M. Lodovico Dolce intitulé
PAretino. Il y traite du mérite de la Peinture
, & de toutes les qualités qui doivent
concourir à former un grand Peintre . Les
ouvrages des Peintres anciens & modernes y
font fouvent cités , & l'Auteur s'étend particulierement
fur les ouvrages du fameux
Titien qu'il appelle divin.
COMMENTAIRE fur la Buccine ou
Trompette publique des Juifs par le Pere
Chafte Innocent Anfaldi de l'Ordre de S.
Dominique , imprimé à Breffe en 1745 .
Le P. Anfaldi Auteur de cet ouvrage en
a déja fait imprimer plufieurs où il a fait
admirer fa profonde & judicieuſe érudition ,
& qui lui ont acquis une grande réputation
dans toute l'Italie .
L'Auteur dans l'ouvrage dont il s'agit
prouve que l'ufage de cette Buccine commença
chés les Juifs dans le Délert , & fe
conferva depuis fous les Juges & fous les-
Rois , quoique tous ces derniers on s'en foit
fervi moins fréquemment . C'eſt au fon de
#:
DECEMBRE 1745. 83
cette Buccine que l'on convoquoit les affemblées
du peuple , & ceci fert à expliquer
plufieurs endroits de l'Ecriture Sainte qui
fans cela feroient mal entendus. Le P
Anfaldi donne une explication abfolument
neuve du paffage de l'Evangile où J. C. dit
à S. Pierre qu'il le reniera avant que le Coq
Gallus ait chanté trois fois. Selon le P. Anfaldi
, cette Buccine fe nommoit Gallus ,
& il croit que c'eft d'elle que N. S. vouloit
parler. Cette fignification du mot Gallus
ou Coq pour fignifier la Trompette n'eft
pas particuliere aux Juifs ; les Grecs s'en
fervoient auffi . Erafme avoit déja avancé
que le proverbe Antequam Gallus iterum
cantet , avant que le Coq chante une feconde
fois , ne fignifioit autre chofe chés les Grecs.
finon avant que le Juge prononce , avant
qu'on ftatue , qu'on délibere fur la chofe contestée
, ou qu'on se foit fervi du miniftere d'un
Crieur public qui convoque l'affemblée avec la
Buccine.Les Latins appelloient auffi ce Crieur
public Forenfis Gallus , Coq de Barean.
Les Juifs avoient deux Trompettes , l'une
étoit deftinée à appeller à l'affemblée les
principaux de la Nation ; on fonnoit toutes
les deux lorfqu'il s'agiffoit de convoquers
tout le peuple depuis les Machabées il
s'introduifit encore une coûtume priſe de
Grecs au fujet de cette convocation : lorf
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
que l'affemblée avoit été réfolue après une
délibération préalable & tranquille ; la Buccine
ou Trompette ne fonnoit qu'une fois ;
elle fonnoit deux fois , lorfqu'on prenoit
fubitement & a l'improvifte la réfolution
d'affembler le peuple. Le P. Anfaldi` faït
encore beaucoup d'autres recherches fur la
forme de ces Buccines , fur les modes dans
lefquels elles jouoient ; nous ne le fuivrons
pas dans cette route obfcure où fon érudi
tion jette de vives lumieres.
ON nous mande de Rimini qu'en travaillant
à la conftruction de l'Eglife Paroiffiale
de Sainte Innocence on a trouvé
plufieurs Infcriptions antiques , mais trèsmutilées
, parmi lefquelles il y en a une entiere
de la longueur d'environ un demipied
, où on voit ces lettres :
C. Tulli Arifiani. F. Fæfonia.
M. Giovanni fçavant Gentilhomme &
Profeffeur de Rimini , les lit ainfi. Caius
Tullius Atifiani filius Foefonia , & conclut de
là que dans la Maiſon Tullia , outre la
branche des Cicerons & des Decules que l'on
voit fur les Médailles , il y avoit encore une
troifiéme branche des Atifiens. A l'égard
du mot Fafonia ce fera le nom de quelqu
DECEMBRE 84
1745.
Maiſon ou de quelque lieu jufqu'à préſent
inconnu dont le Caius Tullius tirera fon
origine , ce pourroit être encore un furnom
ufité dans la Maifon Tullia , & alors
ce Caius Tullius auroit eu quatre noms
au lieu de trois , ce qui eft contre l'ufage
des premiers fiécles de la République , mais
fe rencontre aflés communement dans les
fiécles fuivans.
OBSERVATIONS
Météorologiques.
Sur la Pluie & le Barometre en 1744,
A quantité d'eau en hauteur a été en
L fannée 1744 de 16 pouces to lignes .
Le Barometre fimple a marqué la plus grande
élévation du Mercure à 28 pouces 7 lignes
le 4 Janvier de la même année par
un tems ferain & un petit vent de Nord-
Eft , & le 26 & le 28 du même mois par
de grands brouillards , & il eſt deſcendu
le plus bas à 27 pouces 5 lignes le
14 Avril
par un tems couvert & un grand vent de
Sud-Oueft,
86 MERCURE DE FRANCE.
OBSERVATIONS fur le chaud &
fur le froid en 1744
Le Thermometre feellé hermétiquement
dont on fe fert pour faire ces opérations
eft toujours le même :on l'obſerve à la pointe
du jour qui eft le tems le plus froid , &
vers les
3 heures après midi qui eft le tems
le plus chaud.
Lorſque l'air eft tempéré ce Thermometre
marque 48 dégrés ; le 13 & le 14
de Janvier de l'année 1709 il étoit defcendu
à dégrés.
Le plus grand froid de l'année 1744
eft farrivé le 14 Janvier. La liqueur du
Thermometre eft defcendue à 20 dégrés .
Celui de M. de Reaumur étoit à 8 dégrés
& demi au deffous de la congelation
de l'eau.
La plus grande chaleur en 1744 eft arrivée
le 9 Juillet ; la liqueur du Thermometre
eft montée à 74 dégrés.
Celui de M. de Reaumur étoit à 24
dégrés au deffus de la congelation de
feau.
DECEMBRE 1745. 87
DECLINAISON de l'Aiguille
Aimantée en 1745 .
Le 17 , le 18 & le 19 Mai 1745 à
FObfervatoire Royal une Aiguille de 4
pouces déclinoit de 16 dégrés 15 minutes
vers le Nord- Oueſt.
ECLIPSES de l'année 1746 .
De quatre Eclipfes qu'il y aura cette an
née , fçavoir deux de Soleil , le 2. Mars
& le 15 Novembre , & deux de Lune le
7 Mars & le 30 Août ; il n'y aura que
Eclipfe de Lune du 30 Août vifible fur
notre horifon.
Le commencement fera à ro heures 40-
minutes du foir.
Le milieu le 3 Août à o heure 8 minutes
du matin.
La fin à une heure 30 minutes.
La durée de z heures 45 minutes.
La grandeur fera de fix doigts 34 minutes
vers le Nord.
LA RELIGION CHRETIENNE
méditée dans le véritable efprit de fest
maximes , ou cours fuivi & complet de Ré--
88 MERCURE DE FRANCE.
flexions , ou de fujets de Méditations pour
chaque jour de l'année , fur les Epîtres &
les Évangiles des Dimanches & des Fêtes.
Ouvrage propre à tous les Etats , où les
Eccléfiaftiques , les Religieux , & les fimples
Fidéles apprendront également les Régles
füres de fe fan&tifier chacun dans fa vocation.
En 6 vol. in- 12 . Le prix eft de 15 livres
relié en veau. A Paris chés Pierre Prault ,
Quai de Gefvres au Paradis , & P. N. Lottin
rue S. Jacques à la Vérité.
Cet Ouvrage eft un coursfuivi & complet
de Réflexions ou de fujets de Méditations
pour chaque jour de l'année , fur les Epîtres
& les Evangiles des Dimanches & des
Fêtes.
Il y a long-tems qu'on en défiroit un
de cette nature , qui put être fuffifant pour
les Séminaires , Communautés , &c. où on
eft en ufage d'avoir chaque jour deux tems
differens deftinés à l'exercice de l'Oraifon
Mentale : les Livres excellens qui font entre
les mains de tout le monde ne fourniffant
pas de Réflexions affés étendues pour deux
lectures differentes.
On trouvera dans celui- ci deux fujets de
Méditations pour chaque jour ; un pris de
l'Epître , & l'autre de l'Evangile.
Après le texte de l'Ecriture fuivent les
DECEMBRE 1745 . ઈ
• Réflexions partagées en deux à linea , quí
peuvent être confidérés comme deux points ,
&font terminés par une Priere qui renferme ,
pour l'ordinaire , tout le fruit qu'on peut tirer
des Réflexions que l'on vient de lire , enforte
que l'on peut dire qu'en même-tems que
l'efprit eft éclairé par les grandes vérités de
la Religion , le coeur eft échauffé & excité
puiffamment à entrer dans les difpofitions
qu'elles exigent des Chrétiens.
Cet Ouvrage peut fervir utilement dans les
Familles & les Ecoles Chrétiennes , pour
fujets de lecture de Piété , peifqu'il intereffe
tous les états , de maniere que les Eccléfiaftiques
& les Religieux , comme les fimples
Fidéles , y trouveront de grandes leçons pour
le falut , des maximes folides , & des régles
fûres de conduite pour la fanctification de
leurs moeurs , felon leurs differentes voca
tions.
Les Curés & Vicaires, & tous ceux qui font
chargés de l'inftruction des Fidéles , y trouveront
abondamment de quoi remplir chaque
jour de Dimanches & de Fêtes , & même
tous les jours , leurs obligations , envers les
Peuples confiés à leurs foins .
On a joint au fixiéme tome de cet Ouvrage
, à la fuite de la vingt- quatrième fe
maine après la Pentecôte.
96 MERCURE DE FRANCE.
1º. Des Elevations à N. S. J. C. préfent
au Très-Saint Sacrement de l'Autel , pour
F'Octave de la Fête-Dieu , dont on pourra
fe fervir , foit au Salut des Jeudis , ou les
autres jours , dans les Eglifes où le Saint
Sacrement eft expofé.
2º. Deux Réflexions ou fujets de Méditations
pour chaque jour des Fêtes des Myftéres
de N.S. , pour toutes celles de la Sainte
Vierge , & des Saints , dont le culte eft plus
célébre dans l'Eglife.
3º. Une Lecture de piété pour chaque
jour du mois.
On a mis une Table des matiéres à chaque
tome pour faciliter le moyen de trouver ce
dont on aura befoin.
DECEMBRE. 1745. ST
SEANCE publique de l'Académie des
Sciences du 13 Novembre.
M.
Duhamel lut un mémoire qui a pour
. titre , Effais fur la confervation des
grains & en particulier du froment.
Le mémoire de M. D. fe trouve naturelfement
divifé en trois partics ; dans la premiere
il établit la néceflité qu'il y a de faire
des magafins de bled dans les années d'abondance
, afin de fe ménager des reffources
pour celles où les recoltes manquent.
Dans la feconde partie il détaille ce qu'on
pratique dans les Provinces voifines de Paris
pour conferver les grains & il fait fentir
les inconvéniens de cette méthode . Dans la
troifiéme il propofe une nouvelle façon de
mettre les grains en grenier , & de les y entretenir
. Il y rapporte les expériences qu'il
a faites à ce fujer , qui établiffent la fupériorité
de cette nouvelle pratique fur l'ancienne.
Comme nous ne pouvons pas nous étendre
également fur toutes les parties de ce
mémoire , nous nous contenterons pour ce
qui regarde la premiere partie de faire re92
MERCURE DE FRANCE.
marquer avec l'Auteur , que la France pro
duit dans les années d'abondance plus de
grains qu'il n'en faut pour nourrir fes habitans
, & que le plus für moyen pour prévenir
les difettes eft de conferver foigneufement
ce furcroit de recolte, en faifant , lorfque le
bled eft à bon marché , de grands magafins
qui puiffent s'ouvrir à propos & fubvenir
au befoin.
En parcourant la feconde partie du mémoire
de M. D. on voit qu'en fuivant la pratique
ordinaire il eft difficile de faire ces magafins
il faudroit pour cela des bâtimens
immenfes & très -folides ; le bled qu'on y
dépoferoit feroit expofé à la rapine des oifeaux,
des rats ,des fouris & des infectes ; ceux
qui ont été dans le cas d'avoir beaucoup de
bled à conferver , fçavent qu'il s'en perd néceffairement
par les trous que differens animaux
font aux greniers ou que la charge du
-bled y occafionne : ils fçavent auffi que le
bled exige un foin journalier pour éviter
qu'il ne s'échauffe & qu'il ne fe gâte . M. D.
finit ainfi cette feconde partie dont nous ne
donnons qu'une légere idée.
23
Il s'agit pour rendre la conſervation des
bleds plus aifée . Premierement, d'en pou-
Voir renfermer une grande quantité dans
un petit emplacement , & dans des gre
DECEMBRE. 1745.
93
niers qui coutent moins à établir. 2 ° . De
faire enforte qu'ils ne s'y échauffent pas
qu'ils n'y fermentent pas, qu'ils n'y contractent
pas un mauvais goût. 3 ° . De le
garantir de la rapine des oifeaux , des rats
» &c. enfin de le préferver des mites , des
tignes, des charançons & de toute autre ef-
» péce d'infectes ; tout cela fans prefque
de foins & moyennant une très- petite dépenfe.
Voyons fi on peut fatisfaire à ces
befoins , & rapportons les experiences
» que nous avons faites à ce fujet. »
כ כ
33
כ כ
M. D. paffe enfuite à la troifiéme partie
de fon mémoire , fur laquelle nous nous
étendrons plus que fur les autres en faveur de
ceux qui voudront profiter de ces recherches
& des experiences qu'il y rapporte,
Il a fait faire avec de bonnes planches de
chêne bien épaiffes un petit grenier ou une
grande caiffe qui formoit un cube d'environ
5 pieds de côté. A 6 pouces du fond ou du
plancher de ce petit grenier il a fait placer
fur des lambourdes un fecond fond de grillage
fur lequel il a fait étendre une forte
toile de canevas . S'il étoit queftion d'établir
un grenjer folide , au lieu de planches on employeroit
des pierres de taille ou des briques,
& on fubftitueroit au carevas un treillis de fil
de fer.
Le petit grenier de M, D. fut rempli com94
MERCURE DE FRANCE.
ble de bon froment , & il en contient un
peu plus de 94 pieds cubes , ou environ
5040. liv.
On obfervera en paffant qu'un pareil grenier
qui auroit 12 pieds de côté , tiendroit
1728 pieds cubes de bled , pendant qu'un
grenier ordinaire qui a 1323 pieds de ſuperficie
, (le bled étant entaflé feulement à 18
pouces d'épaiffeur & écarté des murs comme
on le pratique ordinairement ) ne pet
contenir que 1350 pieds cubes de bled.
Néanmoins pour bâtir un grenier de cette
grandeur il en couteroit plus de 13000 liv.
au lieu qu'avec 1000 liv. on pouroit bâtir
un grenier comme le propofe M. D.
Voilà une grande économie fur l'étendue
des greniers & fur la dépenfe qui feroit néceffaire
pour en établir , ce qui eft un article
bin important pour les Places de guerre
, pour les Ports de mer , pour les grands
Hôpitaux , pour les Communautés riches ,
& généralement pour tous ceux qui auront
de grands Magafins à faire.
Quand le petit grenier fut tout rempli de
de grain , M. D. le fit fermer par le hautavec
des planches qui joignoient aflés exactement
, pour que ni les oifeaux, ni les rats,
ni les fouris , ni même aucun infecte n'y pût
entrer ; il fe mit ainfi à l'abri de la voracité
de ces animaux , il ménagea feulement pluDECEMBRE
. 1745. ༡ .
plufieurs ouvertures ou foupiraux à ce plancher
qu'on étoit maître d'ouvrir ou de tenir
fort exactement fermées .
Il ne fuffifoit pas d'être parvenu à faire
tenir beaucoup de bled dans un petit emplacement
, & de l'avoir mis à couvert des animaux
qui cherchent à s'en nourrir ; M. D.
s'étoit affûré par des experiences que le bled
qui paroît le plus fec contient néanmoins
affés d'humidité pour fermenter & fe corrompre
qu'and il eſt ainfi exactement renfermé
; il en avoit mis dans des bouteilles
bien bouchées, qui s'y étoit corrompu ; il en
avoit rempli des futailles où le bled s'étoit
échauffé & avoit contracté une mauvaiſe
odeur ; il s'étoit affùré par des expériences
exactes que le bled de cette année doit perdre
un huitiéme de fon poids pour être réputé
fec : enfin on fçait que le bled entaffé
trop épais & qu'on eft long-tems fans remuer
s'échauffe & fe gâte. Il étoit donc très important
de remédier à cet inconvenient : il
falloit de tems en tems renouveller l'air du
petit grenier , en établiſſant dans fon intérieur
un courant d'air qui en pût diffiper l'hu
midité. C'eſt dans cette vue que M. D.'avoit
établi au fond de fon grenier un plancher de
grillage , mais il s'agiffoit de trouver un
moyen de forcer l'air d'entrer entre les deux
planchers & de pénetrer tout le grain pour
96 MERCURE DE FRANCE,
fortir
par les foupiraux qu'on avoit pratiqués
au plancher fuperieur.
Les foufflets de forge & un fouflet cylindrique
imaginés par M. Triewal Suedois,
pour renouveller l'air du fond de calle des
navires ne convenoient pas à M. D. parce
qu'étant faits de cuir , les rats n'auroient pas
manqué de les endommager.
Après avoir tenté differens moyens qui
lui paroiffoient propres à remplir fon idée ,
il étoit fur le point d'appliquer à fon grenier
un fouflet centrifuge ou à moulinet qui a
été perfectionné par M. Teral & qui eft gravé
dans le Recueil des machines préſentées
à l'Académie .
ဘ
32
ב כ
•
» Le foufflet , dit M. D. auroit pû ſatis-
» faire à ce que je défirois , mais dans ce
tems M. Hals m'envoya un exemplaire de
fon ouvrage intitulé le Ventilateur; ce célebre
Phyficien qui joint à un excellent
efprit un defir bien fouable de contribuer
à tout ce qui peut être utile aux hom-
» mes donne dans l'ouvrage que je viens de
» citer la defcription d'un foufflet très
fimple , qui ne peut être endommagé par
» les rats , qu'on peut exécuter à peu de frais,
» & qui me parut préferable à tout autre ,
"parcequ'il eft plus propre à forcer l'air de fe
»porter oùl'on veut.
ود
20
M. Hals propofe ce foufflet pour renouveller
DECEMBRE 1745. 97
50
33
ဘ
veller l'air de l'entre-pont & de la calle des
vaiffeaux des galeries , des mines , des
fales où il y a beaucoup de malades , des
endroits qu'il eft important de deflécher ,
» & enfin il indique une façon de s'en fervir
» pour la confervation des grains . Les recherches
de M. Hals fur ce point , bien
loin de me détourner de fuivre celles que
j'avois commencées , m'engagerent à les
» continuer avec plus d'ardeur ; la conformité
qui fe rencontroit dans nos idées générales
m'aflermiffoit dans celles que j'avois
. conçues , & me faifoit même bien
préfumer des moyens que je me propofois
d'employer pour en faire ufage , quoiqu'ils
fuffent très-differens de ceux que propofe
ce célébre Phyficien . La difpofition de
fon grenier ne reffemble point à celui que
j'ai employé.
33
วง
"
အ
32
» M. Hals applique fon Ventilateur à un
grenier ordinaire , & ainfi il ne diminue
ni les frais d'établiſſement , ni l'emplace-
» ment des greniers , & fon grain refte expofé
à la rapine des animaux & aux autres
caufes de déperiffement , dont nous avons
parlé néanmoins je ne déciderai pas lequel
des deux greniers eft le meilleur ;
» l'ouvrage de M. Hais a été traduit en notre
langue par M. de Moure , de la Société
99
20
כ כ
II. Vol,
E
98 MERCURE DE FRANCE,
Royale de Londres : tout le monde peut
, le confulter & choifir . *
M. D. fit donc exécuter le foufflet de M,
Hals & l'appliqua à fon grenier. Il faut s'imaginer
un grand foufflet qui prend l'air du
déhors & qui le porte entre les deux planchers
inferieurs du petit grenier. Par le calcul
M. Duhamel en a fait , il paffe
80640 pieds cubes d'air quand on fait jouer
un feul foufflet pendant huit heures , & l'air
du petit grenier fe renouvelloit environ
2600 fois.
que
Le bled que M. D. avoit mis dans fon gre,
nierétoit de bonne qualité ; on ne l'a éventé
au plus que la valeur de 6 jours dans l'efpace
d'une année , & depuis deux ans que
ce bled eft en expérience , bien loin d'avoir
contracté la moindre altération , il eſt des
plus parfaits qu'on puiffe trouver.
Cette épreuve a donc eû tout le fuccès
qu'on en pouvoit attendre ; le bled- n'a pas
éprouvé la moindre fermentation ; il a con
fervé toute la bonne qualité qu'il avoit primitivement
; il a toujours été à couvert des
animaux qui cherchent à s'en nourrir , & ce,
> * J'invite même ceux qui voudront faire uſage
» de mes recherches , à confulter le Livre de M.
Hals , parce que j'ai fupprimé dans ce mémoire
» plufieurs chofes que j'y aurois inferées fi l'ouvrage
» de M, Hals n'avoit pas paru.
DECEMBRE 1745 .
DE
YON
la fans prefque de foins , de peine ni de dépenfe.
Il eft vrai que ce grenier eft petit
qu'il faudroit éventer plus fouvent & avec de
plus grands foufflets des greniers qui feroient
plus grands , mais outre que la dépenſe ſeroit
toujours proportionnée à la quantité
de grains qu'on auroit à conferver, on pourroit
, fi les magafins étoient fort grands , faire
jouer les foufflets avec un moulin à la Polonoife
, qui quelque petit qu'il fût , auroit ſuffifamment
de force pour mettre en jeu trois
ou quatre grands foufflets , alors on feroit
maître d'éventer le grain fi fouvent qu'on
voudroit & fans frais .
M. D. ayant reconnu que le bled de la
derniere recolte devoit perdre plus d'un hui
tiéme de fon poids pour être réputé fec , jugea
qu'il devoit être très- difficile à conferver , &
crut qu'il devoit profiter de cette circonftance
pour mettre fon grenier à la plus grande
épreuve. Il fit donc faire un fecond grenier
pareil au premier , & il le remplit de bled
nouveau qui étoit en partie germé , extrêmement
humide , qui avoit commmencé à
s'échauffer & qui avoit contracté une mauvaife
odeur , femblable à celle d'un poulaillier
; après l'avoir éventé une journés il
avoit perdu prefque toute fa chaleur , &
quoiqu'il n'y ait pas long - tems que cette experience
foit commencée , l'humidité eſt
E ij
100 MERCURE DE FRANCE .
fenfiblement diminuée , puifque le bled quị
étoit gonflé devient rétroit ; on s'apperçoit
aufli que l'odeur diminue confiderablement.
Si M. D. parvient à conferver ce
grain qui étoit déja fort alteré quand il l'a
mis en experience , il aura plus fait qu'on
ne pouvoit légitimement efperer de fa nouvelle
méthode. Voici comme M. D. termiş
ne fcn mémoire.
33 Il me reste à rendre compte des expériences
que j'ai faites pour détruire les infectes
; dans cette vue j'ai fait faire de
très- petits greniers qui contiennent ſeule-
» ment quatre pieds cubes de bled , j'y ai
renfermé avec le bled les infectes qu'il eft
» queftion de détruire , & j'y ai appliqué
un petit foufflet. Mes premiéres experiences
n'ont pas eû un bon fuccès ; j'en ai fait
» d'autres qui m'en promettent un meilleur,
mais plutôt que d'avancer des choſes ha-
» zardées , j'ai cru devoir differer quelque
ɔ tems à rendre compte de cette partie de
mon travail , & je le fais d'autant plus volontiers
, qu'il me refte .encore bien des
chofes à exécuter fur la confervation des
grains de toute efpéce . Ce que je donne
» jourd'hui ne doit donc être regardé
que comme le commencement d'un travail
plus confidérable que je me propoſe
de fuivre fi les dépenfes que je ferai obligé
">
**
ר פ כ
יככ
DECEMBRE 1745. · for:
dé faire n'y mettent pas un obftacle in-
25 vincible.
Comme les vûes de M. D. font uniquement
le bien public , il invite ceux qui auront
quelque obfervation relative à fonobjet
& particulierement fur la deſtruction
des infectes , à lui en faire part ; allùrément
s'il eft poffible de détruire ces animaux , ce
fera dans un grenier auffi exactement fermé
& dans lequel on eft maître de porter au
moyen des foufflets , telle vapeur qu'on ju
gera convenable d'y introduire .
M. de Juffieu l'ainé lut enfuite un mémoi
re rempli d'obſervations qu'il fait fervir d'ef
fai
pour une explication publique de toutes
les manieres dons les plantes fe multiplient ;
elles different des animaux comme , on le
fçait , en ce que la reproduction ne fe fait
chés eux que , ou par la fortie de leur femblable
du ventre de la femelle de leur ef
péce , ou par des oeufs qui éclofent hors
d'eux , aulieu que dans les plantes , c'eft ou
par boutures , ou par provins , ou par marcottes
ou par ceilletons , ou par greffes , ou par
femences. L'Art de cette multiplication
chés elles , qui fait une partie confidérable
de l'Agriculture , ne s'eft fondé que fur des
expériences réïtérées , au lieu que les autres
Arts font ordinairement fondés fur une
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
théorie qui précede l'expérience. Ces expériences
que les premiers Auteurs d'Agricul
ture ont pouffées fort loin, ont paffé chés les
Modernes en diverfes pratiques choifies ,
dont ils ont formé des méthodes qui réuffiffent.
M. de Juffieu entreprend d'ajouter à ces
fortes d'experiences une théorie fondée fur
un principe des plus fimples , imaginé par
les Anciens.
Théophrafte eft le premier qui ait regardé
dans les arbres la moële comme le piincipe
de leur vie & de leur propagation ; &
depuis lui Columelle a pris cette partie
pour une espéce d'ame qui donne la vie à la
¡ lante.
Quoique ces idées femblent être métaphyfiques
, M. de Juffieu les rend comme
réelles , & fait obferver que cette moële fe
trouvant au coeur du tronc & des branches
de tous les arbres , & étant prolongée jufques
dans les bourgeons répandus fur ces arbres
, il faut néceffairement qu'elle ait des
propriétés & des fonctions qu'aucune des
au res parties ne poffede comme celle- ci ; il
faut d'ailleurs qu'une même cauſe contribue
à ces deux fonctions , comme animales , de
croître & de fe multiplier : fonctions qui ne
peuvent mieux s'attribuer qu'à la moële.
M. de J. examine enfuite chaque partie
DECEMBRE 1745. 103
des plantes dont on fe fert pour cette multiplication
& y fait remarquer cette fubſtance
moëleufe que M. Hook , Grew & Malpighi
ont regardée comme véſiculaire .
Il ajoute qu'en pouffant plus loin , l'examen
des propriétés & de l'ufage de cette
moële par rapport à la propagation , on
peut remarquer qu'elle travaille interieurement
dans l'arbre dépouillé de fes feuilles ,
& comme en repos même pendant l'hyver ;
travail qui d'infenfible qu'il a été , ne devient
apparent , que lorfque cette fubftance moëleufe
s'eft étendue jufqu'à l'extérieur des
branches pour y former des bourgeons.
Ce développement des parties qui doivent
paroître au Printems après ce travail ,
peut être comparé à l'incubation de l'oeuf,
dans laquelle fon germe reçoit par la chaleur
de certaines liqueurs dans lefquelles il nage
une nourriture qui s'infinue dans les differen
tes parties du germe, les étend, les développe
& leur donne de . la fenfibilité , enforte que
ce qui paroifloit dans les bourgeons comme
dans l'oeuf un germe , devient , lorſque les
fleurs font éclofes , de même que le poulet ,
une preuve d'un travail intérieur fait par
l'extenfion des parties folides , & par un
changement des liquides tout- à- fait extraordinaire.
M. de J. par les reflexions qu'il fait ſur
E iuj
104 MERCURE DE FRANCE.
toutes ces obfervations conclud , 1º , qu'il
ya dans les plantes une ſubſtance qui eſt le
principe primordial de leur vegetation , &
de leur reproduction.
2º. Qu'on peut fuivre le progrès de cette
fubftance , non feulement dans les arbres ,
mais encore dans les herbes.
3 °. Que toutes les differentes maniéres
pratiquées pour la multiplication des plantes
, foit greffes , foit boutures , provins ,
marcottes , &c. ne font que des modifications
de l'ufage de la moële.
4°. Qu'une propriété de cette moële confervée
faine , eft de travailler dans les grains
quoique gardés long-tems , & dans les arbres
quoique étêtés , & dans leurs branches
quoique feparées de leurs troncs pour les
rendre capables de renouveller l'efpéce dont
ces parties ont été tirées .
DECEMBRE 1745. 105
E STAMPE S NOUVELLES,
AROLUS ROLLIN Antiquus Uni-
Cverfitatis Parifienfis Rector , Eloquentia
Profeffor Regius , & Regia Infcriptionum &
Humaniorum Litterarum Academia Socius.
Obiit octogenario major , die 4ª . Septembris
1741.
Cette eftampe d'après le portrait peint
par M. Coypel , eft gravée par Balechon &
eft fort belle au jugement des Connoiffeurs ;
elle fe vend chés N. B. de Poilly rue S. Jacque
, & chés Surugue Graveur du Roi rue
des Noyers.
CHARLES EDOUARD fils aîné de Jacques
Stuard , né à Rome le 31 Décembre
1720 , gravée par Jean Daullé Graveur du
Roi.
MARIE - THERESE Reine de Hongrie
née le 13 Mai 1717 , d'après le tableau
peint à Vienne en 1743 , par Martin de Meytens
, gravée par J. Daullé Graveur du Roi,
CHARLES ALEXANDRE DE LORRAINE
né le 12 Décembre 1712 d'après le ta-
Ey
106 MERCURE DE FRANCE
bleau peint à Vienne , par Martin de Mey
tens , gravée par J. Daullé fe vend chés ledit
Daullé.
NICOLAS DE HARLAI , Seigneur
de Sancy &c. Colonel Général des Suiffes ,
mort le 17 Octobre 1629, gravée par Tardieu
le fils , fe vend chés Odieuvre rue.
d'Anjou .
MARIE DE ROHAN mariée en premieres
nôces au Connétable de Luynes , &
en fecondes à Claude de Lorraine Duc de
Chevreuſe , née en Décembre 1600 , morte
le 18 Août 1679 , gravée par Balechou , fe
vend chés Odieuvre rue d'Anjou .
L
Es Cartes de feu M. Guillaume Deliſle
premier Géographe du Roi, de l'Académie
Royale des Sciences & Cenfeur Royal ,
compofant un Atlas de 95 Cartes pour la
Géographie moderne, ancienne & du moyen
âge , qui appartiennent maintenant au fieur
Buache fon gendre, de l'Académie des Sciences
& premier Géographe de Sa Majefté
fe diftribuent toujours dans la maison de fen
DECEMBRE 1745. 107
M. Delifle , Quai de l'Horloge du Palais.
On y trouvera auffi les autres Cartes
dreflées par Philippe Buache depuis la mort
de M. Delifle , dont plufieurs ont été approuvées
par l'Académie des Sciences.
M. Caffini de Thuri vient de publier une
nouvelle Carte qui comprend tous les lieux
de la France qui ont été déterminés par les
opérations Trigonometriques; cette Carte eft
diftribuée en 18 feuilles qui feront inférées
dans le livre de la defcription Géométrique
de la France ; elles ont été difpofées de
maniere que par leur affemblage on peut
en former une Carte générale de 3 pieds 9
pouces de hauteur fur 3 pieds 8 pouces
de largeur. Elle fe vend avec celles de M.
Buache lequel fe propofe de remplir tous
les vuides de cette Carte en faifant ufage
des meilleures Cartes qui nous aient été données
jufqu'à préfent .
On trouve auffi dans le même endroit la
Carte générale des Triangles que M. de
Thuri a publiée l'année derniere , & à laquelle
il a fait depuis differentes augmentations
; le prix de la Carte en feuilles elt
de liv. & celui de la Carte générale eft
de 3 livres.
9
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
ENIGME ET LOGOGRYPHES.
茶
Soit dit , mes mes chers Lecteurs , ſans offenſer
les
gens ,
Inftruifez-vous , & devenez fçavans :
Il faut pour me connoître & me mettre en uſage
Bien de l'expérience & de l'apprentiffage.
Ce n'eft que par effort d'imagination
Que je fers de ſecours à l'opération .
Ce qu'on ne croiroit pas poffible ,
Tout ce qui n'eft pas acceffible
Se mble avec moi s'unir & s'attrappe aiſément.
La jufteffe me fuit : il n'eſt pas de figure
Dont je ne donne une exacte meſure ;
Du refte , je ne fuis qu'un très-fimple inftrument.
F. d'A.
LOGO GRYP HE.
JE fuis avec honneur dans l'Empire François ,
Mais je brille eacore plus dans les Etats Anglois
Par quatre pris fur huit j'empêche la froidure ,
Celle du moins que l'homme en deux membres en
dure.
DECEMBRE 1745 109
Par quatre autres je fers à préparer le ſang ;
Rangez cinq à propos vous aurez un étang ;
Sept huitiémes du tout forment le terme étrange ,
Qui trois fignes ôtés auſſi - tôt devient Ange .
Je préfente de plus un Magiftrat connu
Et n'aguere dans Aix aux grandeurs parvenu ;
Lecteur fi tu connois celui qui me combine ,
Apprens que c'eſt de moi qu'il tient fon origine ;
Mais c'eft affés d'énigme , à tous je veux m'ouvrir
A ce trait aiſément on va me découvrir ;
On ne peut s'y tromper , qu'on cherche une Province
Terrible aux ennemis & fidelle à fon Prince.
Faiguet Maître de Penfion à Charenton.
J
AUTRE.
E commence par un adverbe ,
Qui par une combinaiſon
Va devenir arme fuperbe ,
Qui jadis étoit de faifon.
Mon corps , fi tu coupes ma tête ,
Excite l'admiration ,
Mais change la conftruction
Je ne fuis alors qu'une bête,
110 MERCURE DE FRANCE.
Dont chacun fe fait une fête
De chercher la deftruction.
Je ſens certain vent deshonnête ....
Ah ! gare une indigeftion ..
Pour finir ma diffection ,
Je ſuis un inftrument de chaffe ;
C'eſt chés moi qu'il faut que tout paffe
Avant de vifiter Pluton ;
Souvent dans l'Eglife on me place :
Enfin chés l'avare on m'entaffe.
Adieu . Je finis par un ton.
33
Sommeil
AIR à deux parties.
Ommeil viens fur mes fens , viens régner à
ton tour ;
Fais moi dormir fous cette treille ;
Je rends à Bacchus fa bouteille :
Je te confacre & la nuit & le jour ;
Si quelquefois je me réveille ,
Que ce ne foit qu'avec l'Amour.
DE
LA
VILLE
LYON
* /
893*
BIBLIO
!
DECEMBRE 1745. TIT
AUTRE.
L'Hyver dans nos climats
A ramené fes frimats ;
Par fa trifte froidure
Il défole la Nature.
Tout tremble , mais pour moi je crains peu fa ri
gueur .
Dans ma cave
Je la brave ,
En puifant dans le vin la plus vive chaleur.
112 MERCURE DE FRANCE .
SPSPSPSPAES SAPSAPSAPSAPEX
SPECTACLES.
Es 11 & 19 Décembre on a reprélenté
à Verſailles devant leurs Majeftés dans
la falle conftruite à la grande Ecurie l'Opéra
intitulé Jupiter Vainqueur des Titans ,
Tragédie .
Cet Opéra a été compofé & executé fous
les ordres & la protection de M. le Duc
de Richelieu.
Le Poëme étoit entre les mains de M.
de Blamont depuis plufieurs années , &
il avoit commencé à y travailler dès le tems
qu'il lui fut remis , mais ayant penſé que
cet Ouvrage pourroit un jour avoir une deftination
plus glorieufe que celle qu'on lui
donnoit alors , il en avoit fufpendu la compofition
jufqu'aux grands évenements qui
l'ont enfin amenée .
En effet le fujet de ce Poëme a paru faire
une heureuſe allufion à la gloire de notre
Monarque , & aux grandes actions qui font
dues à fa valeur, à fa fageffe, & à fa magnanimité.
Les Rois font les Images des Dieux.
Les Etats que S. M. procure aux Princes de
fon Sang , les Couronnes que d'autres ont
tenues de fa main , la généreufe protection
DECEMBRE 1745 .
qu'a l'exemple de fes Ancêtres elle accorde
aux Pulances infortunées qui viennent
fe mettre à l'abri de fon Thrône, tant de fuccès
dans les armes n'ont-ils pas un rapport
fenfible aux Victoires de Jupiter fur les Titans
& aux fuites glorieufes de fon Triomphe?
Le plus grand des Rois ne peut être comparé
qu'au plus grand desDieux , & l'objet du paralelle
doit être le fort du monde qu'ils font
l'un & l'autre .
Cette Tragédie eft en cinq Actes & uni
Prologue. M. de Blamont par eftime &
par amitié pour M. de Bury fon Neveu &
fon furvivancier , Maître de Mufique de
la Chambre , & voulant lui procurer
l'honneur de travailler dans une circonftance
fi flatteuſe , l'a affocié à la Mufique.
Cet Opera a eu le bonheur de plaire à
LL. MM.
M. de Laval compofiteur des Ballets du
Roi a donné dans cette piéce plus d'une
preuve de fon génie & de fon goût.
Le Prologue fe paffe fur les bords de la
Seine; c'eſt une éloge bucolique du Roi ; l'en
cens des Bergers doit être le plus flateur ,
puifqu'il eft le plus pur. Ces Panégiriſtes incapables
de feindre devroient ſeuls être écou
tés ; tous les Monarques n'ont pas le bonheur
d'animer les mufettes , & de faire répeter
aux Echos.
14 MERCURE DE FRANCE.
Dieux ! ne bornez jamais fes belles deftinées ;
Du plus chéri des Rois ne foyez point jaloux.
Ah! fi nos voeux pouvoient prolonger fes années
Notre amour le rendroit immortel comme vous
Le Poëte a choifi pour le fujet de fa
Tragédie l'évenement le plus confidérable
de la mithologie ; la Guerre des Dieux
& des Titans ; les premieres amours célebres
dans la Fable ; la tendreffe de Jupiter
& de Junon. Ce fujet éclatant a produit
un Spectacle magnifique & digne d'amufer
la plus brillante Cour de l'Europe .
ACTE I
Le Théatre repréfente le Palais de Sa
turne. La Scéne ouvre par Junon , qui nous
apprend dans un monologue , que Saturne
fon pere eft prifonnier de Titan fon frere
qui lui a ravi l'Empire des Cieux. Elle implore
le fecours de Jupiter qui n'eft encore
qu'un fameux inconnu .
Viens Jupiter , viens calmer mes allarmes ;
Les deftins ont prédit que ton amour pour moi
Sur le Trône des Dieux feroit briller tes armes
que les fiers Titans fubiroient notre Loi , Et
Si mon coeur a'pour toi des charmes ;
"
DECEMBRE 1745 .
115
Cher Amant , mérite ma foi.
Rends le Monde à Saturne & Junon eft à toi.
Cibelle arrive qui développe à Junon le
fort & la naiffance de Jupiter qu'elle a garanti
des fureurs qui le menaçoient. Elle
preffe Junon d'intéreffer vivement fon
Amant dans leur querelle , & l'envoye fe
cacher parmi les Coribantes. Les Titans qui
furviennent enchaînent Cibelle , & célebrent
leur Victoire. Voici tout le fujet de cette
guerre exposé par Titan lui même.
Le Ciel devient aujourd'hui mon partage ;
Ma valeur & votre courage
Remettent dans mes mains un Sceptre glorieux
Enfin je vais régner & commander aux Dieux.
Pour obéir aux Loix d'une orgueilleufe mere
J'avois cédé le Thrône à Saturne mon frere
Mais ce facrifice cruel
Ne devoit point être éternel.
Par un ferment terrible , inviolable,
"
Pour régner dans les Cieux , ce frere impitoyable.
Promit que fes fils malheureux
Périroient en naiffant fous fes coups rigoureux.
Cet accord fanguinaire
Fit reculer d'horreur l'Aftre qui nous éclaire.
Cependant il devoit nous ramener un jour
A l'Empire brillant du célefte féjour .
tio MERCURE DE FRANCE.
Saturne a trompé mon attente ;
Le parjure en fecret a ſauvé ſes enfans ;
Sans notre victoire éclatante
Nous perdions pour jamais le Sceptre des Titans,
ACTE I I.
Le Théatre repréfente les Jardins fecrets
du Temple de Cibelle dans l'Ile de Crete ,
où les Coribantes avoient élevé Jupiter
Neptune & Pluton . Jupiter explique la fituation
de fon coeur dans un monologue.
Il apperçoit Junon ; leur Scéne eft tendre
& bien filée, l'Amour dit Jupiter à la Déeſſe,
L'Amour m'a foumis votre coeur ;
Un Triomphe fi beau va me combler de gloire ;
Il ne manquoit à mon bonheur
Que de vous obtenir des mains de la Victoire :
Neptune & Pluton fe joignent à Jupiter.
Tous les trois montent dans un Char envoyé
par le Deſtin ; ils combattent , & foumettent
les Titans . Saturne & la Cour font
délivrés de leurs fers ; Jupiter ne demande
que Junon pour prix de fa Victoire. La
Déeffe ne doit époufer qu'un Dieu & le fort
de Jupiter eft ignoré . Pour en être éclaircis ,
dit Saturne , confultons le Deftin.
DECEMBRE 1745 :
ACTE III.
Le Théatre repréfente le Temple du
Deftin. Son grand Prêtre dit :
Deftin tu régis tous les tems ;
Les Siècles devant moi font moins que des inftans;
Tout finit, tout commence ,
Selon que tu l'as prononcé ;
Toi feul ne finis point , tu n'a pas commencé,
Saturne iruit par l'Oracle que l'époux
de Junon doit régner dans les Cieux , refufe
fa fille à Jupiter & lui en apprend la raifon.
Il invoque la Terre & lui ordonne d'enfanter
es Géans pour le deffendre contre
l'invafi de Jupiter.
18 MERCURE DE FRANCE
ACTE I V.
Le Théatre repréſente le Palais du fom.
meil. Jupiter y paroît endormi au milieu des
fonges. Morphée à la priere de Cibelle or
donne aux fonges de fufpendre la colere de
Jupiter par des images agréables. Un fonge
fous la forme d'un Amant cherche à attendrir
l'objet qu'il aime. L'eſpérance vient le
confoler de fes rigueurs , & lui amene l'Amour
qui tire un trait de fon carquois &
en bleffe l'indiferente : les deux Amans fe
réuniffent & mêlent leurs danfes à celles
de l'efpérance & de l'Amour. M. de Laval
a triomphé dans le Ballet de ce divertiflement
& la mufique eft infpirée par les Graces.
Jupiter fe réveille , & guidé par le dépit
il monte aux Cieux au milieu de la foudre
& des éclairs.
Alors on voit les champs Phlégréens en
Theffalie , dont les forêts parciffent encore
enflâmées ; la Terre environnée de rochers
divers, eft triftement couchée fur un Trône,
Déeffe , lui dit Saturne .
Il faut s'armer contre un audacieux
Qui répand l'épouvante & l'horreur en tous lieux.
DECEMBRE 1745. 119
La Terre irritée produit des Géans prodigieux
& des Monftres demi hommes &
demi ferpens.
Le Spectacle des Géans qui entaffent les
monts pour escalader les Cieux eft fuperbe
& digne de la fituation. Jupiter les fou
droye ; il invite les mortels raffurés par fa
Victoire à en goûter les fruits. Une très aimable
Fête champêtre termine l'Acte,
ACTE V.
Le Théatre repréſente un falon intérieur
du Palais de Junon . Cette Déeffe après un
monologue qui peint fes inquiétudes , reproche
à Jupiter le détrônement de Saturne , &
guerre qu'il a ofé lui déclarer. Ce Dieu
s'excufe & lui répond :
la
A Saturne en ce jour
Mon bras a déclaré la guerre ,
Mais c'eft au feu de mon amour
Que s'eft allumé mon tonnerre .
Junon , écoutez-moi ; cette guerre funefte
Qui ravit à Saturne un Trône glorieux ,
N'eft point de mes defirs l'effor ambitieux ;
Croyez en mon amour , c'eft lui que j'en at efte ;
Ces foudres redoutés qui partent de ma main
20 MERCURE DE FRANCE.
N'ont fait qu'exécuter les ordres du Deſtin,
Amour , ne permets pas que je fois la victime
Des feux que tu fçus m'inſpirer ;
Ils ont armé mon bras ; c'est toi qui fis mon crime
Vole , Amour , viens le reparer.
L'Amour paroiffant fur un nuage , exauce
les voeux de Jupiter , & adreffe ces mots à
Junon :
Reçois de Jupiter la main & la couronne ;
Saturne eft appaifé , fes voeux font fatisfaits ;
L'Empire de la terre a fixé fes fouhaits ;
Junon , regne en ces lieux , le Deftin te l'ordonne
L'Amour te le demande & l'Olympe eft en paix .
On ne peut s'oppofer à l'amour & au
Deftin féparément . Quel pouvoir n'ont- ils
pas quand ils commandent enfemble ! Toutes
les Divinités célebrent l'Hymen du nouveau
Souverain des Dieux & forment un divertiffement
qui égale ceux qui l'ont précédé.
Le fuccès de la deuxiéme repréfentation
de la Tragédie de Jupiter vainqueur des Titans
fur le Théatre de Verſailles a confirmé
& redoublé les applaudiffemens accordéș
unanimement à la premiere.
Le
DECEMBRE 1745. 121
Le Mercredi Decembre on a revû
avec plaifir Zélindor précédé des intermedes
de la Princefle de Navarre , amenés par
des Scénes nouvelles.
Armide a terminé fur ce Théatre les Fêtes
de l'année 1745. Mlle. Chevalier a joué
ce Rôle, écueil fouvent de bonnes Actrices
avec le fuffrage des connoiffeurs. Les danfes
de ces differentes piéces ont fait un
grand honneur au compofiteur des Ballets
& aux habiles fujets qui les ont executés .
Le famedi 25 Décembre jour de Noel
le Concert des Thuilleries a commencé par
·Diligam te Domine , Motet à grand choeur
de M. Gilles . Il a précédé une fuite de
Noels , & M Poirier a chanté Benedictus
Dominus petit Motet de M. Mouret.
Après un Concerto de M. de Mondonville
l'Ufquequo Motet de M. Mouret , a été
très - bien chanté par Mademoiſelle Chevalier
, & le Motet à grand cheur Venite
exultemus de M. de Mondonville a terminé
le Concert . Mademoiſelle Fel a été
fort applaudie quand elle a chanté le beau
récit Venite adoremus . Mlles, Romainville &
Bourbonnois ont eu le même fuccès dans
le premier Motet & M. l'Abbé Malines
dans les deux.
11. Vol. F
J22 MERCURE DE FRANCE.
JOURNAL DE LA COUR , DE PARIS,
&c.
Es de ce mois fecond Dimanche de
l'Avent leurs Majeftés entendirent dans
la Chapelle du Châteaude Verfailles la Meffe
chanteé par la Mufique. L'après -midi laReine
accompagnée de Monfeigneur le Dauphin, de
Madame la Dauphine & de Madame Adelaïde
, affifta au fermon de l'Abbé Ardouin
Chanoine de l'Eglife Métropolitaine de Sens.
?
Le la Reine communia par les mains
de l'Archevêque de Rouen , fon Grand Aumonier.
Le 8 fête de la Conception de la Sainte
Vierge le Roi & la Reine entendirent la
Meffe dans la même Chapelle , & l'aprèsmidi
leurs Majeftés , accompagnées comme
le 5 affifterent au fermon du même Prédicateur.
د
Le même jour les Etats de Flandre eurent
audience du Roi ; ils furent préfentés par M.
le Prince de Tingry,M. d'Argenfon Miniftre
de la Guerre & M. le Marquis de Dreux
Grand Maître des Cérémonies; M. l'Evêque
de Bruges porta la parole,
DECEMBRE 1745. 123
Le Jeudi 9 les Comédiens François repréfenterent
fur le Théatre du Château la
Tragédie de Cinna.
•
Le 12 troifiéme Dimanche de l'Avent
leurs Majeftés entendirent dans la Chapelle
du Château la Mefle chantée par la
Mufique , & l'après - midi la Reine
accompagnée de Monfeigneur le Dauphin
& de Madame Adelaide , aflifta au fermon
de l'Abbé Ardouin , Chanoine de l'Eglife
Métropolitaine de Sens.
Le Lundi 13 on exécuta en Concert
chés la Reine le quatriéme & cinquiéme
Acte de Diane & Endimion , Paftorale Héroïque
de M. de Blamont,
Le 14 le Marquis Doria , Envoyé Extraordinaire
de la République de Génes ,
eut fon audience publique de congé du Roi.
Il eut enfuite une pareille audience de la
Reine , de Monfeigneur le Dauphin , de
Madame la Dauphine & de Mefdames de
France. Il fut conduit à toutes ces audiences
par le Chevalier de Sainctot , qui étoit
allé le prendre dans fon Hôtel à Paris avec
les caroffes du Roi & de la Reine , & après
avoir été traité par les Officiers du Roi , il
fut reconduit à Paris dans les caroffes de
leurs Majeftés par le même Introducteur,
Le même jour les Comédiens François
jouerent fur le Théatre du Chá-
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
teau le Muet & l'Ecole des Maris.
Le Mercredi 15 les Comédiens Italiens
jouerent Arlequin cru Prince , fuivi d'un
Ballet.
Le Jeudi 16 les Comediens François
repréſenterent la Tragédie de Penelope &
res Folies amoureuſes.
1
Les Lieutenans Généraux nommés par
le Roi pour fervir en Flandre pendant
rhyver fous les ordres du Maréchal Comte
de Saxe , font le Marquis de Cébéret , employé
à Ypres ; M. Phelippes , à Maubeuge ;
le Marquis de Clermont Gallerande , à
Oudenarde ; le Marquis du Chaila , à Gand ;
le Comte de Danois , à Valenciennes ; le
Comte de Lowendal , à Oftende ; le Comte
d'Aunay , à Dunkerque ; le Marquis de
Brezé , à Tournay , & le Marquis de Contades
, à Bruges.
Les Maréchaux de Camp employés dans
le même Pays , font le Marquis d'Armentieres
, à Ath ; M. de Romecourt , à Ypres ;
M. de Seedorff , à Beaumont ; M. de la
Motte- Guerin , à Philippeville ; le Comte
de Fitz James , à Nieuport ; le Comte de
Relingue , à Maubenge ; le Marquis de
Beauffremont , à Oudenarde ; le Chevalier
de Montmorency , à Courtray ; M. de Gravel
, à Givet ; M , de Rothe , à Dunkerque ,
& le Comte d'Herouville de Claye , à Gand.
DECEMBRE 1745. 125
Les Lieutenans Généraux choifis par le
Roi pour fervir en Alface pendant l'hyver
fous les ordres du Prince de Conty , & er
fon abſence fous ceux du Marquis de Balincourt
, font le Chevalier de Saint André ,
employé au Neuf- Briſack ; le Marquis de
Putanges , à Strasbourg ; le Marquis de
Reffuges , à Lauterbourg ; le Marquis de
la Ravoye , à Huningue ; le Marquis de
Chazeron, à Strasbourg ; le Marquis du Châtelet
Lomont , à Phalfbourg ; le Marquis
de Salieres , à Strasbourg ; M. de Villemur ,
à Landau , le Marquis de Maupeou , à
Strasbourg.
Les Maréchaux de Camp employés dans
la même Province , font le Marquis de
Courten , à Haguenau ; M. de la Brunie ,
à Colmar ; le Comte de Laigle , au Fort-
Louis ; le Marquis de Fremeur , à Weif
fembourg; le Marquis de Cruffol , au Neuf-
Brifack ; le Marquis de Bellefont , à Scheleftatt
; le Marquis de Vibraye , à Haguenau
; M. de la Claviere & M. d'Arnault
à Landau ; le Marquis de Carcado à Phalfbourg
, & le Marquis de Montbarrey , à
Betford.
Fiij
126 MERCURE DE FRANCË.
XXXXXXXXX********
RELATION de la Réception de
Madame la Comteffe de Noailles a la Dignité
de Grand- Croix de l'Ordre de Malthe
.
L
E 13 Decembre Madame la Comteffe
de Noailles Grande d'Espagne , Epoufe
de M. le Comte de Noailles Grand d'Ef
pagne de la premiere claffe , & Maréchal
des Camps & Armées du Roi , fut reçue
Grand- Croix de l'Ordre de Malthe par M.
le Bailly de Froulay Ambaſſadeur Extraordinaire
de la Religion auprès du Roi .
La Cérémonie fe fit dans l'Eglife du
Temple. M. le Grand Prieur de France ,
après lequel étoit placé M. le Comte de
Noailles & tous les Grand- Croix , Commandeurs
& Chevaliers de cet Ordre qui
étoient à Paris , affferent à cette Cérémonie
, & il s'y trouva auffi un grand nombre
de Seigneurs & de Dames de la premiere
diſtinction .
Madanse la Comteffe de Noailles fuivie
d'un grand cortége , étoit allée prendre M.
l'Ambaffadeur à fon Hôtel , qui la mena
enfuite dans un de fes caroffes à l'Eglife du
Temple.
DECEMBRE 1745. 127
7
La Cérémonie commença par une Meffe
qui fut célébrée par vénérable Frere Honoré
Clou , Prieur- Curé du Temple , & '
après qu'elle fut dite , M. l'Ambaffadeur qui
étoit fous un Dais , donna à lire à haute
voix au Chancelier du Grand Prieuré de
France la Lettre qu'il avoit reçûe de fon
Alteffe Eminentiffime le Grand Maître Pinto
, en date du 25 Fevrier dernier , par laquelle
il lui donnoit ordre & pouvoir de
faire cette réception . Cette Lettre portoit en
» fubftance qu'il étoit jufte d'accorder cette
a diftinction àMadame laComteffe deNoailles;
qu'elle étoit dûë à fon zéle pour la Re-
» ligion ainfi qu'à ſa Naiſſance & à la confidération
de fes Ancêtres . Nous n'oublions
jamais , dit le Grand Maître , le fervice
» important que M. le Duc d'Arpajon fön
bifayeul rendit à notre Ordre , lorfqu'il
» s'empreffa de venir à notre fecours à la
citation de 1645 , où il fut fait Géné
→ raliffime de nos troupes. » Un fait fi mé-
,, morable continue - t-il , » ne peut affés fe
reconnoître, & nous fommes charmés d'a- \
,, voir cette occafion pendant notre Magif
stere d'obliger le feul rejetton d'un nom
qui nous eft auffi cher que recommandable.
C'eſt ce dont nous vous chargeons
d'affurer Madame la Comteffe de Noailles .
F
2
35
30
و د
و و
28 MERCURE DE FRANCE.
Après cette lecture M. l'Ambaffadeur
fit à Madame la Comteffe de Noailles le
difcours fuivant.
MADAME.
0
Votre Excellence retrouve aujourd'hui
dans fon Alteffe Eminentiffime Monfei-.
› gneur le Grand Maître notre digne Chef,
» & dans tous les membres qui compofent
l'Ordre de S. Jean de Jerufalem , les mêmes
fentimens dont étoient remplis nos
Prédéceffeurs , lorſqu'ils donnerent au Duc
d'Arpajon votre bifayeul , un témoigna
ge unanime, authentique & durable de leur
reconnoiffance.
09
20
n
數
""
» Ces Chevaliers ne font plus ; l'efprit de
l'Ordre eft toûjours le même. C'eſt donc
avec une égale fatisfaction qu'il décore votre
Excellence de la Grand Croix , & qu'il
reçoit au pied des Autels les affùrances
que de votre côté vous contribuerez en
tout ce qui dépendra de vous à fon avantage
& à fa gloire.
Votre Excellence tranfmettra fans doute
* Il n'étoit pas Duc alors ; il le fut fait dans la
faite après fon retour de Malthe.
DECEMBRE 1745. 129
29
» le même zele à la poſtérité qui naîtra de
» l'alliance qu'elle vient de contracter. De
quelque côté que vos defcendans portent
39 les yeux fur leur illuftre origine , ils y ver-
» ront par tout de grands exemples & de
puiffants motifs d'aimer & de fervir la Religion
.
3
2
Madame la Comteffe de Noailles fit la réponſe
ſuivante au difcours de M. l'Ambaffadeur-
M
30
ONSIEUR.
» Je ſuis ſenſible , comme je le dois , à la
marque de diftinction que je reçois aujourd'hui.
Je ne cederai en rien à mes
.Ancêtres , en zéle & en attachement pout
» la Religion. Si je ne fuis pas affés heureuſe
» pour trouver dans ma vie une occafion
d'en donner des preuves , je n'en laifferai
,, du moins jamais échapper aucune de celles
qui pourront fe préfenter, de marquer ma
20 vive reconnoiffance pour la Religion , pour
» notre Grand-Maître & pour la perfonne
» de votre Excellence.
"
Après ces deux difcours M. l'Ambaffadeur
remit au Chancelier du Grand Prieuré
de France la Bulle du Grand Maître en date
FY
130 MERCURE DE FRANCE.
5
du 23 Fevrier dernier , portant conceffion
de la Dignité de Grand - Croix de l'Ordre
en faveur de Madame la Comteffe de Noailles
, pour en faire la lecture à haute voix ,
comme il avoit fait de la Lettre dont nous
avons par é.
Quand cette lecture fut finie , Madame
la Comteffe de Noailles fe mit à genoux fur
fon carreau , & M. l'Ambaffadeur s'étant affis
dans un fauteuil , lui donna d'abord l'habit
de dévotion , & enfuite la Grande Croix
de l'Ordre. Ainfi finit cette cérémonie qui
fe paffa avec toute la décence & la grandeur
imaginables , & à laquelle fe trouva une affluence
de monde extraordinaire.
Madame la Comtelle de Noailles en revenant
de l'Eglife du Temple avec le même
cortége , fut defcendre chés M. l'Ambaſſadeur
qui donna un diner fplendide , dont le
deffert étoit d'un goût qui fut admiré. Il tepréfentoit
l'Ifle de Malthe environnée de Vaiffeaux
Chretiens , qui donnoient la chaffe à
des Vaiffeaux Turcs , dont les uns couloient
à fond & les autres étoient defemparés . On
voyoit enfuite tous les Forts de la Place
garnis de troupes , & M. le Duc d'Arpajon
fur le Port où il donnoit fes ordres
comme Généraliffime des troupes de la Religion.
DECEMBRE 1745 . 131
Iln'y a que quatre Dames qui foient
Grands- Croix de l'Ordre de S. Jean de Jerufalem
; Madame la Princeffe de Rochette
en Italie , Madame la Ducheffe de Virtemberg
; Madame la Princeffe de la Tour
Taxis en Allemagne , & Madame la Comteffe
de Noailles en France , qui fait aujour
d'hui la quatrième.
Les honneurs de Grand - Croix de l'Ordre
de Malthe ont été accordés le 27 Juillet
1645 à la maiſon d'Arpajon & à fes
defcendans , même par femmes après l'extinction
des mâles , en confidération des
fervices importants rendus alors à la Religion
par M. le Duc d'Arpajon. L'Ordre l'avoit
créé Généraliffime de fes troupes , ' en
lui fubordonant méme le Maréchal de la Re-.
ligion , le 27 Mai de la même année , &
lui donna en même tems tout commandement
dans les Villes , Forts , & Iſle de Malthe
, & Ifles , Forts , Diſtricts & Territoires
dépendants de la Religion .
En conféquence de la premiere conceffion
du 27 Juillet 1645 , le Grand Maître
Pinto actuellement regnant a confirmé par
fa Bulle du 28 Septembre 1741 , les mêmes
honneurs à M. le Comte de Noailles ,
en confidération de fon mariage avec Mademoiſelle
d'Arpajon , aujourd'hui Comteffe
de Noailles , feule & unique héritére de la
maifon d'Arpajon. Frj
132 MERCURE DE FRANCE.
On ne peut mieux faire que de joindre
ici ce que le célebre Hiftorien de Mal-,
the , M. l'Abbé de Vertor , dit de l'Illuftre
maifon d'Arpajon fur l'année 1645 .
99
59
P
Ibrahim , dit cet Hiftorien , ayant appris
la perte de fon Grand Galion , enlevé
r les galeres de Malthe , avec tou
» tes les riches dont il étoit chargé , en-
» voye un Hérault déclarer la guerre au
Grand Maître & à l'Ordre. ""
و و
و ر
""
و و
,, On travaille avec foin à mettre les for-
,, ces de la Religion en état de réfiſter à la
,, puffance formidable du Grand Seigneur .
On envoye chercher de tous côtés du fecours
& des munitions de guerre & de
bouche. Belle action , & à jamais mémorable
de Louis Vicomte d'Arpajon , Seigneur
de la premiere qualité , & de la
,, haute Nobleffe du Royaume de France ,
,, qui fait prendre les armes à tous ſes vaſ-
„, faux , leve 2000 hommes à les dépens
charge plufieurs Vaiffeaux de munitions de
, guerre & de bouche , & accompagné de
plufieurs Gentilshommes de fes parens
de fes amis, met à la voile, fe rend à Malthe
& préfente au Grand - Maître un fecours
fi confidérable , qu'il n'eût ofé en eſpérer
,, un pareil de plufieurs Souverains.Le Grand
Maître crut ne pouvoir reconnoître un fer-
», vice i important , qu'en lui déférant le
و ر
و د
و ر
""
52
39
د و
&
DECEMBRE 1745. 133
Généralat des armes ; avec le pouvoir de
fe choifir lui-même trois Lieutenants Généraux
pour commander fous fes ordres
dans les endroits où il ne pourroit ſe tranſ-
» porter.
و د
95
93
"9
99
33
"
35
39
Il fe trouva que la
guerre dont le Turc
,, menaçoit Malthe , n'étoit qu'une fauffe allarme
. Il s'attacha à l'Ifle de Candie......
Malthe délivrée , envoye fon Efcadre au
fecours des affiégés . Le Vicomte d'Arpajon
prend congé du Grand- Maître. Ce
Prince , de l'avis du Confeil , pour reconnoître
le généreux fecours qu'il lui
avoit conduit , par une Bulle expreffe lui
donne la permiffion pour lui & pour le
fils aîné à perpétuité , de porter la Croix
d'or de l'Ordre ; qu'un de fes cadets feroit
reçû de minorité quitte & franc des
droits de paffage & fans preuve ; qu'après
fa Profeffion il feroit honoré de la Grand-
», Croix les chefs & les aînés de leur
maifon pourroient porter la Croix dans
leur Ecu & dans leurs Armes .
""
و د
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ود
"
"
"
و د
و د
que
Il faut ajoûter à ce que dit ce célebre
Hiftorien la tranfmiffion des droits & honneurs
de l'Ordre aux defcendants femelles
à fate de mâles , & que la date de la réception
des cadets de cette maiſon , qui
viennent à faire Profeffion , remonte pour
l'ancienneté dans la Religion à la date du
jour de leur naiffance.
134 MERCURE DE FRANCE.
Le 14 Décembre l'Académie Royale des
Belles Lettres élut pour affocié Etranger M.
le Comte de Chantar Gentilhomme Sicilien.
Il remplit la place vacante par la mort de
M. le Marquis de Caumont que nous avons
rapportée dans le Mercure de Novembre.
Le Roi a accordé à M. le Normand de
Tournehem Fermier Cénéral la Sur-Intendance
des Bâtimens.
M. Rouillé Confeiller d'Etat a été nommé
Commiffaire du Roi pour préfider à la
Compagnie des Indes.
L'Académie de la Rochelle tint fa Séance
publique le 26 Juillet. M. Jaillot Supérieur
de la maifon de l'Oratoire , Directeur,
en fit l'ouverture.
M. de Villars Chancelier de l'Académie
lut un Mémoire contenant quelques Obfervations
pour fervir à l'Hiftoire naturelle de
la Rochelle .
M. du Pali Tréforier de France en lut
un fur la marche des Infectes fur les corps
durs & polis placés verticalement.
M. Bourgeois termina la Séance par I'Eloge
Hiftorique de la Rochelle .
Nous donnerons le mois prochain l'Extrait
de ces Mémoires .
24
La Reine des deux Siciles accoucha le
Novembre d'une Princeffe . C'eſt la cinquiéme
fille de cette Prin ceffe .
DECEMBRE 1745. 139
Le Roi a appris le 11 de ce mois par
le Chevalier Dailly Aide Major Général de
l'armée d'Italie , & qui a été dépêché à 5. M.
par le Maréchal de Maillebois , que le Château
de Cazal s'étoit rendu le 29 du mois
dernier après 7 jours de tranchée ouverte.
Par la Capitulation qui a été fignée , la gar-i
nifon compofée de 260 foldats & de 70
invalides , a été faite prifonniere de guerre,
& a été conduite à Tortone. Les Officiers
de cette gårniſon ont été renvoyés fur leur
parole.
Le 19 quatriéme Dimanche de l'Avent
leurs Majeftés entendirent dans la Chapelle
du Château la Meffe chantée par la Mufi
que . L'après -midi la Reine accompagnée de
Madanie Adélaïde affifta au Sermon de
l'Abbé Ardouin , Chanoine de l'Egliſe Métropolitaine
de Sens.
Le 4 Décembre M. Orry Miniftre d'Etat
& Controlleur Général des Finances ayant
demandé au Roi de remettre cette Charge
S. M. lui en a accordé la permiffion &
a nommé pour le remplacer Jean- Baptifte
de Machault Seigneur d'Arnouville , Maître
des Requêtes ordinaire de l'Hôtel du Roi du
15 Juillet 1728 , Intendant de Haynault du
mois de Mars 1743 , & avant Confeiller au
Parlement en 1721. Il eft né le 13 Décembre
1701 , & marié depuis l'an 173 ...
136 MERCURE DE FRANCE.
avec Genevieve-Louife Rouillé du Coudray,
dont il a des enfans ; il eft fils de Louis Charles
de Machault Seigneur d'Arnouville aujourd'hui
Confeiller d'Etat ordinaire , & cidevant
Maître des Requêtes & Lieutenant
Général de Police , & de Dame Françoiſe-
Elifabeth Millon morte le 22 Janvier 1720 .
La famille de Machault , l'une des plus confidérables
de Paris par fon ancienneté &
par fes alliances , porte pour armes d'Argent
à têtes de Corbeaux defable arrachées & pofées
deux & une ; la Généalogie en fera amplement
rapportée dans la nouvelle Hiftoire
des Maîtres des Requétes ci - devant
annoncée.
L'Intendance du Haynault vacante par
la nomination deM.deMachault d'Arnouville
à la Charge de Controlleur Général des
Finances a été donnée à M. de Lucé , (Jacques
Pineau ) Intendant de Juftice à Tours
depuis 1743 , Maître des Requêtes depuis
1737 , & ci-devant Préfident au Grand
Confeil , lequel eft remplacé dans l'Intendance
de Tours par M. Savalete de Magnanville,
( Charles -Pierre Savalete ) Maître
des Requêtes depuis le 20 Février 1738.
DECEMB.R E 1745. 137
REGIMENS DONNE'S
E Roi ayant difpofé des Régimens va-
LE
celui de Lyonnois au Comte de Lannion
Colonel du Régiment de Médoc , & Brigadier
d'armée de la derniere promotion.
Celui du Régiment de Médoc à M. de
Brebant , Lieutenant dans le Régiment des
Gardes Françoiſes , Gentilhomme de Bretagne.
Celui du Régiment d'Anjou au Chevalier
de Rochechouart , Colonel du Régiment de
Beauce , de la Branche de Rochechouart
Faudoas.
Celui du Régiment de Beauce au Comite
de Levis , Moufquetaire de la premiere
Compagnie.
Celui du Régiment de Montmorin au
Marquis de S. Herem Montmorin , Capitaine
dans ce Régiment.
138 MERCURE DE FRANCE.
Celui du Régiment de Brancas au Marquis
de Segur , Colonel d'un Régiment d'Infanterie.
Celui du Régiment de Segur à M. de
Genfac , Capitaine de Grenadiers dans le
Régiment de Bonac .
Celui du Régiment de Biron au Prince
de Rochefort , Capitaine dans le Régiment
de Cavalerie Royal Pologne , fils aîné de
M. le Prince de Montauban Lieutenant
Général des armées du Roi.
Celui du Régiment de Penthiévre à M.
de S. Pern , Capitaine dans le Régiment
du Roi Infanterie .
Celui du Régiment de Lorraine à M. de
Caux , Capitaine dans le Régiment du Roi ,
Infanterie Gentilhomme de Picardie du
nom le Ver.
Celui du Régiment de Tournaifis au
Marquis de Cafteja du nom de Biodos , Lieutenant
dans le Régiment du Roi , Infanterie.
Celui du Régiment de Foix au Chevalier
de Grollier
.
DECEMBRE 1745. 139
Celui du Régiment de Breffe au Comte
de Carcado , Capitaine dans le même Régiment
, frere du Marquis de Carcado Maréchal
de Camp de la derniere promotion .
Celui du Régiment de Luxembourg à
M. de la Roche-Courbon du nom de Courbon ,
Capitaine dans le Régiment de Cavalerie
de Berry.
Celui du Régiment ci- devant Montboif
fier au Comte de la Tour ( d'Auvergne ) aîné
de la branche de la Tour Murat, cadette des
Ducs de Bouillon , Cornerte dans le Régiment
Royal Dragonš.
Celui du Régiment de Cavalerie de
Grammont au Chevalier de Grammont
Meftre de Camp & Capitaine, dans le même.
Régiment.
Celui du Régiment de Cavalerie d'Andlau
au Comte deBourbon Buffet , Capitaine dans le
même Régiment. Voyez la Généalogie de
la Maifon de France.
Celui du Régiment du Roi Dragons à
M. Dormenans , Lieutenant Colonel du même
Régiment.
Celui du Régiment Dauphin Dragons au
140 MERCURE DE FRANCE .
Marquis de Lefcure , ( de Languedoc ) Capitaine
dans le Régiment du Roi Infanterie.
Celui du Régiment de Dragons de Surgeres
au Chevalier d'Aubigné , Capitaine
dans le Régiment de la Marine , frere du
Comte d'Aubigné Brigadier d'armée de la
derniere promotion.
Et celui du Régiment de Dragons de
Vibraye au Marquis de Caraman , Capitaine
dans le Régiment de Cavalerie de
Berry , fils de M. de Caraman du nom de
Riquet , Lieutenant Général des armées
du Roi.
PRISES DE VAISSEAUX.
M. De S. Allouarn , Lieutenant de Vaiffeau
, Commandant la Frégate du Roi l'E -` -
meraude , s'eft rendu maître du Navire Anglois
l'Anne , d'environ 300 tonneaux , venant
de Saint Chriftophe avec un chargement
compofé de fucre , de cacao , de coDECEMBRE.
1745. 141
on & d'autres marchandifes , & il l'a con
duit à Dunkerque.
On mande de Breft que les Fregates du
Roi l'Etoile & l'Embuscade , armées en courfe
fous le commandement de Mrs. du Gué
Lambert & Tabary , fe font emparées du
Corfaire Anglois le Shoreham , de 22 canons
, de 24 pierriers . & de 200 hommes
d'équipage , & des Bâtimens le Beimstet
& le Duc d'Argile , armés , l'un de 14 canons
& de 12 pierriers , l'autre de 28 canons
, tous deux chargés de tabac. Le Corfaire
eft arrivé au Port- Louis , & ces deux
Navires à Brest .
Les Navires le George & Marie , de 80
tonneaux , fur lequel il y avoit des vivres ;
le Jean Elizabeth, de 150 tonneaux & de
8 canons , dont la charge confiftoit en fel
de Portugal , & le Succès , de Liverpool ,
ont été pris par les Armateurs l'Heureux ,
la Sultane & le Duc d'Eftiffac , de S. Malo ,
qui les ont envoyés à Breft.
Suivant les avis reçus de S. Malo , les
Capitaines la Place & Bernard , qui montent
les Vailleaux l'Intrepide & le Cerf, de
ce Port , fe font rendus maîtres des Bâtimens
le Rhoder , chargé de fucre , de cacao
& d'indigo , & le Lyme de 90 tonneaux ,
chargé de tabac.
L'Armateur la Bellonne , de Nantes , y a
ya
42 MERCURE DE FRANCE .
amené un Corfaire de Thopshom , de 28
canons & de 160 hommes d'équipage .
Le Capitaine Lamer , Commandant le
Vaiffeau le Bacquencourt de Cherbourg , y
eft rentré avec le Navire ennemi le Chriftophe
de 100 tonneaux , dont le chargement
étoit de fucre, de ris , de brai , de goudron
& d'autres marchandiſes.
On apprend de Dieppe que les Capitaines
Paillet & de Ferne , qui montent les
Bâtimens le Cheval Marin de Dieppe , &
l'Aimable de Boulogne , ont conduit dans ce
premier Port 5 Navires Anglois chargés de
grains.
Le Capitaine Figolly , Commandant le
Vaiffeau le Renard , eft arrivé à Dunkerque
avec le Navire le Batton , d'environ 200
tonneaux , & avec deux autres Bâtimens.
f
Les lettres d'Oftende marquent que l'Armateur
la Medufe a fait une prife , chargée
de vin & d'eau de vie .
On écrit de Bayonne que les Armateurs
la Bellonne l'Eole , & la Levrette de ce Port ,
fe font emparés des Navires l'Elizabeth de
Saint Chriftophe ; le Phoenix de la Barbade ,
dont la cargaiſon eft compofée de fucre &
de coton ; l'Union de Londres armé de 6
canons & de 8 pierriers , & d'un Brigantin
chargé de tabac.
On apprend de Breft que M. Bart ;
DECEMBRE 143 1745 .
Commandant le Vaiffeau du Roi l'Elizabeth ,
armé en courſe , y a fait conduire deux
Bâtimens ennemis , l'un de 200 tonneaux ,
qui venoit de la Jamaïque avec une cargaifon
de cacao , de fucre & d'épiceries ,
& l'autre dont le chargement confifte en
huile de poiffon & autres marchandiſes.
Le Vaiffeau la Sultane de Saint Malo ,
monté par le Capitaine , Rondiniere , s'eft
emparé du Navire le Dragon , de 250 tonneaux
, qui rapportoit de la Virginie 450
boucaux de tabac .
Le Capitaine Keraudran , qui commande
le Vaiffeau le Lys , auffi de Saint Malo
y eft rentré avec le Bâtiment Anglois la
Nanette , chargé de fucre , de cacao & de
gingenvre.
Selon les lettres de Cherbourg il y eft
arrivé un Navire de lamème Nation ,
nommé la Galere , fur lequel il y avoit des
munitions de guerre , & qui a été pris par
les Armateurs le Renard & la Serienfe , de
Boulogne.
144 MERCURE DE FRANCE.
***********
NOUVELLES ETRANGERES.
TURQUIE.
TRADUCTION de la Relation Turque
de ce qui s'est paſſé entre l'armée Ottomanne
commandée
par
le Seraskier Teghen Niebemet
Pacha , & Parmée Perfanne commandée
par Schab Nadir , autrement
Thamas Koulikan.
L
E Seraskier Yeghen Mehemet Pacha fortit
de Kars avec fon armée le ..... de la Lune
de ...... & étant entré fans obftacle fur les terres
de Perfe , il marcha droit à l'ennemi qui s'é
toit retranché auprès d'un Lac proche d'Erivan ,
& fe pofta à la portée du canon.
Le premier jour de fon arrivée il ne ſe paſſa
rien de confidérable . Le lendemain Schah Nadir
détacha un Corps de 4000 hommes de fes meil
leures troupes de Gilan , en leur ordonnant de
prendre un détour , & de faire enforte de furprendre
quelqu'un de l'armée Turque ; dès que le
Seraskier eut avis de cette démarche , il déracha
contre eux 4000 Tartares , fous les ordres
de Gueray Sultan ; il lui ordonna de fe tenir à
couvert dans un certain bois , l'avertiffant qu'il
enverroit un nombre fuffifant de Cavalerie Leventi
pour combattre les Perfans , & que lorsqu'il
werroient les Leventis aux prifes avec ces derniers ,
ils fondroient fur ceux- ci , mais l'ennemi ayant
apperçû
DECEMBRE 1745 145
apperçu les Tartares les a attaqués avec tant de
fureur qu'ils commençoient à fe débander lorfque
leur Sultan a jetté fon bonnet au milieu des
Perfans en déclarant à fes gens qu'ils allaffent le
chercher , ne pouvant plus vivre avec honneur
fans fon bonnet ; furquoi les Tartares ont donné
avec tant de furie fur les ennemis qu'ils les
ont mis en défordre , & hachés en pièces , &
leur prifonniers ont affûré qu'ils n'en est pas retourné
300 dans le camp de Thamas.
Le fecond jour les Perfans font fortis de leurs
retranchemens & ont formé 7 gros Corps de
toutes leurs troupes pour attaquer notre armée
ce qu'apprenant le Seraskier , il a formé auffi 7
Corps de fes gens , qui ont attaqué les ennemis
entre les deux retranchemens ; le choc a été opiniatre
de part & d'autre , mais on a forcé 6 Corps
des Perfans de fenfuir en déroute jufqu'à leurs
retranchemens ; le 7e . quoique fort bravement
attaqué par les Armaoutes , ceux- ci auroient
été battus , fi l'on ne fe fut apperçû qu'ils
commençoient à plier à caufe de leur petit nombre
, mais ayant été fecourus à propos ils ont
taillé en piéces la plus grande partie de ce 7e .
& dernier Corps des Perfans qu'ils ont pouffé le
fabre à la main jufques dans leur retranchemens ,
ainfi que les 6 autres.
De femblables combats ont duré jours de
fuite , & les Turcs font toujours demeurés vainqueurs.
Un de ces jours là , je crois que c'eſt le
se., Schah Nadir eft ſorti lui- même pour nous venir
attaquer avec un très-grand Corps de fon armée;
le Seraskier a envoyé Yedekchy Meheme:
Pacha à 3 queues contre lui , lequel ayant beaucoup
tué de Perfans les a pourfuivis jufqu'à leurs
retranchemens , & pour marque de la victoire ,
11. Vol. G
146 MERCURE DE FRANCE,
on
Yelekchy Mehemet Pacha a fait porter fes tentes
au milieu de la plaine dans le champ même de
bataille , où il s'eft retranché avec ceux qui
avoient combatu avec lui ; enfin fi près du retranchement
Perfan qu'on fe fufilloit d'un retranchement
à l'autre , jufqu'au 9e. jour dont il
eft parlé ci- deffus , y ayant eu des combats
pendant tout ce tems là , où les Perfans ont toujours
été battus , quoique ie Seraskier Yeghen
Pacha fut depuis long -tems malade & dans fon
lit. Le ge. un coup de canon des Perfans perça
fa tente , le couvrit entierement de terre , d'où il
rebondit & paffa outre , fi bien que fes propres
domeftiques le crurent mort , car il refta quelque
peu de tems fans mouvement , mais comme
remuoit fes matelats , fes draps & fa couverture
pour en ôter la terre , il donna quelque figne de
vie , & revint entierement a lui un quart d'heure
après ; il demanda fes lunettes d'approche pour
regarder dans le camp des Perfans , où on lui
difoit qu'il y avoit un grand mouvement , mais la
yûe lui manquant il fit approcher Tchelik Pacha
auquel il ordonna de regarder , & celui-ci lui confirma
que tout le camp de Schah Nadir ou Tha
mas paroiffoit fe difpofer au combat furquoi il
commanda que tous les Turcs fuffent auffi prêts
à combattre , mais dans cette intervalle on lui
amena un prifonnier qui étant interrogé lui dit
que Thamas avoir vu un grand mouvement au
tour de la tente du Seraskier , aprés le coup de
canon qui avoit donné dans la tente , qu'il l'avoit
cru tué , & vouloit attaquer avec toute fon armée ,
mais qu'il avoit fait retirer toutes les troupes
ayant vû que ce mouvement n'avoit pas duré
Long- tems.
Le même foir tous les Chefs des Corps ont reçû
DECEMBRE 147 1745 .
f'ordre de fe rendre dans la tente du Seraskier ,
qui leur a déclaré que puifque depuis l'arrivée de
Farmée Ottomane proche de l'ennemi ils avoient
toujours combattu & étoient restés victorieux de
tant de combats par la grace de Dieu , il feroit
bon d'attaquer les Perfans dans leur propre camp
avec toute l'armée Impériale , puifqu'ils fçavoient
par leur expérience qu'ils n'étoient pas auffi braves
qu'eux , en laiffant à la volonté de Dieu l'iffte
de cette grande journée ; tout le monde a été
pour l'affirmative , & en même tems on a expédié
tous les Firmans pour l'exécution ; dans ce
même tems on a averti le Seraskier que la Cavalerie
d'Afie appellée Miris Leventis , & qui font
plus de 30000 hommes, ne vouloient pas marcher
& prétendoient quelques payes & rations ou faix.
Le Seraskier fur cet avis leur envoya Tchelik
Pacha pour les perfuader de combattre , aprés quoi
on leur rendroit juftice , mais ce fut inutilement ;
il leur envoya enfuite fon Kyaia auquel ces
rébelles dirent mille injures ; Yedekchy Mehemet
Pacha à trois queues y fut après encore par l'ordre
du Seraskier , mais il n'en fut pas plus écouté
que les deux premiers malgré fon caractere , &
il rapporta que ces Leventis Miris commençoient
même à décamper pour fe retirer du camp , furquoi
le Seraskier ayant demandé un cheval , tout
foible qu'il étoit de fa maladie , & s'étant mis
deffus , il est allé vers lefdits Leventis , & voyant
de la confufion parmi eux , il a pouffe fon cheval
au galop , mais cet animal ayant bronché a jetté
le Seraskier par terre tout fracaffé . Les gens qui
étoient autour de lui le voyant agonifant prirent
la réfolution de le porter à Kars , au lieu de le
porter à l'armée où il auroit caufé plus d'embarras
que de profit , & il eft mort par les chemins.
G ij
148 MERCURE DE FRANCE.
Les Janiffaire Aga nommé Jamous Haffan Aga
voyant que la Cavalerie s'étoit retirée fit appeller
les Chefs des Janiffaires , des Dgebcdgis & des
Topchis ; il les a harangués difant . Nous fommes.
retés- ici environ 35000 combattans tous braves
gens ; nous avons battu les Perfans jufqu'à ce jour
par la grace de Dieu ; vous connoifez le peu de
courage de nos ennemis , c'eft ma réfolution de
ne pas abandonner cet endroit- ci , où nous avons
des provifions de toutes chofes en abondance
quel est votre avis ? parlez librement la deffus ;
toute la Milice lui a répondu qu'elle fuivroit abfolument
tous fes ordres, Surquoi l'Aga fit porter
où il étoit tout ce qu'il y avoit de munitions de
toutes efpeces dans le camp de l'armée , & les
retranchemens des Janiffaires étoient très - bons ;
il a raffemblé enfuite toutes fes troupes autour de
lui , & leur a dit . Nous fommes feuls capables
d'exterminer ces laches Perfans , mais je ne doute
pas que la Cavalerie qui eft à Kars ne nous vienne
rejoindre , ainfi il faut l'attendre tranquillement
, car elle nous eft très- néceffaire pour achever
notre victoire ; vous fçavez qu'ils ont envoyé
tous leurs bagages & leurs tentes quand ils ont
fçu que le Seraskier les vouloit attaquer , & que
le défordre & la confufion étoient grands parmi
eux , mais ils fe font raffurés autant que des
poltrons le peuvent être , quand ils ont vû la
retraite de notre Cavalerie , & qu'ils ont appris
la mort du Seraskier . Comme Jamous Haffan Aga
finiffoit ce difcours , il s'apperçut que les Perfans
fe mettoient en ordre pour le venir attaquer , ce
qu'ils ont fait une heure après avec toute leur
armée , croyant fans doute que l'Infanterie Turque
étant fans Cavalerie ils la battroient facilement ,
mais les Turcs ont battu fi terriblement les PerDECEMBRE
1745 , 149
fans , que Jamous Haffan Aga a bien eu de la
peine à retenir les Janiffaires qui étant fortis
du retranchement s'acharnoient à poursuivre
les ennemis qui dans ce premier combat ont per
du plufieurs milliers de foldats.
Le lendemain Schah Nadir ou Thamas a envoyé
un Officier pour parlementer avec l'Aga des Janiffaires
, qui l'a renvoyé fans réponſe , & Schah
Nadir fort irrité de cette marque de mépris , eft
venu le jour d'après attaquer les Turcs en perfonne
avec plus de furie & de monde que la
premiere fois , mais fans fuccès & avec une perte
fupérieure à la premiere , & trois jours après ayant
renouvellé une troifiéme attaqué , il a été plus
maltraité que dans ces deux premiers combats ,
furquoi il envoya dire au Janiffaire Aga que s'il
vouloit fe retirer , il juroit fur le nom de Dieu &
fur l'Alcoran qu'il ne feroit point inquiété fur fa
route. Surquoi l'Aga ayant affemblé tous fes Officiers
, leur a dit que puifqu'ils avoient attendu
neufs jours la Cavalerie , il y avoit apparence
qu'elle ne viendroit plus & que fans elle il ne
pouvoit gagner une bataille complette fur les Perfans
, a quei fes troupes répondirent qu'il fit ce
qu'il jugeroit à propos , & qu'elles lui obéiroient ,
& l'Aga fit répondre à Schah Nadir que dans le
dernier combat le cordon de fon fabre s'étoit
rompu, & qu'il l'avoit perdu , l'ayant fait chercher
vainement parmi les morts fans le trouver ,
qu'il falloit qu'il fut dans le camp des Perfans
qu'on le fit chercher , qu'on le lui renvoyât , &
qu'après il avertiroit de ce qu'il vouloit faire , furquoi
Schah Nadir l'ayant fait chercher le
trouva & le lui renvoya , avec le même ferment
de le laiffer retirer tranquillement ; furquoi Jamous
a répondu , demain à une telle heure je me
>
Giij
150 MERCURE DE FRANCÉ.
retirerai , c'eft a lui de garder fon ferment , car
s'il y manque je le recevrai bravemement , & j'ai
efpérance que je ferai l'inftrument dont Dieu fe
fervira pour le punir. Jamous eft parti comme il
l'a promis conduifant tous fes bleffés , & eft arrivé
fans être pourſuivi dans le Pays de l'Empereur
, Thamas étant parti en même-tems que lui
pour fe retirer às lieues derriere Erivan , proche
d'un Lac , d'où il doit fe retirer à Mogan .
Voilà la fincere relation de la campagne entre
les Turcs & les Perfans de cette année 1745 , telle
qu'elle a été envoyée par Ahmet Pacha de Kars
au Sultan , & à la fublime Porte par Jamous
Haffan Aga à l'Aga des Janiffaires à Conftantinople
, & par Tchelik Pacha à deux queues
qui n'a jamais voulu abandonner Jamous Haffan
Aga & la fuivi jufqu'à Kars à pied , les Leventis
lui ayant volé tout fon équipage dans leur défertion ;
les Hiftoires ne nous apprennent rien de pareil .
PRUSS E.
N mande de Berlin du 4 de ce mois que la
un détail comande des
differens avantages remportés en Luface par l'armée
du Roi de Pruffe ; ce détail contient les
particularités fuivantes .
Les mouvemens des ennemis ayant annoncé de
jour en jour plus clairement le projet qu'ils avoient
formé de tenter une invafion dans les Etats héréditaires
du Roi , S. M. fit avancer fon armée
vers la Queiff , qui fépare la Siléfie de la Luface ,
& elle fit garder par divers détachemens tous les
paffages de cette riviere , afin que les Généraux
de la Reine de Hongrie & du Roi de Pologne
Electeur de Saxe ne puffent être inftruits de fa
DECEMBRE. 1745. 151
marche. Lorfque Farmée fut arrivée à un mille dé
la Queiff , le Roi qui par diverfes difpofitions avoit
caché fon véritable deffein au Prince Charles de
Lor.aine , & qui avoit pris les méfures les plus
propres pour perfuader à ce Général que S. M.
fe difpofoit à fuivre la rive du Bober , & à s'approcher
de Croffen , fut averti que les troupes
combinées de leurs Majeftés Hongroife & Pe
lonoiſe étoient venues camper dans les envia
rons de Sagan. Auffi -tôt l'armée Pruſſienne ſe remit
en marche , & à la faveur d'un brouillard elle
fe porta fur le bord de la Queiff. Elle paffa cette
riviere fur des pontons , fans que les ennemis s'en
apperçuffent , & elle prît la route de Gorlitz ,
où l'on avoit appris qu'étoit le quartier du Prince
Charles de Lorraine . Le Roi furprit à Hennerf
dorff le Régiment de Saxe Gotha de 2 Bataillons ,
& 6 Efcadrons des troupes Saxonnes , lefquels fu
rent totalement défaits ; on fit prifonniers en cette
occafion près de 1100 foldats , & 31 Officiers
du nombre defquels font le Major Général Buchner
& M. Obyrn Colonel , & l'on enleva aux ennemis
4 piéces de canon , 3 drapeaux , 2 étendarts
& 2 paires de timballes. Dans le tems que
cette action fe paffoit , on s'attendoit que le Prince
Charles de Lorraine pourroit entreprendre de fe
courir ce Corps de troupes , mais on reçût avis
qu'il étoit décampé précipitamment . **
•
Le 24 on s'empara de Gorlitz qui avoit été
abandonné par les ennemis , & où l'on trouva
leurs principaux magaſins avec un grand nombre
d'équipages qu'il avoient laiffés pour n'en étre pas
embarraffes dans leur retraite .
Sur l'avis qu'on eut que le Prince Charles de
Lorraine avoit établi fon camp à Zittaw , le Roi
marcha pour l'y attaquer & ce fut inutilement
G iiij
452 MERCURE DE FRANCE.
l'armée de la Reine de Hongrie ayant repaffé la
Neiff à l'approche de celle du Roi. Cependant
moyennant la grande diligence avec laquelle on
pourfuivit les ennemis on joignit leur arrieregarde
, on leur fit 350 prifonniers , & l'on fe
rendit maître de 300 de leurs chariots de bagages .
Le Comte de Rottembourg Lieutenant Général ,
à la tête des Huffards , les a fuivis jufques fur la
frontiere du Royaume de Boheme , dans lequel
ils fe font retirés.
Le Roi de Pruffe étant maître de la Haute
Luface , il a fait marcher un Corps de troupes commandé
par le Prince Léopold d'Anhalt- Deffau
avec ordre d'attaquer l'armée du Roi de Pologne
Electeur de Saxe , à la tête de laquelle ét it
Te Général Renard . Cette armée a été battue &
difperfée , & le Prince Léopold s'eft emparé de
Ia Ville de Leïpfick , de laquelle il a exigé une
contribution de 2 millons d'écus , valant 9 millions
de notre monnoye. Le Roi a marché de fon
côté avec toute fon armée fur Drefde , & il n'étoit
le premier de ce mois , éloigné de cette Ville
que de 3 lieues . Cette marche du Roi de Pruffe
a déterminé le Roi de Pologne Electeur de Saxe
à quitter Drefde , d'où il eft forti le premier à
9 heures du matin , après avoir ordonné qu'on en
ouvrit les portes à S. M. Pruffienne , dès qu'elle
fe préfenteroit devant la Ville.
Les dépêches du dernier courier arrivé de l'ar
mée du Roi confirment que S. M. ayant marché à
Drefde , le Roi de Pologne Electeur de Saxe en
étoit forti le premier de ce mois avec la Reine
fon épouſe & les Princes & Princeffes les enfans ,
pour aller à Prague , & que S. M. étoit entrée
dans Drefde le même jour à 4 heures aprèsmidi.
DECEMBRE 1745 . 153
RUSSI E.
M. d'Allion Miniftre du Roi de France à la Cour
de Pétersbourg a déclaré aux Miniftres de l'Imperatrice
que S. M. T. C. regardoit comme contraire
aux Conftitutions du Corps Germanique l'élection
faite à Francfort en faveur du Grand Duc
De Toſcane .
On attend à Pétersbourg un Ambaffadeur de
Thamas Kouli -Kan , & l'on comptoit que ce Miniftre
arriveroit bien-tôt fur la frontiere .
L'Impératrice a fait remettre à tous les Miniftres
étrangers qui refident à Pétersbourg un Mémoire
dans lequel S. M. I. expoſe les raiſons qui
l'ont déterminée à faire marcher un corps de troupes
au fecours du Roi de Pologne Electeur de
Saxe.
Ce mémoire porte que l'impératrice voit avec
peine que tous les foins qu'elle a pris pour rétablir
la bonne intelligence entre les Cours de Berlin &
de Drefde n'ont pas eû le fuccès qu'elle en avoit efpéré
; que le Roi de Pruffe , non feulement par le
Manifefte qu'il a publié contre S. M. Pol , mais encore
par la Déclaration que le Baron de Mardefeldt
a faite au Grand Chancelier de Ruffie , a donné
lieu de reconnoître un deffein formé d'attaquer la
Saxe fous pretexte que les troupes Saxonnes s'étoient
jointes à celles de la Reine de Hongrie pour
faire une invafion en Siléfie ; que S. M. I n'a point
confidéré & ne peut confidérer du même ceil que
le Roi de Prufte l'ordre donné à ce fujet par le
Roi de Pologne Electeur de Saxe aux troupes Saxonnes;
que le Roi de Pruffe a déclaré plufieurs fois
& particulierement par un Ecrit daté du 26 Mai ,
que la mort de l'Empereur Charles VII . n'avoit ap-
Gv
154 MERCURE DE FRANCE.
porté aucun changement à la conduite de la Cour
de Berlin , & que S. M Pr. étoit dans une ferme
réfolution de demeurer fidelle à tous les engagemens
qu'elle avoit contractés avec fes Alliés; que
le Roi de Pologne Electeur de Saxe jouit du même
droit & que tout ce que S. M. Pol. a fait en conféquence
de fes Alliances , doit d'autant moins être
regardé comme une Déclaration de guerre contre
la Pruffe , que ce Prince bien loin d'avoir jamais
rien entrepris contre les Etats Héreditaires de la
Maifon de Brandebourg , a toujours été difpofé à
obferver les loix d'un bon voifinage avec S. M. Pr.
que pour peu qu'on faffe ces réflexions on ne peut
nier que le Roi de Pologne Electeur de Saxe ne
reclame avec juftice les fecours que la Ruffie doit
lui fournir en conféquence des Traités , & que l'Impératrice
a prévenu là deffus le Roi de Pruffe en lui
faifant repréſenter qu'ayant rompu la paix de Breflau
qui lui affûroit fes nouvelles acquifitions de la
Silefie & du Comté de Glatz , il ne pouvoit trouver
étrange que les troupes Saxonnes agiffent de concert
avec celles de la Reine de Hongrie pour aider
à cette Princefle à recouvrer ces Provinces ; qu'ainfiS.
M. I. qui defire conftamment de ne donner à
fes Alliés aucun fujet de fe plaindre d'elle , n'a pu
refufer d'exécuter les conditions du Traité qui fubfifte
entre elle & le Roi de Pologne Electeur de
Saxe , mais que comme elle n'a rien plus à coeur
que de contribuer à rétablir une fincére union entre
ce Prince & le Roi de Pruffe , elle a ordonné
à fes Miniftres de renouveller les offres de ſes bons
offices afin de prevenir les fuites fâcheufes que
pourroient produire les differends de ces deux Puiffances
; qu'en conféquence elle a fait informer de
fes difpofitions le Baron de Mardefeldt & qu'elle a
envoyé ordre au Comte de Czernichew fon MinifDECEMBRE
1745. 155
tre à Berlin de donner aux Miniftres du Roi
de Pruffe les plus fortes affürances de l'amitié
qu'elle porte à S. M. Pr. & de l'intention où elle
eft de continuer de faire tous fes efforts pour procurer
un accommodement entre les Cours de Berlin
& de Drefde , dans l'efpérance que le Roi de Pruffe
& le Roi de Pologne Electeur de Saxe également
Alliés de S. M. I. chercheront en fe prêtant à des
voyes de conciliation à lui prouver leur eftime &
leur affection .
Le même jour que l'Imperatrice a refolu de remplir
fes engagemens avec le Roi de Pologne Electeur
de Saxe , S. M. I. a écrit à ce Prince que les
moyens qu'elle a employés pour terminer les differends
de la Cour de Dreſde avec celle de Berlin
ayant été inutiles , & l'Electorat de Saxe étant
menacé d'une prochaine invaſion , elle étoit deter
minée àne pas differer plus long-tems de fecourir
cet Electorat ; qué le Comte de Beftuchef fon
Grand Maréchal & fon Miniftre Plenipotentiaire à
Dreſde inftruiroit S. M. Pol. des arrangemens pris
pour cet effet par S. M. I. & qu'elle avoit recommandé
à ce Miniftre d'affûrer le Roi de Pologne
de l'empreffement qu'elle auroit dans toutes les
occafions de témoigner à ce Prince combien elle
prendde part à tout ce qui intéreffe S. M. Pol .
Le Corps de troupes que S. M. I. doit faire marcher
au fecours de la Saxe fera compofé des Régimens
d'Infanterie d'Ouglitskoy , de Mouronskot ,
de Lagodskoy , d'Affofskow , de Kerholnis koff,
d'Abfchenronskoy , de Perinskoy , de Tobolskoy ,
de Sibirskoff & de Beloferskovv & de quatre Régimens
de Dragons . Il doitêtre commandé par le Gé
neral Keyth qui aura fous fes ordres Mrs. de Bully
& de Solkioff Lieutenans Feldt - Maréchaux , & le
Comte de Lapuchin , Mrs. Stuart & Brovvn Ma
jors Genéraux. G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
Vingt Régimens d'Infanterie ont reçû ordre de
fe rendre en Livonie & l'on compte qu'ils y feront
fuivis de 15000 tant Huffards que Cofaques.
L'Impératrice fe propofe de faire équiper une
Efcadre de dixhuit vaiffeaux de guerre .
Le Feldt Maréchal Comte, de Lefcy partit le 20
du mois d'Octobre pour aller à Riga.
On mande de Pétersbourg que l'Imperatrice de
Ruffie a reçu uu courier par lequel le Comte de
Keyferling fon Miniftre à Ratisbonne lui a fait
fçavoir que le Corps Germanique avoit conſenti
de lui donner le titre d'Imperatrice.
ALLEMAGNE.
9.95
On mande , de Francfort du 3 du mois de Novembre
que les cercles de Suabe , du Haut & Bas
Rhin , de Franconie & de Baviere étant convenus
de former un Corps de troupes d'obfervation pour
la fûreté des Frontiéres de l'Empire , il a été reglé,
que le premier de ces Cercles fourniroit 7278 hommes
d'Infanterie & 1080 de Cavalerie , celui du
Haut Rhin 7835 d'Infanterie & 1666 de Cavalerie
, celui du Bas Rhin 2744 d'Infanterie & 603 de
Cavalerie , celui de Franconie 3846 d'Infanterie
& 708 de Cavalerie , celui de Baviére 3180 d'Infanterie
& 650 de Cavalerie.
On a appris de Baviere que les troupes de la Reinede
Hongrie qui étoient en garnifon dans Ingolftadt
, dans Schardingen & dans Paffau en font forties,
& que cette Princeffe a fait remettre en liberté
le Bataillon des troupes Palatines qui avoit été
fait prifonnier l'année derniere à Lechaufen .
Il eft furvenu quelques difficultés au fujet de la
repartition des quartiers que les troupes de la Reine
de Hongrie qui font fous les ordres du Feldt MaDECEMBRE
1745. 157
réchal de Traun occuperont pendant l'Hyver. Ce
Feldt Marêchal avoit demandé qu'en conféquence
de la réfolution qui a été priſe de former une chaine
pour couvrir du côté de la France les frontiéres
de l'Allemagne, les cercles de Suabe , de Franconie
, du haut & du bas Rkin accordaffent fur leurs
territoires des quartiers à ces troupés , mais ces
Cercles ont répondu que ce feroit pour eux une
charge trop onéreufe ; que leur Pays étoit épuifé
par le féjour des armées ; qu'en plufieurs endroits
la maladie des beftiaux avoit achevé de ruiner les
habitans , & qu'ainfi les troupes , fi on les y faifoit
paffer l'Hyver , ne pourroient que fouffrir ellesmêmes
beaucoup d'incommodités & fubſiſter trèsdifficilement
. Le Géneral Berenklau a été envoyé
à Francfort par le Feldt Maréchal de Traun
pour représenter à ces Cercles que s'ils refufent des
quartiers aux troupes de S. M. H. il faudra renoncer
à l'établiffement de la chaine projettée . Il eft
chargé auffi d'affûrer les Cercles que les troupes
de la Reine de Hongrie n'éxigeront que des lo
gemens , & qu'elles acheteront tout ce dont elles
auront befoin.
L'Electeur Palatin a envoyé tant à diverſes Cours
d'Allemagne qu'aux Etats Géneraux des Provinces
Unies un Mémoire dans lequel il repréfente
que les troupes de la Reine de Hongrie depuis le
27 du mois de Juillet dernier ont tiré du Palatinat
foit en argent foit en bois & en fourages la valeur
de 120000 Florins d'Allemagne ; que tout recemment
encore elles ont demandé une nouvelle contribution
de 300000 Florins aux Bailliages fitués
en deça du Rhin ; qu'elles pretendent en mêmetems
prendre des quartiers d'Hyver dans la partie
de l'Electorat laquelle eft de l'autre côté de ce Fleuve
& dont les Bailliages feront obligés par con158
MERCURE DE FRANCE.
féquent de leur fournir des vivres & tout ce dons
elles auront befoin ; qu'outre ces exactions elles me.
nacent de faire éprouver le même traitement aux
Duchés de Bergue & de Juliers ; que l'Electeur ne
peut fe difpenfer d'informer de ces excès les Puif
fances aux quelles fon Mémoire eft adreffé , & de
leur faire connoître qu'après avoir ufé d'une fi longue
modération il fe verra dans la néceffité d'employer
pour fa défenſe les moyens autorisés par le
droit naturel , & qu'il eft déterminé à fe procurer
des fecours étrangers fi par lui même il n'eft pas en
état de fe tirer de l'oppreffion ; qu'afin de fe mettre
à l'abri de tout reproche fur les fuites fâcheufes qui
pourroient en réſulter , il prie inftamment les Etats
de l'Empire & la République de Hollande d'employer
leur entremife pour faire ceffer les fujets
qu'il a de fe plaindre de S. M H. qu'il eft très
effentiel d'ufer de diligence dans des circonftances
fidélicates & fi preffantes ; qu'ainfi il fe flate que
les Puiffances aux bons offices defquelles il a re
cours , ne differeront point de donner des inftructions
convenables fur ce fujet aux Minittres qui réfident
de leur part à la Cour de Vienne .
Le Roi de Pologne Electeur de Saxe a fait
fçavoir à l'Electeur Palatin qu'il feroit les plus fortes
inftances auprès de la Reine de Hongrie , pour
l'engager à ne point contraindre ce Prince à une
rupture ouverte avec elle. L'Electeur a reçû auſſi la
réponſe du Roi de Pruffe laquelle porte que S. M.
Pr. eft extrêmement touchée des vexations auxquelles
le Palatinat fe trouve expofé de la part
des Troupes de la Reine de Hongrie ; qu'on ne
peut qu'approuver la réfolution prife par l'Electeur
d'embraffer tous les moyens propres à en délivrer
fes fujets , & que le Roi de Pruffe eft difpofé à fai→
re tout ce qui dépendra de lui pour y contribuer.
DECEMBRE. 1745. 159
Suivant les avis reçus de Francfort le Collége
Electoral a accordé à la Czarine le titre d'Impé
ratrice de Rutfie , & le Comte de Keiferling Miniftre
Plénipotentiaire de cette Princeffe auprès
de la Diette de l'Empire doit demander à cette affemblée
que ce Titre foit reconnu par le Collége
des Princes & par tous les Etats d'Allemagne .
On a appris que le mariage du Prince Hérédi
taire de Meckelbourg avec la Princeffe foeur du
Duc de Wirtemberg étoit conclu .
On mande de Vienne du 13 Novembre dernier
que le Comte d'Uhlefeldt à déclaré à M. Robinfon
Miniftre du Roi de la Grande Bretagne que la
Reine de Hongrie ne pouvoit approuver le projet.
de pacification que ce Prince lui offroit de propofer
au Roi de Pruffe pour l'engager de conclure la paix
avec la Cour de Vienne ; que le Roi de Pruffe ayant
rompu le Traité de Breslau la Reine prétendoit être
en droit de demander la reftitution de toute la Siléfie
ou du moins de la plus grande partie de cette
Province , & qu'elle rejetteroit tout accomodement
qui auroit pour bafe la cffion de ce Duché
en faveur de la Maifon de Brandebourg .
Les nouvelles de Luface portent que les mouve
mens faits depuis le 2 Novembre par l'armée qui
eft fous les ordres du Prince Charles de Lorraine
avoient eu pour objet l'exécution du deffein que ce
Prince a formé d'entrer du côté de Schvviedberg
dans la Siléfie , & que divers Corps des troupes de ,
la Reine de Hongrie avoient été détachés en
avant pour aller reconnoître les défilés par lef
quels on pourroit paffer plus aifément , mais que,
les paffages s'étant trouvés trop difficiles de ce
côté , le Prince Charles de Lorraine s'étoit replié
vers Rechemberg , où le Pays étant moins montagneux
les chemins font plus praticables ; que les
160 MERCURE DE FRANCE.
troupes irrégulieres qui compofent l'armée de la
Reine de Hongrie avoient occupé quelques unes
des Gorges qui conduiſent dans la Principauté de
Javver , & que te ro & le 11 elles avoient été
jointes par le refte de l'armée.
Sur l'avis que le Prince Charles de Lorraine
avoit marché dans la Luface avec l'armée qu'il
commande , & qu'il paroiffoit avoir formé le projet
de tâcher de penetrer en Siléfie , le Roi de Pruffe
a envoyé ordre à fes troupes qui font cantonnées
dans cette derniere Province , & dont les quartiers
ont été diſtribués de telle façon qu'elles peuvent
fe raffembler en moins de deux jours , de ſe
tenir prêtes à marcher , & S. M. partit le 16 Novembre
pour fe rendre à Schvveidnitz . Elle eft
accompagnée du Prince de Pruffe & du Prince
Ferdinand de Brunfvvick.
Le Prince regnant d'Anhalt Deffau Feldt Maréchal
Géneral des armées du Roi de Pruffe partit le
même jour pour aller reprendre le commandement
de l'armée d'obſervation qui doit former un nouveau
camp dans les environs de Hall. Le Régiment
du Prince Ferdinand celui du Prince Léopold
& celui de Rohl fe mirent le 13 en marche pour
aller joindre cette armée , & ils furent fuivis le 14
par celui d'Alt-Wirtemberg. Le Régiment de Bre
dovv doit prendre la même route.
Un courier a rapporté que 16000 hommes des
troupes du Roi de Pruffe fous les ordres du Lieutenant
Géneral Naffau s'étoient avancés du côté
d'Olmutz & & que le Prince Charles de Lorraine
en ayant été informé avoit ordonné au Géneral de
Hoheneims d'aller couvrir cette Place avec un
Corps de 10000 hommes .
Un autre courier dépêché de l'armée de la
Baffe Siléfie a rapporté qu'il y eut le 4 Novembre
DECEMBRE 1745. 161
près de Schvviedberg une efcarmouche très- vive
entre les Grenadiers du Régiment de Finckenf
tein & un détachement de Pandoures , & qué ces
derniers ont fait une perte affés confiderable.
•
On a appris de Vienne du 27 Novembre que
lorfque le Comte de Woronzovv , Vice-Chancelier
de Ruffie , a été admis à l'audience de la Reine
, il fut préſenté à cette Princeffe par M. Lanc
zinsky. Ce Comte , dans les conferences qu'il a
eues avec le Comte d'Uhlefeld , lui a déclaré que
quoique l'Imperatrice de Ruffie n'eut point balancé
à donner fes ordres pour la marche des troupes
auxiliaires qu'elle étoit engagée par les Traités
d'envoyer au Roi de Pologne Electeur de Saxe ,
elle defiroit cependant de pouvoir procurer un accomodemment
entre les Cours de Berlin & de
Drefde , & qu'elle verroit avec le même plaifir fa
Majefté terminer fes differends avec le Roi de
Pruffe.
Le 25 le Comte de Woronzovy & la Conteffe
fon époufe eurent l'honneur de dîner avec la Reineau
Château de Schombrun , & le 26 ils partirent
pour continuer leur route vers l'Italie.
Sur les repréſentations faites à la Reine par diverfes
Puiffances au fujet des quartiers & des contributions
que les troupes de S. M. exigent dans
les Etats de l'Electeur Palatin , la Reine a répondu
qu'il ne dépendoit que de ce Prince de faire ceffer
l'incommodité qu'il recevoit à cet égard , &
que tant qu'il refuferoit de fe conformer à ce qu'elle
exigeoit de lui , il n'y avoit point d'apparence
qu'elle confentit de lui faire éprouver un autre
traitement.
162 MERCURE DE FRANCE.
ECOSS E
Le Major Général Gordon fe rendit le 15 Octo
bre dernier avec 1400 hommes au camp du Prince
Edouard où plufieurs Gentilshommes de la Province
d'Angus arriverent le même jour avec leurs
Vaffaux .
Le 17 , 480 hommes
y furent
amenés
par les
Colonels
David
Tulloch
& Jean
Hamilton
. Le
Lord
Pitflige
a joint
auffi le Prince
avec 400 hommes
d'Infanterie
& 240 de Cavalerie
tous
bien
montés
& bien
armés
, & le Comte
de Kelly
ef
revenu
au camp
avec
un renfort
confiderable
.
Toute
la Tribu
des Macras
& un Corps
de Mac
kenfies
font en marche
fous
les ordres
des Seigneurs
de Coul & de Fairborn
pour s'y rendre
. On
y attend
auffi la Tribu
des Fraſers
à la tête de la←
quelle
est le Lord
Frafer
d'Inverallachie
& celle
des Macmtoshs
dont
les Seigneurs
de Borlum
& de
Banefpich
ont pris le commandement
. Un grand
nombre
de Seigneurs
& de Gentilshommes
des
Provinces
Méridionales
& Occidentales
vient
fuc-:
ceffivement
fe ranger
fous les Etendars
de la Maifon
de Stuard
. Tous
les Gentilshommes
de la Province
de Bamf
, fans aucune
exception
, font montés
à cheval
pour
fe ranger
fous fes Drapeauxi
& plufieurs
à l'exemple
de Mrs.
Gordon
de Buc
kie & de Ranas
font des levées
de Cavalerie
. Le
Duc d'Athol
qui a levé dans fes terres
un troifiéme
Bataillon
a mandé
qu'auffitôt
après
fa jonction
avec
la Tribu
des Macpherſons
il conduira
ces troupes
au camp
. Le Bataillon
qu'il a levé eft de 600 hom-
.
mes & la Tribu
des Macpherſons
d'environ
500 .
Les deux
Tribus
des Macdonalds
& des Macleods
Lefquelles
compofent
près de 3000
hommes
doiDECEMBRE
. 1745. 163
vent inceffamment joindre le Prince . Tout le
Royaume paroît généralement difpofé à faire les
plus grands efforts pour feconder l'entrepriſe du
Prince Edouard qui a actuellement 30000 hommes
fur pied & qui pourra marcher en Angleterre avec
plus de 25000 en laiffant dans l'Ecoffe des forces
fuffifantes pour la fûreté du Pays.
Ce Prince a fait lever quatre nouveaux Efcadrons
de Cavalerie dans les Provinces d'Aberdeen
& de Merns.
Malgré la convention faite du confentement du
Prince Edouard entre les Magiftrats d'Edimbourg
& le Gouverneur du Château par laquelle ce Gouverneur
s'étoit engagé , à condition qu'on permet
troit aux habitans de porter des vivres à la garnifon
, à ne leur caufer aucun dommage à moins
qu'on ne l'attaquât du coté de la Ville , le Château
recommença le 15 à tirer à boulets rouges fur
plufieurs quartiers où le feu a été mis en plufieurs
endroits. Le Prince Edouard en ayant été informé
& étant vivement touché de ce que fouffroient
les habitans a fait retirer les troupes qui formoient
du côté de la Ville le blocus du Château . Cette ré
folution lui a attaché encore davantage toutes les
perfonnes de fon Parti , & celles du Parti contraire
condamnent hautement la mauvaiſe foi & la
cruauté inouie du Gouverneur .
Il a été défendu par le Prince à tous les Ecoffois,
fous peine de confifcation de leurs biens d'affifter
aux Délibérations du Parle nent d'Angleterre.
Les ordinaires qu'on attendoit de Londres n'étant
point arrivés on n'a fçû rien de pofitif fur la fituation
actuelle des affaires d'Ecoffe ni fur les progrès
de l'entreprife formée par le Prince Edouard.
Il paroît feulement fuivant quelques lettres apportées
des Bâtimens particuliers que ce Prince
164 MERCURE DE FRANCE.
continue de recevoir de nouveaux renforts & qué
fon armée eft affés nombreuſe pour l'avoir mis en
état de laiffer des troupes devant le Château d'Edimbourg
& de marcher avec le reste au -devant du
Géneral Wade dans le deffein de l'attaquer.
Quoique ces nouvelles femblent certaines on en attend
la confirmation par les premieres lettres qui
arriveront de Londres.
On a appris d'Edimbourg du 23 Novembre que
le Prince Edouard ayant laiffé 7000 hommes devant
le Château de cette Place , fit avancer le 30
Octobre fon armée à Dalkeit , & que l'artillerie
qu'il attendoit de Montroff étant arrivée le Ir
Novembre au nouveau camp occupé par fes troupes
il partit d'Edimbourg le même jour pour s'y
rendre .
Le 13 fon armée fe remit en marche fur
3 colonnes
pour penetrer en Angleterre , & celle à la
tête delaquelle étoit le Prince Edouard arriva le
is à Kello , d'où elle s'eft portée le 17 fur Jedebourg
, & le zo près d'Ecclfcighton à quelques
milles de Carlifle .
La feconde colonne commandée par le Duc de
Perth , laquelle a pris fa route par Peebles entra
auffi le 22 fur les terres du Royaume d'Angleterre
, & la troifiéme qui eft fous les ordres du Lord
Géorges Murray fe difpofoit à y joindre le 23 le
refte de l'armée . Quelques jours avant la marche des
troupes le Prince Edouard a envoyé un détachement
à Glaſgow pour demander qu'on lui remit
10000 livres ' fterlings du produit des droits
fur le tabac , & une pareille fomme des impofitions
fur les boiffons fortes.
Le 13 le Général Gueft qui commande dans
le Château d'Edimbourg fit une fortie & enleva
2000 pains que les habitans avoient fait
DECEMBRE. 1745. 165
cuire pour les du Prince Edouard . Un
troupes
détachement de ces troupes en revenant de Montroff
au camp de Dalkeit a été attaqué par la
garnifon du Château de Sterling , & la perte a
été à peu près égale de part & d'autre.
Selon les nouvelles qu'on a reçûes des mouvemens
de l'armée du Prince Edouard , il a marché
le 18 du mois dernier de Harvvich à Halybangh .
Le lendemain ce Prince ayant partagé fes troupes ,
fon Infanterie prit la route de Cannoby ; une partie
de fa Cavalerie s'avança à Langholm , & le refte
paffa à Longtovvn la riviere de ce nom .
Ses troupes fe réunirent le 20 & elles vinrent occuper
à quatre milles en deça de Carliſle un camp
où l'artillerie qu'il avoit laiſſée à Peebles arriva le
mêmejour .
Le 21 le Prince E douard fit fommer les habitans
de la premiere de ces Villes de fe foumettre , mais
ils renvoyerent fans réponſe l'Officier qu'il avoit
chargé de leur faire cette propofition ,
Après avoir envoyé le 22 quelques détachemens
pour reconnoître les environs de la Place , il ſe remit
en marche le 23 vers Brampton , & il s'y arrê
ta le jour fuivant pendant lequel il fut joint par
quelques nouvelles troupes qu'il attendoit.
Le 25 s'étant rapproché de Carliſle , il forma
l'inveftiffement de cette Ville deyant laquelle il fit
ouvrir le mêmejour la tranchée , dont les travaux
furent pouffés avec tant de vivacité que le 26 à dix
heures du matin la garnifon fe retira dans le Château
. Les habitans fe racheterent du pillage en
payant une contribution de 2000 liv. fterlings . Le
Château n'a fait qu'une réfiftance de quelques heures
x la Garnifon n'a pu obtenir d'autres conditions
que de fortir defarmée & de s'engager à ne point
fervir contre la Maifon de Stuard . Le Prince
166 MERCURE DE FRANCE.
Edouard a trouvé dans cette Place 20 piéces de canon
, environ 80 barils de poudre , quelques au
tres munitions de guerre & des armes neuves pour
500 hommes independamment de celles de la garnifon.
Ce Prince a envoyé ordre à Penrith d'y préparer
des quartiers pour 10000 hommes d'Infanterie
de fes troupes , & comme cette Ville eft fur la frontiére
du Westmorland , on conjecture qu'il a deffein
de traverfer cette Province pour ſe rendre
dans la Principauté de Galles.
L'armée que le Roi a fait affembler fous les ordres
du General Wade pour s'oppofer aux entreprifes
du Prince Edouard eft décampée le 27 de
Nevvcaſtle pour marcher à Carlisle.
11 a paru à Londres une Proclamation par laquelle
le Roi promet une amniftie à tous ceux qui
ayant pris les armes pour la Maifon de Stuard quit
teront l'Armée du Prince Edouard . S. M. déclare
par la même Proclamation que ceux qui voudront
s'engager dans fes troupes recevront 5 liv .
fterlings d'engagement, Cette Proclamation
ayant été envoyée au Géneral Wade , il l'a fait publier
dans fon armée & dans tout le Pays .
Le Prince Edouard auffitôt qu'il en a été informé
a rendu publique dans fon camp cette Proclamation
à laquelle il a fait ajoûter qu'il laiffoit ceux
qui voudroient prendre parti dans l'armée commandée
par le Général Wade les maîtres de s'y
rendre , & qu'il ne conferveroit contre eux aucun
reffentiment. Cette Déclaration du Prince
Edouard n'a déterminé aucun foldat de fes troupes
à paffer dans celles du Géneral Wade , & elle n'a
fervi qu'à faire donner à ce Prince par toute l'armée
les affûrances les plus marquées de zéle & d'attachement,
DECEMBRE 1745. 167
Quarante Bâtimens de tranfport ont fait voile de
Deptford pour la Hollande d'où ils doivent tranf
porter en Angleterre le refte de la Cavalerie Angloife
qui étoit à l'armée des Alliés dans les Pays
Bas.
•
GRANDE BRETAGN F.
Le 1. de ce mois le Roi fe rendit à la Chambre
des Pairs avec les cérémonies accoûtumées & S. M.
ayant mandé la Chambre des Communes donna fon
confentement Royal au Bill qui fufpendant la Loi
Habeas Corpus , autoriſe à faire arrêter & à retenir
prifonniers ceux qu'on foupçonnera de confpirer
contre le Gouvernement .
Le Comte de Ferrers qui a fuccédé à fon oncle
dans fes biens & dans fes titres prit le même jour
féance dans la Chambre des Pairs .
Le Roia répondu à l Adreffe qui lui fut préſentée
le 29 dumois d'Octobre par la Chambre des Communes
MESSIEURS
» Je vous fais mes finceres remercimens de votre
adreffe . Le zéle & l'ardeur que vous y témoi-
» gnez avec tant d'unanimité me mettront moyen-
» nant la Bénédiction Divine en état de faire ceffer
au plutôt la Revolte en Ecoffe . Quelles que
puiffent êtreles forces que vous me confierez vous
» pouvez être affûrés qu'elles ne feront employées
» qu'à procurer le bonheur de mes Sujets & à leur
» conferver la jouiffance de leur Religion de leurs
>> Loix & de leur liberté.
>>
La Chambre des Communes réfolut de 1. de ce
mois d'accorder un Subfide à S. M.
68 MERCURE DE FRANCE.
Le lendemain il fut propofé dans la Chambre de
préfenter une adreffe au Roi pour le remercier de
ce qu'il avoit fait revenir des Pays Bas une partie
des troupes Angloifes & pour le prier de rappeller
auffi les autres troupes de la Nation qui font
encore dans l'armée des Alliés. Il s'éleva à ce fujet
des débats très- longs & très- vifs , & quelques
Membres de la Chambre fontinrent avec vivacité
que le rappel des troupes étoit le moyen le plus
propre pour rétablir la tranquillité dans la Grande
Bretagne & pour décourager les Puiffances Etrangeres
qui voudroient favorifer l'entrepriſe du Prince
Edouard , mais la propofition fut rejettée à la
pluralité de 148 voix contre 136.
Le 5 la Chambre a déliberé en grand Committé
fur le Subfide , & elle a décidé que le nombre des
Matelots pour le fervice de l'année prochaine feroit
de 40000 , pour chacun defquels on pafferoit à
S. M. 52 liv fterlings.
Il a été réglé dans la même Séance qu'on porteroit
un Bill pour remedier aux abus qui fe font
introduits dans la levée des milices.
Le Parlement d'Irlande s'étant affemblé à Dublin
le 19 du mois d'Octobre le Comte de Chef,
terfield Viceroi du Royaume fit aux deux Chambres
le Difcours fuivant .
MYLORDS ET MESSIEURS.
» En conformité des ordres dont le Roi m'a honoré
je vous ai convoqués afin de concerter avec
vous tout ce qui pourra le plus contribuer au bonheur
& à la tranquillité de ce Royaume . Les ten,
dres égards de S. M. pour fes fujets font trop
» connus , & vous avez donné tant de preuves de
votre affection pour fa perfonne qu'il eft inutile
» de
DECEMBRE 1745. 169
de faire mention de l'un ni de l'autre de ces deux
points. Vous pouvez juger par vous -mêmes des
pavantages que vous tirez de l'établiffement de la
» fucceflion à la Couronne dans la famille des Prin-
» ces Proteftans , lefquels ne font pas moins portés
>> par leur inclination naturelle qu'engagés par une
» autorité légitime à vous défendre , & les évenemens
paffés doivent vous repréfenter les miféres
d'un peuple qui employe des forces illégitimes ,
» & qui féduit par une fureur aveugle préfere la
»tyrannie à un jufte Gouvernement . Ces confi-
» derations ne peuvent manquer d'exciter en vous
ב ל
la plus haute indignation de l'entrepriſe formée
» en Ecoffe par un Prétendant élévé dans l'erreur ,
> nourri dans le fein de la fuperftition & dont les
>> deffeins font fi contraires à nos Loix & à nos
» Conſtitutions . Il fonde fes e pérances fur le fe-
» cours des ennemis de la liberté de l'Europe , &
» fes projets tendent à détruire vos Priviléges &
»votre Religion , mais nous n'avons pas lieu de
craindre qu'il y réuffiffe puifque les fujets du
» Roi prouvent tous les jours par des marques fi
» éclatantes leur zéle pour le foûtien du Gou-
» vernement de S. M. & pour la défenſe de ſa per-
»fonne. Un Corps confidérable des troupes du Roi
eft déja en marche vers l'Ecoffe avec les 6000
» hommes que les Etats Généraux fe font empref-
» fés de fournir à S. M. & ces forces font plus que
» fuffifantes pour arrêter les progrès & châtier
» la témérité d'une multitude de Rebelles peu dif
» ciplinés . Ainfi je ne doute pas que les mesures
déja prifes pour s'oppoſer à leur attentat n'ayent
>> produit l'effet défiré . Cependant je laiffe à vo-
» tre prudence d'examiner s'il convient d'employer
de nouveaux moyens pour empêcher l'ac
II. Vol,
5
ל כ
H
170 MERCURE DE FRANCE
» croiffement de la Religion Romaine , foit en éta
» bliffant de nouvelles Loix , foit en faifant exé,
» cuter plus efficacement celles qui fubfiftent .
MESSIEURS DE LA CHAMBRE DES COMMUNES,
» J'ai ordonné qu'on remit devant vous les états
s des dépenfes , & c'eft avec plaifir que je vous
annonce que le Roi n'exige de vous que les fub-
»fides ordinaires pour le maintien de l'établiſſe-
» ment fur ce Royaume . S. M. ayant jugé à pro-
» pos d'en tirer deux Bataillons de plus elle a don-
» né ordre qu'immédiatement après leur arrivée
>> en Angleterre ils fuffent mis à la folde de la
grande Bretagne , & que dans l'augmentation des
» troupes réglées deftinées à votre défenfe on ait
»furtout attention à ne furcharger le peuple que le
xmoins qu'il fera poffible . Dès que les conjonctures
» le permettront les troupes fur l'établiffement
» d'Irlande feront réduites au même nombre qu'a-
> vant les troubles .
MYLORDS ET MESSIEURS ,
J'ai appris avec la plus grande fatisfaction l'é-
> tat floriffant des Manufactures de Toiles de
» ce Royaume , & je recommande à vos foins
> l'amélioration d'une branche fi eftimable de
votre commerce . Que ces progrès ne vous em-
» pêchent point de travailler avec la même ardeur
à procurer aux Fabriques toute la perfec-
>tion dont elles font fufceptibles & qu'elles n'ont
>> pas encore atteinte. Le commerce a toujours été
le plus ferme appui des Nations & l'objet des
DECEMBRE 1745. 171
foins des Miniftres éclairés. Je me flate qu'on
remarquera dans vos Délibérations cette modé .
» ration & cette unanimité qu'un véritable & im-
>> partial attachement pour le bien public doit ra-
» turellement produire , & que les circonstances
» préfentes exigent particulierement.
On détacha le 31 Octobre 300 hommes pour
renforcer les Gardes qui ont été pofées dans differens
poftes aux environs de Londres , & plufieurs
de ces Gardes ont été doublées .
Au commencement du mois de Novembre l'Efcadre
commandée par l'Amiral Byng , compofée
de neufvaiffeaux de guerre , fit voile vers le Nord
afin d'empêcher que des vaiffeaux Etrangers ne portent
des armes & des munitions aux troupes du
Prince Edouard.
On a appris de Gibraltar que l'Amiral Medley
étoit forti du Détroit le 24 Octobre pour aller
croifer fur les Côtes d'Espagne .
Le vaiffeau de guerre le Fovvey s'eſt emparé d'un
Navire François qui revenoit de la Côte de Guinée
au Port de l'Orient . Des armateurs Anglois ont
conduit à Antigoa deux Frégates ennemies , l'une
de 34 & l'autre de 20 canons .
Les équipages des Bâtimens d'un Convoi qui eft
arrivé de la Jamaïque aux Dunes fous l'escorte des .
vaiffeaux de guerre le I rince d'Orange & l'Aventure
ont rapporté que deux Navires qui faifoient partie
de ce Convoi avoient été pris par les Efpagnols.
Le Gouvernement a écrit une lettre circulaire à
tous les Miniftres Etrangers pour leur déclarer
qu'on n'aura aucun égardaux Paffe ports qu'ils pour
ront donner, & pour les avertir de ne dépêcher aucun
courier fans demander pour lui un Paffeport
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
Signé par un Secretaire d'Etat. Il leur eft annoncé
par la même lettre qu'on arrêtera ſans diſtinction
ous les couriers qui viendront de Hollande s'ils
n'ont eû la précaution de prendre des Paffeports
d : Miniftre qui réfide de la part de S. M. auprès
des Etats Generaux .
Les avis reçûs de Dublin portent que le Comte
de Chesterfield Viceroi d'Irlande y a fait publier
une Proclamation par laquelle le Roi promet une
recompenfe de 50000 liv . fterlings à quiconque livrera
le Prince Edouard mort ou vif , fuppofé
ce Prince débarque dans ce Royaume.
que
Depuis que la Loi Haleas Corpus eft ſuſpendue le
Gouvernement a expedié des ordres pour faire arrêter
divers perfonnes fufpectes .
Le Général Wade à qui le Roi a donné le commandement
de fes troupes en Ecoffe étant
tombé malade , S. M. a nommé le Lord Tyraw ley
pour le remplacer , & le bruit court que le Duc
de Cumberland pourra commander en Chef l'armée
deftinée à marcher contre le Prince Edouard .
La confternation eft très - grande à Londres &
plufieurs perfonnes débitent que ce Prince eft actuellement
entré en Angleterre , mais on ne dit
point la route qu'il a prife.
Les avis reçûs de Londres du 30 Novembre marquent
que le Roi accompagné du Duc de Cumberland
fit le 6 fur la terraffe du jardin du Palais dė
S, James la revue des fix Régimens de la Milice de
Cette Ville.
La Princeffe de Galles étant accouchée d'un
Prince le 7 , les Seigneurs à Baguettes furent députés
le 11 par la Chambre des Pairs pour féliciter
S. M. à cette occafion , & cette Chambre chargea
le Comte d'Orford & le Lord Hobart de s'ac◄
DECEMBRE , 1745 173
quitter de la même Commiffion auprès du Prince
de Galles.
Le même jour le Roi reçût pour le même fu
jet une adreffe de félicitation de la part de la
Chambre des Communes , & une du commut
Confeil de Londres .
Le 29 le Roi fe rendit à la Chambre des Pairs
avec les cérémonies accoutumées , & S. M. ayant
mandé la Chambre des Communes donna fon con
fentement au Bill pour lever des Milices dans tous
I es Comtés du Royaume d'Angleterre .
La Chambre des Pairs ordonna le 17 que plú
fieurs Ecrits qui ont été diftribués contre le Gorvernement
, fuffent brûlés par la main de l'Exé
cuteur de la haute Juftice .
Le 12 la Chambre des Communés réfolut que'
le nombre des troupes pour le fervice de l'année
1746 feroit de 49229 hommes , en y comprenant
les Officiers & 1815 Invalides , & elle a accordé à
S. M. 1298100 liv. fterlings pour leur entretien' ;
64300 pour la paye de 13 Regimens d'Infanterie
Levés par divers Seigneurs ; 13176 pour la paye'
de 2 nouveaux Régimens de Cavalerie , & 35951
pour 20 Compagnies non enrégimentées .
Le nombre des troupes de Marine fut fixé le 17
par la Chmbie à 11050 hommes , pour lesquels
elle a accordé la fomme de 206258 livres fterlings.
Le lendemain la Chambre décida qu'on leveroit
4 fchelings par livre fterling fur les revenus des terres
& fur les penfions.
M. Hume Campbell frere du Comte de Marchmont
propofa le 8 dans la Chambre des Communes
d'établir un Commité pour examiner
par la négligence de quelles perfonnes
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE.
les troubles furvenus en Ecoffe n'ont point été
calmés dans les commencemens , puifqu'il paroiffoit
qu'on auroit pu fe flater d'y réufìr fi l'on
avoitpris à tems les mefures néceffaires pour en arrêter
les progrès. Il fut fecondé fortement par M.
Pitt qui ajoûta que les prémiers avis des deffeins du
Prince Edouard avoient été tellement confirmés
qu'on n'avoit pu avoir aucun doute fur la réalité du
projet ni fur les intelligences qu'il avoit dans la
Grande Bretagne . Il s'éleva des débats très- vifs à
ce fujet , & plufieurs membres de la Chambre
ayant repréſenté que les circonstances ne permettoient
pas de s'arrêter à cet examen , & que ce
fercit perdre à de longues difcuffions un
tems
qu'on pouvoit employer plus utilement en s'appliquant
à chercher les moyens de prevenir les dangers
dont on étoit menacé , la propofition fut rejettée
à la pluralité de 194 voix contre 1 : 2 .
Le détachement des Gardes à pied qui étoit à
Oftende pendant le fiége , 8 Compagnies des
mêmes Gardes , les Régimens d'Infanterie de S.
Clair de Harriffon , de Hufque & de Beauclerck ,
le Régiment de Dragons de Bland , & 4 compagnies
du Régiment de Cavalerie de Ligonier font
revenus des Pais Bas , & le 5 ils débarquerent dans
Ja Tamife.
Les Régimens de Handafyde , de Campbell ,
de Sckelton , de Bligtht , de Mordaunt & de Sempill
font arrivés auffi le 15 aux Dunes , & depuis
ils ont remis à la voile pour ſe rendre à l'Ouest de
l'Angleterre .
Le Générale Wade a mandé au Roi qu'il s'étoit
avancé dans les environs de Newcaftle avec l'armée
qui eft fous fes ordres . Cette armée eft compofée
de 15 Bataillons , de 4 Efcadrons de CavaDECEMBRE
1745. 175
lerie & de 6 de Dragons , en y comprenant les
troupes Hollandoifes .
Le Corps de troupes dont le General Ligonier
doit avoir le commandement s'affemble à Cotventry
, & l'on y a envoyé un train d'artillerie
de 40 piéces de campagne avec un grand nombre
de munitions de guerre , de Tentes & de Pontons.
Le 16 huit vaiffeaux de guerre commandés par
l'Amiral Martin partirent de Plymouth pour aller
au devant d'un Convoi de Bâtimens de la Compagnie
des Indes Orientales établie en Angleterre .
Suivant les nouvelles de la Jamaïque l'Amiral
Thownſend fe difpofoit à faire voile de Port
Royal pour quelque expédition fecrette.
Il est arrivé à Londres plufieurs couriers de la
frontiere dece Royaume , mais les nouvelles qu'i s
ont apportées font tenues fi fecrettes qu'il n'eft p
facile de juger de la pofition préfente de l'armée
commandée par le Prince Edouard . Les faits qui
font rapportés fur cette affaire dans les Ecrits publics
fe contredifent & ylfont rapportés de la r a➡
niere la plus capable de laiffer tout le monde dans
l'incertitude fur le progrès de cette entrepriſe contre
le Gouvernement . On croit cependant qu'il
commence à en être plus allarmé qu'il ne l'étoit
d'abord , & il paroît par des letres particulieres que
l'Armée du Prince Edouard fe fortifioit tous les
jours de plus en plus par le nombre des Ecoffois qui
venoient le joindre ; qu'il avoit reçû la plus grande
partie des munitions de guerre dont il avoit befoin
, que ce Prince continuoit fa marche dans ce
Royaume & qu'il n'y avoit par d'apparence que les
troupes envoyées pour l'êmpêcher d'y pénétrer fuffent
fuffifantes pour s'opofer à l'exécution de fon
projet.
Hiiij
# 76 MERCURE DE FRANCE.
Le 26 du mois dernier jour de l'anniverſaire de la
naiffance de la Princeffe de Galles le Roi reçût ainſi
que le Prince de Galles les complimens de la principale
Nobleffe. La Chambre des Communes s'étant
affemblée le 25 en grande Committé
miner le Bill de la Taxe furles terres , il s'y éleva
pour exade
grands débats au fujet d'une clauſe inférée dans
ce kill , laquelle portoit qu'on ne pourroit exercer
la charge de Juge de Paix dans cette Ville , fi l'on
ne poffedoit un bien en fond qui produifit 40 liv .
fterlings de revenu , & il fut décidé à la pluralité
de 46 voix contre 39 que la moitié de ce revenu
fuffiroit à ceux qui fe
préfenteroient pour être
pourvus de cette charge. Le 1. de ce mois la
Chambre paffa çe Bill & elle renvoya au 6 les délibérations
fur l'affaire du Subfide.
Les actions de la Compagnie de la Mer dú
Sud font à 96 celles de la Banque à 134 &
celles de la Compagnie des Indes Orien tales à
169 & les annuités à 103 & demi,
GENES ET ISLE DE CORSE.
M. de Jonville Envoyé extraordinaire de S. M.
T. C. partit de Genes le 31 Octobre dernier pour
aller faire unvoyage à Paris .
Depuis que les Anglois n'ont plus de retraite
dans les Ports de cet Etat la navigation eſt entierement
libre depuis la Côte de Catalogne jufqu'à
celle-ci , & il arrive continuellement une infinité
de petis Bâtimens chargés de toutes fortes de provifions
pour les troupes combinées d'Espagne &
de France . Il est entré dans ce Port au commencement
du mois dernier 2 Felouques à bord defquelDECEMBRE
1745. 177
les il y avoit 40 caiffes remplies de piaftres déftinées
pour l'armée Espagnole.
Les habitans de la Côte Occidentale de Génes
ont fait une courfe dans le Piémont où ils ont fait
un butin confidérable .
On a reçu avis que M. Etienne Mari étoit arrivé
à la Baftie avec les 4 Galiotes Napolitaines qui
ont fait voile de Génes il y a quelque tems ,
Les mêmes avis portent que les 6 Barques de cette
Nation du fort defquelles on étoit inquiet
étoient toujours à Ajaccio & que les équipages de
ces Bâtimens avoient débarqué leur artillerie &
leurs munitions dans la crainte d'être attaqués par
quelque vaiffeau de l'Efcadre commandée par le
Vice -Amiral Ravvley . Ces lettres ne font aucune
mention de l'arrivée du Baron de Neuhoff dans l'If
le de Corfe.
-
On mande du camp de San Salvador que les
Efpagnols ont trouvé dans la Ville de Valence
1500 bombes , 40000 boulets , 300 quinteaux de
poudre & des vivres en abondance .
On prétend que la raison qui a déterminé le Roi
de Sardaigne à retirer de Valence les troupes dont
la garnifon de cette Place étoit compofée eft que
les troupes qui ont défendu Tortone & qui s'étoient
engagées par leur capitulation à ne fervir
de 18 mois contre le Roi d'Eſpagne ni contre fes
Alliés faifoient partie de cette Garnifon , & que
ce Prince n'a point voulu les expofer au traitement
que par 1 infraction de leur capitulation les Efpagnols
étoient en droit de leur faire fubir.
Les 5 Barques Napolitaines qui en venant de Sicile
avoient relâché à Ajaccio arriverent à Génes
le 31 Octobre fans avoir rencontré dans leur route
aucun yaiffeau de guerre du Roi de la Grande Bre-
Hy
178 MERCURE DE FRANC
tagne. Les troupes qui étoient à bord de ces Bâtimens
ayant débarqué le lendemain elles fe mirent
le 12 Novembre en marche pour aller joindre
celles qui font aux ordres du Duc de la Viefville &
qu'on dit former actuellement un Corps de 12000
hommes .
On mande que le bruit couroit que le Vice-
Amiral Ravvley faifoit vendre les magafins qui
avoient été établis à Livourne pour l'Efcadre Angloife
qu'il commande , ce qui donnoit lieu de
conjecturer que cette Efcadre fe difpofoit à fe retirer
à Port-Mahon , mais comme ce pourroit être
une feinte de la part des Anglois la République
continue de fe précautionner contre leurs entrepri
fes , & on a conftruit à l'embouchure du Golfe de
la Spécie deux nouveaux Forts dans l'un defquels
in a placé 22 pieces de canon .
On mande de Génes du 28 Novembre qu'on
avoit été informé que l'Eſcadre Angloiſe commandée
par le Vice- Amiral Ravvley ctoit partie de la
Côte de Sardaigne pour le rendre fur celle de Corfe
dans les environs de Calvi , qu'elle avoit débarqué
dans la Balagna le nommé Dominique Rivarola
employé dans les troupes du Roi de Sardaigne
& quelques autres Corfes qui fervent dans
les mêmes troupes , & que Rivarola pour exciter à
la revolte quelques Piéves leur avoit écrit que l'Ef-
⚫ cadre du Roi de la Grande Bretagne feroit à leur
difpofition , & que le Roi de Sardaigne & les Puiffances
fes Alliés ne les abandonneroient jamais.
Par un Officier que le Commiffaire Général de
l'Ile de Corfe avoit envoyé à Calvi , & que le
mauvistems à contraint de relâcher à Génes , on
a appris que vaiffeaux de guerre Anglois , eny
comprenant 4 Galiotes à bombes étant arrivés
DECEMBRE 1745. 179
le 17 à la hauteur de la Baftie le Commandant de
cette Efcadre avoit envoyé 4 Officiers au Commiffaire
Géneral de la République pour le fommer de
remettre la Place aux Rébelles , le menaçant ,
s'il faifoit quelque réfiftance , de réduire la Ville
en cendres ; que fur la réponſe faite par le Commiffaire
Géneral qu'il étoit déterminé à ſe défendre
, la Ville avoit été bloquée par les Rébelles ;
qu'elle avoit été canonée & bombardée par l'Efcadré
Angloife pendant 17 e res , & que le Commiffaire
Géneral ne pouvant refifter plus longtems
avoit été obligé de fe retirer avec la Garnifon . On
continue de faire à Génes des levées de Suldats
& la jeuneffe montre beauconp d'empreffement à
prendre parti dans les troupes de la République .
Le bruit court que l'Infant Don Philippe pourra
faire un voyage en cette Ville avant que de fe、
rendre à Milan où le Duc de la Viefville , à qui
ce Prince doit envoyer un renfort de 19 Bataillons
& de 4000 hommes de Cavalerie , a ordre de le
devancer .
Le Marquis de Mirepoix a quitté le rivage de
la Mer pour aller rejoindre l'armée combinée
d'Efpagne & de France avec les troupes qu'il
commande .
L'Infant à fait publier dans les Villes conquifes
en Lombardie 2 nouveaux Décrets , dont l'un
regarde l'adminiſtration de la Juftice , & l'autre
ordonne à toutes les perfonnes qui fe font abfentées
de revenir fous peine de confifcation de leurs biens,
dans le terme d'un mois pour celles qui font restées
en Italie , & de 3 mois pour celles qui fe trouvent
dans des Pays étrangers .
On mande de Turin que le Roi de Sardaigne
avoit été forcé d'établir dans fes Etats des billets
d'Etat qu'il promet de rembourfer en 1750 , &
H vj
80 MERCURE DE FRANCE
pour lefquels il s'engage à donner quatre pour cent
d'interêt par an ,
Auffi -tôt qu'on a été informé à Génes de l'entreprife
formée par les Anglois contre la Baftie , le
Petit Confeil s'eft affemblé pour déliberer fur les
mefures qu'il convenoit de prendre dans cette
conjonctture , & le lendemain on fit partir plufieurs
Bâtimens avec des vivres , des armes , des
munitions de guerre & 30 Canoniers pour Ajaccio,
Boniface & Calvi . Il y a apparence que fi l'Artillerie
que la République a dans l'Iflè de Corfe
n'eft pas fuffifante pour la défenſe de cette Ifle , on
fe fervira d'une partie des canons & des mortiers
appartenans aux Efpagnols & qui ont été tranfportés
l'année derniere à Boniface , où la République
s'eft engagée à les garder en dépôt.
L'équipage d'un Vaiffeau qui revient de Livourne
a rapporté que l'efcadre Angloife qui a bombardé
la Baftie étoit arrivé en très mauvais état dans
le premier de ces deux Ports , & que le Vaiffeau
Amiral de cette Efcadre étoit fort endommagé
par les coups de canon qu'il avoit reçus pendant le
bombardement & dont trois étoient à fleur d'eau.
On mande de l'armée de l'Infant Don Philippe
que le 22 du mois dernier au foir la tranchée avoit
été ouverte devant le Château de Cazal .
On a reçû avis depuis que la garnifon qui étoit
dans ce Château avoit capitulé .
OPERATIONS de l'armée combinée
de France & d'Espagne.
De Cazal le 5 Novembre.
L'armée combinée s'étant mife en marche du
camp de San Salvador fur 3 colonnes arriva le 4 à
DECEMBRE 1745. 181
3 heures après midi dans les environs de cette Ville
au-delà de laquelle la referve du Marquis Pigna
telli s'étoit portée à deux milles en avant du côté
de Frafcinétta. L'Infant Don Philippe avoit fait
occuper en même- tems le pofte de Perugia par M.
de Gantes Lieutenant Colonel avec 300 tant
Grenadiers que Volontaires . Ces deux détachemens
avoient eû ordre de chaffer les ennemis de
tous les petits poftes & des Châteaux qui ſe rencontreroient
fur la route , & cela avoit été exécuté.
Quelques heures après que les troupes Efpagnoles
& Françoifes fe furent approchées de cette
Place le Gouverneur reçut un courier par lequel le
Roi de Sardaigne lui mandoit de faire prendre à la
garnifon du pain pour 6 jours & d'aller avec cette
garnifon le rejoindre à Villanovo . En conféquence
pendant la nuit ce Gouverneur a fait fortir
toute l'artillerie de la Ville & il s'eft retiré avec la
garnifon après avoir jetté 600 hommes dans
le Château. Le Commandant du Château a répondu
à la fommation qu'on lui a faite de ſe rendre
qu'il étoit réfolu de foutenir le fiége .
୨
L'armée combinée de France & d'Espagne cemmença
le 9 à fe féparer pour aller prendre des
quartiers de cantonnement dans les Villages qui
font depuis Valence jufqu'à Cazal & depuis cette
derniere Ville jufqu'à Montécalvo . Il y a à Cazał
20 Bataillons donts font des Troupes Françoifes
, & l'Infant Don Philippe ý a établi ſon
tier.
quar
On a reçû avis depuis que M. de Chevert s'étoit
emparé de la Ville d'Aftie , & que les troupes
Piémontoifes qui y étoient fe font retirées dans le
Château dont on devoitcommencer inceffamment
à former l'attaque .
182 MERCURE DE FRANCE.
Le débordement du Po a mis le Roi de Sardai.
gne dans la néceflité de fe retirer avec fon armée
du côté de Trin & du Crefcentin . Le Prince de
Lichtenstein eft encore campé avec la plus grande
partie de celle qu'il commande entre la Seítia & la
Gogna parce qu'il ne peut paffer cette derniere riviere
non plus que le Tordopio , l'une & l'autre
rivieres étant groffies trop confidérablement . On
croit que fon deffein eft , fi leurs eaux diminuent ,
de s'approcher du Tefin afin d'être à portée de
retourner dans le Milanois .
Le Maréchal de Maillebois a dépêché au Roi
le Chevalier de Sabran pour informer S. M. que le
17 le Commandant du Château d'Afti avoit capitulé
& que la garnifon compofée de 200 hommes
avoit été faite prifonniere de guerre.
Le Roi a appris en même- tems que le 11 Novembre
le Duc de la Viefville avoit défait près de
Sant Angelo fur Lambro un détachement d'Infanterie
& de Cavalerie Autrichienne de 500 hommes
, dont 150 avoient été tués & faits
prifonniers , & que le 19 on devoit commencer
l'attaque du Château de Cazal.
DECEMBRE 1745. 183
MORTS de Pays Etrangers.
LE 20 Novembre Bartolommeo Maſſet Cardinal
- Prêtre du titre de S. Auguftin de la
création du Pape Clément XII . du 2 Octobre
1730 , Evêque d'Ancone dans l'Etat Eccléfiaftique
depuis le 21 Mai 1731 , & avant Nonce en France
, mourut dans fon Evêché à Ancone dans la
83 e . année de fon âge , étant né à Montepulciano
dans la Tofcane le z Janvier 1663 .
JEXTEXAEXAXAY
MARIAGE , Naiſſances & Morts.
E 10 Decembre Anne Potier Savis Seigneur de
.
Elizabeth
ve de Torno , La Patrie de Mlle Planftrom fituée
près du Cercle polaire à l'extrêmité de la Suede &
à l'entrée de la Laponie auroit été long- tems inconnue
en France fans la célébre opération qu'ont
été y faire en 1735 Mrs. Maupertuis, Clairaut , Lecamus
& Lemonier ; & la Loi qui défend aux naturels
de ce Pays d'en fortir fans permiffion du
Gouvernement , fembloit éloigner pour jamais
Mlle Planftrom de la France . Ce fut avec une permiffion
expreffe qu'elle quitta fa Patrie il y a envi
ron huit ans pour venir avec fa foeur en France où
la protection dont Madame la Ducheffe d'Aiguil
lon à qui elle étoit attachée l'a honoré , lui a fait
regarder la France comme fa Patrie.
184 MERCURE DE FRANCE.
Le 8 Novembre eft né & a été baptifé Charles-
François delaPorte , fils de Pierre Jean-François de la
Porte, Seigneur de Meley & de Sarzey, Maître des
Requêtes ordinaire de l'Hotel du Roi , Intendant
de Justice en Dauphiné & de l'armée d'Italie , &
de Dame Anne-Elizabeth le Fevre de Caumartin fa
femme , fille de M. de Caumartin Confeiller
d'Etat.
Le ... Novembre eft née N .'.'de Roffet de Fleury ,
fille d'André Hercules de Roffet Duc de Fleury ' ,
Pair de France , Premier Gentilhomme de la
Chambre du Roi , Marêchal de camp , Gouverneur
& Lieutenant Général des Duchés de Lorrai
ne & de Bar, & d'Anne-Magdelaine- Françoife
d'Auxy Monceau mariés le 6 Juin 1736.
Voyez la Généalogie de Roffet ancienne Nobleffe
de Languedoc dans la feconde partie du 1 .
Registre de l'Armorial Général de France du fieur
d'Hofiero.471 en attendant celle qui fera rapportée
plus étendue & plus exacte dans le Suplément
de l'Hiftoire des Grands Officiers de la Couronne
article des Maifons Ducales , auquel on travaille
actuellement.
En Novembre eft né N ... de Gelas de Voifins
d'Ambres , fils de Daniel- François de Gelas de
Voifins d'Ambres Comte de Lautrec , Chevalier dés
Ordres du Roi , Lieutenant Général des armées de
S. M. & au Gouvernement de la Province de
Guyenne &c. & de Marie- Louiſe de Rohan Chabot.
Voyez fur la Maifon de Gelas le Vol . IX . de l'Hif
toire des Grands Officiers de la Couronne , Arti
cle des Chevaliers du S. Efprit fol. 174.
· DECEMBRE. 1475. 189
En Novembre eft née N ... de Lannion , fille'
de N ... de Lannion , Sire & Comte de Lannion
, Pair de Bretagne , Vicomte de Rennes ,
Gouverneur des Villes de Vannes & d'Auray ,
Colonel du Régiment de Médoc Infanterie du 14
Mars 1-39 , & à préfent du Régiment de Lyonnois
, Brigadier d'Infanterie de la derniere Pro
motion , & de N... de Clermont Tonnerre , fille
de feue Dame de la Rochefoucaud de Roye , don't
la mort eft rapportée dans le dernier Mercure.
M. le Comte de Lannion eft fils de feu M. le
Marquis de Lannion Lieutenant General des armées
du Roi mort en Italie le 28 Decembre 1734
de la bleffure qu'il avoit reçue à la bataille de
Guastalla le 9 Septembre précedent .
DECEMBRE.
Le 10 Decembre eft né & a été baptifé Antoi
ne-Pierre - Bernard Soullet , fils de Bernard - Nicolas
Soullet , Confeiller au Parlement de Paris ,
depuis le 28 Mai 1737 , & de Dame Antoinette
d'Alegre & Petit - fils de Nicolas Soullet Confeiller
au Parlement , mort Confeiller de la Grand'
Chambre le 2 Novembre 1736 , & de Dame Françoiſe
le Teffier de Montorfy.
Le ... Decembre ont étéfupplées les cérémonies
du Baptême à .... de Roban né le 31 Aouft
dernier , fils de Jules-Hercules de Rohan , Duc de
Montbazon, & de Marie- Louiſe - Henriette Jeanne
de la Tour d'Auvergne , mariés le 19 Fevrier
1743 ; le Baptême s'eft fait dans la Chapelle de
l'Hôtel de Montbazon , fur la Paroiffe de S. Paul
Le parrein a été Henri- Benoît Duc d'Yorck.
186 MERCURE DE FRANCE.
Le 5 Novembre eft mort dans fon Château de
Veuilly près Gandelus dans le Bailliage de Château
- Thyierry Pierre de Cugnac Chevalier , Seigneur
, Baron de Veuilly , Hauterefnes , Lici les
Chanoinnes & autres lieux , âgé de 67 ans . Il
avoit fervi Capitaine de Dragons les 6 premieres
campagnes de ce fiécle , & illaiffe de fon mariage
avec Marie-Anne de Vaffan , d'une Nobleſſe ancienne
du Valois , un fils unique Anne Gabriel de
Cugnac , à préfent Seigneur Baron de Vueilly ,
Seigneur d'Hauterefnes , Lici les Chanoines . Bejule
Guerry , Briare & du Canal de Briare en par
tie &c. qui a époufé en 1728 Jeanne- Marie- Jofeph
Guyon , fille d'Armand - Jacques Guyan , &
de Marie de Baux , oncle & niéce de la feue Ducheffe
de Sully , de laquelle il a trois filles M. de
Cugnac avoit pour freres ainés François de CĽ→
gnac , Marquis de Dampierre , Baron d'Huiffeau ,
Seigneur de Richerville , Sous- Lieutenant des
Gendarmes . Flamans mort en 1724. laiffant defon
mariage avec Marie- Magdelaine- Henriette de Lagny.
le Marquis de Cugnac- Dampierre établi dans
T'Orléanois , marié avec Françoife - Charlotte de
Langeac , dont il a des enfans mâles , deux Chevaliers
de Malthe , un Eccléfiaftique & quelques
filles ; 20. François- Alexandre de Cugnac mort en
1703 fans pofterité; 30. François de Cugnac mort
en 1623 Chevalier non profes , Grand Croix
Bailly de l'Ordre de S. Jean de Jerufalem , Brigadier
des armées du Roi , premier Ecuyer de feu
S. A. S. M. le Duc , connu fous le nom du Bailly de
Dampierre La Maifon de Cugnac originaire de
Perigord , où elle fubfifte dans les branches de
Cugnac , Marquis de Giverfac . Polliac , Perilhe ,
Dubourdet , en Poitou &c . étoit connue avant l'an
1200 par ſa Nobleffe & fes alliances .
DECEMBRE 1745. 187
La Branche de Cugnac Dampierre eft établie dans
l'Orléanois depuis le commencement du quinziéme
fiécle . Elle s'eft alliée avec les Maifons de Harville
- Tfaine , Biron ,, Mornay , Prunelay , Beon-
Luxembourg , Rochechouart , la Tremoille , Coligny,
le Loup de Beauvoir , Rabutin , la Châtre
& autres grandes Maifons.
Cugnac porte pour armes gironné d'argent &
de gueulles , & pour devife , Ingratis fervire ne fas.
Voy z pour la Généalogie de cette Maifon l'Hif
toire généalogique des Grands Officiers de la Couronne
du P. Anfelme , Chapitre des Grands Maîtres
des Eaux & Forêts de France & des Chevaliers
du S. Efprit.
Le 28 Jean de la Roque de l'Académie Royale des
Belles Lettres de Marfeille , Frere d'Antoine de
la Roque , Chevalier de l'Ordre Militaire de S.
Louis , Auteur du Mercure de France décédé le 3
Octobre 1744 , mourut à Paris dans la 84 année
de fon âge ; il avoit travaillé conjointement avec
fon frere le Chevalier de la Roque à la compofition
du Mercure de France ; il avoit auffi donné
au public trois ouvrages , dont le premier qui parut
en 716 avoit pour titre Pyage de l'Arabie
Heurenfe , fait au Port de Moka à la Cour du Roi
d'Yemen dans la feconde expedition des années
1711 , 712 & 1713 , un Mémoire concernant
l'Arbre du Café dreflé fur les obfervations de ceux
qui ont fait ce dernier voyage , & un Traité Hiftorique
de l'origine & du progrès du Café , tant
dans l'Afie que sans l'Europe , en I. vol . iz 12 dédié
à M. le Comte de Pontchartrain .
L'année fuivante il donna le Voyage de la Paleftine
, fait par ordre du Roi LOUIS XIV ,
188 MERCURE DE FRANCE.
vers le Grand Emir chef des Princes Arabes du
Defert , connus fous le nom de Bédouins , ou d'Arabes
Scenites , qui ſe difent la vraie postérité d'Ifmael
, fils d'Abraham , où il est traité des moeurs
& des coûtumes de cette Nation , avec la defcription
générale de l'Arabie , faite par le Sultan
Ifmael Abléda , traduite en François avec des
notes & des figures . I vol in- 12 .
Un autre fous le titre de Voyage de Syrie 3 du
Mont-Livan , contenant la Defcription de tous le
Pays compris fous le nom de Liban & d'Anti- Liban
Kefroan & c . Ce qui concerne l'origine , la
croiance & les moeurs des Peuples qui habitent cé
Pays ; la Defcription des ruines ' Heliopolis aujourď'hui
#albock & une Differtation Hitorique fur
cette Ville , avec un abrégé de la vie de M. de
Chatteuil , Gentilhomme de Provence , folitaire
du Mont- Liban , & l'Hiſtoire du Prince Junes ,
Maronite mort pour la Religion , 2 vol. in - 12 .
R
M. de la Roque étoit fur le point de donner
au Public fon Voyage Littéraire de Normandie , Ouvrage
fort curieux & très connu des Sçavans , enrichi
de gravûres en taille-douce , d'après plufieurs
beaux monumens antiques . Il s'étoit fait
beaucoup d'amis , & des plus diftingués dans la
République des Lettres , furtout dans la Littérature,
étant lui-même rempli d'érudition & très - bon
Antiquaire . Entre les amis qu'il avoit , M. Frigot
connû par plufieurs piéces de Poëfies , mifes dans
differens Mercures , lui adreffa à l'occafion du Che
valier de la Roque , la piéce fuivante .
De Mars 5 des neuffoeurs courtisan tour à tour
Il est donc defcendu dans le fombre féjour
Ge Frere fi chéri , le fujet de tes larmes ,
DECEMBRE 1745 . 189
Avec qui l'on t'a vû partager dignement
Le foin de rendre utile un Journal , dont les charmes
Ne fembloient confacrés qu'au feul amusement.
De deux Freres unis le prodige eft fi rare ,
Que la Parque elle -même eut dû le refpeller ,
Mais enfin avce la barbare
Vainement , cher la Roque , voudroit- on conteſter.
Par la priere la plus tendre
Vainement je voudrois l'engager à nous rendre
Celui qui caufe , belas ! tes regrets & les miens ?
Je le voudrois en vain par une plainte amére.
J'aime mieux me flater , ami , que de ton frere
Elle abregea les jours pour allonger les tiens.
Le 30 Dame Marie- Françoife de Gerard veuve
depuis l'an 1705 de Jacques-Louis de Calonne Marquis
de Courtebonne , Lieutenant Général des armées
du Roi & Lieutenant pour Sa Majesté au
Gouvernement de la Province d'Artois , Gouverneur
de la Ville de Hefdin & Directeur général
de la Cavalerie , avec lequel elle avoit été mariée
le 14 Mars 1685 , mourut au Château de Bourelinghen
en Picardie âgée de 88 ans , ayant eu
de fon mariage Gabriel de Calonne Chevalier de
Malthe en 1700 , & pour aîné Jacques-Louis de
Calonne Marquis de Courtebonne , Maréchal des
camps & armées du Roi depuis le 2 Mai 1744 ,
& Lieutenant de Roi de la Province d'Artois ,
ci- devant Capitaine Lieutenant des Gendarmes
Bourguignons .
3
Feue Madame de Courtebonne étoit fille de
190 MERCURE DE FRANCE.
François de Gerard Confeiller du Roi en fa Cour
des Comptes , Aides & Finances de Montpelli r ,
& de Dame Marie Diane de Bon , & petice fille
d'Emanuel de Gerard auffi Confeiller en la même
Cour des Comptes & de Dame Dorothée
d'Almeras.
Feu M. de Courtebonne étoit fils de Charles de
Calonne Marquis de Courtebonne au Comté de
Guines dont il obtint l'Erection en Marquifat par
Lettres du mois de Juin 1679 , Maréchal de Camp
Lieutenant de Roi au Gouvernement de la Province
de Flandres , & de la Ville de Calais , &
de Dame Anne de Chaulnes ; la Nobleffe de Calonne
eft marquée entre les premieres de la Province
de Picardie par fon ancienneté , par fes alliances
& fes fervices militaires : fes armes font
d'argent à un aigle de fable becqué 5 mmbré de
gueules , & la Généalogie en eft rapportée dans le
Nobiliaire imprimé en Picardie , dreffé par ordre
de Meffieurs Bignon & de Bernage fucceffivement
Intendans de la Généralité d'Amiens.
Le 14 Décembre N... d'Orleans Chartres ( Mademoiſelle
) mourut au Château de S , Cloud âgée
de 5 mois & un jour , étant née le 13 du mois
de Juillet dernier , d'où fon fon corps fut apporté
dans l'Eglife du Val - de- Grace à Paris , fépulture
de la Maifon d'Orleans . Elle avoit été feulement
ondoyée , & étoit fille de Louis Philippe d'Orleans
Duc de Chartres né le 12 Mai 1725 , & de Louife-
Henriette de Bourbon Conty née le 20 Juin 17 : 6 ,
mariés le 17 Décembre 1743.
TABLE
PIECES IECES FUGITIVES en Vers , & en Profe
, Bouquet à ***
Madrigal
Lettre de M. D. G.
Réponse à la lettre précedente
3
5.
Ibid.
Imitation de la Vile. Ode du ze . Livre d'Horace
Ode ΙΟ
Extrait d'une Lettre Latine du Cardinal Quirini
fur le Poëme de M. de Voltaire de la Bataille
de Fontenoy
Lettre fur la mort de M , Wanloo
Réponse à cette Lettre
Imitation de la 2e . des Epodes d'Horace
Epitre fur l'Amitié
Madrigal à ffé
Lettre de M. l'Abbé Lebeuf
Billet à Madame * **
Epitre à M. de Fontenelle
Ode
Epitre de M. de
Vers à Mademoiſelle G.
II
27
29
30
34
37
38
Ibid.
46
50
52
54
Conjectures fur la caufe des antipathies natu
* relles
Bouquet
Stances
55
62
63
La Ville de Dunquerque à Mademoiſelle D ...
Epitre
Le retour du Printems , Cantatille
Le Quartier d'hyver , Ode
Ibid.
69
71
Nouvelles Littaires , des Beaux Arts & c, Almanach
Vers à Madame de Chaffaigne & c.
Autres fur la veille d'un départ
& Calendrier & c . Extrait
Le Neptune Oriental
73
76
77
79
Recueil de Papiers d'Etat du Sécretaire des deux
80
Ibid .
Traduction Italienne de la vie de Ciceron 81
Cromwels
Commentaire fur Homere
Differtation du P. Anfalde
L'Aretino , Dialogue de M. Dolce
Infcription antique
Commentaire fur la Buccine , Extreit
Obfervations Météorologiques
Ibid.
82
Ibid.
84
85
La Religion Chrétienne méditée & c. Extrait 87
Séance publique de l'Académiée des Sciences ,
Extrait
Eftampes nouvelles
Nouvelles Cartes
Enigme & Logogryphes
Chanfons notées
91
105
106
108
110
Spectacles , Extrait de l'Opéra intitulé Jupiter
vainqueur des Titans
Journal de la Cour , de Paris & c .
Régimens donnés
Prifes de Vaiffeaux
Nouvelles étrangeres , Turquie &c.
Mort Etrangere
Mariage , Naiffances & Morts
THEQUE La Chanfon Notée doit regarder la page
LYON
*
1803
112
122
137
140
144
183
Ibid.
110
De l'Imprimerie de ROBUSTEL , rue de
la Calendre , près le Palais 1745.
DE FRANCE
DÉDIÉ AU ROI.
NOVEMBRE 1745 ,
LIGIT
UT
SPARG
A
PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER
rue S. Jacques.
Chés La Veuve PISSOT , Quai de Conty
à la defcente du Pont- Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais.
M. DCC. XLV.
Avec Approbation & Privilége du Roi
A VIS.
L'ADRESSEgénérale du Mercure eft
à M. DE CLEVES D'ARNICOURT
rue du Champ-Fleuri dans la Maifon de M.
Lourdet Correcteur des Comptes au premier
étage fur le derriere entre un Perruquier & un
Serrurier à côté de l'Hôtel d'Enguien. Nous
prions très-inftamment ceux qui nous adrefferont
des Paquets par la Pofte , d'en affranchir
le port , pour nous épargner le déplaifir
de les rebuter , & à eux celui de ne
pas voir paroître leurs ouvrages .
Les Libraires des Provinces ou des Pays
Etrangers , qui fouhaiteront avoir le Mercure
de France de la premiere main , & plus promptement
, n'auront qu'à écrire à l'adreſſe ci-deffus
indiquée ; on fe conformera très- exactement à
leurs intentions.
Ains ilfaudra mettre fur les adreffes à M.
de Cleves d'Arnicourt , Commis au Mercure
de France rue du Champ-Fleuri , pour rendre
à M, de la Bruere.
PRIX XXX, SOLS,
MERCURE
DE FRANCE
DÉDIÉ AU ROI.
NOVEMBRE 1745 .
PIECES FUGITIVES
en Vers & en Profe.
LA COUR.
O D E.
Uelle eft la fuperbe chimere.
Qui s'offre à mes regards furpris ?
L'efpérance lui fert de mere ;
Ses enfans font des favoris ;
Pour compagnes elle a l'envie ,
L'injuftice , la perfidie ,
BIBLIO
THEO
LYON
*1
A ij
4 MERCURE DE FRANCE,
L'impofture a l'oeil féducteur ;
Et ce monftre vit du mélange
De tout ce qu'ont de plus étrange ,
Et la baffeffe & la hauteur .
>
A cette fidelle peinture
Qui peut méconnoître la Cour
Où regnent loin de la droiture
La foupleffe & l'obſcur détour ;
Où chacun tâche de foi- même
De faire avec art un emblême ,
Au gré de fa cupidité ;
Où contre l'écueil & l'orage
Le plus adroit & le plus fage
Ne fut jamais en fureté ?
La fortune tient fon empire
Sur cet Océan périlleux ;
C'eft par elle qu'on y refpire
Un air au loin contagieux ;
L'ambition qu'elle y fit naître , ey
N'a qu'elle pour guide , pour maître ,
Pour loix & pour divinité ;
Sans ceffe cette efclave vainę
Y fuit inquiette , incertaine ,
Sa brillante fragilité.
Yvre de fon efpoir frivole
NOVEMBRE 1745.
Un avide effein de mortels ,
Comme elle avec tranſport immole
Pour les faux biens les biens réels :
Tandis que du haut de fa roue
L'aveugle Déeffe ſe joue
De ce vil tas d'adorateurs ,
Et fur eux fans choix , fans juftice ,
Fait tomber felon fon caprice ,
Ses difgraces & fes faveurs.
悲
Fortune , ambition altiere ,
De la Cour immortels vautours ,
Heureux qui met une barriere
Entre votre éclat & fes jours ▸
Que vos routes font orageufes !
Que vos promeffes font trompeufes !
Que vous vendez cher vos bienfaits !
L'Univers ne vit la Tamiſe
Aux loix du fier Cromvvel foumife
Que par mille nouveaux forfaits .
La ténébreuſe politique
Avide d'honneurs , de tréfors ,
Jour & nuit de fon art oblique ,
Y fait jouer tous les refforts ;
Autour de la pompe royale
Son fein , inviſible dédale ,
Sert d'azile aux plus noirs complots ;
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
C'eft- là qu'à l'envi l'on s'égare ,
•
Et que l'on a le fort d'Icare ,
Sans tomber des Cieux dans les flots.
L'intérêt fourdement la guide
Par des chemins toujours nouveaux ;
Par lui feul elle fe décide ;
'Il eft l'ame de fes travaux ;
Dès qu'on la démafque , elle expire ,
Souvent jufqu'au Trône elle afpire ;
Dans le fein de l'adverfité ,
Et comme elle a de la coulouvre
L'obfcure & rampante manoeuvre ,
Elle en a la malignité .
20
Fille du Stix , haine cruelle ,
C'eft fur ce Théatre fameux
Que fous l'air empreffé du zéle
Tu caches ton fiel venimeux .
De l'amitié , de fa loi fainte
Chacun y paroît fans contrainte
L'interprête , le défenfeur ,
Mais o perfidie exécrable !
Quand leur bouche d'encens l'accable
Elle eft profcrite dans leur coeur :
*
On ne voit là qu'un affemblage
De hardis , d'heureux criminels
NOVEMBRE 17457 *
Que le même motifengage
A s'entre ériger des autels ;
Dévorés de la jalouſie ,
Et percés des traits de l'envie ,
Un encenfoir eft dans leurs mains ,
Toujours prêt pour ceux que les brigues ,
Les trames , les complots , les ligues ,
Rendent & plus grands & plus vains,
Là fur les ruines du pere
S'éleve le coupable fils ;
Le frere fur celles du frere ;
Là tous les coeurs font ennemis.
C'eft vainement que la Nature
Repréfente fes droits , murmure ,
Rien n'arrête un ambitieux ;
De fon onde fier & prodigue ,
Tel un torrent , malgré la digue,
Porte le ravage en tous lieux .
*
Qu'entends-je ? C'eft la flaterie a
Sa voix feule y charme les Rois ;
O Ciel ! leur coeur lui facrifie
L'honneur , les vertus & les loix ;
Parés de leurs traits refpectables
Ses Miniftres abominables
Leur offrent fes poiſons cruels.
Hélas ! faut-il qu'entre le Trône
A iiij
MERCURE DE FRANCE
Et la pompe qui l'environne
Le fort ait placé fes autels ?
*
De-là cette fource féconde
De vices , de crimes divers ,
Dont fouillent les Maîtres du monde
Leur Sceptre aux yeux de l'Univers
A peine ouvrent- ils la paupiere ,
Qu'elle leur cache la lumiere ,
Qui feule peut guider leurs pas ,
Et bien-tôt par fon art funefte ,
Du vrai Monarque il ne leur refte
Que les honneurs & les Etats
*
De cette demeure fatale ช
Tel eft le dangereux poifon ;
Des charmes trompeurs qu'elle étale
L'éclat éblouit la Raifon
En proie à ce flateur preftige ,
Elle admire comme un prodige
L'objet qui devroit faire horreur,
Sort bifarre ! fort déplorable !
Mais à jamais inféparable
Des lieux qu'habite la grandeur.
Objets hideux , par quel miracle
Vous êtes vous évanouis !
Quel nouveau , quel noble fpectacle!
NOVEMBRE 1745 .
و
J'apperçois la Cour de LOUIS ;
De ces projets illégitimes
Et de ces barbares maximes
Elle ne connoît point les loix ;
C'eft l'équité , c'eft la fageffe ,
Que l'on y voit regner fans ceffe
Avec le plus parfait des Rois.
SEANCE PUBLIQUE
De l'Académie Royale de Chirurgie , à la
quelle préfida M. de Malaval Directeur
en l'absence de M. de la Peyronie Préfident
, premier Chirurgien du Roi , & Médecin
Confultant de S. M. le 15 Juin 1745.
M
Onfieur Hevin Sécretaire pour les
correfpondances lut en l'abfence de
M. Quefnay Sécretaire , un précis fur les
Remedes Anodins. Il déclara que l'Acadé
mie avoit adjugé le Prix au Mémoire No. 9
qui a pour devife Anodinorum palma leniendo
fimulabit. Ce Mémoire eft de M. Louis
Maître- ès-Arts , ancien Chirurgien , Aide-
Major des Camps & Armées du Roi , ancien
Chirurgien Major du Régiment du
Commiffaire Général de la Cavalerie , &
A v
10 MERCURE DE FRANCE.
gagnant Maîtriſe en Chirurgie à l'Hôpital
Général de Paris en la maiſon de la Salpêtriere
: M. Louis avoit eu l'année derniere
un Acceffit au Prix des Remedes Emolliens ;
l'Académie lui a auffi accordé des Lettres
d'Affocié Correfpondant. Elle a trouvé que
de tous les autres ouvrages qui ont mérité
d'être admis au Concours , les Mémoires
No. 5. & No. 3. ont le plus approché de
celui qui a remporté le Prix..
L'Auteur du Mémoire No. 5. qui a pour
devife, Arte decet cantâ favos mulcere dolores ,
eft M. Guyot , Maître en Chirurgie à Geneve ,
qui eut l'année derniere un Acceffit au Prix.
Le Mémoire No. 3. qui fe termine par ces
mots , quo coepi pede pergam alacrior , eft
de M. Fabre , Maître- ès-Arts , & éleve en
Chirurgie de M. Petit.
M. Hevin fit enfuite les Eloges de M.
Gerard Confeiller du comité perpétuel de
l'Académie , ancien Chirurgien en chef de
l'Hôpital de la Charité , ancien Démonftrateur
dans les Ecoles de Médecine , & dans
celles du Jardin du Roi , ancien Prevôt de
fa Compagnie , & Chirurgien Major des
Camps & Armées du Roi ; de M. Courtois
Maître - ès- Arts , ancien Prevôt , & Receveur
en charge de fa Compagnie , & Adjoint au
comité perpétuel de l'Académie , & de M
Noël Chirurgien à Orléans , Lieutenant de
NOVEMBRE 1745 .
M. le premier Chirurgien du Roi , Démonftrateur
en Anatomie & Chirurgie , Lithoto
mifte penfionnaire , & Chirurgien Major de
l'Hôtel- Dieu de la même Ville , Affocié
Correfpondant de l'Académie , tous trois
morts depuis l'Affemblée publique de 1744.
L'Académie a choifi pour Affociés Correfpondans
Regnicoles M. Graffot Maître- ès-
Arts & en Chirurgie , & Chirurgien Major
du Grand Hôtel - Dieu de Lyon : M. Graſſot
a remporté le Prix de l'année 1744.
M. Hugon le fils , autrefois Chirurgien
dans le Grand Hôtel-Dieu de Lyon , &
Maître en Chirurgie à Arles en Provence.
M. Hugon a gagné le Prix de l'année 1743 .
& il avoit eu un Acceffit en 1742.
M. Bailleron Maître en Chirurgie à Béziers
en Languedoc , Lieutenant de M. le
premier Chirurgien du Roi , & Membre de
l'Académie des Sciences & des Belles -Lettres
de la même Ville .
Elle s'eft aggrégé pour Affocié étranger
M. Schligting Docteur en Médecine &
en Chirurgie à Amfterdam , Affocié de l'Académie
Impériale de Léopold , dite des
Curieux de la Nature , & de la Société
Litteraire de Nuremberg.
L'Académie en nommant ces illuftres
Affociés , fait connoître en même - tems le
défir & l'efpérance qu'elle a de perfectionner
A vj
12 MERCURE DE FRANCE.
de plus en plus , par le concours des lu
mieres la pratique de l'Art dont elle fait for
objet.
M. de Malaval lut un Mémoire fur la
néceffité qu'il y a d'examiner avec beaucoup
d'attention les caufes des maladies
chirurgicales pour réuffir dans leur traitement
le Chirurgien convient d'abord qu'il
y a diverfes maladies dont on n'a pu découvrir
jufqu'à préfent la véritable caufe
& qu'on traite néanmoins avec fuccès ; il
en donne pour exemple certains Cancers
les Ecrouelles , les Dartres , la Vérole même ,
mais fon deffein eft de montrer que trèsfouvent
, faute de férieufes recherches ou
d'un examen fuffifant , on peut prendre le
change fur la caufe de certains maux , &
s'égarer dans leur cure : il donne de faite
trois faits qui prouvent évidemment ſa propofition.
Dans le premier , M. de Malaval parle
d'une Demoitelle à qui il étoit furvenu plufieurs
dépôts confidérables fous le Fafcialata
, & aux parties latérales du genou , &
dont il fit l'ouverture quand la fuppuration
fut faite. Il ne fe paffa rien de particulier
dans le traitement des playes qui
dura environ fix femaines ; il ne reftoit plus
qu'un pouce de la cicatrice à fe former
tout annonçoit une guérifon prochaine lorfNOVEMBRE
1745 13
qu'il furvint tout à coup à la circonférence
de la plaie une inflammation qui fit rompre
la cicatrice prefque dans toute fon
étendue : un fang très - noir en ruiffeloit de
toutes parts ; il s'y forma des chairs fpongieufes
& liyides , telles qu'on en voit ordinairement
aux gencives des Scorbutiques.
Comme la malade n'avoit pas eu fes regles
depuis deux ou trois mois , M. de Malaval
fondé fur les obfervations de divers Praticiens
, imagina que tout ce défordre venoit
du fang menftruel retenu qui faifoit irruption
à la plaie . Un Confultant qui fut appellé
ne penfa pas de même , & attribua la couleur
& la confiftance viciées des chairs , &
l'hémorragie de la plaie à un virus fcorbu
tique , quoiqu'il n'y en eût d'ailleurs aucun
autre fymptôme apparent.
On donna en conféquence à la malade des
remédes antifcorbutiques qui ne produifirent
aucun bon effet fenfible. Le défordre de la
plaie fe foutint pendant les fept ou huit
jours de la durée ordinaire des regles ; le
calme revint enfuite ; la plaie fe mondifia de
nouveau & fembloit prendre la voye de la
cicatrice , mais au bout du mois les mêmes
accidens reparurent , quoiqu'on eut fait
quelques jours auparavant une faignée du
pied , dans la vûe de déterminer les regles
par les voyes ordinaires. On tenta fans fuccès
les remedes Martiaux qui procurerent
14 MERCURE DE FRANCE.
le mois fuivant une plus grande évacuation
de fang par la playe : M. de Malaval prit
alors le parti de faigner plufieurs fois la
malade du pied , il la mit à l'uſage des Eaux
Minérales épurées de Paffy ; il ne paufa plus
la plaie qu'avec l'Eau de Rabel affoiblie
qui la conduifit promtement à une bonne
& ferme cicatrice : vers le tems périodique
il parut dans fes environs une légere inflammation
éryfipelateufe qui céda bien -tôt à
une faignée du pied & aux fomentations.
d'oxicrat. Enfin le mois fuivant les regles
prirent leur route naturelle , & la malade
fut parfaitement guérie.
Dans la feconde obfervation il s'agit
d'une Dame âgée à qui M. de Malaval ouvrit
un finus furvenu à une petite plaie
qu'elle s'étoit faite à la jambe. La plaie
qui pendant les douze ou quinze premiers
jours avoit paru très-belle , devint blanchâtre
, & le trouva inondée de férofités ;
on s'apperçut qu'en preffant le gras de la
jambe il fortoit de la plaie un fel de liqueur
claire ; on crut qu'il s'étoit fait un
nouveau finus , mais on ne put le découvrir
avec le ftilet. On s'attachoit en vain à détruire
par les Cathéretiques une excrefcence
fongueule qui fe formoit à un des côtés de
la plaie , & qui fe régénéroit d'un jour à
l'autre.
NOVEMBRE 1745 IS
M. de Malaval qui n'avoit pas vû la ma-
Fade depuis l'opération qu'il lui avoit faite
fut rappellé ; il jugea auffi-tôt qu'un vaiffeau
lymphatique du corps graiffeux devenu
variqueux , verfoit cette liqueur claire
dans la plaie ; il confeilla de ne la panfer
qu'avec l'eau Alumineufe , & de fomenter
fes environs avec un Vin Aromatique &
Aftringent ; en peu de jours tout changea de
face ; la plaie fe détergea , & fe garnit de bonnes
chairs ; le fuintement lymphatique ceffa
entierement , & la cicatrice fut bien- tôt faite.
Une ulcére à la langue fait le fujet de la
troifiéme obſervation . Le malade qui la
portoit depuis très-long-tems , avoit effayé
fans fuccès une très -grande quantité de remédes
; il fut condamné enfin à recevoir
les frictions mercurielles. M. de Malaval
qui le vifita , découvrit que l'angle tranchant
d'une dent cariée & caffée qui répondoit
vis-à-vis de l'ulcere , en empêchoit
vraisemblablement la guérifon ; il fit arracher
la dent ; le malade fut guéri quelques
jours après.
Ces faits prouvent clairemement combien
on doit être attentif à la recherche des caufes
des maladies , & même au prognoſtic qu'on
en fair.
M. Puzos lut enfuite une differtation fur
les éruptions miliaires laiteufes qui fe portent
affés communément à la peau des
to MERCURE DE FRANCE.
dé
femmes nouvellement accouchées .Le nombre
prodigieux de petits boutons qui fe forment
à la peau des femmes peu de jours après
leur accouchement , & aufquels on a don→
né le nom d'éruption laiteufe , été regarpar
beaucoup de gens comme une fécrétion
favorable aux fuites de couches. On
a cru que ces boutons miliaires étoient autant
d'échapées' & d'iffues multipliées par
où s'évacuoit l'humeur laiteufe dont regorgent
les femmes qui ne nouriffent pas leurs
enfans. Sur ce préjugé on a cherché tous
les moyens propres à feconder la métaſtaſe
du lait par cette voye , pour peu que la
Nature parut s'y prêter , fouvent même on
a déterminé l'humeur à faire éruption malgré
des difpofitions contraires.
Dans ces vûes il femble qu'on ait porté
jufqu'à l'abus les agens capables de procurer
l'éruption laiteufe aux femmes accouchées ;
qu'on ait forcé la nature à faire paffer à la peau
le lait furabondant confufément avec les
fueurs, dans l'idée que cette humeur affés analogue
avec la matiere de la tranſpiration &
des fueurs traverferoit avec autant de facilité
qu'elle les petits pertuis de l'épiderme , mais
le nombre prodigieux de boutons qui s'y forme
, marque affés que le lait ne les peut
pénétrer , qu'il s'arrête à cette barriere , &
qu'il y fait autant de dépôts qu'on y remar
que de boutons.
NOVEMBRE 1945. 17
5
Ce méchanifme plus vraisemblable que
n'eſt l'opinion contraire a engagé M.
Puzos à donner des éclairciffemens fur une
matiere qui n'a pas encore été traitée. Le
deffein de ce Mémoire eſt donc de faire
connoître ce que que c'eft que l'éruption laiteuſe ,
les fignes qui indiquent fes differentes eſpeces
, & quels font les avantages & les in→
convéniens de cette maladie .
50
L'Auteur la divife en trois efpeces : » La
» premiere , dit-il , eft fimple , naturelle , &
» communément favorable aux fuites des
couches. La feconde efpece eft regardée
2 comme non naturelle , ou pour mieux
dire , forcée par des agens qui la font
paroître contre le gré de la Nature ; cette
éruption eft plus contraire qu'avantageuſe .
La troifiéme efpece eft dite maligne , tang
» à caufe de fon danger , que parce qu'elle'
so en impofe pendant plufieurs jours par des
» apparences fimples & naturelles.
En général l'éruption laiteufe eft un amas
de petits boutons tranfparens fur la ſurface
de la peau ; ils font plus confluens dans les
endroits où la fueur est la plus abondante ,
comme à la poitrine , au col , au ventre ,
aux poignets & aux doigts . Cette maladie net
paroît gueres que le trois , le quatre , où le
cinquième jour de la couche ; elle gonfle &
rougit la peau , ainfi que fait l'éryfipelle .
L'éruption de la premiere efpece paroît
18 MERCURE DE FRANCE
être fubordonnée à la fueur qui la précede
& qui l'accompagne , mais il y a lieu de
croire , comme il vient d'être dit , que le
lait confondu avec les fueurs & la matiere
de la tranfpiration dans les couloirs inté
rieurs , les abandonne au débouché de la
peau , qu'il refte ftagnant à l'extrémité des
tuyaux excréteurs , jufqu'à ce qu'une espece
de fuppuration détruiſe l'épiderme & donne
jour à cette humeur. On effuye pendant.
ce tems des picottemens infupportables , de
Finfomnie , & quelquefois de la fiévre , mais
huit ou dix jours font le terme de cette maladie
qui finit toujours heureuſement.
La feconde efpece , que l'Auteur dit être
non naturelle , eft prefque toujours excitée
par des agens qu'autorife un préjugé commun
à beaucoup de gardes , qu'il faut étouf
fer le lait à force de chaleur , de fueurs ,
& de précautions relatives au projet. En
conféquence & fans égard aux faiſons , aux
lieux , aux tempéramens , on garnit & on
couvre une pauvre accouchée dans la Cani
cule , comme au tems des glaces ; on ne lui
fait pas grace du feu dans fa chambre , &
dans l'innocent deffein d'étouffer le lait , on
fait par même moyen étouffer les femmes.
Il eft aifé de comprendre à quels excès
la fueur peut-être portée par ces folles précautions
; quelle forte éruption elle doit
NOVEMBRE 17457
exciter , & à quelle modicité les autres
évacuations doivent fe réduire pour contribuer
à l'entretien de celle - ci . On voit effectivement
les urines diminuer , le ventre devenir
pareffeux , les lochies couler en moindre
quantité, la bouche manquer d'humidité,
parce que tous les filtres du corps forcés
à des diverfions font journellement occupés
à porter dans le torrent des fueurs de quoi
fournir à leur perpétuel écoulement.
L'accouchée n'a pas feulement à fouffrir
d'un bain de fueurs dans lequel elle eft ,
& du poids de fes vêtemens mouillés ; l'air
qu'elle refpire , raréfié par la chaleur du
tems & du lieu , fait irruption dans les poulmons
; il en écarte les véficules outre me
fure , & génant le cours du fang , il caufe
des étouffemens , de la fiévre , & beaucoup
d'autres incommodités , qui mettroient les
femmes en danger fi on ne changeoit l'or
donnance d'un tel régime.
L'Auteur dit avoir fouvent dérangé l'or
dre de ces précautions , en s'oppofant à
fufage des cordiaux , ou des boiffons vineufes
& fucrées ; en faifant changer de linges
avant le tems prefcrit , quand il les trou
voit extrêmement mouillés ; on renouvelloit
encore l'air de la chambre par l'ouverture
d'une porte ou d'une fenêtre , & on
avoit attention à donner les boiffons moins
chaudes ; par cette gradation du trop chaud
20 MERCURE DE FRANCE
au tempéré on rapprochoit les chofes de
l'état naturel , & on redonnoit la vie à de
pauvres femmes , qui périffoient dans l'efclavage
de regies mal entendues .
La troifiéme espece d'éruption eft communément
dite maligne , parce qu'elle cache
fon mauvais caractere fous les apparences
d'une maladie fimple ainfi que les fiévres
de ce nom , & que fon danger , maſqué jufqu'à
la fin , n'éclate en fignes funeftes que
lorfqu'il n'eft prefque plus tems d'y remédier.
C'eft ce qui a engagé l'Auteur à la diftinguer
des deux autres par des fignes qui lui font
propres ; à donner les moyens de s'oppoſer
à fon progrès , & à la ramener à une favorable
terminaifon .
Les fignes diftinctifs de cette éruption
maligne font , que fes boutons , moins con-
Auens qu'aux autres éruptions , paroiffent
toujours tranfparens , & ne viennent point
à fuppuration ; la peau eft moins rouge &
moins gonflée ; la fièvre , humide aux autres ,
eft féche & ardente à celle- ci ; une infenfibilité
générale empêche la malade de fe
plaindre; elle fait des foupirs involontaires
fans avoir de peine à refpirer ; elle fe plaint
d'avoir la tête vuide par befoin de nourriture
; elle demande à manger pour écarter
des rêves qu'elle fait au moindre affoupiffement
les fignes qui marquent fenfible
ment le danger d'un pareil état n'allarment
NOVEMBRE 1745. 21
point encore les parens , les gardes , & quel .
quefois des gens de l'Art : on s'oppofe aux
remédes propofés , fur ce que les lochies
coulent , que le ventre eft mollet & fans
douleur , que la fiévre foible n'eft occafionnée
, dit-on , que par le mouvement du lait ,
que fi la malade rêve plus qu'on ne fait
ordinairement
, c'eft par befoin de manger.
&
Dans une telle perplexité , M. Puzos
veut qu'on ait recours à un confeil éclairé ;
qu'on repréfente bien que les fignes détaillés
ci- deffus annoncent un dépôt dans le cerveau
, & que l'éruption de la peau n'eft incomplette
que parce que l'humeur laiteufe
s'eft partagée entre le cerveau , & la fuperficie
du corps. Il eft d'avis qu'on infifte fur
la faignée du pied , même repétée plufieurs
fois , s'il en eft befoin , puifque c'est le
moyen le plus für pour rappeller le lait vers
fes couloirs naturels & comme on n'a
point de tems à perdre ni lieu de temporifer
, il ait qu'on peut , à l'appui des
faignées , attaquer prefque auffi - tôt les
premieres voyes avec l'huile d'amandes
douces , les apozémes , & l'abondante boiffon
d'eau de poulet , & que fans accéder au
précepte d'Hyppocrate, Concocta Medicari ,
on doit faire marcher la bile par des purgatifs
appropriés.
,
L'Auteur n'a pas borné le ſujet de ſa dif22
MERCURE DE FRANCE.
fertation aux moyens de connoître & de
traiter les differentes efpeces d'éruptions ;
il en propofe encore pour éviter cette maladie
, & pour parer certains dépôts , qui ne
furviennent que trop fouvent à la fuite des
accouchemens. Il prétend , d'après des expériences
faites à ce fujet , que fi on pratiquoit
à Paris , en vue de précaution , la
faignée du pied peu de tems après l'accouchement
, comme on le fait dans certaines
Provinces de France , & dans quelques Pays
Etrangers , on préviendroit prefque tous les
accidens dont font menacées les femmes qui
ne nourriffent pas leurs enfans , c'eft ce qu'on
éprouve dans les Pays où elle a lieu ; la faignée
s'y fait le fecond jour de l'accouchement
, fans autre befoin que la fimple précaution
; les femmes la défirent autant qu'on
la redoute ici , dans la confiance d'etre à
l'abri de tout accident par fon fecours.
M. Puzos n'a pas été des derniers à adopter
& à fuivre cette fage pratique ; il dit
avoir paré avec la faignée de précaution &
quelques autres petits véhicules appropriés
au lait , des dépôts qui menaçoient , des
reliquats laiteux d'une couche à l'autre ,
comme darties , galles , abfcès fiftuleux , foibleflès
de parties , tremblemens & c. Il avoue
en même tems qu'il n'a pas eû le talent
de perfuader toutes les femmes ; que cerNOVEMBRE
1745 . 23
taines , pour qui il avoit raifon de craindre
des retours de dépôts , s'étant révoltées
contre la faignée de précaution , ou contre
d'autres moyens , avoient effuyé les recidi
ves de la maladie , & des accidens qu'elles
avoient eu ci-devant ; que d'autres plus dociles
par confiance ou par raifon , avoient
éprouvé le bon effet des remédes propofés.
L'Auteur rapporte hiftoriquement dans
fa differtation des faits plus circonftanciés -
fur la difference des évenemens qu'ont eu
fes confeils fuivis ou non reçus , mais il fuffit
pour notre extrait de faire connoître fon fen
timent fur ces moyens de précautions.
De ces moyens il paffe à l'hiftoire d'un
fel devenu le favori de la Medecine en matiere
d'affection laiteufe ; c'est l'Arcanum ;
fa naiffance au tems des Clement & Mauricean
, fon regne pendant leur vie , fa chûte
& fon oubli aprés leur mort , enfin la réſurrection
& fon crédit de nos jours font détaillés
dans le Memoire avec les circonftances
qui ont opéré la bonne & la mauvaiſe
fortune de ce fel . Comme il n'eft ici quef
tion que des vertus de ce Remede & de la
confiance qu'on doit y prendre , le fentiment
de M. Pazos eft qu'il ne doit être employé
qu'après les premiers dégorgemens de
la Matrice , qu'il faut le profcrire dans les
24 MERCURE DE FRANCE,
maladies aiguës ou fufceptibles d'inflammation
, pendant le cours des tranchées , dans
les violentes douleurs , & dans la tenfion du
ventre , & qu'autant il eft dangereux dans
la phlogofe , à caufe de quelques parties
cauftiques dont on ne peut abfolument le
dépouiller , autant il réuflit dans les malades
chroniques , dans le rallentiffement des
lochies , dans les menaces de dépôts &
dans les infiltrations laiteufes.
یرم
La Differtation finit par une espece d'Aphorifme
, qu'on ne peut par trop de voyes
de moyens procurer l'évacuation du lait aux
femmes accouchees , qui ne nourriffent pas leurs
enfans.
Il tire les preuves de cet Aphorifme de la
quantité prodigieufe de lait qu'ont eu des
femmes groffes , plus encore de femmes qui
nourriffoient un ou plufieurs enfans , & qui
étoient encore obligées d'en laiffer perdre.
Les faits fuivans appartiennent à d'illuftres
Etrangers cités dans la Republique des
Lettres. M. Puzos referve pour un autre
tems ceux qu'il a fur cette matiere,
Une femme groffe avoit tant de lait en
vivant d'eau & de pain bis , qu'elle étoit obligée
de fe tirer par chaque jour pour ſe ſoulager.
Mifcellan. Natur. Curiof. Ann. 6 &
obf. 70 idem Alt. Iaffniens , ou de Copenhague.
7
Autre
NOVEMBRE 1745. 25
Autre femme qui dès le fixiéme mois
de fa groffeffe tiroit de fes mammelles une
livre & demie de lait par chaque jour ; abondance
qu'on réduifit à une demie livre par
la faignée : Mifc. Nat. Cur. Ann. 11 Dec.
11 obf. 99.
Une autre avoit tant de lait que du reftant
de ce que confommoient deux enfans
qu'elle nourriffoit , un Apoticaire s'en fourniffoit
encore dequoi faire du beure qu'il
donnoit pour le traitement des Phtyfiques
Pierre Borel. Cent. 11. obf. 82
Riedlin. Liné. med. obf. 2 Ann. 1697.
rapporte un exemple prodigieux : fa propre
femme qui nourriffoit à la fois deux de fes
enfans avoit encore befoin de plufieurs petits
chiens pour la tirer : outre cela elle
perdoit affés de lait pour faire une livre &
demie de beure.
La fuite dans un autre Mercure.
EPITRE à M. de Villars Docteur en
Médecine , de l'Académie Royale des Belles
Lettres de la Rochelle,
CHer amis dont l'humeur cynique
Fronde le luxe de nos jours ;
26. MERCURE DE FRANCE.
Mortel fimple , modeste , unique ,
Qui fuis le faux éclat des fuperbes atours :
Toi qu'on ne vit jamais , d'une ardeur infenfée
Sacrifier la raiſon offenſée
Au caprice toujours nouveau
De la folie & de la mode ;
Qui couvert d'un large chapeau
Et d'un habit ample & commode ,
Teris du fot orgueil qui nous domine tous ?
Villars , j'admire ta Sageffe ,
Quand nous fommes defi grands foux.
Ta maniere de vivre eft la feule richeffe
Dont l'homme vertueux devroit être jaloux :
Mais qu'il en coûte , hélas ! pour fecouer l'uſage
Il exerce en tyran l'empire de nos coeurs .
Arifte , comme toi , feroit peut-être (age ,
S'il n'écoutoit de frivoles terreurs ;
Efclave de l'erreur profonde
Qui l'affervit au joug d'une ufage importun ,
On le railleroit dans le monde ,
Et voilà ce qu'il craint : cet abus eft commun.
C'est lui qui de Cliton tient l'ame enfevelie
Dans de honteux travers qu'il détefte en ſecret ;
Il a d'un efprit fort affiché la manie
Et quoiqu'il en ait du regret
Il n'ofe dévoiler ce qu'il penfe. En effet
Que diroit-on de lui s'il changecit de langage ?
Ainfi nous nous plaifons dans notre aveuglement ,
NOVEMBRE. 1745. 27
Et pour nous arracher aux fers de l'esclavage ,
L'aimable verité ne luit que foiblement ;
Ainfi de nos erreurs efclaves volontaires ,
La raifon ne nous fert de rien :
Elle a beau vouloir notre bien ,
Nous écartons fouvent fes avis falutaires ..
Mais pourquoi prens-je un ton moral !
Ce ton-là convient- il à ma badine Muſe ?
Villars , viens lui fervir d'excuſe ;
Le badinage fieroit mal ,
En traitant des vertus dont ton ame s'amufe.
Exemt des préjugés qui nous offufquent tous ,
Tu t'embaraffes peu de l'injuſte courroux
De ces fades humains qui n'ont d'autre mérite
Que d'étaler aux yeux un vain ajustement ;"
Ton exemple eft pour eux un reproche ſanglant į
Et c'eft-là ce qui les irrite ;
L'afpect du vertueux fait rougir le méchant.
Tu formes un parfait contrafte
Avec ces odieux mortels
Qui s'occupent fans ceffe à dreffer des Autels
Aux vices qu'entraine le faſte ;
1
Tu n'en éleves , toi , qu'à la fimplicité ;
Compagne des vertus & de la probité ,
Elle poffede , ami , ton ame toute entiere ,
Et ton coeur pour écueil n'a point la vanité.
Bij
28 MERCURE DE FRANCE,
Philofophe éclairé ; tu cours dans la carriere
Où la plus brillante lumiere
Découvre à tes regards des merveilles fans fin
Quand les trefors de la Nature
T'offrent uu fi riche butin ,
Tu fçais en faire part à la race future ;
Quel plus agréable Deftin !
Du fçavant Reaumur le difciple & l'éleve ,
Tu ne donnes ni paix ni treve
A la fagacité de ton oeil curieux .
T'entretiendtai-je auffi de tes autres richeffes ?
Car feulement ambitieux
De réunir Auteurs de toutes les efpeces ,
"
Ton Cabinet eft un trefor ,
Quoique tout n'y foit pas de l'or ,
Mais dans le plus mauvais ouvrage
Tu fçais qu'il est toujours quelque chofe de bon :
Une reflexion fi fage
;
Te porte à rechercher juſqu'au mince Pradon .
Il n'eft point de bouquin qui ne puiffe prétendre
A l'honneur d'augmenter ta compilation ;
Auteurs Grecs & Romains , vous qu'on a mis en
cendre ,
Renaiffez pour finir cette collection.
Si le docte Villars défire l'opulence ,
Ce n'eft point pour dormir dans une molle ai
fance
NOVEMBRE 1745 . 29
Encor moins pour briller par de faftueux biens
Aux yeux des concitoyens ,
Mais pour faire amas de fcience ,
Et contenter fon goût univerfel .
Puiffedu Ciel l'équitable puiſſance
Combler toujours les voeux de ce digne mortel.
Par M... de la Rochelle.
A
BOUQUET
A Mademoiselle M. A ……..
Dorable Cloris , pour bouquet en ce jour
Je voulois vous donner fuivant le bel uſag
Quelque fleur , mais qui fût l'image
D'un éternel & tendre amour.
En eft-il ? la fleur la plus belle
Bientôt , hélas ! fe fanne & fe flétrit ;
Mon ardeur au contraire eft conftante , immortelle,
Et ce beau fein fur lequel dépérit
D'un parterre émaillé la fille paffagere ,
Accroît de plus en plus ma paffion fincere .
Que vous préfenter donc mon coeur , mon tendre
coeur.
On ne peut point offrir deux fois la même fleur ;
B iij
Bo MERCURE DE FRANCE.
Elle ne vit au plus qu'une journée ,
Mais le coeur fe redonne & redonne cent fois ,
Quand après mainte & mainte année
El fuit , comme le mien , toujours les mêmes loix,
LAIGLON..
bbbbbbbbbbbb bbb
ERS de M.Gaudet à Mademoiselle ***,
Q
Uand à tes pieds , jeune Ifabeau ,
Te croyant fidelle & fincere ,
Mille fois au bord d'un ruiffeau
Mon coeur ne cherchant qu'à te plaire ,
De l'amour le plus vif t'ébauchoit le tableau ;
Dans les divers tranſports de mon amour extrême ,
Quittant mes chiens & mon troupeau ,
J'eus pú paffer pour l'Amour même,
Puifque j'en avois le bandeau,
NOVEMBRE. 1745 31
LETTRE d'un Militaire fur la défenfe
des lignes de circonvallation à M.Le
Comte de B. Marechal de Camp.
PL
Lus je reflechis ,'Monfieur , fur la façon
dont on fait la guerre aujourd'hui , &
plus je reconnois la verité de ce que vous
m'avez fait l'honneur de me dire plufieurs
fois , que les pratiques les plus generalement
reçues ne font pas toujours fondées fur
des principes certains , & que dans bien des
occafions l'ufage foutenu d'une fauffe opinion
en fait tout le merite; celle dans laquelle nous
fommes depuis long -tems ,que quelques bonnes
que foient des lignes de circonvallation, il
'eft toujours dangereux d'y attendre l'ennemi,
& qu'il vaut mieux en fortir pour le combattre
en rafe campagne , n'eft point vraie au
point qu'on ait été en droit d'en faire une
maxime generale. * J'oſe vous affùrer , M.
que les exemples dont-on l'autoriſe bien
analyfés , foutiendroient mal la folidité de
cette opinion , comme j'efpere le faire voir.
Si on me cite les lignes d'Arras forcées en
1654 , je repons que leur circonvallation
* Mémoires de Feuquieres.
B iiij
MERCURE DE FRANCE.
y
embraffoit une fi grande étendue de terrain ,
par rapport au peu de troupes qu'on avoit
pour les garder , qu'elles n'étoient pas dans
le cas d'une bonne défenſe ; M. de Turenne
les força par un endroit négligé où il
avoit très-peu de foldats , encore hors de
portée d'être fecourus à tems. Le Maréchal
d'Hocquincourt d'un autre côté entra fans
nul obftacle ; il n'y eut qu'à l'attaque du
Maréchal de la Ferté qu'on difputa le terrain
. M. le Prince y fit des chofes extraor
dinaires , cependant malgré fa valeur & fon
intelligence les affaires étoient défefpérées
lorfqu'il parut , qu'il fut obligé d'abandonner
une moitié de fon armée pour ſauver
l'autre.
de
Les lignes devant Valenciennes attaquées
un an après par ce même Prince furent auffi
forcées , mais qu'on fe donne la peine d'en
rechercher la caufe , on verra qu'elle vient
bien moins de leur foibleffe que du
du peu
foin qu'on prit d'affûrer la
communication
des quartiers ; une digue qu'on éleva pour
ce fujet fe trouva fi baffe & fi peu folide
que les eaux lachées par le Gouverneur de
Bouchain pafferent pardeffus , la rompirent
en plufieurs endroits &
fubmergerent toute
la campagne , de façon qu'il fut impoffible
à M. de Turenne d'aller au fecours du Maréchal
de la Ferté dont le quartier fut ema
NOVEMBRE 1745. 33
porté après une affés vigoureuſe reſiſtance
de la part de l'Infanterie.
Le dernier fiege de Turin favoriferoit
encore l'opinion reçuë fi nous ne fçavions
pas que les lignes autour de cette Place
femblables à celles d'Arras , nous réduifoient
à rien par leur grande étenduë ; l'ennemi
ayant paffé la Doire attaqua notre circonvallation
au- delă de cette riviere , où il nous
trouva fi peu en forces quoique nous neuffions
qu'un petit front à garder , que la
Brigade de la Vielle Marine fut obligée
de border le retranchement fur deux de
hauteur pendant que les deux tiers de notre
Infanterie reftoit tranquille dans des endroits
où elle n'étoit nullement néceffaire , l'ennemi
s'étant borné à un feul point d'attaque.
Ces exemples nous apprennent que des
Generaux de la plus fublime intelligence
ont jugé qu'il étoit plus avantageux d'attendre
l'ennemi dans des lignes que d'en fortir
pour le combattre ; il eft vrai que le
fuccès ne repondit pas à leur attente , mais
pour que cela puiffe faire une autorité , il
faudroit qu'on prouvât que ces GrandsHommes
fecondés de la valeur des troupes euffent
mis en ufage dans ces occafions tout
ce que l'art peut fournir de précautions &
de moyens pour s'empêcher d'être forcés ,
& c'eft ce que nous ne voyons point ici ,
B v
34 MERCURE DE FRANCE.
"
Au refte , M. prefque toutes les maximes
font à facetes ; celles qui font vraies dans
de certaines circonftances deviennent fauffes
dans d'autres , & prétendre qu'on ne doit
jamais fortir de fes lignes , comme vouloir
qu'on en forte en toute occafion ce font
deux façons de penfer qui quoiqu'opposées
me paroiffent également fauffes ; cela depend
des conjonctures ; un General habile
fe decide par la confideration de plufieurs
choſes ; il examine d'abord la difette ou l'abondance
des munitions de toutes efpeces
dans laquelle fe trouve fon armée , enfuite
fes forces & celles qu'on lui oppofe , la force
de fes retranchemens , leur difpofition ,
la grandeur de leur circuit , & le nombre
de troupes qu'il a pour les défendre ; enfin
la nature du terrain aux environs de fa cir .
convallation & même au- delà . Ce dernier
article eft extrêmement important car ce
n'eft que par la connoiffance exacte du ter
rain que l'on peut fe précautionner aux endroits
par où l'ennemi peut venir fécourir
la place & forcer les retranchemens ;
que l'on eft maître fi on a pris la réfolution
d'en fortir , de choisir un champ de bataille
où chaque arme fe trouve dans fa place ,
non-feulement par rapport au terrain qu'on
occupera , mais encore relativement à celui
que l'ennemi doit occuper, Le Maréchal
que
NOVEMBRE 1745. 35
,
Comte de Saxe à la journée de Fontenoi
vient de nous en donner un bel exemple ; ce
General dont la fcience égale la valeur
avoit avec des yeux militaires médité fi
profondement fon champ de bataille , que
fes troupes & fon artillerie placées dans des
lieux où elles fe protegeoient mutuellement ,
les ennemis n'ont pu former d'attaque ni
marcher en avant fans ſe trouver tout d'un
coup accablés d'un feu prodigieux à leurs
flancs , de front & de revers. La bonne ordonnance
exige donc cette attention dans
la diſtribution des armes , qu'il faut néceſſairement
qu'une arme ſoutienne l'autre , qu'on
puiffe faire face par-tout , attaquer & fe défendre
, pouffer fes avantages & reparer fes
mauvais fuccès,chofes auxquelles on ne peut
efperer de réuffir , fi le lieu où combat l'ennemi
n'a déterminé notre ordre de bataille
autant que celui fur lequel nous combattons ;
toutes ces circonftances & une infinité d'autres
dans lesquelles on peut fe trouver bien
& dûement combinées , un General - prend
fon parti. En 1703. par exemple , le Maréchal
de Tallar affiégea Landau ; il ſe vit
à la veille d'être attaqué dans fes lignes par
une armée d'un tiers plus grande que la
fienne , il fe donna bien de garde d'y refter;
la force de la garnifon contre laquelle il ne
s'étoit point précautionné , la fupériorité de
B vj
36 MERCUR DE FRANCE.
l'ennemi, la crainte qu'on ne lui coupat les vivres,&
la vafte étenduë d'une circonvallation
qu'il ne lui étoit pas poffible de garder , lui
donnoient trop d'inquiétude; pour s'en délivrer
le Maréchal prit une réfolution hardie &
prudente , digne de fa valeur & de fa capacité
, en un mot la feule qui convenoit par
rapport aux conjonctures ; il affûra fa tranchée
, leva fon camp , marcha à l'ennemi
le furprit fur les bords du Spieback , & le
défit d'une façon fi complette qu'il en écri
vit au Roi en ces termes . Sire , votre Majefté
y a plus gagné de drapeaux qu'elle n'y a
perdu de foldats ; l'hyperbole eft un peu
forte , mais on la doit paffer en faveur du
fuccès.
Je remarque , Monfieur , que cette action
fi fagement conduite & qui mérite fans dou
te l'approbation de tous les gens du métier ,
fut précédée de circonftances qui forcerent
le Maréchal de fortir de fes lignes , & j'af
fûrerois bien que fa manoeuvre ne fut point
un effet du préjugé dont j'ai parlé au commencement
de cette lettre , car c'en eft un ,
& ce qu'on nous débite comme une maxime
vraie à tous égards , ne peut avoir lieu
que dans des cas particuliers. Pour être convaincu
que des lignes bien difpofées & à
la défenfe defquelles il ne manque rien ne
toujours attaquées avec fuccès , il font
Fas
NOVEMBRE 1745. 37
ne faut que jetter les yeux fur l'Hiftoire tant
ancienne que moderne ; la premiere , entre
plufieurs exemples , nous en fournit un à jamais
mémorable ; elle nous préfente le plus
grand des guerriers enfermé entre deux lignes
environnantes devant Alexia , Place
forte dans laquelle Vercengetorix s'étoit retiré
après la défaite de fa Cavalerie ; quatre
vingt mille hommes de troupes d'élite l'y
avoient fuivi , contre lefquels Céfar eut à
défendre fa contrevallation , pendant que
plus de deux cent mille Gaulois venus au
fecours de leur General faifoient des efforts
incroyables pour forcer fes retranchemens
du côté de la Campagne , mais quels retranchemens
? C'eft ici le chef d'oeuvre du
plus grand Capirame dont l'Hiftoire falle
mention ; un General d'armée , dit un Au .
teur celebre dans fon Traité de l'attaque &
de la défenſe des Places des Anciens , qui
n'auroit d'autre titre à produire qu'un fait
femblable à celuid'Alexia auroit dequoi s'immortalifer
fouffrez , Monfieur , pour mon
inftruction , que j'entre dans le détail de ces
fameufes lignes .
Céfar ayant appris par des transfuges que
toutes les forces des Gaulois étoient prêtes
à tomber fur lui , fe prépara à les recevoir ;
il fit tirer un foffé à fond de cuve de vingt
pieds de Farge à quatre-vingt pas de la cit
38 MERCURE DE FRANCE.
convallation , dit d'Ablancourt dans fa traduction
des Commentaires de ce grand Capitaine
, afin qu'on ne pût venir à lui en
bataille ni l'attaquer de nuit à l'improviſte ,
ou de jour interompre fes travaux , enfuite
il commença la circonvallation qui confiftoit
en deux foffés de 15 pieds de large & d'autant
de profondeur , avec un rempart derriere
de la hauteur de 12 pieds , garni d'un
parapet avec les créneaux & d'une espece
de fraife en dehors à l'endroit qui joignoit le
parapet au rempart , le tout flanqué de
tours à 80 pieds les unes des autres , & le
dernier foffe rempli d'eau de la riviere
aux endroits les plus bas. Comme les foldats
étoient occupés en même tems à aller
querir du bois & des vivres affés loin , à
travailler aux fortifications , & que l'ennemi
faifoit fouvent des forties par plufieurs
portes pour interompre l'ouvrage , Céfar
trouva à-propos d'ajouter quelque chofe au
travail des lignes , afin qu'il fallut moins
de gens pour les garder. Il prit donc des
arbres de médiocre hauteur dont il fit couper
les branches les plus foibles , & aiguiler
les autres , & tirant un foffé perdu de cinq
pieds de profondeur devant les lignes , il
les y fit enfoncer & attacher enfemble par
le pied , afin qu'on ne put les arracher ;
on recouvroit le foffé de terre , enforte
NOVEMBRE 1745 . 49
le
qu'il ne paroiffoit que la tête du tronc dont
les pointes entroient dans les jambes de
ceux qui les penfoient traverfer ; c'est pourquoi
les foldats lesappelloient des ceps , &
comme il y en avoit cinq rangs de fuite qui
étoient entrelaffés , on ne les pouvoit éviter
au devant il fit des foffes de trois
pieds de profondeur , un peu
étroites par
haut & difpofées de travers enquinqu'onces;
là dedans on fichoit des pieces rondes de
la groffeur de la cuiffe , brulées & aiguilées
par le bout qui étoient quatre doigts feulement
hors de terre,le refte étoit enfoncé trois
pieds plus bas que la profondeur de la foffe
pour tenir plus ferme , & la foffe cou
verte de brouffailles pour fervir comme de
piége ; il y en avoit 8 rangs de fuite,chacun à
3 pieds l'un de l'autre ; devant tout cela on
fit jetter un espece de chauffe trappe qui
étoit des pointes de fer attachées à des batons
de la longueur d'un pied qui ſe fichoient
en terre , tellement qu'il ne fortoit
que ces pointes , que les foldats appelloient
des aiguillons , & toute la terre en étoit ,
Couverte. Voilà quelle étoit la circonvallation
du côté de la Place , & pour empêcher
les fecours de dehors , Céfar en fit tirer
une oppofée , pareille à la premiere , afin
que fi par hazard on venoit attaquer fes
lignes en fon abfence , on ne le put invef
40 MERCURE DE FRANCE.
tir en même tems de tous côtés avec
grande multitude.
une
C'est ainsi que le plus grand Capitaine
du monde après avoir approvifionné fon
camp fe précautionna contre un ennemi
redoutable qui penfoit l'accabier de fes forces
; il faut avouer , Monfieur , Monfieur , que cela eft
admirable , & qu'il y a dans ces retranchemens
un fublime de fortifications , fi l'on peut
fe fervir de ce terme , que perfonne n'a en
core furpaffé & qui ne peut même
être imité que par de Grands Hommes.
Monfieur le Marechal de Bervick au dernier
fiége de Philifbourg avoit fortifié fa circonvallation
fur le modéle de celle d'Alexia;
elle parut fi refpectable au Prince Eugene
que quoiqu'il fut à la tête de quatre- vingt
mille hommes , il n'ofa jamais l'infulter. Les
Gaulois furent plus hardis ; animés par l'amour
de la liberté & foutenus de la plus
intrépide valeur ils attaquerent à plufieurs
réprifes les rétranchemens des Romains ;
ils les forcerent même en plufieurs endroits ,
mais Cefarqui d'un coup d'oeil s'appercut
du défavantage des fiens , y mit ordre fur
le champ ; il commande à une partie de
la Cavalerie de fortir des lignes & d'inveftir
l'ennemi , pendant qu'il court l'attaquer
avec de nouvelles forces ; l'ennemi
troublé de le voir environné de toutes
NOVEMBRE 1745 * r
parts prend l'épouvante , lache le pied , &
en fuyant donne dans la Cavalerie Romaine
qui en fait un horrible carnage ; peu
fe fauvent d'un fi grand nombre , & ceux de
la Ville voyant le maffacre & la fuite de
leurs gens fe retirent de défeſpoir ; fur ces
nouvelles on abandonne le camp , & fans
la laffitude des Romains fatigués d'un long
& pénible combat , où il avoit fallu courir
au fecours en divers endroits , toute l'armée
des ennemis eût été taillée en piéces ;
enfin , Monfieur , le réfultat de cette terrible
affaire fût que Vercengetorix obligé de
céder à ſa mauvaiſe fortune fe rendit à la
difcrétion du vainqueur.
Qu'on ne m'objecte pas que la façon de
faire la guerre de ces tems- là étoit moins
fçavante que celle que nous pratiquons aujourd'hui
( langage ordinaire des ignorans )
& que l'exemple que j'ai rapporté ne prouve
rien contre l'opinion que je combats ; il
faudroit n'avoir aucune connoiffance de
l'antiquité pour raiſonner ainfi & pour ne
pas convenir que les Anciens nous ont infiniment
furpaffé dans la ſcience des armes ,
tant dans la guerre de Campagne que dans
celle des fiéges. En effet , Monfieur , qu'on
me fafle voir chés les Modernes des lignes
mieux fortifiées que celles d'Alexia , un fiége
Comparable pour l'attaque & pour la dé
42 MERCURE DE FRANC É,
fenſe à celui de Lilibée , une tactique plus
rufée & plus profonde que celle d'Epami
nondas dans fes deux ordres de bataille à
Leuctres & à Mantinée , & enfin des Généraux
auffi parfaits dans la fcience des
poftes & dans la guerre des montagnes , la
plus difficile de toutes , que l'étoient Sertorius
& Amilcar Barcas. Il ne faut pas
s'imaginer non plus que l'Art que nous employons
aujourd'hui à affiéger une Place
foit de notre invention ; les tranchées , les
paralleles , la fappe , & les galleries fouterraines
ne nous appartiennent point ; c'eſt
aux Anciens que nous les devons ; ils communiquoient
du Camp aux traineaux les plus
près de la Place de la même façon que nous
y communiquons ; ils défendoient le paffage
des fofles & l'attaque des brêches infiniment
mieux , & fi les canons & les mortiers
leur étoient inconnus , ils y fuppléoient
par la balifte & la catapulte dont les effets
n'étoient pas moins terribles que ceux de
nos bouches à feu.
On me dira peut - être que les Gaulois
étant moins intelligens dans les chofes de
la guerre que les Grecs & les peuples de
l'Afie , les Romains les méprifoient infiniment
, & cela pofé il n'eft point étonnant
que Céfar les ait attendus dans fes lignes ;
on fe tromperoit encore en penfant ainfi ;
NOVEMBRE 1745. 43
"
les Gaulois furent toujours la terreur des
Romains , & jamais ceux ci n'ont eu à combattre
des ennemis plus redoutables ; ils les
fubjuguerent cependant , mais bien moins
par la fupériorité de fcience & de courage
que par l'avantage de leurs armes tant offenfives
que défenfives , infiniment meilleures
que celles des Gaulois , ce qui n'eût cependant
pas empêché ces derniers de forcer les
retranchemens de Céfar à Alexia s'il n'avoit
employé tout l'art imaginable à fe précautionner
contre-eux.
On donnera la fuite dans le Mercure
prochain.
******
EPIGRA M M E.
Dorine me foutient qu'en lui Damon raffemb 1
Toutes les qualités du plus parfait amant ;
Elle plaifante affûrément ;
On ne peut-être amant & mari tout enſemble
Par M. Gaudet.
44 MERCURE DE FRANCE.
IMITATION DU PSEAUME 138.
Domine probafti me & cognovifti me.
DIEU, qui fondes mes reins, quoi que je diſe ow
1 faffe ;
Soit affis , foit debout , je fuis devant ta face
En tous tems , en tous lieux.
Tu vis en me formant ce qu'apréfent je penſe ;
Ma conduite & mon fort , avant mon exiſtence
Sont préfens à tes yeux.
Envain donc je voudrois t'oppofer un nuage ;
Tuvois tous mes projets , tu préviens mon langage
Et le fon de ma voix ?
Tu prévis de tout tems les effets & les cauſes ;
Do ta main qui renferme & les lieux & les choſes
Je ne puis fuir le poids .
Tume connois bien mieux que je ne fais moi même
Aux pénétrans rayons de ta clarté fuprême
Ou puis-je être caché ?
Eft-t- il une retraite à tes yeux inconnue
Où je puiffe fouftraire à sa perçante vûe
Ma honte & mon péché ?
NOVEMBRE 1745 .
Je monte au Ciel ; j'y yois ta Gloire & ta Puiffance,
Je defcends aux Enfers , j'y vois à ta vengance
Les pécheurs immolés :
Je m'envole porté fur le char de l'Aurore
Loin au delà des mers , & tu me tiens encore
Surees bords ifolés.
Si je dis , quand la nuit tendra ſes yoiles fombres ,"
Elle enfevelira mes plaifirs dans fes ombres ,
La nuitfe change en jour :
Dieu, qui fis le Soleil , la Lune & les Etoiles ,
La plus profonde nuit pour toi n'a point de voiles
Ni mon coeur de détour,
Tu vois ce que je crains , tu vois ce que j'eſpére ;
Ta main qui m'a formé dans le ſein de ma mere ,
M'a fait ce que je fuis ;
Sur moi- même admirant ton admirable ouvrage ,
Je veux , en m'offrant tout à toi feul en hommage
T'offrir ce que je puis,
7
Tu comptois tous mes os & toutes leurs jointures
Avant que ta bonté tirât les créatures
De ton fein paternel :
Quand tout n'étoit encor qu'une confuſe maffe
Mes jours étoient écrits , & mon nom avoit place
Dans ton livre éternel,
46
MERCURE DE
FRANCE,
Mais fi nul des mortels ne fort de ta mémoire ,
Grand Dieu , qu'à tes amis tu prépares de gloire
Et de bienfaits divers !
Tu rendras leur empire à jamais immuable ;
Leur nombre égalera celui des grains de fable
Qu'on voit au bord des mers .
Jufques dans mon fommeilje penfe à tes merveilles;
L'Aube du jour venant recommencer mes veilles
Me retrouve avec toi :
Mais fi'tu dois lancer tes traits fur les coupables ,
De carnage & de fang monftres inſatiables ,
Eloignez vous de moi .
Fuyez, vous dontla bouche eft ouverte au blafphême,
Infenfès qui croyez malgré notre Dieu même
Envahir nos cités ....
Que je hais , ô Grand Dieu , les objets de ta haine !
Qui connoit mieux que toi mon horreur fouveraine
Pour leurs impietés ?
Eprouve donc mon coeur , voi quel amour l'enflâme ;
Regle tous mes défirs , ne laiſſe dans mon ame
Rien d'impur à tes yeux :
Hors de toi fi je cherche & ma paix & ma joye ,
Ramene moi, Seigneur , dans ta Divine voye
Qui conduit l'homme aux Cieux ,
NOVEMBRE, 1745. 47
EXEX SHESHES LEXEY
SEMON CE faite le fecond Dimanche
de fanvier de l'année 1745 pår
M. SOUBEIRAN DE SCOPON ?
Ecuyer , Avocat au Parlement , l'un des
Quarante de l'Académie des feux Floraux,
M ESSIEURS ,
Faut- il écrire pour la poftérité ? Suffit il
de plaire à fon Siécle ? C'eft une Propofition
ambiguë que même des gens d'efprit
honorent tous les jours du nom de Problême.
Ils féparent & ils oppofent fans fondement
deux objets que tout Ecrivain doit
ſe propoſer en même- tems , & que le defir
de parvenir à la perfection réunit toûjours
comme le prix des recherches & des
travaux des gens de Lettres.
Quand on plaît à fon Siécle à la maniere
d'Horace , contentus paucis lectoribus , on
peut compter fur les fuffrages de la Poftérité.
Je dis plus ; on ne peut fe flater de fe
furvivre par fes Ecrits & de fauver de l'oubli
cette précieuſe partie de foi- même qu'au
tant qu'on y eft autorisé par l'eftime de fes
MERCURE DE FRANCE.
contemporains. Comment oferoit -on préfumer
qu'on obtiendra les fuffrages des fié,
cles à venir fi l'on a pû obtenir les fuffrages
de fon propre fiécle ? Ne font - ils pas
les premiers degrés qui mènent à l'immortalité
?
Je fçais qu'il y a des exemples de quelques
réputations rapides , fruit précoce d'un
preftige trompeur , & qui portoit avec foi
le principe de fa deftruction. Auffi parlaije
de réputations qui ont acquis une certaine
maturité , non de celles qui ne doivent
leur être qu'au caprice de la multitude
, non de ces applaudiffemens vagues ,
tumultueux , momentanés , que des Ecrits
médiocres raviffent quelquefois , mais d'une
approbation refléchie , tranquille & confirmée
par les fuffrages répetés du petit nombre
de Juges qui ont droit de prononcer.
Car dans tous les tems , dans les fiécles
même ¡ les plus éclairés , le bon goût a été
le partage d'un petit nombre de gens de
Lettres. Depuis Homere jufqu'à nous il a
été comme en dépôt chés quelques hommes
diftingués par leurs lumieres & par
leurs talens dans les differentes contrées où
les Lettres ont eté en honneur. Cette tradition
précieuſe , après avoir fouffert en divers
tems quelque altération , ſubſiſte dans
toute
NOVEMBRE. 1745. 49.
toute fa pureté ( a ) & avec encore plus
d'éclat parmi nous , quoiqu'en difent les
Cenfeurs de notre fiécle.
C'eft ce que j'ai deffein d'établir pour
exciter l'émulation , pour réveiller le zéle
des favoris des Mufes qui brulent du defir
d'etre avotiés d'elles par nos fuffrages . A
mefare qu'ils fentiront à quel point ils doivent
refpecter le goût de leur Siécle , ils
feront de nouveaux efforts pour s'y confor
mer; ils y prendront une eftime éclairée
pour la fçavante antiquité , une jufte appréciation
du génie de notre Siécle , & des
Loix utiles pour la faine Critique .
Quand nous n'aurious d'autre preuve que
nous fommes dans le regne du bon goût
que cette vénération univerfelle pour les
Écrivains célebres de l'antiquité , le culte
légitime qu'on leur rend dans la République
des Lettres , & l'étude affiduë qu'on y fait
de ces grands modéles , ne ferions - nous.
pas autorités à prononcer qu'il fe maintiendra
, qu'il s'enrichira à l'aide des talens qui
naiffent dans tous les Climats & dans tous
les Siècles , & qui ne peuvent manquer de
( ) ly a en tous tems de bons efprits qui jugent
comme jugera un jour la poilérité , il y a
en tous tems , fi je puis m'exprimer de la forte ,
une poftérité vivante, Trublet , effais , 3e. Edition
pag. 459.
C
50 MERCURE DE FRANCE,
répandre leur lumiére & leurs richeſſes dans
l'Univers , pourvu qu'ils foient exercés par
le travail , excités par les Maîtres de l'Art ,
& foûtenus par l'affection & par l'autorité
des Potentats ?
Tout parmi nous attefte la jufte eftime
que l'on a pour la faine antiquité ; témoin
les travaux des Sçavans pour dévoiler fes riches
tréfors , témoin ces Editions multipliées
des Livres précieux qu'elle nous a tranfmis ,
témoin ces traductions fidelles , élégantes ,
qui en font un bien commun à toutes perfonnes
, fans diftinction d'âge ni de fexe.
De concert avec les amateurs des Beaux
Arts nous travaillons toujours à vous infpirer
pour les Ouvrages des Anciens cette
ardeurinfatigable qu'Horace demandoit pour
les Livres Grecs :
Vos nocturnâ verfate manu , verfate diurnâ.
Eft-çe envain que les leçons & l'exemple
des Sçavans vous y follicitent ? Que d'imitations
heureufes des plus précieux lambeaux
des Grecs & des Latins ! Que de larcins
adroits fur l'inépuifable antiquité ! N'eftce
pas de la part des Maîtres & de la part de
leurs Difciples l'aveu le plus formel & le plus
autentique qu'on ne fçauroit puifer dans de
meilleures fources. ?
Ce feroit ici le lieu de vous retracer une
NOVEMBRE. 1745 . SE
idée du mérite des Anciens & du caractére
de leurs Ouvrages , de vous préfenter un tableau
varié de la fcéne antique , de peindre
de leurs vraies couleurs les divers Perfonnages
qui après avoir illuftré Athénes & Rome
ont peuplé l'Europe par des defcendans
& des éleves dignes d'eux ; de vous indiquer
les traits aufquels vous devez les reconnoître
, & de vous faire difcerner ceux que vous
devez imiter d'avec ceux qui auroient befoin
de correction .
Je devrois appeller votre attention fur
les touches fçavantes , hardies & quelquefois
irrégulieres de ces grands Maîtres ; je
devrois , fi je l'ofe dire , pefer, éprouver avec
vous l'or de l'antiquité , en feparer l'alliage
que la foibleffe humaine y a laiffé entrer ,
& vous fixer ainfi fur la jufte appréciation
que vous devez faire de ces génies fublimes
, de ces ames privilégiées qui ont enrichi
les Beaux Arts , embelli la raiſon &
honoré la Nature.
Mais n'eft-ce pas à ceux-là mêmes qui
en ont fi bien peint les beautés qu'il appartient
de vous guider fur le jugement que
vous devez faire de leurs tableaux ? C'eſt
en les étudiant affidûment , avec attention ,
c'eft en les comparant enfemble que vous
acquererez ce difcernement jufte , ce soût
fûr, ce fentiment fin , fi propres à vous faire
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
faifir les coups de pinceau qui décelent les
grands Maitres & qui échappent aux yeux
du vulgaire. Ces beaux génies , en vous
empliffent de leur lumiére , vous éclaireront
fur leurs propres défauts . C'eſt enfin d'euxmemes
que vous devez apprendre à les connoître
& à les imiter.
D'ailleurs entreprendrions - nous de juger
nos Maitres ? Est- ce à nous de redreffer
nos guides ? Oferions -nous citer à notre
tribunal ceux qui nous ont donné des
Loix ? Devons- nous vous autorifer à difcuter
avec une févérité indifcrette & avec une
forte de licence ces modéles refpectables
que vous devez fuivre pour arriver furement
à la gloire des Lettres , fans toute-fois
affervir votre génie à leur maniér ??
Je dis fans affervir votre geniz , car ce
feroit en arrêter l'activité , en éteindre le
feu , en étouffer la fécondité que de l'affujettir
à une imitation fervile , qui ne produiroit
qu'un coloris dur , que des attitudes
contraintes , fans agrément , fans naiveté.
Il faut imiter les Anciens en rival , & non
en efclave ; après avoir marché fur leurs
traces en entrant dans la carrière , ofer les
quitter pour fuivre fon propre génie , & le
dirai -je ? préfumer qu'on pourra les devan .
cer , ne fut-ce que pour fe fauver de la honte
de demeurer trop en arriere.
NOVEMBRE. 1745 53
Cette noble émulation a fait le progrès
des Arts , lefquels feroient tous encore dans
l'enfance fi une imitation rivale de Finvention
ne les eût étendus , ne les cut enrichis en
les perfectionnant & en ajoutant à ce qui
avoit déja eté découvert. (a) C'eft ainfi que
Virgile imita Homére & Théocrite ; Cicéron
Démofthéne ; c'eft ainfi que Moliére aimité
Térence & Plaute; Racine Euripide & Sophocle;
la Bruyere Théophrafte; ainfi Defpréaux
a fait renaître Horace avec cette noble liberté
, cette heureufe hardieffe , cette brillante
fécondité qui caractérisent les Ecrivains
du premier ordre , & qui les font marcher
à côté des génies créateurs.
Voilà les glorieux fuccès qui vous font
préparés au bout de la carriere que le bon
goût du Siécle vous ouvre ; telle eft la voye
que vous devez fuivre pour mériter l'eftime
de vos contemporains : ils attendent de vous
cette force , cette vérité , cette expreflion
de la Nature qu'ils aiment , qu'ils admirent
dans les Anciens & dans les illuftres Modernes
. Etudiez les avec foin , vous y
retrouverez prefque par tout les traces
(a) Turpe etiam illud eft contentum effe id confequi
quod imiteris. Nam rufis quid era: futurum , fi
nemo plùs effeciffet eo quem fequebatur ? › ..
Nihil
enim crefcit folá imitatione. Quintil . Inftitut . Lib .
X. Cap. II . de Imit.
.....
C iij
$4 MERCURE DE FRANCE.
ces immortelles du bon goût , ee dépôt précieux
dont nous fommes tous comptables
à nos neveux. Nous pouvons nous flater de
le leur tranfmettre plus pur encore que nous
ne l'avons reçu de nos peres.
Quand nous n'aurions , je le repéte , d'autre
preuve que nous vivons dans le régne
du goût, que cet hommage conftant , éclairé
qu'on rend avec raifon à la fçavante antiquité
, c'en feroit affés fans doute pour raſfûrer
les enfans d'Apollon qui nous écoutent,
contre les allarmes qu'on leur donne ſur ſa
décadence. Ils trouveront un tribunal toû→
jours fubfiftant , réuni en partie , en partie
épars dans la Société , qui leur donnera des
Loix fages & prifes dans la Nature. En les
fuivant ils parviendront à plaire à leur Sié- ~
cle & à la poftérité.
Car plaire à la faine partie de fon fiécle
c'eft déja plaire à la postérité , & ne vous
laiffez point entraîner par ces critiques outrés
qui profcrivent tout ce qui ne s'accorde
pas avec leur tour d'efprit & leurs
idées particulieres . Il y a dans les clameurs
de quelques uns de nos Ecrivains , & de
ceux qui fe donnant exclufivement pour
Juges , affectent de méprifer le goût de
leur Siécle , il y a dis-je , quelque chofe qui
n'eft pas bien démêlé. Qu'ils daignent répondre.
Ou ils penfent que les Ouvrages
NOVEMBRE, 1745 . 55
des Modernes ont des beautés équivalentes
aux beautés des Ouvrages les plus eftimés
des Siécles d'Augufte & de Louis XIV , ou
ils avoient que leurs Auteurs ne fçauroient
fans préfomption fe flater de foutenir cette
comparaifon .
S'ils prétendent que les Ecrits modernes
égalent les meilleurs Ecrits des Anciens &
des Illuftres du dernier Régne , c'eſt donc
en vain qu'ils médifent de leur Siécle , qui
reproduit ces célébres merveilles . S'ils
avoüent qu'ils ne peuvent difputer la palme
aux régnes d'Augufte & de LOUIS
LB GRAND , notre goût n'eft donc point
perverti , car nous fentons comme eux le
danger du parallele , particulierement entre
les Poëtes des régnes d'Augufte & de
LOUIS XIV . , & ceux qui devroient les
remplacer ; nous en partageons avec eux
l'humiliation , & nous penfons auffi mo .
deftement qu'eux- mêmes de leurs Ouvrages .
Pourquoi le déguiferions nous ? Il n'y a
qu'un cri fur la décadenee du génie Poëtique.
On ne voit plus de peintures animées
des caractéres des hommes & de leurs
paffions ; on n'entend plus de ces fons mâles
& pénetrans qui portent dans les coeurs
des émotions délicieufes. Nos Bergers font
preſque réduits à répeter les chanfons de
leurs
peres nous accourons encore pour
C iiij
36 MERCURE DE FRANCE.
les entendre comme fi elles étoient nouvelles
, & nous difons , pourquoi les Dieux
ne nous infpirent - ils de même ? Les Cygnes
du Méandre ont fait retentir le facré valon
de ces plaintes douloureuſes :
Du Laurier d'Apollon dans nos ftériles champs
La feuille négligée eft déformais flétrie.
Dieux pourquoi mon Païs n'eft- il plus la Patrie
Et de la Gloire & des talens ? ( a )
Les Poëtes de nos jours & ceux qui
croyent l'être n'adoptent pas tous ce langage
, mais pour la plupart ils ne le juftifient
que trop ; aigris par le fentiment de
leur médiocrité , preffés par l'oeil furveillant
de la critique , ils accufent le goût qui eft
très - fain , & ils reclament les droits du génie
qui eft certainement refroidi. Or voilà
un aveu que leur vanité nous refufe , & que
la vérité arrache de tous ceux qui connoiffent
le vrai mérite des bons Siècles .
Ce n'eft pas que le feu Poëtique foit entierement
éteint parmi nous ;vos fuccès nous raffurent
contre cette crainte & foutiennent nos
efpérances. Entre quelques effais heureux en
divers genres & de differentes plumes de
nos jours , un Poëte célebre a tiré des fons
(a) A. D. V.
NOVEMBRE. 1745. 57
harmonieux de la trompette de Virgile ; fa
main brillante & légére a gravé avec un
burin immortel les exploits & les vertus
d'un de nos meilleurs & de nos plus grands
Rois. Nous nous rappellons avec complaifance
& avec éloge les nouveaux caracté
res & les nouveaux intérêts qui ont occupé
la fcéne Françoife depuis que les grands
Maîtres ont difparu , mais nous n'y trou
vons pas de quoi nous confoler de leur perte.
Les chefs- d'oeuvre ne fe multiplient pas aufli
fréquemment de nos jours que du tems d'Horace
, de Virgile & deCorneille.Qui eft- ce qui
tance le ridicule comme Mcliére ? Qui eft - ce
qui va au coeur commeRacine? Qui eft- ce qui
conte comme la Fontaine ? Defpréaux , Déshoulieres
, Rouffeau ont- ils des imitateurs ?
Nous connoiffons les richefes des bons
Siécles & nos befoins . On accufe à tort
le goût du Siécle préfent. C'eft fur la dé
cadence du génie Poëtique qu'il faut gémir,
Le goût n'eft pas en défaut parmi
nous. I ef dangereux de le braver fi l'on
prétend à l'immortalité.
Avoüons le tous , à cette verve divine
qui chantoit dignement les Dieux & les Héros
, à cet entoufiafie des génies créa
teurs a fuccédé un efprit Philofophique ,
un efprit d'analyſe & de difcuffion qui a fon
mérite , & peut-être plus d'utilité . Y a - t-on
Cv
38 MERCURE DE FRANCE.
perdu ? Cet examen fera le fujet d'une Dif
fertation particuliere .
Oui , dira-t- on encore , differtons dans
l'impuiffance d'imaginer. Toujours des Differtations
& jamais d'ouvrage neuf, d'ouvrage
de génie, où l'on reconnoifle ce feu divin
du bon Siécle , ce goût du vrai , ce fentiment
du bean pris dans la Nature , ces traits
mâles , cette élégance continue des Auteurs
de la faine antiquité & des bons Ecrivains
du dernier régne .
Il est vrai que dans l'ordre de la belle
Littérature ces heureufes productions du génie
répandroient plus d'éclat fur la République
des Lettres. On ne peut le nier ,
les exemples ont plus d'agrément que les
préceptes , mais notre difette à cet égard
ne prend rien fur notre délicateffe & ne
nous rend pas plus indulgens. Malgré notre
avidité à découvrir quelque etincelle de
ce beau feu qui anima les grands Poëtes ,
notre goût nous épargne des méprifes que
nos Cenfeurs eux-mêmes nous auroient
peut être pardonnées.
C'eft à l'efprit d'analyfe qu'on nous reproche
que nous fommes redevables de ce
fentiment jufte & délicat qui nous éclaire
fur le vrai mérite des Ouvrages. S'il eft vrai ,
comme on le prétend , que dans le Siécle
de Tibére & de Neron on ait préféré la
NOVEMBRE . 1745. 59
Pharfale de Lucain , qu'on n'eftime pas affés
, (a) vû fur tout la jeunefie de l'Auteur
, (b) fi , dis-je , il eft vrai que dans le
Siécle de Sénéque on ait donné la préférence
à la Pharfale fur l'Iliade & fur l'Enéïde
, on ne peut pas du moins reprocher
à notre Siécle d'avoir préféré la Phedre de
Pradon à la Phédre de Racine. Voilà pourtant
ce qu'on a vû & ce que nous entendons
dire avec étonnement du regne célébre
qui nous a précédés.
pro-
Que ce mécompte ſi ſurprenant , fi
digieux , ait été purement une affaire de
parti , c'est ce qu'on aura peine à nous perfuader.
Il feroit difficile de faire croire à quelqu'un
qui connoît le génie de la République
des Lettres , qui ne refpire que la liberté
& l'indépendance , que l'autorité puiffe
accréditer une opinion dont la fauffeté
feroit univerfellement reconnue. Un parti ,
quelque puiffant , quelque tyrannique qu'il
foit , ne fçauroit appuyer & maintenir l'erreur
fans que le fentiment de fes fauteurs
en foit un peu complice.
Je ne delavouerai pas que la préoccupa=
tion exagérant toujours les beautés & les
(a) Emendaturus , fi licuiffet , erat . Ovid.
(b) Lucain mourut dans la vingt-ſeptiéme année
de fon âge.
C jv
60 MERCURE DE FRANCE.
que
défauts , n'ait élevé trop haut , même de
nos jours , des Ouvrages qui donnoient beaucoup
de prife à la Critique , & dont le
mérite étoit plus éblouiffant
folide
,
mais ceux qui fembloient avoir pris à tâche
de les faire valoir , ne les ont jamais
préférés à des Ouvrages dont la fupériorité
étoit inconteftable , & fi , trompés euxmêmes
, ils euflent tenté d'induire leur Siécle
en erreur , leur féduction n'auroit rien
opéré à l'avantage des Ecrivains qu'ils affectionnoient
, & elle auroit révolté le Parnaffe
contre leur attentat. Sans nommer perfonne
, nous pouvons rendre ce témoignage
à notre Siccle , que certains Auteurs qui
ont été en vogue , quoique trés - cftimables
d'ailleurs , n'ont jamais été oppofés dans le
même genre à ceux dont la réputation étoit
décidée.
On peut bien être furpris à eftimer trop
avantageufement ou à eftimer trop peu
certains Cuvrages en foi , par inclination
pour l'Auteur , par goût pour le fujet
qu'il a choifi , par préférence pour la forme
qu'il a donnée à fon travail & pour la
méthode qu'il a fuivie , ou parce qu'il a écrit
en Vers ou en Profe On voit tous les jours
des exemples de ces illufions chés des Lecteurs
très exercés & des critiques très attentif
, mais quand on compare deux piéces
enfemble , il n'eft pas permis de fe méNOVEMBRE.
1745 . 61
: prendre on a droit d'exiger un jugement
équitable & nettement prononcé . Après
avoir mis en paralléle des Ouvrages du même
genre , ce qui eft bien plus facile , on
doit néceffairement prendre le bon parti &
donner le prix au meilleur , car il n'y eut jamais
deux Ouvrages rigoureufement égaux
de tout point.
Cette méprife dans la compara fon eft
précisément l'objet de reproche que nous
avons crû pouvoir faire au Siécle fameux
de LOUIS LE GRAND .
Ce n'eft pas une vaine chimére que je
combats ; la vraisemblance vient ici à l'appui
de la vérité .
Le long & fameux régne de LOUIS
XI V. a réuni toutes les extrémités. Le
beau dans tous les genres eft né fous ce
régne , & il a été porté au plus haut période.
Le génie a franchi rapidement l'intervalle
de la médiocrité à la perfection .
Dans l'aurore de ce jour éclatant l'habitude
au beau n'étoit donc pas encore formée
il renaifoit alors depuis Augufte . On
en étoit étonné plus qu'on ne le goûtoit ;
on en étoit frappé ; nous le fentons mieux.
Pour nous renfermer dans le genre tragique,
dont il eft ſeulement içi queftion, Triftan,
Mairet, Hardy , Rotrou même contribue
rent foiblement à relever la Tragédie. Après
62 MERCURE DE FRANCE.
que le grand Corneille eut tranſporté Ro
me au milieu de la France avec toute fa
pompe & toute fon audace, il fallut que Delpréaux
& Racine y fixaffent le goût. Leur
Ouvrage n'étoit pas encore confommé , ils
y travailloient encore , & ils luttoient avec
les plus nobles efforts contre le faux goût
du Siécle , que Corneille , un peu atteint
lui- même & cédant feulement à fon génie ,
n'avoit pas précisément fongé à combattre ,
lorfqu'au grand étonnement de Racine &
des connoifleurs , il éclata par la diſgrace
de Phédre , de Phédre , dis-je, qui après Athalie
eft le chef- d'oeuvre de ce grand Maître.
و
Je fçais que ce jugement bizarre ne fut
pas général , & je ne prétends pas médire
d'un Siécle qui l'emporte de beaucoup fur
le nôtre par le talent , dont les faftes
brillans font écrits dans le Temple de
Mémoire & dont la Renommée publiera
les prodiges jufqu'à la poftérité la plus
reculée ; je veux feulement conclure de ce
que je viens de dire , que le bon goût n'étoic,
ni auffi fûr alors , ni auffi répandu qu'il
l'eft parmi nous , & je crois être autorifé
à foutenir qu'il eft encore plus établi que
la Phédre de Pradon a triomphé durant
quelque tems de la Phédre de Racine , &
que la victoire demeura encore plus longtems
incertaine entre ces deux contendans
NOVEMBRE. 1745 . 63
fi inégaux , qu'il ne l'eft que la Pharfale
fut jadis préférée à l'Iliade & à l'Enéide.
Le fuccès équivoque des meilleures piéces
de Racine & de Moliére , ( a ) lorfqu'elles
parurent dans leur nouveauté , ne
confirme que trop ce foupçon . On fçait
que le tems feul leur a donné leur véritable
prix , & qu'elles en obtiarent , fi j'ofe
ainfi parler , une approbation laborieufe.
La fuite dans le prochain Mercure.
道楽器
LETABLE AU du Mariage , Conte.
UN Jouvenceau qui s'alloít marier ,
Voulut d'Hymen avoir la portraiture.
Un Peintre adroit fe met à l'âtelier ,
Travaille en bref ; préfente la peinture,
Eft mal reçû ; quelle pefante allure !
Cet hymen là reffemble à l'amitié .
Le gars n'étoit encore marié ;
Bien-tôt le fut ; tandis le pauvre Artiſte
Se bat les flancs à virer fa couleur ;
Revient enfin ; ah ! Peintre de malheur
Dit l'époufé , Monfieur le Colorifte ;
Etes vous fol ? c'eft l'amour tout craché .
(a) Britannicus , le Miſantrope.
f
4 MERCURE DE FRANCE . |
Remportez vîte , allez c'eft pour Pfiché ,
Non pas pour moi qu'avez fait ce chef d'oeuvre.
Il fallut bien avaler la couleuvre .
A quelques jours de- là l'homme au pinceau
Revient encor trouver le jouvenceau.
Daignez , dit - il , venir dans ma boutique ;
Vous y verrez certain tableau d'Optique
Qui n'eft pas mal . Demain .... dès aujourd'hui ,
Reprend l'epoux avec impatience ,
Déja grillant d'être hors de chés lui ;
Partons foudain ; la meilleure ſcience
Eft de fçavoir mettre une heure à profit.
C'est mon avis & c'eft le mot du Sage ;
Toujours le Sage eft cité par les foux ,
Qui vont coufant fes dits avec leurs goûts.
Pour cette fois ce fut de grand courage
Qu'on s'en fervit ; Hymen , felon l'ufage ,
De la maifon avoit amour exclus ;
Souvent l'on hait dès que l'on n'aime plus ;
A tout le moins on s'ennuye , on enrage ;
Ainfi faifoit notre défunt amant
Qui chés le Peintre avec empreffement
S'achemina ; là d'abord fe récrie
Sur la beauté d'un falon décoré
Des plus beaux traits de l'Art qui colorie.
L'enfoncement de cette galerie.
Offroit aux yeux dans un tableau ceintré
Une Venus qu'un las imperceptible
NOVEMBRE . 1745 . 65
Et pour fa honte à Lemnos préparé
Aux feux de Mars laiffoit voir trop fenfible.
Avec tant d'art les pinceaux avoient fçû
De fes chainons exprimer le tiffù ,
Qu'il fembloit voir à cette douce étreinte
Que l'heureux couple en aimoit la contrainte ,
Et qu'au mépris de l'imprudent epoux
Leurs doux plaifirs en devenoient plus doux :
A cet objet le curieux s'écrie ,
Veut voir de près , arpente le falon ,
Mais un prodige étonne fa raifon ;
A chaque pas il femble qu'un chainon
Se groffiffant à fes yeux par magie
Vent , détruifant ce chef- d'oeuvre fi beau,
N'en faire plus qu'un grotefque morceau .
Il fe confond , mais c'eft b en autre choſe
Quand approchant tout à fait du tableau.
Il touche au doit cette métamorphofe
Qui d'un ouvrage exquis & précieux
Compofe un monftre effroyable à fes yeux,
Il ne voit plus la Déeffe agréable ;
Il cherche en vain fes traits fi gracieux ;
Ceft un Coloffe informe , épouvantable ,
Et ces filets doux & délicieux ,
,
Ne femblent plus qu'un las impitoyable
Fait pour dompter des monftres furieux .
Le Peintre alors content du ftratagême ,
Tel eft dit -il , tel eft l'Hymen lui- mê n ,
66 MERCURE DE FRANCE
1
Flaifir d'Optique ainſi que mon tableau ;
L'éloignement ne nous l'offre qu'en beau ;
Illufion par le tems éclaircie
Et qu'à regret notre coeur apprécie
Souvenez vous : oui , oui , je m'en fouvien ,
Reprit d'abord l'epoux qui fentit bien
Le but caché de l'adroite morale ,
Mais s'il vous plaît Monfieur , que fites vous
De ce portrait il étoit dans ma fale
Et l'autre jour par un futur epoux
Fut emporté . Tant mieux , reprit notre homme
Mais vous a-t-il payé toute la fomme
Avant que d'être au joug d'Hymen lié?
Non , mais je l'ai furvendu de moitié.
3 €
IMITATIONde l'Ode 12e. du ze
Livre, d'Horace. Nolis longa feræ, &c«
N 'Attendez pas de mon délire
Des chants dignes de vos loifirs ;
Les fons dont réfonne ma Lyre
Sont au niveau de mes defirs ,
Et jamais elle ne reſpire
Que la molkeffe & les plaifirs .
Qu'une autre en fa fublime veine
Se confacre aux enfans de Mars !
NOVEMBRE. 1745 .
Qu'il chante leur valeur hautaine
Triomphant de tous les hazards ,
Et les travaux du fils d'Alcmene
Et les miracles des Céfars .
L'éclat d'un héroïque ouvrage
N'eut jamais de charmes pour moi ;
Epris de l'objet qui m'engage
Je chante fa paifible loi ,
Ses yeux , fa voix , fon doux langage
Et la conftance de fa foi .
Quel charme de voir ma Bergere
Lors qu'en de champêtres ébats
D'une danfe vive & légere
Qui redouble encore fes appas ,
Elle preffe fur la fougere
Les fleurs qui naiffent fous fes pas
Qu'un autre à ſon gré multiplie
Et fes tréfors & fes emplois ,
Je ne lui porte point d'envie
Et je préfere mille fois
!
Un feul cheveux de ma Lydie
Aux tréfors qu'entaffent les Rois.
Quand fur fes lévres que je preffe
Elle recueille mes foupirs ,
Gages brulans de ma tendreffe ,
Et doux témoins de fes defirs ,
Son ame femble en cette yvreffe
Voler au devant des plaifirs.
68 MERCURE DE FRANCE.
Quelquefois un tendre artifice
La dérobant à mes tranſports ,
Elle fçait par ce doux caprice
Qui rend mes feux toujours plus forts .
Au bien qu'il faut que je raviffe
Joindre le prix de mes efforts .
Tantôt la plus vive careffe
Prévient brufquement mes fouhaits ,
Et fa voluptueufe adreffe
Ranimant encor fes attraits ,
Elle fait renaître fans ceffe
Les defirs qu'elle a fatisfaits
Fhébus dont le divin génie
Daigna fi fouvent m'éclairer ,
Pardonne à l'aimable Lydie
Si je ceffe de t'implorer ;
Elle eft le feul Dieu qu'en ma vie
L'amour me permet d'adorer.
LETTRE de M. Brubier aux Au.
teurs du Mercure.
MESSIEURS ,
Etant bien aife d'approfondir autant qu'il
eft poffible tout ce qui a rapport à la ma
NOVEMBRE. 1745 . 69
tiere des enterremens qui fait mon étude
depuis plufieurs années , je vous prie de
m'aider à éclaircir une queftion qui me paroi
intéreffante.
Il eft bien certain que les Juifs , les Grecs
& les Romains ne précipitoient pas les enterremens
comme nous ; inftruits par des
exemples de perfonnes revenues aux fonctions
de la vie après plufieurs jours d'une
mort apparente , ils aimolent mieux d flérer
tous les enterremens que d'en donner
quelques uns au hazard. La Religion Chrétienne
s'étant etablie d'abord dans la Judée ,
il eft aifé de prouver que les ufages fur les
enterremens ne furent pas changés . On peut
confulter fur ce fujet Oauphre Pauoinius
qui cite Origene . J'ai une preuve négative
que les ufages établis à Rome fur les enterremens
fe foutinent pendant plufieurs
fiécles depuis l'établiffement du Chriſtianifme.
L'Empereur Leon au Xe.abrogea la Loi
des douze Tables qui deffendoit d'enterrer
dans la Ville , & il le fit fur le fondement
que c'eft une confulation de pouvoir pleufer
fur le tombeau de fes parens & de fes
amis , & fur celui de l'impoffibilité où fe
trouvoient les pauvres de faire enterrer leurs
proches le meme jour. Le reméde étoit
pourtant aifé. Il n'étoit pas dificile d'en
trouver un au dernier inconvenient, Jufti90
MERCURE DE FRANCE,
nien avoit établi des Officiers qui faifoient
les enterremens aux dépens du public ; il
falloit fuivie fes traces. Quant à la corruption
des corps , qui et un des motifs qu'allegue
Leon , comment avoit- on oublié au
Heuviéme ficcle les précautions que prenoient
les Romains , les Grecs , & les Juifs ,
pour en prevenir les fuites , précautions que
jai expliquées fort au long dans la première
partie de ma Differtation fur l'incertitude des
fignes de la mort , & dont on peut trouver
quelque chofe dans un des Mercures de
l'année 1742 , ou 1743 ?
Le fait ainfi expliqué , voici , Meffieurs
ce que je fouhaiterois fcavoir ; dans quel
teins on a commencé à précipiter les enterremens
, & quelle a été la raifon qui a pu
déterminer à le faire : Je vous avoue franchement
que je ne foupçonne feulement
pas pourquoi on s'eft écarté des ulages anciens.
Le plutôt qu'on pourra répondre à
cette question fera le mieux , car n'ayant
aucune raifon de taxer d'imprudence la conduite
des peuples dont j'ai parlé , au contraire
en trouvant beaucoup dans la dif,
cipline qu'on obferve aujourd'hui partout le
monde ,fi l'on en excepte peut- être les Païs
froids où les enterremens ne fe précipitent
pas fi fort , car on n'y enterre gueres qu'ate
bout de trois jours revolus , & ou malgré
NOVEMBRE. 1745 ,
cette précaution on n'eft point à l'abri de
l'inconvenient d'enterrer des perfonnes vivantes
, comme je l'ai prouvé dans la deu
xiéme partie de ma Differtation fur l'incertitude
des fignes de la mort , je fais de mon
mieux pour faire réuffir un projet de Reglement
général fur les enterremens & embaumemens.
Je ferois pourtant fâché de
me donner tant de mouvemens pour induire
en erreur les perfonnes en qui réfide
l'autorité.
En effet j'ai eu l'honneur de préfenter
mon Mémoire au Roi , à tous les Miniftres
, & Chefs des Compagnies Supérieures
du Royaume. J'ai fait plus , je l'ai envoyé
en droiture à toutes les Puiffances qui n'ont
pas de Miniftres à la Cour , & je l'ai donné
à tous les Miniftres étrangers qui y font.
Vous voyez , Meffieurs , que je n'ai rien négligé
pour le faire connoitre ; il eft vrai que
jufqu'à préfent je n'ai eu que la fatisfaction
d'être accueilli le plus favorablement , &
loué fur des vues auffi avantageuſes au genre
humain,mais j'efpere qu'on n'en reftera pas là ,
& que des exemples tout récens de perfonnes
tirées vivantes du tombeau produiront tout
l'effet qu'on a droit d'en attendre .
Je crois au refte , Meffieurs , que ces
nouveaux évenemens étoient parfaitement
inutiles pour produire l'impreffion que je
772 MERCURE DE FRANCE,
fouhaite. J'établis la néceflité du Regiement
que je propofe fur un très grand nombre
'Hiftoires anciennes & modernes , car il y
en a près de cent quarante dons mes deux
volumes , fans compter un grand nombre
que j'ai appris depuis que le dernier oft
imprimé. Je fais voir que l'habitude eft fi
impéricufe qu'elle en impofe à ceux mêmes
que l'éminence de leurs dignités n.et
dans l'obligation de veiller à la fureté publique
; qu'il n'y a point de Reglemens
fur la matiere des enterremens ou qu'ils
fent très infufifans ; qu'il n'y a de fignes
certains de la mort qu'un commencement
de putréfaction. Je prouve enfuite qu'1
n'y a que Tautorité fouveraine qui puffe
garantir tous les hommes du malheur
d've enterrés vivans , parce que quelques
précautions que prenne la perfonne la mieux
perfu , dée qu'elle eft expolée à ce malheur ,
elle en peut être la dupe , & comme il eft
extrêmement cruel de mourir fous le couteau
d'un Chirurgien qui embaume , bien
que l'horreur de ce genie de mort n'approche
pas du défefpoir d'un homme enterré
vivant , & que je rapporte des exemples
du premier malheur , que le Reglement leur
que je propofe eft capable de prévenir ,
j'en concius que mon projet intereffe la
confervation des Rois , comme celle de leurs
fujets
NOVEMBRE . 1745. 73
fujets. Tel eft , Meffieurs , l'objet de la premiere
partie de mon Mémoire .
La feconde contient uue idée du projet
qu'on peut exécuter pour prévenir ces maux.
J'y fais voir les abus qui fe commettent univerſellement
dans la maniere de traiter les
corps réputés morts ; & les moyens de
s'aflurer de cet état , & d'empêcher que la
mort ne fe réalife . Car il eft fur qu'il meurt
bien des malades qu'on fauveroit fi on ne
les abandonnoit parce qu'on les croit morts ,
ou hors d'état de profiter des fecours qu'on
leur donneroit. Je réponds enfuite aux ob .
jections qu'on peut tirer du défagrément &
de l'embarras de garder les corps réputés
morts , & du danger de l'infection je fais
fentir indépendamment de l'utilité qu'on
peut tirer des Infpecteurs , dont je demande
Ï'établiffemen , pour s'affurer de la mort ,
qui combien ils peuvent être utiles au public
pour prévenir les crimes , & les maladies
contagieules
.
Telles font , Meffieurs les vûes que m'a
infpiré le bien de la Société. Je vous en
crois affés amis pour ne point douter que
vous n'infériés promptement cette Lertre
dans votre Mercure. Je n'y ajoûterai qu'un
mot , que j'emprunte d'un des Ouvrages
périodiques , c'eft qu'en attendant que les
circonftances des tems permettent à la bonté
D
74 MERCURE
DE FRANCE
.
1
du Roi de fe fignaler par un réglement qui
confirmera l'idée que les étrangers & noas
avons de fa haute fageffe ; les perfonnes bien
intentionnées pourroient tirer de mon projet
les avantages qu'ils tireroient du réglement.
Vous ne doutez pas que je ne le fouhaite
très fincérement. Le titre de Peres
de la Patrie a fait l'ambition des Princes
dont la mémoire eft encore aujourd'hui en
véneration . N'eft-il pas permis à un fimple
particulier d'ambitionner Phonneur d'en
être le bienfaiteur ? Je fuis tres - parfaitement
, Meffieurs , votre très- humble &
très- obéiffant ferviteur BRUHIER.
A Paris ce 2 Septembre,
NOVEMBRE . 1745. 75
LES VENDANGES
Qua
O DE BACCHIQUE.
Uand de Phébus la divine lumiere
Eut aux bergers annoncé les beaux jours :
Que le Printemps fur fon aile légére
Eut ramené les Ris & les Amours .
;
Pour lors épris des beaux yeux de Thémire ,
J'oſai chanter & l'Amour & ſes feux
Mais aujourd'hui je vais monter ma lyre
Pour célébrer le plus puiffant des Dieux.
Divin Bacchus , comble notre espérance ;
Dieu de la tonne accours, defcends des Cieux;
Dans nos caveaux ramene l'abondance ;
Exauce nous rends tes enfans heureux.
-
"
Nagez , mon coeur , nagez dans l'allégreffe ;
Qu'un pampre vert couronne mes cheveux.
Buveurs , vieillards, & vous belle jeuneffe ,
Accourez tous dans ces aimables lieux.
Que vois-je ? Dieux ! cette troupe mêlée
Sur ces côteaux vendange le raiſin ;
La cuve eft prête , & la grappe foulée
Nage déja dans mille flots de vin.
78 MERCURE DE FRANCE,
Çà , chers amis , armez -vous de vos verres ,
Et livrez-vous à de douces fureurs :
Le vin déja coule entre les fougères ;
Bacchus remplit l'attente des buveurs .
Sous ce berceau de pampres & de lierres ,
Au Dieu du Vin élevons des Autels ;
Danfons , chantons , célebrons les myftéres
Du plus charmant d'entre les immortels .
De nos efprits , liqueur enchantereffe ,
Tu fçais bannir , le chagrin la douleur ;
Baume divin , c'eft à ta douce yyreſſe ,
C'est à toi feul que je dois mon bonheur,
L'Amour vient il me caufer des allarmes ?
Du Dieu bien tot vous me voyez vainqueur :
Amis , je bois ; ce font les feules armes
fers contre mon agreffeur .
Dont je me
?
Picardet .
EPITRE A M. L. P.
Vous voulez - done , charmant Amynte -
Que du fein de la volupté ,
Du fond de ce bois enchanté
Qui me voit rimer fans contrainte ;
NOVEMBRE 1745. 77
Peut- être fans amenité ,
Je vous décrive la beauté
De ce cocagne délectable ,
Où parmi les jeux & la table
Conduit par la main des Amours
La liberté file mes jours ;
Où je vois fans inquiétude ,
S'abreger leur rapide cours :
Enfin , de cette folitude
Où je voudrois vivre toujours ?
Mais croyez -vous qu'il foit facile
De rendre par d'aimables vers
Les charmes de ce domicile ,
Des vrais plaiſirs le feul azyle ,
Et l'abregé de l'Univers ?
Vouloir que de couleur divine
Je vous peigne ces antres verds ,
Le lointain de cette colline ,
Et l'émail de ces prés déferts ,
C'eft chercher des fleurs fur l'épine
Et des fruits au fort des hyvers .
Pour exprimer les faits d'Alcide ,
Il faudroit le hardi pinceau
Ou de Carache , ou de Vatau ;
Et non pas le crayon timide
D'un Peintre qui n'eft qu'au berceau :
Ainfi pour chanter un Achillera. !
Falut-il les nobles accords at stuck
24
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
Du chantre des attiques bords ;
Ainfi du Pafteur de Sicile
Faudroit-il le pipeau facile ,
La tendre flute , le hautbois ,
Ou la mufette de Virgile
Pour chanter l'agrément des bois.
Où trouver ces touches légéres ,
Ces trais vainqueurs , ce coloris
Qui de nos charmantes Bergéres
Exprime au vrai les teints fleuris ?
Où ... mais fur les jeunes fougéres
Je vois l'effaim brillant des Ris ;
Ils forment des danſes naïves ,
Ils foulent les trefles fleuris ,
Ils mêlent dans leurs chanfons vives
Les noms de Bacchus & d'Iris ,
Des jafmins cueillis fur ces rives
Aux cheveux flottans de Cloris,
Ce ſpectacle anime ma lyre ;
J'en tire des fons plus heureux ,
Déja d'un aimable délire
Je fubis l'effort gracieux. ››
Fuyez ces lieux , Muſes chagrines ;
Paroiffez Manes radieux , 暑
Ranimez-vous Ombres badines ,
Des la Fares & des Chaulieux ;
Prêtez-moi , Chantres du génie ,
Les fons de la douce harmonie ,
NOVEMBRE. 1745 .
Dont vos voix , dans d'auffi beaux lieux
Charmoient les fages & les Dieux.
Aminte , fi leur troupe aifée
Pouvoit des bofquets d'Elifée
Entendre ma voix dans ce jour ,
Vous admireriez dans mes rimes ,
Non les Portraits grands & fublimes
Du fafte impofant de la Cour ,
Mais bien la riante Peinture ;
Las traits de la volupté pure ,
Dont je jouis dans ce féjour
A l'Ecole de la Nature
Et dans les bras d'un chaíte amour .
Echappés au feu des combats ,
Quatre pareffeux délicats ,
Dans ce Palais où la molieffe
Invite à de joyeux ébats ,
Dans un océan d'allégreſſe
Noyant les ennuis , la trifteffe ,
Viennent puifer au fein des Arts
L'oubli des fureurs de Bellone ,
Le mépris des lauriers de Mars.
Palés n'offre point de hazards ;
Un monceau de fleurs eft fon trône ;
Le Dieu des jardins l'environne
Avec le Dieu des tendres airs
D iiij
30 MERCURE DE FRANCE.
Et le Dieu des aimables vers .
Là , fur des mufettes champêtres ,
Les habitans de ce canton
Dans le bonheur mes premiers maîtres ,
Aux chants de Life & de Toinon
Mêlent les mots d'une chanfon .
Inftruits par le barbon Silêne ,
De la rime ils fecouent la gêne ;
L'Amour devient leur Appollon ;
Le vin leur tient lieu d'Hypocrêne :
Tout bois où le hazard les méne
Eft pour eux le faré Vallon.
C'est dans ce Temple refpectable ,
Là que la troupe fociable
:
Des quatre fufdits pareffeux
Unit un badinage aimable
A des entretiens férieux .
Tout ce qui plait devient mettable
Dans nos propos capricieux .
Loin du caget & de la prude ,
Des partifans du goût nouveau ,
Loin de l'affoupiffante étude
Et des cris perçants du Barreau
Loin du cimétrique langage ,
Des fronts mafqués , du bel uſage ,
De la coquette & du jaloux ,
Ici , leplus fou d'entre nous
NOVEMBRE . 1745 .
81
Mérite le nom le plus fage.
Paris , la Reine des cités
N'offre que de fades beautés
A fes fpectateurs fédentaires .
Venez dans nos bois folitaires ,
Mortels enyvrés à longs traits
Du fafte des Villes altieres ;
Quittez leurs brillantes chiméres ,
Sous nos ormeaux , dans nos guerêts ,
La troupe des Graces légères ,
La voix des Nymphes bocageres ,
Captivéront vos fens diftraits .
Ici la Nymphe à demie nue
Découvre les picquants attraits ,
Et dans une danfe ingénue ,
Elle abandonne au gré des vents
Sa robe de pampres flottants ,
Qui couvre la beauté fecrette
Pour qui le volage Zéphir
Se fixe dans cette retraite ,
Se Livre à l'amoureux foupir.
Sui -je feul ? Un nouveau plaifir |
Charme mon utile loifir.
Aux Chantres de Grece & de Rome ,
J'unis les tons harmonieux
Des Chantres que Paris renomme
Et fouvent je chante avec eux
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
Sur une guitarre enfantine ,
Des airs que l'écho de ces lieux
Porte aux Nymphes de la colline ,
Atoute la plaine voifine ,
A tous les bergers amoureux .
C'est ainsi que l'heureux Hermite
Qui rime ici fans trop de fuite ,
Dans un loifir délicieux
Voit s'abreger les dons des Cieux ;
Mais fans en déplorer la fuite ,
Sçavez-vous que jufqu'au Cocyte
Votre ami conduira les Jeux ?
Dans l'empire du froid Borée ,
Sur une plage hiperborée ,
Que vois-je? C'eſt un antre affreux
Dont l'Hyver me défend l'entrée ,
Dont l'afpect étonne mes yeux .
Sicet antre cache un heureux ,
C'eft pour moi le Palais d'un fage ;
Les Ris naiffent fur ce rivage ;
J'y trouve l'Olympe des Dieux .
Ami , dont j'aime le fuffrage ,
Si vous voulez fçavoir pourtant
Comment je puis vivre content
Dans le folitaire Hermitage ,
Où la Paix conduifit mes pas ;
*)
NOVEMBRE
. 83
1745 .
Voici l'image racourcie
De toute ma philofophie :
Je vis fans crainte du trépas ,
Sans aucun dégoût de la vie ,
Sans querelles & ſans débats ,
Sans procès comme fans combats ,
Enfin fans trifte rêverie ,
Et le même en route ſaiſon ,
Mon inftinct qui tout apprécie ,
Au poids de l'aimable génie ,
Non de l'humaine paffion ,
Donne les mois à la Folie
Et les inftans à la raiſon .
Mais jà l'amante de Céphale
Vient de réveiller mon ſerin ,
Déja l'abeille matinale
Picote la rofe & letin ;
C'eft affés de bouffonnes rimes ,
C'est trop rimer pour un matin,
Ami , par de graves maximes
Finiffons ce propos badin .
Un ruiffeau gonflé par la pluye
Que la pente entraine toujours ,
Voit dans fon infenfible cours
Tantôt une plaine fleurie ,
Et tantôt un fterile bord ;
Son onde enfin eft engloutie
Dvi
MERCURE DE FRANCE.
Dans les goufres de Barbarie ,
Au fein des Mers & loin du Port.
Voilà le tableau de la vie ,
Et l'image de notre fort.
G. S.
Big Nud ! DND N
EPITRE de M. de la Soriniere à fon
Médecin.
F Ins d'Hyppocrate & de Chikose
Que redoute le vieux Caron ,
Fléau de la fatale barque ,
De Néméfis & de la Parque ,
Souffrez , ( ampliſſime Doctor )
Qu'au fond de fa fombre retraite
Un Reclus , un Anachorette
A fa verve donne l'effor ,
Pourvous fabrique r une Epitre.
Déja ma main fur mon pupitre
Griffonne , efface , ôte , remet ;
Etcepeu que j'ai mis au net
Eft le produit d'un long chapitre.
Mes vers paffés à l'alambic ,
Tout tombe en caput mortuum :
Mais hélas ! chacun a fon ticq
Qui nous conduit ad tumulum,
NOVEMBRE 1745. 85
Que mes vers efflanqués, fans force ,
Avec l'efprit faffent divorce ,
Ou plutôt avec la raiſon ;
Je fens en moi certaine amorce
Qui m'affaiſonne le poifon.
Plus je fais mal , plusje m'efforce ;
Et malgré mainte & mainte entorse
Je crois marcher à l'uniffon ,
Tant mon mal devient incurable.
Ah ! s'il eft parmi les humains
Un afcendant inévitable ;
C'eft furtout chés les Ecrivains
Que ce démon eft indomptable.
Vous qui trouvez en maint écrit
Le remede à cent maladies ,
Par quelques recettes choifies
Ne pourriez-vous guérir l'efprit ?
Je vous promets fans flaterie
Que Plutus avec tout fon or
Defcendroit dans votre tréfor
Pour prix d'une telle induftrie :
Mais fi vous trouvez ce grand Art ,
Commencez par moi , je vous prie.
Plût -à Dieu , que le vieux Ronfard
Eut pû guérir de ſa manie !
Nous n'aurions pas les mauvais vers
Ni les pitoyables travers
Dù s'abandonna ſon génie .
3
16 MERCURE DE FRANCE
Mais tous fecrets font fuperflus ,
Et je crains que mon Uranie
Qui me fait rimer tant & plus ,
N'ait auffi le cerveau perclus .
Mufes pourroient bien être folles :
Eh ! que fçait - on ? Dans leurs écoles
On voit tant de tymbres fêlés !
Et Phébus avec la neuvaine
Parmi tant de cris redoublés ,
Doit au moins avoir la migraine.
A la Soriniere en Anjou.
**********************
Réponse à la Question proposée dans le
Mercure d'Août 1745 •
Converfation d'Acanthe & de Poliphile.
L y a quelques jours qu'Acanthe & Po-
I liphile à mailon
s'y rendirent à l'heure accoûtumée. Le
maître du logis étoit forti ; la maîtrefle n'étoit
éveillée que pour les femmes , & le reſte
de la compagnie n'étoit pas encore arrivé.
Comme il faifoit le plus beau tems du monde,
ils prirent avec plaifir le parti de ſe
NOVEMBRE # 745 . 87
faire ouvrir une porte de cette maiſon qui
defcend dans le jardin du Palais Royal.
Après quelques tours de promenade , s'étant
affis fur un banc , Acanthe tira de fa
poche le Mercure qu'on lui avoit apporté
le matin , & l'ayant ouvert au hazard , il
jetta les yeux fur la page 133 , & y lut ces
paroles.
On demande laquelle des deux , on de la
Beauté, ou de la Laideur doit porter le masque.
Voilà , dit auffi- tôt Poliphile , une queftion
bien extraordinaire ; & je n'aurois pas
imaginé qu'on put la propofer. Elle ne me
le paroît pas autant qu'à vous , répondit
Acanthe , & je m'étonne au contraire qu'on
ait tardé fi long-tems à s'en avifer. Parlezvous
tout de bon , reprit Poliphile , en le
regardant ? ou depuis quelque tems le perfitlage
feroit- il devenu de votre goût ? C'eſt
me faire injuftice , répondit Acanthe , que
de me foupçonner de donner dans un genre
de plaifanterie qui rend la bonne compa-.
gnie fi femblable à la mauvaiſe , mais je ne
puis m'empêcher de regretter véritablement
un ufage fi avantageux pour l'un & pour
l'autre fexe. Quoi ! répondit Poliphile , vous
auriez la cruauté de vouloir priver mes yeux
de la vûe des objets dont ils peuvent être
88 MERCURE DE FRANCE.
le plus agréablement flatés ? De l'humeur
dont je vous vois , vous demanderez quelque
jour qu'on arrache toutes les fleurs d'un
parterre , & qu'on dépouille les arbres de
toutes leurs branches , de crainte qu'ils ne
fe parent de feuilles & de fruits. Vous êtes
toujours injufte , reprit Acanthe ; men intention
n'eſt pas de bannir la beauté , mais
de prevenir feulement les dangers aufquels
elle nous expofe ; & la fûreté de mon coeur
me paroît préférable au plaifir de mes
yeux. Eh ! que m'importe , s'écria vivement
Poliphile , que mon coeur foit à chaque
inftant en danger ? ne ferois - je pas trop
heureux de perdre une liberté qui me prive
du bonheur le plus doux , & fi cette liberté
même est un bien , la vûe de tant d'objets
capables de me la ravir n'en eft- elle pas
le foûtien le plus infaillible ? A peine mes
yeux enchantés fe fixent fur un objet , que
mon coeur prêt à lui rendre les armes voit
fon attention détournée par de nouveaux
attraits.
Tandis qu'il eft encore indécis , une troifiéme
beauté qui fe préfente ...……. voilà
préciſement , interrompit Acanthe , ce que
je regarderois comme un malheur : rarement
un coeur accoûtumé à fe livrer à tant
de plaifirs à la fois , eft-il capable d'en bien
connoître les douceurs ; & moi , pour qui
NOVEMBRE 1745. 89
"
la conftance a des charmes , moi , qui ne
defire point de changer de chaînes , je ferois
bien aife que tout confpirât en faveur de
la fidélité . Mais , répondit Poliphile , ne
feriez vous pas bien amufé , lorfque vous
entrez dans l'amphithéatre de l'Opéra le
jour d'une premiere repréfentation , longtems
avant qu'il commence , fi vous n'aviez
d'autres occupations que de confidérer cinquante
ou foixante mafques aflis dans les
loges , & ne feriez vous pas bien dédommagé
de l'ennui que vous caufe l'attente du
Spectacle , par une vûe fi capable de plaire ?
Que fçais-je , reprit Acanthe , s'il n'y au
roit pas à gagner pour moi ? Si par hazard ,
une perfonne que j'aimerois étoit à l'Opéra ,
je la reconnoîtrois bientôt , méme fans être
prevenu qu'elle dut s'y trouver. L'amour a
de bons yeux. Ne feroit - ce pas un plaifir
pour moi d'imaginer connoître feul l'objet
le plus digne de plaire ? & fi je ne fuis
prevenu d'aucune paffion , c'eft alors que
mon imagination eft la maîtreffe de fe donner
une libre carriere ; je cherche à deviner
la phyfionomie des differens mafques qui fe
préfentent ; je fuis maître de me la peindre
auffi agréable que je le veux , j'attribue à
chacune des femmes que je vois un vifage
charmant , & tandis que vous ne voyez
que cinquante mafques de velours noir ,
90 MERCURE DE FRANCE.
je vois cinquante houris du paradis de Mahomet
; quelque prevenu que je fois , dit
Poliphile , de l'étendue & du pouvoir de
votre imagination , je ne crois pas qu'il lui
foit poffible , à moins qu'elle ne foit aidée
par un certain agrément repandu fur toute
la perfonne , de fe faire une idée fi agréable
du vifage qu'on a pris foin de lui cacher.
Ne voyons nous pas tous les jours des
femmes dont la taille n'eft pas de la derniere
élegance , dont les bras , & les doigts
font d'une groffeur difproportionnée , dont
la gorge eft couverte avec juftice , ne les
voyons nous pas , dis-je , faire excufer tous
ces défauts par les charmes d'une belle tête ,
& ne leurs feriez vous pas un tort confidérable
, fi ces défauts que la beauté vous
fait paroître peu effentiels , mais qui vous
blefferoient infiniment ? ..... Mais convenez
à votre tour , interrompit Acanthe
que fort fouvent auffi un beau corps fe
trouve joint à un vifage peu digne de plaire ;
qu'on eft heureux alors de pouvoir prê
ter des traits reguliers & délicats à un corps
dont la grace & l'élegance fontun fi puiffant
effet fur les fens ? Vous ne fongez donc pas ,
reprit Poliphile , qu'alors vous rendez le
mafque général , & ce n'eft là l'état de
pas
la queftion. Vraiment je fuis bien en cela.
de votre avis ; mafquons la laideur , pour
NOVEMBRE 1745. 9%
l'honneur même de l'humanité , ne duffions
nous y trouver d'autre avantage , que de
nous garantir d'une vûe défagréable . Non ,
reprit Acanthe , maſquons plutôt la beauté.
N'avons nous pas déja affés de peine à nous
défendre de l'agrément de l'efprit des femmes
? N'avons nous pas affés de pente à nous
en laiffer féduire , fans leur donner encore
un moyen fûr de triompher , & de nous
foûmettre à un empire d'autant plus dangereux
, que les moyens qui fervent à l'établir
, renaiflent à chaque inftant pour affû
rer fa durée ?
Comme ils parloient encore , Célimene
vint à paffer , & s'étant détournée pour faluer
Poliphile , Acanthe eut le loifir de
confidérer les charmes & la régularité de
ſes traits. Un fouris gracieux fit en mêmetems
briller fes yeux d'un nouvel éclat , &
paroître les plus belles dents du monde . Sa
démarche noble & aifée prêtoit encore de
nouvelles graces à une taille fine & légere ,
& donnoit un air de Nimphe à toute fa
perfonne. Ah ! s'écria pour lors Acanthe ,
qu'elle a d'attraits ! je me fens forcé de l'adorer
, & c'eft la maniere dont elle recevra
mes voeux & mes hommages , qui me fera
connoître fi l'abfence du mafque doit faire
le bonheur ou le malheur de ma vie.
1 MERCURE DE FRANCE.
I
O D E.
De M. de la Soriniere,
Nfpire-moi , Dieu des bons vers
La poli.effe & l'élégance
Quon vante par tout l'Univers
Dans Loelius & dans Térence .
Que loin d'un fublime ennuieux
Ma Mufe riante & docile
Evite les tons orguilleux ,
Et n'entonne qu'un chant facile !
Cette pompeufe obſcurité
Dont tant d'écrivains font parade'
N'offre au lecteur épouvanté
Qu'une burleſque mafcarade .
Il déteste un aigre fauffet
Qui dans fa verve cacochime
Vient difputer avec Greffet
De l'élégance & de la rime.
Je ne veux chanter que les bois ,
Les prés , les vergers & les plaines
NOVEMBRE 1745 .
93
Et je confacre mon haut- bois
Aux chaftes Nimphes des fontaines ,
Je ne dirai point les combats
Où LOUIS conduit la victoire
Et de fon invincible bras
Un autre chantera l'Histoire.
Laiffons à Voltaire , à Rouffeau ,
Le foin d'un effor fi fublime ,
Et rimons avec du Cerceau
De petits vers que l'on eftime ,
Que ne puis-je , ainfi rue Greffet ,
Mêlant l'agr . able à l'utile ,
Intéreffer par le fu et
Et la légereté du ſtile !
Célébrant les tendres amours
Je déroberois à Tibulle
"
Les fentimens , les heureux tours ,
Pour les joindre aux traits de Catulle ,
Théocrite dans fes chanfons
Ne traite que de bergeries ,
Et fur les plus aimables tons
Anacréon dit des folies.
N'avons-nous pas vû d . nos jours
94 MERCURE DE FRANCE.
Le Philofophe de Neuftrie
Chanter de ruftiques amours
Sur le claveffin d'Uranie ?
Ses vers doux , fimples & naife
Caractérisent la bergere ,
Et fes tours élégans & vifs
La peignent conftante ou légere,
Nous devons tout au fentiment ;
C'eſt chés nous un juge infaillible :
L'efprit fe féduit aisément ;
Le premier eft incorruptible.
Pour bien juger , il faut fentir ;
C'est un préfent de la Nature;
L'étude le peut aſſortir ;
Le donner , c'eft chimere pure .
Il eftun fexe plein d'appas
Qui fans le clavier d'Ariftote
Du bon goût régle le compas ,
Et nous affervit à fa note.
A la Soriniere en Anjou .
PAS
NOVEMBRE . 1745. 95
V
Oici quelques chapitres , de l'ouvrage
dont nous avons donné la préface dans
le Mercure d'Octobre . Comme le deffein
de l'Auteur n'eft pas de donner fon ouvrage
entier dans ce Journal, on n'en trouvera ici
que des chapitres détachés , & tels que
l'Auteur a cru devoir les choifir pour don
ner une idée de fon livre ; on l'imprimera
dans peu.
LE COMEDIE N.
N
Ouvrage divife en deux parties. ]
INTRODUCTION.
Otre imagination. eft prefque toujours
obligée de fupléer à l'impuillance
des autres Arts. Celui du Comédien n'exige
de nous par lui-même aucun fuplément ,
& quand quelque chofe manque à l'illufion ,
ce n'eft point par l'imperfection de l'Art ,
c'eſt par les défauts ou par les fautes des
perfonnes qui le profeffent.
Dans un bal à la faveur du Mafque , un
96 MERCURE DE FRANCE.
homme veut paffer pour un autre : fila différence
entre leurs tailles eft trop fenfible
les yeux les moins clairvoyans ne prendront
point le change. Si la taille étant la même ,
les manieres font differentes , les bons yeux
ne feront pas long-tems les dupes du traveltiffement.
Les Comédiens ne réuffiffent pas
mieux à nous tromper , lorfque la Nature
ne les a point faits pour leurs perfonnages ,
& lorfqu'ayant reçu d'elle les dons néceffaires
pour reprefenter ces perionnages , ils ne fe
mettent point en peine de chercher dans
leur Art les moyens de les repréfenter avec
vérité.
Nous allons au Théatre dans le deffein
de nous prêter à la féduction , mais nous
voulons que notre erreur , autant qu'il eft
poffible , ait l'air raifonnable , & que les
Séducteurs , par lesquels nous confentons
d'avoir les yeux fafcinés , employent des
charmes affés puiffans , pour que nous foyons
excufables de nous laiffer féduire.
La fotife d'un boffi qui fe flare , en ſe
maiquant , de paroître bien fait , ou celle
d'une Villageoile qui croit que des habits
empruntés lui den eront les graces d'une
femme de la Cour , pourra nous amufer
quelques inftans , mais bientôt elle excitera
notre ennui, Ceile des perfonnes , qui
veulent en dépit de la Nature , ou fans pofféder
NOVEMBRE. 1745 97
féder les fecrets de leur art , jouer la Comédie
ou la Tragédie , produira le même
effet fur nous.
Un Acteur eft - il privé de certains avantages
naturels ? Il ne pourra plaire , même au
commun des Spectateurs. Eft- il doué de
ces avantages , mais ne s'applique- t- il pas
ſérieuſement à en acquérir plufieurs autres ?
Il ne plaira que de tems en tems & par hafard
aux Spectateurs d'un certain ordre.
Il faut que la Nature ébauche le Comé
dien. Il faut qu'un travail long & pénible
acheve de le former.
PREMIERE PARTIE .
Des avantages que les Comédiens doivent
tenir de la Nature.
Divifion de la premiere partie,
Tvaleur ,
Aillez , poliffez une pierre de peu de
vous ne lui donnerez point
P'éclat ni le prix du diamant.
L'Art peut perfectionner la Nature , mais
il ne peut la remplacer un Acteur qu'elle
n'a point favorifé cherche envain à fupléer
par des qualités acquifes aux avantages qu'il
E
98 MERCURE DE FRANCE.
n'a point obtenus d'elle. A quelque habileté
qu'il parvienne dans fa profeffion , quelque
infruit qu'il foit de tous les moyens de
plaire , il ne pourra point en faire ufage
pour lui- même , & il fera tout au plus capable
de les enfeigner aux autres.
Peut-etre les jeunes perfonnes qu'il entreprendra
de guider , tireront -elles quelque
profit de fes leçons , mais la meilleure qu'il
puiffe leur donner , c'eft de ne point fuivre
fon exemple , & d'éviter de monter fur le
Théatre fi elles ne font pas nées pour y
réuffir.
Que leur principal foin, avant que de s'expofer
aux yeux du public , foit de confiderer
attentivement de quelle façon le fort les
a traitées , de fe juger avec la même ſevérité
qu'elles ont à craindre des Spectateurs ,
& d'obferver fi elles ne font pas privées des
dons qui font néceffaires à tous les Comédiens.
Il eft des avantages que tout le monde
s'accorde à regarder comme des prefens de
la Nature . Telles font une figure noble , une
une voix touchante , une aimable vivacité.
Il eft d'autres avantages , qui felon les uns
font l'effet d'une heureufe organiſation , &
qui felon d'autres font le fruit de l'étude &
de l'exercice . Telle eft la mémoire . Bien
des gens font même tentés de compter l'e
BLIOTHECE
!
NOVEMBRE. 1745 .
ON
T3
prit parmi les qualités , dont nous ne
mes redevables qu'à nos foins ; ils préten
dent qu'il doit être mefuré par le plus ou
moins grand nombre des idées , & par la
plus ou moins grande facilité d'en appercevoir
& d'en combiner les rapports , & que
les idées & le jugement s'acquérant , l'ef
prit peut auffi s'acquérir.
Cette diverfité de fentimens vient de ce
que plufieurs qualités , quoique données
par la Natute , ont befoin d'être aidées de
l'Art pour atteindre à la perfectoin . Certainement
par exemple , quelque facilité qu'on
ait d'apprendre & de retenir , on ne parviendra
point , fi on néglige de la cultiver ,
à poffeder une de ces memoires rares , qui
chés le vulgaire jouiflent auffi généralement
qu'injuftement des mêmes honneurs que l'efprit.
Cette difpofition peut donc , quand elle
eft portée à un certain point , paffer pour
un avantage acquis , mais en même tems ,
puifque des enfans paroiffent être doués plus
que d'autres de cette difpofition , fans avoir
fait aucun effort pour la perfectionner , on
eft autorifé à la nommer un avantage naturel.
J'uferai de ce privilége , & je la rangerai
dans la claffe des dons que nous apportons
en naiffant. Je placerai dans la même claffe
diverfes qualités , qui demandent fans
E jj
100 MERCURE DE FRANCE
doute de la culture , pour paroître dans tout ,
leur éclat , mais qui fuppofent une certaine
conformation dans le fujet auquel elles fervent
d'ornement .
Si quelque profeffion exige des perfonnes
qui l'exercent une conformation avantageufe
, c'eft far tout la profeflion des Comédiens;
ils font comptables à notre esprit de
le tromper, & à notre coeur de l'émouvoir ;
pour s'acquitter de cette double dette , ils
ont befoin que la Nature les feconde. Quelques
uns des Acteurs ont encore plus affaire
les autres à notre efprit & à notre
coeur , parce qu'il importe principalement
à notre plaifir , que ce foient eux qui nous
faffent illufion , & parce que c'eſt furtout
de leur part que nous attendons les mouvemens
qui doivent nous agiter ; ceux- là ont
encore plus befoin que leurs compagnons
d'étre favorifés de la Nature.
que
Nous examinerons d'abord , quels font
les avantages naturels qui font néceffaires
en general à tous les Comédiens. Nous examinerons
enfuite quels font ceux qui font
néceffaires à quelques Comédiens en particulier
.
NOVEMBRE. 1745. 101
CHAPITRE III. DU PREM . LIVRE .
P Lufieurs Spectareurs
moins touchés des
plaifirs de l'efprit que de ceux des fens,
font attirés au Théatre plutôt par les Actrices
que par les piéces. Senfibles uniquement
à la figure , ils font toujours difpofés à prendre
un vilage aimable pour dù talent , &
ils voudroient que Madame Pernelle même
eût des appas .
Leur annonce-t- on une débutante ? Ils
commencent par demander fi elle est jolie ,
& fouvent ils oublient de s'informer fi elle
eft bonne Comédienne ; envain excellerat-
elle dans fon Art. Si fa phifionnomie ne
les intéreffe point ils ne rendront juftice à
fon jeu , qu'après que fa réputation fera fi
bien établie , qu'ils ne pourroient plus dire
de mal d'elle , fans s'expofer au rifque de ie
rendre ridicules. Au contraire un mérite médiocre
les fubjugue, dès qu'il eft accompagné
des charmes de la perfonne ; tout ce qui
leur eft récité par une belle bouche leur
paroît prononcé du ton dont il doit étre
dit.
Quoique les femmes affurent que la figure
eft ce qu'elles examinent le moins dans
E iij
#02 MERCURE DE FRANCE.
les hommes , cependant un Acteur qui n'eft
pas doué de certains agrémens , obtient difficilement
leurs fuffrages . Les critiques de
plufieurs d'entre elles roulent moins fur les
imperfections qui regardent l'Art , que fur
celles qui regardent l'exterieur du Ċomédien
; & prefque toujours fon plus ou moins
de bonne mine eft ce qu'elles ont le mieux
remarqué.
Ainfi du moins fur le Théatre François ,
fi l'on en croit une partie du public , il n'importe
pas moins d'être beau & bien fait ,
que d'avoir de la voix & de la mémoire .
Les Juges éclairés ne tombent point dans
cette erreur ; ils conviennent qu'il eft des
rôles , qui comme nous le verrons dans la
fuite , exigent que l'Acteur ait une figure
noble & gracieuſe. Ils ne nient point que
même dans les autres rôles on n'ait droit de
vouloir qu'il ne foit pas abfolument privé
de tous les avantages exterieurs , mais ils
pretendent que notre délicateffe fur la régularité
des traits & fur l'élégance de la taille
n'eft un fentiment raifonnable , qu'autant
que nous le renfermons dans les bornes qu'il
doit avoir. On ne peut qu'aprouver la répugnance
des Spectateurs pour les figures choquantes
, mais il eft auffi injufte que contraire
à nos intérêts & aux convenances du
Théatre de ne vouloir admettre fur la fcéNOVEMBRE
. 1745. 103
ne que des Venus & des Adonis .
11 eft certains défauts corporels qui ne ſeront
jamais tolérés dans un Acteur , quoiqu'ils
ayent pu fe rencontrer , & que peutétre
même ils fe foient rencontrés effectivemennt
dans les perfonnes dont il emprunte
les noms. Une jambe plus courte que l'autre
, ou une taille difforme n'auroit point
empêché le grand Scipion d'être regardé
comme le plus illuftre des Romains ; cependant
le Comédien le plus parfait , qui
auroit l'une de ces imperfections , fe feroit
fiffler en reprefentant ce guerier , & nous ne
pafferions point à l'Acteur ce que nous aurions
paffé au Héros. Orgon pouvoit avoir
le vifage défiguré par une loupe ou par une
large cicatrice. Cependant nous n'accorderions
point d'audience à un homme qui fe
préfenteroit avec l'un de ces défauts pour
jouer le rôle de l'ami crédule du Tartuffe
Cette contradiction apparente n'en eft
pas une. Trouvant le fort injufte , lorfqu'il
donne pour demeure à une belle ame un
corps défectueux , nous exigeons que le
Théatre repare à cet égard les fautes de la
Nature , & qu'il en diffimule les caprices ,
& la Tragédie nous plaifant principalement
par l'air de grandeur qu'elle donne au
genre humain , nous ne voulons point que
dans les tableaux qu'elle nous offre, rien faf-
E iiij
104 MERCURE DE FRANCE .
fe diverfion à l'admiration qu'elle nous donne
pour notre espéce : de même que nous
cherchons dans la Tragédie des objets qui
flatent notre orgueil , nous cherchons dans
la Comédie des objets qui excitent notre
gayeté. Notre intention eft traversée , fi
tandis que le rôle nous divertit , le Comédien
nous attrifte , en nous rappellant par
fes difgraces perfonnelles les accidens aufquels
nous fommes fujets.
Que la difformité n'efpere donc pas de
nous la même indulgence que le fimple défaut
d'agrémens. D'un autre côté , que le
fimple défaut d'agrémens n'éprouve pas de
notre part les même rebuts que la difformité.
Soyons fenfibles , mais foyons juftes. Rendons
hommage aux charmes , mais refpectons
les talens. Laiffons nous toucher par
une Actrice fi elle eft jolie , mais quoiqu'elle
n'ait pas cet avantage, applaudiffons
la , fi elle eft douée de ceux qui ne craignent
point les outrages des ans ni des maladies .
Les agrémens étant plus l'appanage de fon
fexe que du nôtre , les femmes fans contredit
font encore plus obligées d'excufer la
privation de ce mérite dans un Acteur, que
nous ne le fommes de la pardonner à une
Actrice , & elles doivent fonger que trop de
fevérité fur la figure nous priveroit quelque
fois d'excellens fujets qui ont reçu de la
NOVEMBRE 1745 . 105
Nature des préfens beaucoup plus eftimables
que ceux qu'elle leur à refufés.
Ce n'eft point entendre nos intérêts , que
d'exiger que toutes les Actrices & tous les Acteurs
avent des figures d'un ordre fuperieur.
Ce n'eft point non plus entendre les convenances
du Théatre & peut etre eft- il à fouhaiter
pour la perfection du Spectacle, non feulement
que tous les dons exterieurs ne foient
pas également repartis entre les Comédiens ,
mais encore que quelques Comédiens ne
poffedent pas quelques uns de ces dons.
Des traits réguliers , un air noble , doivent
fans doute en général nous prevenir favorablement
dans une perfonne de Théatre
mais il eſt des rôles dans lefquels elle paroîtra
mieux placée fi elle n'a pas ces avantages.
Je fçais qu'on voit fans être bleffé du défaut
de vraisemblance , qu'on voit même
avec plaifir une jeung beauté fe charger
d'un perfonnage de vieille , & un Acteur ,
fait pour plaire , reprefenter un Payfan
mauflade & groffier . Je fçais que nous allons
à la Comédie , moins pour voir les objets
eux-mêmes , que pour en voir l'imitation ;
que quelque févéres que nous foyons fur la
conformité que nous exigeons entre l'original
& la copie , nous defirons cependant
pour Fordinaire, que les Comédiens n'ayent
E v
106 MERCURE DE FRANCE
1:
pas les défauts dont ils entreprennent de
nous offrir l'image ; que fouvent la copie
nous charme , tandis que l'original nous paroîtroit
défagréable , & qu'un Comédien ,
qui fe préfenteroit yvre fur la fcéne , feroit
mal reçu , même en y jouant un rôle d'yvrogue
mais il faut diftinguer deux fortes de
rôles comiques.
Les uns nous divertiffent par la feule imitation
de certains ridicules. Le plaifir que
nous font les autres naît fouvent du contrafte
qui fe trouve , foit entre l'intention du
perfonnage & fes fuccès , foit entre l'effet
qu'il devroit produire fur les autres perſonnages
avec lefquels il eft mis en action & l'effet
qu'il produit effectivement fur eux.
Dans les rôles de la premiére eſpéce ,
plus l'Acteur a les perfections oppofées aux
défauts que la vérité de la reprefentation demande
qu'il imite, plus on lui fçait gré de
nous prefenter un portait fidéle de ces défauts.
Dans les rôles de la feconde efpece
moins l'Acteur a les perfections dont le pique
le perfonnage qu'il reprefente , ou celles
qu'attribuent à ce perfonnage les autres
perfonnages extravagans de la piéce , plus il
fait paroître ridicules les folles prétentions
de l'un & la bizarre façon de juger des
autres , & par conféquent plus il jette de
NOVEMBRE. 1745. 107
comique dans l'action. Le rôle d'un homme
laid , qui fait le beau , n'excitera pas autant
de rifée s'il eft joué par un Acteur à
qui la Nature ait prodigué fes dons , que
s'il l'eft par un autre qu'elle ait moins favorifé.
L'erreur d'une dupe qui prend un valet
pour un homme de qualité , nous réjouira
moins lorfque la bonne mine du valet pourra
faire excufer cette erreur , que lorsqu'il
n'aura point un exterieur qui la juftifie.
Donc bien loin qu'il foit convenable de
n'avoir que des Comédiens , dont la figure
foit élégante & diftinguée , il importe à notre
plaifir qu'ils ne foient pas tous formés
fur ce modéle .
Ils ne doivent pas cependant donner trop
d'extenfion à cette maxime ; nous leur permettons
de n'avoir pas certaines perfections ;
il ne faut pas qu'ils abufent de la permiſſion
d'avoir les défauts oppofés ; nous exigeons
même qu'ils foient exemts de plufieurs défauts
, fur lefquels nous ne frions point le
procès à des perfonnes qui ne fe deſtineroient
pas à fe donner en Spectacle .
L'exercice de leur profeffion fuppofe de
l'efprit & demande des graces. Nous voulons
que leur phifionomie nous annonce
qu'ils poffedent le prémier de ces avantages :
nous ne voulons point trouver en eux un
exterieur incompatible avec le fecond.
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
On defire que tous les Acteurs ayent une
phifionomie fpirituelle : on la defire telle ,
même à ceux qui fe propofent uniquement
de reprefenter des perfonnages de niais &
de dupes. En fait de défauts , je l'ai déja dit ,
c'eft la copie & non l'original , que nous
cherchons au Théatre , & nous ne tenons
aucun compte au Comédien de nous paroître
ce qu'il eft effectivement . Il ne peut fe
faire auprès de nous un merite de bien jouer
le rôle d'un fot fur la fcéne , qu'autant que
nous jugeons qu'il ne le joue pas dans le
monde. Nous louerons d'autant plus fon
Art , que pour en faire ufage , il eft moins
aidé de la Nature.
Quiconque eft doué d'une phifionnomie
fpirituelle , peut fe vanter de poffeder une
des principales graces , mais chés un Acteur
cette grace doit être accompagnée de
celles de l'action : celles-ci ne fe rencontreront
point en lui , s'il ne régne pas un jufte
accord entre toutes les parties dont fon
exte ieur eft compofé. Une taille trop épaiffe
ou trop mince , des bras trop longs ou
trop courts , des jambes trop groffes ou trop
décharnées , une tète qui a trop ou trop
peu de volume , nous le rendront néceffairevent
défagréable , parce que ces imperfecions
rendront néceſſairement fon action
dé. ctueufe,
NOVEMBRE. 1745. 109
Ces imperfections n'étant qu'à un certain
degré , ne fero ent peut être pas remarquées
dans un autre homme : étant feulement à ce
mème degré dans une perfonne de Théatre ,
elles y feront infupportables. Qu'un homme
fe contente de demeurer dans la foule : on
ne s'avife point de le chicaner fur une bouche
trop grande ou fur des jambes qui ne
font pas exactement bien conformées . Veutil
fixer les regards ? Sa bouche qui ne paroiffoit
que grande , paroît énorme . Ses
jambes , qui paroiffoient feulement n'être
pas dignes d'éloges , paroiffent mériter toute
notre critique. On ne nous reproche
point des défauts naturels quand nous rendant
juftice , nous ne tentons point des
entrepriſes pour lefquelles nous ne fommes
pas nés. On ceffe de nous pardonner
ces défauts , lorfque les ignorant ou feignant
de les ignorer , nous formons des prétentions
qui nous font interdites .
Non feulement il ne doit point y avoir
de difproportion dans les parties qui compofent
l'extérieur du Comédien , mais encore
il convient que fa taille ne foit pas trop
hors de l'ordre commun. Les tailles monftrueules
par l'excès de leur grandeur ou de
leur petiteffe ne font pas les feules profcrites
au Théatre . Sans être dans l'ordre du
géant ou dans celui du nain , on peut n'être
110 MERCURE DE FRANCE.
pas propre à jouer la Comédie . Il est bien
difficile qu'une perfonne trop grande réuniffe
certaines graces. La petiteffe de la
taille ne les exclud point , mais un petit
homme femble ne jouir pas des même priviléges
qu'un autre . A voir les ris qu'il excite
, lorfqu'il montre de la colere ou de la
fierté , on diroit que certaines paſſions ne
lui font pas permifes . Dumoins elt - il certain
qu'elles ne lui font pas convenables , & que
l'emportement ou le deffein d'infpirer du refpect
, s'accorde mal avec la foibleffe & avec
l'interêt d'étre modefte. Quoiqu'un Acteur
qui ne nous montre que des mouvemens
feints, nedut pas étre dans le même cas qu'une
perfonne qui éprouveroit veritablement les
mouvemens qu'elle fait paroître , cependant
il fait fur nous la même impreffion . Nous
nous mocquerions de lui fi nous le voyions
agité d'une paffion violente Nous nous rappellons',
quand fur la fcéne il nous peint
cette paffion , combien il feroit déraiſonnable
en s'y livrant hors du Théatre. Il paroitra
donc déplacé dans la plupart des rôles
Tragiques : il le fera même dans un
grand nombre de rôles Comiques , & en
géneral on ne le fupportera que lorfque le
défaut de fa taille pourra fervir à faire mieux
fentir le ridicule de fon perfonnage.. •
NOVEMBRE 1745 . Il 1
CHAPITRE II. DU IIe . LIVRE.
On a droit de demander dans la figure de
quelques Acteurs ce qu'il n'est pas effentiel
de trouver dans celle des autres .
"
L'
'Elévation des fentimens d'une Princeffe
pouvant lui faire oublier le peu de régularité
des traits d'un Héros , en faveur des
grandes qualités qui le diftinguent , nous ne
ferons point le procès fur le plus ou moins
de beauté à un Acteur tragique , même lorfqu'il
repréſentera un jeune Prince. Nous demanderons
feulement qu'il ne nous paroiffe
pas être dans l'impuiffance de faire naître
une paffion.
Dans la Comédie , ce qu'on ne croiroit
pas , nous fommes plus féveres. Comme elle
ne nous offre rien que de commun dans
les fentimens & dans les actions de fes perfonnages
, nous n'imaginons point que fes
Héros foient d'un mérite affés tranfcendant
pour triompher du coeur , fans charmer les
yeux , ni fes Héroines affés délicates pour
ne point confulter du tout leurs yeux dans
le don qu'elles font de leur coeur . Ainfi
lorfque l'Auteur ne fe propofe point de
112 MERCURE DE FRANCE. M
nous offrir le tableau d'une paffion ridiculé
, nous défirons , non feulement què la
figure de l'amant ne demente pas , mais
encore qu'elle autorife la tendreffe de la
perfonne dont il eft aimé. Ce n'eft pas affés
que l'Africe nous peigne avec des couleurs
vraies fon amour prétendu, Il faut que nous
jugions cet amour vraiſemblable , & nous
voulons pouvoir en même tems louer l'excellence
du jeu de la Comédienne , & ne
pas blâmer le mauvais goût de l'amante .
On a beau dire que c'eft à la fituation
de tel perfonnage , & non à la perfonne de
tel Acteur , que nous prenons intérêt ; qu'ainfi
il n'a point affaire à nos yeux , mais à
notre coeur & à notre efprit ; qu'on a vu
fouvent des perfonnes foupirer pour d'autres
qui étoient fort peu aimables , & que
ces bifarreries ne doivent pas nous éton- .
ner au Théatre , puifque le monde nous en
fournit tous les jours de pareilles .
Peut-être , en y reflèchiffant , fe rendroit
on à la vérité de ce raifonnement , mais on
va au Spectacle , pour fentir , non pour raifoaner
, & l'on veut , quand le rôle fuppofe
dans le Comédien les charmes de la jeu- .
neffe & de la figure , que le Comédien
puiffe plaire aux fpectateurs qui n'ont que
des yeux , de même qu'à ceux qui ont des
oreilles & du difcernement.
NOVEMBRE 1745 :
Si cet article eft effentiel au Théatre
dans un amaat , il l'eft encore plus dans les
Actrices qui jouent des rôles d'amantes
aimées & dignes de l'être . Ce n'eft pas précifément
de la beauté qu'elles ont befoin.
C'eft de quelque chofe qui vaut mieux
que la beauté , & qui agit plus généralement
& plus puiffamment fur les coeurs ;
de ce je ne fçais quoi , avec lequel une
femme paroît charmante , & fans lequel elle
eft belle inutilement ; de cet attrait vainqueur
, auffi certain de triompher toujours ,
que de n'être jamais bien défini.
En même tems que nous ne paffons point
dans la Comédie le défaut d'agrémens aux
perfonnes qui font fuppofées etre favorifées
avec juftice par l'Amour , nous fouhaitons
dans un Comédien , à qui l'Auteur préte le
nom & les fentimens d'un homme au deffus
du vulgaire , un dehors qui no dégrade point
fon perfonnage .
Quoique l'expérience nous montre que
la Nature ne proportionne pas toujours fes
dons à l'éclat de la naiffance, & que fouvent
une phyfionomie fort peu refpectable accompagne
des titres fort refpectés , nous ne
voions qu'avec répugnance un Acteur
d'une figure à laquelle un petit -maître de
Cour ne voudroit pas donner place derriere
fon caroffe , entreprendre de repréſenter ce
petit- maître,
114 MERCURE DE FRANCE.
Nous avons obfervé qu'un exterieur peu
impofant , non feulement étoit fupporté ,
mais même quelquefois étoit pour nous une
fource de plaifir dans certains Acteurs comiques.
Il n'en eft ainfi d'aucun des tragiques.
Avec des traits qui par eux-mêmes.
n'ont rien d'extrêmement diftingué , on
peut , pourvu qu'on foit le maître de prendre
un air de fierté lorfqu'il eft néceſſaire ,
fe rifquer à jouer le rôle d'un Général ou
d'un Miniftre , mais fi l'on a un viſage ignoble
, on ne doit point fe charger des rôles
les plus fubalternes dans la Tragédie .
A plus forte raifon ne doit on pas ambitionner
d'y remplir les premieres places
à moins qu'on ne puiffe foutenir par une
figure noble la dignité du perſonnage dont
on emprunte le nom. Cet avantage , qui
dans les autres Acteurs tragiques eft furabondance
de biens , eft un bien néceffaire
dans les principaux fuivans de Melpomene .
Il feroit déraisonnable d'exiger qu'ils reffemblaffent
tous à un Comédien , dont j'ai déja
fait l'éloge & la critique , & qui dans le
dernier fiécle fit revivre Rofcius fous les
traits d'Alcibiade , ou à un autre Comédien ,
à qui la Nature en faveur de Melpomene
& de Thalie prodigua fes dons les plus
rares , & qui a quitté le Théatre beaucoup
trop tôt pour nos plaifirs , Mais fi un AcNOVEMBRE
1745. 11
teur en voulant nous montrer un Héros ,
ne nous montre qu'un homme du peuple ,
il femble moins jouer fon rôle que le pa
rodier.
L'avanture d'un débutant n'eft pas encre
oubliée . Il avoit du mérite & des talens
, mais par malheur pour lui fa phyfionomie
n'étoit rien moins qu'héroïque . Un
jour il repréſenta Mithridate , & il le repréfenta
d'une maniere à fatisfaire tous les
auditeurs , s'il n'avoit eu pour auditeurs que
des aveugles . Dans la fcéne ou Monime dit
à ce Prince , Seigneur , vous changez de
vifage ! un Plaifant cria à l'Actrice , laiffez
le faire. On perdit de vue fur le champ
toutes les bonnes qualités de l'Acteur , pour
ne penfer qu'au peu de reffemblance qu'il
avoit avec un grand Roi.
La phyfionomie des principaux Acteurs
tragiques ne doit pas feulement être noble ,
il faut qu'elle foit douce & heureuſe . Thalie
n'étant occupée que du foin de nous divertir
, il n'eft pas extraordinaire qu'elle
banniffe de fes jeux tout ce qui peut s'oppofer
à l'effet qu'elle veut produire. La
terreur étant une des paffions que Melpomene
fe plaît le plus à exciter , on a plus
fujet d'être furpris qu'elle exige de fes fuivans
un exterieur, qui paroît contraire à fes
vûes. Deux réflexions font appercevoir la
116 MERCURE DE FRANCE.
raifon de cette prétendue bifarrerie . La
Tragédie peut expofer à nos yeux des actions
cruelles , même barbares , mais nous
voulons qu'elles foient les fuites de l'emportement
d'une paffion violente , & non
d'un penchant naturel pour le crime. Nous
confentons que les Héros tragiques foient
coupables , ma's nous fouhaitons de pouvoir
nous perfuader qu'ils le font malgré
eux ; qu'en fe livrant au mal , ils confervent
une espece d'amour pour le bien ; qu'ils
font entrainés dans le précipice , & non
qu'ils s'y jettent volontairement . Ce n'eſt
pas même affés pour notre délicateffe . Nous
ne fommes pas contens , fi les apparences ne
nous annoncent que ces Héros étoient nés
ponr voir leurs defirs fatisfaits , & fi le droit
qu'ils avoient d'être heureux , ne les excufe
d'avoir voulu triompher , à quelque prix
que ce fut , des obftacles qui traverfoient
leur bonheur .
海
MONSIEUR de Vaucanfon fi célebre
dans les Méchaniques vient de mettre au
jour une vraie merveille de l'Art , & cela
dans un objet de la plus grande utilité d
c'est une machine avec laquelle un cheval ,
NOVEMBRE 1745. 117
un boeuf ou un âne , font des Etoffes bien
plus belles & bien plus parfaites que les plus.
habiles ouvriers en foye.
Cette machine confifte en un premier
mobile en forme de Cabeftan qui peut communiquer
fon mouvement à plufieurs mé
tiers à la fois pour y faire toutes les opé
rations néceffaires à la fabrication des
Etoffes.
Ce Cabeftan mû par une force quelcon
que , on voit fur le métier l'Etoffe fe fabriquer
fans aucun fecours humain , c'est - àdire
, la chaîne s'ouvrir , la navette etter la
trame , le battant frapper l'Etoffe avec une
jufteffe & une égalité que la main d'homme
ne fçauroit jamais avoir.
L'Etoffe, fe roule d'elle- même à meſure
qu'elle fe fabrique ; la chaîne eft toujours
également tendue , la trame toujours (galement
couchée & l'Etofte toujours frappée
au même point & avec la même force , &
tout cela le fait fans fatiguer la foye &
fans qu'elle reçoive aucun frottement , car
la navette paffe la trame fans toucher la
chaîne ni même le peigne , & les liffes qui
font ouvrir cette chaîne ne la touchent jamais
deux fois au même endroit.
Cet ingenieux Auteur a trouvé le moyen
de déterminer la quantité de foye qu'il veut
faire entrer dans une Etoffe en don118
MERCURE DE FRANCE,
nant plus ou moins de poids au battant avec
lequel il la fait frapper, en tenant la chaîne
plus ou moins tendue , & en faifant donner
plus ou moins de trame.
Par un feul tour de manivelle il fait entrer
pour cinq fols de foye de plus par aulne
dans fon Etoffe & en tournant cette même
manivelle en fens contraire il y en fait entrer
pour cinq fols de moins , laquelle augmentation
ou diminution de cinq fols en
cinq fols peut être portée au point où l'on
veut par differens nombres de tours de
cette manivelle.
C'eft par de femblables moyens qu'il fait
devider fon Etoffe plus ou moins vite felon
que la trame eft plus ou moins groffe &
qu'elle eft plus ou moins frappée.
Les lifieres de l'Etoffe frabriquée ſur ce
nouveau métier font bien plus belles &
bien plus parfaites que celles des Etoffes
ordinaires , l'Auteur ayant trouvé le moyen
de fupprimer une piece appellée Tampia
dont on fe fert ordinairement pour contenir
l'Etoffe dans fa largeur , mais qui gâte
les lifieres par les trous que les pointes y
font.
Eft- il queftion de recharger la navette
ou de racommoder un fil caffé on arrête
le mêtier fur le champ en pouffant un Bouton
qui peut le trouver aux quatre coins
NOVEMBRE 1745. 119
du métier & fous la main d'une petite fille
prépofée pour veiller à quatre de ces mêtiers
, dont la feule occupation confie à
nettoyer la foye , racommoder les fils caf
fés & garnir les navettes qui contiennent
fix fois plus de trame que les navettes ordinaires.
Cet arrêt dont la méchanique eft toute
nouvelle & fort ingénieufe fufpend comme
un éclair tous les mouvemens du métier
dans tel état qu'il fe puiffe tourner , &
lorfqu'on le fait repartir , ce qui fe fait avec
la même facilité & la même promptitude
qu'on l'a arrété , fes mouvemens reprennent
fur le champ au même point où ils ont
ceffé ; cet arrêt d'ailleurs eft particulier à
chaque métier & fans aucun rapport des uns
avec les autres , enforte qu'on arrête celui
qu'on veut fans que les autres ceffent de
travailler , le moteur général ne diſcontinuant
point d'être en mouvement.
Un cheval attelé au premier mobile peut
faire travailler trente de ces métiers , une
chute d'eau un bien plus grand nombre ,
& fi on vouloit y employer des hommes
un feul en feroit aller fix fans peine , puifque
un enfant de huit ans en fait aller un
fort aifément . Chaque métier fait par jour
tout autant d'Etoffe que le meilleur ouvrier
quand il ne perd pas de tems,
120 MERCURE DE FRANCE, 2
L'Auteur n'a encore travaillé que pour
faire toutes fortes d'Etoffes unies , comme
le Taffetas , le Gros de Naples , le Sergé ,
le Satin & c. Des productions auffi merveil
leufes d'un genie auffi neuf & auffi étendu
que celui de M. de Vaucanfon donnent tout
lieu d'efperer qu'il trouvera les moyens de
rendre les nouveaux ouvriers de fa création
également habiles pour la fabrication deș
Etoffes façonnées & de nos plus belles Etoffes
, méme brochées en or & en argent , à
quoi l'on dit qu'il travaille actuellen ent ; il
n'eft perfonne qui ne fente tous les avantages
d'une pareille découverte qui peut
procurer à l'Etat le moyen d'avoir des Étoffes
de foye , des Toiles même , fi l'on veut,
fabriquées avec bien plus de perfection & à
beaucoup moins de frais que celles où l'on
employe des hommes qui pourroient fervir
à d'autres befoins de l'Etat.
NOUVELLES
NO VEMBRE 1745. 12F
***** &**3*3
NOUVELLES LITTERAIRES ,
des Beaux Arts & c .
THEATRE ANGLOIS 1745. 2 vol . in- 12 .
ON a déja enrichi notre Littérature de
la plupart des ouvrages Anglois qui
font eftimés . Nous n'avions qu'une médiocre
connoiffance de leur Théatre ; la Traduction
qu'avoit donnée M. Prevoft d'une
Tragédie & d'une Comédie , quelques morceaux
épars dans les mélanges de Littérature
de M. de Voltaire , étoient plus propres
à exciter notre curiofité qu'à la fatisfaire.
Un homme qui a beaucoup d'efprit & de
goût , & qui connoît à fond la Langue Angloife
, a entrepris de nous donner ce Théatre
Anglois qu'on defiroit depuis fi longtems.
On voit à la tête du premier volume
un difcours préliminaire , plein de jugement
, de vues fines , & tel que l'on peut
flater l'Auteur que dès que les Anglois connoîtront
fon Livre , ils feront à fon diſcours
le même honneur qu'il a fait aux fix piéces
de Sakeſpear qui compofent ce volume .
Tous les Lecteurs fenfés fe font réunis
pour admirer dans ces piéces un grand nom-
F
122 MERCURE DE FRANCE.
bres de morceaux fublimes. Si la barbarie
du fiécle où vivoit Sakeſpear lui a fait mêler
fouvent des chofes abfurdes aux traits
les plus grands , on voit fouvent auffi le
genie de ce grand homne lutter avec un
fuccès éclatant contre la groffiereté de fon
fiécle & l'ignorance où il étoit plongé. M.
de L. P. qui a traduit partie en Vers , partie
en Profe, nous a tranfinis dans fa Traduction
le caractére de fon Auteur , ce qui eft le plus
grand mérite qu'un Traducteur puiffe avoir,
mérite qui augmente encore lorfqu'on tra
duit un Poëte , & un Poëte tel que S. chés
lequel on voit qu'en général la Poëfie de
ftyle eft très - forte , très élevée & pleine
d'imagination. Sakefpear ou a ignoré
les régles prefcrites par Ariftote , ou ne
s'eft pas foucie de s'y affervir ; fes piéces
font Hiftoire mife en action telle qu'elle
eft , & cette forme reffemble affés à celles
de nos premiers fpectacles que l'on appelloit
Myftéres; mais quelle difference dans l'exécution
! Au refte il ne faut pas faire ici trop
d'honneur aux régles d'Ariftote ; ce n'eft
point pour les avoir tranfgreffées que Sakefpear
eft tombé dans les défauts qu'on lui
reproche ; Corneille qui les fçavoit , & les
refpectoit , a mis en les fuivant beaucoup de
chofes plates à côté des traits fublimes qui
Jui ont donné le premier rang parmi les PoëNOVEMBRE
1745. 123
tes Dramatiques. C'est parce que l'un &
l'autre vivoient dans un tems où le génie
avoit à tout moment à lutter contre le
mauvais goût , c'eſt pour avoir ignoré les
convenances & non les régles , que Sakef
pear a mis les Foffoyeurs dans Hamlet , &
tant d'autres chofes fi deplacées. Mais quoiqu'en
difent ces mêmes régles , quelques
défenfes que fallent Horace & Ariftote d'en-.
fanglanter le Théatre , ils n'empêcheront
point qu'on ne life avec beaucoup de plaifir
le monologue de Mylord Clifford , lorfqu'il
vient expirer fur le Théatre après la bataille
de Ferribridge.
Il en eft ainfi de plufieurs autres endroits .
La plupart des gens fe previennent à tort &
croyent trop légérement qu'ils ne doivent
juger d'un ouvrage que conformement aux
regies. La premiere de toutes eft de plaire.
Or toutes les Loix de la Poëtique n'ont jamais
appris à aucun Ecrivain le fecret de
toucher & d'émouvoir. L'Abbé d'Aubignac
Auteur d'un affés bon Livre fur la pratiquedu
Théatre , fit en fuivant fes principes une
Tragédie fans fautes & fans beautés , laquelle
fut impitoyablement fiflée : les régles
du Théatre n'ont jamais été faites que pour
indiquer l'Art d'éviter des écueils , le fecret
de ne pas déplaire plutôt que celui de plaire.
Un exemple va expliquer ce que ceci
pourroit avoir de trop obfcur,
Fij
124 MERCURE DE FRANCE,
L'unité de jour eft effentiellement recommandée
, quelques uns ont même voulu reftraindre
la durée de l'action à celle de la
repréfentation ; pourquoi cela ? C'eſt que
le plaifir que l'on trouve au Théatre , venant
de illufion que nous nous faiſons à
nous mêmes en prenant la repréfentation de
l'action pour l'action méme , tout ce qui
peut détruire cette illufion doit être évité
avec foin , tout ce qui peut l'entretenir &
l'augmenter doit être recherché avec attention
& obfervé avec fcrupule. Ainfi comme
il eft plus ailé de fe prêter à l'illufion lorfque
la durée de l'action n'excédera pas celle de la
repreſentation , ou des vingt- quatre heures ,
que lorfque cette même action qu'on repréfente
au Théatre en deux heures & demie
durera plufieurs jours , plufieurs mois , plufieurs
années , comme il arrive quelquefois
à Sakeſpear , on a fait en conféquence la régle
de l'unité de jour , qu'il eft prudent de
refpecter , puifque la route contraire eft femée
d'écueils.
Mais fi un Auteur Dramatique par l'intérêt
& la chaleur qu'il mettra dans fa Tragé
die , par le pathetique du Dialogue & l'élévation
du ftyle , fe fent affés de reffources
pour maîtriſer, fubjuguer l'imagination des
Spectateurs & conferver l'illufion , en fe
permettant des licences qui peuvent la
NOVEMBRE 1745 .
1745. 125
détruire , s'il eft affés heureux pour réuffir .
Alors , non feulement il eft abfurde de lui
reprocher qu'il a violé les regles, mais mê
me c'eft un nouvel éloge que l'on fait de
lui que de dire qu'il les a tranfgreffées , lorſqu'on
convient de fon fuccès , car il a eu befoin
de plus de mérite pour réuffir. Une jolie
femme plaît à tout le monde lans art &
fans foins ; celle à qui la beauté manque a
befoin de toutes les reffources de fon efprit
pour plaire , & eft obligée d'etre beaucoup
plus aimable que celle qui eft belle.
MUSA RHETORICES feu carminum
Libri fex , à felectis Rhetorices Alumnis
, in Regio Ludovici Magni Collegio elaborati
, & palàm recitati , in argumenta ipfis
propofita ab æg. ann . Xav. de la Sante
Societatis Jefu Sacerdote. Lutetiæ Parifiorum
, apud Joannem Barbou. Editio tertia.
1745. in - iz .
On fçait avec quel éclat le R. P. de la Sante
, digne Collégue & rival du célébre Peré
Poréé , a régenté la Rhétorique pendant
plufieurs années au Collège de Louis le
Grand ; il publie dans ce recueil les differentes
piéces de Poëfie qu'il a dictées à fes
Ecoliers , & quoiqu'il pretende leur en faire
honneur , & que l'on voie au bas de cha
que piéce le nom d'un des Difciples du P
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
(
de la Sante , la main du Grand Maître s'y
fait trop bien fentir pour qu'on puiffe foupçonner
de pareils ouvrages d'être les effais
de jeunes Rhétoriciens : fi cela étoit la France
feroit bien fertile en grands Poëtes Latins,
car il y en a plus de cent de nommés dans
le Livre ; mais il faut reftituer au célébre
Profeffeur la gloire qu'il a voulu partager
avec les Difciples , & qui lui appartient
toute entiere.
La fécondité de l'imagination , l'élévation
des idées , la nobleffe & la force du ſtyle ,
l'harmonie des Vers , & fur tout une Latinité
pure font le caractere de ces Poëfies.
Pour mettre les Lecteurs plus à portée d'en
juger , nous allons mettre fous leurs yeux
une des piéces qui compofent ce recueil ;
c'eft la meilleure façon d'en faire l'éloge.
SALMONEUS , five fulminis imitator
ictus fulmine.
Quid non , Ambitio , faftu male turgida cogis
Pectora ? Non unus , quem pungis acumine , Princeps
Faftidit genus ipfe fuum , Deus ardet haberi ,
Atque inconceffos Divûm fibi pofcit honores.
At dum par cupit effe Deo , Divinaque pofcit , '
Humanâ fit forte minor , fit bellua , monftrum
Sæpe fit ; hunc vinclis oneras , probrofaque mittis
NOVEMBRE. 1745. 127
Sub juga. Dum fefe Macedo Jove prædicat or
tum ,
Colla tibi fubdit . Vincis Salmonea , victum
Ad currus-religare tuos tua gloria geftit ,
Dum curru artifici Jovis haud imitabile fulmen
Hic fimulat , gaudetque parem fe ferre Tonanti
.
Scilicet hic pontem conflatum ex ære Conoro
Jufferat attolli , currumque micantibus auro
Fulgentem radiis fuper altum currere pontem .
Fulmineum elatâ currum cervice trahebant
Bis terni Alipedes ab equis folaribus orti ,
Ditibus ornati phaleris , ardentibus ignem
Naribus efflantes , fpumifque afperfa feroci
Fræna admordentes fub dente , tapetibus àrmos
Inftrati Æbaliis , quorum color igneus , igni
Parerat Æthereo . In curru radiante fedentem
Tincta colore rubro veftibat purpura Regem ,
Cujus in auguftâ fplendebat fronte pyropis
Diſtinctum diadema vibrantibus undique flammas ,
Plurima ventorum larvis induta fequentum
Turba videbatur tumidis impellere buccis
Præcipitem currum ; velut Euri , Auftrique tremendis
Fulminibus fætas impellunt flamine nubes.
Turbafed antevolans rutilantem ad fulguris inftar
Terribilem gladium dextrâ minitante rotabat .
Hos inter famulos vectus quafi nube curuli ,
Finj
128 MERCURE DE FRANCE.
Horrificam dextrâ , Sceptri vice , lampada quaf
fans ,
Et lævam armatus tædâ fumante Tyrannus,
Impellebat equos ; Simulabat in aëre nubem
Turbidus erumpens tædarum ex ordine fumus.
Pulfus equûm , pontifque fragor referebat
Olympi
Murmura , cum rauco ftrepuere tonitrua Coelo.
In quodcunque caput caderet fax Regis ab alto
Ponte vibrata , necis fententia dira cadebat ;
Utque videretur percuffum fulminis ictu ,
Immiffus caput hoc truncabat acinace miles.
Victima multa novo cecidit mactata tonanti ,
Victima nulla novum potuit placare tonantem.
Ergo manus , oculos, gemitufque ad fydera tollens
Turba , Jovem vocat æthereum , fupplexque precatur
,
Ut vel ab Elei dextrâ Jovis auferat ignes
Fulmineos , vel fe confeffus Rege minorem
Elei Jovis ante pedes fua fulmina ponat.
Jupiter ifta fuum vota increpitantia Numen
Audit , & invidiâ pariter fuccenfus & irâ ,
Ne fua mox terris vilefcant jura veretur
Jura tyrannorum faftus contundere nata .
Continuò fignum dat nubibus ; agmine facto
Ut coeant jubet , ut pugnent ; ut fulgura &
ignes
Conflictu eliciant ; ut mota cacumina Coeli ,
NOVEMBRE 1745 : 129
Utque repercuffæ quatiant fundamina terræ ,
Seque probent utriufque Deum . Dum nubila
rauco
Confligunt ftrepitu , dum frictu elifa , tot ignes
Fulguris emittunt , ut ruptis Ætna caminis
Eructare fuas credatur in æthera flammas ;
Jupiter arreptum contorquet fulmen , in ictum ,
Corpore connixus toto tanto impete nullum
· Irruerat fulmen , nifi quo periere Gigantes.
Fulminis ignivomo divifæ pondere nubes
Diffiliunt , tiepidantque metu , pavidæquè recé-
*
dunt ,
>
Ut profugas refilire jubet reverentia , fciffo
Majeftascùm fumma Jovis defcendit Olympo .
Undique facrilegum tempeftas ignea Regem
Obfidet , è dextrâ tædam excutit , excitat ignes
Longè alios ; capiti dextram percuffus inermem
Admovet , ut teneat nutantem in fronte coronam.
Nil ibijam nifi pulvis erat . Rex impius , irâ
Percitus infrendet : violenti flamma furoris ,
Ætherei flammam tantùm non fulminis æquat.
Attonitus , fed non domitus , parat ille Tonantem
Objurgare , novum nova per convicia fulmen
Acciturus er at , cum fulminis ecce prioris
Flamma per os penetrat , fibras & corpus adurit ;
Fit cinis in cineres abeunt pons , currus , &
ufti
Fr
130 MERCURE DE FRANCE.
Quadrupedes , famulique ; rogi nil indiga , ventis
Rapta cohors , nullam tumuli dat vermibus efcam.
DICTIONNAIRE de Mythologie
pour l'intelligence des Poëtes , de l'Hiftoire
fabuleufe , des monumens hiftoriques , des
bas reliefs , des tableaux &c. A Paris 1 745.3
vol. in- 12 chés Briaffon.
Le titre feul de ce Livre annonce com- .
bien il eft utile ; fi l'on ne connoît la Mythologie
on eft arrêté à tout moment en
regardant des tableaux , des ftatues , en
lifant les Poëtes , ainfi il eft indifpenfable
d'acquérir au moins quelques lumieres fur
cette ſcience.
On avoit eu jufqu'à préfent un petit
D &tionnaire poëtique , mais beaucoup trop
fuccint , voici enfin un Dictionnaire auffi
érendu qu'il étoit raifonnable de le défirer ,
lequel raffemble tout ce qu'il eft utile de
fçavoir fur la Mythologie ; l'Auteur à profité
du travail des Auteurs les plus eftimés
- qui ont travaillé fur cette matiere , tels que
Paufanias , D. Bernard de Montfaucon dans
fes antiquites Grecques & Romaines , l'explication
des Fables par l'Abbé Banier ,
I'Hiftoire fi célebre des Oracles de M. de
Fontenelle , & enfin l'excellent Théatre des
Grecs du R. P. Brumoi , ainfi ce Diction-
1
NOVEMBRE 1745. 138
naire reffemble au miel de l'Abeille compofé
du fuc des fleurs les plus odoriferantes
, & c'eft fans doute le plus grand mérite
qu'un Dictionnaire puiffe avoir. L'Auteur
qui écrit en homme d'efprit & de goût
a fait un choix judicieux , & a même donné
quelques explications que n'avoit pas données
l'Abbé Banier.
Ce livre eft donc un précis de ce qui
s'eft dit de meilleur fur la Mythologie ;
l'extenfion que l'Auteur donne à ce mot , ne
fe borne pas à l'Hiftoire fabuleufe des Dieux ,
des demi Dieux , & des Heros de l'antiquité
, quoique ce foit là proprement le fonds'
de cette fcience , & c'eft fur ce pied que
l'avoit traitée le P. Jouvency dans un petit
Livre fort bon , mais fort court , intitulé
Appendix de Diis & Heroibus , qui a été
traduit en François. M. l'Abbé de la Clauftre
Auteur de ce nouveau Dictionnaire a porté
fes vûes plus loin , & a fait entrer dans fon
Livre tout ce qui a quelque rapport à la
Religion Payenne ; c'eft - à-dire , les differens
fyftêmes de Théologie , & tous les Dogmes
qui fe font fucceffivement établis dans
les differens âges du Paganifme , les oracles
, les forts , les augures , les aufpices ,
les préfages , les prodiges , les expiations ,
les dévouemens , les évocations , & tous les
genres de divination qui ont été en ufa-
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
›
ge , les fonctions des Prêtres , des Devins ;
des Sybilles , des Veftales , les Fêtes & les
Jeux , les Sacrifices & les Victimes , les
Temples , les Autels , les Trépieds & les
Inftrumens des Sacrifices &c. Ainfi quiconque
fçauroit bien ce Dictionnaire pourroit
fe vnter d'être un homme très - fçavant &
très-verfé dans la connoiffance de l'antiquité
mais les Dictionnairets n'ont jamaisfait
de fçavans ; quoiqu'il en foit , celui- ci
fera fort utile tant par les chofes qu'il contient
, que par l'ordre dans lequel elles font
arrangées , & nous ne doutons pas que le
public ne fafle à ce Livre un accueil trèsfavorable.
DISSERTATION qui à remporté le
Prix de l'Académie Royale des Infcriptions
& Belles Lettres en l'année 1745. Par M.
de Bougainville , à Paris 1745 in - 12 . chés
de Saint & Saillant.
On avoit proposé pour fujet du Prix cette
queftion , Quels étoient les droits des Métropoles
Grecques fur les Colonies , les devoirs des
Colonies envers les Métropoles & les engagemens
réciproques des unes & des autres.
Le fifrage de l'Académie des Belles
Lettres qui a couronné M. de Bougainville ,
NOVEMBRE 1745. 133
eft un garant fûr du fuffrage du public ,
qui quoique confidéré comme l'arbitre du
fort des Auteurs , ne porte réellement de
décifion définitive fur aucun ouvrage que
d'après les Maîtres de l'Art duquel il eſt
queftion. D'ailleurs cette Differtation ne
reflemble pas à plufieurs de cette nature
dont le fujet ne comportant qu'une érudition
vafte & judicieule , mais trop forte
pour le commun des hommes , ne peut
donner lieu qu'à un ouvrage peu interef
fant pour le vulgaire des Lecteurs , quel
que eftimable qu'il foit en lui-même.
Celle- ci forme un morceau qui peut être
regardé comme un préliminaire utile à quiconque
voudra fire l'Hiftoire Grecque avec
réflexion. La vafte érudi ion qui y eft répandue
auroit fuffi pour en faire un excellent
Livre , mais de plus la méthode , la
clarté , l'élégance qui y regnent , en rendent
la lecture agréable même pour les lecteurs
profanes qui ne prennent pas à l'antiquité
le même intérêt que les fçavans. Quelles
efpérances le public ne doit-il pas conce
voir du jeune Auteur , qui dans un âge encore
tendre débute par un morceau dont
les Ecrivains les plus confommés le feroient
honneur !
LA BIBLIOTHEQUE POETIQUE
134 MERCURE DE FRANCE.
ou nouveau choix des plus belles piéces de
Vers en tout genre depuis Marot jufques
aux Poëtes de nos jours , avec leurs vies
& des remarques fur leurs ouvrages , 4 vol.
in 49. chés Briaffon Libraire à Paris rue
S. Jacques 1745 .
4º .
La beauté du papier & de l'impreffion
de cet ouvrage ont de quoi fatisfaire tous
les curieux , & quant à l'exécution & au
deffein de l'Auteur , voici ce qu'il en dit
lui- même.
39
99
ל כ
"
» On trouve communément dans les plus
petits cabiners les Poëfies de Racine
Boileau , Moliere , la Fontaine & Rouſſeau ;
» il n'en eft pas de même des Poëtes qui
les ont précédés , on qui ont vécu de
» leur tems ; les Editions en font rares pour
» la plupart on en réimprime très - peu ,
& il étoit à craindre que par l'éloignement
de tems & la difficulté de les
» trouver , on n'oubliât quantité de beaux
» morceaux qu'ils ont compofés. C'eft dans
le deffein d'y fuppléer que nous avons
entrepris ce Recueil ; il tiendra lieu dans
» les Bibliotheques des Poëtes rares qu'on
» ne recherche fouvent que pour quelques
piéces qu'on trouvera plus aifement ici .
ود
20
93
ab
Voila le plan que l'Auteur s'eft formé. Nous
ajouterons qu'on trouve à la tête du Livre
NOVEMBRE 1745. 135
f
une introduction qui comprend l'Hiftoire de
la Poëfie Françoife & fon origine , avec la
connoiffance des Poëtes qui ont précédé
Marot, en forte qu'avec ce Livre & les oeuvres
modernes des Maîtres de l'Art on peut ſe flater
d'avoir un recueil choifi des beaux morceaux
de la Poëfie Françoiſe.
IL nous a été adreffé une Lettre fort
étendue qui parle fçavamment fur un grand
nombre de chefs qui regardent l'Art d'écrire
, mais dont nous ne pouvons parler
que très-fuccinctement ; fi nous avions pu ,
comme nous le défirions , la mettre ici en
fon entier , le public y auroit trouvé de
quoi le défabufer de beaucoup de préjugés
qui font fort contraires à fes intérets ; il
paroît même que l'on fe prépare à faire
paroître à ce fujet quelques ouvrages importans.
Il y eft parlé de la maniere excellente
dont M. Royllet Maître Ecrivain
rue de la Verrerie à Paris , fe conduit à
l'égard de fes Penfionnaires , de la grande
attention qu'il a de remuer leur efprit & de
les exercer fi bien par fes fçavantes démonftrations
qu'il les met bien- tôt en état de
connoître les principes de l'Art , d'où
avec la pratique il réfulte des opérations
belles & certaines qui ne dégénerent point.
Il eft moralement impoflible , eft-il dit
136 MERCURE DE FRANCE.
enfuite , qu'étant cultivés avec tant d'affiduité
, même hors les heures de fa claffe ,
ils ne faffent un progrès rapide en ſuivant
le plan que leur trace cet habile Maître ,
pour peu que les fujets foient propres a y
répondre.
Les fleurs Briaffon , Durand & David
l'aîné , Libraires à Paris rue S. Jacques ,
croyent devoir informer le public qu'ils
avancent avec la plus grande diligence l'Edition
du Dictionnaire univerfel de Mede-.
cine , de Chirurgie , de Pharmacie , d'Anatomie
, de Chymie , de Physique & de Botanique
, in-folie 6 vol. avec figures , traduit de
l'Anglois , dont ils ont publié le projet de
foufcription il y a plufieurs mois .
La voie des foufcriptions étant ouverte
jufqu'à la fin de cette année , le premier
volume quoiqu'entierement achevé ne fera
livré que le 2 Janvier prochain conformement
à leurs engagemens , & les fuivans de
fix mois en fix mois au plûtard. On trouvera
à la tête de ce premier volume une
approbation dont la Faculté de Medecine
de Paris a honoré cet ouvrage . Elle eſt
datée du 4 Octobre dernier , vifée par M.
le Doyen & fignée par Mrs. COL- DEVILLARS
, BARON , pere , LE ROY DE S.
· AGNAN , BOUVARD , FERRET & BARON ,
NOVEMBRE 137 1745.
fils , Docteurs Régens & Commiffaires
nommés par la Faculté pour l'examiner &
lui en faire leur rapport .
Ceux qui feront curieux de jetter les
yeux fur ce premier volume & de le parcourir
auront la liberté de le voir chés les
fufdits Libraires.
L'ACADEMIE DES SCI: NCES DE DIJON ,
fondée par M. Hector - Bernard Pouffer
avoit propofé pour l'année 1745 un Prix
de Phyfique à de certaines conditions exprimées
dans fon Programme , dont l'une
étoit d'envoyer les Mémoires avant le premier
d'Avril. Un feul Auteur s'y eft conformé
exactement , les autres ont fait tenir
leurs productions trop tard , ce qui a été
caufe que le concours n'a pû avoir lieu ,
mais l'Académie ne voulant pas priver la
Phyfique du Prix qu'elle lui avoit deſtiné,
a cru devoir propofer le même fujet pour
l'année 1746 , dans l'efpérance que ceux
qui concoureront , ne laifferont point expirer
un délai fatal qui eft d'ufage dans
toutes les Académies ; ainfi celle de Dijon
annonce à tous les Sçavans que le Prix pour
l'année 1746 , confiftant en une Médaille
d'or de trente piſtoles , fera adjugé à celui
qui aura le mieux traité la queſtion fuivante,
138 MERCURE DE FRANCE.
par
Déterminer la nature des Sels les differentes
configurations de leurs cristaux.
Il fera libre à ceux qui voudront concourir
, d'écrire en François ou en Latin ,
obfervant que leurs ouvrages foient lifibles
& qu'ils n'excédent pas trois- quarts d'heure
de lecture ; ceux qui ont déja envoyé des
piéces fur cette matiere , feront les maîtres de
les retoucher , & d'en renvoyer de nouvelles
au bas defquelles ils écriront qu'on ne doit
point avoir égard aux anciennes marquées
par une telle Devife , finon elles feront lûes
dans l'état où elles ont été reçûes.
Tous les Mémoires francs de port ( fans
quoi ils ne feront pas retirés ) feront adreffés
à M. Petit Secretaire de l'Académie , rue du
Vieux- Marché à Dijon , qui n'en recevra
aucun paffé le premier d'Avril , conditions
auxquelles la plupart des Etrangers ont
négligé de fe conformer jufques à préfent
& ont perdu ainfi le fruit de leurs travaux.
Tous ceux qui ayant travaillé fur le fujet
donné , fe feront fait connoître avant la
"diftribution du Prix directement ou d'une
'maniere indirecte , feront exclus du concours.
Pour remedier à cet inconvenient , chaque
Auteur fera tenu de mettre au bas de
NOVEMBRE 1745 . 139
fon Mémoire une Sentence ou Devife , &
d'y joindre une feuille de papier cachetée .
au dos de laquelle fera la même Sentence
ou Devife , & fous le cachet , ſon nom , ſes
qualités & fa demeure , pour y
avoir recours
lors de la diftribution du Prix ; plufieurs Auteurs
qui ne lifent point le Programme avec
attention , fignent leurs ouvrages fans aucune
précaution , & s'excluent par là du
concours au grand regret de l'Académie.
Lefdites feuilles cachetées comme on vient
de le dire ne feront point ouvertes avant
le tems marqué ci - deffus , & le Secretaire
en tiendra un Registre exact ; ceux qui exigeront
un Récepiffe de leurs ouvrages , le
feront expédier fous un autre nom que le
leur , & dans le cas où celui qui auroit ufé
de cette précaution auroit mérité le Prix ,
il fera obligé en chargeant une perfonne
domiciliée à Dijon de fa procuration fimple
pour le recevoir , d'y joindre auffi le
Récepiffe.
La diftribution du Prix fe fera dans une
affemblée publique de 1 Académie , le Dimanche
zi du mois d'Août 1746.
140 MERCURE DE FRANCE.
L'ACADEMIE des Sciences, des Belles
Lettres & des Arts établie à Rouen , par
Lettres Patentes du Roi données à Lille
au mois de Juin 1744 , tint fa premiere af- ·
femblée publique dans la faile de l'Hôtel de
Ville le Mardi premier Juin 1745.
M. De Premagny Confeiller , Echevin
& Secretaire pour les Belles Lettres , en
fit l'ouverture par un difcours fur la néceffité
du travail , fur l'utilité de la critique
& fur l'établiffement de l'Académie où il fit
l'éloge hiftorique de M. l'Abbé le Gendre ,
Chanoine & Sous- Chantre de Notre Dame
de Paris bienfaiteur de l'Académie , connû
par plufieurs ouvrages , & principalement
par fon Hiftoire de France : il y fit enfuite
mention des trois Académiciens décedés pendant
le cours de cette premiere année ; fçavoir
M.Clerot Avocat, fort verfé dans l'étude
des Antiquités de cette Province ; M. de la
Houffaye de Fourmetot bon Phyficien &
qui s'étoit particulierement attaché à la Chymie
; M. de Bettencourt Avocat & Secretaire
de l'Académie pour les Belles Lettres ,
connu par nombre de Poefies ingénieufes ,
& entr'autres par une Ode adreffée à M. de
Fontenelle , au fujet de l'Académie de
Rouen ; ce difcours fut terminé par l'élo
NOVEMBRE 1745. 141
ge de M. le Duc de Luxembourg , Gouverneur
de la Province & Protecteur de
l'Académie , lequel vient de lui donner de
nouvelles preuves de fa bienveillance , en
fondant un prix annuel de la valeur de 300
liv. & alternatifpour les Sciences & les Belles
Lettres ; & enfin par celui du Roi quị
a accordé les Lettres Patentes pour l'établiſ
fement de l'Académie au milieu de fes conquêtes
de l'année derniere , dont l'heureuſe
convalefcence fut l'époque de fa fondation ,
& dont les nouveaux triomphes dans la prefente
Campagne ont été le fujet de fon premier
exercice public.
ANALYSE D'un Mémoire Jur
l'origine & le progrès de la Mythologie des
Anciens.
M. GUERIN Secretaire de l'Académie
pour les Sciences lût enfuite un Mémoire en
forme d'effai fur l'origine, le progrès & la décadence
de la Mythologie des anciens, dont
on ne donne ici que l'analyſe ; il fait voir d'abord
que l'homme ayant laiffé affoiblir l'im
preffion des verités qu'il tenoit de l'auteur
de fon être , furtout celles qui regardent la
nature de la Divinité & la création du mon
de , la Philofophie voulut fuppléer à cet
142 MERCURE DE FRANCE
que
le.
obfcurciffement , mais ne confultant
témoignage des fens , les Philofophes ne
reconnurent dans l'Univers que det x principes
, la matiere & la vertu active qu'ils lui
attribuoient ; ces deux principes donnerent
naiffance aux deux premieres Divinités de
J'Egypte , Iris & Oziris ; le nombre des
Dieux s'accrût à mefure que ce genre de Philofophie
fe dévelopa.
Les quatre élemens de la Phyfique ancienne
, le feu , l'air , l'eau & la terre ajoû,
terent quatre Divinités aux deux premieres,
Jupiter , Junon , Neptune & Pluton. Les
fubftances compofées de la combinaifon de
ces élemens en augmenterent encore le
nombre : fous un Ciel ferain où les impreffions
font vives & perpetuelles , dans un
S plein de force où les productions font
abondar tes & delicieufes , tout fut déifié par
des hon mes qui ne connoilloient prefque
point d'autre bonheur que celui des fens &
d'autre être capable d'agir fur eux que la
matiere.
C'est plus en confultant les moeurs & la
doctrine des premiers Philofophes fur les
princip es de la nature , que les Auteurs qui
ont écrit fur cette matiere , que M. Guerin
donne à la Mythologie cette origine ; on
en voit pourtant des traces , dit - il , dans
quelques anciens Mythologiftes , mais la
NOVEMBRE 1745 . 143
plus grande partie des autres ont formé
differens plans qu'on peut toujours foupçonner
d'être un peu plus arbitraires.
L'Auteur du Mémoire montre enfuite que
les Philofophes Grecs qui venoient d'Egypte
s'inftruire chés eux , prirent les erreurs
de ces derniers , & y en ajouterent de nouvelles
. La Métempficofe laquelle n'étoit
originairement chés les Philofophes Egyptiens
qu'une queftion de Phyfique qui expliquoit
les diferentes révolutions des parties
de la matiere, qui agitées par un mouvemen
inteftin & divifées en parcelles , forment
tantôt un corps , & en forment tantôt
un autre : cette Métempficofe Phyfique fervit
en Grece & en Italie aux Philofophes qui
fe méloient du Gouvernement des Etats , àકે
établir une Métempficofe des ames , fur laquelle
ils fondoient en partie la recompenſe
de la vertu & la punition du vice. Autre
exemple. Le refpect qu'on avoit pour les
Grands Hommes , les éloges qu'on en faifoit
en Egypte à leur mort donnerent lieu
à l'Apotheofe que les autres Nations firent
dans la fuite de leurs Héros ; l'abus fuivit de
près l'erreur , la flaterie déïfia des monftres
dont la mémoire auroit dú refter dans une.
éternelle exécration. Orphée qui porta dans
fon Pays le détail des cérémonies funébres
des Egyptiens , donna occafion , felon Diodore
de Sicile , à la Fable des Champs Eli
44 MERCURE DE FRANCE.
fées , & du Tartare . Chés les Egyptiens c'étoit
un ufage qui influoit dans les moeurs :
chés les Grecs c'étoit une croyance populaire
; pour nous , dit l'Auteur du Mémoire ,
nous y reconnoiffons les traces d'une ancienne
vérité.
M. Guerin montre enfuite que les Poëtes
qui étoient les Ecrivains des premiers
tems , conferverent dans leurs Ecrits ce plan
de Religion , & fervirent à perpetuer l'erreur
; ce défordre , remarque l'Auteur , ne
doit point être imputé à la Poëfie , & on ne
doit point en prendre occafion de décrier un
Art qui dans fon inftitution étoit confacré à
la Religion & à la Morale ; les Poëtes ont
parlé , comme tout autre Ecrivain l'auroit
fait, conformément aux préjugés de leur Pays
& de leur fiécle, ce n'eft point comme Poëtes
qu'ils nous ont donné de fauffes idées de la
Divinité , c'eft précisément comme Grecs &
comme Romains. On peut feulement les blâmer
d'avoir donné occafion à de nouvelles erreurs
par leurs expreffions trop figurées ; c'eft
le défaut qu'on reproche à la Poeſie d'Homere
, dont le fens qui fe prefente d'abord à
l'efprit , ne forme que des idées de Divinités
bizarres , injuftes , paffionnées .... mais il
ne peint que les actions des hommes allégorifées
par le Poëte , & non celles des Dieux
qui étoient pour lors l'objet du culte public.
L'Auteur
NOVEMBRE. 1745. 145
L'Auteur finit fon Mémoire , en diſant
que le peuple fut la trife victime de l'égarement
de l'efprit des Philofophes , de la
fauffe prudence des Politiques & de l'imagination
trop brillante des Poëtes. Telle étoit,
dit- il & plus défigurée encore , la Religion
Payenne à la naiffance du Chriftianifme.
Porphire & Jamblique , Philofophes Platoniciens
tenterent en vain de donner un
fens raisonnable à toutes ces fables , ils n'y
réuffirent pas, méme vis- à- vis des Payens de
leur tems , pour lefquels la Doctrine de ces
Philofophes étoit plutôt une nouvauté que
le renouvellement de l'ancienne Théologie
Payenne .
Lafaite dans le premier Mercure.
LETTRE de M. C. aux Auteurs du
Mercure.
MESSIEURS ,
J'ai lû dans votre Mercure du mois de
Septembre une Lettre au fujet du Procès de
M. Huchet de la Bedoyere contre fes pere
& mere appellans comme d'abus de fon
mariage.
G
150 MERCURE DE FRANCE.
La relation de cette Caufe célébre & intéreffante
ne m'a pas parû auffi exacte qu'on .
pourroit la défirer ; il s'y eft gliffé quelques
fautes qu'il eft néceffaire de corriger , & en
cela , Meffieurs, je travaille pour votre propre
gloire des Auteurs qui font profeflion
inftruire le public n'établiffent folide-.
ment leur crédit que par le triomphe de la
vérité .
Je vois qu'on retranche de l'exorde du .
Pladoyé de M. de L. B. les Morceaux qui
ont obtenu le fuffrage univerfel ; ce font des
traits defentimens qui font autant d'honneur
à celui qui en eft penetré , qu'à ceux qui en
font l'objet ; tel eft l'endroit où M. de L. B.
s'exprime en ces termes : »> Qu'il eft affligeant
pour un fils de paroître aux yeux
de la Juftice pour s'oppofer aux defirs de
fes parens ! mais telle eft l'extrémité de
ma fituation , je ne puis adopter leur fyf
tême fans manquer à mes engagemens ; &
» de quel pretexte colorer ma foibleffe
quand je fçais que ces engagemens réguliers
& refpectables fubfifteroient malgré
ma volonté & ma réclamation ; que j'ai
pour les faire confirmer des moyens victorieux
& des argumens invincibles ? eftce
donc dans ces circonftances qu'on peut
renoncer à fa défenfe ? Non , Mrs. la feule
Deliberation eft une faute , peut - être
ו ט
NOVEMBRE 1745. 147
20
» même un crime . En effet , feroit-il per-
,, mis derefter dans l'incertitude quand il s'agit
de foutenir fon état , ou de l'abandon-
64
2 ner ?
ן כ
""
93
» Si j'éprouve des agitations & des inquiétudes
, elles ne partent que des mou-
» vemens de la Nature ; deshérité par un
acte qui eft parvenu à ma connoiffance ,
je fçais que je n'ai plus rien à eſperer ni à
prétendre , mes fentimens cependant font
toujours les mêmes , tendres & refpec
tueux ; ils n'étoient point établis fur des
» motifs d'intérêt , & je fens par ce qui fe
pafle dans mon coeur , que je me confolerai
aifément de la perte de mes biens , mais
jamais de la perte de l'amitié de mes pa-
"
"
2
» rens.
Je crois que des fentimens auffi précieux
pour l'humanité & auffi conformes aux
mouvemens de refpe&t & de tendreffe que
tout enfant doit éprouver pour fes pere &
mere , mériten : bien quelque place dans
une relation où l'on rapporte littéralement
les moyens qui ont été plaidés de part &
d'autre tout ce qui fert à honorer le coeur
& l'efprit, frappe toujours agréablement , &
foit que le Lecteur trouve en lui-même les
traits qu'il admire , foit qu'il fe contente de
les applaudir dans les autres , la vertu n'en
obtient pas moins le tribut qui lui eſt dû ,
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
tant eft grand fon empire fur tous les hom
mes.
Ainfi j'aurois mieux aimé , aprés avoir copié
l'exorde de M. de L. B. placer des reflexions
au fujet des fentimens des parties ,
que de faire l'hiftoire de fon arrivée à Paris
avec M. fon pere ; ( hiftoire qui n'eft pas
exacte , M. de L. B. n'étant point venu avec
fon pere, ) que de raconter la fable de la con,
noillance de Mlle Sticotty au Théatre Italien
, avec les progrès & les dangers de
cette connoiffance trop intime ; outre que toutes
les reflexions fur cet objet ceffent d'être
intereffantes , parce qu'elles font trop fatiriques
, je vois que la vérité y eft bleffée ,
c'en eft affés pour m'allarmer , non que je
prétende juftifier M. de L. B. mais pour
avoir fait quelques fautes , eft - ce une
raifon de l'accufer de toutes celles qu'il auroit
pû commettre ?
D'ailleurs il eft aifé de fentir que ces réflexions
ne devoient jamais étre placées au
rang des faits de la caufe ; le détenfeur de
M. & Madame de la Bedoyere pere & mere
les avoit hazardées pour embellir fa narration
, mais dans un récit tel que le public
le defire , il faut facrifier les ornemens à
l'exactitude.
Je paffe aux faits & je remarque encore
qu'on fait un reproche à M. de L. B. d'avoir
NOVEMBRE 1745. 149
pris la qualité de Bourgeois de Paris dans la
publication des Bans de S. Sauveur ; l'Auteur
de la Lettre s'eft trompé , Mrs. il a été
prouvé lors des plaidoiries que ces mots
Bourgeois de Paris n'exiftoient point dans la
publication telle quelle avoit été faite , quoiqu'ils
fe trouvaffent dans la délivrance qu'en
avoient demandé M. & Madame de L.B.
pere & mere ; fi l'on veut fçavoir comment
ce fait a été établi , je ferai obferver cons
formément à ce qui eft demeuré pour cer
tain , que dans la délivrance des la sfaite le
20 Janvier 1744. on ne lit point Bourgeois
de Paris , & c'eft cette Piéce qui a fervi de
baze au mariage ; à la verité depuis qu'il a
été celébré on a délivré des expéditions où
P'on remarque ces mots , Bourgeois de Paris,
mais cette expreffion ne pouvoit avoir d'ef
fet retroactif par rapport au mariage : d'ail
leurs du propre aveu du Curé elle venoit
uniquement de la faute du Copifte qui ne
voyant point de qualité avoit crû devoir
mettre celle de Bourgeois de Paris , ainfi l'on
a dit mal à propos que M. de L.. B. avoit pris
la qualité de Bourgeois de Paris : j'efpere
qu'on ne me fçaura pas mauvais gré d'avoir
rétabli un fait auffi important.
Il me paroît également qu'on doit retran
cher la reflexion qui a été faite au fujet du
Bail de M. Sticotty : la voici telle qu'on
G iij
750 MERCURE DE FRANCE.
»
la trouve page 111 : On voit que M. de L.
» B. n'avoit fait louer cet appartement que
pour acquerir un domicile à la Dlle Sti-
» cotty fur une Paroiffe étrangere , & qu'il
»ne convenoit point à un homme tel que
» lui d'aller demeurer avec fa femme pendant
les premiers tems de fon mariage
dans deux chambres de 25 liv. par quar-
» tier au niveau du nommé Graudifaut qui
devoit occuper la troifiéme.
30
>>
„
On ne peut fuppofer raifonnablement
que c'eft M. de L. B. qui a fait louer l'appartement
de M. Sticotty ; les baux font
paffés fans qu'il foit fait mention qu'il y ait
eu aucune part , il n'y a que M. Sticotty &
fa foeur qui contractent enfemble ; pourquoidonc
appeller M. de L.B à des operations
qui font faites fans lui ? Quand on ajoûte
qu'il ne convenoit pas à M. de L. B. d'aller
demeurer avec fa femme dans un appartement
de 25 liv. par quartier,
" On
ne raifonne pas plus confequemment. M. de
L. B. en époufant Mlle Sticotty ne comptoit
pas fans doute aller demeurer avec elle ,
mais au contraire qu'elle viendroit demeurer
avec lui , fuivant l'ufage , & comme elle
y eft venue effectivement. C'eſt peutêtre
la premiere fois qu'on a propofé pour
moyens d'abus contre un mariage le prix ou
la convenance des appartemens.
NOVEMBRE. 1745. 151
Il y auroit encore quelques erreurs à rectifier
; par exemple à la page 118 on lit à
après l'expofition du fait tel qu'on vient
de le rapporter , M. L. G. a repris cequ'il
avoit dit en commençant ... Ileft
certain que M. L. G. qui fe diftingue principalement
par fon exactitude , n'a point
expofé les faits de la caufe comme on les rapporte
dans la lettre qu'on vous a écrite , Mis.
il les a puifés dans les piéces , & ils y fonť
plus fimples , plus vrais & dégagés de toutes
reflexions critiques ; j'aurois fouhaité
qu'on eût fuivi la même route , & cela étoit
bien facile ; toutes les pieces du procès font
imprimées à la fin du Mémoire ou Plaidoyé
de M. de L. B. il en eft de même de
quelques raisonnemens qu'on a mal ententius
ou mal expliqués , mais je n'écris que pour
la , vérité & je crois lui avoir rendu l'hom
mage qu'elle mérite en relevant ce qui la
bleffoit immédiatement ; le refte n'eft pas
d'une grande confequence. Dans cette matiere
la diverfité des raifonnemens étant infinie
, il n'y a que les faits qui intereffent ;
voilà la raifon qui m'a porté à les indiquer
avec la régularité qui leur convient.
Je me flate , Mrs. que vous regarderez
ma démarche moins comme une critique
de la Lettre que vous avez inferée dans
votre Mercure , que comme un éclairciffe-
G iiij
452 MERCURE
DE FRANCE
.
ment indifpenfable pour foutenir le carac—
terede vérité que vous faites briller dans vos
ouvrages ; je n'eus jamais deffein de cenfurer
perfonne , mais j'ai toujours intention
d'être fincére , & cette qualité devient un
devoir quand la douceur & la modeftie l'accompagnent
; je fuis ; Mrs. votre &c .
C ****
EXPLICATION du Logogryphe inféré dans
le Mercure de France du mois de
M
Septembre 1745.
Ademoiſelle de l'Etoile *
Qui nous cachez fous fombre voile
Un mot dont vous donnez plus d'un échantillon ,
Je gagerois bon or contre fimple billon
Qu'en faifant votre Logogryphe
Vous penfiez ( paffez moi ce petit coup de griffe )
Bien plus au jeu d'amour qu'au jeu du Corbillon
* Allufion à l'Etoile qui mafque le nom de l'Auteur
femelle du Logogryphe .
Par M. Gombaut Confeiller du Roi Grenetier
au Grenier à Sel d'Ifondun.
NOVEMBRE
1745. 153
D
ENIGM
E.
Ans l'Europe je fuis & de mode & d'uſage ;
Je répare des ans le rigoureux outrage :
Par mon art j'en impofe à prefque tous les yeux ;
On fe donne par moi l'air grave & férieux .
Ainfi donc mon pouvoir produit les deux contraire
Un Marchand autrefois eût bien fait fes affaires ,
En offrant mon ſecours au premier des Céfars ;
Le fombre Janfenifte à pour moi peu d'égards ;
Mais la Cour & la Ville en dépit de fon zéle ,
Me donnent tous les jours quelque grace nouvelle.
J
AUTRE .
E fers également les Grands & le vulgaire ;
Sans faire un peu de bruit on ne peut m'employer
:
On me découvre alors , fans fe faire prier ,
Ce qu'aux autres en montre avec bien du miftere,
Ne devinez vous pas ? Prenez un autre fens ;
e fuis fouvent utile aux pauvres Courtisans.
GT
154 MERCURE DE FRANCE .
AUTRE.
JE fuis la rivale des belles :
Je leur ôte des coeurs & j'en brûle pour elles .
Je brife ma prifon plus vite que le vent .
C'est pour m'y retenir qu'on me lâche ſouvent.
J'excite fans égard & les ris & les larmes :
Je ramene la paix ; je fais courir aux armes . 1
J'enfante la folie, & j'aide à la Raifon :
Pour l'un je fuis un bien , & pour l'autre un poifon ;
J : renverfe & foutiens ; on en rit , on en gronde.
On me trouve à la fois fur la terre & fur l'onde ;
Le plus riche mortel poffede mes faveurs ;
Le plus vil , comme lui , favoure mes douceurs :
Sage ou prostituée , il n'importe, on m'adore.
On déchauffe une belle ; on me décoiffe : quoi !
Tu ne peux cher Lecteur , me deviner encore ?
Il fautdonc que tu fois auffi bouché que moi.
BIBL
NOVEMBRE 1745 . 155
" AIR du beau Thamaris des rives de l'Eure.
Les paroles font du tendre Catulle de
la rue Trouffevache.
A Mis , ne quittons point un fi charmant azile ;
Ici l'Amour obéit à Bacchus ;
J'y verrois d'un regard tranquile
Les agrémens d'Iris & fes refus.
Voyez vous le Dieu de la Treille
Plus brillant le verre à la main ?
Amis , puifque c'eſt dans le vin
Que l'on trouve le don de plaire ,
Verfez , verfez ; je boirai fans fin.
Le mot de la premiere Enigme eft l'Eclair; Celui
de l'Enigme Latine eft Speculum. Celui du premier
Logogryphe eft Corail . On y trouve Cor , Ail ,
Roc , Lia , jimme de Jacob , car , la , Or , le Loir, Ri
viere , Leir anima!, & Loi. Le mot du deuxième eft
Eloquence. On y trouve Leçon , Coq , Eole , Enée
Ecole, vol & on .
Gvi
56 MERCURE DE FRANC
******************
SUITE DU CONTE TURC.
T
Hélamir , qui n'avoit pas vu Tézile
depuis le tems que nous étions parties ,
étoit le plus empreffé . Pour moi , je me
livrai à toute ma gaieté. Je remarquai que
le bon Derviche fe prenoit d'amour pour
ma four & pour moi ; je l'engageai à boi-
1e du vin & des liqueurs , afin de l'enflâmer
encore. Tézile lui chanta quelques chanfons
qui penferent le mettre hors de lui , & je
lui fis , pour me réjouir , des carefles dont
mon cher Delicat ne put s'empêcher de me
faire de tendres reproches.
Nous paflames la nuit dans ces plaiſirs ,
& le lendemain le Derviche , enchanté de
nous , nous fit préfent d'un Eunuque pour
nous fervir , & nous dit qu'il vouloit nous
rendre les plus belles perfonnes de l'Univers .
Allons enfemble , nous dit- il , dans un Caravanferail
qui n'eft pas éloigné d'ici , vous
y trouverez deux Juifs qui poffedent des
tréfors ineftimables qu'ils ont volés ; fongez
à vous en emparer.
Thélimir nous copfeilla de profiter de
fes avis , & nous aliâmes dans le CaravanfeNOVEM
BRE
1745. 197
tail où le Derviche nous conduifit : nous y
trouvâmes quelques Marchands qui s'y
étoient retirés , nous fumes bien reçûs &
nous nous mîmes à table avec eux .
Nous ne fûmes pas long-tems fans voir
paroître les deux hommes que le Derviche
nous avoit dépeints. Ma foeur en fit placer
un à côté d'elle , & je fis mettre fon compagnon
auprès de moi.
Le Derviche nous avoit dit , fans que
nous pullions fçavoir ce que cela fignifioit ,
que leur frere avoit danfe , nous les fimes
danfer auffi ; ils peuvent fe vanter de s'être
bien divertis ce jour là ; nous les mêmes
en tel état que nous leur emportâmes facilement
tout ce qu'ils avoient & nous les
abandonnâmes à leur deftin .
Lorfque nous les eûmes quittés , Tezile
fembla au Prince , à Thelamir & à moi
cent fois plus belle qu'elle n'étoit auparavant
, & je parus de même à leurs yeux.
Thélamir qui connoiffoit mille fecrets , nous
félicita fur le tréfor que nous avions acquis ,
fans nous dire quel il étoit.
( Siroco , en cet endroit , dit tout bas au
Baffa ; il n'en faut point douter ; elles ont
les Talifmans de beauté que les Juis avoient
pris à mes deux filles : le Baffa lui fit figne
qu'en étoit perfuadé , mais il ne voulut
pas interrompie Dely.
158 MERCURE DE FRANCE.
Quoique Delicat ( continua-t-elle ) fut
plus charmé que jamais de mes appas , il
défaprouvoit l'entreprife que nous avions
faite ; il ne voulut plus retourner chés le
Derviche , & nous fit embarquer pour l'Ifle
de Marbre noir.
Il n'eſt pas étonnant que cette Ifle foit
inconnue à tout l'Univers : les Rochers plus
noirs que du jais dont elle eft entourée ,
répandent aux environs une obfcurité effrayante
qui ne permet pas d'y aborder :
nos Matelots ne fe connoiffoient plus , &
quoique nous en euffions été prévenues ,
nous fumes épouvantées nous -mêmes de la
nuit où nous nous trouvions ; cependant
Thélamir guida notre Pilote & nous arrivâmes
fans danger,
A notre abord nous trouvâmes un Païs
charmant. Le jour le plus pur faifoit briller
la verdure ; les arbres les plus beaux &
que l'on ne voit dans aucun autre endroit
monde , élevoient leur cime à perte de
vûë ; les ruifleaux dont l'eau s'étoit philtrée
au travers des marbres rouloient leurs ondes
plus claires que le criftal fur un gravier
de mille couleurs differentes .
Les Habitans reconnurent leur Prince S
qui avoit repris fes habits d'homme , & vinrent
en foule au devant de nous ; mais ils
nous aprirent que le Roi étoit plus irrité
1
NOVEMBRE 1745. 159
que jamais contre fon fils Delicat de ce
qu'il ne vouloit pas époufer la Princeffe
Ökimpare ( c'étoit le nom de fa Coufine )
& de ce qu'il s'étoit échapé fans permiffion .
On ne lui confeilla pas d'aller à la Capitale
de l'Empire , de peur qu'il n'éprouvât
toute l'indignation de fon
pere .
Ce n'étoit point l'ambition qui me guidoit
; j'aimois mon cher Prince pour lui- même
; j'aurois cependant été ravie d'être dans
une Cour que je me figurois brillante &
de m'y voir en état de dominer. Nous fuivîmes
les avis les plus fages , & nous nous
retirâmes dans un Château que Thélamir
avoit dans un endroit écarté au milieu d'une
vafte forêt.
Ce Palais pouvoit s'appeller un féjour enchanté
, il étoit bâti d'un marbre fi poli que
les fleurs des jardins , les fontaines & les
autres objets dont il étoit environné pa-
´roiffoient dans les murs comme dans un
miroir. Les appartemens étoient d'une étendue
immenfe & parés des meubles les plus
précieux. Il y avoit fur tout un petit appartement
meublé de taffetas jaune & argent
que je me deſtinai , parce que comme j'ai
les cheveux noirs , il me féïoit à ravir. Nous
avions ma foeur & moi plufieurs femmes les
plus belles qui nous fervoient , & nous chan160
MERCURE DE FRANCE.
gions de robes tous les jours ; rien n'étoit
comparable à notre félicité ; hélas ! que
n'a -t- elle été plus durable !
Toute mon ame étoit à mon cher Deficat
, qui de fon côté m'aimoit à la folic .
Mais ma foeur qui le flattoit auffi ( feulement
parce qu'il devoit être Roi ) donnoit fouvent
des jaloufies affreufes à Théiamir. Nos
plus beaux jours étoient troublés par des
explications pleines de tendres reproches ,
dont cependant les larmes de Tézile triomphoient
toujours.
Au milieu des plaifirs dont nous jouiffions
nous apprîmes que le Roi étoit dangérculement
malade. Je confeillai à mon cher Prince
d'aller à la Cour pour fçavoir fi cette
nouvelle étoit vraie , & afin de fe montrer
aux Senateurs & aux premiers Seigneurs de
l'Empire. Il refifta long- tems à ma priere ;
il fembloit qu'il previt le malheur funefte
qui devoit nous arriver : enfin Tézile , qui
fui en parla un matin en préfence de Thélamir
, le perfuada , mais comme fon amour
pour moi l'occupoit plus qu'une Couronne
il nous promit qu'il feroit de retour
avant la nuit.
Le jour finit cependant fans que nous le
viffions arriver. Tézile qui étoit la caufe
de fon départ marquoit des inquiétudes qui
NOVEMBRE 1745. 261
paroiffoient trop tendres au jaloux Thélamir.
A mon égard je ne puis exprimer quelle
étoit mon agitation . Je me levai au milieu
de la nuit , & dans l'efpérance de le
trouver j'allai feule fur le chemin que je lui
avois vû prendre au travers de la forêt . Mon
preffentiment ne m'avoit point trompée ;
j'entendis du bruit , c'étoit mon cher Prin
ce ; il defcendit de cheval dès qu'il me reconnut
& nous nous affimes fur le gazon
pour nous faire part de nos mutuelles allar
mes.
Nous ne parlames point de fon voyage ,
le plaifir d'être réunis nous occupoit entierement
: Cher Prince ( lui difois -je , & ces
paroles doivent bien m'être demeurées dans
la tête ) c'eft vous feul que j'adore : ah ! que
ma foeur n'aime pas fi tendrement que moi !
mon cher Delicat étoit tranfporté de plaifir.
Sa tête étoit prefque colée à la mienne
& il me répondoit : Quelle eft l'ardeur dont
je vous aime non l'amour de Thelamir n'é
galera jamais celui que je reffens pour vous.
A peine Delicat eut il prononcé ces paroles
que j'entendis du bruit derriere nous ;
nous n'eûmes pas le tems de nous retourher,
& d'un même coup de fabre on nous
abbatit à tous deux la téte ; elles roulerent
fur l'herbe à quelque pas de nous.
De par Mahomet ( dit Siroco ) vous fe
162 MERCURE DE FRANCE.
7
méritiez :Pourquoi vous fervir des lieux communs
pour exprimer votre amour ? Queſt
ce que fignifie je vous adore , les autres n'aiment
pas comme moi ? Si vous euffiez dit des
chofes plus recherchées cet accident ne vous
feroit pas arrivé. Que voulez-vous , ( dit Tézile
qui prit le parti de fa foeur , ) quand le
coeur eft bien épris l'efprit ne fe donne pas
la peine de chercher ce que l'on veut dire ?
Il faut avouer , Seigneur , ( dit Dely ) que
vous êtes bien injufte ; fi on coupoit la tête
à tous les difeurs de rien , il n'y auroit
plus de fûreté dans le monde. *
Pour achever ( pourfuivit la jeune Circaffienne
) dès qu'on nous eut abbattu la tête
, j'entendis la voix de Thélamir en co
lere qui nous difoit : Parjures, répondez moi;
je vous en donne encore le pouvoir pendant
quelques momens. Infidelle Tezile , perfide Delicat
, ce n'est pas d'aujourd'hui que je m'apperçois
que vous vous aimez : quel fujet vous
ai-je donné de me trahir?
Je vis à ce difcours que Thélamir s'étoit
trompé & qu'il m'avoit pris pour ma
foeur. Hélas , lui répondit ma tête avec une
voix foible , je ne fuis point à Tézile , je
On croiroit volontiers que l'Auteur Mahométan
auroit eu peur , & que dans cet endroit il au
roit voulu parler pour lui- même .
NOVEMBRE 1745. 163
fuis à la malheureufe Dely que vous privez
du jour auffi - bien que votre ami . Thélamir
fembla faire réflexion fur fon erreur ;
je puis vous rendre la vie , reprit- il d'un
ton plus modéré ; banniffez vos allarmes.
Auffi tôt il chercha la tête du Prince , qui
ne faifoit que pouffer quelques foupirs ; il
nous mit à chacun une paftille magique dans
la bouche & nous replaça la tête fur le col.
La vertu des paftilles étoit merveilleuſe , nos
têtes reprirent parfaitement fans qu'il reftât
aucune marque qu'elles euffent eté coupées ,
mais comme Thélamir n'y voyoit goute , il
avoit mis ma tête fur le corps de Délicat
, & avoit placé celle du Prince fur mon
col.
Nous nous levâmes auffi -tôt , & nous fûmes
étourdis des differentes idées qui s'élevoient
de notre coeur à notre tête ; nous
portâmes nos mains à notre front ; ceiles
du Prince n'étoient point accoûtumées à
trouver une coëffure de femme ni les miennes
à fentir un turban , nous ne pouvions
comprendre ce que nous étions devenus.
Nous vîmes paroître dans ce moment
Tézile fuivie de plufieurs Efclaves qui portoient
des flambeaux : elle avoit entendu
fortir Thélamir , & elle avoit été allarmée
de ne me plus trouver dans mon appartement
; elle venoit nous chercher. Dès que
164 MERCURE DE FRANCĚ.
la lumiére parut , quelle fut ma furpriſe de
voir ma tête fur un autre corps que le
mien ! Ma foeur qui s'étoit approchée de
nous , crut d'abord que j'avois troqué d'ha
billement avet Delicat , mais ma robe s'étant
ouverte dans ce défordre , ma gorge
qui paroiffoit , l'affûroit du contraire.
Comme chacun aime fa perfonne plus
que toute autre , nous ne pûmes d'abord
nous empêcher de marquer un peu d'humeur
à Thélamir. Cependant Delicat m'aimoit
avec des fentimens fi tendres qu'après
un peu de réflexion il fe félicita de l'échange
qui s'étoit fait. J'ai toujours ( me ditil
) le même coeur brulant d'amour pour
vous , belle Dely , & je fuis en poffeffion
de votre tête ; mon bonheur eft parfait.
Thélamir , confus de toutes fes erreurs ,
nous dit qu'il avoit encore deux paftilles magiques
femblables à celles dont nous avions
éprouvé la vertu , & il nous propofa de recommencer
l'opération . Tout bien examiné
nous ne voulumes pas y confentir. Puifque
vous refufez mes offres , nous dit-il , ne
m'accufez donc plus de rien , & que vos
plaintes finiffent ; prenez chacun cette paftille
magique ( ajouta-t-il en nous les préfentant
) s'il arrive que vous foyez décapi
tés quelque jour vous vous en fervirez , &
chacun reprendra ce qui lui appartient,
NOVEMBRE. 1745. 、$
Nous acceptâmes fon préfent & nous retournâmes
tous enfemble au Château,
Quand nous fumes rentrés nous nous trou ,
vâmes dans un grand embarras. Ma tête
fans y penfer conduifoit le corps du Prince
dans mon appartement jaune & argent.
Mes femmes ne voulurent pas lui en per
mettre l'entrée , & me dirent qu'il n'y avoit
plus rien qui fut à mon ulage ; on me con
duifit dans l'appartement de Delicat,
Lorfque l'on me deshabilla pour me mettre
au lit , je penfai mourir de furprife
de voir tant d'hommes autour de moi
mes yeux n'étoient point accoutumés
aux objets différens qu'i's voyoient , tout
cela m'cblouiffoit & paffoit mon imagination
. Je me figurois que la tête de Delicat
qui étoit alors fur mon corps dans mon
appartement étoit aufli étonnée que la mienne
, & j'étois bien curieufe d'en fçavoir des
nouvelles : parmi toutes ces differentes idées
je ne dormis pas d'un fommeil bien tranquile.
Que vous devez ( dit Zambac ) avoir
eu de plaifir ! Vous pouvez dire que vous
avez bien connu le coeur de votre amant ,
puifque votre elprit étoit à portée de l'ex
rainer de fi près. Dites - moi , je vous prie
s'il vous aimoit d'un amour véritable ? Vous
feriez bien en état de faire des Differtations
166 MERCURE DE FRANCE.
fur le coeur & l'efprit. Vous avez eu le coeur
d'un homme & la tête d'une femme cela
eft admirable.
Ces Differtations , répondit Dely , pouroient
fort bien vous enauyer ; tout ce que
j'ai pû remarquer , c'eft que l'amour des
hommes eft dans le coeur , & celui des fem .
mes eft dans la tête avec la vanité, le caprice
& les autres paffions où l'imagination agit
plus que le fentiment. Ah ! dit Zambac , il
n'y a que dans l'Ifle de Marbre noir où cela
eft comme vous le dites ; dans tout le refte
du monde , c'eft le coeur feul qui agit chés
les femmes . Paffons fur ces réflexions , reprit
Dely ; elle nous conduiroient trop loin,
Le lendemain , continua -t elle , nous nous
regardâmes au miroir , & comme il n'eſt
rien qui ne devienne familier , nous ne fûmes
plus etonnés de nous trouver comme
nous étions. Nous n'eûmes qu'à troquer de
coëffure . Je devins une jolie blonde ( car
je vous ai dit que mon cher Delicat avoit
le vifage auffi aimable que la plus belle fille
) & le Prince étoit devenu un brun ayant
les traits que vous voyez & que j'ai repris
depuis ; dès le jour même tout le monde
dans le Palais fut accoûtumé à notre métamorphofe
.
Quelque tems après nous apprîmes la
mort du Roi de l'Ifle de Marbre noir.La tête
NOVEMBRE . 1745. 167
du Prince. Delicat qui avoit été autrefois la
mienne étoit pleine d'ambition , il voulut aller
à laCapitale de l'Empire pour le faire procla
mer Roi , mais notre embarras fut extrême : il
n'étoit pas poffible que l'on reconnut l'un
de nous pour hétirier du Sceptre ; c'étoit
une fille qui avoit les traits du Prince , &
le Prince étoit méconnoiffable avec un autre
vifage que celui qu'on lui avoit toujours
vu : de raconter aux Senateurs & aux premiers
Seigneurs de l'Empire notre avanture ,
ils n'y auroient jamais ajoûté foi ; nous avions
eu bien de la peine à la croire nous-mêmes ,
quoiqu'elle nous fut arrivée. Cependant mą
tete l'emporta , & nous allâmes mon amant
& moi nous préfenter aux Etats affemblés.
Nous trouvâmes que le Roi lui-même
quand il s'étoit vû prêt de mourir avoit prof
crit fon fils , & placé fur le Trône la Princeffe
Okimpare. La plupart des Grands &
des Sénateurs déclaroient ouvertement qu'ils
lui auroient préféré le fils du défunt Roi
s'ils avoient pu le connoître , mais on ne
le pouvoit voir ni en Delicat ni en moi,
On nous regarda comme des impofteurs ;
nous fumes enfermés dans une tour du Palais
& la nouvelle Reine nous fit faire no
tre procès.
Peu de jours après notre emprifonnement ,
Tézile & Thélamir qui nous avoient fuivis ,
168 MERCURE DE FRANCE.
vinrent nous annoncer que nous étions jugés
: ils nous dirent qu'ils avoient été dans
une inquiétude mortelle fur le genre de fupplice
que l'on nous deflinoit , mais que par
un bonheur inoui , nous étions condamnés
à avoir la tête tranchée .
Je dis franchement à ma foeur que je ne
voyois rien là de trop réjouifiant. Quoi ,
me dit Thélamir , ne concevez - vous pas
que dès qu'on vous aura coupé la tête je
ferai ufage des paftilles magiques que je vous
ai données, & que ... il n'eut pas le tems
d'achever ; Okimpare avoit donné des ordres
précis ; l'échafaut étoir dreffé ; on nous
conduifit dans la grande Plice qui étoit
devant le Palais , oùles principaux de l'Empire
& les peuples étoient aflemblés.
Le boureau fit d'abord fauter ma tête
de deffus les épaules du Prince ; dans l'inftant
ma four & Thé amir volerent fur l'échafaut
; ce dernier fe failit du coutelas &
coupa la tête de Delicat que j'avois . Ma
foeur mit une des paftilles magiques dans
ma bouche & remit fur mon col ma tête
naturelle ; elle reprit au mieux ; Thélamir
en fit autant à mon amant , & dit à haute
voix , en le préfentant au bord de l'échaf
faut : Sénateurs , & vous peuples reconnoiffez
le Prince Delicat , le fils de votre Roi , & votre
légitime Souverain, Les Sénateurs & les
peuples
་ |
NOVEMPRE. 1745. 169
peuples jetterent des cris dejoye , & tout le
monde reconnut Delicat pour fon Maître.
Okimpare qui étoit fur un balcon du l'alais
s'évanouit de défeſpoir & fut emportée chés
elle.
Je courus à mon cher Prince pour l'embraſſer
, mais hélas ! je m'apperçus que fon
vifage pâliffoit ; je vis les yeux qui perdoient
leur éclat & qui fe couvroient d'un nuage.
Ah ! me dit -il d'une voix prefque éteinte ,
je me meurs , ma chere Dely , mais je meurs
Roi & fidelle;je vis dans ce moment qu'une
artére de fon col n'avoit pas bien repris &
que le fang de mon cher Prince couloit
fous fa robe ; le ma heureux Delicat ne put
fe foutenir plus long-tems ; il tomba à nos
pieds & il expira.
Tranfportée de fureur , d'amour , & de
défefpoir , je pris le coutelas qui étoit tombé
fur l'échafaut , Thélamir voulut me faifir
la main dans la crainte que je ne me
perçaffe ; je le punis lui- même d'avoir mal
remis la téte à mon cher Prince & de nous
l'avoir coupée dans la forêt ; je le frappai
au milieu du coeur ; il tomba mort auprès
de mon amant. . .
Chacun donnoit toute fon attention à une
hiftoire auffi furprenante , lorfque l'on s'apperçut
que Dely ne pouvoit plus pourfuivre
, & que fon vifage fe couvroit d'une
H
170 MERCUR DE FRANCE.
pâleur mortelle ; Tézile étoit tombée fur
les couffins ou elle s'étoit affife ; le fouvenir
du malheur ,funefte que Dely racontoit
avoit fi fort touché les deux foeurs qu'elles
étoient évanouies. Zambac ordonna à fes
femmes d'employer tous leurs foins à les
foulager & les fit emporter dans un appartement
proche du fien.
On fit diverfes réflexions fur l'hiftoire
que Dely venoit de raconter. Ibrahim qui
étoit accoûtumé à chercher & qui n'avoit
autre chofe dans l'efprit , dit que tandis que
les deux jeunes Circaffiennes étoient éva -
nouies, on devroit voir fi elles n'avoient point
fur elles les Talifians des deux filles de
Siroco. Le Baffa lui reprocha cette penſée ,
qui en efiet n'étoit pas bien réguliere; quoi !
mon fils , lui dit- il , méprifez- vous ainfi les
droits de l'hofpitalité ? Ces deux belles filles
nous ont fort bien dit qu'elles n'étoient
point nos esclaves & que nous ne devons
rien obtenir d'elles que de leur gré ; attendons
jufqu'à demain , nous trouverons peutêtre
le moyen de les intéreffer en notre faveur.
Ces deux belles perfonnes ( dit Zélide
) ont fort bien penfé quand elles ont
fait ferment de ne contribuer au bonheur
d'aucuns amans : fi j'étois féparée de mon
cher Haffan , je voudrois que tout le monde
partageât mon malheur. Haffan qui étoit
NOVEMBRE. 1745 . 171
à fes pieds , jetta fur elle un regard qui peignoit
la joye & la tendreſſe .
Cependant minuit approchoit. Néangir
qui étoit placé auprès de la belle Juive ,
lui montroit le portrait de la charmante Argentine
& entendoit avec un plaifir extrême
qu'elle étoit plus belle encore qu'on
ne l'avoit dépeinte. Toute la compagnie
étoit dans l'attente des deux Montres qui
devoient venir retrouver Sumi : le Baffa
avoit ordonné que toutes les portes fuffent
ouvertes pour que rien ne les empêchât d'entrer
dans le Palais , mais on trembloit en
même-tems que celui qui les avoit achétées
le matin ne les eût montées par hazard &
qu'elles ne revinflent pas cette nuit , lorf
qu'on vit entrer le jeune Page que le Baffa
avoit banni ce foir là de fa préſence.
Le Baffa le regarda avec colere. Azemi , lui
dit-il , ( c'étoit le nom du jeune Page )
eft- ce ainfi que vous obéillez à mes ordres ?
Ne vous avois-je pas défendu de paroître
devant moi ?
Seigneur répondit modeftement Aze
mi ) j'étois en dehors auprès de cette porte
, d'où j'ai entendu le récit des deux belles
danfeuſes : je vois que vous aimez les hif
toires ; je viens vous en raconter une qui
ne fera pas fi longue , mais qui vous interreffera
beaucoup davantage. Ayez la bonté
Hij
172 MERCURE
DE FRANCE
.
de l'écouter & fi elle ne vous plaît pas ,
faites moi punir féverement. Je le veux ,
dit le Bafla ; prends bien garde à ce que
tu vas dire .
Mon fouverain Seigneur ( reprit Azemi )
je me promenois
ce matin dans la Ville.
J'ai vu un homme qui marchoit à côté de
moi , fuivi d'un efclave de bonne mine. Cet
homme eft entré chés un Boulanger
où il
s'et fait donner du meilleur pain , dont il
a chargé fon Efclave . Il eft entré enfuite chés
un Marchands
de fruits. Il a achété les plus
excellens qu'il a pu trouver , qu'il a donnés
de même à celui qui l'accompagnoit
. Nous
avons paffe dans le marché où il a pris le
meilleur gibier & de toutes fortes d'épices
ries pour l'affaifonner
, qu'il a encore don
nées à celui qui portoit les autres provifions....
Ah! fur mon ame ( dit Siroco
) Azemi aura cinq cent coups de bâton
fous la plante des pieds ; fon récit n'eft
point intérellant. Attendez quelques momens
, dit le jeune Page ; on ne peut juger
des chofes que quand on en a vû la
fin.
- L'inconnu ( continua le Page ) a dit enfuite
à fon Elclave , portez tout cela à la
maifon & que le fouper foit prêt ce foir à
minuit ; j'aurai compagnie , mais nous n'avons
qu'une heure à demeurer à table. L'Efclave
l'a quitté pour exécuter fes ordres,
NOVEMBRE . 1745. 173
J'ai encore fuivi de loin cet inconnu &
je l'ai vu acheter une montre qui m'a paru
d'argent , qu'il a miſe dans fa manche &
qu'il a emportée , & à quelque pas de là ,
je l'ai vu ramafler une montre d'or qu'il a
trouvée à fes pieds . J'ai couru à lui & j'en
ai retenu ma part : il m'a dit que cela étoit
jufte & m'a conduit dans fa maifon pour
partager; là il m'a donné quatre cent fe
quins pour la moitié du bijou qu'il avoit
trouvé en ma piéfence , & m'a congédié.
Je me fuis rendu enfuite à mon devoir ,
& je vous ai accompagné , Seigneur , quand
vous êtes entré chés le Cadi . J'ai entendu
par l'hiftoire des trois Juifs de quelle importance
étoient les deux montres que j'avois
laiffées à celui qui m'avoit donné les
quatre cent fequins ; j'ai couru chés lui ; il
étoit forti , je n'ai trouvé que fon, Efclave
qui m'avoit vu avec lui quelques momens,
auparavant & qui m'a pris pour un de fes,
amis. J'ai dit que j'avois oublié de dire quelque
chofe d'important à fon maître ; il m'a
fait entrer pour attendre qu'il fut revenu . J'ai
vu les deux montres fur une table,j'ai mis à la
place de la montre d'or les quatre cent fequins
qu'il m'avoit donnés & à la place de la montre
d'argent trois fultanins que je fçavois qu'elle,
lui avoit coûté , & j'ai écrit fur un papier
que j'ai laiffé fur la même table , puifque vous
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE.
avez parlé de ſouper à minuit , vous connoif
fez les deux montres . Vous fçavez qu'elles
ne restent jamais à celui qui les achete on
qui les trouve ; il est bien heureux quand il
peut ravoirfon argent. J'ai emporté les deux
montres & dans le moment je viens de les
monter ; Aurore & Argentine font à l'heure
que je vous parle enfermées à double tour
dans ma chambre.
A ces mots Siroco tranſporté de joye
fe jetta au col d'Azemi & tout le monde
penfa l'étouffer à force de l'embraffer. Néangir
, plus ardent que les autres vouloit aller
trouver fa chere Argentine & enfoncer la
porte d'Azemi fans fçavoir où étoit ſa chambre.
Monfeigneur , dit le Page , attendez un
moment ; je vais fatisfaire votre impatience,
Il fortit en effet & revint dans le même
inftant en conduifant par la main la belle
Aurore & la charmante Argentine, Zélide
courut à elles pour les embraffer , & Siroco
ne put retenir les larmes que lui arracha
le plaifir de revoir deux filles fi charmantes
qu'il avoit perdues depuis fi longtems.
Zambac les fit placer auprès d'elle &
ne pouvoit fe laffer d'admirer leur beauté.
Néangir trouvoit fa chere Argentine mille
fois plus adorable qu'elle ne lui avoit paru
dans le portrait que Siroco lui avoit donné.
Tandis que tout le monde étoit dans l'adNOVEMBRE.
1745. 175
iration des deux charmantes foeurs , Ibra
him s'approcha de la belle Aurore & ſe jettant
à fes genoux il cherchi dans les plis de
fa robe ; dans le cinquième pli il trouva le
grain de corail qu'il avoit perdu. Il fut
comb'é de joye à cette vûe : il l'enfila
promptement avec les quatre-vingt dix-huit
grains qui lui reftoient & , dit avec tranſport,
le Tesbuch , eft complet je ne chercherai plus .
Haffan à ces mots ne put diffimulér fa
trifteffe ! eh moi , dit- il en foupirant , je dois
pleuter encore , & je ferai feul malheureux.
c'étoit du moins une confolation pour moi ,
mon cher frere , de vous voir courir dans
notre chambre tandis que j'étois plongé
dans la plus vive douleur. On tâcha de confoler
Haffan en lui repréfentant que l'on ne
pouvoit manquer le Derviche qui avoit emporté
le fac de taffetas couleur de roſe.
•
Comme Néangir étoit encore pénétré de
la crainte qu'il avoit eu que l'inconnu qui
avoit achété le matin les deux montres
ne les eût montées à minuit , fi Azemi n'avoit
pas eu l'adreffe de les lui enlever , il
demanda à Argentine fi elle fçavoit quel
étoit cet homme & d'où il avoit pu tenir
leur fecret. Tout ce que j'en puis dire , lui
répondit Argentine , c'eft le Muzulman chés
qui vous couchiez hier quand vous nous
avez oubliées. En fortant de votre chambre
7
Hij
176 MERCURE DE FRANCE.
,
tandis que vous ouvriez votre porte pour
nous fuivre fur l'efcalier , nous entendîmes
quelqu'un qui difoit , j'ai bien compris
les difcours que vous veniez de tenir dans
la chambre de mon hôte ; allez , aimables
enfans dès demain je vous achèterai
& je ne ferai pas fi négligeant que lui .
Que nous vous avons d'obligation,mon cher
Azemi ( dit Néangir en embraffaat encore
le jeune Page ) cet homme auroit joui de
la vue de mon adorable maitreffe : qui peut
fçavoir ce qui lui feroit arrivé auffi -bien
qu'à fa foeur. Ah ! Seigneur , dit le Page ,
vous vous allarmez trop ; les provifions qu'il
avoit faites montrent bien qu'il ne vouloit
que les régaler à fouper.
On s'empreffa à fervir les deux foeurs.
Elles mangeoient quelques fruits : le Baffa
fit apporter le flacon d'Amour parfait que
Zélide lui avoit confié ; Neangir en verfa .
lui- même à ſa chere Argentine , & Ibrahim
en prit aufli avec la belle Aurore : auffi- tôt
leurs yeux brillerent d'un feu nouveau & ils
fe jurerent tendrement de s'aimer toujours.
La joye étoit fi grande que l'on ne faifoit
pas attention qu'elle ne devoit durer
que jufqu'à une heure . Cette heure fatale
fonna ; les deux filles du Gouverneur d'Alexandrie
difparurent & redeviarent montres,
La fuite dans le Mercure prochain.
NOVEMBRE. 1745. 177
N
Ous avons annoncé le mois paffé l'entreprife
du fleur Gautier , pour 8 planches d'Anatomie
qu'il propofe par foufcription ; nous n'eûmes
pas le tems alors de nous étendre d'avanta
ge fur cette entrepriſe utile ; pour ne rien laiffer
à defirer au Public , nous allons donner une Def
cription de ce que contiendront ces huit planches
; elles font de grandeur naturelle ; la tête
eft en fon entier jufques aux deux premieres
côtes vûë par la face , & jufqu'à l'angle inférieur
de l'omoplate , dans celles qui font vûës poftérieurement
, la premiere figure eft de profil , & nous
repréſente l'état naturel d'une tête fraîchement
diffequée par les mains d'une habile Démonftrateur
c'eft Monfieur Duverney ) Un fimple
étudiant y diftingue d'abord les os , les mufcles
, les tendons , les aponévrofes , les tégumens ,
la direction des fibres , fans la confufion que l'on
trouve dans les Eftampes noires , où l'on prend
quelquefois les acheures pour des fibres & les
tendons pour des parties charnuës ; il femble que
l'Art d'imprimer en tableaux eft inventé expreffément
pour repréſenter aux yeux des amateurs
des Sciences dans un porte - feuille ou dans un cabinet
une infinité de piéces rares que l'on n'avoit
auparavant qu'avec des frais confidérables en
parti s féches , lefquelles ne confervoient aucunement
l'état naturel de la vraie démonſtration ; -
un mufcle fraîchement développé fait paroître
fon tendon , fon aponevrofe , & la partie char➡
nue dans fa naiffance & dans fon infertion avec
fes couleurs , une partie féche conferve véritablement
les attaches , mais on n'y voit point ce
H Y
"
178 MERCURE DE FRANCE.
différens accidens ; il faut toûjours les barbouil
ler avec des ingrédiens pour les conferver , &
quand on vient à l'étude du naturel dans un fujet
diffequé , on trouve qu'un muſcle qui paroît
alors comme dans les tableaux imprimés de jufte
proportion , épais , rond , & chamu , tiffu de fibres
vermeilles , terminé par des tendons argentins
bluâtres , quelquefois dorés , n'eft au contraire
dans une piéce féche que ſemblable à la
corde d'une baffe de Violon , quelquefois même
tortillé par la féchereffe , fujet aux vers &
à une odeur infupportable. Je ne dis pas que l'un
& l'autre ne foit utile à la parfaite étude ; mais
dans ces figures ci le chemin eſt affûré ; le naturel
eft toûjours préfent aux yeux , cette nature
admirable que l'on ne peut pas conferver , s'y
trouve pour ainfi dire perpétuée : on ne fera aucun
paralelle ici des Eftampes noires aux tableaux
imprimés en ce qui concerne l'Anatomie :
cette question a été décidée univerfellement."
On voudroit bien que l'on donnât une fuite de
Plantes dans le même goût , & de tout ce qui
regarde l'Hiftoire naturelle ; la Médecine , la Phar
macie , & la Chirurgie poffederoient alors de véritables
tréfors pour l'utilité de leurs Sciences.
La feconde figure eft auffi vûë de profil ; les
premiers muſcles font enlevés , & l'on voit les
mufcles fuivans en entier. Le globe de l'oeil furtout
eft admirablement bien fitué dans fa foffe orbiculaire
, fufpendu par fes fix muſcles , à côté ,
Porbiculaire fe trouve renversé , & le releveur de
la paupiére hors de fa fituation porté comme
du fujet naturel on eût voulu découvrir cette partie
pour appercevoir le globe qui paroît vouloir
fe remuer.
Ces Figures font fi naturellement dépeintes que
NOVEMBRE . 1745. 179
fafpect furprend & émeut ; il femble que le fujet
eft préfent , mais on s'y aprivoife aifément
quand l'amour de l'Art en fait connoître les beautés
.
La troifiéme Figure a la face en racourci , le
col diffequé , & ne cede en rien à la beauté des
autres.
La quatriéme repréfente le Larinx d'une délicateffe
& d'un vrai étonnant .
un mor-
La cinquiéme & la fixiéme à la gravûre def
quelles l'Auteur travailloit ( car les cinq dernieres
piéces font prêtes , & les tableaux en état , mais
on ne les livrera cependant que du premier Février
prochain au dernier Avril avec
ceau d'augmentation que l'Auteur fe prépare de
donner auffi au même-tems ) La cinquiéme &
fixiéme piéce , dis-je , font vûës par derriere jufques
à l'angle inférieur de l'omoplate , & quoique
la face ne paroiffe pas , il femble qu'elles font
avec tous leurs muſcles dans differens mouvemens.
> La feptiéme eft de même vûë par derriere
mais extrêmement rare ; les muſcles vertebreux ,
ceux de la tête font bien & naturellement repréfentés
, l'extrêmité des apophifes traverfés de chaque
vertebre fe voit auffi en fon lieu. On est char
mé de voir cet affemblage admirable de la ftruc.
ture de notre corps.
La huitiéme repréfente la langue détachée , la
machoire détachée , & les mufcles antérieurs du
col. Tous les Sçavans applaudiffent à cette entreprife.
Le fieur Gautier privilégié du Roi demeu
re ruë S. Honoré au coin de la ruë S. Nicaife
; on foufcrit chés lui , & chés le fieur Mangin
Greffier des Bâtimens rue Bourtibourg , & chés
le fieur Quillau pere , Libraire Imprimeur de
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
l'Univerfité de Medecine rue Galande , on ne
fouferira que jufques au premier Fevrier : la foufcription
eft de 12 liv. en foufcrivant on reçoit les
trois premieres figures avec leurs Tables explicatives
en beau papier de pareille grandeur : on
diftribue le profpectus chés le fieur Gautier.
L
SPECTACLES.
'Académie Royale de Mufique continue
les reprefentations du Ballet des Fétes
de Polimnie ; la foule augmente de jour en
jour , ce qui eft la preuve la plus certaine du
fuccès. M. Rameau a déja éprouvé plus d'une
fois que fa Mufique gagnoit à proportion
qu'on la connoiffoit davantage ; nous avons
oublié en rendant compte des paroles , de
dire qu'elles font dédiées au Roi , & que
l'Auteur a eu l'honneur de les prefenter à Sa
Majefté.
Le public a vû avec plaifir que dans plufieurs
endroits de cet Opera l'éloge du Roi
eft fouvent enveloppé fous la fiction du
Poëme.
Cet Art de l'Auteur brille fur tout dans
F'acte de Stratonice , où peignant un Roi
NOVEMBRE . 1745 . 181
que la Victoire vient de couronner de fes
lauriers & qui aime fon peuple autant qu'il
en eft aimé , il a donné le portrait le plus
fidéle, & par conféquent l'éloge le plus complet
du Monarque qui fait aujourd'hui l'admiration
de l'Europe & les délices des François.
L'Académie Royale de Mufique fait de
concert avec les Penfionnaires du Roi les
répetitions du Ballet du Temple de la Gloire
dont les paroles font de M. de Voltaire
& la Mufique de M. Rameau. Cet Ouvra
doit être exécuté à Verſailles , au retour
de S. M. fur le magnifique Théatre confpour
l'augufte hymen célebré au comge
truit
cement de cette année.
L'Opéra a déja donné quelques bals fur
fon Théatre du Palais Royal.
Le jour de la Fête de la Touffaints on a
donné, fuivant l'uſage , dans la fale des Thuilleries
le Concert Spirituel.
Les Comédiens François ont remis pendant
le voyage de Fontainebleau fur leur
Théatre de Paris la Tragédie de Penélope ,
ouvrage de M. l'Abbé Geneft , qui ſoutient
depuis un demi fiécle une brillante réputation.
Le public a reçu cette piéce avec
beaucoup de fatisfaction , & a temoigné par
182 MERCURE DE FRANCE.
fes applaudiffemens combien il étoit content
des Acteurs qui l'ont repréſenté. Mile
Clairon a joué parfaitement le rôle de Penélope
, Mrs de la Noue , Rozeli & Dubois
ont réuffi avec diftinction dans les perfonnages
d'Uliffe , de Télemaque & d'Eubée.
Le 2 Novembre on a donné la premiere
repreſentation de la Tarentule petite Comédie
en Profe d'un acte , fuivie d'un divertiffement.
Le 13 on a remis les Machabées, Tragédie
de M. de la Motte de l'Académie Françoife
, laquelle fut jouée autrefois avec un
grand fuccès
SEPTIEME fuite des reflexions fur les
Ballets
L'année 1628 les Penfionnaires du Collége
de la Ville de Reims danferent un
Ballet en réjouiffance de la réduction de la
Ville de la Rochelle , dont le deſſein , en forme
de vieux Roman , étoit la conquête du
Char de la Gloire par legrand Théandre : en
voici l'argument.
Les Géans de la tour noire fe fiant à la
force de leurs charmes firent publier un cartel
dicté par l'Orgueil qui invitoit tout les
Chevaliers errans à la conquête du char ‘ de
la Gloire.
NOVEMBRE . 1745. 183
Lindamor defirant châtier l'infolence de
ces Sauvages , fait une partie avec trois de ſes
amis pour les aller combattre. La tour noire
étoit remplie de charmes , & il n'y avoit
nul moyen d : l'ouvrir qu'avec le fon d'un cor
enchante que les Géans avoient attaché à la
porte, Lindamor le fonne ; les Géans averti
de l'aventure qui fe prefente fortent fur lui
& fur fes compagnons. La partie n'étant pas
égale , Lindamor eft contraint de fe retirer
& de laiffer les compagnons de fa valeur
entre les mains des Géans qui les chargent
de fers & les lient à la porte de la tour pour
y fervir de trophée à leur orgueil. Quelques
Bergers de la contrée qui avoient vu le combat
de Lindamor & des Géans , perfuadent
Cafpis de s'employer en faveur des infortunés
Chevaliers abandonnés par la Victoire ;
ce Berger fupérieur dans la Magie fe prefente
aux Captifs & d'abord brife leurs fers
& leur procure la liberté. Lindamor fatisfait
de l'action généreuſe de Cafpis , concerte
avec lui les mefures néceffaires pour fe
venger des Géans de la tour noire. Il apprend
du Berger enchanteur que l'épée de
Cloridan doit feule achever cette entrepri
fe , & que pour poffeder cette fatale épée il
faut endormir le dragon à qui les Géans en
ont confié la garde . Cafpis fe charge de cette
opération & l'exécute heureuſement , mais
184 MERCURE DE FRANCE.
pour avoir l'épée de Cloridan il falloit quelque
chofe de plus que d'endormir le Dragon.
Le Berger magicien évoque l'ombre
de Cloridan pour fçavoir de lui -même ce
qu'il falloit faire pour fe fervir utilement de
cette épée; l'ombre évoquée leur apprend
que Theandre feul eft capable de s'en fervir.
Le bruit de cet Oracle s'étant répandu , Vulcain
ſecondé de fes Ciclopes prépare des armes
victorieufes pour Théandre , qui conduit
par la Renommée & fuivi de Lindamor
court où l'épée de Cloridan étoit gardée ,
fe faifit de cette épée après avoir enchainé
le Dragon , fe préfente à la parte de la tour
noire , la fait ouvrir au fon du cor , défait
les Géans , tire de la Tour le Char de la
Gloire , y attache les Géans vaincus &
triomphe enfin des armes & des enchantemens
de les ennemis.
Ce projet qui tient de la conduite des anciens
Romans , eft une allégorie de la prife
de la Rochelle. Théandre eft le Roi Louis
XIII. Le Berger enchanteur Cafpis, eft le
fameux Cardinal de Richelieu Premier &
principal Miniftre de ce Monarque.
Lindamor, le Roi HENRI III , qui n'étant
encore que Duc d'Anjou avoit en vain tenté
le fiége de cette Ville rebelle ; l'épée de
.Cloridan eft celle du GRAND CLOUIS ; la
tour noire repréſente la Rochelle , les enNOVEMBRE.
1745. 185.
chantemens figurent l'Héréfie & la révolte.
Ces deffeins allégoriques font les plus
ingénieux & les plus propres pour le Ballet,
pourvû qu'ils foient naturels & aifés à concevoir.
VERS à M. Raux le fils.
Toi dont l'amour des Arts forme entre nous
les noeuds ,
A ce titre accepte mes voeux .
Pourois - tu refufer de trop juftes fuffrages ?
Que d'autres dans leurs Vers élevent de faux
Grand's ,
Le Mérite réel reçoit feul mes hommages ,
Je ne chante que les talens .
Approuve les tranſports de l'ardeur qui m'enflâme;
Dis-moi par quel pouvoir fous tes adroites mains
L'émail obéiffant femble emprunter une ame ?
Rival de Promethée aux moteurs fouverains
Aurois -tu dérobé des rayons de la flâme
Dont ils animent les humains ?
Tu veux , foudain naiffent mille prodiges..
La Nature fe peint , & vit dans chacun d'eux.
Tu fçais , docte enchanteur, tromper par tes prefti
ges
186 MERCURE DE FRANCE.
L'efprit même ainſi que les yeux.
Comme Titon , ce mortel genereux ,
Tu confacrâs aux Arts l'image du Parnaffe ,
Apollon ne fçauroit te récompenfer mieux
Qu'en t'y refervant une place.
Raux le fils , Marchand de Bijoux en émail
ruë du Petit- Lion , aux armes du Dauphin , dư
côté de la rue S. Denis , vend toute forte de petites
Etrennes en émail , d'un deffein ingénieux
capables de furprendre agréablement ceux à qui
ces petits préfens font faits , tels que de petits
cabinets de carton à la façon des cabinets de la
Chine , renfermant des perfonnages d'émail , des
hommes , des femmes, des joueurs , des Muficiens ;
plus de petits corps de logis de même matiere, avec
des appartemens fort jolis, où fe paffent des histoires
véritables Par exemple dans l'un eft repréſentée
celle du fameux Vertvert. Le même Raux a fait en
émail le Parnaffe de M. Titon , piéce fort élégante ,
qui fe montre chés lui indifféremment à tous les
Curieux . Au refte on y trouve de ces petits onvrages
à tout prix , depuis un écu jufqu'à dix
Louis . Cet ingénieux Artifte produ't tous les ans
quelque chofe de nouveau & de galant , qui n'a
point encore paru. Ce qu'on ne doit pas omettre
, eft qu'il donne des leçons de fon Art à ceux
qui en veulent faire ufage pour leur amufement.
L
Efieur le Rong , Ingénieur Géographe du Roi
à Paris rue des Auguftins , vient de donner
une nouvelle Carte de France fur les nouvelles obfervations
de Meffieurs de Caffini & Grimaldi ; cette
Carte et fort differente des anciennes.
NOVEMBRE 1745. 187
Plus une nouvelle Carte des Pays Catholiques ,
contenant la Flandre , le Hainault , le Brabant
l'Artois & le Luxembourg.
Le Plan de la Bataille de Sohr gagnée par le Roi de
Pruffe fur les Autrichiens le 30 Septembre dernier.
L
***
E Vendredi 12 l'Académie Royale des Belles
Lettres fit fuivant la coûtume fa rentrée
publique. M. Ronamy lut un Mémoire qui contenoit
un détail du Procès de Jacques Coeur &
de fes dernieres avantures où il montra la fauffeté
de tout ce que les Ecrivains ont débité à fon fujet.
M. l'Abbé de la Bletterie prouva que l'Empire
chés les Romains n'étoit ni patrimonial ni fucceffif,
mais electif de Droit , & examina en particulier
ce qui concerne la maniere dont Caligula
a fuccédé à Tibere.
M. l'Abbé Belley montra que l'ancienne Cité des
Vermandui , peuple de la Belgique, étoit la Ville
de S. Quentin & non le Village de Vermand à deux
lieuës de S. Quentin. Nous rendrons fuivant notre
ufage un compte plus particulier de tes Mémoires.
L
E Samedi 13 l'Académie Royale des Sciences
fit fa rentrée publique. Nous donnerons
inceffamment au public l'Extrait des Mémoires qui
y furent lus .
L'Académie défirant que les Auteurs qui compofent
pour le Prix , ayent tout le tems d'approfon
dir les matiéres , & de travailler les fujets qu'elle
188 MERCURE DE FRANCE.
f
leur donne à traiter , a réfolu de les publier beaucoup
plûtôt , & elle annonce dès à préfent que
le fujet qu'elle a arrêté pour le concours au Prix
qu'elle diftribuera à Paques 1747 , confifte à exa➡
miner & à déterminer , quelle eft la véritable fignification
du titre d'AUTONOME que prenoient
pinfieurs Villes dans le tens qu'elles étoient foumifes
à une Puissance étrangere : Quels étoient les priviléges
attachés à ce titre , foit par rapport à l'adminiftration
de la Juftice , foit par rapport aux impofitions 5 au
Service militaire.
Le Prix fera toûjours une Médaille d'Or , de
la valeur de quatre cent livres .
Toutes perfonnes , de quelque Pays & condi
tion qu'elles foient , excepté celles qui compofent
ladite Académie , feront admifes à concourir pour
ce Prix , & leurs Ouvrages pourront être écrits,
en François ou en Latin à leur choix . Il fau➡
dra feulement les borner à une heure de lecture
au plus.
9
Les Auteurs mettront fimplement une Deviſe à
leurs ouvrages , mais , pour le faire connoître , ils
y joindront dans un papier cacheté , & écrit de
leur propre main , leurs nom , demeure & qualités ,
& ce papier ne fera ouvert qu'après l'adjudication
du Prix .
Les piéces affranchies de tous ports feront remifes
entre les mains du Secretaire de l'Acadé
mie avant le premier Décembre 1746.
NOVEMBRE, 1745. 189
JOURNAL DE LA COUR , DE PARIS
&c.
L
Es troupes de l'armée qui étoit en
Flandre fous les ordres du Maréchal
Comte de Saxe fe font féparées.
Le 24 du mois dernier pendant la Meffe
du Roi l'Archevêque de Vienne prêta ferment
de fidélité entre les mains de S. M.
Les Députés des Etats de la Province
d'Artois eurent le 15 audience du Roi étant
préfentés par le Prince Charles de Lorraine
Gouverneur de la Province en furvivance
du Duc d'Elbeuf , & par le Comte d'Argeafon
Miniftre & Secretaire d'Etat du
Département de la guerre , & conduits en
la maniere accoûtumée par le Marquis de
Dreux Grand Maître des Cérémonies. La
députation étoit compofée pour le Clergé
de l'Abbé de France de Noyelles Chanoine
de l'Eglife Cathédrale d'Arras , qui porta
la parole ; de M. Raulin de Belval pour la
Nobleffe , & de M. le Senne pour le Tiers
Etat.
Le 26 leurs Majeftés accompagnées de
Monfeigneur le Dauphin , de Madame la
Dauphine & de Meldames de France , fe
190 MERCURE DE FRANCE.
rendirent vers les quatre heures après midi
à l'Eglife de la Paroiffe de Fontainebleau
où l'Archevêque de Sens fit avec les cérémonies
accoûtumées la Bénédiction de 4
Cloches. La premiere fut nommée par leurs
Majeftes , la deuxième par Monfeigneur le
Dauphin & par Madame la Dauphine , la
troifiéme par le Roi & par Madame Adélaide
, & la quatrième par Monfeigneur le
Dauphin & par Madame.
Le Roi a accordé au Comte de Brionne
nommé il y a déja quelque tems Grand
Ecuyer de France en furvivance du Prince
Charles de Lorraine fon grand Oncle , la
permiffion d'exercer dès à préfent les fonctions
de fa Charge.
M. de Cremille Maréchal des Camps &
armées du Roi , & Maréchal Général des
Logis de l'armée de Flandre a été nommé
Infpecteur des troupes de S. M.
M. Micault Capitaine au Régiment de
Normandie , fils de M. Micault Commiffaire
Général des Poudres de France , a été
choifi par M. le Maréchal de Saxe pour
porter au Roi la nouvelle de la prite d'Ath ,
& S. M. lui a donné le Erevet de Colonel,
NOVEMBRE 1745. 191
હોમ અ
PROMOTION d'Officiers Généraux faits
le 31 Octobre 1745 .
LIEUTENANS GENERAUX.
Eat- Placide-François de Zurlauben , du Canton
Bde Zug , Colonel du Régiment des Gardes
Suiffes , Maréchal de Canip du 15 Mars 1740.
Louis- François de Gautier Marquis de Chiffrevil's
premier Sous-Lieutenant de la feconde Compagnie
des Moufquetaires de la Garde , Maréchal
de Camp du 15 Mars 1740,
Jofeph-Marie de Covet Marquis de Marignone
Sous-Lieutenant de la Compagnie des Chevau
Legers de la Garde , Maréchal de Camp du 15
Mars 1740,
N.... de Montgibaur Lieutenant dans la Com
pagnie des Gardes du Corps d'Harcourt , Mar
chal de Camp du 15 Mars 1740,
Jean-Claude de Laftic Marquis de S. Jal Lieutenant
des Gardes du Corps dans la Compagnie.
de Villeroy , Maréchal de Camp du5 Mars 1740 ,
Charles-Yves -Thibaut de la Rivire du Ples
Comte de la Riviere Sous-Lieutenant de la feconde
192 MERCURE DE FRANCE .
*
Compagnie des Moufquetaires de la Garde , Commandeur
de l'ordre Militaire de S. Louis , Maréchal
de Camp du 15 Mars 1740.
René- Théophile de Manpecu , Seigneur de Sablonniere
, Marquis de Manpeon , Infpecteur d'in
fanterie , Maréchal de Camp du 15 Mars 17.0 .
Paul- Jerome Phelypeaux Marquis de Pontchartrain
Infpecleur de Cavalerie , Maréchal deCamp
du 5 Mars 1740 , étant alors Capitaine- Lieute
nant de la Compagnie des Gendarmes A glois,
Louis -René-Edouard Clbert Comte de Maulevrier
, Maréchal de Camp du 5 Mars 740.
Pierre- Jofeph Chapelle Marquis de Jumillac en
Perigord , Capitaine- Lieutenant de la premiere
Compagnie des Moufquetaires de la Garde du 23
Mai 1738 , Maréchal de Camp du 5 Mars 1740,
Louis Engelbert de la Marck Comte de la Marck
Lumain , Marquis de Vades , Colonel d'un Régi
ment d'Infanterie Allemande du 10 Juillet 1714 ,
Maréchal de Camp du 15 Mars 1740
. Paul-François de l'Hôpital Cheify , a pellé ci-devant
le Marquis de Vitry & à préfent le Marquis de
l'Hôpital, Ambaffadeur de S. M. auprès du Roi des
deux Siciles depuis le mois de Juillet 139 , Maréchal
de Camp du 15 Mars 1740 .
N .... de Monnin Colonel d'un Régiment Suiffe
du 16 Août 1739 , Maréchal de Camp du 15
Mars 1740 .
Raoul- Antoine de S. Simon Comte de Courtom
Lieute
NOVEMBRE . 193 1745 .
Lieutenant - Colonel du Régiment des Gardes
Françoifes , Maréchal de Camp du 15 Mars 1740.
Guy-Michel de Durfert Duc de Randan Commandant
dans le Comté de Bourgogne , Maréchal
de Camp du 5 Mars 1740 ; il eft petit - neveu
de M. le Maréchal Duc de Duras.
Louis-Léon Potier de Gefores Comte de Trefmes ,
Maréchal de Camp du 15 Mars 1740 .
Erafme de Contade Marquis de Contade , Infpecteur
d'Infanterie , Maréchal de Camp du
15 Mars 1740.
+
Le Comte de Mortaigne , ci- devant Lieutenant
Général au fervice de l'Empereur Charles VII .
MARECHAUX DE САМР.
N .... Baffa Lieutenant d'Artillerie , Brigadier
d'Infanterie du 6 Août 1736 .
Le Marquis de Valory Colonel réformé d'Infanterie
, Envoyé Extraordinaire de S. M. auprès du
Roi de Pruffe , Brigadier d'Infanterie du premier
Juillet 1739.
Joachim-Jacques Trotti Marquis de la Chetardie,
Colonel du Régiment d'Infanterie de Tournaifis
du 20 Février 1734 , Brigadier d'Infanterie du
premier Janvier 1740 , ci- devant Ambaffadeur de
S. M. auprés de l'Impératrice de Ruffie . & auparavant
Miniftre de France auprès du Roi de
Pruffe.
194 MERCURE DE FRANCE,
Claude de Chamborant de la Claviere Lieutenant-
Colonel du Régiment d'Infanterie d'Enghien ,
Brigadier d'Infanterie du 15 Mars 1740 .
Victor-François de Broglio Duc de Broglio , Colonel
du Regiment d'Infanterie de Luxembourg
depuis 1734 , Brigadier d'infanterie du 25 Avril
142 ; il eft fils aîné de feu M. le Maréchal Duc
de Broglio.
N..deMarin Marquis de Montcam Colonel Commandant
une Compagnie dans le Régiment deş
Gardes de Lorraine , Brigadier d'Infanterie du 20
Février 1743 .
N.... du Mefni Meftre de amp réformé & Inf
pecteur de Cavalerie , Brigadier de Cavalerie du
20 Février 1743.
Louis-Alexandre- Xavier le Sénéchal Marquis de
Carcad Colonel du Régiment de Breffe depuis
1733 , Brigadier d'Infanterie du 20 Février 1743 .
François -Raymond Pelet Vicomte de Narbonne
Lieutenant dans la Compagnie des Gardes du Corps
d'Harcourt , Brigadier d'infanterie du 20 Février
1743.
François -Charles de Rochechouart Comte de Ro
chechouart Fandoas Colonel du Régiment d'Infanverie
d'Anjou , Brigadier d'Infanterie du 20 Fé
trier 1743 .
Jean-Baptife- François de Montmorin S. Herem ,
Marquis de Montmorin , Colonel d'un Régiment
NOVEMBRE 1745 195
d'Infanterie du 30 Novembre 1738 , Brigadier
d'Infanterie du 20 Février 1743 .
Paul-Maximilien Hurault Marquis de Vibraye
Meftre de Camp d'un Régiment de Dragons depuis
1734 , Brigadier de Dragons du 20 Février
1743 .
Louis de Francas -Villars Duc de Lauraguais Colonel
d'un Régiment d'Infanterie , ci- devant de
celui d'Artois , Brigadier d'Infanterie du 20 Février
174).
Le Comte de Froullay Colonel du Régiment de
Champagne , & auparavant du Régiment Royal
Comtois, Brigadier d'Infanterie du 20Février1743 .
-
Alexandre Nicolas de la Rochefoucaud Marquis
de Surgeres , Meftre de Camp d'un Régiment de
Dragons , Brigadier de Dragons du 20 Février
1743.
François-Antoine d'Andlau , d'Alface , Meftre
de Camp d'un Régiment de Cavalerie du 24 Fevrier
1738 , Brigadier de Cavalerie du 20 Fevrier
1743 .
Jean François Malortie Marquis de Boudeville ,
Colonel du Régiment de Foix depuis 1734 , Briga
dier d'Infanterie du 20 Fevrier 1743 .
Emanuel-Louis de Coetlogon Vicomte de Creta
logon , Colonel - Lieutenant du Régiment d'Infanterie
de Penthievre de 1734 , Brigadier d'Infanterie
du 20 Fevrier 1743 ,
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
Le Chevalier de Mesoles Lieutenant Colonel du
Régiment de Cavalerie Dauphin , Brigadier de
Cavalerie du 20. Fevrier 1743 ·
N.... de S. Mauris Comte de Montbarey, Colonel
du Régiment d'Infanterie de Lorraine , Brigadier
d'Infanterie du 20 Fevrier 1743 .
Jacques Bertrand de Scepeaux Beauprean Marquis
de Scepeaux , Colonel da Régiment de Lyonnois
en 1734 , Brigadier d Infanterie du 20 Fevrier
1743 .
Charles-François de Granges de Surgeres Marquis
de uyguion , Meftre de Camp Lieutenant du Régiment
de Dragons Dauphin , Brigadier de Cavalerie
du 20 Fevrier 1743 .
Te Conte de Grammont ( de Franche - Comté )
Meftre de Camp d'un Régiment de Cavalerie
depuis 1735 , Brigadier de Caval . du 25 Fevrier
1743 .
Charles-Antoine Armand Gentand Biron Marquis
de Gentand, Colonel d'un Régiment d'Infanterie
de 1735. Brigad . d'Infant. u 20 Fevrier 17433
il eft le dernier fils du Maréchal Duc de Biron,
N. de la Motte d'Hugues Lieutenant Colonel du
Régiment d'Infanterie de Crillon , Brigadier d'Infanterie
du 20 Fevrier 1743 ,
N. de Maurin Lieutenant Colonel du Régiment
d'Infanterie de la Roche - Aimon , Brigadier d'Infanterie
du 20 Fevrier 1743 .
N, d'Arnault Lieutenant Colonel du Régiment
NOVEMBRE 1745. 197
d'Infanterie cy- devaut Monboiffier , Brigadier d'Infanterie
du 20 Fevrier 1743 .
N. du Vivier Directeur des Fortifications , Brigadier
d'infanterie du 20 Fevrier 1743.
N. Bailly Lieutenant d'Artillerie , Brigadier
d'Infanterie du 20 Fevrier 1743 :
N.... de Rigand , Chevalier de Vaudreuil
Major du Régiment des Gardes Françoifes du
mois de Mai 1744 , & avant Capitaine dans ce
Régiment , Brigadier d'Infante.le du mois de Juin
fuivant.
Le Chevalier d'Aultanne Lieutenant Colonel du
Régiment de Cavalerie de Clermont-Tonnerre
Brigadier de Cavalerie.
BRIGADIERS D'INFANTERIE.
M. Reding de Biberegg Capitaine dans le Régiment
des Gardes Suiffes .
Le Marquis de Ruffer , ( de Bourgogne ) Colonel
du Régiment de Boulonnois .
M. de Planta Capitaine dans le Régiment des
Gardes Suiffes .
- !!
Louis Henri d'Aubigné Tign" , Comte d'A
bigné , Colonel du Régiment de la Marine depuis
1737 ; il eft fils du feu Comte d'Aubigné , Lieutenant
Général des Armées du Roi , mort depuis
quelques mois.
E:
I iÿj
98 MERCURE DE FRANCE.
}
Le Duc de Grammont Colonel du Régiment
de Bourbonnois depuis le 25 Mars 1740 ; il eft fils
aîné du feu Duc de Grammont Colonel du Régiment
des Gardes Françoiſes tué à Fontenoy.
Le Marquis de Cuftine ( de Lorraine ) Colonel
d'un Régiment d'Infanterie.
Le Marquis de Rongé ( de Bretagne ) Colonel du
Régiment de Vermandois.
Le Marquis d'Efcars Colonel du Régiment de
Santerre.
Le Chevalier de Dreux Brezé Colonel du Régiment
Royal de la Marine ; il eft fils & frere de
Mrs. de Dreux de Brezé tous deux Lieutenans
Géneraux des Armées du Roi.
Le Comte de Duglas Colonel du Régiment de
Languedoc .
Le Marquis des Salles ( de Lorraine ) Colonel
du Régiment d'Artois.
Le Comte de Lannion ( Bretagne ) Colonel
du Régiment de Médoc.
Le Comte de Bergeick, Colonel du Régiment
Royal Walon.
Le Prince de Monaco Grimaldy , ( ainé de la Mai➡
fon de Matignon ) Colonel d'un Régiment d'Infanterie
.
Le Prince de Guife ( Lorraine Harcourt ) Colonel
d'un Régiment d'Infanterie .
NOVEMBRE. 1745. 199
THELLE
Le Lord Drummond de Perth de la Maiſon de
Drummond d'Ecoffe , Colonel du Régiment Royal
Ecoffois .
*
1893*
M. Graffin Colonel d'un Régiment d'Arquebus
fters .
M. de Lally Colonel d'un Régiment Irlandois .
M. Gourdon de Leglifieré Ingénieur .
M. Baudouin Ingenieur.
M. Courdoumer Ingénieur.
M. de Feneftre Lieutenant Colonel du Régiment
de Bourgogne.
M. Parron Lieutenant Colonel du Régiment de
Traifnel .
- M. de la Roche Lieutenant Colonel du Régiment
de Talern.
M. Payant Lieut. Col. du Régiment de Quercy.
M. de Watteville Lieutenant Cononel du Régi
ment de Béarn.
M. de la Broffe Lieutenant Colonel du Régiment
de Nivernois.
M. Bonnaventure Lieutenant Colonel du Régiment
de Chartres .
M. Pafcal Lieutenant Colonel du Régiment de
Limofin .
Le Chevalier de Beaucouze , Lieutenant Colonel
du Régiment de Fleury.
I iiij
200 MERCURE DE FRANCE.
BRIGADIERS DE CAVALERIE.
Le Chevalier de Banner ( de Languedoc ) Maréchal
des Logis & Aide- Major de la premiere Compagnie
des Moufquetaires de la Garde.
Le Comte d'Orlick Meftre de Camp reformé à
la fuite du Régiment Royal Allemand .
M. Defmaretz Lieutenant Colonel du Régiment
de Maugiron.
Le Comte de Vogué ( du Vivarais ) Meſtre de
Camp du Régiment d'Anjou.
M. de Coock Capitaine dans le Régiment de
Fitz -james.
Le Chevalier de Beaucaire (de Peychperou ) Meftre
de Camp d'un Régiment de Cavalerie .
M. Guyot Maréchal des Logis & Aide-Major
de la feconde Compagnie des Moufquetaires de
la Garde.
L Marquis de S. Simon Meftre de Camp d'un
Régiment de Cavalerie.
Le Marqnis de Voluire Meftre de Camp du Régiment
de Cavalerie Dauphin .
Le Comte de Rangrave Meftre de Camp d'un Régiment
de Cavalerie Legere .
Le Marquis de Vintimille Mestre de Camp d'un
NOVEMBRE 1745. 2.01
Régiment de Cavalerie , petit neveu de M. l'Archevêque
de Paris.
Le Marquis de Marcieu ( N.... Emé S.Julien
de Dauphiné ) Enſeigne de la Compagnie des Gendarmes
de la Garde.
Le Marquis de S. Chamans Enfeigne de la Compagnie
des Gendarmes de la Garde.
Le Comte de Rumain du nom de le Vicomte , en
Bretagne ) Meftre de Camp d'un Régiment de
Cavalerie .
M. de Verrey fous-Aide - Major de la Gendarmerie.
M. de Malezien des Tournelles Commandant une
des Brigades du Régiment Royal des Carabiniers .
Le Chevalier de S. Jal ( N... de Laſtic ) Enſeigne
de la Compagnie des Gardes du Corps de
Villeroy .
M. de la Touche , Major du Régiment Allemand
de Rozen .
M. de Lizondez, Enfeigne de la Compagnie des
Gardes du Corps de Noailles.
M. Doros Lieutenant Colonel du Régiment de
Broglio.
Le Chevalier de Marcillac Lieutenant Colonel du
Régiment de S. Jal,
I v
202 MERCURE DE FRANCE .
M. de Corail Lieutenant Colonel du Régiment
du Roi.
M. de Roquefenil Liutenant Colonel du Régiment
de Beauvilliers .
M. de Magueur Lieutenant Colonel du Régiment
Commiffaire Général .
M. de Pujol Lieutenant Colonel du Régiment
Royal Piedmont.
Le Chevalier de Croifmare ( de Normandie ) Ca
pitaine dans le Régiment de Broglio.
Le Chevalier de Montbarey ( Ñ. . de S. Mauris
de Franche-Comté ) Lieutenant Colonel du Régiment
Royal.
BRIGADIERS DE DRAGONS .
Le Marquis de Boufflers Remiencourt Mestre de
Camp Lieutenant du Régiment d'Orleans.
Le Marquis d'Argence ( N... Joumard de Tifon >
Capitaine dans le Régiment de Vibraye .
Le Marquis d'Asfeld ( N... Bidal ) Meftre de
Camp d'un Régiment de Dragons ; il eſt fils du
feu Maréchal de France .
Le Come de l'Hopital S. Mefme Meffre de Camp
d'un Régiment de Dragons.
· Le Chevalier de Saumery ( N.. de Jobanne ) Ma
jor du Régiment d'Asfeld.
NOVEMBRE 1745. 203 .
M. d'Aubigny Lieutenant Colonel du Régiment
d'Egmont.
BENEFICES DONNES
par le Roi.
LGénéral de l'archeveche d'Ais,
E Roi a nommé l'Abbé de Roquefort , Vicaire
à l'Evêché
de Beziers.
L'Abbé de Narbonne Pelet , Vicaire Général de
l'Archevêché d'Arles , à l'Evêché de Lectoure .
•
S. M. a accordé l'Abbaye de Foreſmoutier , O.
de S. Ben. Dioc . d'Amiens , à l'Abbé de Ghoſtile
qui a remis l'Evêché de Beziers auquel il avoit été
.nommé .
Celle de Nouaillé , même O. D. de Poitiers
à l'Abbé de la Ville , chargé des affaires du Roi à
la Haye.
Celle de la Prée O. de Cît . D. de Bourges
à l'Abbé de Sourdeval , Confeiller au Parlement de
Rouen .
Celle de S.Vincent de Bezançon , O. de S. Ben .
à l'Abbé d'Uzelles , Vicaire Général de l'Archevêché
de Bezançon.
Celle de Châtres , O. de S. Aug. , D. de Saintes
à f'Abbé de Laſtic.
1 vj
204 MERCURE DE FRANCE.
Celle de Perfeigne , O. de Cît . , D. du Mans à
l'Abbé de Commelles.
Celle de Nefle la Repofte , O. de S. Ben . , D.
de Troyes à l'Abbé de Barail.
Celle de Dilo , O. de Prem . D. de Sens à l'Abbé
de Breves Vicaire Général de l'Archevêché de
Vienne .
L'Abbaye Reguliere aux Bois , O. de Cît . dans
la Ville de Paris , à Madame de Mornay de Montchevreuil.
Celle de Leyme , même O. D. de Cahors à Madame
de la Bourlie.
Celle de Bertaucourt , O. de S. Ben. D. ďAmiens
à Madame de Caftellane , Abbeffe de l'Abbaye
d'Eſpagne.
Celle de Nôtre-Dame de Protection à Valogne ,
même O. D. de Coutances à Madame de Fontenay
Neuville.
Celle S. Avit , même O. D. de Chartres à Ma◄
dame de Mauffabré.
NOVEMBRE 1745. 205
Le Vendredi 8 Octobre M. de Blamont Sur-
Intendant de la Mufique du Roi fi chanter par
ordre de S. M. fon le Deum pendant la Meffe
pour l'affaire arrivée en Italie près du Tanaro
Septembre dernier. M. l'Abbé Gergois
Chapelain de la Grande Chapelle l'a entonné
en furplis & en étole .
le
27
LETTRE DU ROI
à M. l'Archevêque de Paris.
MON
COUSIN
ON COUSIN , mes Alliés éprou
vent en Italie la même protection que la divine
Providence a bien voulu répandre fur les entrepriſes
de ma derniere campagne en Flandres . Le
Comte de LAUTREC , l'un de mes Lieutenans
Généraux en mes armées , après avoir opéré
en s'avançant fur Exiles , une diverfion en faveur
des projets de mon Frere , Coufin & Gendre l'Infant
DON PHILIPPE , eft tombé
le 11 Octobre fur un corps de Piedmontois qu'il
a défaits dans la Vallée de Pragelas Mon armée
jointe à celle d'Eſpagne a réduit le même jour
la Ville d'Alexandrie après cinq jours de tranchée
ouverte , & pendant qu'elle en tenoit la Citadelle
bloquée , elle a affiégé Valence que le
Gouverneur a abandonnée la nuit du 29 au 30 ,
206 MERCURE DE FRANCE .
après dix jours de fiége , en laiffant au Château
une garnifon qui s'eft rendue prifonniére de guerres
A la vue de tant de fuccès multipliés au-delà de
mes espérances je ne puis que redoubler les actions
de graces qui en font dûes au Dieu des armées ,
& joindre mes priéres à celles de mes peuples & de
mes alliés , pour qu'il daigne foutenir la justice de
hos armes , jufqu'à ce qu'il veuille bien , en fe montrant
le Dieu de la paix , calmer pour comble
de fes bienfaits les troubles dont l'Europe eft agitée.
Pénétré de plus en plus de ces fentimens
je vous fais cette Lettre , pour vous dire que mon
intention eft que vous faffiez chanter le Te Deum
dans l'Eglife Métropolitaine de ma bonne "Ville
de Paris & autres de votre Diocèſe , avec les
folemnités requifes , au jour & à l'heure que le
Grand-Maître ou le Maître des Cérémonies vous
dira de má part , & que vous y invitiez tous ceux
qu'il conviendra d'y affifter. Sur ce , je prie Dieu
qu'il vous ait , mon Coufin , en fa fainte & digne
garde. Ecrit à Fontainebleau le 8 Novembre 1745 .
&
Signé , LOUIS.
Et plus bas , PHELYPEAUX ,
Le Te Deum a été chanté le 16 de ce mois ,
i . y a eu des illuminations & un feu d'artifice ,
NOVEMBRE 1745. 207
NOUVELLES ETRANGERES
GENE S.
UNe Galiote Angloife de 13 Vaiffeaux de
guerre parut le 27 de Septembre à la vûe
du Port de Génes ; deux Galiotes à bombes
commencerent à une heure après minuit à bombarder
cette Place mais fans aucun fuccès . Lelendemain
cette Efcadre prit le large , & après avoir
croifé pendant toute la journée à la hauteur de
ce Port , elle fit voile le 29 vers le couchant ;
elle s'arrêta devant Final qu'elle commença de
bombarder auffi inutilement , n'y ayant que 4
bombes qui ayent porté de 260 qui ont été tirées.
La même Efcadre eft allée depuis fe préfenter
devant Sanremo , & quoique les habi
tans ayant 18 piéces de canon de 36 livres de
balle & ou 8 de moindre calibre , fuffent en
état de fe défendre , ils pourvûrent fi mal à leur
fûreté que les Anglois jetterent 600 bombes dans
la Ville & accompagnerent ce bombardement de
2000 coups de canon. La Ville a extrêmem.nt
fouffert.
OPERATIONS des armées combinées
de France & d'Espagne. Du Camp de
San-Salvador le 8 Octobre.
Le même jour que l'armée d'Efpagne & de
France commandée par l'Infant Don Philippe dé168
MERCURE DE FRANCE.
campa de Rivaronne pour fe rendre à Pezzetto
ce Prince fit former l'inveftiffement de la ville
d'Alexandrie par quatre détachemens , l'un compofé
de 12 Bataillons Efpagnols & François aux
ordres du Marquis de Caravajal Lieutenant Général
des troupes d'Efpagne , qui ſe porta à Pavone
; le deuxième de fix Bataillons auffi des deux
Nations aux ordres de M de Chevert Maréchal
de Camp au fervice de 3. M. T. C. , lequel pric
pofte à San- Salvador ; le troifiéme de deux Régimens
de Dragons François & de deux Batail-
Jons de la même Nation aux ordres du Marquis
de Gramont Maréchal de Camp , qui s'avança à
Caftellaccio , & le dernier de 2 Bataillons & de
2 Régimens de Dragons Efpagnols aux ordres de
M. Lefey Maréchal de Camp des troupes de S M.
C. , lequel marcha à Caftel Bayano.
On acheva le 3 de ce mois un pont que l'Infant
avoit ordonné de conftruire à Baffignana avec
les bateaux pris aux troupes de la Reine de Hongrie
, ce qui mit en état de faire un fourage général
dans la Lomelline .
L'armée ayant quitté le lendemain le camp de
Pezzetto pour s'approcher d'Alexandrie , l'Infant
établit à San-Salvador fon quartier général qui
étoit couvert par 8 Brigades d'Infanterie . Un détachement
de 3 Bataillons de Grenadiers Provinciaux
& de 1200 hommes de Cavalerie des troupes
Efpagnoles étoit pofté en avant à la Zarone ,
& il étoit deftiné à obferver les mouvemens des
ennemis auffi bien qu'à empêcher les courfes de
leurs partis Le refte de la Cavalerie étoit campé
à Baffignana avec 3 Brigades d'Infanterie , tant
pour garder le pont , que pour être à portée de
continuer de tirer des fourages de Lomelline. L Infant
a fait occuper le Château de Bomara par 300
NOVEMBRE 1745 209
hommes qu'il a chargés de veiller à la défenfe
des moulins & du pont volant qui fe trouvent fur
le Po dans cette partie .
Le changement de pofition de l'armée a obligé
le Roi de Sardaigne & le Comte de Schulembourg
de repaffer ce fleuve .
La nuit du 6 au la tranchée fut ouverte devant
Alexandrie & deux fauffes attaques faites
par Mrs. de Chevert & de Lefcy ayant dérobé
aux affiégés la connoiffance de la véritable , les
travaux fe trouverent fort avancés à la pointe du
jour fans qu'il en ait coûté la vie à un feul hom
me. La premiere parallele fut prolongée de 6ơ
toifes pendant la nuit du & , & l'on acheva la
feconde qui n'étoit qu'à 120 toifes de la Place .
Les travaux de l'attaque de la Ville ayant été
avancés avec beaucoup de fuccès , le Gouverneur
qui défendoit cette Place prit le 2 avant le jour
le parti de fe retirer dans la Citadelle avec les
troupes qui étoient dans la Ville ainſi qu'avec le
canon & tous les effets qu'il a pu emporter avec
lui.
Le même jour à 8 heures du matin l'Evêque
d'Alexandrie fit arborer le Drapeau au nom de
tous les habitans & il demanda à capituler. L'Infant
d'Efpagne Don Philippe accepta les propofitions
de l Evêque, & il fit fur le champ prendre
poffeffion de la Ville dans laquelle il fit entrer
fept Bataillons Efpagnols & 33 François afin
que ces troupes fuffent en état de former le blo◄
cus de la Citadelle.
Les aliégés qui avoient fur le Tanaro un pont
de pierre & un de bateaux lefquels établiffoient
la communication entre la Ville & Citadelle ont
détruit deux arches du premier pont & ils ont
brûlé le ſecond ; ils ont auffi fait fauter un Baftion
216 MERCURE DE FRANCE.
de la Ville , qui auroit pu faciliter l'attaque de
la Citadelle , & ils ont tenté fans fuccès de détruire
une Tour fituée près du pont de pierres .
Auffi- tôt que l'Infant a été inaître de la Ville
il a fait marcher l'artillerie qui a fervi à attaquer
cette Place pour aller commencer le fiége de la
Ville de Valence .
Le Roi a reçû ces nouvelles le 1 au matin par
le Marquis de l'Aubepine Capitaine dans le Ré
giment de Cavalerie de Beauvilliers que le Ma
réchal de Maillebois a dépêché à S. M.
Toutes les difpofitions ayant été faites pour former
le fiége de Valence on ouvrit le 19 la tran
chée devant cette Place , mais la grande quantité
de pluye qui tomba le 20 & le 21 a retardé
pendant ces deux jours les progrès des travaux
.
La nuit du 22 au 23 les François firent 400
toifes d'ouvrage & les Efpagnols plus de 200 .
Les affiégés firent le 23 fur les 6 heures du foir
une fortie d'environ 150 hommes , & ils repouf
ferent d'abord nos travailleurs dont o furent tués .
Les Grenadiers & les Piquets de tranchée ayant
marché auffi-tôt au fecours des travailleurs les ennemis
furent obligés de fe retirer avec précipi
tation dans la Ville . On travailla la nuit du 24
à l'établiffement de deux batteries deftinées à
battre en brêche , l'une la face & l'autre le flanc
du Baftion embraffé par l'attaque,
Du Camp de San Salvador le 27 Octobre. ›
La nuit du 24 au 25 on perfectionna la parallele
& l'on y établit des banquettes ; la communication
de la gauche fut élargie & l'on acheva la batterie
de la droite ; on travailla à celle de la gauche ou
NOVEMBRE 1745. 211
on devoit placer 10 piéces de canon , & la batte -
fie de mortiers commença à tirer. On continua
pendant la nuit fuivante le travail de la batterie de
10 pieces, & 150 travailleurs François furent em◄
ployés à l'établiſſement d'une nouvelle batterie .
On déboucha par trois zigzags fur la lunette &
T'on fit les difpofitions néceffaires pour fe procurer'
un logement par lequel on fut en état de prendre
de revers le front du Ravin qui la couvre.
Le 27 les travailleurs Eſpagnols fermerent la
batterie de la gauche pour la défendre contre les
forties ; ils ont fait la même operation à la batte
rie conftruite par les François , & ils ont formé
une communication à ces deuxbatteries leſquelles
fe trouvant entre deux paralleles font en fûreté.
Une nouvelle batterie de fix piéces fut commencée
en prolongation de celle de la droite afin de
battre la face droite de la demi-lune du front d'attaque
, & le flanc dans lequel eft la porte d'Alexandrie
.
Le Roi a appris par des Lettres du Maréchal de
Maillebois dattées du 30 du mois dernier , que
l'Infant Don Philippe étoit Maître de la Ville de
Valence ; ces lettres contiennent les particularités
fuivantes.
Les Grenadiers ayant marché la nuit du 29 au
30 pour s'emparer de la lunette embraflée par le
front de l'attaque ils y entrerent fans refiftance &
n'ayant trouvé perfonne dans le chemin couvert ,
ils s'avancérent jufqu'au pont . Sur le bruit qu'ils firent
la bourgeoisie rappella , alluma des feux & crias
Vive l'Espagne; il fe prefenta en même tems un Officier
qui après avoir annoncé que la garniſon avoit
évacué la Place & qu'il n'étoit resté qu'un déta
chement peu confidérable dans le vieux Chateau
demanda à capituler pour cette Fortereffe & pour
les habitans de la Ville.
212 MERCURE DE FRANCE .
M. d'Aramburu Lieutenant General Espagnol
qui montoit la tranchée avec le Comte de Choifeul
Mar. chal de Camp des troupes de S. M en
ayant donné avis à l'Infant & ce Prince lui ayant
fait favoir qu'il vouloit que la garniſon du Château
fut prifonniere de guerre , cette garnifon s'eft
rendue à difcretion. Il y avoit dans ce Château
6 mortiers & 35 piéces de canon que les ennemis
ont enclouées ; on en a trouvé 40 dans la Ville où
la garnifon en fe retirant a laiffé 160 bleffés .
Le parti que l'Infant avoit pris le 27 de faire approcher
fon pont du Bas Po à une portée de carabine
de Valence , & d'ordonner de conftruire un
fecond pont afin de pouvoir enfermer la Place de
l'autre côté de la riviere eft fans doute ce qui a déterminé
le Roi de Sardaigne à faire fortir de la
Ville les 3 Bataillons qui là defendoient . Ils ont
profité pour cet effet de quelques bateaux qu'ils
avoient fous le feu de la Place , & le Roi de Sardaigne
pour favorifer leur retraite avoit fait avan◄
cer vers bartizana vingt Compagnies de Grena➡
diers & 600 hommes de Cavalerie.
On a appris que le 11 du mois d'Octobre le
Comte de Lautrec avoit furpris & defait un Corps
de troupes du Roi de Sardaigne . Ce Corps étoit
compofé des Régimens de Saluces , de Mayer &
de Nice ; de 2 Compagnies Franches & de 1500
Vaudois il étoit campé , & dans une pofition trèsavantageufe
au-deffous du Village de Joffeau dans
la vallée de Pragelas , fon front etant couvert par
la riviere de Cluzon.
Les troupes qui font fous les ordres du Comte de
Lautrec ayant marché fur plufieurs colonnes &
s'étant rendues aux divers endroits d'où elles devoient
déboucher , la colonne commandée par M.
de ZaryColonel d'un Régiment Suiffe au fervice da
NOVEMBRE 1745. 213
Roi d'Efgne paffa à gué la riviere & attaqua les
Régimens de Saluces & de Mayer qui combatti,
rent longtems avec beaucoup de valeur , mais qui
furent enfin obligés de plier & s'enfuirent du côté
du Col de Pis . Pendant que M. de Zury avoit engagé
l'action , la plus grande partie des troupes
que le Comte de Lautrec commande avoit aufli
paffé la riviere . Les ennemis défefperant de pouvoir
foutenir les efforts de ces troupes fe déter,
minérent à ne pas faire une plus longue refiftance.
Ils fe retirerent par le Village de Joifeau ,
mais le Régiment de Nice après avoir traverfé ce
Village , fut mis entre deux feux par un Bataillon
du Regiment Royal Artillerie & par le Régiment
de Burgos des troupes Espagnoles , & la plupart
des foldats dont il étoit compofé furent faits prifonniers.
Le Commandeur Roffi Maréchal de
Camp qui commandoit les Piedmontois & qui
s'étoit mis à la tête de ce Régiment a eu le mêmes
fort ainsi que le Marquis de Gares qui en eft
Colonel , le Lieutenant Colonel du même Régi,
ment & 26 Officiers . Le refte des troupes ennemies
a pris la fuite & s'eft fauvé dans le bois . On leur
a enlevé 2 drapeaux , une piéce de canon & 3 fauconneaux
.
Selon le rapport des Déſerteurs les ennemis ont
enterré trois autres piéces de canon qui défendoient
le front de leur retranchement .
Leur Camp qu'elles ont abandonné tout
tenda a été pillé ainfi que leurs équipages . Elles
n'ont pas pu non plus emmener l'Hôpital que le
Commandeur Roli avoit établi dans le Village de
Jofleau. Il y a eu du côte des lied.nontois 130
hommes de tués & un beaucoup plus grand nombre
de bleffés parmi lefquels et M. de
Mayer , Colonel du Régiment Suiffe de fon nom ;
9
214 MERCURE DE FRANCE .
du côté des Efpagnols & des François on ne comp,
te que 12 hommes tués & 25 bleffés .
Le Comte de Lautrec a envoyé à l'endroit où l'on
foupçonne que les trois piéces de canon font enterrées
, un détachement pour les découvrir& pour em
porter les bleffés qu'on trouvera dans les Villages
voifins.Les Piedmontois ayant abandonnéleur camp
tout tendu il a été pillé & brulé . Toutes les troupes
qui ont combattu , particulierement celles de la
coloine de M. de Zury , le Régiment de Burgos
& le Bataillon Royal Artillerie , ont donné des
preuves d'une valeur au- deffus de tous éloges .M. de
Zury qui a été bleflé dangereufement a infiniment
contribué au fuccès de l'action .
-
HOLLANDE ET PAY S- B A S,
O
N mande de la Haye du 14 du mois dernier
que les Etats Généraux après avoir dé-
Libéré fur le Mémoire préfenté par l'Abbé de la
Ville au fujet des Bataillons des garnifons de Tournay
& de Dendermonde ont répondu à ce Miniftre
que leur intention étoit d'obferver & de faire
obferver les capitulations faites par leurs troupes ;
qu'ayant été requis par S. M. Br . en vertu de leurs
engagemens de lui envoyer du fecours, ils ont examiné
mûrement les capitulations mentionnées dan
le Mémoire de l'Abbé de la Ville , & qu'ils n'ont
point jugé qu'elles les empêchaffent d'employer
les troupes des garnifons de Tournay & de Dendermonde
à l'ufage auquel ils les deſtinoient ; que
pour prévenir tout inconvénient ils ont averti le
Roi de la grande Bretagne qu'il ne pourroit fe
fervir de ces troupes que fuivant la teneur des
capitulations fignées par les Gouverneurs de ces
NOVEMBRE 1745. 215
Places ; qu'en même- tems ils ont ordonné au Gé
néral qui commandera les mêmes troupes de ne
point perdre de vûë dans l'emploi qu'on en fera
les engagemens pris par ces capitulations ; que
d'ailleurs ces troupes continuent d'être à la folde
de cette République , & qu'elles ne peuvent
par conféquent être regardées comme paffant à
un fervice étranger.
Sur cette réponse l'Abbé de la Ville préfenta
le 6 aux Etats Généraux un nouveau Mémoire
qui porte que les raifons qu'ils alléguent ne peuvent
en aucune façon autorifer l'envoi des garnifons
de Tournay & de Dendermonde dans la
Grande Bretagne , qu'ils fe rendent juges & interpretes
des Traités qui n'ont jamais dépendu
d'eux ; qu'ils pré endent avoir rempli toute obli
gation en donnant au Commandant chargé de
conduire ces troupes en Angleterre certains ordres
qu'ils n'expliquent pas , mais que fi l'on veut ,
fans s'arrêter aux autres claufes rapportées dans le
précédent Mémoire de l'Abbé de la Ville s'en te
nir à celle par laquelle il a été ftipulé que les
garnifons de Tournay & de Dendermonde ne fero
ent aucune fonction militaire pendant 18 mois ,
il est évident qu'elles ne peuvent fervir pendant
ce tems en aucun lieu de la terre ; que fi les
Etats Généraux fe propofent le contraire , leur réfolution
fera injufte & deviendra d'une conféquen
ce funefte ; qu'ils donneront par- là l'exemple de
l'infraction la plus éclatante ; qu'ils violeront les
droits facrés qui mettent un frein aux horreurs de
la guerre ; qu'ils briferont des liens qui laiffent
encore aux hommes quelque ombre des douceurs
de la paix au milieu même des hoftilités , & qu'ils
ôteront aux vainqueurs l'heureuſe liberté de renvoy.
r déformais les vaincus fur leur parole ; qu'en
216 MERCURE DE, FRANCE.
effet on ne voudra jamais laiffer fortir une garnifon
fous le ferment de ne point porter les armes
dès qu'on pourra fans prétexte manquer de
fidélité à ces fermens ; que ce font les ennemis
du Roi de France ou plutôt ceux de la République
qui par leur féduction engagent les Etats Généraux
à violer en leur faveur le droit des gens
au mépris de tout ce que les Nations doivent ref
pecter , que ces ennemis jaloux de la fituation
avantageufe du commerce des Hollandois entraînent
les Etats Généraux fort au de-là de ce qu'ils
peuvent & qu'ils doivent faire en qualité d'Alliés
de la Reine de Hongrie ; que par des inftigations
pernicieufes les Etats Généraux n'ont déja
que trop étendu l'obligation dans laquelle ils
croyent être de la fecourir ; que les mêmes ennemis
voudroient rendre le Roi de France irréconciliable
avec une Puiffance qu'il regardoit
comme la feule capable de concilier l'Europe ;
qu'ils s'irritent de l'eftime & des ménagemens
que S. M. T. C. a toujours eû pour la Hollande
dans les tems les plus difficiles ; qu'ils ferment
tous les chemins à la paix que tant de Nations
défirent , & qu'elles ont même attenduë de la
prudence des Etats Généraux ; que les ordres de
Ï'Abbé de la Ville font de demander aux Etats
Généraux la réponſe la plus prompte à fes nouvelles
repréſentations , & que le Roi de Françe
compte que les garnifons de Tournay & de Dendermonde
cefferont de faire partie du fecours qu'ils
ont réfolu d'envoyer au Roi d'Angleterre . ·´
L'Abbé de la Ville remit le 21 au Président
de l'Affemblée des Etats Généra x un fecond Mémoire
au fujet des trois Vaiffeaux de la Compagnie
des Indes conduits par les Anglois à Batavia.
Ce Miniftre dit dans ce Memoire qu'il croit avoir
' démontré
NOVEMBRE 1745 217
démontré par celui qu'il préfenta le premier du
même mois fur la même affaire , la juftice de la
reclamation qu'il a faite des trois Vaiffeaux dont
il s'agit ; qu'ainfi il n'a par rapport à la fatisfaction
due en cette occaſion à S. M. T. C. qu'à
fe repofer fur l'équité des Etats Généraux , & à
attendre la réfolution qu'ils prendront lorfqu'ils
auront reçû les éclairciffemens qu'ils ont jugé a
propos de demander à cet égard , mais qu'à fa
premiere démarche il ne peut fe difpenfer d'en
ajouter une feconde pour les prier de vouloir bien
interpofer leur autorité afin que la cargaifon du
Vaiffeau l'Hercule arrivé au Texel ne foit ni alienée
ni détournée en tout ou en partie de quelque maniere
& fous quelque prétexte que ce foit ; que
cette Réquifition incidente eft fondée fur les avis
qu'il a reçûs que les marchandifes qui font à
bord de ce Vaiffeau étoient comprifes dans le
nombre de celles que la Compagnie des Indes
Orientales établie en Hollande fe propofe d'expofer
en vente dans le cours du mois prochain ; qu'il
eft vraisemblable que lorfque la lifte de ces marchandifes
a été rendue publique par ordre des Directeurs
de cette Compagnie , ils ignoroient encore
que le Roi de France eut fait reclamer les
Vaiffeaux l'Hercule , le Jafon & le Darphin ; que
cependant comme dans une matiere fi importante
on ne peut employer trop de vigilance & de
précaution , il eft du devoir d'un Miniftre chargé
à la Haye des affaires de S. M. T. C. , de recourir
à l'autorité des Etats Généraux pour prévenir
tout embarras & tout inconvénientultérieur ,
& pour calmer les juftes inquiétudes que la Cor
pagnie des Indes établie en France n'a pu ma:
quer de concevoir à la lecture de la feuille imprimée
par laquelle on ann once la vente d'effet
K
218 MERCURE DE FRANCE.
dont elle attend avec confiance l'entiere & promte
reftitution ,
GRANDE BRETAGNE,
Es lettres d'Edimbourg du 20 Octobre an-
L nonçoient que le Prince Edouardaprès avoir
été proclamé dans la Ville de Perth Régent du
Royaume d'Ecoffe y avoit fait publier plufieurs
Ordonnances concernant la nouvelle forme de
Gouvernement qu'il fe propofcit d'établir ; que
200 hommes de fes troupes s'étoient rendus maîtres
de Dundée & qu'il avoit fait occuper le pofte
de Nevvbourgh par un autre détachement,
Suivant des avis du 23 , 3000 hommes de fon
armée ayant marchê de Perth vers Edimbourg le
Général Cope avoit envoyé les Régimens de Dragons
de Hamilton & de Gardiner pour s'oppofer
au paffage de ces troupes , & il s'avançoit vers
Perth dans le deffein d'attaquer le Prince Edouard .
On avoit été informé par d'autres lettres que
les précautions prifes par ce Prince pour fortifier
fon camp avoient fait changer le Général Cope
de refolution ; que ce Général s'étoit replié fur
fa droite , & que le Prince Edouard ayant gagné
quelques marches fur les troupes du Roi leur avoit
coupé la communication avec Edimbourg. Ces
lettres ajoutoient que l'armée du Prince Edouard
ayant paffé la Forth au deffus de Sterling , un Régiment
de Dragons qui étoit dans cette derniere
Ville s'en étoit retiré à l'approche de ce Prince
lequel avoit été joint par un grand nombre de
Gentilshommes de la Baffe- Ecoffe & par 409
Vallaux du Duc de Perth bien armés ,
NOVEMBRE 1745. 219
On apprit le 29 que le jour précédent le Prince
Edouard étoit entré dans Edimbourg dont les
habitans lui avoient prêté le ferment de fidélité ,
& que le Général Gueft qui y commandoit s'étoit
retiré dans le Château avec la garniſon . La confternation
répandue à Londres à cette occaſion eſt
augmentée confidérablement par l'arrivée d'un
courier dont les dépêches marquent que le 2 Octobre
le Prince Edouard a attaqué à Preſton près
de Seaton à fept milles en deçà d'Edimbourg le
Général Cop qui voyant fa communication coupée
avec cette derniere Ville avoit pris le parti
de s'embarquer à Aberdeen avec les troupes qu'il
commande , & de fe rendre par mer à Dumbar
d'où il avoit marché au lieu où s'eft paffée l'action ;
que les deux Régimens de Dragons du Corps de
troupes de ce Général n'ont fait qu'une très- foible
réfiftance ; que fon Infanterie a combattu avec
beaucoup de valeur , mais qu'elle n'a pu foutenir
les efforts des troupes du Prince Edouard & qu'elle
a été totalement difperfée . Il y a eu du côté de
l'armée du Roi 307 hommes de tués & 450 bleffés.
Les principaux d'entre les premiers font les Colonels
Wright & Gardiner & le Major Bovvles.
L'armée du Prince Edouard a fait 500 prifonniers
& elle n'a perdu que 5o hommes . Sur cet av's le
Roi s'est déterminé à rappeller toutes les troupes
Angloifes de l'armée des Alliés & à faire partir
inceffamment pour l'Ecoffe plufieurs Régimens.
Plufieurs détachemens des troupes du Prince
Edouard formerent le 10 Octobre au foir l'inveſtiffement
du Château d'Edimbourg , & le 13 ils
commencerent à faire quelques travaux pour ſe
difpofer à l'attaquer.
Le 15 les affiégés firent une fortie ; ils s'emparerent
d'un pofte occupé par les affiégéans &
Kij
220 MERCURE DE FRANCE.
s'y étant maintenus jufqu'au lendemain ils ont
trouvé le moyen de faire entrer dans le Château
vintg boeufs & quelques autres proviſions ,
Le Prince Edouard en ayant été averti a
r nforcé de 1000 hommes les troupes du blocus ,
& l'on fe difpofoit à refferrer tellement les affiégés
qu'on efpéroit qu'ils ne feroient pas en état de
faire une longue réfiftance . Ce Prince que le Lord
Ogilvy a joint avec 700 hommes eft campé à
Haddington & il est entierement maître des bords
de la riviere de Forth . La Ville de Glafgovv lui
a fourni un foubfide de 5500 liv . ferlings ; plufieurs
autres Villes ont fuivi cet exemple en lui
envoyant des fommes proportionnées au nombre
& aux richeffes de leurs habitans , & il a été réglé
que les propriétaires des terres lui payeroient un
cinquiéme de leurs revenas .
Les Lieutenans Généraux de fes troupes font le
Duc de Perth , le Lord Ogilvy , le Lord Georges
Murray , le Lord Elcho , le Lord Cardroff
& le Lord Lochdanal. Les Lords Glengarie &
Courie , le Chevalier Donald Macdonel , Mrs.
Robinfon de Schvvan & Murray de Broughton
y fervent en qualité de Majors Généraux ; le Lord
Dilton & Mrs. Seaton , de Dubfide , Walhup ,
de Netherie & Charteris en qualité de Brigadiers .
Il a difpofé de la place de Préfident du Confeil
en faveur du Marquis de Tullibardine , & il a
nommé Mrs. Sheridan , Jofeph Macdonel , Sullivan
& Kelly fes Sécretaires du Cabinet.
Le 26 du mois dernier le Roi fe rendit à la
Chambre des Pairs & fit l'ouverture du Parlement
par ce difcours adreffé aux deux Chambres.
NOVEMBRE 1745. 221
לכ
MYLORDS ET MESSIEURS
>> La rebellion ouverte qui s'eft manifeftée en
Ecoffe & qui continue d'y faire des progrès m'a
o obligé de vous affembler plûtòt que je ne me l'étois
propofé. Je ne vous entretiendrai pour
» le prefent que de ce qui concerne notre fûreté au
» dedans , me refervant de vous parler dans une au-
→ tre occafion des autres affaires fur lefquelles vous
» avez à déliberer . Un attentat témeraire conduit
לג
» par le fils ainé du Prétendant foutenu par un
» grand nombre de traitres & de gens defefperés ,
» & favorisé par mes ennemis , demande l'avis
» & l'afiftance de mon Parlement . Le zéle & l'af-
>> fection que mes fidéles fujets ont toujours montré
» avec tant d'unanimité pour ma perfonne & pour
» mon Gouvernement , & leurs foins vigilans
» pour la défenfe des intérêts de la Nation me
» funt de fûrs garans que vous étes dans la ré-
» folution d'agir avec la vivacité convenable en un
tems où le danger eft fi géneral , & que vous employerez
tous vos efforts pour confondre ceux
» qui fe font engagés dans la revolte . J'ai regardé
pendant tout le cours de mon régne les Loix du
» Pays comme la régle de ma conduite , & le main-
>>tien de la constitution prefente de l'Egli-
» fe & de l'Etat a toujours été , auffi bien que la
» confervation des droits de mon peuple , lebut
» de toutes mes actions . Ainfi rien n'eft plus fur-
» prenant que de voir quelques uns de mes fujets
Proteftans qui connoiffent tout l'avantage du
» Gouvernement actuel , qui en ont joui , & qui
n'ignorent pas le grand danger dont ce Royaume
» a été délivré d'une maniere fi merveilleufe par
une heureuſe revolution , fe laiffer féduire par
Kiij
222 MERCURE DE FRANCE.
l'artifice jufqu'au point d'entrer dans des vues
» qui tendent à détruire leur Religion & leur li-
» berté , à introduire la Religon Romaine & le
» Pouvoir arbitraire & à affujétir la Nation à un
joug étranger .
MRS. DE LA CHAMBRE DES COMMUNES
,
» Je compte fur votre affection pour ma perfonne
& fur vos foins pour la fûreté commune
» & je ne doute point que vous ne m'accordiez
» les fubfides néceffaires pour me mettre en état
» déteindre la rébellion , de décourager toute
» Puiffance qui voudroit protéger les rébelles & de
» rétablir la paix dans le Royaume. C'est pourquoi
» j'ordonnerai qu'on mette devant vous les états
» des dépenfes .
ככ
כ כ
que
>>De toutes les fâcheufes confequences qui peuvent
» refulter d'une perfide entrepriſe , aucune ne me
touche plus fenfiblement que les charges extraor
»dinaires qui feront impofées dans ces circonstances
>fur mes fidéles fujets . Mais qu'on n'en accuſe
» ceux qui y ont donné lieu par leur trahison , & que
>>mon peuple fçache ce que l'on doit à ces pertuba-
» teurs de notre repos qui s'efforcent de rendre ce
Royaume un Théatre fanglant de defordre & de
>> confufion.
ככ
MY LORDS ET MESSIEURS
>> Le grand nombre de preuves évidentes que
> mon Parlement m'a données de fon amour &
» de fa fidélité , & fon attachement conftant à
>> la Conftitution de l'Etat ainfi qu'au veritable in-
» térêt de la Patrie , font que je me repofe entié-
> rement fur la vigueur que vous témoignerez dans
>votre conduite & dans vos réfolutions . Je fuis per-
» fuadé que vous agirez en hommes qui enviſagent
>>comme, ce qu'ils ont de plus cher & de plus eftima-
» bles les chofes attaquées par les rebelles , & j'efNOVEMBRE
1745. 223
pere que moyennant la Bénediction Divine nous
> verrons bientôt la fin de la revolte , & que par
» ce moyen , non feulement la tranquillité de
mon Gouvernement fera rétablie , mais la pre-
» fente Conftitution de l'Eglife & de l'Etat , qu'on
» veut renverfer , en recevra une nouvelle force .
ל כ
Les maximes de cette Conftitution continueront
» d'être ma regle . Que mon interêt & celui de
» mon peuple n'en faffent qu'un & qu'ils foient inféparables.
Unifons- uous dans ce danger com-
» mun , & tous ceux qui concoureront fincerement
» & efficacement pour la caufe generale , pour-
>ront compter fur ma protection & fur ma bien-
> veillance .
Le 29 les Seigneurs prefeaterent au Roi une
adreffe dans laquelle ils affûrerent S. M. que fi
d'un côté ils ont été touchés de la plus vive dou.
feur par la rebellion qui s'eft manifestée en Ecoffe
, de l'autre ils ont eu la plus grande joye de ce
que les voeux ardens de la Nation ont été rem
plis par l'heureux retour de S. M. qu'ils ne trouvent
point de termes pour exprimer l'indignation que
leur infpire l'attentat formé contre le Gouvernement
; que tout l'effet que produira cet attentat
fur leurs efprits fera d'exciter en eux un redoublement
de courage & d'unanimité dans une conjoncture
fi critique ; que les marques de zéle pour
le Roi déja données par la Nation , & dont on n'a
jamais vû d'exemple , fi ce n'eft lors de la révo
lution effectuée par Guillaume III , prouvent clairement
que la Nation eft déterminée à conferver
l'édifice qui a été bâti fur ces fondemens ; qu'ainfi
l'attente de ceux qui fe font imaginés que la Chambre
des Pairs de la Grande Bretagne participeroit
à leurs deffeins eft abfolument vaine
qu'ils font convaincus des égards paternels du Roi
"
Kiiij
224
MERCURE
DE FRANCE
pour les Loix du Pays & pour les droits de fon
peuple , & qu'ils en ont la plus vive reconnoiffance;
que vivement animés par ces fentimens , & iné
branlables dans leurs principes ils proteftent d'unir
& de rifquer leurs biens & leurs vies pour la
défenſe de la perfonne & du Gouvernement de
S. M. & qu'ils concourreront fans relâche à toutes
les mefures qui feront jugées les plus efficaces
pour éteindre la rebellion , pour ôter à toute
Puiffance Etrangere l'efperance de la faire réuffir,
pour rendre la tranquillité à la Grande Bretagne ,
& pour affermir de plus en plus la Conftitution
prefente de l'Eglife & de l'Etat que les ennemis
de la Nation tâchent de détruire .
Le Roi repondit à cette adreffe
MYLORDS
» Je vous remercie des fortes affûrances que
>> vous me donnez de votre attachement & de
» votre fidélité . L'intérêt que vous prenez à la
» Conftitution du Gouvernement ne m'eft pas
» moins agréable que votre zéle pour ma perfonne
J'ai une entiere confiance en vos fentimens &
> en votre affiftance , & j'en attens une prompte
» extinction de la revolte & le rétabliffemunt de
» la paix dans mon Royaume . »
La Chambre des Communes dans l'adreffe qu'elle
préfenta le même jour au Roi témoigna les mêmes
difpofitions que la Chambre des Pairs , &
elle ajoûta cu'elle accordera au Roi tous les fubfides
dont il aura befoin pour s'oppofer aux deffeins
de ceux qui ont déja rendu une partie du
Royaume le Théatre d'une guerre inteftine ; que
la Religion , les Loix & la liberté de la Nation
étant attaquées lss fidéles fujets du Roi fe croyent
NOVEMBRE 1745. 225
obligés de contribuer en tout ce qui dépendra
d'eux à la défenſe de S. M. ; que le Roi peut fe
fier entierement au zéle & aux fentimens de la
Chambre ; que toutes les perfonnes dont elle eſt
compofée montreront par leur conduite combien
elles font perfuadées que la Conftitution préfente
du Gouvernement et la plus avantageufe , &
combien elles défirent de la faire durer.
Il a été propofé dans la Chambres des Communes
de fufpendre l'exécution de la Loi Habeas
Corpus , pour que le Gouvernement foit plus à
portée de s'affûrer de plufieurs perfonnes fufpectes
.
L'armée deftinée à marcher contre le Prince
Edouard qui n'eft compofée que de 9000 hommés
s'eft affemblée à Dowcafter dans le Duché d'Yorck .
Elle a du commencer le 3 de ce mois à fe mettre
en mouvement pour s'avancer vers le Nord , &
l'on comptoit que le 21 elle arriveroit dans les
environs d'Edimbourg.
Le Roi a rappellé le Général Cope & elle a
donné au Ginéral Handafy le commandement
des troupes qui font campées à Berwick .
Les dernieres lettres arrivées d'Ecoffe marquent
que le Prince Edouard avoit étë joint dans fon
Camp par plufieurs Gentilshommes qui s'étoient
rendus auprès de lui avec differens Corps de troupes
tant d'Infanterie que de Cavalerie , & qu'un
grand nombre de Seigneurs & de Gentilshommes
ayant levé des Compagnies étoient en marche
pour aller fe joindre à l'armée du Prince , laquelle
après l'arrivée de ces troupes fera affés forte pour
que le Prince fe trouve en état de laiffer en Ecoffe
des forces fuffifantes pour conferver ce Royaume ,
- & de s'avancer avec la plus grande partie de fon
armée vers l'Angleterre.
Ky
226 MERCURE DE FRANCE.
33
MORT DES PAYS ETRANGERS.
L
E 23 Octobre Louis -Jean-Guillaume de Heffe
Prince héréditaire de Hombourg , Chevalier de
l'Ordre de S. André de Ruffie & de celui de l'Aigle
blanc , & Feldt- Maréchal au ſervice de l'Imperatrice
de Ruffie , mourut à Berlin âgé de 41
ans , étant né le 15 Janvier 1705 ; il avoit époufé
le 3 Fevrier 1738. Anaftafie de Trubeskoi fille
d'Yvan Prince de Trubeskoi , Général Feldt Maréchal
des troupes de Ruffie . Il étoit fils de Frederic-
Jacques Prince de Heffe-Hombourg & d'Elifabeth
Dorothée de Heffe- d'Armſtadt mariés le
14 Fevrier 1700. Voyez pour la Généalogie de la
Maifon Souveraine de Heffen les tables Généalogiques
de Hubners , & les Souverains du monde.
vol. 2 fol. 172.
3
MARIAGE, BAPTE ME
L
& Morts.
E Comte de Chabannes Marquis de la Paliffe
& autres lieux , Grand'Croix & Commandeur
de l'Ordre Royal & Militaire de S. Louis , Gouverneur
de la Ville & Citadelle de Verdun &
Païs Verdunois , a époufé les premiers jours de ce
mois de Novembre Mademoiſelle Duplefis Chatills
, fille du Marquis Dupleffis Chatillon , Marquis
dudit lieu , de Nonant , & de S. Gelais
NOVEMBRE 1745. 227
Comte de Château Melliant , Seigneur de Cherveux
, S. Août & c . Lieutenant Général des armées
du Roi , Gouverneur pour Sa Majesté de la Ville
& Château d'Argentan en Normandie , & de Dame
Colbert de Croiffy , Marquife de Dupleffis Chatillon
fille de M. de Torcy.
Le Comte de Chabannes veuf de Marie-Claude
Cahouette de Beauvais épouſe en premieres noces
de M. d'Ormeffon , Intendant de Franche - Comté ,
eft frere 10. du Marquis de Chabannes Pionfac ,
qui a continué la branche de Chabannes Fionfac.
comme on peut le voir dans le Mercure d'Août de
cette année. 20. de Thomas de Chabannes , Maréchal
des Camps & armées du Roi , mort en
1735 , étant employé dans un Commandement fur
les frontieres d'Allemagne ; il n'avoit point été marié
, 30 de Charles de Chabannes , Capitaine de
Cavalerie non marié. 4º.de N.de Chabannes mariée
au Marquis de Preamenoux du nom de la Queille
Chateauguay dont il y a eu une fille mariée au-
Comte de Langheac.
La branche de Chabannes Pionfac defcend de
Gilbert de Chabannes , Vicomte de Savigny ,
Comte de Pionſac , Lieutenant Général
pour le Roi
dans la Province de Bourbonnois , Colonel de deux
Régimens , tué au Siége de Mouron , & duquel
il eft fait mention dans les Mémoires de M. le
Comte de Buffy Rabutin ; il fut pere de Gilbert
de Chabannes Comte de Pionfac , Colonel du
Régiment de Navarre , Maréchal des Camps &
armées du Roi , Gouverneur des Ifle & Citadelles
d'Oleron , & qui avoit époufé une des filles du
Baron de Lutzelbourg en Alface , fooeur de la Comteffe
Defaleurs & du Comte de Lutzelbourg un
des principaux Miniftres de l'Electeur de Saxe ,
Roi de Pologne & Chevalier de fon Ordre.
K vj
228 MERCURE DE FRANCE .
Le 14 Novem.Charles - Louis - Marie de la Vieuville
Comte de la Vicnvite , ancien Colonel d'un Régiment
d'Infanterie de fon nom , Chevalier de l'Ordre
Militaire de S. Louis , & Gouverneur particulier
des Ville & Château de Fontenay le Comte
en Poitou , fut marié avec Anne-Genevieve de la
Vieuville , Demoiſelle d'Areft fa niéce née le
30 Septembre 1717 , fille puinée de Jean- Baptiste-
René de la Vieuville , Marquis de la Vieuville ,
Comte d'Ablois , ancien Colonel d'un Régiment
d'Infanterie de fon nom , Chevalier de l'Ordre de
S. Louis , & d'Anne-Charlotte de Creil , mariés le
26 Août 1719. M. le Marquis de la Vieuville &
M. le Comte de la Vieuville fon frere & fon
gendre qui donne lieu à cet article ont pour foeur
née de la même mere Dame Marie-Magdeleine
de la Vieuville veuve depuis le 13 Avril 1716 de
Cefar de Baudean Marquis de Parabere Meſtre de
Camp de Cavalerie & Brigadier des armées du
Roi , & ils font enfans de René- François Marquis
de la Vieuville , Chevalier d'Honneur de la
Reine , Gouverneur & Lieutenant Général du
Haut & Bas Fou & Gouverneur particulier des
Ville & Château de Fontenay le Comte , mort le
9 Juin 1719 , & de Dame Marie- Louife de la
Chauffée d'Eu d'Areft fa ze . femme , Dame d'atour .
de fene , Madame la Ducheffe de Berry , morte le
10 Septembre 1715 , petit fils de Charles de la
Vieuville 2e . du nom Duc de la Vieuville , Fair de
France , Chevalier des Ordres du Roi , Lieutenant
Général de -fes armées , Gouverneur & Lieutenant
Général du Haut & Bas Poitou , Gouverneur particulier
des Ville & Château de Fontenay le Com
te , Cheva ier d'Honneur de la Reine , Gouverneur
nommé par le Roi Louis XIV . de Philippe
petit fils de Tiance , alors Duc de Chartres , deNOVEMBRE
1745 . 229
puis Duc d'Orleans , Regent du Royaume &c . more
le 2 Fevrier 1689 & de FrançoifeMarie de Vienne
Comteffe de Châteauvieux morte le 7 Juillet
1669 , arriere petit fils de Charles de la Vieuville , I.
du nom Duc de la Vieuville , Pair de France , par
Lettres d'Erection du mois de Decembre 1651
Chevalier des Ordres du Roi , premier Capitaine de
fes Gardes du Corps , Grand Fauconnier de France ,
Lieutenant Général au Gouvernement de Champagne
& de Rethelois , & Sur Intendant des Finances
en 1623 , mort le 2 Janvier 1653 , & de Marie Bouhier
de Beaumarchais morte en 1663 , lequel Charles
I. Duc de la Vieuville , étoit fils de Robert de la
Vieuville Marquis de la Vieuville , Vicomte de
Farbus en Artois , Chevalier des Ordres du Roi en
1599 , Gouverneur des Villes de Mezieres & de
Linchamp, Grand Fauconnier de France , Lieutenant
Général du Pays de Rethelois , Capitaine de so
hommes d'armes d'Ordonnance , Confeiller au
Confeil Privé , Ambatfadeur en Allemagne , mort
en 1612 & de Catherine d'O fa deuxieme femme.
Voyez la Généalogie de la Maifon de la
Vieuville dans le 8e. vol. e l'Hiftoire des Grands
Officiers de la Couronne . fol . 758.
Madame Anne - Urbaine de Grimoard de Bauvoir
du Rowe a accouché d'un fils le 24 Octobre .
Il a été nommé Louis Scipion ; elle eft femme
de haut & puiffant Seigneur Meffire Louis - Charle
de Merle , Baron de la Gorce , Vicomte Deu , Sergneur
de Salavas & l'un des Barons du Vivarais ,
il a été page du Roi en fa perite écurie , & enfuite
il est entré dans le Régiment d'Anjou Ca
valerie ou il a été Capitaine ; fon Pere étoit feu
Meffire Mathieu de Merle , Baron de la Gorce &c .
Et fa mere Madame Marguerite Claude 23
230 MERCURE DE FRANCE.
de Guion de la Chevallerie ; ledit Mathieu étoit
fils de Meffire Henri de Merle Baron de la Goree
& Capitaine d'Infanterie , & d'Anne Novi.
Ledit Henri étoit fils d'autre Haut Puiffant Seigneur
Meffire Henry de Merle , Baron de la Gorce &c .
Capitaine au Régiment de la Reine , & de Madame
Lucreffe Pape de S. Auban . Ledit Henri de
Merle premier , étoit fils de Meffire Torail de Merle
, Baron de la Gorce , Capitaine de cent hommes
& Gentil-homme ordinaire de la Chambre
du Roi & de Demoiſelle Anne de Balafve , fills
de Meffire Guillaume de Balasve , Maréchal des
Camps & armées du Roi & Gentilhomme ordinaire
de fa Chambre , & de Demoiſelle Françoiſe
de Grimoard du Roure & parente au quatriéme
degré de M. le Duc de Montmorency & de Madame
la Princeffe de Condé , Ledit Torail étoit
fils de M. Mathieu de Merle premier du nom,
Gouverneur d'Yffoire , de Marvejols , de Mande
& du Gevodan , Capitaine de cent chevau Legers
, Baron de la Gorce , Vicomte Deu & de
Demoiſelle Françoife Dauzole. Ledit Mathieu
étoit fecond fils de noble Antoine de Merle ,
Ecuyer , & de Demoiſelle Marguerite de Virgilly
; ils vivoient au quinziéme Siècle , & noble
homme Foulques Merle , Ecuyer Seigneur de Villeglain
, rendit hommage au Roi en l'an 1396 de
fa ditte terre .
La naiffance du fufdit Louis Scipion du côté
de fa mere eft auffi ancienne & illuftre , puifque
fon trifayeul maternel Scipion , Comte du Roure ,
étoit Chevalier des Ordres du Roi & de la maifon
du Pape Urbain cinquiéme ; il a été tenu fur
les fonts Baptifmaux le 27 d'Octobre 1745 , trois
jours après fa naiffance,
NOVEMBRE 1745 . 237
M. Jofeph de Scyptres , Marquis de Caumont
Seigneur de Verquieres , mourut à Avignon le 20
Septembre 1645 âgé de 57 ans ; fon amour pour
les Belles Lettres & fon fçavoir lui mériterent
l'honneur d'être reçû de l'Académie desInfcriptions
& Belles Lettres , de celle de Marfeille , de la
Société Royale de Londres , & de l'Académie des
Arcades de Rome fous le nom de Rhodanio.
3
Il avoit époufé en 1722 Marie- Elifabeth de
Doni , troifiéme fille du Marquis de Doni originaire
de Florence , & de Françoiſe de la Croix
de Caftries , fille de René - François de la Croix
Marquis de Caftries , Chevalier des Ordres du Roi ,
& Gouverneur de la Ville & Citadelle de Montpellier
; niéce du Cardinale de Bonzi , & foeur de
feu M.le Marquis de Caftries Gouverneur de la même
Ville , & de M. l'Archevêque d'Albi , Commandeur
des Ordres du Roi ; il a eu de ce matiage
neuf enfans ; l'aîné qui fervoit dans le Ré-
-giment du Roi , mourut à Prague le 20 Avril
1742. Le fecond , qui étoit reçû Chevalier de
Malthe au berceau, a fervi fur les Vaiffeaux du
Roi au département de Toulon , & à quitté la Croix
étant devenu l'aîné de fa maifon , le troifiéme eft
Abbé & eft au Collége à Paris . Le quatriéme a
été reçû Chevalier de Malthe de mincrité ; la fille
aînée a époufé le Marquis d'Albert de Sillans , cidevant
enfeigne des Vaiffeaux du Roi , qui a un
frere Chevalier de Malthe , Capitaine de Cavalerie
dans le Régiment de la Rochefoucault ; il eft mort
deux filles en bas âge & il en refte encore deux
jeunes.
La Maiſon de Scyptres eft une des plus anciennes
du Dauphiné ; on voit leurs armes fur la Ville
de Montelimar qu'ils firent bâtir ; elle a eu en
1309 un Chevalier de Rhodes nommé Roftain de
232 MERCURE DE FRANCE.
&
,
Scyptres , & depuis ce tems , cette maiſon n'a
pas difcontinué de donner des Chevaliers à l'Ordre
de S. Jean de Jerufalem . Jean de Scyptres
Seigneur de Novifan quitta le Dauphiné pour venir
s'établir dans le Comtat Venaiffin où il épouſa
en 1472 Delphine Spifame Dame de Caumont héritiére
, & niéce de l'Evêque d'Avignon . Olivierfon
fils époufa Jeanne de Galliens & enfuite Baltazar
époufa Catherine de Mayaud qui eut pour fils
Louis-Chevalier des Ordres du Roix du Pape , qui
époufa Marguerite de Berton - Crillon ; Gafpard de
Scyptres époufa Suſanne d'Obrecht ; Louis époufa
Françoile de Grille Peruzzi , & Louis de Scyptres
fon fils épouſa Catherine de Fortia Montreali ;
qui étoit pere de Jofeph le dernier mort , qui étoit
Jumeau ; fon frere qui avoit été reçû au berceau
Chevalier de Malthe , mourut quelques mois après
fa naiffance ; Christophe de Scyptres fils de Louis
fon trifayeul Baillif de Manofque en 1610 , a été
Ambaffadeur de la Religion de Malthe à Rome.
Voyez la Généalogie de cette Maifon au fupplément
du Dictionnaire de Morery.
Le 15 Octobre Dame Anne - Françoise de
Barrillon veuve depuis le 19 Avril 1726. d'Antoine
Cleriadus de Choifeul Beaupré Seigneur d'Aillecourt
, dit le Comte de Choifeul , Lieutenant Général
des armées du Roi & au Gouvernement de
la Province de Champagne , avec lequel elle avoit
é é mariée le 19 Juin 1695 mourut à Châlons - fur-
Marne âgé de 68 ans ; elle étoit fille d'Antoine
de Barrillon Seigneur de Morangis , Maître des
Requêtes Ordinaire de l'Hôtel du Roi , & Intendant
de Juftice à Orléans & c . & de Dame Catherine
Boucherat fille du Chancelier de France
de ce nom , & elle laiffe pour enfans Claude- AnNOVEMBRE
1745 . 233
toine de Choifeul-Beaupré , né le 16 Novembre
1697 , Evêque de Châlons Comte & Pair de France
nommé le 28 Août 173 ) , & Charles Marie de
Choifeul né le 8 Septembre 1678 , dit le Comte de
Choifeul , Marquis de Beaupré , Seigneur d'Aillecourt,
ci - devan tCapitaine - Lieutenantde laCompagnie
desGendarmes de la Reine , Maréchal deCamp
duzMai1744.lequel a plufieurs enfans de fon mariage
avec Dame Anne- Marie de Baffompierre . Voyez
la Généalogie de la Maifon de Choifeul l'une des
plus anciennes & des plus illuftres du Royaume
dans l'Hiftoire des Grands Officiers de la Cou
ronne . Vol . 4 jol 843. pour celle de la Famille
de Barrillon l'une des premieres de la Robe , on
l'aura dans l'Hiftoire nouvelle des Maîtres des
Requêtes qui paroitra inceffamment.
Louis de la Cour dit le Chevalier de la Cour ,
Garde de la Marine au département de Breft ,
mourut le 17 Octobre , âgé de 20 ans , au retour
d'un voyage aux fles d'Amérique qu'il avoit fait
fur le Northumberland commandé par M. le Chevalier
de Conflans ; il étoit fecond fils de Jacques-
Claude de la Cour , Marquis de Balleroy , Lieutenant
Général des armées du Roi , Premier Ecuyer
de M. le Duc d'Orléans , ci- devant Gouverneur
de M. le Duc de Chartres , & de Dame Marie-
Elifabeth de Matignon morte à Paris le 13 Mars
dernier.
Le 21 Dame Claude -Sufanne- Therefe de Durfort
de Lorges Abbeffe de S. Amand de Rouen
Ordre de S. Benoît , depuis 1721 , & avant Religieufe
, au Prieuré de Conflans prés Paris , mourug
dans fon Abbaye à l'âge de 57 ans univerfellement
regretée , elle étoit derniere fille de Guy234
MERCURE DE FRANCE.
Aldonce de Durfort Duc de Lorges Quintin , Ma
rechal de France , Chevalier des Ordres du Roi ,
Capitaine des Gardes du Corps de S. M. & Gou
verneur du Duché de Lorraine, mort le 22 Octobre
1702 & de Geneviève Fremont d'Auneuil le 6
Septembre 1727. Voyez la Généalogie de la Maifon
de Durfort dans l'Hiftoire des Grands Officiers
de la Couronne. Vol . 5 fol. 540 .
Le 22 Donatien de Maillé Marquis de Carmar ™
Comte de Maillé Baron de Lefquelen , premier
Banneret de l'Evêché de Léon mourut dans fes terres
en Baffe-Bretagne , dans la 71e . année de fon
âge , étant né en Juin 1675. Il avoit été Colonel
d'un Régiment d'Infanterie de fon nom en 1702 ;
il étoit fils de Donatien de Maillé , Marquis de
Carman , mort le 4 Décembre 1728 , & de Marie-
Anne du Puy de Murinais fa premiere femme .
Il avoit été marie le 29 ctobre 1706 avec Marie-
Louife Binet de Marcoignet veuve de Julien de
Salligné Marquis de la Chaife , Lieutenant de Roi
au Gouvernement de Poitou , & fille de Nicolas
Binet Seigneur de Marcoignet Maréchal de Camp
& Gouverneur de la Rochelle , & de Thérefe de
Vauverde , & de ce mariage font nés Dona ien
de Maillé Marquis de Carman né en 1708 , Capitaine
de Cavalerie dans le Régiment de Clermont
Prince ; Louis- René de Maillé né en 1710 ,
Chanoine de l'Eglife de Tours , Abbé de N. D.
de Moreaux au Diocèfe de Poitiers , en 1734
premier Lieutenant dans le Régiment de Cavalerie
de Clermont Prince , tué pendant le fiége
de Philifbourg ; Charles de Maillé né en 1720 ;
Marie-Eleonor de Maillé née en 1712 mariée le
13 Novembre 1733 avec François-Jean- Baptifte-
Jofeph de Sade Comte de Cofte & de Saumane
1
NOVEMBRE. 1745. 235
dans le Comtat Venaiffin , Colonel Général de la
Cavalerie du Pape dans l'Etat d'Avignon & depuis
Lieutenant Général au Gouvernement de
Bourgogne au département de Breft & c . Voyez
la Généalogie de la Maifon de Maillé une des
plus anciennes & illuftres de Touraine dans l'Hif
toire des Grands Officiers de la Couronne. Vol.
12. fol. 497.
1. Le 24 Dame Geneviève- Armande de la Rochefoucand
de Roye femme de Philippe- Aymar de
Clermont Comte de Clermont & de Tonnerre ,
ancien Colonel du Régiment d'Infanterie d'Anjou
, avec lequel elle avoit été mariée le 17 Décembre
1708 , mourut à Paris dans la 54e. année
de fon âge . Elle étoit l'une des Dames de
S. A. R. Madame la Ducheffe d'Orléans , & elle
ne laiffe de fon mariage que deux filles dont
l'aînée eft mariée avec M. le Comte de Lannion ,
d'une des premieres Maifons de Bretagne , & la
feconde qui eft Mlle. de Tonnerre vient obtenir un
Brevet de Dame de Compagnie de la même
Princeffe avec 3000 liv. de penfion. Madame de
Tonnerre étoit fille de Charles de la Rochefou
caud de Roye Comte de Blanzac , Lieutenant Gé
néral des armées du Roi , & Gouverneur de Bapaume
, & de Marie- Henriette d'Aloigny de Ro→
chefort. Voyez pour la Généalogie de la Maifon
de la Rochefoucaud l'Hiftoire des Grands Officiers
de la Couronne . Vol. 4 fol . 418 , & pour
celle de Clermont - Tonnerre le Vol. 8 de la
même Hiftoire fol. 907.
Le 27 Anne-Augufte de Montmorency Prince de
Robecque , Grand d'Efpagne de la premiere claf
fe , Comte d'Efterre , Marquis de Morbecque ,
236 MERCURE DE FRANCE.
& Chevalier de la Toifon d'Or , Lieutenant Géneral
des armées du Roi , & ci - devant Major-
Dome Major de la feue Reine veuve de Louis I.
Roi d'Efpagne , mourut à Lille dans la 67. année
de fon âge , il étoit fils puiné de Philippe - Marie
de Montmorency Prince de Robecque , Marquist
de Morbecque inort en 1691 , & de Marie- Philippine
de Croy Solre. Il vint à la grandeffe d'Efpagne
par la mort de Charles de Montmorency
Prince de Robecque fon frere ainé, mert le 15 Oc
tobre 1716 ; il fut fait Chevalier de la Toifon d'Or
le 8 Fevrier 1711 , Lieutenant Géneral des Armées
du Roi le 31 Mars 1720 & Major Dome Major
de la Maifon de la Reine d'Espagne veuve du
Roi Louis I , en 1725 ; il fe diftingua au combat
de Chiari en 1701 , au fiége de Verrue en 1705 , a
la prife des Ville & Château de Lerida en 1708 au
fiége & prife de Gironne en 1710 , au fiege de
Barcelonne en 1714 , & au fiége de Philifbourg
en 1734 ; il avoit été marié le 23 Decembre 1722
avec Chaterine - Felicité du Bellay nommée Dame
du Palais de la Reine , feconde Douairiere d'E
pagne en 1725 , morte le 3 Juin 1727 à l'âge de
19 ans , fille de Charles du Bellay , dit le Comte
du Bellay Seigneur de la Pallu , de Benais & du
Ruart , & de Chaterine - Renée de Joaucourt Villarnoul
Dame de la Baronie de la Foreft , & il
laille de ce mariage Anne - Louis - Alexandre de
Montmorency né le 25 Janvier 721 , Comte d'Efterre
, Baron de la Foreft fur Sevre , Seigneur de
la Boutarliere , Colonel du Régiment de Limofin
aujourd'hui Grand d'Efpagne de la premiére claffe
, marié le 22 Mars 1745 avec Anne - Marie de
Montmorency-Luxembourg , fille de Charles- François
de Montmorency- Luxembourg , Duc de Luxembourg
Montmorency , Pair de France , LieuteNOVEMBRE
237 1715.
nant General des armées du Roi , Gouverneur de
la Province & Duché de Normandie , & de
Marie-Sophie Colbert de Seignelay.
Voyez la Généalogie de cette illuftre Maifon
dans l'Hiftoire des Grands Officiers de la Couronne
Vol. 3 fo. 598, "
Le 4. Novembre Françoife Charlotte de S. Nec
taire Marquife de la Ferté , femme de Jean - François
de Malortie Segneur de Boudeville , Marêchal des
camps & armées du Roi , de la derniere promotion
, mourut en fon Château de la Ferté près
d'Orléans , âgée de 66 ans , fans laiffer d'enfans
de ce mariage ; elle avoit été mariée en premiérenoces
le 28 Juillet 1698 avec François - Gabriel
Thibault Marquis de la Carte , Capitaine des
Gardes du Corps de M. le Duc d'Orléans Philippe
de France Frere unique du Roi Louis XIV , lequel
en vertu de ce mariage prit le titre de Marquis
de la Ferté , & les armes de la Maifon de S.
Nectaire ; il mourut le .. Aouft 1712 , laiffant pour
fils unique Philippe- Louis Thibault de S. Nectaitaire
Marquis de la Ferté né le 24 Avril 1699 ,
devant Colonel dn Régiment de la Marche , aujourd'hui
vivant & non marié . Feue Madame de
Boudeville étoit fille puinée de Henri -François
de S. Nectaire , Duc de la Ferté , Pair de Francrance
, Lieutenant Général des armées du Roi ,
mort le 1 Aout 1703 , & de Marie- Gabrielle- Angelique
de la Motthe Houdancourt , morte le 29
Avril 1726 , foeur puinée de feue Madame la Ducheffe
de Ventandour Gouvernante des Enfans de
France.
I
ci-
Voyez la Généalogie de la Maifon de S.Nectaire
dans l'Hiftoire des Grands Officiers de la Couronne
Vol. 4 , fol. 887, celle des Seign.urs de la
238 MERCURE
DE FRANCE
.
Carte du nom de Thibault ancienne Nobleffe de
Poitou dans la deuxième partie du fecond Regiftre
de l'Armorial Généalogique ; pour le nom
de Malortie marqué entre les Nobles de Normandie
, & connu anciennement fous celui de Benel,
Ses armes font d'azur à deux chevrons d'or , accompagnés
de trois fers de dards d'argent , renverfés
& pofés deux en chef& un en pointe .
E Samedi 27la fale de Spectacles qui a été confdans
la cour du Manege , fervit à la repréfentation
d'un nouveau Ballet intitulé le Temple de la Gisire.
C'eſt une Allégorie ingenieufe où fans nommer le
Roi l'Auteur rappelle l'idée des vertus de ce Grand
Monarque en peignant celles de Trajan le plus
glorieux & le plus jufte des Céfars . Les paroles
font de M , de Voltaire , & la Muſique de M. Rameau.
Nous en rendrons compte au public dans le
mois prochain..
PIECE
TABLE
.
1ECES Fugitives en vers & en profe. La
Cour , Ode.
Séance publique de l'Académie Royale de Chirur
gie. Epitre à M. de Villars Docteur en Médecine
&c .
Bouquet
à Mile. M. A
Vers de M. Gaudet à Mlle. ***
3
9
25
29
30
Lettre d'un Militaire fur la défenſe des lignes de
circonvallation .
Epigramme .
Imitation du Pfeaume 138.
31
43
44
Semonce faite par M. Soubeiran de Scaupon. 47
Le Tableau du Mariage , Conte.
621
Imitation de la 12e . Ode du 2e. Livre d'Horace . 66
Lettre de M. Bruhier aux Auteurs du Mercure . 68
Les Vendanges , Ode Bachique.
Epitre à M. L. P.
7$
Autre de M. de la Soriniere à fon Médecin. 84
Réponse à une Queftion propofée dans le Mer
cure d'Août .
Ode de M. de la Soriniere.
Le Comédien , Ouvrage divifé en deux parties
Introduction .
Nouvelle Machine par M. de Vaucanfon,
Théatre Anglois , Extrait.
86
92
?
95
116
Nouvelles Littéraires , des Beaux Arts. &c. Le
12X
Mufa Rhetorices.
125.
Salmoneus ictus fulmine, 126
Dictionnaire de Mythologie , Extrait 130
Differtation qui a remporté le Prix de l'Académie
des Infcriptions & Beiles Lettres. 132
La Bibliothèque Poëtique , Extrait . 133
Maniére d'enfeigner à écrire de M. Royllet . 135
Dictionnaire univerfel de Médecine propofé far
foufcription .
137
136
Programme de l'Academie des Sciences de Dijon.
Premiere affemblée publique de l'Académie des
Siences de Rouen , Extrait . 140
145
Lettre aux Auteurs du Mercure au fujet du Procès
de M de la Bedoyere.
Explication du Logogryphe de Septembre. 152
Enigmes 353
Air noté .
ISS
Mots des Enigmes & Logogryphes d'Octobre . Ibid,
Suite du Conte Turc.
Tableaux coloriés .
Spectacles.
156
177
180
Septiéme fuite des Réflexions fur les Ballets . 1Ɛ2
Vers à M. Raux le fils,
Bijoux en émail .
Nouvelles Cartes.
185
186
Ibid.
Rentrées publique de l'Académie des Belles Lettres
& de celle des Sciences & Programme. 187
Journal de la Cour , de Paris & c. 189
Promotion d'Officiers Généraux .
191
Bénéfices donnés par le Roi . 203
Te Deum de M. de Blamont . 205
Lettre du Roi à l'Archevêque de Paris . Ibid.
Nouvelles Etrangeres & c . 207
Mort des Pays Etrangers, 226
Mariage , Baptême & Morts. Ibid.
Nouveau Ballet repréſenté à Verſailles. 238
La Chanfon notée doit regarder la page. 155 .
Fantes à corriger dans le Mercure d'Octobre.
Age 86, ligne 21. qu'ils avoient mis , lifez qu'ils
Pasient prife.
Ibid. lig. 22. qu'ils euffent prife , lifez qu'ils euffent
mis.
Pag. 121. lig. 11. par Mademoiſelle de Bon , lifez
Madame de Bon .
Ibid. lig 17. par Mademoiſelle de Bernage , lifez
Madame de Berrage.
Fag. 12. lig.4. M. le Préfident le Manet , life ,
M. le Préfident le Mairat .
MERCURE
DE FRANCE
DÉDIÉ AU ROI
DECEMBRE 1745 .
PREMIER VOLUME.
AGIT
||
UT
SPARGATE
illon
S.
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER
rue S. Jacques.
Chés La Veuve PISSOT , Quai de Conty
à la defcente du Pont-Neuf
JEAN DE NULLY , au Palais.
M. DCC . XLV.
Avec Approbation & Privilége du Roi
A VIS.
L'ADRESSE générale du Mercure eft
à M. DE CLEVES D'ARNICOURT
rue du Champ-Fleuri dans la Maifon de M.
Lourdet Correcteur des Comptes au premier
étage fur le derriere entre un Perruquier & un
Serrurier à côté de l'Hôtel d'Enguien. Nous
prions très-inftamment ceux qui nous adrefferont
des Paquets par la Pofte , d'en affranchir
le port , pour nous épargner le déplaifir
de les rebuter , & à eux celui de ne
pas voir paroître leurs ouvrages.
Les Libraires des Provinces on des Pays
Etrangers , qui fouhaiteront avoir le Mercure
de France de la premiere main , & plus promp
tement , n'auront qu'à écrire à l'adreffe ci-deffus
indiquée ; on fe conformera très-exactement à
leurs intentions.
Ainfi il faudra mettre fur les adreffes à M.
de Cleves d'Arnicourt , Commis au Mercure
de France rue du Champ-Fleuri , pourrendre
à M. de la Bruere.
PRIX XXX . SOLS
RE
LAVILLE
MERCURE
DE FRANCE
DÉDIÉ AU ROI.
DECEMBRE 1745 .
PIECES
L
FUGITIVES
en Vers & en Profe.
AVIS.
OTHEQUE
BIBLIO
Epitre qui fuit fut imprimée en
1736 fans l'aveu de l'Auteur ; les
Editeurs fe donnerent la liberté
d'y faire des changemens , des
additions , des retranchemens qui la défiguroient
abſolument. La voici telle qu'elle eft
fortie des mains de l'Auteur & telle qu'elle
auroit dû être imprimeé alors.
I, Vol.
A ij
LYON
*
1893 *
4 MERCURE DE FRANCE.
*/ **/ ** **// */*/
EPITRE
AUX DIEUX PENATES.
P Rotecteurs de mon toit ruftique ,
C'est à vous qu'aujourd'hui j'écris ,
Vous qui fous ce foyer antique
Bravez le fafte de Paris ,
Et la molleffe afiatique
Des alcoves & de lambris.
Soyez les feuls dépofitaires.
De mes Vers férieux ou foux ;
Que mes ouvrages folitaires
Se dérobant aux yeux vulgaires
Ne s'éloignent jamais de vous .
J'efperois que l'affreux Borée
Refpecteroit nos jeunes fleurs ,
Et que l'haleine temperée
Du Dieu qui previent les chaleurs
Rendroit à la Terre éplorée
Et fes parfums & fes couleurs,
Mais les Nymphes & leurs compagnes
Cherchent les abris des buiffons ,
L'Hyver defcendu des montagnes
DECEMBRE. 1745 .
Souffle de nouveau fes glaçons ,
Et ravage dans nos campagnes
Les premices de nos moiffons.
Rentrons dans notre folitude ,
Puifque l'Aquilon déchainé
Menace Zéphyre étonné
D'une nouvelle fervitude :
Rentrons , & qu'une douce étude
Déride mon front férieux :
Vous mes Penates , vous mes Dieux ,
Ecartez ce qu'elle a de rude ,
Et que les vents féditieux
N'emportent que l'inquiétude
Et laiffent la Paix en ces lieux .
Enfin je vous revois , mes Lares ,
Sous ce foyer éteincelant ,
A la rigueur des vents barbares
Oppofer un chêne brulant :
Je fuis enfin dans le filence ,
Mon efprit libre de fes fers
Se promene avec nonchalance
Sur les erreurs de l'Univers ;
Rien ne l'aigrit , rien ne l'altere ;
Coeurs vicieux , efprits pervers ,
Je vous condamne fans colere :
Coeurs éprouvés par les revers ,
Et foutenus par l'innocence ,
Ma main fans efpoir vous encenſe ;
A iij
ઠ MERCURE DE FRANCE.
Mes yeux fur le mérite ouverts
Se ferment fur la récompenſe ;
Sans fortir de mon indolence
Je reconnois tous les travers
De ce rien qu'on nomme ſcience ;
Je vois que la fombre ignorance
Obfcurcit les pâles éclairs
De notre foible intelligence :
Ah ! que ma chere indifference
M'offre ici de plaiſirs divers !
Ma maîtreffe et
l'indépendance ,
Mes Dieux font les Rois que je fers.
Amant de la fimple Nature .
Je fuis les traces de fes pas ;
Sa main auffi libre que fûre
Néglige les loix du compas ,
Et la plus légere parure
Eft un voile pour fes appas.
Quand la verrai-je ſans emblême ,
Sans fard , fans éclat emprunté
Conferver dans la pudeur même
Une piquante nudité ,
Et joindre à la langueur que j'aime
Le fouris de la volupté ?
✪ toi qui donnas la naiffance
Au Dieu qu'adore l'Univers ,
Déeffe , répand dans mes Vers
Ce tour , cette noble cadence ,
DECEMBRE. 1745 7
Et cette molle négligence ,
Dont Tibulle embellit fes airs.
Inſpirez moi Divins Penates ,
Vous-mêmes guideź mes travaux ,
Verfez fur ces rimes ingrates
Un feu , vainqueur de mes rivaux ,
Et que mes chants toujours nouveaux
Mêlent la Raifon des Socrates
Au badinage des Saphos ,
Mais qu'une fageffe fterile
N'occupe jamais mes loisirs ,
Que toujours ma Muſe fertile
Imite , en variant fon ftyle ,
Le vol inconſtant des Zéphyrs ,
Et qu'elle abandonne l'utile
S'il eft feparé des plaifirs !
Favorable à ce beau délire
Rouffeau , j'implore ton fecours ,
Seconde le Dieu qui m'inſpire,
Réunis en ce jour la lyre
Et le luth badin des Amours ;
Soutiens moi , prêtes moi tes ailes ,
Guide mon vol audacieux
Jufqu'à ces voûtes éternelles
Où l'aftre qui parcourt les Cieux
Darde fes flâmes immortelles
Sur les ténébres de ces lieux.
f A iij
3 MERCURE DE FRANCE,
Je lis , j'admire tes ouvrages ,
L'efprit de l'Etre Créateur
Semble verfer fur tes images
Toute fa force & fa grandeur:
Mais , ne crois pas que vil flateur
Je deshonore mes fuffrages
En mandiant ceux de l'Auteur.
Vous le fçavez , Dieux domestiques ,
Mon ftyle n'eft point infecté
Par le fiel amer des critiques ,
Ni par le nectar apprêté
Des longs & froids panégyriques :
Sous les yeux de la verité
J'adreffe au Princes de Lyriques
Cet éloge que m'ont dicté
Le goût , l'eftime & l'équité.
Rouffeau conduit par Polymnie
Fit paffer dans nos vers François ,
Ces fons nombreux , cette harmonie
Qui donnent la vie & la voix
Aux airs qu'enfante le génie.
Sa prudente févérité
Sous les contraintes de la rime
Fit naître l'ordre & la clarté ;
le concours unanime Et par
D'une heureuſe fécondité
Unie aux travaux de la lime ,
Sa Muſe avec rapidité
S'élevantjufques au fublime,
DECEMBRE
1745:
Vola vers l'immortalité .
Que la Renommé & l'Hiftoire
Gravent à jamais fur l'airain
Ces hymnes dignes de mémoire ,
Où Rouſſeau la flâme à la main
Chaffe du Temple de la Gloire
Les deſtructeurs du genre humain ,
Et fous les yeux de la Victoire
Renverfe leur Trône incertain .
Tels font les accords de fa lyre.
Mais quel feu , quels nouveaux attraits
Lorfque Bacchus & la fatyre
Dans un vin petillant & frais
Trempent la pointe de fes traits !
Envain , de fa gloire ennemie ,
La haine répand en tout lieu
Que fa Mufe enfin avilie
N'eft plus cette Muſe cherie
De Duffé , la Fare , & Chaulieu
Malgré les arrêts de l'envie ,
S'il revenoit dans fa Patrie,
Il en feroit encor le Dieu .
Les travaux de notre jeune âge
Sont toujours les plus éclatans ;
Les Graces qui font leur partage
Les fauvent des rides du tems.
Moins la rofe compte d'inftans ,
A v
ΤΟ MERCURE DE FRANCE.
Plus elle s'affûre l'hommage
Des autres filles du Printems.
Par quel Art , celebre Voltaire
Conferve-tu ce coloris ,
Ce nombre , ce beau caractere '
Qui marquent tes premiers Ecrits ?
D'une main féconde & legere
Tu peignis l'Amour & les Ris ,
Le vin faillant dans la fougere ,
Les regards malins de Cypris ,
Et tous les Secrets de Cythere.
Bientôt , de l'héroïque épris ,
Tu célebras la violence
Des feize Tyrans de Paris ,
Et la généreufe clemence
Du plus vaillant de nos Henris .
Déja la fublime éloquence
Te pénetroit de fes chaleurs
Les graces & la véhémence
Se marioient dans tes couleurs ,
Et par une heureufe inconftance ,
De ton efprit en abondance
Sortoient des foudres & des fleurs ;
Enfin , au milieu de ta courſe
g
Tu n'as point vû tarir la fource
D'où naiffoient tant d'Ecrits heureux .
Toujours égal dans fa carriere ,
Ainfi le Dieu de la lumiere
DECEMBRE. 1745 . 11
Brille fans épuifer fes feux .
Tandis que ma mufe volage ,
Par un aimable égarement ,
S'arrête où le plaifir l'engage,
Et donne tout au fentiment ;
L'ombre defcend , le jour s'efface ,
Le char du Soleil qui s'enfuit
Se joue envain fur la ſurface
De l'onde qui le reproduit ;
L'heure impatiente le fuit ,
Vole , le preffe, & dans fa place
Fait fucceder l'obfcure nuit."
Que mon toit foit impénétrable
Aux craintes aux remords vengeurs ,
"
Et qu'un repos inaltérable
Dans cet azyle favorable
Endorme les foucis rongeurs !
Sur ces demeures folitaires
Veillez , ô mes Dieux tutélaires.
Déja Morphée au teint vermeil
Abbaiffe fes ailes legeres ,
D'où la molleffe & le fommeil
Vont defcendre fur mes paupieres.
Puiffai-je après deux nuits entieres ,
N'être encor qu'au premier reveil ,
Et voir dans tout fon appareil
L'Aurore entr'ouvrant les barrieres
Bus
A vij
12 MERCURE DE FRANCE.
Du temple brillant du Soleil!
Confidens d'un amour fincere ,
Vous , mes amis , dès le berceau
Si l'enfant qui porte un flambeau
Venoit m'anonncer que Glicere
Favorife un amant nouveau ,
Mes Dieux , déchirez fon bandeau ,
Et repouffez le téméraire ;
Mais fi plus ſenſible à mes voeux
Il vous apprend que cette belle
Moins aimable encor que fidelle
Brule pour moi des mêmes feux ,
Alors , d'une offrande éternelle
Flatez cet enfant dangereux ,
Et que la fleur la plus nouvelle
Orne à l'inſtant ſes beaux cheveux .
Le 20 Mai 1736.
DECEMBRE. 1745. *$
LVE X NE E V VE VE VE
RONDE A U.
Depuis long- tems , aimable & fiere Hoṛtenſe ,
Par vos rigueurs exerçant ma conftance ,
Vous condamnez mes foupirs innocens ,
Et fur l'ardeur que pour vous je reffens
Vous me forcez à garder le filence.
Mais de mes voeux , malgré má prévoyance ,
Pour Pour vous cacher la douce violence
J'ai fait toujours des efforts impuiffans
Depuis long- tems.
M'en croirez-vous ? Loin qu'amour vous offenſe,
Suivez , goûtez fes plaifirs raviffans ,
Et couronnez les feux les plus preffans
D'un prix flateur qu'avec impatience
Mon coeur attend de fa perféverance
Depuis long-tems .
Par M. Gaudet.
14 MERCURE DE FRANCE.
SAILLIE A M. l'Abbé d'Ale ***
de Roched *** en réponse d'une Lettre
qu'il m'avoit envoyée .
Jrai và Bacchus ; ami , j'en jure ;
Puiffent , fi je te mens , les Aquilons fougueux
Porter fur mes raifins un fouffle dangereux ,
J'ai vu Bacchus : dans une grotte obfcure
Ce Dieufuivi d'une foule de Dieux ,
La coupe en main , l'yvreffe dans les yeux ,
Laiffez , s'écrioit-il , le Nectar à mon pere ,
Amis , je vous en offre un plus délicieux .
Plongeons-nous dans le vin , faifons-nous fur la
terre
Un fort plus beau que dans les Cieux ..
A ces mots le pefant Silene
Renverfé fur fon vafte dos ,
A l'aide d'un Sylvain près d'un flacon fe traine .
Déja dans fon gofier le vin coule à long flots ..
Que d'agréables fons ! que de foupirs myftiques J
Les cris , les hurlemens , les tranfports frenetiques
Ne troublent point la paix de cet Antre facré.
Non , non , j'ai vû dans cet azile ,
J'ai vu la Ménade docile ,
Le front de pampres entouré,
DECEMBRE. 1745,
Sans thyrfes , fans clameurs porter un oeil tranquile
Sur le Sylvain lafcif & le Faune enyvré ..
Au nom de Milton , de Voltaire ;
Je fens s'animer mes efprits ;
D'une fureur involontaire
Je me vois tout à coup épris.
O ! fi ta préſence cherie
Soutenoit les efforts de ma mufe enhardie ,
Ami , tu la verrois s'élevant dans les airs ,
Par les chants les plus beaux étonner l'Univers
Et s'ouvrant elle-même une nouvelle trace ,
Dans fon effor ambitieux
Loin de fon vol laiffer tout le Parnaffe ,
Et jufques dans l'Olympe aller charmer les Dieux..
Sectateurs du fage Epicure ,
Chaulieu , la Fare , Auteurs délicieux ,
Des douces loix de la Nature ,
*
Interpretes naïfs , brillans voluptueux,
Eloignez de mes yeux ces triftes perfonnages
Qui préfentant fans ceffe à mon coeur revolté
Les maximes les plus fauvages
Dans leur fyftême détesté
Appellent des vertus fuprêmes
Les coupables efforts qui nous font dans nous
mêmes
* On ne parle ici que de ces perfonnes atrabilai
Tes , qui ennemies de toute fenfibilité femblent
ouloir ramener les folies du ftoïciſme,
16 MERCURE DE FRANCE.
Anéantir l'humanité ...
Et toi , dont l'innocente Muſe
Enchantoit autrefois les rives de Vauclufe
Petrarque , foit que la douleur ,
Soit qu'Amour lui-même t'inſpire
! que tes chants partout font remplis de dou
ceur !
Hélas ! depuis long-tems comme toi je foupire ,
Comme toi que ne puis-je exprimer fur ma lyre ,
Toute ma tendreffe & mon coeur !
A Carpentras , par L. A. F. D. L.S. N.
IMPROMPTU.
Sur un apparence incertainė ,
Vous me taxez d'être indifcret ;
Que ne foulagez-vous ma peine?
Ah! vous verriez , charmante Ifmene ,
A quel point je garde un fecret.
Par M. Gaudet.
DECEMBRE.
17 1745
薬業
P
BOUQUET pour Manon M ....
Our vous faire un bouquet c'eft envain que
j'efcrime :
Non , jamais la quinteufe rime
Ne vint fi de travers.
Ne pouvant donc faire de vers ,
Vous , refufant les dons de Flore ,
Je n'ai plus à vous préfenter
Que du fruit ; s'il peut vous tenter
Chere Manon , vous que j'adore ,
Dans peu je vous en fais porter.
E. Rebis.
SUITE de la Lettre d'un Militaire.
IL eft donc certain ,
Monfieur
, que
lorf
que les conjonctures nous déterminent à
refter dans des lignes , l'intelligence dans
la façon de les fortifier & de les défendre ,
jointe à la valeur des troupes , décide des
évenemens : je ne pense pas que l'on me
18 MERCURE DE FRANCË.
chicanne là deffus ; en tout cas fi l'exemple
de Céfar ne le prouve point affés, en voici un
moderne qui , je m'affùre , détruira l'opinion
où l'on eft que des lignes attaquées font
toujours des lignes forcées. Le fait fera un
peu long à rapporter , mais il eft fi beau
& fi frappant que je me ferois fait un fcrupule
d'omettre aucune des principales circonftances
: le voici.
En 1640 le Comte d'Harcourt inveſtit
Turin où le Prince Thomas étoit avec un
Corps de troupes auffi fort que notre armée.
Le Comte après avoir pris fes quartiers
autour de la Place , fit travailler à
la circonvallation qu'il fit faire large & profonde
avec des redans & des redoutes de
diſtance en diſtance , & de plus une contreligne
pour ſe garantir des forties du Prince
qui en faifoit très- fouvent ; il en fit une
entr'autres le jour de la Pentecôte avec
500 hommes de pied , & 300 chevaux ,
& donna jufqu'au campement , mais notre
Cavalerie ayant promptement monté à cheval
, l'ennemi fut repouffé dans la Ville ;
peu de tems après le Marquis de Leganés
qui avoit raffemblé un Corps de troupes
de 18000 hommes , fe préfenta devant nos
lignes dans l'intention de nous forcer ; pour
cet effet le 30 Mai les Efpagnols paru
tent fur la colline d'où ils firent défiler des
DECEMBRE 1745. 19
troupes fur le bord du Po pour fecourir la
Ville par cet endroit , mais le Vicomte de
Turenne les reçût fi vigoureufement qu'il
les contraignit de quitter cette entrepriſe ;
le lendemain au matin ils attaquerent fur la
colline le Fort qui eft proche des Capucins ,
que nous défendîmes avec tant de valeur
qu'au bout de deux heures les ennemis furent
contraints de fe retirer. Le Marquis
de Leganés ne fe rebutant point de fes difgraces
voulut faire un dernier effort du côté
de Montcallier ; il fe faifit pour cela d'une
Ifle fur le Po , & fit paffer de l'Infanterie
en deçà de l'eau , qui fut auffi - tôt chargéo
par le Comte d'Harcourt & miſe en fuite ;
le Marquis de Leganés voyant la réſiſtan
ce qu'il trouvoit de tous côtés fe campa
vers Montcallier fur le bord du Po à une
portée de moufquet de nos lignes , dans le
deffein de nous couper les vivres , & de tomber
fur quelqu'un de nos quartiers à l'heure
que nous y penferions le moins , cependant
le Comte d'Harcourt ne laiffoit pas d'avoir
de l'inquiétude , car il falloit que les troupes
fuffent toujours fous les armes pour fe
garder d'une furpriſe , ayant d'un côté les
Efpagnols près de lui , & le Prince Thomas
de l'autre , tellement que d'affiégeant
il étoit devenu affiégé ; il jugea qu'avec
une armée auffi fatiguée que la fienne il
lui feroit impoffible de réſiſter à un fi grand
20 MERCURE DE FRANCE.
nombre d'ennemis s'il n'étoit promptement
fecouru ; fur l'avis qu'il en donna à la Cour ,
le Cardinal de Richelieu lui envoya un renfort
commandé par le Comte de Clermont-
Tonnerre , & donna ordre au Marquis de
Villeroy qui étoit à la tête d'un Corps
dans la Franche- Comté d'aller joindre le
Comte d'Harcourt le plus diligemment qu'il
pourroit. Leganés réfolut de ne pas attendre
leur armée , & de faire auparavant une
attaque générale de tous côtés ; il fépara
pour cela fon armée en trois afin d'attaquer
en même tems le quartier du Roi ,
celui de la Motte , & la colline près des
Capucins ; le quartier de la Motte fut le
premier attaqué par 6000 hommes de pied ,
& 3000 chevaux commandés par Don Carlos
de la Gatta , qui donnerent dans la
ligne avec des pontons & des fafcines &
la comblerent à la faveur de leur artillerie
& du grand feu de leur Infanterie ; les Régimens
de Vilandri & de la Motte ne purent
foutenir un fi grand effort , tellement
que les Efpagnols pafferent la ligne , maist
la Motte - Houdancourt étant venu au fecours
, il les chargea fi brufquement qu'il
les força à la repaffer ; ils rentrerent en
même tems par un autre endroit , & furent
chaffés pour la feconde fois ; fans fe rebuter
ils revinrent à la charge pour la troifiéme
& rentrerent dans la ligne avec tant de
DECEMBRE 1745 . 27
vigueur que les François furent contraints
de reculer. La Motte- Houdancourt voyant
ce défordre fit avancer les Régimens de S.
André , Monbrun & du Teirrail , & gagną
une ravine bordée de hayes où il mit ion
Infanterie , laquelle attendit les Eſpagnols
qui marchoient à la Ville & devoient néceffairement
défiler par là ; quand ils furent
proche elle fit une décharge fur eux , & la
Cavalerie fraiche jointe à celle qui avoit
été battue & s'étoit ralliée , les chargea en
flanc fi vertement qu'ils furent mis en défordre
, & repafferent la ligne en confufion ,
excepté Don Carlos qui entra avec 1000
chevaux dans la Ville dont il ne put fortir.
Dans ce même moment le Marquis de Leganés
attaqua du côté du Po , & feignant
plufieurs attaques fondit tout d'un coup fur
le Régiment de Nereftan avec force pontons
& fafcines pour combler laligne à la
faveur de fon canon qui nous battoit en
flanc ; le Prince en même tems fit une
grande fortie de la Ville avec 3000 hommes
de pied & toute la Cavalerie pour
favorifer l'attaque qui le faifoit du côté de
la colline ; elle ne fut pas plus heure e
que les autres , car le Vicomte de Turenne
la foutint avec tant de courage que ceux
de dehors & de dedans furent obligés de
fe retirer avec perte . Peu de tems apiès
12 MERCURE DE FRANCE.
le Comte d'Harcourt reçût un renfort par
l'arrivée du Comte de Tonnerre qui fut
bien-tôt fuivi du Marquis de Villeroy , ce
qui commença à lui donner bonne opinion
de fon entrepriſe . Le Marquis de Leganés
rebuté de tant d'attaques inutiles demeura
campé auprès des François pour les fatiguer
, cependant le beſoin de vivres ſe faifoit
fentir dans la Ville ; on y manquoit
de pain , & les 1000 chevaux entrés avec
Don Carlos de la Gatta incommodoient
plus qu'il ne fervoient , c'eft pourquoi le
Prince Thomas eût bien voulu les faire fortir
avec une partie de fa Cavalerie qui manquoit
de fourage ; il tenta le 24 Juillet
d'exécuter ce projet par deux forties qu'il
fit en même tems fur le quartier du Po ,
& fur celui de la Motte . Don Carlos qui
commandoit la derniere travailloit avec des
pelles & des pioches à combler la contreligne
, lorfque la Motte - Houdancourt y
arriva qui le força de rentrer dans la Ville
plus vite qu'il n'étoit forti , & le Prince
Thomas trouvant les poftes mieux garnis
qu'à l'ordinaire n'ofa enfoncer plus avant
de l'autre côté & fe retira fans rien faire ; la
même ſemaine le Marquis de Leganés fut
joint par un Corps confidérable veau de
Naples qui lui donna le courage de hazarder
encore un combat. Don Carlos qui vouloit
DECEMBRE. 1745 23
fortir de Turin à quelque prix que ce fût ,
s'efforça de paffer par les quartiers du Marquis
de Ville & de Pianeffe avec un ponton
pour mettre fur la ligne & lui rendre
le paffage plus aifé. Le Prince Thomas le
foutint avec 3000 hommes , pendant que
le Marquis de Leganés attaquoit par la
colline à fix heures du foir dans l'efpérance
de faire la nuit ce qu'il n'avoit pû
exécuter le jour ; en effet Den Carlos fortit
de la Ville du côté de la Confolata le
premier d'Août , marcha vers la Doire &
donna l'allarme au Marquis de Ville qui
y accourut avec l'Escadron de Savoye & le
Régiment du Commandeur de Souvré ; il
trouva que le Prince Thomas étoit venu
dans l'obfcurité jufqu'à la ligne fans être
découvert , & que les Efpagnols accommodoient
leur ponton pour paffer , mais il
les chargea fi brufquement qu'il leur fit
quitter leur travail pour fe retirer dans la
Ville ; le Marquis de Leganés furvenant là
deffus par dehors eût dégagé Don Carlos
avec fes 1000 chevaux , fi la Motte Hou
dancourt venant à propos fur l'allarme , ne
les eût contraints de fe retirer , Don Carlos
dans la Ville , & le Marquis dans fon
camp. Cependant la famine étoit grande
dans Turin & la mifere y augmentoit tous
les jours , fans que le Marquis de Leganés
24 MERCURE DE FRANCE.
pût y apporter de reméde ; c'eft pourquoi
le Prince Thomas par une derniere tentative
avec 6000 hommes de pied , & 1000 chevaux
, furprit cinq redoutes entre le Valentin
& le Fauxbourg du Po , mais le Comte
d'Harcourt y enyoya le Régiment de Normandie
avec d'autres troupes qui les reprirent
, & repoufferent les Eſpagnols jufques
dans Turin ; dans ce même tems le Marquis
de Leganés parut en bataille à la vûe des
lignes , & voyant les redoutes repriſes , &
qu'il étoit venu trop tard , il rentra dans
on camp fans rien entreprendre ; depuis
ce tems-là il ne fit plus que des courſes
du côté de Pignerol pour attraper quelques
prifonniers.
Le Prince Thomas n'ayant plus de quoi
nourrir ni fes troupes ni une nombreuſe
populace qui commençoit à fe mutiner
faute de pain , & ne voyant d'ailleurs aucune
espérance de fecours , après tant de
combats fans effet , parla d'accommodement
; le Comte d'Harcourt l'écouta ; les
affaires fe terminerent & le Traité fut figné
le 24 Septembre , enfuite de quoi le
Prince fortit de Turin avec 8000 hommes
, & le Comte d'Harcourt entra trionphant
dans la Ville,
Il me femble , Monfieur , que cet exemple
devroit bien frapper l'imagination de
ceux
DECEMBRE 1745 .
25
ceux qui réfléchiffent , & leur faire connoître
combien les armées qui fe défendent fous la
protection d'un retranchement ont d'avantage
fur celles qui combattent en rafe campagne
; remarquez , s'il vous plait , que ce
ne font point ici des troupes Gauloifes qui
attaquent avec de mauvaiſes armes tant
offenfives que défenfives comme à Alexia ,
ce font des foldats armés & difciplinés comme
les nôtres , commandés par des Généraux
expérimentés & entreprenans ; les mauvais
fuccès ne les rebutent point ; toujours
animés d'une nouvelle audace , ils reviennent
fans ceffe à la charge , & employent
tout ce que l'Art leur fuggére de moyens
pour faire réuflir leurs entrepriſes , malgré
cela ils échouent partout , cependant ils
attaquent avec la fupériorité du nombre
mais elle ne peut rien contre des ennemis
braves & réfolus , qui joignent à l'avantage
du lieu celui d'avoir à leur tête un Général
femblable au Comte d'Harcourt , doint
les actions ont été fi belles & fi extrao
dinaires , qu'elles méritent que la poftérité
n'en perde jamais le fouvenir.
Un Général qui s'engage à défendre une
circonvallation , outre les attentions qu'il doit
avoir à diriger fes lignes de forte qu'il tourne
à fon utilité les differentes fituations du
terrain , comme les hauteurs , & es com-
I. Vel. B
26 MERCURE DE FRANCE,
mandemens qui font à portée , les rivieres ,
les marais , étangs , ravines , & autres chofes
que l'infpection des lieux fait découvrir à
un homme qui a le génie & le coup d'oeil
militaires , doit encore après avoir mis fes
lignes dans le cas d'être bien défendues , tacher
de gagner la confiance des Officiers
& des foldats , en leur faifant connoître la
force des retranchemens en eux- mêmes
combien il eft difficile de franchir un foffé ,
& de fe guinder far un parapet bordé de
toutes parts de piques , de pertuifanes , &
d'autres armes de longueur , entremélés de
feux de differentes efpeces. Par là , Monfieur
, on viendroit à bout de vaincre la
peur qu'on remarque prefque toujours dans
nos troupes lorfqu'elles combattent derricre
un retranchement , & on les difpoferoit à
une vigoureuſe réfiftance , qu'on pourroit
même augmenter confidérablement , fi au
lieu de l'ancienne méthode dans la défenfe
, on vouloit fuivre celle que le Commentateur
de Polybe nous a donnée à l'occafion
de l'attaque du Camp retranché de
Cleomene , méthode excellente , très - capable
de nous guérir de nos préjugés , &
dont il fuffit de faifir l'efprit pour s'acommoder
à toutes fortes de fituations , car il
n'y a point d'autre difference entre des
lignes de circonvallation & un camp reDECEMBRE
1745 . 27
tranché , fi ce n'eft qu'ici les troupes réunies
& enſemble combattent fans diftraction
de leurs forces , & que là , on eft obligé de
divifer une armée & d'en féparer les quartiers
fouvent par d'affes longues diftances
à quoi on remédie en établillant de bonnes
communications de l'un à l'autre , que
l'on doit faire larges afin que les troupes
puiffent marcher fur un grand front aux
endroits où le fecours eft néceffaire , & attaquer
en arrivant ; à cela près tout eft
égal , & la nature du terrain décide de
l'ordre de bataille ; dans des lignes de circonvallation
il faut qu'il foit difpofé de façon
que chaque quartier puiffe fe défendre par
lui -même indépendamment de la force que
l'on peut emprunter des autres , ou dumoins
que la réfiftance foit fi bonne qu'on
ait tout le tems d'être fecouru . Quand on
combat fur de parcils principes & que
l'on
eft fur fes gardes , on ne craint point d'etre
furpris , & les fauffes attaques pour faire
réuffir les véritables deviennent inutiles
parce qu'on ne fe dégarnit nulle part qu'avec
connoiffance de caufe .
Je fuis perfuadé , Monfieur , que pour
réuffir dans un projet de défenfe tel que
celui dont il eft queſtion , il n'y a rien de
mieux à faire par rapport à l'ordre de bataille
que de border les retranchemens fur
Bij
18 MERCURE DE FRANCE.
1
fix de hauteur fi on a affés de troupes pour
cela , de mettre la Cavalerie en feconde
ligne entremêlée de colonnes d'Infanterie
qu'on obfervera de faire plus fortes dans
es endroits où l'on jugera que l'ennemi
doit former fes principales attaques ; les
flancs de chaque quartier feront bien af,
fûrés , & la tête des communications fortifiée
de bonnes redoutes ou autres ouvrages
fous la protection defquels on fe ralliera
au cas que l'ennemi par un effort extraordinaire
vint à forcer la ligne , ce que
je ne crois guéres poffible , car je fuppofe
pour un moment qu'il ait furmonté tous
les obftacles qu'on lui aura oppofés au comblement
& au paffage du foffé , qu'il ait
rófifté à une grêle de coups de fufils &
aux éclats d'une infinité de grenades , &
qu'enfin malgré les armes blanches mifes
en ufage pour défendre le parapet , il l'ait
franchi , & qu'il foit dans l'intérieur de la
ligne , je fçais combien alors l'opinion a de
force , & que la plupart des Militaires regardent
les affaires comme defefpérées , cependant
elles ne font rien moins que cela ,
car la Cavalerie n'a qu'à s'abandonner l'épée
à la main fur les troupes qui auront
pénétré , les charger de front tandis que les
colonnes la bayonnette au bout du fufil ,
les attaqueront par le flanc , je vous jure ,
DECEMBRE 1745. 29
Monfieur , que l'ennemi fe verra bien-tôt
culbuté & contraint de repaffer la ligne en
confufion , alors on fe remparera avec des
arbres coupés garnis de leurs branches
dont on aura fait provifion ; on les mettra
devant la brêche , & on attendra derriere
ce nouveau retranchement que l'ennemi
faffe une feconde charge ; que s'il venoit
à pénétrer par plufieurs endroits , il faudroit
faire doubler & tripler les files des Bataillons
qui bordent le parapet , en fournir
des colonnes , & attaquer dans cet ordre
tout ce qui aura paffé ; c'eft la méthode de
l'Auteur que j'ai cité qui me paroit fi bien
démontrée qu'il y a tout lieu de croire
qu'elle fera un jour généralement fuivie &
qu'on s'en trouvera bien ; j'ai l'honneur
d'être avec reſpect &c .
A Nantes le 6 Juillet.
A M** pour le jour de ſafête
CRois-tu , pour célebrer tafête ,
Que j'aille me caffer la tête,
Et dans des vers pompeux , brillans ,
Chanter tes fublimes talens ?
Biij
30 MERCURE DE FRANCE.
Non , les tréfors de l'Hypocréne
Ne me furent jamais ouverts ,
Et
pour
faire de méchans vers
Ce feroit prendre trop de peine.
Au lieu de ces longs complimens
Qui te mettroient à la torture ,
D'une amitié fidelle & pure
Daigne agréer les ſentimens .
Son inaltérable tendreffe
Sera , malgré le cours du tems ,
Le doux plaifir de ma vieilleffe ,
Comme elle l'eft de n on printems.
ODE
ANACREONTIQUE.
R. Ebuté des rigueurs d'Hémire
Mon coeur ceffoit de s'enflâmer,
Et las d'un funefte délire ,
Je jurois de ne plus aimer,
*****
Contre Cyprine & fa puiffance
Je me croyois en fûreté .
Et du fein de l'indifférence
J'attendois la tranquillité.
*
DECEMBRE. 1745 . 32
Ah ! difois-je , vous qu'amour bleffe ,
Lâches efclaves de fa loi ,
Rougiffez de votre foibleffe ,
Et triomphez- en comme moi.
Quoi ! Près d'une beauté frivole
Pouffer des foupirs languiffans ,
Et fur les Autels d'une dole
Bruler un criminel encens ?
Non , c'en est fait ; je quitte Hémire ,
Je brave à jamais fes froideurs :
Dieu des treilles , fous ton empire
Mon ame fixe fes ardeurs .
*
Dans les flots d'un vin délectable
Noyons nos chagrins fans retour
Et que les douceurs de la table
Mevengent des maux de l'amour,
Où fuis-je ! quel trouble me preffe !
Quels feux s'emparent de mon coeur !
Hélas ! le Dieu de la tendreile
Seroit-il encor mon vainqueur ?
*
Que vois-je ! Hémire! Ah ! Dieux , fes charmes
Me font oublier mes fermens :
Bij
32 MERCURE DE FRANCE.
Fier Amour , je te rends les armes ;
J'adore jufqu'à tes tourmens.
+4
Sous les aîles de l'efpérance
Tu flates nos tendres defirs ,
Et fouvent la perfévérance
Conduit au comble des plaiſirs .
Bacchus , en vain tu te diſpoſes
A punir mes coupables voeux ;
Viens voir Hémire , fi tu l'ofes ,
Et condamne-moi , fi tu peux.
Par M. Gaudet.
£3 £3
SUITE de la Séance publique de l'Académie
Royale de Chirurgie.
L
E troifiéme Mémoire qui fut lu dans
cette affemblée , fut de M. Petit. Ce
Mémoire contenoit quelques préceptes généraux
pour la curation des playes.
Après cette lecture , M. Levret termina
la Séance par la defcription d'un moyen
particulier dont il s'eft fervi pour guerir une
ulceration rebelle au bord des deux paupieres
inférieures d'une jeune perfonne.
La guerifon des maladies les plus fimDECEMBRE.
1745.
33
ples en apparence ne s'obtient pas tou-
» jours aifément , dit M. Levret ; il en eſt
» dont les indications ne font point douteufes
, mais qui offrent de la difficulté , foit
» par la nature des parties malades , foit par
les obftacles qui fe prefentent quand il faut
employer les remedes convenables..
53
"
23
Une jeune Demoiſelle avoit eu fix ans àuparavant
la petite verole ; il lui étoit refté
plufieurs petits ulcéres variqueux qui occupoient
toute la partie interne de la paupiére
inférieure de chaque oil : on fit ufage depuis
ce tems d'une prodigieufe quantité de
remédes de toutes efpéces qui ne produifirent
pas le moindre foulagement , M. Levret qui
vit alors la malade , obferva que le bord de
chaque paupiere inferieure étoit un peu renverfé
; ce renverfement donnoit lieu à un
écoulement involontaire de larmes fur la
joue ; la malade ne pouvoit fupporter
la lumière qu'à travers un bandeau de gaze.
( 1 ) Ce Chirurgien propofa de faire
à la partie ulcérée des ablutions déterfi-
( 1 ) Toutes les fois qu'il y a inflammation aux
paupieres ou ulcération avec renverſement de ces
parties , on ade la peine à foutenir le grand jour
ou la lumiere artificielle , pour deux raifons principales.
19. Non feulement la pupille fe refferre
à l'abord des rayons lumineux trop éclatans , mais
les paupiéres s'approchent encore l'une de l'autre ,
BY
34 MERCURE DE FRANCE.
ves avec un gros de fel fixe de tartre diffous
dans une pinte d'eau commune , afin de
corriger une lymphe épaiffe & vifquenfe ,
qui exfudoit continuellement de ces petits
ulceres , & de donner en même - tems un
peu plus de reffort aux vaifleaux .
peu
Ces petites douches que l'on continua
pendant huit jours ne produifirent aucun effet
que de diminuer un peu la cuiffon que
la malade y fentoit continuellement. M.
Levret voyant le de fuccès de ce premier
moyen , prit le parti de recourir aux
cathérétiques . Il fe détermina pour la pierre
infernale que divers praticiens propofent
en pareils cas , mais il s'agiffoit de fe rendre
maître de la paupiere , de l'éloigner affés
du globe de l'oeil pour en toucher le fond ,
& de pouvoir garantir la conjonctive de l'impreffion
des particules cauftiques de la
pierre.
tant pour diminuer la quantité des rayons , que
pour moderer leur activité : pour y parvenir , il faut
que le mouvement des paupieres foit libre , ce
qui ne peut être à caufe de la tenfion de la conjonctive
, du renversement de la paupiere & de
la douleur de cette partie : 20. L'oeil fain eft continuellement
lubriñé par les larmes que le jeu des
paupieres dans l'état naturel étend continuellement
fur la furface antérieure du globe pour y faire une
efpéce de vernis ; moyen dont la Nature ſe ſert
pout moderer l'activité des rayons ; les paupieres
DECEMBRE. 1745. 35
M. Levret peu fatisfait des moyens qu'on
employe ordinairement & qui lui parurent
infuffifans pour obvier à ces difficultés , s'attacha
à chercher une méthode fûre , & qui
pût mettre la malade à l'abri de tout inconvenient
; tel fut fon procéde ; il fit faire un
collier de velours large d'un pouce & dont
la longueur n'éxcedoit pas la groffeur du
col afin que les rubans attachés à fes extremités
pûffent ferrer fuffifamment . Il fit coudre
à la partie anterieure de ce collier deux
petits anneaux dont la diftance étoit réglée
fur l'éloignement des yeux du fujet , enforte
que chaque anneau répondoit directement
au centre de la prunelle de chaque
cil par une ligne perpendiculaire : [ M.
Levret fait obferver que cettediftance eft
affés ordinairement de trois pouces. ] Il coupa
enfuite de droit fil deux bandelettes de
linge neuf& fin , qui formoient chacune une
efpéce de lofange dont le triangle fuperieur
malades n'ayant pas leur mouvement libre ne
fçauroient accomplir qu'imparfaitement cette action
, ce qui fait que la cornée tranſparente n'étant
pas fuffisamment humectée , les rayons la pénétrent
trop âprement , c'eft pourquoi dans les mafadies
de l'interieur des paupieres qui gênent le
mouvement de ces parties la vûe eft bleffée
fans que le globe de l'oeil foit directement affectée.
Le bandeau de gaze fupplée en ce cas au dé
faut de ce vernis.
Bri
36 MERCURE DE FRANCE .
avoit environ huit lignes de hauteur , & la
partie la plus large de ce triangle , que nous
nommerons fa baze , étoit de l'étendue de
la paupière inférieure : cette portion étoit
couverte d'emplâtre d'André de la Croix : la
partie inférieure de cette bandelette formoit
auffi un triangle, mais beaucoup plus allongé;
on fit coudre à fon extremité un petit an
neau :
M. Levret prépara encore un morceau de
papier blanc , battu , huilé & enſuite bien
effuyé , d'environ 10 lignes de large fur un
pouce & demi de haut & arrondi à fon
extremité inferieure : ce papier étoit huilé ,
tant pour s'oppofer plus puiffamment à
l'impreffion que la diffolution de la pierre
infernale pourroit faire , que pour empêcher
que les larmes ne l'imbibaflent & ne lui fiffent
perdre fa forme ; il fe munit auffi de
deux petits pinceaux de poil très doux ,
dont l'un étoit fec & l'autre légèrement
humecté d'huile.
Toutes chofes ainfi préparées , la malade
placée fur une chaife baffe , M. Levret lui
mit le collier dont il noua les rubans à la
Nuque , il prit enfuite une des bandelettes ,
& après avoir un peu échauffé la portion
couverte d'emplâtre , il en applliqua la partie
la plus large le long de l'extérieur de la
paupière inferieure près du tarfe depuis un
DECEMBRE . 1745 . 37
angle juſqu'à l'autre ; il eut attention qu'elle
ne touchât pas aux cils : il renverfa la
longue branche & au moyen d'un petit ru
ban il joignit l'anneau de la bandelette
avec celui du collier qui lui répondoit.
›
M. Levret fait remarquer en paffant qu'il
fit mettre cet anneau au bout de la bande ,
plûtôt que de la prolonger en forme de ruban
afin de lui conferver la rectitude des fils dont
nous avons parlé , & qu'elle pût éloigner
également du globe de l'oeil la paupiére
dans toute fon étendue , ce qui n'eût pas été
poffible fans cette précaution . Il ſe plaça
alors derriere la malade , il écarta la paupiére
du globe de l'oeil , ou pour mieux dire
il éloigna l'oeil par un mouvement
commun avec la tête, de la paupière inferieure
qui étoit fixée par la bande attachée au
collier : il pofa l'extrémité inferieure du
papier huilé entre la paupière & l'oeil , &
après avoir effuyé les larmes avec le pinceau
fec, il pafla promptement & légerement fur
tous les ulcéres la pierre infernale qu'il
avoit taillée en crayon fort délié . Il deffécha
fur le champ & à plufieurs repriſes avec
le pinceau fec les larmes qui couloient , de
crainte qu'en fe répandant elles ne fiffent des
impreffions fur les parties voifines ; il répeta
trois fois de fuite l'application de la pierre
avec les mêmes précautions , puis il paffa
38 MERCURE DE FRANCE.
doucement le pinceau huilé fur toutes la
partie cautérifce.
M. Levret fit la même opération à la paupiere
de l'autre oeil & avec les mêmes attentions.
Il réitera quatre fois à deux jours de
diftance l'une de l'autre l'application de la
pierre infernale fur ces ulcéres , il eut enfuite
recours aux ablutions déterfives dont nous
avons parlé plus haut , & il eut la fatisfaction
de guérir parfaitement cette jeune Demoiſelle
en trois ſemaines.
M. Levret finit fon Mémoire en faifant
obferver que cette méthode peut avoir lieut
pour l'extraction des corps étrangers qui adhérent
au fond des paupieres inférieures
pour l'extirpation des petites tumeurs qui y
iffent & autres cas femblables , où ce
moyenfera le vrai fpeculum de ces paupiéres.
Il y a même des circonftances où il peut
remplir les ufages du fpeculum oculi , inftrument
qui, comme on fçait , ne peut que découvrir
la partie anterieure du globe de
l'oeil , en appuyant les paupiéres fur la plus
grande partie de ce globe, ce qui dans ces cas
feroit un défaut que n'a point la méthode de
M. Levret
M. Baffuel fit la lecture d'un Mémoire
Hiftorique & pratique concernant la cure de
la Rotule fracturée où il donne un nouveau
bandage qu'il croit l'un des plus fûrs que l'on
رك
DECEMBRE 1745 . 39
puiffe propofer. L'an paffé il communiqua
un morceau extrêmement intereffant fur la
théorie de cette fracture , qu'il approfondit
par l'Anatomie & les loix méchaniques ; il
fert de premiere partie au Mémoire dont ileft
ici queftion , & qui a été indiqué en
gros dans l'extrait de la féance publique
de l'année précedente.
D'abord l'Erudition des pratiques à l'égard
du traitement de cette fracture dansles
differens tems , depuis les plus reculés
jufqu'à nos jours , eft fçavamment employée
dans ce Mémoire , à faire voir avec quelle
lenteur cette cure a reçû des progrès , &
combien la Chirurgie moderne , & en parti
culier celle de Paris y ont fervi : cet endroit
curieux doit être lû dans l'Auteur même.
Enfuite un de fes objets principaux eft de
montrer que ce n'eft pas fans quelque crain--
te de ne pas réuffir qu'on entreprend, même
encore aujourd'hui , une fracture qui élude
fi ſouvent la dextérité du Chirurgien , auffi
on s'efforce journellement de trouver des
méthodes nouvelles , & des exemples de
réuffite . Ce n'eſt pas affés d'être de ceux qui
ont droit par leur experience éclairée de
traiter ces fractures , il faut prefque être
heureux pour en avoir un fuccès complet
avec les fecours connus jufqu'à prefent : » A
» la vérité, dit M. Baffuel , les plus habiles
40 MERCURE DE FRANCE.
30
39
Chururgiens depuis long- tems ne font pas
ordinairement expolés à laiffer leurs blef
fés fans la plus heureuſe guérifon ; mais
.. leur fuccès eft du à cette fagacité qui fçait
prévenir les plus petits dérangemens , &
à cette délicateffe de panfement guidée
par le génie qui peut tout reparer , jufqu'au
vice des méthodes .
n
35
33
Mais , ajoûte - t -il , il faut avouer une
forte de défaut de l'Art ; il manque à l'égard
de cette fracture de ces moyens fürs ,
» comme on en a pour tant d'autres cas , qui
puiffent aller à toutes mains , même avec
» moins de lumieres & d'experience , ne fe-
» roit- ce que pour les jeunes gens.
38
ร
C'eft à une fage crainte qu'à eû M. Baffuel
de tomber dans l'inconvenient de manquer
cette forte de fracture , fatal au bleffé , mais
trifte pour un Chirurgien qui croiroit n'avoir
rien à fe reprocher , que l'on doit une reffource
nouvelle qu'il ne regarde modeftement
que comme une invention perfectionnée.
Il a , ce me femble , imaginé & réuni
tout ce qui pouvoit le mieux remplir fon
projet. L'inftrument , fi on peut fe fervir
de ce terme , confifte d'abord en un cuir fort
de vache percé pour affujettir l'os fracturé
& accommodé d'ailleurs affés artiftement à
la figure de la partie. Il fe fert encore d'une
feconde piéce auffi du même cuir , moulée
DECEMBRE . 1745 . 41
1
fes bouts ; elle
en goutiere & échancrée par
eſt deſtinée à embraffer le jarret : l'une &
l'autre piéce garnies chacune de ſa compreſfe
en quatre doubles , pour ne point bleffer,
s'approche & s'affermit mutuellement par un
ruban de fil large d'un pouce & demi , &
long d'une aune , qui eft fixé dans fon milieu
fur le haut de la piéce du genouil ; celle-
ci a des portes de cuir mince aux quatre
coins pour maintenir les croifées que doit
faire le ruban fous le jarret , au- deffus & audeffous
de la Rotule.
M. Baffuel avoit vû bien des fois fe fervir
d'un cuir groffierement coupé , percé an
hazard & rarement affés pour s'accommoder
à la Rotule. Il avoit lu d'ailleurs dans M.
Verduc le pere, Chirurgien de Paris , qui a
écrit des bandages il y a plus de 60 ans , qu'il
employoit utilement des compreffes , & un
carton ouvert ; mais ces fecours étoient
trop imparfaits , & avoient de grands défauts
; ils avoient au moins befoin d'être
refondus, & de reparoître fous une autre forme
pour épargner furtout une charge d'appareil
qui donnoit le change , quand on
croyoit le bleffé en bon état.
C'est ce qui fait dire à M. Baſſuel : » mais
» ces piéces ( les compreffes , le carton , ou
» le cuir &c. ) pour fervir l'intention que
2 MERCURE DE FRANCË.
පා
l'on a , doivent être affujettis, & pour cela
» on accabloit le membre bieffe par l'appareil
fous lequel la fracture pouvoit s'écar-
» ter ; onze aunes de bande paro ffoient à
» peine fuffire avec prefque plein un grand
baffin de compreffes , de longuettes & de
cartons. Il me parut inutile d'ufer de tant
d'expediens pour retenir des compreffes,
» un carton ou un cuir percés , furtout ce
» dernier ... avec les pièces de cuir dont
je me fers .... il faut au plus deux aunes
» de bande & peu de compreffes.
Pendant le traitement M. Baffuel ne rejette
point les fanons dont il croit que l'on
pouroit abfolument fe paffer , perfuadé
qu'ils contiendront mieux le malade dans la
fituation qui lui convient , furtout pendant
le fommeil , s'il furvenoit quelques mouvemens
extraordinaires .
Il ne faut pas omettre de dire que M
Baffuel a fait dans l'endroit de fon Mémoire
où il convenoit , une critique bien ſenſée
des machines de métal qu'il compare à un
étau , pour la Rotule fracturée , & il en
montre affés le ridicule ufage.
Après une deſcription auffi exacte & auf
fi claire qu'il étoit poffible de fon nouveaubandage
, il ajoute ce qui fuit vers la fin du
Mémoire. » A l'armée où la fanté de tout
homme eft chére à notre Prince BelliDECEMBRE
1745. 43
55
» queux & à l'Etat , ce bandage fera d'une
» utilité particuliere & fort importante ;
il peut feul fuffire dans le tranſport ,
même au loin , d'un foldat travailleur , qui
auroit à l'occaſion d'un effort une pareille
fracture. Enfin par fon moyen , déja reve-
>> nu de la crainte de la laiffer imperfaitement
» réunie , on peut encore compter avec
confiance qu'elle fera guérie en bien
» moins de tems que l'on ne croit : au lieu
de 60 jours & plus de gêne dans un lit
» 25 jours mettent un malade en état de fe
lever , méme d'eflayer à marcher avec
les précautions ordinaires .
သ
23
M. Baffuel doit fe trouver honorablement
recompenfé de fes recherches , en
voyant des Chirurgiens du premier ordre
prendre fon bandage pour modéle ; fe propofer
d'en faire ufage & le mettre déja au
nombre des inftrumens utiles pour les Hôpitaux
où l'accident fe voit frequemment,
44 MERCURE DE FRANCE
33
LES DEUX CHASSEURS ET LE DAIM .
FABLE.
Certain quidam un beau matin
Fut chaffer dans un bois voifin ;
Il avoit porté de quoi vivre .
Le premier gibier qu'en chemin
11 rencontra , ce fut un Daim.
Auffitôt lui de le poursuivre ,
Mais helas ! ce fut bien en vain ,
Car l'animal s'enfuit foudain ,
Et notre homme ne put le fuivre .
Quoiqu'il eût couru les forêts ,
Sa peine devint inutile ;
Il fallut regagner la Ville ,
Sans avoir fait plus grand progrès.
Un autre Chaffeur vint après
Quifut plus fortuné qu'habile :
Il vit notre Daim aux abois ,
Et ne fit qu'un pas pour le prendre ,
Souvent on va battre le bois :
Je parle clair ; on doit m'entendre :
Mais c'eft avec bien peu de fruit ,
Car un autre attrape le nid.
DECEMBRE 1745. 49
SUITE DE LA SEMONCE
de M. Soubeiran de Scopon.
N tenoit encore alors , comme à un
préjugé chéri , aux pointes qui étoient
applaudies depuis long - tems. Le grand
Corneille paya ce tribut au goût de fon
fiécle ; & même il apprécioit aflés imparfaitement
jufqu'à fes propres Ouvrages. Son
génie fort , élevé , fécond , lui fourniffoit
pour ainfi dire à fon infçû , ces grands
mouvemens , ces fentimens fublimes , ces fituations
frappantes , cette expreffion énergique
, nerveufe , qui le font régner fur la
Icéne tragique , mais le goût s'eft beaucoup
épuré depuis. L'illuftre Racine , foûtenu
par Defpréaux , commença cette réforme .
& ne fut pas lui-même à l'abri de la critique.
( a) Si le célébre Defpréaux eût fuivi
aveuglément les avis d'un ami illuftre , (b)
(a) Je conviens qu'en bien des chofes on a dang
la fuite rendu plus de juftice à leurs productions
( de Corneille & de Racine ) parce que le goût
s'eft épuré , & que l'intelligence des beautés Dra
matiques eft devenue plus lumineufe . Recueil de
Differt . fur Corn , & Rac.
(b) M. Patrit,
46 MERCURE DE FRANCE.
il auroit condamné à l'oubli fon Art Poë
tique , Ouvrage ineftimable par fa précifion
& par fon élégance , monument immortel
des Loix les plus précieufes & les plus fages
de la Poëtique.
Ces jugemens précipités ont compromis
en quelque forte le goût du Régné célébre
de LOUIS LE GRAND , d'ailleurs
fi fécond en merveilles , & qu'on peut nommer
le Régne du génie.
Nous oferons dire à la gloire de notre
fiécle qu'on y eft en garde contre ces furprifes
. La critique n'a jamais été plus libre
, plus éclairée , plus fure. Le Sécle de
LOUIS XV. femble être deftiné à juger
tous les autres Siécles : c'eft le régne du goût,
Ainfi tous ces paralleles qu'on cherche
à établir entre les régnes differens comme
entre le régne de Tibére & le nôtre , ces
foins qu'on prend pour trouver des reffemblances
ont quelque chofe d'odieux , de
puérile & de forcé , & ne fervent qu'à faire
porter de faux jugemens , qui pourroient
être reformés par notre Analyfe.
"
Ceux qu'elle offenfe le plus , ceux qui s'en
plaignent avec le plus de hauteur & d'indifcretion
ceux qui prennent le ton le plus
décifif, ceux-là mêmes ne font ni l'un ni
l'autre , je veux dire qu'ils n'écrivent point ,
& qu'en prononçant dogmatiquement fur
DECEMBRE. 1745. 47
tout, ils ne jugent de rien. Ils demandent qu'on
les amufe ,qu'on les inftruife qu'on les émeuve
; ils fe propofent prefque pour modéles , &
après avoir profcrit tous les émules duParnaf
fe & les Citoyens les plus zelés de la République
des Lettres , ils la laiffent vuide &
dépeuplée , dans l'impuiflance de remplacer
les fujets qu'ils en ont chaffés : plerique
perverfe , nè dicam impudenter , nos habere
tales volunt quales ipfi effe non poffunt : quaque
ipfi non tribuunt , hec defiderant. (*)
&
Un de ces Cenfeurs impérieux , quoi
qu'inutile lui-même dans la République des
Lettres , à laquelle il n'a payé aucun tribut ,
voulant bien s'abbaiffer à difcuter quelquesuns
de ces Ouvrages d'imagination qui
ont eu le plus de célébrité parmi les Modernes
, difoit de la Princeffe de Cléves
qui eft un chef d'oeuvre dans fon genre ,
qui a occafionné entr'autres , une critique.
admirable qui vivra autant que l'Ouvrage
méme , fans lui nuire ; ce Zoile , disje
croyoit donner le plus grand éloge à ce Livre
merveilleux , en difant qu'il voudroit l'avoir
fait. Ne voudroit-il pas aufli avoir fait l'Iliade,
l'Enéïde ,le Livre de Cervantes , le Lutrin
le Télémaque, la Henriade ? Il n'appartient
qu'aux Auteurs du premier ordre , aux Auteurs
d'Ouvrages connus & eftimés de louer
ainfi ceux qui s'elevent, comme il n'appartient
(*) Cic,
MERCURE DE FRANCE.
qu'aux Grands de protéger les Citoyens.
En matiére de bel efprit tout le monde
fe donne pour Juge . De toute cette foule
de volontaires combien peu feroient acceptés
! Que de Plebeiens parmi ces Patriciens !
Dans la République des Lettres chacun
fe furfaifant à foi-même , affecte indécemment
une égalité ambitieuſe qui va à troubler
l'ordre & l'harmonie qui doivent y
régner , & à confondre les premiers Citoyens
avec la multitude , en leur enlevant
qu en effayant de partager avec eux les
diftinctions qu'ils ont glorieufement acquifes.
I.e Chanfonnier , le protecteur des petits
Théatres , prétendent participer aux
honneurs du grand Poëte , du célébre Orateur
, du Philofophe . Si on les leur difpute
, Montagne nous apprendra quelles feront
leurs reffources pour foutenir cet echec :
Si nous ne pouvons les aveindre , diront ils ,
vengeons nous à en médire.
On a dit d'un Ecrivain fort connu qui
depuis long-tems travailloit à faire le caractére
des autres , qu'il n'avoit réuffi qu'à
faire le fien , & que fon Livre étoit le portrait
du Peintre. Que cette imputation foit
fauffe ou bien fondée , il faut avoir de quoi
rendre les autres contens de foi , ou du moins
n'avoir rien à fe reprocher à cet égard , pour
efer dire qu'on n'eft pas content desautres.
La
DECEMBRE. 1745. 49
La préfomption de ces Critiques injuftes
eft aufli nuifible aux progrès des Lettres que
la défiance même qu'ils infpirent à quelques-
uns de ceux qui auroient pû les porter
au plus haut dégré. La timidité couvre
& refferre quelquefois les richeffes &
le feu du génie , comme la préfomption décéle
l'ignorance.
L'une nous furfait à nous - mêmes ; elle
exagére nos forces & nous entreprenons
trop ; l'autre nous les cache & nous n'entreprenons
rien. La préfomption nous expofe
à des écarts , à des mécomptes humilians.
La défiance nous retient dans la barriére
, & nous lie de fes propres chaînes.
Il eft vrai que les génies d'une certaine
trempe peuvent tirer quelque avantage de
la présomption même. Elle infpire une audace
qui fied bien à une imagination féconde
& qui fert quelquefois les grands talens
une forte de générofité qui agrandit notre
ame & qui la difpofe à cet ellor fublime
à ces grands mouvemens qui paffent dans
l'ame de ceux qui nous lifent ou qui nous
écoutent.
>
Je ne vois point de reffource pour un
efprit timide qui s'ignore lui - même , qui eft
trop frappé de la terreur d'un mauvais fuccès
, ou des cenfures améres d'une Critique'
fougueufe & indiſcrete.
1. Vol. C
50 MERCURE
DE FRANCE.
Quoi donc de plus inhumain & de plus
de funefte au progrès des Beaux Arts que
fe plaire à humilier les talens naiffans que
l'encouragement
peut déveloper plus efficacement
encore qu'une application affidue!
Quel coup mortel ne portent pas à la République
des Lettres ces Cenfeurs inquiets
qui vont fans pitié jetter la défolation au milieu
d'un effaim de jeunes Aiglons qui s'effayent,
qui s'excitent à l'envi pour imiter le vol
de ces Aigles audacieux qui planent dans les
airs?Peut-on les voir fans indignation cruellement
appliqués à déconcerter leurs jeux ,
s'attacher fans relâche à reprimer les efforts
qu'ils font s'élever? Parce que leur pour
aire n'a pas éte bâtie fur la cime des rochers
, fuffent- ils nés dans les vallées , leur
interdira-t- on un effer qui feroit d'autant
plus généreux & d'autant plus vif qu'ils partiroient
de plus bas ? Parlons fans figure ;
Si dans chaque Province il y avoit un de
ces faux Gallus , un de ces Lycons , & qu'il
fut accrédité , on verroit bien tôt le goût
des Lettres s'affoiblir , le découragement ramener
la barbarie & l'ignorance , que l'é- '
mulation en avoit bannies , & détruire à
jamais ce commerce utile de lumiéres & de
talens , qui fait la principale gloire des Capitales
des Empires.
Le découragement
n'eſt
pas le feul préDECEMBRE.
1745. ST
judice que les déclamations des Cenfeurs du
Siécle cauferont aux amateurs des Beaux
Arts. A la faveur du fatal afcendant qu'elles
ont fur les efprits toûjours difpofés à
mêler leurs murmures aux clameurs de ceux
qui ofent les premiers élever leur voix , elles
entraînent le confentement , ou plutôt
elles arrachent l'acquiefcement de la multitude
par perfuafion ou par autorité. Ainfi
après avoir jetté l'allarme dans le coeur des
jeunes Athlétes qui etoient animés du defir
de fe fignaler dans la carriére des Lettres ,
no: Cenfeurs les rebuteront d'entrer en lice ;
ils leur infpireront une indifference à gagner
les fuffrages des Tribunaux Littéraires
, une négligence à les mériter , qui ne
fera pas moins nuifible à leurs progrès .
Les Auteurs prévenus contre le goût de
leur Siécle dédaigneront de perfectionner
leurs travaux. Ils ne donneront rien d'approfondi
, rien de foigné , rien de fini ; ils
proportionneront le foin qu'ils mettront à
leurs Ouvrages à l'idée qu'ils auront de leurs
Juges , & la préoccupation fera en eux ce
que l'ignorance fait dans les autres.
Tels feroient les triftes effets des accufations
qu'on forme fi hautement contre le
Siécle fi elles prenoient quelque autorité ;
tel feroit le fruit des plaintes de quelques
mécontens fur la prétendue décadence du
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
goût , & du defir indifcret qu'ils témoignent
de le fauver d'une corruption entiére . Les
moyens qu'ils employent pour l'en préferver
ferviroient néceflairement à l'y préci
piter.
Mais quoi ! en attaquant fans reſtriction
le goût du public , peuvent -ils efpérer d'être
fecondés ? Par les efforts même qu'ils
font pour ébranler fon autorité & pour décréditer
fes jugemens , n'affoibliffent- ils pas
leur propre Cenfure ? Après avoir effayé
de porter atteinte au reſpect qu'il femble
qu'on ne puiffe refufer aux déciſions du
grand nombre , ou du moins de la faine
par
tie , comment oferoient- ils fe flater de faire
respecter leurs décifions particulieres ? Un
feul témoin dans chaque Contrée , un feul
Juge contre tant de coupables ! N'auroient .
ils que la force pour monter eux- mémes fur
le Tribunal ?
Nos Ariftarques y ont appellé les premie
res Cités du Monde & les Héros de la Littérature.
L'accufation de mauvais goût &
d'affectation vicieufe , qu'ils font à notre
Siécle ( en s'exceptant eux-mêmes ) peut
avoir fon application à l'égard de quelques
Ecrivains qu'on ne prétend pas défendre.
Mais pourquoi enveloper tous les Auteurs
COLnus dans cette Cenfure ? Les plus céres
ne la méritent pas , & , qu'on y pren
DECEMBRE . 1745. 53
ne garde , ceux- là ne frondent point. C'est
le partage ou la reffource de la médiocrité
& de l'orgueil.
D'ailleurs ces plaintes font anciennes ; (a)
on les a faites dans les meilleurs tems .
Qui Bavium non odit , amet tua carmina Moevi (b)
Chaque Siécle a eu , chaque Siécle aura
fes Bavius , fes Mævius , & même ſes Zoiles.
La Critique aura toujours des occafions
d'exercer fes droits , mais il ne lui fera jamais
permis d'en abufer ni de fe prêter à la malignité
& à l'envie . N'eft- il pas fingulier
d'entendre un Auteur s'écrier que tout fon
Siécle eft dans le délire , & que lui ſeul eft
dans la bonne voye , dans le vrai ton ? Ces
jactances présomptueufes ne font fupportables
que fur les Théatrés fubalternes des
Thefpis de nos jours.
Vous , dignes Emules du Parnaffe , pourfuivez
votre carrière avec courage ; n'écou
tez point ces voix importunes , qui troubleroient
vos concerts ; défiez - vous de ces in-
(a) Ac fi omnia percenfeas , nulla fit ars qualis inventa
eft , nec intra initium ftetit : nifi forte noflra potilimu
imun tempora damamus bujus inf·lici‘aris , ut nunc
demum nihil crefcat . Quintil . Inftit . Lib. 10. cap .
2. 'Horatius Paffim .
(b) Virg.
Ciij
34 MERCURE DE FRANCE.
grats détracteurs de leur Siècle. Ils ne femblent
dédaigner tout ce qui eft moderne
que parce que ce qu'il y a de bon efface ce
qu'ils ofent produire .
Ne vous laiffez point aigrir contre votre
Siécle , de qui vous tenez vos lumiéres , &
à qui vous devez le tribut de vos talens ;
tâchez d'affortir vos chants au goût qu'il vous
infpire. S'il n'eft pas fatisfait des hommages
que vous lui rendrez , loin de murmurer
contre une délicateffe qui ne paroîtra injuſte
qu'à vous feuls , craignez pour votre répu
tation & pour votre gloire. L'approbation
de la faine partie de votre Siecle eft la
caution la plus fùre & la plus flateufe que
votre nom fera tranfmis à la poftérité , mais
pour y arriver il faut vous fauver des défauts
de votre propre Siècle . Il en a fans
doute ; nous ne l'ignorons pas. Notre goût ,
en l'appréciant , nous dévoile ce qui lui manque
ou ce qui le dépare Libres de toute
préoccupation à l'égard de nos contempo
rains , nous fçavons également les accufer
& les défendre . Leur mérite eft peſé aufli
équitablement , aufli rigoureufement par la
faine partie du Siécle qu'il le fera par la
poftérité.
On ne plaira ni à fon Siécle ni à la
poftérité par des Ecrits fans force & fans
DECEMBRE. 1745. $ 5
vie , où par un funefte abus de l'Art on
reunit des expreffions finguliéres des tours
de phraſe hazardés & qu'on croit heureux ,
durs , entortillés , bizarres , qu'on donne pour
nerveux & fublimes , & où par une profufion
mal entendue , on entaffe des penſées ingénieufes
fans folidité.
On ne plaira ni à fon Siécle ni à la
poftérité par de vaines fictions qui bleſſent
également la raifon & la vertu , quoiqu'on
y affecte la vraisemblance
& qu'on femble
y décrier le vice.
On ne plaira ni à fon Siécle ni à la
poftérité lorſqu'on introduira fur la Scéne
des caractéres informes , équivoques , mal
foûtenus ; lorfque le progrès d'une action
qui doit intéreffer , fera lent , fufpendu ou
précipité , & qu'une catastrophe qui revolte
au lieu de furprendre , fera entraînée &
non amenée , & qu'elle finna l'action fans
la terminer.
On ne plaira ni à fon Siécle ni à la
postérité par ce Defpotifme tyrannique , fi
ruineux pour la République des Lettres ,
qui eft l'afyle de la liberté , par ces Ecrits
pleins de fiel , de férocité , d'emportement ,
qui en dégradant leurs téméraires Auteurs ,
ne fervent quelquefois qu'à rendre plus refpectables
ceux qu'ils attaquent.
La Critique eft utile lorfqu'elle eft équi
36 MERCURE DE FRANCE.
table , fage & modérée. (* ) On donne volontiers
fa confiance à un Cenfeur qui paroît
nous aimer par cela même qu'il nous
corrige. Lorfque la Critique eft aigre & maligne,
fût- elle lumineufe d'ailleurs , fes leçons
font en pure perte.
Dans chaque Siécle on a vû des Ecrivains
polémiques attacher certains Lecteurs par
la vivacité de leur Cenfure. L'utilité publique
, les priviléges de la vérité étoient en
même tems les motifs apparens & l'apologie
de leur zéle . Peut-être les motifs réels
n'étoient-ils pas auffi légitimes . Ces témoins
du goût , qui devoient être irréprochables ,
ont été quelquefois en oppofition avec des
Auteurs dont la probité égaloit les talens.
Ne pouvant accréditer leurs témoignages
par infinuation , ils ont effayé de les répandre
par artifice & de les maintenir par une
forte de violence . Préfomptueux dépofitaires
du goût , ils ont tenté de s'en rendre
les arbitres , mais le public qui ne perd
jamais fes droits , & qui tient en fes mains
(*) Si la Cenfure demeuroit dans ces bornes
on pourroit dire qu'elle ne feroit pas moins utile
dans la République des Lettres qu'elle le fut autrefois
dans celle de Rome , & qu'elle ne feroit pas
moins de bons Ecrivains dans l'une qu'elle a fait
de bons Citoyens dans l'autre . Sentimens de l'Académie
Françoife fur le Cid,
DECEMBRE. 1745. 57
toutes les récompenfes & toutes les peines ,
en reprenant fon autorité , a rendu la liberté
à la République des Lettres. Il a puni
les Tyrans & chaffé les Ufurpateurs.
-
Ah! loin de vous, nourriffons de CLEMENCE
, loin de vous ces excès & ces revers .
Ne profanez point vos talens par la mordante
fatyre ni par la cruelle médifance ;
déteftez ces moyens faciles & odieux de
vous faire un nom , en expofant votre réputation
& celle des autres ; reprimez ces
faillies indifcretes d'une verve à qui il ne
faut que préfenter d'autres objets pour vous
couvrir de gloire ; dédaignez ces applaudiffemens
contagieux de la malignité qui vous
foûrit & qui excite vos mains à lancer fes
traits ; redoutez ces coupables effais d'une Mufe
dont les jeux mal conduits vous préparent
des repentirs cuifans : appliquez - là à des fujets
qui folent dignes d'elle . Le Livre de
la Nature eft toûjours ouvert & ne fera jamais
épuifé. Vous y prendrez toûjours de
nouvelles couleurs & des images nouvelles .
Au- deffus de vos têtes quel fpectacle ! Il
confond l'imagination , il vous préfente comme
une ébauche de la grandeur de l'Etre (*)
à qui vous le devez. Sondez le coeur de
(* ) Magnificentia ejus , & cirtus ejus in nubibus.
Pfal.67. V. 350
Cv
58 MERCURE DE FRANCE.
l'homme , cherchez à le pénétrer ; quel abî
me ! L'approfondirez-vous ? quel Dédale
Votre génie , guidé par le bon goût du Siécle
, en faifira Piffue .
Tels font les riches fonds dignes de voschants
& de vos Ecrits , Poëtes , Orateurs ,
qui prétendez à nos Palmes. Nous ne les
donnons qu'à la vertu relevée & comme
embellie par les ornemens de la parole &
par les richeffes de l'imagination . C'eſt aux
graces de l'efprit & aux fentimens du coeur
que nos Couronnes font refervées . Vous
plairez également à votre Siécle & à la poftérité
pourvû que vous refpectiez ces maxipourvû
que vous vous foûmettiez à
ces Loix fi précieufes pour vous & pour la
Société.
,
Orateurs , Poëtes , dont nous venons içi
exciter l'émulation , éclairer les talens , guider
le zéle , regler les mouvemens , former
le goût pour vous rendre dignes de nos
Couronnes , vous travaillerez également
pour votre Siécle & pour la poftérité fi vous
publiez les vertus , fi vous célébrez dignement
les exploits du Monarque qui par fes
conquêtes rend fes fujets redoutables à l'Europe
entiere , & qui par fes conquêtes &
par fes vertus fe rend lui - même fi refpectable
& fi cher à fes fujets .
Vous travaillerez pour vo tre Siécle &
DECEMBRE. 1745 59
pour la poftérité fi vous chantez avec magnificence
& avec amour un Roi bon par
fentiment , jufte par lumiére , pacificateur
par penchant , conquérant par néceflité
afyle & protecteur des Rois par hofpitalité
, par puiffance & par héritage .
Vous travaillerez également pour votre
Siécle & pour la poftérité fi vous gravez fur
le marbre & fur l'airain ce prodige refervé
à nos jours . Vous leur direz : Louis
X V. a fçu infpirer en même-tems à fes fujets
l'amour & la crainte , affemblage prefque
inoui de deux fentimens qui femblent
fe détruire & ne pouvoir fe réunir fur le
méme objet en faveur des Rois que par
une grace fpéciale de la condefcendance divine
lorfqu'elle veut faire le bonheur des
Nations ; affemblage plus précieux que la
bonté,que l'humanité , elles n'oppofent point
de frein à la licence ; plus frappant que la
terreur du nom , elle ne fait que des efclaves.
L'exemple du Prince aimé & refpecté
en fait des foldats. Je vois ces braves
guerriers
voler après leur Monarque intrépide :
Leur courage porté fur les ailes de l'amour
lui foûmettroit bien-tót tous fes ennemis fi
fa modération n'en temperoit l'ardeur. Qu'il
vive pour leur bonheur ! qu'ils vivent pour
fa gloire !
Ce chef- d'oeuvre de la fageffe unie à la .
Gvj
60 MERCURE DE FRANCE.
puiffance , notre Roi l'a accompli prefque
en commençant fa carriére. Qui pourroit
nombrer les beaux jours qu'elle va fournir
à fes fujets ! Quel nuage pourroit en obfcurcir
l'éclat !
Et cependant , Orateurs , Poëtes , vous
remplirez l'attente de votre Siécle & vous
préparerez un ſpectacle bien touchant à la
poftérité fi vous peignez avec de vives couleurs
les allarmes, la terreur , le faififfement
qui s'emparerent de tous les coeurs des François
lorfque I. o U IS X V. leur Roi alloit
devenir la proye du tombeau , lorfque cette
Tige fi précieufe étoit prefque fechée par
le fouffle empefté de la mort.
Vcus mériterez les applaudiffemens de
votre Patrie & les éloges de la poftérité ſi
vous racontez avec énergie , fi vous fentez
vous-mêmes le raviffement , les tranſports
de joye qui éclatérent de toutes parts lorfque
les François apprirent que leur Roi le
Bien Aimé étoit rendu à leurs cris , que le
Tout-Puiffant exauça fans exiger d'autres
Sacrifices que des Sacrifices de louanges.
Si vous leur dites avec quelle ardeur ,
avec quel tendre refpe& les Corps les plus
confidérables de cette Capitale de la Province
, en fecondant l'allegreffe publique ,
ont rendu à Dieu des Actions de graces de
ce que fon fouffle divin a donné en quelDECEMBRE.
1745. 61
que
forte à notre Roi une nouvelle vie .
Si vous leur dites quel réveil délitieuz
fuccéda à ce fommeil univerfel de la Nation
, qui étoit abîmée dans une douleur
léthargique.
Réveillez-vous vous - mêmes , génies nés
pour parler le langage des Dieux ; réveillez-
vous élevez vos voix , entonnez la trompette
; (a) montez , accordez vos Lyres ; (b)
formez les plus mélodieux Concerts . Que
le fon des muzettes (c) & des hautbois célébre
le jour heureux qui vous a rendu votre
Maître ; que les Sçavans & les Bergers
, que les Citoyens & les Héros chantent
à l'envi leur ami ,leur défenfeur & leur
Pere.
Ne foyez pas humiliés par la néceffité
de demeurer au- deffous de votre fujet : à
qui est - il arrivé de l'épuifer ? Qui eft- ce
qui eft parvenu à acquitter fon coeur pour
notre augufte Monarque ? Si l'Académie y
eût prétendu , auroit- elle employé mon foible
organe pour faire éclater fes fentimens
au premier inftant qu'il lui a été permis de
les publier ? Elle a accepté mon zéle ; vous
pouvez compter fur fon indulgence .
(a) Le Poëme . (b) L'Ode. ( c ) L'Eglogue *
I'Idyle .
62 MERCURE DE FRANCE.
¿ESTESTESHEXS
SUITE de la Séance publique de l'Aca
démie de Rouen.
EXTRAIT du Mémoire fur l'Electricité.
Onfieur le Cat Vice-Directeur de
Macadémie ,
Correfpondant de celle
des Sciences de Paris , Membre de la Société
Royale de Londres & de l'Académie
de Madrid , lut enfuite un Mémoire:
fur l'Electricité. M. le Cat avoit quelquesautres
Mémoires concernant la Phyfique du
corps humain qui fait fon obiet capital
mais l'Académie a préféré l'Electricité com
me un fujet plus propre à piquer la curio
fité d'une affemblée publique .
Les Anciens , dit M. le Cat , ont obfervé
que l'Ambre , lorſqu'il eft frotté , attire
la paille , le duvet & les autres corps
legers . ils appelloient l'Ambre Electrum ;
on a donc nommé Electricité cette proprieté
d'attirer les corps legers , qu'on
croyoit d'abord particuliere à l'Ambre , &
qu'on a reconnue depuis dans une infinité
d'autres efpeces de matieres , telles que la
cire d'Elpagae , la gomme copal , toutes les
refines , le verre , les pierres précieuſes , &
tous les corps tranfparens.
DECEMBRE 1745 .
63
M. le Cat fait enfaite une courte Hif
toire des découvertes de l'Electricité , & des
Sçavans qui s'y font diftingués.
ל כ
כ
5
38
ස
On feroit , ajoute-t - il , un fort gros vo--
fume des travaux de tous ces célébres Phyficiens
. Cette entrepriſe furpaffe de beaucoup
les bornes d'un Mémoire , où nous
ne pouvons que faire un choix de ce qu'il·
y a de plus intereffant fur cette matiere.
» Je me bornerai donc aux circonftances
capitales du phenoméne de l'Electricité. Je
choifirai parmi les expériences celles qui
font les plus propres à établir ces circonf-
» tances, & à dévoiler leurs cauſes. Enfin je tacheraidedévelopper
cette caufe . J'auroiscrû
» ne point remplir mes engagemens , fi je ne'
» vous avois montré des phenoménies curieux-
» que pour laiffer vos efprits dans une for-
» te de défefpoir' , & dans l'inquiétude hu-
» miliante de ne pouvoir les comprendre .
» Ces fortes de caufes , lors même qu'elles
» ne font que conjecturales,repréfentent plus
» fortement les phenoménes , dit M. de Fon-
» tenelle . D'ailleurs n'a- t- on pas acquis le
» droit de hazarder quelques pages de fyf--
» tême , quand on a amaffé des volumes
d'expériences ?
පා
ود
33
» Non feulement on s'eft affùré , continue:
» M.le Cat, qu'un grand nombre de matieres
» que les Anciens n'avoient pas ſoupçonnées›
* Hift. Acad. p. 3•
64 MERCURE DE FRANCE .
d'être électriques , comme l'Ambre , atti-
» roient cependant , comme lui , les corps
legers , mais encore on a découvert que
» toutes ces ſubſtances , après avoir attiré ces
corps legers , les repoufloient loin d'elles ;
ce qui établit déja dans le phenoméne de
l'Electricité deux effets oppofés, l'attraction
,, & la repulfion.
35
On s'elt avifé enfuite de frotter les fubftances
électriques dans l'obfcurité , & l'on
s'eft apperçu qu'elles jettoient des étincelles
de lumiere , & qu'ainfi le corps électrique
étoit une espece de phoſphore.
Enfin la curiofité à porté les Phyliciens
à examiner fi ces effets de l'Electricité ne
pouvoient pas fe communiquer à d'autres
corps qui ne fuffent pas naturellement électriques
, & ils ont trouvé que ces effets fe
communiquoient à tous les corps en général
fi l'on en excepte la flamme , & cela à des
diftances fort éloignées , & qu'il en étoit
prefque de l'Electricité , comme du fon &
de la lumiere .
Voilà les principaux effets qu'on a conftatés
jufqu'ici dans le phenoméne de l'Electricité
, fçavoir l'attraction , la repulſion , l'émanation
des étincelles , & la communication
ou propagation de tous ces effets. Ce
font eux qui font l'objet & la divifion de
ce Mémoire, M. Dufay s'étoit crû très-fondé
DECEMBRE.
1745. 85
à ajouter à ces circonftances unediftinction de
l'Electricité en deux efpeces, une particuliere
au verre & aux autres matieres vitrées , & une
autre propre à la cire d'Eſpagne & aux matieres
refineufes, mais pourfuitM.le Cat M.l'AbbéNolet,
dontla correſpondance m'a été trèsutile
dans les experiences fur l'Electricité ,
vient de m'avertir qu'il avoit des expériences
qui rendoient cette diftinction douteuſe ,
J'ai donc abandonné cette diftinction , ne
voulant raifonner ici que fur desfaits conftans.
M. le Cat fait autant d'articles qu'il vient
de diftinguer d'effets dans l'Electricité , &
chaque article a deux parties , dont la premiere
contient les expériences, & la feconde
l'explication . M. le Cat a non feulement
lu les procédés des expériences , mais
il les a encore exécutés dans cette même
affemblée publique , à l'exception de l'émanation
des étincelles qui demande un lieu
obfcur & des commodités trop difficiles
à fe procurer dans une fale immenfe , &
remplie à l'excès de fpectateurs.
Les effets capitaux de l'Electricité que les
expériences expofent , font très-connus , &
ils font fuffilamment défignés par l'énumération
précédente ; on nous diſpenſera donc
de les rapporter , pour nous attacher à ce
qu'il y a de neuf dans ce Mémoire , c'eſtà-
dire aux explications.
86 MERCURE DE FRANCE.
Voici comme M. le Cat explique l'attraction
des corps legers produite par le
tube , on l'Electricité proprement prife.
Perfonne n'ignore que les pores de tous
les corps font remplis d'une matiere extrê
mement déliée qu'on appelle communément
matiere fubtile , & fous le genre de laquelle
on peut comprendre la matiere du feu ,
& celle de la lumiere . On fçait que les corps
tranſparens , comme le verre , donnent un
fibre paffage à la lumiere , & que les corps
refineux , comme le fouphre , la poix , la
cire d'Efpagne font très- inflammables , c'eftà-
dire qu'ils contiennent beaucoup de matiere
de feu & de fubftance propre à lui
fervir d'aliment .
Les matieres vitrées & refineufes font
donc parmi les corps folides ceux où réfide
une plus grande quantité de matiere fubtile ,
& c'eft cette proprieté qui les rend électriques
par eux-mêmes , car lorfqu'on frotte
avec la main des corps auffi fournis de matiere
fubtile , on les échauffe , on met dans
un violent mouvement cette matiere deliée
dont ils font imbus : on y introduit encore
de ce feu actif qui anime nos liqueurs. Cet
amas de matiere fubtile vivement agitée fe
rarefie, occupé plus d'efpace autour du corps
fotté , autour du tube ; elle en écarte l'air
& les autres efpeces de matiere moins fube
DECEMBRE 1745. 67
و ت
tile qu'elle ; enfin elle forme autour du tube
une atmoſphére d'une étendue plus ou moins
grande , felon la quantité de la matiere ſubtile
agitée , & le dégré de fon agitation
& cette atmofphére eft compofée de matiere
dont la plus fubtile & la plus agitée eft
au centre , & la plus groffiere ou la moins
agitée , à la circonférence.
Cette matiere plus fubtile du centre pé
netre librement les corps , elle paffe au
travers fans beaucoup d'oppofition , & ne
fait prefque aucune impreffion fur eux . Ce
centie de l'atmosphére électrique eft donc
pour les corps legers une espece de vuide ,
où ils trouvent très-peu de réfilance , au
lieu que le fluide de la circonférence plus
groffier a de la prife fur ces corps , & leur fait
éprouver toute l'impulfion , tout le choc du
mouvement inteftin de fes particules agitées .
Donc toutes les fois qu'on enveloppera un
corps leger dans cette atmosphére , ou
qu'on l'expofera entre le centre & la circonférence
du tourbillon électrique , ce corps
leger fera néceffairement pouffé par cette
circonférence plus réfiftante vers le centre
où il y a pour lui une efpece de vuide ,
& un vrai défaut de réfiftance .
On peut oppoſer à cette explication une
expérience qui démontre que l'Electricité a
lieu dans le vuide , ou dans le récipient de
68 MERCURE DE FRANCE .
la machine pneumatique dont on a pompé
l'air , mais cette machine ne peut jamais
pomper exactement tout l'air du récipient
& en le fuppofant gratuitement , il n'eft pas
néceffaire que la circonférence de l'atmofphére
électrique foit compofée d'air , pour
produire le méchaniſme qu'on vient d'expofer;
il fuffit qu'elle foit faite d'une ma-
- tiere moins fubtile que le feu & la lumiere ;
or tous les Phyficiens conviendront qu'entre
le feu & l'air il doit y avoir un grand
nombre d'efpeces de matieres plus groffieres
que le feu , & plus fubtiles que l'air : c'eſt
de ces efpeces fubalternes de matiere que
fera compofée la circonférence du tourbillon
électrique dans le vuide de la machine pneumatique.
Voici des expériences qui nous apprennent
que , fi l'air groffier ne concourt pas
au phenoméne de l'Electricité , comme caufe
efficiente , au moins il y a quelque part .
Si l'on remplit un tube d'air comprimé ,
ou fi on l'en vuide en entier , il ne deviendra
point électrique , quelque vivement
qu'on le frotte,
On devine aifément que dans ces deux
cas l'air comprime la furface du tube , &
fait obftacle à l'expenfion de l'atmoſphere ,
& à la liberté des mouvemens néceſſaire à
l'Electricité.
y
DECEMBRE 1745 . 69
C'eft par la même raiſon que l'humidité
,
en éteignant le mouvement de la matiere
électrique eft le plus grand obftacle à ce
phenomene : c'eft pourquoi nous avons recommandé
que le tube foit bien fec , & nous
ajoutons que pour réuflir à ces expériences il
faut choifir un tems & un lieu fort fec. Muskenbrok
( pag. 257. ) ayant remarqué que
les vapeurs feules de la refpiration & de la
tranfpiration d'une affemblée nombreuſe
rendoient fouvent l'air affés humide pour les
faire manquer
.
L'Electricité eft foible dans un tems chaud,
& forte dans un tems froid & fec , comme
dans une belle gelée , par la même raiſon
que le feu a peu d'activité dans l'Eté , &
beaucoup dans l'Hyver. Dans un tems chaud
la matiere ignée s'étend trop , & fe difperfe
dans un air qui ne lui refifte point elle
doit donc faire moins d'impreffion . Dans un
tems froid & fec l'air environnant plus denfe
, plus refiftant, refferre la matiere ignée, la
tient raffemblée dans un inoindre efpace , où
elle a par conféquent un effet plus violent.
M. le Cat , qui previent le public que
ces expériences manquent ordinairement
dans les grandes affemblées , n'a pas laiffe
de les faire avec aflés de fuccès dans cette
affemblée publique , qui étoit des plus nombreufes
, mais la peine qu'il a été obligé
MERCURE DE FRANCE.
de fe donner pour les faire réuffir , a juftifié
fa précaution..
L'article fecond traite de la répulfion .
L'Electricité , dit M. le Cat , eft peutêtre
le feul phenoméne en Phyfique , qui
renferme dans les mêmes circonftances deux
effers auffi contradictoires que l'attraction
& répullion . Qu'un des pôles de l'aimant
attire le fer , tandis que l'autre le repoufle
il femble que c'eft une fuite naturelle de
Poppofition de ces pôles , mais que la même
region d'un tube attire & repouffe alternativement
tant de fois de fuite qu'on voudra
c'est une une fingularité aufli neuve que
furprenante .
Cette alternative d'effets oppofés eft auffi
ce qu'il y de a plus embaraflant dans ce
phenoméne. Voici comment M. le Cat réfout
ce probleme, "
Quand le corps leger eft attiré par le
tube vers le centre de fon atmosphére , la
matiere fubtile & agitée de ce centre rarefie
néceffairement ce que le petit corps apporte
avec lui d'air ou d'autres matieres plus
fubtiles , & melée avec ces matieres elle forme
un petit ballon élaftique , une atmofphére
comme celle du tube , par la même
méchanique qu'en frottant le tube , & rarefiant
par-là fes fluides , on lui fait une atmofphére
électrique.
DECEMBRE
ཏཝཱ , 1745.
La matiere du centre du tourbillon électrique
du tube plus fubtile & plus agitée que
celle de la circonférence a en elle mene
plus de force & de puiffance que cette derniere
, non feulement parce qu'elle eſt faite
de parties plus folides , & plus agitées
mais encore parce qu'elles fe donnent au
centre un appui réciproque. Le corps leger
dénué d'atmosphére ne reffent pas cette
fupériorité du centre du tourbillon électrique
du tube , parce que fa matiere poreufe
eft trop ouverte à fon paffage , & n'y oppofe
prefque aucune réfiftance . Mais dès
que ce petit corps fe trouve auffi environ
né d'une atmosphére électrique , qui a ce
corps même pour centre de fon mouvement
, la matiere fubtile du tube a prife contre
la matiere électrique pareille du corps
leger , & les mouvemens contraires de ces
deux atmosphéres portant l'un contre l'autre,
ne peuvent manquer de féparer ces corps ,
& de les porter auffi loin l'un de l'autre
que cette puiffance a d'étendue , d'autant
mieux que la circonférence grofliere de l'atmoſphere
dn corps leger doit s'appuyer fur
le tube qu'elle ne peut pénétrer , & qu'ainfi
lorfqu'elle fe développe tout à coup contre
le tube , elle doit faire élancer le corps leger ."
de deffus , comme par exploſion , & puilque
la matiere fubtile du centre de l'ate
2 MERCURE DE FRANCE.
mofphére électrique du tube , a le pouvoir
décarter vers la circonférence tout le fluide
groffier ou fubalterne , par la même raiſon
elle doit achever de pouffer & foutenir à
cette circonférence la couche groffere
& extérieure de l'atmosphére du corps leger
qui eft de même nature que le fluide
de cette circonférence .
foible
Si le tube n'eft pas beaucoup frotté , ou
peu électrique , fon atmoſphere trop
ue rarefiera point les fluides qui accompa
gnent la feuille d'or ; elle ne lui formera
point une atmosphére électrique , & ainfi
ce corps leger ne fera point repouffé de
deffus le tube.
Quoique le tube foit bien frotté , & très- ,
électrique , fi la feuille d'or fe trouve couchée
à plat fur le tube , elle n'en fera pas
repouffée , parce que fon application intime
avec les parois du tube produit un furcroit
d'attraction ou d'adherence , dont M,
le Cat a donné le méchaniſme ( pag. 335. )
du Traité des Sens , & parce que la matiere
du tube fait peut-être quelque obftacle à la
libre formation de l'atmofphére électrique
de la feuille d'or,
Nous pafferons quelques applications de
ces principes à des phenoménes particuliers
de l'Electricité pour venir aux conféquences
que tire M. le Car de cette doctrine.
La
DECEMBRE 1745. 73
La conftance , dit - il , avec laquelle l'atmofphére
du tube repouffe & foucient en
l'air dans un même éloignement la petite
atmoſphere de la feuille d'or électrifée , eft
pour le moins une image de la méchanique
qui tient les tourbillons des Planettes &
des Satellites à un éloignement déterminé
du centre de leur tourbillon , moteur , &
de l'impoffibilité de la chute de ces Planettes
dans ce centre .
Réciproquement on peut conclure de la
même analogie que toutes les Planettes ,
fans exception , celles mêmes dont la rotation
eft douteuse , & qu'on a foupçonnées
par là de n'avoir point de tourbillon , en
ont néceffairement un , ou au moins une
atmosphére , puifque fans cet accompagnement
elles ne pourroient fe foutenir , comme
elles font , dans une couche déterminée.
de la Sphere du tourbillon folaire , & que
comme la feuille d'or dépouillée de fon
atmoſphere tombe fur le tube , ces Planettes
fans tourbillon tomberoient dans le Soleil.
Cette application eft une raifon de plus
pour l'exiftence des tourbillons , & contre
le vuide de Newton , car l'atmosphére électrique
eft inconteftable , elle le fait entendre
par un petillement , on la voit par les
étincelles , elle fe manifefte à l'odorat par
une odeur de fouphre , au toucher même
1. Vol. D
74 MERCURE DE FRANCE,
par une espece de piqûure , & par un frottement
leger femblable à celui d'une toile
d'araignée .
On ne peut éluder ces conféquences qu'en
traitant de frivole la comparaifon faite entre
les corps céleftes & les corps électriques
ou électrifés , mais les Anglois même conviennent
de la jufteffe de cette analogie,
M. Gray , que j'ai déja cité , ne feint pas
d'appeller les corps iegers électrifés , & repouflés
, comme on vient de le dire , de
petites Plancies , & ce Phyficien étoit fi
charmé de cette idée , que dans une expérience
où , fans y penfer , cette idée conduifoit
fa main , il a crû voir une image &
une preuve de la circulation d'Orient en
Occident des Planetes autour du Soleil,
Quoiqu'il n'y ait pas lieu d'efpérer que l'Electricité
nous conduife fi loin , il me femble
au moins qu'on peut affurer avec M,
Dufay , que .... la vertu électrique influe
beaucoup plus qu'on ne penfe dans le méchanisme
de l'Univers. L'énorme difference qui
fe trouve entre les maffes ne fait pas une
objection contre l'analogie des phenoménes ,
Il eft permis aux Phyficiens de remonter
de l'atome aux Spheres céleftes : c'eft même
le fruit le plus folide & le plus glorieux
de leurs travaux de pouvoir appliquer les
expériences de leur cabinet au fyftéme du
monde,
DECEMBRE. 1745 .
75
Sic parvis componere magna folebant .
Il s'agit dans le 3e. article de l'émanation
des étincelles des corps électriques ,
que tout Paris a vûe chés M. l'Abbé Nollet.
M. le Cat compofe le centre de l'atmofphére
électrique de la matiere du feu &
de celle de la lumiere , ainfi il attribue les
étincelles que produifent ces corps aux vibrations
violentes , & à la collifion de cette
matiere entr'elle , & avec les particules fulphureufes
de la main de celui qui fait les
expériences. Nous ne pouvons le fuivre dans
les détails de ces explications.
Le quatrième article traite de la propagation
de l'Electricité , ou de la communication
de cet effet. On fçait que l'Electricité
le porte le long d'une corde à plus de
1250 pieds , furtout fi la corde eft mouillée.
Il faut foutenir cette corde fur des fils
de foye bien fecs.
I eft démontré par ces expériences , dit
M. le Cat , que l'émanation corpufculaire
qui forme l'atmofphére électrique , & que
le frottement excite , fe communique de
proche en proche à tous les corps dans lefquels
elle ne trouve point d'obſtacle , & cela
à de très- grandes diftances.
Le fluide actif & ſubtil du centre du tour-
Dij
74- MERCURE DE FRANCE.
billon électrique repouffe & foutient les
fluides groffiers de la circonférence , mais
raproquement ceux - ci contiennent les
premiers , les refferrent , & font comme leur
enveloppe, enforte qu'on peut regarder cette
circonférence élargie par le fluide du centre
qu'elle comprime , comme les parois d'un
ballon diftendu par l'air qu'il renferme.
Si vous pouffez deux ballons l'an contre
l'autre , ils ne feront que fe comprimer
& s'arrêter réciproquement. De même , fi
vous préfentez au tube ou au globe un
corps électrique , comme de la foye , de la
réfine , les deux atmosphéres porteront l'une
contre l'autre , & s'arrêteront ; il n'y aura
point de communication .
Si au contraire vous préfentez au corps
électrique du fer, une corde de chanvre , ou
toute autre fubftance non électrique , c'eftà
dire , qui n'a point d'atmofphére de
certe espece , c'eft comme fi vous pouffiez
contre le ballon de l'exemple précédent
une barre de fer , un corps pointu , qui en
crevant le ballon feroit échaper l'air le long
du corps dur qui en auroit percé l'enveloppe :
c'eft ainfi que les corps non électriques ,
qui font des corps nuds & pointus , en comparaison
de Patinofphére du corps électrique
, rompent cette atmofphére , ouvrent
un libre paffage à la matiere fubtile qui y
DECEMBRE 1745. 17
-
-
eft comme emprisonnée , & qui ne manque
pas de couler le long du corps qui lui a
ouvert cette prifon. Voilà le principe de la
propagation de l'Electricité , mais la grande
diftance où elle fe porte me perfuade que
cette communication ne fe fait point en
entier par une émanation qui foit toute aux
dépens du tube électrique , & qu'il en eft
un peu de la propagation de l'Electricité ,
comme de celle du fon & de la lumiere
qui fe fait par une communication de vibration
dans un fluide qui eft déja placé
entre le corps fonore ou lumineux & nous.
Il n'eft pas croyable qu'un fi petit inftrument
que le tube puifle fournir une atmofphére
à une corde de 1256 pieds , comme
celle que M. Dufay a employée dans cette
expérience , fans compter ce qui s'en perd
fur la route.
Il eft plus vraisemblable qu'une fufée de
matiere électrique ou ignée du tube écha
pée avec une forte d'impétuofité de la couche
extérieure qui la renferme , fe coulant
le long de cette corde , met en mouvement
& embrale , pour ainfi dire , la matiere
fubtile de la corde & des environs ,
qui
de concert avec cette fufée forme l'atmof
phére électrique de la corde.
On fufpend la corde avec des cordons
de foye , parce que la foye , qui eft électri-
Diji
78 MERCURE DE FRANCE.
que
que par elle même , a déja en elle de la
matière électrique , dont elle eft prefque
faoulée , comme difent les Chymiftes . Ainfi
lorfqu'il le préfente une atmofphére électrique
agitée , elle force bien un peu celle
dont la foye eft imbue , & elle s'empare
d'une petite étendue de cette foye , mais
arrêtée , comme on a dit , par le fluide qui
loge dans le refte de la foye , elle arrête
elle même le torrent électrique qui le fuit ,
& qui eft obligé de prendre une autre route ,
c'eft-à-dire , de fuivre la corde.
Si vous mouillez cette foye , vous éteignez
l'atmosphére qui fait obftacle à l'émanation
; vous empliffez les pores de cette
foye d'une liqueur antagoniſte , fur laquele
la matiere électrique coulera , comme l'eau
coule fur la toile cirée ou fur le papier
huilé. L'Electricité paffera donc le long des
cordons de foye mouillée , elle ira fe perdre
fur les corps aufquels la foye eft attachée ,
& elle ceffera de fe communiquer le long
de la corde de chanvre .
Si au contraire la foye eft bien féche ,
elle réfiftera fortement à la diffipation de
TElectricité qui reftera prefque toute dans
la corde. Cette corde qui conduit l'Electricité
, n'eft pas naturellement électrique , fi
vous la comparez à la foye , mais elle l'eft
pourtant un peu ; elle a une foible atmofDECEMBRE
1745.
phere qui ne laiſſe pas d'embarraffer l'émanation
électrique & d'en diminuer l'effet ;
en mouillant la corde vous éteignez cette
legere atmoſphere , vous donnez une pleine
liberté à la fufée électrique du tube de gliffer
le long de la corde , & d'y mettre en mouvement
la matiere fubtile qu'elle y rencontre.
La communication de l'Electricité à une
vingtaine d'hommes placés fur des gâteaux
de retine s'explique de la même façon. Si
ces hommes étoient fur le plancher , l'émanation
électrique s'y répandroit , & fe perdroit
dans la chambre . La réfine fur la
quelle ils font eft électrique , ainfi fon atmofphére
fait obftacle à la diffipation de
l'émanation du tube ou du globe.
M. le Cat explique enfuite comment l'Electricité
fe conferve des mois , des années
même , en enveloppant le corps électrique
avec du papier , de la flanelle & c. & il
finit ainfi fon Mémoire.
Comme toutes les vérités qu'on vient
d'expofer fur la propagation & la confervation
de l'Electricité , font des faits inconteſtables
, on peut dire que cet article eft le
triomphe de la Philofophie corpufculaire.
Les phenoménes de la fympathie même révoqués
en doute par la plupart des Phyficiens
ne deviennent pas trop admirables, auprès de
la propagation de l'Electricité .
D iiij
8. MERCURE DE FRANCE.
•
En général toutes les expériences qu'on
a faites fur le phenoméne que je traite , &
dont je n'ai donné qu'un Extrait fort abregé ,
me paroiffent des preuves continuelles de
la Phyfique Carthéfienne. Il eft fort heureux
Four cette Secte que l'Electricité fe foitmife
in vogue dans le tems même que le Newtonianifme
s'efforce d'étendre fon empire ;
& plus heureux encore pour la fublime fcience
de la Nature , que toutes les Nations de
l'Europe concourent à approfondir une matiere
qui confirme d'anciennes vérités , &
qui ouvre aux nouvelles découvertes une
voye dont on n'apperçoit pas encore le
terme.
Nous exhortons les Lecteurs à comparer
le fyftême de M. le Cat avec celui de
M. l'Abbé Nollet , que nous avons expofé
en rendant compte au public de la Séance
publique de l'Académie des Sciences. L'Extrait
de ce Mémoire eft dans le Mercure
d'Octobre ; rien n'eft plus utile & plus agréable
en tout genre de Littérature que ces
comparaifons.
M
ONSIEUR de Premagny Secretaire
pour les Belles Lettres a terminé la
Séance par la lecture d'une piéce en vers,dont
DECEMBRE 1745. 81
le fujet étoit Vau pour la paix ; & par .
l'annonce du Prix que voici .
L'Académie des Sciences , des Belles Lettres ,
& des Arts de Rouen propofe pour le sujet du
Prix de l'année 1746.
La fondation même du Prix alternatif
pour les Sciences & les Belles Lettres , par
M. le Duc de Luxembourg Gouverneur de
la Province de Normandie, & Protecteur de
l'Académie.
4
Le Prix eft une Médaille d'or de la valeur
de 300 liv. qui fera donnée à une Ode , ou
à une pièce de cent vers , qui , au jugement de
l'Académie,aura le mieux traité le sujet propofé.
Les Pieces feront admifes au concours juf
qu'au dernier Janvier 1746 , & le vainqueur
fera proclamé à la rentrée publique le
Mardi d'après la Quasimodo. Les Académiciens
en font exclus.
Les Auteurs mettront à leur Mémoire une
marque distinctive , comme Sentence , Devise on
fignature, laquelle fera couverte,& nefera déve
loppée qu'en cas quelapiéce foit jugée la meilleure
Ils auront l'auention d'adreffer leur piéce
franche de port, à M. de Premagny Secretaire
pour les Belles Lettres au College du Pape.
Le Prix fera délivré ou à l'Auteur même ;
ou au porteur d'une procuration de fa part ;
P'une ou l'autre représentant la marque diftinctive
avec Poriginal de la piece.
DY
82 MERCURE DE FRANCE .
A M. le Marquis de Gontaut Colonel du
Régiment de Biron & Brigadier des
armées du Roi , fur fon retour des Eaux
de Barrege.
IL revit ce Marquis , l'objet de nos douleurs ,
Pour illuftrer encor fa belle deftinée .
Mufes , dont les doux fons raviffent tous les coeurs
Célebrez avec nous cette heureuſe journée.
why
O toi qui fur le Mein toujours ferme en ton rang ,
Bravant tous les périls, n'écoutant que la gloire ,
Te couvris de lauriers teints de ton propre fang ,
Tes maux font à la fin fortis de ta mémoire .
Le fçavant Taranger t'a rendu la fanté ;
Tes jours font un préfent de fon Art falutaire ,
par lui de nouveau ton bras fi néceffaire
Va t'ouvrir un chemin à l'Immortalité .
Et
Echapé comme toi de la fureur des parques
Ton rince s'applaudit de te revoir encor ;
La mort a respecté le plus grand des Monarques ;
Fuiffes-tu comme lui vivre autant que Neftor !
* Chirurgien en Chef des Hepitaux de Tournay.
DECEMBRE 1745. 83
Gontaut , toi qui forti d'une illuftre origine ,
Fais revivre à nos yeux tant de fameux guerriers ,
Digne fils des Birons , la France te deftine
Et les mêmes emplois & les mêmes lauriers.
Le Chevalier de C ....
EX
TRADUCTION d'une pièce de Catulle
qui commence par ces mots : Vivamus
mea Lefbia , atque amemus .
A Imons nous , chere Leſbie ;
Du vulgaire infenfé méprifons les difcours;
Aimons- nous , & de notre vie
Mettons à profit les beaux jours .
Quand le Soleil a fini fa carriere ,
Bien-tôt il renait & luit ,
Mais lorsque nous mourons une éternelle nuit
Voile à nos yeux la lumiere,
Ufons du tems , & que ma bouche
De cent baifers goûte enfin la douceur.
Ah! laiffe moi fur cette bouche
Par mille autres encor t'exprimer mon ardeur ,
Nul facheux ne nous apperçoit
Sous ce feuillage épais & fombre ,
Ou fi quelque jaloux nous voit ,
Laiffons lui la douleur d'en ignorer le nombre.
Par M. Maffon , Chevau-Leger de la garde du Roi.
Dvj
8 MERCURE DE FRANCE .
4
SUITE ET CONCLUSION
du Conte Turc.
A
Zemi demanda qu'on les lui laiſſât juſqu'au
lendemain , & promit fur la tête
qu'il finiroit leur enchantement. Le Baſſa &
Siroco lui accorderent fa demande du confentement
de Sumi . Azemi , lui dit le Baffa
, on vous confie un tréfor d'où dépend
tout notre bonheur ; nous vous avons trop
d'obligation pour vous refufer , prenez auffi
cette bourfe de mille fequins pour vous dédommager
de ceux que vous avez rendus au
Muzulman. Toute la compagnie ſe ſépara
enchantée d'avoir vû les deux imcomparables
lies de Siroco, & flatée de l'efpérance
de les poffeder bien -tôt pour toujours . Chacun
fe retira dans l'appartement qui lui étoit
deftiné.
Dès que l'Aurore parut Azemi defcendit
dans les jardins . Il n'avoit pu dormir dans
la joye où il étoit de poffeder une ſomme
aufli confidérable que mille fequins , & dans
le deffein de rendre aux deux filles de Si-
Toco leurs charmes & leur liberté. Après
avoir parcouru quelques ailées folitaires , il
DECEMBRE. 1745. 8.5
fut frappé d'une voix charmante qui l'attira
dans un bofquet. Les oifeaux qui s'éveilloient
fembloient vouloir difputer le prix
aux accens de la voix qui fe faifoit entendre
, & la perfonne qui leur répondoit ,
imitoit leurs ramages avec tant d'art qu'ils
ne fembloient lui fervir que d'accompagnement.
&
Le jeune Page s'approcha doucement ,
reconnut les deux Circaffiennes . L'une , c'étoit
Dely , étoit affife fut le gazon , & il
vit auprès d'elle Tézile qui avoit cueilli des
fleurs & qui les arrangeoit dans les cheveux
de fa foeur : comme ces deux jeunes
perfonnes fe croyoient fans témoins , elles
étoient enſemble fans contrainte . Les cheveux
de Dely que Tézile étoit occupée
à entrelacer avec des fleurs étoient répandus
fur fes épaules & fur fon fein , Tézile
avoit relevé les manches de fa robe & laiffoit
voir des bras d'une beauté parfaite . Azémi
avoit admiré la veille la beauté des deux
Circaffiennes ; la fraîcheur du matin & la folitude
l'augmentoient encore à fes yeux.
Azemi étoit de la figure la plus aimablé
& dans la premiere jeuneffe. Les mouvemens
qu'il éprouva dans ce moment lui
firent prefque oublier les intérêts de fes
maîtres & des filles de Siroco , Après avoir
joui pendant quelque tems du charmant
86 MERCURE DE FRANCE.
fpectacle qui s'offroit à fes regards , il vouluť
s'approcher ; dès que Dely entendit du
bruit , elle fe leva à moitié pour s'enfuir.
Le jeune Page la retint. Pourquoi m'éviter
( dit- il ) qu'avez vous à craindre de moi
dans les jardins de ce Palais ? Ce que nous
craignons , dit Tézile en foûriant ? c'eft que
vous n'aimiez plus l'une de nous que l'autre &
qu'il n'y en ait une de malheureufe : Vous n'êtes
pas le vieux, Derriche , qui ne fait le
malheur que de celle qu'il aime le plus. Ce
Derviche vous tient au coeur , dit Azemi ,
qui ne cherchoit qu'un prétexte pour les
faire refter , permettez-moi de m'affeoir auprès
de vous , & contez- moi je vous prie
ce que vous devintes après que vos amans
eurent perdu la vie dans l'Ifle de Marbre
Noir , & comment vous avez retrouvé le
Derviche dont vous parlez.
Il eſt aifé de vous fatisfaire , dit Tézile ;
lorfque je vis tomber mon cher Thelamir.....
Ah ! dit le Page , laiffez je vous en conjure
conter Dely ; vous avez tout l'efprit pof
fible , mais elle a un ton attendriffant qui
charme. Puifque vous le voulez ré.
pondit Dely , je vais vous contenter. Dès
que
le malheureux Prince & Thélamir eu.
rent perdu la vie , la Reine Okimpare
qui étoit demeurée , la maîtreffe , nous fit.
DECEMBRE. 1745 , 87
conduire ma foeur & moi à fon Palais , &
pour le venger de ce que j'avois été fa rivale
, elle nous condamna à chanter & à
danſer dès le jour même dans un grand ſpectacle
qu'elle donna au peuple.
Dans le trajet que ma tête avoit fait deux
fois d'un corps fur un autre , il étoit bien
naturel qu'elle fe fut un peu éventée . Je ne
m'appercevois pas combien il convenoit peu
de danfer après avoir perdu un amant auffi
parfait que mon cher Delicat. Je charmois
tout le monde par ma légereté.
Pour ma foeur , plus fage que moi , chantoit
des airs fi tendres & fi languiffans qu'elle
faifoit foupirer d'ennui ; elle choififfoit des
paroles affés mauvaiſes ppoouurr faire couper la
tête à toutes les chanteufes de l'Univers . On
ne venoit à nos ſpectacles que pour la danfe
, le reſte auroit fait enfuir tout le monde.
C'est dans ce tems- là que ma foeur me
fit entendre raiſon , & que nous fimes let
ferment de rendre tous les amans auffi malheureux
que nous l'avions été. Dés que nous
voyions deux coeurs unis enfemble , nous
nous attachions l'amant par les manieres
les plus engageantes ; nous le détruifions
dans l'efprit de fa maîtreffe par les difcours
les plus envenimés , rien ne réfiftoit au poifon
que nous fçavions répandre fur tous
13 MERCURE DE FRANCE .
ceux que l'amour ou les convenances unif
foient. Toutes les femmes en porterent des
plaintes fi vives à la Reine , qu'elle nous
banuit pour toujours de fon Empire . On
nous mit dans un Vaifleau avec notre Eunuque
Gouloucou , & on nous conduifit aux
environs de Conftantinople, où on nous laiſſa.
Nous vîmes fur le rivage un Vieillard
dans une occupation qui nous parut finguliére.
Il s'amufoit à noyer dans la Mer de
petits cochous noirs , & leur parloit comme
s'ils euffent pu l'entendre. Votre race
funefte ( leur diſoit -il ) a caufé le malheur
de celui à qui j'ai donné le bracelet fait à
Medine ; vous périrez tous. Nous nous approchâmes
de lui par curiofité & nous reconnûmesle
même Derviche qui nous avoit
reçû chés lui lorfque nous nous étions échappées
des mains des Marchands qui nous conduifoient
au Serail.
Dès que le vieux Derviche nous reconnut ,
il abandonna fon occupation & vint à nous
avec des tranfports de joye infinis. Nous lui
demandâmes ce que fignifioit ce que nous
venions de voir & d'entendre ; fans vouloir
nous en inftruire , il nous donna retraite
dans une caverne qu'il habitoit , & nous fit
préfent du dernier petit animal qui reftoit
en vie , en nous difant que le Bala de la
Mer en donneroit tout ce que nous vou-
I
DECEMBRE. 1745
drions. Je mis le préfent qu'il nous faifoit ,
comme une chofe précieufe , dans mon fac
à ouvrage d'où j'ôtai ma grande navette .
Ce matin nous l'avons voulu préfenter au
Baffa qui s'eft mocqué de nous ; nous avons
réfolu de nous venger du Derviche qui nous
avoit attrappées ; en rentrant nous l'avons
trouvé endormi , nous lui avons entierement
coupé la barbe ; il n'ofera plus fe montrer.
C'eft ce qui nous réjouiffoit fi fort quand
on a abbatu le mur de la caverne ou nous
étions avec lui.
Pour celui-là ( dit Azemi ) vous aviez
raifon hier de dire que vous aviez la tête
légere . Vous vous fâchez , vous pleurez
vous riez felon qu'il vous en vient la fantaifie.
Cela fait une variété charmante , mais
quand vous finites hier par vous évanouir ,
la chofe étoit bien plus jolie , j'efpérois qu'au
jourd'hui vous en feriez autant , cela m'auroit
fait plaifir, Et par quelle raifon , dit
Tézile ? Oh ! dit le Page , une femme qui
pleure ou qui s'évanouit eft adorable. Celui
qui fe trouve auprès d'elle dans ce moment
a le bonheur de la confoler ou de
la fecourir , au lieu qu'une femme contente
qui rit & qui s'amufe n'a befoin de rien ;
tout le monde lui devient inutile. Vous pou
6 MERCURE DE FRANCE
fiez ajoûter , dit Dely en foûriant , qu'un
évanouiffement épargne à un homme les
frais d'une déclaration ; fes foins peuvent
marquer fon amour fans qu'il l'exprime ;
je n'ofois , dit Azemi , porter le difcours
jufques-là , mais puifque vous avez devinê ,
il faut en tomber d'accord. Avouez auffi
que fi un évanouiffement épargne une déclaration
, il épargne en même-tems la peine
d'un refus ; voyez combien il accomode
tout le monde.
Vous me donnez prefque regres , reprit
la belle Circaftienne , de n'avoir pas en le
bonheur de me trouver mal ; vous êtes jeune
& aimable , ajouta-t-elle en donnant fa main
à Azemi , je crois qu'il y auroit plaifir à
vous avoir obligation . Eh bien ( dit le Page )
reffouvenons nous de la mort de votre
amant. Lorfque Thélamir eut mal remis
la tête du Prince , qu'il pâlit , & que vous
vous apperçûtes que fon lang couloit encore.....
Ah ! n'achevez pas, dit Dely , mon parti
eft pris aujourd'hui ;je ne veux plus me chagriner
; il y a tant d'autres moyens pour plaire
que vous en trouverez fi vous voulez . Comment
ferois -je , répondit Azemi ? vous avez
juré de rendre tous les amans malheureux ;
oui ceux des autres , dit Tezile ; à l'égard
des nôtres cela pourroit être different. Tous
DECEMBRE . 1745 .
mes voeux feroient comblés , reprit Azemi ,
fi je pouvois vous plaire ; les moyens les plus
furs pour y réuffir feront ceux que vous me
dicterez , enfeignez- moi comment il faut fe
conduire. Mais , dit Dely , il faut avoir de
la douceur , de la difcrétion , rendre toutes
fortes de petits fervices à l'objet qu'on
aime. Oh ! dit Tézile , nous en avons appris
de bien plus charmans parmi nos compagnes
dans l'Ifle de Marbre Noir. Eh ! quels
font- ils ? dit le Page avec vivacité. C'eſt de
faire des préfens , reprit Tézile ; il n'y a
riem qui touche plus que cela. Vous m'y
faites fonger ( reprit Azemi qui avoit encore
d'autres deffeins que celui de plaire aux
deux jeunes Circaffiennes ) recevez , belle
Dely , cette montre que je vous avois def
tinée . ( En difant cela il lui préfenta la mone
tre d'or & Dely la prit en l'admirant ) &
puifque vous aimez que l'on vous rende
des fervices permettez-moi d'achever votre
coëffure ; j'y confens , dit la jeune Circal
fiene , nous verrons un peu votre adreſſe .
Azemi fe mit à genoux auprès d'elle ;
il étoit enchanté de tenir fes cheveux plus
noirs que du jais , qui defcendoient jufqu'à
la ceinture de la jeune Dely ; il laiffoit à tout
moment échapper quelque fleurs qui tomboient
dans le fein de la belle Circaffienne
d'où la main du Page alloit les retirer. La
$ 2 MERCURE DE FRANCE.
jeune perfonne rioit de ce badinage & ne
puniffoit pas Azemi bien féverement .
La préience de Tézile gênoit un peu
l'amoureux Azemi. En vérité , lui dit-il , vous
n'avez pas cueilli les plus belles fleurs de
ces jardins. Si vous vouliez en aller choifir
d'autres dans le parterre , vous avez parlé
de préfens , je vous donnerois une montre
d'argent , voyez- la ; je vous prie de la recevoir
de moi. Tézile déja jaloufe de ce
qu'Azemi avoit plus d'attention pour fa foeur
que pour elle le mit à rire du préfent . Voilà ,
dit elle , une galanterie bien digne d'un Page.
A-t-on jamais parlé de montres d'argent
à des femmes telles que nous ? L'or &
les diamans les plus beaux font feuls dignes
de nous appartenir. Vous êtes bien
difficile , dit Azemi , mais je parie que l'une
de vous deux a un cachet d'argent qui
conviendroit parfaitement au préfent que
je vous fais. C'eſt la vérité , dit Dely ; ma
foeur , mettez votre cachet monté d'argent
à cette montre , j'en ai un d'or comme vous
fçavez , je vais le mettre à celle que je tiens .
Dans ce moment les deux Circaffiennes
attacherent en effet les deux pierres conftellées
qu'elles avoient prifes dans le Caravanferail
à Izif & à Izouf , qui les avoit
fait monter en cachet ; auffi -tôt les deux
montres s'échapperent des mains de Tézile
DECEMBRE 1745. 93
& de fa foeur , & Aurore & Argentine parurent
en leur place avec chacune leur Talifman
de beauté à leur doigt.
Les deux filles de Siroco furent ' d'abord
furpriſes elles -mêmes du changement qu'elles
éprouvoient ; elles n'étoient plus accoûtumées
à voir la lumiére du Soleil ; le jour
fembloit les éblouir ; les fleurs , les eaux &
la yerdure paroiffoient renaître pour elles.
Lorfqu'elles eurent reconnu les anneaux
qu'elles avoient à leurs mains elles furent
affurées que leur enchantement étoit fini
pour toujours ; la joye éclata fur leur vifage.
Elles s'embrafferent en fe félicitant mutuellement
de leur bonheur.
Les deux jeunes Circaffiennes furent faifies
d'étonnement en voyant naître devant
elles deux perfonnes charmantes qui leur
étoient inconnues ; mais quand elles s'apperçurent
que c'étoit l'effet des Talifmans
qu'elles avoient eu en leur poffeffion & dont
elles fe voyoient privées , elles ne purent
s'empêcher de verfer des larmes . Azemi ,
qui s'étoit levé par refpect en voyant les
deux filles du Gouverneur d'Alexandrie
approcha de Dély d'un air timide pour ef
fayer de calmer fa douleur , mais elle ne
voulut plus l'entendre , & le repouffa avec -
la main en détournant les yeux de deffus lui,
Aurore & Argentine les confolerent de la
94 MERCURE DE FRANCË.
to
maniere la plus tendre. Ceffez de vous af
Aliger , leur dirent elles ; le tréfor que vous
avez perdu ne vous étoit pas fi néceffaire
qu'à nous ; la deftinée de votre beauté n'y
étoit point attachée ; il vous refte des charmes
affés puiffans pour engager tous ceux
dont vous voudrez triompher , & mon Pere
qui nous aime tendrement , reconnoîtra co
que nous vous devons en vous faifant la fortune
la plus brillante,
Azemi ayant perdu l'efpérance de flêchir
en fa faveur les deux Circaffiennes , courut
au Palais pour informer le Baffa & le
Gouverneur d'Alexandrie de ce qui venoit
d'arriver. Ils vinrent auffi -tôt avec Néangir;
& Ibrahim qui ne cherchoit plus le grain
de Corail. Ils confirmerent aux deux jeunes
Circaffiennes les promeffes qu'Aurore
& Argentine leur avoient faites ; ces deux
aimables filles les remercierent de leurs bontés
& femblerent reprendre leur tranquillité,
Le bruit du deſenchantement de la charmante
Aurore & de la belle Argentine s'étant
répandu dans le Haram , Žambac fortit
dans les jardins accompagnée de Zélide
& de Sumi . Tout le monde fe trouvoit
réuni à l'exception du malheureux Haffan
qui pleuroit alors fur fa main d'ébene . Au
milieu de la joye où on fe livroit , & des
tendres careffes que chacun faifoit aux deux
DECEMBRE. 1745. 95
charmantes filles de Siroco , Zélide ne put
cacher le regret qu'elle avoit de ne point
voir fon amant dans cette aflemblée. Mes
cheres foeurs , difoit- elle à Aurore & à Argentine
, je n'ai point été privée comme
vous de mon Talifman ; mon malheur n'a
pas été auffi grand que le votre , mais il
dure plus long-tems , & je fuis encore incertaine
quand il finira.
La jeune Zélide avoit à peine achevé
ces paroles que l'on vit paroître les efclaves
à qui le Baffa avoit ordonné de garder
l'entrée de la caverne du Derviche , &
de la murer dès que quelqu'un y feroit entré
; au milieu d'eux étoit Haflan que l'on
vit de loia battre des mains , & témoigner
la joye la plus vive. Il vint en courant
faire voir que fon fupplice étoit fini & que
fa main étoit redevenue comme elle étoit
avant qu'il eut paitri la galette de l'esclave
Chrétienne, J'étois ( dit - il ) occupé à pleurer
comme à mon ordinaire , lorfque j'ai
fenti que les larmes fe refufoient à mes yeux ,
au contraire la joye fe répandoit dans mon
coeur, alors j'ai éprouvé dans la main droite
un frémiffement inconnu , j'ai levé les yeux
pour la confidérer , j'ai vu qu'elle perdoit fa
noirceur , enfin elle a repris entierement fon
mouvement & fa couleur naturelle. Mais
( ajouta-t-il en s'adreffant à Zélide ) ce n'eft
·
96
MERCURE
DE
FRANCE
.
pas ma guérifon qui me flate le plus , ce
qui met le comble à ma félicité , c'eft que
rien ne peut déſormais retarder le bonheur
que j'aurai d'être à vous & de vous donner
pour jamais cette main qui vous est
deftinée .
Le Baffa envoya dans cemoment Azémi
chés le Cady pour l'inviter à venir prendre
part à fa joye , & célébrer les mariages
de fes trois fils avec leurs charmantes
maîtreffes. Je ne croirai point ( dit- il )` nos
malheurs finis que ces tendres amans ne
oient unis pour toujours ,
Au milieu des plaifirs qui commençoient
cette heureuſe journée , on étoit curieux de
fçavoir comment la main d'Haffan avoit été
guérie . On ne doutoit point que le petit
cochon noir ne fut noyé , mais on ignoroit
à qui on avoit cette obligation . Les efclaves
qui accompagnoient Haffan dirent qu'ils
venoient exprés pour annoncer au Baſſa
que le matin ils avoient vu trois hommes
qui couroient après un autre & qui le bat
toient avec violence , que celui qu'ils pourfuivoient
s'étant fauvé dans la caverne , les
trois hommes y étoient entrés après lui , &
qu'alors ils avoient exécuté les ordres qu'ils
avoient reçûs, & bouché l'ouverture du foûterrain
.
Au même inſtant on entendit de grands
cris
DECEMBRE 1745. 97
cris fur la terraffe où toute la compagnie
s'étoit repofée la veille & l'on vit venir en
courant un homme que les deux Circalfiennes
reconnurent pour le vieux Derviche
, quoiqu'il cachât avec ſes mains fa
barbe coupée. On apperçut en même tems
que c'étoit les trois Juifs qui n'avoient plus
leurs bequilles , qui le pourfuivoient auffi
vivement que s'ils n'avoient jamais eu la cuifle
bleffée . Quand le Vieillard vit tant de perfonnes
affemblées , il voulut fuir d'un autre
côté , mais les Efclaves du Baffa l'arrêterent,
auffi- bien que les trois Jumeaux .
Lorfque le Derviche fut au milieu de la
compagnie , l'étonnement du Baffa fut extrême
de reconnoître celui qui avoit autrefois
donné à les trois fils le Tefbuch , la
plaque de cuivre & le braffelet : il ne put
s'empêcher d'aller à lui & de l'embi affer.
Ne craignez rien , mon pere ( lui dit -il )
Vous êtes dans la maifon d'un fidele Mufulman
qui vous revere ; celui qui voudroit vous
faire outrage périroit dans le moment , mais
inftruifez moi , je vous prie , qui vous a fait
l'injure de vous ôter le figne vénérable de
votre profeffion , j'en ferai un exemple terrible
?
Les deux jeunes Circaffiennes ne purent
fe tenir de rire à ces paroles, Seigneur , dit
l'une d'elles , c'eft notre ouvrage , mais il
1. Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
que
l'on
l'a bien mérité . Alors elles raconterent que
le Derviche étoit celui qui étoit amoureux
d'el es, & ce qu'elles avoient rapporté à Azemi
. Hélas , ( dic le Derviche , qui avoit les
yeux baiffés pendant leur recit ) devois -je
attendre autre chofe de deux jeunes in prudentes
à qui mon coeur s'étoit malheureufement
livré. Les hommes les plus fages
ont un moment de foibleffe qui les féduit ,
& font d'autant plus à plaindre que ce ne
font point ordinairement des femmes raifonnables
qui triomphent de leur vertu . Leur
fageffe fert à foutenir la nôtre ; il n'y a que
la légereté & la folie qui foient l'écueil de la
raifon . Un bonheur cependant eft
guérit plus aifément d'une paffion qui ne doit
fa naiffance qu'à l'imprudence & au caprice
que de celles qui auroient un autre foutien.
Mes yeux fe font ouverts ; j'ai vu le tort
que j'ai eu lorfque j'ai laiffe fui prendre mon
coeur aux attraits de ces deux jeunes perfonnes
; je fuis entierement forti de mon aveuglement.
Pour vous inftruite à préfent ,
Meffeigneurs , de la peine que j'en ai foufferte
, je vous dirai qu'hier quand j'enten
dis que l'on abbatoit le mur qui formoit le
fond de la caverne qui me fervoit de demeure
, je fus honteux de paroître dans l'état
où je fuis , & je me fauvai avec le fac
ac taffetas couleur de rofe . J'étois cette nuit
DECEMBRE. 1745
SHOTHEQUE
1900 N
dans la campagne ; ces trois homme que
vous voyez font venus fe repofer aupres
moi ; ils m'ont dit qu'ils venoient d'échapper
d'un grand danger & qu'en bleffant
Fun d'eux , on les avoit bleflés tous trois .
Je ne pouvois ajouter foi à leur diſcours.
J'ai cueilli des fimples que je connois parfaitement
, j'en ai appliqué fur la bleſſure
de l'un d'eux , & les deux autres quelques
heures après ont été guéris auffi - bien que
lui quoique je n'euffe rien mis fur leur playe.
Nous avons paffé tranquillement la nuit enfemble
, mais à la pointe du jour l'un d'entr'eux
ma confidéré avec attention . Ah ! at-
il dit à fes compagnons , c'eft celui qui
accompagnoit les Danfeufes qui nous ont
dépouillés de tout dans le Caravanserail.
Ce difcours m'a frappé. Je les ai enviſagés
à mon tour & j'ai reconnu les deux hommes
à qui les jeunes Circaffiennes que vous
voyez & que j'accompagnois alors , avoient
pris les Talifmans des filles de Siroco &
toutes les marchandifes qu'ils poffédoient.
La peur m'a faifi ; j'aurois mieux aimé dans
ce moment avoir de bonnes jambes qu'ún
bel habit. * Ils fe font levés pleins de fureur
, & fe font jettés fur moi . J'ai voulu
* L'Hiſtorien Turc a voulu imiter ce bel endroit
d'Homere où Telemaque , en montrant à Minery
qui eft fous la figure d'un Etranger , les Amans dee
DELA VILLE
Eij
100 MERCURE DE FRANCE.
fuir & éviter leur colere ; j'ai couru chercher
un azile dans mon foûterrain , ils m'ont
fuivi jufques fur la terraffe de vos jardins , ils
fe font faifis du fac ou étoit le petit cochon
noir & l'ont jetté dans la Mer ; c'eſt ce
que j'aurois fait moi - même depuis longtems
, files deux ingrates que j'aimois n'euf,
fent pas troublé ma raifon.Je fçais, Seigneur,
( ajouta le Derviche en s'adreffant au Baſſa )
que le bonheur d'un de vos fils dépendoit
de cet évenement ; ce font ces trois Juifs qui
l'ont délivré de la peine qu'il a foufferte ,
bien loin de les punir vous devez leur accorder
de grandes récompenfes . Tout ce
que je défire c'eft que notre grand Prophete
les en rende dignes en les attirant à la Religion
des fidéles Mufulmans.
Pendant que le Derviche parloit de la
forte Izif & Izouf regardoient les deux
jeunes Circaffiennes , & la beauté de ces
deux aimables perfonnes faifoit fur eux l'effet
qu'elle produifoit à l'égard de tout le monde
, c'eft a dire qu'elle captivoit entierement
leur coeur. Ils avoient déja vu ces deux belles
filles dans le Caravanferail où elles
Penelope qui fe rejouiffent dans fa maiſon , lui dit.
Si Uliffe revenait , tous aimeroient bien mieux avoir
debonnesjambes , que d'êtreplus parés d'or & de beaus
habits.
Πάντες κ ' α γραίατ ' ελαφρότεροι πόδας εἶναι
Η αφιούτερ ! χρυσοῖοτε ἐπιτές τε , Odifie , L. Ι.
DECEMBRE. 1745 101
étoient avec le Derviehe & ils n'avoient
pu les voir fans les aimer ; ce moment acheva
de triompher de leur liberté.
Siroco affûra les trois Juifs qu'il cublioit
le larcia qu'ils avoient fait à fes deux filles ,
& le Baffa leur demanda quelle récompenfe.
ils vouloient du ſervice qu'ils venoient de lui
rendre en noyant le petit cochon noir. Sei .
gneur ( dit Izouf ) les plus grands tréfors
ne nous toucheroient point fans la poffeffion
d'une perfonge aimable qui put les partager
avec nous. Accordez à Izif mon frere
& à moi ces deux belles perfonnes ( if
montra les deux Circaffiennes en difant ces
mots ) la charmante Sumi fera le partage
de notre frere Izaf , vous comblerez tous
nos defirs , mais fans cela nous ne pouvons
être parfaitement heureux.
Zambac demanda aux deux Circaffiennes
fi elles y vouloient confentir. Après tous
nos malheurs ( dit Tézile ) il ne nous eft
pas permis de choifir notre deftinée . Nous
fuivrons vos volontés & celles de l'illuftre
Baffa votre Epoux , mais à condition que
ceux que vous nous deſtinez embraſſeront
la foi du Prophete.
Le Baffa & Siroco qui defiroient ardemment
de donner à Mahomet trois profélites
auffi illuftres que les trois fils du célébre
Nathan-Ben- Sadi ; les en prefferent avec
E ij
02 MERCURE DE FRANCE.
inftance . Le Bafla voyant qu'ils héfitoient
envoya fecretement chercher le flacon d'Elixir
d'Amour Parfait , & en fit verfer à Izouf
par Tézile fans qu'il fçut de quelle liqueur
on l'invitoit à boire. Dès qu'il en eut gouté
il fe jetta aux genoux de la belle Circaffienne
& promit de faire tout ce qu'elle
exigeroit de lui.
Izif & Izaf n'eurent pas befoin de prendre
de l'Elixir pour éprouver les mêmes
tranfports que leur frere . La fympathie étoit
toujours la même entre les trois jumeaux
& dès que l'un fut foumis aux loix de Tézile
Izif tomba aux pieds de Dely & Izaf
à ceux de la belle Juive. Cette belle perfonne
ne pouvant avoir d'autres fentimens
que ceux de fon cher Izaf, embraffa auffi
la foi du Prophete .
Azemi yint dans ce moment annoncer
l'arrivée du Cady. Le jeune Page ne témoigna
pas un grand regret de voir que
les deux belles Circaffiennes alloient époufer
les deux Juifs. L'amour qu'il avoit pris
pour elles n'alloit pas jufqu'à leur facrifier
fa liberté. Il dit à Dely & à fa foeur quelques
mots à l'oreille fans que l'on pût l'entendre
, les deux jeunes foeurs lui répondirent
d'un figne de tête en fouriant .
Le Cady étant arrivé les trois Juifs en
fa préfence reçûrent le Turban des mains.
DECEMBRE 103 1745 .
du vieux Derviche qui fut confolé de la
perte de fa barbe par la joye qu'il reffentoit
de voir s'augmenter ainfi le nombre
des fidéles croyans.
Après la cérémonie le Cady fit celle de
fix mariages , & pour que l'union fut entiére
entre ces époux , on préfenta de l'elixir
d'amour parfait à Dely & à fa four ; elles
étoient les feules qui n'en euffent point pris ;
elles burent tout ce qui reftoit dans le flacon
, & n'en laifferent pas une goute pour
toutes les Danfeufes qui font venues après
elles.
NOUVELLES LITTERAIRES ,
des Beaux Arts & c .
L
A PRATIQUE UNIVERSELLE pour la renovation
des Terriers & des Droits Seigneuriaux
, contenant les queftións les plus
importantes fur cette matiere , & leurs décifions
, tant pour les Pays coutumiers que
ceux régis par le Droit écrit ; ouvrage utile
à tous les Seigneurs , tant Laics qu'Ecléfiaftiques
, à leurs Intendans , gens d'affaires
, Receveurs , Fermiers & Régiffeurs ,
E iiij
104 MERCURE DE FRANCE.
de même qu'aux Notaires & Commiffaires
à Terriers & autres Officiers , dédié à M.
le Prince Conftantin de Rohan , par Edme
de la Poix de Freminville , Bailly des Ville
& Marquifat de la Paliffe , Commiffaire
aux droits Seigneuriaux , fe vend à Paris
chés Morel l'ainé Grand'Sale du Palais , &
chés Giffey rue de la Veille Bouclerie à
l'Arbre de Jeffé ,
Ce Livre contient un grand nombre de
queftions fur la maniere de renouveller tous
les Titres des Droits Seigneuriaux , & on n'a
pas vu d'Auteur plus plein de fa matiere
que celui- ci . Il eft vrai que ce n'eft que
par l'effai & une longue fuite de pratique
qu'il eft parvenu à mettre au jour les queftions
épineufes qu'il a rencontrées lui -même
dans ces fortes d'ouvrages ; il en a traité de
très fingulieres , & qui n'ont peut- être pas
été agitées au Bareau , telles que de fçavoir
fi un Cenfitaire dans une coutume qui admet
la preſcription peut l'oppofer à fon
Seigneur lui feul , fans juftifier qu'il eſt entré
en foi envers le Roi ou fon Seigneur Suzerain
; enfin on peut dire à l'avantage de
cet Auteur qu'il régne dans tout cet ouvrage
une droiture & une équité qui fe
foutiennent avec une même égalité depuis le
commencement jufqu'à la fin , & des régles
les plus conformes à la Juftice la plus
DECEMBRE 1745. 105
épurée. Le public lui eft redevable d'avoir
donné un ouvrage qui n'eft pas feulement
néceffaire à tous les Seigneurs , à leurs Fermiers
& Regiffeurs , mais encore à tous
les Vaffaux & Cenfitaires du Royaume , &
d'autant plus utile pour chacun d'eux , qu'aucun
Auteur n'a jufqu'ici traité cet objet .
CHYMIE Hydraulique pour extraire les
fels effentiels des vegétaux, animaux & mineraux
avec l'eau pure , par M. L. C. D.
L. G. A Paris chés Coignard M. D. CCXLV,
in 12. pag. 390. 1745 .
PELERINAGE du Calvaire fur le Mont-
Valerien Par M. l'Abbé de Pont- Briant , à
Paris chés Huart rue S. Jacques à la Juftice
, 1745 , in 12 .
CHARLES- ANTOINE Jombert Libraire du
Roi pour l'Artillerie & le Génie , qui demeure
préfentement fur le Quai des . Auguftins
au coin de la rue Git-le- Coeur à l'Image
Notre- Dame à Paris , vient d'achever
l'impreffion de plufieurs Livres nouveaux
fur l'Art Militaire & les Mathématiques ,
dont on verra les Titres ci-après , ainfi
que ceux de quelques Livres imprimés depuis
peu en Hollande & .dans les Pays Etrangers
, fur les memes Matieres , dont il a ac-
L V
106 MERCUR DE FRANCE
quis un nombre d'exemplaires , afin qu'on
puiffe trouver chés lui un affortiment complet
des meilleurs ouvrages qui ont paru en
ce genre.
Mémoires d'Artillerie par M. Surirey de
S. Remy. Nouvelle édition , confidérablement
augmentée , & ornée de vignettes &
de Fleurons en trois volumes in 4° . avec plus
de 200 planches . On trouvera dans cette
édition , non feulement ce qui fe pratiquoit
anciennement dans l'Artillerie , mais encore
tous les changemens qui y font arrivés depuis
M.de S.Remy, ainfi que plufieurs découvertes
fur la poudre ,fur l'effet des mines,fur les contremines
&c.enforte que le tout forme à préfent
un Traité complet fur l'Artillerie . On
y a ajouté un Recueil de toutes les Ordondonnances
qui concernent le fervice de l'Artillerie
, entr'autres celle de 1732 qui régle
les dimenfions des canons & mortiers des
differens calibres , avec les planches qui y
font relatives : le prix eft de 45 liv.
Elémens géneraux des parties de Mathématiques
néceffaires à l'Artillerie & au Génie,
contenant les Elémens de l'Arithmétique ,
de l'Aigbre & de l'Analyfe : les raiſons ,
proportions & progreffions Arithmétiques &
Céometriques les Logarithmes , les EleDECEMBRE
1745 . 107
mens de la Géometrie , de la Trigonometrie
, du Nivellement , de la Planimétrie ,
de la Stéréométrie , des Sections coniques :
le toifé de la Maçonnerie , & le Toifé des
Bois les Elemens de l'Arithmétique des
infinis , la Méchanique génerale , la Statique
, l'Hydroftatique , l'Airométrie & l'Hydraulique
, avec un Traité de perfpective,
Par M. l'Abbé Deidier , Profeffeur Royal
des Mathématiques aux Ecoles d'Artillerie
de la Fere, en 2 vol. in-4 , avec 62 Planches
qui fortent hors du Livre , prix 24 liv.
Traité de Perspective Théorique & pratique
, tirées du Cours de Mathématique
de M. l'Abbé Deidier ; vol . in 4. avec 15
Planches ; prix broché 3 liv. 10 f
Le Parfait Ingénieur François , ou la Fortification
fuivant les fyftêmes de M. le Maréchal
de Vauban , & des autres Auteurs
qui ont écrit fur cette fcience ; avec l'attaque
& la défenſe des Places fuivant le même
Auteur , par M. l'Abbé Deidier , Profeffeur
, &c. Nouvelle édition , augmentée
du Plan & de la defcription de la Ville de
Luxembourg , de la relation & des Plans du
fiége de Lille , & du fiege de Namur , in 4.
enrichi de so 50 Planches ; prix 15 liv.
E vj
To8 MERCURE DE FRANCE .
Nouveaux Elemens de Fortification , contenant
ce qu'il y a de plus effentiel à obſerver
dans une Place forte , pour initier avec
facilité les jeunes Militaires dans l'étude de
cette fcience. Par M. le Blond , Profeffeur
de Mathématique des Pages du Roi.
Nouvelle édition augmentée , in 12. avec .
17 Planches ; prix ; liv.
ge
Elemens de la Guerre des Siéges , à l'ufades
jeunes Militaires , où il eft traité , 1º.
de l'Artillerie , ou des armes & machines en
ufage à la guerre depuis l'invention de la
poudre. 2º . De l'attaque des places , où
l'on trouve tout ce qui concerne les trayaux
& les opérations d'un fiége. 3 °º, De la
défenfe des Places , avec un mémoire contenant
plufieurs obfervations fur la vifite des
Places , & un Dictionnaire des termes les
plus en ufage & néceffaires pour l'intelligence
de la guerre des fiéges ; par M. le
Blond Profeffeur , & c . en trois vol , in 8. avec
22 Planches ; prix 15 prix 15 liv.
Traité de Géometrie Théorique & pratique ,
à l'ufage des gens d'Art , par Sébastien le
Clerc Profeffeur de Géométrie & de Perfpective
dans l'Académie Royale de Peinture
; nouvelle édition , extrêmement bien
exécutée, & enrichie de 45 Planches ornées
1
DECEMBRE 1745. 10
de petits fujets grotelques propres à deffiner
à la plume , in 8. On trouvera dans cet ouge
le précis des Elemens d'Euclide , mis à la
portée des jeunes gens ; le toifé des fuperficies
& des folides ; la doctrine des triangles
par le calcul ; la maniere de lever les Plans ,
de dreffer les Cartes , & de faire les principales
opérations de la Géometrie fur le terrein
, avec la defcription & l'uſage des principaux
inftrumens qu'on y employe . L'Auteur
s'eft attaché furtout à rendre cet ouvrage
clair & facile en joignant la théorie à la
pratique. Il a travaillé principalement pour
inftruire les perfonnes dont la profeffion
exige quelque connoiffance de la Géométrie
, comme les Ingenieurs , les Peintres ,
les Architectes , les Arpenteurs , &c. Dans.
cette intention , il s'eft renfermé dans les
chofes d'ufage ou qui tendent à la pratique
& il les explique avec une netteté & une
brieveté admirables. On a ajouté à cette édition
un abregé de la vie de l'Auteur , & une
ample Table des matieres ; le prix est de 7
livres.
Les Regles du Deffein & du Lavis , pour
les Plans , profils & élevation des édifices
Militaires & Civils , & pour les Cartes des
environs d'une place. Par M. Buchotte , Ingénieur
du Roi ; nouvelle Edition , mife
to MERCURE DE FRANCE.
dans un meilleur ordre que la précédente &
augmentée du double , avec un nouveau
fupplément , in 8. enrichi de 24 Planches ;
prix 5 liv.
De la maniere de graver à l'eauforte &
au burin, & de la Gravûre en maniere noire ,
avec la façon de conftruire les Preffes modernes
, & d'imprimer en Taille - Douce ;
par Abraham Boffe , Graveur du Roi. Nou--
velle édition , revue , corrigée & augmentée
de plus de la moitié par un habile Artifte
, in 8. orné de vignettes & de 19 planches
; prix 6 liv.
Nouveau Tarifdu toifé de la Maçonnerie ,
tantfuperficiel que fotide , où l'on trouve les
calculs du Toifé tout fait fans mettre la main
à la plume , avec le toifé des bâtimens fuivant
les Us & Coutumes de Paris , & le toifé
du Bout- Avant. Ouvrage utile aux Architectes
, Ingénieurs , Arpenteurs , Entrepreneurs
, &c, & aux bourgeois qui font bâtir,
in 8. prix 7 liv.
Application de la Geometrie & des Calculs
differentiel & integral , à la résolution de plu
fieurs Problêmes Phyfico- Mathématiques , par
M. Robillard , fils du Profeffeur de, Mathématiques
de l'Ecole d'Artillerie de Metz ,
DECEMBRE 1745 . III
in 4. avec 30 Planches ; prix 8 liv.
més
Elemens de Phyfique Mathématique confirpar
des experiences , on introduction à
la Philofophie de Nevvton , à l'ufage des
Etudians , traduits du Latin de M. Gravefande
, Recteur & Profeffeur dans l'Univerfité
de Leyde , par M. Roland de Virlois , Profeffeur
de Mathématiques ; en deux vol . in 8.
enrichis de 50 Planches ; prix 12 liv.
Principes du Systême des petits Tourbillons ,
ou abregé de la Phyfique de feu M. l'Abbé
de Molieres , mife à la portée de tout le
monde , & appliquée aux phénoménes les
plus généraux , avec une Differtation pofthume
du même Auteur , in 12. de 426
pages ; prix 2 liv. 10f.
Ufages de l'Analife de Descartes , pour découvrir
fans le fecours du calcul differentiel
, les propriétés ou affections principales
des lignes géométriques de tous les ordres ,
par M. l'Abbé de Gua , in 12. prix 3 livres
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Livres nouveaux des Pays Etrangers qui fe
trouvent chés le même Libraire.
Traité de l'attaque de la défense des Pla
112 MERCURE DE FRANCE.
ces , avec un Traité pratique des Mines , par
M. le Maréchal de Vauban , & un Traité
de la guerre en géneral , nouvelle édition ,
beaucoup plus correcte & plus ample que la
précedente , enrichie de Notes inftructives
& d'une ample Table des matieres par ordre
Alphabetique , en deux volumes in 8.
enrichis de grand nombre de Planches. La
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Uelli ( Raim ) Biga Librorum rariorum
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Ejufd. Excerpta Genealogia Hiftoricæ
, in -fol. fig . Lipfia. 1725 .
Leutingeri ( Nic. ) Opera omnia hiftorica ,
4°. 2 vol. Francof. 1719."
Stabelij ( Georg. Frid. ) Chymia Dogmatico
-Hiftorica , Hala 1728.
Behrij ( Georg. Hen. ) Lexicon Phyfico-
Chymico - Medicum , 4 ° . Argentorati
1938.
14 MERCURE DE FRANCE .
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Zozimi Hiftoria , cum notis variorum , 80 .
Jena. 1728.
Eccard ( Job. ) de Templo Capadocia ,
40. Quellimbergi. 1721 .
Koch ( M. Joh. ) de bene ordinanda Bibliotheca
, 8°. Lipfiæ , 1719.
Hoffmanni ( Cafp . ) de acido Vitrioli vinofo
, 4°. Norimb. 1735.
Ejufd . Nova fcriptorum & monumentorum
varior, collectio, in 4. 2 vol . Lipfia ,
1731.
( Jo . Guil. ) de Adulteriis coercendis ,
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Wechneri ( Dan. ) Hellenolexias five parallelifmi
Græco Latini , in 8. Gotha.
Plateri ( Fel. ) Praxis Medica , in44..33 vol.
Bafilea , 1736.
Leufden ( Jo . ) Philologus Hebræus ,
Mixtus & Græcus in 4. 3 vol. Bafilea , 1739.
fig.
Wolfii ( Chrift. ) Ratio prælexionum in
Mathefis & Philof. in 8. Hala , 1718 .
Ejufd. de Differentia nexus rerum ,
&c. in 4 Hala , 1724 ..
Feithii ( Ever ) Antiquitates homerica ,
in 8. Argent. 1743.
Pexinfelder ( Mich . ) Apparatus eruditionis
per omnes Artes & Scientias , in 8. Cola.
nie , 1744.
Hoffmanni ( Frid . ) opufcula Phyfico Medica
in 8. 2. vol. Ulma , 1741.
DECEMBRE 1745. VIS
Furftenau ( Jo. Herm. ) de Morbis Jurifconfultorum
& de Praxi-Medica , in 8 Francof.
2722.
Heinnecii (Jo . Got. ) Elementa juris ſecund.
Pandectas , in 8. Argent. 1732 .
Limborg. ( Phil A. ) Collatio amica de
veritate Religionis Chriftianæ , in 8 Bafileæ ,
1740.
Schotti Gafp. ) Phyfica curiofa , five mirabilia
naturæ & artis , in 4. fig. Herbipoli ,
1697 .
Budæi ( Jo . Fr. ) Hiftoria Philoſophica
in 8. Hala , 173 1 .
2
Synopfis Medicina Sthalianæ in 8. Budinga
, 1724.
Buxtorfi ( Jo . ) Lexicon Hebraicum &
Chaldaicum , in 8. Bafilee , 1735.
Gentzckenii ( Frid . ) Hiftoria Philofophor.
& eorum hypothefium , &c. in 8.
Hamb. 1724.
Ottii ( Jo. Henr ) Annales Anabaptiftici
, in 4. Bafilea , 1672.
Bernoulli ( Jac. ) Ars conjectandi , in 4.
Bafilea , fig. 1713 .
Traité des Tribunaux de Judicature , par
Roques in 4. Bafle , 1740.
Stephani ( Rob. ) Thefaurus lingua Latina,
éditio auctior per aat Byrrium , in 4.
vol. fol. Bafilea , 1740.
Ottonis ( Ever. ) Papinianus , in 8. Brema
, 1743 .
116 MERCURE DE FRANCE
Drefferi ( Matt. ) Collectionnes Litterauræ
Græcæ , in 8.
De Typographis Polonis , eorumque
initiis & incrementis ; commentarius de Marechalis
& Canceliariis Poloniæ & Programma
Litterarium , &c , in 4. Dantiſci , 1740
& 1743 .
Schubert ( Jo. Ern. ) Inftitutiones Meta
phyficæ , in 8. Vitemb. 1744.
Heinecei (Jo. Gor. ) Philofophiæ Rationalis
& Moralis Elementa & Hiftoria Philofophica
, in 8. Amft. 1742.
Buecher ( Bened . ) Philofophia experi
mentalis , in 4 Salifb . 1743.
Wachner ( And. Georg . ) Antiquitat es
Hebræorum & Ifraëlitæ Gentis , in 8. 2 vol.
Gottinga , 1743 .
Lindelftolpe de Venenis in 8. Francof.
1739.
Heumannus ( Chriſt. Aug. ) Differtationes
Sacræ , in S. Gottinge , 1743 .
Ejufd . Confpectus Reipublicæ Litterariæ
. in 8. Hannovera , 1740.
Ejufd. Cenfura Concilii Niceni five
Caroli M. fcripta de imaginibus cum notis ,
in 8. Hannovera , 1731 .
Grævii ( Arn. )Memoria Jo . Epini , in 4.
Hamberg. 1736.
Ungeri ( Jo . God . ) Analecta antiquitatis
facræ in 8. Lipfia 1740.
DECEMBRE 1745. I 1
Tentamen Geographiæ generalis Mathemat.
phyficæ , Hiftorica & Politicæ , Religionum
& linguarum , in 8. Lipfia , 1735.
Haupti ( Chriſt. Frid. ) Inftitutiones Aftronomica
, in 8. Lemgovi , 1743 .
Hanthaller ( P. Chrift. ) de Nummis veterum
in 4. 3. vol . fig. Noremberga , 1735 4.3. .
à
1741.
Dalai ( Jo . G. ) Methaphyfices , in 4. 2 ,
vol. Jena , 1743.
Tralles ( Balt. Lud. ) de Vena jugulari ,
in 8. Lipfia , 1735 ,
Ejufd. Examen rigorous virium remediorum
, in 4. Lipfie , 1740 .
Bilfingeri ( G. B. ) Logica & de regulis
difcendi , in 8. Jena 1742 .
Ejufd. Phyfices Elementa & difquifitio
de Zampyris , in 8. fig. Lipfia , 1742.
Ejufd. de Origine & permiffione Ma
li , in 8. Tubinga , 1743 .
£743.
Ejufd. Varia , in 8. Stugardia fig.
Ejufd. de Deo , anima , mundo , &c.
in 8. Francof. 1743 .
Baumeiſteri ( Frid. Chriſt. ) inſtitutiones
Philofophiæ rationalis , in 8. Vitemb. 1742 ,
Schelhornii ( Jo . Geor. ) Amnitates Hiltoriæ
Ecclefiafticæ & Litterariæ , in 8. 2 vol.
in 4 Part. Francof. 1737.
4 Damafceni ( Nic, ) Fragmenta in inftit.
18 MERCURE DE FRANCE
Cæfaris - Augufti cum verfione Hug. Grotii
& Nic, Valefii.Græce & Latine , in 8. Hamb.
1737.
S. Hyppoliti opera , Gr. Lat . & Syr. ex
éditione Jo. Al . Fabricii .fol . Hamb. 1716.
Colomefii ( Paul. ) Gallia orientalis , in 4.
Hamb. 1709.
Supplementa in Voffium de Hiftoricis ,
Græcis & Latinis in 8. Hamb. 1709.
Grotius ( Hug. ) in Vitriario , feu inſtitutiones
juris Nat. & Gentium , 8. Norih 1726.
Eccard. ( Jo . Georg . ) de Origine fami-
Habsburgo - Auftriace, fol. Lipfia 1721.
Peterfi ( P. Car. ) Concilia Hungarica , fol.
2 vol. fig. Vienna , 1742 .
liæ
Arpy ( Pet. Fri. ) de Ortu , progreffu , &
Antiquitate artis Talifmanicæ in 8. Hamburg.
1717.
Fabricii ( Jo. Alb. ) de fcriptis clarorum
centuria , in 8. Hamburgi. 1709.
Ejufd. Lux Evangelica Gr. & Lat . in
4. Hamburgi, 1731 .
1729.
Ejufd. Votum Davidicum , in 4. Hamb.
Ejufd. Confpe&tus Thefauri Litterarii
Italici , in S. Hamburgi , 1730.
Ejufd. Bibliotheca Latina , in 8. 3 .
vol. Hamb. 731 .
Acoluthi ( And. ) Alcoranica five fpecimen
Alcorani Arab. Perf. Turc. & Latine , fol
Berolini , 1701 .
DECEMBRE 1745. 119
Collectanea Genealogiæ Hiftorica ex Archivio
Auftriæ , fol . fig. Vienne 1705 .
Folieta ( Ubert. ) de ufu lingua Latina
cum Notis Jo. Lau , Mosheim in 4. Hamburgi
, 1723.
Pezii ( Hieron . ) Scriptores rerum Aufftriacarum
, fol. 2 vol. Vienne , 1743-
Bashuifen ( Hen. Jac . ) Clavis Thalmudica
, Hebr. Latina , in 4. Hannovia , 1740
(Ga. ) De ufu Ph.lologiæ , in 4. Seveftr.
1726.
Edzardi ( Georg. Eliez. ) Tractatus Talmudici
& de Idolatria , Hebreo - Latine , in
4. Hamburgi , 1795 .
Sencherbergii ( Hen . Chrift. ) Selecta ju
ris Francofurtenfia , in 8. 6. vol. Francof
1734.
Sancti Philaftri de herefia , cum Notis
Jo. Al. Fabricii , in 8. Hamburgi , 1721 .
Leonardi ( Camil. ) Speculum lapidum &
de Magia Aftrologica , in 8. Hamburgi
1717.
Marini ( Nexap. ) Vita Procli , Græc. &
Lat. in 4. Hamb. 1700.
Werenfelli ( Sam ) de Logomachis eruditorum
, in 8. Francof. 1736.
Schelveth Burch. )
tiones
Medicæ
, in 4. Fulde , 1741.
Rapheli ( M. Geog. ) Annotationes Philologica
in novum Teftamentum ; accedit
120 MERCURE DE FRANCE .
etiam in vetus. Et de ftilo ejufd; conferendo
cum profanis , in 8. Hamburgi 1720.
Schoettgenii ( Chr. ) Hora Hebraice &
Talmudica in univerfum Teftamentum ,
cum variis Diflertationibus , ut & in Theologiam
Judeor. de Meffia accedunt Rabinica
Lectiones , in 8. 1 vol. Drefda , 1733
& 1742.
Lambecii ( Pet. ) Prodromus Hiftoriæ Litterariæ
, fol. Francof. 1710.
Goldafti ( Mich. Haïm. ) Scriptores rerum
Alamannicarum , fol. 3 vol. Francof.
1730,
Burgravius ( Jo. Phil. ) de Spiritibus Nerofis.
8. Francof. 1725 .
Kelfkerii ( Jo. ) Bibliotheca eruditiorum
in 8. Amburgi 1717.
Le fieur de Marne Architecte & Grayeur
Ordinaire de la Reine , donne avis
qu'il a fait plufieurs changements dans fon
Ouvrage de la Bible gravée en 525 planches
d'après Raphael & autres Grands- Maîtres
, l'Ancien & le Nouveau Teftament.
Chaque fujet eft expliqué par les paroles
même du Texte facré , en Latin & en
François , avec des Sommaires Hiftoriques
pour l'intelligence de cet Ouvrage , ce qui
la met à portée même de l'Etranger.
L'accueil favorable que le public y a fait
& les confeils des Connoiffeurs ont engagé
le fieur
DECEMBRE. 1745. 12
le fieur de Marne à diriger cette Bible , de
forte qu'elle ne contient plus que deux volumes
petits in - folio au lieu de trois qu'elle
contenoit ci - devant , ce qui en diminue
les frais à peu près d'un tiers , fans cependant
rien changer au nombre des 525 planches
qui font confervées dans toute leur beauté.
Le but de l'Auteur n'étant que de rendre
un Ouvrage de cette importance d'une
plus facile acquifition , il fournira à l'ordinaire
les mêmes planches fur telle grandeur
de papier que l'on fouhaitera pour
inférer dans differents Ouvrages tels que la
Bible de Sacy & l'Hiftoire du Peuple de
Dieu du R. P. Berurier.
A Paris chés l'Auteur rue du Foin en
entrant par la rue de la Harpe , quartier
de Sorbonne , 1745 .
Avis aux Amateurs de l'Architecture.
A l'exemple des Italiens , des François
& des Anglois qui ont publié avec beaucoup
de fuccès des Recueils intereffants contenant
les Plans & les Elévations de leurs plus
beaux édifices , M. de Thurah , Colonel
d'Infanterie & premier Architecte de Sa
Majefté le Roi de Dannemarc & de Norvege
, doit mettre inceffamment au jour un
ouvrage important , qui fera connoître le
1. Vol. F
122 MERCURE DE FR ANCE.
bon goût d'Architecture qui regne dans for
Pays.
On y trouvera les Plans , les Elévations
& les Coupes bien détaillés des . Palais &
Bâtimens Royaux & publics , ainfi que des
maifons des particuliers , fituées tant dans
la Ville Capitale que dans les Provinces
qui compofent les Etats de la Couronne de
Dannemarc , & l'on y verra avec plaifir
que la belle Architecture qui n'habitoit autrefois
que l'Italie , ne connoît plus préfentement
de bornes & s'eft étendue dans toute
l'Europe.
Ce grand Ouvrage fera intitulé le Vitruve
Danois . Les foins qu'on s'eft donné pour en
faire les deffeins dans la plus grande exactitude
, & pour les faire graver par d'habiles
Maîtres , ne peuvent manquer de prévenir
en fa faveur , & de fixer l'attention des
Connoiffeurs & des gens de l'Art.
Il fera divifé en deux Volumes , le premier
contiendra les Bâtimens de la Ville
de Coppenhague en centfix Planches , le fecond
ceux des environs de cette Capitale
& des Provinces en cent dix Planches . Cha,
que Pâtiment fera accompagné de ſa Def
cription imprimée en Langues Allemande &
Françoiſe.
Le prix des deux Volumes eft de vings
Ecus de Dannemarc évalués à la fomme de
DECEMBRE. 1745. 123
quatre-vingt feize livres argent de France ,
pour ceux feulement qui voudront s'en
affürer des Exemplaires. La moitié de cette
fomme fe payera d'avance & il en fera fourni
une reconnoiffance . On donnera vingt-quat re
livres en recevant le premier volume , &
les vingt-quatre livres reftans , lorfqu'on délivrera
le fecond. Les Exemplaires feront
fournis dans Paris francs de port , & exempts
de tous rifques , à ceux qui y auront foufcrit.
Ce fera chés Pierre- Jean Mariette ,
Libraire-Imprimeur ruë S. Jacques aux Colonnes
d'Hercule que fe délivreront les foulcriptions.
Comme l'on efpere donner le premier Volume
à la fin du mois de Mars de l'année
prochaine 1746 , le terme de la livraiſon
des foufcriptions avoit été limité en Dannemarc
, à la fin du mois de Septembre de
cette année , mais on a jugé à propos de
l'étendre en faveur des étrangers. Ainfi elles
refteront ouvertes dans Paris jufqu'à la fin
de la préfente année 1745. Le fecond Volume
paroîtra au plus tard dans le commencement
de 1747 , & il ne fera tiré d'exemplaires
de l'un & de l'autre qu'autant qu'il en
fera néceffaire pour les foufcripteurs.
On avertit le Public , qu'il y a plufieurs
fuites de Médailles de Bronze à vendre ,
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
.
"
gravées par le célebre Ferdinand de S. Ur
bain , Graveur des Médailles & Monnoyes
de Lorraine , & premier Architecte de
feu S. A. R. Leopold L. Les Ouvrages
qui font fortis de fon burin font univerfellement
admirés des Connoiffeurs & font
l'éloge de cet homme célebre qui étoit Académicien
honoraire de plufieurs Académies
de l'Europe . Les Curieux qui fouhaiteront
quelque fuite de ces Médailles
ou Médaillons détachés , pourront s'adreffer
à fon Gendre M. Vautriu Avocat à la
Cour Souveraine de Lorraine & de Bar ,
demeurant à l'Hôtel des Monnoyes à Nancy
; on aura la bonté d'affranchir les lettres
quand on lui écrira : voici la Lifte des
Médailles avec le dernier prix en argent
au cours de France .
19. La fuite métallique des Ducs &
Ducheffes de Lorraine , depuis Gerard d'Ąlface
jufqu'à Leopold I. Pere du Grand Duc
de Tofcane , en trente-fix Médailles ; on y
voit d'un côté le bufte du Duc , & de l'autre
celui de la Ducheffe avec leurs noms
& leurs qualités ; tous ces portraits font
reffemblans , & ont couté un tems infini
pour en faire la recherche , 200 liv.
2º. Le Grand Médaillon qui renferme
les armes des alliances de Lorraine. 15 liv.
3 °. Le Duc Leopold , le revers repréfentant
les grandschemins . 15. liv .
DECEMBRE. 1745. 125
4º . La Régence de S. A. R. Madame .
1 2 liv.
5º. Charles V. Duc de Lorraine. 12 liv .
6°. Le Comte Marfilly Fondateur de
l'Académie de Bologne. 15. liv.
7°. L'Abbé Bignon . 15 liv.
8°. Clément XI . Pape. 12 liv.
9°. Clement XII . 18 liv.
liv. 10°. Philippe V. Roi d'Efpagne.
11 ° . Le Docteur Freind Anglois. 15 liv.
12 °. Jean Guillaume Electeur Palatin,
9 liv .
13º. Le Cardinal Norris . 6 liv .
14º . Baglivus , Médecin de Rome . liv.
15 °. Le Docteur Malphigins de Bologhe.
6 liv.
16°. Le Docteur Sbaralia . 6 liv.
170. Le Duc de Modene , 24 liv.
18. La fuite des Medailles de la Régence
du Duc d'Orléans , 9 liv. la piéce.
190. Médailles de differens Papes , 6 liv .
piéce,
126 MERCURE DE FRANCE.
bóó óóóóðôôôô
SEANCE PUBLIQUE de l'Academie
des Belles Lettres.
L'Académie rentra fuivant la ' couture le
12 Novembre , recommença fes exercices
par une Séancepublique.
M Bonamy lut un mémoire fur les
derniéres années de la vie de Jacques
Coeur , ou Cuer , car c'eft ainfi qu'il fignoit,
Argentier du Roi Charles VII . Ĉet homme
célébre dans notre Hiftoire , & dont la mémoire
ne doit pas être indifferente à des
François méritoit d'être connu d'une maniere
particuliere. C'étoit un citoyen recommandable
par fon amour pour fon Roi &
pour fa patrie , & eftimable par les qualités
du coeur & les talens de l'efprit . Charles
VII. le trouva toujours prêt à le ſecourir
dans les befoins de l'Etat , & la France lui
fut redevable du bon ordre qui régna dans
les Finances , de la fuppreffion des abus qui
s'étoient introduits dans la fabrication des
Monnoyes , & du rétabliſſement du commerce
, totalement tombé dans le Royaume
pendant les guerres funeftes contre les Anglois.
Jacques Coeur feroit probablement
DECEMBRE 1745. 127
refté toute la vie Négociant , fi Charles VII .
qui reconnut pendant fon féjour à Bourges
les talens qu'il avoit pour le Gouvernement
ne l'eût engagé à les employer au bien de
fon Etat , & ne lui eût donné la direction de
fes Finances fous le titre de Confeiller &
Argentier du Roi , mais il lui accorda en
même-tems la permiffion de faire le commerce
qu'il continua par fes facteurs jufqu'à
fon emprisonnement .
Annobli dès l'an 1440 , il vivoit avec
une fplendeur conforme à la nobleffe dont il
étoit décoré , & aux richeffes immenfes qu'il
avoit amaffées par des voies licites , lorſqu'en
1451 une intrigue de Cour renverfa cette
fortune trop grande pour être durable , quoiqu'elle
fût légitime , le fit condamner à perdre
tous fes biens , & l'obligea de s'enfuir de
fa patrie pour aller mourir dans une terre
étrangère c'eft cette chute & les triſtes effets
dont elle fut fuivie que M. Bonamy
a entrepris de décrire dans fon mémoire ,
car quoique prefque tous nos Hiftoriens
ayent parlé de Jacques Coeur , on a cru
qu'ils n'avoient point fait ufage d'un grand
nombre de piéces concernant fon procès ;
c'eft de ces monumens authentiques & de
quelques autres Actes fignés de la main de
Jacques Coeur que l'Académicien s'eft ſervi
pour faire voir avec combien peu d'exactitu-
F
28 MERCURE DE FRANCE.
de nos Auteurs ont décrit les derniers évenemens
de fa vie.
9
Le mémoire de M. Bonamy contient
deux parties ; dans la premiere après avoir
parlé de l'origine du procès intenté à Jacques
Coeur , accufé fauffement d'avoir empoifoné
Agnés Sorelle morte en couche à
I'Abbaye de Jumiege le Fevrier 1450 , ou
1451 , felon notre maniere de compter , &
dont l'enfant vécut fix mois après ſa mere ,
l'Académicien eft entré dans le détail de toute
la procédure faire contre Jacques Coeur en
confequence des lettres de commiflion du
Roi adreflées à Antoine de Chabannes
Comte de Dammartin , à Guillaume Gouffier
Premier Chambellan de Charles VII ,
& à d'autres Commiffaires pour informer fur
de nouvelles accufations formées contre
Jacques Coeur. Cette procédure , comme
tout le monde fçait , fut terminée par un
jugement qui le condamna comme coupable
de déprédations des Finances , & du crime
de Leze-Majeflé , jugement que les Avocats
du Parlement de Paris , confultés par les
enfans de Jacque Coeur , regardérent comme
un jugement inique ; le Roi lui remit la
peine de mort , mais il fut condamné à
payer cent mille écus pour les fommés par
lui retenues , & trois cent mille écus en
amende profitable au Roi , amende exhor .
DECEMBRE. 1745 .
1745. 129.
bitante & qui donne en même tems une idée
des richeffes de Jacques Coeur, car ces quatre
cent mille écus feroient quatre millions deux
cent ving-huit mille cent foixante livres de
notre Monnoye d'aujourd'hui.
Les biens meubles & immeubles de cet
infortuné ayant eté confifqués par l'Arrêt de
fa condamnation , Antoine de Chabannes
fe fit adjuger à la chambre du Trefor pour
la fomme de vingt mille écus d'or la Seigneu
vie de S. Fargeau , & toutes les Terres du
Pays de Puyfaie que Jacques Coeur avoit
achetées du Marquis de Montferrat : Guillaume
Gouffier eut la Terre de Boiffy & la
moitié de celles de S. Aon & de Roanne
pour dix mille écus d'or.
Dans la feconde partie du mémoire M.
Bonamy s'eft attaché à faire voir que tous
nos Auteurs n'ont débité que des fables fur
ce que devint Jacques Coeur après ſa con.-
damnation & fur le lieu de fa retraite . On
fçait que les uns, comme Borel , Mrs. de Ste.
Marthe , Mezeray & le Commiffaire de la
Mare ont dit que pendant fon abfence fes
amis avoient ménagé fon accomodemment ,
que le Parlement l'avoit rétabli dans fa bonne
renommée , & avoit ordonné que fes
biens lui feroient rendus. D'autres, comme
Chaumeau dans fon Hiftoire de Berry , rapportent
qu'après avoir oui la lecture de fa
Fy
130 MERCURE DE FRANCE.
Sentence , il trouva moyen par l'intelligen-.
ce qu'il avoit avec fes gardes de fortir de prifon
& de fe retirer chés le Soudan d'Egypte
où il fut bien reçu . Le Commiffaire la Mare
le fait voyager en Turquie , d'où , dit - il ,
fi on en croit une tradition que l'on tient
pour conftante , il rapporta à fon retour
des poules de Turquie , qu'il fit élever dans
fon beau Château de Beaumont en Gatinois,
mais le plus grand nombre de nos Auteurs,
même les plus célébres, comme la Thaumaffiere
, Godefroi , le P. Daniel & d'autres fe
réuniffent à dire qu'ayant reçu de fes principaux
Facteurs foixante mille écus , il fe
retira dans l'Ifle de Chypre , où il fit encore
une nouvelle fortune , y contracta un ſecond
mariage avec une Dame nommée Théodora
dont il eut deux filles qu'il maria richement
; bâtit à Famagoufte un Hôpital
pour les Pelerins de la Palestine , & qu'enfin
il fut enterré dans l'Eglife des Carmes de
cette Ville qu'il avoit fondée magnifiquement.
M. Bonamy foutient que tout ce que ces
Auteurs ont avancé eft faux, & en particulier
la pretendue retraite de Jacques Coeur dans
l'ile de Chypre , & il en donne des preuves
fans replique d'après desLettres du RoiCharles
VII. du mois de Fevrier 1457 , par lefquelles
on voit , 1º , que Jacquesoeur étoit
DECEMBRE 1745. 131
mort fur la fin de l'année 1456 , ce qui eft
confirmé par l'Obituaire de l'Eglife de S.
Etienne de Bourges qui marque fon anniverfaire
au 25 Novembre , & par d'autres Lettres
de Charles VII . qui difent qu'il étoit
mort à la tête des troupes du Pape , en expofant
fa perfonne à l'encontre des infidéles. 20.
Que Jacques Coeur après la condamnation
qui lui fut prononcée au mois de Juin 1453 ,
avoit été transferé de Poitiers dans la Ville de
Beaucaire fur le Rhône , où il fut enfermé
dans le Convent des Cordeliers , & où il
étoit encore au commencement de l'année
1455 ; que ce fut de Beaucaire qu'un de fes
Facteurs nommé Jean de Village qui avoit
époufé fa niéce , l'enleva & lui facilita les
moyens de fe fauver à Rome , où il arriva
vers le mois de Mars 1455 , & où il paffa le
refte de cette année à regler fes affaires &
à entendre les comptes de fes Facteurs qui
lui étoient reftés fidéles. Comme Jacques
Coeur eft mort à la fin de l'année fuivante
1456 , onfent bien , fans en avertir, qu'il eft
impoffible qu'il ait paffé dans l'Ifle de Chypre
pour y contracter un mariage dont il
auroit eû deux enfans , & enfin qu'il y ait
fait cette fortune brillante dont parlent tous
nos Hiftoriens.
Mais fi Jacques Coeur n'eft pas mort dans
l'Ifle de Chypre , où s'e.t - il donc retiré après
F vj
132 MERCURE DE FRAN CE.
fon départ de Rome ? Les lettres de Charles
VII , & l'Obituaire de S. Etienne de
Bourges nous diſent bien qu'il eft mort en
expofant fa perfonne à la tête des troupes
de l'Eglife , mais elles ne nous apprennent
point le lieu de fa mort.
M. Bonamy n'a trouvé qu'un Auteur qui
ait pû lui donner quelque éclairciffement fur
ce ſujet : c'eft Jean d'Auton Hiſtorien de
Louis XII . qui avoit vécu avec les enfans de
Jacques Coeur : cet Auteur après avoir raconté
une expédition des François dans
Ifle de Metelin en 1501 , dit que leur flotte
aborda à l'Ile de Chio pour y defcendre
les malades dont quelques uns moururent ,
& furent enterrés dans l'Eglife des Cordeliers,
auquel lieu , ajoute- t - il , eft pareillement
enfepulture feu Jacques Cour , dedans le milieu
du choeur de ladite Eglife.
Ce témoignage de Jean d'Auton d'où
M. Bonamy conclut la mort de Jacques
Coeur dans l'Ile de Chio , paroît d'autant
mieux fondé qu'il s'accorde parfaitement
avec ce que difent les Lettres de Charles
VII. & l'Obituaire de S. Etienne de Bourges
, que Jacques Coeur eft mort à la tête
des troupes de l'Eglife , car il n'y a qu'à faire
voir qu'en 1456 le Pape Califte III.arma en
effet à Oftie contre les Turcs nouvellement
maîtres de Conftantinople une Flotte de
IEMBRE 1745. 133
feize Galeres qui vint aborder à l'Ifle de
Chio , & qui eft la feule fur laquelle Jacques
Coeur ait pu avoir quelque commandement
.
Michel Ducas Auteur
contemporain &
l'un des Hiftoriens de l'Hiftoire Byzantine,
qui a marqué exactement les expéditions de
cette flotte & les lieux où elle s'arrêta , ne
fait aucune mention de l'Ifle de Chypre ; il
dit expreffement qu'en partant d'Italie elle
vint en droiture à l'Ile de Rhodes , où
après avoir demeuré quelque tems , elle
aborda à l'Ifle de Chio où elle féjourna auffi
, & ce fut alors que Jacques Coeur étant
tombé malade dans cette Ifle , il y mourut
& fut enterré , fuivant le témoignage de
Jean d'Auton , au milieu du choeur de l'Eglife
des Cordeliers.
On ne fçait aucune particularité de fa
mort, Charles VII.dans fes Lettres du 5 Août
1457 , par lefquelles il rend aux enfans de
Jacques Coeur une partie des biens de leur
pere , nous apprend feulement que Jacques
Ceur à la fin de fes jours lui avoit recommandé
fes enfans , en le fuppliant humblement
qu'eû égard aux grands biens & honneurs
qu'il avoit ens en fon tems autour de lui , fon
plaifir fut de leur donner aucune chofe , afin
que ceux qui étoient féculiers puffent honnêtement
vivre fans néceffité.
Il en laiffa quatre, fçavoir Jean Archevê134
MERCURE DE FRANCE.
qeu de Bourges , Prélat refpectable par
fa piété , fa droiture & fa générofité
& dont la mémoire eft encore aujourd'hui
en vénération dans fon Diocéfe ;
Henri Doyen de l'Eglife de Limoges ; Renaud
& Geofroy. Če fut à ces deux derniers
que Charles VII . rendit une partie de
la fucceffion de leur pere , mais en exigeant
d'eux qu'ils ne répeteroient jamais rien des
autres biens dont ce Prince avoit difpofé.
Cependant Antoine de Chabannes que les
enfans de Jaques Coeur regarderent toujours
comme le principal auteur des malheurs de
leur pere étant tombé dans la difgrace de
Louis XI. Geofroy Coeur Me, d'Hôtel &
& Echanſon du Roi , crut devoir profiter de
cette circonftance pour rentrer à main armée
& en vertu des Lettres de Louis XI.
régiftrées en Parlement le 7 Septembre
1463 dans la Seigneurie de S. Fargeau & les
autres terres du Pays de Puyfaie confifquées
fur Jacques Coeur , mais il n'en fut pas fongtems
paisible poffeffeur , car Antoine de
Chabannes ayant fait fa paix avec le Roi ,
il rentra dans la poffeffion de ces mêmes
Terres pour lesquelles Geofroy Coeur lui
intenta au Parlement un procès en régle
qui refta indécis pendant trente ans , & dọnna
lieu à beaucoup de pourfuites. Pendant
tout ce tems , on ne voit pas que le Parle
ment ait fait aucun acte pour réhabiliter la
DECEMBRE . 1745. 135
.
par
mémoire de Jacques Coeur , mais l'ardeur
avec laquelle fes enfans oferent pourſuivre
durant tant d'années Antoine de Chabannes
, ce Seigneur fi puiffant auprès du Roi ,
revêtu des premieres charges de la Couronne
, confiderable par fes alliances & fes
richeſſes , témoigne qu'ils étoient bien perfuadés
de la juftice de leur caufe & des voeux
du public en leur faveur. Enfin Antoine de
Chabannes & Geofroy Ceeur étant morts ,
les difputes qui avoient duré fi long-tems
entre les deux familles , furent terminées en
1489 par une tranfaction à l'amiable par
laquelle Jean de Chabannes fils d'Antoine
donna aux enfans de Geofroy Coeur dix mille
écus d'or , qui vaudroient aujourd'hui
cent mille liv. de notre Monnoye, quelques
rentes & la Terre de Beaumont en Gatinois.
Il ne refta des enfans de Geofroy Coeur que
deux filles , dont l'une nommée Germaine
Coeur,porta dans la famille de Harlai la Terre
de Beaumont par fon mariage avec Louis
de Harlai , & c'eft de cette famille célébre par
les grands hommes qu'elle a produits dans
l'épée , dans les ambaffades & dans la Magiftrature
qu'elle a paffé dans l'illuftre Maiſon
de Montmorency par le mariage de Chrif
tian - Louis de Montmorency , aujourd'hui
Maréchal de France , avec Louife- Ma--
delaine de Harlai defcendue de Germaine
Coeur. On donnera lafuite dans le M.de Janv.
2
136 MERCURE DE FRANCE.
EXPLICATIO N des deux Enigmes
& du Logogryphe inferés au Mercure de
France du mois d'Août 1745 .
A l'Auteur de la premiere Enigme .
Sans avoir le regard auffi perçant qu'un Lynx ,
On devine aisément quel est le mot myftique
De ton oeuvre énigmatique.
Ne vas pas pour cela , comme autrefois le Sphinx,
Dans un accès frenetique ,
Servir de nourriture à la Gent aquatique ;
Mieux vaut refpirer l'Air qu'en tes Vers tu nous
peins.
Explication de la fecon le Enigne.
Pour découvrir le fens myfterieux
De telle Enigme , il ne faut que des Yeux.
Exlication du Logegryphe.
Un mot qui douze fois au jufte combiné ,
M'offre un âne , une vache , un havre , nacre ,
une ancre ,
An , re , cave , Caen , ah ! un char , enfin de
l'encre ,
Ne peut - être que Chanvre , ou j'ai mal deviné.
Par le Frere Picot Hermite à la Chapelle du
pont d'ijoudun en Berry.
DECEMBRE . 1745.
137
E mot de la premiere Enigme du Mercure de
eft Chaife , & celui de la troifiéme eft Bouteille.
ENIGME ET LOGOGRYPHES.
ENIGM E.
DEs trefors du Printems éclatant aſſemblage ,
Des Nymphes de nos bois je pare la beauté.
Des fujets de l'Amour je fuis auffi le gage ;
Tout dépend d'un bon choix pour être bien goûté.
Quelquefois d'Apollon l'amufant badinage
Décore mes appas de brillantes faveurs ;
A Nanette , à Suzon je vais offrir hommage :
Ah! combien j'en reçois d'enchanteufes douceurs!
Séjour délicieux où Nanette meplace ,
Que ne puis-je jouir de l'immortalité !
Mais ma félicité commence , coule & paffe
Dans le même moment avec rapidité.
De
Joigny.
138 MERCURE DE FRANCE.
LOGOGRYPHE.
Ouvrage du caprice , heteroclite enfant ,
Lamere à qui je dois la vie ,
Auxplus fevéres loix conftamment affervie ,
Me produifit en s'oubliant .
Sept membres compoſent mon être ;
Pour réuffir à me connoître ,
Combinez-les ; j'offre d'abord
Ce qu'Harpagon aime fi fort ,
Ce qui dans le fiécle où nous fommes
Fait le grand mérite des hommes
Ce que chaque mortel avec avidité
Souhaite de tranfmettre à la poftérité .
Un plat commun qu'on fert à table.
Une Déeffe inexorable ,
Dont perfonne ne peut éviter les rigueurs.
La gloire du Printems , la plus belle des Fleurs ,
Habitant de l'Ethiopie ,
Ville célébre en Italie ,
L'un des deux freres de Japhet ,
Ce dont aucun n'eft fatisfait ,
Epithéte peu défirée ,
L'orageux Elément où naquit Cythérée ,
Le nom d'un fage conducteur.
En voilà bien affés : devinez cher Lecteur.
DECEMBRE. 1745. 139
AUTRE
Dans lequel on nefait point entrer la voyelle A.
H Uit pieds foutiennent mon tour ,
Et renferment bien du myftére ;
On y peut du premier coup
Trouver un nom que l'on revere ,
Une Ville , un Element ,
Même un vice très indécent.
Si l'on combine , filletes ,
On y voit l'objet de vos voeux :
Puis ce qui fur vos toilettes
Fixe ſouvent vos tendres yeux ,
Ce que Jupiter pour celle
Dont je n'ofe exprimer le nom ,
Fit pleuvoir fur le donjon
Où l'on veilloit en fentinelle ,
Ce qu'on voit fur un guerrier ,
Et que couvre tout meurtrier.
Ce verbe cheri d'Ovide ,
Et dont pour le ſexe timide
Il fit un volume entier ;
Le moite Empire de Neptune :
* Danaé.
440 MERCURE DE FRANCE
Unbois d'efpéce commune ;
Enfin , ce qui pour le trouver
Près d'un jour me fit rêver.
Par Mlle.... à Nevers.
1 x XES EX
CHANSON.
J'En jure par ton thire , aimable Dieu des pôts ;
Je veux que fans pitié l'on me jette par terre ,
Et qu'à coups de flacons l'on me brife les os
Sijamais de ton jus je refufois un verre :
Les doux bruits des glous glous me fervent de
réveil ;
D'avaler à grands coups je fais toute ma gloire ,
Et je renoncerois pour jamais au fommeil ,
Se je pouvois paffer toutes les nuits à boir
NO
.
DELA
BIBLIC
DECEMBRE. 1745. 141
O
SPECTACLES.
N a donné à la Cour le Samedi 4
Decembre une feconde repréfentation
du Ballet intitulé le Temple de la
Gloire , & le Mardi fuivant l'Académie
Royale de Mufique l'a repréfenté à Paris
fur fon Théatre .
Après une victoire fignalée , après la prife
de fept Villes à la vue d'une armée ennemie
, & la paix offerte par le Vainqueur ,
le Spectacle le plus convenable qu'on put
donner au Souverain & à la Nation qui
ont fait ces grandes actions étoit le Temple
de la Gloire .
Le Théatre repréfente au premier Afte
la Caverne de l'Envie ; on voir à travers les
ouvertures de la Caverne le Temple de la
Gloire qui eft dans le fond , & les berceaux
des Mufes qui font fur les ailes. L'Envie &
fes fuivans occupent le Théatre.
L'ENVI E.
Profonds abimes du Tenare ,
Nuit affreufe , éternelle nuit ,
Dieux de l'oubli , Dieux du Tartare ,
142 MERCURE DE FRANCE.
Eclipfez le jour qui me luit.
Demons apportez-moi votre fecours barbare
Contre le Dieu qui me pourfuit.
Les Mufes & la Gloire ont élevé leur Temple
Dans ces paifibles lieux .
Qu'avec horreur je les contemple !
Que leur éclat bleſſe mes yeux !
Après un Choeur de la fuite de l'Envie ,
duquel la Mufique eft admirable , l'Envie
continuë.
Hâtez-vous ; vengez mon outrage ;
Des Mufes que je hais embrafez le bocage ;
Ecrafez fous ces fondemens
Et la Gloire & fon Temple & fes heureux enfans
Que je hais encor d'avantage :
Demons , ennemis des vivans,
Donnez ce ſpectacle à ma rage.
Lorfque les fuivans de l'Envie fe préparent
à exécuter fes ordres cruels , Apollon
paroît fuivi des Mufes , de demi- Dieux &
de Héros.
Arrêtez, monftres furieux ;
Fui mes traits , crain mes feux , implacable furie.
L'ENVI E.
Non ni les mortels , ni les Dieux
Ne pourront defarmer l'Envie ,
DECEMBRE . 1745. 143
APOLLO N.
Ofes-tu fuivre encor mes pas ?
Ofes-tu foûtenir l'éclat de ma lumiére !
L'ENVI E,
J'embraferai plus de climats
Que tu n'en vois dans ta carriere.
Apollon ordonne aux Mufes & aux demi-
Dieux de faifir l'Envie ; il eft obéi , &
continuë.
Le Ciel ne permes pas que ce monftre périffe ;
Il eft immortel comme nous ;
Qu'il fouffre un éternel fupplice !
Que du bonheur du monde il foit infoṛtuné
Qu'auprès de la gloire il gémiffe !
Qu'à fon Trône il foit enchaîné !
L'Antre de l'Envie s'ouvre & laiffe voir
le Temple de la Gloire ; on enchaîne l'Envie
aux pieds de cette Déefle .
CHOEUR des Mufes.
Ce monftre toujours terrible
Sera toujours abbaccu ;
Les Arts , la Gloire , la Vertu ,
*44 MERCURE DE FRANCE,
Nourriront fa rage inflexible. ,
APOLLON aux Mufes.
Vous , entre fa Caverne horrible
Et ceTemple où la Gloire appelle les grands coeurs ,
Chantez , filles des Dieux fur ce côteau paiſible ;
La Gloire & les Mufes font foeurs .
La Caverne de l'Envie acheve de difpa
roître ; on voit les deux côteaux du Parnaffe.
Des berceaux ornés de guirlandes de
fleurs font à mi-côte & le fond du Théatre
eft compofé de trois arcades de verdure ,
à travers lefquelles on voit le Temple de
la Gloire dans le lointain .
Les Mufes , les Héros , les demi- Dieux
forment un divertiffement très- agréable.
Rien n'eft plus ingénieux ni plus jufte
que cette allégorie . Le Trône de la Gloire
élevé auprès du féjour des Mufes & la
Caverne de l'Envie placée entre ces deux
Temples , font une image fidelle de la vérité
.
Que la gloire doive nommer l'homme
le plus digne d'être couronné par elle , ce
n'eft la que l'image fenfible du jugement
des honnétes gens , dont l'approbation doit
être le prix le plus flateur que puiffent fe
propofer les Princes.
Lydie
DECEMBRE. 1745. 145
Lydie Princeffe que Belus a aimée , qu'il
a abandonnée après l'avoir dépouillée de
fes Etats , ouvre la Scene au fecond Acte ;
elle s'eft retirée chés les Bergers confacrés
aux Muſes , qui habitent dans leurs bocages ;.
elle y cherche la paix que l'amour a bannie
de fon coeur , & Belus doit y venir chercher
la Gloire dont le Temple comme nous
l'avons dit eft auprès des bocages des Muſes.
Il paroît en effet fur un Trône porté par
huit Rois enchaînés .
"
Rois qui portez mon Trône , Efclaves couronnés ,
Que j'ai daigné choisir pour orner ma Victoire
Allez , allez m'ouvrir le Temple de la Gloire ;
Préparez les honneurs qui me font deftinés.
Je veux que votre orgueil ſeconde
Les foins de ma grandeur .
La Gloire en m'élevant au premier rang du monde
Honore affés votre malheur.
Lydie fait de vains efforts pour arrêter
fon amant volage & parjure . Belus enyvré
de fon pouvoir , méprifant ce qu'il a aimé ,
facrifiant tout à une ambition cruelle , croit
que des actions barbares & heureufes doivent
lui ouvrir le Temple de la Gloire ,
mais il en eft chaffe par les Mufes qu'il dédaigne
, & par les Dieux qu'il brave.
Peu eitrayé du ton erre qui gronde , &
1. Vol. G
146 MERCURE DE FRANCE .
des menaces d'Apollon & des Muſes , il ſe
retire en difant :
Non je ne tremble point , je brave le tonnerre ,
Je méprife ce Temple , & je hais les humains ;
J'embraferai de mes puiffantes mains
Les triftes reftes de la terre .
Bacchus eft le fujet du troifiéme A&te ;
ce conquerant de l'Inde abandonné aux plaifirs
& à la molleffe , parcourant la terre
avec fes Bacchantes , arrive aux avenues du
Temple de la Gloire. Ses Guerriers ,
Les
menades le précedent & l'annoncent.
Les Tigres enchaînés conduisent fur la terre
Erigone & Bacchus ;
Les victorieux , les vaincus ,
Tous les Dieux des plaifirs , tous les Dieux de la
Guerre
Marchent enfemble confondu ,
UNE BACCHANT E.
Je vois la tendre volupté
Sur le char fanglant de Bellone ;
Je vois l'Amour qui couronne
La valeur & la beauté.
A ce fpectacle fi riant les Prêtres de la
Gloire rentrent dans leur Temple & les pories
fe ferment.
DECEMBRE 1745 147
Bacchus uniquement occupé d'Erigone ,
n'apperçoit qu'au bout de quelque tems &
par hazard le Temple de la Gloire duquel
il eft fi proche , il y veut entrer , mais le
Grand Prêtre l'arrête . Bacchus , lui dit- il
Bacchus qu'on célebre en tous lieux
N'obtiendra point ici la préférence ;
Il eft une vafte diſtance
Entre les noms connus & les noms glorieux.
Bacchus eft étonné de ce refus.
J'ai verfé des bienfaits fur l'Univers foumis ;
Pour qui font ces lauriers que votre main prépare
LE GRAND PRESTRE.
Pour des vertus d'un plus haut prix,
Contentez -vous, Bacchus ,de régner dans vos Fêtes,
D'y noyer tous les maux que vos fureurs ont faits ;
Laiffez-nous couronner de plus belles conquêtes
Et de plus grands bienfaits.
Bacchus fe confole aifément , il retourne
aux plaifirs qu'il avoit quittés , & abai
donne ce Temple dont les premiers honneurs
n'étoient pas dûs à un homme qui
a été injufte dans fes conquêtes & effrené
dans fes voluptés.
Gij
148 MERCURE DE FRANCE,
Cette place eft due au Heros qui paroît
au quatrième Acte . On a choifi Trajan parmi
les Empereurs Romains qui ont fait la gloire,
de Rome & le bonheur du monde. Tous
les Hiftoriens rendent témoignage quil avoit
les vertus militaires & fociables , & qu'il les
couronnoit par la juftice ; plus connu encore
par fes bienfaits que par fes Victoires ,
il étoit humain & acceflible. Son coeur étoit
tendre , & cette tendreffe étoit en lui une
vertu , elle répandoit un charme inexprimable
fur ces grandes qualités qui prennent
fouvent un air de dureté dans une ame
qui n'eft que jufte.
Il fçavoit éloigner de lui la calomnie. I
cherchoit le mérite modefte pour l'employer
& le récompenfer , parce qu'il étoit modelte.
lui- même , & il le démeloit parce qu'il étoit
éclairé . Il dépofoit avec fes amis le fafte
de l'empire , fier avec fes feuls ennemis , &
la clémence prenoit la place de cette hauteur
après la Victoire. Jamais on ne fut
plus grand & plus fimple. Jamais Prince
ne goûta comme lui , au milieu des foins
d'une Monarchie immenfe , les douceurs de
la vie privée , & les charmes de l'amitié , Son
nom eft encore cher à toute la terre , fa
mémoire même fait encore des heureux , elle,
infpire une noble & tendre émulation aux
cours qui font nés dignes de l'imiter,
DECEMBRE. 1745. 149
.
Quoique ces traits avec lefquels M. de V.
à peint Trajan lui convienuent affés- bien
ce n'eft pas cet Empereur Romain que l'on
a reconnu à ce portrait ; il reffembloit trop
bien à un autre Monarque pour que l'on
put s'y méprendre , & méconnoître le Trajan
de la France . Il étoit difficile de donnér
des louanges plus fines , plus naturel'ès &
plus proportionnées au fujet , car la feule maniére
de bien louer les Héros du premier ordre
, eft de faire une peinture fidelle de leur
caractére.
Trajan vainqueur des Parthes , ne re
vient que pour un moment auprès de Plautine
qui l'attend dans Artaxate Capitale de
l'Armenie ; il faut qu'il la quitte encore pour
aller châtier cinq Rois revoltés contre lui ,
qui font en armes auprès des remparts de
la Ville. Il part & pendant que Plautine
implore les Dieux en faveur de fon époux
il bat les cinq Rois & les ramene enchaînés.
Rois qui redoutez ma vengeance ;
Qui craignez les affronts aux vaincus deſtinésSà
Soyez déformais enchaînés
Par la feule reconnoiffance.
Plautine vous a vus ; il faut qu'en fa préſence
Il ne foit point d'infortunés .
LES ROIS fe relevant .
O Grandeur , ô Clémence ,
G iij
50 MERCURE DE FRANCE.
Vainqueur égal aux Dieux ,
Vous avez leur clémence ;
Vous pardonnez comme eux ,
La Gloire defcend alors d'un vol préci
pité , elle a à la main une Couronne de
Laurier qu'elle préſente au vainqueur .
Ainfi tandis que Trajan n'eft occupé qué
de fon devoir , la Gloire vole audevant de
lui , elle le couronne & le place dans fon
Temple qui fe découvre , & prend la place
de la Ville d'Artaxate , que le Théatre repréfentoit
. Trajan toûjours fidéle à fon caractére
refufe ces honneurs.
Des honneurs fi brillans font trop pour mon partage
Dieux dont j'éprouve la faveur ,
Dieux de mon peuple , achevez votre ouvrage ,
Changez ce Temple augufte en celui du bonheur.
Qu'il ferve à jamais aux fêtes
Des fortunés humains !
Qu'il dure autant que les Conquêtes
Et que la gloire des Romains !
LA GLOIRE.
Les Dieux ne refuſent rien
Au mortel qui leur reffemble .
Volez plaiſirs , que fa vertu raſſemble ;
Le Temple du bonheur fera toujours le mien.
DECEMBRE 1745. ISI
Le Temple du bonheur eft le fujet du
cinquiéme Acte . C'eft une efpéce d'Epilogue
, comme le premier Acte n'étoit qu'une
elpece de Prologue. Les Romains y forment
une fète convenable au fujet .
LE CHOEUR.
Chantons en ce jour folemnel
Et que la terre nous réponde ,
Un mortel , un feul mortel
Fait le bonheur du monde.
Trajan qui paroît dans le Temple , &
y reçoit les juftes & tendres hommages
de fon peuple , finit par ces Vers.
Montez au Ciel encens que je reçois ;
Retournez vers les Dieux, hommages que j'attire ;
Dieux protégez toujours ce formidable Empire ;
Inſpirez toujours tous les Rois .
La Mufique de ce Ballet n'a pas eû moins
de fuccès à la Cour & à la Ville que celle
des fêtes de Polymnie.Nous avions remarqué
le caractére neuf de l'ouverture de ce premier
Ballet , celle- ci eft incomparablement
plus furprenante , c'eft une carrière abfolument
nouvelle que M. R. s'eft ouverte ,
Giiij
152 MERCURE DE FRANCE .
& on ſe trouve dans un Pays entierement
inconnu , fans que la fingularité coûte rien
à l'ag ément. La Mufique de l'Envie , les
Choeurs de fa fuite, font comparables aux
plus beaux morceaux que M. R. ait faits
en ce genre , car ce feroit le rabaiſler que de
le comparer à d'autres qu'àlui- même . Nous
dirons la même chofe du Choeur des cinq
Rois aufquels Trajan rend leurs Etats .
Nous paflerions de beaucoup les bornes
que nous nous prefcrivons fi nous voulions
nous arrêter fur tous les beaux morceaux
de cet Opera.
Le Mercredi huit Décembre le Concert
des Thuilleries a débuté par Cantate Domino
Canticum novum , Motet de M. de la Lande ,
enfuite M. Blavet a joué un Concerto. Le
Motet Venite exultemus de M. Mouret a précédé
le Concerto de M. Mondonville` qui
a été fuivi du Motet Dominus Regnavit du
même Auteur. M. Poirier , M. l'Abbé Malines
, Miles . Fel , Chevalier & Romainville
ont obtenu les fuffrages ordinaires.
On a remis au Théatre François la Comédie
des Dehors Trompeurs de M. de Boiffi
avec le fuccès d'un début applaudi.
Le Mardi 7 Décembre les Comédiens
DECEMBRE 1745 153
Italiens ont donné une nouvelle piéce Ita
lienne intitulée l'Esclave fuppofé; le nouveau
Scaramouche y a brillé ; Arlequin & Coraline
y font toujours applaudis.
Lundi 13 Decembre la Comédie Françoife
a donné la premiere Repréſentation
d'Alzaide Tragédie pleine de fituations neuves
& finguliéres. La verfification en eſt noble
& brillante. On en donnera l'extrait
inceffamment .
JOURNAL DE LA COUR , DE PARIS
&c.
E 14 Novembre le Bailli de Froulay
Ambaffadeur de la Religion de Malthe
eut à Fontainebleau une audience particu
liere du Roi , & il y fut conduit par le Che
valier de Sainctot Introducteur des Ambaffadeurs.
Le 16 le Te Deum fut chanté dans l'Eglife
Métropolitaine de cette Ville en action de
graces de l'avantage remporté fur un Corps
de troupes Piedmontoifes & de la prife des
Villes d'Alexandrie & de Valence par les
armées d'Eſpagne & de France. L'Archevê
Gv
154 MERCURE DE FRANCE.
que de Paris officia pontificalement à ce
Te Deum auquel affifterent le Parlement ,
la Chambre des Comptes , la Cour des Aides
& le Corps de Ville qui y avoient été invités
de la part du Roi par le Marquis de Brezé
Grand Maître des Cérémonies .
Le Roi qui étoit venu de Fontainebleau
à Choifi le 19 du mois dernier en arriva à
Verſailles le 26.
Le 28 premier Dimanche de l'Avent leRoi
& la Reine entendirent dans la Chapelle du
Château la Meffe chantée par la Mufique.
L'après- midi leurs Majeftés accompagnées de
Monfeigneur le Dauphin , de Madame la
Dauphine & de Meſdames de France aſſiſterent
à la prédication de l'Abbé Ardouin Chanoine
de l'Eglife Métropolitaine de Sens.
Le même jour le Duc de Grammont au
quel le Roi a accordé dès le mois de Mai
dernier le Gouvernement de laHaute & Baffe
Navarre & du Bearn prêta ferment de fidélité
entre les mains de S. M.
Le Roi a accordé au Comte d'Argenteuil
la charge de Lieutenant Général des
Provinces de Champagne & Brie , en furvivance
de M. le Marquis d'Argenteuil fon
pere ; S. M. lui a auffi accordé la même furvivance
pour le Gouvernement de Troyes ,
duquel eft pareillement pourvû M. fon pere :
la Maifon de le Baſcle , dont fort M. le
DECEMBRE 1745. 155
Comte d'Argenteuil , eft une des plus anciennes
, & des plus illuftres de la Province
de Champagne , dont elle n'eft cependant
pas originaire . Elle defcend d'Henri le Bafcle
Chevalier de l'Hôtel du Roi S. Louis ,
qui accompagna ce Prince au deuxième
voyage qu'il fit en Terre Sainte en 1170 ,
fils de Guillaume le Baſcle , Grand Sénéchal
de Guienne en 1240 , & pere de Pierre
le Bafcle , Chevalier Seigneur de Barbé
près Sens en 1300 à caufe d'Ifabeau de
Meudon fa femme , de laquelle il eut Jean
le Bafcle , Chevalier Seigneur du Puibafcle
, le Pui & S. Louant en Touraine , qui
fe trouva à la bataille de Crecy en 1347 ; il
étoit réputé pour un des plus vaillans Chevaliers
de fon tems , au rapport de Froiffard
& du Pere Daniel , & commanda enfuite
un des trois Corps d'armée à la bataille de
Cocherel en 1365 où il fut tué au rapport
du même Froiffard , qui le traite de Monfeigneur
; il mourut revêtu de beaux , grands
& notables effets , entr'autres pour 2000
livres de vaiffelle d'or & d'argent , fomme
pour lors très - conſidérable ; il fut pere de
Jean le Baſcle II . du nom , Seigneur du Puibafcle
, le Pui & S. Louant , qui de Catherine-
Charlote -Angélique d'Argenteuil laiſſa
Jean le Bafcle tige des Seigneurs du Pui &
de S. Louant en Touraine , & outre Jean
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
le Bafcle III. du nom l'aîné Seigneur du
Puibafcle, L.amartiniere & Varennes en Loudonnois
, lequel époufa en 1440 Yolande
le Maire , fille de Jean le Maire , Seigneur
de la Roche - Jacquelin , & de Jeanne
Quatrefbarbes , grande tante d'Hiachinte
Quatrefbarbes Marquis de Larongere , Chevalier
du S. Efprit , dont il eut entr'autres
enfans , Hugues le Baſcle qui fuit , François
le Bafcle Gouverneur de l'Ifle- Bouchard ,
Maître d'Hôtel ordinaire du Roi Charles
VIII. en 1492 , premier Maître d'Hôtel
de Monfeigneur le Dauphin , & Charlote
le Bafcle , femme de Jean de Grailly de
la Maifon des Rois de Navarre , Hugues
le Bafcle , Seigneur du Puibafcle , Lamartiniere
& Varennes en Loudonnois , élevé
enfant d'honneur de la Reine Marie d'Anjou ,
femme du Roi Charles VII en 1463 , enfuite
Ecuyer d'honneur & Echanfon du Duc
de Normandie , frere de Louis XI , en 1468,
& Maître d'Hôtel ordinaire de Sa Majeſté
en 1483 , qui fixa fa demeure en Champagnepar
le mariage qu'il y fit en 1478 avec
Marguerite de Mandelot , Baronne d'Argenteuil
& de Moulins au Baillage de Sens ,
grande tante de François de Mandelot ,
Chevalier du S.Efprit, Gouverneur de Lyon,
Lyonnois , Forêt & Beaujolois , & fille unique
& fele héritiere de Claude de ManDECEMBRE
. 1745 . 157
delot , Baron d'Argenteuil & Moulins
de laquelle il eut Antoine le Bafcle
Seigneur du Puibaſcle , Lamartinere &
Varennes , Baron d'Argenteuil & Moulins ,
qualifié Haut & Puiffant Seigneur par Acte
du 13 Juillet 138 , lequel avoit épousé
Marguerite de la Touche , petite fille de
Jean de la Touche , Seigneur de la Touche
Limouſiniere, & de Jeanne de Rohan , & fille
de Renaud de la Touche , Chevalier Seigneur
de laTouche Limoufiniere,& deFrançoiſe
de Rochechouart , fille de François Vicomte
de Rochechouart , & de Renée d'Anjou
Meffiere , qui avoit pour trifayeul Louis
d'Anjou Roi de Naples, Sicile & Jéruſalem
fils de Jean Roi de France ; François le Bafcle
Baron d'Argenteuil & Moulins , petit fils
dudit Antoine , fut Chevalier de l'Ordre du
Roi, Gentilhomme ordinaire de fa Chambre
, Confeiller en tous fes Confeils d'Etat
& Privé , Meftre de Camp d'un Régiment
d'Infanterie fous Henri III. & Henri I'V
en 1591 , & premier Chambellan de Louis
de Bourbon , Comte de Soiffons , fecond
Prince du Sang de France, & époufa en 1577
Deniſe d'Hériot , fille de Patrice d'Hériot ,
Chevalier de l'Ordre du Roi , Lieutenant
des Gardes du Corps Ecoffois de S. M. ,
& de Barbe de Chaftenay , tante d'Hubert
de Chaſtenay Abbeffe de Remiremont : fe
158 MERCURE DE FRANCE.
condement en 1591 , Marie de Lenoncourt
, Dame de Château- Chinon , Beauregard
, Bougé , Lavacherie & les Landes ,
d'une des plus anciennes & des plus illuftres
Maifons de Lorraine , tante de Magdelaine-
Claire de Lenoncourt Ducheffe de Villars-
Brancas ; du premier lit fortit Patrice le
Bafcle qui fuit , & dy fecond François le
Bafcle Baron d'Argenteuil premier Gentilhomme
de la Chambre , du fufdit Comte de
Soiffons , & en réputation d'un des plus braves
hommes de fon fiécle , qui a fait les
branches des Comtes de Chapelaines , Marquis
de Maroles & Seigneur de Loches , dont
eft aujourd'hui chef Edme - Charles le Bafcle
Comte d'Argenteuil , Seigneur de Loches
, Brigadier des armées du Roi , Chevalier
de S. Louis ; Patrice le Bafcle Barond'Argenteuil
& Moulins , Seigneur de Pouy
en 1608. Meftre de Camp d'un Régiment
d'Infanterie en 1613 , époufa Colombe de
Boucher Comteffe d'Epincuil , fille d'Edme
de Boucher Seigneur de Flogny , Comte de
la Chapelle & d'Epineuil , & de Catherine
Longeuil, d'une des plus anciennes & des plus
illuftres familles de Paris , de laquelle il eut
Louis le Bafcle qui fuit , Catherine le Baſcle ,
femme dePaul-François de Beaujeu , Seigneur
de Vulviſvineux , Chevalier de l'Ordre du Duc
de Mantoue , & Capitaine de fes Gardes du
DECEMBRE 1745.
159
Corps; & Charles le Bafcle Baron de Moulins,
qui par fon mariage avec Gabrielle de laBeaume
Monrevel , Dame d'Ancis le Cerveux a
fait la branche des Comtes de Moulins , dont
eft aujourd'hui chef Pierre - François le Bafcle
Comte de Moulins , Chevalier de S. Louis ,
Lieutenant-Colonel de Dragons , pere de
Charles - Nicolas le Bafcle Marquis de Moulins
, Chevalier de S. Louis , Lieutenant-
Colonel du Régiment de Barbanfon Cavalerie
, & ci- devant Maréchal Général des
Logis des camps & armées du Roi ; Louis
le Bafcle Comte d'Epineuil , Baron d'Argenteuil
, Seigneur de Pouy Mailly , élevé
Page , puis Gentilhomme ordinaire de la
Chambre du Roi Louis XIII. époufa premierement
en 1640 Catherine de Torcy ,
des Barons d'Aigreville , fille de Claude de
Torcy, & de Françoiſe de Chaux ; fecondement
en 1652 Françoife.de Ponville ,
Dame de Mailly , fille d'Edme de Ponville ,
Seigneur de Mailly , & de Louiſe de Combault
, petite niéce de Robert de Combault ,
Chevalier du S. Efprit ; du premier fortit
François le Bafcle Comte d'Argenteuil , Seigneur
de Pouy , Lieutenant- Colonel du Régiment
de Cavalerie de Clainvilliers , pere
de Jean -Louis le Bafcle Marquis d'Argen-"
teuil , Comte d'Epineuil , Seigneur de Pouy ,
Lieutenant Général pour le Roi des Provin
160 MERCURE DE FRANCE.
tes de Champagne & Brie , Gouverneur de
la Ville de Troyes , allié le 15 Novembre
1712 avec Louiſe - Anne- Victoire de Rogres
, d'une des plus anciennes Maifons de
Poitou , Dame de Cheurinvilliers , Baflin ,
Langlé , Villemarechal , S. Ange & Villeron,
qui a l'honneur d'être parente de Madame
la Princeffe de Conty , fille du Roi
Louis XIV. & de la feue Reine de Pologne
Marie-Cafimir de la Grange d'Arquien , fille
unique & feule héritiere de Louis- Charles
Comte de Rogres , Chevalier Seigneur defdits
lieux , & deMarie - Anne le Charron niéce
& petite niéce de Madame la Maréchale du
Pleffis- Praflin , & de Madame la Comteſſe
de Coffé , ayeule de M. le Duc de Briffac
d'aujourd'hui , de laquelle alliance font venus
Jean - Louis- Nicolas le Bafele , Comte d'Argenteuil,
Capitaine de Cavalerie auRégiment
du Roi , qui a donné lieu à cet article , Jacques
- François le Baſcle d'Argenteuil , Chevalier
de Malthe de minorité le 21 Juin
1723 Capitaine de Cavalerie au Régiment
de Fiennes , & Louife - Anne - Elifabeth le
Baſcle d'Argenteuil , reçûe Chanoineffe de
Remiremont par Acte du 28 Novembre
1726 , & mariée au mois de Julliet 1738
à Jofeph- Augufte de Chaftenay Comte de
Lanty.
La Maiſon de le Bafcle eft alliée à celle
DECEMBRE 1745 .
16
de Coligny , la Rochefoucault , Souvré
Neuville -Villeroy , Potiers , Valantinois
Rouvrois S. Simon , la Trimouille , & autres
des plus confidérables du Royaumes ; elle
a produit un Prevôt de Paris en 1358
plufieurs Gouverneurs de Villes & Places ;
Lieutenans des Gardes du Corps , & un
grand nombre de Chanoineſſes de Remiremont
& d'Epinal , dont une a été élue
Doyenne de ce Chapitre en 1710 , & de
Chevaliers de Malthe , un defquels a été
reçû le 12 Août 1603 .
On propofe au Public cette Question.
U en
NE perfonne à 20000 livres à mettre
en bonnes oeuvres ; quelques-uns la
follicitent pour faire une fondation d'Offi
ces & de Prieres dans quelque Communauté
; d'autres lui propofent de fonder trois
Prix de vertu d'environ 300 livres chacun
dans une petite Ville du Royaume , Prix
qui feront diftribués tous les ans à perpétuité
à trois jeunes gens du lieu qui au
jugement de leurs pareils & par la voie du
fcrutin feront reconnus les plus juftes , les
plus modérés , les plus fobres & les plus
162 MERCURE DE FRANCE.
laborieux. La perfonne à qui on fait ces propofitions
& qui veut le bien fincerement ,
eft incertaine entre ces deux partis , il s'agit
de la déterminer par des raifons folides.
On prie les perfonnes qui ont un zéle éclairé
de s'expliquer là- deffus par la voie du Mercure
, & qu'on ne croie pas que ce foit ici
une de ces queftions que l'on propoſe de
tems en tems pour exercer les efprits &
pour amufer le public ; il y a dans celle ci
du réel.
Probleme de Chymie.
Propofel par J. T. D ....... Docteur en
Médecine.
Eterminer par une expérience Chy→
Dmique le rapport de la quantité des
efprits acides que l'air contient dans un
tems , une faifon , un lieu , à la quantité de
ces mêmes efprits dans un autre tems , une
autre faifon , un autte lieu ; enforte que cette
expérience qui doit être facile à faire , donne
à connoître cette quantité d'efprits acides
, comme le Thermometre fait connoitre
la chaleur, l'Hygrometre l'humidité.
DECEMBRE 1745 . 183
Ce Problême eft dans la Chymie ce que
les Mathématiciens appellent Problême indéterminé
, ou qui a plufieurs folutions , &
ces folutions plufieurs dégrés de perfection .
Il eft aifé d'en trouver une quelconque, comme
il étoit facile de trouver le Thermoż
metre , en partant de ce principe que tous
les liquides fe raréfient par la chaleur & fo
condenſent par le froid. Mais on fçait combien
cet inftrument a été perfectionné depuis
Drebbel qui en eft l'inventeur jufqu'à
M.de Reaumur qui paroît n'avoir rien laiffé
à défirer pour rendre cet inftrument Géométrique.
Dans l'expérience qu'on propoſe ,
le choix des matieres , & un inftrument méchanique
convenable font toute la difficulté.
PRISES DE VAISSEAUX.
Es lettres de Bayonne marquent que
Lalettres de conunde qar
le Capitaine Laurent Vermere s'eft rendu
maître du Vaiffeau l'Union de Londres .
L'Armateur l'Eole auffi de Bayonne a conduit
à Nantes un Navire Anglois chargé de
fucre & de taffia .
On a appris de S. Malo que le Capitaine
164 MERCURE DE FRANCE.
Keraudran qui monte l'Armateur le Lys
de ce Port y eft rentré avec un Vaiffeau de
la même Nation armé de 16 canons & de
14 pierriers.
Le Capitaine Paillet qui commande le
Vaiffeau le Cheval Marin eft arrivé à Dieppe
avec deux Bâtimens ennemis , dont l'un eft
de 130 tonneaux.
Le Navire le Drahe Refolu a été pris par
l'Armateur la Revanche de Granville qui lui a
enlevé en même- tems une Barque Françoiſe
chargée de cidre dont ce Corfaire s'étoit
emparé.
Suivant les avis reçûs de Dunkerque les
Capitaines Butel & Batteman Commandans
les Vaiffeaux La Dauphine & la Ste. Annë
y ont envoyé le Vaiffeau le Hardi Mañdiant
de Londres , & un autre Bâtiment d'environ
200 tonneaux ,
L'Armateur la Parfaite que commande le
Capitaine Durye a fait conduire au même
Port le Navire le Dragon de Wisbech fur
lequel il y avoit du fel , de l'huile & du fucre.
Le Vaiffeau le Jean de Neuchatel dont
la cargaiſon confiftoit en bierre , en planches
& en merrains & qui a été pris par l'Armateur
le Duc de Penthiévre que monte le
Capitaine Robert Vion , eft arrivé à Oftende,
DECEMBRE 1745. 169
NOUVELLES ETRANGERES.
TURQUI E.
"
EXTRAIT d'une Lettre de Conftantinople,
Na appris du 25 Août qu'il y avoit environ 22
jours que les armées du Sultan , la grande du
côté de Kars & d'Erivan , l'autre vers Chere
foul & Irbil dans le Kurdiftan , font entrées en
Perfe. Schah Nadir, ou Thamas s'eft retranché près
d'Erivan , & le Séraskier qui a plus de 150000
hommes fans les Tartares & les Volontaires , cherche
à le prendre par fes derrieres pour l'obliger
a décamper, & il y réuffira felon les apparences.
Thamas a cette fois- ci la peur au ventre ; il eft
comme un enragé dans fes retranchemens , faifant
mourir tous fes plus intimes favoris & beaucoup,
d'autres ; fes gens écrivent au camp des Turcs
tous les jours , mais le Séraskier ne s'y fie guéres.
L'armée du Kurdistan n'eft pas loin de Smyrne
& de Kirmancha en Perfe ; le fils de Thamas l'a
tâté & ' a été repouffé dans 3 ou 4 petites occafions
, mais il paroît vouloir éviter une bataille
générale . Cette armée du Sultan eft compofée
de
25000 Curdes
de 20000
Turcs
de
" 2
30000 hommes des troupes ' d'Ahmet Pacha de
Babylone , & de 20000
Perfiens avec trois
Kans tous transfuges ainfi que Ahmet Kan qui
les commande , le même que Schah Saphi avoit
élu l'année paffée pour fon Grand Vifir à Kars
& qui a quitté ce Prince fou à cauſe de ſes extravagances
; mais il eft venu un autre fils de Schah
166 MERCURE DE FRANCE.
Huffein , fort fpirituel , fort ſage & fort aimable
à l'armée que tous les Perfiens reconnoiffent pour
le légitime héritier , de forte que Schah Saphi n'eft
dans le camp des Turcs que pour y boire & manger
, mais fans aucune confidération , car cet extravagant
coupoit tous les jours la tête à quelqu'un
de fes domeftiques , fur quoi le Seraskier lui
a fait fignifier que s'il tue quelqu'un à l'avenir ,
il le fera étrangler ; il en a rendu compte à la
Porte & on l'a approuvé , & Saphi intimidé ne
fort plus de fa tente .
AUTRE Lettre de Conftantinople du premier
Septembre,
Le premier Septembre la Porte reçut des nouvelles
de Perfe dont le Miniftere ne paroiffoit pas
trop fatisfait ; elles portoient que Heghen Pacha
avoit trouvé Thamas Koulikan retranché de façon
qu'on ne pouvoit l'attaquer fans facrifier la meilleure
partie des troupes , ayant détourné le cours
d'une riviere pour former un foffé devant fes lignes
, dont les avenues étoient d'ailleurs toutes
minées.
Le 2 on fit une décharge générale de l'artillerie
de cette Capitale à l'occafion de quelques
avantages qu'on difoit avoir remportés en Perſe .
Il ne s'agiloit pourtant que d'une exécution que
Tehetctgi , Abdullah Pacha & Hamet Kan
avoient faits du côté de Sviré & de Sakin , où
ils avoient brulé quantité de Villages fur leur
route ; il parut le même jour une relation latine
dans laquelle on avançoit que ces deux Généraux
avoient battu les troupes commandées par le fils
de Thamas Koulikan , & qu'on avoit apporté au
DECEMBRE 1745. 167
Serrail la tête d'un Grand qu'on croyoit être celle
de ce Prince .
Les le Serrail reçut des nouvelles qui y jetterent
la confternation ; le lendemain on fçut que
le Seraskier Heghen Pacha étoit mort , mais il
fe répandit divers bruits fur les circonstances de
cet évenement ; les uns difoient qu'il étoit mort
après 25 iours de maladie , les autres qu'il avoit
été tué dans une bataille ; le bruit le plus commun
étoit que les Sesdens Guetchis ou enfans
perdus l'avoient affaifiné ; enfin on a été jusqu'à
débiter qu'il vivoit encore , & qu'il avoit été fait
prifonnier par Thamas Koulikan ; il feroit difficile
de dire pofitivement ce qui en eft , parce que
ceux qui fçavent le vrai de toutes chofe font obligés
d'ufer de beaucoup de réferve & de ménagement
: voici ce qu'a rapporté de plus vrai femblable
une perfonne qui eft à portée d'être inf
truite de cet évenement , mais qui peut cependant
ayoir eû des raifons d'en déguifer quelques circonftances.
Le armées fe trouverent en préfence à 4 lieues
lqin d'Erivan. Thamas Koulikan étoit retranché
entre une riviere & une montagne ayant devant
fon camp des lignes bien fortifies & munies d'un
foffé rempli d'eau .
·
Le Seraskier Heghen Pacha déclara aux troupes
qu'il les menoit à l'ennemi pour vaincre ou
mourir & que fa réfolution étoit d'attaquer les
Perfans dans leurs retranchemens & de tenter de
les y forcer ; quelque difficile que fut 1 entrepriſe,
le Seraskier , homme de réfolution , s'y étoit déterminé
d'autant plus que l'état des provisions rendoit
ce parti prefque indifpenfable ; le jour de
l'attaque fut fixé à un Vendredi 27 Août , nouveau
ftile , mais le Mercredi précédent 25 dudit
168 MERCURE DE FRANCE.
mois quelques troupes Turques étant allées voltiger
devant les retranchemens des Perfans , ceux..ci
firent fortir des leurs , & d'efcarmouches en efcarmouches
il fe lia un combat prefque géné .
ral & fi vif que deux Pachas Turcs refterent fur
le champ de bataille . Les Turcs cependant s'attribuerent
l'honneur de cette journée ayant obligé
les Perfes de rentrer dans leurs retranchemens
avec une perte conſidérable .
Le Seraskier n'étoit pas à cette action qui s'étoit
engagéë fortuitement & fans fes ordres , &
d'ailleurs il étoit malade depuis quelques jours.
d'un charbon fous la mamelle , que l'on conjecture
avoir été peftilentiel ( c'eft ici la circonftance
fur laquelle le public varie car le plus grand nombre
publie au contraire qu'après cette action des
Sesdens Guetchis , fiers de leur fuccès vinrent
demander leur Bachis ou Etrennes pour récompenfe
& que le Seraskier leur ayant répondu qu'il
ne le leur refuferoit pas , mais qu'il le leur donneroit
après qu'ils auroient forcé les retranchemens
, quelques- uns d'entr'eux porterent la révolte
& la cruauté jufqu'à lui tirer quelques coups de
piftolet , dont le Seraskier fut bleffé mortellement
; dautres difent que cette révolte a été occafionnée
par la fuppreffion de certaines rations d'avoine
qu'on étoit dans l'ufage de donner aux
Zaims Timariotes & autres Cavaliers ; quoiqu'il
en foit , le Jeudi qui étoit le lendemain de ce premier
combat , le Seraskier étoit dangereufement
malade , cependant n'ayant rien changé à la réfolution
qu'il avoit prife d'attaquer le Vendredi.
les retranchemens des Perfans , il fe mit quoique
moribond dans fon caroffe , & alla parcourir tous
les poftes & régler les difpofitions pour le lendemain
, diſtribuant dans cette tournée quantité
d'argent
DECEMBRE 1745. 169
.
d'argent aux troupes pour les encourager ;
de lendemain elles furent mises en ordre
de bataille , mais le brouillard & une pluie qui
furvinrent firent differer l'attaque , & dans cet in◄
tervalle le Seraskier mourut dans fa tente ; fa mort
n'ayant pû être cachée jetta la confternation dans
les troupes. Le défordre commença par les Leventis
& Delis , eſpeces de Braves qui forment la
Garde à cheval du Général en Chef; ils fe débanderent
& furent fuivis par les Zaims & Timariotes
du mécontentement defquels on a déja
parlé . Yedetchi Pacha qui après la mort du Seraskier
fe trouvoit le premier en dignité , & les
autres Commandans avec lui coururent après ces
déferteurs pour leur repréfenter l'indignité de leur
procédé ; les fuyards les entrainerent eux- mêmes
& les Janiffaires croyant que les Généraux de
l'armée les abandonnoient, prirent quoique les der
niers , le parti de la retraite , n'emmenant avec eux
que 4 piéces de campagne. Cependant le brouil
lard s'étant diffipé , & les Perfans qui s'attendoient
à tout moment d'être attaqués , voyant que les
Ofmanlis décampoient , vinrent fondre fur eux
on convient que les Janiffaires ont été fort mal◄
traités fans qu'on dife cependant préciſement à
quoi peut monter leur perte. Toute l'armée s'eft
retirée du côte de Kars , où les Perfans ont ceffé
de la pourfuivre , & le Pacha Ahmet le Borgne
ayant pris la qualité de Seraskier en vertu du
Katecherif qu'il avoit l'année paſſée , a tâché
avec le Corps de referve qu'il commandoit du côté
de Kars de retenir les fuyards & de raffembler
l'armée pour tenir tête aux Perfans, On dir que
dans cette déroute les Turcs ont perdu leurs centes
& bagages & toute leur artillerie .
Le 7 du mois on a expédié à Ahmet Facha
I. Vol. H.
170 MERCURE DE FRANCE.
un Katecherif pour le confirmer dans la dignité
de Seraskier. On dit que depuis il lui a été envoyé
des ordres de faire main bafle fur tous les Serdens
Guetchis qui ont eû part à la révolte &
qui ont donné l'exemple de la défertion .
Le 11 il a été tenu un Divan extraordinaire
& fort nombreux chés le Grand Seigneur ; le
Mufty y a affifté , & on y a appellé le Kiaya du
Grand Vifir , contre l'uſage.
Le 13 ce Kiaya du Grand Vifir a été fait Pacha
à trois Queues . On ne fçait fi ce feroit pour lui
donner la qualité de Kaimacan au cas que le
Grand Vifir foit obligé de paffer en Afie La
Charge de Kiaya a été donnée à Ferafy Mustapha
Effendi Roufnamedgi ou Controlleur Général des
Finances.
Il eſt arrivé la veille 3 Janiffaires & un cou
rier des frontieres d'Allemagne.
Le 4 de ce mois M. le Bailly de Mayo Envoyé des
Deux- Siciles eut audience du Grand Vifir & lui
remit la réponſe de fa Cour à la propofition que
la Porte avoit faite de la médiation du Grand
Seigneur.
Le 13 M. le Comte de Caftellane a fait célé
brer un fervice folemnel pour le repos de l'ame
de M, le Marquis de Villeneuve fon prédéceſſeur
en cette Ambaffade.
DECEMBRE. 1745. 171 .
1
EXTRAIT d'une Lettre écrite
par M.
Deflobert Ingénieur an Service du Roi
d'Espagne le 24 Septembre 1745. De Pas
vie à M. de....
L
' A nuit du 21 au 22 Septembre notre
pont de Pifarello fur le Po ayant
été établi , & l'ouvrage qui en couvroit
la tête fe trouvant en affés bon état , M. le
Duc de la Viefville eut l'ordre de marcher
à Pavie avec un détachement de Grenadiers
montant à cinq mille hommes y compris les
piquets, le premier Bataillon des Gardes
Elpagnoles & fix cent chevaux. Je fus nommé
avec quatre Ingénieurs au fervice d'Efpagne
, Condé , Santander , Lozada , Calonge
fous les ordres de l'Ingénieur Arbunyes
Directeur au fervice de Naples, S, E. s'étan
arrêtée avec fon détachement à un mille des
murs de Pavie , m'a envoyé devant avec
cent fufiliers de montagne pour prendre poffellion
de la porte de Sancta Giuftina , autre -
ment de Cremone, que les gens du Pays de -
voient m'ouvrir fur l'affûrance qu'ils avoient
donnée qu'il n'y avoit pas un Allemand dans
la Ville.L'IngénieurDirecteurArbunyes étoit
occupé ailleurs. Je menai avec moi nos qua-
Hij
72 MERCURE DE FRANCE.
tre Ingénieurs qui me furent d'un grand
fecours. En effet le même jour M. de Schu,
lembourg averti de notre mouvement avoit
fait marcher à Pavie deux mille cinq cent
hommes détachés d'un gros qu'il avoit à
portée qui devoient être fuivis le lendemain
de huit mille. Je rencontrai à cent pas de
la porte à trois heures devant le jour un pofte
avancé dont la fentinelle m'ayant crié Wordo
fe retira avec le pofle dans la Ville. Je
vis fermer la porte & lever le pont levis,
Il y avoit déja quatre jours que j'avois écrit
à S. E. M. le Comte Morillo de quelle importance
étoit pour nous le pofte de Pavie
pour nous rendre maîtres du Tefin & des
deux rives du Po jufqu'à la mer , & ôter
la communication des Places du Milanois
avec le Roi de Sardaigne par llee pont
Pavie qui eft le feul fur le Tefin juſqu'au
lac majeur. Au défefpoir de ne pouvoir entrer
par
la porte , & infpiré par un certain
je ne fçais quoi qui me faifoit envifager
l'occafion de me mettre en état, fi je réulfiffois,
de pouvoir rendre à mon Maître dans
de plus grands emplois de plus grands fervices
j'ofai prendre fur moi de former le
deffein d'efcalader la muraille fans échelles ,
& de me rendre maître de la porte de Sancta
Giuftina par dedans la Ville avec mes cent
hommes, & comparant la grandeur de l'ade
DECEMBRE 1743. 173
Vantage qui en reviendroit au Roi fi je réufffiffois
avec le petit rifque de ma vie & de
celle de quelques uns des cent fufiliers , je
ne balancai plus & ne fongeai qu'à l'exé
cution.
Tous les ouvrages extérieurs de Pavie
font de terre fans paliffades , & les courtines
de terre . Je menai mes cent hommes
dans le foffé d'un ouvrage extérieur où je
les laiffai avec ordre de m'attendre. Je def
tinai quatre hommes à faire feu du côté de
la
porte de Sancta Giuftina ; je m'en fus tout
feul reconnoître la muraille , je paffai l'ouvrage
extérieur , le foffé de la Place , fa cuvette
pleine d'eau. Je grimpai par l'efcarpe
de la courtine , laiffant la porte fur ma droi
te. Je reconnus que la courtine étoit dégatnie
de troupes , je defcends vers mes cent
fufiliers , je les harangue en mauvais Catàlan
leur étalant les appas de la gloire & du
butin avec le fouvenir de leurs exploits paffés
dans tous les endroits où je les avois vûs &
menés plufieurs fois ; je les vis pleins de feu
& de cette ardeur qui annonce la victoire .
Je les fis monter le fufil en bandouliere ,
cinquante de front , s'accrochant aux ronces
& aux herbes de l'efcarpe pour me fuivre.
Je fautai le premier par deffus le parapet
dans le terreplein de la courtine fans
réfiftance parce que l'ennemi attiré par les
H iij
174 MERCURE DE FRANCE
petites décharges contre la porte y avoit
porté toute fon attention . Je les fis repofer
pour reprendre haleine. Je difpofai mon
attaque du pofte de la porte , le plus brave
Sergent en avant avec 10 hommes fuivis
d'un Lieutenant , avec vingt fuivis de moi
à la tête des foixante & dix avec leur Major
& les deux Capitaines qui ont fait des
merveilles. La premiere fentinelle que nous
trouvâmes ayant été tuée par mes premiers
fufiliers, la Garde de la porte courut au bruit
pour me charger ; mes deux partis avancés
s'étant repliés fur moi felon mon ordre
, j'unis toute ma troupe à deux de hauteur
, ma droite fur le haut du terreplein,,
s'étendant le long du talud du rempart,
jufqu'a un cordon de maiſons qui paroiffoient
placées exprès pour appuyer & fermer
ma gauche , & alors tête baiffée , la
bayonnette au bout du fufil , criant : Viva
el Rey : Viva España ,je les chargeai avec une
furie qu'ils ne purent foûtenir , je gagnai la
porte & les pouffai plus de cinquante pas au
de- là jufqu'à la fin du cordon des maiſons de
ma gauche , ayant fait plus de quarante prifonniers
dans cette premiere action .Je revins
à ma porte me couvrant pardevant & par derriere
avec trente hommes d'un côté & trente
hommes de l'autre , toujours depuis le haut
du rempart jufqu'aux maifons , quinze homDECEMBRE.
1745. 175
mes dans les maifons vis-à-vis de la porte ,
dix hommes à rompre la porte & le refte
au milieu avec moi pour les porter ou il fe.
roit befoin avec mes quatre camarades
Condé , Santander , Lozada , Calonge qui
ont fait tout ce qu'on peut attendre de gens.
d'honneur & bien nés. Je n'avois pas d'ou
tils , pas une hache . J'imaginai de faire fauter
un fufilier en dehors de la muraille pardeffus
le toit d'un corps de Garde attenant
au dedans du pont levis & en dehors de
la porte ; il décrocha les chaînes du pont & la
force de la chute du pont ayant foulevé la
porte qui fortit de fes gonds elle s'ouvrit .
L'ennemi revint fur moi en plus grand nom
bre des autres poftes & me chargea par trois
fois , toujours avec un tel fuccès que j'ai fait
affûrément près de trois cent prifonniers
dont j'ai envoyé plus de deux cent, les au?
tres s'étant échappés. Je me fuis maintenu
pendant deux heures avec les cent fufiliers
maitre de la porto jufqu'à ce que M. le Due
de la Viefville que j'avois envoyé avertir eſt
arrivé avec fon détachement . Nous avons
chaffé par tout l'ennemi de tous fes poftes
dans la Ville & de la rue du pont de Feffin
ou il s'étoit affemblé,& où le Major des
futiliers de montagne a été bleffé; nous avons
trouvé beaucoup de munitions de guerre
& de bouche; 4500 fufils , deux petites pié-
2
Hiiij
16 MERCURE DE FRANCE.
ces de bronze , une de fix , l'autre de trois,
& trois mortiers de huit pouces.
Le Château s'eft rendu à deux heures
après midi. Nous avons fait quatre cent
prifonniers dans la Ville & cinq cent dans
le Château. J'ai été envoyé à S. A. R. qui
m'a comblé de faveurs. M. le Duc de la
Viefville m'a fait la grace de marquer dans
fa lettre que j'ai remis à M. le Comte de
Gages que le fuccès de cette avanture m'étoit
entierement dû.
ARRESTS NOTABLES.
ORDONNANCE du Roi du
9 Juin ザ
portant
création
d'un Sous-Aide-Major
dans
chacune
des quatre
Compagnies
des Gardes
du
Corps
de Sa Majesté
.
ORDONNANCE du Roi du 21 Juin
portant création d'un Sous-Aide-Major en chacun
des cinq Bataillons du Régiment Royal Artillerie .
ARREST du Confeil d'Etat du Roi du 3
Juillet , qui ordonne l'exécution de l'Edit du mois
de Fevrier 1745 , portant création d'Infpecteurs
& Contrôleurs des Maîtres & Gardes dans les
Corps des Marchands , & des Infpecteurs & Contrôleurs
des Jurés dans les Communautés d'Arts
& Métiers du Royaume.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi dư
DECEMBRE
1745. 177
même jour , qui ordonne que ies Drapiers drapans
& les Sergers de la Ville de Beauvais porteront
toutes les differentes fortes d'étoffes de laine qu'ils
auront fabriquées , & qui auront reçu le plomb
de fabrique , au Bureau de contrôle établi dans
ladite Ville , pour y être d'abondant viſitées , & c.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi du 10
portant Reglement fur l'examen , l'approbation ,
l'impreffion & le débit des Livres & autres ou
vrages.
DECLARATION du Roi du 24 Juillet
, portant confirmation des priviléges , prérogatives
& droits accordés aux Grands Maîtres dès
Eaux & Forêts.
:
ARREST du Parlement du 28 Juillet 1744 ,
donné au Camp de Boft le 24 Juillet rendu
en l'audience de la Grand - Chambre en fi
veur des Sieur & Dame de la Noüe contre la
Demoiſelle Ferrand qui juge conformément à l'article
9 du titre 27 de l'Ordonnance de 1667 , &
à l'Arrêt rendu entre les parties le 28 Avril précédent
, que celui qui eft condamné de laifferla
poffeffion d'un héritage en lui rembourſant quelques
fommes , efpéces , impenfes ou méliorations ,
ne peut- être contraint de quitter l'héritage qu'après
avoir été rembourfé tant du prix principal
de l'héritage que du montant des impenfes ou méliorations
, & qu'à cet effet il a tout le délai qui
lui a été donné pour faire faire la liquidation defdites
efpeces , impenfes & méliorations, fans qu'on
puiffe le contraindre de recevoir féparément le
prix principal de l'héritage qu'il eft condamné de
laiffer.
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi du
31 Juillet . fervant de Reglernent pour la regie
& perception des droits de Traite-Foraine & Do.
maniale fur les marchandiſes du crû ou fabrique
de Languedoc , ou qui empruntent le paffage de
ladite Province , & fur celles du crû de la Haute-
Guyenne qui font conduites dans la Ville d'Agen
& autres de la Baffe-Guyenne , & autorife le tarif
de compofition defdits Droits arrêté par M. le
Gendre Intendant de Languedoc le 22 Juin 1705.
ARREST Contradictoire du Confeil d'Etat
du Roi du même jour , par lequel Sa Majesté , en
caffant une Sentence de l'Election de Montivilliers
du 10 Octobre 1741 , pour avoir déchargé le fieur
Chibellier de la contrainte décernée contre lui
par le Receveur des Traites du Havre pour le
payement des Droits de jauge & courtage & quatre
fols pour livre , tant defdits droits de ceux
que
des grandes entrées fur dix- huit muids de vin
d'alicante qu'il a fait venir au Havre pour fon
compte, & ce fous prétexte de prétendues exemp
tions de Droits d'Aides accordés à la Ville du Havre
, & que les vins venant de l'Etranger doivent
être exempts des 4 fols pour livre des Droits des
grandes entrées & de jauge & courtage , comme
Tes marchandifes fujettes aux Droits des Traites
ou cinq groffes fermes , qui en font exemptes lorfqu'elles
viennent de l'Etranger ; ordonne l'exécution
des Déclarations & Arrêts des 10 Octobre .
& 31 Decembre 1689 & 14 Novembre 1690 ,
concernant les Droits de jauge & courtage , 16
Mai 1718 & 30 Septembre 1727 , pour les 4 fols
pour livre : & fans égard à l'intervention des Maire
& Echevins du Favre de grace , dont ils font déDECEMBRE
1745. 179
boutés , condamne ledit fieur Chibellier à payer
fi fait n'a été , deux Droits de jauge & courtage
fur les vins en queftion , fçavoir , un premier
Droit dû fur les boiffons venant des Pays exempts
des Droits d'Aides ou de l'Etranger , dans les lieux
où les Aides ont cours , au premier Bureau établi™
à cet effet , foit par eau ou par terre , & le fecond
qui eft dû dans le reffort de la Cour des Aides
de Rouen , conjointement avec le Droit de
fubvention aux entrées dans les lieux qui y font
fujets : & ordonne en outre que ledit fieur Chibellier
payera les 4 fols pour livre , tant du dro t
de jauge & courtage dû à la Ferme , Générale ,
que des autres Droits par lui dûs & qui font indépendans
des cinq groffes Fermes.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi du premier
Août , qui fupprime les Droits de travers &
peage par terre , prétendus par les Abbé & Religieux
de Notre - Dame de Royaumont , au lieu
& dans la Seigneurie d'Afnieres , Généralité de
Paris.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi du même
jour , qui maintient le fieur de Montefquiou ,
en qualité d'engagifte du Domaine de Sa Majesté
dans un Droit de péage à raifon de cinq deniers
fur chaque bête à pied fourché paffant en bâteaur
fur la riviére de Seine par la Ville deMantes , Gé- ›
néralité de Paris.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi , & Lettres
Patentes fur icelui , registrées en la Cour des
Aides le 3 Août 1745 , portant prorogation.
pendant la préfente guerre ,, de l'entrepo: des
Marchandifes & denrées deftinées pour le commer--
ce des Iles & Colonies Françoifes . Données à Verfailles
le 4 Mai 1745.
Hvj
180 MERCURE DE FRANCE.
me-
ARREST du Confeil d'Etat du Roi du 7
Août , qui ordonne que les Marchands & autres
qui feront arriver des bois ouvrés à bâtir ,
nuiferie , fciage & charronage dans la Ville ,
Fauxbourgs & Banlieue de Paris , feront tenuş
de rapporter des Lettres de voiture paffées devant
Notaires , contenant les quantités de morceaux
de bois , leurs qualités & leurs réductions en piéces
& en toifes , qu'ils repréfenteront aux Commis
qui font la perception des Droits établis fur
le bois , & qu'ils feront en outre tenus de faire
des Déclarations aux differens Bureaux de recette
defdits Droits , relativement auxdites Lettres de
voiture , par quantités , qualités & réductions en
piéces & en toifes : le tout à peine de confifcation
& de cinq cent livres d'amende .
ORDONNANCE de M. l'Intendant de
la Généralité de Paris du 9 Août , qui fait défenfes
à toutes perfonnes de s'affembler les jours
de fêtes patronales ou autres jours , dans les Paroiffes
de ladite généralité , pour jouer aux jeux
de hafard , &c.
ORDONNANCE du Roi du 10 Août ,
pour augmenter les cinq Compagnies de Mineurs ,
d'un Capitaine en fecond & de vingt-cinq hommes
, & les cinq Compagnies d'Ouvriers d'un
Sous-Lieutenant & de vingt hommes,
ORDONNANCE du Roi du même jour
pour la fuppreffion du fupplément de folde confer
vé aux Sergens , Caporaux & Anfpeffades de Milice
incorporés dans plufieurs Régimens en conféquence
des Ordonnances des 25 Avril 1742 &
as Janvier 1743.
DECEMBRE 1745. 181
ARREST du Confeil d'Etat du Roi du 14
Août , qui caffe cinq Sentences de l'Election de
Doulens des 6 Mai , 3 & 23 Juin derniers , pour
n'avoir prononcé que la confifcation de quelquesonces
de faux Tabac faifies fur cinq particuliers ,
avec dépens , & les avoir renvoyés à fe pourvoir
au Confeil fur l'amende , fous prétexte que l'Or
donnance de 168 n'en prononce point pour les
faifies domiciliaires au deffous d'une livre , quoique
les Reglemens rendus depuis établiffent mille
livres d'amende contre ceux qui s'en trouveront
faifis , de quelque maniere & en quelque quantité
que ce foit :
Ordonne la confifcation des Tabacs faifis fur les
nommés François Ranfon , Manouvrier à Couteville
, François Gambard demeurant à Acheax ,
François Holville Laboureur aux Fermes de Val-
Heureux , Gedeon Bardon berger au Village de
Fienvillers , & Gafpard Douchet Maître Perruquier
à Doulens : les condamne chacun en mille livres
d'amende , & fait défenfes aux Juges de ladite
Ville de rendre à l'avenir de pareilles Sentences ,
fous telles peines qu'il appartiendra.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi du 21
Août , qui permet pendant une année l'entrée
dans le Royaume , des Beurres venant d'Angleterre
, d'Ecoffe & d'Irlande , & ce en payant les
Droits qui font dûs.
ORDONNANCE du Roi du 25 Août
pour augmenter d'un Bataillon le Régiment d'In
fanterie d'Anjou.
ORDONNANCE du Roi du même jour
182 MERCURE DE FRANCE.
pour augmenter d'un Bataillon le Régiment d'Infanterie
de Bretagne .
ORDONNANCE du Roi du même jour
pour augmenter d'un Bataillon le Régiment d'Infanterie
de Montmorin.
ORDONNANCE du Roi dumême jour
pour augmenter d'un Bataillon le Régiment d'Infanterie
de Brancas.
ORDONNANCE du Roi du même jour
pour augmenter d'un Bataillon le Régiment d'Infanterie
de la Reine.
ORDONNANCE du Roi du même jour
pour augmenter d'un Bataillon le Régiment d'Infanterie
d'Artois.
ORDONNANCE du Roi du même jour
pour augmenter d'un Bataillon le Régiment d'Infanterie
de la Sarre.
ORDONNANCE du Roi du même jour
pour augmenter d'un Bataillon le Régiment d'Infanterie
de Montboilier , ci-devant Gondrin ,
ORDONNANCE du Roi du même jour
pour la confervation des nouveaux Bataillons 'des
Régimens de Limofin ,, Bourgogne , Medoc &
Ponthieu , formés en 1743 & 1744, & pour ré.
gler le traitement qui doit fervir à rétablir les
anciens Bataillons échangés de ces Régimens .
ORDONNANCE du Roi du même jour
pour conferver la paye jufqu'au dernier Octobre
DECEMBRE 1745. 183
1746 , aux Sergens , haute payes & Brigadiers
qui fe trouveront furnuméraires dans les Régimens
qui ont fervi en Boheme & en Baviere , par l'échange
de ceux qui étoient prifonniers ; & pour
conferver de même aux Maréchaux des logis furnuméraires
leurs appointemens juſqu'à leur remplacement.
ORDONNANCE du Roi du même jour
pour augmenter d'un Bataillon le Régiment d'Infanterie
de la Roche- Aymon.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi du 28
Août , rendu au fujet du Privilége ci - devant accordé
pour l'impreffion de l'ouvrage intitulé , Dictionnaire
Univerfel des Arts & des Sciences .
ARREST du Confell d'Etat du Roi du 30
Août , concernant la liquidation de la retenue des
fix deniers pour livre , qui fe fait au profit des Invalides
de la Marine fur les prifes faites en¡Mer.
ORDONNANCE du Roi du 25 pour augmenter
d'un Bataillon le Régiment d'Infanterie de
Rohan , ci -devant Aubeterre .
ORDONNANCE du Roi du 30 pour
régler le nombre des Officiers de fes Troupes de
Cavalerie & de Dragons qui auront congé par
femeitre.
ORDONNANCE du Roi du même jour pour
régler le nombre des Officiers de fes Troupes d'Infanterie
Françoife qui auront congé par femeftre .
DECLARATION du Roi du 12
184 MERCURE DE FRANCE.
Septembre portant aliénation des Droits fur les
bois quarres à bâtir , fciage & charronage , fur
les veaux , fur la volaille , gibier , cochons de
fait , agneaux & chevreaux , fur le charbon de
bois , fur le foin , & fur le bois à brûler.
DECLARATION du Roi du 14 Septembre
, qui fixe & regle les délais des comptes
du Dixiéme à rendre par les Receveurs Généraux
des Finances & autres Comptables , pour le quar
tier d'Octobre 1741 , & années 742 , 1743 ;
1744 & 1745.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi du même
jour portant Reglement au fujet des pours
fuites ou procédures faites ou à faire par ceux
qui prétendent avoir des Droits de propriété ou
de créance à exercer fur les biens des Religionnaires
fugitifs étant en régie , & au fujet des Juges
qui en doivent connoître.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi du même
jour pour la Rectification de differentes erreurs
de noms , d'états des perfonnes , & de condi
tions des conftitutions , dans plufieurs parties de
Rentes purement viageres & de Tontine des deux
Loteries Royales établies par Edits des Mois de
Janvier & Fevrier 1743 .
ARREST du Confeil d'Etat du Roi du méme
jour portant confirmation des opérations de
la Loterie Royale , établie par Arrêt cu Confeil
du 5 Novembre 174 ;, & Reglement fur les comptes
qui doivent en être rendus par les Notaires
au Châtelet de Paris qui en ont fait la recette
particuliére,
DECEMBRE 1745. 18%
ARREST du Confeil d'Etat du Roi du mê→
me jour pour la Rectification de dix-huit parties
de Rentes des Tontines créees par Edits des mois
de Janvier & Fevrier 1743 , dans lesquelles ily
avoit erreur d'âge & de claffe .
ARREST du Confeil d'Etat du Roi du même
jour , qui modére au tiers les Droits des Trai
tes , fubvention par doublement , jauge & courtage
, anciens & nouveaux cinq fols , & courtiers
jaugeurs , fur les vins du crû de la Châtellenie
de Chantoceaux , que les hahitans d'icelle feront
paffer en Bretagne.
ORDONNANCE du Roi du 15 Sep
tembre pour défendre aux Troupes de Sa Majefté
qui entreront dans le Royaume , ou qui aue
ront ordre de paffer d'une Province dans une
autre , de fe charger d'aucunes Marchandifes , faux
fel , ni faux tabac , fur les peines y contenues.
ARREST du Conſeil d'Etat du Roi du 28
Septembre , concernant les faifies qui ont été &
feront faites à la Requête de Maurice Charvre &
de fes prépofés , fur les Tréforiers , Receveurs ,
Payeurs des gages , Fermiers , Locataires , Séqueftres
, Dépofitaires & autres Débiteurs des gages ,
rentes & autres revenus des Officiers qui ont été
ou feront compris dans les Rôles arrêtés au Conſeil
en exécution des Edits du mois de Fevrier 1745*
DECLARATION du Roi du 3 Octobre
, en interprétation de celle du 3 Décembre
174 , concernant l'entretien des Lanternes , des
Pompes & du nettoyement des rues de la Ville
de Paris.
186 MERCURE DE FRANCE.
ARREST de la Cour des Monnoies du 11
Octobre qui déclare les nommés François Duchefne
, dit Mcirand , Eliſabeth Lefevre , dite Babeth,
Jacques Leroux , dit Vernier , & Gilbert-
Gobert Dhont , düement atteints & convaincus
du crime de fabrication & expofition de faux
Louis , pour réparation de quoi les condamne à
faire amende honorable & enfuite pendus : Surfeoit
au jugement des autres accufés jufqu'après
l'exécution.
ORDONNANCE du Roi du 15 Octobre
, pour continuer de proroger pendant un an
la fufpenfion des congés d'ancienneté dans les
Troupes.
OR DONNA Ń C E du Roi du 16 Octobre
, portant creation d'un Régiment de Troupes
légeres , tant à pied qu'à cheval , fous le nom des
Fufiliers de la Morliere.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi , du 19
Octobre , qui ordonne que ceux des Officiers des
Elections & Greniers à fel qui n'auront pas payé
'dans le courant du mois d'Octobre , la moitié
des fommes pour lesquelles ils font compris aux
Rôles , feront déchûs de plein droit de tous les
honneurs , droits , émolumeus , priviléges, exemptions
& prérogatives à eux attribués , & notamment
de l'exemption de taille ; en conféquence
qu'ils y feront impofés pour l'année 1946 & les
fuivantes , comme taillables , & en cette qualité
compris aux Rôles des Villes & Paroiffes où ils
font leur réfidence : Comme auffi qu'ils demeuréront
déchûs de l'exemption de la Milice eux
DECEMBRE 1745 .
187
& leurs enfans , fdu Guet & Garde , logement
de gens de guerre , uftenfile & fourrages , & autres
charges des Villes fans aucune exception .
བ
à
ORDONNANCE de M. l'Intendant de
la Généralité de Paris du 28 Octobre , qui accorde
un nouveau délai de fix mois , compter
du premier Juillet 1745 , pour la marque des Ouvrages
de Bonneterie au métier , qui fe fabriquent
à S. Arnould & autres Paroiffes de l'Election de
Beauvais.
JUGEMENT rendu par M. le Lieutenant de
Police le 29.
DE PAR LE ROI, & M le Lieutenant
Général de Police de la Ville , Prevôté & Vicomté
de Paris , Commiffaire député du Confeil en cette
partie.
JUGEMENT au profit de Maître Dominique-
Antoine Huel Fermier du fol pour livre &
autres Droits qui fe perçoivent fur les beftiaux
vendus dans les marchés de Sceaux & de Poiffy.
Contre les nommés Prevôt & David , Marchands
Bouchers à S. Germain en Laye.
Qui déclare valable la faifie für eux faite de
cinq boeufs par eux déclarés achetés hors lefdits
marchés les condamine à la repréſentation d'iceux
, ou à payer audit Huel la fomme de cinq
cent foixante dix livres , à quoi ils ont été eftimés :
Fait défenfes auxdits Prevôt & David , & à
tous autres Bouchers d'acheter aucuns beftiaux
ailleurs que dans lefdits marchés de Sceaux &
Poiffy :
Les condamne en cinq cent livres d'amende
chacun , & aux dépens.
188 MERCURE DE FRANCE
ORDONNANCE du Roi du 31 Octo
bre , portant Reglement fur les décomptés de l'Infanterie
du premier Novembre 1745 au dernier
Avril 1746.
ORDONNANCE du Roi du premier
Novembre pour réduire le Régiment Royal-Lor .
raine à deux Batai.lons , & créer un nouveau Ré
giment de deux Bataillons , avec grand Etat- Ma→
jor , fous le titre de Royal- Barrois .
ORDONNANCE du Roi du même jour
pour régler le rang du Régiment Royal -Barrois .
ORDONNANCE du Roi du même jour
portant Reglement fur les décomptes de la Ca
valerie Françoife & Etrangère , & des Dragons
du premier Novembre 1,45 au dernier Avril
1746
***** *** *** * 394 +++ *3 #
RECAPITULATION GENERALE DES
Baptêmes, Mariages, Mortuaires,& Enfans
Trouvés de la Ville & Fauxbourgs de Paris
& de toutes les Maifons Religieufes d'Hommes
& de Filles , pendant l'Année 1744.
Moss. Baptimes . Mariages Morts Enfans
Trouvés
Janvier. • • 1548 448
1737 272
Février • 1654 716 1570 289
Mars. > 1807
88 1675
294.
Avril 1514 291 1746 251
Mai. 1470 359
1493 262
Juin
• 1499 1208
327 229
Juillet , 1416 361
1040
251
Λούτ Août... ? 1603 344 927 2211
Septembre.. 1579 378 1126
230
Octobre .. 1448 315 1077 244
Novembre .. 1399
505 1059 270
Decembre. 1381 78 1272 221
Total 18318 4210 15930 3034
Au Cimetiere des Etrangers
Dans toutes les Maifons Religieufes,
tant d'Hommes que de Filles ,
t il y a eu en l'année 1744.
Total général
Partant le
nombre des
Baptêmes de
l'année 1744
excede celui
des Morts de
Il y a eu en
1743
2113
269
16205
Baptêmes. Mariages, Morts. Enfans
Trouvé s
17873 5143 19033 3101
Le nombre Celui Celui Celui des
dés Baptêmes des Ma- des Enfans
de l'année
riages
Morts Trouvés .
1744, eft eft di- eft di- eft dimiaugmenté
de minué minué nué de
celui de 1743
de 445
de de 2828 67
833
TABL E.
PIECES FUGITIVES en Vers , & en Profe
, Epitre aux Dieux Penates
Rondeau
4
13
Saillie à M. l'Abbé d'Ale ***; en réponſe d'une
lettre envoyée à l'Auteur
Impromptu
Suite de la lettre d'un Militaire
Bouquet pour Manon M ***,
Vers à M ** . pour le jour de fa Fête
Ode Anacréontique
14
16
17
18
29
39
Suite de la Séance publique de l'Académie de
Chirurgie
Les deux Chaffeurs & le Daim , Fable
32
44
Suite de la Semonce de M. Soubeiran de Scopon 45
Suite de la Séance publique de l'Académie de
Rouen 62
Programme du Prix de la même Académie pour
1746
Vers à M. le Marquis de Gontaut
Traduction d'une piéce de Catulle
Suite & conclufion du Conte Turc
81
82
83
84
Nouvelles Littaires , des Beaux Arts &c. La Prati
que univerfelle pour la rénovation des Terriers
& c . 103
Chynie Hydraulique
105
Pelerinage du Calvaire Ibid.
Livres nouveaux fur l'Art Militaire & c. Ibid.
Livres étrangers & c . 113
La Bible gravée en 525 Planches 120
J. Viruze Danois.
123
Suites de Médailles de Bronze à vendre
Séance publique de l'Académie des Belles Lettres ,
Extrait
Explication des deux Enigmes & du Logogryphe
d'Aouft
Mots des Enigmes de Novembre
Enigme & Logogryphes
Chanfon notée
126
136
137
Ibid.
140
Spectacles. Extrait du Temple de la Gloire 141
L'Efclave nouvelle Piéce Italienne 153
Alzaide nouvelle Piéce repréſentée ſur le Théatre
François
Nouvelles de la Cour de Paris & c.
Queſtion propofée
Problême de Chymie
Prifes de Vaiffeaux
Nouvelles étrangeres , Turquie .
Ibid.
161
161
162
163
165
Extrait d'une Lettre de Conftantinople , ibid.
Autre Lettre de Conftantinople du 1 Septembre
165
Extrait d'une lettre écrite par M. Delobert 171
Arrêts Notables .
176
Recapitulation générale des Baptêmes , Mariages,
&c. de Paris en 1744. 189
Chasfon Notée doit regerder la page 1404
De l'Imprimerie de ROBUSTEL , rue do
La Calendre près le Palais , 1745.
MERCURE
DE FRANCE
DÉDIÉ AU ROI.
DECEMBRE 1745 .
SECOND VOLUME.
IGIT
UT
SPARG
LYON
DE
LA
VILLE
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER
rue S. Jacques.
Chés La Veuve PISSOT , Quai de Conty
à la defcente du Pont- Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais.
M. DCC . XLV.
Avec Approbation & Privilége dn Roi
A V IS.
L'A
ADRESSE générale du Mercure eft
à M. DE CLEVES D'ARNICOURT
rue du Champ-Flui dans la Maifon de M.
Lourdet Correcteur des Comptes au premier
étage fur le derriere entre un Perruquier & un
Serrurier à côté de l'Hôtel d'Enguien . Nous
prions très-inftamment ceux qui nous adrefferont
des Paquets par la Pofte , d'en affranchir
le port , pour nous épargner le déplaifir
de les rebuter , & à eux celui de ne
pas voir paroitre leurs ouvrages.
Les Libraires des Provinces ou des Pays
Etrangers , qui fouhaiteront avoir le Mercure
de France de la premiere main , & plus promptement
, n'auront qu'à écrire à l'adreſſe ci- deſſus.
indiquée ; on fe conformera très- exactement à
leurs intentions .
Ainfi il faudra mettre fur les adreffes à M.
de Cleves d'Arnicourt , Commis au Mercure
de France rue du Champ- Fleuri , pour rendre
à M. de la Bruere .
PRIX XXX . SOLS
MERCURE
DE FRANCE.
DÉDIÉ AU ROI.
DECEMBRE
1745 .
PIECES FUGITIVES
en Vers & en Profe .
BOUQUET à ***.
Ce Bouquet que je vous donne
Je joins un hommage affés doux ,
C'eft celui d'un coeur qui fans vous
Peut- être n'eût aimé perfonne ,
Non que déja de l'amitié
Je n'euffe éprouvé cet empire
Qui nous fait être de moitié ,
II. Vol.
A ij
4 MERCURE DE FRANCE.
}
Avec un ami qui foupire ,
Craint , jouit , efpere ou défire ,
Mais ce fentiment plus flateur
Plus intime & plus féducteur
Que le goût forme & renouvelle ,
Fenchant plus fort que les fermens ,
Penchant& toujours refpecté du tems
Qui ne le rend que plus fidéle ,
Sans vous je l'aurois ignoré ;
Même à préſent , en vérité ,
J'ignore comment il s'appelle ,
Et quelquefois je ſuis tenté
De le prendre pour cette flamme ,
Qu'Amour fçait verfer dans notre ame ,
A dire vrai , c'eſt là d'abord
Ce qu'on trouve de mieux à dire ,
Mais pourtant après quelque effort ,
Dans le fentiment qui m'infpire
On découvre un autre reffort
Moins violent mais auffi fort ,
Plus de douceur , moins de tranſport ,
De la tendreffe fans délire ,
Et toujours la raifon d'accord
Avec ce que mon coeur défire ,
Mais ce qui le diftingue mieux ,
De ces tranfports prodigieux
Qui font la gloire d'une belle ,
C'eft ue toujours il durera ,
DECEMBRE 1745 .
Et jamais ne s'affoiblira ,
Dites moi comment il s'appelle ?
LE
MADRIGAL.
E Dieu d'Amour avare en fes largeffes ,
En vous donnant le droit de tout charmer ,
Au don de plaire il borna vos richeſſes ,
Et referva pour moi celui d'aimer .
"
, Ces deux talens ont befoin l'un de l'autre
Et le meilleur s'il eft feul , ne vaut rien.
Daignez connoître enfin le prix du mien ,
Ou donnez - moi , Lucinde , un peu du vôtre .
LETTRE de M. D. G.
FAire ceffer la douleur qui vous mine
Aifé feroit à Meffer Apollon.
Carbien fçavez que docte en Médecine
Autant eft-il qu'expert en Violon ,
Mais ne croyez qu'il s'empreffe à le faire.
Si l'ignorez , tout le noeud de l'affaire
Vous débrouiller puis- je de point en point ,
Trop m'êtes cher pour vouloir vous rien taire.
Oyez ; le Dieu ne me dédira point .
Lorsque vous plaît , fans fueur & fans peine
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
Vers excellens coulent de votre veine ,
Mais ne vous plaît jamais , fors quand le mal
Au lit vous tient . Lors , certes , c'eft merveille
Comme imez ; copie , original
Egalement enchantent notre oreille ;
Mais une fois lå fanté de retour ,
Adieu Phoebus , ferviteur à la Lyre :
Le coeur , l'efprit , le corps , tout ne refpire
Que le plaifir , la pareffe , & l'amour .
Vous voilà pris . Trifte eft la conjoncture ,
Car n'espérez qu'il penfe à votre cure ,
Tant que de vous Vers exquis & nouveaux
Croira tirer ; de femblables morceaux .
Sçavez qu'il eft friand outre meſure ,
Partant ne fçais pour foulager vos maux
Remede aucun , fors que fuiviez , beau fire ,
Le mien confeil dont bien vous adviendra .
Changer vous faut votre façon d'écrire ,
Prendre la mienne , & bien puis vous prédire
Que la fanté foudain vous reviendra .
REPONSE à la Lettre précédente.
Bien
Ien avez l'art de galamment écrire ,
Et tiens pour fûr que le Roi des rimeurs
DECEMBRE. 1745.
7
Le bon Marot , ce maître du bien dire ,
Tranſmis vous a la fouveraine Lyre ,
Dont à bon droit il charmoit tous les coeurs ;
Mais à louer par trop êtes facile ,
>
Et m'ébahis comme en champ ſi ſtérile
Puiffent par vous germer fi belles fleurs
Or voyez bien que ce champ infertile ,
C'eft moi chetif , que votre Mufe habile
Sçait accoutrer des plus riches couleurs ,
Si que chacun me voyant de la forte
Ne fonge plus que je ne vau de rien ,
Et que moi- même , ou le Diable m'emporte ,
En vous lifant à peine m'en fouvien.
Vous dites donc en vos cajoleries
Que de Phoebus je ne dois espérer
De voir jamais mes fouffrances guéries ,
Tant que le mal qu'il me faut endurer ‚
Source fera de tant d'oeuvres cheries
C'eft -là le los dont vous plait m'honorer ,
Mais entre nous font- ce point mocqueries ?
Me pourriez-vous de bon jeu célébrer
Sihautement ? oui ce font joncheries ;
Or pouvez voir qu'en fait de tromperies
Ne ferai court & vous les rendrai bien .
Novice encor ne fuis en cet ufage ;
Défiez vous à donc de mon langage ;
Je vous le dis ; ne me croyez en rien
Hors en un point qui ne fera frivole ,
A iiij
8 MERCURE DE FRANCE.
Et ce point là franc comme Paladin ,
C'est quand mon coeur vous donnera parole
De vous aimer fans mefure & fans fin .
IMITATION de l'Ode VIIIe , du zer
Livre d'Horace . Quid Bellicofus , &c .
Q Ue l'Anglois jaloux nous outrage ;
Qu'il s'anime aux plus fiers combats ;
Que la guerre , que les frimats
Signalent à l'envi leur rage ,
J'attendrai fans le prevenir ,
Le fort que le Ciel me prépare ;
Jamais mon efprit ne s'égare
Dans l'abime de l'avenir.
La Nature à fes loix fidelle
N'eft qu'un cercle de changemens ;
Les jours , les faifons , & les ans ;
Tout périt & fe renouvelle.
Bien-tôt la joye & les amours
Nous fuiront d'un vol trop rapide ;
Je yois déja la Parque avide.
Filer à regret nos beaux jours .
DECEMBRE.
9 1745
Ne chargeons point notre penſée
D'inutiles & vagues foins
Qui fous le poids des faux befoins]
Accablent une ame inſenſée ;
Faifons un plus aimable choix ,
Que les plaiſirs & la molleffe
Soient l'organe que la Sageffe
Emprunte pour dicter fes loix.
Au pied de ces Plânes champêtres
Voluptueufement affis ,
Paffons à table fans foucis
Le moment dont nous fommes maîtres.
Ceignons nous des plus belles fleurs ;
Bûvons , & qu'une douce yvreffe
Par fa puiffance enchantereffe
Nous cache s'il eft des malheurs .
Que la Nayade fugitive
Qui s'égare entre ces rofeaux ,
Rafraichiffe au fein de fes eaux
De ce vin l'ardeur exceffive .
Célébrons Bacchus tour à tour ;
Qu'il foit l'ame de notre Lyre ,
Mais dans notre aimable délire
Gardons-nous d'oublier l'amour.
A Y
ΙΟ MERCURE DE FRANCE.
Viens Philis fous ce frais ombrage ;
Hâte toi du combler nos voeux ,
Laiffe flotter tes blonds cheveux
Au gré du Zéphire volage ;
Viens former les plus doux accens ;
Rivale du Dieu de la treille ,
Partage avec la bouteille
La gloire de charmer nos fens.
LA
OD E.
A Sageffe & la folie
Ne different que de nom ;
Tout eft caprice en la vie ;
Rien ne fe fait par raifon .
Dans fa freneſie auftere
Le Philofophe préfere
A la douceur des plaifirs
L'orgueil fecret & fevere
De regner fur fes defirs .
Une plus douce manie
Occupe mes heureux jours ;
A Bacchus je facrifie ,
Et plus encor aux Amours.
DECEMBRE 1745 .
II
Je n'ai d'autre fantaiſie
Que de jouir de ma vie
Tant qu'en durera le cours ;
C'eft là ma Philofophie ,
Et je veux chanter toujours ,
La Sageffe & la folie
Ne different que de nom ;
Tout eft caprice en la vie ;
Rien ne fe fait par raiſon.
EXTRAIT d'une Lettrede S. E. Mgr . le
Cardinal Quirini , au fujet du Poëme de
M. de Voltairefur la Bataille de Fontenoy
E
Piftolæ ifti Brixianis typis , quod jam
vidiftis , excufæ , ut ex Romanis additamentum
accedat , in caufa eft celebris
Volterii veftri Gallicum Poëma , quod mihi
ab Authore cum humanilinis Literis datis
die decimofeptimo Augufti proxime præteriti
tranſmiſſum , accepi , jam iter Romanum
ingreffus , in oppidulo Caſtri Novi
Veronam verfus tricefimo circiter lapide
difiti ab urbe Brixia. Avide ftatim illud evolvere
coepi , eaque lectio mirifice adeo animum
meum recreavit , ut injectam mihi fenferim
cupiditatem periculum faciendi , num
A vj
12 MERCURE DE FRANCE.
vel inter iter illud habendum aliquos ejus
Poëmatis verfus Latinis reddere valerem.
Subiti hujus experimenti teftes habeo , primo
quidem Clariffimum Sodalem noftrum
Scipionem Mafleum , cum quo , altero mei
itineris die , verfionis à me tumultuarie elaboratum
initium , pro magna quæ inter nos
intercedit ftudiorum neceflitudine ,' communicandum
duxi , deinde ipfum Volterium
cui , vix Ferrariam advectus , debitum gratiarum
officium perfolvens , meis literis eo
munere fungentibus illud ipfum initium co- .
pulavi , ratus , non alia clarius ratione à me
eidem explicari poffe , quanto in pretio habuiffem
donum , quo fueram abipfo honeftatus
. Quod autem in more mihi fit , dum
Brixia Romam pergo , & dum Roma Brixiam
revertor , literas mecum peregrinantes adhibere
, indeque novæ alicujus lucubrationis
argumentum animo verfare , atque illam , ut
primo iter abfolvi, in publicam lucem emittere
, in iis literis expofitum fuiffe reperietis ,
quas ante triennium dedi ad Cardinalem de
Fleuri , quæque tertium locum obtinent in
prima Decade Latinarum mearum Epiftolarum.
Hunc ipfum morem à me confianter
fervari , ii facilius fibi perfuadebunt , qui-
' bus innotuerit, quod de mei illius itineris ratione
nuperrime Hage Comitum vulgatum
DECEMBRE. 1745. $3
cement de
eft , nimirum ipfum à me peragi ftatis temporibus
confuevifle , en petit train de Prince,
& à pas d' Ambaffadeur , ceft-à- dire , fort doupear
de m'incommoder ; quis enim'
non videt, molliter itinerandi rationem iftam
hand ægre admittere ut mihi tempus mcduf
que fuppetant , literariam aliquamopellam
feu durn curru vehor , feu dum in diverforiis
fubfifto , concipiendi ac procreandi ? Stu
dii autem genus , quo nuperrimum iter
meum oblectavi , certo confido , oculis veftris
modo exhibitum benigne à vobis excipiendum
; quandoquidem ad bellicam Nationis
veftræ gloriam amplificandam conducat.
Conducet etiam , ut video , novis
fcommatibus Haga Comitum vulgandis
dum ftatim jactabitur eum , qui omni ope
enititur , ut paffim habeatur , le Phoenix des
beaux efprits , l'Aigle de la Theologie , le Coriphée
des Sçavans , la Perie des Prelats ,
modo fatagere , ut , hederis caput velatus ,
Poëtarum etiam choro mifceatur ; nihilque
abfuturum, quin, il ſe défole, s'abandonne à la
colere la plus impetueufe, au reffentiment le plus
vif, fi l'on voudra rabattre un peu auffi de
cette nouvelle faftuenfe idée. Noftis , ut arbitror
, intemperias , unde ifta rifu digniffima
fluxerunt. Ego vero , qui novi mecum
habitare , fatis bene , ut ad Volterium
jam fcripfi , agi mecum putabo , fiquæ Mu14
MERCURE DE FRANCE.
fa mea lufit , dum fublimis geſtarer , ea ſermone
pedeftri ceciniffe minime infimulari
poffim. At miffis jocofis quæramus feria ,
cujus modi certe eft præftantiffimum Carmen
Volterii , infcriptum , le Poëme de Fontenoy
; quod fi dixero novem calatum Mufis
Opus , nullus dubito , dicti hujufce mei plerofque
omnes Academiæ noftræ Socios fuffragatores
adfuturos. Volterii primo verfus
recitabo , deinde Latinam interpretationem
intexam , Gallicæ fcilicet Purpuræ vilem
meum pannum.
Quoi , du fiécle paffé le fameux Satyrique ,
Aura fait retentir la trompette heroique ,
Aura chanté du Rhin les bords enfanglantés ,
Ses défenfeurs mourans , fes flots épouvantés ,
Son Dieu même en fureur effrayé du paſſage ,
Cedant à nos ayeux ſon onde & fon rivage !
Et vous , quand votre Roi , dans des plaines de
fang
Voit la mort devant lui voler de rang en rang ,
Tandis que de Tournay foudroyant les murailles ,
Il fufpend les affauts pour courir aux batailles ;
Quand des bras de l'Hymen s'élançant au trépas
,
Son fils , fon digne fils , fuit de fi près fes pas ;"
Vous , heureux par fes loix, & grands par fa vaillance,
DECEMBRE 1745. 13
Français , vous garderiez un indigne filence ?
Venez le contempler aux champs de Fontenoy :
O vous , Gloire , Vertu , Déeffes de mon Rot?
Redoutable Bellone , & Minerve cherie ,
Paffion des grands coeurs , amour de la patrie ,
Pour couronner Louis prêtez - moi vos lauriers :
Enflâmez mon efprit du feu de nos guerriers
Peignez de leurs exploits une éternelle image.
» Ergo ne præteriti Satyris Mufa inclita fæcli
» Heroicæ clangore tubæ compleverit auras,
Sparfa canens Rheni atro litora fanguine, cæfofque
Ejus cuftodes , nec non vada territa , & horum
» Numen turbatum , atque furens , quod cerneret
undas ,
» Et ripas aditum Patribus permittere noftris ?
» Et vos , qui veftrum Regem fpectatis aperta
» In Loca profiliiffe , ubi cuncta cruore madef
cunt ,
» Ante ejus volitatque oculos ubi mortis imago
» Plurima , Tornaci dum muros fcilicet itu
» Sternere fulmineo aggreffus , jubet illico coep
tis
» Paullatim abfiſti , tentandaque prælia præfert ;
» Dumque una Natus fe proripit ex Hymenei
Complexu ad funus , caput objectare periclis
» Nil veritufque , terit propius veftigia Patris ,
16 MERCURE DE FRANCE.
» Ne proles indigna fuo genitore feratur ,
>> Vas , inquam , Galli , vos tanti Principis æque
» Quos magnos arma efficiunt , ac jura beatos ,
Non pudeat decora hæc tam grandia , & alta filere
?
» Fonteneis vifum in campis accedite Regem ?
» Huc adfis virtus , adfis huc gloria , Regis
» Numina quippe mei , Bellona ferox , & amica
Pallas , amor patriæ magnorum cura animorum.
» Utendas præbete , precor , veftras mihi lauros ,
» Unde queam capiti Ludovici intexere fertum .
» Noftrorum Heroum igne meam fuccendite mentem
,
Pingite & æternum horum virtutis fimulachrum.
Cura à me infumpta in primam hanc Poëmatis
partem vertendam , adeo , ut verum
fatear , animum meum titillavit , ut fingulari
ftatim defiderio incenfus fuerim ulterius
in eo labore progrediendi , imo vero , fi
fieri poffet , à capite ad calcem ejuſdem
Poëmatis verfionem conficiendi , antequam
iter abfolverem. Hæc , inquam ,. cupiditas
animum meum blande tentabat , præfertim
quod maxime mihi arrideret Volterii propofitum
in celebrandâ gentis fuæ gloriâ ,
quin exteris nationibus , adverfus quas illa
pugnaverat , ullam ignominiæ labein inurefet
. Hoc ille propofitum in Carminis fui
DECEMBRE 1745 17
Præfatione fat aperte declaravit , namque
ibi fcribit , On a peint ( loquitur de fuo Poëmate
) avec des trais vrais , mais non injurieux
les Nations dont Louis XV. a triomphé.
D'e Hungariæ vero Regina in hunc modum ,
La Reine de Hongrie , qui ajoûte tant à la
gloire de la Maifon d'Autriche , fçait combien
les Français refpectent fa perfonne & ſes vertus
, en étantforcés de la combattre. De Anglorum
virtute hæc habet. On n'a pas moins
loué la valeur & la conduite de cette Nation
&furtout on n'a cité le nom de Monfieur le Duc
de Cumberland , qu'avec l'éloge que fa magnanimité
doit attendre de tout le monde. Tandem,
On a taché que cet ouvrage fût'un monument
de la gloire du Roi , & non de la honte
des Nations dont il triomphe . Adeo æquum,
adeo fapiens Volterii propofitum , etfi novo
me ftimulo , præter Carminis illius excellen-1
tiam , invitaret , ut hanc mihi legem præfcriberem
, ne Romam ingrederer , nifi abfolutâ
totius Poëmatis verfione , artamen cur
ardor ille meus refrigefceret , in caufâ fuit
propriorum nominum eorum fcilicet ,
quorum maxime virtus enituit in pugnâ eo
Poëmate defcriptâ ) quædam veluti phalanx,
quæ fubinde meam in Mufam incurrebat ,
curantemque nomina illa unico quandoque
verfu , quod ita Poematis ftructura ferret, includere
, adeo perterrefaciebat , ac territos fuif
18 MERCURE DE FRANCE .
fe hoftes à fortiffimis iis ducibus enarrat Poëta.
Itaque ab ea cogitatione divelli coactum
me fenfi , quin tamen ejus Poëmatis lectionem
omnino dimitteren. Quare refumpto
identidem in manus libello , facile paffus
fum , ut mea Mufa modo huc modo illuc ,
nimirum quacumque ei magis libebat , exfpatiaretur.
Ea igitur recitatis modo verfibus ,
qui PoëmatisPræparationem conficiunt , haud
ægre primo novem alios adjunxit , qui eofdem
proxime , nullo fcilicet intervallo , fubfequentes
, Actionis exordium conftituunt.
Sunt autem hujufmodi .
Vous m'avez tranfporté fur ce fanglant rivage ,
J'y vois ces combattans , que vous conduisez tous :
C'est là ce fier Saxon qu'on croit né parmi nous
Maurice qui touchant à l'infernale rive ,
Rapelle pour fon Roi fon ame fugitive ,
Et qui demande à Mars dont il a la valeur ,
De vivre encor un jour & de mourir vainqueur .
Confervez , juftes Cieux , fes hautes deſtinées ,
Pour Louis & pour nous prolongez ſes années.
» Hanc , ducibus vobis , perfufam fanguine ripam
Attigi , ubi afpicio turmas , quæ veftra fequuntur
Signa , ubi Saxo ferus , noftræ quem ftirpis alumnum
DECEMBRE 1745 19
»Dixeris , infernas jam jam ceffurus ad umbras ,
» Mauritius , Regis caufâ , revocat fugientem
ל כ
Jam jam animum , Martemque rogat , cujus
vigor illi ,
» Addatur lux una fibi , victorque recedat.
>> Dî jufti , fervate hominis fublimia fata ,
» Sitque diu Regis , noftrûmque ad commoda
fofpes.
Mox vero Actionem ipfam difcribit
Poëta , tres videlicet ob oculos ponit aggref
fiones , & in eis edita egregia virtutis tam à
Gallis , quam ab hoftibus argumenta , debitâ
cum laude concelebrat , recenfetque
quotquot fortiffime pugnantes occubuerunt :
ac poftea devolvitur ad potiffimum ejufdem
Actionis caput , fcilicet ad repræfentandum
Regem Ludovicum , ejufque Filium manifefto
vite difcrimini expofitos , remque
ita narrat :
Le feu qui fe déploye , & qui dans fon paffage
S'anime en dévorant l'aliment de fa rage ,
Les torrens debordés dans l'horreur des hyvers ,
Le flux impetueux des menaçantes mers ,
Ont un cours moins rapide , ont moins de violence,
Que l'épais bataillon qui contre nous s'avance,
Qui triomphe en marchant , qui le fer à la main
A travers les mourans s'ouvre un large chemin ;
to MERCURE DE FRANCE.
Rien n'a pu l'arrêter ; Mars pour lui fe déclare ;
Le Roi voit le malheur , le brave & le repare :
Son fils, fon feul efpoir ... Ah! cher Prince, arrétez;
Où portez vous ainfi vos pas precipités !
Confervez cette vie au monde néceffaire .
Louis craint pour fon fils , le fils craint pour fon
pere ;
Nos guerriers tout fanglans fremiffent pour tous
deux ,
Seul mouvement d'effroi dans ces coeurs gené-`
reux .
» Non ita qui late fefe explicat ignis , ubique
» Dum ferpens vires acquirit , cuncta voratque
» Quæ fatis apta fuo dederint alimenta furori ,
Non adeo torrens brumâ horrefcente per agros
» Qui ruit , irato pelago contingere fuevit
» Non ita qui fluxus , non hæc , inquam omnia curfu
Tam rapido volvuntur , & impete tam violento ,
Ac denfum adverfus nos quod fe exporrigit ag
men ,
Nam procedit ovans , & ei manus horrida ferro
» Largum pandit iter per corpora tradita morti ;-
» Nil obftare ipfi valuit , Mar's totus eidem
» Jam favet ; inde inftare fuis difcrimen apertum
» Rex videt , objurgatque illud , fortifque repellit.
Natus , fpes ipfi unica ... Care , o tu , quid agis
mi
Princeps ? Præcipitem quo te ducit tuus ardor ?
DECEMBRE. 1745. 21
Vitam orbi ferva , quam fervari eft opus orbi.
» Pro Nato Lodoix pavet , æque , & pro patre Natus
.
» At noftri Heroes madidi undique fanguine , fortera
1
Amborum veriti , trepidantque , fremuntque ;
pavoris
» Hic generofa unus pertentat pectora motus.
Mox autem fermone converſo ad ea militiæ
corpora , quæ conftituunt , quam abfque
ulla aliâ imagine Poëta appellavit , La Mai-
Jon du Roi , ita ipfa affatur.
Vous qui gardez mon Roi , vous qui vangez la
France ,
Vous , peuple de Heros , dont la foule s'avance ,
Accourez; c'eft à vous de fixer les deftins .
Louis , fon fils , l'Etat , l'Europe eft en vos
mains ,
Maifon du Roi marchez , affûrez la victoire.
>> Tu Regis cuftos , Regni tuque inclyta vindex ,
» Tu gens Heroum , cujus jam tendit in hoftes
» Turba , celer properato , tuum eft modo figere
fata.
Jam Lodoix , Natufque ejus , res publica , tota
> In manibufque tuis Europa eft ; exere robur ,
Quo polles invicta acies , pugna , atque triumpha,
22 MERCURE DE FRANCE.
Suis hujufmodi votis quomodo fauftus
eventus refponderit , pluribus verfibus profequitur
Poëta ; ac demum primo Noallium
compellat , eumque hortatur , ut milites
fuos jam fanguine expletos , jam cædibus
exfaturatos , triumphantes reducat , deinde
quotquot in eo triumpho egregiam ! audem
retulerant , alloquitur , totique Peomati
finem imponit.
Français , heureux Français , peuple doux & terrible
,
C'eft peu qu'en vous guidant Louis foit invincible ,
C'eft peu que le front calme , & la mort dans les
mains
Ilait lancé la foudre avec des yeux fereins ;
C'eft peu d'ètre vainqueur , il eft modefte & ten,
dre ,
11 honore de pleurs le fang qu'il vit répandre ;
Entouré des Héros , qui fuivirent fes pas ,
Il prodigue l'éloge & ne le reçoit pas ;
Il veille fur des jours hazardés pour lui plaire ,
Le Monarque est un homme , & le vainqueur un
pere :
Ces captifs tout fanglans portés par nos foldats
Par leur main triomphante arrachés au trépas ,
Après ces jours de fang , d'horreur & de furie ,
Ainfi qu'en leurs foyers , au fein de leur patrie ,
Des plus tendres bienfaits éprouvent les douceurs ,
DECEMBRE 1745 . 23
Confolés , fecourus , fervis par leurs vainqueurs,
Ograndeur verital le ! ô victoire nouvelle !
Eh! quel coeur ulceré d'une haine cruelle ,
Quel farouche ennemi peut n'aimer pas mon Roi ,
Et ne pas fouhaiter d'être né fous fa loi !
11 étendra fon bras , il calmera l'Empire :
Deja Vienne ſe tait , déja Londres l'admire :
La Baviere confufe au bruit de fes exploits ,
Gémit d'avoir quitté le protecteur des Rois ;
Naple eft en fûreté , la Sardaigne en allarmes :
Tous les Rois de fon fang triomphent par fer ars
mes ,
Et de l'Ebre à la Seine en tous lieux on entend ,
LE PLUS AIME' DES ROIS , EST AUSSI LE PLUS
GRAND .
Ah ! qu'on ajoûte encor à ce titre fuprême
Ce nom fi cher au monde & fi cher à lui- même
Ce prix de fes vertus qui manque à fa valeur ,
Ce titre augufte , & faint de Pacificateur !
Que de fes jours fi beaux , de qui nos jours dépen
dent ,
La courfe foit tranquille , & les bornes s'étendent .
Ramenez ce Heros , ô vous qui l'imitez !
Guerriers , qu'il vit combatre , & vaincre à fes
côtés ;
Les palmes dans les mains nos peuples vous atten
dent ;
Nos coeurs volent vers vous , nos regards you
demandent :
1
24 MERCURE DE FRANCE,
1
Vos meres . vos enfans , à vos defirs rendus ,
De vos perils paffés encor tout éperdus ,
Vont baigner dans l'excès d'une ardente allegreſſe ,
Vos fronts victorieux de larmes de tendreffe .
Accourez , recevez à votre heureux retour
Le prix de la Vertu prefenté par l'Amour,
Galli , felices Galli , gens blanda , feroxque ,
Haud fatis eft , vos ducentem invictum Ludovicum
» Sepreftare , fatis non eft , quod fulgeat ipfi
→ Frons tranquilla , manu dum funera verfat utrâque
,
> Eft viciile parum , lenem afpicis atque modeftum.
Flens decorat fpargi quem viderat ante cruorem ,
» Heroumque choro , fualqui veftigia fidi
>> Prefferunt , cinctus , laudes effundit in omnes ,
Quas refugit , vigil infpicit atque dies , quibus
illi ?
Unde ipfi placeant , vitæ fubiere pericla.
Rex hominem præfert , præfert victorque parentem
.
Captivi hi , nofter quos tinctos fanguine miles
Abducit , raptos vitirici è funere dextrâ ,
» Poft necis , horrorifque dies , dirique furoris
In fua ceu tecta , in patriam veluti atque recepti
Suavis plena officia experiuntur amoris ;
» Nam folamen , fubfidium ipfis ; fervitiumque
כ כ
Præftant
DECEMBRE.. 1745 .
25
» Præftant victores Animi o præftanti ♫ vera!
» O nova quæ fequitur victoria ! faucius unquam .
Quis tam odio pectus crudeli , quifnam tam ferus
hoftis ,
» Profequi amore meum Regem detrectet ? In
auras
» Subjectum fe legi ejus prodiffe nec optet ?
כ כ
"
>> Brachium is extendet , pacem dabit Impericque ,
»Jamque Vienna filet , jamque admiratur eundem
» Londinum , Bavarufque ftupens tam fortia gefta ,
» Tutorem dolet , atque gemit fe deferuiffe
» Regum , tuta eft Parthenope , Sardus timet ,
atque
» Quotquot funt Reges ex ejus fanguine creti
» Illius armorum cuncti virtute triumphant ;
>> Ac unam refonant vocem loca quælibet inter
>> Sequanam , Iberumque , Is REGUM QUI MA◄
XIME AMATUR ,
>> MAXIMUS EST ETIAM REGUM . O utinam !
ifti
» Addatur titulo fupremo hoc nomen , & orbi
» Carum adeo , Regique ipfi , Regis virtutum
» Hoc pretium , fortis bellator quo caret uno ,
» Auguftus titulus fanétufque , unde indigitetur
>> PACIFICATOR ; & hæc tam pulchra & utinam !
fluat illi
Et placida , & longa ætas , fors noftræ ipfa fu-
Cura.
IIVol. B
26 MERCURE DE FRANCE.
ככ
Eja ergo , hunc Heroa reducite , quotquot eundem
Laus præclara imitari eft , quotquot fcilicet ipfe
» Stare fuum ad latus , & pugnare , & vincere
vidit.
» Vos populi expectant , quorum fert dextera pal
mas ,
» Ad vos corda volant jam noftra , avidique re
pofcunt
» Vos noftri obtutus , votis jam reddita veftris
» Matrum , Natorumque cohors , licet ipfa periclis
» Præteritis horrefcat adhuc , ardore repente
» Lætitiæ immodica flagrans , victricia veftra
» Geftiet ora fuis teneris perfundere guttis .
» Faufto , inquam , reditu huc properate , ac fumite
cuncti
Virtutis pretium , quod amor perfolvere novit,
DECEMBRE , 1745.
27
LETTRE de M. Piftoye Avocat au
Parlement de Provence à M. Dandré
Bardon au fujet de la mort de M. Wanloa
Profeffeur en l'Académie Royale de Peintur
& Sculpture &c. decedé à Aix en Proance
le 20 Septembre 1745 .
MONSI ONSIEUR ,
L'intérêt que nous prenions à la fanté do
M. Wanloo , m'a porté à vous en donner
des nouvelles pendant votre abſence. Je
vous ai tenu long- tems entre la crainte &
l'efpérance , mais il eft inutile de vous flater
; ce grand homme eft mort. Il avoit envain
preferé fa patrie pour y rétablir une
fanté que de grandes occupations en Angleterre
avoient entierement affoiblie : il femble
n'avoir pris cette fage précaution que
pour rendre à fa patrie les jours qu'il en
reçus .
avoit
La République de la Peinture tremblan
te fur le fort d'un de fes plus grands fajets ,
avoit depuis un tems les yeux fixés fur notre
Ville. Qu'y voit- elle aujourd'hui ? Celui qui
en faifoit un des principaux ornemens , n'eft
Bij
18 MERCURE DE FRANCE,
plus que l'objet de nos regrets. Une époule
l'exemple des femmes y pleure un mari
complaifant ; fes enfans dignes héritiers de
fon nom & de fes talens y regrettent un
pere tendre ; fes amis , un homme véritablement
né pour la fociété ; la Peinture un
de fes plus brillants appuis , & la Nation , un
Citoyen illuftre qui le rendoit admirable
aux yeux de l'Univers . Je ne vous peindrai
point les qualités du coeur de cet hemme célebre
. Doué yous même- de talens auffi rares
qu'ils font rarement réunis dans un mê-,
me fujet, vous étiez fon ami depuis très longtems
. Officier de la même Academie , vous
avez fouvent travaillé à fes côtés . Eleve des
plus grands Maîtres , vous m'avez ſouvent
avoué que vous l'aviez toujours regardé comme
un parfait modéle. Qui mérite mieux
nos éloges que lui , & qui peut mieux lui
rendre juftice que vous ? Je partage voș
peines , & fuis &c .
A Aix le 20 Septembre 1745 .
DECEMBRE . 1745. 29
REPONSE de M. Dandré Bardon
la Lettre précédente.
MONSIEUR ,
J'apprens avec douleur la mort du grand
Wanloo. Je me fuis toujours flaté ſur fa maladie;
je m'imaginois que le Ciel feroit un miracle
en faveur d'un de ces hommes que les
fiécles reproduisent à peine , & qu'il nous
le conferveroit jufqu'à ce que la foibleffe
de l'âge lui fit tomber le pinceau des mains.
Je perds en lui un véritable ami & un des
p'us excellens modéles dans l'Art que je
cheris & dont il m'avoit , pour ainsi dire ,
applani les fentiers , en ranimant par la vi
vacité de fon génie les foibles étincelles du
mien . Je n'ajoute rien à l'idée que vous
avez des rares qualités de fon coeur ; je doute
même qu'on puiffe le peindre avec des
traits plus vrais que ceux dont vous vous fervez
à fon égard & vous me rendez véritablement
juftice , en penfant qu'il n'eſt
perfonne au monde qui en rende plus à
fon mérite que moi ; auffi perfonne n'a- t-il
Bij
30 MERCURE
DE FRANCE.
été plus fenfible à fa perte. J'ai l'honneur
d'être très-parfaitement , Monfieur , & c.
.... le 22 Septembre 1745 .
IMITATION de la deuxième des
Epodes d'Horace . Beatus ille & c.
HEureux qui fuyant de la Ville
Abjure tout engagement ,
Et dans le fein de fon azyle
Ne vit que pour lui feulement!
*****
De la Trompette fanguinaire
Il mépriſe la fiere voix ,
De la Fortune mercenaire
11 ignore les dures Loix.
炒鮮
Il rit du frivole avantage
Dont le courtiſan eft épris ;
Et l'intrigue au double viſage
N'obtient de lui que des mépris,
Fidéle aux loix de la Nature ,
Seule elle fait tous ſes plaifirs ;
Et fes befoins font la meſure
DECEMBRE
1745 .
De fes goûts & de fes defirs.
022
Tantôt à fa vigne naiffante
Il unit de jeunes ormeaux
Tantot d'une main bienfaifante
Il en élague les rameaux .
菜蒜
Taitôt à l'ombre de la treille
Îl
Il conpte fes troupeaux
naiffans;
Il fere les dons de l'abeille ;
İl told fes agneaux bondiffants.
Lorfque Pomone , en fes contrées
Anûri fes dons precieux ,
Ilcharge fes mains épurées
De premices qu'il offre aux Dieux .
*
Sous un vieux cheſne il ſçait attendre
Le déclin du brulant Soleil ,
Puis fur un gazon frais & tendre
Il va chercher un doux fommeil .
*
Alors mille rivaux d'Orphée ,
Fardeau leger des arbriffeaux ,
S'uniffent, pour hâter Morphée ,
Au gafouillement des ruiffeaux .
Quand la Nature pâlilante ,
B iiij
-32 MERCURE DE FRANCE.
Perd ſes attraits & nos plaiſirs ,
La Terre feche & languiffante
Peut encor charmer fes loifirs .
,
L'appas d'une amorce traitreffe
Trompant les crédules oifeaux
Les victimes de fon adreffe
Peuplent à l'envi fes réſeaux .
>
Envain par une prompte fuite
Le Cerf ſe dérobe au trépas
Une auffi légére pourfuite
Fait voler la mort fur fes pas.
Parmi tant de plaiſirs tranquiles ,
Qui fe remplacent tour à tour ,
L'heureux maître de ces afiles
Ignore jufqu'au nom d'Amour .
熊
Si le Dieu d'Hymen à fes chaines
Affervit ce paifible coeur ,
C'eft fans en connoître les peines
Qu'il en éprouve la douceur.
Ignorante dans l'art de feindre ,
Bornée à d'innocens plaiſirs ,
Sa compagne fans fe contraindre
Previent fans ceffe fes défirs .
DECEMBRE 1745. 33
D'une main foigneufe elle étale
Les doux mets qu'a profcrit Plutus,
Et dont l'abondance frugale
Retrace l'âge des Vertus .
諾
Elle fçait verfer avec grace
Un vin rare & délicieux ,
Que l'heureux fecours de la glace
Rend par fes foins plus précieux .
Sans ceffe régné à cette table ,
Parmi des mets peu fomptueux ,
Cette liberté délectable
Qui fuit les repas faftueux .
Qu'il eft doux de voir fur la brune
Rentrer fon troupeau gras & fain ,
De pouvoir au clair de la Lune
Le compter le verre à la main!
器
Dans cette heureufe folitude
Tout refpire la volupté ;
L'efprit eft fans inquiétude ,
Et le coeur eft en liberté.
Tels font les biens dont la retraite
Nous laiffe recueillir le fruit
Mais le vulgaire les regrette ,
Et le fage feul en jouit.
;
BY
34 MERCURE DE FRANCE
T
ats ats
પંડ ક as ats
EPITREfur l'Amitié à M. D. M.
Charmant Rimeur , aimable Myſantrope ,
Plus raisonnable & plus fage que Pope ,
Reçois ces Vers foibles & négligés ,
Trop aisément fous ma plume arrangés ,
Par qui je veux , te peignant à toi même ,
Te faire voir à quels titres je t'aime ,
Et parvenir en traçant tes vertus .
S'il eft poffible à t'aimer encor plus :
Qu'avec raifon ennemi de la feinte ,
Ton efprit ferme a banni la contrainte
De ces dehors , moins civils qu'affomans ,
Vernis d'un coeur vuide de fentimens !
L'hypocrifie en amena l'uſage ;
Talent des fots , elle eft l'horreur du fage ,
De la Verturle fantôme emprunté ,
A chaque inftant trahit la fauffeté .
Un hypocrite en fes vertus poftiches ,
Du vrai mérite étalant les affiches ,
Obtient bientôt du public détrompé
La jufte horreur de l'art qui l'a dupé .
Que je méprife un flateur mercenaire,
En amitié puniffable fauffaire
DECEMBRE 1745. 35
Qui redoublant fes fades complimens ,
Croit s'acquerir à force de fermens
De bas refpects , de lâche complaifance
Un jufte droit à ma reconnoiffance !
Près du patron que fa langue applaudit
Et que fon coeur peut- être au fond maudit
L'adulateur prodiguant l'hyperbole ,
Brule un encens qui fait rougir l'Idole ,
Si quelqu'un fçait rougir d'être flaté ;
On ne rougit que de la vérité ,
Et le faquin dont l'hommage fe loue
Ne manque pas d'un faquin qui l'avoue :
Craignons , ami , ce déteftable miel ,
Mais avec foin fuyons auffi ce fiel ,
Quefur les traits de fa langue cauftique
A pleines mains répand l'apre critique.
Je n'aime point un Confeiller hargneux ,
Obfervateur chagrin & dédaigneux ;
De mes défauts microfcope incommode,
Quim'eftimant , & m'aimant à fa mode ,
Pour m'éclairer me brule fans pitié ,
Et me déchire à force d'amitié .
Dans ces écueils prudente, autant que libre ,
La Vertu tient le fage en équilibre :
Un bon ami fincere & vertueux
N'avilit point fon air affectueux
Par le fatras d'un éloge burlesque ,
Et fans s'armer d'un courroux pédantefque
B vi
36 MERCURE DE FRANCE.
Sçait , ménageant un trop foible cerveau ,
De la raifon gouverner le flambeau
Des paffions il excuſe l'yvreffe ,
1 ;
Et pardonnant ce qui n'eft que foibleſſe ,
Au vice feul que fans ceffe il pourfuit ,
Montre avec foin la lumiere qu'il fuit.
Tel un Roi jufte ennemi des entraves ,
Où le Tyran fait gémir fes efclaves ,
Veut feulement fes fujets vertueux ,
Sans oublier qu'il eft homme comme eux.
Afes projets fes peuples applaudiffent ,
D'éloges vrais tous les lieux retentiffent ;
On le cherit , & fon aimable aſpect ,
Dans tous les coeurs joint l'amour au respect.
Tel un ami compatiffant & tendre ,
Sçait pardonner plus fouvent que reprendre ;
Toujours heureux ; il jouit à fon tour
Des droits charmans d'un mutuel retour.
DECEMBRE 1745. 37
LE
MADRIGAL.
A IS SE.
E févére refpect , l'impatient amour ,
Sur mon ame
Dominent tour à tour ;
L'un veut , charmante Iffé , que je cache ma flâme ,
L'autre me preffe à vous la découvrir ;
J
De ces deux fiers Rivaux quelle fécrette guerre
N'ai-je pas à fouffrir !
Des décrets du Dieu de Cythere ,
Mon coeur envain s'éforce d'appeller ,
Quand fur mes fens troublés j'aurois tant de puiffance
,
Que de forcer ma bouche à garder le filence ,
Puis-je dans des tranfports dont l'ardeur vous
offenſe ,
Empêcher mes yeux de parler ?
Par M. Gaudet.
18 MERCURE DE FRANCE.
BILLET du même à Madame ***.
D'Es que l'Aurore matinale
Sortira des bras de Céphale
Demain je volerai chés vous ;
Mais pour une raifon preffanté ,
Raifon à déduire entre nous ,
Aimable & fenfible Amarante •
Tâchez pour un inftant d'éloigner votre époux.
LETTRE écrite à M.D. I.. B. Auteur du
Mercure par M. l'Abbé le Beuf, au sujet
d'une nouvelle Differtation où il eſt cité.
M
On deffein n'eft pas , Monfieur , de
faire un long écrit au fujet de la Bataille
que nos Hiftoriens de France difent
avoir été donnée dans le Soiffonnois l'an
593. Je connois plufieurs perfonnes qui
ont travaillé à en défigner la pofition , &
moi-même ſi j'avois continué d'être dans
la fituation d'écrire pour le prix de l'Académie
de Soiffons , je me ferois fait un plaifir
de mettre en oeuvre les materiaux que j'avois
DECEMBRE 1745. 39
ramaffés pour cela dès le tems que je voya
geois dans le Spiffonnois avec le deffein
d'en éclaircir l'Hiftoire . Mais ce qui m'o
blige de dire un mot touchant cette Bataille ,
eft l'Ecrit de M. de Longuemare à qui l'Académie
de Soiffons a adjugé le prix l'année
derniere & qui ne fait que de paroître. Cet
Auteurrépondant à l'une des questions propofées
par cette Académie en ces termes :
Quel eft le lieu nommé Truccia ou Trucciago
dans le Pays Soiffonnois où fe livra la Bataelle
entre Fredegonde & les Géneraux de
Childebert : rapporte ce qu'en a écrit M. de
Valois en cinq ou fix lignes , & ajoûte que
le Pere Daniel eft d'avis que ce lieu eft
Troucy fur la petite riviere de Delerte .
puis il continue ainfi : M. le Beuf dit au
contraire d'après Dormay que c'eft Troiffyfitue
au-delà de la Marne à une lieue de Dormans.
Il fembleroit peut - être , que j'aurois cidevant
publié une differtation ou un mémoire
fur le lieu de cette Bataille , fi je ne
mettois ici en évidence la citation que M.
de Longuemare a faite de ce que j'en ai dit :
le renvoi qu'il y a en marge regarde un
mot de ma differtation de l'an 1741 page
12 de l'Edition de Soiffons. J'y dis qu'on vit
Frédegonde aller en perfonne à la guerre
y porter fon fils Clotaire II. qui n'avoit
que huit ou neuf ans . La note marginale qui
&
40 MERCURE DE FRANCE.
explique de quelle guerre je veux parler eft
conçue en ces deux lignes feulement : Guerre
de Troiffy faite en 563 , où elle battit les
Auftrafiens felon l'Auteur du Gefta Francorum
.
Je puis demander à M. de Longuemare
en quel endroit j'ai défigné Troiffy comme
fitué au-delà de la Marne à une lieue de Dormans
; fi c'est dans l'Edition qui a été faite à
Paris de la même Differtation , il peut hardiment
l'indiquer : mais c'eft ce que je n'ai
fait nulle part & que j'étois bien éloigné de
faire alors . C'eût été déclarer mon fentiment
fur un point que je prevoyois bien devoir
être un jour propofé, Si j'avois mis Guerre de
Troiffy c'eft comme fi j'avois employé le
mot Trucciacum : & afin d'éviter ce mot
Latin j'en ai employé un qui paroiffoit le
moins alteré , en attendant l'occafion de pubier
les materiaux que j'avois pour éclaircir
ce point d'Hiftoire. Un Ecrivain qui ne
parle d'une chofe qu'en paffant n'est pas
obligé de tout dire.
M. de Longuemare fçaura donc , s'il lui
plait , que felon ma coutume je n'ai jamais
entrepris de rien écrire fur le Soiffonnois
que je n'euffe vû auparavant les lieux , &
que je ne me fuis jamais contenté de regarder
fimplement fur les cartes de ce Pays-là
quels pouvoient étre les noms approchants
DECEMBRE 1745. 41
de ce qu'on fouhaitoit fçavoir & fixer : mais
qu'avant de rien affùrer pofitivement , je me
fuis tranfporté dans lesVillages ou Bourgs fur
lefquels j'avois quelques vûes. Auffi preant
les devants dès l'an 1742 au mois de
uin, pendant le féjour que je fis à Soiffons
la Fête Dieu & à la Fête Patronale de S.
Gervais , à la quelle Meffieurs les Vénéra
bles du Chapitre me firent l'honneur de
m'affocier Canonicalement parmi eux , j'allai
à Droiffy & à Muret pour voir ſi j'y trou
verois dequoi infirmer ou fortifier le pref
fentiment que j'avois , que c'étoit en ce lieu
que les Auftrafiens avoient été furpris & battus
par les troupes de Fredegonde . N'étoit- il
pas naturel que je penfaffe que ce n'étoit pas
ailleurs que fe fit le carnage en conféquence
du ftratagême marqué dans l'Hiftoire ,
puifque de Braine à l'ancien territoire de
Droifly il n'y a que trois à quatre lieues ?
D'abord il fe trouve une très- grande conformité
de nom ; car le T & le D font deux
lettres qui procédent du même organe. Secondement
ce lieu eft dans le voifinage de
Braines , & il y a un chemin très- facile &
fans aucune riviere ; en troifiéme lieu on
trouve proche Droiffy ( ou Droify . ) en tirant
vers Braine , & fur le territoire de Muret
ancien démembrement de Droiffy , le
refte d'un retranchement qui avoit été là ,
41 MERCURE DE FRANCE.
il étoit à la vérité déja prefque tout applani
& recouvert lorfque je le vis dans le clos du
Château , mais cependant il étoit encore
affés reconnoiffable pour laifler à penser que
les Auftrafiens y avoient campé , & peutêtre
même les Romains avant eux.
Si M. de Longuemarre pouvoit s'imaginer
que j'invente ces faits , & que je n'ai été ni à
Droiffy ni à Muret , qui y eft contigu , je
pourrois lui citer les perfonnes qui m'y ont
vû & avec qui je converfai ; au lieu que je
le défie de produire perfonne qui m'ait jamais
vû à Troiffy proche Dormans , puifque
véritablement je n'y ai jamais été , ni
n'en ai eu la penſée , & qu'il auroit fallu que
j'euffe été hors du bon fens pour conjecturer
que le Trucciacum en queftion fut à dix
lieues de Braine , comme l'eft celui-là .
Je prie donc M. de Longuemare lorſqu'il
me fera l'honneur de me citer , de ne me
faire dire que ce que j'ai dit , fans alonger ni
broder mes expreffions géographiques pour
avoir occafion de les refuter. Je l'exhorterois
même fi fes occupations le lui permet
toient , de ſe mettre en état de décider plus
ponctuellement qu'il n'a fait fur les lieux des
Batailles , & de ne pas tant propofer ce
qu'il na vû que fur les cartes , pour ch ifir
au bout du compte le lieu qui parole
moins vraisemblable du côté de la denominaDECEMBRE
1745 . 43
tion : car qui pourroit fe douter que Tructiacum
ait formé Bruil ? A-t- on jamais vû le
Tfe changer en B? La Nature feule fait fentir
que ces deux lettres ne procédent pas du même
organe.Pour moi je perfevére dans le fen
timent que j'avois embraffé dès l'an 1739 &
dans lequel je me confirmai en 1740 , fçavoir
, que par Troiffy , Trucciacum , il faut
entendre Droiffy , Paroiffe à cinq lieues ou
environ de Soiffons du côté du midi , dont le
territoire comprenoit originairement les val
lons de Muret dont le Château a donné an
ciennement occcafion à l'érection d'une fe
conde Paroiffe. Je ne fçais pas fi c'étoit là
le Troiffy dont Dormai a voulu parler.
Je n'ofe pas lui imputer le fentiment que M.
de Longuemare lui attribue d'avoir eu en vûe
Troiffy voifin de Dormans ; mais je croirai
plus volontiers qu'il entendoit par Troify,
le mêmeVillage de Droifly dont j'ai parlé,lequel
avec Bufancy, Chacrife , Nanteuil fous
Muret & Muret , renferme une vafte campagne
propre à fervir de Champ de Bataille.
Fredegonde & fes Capitaines qui employérent
le ftratagême du port de branches
d'arbres avoient fans doute refléchi fur la fituation
du lieu où les troupes Auftrafiennes
& Bourguignones étoient campées , car elle
fe trouvoit fort avantageuſe pour la réuffite
du ftratagême. Braine étant précisément à
44 MERCURE DE FRANCE.
l'orient de ce lieu , les gardes de l'armée
dormante , qui étoient foit à Muret , foit à
Droiffy durent appercevoir plus facilement
à la faveur de l'aurore qui étoit au
dos de l'armée marchante , l'efpéce de forêt
, ou au moins de bois taillis que la quan
tité infinie de branches portées par les
Soldats dut figurer. Il faut être dans le Pays ,
comme je m'y tranfporte actuellement d'imagination
après l'avoir vu , pour en juger
de la même maniere que je fais . J'exhorte M.
de Longuemare à s'y tranfporter réellement ;
& il fera convaincu par fes yeux que de
Braine où j'ai auffi été , jufqu'au Champ de
Bataille qui avoit été indiqué entre Chacrife
, Muret & Droiffy : la route étoit
très pratiquable dans les plus courtes nuits
de l'Eté,
Au refte fi je parois fupporter avec déplaifir
qu'on m'ait cité d'une maniere nfidelle
, ce n'eft pas que je me regarde comme
infaillible. A Dieu ne plaife que j'aye une
telle préfomption : je fuis en état de faire des
fautes comme plufieurs autres Ecrivains , &
furtout des fautes d'inadvertance en matiere
de généalogie . Mais quant à celles des lieux fur
lefquels j'écris ex profeſſo , je tâche de les éviter
foigneufement. Je n'aurois rien dit à M.
de Longuemare , fi par exemple il avoit relevé
dans la même differtation de 1741 où
1
DECEMBRE. 1745. 45
il m'attaque , la faute d'inadvertance que
j'ai commife en mettant pour nominatif d'une
phrafe le pere pour l'oncle , & par une
fuite néceffaire en qualifiant de fils celui
qui n'étoit que neveu . Perfonne ne s'eſt
apperçu de cette faute , parce qu'elle n'influe
point dans la matiere qui étoit propofée
, le fond du fujet étant également vrai
foit qu'il s'agiffe de fils ou de neveu : je
ne rougis point cependant de l'avouer au
public,parce que je m'en fuis apperçu le premier.
Je l'ai corrigée de la main dans quelques
exemplaires ; & furement elle ne l'étoit
point dans celui que M. de Longuemare
a eu entre fes mains. Je fuis Monfieur
&c.
A Paris ce 25 Aouft.
46 MERCURE DE FRANCE
KKKKKKKKKKE:*
EPITRE à Monfieur de Fontenelle
de l'Académie Françoife , de l'Académie
Royale des Infcriptions & Belles Lettres ,
de l'Académie Royale des Sciences , & de
la Societé Royale de Londres.
GRand Fontenelle , honneur du nom François ,
Daigne un moment à ma timide voix
Prêter l'oreille , & d'un apprentif fage
Reçois les voeux & le fincere hommage.
De la beauté de tes rares Ecrits ,
En les lifant je fus d'abord épris,
J'y fçûs puifer ce goût pour l'évidence ,
Pour les Beaux Arts ; fur-tout pour la Science ;
J'y fçûs puifer ces heureux fentimens ,
D'une belle ame auguftes mouvemens .
Partout on t'aime , & ta gloire eft complette,
Le Philofophe , & l'homme , & le Poëte ,
Tout plaît en toi ; dans tes divines mains ,
Tout devient or pour le bien des humains ..
Amant zélé de la philofophie ,
Seule elle fait le bonheur de ma vie.
Oui , fur tes pas mon efprit reflexif
Sur chaque objet porte un oeil attentif :
Un rien le fixe, A tout homme qui penſe ,
DECEMBRE. 1745 . 47
Le vafte champ de la Nature immenfe
Offre un fpectacle & fublime & pompeux.
11 va faifir l'Enigme ingenieux
De fes refforts : d'une main fare & jufte
Il fçait ouvrir fon fanctuaire augufte ;
De chaque ouvrage admirant le deffein
Il reconnoît partout le fceau Divin .
L'efprit bientôt dédaigne la matiere ,
De fa prifon il franchit la barriere ,
Et fortement rempli de fon objet
Depouille alors tout fentiment abject ,
Que j'aime à voir un hardi Newtonifte ( 1
Suivre avec foin la Nature à la pifte ,
Et recherchant la caufe par l'effet
Ofer enfin la prendre fur lefait,,
J'aime à te voir vers la Celefte cîme ( 4)
Avec vigueur prendre un effor fublime ,
Et parcourir dans le vafte univers
Tes tourbillons & es mondes divers .
De ces grands corps ton vigoureux génie
(1 ) On veut parler ici des fameufes experiences
de Newton fur la lumiere , & fur les couleurs ,
fur quoi l'on peut confulter fon Optique ou Traité de
la Lumiere des Couleurs ; fruit de 30 années d'experience
, Ouvrage que l'Auteur n'a pas achevé parceque
des experiences dont il avoit encore befoin ,
furent interrompues, & qu'il n'a pû les reprendre ;
cet ouvrage vit le jour en 1704.
( 2 ) Tout le monde connoît l'excellent Livre de
La Pluralité des Mondes.
18 MERCURE DE FRANCE,
Va mefurer la carriere infinie ,
De leur viteffe examiner les loix ,
Fixer leur cours , déterminer leur poids ,
Et confultant la Nature elle-même
Bâtir du tout l'harmonique fyftême :
Déja des bords dè l'abîme profond , ( 1 )
Qu'ouvrit Leibnitz , où penetra Newton
Vers l'infini , ton ame auloin guidée
A la Raifon en a foumis l'idée,
Tu le voulus , & docile à ta voix
De ton calcul il reconnut les loix.
Que tu fçais bien , dans un tableau fincére
Du coeur humain dévoilant le myſtêre ,
Peindre à nos yeux fes Méandres divers
Et dans leur fource éclairer nos travers !
( 1 ) Pour peu qu'on foit au fait des Anecdotes
Mathématiques , on fçait les guerres qu'excita l'invention
du Calcul differentiel. M. Leibnitz fi connu
dans prefque tous les genres de Litterature fut le
premier qui parla fur une matiere qui n'avoit pas
encore été maniée par les Géométres .
Il donna en 1684 dans les Alta Eruditorum de
Leipfick fa Patrie, les Regles du calcul differentiel,
mais il en cacha les démonftrations . En 1687 parut
l'admirable livre de Newton des Frincipes Mathematiques
de la Philofophie Naturelle , fondé preſque
entierement fur le même calcul auquel Newton
donnoit le nom de Fluxions , & M. Leibnitz
celui de differences . Au refte on peut voir l'Hif
toire de ce procès dans le Commercum Epiftolicum,
donné au public parla Société Royale de Londres,
dan
DECEMBRE
49
1745.
Dans tes portraits qu'elle délicateffe !
Dans tes leçons quelle aimable fageffe !
Toi feul as fçû , par un rare talent ,
Inftruire & plaire , être utile & charmant,
Heureux qui peut de loin à tire d'aile
Suivre ton vol , ô fage Fontenelle !
Ton nom fameux chés nos voisins jaloux
T'immortalife & t'illuftre avec nous.
On voit chés toi l'hyver de la vieilleffe
Porter les traits de l'aimable jeuneſſe ;
Que ton efprit toujours vainqueur du tems
Brave l'injure & la glace des ans !
Que Paris fier de tes fçavans Ouvrages ,
Du grand Neftor revoye en toiles âges !
O Mufe un jour fais moi pour mon bonheur
Connoître l'homme ayant connu l'Auteur ;
dans lequel elle fit imprimer fon jugement fur cet
te conteftation en faveur de Newton. Si on
ne veut pas fe donner la peine de lire le Commer◄
cium Epiftolicum, on peut lire les éloges de Léibnitz
& de Newten par M.de Fontenelle; la Metho
de des Fluxions des fuites infinies par le Chevalier
Newton , eft un des premiers ouvrages de l'Auteur
commencé , dit on , en 1664 , fini en 1671 ,
& qui cependant n'a paru qu'en 1736 , 10 ans
après la mort de fon Auteur. Il a été traduit en
François parM.deBuffon de l'Académie Royale des
Sciences , à qui nous fommes redevables de la
Traduction de plufieurs Livres Anglois fur les
Sciences.
11. Vol. C
so MERCURE DE FRANCE,
Fais que je puiffe au moins de mon eftime
Lui préfenter le tribut légitime ;
Fais que le don de mon fincére encens
Ne bleffe point fes humbles fentimens ,
A Paris ce 14 Aoûft 1745 ,
C.R. LEFEBVRE ,
Qu
O DE.
Uel bruit frappe ici mon oreille !
J'entens par tout de doux concerts ;
Quelle et donc la grande merveille
Qui s'opere dans l'Univers ?
Que notre Monarque s'empare
Des Villes d'un Roi qui s'égare ,
Pour moi je n'en fuis pas furpris ;
Il n'est point pour lui de barriere ;
De fa valeur la terre entiere
Ne feroit que le juſte prix.
François , en fuivant un tel guide ,
Vous ferez à jamais heureux ;
Minerve à fes Confeils préfide ;
DECEMBRE 1743
11 eft le favori des Dieux .
Mars n'eft plus le Dieu de la guerre,
LOUIS l'efface fur la terre ;
Son nom vele en tous les climats ;
Le bruit feul de fa renommée
Fait plus que l'innombrable armée
De tous les autres Potentâts .
Sur fon front , trône de la gloire ,
Sont gravés fes fameux exploits ;
Et de la main de lavictoire
Il eft feul couronné des Rois .
Tout l'Univers fçait que la Parque ,
Prête à frapper ce grand Monarque
Le reconnut pour immortel ;
Puifqu'elle a refpecté ſa vie ,
Il n'eft aucun trait de l'envie
Qui l'empêche d'être éternel.
Fut- il Héros plus redoutable ,
Plus magnanime fous les Cieux ?
Fut-il un vainqueur plus aimable ,
D'un coeur plus grand , plus généreux ?
Qu'il regne fur la terre & l'onde ;
Qu'il foit maître de tout le monde ;
Qu'il ait du Ciel mille faveurs !
Vive LOUIS plein de clémence ,
C ij
12 MERCURE DE FRANCE,
L'augufte foutien de la France ;
Vive le Roi de tous les coeurs !
EPITRE de M. de
Couché fur un lit
détestable ,
Sans lit de plume ni fins draps ,
Mais feulement un matelas
Qui pourroit mieux fervir de table ;
Dans le plus infâme réduit ,
C'est là qu'un effroyable orage
Me contraint de paffer la nuit .
Je cheminois d'nn grand courage
Plein d'une impatiente ardeur ;
J'allois d'une viteffe extrême ,
Trop lente encore pour un coeur
Qui va rejoindre ce qu'il aime.
Tout à coup le deftin jaloux.
Semble avoir conjuré ma perte ;
Chaque inftant des Cieux en couroux
J'apperçois la voute entr'ouverte ;
On ne voit qu'éclats dans les airs ,
Non le tendre éclat des Etoiles ;
L'orage les tient fous fes voiles
Mais il céde au feu des éclairs.
?
DECEMBRE. 1745 .
Les Elemens fe font la guerre ;
La Nature fremit d'effroi ;
+ Seul je l'affronte toute entiere
Le tendre amour veilloit pour moi .
Mais c'est envain que je m'obftine
Chacun me fuit & fe mutine ,
Je me trouve feul fans valet ,
Poftillon , cheval ni mulet.
Alors je gronde , je murmuré ,
Et je m'arrête en ce logis ,
Que je vous peins comme un taudis ,
Sur ce que chacun m'en affûre ,
Car fans cela je vous le jure
Je n'aurois pû donner avis ,
Si c'est une pauvre maſure
Ou bien un riche Paradis ,
Graces à l'objet que j'adore ,
Tous les lieux me femblent égauxz
Toujours fans lui je les abhorre ,
Avec lui je les trouve beaux ,
Et puis comment ferois-je encore ,
Pour fonger à ce que je vois ?
Car fans mentir je ne m'occupe
Mon aimable Iris que de toi,
Et tout le refte eft pris pour dupe ;
Si tout le reste penſe à moi,
C iij
34 MERCURE DE FRANCE.
*£3÷÷£3**£3**£3* *£3* :*£3**£3* +£3*
YERS de M. des Mabys a Mlle G ...
LAA fabuleufe Antiquité
A la Déeffe de Cythere
Accorde avec Paris le prix de la beauté ,
Aux graces le talent de charmer & de plaire ,
Au tendre Amour le don d'être & de rendre
heureux ;
vous ! dont les plaiſirs fuivent ici les traces ?
Je vois dans vous feule avec eux ,
L'Amour , Vénus & les trois Grace
DECEMBRE 1745 . 35
®: • ཀྱི @ :
CONJECTURES fur la cauſe de
l'antipathie naturelle & involontaire
que quelques perfonnes ont
pour un Chat , un Lapin , des Huitres
, des Fleurs , des Fraits , &c.
Par M. Dupré d'Aulnay Lieutenant att
Régiment de Foix.
N Prélat , autant refpectable par fa
U vertu,que us fa naiffance , tombe UN
vertu , par
en foibleffe , fi dans l'appartement où il
entre , il y a un Chat , quoiqu'il ne l'apperçoive
pas.
Un Officier Général qui a donné des
preuves de fa bravoure de la force de
fon efprit en plufieurs rencontres trèspérilleuses
, avoit la même antipathie pour
un Lapin.
"
Un Gentilhomme de Normandie tomboit
en fyncope lorfqu'il entroit dans une
chambre où il y avoit des fleurs.
On feroit un volume fi l'on rapportoit
combien il y a de perfonnes fufceptibles
d'antipathie ; car chacun a la fienne plus ou
C iiij
56 MERCURE DE FRANCE.
moins marquée pour les hommes , les animaux
, les fleurs , les fruits , le fromage &c.
Il faut chercher la caufe de ces antipathies
au dehors de nous , dans les corpufcules qui
fortent des corps animés , & au dedans de
nous , dans la difpofition' de nos organes
fenfibles ou infenfibles au choc de ces
corpufcules .
On fçait que l'infenfible tranſpiration eſt
une vapeur fubtile qui s'échappe des corps
animés , & même des végétaux , par les
vaiffeaux excrétoires , & que fon interception
caufe de grands dérangemens dans l'oeconomie
animale & végétale .
Les particules de cette tranfpiration participent
dés qualités des corps dont elles
s'échappent : l'expérience le confirme ; on le *
prouvera bien-tôt.
Il y a des hommes & des animaux qui
puent naturellement ; cela ne peut procéder
que de la configuration des vaiffeaux excrétoires
difpofés de maniere à retenir la
tranfpiration qui s'y corrompt avant que de
s'échapper , & qui laiffe après elle un levain
de corruption.
Si l'on met de l'eau pure dans un vaſe
fait de bois odorant , en très - peu de tems
cette eau prendra la même odeur que la
matiere du vaſe , parce qu'elle en développe
les fels & les fouffres.
DECEMBRE 1745 57
Si l'on fait infufer un morceau de verre
d'antimoine dans du vin , ce vin deviendra
purgatif.
Si un corps animal eft corrompu , les
particules de fa tranſpiration le feront auffi ,
& elles corrompront l'air , & feront nuifibles
à ceux qui le reſpirent.
On peut préfumer avec fondement que
les corpufcules de l'inſenſible tranſpiration
font remplis d'infectes.
Si l'on met infufer dans de l'eau pure
du poivre concaffé ou autre chofe propre
à l'infufion , en 24 heures elle fera remplie
d'une infinité de petits animaux produits
par le développement des ceufs que la ' matiere
infufée contient , ou que l'efprit volatil
qui s'en échappe attire de l'air où ils nagent.
Si l'on prend au bout d'une aiguille une
goute de l'infufion laquelle contienne un
petit nombre de ces animaux . & que l'on
dépofe cette goute dans une liqueur homogéne
, 24 heures après cette liqueur fera
remplie d'un grand nombre de femblables
animaux que l'on apperçoit avec un bon
Microſcope.
Les maladies contagieufes fe communiquent
, ou par l'approche , ou en refpirant.
Fair où la maladie régne ; ainfi il s'exhale
donc des corpufcules des corps malades par
l'infenfible tranſpiration.
Cy
58 MERCURE DE FRANCE.
Si cette infenfible tranfpiration n'étoit
pas remplie d'animaux , elle ne pourroit
produire de maléfices au dehors , & la caufe
de ces maléfices ne pourroit fe conferver
& s'augmenter dans les hardes , dans les
meubles & dans l'air ; ils n'attaqueroient
que ceux qui dans une même Ville , ou dans
un même climat , auroient le fang femblablement
altéré & ſuſceptible de corruption
par une mauvaiſe nourriture commune , comme
eft le fang de ceux qui font des voyages
de long cours fur mer , que le fcorbut
afflige ; & ceux qui viendroient d'un Pays
fain , ne feroient pas fujets à la contagion
par le feul attouchement de la fimple refpiration.
Les perfonnes qui ont l'expérience des
Microfcopes & des infufions dont je viens
de parler , connoiffent une infinité d'animaux
qu'on ne peut appercevoir que par le moyen
d'une lentille qui groffit de plufieurs milliers
de fois ces petits animaux , enforte qu'ils
fourmillent dans une goute de liqueur qui
paroît claire & limpide aux yeux les plus
perçans.
On les voit même s'accoupler , & procréer
dans un inftant , ce qui doit paroître
d'autant plus digne d'attention que leur
infinie petiteffe qui contient toutes les parties
d'une créature parfaite , prouve la PuifDECEMBRE
1745. 59
fance du Créateur , également admirable
dans les créatures infiniment grandes , comme
l'Eléphant & la Baleine , & dans celles
infiniment petites , comme les animaux dont
parle Levvenhoec defquels il faut mille fois
cent milliards pour former un pouce cubique.
Que ceux qui n'ont pas vû ces merveilles ,
ne s'écrient pas , à la fable , à l'imposture ,
mais qu'ils cherchent à s'en inftruire , en
fe procnrant un bon Microfcope , ou en
méditant fur ce qu'en ont écrit Dodart ,
Levvenhoec & en dernier lieu Joblot , qui a
fait un Traité fur cette matiere.
Et comme en Phyfique on peut conclure
par les chofes connues de celles qui font
inconnues , on peut donc préfumer que dans
l'eau , dans l'air , dans la terre & dans tous
les corps , il réfide une infinité d'animaux
perceptibles & imperceptibles , les uns benins,
les autres malfaifants & d'autres indifferens
, lefquels recherchent ce qui leur convient
& fuyent ce qui leur eft contraire.
La difpofition naturelle qu'ont toutes les
créatures dans cette recherche & dans cette
fuite , eft une des merveilles des ouvrages
du Créateur. On voit les chiens qui , fans
avoir fait leur cours de Pharmacopée choififfent
du chien-dent , entre beaucoup d'autres
herbes , fans ſe meprendre .
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
De ce que nous avons dit touchant la
multiplication des petits animaux , imperceptibles
fans un bon Microſcope , on peut
inférer que l'air de la contagion en eft rempli
, que les puftules & les charbons des
peftiférés en fourmillent , & que ces animaux
fe portent dans la maffe du fang où
ils pullulent , qu'il s'en échappe dans l'air
qu'ils corrompent , jufqu'à ce que cet air
qui eft leur élément , ait été purifié par le
changement de faifon , ou par le vent du
Nord , ou par les fumigations dont le compofé
eft mortifere à ces animaux.
Il fuit néceffairement de nos obfervations
que l'infenfible tranſpiration eſt nuifible
, ou homogéne , ou indifferente , felon
les corps dont elle fort , & felon la difpofition
de ceux aufquels elle s'attache , parce
que
la fenfation des animaux raiſonnables
ou brutes , procéde ou de l'arrangement ,
ou de la folidité , ou de la délicateffe des
organes. Cette difference eft une feconde
caufe de combinaiſon entre la fenfation &
ce qui la caufe ; je veux dire que cette
tranfpiration , par rapport à fa qualité particuliere
, ou à l'arrangement des fibres au
fiége des fens , peut nuire à une créature
& être convenable à ſa ſemblable dont les
organes font differemment configurés , &
conféquemment , les corpufcules qui forDECEMBRE
1745 . 61
tent d'un Chat , d'un Lapin , &c. peuvent
bleffer un homme , & ne faire aucun effet
fur un autre . Il en eft de même des corpufcules
qui s'échappent des fleurs ; elles
flatent l'odorat de celui- ci , tandis qu'elles
font tomber celui -là en fyncope ; & cela ne
vient que des differentes configurations des
organes & des differentes configurations des
particules odorantes des fleurs , comme de
tout autre corps qui tranfpire.
Ainfi la caufe de ce qu'une perſonne
reffent relativement à un Chat , à un Lapin ,
à des Huitres , &c. qu'elle apperçoit , ou
fans les appercevoir , fe déduit de ce que
je viens de dire , & on peut l'appliquer à
tous les cas d'antipathie pour des corps
animés ou inanimés , qui chaffent hors d'eux
une matiere fubtile héterogéne .
On pourroit même étendre ce principe à
l'averfion & à la fimpathie naturelle & fans
caufe particuliere , qu'un homme a pour
un autre homme ou pour le beau féxe ,
& à l'effet avantageux que le changement
d'air produit aux maladies de langueur.
62 MERCURE DE FRANCE .
BOUQUET
A ma foeur pour le jour de fa fête .
Tous les ans votre fête arrive ,
Et je vous dois une fleur :
Hola ! mon imaginative ;
Travaillez , c'eft pour une foeur
Mufe , ne foyez point rétive ;
Accordez tout à mon ardeur .
Je parcours jardins & parterres ;
Je n'y vois que fleurs paffageres ;
Après tout qu'eft- ce qu'une fleur ?
Vous voyez le fond de mon coeur ;
Les voeux qu'il forme font finceres ,
Pleins de l'amour le plus parfait ,
Je vous les offre pour Bouquet :
Acceptez ce préfent d'un frere
Dont le feul & l'unique objet
Eft de vous chérir & vous plaire,
"
DECEMBRE 1745 .
63
STANCES
A Mademoiselle ....
Si pour rimer ici , je chantois vos talens' ,
Et mettois en plein jour ces dons tant excellens
Dont l'Auteur des humains vous a fi bien parée ,
Je croirois aujourd'hui Calliope égarée .
De tout tems je ne fus qu'un très- mauvais rimeur
Phoebus m'a refufé la poëtique ardeur :
Je me tais donc , Iris ; pardonnez à ma rime ;
Ne blamez point l'excès de ma témérité ;
Je finis par la vérité ;
肉
Vous fçavez que je vous eftime.
LA VILLE DE DUNQUERQUE
à Mademoiselle D ....
EPITRE.
J'Ai mille coeurs qui vous regrettent ,
Jeune & charmante D ......
34 MERCURE DE FRANCE,
D
Mais les uns gardent le tacet ,
Les autres fans ceffe répetent
En prenant un ton de fauſſet ;
Faut-il donc vous avoir connue ,
Et vous avoir fi - tôt perdue ,
Jeune & charmante D ...... ?
Partout ce n'eft qu'un cri funefte ,
Vous jugez bien de tout le refte ;
On ne rit point , on ne dørt plus
( Quoique ma foi pour l'ordinaire
Avec vous on me dorme guére )
Nos jours font des jours fuperflus ,
Nos jeux même n'ont plus de graces ,
Et tous nos joueurs font perclus ;
que font ils devenus ? Hélas !
Mais ils fuivent par tout vos traces
Ces jeux , & par malheur pour nous ,
Dans les beaux lieux qui vous retiennent
En foule avec vous les ris viennent
Et s'en retournent avec vous.
Adieu donc cette Comédie
Ou votre rôle intéreſſant
Eut par un fpectacle amufant
Porté dans les coeurs l'incendie ,
Et fait rire la maladie :
Le départ a tout dérangé ,
Et le fpectacle s'eft changé
En une affreufe Tragédie.
DECEMBRE 1745 , 65%.
Adieu donc ce colin maillard
Qui par vous ſembloit adorable ;
Et que le jeune & le vieillard
Trouvoit à tout jeu préférable.
On y goutoit vos entretiens ,
Vos vivacités , vos faillies ,
Vos ingénieufes folies ;
Que fçais-je moi ? cent petits riens
Qu'il s'y difoit de jolies chofes !.
Qu'il s'y faifoit de jolis tours !
Ah ! c'étoit le jeu des Amours
Et le tems des métamorphofes.
Vous trompiez par mille détoure;
Sous quelque figure empruntée ,
Vous changiez , & charmant Prothée
En changeant vous plaifiez toujours ,
Mais on n'ofoit pas Vous le dire :
Aujourd'hui j'ofe vous l'écrire.
Imaginez-vous les regrets
Que j'exhale , moi trifte Ville ,
Et que vous emportez à Lille.
Si la douleur fait des progrès ,
Nous irons aux lieux ou vous êtes,
Car enfin on n'y peut tenir
S'il ne vous plaît de revenir.
Nos jours étoient des jours de fêtes ,
Ce ne font plus que jours de deuil,
La bonne joye & ſa famille ,
68 MERCURE DE FRANCE,
Et la fanté fa pauvre fille
A grands pas s'en vont au cercueil :
La beauté n'eft qu'une guenille ,
Et la jeunefle fi gentille
En a perdu fon vermillon.
Ce que vous rendiez papillon
Ne nous paroit plus que chenille.
Mil Amours , mais des plus mignons,
Qui croiffoient en votre préfence
Plus vite que des champignons ,
Sont déja morts dans votre abfence ;
Oui morts , prefqu'auffi-tôt que nés .
Si vous fçaviez comme on en grondé ...
Revenez , belle , rèvenez ,
Ou nous partons pour l'autre monda
Vous ne vous imaginez pas
Qu'au fein des mers le vieux Neptung
Renfonce fa plainte importune ,
Car il connoiffoit vos appas ,
Et certain jour par avanture
Qu'il faifoit un tems gracieux
Sur mes rives tournant les yeux
Il en rit jufqu'à la ceinture ,
Ce qui le mit à la torture ,
Sans vous le dire feulement ,
Et depuis dans fon élément
Il a bien de la tablature :
Son moite Empire eft à l'envers ;
DECEMBRE 1745 . 07
Le fier Trident va de travers ,
Enfin Meffieurs les Dieux humides
Au moins ont perdu la moitié
De ce qu'ils avoient d'amitié
Pour Mefdames les Nereïdes.
Pendant le bain les imprudens
Regardans à travers l'eau claire
Vous ont trop permis de leur plaire :
Ils font aujourd'hui fur les dents.
Quelques-uns des Siécles antiques
Rappellant les vieilles chroniques
Du tems où Vénus fe montroi
Sur une nacre vagabonde
Dans fon éclat fortant de l'Onde ,
Crurent que Vénus y rentroit.
Ils furent touchés de vos charmes ,
Et depuis ce funefte jour y
Où vous quittâtes mom féjour ,
La'mer fe groffit de leurs larmes,
Vous mépriſez les Dieux marins ,
Mais nos Héros Dieux de la terre
S'ils ne font détruits par la
Ils le feront par les chagrins.
guerre ,
B ………….. dans fon troifiéme luftre ......
Qui vous marquoit fon petit foin
B ...... Hélas ! perd tout fon luftre,
Et devient jaune comme un coin .
V..... qui fut toujours en butte
88 MERCURE DE FRANCË,
A vos dédains , à vos humeurs ,
Eft le plus morne des rimeurs ,
Jufqu'à n'aimer plus la difpute.
Cent autres qu'on ne nomme pas ,
Qui vous cherchoient un peu querelle
Quand vous faifiez trop la cruelle ,
Pouffent , de perdre vos appas ,
Des foupirs longs comme le bras ;
Leurs nuits , leurs jours font déplorables
Vous laiffez bien des miférables ,
Mais vous ne laiffez point d'ingrats .
On aimoit juſqu'à vos caprices ,
Vos coups , vos petites malices ,
Et même encor vos petits rats.
Faut-il donc vous avoir connue ,
Et vous avoir fi - tôt perdue ,
Jeune & charmante D . .. ... ?
Ah ! mettez la main à la plume
Pour adoucir cette amertume ,,
Sinon j'en mourrai de regret.
DECEMBRE 1745. 69
LE RETOUR DU PRINTEMS ,
CANTATILLE ,
Par M. Gaudet.
LA neige ceffe enfin de couvrir les montagnes
Un air doux & ferein ranime l'Univers ;
Les troupeaux bondiffans errent dans les Cam
pagnes ,
Sans craindre des frimats les obftacles divers >
La Naïade du fein de fa grotte profonde
Voit librement couler fon onde ,
Et les Oifeaux par leurs accens
Annoncent dans nos bois le retour du Printem
Accourez-tous , Amans fidéles ;
L'Aquilon fuit de ces côteaux ,
Et les Zéphirs à tire - d'aîles
Raménent les jours les plus beaux
La riante Flore
Embellit ces lieux :
Ses foins font éclore
La Rofe à nosyeux ;
70 MERCURE DE FRANCE,
L'aimable verdure
Pare nos guérets :
Le ruiffeau murmure ;
Tout dans la Nature
Reprend fes attraits ,
Accourez-tous , Amans fidéles ;
L'Aquilon fuit de ces côteaux ,
Et les Zéphirs à tire-d'aîles
Raménent les jours les plus beaux,
Déja couchés fur l'herbe tendre
Les Bergers au loin font entendre
Les fons de leurs chalumeaux ,
Et leurs conftantes Bergéres
Sortant en foule des Hameaux
Viennent par des danses légères
Et des concerts harmonieux
Charmer de leurs amans & le coeur & les yeux.
Jouiffez de la jeuneffe ;
C'est le Printems des plaifirs ;
Le tems fuit , & la vieilleffe
Dans nos tranfports ne nous laiffe
Que de stériles défirs .
Vous que l'Amour bleſſe
De fes traits vainqueurs ,
DECEMBRE 1745. 77
Célébrez l'yvreffe
Qui regne en vos coeurs
Que l'écho répete
Vos tendres accens ;
Que votre Mufette ,
Soit feule interprett
De vos voeux preffans ,
Jouiffez de la jeuneffe ;
C'est le Printers des plaifirs ;
Le tems fuit & la vieilleffe
Dans nos tranfports ne nous laiffe
Que de fiériles défirs .
LE QUARTIER D'HIVER.
O D E.
Loin d'ici l'affreufe Bellonne ;
Que Mars abondonne nos champs ;
Le Ciel aujourd'hui nous ordonne
De ceffer les combats fanglans,
Loin de fes demeures chéries
Le Faune vient dans nos prairies
Raffembler les plus belles fleurs ,
Et les Nimphes font leurs offrandes
72 MERCURE DE FRANCE.
Des plus magnifiques guirlandes
Et des plus flatteuſes odeurs .
Le ruiffeau fous un doux murmure
Voit rouler fes flots argentés ; {
La Nymphe dans ſon onde pure
Contemple à loifir ſes beautés ;
Les Zéphirs à la douce haleine
D'un foufle léger dans la plaine
Pouffent des innocens foupirs ,
Et le jeune enfant de Cythere
S'arrache des bras de fa mere
Pour avoir part à leurs plaiſirs.
La jeune & timide Bergére
D'un efcarpin blanc & léger
Va fouler la tendre fougére ,
Tenant la main de fon Berger.
Non loin d'eux fur la marjolaine
Des yvrognes à taffes pleine
Célébrent le divin Bacchus ;
Tous applaudiffent à ſes charmes ,
Et le Guerrier quitte fes armes
Pour fe noyer dans fon doux jus .
Charmé de ce brillant ſpectacle
Apollon déferte les Cieux ;
De
DECEMBRE 1745 .
73
De Délos il change l'Oracle
Pour le tranſporter en ces lieux :
Les chaftes Nymphes du Permeſſe
Par mille concerts d'allegreffe
Viennent chanter fon nouveau choix ;
Pan quitte fes fombres bocages ,
Et fa flute fur ces rivages
Annonce les plus douces loix ,
9
A peine de la blanche Aurore
Voit-on paroître le retour ,
Qu'auffi-tôt l'Olympe fe dors
Des éclatans rayons du jour
Et les Etoiles courroucées ,
Dans l'obſcurité repouffées ,
Perdent leur brillante lueur .
Un aftre plus vif les efface ,
Et le monde , de leur difgrace
Tire un avantage flateur ,
Ainfi dans les plaines fameufes
Que l'Escaut baigne de ſes eaux ,
LOUIS des brigues orageuſes
Diffipa les concerts nouveaux ;
En vain les orgueilleux nuages
S'uniffent avec les orages
Pour ternir l'éclat du Soleil ,
Auffi -tôt leurs forces tariffent ,
11, Fel.
1
74 MERCURE DE FRANCE,
430#
Leurs Efcadrons fe défuniffent ;
L'aftre reprend fon appareil.
Qu'un trop frivole orgueil fe flate
De foumettre tous les humains ,
Que la bombe menace , éclate ,
La foudre même eft en nos mains
Le feul effet d'un avis fage
Abbat un aveugle courage ,
Bellone tombe , & s'étourdit.
En vain la Ligue fe raffemble ,
LOUIS paroît , l'ennemi tremble ,
Et dans les airs Mars applaudit .
L'Hyver déformais agréable
Malgré la neige & les glaçons ,
Paroît feul être favorable
Aux peuples que nous terraffons,
Inftrumens d'une paix profonde
Les froids en ravageant le monde
Vont mettre la difcorde aux fers
Leurs fureurs feront nos délices ,
Et les vents feront les indices
Du calme de tout l'Univers,
DECEMBRE 1745. 75
A
MADAME DE CHASS AIGNE ,
pour le premier jour de l'année..
C Hacun veut en cette journée
Faire des complimens fur la nouvelle année ;
Je voudrois bien , Madame , auſſi vous en faire un
Qui ne fût pas tout a fait du commun ;
Mais comment donc m'y prendrai -je pour faire
Un fouhait digne de vous plaire ?
Rien n'eft moins fa cile en effet ,
Car vous avez tout à fouhait ;
On s'empreffe à vous rendre hommage ;
La beauté , la vertu font de votre appanage
On voit les graces , les amours ,
Qui vous
accompagnent toujours ;
Plutus grand maître des richeffes
Vous a fait part de fes largeffes.
Pour de l'efprit , il eft certain
2
que vous en avez bien autant qu'un vrai Lutin ,
Votre cher époux vous adore ,
Et je puis affûrer encore
Qu'il previent en tout vos fouhaits ;
Rien n'eft égal à vos attraits ;
Venus même vous porte envie.
Je vous fouhaite donc encor cent ans de vie.
Par Mile. Sophie
d'Orvilliers la cadre ,
de Vernenfur Seine , âgée de 14 ans deux mois .
Dij
76 MERCURE DE FRANCE,
VERS faits la veille d'un départ.
B
Eaux lieux , bofquets cheris ,
Tendre féjour de flore ,
Où l'on ne voit éclore
Que jeux , qu'amours , que ris
Me reverrai-je encore
Seul avec mon Iris ,
Au lever de l'aurore ,
Sur vos gazons
1
fleuris ?
Dieu qui regne à Cythere ,
Ménage mon retour ;
Je laiffe. ma bergere ]
?
Aux foins du tendre Amour ;
Auffi charmante , auffi fincere ,
Puiffe - t-il me la rendre un jour ?
L. A. V.
DECEM BRE 1745. 17
NOUVELLES LITTERAIES,
DES BEAUX ARTS , &c.
LMANACHET CALENDRIER journalier ,
Aperpétuel &univerfel, ouvrage trèsutilé
& néceffaire aux Magiftrats , gens de Juftice
, Praticiens, Hiftoriens , Chronologies ,
Curieux , & à toutes fortes de perfonnes ,
dédié à M. le Comté de S. Florentin Sécretaire
d'Etat par Noël l'Archer Mathéma
ticien à Paris 1745. in - 12.chés de Bats au
Palais , & de Lormel Quai des Auguftins.
La deftinée des Almanachs à peu près
femblable à celle des fleurs qu'un même
jour voit naître & mourir , avoit été jufqu'à
préfent de mourir à fin de l'année de
leur naiſſance ; en voici un qui a des prétentions
plus étendues. Il eft calculé depuis
l'année 100 jufqu'en 2500 , c'est- à- dire
qu'avec le fecours de ce petit volume on
connoîtra quelles ont été & feront pendant
les 1500 années qu'il renferme , les Epactes ,
le Nombre d'or , le Cycle folaire , le tems
des Fêtes mobiles , les Lettres dominicales ,
les pleines Lunes ; enfin tout ce qu'il eft
néceffaire ou poffible de fçavoir fur les mo-
Dij
78 MERCURE DE FRANCE.
dalités differentes de l'année. Cet Almanach
retrograde des années antérieures ne
doit pas être regardé comme une choſe
auffi inutile qu'il pourroit le paroitre . Par cemoyen
on fçaura fi tel jour de tel mois
d'une année antérieure étoit un Dimanche
ou un jour ouvrier , & il eft des cas où cet
éclairciffement eft important ; il eft arrivé
qu'en recourant à d'anciens Almanachs on
a prouvé qu'un exploit daté de tel jour
étoit faux , puifque ce jour étoit un Dimanche
ou une Fête , jours aufquels il est
dé fendu d'affigner ; à l'égard des calcu's à
ver que l'Auteur nous donne jufqu'en l'année
2500 il nous étale des tréfors dont nousne
jouirons pas , & il ne peut avoir en
e que de flater la curiofité en faifant pa
fer ainfi en revûe devant nos yeux toutes
les années futures ; un pere de famille avare
pourroit fubftituere livre à fa pofterité jufqu'à
la trentiéme génération.
L'Auteur explique dans une Préface la
façon dont il faut fe fervir de fon Calendrier
, & y traite à fond la matiere des
Epactes , Cycles folaires , Nombre d'or &c.
Ce petit livre contient 10. 1500 années
Grégoriennes , fçavoir 750 du paffé , & 750
de l'avenir. 20. 1500 autres années Juliennes
partagées comme les précédentes , ce qui
1ait 3000 Almanachs complets , dont cha
DECEMBRE 1745. 79
cun a fa Lettre dominicale , fon Epace &
fon Nombre d'or , 30. Une Table perpétuelle
de toutes les Fêtes mobiles , 40. Une
Table de toutes les nouvelles Lunes à perpétuité
, 5º . Une autre Table perpétuelle
de la célébration de la fête de Pâques applicable
au Calendrier Julien. 60. Enfin fept
Calendriers perpétuels par le moyen des
fept Lettres dominicales , & aufli complets
que ceux qu'on débite tous les ans.
L'Auteur de cet ouvrage donne avis à
ceux qui veulent fe perfectionner dans le
Génie , qu'il enfeigne la Géométrie & partie
des Mathématiques. Il demeure rue Phélypeaux
proche le Temple vis-à- vis un
Rotiffeur.
LE NEPTUNE ORIENTAL , OU
Routier général des côtes des Indes Orientales
& de la Chine , enrichi de Cartes
hydrographiques tant générales que partículieres
pour fervir d'inſtruction à la Navigation
de ces differentes Mers , dédié à
M. Orry de Fulvy , Confeiller d'Etat , Intendant
des Finances , Commiffaire du Roi
à la Compagnie des Indes, par M. d'Après
de Mannevillette , Lieutenant des Vaiffeaux
de la Compagnie des Indes , & Correfpondant
de l'Académie Royale des Sciences , à
Paris 1745. in folio.
Diiij
80 MERCURE DE FRANCE.
Cet ouvrage imprimé avec de belles
Cartes fera d'un grand fecours à ceux qui
naviguent dans les Mers dont l'Auteur donne
la defcription ; il eft fait avec beaucoup de
foin & d'exactitude, & on ne peut qu'applaudir
aux recherches & au travail de l'Auteur .
RECEUIL DE DIFFERENS PAPIERS
d'Etat de Jean Turloé Secretaire des deux
Cromwels , jufqu'au rétabliſſement de Chayles
II. publiés à Londres par Thomas Birch
Maître-ès- Arts & Membre de la Societé
Royale.
M. BONGIOVANNI a trouvé parmi
les Manufcrits de la Bibliothéque de Saint
Marc un Commentaire fur Homere qui paroit
du Xe. fiécle , & qui parconféquent eft
antérieur à Eufthate le plus renommé des
Scholiaftes d'Homere. M. Bongiovanni qui
a fait imprimer les Commentaires de ce nouveau
Scholiafte & les a traduits en Latin ,
prouve dans fa Préface qu'Eufthate à tiré une
partie de fon travail de cet ancien Auteur ,
& qu'ainfi il a joui pendant long- tems d'une
gloire ufurpée . Eufthate a encore eu un tort
d'une autre efpéce ; il a négligé de prendre
beaucoup de bonnes chofes dans l'Auteur
qu'il mettoit fi hardiment à contribu
tion , & comme on ne peut pas préfumer
DECEMBRE 1745 .
que ce foit par fcrupule
qu'il fe foit arrêté on peut raiſonnablement
l'accufer
de mau- vais goût. Le livre de M. Bongiovanni
eft
imprimé
à Venife
.
-JEAN- BAPTISTE Pafquali Libraire
de Veniſe a imprimé une Traduction Itálienne
de la Vie de Ciceron par M. Midleton
, Bibliothéquaire de 1 Univerfité de
Cambridge , & il paroit par les nouvelles
Litteraires de Florence , que cette Traduc
tion a un grand fuccès.
ON a imprimé à Milan une Differtation
du Pere Anfalde où ce Religieux réfute le
livre de M. Dodwel De paucitate Martyram .
M. Dodwel avoit avancé qu'il s'en falloit
beaucoup que tous les Saints dont les noms
font rapportés dans le Martyrologe Romains
euffent fouffert le martyre , c'eft cetre erreur
que le Pere Anfalde a refutée avec force.
Il montre que M. Dodwel n'a pas bien entendu
ce nom de Martyr , que les Ecrivains
Ecléfiaftiques donnent fouvent à des gens qui
font morts à la vérité dans leur lit , mais qui
avoient fouffert précédemment pour J. C, ou
l'exil ou la prifon ou telle autre peine temporelle
: ces vers de S. Paulin de Nole , au
fujet de S. Felix Martyr qui n'a point été
couronné en font une preuve fans replique,
D v
28 MERCURE DE FRANCE.
Vectus in æthereum fine fanguine Martyr honorem
Occidit , & Chrifto fuperis eft natus in aftris ,
Coeleftem nactus fine fanguine Martyr honorem .
ON vient d'imprimer à Florence un
Dialogue de M. Lodovico Dolce intitulé
PAretino. Il y traite du mérite de la Peinture
, & de toutes les qualités qui doivent
concourir à former un grand Peintre . Les
ouvrages des Peintres anciens & modernes y
font fouvent cités , & l'Auteur s'étend particulierement
fur les ouvrages du fameux
Titien qu'il appelle divin.
COMMENTAIRE fur la Buccine ou
Trompette publique des Juifs par le Pere
Chafte Innocent Anfaldi de l'Ordre de S.
Dominique , imprimé à Breffe en 1745 .
Le P. Anfaldi Auteur de cet ouvrage en
a déja fait imprimer plufieurs où il a fait
admirer fa profonde & judicieuſe érudition ,
& qui lui ont acquis une grande réputation
dans toute l'Italie .
L'Auteur dans l'ouvrage dont il s'agit
prouve que l'ufage de cette Buccine commença
chés les Juifs dans le Délert , & fe
conferva depuis fous les Juges & fous les-
Rois , quoique tous ces derniers on s'en foit
fervi moins fréquemment . C'eſt au fon de
#:
DECEMBRE 1745. 83
cette Buccine que l'on convoquoit les affemblées
du peuple , & ceci fert à expliquer
plufieurs endroits de l'Ecriture Sainte qui
fans cela feroient mal entendus. Le P
Anfaldi donne une explication abfolument
neuve du paffage de l'Evangile où J. C. dit
à S. Pierre qu'il le reniera avant que le Coq
Gallus ait chanté trois fois. Selon le P. Anfaldi
, cette Buccine fe nommoit Gallus ,
& il croit que c'eft d'elle que N. S. vouloit
parler. Cette fignification du mot Gallus
ou Coq pour fignifier la Trompette n'eft
pas particuliere aux Juifs ; les Grecs s'en
fervoient auffi . Erafme avoit déja avancé
que le proverbe Antequam Gallus iterum
cantet , avant que le Coq chante une feconde
fois , ne fignifioit autre chofe chés les Grecs.
finon avant que le Juge prononce , avant
qu'on ftatue , qu'on délibere fur la chofe contestée
, ou qu'on se foit fervi du miniftere d'un
Crieur public qui convoque l'affemblée avec la
Buccine.Les Latins appelloient auffi ce Crieur
public Forenfis Gallus , Coq de Barean.
Les Juifs avoient deux Trompettes , l'une
étoit deftinée à appeller à l'affemblée les
principaux de la Nation ; on fonnoit toutes
les deux lorfqu'il s'agiffoit de convoquers
tout le peuple depuis les Machabées il
s'introduifit encore une coûtume priſe de
Grecs au fujet de cette convocation : lorf
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
que l'affemblée avoit été réfolue après une
délibération préalable & tranquille ; la Buccine
ou Trompette ne fonnoit qu'une fois ;
elle fonnoit deux fois , lorfqu'on prenoit
fubitement & a l'improvifte la réfolution
d'affembler le peuple. Le P. Anfaldi` faït
encore beaucoup d'autres recherches fur la
forme de ces Buccines , fur les modes dans
lefquels elles jouoient ; nous ne le fuivrons
pas dans cette route obfcure où fon érudi
tion jette de vives lumieres.
ON nous mande de Rimini qu'en travaillant
à la conftruction de l'Eglife Paroiffiale
de Sainte Innocence on a trouvé
plufieurs Infcriptions antiques , mais trèsmutilées
, parmi lefquelles il y en a une entiere
de la longueur d'environ un demipied
, où on voit ces lettres :
C. Tulli Arifiani. F. Fæfonia.
M. Giovanni fçavant Gentilhomme &
Profeffeur de Rimini , les lit ainfi. Caius
Tullius Atifiani filius Foefonia , & conclut de
là que dans la Maiſon Tullia , outre la
branche des Cicerons & des Decules que l'on
voit fur les Médailles , il y avoit encore une
troifiéme branche des Atifiens. A l'égard
du mot Fafonia ce fera le nom de quelqu
DECEMBRE 84
1745.
Maiſon ou de quelque lieu jufqu'à préſent
inconnu dont le Caius Tullius tirera fon
origine , ce pourroit être encore un furnom
ufité dans la Maifon Tullia , & alors
ce Caius Tullius auroit eu quatre noms
au lieu de trois , ce qui eft contre l'ufage
des premiers fiécles de la République , mais
fe rencontre aflés communement dans les
fiécles fuivans.
OBSERVATIONS
Météorologiques.
Sur la Pluie & le Barometre en 1744,
A quantité d'eau en hauteur a été en
L fannée 1744 de 16 pouces to lignes .
Le Barometre fimple a marqué la plus grande
élévation du Mercure à 28 pouces 7 lignes
le 4 Janvier de la même année par
un tems ferain & un petit vent de Nord-
Eft , & le 26 & le 28 du même mois par
de grands brouillards , & il eſt deſcendu
le plus bas à 27 pouces 5 lignes le
14 Avril
par un tems couvert & un grand vent de
Sud-Oueft,
86 MERCURE DE FRANCE.
OBSERVATIONS fur le chaud &
fur le froid en 1744
Le Thermometre feellé hermétiquement
dont on fe fert pour faire ces opérations
eft toujours le même :on l'obſerve à la pointe
du jour qui eft le tems le plus froid , &
vers les
3 heures après midi qui eft le tems
le plus chaud.
Lorſque l'air eft tempéré ce Thermometre
marque 48 dégrés ; le 13 & le 14
de Janvier de l'année 1709 il étoit defcendu
à dégrés.
Le plus grand froid de l'année 1744
eft farrivé le 14 Janvier. La liqueur du
Thermometre eft defcendue à 20 dégrés .
Celui de M. de Reaumur étoit à 8 dégrés
& demi au deffous de la congelation
de l'eau.
La plus grande chaleur en 1744 eft arrivée
le 9 Juillet ; la liqueur du Thermometre
eft montée à 74 dégrés.
Celui de M. de Reaumur étoit à 24
dégrés au deffus de la congelation de
feau.
DECEMBRE 1745. 87
DECLINAISON de l'Aiguille
Aimantée en 1745 .
Le 17 , le 18 & le 19 Mai 1745 à
FObfervatoire Royal une Aiguille de 4
pouces déclinoit de 16 dégrés 15 minutes
vers le Nord- Oueſt.
ECLIPSES de l'année 1746 .
De quatre Eclipfes qu'il y aura cette an
née , fçavoir deux de Soleil , le 2. Mars
& le 15 Novembre , & deux de Lune le
7 Mars & le 30 Août ; il n'y aura que
Eclipfe de Lune du 30 Août vifible fur
notre horifon.
Le commencement fera à ro heures 40-
minutes du foir.
Le milieu le 3 Août à o heure 8 minutes
du matin.
La fin à une heure 30 minutes.
La durée de z heures 45 minutes.
La grandeur fera de fix doigts 34 minutes
vers le Nord.
LA RELIGION CHRETIENNE
méditée dans le véritable efprit de fest
maximes , ou cours fuivi & complet de Ré--
88 MERCURE DE FRANCE.
flexions , ou de fujets de Méditations pour
chaque jour de l'année , fur les Epîtres &
les Évangiles des Dimanches & des Fêtes.
Ouvrage propre à tous les Etats , où les
Eccléfiaftiques , les Religieux , & les fimples
Fidéles apprendront également les Régles
füres de fe fan&tifier chacun dans fa vocation.
En 6 vol. in- 12 . Le prix eft de 15 livres
relié en veau. A Paris chés Pierre Prault ,
Quai de Gefvres au Paradis , & P. N. Lottin
rue S. Jacques à la Vérité.
Cet Ouvrage eft un coursfuivi & complet
de Réflexions ou de fujets de Méditations
pour chaque jour de l'année , fur les Epîtres
& les Evangiles des Dimanches & des
Fêtes.
Il y a long-tems qu'on en défiroit un
de cette nature , qui put être fuffifant pour
les Séminaires , Communautés , &c. où on
eft en ufage d'avoir chaque jour deux tems
differens deftinés à l'exercice de l'Oraifon
Mentale : les Livres excellens qui font entre
les mains de tout le monde ne fourniffant
pas de Réflexions affés étendues pour deux
lectures differentes.
On trouvera dans celui- ci deux fujets de
Méditations pour chaque jour ; un pris de
l'Epître , & l'autre de l'Evangile.
Après le texte de l'Ecriture fuivent les
DECEMBRE 1745 . ઈ
• Réflexions partagées en deux à linea , quí
peuvent être confidérés comme deux points ,
&font terminés par une Priere qui renferme ,
pour l'ordinaire , tout le fruit qu'on peut tirer
des Réflexions que l'on vient de lire , enforte
que l'on peut dire qu'en même-tems que
l'efprit eft éclairé par les grandes vérités de
la Religion , le coeur eft échauffé & excité
puiffamment à entrer dans les difpofitions
qu'elles exigent des Chrétiens.
Cet Ouvrage peut fervir utilement dans les
Familles & les Ecoles Chrétiennes , pour
fujets de lecture de Piété , peifqu'il intereffe
tous les états , de maniere que les Eccléfiaftiques
& les Religieux , comme les fimples
Fidéles , y trouveront de grandes leçons pour
le falut , des maximes folides , & des régles
fûres de conduite pour la fanctification de
leurs moeurs , felon leurs differentes voca
tions.
Les Curés & Vicaires, & tous ceux qui font
chargés de l'inftruction des Fidéles , y trouveront
abondamment de quoi remplir chaque
jour de Dimanches & de Fêtes , & même
tous les jours , leurs obligations , envers les
Peuples confiés à leurs foins .
On a joint au fixiéme tome de cet Ouvrage
, à la fuite de la vingt- quatrième fe
maine après la Pentecôte.
96 MERCURE DE FRANCE.
1º. Des Elevations à N. S. J. C. préfent
au Très-Saint Sacrement de l'Autel , pour
F'Octave de la Fête-Dieu , dont on pourra
fe fervir , foit au Salut des Jeudis , ou les
autres jours , dans les Eglifes où le Saint
Sacrement eft expofé.
2º. Deux Réflexions ou fujets de Méditations
pour chaque jour des Fêtes des Myftéres
de N.S. , pour toutes celles de la Sainte
Vierge , & des Saints , dont le culte eft plus
célébre dans l'Eglife.
3º. Une Lecture de piété pour chaque
jour du mois.
On a mis une Table des matiéres à chaque
tome pour faciliter le moyen de trouver ce
dont on aura befoin.
DECEMBRE. 1745. ST
SEANCE publique de l'Académie des
Sciences du 13 Novembre.
M.
Duhamel lut un mémoire qui a pour
. titre , Effais fur la confervation des
grains & en particulier du froment.
Le mémoire de M. D. fe trouve naturelfement
divifé en trois partics ; dans la premiere
il établit la néceflité qu'il y a de faire
des magafins de bled dans les années d'abondance
, afin de fe ménager des reffources
pour celles où les recoltes manquent.
Dans la feconde partie il détaille ce qu'on
pratique dans les Provinces voifines de Paris
pour conferver les grains & il fait fentir
les inconvéniens de cette méthode . Dans la
troifiéme il propofe une nouvelle façon de
mettre les grains en grenier , & de les y entretenir
. Il y rapporte les expériences qu'il
a faites à ce fujer , qui établiffent la fupériorité
de cette nouvelle pratique fur l'ancienne.
Comme nous ne pouvons pas nous étendre
également fur toutes les parties de ce
mémoire , nous nous contenterons pour ce
qui regarde la premiere partie de faire re92
MERCURE DE FRANCE.
marquer avec l'Auteur , que la France pro
duit dans les années d'abondance plus de
grains qu'il n'en faut pour nourrir fes habitans
, & que le plus für moyen pour prévenir
les difettes eft de conferver foigneufement
ce furcroit de recolte, en faifant , lorfque le
bled eft à bon marché , de grands magafins
qui puiffent s'ouvrir à propos & fubvenir
au befoin.
En parcourant la feconde partie du mémoire
de M. D. on voit qu'en fuivant la pratique
ordinaire il eft difficile de faire ces magafins
il faudroit pour cela des bâtimens
immenfes & très -folides ; le bled qu'on y
dépoferoit feroit expofé à la rapine des oifeaux,
des rats ,des fouris & des infectes ; ceux
qui ont été dans le cas d'avoir beaucoup de
bled à conferver , fçavent qu'il s'en perd néceffairement
par les trous que differens animaux
font aux greniers ou que la charge du
-bled y occafionne : ils fçavent auffi que le
bled exige un foin journalier pour éviter
qu'il ne s'échauffe & qu'il ne fe gâte . M. D.
finit ainfi cette feconde partie dont nous ne
donnons qu'une légere idée.
23
Il s'agit pour rendre la conſervation des
bleds plus aifée . Premierement, d'en pou-
Voir renfermer une grande quantité dans
un petit emplacement , & dans des gre
DECEMBRE. 1745.
93
niers qui coutent moins à établir. 2 ° . De
faire enforte qu'ils ne s'y échauffent pas
qu'ils n'y fermentent pas, qu'ils n'y contractent
pas un mauvais goût. 3 ° . De le
garantir de la rapine des oifeaux , des rats
» &c. enfin de le préferver des mites , des
tignes, des charançons & de toute autre ef-
» péce d'infectes ; tout cela fans prefque
de foins & moyennant une très- petite dépenfe.
Voyons fi on peut fatisfaire à ces
befoins , & rapportons les experiences
» que nous avons faites à ce fujet. »
כ כ
33
כ כ
M. D. paffe enfuite à la troifiéme partie
de fon mémoire , fur laquelle nous nous
étendrons plus que fur les autres en faveur de
ceux qui voudront profiter de ces recherches
& des experiences qu'il y rapporte,
Il a fait faire avec de bonnes planches de
chêne bien épaiffes un petit grenier ou une
grande caiffe qui formoit un cube d'environ
5 pieds de côté. A 6 pouces du fond ou du
plancher de ce petit grenier il a fait placer
fur des lambourdes un fecond fond de grillage
fur lequel il a fait étendre une forte
toile de canevas . S'il étoit queftion d'établir
un grenjer folide , au lieu de planches on employeroit
des pierres de taille ou des briques,
& on fubftitueroit au carevas un treillis de fil
de fer.
Le petit grenier de M, D. fut rempli com94
MERCURE DE FRANCE.
ble de bon froment , & il en contient un
peu plus de 94 pieds cubes , ou environ
5040. liv.
On obfervera en paffant qu'un pareil grenier
qui auroit 12 pieds de côté , tiendroit
1728 pieds cubes de bled , pendant qu'un
grenier ordinaire qui a 1323 pieds de ſuperficie
, (le bled étant entaflé feulement à 18
pouces d'épaiffeur & écarté des murs comme
on le pratique ordinairement ) ne pet
contenir que 1350 pieds cubes de bled.
Néanmoins pour bâtir un grenier de cette
grandeur il en couteroit plus de 13000 liv.
au lieu qu'avec 1000 liv. on pouroit bâtir
un grenier comme le propofe M. D.
Voilà une grande économie fur l'étendue
des greniers & fur la dépenfe qui feroit néceffaire
pour en établir , ce qui eft un article
bin important pour les Places de guerre
, pour les Ports de mer , pour les grands
Hôpitaux , pour les Communautés riches ,
& généralement pour tous ceux qui auront
de grands Magafins à faire.
Quand le petit grenier fut tout rempli de
de grain , M. D. le fit fermer par le hautavec
des planches qui joignoient aflés exactement
, pour que ni les oifeaux, ni les rats,
ni les fouris , ni même aucun infecte n'y pût
entrer ; il fe mit ainfi à l'abri de la voracité
de ces animaux , il ménagea feulement pluDECEMBRE
. 1745. ༡ .
plufieurs ouvertures ou foupiraux à ce plancher
qu'on étoit maître d'ouvrir ou de tenir
fort exactement fermées .
Il ne fuffifoit pas d'être parvenu à faire
tenir beaucoup de bled dans un petit emplacement
, & de l'avoir mis à couvert des animaux
qui cherchent à s'en nourrir ; M. D.
s'étoit affûré par des experiences que le bled
qui paroît le plus fec contient néanmoins
affés d'humidité pour fermenter & fe corrompre
qu'and il eſt ainfi exactement renfermé
; il en avoit mis dans des bouteilles
bien bouchées, qui s'y étoit corrompu ; il en
avoit rempli des futailles où le bled s'étoit
échauffé & avoit contracté une mauvaiſe
odeur ; il s'étoit affùré par des expériences
exactes que le bled de cette année doit perdre
un huitiéme de fon poids pour être réputé
fec : enfin on fçait que le bled entaffé
trop épais & qu'on eft long-tems fans remuer
s'échauffe & fe gâte. Il étoit donc très important
de remédier à cet inconvenient : il
falloit de tems en tems renouveller l'air du
petit grenier , en établiſſant dans fon intérieur
un courant d'air qui en pût diffiper l'hu
midité. C'eſt dans cette vue que M. D.'avoit
établi au fond de fon grenier un plancher de
grillage , mais il s'agiffoit de trouver un
moyen de forcer l'air d'entrer entre les deux
planchers & de pénetrer tout le grain pour
96 MERCURE DE FRANCE,
fortir
par les foupiraux qu'on avoit pratiqués
au plancher fuperieur.
Les foufflets de forge & un fouflet cylindrique
imaginés par M. Triewal Suedois,
pour renouveller l'air du fond de calle des
navires ne convenoient pas à M. D. parce
qu'étant faits de cuir , les rats n'auroient pas
manqué de les endommager.
Après avoir tenté differens moyens qui
lui paroiffoient propres à remplir fon idée ,
il étoit fur le point d'appliquer à fon grenier
un fouflet centrifuge ou à moulinet qui a
été perfectionné par M. Teral & qui eft gravé
dans le Recueil des machines préſentées
à l'Académie .
ဘ
32
ב כ
•
» Le foufflet , dit M. D. auroit pû ſatis-
» faire à ce que je défirois , mais dans ce
tems M. Hals m'envoya un exemplaire de
fon ouvrage intitulé le Ventilateur; ce célebre
Phyficien qui joint à un excellent
efprit un defir bien fouable de contribuer
à tout ce qui peut être utile aux hom-
» mes donne dans l'ouvrage que je viens de
» citer la defcription d'un foufflet très
fimple , qui ne peut être endommagé par
» les rats , qu'on peut exécuter à peu de frais,
» & qui me parut préferable à tout autre ,
"parcequ'il eft plus propre à forcer l'air de fe
»porter oùl'on veut.
ود
20
M. Hals propofe ce foufflet pour renouveller
DECEMBRE 1745. 97
50
33
ဘ
veller l'air de l'entre-pont & de la calle des
vaiffeaux des galeries , des mines , des
fales où il y a beaucoup de malades , des
endroits qu'il eft important de deflécher ,
» & enfin il indique une façon de s'en fervir
» pour la confervation des grains . Les recherches
de M. Hals fur ce point , bien
loin de me détourner de fuivre celles que
j'avois commencées , m'engagerent à les
» continuer avec plus d'ardeur ; la conformité
qui fe rencontroit dans nos idées générales
m'aflermiffoit dans celles que j'avois
. conçues , & me faifoit même bien
préfumer des moyens que je me propofois
d'employer pour en faire ufage , quoiqu'ils
fuffent très-differens de ceux que propofe
ce célébre Phyficien . La difpofition de
fon grenier ne reffemble point à celui que
j'ai employé.
33
วง
"
အ
32
» M. Hals applique fon Ventilateur à un
grenier ordinaire , & ainfi il ne diminue
ni les frais d'établiſſement , ni l'emplace-
» ment des greniers , & fon grain refte expofé
à la rapine des animaux & aux autres
caufes de déperiffement , dont nous avons
parlé néanmoins je ne déciderai pas lequel
des deux greniers eft le meilleur ;
» l'ouvrage de M. Hais a été traduit en notre
langue par M. de Moure , de la Société
99
20
כ כ
II. Vol,
E
98 MERCURE DE FRANCE,
Royale de Londres : tout le monde peut
, le confulter & choifir . *
M. D. fit donc exécuter le foufflet de M,
Hals & l'appliqua à fon grenier. Il faut s'imaginer
un grand foufflet qui prend l'air du
déhors & qui le porte entre les deux planchers
inferieurs du petit grenier. Par le calcul
M. Duhamel en a fait , il paffe
80640 pieds cubes d'air quand on fait jouer
un feul foufflet pendant huit heures , & l'air
du petit grenier fe renouvelloit environ
2600 fois.
que
Le bled que M. D. avoit mis dans fon gre,
nierétoit de bonne qualité ; on ne l'a éventé
au plus que la valeur de 6 jours dans l'efpace
d'une année , & depuis deux ans que
ce bled eft en expérience , bien loin d'avoir
contracté la moindre altération , il eſt des
plus parfaits qu'on puiffe trouver.
Cette épreuve a donc eû tout le fuccès
qu'on en pouvoit attendre ; le bled- n'a pas
éprouvé la moindre fermentation ; il a con
fervé toute la bonne qualité qu'il avoit primitivement
; il a toujours été à couvert des
animaux qui cherchent à s'en nourrir , & ce,
> * J'invite même ceux qui voudront faire uſage
» de mes recherches , à confulter le Livre de M.
Hals , parce que j'ai fupprimé dans ce mémoire
» plufieurs chofes que j'y aurois inferées fi l'ouvrage
» de M, Hals n'avoit pas paru.
DECEMBRE 1745 .
DE
YON
la fans prefque de foins , de peine ni de dépenfe.
Il eft vrai que ce grenier eft petit
qu'il faudroit éventer plus fouvent & avec de
plus grands foufflets des greniers qui feroient
plus grands , mais outre que la dépenſe ſeroit
toujours proportionnée à la quantité
de grains qu'on auroit à conferver, on pourroit
, fi les magafins étoient fort grands , faire
jouer les foufflets avec un moulin à la Polonoife
, qui quelque petit qu'il fût , auroit ſuffifamment
de force pour mettre en jeu trois
ou quatre grands foufflets , alors on feroit
maître d'éventer le grain fi fouvent qu'on
voudroit & fans frais .
M. D. ayant reconnu que le bled de la
derniere recolte devoit perdre plus d'un hui
tiéme de fon poids pour être réputé fec , jugea
qu'il devoit être très- difficile à conferver , &
crut qu'il devoit profiter de cette circonftance
pour mettre fon grenier à la plus grande
épreuve. Il fit donc faire un fecond grenier
pareil au premier , & il le remplit de bled
nouveau qui étoit en partie germé , extrêmement
humide , qui avoit commmencé à
s'échauffer & qui avoit contracté une mauvaife
odeur , femblable à celle d'un poulaillier
; après l'avoir éventé une journés il
avoit perdu prefque toute fa chaleur , &
quoiqu'il n'y ait pas long - tems que cette experience
foit commencée , l'humidité eſt
E ij
100 MERCURE DE FRANCE .
fenfiblement diminuée , puifque le bled quị
étoit gonflé devient rétroit ; on s'apperçoit
aufli que l'odeur diminue confiderablement.
Si M. D. parvient à conferver ce
grain qui étoit déja fort alteré quand il l'a
mis en experience , il aura plus fait qu'on
ne pouvoit légitimement efperer de fa nouvelle
méthode. Voici comme M. D. termiş
ne fcn mémoire.
33 Il me reste à rendre compte des expériences
que j'ai faites pour détruire les infectes
; dans cette vue j'ai fait faire de
très- petits greniers qui contiennent ſeule-
» ment quatre pieds cubes de bled , j'y ai
renfermé avec le bled les infectes qu'il eft
» queftion de détruire , & j'y ai appliqué
un petit foufflet. Mes premiéres experiences
n'ont pas eû un bon fuccès ; j'en ai fait
» d'autres qui m'en promettent un meilleur,
mais plutôt que d'avancer des choſes ha-
» zardées , j'ai cru devoir differer quelque
ɔ tems à rendre compte de cette partie de
mon travail , & je le fais d'autant plus volontiers
, qu'il me refte .encore bien des
chofes à exécuter fur la confervation des
grains de toute efpéce . Ce que je donne
» jourd'hui ne doit donc être regardé
que comme le commencement d'un travail
plus confidérable que je me propoſe
de fuivre fi les dépenfes que je ferai obligé
">
**
ר פ כ
יככ
DECEMBRE 1745. · for:
dé faire n'y mettent pas un obftacle in-
25 vincible.
Comme les vûes de M. D. font uniquement
le bien public , il invite ceux qui auront
quelque obfervation relative à fonobjet
& particulierement fur la deſtruction
des infectes , à lui en faire part ; allùrément
s'il eft poffible de détruire ces animaux , ce
fera dans un grenier auffi exactement fermé
& dans lequel on eft maître de porter au
moyen des foufflets , telle vapeur qu'on ju
gera convenable d'y introduire .
M. de Juffieu l'ainé lut enfuite un mémoi
re rempli d'obſervations qu'il fait fervir d'ef
fai
pour une explication publique de toutes
les manieres dons les plantes fe multiplient ;
elles different des animaux comme , on le
fçait , en ce que la reproduction ne fe fait
chés eux que , ou par la fortie de leur femblable
du ventre de la femelle de leur ef
péce , ou par des oeufs qui éclofent hors
d'eux , aulieu que dans les plantes , c'eft ou
par boutures , ou par provins , ou par marcottes
ou par ceilletons , ou par greffes , ou par
femences. L'Art de cette multiplication
chés elles , qui fait une partie confidérable
de l'Agriculture , ne s'eft fondé que fur des
expériences réïtérées , au lieu que les autres
Arts font ordinairement fondés fur une
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
théorie qui précede l'expérience. Ces expériences
que les premiers Auteurs d'Agricul
ture ont pouffées fort loin, ont paffé chés les
Modernes en diverfes pratiques choifies ,
dont ils ont formé des méthodes qui réuffiffent.
M. de Juffieu entreprend d'ajouter à ces
fortes d'experiences une théorie fondée fur
un principe des plus fimples , imaginé par
les Anciens.
Théophrafte eft le premier qui ait regardé
dans les arbres la moële comme le piincipe
de leur vie & de leur propagation ; &
depuis lui Columelle a pris cette partie
pour une espéce d'ame qui donne la vie à la
¡ lante.
Quoique ces idées femblent être métaphyfiques
, M. de Juffieu les rend comme
réelles , & fait obferver que cette moële fe
trouvant au coeur du tronc & des branches
de tous les arbres , & étant prolongée jufques
dans les bourgeons répandus fur ces arbres
, il faut néceffairement qu'elle ait des
propriétés & des fonctions qu'aucune des
au res parties ne poffede comme celle- ci ; il
faut d'ailleurs qu'une même cauſe contribue
à ces deux fonctions , comme animales , de
croître & de fe multiplier : fonctions qui ne
peuvent mieux s'attribuer qu'à la moële.
M. de J. examine enfuite chaque partie
DECEMBRE 1745. 103
des plantes dont on fe fert pour cette multiplication
& y fait remarquer cette fubſtance
moëleufe que M. Hook , Grew & Malpighi
ont regardée comme véſiculaire .
Il ajoute qu'en pouffant plus loin , l'examen
des propriétés & de l'ufage de cette
moële par rapport à la propagation , on
peut remarquer qu'elle travaille interieurement
dans l'arbre dépouillé de fes feuilles ,
& comme en repos même pendant l'hyver ;
travail qui d'infenfible qu'il a été , ne devient
apparent , que lorfque cette fubftance moëleufe
s'eft étendue jufqu'à l'extérieur des
branches pour y former des bourgeons.
Ce développement des parties qui doivent
paroître au Printems après ce travail ,
peut être comparé à l'incubation de l'oeuf,
dans laquelle fon germe reçoit par la chaleur
de certaines liqueurs dans lefquelles il nage
une nourriture qui s'infinue dans les differen
tes parties du germe, les étend, les développe
& leur donne de . la fenfibilité , enforte que
ce qui paroifloit dans les bourgeons comme
dans l'oeuf un germe , devient , lorſque les
fleurs font éclofes , de même que le poulet ,
une preuve d'un travail intérieur fait par
l'extenfion des parties folides , & par un
changement des liquides tout- à- fait extraordinaire.
M. de J. par les reflexions qu'il fait ſur
E iuj
104 MERCURE DE FRANCE.
toutes ces obfervations conclud , 1º , qu'il
ya dans les plantes une ſubſtance qui eſt le
principe primordial de leur vegetation , &
de leur reproduction.
2º. Qu'on peut fuivre le progrès de cette
fubftance , non feulement dans les arbres ,
mais encore dans les herbes.
3 °. Que toutes les differentes maniéres
pratiquées pour la multiplication des plantes
, foit greffes , foit boutures , provins ,
marcottes , &c. ne font que des modifications
de l'ufage de la moële.
4°. Qu'une propriété de cette moële confervée
faine , eft de travailler dans les grains
quoique gardés long-tems , & dans les arbres
quoique étêtés , & dans leurs branches
quoique feparées de leurs troncs pour les
rendre capables de renouveller l'efpéce dont
ces parties ont été tirées .
DECEMBRE 1745. 105
E STAMPE S NOUVELLES,
AROLUS ROLLIN Antiquus Uni-
Cverfitatis Parifienfis Rector , Eloquentia
Profeffor Regius , & Regia Infcriptionum &
Humaniorum Litterarum Academia Socius.
Obiit octogenario major , die 4ª . Septembris
1741.
Cette eftampe d'après le portrait peint
par M. Coypel , eft gravée par Balechon &
eft fort belle au jugement des Connoiffeurs ;
elle fe vend chés N. B. de Poilly rue S. Jacque
, & chés Surugue Graveur du Roi rue
des Noyers.
CHARLES EDOUARD fils aîné de Jacques
Stuard , né à Rome le 31 Décembre
1720 , gravée par Jean Daullé Graveur du
Roi.
MARIE - THERESE Reine de Hongrie
née le 13 Mai 1717 , d'après le tableau
peint à Vienne en 1743 , par Martin de Meytens
, gravée par J. Daullé Graveur du Roi,
CHARLES ALEXANDRE DE LORRAINE
né le 12 Décembre 1712 d'après le ta-
Ey
106 MERCURE DE FRANCE
bleau peint à Vienne , par Martin de Mey
tens , gravée par J. Daullé fe vend chés ledit
Daullé.
NICOLAS DE HARLAI , Seigneur
de Sancy &c. Colonel Général des Suiffes ,
mort le 17 Octobre 1629, gravée par Tardieu
le fils , fe vend chés Odieuvre rue.
d'Anjou .
MARIE DE ROHAN mariée en premieres
nôces au Connétable de Luynes , &
en fecondes à Claude de Lorraine Duc de
Chevreuſe , née en Décembre 1600 , morte
le 18 Août 1679 , gravée par Balechou , fe
vend chés Odieuvre rue d'Anjou .
L
Es Cartes de feu M. Guillaume Deliſle
premier Géographe du Roi, de l'Académie
Royale des Sciences & Cenfeur Royal ,
compofant un Atlas de 95 Cartes pour la
Géographie moderne, ancienne & du moyen
âge , qui appartiennent maintenant au fieur
Buache fon gendre, de l'Académie des Sciences
& premier Géographe de Sa Majefté
fe diftribuent toujours dans la maison de fen
DECEMBRE 1745. 107
M. Delifle , Quai de l'Horloge du Palais.
On y trouvera auffi les autres Cartes
dreflées par Philippe Buache depuis la mort
de M. Delifle , dont plufieurs ont été approuvées
par l'Académie des Sciences.
M. Caffini de Thuri vient de publier une
nouvelle Carte qui comprend tous les lieux
de la France qui ont été déterminés par les
opérations Trigonometriques; cette Carte eft
diftribuée en 18 feuilles qui feront inférées
dans le livre de la defcription Géométrique
de la France ; elles ont été difpofées de
maniere que par leur affemblage on peut
en former une Carte générale de 3 pieds 9
pouces de hauteur fur 3 pieds 8 pouces
de largeur. Elle fe vend avec celles de M.
Buache lequel fe propofe de remplir tous
les vuides de cette Carte en faifant ufage
des meilleures Cartes qui nous aient été données
jufqu'à préfent .
On trouve auffi dans le même endroit la
Carte générale des Triangles que M. de
Thuri a publiée l'année derniere , & à laquelle
il a fait depuis differentes augmentations
; le prix de la Carte en feuilles elt
de liv. & celui de la Carte générale eft
de 3 livres.
9
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
ENIGME ET LOGOGRYPHES.
茶
Soit dit , mes mes chers Lecteurs , ſans offenſer
les
gens ,
Inftruifez-vous , & devenez fçavans :
Il faut pour me connoître & me mettre en uſage
Bien de l'expérience & de l'apprentiffage.
Ce n'eft que par effort d'imagination
Que je fers de ſecours à l'opération .
Ce qu'on ne croiroit pas poffible ,
Tout ce qui n'eft pas acceffible
Se mble avec moi s'unir & s'attrappe aiſément.
La jufteffe me fuit : il n'eſt pas de figure
Dont je ne donne une exacte meſure ;
Du refte , je ne fuis qu'un très-fimple inftrument.
F. d'A.
LOGO GRYP HE.
JE fuis avec honneur dans l'Empire François ,
Mais je brille eacore plus dans les Etats Anglois
Par quatre pris fur huit j'empêche la froidure ,
Celle du moins que l'homme en deux membres en
dure.
DECEMBRE 1745 109
Par quatre autres je fers à préparer le ſang ;
Rangez cinq à propos vous aurez un étang ;
Sept huitiémes du tout forment le terme étrange ,
Qui trois fignes ôtés auſſi - tôt devient Ange .
Je préfente de plus un Magiftrat connu
Et n'aguere dans Aix aux grandeurs parvenu ;
Lecteur fi tu connois celui qui me combine ,
Apprens que c'eſt de moi qu'il tient fon origine ;
Mais c'eft affés d'énigme , à tous je veux m'ouvrir
A ce trait aiſément on va me découvrir ;
On ne peut s'y tromper , qu'on cherche une Province
Terrible aux ennemis & fidelle à fon Prince.
Faiguet Maître de Penfion à Charenton.
J
AUTRE.
E commence par un adverbe ,
Qui par une combinaiſon
Va devenir arme fuperbe ,
Qui jadis étoit de faifon.
Mon corps , fi tu coupes ma tête ,
Excite l'admiration ,
Mais change la conftruction
Je ne fuis alors qu'une bête,
110 MERCURE DE FRANCE.
Dont chacun fe fait une fête
De chercher la deftruction.
Je ſens certain vent deshonnête ....
Ah ! gare une indigeftion ..
Pour finir ma diffection ,
Je ſuis un inftrument de chaffe ;
C'eſt chés moi qu'il faut que tout paffe
Avant de vifiter Pluton ;
Souvent dans l'Eglife on me place :
Enfin chés l'avare on m'entaffe.
Adieu . Je finis par un ton.
33
Sommeil
AIR à deux parties.
Ommeil viens fur mes fens , viens régner à
ton tour ;
Fais moi dormir fous cette treille ;
Je rends à Bacchus fa bouteille :
Je te confacre & la nuit & le jour ;
Si quelquefois je me réveille ,
Que ce ne foit qu'avec l'Amour.
DE
LA
VILLE
LYON
* /
893*
BIBLIO
!
DECEMBRE 1745. TIT
AUTRE.
L'Hyver dans nos climats
A ramené fes frimats ;
Par fa trifte froidure
Il défole la Nature.
Tout tremble , mais pour moi je crains peu fa ri
gueur .
Dans ma cave
Je la brave ,
En puifant dans le vin la plus vive chaleur.
112 MERCURE DE FRANCE .
SPSPSPSPAES SAPSAPSAPSAPEX
SPECTACLES.
Es 11 & 19 Décembre on a reprélenté
à Verſailles devant leurs Majeftés dans
la falle conftruite à la grande Ecurie l'Opéra
intitulé Jupiter Vainqueur des Titans ,
Tragédie .
Cet Opéra a été compofé & executé fous
les ordres & la protection de M. le Duc
de Richelieu.
Le Poëme étoit entre les mains de M.
de Blamont depuis plufieurs années , &
il avoit commencé à y travailler dès le tems
qu'il lui fut remis , mais ayant penſé que
cet Ouvrage pourroit un jour avoir une deftination
plus glorieufe que celle qu'on lui
donnoit alors , il en avoit fufpendu la compofition
jufqu'aux grands évenements qui
l'ont enfin amenée .
En effet le fujet de ce Poëme a paru faire
une heureuſe allufion à la gloire de notre
Monarque , & aux grandes actions qui font
dues à fa valeur, à fa fageffe, & à fa magnanimité.
Les Rois font les Images des Dieux.
Les Etats que S. M. procure aux Princes de
fon Sang , les Couronnes que d'autres ont
tenues de fa main , la généreufe protection
DECEMBRE 1745 .
qu'a l'exemple de fes Ancêtres elle accorde
aux Pulances infortunées qui viennent
fe mettre à l'abri de fon Thrône, tant de fuccès
dans les armes n'ont-ils pas un rapport
fenfible aux Victoires de Jupiter fur les Titans
& aux fuites glorieufes de fon Triomphe?
Le plus grand des Rois ne peut être comparé
qu'au plus grand desDieux , & l'objet du paralelle
doit être le fort du monde qu'ils font
l'un & l'autre .
Cette Tragédie eft en cinq Actes & uni
Prologue. M. de Blamont par eftime &
par amitié pour M. de Bury fon Neveu &
fon furvivancier , Maître de Mufique de
la Chambre , & voulant lui procurer
l'honneur de travailler dans une circonftance
fi flatteuſe , l'a affocié à la Mufique.
Cet Opera a eu le bonheur de plaire à
LL. MM.
M. de Laval compofiteur des Ballets du
Roi a donné dans cette piéce plus d'une
preuve de fon génie & de fon goût.
Le Prologue fe paffe fur les bords de la
Seine; c'eſt une éloge bucolique du Roi ; l'en
cens des Bergers doit être le plus flateur ,
puifqu'il eft le plus pur. Ces Panégiriſtes incapables
de feindre devroient ſeuls être écou
tés ; tous les Monarques n'ont pas le bonheur
d'animer les mufettes , & de faire répeter
aux Echos.
14 MERCURE DE FRANCE.
Dieux ! ne bornez jamais fes belles deftinées ;
Du plus chéri des Rois ne foyez point jaloux.
Ah! fi nos voeux pouvoient prolonger fes années
Notre amour le rendroit immortel comme vous
Le Poëte a choifi pour le fujet de fa
Tragédie l'évenement le plus confidérable
de la mithologie ; la Guerre des Dieux
& des Titans ; les premieres amours célebres
dans la Fable ; la tendreffe de Jupiter
& de Junon. Ce fujet éclatant a produit
un Spectacle magnifique & digne d'amufer
la plus brillante Cour de l'Europe .
ACTE I
Le Théatre repréfente le Palais de Sa
turne. La Scéne ouvre par Junon , qui nous
apprend dans un monologue , que Saturne
fon pere eft prifonnier de Titan fon frere
qui lui a ravi l'Empire des Cieux. Elle implore
le fecours de Jupiter qui n'eft encore
qu'un fameux inconnu .
Viens Jupiter , viens calmer mes allarmes ;
Les deftins ont prédit que ton amour pour moi
Sur le Trône des Dieux feroit briller tes armes
que les fiers Titans fubiroient notre Loi , Et
Si mon coeur a'pour toi des charmes ;
"
DECEMBRE 1745 .
115
Cher Amant , mérite ma foi.
Rends le Monde à Saturne & Junon eft à toi.
Cibelle arrive qui développe à Junon le
fort & la naiffance de Jupiter qu'elle a garanti
des fureurs qui le menaçoient. Elle
preffe Junon d'intéreffer vivement fon
Amant dans leur querelle , & l'envoye fe
cacher parmi les Coribantes. Les Titans qui
furviennent enchaînent Cibelle , & célebrent
leur Victoire. Voici tout le fujet de cette
guerre exposé par Titan lui même.
Le Ciel devient aujourd'hui mon partage ;
Ma valeur & votre courage
Remettent dans mes mains un Sceptre glorieux
Enfin je vais régner & commander aux Dieux.
Pour obéir aux Loix d'une orgueilleufe mere
J'avois cédé le Thrône à Saturne mon frere
Mais ce facrifice cruel
Ne devoit point être éternel.
Par un ferment terrible , inviolable,
"
Pour régner dans les Cieux , ce frere impitoyable.
Promit que fes fils malheureux
Périroient en naiffant fous fes coups rigoureux.
Cet accord fanguinaire
Fit reculer d'horreur l'Aftre qui nous éclaire.
Cependant il devoit nous ramener un jour
A l'Empire brillant du célefte féjour .
tio MERCURE DE FRANCE.
Saturne a trompé mon attente ;
Le parjure en fecret a ſauvé ſes enfans ;
Sans notre victoire éclatante
Nous perdions pour jamais le Sceptre des Titans,
ACTE I I.
Le Théatre repréfente les Jardins fecrets
du Temple de Cibelle dans l'Ile de Crete ,
où les Coribantes avoient élevé Jupiter
Neptune & Pluton . Jupiter explique la fituation
de fon coeur dans un monologue.
Il apperçoit Junon ; leur Scéne eft tendre
& bien filée, l'Amour dit Jupiter à la Déeſſe,
L'Amour m'a foumis votre coeur ;
Un Triomphe fi beau va me combler de gloire ;
Il ne manquoit à mon bonheur
Que de vous obtenir des mains de la Victoire :
Neptune & Pluton fe joignent à Jupiter.
Tous les trois montent dans un Char envoyé
par le Deſtin ; ils combattent , & foumettent
les Titans . Saturne & la Cour font
délivrés de leurs fers ; Jupiter ne demande
que Junon pour prix de fa Victoire. La
Déeffe ne doit époufer qu'un Dieu & le fort
de Jupiter eft ignoré . Pour en être éclaircis ,
dit Saturne , confultons le Deftin.
DECEMBRE 1745 :
ACTE III.
Le Théatre repréfente le Temple du
Deftin. Son grand Prêtre dit :
Deftin tu régis tous les tems ;
Les Siècles devant moi font moins que des inftans;
Tout finit, tout commence ,
Selon que tu l'as prononcé ;
Toi feul ne finis point , tu n'a pas commencé,
Saturne iruit par l'Oracle que l'époux
de Junon doit régner dans les Cieux , refufe
fa fille à Jupiter & lui en apprend la raifon.
Il invoque la Terre & lui ordonne d'enfanter
es Géans pour le deffendre contre
l'invafi de Jupiter.
18 MERCURE DE FRANCE
ACTE I V.
Le Théatre repréſente le Palais du fom.
meil. Jupiter y paroît endormi au milieu des
fonges. Morphée à la priere de Cibelle or
donne aux fonges de fufpendre la colere de
Jupiter par des images agréables. Un fonge
fous la forme d'un Amant cherche à attendrir
l'objet qu'il aime. L'eſpérance vient le
confoler de fes rigueurs , & lui amene l'Amour
qui tire un trait de fon carquois &
en bleffe l'indiferente : les deux Amans fe
réuniffent & mêlent leurs danfes à celles
de l'efpérance & de l'Amour. M. de Laval
a triomphé dans le Ballet de ce divertiflement
& la mufique eft infpirée par les Graces.
Jupiter fe réveille , & guidé par le dépit
il monte aux Cieux au milieu de la foudre
& des éclairs.
Alors on voit les champs Phlégréens en
Theffalie , dont les forêts parciffent encore
enflâmées ; la Terre environnée de rochers
divers, eft triftement couchée fur un Trône,
Déeffe , lui dit Saturne .
Il faut s'armer contre un audacieux
Qui répand l'épouvante & l'horreur en tous lieux.
DECEMBRE 1745. 119
La Terre irritée produit des Géans prodigieux
& des Monftres demi hommes &
demi ferpens.
Le Spectacle des Géans qui entaffent les
monts pour escalader les Cieux eft fuperbe
& digne de la fituation. Jupiter les fou
droye ; il invite les mortels raffurés par fa
Victoire à en goûter les fruits. Une très aimable
Fête champêtre termine l'Acte,
ACTE V.
Le Théatre repréſente un falon intérieur
du Palais de Junon . Cette Déeffe après un
monologue qui peint fes inquiétudes , reproche
à Jupiter le détrônement de Saturne , &
guerre qu'il a ofé lui déclarer. Ce Dieu
s'excufe & lui répond :
la
A Saturne en ce jour
Mon bras a déclaré la guerre ,
Mais c'eft au feu de mon amour
Que s'eft allumé mon tonnerre .
Junon , écoutez-moi ; cette guerre funefte
Qui ravit à Saturne un Trône glorieux ,
N'eft point de mes defirs l'effor ambitieux ;
Croyez en mon amour , c'eft lui que j'en at efte ;
Ces foudres redoutés qui partent de ma main
20 MERCURE DE FRANCE.
N'ont fait qu'exécuter les ordres du Deſtin,
Amour , ne permets pas que je fois la victime
Des feux que tu fçus m'inſpirer ;
Ils ont armé mon bras ; c'est toi qui fis mon crime
Vole , Amour , viens le reparer.
L'Amour paroiffant fur un nuage , exauce
les voeux de Jupiter , & adreffe ces mots à
Junon :
Reçois de Jupiter la main & la couronne ;
Saturne eft appaifé , fes voeux font fatisfaits ;
L'Empire de la terre a fixé fes fouhaits ;
Junon , regne en ces lieux , le Deftin te l'ordonne
L'Amour te le demande & l'Olympe eft en paix .
On ne peut s'oppofer à l'amour & au
Deftin féparément . Quel pouvoir n'ont- ils
pas quand ils commandent enfemble ! Toutes
les Divinités célebrent l'Hymen du nouveau
Souverain des Dieux & forment un divertiffement
qui égale ceux qui l'ont précédé.
Le fuccès de la deuxiéme repréfentation
de la Tragédie de Jupiter vainqueur des Titans
fur le Théatre de Verſailles a confirmé
& redoublé les applaudiffemens accordéș
unanimement à la premiere.
Le
DECEMBRE 1745. 121
Le Mercredi Decembre on a revû
avec plaifir Zélindor précédé des intermedes
de la Princefle de Navarre , amenés par
des Scénes nouvelles.
Armide a terminé fur ce Théatre les Fêtes
de l'année 1745. Mlle. Chevalier a joué
ce Rôle, écueil fouvent de bonnes Actrices
avec le fuffrage des connoiffeurs. Les danfes
de ces differentes piéces ont fait un
grand honneur au compofiteur des Ballets
& aux habiles fujets qui les ont executés .
Le famedi 25 Décembre jour de Noel
le Concert des Thuilleries a commencé par
·Diligam te Domine , Motet à grand choeur
de M. Gilles . Il a précédé une fuite de
Noels , & M Poirier a chanté Benedictus
Dominus petit Motet de M. Mouret.
Après un Concerto de M. de Mondonville
l'Ufquequo Motet de M. Mouret , a été
très - bien chanté par Mademoiſelle Chevalier
, & le Motet à grand cheur Venite
exultemus de M. de Mondonville a terminé
le Concert . Mademoiſelle Fel a été
fort applaudie quand elle a chanté le beau
récit Venite adoremus . Mlles, Romainville &
Bourbonnois ont eu le même fuccès dans
le premier Motet & M. l'Abbé Malines
dans les deux.
11. Vol. F
J22 MERCURE DE FRANCE.
JOURNAL DE LA COUR , DE PARIS,
&c.
Es de ce mois fecond Dimanche de
l'Avent leurs Majeftés entendirent dans
la Chapelle du Châteaude Verfailles la Meffe
chanteé par la Mufique. L'après -midi laReine
accompagnée de Monfeigneur le Dauphin, de
Madame la Dauphine & de Madame Adelaïde
, affifta au fermon de l'Abbé Ardouin
Chanoine de l'Eglife Métropolitaine de Sens.
?
Le la Reine communia par les mains
de l'Archevêque de Rouen , fon Grand Aumonier.
Le 8 fête de la Conception de la Sainte
Vierge le Roi & la Reine entendirent la
Meffe dans la même Chapelle , & l'aprèsmidi
leurs Majeftés , accompagnées comme
le 5 affifterent au fermon du même Prédicateur.
د
Le même jour les Etats de Flandre eurent
audience du Roi ; ils furent préfentés par M.
le Prince de Tingry,M. d'Argenfon Miniftre
de la Guerre & M. le Marquis de Dreux
Grand Maître des Cérémonies; M. l'Evêque
de Bruges porta la parole,
DECEMBRE 1745. 123
Le Jeudi 9 les Comédiens François repréfenterent
fur le Théatre du Château la
Tragédie de Cinna.
•
Le 12 troifiéme Dimanche de l'Avent
leurs Majeftés entendirent dans la Chapelle
du Château la Mefle chantée par la
Mufique , & l'après - midi la Reine
accompagnée de Monfeigneur le Dauphin
& de Madame Adelaide , aflifta au fermon
de l'Abbé Ardouin , Chanoine de l'Eglife
Métropolitaine de Sens.
Le Lundi 13 on exécuta en Concert
chés la Reine le quatriéme & cinquiéme
Acte de Diane & Endimion , Paftorale Héroïque
de M. de Blamont,
Le 14 le Marquis Doria , Envoyé Extraordinaire
de la République de Génes ,
eut fon audience publique de congé du Roi.
Il eut enfuite une pareille audience de la
Reine , de Monfeigneur le Dauphin , de
Madame la Dauphine & de Mefdames de
France. Il fut conduit à toutes ces audiences
par le Chevalier de Sainctot , qui étoit
allé le prendre dans fon Hôtel à Paris avec
les caroffes du Roi & de la Reine , & après
avoir été traité par les Officiers du Roi , il
fut reconduit à Paris dans les caroffes de
leurs Majeftés par le même Introducteur,
Le même jour les Comédiens François
jouerent fur le Théatre du Chá-
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
teau le Muet & l'Ecole des Maris.
Le Mercredi 15 les Comédiens Italiens
jouerent Arlequin cru Prince , fuivi d'un
Ballet.
Le Jeudi 16 les Comediens François
repréſenterent la Tragédie de Penelope &
res Folies amoureuſes.
1
Les Lieutenans Généraux nommés par
le Roi pour fervir en Flandre pendant
rhyver fous les ordres du Maréchal Comte
de Saxe , font le Marquis de Cébéret , employé
à Ypres ; M. Phelippes , à Maubeuge ;
le Marquis de Clermont Gallerande , à
Oudenarde ; le Marquis du Chaila , à Gand ;
le Comte de Danois , à Valenciennes ; le
Comte de Lowendal , à Oftende ; le Comte
d'Aunay , à Dunkerque ; le Marquis de
Brezé , à Tournay , & le Marquis de Contades
, à Bruges.
Les Maréchaux de Camp employés dans
le même Pays , font le Marquis d'Armentieres
, à Ath ; M. de Romecourt , à Ypres ;
M. de Seedorff , à Beaumont ; M. de la
Motte- Guerin , à Philippeville ; le Comte
de Fitz James , à Nieuport ; le Comte de
Relingue , à Maubenge ; le Marquis de
Beauffremont , à Oudenarde ; le Chevalier
de Montmorency , à Courtray ; M. de Gravel
, à Givet ; M , de Rothe , à Dunkerque ,
& le Comte d'Herouville de Claye , à Gand.
DECEMBRE 1745. 125
Les Lieutenans Généraux choifis par le
Roi pour fervir en Alface pendant l'hyver
fous les ordres du Prince de Conty , & er
fon abſence fous ceux du Marquis de Balincourt
, font le Chevalier de Saint André ,
employé au Neuf- Briſack ; le Marquis de
Putanges , à Strasbourg ; le Marquis de
Reffuges , à Lauterbourg ; le Marquis de
la Ravoye , à Huningue ; le Marquis de
Chazeron, à Strasbourg ; le Marquis du Châtelet
Lomont , à Phalfbourg ; le Marquis
de Salieres , à Strasbourg ; M. de Villemur ,
à Landau , le Marquis de Maupeou , à
Strasbourg.
Les Maréchaux de Camp employés dans
la même Province , font le Marquis de
Courten , à Haguenau ; M. de la Brunie ,
à Colmar ; le Comte de Laigle , au Fort-
Louis ; le Marquis de Fremeur , à Weif
fembourg; le Marquis de Cruffol , au Neuf-
Brifack ; le Marquis de Bellefont , à Scheleftatt
; le Marquis de Vibraye , à Haguenau
; M. de la Claviere & M. d'Arnault
à Landau ; le Marquis de Carcado à Phalfbourg
, & le Marquis de Montbarrey , à
Betford.
Fiij
126 MERCURE DE FRANCË.
XXXXXXXXX********
RELATION de la Réception de
Madame la Comteffe de Noailles a la Dignité
de Grand- Croix de l'Ordre de Malthe
.
L
E 13 Decembre Madame la Comteffe
de Noailles Grande d'Espagne , Epoufe
de M. le Comte de Noailles Grand d'Ef
pagne de la premiere claffe , & Maréchal
des Camps & Armées du Roi , fut reçue
Grand- Croix de l'Ordre de Malthe par M.
le Bailly de Froulay Ambaſſadeur Extraordinaire
de la Religion auprès du Roi .
La Cérémonie fe fit dans l'Eglife du
Temple. M. le Grand Prieur de France ,
après lequel étoit placé M. le Comte de
Noailles & tous les Grand- Croix , Commandeurs
& Chevaliers de cet Ordre qui
étoient à Paris , affferent à cette Cérémonie
, & il s'y trouva auffi un grand nombre
de Seigneurs & de Dames de la premiere
diſtinction .
Madanse la Comteffe de Noailles fuivie
d'un grand cortége , étoit allée prendre M.
l'Ambaffadeur à fon Hôtel , qui la mena
enfuite dans un de fes caroffes à l'Eglife du
Temple.
DECEMBRE 1745. 127
7
La Cérémonie commença par une Meffe
qui fut célébrée par vénérable Frere Honoré
Clou , Prieur- Curé du Temple , & '
après qu'elle fut dite , M. l'Ambaffadeur qui
étoit fous un Dais , donna à lire à haute
voix au Chancelier du Grand Prieuré de
France la Lettre qu'il avoit reçûe de fon
Alteffe Eminentiffime le Grand Maître Pinto
, en date du 25 Fevrier dernier , par laquelle
il lui donnoit ordre & pouvoir de
faire cette réception . Cette Lettre portoit en
» fubftance qu'il étoit jufte d'accorder cette
a diftinction àMadame laComteffe deNoailles;
qu'elle étoit dûë à fon zéle pour la Re-
» ligion ainfi qu'à ſa Naiſſance & à la confidération
de fes Ancêtres . Nous n'oublions
jamais , dit le Grand Maître , le fervice
» important que M. le Duc d'Arpajon fön
bifayeul rendit à notre Ordre , lorfqu'il
» s'empreffa de venir à notre fecours à la
citation de 1645 , où il fut fait Géné
→ raliffime de nos troupes. » Un fait fi mé-
,, morable continue - t-il , » ne peut affés fe
reconnoître, & nous fommes charmés d'a- \
,, voir cette occafion pendant notre Magif
stere d'obliger le feul rejetton d'un nom
qui nous eft auffi cher que recommandable.
C'eſt ce dont nous vous chargeons
d'affurer Madame la Comteffe de Noailles .
F
2
35
30
و د
و و
28 MERCURE DE FRANCE.
Après cette lecture M. l'Ambaffadeur
fit à Madame la Comteffe de Noailles le
difcours fuivant.
MADAME.
0
Votre Excellence retrouve aujourd'hui
dans fon Alteffe Eminentiffime Monfei-.
› gneur le Grand Maître notre digne Chef,
» & dans tous les membres qui compofent
l'Ordre de S. Jean de Jerufalem , les mêmes
fentimens dont étoient remplis nos
Prédéceffeurs , lorſqu'ils donnerent au Duc
d'Arpajon votre bifayeul , un témoigna
ge unanime, authentique & durable de leur
reconnoiffance.
09
20
n
數
""
» Ces Chevaliers ne font plus ; l'efprit de
l'Ordre eft toûjours le même. C'eſt donc
avec une égale fatisfaction qu'il décore votre
Excellence de la Grand Croix , & qu'il
reçoit au pied des Autels les affùrances
que de votre côté vous contribuerez en
tout ce qui dépendra de vous à fon avantage
& à fa gloire.
Votre Excellence tranfmettra fans doute
* Il n'étoit pas Duc alors ; il le fut fait dans la
faite après fon retour de Malthe.
DECEMBRE 1745. 129
29
» le même zele à la poſtérité qui naîtra de
» l'alliance qu'elle vient de contracter. De
quelque côté que vos defcendans portent
39 les yeux fur leur illuftre origine , ils y ver-
» ront par tout de grands exemples & de
puiffants motifs d'aimer & de fervir la Religion
.
3
2
Madame la Comteffe de Noailles fit la réponſe
ſuivante au difcours de M. l'Ambaffadeur-
M
30
ONSIEUR.
» Je ſuis ſenſible , comme je le dois , à la
marque de diftinction que je reçois aujourd'hui.
Je ne cederai en rien à mes
.Ancêtres , en zéle & en attachement pout
» la Religion. Si je ne fuis pas affés heureuſe
» pour trouver dans ma vie une occafion
d'en donner des preuves , je n'en laifferai
,, du moins jamais échapper aucune de celles
qui pourront fe préfenter, de marquer ma
20 vive reconnoiffance pour la Religion , pour
» notre Grand-Maître & pour la perfonne
» de votre Excellence.
"
Après ces deux difcours M. l'Ambaffadeur
remit au Chancelier du Grand Prieuré
de France la Bulle du Grand Maître en date
FY
130 MERCURE DE FRANCE.
5
du 23 Fevrier dernier , portant conceffion
de la Dignité de Grand - Croix de l'Ordre
en faveur de Madame la Comteffe de Noailles
, pour en faire la lecture à haute voix ,
comme il avoit fait de la Lettre dont nous
avons par é.
Quand cette lecture fut finie , Madame
la Comteffe de Noailles fe mit à genoux fur
fon carreau , & M. l'Ambaffadeur s'étant affis
dans un fauteuil , lui donna d'abord l'habit
de dévotion , & enfuite la Grande Croix
de l'Ordre. Ainfi finit cette cérémonie qui
fe paffa avec toute la décence & la grandeur
imaginables , & à laquelle fe trouva une affluence
de monde extraordinaire.
Madame la Comtelle de Noailles en revenant
de l'Eglife du Temple avec le même
cortége , fut defcendre chés M. l'Ambaſſadeur
qui donna un diner fplendide , dont le
deffert étoit d'un goût qui fut admiré. Il tepréfentoit
l'Ifle de Malthe environnée de Vaiffeaux
Chretiens , qui donnoient la chaffe à
des Vaiffeaux Turcs , dont les uns couloient
à fond & les autres étoient defemparés . On
voyoit enfuite tous les Forts de la Place
garnis de troupes , & M. le Duc d'Arpajon
fur le Port où il donnoit fes ordres
comme Généraliffime des troupes de la Religion.
DECEMBRE 1745 . 131
Iln'y a que quatre Dames qui foient
Grands- Croix de l'Ordre de S. Jean de Jerufalem
; Madame la Princeffe de Rochette
en Italie , Madame la Ducheffe de Virtemberg
; Madame la Princeffe de la Tour
Taxis en Allemagne , & Madame la Comteffe
de Noailles en France , qui fait aujour
d'hui la quatrième.
Les honneurs de Grand - Croix de l'Ordre
de Malthe ont été accordés le 27 Juillet
1645 à la maiſon d'Arpajon & à fes
defcendans , même par femmes après l'extinction
des mâles , en confidération des
fervices importants rendus alors à la Religion
par M. le Duc d'Arpajon. L'Ordre l'avoit
créé Généraliffime de fes troupes , ' en
lui fubordonant méme le Maréchal de la Re-.
ligion , le 27 Mai de la même année , &
lui donna en même tems tout commandement
dans les Villes , Forts , & Iſle de Malthe
, & Ifles , Forts , Diſtricts & Territoires
dépendants de la Religion .
En conféquence de la premiere conceffion
du 27 Juillet 1645 , le Grand Maître
Pinto actuellement regnant a confirmé par
fa Bulle du 28 Septembre 1741 , les mêmes
honneurs à M. le Comte de Noailles ,
en confidération de fon mariage avec Mademoiſelle
d'Arpajon , aujourd'hui Comteffe
de Noailles , feule & unique héritére de la
maifon d'Arpajon. Frj
132 MERCURE DE FRANCE.
On ne peut mieux faire que de joindre
ici ce que le célebre Hiftorien de Mal-,
the , M. l'Abbé de Vertor , dit de l'Illuftre
maifon d'Arpajon fur l'année 1645 .
99
59
P
Ibrahim , dit cet Hiftorien , ayant appris
la perte de fon Grand Galion , enlevé
r les galeres de Malthe , avec tou
» tes les riches dont il étoit chargé , en-
» voye un Hérault déclarer la guerre au
Grand Maître & à l'Ordre. ""
و و
و ر
""
و و
,, On travaille avec foin à mettre les for-
,, ces de la Religion en état de réfiſter à la
,, puffance formidable du Grand Seigneur .
On envoye chercher de tous côtés du fecours
& des munitions de guerre & de
bouche. Belle action , & à jamais mémorable
de Louis Vicomte d'Arpajon , Seigneur
de la premiere qualité , & de la
,, haute Nobleffe du Royaume de France ,
,, qui fait prendre les armes à tous ſes vaſ-
„, faux , leve 2000 hommes à les dépens
charge plufieurs Vaiffeaux de munitions de
, guerre & de bouche , & accompagné de
plufieurs Gentilshommes de fes parens
de fes amis, met à la voile, fe rend à Malthe
& préfente au Grand - Maître un fecours
fi confidérable , qu'il n'eût ofé en eſpérer
,, un pareil de plufieurs Souverains.Le Grand
Maître crut ne pouvoir reconnoître un fer-
», vice i important , qu'en lui déférant le
و ر
و د
و ر
""
52
39
د و
&
DECEMBRE 1745. 133
Généralat des armes ; avec le pouvoir de
fe choifir lui-même trois Lieutenants Généraux
pour commander fous fes ordres
dans les endroits où il ne pourroit ſe tranſ-
» porter.
و د
95
93
"9
99
33
"
35
39
Il fe trouva que la
guerre dont le Turc
,, menaçoit Malthe , n'étoit qu'une fauffe allarme
. Il s'attacha à l'Ifle de Candie......
Malthe délivrée , envoye fon Efcadre au
fecours des affiégés . Le Vicomte d'Arpajon
prend congé du Grand- Maître. Ce
Prince , de l'avis du Confeil , pour reconnoître
le généreux fecours qu'il lui
avoit conduit , par une Bulle expreffe lui
donne la permiffion pour lui & pour le
fils aîné à perpétuité , de porter la Croix
d'or de l'Ordre ; qu'un de fes cadets feroit
reçû de minorité quitte & franc des
droits de paffage & fans preuve ; qu'après
fa Profeffion il feroit honoré de la Grand-
», Croix les chefs & les aînés de leur
maifon pourroient porter la Croix dans
leur Ecu & dans leurs Armes .
""
و د
وو
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"
"
"
و د
و د
que
Il faut ajoûter à ce que dit ce célebre
Hiftorien la tranfmiffion des droits & honneurs
de l'Ordre aux defcendants femelles
à fate de mâles , & que la date de la réception
des cadets de cette maiſon , qui
viennent à faire Profeffion , remonte pour
l'ancienneté dans la Religion à la date du
jour de leur naiffance.
134 MERCURE DE FRANCE.
Le 14 Décembre l'Académie Royale des
Belles Lettres élut pour affocié Etranger M.
le Comte de Chantar Gentilhomme Sicilien.
Il remplit la place vacante par la mort de
M. le Marquis de Caumont que nous avons
rapportée dans le Mercure de Novembre.
Le Roi a accordé à M. le Normand de
Tournehem Fermier Cénéral la Sur-Intendance
des Bâtimens.
M. Rouillé Confeiller d'Etat a été nommé
Commiffaire du Roi pour préfider à la
Compagnie des Indes.
L'Académie de la Rochelle tint fa Séance
publique le 26 Juillet. M. Jaillot Supérieur
de la maifon de l'Oratoire , Directeur,
en fit l'ouverture.
M. de Villars Chancelier de l'Académie
lut un Mémoire contenant quelques Obfervations
pour fervir à l'Hiftoire naturelle de
la Rochelle .
M. du Pali Tréforier de France en lut
un fur la marche des Infectes fur les corps
durs & polis placés verticalement.
M. Bourgeois termina la Séance par I'Eloge
Hiftorique de la Rochelle .
Nous donnerons le mois prochain l'Extrait
de ces Mémoires .
24
La Reine des deux Siciles accoucha le
Novembre d'une Princeffe . C'eſt la cinquiéme
fille de cette Prin ceffe .
DECEMBRE 1745. 139
Le Roi a appris le 11 de ce mois par
le Chevalier Dailly Aide Major Général de
l'armée d'Italie , & qui a été dépêché à 5. M.
par le Maréchal de Maillebois , que le Château
de Cazal s'étoit rendu le 29 du mois
dernier après 7 jours de tranchée ouverte.
Par la Capitulation qui a été fignée , la gar-i
nifon compofée de 260 foldats & de 70
invalides , a été faite prifonniere de guerre,
& a été conduite à Tortone. Les Officiers
de cette gårniſon ont été renvoyés fur leur
parole.
Le 19 quatriéme Dimanche de l'Avent
leurs Majeftés entendirent dans la Chapelle
du Château la Meffe chantée par la Mufi
que . L'après -midi la Reine accompagnée de
Madanie Adélaïde affifta au Sermon de
l'Abbé Ardouin , Chanoine de l'Egliſe Métropolitaine
de Sens.
Le 4 Décembre M. Orry Miniftre d'Etat
& Controlleur Général des Finances ayant
demandé au Roi de remettre cette Charge
S. M. lui en a accordé la permiffion &
a nommé pour le remplacer Jean- Baptifte
de Machault Seigneur d'Arnouville , Maître
des Requêtes ordinaire de l'Hôtel du Roi du
15 Juillet 1728 , Intendant de Haynault du
mois de Mars 1743 , & avant Confeiller au
Parlement en 1721. Il eft né le 13 Décembre
1701 , & marié depuis l'an 173 ...
136 MERCURE DE FRANCE.
avec Genevieve-Louife Rouillé du Coudray,
dont il a des enfans ; il eft fils de Louis Charles
de Machault Seigneur d'Arnouville aujourd'hui
Confeiller d'Etat ordinaire , & cidevant
Maître des Requêtes & Lieutenant
Général de Police , & de Dame Françoiſe-
Elifabeth Millon morte le 22 Janvier 1720 .
La famille de Machault , l'une des plus confidérables
de Paris par fon ancienneté &
par fes alliances , porte pour armes d'Argent
à têtes de Corbeaux defable arrachées & pofées
deux & une ; la Généalogie en fera amplement
rapportée dans la nouvelle Hiftoire
des Maîtres des Requétes ci - devant
annoncée.
L'Intendance du Haynault vacante par
la nomination deM.deMachault d'Arnouville
à la Charge de Controlleur Général des
Finances a été donnée à M. de Lucé , (Jacques
Pineau ) Intendant de Juftice à Tours
depuis 1743 , Maître des Requêtes depuis
1737 , & ci-devant Préfident au Grand
Confeil , lequel eft remplacé dans l'Intendance
de Tours par M. Savalete de Magnanville,
( Charles -Pierre Savalete ) Maître
des Requêtes depuis le 20 Février 1738.
DECEMB.R E 1745. 137
REGIMENS DONNE'S
E Roi ayant difpofé des Régimens va-
LE
celui de Lyonnois au Comte de Lannion
Colonel du Régiment de Médoc , & Brigadier
d'armée de la derniere promotion.
Celui du Régiment de Médoc à M. de
Brebant , Lieutenant dans le Régiment des
Gardes Françoiſes , Gentilhomme de Bretagne.
Celui du Régiment d'Anjou au Chevalier
de Rochechouart , Colonel du Régiment de
Beauce , de la Branche de Rochechouart
Faudoas.
Celui du Régiment de Beauce au Comite
de Levis , Moufquetaire de la premiere
Compagnie.
Celui du Régiment de Montmorin au
Marquis de S. Herem Montmorin , Capitaine
dans ce Régiment.
138 MERCURE DE FRANCE.
Celui du Régiment de Brancas au Marquis
de Segur , Colonel d'un Régiment d'Infanterie.
Celui du Régiment de Segur à M. de
Genfac , Capitaine de Grenadiers dans le
Régiment de Bonac .
Celui du Régiment de Biron au Prince
de Rochefort , Capitaine dans le Régiment
de Cavalerie Royal Pologne , fils aîné de
M. le Prince de Montauban Lieutenant
Général des armées du Roi.
Celui du Régiment de Penthiévre à M.
de S. Pern , Capitaine dans le Régiment
du Roi Infanterie .
Celui du Régiment de Lorraine à M. de
Caux , Capitaine dans le Régiment du Roi ,
Infanterie Gentilhomme de Picardie du
nom le Ver.
Celui du Régiment de Tournaifis au
Marquis de Cafteja du nom de Biodos , Lieutenant
dans le Régiment du Roi , Infanterie.
Celui du Régiment de Foix au Chevalier
de Grollier
.
DECEMBRE 1745. 139
Celui du Régiment de Breffe au Comte
de Carcado , Capitaine dans le même Régiment
, frere du Marquis de Carcado Maréchal
de Camp de la derniere promotion .
Celui du Régiment de Luxembourg à
M. de la Roche-Courbon du nom de Courbon ,
Capitaine dans le Régiment de Cavalerie
de Berry.
Celui du Régiment ci- devant Montboif
fier au Comte de la Tour ( d'Auvergne ) aîné
de la branche de la Tour Murat, cadette des
Ducs de Bouillon , Cornerte dans le Régiment
Royal Dragonš.
Celui du Régiment de Cavalerie de
Grammont au Chevalier de Grammont
Meftre de Camp & Capitaine, dans le même.
Régiment.
Celui du Régiment de Cavalerie d'Andlau
au Comte deBourbon Buffet , Capitaine dans le
même Régiment. Voyez la Généalogie de
la Maifon de France.
Celui du Régiment du Roi Dragons à
M. Dormenans , Lieutenant Colonel du même
Régiment.
Celui du Régiment Dauphin Dragons au
140 MERCURE DE FRANCE .
Marquis de Lefcure , ( de Languedoc ) Capitaine
dans le Régiment du Roi Infanterie.
Celui du Régiment de Dragons de Surgeres
au Chevalier d'Aubigné , Capitaine
dans le Régiment de la Marine , frere du
Comte d'Aubigné Brigadier d'armée de la
derniere promotion.
Et celui du Régiment de Dragons de
Vibraye au Marquis de Caraman , Capitaine
dans le Régiment de Cavalerie de
Berry , fils de M. de Caraman du nom de
Riquet , Lieutenant Général des armées
du Roi.
PRISES DE VAISSEAUX.
M. De S. Allouarn , Lieutenant de Vaiffeau
, Commandant la Frégate du Roi l'E -` -
meraude , s'eft rendu maître du Navire Anglois
l'Anne , d'environ 300 tonneaux , venant
de Saint Chriftophe avec un chargement
compofé de fucre , de cacao , de coDECEMBRE.
1745. 141
on & d'autres marchandifes , & il l'a con
duit à Dunkerque.
On mande de Breft que les Fregates du
Roi l'Etoile & l'Embuscade , armées en courfe
fous le commandement de Mrs. du Gué
Lambert & Tabary , fe font emparées du
Corfaire Anglois le Shoreham , de 22 canons
, de 24 pierriers . & de 200 hommes
d'équipage , & des Bâtimens le Beimstet
& le Duc d'Argile , armés , l'un de 14 canons
& de 12 pierriers , l'autre de 28 canons
, tous deux chargés de tabac. Le Corfaire
eft arrivé au Port- Louis , & ces deux
Navires à Brest .
Les Navires le George & Marie , de 80
tonneaux , fur lequel il y avoit des vivres ;
le Jean Elizabeth, de 150 tonneaux & de
8 canons , dont la charge confiftoit en fel
de Portugal , & le Succès , de Liverpool ,
ont été pris par les Armateurs l'Heureux ,
la Sultane & le Duc d'Eftiffac , de S. Malo ,
qui les ont envoyés à Breft.
Suivant les avis reçus de S. Malo , les
Capitaines la Place & Bernard , qui montent
les Vailleaux l'Intrepide & le Cerf, de
ce Port , fe font rendus maîtres des Bâtimens
le Rhoder , chargé de fucre , de cacao
& d'indigo , & le Lyme de 90 tonneaux ,
chargé de tabac.
L'Armateur la Bellonne , de Nantes , y a
ya
42 MERCURE DE FRANCE .
amené un Corfaire de Thopshom , de 28
canons & de 160 hommes d'équipage .
Le Capitaine Lamer , Commandant le
Vaiffeau le Bacquencourt de Cherbourg , y
eft rentré avec le Navire ennemi le Chriftophe
de 100 tonneaux , dont le chargement
étoit de fucre, de ris , de brai , de goudron
& d'autres marchandiſes.
On apprend de Dieppe que les Capitaines
Paillet & de Ferne , qui montent les
Bâtimens le Cheval Marin de Dieppe , &
l'Aimable de Boulogne , ont conduit dans ce
premier Port 5 Navires Anglois chargés de
grains.
Le Capitaine Figolly , Commandant le
Vaiffeau le Renard , eft arrivé à Dunkerque
avec le Navire le Batton , d'environ 200
tonneaux , & avec deux autres Bâtimens.
f
Les lettres d'Oftende marquent que l'Armateur
la Medufe a fait une prife , chargée
de vin & d'eau de vie .
On écrit de Bayonne que les Armateurs
la Bellonne l'Eole , & la Levrette de ce Port ,
fe font emparés des Navires l'Elizabeth de
Saint Chriftophe ; le Phoenix de la Barbade ,
dont la cargaiſon eft compofée de fucre &
de coton ; l'Union de Londres armé de 6
canons & de 8 pierriers , & d'un Brigantin
chargé de tabac.
On apprend de Breft que M. Bart ;
DECEMBRE 143 1745 .
Commandant le Vaiffeau du Roi l'Elizabeth ,
armé en courſe , y a fait conduire deux
Bâtimens ennemis , l'un de 200 tonneaux ,
qui venoit de la Jamaïque avec une cargaifon
de cacao , de fucre & d'épiceries ,
& l'autre dont le chargement confifte en
huile de poiffon & autres marchandiſes.
Le Vaiffeau la Sultane de Saint Malo ,
monté par le Capitaine , Rondiniere , s'eft
emparé du Navire le Dragon , de 250 tonneaux
, qui rapportoit de la Virginie 450
boucaux de tabac .
Le Capitaine Keraudran , qui commande
le Vaiffeau le Lys , auffi de Saint Malo
y eft rentré avec le Bâtiment Anglois la
Nanette , chargé de fucre , de cacao & de
gingenvre.
Selon les lettres de Cherbourg il y eft
arrivé un Navire de lamème Nation ,
nommé la Galere , fur lequel il y avoit des
munitions de guerre , & qui a été pris par
les Armateurs le Renard & la Serienfe , de
Boulogne.
144 MERCURE DE FRANCE.
***********
NOUVELLES ETRANGERES.
TURQUIE.
TRADUCTION de la Relation Turque
de ce qui s'est paſſé entre l'armée Ottomanne
commandée
par
le Seraskier Teghen Niebemet
Pacha , & Parmée Perfanne commandée
par Schab Nadir , autrement
Thamas Koulikan.
L
E Seraskier Yeghen Mehemet Pacha fortit
de Kars avec fon armée le ..... de la Lune
de ...... & étant entré fans obftacle fur les terres
de Perfe , il marcha droit à l'ennemi qui s'é
toit retranché auprès d'un Lac proche d'Erivan ,
& fe pofta à la portée du canon.
Le premier jour de fon arrivée il ne ſe paſſa
rien de confidérable . Le lendemain Schah Nadir
détacha un Corps de 4000 hommes de fes meil
leures troupes de Gilan , en leur ordonnant de
prendre un détour , & de faire enforte de furprendre
quelqu'un de l'armée Turque ; dès que le
Seraskier eut avis de cette démarche , il déracha
contre eux 4000 Tartares , fous les ordres
de Gueray Sultan ; il lui ordonna de fe tenir à
couvert dans un certain bois , l'avertiffant qu'il
enverroit un nombre fuffifant de Cavalerie Leventi
pour combattre les Perfans , & que lorsqu'il
werroient les Leventis aux prifes avec ces derniers ,
ils fondroient fur ceux- ci , mais l'ennemi ayant
apperçû
DECEMBRE 1745 145
apperçu les Tartares les a attaqués avec tant de
fureur qu'ils commençoient à fe débander lorfque
leur Sultan a jetté fon bonnet au milieu des
Perfans en déclarant à fes gens qu'ils allaffent le
chercher , ne pouvant plus vivre avec honneur
fans fon bonnet ; furquoi les Tartares ont donné
avec tant de furie fur les ennemis qu'ils les
ont mis en défordre , & hachés en pièces , &
leur prifonniers ont affûré qu'ils n'en est pas retourné
300 dans le camp de Thamas.
Le fecond jour les Perfans font fortis de leurs
retranchemens & ont formé 7 gros Corps de
toutes leurs troupes pour attaquer notre armée
ce qu'apprenant le Seraskier , il a formé auffi 7
Corps de fes gens , qui ont attaqué les ennemis
entre les deux retranchemens ; le choc a été opiniatre
de part & d'autre , mais on a forcé 6 Corps
des Perfans de fenfuir en déroute jufqu'à leurs
retranchemens ; le 7e . quoique fort bravement
attaqué par les Armaoutes , ceux- ci auroient
été battus , fi l'on ne fe fut apperçû qu'ils
commençoient à plier à caufe de leur petit nombre
, mais ayant été fecourus à propos ils ont
taillé en piéces la plus grande partie de ce 7e .
& dernier Corps des Perfans qu'ils ont pouffé le
fabre à la main jufques dans leur retranchemens ,
ainfi que les 6 autres.
De femblables combats ont duré jours de
fuite , & les Turcs font toujours demeurés vainqueurs.
Un de ces jours là , je crois que c'eſt le
se., Schah Nadir eft ſorti lui- même pour nous venir
attaquer avec un très-grand Corps de fon armée;
le Seraskier a envoyé Yedekchy Meheme:
Pacha à 3 queues contre lui , lequel ayant beaucoup
tué de Perfans les a pourfuivis jufqu'à leurs
retranchemens , & pour marque de la victoire ,
11. Vol. G
146 MERCURE DE FRANCE,
on
Yelekchy Mehemet Pacha a fait porter fes tentes
au milieu de la plaine dans le champ même de
bataille , où il s'eft retranché avec ceux qui
avoient combatu avec lui ; enfin fi près du retranchement
Perfan qu'on fe fufilloit d'un retranchement
à l'autre , jufqu'au 9e. jour dont il
eft parlé ci- deffus , y ayant eu des combats
pendant tout ce tems là , où les Perfans ont toujours
été battus , quoique ie Seraskier Yeghen
Pacha fut depuis long -tems malade & dans fon
lit. Le ge. un coup de canon des Perfans perça
fa tente , le couvrit entierement de terre , d'où il
rebondit & paffa outre , fi bien que fes propres
domeftiques le crurent mort , car il refta quelque
peu de tems fans mouvement , mais comme
remuoit fes matelats , fes draps & fa couverture
pour en ôter la terre , il donna quelque figne de
vie , & revint entierement a lui un quart d'heure
après ; il demanda fes lunettes d'approche pour
regarder dans le camp des Perfans , où on lui
difoit qu'il y avoit un grand mouvement , mais la
yûe lui manquant il fit approcher Tchelik Pacha
auquel il ordonna de regarder , & celui-ci lui confirma
que tout le camp de Schah Nadir ou Tha
mas paroiffoit fe difpofer au combat furquoi il
commanda que tous les Turcs fuffent auffi prêts
à combattre , mais dans cette intervalle on lui
amena un prifonnier qui étant interrogé lui dit
que Thamas avoir vu un grand mouvement au
tour de la tente du Seraskier , aprés le coup de
canon qui avoit donné dans la tente , qu'il l'avoit
cru tué , & vouloit attaquer avec toute fon armée ,
mais qu'il avoit fait retirer toutes les troupes
ayant vû que ce mouvement n'avoit pas duré
Long- tems.
Le même foir tous les Chefs des Corps ont reçû
DECEMBRE 147 1745 .
f'ordre de fe rendre dans la tente du Seraskier ,
qui leur a déclaré que puifque depuis l'arrivée de
Farmée Ottomane proche de l'ennemi ils avoient
toujours combattu & étoient restés victorieux de
tant de combats par la grace de Dieu , il feroit
bon d'attaquer les Perfans dans leur propre camp
avec toute l'armée Impériale , puifqu'ils fçavoient
par leur expérience qu'ils n'étoient pas auffi braves
qu'eux , en laiffant à la volonté de Dieu l'iffte
de cette grande journée ; tout le monde a été
pour l'affirmative , & en même tems on a expédié
tous les Firmans pour l'exécution ; dans ce
même tems on a averti le Seraskier que la Cavalerie
d'Afie appellée Miris Leventis , & qui font
plus de 30000 hommes, ne vouloient pas marcher
& prétendoient quelques payes & rations ou faix.
Le Seraskier fur cet avis leur envoya Tchelik
Pacha pour les perfuader de combattre , aprés quoi
on leur rendroit juftice , mais ce fut inutilement ;
il leur envoya enfuite fon Kyaia auquel ces
rébelles dirent mille injures ; Yedekchy Mehemet
Pacha à trois queues y fut après encore par l'ordre
du Seraskier , mais il n'en fut pas plus écouté
que les deux premiers malgré fon caractere , &
il rapporta que ces Leventis Miris commençoient
même à décamper pour fe retirer du camp , furquoi
le Seraskier ayant demandé un cheval , tout
foible qu'il étoit de fa maladie , & s'étant mis
deffus , il est allé vers lefdits Leventis , & voyant
de la confufion parmi eux , il a pouffe fon cheval
au galop , mais cet animal ayant bronché a jetté
le Seraskier par terre tout fracaffé . Les gens qui
étoient autour de lui le voyant agonifant prirent
la réfolution de le porter à Kars , au lieu de le
porter à l'armée où il auroit caufé plus d'embarras
que de profit , & il eft mort par les chemins.
G ij
148 MERCURE DE FRANCE.
Les Janiffaire Aga nommé Jamous Haffan Aga
voyant que la Cavalerie s'étoit retirée fit appeller
les Chefs des Janiffaires , des Dgebcdgis & des
Topchis ; il les a harangués difant . Nous fommes.
retés- ici environ 35000 combattans tous braves
gens ; nous avons battu les Perfans jufqu'à ce jour
par la grace de Dieu ; vous connoifez le peu de
courage de nos ennemis , c'eft ma réfolution de
ne pas abandonner cet endroit- ci , où nous avons
des provifions de toutes chofes en abondance
quel est votre avis ? parlez librement la deffus ;
toute la Milice lui a répondu qu'elle fuivroit abfolument
tous fes ordres, Surquoi l'Aga fit porter
où il étoit tout ce qu'il y avoit de munitions de
toutes efpeces dans le camp de l'armée , & les
retranchemens des Janiffaires étoient très - bons ;
il a raffemblé enfuite toutes fes troupes autour de
lui , & leur a dit . Nous fommes feuls capables
d'exterminer ces laches Perfans , mais je ne doute
pas que la Cavalerie qui eft à Kars ne nous vienne
rejoindre , ainfi il faut l'attendre tranquillement
, car elle nous eft très- néceffaire pour achever
notre victoire ; vous fçavez qu'ils ont envoyé
tous leurs bagages & leurs tentes quand ils ont
fçu que le Seraskier les vouloit attaquer , & que
le défordre & la confufion étoient grands parmi
eux , mais ils fe font raffurés autant que des
poltrons le peuvent être , quand ils ont vû la
retraite de notre Cavalerie , & qu'ils ont appris
la mort du Seraskier . Comme Jamous Haffan Aga
finiffoit ce difcours , il s'apperçut que les Perfans
fe mettoient en ordre pour le venir attaquer , ce
qu'ils ont fait une heure après avec toute leur
armée , croyant fans doute que l'Infanterie Turque
étant fans Cavalerie ils la battroient facilement ,
mais les Turcs ont battu fi terriblement les PerDECEMBRE
1745 , 149
fans , que Jamous Haffan Aga a bien eu de la
peine à retenir les Janiffaires qui étant fortis
du retranchement s'acharnoient à poursuivre
les ennemis qui dans ce premier combat ont per
du plufieurs milliers de foldats.
Le lendemain Schah Nadir ou Thamas a envoyé
un Officier pour parlementer avec l'Aga des Janiffaires
, qui l'a renvoyé fans réponſe , & Schah
Nadir fort irrité de cette marque de mépris , eft
venu le jour d'après attaquer les Turcs en perfonne
avec plus de furie & de monde que la
premiere fois , mais fans fuccès & avec une perte
fupérieure à la premiere , & trois jours après ayant
renouvellé une troifiéme attaqué , il a été plus
maltraité que dans ces deux premiers combats ,
furquoi il envoya dire au Janiffaire Aga que s'il
vouloit fe retirer , il juroit fur le nom de Dieu &
fur l'Alcoran qu'il ne feroit point inquiété fur fa
route. Surquoi l'Aga ayant affemblé tous fes Officiers
, leur a dit que puifqu'ils avoient attendu
neufs jours la Cavalerie , il y avoit apparence
qu'elle ne viendroit plus & que fans elle il ne
pouvoit gagner une bataille complette fur les Perfans
, a quei fes troupes répondirent qu'il fit ce
qu'il jugeroit à propos , & qu'elles lui obéiroient ,
& l'Aga fit répondre à Schah Nadir que dans le
dernier combat le cordon de fon fabre s'étoit
rompu, & qu'il l'avoit perdu , l'ayant fait chercher
vainement parmi les morts fans le trouver ,
qu'il falloit qu'il fut dans le camp des Perfans
qu'on le fit chercher , qu'on le lui renvoyât , &
qu'après il avertiroit de ce qu'il vouloit faire , furquoi
Schah Nadir l'ayant fait chercher le
trouva & le lui renvoya , avec le même ferment
de le laiffer retirer tranquillement ; furquoi Jamous
a répondu , demain à une telle heure je me
>
Giij
150 MERCURE DE FRANCÉ.
retirerai , c'eft a lui de garder fon ferment , car
s'il y manque je le recevrai bravemement , & j'ai
efpérance que je ferai l'inftrument dont Dieu fe
fervira pour le punir. Jamous eft parti comme il
l'a promis conduifant tous fes bleffés , & eft arrivé
fans être pourſuivi dans le Pays de l'Empereur
, Thamas étant parti en même-tems que lui
pour fe retirer às lieues derriere Erivan , proche
d'un Lac , d'où il doit fe retirer à Mogan .
Voilà la fincere relation de la campagne entre
les Turcs & les Perfans de cette année 1745 , telle
qu'elle a été envoyée par Ahmet Pacha de Kars
au Sultan , & à la fublime Porte par Jamous
Haffan Aga à l'Aga des Janiffaires à Conftantinople
, & par Tchelik Pacha à deux queues
qui n'a jamais voulu abandonner Jamous Haffan
Aga & la fuivi jufqu'à Kars à pied , les Leventis
lui ayant volé tout fon équipage dans leur défertion ;
les Hiftoires ne nous apprennent rien de pareil .
PRUSS E.
N mande de Berlin du 4 de ce mois que la
un détail comande des
differens avantages remportés en Luface par l'armée
du Roi de Pruffe ; ce détail contient les
particularités fuivantes .
Les mouvemens des ennemis ayant annoncé de
jour en jour plus clairement le projet qu'ils avoient
formé de tenter une invafion dans les Etats héréditaires
du Roi , S. M. fit avancer fon armée
vers la Queiff , qui fépare la Siléfie de la Luface ,
& elle fit garder par divers détachemens tous les
paffages de cette riviere , afin que les Généraux
de la Reine de Hongrie & du Roi de Pologne
Electeur de Saxe ne puffent être inftruits de fa
DECEMBRE. 1745. 151
marche. Lorfque Farmée fut arrivée à un mille dé
la Queiff , le Roi qui par diverfes difpofitions avoit
caché fon véritable deffein au Prince Charles de
Lor.aine , & qui avoit pris les méfures les plus
propres pour perfuader à ce Général que S. M.
fe difpofoit à fuivre la rive du Bober , & à s'approcher
de Croffen , fut averti que les troupes
combinées de leurs Majeftés Hongroife & Pe
lonoiſe étoient venues camper dans les envia
rons de Sagan. Auffi -tôt l'armée Pruſſienne ſe remit
en marche , & à la faveur d'un brouillard elle
fe porta fur le bord de la Queiff. Elle paffa cette
riviere fur des pontons , fans que les ennemis s'en
apperçuffent , & elle prît la route de Gorlitz ,
où l'on avoit appris qu'étoit le quartier du Prince
Charles de Lorraine . Le Roi furprit à Hennerf
dorff le Régiment de Saxe Gotha de 2 Bataillons ,
& 6 Efcadrons des troupes Saxonnes , lefquels fu
rent totalement défaits ; on fit prifonniers en cette
occafion près de 1100 foldats , & 31 Officiers
du nombre defquels font le Major Général Buchner
& M. Obyrn Colonel , & l'on enleva aux ennemis
4 piéces de canon , 3 drapeaux , 2 étendarts
& 2 paires de timballes. Dans le tems que
cette action fe paffoit , on s'attendoit que le Prince
Charles de Lorraine pourroit entreprendre de fe
courir ce Corps de troupes , mais on reçût avis
qu'il étoit décampé précipitamment . **
•
Le 24 on s'empara de Gorlitz qui avoit été
abandonné par les ennemis , & où l'on trouva
leurs principaux magaſins avec un grand nombre
d'équipages qu'il avoient laiffés pour n'en étre pas
embarraffes dans leur retraite .
Sur l'avis qu'on eut que le Prince Charles de
Lorraine avoit établi fon camp à Zittaw , le Roi
marcha pour l'y attaquer & ce fut inutilement
G iiij
452 MERCURE DE FRANCE.
l'armée de la Reine de Hongrie ayant repaffé la
Neiff à l'approche de celle du Roi. Cependant
moyennant la grande diligence avec laquelle on
pourfuivit les ennemis on joignit leur arrieregarde
, on leur fit 350 prifonniers , & l'on fe
rendit maître de 300 de leurs chariots de bagages .
Le Comte de Rottembourg Lieutenant Général ,
à la tête des Huffards , les a fuivis jufques fur la
frontiere du Royaume de Boheme , dans lequel
ils fe font retirés.
Le Roi de Pruffe étant maître de la Haute
Luface , il a fait marcher un Corps de troupes commandé
par le Prince Léopold d'Anhalt- Deffau
avec ordre d'attaquer l'armée du Roi de Pologne
Electeur de Saxe , à la tête de laquelle ét it
Te Général Renard . Cette armée a été battue &
difperfée , & le Prince Léopold s'eft emparé de
Ia Ville de Leïpfick , de laquelle il a exigé une
contribution de 2 millons d'écus , valant 9 millions
de notre monnoye. Le Roi a marché de fon
côté avec toute fon armée fur Drefde , & il n'étoit
le premier de ce mois , éloigné de cette Ville
que de 3 lieues . Cette marche du Roi de Pruffe
a déterminé le Roi de Pologne Electeur de Saxe
à quitter Drefde , d'où il eft forti le premier à
9 heures du matin , après avoir ordonné qu'on en
ouvrit les portes à S. M. Pruffienne , dès qu'elle
fe préfenteroit devant la Ville.
Les dépêches du dernier courier arrivé de l'ar
mée du Roi confirment que S. M. ayant marché à
Drefde , le Roi de Pologne Electeur de Saxe en
étoit forti le premier de ce mois avec la Reine
fon épouſe & les Princes & Princeffes les enfans ,
pour aller à Prague , & que S. M. étoit entrée
dans Drefde le même jour à 4 heures aprèsmidi.
DECEMBRE 1745 . 153
RUSSI E.
M. d'Allion Miniftre du Roi de France à la Cour
de Pétersbourg a déclaré aux Miniftres de l'Imperatrice
que S. M. T. C. regardoit comme contraire
aux Conftitutions du Corps Germanique l'élection
faite à Francfort en faveur du Grand Duc
De Toſcane .
On attend à Pétersbourg un Ambaffadeur de
Thamas Kouli -Kan , & l'on comptoit que ce Miniftre
arriveroit bien-tôt fur la frontiere .
L'Impératrice a fait remettre à tous les Miniftres
étrangers qui refident à Pétersbourg un Mémoire
dans lequel S. M. I. expoſe les raiſons qui
l'ont déterminée à faire marcher un corps de troupes
au fecours du Roi de Pologne Electeur de
Saxe.
Ce mémoire porte que l'impératrice voit avec
peine que tous les foins qu'elle a pris pour rétablir
la bonne intelligence entre les Cours de Berlin &
de Drefde n'ont pas eû le fuccès qu'elle en avoit efpéré
; que le Roi de Pruffe , non feulement par le
Manifefte qu'il a publié contre S. M. Pol , mais encore
par la Déclaration que le Baron de Mardefeldt
a faite au Grand Chancelier de Ruffie , a donné
lieu de reconnoître un deffein formé d'attaquer la
Saxe fous pretexte que les troupes Saxonnes s'étoient
jointes à celles de la Reine de Hongrie pour
faire une invafion en Siléfie ; que S. M. I n'a point
confidéré & ne peut confidérer du même ceil que
le Roi de Prufte l'ordre donné à ce fujet par le
Roi de Pologne Electeur de Saxe aux troupes Saxonnes;
que le Roi de Pruffe a déclaré plufieurs fois
& particulierement par un Ecrit daté du 26 Mai ,
que la mort de l'Empereur Charles VII . n'avoit ap-
Gv
154 MERCURE DE FRANCE.
porté aucun changement à la conduite de la Cour
de Berlin , & que S. M Pr. étoit dans une ferme
réfolution de demeurer fidelle à tous les engagemens
qu'elle avoit contractés avec fes Alliés; que
le Roi de Pologne Electeur de Saxe jouit du même
droit & que tout ce que S. M. Pol. a fait en conféquence
de fes Alliances , doit d'autant moins être
regardé comme une Déclaration de guerre contre
la Pruffe , que ce Prince bien loin d'avoir jamais
rien entrepris contre les Etats Héreditaires de la
Maifon de Brandebourg , a toujours été difpofé à
obferver les loix d'un bon voifinage avec S. M. Pr.
que pour peu qu'on faffe ces réflexions on ne peut
nier que le Roi de Pologne Electeur de Saxe ne
reclame avec juftice les fecours que la Ruffie doit
lui fournir en conféquence des Traités , & que l'Impératrice
a prévenu là deffus le Roi de Pruffe en lui
faifant repréſenter qu'ayant rompu la paix de Breflau
qui lui affûroit fes nouvelles acquifitions de la
Silefie & du Comté de Glatz , il ne pouvoit trouver
étrange que les troupes Saxonnes agiffent de concert
avec celles de la Reine de Hongrie pour aider
à cette Princefle à recouvrer ces Provinces ; qu'ainfiS.
M. I. qui defire conftamment de ne donner à
fes Alliés aucun fujet de fe plaindre d'elle , n'a pu
refufer d'exécuter les conditions du Traité qui fubfifte
entre elle & le Roi de Pologne Electeur de
Saxe , mais que comme elle n'a rien plus à coeur
que de contribuer à rétablir une fincére union entre
ce Prince & le Roi de Pruffe , elle a ordonné
à fes Miniftres de renouveller les offres de ſes bons
offices afin de prevenir les fuites fâcheufes que
pourroient produire les differends de ces deux Puiffances
; qu'en conféquence elle a fait informer de
fes difpofitions le Baron de Mardefeldt & qu'elle a
envoyé ordre au Comte de Czernichew fon MinifDECEMBRE
1745. 155
tre à Berlin de donner aux Miniftres du Roi
de Pruffe les plus fortes affürances de l'amitié
qu'elle porte à S. M. Pr. & de l'intention où elle
eft de continuer de faire tous fes efforts pour procurer
un accommodement entre les Cours de Berlin
& de Drefde , dans l'efpérance que le Roi de Pruffe
& le Roi de Pologne Electeur de Saxe également
Alliés de S. M. I. chercheront en fe prêtant à des
voyes de conciliation à lui prouver leur eftime &
leur affection .
Le même jour que l'Imperatrice a refolu de remplir
fes engagemens avec le Roi de Pologne Electeur
de Saxe , S. M. I. a écrit à ce Prince que les
moyens qu'elle a employés pour terminer les differends
de la Cour de Dreſde avec celle de Berlin
ayant été inutiles , & l'Electorat de Saxe étant
menacé d'une prochaine invaſion , elle étoit deter
minée àne pas differer plus long-tems de fecourir
cet Electorat ; qué le Comte de Beftuchef fon
Grand Maréchal & fon Miniftre Plenipotentiaire à
Dreſde inftruiroit S. M. Pol. des arrangemens pris
pour cet effet par S. M. I. & qu'elle avoit recommandé
à ce Miniftre d'affûrer le Roi de Pologne
de l'empreffement qu'elle auroit dans toutes les
occafions de témoigner à ce Prince combien elle
prendde part à tout ce qui intéreffe S. M. Pol .
Le Corps de troupes que S. M. I. doit faire marcher
au fecours de la Saxe fera compofé des Régimens
d'Infanterie d'Ouglitskoy , de Mouronskot ,
de Lagodskoy , d'Affofskow , de Kerholnis koff,
d'Abfchenronskoy , de Perinskoy , de Tobolskoy ,
de Sibirskoff & de Beloferskovv & de quatre Régimens
de Dragons . Il doitêtre commandé par le Gé
neral Keyth qui aura fous fes ordres Mrs. de Bully
& de Solkioff Lieutenans Feldt - Maréchaux , & le
Comte de Lapuchin , Mrs. Stuart & Brovvn Ma
jors Genéraux. G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
Vingt Régimens d'Infanterie ont reçû ordre de
fe rendre en Livonie & l'on compte qu'ils y feront
fuivis de 15000 tant Huffards que Cofaques.
L'Impératrice fe propofe de faire équiper une
Efcadre de dixhuit vaiffeaux de guerre .
Le Feldt Maréchal Comte, de Lefcy partit le 20
du mois d'Octobre pour aller à Riga.
On mande de Pétersbourg que l'Imperatrice de
Ruffie a reçu uu courier par lequel le Comte de
Keyferling fon Miniftre à Ratisbonne lui a fait
fçavoir que le Corps Germanique avoit conſenti
de lui donner le titre d'Imperatrice.
ALLEMAGNE.
9.95
On mande , de Francfort du 3 du mois de Novembre
que les cercles de Suabe , du Haut & Bas
Rhin , de Franconie & de Baviere étant convenus
de former un Corps de troupes d'obfervation pour
la fûreté des Frontiéres de l'Empire , il a été reglé,
que le premier de ces Cercles fourniroit 7278 hommes
d'Infanterie & 1080 de Cavalerie , celui du
Haut Rhin 7835 d'Infanterie & 1666 de Cavalerie
, celui du Bas Rhin 2744 d'Infanterie & 603 de
Cavalerie , celui de Franconie 3846 d'Infanterie
& 708 de Cavalerie , celui de Baviére 3180 d'Infanterie
& 650 de Cavalerie.
On a appris de Baviere que les troupes de la Reinede
Hongrie qui étoient en garnifon dans Ingolftadt
, dans Schardingen & dans Paffau en font forties,
& que cette Princeffe a fait remettre en liberté
le Bataillon des troupes Palatines qui avoit été
fait prifonnier l'année derniere à Lechaufen .
Il eft furvenu quelques difficultés au fujet de la
repartition des quartiers que les troupes de la Reine
de Hongrie qui font fous les ordres du Feldt MaDECEMBRE
1745. 157
réchal de Traun occuperont pendant l'Hyver. Ce
Feldt Marêchal avoit demandé qu'en conféquence
de la réfolution qui a été priſe de former une chaine
pour couvrir du côté de la France les frontiéres
de l'Allemagne, les cercles de Suabe , de Franconie
, du haut & du bas Rkin accordaffent fur leurs
territoires des quartiers à ces troupés , mais ces
Cercles ont répondu que ce feroit pour eux une
charge trop onéreufe ; que leur Pays étoit épuifé
par le féjour des armées ; qu'en plufieurs endroits
la maladie des beftiaux avoit achevé de ruiner les
habitans , & qu'ainfi les troupes , fi on les y faifoit
paffer l'Hyver , ne pourroient que fouffrir ellesmêmes
beaucoup d'incommodités & fubſiſter trèsdifficilement
. Le Géneral Berenklau a été envoyé
à Francfort par le Feldt Maréchal de Traun
pour représenter à ces Cercles que s'ils refufent des
quartiers aux troupes de S. M. H. il faudra renoncer
à l'établiffement de la chaine projettée . Il eft
chargé auffi d'affûrer les Cercles que les troupes
de la Reine de Hongrie n'éxigeront que des lo
gemens , & qu'elles acheteront tout ce dont elles
auront befoin.
L'Electeur Palatin a envoyé tant à diverſes Cours
d'Allemagne qu'aux Etats Géneraux des Provinces
Unies un Mémoire dans lequel il repréfente
que les troupes de la Reine de Hongrie depuis le
27 du mois de Juillet dernier ont tiré du Palatinat
foit en argent foit en bois & en fourages la valeur
de 120000 Florins d'Allemagne ; que tout recemment
encore elles ont demandé une nouvelle contribution
de 300000 Florins aux Bailliages fitués
en deça du Rhin ; qu'elles pretendent en mêmetems
prendre des quartiers d'Hyver dans la partie
de l'Electorat laquelle eft de l'autre côté de ce Fleuve
& dont les Bailliages feront obligés par con158
MERCURE DE FRANCE.
féquent de leur fournir des vivres & tout ce dons
elles auront befoin ; qu'outre ces exactions elles me.
nacent de faire éprouver le même traitement aux
Duchés de Bergue & de Juliers ; que l'Electeur ne
peut fe difpenfer d'informer de ces excès les Puif
fances aux quelles fon Mémoire eft adreffé , & de
leur faire connoître qu'après avoir ufé d'une fi longue
modération il fe verra dans la néceffité d'employer
pour fa défenſe les moyens autorisés par le
droit naturel , & qu'il eft déterminé à fe procurer
des fecours étrangers fi par lui même il n'eft pas en
état de fe tirer de l'oppreffion ; qu'afin de fe mettre
à l'abri de tout reproche fur les fuites fâcheufes qui
pourroient en réſulter , il prie inftamment les Etats
de l'Empire & la République de Hollande d'employer
leur entremife pour faire ceffer les fujets
qu'il a de fe plaindre de S. M H. qu'il eft très
effentiel d'ufer de diligence dans des circonftances
fidélicates & fi preffantes ; qu'ainfi il fe flate que
les Puiffances aux bons offices defquelles il a re
cours , ne differeront point de donner des inftructions
convenables fur ce fujet aux Minittres qui réfident
de leur part à la Cour de Vienne .
Le Roi de Pologne Electeur de Saxe a fait
fçavoir à l'Electeur Palatin qu'il feroit les plus fortes
inftances auprès de la Reine de Hongrie , pour
l'engager à ne point contraindre ce Prince à une
rupture ouverte avec elle. L'Electeur a reçû auſſi la
réponſe du Roi de Pruffe laquelle porte que S. M.
Pr. eft extrêmement touchée des vexations auxquelles
le Palatinat fe trouve expofé de la part
des Troupes de la Reine de Hongrie ; qu'on ne
peut qu'approuver la réfolution prife par l'Electeur
d'embraffer tous les moyens propres à en délivrer
fes fujets , & que le Roi de Pruffe eft difpofé à fai→
re tout ce qui dépendra de lui pour y contribuer.
DECEMBRE. 1745. 159
Suivant les avis reçus de Francfort le Collége
Electoral a accordé à la Czarine le titre d'Impé
ratrice de Rutfie , & le Comte de Keiferling Miniftre
Plénipotentiaire de cette Princeffe auprès
de la Diette de l'Empire doit demander à cette affemblée
que ce Titre foit reconnu par le Collége
des Princes & par tous les Etats d'Allemagne .
On a appris que le mariage du Prince Hérédi
taire de Meckelbourg avec la Princeffe foeur du
Duc de Wirtemberg étoit conclu .
On mande de Vienne du 13 Novembre dernier
que le Comte d'Uhlefeldt à déclaré à M. Robinfon
Miniftre du Roi de la Grande Bretagne que la
Reine de Hongrie ne pouvoit approuver le projet.
de pacification que ce Prince lui offroit de propofer
au Roi de Pruffe pour l'engager de conclure la paix
avec la Cour de Vienne ; que le Roi de Pruffe ayant
rompu le Traité de Breslau la Reine prétendoit être
en droit de demander la reftitution de toute la Siléfie
ou du moins de la plus grande partie de cette
Province , & qu'elle rejetteroit tout accomodement
qui auroit pour bafe la cffion de ce Duché
en faveur de la Maifon de Brandebourg .
Les nouvelles de Luface portent que les mouve
mens faits depuis le 2 Novembre par l'armée qui
eft fous les ordres du Prince Charles de Lorraine
avoient eu pour objet l'exécution du deffein que ce
Prince a formé d'entrer du côté de Schvviedberg
dans la Siléfie , & que divers Corps des troupes de ,
la Reine de Hongrie avoient été détachés en
avant pour aller reconnoître les défilés par lef
quels on pourroit paffer plus aifément , mais que,
les paffages s'étant trouvés trop difficiles de ce
côté , le Prince Charles de Lorraine s'étoit replié
vers Rechemberg , où le Pays étant moins montagneux
les chemins font plus praticables ; que les
160 MERCURE DE FRANCE.
troupes irrégulieres qui compofent l'armée de la
Reine de Hongrie avoient occupé quelques unes
des Gorges qui conduiſent dans la Principauté de
Javver , & que te ro & le 11 elles avoient été
jointes par le refte de l'armée.
Sur l'avis que le Prince Charles de Lorraine
avoit marché dans la Luface avec l'armée qu'il
commande , & qu'il paroiffoit avoir formé le projet
de tâcher de penetrer en Siléfie , le Roi de Pruffe
a envoyé ordre à fes troupes qui font cantonnées
dans cette derniere Province , & dont les quartiers
ont été diſtribués de telle façon qu'elles peuvent
fe raffembler en moins de deux jours , de ſe
tenir prêtes à marcher , & S. M. partit le 16 Novembre
pour fe rendre à Schvveidnitz . Elle eft
accompagnée du Prince de Pruffe & du Prince
Ferdinand de Brunfvvick.
Le Prince regnant d'Anhalt Deffau Feldt Maréchal
Géneral des armées du Roi de Pruffe partit le
même jour pour aller reprendre le commandement
de l'armée d'obſervation qui doit former un nouveau
camp dans les environs de Hall. Le Régiment
du Prince Ferdinand celui du Prince Léopold
& celui de Rohl fe mirent le 13 en marche pour
aller joindre cette armée , & ils furent fuivis le 14
par celui d'Alt-Wirtemberg. Le Régiment de Bre
dovv doit prendre la même route.
Un courier a rapporté que 16000 hommes des
troupes du Roi de Pruffe fous les ordres du Lieutenant
Géneral Naffau s'étoient avancés du côté
d'Olmutz & & que le Prince Charles de Lorraine
en ayant été informé avoit ordonné au Géneral de
Hoheneims d'aller couvrir cette Place avec un
Corps de 10000 hommes .
Un autre courier dépêché de l'armée de la
Baffe Siléfie a rapporté qu'il y eut le 4 Novembre
DECEMBRE 1745. 161
près de Schvviedberg une efcarmouche très- vive
entre les Grenadiers du Régiment de Finckenf
tein & un détachement de Pandoures , & qué ces
derniers ont fait une perte affés confiderable.
•
On a appris de Vienne du 27 Novembre que
lorfque le Comte de Woronzovv , Vice-Chancelier
de Ruffie , a été admis à l'audience de la Reine
, il fut préſenté à cette Princeffe par M. Lanc
zinsky. Ce Comte , dans les conferences qu'il a
eues avec le Comte d'Uhlefeld , lui a déclaré que
quoique l'Imperatrice de Ruffie n'eut point balancé
à donner fes ordres pour la marche des troupes
auxiliaires qu'elle étoit engagée par les Traités
d'envoyer au Roi de Pologne Electeur de Saxe ,
elle defiroit cependant de pouvoir procurer un accomodemment
entre les Cours de Berlin & de
Drefde , & qu'elle verroit avec le même plaifir fa
Majefté terminer fes differends avec le Roi de
Pruffe.
Le 25 le Comte de Woronzovy & la Conteffe
fon époufe eurent l'honneur de dîner avec la Reineau
Château de Schombrun , & le 26 ils partirent
pour continuer leur route vers l'Italie.
Sur les repréſentations faites à la Reine par diverfes
Puiffances au fujet des quartiers & des contributions
que les troupes de S. M. exigent dans
les Etats de l'Electeur Palatin , la Reine a répondu
qu'il ne dépendoit que de ce Prince de faire ceffer
l'incommodité qu'il recevoit à cet égard , &
que tant qu'il refuferoit de fe conformer à ce qu'elle
exigeoit de lui , il n'y avoit point d'apparence
qu'elle confentit de lui faire éprouver un autre
traitement.
162 MERCURE DE FRANCE.
ECOSS E
Le Major Général Gordon fe rendit le 15 Octo
bre dernier avec 1400 hommes au camp du Prince
Edouard où plufieurs Gentilshommes de la Province
d'Angus arriverent le même jour avec leurs
Vaffaux .
Le 17 , 480 hommes
y furent
amenés
par les
Colonels
David
Tulloch
& Jean
Hamilton
. Le
Lord
Pitflige
a joint
auffi le Prince
avec 400 hommes
d'Infanterie
& 240 de Cavalerie
tous
bien
montés
& bien
armés
, & le Comte
de Kelly
ef
revenu
au camp
avec
un renfort
confiderable
.
Toute
la Tribu
des Macras
& un Corps
de Mac
kenfies
font en marche
fous
les ordres
des Seigneurs
de Coul & de Fairborn
pour s'y rendre
. On
y attend
auffi la Tribu
des Fraſers
à la tête de la←
quelle
est le Lord
Frafer
d'Inverallachie
& celle
des Macmtoshs
dont
les Seigneurs
de Borlum
& de
Banefpich
ont pris le commandement
. Un grand
nombre
de Seigneurs
& de Gentilshommes
des
Provinces
Méridionales
& Occidentales
vient
fuc-:
ceffivement
fe ranger
fous les Etendars
de la Maifon
de Stuard
. Tous
les Gentilshommes
de la Province
de Bamf
, fans aucune
exception
, font montés
à cheval
pour
fe ranger
fous fes Drapeauxi
& plufieurs
à l'exemple
de Mrs.
Gordon
de Buc
kie & de Ranas
font des levées
de Cavalerie
. Le
Duc d'Athol
qui a levé dans fes terres
un troifiéme
Bataillon
a mandé
qu'auffitôt
après
fa jonction
avec
la Tribu
des Macpherſons
il conduira
ces troupes
au camp
. Le Bataillon
qu'il a levé eft de 600 hom-
.
mes & la Tribu
des Macpherſons
d'environ
500 .
Les deux
Tribus
des Macdonalds
& des Macleods
Lefquelles
compofent
près de 3000
hommes
doiDECEMBRE
. 1745. 163
vent inceffamment joindre le Prince . Tout le
Royaume paroît généralement difpofé à faire les
plus grands efforts pour feconder l'entrepriſe du
Prince Edouard qui a actuellement 30000 hommes
fur pied & qui pourra marcher en Angleterre avec
plus de 25000 en laiffant dans l'Ecoffe des forces
fuffifantes pour la fûreté du Pays.
Ce Prince a fait lever quatre nouveaux Efcadrons
de Cavalerie dans les Provinces d'Aberdeen
& de Merns.
Malgré la convention faite du confentement du
Prince Edouard entre les Magiftrats d'Edimbourg
& le Gouverneur du Château par laquelle ce Gouverneur
s'étoit engagé , à condition qu'on permet
troit aux habitans de porter des vivres à la garnifon
, à ne leur caufer aucun dommage à moins
qu'on ne l'attaquât du coté de la Ville , le Château
recommença le 15 à tirer à boulets rouges fur
plufieurs quartiers où le feu a été mis en plufieurs
endroits. Le Prince Edouard en ayant été informé
& étant vivement touché de ce que fouffroient
les habitans a fait retirer les troupes qui formoient
du côté de la Ville le blocus du Château . Cette ré
folution lui a attaché encore davantage toutes les
perfonnes de fon Parti , & celles du Parti contraire
condamnent hautement la mauvaiſe foi & la
cruauté inouie du Gouverneur .
Il a été défendu par le Prince à tous les Ecoffois,
fous peine de confifcation de leurs biens d'affifter
aux Délibérations du Parle nent d'Angleterre.
Les ordinaires qu'on attendoit de Londres n'étant
point arrivés on n'a fçû rien de pofitif fur la fituation
actuelle des affaires d'Ecoffe ni fur les progrès
de l'entreprife formée par le Prince Edouard.
Il paroît feulement fuivant quelques lettres apportées
des Bâtimens particuliers que ce Prince
164 MERCURE DE FRANCE.
continue de recevoir de nouveaux renforts & qué
fon armée eft affés nombreuſe pour l'avoir mis en
état de laiffer des troupes devant le Château d'Edimbourg
& de marcher avec le reste au -devant du
Géneral Wade dans le deffein de l'attaquer.
Quoique ces nouvelles femblent certaines on en attend
la confirmation par les premieres lettres qui
arriveront de Londres.
On a appris d'Edimbourg du 23 Novembre que
le Prince Edouard ayant laiffé 7000 hommes devant
le Château de cette Place , fit avancer le 30
Octobre fon armée à Dalkeit , & que l'artillerie
qu'il attendoit de Montroff étant arrivée le Ir
Novembre au nouveau camp occupé par fes troupes
il partit d'Edimbourg le même jour pour s'y
rendre .
Le 13 fon armée fe remit en marche fur
3 colonnes
pour penetrer en Angleterre , & celle à la
tête delaquelle étoit le Prince Edouard arriva le
is à Kello , d'où elle s'eft portée le 17 fur Jedebourg
, & le zo près d'Ecclfcighton à quelques
milles de Carlifle .
La feconde colonne commandée par le Duc de
Perth , laquelle a pris fa route par Peebles entra
auffi le 22 fur les terres du Royaume d'Angleterre
, & la troifiéme qui eft fous les ordres du Lord
Géorges Murray fe difpofoit à y joindre le 23 le
refte de l'armée . Quelques jours avant la marche des
troupes le Prince Edouard a envoyé un détachement
à Glaſgow pour demander qu'on lui remit
10000 livres ' fterlings du produit des droits
fur le tabac , & une pareille fomme des impofitions
fur les boiffons fortes.
Le 13 le Général Gueft qui commande dans
le Château d'Edimbourg fit une fortie & enleva
2000 pains que les habitans avoient fait
DECEMBRE. 1745. 165
cuire pour les du Prince Edouard . Un
troupes
détachement de ces troupes en revenant de Montroff
au camp de Dalkeit a été attaqué par la
garnifon du Château de Sterling , & la perte a
été à peu près égale de part & d'autre.
Selon les nouvelles qu'on a reçûes des mouvemens
de l'armée du Prince Edouard , il a marché
le 18 du mois dernier de Harvvich à Halybangh .
Le lendemain ce Prince ayant partagé fes troupes ,
fon Infanterie prit la route de Cannoby ; une partie
de fa Cavalerie s'avança à Langholm , & le refte
paffa à Longtovvn la riviere de ce nom .
Ses troupes fe réunirent le 20 & elles vinrent occuper
à quatre milles en deça de Carliſle un camp
où l'artillerie qu'il avoit laiſſée à Peebles arriva le
mêmejour .
Le 21 le Prince E douard fit fommer les habitans
de la premiere de ces Villes de fe foumettre , mais
ils renvoyerent fans réponſe l'Officier qu'il avoit
chargé de leur faire cette propofition ,
Après avoir envoyé le 22 quelques détachemens
pour reconnoître les environs de la Place , il ſe remit
en marche le 23 vers Brampton , & il s'y arrê
ta le jour fuivant pendant lequel il fut joint par
quelques nouvelles troupes qu'il attendoit.
Le 25 s'étant rapproché de Carliſle , il forma
l'inveftiffement de cette Ville deyant laquelle il fit
ouvrir le mêmejour la tranchée , dont les travaux
furent pouffés avec tant de vivacité que le 26 à dix
heures du matin la garnifon fe retira dans le Château
. Les habitans fe racheterent du pillage en
payant une contribution de 2000 liv. fterlings . Le
Château n'a fait qu'une réfiftance de quelques heures
x la Garnifon n'a pu obtenir d'autres conditions
que de fortir defarmée & de s'engager à ne point
fervir contre la Maifon de Stuard . Le Prince
166 MERCURE DE FRANCE.
Edouard a trouvé dans cette Place 20 piéces de canon
, environ 80 barils de poudre , quelques au
tres munitions de guerre & des armes neuves pour
500 hommes independamment de celles de la garnifon.
Ce Prince a envoyé ordre à Penrith d'y préparer
des quartiers pour 10000 hommes d'Infanterie
de fes troupes , & comme cette Ville eft fur la frontiére
du Westmorland , on conjecture qu'il a deffein
de traverfer cette Province pour ſe rendre
dans la Principauté de Galles.
L'armée que le Roi a fait affembler fous les ordres
du General Wade pour s'oppofer aux entreprifes
du Prince Edouard eft décampée le 27 de
Nevvcaſtle pour marcher à Carlisle.
11 a paru à Londres une Proclamation par laquelle
le Roi promet une amniftie à tous ceux qui
ayant pris les armes pour la Maifon de Stuard quit
teront l'Armée du Prince Edouard . S. M. déclare
par la même Proclamation que ceux qui voudront
s'engager dans fes troupes recevront 5 liv .
fterlings d'engagement, Cette Proclamation
ayant été envoyée au Géneral Wade , il l'a fait publier
dans fon armée & dans tout le Pays .
Le Prince Edouard auffitôt qu'il en a été informé
a rendu publique dans fon camp cette Proclamation
à laquelle il a fait ajoûter qu'il laiffoit ceux
qui voudroient prendre parti dans l'armée commandée
par le Général Wade les maîtres de s'y
rendre , & qu'il ne conferveroit contre eux aucun
reffentiment. Cette Déclaration du Prince
Edouard n'a déterminé aucun foldat de fes troupes
à paffer dans celles du Géneral Wade , & elle n'a
fervi qu'à faire donner à ce Prince par toute l'armée
les affûrances les plus marquées de zéle & d'attachement,
DECEMBRE 1745. 167
Quarante Bâtimens de tranfport ont fait voile de
Deptford pour la Hollande d'où ils doivent tranf
porter en Angleterre le refte de la Cavalerie Angloife
qui étoit à l'armée des Alliés dans les Pays
Bas.
•
GRANDE BRETAGN F.
Le 1. de ce mois le Roi fe rendit à la Chambre
des Pairs avec les cérémonies accoûtumées & S. M.
ayant mandé la Chambre des Communes donna fon
confentement Royal au Bill qui fufpendant la Loi
Habeas Corpus , autoriſe à faire arrêter & à retenir
prifonniers ceux qu'on foupçonnera de confpirer
contre le Gouvernement .
Le Comte de Ferrers qui a fuccédé à fon oncle
dans fes biens & dans fes titres prit le même jour
féance dans la Chambre des Pairs .
Le Roia répondu à l Adreffe qui lui fut préſentée
le 29 dumois d'Octobre par la Chambre des Communes
MESSIEURS
» Je vous fais mes finceres remercimens de votre
adreffe . Le zéle & l'ardeur que vous y témoi-
» gnez avec tant d'unanimité me mettront moyen-
» nant la Bénédiction Divine en état de faire ceffer
au plutôt la Revolte en Ecoffe . Quelles que
puiffent êtreles forces que vous me confierez vous
» pouvez être affûrés qu'elles ne feront employées
» qu'à procurer le bonheur de mes Sujets & à leur
» conferver la jouiffance de leur Religion de leurs
>> Loix & de leur liberté.
>>
La Chambre des Communes réfolut de 1. de ce
mois d'accorder un Subfide à S. M.
68 MERCURE DE FRANCE.
Le lendemain il fut propofé dans la Chambre de
préfenter une adreffe au Roi pour le remercier de
ce qu'il avoit fait revenir des Pays Bas une partie
des troupes Angloifes & pour le prier de rappeller
auffi les autres troupes de la Nation qui font
encore dans l'armée des Alliés. Il s'éleva à ce fujet
des débats très- longs & très- vifs , & quelques
Membres de la Chambre fontinrent avec vivacité
que le rappel des troupes étoit le moyen le plus
propre pour rétablir la tranquillité dans la Grande
Bretagne & pour décourager les Puiffances Etrangeres
qui voudroient favorifer l'entrepriſe du Prince
Edouard , mais la propofition fut rejettée à la
pluralité de 148 voix contre 136.
Le 5 la Chambre a déliberé en grand Committé
fur le Subfide , & elle a décidé que le nombre des
Matelots pour le fervice de l'année prochaine feroit
de 40000 , pour chacun defquels on pafferoit à
S. M. 52 liv fterlings.
Il a été réglé dans la même Séance qu'on porteroit
un Bill pour remedier aux abus qui fe font
introduits dans la levée des milices.
Le Parlement d'Irlande s'étant affemblé à Dublin
le 19 du mois d'Octobre le Comte de Chef,
terfield Viceroi du Royaume fit aux deux Chambres
le Difcours fuivant .
MYLORDS ET MESSIEURS.
» En conformité des ordres dont le Roi m'a honoré
je vous ai convoqués afin de concerter avec
vous tout ce qui pourra le plus contribuer au bonheur
& à la tranquillité de ce Royaume . Les ten,
dres égards de S. M. pour fes fujets font trop
» connus , & vous avez donné tant de preuves de
votre affection pour fa perfonne qu'il eft inutile
» de
DECEMBRE 1745. 169
de faire mention de l'un ni de l'autre de ces deux
points. Vous pouvez juger par vous -mêmes des
pavantages que vous tirez de l'établiffement de la
» fucceflion à la Couronne dans la famille des Prin-
» ces Proteftans , lefquels ne font pas moins portés
>> par leur inclination naturelle qu'engagés par une
» autorité légitime à vous défendre , & les évenemens
paffés doivent vous repréfenter les miféres
d'un peuple qui employe des forces illégitimes ,
» & qui féduit par une fureur aveugle préfere la
»tyrannie à un jufte Gouvernement . Ces confi-
» derations ne peuvent manquer d'exciter en vous
ב ל
la plus haute indignation de l'entrepriſe formée
» en Ecoffe par un Prétendant élévé dans l'erreur ,
> nourri dans le fein de la fuperftition & dont les
>> deffeins font fi contraires à nos Loix & à nos
» Conſtitutions . Il fonde fes e pérances fur le fe-
» cours des ennemis de la liberté de l'Europe , &
» fes projets tendent à détruire vos Priviléges &
»votre Religion , mais nous n'avons pas lieu de
craindre qu'il y réuffiffe puifque les fujets du
» Roi prouvent tous les jours par des marques fi
» éclatantes leur zéle pour le foûtien du Gou-
» vernement de S. M. & pour la défenſe de ſa per-
»fonne. Un Corps confidérable des troupes du Roi
eft déja en marche vers l'Ecoffe avec les 6000
» hommes que les Etats Généraux fe font empref-
» fés de fournir à S. M. & ces forces font plus que
» fuffifantes pour arrêter les progrès & châtier
» la témérité d'une multitude de Rebelles peu dif
» ciplinés . Ainfi je ne doute pas que les mesures
déja prifes pour s'oppoſer à leur attentat n'ayent
>> produit l'effet défiré . Cependant je laiffe à vo-
» tre prudence d'examiner s'il convient d'employer
de nouveaux moyens pour empêcher l'ac
II. Vol,
5
ל כ
H
170 MERCURE DE FRANCE
» croiffement de la Religion Romaine , foit en éta
» bliffant de nouvelles Loix , foit en faifant exé,
» cuter plus efficacement celles qui fubfiftent .
MESSIEURS DE LA CHAMBRE DES COMMUNES,
» J'ai ordonné qu'on remit devant vous les états
s des dépenfes , & c'eft avec plaifir que je vous
annonce que le Roi n'exige de vous que les fub-
»fides ordinaires pour le maintien de l'établiſſe-
» ment fur ce Royaume . S. M. ayant jugé à pro-
» pos d'en tirer deux Bataillons de plus elle a don-
» né ordre qu'immédiatement après leur arrivée
>> en Angleterre ils fuffent mis à la folde de la
grande Bretagne , & que dans l'augmentation des
» troupes réglées deftinées à votre défenfe on ait
»furtout attention à ne furcharger le peuple que le
xmoins qu'il fera poffible . Dès que les conjonctures
» le permettront les troupes fur l'établiffement
» d'Irlande feront réduites au même nombre qu'a-
> vant les troubles .
MYLORDS ET MESSIEURS ,
J'ai appris avec la plus grande fatisfaction l'é-
> tat floriffant des Manufactures de Toiles de
» ce Royaume , & je recommande à vos foins
> l'amélioration d'une branche fi eftimable de
votre commerce . Que ces progrès ne vous em-
» pêchent point de travailler avec la même ardeur
à procurer aux Fabriques toute la perfec-
>tion dont elles font fufceptibles & qu'elles n'ont
>> pas encore atteinte. Le commerce a toujours été
le plus ferme appui des Nations & l'objet des
DECEMBRE 1745. 171
foins des Miniftres éclairés. Je me flate qu'on
remarquera dans vos Délibérations cette modé .
» ration & cette unanimité qu'un véritable & im-
>> partial attachement pour le bien public doit ra-
» turellement produire , & que les circonstances
» préfentes exigent particulierement.
On détacha le 31 Octobre 300 hommes pour
renforcer les Gardes qui ont été pofées dans differens
poftes aux environs de Londres , & plufieurs
de ces Gardes ont été doublées .
Au commencement du mois de Novembre l'Efcadre
commandée par l'Amiral Byng , compofée
de neufvaiffeaux de guerre , fit voile vers le Nord
afin d'empêcher que des vaiffeaux Etrangers ne portent
des armes & des munitions aux troupes du
Prince Edouard.
On a appris de Gibraltar que l'Amiral Medley
étoit forti du Détroit le 24 Octobre pour aller
croifer fur les Côtes d'Espagne .
Le vaiffeau de guerre le Fovvey s'eſt emparé d'un
Navire François qui revenoit de la Côte de Guinée
au Port de l'Orient . Des armateurs Anglois ont
conduit à Antigoa deux Frégates ennemies , l'une
de 34 & l'autre de 20 canons .
Les équipages des Bâtimens d'un Convoi qui eft
arrivé de la Jamaïque aux Dunes fous l'escorte des .
vaiffeaux de guerre le I rince d'Orange & l'Aventure
ont rapporté que deux Navires qui faifoient partie
de ce Convoi avoient été pris par les Efpagnols.
Le Gouvernement a écrit une lettre circulaire à
tous les Miniftres Etrangers pour leur déclarer
qu'on n'aura aucun égardaux Paffe ports qu'ils pour
ront donner, & pour les avertir de ne dépêcher aucun
courier fans demander pour lui un Paffeport
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
Signé par un Secretaire d'Etat. Il leur eft annoncé
par la même lettre qu'on arrêtera ſans diſtinction
ous les couriers qui viendront de Hollande s'ils
n'ont eû la précaution de prendre des Paffeports
d : Miniftre qui réfide de la part de S. M. auprès
des Etats Generaux .
Les avis reçûs de Dublin portent que le Comte
de Chesterfield Viceroi d'Irlande y a fait publier
une Proclamation par laquelle le Roi promet une
recompenfe de 50000 liv . fterlings à quiconque livrera
le Prince Edouard mort ou vif , fuppofé
ce Prince débarque dans ce Royaume.
que
Depuis que la Loi Haleas Corpus eft ſuſpendue le
Gouvernement a expedié des ordres pour faire arrêter
divers perfonnes fufpectes .
Le Général Wade à qui le Roi a donné le commandement
de fes troupes en Ecoffe étant
tombé malade , S. M. a nommé le Lord Tyraw ley
pour le remplacer , & le bruit court que le Duc
de Cumberland pourra commander en Chef l'armée
deftinée à marcher contre le Prince Edouard .
La confternation eft très - grande à Londres &
plufieurs perfonnes débitent que ce Prince eft actuellement
entré en Angleterre , mais on ne dit
point la route qu'il a prife.
Les avis reçûs de Londres du 30 Novembre marquent
que le Roi accompagné du Duc de Cumberland
fit le 6 fur la terraffe du jardin du Palais dė
S, James la revue des fix Régimens de la Milice de
Cette Ville.
La Princeffe de Galles étant accouchée d'un
Prince le 7 , les Seigneurs à Baguettes furent députés
le 11 par la Chambre des Pairs pour féliciter
S. M. à cette occafion , & cette Chambre chargea
le Comte d'Orford & le Lord Hobart de s'ac◄
DECEMBRE , 1745 173
quitter de la même Commiffion auprès du Prince
de Galles.
Le même jour le Roi reçût pour le même fu
jet une adreffe de félicitation de la part de la
Chambre des Communes , & une du commut
Confeil de Londres .
Le 29 le Roi fe rendit à la Chambre des Pairs
avec les cérémonies accoutumées , & S. M. ayant
mandé la Chambre des Communes donna fon con
fentement au Bill pour lever des Milices dans tous
I es Comtés du Royaume d'Angleterre .
La Chambre des Pairs ordonna le 17 que plú
fieurs Ecrits qui ont été diftribués contre le Gorvernement
, fuffent brûlés par la main de l'Exé
cuteur de la haute Juftice .
Le 12 la Chambre des Communés réfolut que'
le nombre des troupes pour le fervice de l'année
1746 feroit de 49229 hommes , en y comprenant
les Officiers & 1815 Invalides , & elle a accordé à
S. M. 1298100 liv. fterlings pour leur entretien' ;
64300 pour la paye de 13 Regimens d'Infanterie
Levés par divers Seigneurs ; 13176 pour la paye'
de 2 nouveaux Régimens de Cavalerie , & 35951
pour 20 Compagnies non enrégimentées .
Le nombre des troupes de Marine fut fixé le 17
par la Chmbie à 11050 hommes , pour lesquels
elle a accordé la fomme de 206258 livres fterlings.
Le lendemain la Chambre décida qu'on leveroit
4 fchelings par livre fterling fur les revenus des terres
& fur les penfions.
M. Hume Campbell frere du Comte de Marchmont
propofa le 8 dans la Chambre des Communes
d'établir un Commité pour examiner
par la négligence de quelles perfonnes
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE.
les troubles furvenus en Ecoffe n'ont point été
calmés dans les commencemens , puifqu'il paroiffoit
qu'on auroit pu fe flater d'y réufìr fi l'on
avoitpris à tems les mefures néceffaires pour en arrêter
les progrès. Il fut fecondé fortement par M.
Pitt qui ajoûta que les prémiers avis des deffeins du
Prince Edouard avoient été tellement confirmés
qu'on n'avoit pu avoir aucun doute fur la réalité du
projet ni fur les intelligences qu'il avoit dans la
Grande Bretagne . Il s'éleva des débats très- vifs à
ce fujet , & plufieurs membres de la Chambre
ayant repréſenté que les circonstances ne permettoient
pas de s'arrêter à cet examen , & que ce
fercit perdre à de longues difcuffions un
tems
qu'on pouvoit employer plus utilement en s'appliquant
à chercher les moyens de prevenir les dangers
dont on étoit menacé , la propofition fut rejettée
à la pluralité de 194 voix contre 1 : 2 .
Le détachement des Gardes à pied qui étoit à
Oftende pendant le fiége , 8 Compagnies des
mêmes Gardes , les Régimens d'Infanterie de S.
Clair de Harriffon , de Hufque & de Beauclerck ,
le Régiment de Dragons de Bland , & 4 compagnies
du Régiment de Cavalerie de Ligonier font
revenus des Pais Bas , & le 5 ils débarquerent dans
Ja Tamife.
Les Régimens de Handafyde , de Campbell ,
de Sckelton , de Bligtht , de Mordaunt & de Sempill
font arrivés auffi le 15 aux Dunes , & depuis
ils ont remis à la voile pour ſe rendre à l'Ouest de
l'Angleterre .
Le Générale Wade a mandé au Roi qu'il s'étoit
avancé dans les environs de Newcaftle avec l'armée
qui eft fous fes ordres . Cette armée eft compofée
de 15 Bataillons , de 4 Efcadrons de CavaDECEMBRE
1745. 175
lerie & de 6 de Dragons , en y comprenant les
troupes Hollandoifes .
Le Corps de troupes dont le General Ligonier
doit avoir le commandement s'affemble à Cotventry
, & l'on y a envoyé un train d'artillerie
de 40 piéces de campagne avec un grand nombre
de munitions de guerre , de Tentes & de Pontons.
Le 16 huit vaiffeaux de guerre commandés par
l'Amiral Martin partirent de Plymouth pour aller
au devant d'un Convoi de Bâtimens de la Compagnie
des Indes Orientales établie en Angleterre .
Suivant les nouvelles de la Jamaïque l'Amiral
Thownſend fe difpofoit à faire voile de Port
Royal pour quelque expédition fecrette.
Il est arrivé à Londres plufieurs couriers de la
frontiere dece Royaume , mais les nouvelles qu'i s
ont apportées font tenues fi fecrettes qu'il n'eft p
facile de juger de la pofition préfente de l'armée
commandée par le Prince Edouard . Les faits qui
font rapportés fur cette affaire dans les Ecrits publics
fe contredifent & ylfont rapportés de la r a➡
niere la plus capable de laiffer tout le monde dans
l'incertitude fur le progrès de cette entrepriſe contre
le Gouvernement . On croit cependant qu'il
commence à en être plus allarmé qu'il ne l'étoit
d'abord , & il paroît par des letres particulieres que
l'Armée du Prince Edouard fe fortifioit tous les
jours de plus en plus par le nombre des Ecoffois qui
venoient le joindre ; qu'il avoit reçû la plus grande
partie des munitions de guerre dont il avoit befoin
, que ce Prince continuoit fa marche dans ce
Royaume & qu'il n'y avoit par d'apparence que les
troupes envoyées pour l'êmpêcher d'y pénétrer fuffent
fuffifantes pour s'opofer à l'exécution de fon
projet.
Hiiij
# 76 MERCURE DE FRANCE.
Le 26 du mois dernier jour de l'anniverſaire de la
naiffance de la Princeffe de Galles le Roi reçût ainſi
que le Prince de Galles les complimens de la principale
Nobleffe. La Chambre des Communes s'étant
affemblée le 25 en grande Committé
miner le Bill de la Taxe furles terres , il s'y éleva
pour exade
grands débats au fujet d'une clauſe inférée dans
ce kill , laquelle portoit qu'on ne pourroit exercer
la charge de Juge de Paix dans cette Ville , fi l'on
ne poffedoit un bien en fond qui produifit 40 liv .
fterlings de revenu , & il fut décidé à la pluralité
de 46 voix contre 39 que la moitié de ce revenu
fuffiroit à ceux qui fe
préfenteroient pour être
pourvus de cette charge. Le 1. de ce mois la
Chambre paffa çe Bill & elle renvoya au 6 les délibérations
fur l'affaire du Subfide.
Les actions de la Compagnie de la Mer dú
Sud font à 96 celles de la Banque à 134 &
celles de la Compagnie des Indes Orien tales à
169 & les annuités à 103 & demi,
GENES ET ISLE DE CORSE.
M. de Jonville Envoyé extraordinaire de S. M.
T. C. partit de Genes le 31 Octobre dernier pour
aller faire unvoyage à Paris .
Depuis que les Anglois n'ont plus de retraite
dans les Ports de cet Etat la navigation eſt entierement
libre depuis la Côte de Catalogne jufqu'à
celle-ci , & il arrive continuellement une infinité
de petis Bâtimens chargés de toutes fortes de provifions
pour les troupes combinées d'Espagne &
de France . Il est entré dans ce Port au commencement
du mois dernier 2 Felouques à bord defquelDECEMBRE
1745. 177
les il y avoit 40 caiffes remplies de piaftres déftinées
pour l'armée Espagnole.
Les habitans de la Côte Occidentale de Génes
ont fait une courfe dans le Piémont où ils ont fait
un butin confidérable .
On a reçu avis que M. Etienne Mari étoit arrivé
à la Baftie avec les 4 Galiotes Napolitaines qui
ont fait voile de Génes il y a quelque tems ,
Les mêmes avis portent que les 6 Barques de cette
Nation du fort defquelles on étoit inquiet
étoient toujours à Ajaccio & que les équipages de
ces Bâtimens avoient débarqué leur artillerie &
leurs munitions dans la crainte d'être attaqués par
quelque vaiffeau de l'Efcadre commandée par le
Vice -Amiral Ravvley . Ces lettres ne font aucune
mention de l'arrivée du Baron de Neuhoff dans l'If
le de Corfe.
-
On mande du camp de San Salvador que les
Efpagnols ont trouvé dans la Ville de Valence
1500 bombes , 40000 boulets , 300 quinteaux de
poudre & des vivres en abondance .
On prétend que la raison qui a déterminé le Roi
de Sardaigne à retirer de Valence les troupes dont
la garnifon de cette Place étoit compofée eft que
les troupes qui ont défendu Tortone & qui s'étoient
engagées par leur capitulation à ne fervir
de 18 mois contre le Roi d'Eſpagne ni contre fes
Alliés faifoient partie de cette Garnifon , & que
ce Prince n'a point voulu les expofer au traitement
que par 1 infraction de leur capitulation les Efpagnols
étoient en droit de leur faire fubir.
Les 5 Barques Napolitaines qui en venant de Sicile
avoient relâché à Ajaccio arriverent à Génes
le 31 Octobre fans avoir rencontré dans leur route
aucun yaiffeau de guerre du Roi de la Grande Bre-
Hy
178 MERCURE DE FRANC
tagne. Les troupes qui étoient à bord de ces Bâtimens
ayant débarqué le lendemain elles fe mirent
le 12 Novembre en marche pour aller joindre
celles qui font aux ordres du Duc de la Viefville &
qu'on dit former actuellement un Corps de 12000
hommes .
On mande que le bruit couroit que le Vice-
Amiral Ravvley faifoit vendre les magafins qui
avoient été établis à Livourne pour l'Efcadre Angloife
qu'il commande , ce qui donnoit lieu de
conjecturer que cette Efcadre fe difpofoit à fe retirer
à Port-Mahon , mais comme ce pourroit être
une feinte de la part des Anglois la République
continue de fe précautionner contre leurs entrepri
fes , & on a conftruit à l'embouchure du Golfe de
la Spécie deux nouveaux Forts dans l'un defquels
in a placé 22 pieces de canon .
On mande de Génes du 28 Novembre qu'on
avoit été informé que l'Eſcadre Angloiſe commandée
par le Vice- Amiral Ravvley ctoit partie de la
Côte de Sardaigne pour le rendre fur celle de Corfe
dans les environs de Calvi , qu'elle avoit débarqué
dans la Balagna le nommé Dominique Rivarola
employé dans les troupes du Roi de Sardaigne
& quelques autres Corfes qui fervent dans
les mêmes troupes , & que Rivarola pour exciter à
la revolte quelques Piéves leur avoit écrit que l'Ef-
⚫ cadre du Roi de la Grande Bretagne feroit à leur
difpofition , & que le Roi de Sardaigne & les Puiffances
fes Alliés ne les abandonneroient jamais.
Par un Officier que le Commiffaire Général de
l'Ile de Corfe avoit envoyé à Calvi , & que le
mauvistems à contraint de relâcher à Génes , on
a appris que vaiffeaux de guerre Anglois , eny
comprenant 4 Galiotes à bombes étant arrivés
DECEMBRE 1745. 179
le 17 à la hauteur de la Baftie le Commandant de
cette Efcadre avoit envoyé 4 Officiers au Commiffaire
Géneral de la République pour le fommer de
remettre la Place aux Rébelles , le menaçant ,
s'il faifoit quelque réfiftance , de réduire la Ville
en cendres ; que fur la réponſe faite par le Commiffaire
Géneral qu'il étoit déterminé à ſe défendre
, la Ville avoit été bloquée par les Rébelles ;
qu'elle avoit été canonée & bombardée par l'Efcadré
Angloife pendant 17 e res , & que le Commiffaire
Géneral ne pouvant refifter plus longtems
avoit été obligé de fe retirer avec la Garnifon . On
continue de faire à Génes des levées de Suldats
& la jeuneffe montre beauconp d'empreffement à
prendre parti dans les troupes de la République .
Le bruit court que l'Infant Don Philippe pourra
faire un voyage en cette Ville avant que de fe、
rendre à Milan où le Duc de la Viefville , à qui
ce Prince doit envoyer un renfort de 19 Bataillons
& de 4000 hommes de Cavalerie , a ordre de le
devancer .
Le Marquis de Mirepoix a quitté le rivage de
la Mer pour aller rejoindre l'armée combinée
d'Efpagne & de France avec les troupes qu'il
commande .
L'Infant à fait publier dans les Villes conquifes
en Lombardie 2 nouveaux Décrets , dont l'un
regarde l'adminiſtration de la Juftice , & l'autre
ordonne à toutes les perfonnes qui fe font abfentées
de revenir fous peine de confifcation de leurs biens,
dans le terme d'un mois pour celles qui font restées
en Italie , & de 3 mois pour celles qui fe trouvent
dans des Pays étrangers .
On mande de Turin que le Roi de Sardaigne
avoit été forcé d'établir dans fes Etats des billets
d'Etat qu'il promet de rembourfer en 1750 , &
H vj
80 MERCURE DE FRANCE
pour lefquels il s'engage à donner quatre pour cent
d'interêt par an ,
Auffi -tôt qu'on a été informé à Génes de l'entreprife
formée par les Anglois contre la Baftie , le
Petit Confeil s'eft affemblé pour déliberer fur les
mefures qu'il convenoit de prendre dans cette
conjonctture , & le lendemain on fit partir plufieurs
Bâtimens avec des vivres , des armes , des
munitions de guerre & 30 Canoniers pour Ajaccio,
Boniface & Calvi . Il y a apparence que fi l'Artillerie
que la République a dans l'Iflè de Corfe
n'eft pas fuffifante pour la défenſe de cette Ifle , on
fe fervira d'une partie des canons & des mortiers
appartenans aux Efpagnols & qui ont été tranfportés
l'année derniere à Boniface , où la République
s'eft engagée à les garder en dépôt.
L'équipage d'un Vaiffeau qui revient de Livourne
a rapporté que l'efcadre Angloife qui a bombardé
la Baftie étoit arrivé en très mauvais état dans
le premier de ces deux Ports , & que le Vaiffeau
Amiral de cette Efcadre étoit fort endommagé
par les coups de canon qu'il avoit reçus pendant le
bombardement & dont trois étoient à fleur d'eau.
On mande de l'armée de l'Infant Don Philippe
que le 22 du mois dernier au foir la tranchée avoit
été ouverte devant le Château de Cazal .
On a reçû avis depuis que la garnifon qui étoit
dans ce Château avoit capitulé .
OPERATIONS de l'armée combinée
de France & d'Espagne.
De Cazal le 5 Novembre.
L'armée combinée s'étant mife en marche du
camp de San Salvador fur 3 colonnes arriva le 4 à
DECEMBRE 1745. 181
3 heures après midi dans les environs de cette Ville
au-delà de laquelle la referve du Marquis Pigna
telli s'étoit portée à deux milles en avant du côté
de Frafcinétta. L'Infant Don Philippe avoit fait
occuper en même- tems le pofte de Perugia par M.
de Gantes Lieutenant Colonel avec 300 tant
Grenadiers que Volontaires . Ces deux détachemens
avoient eû ordre de chaffer les ennemis de
tous les petits poftes & des Châteaux qui ſe rencontreroient
fur la route , & cela avoit été exécuté.
Quelques heures après que les troupes Efpagnoles
& Françoifes fe furent approchées de cette
Place le Gouverneur reçut un courier par lequel le
Roi de Sardaigne lui mandoit de faire prendre à la
garnifon du pain pour 6 jours & d'aller avec cette
garnifon le rejoindre à Villanovo . En conféquence
pendant la nuit ce Gouverneur a fait fortir
toute l'artillerie de la Ville & il s'eft retiré avec la
garnifon après avoir jetté 600 hommes dans
le Château. Le Commandant du Château a répondu
à la fommation qu'on lui a faite de ſe rendre
qu'il étoit réfolu de foutenir le fiége .
୨
L'armée combinée de France & d'Espagne cemmença
le 9 à fe féparer pour aller prendre des
quartiers de cantonnement dans les Villages qui
font depuis Valence jufqu'à Cazal & depuis cette
derniere Ville jufqu'à Montécalvo . Il y a à Cazał
20 Bataillons donts font des Troupes Françoifes
, & l'Infant Don Philippe ý a établi ſon
tier.
quar
On a reçû avis depuis que M. de Chevert s'étoit
emparé de la Ville d'Aftie , & que les troupes
Piémontoifes qui y étoient fe font retirées dans le
Château dont on devoitcommencer inceffamment
à former l'attaque .
182 MERCURE DE FRANCE.
Le débordement du Po a mis le Roi de Sardai.
gne dans la néceflité de fe retirer avec fon armée
du côté de Trin & du Crefcentin . Le Prince de
Lichtenstein eft encore campé avec la plus grande
partie de celle qu'il commande entre la Seítia & la
Gogna parce qu'il ne peut paffer cette derniere riviere
non plus que le Tordopio , l'une & l'autre
rivieres étant groffies trop confidérablement . On
croit que fon deffein eft , fi leurs eaux diminuent ,
de s'approcher du Tefin afin d'être à portée de
retourner dans le Milanois .
Le Maréchal de Maillebois a dépêché au Roi
le Chevalier de Sabran pour informer S. M. que le
17 le Commandant du Château d'Afti avoit capitulé
& que la garnifon compofée de 200 hommes
avoit été faite prifonniere de guerre.
Le Roi a appris en même- tems que le 11 Novembre
le Duc de la Viefville avoit défait près de
Sant Angelo fur Lambro un détachement d'Infanterie
& de Cavalerie Autrichienne de 500 hommes
, dont 150 avoient été tués & faits
prifonniers , & que le 19 on devoit commencer
l'attaque du Château de Cazal.
DECEMBRE 1745. 183
MORTS de Pays Etrangers.
LE 20 Novembre Bartolommeo Maſſet Cardinal
- Prêtre du titre de S. Auguftin de la
création du Pape Clément XII . du 2 Octobre
1730 , Evêque d'Ancone dans l'Etat Eccléfiaftique
depuis le 21 Mai 1731 , & avant Nonce en France
, mourut dans fon Evêché à Ancone dans la
83 e . année de fon âge , étant né à Montepulciano
dans la Tofcane le z Janvier 1663 .
JEXTEXAEXAXAY
MARIAGE , Naiſſances & Morts.
E 10 Decembre Anne Potier Savis Seigneur de
.
Elizabeth
ve de Torno , La Patrie de Mlle Planftrom fituée
près du Cercle polaire à l'extrêmité de la Suede &
à l'entrée de la Laponie auroit été long- tems inconnue
en France fans la célébre opération qu'ont
été y faire en 1735 Mrs. Maupertuis, Clairaut , Lecamus
& Lemonier ; & la Loi qui défend aux naturels
de ce Pays d'en fortir fans permiffion du
Gouvernement , fembloit éloigner pour jamais
Mlle Planftrom de la France . Ce fut avec une permiffion
expreffe qu'elle quitta fa Patrie il y a envi
ron huit ans pour venir avec fa foeur en France où
la protection dont Madame la Ducheffe d'Aiguil
lon à qui elle étoit attachée l'a honoré , lui a fait
regarder la France comme fa Patrie.
184 MERCURE DE FRANCE.
Le 8 Novembre eft né & a été baptifé Charles-
François delaPorte , fils de Pierre Jean-François de la
Porte, Seigneur de Meley & de Sarzey, Maître des
Requêtes ordinaire de l'Hotel du Roi , Intendant
de Justice en Dauphiné & de l'armée d'Italie , &
de Dame Anne-Elizabeth le Fevre de Caumartin fa
femme , fille de M. de Caumartin Confeiller
d'Etat.
Le ... Novembre eft née N .'.'de Roffet de Fleury ,
fille d'André Hercules de Roffet Duc de Fleury ' ,
Pair de France , Premier Gentilhomme de la
Chambre du Roi , Marêchal de camp , Gouverneur
& Lieutenant Général des Duchés de Lorrai
ne & de Bar, & d'Anne-Magdelaine- Françoife
d'Auxy Monceau mariés le 6 Juin 1736.
Voyez la Généalogie de Roffet ancienne Nobleffe
de Languedoc dans la feconde partie du 1 .
Registre de l'Armorial Général de France du fieur
d'Hofiero.471 en attendant celle qui fera rapportée
plus étendue & plus exacte dans le Suplément
de l'Hiftoire des Grands Officiers de la Couronne
article des Maifons Ducales , auquel on travaille
actuellement.
En Novembre eft né N ... de Gelas de Voifins
d'Ambres , fils de Daniel- François de Gelas de
Voifins d'Ambres Comte de Lautrec , Chevalier dés
Ordres du Roi , Lieutenant Général des armées de
S. M. & au Gouvernement de la Province de
Guyenne &c. & de Marie- Louiſe de Rohan Chabot.
Voyez fur la Maifon de Gelas le Vol . IX . de l'Hif
toire des Grands Officiers de la Couronne , Arti
cle des Chevaliers du S. Efprit fol. 174.
· DECEMBRE. 1475. 189
En Novembre eft née N ... de Lannion , fille'
de N ... de Lannion , Sire & Comte de Lannion
, Pair de Bretagne , Vicomte de Rennes ,
Gouverneur des Villes de Vannes & d'Auray ,
Colonel du Régiment de Médoc Infanterie du 14
Mars 1-39 , & à préfent du Régiment de Lyonnois
, Brigadier d'Infanterie de la derniere Pro
motion , & de N... de Clermont Tonnerre , fille
de feue Dame de la Rochefoucaud de Roye , don't
la mort eft rapportée dans le dernier Mercure.
M. le Comte de Lannion eft fils de feu M. le
Marquis de Lannion Lieutenant General des armées
du Roi mort en Italie le 28 Decembre 1734
de la bleffure qu'il avoit reçue à la bataille de
Guastalla le 9 Septembre précedent .
DECEMBRE.
Le 10 Decembre eft né & a été baptifé Antoi
ne-Pierre - Bernard Soullet , fils de Bernard - Nicolas
Soullet , Confeiller au Parlement de Paris ,
depuis le 28 Mai 1737 , & de Dame Antoinette
d'Alegre & Petit - fils de Nicolas Soullet Confeiller
au Parlement , mort Confeiller de la Grand'
Chambre le 2 Novembre 1736 , & de Dame Françoiſe
le Teffier de Montorfy.
Le ... Decembre ont étéfupplées les cérémonies
du Baptême à .... de Roban né le 31 Aouft
dernier , fils de Jules-Hercules de Rohan , Duc de
Montbazon, & de Marie- Louiſe - Henriette Jeanne
de la Tour d'Auvergne , mariés le 19 Fevrier
1743 ; le Baptême s'eft fait dans la Chapelle de
l'Hôtel de Montbazon , fur la Paroiffe de S. Paul
Le parrein a été Henri- Benoît Duc d'Yorck.
186 MERCURE DE FRANCE.
Le 5 Novembre eft mort dans fon Château de
Veuilly près Gandelus dans le Bailliage de Château
- Thyierry Pierre de Cugnac Chevalier , Seigneur
, Baron de Veuilly , Hauterefnes , Lici les
Chanoinnes & autres lieux , âgé de 67 ans . Il
avoit fervi Capitaine de Dragons les 6 premieres
campagnes de ce fiécle , & illaiffe de fon mariage
avec Marie-Anne de Vaffan , d'une Nobleſſe ancienne
du Valois , un fils unique Anne Gabriel de
Cugnac , à préfent Seigneur Baron de Vueilly ,
Seigneur d'Hauterefnes , Lici les Chanoines . Bejule
Guerry , Briare & du Canal de Briare en par
tie &c. qui a époufé en 1728 Jeanne- Marie- Jofeph
Guyon , fille d'Armand - Jacques Guyan , &
de Marie de Baux , oncle & niéce de la feue Ducheffe
de Sully , de laquelle il a trois filles M. de
Cugnac avoit pour freres ainés François de CĽ→
gnac , Marquis de Dampierre , Baron d'Huiffeau ,
Seigneur de Richerville , Sous- Lieutenant des
Gendarmes . Flamans mort en 1724. laiffant defon
mariage avec Marie- Magdelaine- Henriette de Lagny.
le Marquis de Cugnac- Dampierre établi dans
T'Orléanois , marié avec Françoife - Charlotte de
Langeac , dont il a des enfans mâles , deux Chevaliers
de Malthe , un Eccléfiaftique & quelques
filles ; 20. François- Alexandre de Cugnac mort en
1703 fans pofterité; 30. François de Cugnac mort
en 1623 Chevalier non profes , Grand Croix
Bailly de l'Ordre de S. Jean de Jerufalem , Brigadier
des armées du Roi , premier Ecuyer de feu
S. A. S. M. le Duc , connu fous le nom du Bailly de
Dampierre La Maifon de Cugnac originaire de
Perigord , où elle fubfifte dans les branches de
Cugnac , Marquis de Giverfac . Polliac , Perilhe ,
Dubourdet , en Poitou &c . étoit connue avant l'an
1200 par ſa Nobleffe & fes alliances .
DECEMBRE 1745. 187
La Branche de Cugnac Dampierre eft établie dans
l'Orléanois depuis le commencement du quinziéme
fiécle . Elle s'eft alliée avec les Maifons de Harville
- Tfaine , Biron ,, Mornay , Prunelay , Beon-
Luxembourg , Rochechouart , la Tremoille , Coligny,
le Loup de Beauvoir , Rabutin , la Châtre
& autres grandes Maifons.
Cugnac porte pour armes gironné d'argent &
de gueulles , & pour devife , Ingratis fervire ne fas.
Voy z pour la Généalogie de cette Maifon l'Hif
toire généalogique des Grands Officiers de la Couronne
du P. Anfelme , Chapitre des Grands Maîtres
des Eaux & Forêts de France & des Chevaliers
du S. Efprit.
Le 28 Jean de la Roque de l'Académie Royale des
Belles Lettres de Marfeille , Frere d'Antoine de
la Roque , Chevalier de l'Ordre Militaire de S.
Louis , Auteur du Mercure de France décédé le 3
Octobre 1744 , mourut à Paris dans la 84 année
de fon âge ; il avoit travaillé conjointement avec
fon frere le Chevalier de la Roque à la compofition
du Mercure de France ; il avoit auffi donné
au public trois ouvrages , dont le premier qui parut
en 716 avoit pour titre Pyage de l'Arabie
Heurenfe , fait au Port de Moka à la Cour du Roi
d'Yemen dans la feconde expedition des années
1711 , 712 & 1713 , un Mémoire concernant
l'Arbre du Café dreflé fur les obfervations de ceux
qui ont fait ce dernier voyage , & un Traité Hiftorique
de l'origine & du progrès du Café , tant
dans l'Afie que sans l'Europe , en I. vol . iz 12 dédié
à M. le Comte de Pontchartrain .
L'année fuivante il donna le Voyage de la Paleftine
, fait par ordre du Roi LOUIS XIV ,
188 MERCURE DE FRANCE.
vers le Grand Emir chef des Princes Arabes du
Defert , connus fous le nom de Bédouins , ou d'Arabes
Scenites , qui ſe difent la vraie postérité d'Ifmael
, fils d'Abraham , où il est traité des moeurs
& des coûtumes de cette Nation , avec la defcription
générale de l'Arabie , faite par le Sultan
Ifmael Abléda , traduite en François avec des
notes & des figures . I vol in- 12 .
Un autre fous le titre de Voyage de Syrie 3 du
Mont-Livan , contenant la Defcription de tous le
Pays compris fous le nom de Liban & d'Anti- Liban
Kefroan & c . Ce qui concerne l'origine , la
croiance & les moeurs des Peuples qui habitent cé
Pays ; la Defcription des ruines ' Heliopolis aujourď'hui
#albock & une Differtation Hitorique fur
cette Ville , avec un abrégé de la vie de M. de
Chatteuil , Gentilhomme de Provence , folitaire
du Mont- Liban , & l'Hiſtoire du Prince Junes ,
Maronite mort pour la Religion , 2 vol. in - 12 .
R
M. de la Roque étoit fur le point de donner
au Public fon Voyage Littéraire de Normandie , Ouvrage
fort curieux & très connu des Sçavans , enrichi
de gravûres en taille-douce , d'après plufieurs
beaux monumens antiques . Il s'étoit fait
beaucoup d'amis , & des plus diftingués dans la
République des Lettres , furtout dans la Littérature,
étant lui-même rempli d'érudition & très - bon
Antiquaire . Entre les amis qu'il avoit , M. Frigot
connû par plufieurs piéces de Poëfies , mifes dans
differens Mercures , lui adreffa à l'occafion du Che
valier de la Roque , la piéce fuivante .
De Mars 5 des neuffoeurs courtisan tour à tour
Il est donc defcendu dans le fombre féjour
Ge Frere fi chéri , le fujet de tes larmes ,
DECEMBRE 1745 . 189
Avec qui l'on t'a vû partager dignement
Le foin de rendre utile un Journal , dont les charmes
Ne fembloient confacrés qu'au feul amusement.
De deux Freres unis le prodige eft fi rare ,
Que la Parque elle -même eut dû le refpeller ,
Mais enfin avce la barbare
Vainement , cher la Roque , voudroit- on conteſter.
Par la priere la plus tendre
Vainement je voudrois l'engager à nous rendre
Celui qui caufe , belas ! tes regrets & les miens ?
Je le voudrois en vain par une plainte amére.
J'aime mieux me flater , ami , que de ton frere
Elle abregea les jours pour allonger les tiens.
Le 30 Dame Marie- Françoife de Gerard veuve
depuis l'an 1705 de Jacques-Louis de Calonne Marquis
de Courtebonne , Lieutenant Général des armées
du Roi & Lieutenant pour Sa Majesté au
Gouvernement de la Province d'Artois , Gouverneur
de la Ville de Hefdin & Directeur général
de la Cavalerie , avec lequel elle avoit été mariée
le 14 Mars 1685 , mourut au Château de Bourelinghen
en Picardie âgée de 88 ans , ayant eu
de fon mariage Gabriel de Calonne Chevalier de
Malthe en 1700 , & pour aîné Jacques-Louis de
Calonne Marquis de Courtebonne , Maréchal des
camps & armées du Roi depuis le 2 Mai 1744 ,
& Lieutenant de Roi de la Province d'Artois ,
ci- devant Capitaine Lieutenant des Gendarmes
Bourguignons .
3
Feue Madame de Courtebonne étoit fille de
190 MERCURE DE FRANCE.
François de Gerard Confeiller du Roi en fa Cour
des Comptes , Aides & Finances de Montpelli r ,
& de Dame Marie Diane de Bon , & petice fille
d'Emanuel de Gerard auffi Confeiller en la même
Cour des Comptes & de Dame Dorothée
d'Almeras.
Feu M. de Courtebonne étoit fils de Charles de
Calonne Marquis de Courtebonne au Comté de
Guines dont il obtint l'Erection en Marquifat par
Lettres du mois de Juin 1679 , Maréchal de Camp
Lieutenant de Roi au Gouvernement de la Province
de Flandres , & de la Ville de Calais , &
de Dame Anne de Chaulnes ; la Nobleffe de Calonne
eft marquée entre les premieres de la Province
de Picardie par fon ancienneté , par fes alliances
& fes fervices militaires : fes armes font
d'argent à un aigle de fable becqué 5 mmbré de
gueules , & la Généalogie en eft rapportée dans le
Nobiliaire imprimé en Picardie , dreffé par ordre
de Meffieurs Bignon & de Bernage fucceffivement
Intendans de la Généralité d'Amiens.
Le 14 Décembre N... d'Orleans Chartres ( Mademoiſelle
) mourut au Château de S , Cloud âgée
de 5 mois & un jour , étant née le 13 du mois
de Juillet dernier , d'où fon fon corps fut apporté
dans l'Eglife du Val - de- Grace à Paris , fépulture
de la Maifon d'Orleans . Elle avoit été feulement
ondoyée , & étoit fille de Louis Philippe d'Orleans
Duc de Chartres né le 12 Mai 1725 , & de Louife-
Henriette de Bourbon Conty née le 20 Juin 17 : 6 ,
mariés le 17 Décembre 1743.
TABLE
PIECES IECES FUGITIVES en Vers , & en Profe
, Bouquet à ***
Madrigal
Lettre de M. D. G.
Réponse à la lettre précedente
3
5.
Ibid.
Imitation de la Vile. Ode du ze . Livre d'Horace
Ode ΙΟ
Extrait d'une Lettre Latine du Cardinal Quirini
fur le Poëme de M. de Voltaire de la Bataille
de Fontenoy
Lettre fur la mort de M , Wanloo
Réponse à cette Lettre
Imitation de la 2e . des Epodes d'Horace
Epitre fur l'Amitié
Madrigal à ffé
Lettre de M. l'Abbé Lebeuf
Billet à Madame * **
Epitre à M. de Fontenelle
Ode
Epitre de M. de
Vers à Mademoiſelle G.
II
27
29
30
34
37
38
Ibid.
46
50
52
54
Conjectures fur la caufe des antipathies natu
* relles
Bouquet
Stances
55
62
63
La Ville de Dunquerque à Mademoiſelle D ...
Epitre
Le retour du Printems , Cantatille
Le Quartier d'hyver , Ode
Ibid.
69
71
Nouvelles Littaires , des Beaux Arts & c, Almanach
Vers à Madame de Chaffaigne & c.
Autres fur la veille d'un départ
& Calendrier & c . Extrait
Le Neptune Oriental
73
76
77
79
Recueil de Papiers d'Etat du Sécretaire des deux
80
Ibid .
Traduction Italienne de la vie de Ciceron 81
Cromwels
Commentaire fur Homere
Differtation du P. Anfalde
L'Aretino , Dialogue de M. Dolce
Infcription antique
Commentaire fur la Buccine , Extreit
Obfervations Météorologiques
Ibid.
82
Ibid.
84
85
La Religion Chrétienne méditée & c. Extrait 87
Séance publique de l'Académiée des Sciences ,
Extrait
Eftampes nouvelles
Nouvelles Cartes
Enigme & Logogryphes
Chanfons notées
91
105
106
108
110
Spectacles , Extrait de l'Opéra intitulé Jupiter
vainqueur des Titans
Journal de la Cour , de Paris & c .
Régimens donnés
Prifes de Vaiffeaux
Nouvelles étrangeres , Turquie &c.
Mort Etrangere
Mariage , Naiffances & Morts
THEQUE La Chanfon Notée doit regarder la page
LYON
*
1803
112
122
137
140
144
183
Ibid.
110
De l'Imprimerie de ROBUSTEL , rue de
la Calendre , près le Palais 1745.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères