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1744, 06, vol. 1-2, 07
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Texte
MERCURE
Chés
DE FRANCE .
1
DEDIE AU ROL
JUIN. 1744.
PREMIER VOLUM
COLLAGIT
SPARGIT
A PARIS ,
GUILLAUME
rue S. Jacques .
CAVELIER ,
La Veuve PISSOT, Quai de Conty
à la defcente du Pont-Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais .
M. DCC. XLIV.
Avec Approbation & Privilege
BIBLIOT
LYON
*
18831
A VIS.
LA
Y
' ADRESSE générale eſt à Monfieur
MOREAU , Commis au Mercure , visà-
vis la Comédie Françoife , à Paris. Ceux qui
pour leur commodité voudront remettre leurs
Paquets cachetés aux Libraires qui vendent le
Mercure , à Paris , peuvent fe fervir de cette
voye pour les faire tenir.
On prie très- inftamment , quand on adreſſe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous le
déplaifir de les rebuter , & à ceux qui les
envoyent , celui , non-feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de les perdre
, s'ils n'en ont pas gardé de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaiteront
avoir leMercurede France de la premieremain,
& plus promptement , n'auront qu'à donner leurs
adreffes à M. Moreau , qui aura foin de faire
leurs Paquets fans perte de tems , & de les faire
porter fur l'heure à la Pofte , on aux Meffageries
qu'on lui indiquera.
PRIX XXX , SOLS.
426081
MERCURE
DE FRANCE ,
1 1
DEDIE A V RR
JUIN. 1744.
BIBLIO
LYON
1893
PIECES FUGITIVES ,
en Vers en Profe.
ODE
Imitation du L. Pfeaume de David.
R
DE
Epand fur moi , Grand Dieu , les torrens
de ta Grace ;
Daigne noyer mon crime en fes épan◄
chemens ;
Ta Juftice fe plaint , mais ta bonté furpaffe
Tous mes égareméns.
Efface le peché , dont je fuis la victime ;
Coupable , abandonné , je n'efpere qu'en toi ;
I. Vol A ij
L'a1068
MERCURE DE FRANCE,
L'abîme m'environne , & l'horreur de mon crime
S'offre fans ceffe à moi.
Je l'avoue , à toi feul j'adreffai mon offenſe t
Fidéle à ta parole , immuable en tes Loix ,
Tu fçais juftifier de ta Toute-puiffance
L'irrévocable choix.
***
Malheureux rejetton d'une race perfide ,
Dans le crime conçû , membre d'iniquité ,
Le crime me fit naître au mal toujours avide ,
Des flancs qui m'ont porté.
***
Scrutateur des coeurs , fupplée à ma foibleffe ;
Connois que ce qui peut combler tous mes remords,
C'est que je puis , Seigneur , fonder de ta Sageffe
Les immenfes Tréfors.
***
Coupable , je t'implore , & tu me purifie ; *
Aveugle , je péris ; éclairé , je renais :
Ta Grace furabonde , & tu me ſanctifie
Au gré de tes fouhaits .
***
Aux plus mortels foupirs frémiffant d'être en proye,
Parle ; confole-moi ; prête- moi ton fecours ,
JUIN.
1069 1744.
Et tu mettras le ſceau , pour comble de ma joye ,
Au bonheur de mes jours.
Funefte iniquité ! tonne , & me perfécute ;
Grand Dieu , redouble encor mes troubles inouis ,
Et détourne les yeux des forfaits de ma chûte ;
Qu'ils foient évanouis.
**
Amour , céleste amour qui chéris un coeur juſte
Pénétre..... mais plûtôt anéantis le mien ,
Et qu'un bienfait nouveau forme en mon fein adufte
Un coeur felon le tien !
* x+
Couronne ta clémence en repofant ton foudre ;
Que mon ame ravie en tes tranſports divins
Puiffe participer , quand tu daignes l'abfoudre
A tes facrés deffeins !
+3x+
Quelle audace à mon coeur d'ofer dire qu'il t'aime ?
Seconde - le ; pardonne ; abfous ; touche, & rends moi
Ce bonheur émané de ta gloire fuprême ,
Qui m'élevoit à toi.
J'irai , tout embrafé d'un zéle magnanime ,
Dans les fentiers impurs faire entendre ma voix :
A iij L'Impie
1070 MERCURE DE FRANCE ,
L'impie épouvanté , brifant le joug du crime ,
Reconnoîtra tes Loix.
**
Quel déluge d'horreur ! Quelle image ſanglante !
Délivre-moi , Seigneur , du fruit de mes forfaits ;
Mes accens animés , ma Lyre triomphante
Publiront tes bienfaits .
XXX+
Viens échauffer mon fein ; préfide à ma parole ;.
Dévoile à mes regards tes hautes profondeurs ,
Et j'employerai , Grand Dieu , ce coeur que je t'immole
,
A louer tes grandeurs.
XX
Le fanglant holocauſte offert en ſacrifice ,
Brûlant fur tes Autels , ne plaît pas à tes yeux.
Un coeur humble , un efprit qui déteſte le vice
Tefont plus glorieux.
**+
Que ta grace , & ta gloire environnent la cime
De la fainte montagne où l'on doit t'adorer !
Elevez-vous , ô murs , murs facrés de Solyme ,
Qui devez l'honorer.
Accepte alors , Seigneur , l'hommage de juftice ,
Et
JUIN. 1744 . 1071
Et nos coeurs immolés aux pieds de tes Autels ,
Et tu couronneras le jufte facrifice
De tes dons immortels.
Par M. T. F. Colombel , de Rouen.
諾洗洗洗洗洗洗洗洗洗光光光光送
QUESTIONS importantes jugées an
1º.
S
Parlement de Paris.
I la rente conftituée , qu'on délegue
à payer au preneur à rente fonciére
, eft confiderée à fon égard , commé foncière
ou comme conftituée.
2º. Si le preneur eft déchargé de cette
rente , lorfque l'héritage donné à rente eſt
détruit.
FAIT.
Jean Langlois & fa femme , en conféquence
d'une conceffion à eux faite par le
Domaine des Emplacemens du Paraper du
Pont de Pontoife , à titre de cens , y avoient
conftruit quatre Maifons contigues les unes
aux autres.
Par contrat du 20 Décembre 1669 , paffé
devant Notaires à Pontoife , les héritiers de
Jean Langlois baillerent & délaifferent
moyennant so liv. de rente annuelle , per-
A iiij Pc1072
MERCURE DE FRANCE.
petuelle , foncière & de bail d'héritages ,
fous faculté néanmoins de rachat , à Claude
Bigeon & Antoinette de Guignes fa femme
une des quatres Maifons fifes fur le Pont de
Pontoife , défignée audit contrat.
5 °
On convint par le même Acte que de ces
liv. de rente foncière & de bail d'héritages
, les preneurs payeroient au Sr Blouin
48 liv. par an , en l'acquit defdits défunts
Jean Langlois & fa femme , & pour demeurer
par icelles fucceffions quittes de
deux parties de rente dûës audit Sr Blouin ,
montantes à 48 liv. lequel Sr Blouin préfent
à cet Acte prit à hommes les preneurs ; &
il fut dit qu'ils payeroient le furplus des 50
liv. aux bailleurs .
On mit auffi cette clauſe , au payement
cours & continuation de laquelle rente ( de
so liv. ) demeure par fpecial ladite maiſon
affectée & hypotequée , que les preneurs
promettent de bien & dûment entretenir ,
enforte que ladite rente de 50 liv. y foit
bien prife & perçûë , comme généralement
fur tous leurs biens , meubles , immeubles ,
préfens & à venir.
Les héritiers du Sr Blouin fe firent paffer
differens titres nouvels par les héritiers Bigeon
, entr'autres deux titres nouvels des
& 8 Février 1699 , par lefquels les avouans
déclarerent être débiteurs envers le Sr Blouin
4
de
JUIN. 1744. 1073
de 48 1. de rente de bail d'héritages , à la charge
de laquelle a été délaiffée à défunt Bigeon &
fa femme une Maiſon fife fur le Pont de Pontoife
, moyennant sol . de rente de bail d'héritages
par Contrat du 20 Décembre 1699 .
La rente foncière fut fervie exactement
jufqu'en 1742 , que la Maiſon donnée à
rente , & toutes les autres Maiſons qui fubfiftoient
fur le Pont de Pontoife furent abbatuës
par ordre du Roi , pour la décoration
du Pont & la facilité de la Navigation. Le
Domaine rentra en joüiffance des Places
qu'il avoit concedées à Jean Langlois & ſa
femme.
En cet état M. Duval , Avocat au Parlement
, repréfentant le Sr Blouin , forma fa
demande , tant contre les héritiers Bigeon ,
que contre les héritiers des tiers acquereurs
qui avoient parlé dans les titres nouvels
afin de payement folidaire des arrerages
échûs & de continuation de ceux à écheoir.
Ils y furent condamnés par une Sentence
par défaut , faute de comparoir , renduë au
Châtelet , dont ils interjetterent appel. La
caufe fut plaidée en la Grand'Chambre , en
l'Audience de relevée.
Les appellans foutenoient , 1 °. Que la
rente de
so liv. créée par le bail à rente de
1699 étoit une rente foncière ;
gation faité
; que
la délépar
les héritiers Langlois d'une
A v
par1074
MERCURE DE FRANCE.
partie de cette rente au Sr Blouin , en payement
de deux parties de rentes conftituées ,
à lui dûës , ne changeoit pas la nature de la
rente foncière , non plus que les fauſſes
énonciations qui pouvoient s'être gliffées
dans les titres nouvels ; que c'étoit le titre
primordial qui avoit réglé irrévocablement
la nature de la rente due par Bigeon . 2 °.Que
depuis 1742 , la rente foncière étoit éteinte
; que pour l'établir ils avoient en leur faveur
le fentiment de l'équité naturelle ; leurs
auteurs ne s'étoient obligés au payement de
la rente en queſtion que pour le prix de la
joüiffance qui leur étoit délaiffée ; dès que
cette Maifon qui a fait l'objet de leur engagement
n'existe plus , & que c'eft fans leur
fait qu'elle a ceffé d'exifter , la rente fe trouve
éteinte de plein droit , parce que l'obligation
de la payer eft détruite avec la Maifon
, qui en faifoit l'objet , & que cette obligation
tombe par là dans le cas des obligations
fans caufe , qui font nulles & fans
effet.
Les principes fe réüniffent avec l'équité
naturelle : un premier principe eft que dans
les Baux à rente l'obligation réelle eft la
principale ; l'obligation perfonnelle n'eft
qu'acceffoire ; de-là fuit d'un côté , que
quelques engagemens que les preneurs &
les tiers détenteurs ayent contracté perfonnelJUIN.
1744. 1075
nellement , foit dans le Contrat primitif ,
foit dans les titres nouvels , quelques hypotéques
qu'ils ayent confenti fur tous leurs
autres biens , cette obligation perfonnelle &
hypotécaire ne dure qu'autant que le Bail à
rente.
De -là s'eft formé une autre maxime , que
la rente foncière n'étant dûë que par l'héritage
& à caufe de l'héritage , toutes les fois
que cet héritage eft remis entre les mains du
bailleur ou des fiens , ce qui s'appelle déguerpiffement
, foit que ce déguerpiffement
foit fait par le preneur à rente lui - même
foit qu'il foit fait par l'acquereur & tiers.
détenteur , qui a promis de payer la rente
foncière , tant qu'elle auroit cours , cette
rente demeure éteinte par le déguerpiffement
, & toute l'obligation des preneurs ou
du tiers détenteur fe réduit à payer les arrerages
lors échûs ; mais comme ils ne doivent
perfonnellement & fur leurs autres biens
qu'à raifon de la poffeffion & joüiffance de
l'héritage pris à rente , dès qu'ils rendent
cet héritage au bailleur & qu'ils ceffent de
le poffeder , leur engagement eft anéanti ,
& les chofes font remifes au même état
qu'elles étoient avant le Bail d'héritages.
C'est le texte de l'art . 109 de la Coûtume
de Paris , qui porte encore que par lettres il
ut promis de payer la rente & obligé tous fes
A vj
biens :
1076 MERCURE DE FRANCE.
biens : & tel eft le Droit commun de tout le
Royaume.
Il eft vrai que ce déguerpiffement eft empêché
, ou par la claufe de mettre amendement
, s'il n'a pas été fait , ou par la clauſe
de fournir & faire valoir la rente ; mais ni
l'une ni l'autre ne fe trouvent ici.
Des deux principes que l'on vient d'établir
, fe tire la conféquence néceffaire , que
quand la Maifon baillée à rente foncière
vient à périr , cette charge réelle impofée
fur la Maifon périt auffi , & qu'avec elle
difparoiffent toutes les obligations , foit perfonnelles
, foit hypotéquaires , fur les autres
biens des preneurs & des tiers détenteurs ,
obligations qui n'étoient qu'acceffoires à
l'obligation réelle , & qui ne fubfiſtoient
que parce que l'obligation primordiale fubfiftoit
elle-même.
La Queſtion eft ainfi décidée par Loyfeau ,
en fon Traité du Déguerpiffement , ch. 7 ,
n . 3 , lý & 19 , & ch . II , n . 13 ; elle a été
jugée de même par un Arrêt du 23 Décembre
1600 , rapporté par Mornac , fur la Loi
9 , Cod. de rerum divif. & par un autre Arrêt
du 14
Mai 1639 , rapporté au Journal
des Audiences .
Au contraire , de la part de l'Intimé on
foutenoit , que par le Contrat de 1669 ,
Bigeon & fa femme avoient acquis à la
charge
JUIN. 1744. 1077

charge de 48 liv . de rente conftituée envers
le Sr Blouin ; qu'ils s'étoient obligés perfonnellement
de payer cette rente au Sr Blouin,
lequel préfent à l'acte , les avoit pris pour
hommes , enforte qu'il y avoit eu novation
à fon égard , & que dès ce moment , il n'avoit
plus eu d'autres débiteurs que lefdits
Bigeon & fa femme , qui avoient affecté &
hypotequé tous leurs biens préfens & à venir
au payement des 48 liv . de rente dûs au
Sr Blouin , de même qu'au furplus des 50 1.
de rente , & que lefdits Bigeon & fa femme
avoient promis d'entretenir la Maiſon , de
maniere que la rente de 50 liv. y put être
perçûë.
Le Sr Blouin & fes repréfentans fe font
fait paffer huit titres nouvels , tant par les
héritiers Bigeon que par les tiers , à qui la
Maiſon donnée à rente foncière en 1669 ,
avoit depuis paffé à titre d'acquifition ; d'où
l'Intimé concluoit que la rente étant conftituée
, & les appellans y étant obligés perfonnellement
, ils ne pouvoient prétendre
qu'elle fut éteinte , fous prétexte du déperiffement
de l'héritage , & pour l'établir il
citoit plufieurs endroits du Traité de Loyfeau.
Il ajoutoit , que quand la rente feroit confiderée
comme foncière , les appellans ne
pourroient encore s'en décharger , attendu
la
1078 MERCURE DE FRANCE.
la difpofition de l'article 282 de la Coûtume
de Senlis , qui régiffoit l'héritage , lequel
porte que quand aucun a pris un héritage
à rente , & à ce s'eft obligé à toujours
ou à tems , & a promis ledit héritage entretenir
, tellement que la rente y puiffe être
perçûë , tel preneur ne fe peut départir ni
renoncer à icelle prife .
Les appellans répondoient que la rente
de so liv. étoit foncière à l'égard de Bigeon
preneur , & que la rente de 48 liv. dûë au
Sr Blouin , qui étoit conftituée , n'avoit pas
changé de nature ; que l'on avoit feulement
fait une délégation pour le payement de
cette rente conftituée , délégation qui ne
pouvoit durer qu'autant que la rente fonciére
auroit cours.
Et à l'égard de la promeffe faite par Bigeon
, d'entretenir l'héritage en fi bon état
que la rente y pût être perçûë , cette promeffe
ne devoit s'entendre que tant que
l'héritage fubfifteroit ; ici la Maifon avoit
été abbatuë & la Place retirée par le Domaine
, enforte que l'héritage étant anéanti fans
le fait du preneur , ni des détenteurs , ils
ne pouvoient plus être tenus de la rente
foncière de 50 liv . ni de payer la rente conftituée
de 48 liv. qui avoit été déléguée à
payer en déduction des 50 liv.
Par Arrêt du 6 Mars 1744 , la Sentence
fut
JUI N. 1744. 1077
fut infirmée , & les héritiers Bigeon & autres
furent déchargés des condamnations , & parconféquent
de la rente de 48 liv. plaidant
M. Babille pour les Appellans & M. Renard
pour l'Intimé.
SONNET à l'honneur de la Ste Vierge.
Avant que du Très-Haut la Sageffe profonde
Sur la Terre & les Cieux eut imprimé fes Traits ;
Avant que du Néant fa voix tirât le Monde ,
Son choix te deftinoit pour remplir fes Décrets,
Vierge ; qu'à fes deffeins ta volonté réponde :
Ton fein à l'Eternel va fervir de Palais ;
Mais l'Eſprit Créateur , en te rendant féconde ,
Ata virginité laiffe tous fes attraits.
L'Auteur de l'Univers naît de fa Créature !
Prodige , qui renverfe & confond la Nature ;
Qui trouble la Raifon & confole la Foi !
Tes Vertus ,& MARIE, au Très-Haut ont fçû plaire;
Toi feule de ton Dieu pouvois être la Mere
Et ce Fils , ce feul Fils étoit digne de toi.
Antefacula creata fum.
,
RE
1080 MERCUREDE FRANCE.
4
REPONSE à la QUESTION , propofée
par M. P. Th **. fçavoir s'il eft plus
avantageux à un homme , pourfon vrai boxbeur
, de poffeder toutes les Sciences & tous
les Arts , ou de n'en poffeder aucunes , en
Suppofant que l'une de ces deux qualités donne
l'exclufion à l'autre .
I fufla queftion propofée , & que le Sça-
L femble qu'il n'y ait point à balancer
vant doit l'emporter , fans aucune comparaifon
, fur l'ignorant , en fait de bonheur ;
on eft même porté à croire que ce feroit une
honte pour l'humanité de penfer autrement,
& que quiconque voudroit donner la préférence
à l'ignorant , exciteroit contre lui
l'indignation de tous ceux qui font l'honneur
de la nature humaine , les uns par la
fublimité de leur génie , les autres par cette
noble émulation qui les porte à s'approcher
, le plus qu'ils peuvent , de ceux qu'ils
ont pris pour modéles , & qu'on regarde
pour ainfi dire , comme des Divinités , aufquelles
il n'a pas été donné à l'homme de
reffembler. On doit donc craindre , en prenant
parti pour l'ignorant de révolter tout
le genre humain ; je dis tout le genre hu-
>
main ,
JUIN. 1744. 1081
main , car aujourd'hui toutes les Nations fe
piquent d'exceller dans les Sciences & dans
les Arts ; & dans chaque Nation , de tous les
particuliers qui s'y adonnent , c'eſt à qui
fera le premier dans fon genre , ce qui fait
la gloire de notre fiécle .
Ces avantages ne font plus comme ils
étoient autrefois , femblables à un tréſor ,
enterrés , pour ainfi dire , dans le centre
d'une Nation peu nombreuſe , & qui en foit
avare ; il n'eft plus néceffaire de parcourir
ces efpaces infinis de Terres & de Mers ,
qui féparent l'Occident de l'Orient , pour
aller dérober aux Mages,en fe rendant leurs
eſclaves , ces connoiffances qui les faifoient
prefque adorer. Les Académies des Sciences
& des Arts , formées dans prefque tous les
Pays du Monde , établiffent une correfpondance
générale entre tous les Sçavans , qui
ne font plus qu'un corps répandu par tout
l'Univers.
Qui pourra donc s'empêcher de juger , à
l'empreffement de prefque tous les hommes
pour être fçavans , que feur vraie félicité en
dépende ? Cependant celui qui propofe la
Queſtion , a quelque doute fur cet article ;
il faut donc pour le fatisfaire , examiner les
chofes dans la vérité ; ne fe point laiffer
éblouir d'un côté , par l'éclat qui environne
le fçavant , ne point faire attention de l'autre
,
1082 MERCURE DE FRANCE.
tre , au mépris dont l'ignorant eft accablé
dans un fiécle , auffi éclairé que le nôtre ; en
un mot , il faut bannir de fon efprit tous les
préjugés qui pourroient nous faire embraffer
la chimére au lieu de la réalité.
Les Sciences & les Arts n'ont pas été dans
tous les fiécles , encore moins chés toutes les
Nations ; il eft vrai que , dès le commencement
des tems , le germe en étoit renfermé
dans l'efprit humain , qui fe reproduifant
d'âges en âges , l'a fait croître de plus en
plus , & a fait arriver fes fruits à ce degré de
maturité , où nous les voyons aujourd'hui ,
ce qui n'eft peut-être qu'une ombre de leur
excellence future ; car en comparant leur
état préfent à celui où ils étoient il y a mille
ans , il n'y a rien que nous ne puiffions promettre
à ceux qui peupleront la Terre dans
les fiécles les plus reculés de l'avenir. Mais
qui diroit que de-là dépend le vrai bonheur
humain , feroit contredit , je crois , par les
monumens les plus refpectables de l'Antiquité
, qui font remplis des plaintes que
tous les Auteurs font fur le malheur de leurs
fiécles , dont ils déplorent les défordres , jaloux
en même-tems du bonheur tranquile ,
dont joüiffoient les premiers hommes dans
l'enfance du Monde ; mais à quoi ces mêmes
Auteurs attribuent-ils tous ces défordres ?
Originairement aux Sciences & aux Arts
avec
JUIN.
1083 1744.
avec lefquels s'introduifoient le luxe , la
molleffe , & tous les autres vices , qui entraînent
pour l'ordinaire la ruine des Etats
les plus floriffans .
par
détruire
Je n'ai point égard ici à ces Arts meurtriers
, inventés les uns pour
leurs voifins , qui les ont appris d'eux pour
s'en fervir enfuite contre leurs Maîtres &
les détruire à leur tour ; j'envifage feulement
ces Sciences & ces Arts , qui peuvent
plaire généralement à tous les homines , &
qui par eux-mêmes n'ont rien de préjudiciable
; qui régnent avec la paix , & qui
n'aiment que le loifir.
:
Les Grecs étoient invincibles , avant que
quelques efprits curieux , qu'on ne peut cependant
affés louer , couruffent toute la
terre , entraînés par le feul defir d'apprendre
revenus dans leur Patrie , ces
hommes
, que toute la Nation ne pût s'empêcher
d'admirer , rendirent cette curiofité
prefque générale ; alors on vit le courage
s'amollir infenfiblement ; enfin la Grece fçavante
devint l'esclave & la proye d'un vainqueur
ignorant , qu'elle regardoit comme
un barbare .
Rome s'étoit rendue maîtreffe de toutes
les Nations de la Terre , avant que les Grecs
y euffent établi leurs Ecoles , mais en y introduifant
les Sciences & les Arts , ils y intro1084
MERCURE DE FRANCE.
duifirent auffi leur molleffe , leur luxe , &
tous les autres maux qui firent pancher l'Empire
vers la ruine , ce qui eft fi vrai , que
vivre de la maniere la plus fcandaleuſe , &
vivre à la Grecque , étoient des termes Synonimes
parmi les Romains. C'eft par là que
la Grece vaincue s'eft vengée des Romains
fes vainqueurs. Si telle eft la fuite des Sciences
, je conviens que ce n'en eft qu'un abus
très-condamnable , mais il n'en elt ni moins
réel ni moins fréquent. Ces deux fameux
exemples , qui font connus de tout le monde
, fuffifent pour montrer que les Sciences
& les Arts ne conduifent pas communément
au vrai bonheur. Mais ils ne portent ,
dira-t'on , que fur le général , & il s'agit du
particulier. Confiderons donc un Sçavant ,
qui foit , fi cela fe pouvoit , tel qu'on le fuppofe
, & comparons-le avec un ignorant ,
auffi tel qu'on le fuppofe , & pour le trouver
cet ignorant , nous ne pouvons mieux
le choisir que dans ces tems heureux , qui
ont été regrettés de tous les fiécles fuivans ;
ces tems heureux où le germe des Sciences
& des Arts n'avoit encore pouffé aucune
tige.
Je ne crois pas m'éloigner de l'efprit de la
Queſtion , en choififfant ainfi les deux objets
que nous avons à confiderer , car il `s'agit
de deux hommes ; dans l'un , comme
dans
JUIN. 1744. 1085
dans l'autre , il faut admettre les lumieres
de la Raifon ; que l'un des deux poffede
toutes les Sciences & tous les Arts ; que l'au
tre ne poffede rien autre chofe que la Raiſon
naturelle , qui le diftingue de la brute , car
fi on ne lui laiffoit pas au moins cet avantage
, ce ne feroit plus un homme , & il ne
pourroit pas faire l'objet de la Queſtion
puifqu'il n'entreroit pas en comparaiſon .
Que l'état de cet homme dans les tems où
nous le plaçons fans Sciences & fans Arts ,
ait été celui du vrai bonheur , il n'y a point
lieu d'en douter ; fi nous trouvons quelque
verité dans les images que les Poëtes , furtout
, nous ont laiffé de ces premiers tems
du Monde , qu'ils ont appellé l'âge d'or ,
parce qu'on n'avoit point encore déchiré les
entrailles de la terre , pour en arracher ce
métal malheureux qui a introduit avec lui
tous les maux parmi les hommes , & donné,
par dégrés , naiffance au fiécle de fer , le
dernier des âges. Quel bonheur l'homme ne
goûtoit- il pas dans cette heureufe fimplicité
, accompagnée de l'innocence ! Tâchons
de nous le rendre auffi préfent que nous
pourrons ; fes befoins ne s'étendent pas audelà
des néceffités de la Nature , & la terre
libérale lui fournit dequoi les fatisfaire ;
l'Aurore naiffante , par une douce lumiere ,
l'avertit que le Soleil va répandre ſa clarté
&
1086 MERCURE DE FRANCE.
& fa chaleur dans tout l'Univers ; qu'il va
rendre , pour ainfi dire , au Monde tous
les êtres que la nuit par fes ténébres ſemble
avoir fait rentrer dans le néant ; dans cet
Aftre vivifiant , qui parcourt à pas de géant
toute l'immenfité des Cieux , il trouve l'image
la plus magnifique de la Gloire & de
la Puiffance de l'Auteur de la Nature. Pour
le garantir des trop grandes ardeurs du flambeau
du monde , la terre lui préfente un lit
de gazon d'où fort le parafol le plus fuperbe
, qui en même- tems qu'il lui fournit fon
ombrage , lui offre encore des fruits délicieux
, propres à le défalterer & à le nourrir ;
il y eft enchanté par le ramage harmonieux
des oifeaux , qui femblent s'y être rendus ,
à l'envi , pour le réjoüir ; fes jours fe paffent
à admirer tout l'Univers , qui eſt pour
lui le fpectacle le plus charmant , & afin
que cette admiration ne le fatigue point ,
qu'elle fe renouvelle tous les jours , le Soleil
retire fa lumiere , rend le repos à la
Nature que fa préſence a miſe dans un travail
général ; la nuit étendant ſes ténébres ,
tire entre les Cieux & la Terre un rideau
qui ne lui laiffe plus rien à voir ; elle répand
la tranquillité dans tous fes fens ; un antre ,
formé par la Nature , eft l'azile où il goûte
avec fécurité un fommeil , incomparablement
plus doux & plus tranquile , que ce-

lui
JUIN. 1744. 1087
lui des Rois dans ces chefs -d'oeuvres de
l'Art , dans ces Palais fuperbes environnés
de tant de gardes ; enfin fa vie fe paffe à
joüir de tout , à tout admirer , fans s'embarraffer
de raifonner fur rien , & fans imaginer
qu'il puiffe avoir rien à defirer. Peut -on
fe former l'idée d'une félicité plus véritable
? Tâchons cependant de découvrir files
Sciences & les Arts font capables d'y ajouter.
C'eft ce que nous pourrons reconnoître,
en les confiderant feulement en général , en
examinant leurs effets , & enfin , en jettant
les yeux fur un Sçavant , tel qu'on le fuppoſe.
Les Sciences les plus relevées font pleines
ou de féchereffes ou d'incertitudes ;
l'efprit n'y trouve rien qui le fatisfaffe pleinement
; les Arts les plus nobles , à l'égard
defquels le génie femble s'être épuifé , font
au moins auffi éloignés de leur perfection ,
qu'ils l'étoient dans leur naiffance de l'état
où ils font aujourd'hui : mais quels ont été
leurs effets ? De tirer l'homme de cette aimable
fimplicité , où il étoit borné à la Nature
qui lui fuffifoit , n'ayant d'autres néceffités
que les fiennes , de le plonger dans un
abîme de nouveaux befoins qui le rempliſfent
d'inquiétudes , & qui font que , pour
les fatisfaire , il ne connoît rien de facré ni
d'inviolable ; enfin de lui faire perdre de
A..
vuc
1088 MERCURE DE FRANCE.
vûë la Nature à qui il croit ne rien devoir ,
ne recevant rien que par les mains de l'Art ,
qui a tout ufurpé , & qui ne peut cependant
le fatisfaire ; pourquoi ? Parce qu'il veut y
trouver la Nature dont il ne pourra jamais
lui tenir lieu , & qu'on ne peut trouver
qu'en elle-même. Sans entrer dans un plus
grand détail , il eft facile de juger que les
Sciences & les Arts , bien loin d'être une
fource de bonheur pour l'humanité , font ,
en quelque façon , la caufe de prefque tous
les maux qui font le fujet de nos plaintes.
Mais on dira avec raifon, comme je l'ai déja
dit ,
, que ce n'eft que par un abus , qui ne
leur empêche
pas de faire le vrai bonheur
d'un homme
, dont l'efprit
embraffe
toutes
les Sciences
& tous les Arts , & qui n'en
abufe point ; jettons
donc un moment
les
yeux fur lui. Plus il les poffede
, moins il en
eft content
; ce qui paffe communément
pour des chefs-d'oeuvres
de l'Art & de l'imagination
, fourmille
de défauts
à fon
égard ; fon difcernement
& fes yeux , trop
clairvoyans
, ne l'arrêtent
que fur des traits
qui le choquent
; fans ceffe tourmenté
la paffion
de fçavoir
, il n'eft pas capable
de
goûter
un moment
de tranquillité
; fon
imagination
fe donne une torture
continuelle
, pour concilier
les opinions
des Sçavans
,
qui l'ont précédé
, ou pour les rectifier
; il
par
ne
JUIN. 1744. 1089
ne trouve par tout que contradictions , qui
mettent fon efprit à la gêne ; au milieu de
fon repos il eft troublé par cette paffion ,
qui ne lui donne pas un inftant de relâche ;
une lampe funebre , fufpenduë au milieu de
fon lit , ſemble attendre fon réveil pour
éclairer fon tourment ; fes tablettes innocentes
font fouvent la victime de fa fureur
& de fon déplaifir ; mais quels objets attendent
fes regards ? Un cadavre d'un côté qui
tombe en pourriture , fur lequel il doit faire
fes opérations & fes démonftrations ; de
l'autre un fquelette affreux qui révolte la
Nature ; ici des fourneaux ardens qui peutêtre
le confumeront , avant qu'il parvienne
à une opération fecrette qu'il médite ; là
des Inftrumens que l'Art lui fournit , & qui
n'offrent à fes yeux que des Monftres : quelle
fource de bonheur ! mais fon fçavoir lui a
mérité l'eftime générale de tous les hommes
; fes conjectures paffent pour des démonftrations
; il donne le ton au refte des
Sçavans , qui n'avancent rien que fur fon
autorité ; il s'applaudit au milieu des affemblées
, où tout le monde craint d'approuver
quelque chofe à quoi il n'ait pas donné fon
fuffrage ; femblable à un Prince , qui attire
fur fon paffage un concours infini de perfonnes
, qui fe croyent heureufes de l'avoir
vû , il goûte une fatisfaction intérieure
1.Vol.
par
B l'em1090
MERCURE DE FRANCE .
il
l'empreffement que tous les hommes ont de
fe le faire connoître les uns aux autres ;
entend avec plaifir fon nom voler de bouche
en bouche. Tout cela fait-il le vrai bonheur
? Non , ce n'en eft qu'une chimére ; ce
n'eft qu'une vaine fumée , qui n'a rien de
folide pour qui fçait bien la pefer ; la moindre
refléxion fuffit pour en déſabuſer.
Si nous ne trouvons dans le Sçavant aucune
apparence de bonheur , du moins ne
lui refuferons pas la gloire qui lui eft dûë
pour prix de fon travail ; j'avouë qu'il n'y a
rien de fi glorieux que fon état , mais auffi
cela fait une nouvelle preuve de notre
fentiment , car on peut affûrer , je crois , que
la gloire eft incompatible avec le bonheur ;
rendons donc à chacun ce qquuii lluuii appartient
; la gloire eft le lot du Sçavant ,
mais au milieu de fa plus grande gloire ,
qu'il parle franchement , il porte envie au
bonheur de l'ignorant, de même qu'un Prince
, environné de tout l'éclat de Sa Majeſté ,
mais accablé en même-tems par le poids de
tout fon Royaume , y renonceroit volontiers
, s'il lui étoit permis de paffer à la condition
de ' ce Berger , inconnu au refte des
humains , qui paffe fes jours dans le fein de
la paix , au milieu de fa famille , empreffée à
le fervir. Le vrai bonheur , au contraire, fera
toujours le partage de l'ignorant , borné à
la
JUIN. 1744. 1091
la fimplicité de la Nature , qu'il n'ira jamais
étudier dans un nombre infini de Volumes
où elle eſt toute défigurée , & qui ne lui en
offriront au plus qu'un fquelette affreux ,
capable de l'en dégoûter. Elle-même ſe préfente
à lui toute nuë ; elle ne lui dérobe aucun
de fes charmes ; il fe contente de convertir
en fa propre fubftance quelques peti
tes parties qu'elle lui abandonne , & s'enyvre
, pour ainsi dire , en admirant toutes les
autres , dont il ne peut jouir que par
yeu x.
les
Concluons donc que les Sciences & les
Arts peuvent bien conduire à la gloire ,
non pas au bonheur , & que l'ignorant ,
fans aucune peine , peut être véritablement
heureux .
Par M. Porlier.
Bij A
1092 MERCURE DE FRANCE.
A Mile D. Fran .....fur fon abfence pendant
les deux voyages qu'elle a faits à V……….
les 28 Juin & 15 fuillet 1743 .
SEjour délicieux , habité par les Graces ,
Vous qui retenez mon Itis ;
Lieux où l'Amour & les Ris
Voltigent toujours fur fes traces ;
Pour me rappeller mes plaiſirs ,
Quand me renverrez -vous l'objet de mes defirs ?
Et vous coulants Ruiffeaux , agréables fontaines ,
Verds Arbriffeaux , bocages frais ,
Afiles d'une heureuſe paix ,
Où les oiſeaux goûtent fans peines
Les fruits de leurs premiers foupirs ,
Quand me renverrez-vous l'objet de mes defirs ?
N'entendez - vous donc pas , délices de la Terre ,
D'un coeur impatient les accens & la voix ?
Tendres Echos de ces paifibles bois ,
Où régne l'Amour & fa mere ,
Répétez avec les Zéphirs ,
Quand me renverrez-vous l'objet de mes defirs ?
Mais
JUIN.
1093
1744.
Mais déja vous fervez ma flâme :
Iris revient ; je vois fon air vainqueur.
Le plaifir renaît dans mon coeur ,
Et l'Amour embrafe mon ame.
Lieux aimables , charmans Zéphirs ,
Je vois enfin l'objet de mes defirs.
De C. A. L. D. F. L. H.
LETTRE de M. Néricault Deftouches
à M. Tanevot.
J

E me rends à votre avis , M. & à celui
de mes autres illuftres amis. Me voilà
déterminé , comme vous le defirez tous , à
réſerver pour un autre tems mes Epigrammes
mes Lettres , & toutes mes Oeuvres
diverſes , que je voulois joindre à la nouvelle
& magnifique Edition qu'on fait de
mes Oeuvres de Théâtre.Effectivement tous
ces petits Ouvrages , dans la plupart defquels
je combats les Athées , les Déïſtes &
les Libertins , n'auroient pas figuré décemment
avec des Comédies , & j'avoue qu'il
convient , infiniment mieux, qu'après qu'elles
auront parû , je mette au jour deux ou
trois Volumes féparés , qui contiendront
tout ce que j'ai produit dans un autre gen-
В iij
re.
3094 MERCURE DE FRANCE.
re. Cependant ce nouvel arrangement , M.
rend inutile la Préface que j'avois préparée ,
pour répondre d'avance aux objections des
Cenfeurs , qui auroient pû fe formalifer de
voir à la fuite de mes Ouvrages Dramatiques
, tant de Piéces , qui n'y ont aucun
rapport, & qui font d'un ftyle & d'un ton
tout different. Mais je ne veux pas la perdre
entierement , & je vous l'envoye en
vous priant de la lire à nos amis , & de me
mander s'ils l'auroient approuvée , en cas
que j'euffe exécuté mon premier deffein . Je
ne fçais fi je me trompe , je crois qu'elle
n'auroit pas ennuyé , & que les Lecteurs judicieux
y auroient trouvé des réponſes plaufibles
aux cenfures de certains importans qui
ne fçauroient fouffrir qu'on les démafque
& qu'on les convainque de leur ignorance
& de leur témérité . Je fuis , & c.
A Fortoifeau , ce vingt Avril 1744in.
PREFACE *,
I le Sr Des Accords ne s'étoit fervi
pas
S du terme de Bigarrures pour annoncer
& qualifier fon Recueil , j'intitulerois ce-
Jui-ci les Bigarrures du Sr Deftouches , & jamais
titre n'auroit été plus jufte ni mieux
* Pour être mise à la tête de mes Qeuvres diverſes.
remJUIN.
1744. 1095
rempli , car le Recüeil que je donne au Pu
- blic à la fuite de mes Oeuvres Dramatiques ,
eft vraiment bigarré. C'eft une espece d'Oille,
autre titre qui lui conviendroit , fi j'ofois
en rifquer un fi vulgaire à la tête de cet Ouvrage.
En effet , tout y entre : Proſe , Vers ,
efpeces d'Opera , Cantates , Eglogues
Idylles , Chanfons tendres , Chanfons à
boire , Odes , Madrigaux , Epigrammes
Epitres , Prologues , Scénes de Comédies
Comédie de caractere en cinq Actes , Lettres
férieuſes , Lettres Comiques , Satyre ,
Morale , Refléxions Chrétiennes , Invecti
ves & Differtations contre les Libertins &
les Impies.
A ce dernier article , quelques Lecteurs
m'arrêtent pour me dire : Doucemeni , ivi.
l'Auteur ; dequoi vous aviez- vous de parler
fur la Religion , dans un Recueil auffi prophan
ne que le vôtre ? Non funt mifcenda facra
prophanis.
Dans un Ouvrage ſuivi , d'accord , M.
mon Cenfeur. Mais ayez , je vous prie , la
bonté de confiderer , que cet Ouvrage eft
proprement un Recueil de Lettres : Lettres
écrites à differentes perfonnes , pendant le
cours de plufieurs années , fur les fujets que
l'occaſion & le hazard me préfentoient : ce
font des converfations avec mes intimes
amis , & il n'y a point de matiere, quelque
B iiij gra1096
MERCURE DE FRANCE.
grave qu'elle puiffe être , qu'on puiffe exclure
des entretiens familiers : ainfi ne vous
fcandalifez point de trouver dans mes Lettres,
une fi prodigieufe variété de matieres.
Je me flate même que cette varieté doit
vous plaire , & c'eft fur elle feule que je
fonde mes efpérances . Aimeriez-vous mieux
des Lettres Monotones ? De fades complimens
? De mauvaiſes plaifanteries de focié
té ? De petites Anecdotes ennuyeufes , des
Differtations entortillées fur de jolis Riens ?
Des penſées obfcures & fpirituellement précieuſes
? En un mot , un Recueil de fadaiſes;
Pitoyables productions qui vous feroient
bâiller dès la feconde page ? Non , me répondez-
vous . Mais des Lettres Chrétiennes,
M. l'Auteur Comique . De bonne foi , cela
vous convient-il ? Pourquoi non ? Un Auteur
Comique n'eft-il pas Chrétien ? La Religion
n'eft- elle pas fon bien , comme celui
d'un Docteur ? Et ne m'eft-il pas permis de
le défendre contre d'indignes chicaneurs ,
qui m'ofent foutenir que ce bien n'eft qu'une
richeffe imaginaire , & qui veulent me perfuader
à moi-même , qu'au fond je penfe
comme eux ? Puis-je fouffrir de fang froid
ces odieux foupçons , moi qui donnerois
ma vie pour les détruire , & pour convaincre
, les gens qui ofent me les témoigner ,
que le bien qu'ils s'efforcent de décrier par
leurs
JUIN. 1744. 1097
leurs plates ironies ou par leurs Ouvrages
anonymes , & impertinens , eft ma plus précieufe
, ou pour mieux dire , mon unique
richeffe ?
C'eft fort bien fait à vous , répondra mon
Lecteur délicat ; mais êtes- vous affés au fait
de ces matieres , pour avoir la hardieffe de
les traiter ?
me con-
Je n'ai qu'un mot à répliquer : Tolle
lege. Prenez mon Recueil ; lifez- le attentivement
, fans prévention , fans préjugé , &
puis ,
› prononcez. Mais n'allez pas
daniner fans avoir bien examiné mes Piéces.
Rien de fi fujet à erreur que les jugemens
précipités , qui n'ont point d'égard au fond
du procès , & qui ne font fondés que fur
l'opinion qu'on adu plaideur. Non eft quæftio
de perfona. Il ne s'agit pas ddee cceelluuii qui foutient
un fait , mais de la maniere dont il le
foutient. Tel eft le principe inviolable d'un
bon Juge.
, Mais infiftez- vous opiniatrement , les
Poëtes font-ils faits pour défendre la Reli
gion ? Pourquoi non s'ils ont profondément
étudié cette matiere , & s'ils en ont
fait même leur principale étude ? De tout
tems les Poëtes font en poffeffion de traiter
les Myfteres les plus Saints & les plus profonds
. Rien ne leur fied mieux que de célébrer
les grandeurs de Dieu , & que d'exci-
B v ter
1098 MERCURE DE FRANCE.
rer les hommes à le craindre & à l'aimer.
David , le plus grand de tous les Poëtes ,
fans en excepter le divin Homere , a-t'il
parlé d'autre chofe ?
Paix , petit Auteur , me répliquerez-vous ;
David étoit un Prophéte , & vous n'êtes
qu'un Poëte miférable , qui n'a point d'autre
inſpiration que fon foible génie.
Il est vrai , mais parcourez tous les fiécles
de l'Eglife ; vous y trouverez des Poëtest
Chrétiens , qui certainement n'étoient
plus infpirés que moi.
pas
Tout ce qu'il vous plaira : je n'ai qu'un
mot à vous objecter , pour finir notre difpute
: ces Poëtes n'avoient point fait de Comédies.
Eſt-il rien de plus profane que ce
genre d'Ouvrages ? Mais , vous répondraije
; Corneille & Racine ont fait des Tragé
dies , & c'eft bien pis encore ; cependant ,
ees deux grands Poëtes Dramatiques ont
exercé leurs fublimes génies fur la Religion ,
car ils l'aimoient , la refpectoient , & la
pratiquoient fincérement. Le premier a
traduit en Vers l'Imitation de Jefus Chrift ,
& l'autre à paraphrafé quelques Epitres de
S. Paul. Malherbe , Racan , Rouffeau , je
Vous cite de grands noms , ont traduit ou
paraphrafé des Pfeaumes de David. Et que
dites-vous de Defpreaux , ce Satyrique fi
mordant & fi terrible ? N'a- t'il pas dogmatifé
JUIN.
DE
1744.
1099
tifé dans fa Satyre contre l'équivoque , &
encore plus dans fon Epitre fur l'amour de
Dieu ? Ces deux Ouvrages l'ont-ils deshonnoré
? Que dites-vous auffi de Buchanan ,
qui a mis tous les Pleaumes en Vers Latins ,
fi élégans , qu'on eft tenté de croire qu'ils
font du fiécle d'Augufte ? Et cependant il
avoit travaillé pour le Théatre : c'étoit un
Hiftorien cauftique , un calomniateur , un
brouillon ; un fujet rebelle ; un profane :
témoin fon Poëme Fratres Fraterrimis.
Tout cela eft bel & bon , me repartirezvous
, mais tous ces Poëtes n'ont point publié
de Differtations en Profe , pour défendre
la Religion contre les Incrédules.
Je vous réplique , premiérement , que ce
n'eft peut- être pas la bonne volonté qui leur
a manqué , mais l'occaſion . On ne s'eft pas
avifé de les foupçonner d'Atheiſme , ( j'en
excepte Buchanan , ) & on ne les a pas invités
à le prêcher. Soyez sûr qu'en ce cas ,
ils
auroient fait Volumes fur Volumes , nonfeulement
pour anéantir ces indignes foupçons
, mais pour confondre les Libertins , qui
s'en feroient pris à lui. Or , c'eft précisément
le cas où je me fuis trouvé , & l'unique raifon
qui m'a déterminé malgré moi , à févir
de toutes mes forces contre ces vifionnaires.
D'ailleurs , je n'ai pas eu l'impertinence
B vj
d'en
1100 MERCURE DE FRANCE.
d'entreprendre des Traités en forme , fur la
Vérité de la Religion Chrétienne. Je n'ai
touché qu'en tremblant cette matiere fi refpectable
; & dans quel Ouvrage ai-je ofé
l'effleurer ? Dans quelques Lettres , & par
occafion , fans avoir jamais eu le moindre
deffein de dogmatifer , & de m'ériger en
Controverfifte. Ce font de pures réfléxions
fans aucun plan , ou des réponſes à des Queſtions
qu'on m'a faites , ou des argumens contre
des objections fpécieufes , par lesquelles
une clique de Libertins déclarés , s'étoit flatée
de me déconcerter , & de m'entraîner
dans leur fanatifme .
On prétend que cela me donne un ridicule
; & moi je réponds que ceux qui le prétendent
, font plus ridicules que moi. Car
qu'y a t'il de plus rifible que des gens qui
fe piquent de bel efprit & d'érudition , &
qui peuvent être convaincus ou de croire
fans fçavoir pourquoi , ou d'être fi timides ,
ou plûtôt fi glorieux , que de laiffer triompher
les ennemis de la Religion , de peur de
s'attirer leurs injures & leurs ironies ? Quel
ufage plus loüable peut-on faire de fes talens
& de fes lumieres , que de les déployer
contre un tas de mauvais plaifants & de
froids railleurs , qui n'ont pour tout relief
que celui de fe fingularifer par une profeffon
ouverte de libertinage & d'impiété ?
EftJUIN.
1744 . IIOT
Eft-il rien de plus ridicule que de ménager
& de craindre de pareilles gens , de n'avoir
pas la hardieffe de les méprifer ? Eſt-il une
profeffion , eft-il un état au monde qui nous
difpenfe & nous défende de repouffer leurs
attaques , & même de pourfuivre ces Mécréants
? Je ne le croirai jamais , & je me
perfuade que je fuis plus en droit de me
moquer de ceux qui me blâment , qu'ils ne
font en droit de fe moquer de moi . Je
pourrois même , fans trop d'injuftice , foupçonner
quelques frondeurs d'un peu de jaloufie
, & je voudrois , de tout mon coeur ,
que ce foupçon fût bien fondé . L'émulation
pourroit produire des imitateurs , & plût-à-
Dieu que mille gens , qui ont plus d'efprit
& de fumieres que je n'en ai , vouluffent
bien fe piquer d'entrer dans la carriere où
j'ofe quelquefois courir , & de faire d'heureux
efforts pour m'y devancer ! Que je ferois
glorieux d'effuyer cette honte , & qu'îl
en coûteroit peu à plufieurs de mes amis ,
pour fe rendre plus dignes que moi de la
haine des Impies ! Mais ô refpect humain ;
tu retiens les plus doctes plumes , & tu me
livres feul aux infipides railleries des ignorants.
N'importe ; loin de perdre courage
je le fens plus vif que jamais. J'en vais donner
une preuve autentique , en publiant
tout ce que j'ai fait contre les Impies , pour
" les
11oz MERCURE DE FRANCE,
les punir de l'injuftice qu'ils m'ont faite ,
en fe flatant de pouvoir m'affocier avec eux,
& fi ce n'eft pas affés , je leur déclare en face
du Public , que je fuis zelé partiſan du
Chriftianifine , & que je dis à Dieu tous les
jours , & à tout moment avec le Prophéte
Royal : (a ) Particeps ego fum omnium timentium
te , & cuftodientium mandata tua : Et
quelquefois auffi : ( b ) Loquebar de teftimoniis
tuis in confpectu Regum , & non confundebar.
Oiii , Mrs du bel air , voilà le fond de
mon coeur : voilà mes vrais fentimens , que
je produis en dépit de vous , tantôt en Vers ,
tantôt en Profe ; je voudrois fçavoir toutes
les Langues vivantes , pour me faire entendre
à toutes les Nations du Monde. Dites
que je fuis fou , que je me donne un travers
, que la bonne compagnie fe moque
de mon zéle : que mes meilleurs amis en
gémiffent tout bas , & ne laiffent pas de rire
fous cape à mes dépens : à toutes ces attaques
, dont mon amour propre n'eſt point
bleffé , je réponds comme Polyeucte : Je fuis
י
Chrétien.
C'est là ma Rhétorique ; & par leur énergie ,
Ces trois mots fuffiront pour mon apologie . ( c )
( a ) PS. 118 .
( b ) Ibid.
(c ) Auprès des honnêtes-gens s'entend ; pour ce qui
eft
JUIN. 1744. 1103
§2 525252 52 52 52 92-52 32 52 52 92 52 32-5252525252525252
S
PORTRAIT de Mlle...
Ans le fecours de l'Art ,fans les dons qu'il procure
,
Vous tenez tout , Iris , des mains de la Nature ;
Comme une tendre mere , elle a fçû couronner
En vous tous les talens que l'Art feul doit donner,
Aux mortels étonnés elle offre fon ouvrage ,
Et leur fait voir en vous l'élégant affemblage
De ce qui peut former la plus rare Beauté ;
Un air affable , doux , & noble fans fierté ;
Un tein, qui repréfente & l'incarnat des Rofes ,
Et la fraîcheur des fleurs , nouvellement éclofes ;
Des yeux vifs , & brillants , où le Dieu de l'Amour
Paroît avoir fixé ſon aimable ſéjour ,
Des yeux dont l'innocent, mais dangereux langage ,
Scait exprimer à ceux qui vous rendent hommage
Le refpect qu'on vous doit , & tous les fentimens
Que l'on peut exiger des plus parfaits amants ;
Un front , un nez bien pris , une bouche riante
Et telle qu'on dépeint celle de la charmante
Et divine Venus , la mere des Amours ;
Un coeur , un tendre coeur , fincere , fans détours ;
eft de l'autre espece , qui n'eft pas la moins nombreuſe ,
qui impofe aux ignorans par un ton haut & décifif,
je lui déclare que plus elle criera contre moi , plus
je m'applaudirai.
Que
1104 MERCURE DE FRANCE.
Que vous dirai je enfin ? tout ce qui fait les Belles
Vous l'avez , & de plus , ces graces naturelles ,
Où l'affectation n'a pas la moindre paro ,
Et qui femblent en vous un effet du hazard.
Je joins à ces attraits un caractere aimable ,
De la vertu , des moeurs , un efprit admirable ,
Certain je ne fçais quoi qui plaît , & qui ravit ,
Que l'on conçoit toujours bien mieux qu'on ne le
dit.
Sous de femblables traits , fçachez vous
noître ;
recon-
Vous êtes faite , Iris , pour aimer & pour l'être.
REJOUISSANCES faites à Grenoble,
le 19 Janvier 1744 , à l'occafion du Mariage
de M. le Duc de Chartres , avec Mlle
la Princeffe de Conty.
A Ville de Grenoble , attachée par plus
Lduntitre à M. le Duc d'Orleans,qu'elle
a le glorieux avantage d'avoir pour Gouverneur
, pénétrée des plus vifs fentimens
de la plus jufte reconnoiffance , & voulant
faire éclater fon jufte retour pour les bienfaits
fignalés qu'elle en a fouvent reçûs
n'eut pas plûtôt appris la nouvelle de la célébration
du Mariage de M. le Duc de Chartres
avec Mlle la Princeffe de Conty , qu'el-
>
le
JUIN 1744. 1109 .
Te s'empreffa d'ordonner les réjouiffances
qu'elle étoit charmée de faire à cette occafion.
Elles furent fixées au 19 Janvier. Ce
jour là M. l'Evêque , qui avoit déja fait publier
un Mandement , dans lequel on admire
également le brillant de fon eſprit &
la délicateffe de fon bon goût , & par lequel
il ordonnoit des prieres publiques pour
le bonheur de ces illuftresEpoux, fit célébrer
dans faCathédrale uneMeffe folemnelle , qui
fut fuivie du Te Deum,chanté enMufique.Le
foir , toutes les maiſons furent illuminées
& on fit des feux de joye dans les rues. L'illumination
de la Maifon de Ville furpaffoit
toutes les autres par une quantité prodigieufe
de lampions & de pots à feu ; la vaſte
façade de ce Bâtiment , qui regarde le Jardin
, couverte de plufieurs milliers de lampions
, faifoit le coup d'eil le plus charmant
; les pots à feu , rangés à peu de diftance
les uns des autres fur les murailles &
fur les balustrades , qui regnent de l'un &
de l'autre côté de l'allée , donnoient autant
de clarté que fi ç'eût été en plein jour ; outre
cela , les caifles d'orangers illuminées ,
les touffes de lampions de differentes figures
femées dans le Parterre , offroient un fpectacle
, tel qu'on n'en a point vû depuis longtems
. Dès 9 heures du foir ,jufques bien avant
dans la nuit , on tira dans le Jardin de la
Mai
1106 MERCURE DE FRANCE.
Maifon de Ville une quantité prodigieufe
de fufées ; le fouper que donnerent Mrs les
Confuls , fut des plus fplendides , & le Bal
des plus brillants , tant par le nombre que
par la diftinction des perfonnes qui y affifterent
; on y fervit avec profufion toutes fortes
de rafraîchiffemens ; enfin les perfonnes
diftinguées , qui font à la tête de la Maiſon
de Ville , firent voir par la magnificence de
la Fête qu'ils donnoient , que l'affection y
avoit autant de part que le devoir.
7
M. De Marcieux, Commandant de la Province
, donna en fon particulier des marques
bien éclatantes de fon dévouement , &
contribua beaucoup à la joie publique. Il y
eut dans fon Hôtel trois Tables qui furent
fervies avec la derniere fomptuofité ; tout
ce qu'il y a de plus diftingué en cette Ville ,
foit dans la Robe , foit dans l'Epée , s'y
trouva ; l'illumination , dont fon Hôtel fut
décoré , furpaffoit toutes les autres , foit par
l'arrangement des lampions & des pots à feu,
foit par leur nombre.
La veille du jour que fe donna cette Fête ,
le R. P. M *** Profeffeur de Rhétorique
du Collège Royal-Dauphin de la Compagnie
de Jefus , prononça l'Epithalame des
deux illuftres Epoux ; l'affemblée fut des
plus choifies , & très-nombreuſe. L'Orateur
y fit paroître beaucoup d'efprit & de délicatelle
JUIN. 1744. 1107
>
>
perteffe
; le Programme étoit , Auguftiffimis conjugibus
Ludovico Philippo & Ludovica Henrica
Carnutenfium Ducibus Epithalamium
dicet Orator Gratianopolitanus in Regio-Delphinenfi
Collegio Societatis fefu . Après avoir
parlé de la joie univerfelle , qu'avoit infpirée
à toute la Province la nouvelle de ce
Mariage , fi defiré , & après avoir loüé Mrs
les Confuls du jufte empreffement dont ils
alloient donner des preuves le lendemain
par des réjouiffances publiques , l'Orateus
fe félicite de ce qu'ayant à traiter un fujet
qu'une heureufe deſtinée lui avoit ménagé
il avoit l'avantage de parler devant des
fonnes , qui quoique d'un goût délicat &
épuré , paroiffoient cependant difpofées à
ufer d'indulgence à fon égard. Le Compliment
fait à M. l'Evêque , naiffoit du fujet
même ; il rouloit principalement fur le Mandement
que cet illuftre Prélat avoit publié
au fujet de cet augufte Mariage ; ce Compliment
finiffoit ainfi , cujus Eloquentia cùm
aliis in fcriptis tùm præcipuè fpirat nitidiffimis
expreffa coloribus in noviffimo illo verè que
aureo quod de Carnutenfium Ducum nuptiis
recens editum nemo non avidus „ nemo non mirabundus
legit. Coram Judice tam oculato
verba facere meditantem timor me non levis
incefferet, nifi perfpecta mihi fimul effet ingenita
ejus indulgentia , quam tamen eâ tantum tege
miki
1108 MERCURE DE FRANCE.
mihi licebit adpromittere , fi debitas ejus virs
tutibus laudes prætermiferim.
De-là l'Orateur paffa à l'Eloge de Mrs du
Parlement. La Divifion du Difcours fut celle
qui fe préfentoit naturellement. La voici
telle qu'elle étoit énoncée à la fuite des dif
ferens tours qui l'amenoient : Ludovica
Henrica Contiaca Principifponfum , Ludovico
Philippo Carnutenfium Duci fponfam gratulaturus
accedo. La premiere partie renfermoit
l'Eloge de M. le Duc de Chartres , que l'Orateur
rapportoit de tems en tems à fon fujet.
Elle commence ainfi : Solemne illud eft
iis qui publicam orationem adornant , fuque
quotidiano receptum ac comprobatum , ut fi
quem virum Principem laudibus celebrandum
fufceperint , vel quod fuis utilitatibus confulere
ftudeant , adulationi multa , pauca verò -tribuant
veritati. Si nihil in illis laudandum nan
cifcuntur , fingunt : fi verò aliquid , illud verbis
hyperbolicis exagerare confueverunt . Nullus
mequidem hodierna die metus incerfit , ne
laudanti mihi Carnutenfium Principem in fufpicionem
violata veritatis incurrere atque ullam
in ea re ad me pertinere reprehenfionem contingat
, quotus enim veftrum eft qui vel uno illius
Principis nomine audito , non ftatim Viri virtutibus
eximiis præftantiffimi , Principis Regi
ac Regno chariffimi , Conjugis amantiffimi imaginem
, cum magnâ Contiacarum Principis gratuJUI
N. 1744.
1109
tulatione , fibi animo non fingat.
Il feroit trop long de rapporter la maniere
dont l'Orateur prouve chacune de ſes foudivifions.
Il le fait d'une maniere claire &
nette ; nous voudrions en particulier.pouvoir
rapporter les differens Eloges qu'il a
femés dans cette premiere partie. Les plus
remarquables font ceux de M. le Duc d'Orleans
, de Mad. la Ducheffe , du Roi & de
Monſeigneur le Dauphin ; ce dernier étant
plus court , nous le rapporterons ici . L'Orateur
adreffe la parole aux Dauphinois : Ecquem
veftrum latet que fama de illo in varias ,
quaqua patet , Orbis Plagas jam fparfu ; exilite
lætitia ! crefcit fauftis ominibus juvenis ille
Princeps , in quo Gallia fpes & felicitas contineturi
crefcit , & crefcendo quas in Auguftiffimo
Patre , Proavoque famä Commendatiffime
congeftas animi dotes admirati fumus , cas non
fine ingenti cùm veftrâ tùm totius hujufce Imperiigratulatione
in fe uno colligit,
Nous ne devons pas omettre que l'affaire
de Dettingheim , où fe trouva M. le Duc
de Chartres , à la tête de la Cavalerie , eft
touchée avec beaucoup de délicateffe.
L'Orateur entre ainfi dans fa feconde partie
, qui renferme de la même maniere le
Panégyrique de Mlle la Princeffe de Conty,
qu'il rapproche auffi de tems en tems de fon
fujet.Vulgares inprivatis uxoribus dotes vulgarium
1110 MERCURE DE FRANCE.
"
rium ac privatorum hominum vota explere
confueverunt; at quantò cateris hominibus preftant
fuâ dignitate Viri Principes , conjuges tantò
dotibus fuis præftantiores jure fuo requirunt :
factum tibi & dignitati tua fatis Princeps Sereniffime
, qui conjugem adeptus es quâ nec praftantior
reperiri , immò nec defiderari quidem
poterat. Et verò quaenam uxorem Viro Principe
dignam efficiunt ! an non Generis claritas , Virtutum
fplendor , præclariffima denique Nature
munera ? atque tria hac feliciter in fe confociata
exhibet Sereneniffima Princeps Contiaca ,
Generis quippe fplendore illuftriffima , animi
Virtutibus cumulatiffima , beneficentioris Natura
muneribus ornatiffima , que quidem non
aliis probata velim argumentis , quàm quæ veftrum
omnium in oculis pofita funt.
L'Orateur entre fucceffivement dans la
preuve de chacune de fes fubdivifions ; nous
voudrions bien que les régles que nous nous
fommes prefcrites , nous permiffent de le
fuivre pas à pas ; il nous fuffira de dire ,
que cette feconde partie n'eft ni moins remplie
, ni moins bien traitée que la premiere.
L'Eloge du Prince de Conty , qui termine
la premiere fubdivifion , nous a paru digne
d'être rapporté. L'Orateur , après avoir parlé
de la grande quantité de Héros , qu'a produit
l'Augufte Maiſon de Conty , continuë
ainfi :
Ex
JUIN. 1744. IIII
Ex illis unum appellare fatis fit Contiace
nunc Stirpis capui & decus , qui Proavos ut
nomine ita & virtutibus refert , qui à puero
Litteris omnibus excultiffimus , omniumque praclararumArtium
difciplinis imbutus ex umbratili
Difciplina in campum Martium fe contulit
vix tertium avi fui luftrum emenfus , qui Militiam
fecutus in quâ prima rei militaris fub
Ducibus totius Gallia celeberrimis tirocinia pofuit
virtutemfuam ad Rhenum fæcundâ laurorum
fegete commendavit ; qui nuper fractis
Auftriacorum propugnaculis in Bohemiam penetravit
, ubi tot tantaque ardoris martii indicia
exhibuit , ut antiquis Ducibus , qui jam
tum habent in eo quod invideant , dubium reliquerit
an Majorumfuorum militaremfamam
virtute fuâ repræfentaturus fit an fuperaturus :
vidiftis Pilfena , Ingolftadium , Agra , Praga ,
novum illum Martis filium fulguranti afpectu
vobis interminantem vidiftis & expaviftis , &c.
L'Orateur finit par les heureux préfages des
fuccès qu'il nnee ppeeuuttmmaannqquueerr d'avoir en Italie.
L'Eloge de la Reine vient naturellement
dans l'endroit où il parle des Vertus & des
rares qualités de Mlle la Princeffe de Conty ;
nous ne pouvons nous réfoudre à paffer fous
filence une comparaifon très-naïve qu'il fait,
en parlant des qualités de l'efprit jointes
aux qualités exterieures : Sunt ea beneficentioris
Natura munera veluti quarumdam Arborum
1112 MERCURE DE FRANCE.
borum folia qua , dum fuaves quos comitantur
fructus palato fapiunt , oculos fuavi illicio dulcitur
oblandiuntur : in eum propè modum, & c.
Il finit par faire des voeux pour la profperité.
de cet illuftre Mariage.
ses as as as assess as assess as
A M. P .... Maître des Requêtes,
Non, ce n'eft point le rhume, agréable P….… .. ,
Qui dans ce jour me deſeſpere :
Quoique toujours touffer foit une rude affaire ,
J'efpere en brefm'en dépêcher.
Ce qui me doit fenfiblement toucher ,
C'eft que je perds une partie ,
A mes goûts fi bien affortie ,
Que rien ne peut m'en revancher.
Quelle plus vive & plus riante Orgie
Eût pûjamais me débaucher ?
En toi tout au plaifir convie ,
Goût excellent , amenité , faillie ;
J'aime fur tout ton humeur , qui fe lie
Avec tous ceux que le coeur qualifie ,
Sans qu'il leur faille autre titre afficher
Que celui-là , qui tous les apprécie,
Autres raifons me font chés toi chercher
Les agrémens qu'en Monique j'adore :
One
JUIN.
1113
1744.
Que de talens en elle on voit éclore a
Je ne fçais pour lequel pencher :
Quand fur la Scéne , qu'elle honore ,
Je vois en elle Terpficore
Par chaque pas de mon coeur s'approcher ;
Ou quand fa main docte & fonore
Veut avec volupté mon oreille toucher ;
Mille autres charmes qu'elle ignore
Lui fçauront pour toujours fes amis attacher.
Après cette adorable Hôteffe ,
De mes regrets pourrai- je retrancher
Notre gracieuſe Comteffe
A l'air , au port d'une Déeffe ▸
Eh ! comment peut -on s'empêcher
D'aimer ce facile génie ,
Qui s'étend & qui fe replie ,
Pour pouvoir de niveau marcher
Avec l'efprit , ou l'ineptie ,
Qui trop fouvent nous vient chercher
Sur foeur M..... fa Parodie
J'aurois un beau champ pour prêcher ;
Plume ingénieufe & jolie ;
Quel naïf dans la Comédie ?
Eft- il entre nous de partie
Que l'on ait vû par quelque endroit broncher ,
Dès que fon adreffe la lie ?
Cette attentive & careffante amie
1. Vol, C De
1114 MERCURE DE FRANCE.
De nos efprits forme la ſympathie :
Jamais aigreur ni gronderie
De nos banquets n'ont ofé s'approcher :
Elle en bannit la trifte fymmétrie ,
Qui fortement fait à vuide mâcher ;
Et nous laiffons cette folie
'Aux Grands , dont ne voulons trancher ,
Trop preffés de jouir , avides d'étancher
La foifdu plaifir qui nouslie ,
Et qu'en nos coeurs nous fçavons épancher
Après avoir philtré ſa lie.
Adieu très-aimable P.... ,
Que le Ciel toujours te préſerve
Du mal qui vient chés moi de fe nicher ;
Bien-tôt tu fentirois ta gentille Minerve
S'appéfantir , fe deffecher ;
Ton Apollon fans nulle verve ,
Et ton Pégale à chaque pas broncher :
Dans cet état j'aurois dû te cacher
Cet impromptu que je viens d'arracher
De mon cerveau , que pituite énerve ;
Mais j'ai compté fur la réferve
De qui ne fçait les défauts éplucher :
Eh : quels défauts craint-on de ſe voir reprocher,
Quand c'eft l'ami qui les obferve ?
De la Font de S. Tenne.
LETTRE
JUI N. 1744.
JUÍN.
TIIS
LETTRE de M...... à M. D. L. R. an
fujet de l'Abbaye de S. Hubert.
Ermettez , M. qu'à l'occafion de deux
Arrêts concernant l'Abbaye de S. Hubert
, dont je vous envoye ci -joint l'Extrait,
je vous faffe part en même tems de quelques
Remarques Hiftoriques que j'ai faites
au fujet de cette Abbaye.
La Ville de S. Hubert , qui renferme l'Abbaye
du même nom , eft une petite Ville de
l'Evêché de Liége , enclavée dans le Pays de
Luxembourg , fur la petite riviere d'Homme.
Elle eft fituée au milieu des Bois , dits
auffi de S. Hubert , qui font partie de la Forêt
des Ardennes , fur les limites du Duché
de Luxembourg & de celui de Bouillon.
Mon intention n'eft pas de vous rappor
ter ici la Vie de S. Hubert , que vous n'ignorez
pas ; mais comme il y a plufieurs
Saints appellés Hubert ou Humbert , qu'il
ne faut pas confondre , je dirai feulement
que S. Hubert , en l'honneur duquel a été
fondée cette fameufe Abbaye , étoit fils de
Bertrand , Duc d'Aquitaine. Il fucceda à S.
Lambert , Evêque de Maëftrict , qui y fut
martyrifé l'an 696 , fous le Pontificat de Sergius
, du confentement duquel il transfera
Cij en
1116 MERCURE DE FRANCE.
en 710 le Siége Epifcopal en la Ville de Liége
, qu'il fit rétablir , & y fonda l'Eglife de
S. Lambert , où il fit tranfporter le corps de
ce Saint l'an 713 , & y inftirua la magnifi .
que Collégiale, qu'on y voit encore aujour
d'hui ; il mourut l'an 730. Son corps eft en
l'Abbaye d'Andain , aux Ardennes , où il eſt
invoqué contre la Rage. On fait à Liége le
6 Septembre la Fête de la Tranflation de fon
corps , lequel 16 ans après fa mort , fut
trouvé entier , & les fleurs que l'on avoit
mifes deffus, encore toutes fraîches & d'une
odeur très-agréable .
Pour revenir à l'Abbaye de S. Hubert
elle fut fondée & dotée par nos Rois dans
le VIII fiécle ; le Lieu où eft la Ville &
l'Abbaye , & les Terres qui compoſent fon
ancien Patrimoine , dans lesquelles il fe
trouve plufieurs Cures & Seigneuries dépendantes
de cette Abbaye , ont toujours été
libres & indépendantes d'aucune Souveraineté
, à l'exception des biens que cette Abbaye
poffede dans le Duché de Luxembourg,
qui en relevent,
Depuis onze fiécles , cette Abbaye a toujours
été fous la Protection de nos Rois , à
caufe de leur Domaine de Mouzon.
En reconnoiffance de cette Protection
l'Abbé de S. Hubert eft obligé d'envoyer au
Roi tous les ans au mois de Juillet,fix Chiens
de
JUIN. 1744 1117
pour
de Chaffe courans , & fix Oifeaux de Proye
le Vol.Ces Chiens & ces Oiseaux font
conduits par deux Chaffeurs , & préſentés
au Roi dans fon appartement par quelque
Perfonne de confidération , qui fe trouve
à portée de la Cour. Ce préfent eft accompagné
d'une Lettre de l'Abbé , & celui qui
la préfente avec les Chiens & les Oiseaux
eft introduit dans l'appartement du Roi par
l'Introducteur des Ambaffadeurs & par le
Grand-Maître des Cérémonies , & fait un
compliment au Roi , pour lui annoncer la
redévance.
>
Je tiens ce détail de feu Dom Antoine
Martin , Religieux Bénédictin , & Prieur de
S. Mihiel , en Lorraine , lequel fe trouvant
à Paris en 1742 , pour quelques affaires de
fon Ordre , fut chargé par l'Abbé de S. Hubert
au mois de Juillet de cette année , de
préfenter au Roi la Lettre , les Chiens & les
Oifeaux , & fut introduit comme je viens
de le dire.
Le Roi fait donner une Gratification aux
deux Chaffeurs , qui ont amené les Chiens
& les Oifeaux , & fait diftribuer cent écus
d'aumônes pour la Chapelle de l'Abbaye de
S. Hubert.
L'Auteur de la Concordance des Bréviaires
de Rome & de Paris , intitulée depuis
Calendrier Hiftorique , a omis de marquer
C jij
cet
1118 MERCURE DE FRANCE.
cet ufage , quoiqu'il ait parlé de plufieurs
autres préfens d'Oifeaux de Proye que l'on
fait annuellement au Roi , fçavoir les Oifeaux
de Fauconnerie , qu'on lui préfente
dans le courant du mois d'Avril de la part
du Roi de Dannemarc , v. ibid. au 7 Avril ,
& ceux que l'Ambaffadeur de l'Ordre de
Malthe préfente au Roi dans le mois de Mai ,
au nom du Grand-Maître . v . aus Mai.
L'Empereur Charles-Quint fut le premier
, qui en 1518 , fit quelques tentatives
contre la liberté de l'Abbaye de S. Hubert ,
mais en 1522 , il donna un Refcrit par lequel
il fe réferva feulement une action au
pétitoire , au cas qu'il trouvât des Titres
pour l'établir.
L'Abbaye de S. Hubert eft demeurée tranquille
jufqu'en 1718 , que le Gouverneur
de Bruxelles s'empara à main armée de l'Abbaye
& des Terres de S. Hubert & des autres
Terres neutres , dans la vûë de couper
toute communication de la Flandre & du
Hainaut François avec le Pays de Liége &
de la Hollande .
Le Roi en ayant fait porter
fes plaintes à
la Cour de Bruxelles
, & n'en ayant pas obtenu
toute la fatisfaction
qui étoit duë , le
Parlement
de Metz, commis
par le Roi pour
prendre
connoiffance
de ce qui concernoit
S. Hubert & les autres
Terres
neutres , rendir
JUIN. 1744. 1119
*
dit deux Arrêts les 2 Juillet & 19 Septembre
1737 , portant défenſes aux habitans de
S. Hubert & des Terres neutres , de reconnoître
la Jurifdiction du Confeil de Luxembourg
.
L'Archiducheffe accordale ro Février
1738 une furféance à toutes procédures , &
le 22 Mars fuivant , il fut convenu entre les
Miniftres du Roi & ceux de l'Empereur ,
que l'on tiendroit des Conférences à Lille ,
pour regler les limites de la Province de Luxembourg
, pour lever les difficultés furvenuës
fur la franchiſe des Lieux par lesquels
paffoient les chemins rétablis en 1664 &
1679 , de concert entre les Commiffaires
du Roi , ceux de l'Evêque de Liége & ceux
de l'Abbé de S. Hubert , & pour fupprimer
toutes les innovations qui peuvent avoir
été faites de part & d'autre.
Les Titres de l'Abbaye de S. Hubert &
ceux de la franchiſe des chemins , ayant été
produits, & les Commiffaires de l'Empereur
fommés inutilement d'en fournir de contraires
, les voyes de fait recommencerent ,
deforte que le Roi fut obligé lors du paffage
de fon armée , de faire fortir de S. Hubert
la garnifon Autrichienne & de rétablir la liberté
des chemins , dont il a été dreffé Procès
verbal le 31 Août 1741 , par M. le Maréchal
de Maillebois .
C iiij
Le
120 MERCURE DE FRANCE .
Le Confeil de Luxembourg faifit l'inftant
du départ de M. de Maillebois & de fon armée
, pour recommencer les violences par
plufieurs Jugemens concernant l'Abbaye de
S. Hubert & les Terres neutres , entre autres
un Decret de prife de corps contre l'Abbé
de S. Hubert , fondé fur un prétendu
crime de félonnie , , pour avoir laiffe prendre
à notre armée , lors de fon paffage , des fourages
& rations en payant , & pour avoir

fait des Ordonnances fondées fur la neutralité
& indépendance de toute Souveraineté ;
on envoya un détachement de la garnifon
de Luxembourg pour appuyer l'Huiffier ,
porteur du Decret , en vertu duquel on fit
des perquifitions jufques dans le Pays de
Liége , mais l'Abbé de S. Hubert s'étoit retiré
à Sedan , où il eft encore actuellement .
Depuis ce tems font intervenus les deux
Arrêts du Parlement de Metz , qui font cités
ci- devant.
Les Terres neutres , dont il eft parlé dans
ces Arrêts , font fous la Protection du
Roi , de même que l'Abbaye de S. Hubert .
Cette Protection fut accordée aux habitans
de ces Terres neutres , fituées fur les frontieres
de Champagne & des Ardennes , proche
la Ville de Mouzon , par des Lettres du
Roi Henri IV , du 30 Mai 1606 ,à la charge
payer une redevance annuelle en grains
de
&
JUIN. 1744 . 1121
& poules au Domaine de Mouzon .
Voilà , M. ce que j'ai pû recueillir au fujet
de S. Hubert & des Terres neutres.
J'ai l'honneur d'être , &c.
ARREST du Parlement de Metz , du
30 Mars 1744 , par lequel , vû par la Cour
la Requête préfentée par le Procureur Général
du Roi , contenant que les Officiers
du Confeil de Luxembourg ne ceffent de
former des entreprifes fur l'Abbaye de faint
Hubert , fes dépendances & autres Terres
neutres ; que fous prétexte d'ordres qu'ils
on't reçû du Comte de Konifegg-Erps , Miniftre
pour le Gouvernement Général des
Pays-Bas , qui leur ordonne de faire prier
Dieu dans la Province de Luxembourg pour
la Reine de Hongrie , ils ont affecté de rendre
une Ordonnance à cet effet les Février
dernier , & de l'envoyer à l'Abbaye de faint
Hubert & dans les Cures dépendantes de
ladite Terre , avec injonction aux Prieur &
Curés , en qualité de fidéles Sujets , de marquer
leur refpect & leur affection pour le Sonverain
qu'il a plû à Dieu de leur donner , en
obéïffant à ladite Ordonnance ; que cette
tentative étant une entrepriſe formelle à la
neutralité defdits Lieux , & à la Protection
que nos Rois ont toujours accordée à ladite
Abbaye , qu'il eft néceffaire de la réprimer
requeroit à ces caufes , &c. La Cour faifant
drot
C v
1122 MERCURE DE FRANCE.
droit fur ladite Requête , a caffé & annullé
ladite Ordonnance du 5 Février dernier ,
fait défenfes aux Prieur , Religieux , aux
Curés de l'Abbaye de S. Hubert & des Terres
neutres , d'y déferer ni obéir ; ordonue
que le préfent Arrêt fera imprimé & envoyé
par tout où befoin fera . Fait à Metz en Parlement
le 30 Mars 1744 .
Le même Parlement avoit déja rendu un
Arrêt le 21 Février 1743 , par lequel il
caffa & annulla plufieurs Jugemens & Decrets
émanés du Confeil de Luxembourg ,
concernant l'Abbaye de S. Hubert & autres
Terres neutres fituées le long du chemin
neuf
,comme incompétamment rendus &
& par attentat à la neutralité defdites Terres
, reconnue depuis onze fiécles , injurieux
à la Protection du Roi , aux Droits de
la Couronne & contraires au Droit des Gens
& à la Liberté publique ; fir défenfe aux habitans
de S. Hubert & des Terres neutres
notamment à ceux de Bertrix , Cugnon
Chafpiere , Muneau, Ste Cécile , Oby, Mortuhan
& autres , le long du chemin neuf ,
de reconnoître le Confeil de Luxembourg
ni l'autorité de la Reine de Hongrie en fa
qualité de Souveraine de Luxembourg , ni
d'y obéir , &c.
RE-
1
JUIN. 1123 1744.
***X*3X +3X+3X +3X+ 3X+ 3X
*
REPONSE à la Question proposée au
Mercure du mois d Octobre 1742 , fçavoir
, lequel des deux Amans eft le plus
flaté , ou de celui qui fait la fortune de fa
Maitreffe , en l'époufant , ou de celui qui
tient lafienne defa Maîtreffe.
ENN fait d'Amour , celui qui donne
Eft moins flaté que celui qui reçoit :
De ma déciſion fi ton eſprit s'étonné ,
L'amour propre du moins aisément la conçoit ,
Chacun fur ce fujet diféremment décide ;
Voyons fi dans ce point le feul bon fens me guide ,
La certitude d'être aimé
De l'objet dont je fuis charmé ,
Eft de tous les plaiſirs celui qui fur mon ame
Répand plus de félicité ;
Mais puis je être affûré que l'objet qui m'enflâme
M'ait accordé fon coeur avec fincérité ,
Lorfque je fens que je l'ai mérité ,
Moins par les coups heureux de cette fympathie
Qui font le bonheur de la vie ,
Que par le charme féducteur
D'un bien dont le hazard m'a rendu poffeffeur ?
L'Amour n'a point formé la chaîne qui nous lie
Cette Refléxion , fi trifte pour mon coeur
Bien-tôt de mon Hymen troublera la douceur ,
C vj
ނ
Ex
1124 MERCURE DE FRANCE.
Et donnera naiffance à la mélancolie.
Nous naiffons pour aimer , & du moins une fois
L'aveugle Enfant nous range fous fes Loix.
Lorfque dans quelque cercle un hazard favorable
D'une Beauté , digne des Dieux ,
Offre à mes yeux l'image trop
aimable ,
Malgré moi , fur le champ, un feu féditieux
Du cruel Enfant de Cythere
Fait fentir à mon coeur les traits victorieux ;
J'aime ; mais je ferois un Amant téméraire
Si j'ofois me flater qu'un amour éternel ,
Et des foins affidus quelque jour pourroient plaire
A cet objet divin , digne d'un immortel .
9
Dieux ! quels font mes tranfports , & quel plaifu
fuprême ,
Lorfque cette Beauté , qui cauſe ma langueur ,
Répond à mon ardeur extrême ,
Et pour me prouver qu'elle m'aime ,
M'offre tout à la fois & fes biens & fon coeur !
C'est alors que, plongé dans une douce yvreffe ,
Je goûte les plaifirs du Dieu d'Amour vainqueur ;
Sa générofité me prouve fa tendreffe ;
i
Que pourroit- il manquer à mon bonheur ?
Je fuis fur d'être aimé d'un objet adorable ;
Ce n'étoient pasmes biens qui merendoient aimable;
Du Dieu Plutus je n'étois point chéri ,
Et le Deftin ne m'avoit jamais ri .
C'est moi feul qu'on aimoit ; la crainte m'abandonne
;
Chagrin
JUI N. 1744. 1129
Chagrin , jaloux foupçons , tout fuit, rien n'empoi .
fonne
Mon aimable tranquillité ,
Et l'amour propre ajoûte à ma félicité .
Quoique differemment fur ce point on raiſonne ,
Je crois donc qu'en amour on eft bien plus flaté ,
Lorfqu'on reçoit , que quand on donne.
Devaricourt.
EXTRAIT d'une Lettre de M.....fur
l'origine de l'ufage de réciter trois fois
D
Ave Maria à midi.
Ans ce que le R. P. Texte a écrit depuis
neuf ou dix ans , M. fur un ancien
Jetton orné de la Légende , Ave Maria
, il a appellé au fecours de l'explication ,
qu'il en donne, deux Ordonnances de Louis
XI ; la premiere , dit-il , datée du premier
Mai 1472 , fut donnée , pour faire réciter la
Salutation Angélique trois fois le jour , au fon
de la cloche ; pour ce qui eft de midi, Louis XI
ne fit que renouveller ce qui fe pratiquoit fous
Louis le Gros , décédé en 1137 ; voila ce que
je lis dans fon Ecrit , inféré dans le Mercure
de Juin 1735 , & une preuve certaine que
ce R. P. eft bien perfuadé de ce qu'il a écrit
en 1735 , eft qu'en 1740 , dans le Mercure
de
Y126 MERCURE DE FRANCE.
de Juin premier Volume , il répete en abregé
la même chofe , écrivant à M. Péliffier
de Féligonde , qui demandoit à s'inftruire
fur ces anciens Jettons marqués de l'Ave
Maria. Ce fut , dit-il , ce Roi ( Louis XI )
qui ordonna le premier Mai 1472 , que l'on
fonneroit trois fois le jour l'Ave Maria , Louis
le Gros qui regnoit en 1137 , ne l'ayant ordonné
que pour le midi.
Il me paroît que l'on peut réduire ces deux
Morceaux du R. P. Texte , à deux propofitions
; l'une confifte à affûrer que fous Louis
le Gros , décédé en 1137 , la pratique de réciter
à midi la Salutation Angélique , fubfiftoit
déja, & que c'étoit ce Roi qui l'avoit
ordonné ; l'autre Propofition eft que Louis
XI ordonna le premier Mai qu'on récitât la
Salutation Angélique trois fois le jour au
fon de la cloche.
Quelque haute que foit l'idée que j'ai des
profondes recherches du fçavant Pere Texte,
je crains bien qu'il ne fe foit trompé au ſujet
de l'Ordonnance
de Louis VI, autrement
Louis le Gros , & ce qui me porte à le
craindre , eft que felon lesMonumens
du Regne
de Louis XI , ce dernier Prince n'inftitua
que l'Ave Maria de midi & non pas
celui du matin ni celui du foir , que quelques
Monumens, échappés à la fagacité de ce
Pere , prouvent être plus anciens que le Regne
du même Louis XI. A
voning
JUI N. 1744. 1127
A l'égard de l'établiſſement de l'Ave de
midi , voici ce qu'en dit l'Auteur de la Chronique
du Greffier de l'Hôtel de Ville de Paris
, qui étoit contemporain. » Et le dit pre-
» mier jour de Mai 1472 , fut fait à Paris
» une moult belle & notable Proceffion
» en l'Eglife & fait ung prefchement bien
» folemnel par ung Docteur en
Docteur en Théologie,
» nommé Maiftre Jehan Beete , natif de
Tours , lequel dift & déclaira entre autres
» chofes , que le Roi avoit finguliere confi-
» dence en la benoifte Vierge Marie, prioit
» & exhortoit fon bon populaire , manans
» & habitans de la Cité de Paris, que doref-
» navant à l'heure de midi que fonneroit à
l'Eglife dudit Paris la groffe cloche , cha-
» cun feuft fléchi ung genoüil en terre , en
» difant Ave Maria , pour donner bonne
paix au Royaume de France .
«
99
Parmi les Hiftoriens modernes , je me
contenterai , de crainte d'être long , de citer
ce qu'en dit le Pere Daniel , en une fimple
ligne à la fin de la Vie de Louis XI . Ce fut
lu , dit- il, qui établit en France la coûtume de
fonner l'Angelus à midi.
Pour que je ceffe de craindre que le R. P.
Texte n'ait pris le change dans ce qu'il a
écrit fur l'établiffement des Ave ou Angelus,
je prends la liberté de lui demander où fe
trouve l'Ordonnance du Roi Louis le Gros,
qui ,
1128 MERCURE DE FRANCE.
qui , felon lui , établit à midi la récitation
de l'Ave? Je fuis d'autant plus curieux de la
connoître , que ni Duchefne , ni Dom Mabillon
, ni M. Du Cange , ni Dom Martenne
, tous quatre grands Scrutateurs des anciens
Monumens de la Monarchie , ne diſent
rien de cette Ordonnance, quoique les
trois derniers euffent eûr occafion de la produire
dans ce qu'ils ont écrit fur la Salutation,
Ave Maria, fi elle leur eût été connuë.
M. Secouffe, qui fupplée à ce qui manque au
Recueil d'Ordonnances de M. de Lauriere ,
& Dom Martin Bouquet , Bénédictin , qui ramaffe
tous les Monumens qui regardent nos
Rois, auront, fans doute , beaucoup d'obligation
au P.Texte , s'il leur indique où eft contenuë
la teneur de cette Ordonnance ; ea
mon particulier, je le prie de la tranfmettre
en fon entier au Public par le canal du Mercure
, afin qu'on revienne du préjugé où
l'on eft , que la Salutation Angélique du
foir & du matin eft d'un établiffement plus
ancien que celle de midi.
De B..... ce 31 Mars 1744.
CONTE
JUI N. 1744. 1129
***X*X*X*X* X *****
CONTE
EPIGRAMMATIQUE.
DE fon Epoux, étant à l'agonie ,
Life pleuroit le miférable fort ;
Pour lui prouver qu'elle pleuroit à tort ,
Chacun en vain employoit fon génie ;
Quand un Quidam au bonnet de Docteur ,
Des affligés fçavant confolateur ,
Vint à fon tour dans cette compagnie .
Allons, dit- il , treve à votre douleur ;
Paix , ce n'eft rien ; confolez-vous ma mie ,
Pour vous calmer retirez -vous d'ici.
Non , non , Monfieur , dit brufquement la Dame ,
Permettez-moi qu'il ne foit pas ainfi ;
C'eft un plaifir trop grand pour une femme ,
Quand elle peut voir mourir fon mari .
Par M. P.J.T. V. de Rouen.
DE1130
MERCURE DE FRANCE.
$2$2323252529
25252525252
DECISION de la Question propofée dans
le Mercure de Mars , au fujet du feu du
Ciel éteint par le lait, Extrait d'une lettre
écrite d'Avignon le 12 Mai 1744 , par
M. l'Abbé Eymeric.
Q
Ue j'aime , mon aimable Baron , de
vous voir occupé à cultiver tout ce
qui peut orner votre efprit des plus belles
connoiffances ! le profit que vous ferez dans
les lettres me fera d'autant plus de plaifir ,
que j'y aurai moi-même quelque part. Ne
craignez point de vous rendre importun à
force de me propofer des difficultés fur la
Phyfique ; c'eft une fcience que je chéris
prefque uniquement. Depuis que nous fommes
à la campagne , nous n'avons fait avec
notre charmant militaire que parcourir les
Cieux ; le grand Neuton eft toujours notre
guide. Mais venons à la Queftion que vous
me donnez à réfoudre dans votre lettre , &
que l'on propofe dans leMercure.Le tonnerre
, dites- vous , étant tombé à Senlis fur la
maifon des Chanoines réguliers , ce fut inutilement
qu'on jetra de l'eau , ce ne fut que
par le moyen de vingt fceaux de lait qu'on
teignit le feu.
Vous
JUIN. 1744. 1131
le
Vous fçavez , mon cher Baron , que
feu du Ciel eft compofé de parties heterogenes
, fulfureufes & nitreufes , & par-là
grandement conbuftibles . Ces parties étant
fort craffes à caufe de leur compofition , ne
fe féparent que difficilement entr'elles , &
agiffent parconféquent
parconféquent avec beaucoup de
véhémence , parce que fes forces font plus
unies. L'eau au contraire eft un liquide qui
eft extrêmement divifible ; elle a fes parties
beaucoup plus petites que celles du feu , qui
les ayant bien divifées à caufe de la force
avec laquelle il agit , pénétre par fa fubtilité
les pores de ces petites parties d'eau , &
les oblige encore à fe divifer , à peu près
comme la coignée divife une même branche
de bois en plufieurs pièces. Vous me demanderez
peut-être , ce que deviendront
ces parties d'eau fi fouvent divifées par le
feu qui pénétre fes pores ? Je vois que vous
penfez déja à l'annihilation ; mais non , je
crois que cette eau fe refout ; partie en vapeur
, partie en air. Au refte , ne foyez pas
furpris que l'eau fe change en air ; l'expérience
qu'on en fait par le moyen de l'eolipile
, eft trop commune pour pouvoir en
douter.
Le lait eft un compofé de parties plus fortes
& beaucoup plus craffes que celles de
l'eau ; il eft même rempli de plufieurs autres
corps >
132 MERCURE DE FRANCE.
corps , puifque nous voyons en effet qu'il
fe prend fi facilement ; de forte qu'il doit
être plus difficile à divifer , & que les parties
du feu , même celles qui agiffent avec
le plus de force , tâchent inutilement de
paffer à travers fes pores , & ne peuvent
faire le même effet que dans les parties
d'eau , parce qu'elles ne peuvent pas vaincre
la réſiſtance du lait , & qu'elles n'en
trouvent point dans l'eau . Ne foyez point
furpris,que le feu trouve i
peu de réfiftance
dans l'eau , & qu'il en trouve beaucoup dans
le lait ; je viens de vous en donner la raiſon ,
laquelle,après un exemple tiré de M. l'Abbé
Pluche , vous paroîtra affurément évidente.
Vous vous reffouvenez fans doute que lorfque
vous lifiez le Spectacle de la Nature ,
je vous fis remarquer à l'endroit , où l'Auteur
parle de l'origine des fontaines , qu'il
fe rencontre des lits d'argile dans la terre ,
que l'eau ne peut pénétrer , & qu'au
contraire elle paffe fans aucune difficulté à
travers le fable, & va fe rendre dans des efpéces
de réfervoirs , qui ne font compofés
que de cette même argile , qui eft à peu
près comme la terre graffe ; d'où vient donc ,
que l'eau , qui circule dans les veines de la
terre , pénétre le fable & ne peut pas paffer
à travers l'argile . je n'en fçais pas d'autre
raifon , fi ce n'eft que l'argile eft une terre
fort
JUIN. 1744.
1135
fort graffe , prefque glutinenfe & extrêmement
unie ; le fable au contraire a toutes
les qualités oppofées à ce premier corps . Ne
foyez donc pas furpris quel'eau n'ait pu éteindre
le feu du Ciel , & que le lait ait eu un
effer tout contraire. Arrêtez-vous furtout à
la raifon des pores qui me paroît évidente ,
& qui vous fera aifément comprendre comment
le feu a été obligé de s'éteindre par le
dernier expédient,
EPIGRAMME
A La porte d'Agis fe préfenta Cléandre ;
La Servante lui dit , qu'en Ville étoit Agis ;
Mais de façon à lui faire comprendre,
Qu'Agis étoit dans le logis,
Et qu'elle ne faifoit qu'obéir à ſon Maître,
Chés Cléandre , Agis à fon tour ,
S'en alla dès le même jour ,
Et comme il l'appelloit au bas de fa fenêtre ,
Cléandre répondit , fort haut ; je fuis forti.
Agis reprit : parbieu ! vous en avez menti.
Avotre voix puis-je vous méconnoître
J'ai cru ta Servante tantôt ,
R&
1134 MERCURE DE FRANCE.
Répliqua l'autre , & fùis parti fans dire mot ;
Ton impudence eft bien extrême
De refufer de me croire moi-même.
Saintard Devaux.
LES INCOMMENSURABLES ,
& leur défenfe par M. L. C. Etudiant en
Droit à Dijon , inférée dans le Mercure de
Février 1744 , page 278 , annéanties par
M. Liger , Commis au Bureau de la Guerre.
Ans la défenfe que vous entreprenez
Ddes
Incommenfurables ,on diroit, Monfieur
,, que vous allez prouver leur exiſtence,
cependant tout ce que vous en dites , n'eſt
fondé que fur ce qu'il peut être des grandeurs
, telles qu'elles ne peuvent être mefurées
par une mefure commune , ce qui
n'eft point démontré.
J'ai fait aux yeux de Mrs de l'Académie
des Sciences de Paris , évanouir un quarré
de bois d'un pouce au côté faifant le 289
quarré pareils à lui , & j'ai rempli le même
individu avec 288 pareils quarrés ; cet évanoüiffement
fe fait également d'une ligne
comme d'un pouce. Ce morceau eft resté
entre les mains de Mrs de l'Académie .
Il n'eft pas que Mrs de votre Académie
de
JUIN. 1744. 113529
de Dijon ne foient curieux de voir par euxmêmes
un pareil Phénomene de la Ñature ,
dont le Public me doit la découverte. Je
prens donc la liberté de leur demander
très-humblement la permiffion de nous traduire
devant eux ; vous êtes préfent , je fuis
abſent ; operez , M. en préſence de l'Affemblée
, & tracez fur un papier collé fur une
planche unie un quarré , qui aitdo uze pouces
à fes côtés ; il contiendra 144 quarrés
d'un pouce au côté chacun , qu'il faut tracer
diſtinctement & au plus jufte : fes Diagonales
fe trouveront divifées par douze
Diagonales des mêmes quarrés , fur l'une
defquelles conftruiſez le quarré double 288 ,
dont les côtés auront chacun douze Diagonales
, enfuite fur la même Diagonale, vous
conftruirez le quarré 289 , qui ne fera pas
plus grand que celui 288 , parce que la Ñature
le veut ainsi , malgré tous les Géométres
; à cette vûë vous reconnoîtrez que la
conſtruction differente de la Diagonale en
eft la cauſe . Voulez- vous qu'elle foit le côté
du quarré double 288 , divifez-la en 12
Diagonales ; ce jeu prouve affés qu'elle contient
17 côtés ou 12 Diagonales , qui contiennent
plus d'eſpace fous une moindre dénomination
que les côtés. L'erreur ne pourroit
être qu'en moins , fi vous ne voulez pas
que cette Diagonale égale 17 côtés ; or ,
depuis
1136 MERCURE DE FRANCE.
depuis une ligne jufqu'à un pouce , l'erreur
doit paroître 12 fois , & elle feroit trop fenfible
, pour
, pour n'être pas apperçûë , ce qui n'étant
pas arrivé , ce fait n'eft point une illufion
, & je vais vous faire voir que l'incom
menfurabilité en queſtion en eſt une.
E D
A
A B , quarré d'un pouce au côté. AC ,
quarré total , contient 2 pouces un quart de
fuperficie , & un pouce & demi à fes côtés ,
car les complémens ont un pouce de long ,
fur fix lignes de haut , dont le gnomon BC,
eft un quarré , dont les côtés ont fix lignes
chacun d'une rigueur évidente , d'où il fuit
que les côtés du gnomon font & feront
toujours égaux aux moindres côtés des complémens.
De plus , il eft évident que chacun
des côtés du gnomon B C , divifent en deux
parties égales les grands côtés des complémens
, de-même que les côtés du quarré
JUIN. 1744. 1137
sé A B, & ceux du quarré total A C ,
en trois parties égales. Or , que B D foit
d'un quart , d'un feize , ou de toute autre
partie que ce foit, les côtés du gnomon
quelconque , feront chacuns égaux au
moindre côté des complémens, y étant affujettis
abfolument , mais en même- tems ils
feront parties aliquotes des grands côtés
des complémens , ainfi que des côtés du
premier quarré A B , & de ceux du quarré
total , ce qui eft abſolument inconteſtable .
Or il eft certain que la Diagonale AB , eft
plus petite que le côté & demi , c'est-à-dire
-plus petite que A E , donc il réfultera des
complémens tels queB I , dont les petits côtés
, comme HI ,Teront égaux aux côtés du
gnomon B O; conféquemment l'excès moindre
qu'une des unités qui divifent A B &
AH, eft une ou plufieurs parties aliquotes,
qui mefureront toujours AH , ainfi que
AI , tout de même que B D divife A E &
AH , ce qu'il étoit néceffaire de vous démontrer
, pour vous prouver que la Diagonale
A B eft commenfurable avec A H,
& qu'il eft impoffible que cela puiffe être
autrement.
Il me refte , M. une remarque très-importante
à vous faire, c'eft que un & demi , multiplié
par lui-même, produit 2 & demi, mais
ce demi exprime la valeur du côté du gno-
I. Vol.
D mon
1138 MERCURE DE FRANCE.
mon BC , & non fa fuperficie , qui eft le
quart d'un pouce ; cela vous prouve que les
racines en nombre rompu , donnent de véritables
quarrés , qui font inconnus dans les
Principes d'Euclide , & que vous ne connoîtrez
que par les miens . Je crois qu'en
voila fuffifamment pour cette fois. J'ai
l'honneur d'être , & c.
A Verfailles le 26 Mai 1744 .
RECETE CONTRE LE TIC.
QUe de gens ont chacun leur Tic !
Dans leurs difcours , dans leurs manieres
Toujours des façons fingulieres ;
Y remedier , c'eft le hic.
Tentons cependant l'avanture
Voyons Apollon & Mercure ;
Allons chés eux en conſultation ;
Ils pourroient arrêter cette contagion ;
Peut-être même ont- ils dans leur Laboratoire
Quelque efficace correctif ,
Du moins quelque palliatif.
Tous deux Marchands , ainfi que dit l'Hiftoire ,
L'un l'eft d'Esprit , & l'autre de Mémoire :
Renvoyons leur ces cerveaux affectés
De ticales infirmités ;
C'eft
2
JUIN.
1139 1744.
C'eſt le défaut de bonne marchandiſe ,
Qui fait qu'un tel Tic les maîtriſe.
Ce cerveau creux , qui vis- à- vis de moi ,
Quand je récite quelque chofe
Vient toujours m'affommer d'un Quoi ?
Cet autre , dont la bouche cloſe ,
A tout ce qu'on lui dit ne vous répond qu'un hen
Prétend-il donc qu'on lui répete
Du commencement à la fin
Ce qui s'eft déja dit ? & fa cervelle abftraite
Ne prouve- t'elle pas fon vuide magazin ?
Cet autre original, qui dès qu'il ſe préfente ,
Fait cent tours avant de s'affeoir ,. :
Qui regardant tout fans rien voir ,
Ou rognonne , ou grimace , ou chante
Le dos vers le foyer , ou le nez au miroir ,
Sçait-il bien ce qu'il y va faire ?
Non ... c'eft-là fon Tic ordinaire ;
Comme à celui là de bailler ,
Comme à celui -ci de brailler ,
Dès qu'il exhale une parole ;
Renvoyons donc , s'il vous plaît , à l'Ecole
Cette inepte troupe d'Eſprits ;
Qu'ils n'en fortent que mieux appris ,
Ou que ces Tiqueurs miférables
Aillent gîter aux Incurables ,
S'ils ne peuvent être guéris.
Dij
ME'-
140 MERCURE DE FRANCE.
*******MMMMMMMMMM
MEMOIRE Hiftorique fur les Villes
de Nice & de Villefranche.
Ice , Ville de Provence , avec titre de
N Comté & d'Evéché , fuffragant de
l'Archevêché d'Ambrun , paffe pour être
une Colonie des Marſeillois , qui la firent
bâtir après quelques grandes Victoires rem
portées fur les Liguriens , ainfi que le
marque fon nom Grec , Níxn , qui fignific
Victoire.
On l'appelle en Latin Nicaa , Nica , &t
Nicia ; les Italiens la nomment Nizza. Elle
fut bâtie des ruines de Cemelle , ancienne
Cité des Vediantiens , Peuples de la Gaule
Narbonnoiſe , qui habiterent autrefois le
le Comté de Nice. Les reftes d'un Amphithéatre
, les Inſcriptions & les autres Monumens
qu'on voit en cette Ville , font d'illuftres
témoignages de fon antiquité.
Le Comté de Nice confine avec la Provence
, le Piémont & la riviere de Génes.
Il eft de peu d'étendue , & la plus jufte divifion
qu'on en fait & qui eft la plus fuivie ,
eft en Domaine , qui comprend le Comté,
de Nice particulier , & en annexes , qui
font , la Principauté de Barcelone, les Comés
de Beüil & de Tende , la Principauté
d'Oneille ,
JUIN. 1141 1744.
d'Oneille , le Marquifat de Marro , & la
Seigneurie de Préla.
Le Comté de Nice particulier eft borné
au Nord par le Marquifat de Saluces , à
l'Orient par le Comté de Tende & une partie
du Genovefat , au Midi par la Mer Méditerranée
, & au Couchant , par le Comté
de Beüil & la Provence.
Il s'étend du côté du Nord environ quatre-
vingt-dix milles , & comprend cent Villes
& Villages , pour le moins , dont les
plus connus font Lefpel , S. Etienne , faint
Martin, & fur la gauche du rivage prochain,
Villefranche , qui étoit autrefois l'ancien
Port d'Hercule.
Dès le tems de Ptolomée , Nice étoit la
feconde entre les plus célebres Villes d'Italie
, comme on peut le voir dans le VIII
Livre de fa Géographie , & dans ſa ſixiéme
Carte de l'Europe ; cette Ville eſt marquée
immédiatement après Rome.
Elle eft fituée au pied des Alpes , dans une
Campagne très-agréable & très-fertile , &
quoiqu'elle foit au bord de la Mer, fon Port
eft Villefranche , & elle n'a qu'une Plage où
les petites Barques peuvent aborder. Son
Château , bâti fur un Roc , qui la domine ,
ainfi que le Port, lui eft joint par un côteau
très-rude,& cette fituation le rend d'une force
merveilleufe ; auffi la Ville ayant été prise
D iij par
1142 MERCURE DE FRANCE.
par l'armée de François I , que conduifoit
François de Bourbon, Comte d'Enghien &
par les troupes du Turc , fous Barbe- rouffe ,
le 20 Août 1543 , ce Château ne put être
pris ; il le fut cependant le 30 Mars 1691
par les François que M.de Catinat commandoit
, & qu'ils rendirent au Duc de Savoye
par le Traité fait à Turin le 29 Août 1696.
LOUIS XIV reprit cette Ville en 1705 , &
leChâteau le 4 Janvier 1706 , & donna ſes ordres
pour la démolition de l'une & l'autrePlace
, mais ils furent rendus au Duc de Savoye
par le Traité d'Utreck du 11 Avril 1713 .
16
La prife de certe Ville a fait le fujet de
trois Médailles , frappées fous le Regne de
Louis XIV. On voit fur l'une d'un côté le
Bufte de ce Monarque , avec l'Infcription
ordinaire , LUDOVICUS MAGNUS , REX
CHRISTIANISSIMUS , & au revers
la Ville de Nice perfonnifiée , tenant un
Bouclier où font fes Armes ; elle paroît effrayée
du débris de fa Citadelle , & pour
Légende , NICEA CAPTA. Dans l'Exergue ,
M. DCXCI .
La feconde Médaille repréſente deux Renommées
, qui fe rencontrent au milieu des
Airs, & qui fur la banderole de leurs Trompettes
portent écrit , l'une , NICE A CAPTA ,
& l'autre , MONTES HANNONIA EXPUGNATI
, & dans la Légende , AB AUSTRO ET
AB
JUIN. 1143 1744.
AB AQUILONE. Dans l'Exergue , INEUNTE
APRILI M. DC. XCI.
Le Siége de Mons & celui de Nice, formés
en même-tems , & conduits par la même
prudence , eurent le même fuccès. La priſe
de l'une de ces Places fuivit de fi près la
priſe de l'autre , que la nouvelle de la Réduction
de Nice fut apportée au Roi devant
Mons , le jour même que Mons capitula ;
c'eſt le fujet de cette feconde Médaille ,
La troifiéme repréſente la Ville de Nice,
fous la figure d'une femme , couchée à
côté d'un piédeſtal , au haut duquel font les
Armes de France ; fur un Rocher eſcarpé ,
on voit les débris de la Citadelle de Nice
embrafée , avec ces mots pour Légende ,
NICEA ITERUM EXPUGNATA. Et dans l'Exergue
, IV JANUARII M. DCC . VI .
DESCRIPTION de la Citadelle de
Nice.
Dans une Plaine découverte près du rivage
de la Mer, s'éleve un Rocher fort haut,
qui commande fur la même Mer. Ce fut
fur ce Rocher que Louis , & enfuite Charles
III , Ducs de Savoye , firent bâtir une
Citadelle , munie de fi bons Baftions , qu'il
feroit difficile d'en trouver une autre en
Europe qui foit autant à l'épreuve du 'ca-
D
non
1144 MERCURE DE FRANCE.
non & de la mine . Du côté du Midi & des
Montagnes de Génes , il y a un Rocher fi
efcarpe , qu'elle eft hors d'infulte par cet
endroit, quand même il n'y auroit pas d'autre
fortification . Elle eſt moins forte du côté
du Nord , à caufe d'une éminence moins
élevée que la Citadelle , & qui lui eft unie.
Ce fut en cet endroit que lesTurcs drefferent
leurs batteries, & d'où ils ruinerent preſque
entierement les murailles du Château de ce
côté-là ; mais afin que l'ennemi n'eût pas
dans la fuite le même avantage , Emmanuel-
Philibert de Savoye , Prince guerrier , fit bâtir
une nouvelle fortereffe fur cette éminence
, où les habitans puffent fe retirer quand
la Ville feroit prife ; ainfi il y a dáns cette
Citadelle trois enceintes de murailles &
de fortifications , dont la plus haute défend
la plus baffe , & où l'Art a tâché
de furmonter la Nature , pour rendre cette
Fortereffe imprenable . On voit en entrant
une grande Place environnée de Boutiques
, où l'on travaille à divers Inftrumens
de guerre. A la gauche , il y a une
belle Eglife , conftruite de pierres de taille
& de Marbre , confacrée à la Ste Vierge. Il
y a auffi une grande quantité de canons en
batteries , qui commandent fur la Mer , &
au-deffous eft un Puits extrémement profond
, taillé dans le Roc , & dont l'eau
eft
JUI N.
1145 1744.
eſt fort bonne & en grande abondance.
La Ville eft au-deffous de la Citadelle
tournée à l'Occident , où la Montagne a
une pente plus douce ; fes maifons fort élevées
occupent toute la Plaine jufqu'au bord
de la Mer , qui termine la Ville d'un côté
, pendant qu'elle eft bornée de l'autre
par la riviere du Paglion , que l'on paffe fur
un Pont de pierres de deux Arches , pour
rendre aux Fauxbourgs.Elle eft auffi fortifiée
de bons Baſtions , qui en rendent l'attaque
très-difficile .
fe
De l'autre côté du Paglion eft le beau Châ
teau du Duc de Savoye , & une Citadelle
qui , en cas de befoin , défendroit la Ville
Place d'autant plus importante , qu'elle eft
frontiere de l'Italie .
Le Territoire n'a pas beaucoup d'étendue,
mais la beauté des Collines , la fertilité de
la Terre ,la douceur du Climat, qui eft telle ,
qu'à peine y fait- il aucun hyver , la rendent
fi propre à toutes les commodités de la vie ,
qu'André Thevet , qui avoit parcouru une
grande partie de la Terre , affûre dans fa
Géographie Univerfelle , Liv. xv1 , Chap
17, qu'il n'avoit point vû de Lieu plus propre
pour y bâtir une Ville..
"
pour les Vallées
Il y a dans Nice un Sénat ou Parlement ,
établi pour le Comté , &
qui en dépendent.
D V Les
1146 MERCURE DE FRANCE.
Les fréquents Siéges que cette Ville a
effuyés , ont beaucoup diminué fon ancien
luftre & le nombre de fes habitans ; car
comme c'étoit la premiere Place forte qui
fe trouvoit fur le chemin des armées , qui
paffoient de l'Occident en Italie , pour s'emparer
de cette Province , elle a fouvent
fouffert les mêmes maux que lui cauferent
autrefois les démêlés d'Othon & de Vitellius.
- Nice , fuivant la Tradition , a reçû la foi
Chrétienne dès le tems des Apôtres , par le
miniftere de S. Nazaire . Elle a fourni à l'Eglife
Celfe , Enfant de la Ville de Cemelle ,
& fidéle Compagnon de S. Nazaire , &
dans tous les fiécles fuivans , divers témoins
irréprochables de la pureté de fa foi. La
Religion de ceux de Nice eft affés prouvée
par les anciennes Eglifes de Sainte Reparée
ou Reparate , Vierge & Martyre , de S. Dominique
, de S. François , de S. Auguftin
de l'Apôtre S. Jacques , du S. Sépulchre
du S. Suaire , du S. Efprit , des Religieufes
de Sainte Claire , de la Vifitation de la
Sainte Vierge, & des Bernardines , aufquelles
Eglifes la piété & la libéralité des habi-.
tans ont ajouté le College des Jéfuites , qui
eft le plus beau de tous les Edifices , & les.
Monafteres des Minimes , Auguftins Déchauffés
, Théatins , & c..
>
Cette
JUI N. 1744 1147
Cette Ville a confervé une espece de Dé
mocratie. Elle eft divifée en quatre Corps,
qui font, celui des Nobles , des Marchands
des Artifans , & des Laboureurs , qui ont
chacun leur Conful , qui change tous les
ans : il eſt vêtu d'une robe rouge , & à pour
Adjoints dix Confeillers du même Corps.
Il y a à Nice plufieurs familles Nobles &
Illuftres , tels font les Lafcaris , deſcendus
des Empereurs Grecs , autrefois Comtes de
Tende & de Vintimille ; les Barons de
Grimaldy , & quantité d'autres. Jean Paul
Lafcaris de Caftelar , mort en 1657 , fur
Grand-Maître deMalthe en 16 36 , & fit beaucoup
d'honneur à fa Patrie , de même que
le Sçavant Jacques Dupui , qui fur Cardinal
en 155 .
C'eft à Nice que fe fit l'entrevue du Paper
Paul III , de l'Empereur Charles V, & de
François L, Roi de France , où il fut conclu
une Tréve de dix ans entre l'Empereur & le
Roi, le 18 Juin 1938.
Le Comté de Nice a été foumis aux Rois
de France , de Bourgogne & aux Comtes de
Provence , & enfin il a paflé fous la domi
nation des Ducs de Savoye. Les habitans
avoient fouvent voulu fécoüer le joug des
Comtes de Provence,leurs légitimes Souve
rains , ce qu'ils exécuterent enfin par le
Traité fait le 28 Septembre 1388 , avec
D vj Arag
1148 MERCURE DE FRANCE.
Amedée VII , Comte de Savoye , qui l'avoit
enlevé dès l'an 1375 à Jeanne Comteffe de
Provence & Reine de Naples , pendant
qu'elle étoit occupée à faire la guerre dans
ce Royaume.
La Ville de Nice porte pour Armes d'Argent
à l'Aigle de gueules , fur un tërtre d'azur
& une Mer derriere dans l'éloignement.
VILLEFRANCHE.
1. Cette Ville eft dans le Comté de Nice ,
& eft éloignée de Nice d'environ un mille
vers l'Orient , fur le bord d'un Golfe entouré
de Montagnes & de Rochers , où les
Alpes forment un Port entre deux Promontoires
qui fe recourbent : celui qui eft à
POccident s'appelle Montboron ,
Bonofus ou Bofon , & l'autre qui eft à l'Orient
fe nomme Male- Langues
Mons
Pline , Ptolomée & les autres bons Géographes
de l'Antiquité , Pont appellé le
Port d'Hercule de Monacus , Herculis Monæci
Portus , qui eft different de la Rade de
Monaco, comme parlent les Italiens , ou de
Mourgues , felon les François.
Lucain fait mention de ce Port & de cette
Rade dans le I Livre de fa Pharfale ; & Prolomée
décrit féparément dans fa troifiéme
Carte de l'Europe le Port d'Hercule , qui
ek
JUIN
17440
£ 149
eft Villefranche , & celui de Monacus qui
eft Monaco. » Après l'Embouchure du Var ,
» ( dit-il ) on rencontre fur la Mer de Ligu-
»rie Nice , Colonie des Marſeillois ( c'eft-
» à-dire , Torbia ) & le Port de Monacus.
qui eftMonaco.
"
Mais quand les Anciens parlent du Port
d'Hercule de Monacus , cela fe doit entendre
du Port de Villefranche , & c'eft´
fans doute en ce fens qu'il faut prendre ce
que dit Tacite au Livre III de fon Hiftoire ,
où après avoir rapporté que Fabius. Valens
étant parti du Golfe de Pife , fut contraint
de relâcher dans le Port d'Hercule de Monaecus
, il ajoute que Marius Maturus , Gouverneur
des Alpes Maritimes , n'étoit pas
éloigné de - là , étant à Cemenelion , ancienne
Ville , à préfent ruinée, près de Nice , du
côté du Nord.
L'an 1295 , Charles II , Roi de Jérufalem
& des deux Siciles , & Comte de Provence ,
tranfporta les habitans du Mont de l'Olivier
ou de l'Huile , dans l'endroit qu'on appelle
préfentement Villefranche ; il l'enferma de
Murailles & de Tours , y bâtit une Eglife
dédiée à S. Michel , fit conftruire une fontaine
dans la Ville pour la commodité des
habitans & accorda plufieurs Priviléges
& Exemptions , pour attirer dans ce Port les
Marchands & les Etrangers.
Emma1150
MERCURE DE FRANCE.
Emmanuel Philibert, Duc de Savoye , pour
rendre ce Port plus affûré,y fit bâtir une Citadelle
fur un Rocher qui commande la Mer .
Il la munit en même tems de plufieurs groffes
piéces d'Artillerie , y mit une bonne garnifon
, & en donna le Gouvernement à André
Provana de Layniaco , Comte de Frofafque
, auquel il conféra auffi le commandement
des Galéres qu'il avoit fait conftruire
, dont deux furent données à l'Ordre de
S. Lazare & de S. Maurice. Le même Prince
fit encore bâtir le Fort de Montalban fur le
fommet de la Montagne voifine , afin qu'il
n'y eut point d'endroit dont l'ennemi pût
s'emparer pour battre Villefranche. Il fit
auffi conftruire le Mole qu'on appelle Darféne
,, pour y tenir les Galéres en sûreté ; &
afin que tout le monde pût jouir de la commodité
de ce Port , Charles Emmanuel , fon
fils , & Victor Amedée , fon petit -fils , Ducs
de Savoye , en firent un Port franc pour
toutes les Nations .
Y
Charles Emmanuel II , Duc de Savoye
confirma la franchife de ce Port , en augmenta
les Priviléges & pour faire de
Villefranche une Ville de Négoce , sûre
& commode , il y invita les Marchands de
toutes les Nations , & y établir une Compa
gnie pour acheter en argent comptant , les
marchandifes qui s'y expoferoient en vente,
pour
JUIN.
IISI 1744
pour en faire des échanges & les tranfporter
dans tous les Pays du monde. Il fit encore
conftruire un Lazaret fur la droite du
Port avec des dépenfes immenfes, auffi paffet'il
pour un des plus beaux Edifices d'Italie :
il fert à renfermer les marchandifes & à
loger ceux qui font obligés de faire la quarantaine
, avant que d'entrer dans la Ville..
Celle de Nice en fit bâtir un femblable:
le
vis-à- vis, prefqu'en même-tems , par les ordres
de ce Duc , mais il eft beaucoup plus
petit que celui de Villefranche. Le Port de
cette Ville eft fi grand , qu'il peut contenir
des Flotes entieres , & les plus grands Vaiffeaux
, & il eft à l'abri de tous les vents , excepté
du Sud-Oueft; mais l'Art & la Nature
ontpourvû à ces inconvéniens : l'Art par
moyen du Mole de Darfene & laNature par
la commodité d'un autre Port fort vafte
fitué à l'Orient , où la pêche du Thon eft
très-abondante. Ces deux Ports font féparés
par un petit Ifthme , entre le continent &
la prefqu'Ifle , dans lequel eft la Forrereffe
imprenable de S. Hofpitius , nommée aujourd'hui
San Sofpirio ou S. Sofpir..
>
Villefranche a fouvent été honorée de la
préſence des Perfonnes du premier Rang..
Ce fut en cette Ville , que Benoît XIII &
ceux de fon parti eurent une conférence l'an
1406 avec l'Empereur Sigifmond , & Ferdinand
1152 MERCURE DE FRANCE.
dinand , Roi d'Arragon . Beatrix ,fille du Roi
de Portugal & époufe de Charles Duc de
Savoye , y aborda en 1521 avec la Flote qui
l'efcortort.
Le Pape Adrien VI y paffa en 1522 , & le
Roi de France , François I, en 1525 , lorf
qu'après la bataille de Pavie il fut conduit
en Efpagne. L'an 1527 , F. Philippe de Villiers
de l'Ifle- Adam, Grand -Maître de l'Ordre
de S. Jean de Jérufalem , après avoir
perdu la Ville de Rhodes , mena fes Chevaliers
à Villefranche & enfuite à Nice . En
1529 , l'Empereur Charles V, venant d'Efpagne
en Italie par Mer , aborda à Villefranche
, & ce même Prince y fit un plus long
féjour en 1538 , lorfque pour conclure la
Paix avec François I , par la médiation du
Pape Paul III , ces trois grands Princes s'affemblerent
à Nice,
Villefranche fut prife par les François en
1691 , & rendue au Duc de Savoye par le
Traité conclu à Turin le 29 Août 1696 .
Les Armoiries de la Ville de Villefranche
, font d'Argent à un arbre de finople fur
un terire defable.
LA
JUIN.
2153 1744.
5252525252525252525252525252525252525252525252
LA CELLULE PHILOSOPHIQUE
Vous voulez donc , docte Uranie ?
Que de mon gîte & de ma vie
Je vous ébauche les portraits ?
L'entrepriſe eſt un peu hardie ,
Mais puifque telle eſt votre envie ,
Tant bien que mal , j'y fatisfais.
Commençons par mon domicile ;
L'ouvrage en eft moins difficile ,
Car tout ce qu'il contient eſt bref ;
A deux chambrettes d'enfilade
Je monte , comme à l'eſcalade ,
Lorfque j'y veux guinder mon chef.
Au dos d'un célébre Collége ,
Que la Gent à Syntaxe affiége ,
Eft un des moins larges fentiers
De mes circonvoisins quartiers ;
Là git ce gîte, affés commode ,
Au milieu du fumant Synode"
D'Artifans nommés * Fournaliers.
En face je vise à l'Aurore ' ;
* Fournaliers • font des Potiers de terre qui font
des creufets , des poëles & fourneaux de terre , dont la
rue Mazarine eft peuplée.
Phoe
1154 MERCURE DE FRANCE
Phoebus, en fe levant , honore
De fa vifite mes chaffis.
*
A gauche il me regarde encore
Lorſqu'il s'en va trouver Thétis .
Un grabat , en tombeau , préfide
A mon fuccint ameublement ,
Qui , pour parler correctement ,
N'eft tout au plus que le fubfide
D'un plus fpacieux logement.
Au refte , en cet appartement
On trouve double cheminée ;
L'une des deux n'eſt deſtinée
Qu'à l'utile proviſion ,
Dont l'autre ufe en froide faifon.
Item , deux tables , quatre chaiſes ,
Une commode , deux bahuts ,
Dans l'un defquels font bien inclus
Vieux titres, que je crois fadaiſes ,
Dont le détail eft fuperflus .
Item , cuvette , pot , & jatte ,
En bataille fous un miroir ,
Pour abläer nez , tête , & patte ,
Comme je fais matin , & foir.
Le refte ne vaut pas la peine
Que je donnerois à ma veine
Pour en faire l'addition ;'
Paffons-en la defcription.
Sçachez à préfent le Systême
Que j'adopte dans mon réduit ,.
Pour
JUIN. 1744. 1155
Pour me rendre compte à moi- même
Eloigné du monde & du bruit ;
D'une faine milantropie
Analifant les fentimens ,
A fes leçons je me confie
Plus qu'à tous autres documens.
Quelquefois , joyeux Démocrite ,
Je ris de tous les faux plaifirs
Dont l'homme remplit fes loisirs ;
Affés fouvent fombre Héraclite ,
Je gémis fur les noirs defirs ,
Qu'un vain espoir traîne à fa fuite,
Et dont le fruit font des foupirs .
Si j'entends frapper mes oreilles
De quelques fameufes merveilles ,
Je fais cas de ces nouveautés
Comme de puerilités ;
Ecartant tout ce qui me gêne ,
C'est là que nouveau Diogène ,
Me renfermant dans mon tonneau ,
Je traite comme un téméraire
Tel qui d'un beau jour , qui m'éclaire
Viendroit m'obſcurcir le flambeau.
De ce qui loin de moi fe paffe
N'étant rien moins que curieux ,
L'inftant qui me l'apprend , l'efface
De ma mémoire & de mes yeux .
Cependant , loin qu'un air fauvage
>
De
1156 MERCURE DE FRANCE.
De mon focratique hermitage
Banniſſe les ris & les jeux ,
J'ofe me flater que les Graces
Y prennent quelquefois leurs places ,
Et m'y donnent des jours heureux,
Laiffant à l'écart le Stoïque ,
Alors , & Peinture , & Mufique
Viennent m'égayer tour à
Tantôt , boutade Poëtique ,
tour ;
Moins férieufe que comique ,
M'occupe pendant tout un jour.
Tantôt , reprenant la Morale ,
Je defcends dans l'obfcur dédale
Où vont s'égarer les humains ;
Ma lorgnette en main , j'examine
Par quels détours chacun chemine ,
Pour plûtôt venir à fes fins.
Je rougis de tous les contraſtes
Sur lefquels ils fondent les faftes.
De leurs oeuvres , & de leurs noms ;
Là, je trouve mille Eroftrates ,
Contre trois ou quatre Zénons.
Dans leurs cervelles erronées
Que d'ébauches mal deffinées
Paffent pour de parfaits tableaux !
Que j'y vois de pieux Enées ,
Qui ne font que de vrais cagots !
En efprit d'un mince apanage
Là, que d'orgueilleux ignorants ,
Ont ,
JUIN. 1744:
*157
Ont , malgré Minerve , la rage
De s'afficher pour des Sçavans
"Ah ! combien alors je détefte
Cet amour propre , fi funefte
A la véritable vertu !
Tel qui m'en paroît revêta ,
Aveuglé de fon fanatifme ,
Ne voit plus qu'à travers d'un prifme;
Dont les féduifantes couleurs
Fafcinent les yeux & les coeurs .
Honteux , confus , je m'humilie
Sous de telles réfléxions ;
Je m'efforce , je m'étudie
A fuir ces folles paffions.
Frappé de l'horreur de leurs vices ,
J'en vois ouverts les précipices ,
Et j'en crains les punitions.
Exempt de la foif importune
Des grandeurs & de la fortune ,
La riche médiocrité ,
Dont le favori de Mecéne
Vante tant la félicité ,
Grace à la bonté fouveraine ,
Suffit à ma cupidité.
Cependant , né dans l'opulence ;
Un fort plus heureux m'étoit dû ,
Mais , jufqu'où va mon arrogance !
Ingrat , infenfé que dis-tu ?
Tu demande compte à ton Maître ,
Toi
158 MERCURE DE FRANCE,
Toi qu'il a tiré du néant ?
Apprens , apprens à te connoître ;
Atôme tu fais le Géant.
Eh quoi ! dans le cours de ta vie
Tu te plains , fi ton fort varie ;
Imbécile ! ne fçais tu pas
Que rien n'eſt conſtant ici-bas
D'une jufte viciffitude
L'Univers entier fuit la Loi ;
A quoi donc te fert ton étude ?
Laiffe tes regrets , & tais- toi.
Ainfi moi même j'argumente ,
Pour me guérir de mes abus ,
Et lorſque l'objet ſe préſente ,
Contre moi- même je conclus.
Heureux , fi dans chaque journée ,
A cette étude deſtinée
Je pouvois détruire une erreur !
Bien fatisfait de mon ouvrage ,
Bientôt en fortant d'esclavage ,
Je pourrois chanter mon bonheur ;
Mais hélas ! unpenchant funeſte
En nous , à chaque inftant , renaît ,
Et je prouve , qu'où l'homme reſte ,
Le Philofophe diſparoît .
Secondez-moi , docte Uranie ;
Avotre bienfaiſant génie
Apprenez quels font mes tranfports.
Dites lui que le Philofophe
Craint
JUIN.
1159
1744.
Craint toujours quelque catastrophe ,
Contraire à fes foibles efforts.
Qu'il vienne foutenir mon zéle ;
A fes leçons toujours fidéle ,
J'en ferai mon plus ferme appui ,
Mais pour affûrer la victoire ,
Il faudroit que j'euffe la gloire
De vous recevoir avec lui.
Par M. D .... X.
Les mots des Enigmes & des Logogry-`
phes du Mercure de Mai font l'Eclair, l'Amaranthe,
Oripeau & l'Esperance.On trouve
dans le premier Logogryphe Or , Opera .
Pean , & dans le fecond , Race , Encre, Ancre
, Pere , Sac, Carpe , Pas , Pan , Cape
Afne , Pefne & Serpe.
EXPLICATIONS des deux Enigmes
du Logogryphe du Mercure d' Avril
1744. Par M. Du **.
J
E brille dans bien des ragoûts ,
Et je fçais contenter les goûts ,
Quand j'accommode une terrine ;
Lorfque je fricaffe un roignon ,
J'y mers toujours , dit Catherine ,
Ciboule , Rocambole , Oignon.
La Critique ! quel animal è
Otez
160 MERCURE DE FRANCE
Otez fon venin fatyrique ;
L'Epine , qui fait qu'elle pique ,
Ne vous fera plus aucun mal.
Jardinier Fleurifte , il eft tems
De dégarnir ta belle Serre
Pour en embellir mon Parterre ,
C'eft-là ton ouvrage au Printems.
A M. L..... en lui envoyant l'Explication
de fon Logogryphe , inferé dans le Mercure
d'Avril 1744 , page 749.
Toi qui fçais dans tes Vers faire ufage des feurs
Dont fouvent au Parnaffe Apollon te couronne ,
1 Pour contenter une Baronne ,
Qui voudroit en avoir de toutes les couleurs ,
Entre nous faifons un partage
De ta gloire & de mes plaifirs.
Si tu réponds à mes defirs ,
Pour moi quel heureux avantage !
Tes Logogryphes font charmans ,
Et Mercure à la Cour en amuſe les Princes.
Tous les mois à Paris , comme dans les Provinces ,
Souvent plus d'un Lecteur, fans regretter fon tems
Pour les bien deviner ſe donne la torture ;
Dans le dernier , où l'Art eft joint à la Nature ,
Avec efprit tu nous apprends
Que nous voici dans le Printems.
Par M. Lindé.
ENIGME
JUIN. 1744. IIGE
J
ENIGM E.
E fuis un petit Mont au - deffus d'un abîme ,
Où l'on voit un Moulin que tout le monde eftime ,
Entre deux beaux Jumeaux j'ai fixé mon féjour ;
J'y repofe la nuit , j'y repofe le jour..
On ne sçauroit compter le nombre de mes freres ;
On en trouve beaucoup fur les deux Hémispheres;
Pour un fobre,à coup fûr , cent donnent dans l'excès ,
En dévorant fans fin ce qui n'eft pas un inets,
Cequiplaît à quelqu'un , le plus fouvent me choque ;
On dit que j'ai cent pieds , mais c'eft quand on fe
moque ;
Je change quelquefois jufqu'à te faire peur ;
Trois lettres font mon nom , c'en affés, Lecteur.
S
AUTR E.
Ans être enfant de l'Air, j'habite bien fouvent
Le haut des Régions de la Céleſte Sphére.
Agile au dernier point , je paffe en un moment,
Quafi comme la foudre , en une autre Hémiſphere;
Sans rien fçavoir du tout , j'enſeigne l'Univers ;
On ne fe tait jamais que quand je veux me taire ;
C'eft auffi par mes foins ou par mon miniftere
Que vous lifez Chanfons, Hiftoires, Profe ou Vers;
I. Vol.
E Je
1162 MERCURE DE FRANCE.
1
Je me laiffe trancher pour prendre de quoi boire ,
Et je fers à plufieurs bien fouvent de mémoire.
Par Mile Eyme ***** ¸ à Valreas ,
Le Comtat d'Avignon.
LOGOGRYPHE.
J E fuis un drôle de Langage .
dans
Je ne fuis Grec , Hébreu , ni François , ni Latin
Jadis un certain Perfonnage
Me compofa pour une bonne fin ,
Et de moi fit un beau Ramage.
Mon tout eft fait de dix -fept pieds ,
Qui , lorfqu'ils font bien arrangés ,
Font un agréable tapage
Qu'aimeroient les plus dégoûtés,
Sans moi , Tircis à fa Bergere
Par fon chalumeau ne peut plaire ;
Sans moi , l'Echo d'une touchante voix
Ne peut fortit des Rochers , ni des Bois .
Huit fyllabes font ma ſtructure ,
Et de d'Art d'Amphion démontrent la Naturę.
On trouve en moi Maur & Remi ;
Solle ; Faute ; Saul ; Ami ;
Seul ; Soleil ; Rameau ; Folie ;
Lecteur , trouve- moi , je te prie .
Duchemin , Muficien à Angers.
AUTRE
JUI N. 1744 1163
J
AUTR E.
E fuis l'effroi des Membres de Juſtice ;
Je n'exige jamais d'Epice.
Sept Lettres brillent dans mon nom
Dont voici la combinaïfon. 24
Un mot équivalent à celui de filence ;
Ce qui n'eft pas commun ailleurs non plus qu'en
France ;
Ce qu'à tous pas on voit dans les Forêts ,
L'arme d'un gentil Pantomiine
Dont habilement il s'efcrime ;
L'Ouvrage de la Tour , quand il fait des Portraits;
Le Copiſte de la Nature ;
Le chant harmonieux de Meffieurs les Baudets
Le plus grand Fleuve d'Italie ;
Ce qu'un Muficien débite en compagnie ;
Le vrai plaifir d'un homme bien content;
Ce qu'on doit faire au Fiacre impertinent.
Cher Lecteur , un femblable Ouvrage
Ne fut jamais dicté par Apollon ;
Du Caprice il eft l'avorton ;
Adreffe-lui donc ton hommage.
Peut-on fe plaire à t'égarer
Dans un Dédale impenetrable ?
Non, & tu me ferois beaucoup plus redevable ,
Si je t'aidois à t'en tirer.
Laffichard
E ij NOU
1164 MERCURE DE FRANCE.
135 25 335 35 35 35 35 38 32 32 32 32
25 ≥ સળ
NOUVELLES LITTERAIRES ,
DES BEAUX- ARTS , &c.
LES VIES des Hommes Illuftres de la
France , depuis le commencement de la Monarchie
jufqu'à préfent. Par M. d' Auvigny.
Tomes IX & X. contenant les Grands Capitaines.
A Amfterdam , & se vendent à
Paris , chés le Gras , GrandSalle du Palais
, à L couronnée 1744:
N
Ous avons rendu compte en fon tems
de tous les Volumes de cet Ouvrage
qui ont précédé les deux dont on vient de
lire le titre , & qui viennent de paroître depuis
peu de jours . En rendant ce compte au
public , nous avons fouhaité pour fon intérêt
, que l'Auteur jouit d'une longue vie &
d'une parfaite fanté , Il a plû au Seigneur
d'en difpofer autrement. Nous avons perdu
M. d'Auvigny à la fleur de fon âge , & au
milieu de la courfe litteraire qu'il avoit entreprife.
C'eft ce que nous apprenons à regret
de M. fon Frere , Chanoine Régulier
de l'Ordre de Prémontré , dans un Avertiffement,
qui eft à la tête du IX Tome . Avertiffe-
"
JUIN. 1744. TM 1165
tiffement qui contient un détail litteraite ,
honorable , & curieux , lequel nous nous
faifons un devoir de rapporter ici dans fon
entier à caufe de fa brièveté.
Ces deux Volumes , dit M. le Chanoine ,
& ceux qui les fuivront , font les Ouvrages
pofthumes de M. d'Auvigny , Chevau- Leger
de la Garde , qui après avoir donné fes foins
pour l'Edition des Tomes VII & VIII de
fon Livre , fe hâta de partir pour joindre
La Troupe , & a été malheureufement tué
dans le Combat d'Ettinghen , à l'âge de treit
re & un ans , le 27 Juin 1743 , laiffant une
Veuve & deux enfans mâles , à qui les defcendans
des Hommes Illuftres de la France ,
qu'il a célébrés fi dignement , accorderont ,
fans doute , leur protection & par honneur
& par reconnoillance .
On fera peut-être étonné qu'un Auteur ,
qui a fi peu vécu , ait pû fournir une pareille
carriere , & qu'outre ces dix Volumes , qui
font imprimés , il ait encore laiffé la matiere
de plufieurs autres en manufcrit , entre les
mains de fon Libraire , avant que de partir
pour la Franconie, où il a fini fes jours . Peu
d'Ecrivains ont eu plus de facilité & de talens
pour écrire l'Hiftoire , & je crois que la République
des Lettres a fait en lui une perte.
Sa mémoire étoit prodigieufe , & fon ima
gination d'une vivacité extraordinaire, join-
E iij
te
1166 MERCURE DE FRANCE.
te à beaucoup de pénétration d'efprit. Naturellement
Philofophe , il s'étoit formé un
style nerveux & fententieux , qu'on remar
que facilement dans cet Ouvrage. Peut-être
aimoit- il un peu trop les ornemens du ftyle
& les agrémens de la narration , & il femble
les avoir quelquefois préférés à l'exacti
tude de la Grammaire , trop vif & trop
hardi dans fes penfées , pour s'y affujettit
fcrupuleufement.
Si l'on eft furpris qu'il ait pu achever un
fi long Ouvrage à la fleur de fes années ;
( Ouvrage qui fuppofe une lecture immenft
& un très-pénible travail ) combien le ferat'on
davantage , fi on fait attention à tous
les Livres , qu'il a publiés avant celui- ci ?
Après s'être exercé dans fa premiere jeuneffe
fur des matieres de bel efprit & de fiction ,
il s'appliqua férieufement à l'Hiftoire , &
donna un Abregé de celle de France & de la
Romaine, imprimée en 1730. Quelques an
nées après il mit au jour l'Hiftoire de la
Ville de Paris, en cinq Volumes, dont néan
moins la moitié du quatriéme & tout le cinquiéme
ne font point de lui , mais de feu
M. de la Barre , de l'Académie des Belles-
Lettres.
M. d'Auvigny étoit né dans le Hainaut
Après la mort d'un Oncle , qui lui avoit
donné de l'éducation , il vint à Paris en
1
1728
JUIN. 1169 1744.
?
1728 , & fut recommandé à une perfonne
très-connuë dans la République des Lettres ,
qui ayant apperçu en lui du génie , de l'efprit
, du talent & beaucoup d'application à
la lecture & au travail , prit quelque foin
de cultiver ces difpofitions. Mais depuis
plus de huit années , M. d'Auvigny s'étant
attaché à d'autres perfonnes , & ayant voulu
fe conduire à fon gré , celui à qui il avoit
obligation de la premiere culture de fes talens
, n'eut dans la fuite prefque aucun commerce
avec lui. Ainſi dans la compofition
des Vies des Hommes Illuftres , on peut dire
qu'il n'a été fecondé de qui que ce foit. Il
ne me fied pas de m'étendre davantage fur
les louanges d'un frere. J'ai crû devoir à fes
chers manes ce leger tribut , & que le Pu
blic l'approuveroit.

Pour donner une idée du travail de M.
d'Auvigny & pour fuivre la coûtume , que
nous avons prife , en rendant compte de
pareils Ouvrages nous expoferons ici
une des Vies qui compofent ce IX Tome.
Celle de GASTON DE FOIX , Duc de Nemours,
Général d'Armée , & Viceroi de Milan , fous
Louis XII , qu'on trouve à la pag. 128 ,
nous a paru convenir aux bornes de ce
Journal.
L'Hiftoire de ce Prince , tué à 24 ans ,
dans le fein de la victoire , eft une folide
E iij preu1168
MERCURE DE FRANCE.
preuve , qu'on ne peut trop fe hâter de de
venir Grand Homme , & que la vertu ne
fuit pas la jeuneffe , mais que l'ardeur & la
préfomption abandonnent rarement cet âge
dangereux .
GASTON étoit de l'Illuftre Maiſon de Foix ,
qui fe vante à jufte titre d'être iffuë de la
premiere race de nos Rois. Ces Cadets belliqueux
firent avouer de tout tems , qu'ils
étoient dignes de la Couronne , que la molleffe
de leurs aînés avoit fait perdre à leur
Maiſon. Son pere étoit N.... Comte de Foix
& de Comminges , & fa mere N.... de VALOIS
, foeur de Louis XII . Elle avoit été élevée
à la Cour de France , & témoin des malheurs
de fon frere , dont la caufe lui étoit
connuë : c'étoient les mauvais conſeils , &
une ambition déréglée . Cette Princeffe eut
donc foin d'écarter de fon fils tous les flateurs
, & de ne rien propoſer à fon émulation
, que de jufte & de légitime.
LOUIS XII , qui n'avoit point de fils , témoigna
à celui de fa foeur une affection de
pere ; il le fit venir de bonne heure à ſa
Cour , & ce qui commença à donner une
grande idée du jeune Prince , ce fut que ni
fa haute naiffance , ni les grands biens de fa
Maiſon , ni la faveur du Roi fon Oncle ne
parurent point l'occuper , ni le corrompre.
La fcience de la guerre , quoi qu'encore
bien
JUIN.17445 1169
bien imparfaite , étoit la principale de fon
tems ; il s'y adonna tout entier , & on le
vit à la journée d'Aignadet , à peine âgé de
18 ans , combattre fous les yeux du Roi avec
une valeur finguliere & une prudence que
fes regards lui infpiroient. Cette prudence
fut depuis la caufe de fa perte.
Quelque idée que Louis XII cut de fon
extrême vivacité , on ne s'en défia point
affés , à caufe de cette premiere marque de
moderation . Il le jugea lui-même depuis
auffi prudent , que tout le monde le trouvoit
brave!
·
Les Vénitiens , vaincus à Aignadel , montrerent
la fierté des anciens Romains , & fe
jugeant dans leur accablement hors d'état
d'obtenir une paix honorable , ils s'appliquerent
à attirer le Pape dans leur parti , &
à s'affurer des Suiffes , pour continuer la
guerre.D
,
Ces derniers devoient être les plus redoutables
ennemis de la France , & cependant
ils furent les moins menagés , Louis
XII avoit voulu délivrer la Nation Françoi
fe de l'efpece de tribut qu'elle payoit à ce
peuple belliqueux , ou plutôt lui faire connoître
, que c'étoit pour en être fervie , &
non pear s'en voir protegée ; de forte que
les Suiffes , animés par l'intérêt , écouterent
fans peine les propofitions des enne-
291VİV 50
Ey mis
1170 MERCURE DE FRANCE.
mis de la France , & leverent une armée
en leur faveur , pour entrer dans le Duché
de Milan.
2
Cet Etat ne s'étoit jamais vu plus puiffamment
menacé , & imoins de forces pour fe
deffendre ce dénûement dans une circonftance
femblable , ne pouvoit être réparé
que par une extrême attention , & une
grande prudence. " Enforte que le grand
nombre jugea , que le Roi confentoit en
quelque façon à le perdre , lorfqu'on vit le
Duc de Nemours, âgé de 22 ans , revêtu du
titre de Viceroi de Milan , & chargé de fa
confervation . Le jeune Prince avoit defiré
cet emploi avec ardeur, comme le plus brillant
qu'il pûr obtenir , & l'Europe vit avec
étonnement , que ce même Gafton , fi plein
de feu & d'ardeur pour la guerre , étoit devenu
tout à coup retenu & circonfpect , defirant
de combattre, comme un jeune guerrier
, mais fçachant en éviter les occaſions
comme un vieux Capitaine .
>
Sans attendre les Suiffes furieux au fortir
de leurs montagnes , il s'en approcha affés
pour leur laiffer efperer le combat. Ses vûes
étoient que les ennemis fe flatant de finir la
Campagne par une Bataille , prendroient
moins de précaution pour la fubfiftance de
leur armée , & qu'ils fe verroient contraints
par-là d'abandonner un Pays bien gardé &
dépourvût de vivres. Les
JUIN. 1171 1744.
Les Suiffes arrivés à Galera , dans le Milanez,
apprirent que le Général François étoit
pofté à Legnago , à quatre milles d'eux ,
fuivi feulement de trois cent lances , & de
deux cent Gentilshommes de la Maiſon du
Roi. Ils s'avancerent , & Gafton , fans trop
s'éloigner , pour leur donner plus d'envie
de le fuivre , recula jufques dans les Fauxbourgs
de Milan , où ils l'inveftirent , en at
tendant , pour le forcer , les fecours , qui
leur avoient été promis par le Pape & les
Vénitiens ; mais pendant que ces deux
Puiffances les amufoient d'efperances vaines
, le Duc de Nemours renforçoit fon armée
de quelques troupes tirées des garnifons
voisines.
Les Suiffes inquiets de l'abandon de leurs
Alliés , & n'ofant entreprendre d'attaquer
les François dans leurs retranchemens , s'avancerent
vers l'Adda , menaçant d'entrer
dans le Bergamafque. Le Duc de Nemours ,
toujours devant eux ou à leur fuite , campa
à Caffano , & rompit de telle forte leurs deffeins
, qu'ils lui envoyerent propoſer peu
de jours après de retourner dans leur Pays ,
s'il vouloit leur donner un mois de paye ,
fur le même pied qu'ils l'avoient toujours
reçu de la France.
re ,
Cette propofition , qu'on alloit leur fai
fut rejettée , parce qu'ils la faifoient :
E vj
on
1172 MERCURE DE FRANCE.
on marchanda ; ils s'irriterent , & mêlant
la fierté à l'intérêt , ils demanderent deux
jours après , le double de ce qu'on leur avoit
refufé, Gafton devenu plus fort en troupes ,
& en état de combattre avec plus de confiance
, en defiroit en quelque forte l'occafion.
On s'en appercevoit à fa façon de traiter
avec les Suiffes , qui envoyerent enfin
un trompette , pour déclarer qu'ils ne vouloient
plus d'accommodement , & qu'ils alloient
faire une guerre cruelle aux François
.
Le Duc de Nemours attendoit fans crainte
l'effet de ces menaces , lorfqu'on lui apprit
que les Suiffes avoient pris fecretement la
route du Lac de Côme , pour rentrer dans
leurs montagnes , vengeant la honte de cette
retraite par l'incendie de quelques Villages .
Gafton profita de leur abfence , & de la réputation
, que fa conduite lui avoit donnée
pour fortifier le Milanez , & affoiblir les
conféderés , en leur oppofant , s'il étoit poffible
, les forces de quelques Etats d'Italie.
La République de Florence & de Bologne
étoient les feuls Etats , qui laiffaffent
quelque efperance. La premiere , puiffante
par l'étendue de fes terres , le nombre & la
richeffe de fes habitans , étoit gouvernée par
un Magistrat Militaire, qui portoit le Titre
de Gonfalonier : fon inclination pour la France
JUIN. 1744. 1173
ce étoit décidée , mais le Confeil de la République
, rebuté de la legereté de la Nation
, écoutoit moins fon refpect pour le
Gonfalonier , que la crainte d'être facrifié
au premier avantage que les François pourroient
fe promettre en les abandonnant,
Gafton fut donc obligé de fe contenter de
voir garder une efpece de neutralité à cet
Etat , qu'il auroit été fi important de déterminer
pour fon parti , & de tourner toute
fon attention fur Bologne , abfolument déclarée
en fa faveur.
Cette Ville étoit alors fous la domination
des Bentivoglio , d'une Maiſon Illuftre d'Italie
, qui fe prétend defcendre d'un Roi de
Sardaigne , bâtard d'un Empereur d'Allemagne.
Les Bentivoglio ou Bentivoles , ennemis
perfonnels du Pape , de fa Maiſon &
de fes deffeins , avoient confenti , que le
Duc de Nemours mît dans Bologne une
garnifon de deux mille Allemands , & de
deux cent Gendarmes , fous les ordres d'Odet
de Foix , Seigneur de Lautrec , d'Ive
d'Alégre , & des Capitaines de la Fayette
& de S. Vincent , que les Italiens furnommoient
le Grand Diable , à caufe de fa valeur
, & de fa taille extraordinaire.
Mais l'expérience de ces Chefs , & la
force de la garnifon ne furent que la feconde
caufe du falut de la Ville ; elle étoit
perduc
1174 MERCURE DE FRANCE.
duë fans reffource , fi les ennemis avoient
pû éviter les inconvéniens ordinaires des
unions de troupes , qui infpirant differens
avis , obligent à perdre dans des déliberations
un tems toujours précieux à la guerre.
Ils confulterent donc , & Pierre de Navarre
, foldat de fortune , inftruit par Gonfalve ,
furnommé le Grand Capitaine , plus inftruit
encore par la Nature & par fon génie , fit
réfoudre d'emporter la Place par le moyen
des Mines , dont on l'a fait le premier Inventeur.
Bologne n'avoit point de dehors ;
une feule muraille , épaiffe à la vérité , étoit
toute fa défenſe ; le canon en ayant ruiné
plus de cent braffes en peu de jours , la largeur
de cette bréche tenta les affiégeans :
on voulut rifquer un affaut , dont les commencemens
eurent fi de fuccès , que les
Chefs réfolurent d'attendre l'effet de la Mine.
Pierre de Navarre l'avoit pouffée vers
la porte de Castiglione,fous un endroit de la
muraille , où il y avoit une petite Chapelle.
L'idée de l'Ingénieur étoit de la renverfer
avec la muraille dans le foffé , & de le combler
ainfi de leurs débris. La Garnifon inquiéte
de la largeur de la bréche , mais raffurée
par leur courage & par leur nombre
fe tenoit rangée le long de la muraille , affectant
une contenance fiere. Mille Fantaf
fins & cent quatre- vingt Gendarmes , enpeu
νομές
JUIN
1175 1744.
voyés par le Duc de Nemours , avoient encore
augmenté leur courage. Ils faifoient
des cris , & bravoient les affiégeans . Ceuxci
que Pierre de Navarre affuroit de l'effet
de la Mine , en attendoient le moment avec
impatience. Un tonnerre épouvantable l'annonça;
il fembloit que la Ville dût s'abîmer
, & les affiégeans célébroient déja leur
victoire par de grands cris , mais après que
le tourbillon de fumée & de poufliére für
diffipé , leur furpriſe fut extrême de voir la
Chapelle enlevée par la Mine dans le même
état, qu'elle étoit avant fon effet ; la poudre
l'avoit pouffée fi perpendiculairement, & la
maçonnerie ainfi que la charpente s'étoit
trouvée fi bonne,qu'à quelques fentes près,
on ne fe feroit point apperçu de fa tranflation
les Bolonnois crierent au miracle ,
& l'idée d'être foutenus par une providence
particuliere leur infpira une extrême réfolution.
Les affiégeans furpris refterent dans leurs
quartiers , & les nouvelles mefures , qu'ils
fe trouverent obligés de prendre , donnerent
le tems au Gouverneur d'envoyer demander
du fecours à Gafton de Foix , & l'ef
perance de le recevoir avant que d'être forcés.
Ce Général , qui affembloit les troupes à
Final , fur les frontieres du Modenois & du
-Bolorois , marcha avec toute fon armée
com1176
MERCURE DE FRANCE.
compofée d'onze mille Fantaffins , & de
treize cent lances. Craignant que le nom
bre ne le fit reconnoître , & ne pouvant
néanmoins feater de délivrer Bologne
avec moins de forces , il fut bien -tôt hots
-d'inquiétude. L'air fe chargea de nuages ,
& la neige , qui tomboit à gros flocons , en
rendant fa marche plus difficile , la rendit
auffi plus affurée. Toute Farmée, entrà dans
Bologne à l'infçu des ennemis , que l'on au
roit aifément battus à caufe de leur confiance
, fi Gaſton ent pû fe perfuader qu'ils ignorallent
fon arrivée . Le fiége fut levé fur le
champ avec beaucoup de précipitation ,
:quoique fans défordre , & le Duc de Nemours
, libérateur de Bologne fans avoir
tiré l'épée , fut regardé comme le plus prudent
, & le plus heureux Capitaine de fon
tems.
?

Mais à peinegoûtoit-il les premiers fruits
de fa victoire , qu'on lui apprit la furprife
de Breffe par les Vénitiens. Cette Place fi
importante à la confervation du Milanez ,
avoit été confiée à la garde de du Lude , &
ce brave Officier fe trouvoit en état de la
conferver contre tous les ennemis du dehors
, mais il en avoit de plus dangereux
parmi les habitáns même , qui devoient
aider à fa deffenfe . Breffe , comine la plupart
des Villes d'Italie, étoit divifée en deux parJUIN.
1744. 1177
:
tis , à la tête defquels on voyoit les Maiſons
d'Avogaro , & de Gambara. Celle- ci attachée
aux François joüiffoit de toute la faveur
de ces nouveaux Maîtres de l'Italie.
& les autres ( c'eſt l'effet ordinaire de la
mauvaife politique ) éprouvoient chaque
jour de nouvelles injuftices. Une infulte ,
que le Comte de Gambara fit au Comte d'Avogaro
, obligea ce dernier à reclamer l'autorité
du Duc de Nemours . Ce Prince lui
promit de le fatisfaire , & l'oublia . L'Italien
crut qu'en lui refuſant la juftice , qui eft le
premier devoir des Souverains , on lui donnoit
l'exemple d'oublier le fien , tant il eſt
vrai que le déni de juftice , qui eft fi commun
, eft la fource de mille maux.
Il fçût donc mettre tout fon parti dans
l'intérêt de fa vengeance , & il prit fes mefures
avec tant de jufteffe , que les Vénitiens
avertis de fon deffein , parurent aux
portes de Breffe , avant que le Gouverneur
eut aucun foupçon de leur marche . La gar
nifon raffemblée fe porta toute entiere du
côté que paroiffoient les ennemis , mais
pendant qu'ils leur réfiftoient , une feconde
troupe de Vénitiens conduits par quelques
habitans entrerent par des égouts , dont ils
avoient ouvert les grilles. Aux cris de S.
Marc , qu'ils firent retentir de toutes parts ,
le Comte d'Avogaro parut dans la Place ,
font
1178 MERCURE DE FRANCE.
fondit fur le Gouverneur , déja embarraffe
par la multitude des ennemis,& l'obligea de
fe retirer au Château , d'où il pûr à peine
envoyer informer le Duc de Nemours de
fon malheur , & lui demander du fécours.
Ce Général étoit encore à Bologne , éloignée
de Breffe de quarante lieuës , & féparée
par le Pô , le Mincio , la Chieſa , & .
Les chemins devenus difficiles à caufe des
pluyes , fembloient impraticables à l'Artillerie
, dont on avoit cependant un befoin
abfolu ; mais l'ardeur du Chef , & l'affection
des Soldats pour lui , furmonterent ces
obftacles. Son armée fit en un jour trente
milles d'Italie , & ayant appris , que la République
envoyoit un Corps de cinq à fix
milles hommes au fecours de leurs troupes ,
qui affiégeoient le Château de Breffe , il fit
une diligence incroyable , pour gagner
de
vîteffe ces nouveaux ennemis. S'étant affuré
de cet avantage , il envoya contre eux le
Chevalier Bayard & Teligni avec leursGens
d'armes. Ces deux braves Chefs les ayant
joints , les battirent , & le Duc de Nemours
continuant fa route , arriva enfin à la vûë du
Château de Breffe , où il entra fans réfiftance.
Ce Prince donna une nuit à fes troupes
pour repofer , & le lendemain leur ayant
promis le pillage de la Ville , elles marcherent
JUI N. 1744. 1172
rent avec beaucoup de réfolution contre les
retranchemens des Vénitiens. Le Provedi
teur , qui les commandoit , avoit eu foin de
les munir d'une nombreufe artillerie ; outre
huit mille foldats , il avoit fous fes ordres
douze mille habitans prêts à combattre.Cette
armée étant trop nombreufe pour tenir dans
le terrain ,qui féparoit la Ville du Château,
il en avoit mis une partie en bataille , pour
rafraîchir les deffenfeurs du retranchement ;
de plus il avoit à dos une Riviére , & un
Pont , qu'il pouvoit rompre , fuppofé que
les François l'obligeaffent à la retraite.
Le Duc de Nemours étoit inftruit de tous
les avantages de l'ennemi ; mais le recouvrement
étoit d'une telle importance , qu'il réfolut
de tout rifquer. Son armée étoit de
douze mille hommes , qu'il divifa en plufieurs
corps : d'Alégre eut ordre de fe pofter
hors de la Ville , vis-à- vis la Porte de S.
Jean , la feule , que les Vénitiens avoient
laiffée ouverte , enfuite le Duc attaqua une
Abbaye appuyée contre les retranchemens ,
l'emporta , & fit paffer ce qu'il y avoit d'ennemis
au fil de l'épée. Ce premier fuccès encouragea
les troupes , fans rien faire perdre , -
au Général de fa moderation : Herigoïe , ou
Henri Gonet , fort eftimé de ce Prince &
des Soldats , fut mis à la tête d'une troupe
de Gafcons choifis , & le Chevalier Bayard
fuivit
1180 MERCURE DE FRANCE.
fuivit à pied avec fes Gens d'armes pour les
foutenir. L'ennemi les voyant avancer fiérement
& en bon ordre , fit un feu terrible
, qu'ils effuyerent fans s'ébranler ; le canon
du Château battoit avec furie contre
les retranchemens , & y faifoit de grandes
bréches ; les François les gagnerent après
avoir rempli le follé de fafcines , & ce fut
là que le combat devint fanglant. On s'y
battoit main à main , à coup de haches , de
piques , & d'épées. Le Chevalier Bayard
'animant les fiens
par fon exemple , reçut un
fi grand coup de pique dans la cuiffe , que
le fer y demeura avec le bout du bois où il
étoit attaché ; ce brave homme tomba noyé
dans fon fang , & les Soldats que fa préfen-
'ce avoit foutenus , commençoient à s'ébranler
, lorfque le Duc de Nemours la pique à
la main parut à leur tête , criant : Enfans ,
vengeons le bon Chevalier. Son exemple , &
fes cris infpirerent aux Soldats une efpece
de fureur ; les retranchemens furent forcés
en plufieurs endroits , & les fuyards pourfuivis
fi vivement , qu'ils n'eurent pas le
tems de lever le Pont , qu'il falloit paffer
pour entrer dans la Ville , où les vainqueurs
entrerent avec eux . Les Officiers leur firent
faire alte au- delà du Pont , pour les remettre
en ordre avec une facilité , qui fit connoître
combien le Duc de Nemours avoit acquis
JUI N. 1744.
1181
quis d'autorité fur fes troupes,
On reconnut bien-tôt la néceffité de cette
conduite ; la Gendarmerie Vénitienne , toute
la Cavalerie légere ,& une bonne partie
de leur Infanterie , fe firent voir en bataille
dans la Place , tout prêts à profiter du défordre
des François . Leur Général détacha
d'abord le Capitaine Bonnet , avec quelques
bataillons pour charger les Vénitiens ;
ils le reçurent avec courage , & le combat
devint plus long & plus dangereux , en cé
que les habitans montés fur les toits de leurs
maifons , en faifoient tomber de groffes
pierres & de l'eau bouillante , pendant que
d'autres tiroient par les fenêtres.
Le Duc de Nemours envoyoit fans ceffe
de nouvelles troupes pour feconder les premieres
, & les animoit par l'efpoir du pillage
, qui leur avoit été promis. Enfin après
une demie heure de combát , les Vénitiens
cédérent de tous côtés , & leur réfiftance vigoureuſe
fut la caufe que les vainqueurs ne
donnerent aucun quartier. On en fit un
grand maffacre dans toutes les rues de la
Ville. Plufieurs en fortirent , croyant trouver
leur falut dans la campagne , mais la
précaution , qu'ils avoient prife , de murer
toutes les portes de la Ville , à l'exception
de celle de S. Jean ' , leur devint funefte :
d'Alégre y étoit avec les Gens d'armes , qui
11
les
182 MERCURE DE FRANCE.
les malfacrerent . Les ennemis y perdirent ,
dix à douze mille hommes ; le Provediteur
André Gritti refta prifonnier , & ce qui mit
le comble au malheur de cette journée , fut
la prife du Comte Louis d'Avogaro & de
fon fils , Auteurs de la révolte.
Après que les Soldats les eurent rendus
témoins du pillage de leurs maiſons & de
la défolation de leur famille , contre laquelle
tout fut permis , on les préfenta au
Duc de Nemours , toute l'armée demandant
à grands cris leur fupplice. Il ne fervit de
rien au malheureux Comte de repréſenter ,
qu'étant né fujet des Vénitiens , il n'avoit
fait qu'appeller fes anciens Maîtres au ſe,
cours de la Patrie & de fa Maiſon , que l'on
accabloit d'injuftice ; le plus fort fut regardé
comme le Maître légitime , & fa mort fut
ordonnée.
Ce Seigneur appartenoit aux Maiſons les
plus confidérables de la Ville , & du Pays
d'alentour ; fon malheur y jetta la confternation
, & acheva la déſolation publique
furtout lorfqu'on vint à réfléchir fur la deftinée
de fon fils , compagnon involontaire de
fon crime , & qui devoit l'être de fon fupplice
.
Ce jeune homme avoit obéi à la Nature ,
ainfi qu'à la reconnoiffance , en fuivant le
Comte d'Avogaro , & fon courage avoit été
adJUIN.
1744. 1183
admiré par
il
le Duc de Nemours même , lorfque
fe voyant enveloppé avec fon pere ,
avoit tout tenté pour le fauver , ou pour
périr avec lui les armes à la main. Sa douleur
, lorfqu'il fe vit arrêté , fut d'un homme
plein de fentimens ; celle de fon pere
fembla feule l'occuper , & ce fut en cet
état , qu'on le préfenta au Duc de Nemours.
Ce Général , d'un âge à peu près femblable
au fien , parut touché de fon fort ; il le plaignit
, fans entreprendre de le confoler , ainfi
que le tentent ceux qui ne fçavent pas que
rien n'affoiblit dans un lâche la crainte de
perdre la vie , & qu'un homme de coeur
n'a pas beſoin de fecours pour fouffrir unę
mort honorable ; que même dans de certaines
fituations , & aux yeux d'un homme
courageux , les exhortations à la patience
& àla foumiffion font des affronts àfon courage.
On conduifit le pere & le fils en pri
fon , & le lendemain toute la Ville vint fe
jetter aux pieds du Duc de Nemours , pour
demander leur grace. La néceflité de faire
un exemple le rendit inexorable , & on vit
enfin ces deux malheureufes victimes marcher
enfemble au fupplice.
Cette fituation affreuſe pouvoit faire
comprendre qu'il eft des maux plus grands ,
que l'afpect d'une mort prochaine. Le Comte
d'Avogaro lié à côté de fon fils ne pouvoit
con1184
MERCURE DE FRANCE.
contenir les tranfports de la plus vive douleur
; il fe précipitoit vers le fupplice &
vers la mort , comme dans un afile qui devoit
le délivrer de cette cruelle vûë. Son
malheureux fils défefperé de fon état , demandoit
comme une grace , plus précieuſe
que la vie même , qu'on l'exécutât le premier.
On voyoit fur leur vifage & dans
leurs regards , l'agitation affreufe de leur
ame. Lamultitude , qui environnoit l'échaffaut
, obfervoit un filence profond , jettant
fes regards tantôt fur les deux victimes ,
tantôt fur le Duc de Nemours , dont la
trifteffe fembloit laiffer quelque efperance
de grace , mais à ce calme fuccederent des
cris perçans , lorfqu'on vit le Comte d'Avogaro
arrivé fur l'échaffaut s'approcher de
fon fils pour lui dire les derniers adieux ,
& les efforts que ces deux infortunés faifoient
pour s'embraffer malgré leurs liens.
Tandis que ce Spectacle accabloit tous les
coeurs , le Duc de Nemours fit un figne , &
les deux têtes tomberent prefque en mêmetems.
Cependant le pillage de la Ville avoit
ceffé ; après avoir été la caufe de la priſe
de la Place , en animant le foldat , il le devint
de la perte de l'armée en l'enrichiſſant.
Les troupes déferterent en foule , & cette
barbare victoire devint par- là prefque auffi
fuJUIN.
1744. 1185
funefte aux François qu'une défaite. Le Duc
de Nemours , au lieu de foldats aguerris , fe
trouva obligé de fe fervir de nouvelles levées
, inférieur en ce point aux ennemis ,
qui n'employoient contre lui que l'élite de
leurs troupes. Cependant Bologne fauvée
une armée vaincuë , Breffe reconquiſe en
moins de quinze jours , lui avoient donné
la réputation du plus grand & du plus heureux
Capitaine de l'Europe. Devenu la terreur
des ennemis , il devint le motif de la
présomption des François , qui s'imaginerent
que fon nom feul devoit triompher.
LOUIS XII , plus prudent par fon Confeil
que par fon caractere , & éblouii de fes fuccès
, lui manda de chercher par tout les Efpagnols
& de leur livrer bataille,
Une des raifons de cet empreffement étoit
la déclaration du Pape en faveur de la Ligue
, fortifiant ainfi des tréfors du S. Siége
& des troupes de l'Etat Eccléfiaftique les
Vénitiens & les Efpagnols , déja fi puiffans
en Italie . Mais Louis & fon Confeil étoient
alfés inftruits de la politique des Pontifes
pour ne pas douter qu'une victoire complette
fur les forces réunies des Conféderés , ne
déterminât le Pape à les abandonner. On
eraignoit auffi que l'Empereur , féduit par
l'exemple de la Cour de Rome , n'embraffat
le parti de la Ligue , & que les Suiffes irrités
I. Vol F du
1186 MERCURE DE FRANCE.
du mépris , que le Duc de Nemours leur
avoit témoigné , n'imitaffent toutes ces Puif
fances, en fe joignant à elles , pour accabler
les François .
Ces motifs firent agir Gaſton avec moins
de circonfpection , que l'état des affaires
ne le demandoit , dans le defir de donner
bataille pour contenter le Roi , & de déranger
les projets de tant de fiers ennemis . Il
prit donc le chemin de la Romagne à la tête
d'une armée de dix-huit mille hommes d'Infanterie
, & d'une Gendarmerie nombreuſe ;
il y trouva celle des ennemis commandée
par le Viceroi de Naples , mais ce Général
avoit reçû des ordres pofitifs d'éviter la ba
taille , le Roi d'Efpagne , fon Maître , ne
doutant pas que le Roi d'Angleterre & l'Empeu
,
pereur attaquant la France dans elle
ne fût obligée de rappeller fes troupes d'Ita
lie
pour fa deffenfe , de forte que le Duc de
Nemours , plus preffé que jamais par de
nouveaux ordres du Roi , avoit à engager
au combat des ennemis fupérieurs en nom
bre , & qui ne négligeoient rien pour l'évi
ter. Il s'empara à leur vûë de Cafteldi -Solarolo
, de Colignola & de Granarolo , eſperant
à chaque fiége de Place forcer les enne
mis à venir au fecours & les réduire à la né.
ceffité de donner bataille. Ils parurent conf
tans dans l'idée de la fuire , & pour les
conJUIN.
1744.
1187
contraindre , le Duc de Nemours fe vit forcé
d'affiéger Ravenne.
L'importance de cette Ville, par rapport à
fa richeffe , au nombre de fes habitans , à fa
fituation dans l'Etat Eccléfiaftique , & la
promeffe qu'avoit exigé Antoine Colonne
avant que de fe jetter dans la Place pour la
défendre , qu'on viendroit sûrement la fe
courir,ne permettoient plus aux Conféderés
de régler leurs démarches fur les ordres de
la Cour d'Efpagne. Rome & Venife menacées
, montrant plus d'inquiétude & plus
de feu , déterminerent leurs Alliés , & l'ar
mée entiere approcha à deuxmilles de diſtan
ce de celle des François.
Gafton , que leur arrivée combloit de
joie , donna ordre au Chevalier Bayard d'aller
les reconnoître à la tête de fes Gendarmes
, & de quelques Archers ; ce brave Capitaines
pouffa jufques dans le Camp ennemi
, qu'il eut le tems d'examiner avec attention
, tout en combattant , & répandant
Fallarme en tous lieux. Sur le compte qu'il
en rendit au Duc de Nemours , ce Prince
réfolut d'attaquer le lendemain onzième
Avril , jour de Pâques . Quelques -uns en témoignerent
du fcrupule , mais le Général
leur fit fentir qu'une guerre injufte ne devoit
jamais être entreprife , ni une guerre
jufte differée pour aucune raifon , & fur le
Fij champ
1188 MERCURE DE FRANCE.
champ onjetta un Pont fur la Romagné¿
pour aller à l'ennemi ; l'avantgarde compo
fée d'Infanterie Allemande , & précédée de
l'Artillerie , paffa fous les ordres du Duc de
Ferrare ; elle mit la riviere à fa droite , &
fa gauche fur deffendue par fept cent Gendarmes
; la bataille toute d'Infanterie Françoife
fe plaça à côté de ces derniers , & cinq
mille Italiens achevoient de former la ligne,
Le Seigneur de Chabanes , la Palice & le
Cardinal de S. Severin , armés de pied en
cap , étoient derriere avec fix cent lances
& le fameux Ive d'Alégre fut mis à la têtę
d'un Corps de quatre cent Gendarmes pour
la réferve , afin d'être à portée de repouffer
les forties que la garnifon de Ravenne
pourroit faire.
Les Chefs de l'armée Eſpagnole étoient
Pierre de Navarre , Fabrice Colonne , & Antoine
de Leve , Carvajal , Ferdinand d'Avalos
, Marquis de Pefcaire , Officiers célébres
, & peu dignes d'avoir pour Général le
Viceroi de Naples Raimond de Cardonne ,
le plus effeminé de tous les hommes , & que
le Pape même ne daignoit pas comprendre
parmi eux , l'appellant toujours Madame de
Cardonne. Tous ces Chefs mirent leur armée
en bataille , à la difference de terrain
près , ſuivant la même difpofition que celle
de France, Le Duc de Nemours lui fit paffer
le
JUIN. 1744. 1189
le Ronco , & l'artillerie fe fit bientôt entendre
d'une maniere terrible ; celle des ennemis
avoit l'avantage de prendre les François
à découvert , pendant que couchés le ventre
à terre dans leurs retranchemens , ils fe
trouvoient à l'abri des coups.
Pierre de Navarre avoit donné cet ordre
contre le fentiment de Fabrice Colonne
qui vouloit qu'on fortit pour aller au- devant
des François ; celui de Pierre de Navarre
qui mettoit les foldats en sûreté , leur parut
d'abord le meilleur , mais on reconnut bientôt
le défavantage certain d'être enfermés
& feulement fur la défenfive , contre des
ennemis , qui attaquoient avec vigueur .
Les François avoient déja perdu deux mille
hommes; les retranchemens ennemis étoient
bordés de petits chariots arnés de contelats,
& de pointes , machines d'autant plus terri
bles qu'elles étoient inconnues ; cependant
on vint à bout de les forcer. Le canon du
Duc de Nemours faifoit dans la Cavalerie
de Colonne le même ravage que celui des
ennemis dans fon Infanterie ; Colonne outré
de voir tomber fes Gendarmes ,fans pouvoir
donner un coup d'épée , demanda au
Viceroi la permiffion de charger , & malgré
fon refus vint tomber avec furie fur un Efcadron
que commandoient le Duc de Nemours
& le Chevalier Bayard ; il avoit di-
F iij vifé
1190 MERCURE DE FRANCE.

vifé le fien en deux pour les envelopper , &
profiter ainfi de leur petit nombre , mais
Gafton & le Chevalier Bayard foutinrent le
choc avec tant de courage & de bonheur
que Colonne mis en défordre leur donna
pour prendre une nouvelle difpofition , le
tems dont il avoit lui-même befoin pour le
ralliement ; il revint faire une feconde charge,
& les 2 troupes fe rompirent une feconde
fois; cependant lesFrançois auroient été obligés
de céder , fi Ive d'Alégre attentif à tout ce
qui fe paffoit dans la Plaine , ne fut accouru
à leur fecours. Alors le combat devint opiniâtre
, & Colonne après une vigoureufe
réfiſtance , ne ſe voyant plus que deux cent
Gendarmes de cinq cent qu'il commandoit ,
prit la fuite , & fut fuivi de Raimond de
Cardonne , avec le refte de la Cavalerie ,
qui n'avoit point encore combattu .
Pierre de Navarre refta feul avec fon Infanterie
, & préfenta, malgré cet abandon ,
un front redoutable au vainqueur ; le Duc
de Nemours jugea à leur contenance qu'il
falloit les attaquer avec précaution ; il détacha
trois mille Archers pour aller faire le
tour du retranchement , afin de prendre les
ennemis par derriere , pendant qu'il les attaqueroit
de front avec le refte de l'Infanterie.
Pierre de Navarre les voyant approcher
, fit mettre ventre à terre à fes gens ,
mais
JUI N. 1744 1191
mais les Archers Gafcons , les plus adroits
de l'Europe , en ayant tué ou bleffé un
grand nombre , il les fit tous relever , &
envoya un détachement de douze cent hommes
d'élite , qui chargerent les Gafcons avec
tant d'impétuofité , qu'ils les mirent en
fuite.

Ce fuccès encouragea Pierre de Navarre ,
& jugeant bien que dépourvu de Cavalerie
il ne pouvoit efperer qu'une retraite glorieufe
, il fongea à fecourir Ravenne , pour

gager la parole donnée à Antoine Colonne ,
& mettre en sûreté cette Place , qui étoit
Foccafion de la bataille , & l'objet de la victoire
; fon détachement de douze cent hommes
, après avoir pouffé les Gafcons , ne s'amufa
donc point à les pourfuivre , & prenoit
le chemin de Ravenne , lorfque le
Bâtard du Fay fe préfentant à la tête de
quelque Cavalerie , les obligea de retourner
dans leur Camp.
Pierre de Navarre les vit revenir avec
une efpece de joie ; il avoit à foutenir le
choc de l'armée Françoife entiere , & ce fut
là qu'il fit voir ce que peut la capacité à la
guerre , lorfqu'elle eft aidée du courage. Un
foffé défendoit fon retranchement ; il l'avoit
bordé d'un grand nombre de piquiers
robuftes & braves , qui foutinrent jufqu'à
fix charges fans fe rompre. Le Colonel Ja-
Fiiij cob ,
1192 MERCURE DE FRANCE.
>
cob , des Chef des Allemans , qui étoient a
la folde de la France, y fut tué ; les foldats
dont il étoit aimé , jetterent de grands cris ,
& chargerent les ennemis avec une nouvelle
fureur ; ceux- ci toujours ferrés & en bon
ordre , & pour ainfi dire , fortifiés de leurs
pertes , par le courage que l'excès du danger
donne à de braves foldats , foutinrent
cette attaque fans s'ébranler , & ils paroiffoient
impénétrables , quand un Officier
nommé Fabien , du Régiment de Jacob , un
des plus grands , & des plus forts hommes
qu'il y eut alors en Europe , défefperé de la
perte de fon Colonel , & la voulant venger
, fauta au milieu des ennemis , & prenant
fa pique par le travers , l'appuya avec
tant de force fur plufieurs de celles des ennemis
, qu'il les fit baiffer jufqu'à terre
donnant à ceux qui le fuivoient le moyen
d'entrer par cette ouverture : il y fut tué ,
mais fa mort donna la victoire à fon parti .
Les François au milieu des rangs Efpagnols
, firent des prodiges de valeur pour
achever de rompre des gens , qui à demi
vaincus , combattoient avec un courage aufli
reglé , que s'ils avoient pû efperer de vainere
on parvint jufqu'à Pierre de Navarre ;
il fut environné , accablé de coups de pique
& de traits, & enfin fait prifonnier. Ce qui
reftoit d'Espagnols , privés de leur Général ,
fe
JUIN. 1744. 1193
fe raffemblerent en un feul corps , & fe retirerent
en bon ordre par le grand chemin.
Le Duc de Nemours échauffé par un combat
fi long & fi opiniâtre , apperçut ce bataillon
; leur contenance fiere le frappa ; il
lui fembla qu'ils emportoient avec eux la
meilleure partie de fa victoire & fans
confulter que fon ardeur , il alla fe jetter
avec un petit nombre de Gendarmes fur des
troupes , que ni fon armée entiere , ni la
perte de leur Général , n'avoient pu obliger
à fe rendre.
,
A fon arrivée , les Efpagnols préfenterent
leurs piques ; fon cheval fut tué & lui- même
bleflé. Démonté & ayant perdu fa lance ,
déja couvert de fang , il mit le fabre à la
main , & regardant fon coufin Lautrec à
pied & bleffé comme lui : S'il faut périr
dit-il , faifons- nous regretter. En même- tems
il part & porte des coups terribles ; plufieurs
des ennemis tomberent à fes pieds , mais fes
armes fauffées de toutes parts par de violens
coups de pique , le laifferent bientôt à dé
couvert. Lautrec , refté prefque fenl auprès
de ce Prince , admirant la bravoure , défefperé
de fon péril , ne ceffoit de crier aux
Efpagnols : C'est le frere à votre Reine ne le
tuez pas. Mais ces cris adreffés à des gens
qui n'efperoient plus de quartier , & ac
Fy com1194
MERCURE DE FRANCE.
compagnés de grands coups de fabre , ne
touchoient point des foldats défefperés &
furieux ; Gafton affoibli par fa premiere
bleffure , & n'ayant que fon fabre pour
toute défenſe , reçut à la fois quatorze blef
fures , dont il expira fur le champ de bataille
.
gne
La témérité fit ainfi mourir dans le fein
de la victoire & à l'âge de vingt- quatreans
, un Prince , que l'ardeur d'acquerie
rop-tôt le titre de grand Capitaine , préci
pitoit dans tous les dangers. Son bonheur
l'éblouit ; le titre de foudre de l'Italie , que
trois grandes actions en une feule Campalui
avoient fait donner , lui infpira une
nouvelle présomption , & ce même titre lui
convint encore mieux après la mort , quedurant
fa vie ; car il eut de la foudre , le
bruit , l'éclat & le peu de durée. Ce Prince
fe crut invincible , parce qu'il avoit toujours .
vaincu . Des triomphes fouvent répétés , forment
le caractere brillant , à qui l'on donnele
titre d'Héroïfine , mais le mêlange dequelques
infortunes perfectionne & conferve
le grand homme.
On regretta d'autant plus le Duc de Nemours
, que fa perte fut fuivie de celle de
Italie pour les François , & qu'il avoit de
ces qualités naturelles & d'éducation , qui
Le rencontrent rarement chés les Princes. La
JeuJUIN.
1744. 1795*
Jeuneffe de la Cour , qui l'avoit fuivi , vantoit
fon affabilité , fa douceur , fes égards
pour les difpofitions heureuſes , & pour le
zéle. Les vieux Guerriers loüoient fon attention
pour leurs fervices , & fes déférences
pour la capacité & l'expérience. Le foldat
publioit fon extrême valeur , & les peuples,
vaincus fa clémence. Ces préventions favorables
, & la rapidité de fes fuccès éblouirent
tous les yeux , & l'Europe entiere le
reconnut pour un très- grand Capitaine , à
un âge où l'on ne commence qu'à être foldat.
Le bonheur eft une forte de mérite aux
yeux des hommes . S'il n'eft pas fort eſtimable
aux yeux de la raifon , il eft le plus
brillant & le plus admiré du vulgaire.
Les autres grands Capitaines , dont les
Vies rempliffent ce IX Tome , font : Louisde
la Tremoüille II. du nom , Prince de
Talmond , Vicomte de Thouars , furnommé
Le Chevalier fans reproche , fous les Rois
Louis XI & François I ; Ive d'Alégre, Che--
valier de l'ordre du Roi , Capitaine de cent
hommes d'armes , fous les Régnes de Char--
les VIII & Louis XII ; le Chevalier Bayard ,
Lieutenant Général pour le Roi en Dauphiné
, Chevalier de l'Ordre , Capitaine de
cent hommes d'armes.
Fvi Lar
1196 MERCURE DE FRANCE.
LE RECUEIL DU PARNASSE , ou nouveaur
choix de Piéces fugitives en Profe & en
Vers , Tome fecond , en deux Parties , à
Paris , chés Briaffon , rue S. Jacques , à la
la Science.
Ce fecond Volume , dont l'affortiment
eft fait avec autant de goût que celui du
premier , offre d'abord des Poëfies fur la
mort de M. de Turenne ; on y voit une
grande fimplicité. L'entretien de deux Bergers
fur les Conquêtes du Roi ( LouIS XIV )
qui fuit ces Piéces , eft une espece de paraphrafe
de la premiere Eglogue de Virgile
fi l'on peut lui donner ce nom , qui loin de
diminuer les beautés de l'Ouvrage paraphraſé
, en offre encore de nouvelles` : en
voici quelques Vers.
» Sous les traits éclatans du plus grand des Héros ,
→ Un Dieu nous a donné ce tranquille repos.
→ Oüi , Melibée ; un Dieu dans ces bois l'a fait
» naître.
» Le Belgique Lion n'ofe plus y paroître ,
» Et ce Dieu , que toujours je nommerai le mien
» Rend à nos triſtes champs le doux fiécle d'Aſtrée ,
» Et met cette heureufe contrée
Hors d'état & de craindre & de fouhaiter rien.
Plus bas dans cette imême Piéce , il s'agit
de la douleur de la Naïade de Verſailles ,
privée de la préſence du Roi .
Fiere
JUI N. 1744 . 1197
» Fiere d'avoir fourni mille ornemens divers
» Aux plus délicieux des jardins de la Terre ,
» L'Onde qui de chaque Parterre ,
» Par cent longs traits d'argent élancés dans les
ל כ
airs ,
» Au brûlant élément livroit toujours la guerre ,
» Et bravant le Tonnerre ,
Alloit jufqu'en fon fein éteindre les éclairs ,
» Elle qui ne dormoit dans fes baffins fuperbes
30 Que fur l'émail des fleurs , & que fur l'or des ger
>> bes,
Honteufe de jouir , fi loin de fon Héros ,"
>> D'une gloire fi belle & d'un fi doux repos ,
Par de fecrets conduits fe cachoit fous les herbes ,
& c.
Le badinage & la délicateffe de Catulle
régnent dans une petite Piéce de Vers Latins
qui fe trouve enfuite , & qui a pour titre
de effractâ lagenula phalenci . Quoique de
beaux Vers , même mis en lambeaux , confervent
quelque beauté , comme dit Horace
, invenias disjecti membra Poëta ; cependant
ceux-ci veulent être lûs dans leur entier
, leur beauté confiftant dans la liaiſon
imperceptible qui y regne.
L'Hymen de Pluton , Allegorie , p . 47 ; les
penſées y font nobles , la Verfification foutenue
& l'expreffion choifie ; voici le commencement
:
Déja
1198 MERCURE DE FRANCE..
Déja depuis mille ans , le noir fils de Saturne ,,
Fâché de regner feul dans l'Empire nocturne ,
Briguoit auprès du fort le doux titre d'époux ,
Et menaçoit les Dieux de les enchaîner tous ,
Lorsqu'il vit Jupiter environné des Graces
Dans les bras de Junon rire de fes menaces.
Quoi ! dit alors ce Dieu , je fais trembler la Mort,
Et je ne pourrai point fléchir l'horreur du fort ?
L'Amour brûle mon coeur ,. & ces fombres contrées .
Jamais des feux d'Hymen ne feront éclairées ?
Quoi ! je verrai Momus & les Jeux triomphants
Rire , & fe demander le nom de mes Enfans , & c.
Et plus bas..
3
Du Tartare à l'inftant les gouffres font ouverts ;
Les Titans déchaînés courent dans les Enfers..
Déja de fes cent mains j'apperçois Briarée
Sur la baze éternelle ébranler l'Empirée ::
Gygés à fes côtés fait entendre cent voix ,
Et brave les cent Dieux qu'il fuyoit autrefois , & c.
Eve fortant des mains du Créateur , .p. 6.5.
Cette Idylle raffemble tout le fentiment &
toute la délicateffe poffibles. On pourroit
dire que l'on y reffent la force de l'efprit
humain dans la jeuneffe du monde ..
O'monts délicieux , agréable fontaine ,
Dont le tribut liquide enrichit cette plaine ,
Et toi qui m'éblouis , & Soleil bienfaisant
Aftre
JUIN E 1744
Aftre éloigné de nous & pourtant fi préfent
Dites-moi qui je fuis , & quel objet propice
Mérite de mon coeur le premier facrifice . &
BIBLIO
DE
LYON
On trouve p. 77 , un petit Roman qui a.
pour titre Efforts d'Amour & d'Amitié..
Une Epitre fur les dangers de la Poëfie , p..
163. Elle eft de M. de Čahufac , connu par
fes Tragédies de Pharamond & du Comte de
Warwik ; il n'eft pas difficile de reconnoître:
fon talent pour la Poëfie , dans les Vers fui--
yans.
» Nous fommes loin du beau fiécle de Rhée.
» L'homme avoit l'ame alors plus épurée ,,
» Un peu de gland appaifoit ſes befoins ,
» Et la vertu rempliffoit tous les foins.
» Mais aujourd'hui , nourris dans la molleffe ,.
>> Moins vertueux , ou nés d'une autre espece ,,
» Par d'autres noeuds nous nous fentons liés
» Tous nos befoins ſe font multipliés..
» Une agréable & commode induſtrie
55
A répandu des plaifirs dans la vie ;.
» L'Art féducteur femble avoir confondu
» Le néceffaire avec le ſuperfta ;
>> Et dans nos moeurs , foit raifon ou foibleffe ,
→ Pour vivre heureux , il faut de la richeffe , &c..
Une belle Ode für les glorieux fuccès des
armes de LoUIS XIV , dans la derniere
Came
206 MERCURE DE FRANCE.
pagne de Flandre , p . 173 , précéde des Plaídoyers
litteraires. Ĉes Plaidoyers conſiſtent
en fix petits Difcours Academiques dans le
genre deliberatif. Il s'agit de trouver les
moyens les plus propres pour étendre &
immortalifer la gloire de fon Prince. L'Hiftorien
, le Poëte , l'Orateur , le Sculpteur &
le Médaillifte font les Concurrens. Le Juge
dans un Difcours qui termine lesPlaidoyers
& où la folidité de jugement égale la fubtilité
d'efprit qui régne dans les Difcours
donne la premiere place à l'Hiftorien
enfuite au Médaillifte , au Sculpteur , au
Poëte & à l'Orateur.
Le Combat des Rats & des Grenouilles , p
251 .
C'est une imitation du Poëme d'Homere
, qui comme Stace nous l'apprend ,
donna cette Piéce enjouée avant que de publier
l'Iliade & l'Odiffée . Le Traducteur qui
y a retranché plufieurs chofes , & qui y en a
changé plufieurs autres , rend raifon de cette
conduite dans un Avertiffement qui fe trouve
à la tête du Poëme .
Monfeigneur le Dauphin à Louis XIV, p.
286. On trouve dans cette Piéce tout ce qui
caracteriſe l'Ode ; défordre heureux , élévation
de penfées , liaifons imperceptibles ,
nobleffe d'expreffion. On en jugera par cette
comparaifon.
Tel
JUIN 120 1744
» Tel en l'Elide étonnée ,
" Lançant des feux dans les airs ,
Le fuperbe Salmonée ,
>> Crut imiter les éclairs.
»Jupiter, d'un coup de foudre ,
» Fit bientôt mordre la poudre
A ce Grec audacieux

»Et cet Enfant de la Terre
Sentit combien fon Tonnerre
Cédoit à celui des Cieux .
O DE à M. de Segrais. Par M. Brulart
de Sill ry , Evêque de Soiffons. Elle fe trouve
à la p. 298 du Recueil.
» Viens revoir , cher Segrais , nos moiffons abon
» dantes ;
Viens voir leurs ondes d'or floter fur les guerêts ,
» Et les épics , courbés fous leur têtes pefantes ,
Rendre hommage à Cérès .
» Tout plaît dans nos déferts : nos longues ave
›› nuës ,
» Nos Ormes , dont la cime eft voifine des Cieux ,
» Et jufques aux Rochers qui terminent nos vûës,
» Tout charme les yeux.
y
*XXXX
»Nor
202 MERCURE DE FRANCE.
» Nos Torrens, fans fureur dans leurs chûtes fue
perbes ,
Aux doux foupirs des vents mêlent le bruit des
Eaux ,
Et femblent , feulement pour rafraîchir les herbess
» Tomber de nos Côteaux.
炒菜
Quand Jupiter du Ciel chaffa l'antique Rhée ,,
» L'injuſte ambition.corrompit les Mortels :
Toutefois parmi nous la fugitive Aftréo-
Conferva des Autels .
Le redoutable Mars , au champ de la Victoire
»Orne fes Favoris d'un fuperbe Laurier ;
Nous vivons dans nos Bois , contens de moins de
gloire ,
Le front ceint d'Olivier.
+3x+
Tandis que nous danfons dans les vertes campagnes
,
Sous un fombre feuillage, au frais d'un clair
Ruiffeau ,
Nos Chévres, au fommet des ftériles Montagnes ,
» Tondent quelque arbriffeau .
Si d'un Art fomptueux l'opulente Affyrie
Ne teint point nos habits de pompeuſes couleurs
» TouJUIN.
1203
1744.
Toujours, pour nous parer, l'émail de la Prairie
»Nous prodigue fes fleurs.
»Nos Cabanes, Segrais, ne font point magnifiques
» Nous dédaignons l'orgueil des Alcoves dorés ;
»Nous poffedons des bois, des Mufettes ruftiques,
→ Des Moutons & des Prés.
**+
» Reviens donc en ces Lieux , poufferjuſques aux
nues
» Ces beaux chants dont les Dieux s'empreffent de
joüir ;
»Nos Chênes agités en leurs têtes chenuës.
» Se courbent pour t'oüir.
»Faune , ramene - nous ce Berger , dont la gloire
» D'un renom immortel honore nos Hameaux. ,.
30
Et reçois pour préfent cette Géniffe noire
» Et ces deux Chalumeaux .
On trouve encore dans la premiere Partie
de ce Recueil plufieurs autres Piéces de
choix ; une Lettre fur les vapeurs , adreffée
à Mlle de Scudery , eft un de ces Morceaux
qui font defirer d'en avoir plufieurs femblables
; elle fe trouve au commencement de
la feconde Partie. L'Auteur s'y éloigne fort:
des.
# 204 MERCURE DE FRANCE.
»
des fentimens de l'Ecole , & femble ſe rappro
cher de la Nature. Voici le précis de ce
qu'elle contient. L'Auteur après avoir blâmé
la confiance aveugle qu'on a pour les Médecins
, dit que la maladie des vapeurs
» n'eft autre chofe que l'affection hypocondriaque
; que cette maladie étant fort peu
» de choſe en fon commencement , il feroit
» très- aifé de l'emporter , fi l'on fe fervoit
de remedes convenables , mais que les
» Médecins aident à fon invétération , en
» rafraîchiffant les entrailles , au lieu de for-
» tifier l'eftomac , ce qui obvieroit à la gé-
" nération des humeurs excrémenteufes ;
» que cette conduite des Médecins vient de
»la prévention où ils font que le corps humain
eft comme un Alembic , ce qui eft
faux ; qu'en ce cas il faudroit dans cette
maladie que le coeur , comme la partie
» la plus chaude du corps , fût placé fous
le méfentere , puifqu'étant placé dans
» la poitrine , il précipite les vapeurs en bas;
qu'il eft faux que la chaleur provenant
» d'une atrabile , foit fupérieure à celle du
" coeur , & que les Médecins feroient em-
»barraffés , s'ils étoient obligés de nrontrer
» ce qui peut caufer cette effervefcence de
" bile ; que les vapeurs qui s'élevent dans le
"bas ventre , ne peuvent être portées à la
» tête , à raifon du grand nombre de parties
»
»
»
» qui
ן כ
JUIN. 1744.
1205
qui font interpofées ; qu'elles ne peuvent
".y être portées ni par les veines , ni par les
arteres , ni par les nerfs ; que l'exemple
de l'Epilepfie ne peut nuire à ce qu'il avan-
»ce, puifque la fubftance maligne dans l'E
pilepfie , eft auffi fubtile que l'efprit ani-
» mal , par conféquent d'une autre nature
» que ne font les vapeurs.
»
Il paffe enfuite aux fymptômes qui ac
compagnent les vapeurs , & de-là fait l'énu
mération de ceux qui font plus fujets à cette
maladie que d'autres, Il conclut enfin que la
fource de cette maladie eft dans l'eftomac, ce
qu'on peut voir par les fymptômes qui marquent
que cette partie eft affectée
que la
chaleur d'entrailles qui accompagne cette
maladie, n'eft qu'un fymptôme ; qu'elle n'eft
qu'un effet de l'indigeftion & des crudités ,
& non une effervefcence de bile ; que par
conféquent il faut employer des remedes
chauds pour aider la coction des alimens ;
que la conftipation du ventre , autre fymptome
, vient de même des crudités de la
premiere coction , & demande des remedes
chauds. Il finit , en difant que les autres
fymptomes de cette maladie venant de la
même fource , demandent les mêmes remedes
, & que ce n'eft qu'ainfi qu'on peut détruire
cette maladie , qui eft le fleau des Médecins
. Cette Lettre eft de M. Labroffe , Auteur
1206 MERCURE
DE FRANCE.
teur d'une autre Lettre , imprimée dans le
premier Volume , & qui eft adreffée à M.
Chapelas.
On trouve , P. 352 > une autre Lettre
fur la crainte qu'on a de l'Equinoxe. La fubtilité
d'efprit y paroît de toutes parts ; quoique
les preuves qui y font employées foient
plus brillantes que folides , ce Morceau ne
faiffe pas que
d'avoir fon mérite.
Les Adieux aux Muſes , p . 380 , par M.
de Nefle.Voici comment l'Auteur ,après avoir
parlé des differens genres de Poëfie , & avoir
loué Racine & Corneille , parle de la Tragédie.
» Mais , ô douleur ! par le fard enlaidie
»De jour en jour je vois la Tragédie
» Perdre beaucoup de ces attraits brillans
» Dont la Nature orna ſes jeunes ans.
Dans les atours quoique fuperbe & riche ,
Elle n'a plus qu'une beauté poftiche.
» Arrachez -lui fes patins , ces lambeaux ,
» Dont la dorure émerveille les fots ;
» Si vous pouvez , foyez à ſa Toilette ,
20 Et puis direz , hélas ! quelle Soubrette !
» Hors de la Scéne épluchez fes Héros ,
» Et puis direz , Ciel ! quels Godelureaux , &c³
Au refte , on ne doit regarder cette Piéce
que comme un jeu d'efprit , qui ne doit rien
faire
JUIN. 1744: 1207
faire conclure de défavantageux à la répu
tation de nos grands Maîtres.
La réputation de Triftan l'Hermite , &
celle de S. Amant , font trop établies , pour
qu'on ne voye pas avec plaifir plufieurs particularités
fur ces deux Poëtes , p. 428 &
fuiv .
Remerciment de M. P ** , à une Dame ,
qui lui avoit envoyé des petites Figures de
Porcelaine. Il fe trouve p . 457 .
» O la gentille poſture
Qu'ont l'un & l'autre Roquet
»Et le petit Chat qui jure
» Et le joli Perroquet !
» Dans l'une & l'autre figure ,
33
N'ai - je pas eu mon paquet ?
" Le Chat , entre ces Images ,
» N'eft pas mon Type , à coup får ş
39
f
J'en prends à témoin deux Sages,
Fontenelle & Reaumur ;
» Et des Bêtes & des Hommes ,
» Ces Jugés de bonne foi
"Vous diront combien nous ſommes
"Differens , le Chat & moi.
» Je ne veux que la manie
כ
* Qui , nuit & jour fans repos ,
» Fait qu'il attente à la vie
De ces joyeux animaux ,
* Qué
203 MERCURE DE FRANCE
35 Que moi j'aime à la folie.
» Cette feule antipathie ,
Comme implacables Rivaux ,
» Tous deux nous differencie.
» Les Chiens , dont la baſſe envie¡
L'inquiétude , & les foins
» Eternifent l'infomnie ,
Me reffemblent encor moins.
Le petit Perroquet refte ;
» Voilà mon lot fans contefte ;
» Perroquet , en vérité ,
Les Dieux ne m'ont pas
Je ne l'ai jamais été ,
fait naître
Mais fans faute je vais l'être.
» Car en chantant aux Echos ,
>> D'une voix reconnoiffante ,
La Déeffe bienfaifante ,
» De qui je tiens ces Joyaux ;
Et cent piques deffous elle ,
» En faisant defcendre celle
» Qui la Pomme d'Or conquit ;
55
Que ferai-je , pauvre Poëte ,
» Qu'un Perroquet , qui répete
Ce que d'elle chacun dit
Il eft aifé de reconnoître dans une Ode
morale , qui fe trouve page 505 , le ſtyle
d'un homme à qui l'adverfité a mis la
plume à la main , quoique l'expreffion n'y
foir
JUIN. 1744. 1209
foit pas négligée , on voit qu'il lui a préféré
les penfées. En voici la premiere Strophe,
» Que le Monde , aux vrais Philofophes
» Paroît rempli d'illuſions !
Que les diverſes cataſtrophes
» Font naître de refléxions !
Je ne vois qu'impoſture étrange ,
» Que confufion , que mêlange ,
» Dans les points même les plus beaux ;
Le premier coup d'oeil en impoſe ,
» Mais les Dieux ont fait peu de choſe ;
» En le débroäillant du Cahos,
pour donner un dé
Le feul arrangement de l'Univers , lorf
qu'on l'examine , fuffit
menti à ce Philofophe.
On trouve encore plufieurs Piéces dans
ce Recueil , entre autres une Traduction en
Vers Italiens du IX Chant de la Henriade ,
d'une beauté achevée ; une Ode à la gloire
immortelle de LOUIS LE GRAND ; la Criti
que des Fables de la Motte-Houdart , &c,
L'Auteur du Recueil avertit à la fin que
M. Philippe s'eft chargé d'une Edition de
Sallufte , qu'il en vient de donner une de
Lucrece, qui fe vend chés Conftelier , & qu'il
en donnera une de Virgile & d'Horace ,
qui font toutes deux très-ayancées , en 3
Volumes in- 12,
G Il I, Vol
# 210 MERCURE DE FRANCE
Il y annonce encore un Effai de Géogra
phie du même M. Philippe , Livre déja connu
par l'Approbation du Public .
L'Académie Royale des Sciences délivrera
dans fon Affemblée publique d'après la quinzaine
de Pâques de l'année 1746, le premier
des deux Prix fondés par feu M. Rouillé de
Meflay, Confeiller au Parlement , & fe conformant
aux vûës du Teftateur , elle propo-
Le pour Sujet l'Explication de l'Attraction de
Aiman avec le Fer ; la Direction de l'Aiguille
aimantée vers le Nord , fa Déclinaifon & fon
Inclinaifon.
Elle avoit déja propofé ce Sujet pour le
Prix de l'année 1742 , & n'ayant point été
parfaitement fatisfaite des Mémoires , qui
lui furent alors préfentés, elle avoit propofé
le même Sujet pour le Prix de cette année.
Quoique parmi les nouveaux Mémoires qui
lui ont été envoyés , il y en ait quelquesuns
qui paroiffent avoir été compofés par
des perfonnes fçavantes , elle n'a trouvé cependant
encore dans aucun la Queſtion affés
approfondie , ni traitée avec affés de précifion
& de clarté, pour les couronner. Ainfi,
par les mêmes raifons qui lui ont fait réferver
le Prix de 1742 , elle a réſervé celui de
1744 , & elle joindra l'un & l'autre au Prix
de
JUIN. 1744. 1211
de 1746 , qui fera triple , c'eſt- à- dire de
7500 livres , fuivant les difpofitions ordonnées
par M. Roüillé de Meſlay.
DESCRIPTION de deux paires de
Piftolets, préfentés au Roi par M.de Bernage,
Prévôt des Marchands , & Mrs les Echevins
de la Ville de Paris , avant le départ
de Sa Majesté , au mois de Mai dernier.
Teledier,Becchi de reliefs ce de cifelures
Out l'ouvrage d'une de ces paires de Piſtolets
,
en Acier , dont tous les fonds font d'or perlé , partie
d'or en rapport , partie d'or en boffe , dont les fonds
font d'Acier, ce qui forme un contraſte & une riche
& agréable variété .
Les Travaux d'Hercule font l'objet qu'on s'eft
particulierement proposé d'y repréſenter , on a ſuivi
cette idée avec tant d'exactitude , qu'outre les divers
Tableaux Hiftoriques qu'on en a faits , felon
les differentes Piéces qui entrent dans cet Ouvrage,
on s'eft encore fervi de tous les attributs & fymboles
qui conviennent à ce Héros , pour en compofer
les autres ornemens , ce qui a fouvent obligé de changer
la forme & le contour ordinaire des Piéces.
Sur les Platines des Piftolets , on a repréfenté ,
d'un côté , la defcente d'Hercule aux Enfers & fon
Combat avec Cerbere , de l'autre , Hercule fe repofant
fur la Maffue & tenant à la main les Pommes
d'or du Jardin des Hefperides . On voit à côté & en
perfpective le Jardin . Sur une des Batteries eft repréfentée
la Prudence, qui a conduit ce Héros dans toutes
les entrepriſes , accompagnée de tous les attributs
fur l'autre , la conftance qui l'a foûtenu dans
tous les Exploits , aufli pénibles que glorieux ; fur
Gij l'un
1212 MERCURE DE FRANCE.
P'un des porte-vis eft le Combat avec les Centaures.
On voit Hercule qui en tient un , qu'il eft prêt de
terraffer. Les uns prennent déja la fuite , & d'autres
font étendus morts ; de côté & d'autre font épars les
débris du Feftin , des Autels & du Feu sacré ; fur
l'autre porte- vis eft la délivrance dePromethée.Cet
te malheureuſe Victime de la colere des Dieux , eft
couchée fur un Rocher , & liée avec des chaînes.
Un horrible Vautour lui déchire le coeur ; Hercule
dans le lointain, tend déja fon Arc & eft fur le point
de décocher fa fléche ; le refte de la repréfentation
eft un Payfage, ou plûtôt un Defert affreux & rempli
de Rochers ; au bas du principalRocher où eft attaché
Promethée , eft la Boëte de Pandore , entr'ouverte ,
d'où fortent plufieurs Monftres hideux & de figures
différentes , fymboles de tous les maux qui y
étoient renfermés .
Les devants des Sous - gardes font formés d'un
côté par plufieurs Dragons entortillés à l'entour
d'une branche , qui porte les Pommes d'or , le tout
terminé par une Couronne d'Etoiles ; de l'autre côté,
par l'Hydre à fept têtes , qui entoure une Maffuë ,
furmontée d'une Couronne de Chêne & de Laurier.
Les Pontets font foutenus par une tête de Dragon
aîlé , dont le reste du corps fe perdant par deffous ,
va former de fa queue l'autre pied du Pontet ; fur
l'un de ces Pontets eft repréſenté Hercule portant
le Monde ; fur l'autre , le Combat de ce Héros &
d'Anthée , fils de la Terre.
Les Calotes font ornées des Buftes de LoUIS XIV
& de LOUIS XV. On y a repréfenté le Rhin , avec
les attributs de ce Fleuve. Il paroît effrayé à la vûë
d'un Cartouche aîlé , volant dans les airs & portant
les Armes de France ; de l'autre côté de la même
Calote eft un Génie de la Guerre , tenant une Pique
d'une main , & de l'autre l'Egide avec les mêmes
Aimes,
SUN
JUIN. 1744. 1213
Sur les côtés de l'autre Calote , où eft repréſenté
le Roi regnant , on voit une Renommée portant les
Fleurs de Lys , & le Tems avec fa faux , moiffonnant
des Lauriers à ce Prince . Le refte de ces Piéces
eft enrichi d'autres ornemens & d'attributs convenables
, tant à ces deux Héros de notre France, qu'à
celui de la Fable , dont on a fuivi l'Hiftoire . Sur
l'un des Canons eft repréſenté le Bucher d'Hercule ;
il eſt allumé , & ce Héros au milicu des flâmes , ne
paroît avoir encore rien perdu de fa conftance & de
fon courage ; des Cyprès l'entourent de tous côtés ;
au- deffous on voit l'Urne , qui doit renfermer fes
cendres, & des Enfans aîlés qui tiennent fes Armes ;
au-deffus eft une Renommée , tenant d'une main
une Trompette , & de l'autre une Couronne de
Laurier.
L'autre Canon repréfente l'Apothéofe d'Hercule ;
il est monté fur un Char, tiré par de fougueux courciers
, & porté fur des Nuages ; au deffous font deux
Enfans qui fuivent ceTriomphe. &qui portent dans
les Airs la dépouille de Lion , dont ce Héros avoit
coûtume de fe couvrir ; au- deffus , la Gloire tenant
une Couronne à la main , ſemble devancer ce Héros
; on voit plus haut l'Olimpe qui s'ouvre , &
d'où fortent des rayons de lumiere.
Ces deux représentations n'occupent que la moitié
des Canons ; ils font en relief d'acier , & les fonds
d'or . Le refte des Canons , comme plus minces ,
font au contraire en ornemens d'or , appliqués en
boffe , & les fonds font d'Acier ; on y a repréſenté,
autant que l'efpace l'a permis , le refte des travaux
d'Hercule ; la Biche des Montagnes de Ménale ; le
Sanglier de la Forêt d'Erymanthe ; le Lion de Nemée
, & le Taureau de la Gréce , & c.
Les Piéces de Pouces font d'or , & repréfentent
les Armes de France , avec tous les ornemens & attributs
G iij
1214 MERCURE DE FRANCE.
tributs qui ont coûtume de les accompagner ; au
lieu du Manteau Royal , qui en fait ordinairement
le fond , on a fubftitué la peau du Lion d'Hercule ,
& cette Peau forme le contour & la figure de ces
Piéces.
Les Montures font de Noyer , ouvragés en filagrammes
d'or , qui en laiffent à peine appercevoir
Ies fonds.
Le dedans des Canons eft fi uni & fi poli , qu'on
en voit le fond , & qu'on y peut lire les deux Infcriptions
qui font gravées fur les Culaffes ; fur l'une
, on lit ces paroles LUDOVICO XV , & ſur l'autre ,
HERCULI GALLIA .
L'autre paire de Piftolets eft garnie d'argent >
moins riche , mais travaillée avec la même attention
& le même goût ; les attributs des Sciences ,
des Arts & de la Guerre , en font les principaux ornemens.
Ces Ouvrages , qui ont mérité les éloges des
Connoiffeurs , font de l'invention , & ont été exécutés
par les Freres la Roche , Arquebuſiers du Roi
& de Monfeigneur le Dauphin , logés aux Galeries
du Louvre.
*
CHANSON
TBHLEIO
LYON
*1893
bE
Giijj
Recit
de Basse
de
Me.
T3
m
CHANSON
JUIN
. 1744. 1219
CHANSON
B Anniffons de notre féjour
Tout Amant infidéle .
Qui trahit fa Belle ,
Doit redouter l'Amour.
Venez , coeurs fenfibles
Dans ces Lieux paisibles ,
Former d'aimables noeuds.
Que de Bacchus le doux breuvage
Se mêle au tendre badinage
Des Jeux amoureux.
Ен
MENUET
.
EH! comment ne pas me rendré >
Comment fauver ma raiſon en ce jour ?
Le Dieu du Vin , pour me ſurprendre ,
A fait ligue avec l'Amour .
G iijj SPEC1216
MERCURE DE FRANCE.
DUDUQUQUNUDUQUNUNUNUNUNUDÜNÜND
PUKURUPUNUDUDUDAK
SPECTACLES.
ununu
EXTRAIT d'une Comédie nouvelle , en
Vers & en deux Actes , intitulée l'Epoux
par fupercherie , représentée au Théatre
François le 9 Mars dernier , de la Compofition
de M. de Boiffi.
ACTEURS.
Le Marquis d'Orville, mari fecret d'Emilie ,
le Sr de la Nože,
Milord Belfort , crû mari d'Emilie , le Sr
Emilie ,
Grandval.
la Dlle Gauffin.
Conftance , coufine d'Emilie
ta Dlle >
Grandval.
La Fleur , Valet du Marquis , le Sr Armand,
La Scéne eft en Angleterre , à la Campagne ,
chés Milord Belfort.
Ette Piéce a été très -bien reçûë du Pu-
Cblic. Elle n'a pas eû beaucoup de repréſentations
, mais elles ont été brillantes ,
& l'Auteur l'a retirée du Théatre , parce
que la faifon n'étoit pas affés favorable. Le
titre
JUIN. 1744. 1217
titre ne promet pas une Piéce où les moeurs
puiffent régner avec avantage , cependant
elles y font ménagées avec foin. Le fujet
en eft fimple , & s'il y a quelque chofe qui
puiffe choquer la vraisemblance , on y a
pourvû , autant qu'il a été poffible , & conformément
au titre fous lequel on l'a annoncée
au Public.
Le Marquis d'Orville , Ami de Belfort ,
chés qui l'action théatrale fe paffe , ouvre la
Scéne avec la Fleur , fon valet. L'amour que
ce Marquis avoit pris dans les yeux d'Emilie
, étoit fi violent, qu'il lui avoit caufé des
vapeurs ; ces vapeurs donnent lieu à des plaifanteries
, & fervent d'excufe & de voile à
des déclarations d'amour , dont la vertu
d'Emilie , fa femme , fans le fçavoir , auroit
lieu de s'offenfer , fi elle ne les attribuoit à
une espece de délire , fuite naturelle de fa
maladie. C'eſt par-là que la Fleur commence
:
J'ai tremblé pour vos jours , & mon ame eft ravie
De vous voir rechappé de votre maladie , &.c.
La Fleur lui annonce que fon Pere l'envoye
pour un fujet d'importance , qui demandoit
fa convalefcence , puifque c'eft
pour le marier. Le Marquis , frappé de cette
nouvelle , apprend à la Fleur que cet Hymen
eft impoffible , attendu qu'il eft déja marić.
GY La
1218 MERCURE DE FRANCE.
La Fleur prend cette réponſe pour une fuite
des vapeurs on a dont déja parlé , ce qui
donne lieu à l'expofition du fujet :
J'ai l'efprit fans nuage, & pour preuve fincere ,
Je vais te dévoiler le fond de ce myftere .
La cruelle langueur , dont j'ai pensé mourir
Qu'aucun art ne pouvoit connoître , ni guérir,
L'Amour en étoit feul l'origine fecrette ,
Et de lui , dépendoit ma guériſon parfaite , &c.
Dans le tems que Belfort recherchoit Emilie ,
Je la vis , mais à peine un regard me frappa,.
Qu'elle embrafa mon coeur & qu'il l'idolâtra .
Mon ardeur , en naiffant , condamnée au filence ;
S'accrut par la contrainte , & cette violence.
Me conduifit bientôt aux portes du trépas.
Mon ami défolé , me ferrant dans fes bras ,
Me conjure inftamment de parler & de vivre ;.
Me dit que fi je meurs , il eft prêt de me fuivre,& c
Il m'arrache l'aveu de ma fecrette flâme , & c .
Que fait Belfort le jour que l'Hymen fe prépare
Son efprit imagine un moyen fou , bizarre ,
Mais le feul qui pouvoit caufer ma guérifon..
Il gagne le Notaire , & fous mon propre nom
Fait dreffer le Contrat , & par ce ftratagême ,.
Feignant d'être témoin , je figne pour moi-même
La Fleur devine la fuite d'une avanture
qu'il traite de Roman ; voici comment il
acheJUIN.
1744. 1219
acheve lui - même l'expofition :
N'eft- il pas vrai Milord , en confident difcret
Se retire fans bruit , trompant le Domeſtique ,
Après s'être faifi de la lumiere unique ,
"
Qu'il avoit fait laiffer dans ſon a partement ;
Crac ; vous prenez Monfieur , fa place doucement ;
Et fous le voile heureux de la nuit favorable ,
Vous devenez l'Epoux de cette Dame aimable.
Hem ! n'eft- ce pas ainfi que le tout s'arrangea ?
Le Marquis fui avoue que tout s'eft paffe
comme il vient de le deviner . Nos lecteurs
comprendront aifément combien cette expofition
étoit néceffaire , pour éclaircir ce
qui va fe paffer.
LeMarquis ordonne à la Fleur de garder le
filence. La Fleur promet d'obéir , mais , foit
par indifcretion , foit par le defir qu'il a de
retourner en France avec fon Maître , il lui
manque de parole dans la principale partie ,
qui eft le mariage propofé en France , fe
mettant fort peu en peine de celui qui s'eft
fait en Angleterre.
Belfort vient demander au Marquis quelles
nouvelles il a reçûes de chés lui ; leMarquis
Lui apprend l'embarraſffante fituation où il fe
trouve ; Belfort traite cela de bagatelle , cependant
, il n'eft pas moins embarrallé que
Gvj fun
1220 MERCURE DE FRANCE.
fon Ami , quoi qu'il lui dife , fans le
roître il lui dit
Retourne en ton Pays & laiffe moi ta Femme ;
Son état ne doit pas inquiéter ton ame ;
Compte que j'en aurai le même foin que
J'ai le titre d'Epoux , j'en remplirai l'emploi .
toi ;
pa-
Le Marquis traite ce confeil de badinage
& confultant mieux fa probité , il lui rés
pond :
Je vois de tous côtés une affreufe tempête ;
De ma Femme d'abord la Famille m'arrête ;
Ce noeud va lui paroître un outrage mortel ;
Elle me pourſuivra peut -être en criminel .
Le Marquis fe détermine à faire l'aveu de
fa fupercherie à Emilie , cependant il voudroit
ne faire ce fatal aveu qu'après s'être
affûré de fon coeur ; il la foupçonne d'indiférence
pour lui , & d'amour pour Belfort ,
qu'elle croit fon véritable Epoux . Cette jaloufie
donne lieu à des Scénes affés plaifantes.
Ils conviennent d'agir de concert pour
rompre la glace , le Marquis n'ayant pas
courage de l'entreprendre feul .
le
Emilie arrive à propos , pour leur faire
commencer ce grand Ouvrage. Belfort fe
retire ; Emilie eft furpriſe de voir qu'il évite
fa préfence ; le Marquis l'en confole d'une
maJUIN.
1744 1228
maniere à lui faire préfumer que Belfort ne
l'aime pas il va même jufqu'à lui dire qu'il
ne le doit pas , ce qui augmente le trouble
d'Emilie , elle le preffe de ne lui rien cacher
; cet ordre augmente le trouble du
Marquis ; il n'ofe aller plus loin , & prétexte
fon filence d'une foibleffe qui lui prend
tout à coup , & qu'Emilie attribue à la maladie
dont il ne fait que de fortir . Cela
l'oblige à finir cette converfation , d'où le
Marquis ne fçait plus comment fe tirer ;
elle le congédie & donne ordrequ'on prenne
foin de lui.
Conftance vient ; Emilie lui fait entendre
que la fanté du Marquis n'eft pas encore
bien rétablie ; fa coufine, qui s'eft apperçûë
de l'amour du Marquis pour Emilie , lui dit
qu'elle craint que fa préfence ne ferve pas
beaucoup à fortifier la fanté. Elle lui dit
qu'elle foupçonne Belfort de ne pas aimer
celle qui devroit feule être l'objet de tous
fes foins , & lui donne des conſeils dont la
pratique n'eft que trop d'ufage, en voici un :
"
Miladi , pour trancher les difcours fuperftus ,
Regardez votre Epoux , comme s'il n'étoit plus
Et vivez fur le pié d'une Veuve à la mode ,
Qu'aucun foin ne retient , qu'aucun frein n'incom
mode ,
Qui toujours du plaifir fuit les impreffions ,
Mai
T222 MERCURE DE FRANCE:
Mais qui défend fon coeur des grandes paffions ,
Et court d'un pié leger après les ris fans ceſſe ,
Sans s'écarter jamais des Loix de la Sageffe.
Emilie , qui n'aime pas trop Belfort , n'a
pas beaucoup de peine à fe déterminer à
fuivre un confeil que la néceffité femble autoriſer.
Nous pafferions les régles que nous nous
fommes prefcrites , fi nous fuivions toutes
les jolies Scénes dont ce mariage fait
par fupercherie
, eft rempli. Il eft tems d'en venir
au dénoûment. La Fleur , qui a déja reçû
des coups de bâton pour prix de fon indifcrétion
, fe fert de cette même indifcretion
pour réparer la faute dont fon Maître l'a
puni , & tire par là le Marquis & Belfort
d'un grand embarras , dans lequel ils fe replongent
, à mefure qu'ils veulent en fortir.
Il dit à Emilie tout ce qui s'eft paffé pour la
tromper il n'en omet pas la moindre circonftance
; il fait cet aveu décifif pour la
Piéce devant toutes les perfonnes intéreſfées.
Le Marquis & Belfort tombent aux
pieds d'Emilie pour lui demander grace ; ils
l'obtiennent avec d'autant moins de peine
qu'Emilie a déja fait connoître qu'elle n'aime
pas Belfort , & qu'elle voit que le Marquis
ne l'a offenfée que par un excès d'amour
, qu'on pardonne toujours aiſément.
Voici comment elle s'explique :
Now,
JUIN 1744. 1223

Non;je n'en rougis plus ; tout haut je le publie,
Ce qu'à fait l'Amitié , l'Amour le ratifie.
Belfort , qui a déja parlé d'amour à Confrance
dans le cours de la Piéce , obtient fa
main , & la Comédie finit par un double
mariage.
י
Le 6 Juin , les mêmes Comédiens remirent
au Théatre la Tragédie de Pirrhus de
M. de Crebillon , de l'Académie Françoife ,
dans laquelle le Sr Drouin, nouvel Acteur ,
qui a déja débuté fur le même Théatre le
mois dernier , joua le principal rôle avec
applaudiffement.
و
Le 11 , ils remirent auffi au Théatre une
ancienne Comédie en un Acte , du feu Sr
Dancourt , intitulée le Camp de Compiegne
que le Public a reçû favorablement. Cette
Piéce , qui avoit été donnée dans fa nouveauté
au mois d'Octobre 1698 , eſt ornée
d'un Divertiffement deChants & de Danfes,
parfaitement bien exécuté.
Le 13 , on repréfenta la Tragédie de
Brutus de M. de Voltaire ; le même nouvel
Acteur repréſenta le rôle de Titus , avec les
mêmes applaudiffemens.
Le 20 , ils donnerent la Tragédie d'Alzire
de M. de Voltaire , dans laquelle le même
Acteur joua le rôle de Zamore avec applau1224
MERCURE DE FRANCE.
plaudiffement. On peut voir l'Extrait de
cette Piéce dans le Mercure de Février 1736,
pag. 347 .
Le 21 , les mêmes Comédiens , remirent
au Théatre la Comédie de l'Andrienne , de
feu M. Baron , qui y jouoit lui -même d'une
maniere inimitable le rôle de Simon . Ceux
de Dave , de Glicerie & de Mifis , étoient
joués par les Srs Dufrêne & de la Torilliere
, & par les Dames Dangeville & des
Hayes ; aujourd'hui ces principaux Perfonnages
font très- bien remplis par les Srs de
la Torilliere, Grandval , Armand , & par les
Diles Gauffin , & Dangeville ; au refte cette
Piéce fait grand plaifir au Public , & cft
bien reprefentée
.
Le 9 Juin , l'Académie Royale de Mufique
donna la derniere repréſentation de
l'Opera de Dardanus , & le Jeudi fuivant,
elle donna la premiere repréfentation d'un
nouveau Ballet , qui a pour titre l'Ecole des
Amans , compofé d'un Prologue dialogué
entre l'Amour & la falousie , & de trois Entrées
; la premiere a pour titre la Conftance
couronnée , la feconde , la Grandeur facrifiée ,
& la troifiéme , l' Abfence furmontée . Le Poëme
eft de M. Fufelier , & a été mis en Mufique
par M. Nieil , Auteur d'un Ballet Héroïque
, intitulé les Romans , repréſenté au
mois
JUIN. 1744: 722
mois d'Août 1736. On parlera plus au long
de cette nouveauté qui a été reçue favora
blement du Public .
Le 10 , les Comédiens Italiens donnerent
une Comédie Italienne , en trois Actes , intitulée
le Divorce d'Arlequin & de Coraline ,
dans laquelle le nouvel Acteur & la nouvelle
Actrice ont très-bien joué les rôles de
Pantalon & de Soubrette. Cette Piéce , qui
eft dans le vrai goût Italien , eft terminée
par un Divertiffement parfaitement bien
exécuté , dans lequel le Sr Balletti & la Dlle
Coraline exécuterent un pas de deux au gré
de tous les Spectateurs.
Le 20 , ils repréfenterent une Comédie
Italienne , en cinq Actes , dans laquelle la
nouvelle Actrice remplit un rôle de la Piéce
au gré du Public. La même Comédie qui a
pour titre , le Pot Pourri, ou Arlequin Mari
fansfemme , avoit été déja donnée fur le mê
me Théatre le 10 Janvier 1720.
NOU
1226 MERCURE DE FRANCE:
張光送送送送送送送說說說說說說說
NOUVELLES ETRANGERES ,
TURQUIE.
[a
Na appris de Conftantinople que Thamas-
Koulikan n'ayant point voulu fe défifter de fa
prétention d'avoir un Emir à la Mecque , le Grand
Seigneur avoit refufé de conclure la paix ; que
Hauteffe avoit envoyé un Corps nombreux de trou
pes au fecours de Schach Rade , qu'elle a fait proclamer
Roi de Perfe , & qu'Achmet Pacha , ci-devant
Grand Vifir , devoit commander l'armée Ots
tomane.
ALLEMAGNE.
ONmande de Vienne que la Reine de Hongrie
a reçû de Londres un courier extraordi
naire, par lequel elle avoit été informée que le Par
Jement de la Grande Bretagne lui avoit accordé un
nouveau Subfide de 150000 liv. Sterlings , & que le
Roi d'Angleterre avoit envoyé ordre à l'Amiral
Mathews de détacher dix Vaiffeaux de l'Eſcadre
qu'il commande , pour aller fur les Côtes d'Italie
favorifer les operations de l'armée à la tête de laquelle
eft le Prince de Lobckowitz .
On a arrêté à Vienne plufieurs perfonnes de diftinction
, accusées d'avoir formé un complot contre
les intérêts de la Reine.
Les avis reçûs de Francfort du 19 du mois dernier
, marquent que M. de la Nouë , Miniftre du
Roi de France auprès de la Diette de l'Empire , a
remis à cette Affemblée par ordre de S. M. T. C.
JUIN. 1744.
1227
une Déclaration , laquelle porte que le Roi de
France , en retirant d'Allemagne fes troupes , avoit
lieu d'efperer que la Reine de Hongrie profiteroit
des moyens de conciliation qui lui étoient offerts
pour terminer les differends avec l'Empereur par la
médiation du Corps Germanique , mais que cette
Princeffe , loin de répondre aux defirs de la Diette,
a non feulement refufé avec hauteur d'accepter cette
médiation , mais encore a tourné ſes armes contre
la France , fous prétexte des fecours que cette Puiffance
a fournis à S. M. I ; qu'ainfi le Roi T. C.
obligé de repouffer la force par la force , a jugé ne
devoir pas differer de déclarer la guerre à la Reine
de Hongrie , & qu'il ne doute pas que les Etats de
l'Empire ne reconnoiffent la juftice & la néceffité de
cette réfolution ; que comme S. M T. C. n'a d'autre
intention que de continuer d'agir de concert
avec l'Empereur , elle compte que le Corps Germanique
ne pourra concevoir aucune inquiétude à
l'occafion des mesures qu'elle prendra pour défendre
fes Etats , & pour foutenir la guerre avec fuccès,
& qu'elle perfifte dans la volonté de donner de
plus en plus à l'Allemagne les témoignages les plus
indubitables de fes difpofitions conftantes à contribuer
à la tranquillité & à l'avantage de l'Empire.
Le 6 , le Comte de Seckendorf partit avec le
Comte de Keyferſtein , Général d'Artillerie & Com
miffaire Général des Guerres , pour aller prendre le
commandement des troupes Impériales , qui ayant
formé un camp près de Philifbourg , font poftées de
façon qu'e les peuvent fe joindre ailément aux
troupes Françoifes , commandées par le Maréchal
de Coigny , dont elles ne font féparées que par le
Rbin.
On a appris que les Régimens des troupes de la
Reine de Hongrie , lefquels étoient campés dans
les
228 MERCURE DE FRANCE:
les environs de Dietfurth , marchoient par la Fran
conie , pour se rendre au camp de Heilbron , oa
toutes les troupes deſtinées à fervir fous les ordres
du Prince Charles de Lorraine , devoient s'affembler
, & que ceux qui étoient du côté de Friedberg
de Rain & d'Ingolstadt , avoient pris leur route
par la Suabe.
Les lettres de Mayence portent que l'on travailloir
par ordre de l'Electeur à augmenter les Fortifications
de cette Place , dont il a renforcé confiderablement
la garnifon.
On mande de Vienne , du 9 du mois dernier , que
la Reine de Hongrie a été inforinée par des dépê
ches du Feldt Maréchal Comte de Traun , que les
troupes , deftinées à fervir fous les ordres du Prince
Charles de Lorraine , avoient été partagées en quatre
Colonnes , dont la premiere marchoit à Lauffer,
la feconde à Heilbron , la troifiéme à Necker Ulm ,
& la quatrième à Wimpfen , & qu'elles devoient
toutes arriver le 17 dans les Lieux où elles avoient
ordre de fe rendre.
La Reine a appris en même tems , que le Comte
de Traun a détaché en avant le Baron de Berencк-
lau avec un Corps de Cavalerie legere , & qu'il a
mandé au Général Berlichingen d'aller joindre ce
Corps avec la plus grande partie des troupes qui
font dans le Brifgaw.
Le Confeil de Guerre a ordonné que le Régiment
de Schulembourg & 20000 Varadins paffaffent du
Royaume de Bohême dans l'Electorat de Baviére ,
pour y renforcer les troupes commandées par le
Général Bathiany.
L'artillerie , qui doit être employée dans l'armée
du Prince Charles de Lorraine , eft arrivée à kr
golftadt.
On a reçû avis de Francfort du 22 du mois dernier
JU IN. 1744. 1229
ier , que les troupes Impériales , qui s'étoient aſfemblées
près de Philifbourg , fe retranchoient dans
leur camp ; que celles du Roi de France , commandées
par le Maréchal de Coigny , marchoient fur
plufieurs Colonnes vers Germersheim , & que celles
que la Reine de Hongrie deftinoit à fervir fous les
ordres du Prince Charles de Lorraine , continuoient
de s'avancer vers le Necker.
Le Général Berlichingen a joint le Baron de Be
rencklau avec toutes celles qui étoient dans le Brif.
gaw , à l'exception des 6000 hommes , dont la Garnifon
de Fribourg eft compofée , & de quelque Cavalerie
Hongroife , qu'il a laiffée fur le bord du
Rhin , pour obferver de ce côté les mouvemens des
François.
On a appris de Vienne du 16 du mois dernier ,
qu'on y a publié la Déclaration de guerre contre la
France , & que cette Déclaration porte que tous les
fujets de S. M. T. C. & de fes Alliés feront obligés
de fortir des Pays de la domination de la Reine de
Hongrie , quatorze jours après qu'on y aura fair
la publication de la préfente Ordonnance ; que la
Reine excepte cependant ceux qui fe trouvent dans
les Abbayes & dans les Convens par l'engagement
des voeux qu'ils y ont faits , & les Eccléfiaftiques
qui poffedent des Bénéfices dans les Etats de S. M.
pourvû qu'on foit affûré de leur conduite par les
Evêques & par les autres Superieurs defquels ils dépendent
; que les François qui font établis depuis
long-tems , & qui ont fait des acquifitions dans les
Etats de la Reine , font auffi exceptés ; que tout
commerce avec la France eft interdit , & que toutes
denrées & marchandiſes , qui en viendront directement
ou indirectement , feront confifquées ,
moins qu'on ne prouve qu'elles ont été demandées
avant la Déclaration de guerre ; que dans ce dernier
cas
1230 MERCURE DE FRANCE.
cas il faudra que les propriétaires ou les perfonnes
chargées de leurs commiffions , donnent un état
exact des marchandiſes & des denrées qu'ils attendent
; qu'en conféquence de l'art. I X des Lettres
Patentes données l'an 1705 , les François , qui ont
des fommes placées à la Banque de Vienne , continuëront
, malgré la guerre , de jouir des intérêts de
ces Capitaux ; qu'il eft défendu , fous peine de la
vie , à tous les Sujets de S. M. de fournir des chevaux
, des armes & des munitions de guerre aux
ennemis.
M. Vincent , qui étoit chargé à la Cour de Vienne
des affaires du Roi de France , eft retourné à
Paris.
Les lettres du camp de Heilbron marquent que
la cinquiéme Colonne de l'armée commandée par
le Prince Charles de Lorraine , y étoit arrivée le 25
du mois dernier avec l'artillerie de campagne , &
que cette armée avoit été jointe le lendemain par le
Corps de troupes que le Général Berlichingen 2
amené du Brifgaw.
E S.P AGN E.
Nmande de Madrid dus du mois dernier , que
le Comte de Priego , Brigadier des armées du
Roi , & Aide de Camp de l'Infant Don Philippe ,
y arriva le premier du même mois du Comté de
Nice , d'où il a été dépêché au Roi par l'Infant ,
pour informer S. M. que les troupes combinées
d'Efpagne & de France s'étant emparées le 20 Avril
dernier , d'une partie des retranchemens conftruits.
par les Piémontois près de Montalban & de Villefranche
, les troupes du Roi de Sardaigne , qui gardoient
ces retranchemens , les avoient abandonnés
avec précipitation la nuit fuivante , & qu'elles s'étoieng
JUIN. 1744: 1231
toient embarquées pour le retirer du côté d'Oneille
.
La Lettre que l'Infant a écrit au Roi , pour lui
donner part de cet heureux fuccès , contient les par
ticularités fuivantes.
L'Infant ayant fait toutes les difpofitions néceffaires
pour l'attaque des retranchemens des ennemis
, & le fignal ayant été donné la nuit du 19 au
20 à trois heures du matin , les troupes Efpagnoles
& Françoifes qui s'étant avancées à la faveur de
l'obfcurité , avoient occupé plufieurs hauteurs , &
qui étoient partagées en fept Colonnes , attaquerent
en même-tems de fept côtés differens les troupes
du Roi de Sardaigne.
Deux Colonnes de la droite de l'armée combinée
, l'une à la tête de laquelle étoient le Marquis
Darembourg , Lieutenant Général des troupes du
Roi , & le Marquis de Mirepoix , Maréchal de
Camp des armées de S. M. T. C. l'autre commandée
par le Marquis de Campo Santo , Lieutenant
Général au Service d'Efpagne , & par le Marquis de
Biffy , Maréchal de Camp à celui de France , forcerent
en peu de tems le retranchement qui défendoit
la gorge de Villefranche , & qui étoit flanqué par
deux batteries dont elles s'emparerent.
Le Régiment des Afturies entra le premier dans
ce retranchement , & les deux Colonnes ayant pénétré
juſqu'au haut du Col , elles firent prifonnieres
de guerre toutes les troupes qui le gardoient , &
qui étoient compofées du fecond Bataillon du Régiment
des Fufiliers , & des Régimens d'Aoft ,
de
Ketler & de Sicile , chacun d'un Bataillon .
Le Comte de Suze , qui commandoit en chef les
troupes Piémontoifes , a été fait prifonnier en cette
occafion , ainsi que 85 Officiers , du nombre defquels
font un Brigadier des armées du Roi de Sardaigne
132 MERCURE DE FRANCE.
daigne & deux Colonels , & l'on enleva onze Dra
peaux aux ennemis.
Non content de cet avantage , le Marquis Darembourg
& le Marquis de Campo Santo fe porterent
fur leur gauche , & malgré toutes les difficul
tés du terrain , ils parvinrent au haut du Mont-
Gros , d'où ils percerent jufqu'à l'intérieur des der-.
niers retranchemens. Ils s'y foutinrent pendant près
de cinq heures , à l'aide d'un renfort de quatre Bataillons
que l'Infant fit avancer de ce côté fous les
ordres du Marquis d'Argouges , Maréchal de
Camp des armées du Roi de France , mais les troupes
qu'ils commandoient ayant manqué de poudre ,
elles furent obligées d'abandonner une partie du
terrain qu'elles avoient occupé.
Le Bailly de Givry , le Marquis de Senneterre &
le Comte de Danois , Lieutenans Généraux des armées
de S. M. T. C. à la tête de trois Colonnes de
la gauche , s'étoient emparés de la premiere encein
te des retranchemens qu'ils avoient attaqués , & la
Colonne qui fermoit la gauche , & qui étoit fous les
ordres du Marquis de Caftellar , Lieutenant Général
Efpagnol , & du Marquis du Chatel , Maréchal de
Camp dans l'armée Françoife , avoit chaffé les ennemis
d'une hauteur également fortifiée par l'art
& par la nature. Un Ravin qu'il fut impoffible de
franchir , empêcha ces quatre Colonnes d'aller plus
avant , & cet obſtacle , joint à l'avis qu'on reçût de
quelques mouvemens faits du côté de Sofpel par le
Roi de Sardaigne , détermina l'Infant à ne point
continuer l'attaque , & à fe contenter de conferver
les avantages qu'il avoit remportés , & de faire enclouer
les canons , & détruire les ouvrages dont les
troupes Efpagnoles & Françoifes s'étoient emparées.
Le pofte , occupé par le Marquis de Caftellar , do,
mis
JUIN. 1744.
1233
Sinant la derniere enceinte des retranchemens des
Piémontois , & ce Général ayant trouvé le moyen
de fe mettre à couvert du feu de quatre de leurs
batteries , qui tiroient à mitraille für fa Colonne
& dont cette Colonne avoit effuyé le feu pendant
près de trois heures & demie , les ennemis perdirent
Pefperance de pouvoir réfifter à une feconde attaque
, & la nuit du 20 au 21 ,le Marquis de Caftellar
manda à l'Infant qu'on voyoit dans leur Camp plus
de feux & de mouvemens qu'à l'ordinaire , & qu'ils
paroiffoient fe difpofer à s'embarquer.
".
La nouvelle de leur retraite fut confirmée le za
au matin par plufieurs Déferteurs, qui affûrerent que
la Ville de Villefranche & les retranchemens
avoient été abandonnés par les troupes du Roi de
Sardaigne , lefquelles ayant laiffé leur artillerie &
leurs munitions dans leur Camp , s'étoient toutes
embarquées, à l'exception des garnifons qui étoient
Leftées dans le Fort de Montalban & dans la Citadelle
de Villefranche .
: L'Infant , après avoir envoyé reconnoître les retranchemens
par quelques Compagnies de Grenanadiers
, fic occuper ces retranchemens par une partie
des troupes Eſpagnoles & Françoiſes , & il marcha
à Villefranche , dont les Magiftrats vinrent audevant
de lui , pour l'affûrer de la foumiffion des
habitans de la Ville .
Le 23 , on commença à battre le Fort de Montalban
, & le Gouverneur , ayant demandé vers le midi
à capituler , il fe rendit prifonnier de guerre , ainfi
que la garnifon qui étoit fous fes ordres .
Don Richard Wal fut détaché le même jour avec
500 hommes , pour s'avancer à Vintimiglia , fur la
Frontiere de l'Etat de Génes .
Les Piémontois ont eû à l'attaque de leurs retranchemens
plus de 3000 homnies tués , bleffés ,
I.Val Η ou
1234 MERCURE DE FRANCE.
ou fairs prifonniers , & les quatorze Bataillons , qu
défendoient ces retranchemens , ont été réduits
foit par cet échec , foit par la défertion , à 2000
cinq ou fix cent hommes .
La perte des Efpagnols & des François a été beaucoup
moins confiderable . Don Jofeph de Beninca
fa , Colonel du Régiment de Dragons de Portugal ,
& Don Michel Tappi , Lieutenant Colonel du Régiment
des Grenadiers , ont été tués , du côté des
premiers , & Don Fernand de Levant , Don Aná
toine de Zayas , Don Thomas Corbalan , Maré
chaux de Camp , le Colonel Don Pedre Cevallos
le Lieutenant Colonel Don Diegue de Robles , ont
été bleffés , les deux premiers très - dangereufe
ment.
"
Y
On apprend de Madrid du 12 du mois dernier
que l'Infant Don Philippe a dépêché un courier au
Roi pour l'informer que le 25 Avril dernier la Citadelle
de Villefranche s'étoit renduë , & que M.
Bourfier , Lieutenant Général des armées du Roi de
Sardaigne , & Gouverneur de cette Citadelle , avoir
été fait prifonnier de guerre , ainfi que la garniſon
qui étoit fous fes ordres , laquelle étoit compofée de
25 Officiers & de 350 Soldats ; que foit dans la Ciradelle
de Villefranche & dans le Fort de Montalban
, foit dans les retranchemens abandonnés par
les ennemis , on a trouvé 107 piéces de canon de
differens calibres , dont 24 font de bronze ; 14 mortiers
, 7 pierriers , 1000 fufils , environ 900 moufquets
, 600 bayonnettes , & une grande quantité
d'autres armes ; 25541 boulets , 8071 grenades
1014 cartouches de mitraille , 15 caiffons de cartouches
de fufils , 168 caiffons de balles de fufils &
de moufquets , & des magafins confiderables de
vivres.
Le Roi a appris par le même courier , que neuf
Бат
JUI N. 17440 1235
Bataillons Piémontois , qui étoient à Sofpel fous les
ordres du Comte de la Rocca , s'étoient repliés vers
Oneille , & que l'Infant , après avoir laiffé à S.
Laurent quatre Bataillons , pour affûrer la commu→
nication avec le Var , avoit fait avancer à Laghete
& à Caftelnuovo deux Corps de troupes , l'un com
polé des Régimens de Suri & de Dunant des trou
pes Efpagnoles , & des Régimens François de Se
gur , de Foix , de Tournaifis & de Deflandes
commandé par le Bailly de Givry , Lieutenant Gé
néral des armées du Roi T. C. & par Don Louis de
Guendica , Maréchal de Camp au Service d'Efpa
gne ; l'autre fous les ordres du Marquis de Villemur
, qui étoit compofé du Régiment d'Efp gne
& des Régimens François de Périgord & de Blaifois.
Ces Dépêches , dans lefquelles l'Infant , ainfi que
dans celles qui ont été remiſes au Roi par le Comte
de Priego , donne les plus grands éloges à la prudence
, digne des Généraux les plus expérimentés ,
avec laquelle le Prince de Conty a donné les ordres
pendant l'attaque des retranchemens de Montalban
& de Villefranche , & à la valeur que les troupes
Eſpagnoles & Françoifes ont montrée dans cette attaque
, ajoutent que l'armée combinée des deux
Puiffances , depuis qu'elle a paffé le Var , a fait plus
de 2000 prifonniers , du nombre defquels font deux
Lieutenans Généraux , trois Colonels , un Lieute
nant Colonel , quatre Sergens Majors , quatre Ada
judans , 24 Capitaines , 33 Lieutenans & 42 autres
Officiers .
Les ennemis , par une rufe auffi peu permife que
peu ufiée , & qui eft également contraire aux ré
gles de la guerre & à la bonne foi , ont fait auffi
plufieurs prifonniers. Ayant arboré en divers endroits
un Drapeau blanc , & ayant feint de vouloir
Hij fe
1236 MERCURE DE FRANCE.
fe rendre , ils ont attiré dans leurs retranchemens
plus de vingt Officiers & 400 Soldats , qui s'étant'
laiffés furprendre , & n'étant pas à portée de fe fecourir
les uns les autres , ont été obligés de mettre
bas les armes.
L'Intendant de Marine de Malaga a donné avis
au Roi , que le Vaiffeau le S. Pierre , armé en courfe
, étoit entré le 23 Avril dernier dans ce Port ave
la Balandre Angloife la Fortune , dont il s'eft emparé
à huir lieuës de Melilla .
Selon les lettres de l'Intendant de Marine de S
Sebaftien , la Frégate l'Esperance y a conduit le 29 ,
un autre Bâtiment Anglois , nommé la Marie , de
170 tonneaux , fur lequel il y avoit 329 tonnes de
Tabac , & qui a été pris en revenant de la Vir◄
ginie.
On mande de Madrid du 19 du mois dernier
que l'Infant Don Philippe a fait fçavoir au Roi ,
que la plupart des troupes qui font fous les ordres
avoient été cantonnées , pour pouvoir fe remettre
des fatigues qu'elles ont effuyées depuis l'ouverture
de la campagne , mais qu'elles pouvoient le réunig
facilement en 24 heures.
L'Infant a renforcé de soo hommes le Détachement
avec lequel le Colonel Don Richard Wal s'eft
avancé à Vintimiglia , pour obferver le Corps de
troupes Piémontoifes , qui après avoir abandonné
les retranchemens de Montalban & de Villefranche
, s'eft retiré par Mer à Oneille.
Don Louis de Guendica , Maréchal de Camp au
Service d'Espagne , a été détaché avec quelques Baaillons
, pour attaquer le pofte de Breglio , où le
Comte de la Rocca a laiflé 600 hommes.
Les deux Corps de troupes , commandés , l'un
par le Bailly de Givry , Lieutenant Général des armées
du Roi T. C. & l'autre par le Marquis de
Vil
JUIN. 1744. 1237
C
Villemur , Maréchal de Camp , ont continué leur
marche , le premier par Sofpel & le fecond par Pi
na , pour refferrer les troupes du Roi de Sardaigne,
qui font campées près d'Oneille.
Le jour du départ du courier qui a apporté les
lettres de l'Infant , ce Prince a reçû avis que Don
Richard Wal s'étoit emparé du pofte de la Bordiguera
, & il a donné les ordres pour l'attaque du
Château de Dolce Aqua & de quelques autres pof
tes , par lefquels les ennemis confervent la comm
nication avec le Piémont,
ITALI 1 .
ONmande de Rome du 4 du mois dernier
qu'on y a reçû avis que la nuit du 25 au 26
Avril dernier, un Détachement de 1000 hommes des
troupes que le Prince de Lobckowitz avoit laiffées
du côté de Macerata fous les ordres du Général
Braun , avoit paffé la riviere de Tronto , & qu'étant
entré dans l'Abruzze Ulterieure , il avoit mis
contribution une partie de cette Province .
Le Prince de Lobсkowitz s'étant avancé dans la
Campagne de Rome , pour tâcher de pénétrer auffi
de ce côté dans le Royaume de Naples , le Pape a
ordonné qu'on renforçât les Garniſons des Forts de
Colalto & de Simonetta .
L'armée de la Reine de Hongrie eft près de Spolette
, à quinze lieues de cette Ville , & il eft arrivé
deux Commiffaires , pour demander au Gouverneinent
qu'on pourvût à la fubfiftance de cette armée.
Les troupes Espagnoles , commandées par le Duc
de Modéne , font décampées de Peſcara , & font allées
joindre dans la Terre de Labour l'armée da
Hiij Roi
1238 MERCURE DE FRANCE.
t
Roi des deux Siciles , qui a établi fon Quartier ge
néral à San Germano.
On a appris de Rome du 22 du mois dernier.
que les 4000 homines de l'armée de la Reine de
Hongrie , qui étoient entrés dans l'Abruzze Ulterieure
, le font retirés de cette Province ,
& que le
Prince de Lobkowitz a donné ordre à toutes les
troupes qu'il commande , de fe raffembler à Monte
Rotundo.
Ce Général a fait avancer un Détachement à
Pontemole , & la plupart des autres Ponts des envi
rons de Rome font gardés par quelques Corps de
troupes de la Reine de Hongrie , ce qui caufe beaucoup
de dérangement au Commerce & au tranf
port
des denrées.
१ Les Huffards de cette armée ont commis à leur
arrivée de très- grands défordres , mais le Prince de
Lobckowitz leur fait obferver une plus exacte difcipline
depuis les vives plaintes que le Pape lui en
la fait
porter.
Les troupes Efpagnoles & Napolitaines , qui ne
compofent plus à prefent qu'une armée , le difpo
foient à aller au devant de lui,, afin de s'opposer à
fes entreprifes.
Le Roi des deux Siciles , à la tête de 17000 hom
mes , eft campé à Arpino , & le Comte de Gages
avec un pareil nombre de troupes eft entré dans
l'Etat Eccléfiaftique , où il a fait occuper par des
Defachemens les Villes de Frolinone , de Firenzino
, de Valmantone , de Zagarole , & plufieurs autres
poftes jufqu'à Tivoli .
Il y a tous les jours entre les Espagnols & les Al-
Iemands quelques efcarmouches , dans lesquelles.
ces derniers ont prefque toujours du défavantage
& les premiers leur ont enlevé plufieurs chariots de
farine & brûlé quelques magafins.
2.
NICE
JUIN 1744. 1239
NICE.
Na appris du 1s du mois dernier , que les
Rocca
avoit laiffés à Breglio , ont abandonné ce Pofteà
l'approche du Détachement des troupes Efpagnoles
, commandé par Don Louis de Guendica . Ce
Détachement ayant été joint par celui qui eft fous
les ordres de Don Richard Wal , Don Louis de
Guendica a affiégé le Château de Dolce Aqua , &
il s'en eft rendu maître. Le Comte de la Riviere,,
qui y commandoit , a été fait prifonnier de guerre
ainfi que 94 Soldats de troupes reglées, & 100 hommes
de Milices , qui y étoient en garnifon , & l'on
a trouvé dans ce Château trois piéces de canon avec
une grande quantité de munitions de guerre & de
bouche.
La prife de ce pofte eft d'autant plus importante
qu'elle ôte la communication du Col de Tende aux
troupes du Roi de Sardaigne , qui font retranchées
près d'Oneille.
Le Bailly de Givry , Lieutenant Général des ar
mées de S. M. T. C. & le Marquis de Villemug ,
"Maréchal de Camp des mêmes armées , ont donné
avis à l'Infant Don Philippe , qu'ils efperoient cou
per fix Bataillons ennemis , qui font campés à quelque
diſtance de Breglio avec dix piéces de canon.
On a appris de Nice du z de ce mois , que plu
fieurs Bataillons des troupes Françoifes.marchoient
vers le Briançonnois , pour faire une diverfion du
côté du Château Dauphin , & que l'armée combinée
d'Efpagne & de France continuë de s'avancer
fur les terres de la République de Génes dans les
environs de San Remo & d'Albinga.
On a appris en même tems qu'un Corps de troupes
de la mêmeRépublique s'affembloit près de Savone,
& qu'elle ne paroiffoit point difpofée à avoir
Hiiij égard
7240 MERCURE DE FRANCE.
égard aux inftances que fait le Roi de Sardaigne ,
pour être mis inceffamment en poffeffion de Final,
L'Infant Don Philippe fait travailler avec toure
la diligence poffible , à réparer les chemins qui
conduifent à la vallée de S. Martin , au Col de Tende
& la Ville de Coni , & les troupes commandées
par ce Prince refferrent de plus en plus celles du
Roi de Sardaigne.
Plufieurs lettres écrites de l'Etat Eccléfiaftique
affirent que le Prince de Lobcrowitz s'eſt retiré des
environs de la Ville de Rome , & qu'il paroît avoir
renoncé au deffein de pénétrer dans le Royaume de
Naples.
GRANDE BRETAGNE.
N mande de Londres du 2 de ce mois , qu'on
O
y a reçû avis que le Vaiffeau de guerre le
"Dreadnought & la Chaloupe le Grampus , de l'Efca.
dre commandée par le Chevalier Hardy , s'étoient
emparés de la Frégate Françoife la Médée , de 26
canons & de 240 hommes d'équipage , laquelle s'eft
défendue contre ces deux Bâtimens pendant deux
jours entiers .
M. Hocquart , Commandant de cette Frégate , a
demandé la liberté de retourner en France fur fa
parole.
HOLLANDE ET PAYS BAS.
ON apprend de la Haye du 20 du moisdernier, que les EtatsGénéraux ont été informés par des
lettres du Comte de Vaffenaër , qui partit le 8 pour
aller exécuter la commiffion dont ils l'ont chargé ,
qu'il avoit eu le 16 à l'Abbaye de Ciloing une audience
particuliere de S. M. T. C. laquelle lui avoit
déclaré
JUIN. 1744 1241
déclaré que toutes fes démarches , depuis fon avenement
à la Couronne , ont dû prouver aux Etats
Généraux , combien elle défiroit d'entretenir avec
eux une fincére amitié & une parfaite correfpondance
; qu'elle a fait connoître affés long- tems for
inclination pour la paix, mais que plus elle a differé
de fe déterminer à la guerre , moins elle en fufpen
dra les effets ; qu'à l'égard des propofitions que le
Comte de Vaffenaër avoit ordre de faire de la part
de la République de Hollande , elles feroient écou→
tées avec plaifir , & qu'il pouvoit les communiquer
aux Miniftres de S. M. T. C.
Le 19 du mois dernier , il arriva un courier , par
lequel M. de Kinſchot , Réfident des Etats Généraux
à Bruxelles , leur a mandé , que l'armée du Roi de
France marchoir du côté de Menin .
On a appris de Bruxelles , du 22 du mois dernier ,
que les troupes Angloifes , confiftant en 21000
hommes , & les 15000 Hanoveriens à la folde de la
Grande Bretagne , étoient campés dans la Plaine
Anderlecht ; que la Cavalerie Hollandoife l'étoit
à Caftian , près de Braine le Comte , & qu'elle devoit
être jointe par l'Infanterie de la même Nation,
FLANDRES.
le Roi étant parti de Douay le 12 à midi , S.M.
arriva en cette Ville à trois heures , & qu'après avoir
reçû à la premiere Barriere les refpects des Magiftrats
, elle alla defcendre à l'Hôtel de Ville , où elle
a logé.
Les rues par lefquelles le Roi paffa , étoient tendues
de tapifferies , & garnies d'une double haye des
troupes qui font dans la Ville , & le Roi trouva fur
fon paffage une foule innombrable d'habitans , qui
H. étoient
1242 MERCURE DE FRANCE
étoient accourus pour jouir de la fatisfaction de
voir S. M.
Des que le Roi fe fut rendu à l'Hôtel de Ville ,
S M. monta à cheval , pour aller voir les fortifica- tions & les dehors de la Place. Le foir , il y eut un feu dans la grande Place , laquelle étoit illuminée , ainfi que toutes les ruës .
Le Roi a féjourné le 13 en cette Ville , & il en
partit le lendemain à midi, pour ſe rendre au Camp
de Cifoing , où les troupes , qui étoient cantonnées
dans ce Pays , étoient arrivées fucceffivement le 12
& les deux jours fuivans , conformément aux ordres
que S. M. leur en avoit donnés , lorſqu'elle avoit
paffé dans les differentes Places de la Frontiere .
S. M. monta à cheval , en arrivant à l'Abbaye de
Cifoing , où étoit le Quartier du Roi elle alla voir
le Camp de fon armée & celui de l'armée commandée
le Maréchal Comte de Saxe ; elle vifita tous
par
les dehors des deux Camps ; elle vit partir un Détachement
de 500 Maitres , qui avoient été commandés
pour aller établir des contributions , & elle
demeura à cheval près de fix heures.
Le 15 , après midi , le Roi fit la revûë générale.
des deux armées , & S. M. témoigna avec beaucoup
de bonté aux Commandans des Corps fa fatisfaction
du bon état dans lequel elle voyoit les troupes , &
du zéle avec lequel tous les Officiers avoient tra
xaillé à les rétablir.
Le Roi travailla le 16 , après le dîner , avec le
Maréchal de Noailles , le Maréchal Comte de Saxe
& le Comte d'Argenfon , à donner les ordres pour
faire marcher toutes les troupes.
Les deux armées s'étant mifes en mouvement le
a à la pointe du jour, le Roi retourna Lille à une
Beure après midi ; on ignoroit le féjour que S. M. y
devoit faire, & quel étoit le projet auquel elle devoit
fe déterminer..
Од
JUIN.
1243 1744.
On a appris du Camp devant Menin du 25 du
mois dernier, que le Roi s'étant déterminé à quitter
le Camp de Cifoing , pour retourner à Lilie , l'armée
de S. M. & celle commandée par le Maréchal
Comte de Saxe , fe mirent en mouvement le 17 à
trois heures du matin , fuivant les ordres qu'elles en
avoient reçûs du Roi la veille.
La derniere de ces deux armées arriva le même
jour au Pont d'Efpierre ; le lendemain elle s'avança
jufqu'à la Ville de Courtray , & les Magiſtrats étant
venus en préfenter les clefs au Maréchal Comte de
Saxe , ce Général y établit fon quartier général.
L'armée du Roi marcha fur quatre Colonnes . La
premiere , fous les ordres du Comte de la Mothe
Houdancourt , fut cantonnée à Lamberfard, à Marquette
, à Vambrechies , & dans d'autres Villages.
voifins de Lille ; la feconde & la troifiéme Colonnes,
commandées par le Comte de Clermont , fe rendirent
à Lannoy , à Lys , à Robais & à Turcoin , & la
quatrième , que le Duc de Biron commandoit ,fe
pofta à Haut Bourdin , à Emevain & dans les environs.
Le 18 , le Maréchal de Noailles , lequel avoit
fuivi le Roi à Lille avec l'Etat Major de l'armée ,
alla avec le Comte d'Argenfon , & avec M. d'Aumale
, commandant les Ingénieurs de l'armée ,
Hellewin , qui eft un des Fauxbourgs de la Ville de
Menin , pour reconnoître cette Place , & il paffa las
Lys , pour en vifiter les bords jufqu'à Gelwe. Le
même jour la Ville de Menin fut inveftie.
Les troupes commandées par le Comte de la Mothe-
Houdancourt , & celles qui étoient aux ordress
du Duc de Biron , s'avancerent à Roncq , & elleɔs
s'étendirent jufqu'à Werwick.
Le Corps de Troupes que commandoit le Comte
de Clermont , campa depuis Roncq jufqu'à Rec-
H vj kem
1244 MERCURE DE FRANCE.
kem , fur la rive droite de la Lys , vis à- vis l’Ab¬
baye de Wevelghem .
Les troupes , qui font fous les ordres de M. de
Ceberet , s'étendirent fur la rive gauche de la Lys
jufqu'au Village de Gelwe , & M. de Lutteaux , s'étant
pofté avec les troupes qu'il commande depurs
Gelwe jufqu'à Courtray , il établit la communication
avec l'armée du Maréchal Comte de Saxe.
Le Maréchal de Noailles fe rendit le 19 de Lille à
Roncq , & enfuite à Courtray ; il alla le lendemain
à Werwick; il parcourut pendant ces deux jours la
droite & la gauche de Menin , pour donner urre
véritable polition à l'armée du Roi , & pour faire
camper régulierement les troupes , & il retourna à
Lille rendre compte à S. M. des premieres difpofitions
qu'il avoit faites.
Le 22 , le Roi partit de Lille vers midi , & S. M.
alla au Village de Werwick , où elle a établi fon
quartier.
Le Lendemain matin , le Roi monta à cheval pour
reconnoître Menin , & S. M. décida l'endroit de
l'attaque de cette Place , & celui dans lequel S.M.
vouloit qu'on ouvrit la tranchée.
Depuis le 29 du mois dernier , le tems fut fi mauvais
& les chemins étoient devenus fi impraticables
, qu'on n'a pû depuis ce jour- là s'occuper que
des préparatifs néceffaires pour être en état de commencer
le Siége deMenin, dès que le terrain pourroit
le permettre.
Ön mande du Camp devant Menin du premier de
ce mois , que le mauvais tems ayant continué , &
ayant empêché de commencer le Siége de cette Vil
le auffi- tôt qu'on l'efperoit , le Roi s'eft occupé pendant
plufieurs jours à reconnoître la Place.
S. M. qui étoit allée le 23 du mois dernier en vifiter
les environs , y retourna le 27 , & eile parcourut
les
JUIN.
1245 1744.
1es differens poftes occupés par les troupes qui en
formoient l'inveftiffement.
- Le 28 au matin , le Roi monta à cheval , & après
avoir vu le Pont de 200 toifes de long , conftruit fur
la Lys & fur l'inondation , au moyen duquel on
avoit établi la communication des deux attaques ,
S. M. donna fes ordres , pour qu'elles fuffent for
mées ce jour- là.
A neuf heures du foir , la tranchée fut ouverte à
la gauche de laVille fur le front de la porte d'Ypres
par trois Bataillons du Régiment des Gardes Françoifes.
Les 4500 travailleurs , commandés pour
l'ouverture de la tranchée , furent foutenus par trois
Compagnies de Grenadiers de ce Régiment , par
trois autres de celui de Piémont , par trois Piquets
de Dragons , & par un Détachement de 150 Maî
tres de la Maifon du Roi. Toutes ces troupes
étoient commandées par M. de Ceberet, Lieutenant
Général , & par le Marquis de Balleroy , Maréchal
de Camp.
On forma pendant la nuit une premiere parallele
180 toiles du chemin couvert , & une feconde à
120 ; on établit des communications entre ces deux
paralleles , & outre les boyaux depuis la queuë de
Ja tranchée jufqu'à la premiere parallele , on en
ouvrir à la droite & à la gauche au-delà de la feconde
parallele.
Le Roi étant allé à l'ouverture de la tranchée ,
S. M. vit tracer les differens boyaux de la communication
des deux paralleles , & elle y refta jufqu'à
deux heures du matin.
Dans le même tems que l'on commença l'attaque
de la gauche , le Comte de Clermont , fous les
ordres duquel fe devoit faire l'attaque de la droite ,
fit ouvrir la tranchée du côté de l'ouvrage à Corne,
qui eft devant la porte de Lille. Il y monta la tram
chée,
246 MERCURE DE FRANCE.
Chée , ayant avec lui le Prince de Pons , .Maréchal
de Camp , & fous les ordres trois Bataillons du Ré
giment de Bourbonnois ; trois Compagnies de Grenadiers
du même Régiment , cinq autres de diffe
rens Régimens , & un Piquet de Dragons , furent
commandés pour foutenir les 2900 travailleurs de
cette attaque , lefquels formerent pendant la nuir
une parallele à 80 toifes de la paliffade , & dont le
centre n'étoit qu'à 24 du chemin couvert ; on établit
les communications de la queue de la tranchée
à cette parallele.
.
A l'attaque Royale & à celle de la droite , on
commença dès le premier jour l'établiſſement des
batteries de canons & de mortiers. Les ennemis
vers les onze & demie du foir , jetterent des pots
feu pour découvrir les travaux , mais ils ne comque
vers les cinq heures du matin
& fans fuccès, n'y ayant eû que trois Soldats de tués
mencerent à tirer
& un de bleffé.
Le 29 ,
Le Roi ayant fçû le matin le progrès des travaux
faits à la tranchée pendant la nuit , a fait donner
une gratification àceux qui y avoient été employés.
à neuf heures du matin , la tranchée fut
relevée à l'attaque Royale par le Comte de la Mor
the-Houdancourt, Lieutenant Général , & par le
Comte de Chabannes , Maréchal de Camp , avec les
fecond , troifiéme & fixiéme Bataillons du Régi
ment des Gardes Françoifes , trois Compagnies de
Grenadiers d'autres Régimens & deux Piquets de
Dragons . Les trois Brigades de Sappeurs & 1200
travailleurs ont avancé les travaux au-delà de la feconde
parallele juſqu'à 45 toiſes de la paliffade fur
la droite, & à 60 fur la gauche , & on a continué en
même tems les travaux néceffaires pour l'établiffement
des batteries , retardé par la pluye , laquelle a
zendu le chemin fi remplide boue,qu'on étoit obligé
d'y
JUIN 1744.
1247
d'y mettre des fafcines & des clayes pour conduire
l'Artillerie . Malgré le feu du canon & de la moufqueterie
des affiégés , qui a été très- vifle matin , il
n'y a eu que quatre Soldats de tués ou de bleffés.
La tranchée à l'attaque de l'ouvrage à Corne fur
relevée le 29 par le Marquis de Maubourg , Lieutenant
Général , & par le Marquis de Chiffreville ,.
Maréchal de Camp , avec les deux Bataillons du
Régiment d'Orleans , quatre Compagnies de Grenadiers
& un Piquet de Dragons. Les travailleurs ,
commandés pour cette tranchée , ont perfectionné
les ouvrages de la nuit précédente , & les fix batteries
de 24 canons & de deux mortiers, aufquelles on
avoit travaillé la veille , ayant été finies , elles ontr
commencé à tirer le lendemain à midi.
Le 30 , la tranchée de l'attaque Royale a été relevée
par le Marquis de Montboiffier , Lieutenant
Général & par le Duc de Richelieu , Maréchal de
Camp , avec les deux Bataillons du Régiment des
Gardes Suiffes , celui du Régiment de Bulxley , trois
Compagnies de Grénadiers & trois Piquets de Dragons.
On a travaillé pendant la nuit & le jour , à
former des communications de la queuë de la tranchée
aux deux paralleles,& à faciliter , en rendant la
tranchée pratiquable, l'établiſſement des batteries. II
y a eu dans cette journée dix . Soldats tués ou
bleffés .
M. de Cherifey , Lieutenant Général , & le Marquis
de Marignane , Maréchal de Camp , ont relevé
la tranchée à l'attaque de l'ouvrage à Corne avec
deux Bataillons du Régiment de la Couronne ,quatre
Compagnies de Grenadiers & un Piquet de Dra
gons. On a porté la fappe de la droite jufqu'à diz
toifes du chemin couvert , & celle de la gauche à
dix huit de la paliffade , & il n'y a eû que deux Soldats,
de tués.
Le
1248 MERCURE DE FRANCE.
Le Marquis de Choifeul- Meufe , Lieutenant Général
, & le Duc de Luxembourg , Maréchal de
Camp , ont relevé le 31 la tranchée à l'attaque
Royale avec deux Bataillons du Régiment de Piémont
, un Bataillon du Régiment Royal la Marine ,
trois Compagnies de Grenadiers & trois Piquets de
Dragons. On a travaillé à perfectionner les deux
paralleles , ainfi que les communications , & l'on
a achevé l'établiffement des batteries , dont une de
huit mortiers a tiré pendant la nuit , & une de quatre
piéces de canon a commencé à tirer le premier
de ce mois à midi. Quoique les affiégés ayent tiré
pendant la nuit beaucoup de canon , quoiqu'ils
ayent jetté plufieurs bombes , & que le feu de leur
moufqueterie ait été très- vif , il n'y a eu que douze
hommes tués ou bleffés.
La tranchée devant l'ouvrage à Corne a été relevée
le 31 du mois dernier par le Marquis de Fenelon
, Lieutenant Général , & par M. de Montgibault
, Maréchal de Camp , avec un Bataillon du
Régiment de la Couronne , celui du Régiment de
Nivernois , quatre Compagnies de Grenadiers & un
Piquet de Dragons. On a pouffé la Sappe de la
droite de cette attaque à fix toifes du chemin couvert
, & celle du centre à douze toifes de la paliffade
; on n'a pu s'avancer autant à la gauche à caufe
d'un Marais il y a eu cinq foldats de tués ou de
bleffés .
Le Roi alla le premier de ce mois après midi
voir la tranchée devant l'Ouvrage à Corne ;. S. M.
s'eft avancée jufqu'à la tête de toutes les Sappes ;
elle a parû très - contente de la perfection des travaux
, & elle a ordonné qu'on attaquât le foir l'ou
vrage à Corne.
MORT
JUIN.
1249 1744
* X* X+3X++ &++3X+ 3X+3X*3*
I
MORT DES PAYS ETRANGERS.
L
E Prince d'Ooft Frife mourut à Auricx la nuit
du 25 au 26 Mai dernier , âgé de 28 ans , cine
mois & fept jours. Ce Prince , qui fe nommoit
Charles- Edzard , avoit époufé le 25 Mai 1734 , la
Princeffe Sophie Wilhelmine , fille de Gorges Fre¬
deric Charles , Margrave de Brandebourg Culmbach
, dont il n'a point eu d'enfans. Il étoit fils de
Georges Albert , Prince d'Ooft Frife , Comte de
Rietberg , Seigneur d'Efens , de Stederdorff & de
Witmund , Chevalier de l'Ordre de l'Elephant ,
mort en 1736 , & de Chriftine Louife , fille de
Georges- Augufte- Samuel, Prince de Naffau Idftein ,
morte le 13 Avril 1723. Le Prince d'Ooft Frife
étoit le dernier de fa Maifon , laquelle tiroit fon
origine d'Ulric , Seigneur de Grethfil . Edzard ,
frere d'Ulric , & qui avoit été élu Juge perpétuel de
' Ooft Frife par les Etats du Pays , étant mort en
1441 fans pofterité , Ulric lui fucceda , & profitant
des divifions de la Nobleffe , il rendit cette Dignité
héréditaire dans fa Famille. Joüiffant des Seigneu
ries des Villes & Châteaux d'Embden , de Grethfil ,
de Broeckmeer , de Mamerland , de Lierot & de
Reiderland , il mit ces Seigneuries fous la protection
de l'Empereur Frederic III , qui les érigea en Comté
de l'Empire . Enno Louis , arriere- petit fils d'Ulric ,
fut fait Prince de l'Empire en 1654 , par l'Empe
reur Ferdinand III , & le Prince Chrétien Eberhard,
ayeul du dernier Prince d'Oolt Frife , fut reçû en
1667 à la Diette de l'Empire.
Le Roi de Pruffe prétend que les Villes & les
Terres de la Maifon d'Ooft Frife , qui font Fiefs de
L'Em
250 MERCURE DE FRANCE.
& f'Empire , lui appartiennent. Les Etats Généraux par
une convention faite avec la Ville d'Embden ,
moyennant une fomme que la République en retire
, y tient depuis plufieurs années une garnifon.
FRANCE ,
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
E Comte de Mortaigne , Lieutenant
LGénéral dans les troupes Impériales ,
& Chambellan de l'Empereur , ayant été
chargé d'une Commiffion particuliere de S.
M. I. auprès du Roi , arriva de Francfort à
Lille le 19 du mois dernier , & le lende
main il eut l'honneur de voir S. M , & dé
lui remettre une Lettre de l'Empereur.Il fut
préſenté au Roi dans la Chambre de S. M.
par M. de Verneüil , Introducteur des Ame
baffadeurs.
Le 23 du mois dernier , veille de la Fête
de la Pentecôte , la Reine , accompagnée
de Monfeigneur le Dauphin & de Mefdames
de France , affifta dans la Chapelle du Château
de Verfailles aux premieres Vêpres ,
chantées par la Mufique , & aufquelles l'Archevêque
de Bordeaux officia.
La
JUIN.
1744. 1251
Le 24 , jour de la Fête , la Reine , accompagnée
comme le jour précédent , entendit
dans la même Chapelle la grande Meffe ,
célébrée pontificalement par ce Prélat , &
chantée par la Mufique.
S. M. affifta l'après-midi au Sermon de
l'Abbé Forto , & enfuite aux Vêpres , aufquelles
le même Prélat officia.
On mande de Werwick du 30 du mois
dernier , que le 24 , Fête de la Pentecôte , le
Roi entendit la Meffe dans la Chapelle de
Ja Maifon des Religieufes Hofpitalieres de
ce Village , où S. M. eft logée, & que l'aprèsmidi
le Roi affifta dans la même Chapelle
aux Vêpres & au Salut.
Le Roi a reçû plufieurs Chevaliers de
P'Ordre Royal & Militaire de S. Louis.
Le Comte de Mortaigne , Lieutenant Ge
néral des troupes Impériales , & Chambellan
de l'Empereur , s'étant acquitté de la
Commiffion que S. M. I. lui avoit donnée
auprès du Roi , prit congé de S. M. le 26 du
mois dernier , & il partit le même jour ,
pour retourner à Francfort. Il fut préfenté
au Roi dans la Chambre de S. M. par M. de
Verneuil , Introducteur des Ambaffadeurs.
Lo
252 MERCURE DE FRANCE.
Le 31 , la Reine entendit la grande Meſſe
dans l'Eglife des Recolets de Verfailles , où
l'on commença ce jour-là les Prieres de
Quarante- Heures.
L'après-midi , Monfeigneur le Dauphin
& Mefdames de France y affifterent au Salut
& à la Bénédiction du S. Sacrement.
Le premier & le 2 de ce mois , la Reine
entendit le Salut dans la même Eglife .
Le 4 , Fête du S. Sacrement , la Reine ,
accompagnée de Monfeigneur le Dauphin
& de Mefdames de France , fe rendit àl'Eglife
de la Paroiffe du Château de Verſail
les , où S. M. après avoir affifté à la Proceffion
, entendit la grande Meffe.
Le même jour , le Roi accompagné de
Duc de Chartres , du Duc de Penthiévre ,
& des principaux Officiers de fa Maiſon , ſe
rendit vers les dix heures du matin à l'Eglife
Paroiffiale de Werwik , où S. M. entendit la
grande Meffe , après avoir affifté à la Proceſ
fion .
Le 11 , jour de l'Octave , le Roi affifta
l'après-midi à la Proceffion de l'Eglife Collégiale
de S. Pierre de Lille , à laquelle
l'Archevêque de Cambray officia , & S. M.
qui étoit accompagnée de toute fa Cour ,
entendit le Salut dans la même Eglife . Le
Roi a entendu le Salut pendant l'Octave
dans differentes Eglifes .
M.
JUIN
1253 1744
M. Durini , Archevêque de Rhodes ,
Nonce ordinaire du Pape , & qui étoit arrivé
à Paris dans le mois d'Avril dernier , fe rendit
à Lille le 8 de ce mois , & le furlendemain
il eut fa premiere audience particuliere de
S. M. Il y fut conduit par M, de Vernetül
Introducteur des Ambaffadeurs.
Le Baron de Bernſtorff , Chambellan du
Roi de Dannemarcx & fon Envoyé Extraordinaire
auprès du Roi , s'étant rendu
Lille , il y eut le 13 une audience publique
de S. M. M. de Verneuil alla le prendre
avec le caroffe du Roi dans la maifon où il
étoit logé ; il le conduifit à l'audience de
S. M. & il le remena chés lui après l'audience
avec les cérémonies accoutumées.
Depuis les lettres du Camp deyant Me
nin du premier de ce mois , on a appris que
le même jour , à neuf heures du foir , le
Comte de Clermont avoit détaché de la
tranchée devant l'Ouvrage à Corne quel
ques Grenadiers , lefquels étant montés
avec des échelles dans cetOuvragesy avoient
établi un logement , & que les batteries
Royales tiroient toutes le 2 , à cinq heures
du matin.
Le Roi a donné l'agrément du Régiment
Dauphin , dont le Marquis de Maillebois
étoi
254 MERCURE DE FRANCE.
étoit Colonel Lieutenant , au Comte de
Choifeul Meuze , Colonel du Régiment de
Foreft , & l'agrément de ce dernier Régiment
au Comte de Matignon , Capitaine
dans celui de Monaco ,
Le Gouvernement des Ifles du Château
d'If , de Pomegue & de Ratoneau , a été
accordé par le Roi à M. de Varennes , Lieutenant
Général des armées de S. M , & Lieutenant
Colonel du Régiment des Gardes
Françoiſes.
Le Marquis de Chabannes , Maréchal de
Camp , qui étoit Major de ce Régiment , en
a été nommé Lieutenant Colonel.
M. de Vaudreuil , Capitaine d'une des
Compagnies du même Régiment , en a été
fait Major.
Le Roi a nommé en même-tems le Comte
d'After , qui commande auffi une des Compagnies
de ce Régiment , Major , en ſurviyance
de M. de Vaudreuil.
Le Roi ayant difpofé des places vacantes
par la de M. Fagon , M. d'Argenfon ,
Confeiller d'Etat ordinaire , & Chancelier
du Duc d'Orleans , a été nommé Confeiller
au Confeil Royal des Finances . M. Dagueffeau
de Frefnes a monté à la place de
Confeiller d'Etat ordinaire , & M. Trudaine
, Intendant des Finances , a été fait Coniller
d'Etat.
S
·JUIN. 1744) - 1255
S. M. a donné la charge d'Intendant des
Finances qu'avoit M. Fagon , à M. de Boul
Longne , Intendant des Ordres du Roi , &
Premier Commis des Finances .
M. le Cardinal de Tencin ayant reçu une Lettre
du Roi , pareille à celle qui eft imprimée dans le
Mercure du mois de Mai , p. 1023 , pour ordonner
des Prieres publiques , fon Eminence donna auffitôt
un Mandement digne d'un fi grand ſujet & de
a piété. En voici la teneur.
PIERRE DE GUERIN DE TENCIN , Cardinal Prêtre
de la Sainte Egliſe Romaine , du Titre des Saints
Nerée & Aquilée , Archevêque & Comte de Lyon,
Primat de France , Commandeur de l'Ordre du
Saint-Efprit , Miniftre d'Etat , & c.
A tous les Doyens , Chapitres , Abbés , Prieurs
Curés , Vicaires , Communautés Séculieres & Réguliéres
, & à tous les Fidéles de notre Diocèfe ;
SALUT en Notre-Seigneur.
LEROI , mes très- chers Freres , après avoir fi
long- tems differé par amour pour les Peuples , de
déclarer la guerre , vient de leur donner une preuve
plus marquée encore de cet amour , en ſe mettant
lui-même à la tête de fes troupes. Quel gage plus
certain de la victoire , fi des moyens humains pouvoient
l'afſurer ! Mais c'eſt Dieu feul qui la donne.
Invoquons donc le Seigneur Dieu des Armées ;
mais n'oublions pas qu'il eft par préférence le Dieu
de la Paix . Qu'elle foit auffi le but de tous nos
voeux. Ne defirons que pour elle la victoire . Songeons
que la guerre est toujours pour les Vainqueurs
même , un fleau de la colere céleſte ; & en
demandant au Seigneur de n'être pas l'objet de fes
veng
1256 MERCURE DE FRANCE.
Vengeances , demandons lui avec une égale ardeur
de n'en être pas long- tems l'inftrument.
Telles font les difpofitions du Roi . Il n'a jamais
cherché fa gloire dans les combats , parce qu'il n'a
jamais ambitionné que celle qui fait le bonheur dos
Peuples. Il ne va combattre , après avoir épuifé
toute la moderation qui étoit compatible avec la
Majefté du Trône , que parce que ce n'eſt déformais
qu'en vainquant qu'il peut pacifier l'Europe .
Mais en implorant le fecours du Seigneur , mer
tons-nous en état de le mériter par la pénitence , &
commençons à fléchir la Juſtice , avant que d'ofer
reclamer fes Miféricordes.
A CES CAUSES ,Nous Cardinal , Archevêque &
Comte de Lyon fſuſdit , après en avoir fait conférer
avec nos Vénérables Freres Meffieurs les Doyen
Chanoines & Chapitre de l'Eglife,Comtes de Lyon,
avons ordonné :
1°. Que dans toutes les Eglifes tant féculieres
que régulieres de la Ville & Fauxbourgs de Lyon ,
exemptes ou non exemptes , on fera des Prieres de
quarante- heures , avec expofition du Saint Sacrement
; que le Mercredi vingt - fept du préfent mois
de Mai , on les commencera dans notre Egliſe Primatiale
par une Meffe folemnelle , après laquelle
on portera proceffionnellement le très - Saint Sacrementdans
l'Eglife Paroiffiale de Sainte Croix , pour
y continuer lesdites Prières pendant trois jours con
fécutifs , & chaque jour au foir , on dira avant la Bénédiction
les Verfets , Panem de Coelo , &c. Fiat manus
tua fuper Virum dextera , &c. Fiat pax in virtute
tua, c. avec l'Oraifon du Saint Sacrement ', celle
qui fe trouve dans le Miffel Lyonnois page 109 ;
Pro Rege & ejus Exercitu , & dans le Miffel Romain
celle qui fe dit à la Meffe , Tempore Belli & la troifiéme
Oraifon fera celle pour la Paix , Deus à qua
fanta defideria, Úc. 2
JUIN. 1744. 1257
[赤]
2. Que dans les autres Eglifes de la Ville &
Fauxbourgs de Lyon , on fera les mêmes Prieres
dans les jours & fuivant l'ordre ci après marqués.
3º. Dans les autres Villes , Bourgs & Villages de
ce Diocèse , on commencera les Prieres de quarante-
heures le Dimanche qui fuivra la reception de
notre préfent Mandement , en forte néanmoins ,
que dans les Lieux où il y a plufieurs Eglifes , la
-principale les fera la premiere , & les autres fucceffivement
fuivant le rang qu'elles ont entr'elles .
4. Dans les Paroifles de la Campagne , dont les
Curés ou Deffervans croiront que fi lesdites Prieres
fe faifoient les jours ouvrables , il s'y trouveroit
trop peu d'habitans , on les fera pendant trois Dimanches
confécutifs en expofant le Saint Sacrement
à la Meffe Paroiffiale & à Vêpres feulement ,
& après celles- ci ils en donneront la Bénédiction .
5º. Nous ordonnons que jusqu'au retour de Sa
Majefté , on chantera dans notredite Eglife Primatiale
& dans toutes les autres Eglifes de la Ville &
Fauxbourgs de Lyon & de notre Diocèfe , tous les
Dimanches & toutes les Fêtes fêtées , le Pfeaume
Exaudiat, immédiatement apres les Vêpres, & qu'on
dira à toutes les Meffes au lieu de la Collecte Pro
Pace , celle qui eft intitulée dans le Miffel Lyonnois
, Pro Rege & ejus Exercitu , & dans le Miffel
Romain , celle , In Tempore Belli.
Nous accordons les Indulgences . Epifcopales à
toutes les perfonnes qui érant bien difpofées affifteront
à la Bénédiction du Saint Sacrement l'un des
jours défignés pour les Prieres de quarante- heures.
Et fera notre préſent Mandement lû , publié aux
Prônes des Meffes Paroiffiales , & affiché par tout
où befoin fera.
DONNE' à Paris le fix du mois de Mai mil fept
cent quarante quatre. Signé , P. CARD DE TENCIN.
Parfon Eminence , figné , CARRIER.
1. Vol. 1 Au1258
MERCURE DE FRANCE.
f
Autre Mandement de M. le Cardinal de Tencin
, enfuite d'une autre Lettre du Roi , pour faire
chanter le Te Deum , en Actions de graces de la
priſe du Comté de Nice.
L
PIERRE DE GUERIN DE TENCIN , &c . A tous Ab
bés , Doyens , Chapitres , Prieurs , Curés , Vicaires
& autres Eccléfiaftiques Séculiers & Réguliers , &
à tous les Fidélés de notre Diocèfe : SALUT & Béné
diction en Notre- Seigneur. .t
> Vous voyez , mes très -chers Freres , par la Lettre
du Roi dont nous vous faiſons part , les fentimens
de Religion dont Sa Majesté eft remplie. Elle n'attribuë
qu'à la protection du Tout- Puiffant la Con-
-quête du Comté de Nice . Elle n'attend de nouveaux
fuccès que de la même protection . Elle ne
' les defire que pour parvenir plus promptement à
une paix honorable & folide. Entrons dans des vûës
fi pures & fi chrétiennes ; béniffons le Dieu des Atmées
; implorons le Dieu de la Paix , & furtout redoublons
nos voeux pour la précieuſe confervation
de la Perfonne facrée de S. M. Que ces voeux feront
ardens , mes très chers-Freres , s'ils égalent la
vive & tendre reconnoiffance dont nous devons être
pénétrés pour un Monarque qui aime fes peuples
nous ne craignons point de le dire , autant qu'il en
eft aimé!
¿ A CES CAUSES , Nous Cardinal Archevêque &
Comte de Lyon fufdit , après en avoir fait conférer
de notre part avec nos vénérables Freres , Meffieurs
les Doyen , Chanoines & Chapitre de l'Eglife ,
Comtes de Lyon , avons ordonné & ordonnons que
Je trente- un du préfent mois de Maí jour & Fête de
la Trinité , à dix heures du matin , le Te Deum fera
chanté folemnellement avec le Pfeaume Exaudiat ,
& les Oraifons en actions de graces de la prife du
Comté de Nice , dans notre Eglife Primatiale , Qu
les
JUIN. 1744. 1239
Les Compagnies qui ont accoûtumé d'affifter à de
pareilles rémonies font invitées de fe rendre .
A l'égard des autres Villes , Bourgs & Villages
de notre Diocèfe , nous ordonnons "que le Dimanche
ou la Fête après la reception de notre préſent
Mandement , on chantera pareillement le Te
Deum , le Pleaume Exaudiat , & les Oraifons pour
le même fujet. Et fera notre préfent Mandement
Jú , publié & affiché par tout ou befoin fera. "
DONNE' à Paris le quinze du mois de Mai 1744 .
Signé , P. CARD, DE TENCIN . Par fon Eminence ,
figné , CARRIER 1
-On rapportera dans le fecond Volume , les
Mandemens donnés à l'occafion de la prife de
Menin, & on parlera des réjouiſſances faites à
cette occafion.
"
30 Le 20 , le 27 , & le zo du mois dernier ,
sily eut Concert chés la Reine. M. Deftoùches
, Sur-Intendant de la Mufique de la
Chambre , en femeftre , fit exécuter le Bal-
-let Héroïque de l'Empire de l'Amour , lequel
fit beaucoup de plaifir à S. M. & à touate
la Cour, 22h danb 200512
-
C
C
Le 13 & le 15 Juin , on chanta devant
la Reine l'Opéra de Scanderberg , mis en
Müfique par Mrs Rebel & Francoeur , Sur-
Intendans en furvivance de la Mufique de
la Chambre du Roi. Les principaux rôles
furent remplis par les Dlles Lalande , Mathieu
, Defchamps & de Selle , & par les
Srs Jelior , Dangerville , & Godeneche ,
lefquels s'en acquitterent avec fuccès .....1
I ij Le
1260 MERCURE DE FRANCE.
Le 20 , le 22 & le 27 , la Reine enten
dit l'Opera d'Atys , dont les premiers rôles
furent très-bien rendus par les mêmes ſujets
du précédent Concert , & par les Srs du
Bourg , Richer , & de la Garde , lefquels
chanterent leurs rôles avec applaudiffement.
Le 4 Juin , jour de la Fête- Dieu , il y eut
Concert fpirituel au Château des Tuille
ries , qui commença par le Motet à grand
Choeur de feu M. de la Lande , Sacris folem
niis , lequel fut fuivi d'un Concerto exécuté
par le Sr Labbé , le fils , avec beaucoup de
précifion . On chanta enfuite un petit Motet
Jefu , de la compofition de M. Deftouches,
Sur- Intendant de la Mufique de la Chambre
du Roi , dont l'exécution fit beaucoup de
plaifir. Le Concert fut terminé par le Motet
, Lauda Jerufalem de M. de Mondonville.
Le Sr Poirier , de la Muſique du Roi ,
chanta differens recits dans les deux Motets
au gré du Public.
On a appris du Camp devant Menin du
7 de ce mois , que la tranchée fut relevée le
premier à l'attaque Royale , fous les ordres
du Duc de Gramont , Lieutenant Général
& du Comte de Clare , Maréchal de Camp ,
par deux Bataillons du Régiment de Piémont
, par le Régiment de Hainault , par
trois Compagnies de Grenadiers & par 150
DraJUIN.
1744: IZGF
Dragons. On continua pendant le jour &
pendant la nuit , de perfectionner les com
munications & les Paralleles. L'établiffement
des batteries ayant été entierement
achevé , 22 mortiers diftribués en plufieurs
endroits & 31 piéces de canon furent en
état de tirer pendant la nuit , & leur feu
ralentit beaucoup celui des affiégés.
A l'attaque du côté de l'Ouvrage à Corne
, le Comte de Clermont , Lieutenant
Général , & le Marquis d'Hautefort , Maréchal
de Camp , releverent la tranchée
avec le Régiment d'Artois , celui de Montboiffier
, & quelques Grenadiers & Dragons.
Vers le commencement de la nuit , le
Comte de Clermont , qui avoit fait les difpofitions
pour attaquer l'Ouvrage à Corne ,
y for avancer , pour le reconnoître , un
Lieutenant & fix Grenadiers,lefquels l'ayant
efcaladé , furent fuivis par trois Compagnies
de Grenadiers des Régimens d'Artois ,
Royal Comtois & de Montboiffier . On
trouva que cet Ouvrage avoit été abandonné
par les affiégés , qui y avoient laiffé
trois piéces de canon encloüées.
Six foldats envoyés de la Place vers la
pointe du jour dans cet Ouvrage , pour tirer
de tems en tems quelques coups de fufil , &
pour allumer des feux qui puffent donner
lieu de croire qu'il y avoit encore quelques
I iij trou1262
MERCURE DE FRANCE.
troupes dans l'Ouvrage , furent faits prifon
niers. Les affiégeans ayant établi un loge
ment dans l'Ouvrage à Corne , on travailla
avant le jour à démafquer les Ponts , qui
conduifoient à la Demi -Lune & au Corps de
la Place , & l'on fit occuper par deux Com
pagnies du Régiment de la Couronne & par
un Piquet de Dragons , la partie de l'Ouvrage
à Corne la plus proche du Corps de la
Place.
La tranchée de l'attaque Royale fut relevée
le 2 par le Comte de Segur , Lieute
nant Général , & par M. de Zurlauben
Maréchal de Camp , avec les trois Batail
lons du Régiment de Rohan , trois Compa
gnies de Grenadiers & trois Piquets de Dra
gons .
L'après-midi , le Roi alla voir les travaux
de cette attaque. S. M. parcourut toute la
feconde parallele ; elle s'avança à la tête des
Sappes , & elle ne fortit de la tranchée qu'à
fix heures du foir , après avoir fait donner
des gratifications aux travailleurs & dans
les batteries. Pendant tout le tems que le
Roi demeura à la tranchée , le feu des batte
ries de canons & de mortiers fut plus vif
qu'il ne l'avoit encore été , & une bombe
étant tombée fur l'Eglife des Capucins , y
mit le feu & la brûla entierement. Les travailleurs
employés ce jour-là à la tranchée
fiJUIN.
1744. 1263-
firent 150 toifes de fappe , en débouchant
par la droite, & la fappe du centre fut portée
fort près de la paliffade. On établit une nou
velle batterie de quatre mortiers , & le feu
de toutes les autres continuant de faire dimi
nuer celui des affiégés , il n'y eut à cette,
tranchée que deux foldats de bleffés .
Le 3 , le Duc de Biron , Lieutenant Géné
ral , & le Marquis de la Riviere , Maréchal
de Camp , releverent la tranchée de l'attaque
Royale avec deux Bataillons du Régiment
du Roi , le Régiment d'Angoumois &
trois Compagnies de Grenadiers , & on travailla
à embraffer par une troifiéme paral
lele toute l'étendue du chemin couvert ,
pour le mettre en état de l'attaquer.
Le Comte de Loëwendalh , Lieutenant
Général , & le Marquis de Pontchartrain ,
Maréchal de Camp , ayant relevé la tran
chée le 4 avec deux Bataillons du Régiment,
du Roi , le Régiment de la Marck , trois
Compagnies de Grenadiers & trois Piquets
de Dragons , on perfectionna la troifiéme
parallele commencée la veille , & les ordres.
furent donnés pour tranfporter de l'artillerie
fur la crête du chemin couvert , qu'on
s'étoit mis en état d'attaquer le foir.
Depuis qu'on s'étoit établi dans l'Ou- ,
vrage à Corne , le Comte de Clermont
n'y avoit plus fait relever la tranchée par
I iiij des
1264 MERCURE DE FRANCE.
des Officiers Généraux & par des Régimens,
& il s'étoit contenté d'y détacher un Brigadier
avec des Compagnies de Grenadiers
& quelques Piquets . Les travailleurs , qui
avoient été employés le z & les deux jours
fuivans aux travaux de cette attaque, avoient
formé une fappe tournante , fur la chauffée
qui communique de l'Ouvrage à Corne à la
Place , & qui foutient une partie des eaux
de l'inondation , pour l'écoulement def
quelles le Comte de Clermont fit commencer
une coupure à la chauffée. Il avoit fait
placer en avant de la branche droite de l'Ouvrage
àCorne une batterie de 16 piéces de
canon , deſtinée à battre la Place en bréche ,
& qui commença à tirer dès le 3 au matin
avec autant de vivacité que de fuccès .
Tel étoit le progrès des travaux des deux
attaques le 4 , lorfque vers les trois heures
après midi le Baron d'Echten , qui commandoit
dans Menin , fit arborer le Drapeau
blanc , & demanda à ſe rendre. Le Roi en
ayant été informé , le Maréchal de Noailles
partit pour aller à Menin. Il eut fur la Contrefcarpe
une conférence avec un Colonel
des troupes de la garnifon , lequel lui préfenta
les articles de la Capitulation que le
Gouverneur prioit S. M. de lui accorder . Les
Otages furent donnés de part & d'autre , &
le Maréchal de Noailles revint rendre
compte
JUIN. 1744. 1265
compte au Roi de ce qui étoit demandé
le Gouverneur
.
par
En conféquence de ce que S. M. regla ,
on figna à minuit la Capitulation , dont les
articles principaux étoient que la garnifon
de Menin en fortiroit avec les honneurs de
la guerre ; qu'elle feroit conduite au Fort dé
l'Eclufe avec une efcorte , & que le Gouverneur
pourroit emmener avec lui quatre piéces
de canon & quatre Obutz , qui étoient
aux armes des Etats Généraux , avec vingt
pour chaque pièce &
coups à tirer pour les
troupes.
Deux Compagnies de Grenadiers du Régiment
des Gardes Françoifes & une de celui
des Gardes Suiffes prirent poffeffion le s
au matin de la Porte de Menin , appellée
celle de Bruges.
*
Le 7 , le Roi , après avoir entendu la
Meffe , monta à cheval , & alla à Menin ,
d'où la garnifon fortit vers les dix heures.
Elle défila devant S. M , & paffa enfuite entre
deux hayes de la plus grande partie des
troupes de l'armée du Roi , qui étoient en
bataille fur le chemin que S. M. avoit tenu
fe rendre à Menin.
pour
Le Baron d'Echten , ayant falué le Roi à
la tête de la garnifon , defcendit de cheval ,
& s'étant approché du Roi , il fit un compliment
à S. M , qui le reçût très favora
I v ble1266
MERCURE DE FRANCE
blement. Le Roi ayant vû défiler toute la
garnifon , S. M. entra dans Meniu , & elle
reçût à la premiere Barriere les refpects des
Magiftrats , qui lui préfenterent les Clefs
de la Ville , & lui firent leurs remercîmens
de ce que S. M. a bien voulu conferver
aux habitans tous leurs Priviléges . S. M.
alla defcendre à la principale Eglife de la
Ville , & elle y fit chanter le Te Deum en
action de graces. Avant que de fortir de
cette Place , elle en fit le tour , afin d'en examiner
les Remparts & les Fortifications , &t
de voir l'effet des deux attaques.
M. de la Bazecque , Maréchal de Camp
& Commandant de la Citadelle de Lille ,
a été nommé par le Roi , pour commander
dans Menin , où l'on a trouvé 150 milliers.
de poudre , 20000 boulets , 46 piéces de
canons de fonte , dix de fer & quelques
'mortiers. Il n'y a eu pendant le Siége que
trois Officiers de bleffés , & environ 60 foldats
de tués ou de bleffés.
On mande de Lille du 10 de ce mois , que
le Roi , ayant quitté le 8 le camp devant
Menin , arriva à Lille vers les dix heures diz
matin. Depuis le 4 que la Ville de Menin
s'eft rendue , le Roi eft allé voir les travaux
faits aux deux attaques , & dont le
progrès avoit obligé le Gouverneur de démander
à capituler , & S. M. en a paru trèscontente.
En
JUIN. 1744
1267
En conféquence de la réſolution prife le
5 par le Roi de faire inveſtir la Ville d'Ypres
, le Comte de Clermont , qui a été,
chargé de l'exécution des ordres de S. M..
marcha le 6 au matin avec vingt Compagnies
de Grenadiers , vingt Piquets , un
Détachement de 300 Maîtres de la Maifon
du Roi , un Détachement de Cavalerie de
600 hommes & 600 Dragons . !
M. Defgranges pour le même objet a été
détaché de l'armée commandée par le Maréchal
Comte de Saxe , avec vingt Compa
gnies de Grenadiers , vingt Piquets , un
Détachement de 1000 hommes de Cavalerie
, 200 Dragons & 100 Huffards..
Le Maréchal Comte de Saxe , qui avoit
pris les devants avec une eſcorte de 100
Dragons & de 100 Huffards , pour être à
portée de reconnoître le terrain , fut averti
à une lieuë d'Ypres par l'avantgarde de fon
efcorte , qu'elle venoit d'appercevoir une
troupe d'Infanterie fortir de la Place . Cette
troupe ayant été attaquée par ordre de ce
Général , le Gouverneur d'Ypres envoya
au fecours un nouveau Détachement de fa,
garnifon , & le Maréchal Comte de Saxe fit
charger ces deux Détachemens , dont le feur
fut affés vif pendant quelque tems.
Les ennemis ont eu en cette occaſion un
Officier & plufieurs Soldats de tués ; on
I vj
leux
1268 MERCURE DE FRANCE,
leur a fait prifonniers quatre Officiers , deux
Sergens & 64 Soldats. Il n'y a eu perfonne
de tué des Dragons ni des Huffards qui ont
attaqué les ennemis.
Le jour que le Comte de Clermont a
marché pour former l'inveftiffement d'Ypres,
il s'eft emparé de la Redoute de Dickcbufch
, & il y a fait un Sergent & quinze
Soldats prifonniers.

On apprend de Breft , que le 16 du mois
dernier le Capitaine Georges Soyer , commandant
le Vailfeau le Barnabas , armé à S.
Malo , s'eft emparé du Navire le Georges
d'environ cent tonneaux , qui venoit de la
nouvelle Angleterre , chargé de gaudron ,
& que le 28 il étoit entré dans le Port un
autre Bâtiment Anglois , de 200 tonneaux ,
chargé de riz , que deux Navires de S.
Brieux ont pris , en allant à la pêche fur le
Banc de Terre-Neuve.
Les lettres de Cherbourg marquent qu'un
Armateur du Havre a conduit le 22 du mois
dernier dans le premier de ces deux Ports
deux Bâtimens qui étoient deftinés pour
Londres , & fur lefquels il y avoit une
grande quantité d'avoine & plufieurs barils
de fer blanc.
Selon les avis reçûs de S. Malo , le Vaiffeau
la Biche , commandé par le Capitaine
Donat ,
JUI N. 1744.
11269
Donat , y eft rentré le 24 avec le Navire.
Anglois la Reine Anne , de 120 tonneaux ,
armé de fix canons , dont la charge confiftoit
en riz & en bois de teinture , & qui revenoit
de la Caroline.
On mande de Grandville , que les deux
Bâtimens Anglois , la Penelope & le Litte
marck , le premier d'environ 300 tonneaux ,
venant d'Antigue , & chargé de pelleteries,
de gaudron & de terebentine , le deuxième
de 90 tonneaux venant de la Caroline
chargé de riz & de planches , ont été pris
par le Vaiffeau le Tourneur.
>
Les deux Vaiffeaux du Roi , le Content &
le Mars , commandés par le Chevalier de
Conflans & par M. Perier , ayant attaqué le
19 du mois dernier le Vaiffeau de guerre
Anglois le Northumberland , de 70 canons ,
ils s'en font emparés , & ils l'ont conduit à
Breft le 3 de ce mois. 3. Ce Vaiffeau étoit de
l'Efcadre du Chevalier Hardy , qui l'avoit
détaché comme fon meilleur Voilier , pour
donner la chaffe à un petit Vaiffeau , & il
pourfuivoit ce Bâtiment , lorfqu'il fut rencontré
par les Vaiffeaux le Content & le Mars,
fous le vent à lui , à 72 lieues des Berlingues
Oüeft un quart Nord- Oüeft.
Le Chevalier de Conflans & M. Périer
l'ayant laiffé approcher fous Pavillon Anglois
, ils commencerent fur les cinq henres
après
1272 MERCURE DE FRANCE.
mois au même Port trois Bâtimens dont ils
fe font emparés , & qui étoient chargés ,
l'un de Vin , un autre de Bois & de Drogues
pour la Teinture , & le troifiéme de
Limons & de Bigarades.
Il eft arrivé le premier de ce mois à Port-
Louis un Bâtiment Anglois , nommé l'Elizabeth
, d'environ 180 tonneaux , qui avoit
fa cargaison en riz & en cuirs , & qui a
été pris , en revenant de la Caroline , par
le Navire la Marie Magdeleine , de S. Malo
, que commande le Capitaine Pilier.
Quelques Vaiffeaux de ce dernier Port &
de Grandville , en allant à la Pêche fur le
Banc de Terre-Neuve , fe font emparés de
quatre Bâtimens ennemis , dont les chargemens
confiftoient en fucte , en riz , en falaifons
& en diverfes autres marchandifes.
Le Capitaine Prevalon , commandant le
Navire le Jufte , de Grandvitle , a pris le 27
du mois dernier le Vaiffeau le Succès , de
60 tonneaux , chargé de riz , de gaudron
& de terebentine.
Un Navire Anglois , de 130 tonneaux ,
qui avoit fait voile de Santa- Cruz en Barbarie,
& dont le chargement eft eftimé 200000
livres , a été enlevé par le Vaiffeau le Faucon
de la Rochelle.
MORTS.
JUIN. 1744020 7277
MORT S.
E27Février, Charles-François de Froulay, Comte
des armées du Roi depuis le 24 Février 1738 , &
Lieutenant pour S. M. au Gouvernement du Mayne
& Comté de Laval , ci-devant Ambaffadeur auprès
de la République de Venife , nommé au mois de
Décembre 1732 , mourut à Paris , âgé de 61 ans ; il
étoit fils de Philippes -Charles de Froulay , Comte de
Froulay & de Montflaux , Enfeigne des Gendarmes
de la Garde du Roi , & Lieutenant pour S. M. au
Gouvernement du Mayne & Comté de Laval, mort
à Paris le 7 Mai 1697 , agé de 34 ans , & de D. Ma
rie-Anne de Megaudais. Il avoit épousé en Janvier
1713 , D. Marie- Anne- Jeanne- Françoiſe Sauvaget
des Claux , fille & héritiere de Jean- Baptifte Sauva
get , Seigneur des Claux , Meſtre de Camp d'un Régiment
de Cavalerie , & Brigadier des Armées du
Ror , tué à la levée du Siége de Turin en 1706
& de D. Marie- Anne Visdelou de Bienaffis , duquel
mariage il laiffe entre autres enfans le Marquis de
Froulay, Colonel du Régiment Royal Comtois , fur
la démiffion de fon pere en 1734 , fait Brigadier
d'armée le 20 Février 1743 , & Renée- Charlotte de
Froulay , mariée le 18 Mars 1737 avec Louis- Marie
de Crequy , Marquis de Hemont. M. le Com
te de Froulay , qui donne lieu à cet article , étoit
frere aîné de Charles- Louis de Froulay , Comte de
S. Jean de Lyon , aujourd'hui Evêque du Mans depuis
1723 , & Abbé de la Couture. Voyez le Généa
logie de la Maifon de Froukay dans l'Hiftoire des
Grands Officiers de la Couronne, Volume VII , fol
668,& dans le Dictionnaire Hiftorique de Morery,
nouvelle Edition.
Ler
1274 MERCURE DEFRANCE.
Le premier Mars , Louis-Denis Talon, Marquis
du Boulay , Préfident au Parlement , mourut à Paris
dans la 44 année de fon âge , fans laiffer d'enfans
'de D. Françoife-Magdeleine Chauvelin , fa femme ,
qu'il avoit épousée le 6 Avril 1724 , fille de Louis
Chauvelin , Avocat Général au Parlement , Commandeur
& Grand- Tréforier des Ordres du Roi
& de D. Magdeleine de Grouchy. Il étoit fils d'O
mer Talon , Marquis du Boulay & du Tremblay- les
Vicomte , Colonel du Régiment d'Orleannois
mort le 10 Juillet 1709 , & de D. Marie Louiſe
Molé de Champlaftreux ; petit fils de Denis Talon ,
'Avocat Général au Parlement en 1652 , puis Préfri
dent au même Parlement en 1691 , mort le 2 Mars
1698 , en réputation d'un des plus beaux génies &
des plus grands Orateurs de fon fiécle, & de D. Mas
rie-Louife-Elizabeth- Angelique Favier , Dame du
Boulay , morte le 28 Septembre 1732 ; arriere- petit .
fils d'Omer Talon , Avocat Général au Parlement
en 1631 , mort le 29 Décembre 1632 , & de D. Frane
soife Doujat , morte le 17 Avril 1667, Ledit Omer
Talon , fils d'autre Omer Talon , Avocat au Parle
ment de Paris , & Maître des Requêtes de la Reine
Marguerite ès années 1604 & 1611 , mort à Paris le
8 Février 1618 , âgé de 30 ans , en réputation d'un
des plus célébres Avocats de fon tems , & de D. Su.
zanne Choart , qu'il avoit épousée le 10 Mai 1568
morte le 19 Avril 1643 , âgée de 98 ans , & inhumée
avec fon mari en l'Eglife de S. Côme , dans la Cha
pelle des Familles de Choart & de Talon , où fe
voit leur Epitaphe en Lettres d'or fur Marbre noir.
Le Roi a donné la Charge de Président au Parle
ment , vacante par la mort de M. Talon , à M.
Louis Chauvelin , fon beau-frere , qui a déja exercé
une pareille Charge.
Le 9 , D. Pulcherie de Chaſtillon , femme de Jean
François
JUIN. 1744 . 1275
François Boyvin de Bonnetot , Marquis de Bacqueville
, ci - devant Colonel d'un Régiment de fon
Nom , mourut au Château de la Rambaudiere , en
Poitou près de Fontenay - le Comte , âgée d'environ
45 ans , & laiffant un fils . Elle avoit été mariée avec
M. de Bacqueville le ... Juillet 1714. Elle étoit
four aînée de D. Marie Rofalie de Châtillon , ma
riée le 27 Décembre 1714 , avec Louis Vincent de
Goefbriant , Marquis de Goefbriant , mort le 29
Décembre 1736 , & elles étoient filles d'Alexis-
Henri de Châtillon , Seigneur de Chantemerle &
de la Rambaudiere , Chevalier , Commandeur &
Doyen des Ordres du Roi , mort le 17 Mars 1737
& de D. Marie- Rofalie de Broully de Piennes ,
morte le 12 Septembre 1736 , & coufines germaines
de M. le Duc de Châtillon , Chevalier des Ordres
du Roi , Lieutenant General de fes armées, & Gouverneur
de la perfonne de Monfeigneur le Dauphin. '
Voyez la Genealogie de l'Illuftre Maifon de Châtillon
, dans l'Hiftoire des Grands Officiers de la
Couronne , & l'Hiftoire particuliere qui en a été
donnée au public par André du Chêne.
Le 19 , René Amaury de Montbourcher , Marquis
du Bordage , ancien Meftre de Camp de Cavalerie
mourut à Paris âgé de 73 ans , fans avoir été marié
il étoit fils de René de Montbourcher Sire de Montbourcher
, Marquis du Bordage , Maréchal des
Camps & armées du Roi , tué au fiége de Philif
bourg le 18 Octobre 1688 , & d'Elifabeth Goyon-
Matignon Dame de la Mouffaye morte le 18 Octo
bre 1701. M. le Marquis du Bordage qui vient de
mourir , étoit frere de D. Henriette de Montbourcher
du Bordage , mariée le 4 Décembre 1699 ,
avec François de Franquetot , Comte de Coigny ,
aujourd'hui Maréchal de France , & c . La Maifon
de Montbourcher eft une des plus anciennes de
Bre
3276 MERCURE DE FRANCE:

Bretagne , diftinguée par fes alliances & par
fervices Militaires .
·
Le*
Le 23 , Jean Baptifte de Rouvroy , Marquis
de Rouvroy , ci devant Lieutenant General des armées
navales du Roi. Depuis 1720 Commandeur de
P'Ordre Royal & Militaire de Saint Louis, depuis le
27 Mars mil fept cent vingt- huit , mourut à Paris
dans la quatrevingt- quatrième année de fon âge ;
il avoit obtenu l'érection des Terres du Puy , de la
Vallée , de Froiffy & de Provinlieu en Marquifat ,
par Lettres du mois de Janvier 1714 ; il étoit fils de
Pierre de Rouvroy, Seigneur du Puy , Capitaine au
Regiment des Gardes Françoifes & Maréchal des
Camps & armées du Roi , & de D. Urfule - Marie-
Gonthery , Gouvernante des filles d'Honneur de la
Reine ; il avoit époulé 1º . le 21 Février 1687 , D.
Renée-Therefe -d'Abon , morte le 8 Juillet 1736 ,
de laquelle il avoit eu, entr'autres enfans Jean- Augufte
de Rouvroy , Marquis de Rouvroy , Meftre de
Camp d'un Regiment de Dragons , Chevalier des
Ordres de S. Louis & de S. Lazare , mort le 13
Novembre 1729, laiffant une fille unique de fon
mariage avec D. Marie Anne Giraud . M. le Mar-´
quis de Rouvroy , qui vient de mourir, avoit épousé
en feconde nôces D. N .... Adam , qu'il laiffe
veuve & fans enfans . Il portoit pour armes de fable
à une croix d'argent , chargée de cing coquilles de
gueules.
La Dame Anne Rateľ , veuve du St Claude Des
hayes , mourut à Rouen le 29 dans la 94 année de
fon âge. Elle étoit reftée feule des 305 Rentiers de
la dixiéme Claffe de la feconde Tontine , & elle
avoit réuni fur la tête 765 Actions , dont cette
Claffe étoit compofée , & qui montoient à 19125 I.
de rente.
Le feu St Deshayes , fon époux , retiroit 32730
lir.
JUI N.
1744. 1277
liv. de rente de la même Tontine , ayant réuni
auffi ſur la tête toutes les Actions de la feconde &
de la quatriéme Divifion de la onzième,Claffe.
Le fecond Volume du Mercure eft actuelle
ment fous preffe , & paroîtra inceffamment,
TABLE.
1.B.CBS FUGITIVES. Ode , Imitation du so
Pleaume de David
" 1067
Questions importantes , jugées au Parlement de
Paris ,
Sonnet à l'honneur de la Sainte Vierge ,
1071
1079
Réponse à une Queftion proposée par M. P. Th **
Vers à Mlle D. Fran .... fur fon abſence ,
Lettre de M. Deftouches à M. Tanevot ,
Portrait de Mlle ...
1080
1092
1993
1103
Réjouiffances faites à Grenoble au fujet du Mariage
du Duc de Chartres ,
Vers à M. P ... Maître des Requêtes ,
Lettre au fujet de l'Abbaye de S. Hubert ,
1104
1112
1115
Réponse en Vers à une Queftion propofée dans le
Mercure d'Octobre 1742 , 1123
Extrait de Lettre fur l'origine de l'ufage de réciter
trois fois Ave Maria à midi ,
Conte Epigrammatique ,
1125
1129
Décifion d'une Queſtion au fujet du feu du Ciel ,
éteint par le lait ,
Epigramme ,
par M Liger ,
1130
1133
Les Incommenfurables & leur défenſe , anéanties
Recette contre le Tie,
1134
1138
Mémoire
Mémoire Hiftorique fur les Villes de Nice & de
Villefranche ,
La Cellule Philofophique ,
1140
1153
Explications des Enigmes & des Logogryphes de
Mai ,
Celles d'Avril ,
1159
ibid.
Vers à M. L..... en lui envoyant l'explication de
fon Logogryphe dans le Mercure d'Avril , 1160
Enigmes & Logogryphes ,
1161
NOUVELLES LITTERAIRES , DES BEAUX- ARTS , & C.
Les Vies des Hommes Illuftres. Celle de Gafton
Duc de Nemours , de Foix ,
Le Recueil du Parnaffe , Tome II . Extrait ,
1164
1196
Sujet du Prix de l'Académie Royales des Sciences
pour l'année 1745 ,
1210
Defcription des deux Paires de Piftolets préfentés au
Roi par la Ville ,
Chanfon notée ,
1211
1215
Spectacles . Extrait de la Comédie intitulée , l'Epoux
parfupercherie , 1218
Nouvelles Etrangeres , Turquie , Allemagne , 1226
Eſpagne ,
1230
Italie ,
1237
Nice ,
1239
Grande-Bretagne , Hollande & Pays- Bas , 1240
Flandres 1241
1249
Mort des Pays Etrangers
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , &c. 1250
Mandemens du Cardinal de Tencin , & c.
" Concerts chés la Reine
*
Concert Spirituel ,
Détail du Siége de Menin ,
Prife de Vaiffeaux Anglois ,
< Morts ,
t
"
1:
1255
1259
1260
ibid.
1268
1273
Errata
Errata de Mai.
•PAge857, ligne is , afligeans , 1. affligeans , ¿i
ôtez la virgule.
P. 858 , 1. derniere , mettez un point d'admiration
après contretems.
P. 876 , 1. 6 du bas , de forfaits , l . des forfaits , de
crimes , l. des crimes.
P. 891 , 1. 4 & ,, ridicules , l . ridicule.
P. 905 , l . 11 , lâcher , l . lancer.
P. 914 , 1. 9 du bas , unaniment , l. unanimement
P. 939 , 1. z du bas , de , ajoutez , ce. 2
P. 950 , 1.5 du bas , ne mettez qu'une virgûle après
légére .
Ibid. 1. 2 du bas , an , 1. au.
P. 952 , 1. 3 , Lcêteur , l. Lecteur.
P. 959,1 . 14 , grand , L. le grand.
P. 966 , 1. 6 , prononcés , L. prononcées.
P. 970 , l. 16 , a lû , l . lut.
P. 977 , 1.6 , éré , l. été..
P. 981 , 1.5 ,nouvelles, ajoutez, paroiffent depuis peu
P. 985 , 1. 2 , abords , . bords.
P. 1008 ,l. 10 , ptenment , 1. prennent.
P. 1024, 1. 9 & 10 , Madelaine , 1. Magdeleine .
P. 1032 , 1. 7 , du , ôtez ce mot.
P. 1034 , l . 8 , un , l. une.
Ibid. 1. derniere , eu , l. en.
P. 1041 , l. 11 , Religieux , l. Religieufe
P. 1046 , l . 12. minuit , L. le minuit.
P. 1058 , l. 13 & 16 , faſſe , l. face.
Fantes
P
Fautes à corriger dans ce Livm.
Age 1069 , ligne 14, mettez une virgule après
l'abfoudre .
P. 1070 , mettez -en une aprés le vice .
1. derniere ut , 1. eut:
P. 11095 ,
P. 1080 , 1.6 , aucunes , 1. aucuns.
P. 1081 , 1. 21 , corps , 1. Corps.
P. 1121 , à la reclame , drot , 1. droit.
P. 1123 1. 2 au , 1. dans.
>
P1131,1 . 23 , ne mettez qu'une virgule avant partie!
P. 1132 , 1. 2 du bas , mettez un point d'interrogance
après l'argile.
P. 1140. 1. 17 , le , ôtez ce mot.
P. 1162 , l . 6 du bas , d'Art , l . l'Art .
P. 1178 , 1. 8 & 9 du bas . P. 1180 , l . 2. & P. 1181 ,
1. derniere , Gens d'armes , l. Gendarmes.
P. 1187 , 20 & 21 , Capitaines , l. Capitaine.
P. 1192 , 11..22,, des Chef, l. Chef.
P. 1100 , 1. 2 , Flandre ,1. Flandres,
La Chanfon notée doit regarder lapage 127
MERCURE
DE FRANCE .
DÉDIÉ AU ROI.
JUIN. 1744.
SECOND VOLUME.
COLL
LIGITI SPARC
Chés
apillos
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER ,
ruë S. Jacques.
La Veuve PISSOT, Quai de Conty ;
à la defcente du Pont-Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais.
M. DCC . XLIV.
Avec Approbation & Privilege du Roi,
A VIS.
LMOREAU,Commis an Wigscure,vis-
'ADRESSE générale eft à Monſieur
à vis la Comédie Françoife , à Paris. Ceux qui
pour leur commodité voudront remettre leurs
Paquets cachetés aux Libraires qui vendent le
Mercure , à Paris , peuvent fe fervir de cette
voye pour lesfaire tenir.
On prie très-inflamment , quand on adreſſe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous le
déplaifir de les rebuter , & à ceux qui les
envoyent , celui , non-feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de les perdre
, s'ils n'en ont pas gardé de copie .
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercurede France de lapremieremain ,
&plus promptement, n'auront qu'à donner leurs
adreffes à M. Moreau , qui aura foin de faire
leurs Paquets fans perte de tems , & de lesfaire
parter fur l'heure à la Pofte , on aux Meffage
ries qu'on lui indiquera.
PRIX XXX . SOLS.
MERCURE
DE FRANCE ,
1 .
ROLE
DÉDIÉ A V
AU RO E
LYON
DE
JUIN.
1744.
*
1893
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
LA CHUTE DE PHAETON,
Traduite du II Livre des Métamorphofes
D
d'Ovide,
Ans un Champ , parfumé d'émail & de
- verdure ,
Champ qu'ignorent les vents , les fri-"
mats , la froidure ,
Eft un vaſte Palais , de Porphire entouré ,
Que les Rubis & l'or , tour à- tour , ont paré ;
La cime de ce Lieu d'yvoire eft couronnée ;
Sa porte radieufe eft d'or environnée ,
II. Vel. A ij Mais
1284 MERCURE DE FRANCE.
Mais la Nature à l'Art n'ofe le difputer ;
L'Art , paiſible vainqueur , ſe plaît à la dompter.
Ce Palais du Soleil eft le féjour tranquile ;
Là, pour récompenfer un fervice inutile ,
Vulcain avoit gravé le tour de l'Univers ;
La Terre chancelante , entre l'Air & les Mers ;
Sur la liquide Plaine Amphitrite & Nerée
Etaloient les attraits dont leur Cour eft parée.
Ici , fous Egeon la Baleine gémit ,
Sous la voix de Triton l'Onde tremble & frémit ;
Là , Vertumne , changeant de forme & de nature ,
Offre de l'inconftance une vive peinture ;
Plus loin , mille Beautés & leurs meres Doris ,
Captivent les regards des demi - Dieux furpris.
Les unes ,fur la Mer någeoient à l'avanture ;
D'autres , fur un Rocher féchoient leur chevelure.
Súr les Eaux celle- ci fe laffe de flotter
L'autre laiffe au Dauphin le foin de la porter.
Une égale Beauté regne fur leur viſage ;
Toutes n'ont pas pourtant mêmes traits en partage ;
Mais certain air , rempli de graces , de douceurs ,
Tout varié qu'il eft , fait dire , elles font foeurs.
Plus haut font les Humains , les Forêts , les Montagnes
,
Les Déités des Bois , & les Dieux des Campagnes.
Chaque figne a fa place , & tout l'Ouvrage enfin
Paroît enveloppé d'un Ciel pur & ſerein.
Ce fut dans ce Palais que le fils de Climene
Vint
JUIN. 1744.
1285
Vint éclaircir fon doute , & diffiper ſa peine.
Un jeune audacieux difoit que d'Apollon
Il n'avoit pû tirer ni ſon ſang , ni fon nom ,
Et pour mieux repouffer cette injure cruelle ,
De fa naiffance il vient prendre un gage fidéle.
Il marche , mais bientôt mille rayons brulans
Fixent les fa voix & fes pas
yeux ,
chancelans.
Là , de poupre couvert , & ceint de ſa couronne ,
Phébus voit voltiger l'éclat qui l'environne.
les ans
Il voit à fes côtés les jours , les mois ,
Et les momens legers , & les fiécles pefans.
Il voit Vertumne orné d'émail qui le colore ,
Et l'Eté des Epics que fa main fait éclore ,
Du jus de fes raifins l'Automne enluminé ,
Et l'Hyver tremblotant , de neige couronné.
Atravers ces objets fon oeil crut reconnoître
Celui que fon amour de Climene a fait naître.
Accourez , accourez , mon fils , ne craignez pas ;
Quel fujet , mon cher fils , conduit ici vos pas ?
Il dit ; de Phaeton la voix s'ouvre un paſſage ;
Si de ce nom , dit-il , vous m'accordez l'uſage ,
Si Climene n'a point d'un voile fuborneur
Couvert en même- tems fa gloire & mon honneur,
Un foupçon me pourſuit , m'abbat, me defeſpere ;
Chaffez -le , montrez- moi que vous êtes mon pere.
Phébus , de qui les fens à ces mots font touchés,
Ecarte fes rayons , & lui dit , approchez .
Il l'embraffe ; ô mon fils , eh quoi ! pouviez -vous
croire A iij Que
1286 MERCURE DE FRANCE.
"
Que Climene à ce point ait oublié fa gloire ,
Votre doute m'offenfe, & je ne fçais pourquoi ,
Mon fils , vous vous trouvez fi peu digne de moi.
Ah ! fi vous n'en croyez ni foupirs ni tendreſſe ,
Demandez , & l'effet va fuivre ma promeffe.
Fleuve , que mes rayons n'éclairerent jamais ,
Ecoute , & fois témoin des fermens que je fais .
A ces mots de fon fils fuccede la priere .
Souffrez qu'à l'Univers je porte la lumiere ;
Que fous moi votre Char marche pendant un jour,
Et j'en crois vos fermens , ma mere & votre amour.
Mon fils , qu'à mon repos ce défir eft contraire
Ah ! defir indifcret , autant que téméraire !
Quel préfent , jufte Ciel ! que ne m'eft - il permis
De l'excepter des biens que je vous ai promis !
Mais je puis détromper votre ame peu fenfée ,
Je puis de votre efprit bannir cette pensée.
L'âge & la force en vous ne font pas meſurés
Aux orgueilleux défirs où vous vous égarez .
Affortiffez vos voeux avec votre naiffance ;
Mortel , n'affectez point la Célefte Puiſſance .
Que dis - je ! Jupiter , le Souverain des Dieux ,
N'oferoit fe placer fur mon Char radieux .
Je trouve au haut du Ciel une route incertaine ;
Mes courfiers, encor frais, s'y foutiennent à peine;
Là, mon coeur occupé de trifteſſe & d'effroi ,
Craint à l'aſpect des Eaux qui s'entr'ouvrent fous
moi.
Enfin,
JUIN. 1287 1744.
Enfin , dans un fentier où mon cours fe termine ,
Mes chevaux femblent fuir la main qui les domine,
Et Thétis , qui la nuit dans fes Eaux me reçoit ,
Tremble, & me tend les bras , dès qu'elle m'apperçoit.
Le Ciel enfin , le Ciel , dans fa courſe rapide ,
Fait marcher après foi tous les Aftres qu'il guide:
A mon paffage en vain s'oppoſe ce torrent ;
Victorieux , je m'ouvre un chemin different.
Pourrez-vous imiter ma force & mon courage ?
Mon fils , pefez les maux où ce voeu vous engage;
N'efperez point trouver des champs remplis d'attraits
,
Des Villes , des Jardins , des Temples , des Forêts ;
Par des gouffres affreux en mille endroits fermée ,
De Monftres effrayans ma route eft parfemée.
Quoi ! que vous la fuiviez , fans vous en égarer ♪
Sous vos pas toutefois doivent ſe rencontrer
Le Taureau menaçant aux cornes indomptables ,
Le Sagittaire armé de traits inévitables ,
Le Lion écumant , le Cancre impétueux ,
Dont les bras font courbés en replis tortueux.
N'efperez point auffi que fous vos mains débiles-
Mes Courfiers enflâmés demeurent immobiles .
A peine leurs efprits , par la courſe excités ,
Reconnoiffent le bras qui les avoit domptés ,
Ah ! mon fils , profitez d'un moment qui vous refte ,
Et ne m'arrachez point un préſent fi funefte.
A iiij Pour
288 MERCURE DE FRANCE.
"
Pourpreuve que mon fang vous a donné le jour ,
Recevez , recevez ma crainte & mon amour.
Attachez vos regards fur mes yeux pleins de larmes;
Plût au Ciel qu'en ce fein , féjour de mes allarmes,
Vous puiffiez démêler ma peine & mon malheur ;
Voir & pefer mes foins , mes craintes , ma douleur !
Epfin , parmi les biens que poffede la Terre ,
Parmi tous les Tréfors que l'Univers enferre ,
Pour calmer à la fois nos communs déplaifirs
Choififfez , & d'abord je comble vos defirs .
J'en excepte mon Char , triſte & funeſte gage.
Vous m'embraffez , hélas ! je connois ce langage.
Je ne fçaurai que trop accomplir mon ferment ,
Mais , vous , fçachez former un voeu plus fagement.
Il dit , mais Phaeton au premier choix s'obftine ,
Et vole vers les maux que le fort lui deftine.
'Alors Phébus , voyant qu'il le conſeille en vain ,
Le méne vers fon Char, chef-d'oeuvre de Vulcain ;;
Ce Char qu'également l'Or & l'Argent compoſent ,
Ce Char, fur qui la Perle & le Rubis repofent ,
Frappé par les rayons que darde le Soleil ,
'A fon tour rend des feux d'un éclat fans pareil.
Tandis que Phaeton admire ces merveilles ,
Ouvrant de fon Palais les deux portes vermeilles ,
L'Aurore de fes fleurs charme & nourrit les yeux ;
Chaque Etoile à ſa vûë abandonne les Cieux .
Hesperus à l'inftant les prend fous fa conduite ,
Et cédant le dernier, favorife leur fuite.
Cependant
JUIN. 1744 .
1289
·
Cependant l'Univers de Pourpre ſe paroit ;
De Diane aux abois la lumiere expiroit ,
Et les Heures déja , ces Déeffes rapides ,
Atreloient de Phébus les Courfiers intrépides ;
C'eft alors qu'Apollon de fon fein fait partir
Des foupirs , préfageant fon prochain repentir.
Il parfume fon fils d'une Effence facrée ;
Par elle de fes feux l'ardeur eft tempérée ;
De rayons le couronne , & parmi les fanglots
Ce Pere malheureux entremêle ces mots.
Du moins, fi vous voulez calmer mes juftes craintes,
Voyez où de mon Char font les traces empreintes,
Tout le long de ma route eft décrit un fillon ;
Suivez- le ; mes Courfiers ignorent l'aiguillon.
Sur eux n'exercez point fon pouvoir tyrannique ;
Ralentir leur ardeur foit votre foin unique.
Sans vous élever trop , fans trop vous abaiffer
Sçachez également la flâme difpenfer.
Trop voifins de la Terre ou du féjour Célefte
Le feu qui les nourrit , leur deviendroit funefte.
Evitez le Dragon & fon venin mortel ;
>
Gardez que votre Char ne panche vers l'Autel , *
Je le vois , ce difcours , mon fils , vous importune;
Je remets votre fort aux foins de la fortune.
Votre esprit infenfé mérite ces fecours.
Déja l'humide nuit a terminé fon cours ,
Et les feux de l'Aurore ont chaffé les ténébres ;
* Ara , Conftellation , composée de 7 Etoiles.
A v Recevez
1290 MERCURE DE FRANCE..
Recevez mes adieux , & mes plaintes funèbres ;
Partez ; fi cependant votre coeur peut changer ,
Uſez de mes confeils ; ils n'ont point de danger ;
Abandonnez mon Char , il en eft tems encore ,
Et d'ici voyez moi fucceéer à l'Aurore .
A ces mots Phaeton , fur le fiége placé ,
Prend congé de Phébus , que la crainte a glacé.
Cependant fes Courfiers commencent leur carrieres .
Déja d'un pied fougueux ils frappent la barriere ;
Ils rempliffent le Ciel de leur fouffle enflâmé ,
Et l'air qui les entoure , eſt bientôt allumé.
Par leurs hanniffemens ils vont frapper la nuë ;
Zéphir les fuit à peine en leur route connuë ,
Mais de leur conducteur méconnoiffant la voix ,
Il font bondir le Char , dénué de fon poids.
Tel , privé de fa charge un Navire timide ,
Erre & chancele , au gré de l'Element humide..
Du jeune Phaeton ils méprifent la main ,
Et vont, fourds à fa voix , fuivre un autre chemin.
Il tremble ; il guide en vain les rênes indociles ;
Sa route le transforme en Rochers difficiles ;.
Alors de fon flambeau la téméraire ardeur
Va du Septentrion exciter la froideur ,
Et du Dragon glacé la fureur endormie ,
Se réveille à l'aspect de la flâme ennemie ;
Alors , Bouviers tardifs, vos fens furent troublés ;
Vos pas furent , dit- on , par la peur redoublés ;
Phaeton cherche en vain la Terre fugitive ;
La
JUIN. 1291 1744.
La pâleur fe faifit de fa bouche plaintive ;
Sur les genoux tremblans fon corps s'évanouit ,
Et les yeux font couverts des ombres de la nuit.
Deja , moins orgueilleux , il blâme fa priere ;
Il abhorre déja la Célefte carriere ,
Er du fils de Mérops regrettant le bonheur
Il préfere la honte au dangereux honneur.
Son Char erre toujours au gré de la Fortune ;
Ainfi flotte un Vaiffeau foulevé par Neptune ;
Le Pilote vaincu , la mort devant les yeux ,
Aux fougueux Aquilons n'oppofe que des voeux.
Que faire ? il eft bien loin du féjour de l'Aurore ;
Helperus à les yeux paroît plus loin encore.
1 tourne fes regards , tantôt vers le coucher ,
( Lieux dont fon mauvais fort lui défend d'approcher.
)
Tantôt de l'Orient il meſure la Plaine.
Incertain , agité , tremblant & fans haleine ,
Les noms de fes chevaux il ne les connoît pas ,
Et le frein qu'il retient , fe refuſe à ſon bras.
Mais d'une double horreur fon ame eft accablée
A l'aspect imprévu de la Voûte étoilée ;
Il découvre en ces Lieux le Scorpion courbé ;
Il voit d'un noir venin tout fon corps imbibé ,
Et lorfqu'à le frapper ce Monftre ſe prépare ,
La bride fuit fes mains , & fon efprit s'égare .
Maîtres de leur ardeur en ce fatal moment ,
Ses Courfiers vont franchir le Célefte Elément .
A vj
*
Tantôt
1292 MERCURE DE FRANCE.
Tantôt près de la Terre & tantôt dans les nuës ,
Ils fuivent à l'envi des routes inconnuës.
Diane avec frayeur voit le Char d'Apollon
Au-deffous de fon Char parcourir un Vallon.
Le nuage voifin fe diffipe en fumée ;
Des Rochers les plus hauts la cime eft allumée.
Cibele , en pâliffant , voit fon fein entr'ouvert ;
De les riantes fleurs le Pré n'eft plus couvert .
L'Arbre prêt d'expirer , voit mourir ſon feüillage.
La Moiſſon à regret aux feux ouvre un paſſage ;
Par la flâme bientôt les Peuples excités ,
Périffent , engloutis fous leurs vaftes Cités.
Ce qui frappoit les yeux , n'eft que cendre & pouffiere
;
Le Cédre confumé rampe fous la Bruyere ,
Et les feux répandus en mille endroits divers ,
D'unprompt embrafement menacent l'Univers.
Phaeton voit la flâme exercer fon empire ;
Par elle est allumé l'Air même qu'il refpire ;
Son Char à fa fureur ne peut fe dérober ;
Lui-même à fes efforts eft prêt de fuccomber.
Une épaiffe fumée à l'inftant l'environne ;
Il ne voit plus fa route , & l'efpoir l'abandonne ;
Alors des Africains le fang eft enflâmé ;
Leur tein à demi blanc , en noir eft transformé ,
La Lybie au Soleil redemande fes Ondes ,
Et les cheveux épars dans leurs grottes profondes ,
Les Nymphes par leurs cris annoncent leur douleur ,
Les
ni
1293
JUIN. 1744.
partage ;
Les Fleuves éloignés ont part à leur malheur.
La flâme dévorante en tous Lieux fe
L'or,fondu par les feux, le mêle aux Eaux du Tage
Au Caïftre boüillant le Cigne confacré ,
Expire dans les Eaux qu'il avoit célebré.
Le feu contre le Nil rallume fa colere ;
Ce Fleuve épouvanté, fuit au bout de la Terse ;
Son Onde eft confumée ; il craint un fort pareil ,
Et cache encor fa tête aux rayons du Soleil.
Tout eftfoumis au feu ; tout reffent fa furie ;
Le Tibre ( qui l'eût crû ? ) voit ſon Onde tarie,
Dans le fein de la mort les plus vives clartés
Vont frapper de Pluton les yeux épouvantés .
La Mer devient femblable aux arides Campagnes;
Ses Eaux par leur départ font naître les Montagnes;
Le Dauphin , n'ofant plus s'élever dans les Airs ,
Cherche un azile aux Lieux qui touchent les Enfers.
Le Phoque fur les Eaux flotte privé de vie ,
Et Doris fe replonge en fa grotte attiédie.
Neptune enfin , trois fois hors des Eaux s'avança ,
Et trois fois dans les Eaux le feu le repouffa.
Les Nayades en pleurs, tremblantes , incertaines ,
Dans le fein de la Terre amenoient leurs Fontaines.
Cibele , qui les voit venir de toutes parts ,
Détourne vers le Ciel fes arides regards ;
Elle oppoſe ſa main à l'ardeur qui la preſſe ;
Elle exprime en ces mots fa peine & fa trifteffe.
Grand Dieu, fi j'ai jamais mérité ce tourment ,
Fais
1294 MERCURE DE FRANCE,
Fais de ton foudre oifif partir mon châtiment ;
Sur moi ne verfe point une flâme étrangere ;
Si j'expire par toi , ma douleur eft légere ;
Ma bouche à ce difcours peut à peine s'ouvrir ;
Sur mes cheveux brulés vois la flâme courir ;
Tout mon corps expirant , à ſa rage eft en proye,
Et fur mes yeux éteints fa fureur le déploye .
Sont-ce là les honneurs ? font-ce là les préfens
Qu'exigeoient mes travaux & mes foins bienfaifans?
Par tout au Laboureur je fuis abandonnée
Et fur moi le Rateau rampe toute l'année ;
Par mes dons les oiſeaux raniment leurs accens ;
J'éleve les Moiffons , & je nourris l'encens ;
Si mon crime après-moi traîne cette infortune ,
Qu'ont mérité les Eaux ? qu'a mérité Neptune ?
Pourquoi voit-on les Flots, qu'il tient des mains du
fort ,
Décroître & s'approcher du féjour de la Mort ?
Pour ton frere , pour moi , ton eſprit infléxible,
A fes propres malheurs fera- t'il inſenſible ?
Vois les foutiens du Ciel , vois les Pôles brûler ,
Et crains pour ton Palais , déja prêt d'écrouler ..
D'Atlas, tout recourbé, les vains efforts fuccombent
Les Elémens vaincus dans le néant retombent ;
Dans le cahos ancien nous verrons-nous plonger ?
Arme toi ; venge-nous ; fonge à nous proteger.
Elle dit , & le Dieu qui lance le Tonnerre ,
Fait aux yeux de Phébus éclater ſa colere.
Quoi !
JUIN. 1744.
1295
Quoi ! par vous l'Univers verra fon dernier jour ?
Pe e aveugle ! à ces mots il vole en fon féjour ;.
C'eft de- là que fur nous il étend fes
nuages.
Là repofe la foudre & naiffent les orages .
Mais comment ſecourir l'Univers embraſé ?
Hélas ! il voit des Eaux le tréfor épuiſé ;
Mes feux, mes feux, dit-il , vont appaiſer la flâme;
Le coup part ; Phaeton tombe pâle & fans ame.
Alors vous euffiez vû les chevaux confternés ,
Le timon en éclats , les freins abandonnés ,
Le joug rompu , brifé , les rênes difperfées ,
Et les beautés du Char détruites , renversées..
Par les Arrêts du fort , par le tems combattu ,
Tout périt , tout finit , hors la ſeule vertu .
Cependant Phaeton , fans imprimer ſa trace ,
Du Ciel en un inftant parcourt l'immenſe eſpace
Ainfi tombe une Etoile , ou plutôt à nos yeux ,
( Tranquille ) elle paroît abandonner les Cieur.
Le Pô , qui le reçût dans ſon Onde fumante ,
Lava fon corps , fes yeux , & fa bouche écumante ,
Ainfi nous font périr l'orgueil & l'imprudence ;
Qu'un autre , s'il le veut , imite Phaeton ;
Pour moi , j'écoute peu la vaine confiance ,
Et ne mépriſe point les confeils d'Apollon .
LETTRE
296 MERCURE
DE FRANCE.
LETTRE de M. D. L. R: écrite à M. le
Préfident Boubier, de l'Académie Françoife,
fur quelques Monumens Antiques.
V
Ous êtes , Monheur , entre les Perfounes,
que fhonore le plus , & le
plus verfé dans la connoiffance des Monumens
d'Antiquités , le premier , qui ait vû
par le moyen d'un Deffein exact , la Lampe
antique de Bronze , d'une ftructure finguliere
, qui eft entrée depuis peu dans notre
Cabinet. J'eus l'honneur de vous confulter
en même-tems fur ce Monument , & par
votre Réponſe
fus confirmé dans cette
idée de fingularité , engagé en même tems
de faire là- deffus quelques recherches, avec
l'agrément que vous eûtes la bonté de m'accorder
de vous les adreffer . C'eft, M. ce
que j'exécute aujourd'hui , en joignant à
ma Lettre la Gravûre en Taille -douce du
Monument en queſtion , faite par une habi - ·
le main. seldo
Tout le Monde Antiquaire fçait en combien
de maniéres differentes le travail des
Lampes eft varié , foit pour la forme , foit
pour
les fymboles, & pour les ornemens.On
n'a qu'à ouvrir les grands Recueils de Licetus
, de Fabretti , du P. de Montfaucon , le
plus

DE
LA
VILLE
YON
*1813 *
JUI N. 1744.
1297
"
plus vafte de tous , & de quelques autres
Auteurs , moins célebres , fans oublier le
curieux Traité de Beger DE LUCERNIS SEPULCHRALIBUS
, publié au commencement
de ce fiécle. On fera furpris de la prodigieufe
varieté , ainfi que du nombre prefque infini
des Lampes qui y font repréſentées. Fai
parcouru , M. tous ces Recueils
tâcher d'en tirer quelque lumiere au fujet
de la nôtre , mais je n'en ai trouvé aucune
qui en approchât , ou qui lui reffemblât en
quelque chofe , non plus que dans les Cabinets
de Paris , qui font en grand nombre.
, pour
A cette occafion, je vous dirai , M.
que l'Académie dé Pifare , en Italie , annonça
il y a quatre ou cinq ans , dans un
Progamme , qui me fut communiqué par
I'Illuftre Président de Mazaugues , au retour
de fon voyage d'Italie , l'entrepriſe d'un
nouveau Recueil de Lampes Antiques , deffinées
par Jofeph Menabon , célebre Peintre
Florentin , & gravées par Vincent Francefchini
, Romain , qui excelle dans cet Art
Recueil , dont on promettoit le premier
Volume au commencement du mois d'Août
1739 , lequel devoit contenir tout ce qu'il
y a dans ce genre dans le Cabinet Pafferi ,
de la même Ville , in Mufao Pafferio . Cela
doit être , fans doute exécuté aujourd'hui ,
mais cet Ouvrage n'a pas encore paru à
Paris
1298 MERCURE DE FRANCE.
Paris ; revenons à notre Lampe .
Je crois , M. ne rien rifquer de prendre
la tête bizarre , qui en forme la figure
, pour celle de Pan , ou de Silvain ,
Divinités, qui, au fond, font la même chofe,
felon les Mythologiſtes , Silvain , dit Plutarque
, eft le même que les Grecs appellent
Egipan , qui , felon l'Etymologie du nom ,
fignifie Pan Chevre.
On trouve Silvain repréſenté , tantôt
comme Pan , avec les Cornes , & la moitiédu
corps de Chevre , tantôt ayec toute la
forme humaine. Plufieurs Monumens témoignent
que ce n'étoit pas le pur caprice
des Graveurs & des Sculpteurs , qui lui
donnoit ces deux formes , & que la Religion
Payenne l'honoroit en plufieurs manieres.
Voici , M. felon moi , dans la Lampe
en queftion , fa Tête en l'une de ces
deux formes , ou plûtôt participant de l'une
& de l'autre. On voit en effet uneTête hu
maine , fort laide , avec des Cornes élevéesau-
deffus du front , & des oreilles de Cheà
ne pouvoir s'y méprendre . Telle eft ,
M. ma penfée au fujet de ce Monument de
la meilleure Antiquité.
vre ,
J'ai reçû , M. depuis peu de jours ,
une Lettre , à laquelle vous prendrez , fans
doute , intérêt. Elle m'eft écrite de Breft
par
THEQUE
DE
LA
JUIN. 1744.
YON
M3
VILLE
par M. Frezier , Auteur d'un Voyage
Mer du Sud , & de quelques autres boss
Livres. Je l'ai beaucoup connu à Paris
avant qu'il eut fixé fon féjour en Bretagne ,
pour le fervice du Roi , en qualité de Directeur
des Fortifications. Voici le contenu de
La Lettre.
J'ai vû avec plaifir dans le premier Volume
du Mercure de Décembre de l'année derniere
, de fçavantes conjectures fur l'Interprétation
d'un mot de l'Infcription , qu'on
lit dans l'Eglife du Village de Corfeuil , en
Bretagne , laquelle eft rapportée dans le
premier Volume des Mémoires de l'Académie
des Infcriptions & Belles- Lettres.Comme
c'est moi qui l'envoyai en 1709 , à M.
le Pelletier de Souzy , notre Directeur Général
, Honoraire de cette Académie , qui
la fit inférer dans fes Regiftres , je n'ai pû me
perfuader que j'euffe alteré les trois lettres
M. DD , du mot NAMGIDDE , qu'il faudroit
changer en NI R. P. pour favoriſer
l'Interprétation Nata Migirpe , parce que
j'ai vu de près ces caracteres nettement gravés
fur une pierre , qui eft pofée verticalement
dans un des Piliers de l'Eglife Paroiffiale
, fans aucun foupçon d'altération ; mais,
pour mieux m'en affûrer , j'ai prié un des
Ingénieurs de ma Direction , qui réfide dans
le voisinage de S. Malo ( M. le Chevalier de
L'ES
1300 MERCURE DE FRANCE:
PEfcouet ) d'aller vérifier fur les Lieux le
fujet du doute , & il n'en a trouvé aucun
dans la Gravûre de ces trois lettres.
Il a feulement remarqué d'autres chofes
peu intéreffantes , dont M. le Sécrétaire de
Academie fit apparemment peu de cas ,
parce que je ne les avois pas omifes ; l'une
qu'entre les Lettres initiales D. M. * .... S.
il
y a un coeur contourné , comme je le figure
ici ; l'autre que les mots DOMO
AFRICA , font ainfi écrits par un D, entrelacé
dans un O , & le C. fait comme un
◄ couché : ainfi , M , tombe toute la conjecture
de Nata Migirpe , fans diminuer le
mérite de l'érudition dont elle eft iffuë.
Cette Infcription au refte étoit inferée
dans un Mémoire , accompagné de divers
Plans , & Profils de reftes d'Antiquités, que
j'avois remarquées aux environs de ce Village
, non feulement apparentes fur la terre ,
mais encore en dedans , où je fis un peu
foüiller. J'ai parlé à la fin de ma Stereotomie,
dans la Differtation fur les Ordres d'Architecture,
page 28 , d'une portion de Colomne
cannelée en fpirale , & à baze Attique, que
j'y trouvai , avec plufieurs Médailles peu
rares , ce qui a fervi à confirmer le P. Lobineau
, aidé par la conformité du nom de
..... place du Coeur figuré dans l'Infcription.
CorJUIN.
1301
1744.
Corfeuil , que ce pourroit bien être l'ancien
ne Ville des Curiofolites, Ainfi parle M.
Frezier,
M. l'Abbé Lebeuf , qui continuë d'enrichir
la République des Lettres, & qui vient
d'illuftrer fa Patrie par un Ouvrage , qui la
regarde directement , m'a communiqué une
de vos dernieres Lettres , par laquelle vous
le priez de me demander deux choſes.
La premiere , s'il n'y auroit pas moyen
d'avoir le deffein , que j'avois promis de
donner du curieux Monument de TORIGNY,
avec mes Remarques & celles de feu M.
Huet , ancien Evêque d'Avranches , fur ce
Monument.
Je répons , Monfieur , à ce premier chef ,
que la Deſcription du Monument en queftion
, & tout ce qui en dépend , eft contenu
un grand détail , dans un Ouvrage , auquel
je mets la derniere main , & qui aura
pour Titre VOYAGE LITTERAIRE de Normandie
, contenant plufieurs Remarques d'Hiftoire
, de Litterature & d'Antiquités , avec .
des Figures en taille- douce.
En fecond lieu , vous voudriez fçavoir
M. ce que je penfe du mot CONCORD ,
qui fe trouve à la fin , dont j'avois auffi
promis de donner une explication nouvelle ,
en rejettant avec raifon celle qu'a donnée le
Marquis Maffei,
Ce
1302 MERCURE DE FRANCE.
Ce que je viens de répondre fur le premier
article , pourroit aufli fervir de ré
ponſe à cette feconde demande ; mais je
veux bien , M. ajouter ici , pour votre fatisfaction
, quelque chofe de particulier .
Le mot CONCORD fe trouve en effet le
dernier , qui fe lit de la longue Infcription
gravée fur le côté droit du Piedeſtal , qui
portoit la Statuë deTITUS SENNIUS SOLLEMNIS
. L'interprétation de M. Huet fur ce
mot eft telle. Il faut fans doute CONCORDIÆ
NOTAM , OU ,
SIGNIFICATIONEM
, encore ce
terme n'eft pas mis là dans fon étroite fignificaion.
L'Abbé de Longueruë , qui a auffi donné
une longue & fçavante interprétation de
l'Infcription , qui occupe les trois côtés de
ce Piedeſtal , dit ce qui fuit fur le même
mot. Ce mot CONCORDIA ne paroît avoir au
cune liaison avec ceux qui le précedent : ainfi
la Lettre de Paulinus refte imparfaite , comme
la fuivante , gravée ſur le côté opposé du marbre
, écrite au Tribun Comnianus.
Je fuis ravi , M. que vous approuviez ce
que j'ai dit ailleurs fur l'explication de ce
même mot , donnée * par le Marquis Maf-
* A verifimili non abeft legendum effe Concordat
eo fenfu , quo notarii cum documenti alicujus exemplum
defcribere rogabantur , adnotare folebant ad cal
cem Concordat cum Originali , Maff. Ep. xv11 .
fei.
JUIN. 1744. 13031
fei. Rien n'étoit en effet plus avanturé , &
plus inoui dans la bonne Antiquité , que de
prendre ce mot CONCORD pour une formule
, qui marque que la lettre en queſtion
eft conforme à l'Original . Concordat cum
Originali. Ce qui n'eft pas même le langage
des Chartes , & des Actes anciens.
J'ai l'honneur d'être , M. avec le plus refpectueux
attachement, votre , &c. A Paris ,
le premier Avril 1744.
P. S. J'ai oublié , M. de vous dire que
vous trouverez dans le Mercure de Janvier
dernier , page 132 , des nouvelles plus récentes
de l'entrepriſe d'un Recueil de Lampes
Antiques par l'Académie de Pifaro : l'Article
eft énoncé en ces termes.
LUCERNA FICTILES Mufai Pafferit ,ſumptibus
Academica Pifaurenfis , Volumen II. Pifauri
1743 , in-fol. Ce fecond Tome contient
104 Lampes gravées , après leſquelles
l'Auteur a mis fes Remarques.
DI
1304 MERCURE DE FRANCE.
20
DIVERTISSEMENT, chanté à l' Abbaye
de ***
INVITATION.
P Aifibles habitans d'une fainte retraite ;
Charmant troupeau , chéri des Cieux ,
Raffemblez-vous aux fons de ma Mufette ;
Signalez votre ardeur parfaite
Pour CHAILLON , dont la Fête embellit tous ces
Lieux.
Elle exige en ce jour un tendre & jufte hommage
Prefentez-lui vos voeux ; fecondez mes accens ;
Réveillons les Echos de ce facré bocage ;
Que leur innocent badinage
Répéte avec fon nom nos plus doux fentimens!
Déja fon aimable préſence
'Anime vos efforts , rend mes airs plus touchans :
Que le refpect , l'amour , & la reconnoiffance ,
Lui faffent agréer nos chants !
C'en doit être la récompenſe.
RECIT.
I.
Son coeur , comme ſes foins , eſt tout entier pour
nous ;
Toutes
JUIN. 1744.
1305
Toutes également l'objet de fes tendreffes
Nous partageons fes finceres careffes ,
Et , pour troubler un fort fi doux ,
On ne voit point de Brebis favorite
Qui parmi nous excite
Aucun tranſport jaloux.
I I.
Par un retour fidéle ,
Auffi nos tendres coeurs
Sont tout entiers pour elle .
Le defir empreffé d'obtenir les faveurs
Ne fait point naître de querelle ,
Et , fi je parois difputer
A quelqu'une la préférence ,
Par ma fidélité , par mon obéiffance ,
Je ne veux que la mériter.
III.
2
Ah ! fi quelque douleur fatale ,
Malgré les foins conftans , ofe nous affliger,
Sa tendreffe , toujours égale
Sçauroit bientôt le partager.
Alors allarmée , agiſſante ,
Pour foulager la Brebis languiffante ,
Elle oubliroit fa fanté , fon repos :
Elle fçait l'herbe propre à guerir tous nos maux ;
Iln'en eft aucun qui ne cede
A fon fecours prompt & certain ;
On ne fent même plus d'amertume au Remede ,
II. Vol. B Quand
1306 MERCURE DE FRANCE
Quand il eft preparé par ſon habile main .
IV.
La douceur de fes Loix bannit d'ici la crainte ;
Et ne gêne point nos defirs .
Libres de tout fouci , foumiſes fans contrainte ,
Nous jouiffons en paix des innocens plaifirs :
Vers la Vertu la plus parfaite
Elle guide tous nos pas ,
Mais fa paifible houlette
Nous conduit , ne nous frappe pas .
V.
Si quelque Brebis fafcinée
Se repaiffoit d'une herbe empoifonnée ,
Si, fuyant ce charmant Ruiffeau ,
Sur un fable brillant qui roule une onde pure ;
Par un bifarre goût , contraire à la Nature ,
Elle étanchoit fa foifà l'eau
D'un marais voifin plein d'ordure ;
Ce dangereux entêtement
Changeroit fa douceur en un zéle févere¿
Et la contrainte falutaire
Diffiperoit l'enchantement.
*
V I.
Qu'elle apperçût dans la Prairie
Des Loups cruels & raviffans
Sur un foible troupeau décharger leur furie
Ou , pour devenir plus puiffans ,
Se cacher ſous la peau d'une Brebis cherie ',
EC
JUIN. 1744.
8309
Et confondus parmi les Agneaux innocens ,
Trouver un libre accès dans notre Bergerie ;
Elle voleroit au fecours ,
Heureufe aux dépens de fa vie
De conferver nos jours.
VII.
Sur l'ennemi fa vigilance
A fans ceffe les yeux ouverts ,
Et nous remplit de confiance
Contre tous les affauts divers ;
Après avoir couru la Plaine ,
Quand, à l'abri des ardeurs du Soleil ,
Nous allons prendre un doux fommeil
Sous les ombrages frais d'une claire fontaine ,
Le Serpent , caché fous les fleurs ,
Nous prepare fouvent fa cruelle piqûre ;
Elle découvre auffi- tôt l'impofture ,
Et nous épargne ainfi de mortelles douleurs.
VIIL
Ce n'eft pas que ſa vigilance
Dégénere jamais en fombre défiance
En ces foupçons trop délicats ,
Qui font voir le mal qui n'eſt pas.
Ce n'eft pas qu'on nous interdiſe
Le tendre émail d'un verd gazon ,
dans la belle faifon
Qu
que
La gayté ne foit point de mife :
Maisfenfibles aux biens qu'elle répand fur nous ,
Bij Pour
1308 MERCURE DE FRANCE
Pour lui plaire rien ne nous coûte ;
A ce prix tout nous femble doux :
Au moindre figne on accourt , on écoute:
Jamais nulle Brebis , s'écartant de fa route ,
Ne mérita d'éprouver fon courroux.
IX.
Par tout elle nous fert de guide ,
Et nous commande fans hauteur :
Quelle Brebis pourroit manquer d'ardeur ?
Si quelqu'une pourtant, trop foible, ou trop timide
Ne peut encor fuivre les pas "
Elle la porte entre ſes bras :
Si quelqu'autre , moins courageuſe ,
Ne fuit la troupe que de loin ,
Elle compâtit au beſoin ,
Et ne fatigue pas la Brebis pareffeufe.
X.
Son aimable fimplicité
Entre elle & nous met de l'égalité ;
Des bons Pafteurs fuivant l'uſage antique ¿
Appliquée aux plus grands travaux ,
Sans en goûter plus de repos,
Elle n'habite point fous un toît moins ruftique ;
Ne porte point de plus riche toiſon ,
Ne cheifit pas le plus tendre gazon.
Ah ! pour fon ame auftere & genereufe
Toute diftinction eft un cruel tourment :
Chaque Brebis contente , heureufe ,
3
Fais
JUIN. 1744. 1300
Fait fa joye & fon ornement .
X I.
Sans être fa Brebis , on ne fçauroit comprendre
Le plaifir de paître à ſes yeux :
L'herbe , qu'elle a foulée , eſt mille fois plus tendre
Et d'un goût plus délicieux .
Outre que fous fes pas tout croît en abondance ,
Qu'en sûreté nous y paiffons ,
Pour marquer à l'envi notre reconnoiffance ,
En paiffant nous la careffans .
XII.
Pour prendre fes leçons nous quitton's la pâture
Elle a le plaifir de nous voir
Plus avides de recevoir
Une plus faine nourriture ,
Soit que d'un ton fublime , harmonieux ,
Elle invite à louer l'Auteur de la Nature ,
Qui daigne de fes dons enrichir ces beaux Lieux ;
Soit que de nos devoirs nous traçant la peinture ,
Par les avis fages & doux ,
Elle ordonne de fuir les Loups.
XIII.
De cette jufte Allegorie
Chacun , Madame , a compris tout le fens ,
Et nous avons l'honneur d'être la Bergerie
Confiée à vos foins actifs & vigilans.
Ce coeur droit , noble , grand , que régle la Sageffe ;
Cet efprit plein de force & de délicateſſe ;
Bij Cette
1310 MERCURE DE FRANCE
Cette aimable douceur , ce zéle genereux ,
Ferme , éclairé , difcret , fléxible & courageux ;
Ces belles qualités , dont le Ciel eft avare ,
Et dont il eft encor plus rare
De trouver , comme en vous , un affemblage heu
reux
Font voir qu'il vous conduit , & traite en favorite ,
Et que nous n'honorons dans vous que le mérite.
De modeftes Beautés ce précieux Effain
Que vous formez de votre main ,
Dans cet azile heureux , ouvert à l'innocence
Où regnent la Grace & la Paix ,
Où leurs coeurs épurés cultivent la fémence
Des vertus qui font les parfaits.
Cet Art de gouverner , ces Talens qu'on admire ,
Et qui fait violence à votre humilité ;
Ces fublimes Vertus que votre exemple inſpire
Dans une fainte obſcurité :
Ces Benedictions , que votre`zéle attire
Par une fage activité ,
Et cette activité , qui peut à tous fuffice :
L'Air pur & ferein qu'on reſpire
Dans ce féjour de la tranquillité ,
Qui fous votre agréable empire
Eft le féjour de la félicité ;
Ce font là les doux fruits de ce beau caractere ,
Qu'ont formé de concert la Grace & la Raifon
Qui vous fait de nos coeurs une riche moiffon ,
Et de l'Eglogue explique le myftere,
LET
JUIN. 1744i 1311
LETTRE de M. Néricault Deftouches ,
de l'Académie Françoife , à Mad. la
Comteffe de **
PRéparez votre raiſon & votre vertu ,
...
Mad. foutenir un malheur que vous
ne prévoyiez pas , & que je prévoyois depuis
plus de fix mois . Le pauvre Chevalier
de * cet aimable beaufrere eft mort :
une maladie de peu de jours vient de l'emporter
, & nous le ravit au plus beau de fon
âge. Ses faux amis , fa complaifance aveugle
pour eux ; les veilles , la diffipation , les
plaifirs outrés l'ont conduit à fa perte , & les
Médecins qui auroient dû s'appercevoir de
fon épuiſement , lui ont fait tirer le
peu de
fang qui lui reftoit : au lieu que le repos &
le régime , fans autres remédes , auroient
fuffi pour me conferver un ami i précieux.
Hélas ! je lui ai prédit cent & cent fois fon
malheur . Entraîné par la fureur du plaifir,
il a méprifé mes remontrances. Il n'écoutoit
plus que d'indignes flateurs , qui l'ont fait
expirer dans le fein de la volupté. A la premiere
nouvelle de fa maladie , j'ai couru
j'ai volé à fon fecours. J'arrive ; il n'étoit
plus.
"
B iiij La
1312 MERCURE DE FRANCE.
La premiere chofe que j'ai fçu chés lui ,
c'eft que dès l'inftant qu'il a défefperé de fa
guérifon , il s'eft fait apporter tous fes papiers
, & les a condamnés au feu. Tant de
jolis Ouvrages qu'il avoit compofés , & que
je me ferois empreflé de recueillir & de
donner un jour au Public , car ils n'étoient
nullement licencieux , grace à mes corrcetions
, ont péri tout à la fois dans les flâmes.
Il ne nous refte plus de lui , que le regret
de fa perte , & qu'une fucceffion affés confidérable
, qu'il s'eft dépêché d'affûrer à M.
votre fils , par un Teftament fait à la hâte
mais dans la meilleure forme : de forte que
j'ai un compliment de condoléance , & un
compliment de félicitation à vous faire. Je
m'en acquite en peu de mots , car je n'ai pás
la force de m'étendre fur cette matiere.

Vous aurez deux grandes raifons de vous
confoler de la perte du Chevalier : l'une ,
par rapport à M. votre fils , l'autre par rapport
à vous-même. Je viens de vous marquer
la premiere. La feconde que vous m'aviez
confiée dans l'amertume de votre coeur ,
& qu'il eft à propos que je ne rappelle point
ici , eft infiniment plus puiffante que l'autre
, parce que la Vertu vous eft infiniment
plus précieufe que les plus riches fucceffions.
Vous voilà délivrée de la trifte néceffité
de bannir loin de vous & de hair un
homJUIN.
1744. 1313
>
homme eſtimable , que vous vous efforciez
depuis long-tems , mais par malheur , toujours
inutilement , de remettre dans la voye
où il faut marcher fans écart , pour fe conferver
votre eſtime & votre amitié . A quels
excès , à quelles odieufes paffions le plus
honnête-homme ne fe livre-t'il point , dès
qu'il n'a plus de Religion ! J'ai vu le Chevalier
fage , modefte , retenu , pénétré pour
vous d'une amitié tendre & refpectueufe
fondée fur l'eftime & la vénération , & telle
que vous ne manquez jamais de l'inſpirer
à tous ceux qui ont le bonheur de vous connoître.
Mais il y a près d'un an que je le
voyois diftrait , diffipé , livré à fon imagi
nation perverfe , & à tous les defirs qu'elle
lui fuggeroit , après avoir étouffé en lui ces
heureux principes , qui dirigeoient fes inclinations
& la conduite , & qui le rendoient
les délices des honnêtes-gens.
*
Je ne pouvois comprendre un changement
fi prodigieux. Je fis mes efforts pour
en pénétrer la caufe , & j'eus la douleur de
reconnoître enfin , que votre beau-frere
autrefois fi intimement convaincu de la vé
rité de la Religion Chrétienne , avoit écou
té les dangereux fophifmes des Libertins, &
que faute de fcience pour les réfuter & les
détruire , ce qu'un homme éclairé peut faire
aifément , il avoit eu la foibleffe & l'impru
By dence
1314 MERCURE DE FRANCE.
dence de les adopter , jufqu'au point de
fécouer les plus légitimes fcrupules , & de
fe livrer au crime , fans aucuns remords.
Dès que je ne pus douter de cette funefte
révolution , je fis tout ce qui dépendit de
moi pour y remédier , & je ne cellai d'employer
tous mes foins & toute mon adreſſe ,
pour guérir cet efprit malade , & le
rappeller à fes premieres maximes.
pour
Quelquefois je m'appercevois avec un
plaifir inexprimable , que mes exhortations
& mes preuves invincibles le faifoient chanceler
: mais la bonne , ou plûtôt , la mauvaife
compagnie , détruifoit bientôt mes
progrès , & l'attrait du plaifir achevoir de lė
féduire. C'étoit toujours à recommencer.
Cependant je ne me laffois point de com
battre , & je fentois quelquefois que mes
attaques ébranloient fon intrépidité , &
mêloient de l'amertume aux délices dont il
s'enyvroit. Le germe des bons principes n'étoit
pas mort dans fon coeur , où mes argu
mens continuels le faifoient encore fubfif.
ter, mais il y étoit affaillé & prefque étouffé
fous le poids des paffions & des habitudes
vicieuſes.
Comme je m'attachois fans ceffe à rouvrir
les yeux de cet homme égaré , & qu'il
perfiftoit opiniâtrement à les tenir fermés ,
je lui devenois à charge , & il s'emportoit
contre
JUIN. 1744. 1315
contre moi. Enfin fon mal devint incurable ,
& n'ofant plus efperer de le guérir , je l'abandonnai
à la Piovidence. Il prit le parti
de me railler & de me tourner en ridicule ,
reffource ordinaire des Libertins contre tout.
homme qui ofe leur repréfenter l'affreux péril
auquel ils s'expofent. Mon pauvre ami ,
me dit-il un jour , je vous prédis que vous
mourrez comme un fot. Et moi , lui répon
dis -je , mon cher Chevalier , je vous prédis
que vous mourrez en défefperé , & peutêtre
plûtôt que vous ne penfez , fi vous ne
changez pas de conduite . Ma réponſe fembla
l'atterrer. Il tomba dans un profond filence,
qu'il rompit quelques momens enfuite
, pour me prier de le laiffer en repos , &
de lui faire la grace de ne le plus voir . Je
ne me le fis pas dire deux fois , & je le quittai
brufquement les larmes aux yeux. Il s'en
apperçût, & me rappella ; mais un peu trop
fenfible au dépit , je n'écoutai plus ce m.férable
ami , & je me féparai de lui pour jamais
, car je ne l'ai pas revû depuis ce trifte
moment du moins , ne l'ai -je revû qu'au
fatal inftant où il venoit d'expirer , âgé de
trente - deux ans , & plus vieux qu'un hom
me de foixante & dix , pernicieux effet de
l'infâme volupté , qui avoit corrompu le
meilleur coeur du monde , & le corps le
plus robufte que la Nature eût formé de
B. vj nos
1316 MERCURE DE FRANCE.
nos jours , qui ne produifent prefque plus
de foibles avortons , fruits honteux des
moeurs de notre ſiècle.
que
3
Il n'y avoit que deux mois tout au plus
qu'il m'avoit forcé de l'abandonner à fa dépravation
. Délivré d'un trop fidéle ami
qui le retenoit encore , & ſe faiſant tout à
fon aife un malheureux point d'honneur de
fécouer tous les principes de la Religion , il
s'eft livré jour & nuit aux plus dangereux
excès , qui l'ont fait périr à la fin de font
Printems.
Le fecond jour de fa maladie , il m'écrivit
d'une main tremblante , le billet que je
vais vous tranſcrire , & que je reçûs par un
Exprès.
Que ne vous ai-je crû , mon fidéle ami ! hélas
, tout ce que vous m'avez prédit m'arrive.
Je meurs par ma faute , & graces à Dieu je
meurs Chrétien , mais n'ofant eſpérer miſéricorde.
Venez me raffürer , s'il eft poffible , &
accordez-moi la confolation d'expirer dans vos
bras. Pardon , mon Dieu . Pardon , mon cher
ami ; fi vous arrivez trop tard , mon box
ami , fervez-moi du moins après ma mort "
یم
benez de ma vertueufe belle -foeur , qu'elle ou
blue mes criminelles intentions , & qu'elle joigne
fes prieres aux vôtres. Accourez , je vous ex
conjure ; le tems preffe. Je tremble . Je suis
perdu pourl'Eternité. Malheureuxque je fuis!
Que
JUIN. 1744
1317
Que vais-je devenir ? Quelle horreur ! Je n'em
puis plus . Mes frayeurs me tuent. Adieu pour
jamais , vous arriverez trop tard. Ah , je me
meurs ! Miféricorde . Encore quelques momens ,
mon Dieu , j'espere ....
Le pauvre Chevalier ne put achever ce
billet , & n'eut que la force de faire figne à
fon valet de chambre de le fermer , & de
me l'envoyer en pofte . Je le lus en frémiffant.
Je partis dans l'inſtant même , & cependant
je ne pus arriver affés- tôt , pour recueillir
les derniers foupirs de mon déplorable
ami . Je perdis connoiffance au premier
afpect de ce trifte cadavre , que les fouffrances
& les convulfions avoient rendu hideux ,
effrayant , méconnoiffable , & fi-tôt qu'on
m'eut fait revenir à moi , je m'éloignai précipitamment
de cet affreux fpectacle , qui
me perçoit le coeur & m'épouvantoit .
Un bon Eccléfiaftique qui me voyoit
dans cette terrible agitation , & que le moribond
avoit fait appeller dès qu'il fe crût
en danger , m'affûra que ce Libertin fi furieux
, fi déterminé , avoit enfin ouvert les
yeux dans fes derniers momens , & témoigné
par fes frayeurs , par fes foupirs , par
fes larmes , par fes fanglots , & par les actes
les plus finceres d'un Chrétien pénitent , un
fi vifrépentir de ſes coupables égaremens ,
qu'il y avoit encore quelque lieu d'efperer
que
318 MERCURE DE FRANCE.
que Dieu lui avoit fait miféricorde. Efperons-
le donc , Mad. & fondons notre confolation
fur cette efperance , en nous écriant
avec le Prophéte Royal Suavis Dominus
univerfis , & miferationes ejus fuper omnia
opera ejus. Bien téméraire néanmoins celui
qui s'autorife de ces paroles fi confolantes ;
pour s'abandonner à la fureur de fes penchans
& de fes paffions. Un délire , ou une
mort fubite peuvent emporter l'impie , fans
qu'il ait le bonheur de fe reconnoître. Et
quel eft fon fort ? Je frémis d'y penfer. Une
Eternité de fouffrances , un déletpoir , une
fureur , une rage
une rage fans fin , fans confolation ,
fans rémiffion.
Mrs les agréables ont beau fe railler de
nos frayeurs , & rire de notre converfion
qu'ils regardent comme une foibleffe , &
comme un effet de la décadence de l'efprit ;
ces affreux , ces éternels tourmens leur font
réfervés , s'ils meurent fans pleurer , fans
trembler , & fans fe dérefter. Rien de mieux
prouvé que la Religion Chrétienne . Je défie
un bon efprit d'examiner fes fondemens ,
fon établiſſement , fes principes , fes progrès
, fes prodiges , fes miracles , fans fe
convaincre qu'elle eft l'Ouvrage d'un Dieu
Tout-Puiffant.
Et cependant , & vérité charmante & terrible
! On ne peut croire en JESUS - CHRIST
&
JUIN. 1744.
& à fon Eglife , fans croire que fes fidéles
enfans feront éternellement heureux , &
que fes enfans rebelles feront plongés , tôt
ou tard , dans un abîme éternel de fouffrances.
JESUS-CHRIST' promet & ménace ; &
fes ménaces n'auront moins d'effet que
fes promelles. On ne peut approfondir les
faits & avoir le fens commun , fans croire
en JESUS-CHRIST , & on ne peut croire en
JESUS -CHRIST , fans croire un Enfer , ou
des flâmes qui ne s'éteindront jamais
pas
& qui attendent ces Impies endurcis , ces
Incrédules déterminés , ces Métaphyficiens
téméraires , ces Ecrivains , fophiftes impudents
, ces Rieurs abominables , ces intrépi
des Voluptueux qui ferment les yeux à la
lumiére , pour fe plonger dans les épaiffes
ténébres du doute & de l'incrédulité , où
leurs paffions & le mauvais ufage de leur
efprit & de leur raifon , les ont précipités
miférablement.
Il faut avouer qu'en ce malheureux fiécle
le Démon a beau jeu , & qu'il fe prévaut
bien facilement des funeftes avantages que
-nos prétendus efprits forts lui donnent fur
eux .
Il trouve les uns gonflés de préfomption ,
parce qu'ils fe croyent des efprits fupérieurs ,
& s'imaginent que leurs raifonnemens
auffi faux que fubtils , triomphent des vérités
1320 MERCURE DE FRANCE.
M
tés inébranlables qui fondent la Religion
Chrétienne , & les autres , perfuadés que le
bon air confifte à ne rien croire , à ne rien
craindre , à ne rien efpérer , à fe livrer fans
remords à tous les plaifirs qu'il leur ménage,
& qu'il leur fait envifager comme l'unique
bonheur que les hommes doivent jamais
goûter.
» Joüiffez du préfent , mes enfans , leur
» dit-il ; l'avenir n'eft qu'une chimere.Qu'ef-
"perez-vous ? Que craignez-vous ? Vous
» mourrez tout entiers, Votre ame périra
»comme votre corps. Celui- ci n'eft qu'une
« matiere groffiere ; celle-là n'eft qu'une
» matiere fubtilifée. Dépêchez - vous donc
» de favourer tout ce que la Terre peut vous
" offrir de délices , car elle vous engloutira
» bien-tôt dans fon fein. Ne paffez pas un
« moment fans vous réjouir. Le tems eft
» auffi précieux qu'il eft court. Laiffez à la
» canaille , aux efprits foibles , aux pol-
>> trons , aux idiots , les efpérances & les
» craintes qu'infpire la fuperftition ; elles
» dégraderoient un Philofophe , un Sçavant,
» un bel efprit , un brave homme , un hom-
» me de bel air ; Ad populum phaleras . Jadis
» tous les hommes étoient fimples, par conféquent
edules & timorés. Ce n'eft plus
» la mode. Ils ont trop d'efprit & trop de
» lumieres aujourd'hui , pour ne pas regar-
» der
>>
JUIN. 1521 1744 .
der en pitié l'imbécillité de leursAncêtres.
» Chaque chofe a fon tems. Dans les fiécles
» paffés la Foi triomphoit de la Raifon; gra-
>> ce au rafinement de ce fiécle , la Raiſon
» triomphe de la Foi. Profitez de cette heu-
>> reufe conjoncture , & ne croyez que ce
>> qui flate vos fens , & que ce qu'ils peu
>> vent vous perfuader. Ce font les Paffions
>> qui rendent les hommes heureux , & vous
» n'êtes en ce monde que pour leur obéir .
» Voilà vos vrais guides. Rejettez , mépri-
« fez les autres ,comme des Fyrans qui s'oppofent
à votre félicité réelle , pour vous
» en offrir une qui n'eft que chimérique.
» Encore une fois , ne craignez rien que
>> perte du tems , & jouiffez intrépide-
» ment. Point d'autre Loi que ce qui vous
» plaît.
la
Voilà comme le Démon parle aux hommes
, par l'organe infernal des Libertins ,
plus nombreux , plus hardis & plus accrédi
tés que jamais , parce que l'exemple devient
de jour en jour plus contagieux & plus fréquent
, & telle eft la Doctrine monftrueufe
que devore & prêche aujourd'hui cette
Ligue odieufe & déreſtable d'Incrédules ,
dont les gens de bien font épouvantés .
La corruption du coeur engendre la cor
ruption de l'efprit . Un coeur qui fe livre
aux Paffions , doit entraîner l'efprit dans la
révolte
1322 MERCURE DE FRANCE .
?
clairement
que
,
révolte. Il eſt de l'interêt du premier d'engager
l'autre dans fon parti. Tant que l'ef
prit ne s'égare point , le coeur corrompu ne
peut être en repos. Il fe fent contraint , gêné,
preffé , tourmenté dans le fein même
des plaifirs & de la volupté. Il faut donc
s'il veut s'en raffaſier fans remords , qu'il
parvienne à gâter l'efprit. Que fait-il pour
cela Il lui infpire les moyens les plus propres
à l'égarer , & à le révolter enfuite contre
les principes qu'il refpectoit. Ecoutons ,
dit le coeur à l'efprit , fuivons ces Philofophes
modernes , quifont revivre la Doctrine d'Epicure
& de Lucrece , & qui nous prouvent fi
tout eft matiere . Raiſonnons felon
nos fenfations ; ne croyons que ce que nous pou
vons comprendre , & dégageons-nous enfin par
la vigueur de nos argumens , de ce joug infup
portable de la Révélation , qui nous difpute la
paifible jouiffance des plaifirs. Il eft fi doux de
ne faire que ce qu'on veut , que ce qui nous flate
, que ce qui nous charme , que ce qui nous
entraîne! Pourquoi nous priver de cette délicieufe
liberté , par la crainte d'un avenir incertain
? Oh! répond l'efprit , cet avenir m'épouvante.
Je ne puis ne pas croire ce qui m'est démontré.
Dois-je m'exposer à un malheur éternel,
pour des délices qui ne font que paffageres? Mais
lifez Bryle , dit le coeur , il vous apprendra da
moins à douter, &fi une fois vous y parvinez,
vons
JUIN. 1744
1323
vous déciderez pour le bien préfent , & vous
rifquerez l'avenir. Le doute acquiert par degrés
la force d'ane Démonftration. Confiderez
Meffieurs tels & Mefdames telles ; ce font af
surément des perfonnes d'efprit. Les voyez - vous
balancer dans leur conduite ? Aucun remords
peut - il les arrêter? Ne les voit - on pas affronter
Enfer , rire hautement de ce qu'on en dit ?
Quelle confiance ! qu'elle tranquillité ! quelle
intrépidité dans leur tourbillon ! Ces gens- la
n'ont- ils pas une ame comme nous ? S'embaraffent
ils de ce qu'elle deviendra , on plûtôt ne
font- ils pas sûrs qu'elle s'anéantira comme leurs
corps fi délicatement choyés & nourris ? Voilà la
mode, voilà le bon air , voilà la bonne compagnie.
Que rifquons- nous avec elle? Aupis aller,
nous lafuivrons dans l'autre monde , & s'il en
eft un , nous n'y ferons point encanaillés. Ne
vaut-il pas mieux s'expofer (fi tant eft qu'on
s'expofe ) avec des perfonnes fi brillantes , fi
aimables , fi diftinguées , fi féduifantes , & d'un
goût fi délicat, fi fin , fi exquis , que de languir
avec des idiots dans des craintes perpétuelles ,
dans la privation de tout ce qui enchante
les fens ? Allons , mon efprit , cedez , rendez
vous.
L'efprit balance quelque tems , mais à la
fin il écoute le coeur ; il fuit fes infpirations,
pour lui complaire , il devient Philofophe.
Philofophe qui ne raifonne plus que
&
fous.
1324 MERCURE DE FRANCE.
1
fous la dictée des fens , & qui tourne en ri
dicule tout ce qui les condamne. Ce font
fes Profeffeurs infaillibles . Il ne jure plus
que par les paroles de ces Maîtres , & prodigue
tous fes talens pour foûtenir leurs
Théfes. Les Loix divines font immolées aux
Loix des fens .
Voilà la fidelle Hiftoire des révolutions
fatales qui arrivent aujourd'hui dans les efprits.
Que les Sçavans , que les Philofophes
, que les beaux efprits , que les gens
du bel air fe fondent de bonne foi , & ils
feront forcés de convenir unanimement
que la corruption de leur coeur a caufé l'é
garement de leur efprit .
Ne vous étonnez donc plus , Madame ,
de ce que notre pauvre Chevalier s'étoit
perverti , ni de ce que vous voyez aujourd'hui
tant d'Incrédules . Le Démon , qui
n'ambitionne que la perte des hommes ,
met en jeu leurs Paffions pour corrompre
leurs coeurs , & fe fert de leurs coeurs , pour
fafciner leurs efprits . Tous les efprits libertins
font des duppes du coeur ; & plus il
prendra d'empire , plus vous verrez croître
le nombre des Incrédules. Le Vice & la Religion
Chrétienne font incompatibles . II
faut donc tâcher de la détruire , pour donner
la victoire à fon ennemi .
Pour nous , Madame , refpectons , aimons
cette
JUI N. 1744. 1325
eette Religion fi fainte , parce qu'elle purifie
l'efprit , & que le faifant triompher des
illufions du coeur , elle lui démontre fes
vrais intérêts , & l'y attache inféparablement.
Et en quoi confiftent-ils ? A vaincre les
Paffions , à détefter le vice , & à regarder
avec un fouverain mépris ce qui charme les
hommes corrompus , & leur tient lieu du
parfait bonheur que les Chrétiens efperent,
& ne cherchent point dans cette vie , qui
n'eft qu'un inftant , & qu'une épreuve , par
laquelle Dieu les fait paffer , pour leur faire
acquérir , s'ils répondent à fes graces , une
félicité réelle & parfaite , qu'il leur a promife
, & qu'il leur réſerve pour l'Eternité.
Douce efpérance qui ravit un coeur épuré ,
& qui dès ce Monde le rend , fans comparaifon
plus heureux que les hommes livrés
à l'empire des fens !
Qu'ils vantent leur bonheur , & qu'ils
s'applaudiffent tant qu'ils voudront ; ce
bonheur n'eft qu'un vain preftige , qu'un
fommeil inquiet , interrompu , troublé par
mille agitations intérieures ou publiques, &e
dont la courte durée fe termine par un réveil
affreux à l'heure de la mort, fouvent préma
turée , accompagnée de remords terribles
lorfqu'il n'eft plus tems de les fentir, ou d'un
endurciffement produit par le defeſpoir ,
préfage infaillible du fupplice éternel qui
doin
1326 MERCURE DE FRANCE.
doit en être le jufte châtiment.
J'interroge les hommes plongés dans les
plaifirs,& qui fe vantent d'être heureux fur la
Terre , & je les fomme de me répondre de
bonne foi. Etes-vous réellement heureux ?
Oui , me répondent-ils hardiment , nous le
fommes ,parce que nous ne craignons rien , &
que nous jouiffons, fans le moindre remords , de
la félicité que nous nous procurons , par la paifible
jouiffance des plaifirs.
نم
Vous ne craignez rien , dites-vous ? Quel
menfonge ! Ne craignez -vous pas la fin de
votre bonheur imaginaire ? La mort ne
s'offre-t'elle pas à vos yeux à chaque inſtant?
Celle de vos amis ou de vos compagnons
de débauche , ne vous fait- elle pas fentir
malgré vous , que bien-tôt vous aurez votre
tour ? Les fréquentes infirmités , fruits de
de vos excès , les maladies périlleufes , la
corruption de votre fang , la goute , & tant
d'autres maux qui vous affiégent , & dont'
vos déportemens font la fource empoiſonnée
, në font-ils pas de continuels avantcoureurs
du terme fatal de votre fauffe félicité
N'êtes-vous pas punis d'avance de la
dépravation de vos moeurs ? Et vous trouvez
votre fituation heureuſe ? Et moi je
vous foutiens que le plus parfait bonheur
s'il peut exifter fur la Terre , n'eft qu'une
folle chimere & qu'une illufion ridicule ,
dès
JUIN. 1744. 1327
pour
dès qu'on eft perfuadé qu'il eft périffable ,
& dès que tout confpire à vous en prédire
la fin. Les défirs de l'ame font trop vaftes ,
fe contenter de ce qui peut finir à chaque
moment. Ce qui doit finir , n'eft rien
pour elle , fur tout quand ce rien eft accompagné
fans ceffe d'inquiétude , d'allarmes &
de fouffrances. Mais nous ne craignons point
notre fin , répliquez - vous. Vous mentez.
Vous envifagez la fin de vos plaifirs , comme
un objet digne de vos foupirs & de vos
regrets. Quoique vous faffiez tout ce qu'il
faut vieillir de bonne heure , vous êtes
au défeſpoir de devenir vieux ; vous n'oubliez
rien pour cacher votre décadence aux
autres & à vous-mêmes , & pour étayer votre
vieilleffe prématurée , & continuellement
vous regrettez votre jeuneffe & votre
vigueur , épuisées fi rapidement & avec
tant d'imprudence . Cette fituation , où vous
êtes réduits malgré vous , n'eſt- elle pas bien
Alateufe & bien fatisfaifante , & croyezvous
qu'un Chrétien dans fes fouffrances
volontaires , ait un grand fujet de vous porter
envie ?
pour
Il eft privé de vos plaifirs , à la vérité ,
mais Dieu lui fait goûter un plaifir unique ,
mille fois plus favoureux que tous les vôtres
; celui d'aimer , d'adorer ſon Créateur
d'obéir à fes juſtes Loix , & d'efperer de fa
bonté
328 MERCURE DE FRANCE:
bonté & de fa miféricorde cette vie éter
aelle , unique & digne objet de ſes défirs.
Pour vous , Meffieurs les efprits forts ,.
qu'efperez-vous ? Tout au plus de prolonger
vos jours & vos prétendus plaifirs , par
des remedes qui fouvent ne fervent qu'à les
abreger. Après cet objet fi groffier , fi matériel
, fi borné , qu'envifagez - vous ? Un
anéantiffement éternel. La belle eſpérance !
Ofez la comparer avec celle d'un Chrétien ,
Quelle difference énorme !
Mais , me répondrez- vous , nous regardons
cotte efpérance comme une chimere.
Miférables que vous êtes , c'eft votre igno
rance , c'eft votre diffipation , c'eſt le pref
tige de vos paffions , qui en cachent à vos
yeux foibles & égarés les fondemens & la
réalité.
Mais je veux entrer pour un moment
dans vos idées perverfes, & vous accorder,
pour vous mieux confondre , que les eſpérances
d'un vrai Chrétien ne font qu'une
chimere. Cette chimere au moins le rend
incomparablement plus heureux que vous
fur la Terre périffable que vous habitez
avec lui , & où vous vous croyez de petits
Dieux.
Vous aurez beau m'objecter que le Chrétien
fe prive de tous les plaifirs , tandis que
wous les favourez délicieuſement , dans le
fela
JUIN. * 1744. 1329
fein de l'abondance , & dans la certitude
morale de l'impunité : qu'il prie, qu'il veille
, qu'il jeûne , & qu'il languit dans les
fouffrances & les mortifications , pendant
que vous vous difpenfez d'invoquer un Etre
Tout-Puiffant , & de le fervir ; que vous
irritez votre appétit par des mêts exquis ,
& que vous n'êtes occupés jour & nuit ,
qu'à vous éloigner de l'affliction & de la
douleur , par tout ce qui charme les fens &
remplit leurs defirs.
Je viens de vous prouver que vos plaifirs
les plus délicieux , font traversés par mille
événemens qui vous déconcertent , par des
maladies ou par des langueurs qui vous défolent
, par une infinité de contre-tems funeftes
& douloureux , que vous ne pouvez
ni prévoir ni parer ; enfin , que la crainte
de voir votre bonheur terminé par la fin de
votre vie libertine & volupteufe , le corrompt
& l'empoisonne malgré vous .
Mais un vrai Chrétien , avec fa chimere ,
puifque vous appellez ainfi fa juſte eſpérance
, ne craint ni l'ennui , ni les revers , ni les
fouffrances ; au contraire , il benit Dieu de
ce qu'il daigne par-là l'éprouver , le purifier
& le mettre dans la voye du falut qu'il efpere.
Il n'a point d'autre crainte que d'offenfer
fon Divin Maître , & loin d'appré
hender la mort , comme le terme fatal de fes
II. Vol. C plaiſirs ,
1330 MERCURE DE FRANCE.
plaifirs, il l'attend , & la fouhaiteroit même ,
s'il ofoit , comme le commencement de fon
éternelle félicité.
Comparez maintenant fon état au vôtre,
Meffieurs les incrédules , infenfés , voluptueux
, téméraires Philofophes , & jugez
vous - mêmes quel eft le plus heureux de
vous ou de lui .
Si vous y faites une férieufe attention
fi vous n'êtes
pas totalement privés de fens
& de raifon , infailliblement vous prononcerez
en fa faveur , & vous ne pourrez vous
empêcher d'envier le bonheur dont il joüit
dès ce Monde , où il eft réellement content
& heureux , tandis que votre bonheur n'eft
qu'une vaine chimere , & qu'un pitoyable
délire,
Mais ce qui doit vous couvrir de confu
fion, & vous convaincre de votre miſere; ce
Chrétien , objet perpétuel de vos railleries,
eft mille & mille fois mieux fondé à eſperer
une Eternité de délices , s'il fait tous les
efforts en ce Monde pour y parvenir , que
nous n'êtes certains qu'il fe flate d'une fauffe
efpérance.
Un enchaînement de preuves inconteſtables
, & qui fe prêtent mutuellement une
force invincible , le convainc pleinement
de la vérité de la Révélation , qui devient
d'autant plus claire & plus lum ineufe , qu'on
apporte
$ 1331
JUIN. 1744
apporte plus d'attention à l'approfondir.
Cette fiere Raifon , dont on fait parade ,
pour l'obscurcir & pour la combattre ; cette
Raifon , dès qu'on veut l'employer de bonne
foi à la connoiffance & à la difcuffion des
faits , fe trouve accablée fous la force de
leur évidence , & s'écrie enfin qu'il lui eft
impoffible d'y réfifter , & de fe difpenfer
de s'y foumettre humblement , malgré fon
orgueil & fa répugnance.
Mais Meffieurs les voluptueux ont bien
d'autres affaires , que de s'engager dans cet
examen. Le coeur leur dit qu'ils perdroient
leur tems , & leur offre les de l'employer
mieux.
moyens
Déplorons leur aveuglement , Madame
prions Dieu qu'il leur ouvre les yeux , &
félicitons - nous, ou plûtôt rendons-lui mille
& mille actions de graces de ce que fa miféricorde
daigne ouvrir les nôtres.
J'ai l'honneur d'être refpectueufement
&c.
C ij LA
1332 MERCURE DE FRANCE.
LA JEUNESSE PERMANENTE ,
J
Venduë par l'Ane au Serpent,
FABLE imitée du Latin.
E conte le fuccès qu'autrefois eut la tâche
D'un Commiffionnaire & franc fot , & franc lâche
Par fa bévue , hélas ! nous fûmes tous privés
D'un bien , qui de vieillir nous auroit préſervés ,
Et que, malgré la peine & les foins qu'on ſe donnes
Le fard le plus exquis ne peut rendre à perfonne.
Şexe ,dont les appas nous forgent tant de fers ,
Ecoutez le récit de ce trifte revers .
Lorfque dans une guerre , à Saturne funeſte ;
Jupiter eut conquis le Royaume Céleſte ,
Et qu'empreffés , là- haut , à recevoir ſa Loi ,
Les autres Dieux en lui reconnurent leur Roi ,
Ici bas , fur le bruit d'une telle conquête ,
Auffi s'empreffa-t'on d'indiquer une Fête ,
Qui fut joyeuſement par tout le Genre Humain
Célébrée en l'honneur du nouveau Souverain.
Ni devant , ni depuis cette Epoque fameufe ,
Jamais Fête ne fut fi belle , fi pompeuſe ,
Et jamais on ne vit , qu'en ce jour ſignalé ,
Tant de Taureaux tués , ni tant d'Encens brûlé.
Content de cette infigne & pieuſe allégreffe ,
Jupite
JUIN. 1744
1333
Jupiter fit fçavoir à ceux de notre efpece ,
Qu'il étoit , foi de Roi , prêt de leur accorder
Tel & fi riche don , qu'ils voudroient demander.
Affemblés fur ce point , tant mâles que fémelles ,
Ils demanderent tous , à l'inftance des Belles ,
Une Jeuneffe ftable, & dont les traits charmans
Ne fuffent point en butte au ravage des ans.
Auffi-tôt Jupiter exauça leur priere.
Il ne s'agiffoit plus , en ce cas , que de faire
Voiturer le Préfent. Siléne , à cet effet
>
Répondant à leurs voeux , leur prêta fon Bauder ,
Auquel fut confié ( j'en frémis quand j'y penſe )
Un fi beau Don , extrait de la divine Effence.
Bête ignoble , une charge hélas ! de lourds fagots
Eût été bien des fois plus digne de ton dos.
Par malheur , dans fa route ( un peu longue , i
vrai dire )
Une foif violente attaqua notre Sire ,
Et vers la premiere eaa , qu'il put voir ici bas,
Impatient de boire , il détourna fes pas .
Un Serpent la gardoit , qui lui dit : » Sur la vie ,
» Alte-là , téméraire , ou , s'il te prend envie
""
Qu'aujourd'hui je t'admette à goûter de cette eau ,
Il faut auparavant me livrer ton fardeau.
Giij L'Ane
1334 MERCURE DE FRANCE,
L'Ane accepta le troc . Pefte de l'imbécile
Qui , pour une liqueur fi commune & fi vile
Vendit honteufement un Don plus précieux
Que le facré Nectar , dont s'abreuvent les Dieux.
Or , Belles , d'un tel Don fivotre Sexe aimable
Déplore affés fouvent la perte irréparable ,
Le nôtre quelquefois n'en eſt pas moins fâché .
Cependant , en vertu de ce maudit marché,
Le trop heureux Serpent rajeuni chaque année ,
Joüit de la faveur qui nous fut deftinée ;
Heureux à nos dépens , fans nous donner fujer
De préconiser fort le gré qu'il nous en fçait.
Au refte , profitons de l'erreur de nos peres .
Quiconque voudra voir réüffir fes affaires ,
N'en chargera jamais , s'il prend de mes confeils ,
Meffer Aliboron , ni nul de fes pareils.
F. M. Frigot.
FIGURE
JUI N. 1744. 1335
2sés ésésés25-ésés és és as as as as as is as is as is as isas
FIGURE & Defcription d'un nouveau
Cabestan , inventé par M. Maffoteau de
S. Vincent , Ingénieur & Horloger du Roi ,
demeurant àParis,au Palais duLuxembourg.
L
A place de ce Cabeftan dans le Vaiffeau
, eft fous le Gaillard d'arriere , entre
le grand mât & celui d'Artimon , ſuivant
l'ufage ordinaire . Son pivot K a fon extrémité
fupérieure dans l'épaiffeur du pont , &
l'inférieure dans le Carlingue , ainfi qu'il fe
pratique communément. A B marque la
direction du Cabeftan , qui vire d'A vers B,
en quoi il faut remarquer que les Matelots
qui pouffent les leviers A H , en faisant un
tour , en font faire un au Cylindre G , qui
entraîne avec lui la rouë verticale L , laquelle
eft mobile fur la baze du levier A ,
dont les dents engrenent dans celles de la
roue horisontale M , qui eft mobile fur le
Cylindre G , laquelle étant du même diamétre
& d'un pareil nombre de dents que
la verticale , & cette verticale ayant fon
point d'appui circulaire au plancher du Gaillard
X , lui fait faire deux tours, quoiqu'el
le paroiffe aux yeux n'en faire qu'un , en
fuivant l'impulfion des Matelots ; d'autant
que pendant que la verticale fait une révolu-
C iiij
tion
1336 MERCURE DE FRANCE.
D
HUPIT
H
ם א
JUIN. 1744. 1337
tion circulaire avec le Cylindre , elle en fait
en même- tems une autre fur fon axe ;
de- là vient que l'horisontale fait pareillement
deux tours , pendant que les Matelots
n'en font qu'un , ce qui paroît contraire à
la Méchanique. Dans l'engrenage des rouës
de different nombre de dents , il n'eft
pas
douteux qu'une rouë de trente dents , qui
engrene dans une autre de foixante , ne
faffe deux tours contre un de celle de 60 ;
mais ici elles ont toutes deux le même nombre
de dents .
C. Garcettes qui fervent à amarer le tournevire
ou chaîne fans fin E , au cable F, par
le moyen des noeuds D , qui s'accrochent
aux gueules de loup I , N , roue à rocher ,
fixe au Cylindre, qui au moyen des cliquets
O , fert á arrêter le Cabeftan , en cas d'accident
à quelqu'une des dents des rouës cideffus
, bien que l'on doive proportionner
la force de ces roues à l'effet du poids qu'on
fe propofe de lever ou de tirer; & ce qui eft
de plus confidérable , c'eft que ces fortes
d'accidents n'empêchent ni les Matelots de
virer jufqu'à la fin , ni le cable de monter
au moyen d'un taquet ou élinquette Y, qui
fe gliffe au travers de la rouë à rocher N.
Il eft conftant que par la duplication des
révolutions de ces roues , on gagne le double
de force & de viteffe , outre que l'on ne
Cy ceffe
1338 MERCURE DE FRANCE.
ceffe point de virer jufqu'à ce que l'Ancre
foit à bord , au lieu que dans l'ufage des
Cabeftans ordinaires , on eft obligé d'arrêter
le Cabeſtan , autant de fois que l'on
veut choquer ou hauffer le tournevire , qui
defcend de toute fa groffeur , ce qui fait
perdre beaucoup de tems , & un tems précieux
,
39
Ce Cabeftan fut mis en ufage pour la premiere
fois en 1719 , à la Mer du Sud . On
joint ici le Certificat des Officiers du Navire .
» Nous , Capitaines & Lieutenans , certifions
que le Sr Maffoteau de SaintVincent ,
≫ a fervi la Campagne de 1719 à la Mer du
» Sud , en qualité de notre Lieutenant &
Ingénieur. Après qu'il nous a fait la defcription
d'une nouvelle Machine qu'il a
inventée & executée en Modele , que
» nous avons éxaminée avee foin , nous
» avons remarqué dans l'Invention de l'Au-
» teur quatre chofes principales & très- confidérables
, par des voyes qui nous ont pa-
» ru également fimples & ingénieufes ; 1º.,
que l'on peut mâter les Vaiffeaux avec diligence.
2° .Que l'on peut lever les Ancres
» fans choquer , & que l'on gagne le double
» de tems par l'appofition des deux rouës ,
»l'une verticale & l'autre horifontale , toutes.
»les deux de même diamétre & de même
nombre de dents , engrenant dent pour
30
"
dent
JUI N.
1339 1744.
39
dent. 3 °. Que l'on vire fans s'arrêter , &
» que les deux rouës vont du même-fens, &
» que quand une rouë a fait une révolution ,
» elle en fait faire deux à l'autre , ce qui
paroît contraire à la Méchanique. 4° . Un
» arrangement des parties du Cabeftan , qui .
marque beaucoup de fagacité dans l'In-
»venteur , & qui promet une grande per-
» fection. En foi de quoi nous avons figné
le préfent Certificat . Jofeph Louvel , P.
» Moreau , Martin Gripouilleau , Michet
» Marteau , Jean Caffe. Signé à Panama , ce
»9 Avril 1719.
M. de Lorme , de l'Académie des Beaux
Arts de Lyon , a fait fur ce Cabeftan des obfervations
, inferées dans le Journal de Trévoux
, Art. LXVI , du mois de Septembre
1742.
Ces Obfervations font loüées avec beau
coup d'efprit & de délicateſſe par M. Borde ,
Préfident de la même Académie , dans un
Difcours , qu'il prononça à l'ouverture de
l'Affemblée publique du 9 Mai 1743 , inferé
dans le Mercure du mois de Juillet fuivant
, p. 1594. Il paroît que l'Auteur des
Obfervations , & M. Borde , fon Confrere ,
n'ont pas bien compris la conftruction de
cette Machine. On peut voir la Réponse à
ces Obfervations dans le Journal de Tréyoux
du mois de Juin 1744.
MM . Borde & de Lorme trouveront en-
Cvj Core
1340
MERCURE DE FRANCE .
core matiere à leurs réfléxions méchaniques ,'
fur l'invention d'une Pendule par M. Maffoteau
de S. Vincent , qui va d'elle-même l'efpace
d'un an , par le feul enchaînement de
Les rouës , fans le fecours d'aucun reffort
poids , contrepoids , ni aucun corps étranger
, & dont le mouvement ne dépend en
aucune maniere de l'action de l'air. Cette
machine a été d'abord conteftée , & au rapport
d'Experts nommés d'office , elle vient
d'être approuvée par un Arrêt du Parlement
de Paris. Cette Pendule peut fervir à trouver
la longitude en Mer , en ce que fon mouvement
ne fera point interrompu par les roulemens
& les fecouffes du Navire. En effet la
longitude ne confiftant qu'à dire à tous momens
le nombre de degrés & de minutes qui
fe rencontrent depuis leLieu où l'on eft jufqu'au
premier Méridien , & comme la diffé-´
rence des Méridiens fait la différence des
heures , on peut dire avec raifon , que fi l'on
fçait l'heure qu'il eft en toutes fortes de
Pays , fçachant l'heure qu'il eft à celui où
l'on eft , on auroit trouvé la longitude.
Cette Pendule peut exciter la réfléxion
de MM. du Parlement d'Angleterre , qui
par un acte inféré au Mercure du mois de
Juin 1726 pag. 1391 , paroît beaucoup
s'intéreffer à cette découverte .
M. Maffoteau a auffi inventé une Montre
, qui répéte l'heure & les quarts par un
feul
JUIN. 1744. 1344
feul marteau , fans reffort ni rouage , & qui
marque les heures , les minutes , les fecondes
& les tierces au centre du Cadran , faris
roue à couronne. Les fecondes & les tierces
errement
fe marquent exactement fans faut ni précipitation
, comme il arrive dans les autres
Montres . En voici la deſcription . M. Maſſoreau
donne à la grande roue moyenne ,
fait fa révolution dans une heure , 56
dents qui engrenent dans le pignon de la
petite roue moyenne , qui eft de 7 dents.
Elle fait ainfi par Quotien 8 révolutions
dans une heure . Cette petite roue moyenne
a 60 dents ; elles engrenent dans le pignon
de la petite rouëfuivante , qui eft de 8 dents,
lequel fait 7 tours & demi dans un de la ре
tite roue moyenne. Ainfi multipliant 8 par
7 & demi , le produit eft 60. Cette petite
rouë a 60 dents ; elle engrene dans le pignon
de la rouë d'échappement, qui eft de 6
dents , elle fait parconféquent 10 révolu
tions ; multipliant 60 par 10 , le produit
cft 600. La rouë d'échappement a 30 dents ;
multipliant600 par 30,il vient 18000 vibrations
par heure . Cette Montre ainfi conftruite
, convient aux perfonnes qui font des
exercices violens , comme celles qui courent
la Pofte. On peut la réduire pour les
exercices moins violens , en ôtant deux
dents de la rouë d'échappement , qui n'ea
aura
342 MERCURE DE FRANCE.
aura plus que vingt-huit ; multipliant 600
par 28 ,reftent 16800 vibrations par heure.
252525252525252525252525252525252525252
VERS
A mettre au bas du Portrait du Maréchal
Comte de Saxe.
LE Bâton dont Louis honore mon courage ,
N'eft point un vain appui pour repoſer mon bras :
J'en veux faire un plus digne ufage ,
En chaffant l'ennemi bien loin de fes Etats.
PROBLES ME.
A Riffe a reçûde la nature d'excellentes
difpofitions pour la vertu &
» pour les Sciences ; une heureuſe édu-
»cation a perfectionné les riches talens
» dont elle l'a favorifé. On demande fi Arifte
» eft plus redevable aux dons de la Nature
» qu'aux foins de l'éducation . Ce Problême
ne paroît pas d'abord épineux à
réfoudre & chacun croit pouvoir aifément
décider en faveur de l'une ou de l'autre
, felon fes préjugés . Mais pour peu
>
qu'on
JUIN. 1744. +1345
qu'on fe donne la peine d'approfondir cette
hatiere , on trouvera qu'il n'eft pas auffi facile
qu'on le penfe d'appuyer fon jugement ,
les raifons qui balancent le pour & le
contre étant d'un poids fuffifant pour laiffer
l'efprit incertain .
En effet , la Nature & l'éducation fe difputent
la gloire de tout le mérite qu'on admire
dans l'homme. La Nature en jette les
précieufes fémences, l'éducation les cultive,
jufqu'à ce qu'elles portent les fruits qu'on
en efpere. L'une & l'autre fe prêtent un
mutuel fecours , pour faire de l'homme un
chef- d'oeuvre accompli . Mais laquelle conaribuë
davantage à former cette rare merveille
? L'heureux fujet en faveur de qui
elles concourent toutes deux , doit- il plus à
la Nature qu'à l'éducation , ou à l'éducation
qu'à la Nature ? C'eft ce qu'on entreprend
d'examiner ici , fans vouloir pourtant prononcer
un jugement décifif , dont on laiffe
toute la gloire au goût & au difcernement
du Public.
D'abord il femble que la Nature l'emporte
fur l'éducation : c'eft elle qui dans la formation
de l'homme pofe le fondement de tout
le bien que l'éducation doit un jour perfectionner.
Il eft vrai qu'elle paroît bizarre
dans la production de fes Ouvrages. Pour
elle eft avare de fes dons , & ne
les uns ,
laiffe
7344 MERCURE DE FRANCE:
laiffe voir en eux que des traits ébauchés de
fes ticheffles. Prodigue pour les autres de fes
plus rares préfens , vous diriez qu'elle aime
à développer les tréfors en leur faveur,
Tendre mere pour ceux-ci , elle n'eft ce
femble qu'une marâtre pour ceux-là. Les
premiers naiffent , pour ainfi dire, tout bru
tes , & comme abîmés dans la matiere dont
elle pétrit les corps. Dans leur enfance rien
ne promet un heureux avenir , & le progrès
de l'âge n'étale qu'une ftupide indolence
un efprit fans lumieres , un coeur fans fenti
mens , une Raifon fans difcernement. Les
derniers au contraire annoncent dès l'Aurore
de leurs jours un riche tréfor de jugement,
de génie , & de moeurs. Comme les Arbres
de la création , prefqu'en fortant des mains
de la Nature , ils portent des fleurs & des
fruits, & femblables à cet Arbre rare & merveilleux
des Canaries , qui recevant tous les
jours avec abondance la rofée du Ciel , fournit
de l'eau aux habitans de ces Ifles fortunées
, on s'imagine voir en eux une fource
intariffable du vrai mérite . Vous diriez que
la Nature leur a départi toutes les lumieres
du génie pour éclairer les autres dans leurs
ténébres , toute la folidité du jugement pour
les conduire , d'heureux penchans vers le
bien , pour donner dans leurs perfonnes un
luftre vivant à la Vertu , une grande ame
pour
JUI N. 1744 1349
pour former des projets héroïques , un no
ble coeur pour
foutenir les travaux qui en
font inféparables , une prudence confommée
pour les couronner d'un heureux fuccès.
Mais pourquoi cette difference dans des
-êtres pétris du même limon ? C'eft ce que je
n'examine point ici . Il me fuffit d'obferver
que cette variété fi capricieuſe en apparence
, fait la beauté de ce vafte Univers. Si
toutes les parties qui le compofent étoient
également parfaites , leur éclat , pour être
trop commun , en feroit moins raviffant. La
ferocité du Tigre me rend plus fenfible &
plus touchante la douceur de l'Agneau .
La laideur rehauffe le prix de la beauté ;
l'ignorant releve le mérite du fçavant ; le
bien en un mot doit au mal toute fa fplen-
- deur , par le contrafte même qui les fépare
& les divife.
Quoiqu'il en foit de cette étonnante variété
, il en réfulte que c'eft la Nature qui
prépare le fonds fur lequel doit travailler
l'éducation , & que celle- ci n'auroit rien à
faire , fi celle-là ne fourniffoit un fujer capable
de répondre à fes travaux . Que fert au
Laboureur de mettre la charrue dans une
terre fterile , de la cultiver avec foin , de
l'enfemencer à grands frais ? L'ingrate ne
fecondera pas les défirs; la récolte ne répondra
pas à fes voeux , parce qu'elle , eft plus
pro1346
MERCURE DE FRANCE.
propre à produire des ronces , qu'à porter
des fruits. A quoi de même aboutira l'induftrie
de la plus habile main,fi elle s'attache
à former une de ces Idoles materielles , qui
ont des
yeux fans voir , & des oreilles fans
entendre ? Un riche naturel , quand il manque
, eft un fonds que l'Art & l'étude ne
peuvent remplacer. Il eft des perfections &
des talens que la Nature feule
peut donner :
fi elle les refufe , aucune inftruction n'en
peut tenir lieu ; fi la Vertu n'a des racines
dans le coeur , aucune reffource humaine
n'en peut couvrir le défaut .
Le Potofe produit de l'Or en abondance ;
c'eſt le Soleil qui forme ce précieux métail
dans fes entrailles. Le Caucafe au contraire
n'enfante que d'arides rochers , quoiqu'il
reçoive, auffi -bien que le Potofe ,les influences
de cet Aftre lumineux. Pourquoi cela ?
C'eſt que la Nature prépare le fonds de l'un
pour profiter de la chaleur du Soleil , &
qu'elle refufe à l'autre ces veines heureuſes
qui font le germe d'une riche fécondité. On
aura beau faire retentir aux oreilles d'un
efprit bouché les plus fçavantes leçons , faire
de touchans portraits de laVertu à un homme
dont le coeur eft foncierement vicieux ;
fi la Nature n'a difpofé l'un par le don d'intelligence
, & l'autre par celui de la docilité
, pour recevoir les impreffions falutaires
qu'on
JUIN. 1744. 1347
qu'on veut leur donner , la voix du plus ha
bile maître ne fera qu'un airain retentiffant,
dont le fon frappera l'air , fans pénétrer plus
avant.
,
Fût- il jamais un plus grand homme que
Seneque , dans l'Art de former un jeune
éleve ? Son rare mérite lui fit confier l'éducation
de Neron. Il n'oublia rien fans doute,
pour répondre à l'honneur qu'on lui faifoit
mais ce fage & prudent Mentor ne put jamais
faire de Neron qu'un fépulchre blanchi
au dehors par tout l'appareil d'une édu
cation brillante , parce que le fonds de fon
naturel étoit infecté de la corruption du
vice. En homme éclairé , il tira un triſte
augure pour l'avenir , du plaifir que prenoit
ce Prince , encore enfant , à percer
des mou
ches avec un canif, & lui-même fût la victime
du penchant cruel qu'il eut dans la fuite
, pour répandre le fang le plus innocent.
Vous aurez beau , difoit Horace , prendre
une fourche pour chaffer la Nature, elle reviendra
toujours fur fes pas. Vous ferez de
grands efforts pour réformer un mauvais
fonds , vos efforts feront vains , fi la Nature
vous eft contraire . On ne cueille pas des figues
parmi les épines , ni des raiſins au milieu
des chardons & des ronces . Un mauvais
Arbre ne fçauroit porter de bons fruits , ni
un bon Arbre en produire de mauvais į
tout
1348 MERCURE DE FRANCE.
tout refte dans l'ordre qu'a tracé la Nature.
Si d'heureufes difpofitions préparent l'ame
aux impreffions qu'on veut lui donner , l'éducation
fera fuivie d'un heureux fuccès : fi
au contraire une fatale inclination pour le
mal domine dans l'ame , on en pourra fufpendre
pour quelque tems les funeftes effets
par l'éducation, mais la Nature reprendra
bientôt fes droits pour faire revivre un
penchant enté, pour ainfi dire, fur elle. Neron
fut au commencement de fon régne les
délices de l'Empire , parce que fon coeur refpiroit
encore les falutaires leçons que lui
avoit données Seneque. Neron en devint
T'horreur dans la fuite , parce que toute
l'habileté de Seneque n'avoit pu radicalement
détruire le mauvais fonds de Neron.
L'homme retombe aifément dans fon naturel
, dès que l'impreffion d'une main étrangere
eft paffée , & l'on y remarque perpétuellement
les traces de fes véritables inclinations
, & de celles qu'on a tâché de lui
infpirer.
On ne veut pas infinuer par-là qu'il eft
impoffible à l'homme d'arrêter le progrès
de fes paffions, lorſque la Nature lui a donné
un violent penchant pour le mal . Sa
grandeur & fa gloire confiftent à montrer
alors une fuperiorité deRaifon qui le rende
victorieux de la cupidité , malgré les efforts
qu'elle
JUI N. 1349
1
1744.
qu'elle fait pour triompher de fa réſiſtance.
Quel que foit l'afcendant de la Nature fur
l'homme , elle ne l'entraînera jamais malgré
lui dans le précipice , & l'exemple de tant
de grands hommes qui ont fçû dans tous les
tems la foumettre à l'empire de la Raiſon .
eft une preuve convainquante qu'on peut
vaincre les plus vives paffions par des efforts
proportionnés à leur violence . Mais
auffi les combats domeftiques qu'ils ont eu
à foutenir & à livrer pour forcer laNature à
fe rendre , font affés voir qu'il n'eft pas
facile
de rectifier un mauvais fonds , & que
le chef-d'oeuvre le plus accompli eft de faire
naître l'homme de bien des cendres mêmes
de l'homme corrompu .
Ce chef-d'oeuvre eft rare , mais quand il fe
trouve , l'éducation s'en attribue tout l'honneur
& toute la gloire. C'eft elle qui donne
le dernier coup de pinceau aux traits ébauchés
de la Nature. Celle-ci donne un génic
excellent , un coeur noble , un heureux caractere
, mais les qualités les plus belles font
toujours dépendantes de l'inftruction , & il
n'appartient qu'à l'éducation de la donner.
On convient fans peine que les uns naiſſent
avec des perfections & des talens que d'au
tres n'apportent pas avec eux ; mais on
ne peut nier que malgré la bienveillance de
la Nature ,l'ivraye ne fe mêle avec le bon
grain
1350 MERCURE DE FRANCE .
grain. Le limon , dont le corps de l'homme
eft formé , l'union étroite qui fe trouve entre
cette matiere & l'efprit qui l'anime , ne
permettent pas à l'homme de naître parfait
en tout. Le plus accompli , dit Horace, n'eft
pas celui qui n'a aucun défaut , mais celui
qui en a le moins. Il y a dans l'homme un
fond de grandeur & un fond de baffeffe.
Par l'un il s'éleve , par l'autre il fe dégrade
lui-même. L'un lui donne des fentimens fublimes
qui en font un Héros , l'autre lui
communique des inclinations vulgaires qui
le deshonorent. Fût-il le plus infigne favori
de la Nature , le mal trouve toujours dans
lui de la protection par l'intelligence fecrette
qu'il y conferve avec fon coeur , & la Vertu
y rencontre de puiffans ennemis dans les
paffions differentes qui s'en difputent l'empire.
Pour comprendre cet étrange paradoxe ,
il faut étudier dans la Morale ce que l'homme
étoit dans fon origine , ce qu'il a perdu
par fa chûte , ce qui lui refte de fa premiere
grandeur. Mais à qui appartient-il de prévoir
quel ufage on peut faire des bonnes
qualités qu'il a reçûes , quelle précaution il
faut prendre contre les mauvaifes pour les
rectifier ? C'eſt là l'ouvrage de l'éducation ,
ouvrage fans lequel l'homme le plus favorifé
de la nature ne fera jamais qu'un Arbre
chargé
JUI N. 1744. 135 #
chargé de fleurs brillantes , dont le fruit
s'étouffera par l'haleine empoisonnée des
paffions. Voilà ce qui fait demander f
l'homme n'eft pas encore plus redevable à
l'éducation, qui retranche ce qu'il y a de défectueux
en lui , qu'à la Nature qui ne lui
donne jamais un riche fonds fans quelque
mélange de mal.
Qu'est-ce que l'Or le meilleur , quand il
n'eft pas épuré dans le creufet ? C'eft un
précieux métail dont tout l'éclat eft terni par
les parties groffieres qui l'enveloppent , &
qui en dérobent aux yeux toute la beauté.
Sorti même du creufet , qu'est-ce que l'Or
le plus pur ? Une maffe d'oftentation qui
n'eft d'aucun ufage , jufqu'à ce qu'un habile
ouvrier le travaille à coups de marteau, pour
le rendre utile aux befoins de la vie. Image
bien naturelle de l'homme fortant des mains
de la Nature. Comme l'Or arraché des entrailles
de la terre , il apporte avec lui , fi
l'on veut , des qualités précieuſes, mais qui
obfcurcies d'abord par les ténébres de l'enfance
, ne fe développent avec la Raifon
que pour laiffer voir les traces de la foibleffe
humaine. Ce n'eft pas le fonds du mérite qui
lui manque , mais l'attention à le découvrir ;
la connoiffance de ce qu'il vaut , & le fecret
de l'employer , c'eft là le fruit d'une heu
reuſe éducation. C'eft elle qui par fes ſoins
re¥
352 MERCURE DE FRANCE.
redoublés , empêche que la cupidité ne pré-,
vale fur un riche naturel , qui par de fages.
leçons le précautionne contre les dangers,
lefoutient contre le torrent des erreurs populaires
, & l'enchantement du menfonge
qui lui montre la vérité dans tout fon jour
diffipe les illufions , dont le charme impofteur
pourroit le féduire , & fait évanouir
peu à peu tous les nuages que les préjugés
des paffions répandent dans un coeur tendre
& dans un efprit naiffant,
La vie de l'homme eft pleine d'inégalités.
& de viciffitudes : quelquefois il a des vertus
par goût , & il s'en dégoûte par foibleffe
; en des tems differens , il a ou le coeur
d'un Héros , digne d'admiration , ou celui
d'un enfant,retreffi jufqu'à la baffeffe . Dans
cet état , il a befoin d'un éloquent Avocat
qui plaide pour la Raifon contre les fens ,
qui le rappelle à lui-même quand il commence
à chanceler & à s'éblouir , qui le
conduife comme par la main , pour lui faire
éviter le précipice où une jeuneffe volage &
présomptueufe l'entraîne. Sans un fi puiffant
fecours , l'homme le plus favorifé de la Nature
n'étalera que le faux , luftre du clinquant
, & ternira tout l'éclat de l'Or folide
dont il avoit été pourvû ; parlons fans figure
; le Héros s'évanouira , & l'homme feul
reftera, Il en eft à peu près des Sciences, comm
JUIN. 1744 7355
me de la vertu. La Nature peut donner de
l'efprit & de la pénétration , mais c'eſt l'éducation
qui travaille à perfectionner le
fonds , à cultiver un heureux génie , à l'élever
, à l'étendre : fans cet Art ingénieux ,
qui par des régles & des préceptes conduit
Phomme infenfiblement aux plus hautes connoiffances
, il fera toujours le jouet de l'ignorance
humaine , & malgré les efperances
qu'il donne par les heureufes faillies qui lui
échappent, un habile guide lui eft néceffaire,
pour mettre la derniere main à l'ouvrage
encore imparfait de la Nature.
On a donc lieu de demander fi Arifte n'eft
pas plus redevable aux foins de l'éducation
qu'aux dons de la Nature, Les réfléxions
qu'on a faites fur cette matiere , dans quelques
momens d'un loifir litteraire , fondent
un doute affés raifonnable , pour ne pas entreprendre
de donner ici une décifion préci
fe. On efpere que le Public,par l'étendue de
fes lumieres , perfectionnera un Ouvrage
qui n'eft qu'ébauché , & qu'il apprendra à
juger fainement fur un fujet auffi délicat
que celui-ci,
Par M. l'Abbé de Lugny de la Jarry..
A Nevers , le 24 Mai 1744.
II. Vol D LET
1354 MERCURE DE FRANCE
নিজে নিজেঃনাস্তা নাস্তাঃ নাস্তানা
LETTRE de Mile Natoire , à Mad.
de Julienne.
le
Omme je dois , Mad . à vos conſeils &
à votre amour pour les Arts ,le goût &
peu de talent que j'ai de peindre en Paftel
, il eft jufte que je profite de cette occa→
fion , pour vous en témoigner ma recon◄
noiffance, & faire connoître
Le goût exquis , la douceur agréable ,
Dont vous fçavez fi bien embellir la raiſon ,
Et cette politeffe aimable ,
Qui fait un séjour délectable
De votre brillante maiſon.
Maiſon où régne l'innocence ;
Où l'Amour & l'Hymen toujours d'intelligence
Ne craignent plus d'être rivaux ;
Séjour charmant , où la docte Peinture
Fait voir , ainfi que la Sculpture
Le fublime de fes travaux .
J'ai l'honneur d'être , &c.
A Paris , le 17
Mai
1744
EX
JUIN. 1744. 1355
EXTRAIT de la réponse de M...... à une
lettre de M.... , à l'occafion des Sermons du
R. P. du Pleffis de la Compagnie de JESUS
préchés à S. Sulpice le Carême dernier.
Ja
'Ai reçu , M. avec beaucoup de fatisfaction
votre lettre du 15 de ce mois. Je
commençois à blâmer votre filence , mais je
vois avec plaifir que je me fuis trompé à cet
égard.
Je fuis très-édifié du fuccès merveilleux
des prédications du R. P. Dupleffis , & je
n'ai pas de peine à croire que fon Auditoire
a été des plus nombreux , dans une auffi
grande Ville. Je regrette beaucoup de n'en
avoir pas accru le nombre , & j'envie le
bonheur que vous avez eu d'entendre cet
homme Apoftolique. Je me réjouis avec
vous , & vous félicite du fruit que vous en
avez retiré. Je vous exhorte à repaffer fouvent
dans votre efprit les faintes inftructions
, & les pieufes maximes que vous
avez entendues de fa bouche , afin de ne jamais
les oublier , & de les réduire en pratique
, fans quoi elles ne ferviroient qu'à
vous condamner au Jugement de Dieu , en
vous rendant plus criminel. Ce ne font pas,
Dij dit
1356 MERCURE DEFRANCE.
dit S. Paul , les auditeurs , mais les obferva
teurs de la Loi qui feront juftifiés. La parole
de Dieu a toujours fon effet ; fi elle ne
nous fauve pas , elle nous réprouve : terrible
alternative , qui doit faire la matiere de
nos réfléxions !
Remerciez fans ceffe le Seigneur , d'avoir
touché votre coeur , & priez-le d'achever
en vous ce qu'il y a commencé. Rendezvous
docile aux douces impreffions de fa
grace , & fidéle à fes infpirations. Souvenez-
vous qu'une grace bien ménagée en
attire une feconde , celle- ci une troifiéme
& ainfi de fuite , à proportion de notre fidélité
à répondre à fes mouvemens. Car le
falut n'eft qu'un enchaînement de graces &
de faveurs , qui dépendent les unes des autres
, dans l'ordre de la Providence , &
dont la perfévérance eft la derniere , & celle
qui met le fceau à notre prédeſtination .
Si vous entendez aujourd'hui la voix du
Seigneur , n'endurciffez pas votre coeur.
Profitez de ces avances généreufes de la grace
, qui vous prévient & vous invite. Peutêtre
fera-ce la derniere fois qu'il vous
parlera.
>
Penfez fouvent à la mort , & méditez
bien fes fuites. Souvenez-vous de vos dernieres
fins , dit le Sage , & vous ne péchetez
jamais. L'idée de la mort en renferme
cing
JUI N. 1744. 1357
cinq autres , bien humiliantes pour l'homme
pécheur , qui font une idée d'abandon
une idée de néceffité , une idée de folitude
une idée de deſtruction , une idée de jugement
& une idée de mifére . Quelle vaſte
mariere à la réfléxion !
C'eſt le comble de la témérité de penfer
qu'on fe convertira à la mort , après une
experience journaliere du contraire. Pour
cela il faut fuppofer le concours abfolument
néceſſaire de trois chofes , qui ne font pas à
notre difpofition , & dont la gloire de Dicu
eft intéreffée de nous priver , je veux dire ,
le tems , la grace & la volonté. Si nous
avons le tems , nous n'aurons pas la grace :
fi nous avons le tems & la grace , nous ne le
voudrons pas fincerement , & nous voilà .
réprouvés. Quelle folie de fonder fon Salut
fur une pareille incertitude !
Veillez & priez , dit J. C. afin que vous
ne fuccombiez pas à la tentation , car l'efprit
eft prompt & la chair eft foible. La vi
gilance & la priere , voilà les deux parties
effentielles de la vie d'un Chrétien , & qu'il
ne doit jamais féparer. Il doit fouvent dire
à Dieu avec S. Auguftin : Seigneur , faites
que je vous connoiffe , & que je me connoille.
Donnez-moi ce que vous me commandez
, & après cela commandez-moi ce
que vous voudrez .
Diij L'hu1358
MERCURE DE FRANCE.
L'humilité eft la bafe & le fondement de
toutes les vertus Chrétiennes. Plus notre
humilité eft fincere & profonde , plus notre
vertu eft réelle & fublime. Faites fouvent à
Dieu l'aveu fincere de votre mifére & de
votre néant , dans l'ordre naturel & dans
l'ordre furnaturel. Reconnoiffez vos befoins
; expofez-lui avec confiance vos playes,
comme au Médecin qui feul peut les guérir.
Défiez-vous de vos propres forces , on plûtôt
de votre foibleffe , & attendez tout de la
grace , Souvenez - vous que l'homme , felon
la définition du Concile d'Orange , n'a de
lui-même que le menfonge & le péché ; que
s'il peut quelque chofe pour le Salut , c'eft
en Dieu, qui le fortifie . Sans moi , dit J. C.
Vous ne pouvez rien faire . C'eft Dieu , dit
S. Paul , qui opére en nous le vouloir & le
faire , ce qui n'exclut pas la coopération de
l'homme , puifque felon S. Auguftin , Dieu
qui nous a créés fans nous , ne nous fauvera
pas fans nous. Faites ce que vous pourrez
avec le fecours de la grace , & demandez à
Dieu ce que vous ne pouvez pas. Priez fans
ceffe , mais avec foi , avec humilité , avec
confiance , avec perfévérance , fans jamais.
vous laffer. C'eft prefque tout ce que peuvent
faire ceux qui commencent à revenir
à Dieu.
Il faut d'abord ménager votre foibleffe
28
JUIN. 1744. 1359
& ne pas vous porter par un zéle indifcret
à des excès , qui au lieu de vous fortifier ne
ferviroient peut - être qu'à vous rebuter.
N'entreprenez
rien d'extraordinaire
, fans
prendre l'avis d'un Directeur fage , prudent
& éclairé dans les voies de Dieu , dont vous
devez faire choix . Demandez-le au Seigneur,
& lorfque vous l'aurez trouvé , attachez
vous à lui , ne le quittez pas legerement ,
fuivez fidélement fes confeils , & ouvrez→
lui votre coeur avec la même confiance & la
même fincerité , que fi vous parliez directe
ment à Dieu . Faites-vous voir tel que Vous
êtes , afin que connoiffant à fond la maladie
, il puiffe mieux juger du remede convenable,
Ne vous faites pas un monftre de la dévotion
, comme la plupart des gens du monde ,
qui fe trompent groffiérement. Il y a plu
fieurs demeures dans la maifon du Pere Célefte
, & differens degrés de grace & de gloire.
Tous les hommes font appellés au Salut ,
mais par des routes differentes . Dieu eft
l'Auteur de tous les états & de toutes les
conditions , & il a deftiné dans l'ordre de fa
Providence , des fecours proportionnés aux
befoins de ceux qui les rempliroient , afin
qu'ils puffent s'y fanctifier , & qu'ils fuffent
inexcufables s'ils ne le faifoient pas . Auffi
voyons - nous qu'il y a eu , & qu'il y a
Diiij
en1360
MERCURE DE FRANCE.
encore des Saints dans toutes les conditions.
Ce n'eft pas feulement le Solitaire qui fe
fauve , mais l'homme du monde . Tous les
états ont leur danger , & nul ne met à couvert
de la tentation . Nous nous portons par
tout nous- mêmes , & par conféquent la fource
de nos malheurs. Dieu n'exige pas de
nous que nous peuplions les folitudes , que
nous détruifions notre corps par des auſterités
rigoureufes , telles que celles de ces anciens
Anachoretes qui habitoient la Thébaïde
, mais il veut que nous nous fanctifions
dans l'état où il nous a placés , en en
rempliffant fidélement tous les devoirs . Il
veut feulement que nous obfervions les régles
d'une exacte tempérance , afin d'appaifer
en nous les révoltes de la chair. Il ne
veut pas , comme autrefois , que nous donnions
notre vie fur les échaffauts , mais il
veut que nous foyons au moins dans la difpofition
de la lui facrifier , s'il étoit néceffaire
, plûtôt que de le renoncer , ou de l'offenfer.
C'eſt la charité & l'amour qui donnent le
prix à toutes nos actions : tout ce qui naît
de ce principe eft bon , quelque petit qu'il
paroiffe à nos yeux. Un verre d'eau froide
donné au nom de J. C. n'eft pas fans récompenfe.
Les actions même naturelles & les
plus baffes , peuvent devenir pour nous un
fujet
JUI N. 1744. 1361
fajet de mériter foit que vous mangiez ,
foit que vous bûviez , quelqu'autre chofe
que vous faffiez , faites tout pour la gloire
de Dieu , dit l'Apôtre. Ayez pour objet
dans toutes vos actions de plaire à Dieu , &
ce motif les annoblira , les fanctifiera. Rapportez-
les lui toutes , au moins virtuellement
, en les lui offrant tous les matins. Demandez-
lui fouvent la grace de connoître
fa volonté & de l'accomplir . Examinez fréquemment
quel motif vous fait agir ; fi c'eſt
l'amour de Dieu , ou celui du monde , la
charité ou la cupidité , afin de juger du progrès
que vous ferez dans la Vertn . Ce ne
font pas feulement les bonnes actions que
Dieu récompenfe , mais les fimples defirs
du coeur , la bonne volonté , l'intention ;
en un mot rien n'eft perdu pour nous dans
l'ordre du Salut , lorfque c'eft la grace qui
nous infpire.
Fuyez les compagnies , autant que la bienféance
& votre état vous le permettront , &
fourtout celle des Libertins & des gens de
mauvaiſe vie , car on devient tel que ceux
qu'on fréquente. La contagion du monde eft
plus dangereufe qu'onereufe. Les maladies
de l'ame, auffi- bien que celles du corps пe fe
peuvent guérir que dans la retraite . Le
grand air nuit aux malades , mais l'air du
nionde nuit encore plus à ceux qui ont des
Dv paf1362
MERCURE DE FRANCE;
paffions à guérir. C'eft dans la folitude que
Dieu parle au coeur. La retraite eft le premier
pas que l'ame fait vers le Ciel , & Dieu
s'approche d'elle , autant qu'il voit qu'elle
s'éloigne des créatures .
Votre folitude ne doit pas être oifive , car
alors elle vous feroit encore plus dangereufe
que la compagnie , mais vous devez vous y
occuper de la priere & de la lecture des
bons Livres. Nous parlons à Dieu par la
priere , & Dieu nous parle par la lecture.
Pour répondre donc à ce que vous defirez
de moi à ce fujet , voici quel eft mon avis.

Méditez affidûment l'Evangile & les Ecrits
des Apôtres , afin de vous nourrir l'efprit des
vérités qu'ils renferment , & d'y apprendre
les régles de conduite que vous devez fuivre.
Lifez.ce Teftament de votre PereCélefte
avec refpect,avec attention,avec foumiffion ,
& avec un defir fincere d'en profiter . Diteslui
, avant que de commencer : Parlez , Seigneur,
car votre ferviteur vous écoute . Priezle,
après avoir fini , qu'il vous donne la force
de pratiquer les maximes faintes que vous
venez de lire . Il faut en ufer de même pour
tous les Ouvrages de Piété , afin d'entrer
dans l'efprit de ceux qui les ont compofés.
Après l'Ecriture - Sainte & la Vie des
Saints , il n'y a point de Livres plus propres
ànousporter à Dieu , que l'Imitation de J.C.
Vous
JUIN. 1744. 13631
Vous pouvez y joindre les Confeffions de S.
Auguftin , l'Introduction à la Vie dévoter
de S. François de Sales , la Guide des pécheurs
du Pere Louis de Grenade , & s'il fer
peut , fon Catéchifme , l'Inftruction fur les
difpofitions qu'on doit apporter aux Sacremens
de Pénitence & d'Euchariftie , Livre
excellent , l'Idée de la converfion du pécheur
, furtout le Traité de M. Nicole des
quatre fins de l'homme , à la fin duquel il y
a un Traité de la vigilance Chrétienne , Penfées
Chrétiennes pour tous les jours du mois,
les Moeurs des Ifraëlites & celles des Chrétiens
par M. l'Abbé Fleury , la Vie des Peres
du Défert par M. Arnauld , &c. Et beaucoup
d'autres que la mémoire ne me fournit
pas , & que vous pourrez trouver dans la
Bibliothèque de M. le C *** .
Je fuis charmé que vous ayez l'Inftruction
de la Jeuneffe ; je connois fort cet Ouvrage ;
il eft de main de maître , & je ne puis trop
vous exhorter à le lire fouvent , & avec attention
. Il faut lire peu à la fois , & réfléchir
beaucoup fur ce qu'on a lû ; fe borner
à un certain nombre de Livres utiles , qui
peuvent nous conduire à la fin que nous de
vons nous propofer , qui eft de devenir
meilleurs , & non pas pour briller & pour
paroître fçavans .
Mais c'eft affés moralifer ; je crains d'a-
D vj
bufer
1364 MERCURE DE FRANCE.
bufer de votre patience , & je vous prie de
me pardonner cette inftruction , dont j'aurois
pû me difpenfer , mais que je n'ai pûrefufer
à mon zéle & à mon amitié pour
vous. Je fuis , M. votre , & c.
Au G..... ce 24 Avril 1744.
PARAPHASE du Pfeaume XIX.
EXAUDIAT , &c. préſentée au Roi,
I.
XAUDIAT te Dominus in die tribulationis
: protegat te nomen Dei Jacob.
GRAND ROI , dont la rare fagefle
Avoit pendant la paix formé notre bonheur ,
Et dont avec raifon le courage s'empreffe
D'aller foutenir notre honneur ,
Que le Maître des Rois , qui lance le tonnerre ;
Vous exauce en ces jours de guerre ,
Pour finir avec vous ces tems d'affliction !
Que le Nom du vrai Dieu des anciens Patriarches ,
Dans chacune de vos démarches
yous ait fous fa protection !
IL
JUIN. 1744.
JUIN
1365
IL
MITTAT tibi auxilium de Sancto : & de
Sion tueatur te .
QUE du fond de fon Sanctuaire
L'ETERNEL Vous envoye un affûré fecours !
Qu'il en fafle partir un Ange tutelaire ,
Qui vienne veiller fur vos jours !
Que contre ces dangers , dangers où vous expoſe
La justice de notre cauſe ,
L'intérêt & l'honneur de notre Nation ,
Le Tout-Puiffant lui- même en faveur de la France
Faffe voler fon affiſtance
De la Montagne de Sion !
III.
Memor fit omnis facrificii tui : & holocauftum
tuum pingue fiat.
Aux pieds de fes Autels propices ,
Monumens & témoins de la Foi de nos Rois ,
Vous offrez dans la Paix d'auguftes Sacrifices ,
Qui marquent celui de la Croix.
La Guerre augmente encor l'ardeur de votre zéle ;
Dans votre Camp fe renouvelle
De la Mort du Seigneur le fouvenir heureux.
Touché de tous ces foins , que Dieu s'en reffoxvienne
!
Que votre Holocaufte devienne
Un Holocaufte précieux !
1
IV.
1366 MERCURE DE FRANCE,
I V.
TRIBUAT tibi fecundum cor tuum : & omne
Bonfilium tuum confirmet.
TELS furent tous les Sacrifices
Que l'innocent Abel fit à fon Créateur ;
*
Il offroit de fes biens les meilleures prémices ;
Le Ciel en approuva l'odeur ,
Ses dons furent reçûs ; les plus gras pâturages
Croiffoient fur fes heureux rivages ,
Et fuffifoient fans peine à fes nombreux Troupeaux
Qu'ainfi dans vos defirs le Ciel vous favorife !
Qu'il confirme votre entreprife !
Et qu'il couronne vos travaux !
V.
LATABIMUR in falutari tuo : & in nomine
Dei noftri magnificabimur.
Pour nous , loin des périls terribles
Où vous vous expoſez , ainfi que vos Soldats ,
'Apprenant les exploits de vos bras invincibles ,
Et le fuccès de vos combats ,
Nous ferons éclater des tranfports d'allegreffe ,
Doux effets de notre tendreffe "
Et du charmant eſpoir de vous voir de retour ;
Votre falut fera notre plaifir extrême
Et le nom de l'Etre fuprême
Fera notre gloire à ſon tour.

VE
JUIN. 1744. 3367
VI.
IMPLEAT Dominus omnes petitiones tuas
nunc cognovi quoniam falvum fecit Dominus
Chriftum fuum.
Sas Miféricordes font grandes ;
Ilfe laiffe attendrir à de juftes fouhaits.
Qu'il foit donc favorable à toutes vos demandes
Elles ne tendent qu'à la Paix.
Vos voeux remplis feront une preuve éclatante
De fon affection conftante ;
La Paix fera le fruit de fes heureux fecours.
A cette heureuſe Paix l'Univers va connoître à
A quel point le Souverain Maître
De fon CHRIST protege les jours,
VII.
'EXAUDIAT illum de Coelo Sancto fue im
potentatibus , falus dextera ejus.
Oui , du plus haut de l'Empirée ,
Séjour du Saint des Saints , & de nos juftes Rois,
Le Seigneur enverra cette Paix defirée ,
Fruit précoce de vos Exploits.
Il défendra celui qu'un facré caractere
par un Titre héréditaire Rend
Fils aîné de l'Eglife & Prince Très- Chrétien
La droite du Seigneur doit être de fon Trône
Et la plus folide colomne ,
Et l'inébranlable foutien,
VIIL
1368 MERCURE DE FRANCE.
VIII.
Hi in curribus , & hi in equis : nos autem
in nomine Dei noftri invocabimus.
EN vain , ennemis de la France ,
'A qui l'envie a mis les armes à la main
Donnez vous un effor à votre confiance ,
Fondés fur des fecours humains.
Pour nous , Chrétiens en tout , tandis qu'une partie
Va combattre pour la Patrie ,
Par ordre & fous les yeux du vrai Sang des Bourbons,
L'autre pieufement aux Autels profternée ,
Prie Dieu pour fon Machabée
Et pour les braves Légions.
IX.
IPSI obligati funt & ceciderunt : nos autemfurreximus
& erecti fumus.
UN prompt effet fuit la priere ;
Je vois nos ennemis troublés & confondus ;
Ils tombent ; c'en eft fait ; ils mordent la pouffiére ;
Ils étoient , mais ils ne font plus.
Nous nous fommes levés pleins d'une fainte audace ,
Pour punir leur vaine menace ;
Le Seigneur a conduit nos efforts juſqu'au bont
La main qui nous a fait préfent de la victoire ;
Nous en conferve auffi la gloire ;
Us tombent ; nous fommes debout.
;
X
JUIN. 1744. 1369
X.
DOMINE falvum fac Regem : & exaudi
nos in die quà invocaverimus te.
S
DEs biens que ta main nous prépare ,
Ou qu'a déja reçûs un Peuple fortuné ,
Le Salut de Louis , Seigneur , eft le plus rares
Nous l'aimons ; tu l'as ordonné.
Ce jufte amour produit les voeux de tes fidéles ;
Prens -le fous l'ombre de tes aîles ,
Et daigne proteger le Monarque des Lys :
GRAND DIEU , conferve en lui ton plus parfait
Ouvrage,
Et ta plus reffemblante image ;
Qu'il vive ! nos voeux font remplis.
Garcina
LET
370 MERCURE DE FRANCE.
.. LETTRE de M. l'Abbé Le Tort à M.
an fujet de la nouvelle Traduction des
Penfées de Ciceron, par M. l'Abbé d'Olivet.
Ous voulez fçavoir, Monfieur, ce que
Vjepenfe fur le nouvel Ouvrage de M.
l'Abbé d'Olivet , mais m'eft- il permis de
parler de ce célébre Académicien ? Les Sçavans
& les honnêtes gens , qui vous connoiffent
, ne me feront-ils pas un procès de
ma témérité? Quoiqu'il arrive, puifque vous
me l'ordonnez , je vais vous marquer fuc
cinctement mes fentimens fur la TRADUCTION
DES PENSE ES DE CICERON.
J'ai toujours eftimé , avec juſtice , M. l'Abbé
d'Oliver; j'ai fait une étude particuliere
de fes Livres , écrits avec autant de folidité
, que de précifion & d'élégance. J'ai lû
& relû fes Traductions , où tout eft fidéle ,
coulant & naturel , où les beautés originales
acquierent de nouvelles graces . Plus
j'avance dans les Belles -Lettres , plus je me
confirme dans l'eftime que j'ai conçue pour
ce célebre Ecrivain , mais rien ne m'en a
ant infpiré , que le choix qu'il a fait de la
MORALE DE CICERON , pour répandre
notre Langue chés l'Etranger , & pour infpirer
à la Jeuneffe le goût des Vertus.
En
JUIN. 1744. 1371
En effet , où trouver la belle Latinité , la
folide Eloquence , & l'excellente Morale ,
mieux réunies que dans les Livres Philofophiques
de ce Prince des Orateurs ? Veut-il
élever à la connoiflance de Dieu , & de foimême
? Veut-il inſpirer l'amour de la Vertu
& l'horreur du vice ? Il plaît à ceux qui l'écoutent
; il les intéreffe à ce qu'il dit , il les
touche , il s'en fait aimer , il prend enfuite
an empire abfolu fur leurs efprits ; il entraîne
leurs volontés , en un mot , il triomphe
partout où il parle.
Quel fervice ne rend donc point à l'Etat
un Académicien , qui tire de ces excellens
Ecrits les penfées les plus propres à former
l'honnête homme , le fçavant homme , le
bon Magiftrat , le Citoyen utile , & qui fe
fait un honneur de les donner en notre
Langue , tantôt épurées , tantôt appuyées
par de folides refléxions ! Quel avantage
en même-tems pour l'Académie Françoife
& pour nous , de trouver dans M. l'Abbé
d'Olivet un Traducteur fi élégant , un Sçavant
fi multiplié , & pour tout dire en un
mot , Cicéron lui -même !
Que le dernier des Interprétes ( a ) de
Virgile rougiffe à préfent d'avoir adopté
(a) Difcoursfur la Trad. des Poëtes , par M. l'Abbé
D.F.p. xv, Edit. deQuill,
certe
1372 MERCURE DE FRANCE.
1
cette penſée , auffi fauffe que choquante .
Les Gens d'efprit font ordinairement pareſſeux;
fi quelques-un's font moins ennemis du travail ,
ils n'aiment pas celui dont ils ne font pas l'objet
eux-mêmes. Les penfées d'autrui leur plaifent
moins que leurs propres penfees.
LES FONTENELLES , LES BOUHIERS , LES
D'OLIVETS , pénetrés de ce zéle , qui ne fe
laffent de travailler , ni d'inftruire , s'attachent
principalement à tourner à notre
profit tout ce que les Anciens ont de plus
délicat & de mieux penfé , fans fe mettre en
peine de leur gloire , qui peut aifément ſe
paffer de nos éloges.
Il ne reste plus qu'à citer quelques morceaux
de ce précieux Recueil , pour vous
faire juger, autant que cela fe peut , de l'ef
prit & du goût , tant de l'Orateur , que du
Traducteur. Je vais copier ici quelques penfées
fur la Religion ; quoique vous les ayez
déja lûës toutes , elles n'en auront pas moins
pour vous les graces de la nouveauté.
PENSE'ES de Ciceron , fur la Religion.
DE EXISTENTIA DE1.
93
Quid (a) poteft effe tam apertum , tamque
perfpicuum , cum Cælum fufpeximus , coelef
tiaque contemplati fumus , quam effe aliquod
(4) De Nat. Deor. Lib. 2. Cap. 2.
Numen
JUIN. 1744. 1375
Numen præftantiffima mentis , quo hac re
gantur ?
"
Quod qui dubitet , haudfanè intelligo , cur
» non idem fol fit , an nullus fit , dubitare pof
fit. Quid enim eft hoc illo evidentius ? Quod
»nifi cognitum comprehenfumque animis ha
beremus , non tam ftabilis opinio permaneret ,
» nec confirmaretur diuturnitate temporis; nec
» unà cumfeculis atatibusque hominum inveterare
potuiffet. Etenim videmus cateras opiniones
fillas atque vanas diuturnitate exta
» buiffe.
20
DE L'EXISTENCE DE DIEU.
» Peut-on regarder le Ciel & contempler
tout ce qui s'y paffe , fans voir avec toute
» l'évidence poffible, qu'il eft gouverné par
une fuprême, par une divine Intelligence?
Quiconque auroit quelque doute làdeffus
, je crois qu'il pourroit auffi-tôt
» douter s'il y a un Soleil. L'un eft-il plus
" viſible que l'autre ? Cette perfuafion , fans
l'évidence qui l'accompagne ,
n'auroit pas
» été fi ferme & fi durable ; elle n'auroit pas
acquis de nouvelles forces en vieilliffant ;
» elle n'auroit réfifter au torrent des an-
» nées , & paffer de fiécle en fiécle juſqu'à
" nous. Tout ce qui n'étoit que fiction ,
» que fauffeté , nous voyons que tout cela
s'eft diffipé à la longue.
39
De
1374 MERCURE DE FRANCE.
DE NATURA DEL
»Nec verò Deus ipfe , qui intelligitur à no
» bis , alio modo intelligi poteft , nifi mens ſo-
» luta quædam & libera , fegregata ab omni
concretione mortali , omnia fentiens & movens
, ipfaque pradita motufempiterno.
DE LA NATURE DE DIEU.
» On ne peut concevoir Dieu , que fous
l'idée d'un Efprit pur , fans mêlange , dégagé
de toute matiere corruptible , qui
» connoît tout , & qui a de lui-même un
mouvement éternel.
DE PRESENTIA DEL
Sit igitur (a) jam hoc à principio perfuafum
civibus Dominos effe omnium rerum ac moderatores
Deos : eaque , que gerantur , eorum
»geri ditione , ac numine , eofdemque optimè
de genere hominum mereri : & , qualis quis
» que fit , quid agat , quid in fe admittat
quâ mente , quâ pietate colat Religiones , instueri
: piorumque & impiorum habere rationem.
» Utiles effe autem opiniones has , quis neget,
» cum intelligat , quam multa firmantur jure-
(a) De Legib. 2. 7ª
» jurando ¿
JUIN. 1744
1375
jurando , quanta falutis fint fædarum Reli-
»giones : quam multos divini ſupplicii metus à
»fcelere revocavit ; quam que fanita fit Socie
» tas civium inter ipfos , Diis immortalibus
interpofitis , tum judicibus , tum teftibus.
DE LA PRESENCE DE DIEU.
>> Que des hommes qui vivent en fo
ciété , commencent donc par croire fer-
» mement qu'il y a des Dieux , Maîtres de
2 tout , & qui gouvernent tout , qui difpo-
» fent de tous les événemens , qui ne cef-
»fent de faire du bien au genre humain ,
dont les regards démêlent ce que chacun
eft , ce que chacun fait , tout ce qu'on fe
"permet à foi-même , dans quel efprit ,
avec quels fentimens on profeffe la Reli
"gion, & qui mettent de la difference entre
T'homme pieux & l'impie. Peut-on nier
» que ces fentimens-là ne foient d'une gran
de utilité , lorfqu'on voit dans combien
« d'occafions le ferment eft le fceau de nos
paroles ; pour combien la Religion entre
» dans la foi de nos alliances ; combien de
» crimes la crainte d'une punition divine a
» détournés , & combien eft fainte une focieté
» d'hommes perfuadés qu'ils ont au milieu
d'eux & pour juges & pour témoins les
Dieux immortels?
» Ceux
376 MERCURE DE FRANCE
Ceux qui entendent les deux Langues
s'appercevront aifément, que M.l'Abbé d'Olivet
ne le cede en rien à fon Original. Tout
eft admirable dans fa Traduction . Le férieux
& le grand des Penfées , la beauté &
l'énergie du Texte , y font rendus avec une
fidélité , qui n'a rien que de noble , rien
que de majestueux . Heureuſe notre Jeuneffe
de pouvoir préfentement apprendre des
Payens mêmes ce que c'eft que Dieu ; ce que
c'eft que l'homme ; quels font les bons Citoyens
, les vrais amis ; enfin , en quelles
récompenfes il faut que nous faffions confifter
notre bonheur !
Il eft tems de finir une Lettre , dans la
quelle je n'ai eû d'autre vûë que de vous
obéir , & de vous prouver que je fuis trèsparfaitement
, Monfieur , votre , &c.
Au Collège de Navarre ce 9 Juin 1744)
}
ANG
JUI N.
1744. 1377
***X* X** X* XXX
AM. F. fur ACAJOU , Opera Comique.
D'Acaj
'Acajou l'Auteur plein de charmes
Recevra- t'il mon
compliment ?
De plaifir je verfe des larmes
Quand tu t'exprimes tendrement.
Deux Amans , qui peignent leur flâme ;
Par ton Pinceau vont de mon ame
Remuer les refforts fecrets ;
J'éprouve les plus doux effets ;
De mes tranſports tu deviens maître ;
Dans tes Vers , que l'on rend fi bien ,
L'Amour me paroît le vrai bien ,
Et je jonis d'un nouvel Etre.
Génie heureux , Auteur charmant ,
Prête-moi ta divine Lyre ,
Ou bien fais , que dès ce moment ,
Le Dieu , qui t'embraſe , m'inſpire.
Vain fouhait ! frivole defir !
T'admirer , voila mon ouvrage ;
Chercher à plaire , y réüffir ,
Cher ami , voila ton partage.
Laffichard,
11. Voli E DIS
1378 MERCURE DE FRANCE;
·DICOURS fur la noble Ambition.
I fi
'Homme a de fi puiffans defirs pour la
Gloire
, que n'étant né que pour elle
il n'agit auffi que pour l'acquérir , & elle
ne fe montre fi belle & fi charmante à fes
yeux, que pour le porter à toutes fortes d'ac
tions vertueufes.
C'est elle qui le rend ingénieux , vigilant,
infatigable , qui lui fait aimer le travail &
furmonter le péril ; le bien qu'il voit faire
aux autres l'inftruit , & en même tems l'anime
à les imiter .
En effet , pour ſe perfectionner en toutes
chofes , & principalement dans les Sciences
& dans les Arts Liberaux,il faut imiter ceux
qui y ont excellé, le chemin eft long par les
préceptes , & court par les exemples.
Les hommes ont une pente naturelle à
s'imiter les uns les autres , & cette inclination
paroît en eux dès le berceau ; elle naît
avant la Raifon , & fouvent elle fait dans la
fociété civile ce que la Raifon ne peut faire.
Les grandes & les bonnes actions entraînent
pour l'ordinaire une grande foule d'imi -
tateurs, car on imite volontiers ceux que l'on
croit être les plus courageux & les plus
fages , on fait avec joye ce qu'on apperçoit
de
JUIN. 17440 1379
de bon dans les autres ; on fe les propofe ,
pour faire naître en foi l'envie de les égaler
, & l'on
l'homme eft capadire
peut que
ble de toutes chofes, quand il fe pique d'une
noble ambition , qui peut auffi fe nommer
émulation .
Ceux qui ont l'ame noble,ne fe propofent
pas feulement les exemples de leur fiécle à
imiter,ils portent encore leur vûë fur tout ce
qu'il y a de plus parfait dans l'Antiquité,auffi
ne feroit-ce pas imprudence de s'arrêter aux
ruiffeaux , quand on peut puifer dans la
fource ?
En tout Pays , en tout tems , on a toujours
vû quelques-uns à qui les autres ont
eu envie de reffembler , mais fouvent les
Copiftes infideles ont plus approché des
défauts des originaux, que de leurs perfections.
.
On ne peut être trop délicat dans le choix
des originaux ; les copies dégénerent toujours
; il eft facile de faire pis que ceux qui
font mal , mais très- difficile de faire mieux
que ceux qui font bien.
Il faut toujours tendre à la perfection, &
s'élever inceffamment, de peur de ramper.
Ce n'est qu'en afpirant aux choſes les plus
hautes , qu'on fe rend en quelque façon immortel
; ne nous contentons pas de nous attirer
de vains applaudiffemens, qui s'élevent
E ij &
1380 MERCURE DE FRANCE.
2
& tombent le même jour ; les génies extraordinaires
font comme les Aigles ; ils pren-
` nent toujours le deffus ; plus on s'éleve devant
eux , plus ils veulent s'élever ; rien ne
les pique plus vivement que l'émulation ;
l'ardeur qu'elle leur inſpire pour la vertu
ne leur donne pas un moment de repos ;
c'est peu pour eux d'égaler les autres , ils
veulent les devancer : ce qui fait fouvent
l'admiration publique , ne paroît rien à
leurs yeux ; la victoire même porte un Conquérant
de périls en périls ; une conquête
l'engage dans une autre ; il ne craint rien
tant que de manquer de matiere pour exer
cer fa valeur , & chés lui c'eſt deſcendre que
de ne pas monter , quand il eft animé d'une
noble ambition .
Quoique l'émulation foit un vice quand
elle dégénere en envie , elle fert d'un puif
fant aiguillon pour nous porter à la vertu.
Les Familles Romaines gardojent comme
une chofe facrée , ce qui fervoit à illuftrer
la mémoire de leurs Ancêtres ; ils ornoientles
Palais de leurs Statues & des marques de
leurs dignités , & les confervoient comme
autant d'illuftres Monumens de leurs vertus.
Ce n'eft pas à la valeur feule qu'on a rendu
ces honneurs ; on a également honoré
toutes les vertus .
Le Sénat de Rome fit élever la Statuë de
Caton
JUI N. 1744. 1381
Caton dans le Lieu où il rendoit la juſtice
afin que la probité de cet illuftre Magiftrat
fervit aux autres de regle de leur conduite . A
la vérité il y a des hommes inimitables , de
ces efprits du premier rang , de ces intelligences
fuprêmes , qui ont quelque chofe
de divin , qu'on ne peut imiter Ainfi
il faut fe contenter de les regarder com.
me l'ornement de leur fiécle , & l'honneur
des fuivans ; fi nos efperances en font
éloignées , une fi haute idée ne laiffe pas de
nous porter hors de nous-mêmes, pour nous
pouffer & nous enflâmer du defir de les
imiter.
Quelque noble ambition , quelque émulation
qui nous animent, il faut faire un grand
difcernement dans l'imitation ; les Anciens
même ( tout grands qu'ils étoient ) n'ont pas
atteint à ce haut point de perfection , cependant
plus on lit leurs Ouvrages , plus on
eft furpris de l'élevation de leurs génies , &
pour nous fervir de l'expreffion de Quintilien
, nous fommes à leur égard faifis de
refpect & d'admiration .
Mais cette admiration que nous avons
pour eux , ne doit pas nous ôter l'efpérance
& le courage de pouvoir faire ce qu'ils ont
fait, au contraire elle doit nous y exciter; la
Nature n'eft pas épuisée ; épuifée ; on voit plus que
jamais parmi nous de ces génies heureux ,
E iij qui
1382 MERCURE DE FRANCE.
qui profitent de tout , qui rapportent tout
à notre Langue & à nos Ufages , ils ref
femblent ; aux Abeilles dans la compofition
de leur miel , par l'affemblage des
fleurs ; ils raffemblent , pour ainfi-dire, dans
une même ruche , ce qu'il y a de plus délicat
dans la Grece & dans l'Italie.
C'est l'avantage que les Romains eurent
autrefois fur les Grecs ; pourquoi ne l'au
rions-nous pas fur les Grecs & fur les Romains
? cette ambition eft digne de nous ,
pour fervir d'exemple à toutes les Nations.
Ces grands Capitaines , qui de nos jours
ont fait craindre la France par toute la Terfuivoient-
ils toujours pas à pas ceux des
fiécles paffés ? L'art d'attaquer & de défendre
, change, felon l'invention des hommes.
C'eft peu d'une valeur commune aux
François qui combattent fous le plus grand
Prince du Monde ; ils bravent tous les périls
les plus affreux pour le falut de la Parrie
& pour mériter l'eftime de leur Roi ; ils ne
paſſent pas pour téméraires , en affrontant
tous les hazards devant un Monarque fi fage
& fi vaillant.
La Profeffion des Armes & de l'Eloquence
, peut & doit fouvent changer de méthode
; il y a véritablement des regles que l'on
ne peut trop religieufement obferver , des
régles dont la parfaite intelligence & l'application
JUI N. 1744. 1383
plication judicieuſe , conduisent à des opé
rations militaires d'un grand éclat , & donnent
au difcours de l'agrément , de la force,
de la majeſté & de la véhémence , en un mot
tout ce qui eft néceffaire pour plaire , pour
perfuader , pour remuer les paffions .
Il y a auffi des exemples qu'on ne doit pas
perdre de vûë , mais il faut les regarder
comme les ouvrages des Peintres, en prenant
de l'un la juftèffe du trait, de l'autre la beauté
& l'arrangement des couleurs & des ombres;
car ne fuivre qu'un feul modele , c'eſt ſe
rendre trop efclave.
Ce font là les préceptes les plus fürs
que doivent fuivre ceux qui , animés d'une
noble ambition & d'une émulation généreufe
, veulent parvenir , chacun dans leur
état , à une espece de perfection , qui les
comblera d'honneur & de gloire.
D. D. Avocat de S. Etienne en Forest.
E iiij EX
1384
MERCURE DE
FRANCE,
EXPLICATION du
Logogryphe dis
Mercure d'Avril dernier.
Q Uelle aimable faifon pour les feux des Amans !
Flore vient embellir le fein de ma Bergere ;
Amour , que de plaiſirs nous offre la fougere !
Que de foins aux maris va caufer le PRINTEMS !
Par M. de Joigny.
說說說說說洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗
J
ENIGM E.
E fuis fille d'un pere , auffi vieux que le Temis;
D'un grand nombre de foecurs ici tu vois l'aînée ;
Je ne puis pas mourir , mais je fuis condamnée
A recommencer tous les ans ,
Sans ufer d'aucun fortilege ,
J'aide à former trois péchés capitaux ,
Et quoique je ne fois point du Sacré Collège ;
J'ai cependant le rare privilége ,
Que l'on ne peut fans moi faire des Cardinaux.
'Avec eux je fuis au Conclave ,
Mais pour donner ma voix dans une Election ,
Le
JUIN.
1744. 1385
Le fais- je , cher Lecteur ? Voilà la queftion.
Le Corfaire fans moi ne peut faire d'Esclave ;
On ne peut point me voir dans la nuit ni le jour ;
De tous les Saints je fais l'Octave ,
Et tu ne peux , fans moi , faire l'amour.
J
Par C. Suicer , de Chaalons-fur - Marne,
AUTR E.
E fuis un des premiers dans chaque Parlement ;
J'ai double place en toute Académie ;
Le Médecin le plus fçavant
Ne peut , fans moi , faire d'Anatomie
Je fuis & ne fuis pas dans un double Elément
Je fuis au milieu du Royaume ;
Je fuis dans ton Jardin , je fuis dans ta maifon ;
Par moi commence un Axiôme ,
Et partout je fuis la Raiſon.
Sans être Saint, je fais miracle ,
Et Saintefoy fans moi n'a pu faire l'Oracle.
Je ne fuis point un corps , encor moins un eſprit z
Tantôt plus grand & tantôt plus petit
Je fuis en Angleterre, en France, en Allemagne ,
Dannemark , Italie , à Madrid , en Espagne ;
E v Dans
1386 MERCURE DE FRANCE,
Dans la Sardaigne , en Portugal ,
Et pendant la guerre derniere ,
Je parus toujours en Baviere.
Adieu. Tu peux encor me voir à Port- Royal
J
Par le même.
AUTRE.
E ne fus jamais Prêtre , & je fers à l'Autel
J'habite au milieu des Montagnes ,
Et plus fouvent encor dans les vaſtes Campa
gnes.
Quoique je ne fois point cruel ,
Je fais toujours quelque mafficre ;
Des Monarques François je fuis utile au Sacre
Examine- moi bien ; je fuis toujours en l'air
Et fans jamais aller fur Mer ,
Je fuis fûr de faire nauffrage.
Je vis dans l'Océan , & je me plais dans l'Eau ;
A peine fuis- je né , qu'on me met au tombeau ;
Nul héritier , fans moi , ne peut faire partage.
Tu penfe que je fuis quelque chofe de beau ;
Tu te trompes , Lecteur , car pour tout héritage ,
Je n'ai que le foible avantage
D'avoir
JUIN. 1744. 4387
D'avoir décoré ton Berceau.
Adieu. Je ne veux pas t'en dire davantage .
Par le même.
LOGOGRYPHE.
Depuis long-tems je brille en France ,
Sur cinq membres bien appuyé ;
Cherche , Lecteur ; dans cette Stance
Gît toute la difficulté
Je produis ce qu'aime un Avare ,
Ce qui conduit vers le Ténare ,
Et refroidit les Paffions ;
Un mot Latin , qui fignific
Ce qui fert à regler la vie ;
Enfin deux interjections.
Par M. de Lanevert , à Dax,
E vj NOU1388
MERCURE DEFRANCE.
126 36 3 37 36 35 36 36 36 36 36 36 30 DE
NOUVELLES LITTERAIRES ,
DES BEAUX- ARTS , &c.
Eins ,où l'on
,
SSAI fur les Hieroglyphes des Egyptiens
, où l'on voit l'origine & le progrès
du Langage & de l'Ecriture , l'antiquité
des Sciences en Egypte , & l'origine
du culte des Animaux traduit
de l'Anglois de M. Warburthon , avec des
Obfervations fur l'antiquité des Hiérogly--
phes fcientifiques , & des Remarques fur la
Chronologie & fur la premiere Ecriture des
Chinois . Deux Volumes in - 12 , enrichis de
Planches en taille-douce . Le premier de
336 pages , fans l'Avertiffement , la Table
des Sommaires & l'Explication des Planches.
Le deuxième de 303 pages , fans la˜
Table des Sommaires , l'Avertiffement , les
Remarques fur la Chronologie & l'Ecriture
Chinoife , & la Table Alphabétique des
Matiéres ; à Paris , chés Hippolyte - Louis
Guerin , ruë S. Jacques , vis- à-vis les Mathurins
, à S. Thomas d'Aquin , 1744.
L'Ouvrage de M. Warburthon fur les Hiéroglyphes
des Egyptiens roule fur une
partie intéreffante de l'Hiftoire de l'Eſprit
huJUN.
17440 1389
humain , puifqu'il y examine comment les
hommes s'y font pris originairement pour
fe communiquer leurs idées de vive voix
& par
écrit. Un plan abregé du Livre pourra
faire connoître ce qu'il vaut,& les queftions
incidentes qu'il y traite : & par- là on jugera
s'il convenoit de le traduire en François.
L'objet de M. W. a été de prouver l'antiquité
des Sciences en Egypte , par la nature
de l'Ecriture Egyptienne , confervée fur les
Obelifques. Ce genre de preuve l'a obligé ,
comme on voit , de remonter à l'origine de
l'Ecriture . Il diftingue trois états par où elle
a paffé , avant l'invention des Lettres alphabetiques.
Dans le premier état , les chofes qui ont
une forme, étoient repréfentées fuivant leur
figure naturelle , & celles qui n'ont point
de forme, étoient repréfentées par des fignes
arbitraires. Les Mexicains n'avoient point
d'autre Ecriture , comme leurs Annales en
font foi. Purchas les a fait graver dans fon
Recueil de Voyages , qui eft en Anglois ,
d'où M. Thevenot les a tirées , pour les faire
entrer dans la collection qu'il a donné en
François de differens Voyages.
Ce premier état de l'Ecriture eft conforme
à notre maniere de concevoir les chofes.
L'imagination nous porte à revêtir d'une
forme fenfible les penfées qui en font fufcepti
1390 MERCURE DE FRANCE.
ceptibles , & à inventer des fignes pour te
nir lieu des penfées qu'aucune figure naturelle
n'exprime par elle même. Ainff, quand
les hommes ont fongé pour la premiere fois
à conferver par écrit leurs idées , l'Ecriture
dont ils fe font fervi , a naturellement été
cette même Peinture que leur avoit d'abord
offerte leur imagination , & qu'ils avoient
revêtue de mots & de geftes en parlant.
L'Ecriture , dans fon fecond état , eft devenuë
Peinture & Caractere : ce qui s'effectuoit
Curiologiquement , ou Symboliquement.
Curiologiquement , lorfqu'on ne prenoit
proprement d'une figure que la partie qui
exprimoit la principale circonftance du fujet.
Ainfi deux mains , dont l'une tenoit un
Bouclier , & l'autre un Arc , repréſentoient
une Bataille , &c.
Symboliquement , foit par tropes , ou
par Enigmes on fubftituoit dans le fymbo-
:
le tropique l'inftrument réel ou métaphorique
de la chofe , à la chofe même . Ainfi le
Boeuf repréfentoit Ofiris , parce que ce Prince
avoir enfeigné ou perfectionné l'Agricul
ture ; le Belier repréfentoit Hammon , ou
Cham , qui avoit mené la vie Paſtorale. Un
Oeil , & un Sceptre , repréfentoient un
Monarque , &c. Quant à l'analogie de la
figure du fymbole énigmatique avec la cho-
19
JUIN. 1744. 1391

fe repréfentée , elle étoit fondée fur des ob
fervations , tant de la forme des êtres , que
de leurs natures & qualités réelles ou imaginaires
ou bien elle l'étoit fur quelque
fuperftition populaire. L'Auteur rapporte
des exemples de fymboles énigmatiques ,
pages 24 , 25 , & 132 , 133 , 134.
Dans le troisième état de l'Ecriture , on n'a
plus fait ufage des Images , & l'on n'a confervé
que les marques arbitraires , qu'il a
fallu multiplier , par conféquent. Chaque
idée avoit fa marque diftincte dans cette
Ecriture , ce qui la rendoit commune à plufieurs
Nations , quoiqu'elles parlaffent des
Langues differentes . Tel eft l'état actuel de
l'Ecriture Chinoife , où ces marques fe font
multipliées prodigieufement.
Obfervons que les figures , & les marques
, ont toujours tenu lieu des choſes , &
non des mors , dans ces trois premiers états
de l'Ecriture. Il ne reftoit plus qu'un pas à
faire , pour que les marques
n'euffent
plus
de fignification par elles-mêmes , c'eſt àdire
, pour trouver les Lettres Alphabetiques
, qui eft l'état préfent de notre Ecriture.
Car les marques font fi voifines des
Lettres , qu'un Alphabet diminuë feulement
l'embarras de leur nombre , & en eft l'abregé
fuccint. Le tems nous a laiffé ignorer
quel eft l'inventeur des Lettres Alphabeti-
"
ques.
1392 MERCURE DE FRANCE.
ד

mus >

ques. On peut cependant conjecturer , par
le nom d'Ecriture Epiftolique , que les Lettres
Alphabetiques ont eu , & par la circonf
tance d'en attribuer l'invention au Sécrétaire
d'un Roi d'Egypte , que les Caracteres
alphabetiques ont d'abord fervi d'une eſpece
d'Ecriture femblable à celle de nos Miflives
en chiffre , & que le nom d'Ecriture Epiftolique
leur eft demeuré , même après qu'ils
font devenus l'Ecriture Vulgaire , à caufe
de leur premier ufage. Les Caracteres
Alphabetiques formoient l'Ecriture commune
en Egypte du tems de Moyfe. Cadqui
lui eft pofterieur , & qui étoit
de.Thebes en Egypte , fit connoître aux
Grecs l'Alphabet Egyptien , & il y a de
l'apparence que l'Alphabet des Phéniciens
, chés qui Cadmus avoit féjourné
avant que de paffer en Grece , n'étoit pas
different. Celui que Cadmus porta en Grece
n'étoit compofé que de feize Lettres , que
les Grecs ont appellé improprement Phéniciennes
, parce que les Phéniciens étoient
plus connus d'eux dans ces tems - là , que les
Egyptiens , & que c'étoit fur des Vaiffeaux
Phéniciens , & avec une Colonie de Phéniciens
, que Cadmus étoit allé en Grece.
Mais , par-là même que l'Alphabet Hébreu
a plus de feize Lettres , M. W. conjecture
que Moyfe augmenta le nombre des Lettres
Egyp
JUIN. 1744 1397
Egyptiennes pour l'ufage des Ifraëlites , en
défigurant toutesfois la forme de ces Lettres
, pour les raiſons qu'il en apporte au
8. xxxi .
M. Warburthon , après avoir donné cette
Hiſtoire de l'Ecriture , rend compte de l'origine
& du progrès du Langage. Ce qu'il
dit à ce fujet , confirme pleinement ce qu'il
a avancé au fujet de l'Ecriture.
La matiere ainfi éclaircie dans la premiere.
Partie de l'Ouvrage , l'Auteur employe la
feconde à difcuter plus particulierement les
diverfes efpeces d'Ecritures dont les Egyptiens
ont fait ufage . Il les réduit à
fortes.
quatre
1. L'Ecriture Hiéroglyphique - fimple ;
où la figure fe renfermoit dans fon fens propre
& naturel , ou du moins dans un fens
très- peu détourné.
2. L'Ecriture Symbolique , dont la figure
tropique avoit un fens plus détourné , & la
figure énigmatique un fens encore plus caché
.
3. L'Ecriture Epiftolique ,
autrement
Ecriture Alphabetique , dont on s'eft fervi
au lieu des deux précédentes , lorfque celleci
a ceffé d'être un fecret.
4. L'Ecriture Hiérogrammatique. Elle
étoit d'ufage principalement dans les chofes
relatives à la Religion , & , quoiqu'Alphabeti
1394 MERCURE DE FRANCE:
betique , elle n'étoit entenduë que des
Prêtres Egyptiens feulement.
Il n'eft pas difficile de comprendre , par
cette gradation de l'Ecriture chés les Egyp
tiens , pourquoi ils ont difcontinué de fe
fervir de l'Ecriture Hiéroglyphique-fimple,
& de l'Ecriture Symbolique , & comment
ils ont infenfiblement ceffè d'en entendre la
fignification , lorfque l'Ecriture Alphabeti
que , infiniment plus commode , a été toutà-
fait vulgaire. Mais les Prêtres Egyptiens ,
qui n'ont pas voulu perdre l'intelligence des
chofes confiées auxHieroglyphes & auxSymboles
, voulant de plus s'en réferver à eux
feuls la connoiffance , ont imaginé pour cet
effet l'Ecriture Hiérogrammatique , qui
étoit une Ecriture Alphabetique de leur invention.
Cependant cet Alphabet auroit pu
fe déchiffrer. Ils allerent donc jufqu'à fe
former à eux-mêmes une Dialecte facrée ,
en détournant de l'acception commune les
termes de la Langue Egyptienne , & les employant
dans une fignification à eux con
nuë , à l'aide de cette même Ecriture Hiérogrammatique.
Cette feconde Partie de l'Ouvrage de M.
W. eft terminée par un parallele curieux des
differentes figures du Langage , avec ces diverfes
efpeces d'Ecritures.
Dans la troisième & derniero Partie , l'Au
teur
JUI N. 1744. 1392
teur vient à fa propofition de l'Antiquité
des Sciences en Egypte. Il n'a pas de peine
à l'établir , par l'ancienneté que l'Ecriture
Symbolique fe trouve avoir dans fon Syſtême.
C'eft ici qu'il prouve que cette Ecriture
a donné lieu à l'Oneirocritie , ou Science des
Songes , & au culte des Animaux en Egypte.
Če culte , particulier aux Egyptiens
n'étoit que Symbolique du tems de Moyfe ,
& fe rapportoit au Héros , dont l'Animal
dans l'Ecriture Hiéroglyphique étoit le Sym
bole. Dans la fuite , les Egyptiens ont adoré
l'Animal même , au lieu de fa figure , mais
fon culte étoit toujours relatif à tel ou tel
Héros , qu'ils comptoient au nombre des
Dieux. L'Auteur examine à cette occafion
les differentes caufes que les anciens ont
imaginées de ce culte , & il montre que les
uns lui affignent une fauffe origine , & que
tous ont le défaut de laiffer conclure que
cette forte de culte a été général chés les
Payens , tandis que de leur propre aveu , il
a été particulier aux Egyptiens. M. W. difcute
auffi l'opinion de ceux qui prétendent
que le culte des Animaux eft anterieur au
culte Héroïque chés les Egyptiens.
Il est sûr que le fil de l'Ouvrage de M.
W. échappe moins , en në lifant que le texte
, que quand on partage fon attention par
la lecture fucceffive des notes. Une feconde
lec-
1
1396 MERCURE DE FRANCE :
lecture du texte ne déplaira pas à ceux qui
auront pris goût à la premiere , & pour lors
la lecture des notes les intéreffera davantäge.
On eft bien dédommagé de leur longueur
, par les découvertes , ou les ouvertitres
ingénieufes , qu'elles offrent l'épour
clairciffement de plufieurs points de l'Antiquité.
Le fecond Tome , joint à l'Ouvrage de
M. W. contient plufieurs Differtations , dont
on ne fera qu'indiquer le rapport avec le
premier Volume.
Dans le Systême de M. W. P'Antiquité
des Sciences en Egypte précéde le tems d'Abraham
, & elle ne peut fe concilier avec la
durée que le texte Hébreu & laVulgate mettent
entre le Déluge de Noé & la naiffance
d'Abraham , mais elle s'accorde avec l'efpace
de tems que le calcul Samaritain donne
à cet intervalle. Le but des Obfervations fur
les Hieroglyphes Scientifiques eft donc de
montrer , par le Livre de la Généfe , que les
Sciences pouvoient être parvenues en Egypte
au degré où M. w. les fuppofe arrivées
avant l'invention des Lettres Alphabetiques
, c'est-à-dire , du tems d'Abraham ,
pourvû que l'on fuive le calcul Samaritain
pour le nombre d'années écoulées depuis le
Déluge jufqu'à Abraham .
Ce nombre d'années forme une durée de
1002
JUIN.
1397 1744
1002 ans. Il eft queftion , dans les Remar
ques fur la Chronologie Chinoife , de fçavoir
cette durée s'accorde également avec la
vraie durée de la Monarchie Chinoife . Cette
penfée , quoiqu'étrangere au premier Volume
, méritera peut-être la confideration de
ceux qui voudront examiner de nouveau la
queftion . Pour leur faciliter le travail , ils
trouveront recueilli ce qui a été dit jufqu'ici
de plus fatisfaifant fur la Chronologic
Chinoife.
Les Remarques fur la premiere Ecriture des
Chinois fervent d'éclairciffement à ce que
M. W. foutient dans le premier Volume
que les Caracteres Chinois , dans leur origi
ne , ont été repréſentatifs des choſes. M.
Freret , dont tout le monde connoît l'habileté
, croit au contraire que les Chinois
n'ont jamais eu d'autres Caracteres que des
fignes arbitraires , ou , en tout cas , il regar
de cette queftion comme très- problématique.
Après avoir expofé fon fentiment , on
rapporte l'opinion differente qui a été embraffée
par plufieurs célébres Miffionnaires.
M. Bianchini , ayant défendu contre le P.
Kircher le même (entiment que M. W. fur
les Inferiptions Hieroglyphiques des Obelifques
, on a traduit de fon Iftoria Uni
verfale , ce qu'il dit à ce fujet.
Enfin , l'Avertiffement , qui eft à la tête
de
1398 MERCURE DE FRANCE.
de ce II Vol. contient le précis d'un nouveau
Mémoire de M. Freret fur la Chronologie
& fur l'Ecriture Chinoife. Comme il
n'a paru que depuis l'impreffion , il n'a pas
été poffible de rapporter dans le corps de
l'Ouvrage ce qui tend à rectifier ou à confirmer
les Mémoires que l'on avoit fuivis
fur ces deux articles.
LETTRE de M. Turben , fur un Livre intitulé
, Nouvel Effai de Géographie pour les
Commençans , 1. Vol. in- 8 °. A Paris , chés
Thibouft , Place de Cambrai , 1744.

J'ai à vous rendre compte , M , comme je
m'y fuis engagé , d'un nouveau Livre qui
paroît fous le titre d'Effai de Géographie pour
les Commençans, Cet Ouvrage eft divifé en
trois Parties ; la premiere contient les Elémens
de Géographie , avec un Traité d'Onranographie
; la feconde & la troifiéme renferment
deux fortes de Dictionnaires , dont
l'utilité réciproque peut être d'un grand ſecours
à tous ceux qui veulent acquerir cette
Science , & encore plus à ceux qui veulent
'entendre bien les Auteurs Latins.
Pour ce qui regarde la premiere , je vais
tâcher de vous mettre à portée d'en juger.
Vous fçavez mieux que moi , M , que la
Géographie étant une pour tous ceux qui en
traitent , un Livre Géographique ne peut
avoir
JUIN. 1744 :
DE
LA
VILLE
avoir d'avantage fur un autre , qu'autant
queles matieres y font arrangées & déduites
dans un ordre plus fimple & plus mé
thodique. C'eft cet ordre plus fimple & plus
méthodique qui pourroit faire regarder ce
Livre-ci comme neuf. Comme je ne puis
vous le faire connoître qu'en faifant un Extrait
du Livre , j'effayerois en vain d'en
donner un plus raifonné que celui qui fe
trouve dans le Difcours qui eft à la tête de
l'Ouvrage. L'Auteur y expofe fon Plan , ſa
conduite , & les motifs qui l'ont engagé à
quitter le chemin battu par prefque tous les
Géographes. On ne dira point que j'ai prêté
des raifons à l'Auteur , ni que j'ai énervé les
fiennes , puifque c'eft lui qui va parler ici .
» On à fait avant moi des Abregés de
Géographie , & l'on y a employé l'ufage
» du Dialogue. Ce qu'il y a de particulier
dans mon Ouvrage , c'eft la maniere dont
»je m'y fuis pris pour arranger les matieres
» & pour les traiter. On va voir en quoi &
pourquoi je me fuis écarté des autres.
» Premierement , j'ai expofé les Principes
» de la Géographie , indépendamment de la
» Sphere , pour me réduire davantage à la
» portée des Commençans , que cette con-
» noiffance embarraffe fouvent & rebute . Je
m'y fuis cependant pris de telle maniere
» que,fans le faire appercevoir,j'ai emprunté
» de
1400 MERCURE DE FRANCE.
de la Sphere ce que j'ai crû néceffaire pour
l'intelligence des Cartes .
» L'ordre demande que l'on ne falſe la
deſcription particuliere de ce qui eft com-
» mun à plufieurs parties , qu'après avoir
traité féparément de chacune de ces parties.
Il y a , par exemple , des Fleuves &
» des Montagnes , qui s'étendent dans plufieurs
des grands Etats de l'Europe. Je
» commence par donner la connoiffance de
ces Etats , après quoi je viens aux Fleuves
& aux Montagnes qui les traverſent en
» commun. C'eſt par cette raifon que je ne
» parle de la Mer Méditerranée , qui baigne
les Côtes de l'Europe, de l'Afie , & de l'Afrique
, qu'après avoir parcouru ces trois
grandes Parties du Continent Oriental.
» La Méthode des divifions eft un des meil-
» leurs moyens pour arranger dans l'eſpric
des Commençans les chofes qu'on veut
» leur apprendre. J'ai furtout pris à tâche
d'y mettre de l'ordre & de la netteté. Pour
» cela j'ai employé partout la même maniere
»de divifer autant que le permet la fituation
» des Pays. C'est un point en quoi ceux qui
» ont donné des Traités de Géographie ont

"
manqué. Les uns ne fuivent aucune regle
>> dans leurs divifions ; les autres en ont au-
» tant de differentes , qu'il y a de differens
Pays qu'ils décrivent. C'eft embarraffer les
» routes
JUIN. 1744. 1401
"
foutes des Sciences , au lieu de les facili-
» ter.J'avoue que les Terres étant de figures
» fort diverfes , & les Provinces qui forment
les grands-Etats , tournées & terminées
fort irrégulierement , il eft difficile
& même impoffible d'établir une forte de
divifion , qui puiffe convenir à tous les
Lieux. Pour ne point multiplier les divi-
» fions fans raifon, je les ai réduires à un pé-
» tit nombre , & en cela je me fuis prefcrit
certaines regles qui m'ont parû les plus
» raiſonnables , & dont je me fuis rarement
» écarté.
» Il y a deux manieres de divifer un Pays.
» L'une fe prend du Domaine & de laSouveraineté.
Par exemple , nous comprenons
en Europe fous le nom de France , toutes
» les Provinces contigues , que le Roi de
»France y poffede. L'autre n'a égard qu'à la
»fituation & à la difpofition naturelle du
Territoire, Suivant cette idée , on appelle
par exemple , Italie, une certaine étenduë
»de terre contenue entre de certaines bornes,
»foit que toutes ces Terres ne reconnoif-
»fent qu'un Roi, foit qu'elles foient parta-
> gées entre plufieurs Princes. La plupart de
nos Géographes fuivent la premiere divifion.
Je n'ai pû me réfoudre à les imiter.
La fortune des armes eft journaliere , Ses
caprices difpofent fouverainement de la
11 Vol
puiffance
"
1402 MERCURE DE FRANCE.
"» puiffance des Souverains même. Ces vicif
» fitudes continuelles avançant ou reculant
» les frontieres des Etats , le Géographe fera
» donc obligé d'affigner à ces Etats de nou-
» velles bornes , & de réformer fes premie-
»res diftributions de Provinces.
>> Ces Faits font du reffort de l'Hiftoire ,
» mais la Géographie eft indépendante de
tout cela , & c'eft la deshonorer en quel-
» que façon , que de l'affujettir à ces varia-
» tions hiftoriques . Je m'en fuis donc tenu
» aux divifions qui lui font propres . J'ai
donné , autant que j'ai pû , à chaque Pays
» les bornes que la Nature femble lui avoir
prefcrites , tantôt par des Mers , tantôt
"
»
"
» par des Montagnes
,& tantôt
par des Fleu-
»ves. Ainfi
j'ai mis les trois
Laponies
dans
»la Norvége
, la Lorraine
dans
la France
,
» les Pays-Bas dans
l'Allemagne
, &c . quoi-
» que
la plupart
de ces Etats
ayent
leurs
» Souverains
particuliers
. J'ai encore
évité
» par le même
principe
les divifions
civiles
» & politiques
, quand
j'ai vu qu'elles
jet-
» toient
de la confufion
dans
la Géographie
,
» ou qu'elles
caufoient
trop
d'inégalité
en-
»tre les parties
dont
j'avois
à faire
l'énumé
» ration
. C'eſt
pour
cela
qu'en
décrivant
la
» France
& l'Allemagne
, je n'ai
fait mention
ni des Cercles
de celle- ci , ni des
» Gouvernemens
de celle
-là. Ma Méthode
33
a
JUIN.
1403 1744
a donc cet avantage qu'elle peut demeurer
» comme immuable au milieu des révolu
» tions que les guerres & la politique cau-
"
fent dans le monde.
» Je trouve encore une autre forte de di-
» vifion reçûë chés les Géographes , & que
j'appelle refpective ou relative , parce
qu'elle fe fait par rapport à un certain
Lieu. Les Latins , par exemple , diſtinguoient
les Gaule , généralement en deux
parties. Ils appelloient Gaule Cifalpine ,
c'est-à - dire en- deçà des Alpes , celle qui
» fe trouvoit entre les Alpes & Rome ; &
» ils donnoient le nom de Gaule Tranfalpi-
» ne , c'eft- à -dire au-delà des Alpes , à tout
le Pays qui s'étend entre les Alpes , le
Rhin , la Meufe , l'Ocean , les Monts Pi-
» renées & la Mer Méditerranée. Nous
faifons la même chofe par rapport aux In-
» des , quand nous divifons l'Inde en deça
» & au-delà du Gange . Que je quitte la
» France & que je m'en aille à la Chine ,
que deviendra la divifion ? Tout fera ren-
» verfé. J'ai donc laiffé aux autres ces divi-
» fions relatives & muables , & j'en ai pris
» d'autres abfolues, fixes , & dont les noms
» peuvent convenir à tous les Peuples de la
»
»
» Terre .
»
Prefque toutes mes divifions , fur tout
les générales , fe font en lignes droites ou
Fij » cir1404
MERCURE DE FRANCE.
» circulaires, fuivant la difpofition des Pays.
»Quand je puis ranger für une ligne horizontale
les parties de quelque Pays que
» ce foit , j'en fais le dénombrement , en
allant de l'Oüeft à l'Eft,Cet ordre m'a parû
» naturel. Une Carte Géographique eft un
»papier écrit. De plus c'eft en ce fens qu'on
» compte les Longitudes, Quand les parties
» que je divife, font les unes fous les autres
» & forment une perpendiculaire , je com
»
mence toujours par la partie fupérieure.
» Dans les divifions que je fais en rond ,
» j'établis un point fixe au milieu , puis je
tourne au tour dans le fens qu'on lit les
Médailles, Au lieu donc d'aller de l'Eft au
» Nord , du Nord à l'Oüeft , &c . je vais du
»Nord à l'Eft , de l'Eft au Sud , du Sud à
l'Oüeft & de l'Oüeft au Nord . On ne trou
» vera point dans mes divifions l'ancien ni
» le nouveau Monde , le vieux ni le nouveauMéxique,
La Géographie ne reconnoît
aucune prééminence d'antiquité . J'ai enco
» re évité de dire la Haute,la Baffe Saxe, & e .
» ne recevant ces divifions que quand elles
font prifes de la nature des Lieux. Je m'en
fuis fervi dans l'Allemagne , mais partout
» ailleurs,j'ai évité ces diftinctions, plus em-
»barraffantes qu'utiles . Que je dife à un
>>Commençant, que la Normandie qu'il voit
fur une Carte fe diviſe en Haute & Baffe,
JUIN.
1744. 1405
>
il n'en fera pas plus avancé. Il me deman-
» dera de quel côté eft la Haute & de quel
» côté eft la Baffe. Mais que je lui dife , la
» Normandie fe divife en deux parties, dont
>> l'une eft Occidentale, & l'autre Orientale,
cette divifion entre auffi - tôt dans fon
» efprit.
L'Auteur finit ce Difcours en difant » que
» fes idées , toutes fingulieres qu'elles pourroient
paroître , font cependant raiſonna-
» bles, & qu'il a plus cherché à parler avec
jufteffe , qu'à fe diftinguer des autres. Vous
voilà déja à portée , M. de juger de ce
qu'il y a d'effentiel dans l'Ouvrage ; il me
refte à vous parler de ce qu'il y a d'occafionnel
. Ordinairement on trouve dans les
Géographies , à la fin de chaque Pays ,
une espece d'Hiftoire Civile ; on n'en trouve
point dans celle- ci , mais pour dédommager
le Lecteur , l'Auteur à recueilli les
curiofités qui s'y trouvent. C'eft remplacer
l'Hiſtoire par l'Hiftoire, avec cette difference
, comme il le dit fort judicieuſement , que
cette Hiftoire- ci eft du reffort de la Géographie
, & que l'autre n'en eft point. Je
voudrois que l'Auteur nous eût dit quelque
choſe des moeurs des Peuples.Deux ou trois
curiofités que j'ai extraites au hazard , vous
fuffiront pour juger du refte.
1º¡P. 44.On va voir à deux lieuës & demie
de Tours les Caves gouttieres , qui font ainfi
Fiij appellées ,
1406 MERCURE DE FRANCE.
"
appellées , parce que les gouttes d'eau qui
tombent de la voûte , prennent la figure de
plufieurs fortes de dragées. Le Village s'appelle
Savonnieres , & eft fur le chemin de
Tours à Chinon , au bord du Méridional du
Cher.Voici ce que j'y ai vû : on deſcend dans
ces Caves par plufieurs ouvertures ; celle par
laquelle j'y fuis entré, conduit à main droite
dans une espece de chambre, beaucoup plus
profonde que large , & qui eft fi baffe qu'on ne
peut s'y tenir debout. Le Rocher qui couvre
cette chambre , y forme un plafond naturel ;
l'eau qui en diftille fans ceffe , a couvert ce
plafond d'une croute blanche , telle qu'on
en voit fur des bifcuits ou des maffepains
glacés , & a formé , en tombant , plufieurs
gouttes blanches , durcies & un peu allongées
, comme fi on avoit attaché à ce
plafond quantité de clouds de gérofle enduits
de fucre : de-là on tourne à main gauche
, fous une voûte exhauffée , & on voit
une espece d'Autel , long , large & haut à
proportion ; cet Autel eft tout d'une pièce ,
d'une belle pierre blanche & dure ; il a été
formé par l'eau qui tombe du Roc , & qui fe
pétrifie en tombant , comme on le remarque
par les Rocailles de pierres, en façon de glaçons
ou de criftaux attachées au Roc , qui
fait comme le fond de l'Autel , & que l'eau
qui en découle goutte à goutte, a formées de
la même maniere ; de cette Cave on paffe
par
JUI N. 1744. 1407
par
par une ouverture fort baffe , dans une chambre
plus longue que large , dont les deux
bouts préfentent un fpectacle des plus brillans
& des plus curieux; ce font deux grands
Rochers de pierre blanche comme de la neige,
& dure comme du marbre , de figure piramidale
, formées par plufieurs cordons
rentrans , pofés les uns für les autres avec
une régularité furprenante , & ornés naturellement
de petites écailles couchées &
creusées , comme fi on les eût travaillées au
cifeau ; le cordon le plus haut & le moins
large , renferme un Baffin toûjours rempli
de l'eau qui dégoutte de la voûte & qui fe
débordant , coule fans ceffe dans le contour
des Rochers , & entretient plufieurs autres
Baffins plus petits , que la Nature a formés
dans chaque cordon , de diſtance en diftance;
entre les deux Rochers de cette chambre , il
y a plufieurs lagunes ou flaques d'eau , peu
profondes , dont la furface eft couverte d'une
croûte de glace de l'épaiffeur d'une feuille
de Talc ; ces croûtes le précipitent à mefure
qu'elles s'épaiffiffent : dans ces flaques
d'eau , auffi-bien que dans les Baffins des
Rochers , on trouve quantité de petites dragées
de pierre de toutes fortes de figures
dont quelques-unes font fi blanches & fi
bien arrondies , qu'on les prendroit pour
véritables dragées ; enfin les morceaux de
F üij pierre ,
de
7408 MERCURE DE FRANCE.
pierre , qu'on ne détache qu'avec bien de la
peine des voûtes, des Rochers & de l'Autel,
font entierement femblables à du fucre , à
la pefanteur près ; un homme attentif s'y
tromperoit.
P. 73. A une lieuë de la petite Ville d'Aer
ou d'Aïre , dans le Territoire de Kile ou de
Coil , dans l'Ecoffe Méridionale , il y a une
efpece de petit Rocher , dont la hauteur eſt
d'environ 12 pieds , & la largeur de 45 ,
que les habitans du Pays appellent la Roche-
Sourde. Si on tire un coup de canon d'un
côté de ce Rocher , on n'entend rien du
côté oppofé , à moins que l'on n'en foit fort
éloigné , & même le bruit que l'on entend
alors , eft fort léger.
P. 58. Dans les Deferts de la Podolie , le
long de la Népre , il y a un Lac , dont la
furface s'épaiffit en Sel par l'ardeur du Soleil
, & cette croute eft fi dure, que les hommes
vont deffus avec des chevaux & des
chariots, pour la couper en morceaux, & en
emporter leur charge. Mais la moindre pluye
fait fondre cette glace de Sel, ce qui eft fort
dangereux pour ceux qui fe trouvent alors
deffus. Je n'en rapporterai point davantage.
Pour mettre fous les yeux tout ce que ce Livre
offre dans ce genre , qui peut piquer la
curiofité , il faudroit en faire un autre.
Si j'avois prétendu , M. faire un Extrait
pour
JUIN. 1744. 1409
pour quelqu'un à qui la Géographie fût un
Pays inconnu , on verroit dans cette Lettre
que l'Auteur commence par l'Europe , que
de-là il paffe à l'Afie , à l'Afrique & à l'Amérique
; on y trouveroit encore fes principales
divifions , mais je fçais , M. que la
Géographie eft votre Pays natal .
par
Il me reste à vous dire , que nous devons
cet Effai de Géographie à M. Philippe ,
connu dans la République des Lettres
plufieurs Ouvrages , & entre autres par une
Edition de Lucrece , dont l'exactitude lui a
mérité l'Approbation des Sçavans. Elle ſe
vend chés Couftelier,
Vous me difpenferez , M. de porter un
Jugement décidé fur l'Ouvrage dont je vous
ai rendu compte. Il me fuffit de vous l'avoir
laiffé preffentir. L'amitié qui me lie à l'Au
teur , le rendroit ſuſpect. Je fuis , &c.
A Paris , ce premier Mai 1744.
NOUVEL ABREGE' Chronologique de
l'Hiftoire de France , contenant les Evénemens
de notre Hiftoire , depuis CLOVIS ,
jufqu'à la mort de Louis XIV. Les Guerres
, les Batailles , les Siéges , les Traités de
Paix , nos Loix principales , les Edits importans
, & quelques Conciles : avec un mot ,
qui en explique l'occafion ; enfin , quelques-
uns des Evénemens les plus marqués
Fy de
$ 410 MERCURE DE FRANCE.
de l'Hiftoire de l'Europe. On y trouve auffi
les Femmes de nos Rois , leurs Enfans , &c.
les Princes contemporains , les Miniftres ,
les Guerriers , les Magiftrats , & les Sçavans
& Illuftres , rangés par Colomnes , avec la
date de leur mort , 1 vol. in- 8 ° . A Paris ,
chés Prault , Pere & Fils , de Bure , l'aîné ,
& Rollin.
On fe contentera , quant à préfent , de
faire connoître cet Ouvrage par l'efpece de
Devife qui termine l'Avertiffement. Ce font
deux Vers de Pope , traduits heureuſement
en un feul Vers Latin , dont voici le fens.
Que tous lifent ; les Ignorans apprendront
» ce qu'ils ne fçavent pas , les Sçavans fe rap-
>> pelleront ce qu'ils fçavent.
Indocti difcant , & ament meminiffe periti.
Trad. des Vers 741 , 742 , de l'Eſſai fur la
Crit. de Pope.
Quoique ce vol . ne paroiffe pas confiderable
, c'eft un précis de tant de chofes , &
chaque mot mérite une fi grande attention
qu'il eft peut-être plus difficile d'en donner
une jufte idée , qu'il ne le feroit de rendre
compte d'un Ouvrage plus étendu.
Le prix , quatre livres douze fols broché.
David , fi's , Libraire , Quai des Auguftins
, au S. Efprit , vient de mettre en vente
les Livres fuivans :
NouJUI
N. 1744. 1411
NOUVELLE & belle Edition de Salluste
petit in- 12 , orné de Figures , Vignettes &
Fleurons gravés fur les deffeins du célébre
Cochin , fils. Prix , 6 l. relié.
LES Métamorphofes d'Ovide , nouvelle
Edition ornée de figures en taille- douce ,
quatre vol . in- 12 , par Durier . Prix 10 liv.
reliés .
MEMOIRES Hiftoriques , Politiques &
Litteraires , par M. Amelot de la Houaye
3 vol . in- 12. Prix 7 l. 10 f.
DICTIONNAIRE Militaire ou Recueil
Alphabétique de tous les Termes propres à
l'Art de la Guerre , avec une Explication
exacte des travaux qui fervent à l'attaque &
à la deffenfe des Places , un vol. in- 12 . Prix
2 liv. 10 f.
LES Mariages Affortis , Comédie nouvelle
en trois Actes . Brochure de 104 pag,
Prix 1 1. 10 f. I
L'Apparence trompeufe , Comédie en
un Acte. Brochure de 60 pages . Prix 1 liv.
4fols.
Le même Libraire vient de recevoir de
Hollande
LE Temple des Muſes. Un vol. in -fol. orné
de Figures en taille-douce. Prix 36 l.
LE Guerrier Philofophe , ou les Mémoires
de M. le Duc de ** , 4 vol. in- 12. Prix 41,
16f.
F vj
HIS1412
MERCURE DE FRAN CE:
HISTOIRE Métallique des Pays- Bas , 4
vol in-fol. Prix 80 liv.
LE DIRECTEUR dans les voyes du Salut ,
fur les Principes de S. Charles Borromée.
Quatriéme Edition , chés Boudet , ruë S. Jacques
, à Paris.
Rien ne feroit mieux connoître l'excellence
de cet Ouvrage , que les Editions réïtérées
qui en ont été faites , fi l'on n'avoit
à rapporter les témoignages autentiques des
Maîtres dans l'Art de la Direction ; voici
comment s'exprime entr'autres un Illuftre
Docteur , en parlant de ce Livre.
,
D Par la lecture de cet Ouvrage , j'ai con-
>> çû aisément que celui qui l'a compofé , a
>> beaucoup d'experience , & eft très -verſé
» dans la connoiffance des voyes du Salut ,
»puifqu'il en prefcrit des régles fi sûres
» qu'on les peut propofer aux Confeffeurs
»fans craindre qu'ils puiffent, en les fuivant,
» s'égarer dans l'exercice de la conduite des
»ames , qui , felon S. Gregoire Pape , eft
>>l'Art des Arts. Ce Livre m'a paru fi folide ,
>>que je fouhaite avec ardeur qu'il foit entre
les mains de tous les Miniftres du Sacre-
>>ment de Pénitence ; qu'ils méditent avec
>>attention , & fouvent , les maximes fages
»& judicieufes qui y font renfermées , afin
» de les mettre en pratique , en exerçant les
fonctions de leur redoutable Miniftere.
Cet
JUIN. 1413 1744.
Cet Ouvrage , qui eft écrit avec élévation ,
& dont le ftyle net & vif ne languit ja
>>mais , fera auffi d'une très-grande utilité
>>aux, Pénitens. En le lifant avec réfléxion "
» & affidûment , ils y découvriront , dans les
>> avis que l'Auteur donne auxDirecteurs des
» Confciences , l'étendue de leurs devoirs ,
» de leurs obligations, & ils pourront même,
en beaucoup d'occafions , fe difpenfer de
»s'adreffer fi fouvent à leurs Confeffeurs ,
» pour fçavoir ce qu'ils doivent faire dans
les differentes fituations où ils fe trouvent,
»pour marcher sûrement dans le chemin qui
conduit à la Vie Eternelle .
On ne connoît point l'Auteur de cet Outvrage
; quelques perfonnes l'attribuent à feu
M. de Fenelon , Archevêque de Cambray ;
d'autres aflûrent qu'il n'eft point de cet illuftre
Auteur , & croyent qu'il est d'un excellent
Ecrivain , qui a déja donné plufieurs
Traités de Piété , fans vouloir le faire connoître.
C'eſt un in- iz du prix de 50 f. relié.
ESTAMPES NOUVELLES .
L'AMOUR A L'ECOLE , Eftampe en large , gravée
par R. Gaillard . d'après le Tableau de M. Vanloo ,
le pere , qui eft dans le Cabinet du Prince de Carignan.
On lit ces Vers au bas.
Tu t'ériges , Mercure , en Maître d'importance ;
Mais apprens que l'Amour a, malgré fon enfance,
De
1414 MERCURE DE FRANCE,
De l'efprit , du fçavoir , bien plus que tu n'en as ;
D'un gefte,d'un foupir , d'un coup d'oeil vif & ten
dre ,
Il a l'heureux talent de fe bien faire entendre ,
Et fçait perfuader , même en ne parlant pas.
Cete Eftampe fe vend à Paris , chés le fieur le
Bas , Graveur du Cabinet du Roi , ruë de la Harpe.
Le St Petit , Graveur , ruë S. Jacques , à la Couronne
d'Epine, près les Mathurins , qui continuë de
graver la fuite des Portraits des Hommes Illuftres
du feu Sr Defrochers , Graveur du Roi , vient de
mettre au jour ceux de
Jean- Baptifte BOYER , MARQUIS D'ARGENS
Auteur de plufieurs Ouvrages d'efprit, né le 24 Juin
3704. On lit ces Vers au bas ,
Au métier de la guerre uniffant le Beaux- Arts ,
Mes Ecrits font remplis de cette hardieffe ,
De ce feu , de cette nobleffe ,
Qui conviennent fi bien aux Enfans du Dieu Mars.
QUINTILIEN , né en Eſpagne; il floriffoit du tems
de Domitien , l'an 96 de notre falut. On lit ces
Vers au bas.
Je fuis Quintilien , dont les doctes Ecrits
Enfeignent à toucher les coeurs & les efprits.
Sçavant Maître en l'Art de bien dire ,
J'en prefcrivis les juftes Loix ,
Et par moi l'Orateur obtient un doux Empire
Sur les Peuples & fur les Rois,
La
JUIN. 1744. 11415

Le Sr Rigaud , de Marfeille , vient de mettre au
jour trente Eftampes , repréfentant diverfes Vûës de
même grandeur , qu'il a deffinées & gravées fur les
Lieux ; fçavoir , douze Vues du Château ,de Verfailles
, de divers côtés , avec les Endroits les plus
remarquables du Jardin & du Parc . Douze autres ,
qui font un Recueil de tous les Bofquets du Jardin
, avec une Deſcription exacte au bas des effets
, des hauteurs des Jets , & des proportions du
jeu des Eaux.
Il y a joint fix Vûës du Château & Jardin de
Marly , avec les mêmes explications au bas.
Pour la commodité du Public , il les féparera par
douzaine & par demi douzaine , c'eft- à- dire qu'on
prendra les douze du Château , ou les douze Bol
quets , ou enfin les fix de Marly.
Le Sr Ballard , Doyen des Imprimeurs du Rei ,
feul pour la Mufique . & Noteur de la Chapelle de
S. M. donne avis à Mrs les Chanoines & Chapitres
qui ont une Mufique reglée , qu'ayant donné plufieurs
Meffes nouvelles, & fait réimprimer plufieurs de
celles qui manquoient ,il en a fait un nouveau Catalogue
fort exact . Ce même Catalogue comprend
encore les Motets , la Mufique Spirituelle , & les Livres
de Plainchant de fon Imprimerie . Il donnera le
Catalogue gratis. Il prie feulement les Perfonnes de
Province , qui lui écriront fur ce fujet , d'affranchir
les Lettres.
NOUVELLE CARTE GE'N B'R AI E de France
, laquelle comprend toutes les opérations que M.
Caffini de Thury, a fait , par ordre du Roi , dans l'intérieur
du Royaume. On y trouvera des Tables de
la Longitude , Latitude & diſtance à Paris de toutes
les principales Villes du Royaume . Cette Carte fe
diftribue
1416 MERCURE DE FRANCE.
'diftribue actuellement à Paris . chés Dheulland , rue
Serpente , attenant l'Hôtel de la Serpente , chés M.
Martin , Officier du Roi.
On trouvera chés le même , des Cartes détaillées
de tous les Lieux fitués dans la direction de la Méridienne
de l'Obfervatoire, depuis Dunkerque juſqu'à
Perpignan , comme auffi quelques autres Cartes
particulieres de Flandres .
Nous avons reçû de Roüen une Lettre du 20 du
mois de Mai dernier, au fujet d'un Remede , qui fe
diftribue dans l'Hôtel-Dieu de cette Ville , dont les
propriétés font éprouvées ; l'Auteur de la Lettre
nous envoye en même - tems l'Inſtruction imprimée,
dont voici la teneur.
ELIXIR DU SOLITAIRE.
Cet Elixir eft de la compofition de M. le Chevavalier
de Scroderg, Toſcan; fon zéle pour les Pauvres
&le foulagement du Public , l'avoit entretenu dans
le goût de travailler à plufieurs découvertes utiles
à la fanté; pour perfectionner cet Elixir , il a envoyé
un Diftillateur aux Indes Orientales , afin d'être
plus affûré des merveilleux effets des Fleurs , Fruits
& Racines qui entrent dans cette compofition : Il
en a fi bien connu la difference , que le premier ou
vrier de fes charités y eft , refté établi pour y faire
fes envois néceffaires. Les premiers frais de ce voya
ge faifoient craindre qu'il ne fût obligé d'augmentur
le prix de cette Liqueur ; au contraire , il s'eft
trouvé diminué très -confidérablement. Les matieres
qui le compofent , coûtoient beaucoup pour le fret &
les droits , fans parler du profit du Négociant , &
ne rendoient pas à beaucoup près tant d'efprits liqueureux
, que dans le Pays même .
Ainfi l'intérêt du Public s'y trouve ménagé , pouyang
JUIN. 1744. 1417
Pant donner cet Elixir à trois quarts moins , & bien
meilleur.
Cet illuftre & charitable Officier m'a confié fon
Secret en mourant, mais plus touché de fes confeile
falutaires pour le falut de mon ame , que des Spécifiques
qu'il me laiffoit pour conferver mon corps ,
j'ai cherché le remede effentiel , ne voulant pas enfevelir
avec moi un talent fi néceffaire , dont j'ai vů
tant d'expériences fur Mer & fur Terre ; je l'ai confié
à une perfonne refpectable , de la Province de
Normandie , mon ami depuis beaucoup d'années ;
les fentimens que fon rang doivent lai infpirer ,
m'affûrent de la fidelité avec laquelle il ſe diftri
buëra.
Cet ami eft au fait des mêlanges de cette compo
fition ; il a les mêmes correfpondances pour tirer
de l'Orient les mêmes Effences ; il en continuëra
la diſtribution , tant qu'il fera bien reçû.
Proprietés.
Cet Elixir eft généralement bon pour toute corruption
de la bouche.
Il eft fouverain pour tous les maux de Dents en général,
il appaiſe la douleur la plus aiguë , même des
dents gâtées, en mettant un peu de coton imbibé fur
la dent , il foulage le malade.
I fortifie les gencives , les affermit , empêche
qu'elles ne fe détachent de la dent .
Il affermit les dents ébranlées par des pituites
froides , & humeurs du cerveau , qui font fouvent
tomber les dents , fans être gâtées , en peu de tems.
Il guérit & préferve des puftules qui viennent
quelquefois aux gencives & au-dedans de la bouche
, caufées par l'acrimonie du fang.
Il eft excellent contre le Scorbut, en préferve & en
guérit , quand il n'eft pas
inveteré.
11
1418 MERCURE DE FRANCE.
Il empêche qu'une humeur jaunâtre , nommée
Tartre, ne s'attache aux dents , ce qui rend la bou
che dégoutante & ronge imperceptiblement les
dents.
1
Non-feulement les jeunes perfonnes doivent s'en
fervir , pour conferver l'émail des dents & prévenir
tous accidens ; mais même les perfonnes avan- `
cées en âge , pour affermir ce qui leur en refte , &
confolider la gencive ; en un ou deux mois d'ufage
, elles en reflentiront un effet merveilleux.
Il entretient la bouche fraîche & propre.
Les perfonnes fujettes à fe trouver le matin fur la
langue un limon épais & dégoûtant , fe trouveront
foulagées après huit ou quinze jours d'un ufage régulier
, foir & matin .
On en verfe 8 à 10 goutes , même plus , dans le
fond d'un gobelet ; on verfe environ quatre à cinq
cuillerées d'eau tiede ou fraîche par- deffus , puis onfe
lave d'abord la bouche , enfuite on en conferve
le plus qu'on peut dans la bouche , afin que les gen
cives puiffent en reffentir un meilleur effet .
L'odeur en eft agréable , & le goût bon , étant
compofé des fleurs les plus odoriférantes.
Cet Elixir eft encore bon pour les indigeftions ou
pefanteurs d'eftomach ; on en boit douze goutes.
dans un verre d'eau chaude , même jusqu'à vingt ,
dans un grand beſoin.
Il rétablit un eſtomach dérangé , en en continuant
P'ufage deux ou trois mois.
Les perfonnes fujettes à de violentes vapeurs , en
peuvent refpirer , fi-tôt qu'elles s'apperçoivent que
Pagitation commence.
Ön en fouffle dans les narines avec une plume on
un chalumeau , à celles qui tomberoient fubitement
en convulfion .
Les Gardes des Malades , les perſonnes expoſées
au
JUI N. 1744.
14191
au mauvais air , même celles qui le craignent , en
mettront tous les matins quelques goutes dans leur
mouchoir.
Il fortifie les Nerfs & les Muſcles relâchés , en s'en
frottant fouvent & fe tenant chaudement.
Pour prévenir le fcrupule de l'ami auquel j'ai
confié ce Secret , j'ai moi- même fixé le prix de cet
Elixir , à 24 fols les petites Bouteilles , & 40 fols les
grandes. Le prix des Pacotilles qu'il faut envoyer
en échange , ne pouvant être égal , je ne puis le
mettre dans fa vraye valeur . Il peut y avoir cette
année 3 ou fols de bénéfice , dont je demande
l'application aux Pauvres.
» Pour fatisfaire exactement à ce que le Solitaire,
Auteur de cet Elixir , fouhaite de moi , j'en re-
» mets la diftribution aux Dames Religieufes de
» l'Hôtel- Dieu de Rouen, qui en feront diftribuer à
leur porte au prix ci- deffus , & le petit profit fera
" pour les Pauvres de leur Maifon.
30
Ceux qui fouhaiteront faire ufage de ce Spécifique
, s'adrefferont à elles feules , pour éviter
toute falfification .
G. D. S.
EXTRAIT d'un Mémoire envoyé de la
Ville de Marfeille , au fujet d'un
Remede très - éprouvé.
M. Daran , ci- devant Médecin , Chirurgien d'armée
du Roi des deux Siciles , aujourd'hui établi à
Marſeille , avertit le Public que fes Opérations continuelles
, & une longue application fur le fujer
dont on va parler , l'ont conduit enfin à la découverte
d'un Remede également efficace & prompt ,
pour guérir radicalement toutes les maladies Vénériennes
1420 MERCURE DE FRANCE
riennes , quelque invéterées qu'elles puiffent être
& dans quelques circonftances & accidens que fe
trouvent les malades . Sa Méthode à traiter ces fa
cheufes maladies , eft des plus aifées pour les mala
des , ainfi que peuvent l'attefter beaucoup de perfonnes
d'un rang diftingué , qui ont été guéries par
le Sr Daran , lequel a travaillé avec un merveilleux
fuccès dans les principales parties de l'Europe, principalement
en Allemagne , od il a fervi le dernier
Empereur , en qualité de Médecin , Chirurgien de
P'Hopital des Espagnols noirs de Vienne .
Actuellement dans la Ville de Marfeille , où il eft
établi, il a guéri radicalement , dans l'efpace de trois
mois , un grand nombre de personnes qualifiées , ce
qui eft connu de toute la Ville , fans compter un
très-grand nombre de malades de la même Ville
de tous états , qu'il a pareillement traités , & auffi
heureufement guéris. Il loge au quartier de la Por
te de Rome , à la maifon neuve de M. Lambert.
A Marfeille le 6 Iuin 1744.
Le Sr Rofa , Chirurgien de l'Hôpital de Ste Marie
neuve,à Florence, reçu Chirurgien Herniaire à Saint
Côme , & naruralifé François , continuë de donner
des preuves de fon habileté pour la guérison des
Defcentes de toutes efpeces , & fur toutes fortes de
de Sujets de l'un & de l'autre Sexe . Il poffede la
maniere de faire plufieurs fortes de Bandages & Sufpenfoirs
, qui n'incommodent point , quelque exercice
qu'on puiffe faire. Depuis qu'il eft à Paris , il a
guéri plufieurs perfonnes , & prévenu des accidens
fâcheux , ainsi qu'il a été dit ci- devant dans le Mercure
du mois de Juillet 1743 , où les perfonnes guéries
ont bien voulu ètre nommées , pour l'utilité pug
blique.
Les
JUIN 1744. 1421
Les Perfonnes éloignées pourront , en affranchiſ- •
Lant le port des lettres ou paquets ,
lui envoyer leur
mefure , prife au jufte fur la chair nue , bien ferrée ;
il faut couper le ruban des deux bouts , & dire de
quel côté eft la Deſcente ; fi elle eft des deux côtés ,
nommer celui qui incommode le plus.
Il demeure ruë S. André des Arcs , près le Pont
S. Michel , à l'Enfeigne du Bandage couronné ,
dans une maiſon neuve , au premier appartement.
SPECTACLES.
E 27 Juin , le Lieutenant Général de
LF17
Laurent , avec les cérémonies accoûtumées .
Ce Magiftrat avoit déja rendu fon Ordonnance
le 17 , concernant ce qui doit être
obfervé par les Marchands qui y font établis,
& qui renouvelle les défenſes des Jeux
de hazard , & c,
Le lendemain 28 , l'Opéra Comique fit
l'ouverture de fon Théatre par deux Piéces,
chacune en un Acte & en Vaudevilles, fans
Profe, précédées d'un Prologue ; la premiere
a pour titre la Statuë animée , ou Pigma-
Lion , & la feconde , les fardins de l'Hymen .
Ces Piéces , qui ont été très-bien exécutées,
font ornées de differens Divertiffemens, compofés
de Chants & de Danfes , qui ont été
applaudis du Public ,
Le
1422 MERCURE DE FRANCE:
Le même jour , les Comédiens Italiens remirent
au Théatre la petite Piece du Sylphe
de M. de Sainte Foy , qui fut précédée de la
Comédie des Contretems. Elle fut fuivie d'un
Feu d'artifice extraordinaire , intitulé les
Eaux , dont l'exécution fit beaucoup de plaifir
. Voici des Vers adreffés à l'Auteur du
Sylphe , au fujet de la repréſentation de cet
te Piéce.
D'un coeur conduit par la fimple Nature ,
Dans l'Oracle , d'abord tu nous fis la Peinture :
Tu renvoyas l'Auditeur fatisfait ,
Mais ici , l'efprit a tout fait ;
Queltour nouveau ! quelle délicateffe !
Dans tes expreffions quelle heureuſe fineſſe !
Les Graces , les Jeux & les Ris
Ont préfidé, fans doute , au deffein de ta Piéce ;
Tu féduifis nos coeurs ; tu ravis nos Eſprits.
Le même jour, que le Te Deum fut chanté
à Notre-Dame pour la prise de MENIN , l'Académie
Royale de Mufique, les Comédiens
François & Italiens , donnerent de grandes
marques de joye par des Illuminations ingénieufement
placées fur les Balcons des
Hôtels de ces trois Spectacles.
Les Comédiens François avoient donné le
18 la Comédie gratis, & repréfenté vocat
Patelin & les Plaideurs, & les Comédiens Italiens
JUI N. 1744. 1423
2
liens donnerent auffi gratis , le lendemain ,
le Nauffrage an Port à l'Anglois & Arlequin
Hulla , Piéces très-Comiques & fort divertiffantes
; le concours y fut prodigieux & en
très-grande gayeté . Les Salles de ces deux
Spectacles furent remplies de peuples de
toute forte d'états & de conditions , dès
trois heures qu'on commença la Comédie ,
laquelle finit à fix.
Le même jour , tout le peuple de Paris
donna de grandes démonftrations de joye,
On voyoit dans prefque toutes les rues des
Danſes & des Mafcarades ; une de ces troupes
fe préfenta à la porte de la Comédie
Françoife ; le principal perfonnage qui marchoit
à la tête, étoit remarquable par fa fingularité
; c'étoit une jeune fille grande &
bien faite, foeur d'un Tambour du Régiment
des Gardes Françoiſes , battant le Tambour
avec autant d'adreffe & infiniment plus de
grace que le Tambour Major du même
Régiment : la troupe entra fur le Théatre
au bruit de cet Inftrument ; le Tambour en
jupe battit plufieurs marches, qui furent extrêmement
applaudies ; on danſa en rond ,
& plufieurs Spectateurs , Acteurs & Actrices
prirent part à cette danfe. La jeune perfonne,
paroiffant fatiguée, on l'emmena dans
les chauffoirs de la Comédie , pour la faire
repofer , & on lui préfenta des rafraîchiffemens
;
424 MERCURE DE FRANCE.
mens ; elle y attira grande compagnie ; off
lui demanda encore quelque plat de fon
métier , à quoi elle fatisfit , au gré de tout
le monde , & voulant la retenir plus longtems
, elle dit d'une maniere naïve & trèsnaturelle
: Je ne le puis pas , parce que mon
frere m'a prêtéfa Caiffe ; il n'en a point d'autre
pour aller battre la retraite , & l'heure preffe.
Les Comédiens Italiens , qui n'ont pas
donné de moindres marques de leur zéle ,
ont auffi eû fur leur Théatre des Scénes réjoüiffantes
à la même occafion. A la fin des
Comédies qu'ils repréſenterent , deux des
principaux Acteurs de la Troupe allerent en
cérémonie prier deux des plus apparentes
des Femmes de la Halle de danfer avec eux
quelques menuets , ce qui fut exécuté fur le
champ , au gré de toute l'Affemblée , qui
applaudit très-fort à cette fingularité ; une
Danfeufe de la même Troupe fit auffi la même
politeffe à l'égard d'un Garçon Serrurier,
avec lequel elle danfa avec les mêmes ap
plaudiffemens.
NOV
JUIN. 1744.
1425
NOUVELLES . ETRANGERES ,
ON
RUSSIE.
Na appris de Mofcow , que le Lord Tyrawley,
ayant demandé à la Czarine de la part du
Roi de la Grande- Bretagne les fecours que S. M Br.
prétend devoir lui être fournis par S. M. Cz. cette
Princelle avoit répondu qu'elle étoit dans la réfolution
d'employer préalablementfes bons offices, pour,
rétablir la bonne intelligence entre le Roi de Fran
ce & le Roi de la Grande Bretagne.
ALLEMAGNE.
ON mande de Francfort du 20 de ce mois,que
le tems préfcrit pour la neutralité , qui avoit
été conclue l'année derniere entre l'Empereur & la
Reine de Hongrie , étant expiré le 6 , plufieurs détachemens
des troupes de cette Princeffe ont attaqué
divers poftes avancés des Impériaux, mais qu'ils
ont été repouffés.
Quelques jours avant que cette neutralité ceffât
un Parti de Huffards ennemis drefla une embuscade
à so ou 60 Soldats des troupes de l'Empereur , qui
fur la foi de la Convention , arrêtée entre les deux
Puiffances , étoient fortis du camp fous Philifbourg,
& ceux- ci n'eurent que le tenis de regagner ce
camp avec précipitation.
L'armée Impériale garde toujours fa même pofi.
tion , étant adoffée au Rhin , appuyée d'un côté à
Philifbourg , de l'autre à un Village bien fortifié,
& ayant fon front couvert par un marais . Celle de
II. Vol. G la
1426 MERCURE DE FRANCE.
la Reine de Hongrie décampa le 6 de Sintzheim
pour fe rendre à Wifloch , & le lendemain elle mar
cha à Waldorff ; quelques jours après , elle paffa
le Neckre , & l'avantgarde fous les ordres du Baron
de Berenklau , alla fe pofter à Ketfch fur le
bord du Rhin. Divers détachemens de Cavalerie de
cette armée s'avancerent dans les environs de
Mayence, & plufieurs difpofitions faites par le Prince
Charles de Lorraine,donnoient lieu de conjecturer
qu'il avoit réfolu de tenter le paffage du Rhin
vis - à- vis de Weiffenau , où le Maréchal de Coigny,
fur l'avis des mouvemens des troupes des ennemis
envoya un Corps confidérable de troupes , pour les
empêcher d'y jetter un Pont. Le Prince Charles de
Lorraine en fit conftruire un à Koſtein ſur le Mein ,
pour le paffage d'unCorps de troupes, qu'on croyoit
être deſtiné à aller joindre l'armée des Alliés dans
les Bays Bas
On a appris de Baviere , que la Reine de Hongrie
y avoit envoyé ordre de traiter comme prifonniers
de guerre tous les Officiers & les Soldats des troupes
Impériales , qui étoient reſtés dans ¡ cet Electorat
, en vertu des Capitulations accordées aux garnifons
des differentes Places .
On apprend de Vienne , que le Baron de Reifchach
, Envoyé de la Reine de Hongrie à la Haye,
ayant informé cette Princeffe de l'objet de la Commillion
que le Comte de Vaffenaër a executé de la
part des Etats Généraux auprès du Roi de France ,
S. M. H. avoit fait déclarer à M. de Burmania ,
voyé des Etats Généraux à Vienne , qu'elle leur
étoit obligée des efforts qu'ils faifoient pour réta
blir la tranquillité en Europe , mais qu'elle réitéroit
fes inftances , pour qu'ils joigniffent leurs forces
celles des Alliés ,
En-
M. Vincent , qui étoit chargé des affaires de la
Cour
JUIN 1744. 14271
Cour de France auprès de la Reine de Hongrie eft
parti de Vienne pour retourner à Paris.
Selon les lettres écrites du Spireback , le Maré
chal de Coigny a établi fon quartier général à Spire;
un Corps confiderable de troupes de l'armée Fran-!
çoife , commandée par ce Général , eft près de Matt
heim , fous les ordres du Marquis de Balincourt , ·
Lieutenant Général, le Marquis d'Epinay s'eft avan-'
cé à Oppenheim avec un Corps de troupes de la
même armée , & le Maréchal de Coigny a posté
dans les environs de Worms un autre Corps que
commande le Marquis de Montal.
On mande de Francfort du 17 de ce mois , que
quelques détachemens des troupes de la Reine de
Hongrie s'étant avancés dans les environs de cette
Ville , on en avoit fermé plufieurs portes , & que
l'on avoit renforcé les gardes de celles qui reftent
ouvertes,
On travailloit avec beaucoup de diligence au pont
que le Prince Charles de Lorraine fait conftruire à
Koftein fur le Mein .
2
L'armée commandée par ce Prince fait tous les
jours divers mouvemens , qui paroiffent avoir plûtôt
pour objet le deffein d'inquiéter les François , qu'u
né réfolution formée de tenter le paffage du Rhin ,
& deux Corps de troupes de cette armée , lefquels
ayant marché , l'un à Stockftat & Pautre à Sandhofen
, avoient feint de fe préparer à y jetter des
ponts , le font retirés à l'approche des troupes que
le Maréchal de Coigny a envoyées de ce côté.
Plufieurs lettres allurent qu'un détachement de
Farmée de S. M. H. s'eft établi dans l'Ifle du He
ron, fituée vis - à- vis des poſtes occupés par les trous
pes Françoiles qui font fous les ordres du Marquis
de Montal , Lieutenant Général des armées de S. M.
T, C. mais comme cette the eft à pluss de trente toi-
Gij fes
1428 MERCURE DE FRANCE.
fes de l'autre Rive du Rhin , les François ne crai
gnent point que le Prince Charles de Lorraine entreprenne
de paffer le Fleuve en cet endroit.
Quoiqu'il y ait à Tribur 5000 hommes des trou❤
pes que commande ce Prince , 250 Soldats de recrues
, deftinés pour l'armée Impériale , ont trouvé
le moyen de penetrer jufqu'à Mayence , d'où ils
devoient fe rendre au Camp du Comte de Seckendorf
fous Philifbourg.
12000 hommes que le Prince Charles de Lorrai
raine , en conféquence des ordres de la Reine de
Hongrie , a fait venir de la Baviere & du Haut- Palatinat
, font arrivés à Afchaffembourg , & ils feront
partie des troupes qui devoient aller renforcer dans
les Pays Bas l'armée des Alliés.
La Diette de l'Empire ayant écrit au Prince
Charles de Lorraine , pour le plaindre de ce que les
Huffards de l'armée qu'il commande , avoient enlevé
un courier chargé de lettres pour Francfort , il
y a renvoyé ce courier.
Les Officiers & les Soldats qui ont été arrêtés en
Baviere depuis peu comme prifonniers de guerre ,
ont été conduits dans le Tirol & dans la Haute
Autriche.
Le Prince de Lobcxowitz a mandé à la Reine de
Hongrie , que la fituation du Camp des Efpagnolst
& des Napolitains fous Velletri étoit fi avantageufe,
qu'on ne pouvoit , fans courir de trop grands rif
ques , entreprendre de les y attaquer.
Le grand nombre de troupes que le Roi de Pruffe
fait affembler en Siléfie , caufant beaucoup d'inquiétude
à cette Princeffe , elle donne une attention
particuliere à mettre Olmutz & Brinn en état de
défenfe , & elle a envoyé ordre à plufieurs Régimens
d'aller joindre ceux qui font en Moravie.
On mande de Saxe,que le feu ayant pris dans un
quartier
JUIN. 1429
1744.
quartier de la Ville de Groffen Hahn , cette Ville
a été prefque entierement réduite en cendres ; que
les Entrepreneurs des Manufactures , qui y étoient
établies , n'ont pû rien fauver de leurs effets ; que la
plupart des autres habitans n'ont pas été plus heureux
, & que la perte caufée par cet incendie monte
à plus de 1200000 livres.
On a appris de Francfort , qu'en conféquence d'une
réfolution prife dans la Diette de l'Empire , l'Electeur
de Mayence avoit écrit au Prince Charles
de Lorraine, pour le prier de la part de cette Affemblée
, d'ordonner que les couriers qui viennent à
Francfort ou qui en fortent , ne foient point inquiétés;
que les troupes de la Reine de Hongrie ne s'ap
prochent de cette Ville qu'à une certaine diſtance ,
que les chemins foient libres pour tous ceux qui
y conduiront des denrées & des marchandiſes. Le
Prince Charles de Lorraine eft convenu de faire obferver
le premier & le dernier de ces articles par les
troupes qui font fous les ordres , & il a promis fur
tout d'empêcher que le Commerce des habitans de
cette Ville ne fût troublé , à condition cependant
qu'ils ne fourniffent point d'armes ni de munitions
d'aucune espece aux ennemis de S M. H.
&
Le Miniftre de l'Electeur de Mayence a déclaré à
la Diette , que ce Prince étoit dans la réfolution
de garder une exacte neutralité , & qu'il avoit renouvelle
fes inftances auprès du Prince Charles de
Lorraine , ainfi qu'auprès du Maréchal de Coigny
& du Comte de Seckendorf , pour que les troupes
des Puiffances belligerentes ne formaffent aucun
camp fur les terres de fa dépendance.
Il y a dans l'Ile du Héron 4000 hommes des
troupes de la Reine de Hongrie , qui s'y font retranchés
, & le Prince Charles de Lorraine a fait
conduire à Stocftadt, pour cominuniquer avec cette
Giij Ille ,
1430 MERCURE DE FRANCE.
Ine , le pont de bâteaux , qui étoit à Oppenheim. La
plus grande partie de l'Armée que commande ce
Prince , eft campée dans les environs de Neckershaufen
, & un détachement de 200 Huffards & de
Soo Pandoures , s'avança il y a quelque tems, dans
le deffein de s'emparer d'un petit pont de pierre',
voifin d'une garde avancée de l'armée Impériale ,
mais il fut repouflé avec une perte affés confidérable
par deux Compagnies de Grenadiers , qui gardoient
ce pont , & les Impériaux ont eû de leur côté
19 hommes de tués & 27 de bleffés.
Un Corps de troupes Hongroifes , commandé par
le Général Harsh, ayant invefti la Ville de Rothenberg
, qui appartient à l'Empereur , & dont la Garnifon
eft compofée de 400 Bavarois , le Général
Harsh fit donner le 20 de ce mois un aflaut au retranchement
qui couvre la vieille Ville , & les Hongrois
, après avoir emporté ce retranchement , fe font
rendus maîtres de la Ville ; le lendemain ils attaquerent
le Château , où la Garnifon s'étoit retirée ,
& ils fe fervirent , pour le battre , de trois piéces de
canon qu'ils avoient trouvées fur le rempart de la
Ville, mais jufqu'à préfent les efforts , qu'ils ont faits
pour s'emparer de ce Château , ont été fans fuccès ,
& la Garniſon eft déterminée à fe défendre jufqu'à
la derniere extrêmité.
Le Prince Charles de Lorraine ayant fait acheter
du bois dans les Etats de l'Electeur Palatin pour la
conftruction d'un pont , l'Electeur Palatin a défendu
que ce bois fût livré à ce Prince , mais le Prince
Charles de Lorraine , fans fe mettre en peine des
obligations que la neutralité prefcrit à l'Electeur Palatin
, a reclamé ce bois , & il a fait fignifier à la
Cour de Manheim , qu'il le feroit enlever de force
fi on refufoit de le lui envoyer.
>
Le Colonel Mentzel , en cherchant un gué près
do
JUIN. 1431 1744.
de l'Ile de Maulbeer , a reçû dans la poitrine un
coup de fufil , dont il eft mort , peu de tems après
avoir été remporté dans ſa tente .
POLOG NÉ.
Na appris de Warfovic ,que les differends furvil
, font entierement terminés , & que le Palatin de
Sandomir ayant reçû les fommes qui lui avoient écé
adjugées par le Tribunal de Petrikaw fur les Terres
de la fucceffion du feu Prince Jacques Sobiefky , il
avoit reftitué au Caftellan de Vilna celles de ces
Terres , dont il s'étoit mis en poffeffion.
ITALI E.
ON mande deBologne du is de ce mois,qu'on y a été informé du détail fuivant par des lettres
que le Cardinal Valenti Gonzaga , Sécretaire
d'Etat , a écrites au Cardinal Légat de cette Province
, & qui font arrivées le même jour de Rome.
Le Prince de Lobсkowitz ayant fait le 6 de ce
mois un mouvement pour s'approcher de Velletri ,
les troupes Espagnoles & Napolitaines , qui font re
tranchées fous cette Ville , font forties de leurs lignes,
mais celles de la Reine de Hongrie ne les ont
point attaquées , & il n'y a eu que de légeres efcarmouches
entre quelques Corps.de Cavalerie légere
des deux armées .
Le lendemain , un détachement confidérablede
Dragons Espagnols fondit fur la Cavalerie Hongroife
avec tant de vivacité , que trois Eſcadrons de
cette Cavalerie furent mis en fuite , & entierement
difperfés , & les Eſpagnols firent plufieurs priſonniers,
G iiij Les
1432 MERCURE DE FRANCE.
Les Warasdins des troupes de S.M.H ayant attire
le
9 , un Corps de Miquelets dans une embuscade ,
Ces derniers ont eu 40 hommes de tués en cette of-
Cafion , & le 10 , un Rég ment de Cavalerie Napolitaine
, qui fut coupé par an Corps de Huffards ,
effuya auffi quelque perte , mais peu confidérable.
Le le Prince de Lobckowitz s'éloigna un
peu du Camp des Eſpagnols , & ce Général ayant retiré
les troupes par lefquelles il avoit fait occuper
une hauteur vis à vis de Velletri , quelques troupes
Efpagnoles ont été détachées pour ſe ſaifir de cette
hauteur. Il fe tint le même jour au Quartier du Roi
des deux Siciles un Confeil de guerre , pour délibé
rer fi les troupes Efpagnoles & Napolitaines livreroient
le Combat à celles de la Reine de Hongrie ,
& les avis y furent fort partagés. Celui du Duc de
Modéne & du Comte de Gages a été qu'il n'y avoit
aucune raifon de rifquer une action ; que le Prince
de Lobckowitz ne pouvoit, fans hazarder beaucoup,
entreprendre de forcer le camp de S. M. Sic. que
vraisemblablement ce Général ſeroit bientôt réduit
par la rareté des fubfiftances , à prendre le parti de
le retirer , & que fa retraite pourroit lui être auffi
défavantageufe que la perte d'une Bataille . Cet avis
a prévalu , & les troupes combinées d'Eſpagne & de
Naples travaillent avec toute la diligence poffible à
ajoûter plufieurs nouveaux retranchemens au camp
qu'elles occupent.
Le Prince de Lobсkowitz a répandu dans l'Etat
Eccléfiaftique & fur les frontiéres du Royaume de
Naples un Ecrit , par lequel la Reine de Hongrie ,
dérogeant à toutes les conventions qu'elles a faites
avec le Roi des deux Siciles & avec le Roi de Pologne
, Electeur de Saxe , effaye d'engager les habitans
des Royaumes de Naples & de Sicile à fe fouf
traire à la domination de S. M. Sic.
On
JUI N. 1744. 1433
On affûre que les Magiftrats de plufieurs Villes
du Royaume de Naples ont déja fait brûler publiquement
cet Ecrit par l'Exécuteur de la Haute-
Juftice .
Les mêmes lettres de Rome portent que les Reli
gieux Carmes y avoient tenu dernierement leur
Chapitre Général , auquel le Pape avoit préfidé , &
dans lequel le Pere Louis Laghi avoit été élu Géné
ral de leur Ordre , & le Pere Arfene Duilhet Procureur
Général .
ESPAGNE.
2
ONmande deMadrid du z de cemois,quele
Roi a appris par des couriers dépêchés à S. M..
par l'Infant Don Philippe , qu'un Convoi de 72 Bâtimens
, chargés de munitions de guerre & de bouche
pour les troupes Efpagnoles & Françoifes , lequel
étoit parti de Toulon , fous l'escorte de quatre
Frégates , entra le 16 du mois dernier dans le Port
d'Antibes ; qu'un Piquet de so hommes de l'armée
du Roi de Sardaigne s'étant avancé fur le Territoire
de la Ville de Genéve , les , Payfans avoient pris les
armes ; que les Piémontois avoient été obligés de
fe retirer , après avoir et plufieurs Soldats de tués.
& que le Roi de Sardaigne avoit fait proposer à
P'Infant Don Philippe un cartel pour l'échange des
prifonniers.
?
L'Intendant de Marine de Cadix a mandé au Roi,
que les Armateurs Don Jofeph Venfal , Don Barthelemi
Romero , Don Jean- Baptifte Gallardo , &.
Don Jofeph Rofellon , avoient pris dans le Détroit
de Gibraltar le Brigantin Anglois l'Avanturier de
Dublin.
L'Intendant de Marine de S. Sébaſtien a fait fçavoir
à S. M. que la Frégate l'Espérance , commandée
G V
par
1434 MERCURE DE FRANCE.
par Don Franços Bonicelli , s'étoit emparée d'ur
Vaiff au & a'an Brigantin de la même Nation ,
chargés de 2300 muids de Bled , de 150 tonneaux de
Bois de Campeche , de 400 quintaux de Boeuf fale ,
de 450 Curs , d'une grande quantité de Cire & de
Cacao , & de 4000 Piaîtres en efpeces.
Le Vaif.au l'Edozari , de 200 tonneaux , dont la
charge confiftoit en 81 tonnes de Tabac , en 50
tonneaux d'Eau de vie , & en quelques autres marchandifes,
fut conduit le 23 du mois dernier à Saing
Sébastien par l'Armateur Blonde!
Les Armateurs Jean Fernan tez del Villar & Michel
Koman fe font emparés , le premier du Vaiffeau
le Brimefecter , & le fecond , de deux Brigan
tins qui alloient de Londres Poito
L'Intendant de Marine du Ferola mandé au Roi
que l'Armateur Don Gaëtan Blanco avoit conduit
au Port de Ribadeo , dans le Royaume de Galice ,
le Brigantin Anglo's la Mouche , qui allost de Porto
à Bristol , & dont i . s'eft emparé vers le 48 degré de
La itude Septentrionale , & que la Frégate a S. Nicolas,
avoit fait deux autres prifes , l'une de 24 tonnea
& laure de 150 , dont la charge confiftoit
en Riz en Sucre & en Eau de vie.
Le Roi a ippris par des lettres de l'Intendant de
Marine de Bilbao, que le . de ce mois il étoit entré
dans ce Port deux Vaiffeaux Anglois , nommés la
Bone Intention & l. Greyzzel qui avo en été pris
PArmateur Don Antoine Loredo. Ces Bâtimens
revenoient , le premier de l'Ile de Montferrat, & le
fecond de la Caroline ; ils étoient chargés de Tabac
& d'indigo
par
.
L'Intendant d Marine de la Principauté des Afturies
a fait çavoir au Roi , que les Fregates la
Begone & li Vapeur ont enlevé le 31 Mai deraer
, vers le si degié le Vailleau le Ligny , de
2
150
JUIN. 1744 . 1439
Iso tonneaux , à bord duquel il y avoit une grande
quantité d'Yvoire & de Bois de Brefil .
On a appris de Cadix , que le 9. de çe mois l'Armateur
Dominique Paulet y avoit amené la Frégate
Angloife la Marie , chargée de Bied & de Farine
, dont il s'eft rendu maître à 50 lieuë de Lif
bonne.
COMTE DE NICE.
ON mande de Nice du 17 de mois,que le
Ville d'Oneille ayant été abandonnée par les
Piémontois , l'Infant Don Philippe l'avoit fait occuper
par un détachement des troupes Eſpagnoles
qui font fous les ordres.
Le bruit s'étoit répandu que le détachement de
troupes Françoifes , commandé par le Billi de Givry
, s'étoit emparé du Château de Saorgio , mais
on a été informé que ce Lieutenant Général n'étoit
maître que du Village de ce nom , & qu'il affiégeoit
le Château , qui vraisemblablement ne pouvoit
faire encore une longue r fistance .
On affûre que le Prince de Conty a enveloppé
1500 hommes des troupes Piémontoiles, qui étoient
à Oneille, que malgré la fituation avantageufe du
polte dans lequel ils le font retranchés , ils feroient
obligés dans peu de jours de fe rendre prifonniers de
guerre , parce qu'ils manquent de munitions .
Selon quelques avis reçûs de Tofcane , on affûre
que le Comte Lorenzi , Miniftre du Roi de France
à Florence , a déclaré à la Régence de ce Grand
Daché , que 5. M. T. C. fe regardoit comme difpenfée
de garantir à l'avenir la Tofcane , puifque
cette Régence avoit permis aux Vaiffeaux Anglois
de pourfuivre plufieuis Batimens François julques
dans le Port de Livourne.
On a appris de l'Etat Eccléfiaftique , que l'armée
G vj com1436
MERCURE DE FRANCE.
e
commandée par le Prince de Lobckowitz , après
avoir paffé le Tibre , avoit marché à Frefcati, & qu
les troupes Efpagnoles & Napolitaines, qui s'étoient
avancées dans les environs de Valmantone , s'é
toient repliées vers les frontiéres du Royaume de
Naples.
&
Plufieurs raifons ayant empêché que l'armée com
binée d'Espagne & de France ne continuât fa marche
par l'Etat de la République de Genes , l'Infant
Don Philippe n'a laiffé dans le Comté de Nice que
les troupes néceffaires ponr en défendre l'entrée aux
Pié nontois , & pour en garder les Fortereffes ,
le refte des troupes Efpagnoles & Françoifes , qui
font fous les ordres , a repris la route du Briançon
nois.Ce Prince eft parti pour fe rendre à Briançon , od
Pon comptoit qu'il devoit arriver le 3. du mois prochain
, ainfi que le Prince de Conty , & l'armée de
voit être raffemblée le 12 du même mois fous cette
Place , d'où elle marchera peu de jours après vers
Château Dauphin.
On mande de Genéve , qu'on y a reçû avis d'Ita
lie, qu'un grand nombre de perfonnes de diftinction
de la Ville de Naples ayant reçû des exemplaires du
dernier Ecrit envoyé au Prince de Lobckowitz par
la Reine de Hongrie , elles les avoient portés fur le
champ au Tribunal de l'Inconfidence , qui avoit
fait arrêter quelques particuliers , accufés d'avoir
contribué à la diftribution de cet Ecrit.
On a appris qu'un Corps de l'armée commandée
par le Prince de Lobkowitz a été attaqué & défait
par un pareil Corps des troupes Efpagnoles & Napolitaines
, & que celles ci ont fait environ 800
pri.onniers.
GENES
JUIN. 1744. 1437
GENES ET ISLE DE CORSE.
N mande de Génes du 24. du mois dernier ,
que M. de Vilattes , Miniſtre du Roi de la
Grande- Bretagne à Turin , & un Officier de confidération
des troupes du Roi de Sardaigne , s'étant
rendus à Vado , affifterent à un Confeil de guerre ,
qui fe tint àbord du Vaiffeau de l'Amiral Mathews,
& qu'ils retournerent enfuite à l'armée du Roi de
Sardaigne.
On affûre que la Cour de Turin eft dans une
grande agitation , & que la Reine de Hongrie a fait
fçavoir au Roi de Sardaigne, par un courier extraor
dinaire, qu'elle ne pouvoit lui envoyer aucun déta
chement de l'armée commandée par le Prince de
Lobckowitz .
Les troupes combinées de France & d'Espagne fe
"font avancées du côté d'Oneille & du Col de Tende.
Il ne paroît pas que les habitans de l'Ile de Corfe
fe foient encore déterminés à accepter unanimement
le Reglement propofé par la République ,
mais le Gouvernement ne laiffe pas d'en tiret un
grand nombre de Soldats de recruës .
On a appris de Génes du 20 de ce mois , que felon
les derniers avis reçûs de Port Maurice , le
Comte de la Rocca ayant été informé que deux
Officiers Efpagnols y étoient arrivés , il détacha la
nuit du 2 au 3 une Compagnie de Cavalerie des
troupes Piémontoiſes , pour aller les enlever ; que
le Commandant de cette troupe fit enfoncer la porte
du Vice- Conful d'Eſpagne , laquelle eft dans le
Fauxbourg , & où il fuppofoit que ces Officiers
étoient logés ; que ne les ayant point trouvés
parce qu'ils s'étoient retirés dans la Ville , il fe faifit
de leurs domeftiques & de leurs chevaux , qui
étoient dans une Hôtellerie , & qu'il les emmena
au
t
1438 MERCURE DE FRANCE.
au camp du Comte de la Rocca , d'où cependant
ils furent renvoyés le lendemain par ce Général .
Auffi tôt que les habitans de Port- Maurice furent
informés de la violence cominife dans le Fauxbourg
de leur Ville , ils firent fonner le tocfin , & prirent
les armes , pour attaquer le détachement Piémon
tois , qui par la retraite précipitée évita d'en venir
à un combat.
Comme l'Agent du Roi de Sardaigne eft parti
dans le même tems , pour fe rendre à Turin , on a
regaidé d'abord on départ comme un indice de
rupture entre la Cour de Turin & la République de
Génes , mais on affûre qu'il eft allé recevoir des
inftructions afin de traiter avec les Magiftrats de
S. Georges , pour la fourniture du fel dont le Piémont
a beloin .
On mande de Gènes du quatre de ce mois , que
les habitans de la Vallée de Polfevero fe font révolés
, & que plus de 800 Paylans armés , s'étang
affemblés le 16 autour de la Maifon de Campagne
du Comm flaire , qui rénde de la part de la Répu
blique de Génes dans ce Canton , ils déclarerent
qu'ils ne mettroient point les armes bas fi on ne
feur rendoi leurs anciens Priviléges , & fi on ne
fupprimoit les nouv Hes Impofitions , dont on les
infe fiblement furchargés .
Seion des av s reçûs de l'Etat Ecclefiaftique , les
troupes Efpagnoles & Napolitaines font toujours
dans leur Camp retranché fous Velletri , & le Roi
des Deux siciles a établ : fon Quartier dans le Château
du Prince Lancelloti
Le Prince de Lobcrowitz , qui s'eft retiré ſur les
hauteurs de Fiola avec les troupes qu'il comman→
de , voulant tâcher de faire quitter à l'armée combinée
d'Efpagne & de Naples le pofte avantageux
qu'elle occupe , a fait marcher , tant fur fa droite
que
JUIN. 1744. 1439
que fur fa gauche , plufieurs Détachemens qui fe
font avancés vers la frontiere du Royaume de Na
ples. Un de ces Détachemens , commandé par le
Comte Gorrani , a pénétré jufqu'à Collalto , qui
n'eft qu'à une petite diftance de San- Germano , &
le Comte Nova i , ayant paffé la riviere de Tronto
avec 100 hommes , il a envoyé un Régiment de
Cavalerie pour fommer le Commandant de Civizella
, de rendre cette Fortereffe , mais celui ci, pour
toute réponſe , a fait tirer fir ce Régiment , dont il
ya eu quelques hommes de tués & plufieurs de
bleffés.
Le Roi des Deux Siciles , fur la nouvelle de la
marche des Comtes Gorrani & Novati ; a détaché
quelques troupes , pour s'oppofer à leurs entreprifes.
On a appris en même-tems , que le Prince de
Lobkowitz , ayant fait de torrs inftances , pour
qu'on lui remit deux portes de la Ville de Rome ,
Je Pape avoit envoyé ordre au Cardinal Paulucci ,
ci-devant Nonce auprès de la Reine de Hongrie ,
de repréfenter à cette Princeffe , que le Saint Siege
ne pouvoit fatista re au defir du Prince de Lobe o
witz fans expofer la Capitale de l'Etat Eccléfiaftique
à fe voir bientôt remplie de troupes étan
geres.
GRANDE BRETAGNE.
Na appris de Londres dus de ce mois , qu'il
y eft arrivé de la Haye un courier avec des
dépêches concernant la Commiffion dont le Comte
de Vaffener a été chargé par les Etats Généraux
auprès du Ro: Très Chrétien .
M. Trevor , Envoyé Extraordinaire du Roi de la
Grande Bretagne à la Haye , ayant informé . M.
૧૫-
1440 MERCURE DE FRANCE.
que les Etats Généraux paroiffoient appréhender
qu'en conféquence des articles des Déclarations de
guerre contre la France & contre l'Espagne , dans
lefquels i dit que les Navires de toute Nation ,
qui porteront des marchandiſes de contrebande aux
Ports des ennemis , feront fujets à confiſcation , les
Vaiffeaux Hollandois , contre ce qui a été ftipulé
par le Traité conclu à Londres le premier Décem
bre 1674 , entre la Grande Bretagne & la Hollande,
ne foient troublés dans leur navigation , fous prétexte
qu'une partie de leur cargaiſon confiftera en
marchandifes de cette efpece , ou parce qu'ils auront
à bord quelques effets appartenans aux Efpagnols
, le Roi a fait expédier des ordres à tous les
Commandans de fes Vaiffeaux de guerre & à tous
les Armateurs , d'obſerver exactement le Traité reclamé
par la République de Hollande , ainfi qu'à
toutes les Cours d'Amirauté de la Grande Bretagne ,
de tenir la main à l'exécution de ce Traité , & d'y
avoir égard dans tous les Jugemens qu'elles prononceront
au fujet des prifes qui feront faites par
des Vaiffeaux Anglois.
On a appris de Portsmouth , que le Vaiffeau la
Northumberland de l'Escadre du Chevalier Charles
Hardy avoit été pris par deux Vaiffeaux de guerre
du Roi de France.
On a reçû la lifte de plufieurs prifes faites fur les
François par les Vaiffeaux de guerre le Port Mahon,
le Lyvely & le Levrier , & par les Vaiffeaux le Darmouth
Galley , les trois Soeurs , le Swift & le Besnick.
Il arriva à Londres le 16 de ce nrois un courier ,
avec avis que le premier, un Traité avoit été conclu
à Francfort entre l'Empereur, le Roi de Pruffe , l'EJecteur
Palatin , & la Régence du Landgraviat de
Heffe Caffel,
Deux
JUIN. 1744. 1447
,Y
Deux Armateurs de Portsmouth , commandans
les Vaiffeaux le Norton & l'Aventure , y ont conduit
un Armateur François de Grandville , de huit canons
& de 172 hommes d'équipage , dont ils fe
font emparés à la hauteur d'Oueffant,après un com
bat de trois heures.
Le Vaiffeau le Riga , & un autre Bâtiment , commandé
par le Capitaine Jacques Lamb , ont été
pris , le premier par un Armateur de Dunkerque ,
le fecond par quatre Vaiffeaux François ,qui alloient
à Terre- Neuve.
Les Efpagnols fe font rendus maîtres des Vaiffeaux
le Petit Jean & la Marie , qui faifoient voile
l'un pour Gibraltar , & l'autre pour le Portugal. "
Un Armateur François coula à fond le 12 de ce
mois , à l'entrée de la Rade de Yarmouth , trois
Bâtimens de Pêcheurs , dont tous les équipages ont
été noyés.
On apprend de Londres du 30 de ce mois , que
les ordres envoyés aux Yachts le Fubbs , le Guillau
me & la Marie, de fe tenir prêts à mettre à la voile,
& aux équipages de S. M. B. qui étoient reftés à
Mayence la campagne derniere , de fe rendre à l'armée
des Alliés , confirment le bruit qui fe répand
que le Roi a deffein d'aller fe mettre à la tête de
cette armée.
Le Vaiffeau le Molly , arrivé depuis peu aux Du.
nes, a rencontré cinq Vaiffeaux de guerre Fran
çois.
L'Amiral Apfon eſt arrivé de la Chine à Spithead
à bord du Bâtiment , fur lequel il s'étoit rendu dans
la riviere de Canton , & l'on affûre que la valeur de
ce qu'il a rapporté des prifes qu'il a faites dans la
Mer du Sud , monte à près de 300000 livres Sterlings.
Plufeurs Dames de diftinction font convenues
da
442 MERCURE DE FRANCE.
de faire armer à leurs dépens une Frégate qu'elles
deftinent à aller en courfe contre les François & les
Eſpagnols.
HOLLANDE ET PAYS BAS.
ONmande de la Haye du 9 de ce mois ,
que le
Comte de Podewiltz , Envoyé Extraordinaire
du Roi de Pruffe , préfenta le 2 aux Etats Généraux
un Mémoire , lequel porte , qu'auffitôt que S. M.
Pr.a été informée de la mort du Prince d'Òoft Frife ,
fa premiere attention a été de donner aux Etats Généraux
une nouvelle marque du defir qu'elle a d'en
tretenir avec eux une parfaite intelligence ; que
pour cet effet elle a envoyé ordre au Comte de Podewiltz
, de leur déclarer qu'elle a réfolu de ſe mettre
en poffeffion des Etats qui lui font échus par le
décès du Prince d'Ooft- Frife , & de s'y maintenir
par tous les moyens que le Tout- Puiflant lui a confiés
, mais qu'elle n'en eft pas moins difpofée à
Ecouter les propofitions qui lui feront faites par les
Etats Généraux fur ce qui peut regarder dans cette
conjoncture les intérêts ou la convenance de la République
; ;
que le Comte de Podewiltz eft autorifé
en conféquence par le Roi de Pruffe , à entrer en
négociation fur cette affaire avec les Etats Généraux
& qu'il ne tiendra qu'à la République d'éprouver
en cette occafion les effets des fentimens de S. M.
Pr.
Le huit , les Etats Généraux firent fçavoir à
ce Miniftre par quelques Députés de leur affemblée
, qu'ils étoient extrêmement fenfibles au
témoignage d'amitié que le Roi de Pruffe leur
donnoit à l'occafion de la fucceffion du Prince
d'Oft - Frife , & qu'ils ne fouhaitoient rien avec tant
d'ardeur, que de ne point voir l'union , qui régnoit
entre
JUIN. 1744. 1443
entre les deux Puiflances , troublée par aucune conteftation
.
Le Gouvernement a dépêché un courier au Comte
de Vaffenaër , afin de lui faire rendre compte aux
Etats Généraux de ce qui s'elt paffé dans les Conférences
qu'il a eues avec les Miniftres de S M. T. C.
On a appris de Bruxelles que M. Ooflaw Burrish,
Réfident du koi de la Grande Bretagne en cette
Cour , eut le 31 du mois dernier une audience de
l'Archiducheffe Gouvernante des Pays-Bas , & qu'il
la pria de la part de S. M. Br. de joindre fes inftances
à celles de la Cour de Londres , pour engager
la Reine de Hongrie à confentir que le Prince Charles
de Lorraine fe rendit dans les Pays- Bas , afin d'y
prendre le commandement de l'armée des Alliés.
Cette armée s'étant affemblée à Ninove , elle eft
allée camper à Keffelaër , près d'Oudenarde , & elle
a jetté plufieurs Ponts fur l'Efcaut , afin de paffer
cette riviere. Le bruit couroit qu'elle devoit être
renforcée de 20 ou 25000 hommes , qui feroient
détachés de l'armée que commande le Prince Char
les de Lorraine.
Le Duc d'Aremberg a établi fon quartier général
au Château d'Illikom , où il y a deux Régimens
de Dragons , & le Général Wade a pris le fien à
l'Abbaye d'Ename.
Il est arrivé d'Angleterre à Oftende 36 Bâtimens
de tranſport , à bord defquels étoient 2000 foldats
de recrues & 150 chevaux , deftinés pour les troupes
de la Grande Bretagne . On avoit fait prendre à
ces recrues & à ces chevaux , dès le lendemain de
leur débarquement , la route de Gand, par la droite
du Canal de Bruges , mais fur l'avis de la marche
d'un Détachement de 1000 hommes d'Infanterie •
& de 400 tant Dragons que Huffards , des troupes
Françoiles , qui s'étoit avancé pour les couper , ils
ont
1444 MERCURE DE FRANCE.
ont changé de chemin , & ils ont fuivi la gauche
du Canal , par l'ordre du Comte de Lalaing , Gouverneur
de Bruges.
Quelque tems avant que l'armée des Alliés s'ap
prochât d'Oudenarde , un Corps de 6.00 hommes
d'Infanterie & de 3000 de Cavalerie des troupes
commandées par le Maréchal Comte de Saxe , ſe
préfenta devant cette Place , & il tira fur les Gardes
avancées , dont il y eut plufieurs foldats de tués
Le Major Général Forgatsch , qui eft à Leuze
avec 2000 Huffards des troupes de la Reine de Hongrie
, ayant fait occuper le Village de Froidmont
par un Détachement , une partie du Régiment de
Graffin , de l'armée du Roi de France , furprit le 26
du mois dernier ce pofte que les Huffards furent
obligés d'abandonner. Ces derniers y étant retournés
, après que les ennemis fe furent retirés , ils y
furent attaqués une feconde fois le lendemain au
matin , mais ayant reçû un renfort , ils s'y maintinrent
, & ils firent fur les François 26 prisonniers ,
du nombre defquels font un Capitaine & un Lieutenant.
Le Prince de Heffe Philipfdhal , Gouverneur
d'Ypres , a dépêché un Officier , pour informer M.
de Kinfchor , Réfident des Etats Généraux , qu'il
étoit arrivé deux Corps de troupes Françoiſes dans
les environs ; que felon les apparences ces Corps feroient
fuivis d'un plus grand nombre de troupes ,
& qu'il y avoit tout lieu de croire que le deffein du
Roi de France étoit de former le Siége de cette
Place. Sur cette nouvelle , M. de Kinfchet partit
pour fe rendre à Ypres , & l'on préfumoir qu'il y
éto t allé afin de communiquer au Prince de Heffe
Philipsdhal une lettre que les Etats Généraux lui
ent envoyée par un courier extraordinaire .
On a reçû avis que le Corps de troupes Françoi
fes
JUIN. 1744. 1445
fes , commandé par le Duc d'Harcourt , étoit campé
près de Maubeuge , & qu'il avoit exigé de la
partie du Haynaut , qui eft fous la domination
de la Reine de Hongrie , des contributions de fou
rages , dont la Ville de Chimay devoit fournir pour
La part 60 rations par jour .
Les lettres de Gand marquent , qu'un Détache
ment des troupes Françoifes s'étoit emparé du pont
de Bellem , & que les ennemis fortifioient ce pofte
dans lequel ils ont mis fix piéces de canon .
Le Baron de Reifchach , Envoyé Extraordinaire
de la Reine de Hongrie , ayant remis aux Etats
Généraux une lettre que la Reine de Hongrie leur a
écrite pour les engager à ne pas differer plus longtems
de déclarer la guerre au Roi de France , cette
lettre a été envoyée aux differentes Provinces , afin
qu'elles donnent leurs avis fur la réponſe qu'il convient
de faire à S. M. H.
Le Comte de Vaſſenaër , qui revint de Lille le
16 , rendit com te le lendemain aux Etats Géné
raux de ce qui s'eft paffé dans les conférences qu'il
a euës avec les Miniftres de £ . M. T. C. & depuis
il a travaillé plufieurs fois avec divers Députés de
cette affemblée . On croit qu'il retournera inceffamment
à Lille , où il a laiffé ſon Sécretaire & plufeurs
de fes domeftiques.
Les lettres d'Embden marquent, que peu de jours
avant que le Roi de Pruffe partit de Pyrmont
pour retourner dans fes Etats , le Baron de Cocceji
s'étoit rendu à Aurich , en qualité de Commiffaire de
ce Prince , pour y prendre poffeffion de la Princi
pauté d'Ooft -Fife au nom de S. M. Pr.
On mande de Bruxelles du 20 de ce mois , que la
déclaration de guerre de la Reine de Hongrie contre
1446 MERCURE DE FRANCE.
tre le Roi de France y fut publiée le 16 avec les`
formalités accoutumées.
Le Maréchal Comte de Saxe a brûlé 160000 rations
de fourage dans les environs d'Oudenarde .
Il y a eu une rencontre entre un Détachement
de l'armée Françoife que commande ce Général ,
& un Détachement des Régimens de Dragons de
Stirum & de Ligne , des troupes de la Reine de
Hongrie ; le premier de ces Détachemens a reme
porté l'avantage , & l'on a conduit à Bruxelles
quelques chariots chargés de Dragons des troupes
de S. M. H, qui ont été bleffés en cette occafion .
W
FRANCE ,
JUIN. 1744 1447.
GYD GYD GYD GYD GO GO GO.
FRANCE ,
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
Lofcitus de faMaitona , or des Dames
E 16 Juin , la Reine , accompagnée des
>
de fa Cour , fe rendit chés S, A. R. Madame
la Ducheffe d'Orleans , à la Magdelaine de
Traînel , Fauxbourg S. Antoine. S. M. y
arriva vers les fix heures du foir , & ſe repofa
quelque tems avec cette Princeffe ,
dans un Cabinet des petits appartemens.
Elle alla enfuite voir l'Eglife & le Monaf
tére. S. M. affiſta au Salut , à l'iffuë duquel
elle fe promena quelque-tems dans les Jardins.
On rentra dans la Maiſon , & S. A. R.
fit fervir un fouper auffi magnifique que
délicat : il y eût d'autres tables également
bien fervies , & avec la même profufion.
On ſe mit au jeu , d'abord après le repas,
le jeu dura jufques vers les trois heures du
matin , que S. M. accompagnée de toute fa
fuite , partit pour retourner à Verſailles
après avoir témoigné à S. A. R. combien
elle étoit fatisfaite de fon Voyage , & de
tous les plaifirs que cette Princeffe lui avoit
procurés.
&
M:
448 MERCURE DE FRANCE
1
M. Durini , Archevêque de Rhodes ,
Nonce ordinaire du Pape , s'étant rendu à
Verfailles , il eut le 23 de ce mois fa premiere
audience particuliere de la Reine. Il
y fut conduit , ainfi qu'à celles de Monſeigneur
le Dauphin & de Mefdames de France
par le Chevalier de Sainctot , Introducteur
des Ambaffadeurs,
Le 24 de ce mois , les deux chemins couverts
de la Ville d'Ypres , qui font en face
de l'attaque Royale & de ceile de la gauche ,
ont été attaqués en même- tems vers les deux
heures du matin. Les Grenadiers y font entrés
avec beaucoup de bravoure , & ils y
ont fait des logemens , malgré le feu du canon
& de la moufqueterie de la Place , qui
a été très-vif.
Le Marquis de Beauvau , Maréchal de
Camp & Infpecteur de Cavalerie , eft mort
le même jour de la bleſſure qu'il a reçûë à
ceite attaque.
QUATRAIN POUR LE ROI,
L Es Bienfaits volent fur les traces
Du plus aimable des Vainqueurs.
C'eft par la Conquête des coeurs
Qu'ilprépare celle des Places.
POUR
JUIN. 1449 1744.
POUR LES HABITANS DE LILLE,
Quels VIVE-LE- ROI retentiffent !
Louis ; les Lillois s'applaudiffent
De vivre fous tes douces Loix ,
Peuple heureux , voici ton falaire ;
Ton Roi prenant un ton de Pere ,
Te répond , vivent mes Lillois.
L'Abbé Pelegrin,
Le 26 de ce mois , le Roi nomma le Duc
de Chartres & le Duc de Penthiévre, Lieutenans
Généraux de fes armées.
Le 21 & le 28 , S. M, reçût Chevaliers
de l'Ordre Royal & Militaire de S. Louis
treize Officiers de fes troupes.
L'Evêque d'Ypres , lequel étoit allé le
26 à Vlamerding,rendre fes refpects au Roi,
y retourna le 29, & pendant la Meffe il
prêta Serment de fidelité entre les mains de
S. M.
Le 29 , le Baron d'Eftrées , Lieutenant
Colonel du Régiment du Roi , Infanterie ;
le Prince de Naffau Saarbruck , & le Comte
de Noailles , ont été déclarés Maréchaux de
Camp , & M. de la Motte , Lieutenant Colonel
du Régiment de Bourbonnois , a été
fait Brigadier.
Le Roi a donné l'agrément du Régiment ,
II. Vol. H dont
1450 MERCURE DE FRANCE .
dont le Comte de Noailles étoit Colonel ,
au Marquis de Cuftine , Colonel de celui
de Hainault , & l'agrément de ce dernier
Régiment au Comte de Beauvau Craon ,
Capitaine dans le Régiment des Gardes de
Lorraine.
S. M. a donné l'agrément du Régiment
de Soiffonnois , dont le Comte de Donges
étoit Colonel , au Marquis de Donges , fon
fils , qui étoit Officier dans ce Régiment , &
l'agrément du Régiment de Cavalerie , dont
le Marquis de Fiennes étoit Meftre de
Camp , au Comte de Fiennes , fon fils , Capitaine
dans ce Régiment.
Le Roi a donné à M. de Ceberet , Lieutenant
Général , le Gouvernement de la Ville
d'Ypres. Le Chevalier d'Autry , Lieutenant
Colonel du Régiment de la Couronne , a cu
la Lieutenance de Roi de cette Place , dont
M. de Provinquieres , Capitaine de Grenadiers
dans le Régiment de Noailles Infanterie
, a été fait Major.
Le Gouvernement d'Aire, qu'avoit M. de
Ceberet , a été accordé par le Roi à M. de
Valliere , Lieutenant Général des armées du
Roi , & de l'Artillerie , qu'il a commandée
aux Siéges de Menin & d'Ypres.
Le Comte d'Aumalle , Ingénieur , & qui
a commandé le Génie aux mêmes Siéges , a
été nommé Commandeur de l'Ordre Royal
& Militaire de S. Louis, L.c
JUIN. 1744 1451
Le Roi de Portugal a fait faire par M.
Germain , Orfévre ordinaire du Roi , une
Chapelle, confiftante en une Croix de neuf
pieds fix pouces de hauteur , & fept chandeliers
, d'argent doré , proportionnés à la
grandeur de la Croix , qui a plû à tous les
Connoiffeurs , le tout pefant 2000 marcs
ou environ , d'une forme toute nouvelle &
dans le goût Romain , comme M. Germain
en avoit fait à Rome.
BENEFICES DONNE'S.
Le Roi a accordé l'Abbaye de Chaage
O. de S. Auguftin , D. de Meaux , à l'Abbé
de Cerizy , Vicaire Général de l'Archevêché
de Rouen .
Celle d'Olivet , O, de Cîteaux , D. de
Bourges , à l'Abbé de Fleurigny , Chancelier
de l'Eglife Métropolitaine de Bourges.
Hij COM1452
MERCURE DE FRANCE.
COMPLIMENTfait à M. l'Archevêque
de Sens , à Donnemarie , par M. Cottereau
, Curé de cette Ville , le 20 du mois
de Mai 17.44.
A
U milieu des applaudiffemens publics
dont nos échos retentiffent , permettez
, M. que je mêle ici ma foible voix , pour
rendre à V. G. un des principaux devoirs de
mon miniſtere , & lui préſenter en mêmetems
les refpectueux hommages d'un peuple
qui vous aime , qui vous honore , & qui
vous admire. Qu'il eft flateur pour nous ,
M. d'être auffi - tôt les admirateurs de votre
zéle, que nous commençons d'en être les témoins
& d'en reffentir les effets ! En falloitdavantage,
pour nous porter tous unanimement
à venir au-devant de l'Oingt du Seigneur
, qui fe hâte de nous honorer de fa
vifite , pour lui faire , à l'exemple du peuple
de Jerufalem , un innocent triomphe
de nos acclamations & de nos allegreſſes ,
& lui marquer fincerement la joïe dont notre
coeur eft comblé ?
Qu'on vante avec juſtice , M. la nobleſſe
de votre fang , le luftre de votre maiſon , la
puiffance & l'éclat de votre éminente dignité.
Que malgré votre modeftie , on remar
que en vous ce génie fupérieur , cette vaſte
érudition , cette éloquence fublime, & d'ailleurs
ces façons d'agir fi populaires , fi douces
JUIN. 1744. 1453
ces & fi gracieuſes. Que l'on refpecte , que
l'on admire ces tréfors de grace & de fageffe
qu'a verfé dans votre fein le fuprême
Arbitre de nos deftinées. Qu'on vous regarde
dans la Chaire de l'Evangile comme un
Chrifoftôme. Qu'on dife que la Vérité vous
a choifi pour fon défenfeur comme un Athanafe
. Qu'on parle avec édification de ces
Conférences & de ces Retraites Eccléfiaftiques
, établies par votre ordre , & foutenues
les unes par vos foins , & les autres par votre
exemple. Qu'on s'étonne du fuccès prodigieux
de ces entretiens falutaires , de ces
difputes Chrétiennes , de ces difcours véhémens
, qui font tant d'honneur & de gloire
à la Religion. Qu'on applaudiffe de toutes
parts à ces merveilleux Ouvrages dont vous
avez enrichi l'Eglife , & aufquels femble attachée
la grace des Converfions , Ouvrages
qui portent le flambeau de la Vérité julques
dans les plus épaiffes ténébres du menfonge
, qui la peignent à nos yeux , & qui
l'impriment dans l'efprit avec des traits fi
nobles & fi forts, qu'elle n'a plus befoin que
de la bonne-foi , pour achever de le foumettre.
Enfin , que les Hiftoriens de notre fiécle
s'empreffent déja à recueillir tant de
beaux faits, & à décrire tant d'autres actions
glorieufes qui vous rendront recommandable
à la pofterité la plus reculée .
Pour moi , M. content de m'acquitter au-
Hiij jour1454
MERCURE DE FRANCE.
jourd'hui de l'hommage qui vous eft dû par
des témoignages publics de refpect & de reconnoiffance
, tantôt profterné au pied du
Trône de l'Agneau fans tache , tantôt vous
Tappellant à ma mémoire dans le Sacrifice
augufte de nos Autels , je bornerai tous mes
foins à demander au Dieu des Nations, qu'il
répande fur l'ardeur de votre zéle , une
abondance de bénédictions & de profperités
; qu'il maintienne l'honneur & la gloire
de votre Pontificat. Mais furtout je le conjurerai
avec inftance , de vous donner la vie
la plus longue , fortement perfuadé que
d'obtenir du Ciel la confervation de votre
illuftre perfonne , c'eft obtenir la félicité du
Diocèfe , c'eft obtenir la Paix , le bon ordre
, & la tranquillité dans nos Paroiffes ;
en un mot , c'eft obtenir une vie , auffi précieuſe
à l'Etat que falutaire à l'Eglife.
SUR la prife de la Ville de Menin , par
Ro'r en perfonne.
MADRIGAL
M Enin , de notre Roi pacifique & guerrier
Devient la premiere conquête.
Ciel , puiffe la Paix à ce nouveau Laurier
Pour orner dignement la tête ,
Ajoûter encor l'Olivier !
A Amiens , le 9 Juin 1744.
AC
le
JUIN. 1744. 1455
ACTIONS de Graces rendues , & Rejouiffances
faites à Paris au fujet de la prife
de Menin , par le Roi en perfonne.
Cette Place n'eut pas plûtôt été réduite à
l'obéiffance du Roi , que le premier foin de
ce grand Prince fût d'en rendre lui - même
de folemnelles actions de graces à Dieu , le
feul Maître des Bénédictions & des heureux
fuccès. Avec la même diligence , & le même
efprit , S. M. écrivit à l'Archevêque de
Paris & à tous les autres Prélats de fon
Royaume la Lettre qui fuit.
MON COUSIN , la Reine de Hongrie foutenue
des Forces du Roi d'Angleterre , s'étoit propofée
de pénétrer mes Frontieres , & de faire les plus
grands efforts pour porter dans mes Etats une Guerre
dans laquelle je n'ai jamais eû d'objet , que de
donner à mes Alliés les fecours qu'exigeo ent de
moi la justice de leurs droits & mes engagemens ,
& de veiller à la confervation de mes propres Sujets
; ces mêmes motifs m'ont déterminé à raflembler
en Flandre une Armée confiderable & de m'y
rendre en Perfonne , pour tâcher de déconcerter
les projets de mes ennemis , & de les obliger par la
force des Armes à écouter enfin la voix de la Juftice
Le Dieu des Armées qui connoît la droiture &
le défintereffement de mes intentions , vient de fignaler
Fouverture de cette Campagne par la prife
de Menin. Cette Place qui , en me donnant entrée
dans le Pays ennemi , me met en état d'y prendre
de nouveaux avantages , a été inveftie le 18 du
mois dernier , & après fept jours de tranchée ouverte,
elle s'eft tendue le quatre de ce mois ; moins
Hiiij touché
1456 MERCURE DE FRANCE.
touché de cette Conquête que pénétré de la reconnoiffance
que je dois à la protection Divine , mes
premieres attentions ont été de rendre à Dieu les
graces qui lui en font dûës. Et je vous fais cette Lettre
pour vous dire que mon intention eft que vous.
faffiez chanter le Te Deum dans l'Eglife Métropolitaine
de notre bonne Ville de Paris , & autres de
votre Diocèſe , avec les folemnités requiſes , au jour
& à l'heure que le Grand - Maître , ou le Maître des
Cérémonies vous dira de ma part , & que vous y
invitiez tous ceux qu'il conviendra d'y affifter.
Sur ce , je prie Dieu , qu'il vous ait , MON COUSIN ,
en fa fainte & digne garde . Ecrit à Lille , le 13 Juin
1744. Signé , LOUIS . Et plus bas , PHELIPEAUX.
Et au dos eft écrit : A mon Coufin l'Archevêque
de Paris , Duc de Saint Cloud , Pair de France ,
Commandeur de l'Ordre du Saint - Elprit.
MANDEMENT de M. l'Archevêque de Paris.
CHARLES- GASPARD Guillaume de Vintimille des
Comtes de Marfeille du Luc , par la Miféricorde Divine
, & par la grace du faint Siége Apoftolique ,
Archevêque de Paris , Duc de S. Cloud , Pair de
France , Commandeur de l'Ordre du Saint- Esprit ,
c. Aux Archiprêtres de fainte Marie- Magdeleine
& de S. Severin , & aux Doyens Ruraux de notre
Diocèfe , Salut & Bénédiction.
Le Ciel a commencé d'exaucer les voeux que
nous lui avons addreffés pour la profpérité de nos
armes . La Ville de Menin affiégée par le Roi en
perfonne , a été forcée de fe rendre après fept jours
de tranchée ouverte , fans autre perte du côté des
troupes employées à l'attaque de cette Place , que
celle d'un très - petit nombre de foldats .
Au milieu de la joie qu'un fuccès fi prompt & fi
heureux caufe à tout le Royaume , n'oublions pas
de nous acquitter des devoirs de Religion que la
reconnoiffance nous impoſe. Loin de nous vanter
avec
JUIN. 1744. 1457
avec orgueil que (a) c'est notre main , notre Puiffance
& non le Seigneur qui a fait toutes ces choſes , reconnoiffons
avec humilité ( 6 ) qu'elles font l'ouvrage
de la droite du Très- Haut , & rendons lui le
tribut de louanges & d'actions de graces,qu'exige un
avantage que nous pouvons regarder comme un des
premiers fruits de notre recours à fa Divine bonté.
Mais ce fuccès qui excite aujourd'hui notre gratitude
, doit encore animer notre confiance & nous
faire redoubler nos Prieres dans l'efperance qu'il
nous donne , que par des voeux plus ardens nous
obtiendrons de plus grands bienfaits. Il n'eft rien
que nous ne puiffions attendre de celui dont nous
avons déja éprouvé les faveurs : ( c ) fon Nom eft le
Tout- Puiffant , & il ( d ) eft toujours difpofé à fecourir
ceux qui l'invoquent . Arbitre fouverain de la Guerre
& des Combats ( e ) il accorde la Victoire à qui il lui
plaît , & c'est pour l'ordinaire à ceux qui s'en rendent
dignes , par un humble aveu de leur foibleffe , & dự
befoin qu'ils ont de fa protection & de fon fecours .
Recourons donc à Dieu avec une nouvelle ferveur
, & prions le de conduire lui même ces nombreuſes
armées que la néceffité d'une juſte défenſe
oppole à nos ennemis ; demandons - lui qu'il donne
à l'augufte Monarque , fous les ordres duquel elles
combattent , la force & la fageffe néceffaires pour
exécuter heureuſement les entreprifes qu'il a formées,
& furtout qu'il le fauve des périls aufquels il
s'expofe , avec une intrépidité qui a allarmé plus
d'une fois , pour fa perfonne facrée , des hommes
accoûtumés à ne rien craindre pour eux-mêmes.
Quoi de plus intéreffant pour nous que la confervation
d'un Prince , qui employe fans ménagement
fes foins & fes travaux , en vûë d'épargner à ſes
( a ) Deuteron. 32. v. 27. ( b ) Pf. 117. v. 15.
(c ) Exod. Chap. 15 , v. 3.
( d ) Pf. 144 , v. 18..
( c ) Machab. 2 , IS , V. ZI .
H Pe
1458 MERCURE DE FRANCE
Peuples les fuites onereufes d'une longue Guerre
& qui eft toujours prêt de facrifier à leur foulagement
& à leur repos les avantages que femblent lui
promettre l'ardeur & l'affection de fes troupes ?
A CES CAUSES , & pour nous conformer aux in
tentions de S. M. après en avoir conféré avec nos
vénérables Freres les Doyen , Chanoines & Chapi
tre de notre Eglife Métropolitaine , nous ordonnons
, qu'en actions de graces de la prife de la Ville
de Menin , Mercredi prochain , dix fept du préfent:
mois de Juin , on chantera le Te Deum dans notre
dite Eglife , après lequel on dira l'Antienne , Do
minefalvum fac Regem , &c. avec le Verfet , Fiat
manus tua , &c. & l'Oraiſon Pro Rege & ejus Exercitu.
Que Dimanche , vingt-un du même mois , il
fera pareillement chanté avec ladite Antienne dans
toutes les Abbayes , Chapitres , Paroiffes & Couvents
de la Ville & des Fauxbourgs.de Paris ; & le
Dimanche d'après la reception de notre prefent:
Mandement , dans toutes les autres Eglifes de notre
Diocèfe. Si vous mandons , que ces Préfentes, vous
ayez à notifier à tous Abbés , Prieurs , Curés , Su
perieurs & Superieures des Communautés exemtes
& non exemtes , à ce qu'ils n'en ignorent , & qu'ils
Pobfervent & faffent obferver par les perfonnes qui
leur font foumifes . Donné à Paris , en notre Palais
Archiepifcopal le 15 Juin 1744. Signé † CHARLES ,
Archevêque de Paris , c.
Le 20 , le Grand Prieur de l'Abbaye Royale de S.
Germain-des-Prez , donna auffi fon Mandement.fur
le même fujet ; en voici la teneur.
JEAN BOURDE T , Grand-Prieur de l'Abbaye
Royale de S.Germain des - Prez , immédiate au S. Sié- .
ge , & Vicaire Général de S. A. S. M. le Comte de
Clermont , Prince du Sang , Abbé Commandataire
de
JUI N. 1459 1744.
de ladite Abbaye : A tous les Fidéles de notre Jurifdiction.
Salut en Notre-Seigneur.
Mes très- chers Freres , vos voeux ont commencé
d'être exaucés : la ferveur avec laquelle vous les
avez offerts au Seigneur , a attiré fur les armes de
notre Augufte Monarque les bénédictions du Ciel ,
que des intentions auffi pures que les fiennes mériroient.
Vous n'avez pû le voir partir , fans trembler
pour les jours précieux . Votre crainte étoit fondée ::
il n'a voulu fe repofer que fur lui - même du fuccès
du grand projet de donner la Paix à l'Europe ; il a
ouvert la Campagne par le Siége de Menin , l'une
des fortes Places des Pays- Bas . La vigoureufe réfif
tance que la Garnifon s'étoit propofé de faire , l'inondation
de la Campagne , les pluyes continuelles :
& mille dangers aufquels il s'eft exposé avec intré--
pidité , rien n'a pu ralentir fon courage , & il a forcé
la Ville à fe rendre. C'eft ici , mes très chers Freres ,
l'oeuvre de Dieu ; il y auroit de l'ingratitude à ne pas
le reconnoitre ; il eft le Dieu des Armées , & il
donne la victoire à qui il lui plaît . Rendons- lui
donc les actions, de graces que demande une faveur
qui doit être la fource de plufieurs autres , & qui
ouvre au Prince cheri , qui nous gouverne, une carriere
qui le conduira en peu de tems au terme hea→
reux qu'il s'eft propofé.
A CES CAUSES , pour fuivre les pieufes intentions
<du Roi , & pour fatisfaire aux devoirs de notre miniftere
, nous ordonnons que Dimanche vingt un
du préfent mois , à l'iffue des Vêpres , on chantera
dans notre Eglife le Te Deum ; le Pfeaume Exau--
diat ; l'Oraifon Pro gratiarum Actione , & celle qui
eft marquée Pro Rege ejus exercitu Donné en
l'Abbaye Royale de S. Germain-des- Prez , le 20 ›
Jain 1744. Signé , F. JEAN BOURDET , Grand Prieur:
& Vicaire Général de S. A. S. &.c...
Hvj
En
1460 MERCURE DE FRANCE:
En conféquence de la Lettre du Roi à l'Archevê
que de Paris , on chanta le dix- fept , après mi→
di , dans l'Eglife Métropolitaine de cette Ville le
Te Deum , auquel l'Archevêque officia pontificalement.
Le Chancelier de France , accompagné de
plufieurs Confeillers d'Etat & Maîtres de Requêtes
y affifta , ainsi que le Parlement , la Chambre des
Comptes , la Cour des Aydes , & le Corps de Ville,
qui y avoient été invités de la part du Roi , par le
Marquis de Dreux , Grand-Maître des Cérémonies.
Le Roi avoit auffi écrit fur le même fujet , & le
même jour 13 Juin , au Parlement & aux Prevôr
des Marchands & Echevins de Paris , une Lettre à
peu près conforme à celle de l'Archevêque ; les ordres
de Sa Majesté étoient énoncés en ces termes à
l'égard des Prévôt des Marchands & Echevins.
Nous vous faifons cette Lettre , pour vous dire que
nous avons donné nos ordres pour faire chanter le
Te Deum dans l'Eglife Métropolitaine de notre
bonne Ville de Paris , & nous vous mandons de vous
y trouver au jour & à l'heure que le Grand Maître ,
ou le Maître des Cérémonies vous dira de notre
part ; & au furplus de donner les ordres néceffaires
pour faire allumer des feux par toute notrediteVille .
Si n'y faites faute. Car tel eft notre plaisir . Donné à
Lille le 13 Juin 1744. Signé , LOUIS . Et plus bas.
PHELIPEAUX. Et fur la fufcription eſt écrit : A nos
chers & bien amés les Prévôt des Marchands &
Echevins de notre bonne Ville de Paris.
Jamais ordres ne furent reçus avec plus de joye
& exécutés avec plus de zéle . Dès le même jour , on
fit travailler à l'élévation & Décoration du grand
Edifice de charpente , qui devoit contenir le feu
d'Artifice qu'on a coûtume de tirer dans la Place
de Grève en pareilles occafions. On jugera de
cet Edifice & de fes ornemens par la Deſcription qui
са
JUIN. 1744. 1461
en fat publiée le même jour de l'exécution du feu ,
& dont voici la teneur.
L'Edifice repréſente une Citadelle , far laquelle
eft dreffée une Tente , terminée en Pyramide , &
furmontée d'un Globe & d'un Soleil , Deviſe du
Roi.
On a peint fur le milieu de la Pyramide un Trophée
d'Armes entrelaffé de Lauriers , & au- deffous
te Chifre de Sa Majesté.
Au haut de la Citadelle font repréſentées les Armes
de France , foutenues par deux Renommées ;
qui publient la Gloire du Roi.
Au milieu , & fur les Marches , du côté qui regarde
l'Hôtel- de -Ville , eft placé un Pied-d'Eftal , fur
Jequel eft la Statuë de Jupiter foudroyant , accompagné
de deux Figures, Emblêmes de la Vertu Hé-
Toique & de la Force.
* Aux deux côtés de la porte de la Citadelle , s'élé
vent des Palmiers entrelaffés de Lauriers , & porrant
des Médaillons & des Bas-Reliefs , où font exprimés
divers travaux de la Guerre : cette difpofition
eft auffi répétée ſur les autres Faces.
Sur la Face qui regarde le Quai Pelletier , Bellone
élevée fur un Pied- d'Eftal , paroît la Pique à la
main , accompagnée des deux Figures Symboliques
de la Victoire & de la Conftance.
Sur la troifiéme Face , qui eft oppofée à la rue de
la Vannerie, deux Figures, repréfentant la Valeur &
la Science Militaire , font aux deux côtés du Pied
d'Eftal de la Statuë du Dieu Mars.
Enfin , fur la quatriéme Face , eft la Statuë de
Pallas , accompagnée auffi de deux Figures, qui repréfentent
l'Amour de la Gloire & la Clémence.
L'Edifice eft de douze toifes d'élévation , fur fiz
de largeur.
Le tout a été conduit par M. Beaufire , Architecte
du
462 MERCURE DE FRANCE .
du Roi , Maître Général- Contrôleur- Inspecteur des
Bâtimens de la Ville , & exécuté par les Sieurs Dé
Mefnil , freres , Peintres de la Ville.
Dès le 15 Juin , les Prévôt des Marchands &
Echevins rendirent trois Ordonnances de Police ,
qui furent publiées le lendemain , veille du jour de
l'exécution du feu d'Artifice , & c. La premiere ,
concernant la conftruction des Echaffaux dans la
Place de Gréve, & la Police qui devoit être obfervée
fur la Riviere , à l'occafion du feu d'Artifice , quí
fut tiré Mercredi 17 du préfent mois , devant l'Hô
tel-de- Ville , en réjouiffance de la prife de Menin's
par l'Armée du Roi , que S. M. commande en per
fonne.
La feconde , concernant les Illuminations aux fa
çades des maifons en réjouiflance , & c.
{
Et la troifiéme , concernant la sûreté des Bâteaux
& des Marchandifes , étant dans l'étendue des Ports
de cette Ville , de ceux au-deffus & dans les bras
des Rivieres de Seine & de Marne , & fur la Riviere
d'Yerre , & défenfes d'y tirer aucunes fufées , & aures
qualités d' Artifices , & d'allumer aucuns feux
foit fur lesdites Rivieres , ou le long defd. Ports.
Le même jour , le Lieutenant Général de Police
rendit auffi une Ordonnance , qui enjoignoit aux
Habitans de la Ville & Fauxbourg de Paris , de
mettre des lumieres à leurs fenêtres , en réjouiſ,
fance , &c.
Au moyen de ces fages précautions , qui font
un honneur infini à ces Illuftres Chefs de la Police
d'une Ville immenfe , on ne fçauroit trop admirer
le bon ordre , la sûreté , & fi cela fe peut dire , une
efpece de tranquilité , qui ont regné tout ce ſoir la
& une bonne partie de la nuit parmi des Citoyens
de toute efpece ; tout s'étant pallé fans bruit , fans
querelle , & fans qu'il foit arrivé le moindre accident.
On a même remarqué qu'en général , les Citoyens
JUIN. 1744.
1463
Toyens alloient & venoient dans tous les Quartiers
de Paris avec la même fatisfaction & le même agré.
ment avec lefquels on fe promene dans le Jardin
Royal desTuilleries.
SUR le Feu de l'Hôtel-de-Ville de Paris ,
tiré le 17 Juin 1744 , à l'occafion de la
prife de Menin par l'armée Françoiſe ›
commandée
J
par
le Roi.
'Entends mille chants d'allegreffe ;
La nuit eft rivale du jour ;
A nos Voeux le Ciel s'intéreſſe.
LaPaix dans cet Empire eft- elle de retour ?
Loin d'ici cette Paix qu'enfante la molleffe
Au milieu des plaifirs d'une fuperbe Cour ;
Celle qu'on nous promer eft fille de la Gloire ,.
Et dans fon ancien féjour
LOUIS la conduira dans fon char de Victoire 9*
Monument glorieux des Hauts Faits de mon Roi ,,
Brillez ; à votre afpect que notre joye éclate ;
La France envers fes Rois ne fut jamais ingrate.
Dieu ! que je fuis fâché qu'on en faffe une Loi .
L'amour en pareil cas devroit avoir difpenfe ;
Il a dans tous les coeurs imprimé l'Ordonnance ; .
Vôlez rapides feux ; éclatez dans les airs ; "
Replongez , en tombant , la difcorde aux Enfers
Excitez dans nos coeurs la joye & l'efperance ,.
Et portez jufqu'aux Cieux notre reconnoiffance.
De Bonneval,
1
Le
1464 MERCURE DE FRANCE.
Le 21 Juin,jour auquel le Te Deum fut chanté ſolemnellement
à l'Eglife de l'Abbaye S. Germain ,
on fit dès les heures du matin une décharge de
plus 120 piéces , tant de canon que de coulevrines,
&c. placées dans le grand Jardin du Monaftere. A
midi on fonna les groffes cloches , & on fit une feconde
décharge de la même Artillerie . On en fir
deux autrespendant le Te Deum . Et le foir , vers les
neufheures , après une derniere décharge , on illumina
toute la façade exterieure du Monaftere , &
toutes les Maifons de la cour. On fit la même chofe
dans la cour de l'Abbé, & le Palais fut entierement
illuminé avec beaucoup d'art. Le fond duJardin le fut
de même. Plufieurs pièces de vin coulerent toute la
nuit pour le Peuple,& il y eut quantité de rafraîchiffemens
pour les Perfonnes de confidération . A mi
nuit, il y eat Concert dans les appartemens du Prince
, lequel dura jufqu'au jour.
Un Peuple infini rempliffoit les deux grands Enclos
de l'Abbaye , cependant , à l'exemple du refte
de la Ville , il n'y eut ni confufion ni défordre , ni
aucun accident fâcheux , ce qui eft , fans doute , dâ
à la bonne Police des Officiers de Juftice , qui
avoient rendu & fait afficher dès le matin l'Ordonnance
fuivante .
DE FAR S. A. S. M. le Comte de CLERMONT ,
Prince du Sang, Abbé Commandataire de l'Abbaye
Royale de S. Germain des Prez ; Mrs les Prieur &
Religieux de ladite Abbaye.
Oui & ce requerant le Procureur Fifcal , nous enjoignons
aux habitans des deux Enclos de l'Abbaye
Royale de S. Germain des Prez , de faire des Illuminations,
en mettant des lumieres à leurs fenêtres,
Dimanche au foir 21 du préfent mois , jour auquel
il fera chanté un Te Deum dans l'Eglife de ladite
Abbaye , au fujet de la priſe de la Ville de Meninį
JUIN. 1465 1744.
nin ; leur faifons défenfes expreffes & à tous particuliers
qui fe trouveront dans lefdits deux Enclos
ledit jour 21 du préfent mois , de tirer aucunes Fufées
, Boëtes , Petards , Piſtolets & autres Armes à
feul dans les rues defdits Enclos , ni par les fenêtres
d'aucunes maiſons , à peine de 20 livres d'amende ,
dont les peres & meres feront refponfables pour
leurs enfans , les Maîtres pour leurs domeftiques ,
& les Marchands & Artifans pour leurs Compagnons
& Apprentifs , & pourront les Contrevenans
être arrêtés fur le champ. Mandons aux Huiffiers de
ce Bailliage de tenir la main à l'exécution de notre
préfente Ordonnance , qui fera imprimée , luë , publiée
& affichée dans le dits deux Enclos , à ce que
perfonne n'en ignore . Ce fut fait & donné par nous
Claude-Nicolas L'HERMINIER , Avocat au Parlement
, Bailli , Juge Civil , Criminel & de Police au
Bailliage de ladite Abbaye, ce Mardi 16 Juin 1744.
Signé , L'HERMINIER . Beville , Greffier.
-Terminons tout ce que nous avions à dire fur ces
Cérémonies , en donnant à nos Lecteurs quelque
notion de la Ville dont la priſe a été le ſujet.
MENIN eft une Ville des Pays - Bas , fituée dans la
Province de Flandre, fur la Riviere de Lys, entre Armentiere
& Courtray , à trois lieuës de Lille. Son
nom Flamand eft Meenen.
Elle fut fermée de murailles en l'année 1578 ,
mais un grand incendie la réduifit prefque en cendres
en 1585. Après avoir été rebâtie , les François,
qui en ont été les Maîtres depuis 1667 , en avoient
fait une des plus fortes Places de la Flandre . Le
Roi Louis XIV y fit faire une nouvelle Enceinte de
murailles , fanquée de huit Baftions.
Quoique Menin fût de la Châtellenie de Courtray,
le Traité de Nimegue l'en démembra , & la déclara
de
1466 MERCURE DE FRANCE.
de la Flandre , avec tout fon Territoire ou Verges
Cela fut confirmé par l'Article FX du Traité de Ryf
wick. La Ville ayant été prife en 1706 par l'armée
des Alliés , elle fut cedée à la Maifon d'Autriche
par les Traités d'Utrech , de Raftadt & de Bade.
Par le Traité de la Barriere , fait en 1715 avec
P'Empereur Charles VI , les Hollandois ont eu le
droit d'y mettre le Gouverneur & la garniſon.
La Ville de Menin eft fort agréable , quoique
d'une médiocre étenduë . Quatre portes conduifent
à quatre ruës principales , & ces rues fe terminent à
la Place d'Armes , qui eft devant l'Hôtel de Ville . Il
n'y a qu'une Paroiffe , dédiée à la Ste Vierge , mais
on y trouve des Couvents de Capucins & de Rés
collets , des Bénédictines. réformées , des Domini
caines , des Auguftines , & des Soeurs Bleuetes .
Le Commerce de Menin confifte en Draperies ,
en Bierre blanche , dite Blanquette , fort cftimée. Il
y a auffi une grande Blanchifferie de Toiles dans
les Prairies des environs .
La Verge de Menin forme un Canton particulier ,
faifant toujours partie de la Châtellenie de Courtray,
& contenant treize gros Villages ; entre autres
Ifegem , ou Ifenghien , qui fut érigée en Principauté
en 1648 , en faveur de Baltazar de Gand , Gouver
neur de la Flandre Wallonne ; Heullé , Baronie , &
Weve ghem , où il y aun Monaftére de Religieufes
de l'Ordre de Citeaux , fondé en 1214 par la Comteffe
Marguerite de Flandre.
PROMOTION d'Officiers Généraux
du mois de Juin 1744.
XII. Lieutenans Généraux.
Le Comte d Aunay Jean- Charles de Mefgrigny
Maréchal de Camp du 24 Février 1738 ; il eft petitfils
JUIN. 1744.
1467
fils , par Mad. fa mere , de feu M. le Maréchal de
Vauban. Voyez pour fa Généalogie , le Nobiliaire
de Champagne , dreffé par ordre de M. de Caumar.
tin , Intendant de Juftice de cette Province.
Le Comte de Beranger , Maréchal de Camp du
premier Mars 1738 , d'une Mailon de Dauphiné ,
également marquée par fon ancienneté , par les Alliances
& fes fervices.
Le Marquis de Balleroy ( Jacques - Claude-Auguf
tin de la Cour Maréchal de Camp du premier Mars
1738 , Premier Ecuyer de M. le Duc d'Orleans , au
paravant Gouverneur de M. le Duc de Chartres , &
ci- devant Lieutenant des Gardes du Corps de S. M.
Le Marquis de Chabannes ( François Antoine de
•Chabannes Pionfac ) Lieutenant Colonel du Régiment
des Gardes Françoiles du mois de Mai 1744,
Maréchal de Camp du premier Mars 1738 , Grand
Croix de l'Ordre Militaire de S. Louis , & ci- devant
Capitaine , puis Major du même Régiment. Voyez
fa Généalogie dans l'Hiftoire des Grands Officiers
de la Couronne.
Le Duc de Richelieu ( Louis- François- Armand de
Vignerot du rleffis - Richelieu ) Pair de France , Commandant
en Languedoc , Chevalier des Ordres dur
Roi , Premier Gentilhomme de fa Chambre , Maréchal
de Camp du 24 Février 1738 .
Le Prince de Pons ( Charles-Louis de Lorraine
Marfan ) Chevalier des Ordres du Roi , Maréchal
de Camp du premier Mars 1738.
Le Marquis de Dreux ( Michel Dreux , Marquis
de Brezé) Maréchal de Camp du premier Mars
1738 , Grand-Maître des Cérémonies de France , en
furvivance de M. le Marquis de Dreux , fon pere ,
auffi Lieutenant Général des Armées du Roi.
>
Le Duc de Luxembourg ( Charles-François - Frede
ric de Montmorency- Luxembourg ) Pair de France ,
Chevalier des Ordres du Roi , Gouverneur de la
Province
1468 MERCURE DE FRANCE.
Province de Normandie , Maréchal de Camp du 24
Février 1738
Le Comte d'Eftrées ( Louis- Charles - Céfar le Tellier de
Louvois ) ci devant Marquis de Courtenvaux , Maréchal
de Camp du premier Mars 1738.
Le Comte de Berchiny , Maréchal de Camp du premier
Mars 1738 , Commandeur de l'Ordre Militaire
de S. Louis depuis 1743 , Meftre de Camp d'un
Régiment de Huffards , qu'il amena en France , par
Commiffion du premier Mars 1719.
Le Comte de Clare ( N .... O - Brien ) Maréchal
de Camp du premier Mars 1738 , Colonel du Régiment
de Clare , Irlandois , depuis 1718.
Le Chevalier d'Apchier ( Claude Aunet d'Apchier ,
des Barons de S. Didiers , puiné de l'ancienne Maifon
d'Apchier ) Maréchal de Camp du 24 Février 1738 ,
ci-devant premier Sous-Lieutenant des Gendarmes
de la Garde.
"
XVIII. Maréchaux de Camp.
M. du Chambon , Aide- Major de la Compagnie
'des Gendarmes de la Garde , Brigadier de Cavalerie
du premier Août 1734.
M. de Gault , Premier Lieutenant de la Compagnie
des Grenadiers de la Maifon du Roi, Brigadier
du premier Août 1734.
M. de Romecourt , Lieutenant Colonel du Régiment
de Dragons de Beaufremont , Brigadier de
Dragons du premier Mars 1738.
M. Hyppolite de Beaumont Gibaut , Enfeigne des
Gardes du Corps , Brigadier de Cavalerie du premier
Janvier 1740. Il eſt d'une ancienne Nobleffe
de Saintonge , & frere de M. l'Evêque de Saintes . "
Le Chevalier de Saumery ( Alexandre de Johanne )
Enfeigne des Gardes du Corps , Brigadier de Cava
lerie du premier Janvier 1740.
JUI N. 1744. 1469
2
Le Chevalier de Champeron ( N..... de Montbely
'Aide-Major & Lieutenant des Gardes du Corps ,
Brigadier du 15 Mars 1740.
Le Comte de Rafilly ( Armand-Gabriel-Louis de Rafilly
) Brigadier d'Infanterie du premier Janvier
1940 , & Capitaine d'une Compagnie du Régiment
des Gardes Françoifes depuis 1726 , & Officier dans
ce Régiment depuis 1705 .
M de Séedorf ( N..., Fégely ) Colonel d'un Ré
giment Suiffe de fon nom , & Brigadier d'Infanterie
du premier Janvier 1740.
· Le Marquis de Fiennes ( Charles Maximilien de
Fiennes , des Vicomtes de Fruges ) Meftre de Camp
d'un Régiment de Cavalerie du mois de Juin 1735,
Brigadier du 15 Mars 1740.
Le Comte de Loigny ( Philippe- François de Montmorency
) Meftre de Camp Lieutenant d'une des
Brigades du Régiment Royal des Carabiniers , Bri
gadier de Cavalerie du 15 Mars 1740.
Le Comte de Donges ( Guy- Marie de Lopriac) Colonel
du Régiment de Soiffonnois du 24Février 1738,
Brigadier d'Infanterie du premier Janvier 1740.
Le Marquis de Levis-Château-Morand ( François-
Charles de Levis ) Meſtre de Camp d'un Régiment de
Cavalerie de fon nom , du 4 Mars 1727 , Brigadier
du 15 Mars 1740.
Le Marquis d'Avarey ( Charles de Béziade ) Colo
nel du Régiment de Nivernois en 1734 , Brigadier
d'Infanterie du premier Janvier 1740 , fils de M..le
Marquis d'Avarey, Lieutenant Général des Armées
du Roi , & Chevalier de fes Ordres.
Le Comte de Fitz-James ( Edouard ) Colonel du
Régiment de Berwik , Irlandois , depuis 1729 , Brigadier
d'Infanterie du premier Janvier 1740 .
Le Marquis de Beaufremont ( Louis de Beaufremont
Liftenay ) Mcftre de Camp d'un Régiment de Dra
gons
1470 MERCURE DE FRANCE.
gons de fon nom , du 14 Décembre 1730 , Briga
dier de Dragons du 15. Mars 1740 .
Le Prince de Tingry ( Charles François - Chriftian de
Montmorency- Luxembourg ) fils du Maréchal de Montmorency
, Colonel du Régiment de Touraine du
14 Février 1738 , Brigadier d'infanterie du premier
Janvier 1740.
Le Comte de la Sufe ( Louis-Michel Chamillart }
Meftre de Camp d'un Régiment de Dragons de fon
nom du 3 Mai 1731 , Brigadier de Dragons du 15
Mars 1740.
Le Duc de Fleury (André- Hercule de Roffet de
Fleury ) Pair de France , petit- neveu du feu Cardinal
de Fleury , Meftre de Camp Lieutenant du Ré
giment Royal de Dragons du to Mars 1740 , Bri
gadier de Dragons du 15 Mars 1740.
XXIV Brigadiers , tant d'Infanterie , que de
Cavalerie & de Dragons.
M. de S. Clair ( N....Vidard ) Aide-Major d'une
des Compagnies des Gardes du Corps , Mestre de
Camp de Cavalerie.
M. de Varneville , Exempt des Gardes du Corps ,
Meftre de Camp de Cavalerie.
M. de Montigny, Exempt des Gardes du Corps ,
Mestre de Camp de Cavalerie.
Le Comte d'Afpremont ( N... d'Aſpremont d'Orshe
) Maifon de Gascogne , Capitaine d'une Compagnie
du Régiment des Gardes Françoifes depuis
1730 , & Officier dans ce Régimemt depuis 1710 .
M. de Chambon , Capitaine d'une Compagnie de
Régiment des Gardes Françoifes depuis 1740 , &
Officier dans ce Régiment depuis 1713.
M. de Landreville , Aide-Major d'une des Compagnies
des Gardes du Corps , Meftre de Camp de
Cavalerie.
M.
JUIN. 1744 1478
M. de Refuveille ( Jacques de la Barberye ) Capitaine
d'une Compagnie du Régiment des Gardes
Françoifes depuis 1733 , & Officier dans ce Régiment
depuis 1712 .
Le Chevalier de Grille , Capitaine Lieutenant de
la Compagnie des Grenadiers de la Maifon du Roi
depuis le mois de Mars dernier, ci devant Capitaine
d'une Compagnie du Régiment des Gardes Francoiles.
Le Marquis de Chambonas ( Louis - Scipion-Jofeph de
la Garde Colonel Lieutenant du Régiment d'Eu
depuis 1734.
Le Comte de Cerney ( N... .. le Danois ) Mestre de
Camp Lieutenant du Régiment Royal des Cravates,
Le Marquis d'Havrincourt ( Louis de Cardevaque )
Meftre de Camp Lieutenant du Régiment des Cui
raffiers du Roi du premier Décembre 1734.
Le Marquis de Toulongeon ( François-Jofeph ) de
l'ancienne Maifon de Toulongeon , ou Toulonjon,
au Comté de Bourgogne , Cornette des Chevau-
Legers de la Garde de S. M.
M. de la Sale , Aide- Major de la feconde Compagnie
des Moufquetaires de la Garde du Roi.
M. de Vaudreuil ( N…… .. de Rigaud ) Major du
Régiment des Gardes Françoifes depuis le mois de
Mars dernier , auparavant Capitaine au même Régiment
depuis 1738 , où il eft entré Officier dès
1712.
M. du Pleffis , Enfeigne des Gardes du Corps.
Le Comte de Vernaffal ( Henry Gilbert de Chalvet
de Rochemonteix ) Enfeigne des Gardes du Corps ,
fils de M. de Vernaffal , Lieutenant Général des Armées
du Roi , Commandeur de l'Ordre Militaire de
S. Louis , & ci-devant Lieutenant des Gardes du
Corps.
Le Baron d'Ordre , Enfeigne des Gardes du Corps.:
Le
1472 MERCURE
DE FRANCE.
Le Marquis d'Efcorailles , Cornette de la Compa
gnie des Chevan-Legers de la Garde.
M. de la Serre , Major du Kégiment du Roi.
M. de Montmort , Enſeigne des Gardes du Corps .
Le Marquis de Crenay ( N...... de Poilvilain )
Meftre de Camp , Lieutenant du Régiment de Penthiévre
depuis 1736 , & Maréchal Général des Lo .
gis de la Cavalerie.
Le Comte d'Aumalle , Ingénieur , de la Maiſon
d'Aumalle , en Picardie , diftinguée par fon ancienneté
, fes alliances & les fervices.
M. de S. Segraux , Lieutenant Colonel , ci-devant
Major du Régiment d'Artois .
Le Chevalier d'Autry, Lieutenant Colonel , cidevant
Major du Régiment de la Couronne,
FLANDRE.
N apprend de Lille du 19 de ce mois , que le
Roi s'eft occupé , pendant le féjour qu'il a
fait en cette Ville depuis le 8 , à donner les ordres
pour les préparatifs du Siége de la Ville d'Ypres ,
qui avoit été inveſtie dès le 6.
Le Maréchal de Noailles , que le Roi en avoit
chargé , partit le 9 du Camp fous Menin , pour aller
au Village de Vlamerding , deftiné pour être le
Quartier de S. M. La plus grande partie des troupes
campées fous Menin marcha le même jour , pour fe
rendre devant Ypres , & le refte de l'armée y arriva
le lendemain.
Le Maréchal de Noailles , ayant reconnu les environs
d'Ypres , vifita les differens poſtes de la circonvallation
, & les Redoutes , dont les premieres
troupes , qui avoient été commandées inveftir
Ja Place , s'étoient emparées , & après avoir remarqué
les endroits qui pouvoient être plus favorapour
bles
JUI N. 1744. 1473-
bles pour l'attaque , il donna une pofition certaine
à toutes les troupes. Il fit appuyer la droite du Régiment
du Roi au Canal de Boefingue ; il mit la
Maifon du Roi à la gauche de ce Régiment , ces
deux Corps occupant le terrain qui eft depuis la riwe
gauche de ce Canal , jufqu'à la chauffée pavée
de Vlamerding , & il fit couvrir & enfermer le
Quartier du Roi par la Brigade des Gardes Françoifes
. Le Régiment d'Infanterie de Noailles , celui
du Meftre de Camp Général des Dragons , & la
Brigade de Rohan , furent placés depuis la chauffée
de Vlamerding , jufqu'au Ruiffeau de Dickebufch
. Depuis ce Ruiffeau jufqu'au Moulin , appellé
le Moulin brûlé , & en embrallant l'Abbaye & le
Château de Vermezelles , le Maréchal de Noailles
fit camper la Brigade du Régiment Royal Cavalerie
, le Régiment de la Couronne , celui de la Suze
Dragons , & la Brigade d'Artois . La Brigade de
Bourbonnois , le Régiment Royal Dragons , la
Brigade du Régiment Royal Infanterie , le Régiment
de Gondrin , la Brigade d'Orleans Infanterie
, celle de Berry Cavalerie , camperent depuis le
Moulin brûlé , en embraffant Zellebeeck , jufqu'au
Village de Wileck , où le Comte de Clermont a
établi fon Quartier , & le terrain depuis ce Village ,
jufqu'au Canal de Boefiague , fut occupé par la Brigade
des Irlandois , par le Régiment de Touraine
par celui d'Egmont Dragons , & par le Régiment
de Piémont , dont la gauche eft appuyée au Canal,
à la hauteur de la droite du Régiment du Roi.
L'artillerie , qui eft fous les ordres de M. de Vallieres
, a été placée derriere la Maiſon du Roi , entre
la chauffée de Vlamerding & celle d'Elverdingue ,
& Partillerie , commandée par M. du Brocard , ente
le Village de Wileck & celui de Zellebeeck.
En même tems que le Maréchal de Noailles a
II. Vol. I don1474
MERCURE
DE FRANCE
.
>
il a donné aux troupes la pofition ci - deffus
fait ouvrir des chemins fur Rouffelaer & fur Cour
tray , pour être en état de fe porter au fecours du
Maréchal Comte de Saxe , en cas que les ennemis ,
qui étoient entre Gand , Aloft & Oudenarde, & qui
avoient cinq ponts ſur l'Eſcaut , marchaffent pour
attaquer ce Général.
Le Maréchal de Noailles fe rendit le 15 à Lille ,
pour
rendre compte au Roi de toutes les difpofi
tions qu'il avoit faites , & le même jour S. M. déclara
qu'elle partiroit le furlendemain , pour fe rendre
au Camp d'Ypres , où le Roi arriva le 17 ,
les fept heures du foir,
vers
Le 14 , après midi , le Te Deum fut chanté à Lille
en actions de graces de la prife de Menin dans l'E- glife Collégiale de S. Pierre , au bruit du canon de La Place , & d'une falve de la moufqueterie
des troupes
qui font en cette Ville. L'Evêque de Soiffons , Premier Aumônier du Roi , officia pontificalement
au Te Deum , auquel S. M. accompagnée
de toute
granfa
Cour , affſiſta . Le foir il y eut un feu dans la de Place , des illuminations
& des feux dans toutes
les rues , & plufieurs autres marques de réjouiffances.
On mande du Camp devant Ypres du 13 de ce
mois , que le Roi y étant arrivé le 17 au foir , travailla
le même jour avec le Maréchal de Noailles
& avec le Comte d'Argenfon , & qu'ayant jugé fur
les plans qui lui furent prefentés des differens travaux
faits depuis quelques jours fur les fronts des
deux attaques de la Ville d'Ypres , décidées par S.
M. ainfi que du progrès de l'établiſſement des batteries
, le Roi ordonna que le foir & le lendemain
matin les troupes monteroient la tranchée avec les
Drapeaux.
Les deux attaques devant être faites du côté de la
Balle
JUIN. 4 1475
1744.
Baffe Ville , celle de la droite , qui étoit l'attaque
Royale , embraffoit l'Ouvrage à Corne d'Elverdin
gue & la branche droite de Bailleul ; le front de
cette attaque étoit de 7 à 800 toifes, & celui de l'attaque
de la gauche , dont le Comte de Clermont
étoit chargé , s'étendoit au delà du Canal de Bocfingue.
Le Prince de Heffe Philipps Thal, qui commandoit
dans Ypres, n'ayant pas eu le tems de faire abbattre
les arbres & les hayes qui pouvoient couvrir les
premiers travaux qu'on feroit pour s'approcher de
la Place , le Maréchal de Noailles a profité de cette
circonftance, pour établir fur tout le front de l'atta
que Royale , de diftance en diftance , des Redoutes
dont les plus éloignées ne font qu'à 140 toiſes de la
paliffade. Les affiégés ne fe font apperçus de ce travail
que le 15 , lorfque le Maréchal de Noailles a
ordonné qu'on établit des communications entre
ces Redoutes , & lorsqu'on a commencé à placer
des batteries fur ces communications , qui ont for
mé la premiere parallele de la tranchée.
Depuis le moment que la Place a été inveſtie , les
affiégés n'ont ceffé de tirer fur les endroits où ils
pouvoient foupçonner qu'on travailloit , & ayant
reconnu le progrès des ouvrages de l'attaque de la
droite , ils ont redoublé leur feu fans beaucoup de
fuccès.
Le 18 , à onze heures du matin , les fix Bataillons
du Régiment des Gardes Françoiſes , deux Compaguies
de Grenadiers d'autres Régimens , & cent
Dragons , monterent la tranchée à l'attaque Royale
, fous les ordres de M. de Ceberet , Lieutenant
Général , & de M. de Zurlauben , Maréchal de
Camp. Ces troupes occuperent les Redoutes & les
communications que le Maréchal de Noailles avoit
fait faire , & dans le moment que les Drapeaux y
Iij си-
1476 MERCURE DE FRANCE.
eurent été arborés , une batterie de fix piéces de
canon de trente- trois livres de balle , & une autre
de vingt mortiers , commencerent à tirer. Le feu
de ces batteries continua tout le jour & diminua
celui des affiégés . On déloucha de la parallele par
trois endroits ; on s'avança par differens boyaux à
environ 70 toifes de cette parallele , & l'on travailla
en même tems à perfectionner l'établiſſement d'une
batterie de 17 piéces de canon , qui tirerent le 19 ,
à la pointe du jour .
A l'attaque de la gauche , dont le front , de 600
toifes , embraffe les deux Redoutes qui couvrent l'inondation
, appellée celle des Viviers , le Marquis
de Maubourg , Lieutenant Général , & le Comté
de la Riviere , Maréchal de Camp , monterent là
tranchée le 17 , à neuf heures du foir avec les trois
Bataillons du Régiment de Bourbonnois , le Régiment
Royal Comitois , deux Compagnies de Grenadiers
d'autres Régimens & deux Piquets de Dragons.
On fit pendant la nuit , par la gauche de
cette attaque , 170 toifes de Sappe , leſquelles embraffoient
la premiere Redoute , & mit une batterie
de mortiers en état de tirer le 18. Les Ouvrages
de ces deux attaques ont été faits par des travailleurs
tirés des troupes qui ont monté la tranchée
, le Roi ayant ordonné que cela fe pratiquât
pendant le tems du Siége.
Le 19 , la tranchée fut relevée à l'attaque Royale
par les deux Bataillons du Régiment des Gardes
Suiffes , cinq Bataillons Irlandois , un détachement
de la Compagnie des Cent Suiffes de la Garde du
Roi , lefquels ont fait le ſervice de Grenadiers ; les
Grenadiers du Régiment de Rohan , & cent Dragons
, & ces troupes furent commandés par le
Comte de la Mothe- Houdancourt , Lieutenant Général
, & par le Marquis de Chiffreville , Maréchal
do
JUIN. 1744. 1477
de Camp. On a fait en trois endroits 410 toifes de
Sappe , & l'on s'eft avancé fur la branche droite de
l'Ouvrage à Corne d'Elverdingue , fur la prolonga
tion du chemin couvert de la face gauche du même
Ouvrage , & fur l'Angle rentrant entre cet Ouvrage
& la branche droite de l'Ouvrage de la Baffe
Ville.
,
La réfolution ayant été prife d'attaquer une demi
Lune , qui s'oppoloit à la continuation des travaux
, on y fit marcher à minuit les deux Com
pagnies de Grenadiers du Régiment de Rohan ;
celle du Régiment de Rooth , & deux Piquets
des Régimens Irlandois. Ces troupes emporterent
la demi Lune & en chafferent les enne
mis , mais l'ardeur & la bravoure , avec lesquelles
elles s'y porterent , les ayant fait s'avancer fans
beaucoup de précaution , elles furent exposées pendant
quelque tems au feu de la Place & à celui du
chemin couvert , & elles eurent so hommes de tués
ou de blefles . Elles firent le logement fur la demi
Lune , & elles établirent une communication , qui
avoit 80 toifes en ligne droite.
Le Roi a fait donner une gratification à ces trou
pes , qui fe font infiniment diftinguées dans cette
action. Pendant tout le jour & toute la nuit , les
batteries de canon & de mortiers de l'attaque
Royale ont fait un feu continuel.
La tranchée fut montée à l'attaque de la gauche
par le Marquis de Fenelon , Lieutenant , Général ,
& par le Marquis de Pontchartrain , Maréchal de
Camp , avec les deux Bataillons du Régiment d'Or-
Jeans , le premier Bataillon de celui de Penthiévre ,
deux Compagnies de Grenadiers & cent Dragons.
On avança beaucoup les Ouvrages ; on fe rendir
maître de la Flaque d'Eau près d'une des Digues du
Canal de Boelingue , & on établit deux batteries ,
l'une de canon & l'autre de mortiers , qui ont tiré
la pointe du jour.
I j Le
1478 MERCURE DE FRANCE.
Le 20 , les quatre Bataillons du Régiment de
Piémont & deux de celui de Noailles , commandés
par le Marquis de Montboiffier , Lieutenant Génésal
; & par le Marquis de Marignane , Maréchal de
Camp , releverent la tranchée de l'attaque Royale.
On forma une feconde parallele , qu'on n'a pas
étenduë autant qu'on l'auroit pû , parce qu'en la
prolongeant , on auroit maſqué nos batteries , mais
on embraffa par les travaux toute la Baffe Ville
du côté de la rive gauche du Canal de Boefingue.
Il n'y a eu à cette tranchée que fept hommes tués
ou bleffés.
tée
A l'attaque de la gauche , la tranchée a été monpar
le Comte de Loëwendalh , Lieutenant Général
, & par le Marquis d'Hautefort , Maréchal de
Camp , avec les deux Bataillons du Régiment de
Gondrin , le fecond du Régiment de Penthiévre ,
& le Régiment de la Marche. On s'avança par
200 toiles de Sappe , au pied du Glacis du chemin
couvert , jufqu'à l'Angle Saillant du Baftion de la
droite , & au Poligone de la Baffe Ville. Les affiégés
firent à la pointe du jour un grand feu de moufqueterie
fur la tête de la Sappe , & ils nous ont tué .
douze Soldats ; il y a eû plufieurs bleffés , du nom
bre defquels font deux Ingénieurs.
Le 21 , la tranchée de l'attaque Royale a été relevée
par M. de Cherifey , Lieutenant Général , &
par M. de Montgibault , Maréchal de Camp , avec
les trois Bataillons du Régiment dé Rohan , deux
de celui de la Couronne , & un de celui de Noailles
, deux Compagnies de Grenadiers d'autres Régimens
, & deux Piquets de Dragons.
Le Roi alla l'après midi à la tranchée de fon attaque
, & y paffa près de quatre heures , à examiner
le front de cette a taque & l'effet des batteries .
S. M. a parcouru tous les travaux , & elle en a parû
très fatisfaite.
La
JUI N. 1744. 1479
La feconde parallele a été prolongée jufqu'à la
Digue du Canal de Boefingue , & on a fait une communication
de 200 toifes derriere la nouvelle batterie
établie fur la feconde parallele , de laquelle on
s'eſt avancé à la Sappe fur l'Angle Saillant du chemin
couvert , qui étoit devant le Baftion droit de
P'Ouvrage à Corne de la Baffe Ville .
Le Comte de Chabannes , Lieutenant Cénéral
& le Comte de Trêmes , Marêchal de Camp , ont
monté la tranchée à l'attaque de la gauche avec les
deux Bataillons du Régiment d'Orleans , les Régimens
de Montboiffier & de Nivernois , deux Compagnies
de Grenadiers & cent Dragons . On a prolongé
la Sappe de 250 toifes par la gauche du dé
bouché , à la tête duquel on a fait une Place d'Ar
mes , capable de tenir deux Compagnies de Grenadiers
en bataille , & on a établi en même-tems deux
nouvelles batteries de canon & de mortiers à la
droite & à la gauche de la Lunette, dont on s'étois
emparé la veille.
Le 22 , le Duc de Gramont , Lieutenant Géné
ral, & le Marquis de Jumilhac, Maréchal de Camp ,
releverent la tranchée avec le Régiment du Roi ,
un Bataillon de celui de la Couronne , le Régiment.
de Beauvoifis , & un pareil nombre de Grenadiers
& de Dragons que les jours précédens.
La feconde Lunette fur la Digue du Canal de
Boelingue fut attaquée vers les neuf heures du
foir par les deux Compagnies de Grenadiers du Régiment
du Roi , par les autres Grenadiers & par les
Dragons qui étoient à la tranchée. Les Grenadiers
du Régiment du Roi font entrés par la gorge de la
Lunette , & ont été fuivis par les autres & par les
Dragons. Da détachement qui étoit dans cet Ouvrage
, quelques Soldats ont été tués , plufieurs faits
prifonniers , & les autres , s'étant fauvés par la com-
I iiij mu1480
MERCURE DE FRANCE.
munication , ont été pourfuivis par la premiere
Compagnie des Grenadiers du Régiment du Roi ,
jufqu'à une Poterne qu'elle a trouvé le moyen de
mafquer. Les autres Grenadiers on travaillé à faire
dans la Lunette un logement qui a été fini avant le
jour , & qui a été avancé jufqu'à la moitié de la
diftance , entre la Lunette & la demi Lune , revêtuë
de la tête de la Baffe Ville. Le logement s'étant fait
fous le feu de la Place , il y a eû environ so hommes
de tués ou de bleffés .
A l'attaque de la gauche , le Prince de Pons
Lieutenant Général , & le Duc de Briffac , Maréchal
de Camp , ont monté la tranchée , ayant fous leurs
ordres le Régiment d'Artois & celui de Chartres ,
deux Compagnies de Grenadiers & deux Piquets de
Dragons. On a avancé le logement fort près de
P'Angle Saillant du chemin couvert , & on a embraffé
la droite & la gauche de la Place d'Armes de
l'Angle Saillant du Baftion . On s'eft emparé auffi de
la feconde Redoute , placée dans l'inondation . Les
Grenadiers qu'on avoit fait paffer dans trois Bâreaux
, pour attaquer cet Ouvrage , y ont fait prifonniers
de guerre un Lieutenant & trente hommes .
Le feu de nos batteries, qui étoit très-vif , a fort endommagé
la Baffe Ville , & il a commencé à ruiner
les défenfes de la Place. Celui de moufqueterie des
affiégés eft plus continuel que celui de leur artillerie.
On mande du Camp fous Ypres , du 29 de ce
mois , que la tranchée devant Ypres fut relevée le
23 à l'attaque Royale par le Comte de Ségur , Lieutenant
Général , & par le Comte de Courtomer
Maréchal de Camp , avec les Régimens de Touraine
, Royal la Marine & d'Angoumois , deux Compagnies
de Grenadiers & cent Dragons.
Le Comte de Clare , Lieutenant Général , & le
Mar
JUIN. 1744. 148.1
Marquis de Beauvau , Maréchal de Camp , monterent
la tranchée de l'attaque de la gauche , ayant
fous leurs ordres les trois Bataillons du Régiment de
Bourbonnois , & le Régiment Royal Comtois .
Le Maréchal de Noailles , qui avoit paffé la plus
grande partie de la journée dans la tranchée , ayant
rendu compte au Roi du progrès des Sapps , S. M.
décida que les deux chemins couverts , qui fe trouvoient
en face des deux attaques , feroient attaqués
la nuit . Les troupes des deux attaques marcherent
en même- tems à une heure après minuit , celles de
l'attaque Royale déboucherent par la gauche , &
s'étant portées avec la plus grande ardeur fur les
paliffades , elles pafferent pardeffus , & entrerent
dans le chemin couvert . Les affiégés s'y deffendirent
pendant quelque tems , mais ils furent forcés
de céder au courage avec lequel ils étoient attaqués.
Le chemin couvert , qui étoit devant l'attaque de
la gauche , fut emporté avec autant de bravoure
que le premier , & le logement fut fait malgré le
feu de la garnifon , lequel fut très-vif pendant l'établiffement
de ce logement . A ces deux attaques ,
les affiégés ont eu un grand nombre de Soldats de
rués & de bleffés ; on leur a fait prifonniers quatre
Officiers & 70 Soldats . Il y a eu des troupes du
Roi environ 300 hommes de tués ou de bleffés , &
dans le nombre des premiers on compte huit Officiers.
Le Marquis de Beauvau a reçû à l'attaque de
la gauche , étant à la tête des Grenadiers , un coup
de moufquet , dont il eft mort le même jour. Cet
Officier eft infiniment regretté dans toute l'armée ,
& S. M. a marqué qu'elle est très fenfible à cette
perte.
Le 24 , la tranchée fut relevée à l'attaque Royale
par les fix Bataillons du Régiment des Gardes Fran-
Lv
çoiles
,,
1482 MERCURE DE FRANCE.
çoifes , fous les ordres du Duc de Biron , Lieutenant
Général , & du Duc de Boufflers , Maréchal
de Camp .
Le Marquis de Maubourg , Lieutenant Général
, & le Marquis d'Avarey , Maréchal de Camp ,
monterent la tranchée de l'attaque de la gauche
avec les trois Bataillons du Régiment Royal , &
un Bataillon de celui de Penthiévre.
L'après- midi , le Roi alla à la tranchée , & après
avoir vifité tous les nouveaux travaux , S. M. monta
fur la redoute du Canal de Boefingue , la plus
avancée du côté de la Place , pour découvrir la
droite & la gauche du logement
Pendant que le Roi étoit à la tranchée , S. M.
y apprit que vers les cinq heures, quelques Grenanadiers
ayant trouvé le moyen de pénétrer dans
l'Ouvrage à Corne de la Baffe Ville , ils l'avoient
trouvé abandonné , & qu'on y avoit envoyé auffitôt
quinze Compagnies deGrenadiers qui s'y étoient
logées. Le foir , on y fit paffer deux pièces de canon
& fix mortiers , dont on forma pendant la nuit une
batterie.
Le 25 , le Marquis de Balleroy , Lieutenant Cénéral
, & M. de Contades , Maréchal de Camp ,
monterent la tranchée de l'attaque Royale , avec
les deux Bataillons du Régiment des Gardes Suiffes,
& les cinq Bataillons Irlandois .
A l'attaque de la gauche , le Marquis de Fenelon
, Lieutenant Général , & le Comte de Fitz- James
, Maréchal de Camp , releverent la tranchée
ayant fous leurs ordres les deux Bataillons du Régiment
d'Orleans , le Régiment de Nivernois , &
le fecond Bataillon de celui de Penthiévre .
Les deux attaques s'étant réunies , on commença
vers les huit heures du matin à battre le Corps de la
Flace , & on fit en même tems entrer dans la Balle
Ville
JUIN. 1483 1744.
Ville 18 piéces de canon , & 14 mortiers , qui devoient
être en état de tirer le lendemain.
On avançoit l'établiffement de ces deux batteries
, lorfque vers les huit heures du foir le Prince
de Hefle Philipps - Thal fit arborer le Drapeau
blanc. Le 26 au matin , les Otages furent donnés
de part & d'autre , & le lendemain on figna la Capitulation
, par laquelle le Roi a accordé à la garnifon
les honneurs de la guerre , quatre piéces de
canon & quatre mortiers , & au Prince de Heffe
deux piéces de canon.
Le Roi a donné une très- grande attention à tou
tes les operations de ce Siége , que la Force de la
Place auroit pû rendre plus long , fi les obftacles
qui s'oppofoient à la prife d'Ypres , n'avoient été
furmontés par les ordres que S. M. a donnés , par la
vivacité avec laquelle toutes les batteries ont été
fervies , par la valeur des Officiers & par le courage,
des Soldats, S. M. a marqué combien elle étoit latisfaite
de les troupes , en accordant des gratifications
aux Officiers qui fe font trouvés à l'attaque
des chemins couveits , & en faifaur diftribuer de.
l'argent aux soldats,
Elle a voulu auffi juger par elle-même du ſoin
qu'on avoit des bleffés , & le 27 , étant montée à
cheval pour voir l'éclufe du Canal de Boefingue
& pour entrer dans la Bafle Ville , elle s'arrêta à
P'Hôpital qui avoit été établi au Village de Boefingue.
Le Roi entra dans cet Hôpital , parla à plu-.
feurs So'dats , le fit rendre compte de la maniere
dont on les traitoit , & S. M. ayant appris , avec
beaucoup de plaifir , par leur propre témoignage ,
qu'on ne négligeoit rien pour leur procurer tous
les fecours qui leur étoient néceffaires , elle renouvella
fes ordres pour que les bleffés & les malades
cont nuaffent d'être foignés avec la plus grande attention.
I vj
On
1484 MERCURE DE FRANCE.
On a appris de Lille , que la garnifon d'Ypres en
fortit le 29 de ce mois , & que le Roi s'étant rendu
ce jour - là à la porte de la Ville , appellée la Porte
Anvers , S.M.vit défiler les troupes, dont cette gar
nifon étoit compofée , & qui formoient environ
3000 hommes , lefquels ont été conduits à Bréda .
Le Roi reçût très - favorablement le Prince de
Heffe Philipps Thal , qui après avoir falué S. M..
à la tête de la garnifon , defcendit de cheval , &
s'approcha d'elle.
Dès que les troupes , qui étoient dans Ypres , en
furent forties , le Roi y entra , & il reçût à la premiere
Barriere les refpects des Magiftrats , qui lui
préfenterent les clefs S. M. étant allée defcendre à
P'Eglife Cathédrale , l'Evêque d'Ypres , à la tête de
fon Chapitre reçût le Roi avec les cérémonies ordinaires
, & il le conduifit dans le Choeur , où l'on
chanta le Te Deum . Après cette cérémonie , le Roi
remonta à cheval , & retourna à fon Quartier du
Camp fous Ypres.
Les habitans de cette grande Ville ont témoigné
par les acclamations les plus vives leur fatisfaction
de fe trouver fous la domination de S. M. & leur
joye a paru auffi parfaite que celle de la multitude
prodigieufe de peuple , qui étoit accouruë de trèsloin
, pour fe trouver à l'entrée du Roi dans Ypres
& pour jouir du bonheur de le voir .
S M apprit le foir , que le Fort de la Kenoque
s'étoit rendu . Le Duc de Boufflers , qui y avoit été:
envoyé le 26 avec fix Compagnies de Grenadiers ,
dix-huit Piquets d'Infanterie , un Détachement de
Dragons , quelques piéces de canon & des mortiers ,
avoit fait le 28 au foir ouvrir la tranchée devant ce
Fort , dont le Commandant demanda le lendemain
à une heure après midi à capituler.
Le Roi ayant réfolu de faire affiéger Furnes ,
cette
1
JUIN. 1744. 1485
cette Place fut inveftie le 29 par 35 Bataillons &
par 22 Efcadrons , qui font fous les ordres du Comte
de Clermont.
S. M. retourna à Lille le 30 , & elle a laiffé à
Vlamerting le Maréchal de Noailles , pour faire
partir du Camp fous Ypres les troupes qui y font
reftées , & qui devoient le mettre en marche le premier
du mois prochain.
Le Comte de la Mothe Houdancourt , Lieute
nant Général , va à Loo avec la Maifon du Roi , &
le Prince de Pons , Lieutenant Général , s'avancera
du côté de Dixmude avec quatre Bataillons &
buit Escadrons.
4
MORTS ET MARIAGE.
E 14 Avril , D. Geneviève Doumengin , veuve
depuis le 20 Mars 1693 , d'Adrien-Jofeph Henin
, Confeiller au Parlement de Paris , mourut fans
Laiffer d'enfans , âgée de 80 ans ; elle étoit fille de
Jacques Doumengin , Seigneur d'Elize , Auditeur
en la Chambre des Comptes de Paris , & de Marie
Gorillon; elle avoit pour four D.Elizabeth Doumengin
, morte le 18 Juillet 1736 , veuve depuis le 17
Avril 1731 , de Jacques Barberie de S. Contest,Marquis
de Courfeilles , Maître des Requêtes Honoraire,
& mere de Dominique-Jacques Barberie de
S. Conteft , Marquis de Courfeilles , Maître des Requêtes
Ordinaire de l'Hôtel du Roi , & fon Ambaſ
fadeur en Suiffe depuis 1737 , que Mad. Henin , fa
tante , qui donne lieu à cet article , a fait fon Légataire
univerfel.
Le 15 , Jofeph- Antoine Dagueffeau de Valjoüan ,
Confeiller Honoraire du Parlement de Paris , &
Acadé#
486 MERCURE DE FRANCE.
Académicien Honoraire de l'Académie Royale des
Science , mourut à Paris , âgé de 66 ans. Il étoit
frere puîné de M. Dagueffeau , Chancelier & Garde
des Sceaux de France . La Généalogie de cette Famille
, l'une des plus illuftrées de la Robbe , ferá
apportée dans l'Histoire des Maîtres des Requêtes;
à laquelle on travaille actuellement.
Le 16 , Charles Elizabeth de Coëtlogon , Seigneur
de Romilly, dit le Marquis de Coërlogon, mourut , âgé
de so ans ; il etoit fils pusné de Gui de Coetlogon ,
Doyen des Confeiliers du Parlement de Rennes , &
Sindic Général des Etats de Bretagne , & de Louife
Gatechair , fa feconde femme ; il avoit été marié au
mois de Juin 1722 , avec Dile Marie Françoiſe de
Veteris du Reveft , dont il laiffe des enfans ; il étoit
neveu de feu le Maréchal de Coetlogon , & oncle ,
à la mode de Bretagne , du Comte de Coetlogon ,
Brigadier des armées du Roi , & Colonel Lieutenant
du Régiment de Penthiévre , Infanterie , dont
le mariage avec Mlle Rivié eft rapporté dans le
Mercure du mois de Mars dernier , fol. 606 .
Le 16 , Armand de Bourbon Malaufe , Marquis de
Malaufe , Brigadier des armées du Roi du premier
Janvier 1740 , & Colonel du Régiment d'Infanterie
d'Agenois depuis 1731 , mourut à Villefranche,
âgée de 48 ans, des bleffures qu'il avoit reçues à l'attaque
des retranchemens de Villefranche & de
Montalban , fans être marié ; il avoit eu le Régiment
d'Agenois au mois d'Août 1731 , fur la démiffion
de Louis Augufte de Bourbon , Marquis de
Malaufe , fon frere aîné , dont la mort a été rapportée
dans le Mercure du mois de Février 1742. Il
étoit fils de Gui- Henry de Bourbon , Marquis de
Malaufe , mort le 18 Août 1706 , & de D. Marie-
Louife Bringuier de Montmouton , fa feconde femme,
dont la mort eſt rapportée dans le Mercure du
mois
JUIN. 1487 1744.
mois de Juillet 1738 , par la mort fans enfans de
Mrs de Malaufe , & celle du Chevalier de Malaufe,
mort depuis quelques années , dans fa Commande
rie de Condat, en Périgord. Cette Branche le trouve
éteinte ; elle defcendoit de Charles , Bâtard de Bour.
bon, Baron de Malaufe , mort en 1502 , leur cinquiéme
Ayeul , fils naturel de Jean II . Duc de Bourbon ,
Connétable de France , mort en 1487 , & de Louife
d'Albret , Dame d'Eftouteville . Voyez l'Hiſtoire de
la Maifon de France , dérniere Edition , fol . 367.
Le .... Avril , Jacques - Paul Anfrie , Seigneur de
Chaulieu , Meftre de Camp de Cavalerie , ci devant
Sous Lieutenant de la Compagnie des Gendarmes
Bourguignons , dont il acheta la Charge à fa
création en 1690 , mourut au Château de Chulieu' ,
en Normandie , âgé de 8y ans. Il avoit été reçû Page
du Roi dans fa Grande Ecurie en 1676 ; il étoit
fils de Jacques Anfrie , Seigneur de Chaulieu , de
Beauregard & d'Efperance Charpentier , & il avoit
été marié le 8 Septembre 1700 avec Marie- Magde-"
deleine Pellard , fille d'Etienne Pellard , Commiffaire
des Guerres , & de Cecile Bourduceaux ,
Nonr ice dcMadame Elizabeth de France , & foeur de
M. Pellard , ci- devant Fermier Général , duquel
mariage il ne laiffe point d'enfans . La Famille d'Anfrie
eft originaire de la Ville de Vire , d'où elle fe
tranfporta en celle de Rouen vers l'an 1592 , que
Guillaume Anfrie , Seigneur de Chaulieu , y
çû Confeiller au Parlement.
fut re-
Le 3 Mai , Marie Henri de Bethune Se'les , dit le
Chevalier de Bethune , Capitaine des Vaiffeaux du
Roi, & Chambellan de M. le Duc d'Orleans , mourut
à Paris , âgé de 78 ans . Il étoit fils d'Henri de
Bethune ,Comte de Selles , dit le Comte de Bethune,
mort en Novembre 1690 , & de D. Marie - Anive
Dauvet desMarets, Voyez pour laGénéalogie de l'illuftre
1488 MERCURE DE FRANCE.
Juftre Maifon de Bethune ,l'Hiftoire des Grands Of
ficiers de la Couronne , derniere Edition , Vol. IV.
fol. 224.

Lc 4 , Louis-Vincent de Goëbriand , Marquis de
Goëbriand, Chevalier des Ordres du Roi , Lieutenant
Général des armées de S. M. Gouverneur des Ville
& Citadelle de Verdun & du Château de Torro
fur la Riviere de Morlaix , mourut dans fon Châteaut
de Kermorvan , près de Guingamp , dans la
Baffe Bretagne , âgé de 85. ans . Il étoit fous - Doyen
des Chevaliers de l'Ordre du S. Efprit , où il fut reçu
le premier Janvier 1711 , en récompenfe de la
belle défenfe qu'il fit de la Ville d'Aire , en Artois ,
dont ils foûtint le Siége durant 58 jours de tranchée
ouverte , au bout defquels il obtint une Capitulation
honorable le to Octobre 1710. Il étoit fils d'Yves
de Goëbriant , Marquis de Goëbriant , Chevavalier
de l'Ordre du Roi , Gouverneur du Château
de Torro , mort à Paris le 30 Juillet 1718 , & de
D. Françoife Gabrielle de Kergueray , Dame de
Kermorvan ; il avoit été marié le 13 Février 1695
avec Dlle Marie-Magdeleine Defmaretz, morte le 8
Mai 1736 , foeur de M. le Marquis de Maillebois , à
préfent Maréchal de France , & il en laiffe Louis-
Vincent Marquis de Goëbrianr , Maréchal de Camp
des armées du Roi du 24 Février 1728 , & veuf depuis
le 29 Décembre 1736 de Dile Marie Rofalie de
Chaillon , de l'illuftre Maifon de Chaſtillon fur
Marne,& coufine germaine de M. le Duc de Chaftillon
, Gouverneur de Monfeigneur le Dauphin , duquel
mariage il n'a que des filles . Voyez pour la
Généalogie de Goëbriant , Nobleffe de Bretagne ,
également diftinguée par fon ancienneté & fes alliances
, les Preuves faites par feu M. de Goëbriant
qui donne lieu à cet article , pour fa réception dans
F'Ordre du S. Efprit , dreflées & certifiées par le
feu
JUI N. 1744. 1489
Feu St Clairambault , alors Généalogifte des Ordres
du Roi , & confervées dans fon immenfe Cabinet ,
equel a paffé , avec fa Charge , au Sr Clairam
bault , fon neveu .
Les Louis d'Audiffret , Gouverneur des Inles du
Château d'If , de Pomegue , & de Ratonneau , Bri
gadier des armées du Roi du premier Février 1719 ,
ci- devant Capitaine d'une Compagnie de Grenadiers
du Régiment des Gardes Françoiles , mourut à l'aris,
âgé de 80 ans. Il étoit entré dans ce Régiment en
1683 , en qualité d'Enfeigne , & étoit parvenu par les
dégrés de sous Lientenant , Lieutenant ,Aide -Major,
Capitaine , à la Compagnie de Grenadiers en 1724,
dont il fe démit en 1730 , avec permiffion de la
vendre àfon profit , ayant été alors récompenfé du
Gouvernement des Ifles Ste Marguerite . Voyez fur
le nom d'Audiffret , ce qui en eft dit dans le premier
Volume du Nobiliaire de Provence , donné en
1693 , en trois Vol . in- 12 , par l'Abbé Robert .
D. Jeanne de Grouches de Chepy , Abbeffe de l'Ab
baye du Paraclet , Ordre de Cîteaux , Diocèse d'Amiens
, mourut le 6 Juin , âgée d'environ 77 ans
après 60 ans de Profeffion Religieufe , & après avoir
gouverné cette Abbaye pendant 23 ans avec une fageffe
& une édification, qui la font univerfellement
regretter.
La nuit du 7 au 8 Avril , fut fait a S. Gervais , le
Mariage de Jean Baptifte le Feron , Chevalier Comte
de Sery fils de feu Antoine le Feron , Chevalier , Seigneur
de Montgeron , au Vexin François , Confeil
ler au Grand- Conſeil, mort en 1686 , & de D.Marguerite
Hennequin , morte le 6 Mars 1712 , avec
Dlle Jeanne - Angélique Ourfin , née le 18 Octobre
1718 , fille de feu Julien Ourfin . Ecuyer , Seigneur
de Villeray , & de D. Marguerite le Févre . M. le
Feron
"
1496 MERCURE DE FRANCE.
Feron eft petit-fils d'Antoine le Feron , Seigneur de
Varennes , mort Doyen de la Cour des Aides de
Paris , le 4 Janvier 1687 , & de D. Emée Doublet.
La Famille de le Feron eft une des premieres , & alliée
aux plus confidérables de la Robbe , comme
Celles de fe Maiſtre , Hennequin, Phelyppeaux , Ser
vien , le Bret de Flacourt , Rouillé du Coudray , &
aux Maiſons d'Albert Chaulnes , d'Eftuer S. Megrin
, de Thyard Biffy , de Bailleul du Mans. La
nouvelle Matiée eft coufine Germaine de Mad la
Comteffe d'Herouville, femme du Comte d'Herouville
, Lieutenant Général des armées du Roi , & dẹ
la Marquise de Chepy , femme du Marquis de Che-
Py,, de la Maifon de Grouches , également diſtinguée
par fon ancienneté & fes alliances .Voyez
pour la Généalogie de la Famille de le Feron , ce
qui en eft dit dans le Dictionnaire Hiftorique de
Morery , Vol . III . fol. 199 , en attendant celle qui
fera rapportée en entier dans la nouvelle Hiftoire
des Maîtres des Requêtes , à laquelle on travaille
actuellement.
茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶楽
ARRESTS NOTABLES.
SviNT Chiclet reduciP, LeM.14 Liviere 1944,Cri
faveur des Doyen & Docteurs- Régens de la Faculté
de Médecine de l'Univerfité de Paris , qui fait défenfe
au Sr le Mercier , Docteur en Médecine de
l'Univerfité de Reims , d'exercer la Médecine à Paris
, & le condamne en cinq cent livres d'amende ;
par laquelle Sentence , il eft dit ce qui fuit . Nous
difons que les Statuts , Edks , Déclarations du Roi ,
ENTENCE rendue par M. le Lieutenant Ci-
Arrêts
JUIN. 1744 1491
Arrêts du Confeil d'Etat & du Parlement , concernant
la Faculté de Médecine de l'Univerfité de Paris
feront executés , donnons lettres aux Parties de
Defmoulins de ce que la Partie défaillante a déclaré
par écrit avoir exercé la Médecine , lui faifons défenfes
de l'exercer à l'avenir , & pour être contrevenu
aufdits Statuts , Edits , Déclarations du Roi &
Arrêts du Confeil d'Etat , le condamnons en cinq
cens livres d'amende & en tous les dépens , & fera
notre préfente Sentence , lûë , publiée & affichée
par tout ou befoin fera , aux frais de la Partie dé
faillante , ce qui fera exécuté nonobftant & fans
préjudice de l'appel , & foit fignifié , &c.
ARREST DU CONSEIL d'Etat du Roi du
9 Avril qui cafle & annulle l'Arrêt du Parlement
de Provence du 18 Mars 1740 , lequel avoit
déclaré M. de Seguiran , premier Avocat Général
de ce Parlement, atteint & convaincu du crime de
faux , & l'avoit déclaré indigne de toute Charge de
Magiftrature , obligé de fe démettre de la fienne
dans l'année , autrement confifquée au profit du
Roi , & renvoyé le Jugement du fond civil du Procès
au Parlement de Touloufe.
AUTRE de la Cour de Parlement , du 22 Mai ,
confirmatif de la Sentence de M. le Lieutenant Cri.
minel au Châtelet de Paris , du 22 Avril précédent
qui condamne le nommé Jean Delaune , dit la Joye,
Soldat an Régiment de Noailles , à être attaché au
Carcan pendant trois jours de Marché confécutifs ,
flétri & aux Galeres , pour s'ê re travefti , & avoir
voulu engager de force le Sabre à la main , & à
heures induës , dans les rues de la Ville de Paris .
AUTRE, concernant la vente de l'Arfenic ,
du Réagal , de l'Orpiment & du Sublimé.
Par
1492 MERCURE DE FRANCE

"
Par Arrêt de la Cour du 19 Juin 1744 , appert :
Faifant droit fur les Conclufions du Procureur Général
du Roi , enjoint à André-François Boival
Epicier de cette Ville de Paris , de fe conformer à
l'Edit du mois de Juillet 1682 , regiſtré en la Cour
le 31 Août fuivant , en conféquence de ne vendre ,
de l'Arfenic , du Réagal , de l'Orpiment & du Su-,
blimé , qu'aux perfonnes , qui par leur profeffion
font obligées d'en employer , & avec les précau-.
tions prefcrites par l'Article 7 dud. Edit , & à cet
effet , d'avoir un Registre particulier fur lequel les.
perfonnes qui en prendront écriront leurs noms
qualités & demeures , enfemble la quantité qu'ils
auront pris defd. Mineraux , fi elles fçavent écrire ,
finon ledit Boival écrira pour eux ; & pour la contravention
commife par ledit Boival , condamne
ledit Boival en mille livres d'amende , fuivant l'Article
VIII dudit Edit , fait défenfes audit Boival de
recidiver fous plus grande peine ; ordonne que le
préfent Arrêt , en ce qui concerne ledit Boival feulement
, fera imprimé , tû , publié & affiché dans
tous les Lieux & Carrefours accoûtumés de la Ville,
Fauxbourgs & Banlieuë de Paris , même à la porte
de la Boutique dudit Boival , & aux portes &
dans le Bureau du Corps des Marchands Epiciers ,
Apoticaires-Droguiftes , & par tout où befoin fera
, & fignifié à la Requête du Procureur Général
du Roi aux Gardes dudit Corps , & enregistré fur
leur Regiftre , dont ils feront tenus de lui juftifier
dans huitaine de la fignification dudit Arrêt .
TABLE
P
TABLE.
IECES FUGITIVES, La Chute de Phaeton ;
traduite du II. Livre des Métamorphofes d'O-
1296
1311
vide 1283
Lettre de M. D. L. R. à M. le Préfident Bouhier, fur
quelques Monumens Antiques ,
Divertiffement chanté à l'Abbaye de **** 1304
Lettre de M.Néricault Deftouches , à Mad , la Comteffe
de * *
La Jeuneffe permanente , venduë par l'Ane au Serpent
, Fable , imitée du Latin
Figure & Deſcription d'un nouveau Cabeſtan, 1335
Vers à mettre au bas du Portrait du Maréchal ,Com
te de Saxe ,
Problême -
1332
1342
ibid.
1355
1364
Lettre de Mlle Natoire , à Mad . de Julienne , 1354
Extrait de la Réponſe de M.... à une Lettre de M.
fur les Sermons du P. Dupleffis ,
Paraphrafe du Pleaume Exaudiat , préſentée au
Roi ,
Lettre de M. l'Abbé Letort , fur la nouvelle Traduction
des Penfées de Cicéron , par M. l'Abbé
d'Olivet ,
Vers à M. F.... fur Acajou, Opera Comique, 1377
Difcours fur la noble Ambition ,
Explication en Vers du Logogryphe d'Avril , 1384
Enigmes & Logogryphe ,
1370
1378
ibid
NOUVELLES LITTERAIRES , Des Beaux Arts , &C.
Effai fur les Hiéroglyphes des Egyptiens , Extrait
,
1388
Lettre
de M, Turben
, fur le nouvel
Effai
de Géographie
de M. Philippe ,
1398
Nouvel
Nouvel Abregé Chronologique de l'Hiftoire de
France ,
Livres chés David , fils ,
1409
1410
Le Directeur dans les voyes du Salut , Extrait , 1412
Eftampes nouvelles ,
Livres de Mufique ,
Nouvelles Cartes de France ,
Remedes ,
Spectacles ,
Vers à M. de Ste Foy
1413
1415
ibid.
1416
1421
1422
Réjouiffances & Illuminations à l'Opera & aux
Comédies Françoife & Italienne ,
Comédies données gratis ,
ibid.
ibid.
Nouvelles Etrangeres , Ruffie , Allemagne , 1425
Pologne , Italie , 1437
Eſpagne ,
1433
Comté de Nice , 143.5
Génes & Ile de Corfe , 1437
Grande- Bretagne ,
1439
Hollande & Pays- Bas , 1442
Quatrain pour le Roi , 1448
1449
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , &c. 1447
Vers pour les habitans dé Lille ,
ibid.
ibid.
Le Duc de Chartres & le Duc de Penthiévre nommés
Lieutenans Généraux ,
Treize Officiers reçûs Chevaliers de S. Louis , ibid.
L'Evêque d'Ypres prête Serment de fidelité au
Roi ,
Promotions d'Officiers , & agréments de Régimens
donnés par S. M.
Gouvernement , Lieutenance de Roi & Majorité
d'Ypres , & le Gouvernement d'Aires , donnés ,
ibid.
1450
Le Comte d'Aumalle fait Commandeur de l'Ordre
Royal & Militaire de S. Louis ,
Chapelle d'argent doré , faite pour le Roi de Poribid.
tugal .
tugal , par M. Germain , &c . 845%
Bénéfices donnés ,
Compliment fait à l'Archevêque de Sens ,
ibid.
1452
Madrigal fur la prise de Menin , 1454
Actions de graces renduës & Réjouiffances faites
pour le même fujet , ibid.
1455
Son Mandement en conféquence , 1456
Lettre du Roi à l'Archevêque de Paris ,
Celui du Grand-Prieur de l'Abbaye de $. Germain
des Prez ,
Le Te Deum chanté à N. D.
1458
1460
Lettre du Roi aux Prévôt des Marchands & Eche
ibid.
vins ,
Defcription
du Feu
d'artifice
de l'Hôtel
de Ville
,
1461
Ordonnances des Prévôt des Marchands , & Eche
vins , & du Lieutenant de Police ,
Vers fur le Feu de l'Hôtel de Ville ,
1463
1463
Le Te Deum chanté à l'Abbaye de S. Germain des
Prez , & Ordonnance de M. le Comte de Clermont
, & c.
Defcription de la Ville de Menin ,
Promotion d'Officiers Généraux ,
Nouvelles de Flandre ,
Morts & Mariage
Arrêts Notables ,
Errata du premier Volume de Juin.
1464
1465
1466
1472
1485
1499
Page 1276, ligne & , du Roi. Depuis 1720 , lifexa
du Roi , depuis 1720.
Fautes
C
Fantes à corriger dans ce Livre.
Age 1342 , ligne 12 , nature , lifez , Nature.
P. 1350 , 1. 9 , fond , l . fonds.
P1368 , 1. 3. du bas , ne mettez qu'une virgule après
gloire,
P. 1381 , 1.8 , mettez un point après imiter.
P. 1382 , 1. 4. ôtez le point & la virgule après reffemblent.
P. 1385 , l. 12 , mettez un point après Anatomie .
P. 1393 , 1. 3 toutes fois , l. toutefois. ›
P. 1403 1.11 , les Gaule , l. les Gaules.
P. 1406 , l. 20 , gérofle , 1. girofle.
P. 1420 , l. 24 , Darucalifé , 7. naturaliſé.
P. 1423 , 1.3 , Nauffrage , 1. Naufrage.
ont été , l. furent.
P. 2432 1. 12
e
'
Ibid. 1. sdu bas , qu'elles , l . qu'elle ,
P. 1436 , l. 12 , ponr , . pour.
1.
P. 1437 , l. 22 , tiret , l. tirer.
P. 1462 , 1.5 du bas , tranquilité , 1, tranquillité,
La Planche gravée doit regarder la page 1296
MERCURE
DE FRANCE .
DÉDIÉ AU ROI.
JUILLET. 1744
COLLIGIT
SPARGIT
"pillos
Chés
A PARIS
GUILLAUME
rue S. Jacques.
CAVELIER ;
La Veuve PISSOT , Quai de Conty;
à la defcente du Pont- Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais .
M. DCC. XLIV.
Avec Approbation & Privilege du Roi,
1
AVIS.
' ADRESSE générale eft à Monfieur
ADRESSE à LA
9
à- vis la Comédie Françoife , à Paris. Ceux qui
pour leur commodité voudront remettre leurs
Paquets cachetés aux Libraires qui vendent le
Mercure , à Paris , peuvent fe fervir de cette
voye pour les faire tenir.
On prie très- inftamment , quand on adreſſe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous le
déplaifir de les rebuter , & à ceux qui les
envoyent , celui , non-feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de les per
dre , s'ils n'en ont pas gardé de copie .
Les Libraires des Provinces des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaiteront
avoir leMercure de France de lapremiere main ,
plus promptement , n'auront qu'à donner leurs
adreffes à M. Moreau , qui aura foin de faire
leurs Paquets fans perte de tems , & de les faire
porter fur l'heure à la Pofte , ou aux Meſſage
Hies qu'on lui indiquera,
PRIX XXX , SOLS.
V.LA
MERCURE
DE FRANCE .
DÉDIÉ AU ROI.
1
JUILLET. 1744·
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
V
EGLOG U E.
PALEMON , TIRCIS.
Tircis.
KACHEQUE
DE
LYON
$
1893
Ous aimez ! Palémon , que je plains voz
tre fort !
Avec vous-même , hélas ! vous n'êtes
plus d'accord.
Jadis , tout vous charmoit. Nos Bois & nos Mufettes
Vous offroient chaque jour de nouvelles beautés ;
VILLE
A ij Vous
1500 MERCURE DE FRANCE.
Vous rêvez maintenant ; c'eſt tout ce que vous,
faites.
Nos airs les plus touchans , fi fouvent répétés ,
Sont,depuis peu , de vous avec peine écoutés.
Faut-il donc que l'Amour , ce Tyran implacable ,
Afflige dans nos Bois tout ce qu'ils ont d'aimable
Tytire , ainfi que vous , pleure fa liberté ,
Et l'aimable Daphnis n'en eſt pas mieux traité.
Je me vois prefque feul exemt de fes caprices.
Palémon,
Dites plûtôt , Tircis : j'ignore fes délices.
Que vous connoiffez mal l'empire de l'Amour !
Vous êtes jeune encor ; vous aimerez un jour.
Laiffés moi feul , Tircis , rêver à ma Bergere.
Tircis.
Non , je ne puis fouffrir cette humeur folitaire,
Si fur vous l'amitié me donne quelques droits ,
Je vous entretiendrai tout le jour dans ce Bois,
Repofons-nous ici ; l'agréable Sylvandre
Et l'amoureux Damis doivent bientôt s'y rendre
Palémon.
'Adieu , vous devez les attendre.
Tircis.
Dù fuyez-vous ? Pourquoi ne les attendre pas ?
Palémon.
La plus fombre retraite a pour moi plus d'appas ;
Er d'aujourd'hui je ne veux rien entendre,
Que
JUILLET. 1744. 1501
Que le chant des Oiseaux , amoureux comme moi.
Tircis.
Je vous fuivrai par tout . L'état où je vous voi ,
Malgré vous , Palémon , m'impofe cette Loi ;
Mais pourquoi me cacher le fujet de vos peines ?
Je ne veux point rompre vos chaînes ;
J'en voudrois feulement diminuer le poids .
Nommez-moi du moins la Bergere ,
Dont votre tendreffe a fait choix .
Palémon.
1
Je l'aime , cher Tircis ; le nom n'importe guere ;
Ah ! que ne m'aime- t'elle , autant qu'elle m'e
chere !
Seule , l'autre jour , dans ce Bois ,
Je l'entrevis pour la premiere fois.
Que ma furpriſe fut extrême !
De ce trouble charmant j'ignorois la douceur.
Du tendre Amour un trait vainqueur
Me fit connoître à l'inftant même
L'avantage d'avoir un coeur.
Vantez moins à mes yeux la froide indifference ;
Epris d'une oifive indolence ,
Mon coeur eut, fans l'Amour, ignoré le bonheur.
Tircis.
Vantez moins de l'Amour les douceurs homicides.
Hélas ! combien les traits perfides
N'ont-ils pas fait de malheureux ?
A iij Peut
1502 MERCURE DE FRANCE.
Peut-être par d'indignes feux
Vous-même êtes -vous la victime .
Son flambeau vient luire à nos yeux,
Souvent pour éclairer le crime.
Remontons au Berger Pâris ;
De fa tendreffe Helene fut le prix &
Mais de leur flâme illégitime
Nâquit l'embrafement fatal , à ſon Pays.
Palémon.
En vain vous m'étalez la tragique avanture
De ce Berger infortuné ;
Mon coeur n'en eft point étonné ;
Bleffé par Cupidon , il chérit fa bleffure.
Ah ! fice Dieu.frappoit des mêmes traits
L'aimable objet dont les naïfs attraits ,,
Sans le fecours de la parure ,
Ont fçu ravir ma liberté ,
Trop fatisfait d'adorer ſa beauté ,
Sans peine j'oublirois en cette conjoncture ,.
Ce qu'a pour moi de plus cher la Nature.
Tircis.
Tous me foins déformais deviendroient fuperflus ;
La
JUILLET. 1744. 1508
La Raifon parle envain ; vous ne l'écoutez plus.
Quoi de notre amitié le confeil falutaire
Ne peut de votre amour un moment vous dif
traire ?
Palémon.
Tircis , je fçais ce que je dois
A l'amitié , dont votre coeur m'honore;
Mais quand l'Amour fait entendre fa voix ,
C'eft en vain qu'en nos coeurs l'amitié parle encore.
Par M. Boyer.
A Lyon , ce 15 Juin 1744-
*
A iiij.
RE
1504 MERCURE DE FRANCE .
39 39 38 #9 #9 a ma ૩
REPONSE du R. P. M. Texte , Dominicain
, à la Lettre Anonyme , inferée dans
le Mercure du mois de Janvier 1743 , au
fujet de la Médaille d'un de nos Rois , qui
a pour Légende : VOTA MEA DOMINO
REDDAM.
V

Ous commencez , M. votre Lettre
contre ma Differtation , fur la Médaille
en queſtion , par une Ironie , qui eft
plûtôt pour moi un fujet de louange que
de blâme. « L'Ordre de S. Dominique
>> dites - vous , d'un certain ton , a beaucoup
»d'obligation au P. Texte , de toutes les
>>peines qu'il fe donne à compofer des Dif-
» fertations , dans lesquelles il puiffe faire
entrer , par occafion , quelque chofe qui
foit à la gloire de fon Ordre , quoiqu'on
» en ait déja publié plufieurs de cette efpe-
» ce . Je doute que cette prédilection du R.
" P. fe foit mieux fait fentir que dans la
» Differtation qu'il vient de publier dans
» celui du mois d'Août dernier . On y voit
» une mention du Pape Benoît XI , qui n'eft
faite , que pour pouvoir dire qu'il étoit
> Dominicain.
Vous
JUILLET. 1744. 1505
Vous n'ignorez pas , M. que les Ordres
Religieux ont donné de grands Sujets à
l'Eglife , & que celui de S. Dominique , en
particulier , n'eft pas un des moindres parmi
ceux qui fe font fignalés de ce côté-là ; il
feroit aifé de faire une longue * énumeration
des Perfonnages illuftres qui en font
fortis , quoique les profeffions tacites
ayent dérobé à notre connoiffance les Maifons
d'affiliation à l'égard de plufieurs. Domeftica
fed tamen vera , difoit S. Gregoire de
Nazianze , en faisant l'éloge de fa propre
Famille ; fi celui que je fais quelquefois de
mon Ordre vous paroît trop affecté, prenezvous-
en à vous- même qui m'y engagez par
votre Critique. Vous ne devez donc pas
être furpris fi , perfuadé comme je le fuis ,
du bon accueil que l'on fait à nos Journaux
Litteraires François dans les Pays les plus
éloignés , je prends plaifir d'y inférer de
tems en tems des Differtations fur des Faits
Hiftoriques, & d'y faire entrer des Faits intéreffans
de quelques-uns de nos Religieux ,
qui y ont du rapport , & dont le mérite a
*
Quatre Papes : le Cardinal Gotti avec deux fuffrages
de plus , auroit fait le cinquiéme au dernier Conslave.
Soixante-trois Cardinaux. Vingt- trois Patriar
shes , des Prélats fans nombre , &c.
Av été
1506 MERCURE DE FRANCE
été d'autant plus grand , que l'obfcurité dur
Cloître d'où ils ont été tirés , n'a pû les ›
cacher. Je le fais d'ailleurs , à l'exemple de
tant d'Ecrivains Séculiers & Réguliers , qui:
par des Annales , ou par des Vies de Saints ,,
concourent à la perfection de l'Hiftoire Ecaléfiaftique
& Profane..
Au . refte ,.M.. ma tendreffe filiale: pour
l'Ordre , dont j'ai l'honneur de porter l'habir
, prouve combien j'eftime mon état , &
fi elle s'eft fait fentir , cette prédilection ,.
dans ma Differtation du Mercure du mois .
d'Août 1742 , comme vous le dites , vous :
allez être convaincu que ç'a été très-ài- propos
, & toujours dans les bornes d'une jufte:
moderation .
.
Cependant à vous entendre , je n'ai fait:
mention du Pape Benoit XI , que pour pou--
voir dire qu'il étoit Dominicain. Le Lecteur
impartial jugera fi je devois m'en difpenfer..
L'explication de la Médaille en queſtion:
m'ayant néceffairement obligé de parler de:
deux victoires , remportées par deux de nos
Rois fur les Flamans , fçavoir , Philippele
Bel à Mons en Puelle , & Philippe . de ·
Valois à Caffel , & des Voeux que
firent ces
Princes dans les périls où ils fe trouverent ,,
jjai. rapporté d'après M. le Gendre , Hift.
de
JUILLET. 1744. 1507
de France , T. II , p. 446 : « Que le Pape
» Benoît XI envoya , fans en être follicité
»un Bref à Philippe-le-Bel , pour l'abfoudre
» des cenfures fulminées par Boniface VIII
contre fa perfonne Royale , grace inefpe-
»rée , qui fit grand plaifir au Roi dans un
" tems oùil avoit befoin de réunir toutes les
»forces , pour dompter les Flamans . J'ais
ajouté que Benoit XIétoit Dominicain : le:
Public devoit-il ignorer l'Ordre dont étoit
ce grand Pape , depuis peu beatifié , après
une démarche fi héroïque , également avantageufe
au Roi , & à fon Peuple , glorieufe:
à l'Etat Religieux en général , & en particu
lier à l'Ordre de S. Dominique?-
Je vous aurois fans doute ennuyé , M. fi
j'avois dit que Benoît XI , étant entré dans
fa jeuneffe dans l'Ordre des FF . Prêcheurs
s'y diftingua tellement par fa Science & par
fa Vertu , qu'il paffa par toutes les Charges
& fût Prieur , Provincial , & enfin IX Gé
néral , & que le Pape Boniface VIII le fit
Cardinal , &c. Hift . Eccl. par M. Fleury , T..
XIX ,
PP. 70 & 71.
J'ai marqué comme une fuite naturellede
cette victoire , remportée par Philippele
Bel fur les Flamans à Mons ' en Puelle ,
la Fondation du Monaftere des Dames Do
minicaines de Poiffy , faite par ce même
Roi en 13.04., dès qu'il fut de retour à Pá-
A vj ,
ris ,
1508 MERCURE DE FRANCE.
"
ris , & je l'ai fait d'après l'Auteur d'un an
cien Manufcrit de l'Abbaye S. Victor , rapporté
par les Sçavans Continuateurs de
Bellandus au 25 Août , au fujet du Lieu de
la naiffance de S. Louis ; Eodem tempore
( 1304 ) Rex Philippus reverfus de Flandria
nobile Monafterium Sororum Ord. Prad. inftitut
fieri in honorem Dei & B. Ludovici apud
Piffiacum , ubi prædictus Sanctus extitit oriundus.
*
Devois je , M. à votre avis , féparer cette
picufe Epoque que l'Auteur du Manufcrit
de S. Victor a prétendu unir avec la victoire
, les Voeux & les Fondations de Philippele-
Bel ? Eodem tempore , afin de donner un
plus grand luftre à la jufte reconnoiffance de
ce grand Prince envers Dieu , & à ſa pieufe
vénération pour la mémoire de S. Louis ,
fon Ayeul . Et pouvois- je , encore une fois ,
omettre cette circonftance , fans faire tort à
l'Auteur du Manuſcrit , en lui ôtant le mérite
de fa bonne intention , & fans dimi-
* Des Sçavans en affés bon nombre , ont prétendu
que le Saint Roi n'étoit point né a l'oilly , comme on
le croyoit communément avant eux. Le P. Texte , Dominicain
, leur a répondu avec folidité ; notre Auteur
Bollandifte prend ouvertement fon parti , donne un
nouveau poids à fes preuves , nous paroit détruire fans
réplique celles de fon Adverfaire. Journal de Tré-
YOUX , Novembre 1743 , page 2761.
nner
JUILLET. 1744 1509
nuer la gloire du Vainqueur , dont la piété
eft ici fi remarquable ? Venons à Philippe de
Valois.
M. le Gendre , que j'ai déja cité , faifant
le recit de la victoire , remportée par ce
Monarque fur les Flamans , au Siége de
Montcaffel , dit , en parlant de l'irruption
des Ennemis vers la tente du Roi : Heureufement
le Confeffeur du Roi , qui étoit Dominicain
, n'étoit pas encore endormi : fans cela tout
étoit perdu . M. l'Abbé de Choify l'a écrit à
peu près de même dans fon Hift. Eccl. T.
VII , pag. 143. Parlons , M. de bonne - foi ;
ine convenoit - il , étant Dominicain , d'alterer
ou de tronquer de mon autorité le texte de
ces deux Ecrivains , & de paffer fous filence
l'ordre de ce Confeffeur , quand même j'aurois
prevû que quelqu'un n'approuveroit
pas une exactitude fi indifpenfable ?
Au refte , nous ignorions le nom de ce
Confeffeur ; je le trouvai dans le Traité de
la Chapelle de nos Rois par M. l'Abbé Ar
chon , T. II , p. 237. J'en fis part à l'Auteur
de l'Edition de Moreri , publiée en 1725 :
& il en profita. L'Etat de la Maiſon du Roi
Philippe VI , de 1328 , dit Archon , nous
apprend les noms de fon Confeffeur & de
fes Eccléfiaftiques . Son Confeffeur s'appelloit
Nicolas Gorand , Gorandus , de l'Ordre
de S. Dominique , » fort eftimé , dit le P.
» Mallet ,
STO MERCURE DE FRANCE.
Mallet , du Roi Philippe de Valois , qui
lui donna la direction de fa confcience ..
Philippe , Roi de Navarre , Comte d'Evreux,
& fa Femme Jeanne de France, luis
"témoignerent auffi leur affection , & à
cette Maifon de Paris , car tous deux nous
donnerent chacun leur coeur , lui en 1343 ,
» & elle en 1-3·49.
On ignoroit , comme je l'ai déja dit , ce
Gorand; il y a plus ; on le confondoit ya , &
on n'en faifoit qu'une même perfonne avec.
un autre Dominicain , que le P. Echard
nomme Nicolaus de Gorrenno, Gorrain , Con--
feffeur de Philippe-le- Bel , long-tems aupa
vant , à qui ce Prince laiffa une penfion de
quarante livres tournois par fon Teftament
de l'année 1296. Item, F. Nicolao de Gorren--
no, quondam Confeffori noftro, legamus fingulis
annis, quandiu vixerit , quadraginta libras Turonenfes.
Il m'a fallu , comme vous le voyez, dé-
Broüiller tous ces Faits , les expofer par or--
dre , les rendre fenfibles aux Lecteurs , &
utiles aux Ecrivains futurs , les précédents
les ayant ignorés. Comprenez donc , M.-
combien ce long éclairciffèment étoit néceffaire
, & avouez enfin que vous avez eu
quelque tort de dire , que ma Differtation
n'étoit uniquement , que pour faire fentir la
prédilection que j'ai pour mon Ordre.
Comme
JUILLET. 17440 ISIT
Comme ce fût la premiere année du Ré
gne de Philippe de Valois , qu'il gagna fur
les Flamans la Bataille de Mont-Caffel ,
le Théatre des périls & des Voeux de ce Roi ,
& que par ce même Prince la Branche Royale
des Capetions , dite de Valois , qui a
régné pendant 261 ans , venoit de monter
fur le Trône , je ne pouvois me difpenfer
de faire voir dans une extinction fi
prompte & fi inopinée des Princes de la Famille
de Philippe-le- Bel , le droit que Philippe
VI avoit à la Couronne par le Roi S.
Louis, fon Bifayeul , après la mort des trois
fils de Philippe-le Bel , fucceffivement Rois, »
fçavoir , Louis X , Philippe V & Charles
IV , décédés fans Enfans mâles. Et pour cela
, j'ai été obligé d'entrer dans la Généalogie
de Philippe VI. Eft-ce l'avoir trop étendue
, & hors de propos , que de nommer
feulement fon Pere Charles I , qui eut
pour appanage le Comté de Valois , dont la :
Branche prit le nom , & qui étoit frere de
Philippe le-Bel , tous deux fils de Philippe
III , dir le Hardi , & petit fils de S. Louis ? :
Me fuis -je , encore une fois , trop étendu ,
& fans un jufte motif , en ajoutant que
Philippe VI avoit pour frere unique Char--
les II , Comte d'Alençon , une foeur & une
niece , nommées Ifabeau de Valois Reli--
gieufes Dominicaines à Poiffy, & un neveu ,,
nommé
1512 MERCURE DEFRANCE.
nommé Charles III , Comte d'Alençon ;
Dominicain , décedé Archevêque de Lyon ,
Prince dont je devois néceflairement faire
mention , comme étant neveu de Philippe
VI , & fon fucceffeur à la Couronne de
France , en qualité d'aîné des Valois , en
cas de mort fans Enfans mâles?
Vous me reprenez , M. d'avoir pris la défenfe
d'une Médaille qui n'en vaut pas la peine
, & qui étant pofterieure de trois fiécles à
l'Hiftoire qu'elle représente , n'eft ni fidelle , ni
du tems marqué dans l'Exergue. Cela ſeul me
fuffit pour convaincre le Public éclairé , que
je devois écrire fur ce fujet , quand cela ne
ferviroit qu'à faire connoître que vous êtes
vous - même dans l'erreur ; & pour le faire
folidement , je n'ai qu'à rapporter vos propres
termes , & ceux de M. l'Abbé Joly ,
qui vous font oppofés ; cet Auteur ne doit
pas vous être fufpect , après le grand éloge
que vous en faites & avec juftice : commençons
par ce que vous en avez écrit.
Le P. Texte ne devoit- il pas fe méfier
»de cette Médaille , tirée de la France Métallique
de De Bie , puifqu'elle rapporte
» en l'an 1329 , l'acquit des Voeux de Philippe
de Valois , qui , felon la Chronique
écrite dans le tems , durent être rendus
pendant l'Automne de1 328 , que le Roi
arriva à Paris ?
»
Je
JUILLET. 1744 1517
Je remarque d'abord qu'incertain vousmême
de ce Fait , vous n'ofez pas avancer
que ces Voeuxfurent effectivement rendus ,
mais fimplement qu'ils durent être rendus ;
mais une foible conjecture doit ceder à l'Epoque
pofitive & réelle M. ccc . xxix , qui
eft fur la Médaille en queftion , & avec
d'autant plus de raifon , que ce Monument
a été fait pour repréfenter , non pas l'arrivée
du Roi Paris , mais fon offrande dans
l'Eglife de Chartres.

Vous ajoutez : ,, Je fuis donc bien éloigné
de croire que le P. Texte ait bien
» choifi fa matiere cette fois en entre-
»prenant la défenfe d'une Médaille qui
» n'en vaut pas la peine , puifqu'elle eft
»pofterieure de trois fiécles à l'Hiftoire
» qu'elle repréfente ....... Ce que le P. T.
» vient de traiter a été difcuté bien au long
» par M. Claude Joly , Chantre & Chanoine
» de N. D. de Paris , dans fon Voyage de
Munster ...... Chanoine , dont l'érudi-
» tion & la fagacité étoient égales , pour ne
laiffer rien à defirer.
"
ور
Voilà , M. votre texte ; voici celui de M.
l'Abbé Joly , pag. 46 . ,, M. François Mezeray
, Hift . de Fr. attribue à Philippe de
» Valois cette offrande à cheval , & en ar-
»mes dans l'Eglife de Paris , mais pourtant
» il reconnoît que quelques-uns tiennent
H
# que
514 MERCURE DE FRANCE.
"
»que c'eft celle de Philippe-le-Bel , & il ne
» les contredit pas. Ce qu'il rapporte de plus
confidérable pour prouver ce qu'il dit
>> eft une Médaille qu'il a prife du Livre
» intitulé : La France Métallique , où eſt la
figure du Roi armé,à cheval , qu'il prétend
» être femblable à celle qui eft à N. D. de
Paris , autour de laquelle Médaille on lit :
Vota mea Domino reddam ; & au bas , M.
» ccc. xxix . Cette date fait voir évidem
»ment , que cette figure eft de Philippe de
Valois , & non pas de Philippe-le-Bel
» dont l'offrande fut faite en 1304. On peut
obferver fur cette Médaille , qu'elle n'eft
pas tout-à-fait conforme à la repréſentation
qui eft à N. D. de Paris..... On peut
»dire , & il eft vraisemblable , qu'elle eft
»de Philippe de Valois , quand il alla à l'Eglife
de Chartres , conformément aux
»Chroniques de S. Denis , & de ce même-
» tems.
Remarquez bien , je vous prie , la confé
quence que tire M. Joly. Cette date fait
voir , dit -il , que la figure eft de Philippe de
Valois , quand il alla à Chartres. La date de
329 marque donc , felon cet Auteur , l'année
que le Roi accomplit fon Vou ; une
Epoque fi jufte & adoptée par un tel Ecri
vain , ne doit plus être pour vous une raifon
de proferire , comme vous faites , la
Me
JUILLET. 1744. FSFS
Médaille en queftion , mais plûtôt un engement
à la reconnoître frappée du même
tems. M. Joly rapporte ailleurs la teneur de
la Chronique , dont voici le Texte Latin.
Rex verò in Francia exiftens Beatum Dyonifium
primitus vifitavit & poftea ,fans fixer le
tems , ivit Carnotum , » partant , ajoûte M.
Joly,qui confidérera les termes de ce Paf-
»fage , jugera qu'il y eft parlé d'un Voya-
»ge & non pas d'un fimple retour à Paris.
M. Joly a donc voulu par là , faire remarquer
, que ce voyage de pieté d'un Roi
vainqueur , qui devoit accomplir folemnellement
un Vou fait dans le péril d'un combat
, demandant de grands préparatifs , la
cérémonie en fut differée . En effet , outre
les préparatifs ordinaires , & néceffaires , il
falloit que le Roi & ceux de fa fuite , fatigués
& mal équipés , après tant de travaux
euffent le tems de refpirer & de s'équiper
avec quelque loifir ; qu'après une longue
abſence , chacun terminât des affaires.retardées
, & devenuës urgentes que le Roi re- ;
gut , à caufe de fon avenement à la Couronne
, la foi & hommage de tous les Seigneurs
, & tenans Fiefs , dit Mezeray , que
fon prompt départ pour la Flandres ne lui.
avoit pas permis de recevoir de tous , &
principalement d'Edouard , Roi d'Angleterre
, qu'il fallut fommer de s'acquitter de:
GO
1516 MERCURE DE FRANCE.
ce devoir
pour les Duchés
de Guyenne
&
de Ponthieu
, fa Mere perfiftant
à foutenir que le fils d'un Roi ne devoit pas s'abaiffer devant
le fils d'un Comte
, en parlant
de Charles
, Comte
de Valois , Pere du Roi
Philippe
VI. Edouard
rendit pourtant
cet hommage
au mois de Juin 1329. Tout cela demandoit
, fans doute , un certain
tems , & conduit
infenfiblement
de l'Automne
1328 , que Philippe
arriva à Paris , à l'année
1329 , qu'il alla , felon M. Joly , pré- fenter ſon offrande
à l'Eglife
de N. D. de Chartres
.
Voyez , M. combien vos fentimens font
oppofés à ceux de l'Auteur , fur l'éloge duquel
vous vous étendez fi fort. Il adopte la
Médaille de la France Métalliquée , citée par
Mézeray , & vous employez une page entiere
pour la profcrite . Il infere de la date
1329 , que l'offrande.fut faite cette même
année , & vous inferez de la même date
qu'elle n'eft pas fidelle , puifque l'offrande
dut fe faire en 1328. Qui faut- il donc
croire ? vous ou M. Joly , dont l'érudition
& la fagacité étoient égales , pour ne rien
Laifferfur cela à defirer, & à qui par un éloge
fi accompli vous donnez votre fuffrage .
De ce que je viens de dire , il eft aifé de
conclure, que la Médaille en queſtion , bien
loin d'être , comme il vous plaît de le dire ,
de
JUILLET. 1744: 1517
de trois fiècles après ce qu'elle représente , eft
de la même année м. CCC. XXIX , marquée
dans l'Exergue , & en laquelle ce qui eft
repréſenté fut accompli ,
Vous finiffez , M. par cet avis que vous
me donnez , comme important , & cela eſt
fingulier , que le P. Texte prenne la peine de
confulter l'Ouvrage de M. Joly , & il trouvera
toute faite la befogne qu'il a voulu entreprendre
.
Mais , M. fi toute la befogne étoit faite
par M. Joly , & bien faite , puifque vous
affûrez qu'il n'arien laiffe à defirer, comment,
vous êtes-vous avifé de vouloir gâter cette
befogne , par des fentimens oppofés aux
fiens ? M. Joly adopte , après Mezeray , la
Médaille de De Bie , & par la date, il la reconnoît
fidelle & frappée de ce tems là ; &
vous , en foûtenant le contraire , vous effacez
d'un coup de plume ces deux beaux
traits de fon Ouvrage.
Toute befogne étoit faite , felon vous ; il
eft vrai que M. Joly avoit prouvé que la
Figure Equeftre , qui eft à Ñ. D. de Paris
elt de Philippe le Bel , & que l'offrande de
Philippe de Valois fut faite à Chartres ,
mais le R. P. Dubois , de l'Oratoire , qui a
écrit l'Hiftoire de l'Eglife de Paris , publiée
en 1710 , dix ans après la mort de M. Joly,
décedé en 1700 , a écrit , T. II. p . 615 , que
la
# 318 MERCURE DE FRANCE.
la Figure , qui eft dans cette Eglife , eft de
Philippe de Valois , & que ce Roi y fit fon
offrande , & non pas à Chartres. Rex reverfus
Parifios.....tum militari apparatu intravit
in Bafilicam B. Maria , iifdem armis indutus
quibus pugnaverat, eodem infidens equo ,
quem cum armis Ecclefia B. M. obtulit. Vetus
hujufce Religionis Regia Monumentum , effigies
fcilicet illa Equeftris Regis cataphracti ; haud
dubiè Philippi VI. patet , &c.
Il m'a fallu prouver néceffairement le
contraire de cet Expofé , afin de faire éviter
ces deux erreurs à des Ecrivains , qui , au
préjudice du fentiment i bien fondé de M.
Joly , auroient pû fuivre celui du R. P. Dubois
, & afin d'autorifer davantage celui de
M. Joly , j'ai rapporté le témoignage de M.
de la Barre , Editeur de la Chronique de S.
Denys , que M. Joly cite , imprimée en
1723 , dans laquelle cet habile Editeur
après avoir bien examiné l'Original , &
confulté d'autres Manufcrits , Nova Editio
ad fidem Manufcriptorum codicum expurgata;
dit que le Roi Philippe VI alla à Chartres ,
ivit Carnotum & arma & equum devotiffimè
prefentavit. S'il eût déja fait cette offrande
à Paris , il lui auroit fallu racheter le tour
le transferer & le laiffer à Chartres.
J'ai mis la main à la plume , pour défendre
le fentiment de M. Joly , attaqué dix ans
pour
après
8
JUILLET. 1744. 1519
après la mort. Je fuis fort blâmable, à votre
avis , d'avoir rendu ce fercice à fa mémoire,
& ce témoignage à la vérité ? Auriez- vous
voulu , M. vous donner cette peine , vous à
qui la réputation de cet Auteur paroît fi
chere , & qui cependant bien loin de le défendre
, le combattez ouvertement ?
Toute la befogne , encore une fois , étoit
faite ,felon vous. Mais relifez l'Article, que
M. Joly déclare n'avoir inferé ſur cette matiere
dans fon Voyage de Munster , que comme
une fimple digreffion , & vous avoüerez
, M. qu'il n'y eft pas fait mention des
deux tiers des Faits , que j'ai expofés dans
ma Diſſertation , & toujours par rapport å
la Médaille. M. Joly parle , il eft vrai , au
fujet de cette Médaille , mais il s'étend
beaucoup plus fur les Fondations faites par
les deux Rois Philippe le Bel & Philippe de
Valois , fur les Terres affignées pour les
fonds des Rentes , & enfuites rachetées , &c.
Et moi je me fuis particulierement attaché à
recueillir les fentimens des Auteurs au fujet
de la Médaille , de la Figure Equeftre , du
tems de l'offrande , de l'Eglife où elle fut
faite. J'ai rapporté les motifs des Déclarations
de guerre entre les François & les Flamans,
les faintes difpofitions qui précedérent
le départ de Paris , & le Combat de Philippe
VI , avec des circonstances curieufes
&
1520 MERCURE DE FRANCE.
& particulieres , les difcours enfin tenus
contre ce Prince par fes ennemis , les artifices
qu'ils employerent pour furprendre
fa Perfonne Royale , & la vigilance heureufe
de fon Confeffeur , Dominicain , pour
le garantir. Jugez , M. par cet Expofe , fi
toute la befogne étoit faite , & fi les quinze
pages de ma Differtation ont été auffi inutilement
employées que vous le penſez &
que vous le dites.
Je fuis , Monfieur , &c.
AParis , le premier Avril 1744.
NOUVELLE Traduction du Diftique de
Virgile : Nocte pluit totâ , &c.
D
Es Torrens chaque nuit femblent tomber des
Cieux ;
Chaque jour fait briller un Spectacle à nos yeux.
Notre Augufte Empereur & le Dieu du Tonnerre
Partagent tour à tour l'Empire de la Terre.
I. G. L. T. D. M.
$2$2
AVEU
JUILLET. 1744. 1521
AVEU à M. B.
Vous, que j'aimai long-tems de l'Amour le plus
tendre ,
Vous, qui m'aimez encore avec emportement ,
Sans colere aujourd'hui pourrez - vous bien entendre
L'aveu que doit vous faire un infidéle Amant ?
Quand vos attraits vous foumirent mon coeur ,
Quelque- tems ma Raiſon ſéduite
Ne vit en vous d'autre mérite ,
Que la Beauté , l'Eſprit , & la Douceur ,
Mais lorsqu'à vos Vertus cedent tant d'avantages ,
L'Amour & tous les feux ,
D'autant plus inconftans qu'ils font impétueux ,
Vous foumettant les coeurs , offrent de vains hom
mages.
De la Beauté
La Volupté
Eft le partage ,
Et l'Amitié conftante & fage
De la Vertu doit être le feul gage.
Ne me nommez plus votre Amant ,
Mais foyez -moi l'Ami le plus fidéle ,
Car, fans changer d'objet de mon attacheinent ;
J'ai préféré l'ardeur qui doit être éternelle .
B. D.
B LET1522
MERCURE DE FRANCE
èèèèèèèèèèèsés ésés és èð áð · és és èð és é☎
LETTRE écrite par M. D. L. R. au R.
P. Dom I. L. D. La C. Bénédictin¸ de la
Congregation de S. Maur , au fujet du Lie
vre de l'IMITATION DE JESUS - CHRIST.
MON ON REVEREND PERE ,
Vous m'avez fait l'honneur de m'adreffer
une fçavante Differtation dans le Mercure ,
au fujet de l'Edition de l'Excellent Livre de
l'Imitation de J. C. que M. l'Abbé Lenglet
a donnée au Public en l'année 1731 , avec
fa Traduction, faite, comme porte le titre ,
fur l'ancien original François. Cette circonftance
, M. R. P. vous parût finguliere , &
vous engagea à examiner les raifons que
l'Editeur donne dans fa Préface , pour foule
texte Latin de l'Imitation n'en
eft pas l'Original ; que l'Original eft François
, & que le Latin n'eft qu'une Traduction
, c. c'est-à-dire , foutenir le contraire
de ce que les Sçavans , les meilleurs Critiques
, tout le Monde enfin, a penſé jufqu'à
préfent au fujet de cet Ouvrage. On ne peut
rien ajouter à la fagacité , avec laquelle
vous avez difcuté cette efpece de Problê
me , diſcuſſion qui vous a obligé de contenir
que
clure
JUILLET. 1744. 1523
elure,qu'il eft clair & manifefte par les plus
anciennes Editions de ce Livre , foit Latines
, foit Françoifes , que le texte Latin en
eft le véritable Original , & conféquemment
, que le fentiment de M. l'Abbé Lenglet
eft tout-à- fait infoutenable. Votre Differtation
eft datée de Paris le 23 Septembre
1742 , & imprimée dans le Mercure du
mois de Novembre fuivant , p . 2346.
Je puis vous affûrer , M. R. P. qu'elle a
fait dubruit dans leMonde Litteraire, & que
plufieurs Sçavans ont pris hautement votre
parti , mais perfonne ne l'a fait avec plus de
folidité & de profit que le R. P. Boudet ,
Chanoine Régulier de S. Antoine , par une
Lettre du 15 Janvier 1743 , imprimée dans
le Mercure du même mois , p. 103 , que
vous avez vûë dans le tems , & dont tout le
Monde a paru fatisfait
.
Depuis ce tems-là , M. R. P. vous nous
avez quitté , fi c'eft quitter fes amis , que
de fuivre la grace de fon Etat , obéir à fes
Superieurs , en paffant d'un Monaftere à un
autre , & de porter par tout l'amour de la
régularité , & l'inclination à cultiver la bonne
Litterature. Je vous ai cependant promis
de vous donner avis de tout ce qui pourroit
furvenir de nouveau dans cette conteftation
, furtout de la part de M. l'Abbé I’L.
perfonnellement intéreffé. Il a couru quel-
Bij que
1524 MERCURE DE FRANCE.
que bruit qu'il préparoit une Réponſe à votre
Differtation , mais je crois qu'il y a lieu
d'en douter , car ayant rencontré un jour
ce fçavant Abbé à S. Germain -des - Prez , il
ne m'en parla pas , & l'occafion étoit belle ,
puifqu'il me dit qu'on alloit imprimer
pour la troifiéme fois fa Traduction de l'Imitation
de J. C, & cela il y a plus de fix
mois.
Il eft à croire qu'il fupprimera dans l'Avertiffement
l'article qui fe lit dans celui de
l'Edit. de 1731. Après avoir dit
que ce Livre
eft connu & révéré dans tous les Pays ;
qu'il eft traduit en toutes les Langues , &
qu'il a paffé jufqu'à la connoiffance des
hommes les plus barbares , l'Auteur ajoute :
Un Religieux étant allé trouver un Roi de Maroc
, ce Prince le lui fit voir dans fa Bibliothe
que , traduit en Langue Turque , & lui témoi❤
gna le préférer à tout autre Livre. Ce qui eft
copié & mal copié de prefque toutes les
Préfaces des Editions précédentes , & ce
qui eft également faux dans le fait & abfurde
, comme je l'ai démontré dans une de
mes Lettre , imprimée dans le Mercure de
Décembre 1735 , p. 2853.
J'ai rendu compte dans la même Lettre
de laTraduction de ce Livre en Langue Arabe
, par un zélé Miffionnaire , Carme Déchauffé
; j'ai dit dans quelles circonstances
&t
JUILLET. 1744% 1525
& à quelle intention elle fut faite , enfin
quel en fut le fuccès à l'égard des Mahometans
, que l'Auteur avoit en vûë , lefquels
ne pûrent jamais goûter un pareil Ouvrage
, fi oppofé aux vifions de l'Alcoran , &c .
Vous avez vû , M. R. P. cette verfion Arabe
dans mon Cabinet , & vous fçavez que j'en
fais un grand cas , parce qu'elle eft d'une
élégance parfaite , & que rien n'y manque
du côté de la diction & du Style ; elle peut
être du moins très-utile pour les Chrétiens
de Syrie , qui n'entendent que la Langue
Arabe. Elle fut imprimée à Rome aux dépens
de la Congrégation de la Propagande
en l'année 1663 , c'est-à-dire , long- tems
après qu'on a dit , contre la vérité , dans
plufieurs Ouvrages , que ce Livre avoit été
traduit en toutes les Langues , &c. mais il
s'en faut bien que cela foit exactement
vrai .
J'ai cependant donné une Lifte des Verfions
qui font venues à ma connoiffance
dont les principales font la Grecque du P.
Georges Mario , de la Compagnie de Jefus ,
l'Italienne de Profpero Farandi , Chanoine
Régulier de Milan , imprimée à Paris , chés
Camufat & P. le Petit en 1645 ; l'Espagnole
par le pieux J. Eufebe de Nieremberg , Jefuite
, & l'Angloife fans nom d'Auteur , imprimée
à Londres en 1699. J'ai auſſi vû
B iij plu1526
MERCURE DE FRANCE
plufieurs belles Editions du texte Latin
dont la plus ancienne eft du Vénérable Georges
Pirkamen * , Prieur de la Chartreufe de
Nuremberg , imprimée à Nuremberg en
l'année 1494. J'ai remarqué que prefque
tous ces Traducteurs & Editeurs donnent
cet Ouvrage à Thomas à Kempis.
L'Auteur de la Verfion Arabe , que je poffede
, eft, comme je l'ai dit ailleurs , le P. Céleftin
de Ste Ludovine , Carme Déchauffé , le
même dont il eft parlé dans mon Voyage de
Syrie & du Mont- Liban , &c . qui étoit Superieur
des Carmes Déchaux de cette Montagne
, lorfque le pieux M. de Chafteuil s'y
retira , & qu'il y mourut en l'année 1644-
Ce Pere prononça fon Panégyrique en Arabe.
Il s'appelloit dans le monde Pierre Golius
, & étoit frere du fameux Jacques Golius
, Profeffeur en Arabe à Leyde , qui avoit
fuccedé à Erpenius.
Depuis votre départ de Paris , j'ai fait ,
M. R. P. l'acquifition de deux autres Traductions
du même Livre ; la premiere que
j'eſtime infiniment , eft celle du refpectable
LOUIS DE GRENADE , pieux & célébre Dominicain
Efpagnol . Je la trouvai , par un
heureux hazard , parmi d'autres Livres mis
en vente dans un Carrefour de cette Ville .
* Il a donné une Edition entiere des Oeuvres de
Thomas à Kempis.
C'eft
JUILLET. 1744. 1527
C'eft un fort épais Vol. in - 16 , relié en maroquin
, & orné des Armes de Bourbon
Vendôme , &c. Le Titre eft CONTEMPTUS
MUNDI. O Menos precio del Mundo , con un
Tratado de Oraciones y exercicios de devocion ,
de F. LUIS DE GRANADA . En Sevilla en Cafa
de fuan de Leon 1609. Il y a à la tête une
courte Préface, digne du fujet & du Traducteur.
L'Abbé Lenglet en a donné l'Analyſe
dans la premiere Edition de fa Traduction
Françoife. La Verfion du P. de Grenade me
paroît exacte , énergique , & écrite dans la
plus grande pureté de la Langue Caftil-
Janne.
L'autre acquifition eft un peu finguliere ,
& l'effet d'un hazard plus particulier. Mon
Domestique en allant à la Meffe cet Hyver
dernier , de grand matin , à l'Abbaye S. Germain-
des-Prez , trouva fur le pavé de la
grande cour du Palais Abbatial un Livre
petit in- 12 , enchaffé dans une espece d'étui
de carton de couleur brune. Après quelques
démarches inutiles pour pouvoir le rendre
à fon Maître , le Livre me fût apporté , & je
vis , non fans quelque étonnement, une Traduction
Françoife de L'IMITATION DE J. C.
faite pour l'ufage des Proteftans , & imprimée
en Hollande. En voici le premier titre
au bas d'une vignette , qui occupe la prepage
: Prens L'IMITATION DE JESUSBiiij
CHRIST
miere
1528 MERCURE DE FRANCE.
CHRIST à coeur. Dans la vignette ,le Sauveur
eft repréſenté enfeignant fur la Montagne.
A la feconde page eft ce Titre , KEMPIS
COMMUN , ou les Quatre Livres de l'Imitatation
de Jefus Chrifl , traduits pour l'édification
commune de tous les Chrétiens qui defirent
de s'avancer dans la folide Piété. Nouvelle
Edition retouchée & plus correcte , I. Vol. in
12. A Amfterdam, chés Henri Werftein 1701.
On voit fur la même page , par maniere
d'ornement , une autre gravûre , mais beau
coup moindre , qui repréfente J. C. montré
aux Juifs par Pilate , avec ces mots au- deſſus.
Le voici l'Homme- Dieu , l'exemple qu'il faur.
Suivre.
Suit un Avis au Lecteur , où l'on donne une
idée générale de cet Ouvrage. L'Auteur y déclare
d'abord , qu'il n'eft pas néceffaire de recommander
un Livre , qui l'eft déja depuis
fi long-tems par fa propre dignité , & que
cette Edition n'eft faire que pour le rendre
plus commun à toutes fortes de Chrétiens .
On fait enfuite une efpece d'Analyſe des IV
Livres qui compofent cet Ouvrage. En parlant
du IV & dernier Livre , le Traducteur.
dit , comme on a dû s'y attendre , » qu'il
montre les mouvemens & difpofitions les
» plus enflamés d'une ame afpirante après
la reception de l'Esprit de fefus-Christ.
Lan
JUILLET. 1744. 1529
Langage inconnu à nos Peres , qui ont toujour
reconnu , comme toute l'Eglife le reconnoît
dans cette Partie de l'Imitation , la
maniere dont l'Ame doit participer au plus
grand de tous les Myfteres , afin qu'elle y
trouve dequoi faire croître fans ceffe fes defirs
& fon amour pour J. C. par une fréquente
participation de fon Corps adorable
, qui purifie de plus en plus les Ames
pures , & les comble de graces ' toujours
nouvelles.
On trouve enfuite une longue Préface ,
dont le commencement eft deſtiné à relever
l'excellence de ce Livre ; le reſte eft rempli
par des moralités édifiantes.
A la tête de chaque Livre eft une petite
Eftampe qui a rapport au fujet , felon les
Idées de notre Auteur. Celle qui précéde le
IV Livre , repréſente J. C. à la table de Simon
le Pharifien , & la Femme Péchereffe à
fes pieds , &c. L'Eftampe eft précédée d'un
Avis fur la Traduction on Paraphrafe de ce
quatrième Livre.
33
On apprend au commencement de cet
Avis , » que le Livre en queftion n'avoit
»pas encore été joint aux Traductions
» qu'on avoit publiées de cet Ouvrage ,
» pour ceux qui ne font point de la Com-
>> munion Romaine , mais qu'il contient
» des chofes trop édifiantes , pour n'en pas
B v » com1530
MERCURE DE FRANCE
» communiquer la fubftance aux bonnes
» Ames d'entre les Proteftans qui cherchent
» Dieu , . On fent au refte combien le
Traducteur a été gêné dans fon travail fur
ce IV Livre , & qu'il a été fouvent obligé
de paraphrafer , comme il le dit lui-même ,
plûtôt que de traduire , c'eft-à-dire , s'éloigner
de la vérité de la Lettre , pour fuivre la
Doctrine erronée des Prétendus Réforma→
teurs.
Voilà , M. R. P. une Idée de ce Livre,que
vous connoiffez peut-être avant moi . Je le
garderai par une efpece de curiofité , à moins.
que par l'effet d'un autre hazard , il ne retrouve
fon Maître ou fa Maîtreffe , car il
paroît qu'il a appartenu à une Dame , laquelle
le tenoit d'une autre Dame , par qua
tre lignes d'une écriture de femme , qui paroiffent
fur le revers de la premiere vignette.
Je vais les copier ici , parce que ma Lettre
fera imprimée , & que je fuis prêt à rendre
le Livre à quiconque aura droit de le recla
mer.
Je vous prie , ma chere , de garder ce Livre ,
de penfer quelquefois à votre très fidéle Augufte
Louife Langverth de Simmern.
Il me refte , M.R. P. à vous dire un mot
d'une autre Edition de l'Imitation ,que je ne
connoiffois pas , & que je trouvai derniere
ment chés un de vos Confreres de S. GermainJUILLET.
1744. 1531
main-des-Prez. Le Titre eft tel THOMA à
KEMPIS , Canonici Regularis Ordinis S. Auguftini
, DE IMITATIONECHRISTI Libri IV.
Ex recenfione P. Joannis Frontonis , Canonici
Regularis Sta Genovefa Ord. S. Auguft . cum
evictione fraudis qua non nulli ufi , id operis
cuidam Gerfen afcripfere. I Vol. in- 8 . Parifiis
apud Seb. Cramoify , &c . M. DC. XLIX.
L'Ouvrage eft dédié à M. MOLE' , Premier
Préfident du Parlement , par une longue
Epitre , qui fert auffi de Préface : on y
trouve des idées & des expreffions fingulicres.
L'Auteur rappelle d'abord l'Hiftoire des
deux Femmes , qui s'adrefferent à Salomon,
au fujet de l'Enfant dont chacune prétendoit
être la véritable Mere ; comme aujourd'hui ,
dit-il , on voit paroître deux Peres du Livre
de l'Imitation , & c. Rem non multum al fimilem
hic agimus. Siftuntur tibi duo prolis unius
nuncupati , &c. Il plaide enfuite devant le
même Juge la Caufe de Thomas à Kempis ,
fon Confrere ; il met tout en uſage pour ga
gner ce grand Procès , jufques aux Concette
& aux jeux de mots. Je crois , M. R. P. que
la gravité du Premier Préfident Molé ne pût
gueres tenir contre cette phrafet Spes eft
cos ( les Adverfaires ) tantæ autoritatis Mole
» Compreffos , de Colligendis faccinis ferio
cogitaturos , c. Qu'en pensez-vous ?
Suivant les éloges que de Grands Hommes
B vj one
1532 MERCURE DE FRANCE.
ont donné à ce Livre, autrefois , dit- il , fauffement
attribué à Jean Gerfon , principalement
en Italie. A la tête de ces éloges , font
ceux de S. Ignace , & da Cardinal Bellarmin.
L'Auteur n'oublie pas de rapporter la
Fable , que j'ai refutée ailleurs , du Livre de
l'Imitation , trouvé par un Religieux dans
la Bibliotheque d'un Prince Mahometan ,
traduit en langue Turque , & très -eftimé
de ce Prince , &c. Je fuis , M. R. P. &c.
A Paris , le 30 Juin 1744-
P. S. J'ai oublié , M. R. P. de vous parler
d'une très-belle Edition de l'Imitation de
J. C. faite l'année derniere en cette Ville
fous ce Titre , De Imitatione Chrifti Libri
Quatuor, Parifiis , Typis Antonii Boudet 1743 ,
1 Vol. in- 8 . de 430 pages , fans trois Vies
de Thomas à Kempis , écrites en Latin par
differens Auteurs , & la Table des Chapitres.
Il y a à la tête , un court Avertiffement ,
auffi en Latin , qui apprend quelques circonftances
que j'ignorois. Le nouvel Editeur
affûre, que ces IV Livres de l'Imitation ,
qu'il appelle avec raifon , Libros verè aureos
, ont été imprimés fur un Exemplaire
très-châtié de l'Edition du Louvre , faite
en l'année 1640 ; Edition parfaitement belle
, exécutée fur les Manufcrits les plus autenJUILLET.
1744 1539
tiques ,,
par l'ordre du Cardinal de Riche
lieu , & expreffément faite , pour fervir de
modéle & de guide à toutes les futures Editions
de cet excellent Ouvrage.
Au refte , on n'a gueres vû de Livre
mieux imprimé que celui-ci , ni en plus
gros & plus beaux caracteres , pour la commodité
des perfonnes âgées , ni fur de plus
beau papier. Une vignette très- bien gravée ,
dont les figures Symboliques répondent au
fujet général , orne le Frontifpice du I Livre.
On trouve à la fin l'Approbation de M.
de Marcilly , Docteur de Sorbonne , Cenfeur
Royal.
REPONSE de M. F...à une propofition
de Mariage.
Sous le Drapeau d'Hymen tu veux que je m'en-
**S gage ,
Ami ; je m'en défends par plus d'une raiſon.
J'ai quarante ans paffés ; je fuis déja grifon ;
Je n'ai gueres de bien ; j'entends peu le ménage
A force de vivre garçon ,
Je m'en fuis fait un doux uſage.
Partiſan du repos , j'évite volontiers
La difcorde , le bruit , l'embarras & la peine :
D'ail
1534 MERCURE DE FRANCE.
D'ailleurs , je ne crains point que mon petit Des
maine
Manque , après ma mort d'héritiers ;
J'en ai provifion , ce me femble , affés grande ,
Pour n'être , à cet égard , aucunement gêné.
Qui ne m'en croit , qu'il le demande
A Jofeph Frigot , mon aîné ,
Expert faiſeur d'Enfans , fes plus cheres richeſſes ,
Et fon plus précieux tréſor.
Chés lui j'ai , grace au Ciel , fept Neveux & trois
Niéces ,
Sans compter cependant ceux que j'attends encom
Frigot
MAN
JUILLET. 1744. 1535
CC : CDCE: CBC Score
MANDEMENT de M. l'Evêque
d'Auxerre , qui ordonne des Prieres publiques
, pour demander à Dieu fa protection
fur la perfonne du Roi & la profperité de
fes armes.
CH
HARLES, par la miféricorde de Dieu ,
Evêque d'Auxerre : A tous Doyens
Chanoines , Chapitres , Abbés , Prieurs
Curés , Vicaires , Supérieurs , & Supérieures
de Communautés Séculiéres & Réguliéres
de notre Diocèfe : Salut & Bénédiction.
Nous vous avons fouvent exhortés , mes
très-chers Freres , de recourir à la Divine
Miféricorde dans ces tems triftes & fâcheux ,
où le Royaume n'étant ni en Paix ni en
Guerre , s'eft vû privé de tous les avantages
de la paix , & plongé dans les rifques & les
défaftres d'une cruelle Guerre. Nous avons
ordonné des Prieres publiques,pour demander
au Seigneur , qu'il daignât détourner de
deffus nous le fleau de la Guerre , & nous
procurer une Paix folide & durable . Aujour
d'hui , il faut redoubler ces prieres avec une
nouvelle inftance ; des motifs encore plus
preffants nous y engagent.
Le
1536 MERCURE DE FRANCE.
Le Roi , après avoir épuifé toutes les
voyes de conciliation , & avoir reconnu l'inutilité
de fes démarches , pour procurer le
repos à fes peuples , & la Paix à l'Europe ,
a été forcé de déclarer la Guerre aux Puiffances
ennemies de la Paix , & ce qui doit
faire une plus vive impreffion fur des coeurs
François , le Roi , marchant fur les traces
de fes auguftes Ayeux , eft allé fe mettre à la
tête de fes armées , pour les animer par fa
préfence , & pour les faire triompher plus
sûrement de tous les dangers auxquels il
veut lui-même s'expofer.
Cette circonftance fi intéreffante pour
nous , fait en quelque forte oublier les autres
fujets de frayeur & de crainte qu'infpire
néceffairement une Guerre générale , &
pénétrés des mêmes fentimens d'affection
& d'amour que les troupes de David lui témoignérent
, lorfqu'après les avoir rangées
en ordre de bataille , il leur dit : 7e fuis ré
folu de marcher avec vous ; Rois , c . 18 , v . 2 , 3 .
Nous aurions tous voulu pouvoir empêcher
notre Monarque d'expofer fa perfonne ſacrée
, plus précieufe à ſes ſujets que les Armées
entiéres.
Maintenant donc , M. F. C. F. élevons nos
voix vers le Ciel , & demandons auTout - Puiffant
qu'il brife la force des armées ennemies.
1 Mach. c. 4, v. 10. Tandis que notre Roi
comJUILLET.
1744. 1537
combat pour venger les injures faites à la
Majefté de fon Trône , pour foutenir les
Droits de fes Alliés , & pour réprimer les
entrepriſes de nos ennemis , & que tant de
braves & fidéles Citoyens font prêts à répandre
leur fang fous fes yeux , ne ceffons
point d'importuner le Dieu des Armées par
les cris de nos coeurs & de nos bonnes
oeuvres. >> Sçachez , difoit aux Juifs le Grand
» Prêtre Eliacim , que le Seigneur vous
» exaucera , fi vous perfeverez dans les jeû-
$
nes & les prieres , & fouvenez - vous que
» Moyfe, ce fidéle ferviteur de Dieu , abbat-
» tit l'orgueil d'Amalec , en combattant
» non avec le fer & l'épée , mais avec l'ar-
» deur & la fainteté de la priere. Judith , c.
4. L'Ecriture remarque que les Juifs , animés
par cette exhortation , demeuroient en
la préfence du Seigneur , uniquement occupés
à le prier , & qu'en même-tems les
Prêtres fe préfentoient à l'Autel, pour offrir
les Sacrifices . Tous prioient de tout leur coeur.
Tous crioient au Seigneur avec la plus grande
inftance de vifiter fon Peuple, & de venir à fon
fecours. Tous hommes & femmes , humilioient
leurs ames dans les jeûnes & dans les prieres.
De telles Prieres , M. T. C. F. fi dignes de
vous être propofées pour modéles , ne pouvoient
être infructueufes , & la délivrance
de ce Peuple , menacé d'une ruine entiere ,
en fut le fruit. Graces
# 538 MERCURE DE FRANCE.
Graces au Seigneur , nous n'en fommes
pas à ce degré de calamité : le Royaume eft
en état de repouffer les efforts de tous fes
ennemis , & il trouve dans fon propre fond
des forces & des reffources capables de diffiper
leurs projets & de les en faire répentir.
Mais faut- il attendre ces extrêmités , pour
intéreffer le Ciel en notre faveur , & pour
implorer fon fecours ? Et d'ailleurs , que
peuvent les forces & les reffources des Einpires
les plus floriſſans , fi Dieu , Maître
Souverain de ces Empires,n'en eft le protec
teur & le rempart ? C'est à vous , ô mon Dieu,
qu'appartient la Grandeur , la Puiffance , la
Gloire & la Victoire.1 . Paral. 29.
re contre nous ,
Commençons , M. T. C. F.
par reconnoî
tre humblement, que ce font nos péchés qui
nous ont attiré le terrible fleau de la Guerre ,
& faifons cet aveu dans le fond de nos
coeurs : Oui , Seigneur ; vous êtes en coleparce
que nous vous avons
offenfe . If. ch. 64 , v. s . Entrons dans les
fentimens que cet aveu , s'il eft fincere, doit
nous infpirer ; travaillons férieufement à la
réformation de nos moeurs , & prevenons
par de dignes fruits de pénitence la rigueur
des Jugemens de Dieu . Alors ce Dieu de
bonté , touché de nos humiliations & de
nos larmes , arrêtera le cours de fes vengeances
, & il ordonnera à l'Ange qui nous
frappe
JUILLET. 1744- 1539
frappe , de remettre dans le fourreau l'épée
qui a déja répandu tant de fang , & immolé
tant de victimes.
pas
Que les ames Chrétiennes ne confiderent
feulement dans les horreurs de laGuerre
les pertes & les calamités temporelles , la
défolation des Campagnes , le pillage des
Lieux expofés à la fureur du foldat , les incendies
, les ravages , le fang & la mort des
guerriers , mais qu'elles s'occupent d'un objet
plus intéreffant pour la Foi , & plus affligeant
pour la Piété.La multitude des crimes,
que la Guerre la plus jufte entraîne après
elle , & qui font caufe de la perte éternelle
de tant d'ames ; voilà principalement ce
qui doit les engager à gémir , à prier , & à
faire une fainte violence au Seigneur , pour
obtenir de lui qu'il daigne mettre le Royaume
à l'abri des maux fi funeftes , & faire
refleurir fur la terre une Paix qui laiffe aux
pécheurs le tems de faire pénitence , & aux
Juftes la liberté de mener une vie parfible &
tranquille en touts piété & chefteré, . T. 2.
Surtout , M. T. C. F. uniffons nos coeurs
& nos voix , pour attirer fur notre Auguſte
Monarque la protection du Dieu des Armées.
Demandons- lui avec toute la ferveur
dont nous fommes capables , qu'il le couvre
de fon an our comme d'un bouclier. Pf. 5.13
& qu'en même tems qu'il déployera contre
Les
1540 MERCURE DE FRANCE.
fes ennemis la force de fon bras , il faffe
éprouver à fon coeur la douceur & la puiffance
de fa grace , afin que chacun de nous
puiffe dire dans de faints tranfports de joye :
C'est préfentement que j'ai connu que le Seigneur
a fauvéfon Chrift. Pf. 19,7.
A CES CAUSES , & pour nous conformer
aux intentions de Sa Majefté , après en avoir
conféré avec
nos Vénérables Freres les
Doyen , Chanoines , & Chapitre de notre
Eglife Cathédrale, nous ordonnons qu'auffitôt
après la reception de notre préfent Mandement
, & jufqu'à la fin de la Campagne ,
on dira dans toutes les Eglifes de notre Diocèfe
, à toutes les Meffes , la Collecte ,
qui
eft intitulée dans le Miffel , pro Rege & ejus
exercitu , & qu'en outre à toutes les Meffes
hautes , on chantera le Verfet Domine falvum
fac Regem &c ; que Lundi prochain , 18 du
préfent mois & les deux jours fuivans
on fera dans notre Eglife Cathédrale , les
Prieres de quarante- heures , avec expofition
du Très-Saint Sacrement ; qu'en chacun defdits
jours , lesdites Prieres commenceront
le matin par une Meffe folemnelle , & finiront
le foir par un Salut , dans lequel on.
chantera l'Antienne du Saint Sacrement ,
Ecce Deus , p. 285 , du Proceffionel ;
Verfet Verè in es , p. 293. L'Oraifon Deus
qui nobis , p. 294. Le Trait Ufquequo ,&o:
>
le
P
JUILLET. 1744. 1541
p. clxj . Le Pfeaume 19 , Exaudiat te Dominus.
Le Verfet Fiat mifericordia , p . clx111.
Les Oraifons , Deus qui culpas , p. cli , &
Deus in te fperantium , p. cliv. L'Ant . de la
Sainte Vierge Peccavimus Domino , p. clxIII.
Le Verfet & les trois Oraiſons , p . fuivante.
Que les mêmes Prieres de quarante heures
feront faites pendant trois jours dans toutes
les autres Eglifes de la Ville , fuivant l'ordre
qui fera marqué à la fuite de notre préfent
Mandement , & pareillement dans tou
tes les autres Eglifes de notre Diocèſe , en
forte que dans les Villes où il y a plusieurs
Eglifes , la principale les fera la premiere ,
& les autres fucceflivement après. A l'égard
des Eglifes de la Campagne , lefdites Prieres
de quarante-heures fe feront les trois premiers
jours de Dimanches ou Fêtes chomées ,
qui fuivront la publication de notre Mandement.
Nous accordons quarante jours
d'Indulgence à toutes les perfonnes , qui
étant bien difpofées affifteront avec piété
aux fufdites Prieres.
Nous ordonnons en outre , que jufqu'au
retour de Sa Majefté , on fera dans notre
Eglife Cathédrale , & dans toutes les autres
Eglifes de notre Diocèfe , tous les Dimanches
& toutes les Fêtes chomées , entre Vêpres
& Complies , un Salut où l'on chantera
les Prieres cy-deffus marquées , à l'exception
de
1542 MERCURE DE FRANCE.
de 1 Ant. Verfet & Oraifon du Très-Saint
Sacrement.
MANDONS à nos Archiprêtres de faire tenir
au plûtôt notre préfent Mandement à
tous ceux qu'il appartiendra , pour être publié
& obfervé dans toute l'étendue de notre
Diocèfe.
DONNE à Regennes ce 11 May 1744.
Signé † CHARLES , Evêque d'Auxerre , c.
LETTRE du R» , à M. l'Eveque
d'Auxerre.
M . l'Evêque d'Auxerre , j'ai pris la réfolution
de me rendre fur ma Frontiére
de Flandres , pour y commander en
perfonne l'armée que j'y ai fait affembler
& je vous fais cette Lettre , pour vous dire
que je fouhaite que vous ordonniez des prieres
publiques pour l'heureux fuccès de mon
Voyage , & pour attirer la Bénédiction du
Ciel fur mes juftes entrepriſes. La connoiffance
que j'ai de votre affection à mon fervice
, m'affûre que vous vous conformerez
avec zéle à mes intentions. Sur ce , je prie
Dieu qu'il vous ait , M. l'Evêque d'Auxerre,
en fa fainte garde. Ecrit à Verſailles le 2 Mai
1744. Signé , LOUIS . Et plus bar. PHELIPEAUX.
Et au dos eft écrit : A M. l'Evêque
-d'Auxerre , Conſeiller en mes Confeils.
EPITRE
JUILLET. 1744.
2543
EPITRE ,
Mad. B. en lui envoyant l'Extrait- Baptiftaire
de Mlle L.
SUIT!
Ur l'âge de Floriſe il faut vous fatisfaire ;
Iris , après votre incredulité ,
Mon foin ne fçauroit vous déplaire ,
*Et je le dois à ma fincerité ,
' Dont vous avez publiquement douté.
Or , pour éclaircir cette affaire ,
La Piece jointe ici m'a paru néceffaire ;
Mais que je fçache au moins pourquoi
Sur un tel point vous m'avez fait injure ,
Car fur les jeux dé la Nature
Vous paroiffez auffi docte que moi ,
Et vous fçavez , ne vous déplaiſe ,
Que fur les ans & fur les traits
Elle fe joue & badine à ſon aiſe ;
Ma fille à douze , en paroît ſeize ;
Vous, Itis , qu'elle orna fans doute pour jamais
DA
3544 MERCURE DEFRANCE.
De talens , d'efprit & d'attraits ;
( Quoique Veuve , Tutrice & Mere ,
Je crois de quatre ou cinq Enfans
Qui feroient honneur à Cythére )
Vous ne paroiffez pas vingt ans.

Ce miracle devroit vous rendre plus crédule
Sur l'âge de votre prochain ;
Qu'il ne vous refte , Iris , aucun fcrupule
Sur le vôtre ni fur le fien.
Ne cheriffons de la jeuneffe ,
Que celle qu'à nos yeux préfentent nos Enfans
Renaiffons par les fentimens ,
Que nous devons leur infpirer fans ceffe.
Un luftre que l'on cache , eft -il moins écoulé ?
Hélas ! c'eft ajouter à nos ans un menfonge ;
C'eft oppoſer l'erreur d'un ſonge
Aux charmes de la Vérité .
Par M. D. L.
EPI
JUILLET. 1744″ 1545
EPIGRAMME d'Owen , Poëte Anglois,
fur le Vers à Soye.
A
Rte mea pereo , tumulumque mihi fabricox
ipfe ;
Fila mei fati fuco , necemque neo,
TRADUCTION
par
M. F.
JE périspar mon induftrie ;
Je fabrique mon dernier port ;
Je conduis le fil de ma vie ,
Etjetrame ma propre mort.
LET
1546 MERCURE DEFRANCE .
LETTRE de M. D. L. R. écrite à M.
le Marquis de B. fur quelques fujets de
Litterature.
L paroît , M. que M. le Cardinal Quirini
I eft perfuadé que pour être dignement
affocié à une Académie , telle que celle des
Infcriptions & Belles- Lettres , il faut en
quelque façon faire preuve que de tout
tems on a aimé l'Etude , qu'on l'a cultivé
dès la jeuneffe , & qu'on ne l'abandonne
point dans la vieilleffe. Ce fçavant Evêque
de Breſcia avoit fait entrer dans fa Lettre à
M. Freret , Sécrétaire de cette Académie ,
un détail de tous les Ouvrages qu'il a compofés
, & publiés depuis fa jeuneffe . Dans
celle-ci , adreffée à M. de Boze , ci- devant
Sécrétaire , & aujourd'hui Directeur de la
même Académie , il continuë d'indiquer les
Ouvrages aufquels il s'applique actuellement
dans un âge , lequel quoiqu'avancé
ne fe reffent heureufement point des incommodités
, que les années accumulées ne manquent
gueres d'amener.
Après un remercîment à M. le Directeur ,
d'avoir bien voulu procurer l'Extrait que le
Journal des Sçavans du mois d'Août dernier
JUILLET. ' 1744. 7547
a donné de la Lettre de remercîment , que
S. E. écrivit à l'Académie après fa nomination
, il lui marque fon extrême fatisfaction
d'une Lettre qu'il a reçûë de M. le Chancelier
fur le même fujet, du 12 Septembre dernier
, dans laquelle ce digne Chef de la Juftice
fe fait un plaifir de le remercier de n'avoir
pas oublié dans fon Ouvrage le féjour
qu'il avoit fait à Frefnes , il y a plus de
trente ans.
: Il remercie encore M. de Boze d'avoir
fur la fin du même Extrait rappellé fon-refus
de l'Evêché de Padouc , & fon attachement
conftant à celui de Breſcia,furquoi il marque
en pallant fa reconnoiffance aux Auteurs du
Mercure de France , qui dans leur Journal
du mois d'Avril dernier , ont donné en François
dans fon entier la Lettre Paftorale de S.
E. adreflée au Peuple de Brefcia , au fujet de
fon attachement à l'Eglife de ce nom.
M. le Cardinal paffe enfuite aux Eloges
que M. de Boze mérite à fi jufte titre , par
la maniere également polie , modefte &
folide , dont il s'eft exprimé fur le fentiment
de M. Mazochius , au fujet de la figure
du jeune homme qui paroît fur le Diptyque
, dont S. E. avoit propofé l'explication
à tous les Sçavans de l'Europe , & que
les mêmes Auteurs du Mercure le font fait
un plaifir de faire graver dans celui du mois
de Novembre 1742. Cij Ces
1548 MERCURE DE FRANCE .
Ces devoirs d'une obligation indifpenfa
ble remplis , notre fçavant Cardinal entre
dans le détail des travaux Litteraires qui
l'ont occupé à Rome pendant près de deux
mois. Il déclare d'abord à M. de Boze, qu'il
a mis la derniere main , avec le plus de diligence
qui lui a été poffible , à fon Edition
des Euvres de S. Ephrem, enfuite qu'il s'eft
particulierement appliqué à éclaircir la
Queftion , qui s'eft élevée de nouveau , &
avec plus de chaleur que jamais , au ſujet
de ces paroles , Dominus regnavit a LIGNO ,
comme il paroît par plufieurs Volumes du
Mercure , furquoi il a fallu confulter un
grand nombre de Manufcrits de la Bibliothéque
du Vatican. Enfin qu'il a été occupé
à réunir en un corps d'Ouvrage les Lettres
du Cardinal Reginaldus Polus .
que
Pour ce qui eft de l'Edition de S. Ephrem,
il lui apprend que le V Tome , qu'il vient
de donner , eft le penultiéme de tout l'Ouvrage
, qu'il s'eft preffé de finir le VI , afin
l'Edition entiere puiffe bientôt paroître
fous les aufpices de Benoît XIV , qui gouverne
aujourd'hui l'Eglife , dont les Livres
fur la Beatification & la Canoniſation des ·
Saints , font généralement eftimés , que
les Heterodoxes même en font l'Eloge
comme il paroît par le Journal Litteraire de
Lipfic , & qu'on en prépare actuellement à
Padoug
JUILLET. 1744.
1549
Padoue une nouvelle Edition , avec des
augmentations confidérables .
Il ajoûte que ce grand Pape continuë de
marquer beaucoup de bienveillance aux
Sçavans qui compofent des Ouvrages uti
les , foit à Rome , foit ailleurs , reconnoiffant
que le S. Siége tire fa principale gloire
de la Science , & de la Piété . Et comme les
Auteurs , qui lui dédient leurs Livres , ne
manquent gueres de comparer fon amour
pour les Lettres , à celui dont fût animé le
Pape Nicolas V. M. le Cardinal Quirini déclare
que dans fa Dédicace des OEuvres de
S. Ephrem , il a pris de-là occafion de dire
à Benoît XIV , que ce même Pape fe diſtinguafurtout
dans le choix qu'il fit des Per-
Tonnes les plus verfées dans les Langues
Grecque & Latine , pour traduire l'Iliade
& l'Odyffée d'Homere du Grec en Latin ;
& parmi ces Sçavans , il nomme par diftinction
François Philelphe , à qui Nicolas V. Pape
, propofa de donner une très-belle Maifon
dans Rome , & dix mille Ecus d'Or de
récompenfe ; & Charles Aretin qu'il demanda
par fes Lettres à la République de
Florence. Enfin , s'écrie-t'il , fi le Souverain
Pontife , qu'on vient de nommer , avoit
tant d'empreffement
pour procurer une
Traduction exacte des OEuvres d'Homere
n'eut-il pas regardé comme un vrai bonheur
C iij ar-
>
1550 MERCURE DE FRANCE.
arrivé à la Bibliothéque du Vatican , de lui
voir enfanter l'Edition d'un Pere fr Saint "
fi célébre dans toute l'Eglife Orientale , &
dont les Ecrits , au fentiment de S. Jerôme
, alloient prefque de pair avec les Livres
Canoniques.
Il revient au fecond Article de.fes occupations
Litteraires durant fon dernier féjour
à Rome , Article qui eft tout- à- fait lié au
premier , concernant l'Edition des OEuvres
de Saint Ephrem , car il s'agiffoit de bien
examiner par les Manufcrits du Vatican , fi
cette Leçon Dominus regnavit A LIGNO ,
étoit appuyée de l'autorité du texte de ce
Saint Docteur en fon premier Sermon de la
Refurrection , comme quelques Sçavans
l'ont prétendu , entr'autres Gerard Voffius
dans fa Verfion du même Difcours , & non
pas tout-à-fait , dit -il , fans quelque efpece
de fondement .
Ici , M. je fuis obligé d'interrompre mon
Extrait,pour faire précéder un petit Eclairciffement
fur le fujer en queftion , fanst
quoi ce que va dire le fçavant Cardinal des
Piéces inférées dans le Mercure fur cette
matiere , pourroit paroître obfcur , même
en France , à l'égard de quelques Lecteurs ,
qui font peu au fait de cette conteſtation
Litteraire : voici en peu de paroles, ce qu'il
eft néceffaire de fçavoir.
J'ent
JUILLET. 1744. 11551
J'entendois l'Office dans le Choeur de
l'Eglife de S. Germain -des-Prez un des jours
de la femaine Sainte 1733 , & lorsqu'on
chanta l'Hymne Vexilla Regis , &c. je fus
particulierement frappé de cette Strophe :
Impletafunt que concinit
David fideli carmine
Dicens in Nationibus ,
Regnavit à ligno Deus.
Je n'y avois jamais fait attention , & j'ignorois
même que ce regnavit à ligno eur
jamais fait une difficulté parmi les Sçavans .
David , dis - je , en moi -même , felon le pieux
Auteur de l'Hymne , a donc chanté prophé
tiquement dans fes Pfeaumes , que J. C.
régneroit par le bois de la Croix , & c'est ce
que
d'abord après le Service , j'allai chercher
dans la Vulgate , ne me fouvenant pas d'y
avoir jamais lû rien de pareil . Il eft vrai que
dans le Pf. XCV , v. 10 , on trouve ces paroles
: Dicite in Gentibus quia Dominus regnavit
, & rien davantage. Eft-ce affés pour
attribuer à David la Prophétie en queftion
C'eft cependant Fortunat , Evêque de Poitiers
, felon la plus commune opinion , qui
a compofé cette Hymne au VI Siécle , & il
y a preuve qu'on l'a chantée en France dès
le IX.
J'ouvris tout de fuite dans mon Cabinet
C iiij
le
1552 MERCURE DE FRANCE.
le Pleautier de Genebrard , ou fon Edition
des Pfeaumes , felon la Vulgate , accompagnée
de fçavans Commentaires , dont il y
a eu cinq Editions. La mienne eft d'Anvers
de 1592 & la derniere. Son Commentaire
fur ce 10 Verfet du Pf. 95 , eft fort long &
rempli , felon la coûtume de l'Auteur , de
beaucoup d'érudition , mais qui ne m'a ni
plainement inftruit , ni déterminé. Car fi
d'un côté Genebrard convient que regnavit
à ligno n'eſt point dans le Texte Hébreu , il
prétend de l'autre que les Septante l'ont
ajoûté par un Efprit prophétique , en traduifant
ce Verfet trois cent ans avant J. C.
C'eft ainfi , dit-il , que les Anciens l'ont
toûjours cité , fçavoir , S. Juftin Martyr
Lactance , Tertullien , Arnobe , S. Auguftin
, Caffiodore , (a) Theodulphe , le Pfeautier
Romain , & c. c'étoit , felon lui , la maniere
des Anciens , en traduiſant l'Ecriture ,
d'inférer quelques mots en paffant , pour
fervir à l'intelligence de ce que la Lettre
renferme de mifterieux , furquoi G. donne
plufieurs exemples , &c.
Mais eft- ce affés' encore une fois en bonne
Critique pour admettre des paroles , qui
ne fe trouvent ni dans le Texte Hébreu
qui eft l'Original , ni dans les Exemplaires ,
(a ) Theodulphe , Evêque d'Orleans , auquel Gel
nebrard attribue l'Hymne , Vexilla Regis.
que
JUILLET. 1744. 1553
que nous avons aujourd'hui de la Verfion
des Septante , premiers Auteurs , felon Genebrard
, de cette Addition ? Ce qui , à
vous dire le vrai , M. me parût affés embarraffant.
par
Mon embarras diminua, lorfque j'eus confulté
le fçavant Dom Auguftin Calmet,dont
le travail fur les Pfeaumes , a acquis chés
moi depuis long- tems , une eftime particu
liere. Dom Calmet convient dans fon Commentaire,
que l'Addition regnavit à ligno eft
ancienne , & il ajoûte aux Autorités , citées
Genebrard , celles de S. Leon Pape , de
l'Auteur de l'Opufcule des Montagnes de Sina
de Sion , fous le nom de S. Cyrille , le
Pleautier Gothique , celui de S. Germaindes-
Prez , celui de Chartres , tous Monumens
, où on lit Dominus regnavit à ligno ;
mais il dit en même-tems que ces paroles
ne font ni dans l'Hébreu , ni dans le Chaldaïque
, ni dans le Syriaque , ni dans les
anciennes Verfions Grecques , faites fur
l'Hébreu , ni dans la Vulgate , l'Arabe &
l'Ethiopienne , faites fur les Septante , ni
dans la Verfion de S. Jerôme , faite fur
l'Hébreu .
Je m'abftiens , M. de rapporter ici toute
la Doctrine de D. Calmet , qui m'a beaucoup
éclairé fur ce fujet. Je me contente de
dire avec lui , & après plufieurs autres Sça
Cy vans
1554 MERCURE DE FRANCE.
vans qu'il cite , qu'il eft très-problable que
ces paroles a ligno , ayant été mifes par
quelqu'un à la marge de fon Pfeautier , à
l'endroit de regnavit , furent enfuite incon
fideremment fourrées dans le Texte , d'où
enfin elles ont été bannies , parce qu'on a
reconnu qu'elles n'étoient ni dans les Sources
Hébraiques , ni dans les anciennes. Verfions
des Grecs..
Inftruit de la maniere que je viens de le
dire , fur un fujet qui m'avoit toujours été
étranger , & fouhaitant d'en apprendre da
vantage , j'écrivis à M. Foubert , Docteur de
Sorbonne , la Lettre qui eft imprimée dans
le Mercure du mois d'Août 1733`, pour
l'engager à faire auffi de fon côté quelques
recherches , le priant de commencer par le
Pleautier , qui eft dans la Bibliothèque de
Sorbonne , l'un des plus beaux Monumens
en ce genre & des plus rates.
Au lieu de la Réponfe que j'attendois de
M. l'Abbé Foubert , je fus affés étonné d'en
recevoir directement , & fur ce même fu et
une du feu Pere Tournemine , avec qui j'étois
véritablement en commerce Litteraire ,
mais fans jamais avoir eu enfemble aucuneforte
de conteftation . Dans cette Réponſe ,.
le fçavant Jefuite employa toute fon érudition
, toute fon éloquence , pour me dire &
me foutenir poliment que j'étois dans l'erreur
JUILLET . 1744. 1555
reur , & que regnavit à ligno n'eſt pas une
Addition , mais que c'eft la Verfion fidelle
da Texte Original ; ainfi , conclut le P. T.
l'Auteur de l'Hymne Vexilla Regis foit
Fortunat , foit Theodulphe, a pûregarder ces
paroles à ligno , comme Originales dans la
Sainte Ecriture.
"
J'avouerai cependant que fi quelque chofe
m'embarraffa dans cette Réponse du P. T.
c'est l'endroit que voici , écrit d'un air de
confiance & fur le ton décifif.
>> Ce feroit parler trop affirmativement ,
»de dire que cette Addition étoit inconnue
Ȉ tout l'Orient. S. Ephrem , Syrien , l'a ci-
» tée dans fon premier Sermon de la Réſurrection.
Il la lifoit donc dans les Manuf
» crits de la Verfion Syriaque de fon Eglife ,
»Verfion traduite fur les Septante , & auffi
ancienne que l'Eglife ; les Verfions pofte-
>> rieures n'ont pas la même autorité.
Vous fentez , M. comme moi , tout le
poids de cette allegation ; nous verrons en
fon lieu de quelle valeur elle fera dans notre
conteſtation .
Cependant je fis imprimer la Réponse du
P. T. dans le Mercure du mois de Septem
bre fuivant , & je pris en même - tems des
mefures avec Dom Calmet , pour qu'il vou
lut bien foutenir lui- même notre caufe commune
, contre un Adverfaire célébre , c'eſt-
Cvj
a1556
MERCURE DE FRANCE.
à-dire , répondre à la Lettre du P. Tournemine
, que je lui envoyai , avec la mienne,
écrite à M. le Docteur Foubert.
Dom Calmet , qui depuis le féjour qu'il
a fait à Paris dans l'Abbaye S. Germain
m'honore d'une amitié particuliere , eur
d'abord quelque peine à fe déterminer , il
le fit cependant , ne mettant qu'une clauſe
à la permiffion qu'il m'accorda d'imprimer
La Réponſe.
"
» J'ai reçû , me dit il , dans fa Lettre du
» 2 Janvier 1734 , tant de marques de bienveillance
du R. P. Tournemine pendant
» mon féjour à Paris ; il a annoncé mes Ou-
» vrages dans fes Journaux d'une maniere
» fi honnête & fi polie , que je ne puis me
réfoudre à entrer avec lui dans aucune
» conteſtation . Si donc vous jugez à propos
» de faire quelque ufage de ce que j'ai l'hon-
»neur de vous écrire , je vous prie de le lui
»communiquer auparavant , & de lui dé-
» clarer que je le rends abfolument le maî-
» tre de tout. Avec cette condition je vais
» vous expofer ce que je penſe fur le`ſujet
>> en queftion.
En me conformant à cette difpofition , je
fis mon devoir à l'égard du P. T. qui répon
dit par d'autres politeffes , & m'accorda toute
la liberté dont j'avois befoin. La Réponse
de D. C. fut donc imprimée dans le Mercure
JUILLET. 744 15ST
cure du mois de Mai 1734 , fous ce titre
LETTRE du R. P. Dom Augustin Calmet ,
Abbé de Senones , au fujet d'une Prophétie attribuée
au Roi David , &c.
Que vous dirai-je , M. de cette Réponse
qui m'étoit directement adreffée ? Elle emporta
tous les fuffrages par la maniere folide
, lumineufe & polie , dont tous les Argumens
du P. T. font difcutés , & en mêmetems
refutés.
pas
Je fus charmné , fur tout , de voir l'allegation
, tirée de l'autorité de S. Ephrem , qui
m'avoir embarraflé , entierement détruite.
Il eſt vrai , dit Dom Calmet , qu'on lit Dominus
regnavit à ligno , dans l'Edition Latine
du Sermon qu'on cite , mais on ne lit
ligno dans l'Edition Grecque d'Angleterre ,
c. Bientôt le Cardinal Quirini , en conti
nuant , comme je vais faire , l'Extrait de fa
Lettre , nous éclairera encore davantage fur
ce fait important , & ne laiffera aucun lieu
de douter de la prévention du P. T. principale
caufe de fa méprife. La Réponſe de D.
Calmet eft datée de l'Abbaye de Senones le z
Janvier 1734.
Cependant le P. T. n'eut pas plutôt lû
cette Réponſe , qu'il fe mit en état de répliquer
par une Lettre qu'il me fit l'honneur de
m'adreffer , datée du 6 Mai 1734 , & que
je fis imprimer tout de fuite dans le . Vol.
du
1558 MERCURE DE FRANCE
du Mercure du mois de Juin 1734.
Le fçavant Jefuite la commença par ces
mots : » Vous m'avez , M. donné un Ad-
» verfaire redoutable , mais j'ai depuis long-
» tems l'honneur d'être ami du R. P. Dom
» Calmet , nous ne combattrons que de ci-
» vilité.
Cette civilité , en effet , & tous les égards
poffibles font bien marqués dans la Réplique
du P. T. mais on n'y trouve rien qui
détruife les bonnes raifons de fon Illuftre
Adverfaire ; vous en jugerez , M. par l'article
qui regarde S. Ephrem , que j'eftime le
plus effentiel.
" Je conviens , dit le P. T. que la Citation
de S. Ephrem peut être conteftée. Dans la
> Traduction Latine du Sermon de la Croix
»on lit à ligno ; ces deux mots ne font point
» dans le Grec , imprimé en Angleterre , je
»l'avoue. J'ai cependant de la peine à croire
»que le Traducteur Latin les eût mis dans
»fa Verfion , s'ils n'étoient pas dans le Ma
» nufcrit Grec ; quel intérêt l'auroit obligé
»à cette falfification , dans un tems où la
Vulgate , en laquelle ces deux mots ne
font point , étoit reçue par toute l'Eglife
>>
&c.
.
D.
. Nous ne jugeâmes point à propos ,
Calmer & moi , d'infifter fur cette Réplique
, & de fatiguer le P. T. & le Public par
142
JUILLET. 1744. 1559
un nouvel Ecrit , fur une Queftion qui me
paroiffoit bien difcutée & jugée par les Sçavans
en notre faveur.
Je m'avifai peu de tems après , pour don
ner indirectement quelque fatisfaction au
P. T. de lui propofer l'éclairciffement & la
défenfe du fameux paffage de Jofeph l'Hiftorien
, qui rend un témoignage fi remarquable
en faveur de J. C. & cela parce que
Dom Calmet , dans fa Lettre citée , fembloit
douter , à l'occafion du regnavit à ligno,
de l'autenticité de ce paffage de l'Hif
torien Grec .
Je me dois fçavoir bon gré de ma tentative
, car elle a donné lieu à un fort bon
Ouvrage du P. T. qu'il me fit l'honneur de
m'adreffer peu de tems avant fa mort , &
dont je ne manquerai pas , M..de vous rendre
compte en tems & lieu..
Les chofes étoient en cet état,lorfque j'ap
pris que l'Edition des OEuvres de S. Ephrem,
entreprife par le Cardinal Quirini , étoit
déja fort avancée , ce qui me fit réfoudre de
le prendre pour Arbitre, & de lui déférer le
Jugement diffinitif de notre conteftation ,
tant en qualité d'Editeur de S. Ephrem
qu'en celle de Sçavant du premier Ordre, &
de Bibliotéquaire du Vatican. Vous verrez
qu'il falloit tout cela enfemble.
>
Vous le verrez , dis-je , par le compte
qui
1560 MERCURE DE FRANCE.
qui me reste à vous rendre de la Lettre de
M: le Cardinal à M. de Boze . Mais je n'ap
perçois , M. que la mienne excederoit certaines
bornes , fi je ne m'arrêtois ici en vous
promettant inceffamment la fuite & la fin
de mon Extrait.
J'ai l'honneur d'être , & c.
A Paris , le 29 Juin 1744.
125252525252525252-5252525252525252525252525252
RONDEAU IRREGULIER ,
'A M. L*** ¸ en lui envoyant ſon Franc -falé.
DE Sel Antique , ami , chés toi quelle abondance
!
Tes Vers par tout en font remplis.
Si richeffe fuivoit bon coeur , Vertu , Science ,
Beſoins n'aurois : mes defirs accomplis ,
On te verroit des biens , autant que tu jouis
De Sel Attique.
Apollon donne à fes chers favoris
D'infructueux Lauriers pour leurs foins , pour
leurs veilles :
Un Auteur indigent , qui produit des merveilles ,
Peut-il s'en contenter , & calmer fes foucis ?
Ma foi , j'y renonce à ce prix ,
Et ne fuis point du tout épris
De Sel Artique,
Рад
JUILLET. 1744. 1561
Par trop d'Etude il le faut acquerir.
Nature & l'Art, dit -on , y doivent concourir.
'Ah !que s'il s'en vendoit , j'en ferois bonne en
plette !
Je te deviendrois importun ;
Tu recevrois de moi du Sel commun,
It chés toi j'irois faire excellente recette
De Sel Attique.
B **. C. D. V.
** X* X +3X +3X+ 3X++3X++3X+ ***
REPONSE & Remerciment à l'Auteur,
du Rondeau précédent.
Q Ue ton préfent eft fait avec aiſance !
J'en fuis charmé. Ce n'eft pas fa valeur ,
Qui de me plaire a le talent flateur ;
C'eft ton Efprit , c'eft ta douce Elégance,
Qui me font voir jufqu'où va ta faveur.
Tes Vers naïfs me marquent la préfence
Du Dieu du Pinde : il s'eft fait un honneur
De t'infpirer , quoiqu'il n'eut pour moteur
Que ton préfent .
De Sel Attique heureux qui fait dépense !
Tu m'en crois riche , ami , c'eft une erreur .
Pour qu'Apollon me traite avec douceur,
1562 MERCURE DE FRANCE
Il n'eft qu'un but ; c'eſt la reconnoiffance :
Elle s'imprime encor mieux dans mon coeur
Que ton préfent.
Laffichard.
On a dû expliquer les Enigmes & les Logogryphes
du premier Volume du mois de
Juin par le Nez , la Plume , Ut , Re , Mi , Fa,
Sol, La , Si , Ut , & Arbitre. On trouve
dans le fecond Logogryphe Taire , Rare
Arbre , Bate , tirer , Braire , Tibre , Air
rire , & batre.
Les mots du fecond font la Lettre A ,
Rohan. On trouve dans le Logogryphe Or
An, Ha, & Ab.
&
EXPLICATION des deux Enigmes ,
inférées dans le premier Volume du
Mercure de Juin 1744.
Premiere Enigme.
'Enigme de ce mois , agréable Mercure ,
ft de difficile nature ,
zos plus profonds réveurs s'y trouveront génés ,
it , dans cette matiere obſcure ,
Nénon , même Zénon , fe fût caffé le Niz.
Seconde
JUILLET . 1744. 1563
Seconde Enigme.
oin de connoître quelque chofe ,
> l'Enigme qu'on me propoſe ,
lus j'y rêve , & moins j'y comprends ;
'obfcurité de fon vrai fens
<ous feroit brouiller an Volume ;
a foi , je n'y perds plus de tems
nt j'abandonne ici la PLUME .
De la Dixmerie,
AUTRES Explications de la premiere
Enigme & du premier Logogryphe de Juin
premier Volume. Par M. Du **.
Cent pieds , c'eft trop ; pour l'ordinaire ,
En fe moquant d'un téméraire
On dit ( & c'en est bien affés )
Il en a un grand pied de Nɛz.
Le Docte Muficien d'Angers
Ne court ni rifque ni dangers ,
Quand is compofe fa Mufique ;
S'il va toujours droit à fon but ,
C'eft qu'il fçait bien mettre en pratique
UT , RI , M. , FA , SOL , LA , SI , UT.
I
ENIG
1564 MERCURE DE FRANCE
J
ENIGM E.
E regle la Terre & l'Onde ;
Je régne fur tout le Monde
J'en habite tous les bords.
Sans ma joüiffance utile ,
De l'homme le corps fragile
Sent écrouler les refforts.
Aux yeux toûjours invifible ,
Je pénetre , imperceptible ,
Jufqu'aux Lieux les plus fecrets ;
A cette vive peinture ,
Tu crois entrevoir les traits
Du Maître de la Nature ,
Lecteur ; ne t'y m'éprens pas;
Mon inconftance ordinaire
Ne fait point le caractére
D'un Dieu parfait , plein d'appas
De l'Eternelle Sageſſe
Je tiens , j'obferve la Loi ;
Lecteur , tu me fends fans ceffe ,
Même fans penfer à moi.
î
Gaudet.
>
LOGO
JUILLET . 1744:
1565
LOGOGRYPHE.
DHeautontimorumenos
,
( Un des plus comiques mots
Que jamais notre Mercure
Pour Logogryphe (a ) ait propofé , 》
Je retrace à tesyeux la fertile ftructure ;
Juges en , cher Lecteur , par le feul expofé:
En tout j'ai quinze pieds;& n'ai que deux
voyelles!
Si c'eſt ainfi , dis- tu , comment former des mots ?
Eh bien ! ces fertiles fémelles
En donnent à tous propos .
Vingt & cinq en Latin , en Hébren jufqu'à deux ✯
Lecteur , calcule- les ; devine ſi tu peux.
D'abord Arbre fameux , vanté par nos Poëtes ,
Et fur lequel Tircis grava fes amourettes ;
Lieu que jamais le Loup dans les champs n'habitaš
Un des deux Animaux qu'Homere en Vers chanta
D'un Serviteur de Dieu la femme & la fervante ,
Nom qui flata toujours une fille fçavante ;
Ce qu'on compte pour rien ; ce qui déplaît au goûtà
Ce qui de fa nature aide à former un tout ;
( a ) Mercure de Juillet 1743-
Des
#566 MERCURE DE FRANCE.
Des Mortels la nourriture ;
Lieu chéri de la Nature ;
Monftre qui toujours veille ; à l'homme un ornement
;
Un fruit délicieux , qu'on voit dans le Printems ;
D'un poltron le falut ; des pecheurs le réfuge ;
Le gage non fufpect de la fin du Déluge ;
Le nom d'un clair- voyant ; des Voyageurs l'effroi ;
Ce que la Vierge fut ; ce qu'approuve la Loi ;
La confolation de l'homme miférable ;
( Prends courage, Lecteur , le confident du Diable;
Signe du Pole Actique ; un Adverbe , dit- on ,
Qui de l'ambitieux nourrit la paffion ;
De nos Cadets Gafcons le plus clair héritage ;
Ce qu'une femme craint fur le retour de l'âge.
C'en est affés , Lecteur ; fuis -je Grec ou Latin ?
Dans un Livre , connu de tout le Genre humain ,
Tu trouveras mon origine ,
Que me donna l'humeur badine
De maintes gens peu férieux ;
N'eft pas trifte , qui vit comme eux.
J. B. B. P. S. P.V-g. de Bordeaux.
NOUJUILLET.
1744. 1567
NOUVELLES LITTERAIRES ,
L
DES BEAUX - ARTS , &c.
E Public eft informé par plufieurs de
nos Journaux , que la Ville de Rouen
étoit à la veille d'être ornée d'un Etabliffement
Académique , qui doit augmenter fon
luftre , & les autres avantages qui lui font
propres : on aura aujourd'hui la fatisfaction
d'apprendre par le même canal , que cette
Ville a ob eau du Roi des Lettres Patentes,
qui rendent cet Etabliffement certain. En
voici la teneur,
Louis , par la Grace de Dieu , Roi de
France & de Navarre , à tous préfens & à
venir , SALUT. Nous avons été informé
que depuis quelques années , il s'eft formé
dans notre Ville de Rouen une Societé de
Gens de Lettres , dont l'objet eft de fe perfectionner
dans les Sciences , dans les Belles
Lettres & dans les Arts, & que quelque étendu
que puiffe paroître ce Projet, elle eſt dès
à préfent très-en état de le remplir avec les
lumieres & les talens de ceux qui la compofent.
Plufieurs Affembléesqui fe font déja
tenuës , en ont fait connoître l'utilité , &
le Public inftruit des Obfervations & Mémoires
1468 MERCURE DE FRANCE.
moires en differens genres , qui y ont été
préſentés , attend avec empreffement plufieurs
Ouvrages importans commencés fur
la Phyfique , l'Anatomie , & particulierement
fur la Chymie & la Botanique , dans
lefquels on peut fe promettre des découvertes
heureuſes , attendu l'ordre & l'abondance
qui regnent dans leJardin desPlantes,qui
eft cultivé avec autant de foin que de fuccès
dans notredite Ville de Roüen ; le défir
que nous avons toujours eû de contribuer
aux progrés des Sciences , des Belles-Lettres ,
& des Arts ; la gloire & les avantages qui
en résultent pour notre Etat , nous détermi
nent à donner des fondemens folides à cet
Etabliſſement , & à feconder en cette occafion
le zéle que les Confeillers , Maire &
Echevins de notredite Ville ont marqué ,
pour que cette Société naiffante fût auffi
durable que doit l'être auffi la Mémoire de
notre amé & féal feu Louis le Gendre , Chanoine
, Sous-Chantre de l'Eglife de Notre-
Dame de Paris , des libéralités duquel ils ne
voulent profiter , que pour avoir la gloire
d'en faire eux-mêmes la diftribution en fayeur
de la nouvelle Académie ; Nous avons
vû avec fatisfaction dans fon Teftament du
4 Février 1734 , les plaintes qu'il forme fur
ce qu'une Ville , célebre par les talens & le
goût particulier de fes Citoyens pour l'Etude
JUILLET. 1744. 1569
de & les plus hautes Sciences , fût privée
de ce qui peut fervir à les mieux cultiver
& Nous avons lieu d'efperer que la difpofition
qu'il a faite d'onze cent livres de rente
perpétuelle en faveur defdirs Maire & Echevins
pour les Arts & les Belles- Lettres ,
ayant pour objet d'animer les Sçavans , cette
Ville fera déformais diftinguée par la Littérature
& les Sciences , comme elle l'eſt par
l'étendue & l'éclat de fon Commerce ; ainfi
pour mettre les Sujets qui compofent , &
qui formeront dans la fuite cette Societé, en
état de fe foûtenir avec honneur , & à perpétuité,
Nous avons bien voulu autorifer fes
Affemblées , & les Réglemens néceſſaires ,
pour en maintenir l'ordre & la fplendeur.
A CES CAUSES , voulant favorifer l'empreffement
que Nous ont marqué les premiers
Magiftrats de notredite Ville de
Roiien , & augmenter de plus en plus l'émulation
des Amateurs des Beaux-Arts , & de
ceux de nos Sujets , qui feront en état de fe
procurer par de femblables difpofitions une
forte de poftérité auffi durable , qu'utile &
glorieufe , Nous avons , de notre grace
fpéciale , pleine puiffance & autorité Royale
, permis , approuvé & autorifé , & par
ces Préfentes , fignées de notre main , permettons
, approuvons & autorifons lefdites
Affemblées & Conférences; voulons & Nous
D plaît
1570 MERCURÈ DE FRANCE.
plaît qu'elles foient faites & continuées
dans notredite Ville de Rouen , fous le titre
d'ACADEMIE des Sciences , des Belles - Lettres
& des Arts , que nous avons miſes & mettons
fous la protection particuliere de notre
très-cher & bien amé Coulin CHARLESFRANÇOIS
de Montmorency- Luxembourg,
Duc de Luxembourg , de Piney & de Montmorency
, Pair & Premier Baron Chrétien de
France , notre Gouverneur & Lieutenant Général
de noire Province de Normandie , Lieutenant
Général de nos armées , Chevalier de
nos Ordres ; VOULONS auffi que le nombre
des Sujets , qui la compoſeront , foit fixé &
limité à vingt- fix Académiciens de fonction ,
à douze Affociés , & à douze Adjoints , outre
les perfonnes , au même nombre de douze ,
qui, pour raifon de leur dignité, pourront y
avoir entrée & place honorable fous le titre
d'Académiciens Honoraires, conformément
aux Statuts & Reglemens ci- attachés fous le
contre-Scel de notre Chancellerie,que Nous,
avons agréés & approuvés , ainfi que tous
autres qui feront jugés néceffaires & convenables
, fans qu'il foit befoin d'autres Lettres
de Nous, que les Préfentes, par lefquelles
Nous confirmons dès maintenant , comme
pour lors , tout ce qui fera fait pour ce
regard. PERMETTONS en outre à ladite
Académie d'avoir un Sceau , avec telle marque
,
JUILLET. 1744 1572
que , figure & Infcription qu'il lui plaira ,
pour fceller tous les Actes qui émaneront
d'elle : VOULONS en outre qu'elle foir
pour le préfent compofée des perfonnes dont
la Lifte eft ci- attachée fous le contre-fcel de
notre Chancellerie , lefquelles Nous avons
nommées & nommons pour cette fois , laiffant
auxdits Académiciens la liberté de
remplir les places qui vacquent & pourront
vacquer à l'avenir, par la voye de l'Election,
conformément auxdits Statuts , & que les
Académiciens jouiffent des mêmes honneurs,
priviléges, franchifes & libertés dont
joüiffent ceux de nos Académies de Paris , à
l'exception du Droit de Committimus. Sr
DONNONS EN MANDEMENT à nos
amés & féaux Confeillers , les Gens tenant
notre Cour de Parlement de Rouen , & à
tous autres nos Officiers & Jufticiers , qu'il
appartiendra , que ces Préfentes ils ayent à
faire enregistrer , & icelles garder & obferver
, felon leur forme & teneur. Car tel eft
notre plaifir, & afin que ce foit choſe ferme
& ftable à toujours , Nous avons fait mettre
notre Scel à cefdites Préfentes. Donné à
Lille, au mois de Juin , l'an de grace 1744 ,
& de notre Regne le 29.
Dij
A M.
J
1572 MERCURE DE FRANCE.
A M. DE FONTENELLE, de l'Académie
Françoife , &c. fur l'Etablissement
d'une Académie des Sciences , des Belles-
Lettres des Arts dans la Ville de Ronen ,
I Lluftre neveu des Corneilles ,
Moins connu par leurs noms fameux ,
Que par l'heureux fruit de tes veilles ,
Qui te rend immortel comme eux ,
Prête une ame fenfible & tendre
'Aux Decrets qu'ils nous font entendre ,
Impatiens d'être obéïs ,
Et digne héritier de leur gloire ,
Parlé & fais parler leur Mémoire
Pour le bonheur de ton Pays.
Vois cette Terre , où le Génie
Forma fes dociles Enfans ,
Prête à recevoir d'Uranie
Les Arts fous fes Loix triomphans,
Ce n'eft plus leur troupe légére ,
Qui fur une Rive étrangere
Portoit les fruits nés fur nos bords
Citoyens devenus utiles ,
Ils vont fe fixer dans nos Villes ,
Et nous confacrer leurs tréfors.
i
**
L'Orien
JUILLET.
1744. 1573
L'Orient brillant de lumiere ,
Au lever du Dieu de Délos ,
N'a plus cette fplendeur premiere ,
Quand ce Dieu defcend fous les flots.
Privé des Héros qu'il fit naître ,
Tel un Climat voit difparoître,
Ses honneurs ailleurs emportés ,
Et la Patric , en vain féconde ,
Regrette ces flambeaux du Monde ,
Dont elle a produit les clartés .
Heureux cent fois un Peuple fage , -
Qui pour la gloire épris d'ardeur ,
Tourne ce regret en préfage ,
Et hâte fa propre grandeur ;
Qui prompt à réparer fes pertes ,
Sçait par mille routes ouvertes
Rappeller les Arts égarés ,
Et de leur union durable
Se faire un jour inaltérable ,
Dont les voifins font éclairés !
炒菜
Mais l'heure propice eft venue ,
Et de l'Aurore de ce jour
La lumiere , moins retenue ,
Inonde à grands flots ce ſéjour .
Du Palais des Dieux , qui s'entrouvré ;
D iij
Uranie
1574 MERCURE DE FRANCE.
Uranie à nos yeux découvre
Son front d'Etoiles couronné ;
Les Sciences font autour d'elle ,
Suivant d'une courſe fidelle
Son Char dans les Airs entraîné.
***
Une voix , égale au Tonnerre ,
Dicte ces Oracles preflans .
Les Dieux defcendent fur la Terre ;
Peuples , faites fumer l'Encens.
Bientôt , pour prix de vos hommages ,
Ce qu'ont inventé tous les âges
Doit le dévoiler à vos yeux ;
Gravez- le fur l'Or de vos Temples ,
Et que la force des exemples
Vous rende un Peuple induftrieux.
A cet Oracle la Patrie
Se leve & nous trace des Loix ;
Comme Rome en eut d'Egerie
Sous le plus fage de les Rois.
D'un pas , conduit par l'efperance ,
Vers le Monarque de la France

Elle porte fes voeux tremblanss ;
Acheve cette oeuvre immortelle ;
Le Regne des grands Rois ( dit- elle )
Doit être celui des Talens .
Le
JUILLET . 1575 1744.
Le fiècle od Minerve préfide ,
N'entreprend que d'heureux travaux ;
Les Arts , couverts de fon Egide ,
Vont s'ouvrir des Climats nouveaux.
Ils font femblables à la fource ,
Dont l'Onde a creusé dans fa courſe
Un lit profond & ſpacieux ;
Libre , du limon & de l'herbe
Elle forme un Fleuve fuperbe ,
Qui répand la vie en tous lieux.
*3*+
Fontenelle , notre Lycée
T'adreffe fes voeux aujourd'hui ;
De l'entrepriſe commencée
Sois le conducteur & l'appui ;
Sur ce Pays , qui t'a vû naître ,
Obtiens que notre Augufte Maître
Jette de propices regards ,
Et fans pefer ce que nous fommes ,
Fais que
le berceau des Grands Hommes
Devienne un Temple des Beaux- Arts.
Par M. DE BETTENCOURT , Sécrétaire
des Belles- Lettres de l'Académie de
Rouen.
D iiij
LATINI
1576 MERCURE DE FRANCE.
LATINI SERMONIS Exemplaria è Scriptaribus
probatiffimis , &c. c'eft- à- dire , véritables
modéles de Latinité , tirés des meilleurs
Auteurs , 4 vol. in- 12 . A Paris , ches
les Freres Guerin , ruë S. Jacques , à S. Thomas
d'Aquin , 1744.
Ces quatre Volumes contiennent des modéles
choifis de la meilleure Latinité , tant
en Profe qu'en Vers. Dans le premier , on
trouve des Extraits d'un nombre de beaux
endroits de plufieurs Hiftoriens , & dans le
fecond , des Extraits des meilleurs Poëtes.
Le III & le IV font remplis dans le même
ordre , de pareils Extraits de Profe & de
Vers de differens Auteurs .
A la fin de chaque Volume , il y a un Vocabulaire
, pour l'explication des mots &
des endroits difficiles. Cet Ouvrage doit
avoir une fuite , dans le même arrangement
de ces premiers Volumes ; les Extraits feront
toujours faits dans l'efprit de pouvoir
être mis entre les mains de la jeuneffe
Chrétienne. On vendra chaque Volume
broché 24 fols.
DESCRIPTION du Ventilateur , par le
moyen duquel on peut renouveller facilement
& en grande quantité l'Air des Mines
, des Prifons , des Hôpitaux , des Maifons
de Force , & des Vaiffeaux , où l'on fait
voir
JUILLET. 1744-
1577
-
voir fon utilité pour préferver toutes fortes
de Grains d'humidité & de corruption ;
pour les garantir des Calandres , foit dans
les des vai eaux us
les Greniers , foit dans les Vaiffeaux , &
pour conferver plufieurs autres fortes de
marchandiſes , comme auffi pour fécher le
Bled , la Drêche , le Houblon , la Poudre à
canon , &c. Ouvrage lû en préfence de la
Société Royale , au mois de Mai 1741 , par
M. E. Hales , Docteur en Théologie , de la
Société Royale , & c. & traduit de l'Anglois
par
M. P. Demours , Docteur en Médecine ;
à Paris , chés Charles Nicolas Poirion , ruë
S. Jacques , à l'Empereur , 1744. Vol, in-
12 , de 238 pages , fans compter l'Epitre
Dédicatoire à M. Orry , Miniftre d'Etat ,
Contrôleur Général des Finances , &c . la
Préface du Traducteur de 38 pages ,
celle
de l'Auteur de quatorze , l'explication des
Figures & la Table des Matieres de 38 pag
Le prix eft de 2 liv . 10 f relié.
M. Darnaud vient de donner au Public
un nouveau Poëme , adreffé à M. de Prémonival
, intitulé : L'AMOUR de la Philofophic.
Ce titre annonce quelque chofe de férieux
, & qui pourroit n'être pas à la.
portée
de tout le monde , mais fous la main d'un
bon Poëte les fujets les plus triftes dépouil
Dy lent
1578 MERCURE DE FRANCE.
lent toute leur féchereffe . Voici une idée de
ce Poëme .
La Morale, la Phyfique , & la Géométrie ,
tous êtres perfonnifiés , s'abandonnoient à
la douleur la plus anere fur les tombeaux
de Descartes & de Neuton .
Cependant aux Mortels dérobant leurs douleurs ,
Au tour d'un vain tombeau pleuroient trois chaftes
foeurs .
Leur front étoit couvert de funébres Cyprès.
En longs manteaux de deüil , pâles , échevelées ,
Cherchant pour y gémir l'ombre des Mauzolées ,
Sans ceffe elles pleuroient cet injufte trépas.
D'un côté , l'on voyoit s'échapper le compas
Des languiffantes mains de la Géométrie :
De l'autre , la Morale à cette four chérie
Dans ces deux demi- Dieux , que la terre a perdus,
Montroit en foupirant l'image des Vertus :
Et l'altiere Physique , au fein de la pouffiére
Attachant des regards qu'offenfoit la lumiere ,
De fes Guides privée , éteignoit fon flambeau ,
Et dépofoit fon Sceptre au pied de leur tombeau.
La Vérité , qui s'étoit retirée dans le Ciel
à la mort de ces deux Grands Hommes , a
conçû l'efperance de voir fon culte rétabli ;
elle vient confoler ces trois foeurs éplorées.
Des
JUILLET. 1744. 1179
Des Airs, un Char d'azur fendoit les vaftes Plaines ,
Traîné par fix Courfiers , qui volant fous les Rênes ,
Tout fiers de leur fardeau , fentent fa Dignité ,
Et refpirent la flâme , & l'Immortalité.
Impatient , des Cieux il franchit la barriere ;
Il trace dans la nuë un fillon de lumiere.
Le Difcours de la Vérité répand la joie
dans leur coeur.
Dans le détail, ce ne font que Peintures
qu'Images , tout-à - fait dans le goût des
Anciens. On fe contentera d'ajouter le morceau
fuivant ; c'eſt le départ de la Vérité
pour retourner aux Cieux .
Cependant elle part . Ces Vierges qu'elle embraffe ,
Long-tems fuivent des yeux fon éclatante trace,
Un nuage , en richeffe égal à l'Arc d'Iris ,
Séme fur fon paffage & l'Or & le Rubis.
Ses Courfiers dédaigneux,foulant aux pieds la terre,
Brûlent de s'élancer au féjour du tonnerre .
Ils volent ; fous leurs pas jailliffent mille éclairs ;
Le Char ſe perd enfin dans la route des Airs.
Quoique cet Ouvrage foit entierement à la
loüange de M. de Premontval , on fent cependant
que l'Auteur a eu particulierement
en vûë de l'encourager à cultiver les talens
qu'on lui reconnoît , & à en acquerir de
nouveaux.
Dvj Ce
1580 MERCURE DE FRANCE .
Ce petit Poëme a trouvé des Cenfeurs ;
quelques-uns ont cru que l'idée ne fe faififfoit
pas du premier coup : il eft vrai que
la narration y eft coupée de tems en tems
par des Defcriptions ; mais un efprit , un
peu attentif, reprend aifément le fil : ce
font comme differentes avenues , où l'on
aime à s'égarer , & où l'on fe retrouve à la
fin , parce qu'elles aboutiffent à un même
point.
Au fond , le fujet fait honneur à fon
Auteur. Employer la Poëfie à de pareilles
matieres , ne feroit - ce pas un moyen pour
la réconcilier avec certains efprits graves ,
qui la croyent incapable de traiter le vrai
& le férieux ?
Dbure , l'aîné , Libraire , Quai des Auguftins
, à S. Paul , donne avis qu'il a reçû
differents Livres d'Italie ; fçavoir , •
GRÆCA divi Marc! Bibliotheca Codicum
Manufcriptorum per tulos dig fta , Preſide
Moderatore Laurentio Theupolo , E nite ac
D. Marci Proc. juffu Senatus ; 1 vol . in-ful.
Venetiis , 1740 , cum figuris.
LE ANTICHITA d'Aquileja Profane e Sacre
pr la maggior parte finora inedite raccolte
, difegate ellu rate da Gin domenico
Bertoli de Signore di ribir , Canonico d'A-
4 い
quileja , 1 vol. jel. Venetiis. 173 , avec fig.
MoJUILLET.
1744 1581
MONUMENTA Ecclefia Aquilejenfis Commentario
Hiftorico , Chronologico , Critico il
luftrata , cum appendice in qua vetufta Aquilejenfium
Patriarcharum , rerumque foro Julienfium
Chronica , &e . aut. Franc. Bernardo
Maria de Rubeis , Ordinis Prædicatorum ,
vol. in-fol. Argentina , 1740 .
I
PUBLII TERENTII Comedia , nunc primùm
Italicis Verfibus reddita , cum Perfonarum f
guris ari accurate incifis ex MS . Codice Bibliotheca
Vaticana , 1 vol . fol. Urbini, 1736.
LUCERNA FICTILES Mufei Pafferii , I
vol. fol.cumfiguris , Piſauri , 1739%
MUSEI THEUPOLI antiqua Numifmata
olim collecta à foanne Theupolo , 2 vol. 4º.
Venetiis , 1736.
LE ARTE DI BOLOGNA difegnate da Annibale
Caracci ed intagliate da Simone Guilini
, Roma 1740 , avec figures.
MARMORA PISAURENTIA , notis illuftra
ta , 1 vol. fol. figur . Pifauri , 1738.
JOANNIS PETRI BELLORII Romani Adnotationes
, nunc primùm e vulgata in x1v priorum
Cafarum Numifmata ab Ænea Úrio ,
Parmenfi olim edita , 1 vol. fol . figur . Rome
1730 .
IMPERATORUM ROMANORUM Numifma
ta à Pompeio Magno ad Heraclium , ab Adolpho
Occone olim congefta , Auguftorum iconibus
, perpetuis Hiftorico - Chronologicis notis ,
plu1582
MERCURE DE FRANCE.
pluribufque additamentis jam illuftrata à
Francifco Medio- Barbo Birago , 1 vol. føl.
Mediolani
, 1730.
LAMPAS , five Fax Artium Liberalium
hoc eft Thefaurus Criticus , quem ex otiofà Bibliothecarum
cuftodiâ eruit ac foras prodire
juffit Janus Gruterus , 2 v . fol.Florentia 1737.
BOUGET. Lexicon Hebraicum Chaldaico
Biblicum , 3 vol . fol. Roma 1737 .
CARDINALIS BARBERINI Galeria , figur.
Rome.
VOTA Jo. Dominici Raynaldi Bafilica S.
Petri in Vaticano CanoniciOpus pofthumum ,
fol. Roma 1714.
ح ل ا ص
VERITAS RELIGIONIS CHRISTIANÆ ,
Librorum quibus innititur contra Atheos, Polytheos
, Idololatras , Mahometanos , & Judeos
demonftrata , per Franc. Ludovicum Gotti ,
nunc Cardinalem , 12 vol . 4° . Roma , annis
1735 , fequentibus .
LE GEMME antiche , figurate di Leonarde
'Agostini , 2 vol . 4° . fig. Roma 1686 .
PUBLII VIRGILII Maronis Codex antiquiffimus
in Bibliotheca Mediceo Laurentiana adfervatus
, I vol. 4° . Florentia 1741.
OSSERVAZIONI Iftoriche di Domenico Maria
Minni Accademico Fiorentino , fopra i figilli
antichi defecoli Baffi, 2 vol.4 °. In Firenze
1739 & feq.
J. PIOMBI ANTICHI opera di Francefco deficoroni
JUILLET. 1744. 1583
ficoroni dedicata alla fantita di noftro Signore
Papa Benedetto XIV , 1 vol. 4° . fig. in
Roma 1740 .
ANTIQUI Romanorum Pontificum Denarii
notis illuftrati , 1 vol. 4º. fig. Roma 1738,
JUSTI FONTANINI FOROJULIENSIS de antiquitatibus
Horta Colonie Etrufcarum Libri
tres , cum figuris ari incifts , Roma 1723 .
JOH. LAMI , Publici Ecclefiaftica Hiftorie
Profefforis de rectâ Chriftianorum , in eo quod
Myfterium Divina Trinitatis adtinet , fententiâ
lib. VI, I vol . 4°. Florentia 1733.
JOH. LAMII de recta Patrum Nicanorum
Fide Differtatio , 1 vol. 4°. Venetiis 1730.
DE ROMANO divi Petri itinere & Epifco
patu , ejufque antiquiffimis Imaginibus exercitationes
Hiftorico- Critice aut. Petro Franc.
Logginio. S. Theol. ad Benedictum XIV
Pontificem Maximum , 1 vol . 4°. Florentia
1741 .
NOVELLE LITTERARIE publicate in Firenze
2 vol . 4°. 1740 .
DEL MOTO chenei mobili fi rifonde , per
impulfo efteriore trattato Fifico Matematico . aut
Aleſſandro Pafcoli , 1 vol . 4º . fig. In Roma
1723 .
SAGGI di Differtazioni Accademiche publicamente
lette nella nobile Accademia Etrufca
dell' antichiffima Citta di Cortona , 3 vol . 4°.
Roma 1735
& feq. tertium volumen feparatim.
DIS1584
MERCURE DE FRANCE.
?
DISSERTATIONES HOMERICA , babita in
Florentino Lyceo ab Angelo Maria Riccio
Græcarum Litterarum Profeff. 3 vol. 4° . Florentia
1740 , & feq. tertium volumen feparatim
.
OPUSCULA OMNIA Actis Eruditorum Lipfienfibus
inferta , quæ ad univerfam Mathefim ,
Phyficam , Medicinam , Anatomiam , Chirurgiam
, & Philofophiam pertinent , 2 vol . 4º .
cum figuris , Venetiis 1740.
HISTORIA Monafterii S. Michaelis de Paffiniano
, 1 vol . fol . Luca , 1741 .
2
FR. THOMA VINCENTII Monelia , Florentini
Ordinis Prædicator de annis fefis
Chrifti Salvatoris & de Religione utriufque
Philippi AUG. Differtationes due , I vol.
4° . fig. Roma 1741 .
ANTONII PACCHIONI , Regienfis Medici
& Anatomici Romani Opera ;
Editio quarta ,
I vol. 4° . fig. Roma 1541.
LEONARDI BRUNI ARRETINI Epiftolarum
Libri VIII , ad filem Codd. MSS. fuppleti &
caftigati recente Laurentio Mehus , I vol . 8 '.
Florentia 1741.
LINI COLUCI PIERI SALUTATI Epiftola
ex Coll. SS. nunc primùm in lucem edire
à Jofepho R gaccio Bi Lopola Florentino celeberrimo
, I vol . 3. Floren a 1741 .
DELICIE Eulitown , feu veterum Opufcu
lorum collectanea. Jo. Lamius collegit , illuftravit
,
JUILLET . 1744. 1585
travit , edidit , 12 vol . 8°. Florentia 1740 ,
feq. les trois derniers volumes féparément.
CAJETANI DE LEONARDIS OdÆ , I vol.
8°. Roma 1740.
NICOLAI AVERANI Differtatio de Menfibus
Ægyptiorum , nunc primùm edita , curante
Franc, Gorio , I vol. 4° . Florentiæ 1737.
Le même Libraire vend & débite actuellement
le fixiéme & dernier volume du
mois d'Août des Actes des Saints donné par
les Peres Jefuites , d'Anvers. Il donne avis
qu'il a fous preffe les trois derniers vol. de
PHiftoire Universelle de Diodore de Sicile ,
traduite par M. l'Abbé Teraffon , de l'Académie
Françoife , c'eft- à - dire , les Tomes
5,6 & 7 , qui finiffent l'Ouvrage.
La veuve Maziere , rue S. Jacques , à la
Providence , vis-à-vis l'Eglife S. Yves , a
imprimé le Panégyrique de S. François de
Paule , prononcé par M. Ballet , Curé de
Gif , près Verfailles , dans l'Eglife des R. R.
P. P. Minimes de la Place Royale , le 13
Avril 1744.
Cette Piéce a été infiniment goûtée des
Connoiffeurs ; on a engagé l'Auteur de la
donner au Public , comme il donnera inceffamment
plufieurs volumes de Panégyriques
choifis , qui n'ont pas été entendus
avec
1586 MERCURE DE FRANCE .
avec moins de fatisfaction dans plufieurs
Eglifes de Paris ; il s'en eft défendu quelque-
tems,afin de ne pas donner un Difcours
féparé , mais les follicitations de fes amis
l'ont enfin déterminé : on peut dire que
l'Orateur a faifi le véritable caractere de fon
Héros ; la Divifion eft auffi élevée que le
fujer qu'il traite ; il montre le Saint au-deffus
de l'homme par fes Miracles, & au-deſſus
des Miracles par fes Vertus ; l'Eloquence ,
l'Erudition , les Images ne font point audeffous
de la magnificence des Miracles mêmes
; on eft perfuadé que cette Piéce fera
défirer les autres avec empreffement.
DISCOURS prononcé à l'Ecole Militaire le
14 Février 1744 , par M. Saverien , Ingénieur
, Profeffeur de Phyfique & d'Hydrographie
en cette Ecole , à l'ouverture de fes
Leçons publiques , fur la Navigation & fur
la Phyfique Experimentale , Brochure in-4°.
A Paris , chés Pierre Guillaume Simon , Imprimeur
du Parlement , ruë de la Harpe , à
'Hercule 1744.
LIVRE des Affligés Pénitens , par M. Picard
de S. Adin , Docteur de Sorbonne , Doyen
de l'Eglife de Ste Croix d'Etampes , 1 vol.
in-12 , à Paris.
Ce Livre , qui a depuis été augmenté de
la PASSION de N, S. J. C. partagée felon les
heuJUILLET.
1744. 1587
heures du jour , fe vend actuellement chés
le St Clément Libraire , Quai des Auguftins ,
entre la ruë pavée & la rue des Auguftins ,
1744 .
SERMONS du Pere Bretonneau , de la Compagnie
de Jefus , à Paris , chés Jean Coignard,
Libraire-Imprimeur , ruë S. Jacques , à la
Bible d'Or , & Louis-Hippolyte Guerin , ruë
S. Jacques , 1743 .
par
HISTOIRE & Defcription générale de la
Nouvelle France , contenant tout ce qui regarde
les découvertes & les conquêtes des
François dans l'Amérique Septentrionale ,
avec le Journal Hiftorique d'un Voyage fait
ordre du Roi dans cette même Partie
du Monde , où l'on trouvera la Defcription
Géographique & l'Hiftoire naturelle des
Pays que l'Auteur a parcourus , les Coûtumes
, le Caractere , la Religion , les Moeurs
& les Traditions des Peuples qui les habiadreffé
à Mad , la Ducheffe de Lefdi
guieres , avec une Differtation préliminaire
fur l'origine des Américains , par le Pere de
Charlevoix , de la Compagnie de Jefus ; à
Paris , chés Pierre François Giffard , Libraire
, rue S. Jacques , à Ste Thérefe ; 3 vol.
in-4° . Cet Ouvrage dédié à S. A. S. M. le
Duc de Penthiévre , eft enrichi de Vignettes
tent ,
en,
1588 MERCURE DE FRANCE.
en taille-douce , & d'un très -grand nombre
de Cartes Géographiques & de Plans , & des
Remarques de M. Bellin , Ingénieur de la
Marine , fur ces mêmes Cartes , qu'il a été
chargé de dreffer , pour joindre à l'Hiftoire
générale de la nouvelle France dù P. de
Charlevoix , & au Journal de fon Voyage
dans cette Partie du Monde.
DISSERTATIONS fur l'Hiftoire Eccléfiafti
que & Civile de Paris , fuivies de plufieurs
éclairciflemens fur l'Hiftoire de France . Ouvrage
enrichi de Figures en taille- douce.
Par M. l'Abbé Lebeuf, Chanoine & Sous-
Chantre de l'Eglife d'Auxerre , in - 12 . Tome
II. A Paris , chés Lambert & Durand
Libraires , ruë S. Jacques , à la Sageſſe & à
S. Landri , 1741 .
ESSAI fur l'Efprit ltumain , ou Principes
naturels de l'Education , par M. Morelly.
Volume in- 12 de 369 pages , fans l'Avantpropos
& la Table des Chapitres , qui en
contiennent 24. A Paris , chés Charles-
Jean-Baptifte de l'Efpine , Imprimeur- Libraire
Ordinaire du Roi , ruë S. Jacques à
la Victoire & au Palmier , 1743 .
HISTOIRE des Indes Orientales , anciennes
& modernes , par M. l'Abbé Guyon .
Trois
JUILLET. 1744. 1589
Trois vol. in- 12 . Le premier Tome.de 396
pages ; le deuxième , de 352 ; le 3 de 471 ,
y compris la Table des Matieres ; à Paris
chés la Veuve Pierre , & Jacques Butard ,
ruë S. Jacques ; Jean Defaint & Charles
Saillant , rue S. Jean de Beauvais , 1744.
TABLETTES . Chronologiques de l'Hiftoi
re Univerſelle , Sacrée & Profane , Eccléfiaftique
& Civile , depuis la Création du
Monde , jufqu'à l'an 1743 , avec des Réfléxions
fur l'ordre qu'on doit tenir & fur les
Ouvrages néceffaires pour l'Etude de l'Hif
toire , par M. l'Abbé Lenglet du Frefnoy.
Deux vol, in-12 . Le premier contient l'Hif
toire ancienne en 344 pages , fans compter
le Difcours Préliminaire & la Lifte des Livres
néceffaires pour l'Etude de l'Hiftoire
qui comprennent 208 pages. Le deuxième
vol. contient l'Hiftoire moderne en 443
pages , outre un Avertiffement , une Table
des Papes , & un Supplément à la Colonne
des Ecrivains Eccléfiaftiques , qui comprennent
48 pages. A Paris , chés de Bure l'aîné ,
Quai des Auguftins , à S. Paul , & chés
Ganean , rue S. Jacques , à S. Louis , 1744.
LEÇONS de Phyfique Experimentale , pas
M. l'Abbé Nollet , de l'Académie Royale
des Sciences & de la Société de Londres ;
1590 MERCURE DE FRANCE.
à Paris , chés Guerin , ruë S. Jacques , à S.
Thomas d'Aquin. Deux vol. in-12 de 372
pages .
NOUVELLE Edition, revûë & augmentée,
du Livre intitulé , Des Moeurs & desVjages
des Romains ; à Paris , chés Briaffon , Librai
re , ruë S. Jacques. Deux vol . in - 12 , 1744.
>
NOUVEAU Recueil de Poëfies , intitulé
Fables nouvelles & autres Piéces en Vers
par M. D. D. L. P. D. C. avec un Examen
Critique des principaux Fabuliſtes , anciens
& modernes ; à Paris , chés F. G. Meriget ,
Libraire , Quai des Auguttins , aux Armes
de France. Vol in- 12 , 1744.
SEPTIE'ME & huitiéme volumes de la
Bibliothéque Françoife , ou Hiftoire de la
Litterature Françoife , par M. l'Abbé Goujet
, Chanoine de S. Jacques de l'Hôpital ;
à Paris , chés Mariette & Guerin , Libraires ,
rue S. Jacques , in- 12 , 1744.
HISTOIRE de la Ville de Montpellier ,
depuis fon origine jufqu'à notre tems
avec un abregé Hiftorique de tour ce qui
précéda fon établiſſement , à laquelle on a
ajouté l'Hiftoire particuliere des Jurifdicons
anciennes & modernes de cette Ville ,
&
JUILLET. 1744. 1591
& les Staturs qui lui font propres , en Latin
& en François , avec des Remarques , & une
Table des Matieres rangées fuivant l'ordrę
Alphabétique , par Meffire Charles d'Aigrefeuille
, Prêtre Docteur en Théologie , &
Chanoine de l'Egliſe Cathédrale de S. Pierre
de Montpellier. A Montpellier , chés Jean
Martel , Imprimeur du Roi & des Etats de
la Province de Languedoc , 1737 , in -fol .
LE VI & dernier Tome des Actes des Saints
du mois d'Août eft imprimé. Il comprend
les cinq derniers jours & un Supplement
pour ce même mois. A la tête du volume
& comme hors de rang , on trouve tout ce
qu'on peut dire au fujet de l'Hiftoire & du
Culte de l'Eunuque , Intendant de la Reine
Candace , dont il eft parlé dans les Actes
des Apôtres , avec les Eloges que de Saints
Ecrivains lui ont donnés. S. Auguftin occupe
beaucoup de place dans ce volume . Ses Actes
font éclaircis avec un grand foin dans un
long Commentaire. On a tiré fa Vie en partie
de fes Confeffions , & en partie de celle
qu'a écrite Poffidius , Difciple & Ami du S.
Docteur , avec lequel il a vêcu environ 40
ans. Le Catalogue des Ouvrages de S. Auguftin
eft accompagné de beaucoup d'obfervations
folides. Pour la commodité de ceux
qui
1592 MERCURE DE FRANCE.
qui n'ont pas les Acta Sanctorum , on doit
diftribuer féparément ce qui regarde la Vie
& les Ecrits de S. Auguftin.
LES OUVRAGES de M. Racine , le fils ,
ont été raffemblés , imprimés & publiés par
Frederic Bernard , Imprimeur - Libraire à
Amfterdam , fous le titre fuivant : LA RELIGION
ET LA GRACE , Poëmes . Par M. Racine
de l'Académie Royale des Infcriptions &
Belles -Lettres . Nouvelle Edition , revûë ,
corrigée & augmentée confidérablement par
l'Auteur , 2 vol . in- 12 , 1744.
Voici les titres des Piéces qui compofent
ces deux volumes . On a marqué d'un aſteriſque
celles qui ont été ajoutées à cette nouvelle
Edition .
T. I. Préface fur le Poëme de la Religion.
Poëme de la Religion divifé en vi Chants.
Avis du Libraire fur les Piéces fuivantes.
Jugement de M. Rouffeau fur le Poëme de
la Religion. Epitre de M. Rouffeau à M.
Racine contre les Efprits forts . Avertiffement
fur la Piéce fuivante. Réponſe de M.
Racine à l'Epitre de M. Rouffeau . Lettre de
M. le Chevalier de Ramſay à M. Racine.
Réponſe de M. Racine . * Seconde Lettre de
M. le Chevalier de Ramfay à M. Racine .
* Lettre de M. Pope à M. Racine. * Réponfe
de M. Racine à M. Pope. * Avertiffement
fuc
JUILLET. 1744. 1593
fur les deux Epitres fuivantes. * Lettre de
M. le Cardinal de Polignac à M. Racine,
* L'Ame des Bêtes , I Epitre. L'Ame des
Bêtes , II Epitre.
ge
T. II. * Odes Saintes. Ode I ,fur l'Ouvrades
fix jours. Ode II , tirée du Pleaume
11. Ode III , tirée du Pf. 72. Ode IV , tirée
du Chap. 14 d'Ifaïe . Cantique des Juifs
à leur délivrance de Babilone. Ode V , les
Vertus Chrétiennes. Ode VI , les Larmes
de la Pénitence . Ode VII , la Mort Chrétienne.
Odes fur divers fujets. Ode I. Ode
11 , fur l'Arrivée de l'Infante d'Efpagne à
Paris , au mois de Mars 1722. Ode I. Ode
IV. Ode V , contre les Vapeurs. Ode VI ,
Turpe Senilis amor. Ode VII , aux Poëtes
que la jaloufie divife entr'eux . Ode VIII ,
fur la fufpenfion d'Armes en 1736 , lorfque
notre Armée étoit prête d'inveftir Mantouë.
Ode IX , fur l'Harmonie. * Extrait d'une
Lettre de M. Rouffeau à M. Hardion . * Lettre
de M. Racine à M. Rouffeau. * Extrait
d'une Lettre de M. Rouſſeau à M. Hardion .
* Difcours fur les caufes de la Décadence des
Efprits. Préface fur le Poëme de la Grace ,
divifé en quatre Chants . * Epitre à M. de
Valincourt. Avertiffement fur l'Epitre fuivante
. Epitre .
2
ESSAIS fur le Génie & le Caractere des
E Na1594
MERCURE DE FRANCE.
Nations , divifés en fix Livres ; à Bruxelles ,
chés Frederic Léonard , Libraire. Deux vol.
in-8°. 1744.
Le même Libraire débite l'Hiftoire générale
des Pays- Bas , contenant la Deſcription
des dix -huit Provinces , en quatre vol. in- 8°
avec figures.
EUVRES de Machiavel , nouvelle Edition
augmentée de l'Anti- Machiavel & de
quelques autres Piéces . A la Haye , aux dépens
de la Compagnie. Six vol. in-12,1743 .
RECHERCHES Philofophiques fur la néceffité
de s'affûrer par foi-même de la vérité
, fur la certitude de nos connoiffances ,
& fur la nature des Etres ; à la Haye , chés
Alexandre Johfon , Libraire , 1743 , in- 8 ° .
MEMOIRES Hiftoriques , Politiques &
Littéraires , concernant le Portugal & toutes
fes dépendances , avec la Bibliothéque
des Ecrivains & des Hiftoriens de ces Etats ;
par M. le Chevalier d'Oliveyra , Gentilhomme
Portugais ; à la Haye , chés Adrien
Moetjens. Deux vol . in - 8° , 1743 .
ESSAI fur l'Hiftoire naturelle des Poly
pes , par M. Henri Baker , Membre de la
Société Royale de Londres & de celle des
AnJUILLET.
1744. 1595
Antiquaires ; à Londres , chés R. Dodley &
M. Cooper , dans Pater- nofter- Roow , 1743 ,
in- 8 ° . L'Ouvrage eft en Anglois.
CONSULTATIONES MEDICA , five Sylloge
Epiftolarum , cum Refponfis Hermanni Boerhaave.
Premier vol. in-8 ° , 1744. A Londres
, chés Jean Nourſe.
NOUVELLE EDITION de l'Introduction à
Hiftoire générale & politique de l'Univers ,
où l'on voit l'origine, les révolutions , l'état
préfent & les intérêts des Souverains , commencée
par M. le Baron de Puffendorf
completée & continuée jufqu'en 1743. A
Amfterdam , chés Zacharie Châtelain , 1743 ,
in-12. Onze volumes , dont fix pour l'Hif
toire Univerſelle , trois pour l'Hiſtoire de
Suéde , & deux pour celle de l'Afie , de l'Afrique
& de l'Amerique , pour fervir de
fuite à l'Introduction à l'Hiftoire Univerfelle
du Baron de Puffendorf.
CEREMONIES & Coûtumes Religieufes de
tous les Peuples du Monde , reprefentées
par des figures deffinées de la main de Bernard
Picard & autres , avec une Explication
Hiftorique & quelques Differtations curieufes
: Tome VII , feconde Partie , contenant
plufieurs Differtations de Mrs les Abbés
E ij Ban1596
MERCURE DE FRANCE.
Bannier & le Maſcrier , fur des Matieres qui
ont quelque rapport aux Cérémonies Religieufes
, & Tome VIII , qui contient un
parallele Hiftorique des Cérémonies Religieufes
de tous les Peuples anciens & modernes
, & la Defcription de divers ufages
finguliers prétendus Religieux , ou qui ont
quelque rapport à la Religion , in -fol. A
Amfterdam , 1743 .
TRAITE' du Sublime de Denis Longin ,
accompagné d'une nouvelle Verfion Latine,
de Notes & de corrections , faites en partie
à l'aide des Manuſcrits , & en partie fur des
conjectures par Zacharie Pearce. On y a
joint tous les fragmens de l'Auteur . Troifiéme
Edition , à Londres , chés Jacques &
Richard Tonfon , & Jean Watts , 1743 , in-
8°. de 301 pages , fans les Index , la Préface
& la Vie de Longin, de 35 pages, L'Ouvrage
eft en Latin.
RECUEIL de diverfes Fables , deffinées &
gravées en taille -douce fur de beau papier
Royal , par M. Georges foffati , Architecte
Civil , à Venife. Tome I , in-4°. contenant
trente Planches enluminées , avec des Infcriptions
Italiennes & Françoifes , tirées des
meilleurs Auteurs,
ON
JUILLET. 1744. 1597
-ON donnera inceffamment à Padoue une
trouvelle Edition de l'Ouvrage du Pape Benoît
XIV , fous le Titre De fervorum Dei
Beatificatione & Beatorum Canonizatione.
Cette Edition fera plus correcte que la premiere
; on y a fait des additions confiderables
, & on n'épargne rien pour la rendre
auffi parfaite qu'il eft poffible. Cette Edition
fe fait au Séminaire.
MARCI GOTTLIEBI Wernsdorffii Fac, Phi
los. in Academia Wittembergenfi Affefforis ,
de Republica Galatarum Liber fingularis ,
in quo , cum Gentis origo , Status Regiminis
mores & res gefta, fide Scriptorum, & Numif
matum antiquorum exponuntur , tum Galatia
Regio defcribitur ; adjecta ejufdem Tabula
Geographica , cum Indice locupletiffimo . A
Nuremberg , chés Joh. Jacques Cremer. Vol.
in-4° , de 340 pages , fans y comprendre
la Préface ni la Table . Ces recherches font
divifées en fix Chapitres , qui répondent à
pareil nombre de Queftions compriſes dans
le fujer que l'Académie Royale des Infcriptions
& Belles- Lettres propofa pour le Prix
de l'année 1740 .
ON a publié à Leipfick , il y a déja du
tems , le premier volume de la continuation
du Recueil de Piéces de Litterature , fous
E iij le
1598 MERCURE DE FRANCE.
Titre de Mifcellanea Lipfienfia nova , ad incrementum
Scientiarum ab iis qui funt in colligendis
Eruditorum novis actis occupati , per
partes publicata ; Lipfia, apud JoannemFridericum
Gleditfchium , 1743 , in - 8 °. Cet Ouvrage
qui avoit été interrompu depuis 1717 ,
a été repris au mois d'Avril 1742 ; M.
Menkenius, qui en eft l'Auteur , promet d'en
donner tous les trois mois douze feuilles ,
qui formeront chaque année un volume de
48 feuilles d'impreffion. Cet Ouvrage contient
des Differtations fur la Théologie , fur
quelques points de Critique & de Philologie
, & fur plufieurs endroits difficiles de
I'Ecriture-Sainte.
MEMOIRES du Comte de Guiche , concernant
les Provinces Unies des Pays- Bas , &
fervant de Supplément & de confirmation
à ceux d'Aubery du Maurier & du Comte
d'Eftrades , in- 12 , 1744 , à Londres. Ces
Mémoires vont depuis 1665 , jufqu'en 1672.
Ils ont été imprimés fur un Manufcrit acheté
à l'Inventaire des Livres de feu M. d'Angervilliers
, Sécrétaire d'Etat & Miniftre au
Département de la Guerre. Ce Livre n'avoit
point encore paru , & le P. de Montfaucon
n'en a point parlé dans fa Bibliothéde
Manufcrits , ni le P. le Long dans fon
Catalogue des Ecrivains de l'Hiftoire de
que
France,
JUILLET . 1744 1599
France , ni M. l'Abbé Lenglet du Frefnoy
dans fa Méthode étudier l'Hiftoire . pour
HISTOIRE de l'Empereur Charles VI , de
glorieufe mémoire , contenant ce qui s'eft
paffé de plus mémorable en Europe depuis
fa naiffance jufqu'à fa mort , tirée des Mémoires
& autres Piéces authentiques , ma
nufcrites & autres , dans lefquelles on a puifé
des Anecdotes très-curieufes, qui n'avoient
point encore paru , à la Haye , par M. P. A.
la Lande , 1743. Six vol. in - 12 , chés Jean
Neaulme.
ESTAMPES NOUVELL
RUTILA
DITE
LYON
Cou
DE
LA
Le St Petit , Graveur , rue S. Jacques , a
ronne d'Epine, près les Mathurins , qui continue de
graver avec fuccès la fuite des Hommes Illuf
Ares du feu Sr Defrochers , Graveur du Roi , vient
de mettre au jour les deux Portraits fuivans , qui ſe
fervent de Pendant.
JEAN RACINE , de l'Académie Françoiſe
Gentilhomme ordinaire du Roi , mort le 22 Avril
1699 , âgé de 59 ans . On lit ces Vers au bas.
Racine , en nous touchant & l'efprit & le coeur ,
Du Théatre François devint l'autre merveille ;
Par fes Vers , pleins de force , autant que de douceur,
Il fuccéda feul à Corneillé ,
Et n'a point eu de fucceffeur.
LOUIS RACINE , de l'Académie Royale
des
E iiij Infcrip1600
MERCURE DE FRANCE.
Infcriptions & Belles- Lettres , né à Paris le z Na
vembre 1692. On lit ces Vers Latins au bas , de M
Coffin .
En quem Relligio fibi vindicat unica Vatem;
Cujus Scripta velit , vel Pater , effe fua.
Et ces Vers François de M. Desforges Maillard.
Héritier de la gloire & du nom de Racine ,
Des vaines fictions il méptifa l'éclat ,
Et rappellant les Vers à leur fainte origine ,
Confondit tour à tour l'Incrédule & l'Ingrat.
Pinxit Aved ; Sculpfit Petit , obfequens ftudio &
amicitia Illuftriffimi viri Titon du Tillet.
12
On a publié depuis peu à Florence un Programme,
par lequel on donne avis au Public , qu'on va
deffiner & graver en Cuivre les Peintures qui font
fur le Plafond de la Galerie Royale de cette Ville.
Chacune de ces Peintures fera gravée ſur une Planche
, d'environ trois pieds de largeur , & d'un peu
plus de deux pieds de hauteur. Les meilleurs Graveurs
d'Italie y travaillent , & on y employe le plus
beau Papier Royal . On joindra à chaque Planche
une Explication Hiftorique du Sujet qu'elle repré
fente. La premiere partie doit être achevée ce mois
ci. On n'en tire que 150 Exemplaires Le prix pour
les Soufcripteurs fera de deux Sequins , & de trois
pour les autres , aufquels on n'en délivrera , que
quand l'Ouvrage fera entierement achevé.
Il paroît une nouvelle Carte d'Italie , en deux
feuilles , par M. d'An ille , Géographe du Roi. Les
bienfaits de M. le Duc d'Orleans ont mis l'Auteur
en état de ne rien épargner pour l'exécution de cet
£
Ouvrage ,
JUILLET. 1744 . 1601
Ouvrage , qui fera fuivi de plufieurs autres Morceaux
de même genre , dont un nouveau Corps de
Cartes générales fera compofé. La Carte d'Italie eft
accompagnée d'une Analyfe , Volume în 4º . imprimé
avec foin , & qui fe trouve chés la veuve
Etienne , rue S. Jacques. Un Avertiffement mis audevant
de cette Analyfe , fournit le Plan du nouveau
Corps de Cartes , entrepris par M. d'Anville.
La Carte d'Italie le trouve chés l'Auteur , aux Galeries
du Louvre.
Le St le Rouge , Ingénieur - Géographe du Roi
à Paris , rue des grands Auguftins , vis à vis le Pa
nier Fleuri , vient de publier le vrai Plan des Aitaques
d'Ypres de Menin ; un beau Plan du Fort de
la Kenoque , & de la Ville de Tournay , avec une
nouvelle Carte de l'Empire de Ruffie , dreffée fur les
Mémoires de M Keillow , Sécretaire du Confeil de
Pétersbourg.
On écrit de Généve , qu'on doit vendre dans cette
Ville , chés les Srs Salard , pere & fils , une Collection
de Médailles , tant Grecques que Romaines
en Argent & en Bronze , au nombre d'environ zoo ,
& quelques Pierres gravées. M. le Profeffeur Ca
Tandrini y joindra une quantité de Médailles,qui ont
été envoyées d'Allemagne après la mort d'un Curieux
, qui les avoit raffemblées. Il y a entre autres
un Othon , moyen Bronze, une Meffaline Grecque ,
un Galien , & une Salonine Médaillon , un Pefcen
nius Niger . un Néron , au Revers la Tête d'Agrippi
ne ,deux Gordiens d'Afrique , une Plotine , femme
de Trajan , un Æmilianus , & plufieurs autres Mé
dailles rares , avec une Suite des autres Empereurs
& Céfars,
M
1602 MERCURE DE FRANCE.
M. Chycoineau , Confeiller d'Etat , Premier Médecin
du Roi , ayant vû la guériſon d'un grand Prélat
, des Rougeurs , Dartres & Boutons qu'il avoit
fur le vifage depuis plus de huit ans , lequel a fait à
Ja Dame de Leftrade une penfion ſa vie durant , &
ayant appris d'ailleurs la guérifon de plufieurs autres
Perfonnes confidérables , & qu'elle traitoit ces
Maladies depuis plus de 40. ans avec fuccès & applaudiffement
, a bien voulu donner fon Approbation
pour débiter fes Remédes , pour l'utilité & le
foulagement du Public ; fçavoir , une Eau qui guérit
les Dartres vives & farineufes , Boutons , Rougeurs,
Taches de rouffeur & autres Maladies de la Peau
& un Baume blanc , en confiftance de Pomade , qui
ôte les cavités & les rougeurs après la petite vérole
; les taches jaunes & le hâle , unit & blanchit le
tein. Ces Remédes fe gardent tant que l'on veut ,
& peuvent le tranfporter par tout .
Les Bouteilles de cette Eau font de 2. 3. 4 &
6. livres & au deffus , felon la grandeur. Les Pots
de Baume blanc font de 3 livres 10. fols , & les demi
Pots d'une livre 15 fols
Mad. de Leftrade , demeure à Paris , ruë de la Comédie
Françoife , chés un Grainetier, aupremier Etage.
Il y aune Affiche au- deffus de la porte.
**T
CHANBIBLIO
THE
LYON
*
1893
DE
LA
སྡིག་
"།༽
Evj SPL
Chanson
de
ailleul.
HIT
CHANJUILLET.
1744. 1603
CHANSON.
LE Dieu de la Treille & l'Amour ,
Tous deux font les plaifirs du monde ;
Sur leur empire chaque jour ,
Le bonheur le plus doux fe fonde :
Pour joüir de la volupté ,
Mon coeur fans ceffe les raffemble ;
De l'un fans l'autre peu faté ,
Je les unis toujours enfemble .
L
Par M. Laffichard.
AUTRE,
E plaifir eft un Dieu volage ,
Dont l'éclat trompeur nous féduit ;
Du papillon il eft l'image ,
Qui cueille le miel , & s'enfuit :
Auffi -tôt qu'il flate nos ames ,
Nous éprouvons de tendres fâmes ;
Mais a-t'on goûté fes douceurs
Il s'envole , & perce nos coeurs
Par le même.
Evj
SPEC .
1604 MERCURE DE FRANCE.
SPECTACLES.
EXTRAIT d'un Ballet nouveau , repréfenté
par l'Académie Royale de Mufique le
11 Juin , intitulé L'ECOLE DES AMANS .
A
U Prologue , le Théatre reprefenteun
Bofquet , orné des Jardins de Venus
, &c. L'Amour , en robe de Docteur de
Cythére , eft environné par les Jeux & les
Plaifirs. Les Amans célébrent fa gloire , en
attendant fes Leçons.
Choeur d'Amans.
Du Vainqueur , Dieu d'Amathonte ,
Célébrons les doux exploits , & c.
Enchantés dans ces retraites ,
Sans compter nos jours charmans ,
Nous devons à nos défaites
Les plus chers de nos momens.
L'Amour defcend de fon Trône . Il dicte
des maximes , qui fervent de Leçons aux
Amans , & aux Amantes ; entre ces Leçons
il en choifit trois qui font la divifion de ce
Ballet : les voici.
Je
JUILLET. 174416031
Je prétends aujourd'hui dans des fêtes nouvelles ,
Vous guider fur les pas de mes fujets fidelles.
Vous verrez un Hymen heureux
Premiere Leçon .
De Deux Amans couronner la conftance,
Vous verrez triompher mes feux
Deuxième Leçon .. Troisiéme Leçon.
De la Fortune & de l'abfence.
Retenez mes Leçons ; goûtez- en les douceurs ;
Par la voix des plaifirs je vais vous les apprendre ;
L'Amour eft fait pour inftruire les coeurs ,
Et les coeurs font faits pour l'entendre.
La jaloufie vient troubler les chants & les
danfes des Amans . Elle veut les dégager des
chaînes de l'Amour , en leur rappellant les
peines qu'elle leur fera fouffrir elle-même.
Voici comme elle s'exprime :
Eft-il un plus cruel outrage
Que de trahir vos tendres feux ?
Qu'un plus digne objet vous engage ;
Fuyez des appas dangereux .
L'Amour s'oppofe aux projets de la ja-
Loufie ; il appelle l'Efperance au fecours des
Amans épouvantés , & dit :!
Vous qui calmez les foins jaloux ,
Volez , agréable Efperance ;
Ramenez
1606 MERCURE DE FRANCE,
Ramenez avec la Conftance
Les plaifirs les plus doux.
L'Efperance paroît dans le char d'Amphitrite
conduit par les Tritons ; elle en defcend,
& réunit les Amans féparés. La jalouſte
s'obſtinant à refter , l'Amour irrité lui dit :
Fui , Jaloufie affreufe ,
Tombe au fond des Enfers , &c.
Il la frappe de fon flambeau , & la préci
pite dans fon féjour ordinaire.
Premiere Leçon. La Conftance couronnée.
Le Théatre repréfente un Forêt , & le
Château de Sulmone.
Zélide , Dame Napolitaine , Tutrice de
Fénife, ouvre la Scéne , par cette expofition.
Ici , de deux jeunes Amans
J'examine avec foin les tendres fentimens ...
L'Hymen ne doit qu'avec prudence
Couronner les feux de l'amour :
Une épreuve de plus d'un jour
Doit précéder leur récompenſe :
L'Hymen ne doit qu'avec prudence
Couronner les feux de l'Amour.
Valere , Seigneur François , en Chaffeur
vient prier Zélide de couronner fon amour ;
Zélide ,
JUILLET. 1744. 1607
Zélide , pour éprouver fa conftance , luj
répond :
Je me garderai bien de vous unir tous deux ;
L'Hymen vous offrira de plus utiles noeuds , &c :
Cette réponſe fait croire à Valere que
Fénife eft infidelle ; Zélide augmente fes
allarmes par ces deux Vers :
Croyez-vous que l'Amour arrête
Un coeur que la Fortune attend ?
Valere, toujours plus allarmé par tout ce
que Zélide lui dit , la veut quitter brufquement
pour aller chercher Fénife;fon Amante
le previent. A peine eft-elle arrivée qu'il
Jui reproche fon changement par ces Vers :
Quoi vous brifez notre lien !
Je vous croyois tendre & fidele ;
Hélas ! de votre amour je jugeois par le mien.
Fénife lui répond qu'elle ne fe reproche
rien ; Zélide leur fait entendre à tous deux
que c'eft à l'intérêt à régler l'Hymen ; Féniſe
détruit cette injufte maxime par celleci.
Ah ! peut-on devenir Epoux ,
Sans confulter le Dieu de la tendreffe
Peut-on jamais rendre trop doux
Un noeud, qui doit durer fans ceffe ?
Va1608
MERCURE DE FRANCE.
Valere , raffuré par un fi doux langage ,
preffe Zélide de le rendre heureux avec
Féniſe , dont le fort est en la puiffance ;
après quelque réſiſtance affaifonrée de
raillerie , Zélide confent à couronner un
Amour quelle croit avoir affés éprouvé . Elle
leur dit :
Ah ! c'eft trop réfiſter à vos tendres regrets ;
C'est trop vous déguifer mes lentimens ſecrets.
Heureux Amans , ceffez de craindre ;
Vous brûlez d'un beau feu , qu'il eft tems d'approuver
;
Je ne cherchois pas à l'éteindre ;
Je ne voulois que l'éprouver.
La Scéne finit par un Duo très- court , qui
s'adreffe à Zélide , pour la remercier de la
grace qu'elle fait à ces tendres Amans ; un
bruit de cors annonce la Chaffe dont on a
déja parlé , & c'eſt par cette Chaffe, qui fair
un très- grand plaifir , que cette premiere
Entrée eft terminée. Pendant la Chaffe ,
Valere chante ces Vers :
L'Amour est un Chaffeur ; cédons fans réſiſtance ;
En vain l'on fuit fes traits , quand il les lance ;
Préfentons lui nos coeurs , s'il vole fur nos pas ;
Dans fes filets laiffons- nous prendre ;
Que fes piéges font doux ne nous en plaigno
pas.
Quand
JUILLET. 1744. 1609
$ Quand la furpriſe a tant d'appas ;
Feroit- on bien de s'en défendre a
bs.
La Compofition des Ballets de cet Opera
a fait beaucoup d'honneur à M. Malterre ,
qui en a compofé, les Pas.
Seconde Entrée , ou feconde Leçon , la Gran
deur facrifiée.
Le Théatre reprefente une Kermeffe , ou
Foire de Flandre .
Ifabelle , Princeffe de Flandre , ouvre la
Scene avec Angelique fa Confidente. Angelique
lui parle ainfi , pour expofer une -
partie du fujet :
Sous Phabit Paftoral prétendez - vous long- tems
Cacher une illuftre Princeffe ?
Il faut à la Grandeur des Palais éclatans ;
Les Bois & les Hameaux font faits pour la tendreffe .
Ifabelle lui répond :
Ici , des Jeux nouveaux ráffemblent chaque jour
Des Mortels amenés par Plutus & l'Amour ;
Le mon rang avec eux j'évite la contrainte
Sous ce déguisement ;
Tous leurs projets divers font mon amuſement, &c.
Angelique lui demande fi elle n'y cher
che
1610 MERCURE DE FRANCE.
che pas Philinte ; elle convient qu'elle est
ravie d'y trouver ce Berger , & qu'elle rougit
plûtôt de l'Amour que de l'Amant.
Le prétendu Philinte vient ; c'eft encore
un Prince déguisé par le privilége attaché à
la fête de la Kermeffe ; il parle d'amour à
Ifabelle . Elle veut lui impofer filence , en
fe faifant connoître pour ce qu'elle eft. Voici
la réponſe qu'elle lui fait :
Par un langage fi flateur
Ne vous obftinez plus à féduire mon ame ;
Philinte , il faut éteindre une inutile flâme ;
Le Ciel pour un Berger n'a point formé mon coeur.
Cette Scéne eft remplie de fentimens de
part & d'autre ; Ifabelle dit à Philinte que
fon Pere la deſtine à un Epoux digne de fa
naiſſance ; Philinte la prie en vain de lui
nommer fon Rival ; elle garde un prudent
filence : le prétendu Philinte lui reproche
tendrement le facrifice qu'il lui fait par l'excès
de fon amour , & lui dit :
Ah ! connoiffez toute votre puiffance.
Je vais rompre un Hymen digne de mes Ayeux ;
Mais le brillant honneur d'une illuftre naiffance
N'eft- il
effacé par
pas
l'éclat de vos yeux ?
Plaignez , adorable Bergere ,
Un Souverain tendre & fincere ,
Qui ne refpecte plus que vos divins appas..
JUILLET . 1744.
1611
Je leur immole tout ; gloire , Grandeur ....
Elle finit le Vers & lui dit :
Hélas !
Que n'eft- ce vous , Terfandre ?
Le faux Philinte fe jette à fes genoux ,
& fe fait connoître pour le véritable Terfandre.
Cette Scéne très- intéreffante finit
Duo :
Je vous ai cedé la victoire ,
Sans confulter les Loix de la Grandeur ;
Les fideles Amans font leur unique gloire
De brûler à jamais d'une fincere ardeur.
par ce
Cette feconde Entrée finit par la fête de
la Kermeffe.
Troifiéme Leçon . L'Abfence furmontée.
La Scéne eft dans la place Saint Marc ,
Venife.
à
Le Théatre repréfente une Colonnade ,
preparée pour une fête de Carnaval . On
voit au travers la place de S. Marc.
Leandro , Seigneur Romain , expofe le
fujet par ce monologue :
Ne vous verrai-je plus, vous qui formez mes noeuds a
Ο
1612 MERCURE DE FRANCE.
Où dois -je aller , hélas ! pour calmer mes allarmes ?
Dans quels Climats heureux
Voit-on briller vos charmes ?
C'eft ici l'aimable ſéjour ,
Où j'ai foumis mon coeur aux attraits d'Eliſmene ,& ➡
Ici , le foit cruel nous fépara tous deux ,
Sans pouvoir expliquer mes voeux
J'ai bientôt appris fon langage ;
N'aurai- je jamais l'avantage
....
De m'en fervit pour expliquer mes feux
Ne vous verrai-je plus , & c.
Leandro appercevant Elifmene , fe retire
pour l'entendre.
Elifmene , Dame , Veuve Françoife , fe
voyant feule , fait connoître les fentimens
de fon coeur par ces Vers :
'Amour , fi quelquefois tu fais verfer des pleurs ,
En fe plaignant de tes rigueurs ,
On les adore :
En preffant la Raifon d'éteindre tes ardeurs ,
On craint le fecours qu'on implore.
C
! Leandro devient jaloux par ce monologue
, qu'il croit s'adreffer à un Rival fecret.
Elifinene continuë de chanter d'une maniere
qui n'eft pas moins capable de l'allarmer .
Preffé par la jaloufie , Leandro s'approche
enfin ; elle le voit avec une agréable furprife
JUILLET. 1744. 161
prife & jouit de fon embarras ; elle lui dis
en foûriant
Quand le fort me força de quitter ce rivage ;
Vous ne fçaviez pas mon langage .
Leandro lui répond vivement ;
Je voudrois encor l'ignorer ;
Je n'aurois pû vous déclarer
Un feu conftant ... qui vous outrage...
Et je n'apprendrois pas dans ce funefte jour ,
Qu'un Rival heureux vous engage.
Elifmene après avoir eu quelque-tems le
plaifir de le voir jaloux & par
conféquent
amoureux , le défabuſe enfin , & pour lui
prouver
qu'elle l'aime , lui parle Italien ;
langage qu'elle a appris, depuis qu'ils fe font
Léparés.
Ils chantent enſemble un Duo , dont nous
mettons ici la Traduction en faveur des
Lecteurs.
Leandro.
Charmantes flames ,
Brûlez nos ames ;
Parmi les plaifirs & les jeux ,
Rendez - nous toûjours heureux.
Aimable tendreffe ,
Je fens tous vos attraits ;
Regnes
1614 MERCURE DE FRANCE.
Regnez fans ceffe ;
Pour vous nos coeurs font faits.
Elifmene
Graditefiammè ,
Ardite l'almé ;
TraScherfi amati
Fate noi beati
Nume d'Amore ,
Tuoi vezzi fento ;
Regna nel core ,
Dite contente.
.. Cette troifiéme & derniere Entrée ou
Leçon , finit par le divertiffement , qui eft
compofé de Mafques chantans & danfans,
Le Poëme de ce Ballet eft de M. Fufelier ,
très connu par d'autres Poëmes Comiques
& Lyriques qui ont eu beaucoup de fuccès
, ce dernier a été mis en Mufique par
M. Nieil , Auteur d'un autre Ballet Héroïque
, intitulé les Romans , repréſenté en
1736.
Le 9 la même Académie remit au Théatre
le Ballet Héroïque des Graces , compofé
de trois Entrées , précedées d'un Prologue.
M. Roy eft l'Auteur du Poëme , qui a été
mis en Mufique par le feu Sr Mouret. Le
même Ballet avoit été repréfenté pour la
preJUILLET.
1744. IGIS
premiere fois le 5 Mai 1735. On peut voir
l'Extrait qui en a été donné dans le Mercure
de Mai de la même année , page 972 .
Le 13 , les Comédiens François remirent
au Théatre la Tragédie d'Hypermnestre , de
feu M. deRioupeiroux . La Dlle Dumefnil y
joue le principal rôle dans la plus grande
perfection ; les rôles de Danaus & de Lyncée
, font très bien remplis par les Srs Sarrazin
& Grandval. Cette Piéce avoit été donnée
dans fa nouveauté en 1704. Les trois
principaux rôles étoient alors joüés parMlle
Duclos , & par les Srs Salé & Baron , le fils ;
elle fut reprife en 1726 , & ces mêmes rôles
furent remplis par la même Dlle Duclos,
& par les Srs le Grand & Quinaut , l'aîné,
On peut voir l'Argument & les Remarques
qui ont été donnés au fujet de cette Tragédie
dans le premier Volume du Mercure de Décembre
1726 , page 2747.
Le 23 , les mêmes Comédiens donnerent
une Comédie nouvelle en Profe & en un
Acte , intitulée les Graces , par M.M .....
... dont le fuccès eft très -brillant . Cette
Piéce eft généralement applaudie , par le
mérite du Poëme , & par la fineffe , le feu &
la légereté de l'exécution ; le tout forme un
Tableau animé , où les yeux & le coeur font
également fatisfaits. On en parlera plus au
long.
Le
616 MERCURE DE FRANCE.
Le 2 de ce mois , les Comédiens Italiens
donnerent la premiere repréfentation d'une
nouvelle Comédie Italienne en cinq Actes ,
intitulée Coralme Magicienne , laquelle a été
reçûë très-favorablement du Public. Cette
Piéce , qui eft ornée de differens Spectacles,
fait beaucoup de plaifir ; elle eft jouée d'ailleurs
dans le vrai goût Italien , où les lazzis
& un continuel jeu de Théatre produifent
fort fouvent des Scénes auffi comiques que
fingulieres , lefquelles ont été généralement
applaudies,par la vivacité avec laquelle tous
les Acteurs ont joué leurs rôles . Celui de
Coraline , qui eft le principal de la Piéce, a
été rendu avec la même précifion,
Parmi les differens Spectacles dont cette
Piéce eft ornée , on voit au cinquiéme Acte
une Décoration finguliere , qui repréfente
un Fort , dans lequel Flaminia eft enfermée,
A la fin de l'Acte , ce même Fort ſe détruit
fubitement , & de tous les débris il fe forme
aux yeux des Spectateurs un Palais magnifique,
d'Ordre Ionique ,quoique d'une grande
fimplicité ; il eft orné de Colonnes & de Pilaftres,
qui foutiennent l'entablement de l'Edifice.
Des Guirlandes & des feftons de fleurs
& de fruits regnent d'une Colonne à l'autre,
au bas de la Balustrade,dont l'entablement eft
couronné. Le fond de la Décoration eft terminé
par un Perron , d'environ douze marches
JUILLET. 1744. 1617
ches , fur lesquelles font placés à droite &
à gauche les Acteurs & Actrices ,& tous ceux
qui doivent former le Divertiſſement. En
effet , au premier coup d'archet de l'Orcheftre
, on voit tous ces Perfonnages deſcendre
commençant la marche & le Divertiffement,
qui eft parfaitement bien exécuté ; le fieur
Vincent danfe un Pas de deux avec la Dlle
Veronéfe , cadette , foeur de la Dlle Coraline,
qui a été fort applaudie,& cette derniere en
danfe un autre avec le Sr Ballery , qui ne fait.
pas moins de plaifir. La Piéce eft terminée
par un Choeur de Mufique Italienne , chantée
par la Dlle Coraline & par les autres
Acteurs. La Mufique des Divertiffemens a
été trouvée très -bien caractérisée ; elle eſt
du Sr Blaife , connu par d'autres bons Ouvrages.
La compofition & l'exécution de ce magnifique
Palais , dont on vient de parler ,'
eft des Srs Brunetti , pere & fils , Peintres
Italiens , que le Public a fort applaudis.
Les Vers qu'on va lire , font adreffés à la
Dlle Coraline.
Une Mufe tendre & novice
De toi reçoit fes premiers fers ;
Ce n'eft point l'injufte caprice ,
C'est l'Amour qui dicte mes Vers.
I Les
1618 MERCURE DE FRANCE
Les Graces , jeune & vive Actrice ,
T'embellirent de leurs attraits ,
Et Terpficore , avec juſtice ,
Leur accorda les derniers traits.
Dès que Paris vit fur la Scéne
Paroître tes heureux talens
Il abandonna Melpomene ,

Pour te confacrer fon encens.
Courage , aimable Coraline ;
Pourfuis ; enchante tous les coeurs ;
Plus qu'aucun de tes Spectateurs ,
J'applaudis ta beauté divine.
J. P. D.
Le 19 les mêmes Comédiens remirent au
Théatre l'Amour Précepteur , Comédie , en
Profe & en trois Actes , par M. G. ... Auteur
de plufieurs autres Piéces , qui ont étê
joiiées avec fuccès fur le même Théatre ,
dans laquelle la Dlle Rofalia Aftraudi , jeune
Actrice , âgée d'environ onze ans, qui avoit
déja parû , & dont on a parlé dans le Mercure
de Mai dernier , joiia le rôle d'Henriette
avec applaudiffement . Cette Piéce avoit été
repréſentée dans fa nouveauté au mois de Juillet
1726. On peut voir l'Extrait qui en a été
donné
JUILLET. 1744. 1619
donné dans le Mercure d'Août de la même
année , page 1872. Le rôle de Federico , qui
étoit joué par la Dlle Flaminia, eft remplacé
par la Dlle Therefe , qui le joue fort au gré
du Public.
Le 12 , l'Opera Comique , voulant auffi
donner des marques de réjouiffances dans
les conjonctures préfentes , donna fon Spectacle
gratis , & repréfenta Pigmalion , ou la
Statue animée , & les fardins de l'Hymen ; ces
deux Piéces furent précédées d'un Prologue
& fuivies de differens Divertiffemens . Tout
s'y paffa fans confufion & au grand contentement
d'une multitude de Peuple du Fauxbourg
& de la Ville . Ce Spectacle commença
à une heure & finit à trois.
Le foir , les Marchands Sindics de la Foire
S. Laurent firent illuminer toutes les
ruës qui font dans l'enceinte de cette Foire,
& on y danfa une partie de la nuit.
Le 16 , le même Opera Comique donna
une Piéce nouvelle en tin Acte & en Vaudevilles,
intitulée l'Ecole des Amours Grivois ,
ornée de plufieurs Divertiffemens Flamands,
de Chants , de Danfes grotesques , & de
differens , Vaudevilles convenables au fujet
de la Piéce, le tout parfaitement bien executé.
La Dlle Puvigné , jeune Danſeuſe , dont
on a eû occaſion de parler avec éloge à la
Fij pré1620
MERCURE DE FRANCE.
précedente Foire S. Laurent , danfa un Menuet
avec le Sr Noverre , jeune Danfeur de
la même Troupe , avec un applaudiffement
général. La même Danfeufe avoit exécuté
quelques jours auparavant fur le mêine
Théatre les Caractéres de la Danſe , avec
toute la précifion & la vivacité poffibles , &
fort au -deffus de fon âge. On parlera plus
au long de cette premiere Piéce , qui attire
tous les jours de nombreuſes Affemblées à
* ce Spectacle.
Le 27 , on donna une nouvelle Piéce d'un
Acte , ornée de Divertiffemens , de Chants
& de Danfes , intitulée le Déguisement Paf
toral , laquelle a été applaudie , & dont on
pourra parler plus au long.
525292
NOU
JUILLET. 1744.
1621
3de 28 de de DE DE DE DE DE
NOUVELLES ETRANGERES ,
TURQUIE.
N mande de Conftantinople , que le Grand
Seigneur avoit difpofé du Gouvernement du
Grand Caire en faveur du Reys Effendi , & qu'une
Efcadre confiderable avoit fait voile pour la Mer
Noire , fous les ordres du Capitan Pacha.
PRUSSE.
Na apprisde Berlin du 8 de ce mois , que la
Reine de Hongrie & les Etats Généraux des
Provinces Unies ont écrit au Roi de Pruffe , pour le
féliciter fur fon avenement à la Régence de la Principauté
d'Ooft-Frife .
la célébration Le dix - fept , jour fixé pour
du mariage de la Princeffe Louife Ulrique & du
Prince Royal de Suéde , les Princes de la Famille
Royale , & les autres Princes qui fe font rendus à
Berlin , pour fe trouver à cette cérémonie , s'étant
affemblés , ainfi que les Miniftres Etrangers , les
Seigneurs & les Dames de la Cour , dans l'appartetement
du Roi, S. M. fe rendit fur les neuf heures
du foir avec les deux Reines & la Princeffe Louiſe
Ulrique dans la Sale où devoit fe faire la céré
monie.
La Princeffe Louife Ulrique fut conduite par le
Prince Guillaume , qui avoit été chargé d'une procuration
pour époufer cette Princeffe au nom de
Prince Royal de Suéde. Le Prince Guillaume & la
Fiij Prin1622
MERCURE DE FRANCE.
Princeffe fe placerent fous un Dais , qui avoit été
preparé pour cet effet , & M. Rolof , Confeiller du
Confiftoire , après avoir fait un Difcours convenable
à la circonftance , leur donna la bénédiction ‹
nuptiale , & échangea les bagues , au bruit d'une
triple falve de l'artillerie des remparts.
Le Roi & les deux Reines pafferent enfuite dans
la Sale des Chevaliers ; il y avoit huit tables , chacune
de 40 couverts , & leurs Majeftés fouperent à
la premiere avec les Princes & les Princeffes de la
Famille Royale.
- Le Prince de Holftein Beeck fit les honneurs de la
feconde table , à laquelle étoient placés les autres
Princes qui avoient affifté à la cérémonie , & les
Généraux.
La troifiéme , deſtinée pour les Miniftres Etrangers
& pour les Miniftres d'État , fut tenuë par le
Comte de Podewils , Premier Miniftre.
A la quatrième , dont le Comte de Hacke fit les
honneurs , étoient les Dames & les Seigneurs de la
fuite des Princes & des Princeffes , qui ne font
de la Famille Royale.
pas
Le Comte de Gotter tint la cinquième , dont les
couverts ne furent remplis que par des Dames de la
Cour.
Les trois autres tables furent occupées par le reſte
de la Nobleffe , & par les Gentilshommes qui ont
accompagné à Berlin le Comte de Teffin , Ambaffadeur
Extraordinaire du Roi de Suéde , & les honneurs
de ces dernieres tables furent faits par M. de
Borck , Adjudant Général du Roi , par M. de Wedel
, Lieutenant Colonel du Régiment des Gardes
Pruffiennes , & par le Comte de Henckel , Grand
Veneur.
Le fouper fut fuivi d'un magnifique Bal , après le
quel la Princeffe Royale de Suéde fut conduite à
fon
}
JUILLET. 1744. 1623
fon appartement , & mife au lit avec les cérémonies
accoûtumées.
Quelques jours avant la célébration du mariage
de cette Princeffe , le Roi donna dans le Château
de Charlottenbourg une très- belle Fête , à laquelle
l'Ambaffadeur & l'Ambaffadrice de Suéde furent
invités. Après un Concert exécuté par les Muficiens
de S. M. on fervit une table de cent couverts avec
autant de profufion que de délicateffe ; le Château
& les Jardins de Charlottenbourg furent entieren.
en: illuminés ; on tira un feu d'artifice , & il y eut
enfuite un Bal .
Le Roi vit représenter le 18, fur le nouveau Théa
tre, l'Opera de Caton d'Utique , précédé d'un Prologue,
compofé à l'occafion du mariage de la Princeffe
fa foeur.
>
Le Comte de Gotter , Grand Maréchal de la
Cour ; le Comte de Schaffgotfch , Grand Ecuyer
& le Baron de Schweerts , Premier Chambellan
ont été nommés par S. M. pour accompagner cette
Princeffe jufqu'à Stralfund.
S. M. a ordonné qu'on donnât à l'avenir au Prin
se Guillaume le titre de Prince de Pruffe .
O
ALLEMAGNE.
N mande de Vienne du 4 de ce mois , que la
Reine de Hongrie a envoyé à la Diette de
l'Empire'un Mémoire , dans lequel elle fe plaint de
ce que l'on a mal interpreté fa Proteſtation du 23
Septembre dernier, en fuppofant qu'elle avoit voulu
attaquer les prérogatives de l'Empire.
Ce Mémoire porte , que l'intention de S. M. n'a
pas été de donner atteinte aux droits de qui que ce
foit , & qu'elle n'a cherché qu'à mettre les liens à
Couvert, étant bien éloignée de vouloir renouveller
Fiiij les
1624 MERCURE DE FRANCE
>
les anciennes querelles ; qu'après la paix faite , elle
regardera ce qui s'eft paffé , comme non avenu
dans l'efperance que les Puiffances , avec lesquelles
elle eft en guerre , en feront autant de leur côté ;
qu'elle fe tient fortement attachée aux intérêts du
College Electoral , & qu'elle s'oppoſera à tout ce
qui peut y être préjudiciable ; qu'elle répéte que
tout ce qu'elle a avancé au fujet de la Déclaration
faite à la Diette de l'Empire par M. de la Nouë ,
Miniftre du Roi de France auprès de cette affemblée
, ne concerne point le Chef Suprême de l'Empire
; qu'elle n'a été nommée que Grande Ducheffe
de Tolcane dans les Actes émanés de la Cour de
Francfort , & que par cette raiſon on ne doit pas
trouver étrange qu'elle n'ait pas accordé à l'Empereur
les titres qu'il peut exiger ; qu'il y a eu lieu
d'efperer qu'on en feroit venu à une parfaite reconciliation
; que de fa part elle n'y apportera point
d'obftacle , lorsqu'on lui propofera des conditions
qui puiffent être acceptées , & qu'elle ne.defire rien
avec plus d'ardeur , que de voir les Electeurs , Princes
& Etats de l'Empire , porter l'Empereur à des
moyens d'accommodement ; que S. M. déclare ,
que par fa Proteftation elle a prétendu attaquer
lement la forme de l'Election de S. M. I. & non
l'Election elle- même ; qu'elle eft difpofée à ſe defifter
de fon oppofition , dès qu'on lui aura donné
une fatisfaction pour le paffé , & des sûretés pour
l'avenir , touchant la voix Eleorale de Bohéme , &
qu'elle perfifte dans la Déclaration qu'elle a faite le
onze du mois de Février dernier à l'affemblée des
Etats du Cercle de Suabe.
feu.
Le bruit s'eft épandu que le Roi des deux Siciles
avoit remporté plufieurs avantages confidérables fur
les troupes commandées par le Prince de Lobc-
Kowitz.
Le
JUILLET . 1744. 1625
Le Marquis de , Botta , ci -devant Miniftre de la
Reine de Hongrie à Pétersbourg , & qui avoit les
arrêts dans la maifon , depuis que S. M. a nommé
de nouveaux Commiffaires , pour examiner l'affaire
de ce Marquis , fut conduit au Château de Spielberg
la nuit du 27 au 28 du mois dernier ; on ne
fçait pas encore , fi c'eft en conféquence d'un juge
nient prononcé par les Commiffaires qui lui ont été
donnés .
On apprend de Francfort du 14 de ce mois , que
le Comte de Salern , Adjudant Général de l'Empe
reur , y arriva le 9 au foir du Camp des troupes
Impériales & Françoifes , d'où il a été dépêché le
6 par le Comte de Seckendorf, pour informer S.
M. I. que le les ennemis avoient été chaffés de
Wiffembourg , du Village d'Altftatt & de quelques
autres poftes , dont ils s'étoient emparés .
Selon les lettres que le Comte de Salern a remiſes
à l'Empereur , le Régiment des Gardes Impériales ,
celui de Truchfes & celui des Walons , font , entre
les Régimens des troupes Impériales , ceux qui ont
le plus fouffert dans l'attaque de ces poftes,
Le Comte de Salern , s'étant rendu à cheval de
Wiffembourg à Landau auffi-tôt après l'action , il
marcha enfuite à pied jufqu'à Philifbourg , étant
déguifé en Chaffeur , & accompagné de fon valet
de Chambre , qui conduifoit des chiens , & il a
évité par-là d'être pris par quelques partis qu'il a
rencontrés.
On a porté à la Dictature un Mémoire que la
Reine de Hongrie a fait préfenter depuis peu à la
Diette par le Baron de Palm , & qui regarde la
Proteftation communiquée de la part de cette
Princefle à cette affemblée le 23 Septembre derniert
802)
FV I
1626 MERCURE DE FRANCE.
Il paroît des copies de deux lettres écrites , l'une
par le Comte de Bathiany au Comte de Seckendorf,
& l'autre par le Comte de Seckendorf au
Comte de Bathiany.
Selon la premiere , le Comte de Seckendorf
avoit fait efperer au Baron de Berencxlau , lorfque
ce dernier commandoit en Bavière , qu'on remettroit
à la Reine de Hongrie l'artillerie qu'elle prétend
avoir été conduite à Philifbourg , pár ordre
du feu Empereur , & quelques autres effets qu'elle
reclame . Cette lettre ajoûte que S. M. H n'a point
vû d'exécution de cette promeffe ; que fi dans deux
mois elle n'obtient pas fatisfaction à cet égard , elle
donnera ordre de ne plus ménager ce qui appartient
en Bavière à l'Empereur , & qu'on ne doit point
trouver mauvais qu'elle ufe de repréfailles , &
qu'elle fe ferve de fon droit fondé fur celui de la
guerre .
Le Comte de Seckendorf a répondu à cette lettre ,
que la menace faite par la Reine de Hongrie eft
d'autant plus étonnante , qu'on n'a jamais refufé de
rendre l'artillerie que la Cour de Vienne prouvera
avoir appartenu au feu Empereur ; que le Comte de
Bathiany peut juger lui même , s'il dépend du
Gouverneur d'une Ville Impériale , furtout lorfqu'il
ne l'eft que pour un tems , d'en laiffe : fortir
de l'artillerie , fans y être autorifé par l'Empereur
& par l'Empire ; qu'il eft d'autant plus effentiel de
porter cette affaire à la Diette , qu'une Fortereffe
auffi importante que Philifbourg , ne doit point
être dégarnie de l'artillerie néceffaire pour fa défenfe
; que l'Empereur n'eft pas en état de rempla
cer par fa propre artillerie celle qu'on tireroit de
cette Place , puifque celle de S. M. I eft entre les
mains de les ennemis ; qu'ainfi il eft abfolument
indiſpenſable d'agir de concert avec les Etats de
l'EmJUILLET
. 1744. 1627
l'Empire , afin qu'ils fuppléent dans ce cas à ce
que ne peut faire l'Empereur ; que pour les autres
effets fur lefquels la Cour de Vienne forme des prétentions
, on étoit convenu avec un Commiifaire
de la Reine de Hongrie , qu'elle fe contenteroit
d'une certaine fomme pour la valeur de ces effets ,
& que depuis elle n'a pas voulu fe conformer à ce
qui avoit été réglé , qu'au refte on a trop bonne
opinion de cette Princeffe , pour croire qu'elle
veuille exécuter la menace contenue dans la lettre
du Comte de Bathiany ; que fi cependant , contre
toute attente , elle fe portoit à ces dernieres extrê➡
anités , l'Empereur fupporteroit ce dommage avec
la même grandeur d'ame , qui lui a fait fupporter
les dégats inexprimables qu'on a faits dans les Pays-
Héréditaires , que puifqu'on n'a pas épargné les
Edifices confacrés à Dieu , S. M. I. ne fera point
furpriſe qu'on franchiffe en cette nouvelle occafion
toutes les bornes des bienséances qui s'observent
entre les Maifons Souveraines.
Le Comte de Seckendorf fait en même tems de
vives inftances , pour que la délivrance des prifonniers
de guerre , dont la rançon eft toute prête ,
ne foit plus renvoyée d'un tems à l'autre , & pour
que, fi la bonne foi doit encore avoir lieu entre les
Puiffances , l'exécution du Cartel , dont on eft cont
venu , ne foit pas differée fur de vains prétextes.
7
On mande de Vienne qu'on y chanta le 12 de ce
mois dans l'Eglife Métropolitaine le Te Deum , eta
action de graces du paffage du Rhin.
Une partie des troupes Impériales , qui ont capi
tulé à Braunau , arriva à Vienne le 9 avec une nombreufe
eſcorte , & fut conduite dans le Royaume
de Hongrie.
On a appris de Francfort du 20 de ce mois qu'il
y paroît des copies d'un Mémoire que l'Empereur
F vj
1628 MERCURE DE FRANCE.
a envoyé à fes Miniftres dans les Cours Etrangeres ,
contenant une réfutation d'un Ecrit préſenté de la
part de la Reine de Hongrie à la Diette de l'Empire
dans le mois de Mai dernier .
Ce Mémoire porte que plufieurs raiſons avoient
entretenu l'Empereur dans Pefperance de voir fes
juftes prétentions écoutées , & qu'il s'etoit flaté que
fi l'on ne parvenoit pas d'abord à un accommodement
, du moins il ne feroit pas impoffible de convenir
fur la reftitution de fes Etats Héréditaires , &
de mettre des bornes aux procédés violens que S.
M. I.fupporte avec tant de conftance ; que
Paffiftance
des troupes auxiliaires auroit ceflé de lui être
néceffaire , fi l'on avoit pú ménager une paix , à laquelle
l'Empereur, par fon amour pour la tranquil-
Jité & pour le bonheur de l'Allemagne , apportoit
de fon côté toutes les facilités poffibles , & prêtoit
les mains avec la même bonne foi qu'il a montrée
dans toutes les occafions ; qu'on lui avoit donné
des affûrances que la Reine de Hongrie étoit dans
de pareilles difpofitions ; que ces affûrances avoient
été confirmées par le Roi de la Grande Bretagne ,
dont cette Princeffe avoit propofé la médiation
qu'il y avoit eû même quelques conférences à ce
fujet entre le Prince Guillaume de Heffe Caffel &
Je Lord Carteret ; qu'on étoit allé plus loin , & que
les deux Parties étoient convenues de quelques articles
Préliminaires d'accommodement ; que ces
heureux commencemens font demeurés néanmoins
fans effet , & que les Cours de Vienne & de Londres
ne s'en font tenues , ni aux déclarations verbales
qu'elles avoient faites , ni même au Projet de
Pacification qu'elles avoient approuvé ; que S. M.
I. accoûtumée à ne jamais s'écarter des voyes de la
droiture & de la probité , & continuellement occupée
du foin de procurer les avantages de l'Allemagne
JUILLET . 1744.
1629
gne , n'a point à craindre qu'on puiffe lui reprocher
d'avoir rien tenté de préjudiciable aux Droits des
Etats de l'Empire , ni d'avoir agi contre la Conftitution
& contre les Principes fondamentaux du
Corps Germanique , & que le Traité de Worms ,
fans parler d'autres exemples , qui pourroient être
cités , montre affés que les ennemis n'ont pas eû la
même délicateffe ; que le Roi de la Grande Bretagne
a perfonnellement plus d'une preuve des fentimens
de l'Empereur , & qu'il auroit été à fouhaiter, qu'on
eat eû pour S. M. I. par rapport à les Etats Hérédi
taires les mêmes ménagemens qu'elle a eus pour ce
Prince ; qu'on ne peut avec fondement prêter à
l'Empereur une intention auffi peu vraisemblable
que celle d'avoir voulu attaquer l'Electorat de Hanover
, S. M. I. ayant donné au Roi de la Grande
Bretagne de fi forts témoignages de fon amitié , &
entretenant encore actuellement un Miniftre à
Londres , quoique S. M Br. n'ait pas jugé à propos
d'en envoyer un à la Cour Impériale , que la feule
taxe , exigée de la Baviére en argent par la Reine
de Hongrie , a monté , de l'aveu des troupes de
cette Princeffe , à trois millions cent foixante- onzé
mille deux cent vingt- huit florins , & qu'on ne
comprend pas dans cette fomme beaucoup d'autres
millions que la Cour de Vienne a tirés du Pays ,
fous differens prétextes ; que tout l'Empire eft témoin
, que S. M. I. n'en a pas ufé de même à l'égard
de la Haute - Autriche & du Royaume de Fohéme
, quoique la Reine de Hongrie ait fait retentir
l'Europe de fes plaintes au fujet des ravages , des
incendies , des extorfions d'argent , & des enlevemens
d'hommes & de beftiaux , qu'elle prétend
avoir été effuyés par ces Provinces ; que ce n'eft
point aux Parties intéreffées qu'il faut s'en rapporter
fur des accufations de cette nature , mais qu'il
faus
1630 MERCURE DE FRANCE.
faut confiderer les fuites réelles ; que fi les habitans
de la Bohéme avoient éprouvé de ſi mauvais traitemens
, pendant qu'ils étoient fous la domination de
l'Empereur , ils n'auroient pû payer à la Cour de
Vienne d'auffi grandes fommes que celles qu'ils lui
ont fournies après la retraite du Maréchal de Belle-
Iſle.
O
ITALI E.
N mande de Rome du zo du mois dernier
que le 17 , le Roi des Deux Siciles fit attaquer
par trois differens endroits les retranchemens
que les troupes de la Reine de Hongrie avoient
conftruits , & les batteries qu'ils avoient établies fur
la Montagne de Notre- Dame des Anges , fituée visà-
vis de Velletri .
Le Prince de Lobczowitz , auffi tôt qu'il en fut
averti , envoya le Régiment de Wallis & celui de
Palavicini au fecours des Huffards & des Croates
qui défendoient ce pofte.
>
Les troupes du Roi des deux Siciles ayant reçû de
leur côté un nouveau renfort , & les Régimens de
Wallis & de Palavicini ayant été ébranlés , le Prince
de Lobckowitz détacha le Régiment de Marulli
pour foutenir ces Régimens. Alors ils difputerent le
Terrain pendant quelque tems avec beaucoup de
valeur , mais les Efpagnols & les Napolitains les
chargerent fi vivement , que le Régiment de Wallis
ayant été enfoncé & mis en déroute , & le Régiment
de Palavicini s'étant replié précipitamment
fur celui de Marulli , les troupes de la Reine de
Hongrie furent obligées de prendre la fuite , &
d'abandonner non-feulement le pofte de Notre-
Dame des Anges , mais encore deux autres poftes
dont l'un , nommé la Fontaine della Spina , leur
fervoit à entretenir la communication avec leur
Camp de Faiola , แ
JUILLET. 1744. 1631
Il y a eu en cette occafion un grand nombre
d'Officiers & de Soldats tués ou bleflés du côté des
Allemands , & les troupes , commandées par le Roi
des Deux Siciles , n'y ont perdu . que très peu de
monde. Elles ont enlevé quatre piéces de canon de
bronze , & elles ont fait 600 prifonniers , du nombre
defquels font un Lieutenant Général , l'Ingénieur
en chef de l'armée de la Reine de Hongrie ,
Je Colonel Commandant & le Lieutenant Colonel
du Régiment de Palavicini , & plufieurs autres Officiers.
1
L'avantage remporté par les Efpagnols & par les
Napolitains , a jetté une extrême confternation parmi
les troupes de S. M. H. & les bagages de cette
derniere armée , arrivant à Rome avec précipitation
, y ont porté la confufion Les portes de cette
Ville furent fermées le 17 à midi , & on ne les ouvrit
qu'une heure avant la nuit.
Le Roi des Deux Siciles , à l'attaque des poftes
retranchés des Allemands , s'eft expofé dans les endroits
les plus périlleux , & il a donné des preuves
de la plus grande intrépidité.
)
Le 18 , les troupes de la Reine de Hongrie attaquerent
deux fois le pofte de Notre Dame des Anges
, où les Efpagnols fe font fortifiés , & elles furent
toujours repouffées avec perte. Dans ces deux
attaques , on leur a fait plufieurs Officiers & fo
Soldats prifonniers , & les Efpagnols n'y ont eu
qu'un Capitaine & quatre Soldats de tués.
Les deux armées le font cantonnées depuis , fans
beaucoup d'effet de part ni d'autre.
Le Prince de Lobcgowitz , s'étant replié vers
Rome , a établi fon Quartier général à Marino , &
il a envoyé fes bagages à Monte Rotundo.
On a appris de Rome , que le Pere Raphaël de
Lucanano , Efpagnol de Nation a été élû le onze du
mois
1632 MERCURE DE FRANCE.
mois dernier , dans le Chapitre que l'Ordre de S:
François a tenu au Convent dra Coeli , Général
de cet Ordre , à la place du Pere Gaëtan de Laurino
, mort le 12 Mars dernier.
ESPAGNE.
I
mandede Madrid du fept de ce mois , qu'il
y eft arrivé d'Oran un courier , par lequel
Don Alexandre de la Mothe , Gouverneur de cette
Place , a donné avis au Roi ',' que le 25 du mois
dernier il y avoit eû une action fort vive entre un
Détachement de la Garnifon & un Corps nombreux
de Maures , qui , malgré la fupériorité de leur nontbre
, avoient été obligés de prendre la fuite fi préci
pitamment , que , contre leur coûtume , ils avoient
laiffé leurs morts fur le champ de bataille .
Le Roi a appris par des lettres de l'Intendant de
Marine de Guarnizo , que le 24 du mois dernier , le
Vaiffeau Anglois le Globe , de 80 tonneaux , chargé
de Bierre & de Salines , avoit été conduit au Port
de Santander par l'Armateur Don Antoine de Loredo.
L'Intendant de Marine de Bilbao a mandé à S. M.
que l'Armateur Don André de Fonferrada a pris
vers le cinquante uniéme degré de Latitude Septentrionale
les Vaiffeaux le Feu & le S. André , qui
reveno ent , l'un de la Côte de Guinée , & l'autre
de la Virginie , dont les cargaifons confiftoient en
Bois
pour
la Teinture en Yvoire & en diverſes autres
marchandifes.
GENES
JUILLET. 1744. 1633
GENES ET ISLE DE CORSE.
Napprend de Génes du deux de ce mois ;
que les habitans de la Vallée de Polfevero
perfiftent à demander le rétabliſſement de leurs anciens
priviléges , & que le Gouvernement pourra
bien y confentir , afin de les faire rentrer dans l'obéiffance.
Il est entré dans le Port de Génes un Vaiffeau de
guerre Anglois , de 70 piéces de canon , avec un
Bâtiment François , dont il s'eft emparé le 10 de ce
mois à la hauteur de Marfeille , & qui revenoit
d'Alger , chargé de Bled , d'Orge & d'Huile.
Les Anglois continuent de commettre beaucoup
de violences fur les Côtes de Génes , & ils vifiterent
au commencement de ce mois deux Bâtimens
Génois fous une Fortereffe , malgré plufieurs coups
de canon que le Commandant de cette Fortereffe
fit tirer contre eux. Une partie de l'équipage d'un
de leurs Vaiffeaux de guerre débarqua enfuite à
Port-Maurice , & voulut obliger le Vice Conful
d'Espagne , qui y réfide , de jetter à la Mer tout le
Bled qu'il avoit dans les greniers. Ce Vice Conful
trouva le moyen de détromper l'Officier qui commandoit
le Détachement Anglois , & qui fuppofoir
que ces grains étoient deftinés pour les troupes de
S. M. C. & celui ci fe contenta d'emporter les clefs
du Lieu où ils font enfermés .
FRANCE ,
1634 MERCURE DE FRANCE.
FRANCE ,
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
LE premierde ce mois , le Roi a déclaré
le Duc de Boufflers Lieutenant Géné
ral de fes armées.
porte de
Le même jour, le Roi accompagné du
Duc de Chartres , du Duc de Penthiévre, &
de fes principaux Officiers , ſe rendit à ſix
heures du foir à l'Eglife Collégiale de Saint
Pierre de Lille , & S. M. affiſta au Te Deum,
quiy fut chanté en action de graces de la
prife d'Ypres. Le Roi fut reçû à la
l'Eglife , & fut reconduit
y
l'Abbé de
Valory , Prévôt de l'Eglife , lequel officia
au Te Deum. Il y eut le foir un feu dans la
Place , & les habitans de la Ville marquerent
par les plus grandes démonftrations de
joye la part qu'ils prennent au fuccès des
armes de S. M.
par
Le 2 , la Reine entendit la Meffe dans la
Chapelle du Château de Verfailles , & S.M.
communia par les mains de l'Archevêque de
Rouen , fon Grand Aumônier.
MonJUILLET.
1744. 1639
Monfeigneur le Dauphin & Mefdames
de France s'étant rendus le 5 au Convent
des Capucins de Meudon , ce Prince & ces
Princeffes affifterent à la Cérémonie de la
Bénédiction d'une des cloches de l'Eglife de
ces Religieux . Cette cloche à eu Monfeigneur
le Dauphin pour Parein , & Madame
pour Maraine , & elle a été bénie par l'Abbé
Belon , Chapelain du Roi.
Monfeigneur le Dauphin , accompagné
du Duc de Chaftillon , fon Gouverneur , &
de plufieurs autres Seigneurs , vint le 12 à
l'Eglife Métropolitaine de cette Ville. L'Archevêque
de Paris , revêtu de fes habits pontificaux
, & à la tête des Chanoines , reçût
ce Prince à la porte de l'Eglife , avec les cérémonies
accoûtumées, & après l'avoir complimenté
, il le conduifit dans le Choeur.
On y chanta le Te Deum en action de graces
de la prife d'Ypres , & Monfeigneur le
Dauphin , ayant été reconduit à la porte
l'Eglife avec les mêmes cérémonies qui
avoient été obfervées à fon arrivée , remonta
en caroffe, pour fe rendre au petit Cours,
où il fe promena pendant quelque tems .
de
I
>
Il alla enfuite à l'Hôtel de Ville , & après
avoir vû tirer un magnifique Feu d'artifice
qui avoit été préparé dans la Place vis-àvis
, il foupa dans cet Hôtel .
M.
1636 MERCURE DE FRANCE.
M. de Bernage , Prévôt des Marchands ,
eut l'honneur de le fervir à table.
Monfeigneur le Dauphin partit vers les
onze heures du foir , pour retourner à Verfailles
; il paffa par la rue S. Honoré , qui
étoit entierement illuminée , ainfi que toutes
les autres ruës de la Ville , & il fit le tour
de la Place de Vendôme , dont la décoration
uniforme offroit un très- beau Spectacle.
Ce Prince a parû extrêmement fenfible aux
acclamations réitérées, par lefquelles le peuple
s'eft empreffé de lui donner des marques
de fon amour & de fon refpect.
Le Comte de Vaſſenaer , Miniftre Plénipotentiaire
de la République de Hollande
auprès du Roi , eut à Arras le 23 de ce mois
une audience particuliere , dans laquelle il
prit congé de S. M. Il fut conduit à cetteaudience
par le Chevalier de Sainctot , Inducteur
de Ambaffadeurs .
M. du Mefnil , Brigadier des armées du
Roi , a été fait Infpecteur de Cavalerie.
Le Roi a donné l'agrément du Régiment
Royal Dragons au Marquis de la Blache ,
Capitaine dans le Régiment de Cavalerie de
Rohan ; celui du Régiment de Dragons ,
dont le Comte de la Suze étoit Mestre de
Camp, au Marquis d'Asfeldt , & l'agrément
dy
)
JUILLET. 1744 1637
du Régiment de Cavalerie, dont le Marquis
d'Asfeldt étoit Meſtre de Camp, au Vicomte
d'Efcars , qui en étoit Major.
Le 27 , veille de la Fête de Ste Anne ,
dont M. de Vandeuil , Ecuyer Roi , porte le
nom , Mrs les jeunes Gentilshommes , Penfionnaires
de fon Académie , pour marquer
leur reconnoiffance de toutes les attentions
qu'il a pour leur Education, donnerent une
Fête , qui fut annoncée dès le matin par une
falve de foixante Boettes , placées dans le
grand Manége découvert. Le foir , on tira
un Feu d'artifice d'un appareil fuperbe ,
qu'on avoit élevé dans le même Manége ,
accompagné d'une Illumination d'un goût
diftingué , par l'arrangement d'un nombre
infini de Lampions , qui éclairoient tous les
Bâtimens , tant intérieurs , qu'extérieurs de
l'Académie.
Il y eut auffi un Concert Militaire , qui
plût beaucoup , compofé de Timballes , de
Trompettes & de Cors de Chaffe . La Fête
fut honorée de la préſence de plufieurs Perfonnes
de qualité , & d'un rang diftingué ,
invitées par Mrs les Académiftes , lefquelles
marquerent beaucoup de fatisfaction , & en
particulier, de la noble politeſſe avec laquelle
elles furent reçûës par ces jeunes Meffieurs,
Le
1638 MERCURE DE FRANCE.
"
Le 4 , le 11 & le 13 Juillet , il y eut Con
cert chés la Reine ; M. de Blamont , Sur
Intendant de la Mufique de la Chambre ,
en ſemeſtre , fit chanter l'Opera d'Armide ;
les principaux rôles furent très-bien remplis
par les Dlles' Lalande , Mathieu , Deſchamps
& Abec , & par les Srs Dangerville , Jelyot,
le Cler , Richer & Dubourg.
Le 15 , on concerta le Prologue & la premiere
Entrée du Ballet Héroïque des Fêtes
Grecques & Romaines , de la compofition de
M. de Blamont , dont les premiers rôles furent
chantés par les mêmes Sujets qu'on
vient de nommer , par la Dlle S. Marc &
par le Sr Poirier.
Le 27 , on exécuta la Fête de Diane, autre
Entrée ajoûtée au même Ballet ; les mêmes
Sujets rendirent parfaitement bien les principaux
rôles. Le Concert finit par une Symphonie
du même Auteur , intitulée , la
Nymphe de la Seine , dont l'exécution fit
beaucoup de plaifir.
Le Vaiffeau Anglois le Riga , d'environ
150 tonneaux , chargé de Plomb , de Meules
& de Charbon de terre , a été conduit
dernierement à Dunkerque par le Corfaite
la Demoiselle , que commande le Capitaine
Filiers.
Quelques jours auparavant , le Vaiſſeau
A
JUILLET . 1744. 1639
le S. Antoine , commandé par le Capitaine
Bouvier , y avoit amené deux Bâtimens de
la même Nation , nommé; la Catherine & le
Guillaume Jean de Neufchatel , chacun dẹ
cent tonneaux. La charge du premier confif
toit en Soude , & il alloit à Niewport ; le fecond
, qui faifoit voile pour Oftende, avoit
à bord une grande quantité de Charbon de
terre.
Le Capitaine François Augard, Commandant
le Vaiffeau la Suzanne , armé à Calais,
s'eft emparé du Navire le Hopewel , du port
d'environ 70 tonneaux , chargé de Riz , de
Bois de Campeche & de quelques autres
Marchandiſes.
It eft arrivé à Breft deux Bâtimens Anglois
, l'un de Linceſter , nommé le Trolabing,
'autre nommé le Prince d'Orange. Ces Bâtimens
ont été pris , le premier par le Capitaine
Vivier , qui commande le Vaiffeau
Hirondelle , & le fecond par M. Grandpré,
Capitaine du Navire le Tourneur.
Le Vaiffeau la Marie, de 1 20 tonneaux, qni
venoit de la nouvelle Angleterre avec une
cargaison de Riz , de Gaudron & de Bois
de Saffafra , & le Vaiffeau le Succès, de Waterford
, fur lequel il y avoit des Salaiſons
& d'autres Marchandifes pour la Barbade ,
ont été enlevés par l'Armateur Jean Lambeye
, de Bayonne.
On
1640 MERCURE DE FRANCE.
On a appris par des lettres du Commiffaire
Ordonnateur de l'Ifle Royale , que le
Navire le Phelippeaux , parti de S. Malo
dans le mois d'Avril dernier, avec un char
gement pour les Magafins du Roi , qui font
dans cette Colonie , y étoit arrivé avec un
Brigantin de Bofton , dont il s'eft emparé à
70 lieues du grand Banc de Terre-Neuve
& qui portoit à Liſbonne 3000 Quintaux
de Moruë.
On apprend de Port -Louis , que l'Arma
teur l'Aigle Volant , dont deux Corfaires
Anglois s'étoient emparés , avoit été repris
par les Vaiffeaux le Barnabas & la Veſtale ,
de S. Malo .
On mande de Cherbourg , que le Vaiffeau
le Bon Larron , commandé par le Capitaine
Vincent , y a conduit un Bâtiment , dont la
cargaifon confiftoit en Charbon de terre .
le
Les Lettres de Dieppe marquent que
Capitaine du Vivier , qui fait la courfe avec
le Vaiffeau l'Hirondelle , du Havre , a rançonné
dans les environs du premier de ces
deux Ports , le Barques le Juin & le Frano
Agrément , la premiere pour 150 livres fterling
, & la feconde pour 50 .
Selon les avis reçûs de Dunkerque , le
Corfaire le Soleil, commandé par le Capitaine
Burgot, y a amené deux Navires Anglois,
l'un de 400 , & l'autre de 300 tonneaux ,
chargés
JUILLET. 1744. 1641
chargés de Bois de conftruction pour les
Vailleaux.
Un Navire Anglois , de 140 tonneaux ,
chargé de 300 Boucaux deTabac deVirginie,
a été conduit à S. Jean de Luz par le Vaiffeau
le Griffon , commandé par le Capitaine
Efteben.
M. Louis Tanel , qui monte le Vaiffean
Le Roi Stanillas , armé à la Rochelle , s'eft
emparé de deux Bâtimens de la même Nation
. Il s'eft trouvé fur l'un , qui eft d'environ
160 tonneaux , & qui étoit deſtiné pour
Philadelphie , 130 perfonnes & quelques
meubles. L'autre , de 130 tonneaux , appartenoit
à quelques Négocians d'Oftende , &
fa cargaifon étoit de Vins , d'Oranges & de
Bois de Teinture.
Le Vaiffeau la Biche , de S. Malo , commandé
par le Capitaine Donat , eft entré
dans le Port de Breft , avec les trois Navires
le Poiffon Volant, de Waterford , le Mercure
& les Trois Amis , de Londres. Ces deux
derniers , qui revenoient de l'Amérique ,
avoient leur chargement en Sucre , en Coton
& en Guildive , & il y avoit à bord du
premier une grande quantité de Salines.
Le Capitaine la Grée , commandant le
Corfaire l'Hermine , de Vannes , a pris un
Vaiffeau chargé de Planches , de Liége , de
Rezine & de Gaudron.
G On
1642 MERCURE DE FRANCE.
On apprend de Morlaix , que le Vaiſſeau
le Comte de Maurepas , armé en courſe à
S. Malo , & commandé par le Capitaine
Mangare , s'empara le 4. de ce mois du Navire
la Feanne , de Liwerpol , de 140 tonneaux
, armé de fix canons , & dont la charge
confifte en 210 Boucaux de Tabac.
On mande de Dunkerque , que le Capitaine
Pierre le Febvre , dit Jouin , commandant
le Corfaire la Ste Anne , de ce Port ,
prit le 14 Juin dernier deux Bâtimens Anglois
, l'un d'environ 160 tonneaux , nommé
les Deux Freres , venant de Sunderland ,
avec un chargement de Charbon de terre ,
& qui a été rançonné pour la fomme de 400
livres fterlings ; l'autre de 80 tonneaux ,
appellé la Marie , de Dublin , qui rapportoit
de la Caroline environ 400 Barils de
Riz , & qui a été auffi rançonné pour la fomme
de 100 livres sterlings.
On mande de S. Malo , que le Capitaine.
la Giraudais , commandant le Corfaire la
Veſtale, de ce Port , y a amené le 5 de ce mois S
un Bâtiment Anglois , nommé la Galere de
Londres , d'environ 160 tonneaux , armé de
huit canons & de fix pierriers , chargé de
Riz , de Bray , de Gaudron & d'autres Marchandifes.
Le Navire Anglois la Marguerite , de
Topsham , de 80 tonneaux , a été pris par
la
JUILLET. 1744. 1643
le Capitaine du Vivier , commandant le
Corfaire l'Hirondelle , du Havre , & fut
conduit à S. Malo le ; de ce mois.
3
Les Lettres de Breft marquent que le Ca
pitaine Faille , qui commande le Corfaire la
Subtile , du Havre , entra le 3 de ce mois
dans ce premier Port avec le Vaiffeau A'nglois
le Parquet de la Caroline , chargé de
Riz & d'autres Marchandiſes.
Le Capitaine la Ruë , commandant la Frẻ-
gate la Galere , eft rentré dans le Port de
Bayonne avec le Corfaire Anglois le Vautour,
dont il s'eft emparé après un long combat.
Ce Capitaine a repris le Navire la Roche
de Bordeaux , que le Corfaire Anglois conduifoit
en Angleterre , & dont on fait monter
la charge à 300000 livres. Le même Capitaine,
deux jours auparavant,avoit fait une
autre prife , eftimée 200000 livres, qui revenoit
de la Virginie.
Le Corfaire la Victoire , auffi de Bayon
, à enlevé le Vaifleau le S. Bonaventure ,
qui alloit à Londres chargé de Vin de Portugal
, & il a envoyé ce Bâtiment à Bayonne.
Le Navire le Soleil , Garde Côte de Nantes
, a repris le Bâteau le Petit S. Pierre , de
Breft , dont un Armateur de Guernſey s'étoit
rendu maître .
Le Capitaine Lambaye , qui monte le Corfaire
l'Entreprenante , de Bayonne , y con-
Gij duifit
1644 MERCURE DE FRANCE,
duifit le 6 du mois dernier un Navire An
glois de 130 tonneaux , nommé la Ducheffe,
qui venoit de la Jamaïque , chargé de Sucre
& de Taffia,
Les Lettres de Dunkerque marquent que
le Corfaire le Mercule Volant y avoit conduit
le Navire Anglois la Reine des Indes
qui portoit à Hambourg de l'Orge germée
& quelques Balots de Marchandifes,
On mande d'Espagne , que le Vaiffeau la
Nymphe , armé en courfe à Bordeaux , avoit
enlevé le 25 du mois dernier un Bâtiment
François , chargé de 150 tonnes de Vin de
Canarie , à deux Armateurs de Guernſey ,
qui s'en étoient emparés , & qu'il étoit entré
avec ce Bâtiment dans le Port de Santoną,
On a appris du 3 , qu'une partie des troupes
dont l'armée de la Reine de Hongrie eft
compofée , a paffé le Rhin dans un endroit
gardé par un Détachement du Régiment de
Dragons de la Tour- Taxis , de l'armée Impériale
.
On reçût avis le 9 de ce mois de l'armée
commandée par le Maréchal de Coigny ,
qu'un Corps de 15000 hommes des ennemis
, ayant paffé le Rhin , & ayant occupé
la Ville de Wiffembourg & plufieurs Villages
des environs , en avoit été chaffés le 6
de ce mois. Les
JUILLET. 1744. 1645
Les troupes de la Reine de Hongrie ont
fait dans cette action , qui a duré depuis
einq heures du matin jufqu'à fept heures
du foir une perte confidérable , qu'on croit'
monter à plus de 3000 hommes.
Dans le tems du départ des lettres par
befquelles on a appris cette nouvelle , on
pourfuivoit les ennemis , qui fuyoient er
défordre du côté de Lauterbourg , & l'on fe
propofoit de les attaquer encore le jour fuivant.
Les troupes du Roi ont montré la plus
grande ardeur , non -feulement en combatsant
, mais encore en ne prenant prefque
aucun repos pendant trois jours & trois
nuits , qu'elles ont marché, pour arriver en
préfence des ennemis .
On a appris du Camp fous Furnes du 13
de ce mois , que le Comte de Clermont ,
qui a été choisipar le Roi pour faire le Siége
de cette Ville , l'ayant inveftie le 29 du mois
dernier avec 29 Compagnies de Grenadiers ,
un. Détachement de Cavalerie & trois Régimens
de Dragons , s'occupa les jours fuivans
, à donner une pofition autour de la
Place aux 35 Bataillons & aux 2 2 Efcadrons,
qui ont été commandés pour le Siége avec
un Détachement des Bataillons d'Artillerie
de Valenceau & de Richecourt, & avec 300
G iij Cano1646
MERCURE DE FRANCE.
Canoniers de la Marine , qu'on a tirés de
Dunkerque.
Le Quartier du Comte de Clermont fut
établi à l'Abbaye des Dunes , & ce Prince le
couvrit d'un Corps de troupes affés fort
pour repouffer les Détachemens que les ennemis
pouvoient faire fortir de Nieuport ; ik
appuya fa gauche à la hauteur de la vieille
Abbaye des Dunes, & s'étendant enfuite fur
Valpen , il porta fa droite à une maiſon qui
eft auprès du Pont de Vaeft Brugge , fur le
Canal de Loo , à Nieuport.
Lorfque le Maréchal de Noailles fit partir
du Camp fousYpres les troupes qui devoient
être employées au Siége de Furnes , il envoya
du côté de Loo la Maifon du Roi fous
les ordres du Comte de la Motte- Houdancourt
& de M. de Cherifey , Lieutenans Gé
néraux ; il détacha vers Dixmude le Prince
de Pons , Lieutenant Général , avec quatre
Bataillons & huit Efcadrons , & dans le même
tems 18 Bataillons partirent du Camp
fous Ypres , pour aller joindre le Maréchal
Comte de Saxe , qui étoit campé fous Courtray.
la
La réſolution étant prife de former devant
Furnes deux attaques , dont la principale feroit
du côté des Dunes , & la feconde par
Porte d'Ypres , la tranchée fut ouverte le 7
de ce mois , à dix heures & demie du foir.
Le
JUILLET. 1744.
1647
[ Le Marquis de Maubourg , Lieutenant
Géneral , & le Marquis de Pontchartrain
Maréchal de Camp , la monterent à l'attaque
des Dunes , avec deux Bataillons du
Régiment de Navarre, le Régiment de Haynault
, deux Compagnies
de Grenadiers &
cent Dragons: les travaux furent portés pendant
la nuit & pendant le jour à 80 toifes
de la paliffade
.
A l'attaque par la Porte d'Ypres , le Marquis
de Segur , Lieutenant Général , & le
Comte de Trefmes , Maréchal de Camp ,
monterent la tranchée , ayant fous leurs ordres
deux Bataillons du Régiment Royal ,
deux Compagnies de Grenadiers & un Piquet
de Dragons. Les travailleurs employés
a cette tranchée , avancerent les travaux juf
qu'à 70 toifes du chemin couvert , malgré le
feu des ennemis , lequel , quoique vif , ne
tua ou bleffa que très-peu de Soldats .
Le 8 , la tranchée fut relevée à l'attaque
des Dunes par le Duc de Biron , Lieutenant
Général , & par M. de Contades , Maréchal
de Camp , avec les deux autres Bataillons du
Régiment de Navarre , le Régiment de Bulkley
, deux Compagnies de Grenadiers &
cent Dragons. Les travaux furent pouffés
jufqu'à 40 toifes du chemin couvert , où
finiffoit l'établiſſement d'une batterie de 25
piéces de canon , qui tirerent à la pointe du
G iiij jour
>
1648 MERCURE DE FRANCE.
jour , ainfi qu'une batterie de 15 mortiers.
'
Un Bataillon du Régiment Royal , le Ré
giment de la Marche , deux Courpagnies de
Grenadiers & 50 Dragons releverent la tranchée
de la feconde attaque , fous les ordres
du Comte de Lowendalh , Lieutenant Général
, & du Duc de Chevreufe , Maréchal de
Camp on s'avança par les fappes juſqu'à
environ 30 toifes du chemin couvert , & on
perdit par le feu de l'artillerie & de la moufqueterie
des affiégés , qui fut continuel
deux Canoniers de la Marine ; il y en eut
neuf de bleffés & autant de Soldats ; un Ingénieur
fut auffi bleffé très - dangereufement.
Le Comte d'Aulnay, Lieutenant Général,
& le Marquis d'Avarey , Maréchal de Camp ,
monterent la tranchée à l'attaque des Dunes
avec trois Bataillons du Régiment de Bourbonnois
, & avec un nombre de Grenadiers
& de Dragons , pareil à celui des jours précedens;
les fappes furent avancées de 7 ou
8 toifes , & le feu de nos batteries ayant
fait ceffer celui de l'artillerie des afficgés ,
les travailleurs ne furent expofés qu'au feu
de la moufqueterie , qui bleffa fix Soldats.
A la feconde attaque , le Comte de Chabannes
, Lieutenant Général , & le Comte
de Fitzjames , Maréchal de Camp , releverent
la tranchée avec le Régiment Royal la
Marine, un Bataillon du Régiment de Diefback
JUILLET . 1744 . 1649
back , deux Compagnies de Grenadiers &
un Piquet de Dragons ; les travaux furent
portés à 15 toifes du chemin couvert , que
les ennemis abandonnerent à minuit , après
avoir fait jufqu'à ce moment un feu de
moufqueterie , plus vif encore que celui des
jours précédens. Les Grenadiers occuperent
auffi-tôt les Angles faillans du chemin couvert
, & ils s'y logerent. Il y eut cette nuit
un Ingénieur & cinq Soldats de bleffés , &
trois Soldats de tués.
Le 10 , le Marquis de Manbourg , Lieu
tenant Général , & le Marquis de Pontchar
train , Maréchal de Camp , releverent la
tranchée de l'attaque des Dunes , ayant fous
leurs ordres deuxBataillons duRégiment du
Roi , le Régiment de Clare , deux Compa--
gnies de Grenadiers & cent Dragons.
La tranchée de la feconde attaque fut
montée par le Comte de Clare , Lieutenant:
Général , & par le Baron d'Eftrées , Maréchal
de Camp , avec le Régiment Royal
Comtois , le fecond Bataillon du Régiment
de Diefback , deux Compagnies de Grena
diers & so Dragons.
A peine ces troupes eurent-elles occupé
les tranchées , que le Gouverneur fit arborer
te Drapeau , & demanda à capituler.
Le Comte de Clermont envoya fur le
champ à Dunkerque le Comte de Polignas
G. v. en
roso MERCURE DE FRANCE.
en porter la nouvelle au Roi , & demander
les ordres de S. M. fur les propofitions faites
par le Gouverneur , auquel il a été accordé
que la Garnifon fortiroit avec les
honneurs de la guerre qu'elle emmeneroit
quatre piéces de canon & deux Obutz: aux
armes des Etats Généraux , & qu'elle feroit
conduite fur le Canal de Bruges , pour aller
enfuire , à fon choix , au Fort de l'Eclufe ou
à Bréda..
Pendant le Siége de Furnes , comme pendant
ceux de Menin & d'Ypres , il y a eu
tous les jours à la tranchée un des huit Aides
de Camp du Roi , lequel a été chargé
d'aller tous les matins rendre compte à S.M..
de ce qui s'étoir paffé à la tranchée..
Le Roi fe rendit an Camp fous Furnes le
15 au matin , pour voir paffer la Garnifon ,
qui fortit par la Porte de Nieuport , pour
être conduite à Bréda , par le chemin de
Gand , & qui défila devant S. M. le Comte
de Schwartzemberg , Gouverneur , étant à
la tête. S. M.. entra enfuite dans la Ville
dont les Magiftrats lui préfenterent les clefs ,,
& elle entendit dans la Grande Eglife le Te
Deum , après lequel elle alla, dîner chés le
Comte de Clermont.
Le Roi a donné le Gouvernement de la
Ville de Furnes au Baron d'Eftrées , Maréchal
de Camp , & ci-devant Lieutenant Colonel
JUILLET. 1651 1744
lonel du Régiment du Roi , Infanterie , &
la Lieutenance de Roi à M. de Chateau-
Foux , Lieutenant Colonel au Régiment de
Navarre.
On mande de Dunkerque du 5 de ce mois ,
que le Maréchal de Noailles , après être demeuré
au Camp fous Ypres le tems néceſſaire,
pour faire marcher les troupes qui y étoient
reftées,fe rendit en cette Ville , pour être plus
à portée de faire exécuter les ordres qu'il
avoir reçûs du Roi fur le Siége de Furnes ,
& pour envoyer devant cette Place les troupes
qui étoient à Dunkerque depuis quelque
tems , & qui devoient fervir à ce Siége.
Il alla le 4 au Camp devant Furnes , où
Fartillerie étoit arrivée , & il paſſa le jour à
reconnoître la Place , & à examiner par
quel endroit il conviendroit le plus de l'attaquer.
Le Commandant & la Garnifon du Fort
de la Kenoque , conformément à la Capitu
lation qui leur a été accordée , ont dû être
conduits par une eſcorte , qui les devoit ac--
compagner , jufqu'à- ce qu'ils cuffent joint:
la Garnifon d'Ypres..
La Maifon du Roi , commandée par Te:
Comte de laMotte-Houdancourt,eft à Loo ,,
& les troupes , qui n'ont pas été employées à
former le Siége de Furnes , font arrivées
G. v.j
dans
1652 MERCURE DE FRANCE.
dans differens poftes du côté de Dixmude.
Le Roi étoit attendu à . Dunkerque le &
de ce mois.
On apprend de Calais du 6 de ce mois ,
que le Roi partit de Lille le 2 après midi , &
qu'il arriva le foir à Bethune. S. M. y cou
cha , & fe rendit le lendemain à S. Omer ,
après avoir paffé à Aire . Elle a viſité les For
tifications de ces Places , dont les habitans
ont fait paroître leurs fentimens pour S. M.
par toutes les preuves qu'il leur a été poffi- .
ble de donner de la fatisfaction la plus par
faite..
Le 4, le Roi entendit la Meffe dans l'Eglife
Cathédrale de S. Omer , à la porte de la
quelle il fut reçû par l'Evêque , à la tête du
Chapitre. Après la Meffe , le Roi s'embar
qua fur le Canal qui conduit de S. Omer à
Calais , où S. M. arriva l'après-midi . Le Roi
vit le même jour le Port , & S. Mi alla le s
à la Citadelle & aux trois Forts qui font
dans les environs de cette Place . S. M. en
partit le 6 au matin pour Boulogne , d'où
elle étoit attendue à Calais le 7 au foir..
EX.
JUILLET. 1744 165
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Dunkerque
Le 12 fuillet 1.744.
E Roi arriva iei hier fur les deux heures
après midi , au bruit d'une triple décharge
de 140 piéces de canon , & aux acclamations
d'un Peuple infini , que la vûë
de ce grand Prince tranfportoit de joye. On
avoit élevé des Portiques & des Arcs de
triomphe par tout où S. M. devoit paffer ;
les rues étoient tapiffées , ornées de Feftons
& de Guirlandes , décorées enfin de tout ce
que l'Art & le zéle avoient pû inventer de
mieux & de plus nouveau. On lifoit partout
des Emblêmes , des Devifes & des Infcriptions
à la gloire du Roi. On avoit fufpendu
dans les mêmes rues un nombre prodigieux
d'efpeces de Luftres , de Couronnes , d'Etendards
, de Drapeaux , de Pavillons , d'Ecuffons
, & de Trophées d'Armes. Les Marchands
avoient étalé à leurs fenêtres & devant
leurs boutiques ce qu'ils avoient.de
plus beau & de plus précieux.. Tout Dunkerque
ne paroiffoit être qu'une grande. Foi
re, On avoit fablé les rues , & le Régiment.
des Gardes Françoifes étoit en haye depuis
le premier Portique jufqu'au Palais où le
Roi devoit loger.
S..M..fe mit à table en arrivant; dès qu'elle
cut dîné , elle alla à pied voir le Port &
vifiter
1654 MERCURE DE FRANCE.
vifiter les nouveaux. Forts , conftruits dans
la Mer. L'empreffement de voir le Roi étoit
fi grand parmi le Peuple , qu'à peine les
Gardes pouvoient lui ménager un paffage .
L'Air retentiffoit cependant d'un million de
cris de VIVE LE Ror , cent fois repetés.
Dès que le Roi fut arrivé au Port , plus
de 200 Vaiffeaux firent une falve générale
de tous leurs canons. Il n'est pas poffible de
décrire le coup d'oeil que formoit ce Port.
Tout étoit couvert de Peuple ; il y en avoit
jufques fur les toîts , les Glacis , les Remparts
, les Murailles , & c. Les cordages &
toutes les manoeuvres des Vaiffeaux fourmillaient
de jeunes Matelors , & de Mouffes
, qui voltigeoient & faifoient differens:
Exercices . Tous les Matelots avoient mis
des habits neufs , faits exprès pour ce jourlà;
ils étoient divifés par Quadrilles bleues,,
rouges , &e. tous danfant , au fon des Mufettes
& des Tambourins , des Danfes Marines
; chaque Danfe étoit terminée par une
triple acclamation de VIVE LE ROI , & par
un certain gefte de la main droite , faifant
avec leurs bonnets une efpece d'Exercice ,
qui eft parmi eux la marque de la plus grande
joye. Le bruit du canon , le fon des Mufettes
& des Tambourins , les acclamations .
du Peuple , les ris & les danfes continuerent :
pendant tout le tems que le Roi vifita les
Forts. A
JUILLET. 1744: 1653
A neuf heures , autre Spectacle ; toute la
Ville fut éclairée dans un inftant par des
Feux & des Illuminations , qui rendirent la
nuit comparable au plus beau jour. L'ordon
nance & la variété de ces Illuminations en
relevoient beaucoup l'éclat ; Piramides ,
Colonnes , Obelifques , Emblêmes tranſpa
rens , tout fut mis en ufage , mais ce qui
Femporta fur tout le refte , ce fut l'Illumination
ingénieufe du Parterre du Palais , oc
cupé par le Roi. Tout le deffein du Parterre
étoit repréfenté & exactement rendu en
Lampions , dont on avoit auffi placé une
quantité fur les Charmilles & fur les Arbres,
fans compter la grande façade du Palais.
Le tout enfemble faifoit un coup d'oeil ravillant.
On mande de Dunkerque du 13 de ce
mois , que le Marquis de Croiffy , dépêché
au Roi par le Maréchal de Coigny , pour
rendre compte de l'action paffée les , entre
les troupes de S..M . & celles de la Reine de
Hongrie , y arriva le 9 au matin , & qu'il
apporta les nouvelles fuivantes .
Le Maréchal de Coigny , ayant appris
que les ennemis avoient paffé le Rhin , raffembla
les troupes qui font fous fes ordres ,
& il fe mit en marche , pour aller s'oppofer
aux deffeins du Prince Charles de Lorraine.
En arrivant à portée de Wiffem ourg , il
trouva
1656 MERCURE DE FRANCE
trouva que les ennemis s'en étoient emparés,
ainfi que de Lauterbourg , de toute la partie
gauche des Lignes de la Lautern , & de
quelques Villages de la Plaine. Il réfolut fur
le champ d'attaquer les ennemis dans tous
ces poftes & dans les Lignes , & il donna
Les ordres , pour former trois attaques.
Il chargea de celle de Wiffembourg le
Marquis de Montal , Lieutenant Général
le Marquis de Brun & le Marquis deMaulevrier
, Maréchaux de Camp. Les troupes
commandées pour cette attaque , furent les
Régimens de Champagne , de Laval , de
Bouzols , de la Marck , & les deux Bataillons
du Régiment Royal Baviere ; cette Infanterie
fut foutenaë par un Corps de Cava
lerie , & l'on donna au Marquis de Montal
quatre piéces de canon .
Le commandement de la feconde attaque ;
qui étoit celle d'un Moulin , entre Willembourg
& le Village d'Altftatt , fut donné au
Comte de Clermont Tonnerre , Lieutenant
Général . Il avoit fous fes ordres le Marquis
de Reffuge & le Prince des Deux Ponts ,
Maréchaux de Camp , & il marcha avec les
Régimens de Montmorin , de Bigorre , de
Cambrefis , de Foreft , d'Alface , de Nice ,
les deux Bataillons du Régiment d'Enghien ,
la Gendarmerie & un Détachement de Cavalerie.
"'
Le
JUILLET. 1744. 1657
Le Comte de Seckendorf, avec dix Bataillons
des troupes Impériales , trois de celles
du Roi , commandés par M. de la Brunie ,
Lieutenant Colonel du Régiment de Bourbon
, Infanterie , & tous les Régimens de
Dragons,fe chargea de la troifiéme attaque,
qui étoit celle du Village d'Altſtatt.
Les trois attaques commencerent en même-
tems vers les cinq heures du foir , &
toutes les troupes ayant marché avec une
ardeur égale & avec le plus grand courage ,
Wiffembourg fut emporté l'épée à la main,
& fans qu'on ait été obligé de fe fervir du
canon qu'on avoit fait avancer devant ce
pofte.
L'attaque du Moulin eut un fuccès pareil,
les troupes , qui y étoient , ayant été renverfées,
& forcées de retirer leur canon
avec une grande précipitation ..
Les ennemis fe défendirent quelque tems
dans le Village d'Altftatt , que le Comte de
Seckendorfattaqua , mais les troupes Impériales
fe conduifirent dans cette attaque avec
tant de force & de bravoure , que les ennemis
furent contraints d'abandonner ce pofte.
Le Maréchal de Coigny étant entré par
trois endroits dans les Lignes , il campa dans
la Plaine avec toute l'armée, la gauche étant
appuyée au Village d'Altſtatt , & la droite à
la hauteur de Cockzberg.
Les
1658 MERCURE DE FRANCE.
Les troupes de la Reine de Hongrie ont
perdu en cette occafion environ 3000 hommes,
& on leur en a pris 600 dans Wiffembourg
, avec deux Drapeaux .
La perte des Impériaux & des François eft
peu confidérable. Le Marquis de la Tour du
Pin , Colonel Lieutenant du Régiment de
Bourbon , a été bleffé légerement.
Le Roi apprit par un courier arrivé à
Dunkerque le 11 au foir , que le Maréchal
de Coigny étoit allé camper , la droite à
Drufenheim , le centre à Haguenau , & qué
la gauche , occupée par l'armée Impériale ,
s'étendoit fur la Mautern .
Le Roi coucha à Boulogne le 6 de ce
mois , & S. M. y ayant dîné le lendemain ,
retourna à Calais , d'où elle fe rendit à Dunkerque
le 8, vers les deux heures après-midi ,
après avoir paffé à Gravelines , où elle s'arrêta
pour voir l'Eclufe. Elle vit auffi , avant
que de fe rendre à Dunkerque , celle de
Mardick .
Le Roi étant arrivé à cheval par la Porte
Royale , trouva deux Arcs de Triomphe à
l'entrée de Dunkerque, & un troifiéme dans
la ruë qui conduit à la Maifon préparée pour
le Logement de S. M. Les rues par lefquelles
le Roi paffa , étoient tenduës , & remplies
des habitans , dont les acclamations de
joye ont été auffi vives & auffi continuelles
que
JUILLET. 1744. 1650
que dans toutes les Villes , qui ont été viſitées
par S.M. depuis qu'elle eft dans ce Pays .
L'après-midi , le Roi fe promena fur le
Port , dont il examina la fituation , & il alla
à une des trois batteries qui font à la droite
du Port.
Le foir , la Maifon dans laquelle le Roi
a logé , & le Jardin de cette Maiſon , furent
illuminés avec beaucoup de magnificence ,
ainfi que l'Hôtel de Ville , les Places & toutes
les rues de la Ville , & les réjoüiffances
publiques furent renouvellées le lendemain.
On a appris de Strasbourg du 6 de ce mois,
que l'objet du Prince Charles de Lorraine ,
depuis le commencement de la campagne ,
ayant été de paffer le Rhin , pour pouvoir
pénétrer en Alface , il avoit fait faire à fes
troupes depuis fix femaines des mouvemens .
continuels , pour fe mettre à portée d'exécu
ter fon projer.
Le Maréchal de Coigny , obfervant ces
differens mouvemens des ennemis , regla
fir leurs pofitions la marche de fon armée ,
& il occupa les poftes qu'il crût les plus
capables d'empêcher le fuccès des entrepri
fes , du Prince Charles. Il avoit chargé le
Marquis de Montal de garder le Bas- Rhin
depuis Worms jufqu'à Oppenheim , &
voyant que les ennemis avoient jetté un
pont
660 MERCURE DE FRANCE.
pont pour communiquer à une Ifle vis-à- vis
de Stokstatt , il avoit fait rapprocher du
Marquis de Montal les troupes qui avoient
été poftées d'abord entre Spire & Lauterbourg.
L'armée Impériale , qui avoit paffé quelques
jours auparavant le Rhin , étoit campée
fur cette partie de ce Fleuve.
Telle étoit la difpofition faite par le Machal
de Coigny contre les entreprifes que
les ennemis pourroient former , lorfque le
Prince Charles de Lorraine trouva le
moyen de faire paffer le Rhin à fes troupes
le 29 du mois dernier, & lendemain dans les
deux extrêmités du terrain que fon armée
occupoit.
Le Maréchal de Coigny , dans le moment.
qu'il apprit que les troupes de la Reine de
Hongrie paffoient le Rhin , envoya au
Comte de Seckendorf , qui étoit à Germesheim
, dix Bataillons & un Détachement de :
Dragons , pour mettre ce Général plus en
état d'attaquer les ennemis , mais le Comte
de Seckendorf, fur les avis qu'il avoit reçûs
que le Corps , qui avoit déja paffé , étoit
très-nombreux , s'étant déterminé à fe retirer
vers Landau , l'Infanterie & les Dragons
que le Comte de Coigny , le Marquis de
Croiffy & le Marquis du Chatelet avoient
amenés au Comte de Seckendorf, furent
obligés
JUILLET. 1744. 16611
obligés de prendre la même route que l'armée
Impériale , & d'aller camper à Germesheim
.
Les ennemis , après avoir paffé le Rhin
s'avancerent dans le Pays, occuperent les Lignes
de la Lautern , & s'emparerent de Lauterbourg
, de Wiffembourg & du Village
d'Altftatt,
Dès que le Maréchal de Coigny fut informé
que l'armée de laReine de Hongrie avoit
paffe le Rhin , & que cette armée n'avoit pas
été attaquée par l'armée Impériale , il envoya
ordre à toutes les troupes de venir le
joindre , & il fe mit en marche pour aller
occuper les Lignes de la Lautern.
Il apprit le 5 au matin , que le Prince
Charles étoit dans ces Lignes , & qu'il s'étoit
rendu maître des poftes ci-deffus nommés.
Le Régiment de Cavalerie de Saluces &
celui de Dragons de l'Hôpital , qui avoient
eté détachés par le Marquis de Montal , pour
aller accuper Wiffembourg , avoient trouvé
dans le Village d'Altftatt un Corps très- confidérable
de Pandoures & de Croates , qui
les ayant attaqués , les avoit obligé de fe
replier fur l'avant- garde de l'armée .
Les troupes de cette avant-garde , commandée
par le Comte de Coigny , marcherent
aux ennemis , les chafferent de la Plai
ne ;
1662 MERCURE DE FRANCE.
ne , & les forcerent de rentrer dans les Lignes.
Le Régiment du Colonel Général de la
Cavalerie & les Régimens de Dragons de
Vibraye & de Nicolay nirent pied à terre ,
& s'emparerent d'un Village occupé par des
Pandoures , qui après s'être défendus pendant
quelque tems , rejoignirent avec beau
coup de précipitation les troupes rentrées
dans les Lignes.
Le combat finiffoit , lorfque le Maréchal
de Coigny arriva avec la Gendarmerie dans
les environs de Wiffembourg. Il reconnut
que ce pofte , le Village d'Altftatt & la partie
gauche des Lignes de la Lautern , étoient
Occupés par un corps nombreux des ennemis
, qu'il réfolut d'attaquer fur le champ
par trois endroits.
Le parti pris par le Maréchal de Coigny a
eû beaucoup de fuccès ; les Lignes ont été
forcées ; les troupes du Roi ont repris Wiffembourg
& le Village d'Altftatt , & l'on attendoit
le 6 ou le 7 le détail de cette action.
Les Lettres de Strasbourg du 12 de ce
mois , marquent que le Maréchal de Coigny
, après avoir paffé le 6 dans le Camp
qu'il avoit occupé la veille près du Village
d'Altftatt , avoit marché le 7 à Haguenau ;
qu'il y étoit resté depuis , ayant la gauche
JUILLET. 1744. 1663
à l'armée Impériale , & que le Quartier Général
du Maréchal de Coigny étoit à Bicheveiller.
On a appris en même-tems , que
les ennemis
, qui étoient toujours campés à Lauterbourg
, avoient deux Ponts à la hauteur
de ce Pofte ; qu'ils avoient fait avancer à
feur droite , fur les hauteurs , près de la
Montagne , un Corps de 10 à 12000 hommes
fous les ordres du Général Nadaſty , &
que le Colonel Trench étoit avec quelques
détachemens de Croates , de Pandoures &
de Huffards , près de Fribourg, d'où il
voit tirer trois ou quatre Bataillons.
pou
On mande d'Arras du 21 de ce mois , que
pendant le féjour que le Roi a fair à Dunkerque
, S. M. y a vû les nouveaux ouvrages
qui y ont été faits du côté de la terre depuis
quelques années , & qu'elle en a parû trèscontente
.
Le 14 , le Roi alla vifiter le magaſin de
la Marine & la Corderie , & l'on forma
devant S. M. un Cable.
Le Roi ayant réfolu de faire défiler de
nouvelles troupes vers la Mozelle , le Duc
d'Harcourt a marché avec les onze Bataillons
& les 46 Efcadrons qu'il avoit fous fes
ørdres dans le Pays entre la Meufe & la Sambre,
& l'on comptoit qu'il devoit arriver le
20
1664 MERCURE DE FRANCE.
20 à Sedan avec toutes les troupes.
S.M. en même-tems a ordonné qu'un détachement
confidérable de fon armée le rendît
à Metz.Ce détachement qui devoit y arriver
dans les premiers jours du mois prochain,
& qui eft de 26bataillons & de 3 3 Eſcadrons,
eft compofé des Régimens des Gardes Françoifes
& Suiffes , de ceux de Navarre , de
Gondrin, de Cuſtine , d'Artois , Royal Comrois
, de la Marche & de Montboiffier ; du
Bataillon d'Artillerie deValenceau; de laMaifon
du Roi ; des Régimens de Cavalerie
Royal de Berry , de Noailles , de celui de
Huffards de Berchiny , & du Régiment de
Dragonds d'Asfeldt.
Les troupes de ce détachement marchent
fur quatre Colonnes , & fous les ordres du
Comte de la Motte Houdancourt , du Marquis
de Maubourg , de M. de Cherifei , du
Duc de Gramont , du Comte de Segur , du
Chevalier de S. André , du Duc de Biron
, du Comte de Chabannes , du Comte
Berchini , Lieutenans Généraux , & de
plufieurs Maréchaux de Camp.
Le Roi ayant déclaré qu'il arriveroit àMetz
en même-tems que le détachement , S. M..
partit le 19 au matin , pour s'y rendre. Elle
alla ce jour-là de Dunkerque à S. Omer , &
ayant paffe par Bergues , dont elle vifita
les Fortifications , elle coucha à Béthune ,
d'où
JUILLET. 1744 1665
d'où elle arriva à Arras le 21 , vers les onze
heures du marin .
Le Maréchal de Noailles a fuivi le Roi à
Metz , ainfi
que la plus grande partie des
Officiers , qui compofent l'Etat Major de
l'armée de S. M.
On mande de Laon du 27 de ce mois ,
que le Roi , après avoir reçû à la premiere
Barriere de la Ville d'Arras les refpects des
Magiftrats , alla defcendre à l'Eglife Cathédrale
, & que S. M. y ayant affifté au Te
Deum , fe rendit enfuite a l'Hôtel du Gouvernement
, où elle a logé.
Le foir & les deux jours fuivans , il y eut
dans toute la Ville des Illuminations & de
grandes marques de réjoüiffance , les ha-
Bitans n'ayant rien épargné pour fignaler
leur zéle .
<
Le 22 au matin , le Roi donna audience
au Confeil Supérieur d'Artois , qui fut préfenté
avec les cérémonies accoûtumées par
le Comte d'Argenfon , Miniftre & Sécrétaire
d'Etat , & à la tête duquel M. Paliſot
d'Incourt , Premier Préfident , porta la porta la parole.
S. M. étant partie d'Arras le 24 , alla ce
jour-là à Peronne ; elle coucha le 25 à Saint
Quentin , le 26 à la Fére , & elle arriva à
Laon le 27 au matin.
H La
1666 MERCURE DE FRANCE.
La premiere Colonne du Détachement ;
que le Roi a jugé à propos de faire avancer
du côté de Metz , eft composée des
treize Eſcadrons de la Maifon du Roi ,
fous les ordres du Comte de la Motte
Houdancourt & de M. de Cherifey , Lieutenans
Généraux , qui ont avec eux le
Marquis de Chiffreville , le Comte de Marignane
, M. de Montgibault , le Marquis
du Roure , M. de Chambon , M. de Gault ,
le Comte de Beaumont & le Chevalier de
Champeron , Maréchaux de Camp.
Le Duc de Gramont & le Comte de Chabannes
, Lieutenans Généraux ; le Comte de
Courtomer & le Marquis de Razilly , Maréchaux
de Camp , commandent la feconde
Colonne , qui eft compofée des Régimens
des Gardes Françoifes & Suiffes.
La troifiéme , dans laquelle font les Régimens
d'Infanterie du Roi , de Cuftine ,
Royal Comtois , de la Marche & de Montboiffier
, & les Régimens de Cavalerie de
Berry & de Noailles , eft fous les ordres du
Marquis de Maubourg , du Chevalier de
S. André & du Duc de Biron , Lieutenans
Généraux ; du Comte de Trefmes & du
Prince de Tingry , Maréchaux de Camp.
La quatrième , compofée des Régimens
d'Infanterie de Navarre , de Gondrin , d'Artois
; du Bataillon d'Artillerie de Valenceau;
du
JUILLET . 1744. 1667

du Régiment Royal , Cavalerie ; du Régiment
de Dragons d'Asfeldt & de celui de
Huffards de Berchiny , eft commandé par le
Comte de Segur & le Comte Berchini , Lieutenans
Généraux ; par le Comte de la Riviere
, M. de Contades , le Duc de Briffac , &
le Prince de Naffau , Maréchaux de Camp.
Les dernieres nouvelles que le Roi a reçues
du Maréchal de Coigny , portent que
ce Général étoit toujours campé à Bicheveiller
; qu'il avoit fait entrer le 20 de ce mois
dans le Fort Louis un Détachement de 600
hommes , commandé par le Chevalier de
Maupeou , Colonel du Régiment de Bigorre;
que ces troupes avoient été embarquées
a Drufenheim à cinq heures après midi , &
qu'elles étoient arrivées le foir au Fort Louis,
On a appris que les Troupes , qui ont
marché fous les ordres du Duc d'Harcourt ,
fe raffembloient fur la Sarre.
Le Lord Tirconel a été dépêché au Roi
par le Prince de Conty , pour informer
S. M. que le 18. de ce mois les troupes Efpagnoles
& Françoifes , commandées par
Infant Don Philippe , lefquelles étoient
campées fous Briançon , Guilleftre & Tournous
, & dans le Comté de Bueil , s'étoient
rendues dans la Vallée de Sture , dans celle
de Mayre & dans celle du Château Dauphin
Hij
vers
1668 MERCURE DE FRANCE.
vers Belleins , aux poftes qui leur avoient,
été indiqués , & qu'elles avoient exécuté les
attaques projettées pour s'emparer des débouchés
du Piémont.
Les troupes employées à l'attaque de la
Vallé de Sture , étoient deſtinées à forcer
les Barricades , pofte que les Piémontois regardoient
comme impénétrable , & dans les
environs duquel ils avoient conftruit des
retranchemens , afin d'empêcher l'accès du
fommet des Montagnes qui le.commandent .
Ces troupes fe porterent à Pelport , au
col de Fure , à Ferriere & à Brezés , enforte
que tous les retranchemens autour des Barricades
furent enveloppés. D'ailleurs la diſpofition
particuliere des differens Corps ,
dont ces troupes étoient compofées , étoit
telle , qu'elles occupoient tous les chemins
qui conduifent aux Gorges des Barricades.
Il y avoit à cette attaque vingt Bataillons,
dont huit étoient commandés par le Marquis
de Caftellar, Lieutenant Général des armées
du Roi d'Espagne , fept par le Marquis de
Villemur , Lieutenant Général des armées
du Roi , & cinq par M. de Mauriac.
La Vallée de Mayre fut occupée par des
troupes placées à Affeil & dans les environs.
L'attaque de la Vallée du Château Dau
phin fut entrepriſe par un autre Corps , qui
en
JUILLET. 1744
1669
en forçant les retranchemens de la Tour du
Pont & de Belleins, fe rendit maître de l'en
trée d'une des Branches de cette Vallée. Ce
Corps , qui étoit fous les ordres du Bailli
de Givry , étoit compofé des Régimens de
Poitou ,de Conty, de Salis, de Brie & de Provence
, lefquels forment neuf Bataillons , &
ayant été placé à la tête de la Vallée de Belleins,
il couvroit cinq Bataillons , commandés
par le Marquis de Campo - Santo , & qui
étoient poftés fur la Montagne de la Traverfiere.
Les troupes étant ainfi difpofées , les Piémontois
, qui s'apperçurent que les Barricades
dans la Vallée de Sture avoient été tournées
, ne s'y crurent pas en sûreté , & ils
prirent le parti de les abandonne . Ils chargerent,
en fe retirant , le Comte de Lautrec,
qui avec cinq Bataillons , tirés des quatorze
qu'il avoit conduits à Affeil , s'étoit avancé
vers la Gorge des Barricades , mais ce conbat
fut de peu d'importance . Le Bailli de
Givry attaqua les retranchemens de la Tour
du Pont & de Belleins , & il les força.
Les Piémontois ont fait dans cette action
une perte très - confidérable ; le Lieutenant
Général , qui les commandoit en chef , &
plufieurs de leurs Officiers de diftinction
ont été tués ; on à fait prifonniers un Briga- 1
dier de leurs troupes , beaucoup d'Officiers
,
Hiij &
1670 MERCURE DE FRANCE.
& un grand nombre de Soldats , & l'on a
pris deux piéces de canon,
On attend un détail plus circonftancié de
cette affaire , qui affûre un débouché dans
la Plaine de Piémont , & la liberté des com→
munications.
Les François ont perdu à l'attaque des retranchemens
de Belleins le Marquis de la
Carte , Brigadier des armées du Roi , & Colonel
Lieutenant du Régiment d'Infanterie
de Conty , & M. de Salis , Colonel du Régiment
Suiffe de fon nom .
Le Bailli de Givry , le Duc d'Agenois , &
le Vicomte d'Aubeterre , Colonel du Régiment
de Provence , ont été bleffés .
On mande de Laon du 29 du mois dernier,
que le 27 le Roi , en y arrivant , alla à l'Eglife
Cathédrale , & qu'il y fut reçû par
l'Evêque , lequel étant à la tête du Chapitre
, conduifit S. M. dans le Choeur. S. M. a
paffé deux jours & deux nuits dans cette
Ville , & pendant le féjour qu'elle y a fait ,
elle a reconnu, ainfi que dans les autres endroits
de fa route , combien fes Sujets s'intéreffent
à fa gloire & à fa confervation .
Le Lord Tirconel que le Prince de Conty
a dépêché au Roi , pour apporter à S.M.
la nouvelle du fuccès de l'attaque des Barricades
qui défendoient l'entrée du Pié
mont
JUILLET. 1744. 1671
mont , joignit le Roi à Laon le 28 , & S. M.
apprit par cet Officier , que les troupes Piémontoifes
, qui étoient dans les retranchemens
de la Vallée de Sture , les avoient ,
abandonnés ; que les Efpagnols
& les François
, ayant forcé les retranchemens
de la
Vallée de Belleins & de la Tour du Pont ,
s'étoien emparés du Château Dauphin , &
que ces avantages leur affûroient
le moyen
de s'avancer dans la Plaine du Piémont , &
une communication
libre avec le Dauphiné
& avec la Provence ; que l'Infant d'Espagne
Don Philippe , pour faciliter le tranfport
de l'artillerie , avoit ordonné de réparer
tous les chemins qui avoient été rompus
par les Piémontois
; que ce Prince étoit occupé
à faire les difpofitions
néceffaires pour
le Siége du Fort de Demont, & qu'on avoit
dû commencer
le 28 à jetter des bombes
dans ce Fort , qui , felon les apparences , ne
feroit pas une longue réfiftance.
On compte que les Piémontois , dans les
'differentes attaques de leurs retranchemens.
& dans leur retraite , ont perdu environ
2500 hommes.
Hiiij AC1672
MERCURE DE FRANCE.
ACTIONS de Graces renduës , & Réjouiffances
faites à Paris au fujet de la prife
des Villes d'Ypres & de Furnes par le Rai
en perfonne.
D
'Abord après la priſe de la Ville d'Ypres,
qui a fuivi de près celle deMenin,
le Roi en rendit lui -même de folemnelles
Actions de graces à Dieu ; & dans le même
efprit & avec la même diligence S. M. écrivit
à l'Archevêque de Paris & à tous les Prélats
de fon Royaume la Lettre fuivante.
Mon COUSIN , la Conquête de Menin
vient d'être fuivie de celle d'Ypres. Cette
Place , l'une des plus fortes des Pays-Bas,
rentre fous mon obéiffance après dix jours
de tranchée ouverte. Un fuccès aufli rapide,
& qui eft encore fi fort au- deffus de ce que
je pouvois attendre de la valeur de mes
troupes , eft une nouvelle preuve de la protection
que Dieu , qui connoît mes vûës pacifiques
, continuë de donner à la justice de
mes armes ; & voulant lui rendre les actions
de graces qui lui font dûës , je vous fais cette
Lettre pour vous dire que mon intention
eft que vous faffiez chanter le Te Deum dans
l'Eglife Métropolitaine de ma bonne Ville
de Paris , & autres de votre Diocèſe , avec
les folemnités requifes, au jour & à l'heure
le Grand-Maître , ou le Maître des Cérémonies
que ?
JUILLET. 1744. 1673
4
rémonies vous le dira ma part , & que
Vous y invitiez tous ceux qu'il conviendra
d'y affifter. Sur ce je prie Dieu qu'il vous ait
MON COUSIN , en fa fainte & digne garde.
Ecrit à Lille le deux Juillet 1744. Signé,
LOUIS , & plus bas , PHELIPPEaux .
En conféquence , l'Archevêque de Paris
donna un Mandement , dont voici la teneur.
CARLES- GASPARD- GUILLAUME DE
VINTIMILLE,& .Aux Archiprêtres de Sainte
Marie- Magdeleine , & de S. Severin , & aux
Doyens Ruraux de notre Diocèfe : Salut &
Bénédiction .
La prife de Ville d'Ypres , l'un des plus
fort remparts qui couvroient les Etats poffedés
dans la Flandre par la Reine de Hongrie
, eft un nouveau gage de la Protection
Divine fur la France . Le fuccès de l'entreprife
qui a fait rentrer cette Place fous l'obéiffance
du Roi , a été fi prompt & fi rapi
de , qu'il a furpaffé , ainfi que S. M. nous
l'affûre elle-même , les efpérances que lui
avoient fait concevoir le courage de fes
troupes , & l'extrême valeur de fes Soldats
Redevables au Dieu des Armées d'un évenement
heureux , férions - nous ou aflés
avengles pour méconnoître la main qui nous
protege , ou affés infenfibles pour n'être pas
touchés des effets redoublés de la bonté en
yers nous ?
Hv Le
1674 MERCURE DE FRANCE.
Le Roi en prenant poffeffion de cette im
portante Conquête , en a fait d'abord un
humble hommage à celui qui eft le feul Puif
fant , le Roi des Rois , & le Seigneur des Seigneurs.
Il nous ordonne aujourd'hui de nous:
acquitter du même devoir , & de reconnoî→
tre par de folemnelles actions de graces ,
que Dieu eft le principal Auteur des avanta
ges que S. M. a remportés fur les Puiffances:
alliées & réunies contre elle..
C'eſt ainſi qu'à l'imitation de David victorieux
de fes ennemis, notre religieux Mo
marque avoue & publie hautement , qu'au
Seigneur appartient la Grandeur, la Pujance,
La Gloire & la Victoire , & qu'à lui par confé
quent eft due la bénédiction & la loitange :
C'eft ainfi qu'il nous invite à nous unir à
Bui , pour publier combien le Seigneur est grand,.
& pour célebrer la gloire de fon faint Nom.
Empreffons-nous. d'obéir à des ordres fr
refpectables , & fouvenons-nous , que file:
Cick ne fe laffe point de multiplier fes bienfaits,
nous ne devons pas nous laffer de louer
fa bonté & d'exalter fa Puiffance . 11 feroir
honteux que ce qui doit ranimer à cet égard
notre zéle , fervît à le ralentir , & que la
multitude des graces que Dieu nous accorde
, en diminuat le prix à nos yeux , ou en
affoiblit le fentiment dans nos coeurs ..
A CES CAUSES , après en avoir conferé
avec
JUILLET . 1744. 1675
avec nos vénérables Freres les Doyen , Chanoines
& Chapitre de notre Eglife Métropopolitaine
, nous ordonnons, qu'en action de
graces de la prife de la Ville d'Ypres , Dimanthe
prochain 12 du préfent mois de Juiller
on chantera le Te Deum dans notredite Eglife
, après lequel on dira l'Antienne , Domine
falvumfac Regem , & c. avec le Verfet ,
Fiat manus tua , &c. & l'Oraiſon Pro Rege
& ejus Exercitu. Que Dimanche 19 du même
mois , il fera pareillement chanté avec
ladite Antienne dans toutes les Abbayes
Chapitres , Paroiffes & Communautés Séculieres
& Régulieres de la Ville & des
Fauxbourgs de Paris , & le Dimanche d'après
la réception de notre préfent Mandement ,.
dans toutes les autres Eglifes de notre Diocèſe.
SI VOUS MANDONS , que ces Préfentes
vous ayez à notifier à tous Abbés , Prieurs,
Curés , Supérieurs & Supérieures des Communautés
exemptes & non exemptes , à ce
qu'ils n'en ignorent , & qu'ils l'obfervent &
faffent obferver par les perfonnes qui leur
font foumifes . Donné à Paris en notre Palais
- Archiepifcopal le 8 Juillet 1744. Signé ,
CHARLES , Archevêque de Paris , &c.
< Le même jour , les Six Corps des Marchands
de la Ville de Paris! firent chanter un
Te Deum avec beaucoup de folemnité dans
P'Eglife
H vj
1676 MERCURE DE FRANCE.
l'Eglife Paroiffiale de S. Euſtache . La Cérémonie
commença à fix heures du foir par le
chant de quelques Hymnes , Cantiques
Répons , &c . enfuite defquels , M. le Curé
officiant , entonna le 7e Deam , qui fut continué
& exécuté par les Muficiens du Roi ,
ayant à leur tête M. Blanchard , Maître de
Mufique de la Chapelle en Quartier , Auteur
de la compofition , & avec une excellente
Symphonie.
Toute l'Eglife , dont la grandeur fut à
peine fuffifante pour contenir la grande af-
Auence du Peuple ,étoit magnifiquement dé
corée. Le maître Autel,fur tout, qui étoit orné
du Parement dont S. A. R. a fait préfent
depuis peu à fa Paroiffe , & dont on a parlé
dans le Mercure..
Cet Autel étoit chargé de 42 grands
Chandeliers d'argent , & il y avoit dans le
Choeur fix Luftres de fix bougies chacun ,
autant dans la Nef, fans compter huit Guéridons
, chargés d'autant de Girandoles dans
le Sanctuaire , où étoit placé le nombreux
Clergé de cette Eglife.
Les hautes Stales du Choeur étoient occupées
du côté du Sanctuaire , par Mrs da
Châtelet, ayant à leur tête M. le Lieutenant
Général de Police , toutes les autres Stales
tant hautes que baffes , par les Juges Confuls
, & par les anciens Gardes & Sindies
des
JUILLET. 1744. 1677
des fix Corps , felon leur rang & ancienne
té : 200 chaifes de tapifferie occupoient le
carreau du Cheur , pour fuppléer au défaut
"
des Stales.
La Nef & la croifée étoient aufli remplies
de pareilles chaifes . Le milieu de la croifée
en face du Cheur,étoit occupé pas la Mufi
que & par les Infpecteurs de Police , en habits
d'ordonnance .
L'ordre au reste a été merveilleux pour
éviter la confufion , & prevenir les accidens
qu'une grande foule de peuple pouvoir
caufer. On avoit difpofé des barrieres dans
les bas côtés de l'Eglife ,pour les féparer entierement
de la Nef & du Choeur. Auffi
toute la Cérémonie s'eft paffée avec autant
d'ordre & de tranquilité , que de dignité ,
& à la fatisfaction de tout le monde..
Le 18 du même mois , le Grand Prieur de
L'Abbaye Royale de S. Germain-des- Prez
donna auffi fon Mandement fur le même
fujet , contenant ce qui fuit..
JEAN-BAPTISTE BOURDET , Grand-Prieur
de l'Abbaye Royale de S. Germain- des-
Prez , immédiate au Saint Siége , & Vicaire
Général de S. A. S. M. de Comte de Clermont
, Prince, du Sang , Abbé Commandataire
de ladite Abbaye : A tous les Fidéles
de
1678 MERCURE DE FRANCE.
de notre Jurifdiction. SALUT EN NOTRE
SEIGNEUR
Le Seigneur continuë de favorifer les Ar
mes du Roi , & à fe déclarer en faveur de la
caufe pleine de juftice qu'il défend. A peine
lui a-t'il ouvert les Portes de Menin , qu'il
lui ouvre celles d'Ypres . Cette Place im
portante , que la nature & l'art rendoient
prefqu'imprenable , auroit dû l'arrêter plufieurs
mois , mais elle lui a prefenté les clefs
après dix jours feulement de tranchée ou
verte. Notre augufte Monarque reconnoît
ici l'oeuvre de Dieu , & moins ébloui d'un
fuccès fi rapide , que plein de reconnoiffance
envers le Dieu des Armées , il lui en rap
porte toute la gloire. Entrons dans des vûës
fi chrétiennes , & pénétrés des mêmes fentimens
de Religion , béniffons le Seigneur
qui nous donne des marques fi éclatantes de
fa protection . Que nos faints Temples retentiffent
des Actions de graces qui lui font
dûcs ; mais continuons à lui demander furtout
cette Paix que les Rois , que les Victoires
, que le Monde ne fçauroient donner
, & qui ne peut être que l'ouvrage de
fes Miféricordes infinies.
A CES CAUSES , pour fuivre les pieufes
intentions du Roi , & pour fatisfaire aux devoirs
de notre miniftere , nous ordonnons
que Dimanche dix-neuf du préfent mois , à
l'iffue
JUILLET. 1744- 1679
Fiffue des Vêpres , on chantera dans notre
Eglife le Te Deum ; le Pfeaume Exandiat ;
Oraifon Pro gratiarum Actione , & celle
qui eft marquée Pro Rege & ejus exercitu.
DONNE' en l'Abbaye Royale de S Germaindes-
Prez le dix - huit Juillet 1744. Signé ,
F. J. B. BOURDET , Grand Prieur & Vicaire
Général de S. A. S. &c.
En conféquence de la Lettre du Roi à
l'Archevêque de Paris on chanta , le Dimanche
12 Juillet après midi , dans l'Eglife
Métropolitaine de cette Ville , le Te Deum
auquel ce Prélat officia pontificalement. Le
Chancelier de France , accompagné de plufieurs
Membres du Confeil d'Etat , ainfi que
le Parlement , la Chambre des Comptes , la
Cour des Aydes & le Corps de Ville , qui
avoient reçu , felon la coûtume , des Lettres:
du Roi , & qui y avoient été invités de la
part de S. M. par le Marquis de Dreux ,
Grand Maître des Cérémonies y affifterent ..
Les Prevôt des Marchands & Echevins
avoient fait travailler à l'élévation
& décoration d'un grand Edifice de charpente
qui devoit contenir le feu d'Artifice
qu'on a coûtume de tirer vis-à- vis l'Hôvel-
de -Ville en pareille occafion..
Cet Edifice reprefentoit une Fortereffe des
mieux entenduës , & ornée exterieurement
de tous les Symboles & attributs de la
Guerre
1680 MERCURE DE FRANCE.
J
Guerre , Trophées d'Armes , entremêlés de
branches de Laurier & d'Olivier canons
, c. Elle étoit terminée par un Donjon
, duquel s'élévoient des Guérites fur
Tes Angles. La principale Face du Donjon
étoit ornée de l'Ecu des Armes de France, &
immédiatement au-deffous étoit peinte une
Renommée fonnant de la Trompette , d'une
main appuyée fur le Portrait du Roi enfermé
dans un Cartouche & foutenu par un
Génie.
Cet Edifice a été élevé & exécuté fous la
conduite de M. Beaufire , Architecte du Roi
& de l'Académie d'Architecture , Maître
Général , Contrôleur Infpecteur des Bâtimens
de la Ville, & peint par les Sieurs Du
Mefnil Freres , Peintres ordinaires de la
Ville.
Il fut affiché en même- tenis diverfes Ordonnances
des Prevôt des Marchands &
Echevins , & du Lieutenant Général de Police
, tant pour les Illuminations qui devoient
être faites le même jour par toute la Ville ,
que pour prevenir les accidens & pour la
sûreté publique. Et au moyen de ces fages
precautions , tout s'eft paffé , & a été exécuté
avec tout le fuccès & toute la tranquillité
poffibles.
Le 19 Juillet , jour que le Te Deum fut
folemnellement chanté dans l'Eglife de
l'AbJUILLET.
1744. 1681
l'Abbaye S. Germain , on fit dès le grand
matin ,une falve de plufieurs piéces de canon
& coulevrines, placées dans le grand Jardin
du Monaftere . A midi , on fonna les groffes
cloches & on fit une feconde falve de la
même Artillerie ; on en fit d'autres pendant
le Te Deum & vers les neuf heures du foir ,
après une derniere falve , on illumina toute
fa façade extérieure du Monaktere , & toutes
les Maifons de la Cour,
On fit la même chofe dans la Cour de
l'Abbé , & le Palais fut tout illuminé d'une
maniere ingénieufe. Le fond du Jardin le
fût auffi . Plufreurs Piéces de vin coulerent
pour le Peuple , & il y eut quantité de rafraîchiffemens
pour les perfonnes de confi
deration.
Une infinité de monde , accouru de tout
le Fauxbourg S. Germain , rempliffoit les
deux grands Enclos de l'Abbaye ; cependant
il n'y eut ni confufion ni défordre , ce qui
eft fans doute dû à la bonne Police des Öfficiers
de Juftice , qui avoient fait afficher
dès le matin une Ordonnance fur ce fujet ,
au nom de S. A. S. M. le Comte de Clermont
Prince du Sang , Abbé Commandataire
& de Mrs les Prieur & Religieux , & c.
En finiffant ce que nous avions à dire fur
ces cérémonies , nous donnerons ici une
idée de la Ville , dont la prife a été le
fujet.
La
1682 MERCURE DE FRANCE.
La Ville d'Ypres , l'une des plus confide
rables des Pays-Bas , eft fituée fur la petite
Riviere Tper , qui lui a donné fon nom ,
quatre lieues de Menin , à fept de Bergues
& de Nieuport , à neuf de Dunkerque , de
S. Omer , & de Bruges , & à treize de Gand.
Son circuit étoit autrefois le triple de ce
qu'il eft aujourd'hui , quoiqu'encore fort
confiderable , par les differentes révolutions .
arrivées à cette Ville .
Les Normands la faccagerent au commencement
du IX Siécle . Après leur retraite ,
elle fût fortifiée par Baudouin V. Comte de
Flandre , & par fes fucceffeurs. Louis VI ,
dit le gros , Roi de France ,la prit en 1128 ,
& Philippe -Augufte s'en rendit le maître en
1213. Les Anglois l'affiégerent en 1383 ,
mais ils furent obligés de lever le Siége
Epoque mémorable , qui eft rappellée annuellement
par une Proceffion générale.
>
Philippe de Bourgogne , maître de la
Flandre , par fon mariage avec l'héritiere
du dernier Comte , fortifia Ypres , & cette
Ville demeura affés paisible jufqu'à l'année
1557 , qu'elle tomba au pouvoir des Religionnaires
, révoltés contre Philippe II . Roi
d'Espagne , lefquels démolirent les Convents
, chafferent les Religieux , & abolirent
prefqu'entierement la Catholicité , ce
qui dura jufqu'en 1584 ,que la Ville revint
au
JUILLET. 1744 1683
pagne par
au Roi d'Efpagne fous le Gouvernement
d'Alexandre Farnefe , Prince de Parme.
Le Prince de Condé, commandant l'Armée
du Roi , la prit en 1648 , mais elle fût reprife
l'année d'après. M. de Turenne s'en
rendit maître en 1658 , & elle revint à l'Eſla
Paix des Pyrenées en 1660 .
Louis XIV, en perfonne, la prit en 1678
en huit jours de tranchée ouverte , & lui
étant demeurée par le Traité de Nimegue
ce Prince la fit beaucoup fortifier. Elle a été
cedée à l'Empereur Charles VI , en vertu du
Traité d'Utrech ; & par celui de la Barriere
, les Hollandois y ont mis une Garnifon.
L'Evêché d'Ypres eft fuffragant de la Métropole
de Malines ; il fut érigé en 1559 par
le Pape Paul IV. La Cathédrale, dont le Titre
eft S. Martin , eft ornée d'un Chapitre
très-nombreux , avec plufieurs Dignités
dont la premiere , qui eft le Doyen , eft à la
nomination du Roi.
Douze Echevins ayant à leur tête un
Avoie , ou Préfident , exerçent la haute
moyenne & baffe Juſtice , ainfi que la Police
& les Finances , affiftés de cinq gradués ,
nommés Confeillers Penfionnaires , ayant
voix confultative , &c. Il y a auffi un Bailliage
créé par le feu Roi.
C'étoit autrefois une fort grande Ville
très
1684 MERCURE DE FRANCE.
très-peuplée & des plus marchandes, enforte
qu'au Dénombrement fait en 1242 , on y
compta deux cent mille habitans. Il y a encore
aujourd'hui fix grandes Paroiffes , hait
Convents d'Hommes , dix de Filles , trois
Hôpitaux pour les Malades , deux Maifons
pour Hommes & pour Femmes âgés , ou
invalides , deux Hôpitaux pour élever de
pauvres Enfans des deux fexes , aufquels on
fait apprendre des Métiers , &c. Un Bégui
nage , ou Maifon de Retraite pour des Filles
d'un certain âge , &c . Un Séminaire enfin
pour de pauvres Eccléfiaftiques , avec
des Bourfes pour un certain nombre de
jeunes Etudians.
A peine avoit-on achevé les cérémonies
dont nous venons de rendre compte , qu'on
apprit la continuation de la profperité des
Armes du Roi , par la nouvelle de la prife
du Fort de la Kenoque & de la Ville de
Furnes voici la Lettre que S. M. écrivit
fur ce fujet à l'Archevêque de Paris .
MON COUSIN , le même jour que mes
Troupes font entrées dans Ypres , le Fort de
la Kenoque s'eft rendu au Duc de Boufters ,
en feize heures d'attaque , & mon Couſin le
Comte de Clermont , que j'avo chargé
d'inveftir la Ville de Furnes , en a conduit le
Siége avec tant d'intelligence , qu'il a réduit
la
JUILLET. 1744 1685
la Place à mon obéiffance le dix de ce mois
en trois jours de tranchée ouverte. Ces fuc
cès qui mettent en sûreté ma Frontiere de
la Flandre maritime , depuis la Lys jufqu'à
la Mer , & qui renverfent les projets que
mes ennemis n'avoient jamais ceffé d'y former
, font des preuves réiterées de la protection
que la Divine Providence continue
de donner à la juftice de ma Caufe , & voulant
lui rendre les actions de graces qui lui
en font dûës , je vous écris cette Lettre ,
pour vous dire , que mon intention eft que
vous faffiez chanter le Te Deum dans l'Eglife
Métropolitaine de ma bonne Ville de Paris ,
& autres de votre Diocéfe , avec les folemnités
requifes , au jour & à l'heure que vous
dira le Grand-Maître , ou le Maître des Cérémonies
de ma part , & que vous yinvitiez
tous ceux qu'il conviendra d'y affifter : fur
ce , je prie Dieu , qu'il vous ait , MON COUSIN
, en la fainte & digne garde. Ecrit à
Dunkerque le 17 Juillet 1744. Signé ,
LOUIS ; Et plus bas , PHELYPEAUX.
Et au dos eft écrit : A mon Coufin l'Archevêque
de Paris , Duc de Saint Cloud ,
Pair de France , Commandeur de l'Ordre
du Saint-Efprit.
Le lendemain de la reception de cette
Lettre , l'Archevêque de Paris fit publier
le Mandement qui fuit ;
CHARLES
1686 MERCURE DE FRANCE.
CHARLES - GASPARD - GUILLAUME DE
Vintimille des Comtes de Marſeille du Luc,
par
la Miféricorde Divine , & par la grace
du faint Siége Apoftolique , Archevêque de
Paris , Duc de faint Cloud , Pair de France
Commandeur de l'Ordre du Saint-Eſprit ,
>
e.Aux Archiprêtres de fainte Marie - Magdeleine
& de faint Severin , & aux Doyens
Ruraux de notre Diocèſe : SALUT ET BENEDICTION
.
Pour nous conformer aux intentions du
Roi , qui comme vous l'apprendrez par la
Lettre , que Sa Majefté nous a fait l'honneur
de nous écrire , veut que nous rendions
au Seigneur de folemnelles actions de graces
pour la prife du Fort de la Kenoque &
de la Ville de Furnes , après en avoir conferé
avec nos vénérables Freres les Doyen
Chanoines & Chapitre de notre Eglife Métropolitaine
, nous ordonnons que le Te
Deum avec le Verfet Benedicamus Patrem &
Filium , & c. & l'Oraifon Pro gratiarum actione
l'Antienne , Domine falvum fac Regem
, &c. le Verfet , Fiat manus tua , & c. &
' Oraifon Pro Rege & ejus Exercitu , ſera
chanté Jeudi prochain vingt-trois du prefent
mois de Juillet dans notredite Eglife ;
Dimanche vingt -fix du même mois , dans
toutes les Abbayes , Chapitres , Paroiffes &
Communautés Séculieres & Régulieres de
la
JUILLET. 1744- 1687
La Ville & des Fauxbourgs de Paris ; & le
Dimanche qui fuivra la reception de notre
prefent Mandement , dans toutes les autres
Eglifes de notre Diocèfe . Si vous mandons
que ces Préfentes vous ayez à notifier à
tous Abbés , Prieurs , Curés , Superieurs &
Superieures des Communautés exemptes &
non exemptes , à ce qu'ils n'en ignorent.
Donné à Paris en notre Palais Archiepifcopal
le vingt Juillet 1744. Signé , CHARLES ,
Archevêque de Paris.
En conféquence , le Te Deum fut folemnellement
chanté dans l'Eglife Métropolitaine
le Jeudi 20 Juillet , auquel l'Archevêque
officia pontificalement. Le Chancelier de
France , accompagné de plufieurs Confeillers
d'Etat & Maître de Requêtes , y affifta , ainfi
que le Parlement, les autres Cours Superieutes
, & le Corps de Ville , invités de la part
du Roi par le Marquis de Dreux , Grand-
Maître des Cérémonies .
Le foir,il y eut des Illuminations générales
par toute la Ville , ordonnées par les
Prevôt des Marchands , & Echevins , & par
le Lieutenant Général de Police. La joie fût
univerfelle , la tranquillité entiere , & il
n'arriva pas le moindre accident par les fages
précautions des Magiftrats , portées dans les
Ordonnances dont on vient de parler.
Le
1688 MERCURE DE FRANCE.
Le Dimanche fuivant 26 Juillet , le Te
Deum fût auffi chanté folemnellement dans
l'Eglife de l'Abbaye S. Germain avec les
Cérémonies accoûtumées , & le foir il y eut
les mêmes Illuminations & les mêmes marques
de réjouiffances dont on a vû ci- devant
le détail .
La Ville de Furnes eft fituée dans la Partie
Occidentale de la Flandre. Elle a titre de
Vicomté , & tient aujourd'hui le premier
rang entre les Villes qui font fur la Côte
Maritime. Furnes fût cedée à la France en
1668 , par le Traité d'Aix- la- Chapelle .
Louis XIV la céda à l'Empereur Charles
VI & à la Maifon d'Autriche par les Traités
d'Utrech , de Raftad , & de Bade . Les Provinces-
Unies en ont eu la garde & le droit
d'y tenir garnifon par le Traité de la Barriere
, auffi -bien qu'au Fort de la Kenoque ,
tué près de Dixmude , fur le Canal qui
conduit à Nieuport , & dans l'étenduë de la
Grande Châtellenie de Furnes , laquelle
contient quarante-deux Villages.
PRIERES
JUILLET. 1744" 1689
FRIERES & Réjouiffances faites à Châtillon
-fur - Seine , en Bourgogne. Extrait
d'une Lettre écrite de cette Ville , le 10
Juillet 1744.
Es RR. Peres Feuillans ont toujours,
>
Congrégation , un zéle ardent pour la perfonne
facrée de nos Rois. C'eft dans cet
efprit que les . PP . Feuillans de la Ville - de .
Châtillon en Bourgogne , fe font diftingués
dans les conjonctures préfentes , en célébrant
dans leur Eglife le Dimanche S5 Juillet
, une Meffe folemnelle avec expofition
du Très-Saint Sacrement , &c. pour la confervation
de la perfonne du Roi , & pour la
continuation de la profperité de fes Armes ,
ce qui doit être continué dans la même
Eglife par des Meffes baffes & autres Prieres
, jufqu'au retour de S. M. A l'Elévation
du S. Sacrement de la grande Meffe , on
chanta un fort beau Motet , dont les
les étoient afforties à cet Augufte fujet : 0
verè digna Hoftia fpes unica Fidelium ; in
te confidit Gallia ; Da pacem , ferva Lilium .
La Meffe finie , on chanta, avec la même folemnité
, le Pfeaume Exaudiat , &c.
paro
Les PP . Feuillans avoient invité à cette.
Cérémonie par des Billets imprimés , tous
I les
1690: MERCURE DE FRANCE
les Corps de la Ville , fçavoir , le Prefidial
le Bailliage , les Echevins & Officiers de
Ville , de forte que l'Affemblée fut des plus
nombreuſes , & le peuple y vint en foule.
Le foir, on chanta dans la même Eglife un
Te Deum folemnel pour la prife de la Ville
de Menin ; le Clocher fut illuminé , & on
tira un feu d'Artifice qui réüffit , auffi- bien
que le tems pût le permettre.
MANDEMENT de S. E. M. le Cardinal
de Tencin , au fujet de la prise de la
Ville de Menin.
IERRE DE GUERIN DE TENCIN , Car
Pdinal Prêtre de la Sainte Eglife Romaine
, du Titre des Saints Nérée & Aquilée ,
Archevêque & Comte de Lyon , Primat de
France , Commandeur de l'Ordre du Saint-
Efprit , Miniftre d'Etat , &c .
> A tous Abbés , Doyens Chapitres
Prieurs , Curés , Vicaires & autres Ecclé
fiaftiques Séculiers & Réguliers , & à tous
les Fidéles de notre Diocèfe : SALUT & Bé
nédiction en Notre- Seigneur.
Goûtez , mes très-chers Freres , le fruit de
la Sageffe du Roi ; de la valeur de fes Troupes
,
redoublée encore par fon Exemple , &
fur- tout de la Protection du Seigneur : Guftate
& videte quoniam fuavis eft Dominus ,
Pfeaume
JUILLET. 1744. 169 c
Pleaume 33 , verfet 8. Il s'eft hâté de fceller
la juftice de nos armes du fceau de fes Bénédictions
, & nos actions de graces fe confondent
prefque avec nos voeux . Elles n'en
feront fans doute que plus vives. Mais n'ou
blions pas d'y joindre des inftances plus vives
encore , s'il eft poffible , pour la Paix ;
Inquire pacem perfequere eam . Ibid, verfet
14 , & ne defirons de vaincre encore , s'il
le faut , que pour hâter le retour d'un bien
fi néceffaire à toute l'Europe. Demander ,
dans ces difpofitions , de nouveaux avantages
contre nos ennemis , c'eft prier pour
eux autant que pour nous-mêmes.
A CES CAUSES , Nous Cardinal Archevêque
& Comte de Lyon fufdit , après en
avoir fait conférer de notre part avec nos
vénérables Freres Meffieurs les Doyen, Chanoines
& Chapitre de l'Eglife , Comtes de
Lyon , avons ordonné & ordonnons que le
Dimanche vingt-huit du préfent mois de
Juin , à dix heures du matin , le Te Deum
fera chanté folemnellement avec le Pfeaume
Exaudiat , & les Oraifons en actions de
graces de la prife de Menin , dans notre
Eglife Primatiale , où les Compagnies , qui
ont accoûtumé d'affifter à de pareilles cérémonies
, font invitées de fe rendre.
A l'égard des autres Villes , Bourgs & Villages
de notre Diocèfe , nous ordonnons
I ij que
1692 MERCURE DE FRANCE.
que le Dimanche ou la Fête , après la reception
de notre préfent Mandement , on chantera
pareillement le Te Deum , le Pfeaume
Exaudiat , & les Oraifons pour le même fujet
; & fera notre préfent Mandement lû ,
publié & affiché par tout où befoin fera.
DONNE' à Paris le 18 du mois de Juin 1744.
Signé , P. CARD. DE TENÇIN.
LETTRE du Roi , à M. l'Archevêque
de Sens,
Onfieur l'Archevêque de Sens , la
M Conquête de Menin vient d'être fuivie
de celle d'Ypres ; cette Place l'une des
plus fortes des Pays - Bas rentre fous mon
obéiffance après dix jours de tranchée ou
verte ; un fuccès auffi rapide & qui eft encore
fi fort au-deffus de ce que je pouvois
attendre de la valeur de mes Troupes , eft
une nouvelle preuve de la protection que
Dieu , qui connoît mes vûes pacifiques ,
continue de donner à la juftice de mes Armes
, & voulant lui rendre les actions de
graces qui lui en font dûës , je vous écris
cette Lettre , pour vous dire que mon intention
eft , que vous faffiez chanter le Te
Deum dans votre Eglife Métropolitaine , &
autres de votre Diocèfe le plûtôt qu'il ſe
pourra , & que vous ayez à convier à cette
céJUILLET
1744. 1695
cérémonie ceux qui ont accoutumé d'y af િ
fifter : fur ce , je prie Dieu qu'il vous ait ,
M. l'Archevêque de Sens , en fa fainte garde.
Ecrit à Lille le z Juillet 1744. Signé ,
LOUIS. Et plus bas , PHELIPEAUX .
AUTRE Lettre du Roi , à M. l'Archevêque
M
de Sens.
Onfieur l'Archevêque de Sens , le
même jour que mes Troupes font
entrées dans Ypres , le Fort de la Kenoque
s'eft rendu au Duc de Bouflers en feize heures
d'attaque , & mon Coufin le Comte de
Clermont que j'avois chargé d'inveftir la
Ville de Furnes , en a conduit le' Siége avec
tant d'intelligence , qu'il a réduit la Place à
mon obéiffance le 10 de ce mois en trois
jours de Tranchée ouverte ; ces fuccès qui
mettent en sûreté ma Frontiere de la Flandre
maritime , depuis la Lys jufqu'à la Mer,
& qui renverfent les projets que mes enne→
mis n'avoient jamais ceffé d'y former , font
des preuves réirerées de la protection que la
divine Providence continue de donner à la
juftice de ma caufe , & voulant lui rendre
les actions de graces qui lui en font dûës
je vous écris cette Lettre , pour vous dire
que mon intention eft que vous faffiez
chanter le Te Deum dans votre Egliſe Mé-
Lij tro1694
MERCURE DE FRANCE.
tropolitaine & autres de votre Diocèfe
avec les folemnités requifes, & que vous invitiez
tous ceux qu'il conviendra , d'y affifter
: fur ce je prie Dieu qu'il vous ait , M.
l'Archevêque de Sens , en fa fainte garde .
Ecrit à Dunkerque le 17 Juillet 1744. Signé,
LOUIS. Et plus bas , PHELIPEAUXx.
MANDEMENT de M. l'Archevêque
de Sens , Primat des Gaules & de Germanie ,
&c. pour faire chanter le Te Deum en
actions de grace de la prise de la Ville
d'Ypres , du Fort de la Kenoque , & de la
Ville de Furnes.
Jiquité du S.Siège apoftolique , Arche-
OSEPH , par la grace de Dieu & l'au
vêque de Sens , Primat des Gaules & de
Germanie , Supérieur de la Maiſon , Collége
& Société Royale de Navarre , & c. A
tous Doyens , Chapitres , Abbés , Prieurs ,
Curés , Supérieurs & Supérieures des Maifons
Religieufes de notre Diocèfe : Salut &
Bénédiction .
Quel torrent de Conquêtes , mes chers
Freres ! Nos voeux font exaucés prefqu'avant
qu'ils foient formés ; les Places fortes précipitent
leur reddition . Le Ciel ne ſemble- t'ik
pas combattre pour nous ? Tandis que les
premieres faveurs occupent encore les juftes
fenJUILLET.
1744. 1699
timens de notre reconnoiffance , Dieu comble
de nouveau nos efperances par la priſe
fubite de trois Places , dont les Remparts
multipliés ne fervent qu'à honorer davange
la rapidité de leur conquête. Triomphe
doux au vainqueur & aux vaincus. Le fang ,
le carnage , les larmes ne l'ont point foüllé.
Triomphe glorieux à notre Roi , qui retrouve
dans des Villes ennemies , des coeurs qui lui
font dévoués ; des Peuples qui triomphent
eux-mêmes du nouveau joug qu'ils reçoivent
avec joie , & qui croyent gagner autant
à fe foumettre , que le Vainqueur qui
fe les affujettit.

C'eft à Dieu que doit retourner la gloire
de ces heureufes conquêtes ; c'eft lui , c'eft
le Dieu des Armées , qui tient dans fa main
la victoire & qui la diftribue felon fes deffeins.
C'eft ainfi que l'a penfé notre Religieux
Monarque , & les pieux fentimens de
fa reconnoiffancé dâns lefquels il enviſage
ces fuccès inefperés , nous font exprimés
dans les Lettres dont il nous a honorés &
dont nous vous faiſons part.
n'ou- Mais en goûtant ces avantages ,
blions pas nos péchés, qui mériteroient plûtôt
des châtimens que des fuccès. Au milieu
des Conquêtes dont nous nous applaudiffons
, reconnoiffons que
tandis
que
I iiij
la
guerre
1696 MERCURE DE FRANCE.
il ne
re fubfifte , & que la Paix fuit devant nos défirs,
la fureur du Très- Haut n'est pas éteinte
& que fon bras eft encore étendu , Ifa . 5 .
Craignons que , plus irrité de nos crimes ,
que touché de nos actions de graces ,
tourne contre nous ce bras vengeur , qu'il
femble vouloir étendre fur nos ennemis ;
s'il les frappe à nos yeux , nous fommes intéreffés,
comme eux,à le défarmer. La guerre
quoique heureufe , eft toujours un fléau ,'
& un fléau terrible ; fi nous en fentons le
poids , fentons encore plus celui de nos
péchés , qui l'attirent. Ils fubfiftent jufques
dans nos actions de graces. La joie qui éclate
dans nos fuccès , n'eft fouvent qu'une joie
profane , quelquefois fouillée par l'intem
perance & la débauche. Dieu la réprouve ,
dès que nous ne ceffons de l'outrager par
nos iniquités.
Uniffant donc les fentimens d'une componction
falutaire aux Cantiques de notre
reconnoiſſance , méritons par la converfion
de nos coeurs , que Dieu , exauçant les vûës
pacifiques d'un Roi moderé jufques dans fes
conquêtes , & les foûpirs d'un Peuple qui
s'humilie dans fes profperités mêmes , accorde
enfin à nos voeux cette Paix qui , felon
l'expreffion d'un Prophéte , ef l'ouvrage de
la fuftice. Et erit opus juftitia Pax , Ifa 32.
Paix
JUILLET. 1744. 1697
Paix aimable , qui ramenera parmi nous la
tranquillité, la sûreté & l'abondance ; & fedebit
populus in pulchritudine pacis , & in
tabernaculis fiducia & in requie opulenta.
A CES CAUSES , conformément aux ordres
de Sa Majefté , nous chanterons un Te
Deum folemnel le Dimanche neuvième jour
du mois d'Août prochain , en notre Eglife
Métropolitaine ; & ordonnons de le chanter
dans toutes les principales Eglifes de
notre Diocèfe , avec toute la folemnité réquife
& accoûtumée , le premier Dimanche
ou Fête,après que notre prefent Mandement
y aura été reçu . Toutes les Communautés
Séculiéres & Régulières , les Officiers & les
Magiftrats des Villes y feront invités à la
maniere ordinaire. Donné à Sens le vingtsinq
Juillet , mil fept cent quarante-quatre.
Signé , J. JOSEPH , Archevêque de Sens.
Par M. MORICE DE S. JUST.
I'v MAN1698
MERCURE DE FRANCE.
MANDEMENT de M. Edme Mongin ,
Evêque & Seigneur de Bazas ,pour ordonner
des Prieres publiques ,pour la confervation
du Roi & pour la profperité de fes
Armes.
E
DME MONGIN , par la miféricorde
Divine , & la grace du Saint Siége
Apoftolique, Evêque & Seigneur de Bazas,
Confeiller du Roi en fes Confeils : Au
Clergé Séculier & Régulier , & à tous les
Fidéles de notre Diocèfe , Salut & Benediction.
Nous vous annonçons, Mes chers Freres ,,
une grande nouvelle. C'eft le départ précipité
du Roi que nous venons d'apprendre:
par la Lettre dont il nous a honoré , & par
laquelle Sa Majefté nous déclare qu'elle a
pris la réfolution d'aller commander fes armées
en perfonne.Réfolution courageufe &
bien digne d'un Roi pacifique , qui , laffé
d'avoir offert tant de fois la Paix à toute
l'Europe épuifée , nous invite à la demander
à Dieu & à en attirer fur fes armes & fur
fa Perfonne facrée les plus précieufes & les
plus abondantes Bénédictions ! Réfolution
tendre & paternelle ! C'eft un Pere qui va
fe dévouer pour fes Enfans. Oii , M.C. F.
le Roi aime fes Peuples autant que fa gloire,
&
JUILLET. 1744. 1699
& il a lui-même bien fenti jufqu'à quel
point il en étoit aimé , par tous les coeurs
qui voloient après lui fur la route , & par
toutes ces vives acclamations , qui font les
cris & les extafes de l'amour. En effet , à
voir, mêmedu premier coup d'oeil , cet Augufte
Prince , peut on fe défendre de fentir
tous les doux mouvemens qu'infpire la furprife
, le refpect & l'admiration ?
il
Adoré de toute fa Cour , rien ne l'arrêtes
part comme un éclair qui annonce la foudre
qu'il va porter , & qui déja fait trembler
tant de Villes , & déconcerte tant de Na
tions à la fois. Puiffances jalouſes , qui fai
res tant d'efforts pour vous raffembler, quel
fut votre étonnement quand vous vites cè
Monarque intrépide arriver fi prés de vous?
Vous l'admirates , fans doute , & vous en
futes troublées. Ipfi (a) videntes fic admirati
funt , conturbati funt , commoti funt : tremor
apprehendit eos. Mais hélas ! n'eft- ce point à
nous-mêmes à trembler à la vue de tous les
périls où le courage impatient du plus grand
& du meilleur de tous les Rois va l'expofer?
Vous le difiez autrefois , Roi Prophête ,
& voici le Fils de S. Louis qui le dit après
vous. Non , ce n'eft ni fur la force , ni fur le
nombre de mes troupes , ni fur la valeur &
(a) Pf. 47. v. 6..
I vj
Facti1700
MERCURE DE FRANCE.
l'activité de mes Capitaines que je me répo
fe , c'est dans votre nom , (b) Seigneur , c'eft
dans votre ancien amour pour la France , &
pour le Fils aîné de votre Eglife , que j'éta
blis ma plus ferme efpérance . Me voilà prêt,
Seigneur , & je ne veux d'autre bouclier
que celui de ma Foi. Mais fouvenez - vous de
vos anciennes miféricordes , que j'invoque
& que j'implore par la bouche de vos fidéles
Miniftres.
à C'est donc à nous , mes chers Freres ,
Conjurer par nos prieres & par nos voeux le
Dieu des Armées de conduire lui-même la
main du Roi , (c ) & de lui apprendre à combattre
& à vaincre. Efprits Céleftes , veillez
fans caffe a la garde d'une Tête fi chere . Et
vous , Saint Roi , Roi glorieux , & Pere de
tant de Rois , foutenez tous les Trônes de
vos Enfans , & hâtez vous de faire defcendre
cette Fille du Cicl , cette Paix fi defirée
& fi néceffaire au repos de toute la Terre .
A CES CAUSES , pour nous conformer
aux pieufes intentions du Roi , & après en
voir conferé avec nos Vénérables Freres
Dignités , Chanoines & Chapitre , nous
avons ordonné & ordonnons que les Prie-
(b) PJ. 19. w. 8.
(a ) Pf. 143. v. Br
rcs
JUILLET. 1744. 1701
res de Quarante-Heures fe feront dans notre
Eglife Cathédrale pendant trois jours , avec
l'expofition du Très-Saint Sacrement. Nous
les commencerons Dimanche prochain, jour
de la Pentecôte , par une Meffe folemnelle ,
à laquelle nous officierons pontificalement.
Nous ordonnons pareillement que les mêmes
Prieres de Quarante-Heures fe feront
dans la principale Eglife Paroiffiale de toutes
les Villes & Bourgs de notre Diocèle , à
commencer le premier Dimanche , après la
réception de notre préfent Mandement. En
joignons aux Paroiffes , qui font dans l'enceinte
ou dans les environs defdites Villes:
& Bourgs, d'aller proceffionellement un des
trois jours faire Station dans l'Eglife où le
S. Sacrement fera expofé.
· Et à l'égard des Paroiffes de la Campagne
& des Eglifes des Communautés Religieufes
exemptes ou non exemptes , nous ordonnons
que le Saint Sacrement fera expofe ,
pendant trois Dimanches confécutifs , feulement
durant les Vêpres , après lefquelles
on chantera le Pfeaume Exaudiat & l'Orai
le Roi , & on donnera la Béné fon
diction.
pour
: Ordonnons auffi à tous les Prêtres Sécu
fiers & Réguliers de notre Diocèfe , de continuer
de dire à la Meffe les Oraifons pour
le
1702 MERCURE DE FRANCE.
la
le Roi,pendant tout le tems que Sa Majesté
fera en campagne , & de prier Dieu pour
confervation de fa Perfonne facrée , & pour
la profperité de fes Armes. Sera notre préfent
Mandement lû & publié aux Prônes
des Meffes Paroiffiales , & affiché partout
où befoin fera. Donné à Bazas , dans notre
Palais Epifcopal le 21 Mai 1744. E. Evê
que de Bazas.
LATAPY , Sécretaire.
MORTS ET MARIAGE.
E 16 Juin , Jean- Baptifte Durand de Romilly ,
Chevalier , Seigneur de Trouhans de la Grilloire
, Chevalier de l'Ordre de S. Lazare & de Notre
Dame de Mont Carmel , où il avoit été reçû le
20 Décembre 1700 , mourut à Paris , dans la 72 an
née de fon âge , fans laiffer d'enfans de feuë D.Germaine
Brethe de Clermont , morte le 18 Juin 1715,
avec laquelle il avoit été marié le 18 Mai 1712. IF
étoit fils de feu Philbert- Alexis Durand , Seigneur
de Chaumont , Préúident de la Chambre des Comp→
tes de Dijon , mort le 18 Juin 1708 , & de D. Philberte
Brunet de Chailly. M. de Romilly avoit pour
foeur Jeanne-Françoife Durand , mariée le 10 Décembre
1709 avec François- Hugues de Siry , Sei
gneur d'Efchamps , Baron de Couches , Préfident
de la Chambre des Comptes de Dijon , duquel ma→
riage eft venu Pierre François de Siry de Marigny,
aujourd'hui
JUILLET. 1744. 1703
aujourd'hui Préfident de la feconde Chambre des
Enquêtes du Parlement de Paris , & marié ave Dlle
Lotin de Charny. M. de de Romilly , qui donne lieu
à cet article , avoit pour frere aîné Philippe- Alexis
Durand de S. Eugene , Président de la Chambre
des Comptes de Dijon , avec lequel il fut maintent
dans fa Nobleffe , par Jugement des Commiffaires
Généraux du Confeil à Paris du 4 Juillet 1715 .
* Le Comte Poniatousky , Colonel dans les troupes
du Roi de Pologne , Electeur de Saxe , lequel étoit
venu fervir dans l'armée du Roi , en qualité d'Aide
de Camp du Maréchal de Noailles , eft mort à Vlamerting
le 29 , de la bleffure qu'il avoit reçûë à l'attaque
des chemins couverts d'Ypres , âgé d'environ
20 ans .
Edme- François Turmenyes de Montigny , Seigneur
de Nointel, & c. ancien Premier Maître d'Hôtel de
S. A. R. le Duc d'Orleans , Régent , mourut le 4
Juillet , âgé d'environ 66 ans . Son Corps fut d'abord
porté à l'Eglife de S. Euſtache , fa Paroiffe , dépofé
dans une Chapelle , & deux jours après tranf
porté à l'Eglife de la Terre de Nointel , où il fut
inhumé le même jour.
Le Marquis de wiffecq , Exempt d'une des Com
pagnies des Gardes du Corps , mourut le 6 à Ypres,
de la bleffure qu'il avoit reçûé devant cette Place,a
P'attaque de la Demi - Lune , qui fut emportée le 20
du mois dernier ; il étoit dans la 21 année de fon
âge.
Charles d'Orleans de Rothelin , Prêtre , Docteur de
Sorbonne , Abbé Commandataire de l'Abbaye de
Cormeilles, Ordre de S. Benoît , Diocèle de Lifieux,
l'un des Quarante de l'Académie Françoife , Honoraire
de l'Académie Royale des Infcriptions &
Belles Lettres , mourut à Paris le 17 , âgé de 53
ans
1
1704 MERCURE DE FRANCE
ans . Il étoit fi's puîné de Henri d'Orleans , Marquis
de Rothelin , Premier Guidon des Gendarmes de la
Garde du Roi , mort en 1691 , de fes bleffures , reçues
au Combat de Leuze , & de D. Gabrielle Leonor
de Montaut de Navailles , fille du Maréchal
Duc de Navailles . On n'ajoûtera rien ici fur les
grandes qualités de M. l'Abbé de Rothelin , dignes
de fa haute naiffance & d'être célébrées par les
meilleures plames des deux Académies , dont il
étoit Membre. Par cette mort la République des
Lettres fait une perte confidérable ....
Jofeph Bonnier , Baron de la Moffon , Confeiller,
Sécretaire du Roi , Maiſon , Couronne de France &
de fes Finances , Tréforier Général des Etats de la
Province de Languedoc , Bailly & Capitaine des
Chaffes de la Varenne des Tuilleries, Pont S.Cloud,.
Plaines de S.Denis, de Gennevilliers & Dépendances,
-ci-devant Maréchal Général des Logis des Camps
& Armées du Roi , & Meftre de Camp du Régiment
Dauphin de Dragons , mourut , âgé de 41 à 42 ans,
ne laiffant qu'une fille , âgée de 2 à 3 ans , de fon
mariage, rapporté dans le Mercure du mois d'Août
1737; avec Dile Gabrielle- Magdeleine Conftance du
-Moucel de Louraille. Il étoit fils de Jofeph Bonnier,,
Baron de la Moffon Confeiller , Sécretaire du Roi,
Maifon , Couronne de France & de fes Finances ,
mort à Montpellier le 15 Novembre 1726 , & de D.
Anne Melon , morte à Paris le 15 Août 1727. II
avoit pour foeur unique Dlle Anne- Jofeph Bon
nier , mariée depuis le 25 Février 1734 , avec Michel
Ferdinand d'Albert d'Ailly, Duc de Picquigny,
Pair de France , depuis Capitaine - Lieutenant de la
Compagnie des Chevau - Legers de la Garde du Roi,
fur la demiffion de M. le Maréchal Duc de Chaulnes ,
fon pere , &Maréchal de Camp depuis le 2. Juin
*1743-
Le
JUILLET. 1744. 1705
Le 10 Juin , Henry - François de Carrion de Nifas ;
Piaaquis de Murviel , ancien Capitaine de Cavalerie,
fils de Henri de Carrion de Nifas , Marquis & Baron
de Murviel , connu fous le nom de Marquis de Nifas
, Lieutenant Général des armées du Roi , Che
valier de l'Ordre Militaire de S. Louis , Baron des
Etats de la Province de Languedoc , Lieutenant de
Roi de la même Province , & ancien Commandant
pour S. M. , & pour le dernier Duc de Mantouë ,
dans le Mont Ferrat , & de D. Anne - Gabrielle de
Murviel , Marquife & Baronne de Murviel , fut marié
en l'Eglife Paroiffiale de S.Euſtache , à Paris , avec
Dlle Henriette Magdeleine Julie Jofeph de Cruffol
d'Ufez , fille de Philippe Emmanuel de Cruffol
d'Ufez de S. Sulpice d'Amboife , Marquis de S. Sulpice
, Baron des Etats de la Province de Languedoc,
& de D. Marie Louife - Antoinette d'Estaing. Voyez
pour la Généalogie de l'Illuftre Maifon de Cruffol ,
le III Volume de l'Hiftoire des Grands Officiers.de
la Couronne , fol . 762 , & pour celle de Carrion de
Nifas , confultez la premiere partie du fecond Regiftre
de l'Armorial General du Juge d'Armes de
France , &c.
APTABLE.
lacas FUGITIVES . Palémon , Tircis . Eglo
1499
Réponſe du R. P. Texte à une Lettre anonyme ,
& c . 1504
Nouvelle Traduction du Diftique de Virgile , Note
pluit totá ,
Aveu à Mile B.
1520
1521
Lettre de M. D. L. R. fur, l'Imitation de Jefus-
1522
1533
Chrift ,
Réponse en Vers de M. F... à une propofition dé
Mariage ,
Mandement de l'Evêque d'Auxerre , qui ordonné
des Prieres pour la Perfonne du Roi & pour la
profperité de les armes , & Lettre du Roi au même
Evêque ,
Epitre en Vers à Mad. B... , en lui envoyant l'Extrait-
Baptiftaire de Mlle L.
Epigramme Latine fur le Vers à Soye , & Traduction
,
1535
1543
1545
Lettre de M. D. L. R. fur quelques fujets de Litterature
,
1546
1561
Rondeau irregulier à M. L *** , en lui envoyant
fon Franc falé ,
Réponse & Remerciment à l'Auteur du Rondeau
ibid.
Mots des Enigmes & des Logogryphes des deux
Volumes de Juin , 1562
Autres Explications en Vers d'Enigmes & de Logogryphes
,
Enigme & Logogryphe ,
NOUVALLIS LIttaraires, des Beaux Arts ,
1563
1564
& c.
Lete
Lettres Patentes pour l'Etabliffement d'ane Aca
démie à Rouen , 1567
Vers à M. de Fontenelle , fur l'Etabliffement de
cette Académie ,
Véritables Modéles de Latinité ,
Deſcription du Ventilateur ,
1572
1576
ibid:
L'Amour de la Philoſophie , nouveau Poëme de
M. Darnaud , Extrait , 1577
Livres Etrangers , chés Debure l'aîné 1580
Panégyrique de S. François de Paule , 1585
Difcours prononcé à l'Ecole Militaise , 1536
Livre des affligés Pénitens ,
ibid.
Sermons du P. Bretonneau 1587
Hiftoire & Defcription de la nouvelle France
ibid.
Differtations fur l'Hiftoire Eccléfiaftique & Civile
de Paris ,
Effai fur l'Esprit humain ,
Hiftoire des Indes Orientales ,
Tablettes Chronologiques , & c.
Leçons de Phyfique Expérimentale ,
1588
ibide
ibid.
1589
ibid.
Les Mours & les Ufages des Romains , nouvelle
: Edition 2
Nouveau Recueil de Poëfies ,
1590
ibid.
ibid.
ibid.
Septiéme & huitiéme Volumes de la Bibliothèque
Françoiſe ,
Hiftoire de la Ville de Montpellier
Sixiéme & dernier Tome des Actes des Saints ,
1598
Ouvrages de M. Racine , le fils , 1592
Effais fur le Génie & le Caractere des Nations
1593
Hiftoire générale des Pays - Bas 9: 1594
Oeuvres de Machiavel , ibid.
Recherches Philofophiques , & c.
ibid.
Mémoires touchant le Portugal ,
ibid.
dai
Effai fur l'Hiftoire naturelle des Polypes ,
Confultationes Medica ,
1594
1598
Nouvelle Edition de l'Introduction à l'Hiftoire de
l'Univers ibid
Septiéme & huitiéme Tomes des Cérémonies &
Coûtumes Religieufes , ibid
Traité du Sublime de Denis Longin 1596
Recueil de diverfes Fables , ibid.
Ouvrage du Pape Benoît XIV , 1597
Liber fingularis de Republica Galatarum ,
ibid.
Continuation du Recueil de Piéces de Litterature
ibid .
Mémoires du Comte de Guiche , 1598
Hiftoire de l'Empereur Charles VI , 1599
Eftampes nouvelles , ibid.
Nouvelles Cartes , 1600
Collection de Médailles , 1601
Remedes pour les Dartres , &c.
1602
Chanfons notées , 1603
1604.
Spectacles , Extrait de l'Ecole des Amans , nouveau
Ballet ,
Le Ballet Héroïque des Graces remis au Théatre ,
1614
Hypermnere remife au Théatre François , 161
Les Graces , nouvelle Comédie , zeprefentée fur le
même Théatre ,
ibid
Coraline Magicienne , nouvelle Piéce Italienne , reprefentée
à l'Hôtel de Bourgogne ,
Vers à la Dile Coraline ,
1616
1617
L'Opera Comique donne fon Spectacle gratis ,
1619
ibid
Elluminations dans l'Enceinte de la Foire ,
´L'Ecole des Amours grivois , nouvelle Piéce , jouée à
l'Opera Comique ,
:
ibid.
Autre Piéce nouvelle , intitulée le Déguisement
Paftoral , jouée fur le mêmé Théatre ,
1620
Now
Nouvelles Etrangeres , Turquie , Pruffe ,
Allemagne ,
Italie ,
Efpagne ,
1621
1623
1630
1632
1633
Génes & Ile de Corfe ,
France , Nouvelles de la Cour de Paris , &c
?
1634
ibid
Le Roi déclare le Duc de Boufflers Lieutenant
Général ,
ibid.
S. M. affifte au Te Deum à Lille ,
Monfeigneur le Dauphin & Madame de France ,
font Parein & Mareine d'une Cloche aux Capucins
de Meudon , 1635
Monfeigneur le Dauphin vient à N. D. entendre
le Te Deum , voit tirer le Fea d'artifice , & foupe
à l'Hôtel de Ville ,
Promotion d'Officiers ,
Réjouiffances & Fête à l'Académie de Vandeüil ,
Concerts chés la Reine ,
Prifes de Vaiffeaux Anglois ,
Paffage du Rhin par les ennemis ,
Inveftiffement & Siége de Furnes ,
à Boulogne ,
ibid
1636
1637
1638
ibid.
1645
1647
Le Roi fe rend à Béthune , à S. Omer , à Calais , &
Extrait de Lettre de Dunkerque >
1652
1653
Action entre les troupes de S. M. & celles de la
Reine de Hongrie , 1655
Le Roi couche à Boulogne , retourne à Calais , &
va à Gravelines & à Dunkerque , 1658
Les ennemis occupent les Lignes de la Lautern , &
s'emparent de Lauterbourg , de Wiffembourg , &
du Village d'Altſtatt ,
Wiffembourg & Altftatt repris par le Maréchal de
Coigny,
1661
1662
Le Roi vifite les nouveaux Ouvrages faits à Dun-
Kerque
xerque , &c.
1665
5. M. paffe par S. Omer , par Bergues , couche à
Béthune , & fe rend à Arras , 1664
Le Roi va à Péronne , à S. Quentin , à la Ferre , &
1667
à Laon ,
1665
Les retancheniens de Belleins & de la Tour du Pont
forcés , & le Château Dauphin emporté par les
troupes du Roi ,
Actions de Graces & réjouiffances pour la prife
d'Ypres & de Furnes ,
Mandement de M. l'Archevêque de Paris , 1673
Les Six Corps des Marchands font chanter le Te
Deum ,
Mandement du Grand Prieur de S. Germain des
Prez ,
Le Te Deum chanté à N. D.
1672
1675
1677
1679
Feu d'artifice à l'Hôtel de Ville , & Illuminations,
*
ibid.
Le Te Deum chanté à l'Abbaye S. Germain , & Illuminations
,
Defcription de la Ville d'Ypres ,
1681
1682
1684
Prife du Fort de la Kenoque & de la Ville de Furnes
, Lettre du Roi , & Mandement en conféquence
,
Le Te Deum chanté à N. D. & Illuminations, 1687
Le Te Deum chanté à l'Abbaye de S. Germain , &
Illuminations ';
11
Deſcription de la Ville de Furnes ,
1688
ibid.
Prieres & Réjouiflances à Châlons fur Seine ,
1689
Mandement du Cardinal de Tencin , 1690
Lettres du Roi à l'Archevêque de Sens , 1692
Mandement du même Archevêque , 1594
Mandement de l'Evêque de Bazas , 1698
Morts & Mariage ,
1792
Errata
Errata du fecond Volume de Juin.
Age 1409 ligne 13 , Lucrece , lifez , Salluste !
> 1. • >
Ibid. même ligne , couvrent , l . couvroient.
Ibid. 1. 23 , mit , l. on mit.
P. 1477, 1. 2 & 3 , on a fait , l. on fit. s'eft avancé, l
s'avança.
J
P. 1478 , 1. 7 & 8 , n'a pas étenduë , 1. n'étendit pas,
P. 1480, 1. › on , l. ont.
Ibid. 1. 10 du bas , eft , l. étoit .
P. 1486 , 1.3 , Science , l. Sciences.
P. 1487 , 1, 16 , Chulieu , I. Chaulieu.
Ibid. 1. 25 , Nonrrice de , l. Nourrice de.
P. 1488 , 1. 2 , dcs , l. des.
P. 1523 , au bas , l'E , l. Lenglet .
P. 153 , 1. 3 du bas , Saccinis , 1. Sarcinis.
P
Fautes à corriger dans ce Livre.
Age 1502 , ligne 9 , ôtez la virgule après fatal,
P. 1515 , 1. 4 du bas , la Flandres , l. la Flandre
P. 1521 , 1. 2 AVEU A M. B. I. AVBU A MLLE B.
P. 1523 , 1. 2 du bas , l'L , l. L.
P. 1548 , l. 8 , qui , l. qu'il.
P. 1550 , 1. 7 , Canoniques. I. Canoniques ?
P. 1561 , l . 7 , recevrois , l. recevrois.
P. 1566 1. 13 , Pole Actique , l . Pole Arctique.
P. 1975 , l. 9 , ôtez la virgule après libre , & metter
en une après l'herbe .
P. 1579 , l. 2 , ôtez la virgule après Des Airs .
P. 1588 , 1. 15 , Tome II. l. Tome III.
F
P. 1603 , 1 , fur leur Empire chaque jour , l. fu
leur Empire , chaque jour
P. 1607 , l. 17 , fidele , l. fidelle.
P. 1611 , 1. 18 & 22 , place , /. Place .
P. 1619, 1. 4 da bas , differens , l : differens
P. 1620 , l . 10 , premiere , ôtez ce mot.
P. 16241 26 , forme , L. forme.
P. 1632 , 1. 2 du bas , Teinture 1. Teinture
P. 1635 , 1.9 , Maraine , 1. Mareine.
P. 1637 , 1. 6. Ecuyer Roi 1. Ecuyer du Roi
P. 1640 , 1.5 du bas , fterling , I fterlings ; & 1.7}
auffi du bas , le , l. les.
P. 1644 , 1. pénultiéme , chaffés , L. chaffé
P. 1660 , l. is , lendemain l . le lendemain
HALIO
FEM
IYON
La Chanfon notée doit regarder la pare
1603
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le