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1744, 04-05
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MERCURE
Chés
426081
DE
FRANCE , 808210
DÉDIÉ
AU
ROI.
AVRIL
1744 .
LLIGIT
,
SPARGITE
BIBLI
A PARIS ,
GUILLAUME
rue S. Jacques.
CAVELIER ;
La Veuve PISSOT , Quai de Conty ,
à la defcente du Pont-Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais.
M. DCC. XLIV.
Avec Approbation & Privilege du Ro
LYON
*1893
DE
A VIS.
L'ARRAU,Commisau
vis- ' ADRESSE générale eft à Monfieur
MOREAU , Commis au Mercure ,
à- vis la Comédie Françoife , à Paris, Ceux qui
pour leur commodité voudront remettre leurs
Paquets cachetés aux Libraires qui vendent le
Mercure , à Paris , peuvent fe fervir de cette
voye pour les faire tenir.
On prie très- inftamment , quand on adreſſe
des Lettres on Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toûjours pratiqué , afin d'épargner , à nous le
déplaifir de les rebuter , & à ceux qui les
envoyent , celui , non-feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de les perdre
, s'ils n'en ont pas gardé de copie .
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaiteront
avoir leMercurede France de la premiere main ,
&plus promptement , n'auront qu'à donner leurs
adreffes à M. Moreau , qui aura ſoin de faire
leurs Paquets fans perte de tems , & de lesfaire
porter fur l'heure à la Pofte , on aux Meſſage
ries qu'on lui indiquera.
PRIX XXX. SOLS.
MERCURE
DE
FRANCE .
1
DÉDIÉ
AU
RQI
AVRIL
1744.
ELBLIOT
LYO
PIECES
FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
ODE ,
013
Sur
l'endurciffement des Impies.
E Roi des Rois, dans fa colere ,
Defcend pour juger les humains ;
Un
épouventable Tonnerre :
Arme fes
redoutables mains.
Impie , il va brifer ta tête ;
1.E
Déja fon bras vengeur s'apprête ...
Mais quels fons ont frappé les airsel o
Sa voix, comme un foudre qui gronde,
A ij
Ebranle
636 MERCURE DE FRANCE.
Ebranle les poles du monde .
Ecoute , & tremble , homme pervers.
****
Long- tems ma bonté paternelle
Ferma les yeux à tes forfaits ;
Dès-lors ton ame criminelle
Crût qu'ils ne s'ouvriroient jamais ;
Déja tu difois en toi- même ,
Non , il n'eft point d'Etre fuprême ;
Qui régne la haut dans les Cieux ;
Ceffons nos voeux , nos facrifices ;
Vivons au gré de nos caprices ;
Que nos paffions foient nos Dieux .
+3
Contre ta conduite inſenſée
Mon Tonnere n'eut point d'emploi ;
Ingrat , ma bonté méprifée
S'intéreffoit encor pour toi ;
Mais voici le jour de vengeance ;
Affés long-tems ma patience
Prolongeá tes malheureux jours.
Contre mes fléches éternelles
Que tes Divinités nouvelles
Viennent te donner du ſecours.
Enfin , ma trop lente juſtice,
Va venger l'honneur de fes loix ;
Punifions
AVRIL. 1744. 639
Puniffons du même fupplice
Tous les criminels à la fois.
Anéantiffons la mémoire
De tous ceux , qui mettoient leur gloire
A braver la main du Très - Haut ;
Les crimes inondent la terre ;
Tonnez , éclatez ma colere
Sur le monde entier , s'il le faut.
+30+
Fiers Miniftres de ma Puiffance ,
Foudres embraſez l'Univers ;
Portez vos feux & ma vengeance
Jufqu'au plus profond des Enfers.
Que votre fureur dévorante
Seme le trouble , l'épouvante ,
L'horreur & la mort , en tout lieu.
Et qu'enfin le mortel coupable
Au coup foudroyant, qui l'aecable,
Connoiffe qu'il existe un Dieu.
Par M. l'Abbé Durand D. L. Chanoine
de Metz.
A ììj
LET
638 MERCURE DE FRANCE.
LETTRE de M. D. L. R. écrite à M. le
Marquis de B. fur quelques fujets de
Litterature.
N répondant , Monfieur , à l'honneur
de votre derniere lettre , je fuis obligé
de commencer par le dernier article , qui
confifte à demander obligeamment des nouvelles
de ma fanté ; je préviens par là un
reproche , que vous êtes en droit de me
faire fur la longueur de mon filence , & je
me difculpe en même-tems auprès de vous,
Qui , M. j'ai été malade pendant un mois
prefque entier ; j'étois enfin prefque fur
pied , lorfqu'une équivoque de Médecine ,
occafionnée par ma fimplicité d'une parts
& de l'autre par la bêtife de celui , qui s'avifa
de m'enfeigner un certain Réméde , &
qui me l'enfeigna mal , opera tout le contraire
d'une parfaite guérifon. Vous ririez
trop , M. fi je vous expofois ici , ce mal entendu
galénique ; fçachez toujours par provifion
, que cet incident , rifible m'a procuré
la Traduction Françoife du plaifant Diftique,
qu'on lit dans le petit Recueil des Poëfies
Latines du fameux Poëte Anglois
Owen , Odonus.
Fingunt
AVRIL. 1744. 639
Finguntfecundi Medicos , Idiota , Sacerdos ,
Judaus , Monachus , Hiftrio , Rafor , Anus.
Je dois cette Traduction à un Poëte de
votre connoiffance , & de la même Province
où vous êtes actuellement ; elle fait le der
nier article de fa lettre , laquelle contient
auffi lesVers que vous avez vûs dans le Mercure
de Février, fur la préfence du Roi, à la
repréſentation de l'Opera de Rolland , &c.
y
Vous croyez donc , M. me dit M. F. fur la
fin de cette lettre , qu'il faut fe donner au
Diable , pour bien rendre ou imiter le Dif
tique d'Owen : Fingunt fe cuncti Medicos
&c. Je vous affure pourtant , que rien
ne m'a jamais moins coûté que l'Imitation
fuivante , laquelle , quoique moins laconique
que l'original , ce qui ne peut gueres
arriver autrement , me paroît néanmoins en
conferver fidélement le fens. Lifez & jugez.
Chacun eft Médecin , ou du moins prétend l'être,
L'Idiot , le Moine , le Prêtre ,
Le Juif, le Bâteleur , la Vieille , le Barbier ,
Si nous les en croyons , fçavent tous le métier.
Donnons , M. avant que de paffer à un
autre article , encore une autre preuve de
l'habileté de M. F. dans la Traduction des
petites Piéces Latines , en Vers François . Je
lui propofai dernierement celle de l'Epita-
A iiij phe
640 MERCURE DE FRANCE.
phe du Maréchal de Montmorency , décapité
à Toulouſe en 1632 ; l'exécution ſe fit ,
comme vous fçavez , dans le veftibule de
l'Hôtel- de-Ville , les portes fermées , vis -àvis
d'un Bufte de marbre de Henri-le-
Grand.
Ante Patris Statuam Nati implacabilis irá
Occubui , indignâ morte manuque cadens.
Neuter illorum ingemuit mea Fata videndo ;
Ora Patris , Nati vifcera , Marmor erant.
TRADUCTION.
Devant le Bufte vénérable
D'un Prince, à jamais cher à l'Empire des Lys ,
L'infléxibilité du courroux de fon Fils
Eclata par ma mort , honteufe & déplorable ;
Sans daigner s'attendrir , & l'un & l'autre Roi
Virent de mon deftin la rigueur trop ſévére.
Comme le vifage du Pere ,
Le coeur du Fils hélas ! fut de marbre pour moi.
Vous me faites , M. plufieurs queftions au
fujet de mon Voyage litteraire de Normandie
, dont vous avez lû la plus confidérable
partie , & que j'ai depuis augmentée de plufieurs
lettres , fans compter la Topographie
Hiftorique du Cotentin & du Pays d'Auge
que vous m'aviez confeillé de ne pas omettre
. Je répons d'abord que j'ai mis la der-

niere
AVRIL. 1744. 641
niere main à cet Ouvrage , que je fuis dans
l'intention de n'y plus rien ajouter , & de
le publier inceffamment. Pour ce qui eft de
l'Eloge & du Blâme de la Nation , qui occupe
aujourd'hui ce beau Pays , c'est-à-dire ,
toute l'ancienne Neuftrie , je n'ignore pas le
bien & lemal qu'on en a dit , & qu'on en
dit encore tous les jours , fur quoi vous me
propofez de donner un mot d'Apologie de
cette Nation , fi ingénicufe , fi fage , fi vertueule.
Je me garderai bien , M. de me donner
cette peine ; elle n'en a pas befoin , pour détruire
une prévention des plús mal -fondées.
Je me contente d'avoir rendu juftice à là
vérité & à la mémoire d'un ( a ) des plus
grands hommes qui foit né dans cette Province
, dont un Auteur ( b ) moderne , qui
ne le connoiffoit pas , a parlé indifcretement
, en donnant dans le Préjugé vulgaire .
Ce Préjugé , au refte , eft affés ancien , & a
donné lieu à un Auteur de réputation , que
vous connoiffez , de m'écrire depuis peu
une lettre , dont je m'affure que vous ne ferez
pas fâché de trouver ici un Extrait , qui
ne fera rien moins que déplacé.
Il n'est pas , M. qu'avec les grandes rela-
- tions que vous avez par tour Paris , vous ne
( a ) M. Huet , Evêque d'Avranches.
(b ) Le P. Niceron.
A v foyez
642 MERCURE DE FRANCE.
foyez informé qu'il y a en cette Ville certains
Corps, où l'on n'admet pas des perfonnes
de toutes les Provinces de la France , &
qu'il y a en particulier une certaine Nation ,
qui a l'exclufion de plufieurs fortes d'em
plois. Je ne vous la nomme point , crainte
de faire de la peine à ceux de cette Pro
vince , qui n'eft pas moins compofée d'honnêtes-
gens que les autres , Province qui excelle
en beaux Efprits , & laquelle il feroit
injufte de rendre refponfable des fautes &
du caractere de quelques particuliers.
Vous fçavez que parmi les Religieux , la
difference des Elprits a fait former differentes
Provinces , & qu'il eft rare de voir tirer
un Religieux d'une de ces Provinces , pour
le placer dans une autre. Tout le monde eft
d'ailleurs informé que c'eft cette difference
d'humeurs & de génies , qui a contribué à
divifer l'Univerfité de Paris en quatre Nations.
Je n'en dirai pas davantage. J'ai feulement
cru ce petit préambule néceffaire ,
pour vous préparer à la lecture du Texte
d'une ancienne Charte , rapportée dans les
preuves du premier Tome du nouveau Gal
lia Chriftiana.
Vous , M. qui recherchez avec empreffement
tout ce qui regarde la Ville de Marfeille
, & par conféquent la célébre Abbaye
de S. Victor de la même Ville , ne feriez-
Vous
AVRIL. 1744. 643
vous jamais tombé fur l'Acte , par lequel
l'Eglife , dite la Canourgue , au Diocèle de
Mende,fut donnée au Monaftere de S. Victor
? la Charte eft d'ELDEBERT , qui fe qualifie
: Sancta Ecclefia Mimatenfis Dei Gratia
Epifcopus. Cet Evêque , & Berenger Richard
, Vicomte , de l'avis & du confentement
du Doyen & des membres de cette
Eglife , laquelle les uns croyoient avoir été
anciennement un Monaftere , & les autres
an Chapitre ddee CChhaannooiinneess , convaincus
qu'on ne pouvoit la tirer des mains des Simoniaques
, autrement que par une bonne
Réforme , déclarent qu'ils en font Donation
au Monaftere de Notre-Dame de S.
Victor de Marſeille : » Car * , ajoutent- ils
>nous avons oüi dire , & nous fçavons en
"'
"
* Nam , ficut audivimus & ex parte didicimus , Conobium
illud , cum tanta antiquitas Nobilitatis effet
ut quinque millia Monachorum inibi habitantium
Abbas Beatus Caffianus , Doctor praclariffimus , in eo
nunc corpore requiefcens, exifteret , ficut in Libris reperitur
quos ipfe compofuit , caterorum Monafteriorum in
totâ Gallia pofitorum potiores rivuli fapientia & Regularis
Difciplina ordo proceffit , & nunc & omni facule
jam pene lapfo , fi non ficut antiquitus , tamen in tantum
viget , ut de quâcumque Patriâ in eo , caufâ Religionis
venientes , & actum in eo habitantium cognof
cere volentes accefferint , dicant cùm recefferint , hoc
potius regulariter degere , quam cetera Monafteria totius
Gallia. Gall . Chrift. Tom. 1 , inter Inftrum .
Eccl. Mimat. pag. 23.
A vj partie
644 MERCURE DE FRANCE.
29
partie par nous- mêmes , que ce Monaftere.
» étoit autrefois fi floriffant , qu'il y avoit
» 5000 Moines , dont fut Abbé le Bienheu-
" reux Caffien , Sçavant Docteur , comme
» on lit dans fes Ouvrages , lequel Caffien
eft inhumé ; que que c'étoit de cette Maifon
>> que couloient les principaux ruiffeaux de
» la Difcipline Régulière dans toutes les
» Gaules ; que quoique dans ce préfent fié-
» cle , ce Monaftere ne joüiffe pas du même
و د »y
éclat , de quelques Pays qu'on s'y ren-
>> dit pour examiner la maniere de vivre des
» Religieux , on étoit obligé d'avoüer , en
» s'en retournant , que cette Abbaye étoit
encore celle de toutes les Gaules qui étoit
» la mieux réglée. Cet Evêque parloit ainfi
l'an 1060.
C'est pourquoi , l'Evêque & les Eccléfiaftiques
confentent & déclarent que l'Eglife
de S. Martin de la Canourgue , fera déforinais
foumiſe à l'Abbaye de S. Victor ; que
l'Abbé y enverra des Moines , pour y célébrer
l'Office Divin ; que ce fera dans la fuite
un Monaftere , & qu'il dépendra de l'Abbé
& de la Congrégation de S. Victor , de forte
même que s'ils le jugent à propos , ils pourront
y prépofer un Abbé , tiré d'entre eux ;
mais voici une Claufe & une Reſtriction
qui regardent cet Abbé qu'on enverra , &
c'eft où j'en voulois venir , pour vous faire
fentir ,
AVRIL. 1744. 645
fentir , que ce n'eft pas d'aujourd'hui qu'il
y a des Nations qui font exclues de certaines
Dignités en certains Pays , & qu'on a
cru dès-lors qué le Lieu de la Nailfance
pouvoit influer fur le bon ou le mauvais
Gouvernement. Que dit donc la Charte de
plus ? Il y eft fpecifié pofitivement , que le
Religieux de S. Victor de Marſeille , que la
Communauté enverra , pour être Abbé de
la Canourgue , ne fera pas natif du Territoire
qui le trouve entre la riviére de Tarn
& celle de l'Allier : Ita tamen , ut quem miferint,
nonfit natus à Fluvio , qui dicitur Tarne
, ufque ad fluvium , qui dicitur Vlerius
fuppofé même que par Ulerius , il faille entendre
le fleuve d'Allier , ainfi que je crois
qu'on doit faire. Vous voyez que par cette
Charte de Donation & d'Inftitution , une
très-grande partie de l'Aquitaine étoit exclue
de l'honneur de fournir un Abbé à la
Canourgue , fçavoir prefque toute l'Auvergne
& le Bourbonnois , le Berri , le Limofin
, le Périgord , &c . Provinces qui , trois
fiécles après , ont fourni à l'Eglife tant de
perfonnages , qui ont occupé les premieres
places.
Oferois-je , M. vous prier de. conferer
fur cela avec M. le Fournier , fçavant Religieux
de S. Victor de Marfeille , avec qui
Yous êtes en relation ? je compte qu'il pourroit
646 MERCURE DE FRANCE.
roit nous inftruire , fi la claufe ci-deffus a
eu lieu , & fi l'Abbé qu'on a pû envoyer de
S. Victor , étoit amovible , ou de l'efpece
de ceux qu'on appelle aujourd'hui Triennaux
, ou enfin , fi au défaut d'Abbé , l'Eglife
Matrice a eu foin d'envoyer un Prévôt ,
Prieur , ou Doyen , qui ne fut
pas natif des
Pays fitués entre le Tarn & l'Allier.
Telle eft M. à peu près la ſubſtance de la
lettre qui m'a été écrite par M. l'Abbé L.
B. lequel me prie d'écrire fur ce fujet à
M. le Fournier , Religieux de S. Victor de
Marſeille , c'eſt- à- dire , à la perfonne du
monde la plus capable de nous donner les
éclairciffemens néceffaires , c'eft auffi ce que
je n'ai pas manqué de faire dans le tems ,
mais , par malheur , ce fçavant Religieux
étoit mourant , lorfqu'il reçut ma lettre , &
fa mort me fut annoncée par l'ordinaire fuivant.
Permettez - moi , M. de l'apprendre
ici à tous les gens de Lettres dont il étoit
connu , & de rendre à fa mémoire le tribut
qu'elle a droit d'exiger de moi , en attendant
un éloge dans les formes dans la premiere
Affemblée publique de l'Académie ,
dont il étoit un des plus dignes membres.
Thomas le Fournier , originaire de la Ville
de Dieppe , Diocèfe de Rouen , & iffu d'une
des meilleures familles du Pays , mourut
dans l'Abbaye de S. Victor de Marſeille ,
dont
AVRIL. 1744. 647
dont il étoit Religieux , le 20 Décembre
1743 , âgé d'environ 70 ans , regretté de
tout le Corps & de toute la Ville. Il a toujours
vécu dans une très-grande régularité ,
& dans la réputation d'une capacité confommée
dans toutes fortes de bonne Littérature
, finguliérement dans celle de l'Hiftoire
& des Monumens Eccléfiaftiques . Il
étoit bon ami , & d'une exactitude charmante
à l'égard de tous les Gens de Lettres ,
avec lefquels il étoit en Commerce , ce que
j'ai éprouvé en particulier pendant plus de
vingt années d'une étroite liaiſon , & d'une
agréable correfpondance .
J'ai gardé pour le dernier article de ma
lettre , la confirmation de la vérité d'un Evénement
des plus finguliers , & peut-être unique
dans l'Hiftoire. Le fait nous parut d'abord
fabuleux à vous , M. & à moi , en let
lifant dans la lettre , dont je vous fis part
dans le tems ; vous me chargeâtes d'en ap
profondir la vérité , & de n'en jamais parler
, qu'au cas que cette vérité fe trouvât
bien conftatée. C'eft , M. le cas où je me
trouve aujourd'hui , & par conféquent le
tems de rendre à cette vérité la justice
qu'il eft toujours tems & toujours bon de
lui rendre .
EX
648 MERCURE DE FRANCE.
EXTRAIT d'une Lettre de M. E, écrite
de Warfovie le 20 Janvier 1742.
Je profite du départ de M. le Baron de
Bezenval , qui retourne à Paris , pour vous
donner de mes nouvelles . • • Je vous
envoye en même- tems deux articles tirés du
Journal de mon voyage, qui intérefferont, à
ce que je crois , votre curiofité & celle du
Public , fi vous les jugez dignes d'occuper
une place dans votre Journal.
La petite Ville de Thorn , en Pruffe , eft
affés connue aujourd'hui par l'Hiftoire des
Guerres de Charles XII , Roi de Suéde ,
pour que je m'arrête à vous en parler. Vous
fçavez que ce Conquérant n'eut pas pour la
Patrie du célébre Copernic , la même vénération
, qu'eut Aléxandre pour la Ville de
Thebes , qu'il épargna en faveur de Pindare,
à qui elle avoit donné naiffance. Thorn fut
bombardée , & réduite dans un état fi déplo
rable , qu'elle n'a pu jufqu'aujourd'hui fe
relever .
J'arrivai le 14 Juillet dernier dans cette
Ville , & M. Schwerdtmann , qui en eft
Bourguemeftre , m'ayant invité à dîner chés
lui , il me mena l'après-midi au Palais , qui
eft l'endroit de la Ville que les bombes endommagerent
le plus , car il fut prefqu'entiérement
brûlé , & ce n'eft que depuis
quelAVRIL.
1744 6.49
ques années qu'on l'a rebâti . Parmi les Portraits
des Bourguemeftres qu'il me montra
dans la Sale de l'audience , il me fit remar
quer celui d'une femme qui naquit à Elfenaw
, à deux milles de Thorn , avec le bec
d'un Corbeau , & telle qu'elle eft repréfentée
dans le Deffein que je vous en envoye ,
& que j'ai fait fur le Tableau original même.
Cette femme cependant , toute affreufe
qu'elle étoit , époufa à caufe de fes grands
biens un Bourguemeftre de cette Ville , duquel
elle eut des enfans.
Nous allâmes de-là à la Cathédrale , qui
eft dédiée à S. Jean-Baptifte , pour y voir le
Tombeau de Copernic. Il eft contre le Pilier
, qui eft le premier en entrant à la droite
de la principale porte . Il eft repréſenté
au naturel fur une toile à genoux , les mains
jointes devant un Crucifix . Ce Portrait eft
entierement reffemblant à celui que l'on
vend à Paris . J'ai tranfcrit la principale Epitaphe
qui orne ce Tombeau .
Quem cernis vivô retinet Copernicus ore ,
Cui decus eximiumforma perfecit imago.
Os rubeum , pulchrique oculi , pulchrique capilli ,
Cultaque Appelleas imitantia membrafiguras.
Illumfcrutanti fimilem , fimilemque docenti
Afpiceres , qualisfuerat dum ſiderajuſſit ,
E
65 MERCURE DE FRANCE.
Et coelum conftare loco , Terramque rotare
Finxit in medio Mundi Titana locavit.
D. O. M.
Atque in ampliorem tanti viri Gloriam obtulit , &
Dedicavit idem qui reſtauravit
Mortuus infuo Canonicatu Wormis anno 1943. Die
11. Julii , atatis 73-
C'eft le Bourguemeftre de cette Ville ,
duquel j'ai parlé , qui a fait réparer ce
Tombeau. On voit encore à Thorn la Maifon
de ce Philofophe , qui n'a rien de remarquable.
J'attens , M. avec beaucoup d'impatience
la nouvelle de votre départ pour Paris , &
j'ai toujours l'honneur d'être avec refpect ,
votre , & c.
AParis le 15 Mars 1744-
LE
AVRIL. 1744.
LE SECOND JOB .
SONNET.
Ob, ce modéle incomparable
De maux , de trifteffes , d'ennuis
Ne fut jamais fi miférable ,
Ni fi chagrin que je le fuis .
S'il fut perfécuté du Diable ,
Si tous fes biens furent détruits ,
Nul Créancier inexorable
Ne troubla fes jours ou les nuits.
2
Mon malheur fur le fien l'emporte ;
Nuit & jour j'entends à ma porte
Les Créanciers à qui je dois.
Mais Deftin à tort je te blâme
Puifque Job avoit une femme ,
Il fut plus malheureux que moi.
Le Maire
EX52
MERCURE DE FRANCE.
諾洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗
EXTRAITS de quelques lettres , écrites
des Indes Orientales , contenant plufieurs
particularités fur les moeurs du Pays , fingu
lierement du Royaume de Travancour , & de
la Côte de Malabar.
E Royaume de Travancour a les premieres
limites dans le Sud , au Cap Ca
morain , & s'étend en remontant dans le
Nord au-delà de Coylan , ce qui fait
lieuës de côte ou environ. A l'Ouest , il eſt
borné par la Mer , & à l'Eſt par les Montagnes
de Cardamone. Le Roi de Coylan eft
Souverain , mais Vaffal & Tributaire du Roi
de Travancour ; les Hollandois ont établi
un Comptoir, & bâti une petite Fortereffe a
Coylan , & ils ont engagé le Roi de Coylan
à prendre leur parti contre celui de Travancour.
Enjaingue eft une Province de Travancour
; les Anglois y ont une conceflion
qu'ils tiennent d'un des Prédéceffeurs du
Roi Régnant . La fituation de l'établiſſement
d'Enjaingue eft charmante ; les Anglois y
ont conftruit un Fort , entre le rivage de la
Mer , & une belle riviére qui lui eft parallele
, & qui n'en eft pas éloignée de plus
de 150 toifes.
Le
AVRIL 1744. 65
&
Le Fort eft un petit petit quarré régulier en
pierre ; il n'y a de terre-plein que dans les
quatre Baftions , dont chacun porte huit canons
, deux de douze à chaque flanc ,
deux de huit à chaque face ; le Rempart qui
régne fans interruption le long des quatre
côtés de ce Fort , eft d'Argamafte , & fert de
couverture aux Logemens & Magafins , qui
font deffous , adoffès aux courtines . On voit
au milieu de la courtine & au-deffus de la
porte qui fait face à la Mer , un Pavillon
diftribué en une Sale & un Cabinet , où le
Gouverneur tient fes affifes de jour , y écrit ,
donne audience , & obferve dans la belle
faifon les Vaiffeaux & embarquations , qui
paffent continuellement le long de la côte
à vûë de terre ; les murs de cette petite For
tereffe , quoique bien conftruits , ont peu
d'épaiffeur , & ne feroient pas de grande
réfiftance contre le canon. La garniſon n'eſt
que de 30 foldats Européens, au plus, & 60-
& quelques Topaz.
La riviére qui eft près de-là , baigne les
murs d'un joli Salon , & d'un Jardin bien
entretenu , qui n'eft diftant que de demiportée
de fufil du Fort ; les cafes de la Colo
nie Angloife font alignées fur les deux côtés
d'une rue longue , large & droite , où
on a établi une corderie de Caire , qui eft
une espece de chanyre, qu'on tire du Coco
>
tier
654 MERCURE DE FRANCE.
>
tier & qui fait l'enveloppe de ce fruit.Cette
rüe ombragée d'Arquiers , de Cocotiers &
autres arbres du Pays , eft terminée par une
grande Eglife , auprès de laquelle eft la
maifon d'un Evêque Portugais & d'un
Miffionnaire Jéfuite de la même Nation ;
un Fortin , tout joignant , couvre l'Eglife ,
la Maifon Epifcopale & la Colonie , & défend
les approches du Fort du côté du Nord.
Il y a un femblable Fortin à la même dif
tance au Sud , qui défend l'entrée de la riviére
; enfin on voit partout beaucoup de
fymmétrie , de propreté & d'arrangement.
Le reste du Royaume de Travancour, tant
dans fon intérieur , que fur le bord de la
Mer ,eft divifé en plufieurs Provinces, dans
lefquelles font enclavés les Domaines de
plufieurs petits Rois, qui relevent du Roi de
Travancour. Tous les Souverains du Malabar
lui donnent unanimement le titre de
grand Roi , parce qu'il eft plus grand terrien
qu'aucun d'eux , qu'il compte parmi fes
Vallaux quantité de Rajas , de Princes & de
Seigneurs , & que les forces font fupérieures,
& par le nombre de fes Sujets & par fes
richelles . En effet le Royaume eft extrêmement
peuplé , & peut fournir so ou do
mille hommes en armes , dans le befoin , ce
qui fait une puiffance formidable pour les
Nations voisines. Mais , ni cette multitude
d'homAVRIL.
1744.
655
mes , ni les armes qui font en ufage parmi
eux , ne pourroient pas réfifter long-tems à
des troupes Européennes bien conduites ,
quoiqu'en nombre très- inférieur.
Ce Pays fe fuffit à lui- même , fans tirer
prefque aucune denrée de dehors ; il eft
très- fertile & dans la meilleure valeur qu'il
puiffe être , par les attentions du Roi & par
la bonne police qu'il a miſe dans toutes les
parties de fon adminiſtration , particuliérement
dans l'Agriculture ; outre le Ris & les
autres productions néceffaires à la vie , il a
eu foin d'y faire multiplier les plantations
de Cottoniers , de Poivriers & de Canelliers.
Les Manufactures de Toiles du Royaume
de Travancour font très-conſidérables ; la
matiére fe tire du Pays même , affés abondaniment,
pour n'avoir pas befoin de fecours
étrangers.
Colleche , Capitale du Royaume , eft le
Bazar général pour la vente des Toiles ,
non-feulement de ce Royaume , mais même
de celui de Cottale & de tous les Pays circonvoisins
où l'on en fabrique. Les Toiles
de Travancour font de diverfes qualités ,
fuivant les differens ufages aufquels on les
deftine , il y en a d'aufli fines que des Guinés
d'Tanaon de 36 conjons . Il s'y fait auffi
beaucoup de Toiles claires , à peu près comme
656 MERCURE DE FRANCE.
me la groffe Mouffeline , & des Mouchoirs
rayés , dans le goût de ceux de Bengale
mais inférieurs par la teinture & par la fabrique
à ceux de Mazulipatan & de Paliacal,
Quant aux Moeurs & Coûtumes des Mala
bars , il y a des chofes fort finguliéres ; l'ordre
des fucceffions n'y eft pas le même qu'en
Europe ; le fils n'hérite pas de fon pere ,
c'eft le neveu qui fuccéde à fon oncle mater
nel. Les enfans ne portent point le nom de
leur pere & ne font point réputés de faCafte ,
mais de celle de leur mere ; cette Coûtume
eft fondée ſur le principe phyfique , que la
filiation eft fûre de la mere à fon enfant, mais
incertaine & purement putative du pere au
fils , d'autant plus que le mariage dans ces
Pays eft une focieté libre entre un homme
& une femme , & pour le choix réciproque
& pour la durée du tems.

Les femmes de haute naiffance ont toujours
auprès d'elles un Brame Namboury
ou de quelqu'autre Caſte noble , qui eſt réputé
leur mari , mais ce mariage apparent
n'empêche pas qu'elles ne choififfent parmi
les hommes les mieux faits , ceux de qui elles
efperent des enfans beaux & bien conftitués,
fans que le mari en titre , ait droit de jaloufie
ou de reproches fur la pluralité de fes
Lieutenans , très -fouvent réformés .
Les
AVRIL. 1744. 657
Les Rois & la Religion partagent le refpect
& la vénération fans bornes de ces Peuples
; l'amour & l'attachement qu'ils témoignent
pour leurs Souverans eft légitime ,
& par le caractére refpectable d'une fouveraineté
extraordinairement ancienne dans.
les familles de la plupart de ceux qui regnent
aujourd'hui dans ce Pays , & par la
douceur & la benignité de prefque tous les
Rois Malabars.
Quoique leurs Loix défignent des peines
afflictives & des fupplices pour les differens
crimes , cependant l'effuſion du fang d'un
coupable eit rare.
Le Roi de Travancour , moins foible ,
plus politique & plus déterminé par fes
bonnes reflexions fur l'art de regner , eft
moins indulgent que tous ces Princes fainéans
, perfuadé que l'impunité engendre
le crime , que le crime trouble l'ordre &
l'harmonie de la fociété , il eft rigide & inexorable
fur la punition des crimes ; mais à
l'égard de la Religion , il paroît donner
dans les erreurs & les fuperftitions les plus
populaires ; il obferve religieufement depuis
fon enfance un régime auffi auftére que
celui de nos Anachoretes les plus mortifiés;
il n'a jamais rien mangé qui ait cu vie , ni
chair ni poiffon , ni même des oeufs , parce
qu'ils font fufceptibles de vie ; il fe nourrit
B unique658
MERCURE DE FRANCE.
uniquement de légumes , de racines , de
fruits & de laitage ; cependant avec ces
maigres alimens & malgré l'agitation & les
fatigues que la guerre & fon activité lui occafionnent
perpétuellement , il entretient
fon embonpoint , une très-bonne fanté &
un fort tempérament ; il confulte les Devins
fur la réüffite ou le mauvais fuccès de
fes moindres entrepriſes ; il a la patience de
leur voir tirer leurs augures des fruits , des
plantes , des animaux , de leur Pagode , &
fe détermine fouvent fuivant le réſultat de
ces frivoles cérémonies & fur les réponſes
de ces Charlatans .
Ces Peuples croyent s'affûrer de la vérité
des faits par l'épreuve du feu , égarement
qui mérite plûtôt notre compaffion que
nos railleries , fi nous nous fouvenons que
l'épreuve du feu étoit admiſe en jugement
parmi nous il y a plus de 400 ans , & que
celle du duel a fubfifté encore long-tems .
depuis.
La Religion des Gentils de la Côte de'
Malabar , de Coromandel & du Gange, eft, à
peu de chofe près , la même, & une des plus
anciennes duMonde.Cette antiquité eft prefque
la feule preuve fur laquelle fe fonde leur
entêtement & leur vénération pour cette
Religion , qui d'ailleurs eft un tiffu d'abfurdités
& de Fables monftrueufes & infames
dans
AVRIL. 1744.
659
dans toutes leurs circonftances . Elle fait cependant
un grand nombre de Martyrs. Le
régime rigoureux du Roi de Travancour eft
obfervé par une infinité d'autres Branes ,
mais on peut foupçonner cette obfervance
d'être purement extérieure , parce que leur
naiffance & leur état leur en impofe l'obligation,
à laquelle ils ne pouroient fe fouftraire
fans deshonorer leurs Caftes , perdre les
prérogatives & l'autorité que cette fingularité
leur donne , & encourir le mépris du
Public..
Il n'en eft pas de même du Sacrifice ,
que quelques femmes de Brames font à l'amour
& àla fidélité conjugale, en fe brûlant
vives après la mort de leurs maris ; comme
ce Sacrifice eft volontaire , il ne peut être
dans un Sexe fi foible & fi délicat , que l'effort
d'un efprit & d'un coeur intimement
perfuadés du mérite de cette action & des
récompenfes que fa Religion lui promet dans
une autre vie.
Cette étonnante cérémonie , qui paffe
parmi nos Dames Françoifes pour une
fiction des Voyageurs , qui veulent embellir
leurs Relations de merveilles , eft une
vérité conftante , dont on a vû un exemple
en 1740 à Vilnour , près de Pondichery ,
dans une jeune perfonne de 24 ou 25 ans ;
la fermeté , la préſence d'efprit & même la
Bij févérité
660 MERCURE DE FRANCE.
févérité , que cette malheureuſe victime de
la fuperftition conferva pendant les funérailles
de fon mari , les triftes adieux de
toute fa famille en pleurs,les apprêts du Bucher
, la diftribution de fes joyaux à fes parens
& amis , & au milieu des flâmes , eft
une chofe incroyable , fi elle n'étoit attefté e
par plufieurs témoins dignes de foi , &
ticuliérement par M. Dumas , alors Gouverneur
Général dans l'Inde , qui y étoit
préfent.
par
Les dévotions extraordinaires , les pénitences
longues & perfévérantes , les auftérités
, qui ne peuvent être imaginées , & le
dévouement à la mort , font communs , &
pouffés plus loin dans cette Religion qué
dans aucune autre de l'Univers ; mais ce ne
font que pratiques matérielles & charnelles,
qu'aucun principe métaphyfique ne dirige.
Čes Indiens font étonnés de notre fpiritualité
Chrétienne , qui cherche à anéantir
l'homme dans l'homme même , à déprimer
par la mortification des fens , l'efprit & le
coeur , & en les affranchiffant d'orgueil &
de concupifcence , les rendre plus fufceptibles
de la contemplation & du pur amour
de l'Etre fouverain & de la pratique des
verrus. Mais furtout ils ne conçoivent pas
notre fyftêmė Evangelique d'humilité & du
pardon des injures.
On
AVRIL. 1744. 661
On trouve parmi les Indiens des veftiges
des Sciences & des Arts , attribués aux anciens
Gymnofophiftes; ils connoiffent les fupputations
aftronomiques & calculent les
révolutions des Aftres & les Eclipfes du Soleil
& de la Lune , avec une jufteffe allés
approchante de la précifion ; mais ce n'eft
que par des pratiques fans théorie & fans
démonftration géométrique.
Ils ont auffi des Médecins , plus charlatans
& moins habiles que nos Médecins d'Europe
; ils fçavent un peu d'Anatomie , ils connoiffent
la vertu desDrogues & des Plantes,
& les appliquent avec affés de fuccès aux
maladies fimples & générales ; cependant ils
ne font ni Phyficiens ni Chymiftes; ils ignorent
prefqu'entierement le méchanifme du
corps humain ; leur Pharmacie eft purement
galénique & bornée à un petit nombre
de formules , & leur Chirurgie fe réduit
à quelques opérations triviales & de peu de
conféquence.Dans les maladies compliquées
ils font incapables , non -feulement de les
guérir, mais même de faire un raifonnement
vrai-femblable fur leurs caufes , leurs effets
& leur cure.
Ils ont des Pocfies myftérieufes & Enigmatiques
, dont il font grand cas ; les Topayes
, a qui j'en ai demandé l'explication ,
m'ont dit qu'elles étoient entendues de peu
B iij de
662 MERCURE DE FRANCE.
de perfonnes , & que la Traduction ne pouvoit
les rendre bien intelligibles , parce
que tous leurs fens , leur fineffe & leur fel
confiftent dans les équivoques du Langage ,
dans des métaphores relatives aux moeurs ,
aux ufages des gens du Pays , ou à des faits.
de leurs Hiftoires & de leur Théologie, dont
il faudroit avoir une connoiffance parfaite
pour en faire l'application & en développer
la penfée.
J'ai vu quelques Sçavans en France , qui
prétendent que toutes les Sciences dérivent
des Indes ; qu'elles ont paffé d'un côté à la
Chine & de l'autre en Perfe , en Arabie , en
Ethiopie & en Egypte , de-là en Grece , d'où
elles fe font répandues en Italie & dans le
refte de l'Europe ; cette opinion n'eft pas
deftituée de preuves, qui ont au moins bien
de la vraisemblance , fi elles ne font pas abfolument
convaincantes.
J'ai entre les mains une Differtation fort
ingénieufe d'un Académicien , fur le Jeu des
Echets , qui en attribue l'invention aux
Indiens , & j'ai vû effectivement un grand
nombre de Brames & de Nairs ou Gentilshommes
du Pays , qui fçavoient ce Jeu &
qui l'affirmoient originaire de leur Pays , fuivant
leurs Hiftoires & leurs Faftes , dont les
époques fabuleufes remontent dans les tems.
bien au-delà de celles de nos Hiftoriens Sacrés
& Profanes. S'il
AVRIL. 1744. 663
S'il eft vrai que les Sciences ayent pris
naiffance dans cette partie du Monde , il ne
l'eft pas moins qu'elles y font très -abatardies;
mais les Arts s'y font bien mieux confervés ;
il ya même plus de probabilité de leurs
progrès que de leur décadence . On voit en
plufieurs endroits de l'Inde , des Pagodes ,
qui font des prodiges d'Architecture pour
leur immenfité , leur élevation , leur diſtribution
, l'énormité furprenante des pierres ,
la façon inconcevable dont elles ont été
pofées dans le haut de ces grands Edifices ,
la fingularité de leur coupe & de leur fculpture
& la folidité de leur conſtruction .
Les premiers Navigateurs Européens , qui
ont pénetré dans les Indes , y ont trouvé les
Manufactures de Coton établies de tems inmémorial,
à peu près dans la même perfection
que nous les voyons aujourd'hui pour
la fabrique & la fineffe des Toiles & des
Mouffelines , & pour le fecret des bonnes
teintures.
Les autres Arts méchaniques , auffi anciens
que les Manufactures , n'y font pas dans une
moindre perfection.
pe-
Mais ce qui fait plus particulierement notre
étonnement , c'eft la fimplicité & le
tit nombre des Outils dont les Ouvriers fe
fervent.
Un Forgeron François croira-t'il qu'un
B iiij
Mala664
MERCURE DE FRANCE.
Malabar de même profeffion , avec un jeune
garçon , porte d'Aldées en Aldées ( ce
font les Villages ) tout ce qui lui eft néceſfaire
pour forger , fon enclume , fon marteau
, fon foufflet & les menus uftanciles ,
& qu'il établit fa forge à platte terre en
une heure de tems ?
Pourra- t'on perfuader à un Cordonnier
& à un Tanneur de Paris , qu'un Malabar
écorchera un Cabry en leur préfence & leur
rapportera dans les 24 heures des Souliers
de la peau de cet animal ? Ce font cependant
des faits conftans.
Pour dernier exemple de l'induftrie de ces
Peuples , je ferai mention de la fabrique des
Monnoyes. On fçait corabien cette opération
eft compofée en France ; les Indiens
y procedent bien differemment. La fonte ,
les effais , l'affinage , l'alliage , l'ajuftage &
la marque , fe font par des moyens fi fimples
, fi faciles , fi abrégés , avec fi peu de
monde , à fi peu de frais , & cependant avec
tant de précifion , que nos Monnoyeurs Européens
ne pourroient fe le perfuader fur la
foi de qui que ce foit.
C'eft fur des Mémoires fidéles , fournis
par ceux qui ont voyagé dans l'Inde , qu'on
a fait à Paris des Vernis auffi beaux que la
plus précieufe & la plus ancienne Laque
du Japon , & qu'on a fait en Saxe des Porcelaines
AVRIL. 1744 . 665
celaines auffi , fines , d'un auffi bel émail
d'un plus beau modéle , d'une forme plus
élegante & infiniment mieux peinte , que ce
qui nous vient de plus rare en ce genre de
Kanton & de Meaco , & que l'on a fait à
Chantilly des Chittes ou Toiles peintes ,
plus fines , de meilleur goût & de couleur
aufli éclatante que celles de Mizulipatan. )
Les Malabars font plus ignorans , moins
induftrieux & moins laborieux que les Indiens
de la Côte de Coromandel ; quoiqu'ils
ne foient qu'un même Peuple & qu'ils
n'ayent qu'une même origine & une même
Religion , les révolutions , les diverfes dominations
, fous lefquelles ils ont paffe , &
la conftitution differente du Gouvernement,
ont mis une difference remarquable entre
eux .
Lorfque le célebre Aurengzeb eut fait la
conquête du Decan , des Royaumes de Golconde
, de Vizapour & de Carnatte , & qu'il
eut chaffé au-delà desMontagnes les Princes
& les Seigneurs Marates , & les foibles débris
de leur armée , échappés à fes armes victorieuſes
, il ne refta dans ces Pays conquis
que quelques Brames & la populace.
Aurengzeb & fes fucceffeurs ont concedé
depuis , fous condition d'un tribut annuel ,
à des Seigneurs Maures , Mahometans comme
eux , avec le titre de Nababes , les diver-
BY fes
666 MERCURE DE FRANCE.

fes Provinces de ces Royaumes , dont ils fe
font réfervé la fouveraineté. Ces Nababes
foit pour fe maintenir dans l'indépendance
contre les Empereurs Mogols , leurs Souverains
, foit pour contenir les Peuples fur
lefquels ils avoient acquis une domination
ufurpée , foit pour foutenir les guerres fréquentes
que la jaloufie & l'ambition allument
entre eux , foit auffi par un air de
grandeur , de fomptuofité & d'oftentation ,
qui eft dans leurgénie, ont toujours fur pied
autant de troupes qu'ils en peuvent entretenir
, & levent pour cet effet de groffes
contributions dans les Pays de leur obéiffance.
Les Indiens de la Côte de Coromandel
dans cet état de dépendance & d'oppreffion
fous, une Puiffance étrangere , qui les avoir
dépouillés de la proprieté de leurs Terres ,
n'ont point eu d'autre reffource,pour fe procurer
le néceffaire & les aifances de la vie ,
que dans les Arts les plus méchaniques &
l'Agriculture.
Leurs Brames , à qui l'éducation donnoit
plus de connoiffances & de talens qu'aux
Peuples , n'ayant plus de part au ministére
& aux affaires publiques , comme fous le
Regne de leurs Princes , fe font adonnés au
Commerce , que le luxe & la magnificence
des Maures , & les Etabliſſemens Européen
fu
AVRIL. 1744. 667
fur la Côte, ont rendu très- florifſant & trèslucratif.
Lafervitude& les occupations mercenaires
ont amolli & abbâtardi les Naturels de cette
partie de l'Inde ; ils font timides , rampans,
lâches, & ennemis du trouble & des armes ;
mais ces mêmes occupations les ont rendus
laborieux , induftrieux , & le commerce avec
les Européens les a enrichis des biens de la
fortune & de quantité de connoiffances utiles
dans les Arts & dans les Sciences. Ceux
qui habitent les Villes, portent la toque , les
mouſtaches & l'habillement, à peu près femblable
à celui des Maures , dont ils imitent
affés les maniéres , les moeurs & le luxe , à
proportion de leurs moyens & de leur opulence.
La Côte Malabare préfente un fpectacle
bien different. Les Naturels des Royaumes
qui partagent ce Pays , ont toujours été
gouvernés par des Princes de leur Nation .
Les Nairs , qui après les Brames & les Seigneurs
, font la plus haute Cafte & la plus
nombreuſe , font tous profeffion des armes ,
& fe piquent de nobleſſe & de bravoure .
Un Nair nud , à la réferve d'une paigne
autour des reins , qui lui deſcend jufqu'aux
genoüils , fes longs cheveux tortillés & noués:
fur le haut de la tête en forme d'un bourrelet,,
qu'ils nomment Condé , le fabre à la main
droite, & la rondelle au bras gauche , paffe fa
B vj vic
668 MERCURE DE FRANCE.
vie entiére dans cet état, & fe fait un point
d'honneur de cette oifiveté , & fa fainéantife
va jufqu'à fe refufer à lui-même , pour
ainfi-dire ,le fecours de fes mains , dans les
actions ordinaires de la vie , parce que la
moindre oeuvre fervile le feroit déroger &
déchoüer de fa Cafte. Ces Nairs , lorfqu'ils
vont en guerre , portent des fufils à méche ,
longs de cinq pieds , de petit calibre , qui
au lieu de croffe , n'ont qu'une poignée
recourbée & qu'ils ajuftent à un bout de
bras , ce qui fait que les coups en font mal
affurés ; mais la plupart ont actuellement des
fufils Européens ; leur arme blanche eft le
fabre ou une ferpe , dont l'extrême pefanteur
rend les coups mortels ; ils ne peuvent
s'en fervir que de fort près .
Leurs armes deffenfives font des Boucliers
de bois , couverts de cuir , ronds , concaves
en dedans & fe terminans en cône en- dehors
, ce qui les rend forts , quoique légers ;
ils fçavent s'en fervir avec affes d'adreffe ,
pour détourner la balle d'un fufil , en leur
donnant un efpece de frémiffement par une
agitation continuelle du poignet ; leur façon
de s'allonger le corps & de fe mettre
prefqu'entierement à l'abri de ce Bouclier ;
leur infpire de la hardieffe , & il ne leur
manque qu'un peu de régle & de difcipline
pour en faire de bons Soldats . On jugera
aifément
AVRIL 1744. 669
aifément qu'il n'en regne aucune parmi eux,
car 1 ° , ils ne portent jamais , que pour un
ou deux jours , de vivres & de munitions ,
& afin de pourvoir à leur défenfe & fubfiftance
, ils ont toujours des détachemens en
marche , de forte que le quart de leurs troupes
fe trouve fucceffivement & perpétuellement
détourné. 2 °. Dans le combat , chacun
avance ou recule , fuivant fon plus ou moins
de bravoure ; ils voltigent ordinairement de
brouffaille en brouſſaille , faifant le
fufil, ainfi ils ne font pas à craindre
corps en rafe campagne , mais la difpofition
de leur terrein , qui n'eft que montagnes ,
leur agilité & leur façon de combattre , leur
donneroit un grand avantage fur les Etrangers
, s'ils en fçavoient profiter , & s'ils
étoient affés fermes, pour faire regner parmi
leurs troupes le bon ordre , au lieu de la
confufion.
coup
de
pour un
Prefque toutes leurs Montagnes ou Mondrins
, font fortifiées de quarrés de terre de
15 à 18 pieds de hauteur , revêtus & bordés
de paliffades , & comme les plaines & vallées
appartiennent à differens Particuliers ,
qui font toujours en difcuffion , à peine un
homme poffede- t'il un arpent de terre , que
pour
le mettre en fûreté contre fes voifins
fon premier foin eſt de creufer des foffés de
15 à 18 pieds de profondeur autour de fon
domaine ,
670 MERCURE DE FRANCE.
domaine , qui fervent de chemin , & dont
Le haut , entouré de hayes de Bambons mâles ,
( bois ſemblable au Jet ) dont les touffes font
ferrées, qu'un chat n'y pourroit pas pafſer,
fi ce n'eft par une petite porte où ils montent
par un pied d'arbre entaillé , & lorfqu'on
les accule dans ces retranchemens &
qu'on les y force,ils.combattent jufqu'au dernier
moment avec tant de réfolution , qu'à
quelque extremité qu'ils puiffent être , ils ne
demandent jamais quartier. Une conftance fi
opiniâtre rend la guerre meurtriere & trèsdifficile
pour des Européens , qui veulent
pénetrer dans les terres ; ils courent un rifque
évident , ils s'engagent dans le labyrinthe
de tous ces petits chemins , qui font des
vrais coupe-gorge, ou fi l'on veut entreprendre
de les élargir , c'eft un travail auffi long
que pénible pour des gens déja fatigués des
grandes chaleurs.
Pour revenir aux Nairs , la guerre fréquente
entre les Rois Malabars , les fait fubfifter
affés frugalement de ce qu'ils reçoivent
des Princes qu'ils fervent & du revenu de
quelques Palmars , qu'ils afferment aux Ti
ves , Cafte inferieure , qui leur eft extrêmement
fubordonnée..
Les Tives cultivent les Cocotiers , en tirent
le Caire pour faire des cordages , les
olles ou feuilles , pour les couvertures des
maifons.
AVRIL. 1744. 671
maifons. Les Malabars fe fervent auffi de
ees feuilles pour écrire , & c'eft de là qu'une
lettre s'appelle une olle ; ils tirent auffi du
Cocotier une liqueur qu'ils nomment Calou,
efpéce de lait qu'ils laiffent fermenter , qui
devient piquant & aigre , doux , & qui
enyvre . Tous ces Pays ne font qu'une Forêt
de Cocotiers , & il eft difficile de croire la
variété des ufages & le produit du Commerce
des chofes qu'on tire de cet arbre ; ils cultivent
auffi le Poivrier & les autres productions..
Ils font travailler à la terre par les Poulias ,
Cafte très-baffe , fi vile & fi extraordinai
rement méprifée , qu'un Nair eft en droit
de couper la tête à un Poulias qui paffe audevant
de lui , ce qui affujettit ces pauvres
miférables à crier continuellement dans les
chemins , afin que ceux qui viennent à leur
rencontre prennent le deſſus du vent , où les :
avertiffent de leurs approches par un cri réciproque
, pour
, pour leur donner le tems de fe
mettre hors du chemin..
Les Maures qui fe font établis fur cette
Côte depuis long-tems, & qui s'y font beaucoup
multipliés , y font une figure bien differente
de ceux de la Côte de Coromandel ;
ils font ou Marchands ou Artifans , & tous :
fujets des Rois Malabares ; ils vont la plûpart
nuds , comme la Nation dominante ,
chés
672 MERCURE DE FRANCE.
chés laquelle ils fe font naturalifés , & en
ont aufli adopté les Mours , les Coûtumes
& le Langage ; il eft aifé cependant de les
diftinguer par la barbe qu'ils laiffent croître ,
par leurs cheveux courts , & par une petite
calote ronde qu'ils portent fur la tête.
On voit dans ces deux Tableaux contraf
tés , une efpéce d'échange , de génie , de
caractere & de temperamment , entre les
Indiens & les Maures , de l'une & l'autre
partie de la prefqu'Ile de l'Inde ; on les voir
dans une oppofition finguliére de Moeurs ,
d'ufages , d'inclinations , de profeflions &
d'occupations , chacun réciproquement avec
fa propre Nation aux deux côtés de l'Eft &
de l'Oüeft d'un même continent , féparés
feulement par une chaîne de Montagnes
qui n'empêchent point que la communica
tion & la correfpondance mutuelle ne foit
très - aifée , très rapprochée & très - fré
quente.
Il faut excepter de ces obfervations géné
rales , le Royaume de Travancour , dont le
Roi , fans égard pour l'ancienneté des Coûtumes
qu'il a trouvé établies dans fon Pays ,
choifit parmi les ufages des differentes Na
tions, ce qui lui paroît meilleur & le fait adopter
par fes fujets ; la nudité prefque univerfelle
dans le Malabar , en eft un exemple ; ce
Prince l'a réformée ; il porte des habits ; les
Grands
AVRIL. 1744. 673
Grands & ceux qui l'approchent, s'habillent
à fon imitation , & il a vétu uniformement
fes foldats à l'Européenne , d'un caleçon ,
d'une camisole & d'un grand bonnet en pain
de fucre d'une toile du Pays , rayée bleu &
blanc. Nous en vîmes 25 ou 30 , quelques
heures avant notre départ d'Ainjaingue
faire l'exercice à l'Allemande , marquer les
tems avec préciſion , & brufquer les mouvemens
avec une fierté admirable dans des
gens
auffi nouveaux dans cet Art.
>
EPITRE ,
A M. Mde D. S. A. qui chargés d'envoyer
à l'Auteur quelques Bouteilles de Ratafia
de Leprince , fameux Diftillateur , en
vuiderent une , & infinuerent dans la Bouteille
deux charmantes lettres , avec cette
étiquette : Ratafia de paroles , pour M. &c.
P Enfif & coi comme an Stylite ,
J'étois dans ma fombre Guérite ,
Entre la Bruyére , Arrouët ,
Rolin , Renel , & le tendre Greffet ,
Quand tout à coup du fouci qui m'obféde
Dans les mains portant le reméde ,
Miniftre d'un coeur généreux ,
A
674 MERCURE DE FRANCE
A mes yeux s'offre un Ganymede.
Parés d'un Titre glorieux
Maints Vafes vont verfer le Nectar falutaire
Mais , qu'apperçois - je ? Juftes Dieux !
D'un Elixir encor plus précieux
Il en eft un dépofitaire .
- J'ouvre , je lis ; Ciel ! quels effets- heureux
Produit , dis- je d'abord , cette liqueur divine !
Urbanité , fel , tours harmonieux ,
Saillie , élégance badine ;
Vit-on jamais éclore rien de mieux
D'Anacréon , & de Corine
C'à de ce jus délicieux
Et tôt & largement humectons la poitrine ;
Puiffe le mortel gracieux ,
Dont la bonté me le deſtine ,
Voir remplir fes plus tendres voeux,
Vivre fain , fortuné , joyeux ,
Jufques à l'inftant qui confine
A la deftruction de la ronde machine !
Serviteur au Dieu radieux ,
A l'Eau de ſa docte Colline ;
Le Prince déforinais , ce digne Enfant des Cieux ,
Sera l'objet de mes lyriques feux ,
Et la fource de ma Doctrine.
A l'inſtant maints coups redoublés
Suivent cet amoureux langage ;
Reines du Pinde ,à moi , courage ;
De
AVRIL. 1744. 675
De tous ces verres avalés
Faites-moi tirer avantage.
Vainement dans leur fein je cherche des tranf
ports ,
Vos Miffives , dans mes remords ,
Me font voir que ce n'eft la faute du breuvage ,
Mais bien la faute des refforts.
Tel qu'il eft cependant , ce remerciment tendre,
Agréez- le , couple charmant ,
Sans compter rigoureuſement
Le tems qu'il a fallu l'attendre.
Dans le Code des amis vrais ,
Dont à des coeurs auffi bien faits
Les Loix furent toujours cheres ,
J'ai lu jadis quelque part ,
Que remercimens finceres
Ne vinrent jamais trop tard.
P. S.
Surcroît de bien , en quatre mots ,
Veut furcroît de reconnoiffance ;
Cent grands- mercis des chapons gras & gros
Dont vous avez bourré ma panſe ;
Jamais Grecourt & fon ami Brunet
N'en virent de pareils fortir de leur crochet .
Auffi , mille fois ma tendreffe
A fait pour vous ce voeu du tems ;
Puiffe de nos jours la Maîtreffe
Clio
676 MERCURE DE FRANCE.
Clotho , pour ces coeurs bien - faifans
Sans fe laffer filer fans ceffe ;
Que pour eux Lachéfis prenne fon fuſeau d'or
Qu'elle égale leurs jours à ceux que vit Neftor ,
Comme tous deux ils en ont la fageffe.
Par M. le Chevalier de Franville.
A Ville- Franche en Beaujolois , le 18Janvier
1744 .
SUITE de la lettre , au fujet de la Topographie
des Breviaires.
JaPaire voir qu'un Ecrivain n'eſt pas ex-
E perdrois le tems , M. fi je m'étendois
à
cufable de vouloir perfifter dans ce qu'il a
avancé fur certains Lieux d'Affemblées , de
Conciles , par la raifon précifément que
d'autres Auteurs ont dit la même chofe
avant lui , & de ne vouloir pas prendre la
peine de s'inftruire dans les Livres qui ont
été compofés depuis ces Auteurs , furtout
lorfqu'on lui fait l'amitié de les lui indiquer.
Ainfi je paffe légerement fur Concilium
Vernenfe & fur Concilium Epaonenfe. Il faut
efperer que l'Anonyme , s'il eft encore vivant
,
AVRIL. 1744. 677
vant , produira les raifons qu'il a de redreffer
M. Baillet au fujet de la Tranflation de
S. Verain ; car je crois qu'il eft fort au fait
de ce qui regarde le Nivernois.
Pour moi , qui ne me vante point de connoître
parfaitement cette Province , je n'ai
rien à dire là- deffus ; mais fans la connoître
à fond , j'ai fait réfléxion à un moyen immanquable
, de íçavoir fi le Village de Bouy
eft renfermé dans la Bourgogne , comme le
prétend M. Binet , ou s'il doit en être exclus
comme le foutient l'Anonyme , qui a écrit
contre lui ; c'eft que M. Binet ait la bonté
d'indiquer l'Election de Bourgogne , dont
eft ce Village. S'il ne peut pas l'indiquer ,
il faut qu'il paffe condamnation fur cet ar
ticle , comme il a fait fur Sancy , fur la Carentonne
& fur le Mont Faune . Je vois bien
ce qui l'a induit en erreur. Bouy eft une
Paroiffe du Diocèfe d'Auxerre ; c'eſt le Lieu
où S. Peregrin , premier Evêque de cette
Ville , a fouffert le Martyre ; or Auxerre eft
une Ville de Bourgogne , cela eft hors de
doute ; donc , a-t'il conclu , Bouy eft auffi
de la Bourgogne. Mais il ne fait pas attention
qu'il n'y a qu'un très- petit nombre de
Paroiffes du Diocèfe d'Auxerre , qui avec la
Capitale foient de la Bourgogne ; le refte
eft de la Province de Nivernois , ou du
Gouvernement Orleannois , ou même de la
Géng678
MERCURE DE FRANCE.
Généralité de Paris. Comme Bouy eſt à dix
lieues d'Auxerre , fur la route de Nevers ou
de Bourgogne , il me paroît décidé qu'il
n'eft pas & qu'il n'a jamais été de Bourgogne.
On m'a dit qu'il eft de l'Election de
Gien , ce qui le déclareroit de la Généralité
d'Orleans. Il fera toujours bon que M. Binet
s'abftienne de confondre le territoire
des Diocèfes avec celui des Provinces , fans
quoi fon Livre feroit plus nuifible qu'utile.
A l'égard du Lieu du Poitou , que M. Binet
croit avoir eu nom Vocladum en Latin
qui a dû être fitué fur la riviére de Clain ,
je ne vois pas furquoi il fe fonde pour l'appeller
en François Vouillé , puifque des deux
Vouillés , qui font dans le Poitou , l'un eſt
à trois lieuës du Clain , l'autre à plus de
douze. D'ailleurs , ni l'un pi l'autre de ces
deux Vouillés n'ont été appellés Voulon ;
c'eft donc Voulon , fitué au midi de Vivonne
, qu'il a en vûë ; en ce cas là il a encore
tort de l'appeller Vouillé , comme il perſiſté
dans fa réponſe à l'Anonyme , puifqu'il n'a
jamais été appellé Vouillé , mais feulement
Alonne , aaiinnffii que l'appelle la Carte du Diocèfe
de Poitiers , ou Voulon la Boulaye ,
comme le défigne la Carte du Poitou par
Jaillot. L'exactitude dont M. Binet a dû
faire profeffion , doit l'empêcher d'uſer , à
l'égard des noms de Lieux , d'alternatives ,
dont
AVRIL. 1744.
679
dont on ne fe fert pas dans les Pays dont il
parle.
Il faut dire encore là -deffus que M. Binet
porte trop de refpect aux fautes du Bréviaire.
Dès qu'il avoit été averti par l'Anonyme
, que Salices n'eft pas le nom Latin de
Seaux ou Sceaux proche Paris , où eft le
culte de S. Mammès , il auroit dû écrire au
Curé du Lieu , ou s'y tranfporter , & il auroit
appris que Salices eft Saulx , au - delà de
Long-jumeau,Terre appartenante aux Chartreux
de Paris ; comme il ne lui paroît pas
qu'on ait pu écrire primitivement Seaux ,
dérivé du Latin Cella , il imagine dans fa
réplique à l'Anonyme , une autre étymolo
gie , & il penfe que le mot de Sceaux feroit
mieux formé du mot Sigilla , qui fignifie
des Sceaux véritablement , mais quel rapport
voudroit-il , qu'il y eut entre un Lieu
& des Sceaux , en tant qu'ils fignifient des
cachets , pour pouvoir propofer raiſonnablement
une telle étymologie : Apparemment
que felon lui , ceux qui appellent le
Village de Huiffous , en Latin Villa Cereris ,
font auffi dans l'erreur ; il dira que ces deux
mots Villa cereris , ne défignent rien d'ap
prochant de Huiffous , & que ce nom fera
mieux formé de Octo affes , que cela s'entend
& que cela eft tout naturel.
Au refte , quoique je ne me fois étendu
ici
680 MERCURE DE FRANCE.
ici que fur les articles où M. "Binet perfifte à
foutenir qu'il a été exact , je ne prétends
pas que dans tout le refte de fon Livre , il
n'y ait rien à redire ; je n'ai vû ce Livre
qu'en paffant , & je n'ai pas affés de loifir
pour en examiner les articles l'un après
l'autre .
En général , il m'a paru marquer fouvent
peu exactement les diftances qu'il y a d'un
Lieu à un autre. Je ne parle pas de Montmartre
, qu'il dit n'être qu'à demie lieuë de
Paris , parce que , felon fa maniere particu .
liere de compter , il ne prend la distance
que de la porte S. Denis , ou de l'endroit
où étoit à Paris la porte dite de Montmartre.
Mais par exemple , comment lui paffer
pag. 83 , qu'il n'y a que 4 lieuës de S. Flour
au Puy en Vellay ; qu'il n'y a que vingt
lieues de Paris à Troyes , comme il dit
323 Sa fupputation eft moins mauvaiſe p .
295 , lorfque plaçant Provins entre Paris
& Troyes , il le met à 14 lieues de la premiere
Ville , & à treize de la derniere ,
quoiqu'en cela il y ait encore de l'inexactitude
, puifque tout le monde compte dixhuit
lieues de Paris à Provins . En parcourant
ce qu'il a écrit fur quelques Villages
voifins de Paris , j'ai remarqué p. 465 , qu'il
dit que Villers- le - Bel n'eft qu'à une lieuë de
Louvre toutes les Cartes en marquent
pag.
deux.
AVRIL. 1744. 681
deux. Lorfqu'il parle de l'Ile-Adam , p.
405 , il déclare qu'il eft éloigné de Pontoife ,
d'environ une lieuë ; les bonnes Cartes mar
quent deux grandes lieuës . En fuivant la tiviére
d'Oife , voyons ce qu'il dit fur Creil ;
pag . 388 , il le marque fimplement à trois
quarts de lieuë de Pont Sainte Maxence ; il
a voulu dire 2 lieuës. Pouffons un peu plus
loin du côté de Rouen ; il fait mention de
S. Clair fur Epte , où l'on conferve les Reliques
de S. Clair, Martyr , & il dit pag. 383 ,
que cette Paroiffe eft fituée à demie lieuë
au deffus de Gournay ; voilà deux fautes
, puifque fi c'eft le cours de la riviére
d'Epte qui le détermine pour le deffus & le
deffous , S. Clair eft au-deffous & non audeffus
de Gournay , & la diſtance de ces
deux Lieux n'eft pas d'une demie lieuë ſeulement
, mais de cinq ou fix lieuës. Il n'ett
pas étonnant après cela de le voir dire pag.
417 , que l'Abbaye de Marmoutier eft à
une lieuc de Tours ; il ne fe trompe que
des trois quarts du chemin ; ni à la p. 439 ,
que l'Abbaye de Pontlevoy eft à fix lieues de
Blois ; il ne fe trompe que de la moitié :
voici une autre faute , qui peut-être n'eſt
que de fon Imprimeur , à la pag. 314 ,
qu'il dit que la Ville de Sully, fur Loire , eft
28 lieuës au- deffous d'Orleans ; on a voulu
dire au-deffus. Peut-être auffi eft-ce l'Imlorf-
C pri682
MERCURE DE FRANCE.
primeur qui a confondu deux autres Lieux
differens , auffi fitués fur la Loire dans le
Diocèse de Blois ; je fçavois bien que Mers
fait partie du Marquifat de Menars , mais
j'ignorois que Mers fut Menars même , ainſi
que M. Binet l'infinuë pag. 426, Cependant
il y a une lieuë & demie de diftance de Mers
à Menars ; les Villages ou Bourgs de Suévre
& de Cours fe trouvent entre les deux,
Dans la
fuivante 427 ,
page
427 , l'Auteur affûre
pofitivement que Montfaucon , où fut fondé
un Monaftere au VIIe fiècle par S. Balderic
ou Baudry , eft fitué au Diocèſe de Verdun
cependant il est très-certain , par la Defcription
du Diocèfe de Reims , que Montfaucon
y eft compris dans le Doyenné de
Dieu , tant la Paroiffe de S. Laurent de
Montfaucon ,, que la Collegiale de S. Germain
qui a fuccedé à l'Abbaye .
;
M. Binet auroit fans doute fouhaité donnerune
pofition claire & évidente aux Lieux
de la Normandie, qu'on appelle Algia , Oximenfis
Pagus , Uticum. Il en parle aux pages
184 , 435 , 460. Mais ce qu'il en dit,paroît
conduire à confondre tous ces Lieux. Si ces
noms Latins fe donnoient autrefois indifféremment
, les noms François indiquent aujourd'hui
des Cantons ou Contrées qui font
limités. J'aurois fouhaité qu'il eut jetté les
yeux fur la Carte de Normandie du fieur de
Lifle
AVRIL 1744. 683
,
Lifle de 1716 , & cela n'auroit pas peu contribué
à le mettre au fait du Pays d'Auge
qu'il auroit vû être bien different de celui
d'Ouche par là il fe feroit abftenu , furtout
par rapport à celui d'Ouche , de la défignation
qu'il en fait en ces termes : Pays en
La Baffe Normandie entre la Mer & Séez ;
car il femble que cela fignifie que l'Auge &
l'Ouche s'étendent jufqu'à la Mer , quoiqu'il
foit notoire que le Pays Lieuvin les
barre tous les deux du côté du Nord.
है
3
Avant que d'en
venir
aux
Remarques
Hiftoriques
, je dirai
un petit
mot fur quelques
riviéres
, à l'occafion
defquelles
il n'y
auroit
point
de mal que M. Binet
fe fut exprimé
plus
exactement
; faifant
à la pag.
412 , la defcription
du cours
de la riviére
de Loid
qu'on
écrit Loir , il dit qu'elle
coule
dans
le Perche
, le Blaifois
, le Vendô
mois
& l'Anjou
. Ne feroit
-il pas plus vrai
de dire qu'elle
paffe
dans le Perche
, la Beauffe
, le Dunois
, le Vendômois
, le Maine
&
l'Anjou
? Il eſt certain
qu'elle
n'entre
point
dans le Blaifois
, mais elle traverfe
quelques
parties
des autres
Pays. En parlant
de la
Ville
d'Etampes
, il dit qu'elle
eft fituée
fur
une riviére
, appellée
la Juine
ou l'Yonne
.
Pourquoi
donner
ainfi occafion
à diftinguer
deux
rivieres
d'Yonne
Jufqu'ici
on n'a
connu
que la riviére
d'Yonne
, qui vient
de
Cij la
684 MERCURE DE FRANCE.
la Bourgogne & qui fe jette dans la Seine à
Montereau, Enfin , je ne fçais fi c'eft que je
demande trop , & que jeje fuis
trop fcrupuleux
; je ne fçaurois approuver le langage
dont notre Auteur fe fert pour marquer
l'endroit où l'Oife fe jette dans la Seine.
L'Ofe , dit-il , pag . 246 , fe décharge dans
la Seine , entre Pontoife & Poiffy. Si je ne fçavois
pas ou Pontoife eft fitué , cette expreffion
me feroit croire qu'il eft placé fur le
bord de la Seine au rivage droit.
*
Quant à l'Hiftorique du Livre de M. Binet
, j'ai paffé deffus fort légerement ; je me
fuis cependant apperçu encore qu'il n'eft
pas fi véritable que cet Auteur le protefte ,
qu'il n'ait rien ajouté aux Légendes des Bréviaires.
De ce qu'il a lû dans le Bréviaire de
Paris , par exemple , que le corps de S. Thibaud
y fut dépofé,quand on le rapporta d'Italie
, il en conclut qu'il y eft encore , & il
fait imprimer pag. 252 , de fon Volume , en
parlant de Lagny : On y conferve le corps de
S. Thibaud Hermite. Il n'eft pas apparemment
informé des horribles dégats que les
Calviniftes ont fait en ce Lieu. C'eft à peu
près par un effet de l'ufage où il eft de conclure
du tems paffé au tems préfent , qu'il
parle pag. 412 , de la Collégiale de S, Léonard
de Bellême au Perche , comme fi le
Château & cette Egliſe fubfiftoient encore.
Page
AVRIL. 689 1744.
Pag. 29 , & dans fa Chronologie p . 64 , il
n'ofe par refpect , dire que S. Landry , Evêque
de Paris , fut inhumé dans la Bafilique
de S. , Germain , au rivage droit de la
Seine , il entretient l'erreur populaire ,
gliffée dans le Bréviaire , qui fait dire que
cette Eglife a porté le nom de S. Vincent
avant celui de S. Germain , ce que Sauval &
d'autres ont démontré être faux . En parlant
de l'Eglife de Notre-Dame de Paris , à la
page 420 , il l'a dit achevée fous le Régne
de Philippe- Augufte. Qu'il prenne , s'il lui
plaît , la peine de lire l'Infcription qui s'y
voit en relief , au Portail Méridional du
côté de l'Archevêché , il apprendra qu'on
travailloit encore fortement du tems de
S. Louis. Dans fa Chronologie à l'an 1194,
on lit ces mots : Etabliffement de la vénération
des Saintes Reliques du Diocèfe de Paris .
célébrée le 8 Novembre , jour de l'Octave de la
Touffaint. Une perfonne qui n'auroit jamais
vû d'anciens Bréviaires de Paris , croiroit
que cette Fête auroit , dès l'an 1194,été fixée
au & Novembre , ce qui n'eft cependant
arrivé qu'en 1736 , puifqu'auparavant on la
célébroit le 4 Décembre ; & c'eft ce qu'il
falloit dire. Je ne vois pas qu'après toutes
ces obfervations , feulement ébauchées , il
foit néceffaire d'exhorter M. Binet à rectifer
ce qu'il a dit de l'Abbaye de S. Bertin à
C iij
y
S.
686 MERCURE DE FRANCE,
S.Omer,fçavoir qu'elle appartient aux Béné
dictins de la Congrégation de Cluny, Il eft
bien vrai que les Cluniciens yont mis la Ré
forme , vers le commencement du xii fiécle
mais elle n'a jamais été pour cela foumiſe à
Cluny.
Je fens
par avance que fur la plupart des
articles que je lui propofe de nouveau
comme dignes de Réforme , il va fe récrier ,
& dire qu'il a vû telle chofe dans la Marti
niere , telle autre dans Baudrand , celle-là
dans le Dictionnaire
de Trévoux , cette !
tre dans Moreri, ou dans l'Ouvrage de Dom Beaunier
, telle circonftance
Hiſtorique
dans le Pere Dubois , cette autre dans
quelque Géographe ; en un mot , qu'il n'a rien dit de lui- même. Si ces excufes ne font
pas valables , elles prouveront
au moins ,
que ce n'eft pas dans le Bréviaire même
qu'il a trouvé dequoi donner des Commentaires
à cet Ouvrage , ainfi qu'il paroiffoit
l'affurer , & qu'il a été obligé de recourir à
d'autres Livres & à des Cartes Géographi
ques , fouvent infidelles , ce qui a donné occafion
d'écrire , pour réfuter les méprifes
des fources où il a puifé .
Je fuis , Mr , &c.
A Saint Martin de *** , le 15 Janvier 1744.
POUR
AVRIL. 1744. 687
POUR LE VENDREDI - SAINT.
O
STANCES fur la Ste Croix.
Croix ! figne nouveau de la fainte Alliance ,
Qui nous promets un heureux fort ,
".
Croix , Arche du falut , dans notre défaillance , ..
Quand nous allons périr , tu nous conduits au Port.
Tu défarmes la main du vengeur redoutable ,
Du Juge irrité contre nous ;
Tu fçais lui préparer un regard favorable ,
Et dès que tu parois , il n'a plus de courroux .
Si du ferpent d'Enfer la fatale morfure
Porte dans nos coeurs fon poifon ,
Nous n'avons qu'à le voir , & de notre bleffure
Nous trouvons auffi- tôt l'heureuſe guérifon.
Sur cet Autel facré la divine Victime
S'immole à la Divinité ;
Sur ce fiége le Fils , notre Avocat fublime ,
Appaiſe le courroux de fon Pere irrité . /
O Croix & fainte Croix ! des Fidéles chérie ,
Croix teinte du Sang du Sauveur
Ciiij
Fais
688 MERCURE DE FRANCE .
Fais qu'en trouvant dans toi la fource de la vie ,
Nous trouvions dans ce Sang la fource du bonheur §
D'un Dieu mourant pour nous confidente diſcrette ?
Apprens nous les vives douleurs ;
O Croix , raconte-nous de fa peine ſecrette
Les accens , les friffons , les foupirs , les langueurs,
Il attend le trépas ; dans cette triſte attente ,
Privé de tous fecours humains ,
En repofant fur toi fa tête languiffante ,
On le voit attaché par les pieds , par les mains .
Sur le point d'expirer , JESUS à l'Agonie ,

Pour accomplir tous les défirs ,
Dépofant dans ton fein une fi belle vie ,
Te donne &fon efprit & les derniers ſoupirs.
Il
C'eft en toi que ce Dieu nous enfante la grace ;
montre par toi fon amour ;
C'eſt par toi qu'il confond la criminelle audace ,
Et tu lui fervirás de Tribunal un jour.
D.D. Avocat du Forêt.
REAVRIL.
689 1744.
nonymy : Di
RE'PONSE à une Lettre écrite d'Avignon ,
inferée dans le premier Volume du Mercure
de Decembre 1743 , fur la Question proposée
dans celui du mois de fuin de la même année.
Ja
'Avois réfolu , Monfieur , de garder le
filence fur la Queſtion dont il s'agit ,
perfuadé que la décifion n'en appartenoit
qu'aux Dames , mais puifque vous ne leur
en attribuez le jugement qu'après l'avoir
décidée , permettez-moi de vous propoſer
mon fentiment fur cette Queftion .
Il faut fuppofer Celimene ornée des prin
cipales qualités du corps & de l'efprit ; je
vois que la Nature l'a foumife aux loix de
F'Amour , qu'elle cherche à s'engager , mais
qu'elle fçait modérer fes defirs , & qu'elle
ne foupire qu'après un objet digne de fa
tendreffe . Damon & Licidas lui témoignent-
ils de l'amour Le fimple rapport
de fes yeux n'eft pas capable de fixer fon
coeur ; les differens agrémens du corps ne
lui fuffifent pas ; elle confulte les fentimens
, en fonde les motifs , étudie les caracteres
, & leurs rapports avec le fien ;
tout eft fage dans fa conduite. Doit- elle décider
entre ces deux Bergers ? Eft - elle preffée
par eux de s'expliquer Elle craint de ſe
Cy rendre
690 MERCURE DE FRANCE.
rendre à leurs empreffemens ; fon choix eft
fait , mais peut-être n'eft-il pas digne d'elle?
elle prend du tems pour fe déterminer ; telle
eft notre Bergere.
Par rapport aux Bergers , leur mérite ne
me paroît pas égal ; examinons- les au moment
critique qui doit décider de leur fort.
Damon marche au rendez - vous en vainqueur;
fier de fon mérite , il s'eft couronné
d'avance ; Celimene eft fa conquête ; Licidas
n'a pas la même confiance , il a ofé prétendre
au coeur de Celimene , mais il n'ofe
fe flater de l'obtenir , & il ne paroît devant
elle qu'avec un air humble & foumis. Les
caracteres de ces deux Bergers font donc abfolument
differens ; qu'on leur fuppofe un
mérite affés proportionné d'ailleurs , ils font
fous les yeux d'une Bergere , qui met à profit
toutes les circonftances, & qui ne laiffera
pas échapper dans fon examen la vanité de
Damon.
Enfin le fort eft jetté ; Celimene eſt au
rendez-vous ; fur qui va tomber fon choix?
Sa main eft l'interpréte de fon coeur ; elle fe
dépouille de fa couronne , & la met fur la
tête de Licidas ; il a fçû lui plaire, pourroitelle
lui refufer ce gage de fon amour ? Lui
en faut-il une preuve plus éclatante ? Elle
humilie fon Rival, lui prend fa couronne &
s'en couvre. Que Damon rougiffe 'du larcin
"
qu'elle
AVRIL. 1744. 691
qu'elle vient de lai faire ; ces fleurs qui flatoient
fa vanité , couvrent un front qui n'a
été découvert que pour couronner fon Rival
; qu'il le voye triomphant , paré d'une
couronne précieufe à Celimene ; qu'il juge
du prix de cette couronne par l'empreffe
ment qu'elle témoigne à la remplacer , &
s'il croit devoir encore s'applaudir , qu'il ſe
vante d'avoir reçû de fa Bergere une leçon
d'humilité.
Je ne crois pas , M. qu'il foit befoin de
fe livrer à un long détail pour établir que
Licidas eft le Berger préferé; Celimene pouvoit-
elle être embarraffée fur le choix ? Le
caractere orgueilleux de Damon ne parloit
il pas affés en faveur de Licidas ? Mais je
veux prévenir toutes les objections , & je
fuppofe aux deux Bergers un mérite égal ,
qui les rende également chers à Celimene ;
clle arrive au rendez -vous , elle eſt déterminée
fur fon choix , elle a arrêté en ellemême
la maniere de manifefter fa réfolution
; quel eft fon premier mouvement ?
c'eft d'ôter fa couronne & d'en parer Licidas
; ne s'enfuit-il pas qu'il eſt l'objet chéri?
Celimene a -t'elle pû prévoir que Damon fe
couronneroit,pour écouter fon Arrêt ? a- t'elle
pû former le deffein de lui prendre fa
couronne , pour lui témoigner fon amour ?
non , fans doute , puifqu'elle n'étoit pas
C vj inftruite
692 MERCURE DE FRANCE.
inftruite de ce nouveau trait de vanité; mais
elle couronne Licidas ; fon deffein étoit
donc de le favorifer ; toutes les actions
poftérieures ne peuvent être attribuées qu'à
fon caprice ou à l'occafion ; elle voit fur la
tête de Damon une couronne , l'image de
celle qu'elle vient d'abandonner, pour gage
de fon amour ; elle peut auffi-tôt defirer de
la poffeder ; l'occafion peut n'offrir à ſes
yeux Damon couronné , que comme un objet
de mépris qu'elle veut humilier ; en un
mot , cette action , de quelque côté qu'on
l'envifage , ne peut être regardée que comme
indifferente ; mais fi elle étoit capable
d'infpirer quelques foupçons à Licidas, pourroit-
il raisonnablement les écouter
vient -il pas de recevoir de Celimene , & fon
coeur , & les témoignages les moins fufpects
de fon amour ?
ne
Qu'on confulte préfentement fa propre raifon,
qu'on examine que l'action de donner,
tire toujours fa fource du coeur , & qu'au
contraire l'action d'ôter témoigne rarement
de l'eftime pour la perfonne qu'on dépouille ,
mais témoigne ordinairement l'envie qu'on
a de poffeder le bien dont on la prive , par
rapport au bien feul ; & qu'on rapproche
ces obfervations générales des circonstances
particulieres , on verra bien-tôt toutes les
difficultés de la Queſtion s'évanoüir.
DiraAVRIL.
693 1744.
Dira-t'on que Celimene , encore incertaine
, fe trouve au rendez -vous fans être
déterminée ? La queftion n'en fera pas plus
difficile à réfoudre , car enfin fi fon coeur
balance entre les deux Bergers , l'air audacieux
de Damon va la déterminer ; elle s'en
apperçoit, & bien-tôt elle prend fa couronne
, en couvre Licidas , & découvre Damon;
peut- elle mieux punir celui- ci , qu'en lui
enlevant une couronne qu'il croyoit avoir
méritée mais non contente de l'avoir humilié
, elle veut encore rendre complet le
triomphe de Licidas ; elle ne s'intereffe plus
pour un Berger qu'elle a crû indigne de fon
amour ; elle lui refufera jufqu'au fouvenir ;
toutes les actions fe rapporteront déformais
à Licidas ; fon coeur eft tout à lui , mais eſtelle
encore digne de lui ? Elle lui a donné
un ornement précieux , qui rehauffoit peutêtre
l'éclat de la beauté; ( une Bergere peutelle
paroître trop belle aux yeux de celui
que fon coeur a choifi ? ) Peut-être lui reftet'il
quelque chofe à defirer ? elle fe couvre
de la couronne de Damon , dût- il s'en applaudir
? qu'importe ; tout doit contribuer
à la fatisfaction de Licidas; Celimene amoureuſe
, fçait ſe dépouiller de ce qu'elle a de
plus cher ,mais Ĉelimene ambitieuſe , ſaiſit
toutes les occafions de plaire à fon Berger.
Permettez-moi , M. encore une refléxion :
L
694 MERCURE DE FRANCE .
fiCélimene eût feulement pris la couronne de
Damon pour en parer Licidas , la queſtion
feroit trop fimple pour mériter une contef
tation , mais la double action ne lui ôte
rien de cette fimplicité ; Damon eft toujours
le Berger rejetté. Moins malheureux ,fi fa
couronne ne couvroit le front de fon
que
Rival , au moins connoîtroit - il fa mifere ;
mais plus l'abîme eft couvert , plus il eſt
dangereux ; Damon chérit une erreur qui
le flate ; il voit fa couronne fur la tête de
fa Bergere , quelle fatisfaction pour fon
coeur ! mais qu'il craigne .... fixez-là vos
regards orgueilleux , Damon ; quoi ! votre
vanité demande un examen plus exact ? eh
bien ! ouvrez les yeux ... la main qui vous
a ravi votre couronne , avoit déja couronné
Licidas. Le front qui en eft couvert , en
portoit une autre, gage précieux d'un amour
que vous n'avez pas fçû mériter ; l'ouvrage
de vos mains fert à augmenter la gloire de
votre Rival ; connoiffez votre erreur ...
Damon eft-il détrompé : quel défefpoir !
Celimene , il faut vous rendre ;
Couronnez votre vainqueur ;
Damon vouloit vous furprendre ;
Il n'a pas fçû fe défendre ;
Prenez fa couronne & fon coeur.
Toi qui fçais nous donner des loix ,
Beau
AVRIL 1744.. 695
Beau Sexe ; un air foumis ne te féduit il pas ?
Celimene à Damon préfere Licídas ;
Pourrois tu faire un autre choix ?
J. B. F. GAUDIE' , de Rozelis.
A Paris ce 25 Janvier 1744.
232325 25 2525- és és 32 2 23 25 25 25 25 25 -23 23 23 23 23 2 25
O DE.
Sur la Mort de Mlle De. *
E Pris des attraits de Silvie ,
4 tulee h
Leo nic
Dans la plus douce volupté
Je paffois les jours de la vie ,
Sans regretter ma liberté.
Ses graces , fa beauté naiffante ,
D'une paffion innocente
Nourriffoient en moi le poifon ;
Je fentois augmenter ma flâme ,
Sans que ce penchant dans mon amé
Fút combattu par la raiſon. '
Jamais les chagrins & la peine
Ne venoient troubler mes plaifirs
Je ne trouvois rien dans ma chaîne ,
Qui ne fatisfit mes defirs . !!
Notre amour , formé dès l'enfance ,
..
N'avoit
696 MERCURE DE FRANCE.
N'avoit jamais vu l'innocence
Se bleffer d'aucuns de nos voeux ;
Jamais un inftant de foibleffe ,
En furprenant notre tendreffe ,
Ne nous vit rougir de nos feux.
Une jaloufe incertitude
Ne troubloit point nos heureux jours ;
Une pure béatitude
Nous fuivoit dans tous les féjours.
Content d'être aimé , für de plaire ,
Je n'exigeois point un falaire, ...
Qui pût alterer mon bonheur
Et ma tendreffe intimidée ,
Ecartoit loin de mon idée
L'appas d'un plaifir féducteur.
Si l'abfence livroit mon ame
Aux tendres foucis , aux tourmens
Que loin des objets de leur flâme ,
L'Amour fait fentir aux Amans ;
Ces ombres , ces legers nuages ,
N'étoient que de foibles oragesi
Qui préparoient un plus beau joucaon malersv 57f
Raffuré par notre conftance , in
Mon coeur triomphoit de l'abfence final oric
Par l'efpérance du retour.
Non ;
AVRIL. 1744.
697
Non ; l'homme n'a rien qui reffemble ,
Dans les plaifirs dont il joüit ,
Aux douceurs que goûtent enſemble
Deux coeurs que l'Amour réiinit .
Auffi-tôt que l'on fe retrouve "
Les mouvemens qu'un coeur éprouve ,
Sont au-deffus de tous plaifirs;
L'ame dans ces inftans aimables ,
A des fentimens ineffables ,
Qui rempliffent tous les defirs .
Amans , votre erreur eft extrême ,
Lorfque dans la poffeffion
Vous placez le bonheur ſuprême ;
C'eft l'écueil de la paffion,
L'Amour vous fait , pour l'ordinaire ,
Dans cet objet imaginaire
Contempler la félicité ;
Craignez cette trompeuſe amorce ;
L'Amour n'a jamais plus de force
Que loin de la réalité.
Quand on voit l'Hymen , qui s'approche ,
Allumer fon brillant flambeau ,
L'Amour languit ; fa fin eft proche ;
L'Hymen lui creufe fon tombeau.
Beautés , l'Amant le plus fincere
N'eft
698 MERCURE DE FRANCE.
N'eft conftant qu'autant qu'il eſpere ;
N'attend-il plus rien à il vous fuit ;
C'eft en vain qu'il jure & protefte ;
S'il trouve le moment funefte ,
Sa tendreffe s'évanouit.
***
Pour nous , qui d'un feu légitime
Sçavions connoître tout le prix ,'
Par l'appas féduifant du crime.
Nos coeurs n'étoient jamais furpris.
Et nous livrant à la tendreffe ,
Notre borne étoit la fageffe ,
Et notre guide la vertu .
Sans ceffe , quoique fans contrainte ,
Par une falutaire crainte
Notre amour étoit combattu.
!
Tandis qu'en proye à tant de charmes ,
Sans foins , fans foucis , fans rivaux , ..
Mes jours s'écouloient fans allarmes ,
Marqués par des plaifirs nouveaux ;
Qui l'eût dit qu'un deftin barbare ,
Par le revers le plus biſarre ,
Eût fini des momens fi doux ?--
Coup terrible ! inftant déplorable !
Tu m'apprens qu'un bonheur durable
N'a jamais été fait pour nous .
Eh !
AVRIL.
1744.
"
Eh ! comment ai - je pû me feindre
Un malheur qu'annonçoient les Dieux ?
Tout fembloit me donner à craindre
Et fur la Terre & dans les Cieux.
Chaque jour , un nouveau préfage
Me faifoit redouter l'orage ,
Qui menaçoit des jours fi beaux
Et dans l'épaiffeur des ténebres ,
Mille preffentimens funebres
M'offroient l'image de mes maux.
+3x+
Un jour qu'un fommeil ſalutaire
Calmoit mon agitation
Je crus dans un bois folitaire
THE
BIBLIO
DE
LA
LYON
1893
Voir l'objet de ma paffion ; polion do
Toûjours enchanté de fes graces ,
L'Amour me fait fuivre les traces ;
J'atteins l'idole de mon coeur.
L'éclat de fa beauté me touche ;
Sa main , que je porte à ma à ma bouche,
Lui fait fentir ma vive ardeur.
216
2
VILLE
Ima ok to ub elli- a
ro :
La tendre & fenfible Silvie mir
Partageoit mes empreffemens ;
Nous n'avions jamais dans la vie
Goûté de plaifirs plus charmans.
Touchés d'une fi belle chaîne ,
T
Leg
700 MERCURE DE FRANCE,
Les vents retenoient leur haleine ;
Les Oiseaux célebroient nos feux ;
Les Ruiffeaux joignoient leur murmure ;
Tout paroiffoit dans la Nature
Applaudir à nos coeurs heureux.
+3x+
Mais randis qu'à notre tendreffe
Nous donnons des momens fi doux ,
Le Ciel , jaloux de notre yvreffe ,
Contre nous arme fon courroux ;
Bien-tôt fa brillante lumiere
Se dérobe à notre
paupiere ;
La nuit fuccede au plus beau jour y
Et l'horreur de fes voiles fombres
J
i
Nous fait voir le féjour des Ombres, ob mooi trov
Dans un Lieu formé pour l'Amour duas man
Cependant le Tonnerre gronde,
Et roule à grand bruit dans les Airs
Les Nuages s'ouvrent , & l'Onde
Brille du feu de mille Eclairs .
Tout tremble ; on diroit que la Foudre
Se prépare à réduire en poudre
Tout ce que fa fureur pourfuit ,
Et
que
les
Elémens en guerre
Sont prêts à replonger la Terre
Au fond de l'éternelle nuit
14
T
iuI
Pendant
AVRIL.
701 1744.
Pendant ce défordre funefte
Que fufcitoit un fort jaloux ,
Je veille au feul bien qui me refte
Je veux le fouftraire à ſes coups ,
Mais tandis que je me prépare
A fauver d'un deſtin barbare
Ce cher objet de ma douleur ,
La Foudre tombe fur Silvie ,
Et ce coup qui finit fa vie ,
M'éveille au comble du malheur,
***
Dans le trouble affreux qui me preffe ,
Le jour me frappe en vain les yeux ;
Mon coeur ferré par la trifteffe ,
Déplore la rigueur des Cieux,
Je la vois encore expirante ,
Me tendre une main chancelante ,
Pouffer vers moi des cris perçans .....
A peine conçois-je qu'un fonge
Eft l'Artifan de ce menfonge ,
T
Et du défordre de mes fens,
**
Enfin , le Soleil qui m'éclaire
Diffipe mon émotion ;
L'éclat de fa vive lumiere
Me fait voir mon illufion.
Mon efprit calme fes allarmes ;
31
Mcs
702 MERCURE DE FRANCE.
Mes yeux mettent fin à leurs larmes ,
Mon coeur s'ouvre au plus doux eſpoir ;
Mon ame enchantée & ravie ,
N'afpire plus qu'après Silvie ;
Mon feul defir eft de la voir.
Plein d'une flateuſe eſpérance ,
Je marche vers l'heureux féjour ,
Où fous les loix de l'innocence
Elle avoit fçû fixer l'Amour.
J'approche auffi- tôt auprès d'elle
Pour lui faire un récit fidéle
Des maux que m'a cauſé fon fort ;
Je trouve ( ô Dieux ! puis- je le dire ? )
Que Silvie à peine refpire ,
Et touche aux portes de la mort.
+3+
Je vois cette Beauté charmante
Pâle , défaite , faus vigueur ;
Le mal cruel qui la tourmente
Lui donne une morne langueur .
Ces traits brillans , ce fein d'albâtre ,
Dont mon coeur étoit idolâtre
Ne font plus que des Lys flétris ...
Mon oeil , en voyant fon tein blême ,
Semble méconnoître lui- même ,
Tant d'attraits qui l'avoient furgris.
Malgré
4
AVRIL. 1744.
703
Malgré la douleur qui l'oppreffe ,
Silvie ouvre les yeux mourans .
Les pleurs qu'excitent ma tendreffe
Fixent fes regards expirans.
;
C'est vous qui vous faites entendre ,
Vous , dont le coeur fincére & tendre
A toujours fait mon ſeul plaiſir
Digne objet de ma complaisance ,
Ne venez -vous en ma préſence
Que pour voir mon dernier ſoupir ?
****
Il n'eft plus tems de fe contraindre ,
La Parque a fixé mon trépas ;
Mon fort ne feroit point à plaindre ,
Si le vôtre ne l'étoit pas.
Gardez chérement ma mémoire ;
J'ai toujours recherché la gloire
D'affervir feule votre coeur ;
Les Cieux puniffent cette injure
Et vengent fur la Créature
L'outrage fait au Créateur.
炒茶
Pendant ce difcours plein de charmes,
Mes yeux étoient baignés de pleurs ,
J'arrofois de toutes mes larmes
L'objet qui caufoit mes douleurs ,
Mais tandis que mon coeur foupire
Survient
704 MERCURE DE FRANCE.
Survient un funefte délire ;
Je la vois réduite aux abois ;
C'eft vainement que je m'écrie ,
Silvie ... ah ! ma chere Silvie ....
La Mort lui fait fubir fes loix .
***
Dieux ! quelle cataſtrophe horrible
Pour un coeur vraiment amoureux !
Accablé de ce coup terrible ,
Je pouffe des cris douloureux .
La parole expire en ma bouche ;
Mon oeil devient fombre & farouche ;
Je fens mon efprit fe troubler ;
Mon corps tremble ; mon fang fe glace ;
J'attends du Ciel comme une grace ,
L'heureux coup qui doit m'accabler .
Tandis qu'interdit , immobile ,
Mon coeur fait des voeux impuiffans ,
Un espoir frivole , inutile ,
Vient encore exciter mes fens.
Plein du feu dont l'amour m'anime ,
Je prends cette trifte Victime ,
Je tiens fon corps entre mes bras ;
En lui communiquant ma flâme ,
Je tâche d'évoquer fon ame
Du fein funefte du trépas.
Mais
A V RIL.
1744. 705
Mais hélas ! eſpérance vaine ,
Que formoit mon coeur abuſé ;
J'échauffe en vain de mon haleine
Ce corps que la mort a glacé ;
Le Deftin eft inexorable.
«En vain pour fléchir l'implacable ,
J'offre l'échange de mes jours ;
Le Ciel de tous mes maux complice,
Ne fait qu'aggraver mon fupplice ,
En prolongeant leur trifte cours.
Depuis ce tems fatal , j'appelle
L'injufte Mort à mon fecours ;
La Parque, infléxible & cruelle,
Se montre fourde à mes difcours .
Mais fi fon oreille fe ferme ,
Ma douleur hâtera le terme
Qu'elle donne à mon trifte fort.
J'ai trop long-tems aimé Silvie ,
Pour ne pas confacrer ma vie
Au plaifir de pleurer fa mort.
Bruhier d'Ablaincourt.
D LET
706 MERCURE DE FRANCE.
LETTRE de M. D. L. R. écrite au R. P.
M. TEXTE ,, Dominicain Sous- Prieur
du Noviciat général de Paris . Suite du Sujet
traité dans le Mercure du mois de Janvier
page 13.
JE
E réponds , mon Réverend Pere , à votre
louable empreſſement , & j'ai l'honneur
de vous envoyer ce que je viens de
recevoir de la part de M. l'Abbé Soumille
c'est-à- dire , le Supplément qu'il m'avoit
promis , & qui manquoit à fa Defcription
Hiftorique de la Chartreufe de Villeneuve ,
que vous avez lûe avec tant de fatisfaction ,
Comme ce digne Eccléfiaftique a plus d'un
efprit , & qu'il eft particuliérement verfé
dans les Méchaniques , celles , fur tout qui
regardent l'utilité publique , il m'a envoyé
en même-tems le Deffein d'une nouvelle
Machine , dont on fe fert à cette Chartreuſe ,
& qui peut fervir à plus d'un ufage dans les
grandes Communautés & ailleurs à la Campagne
; vous verrez , M. R. P. ce qu'il en
dit lui-même dans fa Narration , à laquelle
le Deffein dont je viens de vous parler , eft
joint , parfaitement bien exécuté .
Dans le tems qu'on nous préparoit à Villeneuve
ce que vous allez lire , l'Abbé
D.
AVRIL 1744. 707
D. L. R. mon frere , continuoit fes foins
pour avoir tout ce que j'avois demandé au
fujet de la Chartreufe de Marfeille , illuftre
Fille de celle de Villeneuve , & ces foins ,
m'ont enfin procuré un ample Mémoire ,
que je mettrai inceffamment en oeuvre,pour
remplir l'engagement que je me fuis fait de
donnerune connoiffance exacte de ces deux
Maiſons. J'ai été édifié furtout de la Defcription
de la nouvelle Eglife de celle de
Marſeille , Defcription qui en donne une
grande idée , & faite de main de Maître. Le
refte, qui regarde les deux Cloîtres , & tout
l'intérieur de la Maifon , à peu de chofe
près , eft fort bien détaillé.
Il me manque quelque chofe fur les Faits
hiftoriques , qui demandent de ma part un
nouveau Mémoire , que je vais préparer . Il
eft étonnant , M. R. P. que l'Auteur de la
premiere Edition de l'Hiftoire de Marſeille,
publiée en 1644 , c'est-à-dire , environ dix ans
après l'arrivée des premiers Chartreux dans
le Territoire de cette Ville , il eft dis -je, étonnant
que l'Auteur , qui avoit alors un certain
âge , & qui étoit , pour ainfi dire , témoin
oculaire , ne nous ait rien dit du Lieu
où les Chartreux fixerent leur premiere demeure.
Il faudra tâcher de l'apprendre d'ailleurs.
Vous fçavez que les premiers Chartreux
qui vinrent à Paris n'occuperent pas
Dij d'abord
798 MERCURE DE FRANCE .
d'abord le Château de Vauvert & fes dépendances
, ce qui fait aujourd'hui la Chartreufe
de Paris ; ils demeurerent un affés longtems
à Gentilly , comme je l'ai dit ailleurs,
Il est arrivé la même chofe aux Chartreux
de Villeneuve , qui vinrent les premiers à
Marſeille , pour exécuter cette Fondation .
Mais il eft tems , M. R. P. de laiffer parler
M. l'Abbé Soumille , fur ce qui nous reftoit
à fçavoir au fujet de la Chartreufe de Villeneuve.
SUITE de la Defcription de la Chartreuse
de Villeneuve-lez- Avignon.
Je ne connoiffois pas affés bien , Monfieur,
les difficultés que j'aurois à vaincre , quand
je m'engageai à vous donner la Defcription
de la Boulangerie & de la Cave du Pape, &
fans le fecours d'un ftratagême , je doute
fort qu'il m'eût jamais été poffible d'y pénetrer
, encore moins d'en prendre les dimenfions
.
La Boulangerie , dont le bas étoit autrefois
la Cuifine du Pape Fondateur , eſt une
piéce de 10 toifes de long, fur trois & demi
de large , compofée de deux fortes voûtes
l'une fur l'autre , & d'un couvert ordinaire
à une feule pente . La voûte inférieure , de
deux toifes de hauteur fous clef, eft encore
en très-bon état , quoique fort enfumée , à
caufe
AVRIL . 1744. 709
caufe des deux fours qui font deffous , où
l'on cuit du pain frais tous les jours ouvriers.
On trouve à main gauche en entrant une
Fontaine avec un gros robinet, pour tous les
ufages néceffaires ; cette eau paffe par la
Cuifine dans des tuyaux de plomb , & vient
de la grande Fontaine du haut Cloître.
On pétrit dans un petit cabinet placé entre
les deux fours , où regne une chaleur uni- `
forme , capable de faire pouffer la pâte au
point qu'on veut , & la farine dont on a
befoin y coule par une manche qui vient du
premier étage.Auffi le premier pain de cette
Maiſon eft-il d'une blancheur , d'une légereté
& d'un goût admirables.
Le deffus ou premier étage eft deftiné à
contenir la farine néceffaire pour une fi
nombreuſe famille. La longueur & la largeur
font égales au rez- de -chauffée , & la
voûte peut avoir fous clef 10 à 11 pieds
de hauteur. Elle eft fi bien confervée, qu'on
diroit qu'elle fort de la main de l'Ouvrier .
Enfin le fecond étage , entre la feconde
voûte & le couvert, qui peut avoir 10 pieds
de hauteur moyenne , eft un grenier bien
éclairé , où l'on tient le bled néceffaire pour
les Religieux feulement , ( car le bled pour
les Domestiques & les aumônes , eft dans
d'autres greniers , à côté de la porte d'entrée
; ) celui qu'on veut porter au moulin ,
D iij
coule
710 MERCURE DE FRANCE.
coule par une manche de bois , qui perc
les deux voûtes .
L'escalier à vis , par où l'on monte aux
étages, eft dans une tour ronde exterieure &
attenante , laquelle s'éleve encore plus de
3 toifes au- deffus du grenier , & peut être
appellée un Belvedere.
La Cave du Pape , qu'on appelle encore
aujourd'hui de ce nom , pour la diftinguer
de deux autres , qui font dans la Chartreufe,
eft une pièce qui doit avoir coûté des ſommes
confidérables. C'eft une excavation faite
dans le Rocher , de 7 toifes de long , fur
3 & demie de large , & 5 toifes de profondeur
. Il y a deux caves l'une fur l'autre , 3
voûtes & un jardin au - deffus.
Entre la plus baffe & la moyenne voûte
eft la cave fupérieure , où l'on entre par une
porte du côté du Nord , au moyen d'un glacis
de 4 à 5 pieds de 4as pente. Il y a dans cette
cave fupérieure quatre rangs de tonneaux ,
où le vin fe conferve auffi long- tems qu'on
veut.
De-là , par un efcalier placé dans un coin,
on defcend à la cave baffe,dont voici la conftruction.
La voûte a 9 pieds de hauteur fous
clef; elle eft foutenue au milieu par quatre
arceaux alligués , du Midi au Septentrion ,
ce qui partage cette cave en deux portions
égales. De ces quatre arceaux , les deux extrêmes
AVRIL. 1744. 711
trêmes fervent de paffage pour faire le tour.
de la cave , & les deux du milieu couvrent
chacun deux grands tonneaux . Il n'y a dans
chaque moitié de cette cave qu'un rang
de
tonneaux à découvert , mais ils font d'une
groffeur extraordinaire pour le Pays , puifqu'ils
contiennent 35 à 40 Barals piéce ;
le Baral eft compofé de 48 Pichets , & le
Pichet pefe 3 livres , poids de Montpellier .
Tous ces tonneaux font cerclés de fer en fix
endroits , & on ne les ôte jamais de place.
Un homme peut entrer dedans par le moyen
d'une porte quarrée , faite exprès , dont les
extrêmités font maftiquées avec de la chaux
vive & du fang de Boeuf.
Outre les deux rangs de grands tonneaux,
& les quatre qui font fous les arceaux , il y
en a encore 10 , placés dans des niches de
7 à 8 pieds de profondeur , creufés dans le
Roc , au-deffous des vouffoirs , s de chaque
côté, ce qui fait 5 rangs de gros tonneaux
fous une voûte qui n'a que trois toifes
& demie de large.
Le fond de la cave étant tout Rocher , on
a fait un petit canal en pente tout autour ,
lequel vient aboutir à un grand creux , capable
de contenir tout le vin d'un tonneau ,
enforte que de tout celui qui pourroit fe
répandre , tant en haut qu'en bas , il ne s'en
perdroit pas une goute , & ferviroit tou-
D iiij Cette
jours pour brûler.
712 MERCURE DE FRANCE.
Cette cave baffe étoit fi humide autrefois
qu'on ne pouvoit pas s'en fervir ; tout y
pourriffoit en très - peu de tems ; mais depuis
qu'on y a fait deux lucarnes fort longues &
inclinées , qui prennent jour du côté du
Nord , elle eft auffi feche qu'on peut le defirer.
Les lucarnes font vitrées , & le Frere
qui eft chargé de ce foin , donne toute fon
attention à ne les ouvrir qu'à propos. Il a
remarqué , par exemple , qu'en les ouvrant
par un vent de Nord ou par un grand froid ,
le maftic des tonneaux fe fendoit en pulfieurs
endroits , & lui donnoit bien de la
befogne ; c'eft pour cela qu'il n'ouvre les lucarnes
que pendant les jours fereins , ou par
le vent de Midi.
Les deux lucarnes dont je viens de parler,
n'auroient pû fecher cette cave que médiocrement
, fi l'on n'eût fait une autre ouverture
du côté du Midi en forme de puits , laquelle
aboutit dans le haut Cloître , fous un
pavillon fait exprès. Cette ouverture eft à .
trois ufages , 1 ° . Elle donne paffage à l'air
qui entre par les lucarnes, 2 ° . Elle fert journellement
à tirer , par le moyen d'un tour
les brocs de vin néceffaires pour la Maiſon ,
& l'on abrége par là un fort long circuit ,
qu'il faudroit faire en paffant par la porte.
3 ° . On y a conftruit un petit efcalier tournant,
fans oeil ,par où l'on peut monter,quand
, >
on
AVRIL. 1744.
713
on veut. Cette cave baffe eft exceffivement
fraiche en été , & affés chaude en hyver ,
mais toujours très- feche , & le vin s'y conferveroit
dix ans.
Au-deffus de la troifiéme voûte , qui n'eſt
féparée de la feconde que par 3 ou 4 pieds
d'intervalle , il y a plus de fix pieds de terre,
fervant de jardin à un Religieux , enforte
que cette troifiéme voûte n'a été faite
probablement
que pour conferver la feconde ,
que le terrein & les pluyes auroient pû endommager.
L'entre-deux eft fermé actuellement
, mais on apperçoit fous la clef de
la moyenne voûte,un trou fraîchement bouché
de 18 pouces en quarré , par où l'on
voyoit autrefois l'efpace dont je parle.
Comme il n'y a point de cuve à la Cave
du Pape , on eft obligé d'y tranfporter le
vin qu'on tire des cuves près l'Ecurie. On
ne le porte que jufqu'à la cave fupérieure ,
& de-là , par le moyen de deux petits trous,
qu'on a faits à la voûte, & de certains tuyaux
de fer blanc , le vin paſſe de lui -même dans
tous les tonneaux d'en bas.
Outre la Cave du Pape , il y en a deux
autres le long de l'allée , dont une qui eft
pleine de tonneaux à deux rangs , eft de 25
toifes de long , fur-3 de large . Elle eft voûtée,
& reçoit l'air d'un bout par la porte du
côté des Ecuries , & de l'autre par une fenê
D v tre ,
714 MERCURE DE FRANCE.
tre , qui perce au-devant de l'Eglife . A côté
de celle-là il en eft une autre , voûtée de
même , mais ſi humide , qu'on n'y met abfolument
rien que des bouteilles.
Après vous avoir entretenu & peut-être
ennuyé par un détail , où vous ne pouvez
prendre un grand intérêt , permettez , M.
que je vous faffe part d'une invention toute
récente , qui pourroit tourner à l'avantage
du Public.
le
Je vous ai dit dans ma premiere Lettre que
le R. P. Dom Michelon , Prieur de la Chartreufe,
faifoit préparer une grande quantité
de carreaux , d'une pierre auffi dure que
marbre , pour paver le Choeur des Freres ,
la Sacriftie , le Chapitre & le devant de
l'Eglife . Le Choeur des Freres eft déja fait ,
& le refte fuivra de près ; mais les carreaux ,
après avoir été fciés , donnoient tant de
peine à polir fur le grès , qu'un homme n'en
faifoit ordinairement qu'un par jour. C'étoit
une dépenfe confidérable & , un retard
qui auroit fait traîner l'ouvrage en longueur,
quand un Donné de la Maiſon , nommé Frere
Joachim , a trouvé le fecret de faire en un
quart d'heure , avec un cheval , ce qu'un
homme ne faifoit que dans un jour. Il eft
vrai que la Machine étoit prefque toute faite
, mais on n'avoit pas fongé à l'appliquer à
cette forte d'ouvrage . Le Moulin à huile
qui
AVRIL. 1744. 715
qui eft dans la Maiſon , a fait naître cette
idée , & fert actuellement à l'exécuter.
Cette Machine confifte en une grande
rouë horizontale , qui porte 120 fuſeaux
dans fa circonférence , en une lanterne de
27 dents ou fuſeaux , dont l'arbre entraîne
la meule , & une roue moyenne de 60
dents,qui engraine dans l'une &dans l'autre ,
enforte que quand la grande rouë & le che
val qui tourne deffous , ont fait un tour ,
la
meule a fait quatre tours & la cinquiéme
partie d'un autre. Voilà l'abregé de la Machine
qui étoit faite pour l'huile , & en
voici le changement.
On a ôté la meule de fa place ; on a garni
la coupe d'une affife de pierres de grès, bien
unies & bien affemblées . Enfuite on a fait
un fort chaffis qui traverfe la coupe diamétralement
, & qui eft fixé folidement fur
l'arbre de la lanterne , à environ un pouce
au- deffus de l'affife de grès ; les carreaux
qu'on veut polir, ont 16 pouces en quarré ,
& deux ou trois pouces d'épaiffeur. On en
met deux à la fois dans les deux parties oppofées
du chaffis , & le cheval faifant tournet
la Machine , les deux carreaux font tranés
fur la coupe de grès avec vne vîteſſe
quadruple de la marche du cheval. On y
jette de l'eau de tems en tems , avec un peu
de fable ; on les tourne deux ou trois fois
D vj en
716 MERCURE DE FRANCE .
THA
2
en differens fens , pour qu'ils fe poliffent
également de tous côtés , & dans une de-.
mie heure , ou trois quarts d'heure au plus ,
les deux carreaux font fuffisamment polis.
A A , Grande rouë horifontale , qui porte
120 fufeaux ; le cheval eft deffous ,
attaché à une forte barre qui traverſe
l'arbre .
27
B B , Roue moyenne de 60 dents.
CC , Petite roud , ou lanterne , qui porte
fufeaux.C'eft contre l'arbre de cette
lanterne , qu'eft appuyée la meule à
écrafer les Olives , & c'eft contre le
même arbre qu'on a arrêté le chafſis
EE, après en avoir ôté la meule.
DDD , Circonférence de la coupe . C'est un
affemblage de pierres de taille bien
ajuftées & bien unies , où l'on met
les Olives pour être écrafées & réduites
en pâte. C'eft fur cette coupe
qu'on a mis une affife de pierre de
grès pour fervir à polir les carreaux.
Chaffis qu'on a fixé fur l'arbre de la
Nanterne , à un pouce au-deffus de la
coupe.
DE
Sont les deux endroits oppofés du
chaffis où l'on met les carreaux qu'on
veut polir. Les carreaux ont un peu de
jeu entre les bois du chaffis , afin qu'ils
foient traînés & non pas foutenus.
PLAN
-AVRIL. 1744. 717
PLAN géométral de la Machine à polir
les Carreaux de Marbre,
B
D...
B
E
2 E
Je
718 MERCURE DE FRANCE .
Je compte , M. qu'une pareille Machine
pourroit avoir les avantages , furtout dans
les endroits ou l'eau & le vent pourroient
tenir lieu de cheval ; mais en tout cas la dépenfe
de ce cheval fera toujours bien moindre
que
le profit de la prompte expédition.
>
Il feroit tems de finir ici ma lettre , mais
j'ai encore à vous parler de deux articles ,
qui pourront vous faire quelque plaifir.
Il s'agit de Peinture , & ce fujet ne vous eft
pas indifferent.
Le Frere Imbert , dont il eft parlé dans ma
premiere lettre , a fait en differens tems des
Eléves qui lui font honneur. Il en a un actuellement
dans la Maiſon , nommé Frere
Benoit Borrely , natif d'Avignon , dont les
difpofitions pour la Peinture donnent de
grandes efpérances . Il s'eft furtout appliqué
au Paftel , & femble devoir porter un jour
ce genre de Peinture à fa perfection . Je ne
vous parlerai point de deux Païfages & d'une
Magdeleine , qui font eftimés ; beaucoup
d'autres perfonnes en ont fait avant lui
mais ce que je ne crois pas qu'on aye encore
vû , ce font deux Marines de 2 pieds 9
pouces de large , fur 18 pouces de hauqui
peuvent paffer pour des chefs
d'oeuvre ; ce qui paroît furtout bien difficile
, c'eft une quantité de petites figures humaines
,
teur >
A V RIL.
1744. 715
maines , occupées à differentes manoeuvres ,
dont la plupart n'ont pas fix lignes de hauteur.
Le fond eft parfaitement beau ; le
lointain eft exprimé avec la derniere fineſſe ;
on y voit des Tours , des Citadelles , & les
nuances y font auffi bien ménagées qu'on
pourroit le faire à l'huile. Tous les Connoiffeurs
avoient que ces deux Marines font parfaites
, foit pour la vivacité & la force des
couleurs , foit pour la petiteffe des figures ,
foit pour la fraîcheur de tout l'Ouvrage.
J'ai fçû de bonne part que deux Peintres de
l'Académie de Paris , qui pafferent il y a un
an par Villeneuve , en allant à Rome , regarderent
ces deux Marines comme quelque
chofe de rare & d'exquis.
Voilà , M. le premier des deux articles
dont j'avois à vous parler ; je n'entreprends
le fecond qu'en tremblant , parce que je
fens bien qu'il m'eft impoffible de bien exprimer
ce que j'ai vû , mais la chofe eſt ſi
belle par elle- même , & fi généralement
applaudie , que vous feriez en droit de me
reprocher mon filence , fi vous l'appreniez
un jour par un autre canal .
C'eft un Tableau fans bordure, qu'on voit
dans le Cabinet du Frere Imbert , où toutes
les perfonnes du métier fe trompent pour
quelque chofe , les uns plus les autres moins.
Ce Tableau , qu'on affùre avoir été fait pour
pré720
MERCURE DE FRANCE .
préfenter à Louis XIV , & qui refta entre
les mains d'un Peintre d'Avignon , par la
mort funefte de fon Auteur , qui tomba d'un ·
échaffaut dans l'Eglife de S. Pierre de la même
Ville , fut acheté par les Chartreux il y a
environ 46 ans , & ils le confervent , avec
raifon , comme un Ouvrage inimitable & fans
prix.
Ce Tableau , qui ne femble pas en être
un , repréſente un chevalet de Peintre avec
tout l'attirail de la profeffion. Il a 5 pieds
de hauteur , 3 pieds de largeur en bas , &
le haut finit prefqu'en pointe , comme c'eſt
l'ordinaire des chevalets . On voit en haut
un deffein à la fanguine , de 22 pouces de
large fur 14 pouces de hauteur fans les marges
, repréfentant l'Empire de Flore d'après
le Pouffin . Le Deffein paroît volant , & ne
tient en haut que par la pointe d'un canif à
manche rouge. Ce Deffein , qui femble avoir
été plié par le milieu , froiffé en quelques
endroits , & même un peu déchiré par le
bas , s'applique fi mal en apparence fur le
chevalet , que prefque tous les fpectateurs
y portent la main , pour n'être pas féduits.
Cependant ce Deflein eft peint à l'huile fur
toile. Je dois encore vous faire obferver
qu'une partie de ce Deffein déborde le chevalet
des deux côtés , étant foutenue derriere
par un traverfier , ce qui fait encore
plus d'illufion, AuAVRIL
1744. 728
Au-deffous du Deffein , qui femble être
l'Original , on voit la copie peinte à l'huile,
mais ne paroiffant qu'ébauchée , comme un
Ouvrage qui n'eft pas encore terminé. A
main gauche de cette Copie & au - deffous ,
du Deffein , on voit un cayer de Marine ,
acroché par le dos . Il eft fans couverture &
pend négligemment. La feüille qui ſe voit
repréſente un Moulin à vent & d'autres chofes
, imitant fi -bien la gravûre qu'il n'eft
perfonne qui ne s'y trompe.
Au-deffous de la Copie , on voit le bord
d'une petite tablette de bois , foutenuë par
deux chevilles aux deux extrémités , laquelle
femble fortir de deux pouces & foutenir
le chaffis de la Copie. Sur la même tablette
, on voit étendus fept à huit pinceaux,
les uns fur les autres , avec un couteau ,
bien imités , qu'on les croit réels , ainfi que
la tablette , jufqu'à ce que la main faffe convenir
du contraire.
fi-
A la cheville du côté gauche eft penduë
la Palette par le trou du pouce. Sur les petits
tas des differentes couleurs , on diftingue
les petites pointes que le pinceau fait
en prenant la couleur , & cela d'une maniere
finaturelle , qu'après même qu'on eſt
averti , on eft tenté de paffer la main deſſus ,
pour fentit fi rien ne releve.
On voit à main droite , fur la tablette , un.
petit
722 MERCURE DE FRANCE.
>
petit Tableau de Teniers , avec fa bordure ,
repréfentant un fumeur. Ce petit Tableau
femble fi-bien détaché du refte , & fi enfumé
, que bien des perfonnes effayent de le
prendre , pour mieux diftinguer le fujer.
L'efpace au-deffous de la tablette juſqu'à
terre , eft occupé par un Tableau tourné
dont on ne voit que le chaffis & la toile .
Le chaflis eft de fapin ; les veines du bois
font parfaitement diftinctes & colorées d'après
nature ; il y a un traverfier du haut en
bas qui paroît cloué fur le chaffis , & les
clous , tout petits qu'ils font , ont fait éclater
le bois. La toile du Tableau paroît une
groffe toile d'Italie , approchante du canevas.
On diftingue les fils , on connoît par
la couleur de la toile , que le Tableau doit
être peint à l'huile ; ce qui le fait encore
mieux juger , eft une pièce de la même toile
, grande comme la paume de la main
qui paroît collée fur l'autre comme pour
boucher un trou ; fa couleur grife qui la
fait paroître neuve , en comparaifon de
l'autre , donne à connoître qu'elle a été mife
long- tems après. Au refte , il ne faudroit
pas croire que la toile qu'on voit fût la même
fur laquelle on a peint tout l'Ouvrage ,
car la toile apparente eft fort groffiere , & la
véritable eft fort fine , comme on le voit en
regardant le chevalet par derriere.
>
Entre
AVRI L. 1744. 723
Entre le traverfier & la toile du Tableau
tourné , eft une petite Eftampe de Perrelle
en Païfage , imitant la gravûre , auffi parfaitement
qu'il fe puiffe . Elle eft placée un peu
obliquement & fi négligemment , que jamais
perfonne , fans être averti , n'a pû s'imaginer
que ce foit une Peinture à l'huile.
Enfin , à deux pouces de diſtance du chaffis,
dont je viens de parler, à main gauche &
à terre , on voit un des pieds du chevalet fi
reffemblant au bois , & percé en apparence
de trois trous , fi bien imités , que tout le
monde s'y trompe . On n'a qu'à dire à la perfonne
que ces trous font plus petits qu'ils
ne paroiffent , & que le bout du doigt n'y
peut pas entrer ; c'en eft alfés pour qu'elle
fe baiffe & qu'elle en faffe l'épreuve.
Voilà , M. un très-beau morceau de Peinture
, qui perd toute fa grace par l'expofition
que j'ai tâché de vous en faire . Il faudroit
le voir pour en juger. La meilleure
idée que je puiffe vous en donner , eft de
le monde s'y trompe , trompe , les Peintres
comme les autres.
dire
que
tout
L'Auteur étoit Italien , & s'appelloit Antoine
Fort-Bras. Il a mis les lettres initiales
de fon nom au bas de la feüille de Marine ,
qui paroît à découvert , de cette forte.
A. F. B. pinxit , A. 1686 .
Je ne crois pas M. R. P. qu'on puiffe rien
exi724
MERCURE DE FRANCE .
exiger de plus , ni de mieux , du zéle & de
la fagacité de M. l'Abbé Soumille , au fujer
de la Chartreufe de Villeneuve , fi ce n'eft ,
peut-être , de voir dans les Archives de cette
Maifon , ce qui peut s'y trouver d'Hiftorique
, & d'inftructif , par rapport à la fondation
de la Chartreufe de Marfeille . Celleci
fera toute la matiere de ma premiere lettre
, & peut-être d'une feconde , fi le fujet
le demande . En attendant , & par anticipa
tion , permettez-moi de finir par une nouvelleTraduction
de l'EpigrammeLatine : Non
lufit pictura manum , &c . faite fur le S. Bruno
du fameux Puget , qui eft imprimée dans
le Mercure d'Avril 1743 , fuivie d'une Traduction
qui a été univerfellement goûtée ,
Traduction que M. F. n'avoit pas vûë , &
qui l'auroit abfolument empêché de travailler
fur le même fujet , à ce qu'il m'a écrit depuis.
Voici cependant ſa Traduction , qui
n'eft pas fans mérite.
SUR le S. Bruno , de la Chartreuse de
Marfeille.
IlL n'emprunte point ſes attraits
De la féduifante Peinture.
Il est vivant , & tous les traits
Sont l'Ouvrage de la Nature.
Däi , fans doute , il refpire , il voit réellement.
Si
AVRIL. 1744.
725
Si fon corps , fi fes yeux n'ont aucun mouvement §
modeftie il fe fait violence ;
C'est que par
On l'entendroit même parler ,
S'il craignoit moins de violer
L'étroite régle du filence.
Par M, Frigot.
Je fuis , M. R. P. avec beaucoup d'atta
chement & de refpect , votre , &c.
AParis , le 21 Mars 1744.
U
LA COME'TE.
ALLEGORIE.
NE Etoile paroît , fous le nom de Cométe
Ses rayons en gerbe elle jette ;
On en jaze dans tout Paris ,
Et chacun quitte fon logis ,
Pour regarder ce Phénomene.
Mortels , que vous prenez de peine !
Confiderez la Lune & le Soleil ,
Vous ne verrez jamais rien de pareil.
La Nouveauté , furtout en France ,
Sar
726 MERCURE DE FRANCE
Sur l'homme a beaucoup de puiffance.
On s'empreffe fouvent , pour admirer un rien ,
Une Brochure , une Piéce nouvelle ,
Avortons infenfés d'une creufe cervelle ,
De qui quelque fou dit du bien ,
Et l'on néglige la Fontaine ,
Boileau , la Bruyere , Chaulieu ,
Et trois Enfans de Melpomene ,
Dont le moindre eft un demi -Dieu.
OM ME rien de ce qui concerne les
CONS Arts n'eft indifferent aux vrais Curieux
, nous avons crû devoir inferer ici
une lettre d'un Horloger de Paris , qui
nous est tombée entre les mains , & qui
contient des faits intéreffans par rapport à
notre Horlogerie , dont l'Hiftoire devient
parmi nous un objet important.
LETTRE de M. Pierre- le - Roy , Horloger
de la Société des Arts , à M....Membre
de la même Société.
M ONSIEUR ,
ONSI
LE Mémoire que j'ai eu l'honneur de
préAVRIL.
727 1744.
D....
préfenter à l'Académie des Sciences , à l'occafion
de la Montre à répétition de Mylord.
dont le travail vous a plû,
a eu tout l'effet que je pouvois défirer .
Vous fçavez que les changemens pratiqués
dans cette Montre ont pour objet , 1º,
D'en augmenter la jufteffe , & de rendre
cette jufteffe durable , autant qu'il eft poffible.
2º. De rendre toutes les parties de la
Montre moins fujettes à l'ufure.
Avant que de rien entreprendre fur cette
matiere , j'ai remarqué que les changemens
qui arrivent indifpenfablement dans les
frotemens des roues & des autres parties
qui compofent les Montres ordinaires , font
les principales caufes de leur irrégularité ;
parce que ces frotemens , qui ôtent toujours
une partie confidérable des forces mouvan.
tcs , venant à changer , changent néceffairement
les forces reftantes , & alterent parconféquent
la juſteffe de la Montre, Car ces
forces reftantes, ou plutôt les forces, que le
mouvement tranfmet à la roue de rencontre,
changeant de quantité cette roüe,accelerent
plus ou moins les vibrations du Balancier
fuivant Les forces font augmentées ou
diminuées , ce qui fait avancer ou retarder
la Montre. C'eft pourquoi on ne doit rien
négliger pour rendre les frotemens auſſi
conftans, qu'il eft poffible, & le moyen d'y
que
par28
MERCURE DE FRANCE.
parvenir , eft de les réduire à la plus petite
quantité , parce que leur changement eft
toujours fuivant le rapport de cette quantité.
L'ufure qui fe fait dans les Montres , eſt
encore une autre caufe de leur irrégularité ,
auffi grande que la premiere , car non- feulement
elle change les forces reftantes , mais
elle change auffi la fonction des roues & des
autres parties qui les compofent.
Pour remédier , autant qu'il eft poffible , a
ces caufes principales d'irrégularité , il eft
néceffaire :
1. D'empêcher le plus qu'on peut , que
le changement des forces reftantes ne communique
fon irrégularité aux vibrations du
Balancier. 2 ° . De mettre les parties , dont
l'ufure peut déranger la jufteffe , à l'abri de
cette ufure , & de rendre leur frotement le
plus conftant qu'il eft poffible.
Suivant ces principes , les principaux
changemens que j'ai faits dans la Montre en
queftion , font dans l'échapement , & c'eft
de lui que dépend prefque toute fa juftelle
.
Pour juger du fuccès de ces changemens,
il faut examiner d'abord quelle eft la
détermination propre du mouvement du Balancier
, c'est-à- dire , du mouvement qu'il
doit conferver , étant dégagé de la rouë de
renAVRIL.
1744. 729
rencontre , & du reffort fpiral. Il faut confiderer
auffi quelle eft la détermination de
ce reffort dégagé réciproquement du Balancier
, & enfin lorfqu'ils font réünis enfemble
, ce qui doit réfulter dans les vibrations
du mêlange de leur action .
Pour cet effet , fuppofons un Balancier
dans le vuide fans frotement fur fes pivots, &
fans aucun obftacle à ſon mouvement.Si l'on
fait tourner le Balancier , par la Loi généra
le des corps mûs horisontalement , il confervera
la même viteffe qui lui aura été imprimée
, c'est-à- dire , une viteffe uniforme , &
parconféquent les differens efpaces qu'il
parcourera , feront comme les tems employés
à les parcourir , ou , ce qui eft la même
chofe , dans des tems égaux il parcourera
des efpaces égaux .
Ainfi comme le Balancier d'une Montre
eft déterminé par fon mouvement , propre à
rendre les tems des vibrations égaux à leur
grandeur , cette montre avanceroit , & retarderoit
, fuivant que les vibrations diminueroient
ou augmenteroient leur grandeur
, fi l'action du reffort fpiral , & l'acceleration
de la roue de rencontre ne détruifoient
point l'uniformité de fon mouvement.
Le reffort fpiral eſt déterminé par fon
mouvement propre , comme tous les autres
refforts,à faire fes vibrations petites & gran-
E des
730 MERCURE DE FRANCE.
des dans des tems égaux , ce qui fe prouve
par le ton égal & conftant des cordes d'inf
trument. Il pourroit donc parconféquent
rendre une Montre parfaitement réguliére ,
en l'appliquant fimplement à la Verge de
fon Balancier , c'eſt-à-dire , à une Verge dont
on auroit ôté le Balancier , fi ce reffort pouvoit
acquérir affés de mouvement pour n'être
pas fenfible à tous les changemens d'acceleration
de la roule de rencontre , & au
changement de refiftance du frotement des
pivots de cette Verge.
Si l'on confidere maintenant le Balancier
& le reffort fpiral , réunis enſemble fans la
roue de rencontre , il eft aifé de voir l'effet
que doit produire le mélange de leurs differentes
actions fur les vibrations.
Le Balancier & le reffort fpiral exercent
leur puiffance alternativement l'un fur l'autre
, pour le communiquer leur mouvement,
Le Balancier exerce d'abord la fienne fur le
fpiral , pour lui communiquer toute l'uniformité
de fon mouvement , & parconféquent
l'irrégularité des tems de fes vibrations.
Le reffort fpiral exerce à fon tour ſa
puiffance fur le Balancier , pour en corriger
l'inégalité en accelerant ſes vibrations , mais
la puiffance du Balancier étant confidérable
, cette acceleration du reffort ſpiral n'eſt
pas fuffifante pour rendre les tems des grandes
AVRIL. 1744. 73E
des vibrations égaux à ceux des petites ; elle
ne peut corriger leur inégalité , que comme
la puiffance de ce reffort eft à celle du Balancier.
Il faut donc chercher une rouë de rencontre
, qui puiffe donner , par le moyen d'un
échapement quelconque , le refte d'acceleration
qui manque aux vibrations , pour en
rendre les tems égaux.
La roue de rencontre ordinaire n'eft point
propre àcette opération , parce qu'elle s'oppofe
à la grandeur des vibrations du Balancier
, & le maîtrife fi fort par cette oppofition
, qu'elle communique à fes vibrations
toutes les inégalités des forces qui lui font
tranfmifes par le mouvement de la Montre,
Car lorfque la force de cette roue augmen
te , ou , ce qui eft la même chofe, lorfqu'elle
accelere davantage les vibrations , au lieu
de les laiffer accroître dans le rapport de
cette acceleration , elle s'oppofe encore avec
plus de force à leur accroiffement , qu'elle
ne les accelere. De-là vient que les Montres
ordinaires avancent & retardent , fuivant
la force de leur mouvement augmente
que
ou diminuë.
Cette oppofition de la roue de rencontre
à la grandeur des vibrations du Balancier ,
eft caufe que les dents des roües , leurs pivots
, & les trous de ces pivots s'uſent da-
E ij vantage
732 MERCURE DE FRANCE.
vantage , parce que le Balancier à chaque
vibration force la roue de rencontre à reculer
, lorfqu'elle s'oppoſe à la grandeur de
fes vibrations , & parconféquent oblige
auffi toutes les autres roues à reculer , à proportion
de leurs révolutions : or ce recul
imprime trop de mouvement aux roües.
De plus , la preffion confidérable des aîles
des pignons fur les dents des roües , pour
les obliger à reculer , & l'augmentation de
la charge que reçoivent les pivots par cette
preffion , augmentent beaucoup le frotement
, & ces caufes fuffifent pour produire
beaucoup d'ufure .
La Montre en queftion au contraire , eſt
exempte de ces défauts , par la conftruction
de l'échapement qui eft à repos . Car la roüe
de rencontre après avoir acceleré les vibrations
du Balancier , n'eft point forcée de reculer
, & ne s'oppofe point à leur grandeur.
Elle les laiffe accroître librement , à la
réfitance près du petit frotement des pivots
du Balancier , & de celui de la roue de rencontre
, fur le repos de l'échapement. Cette
roiie ne s'oppofant point à la grandeur des
vibrations , on peut en rendre les tems
égaux. Il ne s'agit pour cela , que de réduire
la puiffance du Balancier en telle forte , que
celle du reffort fpiral , & celle de la roue de
rencontre puiffent l'accelerer au point , que
les
AVRIL. 1744. 733
1
les grandes vibrations foient renduës iſochrones
aux petites.
Pour donner une idée de la diminution
de l'úfure dans la Montre en queſtion , il
faut diftinguer dans une Montre l'arc de
vibration qui eft ordinairement de 180 degrés
dans les Montres bien faites , de l'arc
d'échapement , c'est-à-dire , de l'arc que la
dent de la roue de rencontre fait parcourir
au Balancier , pour échaper de la palette ;
cet arc eft d'environ 45 degrés , & il divife
l'arc de vibration en deux parties égales
parconféquent l'excès du branle du Balancier
, au-deffus de cet arc , eft de chaque
côté de 67 degrés & demi ou environ
tellement qu'on peut fuppofer l'arc de vibration
compofé de trois arcs , fçavoir de
deux arcs de 67 degrés & demi chacun
& de l'arc d'échapement qui eft, comme j'ai
dit , de 45 degrés , le tout enſemble faiſant
la fomme des 180 degrés , compris ordinaiment
dans l'arc de vibration . Voyons maintenant
le mouvement que la roue de rencontre
eft obligée de faire à chaque vibration.

Suppofons pour cet effet , que le Balancier
commence fa premiere vibration à l'extrémité
de l'arc à droite , allant ainfi de la
droite à la gauche , la roue de rencontre le
pourfuivra dans toute l'étendue du premier
E iij
arc
734 MERCURE DE FRANCE.
arc ,
, qui eft de 67 degrés & demi &
` dans tout l'arc d'échapement qui eft de 45
degrés , aprés quoi la dent de cette roue venant
à échaper de la palette , le Balancier
fera retrograder cette même rouë , pendant
qu'il parcourera le dernier arc , ou les 67
degrés & demi , qu'il faut , qu'il faut pour achever
l'arc de vibration.
Or dans la Montre en queftion , la roue
de rencontre n'agit point dans toute l'étenduë
de l'arc de 180 degrés , qui eft l'arc de
vibration , mais feulement dans l'arc d'échapement
, qui n'eft que d'environ 45 degrés.
Ainfi la diminution de l'ufure eft,comme
45 eft à 180 , fans compter qu'elle eft
encore exempte de l'ufure , caufée par le
recul , que la roue de rencontre eft obligée
de faire dans les échapemens ordinaires.
Cette grande diminution d'ufure eft un
avantage confidérable ,, que les échapemens
à repos ont fur ceux à roues de rencontre ,
car la fource principale de la régularité &
de la durée des Montres , vient de l'état
conftant de toutes les parties qui les compofent.
Quant à la quadrature de cette répétition,
je l'ai conftruite, de façon qu'elle n'occupe
que les deux tiers de la hauteur de
celle des répétitions ordinaires ; j'ai donné
au rouage cette hauteur de plus , que j'ai
reAVRIL.
735 1744.
retranchée de cette quadrature , au moyen
dequoi la roue de rencon tre eft plus grande,
& parconféquent l'échapement meilleur , &
le grand barillet plus haut. De plus , cette
conftruction donne la facilité de démonter
le rouage , fans rien démonter de la quadrature.
Je vous laiffe appliquer , M. à la Montre
que vous connoiffez , l'utilité de ces principes
, qui me paroît bien juſtifiée , tant par
le témoignage de l'Académie ,que par le fuccès
de l'éxécution .
Extrait des Regiftres de l'Académie Royale
des Sciences , du 17 Mars 1742 .
*M
"
"
>
R S Camus & de Fouchy , ayant été
nommés par l'Académie , pour exa-
» miner un Mémoire de M. Pierre-leRoy
Horloger , contenant la defcription de
quelques changemens qu'il a faits à l'é-
» chapement des Montres , pour parvenir à
» une plus grande régularité , & en ayant
» fait leur rapport , l'Académie a jugé que
» ce Mémoire étoit rempli de Remarques
» curieufes & utiles , & que la maniere que
» l'Auteur y propofe , & qu'il a déja mife
» en pratique , pour perfectionner l'échape-
»ment à repos , & les répétitions, étoit d'au
» tant meilleure , qu'elle pouvoit être aifé-
E iuj » ment
736 MERCURE DE FRANCE.
"
» ment confirmée par l'expérience. En foi
dequoi j'ai figné le préfent Certificat . A
» Paris , le 18 Mats 1742. Signé , d'Or-
» tous de Mayran , Sécrétaire perpétuel de
» l'Académie Royale des Sciences.
Permettez -moi de joindre à ce Certificat ,
une lettre de M. de *** . Vous fçavez qu'il
a expérimenté une Montre faite dans les
principes de mon échapement. Voici ce qu'il
m'écrit à cette occafion.
30
"
Vous me demandez , M. que je vous
marque mon fentiment fur la Montre que
" je vous renvoye. Je vais tâcher de vous
» fatisfaire, & cela d'autant plus volontiers,
que je n'ai affûrément que du bien à vous
en dire. Depuis quatre mois & demi , que
je l'ai entre les mains , je n'ai pû y remarquer
aucune inégalité , fenfible pour une
Montre . Souvent après des femaines en-
» tieres de mauvais tems , je l'ai retrouvée
» dans la même minute avec le Soleil , & le
plus grand dérangement que j'y aye ob .
» fervé , a été d'une minute ou deux en quatre
ou cinq jours. Encore ce dérangement
" a- t'il toujours été dans le fens du retard
>> auquel la Montre paroiffoit incliner. Ainfi
» je ne doute nullement que l'échapement
» que vous y avez employé , & fur lequel
» l'Académie a porté un jugement favora-
و ر
ود
,
ble ,
AVRIL. 1744. 737
»ble , ne procure à cette Montre une régularité
auffi conſtante qu'il eft permis de
» l'attendre d'une pièce d'Horlogerie .
Je fuis , & c. Le 8 Décembre 1742 .
Voilà , comme vous voyez , une expérience
qui confirme celle de Mylord D.
***. Je vais en ajouter une , qui a précédé
ces deux dernieres .
A la fin de Novembre 1737 , je reçus
une lettre de M. de Villeneuve , Graveur du
Roi de Portugal & de l'Académic de Lisbonne.
Il me marquoit , qu'ayant en une
difpute au fujet de l'Horlogerie avec des
Anglois , qui prétendoient qu'il n'y avoit
qu'à Londres où l'on fît de bonnes Montres
, & conféquemment que leurs Horlo
gers étoient fort fupérieurs aux nôtres , piqué
de la mauvaiſe opinion qu'ils avoient
de notre Horlogerie , il avoit parié cent
monnoyes d'or, valant mille écus de France ,
qu'il fe faifoit d'auffi bonnes Montres à Paris.
Il ajoutoit que le pari ayant été accepté
par les Anglois , on étoit convenu fur le
champ d'en faire faire de part & d'autre ,
aux conditions que celui qui fe trouveroit
avoir la meilleure Montre , gagneroit celle
de fon adverfaire , & les cent monnoyes
d'or qui furent dépofées ; que fes paricars
en conféquence avoient écrit à Londres
Ev pour
738 MERCURE DE FRANCE.
x
pour faire faire une Montre , & qu'il s'adreffoit
à moi pour lui en faire une de ma
main à boëte d'argent , la meilleure qu'il
me feroit poffible , marquant feulement les
heures & les minutes , fans répétition &
fans ornement,parce que dans leur gageure,
il n'étoit queftion que de la jufteffe , qui eft
le plus grand objet de l'Horlogerie , & de
la perfection du travail. Le zèle de ce célébre
Graveur , pour l'honneur de la Nation
excita le mien,& je regardai fa gageure comme
mon affaire propre. Dans la Réponse que
je lui fis, après avoir loué ce coeur François,
fi fenfible aux intérêts de fa Patrie , & l'avoir
remercié pour mon compte de l'honneur
d'un choix qui me flatoit beaucoup , je lui
mandai que je me regardois comme de moitié
dans cette affaire , & que pour répondre
à fa confiance , avant que de faire la Montre
en queſtion , j'avois deffein d'en faire un
modéle , fur lequel je puffe rectifier mes
idées , afin de n'y laiffer , s'il étoit poffible ,
aucun défaut , furtout dans le travail particulier
que je comptois faire pour augmenter
la jufteffe de cette Montre . F'ajoutois
que comme fes adverfaires ne manqueroient
pas de s'adreffer à M. Graham , dont tous
les. Horlogers de l'Europe reconnoiffent le
fçavoir & l'habilité , fans me flater de l'emporter
fur lui , je comptois qu'au moins l'émulation
AVRIL. 1744. 739
mulation me feroit faire de nouveaux efforts
, qui tourneroient à l'avantage de notre
Horlogerie ; qu'au furplus , ce qui me
donnoit la hardieffe d'entrer en lice avec
un fi grand homme , étoit la confiance que
j'avois dans un échapement de mon invention
, dont le modéle avoit été préſenté à
l'Académie des Sciences , & dont l'exécu
tion me promettoit une plus grande régularité
dans les Montres;que j'employerois cet
échapement dans la fienne , & qu'enfin je
ne négligerois rien de tout ce qui dépendoit
de moi , pour rendre du moins la Ba
lance égale , fi je ne pouvois la faire pancher
en fa faveur.
En conféquence de cet engagement , je
me mis à travailler à fa Montre , avec toute
L'application poffible , & j'y pratiquai tous
les changemens que je crus pouvoir concourir
à fa jufteffe & à fa durée. Elle fut faite
au commencement de Mars 1739 , & je
l'envoyai le mois fuivant. J'y joignis peu de
tems après un Mémoire , contenant une explication
Phyfique & Méchanique de mɔn
travail. Au mois d'Octobre de la même année
, M. Morin , Contrôleur du Greffe du
Châtelet de Paris , frere de M. de Villeneuve
, me communiqua une lettre , où il
lui marquoit la décifion de la gageure , conçûe
expreffément en ces termes : » J'ai re-
E vj " çû,
740 MERCURE DE FRANCE.
» çû , mon frere , la Differtation Phyfique
» & Méchanique de M. le Roy, qui eſt arri-
" vée trop tard pour me faire gagner mon
»pari. Car le tems qui s'est écoulé fans l'a-
» voir , & la crainte que l'Anglois a peut-
» être euë de perdre , l'a engagé à précipi-
» ter la décifion qui a été favorable à tous
» les deux par les éloges & les applaudiffemens
qui ont été donnés aux deux Ouvra-
»ges , en préfence du Prince du Brefil ;
»ainfi les fommes dépofées ayant été ren-
» duës à l'un & à l'autre , les deux Montres
» ont été jugées également parfaites en leur
"
» genre.
Cet incident a donné lieu au même Prince
du Brefil , de faire examiner en mêmetems
une répétition qu'il a de M. Julien - le-
Roy , & qu'on a généralement applaudie.
Ce n'étoit pas la premiere fois que je n'étois
éprouvé contre les Anglois , & toutes
les circonftances qui peuvent contribuer à
la gloire de la Nation , me font trop précieufes
pour diffimuler un autre événement ,
que je me garderois bien de vous rappor
ter , s'il n'avoit intéreflé que moi.
En 1719 , un célébre Horloger de Paris
me fit l'honneur de m'écrire à Tours , Lieu
de ma naiffançe , où j'étois alors , qu'on venoit
d'établir à Verfailles une Manufacture
d'Horlogerie , protegée par M. Law, & que
les Directeurs , en préfentant au Roi & à
M.
AVRIL. 1744. 741
M. le Duc d'Orleans , les prémices de
cette Manufacture , qui confiftoient en une
petite Montre d'or pour le Roi , & une Répétition
à quarts & demi-quarts pour M. le
Régent , avoient eu foin d'exagerer la fupériorité
de leurs Ouvrages fur ceux de France
, & qu'ils avoient porté la confiance jufqu'à
faire inférer dans le Mercure un Difcours
où ils s'efforçoient d'établir cette fupériorité
d'une maniere peu honorable
pour nous. Il ajoutoit qu'il étoit queſtion
de convaincre M. le Régent par nos propres
Ouvrages , que nous n'étions point inférieurs
aux Anglois ; qu'il me jugeoit capable
de cette entreprife , qu'il me prioit en
conféquence de lui faire une Répétition à
quarts & demi-quarts fur les principes d'une
certaine Montre qu'il avoit vue de ma façon,
& qu'il me la payeroit tout ce que je vou.
drois , parce qu'il étoit réfolu de ne rien
épargner , pour pouvoir oppofer aux Anglois
un Ouvrage capable de difputer le
prix au leur. Je crus devoir feconder le zéle
de ce bon Citoyen ; j'entrai dans fes vûës ,
& je travaillai fans relâche à faire la Répétition
qu'il me demandoit . Un Livre d'Horlogerie
qui a paru depuis , & qui rapporte
le fait , marque que cette même Montre
fut faite fous les yeux de ce célébre
Horloger mais la vérité eft qu'elle
fut faite à Tours , & qu'il n'y cut d'autre
2
part
742 MERCURE DE FRANCE.
part que le choix qu'il voulut bien faire de
moi , pour exécuter fon deffein , quoiqu'il
eut pû s'en difpenfer plus aifément qu'un
autre , s'il avoit eu le loifir comme moi . En
effet , s'il n'eut été question que de diriger
un Ouvrier , on fent bien qu'il n'en manquoit
pas à Paris. Enfin la Montre fut préfentée
à M. le Régent qui l'acheta , & nonfeulement
ce Prince nous rendit Juſtice , en
lui marquant fa fatisfaction , mais elle produifit
encore par la fuite l'effet qu'on en
avoit attendu .
J'ai l'honneur d'être , Monfieur , &c .
E PITRE ,
A Mlle de G •
pour Réponse
à
quelques lettres , par lesquelles elle preffe
l'Auteur de lui envoyer for Portrait .
SEroit-il vrai que ma figure
Pût vous intéreffer affés
Pour être le motif des défirs empreffés
Qui m'en demandent la peinture ›
Hé bien , je vais fans répliquer,
Obéir & vous fatisfaire ,
Car pour rien , je ne veux rifquer ,
De
AVRIL. 1744. 74%
De vous aigrir , & vous déplaire.
Ne comptez pourtant pas qu'ici
Je m'avife d'entrer en lice
Pour chercher à faire une Eſquiffe ,
Selon les régles de Vinci ;
L'entrepriſe pour moi feroit infoutenable ;
11 faut qu'avec trop d'art un Portrait ſoit traité ,
Et le mien , plus qu'un autre , à moins d'être flaté ,
Vous paroîtroit infupportable ,
Au point que votre coeur en feroit révolté ;
Mais , vous n'y perdrez rien , & je vais , en revanche
,
Profiter de la Carte blanche ,
Pour vous montrer le beau côté ,
Et vous donner , fans m'en deffendre ,
Au lieu d'un Bufte de couleur ,
Ce que la toile ne peut rendre,
L
J'entends les qualités & de l'ame , & du coeur ;
Ces traits , mieux que ceux du viſage:
Caracteriſent les mortels ,
Et ne sçauroient être l'Ouvrage ,
Ni des Pinceaux , ni des Paſtels.
Mes couleurs , il eft vrai , ne feront pas fi vives
Que celles, nommément, qu'employent les Rigaud's
Mais plus fimples & plus naïves. ,.
Elles exprimeront juſques à mes défauts.
Se glorifier , par exemple ,
D'être aux pieds de Venus , àfa fuite , à la Cour,
Et
744 MERCURE DE FRANCE.
Et même jufques dans fon Temple ,
Raiſonnable , Diſcret , ſans ruſe & fans détour ,
C'eſt un crime de léze - Amour ,
Dont jamais fat , ni petit Maître
Ne fçut accorder de pardon.
Quelques efprits auffi fe récriéront peut -être ,
Que la Rimé eft un pauvre don ,
Plus dangereux , que néceffaire ,
Plus difficile , que brillant ,
Et que le mérite de plaire
Peut feul ériger en talent ;
Mais , fort peu jaloux du fuffrage
Et du petit Maître , & du fat ,
Je laiffe à d'autres le débat ,
Et je reviens à mon image ;
J'efpere que fur fon Croquis ,
Vous ne pourrez me méconnoître ,
Et me retrouverez , finon tel que je fuis ,
Du moins tel que je voudrois être .
Me voici donc , tant bien que mal ;
Un caractere affés égal ,
Un naturel uni , fimple , doux & paifible ,
Un coeur droit , élevé , délicat , & fenfible ,
Point encore infecté de la contagion
De l'air de Cour que je refpire ,
Qui ne connoît point , c'eſt tout dire ,
La voix de l'adulation ;
Ces traits font le plus vrai des hommes ,
#
ConAVRIL
.
745 1744.
Conféquemment trop franc , pour le fiécle où nous
fommes ;
Mais ,fur le monde & fes erreurs
Je n'ai point le ton dogmatique ,
Et je déplore fes malheurs ,
En Platonicien beaucoup plus qu'en Cynique ,
Idolâtre du fentiment ,

Du penchant pour la folitude ;
Avec quelque difcernement
Un goût décidé
>
pour l'étude ;
Un peu de pénétration ,
Un défir inquiet de plaire ,
Et peut-être auffi de me faire
Un grain de réputation ;
Une ame du beau feul avide ,
Qui toujours au brillant préféré le folide ,
Au diffus la préciſion ,
A l'air avantageux celui de retenuë ,
Et la vérité toute nuë
Aux charmes de l'illufion ;
Un genre d'émulation ,
Tourné vers la Litterature ;
Voilà quelles faveurs je dois à la Nature ,
Ainfi qu'à l'éducation ;
Pylade en amitié , quand je trouve un Orefte ;
En amour , tendre , vif , femillant & le refte ,
Mais ennemi de la fadeur ;
Sans aveuglement , fans foibleffe
746 MERCURE DE FRANCE
Left jufqu'à préfent entré dans ma tendreffe
Autant de raison que d'ardeur ;
Du fage admirer la conduite ,
Refpecter les vertus , honorer le mérite ,
Et confiderer les talens ,
Sous la plus miférable étoffe ,
Voilà de ma morale & l'efprit , & le fens ;
Aiſé dans le Commerce , & pourtant Philoſophe
Mais Philofophe mitigé ,
Libre du joug du préjugé ,
J'aime que la délicateffe
Sçache quelquefois , fans rougir ,
Faire badiner la Sageffe ,
Et moralifer le plaifir.
Le Chev, de P.....
Explications des deux Enigmes du Mer
cure de Février 1744 , par M. DuV **.
Ne fuis ni grand ni petit Maître
Mais quand je rencontre Isabeau ,
D'abord que je la vois paroître ,
Je lui donne un coup de Chapeau.
La feconde d'autre façon ,
Comment faire pour la connoître
De
AVRIL. 1744. 747
De l'Alphabet elle tient l'être ;
Ou je ne fçais pas ma leçon.
Explication du Logogryphe du même
Mercure , par M. C. Suicer , de Châlons.
Par tout la Vieilleſſe fait peur ;
Chacun la méprife & s'en moque ;
Ami , n'en fais point le railleur ;
Tu n'auras pas peut - être le bonheur
De parvenir à cette époque.
>
Les mots des Enigmes & du Logogryphe
du Mercure de Mars , font le Chat , le Fer
& la Géographie. On trouve dans le Logogryphe
, Gorge , George , Page , Rage , Orage
, Pie , Jo , Pere , Péage , Poire , Egra , Ire
Harpie , Aigre , Harpe , Or , Pari , Epire ,
Georgie , Orge , Agregé , & Rape.

ENIGM É.
UN Pays , que le Nil arrofe ,
A vû fes habitans trop fuperftitieux ,
Quoique je fois bien peu de choſe ,
Me placer au rang de leurs Dieux .
Ce tems n'eft plus ; depuis la mauvaiſe maxime
D'im
748 MERCURE DE FRANCE.
D'immoler tout à l'appétit .
On m'écorche , on me coupe , on me grille , opD
me frit ,
Et la Divinité n'eft plus qu'une victime.
Mais d'abord que je fens le tranchant des couteaux,
Mes efprits envolés frappent l'Auteur du crime ,
Et de les yeux alors font couler deux ruiffeaux.
AUTRE.
Je fuis un animal mordant ;
Mon fexe eft féminin ; pour dilater ma rate ,
J'épluche ſouvent , en grondant ,
Tout ce qui tombe ſous ma pate.
Si quelquefois ( rarement cependant )
Je fuis fage & judicieufe ,
Alors je fuis officieuſe ;
Je découvre la vérité ;
Je purge l'impofteur de fa fauffe monnoye ,
trop hardi conteur de ſa témérité ; Le
Je fçais réprimander celui qui fe fourvoye ;
Je rends fervice à la pofterité.
Quelqu'un me dit , fans doute , eh ! quel eft donc
ton être ?
Un
corps animé ? point ; un corps fans ame ? non ;
Jufques aux ignorans fe parent de mon nom .
En voilà bien affés , pour me faire connoître .
D. B. C. G. d'Entrevaux.
LOAVRIL.
1744. 749
LOGOGRYPHE.
Sous
Ous mes pas naiffent mille fleurs ,
Et la verdure me couronne ;
De l'Aurore , qui m'environne ,
C'est moi qui fais couler les pleurs.
En deux fyllabes fe partage
Mon nom , pere des doux plaifirs ;
Les plus parfaits Amans me doivent leurs foupirs
Et les Oiseaux leur plus tendre ràmage ;
Mais , fi je leur inſpire un chant flateur & doux ,
( Chant que Rameau n'imite qu'avec peine )
Par un malheur , que mon devoir enchaîne ,
J'ouvre auffi le bec aux Coucous.
Ma tête offre un Acteur , chéri dans les Provinces ,
Qu'au Théatre François on vit faire les Princes ;
S'il revient jamais à Paris ,
Il me plaira comme jadis.
Ma derniere fyllabe épouvante les yeux ;
Elle fçait peindre un tyran furieux ;
Ah ! fipar fon fecours on touche une inhumaine ,
On brife auffi par fois la plus aimable chaîne ;
Il voit tout périr fous les Cieux .
Rien dans mon fein ſe voit encore.
Sem s'y trouve fort aiſément ;
La
750 MERCURE DE FRANCE .
La Rime y brille affûrément ,
Et Tein , qui la beauté décore.
Sans doute que , fi je cherchois ,
Mes huit lettres feroient autre métamorphofe ,
Mais , cher lecteur , je me repoſe ;
Car , peut- être , je t'ennuirois ,
Laffichard.
૩૯ ૯ ૨૨૯ ૨૯ ૩૯ ટ ટ ટ ૯ ૩૮ ૩૯ ૨૦ ૩૯૮૯૮૩
NOUVELLES LITTERAIRES ,
L
DES BEAUX-ARTS, &c.
ERECUEIL DU PARNASSE , ou nouveau
choix de Piéces fugitives, en Profe
& en Vers. A Paris , chés Briaffon , ruë
S. Jacques , à la Science. Deux Vol . in- 12 ,
divifés en quatre parties , 1743 .
Extrait du premier Volume.
On trouve dans ce Recueil , des morceaux
achevés en tout genre ; Poëfie , Eloquence ,
Hiftoire , Differtation , Médecine , tout y
tient fa place. A l'ouverture du premier Volume
, eft une lettre de Mde la P. F. à M.
l'Abbé R. Docteur de Sorbonne. La réputation
de Mde Dacier eft trop grande , pour
qu'on ne life point avec plaifir une lettre
dont
AVRIL. 1744. 75%
dont elle eſt l'objet, Elle n'y eft point peinte
du côté de fes talens pour les Sciences ; Mde
la P. F. ne s'attache qu'à décrire fes qualités
perfonnelles ; c'eſt dans fon deshabillé qu'elle
la montre , ou , pour fe fervir de fes termes
, dans fon à tous les jours.
Le langage de la paffion ſe fait aifément
fentir dans une Piéce qu'on trouve quelques
pages après , & qui a pour titre : Les foupirs
d'Olimpe mourante. Ce font des Stances
irrégulières ; en voici quelques- unes.
» Ah ! quand tu me jurois une flâme éternelle ,
» Je croyois tes fermens , & tu n'y penſois pas ,
» Car enfin quelle loi cruelle
»T'oblige , en me quittant , à cauſer mon trépas ?
» C'eſt toi qui m'arraches la vie ;
Avide faim de l'or , déteftable manie ,
>> Ebloui de tes faux appas ,
»C'eſt àtoi qu'il me ſacrifie.
Mais que dis-je , Daphnis ? Non , je connois ta foi
Excuſe les fureurs d'une Amante éperduë .
J'ai vu ton ame combattuë
Balancer plus d'un an entre ton pere & moi.
Rebelle aux loix de la Nature ,
Tu ne reconnoiffois que celles de l'Amour ;
Quels affauts ton efprit foutenoit chaque jour !
Rien ne pouvoit détruire une flâme fi pure.
Après
752 MERCURE DE FRANCE.
Aprés tant de combats , accablé de langueur ,
Tu fus prefque expirant . Hélas ! Quelle douleur !
Quel défeſpoir pour une ame amoureuſe
La mort dans cet inftant me paroiffoit affreuſe ,
Et quand je meurs pour toi , je la vois fans frayeur ,
& c.
Le fentiment & la paffion ne fe font pas
moins fentir dans quelques Elégies de M.
Cocquard , p. 34 & fuiv. Il femble que
l'Empire lui foit dévolu dans ce genre de
Poëfie. Peut-on mieux peindre les divers
mouvemens d'un coeur déchiré par l'Amour!
De mes plaifirs paffés mon ame poffedée ,
Du malheur , qui me fuit , éloigne ſon idée ;
Et pour une inconftante , hélas ! trop prévenu ,
Je regrette les fers où j'étois retenu .
L'Amour combat pour elle , & quoique tout l'accufe
,
Dans le fond de mon coeur il lui trouve une excufe.
Il me dit en fecret , qu'efclave du devoir ,
Elle n'ofe à préfent s'expofer à me voir ,
Mais que fa paffion croiffant dans le filence ,
Lui peint de ma douleur toute la violence ,
Et la croyant en proïe à des maux fuperņus ,
J'aime affés pour vouloir qu'elle ne m'aime plus.
Dans quels égaremens te jette ta folie ?
Plus que tu ne voudrois la cruelle t'oublie , & c .
Et
AVRIL. 1744 . 753
Et plus bas.
Il me fouvient du jour qu'à ma perte entraîné ,
En efclave à fon char je me vis enchaîné.
Je crois la voir encore , avec grace à la danſe ,
D'un pas lent ou léger en marquer la cadence.
Quel modefte enjoûment ! Quel aimable fouris !
Que de naiffans appas s'offroient aux yeux furpris !
Elle feule ignoroit le pouvoir de fes charmes , &c .
Jamais peut- être préjugé n'a été mieux
établi que celui de l'avantage de la vie ruftique
fur la vie civile , & jamais préjugé n'a
été mieux attaqué que l'eft celui-ci , p. 51
& fuiv. dans un petit Difcours qui a pour
titre : La Vie Civile eft - elle préférable à la
Vie Rustique ? L'Auteur ( M. Peffelier ) y décide
en faveur de la vie civile.
Le Style aifé & délicat , avec lequel eft
écrite une petite Differtation fur la politeffe
, p. 85 , fait fouhaiter d'en connoître
l'Auteur. Il s'agit de décider , fi la Politeffe
tient du vice ou de la vertu. L'Auteur la définit
d'abord ainfi :
Pour connoître , il faut définir.
La Politeffe eft fans caprice ,
Et c'eft un art fans artifice ;
Comment peut - elle donc tenir
Moins de la vertu que du vice ?
F Es
754 MERCURE DE FRANCE.
Et plus bas.
Pour la bien dévoiler , il nous faut convenir
Qu'elle doit s'ajufter aux loix , aux bienséances ;
A certains agrémens joints à des prévoyances
Pour la fociété qu'on veut entretenir ;
A l'eſprit attentif , à la prudence extrême
De fçavoir l'art d'unir ce qu'on doit au prochain
Et ce qu'on fe doit à foi- même ;
Ce raifonnement eft certain .
Enfuite il avertit de ne point confondre
la Politeffe avec la civilité & la flaterie , &
après avoir avoué que la politeffe , étant corrompue,
devient un inftrument des plus dangereux
de l'Amour déréglé , il finit ainfi :
D Elle éprouve le fort de mille fleurs naiffantes
→ Dont un air venimeux vient infecter les plantes ;
Elle eſt comme l'efprit , le fçavoir , la beauté ,
Qui confervent toujours leur luftre & leur bonté
>>Quoiqu'ils foient corrompus par un mauvais
ufage ;
35
» Elle eſt comme une épée , entre les mains du fage,
» Et d'un homme rebelle , ardent & furieux ;
» L'un s'en fert pour la paix , qu'il affûre en tous
» Lieux ,
» Et l'autre en fon courroux , s'abandonnant aux
» crimes ,
Porte par tout fa rage & s'en fait des victimes.
OFE
AVRIL. 1744 .
735
> On trouve › pag. 101 un Sonnet fait
par M. l'Abbé du Claux , fur un jeune Marquis
qui avoit fervi de Cocher à deux aimables
Dames. Ce Sonnet , où l'allufion
eft
prefque
la même que celle de celui de Voi
ture , en a les graces , fans en avoir les défauts
; le voici.
Les chevaux du Soleil fçavoient bien leur leçon ;
» Attelés dès long- tems au char de la lumiere ,
» Ils ne quittoient jamais leur chemin ordinaire ;
» Et quel fut cependant le fort de Phaeton ?
?
» Prenez donc garde à vous , trop hardi Céladon ;
» Ceux que vous conduifez ignorent leur carriere
Quand le coeur vous dira de regarder derriere ,
» N'allez pas fuccomber à la démangeaiſon.
» Le péril en eft grand ; vous avez plus à faire
» Que n'avoit autrefois ce Cocher téméraire ,
» Dont partout l'imprudence alluma tant de feux.
» Son emploi demandoit moins de foin , moins de
» peine ,
»Car , pour fon coup d'effai , ce beau fils de Climene
ן כ
» Ne menoit qu'un Soleil , & vous en menez deux.
La noble fimplicité qui régne dans les
Poëfies de M. de la Lane , qui fe trouvent
Fij P.
756 MERCURE DE FRANCE.
·
p. 110 & fuiv. en font regreter le petit
nombre. Ses Stances fur la mort de fa temme
, peuvent être regardées comme le vrai
Tableau de l'Amour conjugal. Elles commencent
ainfi.
» Voici la folitude, où fur l'herbe couchés,
» D'un inviſible trait également touchés ,
و د
> Mon Amarante & moi prenions le frais à l'ombre
» De cette Forêt fombre,
» Nous goûterions encore en cet heureux féjour
Les tranquilles douceurs d'une parfaite amour ,
>> Si la rigueur du fort ne me l'eût point ravie
Au plus beau de fa vie , &c.
On verra ici avec plaifir le Portrait qui
fuit. C'eft celui de M. de Fontenelle , par
feue Mlle le Couvreur . Il fe trouve à la
169 , du Recueil.
»
page
Les perfonnes ignorées font trop peu
d'honneur à ceux dont elles parlent , pour
» ofer mettre au grand jour ce que je penfe
de M. de Fontenelle , mais je ne puis me
» refufer en fecret le plaifir de le peindre
» ici , tel qu'il me paroît.
>>
"
» Sa phyfionomie annonce d'abord fon ef
prit; un air du monde, répandu dans toute
» fa perfonne , le rend aimable dans toutes
>> Les actions.
» Les
AVRIL. 1744. 757
و ر
99
Les agrémens de l'efprit en excluent
fouvent les parties effentielles . Unique en
»ſon genre, il raffemble tout ce qui fait ai-
» mer & refpecter la probité , la droiture ,
l'équité compofent fon caractere. Une
» imagination vive , brillante ; tours fins &
» délicats ; expreffions nouvelles & toujours
» heureufes en font l'ornement. Le coeur
» pur , les procédés nets ; la conduite uni-
» forme , & par tout des principes ; éxigeant
» peu , juſtifiant tout , faiſiſſant toujours le
» bon , abandonnant fi fort le mauvais, que
»l'on pourroit douter s'il l'a apperçû . Dif-
» ficile à acquérir , mais plus difficile à per-
» dre ; exact en amitié ; fcrupuleux en amour;
» l'honnête-homme n'eft négligé nulle part ;
❞ propre aux Commerces les plus délicats ,
» quoique les délices des Sçavans ; modefte
» dans fes difcours ; fimple dans fes actions ;
» la fupériorité de fon mérite fe montre
» mais il ne la fait jamais ſentir.
ל כ
De pareilles difpofitions perfuadent ai-
» fément du calme de fon ame ; auffi la pof-
» fede-t'il fi fort en paix , que toute la mali-
»gnité de l'envie n'a point eu encore le
"pouvoir de l'ébranler.
»
Enfin , on pourroit dire de lui ce qui a
» été déja dit d'un autre illuftre ; qu'il fait
honneur à l'homme , & que fi fes vertus
» ne le rendent pas immortel , elles le ren-
» dent au moins digne de l'être. Fiij On
758 MERCURE DE FRANCE.
On remarque dans la lettre qui fuit ce
Portrait , & qui eft de M. Ricaud , une érudition
peu commune . Elle eft adreffée à M.
Dazinery del Cafcavo , de l'Académie de Gli
Infenfati de Péroufe , & a pour objet l'explication
d'un Phénomene de Médecine .
On trouve encore dans la premiere partie
de ce Recueil , plufieurs morceaux excellens
; entr'autres , une Paraphrafe du Cantique
d'Ezechias ; une Copie d'un Manufcrit
du Maréchal de Rozen , ou Inftructions
à fon fils ; les Spectacles , Ode ; des Obfervations
nouvelles fur la vraie Eloquence ,
& plufieurs autres productions. L'idée du
Vuide , Ode Métaphyfique, ferme cette premiere
partie . Le but de cette Ode , eft de
prouver que l'Idée de l'Etendue, ou de l'Efpace
pur , n'eft venue que de la décompofition
purement intellectuelle de la matiere.
On ne peut citer aucune Strophe de cette
Piéce ,parce qu'elles font trop enchaînées les
unes aux autres , & qu'il faudroit rapporter
l'Ouvrage en entier.
On voit au commencement de la feconde
partie , quelques Fables de M. Peffelier.
Tout ce qu'on en peut dire , c'eft qu'on ne
fçauroit s'empêcher en les lifant , de fonger
au naturel toujours copié , mais toujours
inimitable de la Fontaine.
Il feroit à fouhaiter qu'on trouvât beaucoup
AVRIL. 1744. 759
coup de morceaux femblables à celui qui
fuit ces Fables. C'eft une lettre écrite à M.
Chapelas , Curé de S. Jacques de la Boucherie
, par un Philofophe. Elle roule fur la
Médecine . L'Auteur qui eft diamétralement
oppofé aux principes de l'Ecole , traite d'abord
des Elémens & en reconnoit cinq ; la
Terre , l'Eau , le Sel , l'Esprit & le Soufre ;
le feu & l'air font exclus de leur Claffe ; il
regarde l'air comme rempliffant les interſtices
des mixtes , & non comme én étant uno
fubftance ; peut-être que les raifons qu'il apporte
pour prouver contre l'air comme Elément
, font plus folides que celles qu'il
apporte contre le feu. Il paffe enfuite aux
quatre humeurs qu'il détruit entierement ,
& continue avec le même ordre & la même
méthode.
La Poëfie vengée , p. 327. Le feu qui régne
dans cette Piéce , n'en dément point le titre.
La Poëfie y deffend fa propre caufe. Tout
le monde ne penfe pas de même que l'Auteur
fur certaines perfonnés qu'il loue &
qu'il blâme , mais tout le monde eft forcé
de reconnoître l'élévation des pensées , la
beauté & la jufteffe d'expreffion, la hardieſfe
de tours , qui font réunies dans ce morceau.
En voici une Efquiffe. Il s'agit de l'abus
de la Poëfie .
Fiiij Faut760
MERCURE DE FRANCE.
» Faut- il donc que toujours l'efprit le plus fublime
» Se dégrade , en cherchant à briller par le crime ?
» Hélas ! ignore- t'il que ce honteux honneur
» N'illuftre fon efprit qu'aux dépens de fon coeur a
* Quelle Mufe en ce fiécle , où régne la molleffe ,
» Dans fes Vers épurés nous chante la ſageſſe ?
» Tantôt pour vous féduire un Lucrece nouveau
» Peintre des voluptés dont il tient fon pinceau ,
» Sous le mafque impofant de la Philofophie ,
» Et couronné des fleurs qu'offre la Poëfie ,
» Viendra vous débiter , ſur un Stoïque ton ,
»Ses principes puifés dans le fein d'Albion ,
כ כ
Séjour où la raifon de tout joug affranchie ,
>> Venge par fes excès la foi qu'elle a trahie , &c.
2
Le Difcours fur la fimplicité des moeurs ,
qu'on trouve pag. 345 , & qui d'ailleurs eft
fort beau , n'a peut-être point toute la méthode
qu'on pourroit défirer. On ne peut
point dire la même chofe des Stances d'une
Amante à un Amant , dont elle devoit fe
féparer , pag. 368. Elles font de M. Cocquard
; foit du côté des fentimens , foit de
celui de la Poëfie , il n'y manque rien , & fi
elles avoient quelque défaut , ce ne pourroit
être que de trop reffembler à l'Amarillis de
Mde de la Suze. En voici quelques-unes.
» Quelle épreuve pour ma vertu !
» Amour , pourquoi la féduis - tu
» Contre
AVRIL. 1744 761
»Contre le choix qu'a fait mon Pere ?
» Ou pourquoi mon pere , en ce jour ,
» Sur le choix qu'il avoit à faire
»N'a- t'il pas confulté l'Amour ?
Que ce funefte hymen te va couter de larmes !
» Cher Amant ! je frémis déja de tes allarmes ,
» Et mon coeur, qui pour toi craint de fe démentir ,
» Succombant à regret à ſon fort déplorable ,
» Sent bien moins le coup qui l'accable ,
30 Que celui que tu vas fentir.
On reconnoît pag. 404 , dans une Ode ,
qui a pour titre : Les inégalités du coeur bu
main , fixées par la Foi , le même feu qui régne
dans la Poëfie vengée. Les idées y font
fortes, & les images y font vives. En voici
une.
>
Je nâge dans l'incertitude ,
» Et veux percer la nuit de ma fombre priſon ;
» Dans un Dédale obfcur ma vive inquiétude
» Ne fait qu'égarer ma raiſon ;
ود
Impétueux , ardent , avide de lumieres ,
»Je vois en frémiſſant de jalouſes barrieres
22
» Borner mon effor criminel ;
En m'échapant du cercle où le Deftin m'enferme ,
Je ne trouve au delà que mille erreurs pour terme,
»Et pour fruit qu'un trouble éternel , & c.
Fv
Zi.
762 MERCURE DE FRANCE.
>
Zephire & Flore , Hiftoire Allégorique ,
P. 377. Le Triomphe de la Charité, Poëme
P. 411. L'Hiftoire abregée de Jacques II. Roi
d'Angleterre , d'Ecoffe & d'Irlande , p. 463 .
& fuiv. Une Obfervation Litteraire fur une
Edition des Oeuvres de M. Rouffeau , p . 529,
ne font pas à méprifer , auffi bien que plufieurs
autres Morceaux , dont l'étendue de
ce Volume , ne permet point de parler.
On donnera inceffamment l'Extrait du fecond
Volume de ce Recueil.
CUISINES AMBULANTES & portatives
, ou Machine de nouvelle invention ;
en forme de Poële , propre aux differentes opérations
de Cuifine , fur laquelle fe mettent Marmite
, Cafferole , Four , Poiffonniere , Poële à
frire , Broche , Caffetiere & Gril ; elle eft
commode , tant à la Ville qu'à la Campagne ,
à la Chaffe , à l'Armée & fur la Mer , pour
toutes fortes de repas & de Mets ,fans ufer de
charbon & avec très -peu de bois. Cette Machine
fert auffi à échauffer les Chambres dans
Hyver.
Le Sr François Frefneau , ancien Chirurgien
des Vaiffeaux du Roi , & Chirurgien
Major des Hôpitaux de S. M. eft l'Auteur
de cette Machine . Après l'avoir préſentée à
Mrs de l'Académie Royale des Sciences ,
qui lui ont accordé un Certificat favorable,
daté
AVRIL 1744. 763
daté du 10 Juillet 1739 , il a obtenu du
Roi des Lettres Patentes , données à Verfailles
le 26 Octobre 1742 , qui accordent
audit Sr Frefineau le Privilége exclufif de
faire vendre & débiter la Machine ou Poële
en queſtion , avec les défenfes , & fous les
peines ordinaires.
la
Ces Lettres portées au Parlement
Cour a ordonné par Arrêt du 11 Février
1743 , qu'avant faire droit fur l'Enregiſtrement
d'icelles , elles feront communiquées,
avec le Plan y attaché , au Lieutenant Général
de Police , & au Subftitut du Procureur
Général du Roi au Châtelet , aux Prévôt
des Marchands & Echevins , & au
Subftitut du Procureur Général du Roi au
Bureau de la Ville , enſemble à l'Académie
des Sciences , pour donner tous leurs avis
fur le contenu defdites Lettres Patentes
&c. pour le tout fait , rapporté & communiqué
au P.G. du Roi , &c. être par la Cour
ordonné ce qu'il appartiendra.
>
En conféquence , M. de Vaftan , Prévôt
des Marchands , enſemble le Procureur du
Roi au Bureau de la Ville , après avoir vû
& examiné avec des yeux intelligens la
Machine en queftion , ont donné leur avis
au bas d'un long Procès verbal , daté du 30
Mars 1743 , dont on ne donnera ici que
l'effentiel & la conclufion.
F vj
Sous
764 MERCURE DE FRANCE.
Sous ces Obfervations, nous eftimons, fous le
bon plaifir de laCour,que bien loin qu'il puiffey
avoir aucun inconvénient de proceder à l'Enregiftrement
des Lettres obtenues par l'Impétrant,
il n'en peut, au contraire, résulter que de trèsgrands
avantages ; que les Sujets du Roi recevront
cette nouveauté avec la fatisfaction , qui
fera une fuite de l'usage qu'ils feront de ce Poëque
l'Impetrant recueillera le fruit , que
la Cour autorife en de pareilles occafions , com
me le prix accordé à l'émulation , qui doit animer
tous ceux à qui les talens naturels , fecondés
par des Etudes auffi profondes que bien
dirigées , infpirent de perfectionner les Arts.
Le , نم
Le 12 Juillet fuivant , M. Feydeau de
Marville , Lieutenant Général de Police , &
M. le Procureur du Roi au Châtelet de Paris
, ont auffi donné leur avis en la même
forme. L'avis qui termine leur Procès verbal
, eft exprimé en ces termes .
+
Par ces confidérations , notre avis eft , fous le
bon plaifir de la Cour , que lesdites Lettres
Patentes peuvent être enregistrées, fans aucun
inconvénient , pour être exécutées felon leur
forme teneur.
2
A l'égard de l'Académie Royale des Sciences
, cette Compagnie , pour fatisfaire auffi
de fa part à l'Arrêt du Parlement , a donné
un nouveau Certificat , dont il ne fera
inutile d'inférer ici la teneur,
pas
Mrs
AVRIL. · 765 1744.
un Poële
Mrs d'Onfembray , de Reaumur & Hellot ,
ayant lû , par ordre de l'Académie , les Lettres
Patentes du 26 Octobre 1742 , par lesquelles
les Roi accorde au Sr François Freſneau , ancien
Chirurgien fur les Vaiffeaux de S. M. le
Privilege exclufif de faire conftruire , vendre
& débiter , pendant l'espace de trente années
par lui inventé , pour faire les differentes
opérations de la Cuifine avec un feul &
mêmefeu , ayant lû pareillement l'Arrêt de la
Cour de Parlement du 11 du préſent mois',
qui ordonne qu'avant faire droit fur l'Enregiftrement
demandé defdites Lettres Patentes ,
elles feront communiquées à l'Académie des
Sciences , pour par elle donner fon avis fur le
contenu d'icelles , ayant auffi reconnu que
Deffein en profil , qui y eft attaché , fous le contrefcel
defdites Lettres, eft celui du Poële , dont
ils ont vâ les opérations au mois de Juillet
1739.
le
Et en ayantfait leur rapport , l'Académie a
adberé au Jugement favorable qu'elle en rendit
alors , & déclaré de nouveau que ce Poële peut
être très-utile , pourvû que l'Auteur n'en multiplie
pas trop les opérations.
En foi de quoi j'ai figné le préſent Cer
tificat . A Paris le 24 Fevrier 1743. Signé ,
DORTELS DE MAIRAN , Sécretaire perpétuel
de l'Académie des Sciences.
Sur tout ce que deffus , le Parlement a
rendu
766 MERCURE DE FRANCE.
rendu fon Arrêt diffinitif , dont voici le
Prononcé. LA COUR ordonne que lesdites Lettres
Patentes feront registrées au Greffe d'icelle,
pourjouir par ledit Impétrant , fes Hoirs, Cef
fionnaires , Affocies ayant caufe , de l'effet
& contenu en icelles , & être exécutées felon
leur forme & teneur. Fait en Parlement le 14
Août 1743. Collationné , Langele. Signé ,
DUFRANC
.
Le Sr Freſneau a cédé depuis fon Privilége
au Sr Veddi , Serrurier des menus plaifirs
du Roi , ruë Fromenteau , lequel a l'Attelier
de ces Poëles ou Cuifines portatives , à
la Barriére de Charenton .
EXTRAIT d'un Mémoire particulier ,
communiqué par M. Hellot , de l'Académie
Royale des Sciences .
Je me fouviens que nous avons vû
cuire au même feu , tant deffus que
deffous , & aux deux côtés de cette efpece
de Poële , en trois heures de tems , un Alloyau
de 16 livres , huit Poulets , douze
Pigeons , deux Lapreaux rotis , 24 petites
Tourtes de patiflerie , 24 Cottelettes de
Mouton grillées , une Soupe pour 8 perfonnes
, & deux Ragoûts. On n'a confumé
tout ce que deffus , que les deux tiers d'une
falourde de bois blanc.
Nous avons obfervé que ces Cuifines
peuvent
AVRIL. 1744. 767
peuvent être utiles aux petites Communautés
& aux petits Ménages , en ce qu'elles
fervent de Poële en même tems , & qu'il
feroit bon d'ailleurs , d'en faire l'effai fur les
Vaiffeaux du Roi .
EPHEMERIDES des Mouvemens Céleftes
pour dix années , depuis 1745 , jufqu'en
1755 , & pour le Méridien de la
Ville de Paris , où l'on trouve les Longitu
des & les Latitudes des Planettes , leurs
paſſages au Méridien , & leurs déclinaiſons,
leurs conjonctions entre elles & avec les
Etoiles , leurs occultations & celles des
principales , fixes par la Lune , les Eclipfes
des Satellites de Jupiter , & généralement
tous les Calculs qui font néceffaires pour
connoître l'état actuel du Ciel , & pour fa
ciliter les Obfervations Aftronomiques.
Avec un Difcours qui contient l'explication
de tous ces Calculs , & des pratiques
faciles pour en faire ufage. Pour fervir de
fuite aux Ephémérides de M. Defplaces . Par
M. DE LA CAILLE , de l'Académie Royale
des Sciences , Profeffeur de Mathématiques
au Collège Mazarin . Tome IV . in- 4° . A
Paris , rue S. Jacques , des Caractéres & de
l'Imprimerie de la veuve Collombat & fils ,
premier Imprimeur ordinaire du Roi , du
Cabinet , Maiſon , Bâtimens , Académie des
Arts,
768 MERCURE DE FRANCE.
1
Arts , & Manufactures de Sa Majefté, 1744.
Ces Ephémérides , qui fervent de fuite à
celles de M. Defplaces , font beaucoup plus
amples & plus utiles que celles -ci , & même
qu'aucune de celles qui ont parû jufqu'ici .
Prefque tous ceux qui en ont publié , paroiffent
avoir eu principalement en vûë de
faciliter les Opérations néceffaires pour les
prédictions Aftrologiques , car ils ont eu
grand foin d'y mettre jour par jour les mouvemens
des Planettes en Longitude feulement,
leurs afpects, les Eclipfes & les Phafes
de la Lune , les figures & Thêmes Célestes
à ces Inftans , le mouvement de la Lune ,
qu'ils appellent la Tête du Dragon, & furtout
tous les differens afpects de la Lune , avec
les principales Etoiles fixes & les Planettes .
M. Defplaces avoit cependant mis en faveur
des Aftronomes , le paffage de la Lune par
le Méridien , & les Eclipfes du premier Satellite
de Jupiter , & feu M. Manfredi , Profeffeur
d'Aftronomie à Bologne , y avoit
ajouté les paffages des Planettes par le Méridien
, leurs déclinaifons , les conjonctions
de la Lune avec les Etoiles & avec le Planettes
& des figures générales des Eclipfes
de Soleil.
M. de la Caille a banni entierement tout ce
qui n'étoit qu'Aftrologique, & s'eft proposé
uniquement le progrès de l'Aftronomie, en
rapportant
AVRIL. 1744. 769
rapportant, non-feulement toutes les circonftances
des mouvemens des Aftres , mais furtout
en annonçant & en préparant toutes
les Obſervations qu'il eft important de
faire.
Voici donc en abregé le plan de cet Ouvrage.
On y trouvera bien plus de chofes
que le titre n'en détaille , & qui font renfermées
dans ces mots , & généralement tous les
Calculs , &c.
A chaque ouverture du Livre, on trouve
dans les deux pages qui fe préfentent aux
yeux , les Calculs néceffaires pour un des
mois de l'année. La premiere contient les Fêtes
des Saints ,fuivant le nouveau Bréviaire de
Paris ; l'Equation de l'Horloge pour chaque
jour ; le tems du paffage du premier point
de l'Ecliptique par le Méridien; la Longitu
de & la déclinaifon du Soleil ; la Longitude
& la Latitude de la Lune ; fon paffage par
le Méridien & fa déclinaifon; fes Phafes; fes
demi diametres & fes parallaxes ; de deux
jours en deux jours, & les demi diametres du
Soleil , de cinq jours en cinq jours.
La feconde page contient les Longitudes
& les Latitudes , les paffages par le Méridien
& la déclinaifon des cinq autres Planettes,
de trois jours en trois jours; toutes les
éclipfes des quatre Satellites de Jupiter , &
un Journal de tous les Phénomenes remar
quables,
770 MERCURE DE FRANCE.
quables , & qui méritent l'attention des Aftronomes
.
On trouve à la tête de ce Livre deux Difcours.
Le premier eft une Introduction , où
on explique en détail les ufages de tous ces
Calculs , & on y apporte des regles , pour
s'en fervir , avec des exemples pour les
éclaircir & en faciliter l'application.
Le fecond Difcours contient differentes
manieres de faire exactement les principa
les Obfervations Aftronomiques , indépendamment
des grands Inftrumens. M. de la
Caille s'eft propofé principalement de faire
voir à ceux qui font des voyages de long
cours , & qui féjournent dans des Ports ou
Villes , dont la pofition Géographique n'eſt
connuë que par eftime , qu'ils pourroient
en déterminer la Longitude & la Latitude ,
fans avoir d'autre connoiffance de l'Aftronomie,
que celles qu'ont ordinairement les
gens de Mer. Il y enfeigne même differentes
manieres d'obferver les Phénomenes Céleftes
, qui échappent aux Aftronomes de
l'Europe , quand ils arrivent dans l'Hémifphere
Auftral. Ce Difcours eft terminé par
un Catalogue des pofitions de toutes les
Etoiles fixes de la premiere , feconde &
troifiéme grandeur, qui font dans le Ciel, &
qui font néceffaires pour pratiquer les Méthodes
qui y font enfeignées. Quant à l'impreffion
AVRIL. 1744: 771
preffion de ce Livre , les Connoiffeurs en
jugeront très-avantageufement.
L'HISTOIRE & la Defcription Générale de
la nouvelle France du R. P. de Charlevoix ,
commence à paroître en trois Vol. in-4®. &
en fix Vol. in- 12 . chés Giffart , Didot , Rollin,
Nyon , fils , & la veuve Ganean. Le troifiémeVolume
comprend leJOURNAL du Voyage
l'Auteur afait , par ordre du Roi , dans
Amérique Septentrionale. Cet Ouvrage eft
enrichi de 28 Cartes Géographiques & d'un
grand nombre de Plantes gravées , accom→
pagnées de leur Deſcription.
que
Les deux Differtations qui ont remporté
les deux Prix adjugés par l'Académie de
Soiffons l'année derniere , paroiffent chés
Chaubert , Libraire , à la Providence , Quai
des Auguftins. La premiere eft fur la Conquête
de la Bourgogne par le Fils de Clovis I,
& fur les accroiffemens que reçût le Royaume
de Soiffonsfous Clotaire I. &c. Par M. l'Abbé
Fenel , Chanoine de l'Eglife Métropolitaine
de Sens .
La feconde Differtation eft pour fervir
d'éclairciffement à plufieurs Points de l'Hif
toire des Enfans de Clovis I. Par M. Gouye
de Longuemare , Greffier de la Prévôté de
PHôtel , in- 12.1744.
E S772
MERCURE DE FRANCE.
ESSA1 fur les Hieroglyphes des Egyp
tiens , où l'on voit l'origine & le progrès
du Langage & de l'Ecriture , l'antiquité des
Sciences en Egypte , & l'origine du Culte
des Animaux , traduit de l'Anglois de M.
Warburthon ; avec des Obfervations fur
l'antiquité des Hieroglyphes Scientifiques ,
& des Remarques fur la Chronologie & fur
la premiere Ecriture des Chinois , avec plufieurs
figures gravées , 2 Volumes in - 12. A
Paris , chés Hyppolyte- Louis Guerin , Imprimeur
-Libraire , rue S. Jacques , à S. Thomas
d'Aquin , 1744.
LETTRE écrite à M. N*** , ſur une
nouvelle Edition de Lucrece,
J'ai , Monfieur , à vous annoncer une
nouvelle Edition de Lucrece. C'est une efpece
de Phénomene que l'impreffion d'un
Poëte Philofophe , dans un tems où
le goût pour les Romans femble donner le
ton à la Litterature . Le mérite de ce Poëme
vous eft connu , c'eft pourquoi je ne vous
en entretiendrai point, & je ne vous rendrai
compte que du matériel de l'Ouvrage. C'eft
un petit in- 12. du format des Elzeviers ; la
beauté du caractere ne s'y fait moins repas
marquer que celle du papier , & que l'ordre
qui regne dans l'execution . On reconnoît
par tout la main habile qui en a pris
foin.
AVRIL. 1744. 773

foin. Chaque Livre eft précédé d'un Argument
, & eft orné d'Eftampes & de Vignet
tes , elles font de Duflos , Eleve du fameux
Picart . Tous ces avantages , quoiqu'ils ne
foient point à méprifer , n'auroient après
tout que le premier coup d'oeil pour eux ,
s'ils n'étoient foutenus par d'autres plus
réels , tels que font , 10. L'exactitude du
Texte , qui eft auffi correct qu'on peut le
defirer , l'Editeur n'ayant adopté que les
leçons qui femblent décider le fens propre
du Poëte. 2 ° . Des Variantes en petit nombre
, mais recueillies avec choix & difcernement
; on n'y trouve que celles qui fone
abfolument néceffaires comme pouvant
former un fens oppofé , foit par
la difference
de la ponctuation , foit par celle des
mots ; ajoûtez à cela qu'elles font tirées des
meilleurs Commentateurs , comme Havercamp
, Preigius , Creech , Nardi , Marulle ,
Gifanius , Lambin , &c. 3º . Une Préface qui
eft à la tête de l'Ouvrage , & qui ne doit
pas être regardée comme un hors d'oeuvre ,
mais comme abſolument néceſſaire . La Latinité
en eft exquife , auffi-bien que le ſtyle .
L'Editeur y fait parler les fcrupules d'une
confcience , qui , quoique delicate, ne s'allarme
point mal-à -propos . Après avoir annoncé
modeftement l'exactitude de fon Ouvrage
, il paſſe au reproche qu'on pourroit
lui
774 MERCURE DE FRANCE.
?
lui faire , d'avoir pris foin de l'Edition d'un
Poëte tel que Lucrece , qui pour avoir orné
de tous les attraits de la Poëfie la Philofophie
impie d'Epicure , paffe avec quelque
raifon pour le moteur de l'impiété ; reproche
, dit-il , qui tombe de lui-même , fi l'on
confidere que la Philofophie de Lucrece ou
plûtôt d'Epicure , n'eft regardée que comme
une fable ingénieufe par ceux qui ont du
bon fens ; voici les termes : At cum Lucretii
aut potius Epicuri Philofophia à cordato quoque
viro delirantis ingenii commentis annumeretur;
non fuit quod vereremur ne magis in re
rum inanitate ,quam in Poëfeos leporibus Lector
fana mentis immoraretur .
Il annonce enfuite , comme l'antidote du
mal que cette lecture pourroit produire ,
l'Antilucrece du Cardinal de Polignac , dont ,
il fait l'éloge, auffi bien que de M. l'Abbé de
Rothelin , qui doit inceffamment le donner
au Public ; je me fervirai encore de fes termes
:Si quid tamen meticulofis hominibus fupereffe
videbitur , quod ab exquifitis illis Lucretii
carminibus timere Religio jure poffit
faciet profectò ne error latiùs graffetur , utque
fidem ,fi quam invenerit , amittat expetitus ille
tandiù Eminentiffimi Cardinalis ANTILUCRETIUS
mox in lucem emittendus , fingulari , nec
fatis pradicando , illuftriffimi ac eruditiffimi
Abbatis Beneficio.
Cette
AVRIL. 1744. 775 .
Cette Préface qui eft traitée avec la même
délicateffe depuis le commencement jufqu'à
la fin , feroit fouhaiter que la vie de
Lucrece qui fuit , fut fortie de la même plume
, mais , foit modeftie , foit refpect pour
l'Antiquité, l'Editeur s'eft contenté de nous
donner celle de Lambin ; voici ce qu'il nous
apprend de notre Poëte. « Lucrece étoit
»natif de Rome , comme on peut le prou-
»ver par plufieurs endroits de fes Ouvrages
; fa famille étoit illuftre & fort an-
» cienne ; il ne tint cependant que le rang
» de Chevalier , ce que Lambin établit con-
99
tre un paffage de Céfar , qui qualifie un
» Lucrece du nom de Sénateur. Ses moeurs
» douces & infinuantes lui gagnerent l'ami-
» tié de tout le monde. Il étudia la Philofo-
» phie fous Zénon , ce Coriphée de la Secte
» Epicurienne , & eut pour contemporains
Catulle , Ciceron , Pomponius , Atticus
» & plufieurs autres. Les éloges que tous les
Sçavans lui ont donnés à la fuite de l'An-
»tiquité , font des preuves de l'élévation &
» de la pénétration de fon génie , de la ma-
»jefté de fon ftyle & des graces de fa verfi-
»fication ; il eft étonnant que Quintilien en
» ait fait fi peu de cas.
39
Pour ce qui regarde la mort de Lucrece ,
& l'âge auquel il mourut , Lambin ne dit
rien de pofitif , & ne décide point s'il mourus
776 MERCURE DE FRANCE.
rut de maladie , ou d'un philtre que lui
donna Lucile , ou fi , felon quelques-uns
il fe tua. La mort des grands hommes offre
prefque toujours quelque catastrophe ; il
femble , dit Lamothe le Vayer , qu'ils ne
puiffent entrer dans le Monde , ni en fortir
comme les hommes ordinaires . Voilà un
extrait en abregé , de la vie que Lambin a
donnée de Lucrece, La coûtume , plûtôt
peut-être que la néceffité , demandoit qu'on
y joignit les témoignages des Sçavans fur
ce Poëte ; l'Editeur les y a joints avec un Catalogue
des differentes Editions de ce Poëme.
Elles font au nombre de 56 , en comptant
cette derniere . Il auroit fuffi
en faire l'éloge , de vous apprendre quel
eft l'Editeur. C'eſt M. Philippe , qui , quoique
jeune , eft fort connu par fa capacité
dans les Belles- Lettres & furtout dans
l'Hiftoire qu'il enfeigne à Paris avec fuccès.
Je ne vous parle point de celle qu'il a dans
la Géographie , me réfervant à vous en entretenir
, lorfque je vous rendrai compte
d'un Livre qu'il vient de donner au Public ,
& qui a pour titre : Effai de Géographie pour
Les Commençans.
Je fuis , & c .
,
pour vous
A Paris , ce 10 Décembre 1743 .
ON
AVRIL . 777 1744.
ESTAMPES NOUVELLES .
AVIS au fujet d'un Recueil d'Estampes , qui
Je débite actuellement chés Pierre - Jean Mariette
, Libraire à Paris.
de
ON attendoit depuis long-tems , avec une jufte
impatience , le Recueil des Eftampes , gravées d'après
les Tableaux du Cabinet de M. BOYER D'AGUILLES
, Confeiller au Parlement de Provence .
Quoique ce Recueil n'ait pas encore été rendu public
, il n'en eft pas moins connu , l'éloge qu'en a
' fait M. de Tournefort dans les premieres pages
la Relation de fon Voyage du Levant , un très- petit
nombre d'Exemplaires qui fe font échappés , & que
M. d'Aguilles avoit fait imprimer pour quelques
amis , ont déja annoncé cet Ouvrage , & ont prévenu
favorablement les efprits en fa faveur. Il a
même tellement gagné auprès des Connoiffeurs ,
que toutes les fois qu'il en a été exposé en vente ,
le prix en a été porté très-haut.
Ce Recueil qui eft en deux grands Volumes infol.
compofés de 118 Planches , dont plufieurs occupent
la feuille entiere , préfente en effet un objet
auffi utile qu'agréable. C'eft une fuite de Tableaux
de prefque tous les plus fameux Peintres ; c'eft un
affemblage de fujets extrêmement variés ; ce font
des Gravures exécutées au Burin avec beaucoup de
foin , & qui rendent la maniere de chaque Maître
avec fidelité. Le premier Volume contient les Ecoles
Italienne & Flamande , en 58 Planches , & le ſecond
l'Ecole de France , en 60 Planches ; le tout
précédé d'une Defcription imprimée de chaque Tableau
, & de quelques refléxions , dans lesquelles
G on
778 MERCURE DE FRANCE.
on a tâché de tracer en peu de mots le caractere
de ceux qui les ont peint.
Ces Gravures font prefque toutes l'ouvrage d'un
Graveur d'Anvers nommé Jacques Coelemans ,
Difciple de Corneille Vermeulen , auffi d'Anvers , &
Graveur de réputation. M. d'Aguilles l'avoit fait ve
nir à Aix pour être plus à portée de diriger fon travail,
& de l'aider de fes confeils . Et, qui pouvoit lui
en donner de plus utiles ? Quel eft , je ne dis pas le
Curieux , mais le véritable Connoiffeur , qui joignant
la pratique à la théorie pouvoit , comme M.
d'Aguilles , non- feulement conduire le Graveur ,
mais mettre lui- même la main à l'oeuvre , & le Bu
rin à la main , retoucher les Planches , pour leur
donner l'entiere perfection , & en graver même
quelques- unes entierement ?
Voilà ce qu'il fera aifé d'appercevoir dans le Recueil
d'Eftampes qui , reparoît ,ou qui pour parler avec
plus de vérité , eft préfenté au Public pour la premiere
fois , puifque le peu d'Exemplaires , qui s'en
étoient répandus , ne peuvent être regardés que
comme des eilais , & qu'ils font même prefque tous
imparfaits. Ceux que l'on propofe aujourd'hui , font
imprimés avec beaucoup plus de foin que les premiers,
& par de meilleurs Ouvriers ; le papier en eft
plus grand & plus beau . On s'eft déterminé pour
l'efpece de papier qui a été employé au Recueil
d'Eftampes publié par M. Crozat , parce que le Recueil
de M. d'Aguilles en eft naturellement la fuite ,
& que ces deux Ouvrages étant de même gente ,
eft à préfumer que ceux qui ont pris le premier
voudront y joindre le fecond . On en trouvera donc
d'imprimés fur le papier de Colombier , ou fur le
papier de grand Aigle , au choix des Acheteurs. Le
prix du premier fera moderé à 72 livres , & celui du
fecond à 80 livres. Ceux qui voudront en acquérir
il
dèsAVRIL.
1744. 779
dès-à -préfent , peuvent s'adreffer à Pierre -Jean Ma
riette , Libraire, ruë S. Jacques , à Paris , ils en trou
veront chés lui des Exemplaires tout prêts. Et pour
en faciliter l'acquifition aux autres qui voudroient
en retenir un ou plufieurs Exemplaires , le même Libraire
confent de partager le payement en deux
termes , fçavoir , 30 livres qui lui feront payées d'avance
, pour les Exemplaires imprimés fur le papier
de grand Aigle , ou 24 livres pour ceux imprimés
fur le papier de Colombier , dont il donnera la Reconnoiffance
, & les 50 livres reftantes pour le papier
de grand Aigle , ou les 48 livres pour le papier
de Colombier , lorsqu'on retirera l'Exemplaire.
On ne recevra de ces Affurances que jufqu'au dernier
Août 1744, paffé lequel tems les Exemplaires
imprimés fur le papier de Colombier feront vendus
fans remife 96 livres , & ceux fur le grand Aigle
110 livres .
Ceux qui aurontlaffuré des Exemplaires , feront
tenus de les faire retirer dans trois mois , à compter
du jour de la date de la Reconnoiffance dont ils feront
porteurs , faute de quoi leurs avances feront
perdues pour eux , & ils ne feront plus admis à répe
ter leurs Exemplaires.
On trouvera des Exemplaires de ce Recueil , &
on pourra auffi prendre des Affurances, à Paris, cliés
Pierre-Jean Mariette , Imprimeur - Libraire , rue
S. Jacques , aux Colonnes d'Hercule. A Londres
chés Paul Vaillant . A la Haye , chés Neaulme. Ä
Amfterdam ,chés Changuion. A Leyde, chés les Freres
Beck, A Bruxelles , chés George Fricx. A Cologne ,
chés les Freres Metternich. A Nurembreg , chés Jean-
George Lochner . A Lille , chés Henri. A Lion , chés
les Freres Duplain. A Toulouse , chés Gafpard Henaud.
A Bordeaux , chés La Bottiere, A Aix , chés
David.
Gij . . Với
780 MERCURE DE FRANCE.
VUE DES ENVIRONS DE BEAUVAIS. Eftampe ent
large , gravée par J. P. le Bas , Graveur du Roi ,
d'après le Tableau original de F. Boucher , de l'Académie
Royale de Peinture , du Cabinet de M. le
Noir ; elle eft dédiée à M. le Febvre , Intendant &
Contrôleur Général des Affaires de la Chambre &
Menus Plaifirs de S. M. Tréforier Général de la
Maifon de la Reine . Cette Eftampe ſe vend chés
l'Auteur , rue de la Harpe,
LES TOURS DE CARTES , autre Eftampe , gra➡
vée par P. L. Surugue , le fils , d'après le Tableau
original de M. Chardin , Confeiller de l'Académie
Royale de Peinture , du Cabinet de M. Defpuechs.
Elle fe vend chés L. Surugue , Graveur du Roi , ruë
des Noyers , vis - à- vis S. Yyes . On lit ces Vers au
bas .
On vous féduit , foible Jeuneffe ,
Par ces tours que vos yeux ne ceffent d'admiter ,
Dans le cours du bel âge , où vous allez entrer ,
Craignez pour votre coeur mille autres tours d'adreffe.
LE SIFLEUR DE LINOTE , Eftampe en hauteur ,
gravée par J. P. le Bas , Graveur du Roi , d'après le
Tableau original de D. Teniers , du Cabinet de M.
Orry de Fulvy , Confeiller d'Etat , Intendant des
Finances. C'eft la 34 Eftampe gravée par cet habile
Graveur , d'après cet illuftre Maître . Elle le vend
chés l'Auteur , ruë de la Harpe. On lit ces Vers au
bas de M. Moraine .

Quand, fans avoir appris ni Mufique ni Note ,
Ton fléxible gofier imite en tous leurs tons
Mes joyeux fiflemens , mes gaillardes Chanfons
Jc
A VRIL. 1744. 781
Je me fens tout ravi , ma petite Linote .
Ah ! je t'aime bien mieux que ma femme Aliſon ,
Qui jamais avec moi ne fut à l'uni -fon ,
Et qui ne manque point dans fon humeur bizarre,
Și je chante en Bé-mol , de chanter en Béquarre.
Autre Eftampe , fous le titre de PATITE VÛE DE
FLANDRES , gravée par le même Graveur , d'après
le même D. Teniers , de la Collection de M. Boitens
. C'eft la 33 Eftampe gravée, d'après cet habile
Maître Elle fe vend chés l'Auteur. On lit ces Vers
au bas.
Le vrai m'a toujours plû. Tout groffier que puiffe
être
Le paifible entretien de ces deux Payfans ,
J'aimerois beaucoup moins celui d'un petit Maître,
Ou les difcours flateurs des rufés Courtisans .,
Le fieur Odieuvre , Marchand d'Eftampes , rue
d'Anjou , en entrant par la ruë Dauphine , vient de
mettre en vente les Portraits de
S. JEAN NEPOMUCENE , Martyr , deffiné & gravé
par ..... Renn.
CHARLES , SURNOMME LE HARDI , ET LE
TEMERAIRE , DERNIER DUC DE BOURGOGNE
& c. né le 10 Novembre 1433 , tué au Siége devant
Nancy , le's Janvier 1474 , tiré du Cabinet de M.
d'Affry , Capitaine aux Gardes Suiffes .
ANNE MADAMB LOUISE D'ORLEANS , Du-
CHESSE DE MONTPENSIER , née le 29 Mai 1627
morte à Paris les Avril 1593 , peinte par Hyacinte
Rigaud , & gravée par Filloul.
Giij
>
Le
782 MERCURE DE FRANCE.
Le Sr. Petit , Graveur , ruë S. Jacques , à la Couronne
d'Epines , près les Mathurins , qui continuë
de graver la Suite des Hommes : Illuftres du feu
Sr Defrochers , Graveur du Roi, vient de mettre au
jour les Portraits fuivans .
P. CH. PORE's , Prêtre de la Compagnie de
Jefus , Régent de Rhétorique à Paris , mort en
1741 , âgé de 65 ans. On lit ces Vers au bas.
Avec ce Profeffeur habile ,
Qui du Public charmé gagna toutes les voix ,
Horace , Ciceron , Démosthènes , Virgile ,
Sont morts une feconde fois.
LE PHILOSOPHE PLATON , furnommé le
Divin , né à Athènes la premiere année de la 88
Olimpiade , & mort la premiere de la 108 , âgé de
ans. On lit ces Vers au bas.. . :
Chef de tant d'illuftres Sçavans y
Tu fus , divin Platon , l'un de ces Phénoménes
Que la Nature enfante avec de telles peines ,
Que pour en reproduire il lui faut des mille ans.
M. Vion , Prêtre , Ordinaire de la Mufique de
l'Eglife de Paris , vient de donner une nouvelle Edition
de la Méthode de Mufique , qu'il a'préfentée au
Public en 1742 , fous le titre de MUSIQUE PRATIQUB
Théorique , réduite à fes principes naturels ,
ou nouvelle Méthode pour apprendre facilement & en
peu de tems l'Art de la Mufique , divifée en deux pariies
, la premiere traitant de la Mufique Pratique , la
feconde , de la Mufique Théorique , nouvelle Edition ,
augmentée d'un nouveau Chapitre ,ou Maniere de connoutre
les Modes & lesTons , ainfo que leurs mutations,
Lecours
AVRIL.
1744. 783
fecours très-néceffaire pour chanter touteforte de Mufique
à Livre ouvert & fans hésiter.
Le fuccès avec lequel ce premier Ouvrage a été
reçû , fait tout efperer de cette nouvelle Edition ,
dans laquelle l'Auteur n'a rien oublié de ce qui
peut faciliter l'avancement de ceux qui défirent apprendre
la Mufique.
On trouve à la fuite de cette Méthode beaucoup
d'Airs choifis à une & deux voix , avec & fans accompagnement
; un Vol. in -4° . de 80 pages ,
852
pages d'Exemples , en tout 132 pages. Prix en Brochure
4 livres, & fe vend à Paris , au Mont Parnaffe,
rue S. Jean de Beauvais , à la Régle d'or , rue Saint
Honoré , & à la Croix d'or , rue du Roule.
Le St le Rouge , Ingénieur Géographe du Roi, ruë
des grands Auguftins , vis - à vis le Panier fleuri ,
vient de donner au Public une nouvelle Carte de toute
la Mofcovie , d'après Kirilow , Sécretaire du Confeil
de Pétersbourg , contenant l'Empire de Ruffie , &
où on trouve les nouvelles Découvertes faites par
les Mofcovites , depuis environ quinze ans . Cette
Carte eft très-bien gravée , & eft fort au- deffus de
ce qui a parû jufqu'à préfent fur cette Partie.
Il a auffi publié une Mappe Monde nouvelle, dédiée
à M. le Comte de Maurepas , Miniftre & Sécretaire
d'Etat. Elle eft auffi parfaitement gravée , fort ornée
& accompagnée des inftructions convenables .
Nous avons parlé dans le Mercure du mois de
Janvier dernier , page 145 , d'une Carte , qui a pour
titre : Parités réciproques de la Livre Numéraire ou de
Compte , inftituée par l'Empereur Charlemagne , proportionnément
à l'augmentation du prix du Mare d'argent
, arrivée depuis fon Regne , jusqu'à celui de
LOUIS XV. à préfent regnant. Par le Sr Dernis ,
Giiij
Chef
784 MERCURE DE FRANCE.
Chef du Bureau des Archives de la Compagnie des
Indes Nous avertiffons ici le Public qu'on la trouve
chés l'Auteur , à l'Hôtel de cette Compagnie ,
& chés le Sr Baumont , fur le Pont Notre- Dame , au
Griffon d'or.
Cette Carte eft le fruit d'un plus grand Ouvrage,
qui traite non-feulement des Monnoyes des François,
mais encore de celles des Hébreux , des Grecs ,
des Romains , & enfin de toutes les Monnoyes des
quatre Parties du Monde , qui font venuës à la connoiffance
de l'Auteur , mais que , par des raifons
qu'on détaillera quelque jour , & qui feroient ici
trop longues à déduire , l'Auteur n'a pû donner au
Public.
Elle eft divifée en 24 colonnes , fur 24 lignes. Ea
tête de chaque colonne on voit le nom de chaque
Roi, & le prix du Marc d'argent fous chaque Regne.
Les noms des Rois font aufli marqués à la marge ,
avec les Epoques de la durée de leur Regne , enforte
que Charlemagne , fur la premiere ligne , répond
à lui-même , dans la premiere colonne , * &
enfuite à tous les Rois qui lui ont fuccedé. Louis
VII , deuxième ligne , répond à Charlemagne , premiere
colonne , à lui- même Louis VII , deuxiémé
colonne , & à tous fes Succeffeurs , fur la même
deuxième ligne. Il en eft ainfi de tous les autres
Rois jufqu'à Louis XV , qui répond à lui- même ,
lignes & colonnes 23 & 24 , & à tous les autres
Rois qui l'ont précédé , en remontant jufqu'à Charlemagne.
Il y a dans cette Carte une Diagonale , qui marque
les 20 fols dont la Livre étoit compofée fous
chaque Regne , en commençant par Charlemagne ,
* Depuis Charlemagne jufques compris Louis VI ,
la Livre a toujours été d'égale valeur.`·
jufqu'à
AVRIL 1744. 785
jufqu'à Louis XV . C'eſt de ces 20 fols que l'Auteur
a foulignés par un trait , qu'il faut partir , pour
trouver la valeur de la Livre de tel Roi qu'on voudra
choifir , à volonté,enMonnoye des Rois qui l'ont
précédé , & de ceux qui lui ont fuccedé.
*
L'explication , qui eft au bas de cette Carte , fait
voir ce qu'étoit dans fon origine la Livre de Charlemagne
, & en quelle proportion elle étoit avec
la Livre des autres Rois ; enfuite la maniere avec
laquelle on peut trouver , d'un coup d'oeil , les Parités
réciproques en Monnoye numéraire fous chaque
Regne..
Quelques- uns de Mrs des Académies de Paris ;
qui ont vu & examiné cette Carte , en ont fait un
rapport favorable à M le Chancelier , qui a bien
youlu accorder à l'Auteur un Privilége pour neuf
années. Nous pouvons affurer fon exacte
que par
précifion & fa fingularité , qui , dans 24 lignes
renferme un espace de près de mille ans , & dont ,
pour l'expliquer en difcours , il auit fallu des
Volumes , cette Carte a mérité une place dans le
Cabinet de ce Magiftrat célebre , dans ceux des
Miniftres & Sécretaire d'Etat , & dans les trois fameufes
Académies.
Une perfonne croit devoir informer le Public
qu'elle vient d'être radicalement guérie d'un Cancer
ouvert au fein , pour lequel deux des plus habiles
Chirurgiens de Paris l'avoient condamnée à l'Opération
, fans espérance d'autre Remede.
Le St Chonnet , Chirur. Privil . à Paris , a extirpé la
Glande de ce Cancer, par le moyen d'une Emplâtre
en exigeant feulement du Malade un régime très-
* Elle avoit trois qualités , de poids , réelle & numeraire.
GY facile
786 MERCURE DE FRANCE.
⚫ facile à obferver , qui n'empêche point de voyager
ni de vaquer à fes affaires ; le même Remede opére
la guérifon de tous Ulcéres cancereux , même au
nez & aux levres .
Le Sr Chonnet eft en état de prouver par plufieurs
guérifons , la bonté de fon Remede . Il demeure ruë
de la Pelleterie , près le Palais , à Paris , ceux qui
auront befoin de lui , auront la fatisfaction de voir,
la guérifon de la perfonne qui donne cet Avertiffement
au Public.
LePublic eft auffi averti que la Compagnie des Maitres
Apotiquaires de Paris , fait actuellement vendre
& diftribuer en leur Maiſon , ruë de l'Arbalêtre ,
Fauxbourg S. Marcel , & en leur Bureau , Cloître
S. Opportune , la Thériaque , qui a été compofée
l'année derniere , en préfence de Mrs les Magiftrats
& de Mrs de la Faculté de Médecine. Les Boettes
feront ficellées & fcelées du Sceau de la Compagnie
; on y joindra un Imprimé , contenant les vertus
& proprietés de ce Médicament , pour l'inf
truction de ceux qui voudront en faire uſage.
NOUVELLE Lettre au fujet du Spécifique
du Sieur Arnoult , écrite par M. D. Médecin
de Montpellier , à M. P. Médecin de
La Rochelle.
MONSIEUR ,
Une Lettre qui parut au mois d'Avril 1743 , contre
le Spécifique du Sieur Arnoult, & que je vous envoyai
alors , me donna des inquiétudes , au fujet des
rifques que couroient plufieurs perfonnes , à qui j'avois
confeillé l'ufage de ce préfervatif. Je fuppofai
alors
AVRIL 1744. 787
alors, comme un fait réel & incontestable , que le
Sachet tant vanté ne garantifoit point d'attataque
d'apoplexie ceux qui le portent ; que M. du Cholet
en avoit eu deux en le portant , & qu'il étoit mort
fubitement de la dernière ; que c'étoit une charlatanerie
averée , qui méritoit au moins un fouverain ' mépris.
Telles font les paroles de l'Auteur de la Lettre.
Le point de la queftion , pour prononcer fur les
qualités d'un Remede , n'eft pas de fçavoir fi le débit
enrichit l'Inventeur ; il s'agit de la nature & de
l'efficacité du Remede , par rapport à la maladie . Si
ce Remede eft composé d'ingrédiens inconnus &
impénétrables , n'eft - ce pas aux effets que l'on doit
s'en rapporter.
Pour combattre ceux du Remede du Sr Arnoult ,
l'Auteur allegue certains faits , qui étant fuppofés
réels , tendent à renverser les idées favorables da
Public fur la vertu du Spécifique. Ce font donc ces
faits que je vais examiner. Nous verrons enfuite les
conféquences qui en réfulteroient , dans la fuppofition
qu'ils feroienr véritables.
nuë ;
Je fçais que la Lettre de l'Anonyme eft peu conmais
la moindre atteinte donnée à la vérité ,
même obfcurément , ne doit point être négligée ,
furtout quand il s'agit de la vie des Citoyens , &
qu'on s'efforce de décrier un Remede falutaire , qui
pour ennemis que P'incrédulité ou la mauvaiſe -n'a
foi.
Pour m'inftruire de la vérité du fait fur lequel
roule la Lettre de l'Anonyme , j'allai ces jours paffés
trouver une perfonne de cette Ville , qui fait
ufage du Préfervatif du Sr Arnoult , & je la priai de
m'accompagner chés Mad. du Cholet , pour m'informer
des circonftances de la mort de M. ſon mari.
M'étant donc rendu chés elle , j'appris les circonftances
de la mort de M. du Cholet, telles à eu près
qu'elles
G vj
788 MERCURE DE FRANCE.
qu'elles font exposées dans la Lettre de l'Anonyme,
mais on me dit qu'on s'étoit apperçu après la mort
de M. du Cholet , qu'il fortoit du fang purulent des
narines , & on ajoûta que les attaques de fa maladie
avoient toujours été fuivies de convulfions.
De-là je me tranfportai chés M , Mouton , Chirurgien
du défunt. Je le priai de diffiper mes doutes
fur la nature de la maladie de feu M.du Cholet , ce
qu'il fit . M. du Cholet eft mort d'apoplexie , me
dit-il , je fus mandé dans le tems de fa derniere attaque
, & je le trouvai dans une grande agitation .
Il fut faigné du pied & mourut deux heures après.
Je priai alors ce Chirurgien de me dire quels Médecins
le voyoient ordinairement. Mrs Sylva & da
Moulin , me répondit il , furent mandés dans fa
premiere attaque , mais ils ne la jugerent point attaque
d'apoplexie , ils décidérent l'un & l'autre que
c'étoit une attaque d'Epilepfie.
Je demandai à M. Mouton la permiſſion de faire
ufage de fa déclaration . Il m'affura qu'il étoit prêt
de la figner , mais que fon opinion particuliere étoit
que M. du Cholet étoit mort d'une apoplexie caracterifée.
Aprés cet éclairciffement , il reftoit à fçavoir fi
M. le Comte de Froullay , ci - devant Ambaſſadeur
du Roi à Venife , avoit été auffi attentif à porter
le Sachet , qu'on le fuppofe dans la Lettre de l'Anonyme.
Le hazard ne m'a point éclairci fur ce
point. Trois perfonnes attachées à ce Seigneur depuis
10 , 30 & 40 ans , qui ne l'ont quitté qu'après
fa mort , m'ont certifié que M. le Comte de Froullay,
étant à Venife, eut deux attaques d'Apoplexie, il
y a deux ans & demi ,qu'alors, il ne faifoit point ufage
du Remede du Sr Arnoult ; que ce Seigneur écrivit
après ces deux accidens à M. Thiriot , Marchand
de Drap à Paris , qui lui envoya le Remede du Sr
Arnoult,
AVRIL. 1744. 789
Arnoult , dont il fit ufage dès qu'il l'eut reçû ; que .
depuis qu'il eut commencé à le porter , il n'eut plus
aucunesrechutes d'Apoplexie. Voilà ce qu'ils me certifierent
& peu de jours après j'apris qu'ils en avoient
délivré un Certificar dans les formes au Sr Arnoult.
Raiſonnons maintenant fur ces deux faits , que l'Anonyme
a alterés dans fa Lettre .
Je vous demande à vous , M. qui connoiſſez fi
parfaitement le Diagnostic des maladies ; avez- vous
ja mais vû quelque Apoplectique qui eût des convulfions
dans le paroxyme de l'Apoplexie ? Cette
maladie n'eſt - elle pas définie ftupor nervorum omnium
&fenfus ce font cependant ces convulfions que
l'Anonyme repréfente comme une fuite de l'Apo .
plexie dans la maladie de M. du Cholet , avoüant
que ce Malade eft mort au milieu de ces convulfions.
Cependant Mrs Sylva & Dumoulin , au rapport
même du Chirurgien , n'y furent pas trompés;
ils regarderent M. du Cholet comme Epileptique ,
& vous fçavez , M. le peu de reffource que nous
avons dans la pratique contre l'Epilepfie qui fe manifefte
à so ans. Quoique le Chirurgien ait qualifié
d'Apoplexie ces accidens qui enleverent M.du Cholet
, je ne vous crois pas difpofé à trahir vos propres
lumiéres , & à méconnoître celles de ces deux
fçavans Médecins , pour adopter l'opinion folitaire
d'un Chirurgien , qui a d'ailleurs affés d'experience
& de réputation.
L'acquifition du Sachet antiapoplectique du St
Arnoult fut done , de la part de M.du Choler , une
précaution inutile & un préfervatif ſuperflu ; c'eft
fur ceux qui lui confeillerent le vain ufage du préfervatif
en cette occafion , que l'Auteur devoit faire
tomber fa cenfure , & non fur le Sr Arnoult , qui
denne à fon Remede les bornes que fes qualités exigent
; c'eft de l'Apoplexie qu'il préferve & non
d'aucun
790 MERCURE DE FRANCE.
d'aucun autre mal ; il eft abfolument inutile pour
l'Epilepfie.
Pourriez-vous maintenant , M. ne vous pas ranl'on
ger
du parti d'un Remede , que attaque auth
férieufement que s'il étoit démontré être inutile, ou
foupçonné d'être dangereux , quoique les faits allegués
dans la Lettre de l'Anonyme foient hazardés
& dépourvus de toutes preuves ? Quel fort auroient
eu , dans la pratique , l'Epixacuena , le Quinquina,
le Mercure , le Kermès , & c. fi de vains Obſervateurs
euffent raffemblé les cas où ces Remedes , ofdonnés
à contre -tems , ont donné la mort aux Malades
, ou qui étant adminiftrés dans le cas d'un mak
violent & incurable , n'ont pû produire leurs effets
ordinaires Tout Remede qui n'est point déplacé ,
& qui eft appliqué à une maladie fufceptible de guérifon
, procure fon effet ; & celui du Sr Arnoult a ce
même avantage, il eft démontré par le Jugement de
Mrs Sylva & Dumoulin , que M. du Cholet étoit
Epileptique; donc le Sachet lui étoit inutile , fans cependant
le devenir pour l'Apoplexie.
Mais , dira-t'on , le Chirurgien que vous reconnoiffez
pour homme de pratique , n'a remarqué
dans tous les accidens de cette maladie , que ceux
qui caractérisent l'Apoplexie , donc M. du Cholet
eft mort Apopletique.
Cette opinion finguliere d'un Chirurgien , qui
tend à infirmer celle de deux Sçavans Médecins.
vous féduiroit-elle , M. fi ce Chirurgien eût déclaré
Epilepfie une maladie que les deux Médecins euffent
qualifié d'Apoplexie ? Le Sr Arnoult feroit- il reçû à
oppofer à leur décifion celle d'un Chirurgien , dont
les maladies internes ne font pas l'objet? Un Chirurgien
peut quelquefois bien raifonner fur ces maladies
, mais fon raifonnement , lorsqu'il le trouve
en contradiction avec deux célebres Médecins , qui
joignent
AVRIL 1744. 791
joignent à une pratique étendue une profonde théo
rie , n'éclaire pas plus qu'une bougie en plein Soleil,
Je ne m'arrêterai point aux autres faits contenus
dans la Lettre,parce qu'ils ne prouvent rien . Que le
Curé de Romagny foit mort d'Apoplexie, quoiqu'armé
d'un Sachet , dois - je conclure que ce foit celui
du Sr Arnoult , lorfqu'on m'annonce que le frere du
défunt eft Apoticaire?Ne fçait- on pas que ce Sachet
a été plufieurs fois contrefait par des gens de cette
Profeffion & autres , qui n'ont pas rougi de l'imiter
& de le diftribuer dans le monde fous le nom
d'Arnoult je pourrois tirer de la feule Ville de
Caën des preuves de ce que j'avance . Mais comme
ce feroit travailler pour l'avantage du Sr Arnoult
& que je ne me charge que de celui du Public , je
pafferai fous filence quantité de preuves qui dépofent
en faveur du Sr Arnoult , & je me borne à vous
rapporter les noms de quelques Particuliers connus
, qui ont fait un aveu public des expériences
heureufes qu'ils avoient faites de ce Remede . Tels
font M. Garnier , Médecin de la Faculté de Paris ,
aujourd'hui premier Médecin du Roi à la Martinique
, M. Mauran , Médecin à Bergerac ; M. le Mereier,
Médecin de Rheims , & aujourd'hui Médecin
Confeiller ordinaire du Roi à l'Hôpital d'Huningue;
M. Desjours , Chirurgien Juré de cette Ville
& M. Février , auffi Chirurgien Juré , & c.
Mais il y a une voye plus fûre pour s'aflurer des
effets certains d'un Remede c'eft le cri pu→
blic ; or il eft certain que le Préfervatif du Sr Arnoult
a le fuffrage de la Cour & de la Ville , & il eft
démontré que ce Remede a operé plus de cures qu'il
n'en a manqué. Donc ce n'eft pas de la part du Sr
Arnoult une charlatannerie avérée , comme le dit
témérairement l'Auteur Anonyme de la Lettre.
Cependant fuppofons pour un moment que
les
I
faits
792 MERCURE DE FRANCE.
faits qu'il allegue contre le Préſervatiſ du Sr Arnoult
, foient vrais & autentiques , qu'en réſulte t'ik
autre chofe , finon que ce Remede n'a pas contre
PApoplexie plus de vertu que le Quinquina contré
la fievre , & l'Epikacuena ou le Simarouba contre
la Diffenterie ? Il eft conftant qu'il n'y a point de
Remede abfolument & généralement infaillible. I
eft des maladies rebelles , qui ne cedent à aucun
Spécifique. Il fuffit pour l'honneur de ces Spécifiques
, qu'en général ils produifent.tel effet , & que
rarement ils foient inéficaces . Ce feul raifonnement
met en poudre toute la Lettre de l'Anonyme. Ceffet'on
en Médecine d'ordonner le Quinquina , le Stibium
, le Kermés , l'Epixacuena , le Simarouba ,
parce que malgré l'adminiſtration de ces excellens
Remedes , le Malade ne laiffe pas quelquefois de
mourir S'il y avoit des Spécifiques abfolument infaillibles
, en tout tems , en tout lieu , & en toure
occafion , le Médecin n'auroit qu'à connoître le
genre de la maladie , dès lors le Malade feroit fauvé,
& perfonne ne mourroit. Le railonnement de
l'Anonyme eft donc peu fenfé , puifqu'en admettant
même les faits dont il triomphe , il n'en réfulte rien.
Que peut-on conclure de deux ou trois faits contraires
à l'efficacité du Préſervatif ( en les fuppofant
vrais ) contre une foule d'autres faits , & contre une
nuée de témoins , & de témoins de la plus haute
confidération & les plus dignes de foi , parmi lefquels
fe trouvent des perfonnes de l'Art , qui atteftent
mille guérifons opérées par le moyen de ce
Spécifique
Le Sr Arnoult n'eft point obligé de réfuter les faits
qu'on lui oppofe , & quand on pourroit lui en objecter
plufieurs autres pareils , la réputation de fon
Remede ne fouffriroit aucun déchet ; mais il s'en
faut bien qu'il convienne avec l'Anonyme , que les
faits
AVRIL.
1744. 793
faits allegués dans fa Lettre foient vrais & autentiques.
Par rapport à la maladie de feu M. le Comte
de Froullai , voici la preuve du contraire de ce que
l'Anonyme a ofé avancer. C'eſt le Certificat de trois
perfonnes , entre les mains defquelles ce Seigneur
eft mort. Je vous l'envoye, M. tel que je l'ai copié
fur l'original .
" Nous fouffignés , Guyard , Douillet & Bizel,
» certifions à qui il appartiendra , que moi Guyard,
» il y a quarante ans que j'ai l'honneur d'être atta
» ché à Son Excellence M. le Comte de Froullai
» ci-devant Ambaffadeur du Roi à Veniſe ; que moi
» Douillet, j'ai le même honneur depuis trente ans,
» ainſi que moi Bizel depuis dix ans ; que nous ne
l'avons point quitté depuis ce tems , jufqu'à fa
mort, & que nous avons une parfaite connoiffan
» ce de deux accidens d'Apoplexie qui lui font ar-
» rivés à Veniſe , il y a deux ans & demi , & qu'a-
» lors il ne faifoit point d'ufage du Sachet du Sr Ar
" noult ; que dans le tems , & après ces deux acci-
" dens d'Apoplexie , S. E. écrivit à M. Thiriot ,
" Marchandde Drap à Paris , & fon homme de confiance
, qui lui envoya audi-tôt le Remede du Sr
" Arnoult ; que mondit Seigneur en a fait ufage depuis
, & qu'il est très conſtant , que depuis l'ufage
qu'il a fait de ce Remede , il ne lui eft arrivé
accident d'Apoplexie. Nous croyons
devoir rendre ce témoignage en confcience & en
» honneur , d'autant plus que le reproche que l'on
» a fait au Sr Arnoult , dans le Journal des Sçavans
» du mois d'Août 1743 , page 1529 , par forme
» d'Extrait d'une Lettre anonyme , porte précisé
>> ment , que S. E. le Comte de Froullai a eu quatre
» atteintes d'Apoplexie, quoique depuis la premiere
il ait été bien attentif à porter le Sachet ; ce qui
» eft une accufation des ennemis du SE Arnoult ,
*
כ כ
2
❞ aucun
→ très
794 MERCURE DE FRANCE.
1
» très-fauffe , & tout à fait contraire à la vérité ; en
»foi de quoi nous en donnons la préfente déclara-
» tion en notre ame & confcience , & tel que
"nous le ferions en Juftice , fi nous en étions requis.
Le tout pour fervir & valoir ce que de raifon.
A Paris le 17 Mars 1744. Signé , BIZEL ,
FRANÇOIS GUYARD , & DOUILLET. >>

Je finirai par une refléxion qui fervira de reponfe
à une frivole objection de l'Anonyme; le Remede
du Sr Arnoult , felon lui , eft pernicieux . Pourquoi ?
C'eft qu'il infpire une fauffe confiance , & empêche
ceux qui font menacés d'accidens d'Apoplexie , de
Le précautionner par les moyens ordinaires de la
Médecine . Je réponds que le Sr Arnoult ne prétend
point difpenfer ceux qu'il arme de fon Sachet , de
fe précautionner de la même maniere que s'ils ne le
portoient point. Au contraire il croit , avec raiſon ,
que fon Remede en fera plus efficace , fi on y joint
unfage régime prefcrit par un habile Médecin .
Le Sachet perd beaucoup de fa vertu , fi l'on s'abandonne
à des excès , & fi l'on méprife les utiles
précautions que la Médecine confeille. Arnoult
foumet fon Sachet à la prudence de la fçavante Faculté
. C'eft une arme qu'il lui fournit , pour joindre
à fes autres armes contre l'Apoplexie.
Je fuis , Monfieur , &c .
CHANSON
1
Lilimon
24
༔༈༈་|་
Air
de
4 .
B -taille
de
Corrette
.
CHANSON


AVRIL. 1744. 795
永洗洗洗洗洗洗送送送送洗洗洗洗洗
CHANSON
E poavante tes bords , gronde, Mer orageufe ,
Jufqu'aux Cieux éleve tes flots ;
Et , pour nous étaler la richeffe trompeufe ,
Ramene du Pérou nos orgueilleux Vaiffeaux .
Tranquile , heureux , aux bords d'une Onde pure ,
L'ambition n'entre point dans mon fein
Je dois tous mes tréfors à la fimple Nature ;
Ma Bergere fe plaît à me verfer du vin .
Laffichard.
SPECTACLES.
EXTRAIT de la Comédie des Mariages
Affortis , en Vers & en trois Actes , repréfentée
par les Comédiens Italiens le 10 Fe
vrier dernier.
ACTEUR S.
Dorimon , père de Damon & du Chevalier ,
Damon ,
Le Chevalier
f
le Sr Mario.
le Sr Riccoboni.
Le Sr. Deshayes:
Araminte, foeur de Lifimon , la Dlle Belmont .
Lifimon >
796 MERCURE DE FRANCE.
Lifimon, pere d'Angélique , le Sr Sticotti.
Angélique , fille de Lifimon , la Dlle Silvia.
Beauval , ami de Damon , te Sr Rochard.
Hortenfe, fille de Beauval, la Dlle Riccoboni,
Finette , Suivante d'Angélique & d'Araminte
,
Un Notaire.
L
la Dlle Deshayes.
le Sr Ciavarellis
La Scene eft à Paris.
'Auteur de cette Piéce ne s'eft
pas encore
nommé ; quel qu'il foit , nous ne
pouvons nous difpenfer de lui rendre , avec
tout le Public , la juftice qui lui eft dûë ; ſa
verfification a été généralement applaudie ,
& fi le fond de fon fujet n'eft pas également
approuvé par ce qu'on appelle vis Comica ,
on ne peut difconvenir qu'il ne brille par
les beautés de détail . Ses traits, fes portraits,
fes maximes & fes définitions lui ont fait un
honneur infini . En voici l'Extrait.
Au premier Acte , Dorimon , pere de Damon
, Héros de la Piéce , reproche à ce fils
vertueux une maniére de vivre, qui tientun
peu de la fingularité. Damon convient qu'il
n'est pas tout-à- fait exempt du défaut dont
fon pere entreprend de le corriger , mais il
le fait d'une maniere à faire connoître à Do- *
rimon que ce défaut apparent eft une vertú
réelle . Voici commentil fe définit lui-même.
Oui,
AVRIL. 797 1744.
Oui , je fuis accufé de fingularité ,
Car tout homme à talens eft par moi respecté .
La plûpart , il eft vrai , ne vont point dans le Monde
On s'y pique , à l'envi d'ignorance profonde ;
On déclare la guerre au feul titre d'efprit ,
Et l'on paroît méchant lorsqu'on approfondit.
Dans le Monde faut- il qu'un Sçavant , fe rép ander
Quels difcours découfus voulez -vous qu'il entende?
J'efperois rencontrer dans ce Monde charmant
Des vertus où l'efprit féme fon agrément ;
Dans ce qu'on nomme ici la bonne Compagnie ,
J'ai cru qu'on le formoit le coeur & le génie ,
Et que ce qui faifoit une bonne maiſon ,
C'étoit l'art d'être aimable avec de la raiſon ;
Je l'ai connu ce Monde ; ah ! grands Dieux , quelle
Ecole !
C'est de nos jeunes gens une cohorte folle ,
Sans principes , fans goût , s'accrochant à des mots ,
Révoltans dans leurs airs, libres dans leurs propos ,
Dont l'efprit effrené, fans refpect , fans prudence ,
Fait rire la folie , & rougir la décence ;
J'ai cru que je pouvois, fans me faire aucun tort ,
Laiffer ces Meffieurs - là , qui me déplaiſent fort , &e.
Dorimon n'a garde de contredire des
fentimens fi raifonnables , mais il fait
entendre à fon fils qu'il y a un milieu
à prendre dans les portraits divers qu'il
vient de faire; ce qu'il explique par ces Vers .
Damon ,
798 MERCURE DE FRANCE.
Damon, on penſe bien quand on fçait ſe conduire ,
Et ce grand art confifte à fçavoir le produire.
Fréquentez ces maiſons , où , fans être foûmis ,
Dans l'éclat des honneurs, on ſe fait des amis.
Tous les vôtres , mon fils , plus chagrins que fauvages
,
'Au Dieu de la Fortune ont offert des homnages
;
Ces hommes rebutés , mépriſent par dépit
Ceux dont le crime fut d'effacer leur crédit ;
Libres en apparence , ambitieux dans l'ame ,
C'est l'animofité qui fronde & qui déclame ;
Ils haïffent les Grands par pure paffion ,
Et leur milantropie eft de l'ambition ;
Leur efprit dédaigneux que leur diſgrace entraîne ,
Paroît brifer leurs fers , tandis qu'il les enchaîne ;
'Ce qu'on nomme vertu , je le vois d'un autré oeil ;
On ne hait l'Univers que par efprit d'orgueil.
I
Ces deux Portraits , quoiqu'oppofés , ne
fe détruifent pas l'un l'autre , & juftifient le
jufte milieu dont nous venons de parler.
Dorimon ne laiffe pas d'être très-fatisfait
de l'efpece de mifantropie de Damon , mifantropie
à laquelle on pourroit à jufte titre
donner le nom de Philofophie ; il eft ravi
d'apprendre que fon fils n'a aucune répugnance
pour le mariage. Voici comment
Damon s'explique quand il lui en parle :
N cn
AVRIL. 1744.
LA
Non, je n'ai pour l'Hymen aucun éloignement;
Je ne me fuis jamais lié d'aucun ferment ,
Et même mon plaifir feroit inexprimable
De faire le bonheur d'une perfonne aimable .
Li
Voici où le noeud de la Piéce commence.
Dorimon a déja chargé le Chevalier , auſſi
fuperficiel que fon frere eft folide , de trouver
un parti fortable à Damon ; il arrive cé
Chevalier étourdi ; il fait entendre à Dorimon,
fon pere , que la future eft toute trou
vée. Voici le portrait qu'il en fait.
C'eſt une fille riche ; elle n'a plus de mere ;
C'est toujours une avance , & furtout point de freres
Elle n'a qu'une foeur, qui fait choix du Convent ;
Le pere fera mort dans un an , même avant , & c.
.. Oui ; ſa face eft mourante ;
>
Cette fille a de plus une affés vieille tante
Décrépite & coquette , & dont le tein fané
Cache les paffions fous un front fillonné ;
Le tems chés elle encor n'a point éteint leur braiſe ;
Sa mine a foixante ans, fon coeur n'en a que ſeize ;
Elle a du bien vraiment ; il feroit dangereux
Qu'un jeune homme parût trop aimable à fes yeux ;
Il s'en empareroit par un bon mariage ,
Et c'eft à quoi je veux pourvoir en homme fage.
Ce portrait fert à faire connoître le caractere
300 MERCURE DE FRANCE.
ractere des Interlocuteurs qui doivent entrer
dans la Piéce.
Damon n'eft pas trop fatisfait du portrait
que le Chevalier lui fait d'Angélique , c'eft
le nom de la femme qu'il lui propofe, quoiqu'il
ait deffein de l'époufer lui -même. Il
veut aller l'informer de ce qu'il a fait ; elle
lui en épargne la peine ; elle vient lui témoigner
fa furpriſe par ces Vers.
Je viens vous faire part de ma ſurpriſe extrême ;
Vous m'aimez, dites-vous, & malgré votre amour ,
Vous voulez que Damon m'époufe dans ce jour !
La façon de penfer eft tout - à- fait nouvelle ;
Je dois vous fçavoir gré d'un tel excès de zele ;
LeChevalier lui dit que la propofition qu'il
vient de faire à Dorimon & à Damon , n'eft
qu'un jeu , un badinage , une ruſe dont il
efperè un fuccès infaillible . Voici fur quoi
il fe fonde , en parlant de Damon comme
d'un pédant.
C'eft un homme à fouhait, pour fervir notre flâme ;
Car, fût- il au moment de vous prendre pour femme,
Il s'en défiftera fans aucun repentir ,
Si Monfieur votre pere y veut bien confentir .
Or, il ne faut qu'un point , afin qu'il y confente ,
C'eft de pouvoir jouir du bien de votre tante ;
Car cet article feul doit être notre objet .
11
AVRIL 1744.
801
Il faut donc vous prêter à fervir mon projet .
Jouez l'impertinence aifée & nonchalante
D'une femme à grands airs dont l'époux repréfente ;
Vous verrez auffi tôt mon frere épouvanté .
Voilà tout votre rôle , & moi de mon côté ,
Je ferai l'Amoureux de la bonne Ariminte ;
Avec fuccès déja j'ai commencé la feinte ;
Son ame s'adoucit & ne doute de rien ,
Et quand j'aurai fon coeur , j'aurai bien- tôt fon bien.
Nous allons voir dans l'Acte fuivant
comment il s'y prendra pour avoir le fuccès
dont il fe flate dans fa fourberie.
Damon ouvre le fecond Acte, avec Beauval,
fon ami, perfonnage qui n'a point paru
dans le premier , & qui donne lieu à une
expofition , laquelle trouvera fa place dans
le dernier Acte , & fervira à remplir le titre
de la Piéce , puifqu'il fera un mariage bien
afforti. Ce Beauval n'approuve pas la facilité
avec laquelle Damon confent au mariage
que fon pere ,ou plutôt fon frere le Chevalier
a projetté pour des vûes qui ne regardent
que lui-même. Voici comment ce fidéle
ami fait connoître qu'il eft digne de la
confiance de notre Philofophe , crû homme
fingulier :
Je fuis trop votre ami, pour n'être pas fincére ;
L'Hymen & le bonheur ne fe rencontrent guere;
H De
802 MERCURE DE FRANCE.
De l'Hymen aujourd'hui l'on ne ferre les noeuds ,
Que pour être opulent, & non pour être heureux ;
Cette foi, qu'on le donne , eſt un voeu mercenaire,
Qu'on forme effrontément,fans amour & fans plaire.
C'eſt à la foif du bien qu'on cherche à l'immoler ;
Ce font des chaînes d'or dont on veut s'accabler ;
Ce lien , dépouillé de tendreffe & d'eſtime ,
N'a point cette vertu , qui le rend légitime ,
Qui produit des Epoux le charme naturel
Et ce bonheur fe change en un malheur réef.
>
Beauval , par cette maxime fi fage , ne
prétend pas fronder le mariage mais
l'abus qu'on en fait ; il a été marié , & regrette
tous les jours la vertueufe moitié que
la mort lui a enlevée , cependant les fuites
de ce mariage n'ont pas laiffé d'être fâcheufes
pour lui , par le malheur qu'il a eu de
perdre tous fes biens. Sa pauvreté l'a réduit
à confentir qu'un de fes parens fe chargeât
de fa fille , mais avec tant de dureté , qu'il ne
lui eft pas même permis de la voir , tant fa mifere
le rend méprifable à ce parent , qui lui
a prêté un azile , moins par générofité que
oftentation. Damon lui demande le nom
de ce cruel parent , mais le Chevalier , qui
arrive fubitement,lui coupe la parole ,& ce filence
étoitutile& même néceffaire à l'Auteur,
pour allonger fa Piéce. Le Chevalier prend
Beauval pour un faifeur de harangues. Il a
par
befoin
AVRIL. 1744. 803
befoin d'un compliment , & il voudroit
en acheter un qui fût bien tourné. Dans
cette croyance il dit à Beauval , le voyant
affés mal vétu :
Si j'en crois l'apparence ,
Monfieur ne paroît pas être dans l'opulence ;
Les Lettres, je le vois , ne font pas en crédit ;
J'en fuis , ma foi, fâché , j'aime beaucoup l'efprit.
Beauval n'eft pas fi fort abbattu par la
mauvaife fortune , qu'il n'ait , malgré toutes
fes peines , confervé la noble audace de
repouffer une injure ; il répond dédaigneufement
au Chevalier :
Monfieur , on ne doit pas trouver la chofe étrange ;
Vous le fçavez affés , fur tout la mode change ;
C'est en votre faveur qu'elle regne en ce jour ;
Le Sage en fe taifant , doit attendre fon tour.
Beauval s'étant retiré après ce petit trait,
Damon fait connoître à fon frere , qu'il n'a
pas à s'en plaindre , puifqu'il fe l'eft attiré fi
mal à propos. Le Chevalier n'en devient
plus fage , & demande à fon frere qui eft
cet homme-là ; Damon lui répond qu'il eft
fon ami , & très-digne de l'être.
pas
Dorimon , leur pere , interrompt leur
conteftation , & annonce à Damon fa future
époufe & fon futur beat- pere. En effet ils
Hij ne
804 MERCURE DE FRANCE.
ne fe font pas long-tems attendre ; ils font
fuivis d'une vieille tante & d'une prétendue
foeur d'Angélique , dont nous apprendrons
le véritable fort au dernier Acte.
Cette Scéne entre les Parties contractantes
, eft du nombre de celles qu'on appelle
remplies de jeu comique . L'équivoque continuelle
qui en fait tout le prix, eft de convention
entre le Chevalier & Angélique.
La vieille tante , qui y eft jouée , le croit
aimée du Chevalier , qui n'en veut qu'à
Angélique ; pour Hortenfe , qui ne trempe
nullement dans la fourberie du Chevalier
la bonne Araminte lui donne ce confeil ;
Hortenfe, écoutez bien , & fentez cet honneur ;
D'Angélique , ma niéce , il faut vous dire foeur
Il faut enfévelir l'état de votre pere ;
De peur de vous tromper, ayez foin de vous taire,
Toutes ces mefures étant prifes , & bien
ebfervées , il n'en peut réfulter qu'une Scéne
très-amufante. Lifimon , Pere d'Angélique
, paroît affés content de Damon , fon
gendre futur , ce qui l'oblige de dire à Dorimon
fon pere :
Je ne vois pas en lui ce que j'avois penfé ;
Pour homme fingulier vous l'aviez annoncé.
Voici ce que Damon lui répond en vrai
Philofophe:: Si
AVRIL. 1744. 805
Si j'ofois me charger d'un pareil perfonnage ,
Pour pouvoir m'approuver,je vous trouve trop fage;
Qui cherche à s'annoncer fous ce titre,affecté ,
N'eft fouvent dans le fond qu'un efprit avorté ,
Qui veut en impofer , à la faveur d'un terme ,
Sur l'incapacité qu'en foi-même il renferme,
Mais celui qui s'applique à n'avoir jamais tort ,
Qui , malgré fes talens , paroît fimple à l'abord ,
Qui , pour faire plaifir , defire des richeffes ,
Qui connoît l'amitié , qui paffe les foibleffes ,
Qui des travers publics rit en particulier ,
Voilà ce que j'appelle un homme fingulier.
Dans tout le cours de cette Scéne voici
ce qu'il y a de plus folide , c'eft que Damon
ne paroit touché que de la phyfionomie
d'Hortenfe ; elle feule lui paroît capable de
faire un mariage bien afforti , c'eft ce qui
l'oblige à l'entretenir en particulier. Sa
fageffe acheve de la rendre aimable à ſes
yeux. Nous allons voir le projet de cette
paffion naiffante dans le troifiéme & dernier
Acte.
Il n'a pas été bien difficile à l'Auteur de
cette Comédie de parvenir au dénoûment
& de faire deux mariages bien affortis.
Commençons par celui du Chevalier avec
Angélique , dont les caractéres fe conviennent
parfaitement . Dès les premieres Scénes
de cet Acte , il a pris foin d'obtenir le con-
H iij fente806
MERCURE DE FRANCE.
fentement de Lifimon , pere d'Angélique.
Voici comment ce bon pere s'explique :
En faifant le bonheur d'une fille que j'aime ,
Dans cette affaire- là , mon plaifir eft extrême ,
De voir qu'avec adreffe on attrape mafoeur
Et lorfque de fon bien vous ferez poffeffeur ,
De concert avec vous , je me moquerai d'elle .
Le
Notaire que le Chevalier
a mis dans
fes interêts , parle ainfi à Liſimon
:
De la donation la forme fera telle ,
Qu'Araminte fera fruftrée entierement ,
Et ne touchera rien , que par votre agrément.
Je fçais , graces au Ciel , mon métier de Notaire.
Araminte vient confirmer ce que le Notaire
vient d'affûrer à Lifimon ; voici la forme
de la Donation qu'Araminte veut dicter
elle-même.
Ayant de tous les tems eu du goût pour l'épée ,
Aimant du Chevalier la perfonne & l'état ,
Ecrivez ; pour donner force à cet A&c-Ìà ,
Que , fi du mariage il ne fort pas lignée ,
Malheur, dont, grace au Ciel , je fuis bien éloignée ,
Je donne néanmoins mon bien au Chevalier ,
Sans qu'aucun autre puiffe en être l'héritier.
Voila Araminte auffi bien liée qu'on le
peur
AVRIL. 1744. 807
peut être dans un mariage de Comédie ; venons
à Damon ; fon mariage eft bien mieux
afforti & du moins les moeurs n'y font point
bleffées. Il cherche & trouve en Hortenfe
de la vertu ; c'eft la feule dot qui peut rendre
un honnête homme heureux . Cette vertu
éclate furtout dans ce qu'elle dit à Beauval,
qu'elle croit être fon vrai pere; le voici ,
Mon pere, à votre aſpect , que mon ame eſt ravie !
Ah ! ne prononcez pas le malheur de ma vie ;
Je ne voudrois jamais de Damon pour époux ,
S'il faut pour P'obtenir que je renonce à vous ;
Votre feule amitié pour mon coeur a des charmes ;
Nommez-moi votre fille & calmez mes allarmes.
Cette reconnoiffance fait un plaifir extrême
à Damon ; il le fait connoître par ces
deux Vers :
Ciel ! qu'entends-je ? fa fille ! 8 bonheur inoui !
Quoi le pere d'Hortenfe eft mon meilleur ami !
Beauval , charmé de la joye que Damon
fait éclater , y répond par ces quatre Vers :
Comblé de vos bienfaits, j'étois dans l'impuiffance
De vous rendre certain de ma reconnoiffance ;
Trop heureux qu'aujourd'hui l'amour ſoit de moitié ,
Et vienne à mon fecours pour payer l'amitié !
C'eſt par-là que finit la Comédie des Ma-
Hiiij riages
808 MERCURE DE FRANCE.
riages affortis ; toutes les Parties contrac-.
tantes y font fatisfaites ; Araminte y eft facrifiée,
mais il y a apparence qu'elle prendra
fon parti ; du moins il le faudra bien , ne
pouvant mieux faire.
Le 13 , les mêmes Comédiens firent l'ou--
verture de leur Théatre par la Comédie des
Fées, Piéce en Vers & en trois Actes , fuivie
d'un Divertiffement & d'un Vaudeville. On
donna enfuite la premiere repréſentationd'une
petite Piéce Italienne en un Acte ,
intitulée , la Joûte d'Arlequin & de Scapin
laquelle a été fort applaudie & parfaitement
bien jouée. On donna après le même Feu
d'artifice , intitulé le Berceau , qui avoit été
donné à la clôture du Théatre , avec un trèsgrand
concours.
On prononça le même jour , fuivant l'ufage
, à l'ouverture du Théatre , le Compliment
, qu'on donnera le mois prochain.
Le 23 , les mêmes Comédiens donnèrent
la premiere repréfentation d'une Comédie
nouvelle en Profe & en trois Actes , intitulée
, les Combats de l'Amour & de l'Amitié,
de la compofition de M.... & fon premier
Ouvrage pour le Théatre Italien . Cette Piécft
, dont on parlera plus au long , eft ornée
d'un Divertiffement, & terminée par un
Vaudeville.
Le
AVRIL. 1744. 809
Le 13 Avril , les Comédiens François ouvrirent
leur Théatre par la Tragédie de Zaire
, de M. de Voltaire , laquelle fut fuivie
de la petite Comédie du Port de Mer ; le
fieur Defchamps , qui avoit prononcé le
Compliment qu'on fait ordinairement à la
clôture du Théatre , prononça celui de l'ouverture.
Le 27 , les mêmes Comédiens donnerent
la premiere repréſentation d'une Comédie
nouvelle , en Vers & en cinq Actes , intitulée
l'Ecole des Meres , de la compofition
de M. de la Chauffée , de l'Académie Françoife.
On parlera plus au long de cette nouveauté
, qui a été généralement applaudie.
EPITRE à Mile Dumefnil , au ſujet du
Rôle de Mérope Tragédie de M.de Voltaire.
A H ! fans doute , c'eft Melpomene ,
Qui des Vers d'Apollon fait retentir la Scéne ;
Sa préfence embellit ces Lieux ;
Ses pas guidés par la nobleſſe ,
Ses regards , tout enfin m'annonce une Déeffe ;
Le goût , le fentiment triomphent dans ſes yeux ;
Le tendre amour y prend les traits dont il me bleffe
Dieu puiffant, offre- lui mes voeux & mon encens ;
Fais quelle accepte mon hommage ;
Lui préfenter ces Vers, ces tranfports que je fens ,
C'eft Hv
810 MERCURE DE FRANCE.
C'eft lui préfenter fon ouvrage ;
L'Amour , offrant le coeur d'un profane mortel ,
N'avilit point des Dieux le redoutable Autel.
Par toi , la jalouſe Roxane
Nous a fait trembler mille fois ;
A la fureur de Phédre , aux plaintes d'Ariane ,
Quelle autre eût mieux prêté la voix ?
Tes yeux fçavent verfer les pleurs de Cornelie ,
Et lancer ful Joas les regards d'Athalie.
Oui , chere Dumefnil , c'eft toi ,
Qui , fans fard & fans impofture ,
Sçais fibien peindre la Nature ;

Tu remplis tous nos fens de tendreffe & d'effroi ;
Par fes pleurs , par un fort fi triſte ,
Mérope pour fon fils a fçû nous allarmer ;
Eh ! qui pourroit ne point aimer
La veuve de Crefphonte & la mere d'Egyfte
Tu parles , & foudain l'eſprit eſt enchanté
Le Spectateur épouvanté ,
D'un Tyran foupçonneux redoute la colere
L'inquiétude d'une mere
Intereffe mon coeur , tendrement agité .
Melpomene , apprens-moi ce fecret fi vanté ,
Le talent féducteur d'émouvoir & de plaire ;
Sans tes divins talens , Apollon eût douté
Qu'on pût prêter encor des charmes à Voltaire.
LE CLERC , de Montmercy.
Le
AVRIL. 1744. 811
Le 14 Avril , l'Académie Royale de Muſique
fit l'ouverture du Théatre par l'Opera
de Roland , lequel a été continué jufquès &
compris le 21 de ce mois.
Le 23 , on remit au Théatre la Tragédie
de Dardanus , qui avoit été donnée pour la
premiere fois le 19 Novembre 1739. Le
Poëme eft de M. la Bruere , mis en Muſiqué
par M. Rameau ; on peut voir l'Extrait qui
en a été donné dans le premier Vol . de Décembre
de la même année , pag. 2890 .
Le 18 Mars , le Roi , par Arrêt de fon
Confeil d'Etat , du même jour , a accordé
le Privilége de l'Académie Royale de Mufique
à M. Berger , qu'avoit ci-devant M. de
Thuret , qui s'eft retiré.
NOUVELLES ETRANGERES ,
O
TURQUIE.
N a appris de Conftantinople , que le bruit y
couroit qu'il y avoit une négociation renouée
pour un accommodement entre le Grand Seigneur
& Thamas-Koulikan , & que la fignature du Traité
de Paix n'étoit retardée , que parce que ce dernier
demandoit que le Schach- Rade fut obligé de fortir
des Etats de Sa Hauteffe.
Hvj SUEDE
812 MERCURE DE FRANCE.
SUEDE.
N mande de Stocкolm du 2 du mois dernier ,
qu'un courier qui y eft arrivé de Coppenhague
le 29 du mois précédent , a apporté la Convention
qui y a été fignée le 24 au nom du Roi de
Suéde par le Comte de Teffin , Ambaſſadeur Extraordinaire
de S. M. auprès du Roi de Dannemarck
, & au nom de S. M. Danoiſe par Mrs de
Holften , de Berkentin & de Schulin , fes Miniftres
Plénipotentiaires.
On affûre qu'il a été ftipulé par un des articles
de cette Convention , que l'une & l'autre des Puiffances
Contractantes donneroient les ordres néceffaires
, pour que dans l'efpace de trois semaines
leurs troupes fe féparaffent ,& que leurs Flotes fuffent
défarmées. Le Roi a envoyé à la Czarine une copie
de cette Convention , afin de la faire approuver
par
S. M. Cz .
On a appris le 9 du mois dernier , que la Ratification
de cette Convention a été fignée par le Roi
& envoyée au Comte de Teffin , pour être remife
par cet Ambaffadeur à S. M. Danoiſe.
RUSSIE .
N mande de Pétersbourg du 26 Février dera
dent de la Reine de Hongrie une Déclaration par
Jaquelle S. M. Cz . demande à cette Princeffe une
fatisfaction convenable au fujer des dépofitions faites
contre le Marquis de Botta.
Les Négocians , qui font venir des marchandifes
de Perfe , ont pris des mesures pour faire à l'avenir
tranfporter directement à Archangel toutes celles
qu'ils
r
AVRIL. 813
1744 .
qu'ils tirent d'Ifpahan , & pár ce moyen elles arriveront
beaucoup plûtôt que lorfqu'on étoit obligé
de leur faire paffer les Montagnes de Derbent , &
de les voiturer par le Volga , qui eft gelé pendant
plufieurs mois de l'année.
On a conduit fous une eſcorte jufqu'à la Frontiére
de la Curlande , les domeftiques Allemands , qui
étoient auprès du Prince & de la Princeffe de Brunfwick
Bevern , & on leur a défendu de rentrer en
Ruffie , fans une permiffion expreffe de la Czarine.
ALLEMAGNE.
Na appris de Vienne du 4 du mois dernier ,
que la Reine ayant réfolu d'avoir trois armées
pendant cette campagne , la premiere , qui fera la
plus confiderable , s'affemblera vers le Rhin , &
& qu'elle fera commandée par le Prince Charles de
Lorraine , & par le Comte de Traun ; que le Géné
ral Bathyani aura le commandement de celle qui
doit s'affembler en Bavière , & qui fera compofée
de 30000 hommes , qu'il y aura en Moravie un
Corps de dix - fept Bataillons , auquel on joindra les
Régimens de Dragons de Ballagra & de Saxe Gotha
, 2000 Varadins , & les Milices de la Province ,
avec une partie de celles du Royaume de Bohême .
Les nouvelles inftances , faites par la Czarine
pour obtenir une fatisfaction fur les plaintes qu'elle
a portées contre le Marquis de Botta , ont déterminé
la Reine , à faire inftruire le procès de ce
Marquis , & à lui ordonner les arrêts , jufqu'à ce
qu'on ait examiné les preuves alleguées contre lui.
Les Commiffaires nommés pour le juger , font les
Comtes de Wurmbrand & de Hartig , dont le premier
a été Préſident du Confeil Aulique , & Mis
Pal814
MERCURE DE FRANCE.
Paltzer , Hutner & Jordan , Confeillers de la Chan→
cellerie .
Les eaux du Danube étant augmentées confiderablement
par la fonte des neiges , ce fleuve eft débordé,
& il a fubmergé deux Fauxbourgs de Vienne
& un grand nombre de Villages , dont les habitans
ont été obligés de fe fauver fur les toits de leurs maifons.
La Reine a ordonné qu'on ne négligeât aucun
moyen de les fecourir , & plus de cent barques ont
été employées à tranfporter dans cette Ville les uns ,
& à porter aux autres des vivres .
On mande de Francfort du 29 du mois dernier ,
que l'Empereur a fait remettre à la Diette de l'Empire
un Mémoire , portant qu'il y a auellement
56 Bataillons & 19 Régimens de Cavalerie des
troupes de la Reine de Hongrie dans les Etats Hé
réditaires de S. M. I. que rien n'eft plus touchant
que les Relations qu'on reçoit de la fituation déplorable
à laquelle la Baviére eft réduite ; que le Clergé
fuccombant fous le poids des impofitions , n'a
plus d'autre reffource que dans l'argenterie qui refte
aux Eglifes ; que la Nobleffe , épuifée par des vexations
continuelles , eft dans une défolation , dont
les fujets augmentent tous les jours ; qu'un grand
nombre de Bourgeois , dont les maifons ont été
brûlées ou pillées , ont pris le parti d'aller mandier
avec leurs familles ; que la plupart des Payfans ont
abandonné leurs terres , & que les autres font
dans une fi grande indigence , qu'à peine ont ils de
quoi le préferver de la famine , qu'il y a plus d'un
endroit où ce Fleau s'eft déja fait fentir , & où les
habitans ont éprouvé les extremités les plus fâcheufes
; que les Fondations pieufes n'ayant pas été à
Pabri de la perfécution & de l'avarice des ennemis ,
il n'y a plus d'afile ni de foulagement pour les pauvres
ni pour les malades , qui périffent faute des
feAVRIL.
1744. 815
fecours les plus néceffaires ; qu'enfin il ſemble que
la Reine de Hongrie , par une conduite fi éloignée
de tout ménagement , fe propofe de mettre la Baviére
hors d'état de fe relever jamais des maux
qu'elle fouffre ; que c'est pour en arrêter le cours
ou du moins pour les faire diminuer , que l'Empereur
s'adreffe aux Etats de l'Empire , dans l'efperance
que la Diette prendra des mesures efficaces ,
pour faire ceffer cette oppreffion.
>
On a appris de Francfort du 6 de ce mois , qu'if
y paroît des copies d'une nouvelle lettre que l'Empereur
a écrite au Roi de la Grande Bretagne , &
qui porte que S. M. I auroit fouhaité de pouvoir
être convaincue par les raifons alleguées dans les
réponſes de ce Prince , que la Dignité du Corps
Germanique n'étoit point compromile par les Actes
que la Reine de Hongrie a fait inferer dans les Archives
de la Diette de l'Empire ; que la décifion de
cette affaire ne dépend point de quelques queftions
incidentes ; que le Roi de la Grande Bretagne ,
conjointement avec les autres Electeurs a élû l'Empereur
, qui a été reconnu en cette qualité , fans aucune
contradiction , non-feulement par les Etats de
l'Empire , mais encore par toutes les Puiffances
Etrangeres , que la Reine de Hongrie refufe feule
de fe conformer à l'exemple du refte de l'Allemagne
, & qu'elle attaque la validité de l'Election de
S. M. I. dans les Actes qu'elle a fait recevoir à la
Dictature ; que l'Empereur laiffe à juger à tout le
monde impartial , fi un Prince , qui occupe dans le
College Electoral & dans l'Empire un rang auffi
confiderable que le Roi de la Grande Bretagne ,
peut approuver & défendre des Ecrits , qui tendent
à détruire fon propre ouvrage & celui des autres
Electeurs ; que fi l'Election de l'Empereur est valide
, comme le Roi de la Grande Bretagne en convient
,
816 MERCURE DE FRANCE.
vient , S. M. Br. ne doit point donner fon approbation
à des Actes , dans lefquels cette Election eft
traitée d'illégitime ; que fi le Roi de la Grande Bretagne
fe croit obligé de prendre ces Actes fous fa
protection , on demande comment il concilie cette
opinion avec ce qu'il doit en qualité d'Etat de l'Empire
au Chef Suprême du Corps Germanique , &
comment la réfolution d'admettre dans les Archives
de l'Empire les Actes dont il s'agit , s'accorde avec
les prérogatives du Collége Electoral , & avec les
Conftitutions de l'Allemagne ; qu'il en eft de la
Diette de l'Empire comme de l'Election de l'Empe
reur ; que le Koi de la Grande Bretagne regarde ,
& eft dans la néceffité de regarder cette Affemblée ,
comme légitime , & les réfolutions qui s'y prennent
, comme ayant force de Loix ; que cependant
la Reine de Hongrie ofe foutenir directement
le contraire , & qu'elle prétend que l'Empire reçoi
ve des Ecrits dans lefquels elle combat ouvertement
ces maximes ; qu'il eft difficile de concevoir com→
ment S. M. Br . peut adopter à la fois deux Systêmes
fi oppofés , reconnoître pour légitime ce qui eft reconnu
pour tel par l'Empire , & en même tems favorifer
une prétention , dont l'objet eft de traiter
de nul ce que l'Empire regarde comme irrévocable
, qu'il n'y a point de diftinctions ni de fubterfuges
, capables de juftifier une contradiction i
manifefte .
f
L'Empereur , après avoir rappellé au Roi de la
Grande Bretagne , que S. M. Br . elle- même a prétendu
, auffi bien que tous les autres Electeurs , que
Ja Proteftation préfentée par le Baron de Prandau ,
au fujet de la voix Electorale de Bohême , ne pouvoit
être admife dans les Actes de l'Empire , finit
fa lettre , en faisant obferver au Roi de la Grande
Bretagne , que les principes avancés par ce Prince.
dans
A V RI L. 1744. 817
dans fes réponses à S. M. I. doivent paroître aux
Electeurs avoir des conféquences dangereuſes , &
être préjudiciables à leurs droits , & S. M. I. ajoute
qu'elle efpere que les lumieres de S. M Br. lui fe-›
ront prévoir les fuites qui peuvent réfalter de fes
démarches.
O
ITALI E.
N mande de Rome du 15 du mois dernier
que les diverfes lettres qu'on y a reçûës de
la Marche d'Ancone , portent que le Duc de Mo
déne eft retourné à Fano joindre l'armée Espagnole
; qu'il en a repris le commandement ; que ces
troupes continuoient leur marche veis les Frontières ,
de l'Abbruzze , & que le 10 du mois dernier il y
avoit eu entre leur arriere- garde & les Huffards de
l'armée de la Reine de Hongrie une action affés vive
, dans laquelle chacune des deux armées avoit
perdu environ 122 hommes.
On a appris du 22 du mois dernier , que l'armée
Eſpagnole , commandée par le Duc de Modéne ,
ayant continué fa marche vers l'Abbruzze , elle,
paffa le 18 , la riviere de Tronto , qui fépare l'Etat
Ecclefiaftique du Royaume de Naples , & qu'elle
étoit allée fe pofter fous le canon de Pefcara. Le
Prince de Lobekowitz a fuivi cette armée jufqu'à
Fermo , où il s'eft arrêté avec les troupes qui font
fous fes ordres , & il devoit y attendre le retour
d'un courier qu'il avoit dépêché à la Reine de
Hongrie. Il y a eu plufieurs efcarmouches entre les
troupes du Roi d'Efpagne & celles de cette Prin-,
ceffe , & ces derniers ont fait 80 prifonniers.
Depuis que le Prince de Lobekowitz est entré
dans la Marche d'Ancone , il a envoyé ordre de
rompre tous les fours qu'il avoit établis dans le
Bolonois.
Selon
2
818 MERCURE DE FRANCE.
Selon les avis reçûs de Naples , le Roi des deux
Siciles , auffi tôt qu'il a été inftruit de l'approche de
l'armée de la Reine de Hongrie , a fait avancer du
côté de Pescara un Corps de troupes , compofé de
24 Bataillons & de 15 Efcadrons , pour obſerver les
mouvemens de cette armée , & pour veiller à la
défenſe du Royaume de Naples.
GENES ET ISLE DE CORSE.
O
N mande de Génes du premier du mois dernier
, qu'on a enfin reçû des lettres de l'ffle de
Corfe , les unes écrites de la Baſtie le 6 , & les autres
de Calvi le 11 , lefquelles marquent que la tranquil
lité n'eft pas encore auffi affermie dans cette Ifle
qu'on le fouhaiteroit , & que les habitans de la
Province de la Balagna font difficulté d'accepter le
Réglement figné par les Députés des autres Piéves.
On a appris depuis que les Députés de quelques
Piéves , qui s'étoient foumifes à ce Réglement ,
faifoient préfent de nouvelles demandes qui
donnoient lieu de craindre que le feu de la révolte
ne fut pas encore entierement éteint.
Un Matelot Génois , qui étoit fur un Vaiffeau de
guerre Anglois , de 70 piéces de canon , de l'Efcadre
commandée par l'Amiral Mathews ; eft arrivé à
Gênes. Le Vaiffeau , à bord duquel étoit ce Matelot
, ayant été coulé à fond par les Espagnols dans
le combat qui s'eft donné le 22 Février dernier entre
les Efcadres combinées de France & d'Espagne ,
& celle d'Angleterre , ce Matelot a en le bonheur
de fe fauver & de gagner un Bâteau de Pêcheur de
S. Tropez. Il a affûré les Inquifiteurs d'Etat , que
plufieurs Vaiffeaux de l'Efcadre Angloife ont été
confidérablement endommagés par l'artillerie des
Vaiffeaux François & Efpagnols.
On
AVRIL. 1744.
819
On mande de Génes du 28 du mois dernier
qu'il y eft arrivé un Bâtiment Anglois , dont l'équi
page a rapporté qu'il avoit laillé à Port Mahon
I'Efcadre commandée par l'Amiral Mathews , &
que cet Amiral avoit fait defcendre à terre 700 de
fes Soldats & de fes Matelots , qui ont été bleffés
dans le combat du 22 Février dernier.
ESPAGNE.
ONapprend de Madrid du 10 du mois dernier ,
que felon les dernieres lettres que le Roi a reçûës
du Gouverneur d'Alicante , dattées du 4 , M.
de Court , Commandant de l'Efcadre Françoiſe
ayant appris par une Frégate , qu'il avoit détachée
pour avoir des nouvelles de l'Efcadre Eſpagnole ,
commandée par Don Juan Jofeph Navarro , que
cette Efcadre étoit arrivée à la hauteur du Cap de
Palos , il avoit remis auffi - tôt à la voile , pour aller
la joindre.
S'il n'eft point furvenu de calme ou de vents contraires
, les deux Efcadres combinées doivent être
arrivées à Cartagene.
: L'Intendant de Marine de S. Sebaſtien a mandé ,
au Roi , que les Frégates l'Esperance & l'Extravagante
y ont conduit deux Vaiffeaux Anglois , nommés
l'un le S. Jean , l'autre le Jeanne Gibraltar ,
chargés de Vin & de diverfes autres marchandifes.
S. M. a été informée par des dépêches du Commiffaire
de Marine de Santona , que le 22 du mois
dernier le Vaiffeau le Milner , de la même Nation
à bord duquel il y avoit une grande quantité de
Tabac de Virginie & de Vin de Madére , avoit été
pris par la Frégate la Notre- Dame de Begona , &
que cette Frégate s'étoit auffi emparée d'un autre
Bâti-
CB
320 MERCURE DE FRANCE.
Bâtiment , dont la charge confiftoit en goudron.
On mande de Madrid du 17 du mois dernier ,
qu'il y eft arrivé de Cartagene un courier , par lequelon
a appris que le l'Efcadre qui eft fous
les ordres de Don Joſeph Navarro, étoit entrée dans
ce Port avec l'Eſcadre, Françoife , commandée par
M. de Court , lequel a rejoint l'Eſcadre du Roi près
du Cap de Palos .
Le Vaiffeau le Neptune , qui avoit été obligé de
relâcher à Barcelonne , eft auffi arrivé à Cartagene,
& l'on travaille avec toute la diligence poffible à le
réparer , ainfi que les autres Vaiffeaux de l'Escadre ,
qui n'ont pâ que beaucoup fouffrir , vô la fupério
rité du nombre des Vaiffeaux par lefquels ils ont.
été attaqués .
le
Don Jofeph Navarroa envoyé au Roi , par
Courier qui à apporté ces nouvelles , une Relation
circonftanciée de tout ce qui s'eft paffé par rapport
aux deux Efcadres combinées , depuis leur fortie de
Toulon jufqu'à leur arrivée à Cartagene . Cette
Relation confirme que l'Eſcadre de S. M. a coulé à
fond un Vaiffeau de trois ponts de l'Eſcadre Amgloife
, nommé le Marlborough , & un Brulot , qui
s'étoit approché du Vaiffeau le Real , pour y mettre
le feu ; qu'un autre Vaiffeau de guerre Anglois a
été entierement démâté , & plufieurs extrêmement
maltraités , entr'autres un de 90 canons ; que les
deux Efcadres Françoifes & d'Eſpagne ont mis deux
fois l'Amiral Mathews dans la néceffité de repren
dre le large , & que le lendemain du combat elles
demeurerent en ligne pendant tout le jour à la vûë.
des Anglois , qui le tinrent éloignés à une trèsgrande
diftance , quoiqu'ils euffent le deffus du.
vent.
Depuis que le vent violent de Nord Eft , qui s'éleva
le 24 du mois dernier , a contraint les deux Efcadres
MA VIR I L. 1744. 82
cadres de faire voile vers les Côtes de ce Royaume
elles n'ont découvert aucun Vaifleau des ennemis ,
mais on a été informé que leur Efcadre a regagné
Port Mahon.
>
Le Roi a nommé Lieutenant Général de fes armées
Navales , Don Jofeph Navarro , qui s'eft conduit
avec une habileté & une valeur , aufquelles on
ne peut donner trop d'éloges.
On a appris d'Aviles dans la Principauté des Af
turies , que le 9 Février dernier l'Armateur Don
Juan Blond y a conduit le Vaiffeau Anglois la Ste
Anne , chargé de Tabac de Virginie , dont il s'eft
emparé entre le 48 & le 49 Degré de Latitude
Septentrionale.
L'Intendant de Marine du Ferol a mandé au Roi ,
que deux Vaiffeaux & un Brigantin de la même
Nation , à bord defquels on a trouvé une grande
quantité de bled & de riz , ont été pris par les Armateurs
Don Olivier Colan , Salvador de Barros
& Antonin de Juana, & que le dernier de ces Armateurs
a attaqué feul un autre Vaiffeau marchand ,
dont il s'eft rendu maître .
Selon les lettres écrites au Roi par l'Intendant de
Marine de S. Sebaftien , P'Armateur Don Julień
Defayes entra le ro du mois dernier dans ce Port
avec le Vaiffeau Anglois la Princeffe , de iso tonneaux
, chargé de bled , dont il s'eft emparé le 26
Février dernier à 40 lieues du Cap de Finifterre ,
& qui avoit fait voile de Pool pour Génes .
Le Vaiffeau le S. Jean , allant de Liverpool à Gibraltar
, a été pris par les Efpagnols , ainfi que le
Vailfeau le Dauphin , & une Chaloupe , qui avoient
fait voile de la Jamaïque,
1.14
;
F
GRANDE
822 MERCURE DE FRANCE.
GRANDE BRETAGNE.
Na
N a appris de Londres du 19 du mois dernier ,
que le Roi d'Angleterre a réfolu de faire af
fembler une armée dans le Royaume , & qu'elle
fera commandée par le Comte de Stairs , qui aura
fous les ordres le Lord Marker , Général d'Înfanterie
; le Duc de Montagu , le Chevalier Robert
Rich & M. Charles Churchill , Lieutenans Généraux
; le Lord Cadogan , M. Jean Folliot , le Duc
de Richmond & M. Jean Guife , Majors Généraux ;
le Duc de Marlborough , Mrs Oglethorpe , Blackeney,
Wolfe & Lowther , Brigadiers .
On a détaché par ordre du Roi , pour les faire
paffer en Angleterre , cent huit hommes de chacun
des Régimens qui font en Irlande , & S. M. a envoyé
de nouveaux ordres à Dublin , pour qu'on détachat
de plus quatre hommes de chaque Compagnie
de tous ces Régimens. Il a été résolu de faire
revenir auffi , s'il eft néceſſaire , 6000 hommes des
troupes Angloifes , qui font dans les Pays- Bas.
Les avis reçûs de la Jamaïque portent que le
Vaiffeau de guerre l'Oxford , commandé par le Capitaine
Henri -Maine , a enlevé un Vaiffeau Efpagnol
, à bord duquel on a trouvé 80000 piéces de
huit.
4
Le Roi a été informé par fon Réfident à Turin
du combat qui s'eft donné le 22 Février dernier en
tre les Efcadres combinées de France & d'Espagne ,
& celle de la Grande Bretagne ; que les Amiraux
Mathews & Rowley ont été bleffés legerement par
quelques éclats de bois ; que le Lord Forbes l'a été
affés confiderablement au pied ; que M. Ruffel ,
Capitaine de Pavillon de l'Amiral , a eu le bras
droit emporté , & que le Capitaine Cornwall ,
ComA
VRIL. 823 1744.
Commandant d'un Vaiffeau de trois ponts , a été
tué.
L'équipage d'un Bâtiment , arrivé de l'Amérique,
a rapporté que deux Armateurs de S. Chriftophe
s'étoient rendus maîtres d'un Vaiffeau Eſpagnol ,
richement chargé.
Le 31 du mois dernier , les Commiffaires de l'Amirauté
reçûrent enfin le courier qu'ils attendoient
de l'Amiral Mathews , avec la Relation du combat
qui s'eft donné le 22 du mois de Février entre les
Efcadres combinées de France & d'Espagne , & celle
que commmande cet Amiral .
Il paroît par cette Relation , que le 21 , au matin ,
les Elcadres ennemies étant en préfence de celle de
la Grande Bretagne , l'Amiral Mathews fit le fignal
à tous les Vaiffeaux qui étoient fous fes ordres , de
s'avancer en bataille , mais qu'il ne pût être joint
par le Vice- Amiral Leftock , qui ayant jetté l'ancre
à cinq milles au deffous du vent , le trouvoit à une
trop grande diſtance ; que le Contre- Amiral Rovvley
, qui étoit à l'avantgarde , fir tous les efforts
pour le mettre à portée d'attaquer l'Eſcadre Françoife
, mais qu'il ne pût y réüffir ; que le 22 , à
onze heures & demie du matin , l'Amiral Mathews
s'approcha de l'Eſcadre d'Espagne , & qu'entre midi
& une heure il attaqua le Vaiffeau le Real , qui eft
le Vaiffeau Amiral de cette Efcadre ; que la plûpart
des Vaiffeaux de la divifion , que commandoit
l'Amiral Mathews , attaquerent en même -tems les
autres Vailleaux Efpagnols , & que trois Vaiffeaux
de la même divifion s'attacherent au Vaiffeau Ainiral
de l'Eſcadre Françoife & aux deux Vaiffeaux qui
lui fervoient de Matelots , mais que M. de Court ,
qui commandoit les deux Efcadres ennemies , &
qui étoit à bord de ce Vaiffeau , obligea les trois
Vaiffeaux Anglois de le retirer ; que peu de tems
après
824 MERCURE DE FRANCE .
après que l'action fut engagée , le Vaiffeau Anglois
le Marlborough fe trouva fi proche du Vaiffeau le
Real , que pour éviter d'en être abordé , il fut obligé
de déployer promptement toutes fes voiles ; que
l'Amiral Mathews ne pût dans ce moment lui donner
du fecours , fon Vaiffeau n'étant pas en état de
manoeuvrer facilement , à caufe du dommage qu'il
avoit reçû dans fes agrez & dans fa mâture , & le
vent d'ailleurs n'ayant que très-peu de force, quoique
la Mer fut extrêmement agitée ; que le grand
mâts du Vaiffeau le Marlborough fut abbattu , pendant
que ce Vaiffeau fe retiroit , & que l'artillerie
des ennemis , laquelle étoit parfaitement bien fervie
, coupa le mâts de Beaupré & perça le grand
mâts du Vaiffeau que montoit l'Amiral Mathews ;
que cet Amiral fit avancer le Brulot l'Anne Galley ,
avec ordre de tâcher de mettre le feu au Vaiffeau le
Real , mais que le Capitaine du Brulot donna le
tems à quatre Vaiffeaux Efpagnols de s'approcher ,
& que le feu de leur canon le fit fauter en l'air ; que
J'Amiral Mathews , en revenant contre le Vaiffeau
le Real , fut attaqué par ces quatre Vaiffeaux ; que
pendant ce tems M. de Court fit fignal à l'avantgarde
de l'Efcadre Françoife de virer de bord , pour
fecourir les Espagnols , & qu'il vint lui- même avec
fa divifion au fecours du Vaiffeau le Real ; qu'il tâcha
de prendre le deflus du vent ,
mais que le Contre
Amiral Rowley le prevint , & que l'avantgarde
de l'Efcadre Françoife ne put joindre M. de Court ;
que le mouvement de M. de Court mit cependant
les Auglois dans la néceffité d'abandonner le Vailfeau
Elpagnol le Poder , dont ils s'étoient emparés ,
& que la nuit qui furvint , fit ceffer le combat ; que
le lendemain l'Amiral Mathews , qui avoit paffé
fur le Vaiffeau le Ruffels , parce que le Vaiffeau ,
qu'il montoit , avoit perdu tous les mâts , avoit fait
ac
AVRIL.
1744. 825
de nouvelles difpofitions pour recommencer le
combat , mais qu'il s'étoit élevé un vent ſi violent ,
qu'il avoit été contraint de renoncer à ce deffein
qu'il ne lui avoit pas même été poffible de regagner
les parages des illes d'Hyeres , & qu'il avoit été
pouffé vers le Port- Mahon , où il avoit relâché.
&
L'Amiral Mathews mande aux Commiffaires de
l'Amirauté , qu'il ne peut encore leur envoyer une
lifte exacte des Officiers , des Soldats & des Matelots
, qui ont été tués ou bleffés à bord des Vaiffeaux
de l'Efcadre qu'il commande ; qu'il n'a eu fur fon
bord que neuf hommes de tués & 40 de bleffés ,
que fon Capitaine de Pavillon a eu dès le commencement
du combat un bras emporté d'un coup de
canon ; que le Capitaine Cornwall , qui commandoit
le Vaiffeau le Marlborough , a été tué ; qu'un
Vaiffeau a été entierement démâté , & qu'il y en a
outre cela , deux autres , qui ont befoin de fi grandes
réparations , qu'on ne croit pas qu'ils foient de
long- tems en état de remettre à la voile .
L'Amiral Mathews donne beaucoup d'éloges à
plufieurs des Officiers de l'Efcadre du Roi , furtout
au Contre- Amiral Rowley & au feu Capitaine
Cornwall , mais il fe plaint du Vice- Amiral Leftock
& de divers autres Officiers .
Le Roi apprit le 3 de ce mois par un courier de
M. Thompfon , chargé des affaires de S. M. àla
Cour de France , que le 30 du mois dernier le Roi
Très Chrétien avoit fait publier une Ordonnance ,
portant Déclaration de guerre contre le Roi de la
Grande Bretagne , Electeur de Hanover , & le mê.
me jour S. M. tint à ce fujet un Confeil extraordi
maire an Palais de Saint James.
I HOL826
MERCURE DE FRANCE.
HOLLANDE ET PAYS BAS.
N mande de Bruxelles du 21 du mois dernier ,
qu'un courier arrivé de Londres le 15 ,a apporté
au Général Honeywood , Commandant des
troupes Angloifes pendant l'abſence du Général
Wade , un ordre portant que douze Bataillons de
ces troupes fe tinffent prêts à fe rembarquer , en cas
le Roi de la Grande Bretagne jugeât à propos
que
de les renvoyer en Angleterre ; qu'en conféquence
de cet ordre le Général Honeywood a fait partir
les trois Régimens des Gardes de S. M. Br . pour
Gand , afin qu'ils fuffent à portée d'Oftende , s'ils
font obligés de retourner à Londres.
Suivant les avis reçus de Liége , l'Evêque Prince
de Liége ayant reçû de Rome fes Bulles , la cérémonie
de l'Inauguration de ce Prince fe fit le 10
du mois dernier avec la folemnité accoûtumée ;
on chanta enfuite le Te Deum dans l'Eglife Cathédrale
, au bruit d'une triple décharge de l'artillerie
des remparts , & le Baron de Breidbach Buresheim
& le Comte d'Horion ont été nommés pour
prendre poffeffion de la Principauté de Liége au nom
de ce Prince.
Les Etats Généraux ayant décidé le 2 de ce mois ,
qu'ils continueroient de fournir à la Reine de Hongrie
un Corps de troupes auxiliaires de 20000 hommes
, ils firent le même jour donner de cette
part
réfolution au Baron de Reifchach , Envoyé Extraordinaire
de cette Princeffe .
Le Confeil d'Etat a réglé que les 3000 hommes.
des troupes du Duc de Saxe Gotha , que la Répu
blique a pris à fon fervice , feroient la campagne
dans les Pays-Bas,
Le 2 de ce mois , l'Abbé de la Ville , chargé des
affaires
AVRIL. 827 1744.
affaires du Roi de France auprès de la
République
de Hollande , informa les Miniftres des Etats Gé
néraux , que S. M. T. C. avoit déclaré la guerre au
Roi de la Grande Bretagne.
DUDUQUDUDUDO QU
QURURUDUNUT
FRANCE ,
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
E 29 du mois dernier , Dimanche des
Landux, les dela Reine accoun

pagnés de Monfeigneur le Dauphin & de
Mefdames de France , affifterent dans la
Chapelle du Château de Verſailles à la bénédiction
des Palmes , qui fut faite par
l'Abbé Broffeau , Chapelain de la Chapelle
de Mufique , lequel en préfenta au Roi & à
la Reine, Leurs Majeftés affifterent à la Proceffion
, & adorerent la Croix . Le Roi &
la Reine entendirent enfuite la grande Meffe
, célébrée par le même Chapelain . L'aprèsmidi
, leurs Majeftés ,
accompagnées comme
le matin , affifterent à la Prédication du
Pere Pons , de la Compagnie de Jeſus , &
aux Vêpres qui furent chantées par la Mufique..
Le 30 , la Reine fe rendit à l'Eglife de la
Paroiffe du Château , & S. M. y communia
I ij par
828 MERCURE DE FRANCE.
par
les mains de l'Abbé de Fleury , fon Premier
Aumônier,
On a publié à Paris le 30 du mois dernier
l'Ordonnance
du Roi , portant Déclaration
de guerre contre le Roi de la Grande Bretagne
, Electeur de Hanover.
Le premier de ce mois , Mercredi - Saint ,
le Roi & la Reine ,accompagnés de Monfeigneur
le Dauphin & de Mefdames , entendirent
dans la Chapelle du Château l'Office
des Ténébres.
Le 2 , Jeudi- Saint , le Roi entendit le
Sermon de la Céne du Pere Hyacinte , Capucin
du Convent de la rue S. Honoré , &
l'Evêque de Lavaur fit l'Abfoute. Enſuite
le Roi lava les pieds à 12 Pauvres , & S. M.
les fervit à table . Le Comte de Charolois ,
faifant les fonctions de la Charge de Grand-
Maître de la Maiſon du Roi , étoit à la tête
des Maîtres d'Hôtel , & il précédoit le Service
, dont les plats étoient portés par Monfeigneur
le Dauphin , par le Duc de Chartres
, par le Comte de Clermont , par le
Prince de Dombes , par le Comte d'Eu , par
le Duc de Penthiévre , & par les principaux
Officiers de S. M. Après cette cérémonie
, le Roi & la Reine fe rendirent à la
Chapelle du Château , où leurs Majeſtés entenAVRIL.
1744. 829
tendirent la grande Meffe , & affifterent enfuite
à la Proceffion.
Le 2 de ce mois , après midi , la Reine entendit
le Sermon de la Céne , de l'Abbé de
S. Hilaire , Vicaire Général de l'Archevêque
de Rouen , & l'Evêque de Lavaur
ayant fait l'Abfoute , S. M. lava les pieds à
douze pauvres filles qu'elle fervit à table.
Le Marquis de Chalmazel , Premier Maître
d'Hôtel de la Reine , précédoit le Service ,
dont les plats furent portés par Madame
par Madame Adelaïde , par la Ducheffe de
Chartres , & par les Dames du Palais .
Le même jour , le Roi & la Reine affifterent
dans la Chapelle du Château à l'Office
des Ténébres .
Le 3 , Vendredi- Saint, le Roi & la Reine ,
accompagnés de Monfeigneur le Dauphin
& de Mesdames , entendirent le Sermon de
la Paffion du Pere Pons , de la Compagnie
de Jefus. Leurs Majeftés affifterent enfuite
à l'Office , & elles allerent à l'Adoration de
la Croix. L'après- midi , le Roi & la Reino
affifterent à l'Office des Ténébres.
Le 4 , Samedi-Saint , la Reine, accompagnée
de Monfeigneur le Dauphin & de
Mesdames , affifta aux Complies & au Salut
, pendant lequel l'O Filii fut chanté
la Mufique .
par
Le 5 , Fête de Pâques, le Roi & la Reine ,
I iij
ac-
>
830 MERCURE DE FRANCE.
accompagnés de Monfeigneur le Dauphin
& de Mefdames entendirent la grande
Meffe , célébrée pontificalement
par l'Evêque
de Lavaur.. L'après-midi , leurs Majeſtés
, accompagnées comme le matin , entendirent
la Prédication du Pere Pons , de la
Compagnie de Jefus , & enfuite les Vêpres ,
aufquelles le même Prélat officia .
Le 7 , après midi , le Roi, accompagné de
Monfeigneur le Dauphin , fit dans la Place
d'armes , qui eft devant le Château de Verfailles
, la revue des deux Compagnies des
Moufquetaires de la Garde de S. M. Le Roi
paffa dans les rangs , & enfuite S. M. les
vit défiler.
Le Comte Arminius-Maurice de Saxe ,
Lieutenant Général des armées du Roi , du
premier Août 1734 , Colonel du Régiment
d'Infanterie Saxe Allemand , au fervice de
France depuis 1720 , & Chevalier de l'Ordre
de l'Aigle blanc, en Pologne, a été nommé
par le Roi , Maréchal de France. Il eſt
né en 1691 .
Le Roi a accordé au Comte de la Marck ,
Maréchal de Camp & Colonel du Régiment
d'Infanterie Allemand de fon nom , le Gouvernement
de Cambray , dont le Comte de
la Mark , fon pere , s'eft démis.
Le
AVRIL. 1744. 831
Le Marquis de Caftries , Gouverneur de
Montpellier , & Lieutenant dans le Régiment
du Roi , Infanterie , a été nommé Meftre
de Camp , Lieutenant du Régiment de
Cavalerie du Roi , dont le Comte de Fournez
étoit Meſtre de Camp Lieutenant.
M. de Saint Perier , Lieutenant Général
des armées du Roi , & Lieutenant Général
d'Artillerie , a été nommé Commandeur
de l'Ordre Royal & Militaire de S. Louis.
Le 12 , Dimanche de Quafimodo , on célébra
dans l'Eglife des Révérends Peres Cordeliers
du grand Convent de Paris , la Cérémonie
ordinaire de la Confrerie des Che
valiers , Voyageurs & Palmiers du S. Sépulchre
de ferufalem, Les Confreres s'affemblerent à
huit heures du matin , & partirent avec
la Proceffion , pour fe rendre à l'Eglife du
S. Sépulchre , ruë S. Denis , en paſſant par
le grand Châtelet , où , fuivant le pieux ufage
de cette Confrerie , commencée en 1727,
& heureuſement continué juſqu'à préſent ,
ils délivrerent plufieurs prifonniers pour
dettes , lefquels accompagnerent la Proceffion.
Au retour de l'Eglife du S. Sépulchre à
celle des Cordeliers , la Meffe fut chantée
au grand Autel , en Grec , fuivant la coûtume.
Après l'Offertoire , il y eut un Sermon
I iiij pro832
MERCURE DE FRANCE.
prononcé en François par M. l'Abbé de la
Vergne. Toute cette Cérémonie , fut terminée
avec beaucoup de folemnité.
Le 16 , pendant la Meffe du Roi , l'Archevêque
de Bordeaux prêta Serment de fidelité
entre les mains de S. M.
Le 18 , le Roi & la Reine entendirent
dans la Chapelle du Château de Verfailles
la Meffe de Requiem , pendant laquelle le
De Profundis fut chanté par la Mufique ,
pour l'Anniverfaire de Monfeigneur le Dauphin
, Ayeul de S. M.
Le 20 , leurs Majeftés entendirent dans la
même Chapelle la Meffe de Requiem , pendant
laquelle le De Profundis fut chantế par
la Mufique , pour l'Anniverfaire de Madame
la Dauphine , Ayeule du Roi.
BENEFICES DONNE'S.
Le Roi a donné l'Abbaye de Valence , O.
de Citeaux , D. de Poitiers , à l'Abbé de
Villevielle , Vicaire Général de l'Evêque de
S.Brieux .
Celle d'Hambie , O. de S. Benoît , D. de
Coutances , à l'Abbé de Scepeaux , Vicaire
Général de l'Evêque de Langres.
L'Abbaye Régulière d'Almeneches , même
O. D. de Séez , à la Dame de Chambray.
Celle
AVRIL. 1744. 833
Celle de la Régle à Limoges , O. de S.
Benoît , à la Dame de Cofnac.
Le Duc de Nivernois , Brigadier des armées
du Roi , ayant remis le Régiment
d'Infanterie de Limofin dont il étoit Colonel
, S. M. en a donné l'agrément au Comte
d'Efterre , fils du Prince de Robecque.
pour
Le Maréchal Duc de Noailles , que le
Roi a nommé pour commander l'armée de
S. M. qui s'affemble en Flandres, prit congé
du Roi le 19 de ce mois , & il partit le 21 ,
fe rendre en Flandres .
Les Officiers Généraux , choifis par S. M.
pour
fervir dans cette armée , font Mrs de
Ceberet , de Valliere , le Comte de la Mothe-
Houdancourt , le Comte de Clermont
le Marquis de Maubourg , de Cherifey , de
Bulkley , le Duc de Gramont , le Marquis
de Segur , le Marquis de Fenelon , le Chevalier
de S. André , de Varennes , le Duc de
Biron & le Comte de Loewandal , Lieutenans
Généraux. Le Comte d'Aulnay , le
Marquis de Balleroy , le Comte de Chabannes
, le Duc de Richelieu , le Prince de
Pons , le Duc de Luxembourg , de Berchiny,
le Comte de Clare , le Marquis de Chiffreville
, le Marquis de Marignane , de Montgibaut
, le Marquis de S. Jal , le Marquis de
Iv Pont834
MERCURE DE FRANCE.
Pontchartrain , le Marquis d'Hautefort , de
Monnin , le Comte de Courtomer , le Comte
de Trêmes , le Duc de Boufflers , de Contades
, le Marquis du Roure , le Duc de
Briffac , le Duc de Chevreuſe , le Marquis
de la Cofte , le Marquis de Beauveau , le
Duc d'Aumont , le Duc d'Ayen , le Prince
de Soubife , le Duc de Picquigny , le Duc
de Chartres , le Duc de Penthiévre , & M.
du Brocard , Maréchaux de Camp.
M. de Lutteaux , le Marquis du Chaila ,
& M. Desgranges , Lieutenans Généraux ;
le Comte de Beranger , le Marquis de Brezé,
le Comte d'Eftrées , le Chevalier d'Apcher ,
le Marquis de Langeron , le Marquis de
Rambures , le Comte de Graville , le Marquis
d'Armentieres & le Marquis de Souvré
, Maréchaux de Camp , ferviront dans
le Corps de troupes , commandé par le Maréchal
Comte de Saxe.
Le Marquis de Creil , le Chevalier de
Belleifle & le Chevalier de la Roche - Aymon
, Lieutenans Généraux ; M. de Bombelles
, le Marquis de Rennepont , le Comte
de Beuvron , le Comte d'Harcourt , & le
Comte d'Arros , Maréchaux de Camp , font
employés dans le Corps de troupes que le
Duc d'Harcourt , Lieutenant Général , commande
.
Les Officiers Généraux , nommés par le
Roi ,
A V RIL. 1744. 835
Roi , pour fervir dans l'armée de S. M. commandée
par le Maréchal de Coigny , font le
Marquis de Montal , le Marquis de Balincourt
, le Marquis de la Farre , le Comte de
Clermont Tonnerre , de Louvigny , le Marquis
d'Epinay , le Prince de Dombes , le
Comte d'Eu , de Genfac, Phelippes , le Marquis
de Clermont Gallerande , le Comte de
Bavière , le Marquis de Putanges , de Malezieux
, le Comte de Coigny , le Prince de
Montauban , Lieutenans Généraux ; le Marquis
de Brun , le Marquis de Reffuges , de
la Ravoye , le Duc de Boutteville , le Marquis
de Chazeron , le Marquis du Chatelet-
Lomont , le Comte de Rieux , de Salieres ,
le Marquis de Clermont d'Amboiſe , de
Quefneau , le Marquis de Maupeou , le
Comte de Maulevrier , le Marquis de Croiffy
, le Comte de la Marck , le Duc de Randan
, le Comte de Rupelmonde , le Chevalier
de la Luzerne , de Mauroy , le Marquis
de Mon-confeil , le Marquis du Chatelet
le Marquis de Rubempré , & le Prince des
Deux- Ponts , Maréchaux de Camp .
Les troupes Eſpagnoles , commandées
par l'Infant Don Philippe , & celles du Roi ,
qui font fous les ordres du Prince de Conty ,
ont paffé le Var le premier de ce mois & le
I vj
len836
MERCURE DE FRANCE.
lendemain , & elles ont fait en cette occa--
fion 80 prifonniers . Toutes ces troupes
ayant campé le 3 à Ste Marguerite , elles
s'avancerent les fur les hauteurs de la Vallée
de S. Jean. Elles fe font emparées fucceffivement
des Châteaux d'Apremont &
d'Utelle , de Nice , de Caftelnovo , de la
Scarenne , de Peglia , de Caftillon & de la
Turbie , & le 12 elles environnoient les
retranchemens de Villefranche & de Montalban.
L'Eſcadre des Vaiffeaux du Roi , qui étoit
fortie du Port de Toulon le 19 Février dernier
fous les ordres de M. de Court , Lieutenant
Général des armées navales de S. M.
& qui depuis le combat du 22 du même
mois s'étoit rendue à Cartagéne avec l'Efcadre
d'Espagne , eft revenue fur la Côte de
Provence ; elle a mouillé le 13 de ce mois
dans la grande Rade de Toulon , & elle
a amené quatre Bâtimens Marchands Anglois
, qu'elle a rencontrés dans fa route.
Le premier Avril , on reprit les Concerts
fpirituels qui avoient été donnés au Château
des Tuilleries le mois dernier , depuis le
Dimanche de la Paffion jufqu'à la fin du même
mois , lefquels ont été continués pendanc
AVRIL. 1744. 837
dant differens jours , à compter du premier
Avril , jufques & compris le Dimanche de
Quafimodo ; on y a chanté differens Motets ,
de Mrs de la Lande & Mondonville , & du
fieur Peliffier le fils ; on y a exécuté encore
un Motet à grand choeur Venite exultemus ,
de la compofition du fieur Cardonne, jeune
homme âgé feulement de 13 ans , Page de
ła Mufique de la Chambre du Roi , lequel a
été généralement applaudi ; ce dernier Motet
avoit déja été exécuté à la Chapelle du
Roi avec les mêmes applaudiſſemens ; on a
auffi chanté au même Concert differens petits
Moters à voix feule des fieurs Mouret
Lemaire , Dubouffet , & Cordelet. On y
a donné differens morceaux de Symphonie
, exécutés , fçavoir , pour le Hautbois ,
par le fieur de Selle , ordinaire de la Mufique
du Roi ; pour le Violoncelle , par le
fieur Chrétien , âgé de 14 ans , & de la Mufique
du Roi. Le fieur Labbé, le fils, exécuta
très-bien dans la derniere femaine , un Concerto
, de la compofition de M. le Clair. Les
fieurs Blavet & Mondonville ont auffi donné
differens Concerto fur la Flute Traverfiere
& fur le deffus de Violon dans la plus grande
perfection. Le fieur Poirier , ordinaire
de la Mufique du Roi , s'eft fort diftingué ,
fa belle voix , dans les differens recits
par
,
qu'il
838 MERCURE DE FRANCE.
qu'il a chantés dans prefque tous les Móters.
Le 13 , le 15 & le 18 Avril , il y eut
Concert chés la Reine. M. Deftouches
Sur - Intendant de la Mufique de la Chambre
en femeftre , fit chanter l'Opera d'Om→
phale , de fa compofition , dont les principaux
Rôles furent très-bien remplis par
les Dlles Mathieu , la Lande , & Romain.
ville , & par les fieurs Poirier , Jelyot &
Benoît.
Le 20 , le 22 & le 25 , on concerta de
vant la Reine l'Opera de Telemaque , exécuté
par les mêmes fujets.
>
Le 27 & le 29 , on chanta l'Opera de
Callirhoé dont les premiers Rôles furent
bien rendus par les mêmes fujets de
la Mufique du Roi . Ces deux dernieres
Piéces font auffi de la compofition de M.
Deftouches.
MORTS
AVRIL. 1744. 839
MORTS ET MARIAGE.
LB20 D. de Claude L'orcher
E 20 Janvier 1744 , D. Marie- Anne - Nicole
Seigneur de Condé, en Brie , Préſident à Mortier au
Parlement de Metz , depuis le 22 Mai 1720 , aupara
yantConfeiller en laCour des Aides de Paris ,mourut
fans laiffer d'enfans ; elle étoit foeur de François-
Michel Petit , Seigneur de Marivats , Commiffaire
ordinaire des guerres , & Ordonnateur en Franche
Comté , & de Nicolas- Pafcal Petit , Seigneur du
Bois d'Aunay ,ancien Gentilhomme ordinaire de la
Maiſon du Roi , & fille de Nicolas Petit , Seigneur
de la Galenderie , Secrétaire du Roi , Maiſon ,
Couronne de France & de fes Finances , reçû en
1688 , & Directeur de la Monnoye des Médailles
aux Galeries du Louvre , & de Marie Crancy. M.
de Condé , fon mari , eft fils de Claude Porcher
Seigneur de Condé , élû Conful des Marchands de
la Ville de Paris le 30 Janvier 1685, puis Secrétaire
des Finances de S. A. R. Madame Ducheffe d'Or
leans , & de Catherine Yon . Voyez la Généalogie de
la Famille de la défunte dans le II.Vol.du z Regiftre
de l'Armorial général de France , par le Sr d'Hozier
, Généalogifte de la Maifon du Roi , & c.
Le 24, D. Jofephine - Louife Chevalier d'Amfernel,
veuve depuis le vingt- deux Mars 1736 de François-
Louis le Conte de Nonant , Marquis de Nery ,
mourut à Paris , âgée de trente ans laiffant
un fils unique , Jean-Jofeph le Conte de Nonant ,
Marquis de Nery, né le 30 Octobre 1731 ; elle avoit
été mariée avec M. de Nery le 11 Mars 1731
Elle étoit fille deJacques -Amable-Claude,Chevalier,,
Baron
840 MERCURE DE FRANCE.
Baron d'Amfernel , Seigneur de Courtavan
Grand-Maître des Eaux & Forêts de Picardie, Artois
& Flandres , auparavant Confeiller en la Cour des
Aides de Paris , & de D. Louife Françoife d'Ailly
d'Ennery. Voyez ce qui eft dit de la Maifon de le
Conte Nonant dans le I. Volume du Mercure de
Décembre 1743 , fol. 2751 , en rapportant
la mort
de M.de Pierrecourt
, oncle de feu M. le Marquis
de Nery.
Le 29 , Jacques de Thyard , Marquis de Billy ,
Lieutenant Général des Armées du Roi , depuis le
-10 Février 1704 , & Gouverneur des Ville & Châ
teau d'Auxonne , mourut en fon Château de Pierre,
en Bourgogne , âgé de 96 ans ; il étoit frere aîné du
Cardinal de Biffy , mort à l'âge de 80 ans le 26 Juil
let 1737
& fils aîné de Claude de Thiard , Comte
de Biffy , Lieutenant Général des Armées du Roi,
Gouverneur des Ville & Château d'Auxonne , &
nommé Chevalier des Ordres de Sa Majesté dans le
Chapitre tenu le 2 Décembre 1688. , & reçu le premier
Janvier 1693 , mort le 3. Novembre 1701 , âg
de 80 ans , & de D. Eleonor - Angelique de Nirchezes.
Il avoit époufé Bonne-Marguerite d Haraucourt
, Marquife d'Haraucourt , morte le 11 Mars
1682,héritiere en partie de la Maiſon d'Haraucourt ,'
P'une des premiéres de Lorraine , & de ce mariage
eft forti Claude- Anne de Thyard, Marquis de Biffy,
Lieut Gen, des Armées du Roi , depuis le premier
Août 1734 , Gouverneur des Ville & Château d'Auxonne
, marié le premier Mai 1712 , avec D. Angélique-
Henriette. Therefe Chauvelin , foeur de M.
Chauvelip , ci- devant Garde des Sceaux de France ,
duquel mariage il a pour fils unique Anne -Lou's
de Thyard , Marquis de Biffy , Maréchal de Camp
& Commiffaire Général de la Cavalerie. Voyez
pour la Généalogie de Thyard Biffy , le Vol. IX
des
AVRIL. 1744. 841
des Grands Officiers de la Couronne , à l'article des
Chevaliers de l'Ordre du S. Efprit , & le II . Vol.
de l'Hiftoire in- 4° . de la Ville de Meaux , dans la →
quelle cette même Généalogie eft rapportée en
entier.
La nuit du 22 au 23 Mars , fut marié à Paris
dans la Chapelle de l'Hôtel de Condé , par M Poncet
de la Riviere , Evêque de Troyes , Jofeph- Gabriel
Tancrede de Felix, Chevalier Marquis du Muy,
Brigadier des armées du Roi , Capitaine- Lieutenant
des Chevau- Légers de Monfeignent le Dauphin ,
fils de Jean- Baptifte de Felix , Chevalier Marquis du
Muy , la Roquette , Marfan , Comte de Grignan &
de la Reynarde , Seigneur de Monfegur , Colomfelles
, Salles , Chantemerle , en Provence , & de
Ctanfage & Chamaret , en Dauphiné , Comman
dant pour S. M. en Provence, Confeiller d'Etat d'Epée
, & Sous Gouverneur de Monfeigneur le Dauphin,
& de D. Marie Thérefe d'Armand de Mizon,
Sous-Gouvernante des Enfans de France , avec Dile
Louife-Elizabeth- Jacqueline d'Alface d'Hennin Lietard
, Marquife de S , Fal , fille unique de Jean Louis
d'Alface d'Hennin Lietard , Chevalier Marquis de
S. Fal , Seigneur de Creffentine , Machy , Pomery ,
l'Etang , le Perchoy , Blaincourt , Vaubery , Epagne
, Capitaine de Gendarmerie , d'une ancienne
Nobleffe , établie depuis très long- tems en France
dans les Provinces de Bourgogne & de Champagne ,
& de D. Marie Elizabeth d'Anglebermer , D de
Lagny , d'Haution & de Beaurepere. Le nouveau
marié eft frere de Louis-Nicolas Victor de Felix du
Muy , Chevalier de l'Ordre de Malthe , auffi Brigadier
des Armées du Roi , Enfeigne de Gen.
darmerie. Trois des oncles Paternels du nouveau
marié étoient , Jofeph Côme de Felix , Mar
quis
842 MERCURE DE FRANCE .
quis de la Reynarde , Capitaine de Cavalerie au
Régiment du Chevalier Duç . Le fecond Philippe de
Felix de la Reynarde , Chevalier de l'Ordre de Malthe
, Capitaine de Cavalerie du Régiment de Roquefpine
; & le troifiéme , Jean-Baptifte de Felix
de la Reynarde , auffi Chevalier de Malthe . Son
Ayeul étoit Jean- Baptiſte de Felix , Marquis du
Muy & de la Reynarde , Capitaine de Galere, frere
d'Antoine de Felix de la Reynarde , auffi Capitaine
de Galére, & de Louis de Felix de la Reynarde, Ba-.
ron Seigneur d'Olliéres , qui forme une feconde
Branche. Son Bifayeul , Philippe de Felix , Seigneur
de la Reynarde , mourut Capitaine de Galere . Ses
grands oncles & arriere grands oncles paternels
étoient Pierre de Felix de la Reynarde , Commandeur
de Beaulieu , & de Raiffac, Bailli & Grand- Croix de
l'Ordre de Malthe ; Scipion de Felix de la Reynarde
, Chevalier du même Ordre , Commandeur de
Baftic , & Jofeph de Felix de la Reynarde , Com❤
mandeur de Ste Luce , Grand- Croix de l'Ordre
de Malthe, Grand Prieur de S. Gilles , Capitaine de
Galere. Il eft parlé de cette Famille , & de l'ancienneté
de fa Nobleffe dans des précédens Mercures
Elle eſt établie depuis très- long-tems en Provence.
ORDONNANCE
Du 26 Avril , portant déclaration de guerre
contre la Reine de Hongrie , dont la
teneur fuit.
Orfque Sa Majesté s'eft trouvée dans l'obliga
tion , après que toutes les voies de conciliation
ont été épuiſées , d'accorder à la Maiſon de Bavière
les
AVRIL. 1744. 843
les fecours qu'elle étoit engagée à lui fournir, pour
l'aider à foutenir fes droits fur quelques-uns des
Etats de la fucceffion du feu Empereur Charles VI ,
Elle n'avoit aucun deffein de fe rendre partie principale
dans la guerre. Si le Roi eût voulu profiter
des circonftances, pour étendre les frontieres de fon
Royaume , perfonne n'ignore combien il lui eût été
facile d'y parvenir , foit par la voie des armes , qui
n'auroient alors éprouvé qu'une foible réſiſtance ,
foit en acceptant les offres avantageufes & réitérées
qui lui ont été faites par la Reine de Hongrie, pour
le détacher de fes Alliés , mais , bien loin que la
modération de S.M. ait produit les effets qu'on devoit
s'en promettre , les procedés de la Cour de
Vienne envers la France ont été portés à un tel point
d'aigreur & de violence , que S. M. ne peut differer
plus long- tems d'en faire éclater fon jufte reffentiment.
Les Ecrits fcandaleux dont cette Cour & fes
Miniftres ont inondé l'Europe , l'infraction de toutes
les capitulations , la dureté des traitemens qu'elle
a exercés envers les prifonniers François , qu'el
le retient contre les ftipulations expreffes du
cartel , enfin fes efforts pour pénetrer en Alface ,
précédés des déclarations auffi téméraires qu'indécentes,
qu'elle a fait répandre fur les frontieres ,pour
exciter les peuples à la révolte ; tant d'excès redoublés
forcent aujourd'hui S.M. pour la vengeance de
La propre injure , la défenfe de ſes Etats & le foûtien
des droits de fes Alliés , de déclarer laguerre , comme
elle la déclare par la préfente , à la Reine de
Hongrie , tant pat terre que par mer , & d'at--
taquer indiftinctement toutes les poffeffions. Ordonne
& enjoint Sa Majesté à tous les Sujets ,
Vaffaux & Serviteurs de courre fus aux Sujets
de la Reine de Hongrie ; leur fait tres
expreffes inhibitions & défenfes d'avoir ci -après
9
avec
844 MERCURE DE FRANCE.
i
avec eux aucune communication , commerce n
intelligence , à peine de la vie ; & en conféquence ,
S. M. a dès-à- préfent révoqué & révoque toutes
permiffions, paffeports , fauvegardes & faufconduits
qui pourroient avoir été accordés par Elle ou par fes
Lieutenans Généraux & autres Officiers , contraires
à la préfente , & les a déclarés & déclare nuls & de
nul effet & valeur , défendant à qui que ce foit d'y
avoir aucun égard. Mande & ordonne S. M. à M. le
Duc de Penthiévre , Amiral de France , aux Maréchaux
de France , Gouverneurs & Lieutenans Généraux
pour S M. en fes Provinces & armées , Maréchaux
de Camp , Colonels , Meftres de Camp ,
Capitaines , Chefs & Conducteurs de fes gens de
guerre , tant de cheval que de pied , François &
Etrangers , & tous autres fes Officiers qu'il appattiendra
, que le contenu en la préfente ils faffent
exécuter , chacun à ſon égard dans l'étenduë de
leurs pouvoirs & Jurifdictions ; car telle eft la volonté
de S. M. laquelle veut & entend que la préfente
foit publiée & affichée en toutes les Villes ,
tant maritimes qu'autres , & en tous fes Ports , Havres
& autres Lieux de fon Royaume & Terres de
fon obéiffance que befoin fera , à ce qu'aucun n'en
prétende caufe d'ignorance.
P
TABLE.
IECES FUGITIVES . Ode fur l'endurciffement
des Impies , 635
Lettre de M D.L.R. fur quelques Sujets de Littérature
,
fecond Job , Sonnet ,
638
654
Extrait de Lettres écrites des Indes Orientales , 652
Epit.c
678 Epitre en Vers à M. & Mad. D. S. A.
Suite de la Lettre fur la Topographie des Bréviaires
,
Stances fur la Sainte Croix ,
676
687
Réponse à une Lettre fur une Queſtion , propoſéc
dans le Mercure de Juin dernier ,
Ode fur la mort de Mile de * * *
689
695
Lettre de M. D. L. R. au P. Texte . Suite de la Decription
Hiftorique de la Chartreufe de Villeneuve-
les-Avignon ,
La Comete , Allégorie ,
706
725
Lettre de M. Pierre le Roy , fur l'Horlogerie , 726
Epitre à Mlle de G..... 742
Explications des Enigmes & du Logogryphe de
Février , 746
ibid.
Celles des Enigmes & du Logogryphe de Mars, 747
Enigmes &Logogryphe ,
NOUVELLES LITTERAIRES , DES BEAUX-ARTS , &C.
Le Recueil du Parnafle , Extrait ,
Cuifines ambulantes & portatives , Extrait ,
750
ibid,
762
Ephemerides des mouvemens Céleftes pour 10 ans ,
Hiftoire de la nouvelle France ,
767
771
Differtations, qui ont remporte les deux Prix à l'A
cadémie de Soiffons , ibid.
Lettre fur une nouvelle Edition de Lucrece , 772
Eftampes nouvelles ,
Nouvelle Edition de la Mufique pratique ,
Nouvelle Carte de la Moſcovie ,
777
782
783
Parités réciproques de la Livre numéraire ,
ibid.
Guérifon d'un Cancer , 785
Lettre fur le Spécifique du Sr Arnoult ,
Chanfon notée ,
Spectacles. Extrait de la Comédie des Mariages
786
795
affortis ibid.
LA
La Joute d'Arlequin & de Scapin , nouvelle Piéce
repréfentée à l'Hôtel de Bourgogne , 808
Les Combats de l'Amour & de l'Amitié , autre nouvelle
Piéce , repréſentée fur le même Théatre, ibid.
L'Ecole des Meres , nouvelle Comédie , repréſentée
fur le Théatre François , 809
Epitre à Mlle Dumefnil , au fujet du Rôle de Mé-
> ibid. горе ,
Le Privilege de l'Académie Royale de Mufique ,
accordé par le Roi à M. Berger ,
Nouvelles Etrangeres , Turquie ,
Suede , Ruffie ,
Allemagne ,
Italie ,
Génes & Ile de Corfe ,
Eſpagne ,
Grande- Bretagne ,
Hollande & Pays - Bas ,
811
ibid.
812
813
817
818
819
822
826
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , & c. 827
Le Roi fait la Revue des deux Compagnies des
Moufquetaires à Verſailles ,
830
Le Comte de Saxe fait Maréchal de France , ibid.
Le Gouvernement de Cambray donné au Comte de
la Marx le fils , ibid.
M. de S. Perier nommé Commandeur de l'Ordre
Royal & Militaire de S. Louis , 1831
Proceffion de la Confrerie du S. Sépulchre , ibid.
Bénéfices donnés ,
L'agrément du Régiment d'Infanterie de Limofin
donné par le Roi au Comte d'Efterte ,
832
833
Officiers Généraux , choifis par S. M. pour fervir
dans les armées commandées par le Maréchal
Duc de Noailles , par le Comte de Saxe , par le
Duc d'Harcourt & par le Maréchal de Coigny ,
Concert Spirituel au Château des Tuilleries ,
ibid.
836
Concerts
Concerts chés la Reine ;
Morts & Mariage
838
839
Ordonnance portant Déclaration de guerre contre
la Reine de Hongrie ,
Errata de Mars.
842
Age 486 , ligne 10 , par ce moyen là , lifez ,
par là . P. 564 , l . 13 , genet , l . gente. P. 566 , l.
II , ritrafi , 1. ritiraffi . P. 567 , 1.4 & 6 , Sparento , 1.
Spavento. lara , 1. L'ara.
P
Fantes à corriger dans ce Livre.
Age 639 , ligne 9, il ne faut qu'une virgule après
fuprême.
P. 657 , l . 5 , Souverans , lifez , Souverains.
P. 659 , 1. 8 , impofe , l. impofent
Ibid. 1. 9 , pouroient , I. pourroient .
P. 666 , 1. derniére , Européen , l. Européens , & à
la reclame , fu , l . fur .
P. 668 , 1 8 , déchoiier , I. déchoir.
P: 669 , 1. 5 & 6 , ſubſiſtance , l à leur fubfiſtance,
Ibid. 1 , 17 , donneroit , l. donneroient .
P. 671 1. 14, par , ôtez ee mot.
8
P. 682 , l . 17 , Dieu , l . Dun.
P. 685 , l. 12 , l'a , l. la.
P. 691 , l. 12 , foit befoin , l. foit néceffaire.
P. 709 , l. 11 , pouffer , l. lever.
Ibid. 1. 18 , contenir , l . garder.
Ibid. 1. 27 , tient , l. garde .
P. 710 , 1. 8. Belvedere , 1. Belveder.
Ibid. 1. 14 , de long , l . de profondeur.
Ibid. 1. derniere , extrêmes , l. les deux derniers.
P:
2.7111. 7 , pour le Pays , effacex ces mots.
Ibid. 1. 8 du bas , le trou , l. l'ouverture.
P. 713 , 1. 8 du bas , paffe de lui - même , l. coule.
Ibid. 1. is , un trou , &c . l. une ouverture nouvellement
bouchée .
Ibid. 1. 20 , près l'Ecurie , 1. qui font près l'Ecuric .
Ibid. 1. 27 , le long de l'allée , ôtez ces mots .
P. 714 , l . 3 , il en eft ,l. il y en a.
Ibid. 1. 4 & s , abfolument rien , ôtez ces mots.
P. 721 , 1 , 3 , l'huile , l . huile.
Ibid. 1. 11 , n'eft , n'y a
Ibid. 1. 18 , étendus , ôtez ce mot,
l. P. 722 , 1. 19 , l'huile , . huile.
P. 725 , l . 15 , jaze , 1. jaſe .
P. 729 , 1. 16 & 18 , parcourera , l. parcourra.
P. 742 , 1. 16 , pour , 1. en.
P. 743 , 1. 2 , & , l. nis
Ibid. 1. 6 , de Vinci , 1. du Vinci.
P. 758 , 1. 16 , ferme , l, termine.
P. 764 , 1. 2 , fous , 1. fur.
Ibid. 1. 24 ,ôtez la virgule après peuvent.
P.767, l. 15 , principales , ajoûtez , Etoiles.
P. 778 , 1. 9 , Et , I. Eh !
P. 781,1 4 , à l'uni-fon , 1. à l'uniffon.
P. 786 , d. 19 , fcelées , l. fcellées.
P. 787 , 1. 3 , d'attataque , 1. d'attaque.
Ibid. 1. 15 , mettez un point d'interrogance après rapporter?
P. 794 , 1. 4 , tel , l. telle. & l. 6 , le , I la.
P. 797 , 1. 8 , ôtez la virgule après fçavant.
La Chanfon notée doit regarder la page 795
MERCURE
DE
FRANCE ,
1
DÉDIÉ
AU
ROI.
MA Y. 1744 .
FRACOLLIGIT
SPARGITE
OTHEQUE
BIBLIOT
LYO
*
189
DE
LA
*STTIL
Chés
A PARIS ,
GUILLAUME
rue S. Jacques.
CAVELIER,
La Veuve PISSOT , Quai de Conty ,
à la defcente du Pont- Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais.
M. DCC. XLIV.
Avec Approbation & Privilege du Ro
AVIS.
LA
'ADRESSE générale eſt à Monfieur
MOREAU , Commis au Mercure , visà
vis la Comédie Françoife , à Paris. Ceux qui
pour leur commodité voudront remettre leurs
Paquets cachetés aux Libraires qui vendent lo
Mercure , à Paris , peuvent fe fervir de cette
voye pour les faire tenir.
On prie très-inftamment , quand on adreſſe
des Lettres on Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous le
déplaifir de les rebuter , & à ceux qui les
envoyent , celui , non-feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de les perdre
, s'ils n'en ont pas gardé de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaiteront
avoir leMercure de France de la premiere main ,
&plus promptement , n'auront qu'à donner leurs
adreffes à M. Moreau , qui aura foin de faire
leurs Paquets fans perte de tems , & de les faire
porter fur l'heure à la Pofte , ou aux Meffageries
qu'on lui indiquera,
PRIX XXX. SOLS.
MERCURE
1
DE
FRANCE .
1
DEDIE
MAY
PIECES
A V ROI.
1744.
FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
LES
MUSES ,
ODE
Dédiée à l'Ombre du grand Rouffeau , le
Pindare & l'Horace de la France. Par
M
M. Des-Forges Maillard.
Ufes , ceignez mon front d'une Palme
nouvelle ;
Secondez les tranſports d'un Difcip.c
fidéle
A vos divines loix.
Je veux , en publiant votre jufte loüange >
A ij Que
352 MERCURE DE FRANCE,
Que fur les bords du Nil & fur les bords du Gange
On entende ma voix.
***
Je triomphe avec vous de la foule importune ;
Je commande à mes voeux , maître de la Fortune
Et libre dans les fers .
D'abord
que
de vos feux mon ame eft échauffée ,
Je monte dans l'Olimpe , & fur les pas d'Orphée
Je defcends aux Enfers .
****
Qu'on baiffe la barriere, & qu'on m'ouvre la lice ;
Que la Terre s'ébranle , & qu'Atlas treffailliffe ,
Par mes chants foulagé.
Vous -mêmes dictez -moi , Mufes, votre origine ;
Faites-la par Vos foins furvivre à la ruine
Du Monde ravagé.
炒菜
Quand l'Arbitre des Cieux , débrouillant toutes
chofes ,
Sagement difperfa les femences éclofes
Du Cahos odieux ,
De fon centre faillit la puiffante Harmonie ,
Et des neuf doctes Soeurs la Troupe étoit unie
Dans fon fein radieux.
De fes nombreux accords l'intelligence active
Pénetre ,
MAY. 1744. 853
Pénetre , communique à la matiere oifive ,
Ses fouples mouvemens.
Sa fubtile douceur l'amollit , la remuë ,
Et met un frein durable à la difcorde émuë
Entre les Elémens.
La Terre alors s'affied par fon poids condenſée ;
L'Air s'éleve & bondit ; ſa ſubſtance élancée
Des Cieux forme l'azur.
Les Eaux forment la Mer ; chaque corps dans fa
Sphére ,
Soumis à l'Harmonie , attentif à lui plaire ,
Conferve un ordre fûr.
+ X+
Dans le berceau du Tems , couverts de fombres
voiles ,
Le (a ) Soleil & la Lune engendrent les Etoiles
( a) Je n'ignore pas combien cette Strophe heurte
la commune opinion des Philofophes , fi l'on veut la
prendre à larigueur. Ils difent que la Lune eft un Corps
opaque, qui ne rend de lumiere, qu'autant qu'il refléchit
celle du Soleil , & que les Etoiles fixes font lumineufes
par elles -mêmes.Mais on accorde des libertés à la Poësie ,
enfaveur des images,furtout dans une Piéce où l'enthou
fiafme domine.Laiffant donc à part toutSystème de Phyfi
que,onne doit interpréter cet accouplement du Soleil & de
la Lune , que rélativement à la Théologie Payenne. Si
Jupiter épousa Junon , fa Joeur , Jovifque j & foror
& conjux,pourquoi Fhébus , qui eft le Soleil, & Diane,
fa foeur , qui eft la Lune , tous deux Enfans de Jupiter,
A iij
Et
854 MERCURE DE FRANCE.
Et le jour & la nuit.
La Matiere s'agite & produit ſon eſpece ;
Un Etre en aime un autre , un Etre fuit fans ceffe
Un autre qui le fuit .
XX+
Les bois , les fruits , les fleurs , les ruiffeaux , la
verdure ,
S'échappent en riant du fein de la Nature ;
L'Air excite le vent ;
Le Nuage eft produit des vapeurs de la Terre
Le Tourbillon rapide enfante le Tonnerre
Du Nuage brulant.
+
Tout naît,tout croît ; l'humide avec le fec s'affemble
ne pourront-ils pas s'unir , à l'exemple de leur pere ,
pour produire des Phénomenes de leur efpece Les Dieux:
du Paganifme ont , comme on fait , plufieurs emplois ,
feretrouvent fous des métamorphofes differentes . Jupiter
lui même eft quelquefois pris pour l'Air , & Junon
pour la Pluye , Iris , qui eft l'Arc- en- Ciel , étant
la Mefagere de cette Souveraine de l'Olymype . C'est
cette idée cette conféquence qui ont produit ce joli
Vers , fur la brillante clarté qui paroit quelquefois dans.
Air , au milieu d'une forte pluye.
Jupiter ut vidit Junonem mingere , rifit .
Enfin cette Ode doit être regardée comme un effort
d'imagination vivement échauffée , dont l'Auteur confacre
le fruit à la mémoire d'un ami , qui paſſera dans
tous lesfiécles pour un des plus grands Poëtes du Monde.
Le
MAY. 1744. 855
Le chaud avec le froid , & compofent enſemble
Les Animaux divers.
Mais tout tombe auffi-tôt que la vive Harmonie
Ceffe de foutenir par fa force infinie
Leurs intimes concerts.
Alors ouvrant fon fein , fa puiffance féconde ,
Mules, vous met au jour pour le bonheur du Monde,
Et pour charmer ſes maux ,
Le plaifir naît de vous, l'horreur fuit , elle expire ;
L'Harmonie elle -même à votre docte Empire
Soumet tous les travaux.
La Lyre avec le Luth , Nimphes ingénieuſes ,
Accompagnent bien - tôt vos voix mélodieuſes
Et vos nobles Chanfons.
Les Antres les plus fourds hautement retentiffent;
Les Sphères, en roulant fur leur axe, applaudiffent
Au pouvoir de vos fons.
*3*
Le Ciel à votre afpect jette des étincelles ;
La Terre fe revêt de fes fleurs les plus belles ;
La Mer couvre les bords.
Le froid Poiffon bondit; la Brute perd la rage ;
L'Oiseau qui fend les Airs , apprend fon doux ra
mage
De vos tendres accords.
A iiij Tout
856 MERCURE DE FRANCE.
Tout s'embellit par vous , mais ce n'eſt
l'homme
que
dans
Que votre ame tranſpire, où l'oeuvre ſe conſomme
Par vos dons précieux.
Apollon vient l'inftruire à bâtir fes aziles
Et l'Art & la Nature à vos leçons dociles ,
Le rapprochent des Dieux.
'Apollon , chaftes Soeurs , vous donna fa tendreffe ,
Vous choisit un féjour , qu'il fixa dans la Grece
Sur des côteaux fleuris.
De Lauriers immortels ce Dieu couvrit leurs cimes,
Et là vous enyvrez de vos tranſports fublimes
Vos plus chers Favoris.
Comme un Torrent fuperbe inonde les Campagnes,
Prêtres , Législateurs , du haut de vos Montagnes,
Fondent chés les Humains.
Les Peuples étonnés au bruit de leurs miracles ,
Viennent des quatre vents écouter les Oracles
Du Dieu dont ils font pleins.
***
L'Univers rend hommage à leurs talens infignes ;
Mais parmi les Mortels peu vous ont femblé dignes
De vos plus grands fecrets .
Saifis de votre efprit, ils font marcher la pierre
Commandent
MAY. 857 1744.
Commandent aux Poiffons , aux vents , aux flots en
guerre ,
Aux Lions , aux Forêts.
Aux accens de Tirtée, un coeur craintif s'éleve ;
Pindare au haut des Airs , où fa verve l'enleve ,
Ceint la tête des Rois .
Homere par fes chants dérobe à l'Ombre noire ,
Des Héros, dont fans lui les grands noms & la gloire
Fuffent morts à la fois.
3X
Leurs fons chaffent la pefte & diffipent la foudre ,
Dont Jupiter vengeur s'armoit pour mettre en
poudre
Les Peuples effrayés.
Des foucis affigeans, ils charment l'amertume ,
Et rappellent l'efpoir , dont la flâme s'allume
Dans les coeurs égayés.
Heureux,qui de vous plaire a fait ſa ſeule envie !
Mufes , vous préfervez les talens & fa vie ,
Des atteintes du fort.
Simonide fuit feul des malheurs manifeftes ;
Au milieu des Serpens & des Monftres funeftes ,
Le jeune Horace dort .
+3x+
Aftres du double Mont , préfidez fur ma veine ;
A Y Je
8,8 MERCURE DE FRANCE.
Je furmonte avec vous les clameurs & la haine
Des jaloux ralliés.
Leur défaite a prouvé leur honteufe impuiffance ,
Et je foule , vainqueur de leur extravagance ,,
Leurs cendres à mes pieds.
Illuftre & cher ROUSSEAU, dont la veinefertile
S'ouvrant dans tous les coeurs un chemin fifacile
Charme les goûts divers "
Regarde moi du Pinde , où ton Ombre adorée
X jouit àjamais d'une Palme facrée ,
Et reçois-y mes Vers.
".
On dit qu'à ton abord , es doctes Immortelles ,
Dont les mains te treffoient des guirlandes nouvelles ,
Vinrent te recevoir ;
Et qu'en te careant , on vit Pindare, Horace ,
A côté d'Apollon tous deux t'offrir leur place ,
Enchantés de te voir.
Oui, c'eft toi,grand ROUSSEAU , dont le fouffle m'infpine;
Je tefens dans mon ame embraſer mon délire
De mille traits de feu..
Né dans les froids Rochers d'un Défert maritime ,.
Ceft de toi que j'appris le bel Art de la Rime ,
Et j'en eus ton aveu.
Au Croific ce 10 Février 1744.
MA Y. 1744 859
ON DEMANDE , dans le Mercure
de Janvier 1744 , s'il eft plus avantageux
à un homme , pour fon vrai bonheur , de
poffeder toutes les Sciences & tous les Arts ,
ou de les ignorer tous , en fuppofant que l'une
de ces deux qualités donne l'exclufion à l'autre.
A Queſtion ainfi propofée ne me paroît
Lpoint une Queftion à faire ; de plus , je
la crois embarraffée par la fuppofition qui la
termine , & qui femble non -feulement fuperfluë
, mais même répandre de l'obfcurité
; cet examen eft inutile ici ; ne fongeons
donc qu'au fond de la Queſtion , & avant
que de la réfoudre , commençons par fixer
nos idées.
Il s'agit d'abord du vrai bonheur ; ces termes
nous préfentent l'idée d'une fatisfaction
interieure,qui ne nous laiffe rien à défirer de ce
qui eft à notre portée ; il eft inutile de faire
remarquer qu'il n'y a point de fatisfaction
intérieure où il n'y a point de fenfibilité .
Examinons donc les deux points de la Queftion
, que nous réduirons à ces termes .
L'homme qui fçait tout , c'eſt-à-dire , dont
les connoiffances font univerfelles , eft-il
heureux ?
A vj
L'hom
860 MERCURE DE FRANCE.
L'homme qui ne fçait rien , c'eft-à-dire ,
dont l'ignorance eft générale , eft- il heureux
? De-là nous pourrons juger lequel des
deux l'eft véritablement .
peut
Que ce foit un bonheur pour un homme
d'être fçavant , perfonne n'en douter ;
l'admiration , & même la jaloufie des plus
ignorans en eft une preuve , & je n'ajouterai
à celle-là que le paffage de Ciceron qui
renferme un fi beau détail des avantages que
nous tirons des Sciences , qu'elles fervent de
Luftre à la plus grande fortune , qu'elles font
une reffource contre les plus grands revers , &
pour abreger , qu'elles nous accompagnent
fidellement par tout & en tout tems. Jufqu'à
quel point ne poffede pas ces avantages un
homme , dont les connoiffances font univerfelles
? Tâchons de nous en former quelque
image.
La capacité de fon efprit embraffe tous les
Lieux & tous les tems ; tout femble changer
de nature en fa faveur ; les tems les plus reculés
deviennent préfens pour lui ; il porte
la clarté dans les ténébres les plus épaiffes
du paffé ; il vit , pour ainfi dire , avec tous
les grands hommes de l'Antiquité ; il entre
dans leurs fecrets avec plus de familiarité
que ceux de leur tems , à qui ils les déroboient
; il s'entretient avec tous les Sçavans
& tous les grands Maîtres , qui ont fait l'admiMA
Y. 1744.
861
miration des fiécles précédens ; chaque inftant
de fa vie , s'il le veut , raffemblera tous
les âges ; il n'eft point arrêté
par la nature
de fon corps , qui le fixe à un endroit ; au
milieu même de fon repos , l'activité de fon
efprit lui fait parcourir tous les Pays de la
terre ; le même inftant le trouve dans les
Lieux où naît l'Aurore , & dans ceux où le
Soleil femble éteindre fon flambeau ; il est
en même- tems au milieu de ces Pays , où l'Aquilon
fait fentir toutes fes rigueurs , où
toute laNature femble engourdie & impuiffante
, & au milieu de ces fables brûlans ,
que les ardeurs exceffives du Midi rendent
inhabitables ; il pénétre en un clin d'oeil
toute la maffe du Monde , pour affifter aux
travaux de ces hommes qui peuplent l'autre
Hémifphére ; il parcourt lesMers , il fe plonge
au fonds des abîmes ; il s'ouvre une route
& perce jufqu'aux entrailles de la terre ; il
eft par tout de tous les jeux de la Nature ,
qui n'a rien de fecret pour lui . Eft- ce tout ?
Non , le Monde ne lui fuffit pas ; il vole
dans les Airs, découvre les caufes de tout ce
qui s'y paffe ; il s'élance jufqu'au haut des
Cieux, où il paroît regler le cours des Aftres
& leurs variations ; en un mot , il femble
que tout l'Univers ne foit pas affés étenda
pour contenir l'immenfité de fon génie ; il
eſt , pour ainſi dire , maître de toute la Nature
a
862 MERCURE DE FRANCE
ture , qu'il s'eft affujettie , different du refte
des humains , qui trouvent leur Patrie dans
le Pays de leur naiffance , fon corps n'eft
pas plus arrêté que fon efprit ; il eft citoyen
du monde entier ; il eft de toutes les fociétés
; on le defire par tout ; c'eft pour lui
plaire que l'Art épuife toutes fes forces ;
c'eft fur fes avis qu'il fe corrige ; les grands
maîtres font fatisfaits d'eux -mêmes lorsqu'ils
ont produit quelque chofe qui les contente
; il donne , en quelque façon , la vie à
toutes les compagnies qui ont le bonheur
de le poffeder ; il eft l'ame de toutes les converfations
, aufquelles il affifte ; enfin il eſt
l'oracle du Monde entier ; peut- on imaginer
rien de plus grand , rien de plus flateur ?
Eft-il rien qui puiffe chatoüiller davantage
fa fenfibilité ?
Mais diront ceux qui le voudront trouver
malheureux , combien ne lui a-t'il pas fallu
endurer de peines pour parvenir à ces connoiffances
Combien de travail pour les
conferver ? J'en conviens , mais ces peines
& ce travail font une partie de fon plaifir ,
& contribuent à établir fon bonheur ; il eft
inutile d'en donner des comparaifons , qui
peuvent fe préfenter à l'efprit de tout le
monde , mais en voici une que je ne fupprimerai
pas ; il en eft d'un Sçavant à l'égard
du travail qu'il ne doit point négliger
2
pour
MAY. 1744. 863
pour conferver fes connoiffances , comme
d'un homme de la meilleure fanté du monde
à l'égard des nourritures qu'il eft obligé
de prendre pour qu'elle ne foit point alterée.
Mais dira-t'on encore , plus il fçait
plus il découvre d'incertitude dans les Scien
ces ; plus il poffede les Arts , plus il eſt perfuadé
qu'ils peuvent être perfectionnés
ainfi il n'eft pas content ni parconféquent
heureux ; l'incertitude dans les Sciences ,
les nouvelles découvertes qu'on y fait tous
les jours , les Arts qui peuvent être perfectionnés
,laifferont toujours beaucoup à defirer
au fçavant le plus profond..
"
A cet égard , fon bonheur n'eft pas parfait
, mais il n'en eft pas moins vrai ; c'eft
par ce motif qu'un des plus fçavans hommes
de l'Antiquité s'eft'plaint, que ce que l'étude
lui avoit appris avec le plus de certitude ,
étoit qu'il ne fçavoit rien ; beau fentiment
qu'on ne peut affés admirer dans un fçavant..
Quoiqu'il en foit , on doit convenir qu'un
Sçavant eft dans un état de vrai bonheur
& que ce bonheur eft au plus haut comble
dont l'humanité foit capable , lorfqu'il a
pû parvenir au point de poffeder toutes les
Sciences & tous les Arts ; il joüit d'une fatisfaction
intérieure qui ne lui laiſſe rien à defirer
de tout ce qui eſt à ſa portée.
Les raifons qui prouvent le bonheur du
Sca864
MERCURE DE FRANCE.
Sçavant , fuffiroient pour prouver que l'Ignorant
ne peut être heureux. Cependant
confiderons-le & voyons , s'il eft capable ,
de quelque efpece de bonheur .
Il faut , à ce que je crois , pour entrer dans
l'efprit de la Queſtion , le fuppofer d'une
ignorance craffe , qui le rende incapable de
defirer autre chofe que ce que lui infpire une
nature aveugle , ou autrement la faculté animale
; qu'il foit exemt d'inquiétudes , libre
des remords , qui font autant d'effets de la
connoiffance quelle qu'elle foit , un tel
homme paffera toujours pour un être d'imagination
; qu'importe , continuons fur cette
fuppofition , & pour lui trouver une efpece
de félicité , que cet homme foit frappé par
des objets vers lefquels il eft entraîné comme
par inftinct , que rien ne s'oppoſe à lui
pour fatisfaire des defirs que fait naître la
préſence de ces objets , qu'il joüiffe de tout ,
qu'il ait une table délicatement fervie
qu'il foit diftingué par la magnificence de
fes équipages & le nombre de fes domeſtiques
, qu'il brille par l'éclat & la richeffe
de fes habits , que le luxe épuife pour lui
toutes les recherches, qu'il poffede d'immenſes
tréſors , voilà à peu près tout ce que
terre peut lui fournir , il eſt au comble de la
félicité terreftre , mais il eft dans une profonde
ignorance , une ignorance univer-
>
la
felle.
MAY. 1744. 863
felle . C'eft ce qu'il eft plus facile d'imaginer
que d'exprimer ; effayons cependant d'en
ébaucher les traits . Son ame eſt enfoncée
dans la matiere qui la captive , & dont elle
augmente en quelque façon le poids ; les
organes que la nature lui a donnés pour fe
répandre au-dehors lui font inutiles ; s'il
ouvre de grands yeux , ce n'eft que pour les
refermer fans avoir rien vu ; s'il entend les
plus beaux difcours , les penfées les plus
fublimes , les Concerts les plus harmonieux ,
ce n'eft qu'un fon inutile , fur lequel il ne
peut porter aucun jugement ; il eft incapable
du moindre plaifir réel , il ne fort jamais
de fon épaiffe circonférence , il ne vit pas
pour ainfi dire , il ne fçait rien du paffé , il
ne prévoit rien pour l'avenir , il eft infenfible
au préfent ; femblable aux animaux les
plus brutes , il boit , mange , va , vient ,
fans fçavoir où ni pourquoi , pendant qu'il
eft jour ; pendant la nuit que fait-il ? Il
dort ; du moment de fa naiffance à celui
qui voit finir fes jours , fon ame gémit dans
un engourdiffement éternel ; il eft comme
accablé fous le poids de tout l'Univers ,
pour lui tout eft abîmé dans une nuit impénétrable
; placez-le dans une compagnie , il
l'affomme de cette péfanteur énorme qu'il
porte toujours avec lui. S'il ouvre la bouche
, il n'excite que la raillerie dans le plus
οι
grand
866 MERCURE DE FRANCE,
grand nombre , que la pitié dans les plus
fenfés ; perfonne ne le peut fouffrir , tout le
monde l'évite. La Nature qui lui étale inutilement
toutes fes merveilles , dont aucune
ne le touche , la Nature ne le voit qu'avec
regret ; c'eft avec peine que le jour lui fournit
une lumiere , dont il ne fçait pas profiter
; la nuit lui reproche ces ténébres qui
favorifent un repos qu'il n'a pas mérité ;
l'Air ne contribuë que malgré lui à animer
un corps qui n'en eft pas reconnoiffant ; la
'terre , fi elle n'avoit à travailler que pour
lui , n'ouvriroit pas fon fein pour en faire
fortir tous ces biens qui ne feront jamais
qu'un ingrat ; elle fe plaint d'être obligée
de porter en lui une maffe inutile , qui lui
péfe plus que tous les hommes enſemble ;
les Arts qui fe font épuifés , & qui l'ont environné
d'autant de chef-d'oeuvres pour s'attirer
de juftes applaudiffemens , fe retirent
avec la honte de n'avoir pû fixer les regards
de cet homme fans difcernement , & qui ne
les connoît pas ; en un mot , tout s'éleve
contre lui , lui reproche tout , & lui fait un
crime de tout , même de fa propre exif
tence.
ima-
Cela fait-il un fort heureux ? Non affurément
, puiſqu'au contraire on ne peut
giner rien de plus malheureux. Mais on
dira peut-être que cet homme eft dans un
état
MAY. 1744. 867
état de bonheur par cette feule infenfibilité
que produit fon ignorance , & que plus
cette infenfibilité eft grande & générale ,
plus fon bonheur eft parfait. Un tel difcours
feroit-il raifonnable ? Il ne s'accorderoit
pas.
du moins avec l'idée que nous avons préfentée
d'abord du vrai bonheur. Quoi ! par
l'ardeur d'une fiévre violente , je fuis dans
un tranfport qui me fait fortir de mon lit ,
courir par la Ville , comme fi je joüiffois de
la fante la mieux affermie ; je me perfuade
que je ne fuis plus malade , direz-vous que
je me porte bien ? Non , vous direz au contraire
, que je fuis d'autant plus mal , que je
fuis infenfible à ma maladie. Il en eft de même
de cet heureux prétendu , loin d'être
dans le moindre état de bonheur , il eft d'au- .
tant plus miférable qu'il ne fent aucunement
fon malheur.
2
Concluons donc , que celui qui feroit
abfolument ignorant , comme on le fuppofe
, non-feulement ne feroit dans aucun degré
de bonheur , mais feroit plongé dans un
malheur infini , & que celui dont les connoiffances
feroient univerfelles , feroit parvenu
au comble du bonheur humain.
NOUVELLE QUESTION.
On demande , s'il y aura plus d'avantage
Pour les hommes qui vivront dans les fiécles
Les
868 MERCURE DE FRANCE.
les plus reculés , qu'il n'y en a eu pour ceux qui
ont vécu dans les premiers tems du monde.
EPITRE
De M. de la Soriniere , à M. Boyer d'Aixs
B
Øyer , dans ta rapide courſe ,
A ces Vers qui coulent de fource ,
Je crois entendre Anacréon .
Dans ta douce & vive harmonie
Je reconnois l'aimable ton
Du Grec , dont le tendre génie ,
Jades aidé de Polimnie ,
Donnoit les charmantes leçons.
Tes Vers remplis des plus beaux fons
Qu'enfantoit fa divine lyre ,
Du Philofophique délire
Nous retrace tous les attraits.
Heureux celui qui fçut jamais ,
Reſpectant ainſi la nature ,
Mêler aux dogmes d'Epicure
Les graces du tendre enjoûment ;
Et dont la raifon peu ſauvage ,
Soumife aux loix du fentiment
N'infecta jamais un ouvrage
D'un pédantiſme à contretems.
HeuMAY.
1744. 869
Heureux qui fçait couler la vie
Au gré de l'aimable folie ,
Et dont les jours & les inftans
Sont marqués par les agrémens
De Zénon la fageffe auftere
Ne vaut pas les égaremens
Dont Laërce , en fon Commentaire ,
Peignant Ariftipe & les faits ,
De l'efprit & du caractere
Nous trace de fi beaux portraits .
;
Pour moi , dont huit luftres complets
Ont déja furchargé la tête ,
Je jouis , après la tempête
Du calme des fens fatisfaits
Dans un affés jufte équilibre ,
Prefqu'inacceffible à l'Amour ,
Je pourrois crier : Je fuis libre
Et par un Stoïque retour ,
Avant-coureur de la vieilleffe ,
Déclamant contre la jeuneffe ,
Lui reprocher certains plaifirs ,
Que déja la glace de l'âge
Refuſe à d'impuiffans defirs ,
?
La Raifon eft le beau partage
Dont Jupin dota notre lot ,
Mais fouvent un vil Oftrogot ,
Empoiſonnant tout badinage ,
Puife dans fa mauvaiſe humeur
La
370 MERCURE DE FRANCE.
La présomptueuſe morale ,
Dont fon orgueilleuſe cabale
Nous étourdit avec hauteur
Et fouvent cette humeur cynique
Se pare du nom du Portique ,
Quoique l'effet d'une vapeur.
A la Soriniere en Anjou.
***3X+*RX +3X+ 3X+ 3X+3X3&
DISSERTATION , fi les Loix peuvent
changer.
S
I les Loix font fourdes & défintéreffées
dans leurs Jugemens , fi leur prévoyance
pénétre ordinairement ce qu'il y a de
plus fecret dans le commerce de la vie , fi
elle embraffe toute l'étendue des volontés
les plus fublimes , nous plaindrons - nous
qu'elles difpofent de la deftinée des hommes
, en prefcrivant la punition du crime
& la récompenfe de la vertu ? Elles devroient
donc être fermes & invariables ;
leur autorité devroit toujours être la même
auffi-bien que leurs déciſions.
Nous voyons véritablement des Loix naturelles
qui font immuables , & qui ne
changent point ; elles ne peuvent être corrompues
ni alterées par la raifon civile ,
mais
MAY. 1744. 871
mais auffi nous en remarquons d'autres qui
fuivent l'inconftance des moeurs , la corruption
du coeur humain , & même quelquefois
la révolution des Etats.
Elles autorifent fouvent dans un Pays certaines
actions , qui feroient punies dans un
autre , & elles font obligées de s'accommoder
au génie d'une Nation barbare & mal
policée .
On a vû dans la Gréce des Républiques ,
où le vol étoit permis , & d'autres qui ſouffroient
l'adultere,
Les Lombards avoient autorifé les duels ,
& quand les Scythes voyoient que leurs parens
fouffroient de violentes douleurs , fans
efperance de guérifon , ils les tuoient pour
les délivrer de leurs peines , & donnoient à
ces parricides le titre d'une action héroïque
& charitable.
Les Etats changent de politique & de ma
ximes , felon la difference de leurs intérêts ,
& ils ne manquent jamais d'accommoder
leurs Loix à leur bonne ou mauvaiſe fituation
.
Trois efpeces de Loix ont rapport au Droit
naturel, au Droit des gens & au Droit civil ;
l'animalité qui rend l'homme fujet à l'inftinct
, forme le Droit naturel , fa qualité de
raifonnable fonde le Droit des gens ; ces
deux Droits doivent être auffi invariables
que
872 MERCURE DE FRANCE.
que l'eft en nous l'union des qualités d'ani
mal & de raisonnable , mais nous ne pouvons
pas dire la même chofe du Citoyen ;
comme ce titre n'eft point effentiel à l'homme
, le Droit civil par lequel il eft régi , ne
peut éviter le changement ; il faut qu'il
s'affujetiffè à la politique , qu'il fe régle par
la faveur de l'intérêt public , & qu'époufant
la destinée de l'Etat , il fe laiffe entraîner
aux révolutions qui y arrivent.
C'eſt le Droit naturel qui nous confie le
foin de nous défendre & de nous conferver
; il nous infpire l'amour de cette union
qui fert à conferver l'efpece , & il excite
notre tendreffe à donner la nourriture &.
l'éducation à nos enfans , cependant les
penfions animales feroient trop aveugles
pour nous bien conduire , & nos paffions
en feroient mal reglées , fi elles ne reconnoiffoient
pas l'empire de la Raifon ,
pro-
Il faut donc que la partie fenfitive- de l'ame
releve de la partie raifonnable , & que
le Droit de nature fe foumette à la direction
du Droit des
gens .
C'eft ce Droit des gens , c'eft ce grand
mobile de la vie politique , qui forme le
modéle de la fociété . Cette prudence , commune
à tout le genre humain , convertit
les paffions même en vertus ; elle forme la
valeur de la hardieffe , & elle tire une belle
ambiMAY.
1744. 873

ambition du defir & de l'efperance , enfin
elle fanctifie la crainte par les terreurs falutaires
qu'infpirent les Myfteres de la Reli
gion & l'autorité des Loix.
· des
Il s'enfuit que le Droit naturel & le Droit
gens font trop bien établis fur l'effence
de l'homme , pour pouvoir changer par des
erreurs populaires , & qu'aucune Loi ne
peut fupplanter la Nature & corriger la
droite raifon , mais comme il y a des hommes
qui croupiffent dans de mauvaiſes habitudes
, & fe familiarifent avec le crime , on
a vû auffi des Nations entieres convertir des
moeurs brutales en Coûtumes , & les Coûtumes
en Loix , ce qui ne peut être attribué
qu'à leur déréglement, & non à l'inconftance
de la Nature & au changement de la Raifon.
L'infidélité des Carthaginois n'empêchoit
pas qu'on ne loüât la bonne Foi des autres
Nations ; l'inceſte que fe permettoient les
Perfes, & le vol qu'on pardonnoit aux Lacedemoniens
, ne laiffoient pas d'être des crimes
puniffables ailleurs , & les Coûtumes
groffieres de quelque Nation ne font pas
capables d'altérer l'inftinct ni la Raifon de
l'homme ; il n'y eut jamais de peuple affés
barbare, qui ne fentit en foi les infpirations
fecrettes de la pudeur & de l'honnêteté ,
& qui ne fut en état de renoncer à fon igno-
B rance
874 MERCURE DE FRANCE.
rance & à fes vices , dès qu'il en auroit la
connoiffance.
L'union qui n'eft qu'animale & volup
tueufe parmi les brutes , devient une fociété
fainte & indivifible parmi nous. Dans le
mariage , le Droit des gens produit des intérêts
naturels qui font immuables , tels
font les Droits de parenté , d'alliance & de
fucceffion pour les enfans qui en doivent
fortir , mais ceux que produit la Loi civile
ne font pas invariables . Une émancipation
affranchit un fils de l'autorité paternelle ; la
majorité fait ceffer la puiffance d'un Tuteur ;
& un Prélat difpenfe de la publication des
Bans & de la préſence du propre Curé.
Mais s'il y a des Loix qui changent , nous
éprouvons que l'inclination des peuples
l'inconftance des fiécles , & les révolutions
des Etats ne changeront jamais le Droit de
nature ni le droit des gens ; la divine Providence
a gravé fi avant ces deux Loix dans
l'inftinct & dans la Raifon de l'homme
quelles ne feront jamais détruites par les
Constitutions particulieres , ni par les ufages
& les Coûtumes que l'on pourra établir.
D. D. Avocat en Forêt.
LE
MA Y. 1744. 875
LE GENEREUX ALGERIEN,
POEME.
L'Héroïfme par tout eft en droit de me plaire ,
D'exiger mon encens , jufques dans un Corſaire.
Sans chercher les grands noms les hauts faits , les
hauts rangs ,
>
La feule grandeur d'ame eft digne de mes chants.
Dans un Algerien j'en trouve un trait fuprême.
L'Hiftoire le releve ; elle auroit dû de même
Avoir tranſmis fon nom à la poſterité.
Quel nom méritoit mieux d'être à jamais cité ?
Que de noms , jufte Ciel ! qu'on eftime célébres ,
Afa place auroient dû refter dans les ténébres !
Puiffe la gloire au moins de ce Turc généreux
Paffer avec mes Vers à nos derniers neveux !
Sur les bords Affricains , trois Villes criminelles
Vivent de brigandage , & font fans ceffe entr'elles
Un indigne trafic , honteux à l'Univers ,
Des Chrétiens que le fort fait tomber dans leurs
fers.
* Lefujet de ce Poëme eft tiré de l'Hiftoire de Louis
XIV. par Larrey , & des Mémoires de M. le Comte
de Forbin.
Bij Alger ,
876 MERCURE DE FRANCE.
Alger , à les forfaits ajoutant l'infolence ,
Avoit ofé braver le Pavillon de France .
LOUIS , le Grand Louis , juftement irrité ,
Veut punir cette altiere & coupable Cité ,
Il en commet le foin au valeureux Duquesne.
Tremblez Algeriens ; vous fubirez- la peine
De vos noirs attentats , de vos mépris des Loix
La foudre de Louis , plus terrible cent fois
Que la foudre du Ciel , pénétrant ves retraites
Ira chercher par tout vos criminelles têtes ;
Ses Vaiffeaux font partis ; ils volent vers vos bords ,
La Flote yengereffe arrive , & fans remords
Alger voit l'appareil du fort qui la menace ,
Du fort qui doit bien-tôt réprimer fon audace.
Mille globes de fer fans relâche jettés ,
Comme du haut des airs tombent de tous côtés ,
Ecrafent fes Palais , fes Temples facriléges ,
Et recelant encor de plus funeftes piéges ,
Ces globes tout- à- coup, divifés en éclats ,
Répandent autour d'eux la flâme & le trépas.
Malgré tant de périls , de toutes parts fumante
Loin de s'humilier , Alger plus infolente ,
Par de forfaits nouveaux , de crimes inouis ,
Ofe offenfer encore & le Ciel & LOUIS .
Ses cruels Citoyens accourent , pleins de rage ,
Aux Chrétiens gémiſfans dans un dur eſclavage ;
Venez , leur difent- ils , nous voulons aujourd'hui
Vous délivrer des fers & finir votre ennui $
HâtezMAY
. 877 1744.
1
Hatez-vous , fuivez-nous , vos freres vous demandent
;
Leurs Vaiffeaux fur nos bords trop long- tems vous
attendent ;
1
Pour contenter plûtôt leurs defirs & vos voeux ,
Le feu de nos canons va vous porter vers eux.
A cent bouches d'airain auffi - tôt on les lie.
Soleil ! tu fus témoin de cette barbarie ,
Sans en pâlir d'effroi , fans reculer d'horreur !
Quel fpectacle plus propre à caufer la terreur !
Mais , Ciel , de tout un peuple il enchante la vûë !
Un feul en eſt touché , d'un feul l'ame eft émûë.
De tous leurs habitans les plus barbares Lieux ,
Les plus noires Forêts , les Rocher's les plus creux ,
Ne font pas des Tyrans , des Monftres fanguinaires.
Près des poifons fouvent font des fucs falutaires .
Une Ville exécrable , horreur du genre humain ,
Vit fortir autrefois un jufte de fon fein.
Alger va nous montrer un ennemi du crime ,
Un coeur grand, généreux , une vertu fublime.
D'un de ces malheureux que l'on mene au trépas
Ses regards font frappés : je ne me trompe pas ,
Oui , c'eft CHOISEUL , dit-il , puis- je le méconnoître
,
Compagnon de Levi , mon Vainqueur & mon
Maître ?
Quand le fort des combats m'eut jetté dans leurs
fers ,
B iij J'em
878 MERCURE DE FRANCE.
J'en reçûs mille biens mille fecours divers.
Concitoyens cruels , barbares que nous fommes
Apprenons des Chrétiens comme on traite les hommes.
Je ne fouffrirai pas ...... à ces mots , plein d'ardeur,
Il court pour délivrer fon ancien bienfaiteur ;
Il l'arrache trois fois aux Tigres qui le traînent ,
Plus furieux encor , trois fois ils le reprennent .
A vouloir le fauver il fe roidit en vain ;
Déja l'infortuné touche au fatal airain .
Il s'élance fur lui , dans ſes bras il le ferre.
Qu'on mette feu , dit-il , & que toute la terre
Révoltée au récit de votre cruauté ,
Admire en même tems ma générosité ;
Apprenne que honteux d'une indigne Patrię ,
Et déteftant des miens l'horrible barbatie ,
J'aimai mieux de Choiseul partager le malheur ,
Que de vivre avec eux , témoin de leur fureur.
Mais que differez -vous ? craignez-vous pour ma
tête ?
Eft-ce un crime de plus , Monftres , qui vous arrête
?
'Achevez ; qu'un feul coup nous enleve tous deux
Le fpectacle en fera plus digne de vos yeux.
Leur fureur cependant femble être rallentie ;
De leur compatriote ils refpectent la vie ;
Sa généreufe ardeur , fa noble fermeté
FA
MAY. 1744. 879
En admiration change leur cruauté ,
Tant eft grand le pouvoir d'une vertu fuprême ,
Leur chef en eft témoin ; il eft frappé lui- même ;
Il fe fent attendrir pour la premiere fois ,
Il fufpend le fupplice , il révoque ſes Loix.
On fait plus , on demande , on obtient une tréve ;
Un bruit confus de paix dans tout Alger s'éléve .
Ces barbares enfin , conſultant la raiſon ,
Font offrir à Louis, pour prix de leur pardon ,
Le refte des Chrétiens qui ſouffrent dans leurs
chaînes ;
Le Monarque fenfible à leurs cruelles peines ,
Saifit l'occafion d'en terminer le cours ,
Immole fa colere au bonheur de leurs jours .
Choifeul qui doit les fiens à la reconnoiffance ,
Plein de ce ſentiment , va publier en France
La générofité de fon liberateur ,
Et confacre à la gloire un temple dans fon coeur.
Par M. D. R.
B iiij
QUES880
MERCURE DE FRANCE.
QUESTION IMPORTANTE ,
jugée au Parlement de Paris le 27 Février
1744 , fur le tems pendant lequel les Chanoines
Tournaires peuvent conférer un Bé .
néfice.
FAIT .
Dans
Ans le Chapitre Abbatial de S. Sernin,
de Touloufe , chaque Chanoine confére
les Bénéfices dépendans du Chapitre ,
qui vaquent pendant la ſemaine du ſervice
de ce Chanoine .
Les Mai , un Canonicat vaqua par le
décès du Sr Abbé de Terraube ; Charles -Jofeph
Azemar , Chanoine , étoit alors en femaine
, & devoit y être jufqu'au 7 Mai.
>
Il conféra le Canonicat le 10 , à Michel
Azemar , mais il avoit été prévenu . Le S
le Sr de la Caze , qui entroit alors en ſemaine
, l'avoit conferé au Sr de la Caze ,
fon frere , dans l'idée que le droit de Collation
lui étoit dévolu , faute par Charles-
Jofeph Azemar d'en avoir ufé avant l'expiration
de fa femaine .
Les deux pourvûs prirent poffeffion le 10
Mai ; le lendemain onze , Michel Azemar
fut reçû in fratrem par le Chapitre ; le 13
Juin ,
MA Y. 1744. 881
Jain , le Sr de la Caze demanda auffi à être
reçû in fratrem , mais il fut refuſé par le
Chapitre , qui lui répondit que le Sr de la
Caze n'avoit eu aucun Droit de lui conférer
le Canonicat ; le Sr de la Caze s'en tint là ,
& n'intenta point de complainte , mais y
ayant eu en 1741 , ouverture de Régale
dans le Diocèfe de Touloufe , par la translation
de M. de Crillon à l'Archevêché de
Narbonne , le 12 Juillet l'Abbé de la Caze
obtint du Roi un Brevet , qui lui conferoit
le même Canonicat , comme vacant en Régale.
De-là , Procès porté en la Grand'Chambre
du Parlement de Paris , feule compétente
pour les affaires de Régale.
Me. Gueau de Reverseaux , pour le Régalifte
, prétendoit que le Chanoine Tournaire
ne conféroit qu'en qualité de Procureur
fondé , de Mandataire & de Compromiffaire
du Chapitre ; que le Mandat étoit attaché
, non pas à fa perfonne ni à fa Prébende
,mais à fa qualité de femainier , que par
conféquent fon Droit de conférer devoit finir
avec fa femaine . Il citoit deux Arrêts ,
l'un rendu le 28 Aoûr 1621 , en faveur du
Chapitre de Monbriſon , l'autre du 13 Août
1691 , à l'occafion du Chapitre de S. Georges
de Petiviers.
Il foutenoit que dans ce Chapitre , le Sr.
B v Ma882
MERCURE DE FRANCE.
Malidor , Chanoine Tournaire , n'ayant
qu'après l'expiration de fon tour conferé le
Canonicat qui avoit vaqué pendant qu'il
étoit Tournaire , & le Sr Synada , qui étoit
entré en tour immédiatement après , l'ayant
conféré auffi , l'Arrêt avoit maintenu le
pourvû par le Sr Synada , & par là préjugé
que ce Chanoine Tournaire n'avoit que
le
tems de fon tour pour conférer ; qu'après
fon tour , le Droit de Collation appartenoit
au Chanoine qui entroit en femaine après
lui.
De ces raifonnemens & de ces Arrêts , il
concluoit que Charles-Jofeph Azemar , n'avoit
été Collateur que jufqu'au 7 Mai , tems
auquel fa femaine avoit expiré ; que n'ayant
conféré que le 10 , fa Collation étoit nulle ;
que par là , ou le Chanoine , fubféquemment
en tour , avoit bien conféré , ou que le Bénéfice
avoit vaqué de droit , ce qui avoit
autorifé le Roi à le conférer en Régale . Il
demandoit que l'Abbé de la Caze y fut maintenu
, foit en vertu du Titre qui lui en
avoit été fait le 8 par le Sr de la Caze ,
Chanoine , foit en vertu du Brevet de Régale
, que le Roi lui avoit accordé.
Me Graviere du Rauloy , plaidoit pour
Michel Azemar , contre le Régaliſte .
Il foutenoit en premier lieu , que le Brevet
de Régale de l'Abbé de la Caze étoit nul,
faute
MA Y. 1744. 883
faute d'y avoir exprimé le nom du dernier
Titulaire , le tems , le genre de la vacance ,
ajoûtant que la Régale étoit ouverte à Touloufe
, & comment elle y étoit ouverte.
Il prétendoit enfuite que le Brevet étoit
fubreptice , faute par l'Abbé de la Caze ,
d'avoir exprimé que le Bénéfice avoit été
conféré à Michel "Azemar , qu'il en avoit
pris poffeffion , qu'il avoit été inſtallé & reçû
in fratrem , & que lui Abbé de la Caze
avoit inutilement tenté de le lui enlever ,
& avoit été refufé par le Chapitre.
Il oppofoit en troifiéme lieu à l'Abbé de
la Caze , que fon Brevet ne pouvoit être
appliqué au Canonicat qui avoit vaqué par
le décès du Sr de Terraube , parce que ce
Brevet ne contenoit aucun caractere diftinctif,
qui pût s'appliquer à ce Canonicat , plû
tôt qu'à aucun des autres du Chapitre de 5.
Sernin.
Il prétendoit au fond , que le Tournaire
étoit un plein Collateur & non pas un fimple
Mandataire , ce qu'il appuyoit fur une
Bulle de 1526 , qui a fait cet arrangement
dans ce Chapitre , & donne au Tournaire
jus difponendi & conferendi ; fur la forme des
Proviſions du Tournaire , qui font en fon
nom , & non pas au nom du Chapitre , &
qui contiennent une pleine Collation , qui
n'eft foumife ni à l'Inſtitution ni à la Con-
B vj
fir884
MERCURE DE FRANCE.
firmation , fur ce que la Collation faiſant
partie des Fruits , la conteſter au Tournaire ,
ce feroit vouloir lui enlever une partie des
Fruits de fon Canonicat, & fur ce que, avant
cet arrangement , dans les Collations à la
pluralité des voix , le Tournaire opinoit à
chaque vacance , comme Collateur en partie
; que depuis cet arrangement , il n'opinoit
plus , & que par le Sacrifice de la voix ,
qu'il avoit autrefois Droit de donner à chaque
vacance , il avoit acquis le Droit de
conférer feul , quand il étoit en tour.
Mais le fort de fon Syftême , étoit que
de Droit commun , & fuivant le Concile de
Latran , tout Collateur Eccléfiaftique a fix
mois pour conférer ; que pour le refferrer
dans des bornes plus étroites , il faudroit
une Loi expreffe , & à l'égard du Chanoine
Tournaire un Statut particulier au Chapitre
ou un ufage qui y fut conftant , ce qu'il appuyoit
fur plufieurs Textes du Droit Canon
, fur un Paffage des Loix Eccléfiattiques
& fur la Jurifprudence.
Il écartoit les deux Arrêts qu'on lui avoit
oppofés. Le premier , comme fans applica
tion à l'efpece , parce qu'il s'y agiffoit de
fçavoir fi un Tournaire pouvoit recevoir fa
propre Démiffion , & enfuite conférer fon
propre Bénéfice , & fi quand le Chanoine
Tournaire meurt avant l'expiration de fon
tour
MA Y. 1744. 888
tour , fans avoir conféré , c'eft au Chanoine
, qui entre fubféquemment en tour , ou
au Chapitre , que ce Droit de Collation eft
dévolu . Le deuxième Arrêt , comme ayant
été rendu en conféquence d'un Statut du
Chapitre de S. Georges , qui affujettit le
Tournaire à conférer avant l'expiration de
fon tour , fauf la dévolution au Tournaire
fuivant.
Ces deux Arrêts écartés , il en citoit un
du Parlement de Metz du 31 Mai 1691 ,
qui précisément en pareille efpece que celle-
ci , & dans le Chapitre de la Cathédrale
de Verdun , où il n'y a point de Statuts fur
ce point , a jugé que le Tournaire avoit fix
mois , comme Collateur Eccléfiaftique.
Paffant à l'application , il inféroit de- là ,
que n'y ayant point de Statuts dans le Chapitre
de S.Sernin, leTournaire avoit fix mois ;
il ajoutoit même que c'étoit l'ufage , & cn,
produifoit quelques preuves.
Après quoi il foutenoit , qu'affujettir le
Tournaire à conférer avant l'expiration de
fa femaine , ce feroit donner lieu à de grands
inconvéniens ; que le Bénéfice pouvoit ne
vaquer que le dernier jour d'une femaine ,
même à la fin du jour , que par là le Fourmaire
pouvoit ignorer la vacance , ou n'a-,
voir pas un fujer prêt ; qu'au moins n'avoit-,
pas. le tems de s'affûrer de la bonté du fu-
ز ا
jer
886 MERCURE DE FRANCE.
jet qui pourroit fe préfenter ; que rien
n'étoit plus contraire à l'Eſprit de l'Egliſe .
Me Graviere du Rauloy avoit même compofé
un Mémoire , où tous ces objets font
difcutés en détail , & accompagnés des principes
de la matiere.
Après trois audiences employées par les
deux Défenfeurs des Parties , M. 7oly de
Fleury , Avocat Général , embraffa le Syftême
de Me Graviere du Rauloy . Il foutint
que de Droit commun tout Collateur Eccléfiaftique
avoit fix mois ; que le Chanoine
Tournaire étoit un véritable Collateur ;
qu'il falloit un Statut exprès pour le refferrer
dans d'autres bornes , telles , furtout ›
que celles d'une femaine ; qu'il n'y avoit
point de Statut de cette nature dans le Chapitre
de S. Sernin , qu'au contraire l'ufage
paroiffoit y être que
le Chanoine Tournaire
conféroit pendant fix mois , qu'ainfi Charles
Jofeph Azemar avoit bien conféré , ce qui
excluoit toute vacance de Droit , & par-là
toute ouverture à la Régale ; que la Collation
étant régulière , il n'y avoit point eu
de dévolution du Droit de conférer en faveur
du Sr de la Caze ; que d'ailleurs à S.
Sernin la dévolution ne fe faifoit jamais du
Chanoine au Chanoine fuivant , mais du
Chanoine au Chapitre en Corps , qu'ainfi
le Sr de la Caze étoit également mal fondé
dans
MAY. 1744. 887°
dans fes deux Chefs de Conclufions .
M. l'Avocat Général conclut à la pleine
maintenue en faveur de Michel Azemar
Partie de Me Graviere du Rauloy , & l'Arrêt
jugea conformément aux Conclufions .
L'AMOUR ET L'AMITIE ,
L
ETRENNES à Madame **
'Amour jadis & l’Amitié ,
Quittant le féjour du tonerre ,
Vinrent débrouiller , par pitié ,
L'énorme cahos de la terre.
D'abord , adorés des mortels ,
On leur érigea des Autels ;
A ces Divinités propices
Chacun partagea fon encens ,
Mais l'Amour , qui flatoit les fens ,
Eut bien- tôt tous les facrifices.
Du tort que lui faifoit l'Amour
La tendre Amitié pénétrée ,
Déferta cet ingrat féjour ,
Et s'envola dans l'Empirée.
Toi feule , éprife des attraits.
Dont elle brille , fans parure ,
La rapelles dans la nature
Je
888 MERCURE DE FRANCE.
Je la reconnois fous tes traits.
Amie unique & feul modéle ,
Coeur rare , efprit plein d'agrémens ,
Puifque nous voici dans le tems
>
Où l'Univers fe renouvelle ,
Je te veux , en ami fidéle ,
Renouveller mes fentimens.
Séduit par la façon charmante
Dont tu reçûs d'abord mes voeux
Je vivois dans la douce attente
De te faire approuver mes feux.
Que je connoiffois peu ton ame !
J'y vois , avec étonnement .
Qu'infenfible à toute autre fiàme
Tu donnes tout au fentiment.
Docte dans l'art , vraîment fuprême ,
D'aimer & de fe faire aimer ,
Tu cherches à te transformer
Dans un objet que ton coeur aime ,
Et tu fçais toujours estimer
Un ami, plus qu'un diadême.
De mon être chere moitié ,
Aimable amie , autre moi- même ,
Pour rendre mon bonheur extrême ,
Mets le comble à ton amitié.
Du nom d'Amant & de Maîtreffe
Pourquoi t'effaroucher fans ceffe ,
Et ne voir dans moi qu'un ami è
C'eft
MAY . 1744.
889
C'eft pécher par délicateſſe ;
Sans l'amour & fans fa tendreffe ,
Tu ne peux m'aimer qu'à demi.
Ah ! fonge que ta confiance ;
Songe que les petits fecrets
Que tu m'apptens , fans imprudence ,
Deviennent comme autant de traits
Que le fils de Venus me lance ,
Et dont je reffens les effets.
Hélas ! puis-je lire à toute heure
Dans ton coeur , à moi fi connu ,
Sans que j'adore la demeure
Où ce tréfor eft contenu ?
Mais tu m'ordonnes de me taire
Cet ordre m'eft notifié ;
Tout ce qui n'eft point Amitié ,
Bleffe ton oreille févére .
Tu crois qu'une Amitié fincére
Doit nous faire oublier l'Amour .
Heureux , dans l'eſpoir de te plaire ,
Si je puis le croire à mon tour !
De Tours , ce 10 Décembre 1743.
LET
890 MERCURE DE FRANCE.
>
LETTRE , écrite par M. l'Abbé Bouty
Curé de Villiers , à M. Tanevot , Commis
des Finances.
'Ai lû , Monfieur , votre Epitre à M. Nericault-
Deftouches , avec un plaifir que
je ne fçaurois vous exprimer. Un bel efprit
qui connoît la Religion , & qui employe
fes talens à la faire refpecter , & à la défendre
contre les attaques des Libertins , mérite
bien qu'on le félicite ; auffi , M. je
vous fais mon compliment du meilleur de
mon coeur. Vous ne manquez pas de courage
, & les honnêtes- gens s'en réjoüiſſent ;
on voit même par vos Ouvrages , que vous
avez toutes les lumieres néceffaires pour
fuivre avec fuccès les mouvemens de votre
zéle ; vous n'aurez pas fans doute le bonheur
de plaire aux ennemis de la Religion.
Mais vous pourrez au moins compter fur
l'approbation de cette efpece d'hommes que
vous estimez uniquement , & que les prétendus
grands efprits, vos antagoniſtes, n'envifagent
que comme des idiots.
En effet , ces Meffieurs , fi fiers de la force
de leur efprit , regardent en pitié tous ceux
qui captivent humblement leur raifon fous
le
MAY. 1744. 891
le joug de la foi , ou pour mieux dire , ils
les regardent comme des hommes fans raifon
& fans jugement : ils les tournent en ridicules
: ils trouvent toutes leurs productions
infipides , plattes , mauffades ; mais ne
pourriez vous pas leur retorquer leurs farcafmes
& leurs mépris ? Si ces Pyrroniens ,
ces Bayliſtes , ces Matérialiſtes , ou telle autre
espece d'Impie qu'on pourroit nommer ,
prétendent que nous fommes des fots ou
des imbécilles , en nous foumettant à la Révélation
, ne pourriez- vous pas leur prouver
qu'ils font bien plus fots & bien plus imbécilles
que nous , en ne s'y foumettant pas ?
La tâche ne feroit pas bien difficile , à ce
que je crois , car on pourroit leur démontrer
, fans faire de grands efforts d'imagina
tion , que la fatuite , l'ignorance & la folie
font tout leur relief , & que c'eft fur ces
trois qualités ( qu'on ne jugera pas dignes
d'envie ) qu'eft fondé le mépris qu'ils affectent
de faire de la Religion , & de tous les
Ouvrages qui tendent à la faire connoître
& à la faire goûter .
Ces Meffieurs portent aux nues tous les
Auteurs qui flatent leur goût , en affaiſonnant
leurs Ouvrages d'un fel impie ou du
moins obfcéne. Les Lettres Philofophiques ,
les Epitres à Uranie , les Lettres Juifves, &c.
font , felon eux , des Ouvrages immortels ,
&
892 MERCURE DE FRANCE.
& les Héros du libertinage, qui les ont produits
, font autant de demi-Dieux , au lieu
que les Boffuets , les Pafcals , les Abadies &
les Peres même de l'Eglife , ne font que de
pitoyables Sermoneurs. Rouffeau eft admirable
dans fes Epigrammes , mais fes talens
font bien peu de chofe , lorfqu'il compoſe
des Odes facrées. On ne voit pas , à leur
avis , un bon Traité de la Religion ; les Livres
de Piété font le fruit de quelques cerveaux
creux ; au lieu que les petites brochures
, qui fe vendent fous le manteau , ces
petites fadaifes mifes en Vers , ces Epitres .
Marotiques , adreffées à ceux qui profeffent
le Chriftianifme ; en un mot , tont ce qui
fort de la plume de ces Meffieurs , eft plein
de fineffe & de délicateffe ; peut-être même ,
diroient-ils , plein d'érudition , s'ils avoient
encore un degré d'impudence de plus . Ils
s'arrogent hardiment le titre d'efprits forts ,
traitant parconféquent d'efprits foibles tous
ceux qui ne penfent pas comme eux , & de
fades perfonnages tous ceux qui n'agiffent
pas comme eux : ils fe croyent parfaitement
inftruits de ce qu'ils n'ont jamais étudié : ils
font perfuadés que leur goût doit régler celui
de tous les autres hommes : ils décident
hautement fur des matieres qu'ils ne connoiffent
prefque point , & prétendent que
tout le monde fe foumette à leurs décifions..
Voilà,
MAY. 1744. 893
pen-
Voilà , M. à peu près leur maniere de
fer ; voila les jugemens qu'ils portent & fur
eux-mêmes , & fur les autres. N'eft ce pas
là de la fatuité ?
Ils doutent des vérités les plus conftantes,
ou ils les nient ; ils ignorent les faits , qui
conftatent la Révélation ; à peine fçaventils
s'ils doivent reconnoître un premier principe
; ou ils n'ont pas lû l'Ecriture Sainte ,
où ils n'en comprennent pas le fens ; ils ne
connoiffent point les Hiftoires Profanes,qui
font fentir une infinité de points décififs en
faveur de la Religion , contenus dans les
Livres Saints ; ils n'examinent rien , ils ne
développent rien, ils n'approfondiffent rien.
Comment donc pourroient-ils voir clair
dans des matieres qu'ils ne pourroient peutêtre
pas débrouiller , quand ils у donneroient
toute l'attention dont ils font capables
? Je dis plus , M. ils fe font mis , pour
ainfi dire , hors d'état d'acquérir des connoiffances
folides , parce qu'ils fe font faits
des principes extravagans , qui les conduifent
d'erreurs en erreurs. Auffi voyons- nous
que toutes leurs idées fe perdent & fe confondent
dans les labyrintes d'une Métaphifique
Sophiftique , qu'ils regardent comme
une Méthode excellente pour parvenir à la
connoiffance de la Vérité , & qui les conduit
à douter de tout. En voulez-vous une
preuve
894 MERCURE DE FRANCE.
preuve convaincante ? Il ne fera pas difficile
de vous la donner.
Vous fçavez que les Impies , que vous
combattez dans votre Epitre, commencent ,
au moins la plûpart , par nier l'immortalité
de l'ame. Ceux qui la reconnoifſent , en
niant les autres vérités, ne font pas plus raifonnables
, comme on pourroit le leur démontrer.
Mais il fuffit de vous faire voir
maintenant que ceux qui fondent leur irreligion
fur ce principe , que l'ame eft mortelle
, ne fçavent pas raifonner .
L'ame eft mortelle , difent- ils , donc il
n'y a point de Religion. L'ame eft mortelle;
voila le principe. Donc il n'y a point de
Religion , voila la conféquence , auffi fauffe
que le principe. Pour parvenir à la connoiffance
de la Vérité par des raifonnemens fuivis
, il faut que le principe fur lequel on
appuye ces raifonnemens foit évident par
lui-même , ou du moins qu'on puiffe le
démontrer. L'ame eft mortelle : ce principe
eft-il évident par lui-même? Vos adverfaires
n'oferoient le foutenir. Mais s'il n'eft
pas évident par lui -même , pourront- ils au
moins le démontrer ? Je les en défie , car
pour pouvoir démontrer que l'ame eft mortelle
, il faudroit connoître l'ame ; il faudroit
en avoir l'idée ; or nous ne connoiffons
l'ame que par fentiment , nous n'en
avons
MAY. 1744. 895
avons point d'idée , il eft donc impoffible
de démontrer que l'ame foit mortelle. Nous
ne pouvons raiſonner que fur nos idées ; ce
principe eft inconteftable. Je demanderois
donc à ces Mrs , fi l'idée de la mortalité eft
renfermée dans l'idée de l'ame. Pour répondre
directement à ma question, & pour porter
un jugement certain fur le rapport que ces
deux idées ont l'une avec l'autre, il faudroit
avoir l'une & l'autre idée. Ils ont celle dé
la mortalité , ils n'ont pas celle de l'ame , ils
ne peuvent donc pas comparer ces deux
idées enſemble ; ils ne peuvent donc , par
les feules lumieres de leur raifon , ni affûrer,
ni nier la mortalité de l'ame , & par conféquent
ils ne peuvent que douter.Mais quoi !
direz-vous ? fe trouvent-ils donc dans la néceffité
d'êtrePyrroniens ? Oiii, fans doute ,lorfqu'ils
veulent raiſonner fur des idées qu'ils
n'ont pas. On ne peut affûrer que ce qu'on
voit , que ce qu'on fent , ou ce dont on a
des preuves fuffifantes pour le croire , fur le
rapport d'autrui. Or ils ne voyent point ,
ils ne fentent point la mortalité de l'ame ;
ils ne trouveront nulle part aucune preuve
fuffifante pour les en convaincre , ils font
donc dans la néceffité de fufpendre leur jugement
, dans la néceffité de douter , & par
conféquent, d'un principe qu'ils doivent au
moins regarder comme douteux , ils ne peuvent
96 MERCURE DE FRANCE.
vent tirer aucune conféquence certaine.
Nous voyons & nous fentons , diront- ils
peut-être , que les fonctions de l'ame dépendent
des mouvemens du corps , & nous
pouvons en conclure que quand les mouvemens
du corps ceffent , les fonctions de
Tame doivent ceffer. C'eft ce qu'ils peuvent
avancer de plus fpécieux .
Nous voyons en effet & nous fentons que
les fonctions de l'ame dépendent des mouvemens
du corps , mais c'eſt ſeulement lorfque
ces deux fubftances font unies . Ils ne
fçauroient démontrer qu'il foit impoſſible
qu'elles fe féparent , puifqu'ils n'ont ni l'idée
de l'ame , ni par conféquent l'idée de
l'union de l'ame avec le corps. S'il eft done
vrai que ces deux fubftances foient deſtinées
à fe féparer , après leur féparation , les
fonctions de l'ame ne dépendront plus des
mouvemens du corps , ainfi de la mortalité
du corps on ne pourra pas conclure la mor
talité de l'ame .
Ces Mrs nous rétorqueront peut- être notre
argument , en difant : fi nous ne pouvons
pas affûrer la mortalité de l'ame, par la
raifon que nous n'en avons point l'idée ,
vous ne pouvez pas , par la même raiſon ,
en affûrer l'immortalité . Mais nous répondrons
premierement , que nous ne regardons
l'immortalité de l'ame comme le
pas
principe
M A Y. 1744 . 897
principe d'où nous concluons l'exiſtence de
la Religion . Nous répondrons en fecond
lieu , que d'un côté nous pouvons au moins
faire valoir un argument négatif, qui forme
une fi forte préfomption en faveur de notre
caufe , qu'avec tous leurs Sophifmes ils ne
fçauroient la détruire , & que d'un autre côté
notre croyance eft appuyée fur la Révélation
. Je m'explique . Si nous n'avons pas
l'idée de l'ame , nous en avons au moins le
fentiment , car nous fentons que nous penfons
, nous fentons que nous voulons , nous
fentons que nous raifonnons , nous fentons
que nos penfées font réfléchies ; cette connoiffance
que nous avons de l'ame par fentiment
, ne nous donne aucune idée de mortalité
, puifque nous n'y voyons aucun principe
de divifion , d'altération , de corruption
, & par conféquent nous n'y voyons
aucun principe de deftruction . La pensée &
la volonté ne font pas compofées de parties,
car nous ne sçaurions les divifer , même par
l'entendement ; nous ne pouvons pas prendre
la moitié , le tiers , ou le quart d'une
penfée. La pensée & la volonté ne font fufceptibles
d'aucun des attributs , qui conviennent
à la matiére ; elles n'ont ni figure,
ni couleur , ni mouvement , &c. Ainfi ne
voyant pas comment l'ame être mortelle
, në comprenant pas qu'il foit poffible
C qu'elle
peut
898 MERCURE DE FRANCE.
qu'elle le foit , & n'ayant aucune raiſon de
le foupçonner , nous pouvons , en quelque
maniére , enfaffûrer l'immortalité. Je dis ,
en quelque maniére , car n'ayant pas , comme
j'ai dit , l'idée de l'ame , nous ne fçaurions
former aucune démonftration fondée
fur la nature de l'ame même. Mais il fera
toujours vrai , qu'en raifonnant fur nos
idées , & en ne raifonnant que fur nos idées ,
l'immortalité de l'ame nous paroîtra infiniment
plus probable que la mortalité de l'ame.
Si nous joignons à cet argument celui
que nous pourrions tirer de la justice de
Dieu , qui ne lui permet pas de refufer fes
récompenfes à ceux qui fe tiennent dans
l'ordre , ni de laiffer fans punition ceux qui
s'en écartent , nous y trouverons un puiſſant
moyen, pour augmenter notre conviction.
Enfin la Révélation acheve de nous perfuader
; elle nous apprend pofitivement que
notre ame eft immortelle . Regardons donc
cette vérité comme un fait . Si ce fait eft
bien prouvé , nous n'avons aucune raiſon
d'en douter , puifque bien loin d'impliquer
la moindre contradiction , il nous paroît infiniment
plus vrai-ſemblable par les feules
lumieres naturelles, que le fentiment oppofé.
Or on ne pas peut nier que ce fait ne foit
expreffément contenu dans l'Ecriture Sainte;
la divinité de l'Ecriture Sainte eft démontrée
THEQUE
MAY. 1744. 3900 N
trée par une infinité de faits , qu'on
voir détaillés dans tous les Livres qui trartent
de la vérité de la Religion Chrétienne,
ainfi nous pouvons regarder l'immortalité
de l'ame comme un fait prouvé , & nous
pouvons l'affûrer , en ne raifonnant que fur
nos idées.
.
Vous trouverez , fans doute , M. que je
me fuis trop étendu fur une matiere , que
bien des gens , infiniment plus habiles
que
moi , ont mis plufieurs fois dans tout fon
jour , mais il falloit vous faire fentir l'ignorance
de vos Adverſaires , & j'ai crû que
pour vous en donner une jufte idée , il falloit
vous faire voir qu'ils affûrent ce qu'ils
n'entendent pas , qu'ils raifonnent fur des
idées qu'ils n'ont pas , & qu'ils blafphêment
ce qu'ils ignorent. Voila , je crois , leur
ignorance fuffifamment démontrée. Venons
maintenant à leur folie ; il n'eft pas plus
difficile de la prouver.
Ces Incrédules cherchent à faire des-
Profélytes , car pour quelle autre raiſon
feroient-ils valoir leurs Sophifmes ? Pour
quelle autre raifon tâcheroient - ils de dégoûter
de la Religion ceux qui font affés
infenfés
, pour les écouter ? Pour quelle autre
raifon employeroient-ils le farcafme ,
l'ironie , les injures & les mépris contre
ceux qui font profeffion de croire ?
Cij Mais
DE
LA
900 MERCURE DE FRANCE.
Mais quel interêt ont-ils à faire des Profélytes
? Quel avantage doit- il leur en revenir
? S'ils réüffiffoient , comme ils paroiffent
le ſouhaiter , ils n'en feroient eux-mêmes que
plus malheureux . Se flatent -ils que tous les
hommes deviendroient leurs complaifans ,
dès qu'ils leur auroient fait fecouer le joug
de la Religion , ou qu'ils auroient eux-mêmes
la liberté d'être les complaifans des
Grands Seigneurs , fans encourir aucune note
d'infamie ? Rendons-leur juftice & foyons
perfuadés que leur folie ne va pas jufques
là . Ils fçavent que chaque homme a fa paffion
dominante , & que le nombre des brutaux
eft pour le moins auffi grand que celui
des flateurs,
Suppofons donc qu'ils puiffent venir à
bout d'anéantir la Religion . Qu'arriveroitil
alors ? La digue qui retenoit les paffions ,
feroit rompue ; les hommes qui ne craindroient
& qui n'efpereroient rien après cette
vie, s'abandonneroient à tous les excès qui
pourroient leur procurer quelque bien ou
quelque plaifir ; la candeur , la bonne foi ,
l'amitié même,feroient entierement bannies
du commerce; il ne feroit plus queftion ni de
charité ni de droiture de cour ; les plus forts
attaqueroient les plus foibles à force ouverte,
& les plus foibles employeroient la rufe ,
l'artifice & tous les ftratagêmes , que la malice
,
MAY. 1744. 901
lice , naturelle à l'homme,pourroit leur fournir
contre les plus forts . De-là la perfidie, la
trahiſon , les meurtres & toutes fortes de
brigandages. La Terre entiere ne feroit
que
comme une vafte forêt , pleine de bêtes immondes
& de bêtes carnacieres . Que deviendroient
alors ces Docteurs du libertinage
? ne fe trouveroient-ils pas dans la fatale
néceffité d'être fans ceffe en garde contre
leurs Difciples mêmes , & ne feroient- ils
à tous momens expofés à devenir la victime
des dogmes pervers qu'ils auroient fait goûter
aux autres ? Le bon fens fuffit pour faire
fentir toutes ces affreufes conféquences . Cependant
les libertins ne les fentent point ,
ou du moins ils agiffent comme fi elles ne
faifoient aucune impreffion fur eux . Je vous
demande , M. fi ce n'eft pas-là de la folie.
pas
S'ils croyent pofitivement avoir pris le
bon parti , en renonçant à la Religion & en
fe livrant à la corruption de leur coeur, que
ne profitent-ils de la prétendue bêtife de
ceux qui font profeffion de croire ? Ils feront
affûrés de tirer bon parti de la crédulité
de ces hommes fimples , qui aimeront micux
fouffrir la perfécution , les outrages & les
mépris des Impies , que de défobéir à Dieu,
en recourant à la vengeance. Ils auront affaire
à des benêts qui n'envieront pas leur
bonheur , qui ne troubleront pas leurs plai-
C iij firs ,
902 MERCURE DE FRANCE.
firs , & qui ne chercheront pas à les fupplanter.
Oles bonnes gens que les bons Chrétiens !
Qu'il feroit à fouhaiter pour le genre humain
que prefque tous les hommes fuiviffent
les regles de l'Evangile ! Les Impies mêmes
en feroient bien mieux à leur aife . Mais
malheureufement la cabale noire groffit
beaucoup , & cette efpece maudite ne pulluque
trop pour fon propre malheur. Peuton
donc, M. regarder comme des gens fenfés
ceux qui tâchent de la groffir encore ?
le
Vos Adverfaires s'imaginent peut - être
que les Loix Civiles fuffifent pour contenir
les hommes , mais ils fe trompent. Les
hommes vicieux font naturellement portés
à fe flater que leurs mauvaiſes actions ne feront
pas découvertes , ou qu'elles demeureront
impunies. L'impétuofité de la paffion
empêche d'en voir les fuites , & en général
un frein qui n'empêche pas le confentement
de la volonté , & qui ne tend qu'à
arrêter le bras , eft bien peu de chofe . D'ailleurs
, quand les Loix Civiles feroient сара-
bles d'empêcher les actions qu'elles puniffent
, combien d'autres ne peut - on pas
commettre , qui troubleroient la fociété &
qui lui feroient funeftes ?
Diront-ils que les Payens rempliffoient les
devoirs de la vie civile , & que par conféquent
MA Y. 1744.
903
quent la Religion n'eft pas néceffaire , pour
obliger les hommes à remplir les mêmes devoirs
? Les Payens avoient une Religion
fauffe à la vérité , mais pourtant capable de
les contenir jufqu'à un certain point , en
leur faifant craindre les peines du Tartare ,
& en leur infpirant le défir & l'efpérance
de participer aux délices des Champs Elifées.
Je dis que cette fauffe Religion étoit capable
de contenir les hommes jufqu'à un certain
point , parce que permettant , ou même
autorifant bien des vices & bien des crimes,
elle étoit très-éloignée de pouvoir perfectionner
la fociété .
Il n'y a que la Religion & la vraie Religion
qui puiffe donner de la force aux Loix ,
réprimer tous les vices , & rendre les Peuples
heureux. Quelqu'un peut-il fe fier à
ceux qui veulent faire dépendre la vertu &
le vice de l'opinion des hommes ? Les ennemis
de Dieu ne feront- ils pas les ennemis de
tout le genre humain , lorfque leur interêt
l'exigera ? Les Impies ont beau fe liguer
contre les Chrétiens ; ils fe haïffent entre
eux , pour le moins autant qu'ils nous haiffent
, & ils fe craignent les uns les autres ,
fans comparaifon plus qu'ils ne nous craignent.
D'où je conclus , que lorfqu'ils cherchent
à pervertir les autres , ils agiffent en
étourdis , & qu'il n'y a qu'un efprit de ver-
C iiij tige ,
904 MERCURE DE FRANCE.
tige, qu'une folie bien marquée, qui puiffent
leur fuggerer le défir d'engager les autres à
penfer comme eux.
Voila , M. les refléxions que votre belle
Epitre m'a donné occafion de faire. Vous
fervez l'Etat en fervant la Religion , car c'eſt
la Religion qui nous apprend à craindre
Dieu & à honorer le Roi. C'eft la Religion
qui fait fentir aux Peuples l'obligation indifpenfable
d'obéir aux Puiffances & de les
refpecter. C'eft la Religion qui unit tous les
hommes par le lien de la charité , & qui ôte
de leur coeur le defir criminel de fe nuire les
uns aux autres. C'eft la Religion qui les renddoux
, humains , traitables , compatiſfans à
la mifere d'autrui . C'eft la Religion qui leur
enfeigne à être humbles & modeftes dans la
plus grande élévation & dans la plus grande
profpérité. C'est la Religion qui leur infpire
la conftance & la patience au milieu des adverfités.
En un mot, c'eft la Religion qui leur
donne le goût de toutes les vertus , & qui
les éloigne de tous les vices. Les Systêmes
des Impies portent au contraire les hommes
à tous les vices & les éloignent de toutes les
vertus.
Continuez donc de combattre ces ſyſtêmes
déteftables ; continuez de fournir & de
procurer au Public des lectures qui l'inftruifent
& qui l'édifient. Tout Chrétien eft Apotre
, comme vous l'avez remarqué vous - même
,
MAY. 1744 .
༡༠༨
me , & par conféquent tout Chrétien eſt
competent pour défendre la caufe de Dieu ,
dès qu'il a affés de zéle & affés de lumieres
pour le faire . Par vos foins & par ceux de
M. Deftouches, votre ami , nos Journaux font
confacrés fouvent à la Religion , puiffent- ils
devenir l'inftrument de la converfion de fes
ennemis !
Au refte , quoique ceux-ci puiffent faire ,
quelques traits qu'ils puiffent vous lâcher ,
ils n'affoibliront pas l'eftime que les honnêtes-
gens ont conçu pour vous . En mon párticulier
, j'admirerai toujours vos talens , &
encore plus , l'ufage que vous en faites. J'ai
l'honneur d'être , M. & c.
A Villiers en Bierre , ce 7 Mars 1744 .
PRIERE du Sage à la Fortune.
SI tu me vois , Plutus , en ton riche Palais Ι
Affidu courtisan , rechercher tes bienfaits ,
Si la plume à la main , dans ta maiſon cherie
Je paffe de mon tems la meilleure partie ;
-Ne crois pas , qu'ébloui de tes brillans dehors ,
J'afpire avec ardeur à d'immenfes trésors ,
Et que mon ame , en proie à la foif des richeffes ,
Brûle de meriter tes plus grandes largeffes.
Difciple de Minerve , Eléve d'Apollon , Cv
Je
906 MERCURE DE FRANCE.
Je conforme mes goûts aux Loix de la Raiſon ;
Je fçais que ta faveur , pour vivre heureux fur terre ,
Quoiqu'en dife un faux fage, eft un point néceffaire;
Il eſt dans les mortels d'effentiels befoins ,
Ne peut
>
Qui traînent avec eux la douleur & les foins ;
Qui n'a pas en ſes mains dequoi les fatisfaire ,
abfolument être exemt de mifere ,
Mais je fçais bien auffi , que pour vivre content
L'homme n'a pas befoin de fe voir opulent ,
L'état feul , procurant l'honnête ſuffiſance ,
Qui place fous le riche & met fur l'indigence,
Qui tenant un mortel dans un jufte milieu ,
L'éloigne également du trop & du trop peu ,
Eft l'unique tréfor que le bonheur defire ,
Et c'eft auffi le feul auquel mon ame aſpire .
Prodigue tes bienfaits à tant d'autres mortels ,
Qu'on voit avec ardeur encenfer tes Autels ;
Contente , fi tu peux , ce Procureur avide ,
Au corps fec , à l'oeil trifte , au coeur faux & perfide,
Qui , cloué nuit & jour fur des tas de procès ,
Veut s'ouvrir près de toi le plus intime accès.
Satisfais ce Guerrier , dont la dépenfe extrême
Ne peut , fans ton fecours , être long- tems la même,
Et qui joint au defir d'égaler les Céfars
Celui de t'enchaîner à la fuite de Mars.
Regarde avec les yeux toujours les plus propices,
Ces Abbés , affamés de riches Bénéfices ,
Et qu'on n'eut jamais vû confacrés à l'Autel ,
Sans
MAY. 1744.
907
Sans la poffeffion d'un ample temporel.
Comble de tes bienfaits cet homme infatigable ;
Ce Marchand , quoiqu'aiſé , toujours inſatiable ,
Qui dans un doux repos pouvant paffer les jours ,
Dans le trouble & la peine en confume le cours ;
Mon coeur reglé jamais n'en concevra d'envie ;
Je verrai leurs tréfors , fans nulle jaloufie.
Plutus , accorde moi la médiocrité ;
J'abandonne , joyeux , la fuperfluité ;
Mon corps & fes befoins pourvûs du néceffaire ,
Mon ame & fes defirs feront ma feule affaire ,
Et fans plus t'adreffer d'inutile oraiſon ,
Je courrai de ton Temple en celui d'Apollon.
Au fein du doux loifir & de l'indépendance ,
Je ferai mon bonheur du ftudieux filence ;
Non content d'y jouir des charmes du fçavoir ,
Je m'y fortifierai dans l'amour du devoir.
Dans l'innocente ardeur de la Litterature ,
L'ame , qui le defire , inceffamment s'épure ;
Tout ce que m'offriront les Sciences , les Arts ,
Je le reconnoîtrai digne de mes égards ;
Partout où je verrai du bon , du véritable ,
Mon ame , je le fens , y trouvera l'aimable ,
Mais felon le rapport à ma perfection ,
J'y mettrai plus ou moins mon application.
Je vous cultiverai , Grammaire , Poëfie ,
Mufe des fons flateurs , & vous Géographie ;
Je vous estimerai , Peinture , Art de bâtir ,
C vj
Talent
908 MERCURE DE FRANCE .
Talent même ou Germain ſçût ſi bien réüſſir ;
Mais parmi ce qui charme au Temple de Mémoire,
Je vous prefererai , Philofophie , Hiftoire ;
L'une , m'offrant du vrai le fentier lumineux ,
Me rendra plus folide & plus judicieux ,
L'autre , me préfentant les actions humaines ,
Affermira mon coeur dans les moeurs les plus faines ,
Et toutes deux , d'accord à me rendre meilleur ,
Vous m'apprendrez à fuir & le vice & l'erreur ;
'Ah Plutus ! tous les Dieux amis de la Sageffe
Marquerent en tout tems qu'elle les intéreffe ;
Ils l'aimerent toujours , & le fage à leurs yeux
Fut toujours un objet & cher & précieux.
Pourrois-tu , fans manquer à ton être adorable,
A mes juftes defirs n'être favorable ? pas
Mais ton air m'eft garant de ta Divinité ;
Je te vois me fourire avec benignité ;
Je lis fur ton viſage , auffi ferein qu'augufte ,
Qu'un Dieu toujours écoute une priere jufte.
Non , je n'en doute plus ; tu vas combler mes voeux.
O Ciel ! qu'à peu
de frais tu peux faire un heureux !
F... trier, A Paris , le 20 Avril 1744.
RE'
MAY. 1744.
༡༠༡
淡淡說洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗
REPONSE d'un Officier au Régiment
de ..... à la lettre de M. Liger , Commis
au Bureau de la Guerre , au fujet de fon
Systême , pour mesurer le côté d'un quarré
avec fa diagonale , inferée dans le Mercure
du mois de Novembre 1743 , page 2399.
E me trouve actuellement , M. en garnifon
, dans une petite Ville , à l'extrêmité
du Royaume , où votre réponſe m'eſt
enfin parvenuë ; je ne m'applique point
aux Problêmes d'Euclide , de maniere à ne
pas me diffiper quelquefois par des entretiens
moins férieux ; j'ai fait connoiffance ,
depuis mon féjour , avec deux jeunes Dames
, fort aimables , & qui fe font un plaifir
de lire exactement le Mercure , à l'exception
des articles dans le goût de votre lettre
& de la mienne ; en parcourant le nouveau
Mercure , qui venoit d'arriver , elles
s'étoient contentées , comme à leur ordinaire
, de voir le titre de votre réponſe
mais un de mes camarades , à qui j'avois
communiqué mes précédentes obfervations ,
& qui fe trouvoit pour lors avec elles , demanda
pour un moment la liberté de lire à
part votre Ouvrage ; il parut que cette lecture
>
910 MERCURE DE FRANCE.
ture l'intéreffoit ; quelques fouris échappés
exciterent la curiofité des Dames , qu'il fatisfit
bientôt , par l'indifcretion qu'il eut de
dire que cette réplique me concernoit ; j'arrivai
peu
de tems après , & j'eus bien des
plaifanteries à effuyer , fur la liberté que je
m'étois donnée , de m'ériger en Cenfeur
& la punition que j'avois méritée , pour
m'être fait imprimer ; je vous avoue , qu'après
avoir foutenu la raillerie , le plus longtems
qu'il me fut poffible , je m'avifai de
vouloir me juftifier , & je ne pus réfiſter à
la petite vanité de faire voir que je n'avois
pas autant de tort , qu'on fe l'imaginoit ;
j'avois heureuſement fur moi les quarrés
tout tracés , dans la forme que vous les avez
prefcrits , par votre premiere lettre , que
nous cherchâmes dans le fecond Mercure de
Juin , page 1414 ; enfuite dans celui de Septembre
nous vîmes la réponfe que j'avois
faite , datée de Villefranche en Beaujolois ,
& je fis l'application
de ces figures , en obfervant
, que le réfultat de votre travail ,
& le principe du Syftême que vous propofiez
, étoit de perfuader que les 72 quarrés ,
faifant la moitié de celui de 144 étoient
égaux aux 72 quarrés & un quart , qui contpofoient
la quatrième partie du quarré 289.
Je ne vous cacherai pas , M. que pour lors
les rieurs commencerent à fe ranger de mon
côté ;
MA Y. 1744. 911
côté ; l'une de ces Dames dit d'abord : il me
paroît que fi l'on vouloit prendre la peine
de découper les premiers 72 quarrés , on
ne devroit pas efperer d'en couvrir totalement
les 72 & un quart ; puifque tous ces
quarrés font fuppofés entierement égaux
il refteroit néceffairement un quart à découvert
; je tonçois , continua- t'elle , que la
précifion ne peut fe trouver exactement
dans une figure matérielle , mais fi on n'a
pas l'oeil affés bon , l'efprit doit aller aude
- là ; l'autre Dame ajouta , je trouve
encore une objection plus fimple , que je
ferois à M. Liger ; 72 quarrés ne font affûrement
qu'une partie de 72 quarrés & un
quart ; fi les premiers avoient autant d'étendue
que les derniers , la partie feroit
donc égale au tout , d'ailleurs on trouveroit
à la fois , que ce quart du grand quarré 289
contiendroit 72 quarrés & un quart , &
qu'en même-tems il n'en contiendroit que
72 , ce qui paroît très- certainement incroyable
, comme le dit fort bien M. Liger , puifque
l'on ne pourra jamais s'imaginer qu'une
grandeur foit précisément d'une telle étenduë,
& qu'en même-tems elle ne le foit pas ;
le zéle de l'Auteur pour enrichir les Géométres
préfens & à venir de nouveaux tréfors,
l'a fans doute engagé , malgré toute la
prudence dont je le crois capable , de fermer
912 MERCURE DE FRANCE .
mer les yeux fur les difficultés qui devoient
l'arrêter , & de profcrire des vérités , dont
on ne feroit jamais dédommagé par une infinité
de découvertes pareilles à la fienne ;
tout autre que vous , M. auroit été fort intrigué
de répondre à la vivacité Provençale
des deux nouvelles antagonistes que le hazard
vous a fufcitées ; pour moi je m'applau
diffois déja de mon triomphe , mais dans le
tems que je le croyois bien affuré , l'une de
ces Dames , après quelques momens de filence
, fit naître un nouveau doute ; quoique
je fois bien perfuadée , dit-elle , qu'une
exacte fupputation ne fçauroit être contraire
au raifonnement , cependant M. Liger infere
dans fa lettre un calcul qu'il dit être
clair , court & décifif ; à la vérité je n'y comprends
rien , mais peut- être n'en est- il pas
moins jufte ; je voudrois fort être en état
de l'examiner.
On peut aisément fe figurer mon embarras
pour donner les éclairciffemens néceffai
res à des perfonnes qui n'avoient nulle idée
de ces fortes de fupputations ; je n'ai point
les talens , ni le ton d'un Profeffeur , & je
fuis obligé de convenir que je ne fçavois
par où commencer ; il me fallut cependant
feur expliquer ce que c'étoit que les proportions
des nombres , diftinguer celle que l'on
appelle Géométrique d'avec l'Arithmetique
,
MAY. 1744 .
913
que
que , & leur faire connoître les propriétés
de l'une & de l'autre ; je leur fis entendre
que quatre nombres étoient dits fe trouver
en proportion Arithmetique , par l'égalité
de leurs differences , c'eſt-à- dire , lorfque le
fecond furpaffoit le premier d'une même
quantité , que le quatrième excédoit le troifiéme
; par exemple que ces quatre nombres
3. 4. 7, 8 formoient une proportion
Arithmetique , dont la propriété principale
étoit , que la fomme des extrêmes étoit toujours
égale à celle des moyens , mais
dans la proportion Géométrique on examinoit
la maniere dont un nombre en contenoit
un autre , qu'il falloit ainfi , pour former
une proportion de cette efpece , que le
fecond terme contint le premier , comme le
quatrième renfermoit le troifiéme , & qu'alors
le produit des extrêmes fe trouvoit toujours
égal au produit des moyens ; après
avoir prefenté quelques exemples & fait
plufieurs operations , je me trouvai bien récompenfé
par la furprenante pénétration de
mes Ecolieres , elles vérifierent par ellesmêmes
, qu'il ne fe trouvoit point de poportion
Géométrique , dans la premiere que
vous donnez 12. 17 :: 17.24 ; & que pour
la rendre jufte , le dernier terme devroit
être 24 & un douzième ; on reconnut auffi
que la proportion 3. 4. 4. 5 ; dont vous
affûrez
914 MERCURE DE FRANCE.
que
des
affûrez que Pithagore a fait ufage , n'eft
qu'une proportion Arithmetique , dans laquelle
on n'a jamais prétendu que la multiplication
des extrêmes dût être égale à celle
des moyens
, mais feulement l'addition ;
tandis que dans la précédente au contraire ,
12. 17:17. 24 & un douzième , qui eft
Géométrique , on n'a jamais dû s'attendre
l'addition des extrêmes fut égale à celle
moyens , mais fimplement la multiplication
; enfin dans la derniere progreffion
que vous donnez , on n'a point trouvé que
8 & demi fut la racine d'un quarré 72 ,
parce que fi l'on multiplie 8 & demi par luimême
, le produit doit être 72 & demi , de
même , en multipliant 17 par 17 , la fomme
fera 289 , enforte que les nombres 8 &
demi & 17 ne font point les racines des
quarrés 72 & 288 , ce qui détruit la conféquence
que vous aviez deffein d'en tirer.
Après nos fupputations , ces Dames fe
recrierent unaniment , M. Liger n'est donc
pas plus heureux dans fes calculs , qu'à l'égard
des principes qu'il avance , puifque
dans tous les nombres qu'il donne on ne
trouve point de proportions , ou bien il
renverfe leur ufage , en faisant dans l'uné ,
celui qui eft deftiné pour l'autre ; enfin ,
M. ces nouvelles Géométres font fort defabufées
fur la folidité de votre découverte
&
MAY. 1744. - 915
& de vos preuves ; je prévois même , que
pendant la Campagne dont on nous parle ,
elles fe croiront affés fortes fur leurs principes
, pour répondre en ma place , fi vous
perfiftez à foutenir , au moyen de pareils
calculs , que la partie foit auffi grande que
le tout. Il ne m'en a couté , comme vous
voyez , pour répondre à votre lettre que de
rediger les obfervations de deux perfonnes ,
en qui vous ne foupçonnerez pas les fentimens
qu'infpire la jaloufie de metier ; vous
ne pouvez , M. les accufer d'entêtement ,
ou de prévention en faveur de tout ce que
l'on avoit penfé juſqu'à préſent en Géométrie
, puifqu'elles n'en avoient pas la moindre
idée , mais une grande pénétration ,
avec beaucoup de jufteffe dans l'efprit , m'a
paru fuppléer à leur peu d'expérience ; enfin
permettez moi d'ajouter , M. au fujet
des quarrés 72 & 288 , que leurs puiffances
font imparfaites , & que l'on ne peut exprimer
par aucun nombre la valeur de leur racine
, comme il eft démontré dans le Traité
de la Grandeur du Pere Lamy , Liv . 6 , Sect.
2 ; vous en aurez encore la preuve , en vérifiant
que l'on ne sçauroit avoir aucun nombre
, entier , ou rompu , qui multiplié par
lui-même , faffe le produit 72 , ce qui vous
fera peut-être préfumer , que ce n'eft point
une fuppofition contre la vraiſemblance , &
trop
916 MERCURE DE FRANCE.
trop légèrement adoptée par tous les Géometres
qui vous ont précédé , de croire
qu'il eft des grandeurs incommenſurables .
J'ai l'honneur d'être , & c .
' A ....... ce 16 Janvier 1744.
DEPIT AMOUREUX.
Oui j'ai juré de n'aimer pas ,
Ui
Philis , & je le jure encore.
Envain meritez- vous que chacun vous adore ;
Envain étalez - vous à mes yeux mille appas.
Fuffiez -vous plus belle qu'Heléne ;
Plus qu'elle fiffiez - vous de bruit & de fracas ,
Oui , j'ai juré de n'aimer pas .
Aimer quoi donc pourfuivre une inhumaine !
Perdre auprès d'elle & fon tems & fa peine !
Brûler envain de mille feux !
Prodiguer ce muet & ce tendre langage ,
Qui fait parler le coeur par le fecours des yeux !
Jurer ! protefter ! faire rage !
Pourchaffer ! affiéger une Iris en tous lieux !
Ici , fur un ton langoureux
Faire retentir le Rivage
De plaintes , de triftes accens !
Là , fatiguer les Bois , les Prés , les Champs
Du
MAY. 1744. 917
Du recit de fes maux ! de fon dur esclavage !
N'eft- ce pas des Amans le funefte partage ?
N'est- ce pas là d'Amour la véritable image !
Quelfort ! grands Dieux ! quel embarras !
Oui , j'ai juré de n'aimer pas.
Hélas ! pourtant ( oferai - je le dire ? )
Atoute heure , en tous Lieux , matin , foir , jour &
nuit ,
Philis , votre image me fuit ;
Je fouffre , je languis , je brûle , je ſoupire.
Combien de fois déja yous l'ai-je dit ?
Combien de fois du moins auriez -vous dû l'entendre
,
Si vous aviez voulu vous en donner les foins ?
Tant de foupirs , un air fi tendre ,
Tant de transports , d'ardeurs , dont vos yeux font
témoins ,
Vous l'ont dit ; il n'en eft pourtant ni plus ni moins.
Oui , cruelle , infenfible au feu qui me dévore ,
En vain vous me voyez mourir.
Votre bouche d'un mot encore ,
Vos yeux d'un feul regard , ces beaux yeux que
j'adore ,
N'ont pas daigné me ſecourir,
Eh bien ! pour me venger de tant de réſiſtance ,
Malgré moi , pour toujours foumis à vos appas ,
Cent fois je le redis , cent fois je recommence ;
Oui, j'ai juré de n'aimer pas ;
Hélas ! Philis , quelle vengeance !
LET
918 MERCURE DE FRANCE.
LETTRE de M. Tanevot à M. D. L. R.
N
Ous aimons volontiers , Monfieur , à
nous entretenir vous & moi , de ce
que les Talens offrent de rare & de fingulier.
Je vous ai toujours connu attentif aux
nouvelles découvertes qu'on peut faire dans
l'Empire des Muſes , & vous vous plaiſez à
publier les Prodiges qu'on y voit paroître
de tems en tems. Il vient d'en produire un
qui , je crois , ne vous aura point échappé ,
mais que j'ai été plus à portée de connoître
que vous. C'est un Muficien , âgé de 13 ans,
un Page de la Mufique de la Chambre du
Roi , un Enfant qui a charmé ces jours- ci la
Cour & la Ville par un Motet à grand
Choeur , de fa compofition ; il avoit choiſi
le Pleaume Venite Exultemus. Leurs Majeftés
l'ont entendu deux fois , & en ont témoigné
leur fatisfaction . La Renommée n'a pas
manqué de fe prévaloir de ces glorieux fuffrages
; elle a fait paffer ce Motet de la Chapelle
du Roi au Concert Spirituel , il y a été
exécuté auffi deux fois. Les applaudiffemens
ont été unanimes , & ils n'avoient plus de
bornes quand on mettoit l'Ouvrage vis-àvis
l'âge de l'Auteur. En effet , M. j'ai oui
dire à 20 Maîtres de l'Art , qu'on fe feroit
honneur
MAY. 1744. 919
honneur d'une pareille production à 40 ans.i
Il ne feroit pas étonnant que quelqu'un s'imaginât
que ce jeune Eleve de Polymnie
eût été foûtenu dans fon premier effor, mais
je puis vous affûrer qu'il a volé de fes propres
aîles ; je l'ai vû entrer dans la Lice ; j'ai
vû M. de Blâmont , ( a ) ſon Maître , le fuivre
feulement de l'oeil , dans la carriere ; il
étoit bien aiſe de voir éclore ce génie , & il
en refpectoit , pour ainfi dire , les clartés
naiffantes ; il avoit déja vû un pareil Phénoméne
naître fur fon horifon; M. de Bury ,(b)
qui a été auffi fon Diſciple , a cueilli des
Lauriers fur la Scéne Lyrique , en entrant
à peine dans fon cinquiéme Luftre.
Je ne ferai point de refléxions fur l'honneur
de tels Eleves font à leur Maître ; elles
fe préfentent d'elles-mêmes. Mais pour revenir
à notre jeune Auteur , je vous obferverai
encore qu'il a donné un nouveau fujer
d'admiration, par l'intelligence & les graces
avec lesquelles il battoit la mefure , & beaucoup
plus encore , par la décence & la modeftie
dont il accompagnoit fon action. On
allie toûjours chés M. de Blamont les moeurs
que
(a) Sur-Intendant de la Mufique de la Chambre dis
Roi , chargé de l'Education & de l'entretien des
Pages.
(b) Auteur du Ballet intitulé , les Caractéres de la
Folie.
/
avec
920 MERCURE DE FRANCE.
avec les Talens , & il n'eft pas moins jaloux
d'infpirer les unes que les autres . La vertu
eſt le fard du mérite. Notre petit Amphyon
a d'un autre côté l'avantage d'être né de
très-dignes Parens ; M. Cardonne , fon pere,
eft depuis long-tems Commis d'un Miniftre
qui l'honore de fes bontés , & les effets s'en
répandent journellement fur plufieurs autres
enfans qu'il a, & qui travaillent, comme
leur pere, à les mériter. Combien une protection
fi efficace eft - elle capable de faire
germer la femence d'une bonne éducation !
Je fuis avec un tendre & inviolable attachement
, Monfieur , votre , & c .
A Versailles , ce 16 Avril 1744 .
LES EAUX DE BALARUC ,
ODE
A Mlle de Lillet , fur le rétablissement de fa
Santé , par l'ufage de ces Eaux , ordonnées
par M. Molin.
Habité je aux bords du Permeſſe ?
De fes ondes fuis- je enyvré ?
Je fens le tranfport qui me preffe ,
Et déja je m'y vois livré.
Eft- ce toi , divine Hypocrêne ,
Qui
MAY. 1744. 7921
Qui me penetre , qui m'entraîne ,
A former des accens joyeux ?
Non ; d'autres Eux plus raviffantes
A mes rimes reconnoiffantes
Prêtent des fons harmonieux .
C'eft toi , falutaire Fontaine ,
Dont Balaruc reçoit les Eaux ; '
C'eſt à ta vertu fouveraine
Que je dois mes accens nouveaux.
Quand ta Nayade bienfaitrice
Devient la Déeffe propice
Aux jours de la Reine des coeurs
Ma Mufe lui doit des Cantiques
Qui foient les preuves autentiques
De la bonté de tes liqueurs.
>
Tu les fais couler dans tes veines ,
Lillet ; ton fang hâte fon cours ;
Cet Elixir contre tes peines
Répand d'infaillibles fecours.
Par lui l'eftomach , plus docile ,
Conferve le dépôt utile
Des alimens qu'il a reçûs ,
Et les efforts involontaires
De ces fecouffes ordinaires
Déja ne font plus apperçûs .
D A fa
922 MERCURE DE FRANCE.
Afa foupleffe raffermie
Il rend le jeu de fes refforts ;
Il rétablit cette harmonie ,
D'où réfulte celle du corps .
La faim , trop long- tems fufpenduë ,
Se fait fentir ; elle eft renduë ;
Tout en irrite les défirs.
On les prévient ; mal affouvie ,
Elle fent croître fon envie ,
En fe livrant à fes plaifirs .
酥酥
Chaque moment te voit revivre ;
Morphée abaiffe tes beaux yeux ,
Lillet ; au Nectar qui t'enyvre
Il joint fes pavots précieux :
Silence Mufe ! elle fommeille ;
Ah! craignons qu'elle ne s'éveille ;
Iffé qui dort , a moins d'appas.
Continuons ; crainte inutile ;
Le fommeil , à fes voeux facile ,
La tient les nuits entre fes bras.
N'en doutons point ; fur fon vifage
Brille le fruit de fes douceurs ;
D'un tein , dont l'Amour fit l'ouvrage ,
Renaiffent les vives couleurs.
Ainfi , dans les jardins de Flore ,
La
MAY.
923
1744 .
La Roſe , au lever de l'Aurore ,
Reprend un éclat plus vermeil.
De même , au fortir du nuage ,
Plus lumineux après l'orage ,
On voit paroître le Soleil.
炒肉
Lillet , ta conftance héroïque
Triomphe enfin ; c'en eft affés ;
Oui , par ton courage Stoïque
Les maux doivent être laffés.
Toujours tendre , toujours Romaine ,
Tu ne reffentis d'autre peine ,
Que la douleur de tes ainis.
Tes pleurs s'uniffoient à leurs larmes ,
Er tu cédois à leurs allarmes ,
Quand tous les maux t'étoient foumis.
**
Reprens tes premieres délices ,
Interdites à ta fanté ;
Fais fuccéder à tes fupplices
La véritable volupté.
Revole vers la double cime ;
Vas de fon Dieu ravir l'eftime ,
Et te rejoindre à fes concerts.
Victorieufe des obſtacles ,
Retrace toujours les miracles
Des Sevignés & des Lamberts.
Dij
0
924 MERCURE DE FRANCE.
O toi, Fontaine bienfaifante ,
Seconde ces nobles effets !
Que ta vertu vivifiante
Acheve tes nouveaux bienfaits !
Ainfi , ton onde aura la gloire
De celle que Phoebus fait boire
Aux partifans de les faveurs.
Oui , la Nymphe qu'elle conferye ,
Eft une Amante de Minerve ,
Et la compagne des neuf Soeurs ,
***
Ceffe de nous vanter , Jouvance
Tes miracles rajeuniffants ;
L'Eau , dont j'annonce la puiffance ,
Triomphe des maux & des ans .
Et vous , Fontaine de Vauclufe ,
Source infenfible d'Aréthufe ,
Quels font vos effets précieux !
Pour toi , Balaruc fecourable ,
Ton Ambroisie eft préférable
Au jus dont s'enyvrent les Dieux.
***
Toi , Molin , que l'Europe honore
Comme l'oracle de ton Art ,
Qui , comme le Dieu d'Epidaure ,
Ne décides rien au hazard ,
Reçois par ma Mufe fidélle
Les
MAY. 925 1744.
·
Les vifs retours de la Mortelle
Dont tu prolonges le deftin .
Ainfi toi fon coeur éclate ; pour
La Grece n'eut qu'un Hypocrate ,
Et la France n'a qu'un Molin.
De Saulx , Chanoine de l'Eglife de Reims.
COMPLIMENT du Clergé de Dijon,
à M. Claude Bouhier , Evêque de la même
Ville , prononcé par M. l'Abbé Gagne
Doyen de la Cathédrale , le 26 Mars 1744 .
M.
Votre élévation à l'Epifcopat eft un de
ces événemens heureux & intéreffans , que
le Public avoit depuis long -tems prévenu
par fes voeux la joye que la premiere nouvelle
en répandit dans tous les Ordres , &
tout ce que votre préfence y ajoute de plus
fenfible , répond à la haute idée qu'on s'étoit
toujours formée des vertus qui devoient
vous y conduire.
Il n'appartenoit qu'au ( a) Grand Prélat ,
qui vous céde le Siége , fondé par fes tra-
(a) M. Jean Bouhier , premier Evêque de Dijon , en
1731 .
Diij vaux ,
>
226 MERCURE DE FRANCE.
fon vaux , affermi par fa fageffe , réglé par
efprit de modération
& de paix , de faire ,
en quelque forte , de votre perfonne , M. un don propre & fpécial à la Patrie , lorfque
par un nouveau trait de fon amour
pour elle , il s'eft ménagé en vous un fucceffeur
, tiré comme lui de fon fein , qu'il a
jugé plus capable, qu'aucun autre,de modérer
notre vive douleur fur fa retraite , plus
digne par fon nom & fes éminentes qualités
de le retracer fans ceffe à nos yeux & à
nos coeurs , & plus intéreſſé même par de
juftes motifs , à foutenir & à perpétuer dans
le Diocèfe les fruits de fon zéle & de fa follicitude.
,
Quel accroiffement de gloire , M. à votre
famille , tant de fois honorée de fonctions
importantes pour le fervice de nos Souverains
& pour le bien du Peuple , célébre
dans la République des Lettres , diftinguée
par le grand nombre de Sujets qui ont occupé
avec réputation les places les plus
confidérables des differents Corps Eccléfiaftiques
& Séculiers , furtout par cette longue
fuite de Magiftrats d'un ordre & d'un mérite
fupérieurs , qui brillent , même en ce
jour , dans l'augufte Sénat de cette Province
, d'avoir encore été choisie , par une difpofition
particuliere de la Providence, pour
donner à la Ville capitale fes deux premiers
Pontifes ! Mais
MAY. 1744. 927
Mais ce ne font ici que les richeffes de
l'Egypte , qui dans les vûës de la Religion
ne peuvent fervir qu'à l'ornement extérieur
du Sanctuaire ; la gloire d'un Evêque eft
toute intérieure , toute fpirituelle , comme
celle de l'Eglife , dont il eft le véritable
Epoux . Eh ! qu'il eft confolant pour nous ,
M. de ne pouvoir vous méconnoître à tous
les traits par lefquels le grand Apôtre a voulu
nous la repréſenter !
L'intégrité de vos moeurs , la droiture de
votre coeur , une conduite toujours uniforme
& toujours édifiante , un éloignement
entier de tous les vains amuſemens du fiécle
, une foi fincere , une folide piété , une
Doctrine puifée dans les fources anciennes
le zéle du culte divin & de la difcipline Eccléfiaftique
, une exacte connoiffance des
devoirs du S. Miniftére, acquife autant par
le goût que la grace de la vocation vous en
a infpiré, que par beaucoup de capacité &
de vigilance dans l'exercice des fonctions
d'Archidiacre & de Vicaire Général ; un air
de gravité & de douceur , de dignité & de
modeſtie , répandu fur toute votre perfonne
; je le répéte avec complaifance , à l'union
peu commune de tant de traits fi marqués
, je découvre avec le même S. Apôtre ,
l'homme de Dieu , parfait dans la Juſtice ,
& préparé à toutes fortes de bonnes oeu-
D iiij vres ;
928 MERCURE DE FRANCE.
vres ; je révére un autre Jofeph , né pour
être le Chef & le modéle de fes freres , le
conducteur & le ferme appui de fon peuple
dans les voyes du Salut .
Pourrois- je oublier dans une conjoncture
auffi touchante pour mes Confreres , & pour
moi en particulier , de faire entendre , encore
un moment , les Cantiques de joye &
d'actions de graces dont retentit fpécialement
notre Eglife ; & ne dirois-je pas à plus
jufte titre , la vôtre , M. puiſqu'ayant reçû
d'elle une nouvelle ( b ) naiffance en JESUSCHRIST
, Vous lui fûtes fi intimement attaché
dès vos plus ( c ) tendres années , &
qu'elle a l'avantage , fur toutes les autres ,
d'honorer aujourd'hui , comme fon Paſteur
& fon Pere , l'un de fes enfans & de fes
membres les plus diftingués ?
C'eft dans cette Eglife , favorifée du Ciel ,
que
fous les yeux & par les grands exemples
d'un illuftre ( d) Abbé , fon Reſtaurateur
dont la mémoire ſera à jamais en bénédiction
parmi nous , vous avez nourri & cultivé
les dons & les talens qui devoient vous porter
au fouverain degré du Sacerdoce ; il prévoyoit
, ce Prélat vénérable , bien plus par
( b ) Baptifé dans l'Eglife Cathédrale.
( c ) Chanoine à l'âge de 14 ans.
( d ) M. Claude Fyot
les
MAY. 1744. 929
les yeux de fa foi que par ceux de la nature
, tous les deffeins
de Dieu fur vous , quand
il vous affocioit
dès-lors à fon zéle & à fes
foins pour les Eglifes
qui lui étoient
con- fiées ; digne lui-même
de l'Epifcopat
, il a mérité
pour récompenfe
de fes vertus fur la terre , à fon Eglife chérie
un nouveau
titre d'honneur
& de prééminence
, à ſon Siége
la gloire
de n'être plus rempli
que par des Evêques
, & prefque
immédiatement
après lui , par un Pontife
de fon nom , de fon fang , plein de fon efprit , & l'objet de fon amitié la plus legitime
& la plus tendre.

Que nous refte- t'il à defirer , M. fi ce n'eft
que le Prince des Paſteurs & l'Evêque de
nos ames , qui vous a formé pour nous , felon
fon coeur , rendant fes Brebis dociles à
votre voix , fidelles à fuivre vos traces , empreffées
de feconder vos fages intentions ,
vous conferve auffi long - tems que leurs véritables
intérêts le demandent & qu'il
vous accorde , au moins , les jours de votre
S. Patron & Protecteur ? Nous en avons un
gage précieux & bien propre à foutenir nos
voeux & nos eſpérances dans l'heureux tempérament
& les années vénérables d'une
mere ( e ) célébre en Ifraël , par fa prudence
confommée & fon attention finguliére à
tous les devoirs de la vie Chrétienne &
(e ) Me la Présidents Bouhier , âgée de 94 ans.
Dv C
930 MERCURE DE FRANCE.
Civile ; juſtement honorée du Public , chérie
de fa famille , elle trouve , elle-même , felon
les promeffes de l'Ecriture , dans cette chere
& refpectable famille , fa joye , fa gloire , &
fa couronne.
EPITRE
>
A M. l'Abbé *** , Chevalier de l'Ordre de
S. Lazare , par M. L *** , furnommé
la Folie.
ENNaatttteerndant les Vers charmans ,
Que votre esprit , à ce que l'on publie ,
Doit adreffer à la Folie ,
Et qui juftifieront le goût , & les talens ,
Que tout le monde en vous admire ;
Le mien en Vers veut auffi vous écrire ,
Sans s'égarer dans le facré Vallon ,
Ou quelquefois pour attraper la Rime ,
Plus d'un Auteur a perdu la Raiſon .
La mienne de mes Vers ne fera point victime ;
Pour Muſe j'ai choiſi l'eſtime ;
Et mon coeur eft mon Apollon .
Sous l'habit de Pierrot , ami de la Nature ,
Dans un Bal lorſque l'on m'admet ,
-Pour les Dames alors je rime à l'avanture
Quelque Madrigal ou Couplet.
C'eft
MAY.
931 1744.
C'eſt leur préſence qui m'inſpire ,
Et j'admire en chantant leurs attraits , leurs vertus ;
Je ne dois point mes impromptus
Au Dieu du Poëtique Empire .
Quoique dans l'Art des Vers encore Ecolier ,
Lorfque je chante un Chevalier ,
Qui veut bien m'adopter pour frere ,
Ne fuis-je pas trop téméraire ?
Dans mes Couplets j'ai dit la vérité,
Sans choquer votre modeftie :
Le coeur étoit de la partie ,
Lorſque lui même il m'a dicté
Ceux que je fis pour Uranie ,
Sur l'Air de la Confeffion. *
Thémis , fans cependant approuver mon audace ,
M'en donna la permiſſion ;
Et c'eft alors que j'ofai célébrer
Ce qu'en vous j'ai lieu d'admirer ,
Et ce que les Romains admiroient dans Horace,
J'en attens un échantillon ,
Car je ne vous fais point de grace.
Favori du Dieu du Parnaffe ,
Rival heureux de Crebillon ,
Vos Vers ferviront de modéle ,
A nos Académiciens.
Sans étude , fans art j'ai compofé les miens ;
* L'Auteur , pour avoir occafion de faire l'éloge de
M. l'Abbé * ** , adreffa des Couplets à Mlle fafoeur.
D vj
En
932 MERCURE DE FRANCE.
En qualité d'ami fidéle
Je les adreſſe à votre esprit.
C'eſt une Loi que m'a preſcrit
Votre foeur, en tout accomplie
Quelle gloire pour la Folie
Si votre coeur les applaudit !
A Paris ce 6 Mars 1744.
25ésésésésés ésésésés ès és as
REMARQUES de M. Liger , Commis
au Bureau de la Guerre , fur le Méridien
de S. Sulpice , dont il est fait mention dans
Le Mercure de Janvier 1744 , page 176.
I soleiloccupe fur l'Obelifque 20 pouces
Left dit que le Diamêtre de l'image du
un tiers, & que ce Diamétre répond, à trèspeu
de chofe près , au Diamétre du Soleil.
Il femble par cette expreffion , que Mrs.
les Obfervateurs donnent à entendre qu'ils
connoiffent précisément le Diamétre du Soleil
, & que par le méchaniſme de l'Obfervation
, on acquiert une expreffion numérique
qui donne un Diamétre , lequel répond
de très-près au vrai Diamètre du Soleil.
Il n'eft pas poffible , en fuivant les principes
d'Euclide & de tous ceux qui l'ont faiyi
, de fçavoir précisément le Diamétre du
Soleil
MAY . 1744.
933
Soleil , puifque jufqu'à préfent on a compté
que le Diamétre étoit à la circonférence
comme 7 eft à 22 , à peu de chofe près , &
ils conviennent tous , que cette raiſon eſt
trop grande ; néanmoins on a toujours opéré
fur ce fondement. Or prefque tous les Géométres
ont affûré qu'il eft impoffible de trouver
la fomme précife de la circonférence
d'un cercle & de fon Diamétre , ce qu'on
appelle la Quadrature du Cercle.Cela pofé ,
on ne peut fçavoir au jufte la valeur numérique
du Diamétre du Soleil, car il faudroit
auparavant avoir un rapport numérique du
Diamétre à la circonférence d'un cercle connu
, afin de pouvoir faire comparaifon du
Diamétre de ce cercle connu avec celui du
Soleil , dont les Aftronomes voudroient
faire la découverte.
Rohaut a déterminé que la Terre étoit
fphérique ; depuis cet Auteur on a obfervé
qu'elle ne l'étoit pas , & M. de Voltaire donne
fur ces Obfervations 100 Diamètres de
la Terre pour celui du Soleil , mais que peut
valoir un Diamétre de la Terre , fi ce Globe
eft un Sphéroïde ? Le Diamétre à fes Poles
eft plus petit que celui de fon Equateur ;
auquel s'en tenir des deux , ou eft- ce à un
moyen proportionnel ? Je fupplie Mrs les
Sçavans de me l'apprendre.
Nous avons une apparence de nombre
certain
934 MERCURE DE FRANCE.
certain & fixe pour le Diamétre de l'image
du Soleil , que le méchaniſme de l'Obfervation
nous donne de 20 pouces un tiers .
Par les Principes de Géométrie , dont je
fuis Auteur , j'ai donné dans le même Mercure
de Janvier 1744 , page 7 , la folution
de la Quadrature du Cercle ; donc voilà un
cercle connu, dont je ftatuë pour le vrai que
le Diamétre eft à la circonférence , comme
112 eft à 350 ; fur ce fondement , Mrs les
Obfervateurs pourront vérifier de nouveau
la précifion de l'opération qu'ils ont déja
faite , & peut-être parvenir à connoître le
vrai Diamètre du Soleil. Pour opérer fur
l'Obfervation , conformément à mes Principes,
& éviter l'embarras des fractions , foient
multipliés les 20 pouces par 12 lignes , il
viendra 240 lignes , à quoi ajoutant 4 lignes
pour le tiers , nous aurons 244 lignes
pour le Diamétre de l'image du Soleil , dont
il eft queftion ; maintenant foit faite cette
régle de proportion : fi 112 de Diamétre
donne 350 de circonférence , combien 244
de Diamètre de l'image du Soleil , donneront-
ils pour circonférence ? L'opération faite
, le produit fera 762 & demi pour la circonférence
de l'image . Or je dis qu'à la plus
petite réduction de nombre, le Diamétre eſt
à la circonférence comme 8 à 25 , donc
fois le Diamétre plus un huitiéme du Dia-
3
métre
MAY. 1744.
935
métre donne la fomme préciſe de la circonférence
, puifque 3 fois 8 , plus 1 , qui eft le
huitiéme de 8 , font 25 ; foit donc 244 ,
multiplié par 3 , nous aurons 732 , à quoi
ajoûtant le huitiéme de 244 , qui eft 30 &
demi , nous aurons 762 lignes & demi pour
la circonférence de l'image du Soleil , comme
nous venons de le voir par la régle de
proportion ; que l'on faffe cette régle de
proportion , fi 8 Diamétre donne 25 de circonférence
, combien 244 , auffi Diamétre ,
donneront-ils? Le produit fera de même 762
lignes & demi.
=
A B , quarré 50 , ainfi
que le cercle dont le
Diamétre 8 BC ,
quarré 25 CD, quarré
12 & demi , la ligne
AB = 10 B D = 5 :
ainfi que CD.
B
C
Pour juftifier ma Quadrature du Cercle ,
je dis que la circonférence 25 , multipliée
par le demi rayon 2 , produit so , qui eft le
quarré double de 25 , autrement so eft le
quarré , dont la diagonale du quarré 25 eſt
le côté , & que 12. & demi eft le quarré
faifant moitié du quarré 25 ; or ce quarré
12& demi a pour diagonale le côté du quar-
25 , égal à 5 , & pour fon côté la moitié

du
936 MERCURE DE FRANCE.
que
du côté du quarré so , ou de la diagonale
du quarré 25 , ce qui eft la même chofe.
Ma Quadrature juftifiée, les nombres
je viens de donner du Diamétre & de la circonférence
de la figure du Soleil , le font
auffi , & pour faire connoître publiquement
que je fuis dans le vrai , je dis que 762 &
demi , circonférence de la figure du Soleil ,
multiplié par 61 , fon demi rayon , le produit
eft 46512 & demi , quarré faifant la
moitié de celui 93025 , dont le côté eſt
305 , de même que 12 & demi eft celui qui
fait la moitié de celui 25 .
Je dis encore plus pour la fatisfaction publique
& la mienne propre , foit faite cette
régle de proportion; fi & Diamètre donne
25 pour circonférence , combien 200 auffi
Diamétre ? la multiplication de 200 par 25,
produit 5000 , qui étant divifés par 8, donnent
pour quotien 625 , pour la circonférence
dont le Diamétre eft 200 ; foit maintenant
multiplié 625 , circonférence , par
50 , fon demi rayon , le produit fera 31250,
quarré double de celui 15625 , dont le côté
eft 125 net. Je crois qu'il eft de la derniere
évidence que c'eft de cette façon qu'il faut
abfolument quarrer le cercle , & ceux qui
ont cru que la raifon de 8 à 25 , étoit trop
petite , ne l'ont affûré ainfi , que parce qu'ils
n'ont pû apprendre par les Principes d'Euclide
,
MA Y. 1744. 937
clide , dans lesquels ils fe font renfermés &
fe font tenus , la connoiffance de la formation
intérieure des quarrés , & c'eſt par cette
connoiffance & un grand examen , que
j'ai reconnu que cette raifon n'eft point
trop petite , mais la feule jufte & véritable.
P. S. Si 10 , diagonale du quarré A B ,
donne 8 pour le Diamétre du cercle égal ,
combien donnera la diagonale 610 , qui eft
celle du quarré 186050 , double de celui
93025 ? L'opération faite , le quotien eſt
488 , pour Diamétre du cercle égal , donc ,
comme il eft certain que 305 eft la diagonale
du quarré 46512 & demi, même opération
faite , fi 10 donne 8 , combien 305 ?
Le quotien donnera 244 pour Diamétre ,
qui eft celui de la figure du Soleil , d'où il
s'enfuit que tout mon expofé eft vrai . eſt
SONNET
938 MERCURE DE FRANCE.
**X*X* X* X * X*X* X*X
SONNETfur une Conversion.
G Rand Dieu, je reconnois ta ſageſſe infinie , fageffe
Tes foins réitérés ont penetré mon coeur ;
Oui, je vois clairement que mon divin Sauveur
Me montre les chemins d'une meilleure vie.
Trop long-tems de mon coeur
I
ertu fut bannie
Trop long-tems je brûlai d'une cole ardeur ,
Et loin de m'en punir, ô comble de douceur !
Tu viens de réveiller ma raiſen afloupie.
Malgré les noirs péchés d'un criminel amour ,
Ta clémence, ô mon Dieu ! fait fuccéder le jour
A cette obfcure nuit , où s'égaroit mon ame.
Arortel , vois la bonté de ce Dieu que je fers ;
Pour éteindre l'ardeur d'une impudique flâme ,
Il me ravit l'objet de mes indignes fers.
Par M. S. Valette.
OBMAY.
1744.
939
OBSERVATIONS fur le Huetiana,
on Penfees diverfes de M. Huet , Evêque
d'Avranches , par M. L. Yart.
E Huetiana eft un agréable mêlange
d'Anecdotes curieufes , de refléxions
morales , de remarques ingénieufes fur les
Langues Orientales , fur l'Hiftoire , la Phyfique
, la Métaphyfique & la Théologie. Le
célebre Auteur y fait voir fa fcience en tout
genre , mais je ne fçais fi fon goût égaloit fa
fcience , & fi fes décifions fur la Poëfie y
font toujours exactes ; j'oferois prefque affûrer
que quelquefois il en juge plûtôt en ſçavant
Grammairien , qu'en homme de Lettres,
& en Poëte ; ainfi j'efpere intéreffer le Public
, en lui faifant connoître les idées que
ce grand homme avoit de la Poëfie . Mon
deffein n'eft pas affùrément d'abaiffer fa
gloire ; mon but eft de montrer dans un efprit
fi vafte les bornes de l'efprit humain .
M. Huet auroit toujours été admirable ,
s'il n'eût été que fçavant ; il a voulu encore
fe donner pour homme de goût , & je doute
qu'il en ait été plus admiré . Les Sçavans
font comme les Avares ; ils ne joüiffent.
point de qu'ils poffedent , & ils defirent
toujours ce qu'ils n'ont point.
Nitimur
940 MERCURE DE FRANCE.
Nitimur in vetitumfemper, cupimuſque negata.
Ils ne font point fenfibles à la gloire dont
ils font fûrs , & ils n'afpirent qu'à celle dont
ils font incertains ; à peine ont-ils acquis
quelque gloire dans les Sciences pour lefquelles
ils font nés , qu'au lieu de s'y perfectionner
de plus en plus , ils s'en dégoûtent
, & ils en cherchent une nouvelle dans
les Sciences pour lefquelles ils font fans gé
nie. On voit tous les jours des Poëtes n'écrire
que fur la Phyfique & négliger leur Art :
des Avocats ne parler que de Théologie ;
des Grammairiens décider de tout , & croire
avoir de l'efprit & du goût , parce qu'ils ont
de l'érudition. Cependant il n'eft point
d'Art qui ne puiffe occuper tout entier un
grand homme pendant toute fa vie . Il s'y
forme dès fa jeuneffe ; il l'exerce dans l'âge
mûr , il en raiſonne dans un âge plus avancé,
& il fe fert de fes fautes paffées, pour en
garantir ceux qui marchent fur fes traces.
M. Huet cultiva ainfi toutes les Sciences , &
furtout la Langue Hébraïque , Grecque &
Latine, auffi fut- il un des plus fçavans hommes
de fon fiècle . Il ne cultiva pas la Poëfie
avec la même affiduité ; ce n'étoit que par
délaffement qu'il faifoit des Vers , & l'occafion
feule réveilloit fes Mufes endormies .
On va juger fi fon goût ne fe fentoit pas
quelquefois de ce fréquent fommeil.
Ce
MAY.
941 1744;
Ce grand Evêque ne trouve rien de fublime
dans ces paroles de la Geneſe ; Diew
dit que la lumiere fe faffe , & la lumiere fe fit ,
& dans celles- ci des Machabées : La Terre
Se tût en la présence d'Alexandre. Selon lui
Moïfe n'a fait qu'un Hébraïfme très -commun
, qui fert dans les Langues Orientales.
à exprimer des chofes fort ordinaires, N'eſtce
point , au contraire , parce que cet Hé
braïfme eft commun , qu'il devient fublime
dans l'endroit où Moïse l'a placé ? En effet ,
le fublime confifte à donner fous des expref
fions fimples & préciſes la plus parfaite idée
qu'on puiffe donner de chaque chofe. Dien
dit que la lumiere fe faffe , la lumiere fe fit.
C'eft marquer que la création de la lumiere
n'a coûté à Dieu qu'une parole ; qu'il lui a
commandé lorfqu'elle n'exiftoit point enco
re , qu'auffi-tôt elle a exifté & rempli tout
l'Univers, C'eft parler comme Dieu agit ;
c'eft donner la plus parfaite idée qu'on puiffe
donner de la Puiffance de Dieu , ainfi que
Longin & Defpréaux l'ont prouvé .
Le trait tiré des Machabées ne peut pas
être auffi grand , puifqu'il n'exprime que la
grandeur d'un Mortel , mais il l'exprime
cependant d'une maniere fublime . La Terre
fe tût en la présence d'Alexandre. N'est- ce
pas animer la Terre N'est-ce pas dire qu'el
le fentit , tout infenfible qu'elle eft , la préfence
942 MERCURE DE FRANCE.
fence de ce Conquérant ; qu'il fut le grand ,
& l'unique objet de fa foumiffion , & parconféquent
de la foumiffion de toutes les
Nations , comme l'a remarqué le Pere Bouhours
? Ce n'eſt pas dans le Verbe fe tût , ou
fut tranquille que fe trouve le fublime. C'eft
dans cette expreffion en fa préfence , ou plûtôt
c'eft dans toute la phraſe , c'eſt dans les
idées qu'elle excite , & dans l'image qu'elle
forme .Heureux ceux qui fentent le beau par
goût ! Il n'eft pas plus néceffaire de le leur
définir qu'il eft néceffaire de peindre la lumiere
à ceux qui joüiffent de la vûë.
Ces deux grands traits de la Bible étant ,
commeune multitude innombrables d'autres
du même Livre , véritablement fublimes ,
& Poëtiques , j'ai pû m'en fervir pour commencer
à caracteriſer le goût de notre illuftre
Prélat fur la Poëfie.
Il prétend , avec raifon , que les bons Juges
de la Poëfie font encore plus rares que
Les bons Poëtes . En effet , quoiqu'Auteur de
plufieurs Métamorphofes affés bien écrites ,
mais un peu foibles pour le fond , il femble
qu'il n'avoit pas autant de goût pour en juger
, que de talent pour en faire. Il regardoit
les Métamorphofes d'Ovide , comme un
Ouvrage languiffant , négligé , fans feu
fans art , fort inférieur aux Héroïdes , &
aux Faftes ; il prétendoit même que les liai-
>
fons
M A Y. 1744. 943
fons des Fables en étoient froides , & tirées
par les cheveux : ce font fes expreffions. Il
ya , à la vérité , beaucoup d'efprit , & peutêtre
un peu trop dans lesHéroïdes ; les Faſtes
font écrits avec élégance , mais les unes ne
font que des Piéces d'Eloquence miſes en
Vers , & les autres ne font que des morceaux
d'Hiftoire. Les Métamorphofes , au
contraire , font de la véritable Poëfie. La
Fiction , & l'Invention font le caractere
effentiel de cet Art. Or dans quel Poëme
l'une & l'autre regnent-elles plus que dans
les Métamorphofes ? Quel Ouvrage a jamais
enfanté tant d'êtres Poëtiques , fourni tant
d'idées , donné tant de fujets pour les Vers ,
la Peinture , la Sculpture , les Tapifferies
tous les Beaux -Arts ? Quelle foule de belles
defcriptions , telles que la Création du
Monde , le Palais du Soleil , &c ! Quelle
variété ! Quelle fécondité ! Les liaiſons y
font naturelles. Les Fables s'y fuccedent ,
fuivant l'ordre des tems ; c'eft une Hiftoire
Poëtique , univerfelle ; c'eft une longue
fuite de Tableaux où font repréfentés les
plus grands événemens de la Fable , depuis
fa Création du Monde , jufqu'au Régne
d'Augufte.
Il ne falloit plus , pour achever d'être
tout-à-fait fingulier , qu'admirer la Pucelle
de Chapelain , après avoir méprifé les Méta944
MERCURE DE FRANCE.
tamorphofes d'Ovide ; M. Huet n'y a pas
manqué. Il dit qu'il n'a jamais conſenti au
jugement que le Public a fait de la Pucelle ;
que le Poëme Epique demande quelquefois
des expreffions dures , & des Vers forcés , &
qu'il en a befoin. Il fait entendre même
qu'il en eft plus beau , & il foutient , que
pour bien juger de la Pucelle , il falloit examiner
l'action , la fable , l'oeconomie , l'ordonnance
, les ornemens , les dénoûmens ,
fans s'arrêter uniquement à la Verfification .
Pour moi , je demande comment il eft poffible
d'examiner l'action , la fable, l'oeconomie,
c d'un Poëme , dont on ne peut foutenir
la lecture ? Il falloit avoir commis une
grande faute contre la Langue , ou au moins
un Barbarifme dans la fociété de Mrs Racine,
Defpreaux , de Lafontaine , & de plufieurs
autres Ecrivains du fiécle de LOUIS XIV ,
pour être condamné à lire feulement douze
Vers du Poëme de la Pucelle. Il n'eſt donc
pas poffible de le lire tout entier , & on
peut auffi peu juger d'un Poëme mal écrit ,
que d'un Opera mal exécuté.
La Poëfie eft une Mufique , qui ne fubfifte
que par l'harmonie des Vers. La Verfification
eft la qualité qu'on apperçoit d'abord ;
quand elle eft mauvaife , rien n'eft bon ;
quand elle eft élégante , préciſe , harmonieufe
, elle embellit le fond , elle en couvre
MA Y. 1744. 945
à peu
vre les défauts. Nous nous arrêtons
l'action , à la fable , à l'oeconomie , à l'ordonnance
, aux ornemens , aux dénoûmens ,
quand il faut effuyer l'ennui d'une mauvaife
Verfification , pour les chercher , &
les découvrir. Nous ne voulons point que
les Arts , de pur agrément , nous coûtent
aucune application pénible. Ce n'eft pas
comme l'aflûre M. Huer , que notre Nation ,
notre âge , notre goût , foient ennemis des
grands Ouvrages. Nous admirons avec
tranfport l'énergie , la force , le fublime des
Tragédies de Corneille , lorfque nous rions
de la Pucelle de Chapelain . Nous ne sçaurions
nous laffer des belles Tragédies de Racine
, de Crébillon , de Voltaire , &c. Nous
lifons , & nous retenons tous les Vers de
l'Art Poëtique , & nous fommes toujours
enchantés des beaux Vers de la Henriade.
Nous aimons également les grands & les
petits Ouvrages , & notre Nation eft plus
capable , qu'aucune autre , de produire les
uns & les autres. Paris a enfanté des Phyficiens
, & des Philofophes éloquens & fublimes
, de grands Poëtes Tragiques , Comiques
, & Liriques ; un Poëte Epique , des
Epigrammatiftes ingénieux , & d'aimables
Auteurs de Fables , de Chanfons , de Madrigaux.
Le moindre de ces petits Poëmes
rend immortels ceux qui le cultivent avec
E fuc946
MERCURE DE FRANCE.
fuccès , & je ne crois pas que nous cédions
aux Anciens en aucun de ces genres.
L'Huetiana me fournira peut-être d'autres
obfervations fur plufieurs penfées de M.
Huet. Je les ferai , avec d'autant plus de
plaifir , que ce célébre Auteur n'exiftant
plus , je puis le loüer , & le critiquer avec
beaucoup plus de liberté .
Je fouferis volontiers au jugement qu'il
porte des Effais de Montagne . Je condamne
avec lui les endroits , où cet Auteur fe met
au deffus des Loix de la modeftie , & de la
pudeur , mais je crois que l'illuftre Prélat
critique un peu trop févérement la franchife
& le naturel de ce Philofophe François ;
bien loin d'avoir affecté d'inftruire , & d'avoir
voulu fe faire admirer , il ne paroît
avoir eû d'autre deffein que de fe faire connoître
, & de fe faire connoître , tel qu'il
étoit. Il eft vrai qu'il parle fouvent de luimême
, mais cet air de vanité ne choque
point dans un Livre dont l'Auteur ne vit
plus. Comme c'eft le portrait du coeur humain
qu'il fait , en faiſant le fien , les lecteurs
ne pensent qu'à eux-mêmes , en lifant
Montagne ; ils fe recherchent , & ils s'étudient
en lui. La plûpart même fe flatent
dans la comparaifon fecrette qu'ils font de
leurs idées, de leurs moeurs , & de leurs fentimens,
avec ceux du plus naïf , du plus profond
,
MAY . 947 1744.
fond , & du plus fingulier Ecrivain que nous
ayons. Ainfi , il n'eft pas furprenant qu'il
foit lû par prefque tous ceux qui penfent.
3
A Mlle de M ... , en lui envoyant du Syrop
de Capillaires pour fon rhume.
H
Eureux Syrop , qu'Iris deftine
A guérir la maligne humeur ,
Qui la picote & la chagrine ,
Si jufqu'au fond de fa poitrine
Tu parviens un jour , par bonheur ,
Il te refte une cure à faire ,
Qui te feroit un immortel honneur ,
Cure que pas , foins , vive ardeur ,
Soupirs , Sermens n'ont pû parfaire.
Fais un effort, & fi près de fon coeur ,
Adoucis-en , ffii ttuu ppeeuuxx ,, la rigueur.
On a dû expliquer les Enigmes & le Logogryphe
du Mercure d'Avril par l'Oignon ,
la Critique & le Printems.
E ij ENIGME.
948 MERCURE DE FRANCE,
ENIGM E.
Pour de mon pere annoncer la naiſſance ;
Je naîs & meurs au même inſtant ;
Lecteur , redoute ſa puiſſance ,
Quoiqu'il ne régne qu'en paſſant,
Laffichard,
AUTRE,
Par tour où la brillante Flore
Etale fes dons précieux ,
Sans ceffe l'on me voit éclore ,
Et faire le plaifir des yeux.
Dans le Jardin le plus aimable ,
Où brillent les plus belles fleurs ,
Il faut pour le rendre agréable
Que l'on y mêle mes couleurs .
Dans fes dons la Nature fage
Ne m'a pas donné pour partage
La faculté de l'odorat ;
Mais j'ai quelques vertus ; je jette de l'éclat ;
Je fuis charmante , je fuis belle.
Si-tôt que je parois ,
C'est pour ne mourir jamais ,
Et pour te l'expliquer mieux , je fuis immortelle.
De
MA Y. 1744. 949
De l'Eté les vives ardeurs
N'ont rien du tout qui me furprenne ,
Et d'ailleurs je foutiens fans peine
De l'Hyver les triftes froideurs.
Quoique je fois belle & brillante ,
S'il s'agit de faire un bouquet ,
La plus fimple Anemone, & le plus vil Muguet,
Mieux que moi,s'affortit à la Rofe charmante :
Bien differente de la fleur
Dont l'éclat paffager n'a qu'un inftant flateur ,
Differente de cette Belle
Qui ne peut foutenir les regards du Soleil ,
La nuit à fon retour , l'aurore à ſon réveil ,
Me retrouvent toujours nouvelle.
Ami Lecteur , tu peux t'imaginer
Par le portrait que je viens de te faire ,
Que je ne fuis pas un mystere
Bien difficile à deviner.
S *** De V *** .
E iij
LO950
MERCURE DE FRANCE.
M
LOGOGRYPHE.
On éclat , ma couleur , frappent d'abord les
yeux ,
Irritent les defirs d'un Harpagon avide ,
Mais , pour
fatisfaire fes voeux ,
Je n'offre rien d'affés folide .
Que de Mortels , juſqu'à préfent ,
N'ont montré, comme moi, qu'un dehors impofant !
Pour te dévoiler ma nature
>
Sept lettres , cher Lecteur , compofent ma ftructure.
Par un prodige fans égal ,
Ma tête feule forme un bien , dont mon total
Ne préfente que la figure.
J'offre auffi le brillant féjour
De la légere Terpficore :
Là , du Dieu que le Pinde adore ,
Eclate la pompeuſe Cour .
Chés moi ce que la laide embellit,pour nous plaire,
Er que la belle entretient avec art ,
A découvert fe voit fans nul mystére .
Ma Mufe ,d'une aîle légere ;
Fuyez ; laiffez le refte à quelque babillard.
Par M. Borjon de Cillery , Ecolier d'Humanité,
Penfionnaire an College de Villefranche
, en Beaujolois.
AUTRE
MAY. 951 1744 .
J
AUTRE.
E trompe & le fage & le fot,
En leur faisant toujours voir de loin l'allegreffe ,
Et les honneurs & la richeffe.
Je fuis fouvent le feul bien d'une dot.
J'accompagne partout l'amour & la jeuneffe:
C'eft moi qui rends les coeurs ambitieux ,
Et qui de vils Mortels par fois ai fait des Dieux.
Si tu peux, à ces traits, Lecteur , me méconnoître,
Combine ; peu de mots vont me faire connoître.
De mes neuf pieds l'ordre étant varié ,
Je produis ce qu'attend un nouveau marié ;
Ce qui colore la parole ;
Ce qui tient en arrêt un Vaiffeau ſur les eaux ,
Et le fait réſiſter à la troupe d'Eole ;
Ce qu'a foin de remplir de plufieurs bons morceaux
Le glouton , qui rencontre une table choifie ;
L'Etre qui t'a donné le nom , le rang , la vie ;
Ce qui peut renfermer de l'or & du froment ;
Un Poiffon , Monftre de riviere ;
Ce que fait un coureur pour remplir ſa carriere ;
Un Dieu champêtre ; un vêtement ;
Un membre de ferrure ; une bête de fomme ,
Qui par l'efprit reffemble à plus d'un homme;
Ce qui fert à couper les raifins précieux ,
Dont Bacchus enrichit une vigne fertile ,
Ce que tient un cocher habile ,
E iiij
Pour
952 MERCURE DE FRANCE.
Pour conduire , à fon gré , fes courfiers furieux ;
Et , là deffus , Lecteur , je te fais mes adieux.
Gurbert.
રહે C 326 36 CCહે હે હે હે હે ૨૦ De se e de DE
NOUVELLES LITTERAIRES ,
DES BEAUX- ARTS, &c.
R
ECHERCHES Critiques & Hiftoriques
fur l'origine , fur les divers états
& fur le progrès de la Chirurgie en France ,
Vol. in-4.avec des Vignettes, une Table des
Auteurs, une Table des matieres, & des Notes
très curieuſes , pp . 636. A Paris, chés Charles
Ofmont, Imprimeur de l'Académie Royale
de Chirurgie , à l'Olivier , 1744:
Les Recherches , dont il eft ici queſtion ,
font de deux efpeces, & fervent également à
faire connoître l'Hiftoire de la Chirurgie, &
les prérogatives, titres & diftinctions accordés
à ceux qui ont pratiqué cet Art. Ces Recherches
confiftent d'une part, dans des autorités
que fourniffent des Auteurs contemporains
& accrédités , tels que Paquier & de
de Thou. De l'autre , elles portent fur des
Actes autentiques , comme Arrêts , Edits ,
Ordonnances de nos Rois , Jugemens des
Tribunaux , Regiftres du Collège de Chirurgie
M A Y. 953 1744 .
rurgie & autres Titres. On y voit les differens
accroiffemens d'une fcience utile dans
tous les tems & à tous les hommes , avantage
qui appartient à un petit nombre de
fciences.
Cet Ouvrage eft divifé en cinq parties ,
non compris les Piéces & Titres qui fervent
de Preuves. Dans la premiere , on voit d'abord
que la Chirurgie ta Chirurgie » fort , comme les
» autres Sciences & les Arts Libéraux , des
» anciennes Ecoles qui ont précedé l'établif-
» fement de l'Univerfité ; mais il eft bon de
placer ici , pour plus de clarté , un obſervation
que Auteur de ces Recherches fait
plus loin , fur ce qu'on doit entendre par le
mot de Chirurgie , auquel bien des gens ne
donnent pas , à beaucoup près , un fens auffi
étendu que celui qu'il a dans fa vraie définition
. » La Chirurgie , loin d'être une
» fcience féparée de la Médecine , eft une
ود
"
"
Médecine plus étenduë ; un Art qui brille
» d'invention & de génie , jufques dans le
fimple méchanifme d'un grand nombre
d'opérations ; une pratique qui exige des
» connoiffances telles que la ftructure des
parties du corps humain , leur jeu , leurs
» rapports.... Une fcience enfin , qui ren-
» ferme des principes , dont l'application
» eft auffi variée que les maladies & leurs
>> accidens .
E v Tel
954 MERCURE DE FRANCE.
Tel eft l'état actuel de la Chirurgie , mais
quelle a été fon origine ? Celle de la Médecine
en général. Les Mires , gens qui n'avoient
d'autres titres pour traiter les maladies,
que de porter le nom du premier Chirurgien
qui s'étoit illuftré. Les Moines , les
femmes , car, comme on le fçait , elles penfoient
les bleffures de leurs Chevaliers ; chacun
s'arrogeoit à fon gré , le droit de décider
de la vie des autres.
les
A ces Mires fuccéderent les Phyficiens ;
c'eſt le nom que prirent ceux qui , munis de
la lecture des Auteurs anciens , donnerent
conféquemment leurs avis fur les maladies.
Il étoient plus inftruits que leurs prédéceffeurs.
L'Art cependant n'y gagna guere ;
vrais progrès étoient réfervés à ceux qui
prenant des voyes plus inftructives que la
fimple fpéculation , fe chargeroient de voir
affidument les malades , de faire des opérations
, & d'obferver attentivement l'effet
des Remédes ,
Notre Auteur remarque qu'alors il n'y
avoit nulle diſtinction entre ce qu'on a appellé
depuis Chirurgien , & ceux à qui le
nom de Médecin eft refté. Mais qu'arrivat'il
? L'Univerfité, en adoptant les Médecins ,.
fema entre eux des fujets de divifion ; elle
leur interdit le Mariage ; de-là plufieurs embrafferent
l'Etat Eccléfiaftique , & des Eccléfiaftiques
MA Y. 1744. 955
fiaftiques fe firent Médecins : ceux- ci n'exer
cerent plus qu'une partie de leur Science ,
parce qu'attendu le Caractere du Sacerdoce ,
on leur défendit la vifite des malades dans
leur lit , la cure des maladies honteufes ;
celle des maladies des femmes. Toute cette
partie de la Médecine fut réfervée aux Laïques
; ainfi , eux feuls fe chargerent d'operer
, de fuivre , d'étudier les variations des
maladies. Ce ne fut plus que parmi les Médecins
Chirurgiens , qu'on trouva les fecours
qui demandent néceffairement la préfence
de celui qui traite , & que refiderent
les connoiffances les plus utiles , c'eft- àdire
, celles qu'on tire de l'expérience
jointe à la Théorie .
"
Dès le Régne de S. Louis , cette partie de
la Médecine , diftinguée aujourd'hui fous le
nom de Chirurgie , eft fuivant les recherches
dont nous parlons , illuftrée en France ;
réünie en un véritable Corps , profeffée par
des hommes d'une Science reconnue,& dont
quelques-uns font recommandables encore
par la naiffance & par le rang : l'aveu des
Univerfités de l'Europe , celui des autres
Sociétés fçavantes , les Ordonnances des
Rois , les Bulles des Papes , tout concourt à
décorer les Chirurgiens , qui perfectionnent
leur Art. Jean Pitard , Chirurgien de
S. Louis & Inftituteur du Collège de Chirur-
Evj gie ;
956 MERCURE DE FRANCE.
gie ; Guy de Chanliac , & plufieurs autres ,
font honorés de la confiance & de la faveur
des Rois , & revêtus de Dignités ; d'habiles
Maîtres livrés aux fecours que le Public leur
demande , fe fuccedent en grand nombre ,
& cette fucceffion n'eft pas ici fimplement
citée. L'Auteur de ces Mémoires rapporte
une Lifte confervée dans les Registres du
Collége de Chirurgie , qui contient les noms
de tous les Chirurgiens , depuis l'an 103.3 .
Dans fa feconde Partie , l'Auteur s'étend
fur de certaines difcuffions qu'il a touchées
précédemment. Ceux qui profeffent cette
partie de la Médecine , appellée Chirurgie ,
font abandonnés , ou pour nous fervir de
fes termes mêmes , perfécutés par ceux qui
s'attachent à la cure des maladies internes,
Ces derniers ne veulent plus compofer une
même Faculté ; ils excitent ; ils favorifent
de certaines prétentions des Barbiers , qui
s'attribuent le Droit de pratiquer quelques
parties de la Chirurgie. Les Chirurgiens
font maintenus dans leurs Droits ; eux feuls
faire les diffections , les operations
peuvent
importantes , en fuivre le traitement , & enfin
il eft réglé qu'il n'y a de Chirurgiens, autentiquement
reconnus pour tels , que ceux
qui font examinés & reçûs par le Collège de
Chirurgie.
La 3 , la 4 & la 5 Parties comprennent
une
MA Y. 1744. 957
une fuite de ces mêmes difputes , regenerées
fouvent des caufes qui devroient les finir .
On voit que parmi les Chirurgiens , toujours
réduits à réfifter à de nouvelles attaques
, de grands hommes fe fuccedent.
Leur Corps acquiert de nouveaux avantatels
que
d'être affocié à l'Univerfité .. Il
faut lire dans l'Ouvrage même quels furent
Guillaume Vavaffeur, premier Chirurgien de
François I , & plufieurs autres Sçavans Chirurgiens
: les Ouvrages écrits
ges ,
par eux : les découvertes
les cures merveilleufes
; les
operations
hardies
& juftifiées
par le fuc- cès ; les Méthodes
, pour maintenir
les pro- grès de l'Art. Tant d'autres
faits intereffans
, qui font écrits de maniere
à exciter &
à fatisfaire
la curiofité
des Lecteurs
, & qui
feroient
trop affoiblis
, en les refferrant dans les bornes
d'un Extrait
, expofent
l'état
de la Chirurgie
jufqu'à
ce jour. On voit cinq Profeffeurs
, & cinq Démonſtrateurs
établis
dans les Ecoles
de Chirurgie
, devenuës
plus floriffantes
que jamais
: une Aca- démie de Chirurgie
, dont l'utilité
s'eft ma- nifeftée
dès fa naiffance
, à un degré éminent.
Enfin , par une Déclaration
du Roi , donnée
en 1743 , les Chirurgiens
rétablis dans tous les Droits & dans les Diftinctions
honorables
, qui leur avoient
été accordés par tant de Rois , & confirmés
d'une ma- niere fi éclatante
par François
I.
HIS958
MERCURE DE FRANCE .
HISTOIRE GENERALE des Auteurs Sacrés
& Eccléfiaftiques , par le R. P. Dom Remi
Ceillier , Bénédictin de la Congrégation de
S. Vanne & de S. Hidulphe , Prieur Titulaire
de Flavigni , à Paris , au Palais , chés
Paulus-du - Mefnil , au Lion d'Or . Volume
in-4° . de 824 pages , An. 1741 .
TROISIE ME ET IVe TOMES de l'Hiftoire
Générale d'Espagne , traduite de l'Eſpagnol
de Dom Jean de Ferreras , par M.
d'Hermilly , à Paris , chés Ofmont , Cloufier
& Ganeau Libraires , ruë S. Jacques. Ces
Libraires , qui ont entrepris de publier par
foufcription la Traduction de cette Hiftoire
, avoient averti qu'ils ne recevroient de
Soufcriptions que jufqu'au premier Octobre
1743 , mais comme cet Ouvrage demandoit
plus de tems , ils fe font déterminés
à prolonger le tems de la Soufcription jufqu'au
mois d'Août 1744. Les conditions
font les mêmes que dans la premiere Soufcription.
Le prix de l'Ouvrage entier eft de
76 liv. 10 f. En recevant les quatre premiers
Volumes , on payera 42 liv. 10 f. en
recevant les Tomes V & VI , 17 liv.
ра-
reille fomme pour les Tomes VII & VIII ,
de forte que le I Xe Tome fera fourni gratis.
W
A l'égard du grand Papier , dont on n'a
tiré
MAY. 1744.
9$9
tiré que 80 Exemplaires , on payera 15 liv..
pour chaque Volume , en faifant les mêmes
arrangemens que pour le petit Papier. On
donnera inceffamment les V & VI Volumes
, qui font actuellement fous preſſe , &
peut-être même l'Auteur y joindra-t'il le
VII , pour dédommager les Soufcripteurs
du tems qu'ils ont attendu les III & ÏV , la
maladie du Traducteur l'ayant empêché de
les donner au tems marqué ; en ce cas , on
payeroit , en retirant les trois Volumes , 25
liv. 10 f. pour le petit Papier , & 45 1. pour
grand.
THEATRE CRITIQUE ESPAGNOL , & c. Depuis
ce que nous avons rapporté de cet Ouvrage
dans le 1. Vol. du Mercure du mois.
de Décembre dernier , il parn trois autres
Difcours auffi habilement traduits que les
précédens & qui fe font lire avec le même
plaifir. Le premier a pour titre : Arts
Divinatoires, le fecond, Prophéties fuppofées ,
& le troifiéme , l'Ufage de la Magie . On les
trouve, comme les précédens, en brochures:
in-12 . A Paris , chés Prault Pere , Quai de
Gêvres au Paradis , & chés Clement à la
Caille , Quai des Auguſtins.
LA RELIGION CHRETIENNE éclairée des:
lumieres de l'intelligence par le Dogme &
par
960 MERCURE DE FRANCE.
par les Prophéties . Deux Vol , in- 12. 1744 »
à Paris , chés la Veuve de la Tour , J. G.
Merigot , & Conftelier , Libraires.
LA MATIERE MEDICALE , par M. Geof
froy , Docteur en Médecine de la Faculté de
Paris , de l'Académie Royale des Sciences ,
de la Société Royale de Londres , Profeffeur
de Chymie au Jardin du Roi , & de Médecine
au Collège Royal , traduite en François
par M. B *** , Docteur en Médecine de
la Faculté de Paris . Sept Vol. in- 12 , 1744 ,
à Paris , chés Defaint & Saillant , Libraires ,
ruë S. Jean de Beauvais .
TROISIE'ME Edition , revûë & confidérablement
augmentée , du Traité des Matieres
Criminelles , fuivant l'Ordonnance du mois
d'Août 1670 , les Edits , Déclarations du
Roi , Arrêts & Réglemens intervenus jufqu'à
préfent , divife en quatre parties , par
M. Guy du Romffeau de la Combe , Avocat
en Parlement , 1744 , Vol. in- 4° . prix 10
liv. A Paris , chés Théodore le Gras , Libraire
an Palais , à l'L couronnée .
LE SERVICE ordinaire & journalier de la
Cavalerie , en abregé, & les Mémoires pour
le fervice journalier de l'Infanterie , 1744 ,
in- 12 . Ces deux Ouvrages font dédiés à M.
le
MAY. 1744. 961
le Duc de Chartres , le premier par M. le
Cocq-madeleine , Lieutenant Colonel de Cavalerie
, & le ſecond par M. de Bombelles
Chevalier de l'Ordre Militaire de S. Louis
Brigadier des armées du Roi , Gouverneur
pour S. M. à Oleron , en Bearn , dans la Sénéchauffée
& Lieux en dépendans , 1744.
Deux Volumes in- 12 à Paris , chés la
Veuve de la Tour , J. G. Merigot , & Conftelier
, Libraires .

NOUVELLE Edition des Conférences des
Ordonnances de Louis XIV , avec les anciennes
Ordonnances du Royaume le
Droit Ecrit & les Arrêts , enrichie d'Annotations
& de Décifions importantes , par M.
Philippe Bornier , Lieutenant particulier
en la Sénéchauffée de Montpellier , à Paris ,
chés Mouchet , Goffelin , le Gras , Saugrain
pere & fils , & autres Affociés Libraires .
Deux Vol. in 4°. 1744.
LE PARFAIT CAPITAINE , ou Abregé des
Guerres des Commentaires de Céfar . Petit
Volume in- 12 , bien imprimé , à Paris chés
Durand , Libraire , ruë S. Jacques ; Piget &
Damonneville , Quai des Auguſtins.
MEMOIRES pour ſervir à l'Hiſtoire de la
Vie de M. Silva , par M. Bruhier , Docteur
cn
"
962 MERCURE DE FRANCE.
en Médecine. A Paris , chés Durand , ruë
S. Jacques , 1744 , in-8° .
NOUVELLE EDITION de l'Ouvrage intitulé
: Confidérations fur les caufes de la grandeur
des Romains & de leur décadence , à
Amfterdam , chés Defbordes , vis-à- vis la
Bourſe , 1744 , in- 12 , & fe trouve à Paris ,
chés Durand.
TRAITE' des moyens de diffoudre la Pierre
& de guérir cette maladie , & celle de la
Goute par le choix des alimens , par M.
Théophile Lobb , Docteur en Médecine de
la Société Royale de Londres , traduit de
l'Anglois par M. T. A , imprimé à Paris ,
chés le même Libraire , 1744 , in - 12 .
JOURNAL d'un Voyage au Nord . Ouvrage
enrichi d'un grand nombre de figures en
Taille-douce , 1744 , in - 4° . chés le même
Libraire & chés Piget.
ENTRETIENS Mathématiques fur les
Nombres , l'Algébre , la Géométrie , la Trigonométrie
rectiligne , l'Optique , la propagation
de la Lumiere , les Teleſcopes , les
Microſcopes , les Miroirs , l'Ombre , & la
Perfpective , par le R. P. Regnault , de la
Compagnie de Jefus , in- 12 . chés Durand ,
ClouM
-A Y. 963 1744.
Cloufier & David , ruë S. Jacques , & Damonneville
, Quai des Auguftins .
TRAITE' Philofophique des Loix naturelles
, où l'on recherche , & l'on établit par
la nature des chofes la forme de ces Loix ,
leurs principaux chefs , leur ordre , leur publication
& leur obligation ; on y réfute
auffi les Elémens de la Morale & de la Politique
de Thomas Hobbes , par le Docteur
Ruhard Cumberland , depuis Evêque de Péterborough
, traduit du Latin par M. de Barbeyrac
, Docteur en Droit & Profeffeur en
la même Faculté dans l'Univerfité de Groningue
, avec des Notes du Traducteur , qui
y a joint celles de la Traduction Angloiſe ,
à Amfterdam , chés Pierre Mortier , 1744 s
in-4°. & fe trouve à Paris , chés Huart , Imprimeur-
Libraire de Monſeigneur le Dauphin
, ruë S. Jacques , à la Juſtice.
CHIRURGIE Complette, fuivant le Syftême
des modernes , contenant une Defcription
courte & exacte des parties du Corps
Humain , une explication facile de la Méchanique
, une idée générale de fes dérangemens
, un détail de fes maladies & des
moyens que la Chirurgie fournit pour les
guérir ; le tout fuivi des médicamens rangés
par claffes , avec les Formules d'ufage , &
les
964 MERCURE DE FRANCE .
les Compofitions tant Chymiques que Galéniques
; un abregé des Drogues fimples ,
& une explication des termes employés
dans cet Ouvrage : le tout mis par Ordre
Alphabétique , 2 vol . in- 12 . A Paris , chés
d'Houry , feul Imprimeur- Libraire de M. le
Duc d'Orleans , ruë vieille Bouclerie , 1744.
Jean - Baptifte Pafquali , Imprimeur-Libraire
, à Venife , y a publié le I V. Volume
du Recueil choifi des Piéces inferées dans
les Acta Eruditorum de Leipfick. Ce Volume
va depuis 1701 , jufqu'en 1710 , in-4°.
1743 .
Nouvelle Edition des Ouvrages de Laurent
Patarol , en deux Volumes in-4° . dont
la plupart n'avoient point encore parû , dans
la même Ville , 1744 .
On imprime à Palerme , par l'ordre du
Pape un Ouvrage de Théologie , Ouvrage
pofthume de M. Mazzinelli, M. Laurent
Migliaccio , qui en eſt l'Editeur , y joindra
des Notes. Il publiera d'abord féparément
le Traité de Locis Theologicis , en un Volume
in-fol. dont le prix fera de neuf Paules ,
( environ 4 liv. 15 f. monnoye de France )
pour ceux qui voudront s'affocier d'avance.
L'Ouvrage eft en Latin.
Le
MAY. 1744.
965
eft
Le fecond Volume de Sulpice Severe
dont le premier a paru il y a deux ans
prefentement fous preffe à Verone. Ce lecond
Volume traite de l'Hiftoire Sainte &
de l'Histoire Eccléfiaftique , depuis le commencement
du Monde juſqu'à l'an 400 de
Jefus - Chriſt,
Il paroît dans la même Ville l'onzième
Tome des Oeuvres de S. Jerôme , contenant
les Ecrits fuppofés ou douteux , avec la Vie
de ce Pere , par Mre Dominique Vallarfe ,
Prêtre , fecondé par d'autres Sçavans de
Verone , chés Pierre- Antoine Berne , &
Jacques Vallarfe. L'Ouvrage eft en Latin,
On a imprimé depuis peu à Rome, un Ou
vrage curieux, & qui intéreffe la Religion ,
fous le titre de Hiftoria Sacra de Baptifmo
Conftantini Max. Aug. Colloquiis familiaribus
digefta , &c. Autore Mathia Furhemanno ,
Auftriaco , 1 vol . in-4° . Roma ex Typogra
phia Joannis Zempel , 1744.
Il paroît dans la même Ville , une Traduc
tion Italienne d'une lettre Arabe , écrite
d'Ifpaham , au Patriarche de Chaldée , &
envoyée par ce Prélat à la Congrégation de
la Propagande, dans laquelle on rend compte
d'une Verfion de la Ste Ecriture , & de l'Alcoran
, faite par ordre de Schah Nadir , ou
Thamas-Koulikan . Il
966 MERCURE DE FRANCE.
Il y paroît auffi une Differtation Latine de
M. Bianchini : De Tribus generibus Inftrumentorum
Mufica veterum Organica.
RECUEIL de Piéces en Profe & en Vers ,
prononcés dans l'Affemblée publique , tenuë
à Montauban , dans le Palais Epifcopal
, le 25 Août 1743 , à Toulouſe , chés Jean
François Foreſt, 1743 .
PROLEGOMENA , Seu Pralectiones Theologica
de Religione , de Verbo Dei , feu Scripto ,
feu traditos de Ecclefia & Conciliis , cum Appendice
de fure Ecclefiaftico , Auctore M. Nicolao
Girardeau , Prefbitero , &c. Parifiis ,
apud viduam Raymundi Mazieres , & J. B.
Garnier , 1743 .
David , le jeune , mettra inceffamment
en vente une Edition de Sallufte , petit in-
12 , avec des Estampes.
UNE lettre , écrite de Marſeille le 25
Mars dernier , nous apprend qu'on vient
d'imprimer à Genève un Journal Hiftorique
du Commerce des Arts & Manufactures ,
qui s'y vend chés Gedeon Philibert , au Perron.
C'eft , dit l'Auteur de la lettre , une
efpéce d'Ouvrage périodique , dont il a déja
paru cette année trois brochures in 4º. de
40
MA Y. 1744. 967
merce ,
40 pages , qu'on vend 12 fols de France.
On y parle des nouveaux Traités de Comdes
Machines & Inventions nouvelles
, par rapport aux Arts Méchaniques ,
des Fabriques & Manufactures de differens
Pays , des nouvelles découvertes qui fe font
par rapport à certaines Marchandiſes , enfin
de tout ce qui peut embraffer les trois objets
défignés dans le titre. Il y a par exemple
, un article curieux , au fujet de divers
Ecrits de Mrs Thiout , Julien-le- Roi , &
Maffoteau de S. Vincent fur l'Horlogerie .
Les Libraires de Paris , & les Particuliers ,
curieux de ce Journal , peuvent s'adreffer
en droiture au Sr. Gedeon Philibert , qui
aura foin de le faire tenir reguliérement
aux adreffes marquées. Il fe trouve à Lyon
chés le fieur Renard, un Bureau d'adreſſe, &
à Marſeille , chés les principaux Libraires.
Philibert & autres Libraires de Genève ,
vendent les Ouvrages de Mathématique de
Jacques Bernoulli , enrichis de Notes de M.
G. Cramer , 2. vol . in -4° . avec des figures ,
1744 , prix 30 livres .
Ils vendent auffi la Statique des Animaux ,
traduite de l'Anglois du Docteur Halès, par
M. Sauvage de la Croix , Profeffeur de l'Univerfité
de Montpellier , qui y a ajouté des
No968
MERCURE DE FRANCE.
Notes & quelques Differtations , 1. Vol .
in - 4°.
On avertit à la fin de la lettre qu'il y a
actuellement à Marſeille un Magafin de Livres
à vendre, foit en gros , foit en détail , fur
toutes fortes de matieres , Latins , François
Italiens , Eſpagnols , &c. On peut s'adreſſer
pour cela au Sr Dominique Sibié , Imprimeur-
Libraire fur le Port , lequel donnera
les inftructions néceffaires.
Nous avons dit dans les Nouvelles Litteraires
du Mercure de Mars dernier , pag.
548 , qu'on avoit publié à Londres une Traduction
Angloiſe des Effais fur divers fujets
de Litterature & de Morale , par M. l'Abbé
Trublet , faite fur l'Edition de 1737 , la
plus ample & la plus exacte. Nous avons
été informés depuis , que cette Traduction
eft d'après la troifiéme Edition de 1741 ,
plus ample que les deux précédentes , &
qu'outre cette Traduction que nous connoiffons
, & qui eft de M. Elphinston , Ecoffois
qui a paffé une partie de l'année derniere à
Paris ; il en a paru prefqu'en même-rems
une autre , dont l'Auteur nous eft inconnu .
M. Elphinfton a encore traduit l'Oraiſon
Funébre de M. le Cardinal de Fleury , par le
P. La Neuville , & nous fçavons qu'il tra-
>
vaille
MA Y. 1744. 969
vaille à une nouvelle Traduction du Difcours
de M. Boffuet , fur l'Hiftoire Univerfelle
.
L'Académie Royale des Infcriptions &
Belles -Lettres tint fon Affemblée publique
le Mardi 14 Avril , à l'ouverture de la
quelle M. l'Abbé de Pomponne , Chancelier
des Ordres du Roi , Doyen du Confeil , qui
eft Préſident de l'Académie cette année, délivra
le Prix à M. Martin Avocat au Parlement
, Receveur des Octrois de la Ville de
Paris , Auteur de la Differtation , qui avoit
pour Devife : Nec fas eft fcire omnia , laquelle
au Jugement de l'Académie , avoit le
mieux traité le fujet propofé pour le Prix.
Enfuite M. l'Abbé Gedouyn lut un Mémoire
fur l'Education des Enfans.
M. de la Curne , de fainte Palaye en lut un
fur l'utilité de la lecture des anciens Romans
de Chevalerie , par rapport à l'Hiftoire
de notre Nation.
M. de Foncemagne remplit le refte de la
féance par des Réfléxions fur l'utilité de la
lecture des anciens Poëtes François & Provençaux
, par rapport au même objet. Il
s'arrêta particulierement fur la vie & les
Poëfies de Guillaume 1x , Duc de Guyenne ,
& Comte de Poitou , Ayeul d'Eléonor
femme de Louis VII.
F Le
970 MERCURE DE FRANCE.
Le Mercredi 15 du même mois , l'Académie
Royale des Sciences tint auffi fon Affemblée
publique , à laquelle préfida M.
Trudaine , Confeiller d'Etat & Intendant
des Finances.
L'Académie n'a accordé le Prix à aucune
des Piéces , qui ont concouru pour le Prix
double de 1744. Elle a remis une troiſième
fois ce Prix , dont le fujet eft l'attraction du
Fer & de l'Aiman , &c. de forte qu'il eft
augmenté du triple , & fera de 7500 liv.
M. de Fouchy , Sécretaire perpetuel de
l'Académie lut l'Eloge de M. l'Abbé de Bragelongne.
M. Caffini a lû une Differtation fur la
Cɔméte.
M. Du Hamel lut enfuite un Mémoire
fur les Boutures & les Marcottes des Arbres.
M. de Buffon termina la Séance par une
Préface Hiftorique pour le Catalogue raifonné
du Cabinet d'Hiftoire naturelle du
Jardin du Roi.
ORBITE de la Cométe de 1743 & 1744 ,
par M. le Monnier.
Inclinaifon de l'Orbite à l'Ecliptique ,
46 dégrés 22 m. trois quarts.
Lieu du noeud Afcendant 15 dégrés 36
m. un dixième du Taureau ,
La plus petite diftance au Soleil ou la
diſtance Perielie 22 , 30 parties , dont la
MAY. 1744. 971
moyenne du Soleil à la Terre eft 100000 .
Lieu du Periclie , 16 dégrés 49 m. un tiers
de la Balance .
La Cométe a paffé par fon Perielie le premiers
Mars , à huit heures du foir.
LA SOCIE'TE ' LITTERAIRE d'Arras tint le
7 Mars dernier une Affemblée folemnelle
au Gouvernement , où M. le Maréchal d'Ifen- *
ghien , fon Protecteur , a bien voulu lui accorder
un appartement . M. Dubois de Duifans
, élû depuis peu Directeur , ouvrit la
féance par fon Difcours de remercîment
auquel répondit M. de la Place , Sécretaire
perpétuel . M. de Crefpicul l'aîné , nouveau
Chancelier, remercia pareillement la Compagnie
, & M. Harduin lui répondit , parce
que des raifons particulieres empêcherent
M. le Sécretaire de remplir cette fonction .
Enfuite M. Bauvin recita une Ode Chrétienne
; M. Maſſon en donna une autre fur
la Bénédiction de Madame *** Abbeſſe de
*** & M. Harduin termina la Séance par
un Mémoire fort détaillé , pour fervir à
l'Hiftoire de la Ville d'Arras , depuis le
commencement de l'année 1477 , jufqu'au
mois de Mai 1484. Huit jours après M.
l'Abbé de Crefpiceul , nouvel Affocié , fit fa
harangue de remercîment , à laquelle répondit
M. le Directeur.
Fij ODE
972 MERCURE DE FRANCE.
ODE CHRETIENNE ,
Recitée par M, Bauvin , à la Société Littéraire.
d'Arras,
J'Ai traîné mes jeunes années
Dans l'amertume & la douleur ,
Et j'ai vu toutes mes journées
Empreintes du fceau du malheur.
Trifte jouet de l'infortune ,
Mon ame,à foi- même importune ,
S'abandonne aux plus noirs tranfports ;
Comment de mille coups frappée ,
Ne s'eft elle point échappée
Des liens fragiles du corps !
**
O Dieu , confidere l'orage
Dont mes efprits font agités ;
Voi plier mon foible courage
Sous le poids des calamités ;
Prens pitié d'une ame abbatuë ,
Qui dans le chagrin , qui la tuë ,
N'a plus d'efpoir qu'en ton fecours.
Je fuccombe , fi ta clémence
Ne vient étouffer la fémence
Des maux qui menacent mes jours.
Noir
MAY. 973 1744.
Noir chagrin , dont je fuis la proye ,
Quand deviendrai -je ton vainqueur à
Ne verrai- je jamais la joie
Prendre ta place dans mon coeur ?
Loin du faſte de l'opulence ,
Et des horreurs de l'indigence ,
Dans le fein de la liberté ,
Sans douleurs , fans inquiétude ,
Quand me livrerai je à l'Etude ,
Qui conduit à la Verité ?
XX
Mais quoi ! la Sageffe éternelle
Condamne mes lâches foupirs ;
Tremble , infenfé , crains , me dit- elle ,
Que je n'exauce tes defirs.
A mes décrets fois plus docile ;
Le malheur à l'homme eft utile ;
Que ton coeur le redoute moins ;
Ta priere me deshonore ;
Eft- ce à ton ame , qui s'ignore ,
De m'éclairer fur tes befoins
***
Faut-il qu'un défefpoir funefte
T'entraîne en fes égaremens ?
Il aigrit le courroux célefte ,
Et n'adoucit pas tes tourmens.
Fij
Vile
974 MERCURE DE FRANCE.
Vile & fuperbe créature ,
Vois frémir toute la Nature
Des maux que fouffre ſon Auteur ;
Que ce grand exemple t'anime ;
Montre un coeur ferme & magnanimes
Ofe imiter ton Créateur .
Ainfi Dieu parle , & fes paroles
Ont confondu ma lâcheté ,
Et les efperances frivoles ,
Que formoit ma cupidité.
Il arrache les voiles fombres ,
Qui m'enveloppoient de leurs ombres ;
J'apperçois toutes mes erreurs .
O trifte afpect qui m'épouvante !
Mon ame interdite & tremblante
Craint d'envifager tant d'horreurs.
Tes vengeances font légitimes ;
Ciel ; j'ai mérité ton courroux ;
Et l'énormité de mes crimes
Pafle la force de tes coups .
Que ta févérité s'enflâme ;
Frappe mon corps ; remplis mon ame
D'une active & fainte terreur .
Souvent la gloire , la richeſſe ,
L'efprit , la fanté , la nobleſſe ,
Sont des préfens de ta fureur.
Nous
MAY . 975 1744.
Nous avons reçû le Programme qui fuit
au fujet de la Societé Litteraire de la Ville
de Montauban .
M. l'Evêque de Montauban , ayant deſtiné
la fomme de deux cent cinquante livres
pour donner un Prix de pareille valeur à celui
qui , au jugement de la Société Litteraire
établie dans cette Ville par permiffion
du Roi , fe trouvera avoir fait le meilleur
Difcours fur un Sujet relatif à quelque
point de Morale , tiré des Livres Saints ,
fuivant l'ufage de l'Académie Françoiſe , la
Société Litteraire a cru neceffaire d'avertir
le public qu'elle diftribuera ce Prix pour la
premiere fois le 25 Août prochain , Fête de -
S. Louis , Roi de France .
Le Sujet de ce Difcours fera pour l'année
1744. La Vanité des Sciences fans la Religion
, conformément à ces paroles de l'Ecriture
: Vani autem funt omnes homines in quibus
non fubeft fcientia Dei . Sap. Cap. 13 .
V. I.
Toutes fortes de perfonnes , de quelque
qualité qu'elles foient , feront reçûes à prétendre
à ce prix , hors les Membres de la
Société Litteraire , qui en doivent être les
Juges.
Les Difcours ne feront tout au plus que
d'une demie-heure de lecture , & finiront
toujours par une courte Priere à J. C.
Fiiij Ceux
976 MERCURE DE FRANCE.
Ceux qui en auront compofé , les feront
remettre dans tout le mois de Juin prochain,
entre les mains de M. de Bernoy , Sécretaire
perpetuel de la Société Litteraire , en ſa
Maifon rue Montmurat , ou , en fon abfence
, à M. Forestier, Avocat à la Cour des Aydes,
en fa maiſon , même ruë. On n'en recevra
aucun, qui n'ait une Approbation fignée
de deux Docteurs en Théologie. Les Auteurs
n'y mettront point leur nom , mais feulement
une marque ou paraphe , avec un Paffage
de l'Ecriture-Sainte , ou d'un Pere de
l'Eglife , qu'on écrira auffi fur le Regiſtre du
Sécretaire de la Société .
Le Prix ne fera néanmoins délivré à aucun
, qu'il ne fe nomme , & qu'il ne ſe préfente
en perfonne ou par Procureur , pour
le recevoir , & pour figner le Difcours.
Le Prix fera une Médaille d'or , repréſentant
S. Michel , avec cette Légende , Quis
ut Deus?
Le fujet du Difcours fera à l'avenir pu
blié un an avant la diftribution du Prix ,
mais on a voulu commencer cette année à
jouir des Bienfaits de M. l'Evêque de Montauban
, & répondre par cet empreffement
à fon Amour pour les Beaux-Arts , & à fon
pour leur progrès.
zéle
La Société Litteraire avertit les Auteurs
d'adreffer trois copies de leurs Ouvrages ,
&
MA Y. 1744. 977
& d'affranchir les Paquets qui feront envoyés
par la Pofte , fans quot les Ouvrages
ne feront point admis au concours.
ESTAMPES NOUVELLES.
Il paroît depuis peu une Eftampe, qui a éré bien reçûë
par
le Public & par les Connoiffeurs.C'eft un Su
jet de Pieté , exécuté avec une intelligence & un goût
digne des deux Graveurs qui y ont travaillé de concert.
Le deffein eft du Sieur Cochin le fils , & la gravûre
eft du Pere , fi connus l'un & l'autre par leur
fupériorité dans leur Art.
Le fond du Sujet eft heureux & intéreffant . On y
a renfermé fous un même point de vue l'Ancien &
le Nouveau Teftament , & comme Jésus- Chrift eft
l'objet de l'un & de l'autre, tout n'y refpire que lui ,
tout l'annonce & le défigne.
Les principales figures font animées . Leur attitude
peint au naturel leur amour & leur zéle. Moïſe , furtout,
au milieu des ombres de la Loi , ne paroît occupé
que de celui que fa foi lui découvre , & qu'elle lui
fait voir à travers le nuage qui le cache. Les rayons
de lumiere,qui partent de cette divine fource,& dont
l'écoulement le plus confidérable tombe fur lui ,
P'embrafent & le tranfportent .
La même impreffion fe remarque dans les Pro .
phétes , à la tête defquels on voit David . Une autre
portion de cette mênie lumiére produit en eux les
mêmes effets. Ils expriment tous par leur action la
vivacité de leur ardeur , & l'étendue de leurs defirs.
Leur coeur femble voler vers celui qui en eft l'objet
A l'oppofite , dans le lointain , on reconnoît dans
Abraham , prêt à immoler fon fils , & dans les Patriarches
qui l'environnent, les dépofitaires des pro-
F v meffes ,
978 MERCURE DE FRANCE.
meffes , qui toutes fe terminent à Jefus Chrift, dont
ils font eux- mêmes le Type & la figure .
Un peu plus loin, une foible lueur annonce à Adam ,
dès le premier inftant de ſa chute , celui qui en doit
être le réparateur .
On a gravé au bas de cette Eftampe ces paroles qui .
conviennent parfaitement au Sujet . Envoyez , Seigneur
, celui que vous devez envoyer. Elles font tiréés
du Livre de l'Exode , Ch. 4 , V. 13. Ce font les mê
mes que Moïse adreffa à Dieu , & qu'il femble repeter
de nouveau dans le tranſport qui l'anime.
Cette Eftampe , qui peut avoir huit pouces de
hauteur, fur fix de large, & qui feroit bien à fa place
à la tête d'une Bible -4° . fe trouve chés Defprez &
Cavelier , fils , Libraires , ruë S. Jacques , dont l'empreffement
eft fan bornes pour tout ce qui peut
faire plaifir au Public .
Le Sr Petit , Graveur , rue S. Jacques , à la Couronne
d'Epines , près les Mathurins , vient de mettre
au jour un Portrait de la grandeur d'un grand
in-4 , qui repréfente le Prince Charles Edouard , petitfils
de Jacques II , Roi d'Angleterre , d'après le Tableau
original , appartenant à M. d'Obryen , peint
à Rome par Dominique Dupra.
Grande Eftampe en large , fous le titre de la l'ieilleff
, gravée par J. Moyreau , d'après le Tableau
original de Raoux , Peintre du Roi , de quatre
pieds de large , fur 3 2 pouces de haut. C'eft un des
plus beaux Tableaux de cet excellent Peintre , & le
quatrième que le Sr Moyreau grave d'après lui .
Il eſt dans le Cabinet de M le Chevalier d'Orleans.
Cette Eftampe fe vend chés J. Moyreau , Graveur
du Roi , ruë S. Jacques , à la vieille Pofte .
LE TOMBEAU de Pierre Mignard, Ecuyer, Premier
Peintre
MA Y. 1744. 979
Peintre du Roi , érigé à Paris dans l'Eglife des Jacobins
de la rue S. Honoré , par les foins de Mad .
la Comteffe de Feuquieres , fa fille , compofé & executé
par J. B. Lemoine , fils , Sculpteur ordinaire du
Roi en 1743. Grande Eftampe en hauteur , gravée
par le Sr Lépicier , Graveur du Roi , rue S. Louis ,
près l'Abbreuvoir du Quai des Orfévres , chés lequel
elle fe vend.
On trouve à la même adreffe une Eftampe en hauteur
, fous le titre de la Naissance, gravée par J. Balechou
, d'après le Tableau original de M. André
Bardon , Peintre de l'Académie . On lit ces Vers au
bas de feu M. Rouffeau.
Que l'homme eft bien durant fa vie
Un parfait miroir de douleurs !
Dès qu'il refpire , il pleure , il crie ,
Et femble prévoir les malheurs.
Cette Eftampe fe vend auffi chés L. Surugue ,
Graveur du Roi , rue des Noyers , vis - à - vis S. Yves.
L'ENFANCE , autre Eftampe en hauteur , qu'on
trouve aux mêmes adreffes , gravée par le même
Graveur & d'après le même Peintre . On lit ces Vers
au bas du même Poëte.
Dans l'Enfance toujours des pleurs ;
Un Pédant porteur de trifteffe ;
Des Livres de toutes couleurs ,
Des châtimens de toute efpece. ,
Odieuvre , Marchand d'Eftampes , demeurant ruë
d'Anjou , vient de mettre en vente les Portraits de
E vj CHARLES980
MERCURE DE FRANCE.
CHARLES- FREDERIC III, ROI DE PRUSSE
ELECTEUR DE BRANDEBOURG , né à Berlin le 24
Janvier 1712 , peint par P.... & gravé par Ficquet.
JEAN BERNOULLI , Profeffeur de Mathématique,
né à Bafle, en Suiffe, en 1667, peint par J. Ruber, &
gravé par le même Graveur .
BENOIST SPINOSA , né à Amfterdam en 1632 ,
mort le 21 Février 1677 , âgé de 44 ans , peint par
A. P. & gravé par Et. Feſſard.
Le Sr le Menu de S. Philbert , Maître de Mufique,
vient de donner au Public ſa fixiéme Cantatille, intitulée
l'Hymen ; elle ne dépare point les cinq précédentes
, qui font fort goûtées. Eiles fe vendent
féparément 36 fols piéce , aux Adreffes ordinaires .On
vend auffi le Livre de Principes , du même Maître ,
auquel le Public fait un accueil favorable , étant
fort utile aux Commençans . On le trouve auffi aux
Adreffes ordinaires.
CARTE DU PEROU , pour fervir à l'Hiftoire des
Incas , & à celle de l'état préfent de cette Province,
dreffée par P. Buache , fur les Obfervations Aftrono.
miques , faites aux environs de l'Equateur , & com.
muniquées à l'Académie depuis l'an 1736 , jufqu'en
1739, par Mrs Godin , Bouguer & de la Condamine,
de l'Académie des Sciences , affujettie pour les autres
parties aux Obfervations du P. Feuillée & de
M. Frezier , aux Routes & Remarques Geographiques
de divers Voyageurs.
AUTRE CARTE de la Partie Méridionale du Pérou
, dreffée par le même.
Elles fe vendent à Paris , fur le Quai de la Mégifferie.
Les Cartes des Provinces des Pays- Bas , en 15
feuilles , contenant les Comtés de Flandres, de Hainaut
,
MAY. 1744. 981
1
maut , de Brabant , l'Evêché de Liége , le Boulonnois,
& les Frontiéres de Picardie , dreffées fur les Mémorres
de Eugene-HenriFriex, & augmentées fur les Obfervations
les plus nouvelles . Ces Cartes , fi exactes
& fi détaillées , font très-néceffaires pour les Campemens
& masches des armées ; elles font toutes
fur une même Echelle,& peuvent s'affembler en une
même Carte. Elles fe vendent à Paris , chés Crepy' ,
Fuë S. Jacques , près la rue de la Parcheminerie , à
l'Image S. Pierre.
On diftribue à Paris, chés le St Dheulland, Graveur ,
ruë Serpente, attenant l'Hôtel de laSerpente ,chés M.
Martin , Officier du Roi , une Carte Topographique
du Comté de Nice , où l'on trouvera les marches
des armées combinées de France & d'Espagne ,
depuis leur départ de Provence , le paffage du
Var & toutes les differentes attaques des retranchemens
de Montalban & de Villefranche , avec
le détail le plus circonftancié de cette Conquête.
Prix 20 fols .
G. Martin , Libraire , rue S. Jacques , à Paris, inprime
le Catalogue des Livres de feu M. Danty
d'Ifnard, Médecin, ancien Profeffeur & Démonftrateur
des Plantes au Jardin du Roi , & de l'Académie
Royale des Sciences Cette Bibliothèque , qui est
confidérable par uneCollection deTraités fur toutes
les parties de l'Hiftoire Naturelle , ſe vendra en détail
au commencement de Juillet de cette année.
M. Chycoineau , Confeiller d'Etat , Premier Médecin
du Roi , ayant vû la guérifon d'un grand Frélat
, des Rougeurs , Dartres & Boutons qu'il avoir
fur le vifage depuis plus de huit ans , lequel a fait à
la Dame de Leftrade une penfion fa vie durang , &
ayant
982 MERCURE DE FRANCE .
ayant appris d'ailleurs la guérifon de plufieurs autres
Perfonnes confidérables , & qu'elle traitoit ces
Maladies depuis plus de 40. ans avec fuccès & applaudiffement
, a bien voulu donner fon Approbation
pour débiter fes Remédes , pour l'utilité & le
foulagement du Public ; fçavoir , une Eau qui guérit
les Dartres vives & farineufes , Boutons , Rougeurs ,
Taches de rouffeur & autres Maladies de la Peau ,
& un Baume blanc , en confiftance de Pomade , qui
ôte les cavités & les rougeurs après la petite vérole
; les taches jaunes & le hâle , unit & blanchit le
tein . Ces Remédes fe gardent tant que l'on veut ,
& peuvent fe tranſporter par tout.
Les Bouteilles de cette Eau font de 2. 3. 4 &
6. livres & au deffus , felon la grandeur. Les Pots
de Baume blanc font de 3 livres 10. fols , & les demi
Pots d'une livre 15. fols.
Mad. de Leftrade , demeure à Paris , ruë de la Comédie
Françoise, chés un Grainetier , au premier Etage.
Il y a une Affiche au- deffus de la porte.
La veuve Bailly renouvelle au Public fes affûrances
, qu'elle n'a point quitté fon commerce , & que
les véritables Savonettes de pure crême de Savon ,
dont elle feule a le fecret , fe diftribuent toujours
chés elle , rue du Petit Lion , à l'Image S. Nicolas,
proche la rue Françoiſe , Quartier de la Comédie
Italienne .
Le Public eft averti que le véritable Suc de Régliffe
& de Guimauve blanc , fans fucre , fi eftimé
pour toutes les maladies du Poulmon , inflamınations
, enrouemens , toux , rhumes , afthme , poulmonie
& pituite , continue à ſe débiter depuis plus de
trente ans , de l'aveu & approbation de M. le Premier
Médecin du Roi , chés Mlle Defmoulins, qui eft
La
BE
YON
V
Ainement je verſe des larines ;
Elles n'éteignent point mes feux ;
Philis
RONDEAU
is plus de
trente
ans , de l'aveu
& approbation
de M. le Premier
Médecin
du Roi , chés Mlle Defmoulins
, qui eft


MAY. 983 1744.
la feule qui en a le Secret de défunte Mlle Guy ,
quoique depuis quelques années des particuliers
ayent voulu le contrefaire , lefquels pour mieux
tromper le Public , fe font dits Enfans de M. Guy ,
ce qui eft une fuppofition ; la difference s'en connoîtra
ailément par la comparaifon qu'on en pourra
faire .
On peut s'en fervir en tout tems , le transporter
par tout & le garder fi long-tems que l'on veut ,
fans qu'il fe gâte jamais , & perde rien de fa
qualité. Le Prix eft de fix francs la Livre .
Mlle Defmoulins demeure ruë Guenegaud , Fauxbourg
S. Germain , du côté de la ruë Mazarine , chés
M. Guillaume , Marchand de Vin , aux Armes de
France , au deuxième Appartement.
CHANSON
C'Eft envain qu'on veut fe défendre
Des traits que lancent les Amours :
Un coeur , qui différe à ſe rendre ,
Quand il aime , c'eſt pour toujours.
C'est envain qu'on veut ſe défendre
Des traits que lancent les Amours.
V
Par M. Laffichard.
BRUNET T E.
Ainement je verſe des larines ;
Elles n'éteignent point mes feux ;
Philis
984 MERCURE DE FRANCE.
1
Philis , je vois toujours tes charmes ;
Leur éclat me rend malheureux :
Avant que ta tendreffe
Sorte de mon fouvenir ,
Ah ! Ciel ! quelle eft ma foibleffe
Il me faudra mourir.
Belle Bergere , que j'adore ,
Que font devenus tes fermens ?
Tu me difois hier encore
Ces mots fi flateurs , fi charmans :
Avant que ta tendreffe
Sorte de mon fouvenir ,
Tircis , j'en fais la promeffe ,
Il me faudra mourir .
Le nouvel Amant qui t'engage ,
Pourra-t'il t'aimer mieux que moi ?
Je te rendois fans ceffe hommage ,
Et tes plaifirs faifoient ma loi.
Avaut que ta tendreffe
Sorte de mon fouvenir ,
Ah ! Ciel ! quelle eft ma foibleffe !
Il me faudra mourir.
La Bergere fut attendrie
Des reproches de fon Amant :
Auz
MA Y..
983
. 1744
Aux abords d'une rive fleurie
Ils répeterent tendrement :
Avant que ta tendreffe
Sorte de mon fouvenir ,
Mon coeur t'en fait la promeſſe ,
Il me faudra mourir.
Par le même.
UDUNUDUDUDUDUDUDUDUDY
0-00-0-
DURURU
SPECTACLES.
EXTRAIT de la Comédie de l'Apparence
trompeule , Piece en Profe , en un Alte
fuivie d'un Divertiffement , représentée au
Théatre Italien le 2 Mars dernier.
ACTEURS.
Florife , jeune Veuve ,
Arifte , ami de Florife ,
la Dlle Silvia.
le Sr Deshayes.
Dorimon, Amant de Florife , le Sr Rochard.
Carlin , Valet d'Ariſte , le Sr Riccoboni.
Nerine, Suivante de Florife,la Dlle Riccoboni.
La Scéne eft à Paris , chés Florife.
C Public ; elle eft pleine d'efprit , & tout
Ette Piéce a été très-bien reçûë da
ce qu'on peut reprocher à M.G. de Merville,
qui
986 MERCURE DE FRANCE.
avoir
trop
qui en eft l'Auteur , c'est peut-être d'y en
mis. C'eſt un défaut qui ne s'eft
que trop introduit dans tous les Ouvrages
Dramatiques , & dont on aura bien de la
peine à fe corriger , parce qu'il eft applaudi
par le plus grand nombre des Spectateurs.
On en va juger par ce premier Morceau .
Dorimon , Amant de Florife , ouvre le
Scéne par ce Monologue.
;
De toutes les efpeces d'amour , que la Nature
nous inspire pour un Sexe trop charmant ,
iln'y en a point de plus pénible que celui que
l'on fent pour une veuve une fille coûte bien
moins à conquerir ; le charme de la nouveauté ,
l'attrait d'un bonheur inconnu , & le penchant
d'un coeur fans expérience , lui fait faire la
moitié du chemin , &fi la pudeur , ou l'orgueil,
on fa petite malice lui impofent filence fur fes
fentimens, une démarche, un coup d'oeil , un gefte
la trahit & les décéle ; avec une veuve , on n'a
point ces reffources-là , & il femble que par une
fatalité, attachée à ce que l'on poffede , elle tire
de l'étendue de fes connoiffances le droit & le
pouvoir d'en méprifer l'ufage.
Jufqu'à cet endroit , c'eft un Grammairien
élégant qui écrit , & non un Amant
irrité qui parle. Voici le langage de l'Amant:
J'aime Florife depuis un an ; je me ſuis déclaré
fix mois après : depuis trois mois , je der
mande
MA Y. 1744 987 .
mande a l'épouſer¸& je nefçais pas encore ſi ellª
m'aime,... Oh! parbleu ! je perds patience
& il eft tems enfin que je forte d'une incertitude
fi cruelle , &c.
Nous prions nos Lecteurs de nous difpenfer
de groffir cet Extrait de nouvelles Ci
tations. Ce feroient autant d'exemples de
l'abus que plufieurs Auteurs font de l'efprit,
& elles fentiroient trop la critique nous
nous bornerons àparcourir le plus fuccinctement
qu'il nous fera poffible l'action de
cette Piéce ; voici en quoi elle confifte .
Dorimon ne croit pouvoir mieux s'éclaircir
du doute où il eft fur fon amour , qu'en
interrogeant Carlin & Nerine. Le premier
eft Valet d'Arifte , qu'il foupçonne d'être
fon rival ; & l'autre eft Suivante de Florife
dont il eft Amant.Ce Carlin & cette Nerine
font mariés, & ne s'accordent pas trop bien;
ils viennent ; il les interroge , & pour les
mieux mettre dans fes intérêts , il leur promet
de les mettre en état de fe paffer d'être Valet
ou Suivante , s'ils le fervent bien dans cette
occafion. Les éclairciffemens qu'il en tire,ne
font que le mettre dans une plus grande incertitude.
Nerine lui promet de nouveaux
foins ; il lui promet à fon tour cent louis , fi
elle lui tient parole . Voici comment elle y
réiiffit ; Florife vient ; Nerine tâche de pénetrer
dans fon, coeur , mais inutilement
988 MERCURE DE FRANCE.
fa Maîtreſſe ne la croit pas affés difcrette
pour mériter fa confiance; elle écrit à Arifte,
& charge Nerine de lui porter fon Billet
qu'elle cachette avec foin . Floriſe s'étant retirée
, l'infidelle Suivante voudroit bien fçavoir
ce qu'elle vient d'écrire ; les cent louis
promis augmentent la tentation ; elle y fuccombe
; elle rompt le cachet ; elle ouvre le
Billet ; voici ce qu'il contient :
Qu'avez- vous , mon cher mari ? Pouvezvous
m'abandonner comme vous faites ? Quoi !
trois jours fans me voir ni m'écrire ! c'est trop
me négliger. Venez au plûtôt vous juſtifier de
cette froideur . Adieu , mon cher mari , je vous
attends.
Le nom de mari que Florife donne à Arif
te , fait le noeud de la Piéce . Dorimon ne
revient que trop tard pour fon malheur ;
Nerine lui fait part de la découverte qu'elle
vient de faire ; elle lui remet cette fatale
Lettre , dont le port ne lui eft que trop Iargement
payé ; elle reçoit les cent louis que
Dorimon lui a promis , & le prie très- inftamment
de ne point décéler l'infidélité
qu'elle a faite à fa Maîtreffe en faveur de fon
bienfaicteur. Dorimon eft auffi furpris qu'irrité
du mariage qu'il vient d'apprendre , & de
la diffimulation d'Arifte ; il prend le parti de
diflimuler à fon tour. Arifte le preffe de demander
la main de Florife; Dorimon ne manque
ΜΑΥ . 1744.
989
que
que pas de prendre cette marque d'amitié
pour une infulte , cependant il garde le filence
, pour tenir parole à Nerine. Cette
diffimulation donne lieu à d'autres Scénes
très-amufantes pour. les Spectateurs ; l'Au-,
teur les a un peu trop multipliées. Il les a
pouffées jufqu'au nombre de vingt-fept ,
mais c'eſt une néceffité de furabonder en paroles
, quand on manque d'action . Il eſt
temps de finir celle - ci ; le nom de mari
Floriſe donne à Arifte , a été pris trop férieufement
par Dorimon , qui malgré la
parole
qu'il a donnée à Nerine de ne la point
compromettre , montre cette Lettre , qui a
fait tout le noeud de la Piéce , & lui a donné
le titre d'Apparences trompeufes. Le doute
étant diffipé , Florife , qui aime Dorimon
figne fon Contrat de mariage avec lui ; Arifte
a pris foin de le faire dreffer , & de préparer
la Fête qu'on a ajoutée à la Piéce. En
voici le premier Couplet.
Pour aimer , il ne faut à la Beauté cruelle ,
Que le trait qui doit la frapper ;
Son tems n'eft pas venu , mais peut- elle échapper
A l'Amour qui vole autour d'elle ?
Ce Dieu , tôt ou tard , eft vainqueur ,
Et lorsqu'il régne enfin fur un coeur indocile
Si fa victoire eft difficile ,
Son triomphe en eft plus flateur
VAV.
990 MERCURE DE FRANCE.
VAUDEVILLE.
Dans une obfcurité profonde
Le vrai fe cache , & le Monde
N'eft que trahifon & qu'erreurs,
Nous n'avons point de fcience ,
Pour fonder le fond des coeurs ;
Nous jugeons fur l'apparence ,
Au Parterre.
Le préfent qu'on vient de vous faire.
En gros , a paru vous plaire ,
Et ne vous révolter en rien ;
De -là naît notre eſpérance ,
Mais , Meffieurs , faifons-nous bien-
De juger fur l'apparence ?
Cette Piéce a éte parfaitement bien repréfentée
au Théatre Italien ; elle vient d'être
imprimée , & fe vend chés David , le
jeune , Quai des Auguftins , au S. Efprit ,
& chés Delormel , au bout du Pont neuf ,
fur le même Quai , au Nom de Jefus.
VERS adreffés à M. G. DE MERVILLE ,
Auteur de la petite Comédie de l'Apparence
trompeufe.
D'un Comique riant , naturel , raiſonnable
Sois le hardi reftaurateur.
Par ta Piéce nouvelle , on juge que l'Auteur
Peut
MAY . 991
1744.
Peut donner à Thalie un ton vrai , convenable
Cette apparence-là ne nous trompera pas ;
Et l'Oracle eft plus sûr que celui de Calchas.
Le 30 Avril dernier , la Dlle Rofalia Aftraudi
, fille d'un Piémontois , âgée d'environ
onze ans , débuta au Théatre Italien
dans la petite Comédie de l'Ile des Talens ,
& joüa le rôla de Florine , que joüoit ci -devant
la Dlle Sidonie Thomaffin , retirée du
Théatre depuis peu. Cette nouvelle Actrice
fut reçue favorablement ; elle chanta
quelques Couplets dans le Divertiffement
de la Piéce , avec autant de goût que d'intelligence.
Le 6 Mai , les mêmes Comédiens repréfentérent
le double Mariage d' Arlequin , excellente
Piéce Italienne , en trois Actes ,
dans laquelle le Sr Carlo Veronese , âgé de
42 ans , & la Dlle Anna , fa fille , âgée de
14 ans , originaires de Venife , débuterent
tous les deux ; le premier dans le rôle de
Pantalon , & fa fille dans celui de Colombine
, qu'elle joüa avec toute la vivacité &
les graces poffibles. Cette jeune Actrice
danfa après la Piéce , un Pas de deux comique
, avec le Sr Balletti ; ils furent généralement
applaudis par une nombreufe affemblée.
Le 16 , on donna une Comédie nouvelle
Italienne ,
992 MERCURE DE FRANCE.
C
Italienne , en cinq Actes , intitulée Coraline
Jardiniere, ou la Comteffe par hazard. La jeune
nouvelle Actrice joüa le principal rôle ,
toujours avec la même vivacité. Il y eut à la
fin de la Piéce un nouveau Divertiffement
qu'elle danfa avec le Sr Balletti , d'une maniere
très -comique , & qui fut exécuté au
mieux.
Le 21 , on donna une autre Comédie nouvelle
Italienne , en trois Actes , précédée
d'un Prologue , intitulée Coraline , Efprit
Follet , la même Actrice a joué le principal
rôle , au gré de tous les Spectateurs , & a été
généralement applaudie ; cette Piéce eft ornée
de plufieurs Divertiffemens , dans lef
quels la même Actrice danfa differentes Entrées
& fous differens déguifemens , avec
toute la vivacité poffible ; une entre autres,
avec fa foeur , âgée d'environ onze ans ,
avec beaucoup de grace , & d'une maniere
fort au-deffus de fon âge. Le Sr Carlin ,
connu fous le nom d'Arlequin , s'eſt fort
diftingué par la danfe , dans ces differentes
Entrées.
SUR le début de la nouvelle Actrice Italienne,
Ingrate & fuperbe Italie ,
A notre heureux deftin tu dois porter envie ;
D'une double Divinité ,
A tes dépens , la France eft enrichie ;;
Puis je
MAY. 993 1744.
Puis-je autrement nommer cette jeune Beauté ,
Qui dans ton fein reçût la vie ,
Et qui fur notre Scéne a fi bien débuté ti
Dans la Danfe & la Comédie ,
Tout Paris en eft enchanté ,
En l'enlevant à fa Patrie ,
Il lui ravit Terpficore & Thalie.
>
: Par M. M. T. D. F.
COMPLIMENT dialogué par la Dile
Riccoboni , qui repréfentoit le Caprice , &
par le Sr Rochard, qui repréfentoit le Goût,
pour l'ouverture du Théatre Italien , an
mois d'Avril dernier.
SCENE PREMIERE.
Le Caprice & le Goût.
Le Caprice
.
Meffieurs , vous pouvez aisément
Sous l'habit féminin connoître le Caprice ;
C'eft le fexe & l'ajustement
Qui font le plus à ma propice .
Le Caprice eft dans l'homme une efpéce de vice ;
La Femme en fait un agrément.
Ce Théatre léger fut toujours mon domaine ;
Les autres font foumis à de féveres loix ,
Qu'on cite avec orgueil, qu'on obferve avec peine ,
G Qui
994 MERCURE DE FRANCE.
Qui refferrent l'efprit , qui deffechent la veine.
A force de les fuivre , on vous a quelquefois
Renvoyés avec la Migraine.
Telle témérité chés nous a du fuccès
A telle autre on fait le procès.
Le Caprice en échec , pour fe tirer d'affaire ,
Met en avant fon caractére :
Sa gloire n'eft point en défaut ;
Il n'a point d'un grand nom la péfante chimere ;
Apprécié le peu qu'il vaut ,
Il ne tombe pas de bien haut ,
Et fa chute en eft plus légere.
Il peut fe relever par ſa fécondité ;
Il la perd quand on l'intimide ;
Ses écarts ne font pas un délire effronté ;
Il veut la Nouveauté pour guide ,
Et pour compagne la Gayeté.
C'est un trio qui devroit plaire ....
Mais du fond du Parterre on me lance un regard ....
Le Lorgneur vient à moi... C'eftmon juge ordinaire..
C'est le Goût .... auroit- il , Meffieurs , de votre part
Quelque remontrance à me faire ?.
SCENE
MA Y.
1744.
995
SCENE II.
Le Goût , le Caprice.
Le Goût.
En doutez- vous ?
Le
Caprice à part.
Faifons- lui nos adieux ....
Non , demeurons .... Par un ton gracieux
Si j'apprivoile la Cenfure ,
C'eft prefque en triompher.
( baut. )
Seigneur , quel jour heureux !
Quel doux préfage pour nos Jeux
De vous voir à leur Ouverture !
Le Goût à
part.
La préfence du Goût la flate & la raffure ,
Le compliment eft orgueilleux.
Le
Caprice à part.
Qu'il a l'air froid !
Le Goût à part.
Ah ! que de révérences !
Le
Caprice à part.
Ne perdons pas le fruit de nos avances.
Il ne m'a jamais tant impofé qu'aujourd'hui ;
Je ne me trouvois point tête à- tête avec lui.
Au Goût.
Je fçais que rien n'eft beau que par votre fuffrage.
Gij
Vous
996 MERCURE DE FRANCE.
Vous regardez ...? On a fait de ſon mieux
Pour vous recevoir.
Le Goût.
Moi ! me prend-on par les yeux ?
Le Caprice.
La Sale vous plaît-elle ↑ *
Le Goût.
Eh ? Qu'importe la Cage !
Ce font des Oifeaux que je veux ,
Dont le
ramage
fe varie,
Le Caprice.
Il nous eft arrivé des Acteurs d'Italie.
Le Goût,
Peut être elle a bien fait de les remercier :
Et vous apportent- ils quelque nouvel Ouvrage
Oui , Seigneur.
Le Caprice.
Le Goût.
Je refpire. Et l'Artificier
Ne fera plus chés vous le premier perfonnage ?
Donnez- vous du François ?
Le Caprice.
On nous en a promis .
Le Gour
Je crains l'évenement.
* La Sale de l'Hôtel de Bourgogne , repeinte à neuf.
MAY.
997 1744 .
Le Caprice.
Nous auffi , je vous jure .
Vous plaire eft de nos foins & l'objet & le prix ;
Nous nous réglerions bien fur votre tablature.
Le Goût.
Le Caprice ne veut ni régle ni meſure.
Le Caprice à part.
J'en fuis quitte ; il me va refufer fes avis.
Le Goût.
J'en donne volontiers ; les avez- vous fuivis ?
Le Caprice
.
Auffi d'un ton fort clair , mais un peu laconique ,
Seigneur , vous prononcez vos décrets fouverains.
Vous fifflez ou battez des mains ,
C'est s'expliquer par figne.
Le Goût.
Eft- il énigmatique ?
Le Caprice.
Non , pour le rendre utile , il faudroit feulement
Y joindre les motifs de votre jugement.
Le Goût.
Ce feroit un Art Poëtique.
Devinez- les .
Le Caprice.
Ici l'on ne fe pique
Que d'apprendre de vous.
G iij
Le
998 MERCURE DE FRANCE.
Le Goût.
Notez donc mes Arrêts.
Tenez-en par année un Journal Hiftorique .
Mes principes , toujours uniformes & vrais ,
Tournent au Sentiment ; c'eft ma Bouffole unique ,
Que le vain préjugé , la mode fanatique ,
La vogue du Clinquant , le Méchaniſme épais ,
La haine du Moderne , ou l'amour de l'Antique ,
Ne feront décliner jamais.
Le Caprice à part.
Il penſe m'attérer ... mais non , il me redreffe.
baut.
Il faut , pour épargner vos dédains & nos frais ,
Envoyer chaque Auteur chés vous lire fa Piéce;
Ils rimeront les plans que vous aurez régis.
Le Goût.
Les Auteurs ? la plupart fçavent- ils mon adreffe
Ils fe tromperoient de logis .
Eh ! me trouveroient ils dans ces bruyans réduits ,
Où la paffion juge , où le jargon impoſe :
: Où les Pradons du Théatre éconduits
Aux Boileaux font perdre la caufe . ?
Un Abbé doucereux , un Marquis turbulent ,
Un Sénateur,, chés Thémis indolent ,
Une Coquette défoeuvrée ,
Un Financier, qui décide en ronflant ,
La penfent créer le Talent ,
En l'affublant de leur livrée.
Je ne lis point de Piéce ; il faut la voir ici :
Je
THERUG MAY. 1744.
Je ne fais point d'effai . L'on me fert , je décide
Le Caprice. S
Mais vous trouvez tout mets trop fade , ou trop acide
Le Goût.
Mais dans certains ragoûts vous avez réüfſi .
Par exemple , la Parodie :
Le
genre eft fait pour vous. Libre , brillant & vif ;
Vengez , vengez le Goût de cette rapfodie ,
De ce Ballet plat & inaffif ,
De cette trifte Comédie ,
De ce Conte foporatif.
Le Caprice.
La Parodie admife avec du lenitif ,
Eft un cafuel lucratif.
Mais ailleurs que chés nous elle eft plus applaudie ,
Et nous n'en avons pas privilége excluff.
Le Goût .
Gagnez les autres de viteffe .
L'Opera va bien- tôt vous faire une largeffe .
Un morceau , vieux & neuf , revient ſur le tapis ;
Des Vers repris fous oeuvre , étayés , récrépis ,
Par l'Amphion de la plus noble eſpece , ?
Par celui dont on voit tous les autres jaloux.
La Parodie à vous s'adreffe.
Le Caprice
Mais fi le Spectateur la faifoit avant nous.
Le Goût. I
Vous nous rebattrez donc votre vieux Repertoire.
-G iiij La
1000 MERCURE DE FRANCE.
Le
Caprice.
Vous nous y réduirez ; je commence à le croire.
Tant pis .
Le Goût,
Le Caprice,
Le Neuf a du malheur .
Le Goût.
Vous prenez le travers. Dans un nouvel Ouvrage
Entre l'Auteur & l'Acteur >
La Critiqué le partage.
Dans les autres, l'Auteur nous échappe aujourd'hui;
Vous payez pour vous & pour lui .
Le Caprice.
Ainfi toujours revers ! toujours foible recette !
Vous nous défefperez ... Songeons à la retraite .
Déja plus d'une fois la Comédie en pleurs
Pour partir fit fa malle.
2
Le Goût.
Et vous l'avez défaite.
Le
Caprice.tota
Quoi qu'il en coûte , on nous regrette
Rien n'eft tel que de vivre avec des Connoiſſeurs,
Le Goût.
Il eſt de bons momens.
Le Caprice.
Faites-en les douceurs ;
Ce feal eſpoir nous fixe , ou nous rappelle ,
Eh !
MAY. 1744. 1001
Eh ! vous avez pour nous quelque inclination;
Car nous auriez- vous , fans elle ,
Paffé
l'imperfection ?
Même en cet entretien où vous hauffez le ton ,
C'est pour nous éprouver & piquer notre zéle.
Le Goût.
Et vous croyez avoir raiſon.
Le Caprice.
Oui , Seigneur , oui le Goût , pere de la fageffe ,
Dédaigne la fadeur , abhorre la rudeffe ;
Les germes du talent par lui font fomentés ,
Cultivés , mûris , augmentés.
Le Goût.
Oui, des jeunes Sujets il foutient la foibleffe
Il aiguïfe l'efprit , bien loin de l'émouffer ;
Des fervices paffés , tient compte à la Vieilleffe ;
Tend les bras au plaifir qu'on voudroit repouffer
Par excès de délicateffe.
Le Caprice.
Les beaux jours à ce prix vont renaître pour nous
Le Goût.
Le Caprice à mes loix veut donc être docile ?
Le Caprice.
Mes Auteurs, mes Acteurs vous le promettent tous.
Le Goût.
Le Goût fe rendra donc indulgent & facile.
G F Le
1002 MERCURE DE FRANCE.
Le Caprice au Parterre.
Meffieurs , vous l'entendez ; le démentirez vous ?
Les Comédiens François continuent les
repréſentations de l'Ecole des Meres , avec
grand fuccès.
Le 17 Mai , la Dile Armand , fille du Sr
Armand , Comédien du Roi , âgée d'environ
14 ans , débuta par le rôle de Lifette ,
dans la Comédie des Folies amoureufes ; elle
fut fort applaudie.
Le 20 , le St Drouin , autre nouvel Acteur,
débuta dans la Comédie d'Amour pour Amour,
de M. de la Chauffée , & joiia le rôle d'Azor
; il fut généralement applaudi . Il danfa
dans le Divertiffement de la même Piéce
avec les mêmes applaudiſſemens.
NOUL
MAY. 1744. 1003
NOUVELLES ETRANGERES ,
O
ALLEMAGNE.
N mande de Vienne du 4 du mois dernier ,
que l'Académie Royale de Peinture , de Sculpture
& d'Architecture , tint le 27 Mars dernier , une
Affemblée publique, à laquelle le Comte d'Althan,
Confeiller Intime d'Etat , & Confeiller du Confeil
de guerre , préfida , & qu'elle fit la diftribution des
Prix que la Reine de Hongrie donne tous les ans ,
pour favorifer les progrès de ces Arts.
On appris depuis que S. M. H. avoit tenu le 11
du mois dernier à Schombrun , un Confeil , après
lequel le Comte de Colloredo étoit parti pour retourner
en Italie , & que le bruit couroit qu'il portoit
au Prince de Labcrowitz un ordre d'attaquer ,
même fur les terres du Royaume de Naples , l'armée
Espagnole commandée par le Duc de Modéne.
On a conduit à Vienne un homme qui a été arrêté
en Hongrie , & qu'on accufe d'avoir voulu y ex-
-citer une révolte.
PRUSSE.
ON mande de Berlin , que le Comte de Rose
femberg , Miniftre de la Reine de Hongrie
auprès du Roi de Pruffe , avoit ordre de S. M. H.
de lui envoyer des éclairciffemens au fujer de divers
difcours que la Czarine accufe le Marquis de Botta
d'avoir tenu , pendant qu'il étoit à la Cour de
S. M. Pr.
2
G vj ESPA
1004 MERCURE DE FRANCE.
O
ESPAGNE.
N apprend de Madrid , qu'un Vaiffeau de
guerre Efpagnol s'eft emparé le 24 Mars dernier
du Vaiffeau Anglois le Hargrave , qui alloit de
Yarmouth à Livourne , & que la Frégate la S. Jean
Baptifte , de 24 canons & de 20 homines d'équipage
, a pris & conduit à Bilbao les Vaiffeaux Anglois
PElliot Galley, P'Osborn , le Diamant, le Robert Alix,
la Tourterelle , le S. Dominique , le Jean & Jeanne.
Le Roi a appris le 14 du mois dernier par un
courier dépêché par l'Infant Don Philippe , que le
premier du même mois les troupes de S. M. & celles
de France avoient paffé le Var ; que l'Infant
Don Philippe étant arrivé au Camp de S. Laurent
fur le bord de cette riviere , où les troupes des deux
Puiffances étoient affemblées , ce Prince fit avancer
deux Détachemens , compofés , l'un de Grenadiers
& de Miquelets , l'autre de quatre Com agnies de
Dragons , & foutenus chacun de fix Bataillons. Ces.
Détachemens pafferent la riviere , fans que les Piémontois
entrepriffent de s'y oppofer , & les Compagnies
de ragons ayant découvert un Détachement
de 80 hommes d'Infanterie des ennemis , qui
venoi: pour renforcer un pofte , elles les attaquerent
& les firent prifonniers dans une Caffine où ils le réfugierent.
Pendant qu'on fit les difpofitions néceffaires pour
conftru re des Ponts , le Prince de Conty & le Marquis
e la Mina fe rendirent de l'autre côté du Var ,
pour reconnoître la fituation de Piémontois , &
pour pofter de la façon la plus avantageuſe les troupes
qui avoient paflé cette riviere. A rès leur avoir
fait former un Camp à Ste Marguerite , ils détacherent
deux Corps de troupes avec ordre de s'emparer
de deux poftes importans , dont l'un étoit le Château
MA Y. 1744. 1005
teau d'Afpremont. Le Détachement qui étoit chargé
de s'emparer de ce Château , s'en rendit maître ,
mais l'autre Détachement ayant été arrêté par la
grande quantité de neige , dont il trouva les chemins
remplis , il ne put exécuter l'entrepriſe pour
laquelle il étoit deſtiné.
Le lendemain , l'Infant Don Philippe , accompagné
du Prince de Conty , alla vifiter le camp
de Ste Marguerite , & étant revenu à celui de Š.
Laurent , il ordonna à huit Brigades , qui compofoient
le Corps de réferve , d'aller joindre les troupes
qui étoient de l'autre côté du Var .
Sept Députés du Parlement de Nice vinrent le
même jour affûrer l'Infant Don l'hilippe de la foumiffion
des habitans du Comté de Nice , & le priér
de faire éprouver à ces habitans les effets de fa clémence
. On fut informé par ces Députés , que huir
Bataillons Piémontois , qui étoient en garniſon dans
la Ville , l'avoient abandonnée , & qu'ils s'étoient
retirés dans les retranchemens conftruits près de
Villefranche & de Montalban .
Deux Frégates Angloiſes s'étant approchées de la
Côte , elles incommoderent un peu l'aîle droite de
l'armée par le feu de leur artillerie , & il y eut un
Dragon de tué , mais on oppofa à leur feu celui de
quatre piéces de campagne , qui les obligea de s'éloigner
, & l'on établit une autre batterie de quatre
canons de 24 livres de balles , pour couvrir le flane
de l'armée.
au
L'Infant Don Philippe retourna le 3 avec le Prince
de Conty & avec le Marquis de la Mina ,
camp de Ste Marguerite , & ayant reçû le ferment
du Parlement & du Corps de Ville de Nice , il déclara
aux Magistrats , dont ces Compagnies font
compofées , qu'il ne traiteroit point en ennemis les
habitans des Villes & des Bourgs du Conté de Nice>
1000 MERCURE DE FRANCE.
ce , qui dans trois jours lui feroient donner des affurances
de leur foumiffion. 1
L'Intendant de Marine de Cadix a mandé au Roi ,
que le Brigantin Anglois le Petit Jean avoit été pris
'dans le Détroit de Gibraltar par l'Armateur Jofeph
Benfal.
S. M a été informée par des lettres de l'Intendant
de Marine de S. Sébastien , que l'Armateur
Don Auguftin de Samano , Commandant la Frégate
la Notre-Dame de Begona , avoit conduit au Port
de Guetaria le Vaiffeau le Whitarer , de la même
Nation , armé de 14 canons & de quatre pierriers ,
de 300 tonneaux , qui portoit des draps & une gran
de quantité d'autres marchandiſes à la Virginie,
Selon les avis reçûs de l'Intendant de Marine de
Bilbao , le même Armateur s'eft emparé de deux
autres Bâtimens Anglois , nommés le Royal & La
Bonne Intention , dont la charge confiftant en Vin ,
en Sel , en Cire & en Oranges , eſt eſtimée 70000
Piaftres.
O
NAPLE S.
N mande de Naples du 31 Mars dernier , que
les Ordres ayant été expédiés le 17 , le 18 &
19, pour que 25. Bataillons & 240 hommes de Cavalerie
des troupes du Roi des deux Siciles s'affemblaffent
fur la frontiére de ce Royaume , du côté de
P'Etat Ecclésiastique , le Roi & la Reine partirent de
cette Ville le 25 , pour fe rendre à Capoue , où leurs
Majeftés , étant arrivées le 26 , le font féparées , le
Roi étant allé fe mettre à la tête de fon armée , & la
Reine ayant pris la route de Gaëtte , pour y demeu
rer pendant l'absence du Roi,
Le jour du départ de leurs Majeftés , le Roi a fait
publier un Manifeſte , que S. M. à envoyé à fes
Miniftres
MAY. 1744. 1007
Miniftres dans les Cours Etrangeres , pour le communiquer
aux Puffances auprès defquelles ils réfident.
Ce Manifefte porte , que la fituation préfente des
affaires en Italie , détermine le Roi à informer le
Public de la ponctuelle exactitude , avec laquelle
S. M. depuis long-tems a tout facrifié à la réfolution
d'obferver fidelement le Traité de Neutralité, qu'elle
avoit romis en 1742 , de garder entre les Puiffances
qui font en guerre au fujet de la fucceffion du feu
Empereur ; que toute la malignité dont les hommes.
font capables , ne peut obfcurcir les preuves éclatantes
que le Roi a données de la droiture de les intentions
, dans les occafions qui fe font préſentées de
la manifefter ; qu'il a été permis aux Anglois de
négocier en toute liberté dans les Etats de S. M. &
que la Cour de Vienne n'ignore pas que les Sujets
de la Reine de Hongrie ont pu jouir du même avan
tage , non-feulement dans le Royaume de Naples.
& dans celui de Sicile , mais encore fur les Côtes de
P'Etat degli Prefidu ; que le Roi n'a point fouffert que
les troupes Eſpagnoles tiraffent de fes Etats ni Soldats
, ni armes , ni aucunes munitions de guerre , &
que toute l'Europe a été inftruite des dangers aufquels
l'artillerie & les munitions , deftinées pour ces
troupes , ont été expofées en mer , parce qu'il n'étoit
pas libre aux Efpagnols de fe fervir des Ports de
S. M..que rien n'a ébranlé la conftance du Roi , &
S. M. a voulu conferver une impartialité rigou
reufe , quoiqu'il fût évident que l'armée de S. M. C.
pouvoit accabler celle de la Reine de Hongrie , fi
le Comte de Gages avoit reçu un médiocre renfort;
qu'après des facrifices fi authentiques & une bonne
foi fi marquée , dont les exemples font fi rares , &
qui eft d'autant plus eſtimable , qu'il en devoit coû
Ler beaucoup à un coeur comme celui de S. M. pour
que
no
TooS MERCURE DE FRANCE.
ne pas fecourir les Efpagnols , le Roi s'étoit perfua
dé que fes procedés lui auroient attiré un jufte retour
de la part de la Reine de Hongrie & du Roż
de la Grande-Bretagne ; que la Vertu, immuable en
elle même , n'a pas toujours des voyes uniformes ,
& que non-feulement elle perd de fon prix , mais
encore qu'elle ceffe d'être uneVertu , & qu'elle dége
nere en vice , quand elle ne change pas de mefures,
felon que les affaires prennent des fates différentes ;
que le Roi n'a pas cru pouvoir , en voyant le feu de
la guerre s'allumer de plus en plus dans le voisinage
des Peuples que Dieu lui a confiés , differer de pren
dre les précautions , & d'employer les moyens né
ceffaires , pour maintenir la tranquillité dans fes
Etats , moyens dont jufqu'à préfent n'avoit pas eu
befoin un Prince pacifique , qui ne prend aucune
part aux prétentions de tant de Puiffances ; que
S.M. eft obligée d'empêcher que le fleau de la guer
te ne pénetre dans fes Etats , n'afflige fes Sujets , &
ne les expofe aux cruautés & aux brigandages , qui
font les fuites des incurfions d'une armée ennemie ,
& qu'elle doit fe mettre à portée de défendre fes Su
jets , & de pourvoir à leur fûreté ; que fes efforts
pour parvenir à ce but , ne pourroient produire que
peu d'effet , s'ils n'étoient accompagnés de la force,
qui dans les tems de troubles & de malheurs , tient
lieu de raifon & de Loi ; qu'outre cette néceffité ,
laquelle eft commune au Roi avec tous les Souverains
, qui voyent la guerre s'approcher de leurs
Etats ,S. M. a encore un autre motif; que la Cour
de Vienne a laiffé échapper beaucoup d'indices qui
annoncent les vûes fur les deux Siciles ; qu'elle s'eft
même conduite de façon à faire connoître la répu
gnance qu'elle avoit pour l'obfervation de la neutralité
conclue entre S. M. & la Reine de Hongrie ,
& que le Public en ſçait affés , pour le douter de fes
foupcons
MAY. 1744. 1009
foupçons qui contribuent à mettre les armes entre
les mains du Roi ; que la réfolution de S. M. étant
l'effet des mûres refléxions qu'elle a faites , d'un côté
fur ce qu'exige d'elle la neutralité qu'elle a promife
, de l'autre fur le devoir que les Loix Divines
& Humaines lui impofent de défendre les Peuples ,
elle n'aura jamais d'autre but que de procurer la
fûreté & la tranquillité de fes Etats , & que fon unique
défir fera de cultiver fincerement & indiftin&tement
l'amitié des Puiffances qui fe tiendront dans
les bornes prefcrites par les Loix , & qui fe croiront
obligées d'ufer des mêmes égards que S. M. a pour
elles.
Les Régimens d'Anvers , de Hainaut & de la
Reine , font restés à Naples fous les ordres de Don
Michel Regio , pour la garde des Châteaux de cette
Ville.
On a appris d'Afcoli du 3 du mois dernier , que
le Roi des deux Siciles étant arrivé au camp que fes
troupes avoient formé fur la frontière de les Etats ,
a partagé fon armée en deux Corps, dont le premier
commandé par S. M. Sic occupe le terrain qui eft
entre les Villes de Chieti & de Lorenzano jufqu'à
Sora; que
l'armée Espagnole, qui eft fous les ordres
du Duc de Modéne , a fon aile droite appuyée à
Chieti & fa gauche à Avignano. La plus grande par
tie des Seigneurs & des Gentilshomines Napolitains,
particulierement ceux qui poffedent des terres dans
I'Abbruze , a fuivi le Roi des deux Siciles à l'armée .
Les troupes de la Reine de Hongrie , comman
dées par le Prince de Lobckowitz , font décampées
de Fermo , pour le replier vers Macerata, où ce Général
a établi fon quartier général. Un Corps de ces
Troupes eft allé camper dans les environs de Tolentino
, & un autre s'eft pofté fous la Ville de Foligno
.
GINES.
4010 MERCURE DE FRANCE.
GENES ET ISLE DE CORSE.
Na appris de Genes du 19 du mois dernier ,
qu'il y arriva le iz un Vaiffeau de guerre Anglois
, par lequel on a été informé que l'Amirat
Mathews étoit forti de Port Mahon avec l'Eſcadre
qu'il commande , & qu'il faifoit voile vers Villefranche
.
Il y avoit fur ce Vaiffeau deux couriers , dont
l'un étoit dépêché au Roi d'Angleterre par l'Amiral
Mathews , & l'autre portoit des lettres de cet Amigal
au Prince de Lobkowitz .
M. de Villates , Miniftre de S. M. Br. auprès du
Roi de Sardaigne , & qui étoit arrivé de Turin le
12 , s'embarqua le lendemain fur ce Bâtiment, pour
aller conférer avec l'Amiral Mathews.
... 1 GRANDE BRETAGNE.
D (
ON a appris de Londres du 13 du mois dernier,
que la Déclaration de guerre contre la France
y a été publiée par les Hérauts d'armes dans les Pla
ces publiques avec les cérémonies accoûtumées.
Le Roi a envoyé ordre à M. Thompson , qui
étoit chargé des affaires de S. M. auprès du Roi de
France , de revenir en Angleterre , & le s , la Chapelle
de M. de Buffy , ci -devant Miniftre de S. M.
T. C. à la Cour d'Angleterre , fut fermée .
Les Négocians de Briftol font armer plufieurs Bå
timens legers , pour aller en courfe contre les François.
Le 1s du mois dernier , les deux Chambres du
Parlement préfentérent des Adreffes au Roi , pour
affûrer S. M. qu'elle peut compter que fon Peuple
fera les plus grands efforts , afin de l'aider efficace
ment à foutenir avec fuccès la guerre contre la
France ;
MA Y. 1744. 1011
France , & le Roi répondit à l'Adreffe des Seigneurs
.
MYLORDS ,je vous remercie de tout mon coeur de
cette Adreffe , dans laquelle vous me montrez le même
zéle & la même affection , dont vous m'avez donné
des preuves réitérées . L'unanimité avec laquelle vous.
avez réfolu de me préſenter votre Adreſſe , augmente
beaucoup la fatisfaction qu'elle me donne. Je me repofe
fur vous de l'exécution des promeſſes que vous me fai
tes , & vous devez étre perfuadés que je ne négligera
rien pour foutenir cette guerre de la maniere la plus
avantageuse pour mes Royaumes.
La Chambre ordonna le 17 , de dreffer un Bilf
pour déclarer coupables de Haute Trahifon ceux
qui entretiendront quelques correfpondances avec
le fils du Chevalier de S. Georges .
a Les Commiffaires de l'Amirauté ont donné ordre
que tous les petits Bâtimeus armés , qui étoient em
ployés à empêcher la contrebande des laines , fuffent
équipés pour aller en courfe contre , les Armateurs
François.
Un Armateur Espagnol , fur lequel il y avoit 93
hommes d'équipage , & qui a croilé long tems fur
les Côtes de Portugal , où il a fait un grand nombre
de prifes , a été conduit à Portſmouth par le
Vaiffeau de guerre le Renard.
HOLLANDE ET PAYS BAS.
Na appris de Bruxelles du 16 du mois dernier,
que Huffards des troupes de la Reine de
Hongrie ont été taits prifonniers dans un Village ,
qu'ils croyoient être de la domination de cette . Prin
ceffe , & qui appartient au Roi de France.
On mande de la Haye du 15 du mois dernier
qu'on a appris de Dunkerque , qu'un Armateur de
CG
1012 MERCURE DE FRANCE.
ce Port y eft rentré le onze du même mois avec un
Vaiffeau Anglois , dont il s'eft emparé.
On a appris de la Haye du 1z , que les Etats Généraux
ont réfolu , en conféquence du Mémoire
qui leur a été préfenté le 14 , par M. Trevor de la
part du Roi de la Grande Bretagne , d'accorder à ce
Prince un fecours de vingt Vaiffeaux de guerre.
Les Députés des Etats de la Province de Gueldres
ont donné leur confentement aux demandes
faites par le Confeil d'Etat touchant le Corps de
troupes de 20000 hommes , que la République a
promis de fournir à la Reine de Hongrie , & touchant
celles deſtinées à former une armée d'obfervation
fur la Fronti ére .
Les avis reçûs de la Haye du 29 du mois dernier
portent que le 23 , le Marquis de Fenelon , Ambaſ
fadeur du Roi de France eut une audience publique
des Erats Généraux , ayant été conduit à cette audence
avec un cortege de 74 caroffes par deux Dépués
de l'Affemblée , lefquels étoient allés le pren
dre en fon Hôtel
Cet Ambaffadeur , après avoir affûré les Etats Génétaux
, que S. M. T. C. quelque parti qu'elle foir
obligée de prendre , confervera toujours les mêmes
principes qui ont réglé fa conduite à l'égard de la
République de Hollande , & après leur avoir rappellé
les divers fujets qu'ils ont eu de fe plaindre de
la Cour de Vienne , & toutes les preuves que S. M.
T. C. leur a données de fon attention , non-feulement
à ne faire aucune démarche qui put leur caus
fer de l'inquiétu le , mais encore à les faire jouir de
tous les avantages qu'elle a pâ leur procurer par
fon intervention dans leurs differénds avec le feu
Empereur au fujet de la Compagnie d'Oftende ,
leur déclara que fi la neutralité des Pays-Bas n'eft
point affûrée , comme elle le fut en 1733 , ce n'eſt
pas
MAY. 1744. 1015
pas que le Roi de France n'ait fait connoître à diverfes
reprifes la difpofition dans laquelle il étoit
de continuer de pofer pour baſe de tous fes projets
la confervation de la tranquillité dans les Provinces
yoifines des Frontieres de la Hollande ; que les
Etats Généraux fçavent tout ce que S. M. T. C. a '
fait tenter auprès d'eux par fon Ambaſſadeur , ea
rendant leurs principaux Miniftres les dépofitaires
de fes plus fecrettes pensées, foit pour rendre la paix
à l'Europe , foit pour affûrer leur repos en particu
lier ; que S. M. T. C. dans le foutien qu'elle a donné
à fes Alliés , ne s'eft propoſé que de ne pas les
laiffer traiter moins favorablement que les Princes
aufquels la Reine de Hongrie , dirigée par les confeils
de la Cour de Londres , s'eft crue obligée de
faire des ceffions importantes , dans lefquels cette
Princeffe n'a rien trouvé d'incompatible avec le
droit qu'elle prétend avoir de fucceder feule aux
Etats du feu Empereur , & avec l'indivifibilité établie
par la Pragmatique Sanction ; que fi le Roi de
France , en fecourant fes Alliés , avoit été capable
de fe laiffer féduire par l'ambition d'agrandir fes
Etats , la Reine de Hongrie lui en a offert des
moyens , qui s'accordent auffi peu avec l'étenduë
qu'elle donne à cette Pragmatique , qu'avec fes
promeffes aux Hollandois touchant les Pays-Bas ,
mais que S. M. T. C. n'a eu d'autre defir que de
procurer la fatisfaction de fes Alliés par un accommodement
jufte & raifonnable ; qu'elle ne douta
point que le moment de la leur faire obtenir ne fut
arrivé , lorsqu'en dernier lieu l'Empereur eut accep
té la médiation que l'Empire a offerte , & dont les
Etats Généraux , ainfi que le Roi de la Grande Bretagne
, ont été invités à partager l'honneur ; que le
Roi de France demande ce qu'on doit penfer de l'é-
Joignement de la Reine de Hongrie pour un moyen
de
1014 MERCURE DE FRANCE .
de conciliation , fi conforme à ce que prefcrivent
en pareille conjoncture les Conftitutions du Corps
Germanique , & quelle Puiffance on doit regarder
comme ennemie des Libertés de l'Europe , ou celle
qui fouhaite l'exécution de ces Conftitutions , ou
'celle qui s'y oppofe ; que S. M. T. C. en retirant
fes armes d'Allemagne , dès que l'Empire eut offert
fa médiation , a montré fuffiſamment , combien elle
defiroit la fin de la guerre , mais qu'elle n'en a retiré
d'autre fruit que de voir les troupes de la Reine
de Hongrie venir infulter les Frontieres de la France
, & eflayer de pénétrer dans le coeur du Royaume
; qu'on n'a fçû aucun gré au Roi T. C. de la
marque de confiance qu'il a donnée aux Etats Généraux
, en propoſant de remettre à leur garde la
Ville de Dunkerque , ce qu'il auroit exécuté volontiers
, étant dans la réfolution de n'en venir qu'à
l'extrêmité au parti d'y rétablir des fortifications
capables de garantir cette Ville contre le projet
que la Cour de la Grande Bretagne annonçoit hautement
avoir formé de la réduire en un hameau de -
Pelcheurs , & qui a été articulé en termes formels
dans un Mémoire public , préfenté aux Etats Généraux
par l'Ambaffadeur de S. M. Br. que les matques
de la retenuë & de la modération du Roi de
France , & tous les efforts pour ramener l'efprit de
paix , n'ont fait qu'enorgueillir les Cours de Vienne
& de Londres , & les rendre plus audacieuſes à enfraindre
toutes les régles & même les bienséances
les plus communes ; que les tentatives faites à la
fin de la derniere campagne par ces deux Cours
pour attaquer l'Alface , les déclarations aufli téméraires
qu'indécentes , répanduës fur les Frontieres
du Royaume de France , & les autres excès aufquels
ces deux Cours le font portées , n'ont pas permis
au Roi T. C. de differer plus long- tems de déclarer
@
MAY. 1744 . 1015
clarer la guerre à l'une & à l'autre de ces Puiffances
; qu'on ne doit pas s'attendre qu'il néglige aucun
des moyens que la guerre autorife ; qu'il ne
connoît point de Loi qui permette aux auxiliaires de
la Reine de Hongrie de faire des entrepriſes contre
ceux de l'Empereur & qui ôte aux auxiliaires de
l'Empereur le droit d'attaquer ceux de la Reine de
Hongrie, & que les Loix , qui affûrent la tranquillité
des Nations , font violées par ceux qui commet,
tent gratuitement des hoftilités contre un Etat , le
quel n'étoit en guerre déclarée avec aucune Puiffance
, & non par ceux qui ne font qu'ufer de répréfailles
; que la Cour de Londres s'annonce partout
comme la Protectrice de la liberté de la Navigation
, & que toute la conduite tend à l'anéantiffement
de cette même liberté , & n'eſt qu'une violation
ouverte & continuelle de tous les Traités ; que
fous prétexte de la Balance & de l'Equilibre du Pouvoir
, elle voudroit s'attribuer un Defpotique univerfel
, & que pour exercer ce qu'elle appelle la
défenfe des Libertés de l'Europe , elle fe propoſe de
détruire celle de l'Empire , qu'elle opprime une
République d'Italie , dont elle n'apprehende point
le reffentiment , & qu'elle en a ufé de même envers
la Suéde , quand elle l'a vûë accablée par des
ennemis aufquels cette Puiffance ne pouvoit réfilter
; que l'intérêt particulier de la Grande Bretagne
devient toujours pour elle la cauſe commune , &
que fon zéle pour l'indépendance des autres Puiffances
ne regarde que celles qui veulent bien ſe dévouer
aveuglément à tout ce qu'elle exige de leur
part ; que la Conftitution actuelle de la République
de Hollande n'eft peut - être pas ce qui fe concilie
le mieux avec les vûësfecrettes du Roi de laGrande
Bretagne ; que peut-être il eft des deffeins cachés
dont la haine contre la France eft le voile , & qui
pour
for6 MERCURE DE FRANCE.
#
pourront contribuer de plus d'une maniere au bou→
leverſement de cette Conftitution , & que les Annales
de la République indiquent ſuffiſamment ce
qu'il eft inutile de rappeller ; que le Roi de France
auroit voulu pouvoir fe difpenfer d'attaquer la
Reine de Hongrie dans fes poffeffions des Pays-
Bas , mais qu'on n'a laiffé à S. M. T. C. aucun
moyen de s'en abftenir ; qu'elle ne peut autrement ,
qu'en prévenant fes ennemis , fe garantir de l'uſage
qu'on ne manqueroit pas de faire pour envahir fes
propres Frontieres , de ces mêmes Pays- Bas qu'elle
auroit refpectés. Que les Etats Généraux ne peuvent
s'attendre avec juſtice , que le Roi de France n'attaque
point fes ennemis d'un côté , où il n'a aucune
sûreté qu'il ne fera point attaqué ; que la perfuafion
même de l'inclination déterminée que les Etats
Généraux conferveroient pour maintenir la tranquillité
dans les Pays-Bas , ne pourroit le raffûrer
contre les vies contraires de ceux qui ont montié
fi publiquement & fi conftamment , qu'ils n'aſpiroient
qu'à rendre la guerre générale ; que les
Etats Généraux ont été les premiers à prendre l'alfarme
du transport des troupes de la Grande Bretagne
dans les Pays Bas ; que cependant c'eſt le
tranfport de ces mêmes troupes , qui par des progrès
fucceffifs a conduit les Etats Généraux à joindre
un Détachement de leurs troupes à celles des
ennemis du Roi T. C. que la Déclaration , faite de
la part des Etats Généraux , en 1741 , à la Cour de
France par leur Ambaffadeur , n'a pas empêché que
les augmentations de leurs troupes n'ayent fervi à
faciliter le fuccès de la demande qu'on leur faifoit
d'un Corps de 20000 hommes de troupes auxiliai
res pour la Reine de Hongrie , quoique les Puiffances
, à la difpofition defquelles ce Corps de troupes
devoit paffer , ne le deftinaffent à rien moins qu'à
parMAY.
1744. 1017.
partager
l'invafion de l'Alface & de la Lorraine ;
que dans ces circonftances le Roi de France ne
peut faire dépendre fa sûreté de la perfévérance des
Etats Généraux dans leurs réfolutions , la Conftitution
de leur Gouvernement ne les laiffant pas toujours
libres de détourner les inconvéniens qu'ils
veulent éviter.
Le Marquis de Fenelon préfenta le 25 aux Etats
Généraux un Mémoire , par lequel il prend congé.
d'eux pour quelque tems , & le même jour M.
Itzma , Préfident de l'Affemblée , alla au nom des
Etats Généraux ſouhaiter un heureux voyage à cet
Ambafladeur , qui partit le 27 , pour retourner en
France.
L'Abbé de la Ville refte à la Haye , chargé des
affaires de S. M. T. C. auprès de la République .
Le 19 , le Comte de Waffenaar , Député de la
Nobleffe de cette Province au Collège de l'Amirauté
de la Meufe , & Infpecteur des Digues de
Rhinland , fut nommé par les Etats Généraux
pour aller exécuter de leur part une commiffion
la Cour de France.
On mande de la Haye du 7 de ce mois , que le
29 du mois dernier M. Trevor , Envoyé Extraordinaire
& Plénipotentiaire du Roi de la Grande Bretagne
, préfenta à l'Affemblée des Etats Généraux
une lettre , par laquelle S. M. Br. après leur avoir
donné de nouvelles affûrances de fa reconnoiffance
pour le fecours de 6000 hommes qu'ils lui ont fournis
à fa premiere réquifition , leur témoigne qu'elle
efpere que le Roi de France lui ayant déclaré ouvertement
la guerre , ils affifteront la Grande Bretagne
de toutes leurs troupes & de tous leurs Vaiffeaux
, en conféquence des engagemens que S. M.
Br. prétend qu'ils ont contractés par les Traités de
1678 & de 1715 .
H Les
1018 MERCURE DE FRANCE.
Les Etats Généraux ont envoyé aux diverfes Provinces
, dont la République de Hollande eft compofée
, une copie de cette lettre , avec la Déclaration
de guerre de S. M. T. C. contre la Reine de
Hongrie. Ils ont fait donner part à M. Trevor , ainfi
qu'au Baron de Reifchach , Envoyé Extraordinaire
de la Reine de Hongrie , des motifs qui les ont déterminés
à nommer un Miniftre , pour fe rendre
de leur part auprés du Roi de France.
Le Comte de Vaffenaar , qui eft chargé des propofitions
qu'ils veulent faire à S. M. T. C. reçût le
fes dernieres inftructions , & on comptoit qu'il
devoit partir le 8 , pour aller exécuter fa commiffion
.
On apprend de Bruxelles du 8 de ce mois , que le
Prince Charles de Lorraine partit le 7 , au bruit de
l'artillerie des remparts de cette Ville , pour ferendre
à Mons , d'où il ira prendre le Commandement
des troupes de la Reine de Hongrie , qui doivent
fervir fur les bords du Rhin.
Ce Prince , quelques jours avant fon départ , tint
un Confeil de guerre , auquel tous les Généraux ,
tant des troupes Nationales , que des troupes Etrangeres
, affifterent , & il eut le 3 , une longue conférence
avec le Général Wade , qui commande les
troupes Angloifes , & avec le Comte Maurice de
Naffau , Général des troupes que la République de
Hollande a fournies à la Reine de Hongrie.
M. Tiquet , chargé à Bruxelles des affaires du
Roi de France , ayant reçû le 29 du mois dernier ,
par un courier extraordinaire la Déclaration de
guerre de S. M. T. C. contre cette Princeffe , & un
ordre de S. M. T. C. de fe retirer de cette Cour , il
en donna part le premier de ce mois à l'Archiducheffe
Gouvernante , & le 3 il partit , pour retourner
en France.
L'arMAY.
1019 1744.
L'armée des Alliés doit s'affembler inceffamment
dans un camp qui a été marqué entre Ath & Leufe ;
elle aura fon aîle droite appuyée à la derniere de ces
deux Places , & fa gauche à la premiere .
Toutes les troupes de la Grande Bretagne , qui
font à Bruxelles , ont ordre de fe tenir prêtes à marcher
, & les Régimens des Gardes Angloifes ont
déja pris la route d'Ath .
O
FLANDRE S.
N apprend de Valenciennes du 11 de ce mois ,
le Roi arriva à Peronne le 3 vers les quaque
tres heures après midi , où le Maréchal de Noailles ,
qui étoit parti de Douay la veille , s'étoit rendu ,
pour fe trouver à l'arrivée de S. M.
Le lendemain , le Roi , après avoir entendu la
Meffe dans l'Eglife Collégiale , continua fa route ,
& S. M. s'arrêta au Village de Marcoin , dans lequel
le Duc de Boufflers , Gouverneur de Flandres ,
avoit fait preparer au Roi fous une Tente une magnifique
halte.
S. M. étant arrivée à Cambray vers une heure
après midi , elle alla defcendre à l'Eglife Métropolitaine
, & y ayant reçû les refpects du Chapitre , à
la tête daquel P'Archevêque de Cambray porta la
parole , elle fit fa priere dans le Choeur , & enfuite
dans une Chapelle où l'on conferve une Image miraculeufe
de la Sainte Vierge.
Le même jour , fur les quatre heures , le Roi arriva
à Valenciennes , & defcendit à la maiſon , dans
laquelle l'Intendant du Haynault loge ordinairement.
Le Roi , pendant le féjour qu'il a fait en cette
Ville , s'eft occupé à voir les troupes qui font cantonnées
dans ce Pays , & à faire la vifite de quelques-
unes de fes Places.
Hij
Le
1020 MERCURE DE FRANCE.
Les , au matin , S. M. monta à cheval , pour examiner
les Fortifications exterieures de cette Ville ;
l'après midi elle en vifita l'Arfenal & les Magafins ,
& le lendemain elle alla voir la Citadelle .
Elle fe rendit le 7 à Condé , & le 8 elle alla dîner
au Quefnoy , & coucher à Maubeuge , où elle vit
la Manufacture d'armes , qui eft près de la Ville. S.
M. a examiné avec une grande application toutes
les Fortifications de ces differentes Flaces ; elle eft
entrée dans les moindres détails , s'étant fait rendre
compte de tout ce qui pouvoit augmenter la connoiffance
qu'elle avoit déja de la fituation & de la
force de chaque Place , & elle a examiné les projets
& les plans des nouveaux Ouvrages qu'on pou
voit y ajouter. En viſitant ces Villes , elle a fait la
revue des troupes cantonnées du côté de Condé , du
Quefnoy & de Maubeuge , & elle a vû en particulier
tous les Régimens , de l'état defquels elle a paru
auffi fatisfaite que des fentimens que toutes les troupes
ont fait éclater pour la Perfonne & pour fon
Service.
Le Roi a toûjours été accompagné par le Maréchal
de Noailles & par les huit Aides de Camp de
S. M. qui font le Marquis de Meule , Lieutenant
Général ; le Duc de Richelieu , le Duc de Luxembourg
, le Duc de Boufflers , le Duc d'Aumont , le
Duc d'Ayen , le Prince de Soubize & le Duc de
Picquigny , Maréchaux de Camp.
S. M. qui revint à Valenciennes de Maubeuge le
9 au foir , entendit le io la Meffe dans l'Eglife Collégiale
de Notre- Dame , & avant fon dîner elle travailla
avec le Maréchal de Noailles , avec le Maréchal
Comte de Saxe & avec le Comte d'Argenfon
Miniftre & Sécretaire d'Etat , ayant le Département
de la Guerre , à donner les ordres pour faire fortis
les troupes de leurs cantonnemens , & à régler la
marche
MAY. 1744. 1021
marche qu'elles doivent tenir , pour fe rendre aux
premiers camps dans lefquels elles doivent s'affembler.
Le foir , le Roi alla voir l'illumination de la
grande Place , & S. M. monta dans l'Hôtel- de-
Ville , où elle reçût les refpects des Magiftrats , &
qui étoit entierement illuminé , ainfi que toutes les
ruës.
Le Roi , qui eft en auffi parfaite ſanté qu'on puiſſe
le defirer, eft parti le onze au matin, & les habitans
fe font empreffés de lui donner par leurs acclamations
continuelles de nouvelles preuves de leur refpect
, de leur amour & des voeux qu'ils ne ceffent
de former pour la profperité des armes du Roi &
pour la confervation de S. M. qui a reconnu les
mêmes fentimens dans tous les endroits par lesquels
elle a paffé.
On mande de Douay du 12 de ce mois , que le
11 , à quatre heures après midi , le Roi fe rendit en
cette Ville , après avoir dîné à Bouchain , dont S.
M. a vifité les Fortifications. Les troupes , qui font
dans cette Ville , formoient une double haye dans
les rues par lesquelles le Roi a paffé , & qui étoient
tendues de tapifferies.
Le Roi , un moment après fon arrivée , monta à
cheval , pour aller voir les Ouvrages exterieurs &
les autres Fortifications de cette Place . S. M. reçût
enfuite les refpects du Parlement , à la tête duquel
M. de Pollinchove , Premier Préfident , porta la
parole avec beaucoup d'éloquence , & ceux de l'Univerfité
, & fur les huit heures du foir elle alla voir
P'illumination de la Place & celles de l'Hôtel - de-
Ville & des principales ruës. La maifon que le Premier
Préfident a coûtume d'occuper , & dans laquelle
le Roi a logé , étoit illuminée avec une trèsgrande
magnificence.
H iij Le
1022 MERCURE DE FRANCE.
Le 12 au matin , S. M. après avoir entendu la
Meffe dans l'Eglife Collégiale de S. Amé , alla vififiter
le Fort de la Scarpe , & elle partit à midi , pour
fe rendre à Lille , où elle a dû arriver le foir.
MORTS DES PAYS ETRANGERS.
M
. Jean Barbeyrac , Profeffeur en Droit à Groningue
, y mourut le 3 de ce mois , âgé de
71 ans. Il s'étoit acquis une très - grande réputation
par les Ouvrages qu'il a donnés au Public fur la
Jurifprudence.
On mande de Lisbonne , que la nommée Marie-
Anne Suarez y étoit morte âgée de 121 ans accomplis.
FRANCE ,
MAY. 1744. 1023
FRANCE ,
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
LE
E 2 de ce mois , veille du départ du
Roi pour l'armée de Flandres , S. M.
écrivit à l'Archevêque de Paris la lettre ſuivante
.
MON COUSIN , j'ai pris la réfolution de
me rendre fur ma Frontiere de Flandres ,
pour y commander en perfonne l'armée
que j'y ai fait affembler , & je vous fais cette
Lettre pour vous dire que je fouhaite , que
vous ordonniez des Prieres publiques pour
l'heureux fuccès de mon voyage , & pour
attirer la bénédiction du Ciel fur mes juftes
entrepriſes. La connoiffance que j'ai de votre
affection pour mon fervice m'affure que
vous vous conformerez avec zéle à ines intentions.
Sur ce , je prie Dieu , qu'il vous
ait , mon Coufin , en fa fainte & digne garde.
Ecrit à Versailles le 2 Mai 1744. Signé ,
LOUIS. Et plus bas , PHELYPEAUX.
Le 3 , l'Archevêque de Paris donna fon
Mandement , qui ordonne des Prieres publiques
, pour , pour demander à Dieu la profpe-
H iiij
rité
1024 MERCURE DE FRANCE.
rité des armes du Roi , dont la teneur fuit:
CHARLES- Gafpard- Guillaume de Vintimille
des Comtes de Marfeille du Luc , par
la Mifericorde Divine , & par la grace du
Saint Siége Apoftolique, Archevêque de Paris
, Duc de Saint Cloud , Pair de France ,
Commandeur de l'Ordre du Saint-Eſprit ,
&c. Aux Archiprêtres de Sainte-Marie-Madelaine
, & de Saint Severin, & aux Doyens
Ruraux de notre Diocèſe : Salut & Bénédiction.
Le Roi , qui au commencement des troubles
, dont l'Europe eft agitée , s'étoit propofé
de ne prendre part à la Guerre , qu'en
donnant à fes Alliés les fecours qu'il étoit
engagé à leur fournir , fe voit aujourd'hui
contraint d'armer pour la sûreté de fes propres
Etats , & pour s'oppofer à des entreprifes
, qui ne peuvent être regardées que
comme de véritables hoftilités de la part
des Puiffances qui les ont formées.
C'eſt dans la vûë d'exécuter , avec vigueur,
les réfolutions que Sa Majefté a prifes à ce
fujet , & d'animer par fa préfence le courage
de fes Troupes , qu'elle vient de fe dérober
à fa Cour pour fe rendre à leur tête , &
pour partager avec elles les périls aufquels
elles s'expofent , & les pénibles travaux que
la gloire & l'intérêt de l'Etat leur font fupporter.
En
MA Y. 1744. 1025
En des conjonctures fi intéreffantes , demandons
au Seigneur , qu'il envoye devant
ce Prince , fr cher à fes Peuples , un Ange
bienfaifant , chargé de veiller à fa confervation
, & d'écarter tous les accidens que nous
pourrions craindre pour fa Perfonne facrée.
Convaincus que de Dieu feul dépend le
fort des combats , & que quand il lui plaît ,
un homme en pourfuit mille , & deux font.
fuffifans pour en mettre dix mille en fuite & en
déroute ; conjurons-le de rendre inutiles les
efforts des Nations qui aiment & veulent la
Guerre , & de benir ceux d'un Roi qui ne
l'entreprend qu'à regret , & ne defire de
vaincre , qu'afin d'obliger ceux qui fomentent
la difcorde , à concourir au rétabliſſement
de la tranquillité publique.
Mais en même-tems que nous nous effor
cerons d'obtenir , par la ferveur de nos prieres
, la profperité de nos armes , continuons
à demander la Paix avec les plus vives inftances
, & employons les larmes & les regrets
d'une fincere pénitence , pour recouvrer
un bien fi précieux , que nos péchés -
nous ont ravi . L'intérêt de la Religion & le
nôtre fe réiniffent à nous faire defirer la fin
de ces triftes divifions , qui font toujours les
funeftes fources d'une infinité de crimes , de
profanations , & de défordres , & preſque
toujours de redoutables fléaux du Ciel , mê-
Hv me
1026 MERCURE DE FRANCE.
me pour les Peuples foumis à des Souverains
victorieux & conquérans.
- A ces Caufes , & pour nous conformer
aux intentions de Sa Majefté , après en avoir
conféré avec nos Vénérables Freres les
Doyen , Chanoines & Chapitre de notre
Eglife Métropolitaine , Nous ordonnons
qu'auffi- tôt après la reception de notre préfent
Mandement , & jufqu'à la fin de la
Campagne , au lieu de la Collecte Pro pace ,
on dira à toutes les Meffes , celle qui eft intitulée
dans le Miffel Pro Rege & ejus Exer,
citu. Que Mercredi prochain , fixième jour
du préfent mois de Mai & les deux jours
fuivans , on fera dans notredite Eglife les
Prieres de quarante heures , avec expofition
du Très- Saint Sacrement ; qu'en chacun
defdits jours , lefdites Prieres commenceront
le matin par une Meffe Solemnelle , &
finiront le foir par un Salut , dans lequel on
chantera O falutaris Hoftia , avec le Verfet
Panem de cælo , & c. & l'Oraifon Deus qui
nobis , & c. le Trait Domine , non fecundum ,
& c. le Verfet Oftende nobis , Domine , &c.
& les Oraifons Exaudi , &c. Ineffabilem ,
&c. Deus qui culpa , &c. l'Antienne Sub
tuum præfidium , & c. le Verfet Ora pro nobis
, &c. & l'Oraiſon Protege , Domine , famulos
tuosfubfidiis Pacis , & c. la Priere pour
le Roi , Domine , falvum fac Regem , &c.
avec
MAY. 1744. 1027
avec le Verfet Fiat manus tua , & c . l'Oraifon
Quafumus Omnipotens Deus , &c. la Priere
pour la Paix Da pacem , &c. le Verfet Fiat
pax , &c. l'Oraifon Deus à quo fancta defideria
, recta confilia , & c. Que les mêmes Prieres
de Quarante Heures feront faites , pendant
trois jours , dans toutes les autres Egli
fes de la Ville & du Diocèfe , fuivant l'ordre
qui fera marqué à la fuite de notre préſent
Mandement. Nous accordons à toutes les
Perfonnes , qui étant bien diſpoſées y aſſiſteront
, quarante jours d'Indulgences.
Nous ordonnons en outre , que jufqu'au
retour de Sa Majefté , on fera dans notredite
Eglife Métropolitaine & dans toutes
les autres Eglifes de notre Diocèfe , tous les
Dimanches & toutes les Fêtes fêtées , entre
Vepres & Complies , des Proceffions , où
l'on chantera les Litanies des Saints , & enfuite
le Trait Domine non fecundùm , & tout
ce qui eft marqué ci -deffus , à l'exception de
l'Antienne , du Verfet & de l'Oraifon du
Saint Sacrement .
Nous exhortons les Fidéles de joindre à
ces Prieres le jeûne , l'aumône , & d'autres
oeuvres propres à attirer fur ce Royaume &
fur la Perfonne de notre Augufte Monarque
la protection du Ciel.
Si vous Mandons que ces Préfentes vous
ayez à notifier à tous Abbés , Prieurs , Cu-
H vj
rés ,
1028 MERCURE DE FRANCE.
rés , Superieurs & Superieures des Communautés
Séculieres & Régulieres , exemtes
& non exemtes , à ce qu'ils n'en ignorent
& qu'ils l'obfervent & faffent obferver.
les perfonnes qui leur font foumifes. Donné
à Paris en notre Palais Archiepifcopal ,
le 3 Mai 1744•
par
Signé + CHARLES , Archevêque de Paris.
Et plus bas par Monſeigneur Lafone.
Le 2 de ce mois , le Roi apprit par le
Marquis de la Carte,que le Prince deConty
a dépêché à S. M , que la Citadelle de Villefranche
s'étoit rendue , & que l'Officier Général
, qui y commandoit , avoit été fait
prifonnier de guerre , ainfi que la garnifon
qui étoit fous les ordres , & celle que les
ennemis avoient laiffée dans le Fort de Montalban
, qui s'est rendu quelques jours avant
la Citadelle de Villefranche .
Le 3 , au marin , le Roi partit de Verfailles
, pour aller en Flandres fe mettre à la
tête de fon armée.
Le Roi étant arrivé le même jour à Peronne
, S. M. en partit le lendemain au
matin , pour aller à Cambray , d'où elle fe
rendit le même jour à Valenciennes . Tous
les chemins par lefquels le Roi a paſſé ſur la
Frontiere , étoient garnis de troupes , & le
peuMA
Y. 1744. 1029
peuple qui eft accouru par tout en foule fur
la route du Roi , s'eft empreffé de montrer
par les acclamations réïterées , la joye que
fui infpiroit la préfence de S. M.
Le Révérend Pere Abbé de l'Abbaye
de Sainte Geneviève de Paris , avoit ordonné
dès le 7 du même mois , que l'on
feroit dans fon Eglife des Prieres publiques
pour la confervation de la Perfonne facrée
de Sa Majefté & la profperité de fes armes :
qu'à cet effet la Chaffe de Sainte Geneviéve
, Patronne de Paris & du Royaume , feroit
découverte le lendemain par devant ,
pendant neuf jours ; que la Neuvaine commenceroit
par une Meffe folemnelle ; qu'après
Complies il feroit fait pendant cette
Neuvaine un Salut folemnel , qui commenceroit
par une Proceffion dans l'Eglife , à laquelle
on chanteroit , 1º. Les Litanies , Aufer
à nobis , &c. 2 °. L'Antienne de fainte
Geneviève , O felix ancilla Dei ; le Répons,
Congregati funt inimici noftri , & c. L'Antienne
de la fainte Vierge , Sub tuum præfidium ;
Domine , falvum fac Regem & l'Antienne ,
Da pacem ; le Verfet Fiat manus tua fuper
virum dextera tua ; Répons : Et fuper filium
hominis quem confirmafti tibi . Les Oraifons ;
la premiere , Deus , qui conteris bella ; la
deuxième de la fainte Vierge , Concede nos
famu
Tojo MERCURE DE FRANCE.
famulos ; la troifiéme de fainte Geneviève ,
Prafta , quafumus ; la quatrième pour le Roi
& fon armée , Deus , in te fperantium falus
la cinquième pour la Paix , Deus à quo fanita
defideria ; & avoit ordonné , qu'après cette
Neuvaine , la même Proceffion & les mêmes
Prieres fe feroient après Complies les
Dimanches & Fêtes jufqu'à la Touffaints ;
& que pendant le même-tems les Chanoines
Réguliers & Prêtres Séculiers , qui célébreroient
la Meffe dans fadite Eglife , diroient
tous les jours à la Meffe la Collecte
intitulée : Pro Rege & ejus Exercitu.
Le 7 , le Corps de Ville entendit dans
l'Eglife du S. Efprit une Meffe folemnelle
qu'il y fit célébrer , pour demander à Dieu
de conferver la Perfonne du Roi , & de répandre
fes Bénédictions fur les armes de
Ş. M.
On doit célébrer en cette Eglife , par ordre
du Corps de Ville , tous les jours , jufqu'au
retour du Roi , une Meffe dans la
même intention .
Le 9, le Grand Prieur de l'Abbaye Royale
S. Germain-des-Prez , donna auffi fon Mandement
fur le même fujet , lequel ordonne
des Prietes publiques pour la profperité des
armes du Roi ; en voici la teneur .
JEAN BOURDET , Grand Prieur de
l'AbMA
Y. 1744. 1031
l'Abbaye Royale de S. Germain-des -Prez
immédiate au Saint Siége , & Grand - Vicaire
de S. A S. M. le Comte de Clermont , Prince
du Sang , Abbé Commandataire de ladite
Abbaye : A tous les Fidéles de notre Jurif
diction : Salut , en notre Seigneur.
Quelque jufte que foit une Guerre , elle
eft toujours un fléau , dont Dieu punit les
prévarications des hommes. C'eft dans ce
point de vue , que nous devons confiderer
celle qui s'allume aujourd'hui fur nos Frontieres.
Nos iniquités , le mépris que nous
faifons des Commandemens du Seigneur ,
& le peu de reconnoiffance des bienfaits
dont il nous a comblés , en font la véritable
cauſe. Levons donc des mains pures vers le
Ciel . Profternons -nous avec une humble
confiance aux pieds du Thrône du Pere de
miféricorde. Tâchons de défarmer fa main
redoutable , & de détourner de deffus nous
cette verge de fer , dont il châtie tant de
Nations. Et puifque l'amour de la paix a
conduit le Roi à la tête de fes armées ,
prions le Tout- Puiffant de veiller fur les
jours d'un Prince fi cher à fes Peuples , de
benir fes armes , & de rendre inutiles les.
efforts que font nos ennemis , pour éloigner
un bien après lequel nous foupirons
avec tant d'ardeur.
A ces Caufes , pour fuivre les pieufes inten1032
MERCURE DE FRANCE.
tentions du Roi , & pour fatisfaire aux devoirs
de notre miniftere , nous ordonnons
que jufqu'à la fin de la Campagne , au lieu
de la Collecte Pro pace , on dira à toutes les
Meffes celle qui eft intitulée : Pro Rege &
ejus exercitu.Que Dimanche prochain, ro dư
du préfent mois de Mar , & les deux jours
fuivans , on fera dans notre Eglife les Prieres
de quarante heures , avec expofition du
Très-Saint Sacrement. Chacun defdits jours.
les Prieres commenceront le matin par une
Meffe Solemnelle , & finiront le foir par un
Salut , dans lequel on chantera l'Hymne
Tantum ergo , avec le Verfer Panem de coelo ,
& l'Oraifon Deus qui nobis , & le Trait Domine
non fecundùm , & le Verfet Oftende nobis
Domine , &c . l'Oraifon Deus qui culpâ ,
&c. l'Antienne Sub tuum præfidium , &c. le
Verfet Ora pro nobis , &c. l'Oraifon Concede
nos quafumus , &c . le Répons Hic eft
fratrum , &c. le Verfet Sacerdos Dei Germa
ne, &c. POraifon Mifericordiam tuam , & c.
la Priere pour le Roi , Domine falvum fac
Regem ,,qquuee l'on répétera trois fois , avec le
Verfet Mitre ei auxilium de Santo , & l'Oraifon
Quafumus omnipotens Deus , &c. & la
Priere pour la Paix , Da pacem , & c . le Verfet
Fiat pax , &c. & l'Oraifon Deus à quo
fancta defideria , &c.
Nous ordonnons eu outre , que jufqu'au
reMAY.
1744.
1033
retour de Sa Majefté , on fera dans notre
Eglife tous les Dimanches & toutes les Fêtes
férées à l'iffue des Vêpres , des Proceffions
où l'on chantera les Litanies des Saints , &
tout ce qui eft marqué ci -deffus , à l'exception
de l'Antienne , du Verfet & de l'Oraifon
du Saint-Sacrement. Nous exhortons de
plus les Fidéles de joindre à ces Prieres , le
jeûne , l'aumône , & d'autres oeuvres propres
à attirer fur ce Royaume , & fur la Perfonne
de notre Augufte Monarque la protection
du Ciel. Donné en l'Abbaye Royale
de S. Germain- des- Prez , le 9 Mai 1744.
Signé , Fr. JEAN BOURDET , Grand- Prieur,
& Vicaire Général de S. A. S. Et plus bas.
Par Commandement du R. P. Grand-Prieur
& Vicaire Général de S. A. S. Signé , Fr.
Jean- François de Brezillac.
L'Ordonnance du Roi , portant Déclaration
de guerre contre la Reine de Hongrie ,
a été publiée en cette Ville le 27 du mois
dernier.
LETTRE DU ROI , écrite de Valenciennes
le 10 Mai , à l'Archevêque de
Paris.
MON COUSIN , le Roi de Sardaigne
connoiffant les avantages que la conquête
du
1034 MERCURE DE FRANCE.
du Comté de Nice pouvoit donner à mon
Frere & Oncle le Roi d'Efpagne , pour faire
valoir la juftice de fes droits fur les Etats
que la Maifon d'Autriche poffedoit en Italie
, n'avoit rien négligé pour le défendre ,
ayant raffemblé un Corps de Troupes confiderable
, un Artillerie nombreufe , & fait
conftruire des Travaux , que la nature du
Terrain rendoit inacceffibles , mais l'armée
d'Efpagne , fortifiée de celle que j'y ai joint
à titre d'Auxiliaire , commandée par mon
Coufin le Prince de Conty , fous l'autorité
de mon Frere , Coufin & Gendre l'Infant
Dom Philippe , a furmonté tous ces obftacles
. Les Retranchemens ont été forcés le
vingt du mois dernier ; le Comte de Suze
Lieutenant Général , qui commandoit en
chef , a été fait prifonnier de guerre avec
cinq Bataillons & les Garnifons du Fort de
Montalban & de la Citadelle de Villefranche
; toute l'Artillerie qui y avoit été raffemblée
, au nombre de plus de cent vingt
piéces de canons , a été prife : enfin l'on
s'eft rendu maître de tout le Comté de Nice.
Quelque valeur
les troupes des deux
que
Nations ayent fait paroître en cette occafion
, on doit reconnoître qu'un événement
accompagné de circonftances auffi heureufes
, eft dû à la protection du Dieu des armées
, & voulant lui rendre les graces qui
lui
MAY. 1744.
1035
lui en font dûës , je vous écris cette Lettre
pour vous dire , que mon intention eft, que
vous faffiez chanter le Te Deum dans votre
Eglife Métropolitaine & autres de votre
Diocèfe , avec les folemnités requifes , au
jour & à l'heure que le Grand-Maître , ou le
Maître des Cérémonies vous dira de ma
part , & que vous y invitiez tous ceux qu'il
conviendra d'y affifter. Que vous ordonniez
en même-tems des Prieres publiques pour
obtenir de la divine Providence qu'elle continuë
de proteger la Caufe que je fuis obligé
de foutenir conjointement avec mes Alliés ,
& qu'elle nous accorde une Paix jufte &
durable , qui eft le terme de la guerre ,
qui a toujours été l'objet de nos intentions.
Sur ce je prie Dieu qu'il vous ait , mon
Coufin , en fa fainte & digne garde , &c.
&
MANDEMENT de l'Archevêque de
Paris.
CHARLES -GASPARD Guillaume de Vintimille
des Comtes de Marfeille du Luc , par
la Miféricorde Divine , & par la grace du
faint Siége Apoftolique , Archevêque de
Paris , &c.
L'armée d'Espagne , aidée & fortifiée de
celle de France , s'eft rendue depuis peu
maîtreffe du Comté de Nice , Le courage
des
1036 MERCURE DE FRANCE.
des Soldats de l'une & l'autre Nation , l'habílité
& l'activité des Princes qui les commandent
, ont heureufement triomphé de
tous les obftacles que leur oppofoient la fituation
des Lieux & les travaux qu'on avoit
pris foin d'y ajouter. Les troupes nombreu
fes du Roi de Sardaigne forcées dans ces redoutables
Retranchemens , qui paroiffuient
inacceffibles , ont été en partie contraintes
de fe rendre prifonnieres de guerre , & celles
qui n'ont pas eu le même fort , n'ont pû
l'éviter que par une fuite précipitée , dans
laquelle elles ont abandonné toute leur Artillerie
au pouvoir des Vainqueurs.
Notre Religieux Monarque , ainfi qu'il
nous l'apprend lui -même par la Lettre dont
nous vous faifons part , perfuadé qu'un événement
accompagné de circonftances auffi
heureufes , eft dû à la protection du Ciel ,
veut que par de folemnelles actions de gra--
ces , nous faffions au Dieu des armées un
hommage public de cette Conquête , importante
par elle-même , & plus importante
encore par celles qu'elle peut faire efperer
anos Alliés.
Pour entrer dans les vûës de Sa Majefté
réconnoiffons , que fi la valeur & la ſageſſe
contribuent aux avantages que l'on remporte
dans les Combats , elles font des Dons
de Dieu , qu'il diftribue comme il lui plaît ;
qu'il
MA Y. 1744 1037
qu'il les accorde aux uns , pour favorifer
Leurs entrepriſes , & que non-feulement il
les refufe à d'autres , pour déconcerter leurs
projets , mais qu'il aveugle quelquefois
leurs efprits & frappe leurs coeurs d'une telle
épouvante , qu'on les voit trembler au bruit
d'une feuille que le vent enleve , & fuir fans
que perfonne les poursuive , comme s'ils appercevoient
un glaive prêt à les percer.
Par une fuite des fentimens qu'une piété
éclairée doit nous infpirer , remercions le
Seigneur d'un fuccès , qui femble en promettre
de plus grands pour l'avenir , & ſignalons
notre reconnoiffance par tous les
moyens que nous fournit la Religion . En
nous acquittant d'un fi jufte devoir , nous
pourrons mériter & obtenir de nouvelles faveurs
, entre lefquelles , celle que nous devons
le plus defirer , eft la ceffation de la
Guerre & la conclufion d'une Paix juſte &
durable,
A ces Caufes , après en avoir conféré avec
nos Vénérables Freres les Doyen , Chanoines
& Chapitre de notre Eglife Métropoliraine
, Nous ordonnons , que Samedi 16
du préfent mois , le Te Deum fera chanté
dans notredite Eglife en actions de graces
de la prife du Comté de Nice ; que Dimanche
17 du même mois , il fera parcillement
chanté dans toutes les Abbayes , Chapitres ,
Pa1038
MERCURE DE FRANCE .
Paroifles & Convents de la Ville & des
Fauxbourgs de Paris , & le Dimanche qui
fuivra la reception de notre prefent Mandement
, dans toutes les autres Eglifes de
notre Diocèfe. Si vous mandons , que ces
Préfentes vous ayez à notifier à tous Abbés ,
Prieurs , Curés , Superieurs & Superieures
des Communautés, exemptes & non exemptes
, à ce qu'ils n'en ignorent , & qu'ils l'obfervent
& faffent obferver par les perfonnes
, qui leur font foumifes. Donné à Paris
en notre Palais Archiepifcopal le 14 Mai
1744. Signé † CHARLES , Archevêque de
Paris.
Le Roi ayant écrit à l'Archevêque de Paris
, pour faire rendre à Dieu des actions de
graces folemnelles de la prife du Comté de
Nice , on chanta le 16 , après midi dans
l'Eglife Métropolitaine le Te Deum , auquel
l'Archevêque de Paris officia pontificalement.
Le Chancelier de France , accompagné
de plufieurs Confeillers d'Etat & Maitres
des Requêtes , y affifta , ainfi que le
Parlement , la Chambre des Comptes , la
Cour des Aides & le Corps de Ville , qui
y avoient été invités de la part du Roi par
le Marquis de Dreux , Grand-Maître des
Cérémonies .
Le
MA Y. 1744. 1039
IS
de
;
Le Prevôt des Marchands donna le
ce mois fon Ordonnance , qui enjoint à tous
les Bourgeois & Habitans de la Ville & des
Fauxbourgs de Paris , en exécution des ordres
du Roi à lui adreffés par la Lettre de S.
M. datée de Valenciennes le 10 du même
mois , de faire des feux devant leurs Maifons
le 16 , en réjouiffance de la Prife du
Fort de Montalban, de la Citadelle de Villefranche
& de tout le Comté de Nice , par
l'armée du Roi d'Efpagne , fortifiée de celle
que le Roi y a joint à titre d'auxiliaire
commandée par M. le Prince de Conty ,
fous l'autorité de l'Infant Don Philippe.

Le Lieutenant Général de Police avoit
rendu fon Ordonnance le 15 de ce mois
laquelle enjoignoit à tous les Habitans de la
Ville & Fauxbourgs de Paris d'allumer des
Feux devant les Portes de leurs Maifons , le
Samedi ro , le même jour que le Te Deum a
été chanté dans l'Eglife Métropolitaine , en
réjoüiffance de la Victoire remportée par les
troupes de France & d'Espagne fur l'armée
du Roi de Sardaigne.
SUR
1040 MERCURE DE FRANCE .
SUR le départ du Roi.
Ars Louis ; il eft tems de diffiper l'orage ;
On a trop abufé de tes fages délais ;
L'ennemi ne vouloit que groffir le Nuage ,
Qui dérobe à nos yeux la Victoire ou la Paix.
Puifqu'on te force enfin d'épouvanter la Terre ,
Fais briller par tout tes éclairs ,
Et par les coups de ton tonnerre
Ecrafe la difcorde , & calme l'Univers .
A
Par M. de Bonneval.
QUATRAIN..
Imable Roi , vôle à la Gloire :
Que le Ciel, comblant nos fouhairs,
Te conduife avec la Victoire ,
Et te ramene avec la Paix !
Par M. Grandval.
1
Le 10 de ce mois , llaa Reine , Reine , accompagnée
des Dames de fa Cour , fe rendit à l'Eglife
de la Paroiffe du Château de Verſailles
, dans laquelle on commença ce jour-là
les Prieres de Quarante Heures , & S. M.
après avoir affifté au Prône , entendit la
grande Meffe.
La Reine , accompagnée de Monfeigneur
le
M A Y. 1744. 1041
le Dauphin & de Mefdames de France , retourna
l'après-midi à cette Eglife , où S. M.
affifta aux Vêpres , aux Complies & au Sakit.
Les deux jours fuivans , la Reine affifta
dans la même Egliſe au Salut & à la Bénédiction
du S. Sacrement.
Le Roi a accordé l'Abbaye de S. Pierre de
Rheims , O. de S. Benoît , à la Dame de
Roye de la Rochefoucault , Religieux de
cette Abbaye.
On apprend de Lille , que le 13 de ce
mois, le Roi fe rendit à 11 heures du matin à
l'Eglife Collégiale de S.Pierre de cetteVille,
& que S. M. y affifta au Te Deum , qui y fut
chanté en action de graces des avantages
remportés à Nice & à Villefranche par les
troupes Efpagnoles & Françoifes. Le Roi
fut reçû à la porte de l'Eglife par le Chapitre
, à la tête duquel l'Abbé de Guiftelle
Doyen du Chapitre & Aumônier du Roi ,
complimenta S. M.
Le Comte de Vaffenaer , que la Républi
que de Hollande a nommé fon Ministre Plénipotentiaire
auprès du Roi , arriva le 14 à
Lille.
Le 16 au matin , il alla à l'Abbaye de Cifoing
au Quartier du Roi , & il eut une au-
I dience
1042 MERCURE DE FRANCE.
dience particuliere de S. M. étant conduit
par M. de Verneüil , Introducteur des Ambaffadeurs,
Le même jour , le Roi tint à l'Abbaye de
Cifoingun Chapitre de l'Ordre du S. Efprit,
dans lequel S. M. nomma Chevalier de cet
Ordre le Marquis de Biffy , Maréchal de
Camp , & Commiffaire Général de la Cavalerie.
Le 16 , la Reine , accompagnée de Mefdames
de France , entendit dans la Chapelle
du Château de Verſailles la Meffe , & le Te
Deum , qui fut chanté par la Mufique pour
la prife du Comté de Nice , & S. M. fe rendit
le même jour à l'Eglife des Recolets , où
après avoir entendu la Meffe , elle communia
par les mains de l'Abbé de Fleury , fon
premier Aumônier.
La Reine entendit le 17 , la grande Meffe
dans l'Eglife de la Paroiffe de S. Louis de
Verfailles , où l'on commença ce jour-là les
Prieres de Quarante Heures.
Le 17 , Monfeigneur le Dauphin & Mefdames
de France entendirent le Salut dans
la même Eglife.
Le 18 & le 19 , S. M. affifta dans cette
Eglife au Salut & à la Bénédiction du S. Sacrement,
Le 6 Mars , M. Beat - Fidele - Antoine
de
DH MAY 1744. 1043
de Zurlauben , Baron de Thurn & de Geftelenbourg
, fecond Lieutenant de la Compagnie
Générale des Gardes Suiffes , neyeu
de M. de Zurlauben , Colonel du Régiment
des Gardes Suiffes , & Maréchal de Camp
d'une ancienne Nobleffe du Canton de
Zoug , attachée depuis long-tems au ſervice
de France ; & M. Jean Victor de Befenwald ,
Baron de Brunftate , Capitaine au Régiment
Suiffe de Wittmer , du Canton de Soleure ,
ont été nommés Capitaines Commandans
aux Gardes Suiffes , le premier de la Colonelle
& le fécond de la Lieutenance Colonelle
, & le même jour M. Nicolas Techi
termann , du Canton de Fribourg , fecond
aide -Major des Gardes Suiffes , & Chevalier
de S. Louis , obtint la Commiffion de Colonel
d'Infanterie.
L'Archevêque de Bourges , que le Roi a
nommé il y a déja quelque tems fon Ambaffadeur
Extraordinaire auprès du S. Siége
, a pris congé de S. M. pour fe rendre à
Rome.
M. Amelot , Miniftre & Sécretaire d'Etat
du Département des Affaires Etrangeres , &
Sur-Intendant Général des Poftes & Relais
de France , a remis au Roi ces deux Charges.
Mendia E
I ij
Le
1044 MERCURE DE FRANCE.
Le Comte de Choifeul , Brigadier des armées
& Meftre de Camp Lieutenant du
Régiment de Cavalerie de Conty , a été
nommé Maréchal de Camp,
C Le Marquis de la Carte , Colonel Lieute
nant du Régiment d'Infanterie de Conty , a
été fait Brigadier,
Le premier jour de Mai , les Hautbois
de la Chambre du Roi jouerent au lever
de S. M. plufieurs Airs de differens Au
teurs,
Le foir du même jour , L. M. foupant à
leur grand couvert , M. Deftouches fur-
Intendant de la Mufique de la Chambre du
Roi en femeftre , fit exécuter par les vingtquatre
, une longue fuite d'Airs de fa compofition
.
Le 6 , la Reine entendit les deux derniers
Actes de l'Opera de Callirhoé , de la compofition
de M. Deftouches.
Leg , le 11 & le 18 , on concerta devant
la Reine le Ballet de Zaïde , de la compofition
de M. Royer , Maître de Mufique de
Monfeigneur le Dauphin & de Mefdames
de France,
Les troupes Efpagnoles , commandées par
l'Infant Don Philippe , & celles du Roi ,
qui font fous les ordres du Prince de Conry,
étant
MAY. 1744. 1045
étant depuis le 12 du mois dernier devant
les retranchemens de Villefranche & de
Montalban , les difpofitions furent faires
pour attaquer ces retranchemens la nuit du
13 au 14 , mais l'orage furvenu dans le moment
que les troupes fe préparoient à marcher
, & les pluyes qui ont fuivi cet orage
déterminerent l'Infant Don Philippe à fufpendre
jufqu'à la nuit du 19 au 20 , l'exécution
des ordres qu'il avoit donnés . Ce
Prince avoit pofté huit Bataillons fur les
hauteurs de Ste Marguerite , fous les ordres
du Bailly de Givry , Lieutenant Général ,
lequel avoit fait avancer un Détachement à
la Turbie , & M. de Villemur avoit marché
avec quatre Bataillons à Caftelnovo , pour
être en état de s'oppofer à la diverfion que
le Roi de Sardaigne auroit pû tenter de faire
avec les troupes qu'il avoit au débouché du
Col de Tende. L'Infant fit garder par un
Bataillon le Pont fur le Var & le chemin qui
conduit à Antibes , & il établit plufieurs
poftes pour le garantir des entreprifes de la
Flote de l'Amiral Mathews. Le refte des
troupes des armées d'Efpagne & de France
fut divifée en fix colonnes , lefquelles marcherent
le 19 , vers les fix heures du foir ,
pour être à portée de commencer une heure
avant le jour l'attaque des retranchemens ,
& une feptiéme colonne , deftinée à former
I iij
une
1046 MERCURE DE FRANCE.
une fauffe attaque du côté de la Mer près dé
Nice , commença entre dix & onze heures
du foir , à faire un grand feu de moufqueterie
, afin d'attirer de ce côté l'attention
des ennemis.
La premiere colonne de la droite , à la
tête de laquelle étoient le Marquis Darambourg
, Lieutenant Général des troupes Ef
pagnoles , & le Marquis de Mirepoix , Ma- - ·
réchal de Camp des armées du Roi , s'empara
vers minuit de quelques Caffines qui
pouvoient faciliter l'entrée de la gorge de
Villefranche. Le fignal de l'attaque générale
ayant été donné , elle commença à trois
heures du matin. La premiere colonne de la
droite , & celle que commandoit à la droite
le Marquis de Campo Santo , Lieutenant
Général des troupes Efpagnoles , lequel
avoit avec lui le Marquis de Billy , Maréchal
de Camp , s'emparerent d'abord des
batteries dell'anima & de la Lampea , qui
flanquoient la gorge de Villefranche , & ces
deux colonnes pénétrerent jufqu'au haut du
Col. Cinq Bataillons , qui y étoient , furent
faits prifonniers avec le Comte de Suze,
qui commandoit les Piémontois , & on prit
aux ennemis leurs Drapeaux. Les mêmes colonnes
ayant marché fur la gauche , elles
trouverent , malgré toutes les difficultés du
terrain , le moyen de parvenir au haut du
MontMAY.
1744. 1047
Mont-Gros , d'où elles pénétrerent jufqu'à
l'intérieur des derniers retranchemens des
ennemis. Elles s'y foutinrent pendant près
de cinq heures avec un feu très-vif de part
& d'autre , & elles furent renforcées par
quatre Bataillons , que l'Infant avoit fait
avancer de ce côté fous les ordres du Marquis
d'Argouges , Maréchal de Camp , mais
après un combat très- opiniâtre , les troupes
qui compofoient ces deux colonnes ayant
manqué de poudre , elles furent obligées
d'abandonner une partie du terrain qu'elles
avoient occupé .
Les quatre colonnes de la gauche , qui
avoient commencé l'attaque en même-tems
que celles de la droite , s'étoient emparées
de la premiere enceinte des retranchemens
des ennemis ; le Marquis de Caftelar & le
-Marquis du Chatel , à la tête de la colonne ,
qui fermoit la gauche , avoient chaffé les
Piémontois d'une hauteur en forme de limaçon
, laquelle avoit été retranchée avec
beaucoup de foin , & ils s'y étoient établis ,
mais un Ravin impraticable empêcha ces
quatre colonnes de pouvoir pénétrer plus
loin.
L'Infant , ayant reconnu cet obftacle , &
ayant eu avis que le Roi de Sardaigne fe
mettoit en mouvement du côté de Sofpel
ne jugea pas à propos de continuer les atta-
I iiij ques ,
1048 MERCURE DE FRANCE.
ques , & fe contentant de conferver les
avantages qu'il avoit remportés dans cette
action , il fit ceffer le combat vers les quatre
heures.
La hauteur fur laquelle le Marquis de
Caftelar s'étoit établi , dominant beaucoup
la derniere enceinte des retranchemens des
ennemis , ils jugerent qu'ils ne pourroient
pas foutenir une nouvelle attaque , & ils
prirent le parti de s'embarquer le 21 fur les
Bâtimens qu'ils avoient raffemblés dans le
Port de Villefranche , & d'abandonner la
Ville , après avoir laiffé des troupes dans la
Citadelle & dans le Fort de Montalban .
On a trouvé dans les retranchemens une
nombreuſe artillerie , & on affûre que des
14 Bataillons , qui les défendoient , il ne
s'eft rembarqué qu'environ 2500 hommes ,
ce qui doit faire juger de la perte des ennemis.
Ce Détail de l'attaque de ces retranchemens
a été apporté à Verſailles par le Comte
de Choifeul , que le Prince de Conty a envoyé
à S. M. & qui y eft arrivé le 28 du mois
dernier. On a appris par cet Officier , qu'au
moment de fon départ du Camp devant
Villefranche , on fe difpofoit à attaquer le
Fort de Montalban & la Citadelle de Villefranche.
On
MA Y. 1049 1744.
On a reçû avis de Dunkerque , que les
Vaiffeaux Anglois le fean Elizabeth & le
Jean , le premier de 120 tonneaux , venant
de Hambourg , le deuxième de 50 tonneaux,
lequel avoit fait voile de Campwir & alloit
en Ecoffe , & fur lequel il y avoit de l'eaude-
vie , du favon & de la graine de lin ,
avoient été pris ,. l'un le 9 , & l'autre le 17
du mois dernier par l'Armateur de Han
Commandant le Vaiffeau la Societé ; que
l'Armateur Norbert Kempinck s'étoit emparé
le ri , d'un autre Bâtiment , de zoo
tonneaux , lequel fortoit d'Amfterdam &
étoit deftiné pour Dublin , & dont la charge
confiftoit en 674 barriques de graine de
lin & en quelques balots de peau de chamois
; que le 13 , l'Armateur Godefroy Bachelier
s'étoit rendu maître du Vaiffeau le
Mars , de Londres , d'environ 120 tonneaux
, armé de fix canons & de deux pierriers
lequel venoit de la Caroline avec un
chargement de 56 barrils de riz , & dans
lequel il y avoit du bois de Campeche pour
Left ; que le Vaiffeau l'Edouard & May , allant
de Rotterdam à Harwick , & chargé
d'eau-de- vie de genevre , de graine de lin
& de fer en chevilles , avoit été pris le 20 ,
par les Armateurs de Han & Kempinck ;
que
deux Vaiffeaux de Brême , qui portoient
des balots de toile à Londres , avoient été
I v ar1050
MERCURE DE FRANCE.
arrêtés & conduits à Dunkerque par les
Armateurs Pronchart & Bouvier , & qu'il
étoit arrivé le même jour dans ce Port une
prife Angloife , de 90 tonneaux , venant de
Dantzick & allant à Londres , faite par
l'Armateur Kempinck.
Les lettres de Rofcoff marquent qu'il y
étoit arrivé le 22 , un Bâtiment de Dublin ,
du port de 70 tonneaux , chargé de boeuf &
de beure pour Gibraltar , & que cette prife
avoit été faite par des Vaiffeaux de l'Éfcadre
commandée par le Chevalier de Camilly.
On a appris de Port-Louis , que la Frégate
du Roi la Subtle , y a amené les deux Navires
l'Upton & le Keatre , l'un de 14 canons ,
& l'autre de 12 , qui alloient à la Virginie
avec un chargement de draps , de toiles &
d'autres marchandiſes , & qui a été pris par
des Vaiffeaux de la même Efcadre.
On mande de Breft , que le Navire Anglois
le Rubis , de zoo tonneaux , deſtiné
pour la Virginie , avoit été conduit le 16 ,
par des Vaiffeaux de cette Efcadre dans ce
Port , où il arriva le 25 , un autre Navire
Anglois , nommé le Dauphin , qui a été pris
parles mêmes Vaiffeaux , & fur lequel on a
arouvé du boeuf , du fuif & du charbon de
terre , qu'il portoit dans la Méditerranée.
Le
MAY. 1744.
1051
Le Marquis d'Argouges , le Marquis du
Châtel & le Marquis de Mirepoix , ont été
nommés Lieutenans Généraux ; M. de Vi
gier , Colonel du Régiment Suiffe de fon
nom , & le Marquis de Maillebois , Colonel
Lieutenant du Régiment Dauphin , Maréchaux
de Camp ; M. Chauvelin , Major
Général de l'armée du Roi , commandée par
le Prince de Conty ; le Marquis de Rannes
, Meſtre de Camp du Régiment de Dra
gons de Languedoc ; le Marquis de Cruffol ,
Colonel du Régiment de l'Ile de France
& le Marquis du Barail , Colonel de celui
de Vivarais , Brigadiers.
"
Le Roi a donné au Marquis de Monteynard
, Capitaine dans le Régiment Royal
des Vaiffeaux , le Régiment d'Agenois dont
Le feu Marquis de Malauze étoit Colonel .
Selon les derniers avis reçûs de Dunkerque
, le Capitaine Godefroy Bachelier , qui
commande le Vaiffeau l'Amitié , armé em
courfe , s'empara le 23 Avril dernier d'un
Bâteau de Harwick , nommé le fuccès , de
If tonneaux.
Le 2 du mois dernier , il entra dans le
Port un Bâtiment d'Oftende , de 18 tonneaux
, qui a été pris en venant de Middelbourg
, & qui étoit chargé de Lo3, 101-
nes de gaudron.
I vi
On
V
1052 MERCURE DE FRANCE.
On amena le 4 , un autre Vaiffeau , dont
la charge confiftoit en 45 Boucaux de Tabac,
en 15 Balles de Poivre , & en quelques autres
marchandiſes .
Le même jour , un Armateur arriva avec
un Vaiffeau de 100 tonneaux , fur lequel il
y avoit des balots de toile , plufieurs Boucaux
de Fil , & une Caiffe de Dentelles .
Le Capitaine Pierre le Febvre , Commandant
le Vaiffeau la Ste Anne de Dieppe , le
rendit maître le même jour du Navire Anglois
l'Anne Chriftine , qu'il coula à fond ,
après en avoir fait tranfporter les agrez à
fon bord.
Le 5 , l'Armateur S Huart Dormicourt ,
qui a armé en courfe le Vaiffeau les Bons
François de Dunkerque , rançonna pour la
fomme de deux mille livres un Bâtiment
Pêcheur d'Oftende.
Un Brigantin Anglois , de 25 tonneaux ,
fut pris le 7 , par l'Armateur Godefroy Ba
chelier , & un autre Brigantin de la même
Nation, nommé le Dauphin , fut rançonné
le lendemain par le Capitaine Pierre le
Febvre pour la fomme de 180 livres Sterlings.
Le Vaiffeau le S. Antoine , armé en courſe
par le Capitaine Edouard Bouvier , s'empara
le 8 , du Brigantin Ecoffois le Jean
Chriftian , du port de 70 tonneaux , & des
deux
MAY.
1053 1744.
deux Bâtimens Pêcheurs l'Elifabeth & Sara ,
& le Jean Thomas.
Le 10 , le Vaiffeau le S. Michel de Durkerque
, commandé par le Capitaine Saveru ,
y amena le Vaiffeau le Richard & Salomon ,
de Harwich .
Le Capitaine Janffen , qui commande le
Corfaire la Palme , entra le même jour dans
le Port avec deux Navires , l'un de 140 tonneaux
, nommé le Neptune , & l'autre d'environ
130 tonneaux , nommé la Bonne Ef
perance , chargés de Vins , d'Eau- de- vie &
de Syrops , pour le compte des Négocians
d'Oftende & de Bruges.
ti
Le même jour , le Vaiffeau les Bons François
de Dunkerque enleva à quinze lieuës au
large de la Côte de Hollande le Pinque
Anglois le Saltom , d'environ 150 tonneaux ,
à bord duquel il y avoit 249 Boucaux de
Tabac , & ce Vaiffeau s'empara le lendemain
du Brigantin le Guillaume & Marie , de
Douvres , de trente tonneaux .
Les Lettres de Breft marquent qu'un Armateur
de S. Malo s'étoit rendu maître de
deux Bâtimens Anglois , & que le 5 du mois
dernier il avoit conduit dans le premier de .
ces deux Ports une de ces prifes , dont la cargaifon
, confiftant en Sucre fin & en Indigo
, eft eftimée plus de 50000 écus.
"
On
2054 MERCURE DE FRANCE.
On inande de Port - Louis , que le 10 du
mois dernier il étoit entré dans ce Port un
Vaiffeau Anglois de 140 tonneaux , nommé
le Ringer. Ce Vaiffeau , chargé de Tabac , de
Fer , de Bois de Teinture & d'autres marchandiſes
, a été pris , en revenant de Phila
delphie ,, par deux Navires de Granville
alloient à la Pêche de Terre- Neuve.
qui
MORTS ET MARIAGE.
1 du Roi,
E 31 Janvier , Mre Joſeph-Hubert de Vinti-
Abbé de l'Abbaye d'Hambie, Ordre de S. Augustin,
Diocèfe de Coutance , & Chanoine de l'Eglite Métropolitaine
de Paris , mourut en cette Ville , âgé
de 26 ans . Il étoit fils puîné de Jofeph - Hubert de
Vintimille des Comtes de Marfeille , Seigneur de
Vidauban & de Figanieres , dit le Comte de Vincimille,&
de D. Marthe de Fortia de Piles.La Maiſon
de Vintimille eft une des plus grandes & illuftres de
Provence, & divifée en plufieurs Branches ; celle des
Barons d'Olioules eft l'aînée ; celle des Seigneurs de
Riffons & de Figanieres, de laquelle étoit M. l'Abbé
de Vintimille , qui donne lieu à cet article , eft la
feconde , & celle des Marquis du Luc eft la derniere.
Voyez cette Généalogie dans le fecond Volume
des Grands Officiers de la Couronne , fol. 284 , &
PHiftoire qui en a été donnée au Public en 1681 ,
par l'Abbé Robert , Auteur du Nobiliaire de Pro
vence , en 3 Volumes in - 8.
Le .... Eévrier , Louis le Couturier , Maître ordinaire
MAY. 1744.
paire en la Chambre des Comptes de Paris, depuis le
30 Mai 1718,& auparavant Premier Commis des Fi
nances , mourut à Paris , âgé de 80 ans Il étoit fils
d'Euftache le Coufturier , Payeur des Rentes de
PHôtel de Ville de Paris , & Sécretaire du Roi , &
de D. Françoife Maffon , fa premiere femme , & il
étoit frere aîné de feu M. le Préfident le Couturier,
dont la mort a été annoncée dans le Mercure du
mois de Février dernier.
Leiz Philippe- Alexandre deConflans S.Remy,Bailly
& Grand- Croix de l'Ordre de S.Jean de Jérufalem , ou
il fut reçû de minorité le 14 Décembre 1687 , Commandeur
de la Commanderie Magiftrale de Pezenas
, & de celle d'Abbeville , Brigadier des Armées
du Roi du premier Février 1719 , & ci-devant Premier
Gentilhomme de la Chambre du Duc d'Orleans
, mourut à Paris , âgé de 68 ans. Il étoit fils.
de Michel de Conflans , Marquis de S Remy , mort
le 22 Janvier 1712 , & de D Marguerite Dagueffeau,
morte le 31 Mars 1721 ,& il avoit pour frere aîné Michel
de Conflans , Marquis d'Armentieres , Premier
Gentilhomme de la Chambre de Philippe , Petit-
Fils de France , Duc d'Orleans , Régent du Royaumc
, mort le Avril 1717 , la ffant de fon mariage
avec D. Diane- Gabrielle de Juflac , Louis de Conflans
, Marquis d'Armentieres , Colonel du Régiment
d'Anjou, Infanterie , Maréchal de Camp du
20 Février 743 , lequel a des enfans de fon mariage
avec D. Adelaide Jeanne Françoife Bouteroue
d'Aubigny. Voyez la Généalogie de la Maifon de
Conflans , & comment elle eft iffue de celle de
Brienne , dans le Volume VI. des Grands Officiers
de la Couronne , fol. 126 & 142.
Le 13 , René Gaillard , Seigneur de Charantonneau
, Confeiller Honoraire en la Cour des Aides ,
où il avoit été reçû le 28 Août 1717 , mourut à Pa
.i
Lis
1056 MERCURE DE FRANCE.
fis , âgé de 54 ans. Il étoit fils aîné de Pierre Gaillard,
reçû Confeiller en la Cour des Aides le 6 Mars
1688 , mort le 26 Août 1717 , & de Marie Quinault
, fille de Philippe Quinault , Auditeur en la
Chambre des Comptes , fi célebre par les Poëfies ;
il avoit épousé le premier Juillet 1716 , Marie- Geneviéve
Mailhard , fille de Paul Mailhard , Seigneur
de Balorre , Confeiller Secretaire du Roi , Maiſon ,
Couronne de France , & de Marie. Anne Defponty ,
de laquelle il laiffe Antoine -René Gaillard de Charentonneau
, reçû Confeiller de la Cour des Aides
le 17 Août 1740 , fur la démiffion de fon pere , &
Marie - Anne - Geneviève Gaillard de Charantonneau
.
Le 19 , Denis-Caude Pichon , Conſeiller du Roi en
fes Confeils , Maître ordinaire en fa Chambre des
Comptes , depuis le 16 Janvier 1693 , mourut à
Paris , âgé de 82 ans ; il étoit fils de Denis Pichon ,
Tréforier de France à Paris en 1661 , & de D. Mar
guerite Doublet morte le premier Décem
bre 1701. Il avoit épousé le 13 Juillet 1706 D. Marie
Kouillé de Filletieres , de laquelle il avoit eu
plufieurs enfans. Il étoit coufin germain de Nicolas-
Robert Pichon , Maître des Comptes depuis le 20
Septembre 1690 , qui de fon mariage avec D. Marie
de l'Eftang de Ris , a pour fils Charles Pichon
reçû Confeiller au Parlement le 10 Décembre 1718.
Le zo , Pierre Courten , Maréchal des Camps &
Armées du Roi , du 20 Février 1743 , Colonel d'un
Régiment Suiffe de fon nom , depuis 1724 , mourut
près de Bafle , âgé d'environ 60 ans. La Famille de
Mrs de Courten eft originaire de Suiffe , & ils font
attachés au fervice de France avec diftinction depuis
un tems confidérable .
Le 22 , Dominique Bernardoni, ci devant Miniftre
du Roi auprès de S. M. Cz. & depuis Envoyé Extraordinaire
MA Y. 1744. 1057
traordinaire auprès des Grifons , mourut à Paris ,
âgé de 72 ans.
Le 18 Mars M. Melchior de Blair ,. Chevalier
Seigneur de Cernay près Montmorency , mourut
au Château de Cernay âgé de 87 ans. Il étoit veuf
depuis le 7 Septembre 1737 , de D. Henriette-
Brinon, qu'il avoit épousée le 27 Juin 1685, & dont
il avoit eu , entr'autres enfans , Louis- François de
Blair Seigneur de Cernay , Confeiller au Parlement
de Paris , reçu le 30 Janvier 1709 , & à préfent chef.
du Confeil de S. A. S. Mlle de la Rochefuryon , lequel
de fon mariage avec D. Catherine -Jeanne de
Gars de Boifemont morte le 16 Août 1721 , a , entr'autres
enfans, Louis- Guillaume de Blair de Boife.
mont , aujourd'hui Maître des Requêtes ordinaire
de l'Hôtel du Roi depuis 1742 , auparavant Confeiller
au Parlement de Paris. M. de Blair, qui vient de
mourir, étoit fils d'Alexandre de Blair , Ecuyer Seigneur
de Blanville & de D. Magdelaine Pittan ,
mariés le 29 Janvier 1643 , & il avoit pour
aîné M. Alexandre de Blair Seigneur de Fayolles ,
reçu Préfident à Mortier au Parlement de Metz le
25 Janvier , lequel obtint des Lettres du Roi Charles
11. d'Angleterre , données à Edimbourg le 7
Juillet 1674 , par lefquelles ce Prince le reconnoîr
pour être iffu de la Maifon Noble de Blair, Barons de
Baltayock au Royaume d'Ecoffe , laquelle étoit
divifée en deux principales Branches , dont étoient
fortis trente Barons qui s'étoient toujours alliés aux
plus nobles Maifons d'Ecoffe notamment avec
celle des Ducs d'Hamilton ; qu'il étoit iffu par fes
Meres des Barons Ayton , Gray , Barons de Focelles
, Olyhant, Barons Duplin, Ogilby, Barons d'Inctimarzein
, & de Stevard, Barons d'Innermeith ; que
Alexandre de Blair , Chevalier , fon ay eul , qui le
premier pafla d'Ecoffe en France & s'établit en
>
frere
Bearn ,
1058 MERCURE DE FRANCE.
Bearn , où il fe maria le 2 Décembre 1590 , avec
Dlle Marie-Remy , defcendoit au cinquième degré
d'André de Blair, fon trifayeul , Chevalier Baron de
Baltayock , mari de Marguerite Olyhant , fille du
Baron de Duplin , depuis lequel la filiation eft rapportée
avec les qualités de Chevaliers Barons de
Baltayock fur chaque degré , jufqu'audit fieur de
Fayolles , &c. comme il eft rapporté dans lesdites
Lettres du Roi d'Angleterre , étant en Original, en
1726 , entre les mains de M. de Blair d'Ambur ,
coufin de M. de Blair , Confeiller au Parlement. Les
Armes de Mrs de Blair font de fable à une faffe d'or,
accompagnée de trois befans , de même pofés 2 en
chef & un en pointe , & un écu d'argent brochant
fur la faffe, chargé d'un chevron onde de fable , accompagné
de trois tourteaux de même , poíés deux
en chef & un en pointe.
Le 4 Mai , Charles- Louis-Jofeph de la Vieuville ,
Marquis de S. Chamond , Brigadier des armées du
Roi , Chevalier de l'Ordre Militaire de S. Louis ,
du premier Février 1719 , mourut à Paris , âgé de
58 ans. Il étoit fils unique de Charles - Emmanuel
de la Vieuville , Comte de Vienne , Marquis de S.
Chamond , Mestre de Camp du Régiment du Roi
Cavalerie , mort le 17 Janvier 1720 , & de D. Marie-
Anne Mitte de Chevrieres , Marquife de S.
Chamond , morte le 22 Novembre 1714. Il avoit
époufé le 2 Juillet 1724 , Geneviève Gruyn , fille
de Pierre Gruyn , Confeiller d'Etat & Garde du
Tréfor Royal , & de Catherine Nicole Benoife ,
duquel mariage il a eu plufieurs enfans . Il étoit
petit fils de Charles Duc de la Vieuville II . du
nom , Chevalier des Ordres du Roi , lequel avoit
épousé le 25 Septembre 1549 , Françoife- Marie de
Châteauvieux de Vienne,fille unique & héritiere de
René de Châteauvieux de Vienne ,Chevalier Comte
de
MAY. 1744. 1059
de Chareauvieux & de Confolant , Seigneur de
Ruault , de Vauvillers & de Mangevelles , Baron de
Clervant , de la Villate , de Fromentes , Beaurepaire
, & c, & de D. Marie de la Guefle , D. de la
Chaux & de Villiers , lez Oder , & c. avec ftipula
tion dans : fon Contrat de mariage , qu'aux choix
des Pere & Mere , l'un des enfans , qui naîtroient
dudit mariage , d'aîné en aîné & de mâle en mâle ,
porteroit le nom & les armes de Châteauvieux de
Vienne , ladite Françoife Marie de Châteauvieux
étant reftée feule & unique héritiere deſdits noms
& armes.
Le 8 Mai , Louis Fagon Confeiller d'Etat ordinaire
& au Confeil Royal des Finances & Préfident
du Bureau du Commerce , mourut à Paris , âgé de
64 ans. Il n'étoit point marié & étoit frere puîné de
Mre Antoine Fagon , Evêque de Vannes , mort le
16 Février 1742 , comme il eft rapporté dans le
Mercure de Février de cette année fol. 405 , & ils
étoient tous deux fils de Guy- Crefcent Fagon , Confeiller
d'Etat & Premier Médecin du Roi Louis XIV.
mort le 11 Mars 1718 , & de D. Marie Nozerence
"morte le 4 Avril 1717. M. Fagon laiffe pour héritiere
D. Genevieve Douffeau fa coufine germaine ,
veuve de Mre Martial Borderie , Seigneur de Vernejoux
, Confeiller en la Cour des Aides de Paris ,
avec lequel elle fut mariée le 7 Janvier 1698 , &
dont elle a eu pour fille unique , Dlle Geneviève
Alphonfini Borderie de Vernejoux , mariée le 27
Février 1726 avec M. Alexis Barfol , Marquis de
Mouffy, Seigneur de Roncé, duquel elte a plufieurs
enfans .
La nuit du 17 au 18 Mars , M. Charles - Jean
de Choify , Marquis de Moigneville , Capitaine de
Cavalerie dans le Régiment de la Colonelle Générale
, fils de M. Alexandre Louis- Thomás de
Choify
1060 MERCURE DEFRANCE.
Choify , Marquis de Moigneville & de D. Charlotte
Therefe de Lenoncourt , & petit-fils de Thomas de
Choify, Marquis de Moigneville, Lieutenant Géné
ral des armées du Roi & Gouverneur de Sarlouis ,
mort le ... Mats 1710 , & de D. Jeanne Brethe de
Clermont , morte le 17 Mars 1718 , jour du mariage
de fon petit-fils , fut marié à Paris avec Dile
Helene Adelaide de Chaftenet de Puyfegur , née
les Février 1726 , derniere fille de feu M. le Maré
chal de Puyfegur , dont la mort eft rapportée dans
le Mercure d'Octobre 1743 , fol. 23 13 .
On donnera deux Volumes le mois prochain , pour
pouvoir employer plufieurs Piéces que nous croyons dignes
d'intereffer le Ĺecteur.
P
TABLE.
IFCES FUGITIVES. Les Mules , Ode dédiée
Rouleau , 851
Décifion d'une Queftion propofée dans le Mercure
de Janvier ,
Epitre de M. de la Soriniere à M. Boyer ,
Differtation , fi les Loix peuvent changer ,
Le Généreux Algérien , Poëme ,
859
863
870
875
Queft. importante , jugée au Parlem. de Paris , $ 80
L'Amour & l'Amitié , Etrennes à Mad . * **
Lettre de M. Bouty à M. Tanevot ,
Priere du Sage à la Fortune ,
Dépit amoureux ,
887
899
905
Réponse d'un Officier à la Lettre de M. Liger , 909

Lettre de M. Tanevot à M. D. L. R.
Les Eaux de Balaruc , Ode ,
916
918
920
925
3 par M. L✩ ✩ *
> 930
932
Sonnet
Compliment à l'Evêque de Dijon ,
Epitre à M. l'Abbé * **
Remarques fur le Méridien de S Sulpice ,
Sonnet fur une Converfion ;
Obfervations fur le Huetiana ,
937
939
Vers à Mlle ...en lui envoyant du Sirop de Capillaires
,
Enigmes & Logogryphes ,
947
948
NOUVELLES LITTERAIRES, DES BEAUX- ARTS , & C.
Recherches Critiques & Hiftoriques fur l'origine
& fur le progrès de la Chirurgie en France,Ex.95%
Hift . générale des Auteurs Sacrés & Eccléfiaft. 958
III & IV. Tomes de l'Hiftoire d'Espagne , ibid.
Theatre Critique Espagnol , trois nouveaux Dif
959 cours ,
La Religion Chrétienne , éclairée des lumiéres de
l'intelligence par le Dogme , & c.
La Matiere Médicale ,
ibid.
960
Troifiéme Edition du Traité des Matieres Criminelles
, ibid
Le Service de la Cavalerie & de l'Lafanterie , ibid.
Nouvelle Edition des Conférences des Ordonnances
, &c.
Le parfait Capitaine ,
961
ibid.
Mémoires pour fervir à l'Hiftoire de M. Silva , ibid.
Confidérations fur les caufes de la grandeur & de la
décadence des Romains ,
968
Traité des moyens de diffoudre la Pierre & de gué-
Traité Philofophique des Loix naturelles ,
rir cette maladie & la Goute , ibida
Journal d'un Voyage au Nord , ibid.
Entretiens Mathématiques , & c. ibid.
963
Chirurgie complette,
ibid.
Quatrième volume du Recueil choifi des Piéces in
ferées dans les Acta eruditorum , 964
Nouvelle Edition des Ouvrages de Patarol ,
Second Volume de Sulpice Severe ,
ibid.
Ouvrages de Théologie de M Maxxinelli, ibid.
965
Second Tome des OEuvres de S. Jérôme ,
Hiftoria Sacra de Baptifmo , &c.
ibid.
ibid.
Traduc
Traduction Italienne d'une Lettre Arabe
Differtation Latine de M. Bianchini ,
ibid.
968
Recueil de Piéces prononcées dans l'Aſſemblée pu
blique , tenue à Montauban ,
Prolegomena , & c.
Nouvelle Edition de Salufte ,a
ibid.
ibid
ibid.
Journal Hiftorique du Commerce des Arts , &c . ibid.
Ouvrages de Mathématiques de Bernoulli , & la Starique
des Animaux ,
Magafin de Livres à vendre à Marseille ,
967
968
Traduction d'après la troifiéme Edition de 1741 des
* Effais fur divers Sujets de Littérature & de Morale
, ibid.
Affemblée publique de l'Académie des Inſcriptions
& Belles-Lettres ,
Celle des Sciences ,
Orbite de la Comete de 1743 & 1744 ,
Affemblée de la Société Littéraire d'Arras ,
Ode Chrétienne ,
969
970
ibid.
971
972
Programme & Prix propofé par la Societé Littéraire
de Montauban ,
Eftampes nouvelles ,
Nouvelles Cartes ,
Reméde pour les Dartres , & c.
Savonettes de pure Crême de Savon ,
Suc de Regliffe & de Gimauve blanc.
Chanlon & Brunette notées , ´
"
975
977
980
981
ibid.
982
983
985
Spectacles. Extrait de la Comédie de l'Apparence
trompeufe
Vers à M. G.de Merville, Auteur de cette Piéce, 990
Nouveaux Acteurs à la Comédie Italienne' , ' 991
Coraline Jardiniere , &c. nouvelle Piéce , répréfentée
ſur ce Théatre , 992
Coraline Esprit Follet , autre nouvelle Piéce , ibid.
Vers fur le début d'une nouvelle Actrice , ibid.
Compliment dialogué pour l'ouverture da Théatre
Italien , 993
Nouveaux
Nouveaux Acteurs au Théatre François ,
Nouvelles Etrangeres , Allemagne , Pruffe ,
Efpagne , Naples ,
Génes & Ifle de Corfe , Grande-Bretagne ,
Hollande & Pays - Bas ,
Flandres ,
1002
1003
1004
1010
IOII
1019
1022
& c. 1023 Morts des Pays Etrangers ,
France , Nouvelles de la Cour , de Paris ,
Lettre du Roi à l'Archevêque de Paris , & le Mandement
donné en conféquence , pour ordonner
des Prieres publiques , & c. pour la conſervation
du Roi, & pour la profpérité de fes armes , ibid.
Départ du Roi pour la Flandres , 1028
Arrivée du Roi à Péronne , à Cambray , & à Valen
ciennes , ibid.
1029
Mandement de l'Abbé de Ste Geneviève pour le
même fujet ,
Le Corps de Ville fait célébrer des Meffes dans l'Eglife
du S. Efprit pour la confervation du Roi , &
pour la profpérité de ſes armes 1030
Mandement du Prieur de S. Germain des Prez pour
le même fujet ,
Publication de la Déclaration de guerre contre lá
Reine de Hongrie ,
ibid.
1033
Lettre du Roi à l'Archevêque de Paris , pour faire
chanter le Te Deum , & fon Mandement en conféquence
,
Le Te Deum chanté à N D.
1035
1038
Ordonnance du Prévôt des Marchands pour faire
des feux devant les Maifons , & celle du Lieute
nant de Police pour le même fujet , 1039
1040
Prieres de Quarante heures commencées à Verfail-
Vers fur le départ du Roi ,
les , aufquelles la Reine affiſte ,
Bénéfice donné ,
ibid.
1041
Le Roi affifte au Te Deum dans l'Eglife de S. Pierre
de Lille ,
ibid:
Arrivée
1042
Arrivée du Comte de Vaffenaer , Miniftre Plénipotentiaire
de la République de Hollande auprès du
Roi , à Lille , dont il a une audience particuliere
,
Le Marquis de Biffy nommé par le Roi à l'Abbaye
de Cifoing ,Chevalier de l'Ordre du S. Efprit,ibid.
Promotions d'Officiers dans le Régiment des Gardes
Suiffes 1 1043
Symphonies chés le Roi , & Concerts chés la
Reine ,
1044
Détail de l'attaque des retranchemens des Piémontois
,
ibid.
Vaiffeaux Anglois pris 1049
Promotions d'Officiers , 1051
Prife d'autre Vaiffeaux Anglois ,
ibid.
Morts & Mariage ,
1054
Errata d'Avril.
Phales.Ibid. huit , ajoutez , livres de balles.
Age 553 , ligne 5 , douze , ajoûtez , livres de
l .
l.
P. 718 , 1.6 du bas , aye , l. ait. P. 720 , 1. 6 du bas ,
& p . 723 , 1. 8 , à l'huile , I. à huile. P. 723 , l . 3 , de
Perrelle , l. du Graveur Gabriel Pervelle. Ibid 1. 10 ,
à terre , l. vers la terre. P. 734 , l . 7 , parcourera ,
parcourra. P. 756 , 1. 17 , feuë , feu. P. 762 , 1. 23,
dans , 1. ez . P. 810 , 1. 10 , ful , 1. (ur. P. 817 , 1. 26 &
33, Lobekowitz, I. Lobcxowitz . P. 820 , 1, 2 , goudron
, gaudron. Ibid. 1. 29 , Françoiſes , 1. Françoife.
P. 826 , 1 , 20 , décharge , l. falve , P. 831 , 1.
22 , commencée , 1. commencé. P. 833 , l . 8 , Ro.
becque , T. Robec. P. 835 , 1. 6, & 7. des Deux
Ponts ,. de Deux Ponts. P. 840 , 1. 17 , Thiard ,
1. Thyard. P. 841 , 1. 12 , Monfeignenr , I. Monfeipur
, P. 842 , 1. s du bas , contre , l. contre.
LY Chanfon notée doit regarder la page
MELIO
SLO
FRED
1899 /
983
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le