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MERCURE
DE
FRANCE .
1
DÉDIÉ
AU
ROI ,
SEPTEMBRE
1743 .
COLLIGIT
SPARGIT
pillos
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER ,
ruë S. Jacques.
Chés La Veuve PISSOT , Quai de Conty ,
à la defcente du Pont-Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais .
M. DCC. XLIII.
Avec Approbation & Privilege du Roi
THE NEW YORK
PUBLICLIBRARY
63524 | A V I S.
ASTOR, LENOX AND
à
1905
TILDE FODRESSE générale eft à Monfieur
MOREA , Commis au Mercure , visvis
la Comédie Françoife , à Paris. Ceux qui
pour leur commodité voudront remettre leurs
Paquets cachetés aux Libraires qui vendent le
Mercure , à Paris , peuvent fe fervir de cette
voye pour les faire tenir.
On prie très - inftamment , quand on adreſſe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous le
déplaifir de les rebuter , & à ceux qui les
envoyent , celui , non-feulement de ne de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de les per
dre , s'ils n'en ont pas gardé de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaiterons
avoir le Mercure deFrance de la premiere main ,
& plus promptement , n'auront qu'à donner leurs
adreffes à M. Moreau , qui aura foin de faire
leurs Paquets fans perte de tems , & de lesfaire
pórter fur l'heure à la Pofte , ou aux Meſſageries
qu'on lui indiquera.
PRIX XXX. SOLS.
Jem
MERCURE
DE FRANCE .
1
DEDIE AURO I.
C13
. י
.
SEPTEMBRE 1743
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
IMITATION AN
De l'Ode IX. du premier Livre d'Horace :
Vides ut aliâ , &c. à M. C.
A neige couvre , Ami , nos Bois & nos
Campagnes ;
LL'Aquilon mutiné ,
L'Aquilon mutiné , frémit dans nos.
Vallons ;
Pan cherche à fe cacher dans le fein des Montagnes;
La Nayade gémit fous le poids des glaçons.
A Plongé
1902 MERCURE DE FRANCE.
Plongé dans les langueurs d'une indolence aimab .
Pour te mettre au-deffus de la rigueur du tems ,
Prends de la main d'Hébé la Coupe delectable ;
Oppofe aux noirs frimats mille Chênes brûlans .
Laiffe aux Dieux attentifs le foin de tout le refte s
Apeine ont- ils des vents appaiſé la fureur ,
Que les Arbres, fauvés de leur fouffle funeſte ,
D'un calme bienfaiſant éprouvent la douceur.
Du lendemain douteux fui la recherche vaine ;
Sçache de tes inftans mettre à profit le cours,
Libre des froids dégoûts , que la vieilleffe amene ,
Vole des doux plaifirs aux folâtres Amours.
De tes joyeux amis que la troupe choifie
Le foir vers ton foyer vienne porter fes pas.
Là , donnant libre cours à la vive faillie ,
Livrez- vous , à l'envi ; d'agréables combats.
Par M. F* , B** , de Lyon , T*** de F **¸
QUÆSSEPTEMBRE.
1743. 1903'
QUÆSTIO DI ATTETICA ,
Anadfanitatem Mufice ? M.Paulo -Jacobo
Malouin , è Regiâ Scientiarum Academiâ
, Doctore Médico , Præfide, Parifiis,
Typis Quillan , 1743 .
V
Oici une Queſtion auffi nouvelle que
curieufe , & qui en même- tems a
fon utilité. On demande fi la Musique peus
contribuer à la fanté du corps?
M. Malouin , qui agite cette Queftion ,
appliquant fort heureuſement à la Muſique
ce qu'Horace , dont il a pris le ftyle, a dit
du Vin , fait voir , que ce n'eſt pas fans raifon,
que les Anciens avoient attribué à une
même Divinité invention de la Mufique
& de la Médecine , parce qu'elles fervent
l'une & l'autre à la fanté.
Pour prouver la Thèfe,l'Auteur pofe pour
principe , que le fens de l'ouie entre pour
beaucoup dans les mouvemens du corps ,
d'où dépendent plufieurs fenfations de l'aine.
C'eft quelque chofe de furprenant , dit-il ,
de voir combien le fon influë fur le corps
de l'animal ; la nature du fon & la conftruction
de l'oreille , nous apprennent com.
ment fe fait cette opération . En voici la
A iij mé1904
MERCURE DE FRANCE.
méchanique ; l'oreille eft , pour ainfi-dire ,
un inftrument de Mufique des plus parfaits;
on peut dire que fes fibres en font les cordes
, qui tendues differemment , & ayant
plus ou moins de longueur & d'élafticité ,
reçoivent de l'air les vibrations qui leur
conviennent , & qui font , pour ainfi- dire ,
à l'uniffon avec elles.
Le fon frappe d'abord la partie extérieure
de l'oreille, qui eft élastique, & qui par les
differens plis ou creux dont elle eft pleine
eft très-propre à le recevoir , & à le refléchir
; de - là il entre dans le tuyau de l'oreille,
& va frapper une membrane que l'on appelle
le tambour , & qui par le moyen du marteau
qui y eft attaché , tantôt fe retire en dedans
, & tantôt fe dilate & s'étend au- dehors,
& par-là devient fufceptible de toutes les
impreffions du fon , dont il communiqué
les frémiffemens & les vibrations à l'air renfermé
derriere le tambour , lequel air les
porte à une autre membrane , percée en ovale
, & qui eft tendue par l'étrier , de la même
maniére que le tambour l'eft par le mar
teau. La communication du fon parvient
enfuite à la membrane qui couvre le labyrinthe,
laquelle membrane, qui n'eft qu'une
continuation du nerf acoustique , fait par
rapport au fens de l'ouie, ce que fait la retine
par rapport à celui de la vûë. Les petits
nerfs
- SEPTEMBRE
. 1743. 1905
nerfs de cette membrane frappés, portent le
mouvement au cerveau , où il fe fait differentes
impreffions , felon la qualité du nerf
frappé , felon l'endroit de la cervelle d'où
part ce nerf, & felon le dégré de mouvement
caufé par le fon , qui par ce moyen
fait naître dans l'ame une fenfatio proportionnée
à l'affection du corps.
Il est donc vrai que les fons
peuvent exciter
dans l'ame certains fentimens , d'où il
s'enfuit que la Mufique peut former les
moeurs , fur tout des jeunes gens ; cet Art
d'appaifer le feu de la jeuneffe & d'en calmer
les fougues , par le moyen de la Mufique ,
a été fort eftimé des Anciens : auffi lifonsnous
qu'Achilles ayant été confié dans fon
enfance au Centaure Chiron , pour adoucir
& modérer fon caractére farouche , cet habile
Médecin y employa avec fuccès la Mufique
, quoiqu'il lui reftât encore du penchant
à la colere .
Autant la fanté eft differente de la maladie
, autant la partie de la Médecine , qui
s'applique à prévenir les maux , c'est-à-dire,
la Diéte , eft- elle, felon M. Maloüin , préférable
à la thérapeutique , c'est-à-dire à celle
qui s'applique à leur guérifon , d'où il s'enfuit
que fi la Mufique appartient à cette premiére
partie de la Médecine, qui a pour objet
l'entretien de la fanté , elle eft d'un prix
A iiij ineſti.
1906 MERCURE DE FRANCE:
ineſtimable , & d'une admirable utilité.
Or , que cet Art contribue plus que toute
autre chofe à maintenir la fanté , c'eft ce
que notre fçavant Médecin fait voir par
differentes preuves,fondées fur ce principe,
que la joye eft un des moyens des plus efficaces
pour cela , & de plus , que l'imagination
influe beaucoup fur le corps.
L'Auteur ajoûte que toute forte de Mufique
n'eft pas propre pourla fanté; qu'elle doit
être differente felon les tempéramens , l'âge
& les inclinations. Et faifant voir enfuite
qué les effets de la Mufique ne font pas volontaires
du côté de celui qui l'entend ,
mais purement méchaniques , il en conclut
que la Mufique contribue à la fanté .
豬豬药药冻
LE SAUVAGEON ,
FABLE ALLEGORIQUE.
Dans une terre ingrate & dure ,
Sur certain Sauvageon d'une mince figure ,
Un Jardinier habile & circonſpect ,
Avoit greffé du Martin-fec ;
C'étoit-là juftement l'affaire ;
>> Tel fruit ,
ود
tel arbre , pour bien faire .
Par malheur pour notre Martin ,
A
SEPTEMBRE. 1743 .
1907 ,
A deux cent pas de lui , dans un Verger voifin ,
Deux cens arbres de toute efpece
Succomboient fous le poids des fruits les plus exquis,
Dont la jalouſe envie au front plein de trifteffe
Rehaufloit encore le prix.
Des plus rares préfens de Flore & de Pomone
Ne pourrai - je à mon tour me faire une couronne
Dit le fuperbe Sauvageon ;
Pour la beauté de mon bourgeon ,
Il n'eft aucun arbre , fans doute ,
Que je redoute.
Si je ne rends qu'un fruit groffier ,
C'eft la faute du Jardinier ;
Si par hazard un habile le Notre
S'avifoit d'en greffer quelqu'autre ;
Dieu fçait comme en moins de quatre ans
De mes yoifins , fiers & pédans
Ön verroit difparoître & l'orgueil & la gloire.
Il dit : & qui pourroit le croire
Un nouveau Jardinier fur notre Sauvageon
S'avifa de greffer fruits de toute façon ;
If mit en premier lieu du Beuré d'Angleterre ,
Qui d'abord y fit affés bien .
Enflé de ce fuccès , le Ruftre téméraire
S'imagina que fans d'autre mystére ,
Tout fruit , Abricot , bon Chrétien ,
Noix , Pomme , Orange , Pêche, & juſqu'à la Grofeille
,
Ar Sur
1908 MERCURE DE FRANCE.
Sur cet arbre feroient merveille ;
On en mit donc ; quel en fut le produit ?
Loin de rendre le moindre fruit ,
Le Sauvageon chargé de vingt greffes nouvelles ,
Succomba bien - tôt avec elles ,
• Et faute de féve , dans peu ,
Toutes ces greffes précieuſes ,
De vingt Vergers efperances flateufes ,
Ne furent qu'un bois fec , propre à jetter au feu
Hébreu , Grec & Latin , Phyfique , Poëfie ;
Géométrie , Hiftoire , Eloquence , Blafon ;
Nous voulons tout fçavoir ; c'eſt- là notre manie ;
Des ſciences au plus nous apprenons le nom.
De Senlis.
LETTRE de M. Gueroult de Fécamp ,
adr ffée à Auteur de la Queftion propofee
dans le Mercure du mois de juin dernier.
55
» Un homme ime éperdûment fa femme ; il fçait
qu'il en eft haï mortellement; on demande lequel
» des deux eft le plus à plaindre ou de l'homme ou
» de la femme >
J
E me flatte , M. que vous voudrez bien
me permettre de faire part au Public du
rapport que je trouve entre Diogenes &
vous ; on trouvera , fans doute , que vous
le copiez d'après nature , quand je ferai voir
dans
SEPTEMBRE. 1743. 1909
dans un même point de vûë , d'un côté , ce
Philofophe en plein midi cherchant un homme
dans Athénes , & de l'autre , le Meſſager
des Dieux parcourant en votre nom toute
la France,en criant , qui réfoudra la queftion
propofée ? Je penfe que vous aurez fon fort,
d'autant plus volontiers , que Montagne , &
après lui , Labruiere , malgré toutes les connoiffances
que ces deux grands hommes
avoient de l'effet que produifent les paffions
fur le coeur humain , n'ont ofé décider fi la
haine agiffoit en nous avec plus de force
que l'amour ; c'eſt à quoi je réduis votre
propofition.
Vous fçavez,mieux que moi , que l'homme,
par un trait dominant,incline naturellement
vers ce qui fait l'objet préfent de fes defirs
& qu'il décide en faveur ou contre une chofe
foumife à fon jugement , fuivant que
cette même chofe a plus ou moins de rapport
aux refforts qui remuent fes inclinations ,
c'eft pourquoi j'exigerois que celui que vous
cherchez ne fût point dans les liens du mariage
; que l'Amour ne le captivât point ; je
le voudrois exempt de ces accès de haines
irreconciliables , qui aviliffent celui qui eſt
affés foible pour s'y laiffer entraîner car ,
dans le premier cas , les défagrémens de l'interieur
de fon domeſtique lui ferviroient de
loi ; dans le fecond , la raiſon chés lui ne
A vj
;
trou1910
MERCURE DE FRANCE.
trouvant plus d'affiette , prendroit Cupidon
arbitre; dans le troifiéme enfin , fa bru
tale fureur feroit pancher la balance du côté
du préjugé.
pour
Je vous entends déja m'objecter qu'il eſt
difficile de rencontrer dans un fujer une
tranquillité d'ame , qui le mette tout-à-fait
à l'abri de ces trois altérations ; c'eft où je
vous arrête , pour vous faire convenir avec
moi , que quand même la difficulté de déci
der fi la haine a plus d'empire fur nous què
l'amour , ne feroit pas infurmontable , cellé
de trouver un Juge fans partialité , par rap
port à lui-même,rendroit la chofe impoffible.
Au refte , afin d'écarter les idées , qui
vous porteroient à penfer que c'eft un faux
fuyant , dont je me fers pour éluder le probléme
, je vais vous dire ce que j'en penſe ,
perfuadé que les refléxions qui vous ont
déterminé à le rifquer , vous engageront à
me remettre dans la vraie route , fi je viens
à m'égarer.
Je définis l'amour une aimable folie , qui
nous entraîne fans reflexion vers un objet
aimé , que nous choififfons par tempérament,
ou par foibleffe, que nous confervons
par caprice , & qui nous fixe par aveuglement
; la haine, un feu précipité qui fe communique
dans nos veines avec tant de malignité,
que l'homme ne fe trouvant plus
dans
SEPTEMBRE. 1743. 1912
dans lui - même , céde par néceffité à la vio
lence du poifon , qui le conduit de la tranquillité
la plus parfaite , à ce que la colére a
de plus outré.
Suivez , je vous prie , avec moi la défini→
tion de ces deux paffions réunies ; la premiére
dans le mari , par rapport à fa femme ; la
feconde dans la femme , par rapport à fon
mari , afin d'examiner laquelle rend l'un
plus à plaindre que l'autre .
L'amour, maître du coeur de l'homme, le
préoccupe G fort , que quand il s'eft une fois
emparé de tous les réplis qui le compofent ,
il est phyfiquement impoffible qu'il puiffe
admettre un rival , qui balance fon pouvoir
defpotique.
La haine , tyran de nous - mêmes , nous
échauffe le fang fi violemment , que tout
céde à ce torrent , qui coule de vaine en
veine , avec tant de rapidité, qu'aucun contrafte
ne peut l'empêcher de parvenir à l'ob-,
jet qui l'attire.
Ces deux paffions , regardées dans un certain
point de vûë , peuvent également concourir
à nous rendre malheureux ; tâchons
en confidérant leurs effets , de découvrir s'il
n'y en a point une plus fupportable que
l'autre .
Nous aimons naturellement ce qui nous
flatte ; l'amour exerce fur nous une agréable
tyran1912
MERCURE DE FRANCE.
tyrannie , dont nous craignons de fortir , &
qui jette fur nos idées une ombre fi confufe,
que nous donnons aux chofes differentes
couleurs, fuivant que nos chaînes nous chargent
, plus ou moins .
La haine , au contraire , n'a rien que de
violent & rien que de rébutant ; elle nous
échauffe la bile , fans nous procurer aucun
retour, qui puiffe contribuer à nous faire
adorer cette frénéfie.
Je trouve un homme extrêmement à
plaindre , qui dans les liens d'un amour qui
le captive , ne trouve dans fa femme qu'un
retour de haine implacable : plus fa paffion
prend de nourriture , plus cet objet chéri
redouble d'ingratitude. Que fera - t'il dans
cette extrémité ? Se fervira-t'il de fon autorité
, pour l'obliger à lui rendre amour
pour amour? Non;ce n'eft point là le chemin
des Amans ; la complaiſance vient à fon fecours
; il rampe fous elle ; cette rude épreu
ve lui va donner un coeur , qu'il ne peut
avoir autrement : foibles Amans, vous connoiffez
peu ce fexe trompeur ; plus vous le
flattez , s'il vous hair , plus vous allumez le
feu de la haine , que vous ne nourriffez
qu'autant que vos continuelles affiduités
font d'efforts pour l'éteindre ; n'importe ,
l'Amant dont je vous parle eft aveugle , je
voulois dire , il aime ; l'efpérance d'un plusi
heuSEPTEMBRE.
1743.
1913
heureux avenir l'aiguillonne inceffamment
il voit tous les jours ce dont il prémédite la
conquête. Tantale au milieu des eaux , dang
l'efpérance de contenter fa foif, en tempére
l'ardeur ; lui, de même , touchant du bord des
lévres ce fruit défendu , que l'antipathie de
l'arbre , qui le porte éloigne de lui ; l'efpé
rance d'en pouvoir goûter un jour, lui rend
fa tranquillité. Si fes travaux font infruc
tueux , m'objectera- t'on ? qu'il fe guériffe.
Non , c'est un Amant paffionné ; il fçait à
n'en point douter , qu'on le hait à la mort ,
mais il fçait qu'on peut changer ; nouveaux
feux au bucher , nouvel aveuglément ; courage,
moitié chérie ; mettez le comble à votre
haine ; faites pis ; montrez- vous femme ;
vous êtes aimée ; on fe flatte ; en faut - il
davantage pour balancer le chagrin que
vous caufez , avec l'efpérance que votre
changement , qui vous eft fi naturel ; donne
à l'esclave que vous tenez malgré lui fous
votre joug ?
-
Une femme , foumife par les Loix à
vivre avec un homme , qu'elle hait avec
autant d'opiniâtreté , qu'elle eft aimée avec
tranfport , eft elle à plaindre ? Oui , fans
doute ; comme elle eſt extrême en tout , fa
haine outrée ne lui permet point de modérer
fon mal , par la tranquillité d'ame que
l'amour de fon mari lui préfente fans ceffe
devant
1914 MERCURE DE FRANCE .
devant les yeux. Plus je vois l'un modérể
dans fon empreffement , attendant un heureux
moment , qui lui rende fa femme , plus
je vois l'autre habile à fe tranſporter dans un
avenir chimérique , où fa rage , à fon dernier
période , lui fait confidérer fon mari
mourant, fe repaiffant à peine du plaifir , que
la vûë de cet objet lui fait reffentir ; elle a
beau dépenfer en imagination , elle ne trouvera
que ce faux fuyant pour parvenir à fon
bonheur ; fauxfuyant qui la tyrannife , par
le terrible éloignement qu'il lui fait enviſager
. Toujours préoccupée du plaifir de haïr ,
uniquement pour hair ,elle éternife fon malheur
dans le chagrin que lui caufe cette
aveugle conftance , avec laquelle fon mari
ou plûtôt fon Amant , fouffre tous les excès
d'averfion je la trouve continuellement
occupée à chercher le fécret de fe faire haïr,
mais envain , toujours chérie , toujours adorée,
elle rencontre à chaque pas un contrafte
, qui combat un contrafte ; fortie de fon
affiette, elle n'y rentre que pour détefter, ou
fa vie , ou celle de celui qui la lui rend in--
fupportable. D'où je conclus, que c'eft la femme
qui eft la plus à plaindre .
Je fuis , Monfieur , & c.
A Roien, le 26.Juillet 1743-
LES
SEPTEMBRE. 1743. 1915
૨૬ ૨૫ ૨૨૨ ૩૬ ૨૬ ૨૯ ૩૯ ૨૯ ૨૬ ૨૪ ૨૨૬
36 30
LES DEUX PIERRES
ET LE BATIMENT.
FABLE.
LEpoffeffeur d'un héritage
Faifoit conftruire un Bâtiment :
Il s'y prenoit ; voici comment.
Un Architecte expert conduifoit tout l'Ouvrage
Soins , travaux affidus , étoient mis en ufage ;
L'exacte régularité ,
Le bon goût , la commodité ;
Le plan étoit exact en toutes les parties :
Sur un même deffein deux Pierres afforties
Furent mifes à
A l'écart :
part
Elles devoient fervir à la porte d'entrée
Ou de jambage , ou de ſupport ;
L'une d'elles , toute éplorée ,
Plaignoit la rigueur de fon fort ;
Sa Compagne étonnée en demande la caufe.
Hélas ! eft- il befoin , ma foeur , que je l'expofe ?
Lui dit-elle ; tu vois notre honteux emploi ;
Ne dois-tu pas me plaindre & gémir comme moi?
Nos foeurs deffous ces toits pompeux & reſpectab'es
Occu1916
MERCURE DE FRANCE.
Occupent pour toujours des places honorables ,
Et le fort nous condamne à l'emploi le plus bas ;
Peux-tu voir ce partage & ne t'affliger pas ?
Ne nous tira-t'on pas de la même carriere ?
Eh ! pourquoi de mes foeurs me vois - je la derniere ?
Que dis-je ! de mes foeurs ! .... ce légitime nom
Offenſe leur orgueil , & n'eſt plus de ſaiſon.
Mon état , reprit l'autre , & mon fort et le même
Je reffens , comme vous , la différence extrême
Que le hazard a mis entre nos foeurs & nous ,
Mais dois-je pour cela m'affliger comme vous T
Leur place , je l'avouë , eſt la place honorable ,
La nôtre eft moins brillante , & n'eſt pas moins durable
:
i
:
Les orages , le vent , la pluye & les frimats ,
Non plus que nous , ma foeur , ne les épargnent
pas.
Le foleil , comme à nous , leur cache fa lumiére ,
Puis des mêmes rayons enfuite il nous éclaire ,
Et leur état enfin , plus beau , plus ſpécieux ,
Brille plus que le nôtre , & n'eft pas plus heureux :
Ceci pent s'adreffer aux hommes 3
Ici bas, tous tant que nous fommes
Nous nous portons envie & ne ceffons jamais
De former d'injuftes fouhaits ;
La cupidité nous dévore ;
'C'eft le motif de nos travaux.
Nos voeux font-ils comblés ? nous défirons encore.
Con1
1917 SEPTEMBRE. 1743.
Concluons que tout homme eft l'Auteur de fès
maux.
N
Ous fommes aujourd'hui en état de
rendre
compte au Public
de la nouvelle
Bible , que nous lui avons annoncée
dans notre précédent
Journal
. C'eſt avec
plaifir
que nous entrerons
dans un détail
où nous n'avons
pû entrer
alors , n'ayant
point vûpar nous-mêmes
l'Ouvrage
en quef
tion , & n'en pouvant
parler que fur la fơi
du Profpectus
, qui l'annonçoit
.
1
Cette Bible eft dédiée à M. le Duc
d'Orléans , par une Epître dédicatoire ,
dans laquelle on donne & à l'ancienne verfion
Latine de l'Ecriture , & à l'Augufte
Prince , au nom duquel elle eft confacrée ,
les éloges que l'un & l'autre méritent . Cette
verfion fi refpectable par fon antiquité &
par l'ufage que l'Eglife primitive en a fait ,
pour engendrer des enfans à JESUS-CHRIST,
& pour les inftruire de fes Myftéres , employée
par les anciens Peres , les Tertulliens,
les Cypriens , les Hilaires , les Ambroiſes ,
les Auguftins , pour la défenſe de ſes Dogmes
, contre ceux qui les ont attaqués ; cette
verfion , dis - je , méritoit en renaiſſant ,
de paroître fous les aufpices d'un grand
nom . Et àqui convenoit - il mieux , dit D.
Sab1918
MERCURE DE FRANCE.
Sabbathier, d'offrir & de dédier ces Oracles
facrés du Saint- Efprit , qu'à un Prince qui
en fait le jour & la nuit fes chaftes délices ,
& dont l'occupation continuelle, eft de méditer
ces Saints Livres , pour en faire la régle
de fa conduite ?
A la tête de l'Ouvrage , eft une Préface ,
divifée en trois parties. Dans la premiére ,
on traite des anciennes verfions Latines de
l'Ecriture : dans la feconde , on indique les
fources , où l'on a puifé les reftes & les
débris de ces anciennes verfions : enfin
dans la troifiéme , après avoir rendu aux
Sçavans , qui font entrés dans la même carriere
, la juftice qui leur eft duë , on dévelope
l'ordre , le plan de cette nouvelle Edition
, le fuccès des recherches qu'on a faites ,
& c. Arrêtons - nous un peu fur chacune de
ces parties.
L'Auteur commence la premiére , par faire
valoir les avantages des Traductions ,
pour l'intelligence de l'Ecriture. Mais auffitôt
, craignant qu'on ne l'accufe de les relever
au préjudice de la prééminence du Texte
original , il déclare qu'il eft très-éloigné d'y
vouloir donner atteinte ; qu'il reconnoît la
prérogative des fources fur les ruiffeaux ; il
ajoûte même , que bien loin que les differentes
interprétations nous difpenfent de
recourir aux fources, elles obligent, au contraire
,
SEPTEMBRE. 1743. 1919
traire, d'y avoir recours : ce qui a fait dire à
Saint Auguftin , dans l'endroit où il traite
des avantages des verfions de l'Ecriture, que
la variété de ces Traductions , rend néceffaire
la connoiffance des Langues Grecque &
Hébraïque : Propter diverfitates , ut dictum
eft , Interpretum, illarum Ļinguarum eft cognitio
neceffaria. Après avoir ainfi affuré au
Texte original fon privilége , on croit pou
voir parler des avantages des Traductions
Latines , aufquelles on joint la célébre verfion
Grecque des Septante, parce que c'eft fur
cette verfion Grecque , que toutes les Latines
ont été faites , & qu'on doit comparer
avec elle.
L'autorité de Saint Auguftin , qui dit expreffément
, que les Traductions Latines de
l'Ecriture étoient en fi grand nombre , qu'il
n'étoit pas poffible de les compter , empê
che notre Auteur de fe décider en faveur du
fentiment contraire , vers lequel il paroît
qu'il panche beaucoup . C'est pourquoi , il
ne veut point qu'on preffe trop les paroles
de ce S. Docteur , non plus que celles de S.
Jérôme , qu'il dit avoir befoin d'adouciffement.
Il feroit prefque d'avis , qu'on ne regardât
toutes les differences , qui fe rencon
trent dans les verfions Latines , que comme
des fautes de Copiftes négligens & ignorans,
ou commedes corrections,quelquefois faites
par
1920 MERCURE DE FRANCE.
par des demi Sçavans , d'autre fois par d'ha
biles Gens ; & non pas comme des marques
cettaines , que ce font des Traductions faites
par des Interprétes differens.
Quoiqu'il en foit , parmi ces verſions
latines , il y en a eu une célébre , que les
Peres ont appellée par excellence , la Vulga
te , la Commune , & S. Auguftin , l'Italique.
Ce Saint Docteur lui attribuë deux grandes
qualités pour une Traduction ; fçavoir , l'éxactitude
& la clarté. Qualités , qui apparemment
lui ont mérité le rang diftingué
qu'elle a tenu parmi les verfions Latines
jufqu'à ce que la nouvelle Traduction faite
ce
fur l'Hébreu par S. Jérôme , lui ayant fait
perdre peu à peu fon crédit , elle eft enfin
tombée entièrement en oubli.L'éloignement
& l'obfcurité des premiers fiécles , où elle a
pris naiffance , ne permettent pas d'en fixer
l'époque , ni de découvrir quel en eſt l'Auteur.
Il est toutefois probable , pour ce qui
regarde fa naiffance , que , fielle n'eft pas du
tems même des Apôtres , ou de leurs Difciples
, elle ne peut en être bien éloignée ,
l'Eglife Latine n'ayant pû être long - tems
fans pofféder dans fa Langue le précieux tréfor
des Saintes Ecritures.
Il s'agit aujourd'hui de reffufciter , pour
ainfi dire , cette ancienne verfion. C'est une
entrepriſe difficile. Car , où trouver une
TraSEPTEMBRE
. 1743. 19211
Traduction , qui a ceffé d'être en ufage de- :
puis le fixiéme fiécle ? Comment la diſtinguer
de cette foule d'interprétations Lati
nes , parmi lesquelles elle a eu , à la vérité
autrefois , la prééminence , mais avec lefquelles
elle fe trouve aujourd'hui de niveau
enfevelie dans un pareil oubli ? D. Sabbathier
reconnoît la difficulté de l'entrepriſe ,
& déclare qu'il ne fe flatte point de la récouvrer
en entier , ni dans fa pureté ; qu'il
n'afpire qu'à la pouvoir donner, telle qu'elle
étoit du tems de S. Auguftin & de S. Jérôme
, finon en entier , du moins en bonne
partie ; & autant qu'il nous en refte , tant
dans les anciens Manufcrits & autres Monumens
de l'antiquité , que dans les Ecrits
des Peres de l'Eglife & des Auteurs Eccléfiaftiques
, qui l'ont citée.
Quant à la difficulté de reconnoître &
de diftinguer l'ancienne Italique , confondue
dans un grand nombre d'autres Traduc
tions , D. Sabbathier la léve , en établiſſant
des régles , au moyen defquelles on la connoîtra.
Les deux qualités que S. Auguftin
donne à l'Italique , d'être plus littérale &
plus claire , fervent de premiére régle. On y
en joint plufieurs autres. On prétend qu'il
faut regarder , comme des fragmens de l'an
cienne Italique , tout ce qui eft ciré de l'Ecriture
dans S. Auguftin , au moins la plust
grande
1922 MERCURE DE FRANCE.
7
grande partie ; autrement , il faudroit dire
que ce Saint Docteur n'a pas fuivi les avis
qu'il a donnés aux autres : Itala cateris preferatur
, nam eft verborum tenacior.
Après avoir établi des régles pour diſtinguer
& connoître cette ancienne verfion ;
après avoir levé les difficultés qu'on peut
propofer , D. Sabbathier ajoute que , & malgré
tout cela , il fe trouve quelqu'un qui
s'opiniâtre à foutenir qu'il eft impoffible
de diftinguer l'Italique des autres verſions
il eft libre à chacun de fuivre fon goût ; qu'il
a donné à tous le moyen de fe contenter , en
mettant dans fes Notes toutes les differentes
leçons. Ainfi , celui qui ne voudra
prendre pour l'Italique , celle qui a paru telle
à D. Sabbathier , n'aura qu'à la chercher
lui-même dans les Notes , où il en trouvera
peut-être quelqu'une mêlée parmi les autres
, qui fera l'Italique , à fon avis.
pas
Dans la feconde partie de la Préface , on
indique les fources , dans lefquelles on a
puifé les reftes de l'Italique & des anciennes
verfions. Ces fources font les Manuſcrits ,
les Ecrits des Peres , & autres Monumens
de l'Antiquité , tels que les Breviaires, Miſfels
, &c. Le premier foin de D, Sabbathier
a été de faire une exacte recherche des Manufcrits
de l'Ecriture-Sainte , non - feulement
dans les Bibliothèques de France ,
mais
SEPTEMBRE. 1743 . 1923
mais encore dans celles des Pays Etrangers :
il ne parle ici qu'en général de tous ces Manufcrits
, ayant jugé à propos de le faire
plus au long dans les Avertiffemens , qui
font à la tête des Livres particuliers , ce qui
eft effectivement plus naturel. Mais pour ce
qui eft des Peres , Dom Sabbathier s'étend
beaucoup à cet égard . C'eft principalement
dans leurs Ecrits , & plus sûrement que partout
ailleurs , qu'on doit chercher la meilleure
, la plus ancienne & la plus excellente
Traduction de l'Ecriture-Sainte . D. Sabbathier
eft tellement perfuadé de ceci , qu'il
ajoûte : « Si les Peres n'ont point cité l'Ita-
» lique , s'il faut la chercher ailleurs , que
» dans les Ecrits de tant de Saints & Sça-
» vans Interprêtes de l'Ecriture je ne
» m'embarraffe plus de cette verſion ; la
» cherche qui voudra ; j'abandonne volon-
» tiers ce travail à ceux qui voudront s'en
,
charger , content de recouvrer l'interpré-
" tation des Livres Saints , que les Peres de
» l'Eglife nous ont confervée. » Il ne faut
pas s'étonner après cette déclaration , fi
D. Sabbathier a recueilli, avec tant de foin ,
ce nombre prodigieux de verfets de l'Ecriture
, cités dans les Ouvrages des SS. Peres.
C'eft auffi ce qui reléve beaucoup le prix &
le mérite de fon Ouvrage , & qui doit lui
donner un grand relief.
B On
1924 MERCURE DE FRANCE.
On peut former ici une difficulté fur les
citations de l'Ecriture dans les Peres , qui
eft de conféquefice , car s'ils ont cité de mémoire
, ces citations ne peuvent pas être régardées
comme bien exactes . D. Sabbathier,
pour réfoudre cette difficulté , convient
que les Peres dans quelques - uns de leurs
Ouvrages , comme des Inftructions familiéres
& desDifcours faits fans préparation dans
quelques occafions, ou circonftances imprévûës
, ont pu citer de mémoire ; mais pour
les Ouvrages faits avec foin , dans lesquels
ils expofent la Doctrine de l'Eglife , ou la
défendent contre fes ennemis , on ne peut
douter qu'ils n'ayent cité le Texte de l'Écriture
, avec toute l'exactitude poffible , &
qu'ils n'ayent pris toutes les précautions néceffaires
en la citant, la citant , fans quoi ils auroient
couru rifque de s'attirer des reproches de
la part de ceux , dont ils combattoient les erreurs
; reproches , aufquels les Peres étoient
trop prudens , pour s'expoſer , en ſe fiant à
leur mémoire dans la citation de l'Ecriture.
D. Sabbathier parle enfuite de chaque Pere
en particulier. Il commence par S. Irénée ;
& parcourant les fiécles fuivans , jufqu'à S.
Grégoire - le - Grand , il marque en détail
chaque Livre , chaque Traité des Peres &
autres Auteurs Eccléfiaftiques , dont il a tiré
quelques fragmens de l'ancienne verſion.
On
SEPTEMBRE . 1743 . 1925
On fera peut-être furpris de voir S. Irenée
qui eft un Pere Grec , placé à la tête des Peres
Latins , mais on doit faire attention ,
que la Traduction Latine des Ouvrages de
ce S. Docteur , eft très-ancienne , & que le
Traducteur ne s'eft point donné la peine de
traduire les verfets de l'Ecriture , qui y font
femés , & qu'il les copie de l'ancienne verfion.
Il n'eft pas poffible de fuivre D. Sabbathier
dans tout le détail de cette feconde
partie ; paffons à la troifiéme.
Quoique D. Sabbathier fe foit plaint
( non fans fujet ) de ce que les Latins n'ont
pas eu le même foin que les Grecs , de recueillir
& de conferver à la poftérité les
Traductions de l'Ecriture faites en leur Langue
, il convient cependant que ce travail
n'a pas été entiérement négligé. Le premier,
qui l'ait entrepris , eft Flaminius Nobilius de
Luc , habile Théologien , très - verfé dans
l'Ecriture-Sainte, qui a eu tant de part à l'Edition
de Sixte V. Ce fçavant homme , voulant
fatisfaire les pieux défirs de plufieurs
perfonnes , qui fouhaitoient lire l'Ecriture ,
telle que l'Eglife primitive l'avoit employée
dans fes Inftructions , dans fes Priéres , dans
fes Cérémonies, dans la défenſe de ſes Dogmes
, réfolut de la rechercher dans les Ecrits
des Peres & des anciens Interprêtes , dont il
a réuni & raffemblé tous les lambeaux , &
Bij en
1926 MERCURE DE FRANCE .
en a fait comme une Ecriture à la Mofaïque,
ou de Piéces de rapport. Ainfi , pour me
fervir des termes du célébre Pere Morin
comme un autre Efculape , il a réjoint &
réuni , non les membres difperfés d'Hippolyte
, mais les differens fragmens de l'ancienne
Italique , qui étoient cachés dans
mille endroits , & en a fait un corps , auquel
il a rendu la vie & fon premier éclat . Quelque
louange que mérite le travail de Nobilius
, il s'en faut néanmoins beaucoup , qu'il
lui ait donné la perfection , dont il eft fufceptible
, ce grand homme n'ayant confulté
aucun Manufcrit , & n'ayant pas même recueilli
des Ecrits des Peres , la dixiéme partie
de ce qu'il en pouvoit tirer , & de ce
qu'en a effectivement tiré D. Sabbathier.
Ainfi , Nobilius a laiffé beaucoup de choſes
à faire , c'eft pourquoi differens Auteurs
ont entrepris le même travail ; les uns ont
donné quelques Livres de l'Ecriture , felon
l'ancienne verfion ; d'autres , en ont donné
d'autres. De ce nombre font , D. Martianay,
Thomas Héarnius , Lefevre d'Eftaples , Jofeph
Maria Carus , le Cardinal Thomafius.
Le grand Evêque de Meaux , n'a pas dédaid'entrer
auffi dans cette carriére , mais
D. Sabbathier parle ici en des termes trop
remarquables de cet illuftre Prélat , pour ne
pas rapporter fes paroles en entier,& l'éloge
gné
qu'il
SEPTEMBRE. 1743. 1927
»
»
"
qu'il en fait : « Sous le nom du grand Evêque
de Meaux , dit - il , il n'y a perfonne
qui ne comprenne , fans qu'il foit befoin
»de le nommer , que je ne puis parler d'un
» autre , que du grand , ou plûtôt du trèsgrand
Boffuet. Il ne m'étoit pas permis
» d'omettre ici ce grand Prélat , la gloire &
» l'ornement de la France , qui a rendu de fi
grands fervices à l'Eglife , qu'il mérite
» d'être mis dans le rang des Peres & d'en
»porter le nom. Quoique fon travail , dans
» le genre dont il s'agit ici , ne foit pas
» bien confidérable , on doit faire tant de
» cas de tout ce qui eft forti de la plume de
» cet admirable Ecrivain , que toute pro-
» duction d'un fi excellent génie , pour pe-
" tite qu'elle foit , doit être rapportée avec
»éloge & reconnoiffance . » Nemo non intelligit
doctiffimi Meldenfis Epifcopi , nomine non
alium à me fignificari , quàm magnum , imo
maximum Boffuetium. Nefas certè fuiffet hic
prætermittere tantum Antiftitem, Galliarum decus
& ornamentum , qui præclaris operibus tam.
bene de Ecclefia meritus eft , ut inter Patres ipfe
numerari , & Ecclefia Pater appellari poffit.
Quamvis enim non multum in ifto defudarit
curriculo tanti effe debet quidquid à tam eximio
Scriptore profectum eft , ut nulla tam excellentis
ingeniifactura , ut libet parva , non fit
B iij grato
1928 MERCURE DE FRANCE.
grato animo fufcipienda & honorificè memor
randa.
Jofeph Blanchini , Prêtre de l'Oratoire ,
vient après , mais on lui donne la palme
fur tous
quoiqu'il n'ait encore donné
au Public que le Pfeautier , & peu de choſe
de l'Ancien - Teftament , dans un Volume
, qui eft le premier de fix qu'il fait efpérer.
D. Sabbathier parle de cet Auteur & de
fon Ouvrage , en termes les plus flatteurs
& les plus avantageux. Ce qui fait
également honneur à l'un & à l'autre , &
prouve combien on eft éloigné des fentimens
d'une baffe jaloufie , qui ne fe trouve
que trop fouvent dans les Gens de Lettres ,
furtout ceux , qui travaillent fur une même
matiére . Il eſt vrai , que D. Sabbathier a pu,
fans crainte ,donner les louanges, qu'il a données,
à un Auteur qui a travaillé & qui travaille
encore fur le même fujet que lui , car
quelqu'excellent que foit l'Ouvrage de Jofeph
Blanchini , il ne fera aucun tort à celui
de D. Sabbathier , dans lequel il paroît qu'il
n'y a rien à défirer ; les recherches en font
immenfes. L'ordre , l'arrangement , la difpofition
,font les plus utiles , les plus commodes
, les plus agréables . Quoi de plus commode
en effet & de plus agréable , que de
pouvoir d'un coup d'oeil en lifant l'Ecriture,
voir
SEPTEMBRE . 1743. 1929
voir les differences de notre Vulgate avec
l'ancienne verfion , & toutes les differentes
Leçons qui fe trouvent dans les SS . Peres ?
Tel eft le plan & l'economie de l'Ouvrage
de D. Sabbathier , dans lequel , à côté de
l'ancienne verfion , eft placé le Texte de
notre Vulgate , enforte qu'on peut fans peine
comparer l'une à l'autre . Dans les Notes,
qui font au bas , fe trouvent toutes les differentes
Leçons des anciens Peres fur chaque
Verfet , comparées avec le Grec , & les endroits
d'où elles font tirées , exactement marqués
. On n'entrera pas dans un plus grand
détail , content d'ajoûter , que pour ce qui
regarde l'Imprimeur , le Public aura tour
fujet d'en être fatisfait , pour la beauté du
papier , des caractéres & l'exécution de tout
Ouvrage , & l'Imprimeur , fans doute , fera
lui- même , felon les apparences , fatisfait du
Public , qui ne peut manquer de rechercher
un tel Ouvrage. Il n'y a du moins aucune
Bibliothèque , aucun Cabinet de Curieux ,
où il ne doive avoir place.
B iiij
REMER1930
MERCURE DE FRANCE.
REMER CIMENT
V
à Madame **.
Ous , dont l'efprit & là délicateffe
Charment fans art , féduifent fans foiblefle ;
Vous qui goûtez , au ſein de la douleur,
Un calme heureux , enfant de votre coeur ,
* V ** , dont la main généreuſe
Répand fur moi la faveur précieufe
De vos nombreux & trop riches préfens :
'Agrérez - vous qu'une Mufe novice ,
Qui du talent des Vers ignore l'artifice ,
Pour fa revanche offre des fentimens ?
C'eſt-là tout fon pouvoir , car , en cette Contrée
Où de V ** Minerve a fixé le féjour ,
Elle n'a point obtenu ſon entrée :
Dans les routes du Pinde , elle reſte égarée ;
Comme elle , je fuis le grand jour.
Ainfi , fans pourchaffer Erato la rébelle ,
Et m'attacher aux pas de l'infidelle ,
Au défaut des neuf foeurs , j'invoque l'amitié ,
Ce doux lien des coeurs , dont la fociété
Donne & reçoit , fans nul jaloux partage ,
Les vrais plaisirs à toute heure , à tout âge ,
Et dont on peut cueillir, en l'arriére faifon ,
Les fleurs & les fruits à foiſon.
Par
SEPTEMBRE . 1743 . 1931
Par fon confeil ( ce n'eft que pour la forme )
A vos fouhaits un feul point je réforme.
Pourquoi vouloir enrichir un Mortel ,
Qui fe plairoit à renverser l'Autel
De la Déefle à qui la Gent humaine
Porte fes veux , fins fléchir l'inhumaine ?
J'eftime unbien , qu'accompagne la paix ;
Dont la poffeffion ne me trouble jamais .
Vous feule à qui mon coeur confacre ſa tendreffe ,
Que j'ofe aimer fans indigne foupleffe ,
Qui méritez chés la Poftérité
Qu'on dreffe un Temple à l'Immortalité ;
Pouvez me rendre heureux : à mon ardeur pare
faite
Accordez votre coeur , & ma fortune eft faite.
CREDERE
P ****
CO
EXTRAIT du Mémoire lû à la Séance
publique de Pâques , de l'Académie Royale
des Sciences , fur les Eaux Minérales de
Saint Amand , en Flandre. Par M. Mo-
RAND.
UN
Ne des premiéres époques , qui ait
mis en vogue les Eaux Minérales de
S. Amand , fut la guérifon de l'Archiduc
Léopold , Gouverneur des Pays - bas , vers
Bv Pan1932
MERCURE DE FRANCE.
l'année 1648. Cependant , ce n'eft que depuis
la conquête de la Flandre , par Louis
XIV. qu'elles ont eu une certaine réputation
, & que plufieurs Médecins ont effayé
d'en faire l'hiftoire .
Si on en juge par les morceaux d'Antiquité
, qui fe font préfentés en grand nombre
, dans le voifinage de la principale Fontaine
, lorfqu'on a fouillé la terre , il faut
que cet endroit ait été habité par les Romains.
On y a trouvé des Médailles des Empereurs
Vefpafien & Trajan , un Autel de
Bronze , avec les principaux traits de Remus
& Romulus en relief, une petite Statuë
du Dieu Pan , plufieurs de Cupidon , &
quantité de Fragmens de Vaſes Antiques
faits d'une terre bolaire , fine & rougeâtre ,
telle que celle des Bucaros.
Quoiqu'il en foit de l'origine de ces
Eaux , elles font aujourd'hui fi accréditées
que les Etrangers & les François y vont
également avec confiance , pour être foulagés
de differens maux , qui ont réſiſté aux
remédes ordinaires. Il y a un Hôpital entretenu
par le Roi pour les Soldats , qu'on y
envoye de toutes les Garnifons de la Flandre
& du Hainaut.
Les Eaux de Saint Amand font fituées
dans une Prairie , qui dépend d'une Ferme
de l'Abbaye du même nom , à trois lieuës
de
SEPTEMBRE. 1743.. 1933
de Valenciennes ; c'est dans cet endroit
que la Nature a ouvert fes tréfors falutaires ,.
avec une forte de profufion , car, on y trou--
ve trois efpéces d'Eaux & des Bouës Minérales.
L'Art y a ajoûté les commodités de la
vie , tant pour l'habitation 5 que pour la
promenade , & on fçait de quoi l'Art eft capable
entre les mains des François , quand il
a pour objet la confervation des Citoyens
& pour aigüillon , les regards d'un Princes
bienfaifant.
""
Le voyage que j'ai fait l'année paffée en
Flandre , avec la Maiſon du Roi , m'ayant
donné occafion de faire quelques remarques
fur ces Eaux , je les ai crû affés intéreffantes ,
pour être communiquées à l'Académie.
En examinant d'abord la nature du Sol ,
on obſerve en plufieurs endroits trois lits
de matiéres differentes , dont le premier &
le plus fuperficiel , eft d'une terre noire , le
fecond , d'une efpéce de marne , & le troifiéme,
d'un fable très-fin , qui dans le voifinage
des Eaux , eft mouvant..
La matiére noire du premier lit , fe léve
quelquefois par feuillets , & il s'eft trouvé
de ces feuillets , durs , péfans , & chargés
de parties Métalliques : j'ai rapporté un
échantillon de cette terre , qui a fervi , diton
, a découvrir la premiére Fontaine , lorf
qu'on enjette fur des charbons ardens , elle
B vj s'en1934
MERCURE DE FRANCE.
s'enflâme & répand une odeur de fouphre.
On a rencontré fous ce premier lit , de
vraies marcaffites ; & M. Migniot , qui a
donné un petit Traité de ces Eaux , rapporte,
qu'en caffant de ces marcaffites , on a découvert
dans quelques - unes de la fleur de
fouphre , ramaffée dans des fillons , comme
il en paroît entre les bois de charpente , autour
du Baffin des Eaux d'Aix - la-Chapelle.
Ce fimple expofé annonce , que cette terre
abonde en principes Minéraux ; nous verrons
ce qui en réfulte par rapport aux Eaux ,
dont nous allons confidérer féparément chaque
efpéce.
La principale Fontaine, & la plus anciennement
découverte , s'appelle du Bouillon ,
à caufe des Bouillons , qui s'élèvent preſque
continuellement du fond du Baflin , à la fuperficie
de l'eau .
Le Réſervoir a environ fix pieds de profondeur
, depuis la fuperficie de l'Eau , juf
qu'au fable , qui forme un glacis plus élevé
vers les Bords. Ce fable très-fin , mêlé de
grains noirs & blancs , eft apporté par les
Eaux , qui fortent d'une efpéce de gouffre
& s'élèvent vers la fuperficie , avectant de
force , que fi l'on y plonge une perche fort
groffe & chargée de plomb par un bout ,
elle eft renvoyée avec une viteffe furprenante.
11
SEPTEMBRE. 1743 1935
Il fe fait quelquefois dans ce gouffre ,
des effervefcences extraordinaires ; alors ,
l'eau eft agitée , le glacis eft dérangé , le fable
eft culbuté , & celui du fond amene,avec
les Eaux , des matiéres étrangères , parmi
lefquelles il s'eft trouvé plufieurs fois des
morceaux de bois pétrifié.
Lorfque ces Eaux font tranquilles , elles
font belles & très-limpides : en les confidérant
de la Galerie , qui fait le tour du Réfervoir
; on n'eft pas une minute fans voir les
Bouillons qui partent du fond , qui élévent
à une certaine hauteur de petits tourbillons
de fables , & qui apportent à la fuperficie de
groffes bulles d'air , lefquelles fe diffipent ,
en faifant un peu de bruit .
On découvre encore un autre fpectacle ,
en regardant les Eaux dans quelque endroit,
où elles foient éclairées par un beau jour :
on voit briller à la furface de petites lames ,
que l'on prendroit pour des paillettes d'or
étincelantes , & qui font fans ceffe dans um
mouvement très-vif.
Voilà ce que l'on apperçoit à la fimple
vûë , mais on le doutera bien , que j'ai paffé
à un examen plus approfondi; effectivement
j'ai fait avec ces Eaux toutes fortes d'expériences
, dont je réſerve le détail pour nos
Séances particuliéres.
Je me contente de dire ici , que j'y ai
plongé
1936 MERCURE DE FRANCE.
י
plongé un Thermométre; je les ai pefées; j'en
ai mêlé avec de la noix de galle , du firop
violat , de la teinture de tournefol , des
acides , des alkalis , du lait , j'en ai fait
évaporer jufqu'à ficcité ; j'ai mis les réfidences
à l'épreuve de differentes liqueurs ;
j'ai examiné le fable à part ; j'y ai préfenté
le coûteau aimanté, je l'ai mêlé avec des acides
.
Le réſultat de cet examen , fait avec foin ,
eft que ces Eaux contiennent certainement
une terre très fine , alkaline & abforbente
vraiſemblablement du fouphre , peut - être
du fer , & qu'elles ont effentiellement les
propriétés des Eaux reconnuës fulphureuſes.
Ceux qui en ont écrit , en ont rapporté
des vertus fans nombre ; mais il y a toujours
a rabattre des merveilles , que chaque Auteurs
attribue aux Eaux Minérales , qu'il entreprend
de préconifer.
Il eft , fans contredit , qu'une de leurs
vertus principales , eft contre la gravelle
les maux de reins & les glaires des urines ;;
effectivement , elles en guériffent beaucoup
de malades. Elles font aufli très efficacess
contre les maladies d'obftructions.
-
Mais , il eft fingulier ( & c'eft la faute
des Obfervateurs ) de voir qu'on les donne
pour excellentes, dans des cas où elles réuffiffent
peu , tandis qu'on ne dit pas un mot
des
SEPTEMBRE . 1743 . 1937
des bons effets qu'elles ont réellement en
d'autres cas . Par exemple, elles font vantées
pour les maladies de la peau , & j'avouë que
j'en ai vû très-peu de fuccès : on ne les confeille
point pour les maladies du genre nerveux
, & j'ai vu plufieurs malades s'en bien
trouver.
La feconde Fontaine s'appelle la Fontaine
d'Arras,parce qu'un Evêque d'Arras l'a mife
en crédit par fa guérifon . Comme ces Eaux
ne font pas à découvert , on ne peut voir fi
elles donnent à leur furface les Bouillons
& les brillans , qu'on voit fur celles de la
premiere Fontaine ; elles ne font pas, à beaucoup
près , fi belles que celles du Bouillon ;
leur couleur eft jaune clair.
Elles ont un goût de fouffre très-décidé, &
une odeur défagréable , qui approche fort
de celle que la Poudre à canon laiffe , fitôt
après avoir été enflâmée ; cette odeur fe fait
quelquefois fentir à un quart de lieuë , &
tes vapeurs qui s'élevent de la Fontaine ,
jauniffent & noirciffent même les galons &
les piéces d'argenterie qui y font exposés.
J'en ai fait les mêmes expériences que de
celles du Bouillon , & il en résulte qu'elles.
contiennent de même une Terre alkaline
abforbente , mais qu'elles font plus chaudes,
& que le fouffre y eft bien plus développé
que dans celles du Bouillon..
Elles
1938 MERCURE DE FRANCE.
Elles ont en gros les mêmes propriétés ,
mais comme elles font plus fortes , on n'en
effaye que quand la Fontaine du Bouillon a
échoué quelquefois on mêle enfemble les
Eaux des deux Fontaines ; il y a des malades
à qui elles font infupportables.
Entre l'ancien Baffin de la Fontaine du
Bouillon & celui où elle eſt aujourd'hui , il
y a une Source d'Eau ferruginenfe , qui a été
découverte en 1720. & qui fouffre les mêmes
épreuves que la Royale de Forges.
Enfin près de la Fontaine d'Arras font les
Bouës minérales , dont la vapeur fulphureufe
& l'odeur défagréable fe répandent fort
loin. Ces Bones font délayées dans une Eau,
vrai femblablement la même, que celle de la
Fontaine d'Arras , & qui paroît chargée des
mêmes principes.
Elles font extrêmement vantées pour les
maux de jambes , pour les foibleffes dans les
membres , paralyfies , rhumatifmes , fciatiques
, gonflemens dans les jointures , même
les ankilofes ; mais leur efficacité n'eft en
aucun cas fi démontrée que dans les rétractions
des tendons & des nerfs , à la fuite des
grandes bleffures ; on s'y plonge & on s'y
tient comme dans un Bain.
On voit aisément partout ce que j'ai diɛ
dans ce Mémoire , que les Eaux & les Bonës.
de S. Amand font fulphureufes. Mais comme
SEPTEMBRE . 1743. 1939
me toutes les Eaux Minérales doivent les
principes , dont elles font chargées , aux
Mines qu'elles traverſent , il reſte à déterminer
d'où celles- ci tirent leur fouffre ; des
reflexions fort fimples m'ont porté à croire
que c'eft du Charbon de terre.
Toute la Flandre eft pleine de ce Charbon
, furtout les environs de S. Amand ,
Valenciennes , Condé , Frefne , où eft cette
Pompe curieufe , qui agit par
le moyen du
feu . Partout la terre eft ouverte pour en tirer
le Charbon foffile , communément ар-
pellé de la Houille , & les grands chemins
font noircis des parties fines de ce Charbon,
qu'on voiture de tous côtés .
Ce Charbon eft une espece de Bitume
fec , chargé de beaucoup de parties fulphureuſes
, & je ne doute pas que nos Eaux &
nos Bouës n'en tirent leur qualité Médicinale.
En comparant leurs effets avec les proprietés
du Bitume , on voit que ce que rapportent
les plus anciens Naturaliftes des vertus
du Bitume , s'accorde à merveille avec
celles des Bouës de S. Amand , pendant que
les vertus des Eaux reconnues fulphureufes,
& des Eaux de S. Amand, fe rencontrent les
mêmes. C'est donc le Bitume & le fouffre.
fournis par le Charbon de terre, qui paroiffent
être ici les principes dominans. Mais
ce que je n'avois d'abord faifi que comme
unc
1940 MERCURE DE FRANCE .
une conjecture , eft devenu une démonftration
par un moyen bien fimple. J'ai imaginé
de faire des Bouës artificielles avec du Charbon
de terre & de l'eau , mêlées enfemble .
en confiftence des Bouës Minérales. J'en ai
fait quelques expériences, dont l'évenement
a répondu à mes idées .
,
Nous aurions donc par -là le fubftitut des
Bouës Minérales fulphureufes , qu'on cmploye
ordinairement comme une derniere
reffource dans des maux difficiles , & nous
les aurions à peu de frais , & fans déplacer
les malades .
Cette idée m'a conduit à une autre ,
qui
n'eſt pas encore confirmée par l'expérience ,
mais qui eft fondée fur une analogie raifonnable
. Les Bouës fulphureufes font bonnes
pour réfoudre & amollir ; dans le cas où
il en faudroit de ferrugineufes pour refferrer
& fortifier , je fuis convaincu que nous
en avons d'excellentes à Paris ; on n'a pour
cela qu'à lever les pavés des rues aux bords
des ruiffeaux , on trouvera abondamment
fous ces pavés des boues noires , chargées
d'un fer très-affiné , que les pieds des chevaux
& les roues des voitures laiffent dans
les rues ; les taches que ces bouës font au
drap d'écarlatte , le prouvent de refte.
Voilà deux efpeces de Bouës artificielles ,
dont je donne volontiers le fecret , & tout
m'auSEPTEMBRE.
1743. 1941
m'autorife à croire qu'elles feront fortune ,
à moins qu'elles n'ayent contre elles le défaut
d'être trop communes , & trop faciles à
acquérir ; il nous arrive fouvent de fouler
aux pieds, & quelquefois fans le fçavoir , des
remedes puiffans , aufquels il ne manqueroit,
pour avoir de la réputation, que de venir
de bien loin & de couter cher.
ILparoît depuis peu une ODE SUR L'EDUCATION
, imprimée à Rheims , &
dédiée à M. le Comte LE DANOIS , Marquis
de Joffreville , &c. Lieutenant Général
des armées de S. M. & Gouverneur du Fort
Barcaux .
L'Auteur ( M. l'Abbé DE SAULX , Chanoine
de l'Eglife de Rheims , & Principal
du Collège de l'Univerfité ) l'a compofée
à l'occafion d'un Exercice fur l'Education
qu'a fait depuis peu dans ce Collége M.
François- Jofeph le Danois , Marquis de Joffreville
, Penfionnaire au même Collége
lequel eut tout le fuccès poffible . L'Ode fut
diftribuée à une nombreufe Affemblée , &
fort applaudie. On jugera de fon mérite par
le peu que nous allons en rapporter. En
voici d'abord le commencement.
Toi ,
1942 MERCURE DE FRANCE .
Toi , que le Fils de
Pénelope
Eut
pour
Soutiens
-moi ; que
je
développe
Tes
Oracles
dans
mes
accens
;
Minerve
, ouvre
-moi
tes
maximes
,
Et que
tes préceptes
fublimes
Faffent
la gloire
de mes
Vers
.
Déja
tu dignes
me
conduire
Nouveau
Mentor
, je vais
inftruire
Les
Citoyens
de
l'Univers
.
former tes jeunes ans ,
;
Non , ce n'eft point un vain délire ;
Mes fons intéreffent vos coeurs ;
Mortels , les accords de ma Lyre
Chantent l'ornement de vos moeurs .
C'est toi dont je peins les miracles ,
Education ; Quels Spectacles
Prouvent la grandeur de tes droits t
Effets de ta vertu féconde ,
Tes leçons préparent au Monde
Les vrais Sages & les grands Rois.
Le pouvoir de l'Education paroîtra noblement
exprimé dans la Strophe qui fuit.
Tel au fortir de la Carriére ,
Le Marbre brut fous le cifeau ,
Perd
SEPTEMBRE . 1743 .
1943*
Perd aux yeux fa forme grofliere ,
Et prend un éclat tout nouveau.
Bouchardon le frappe ; il enfante
Une Figure qui m'enchante ;
Je vois l'Image de LOUIS ;
Sans les fecours qui les poliffent ,
Que de mérites s'aviliffent !
Que de talens évanouis !
**
Ajoûtons feulement les deux Strophes de
la fin , pour ne point exceder nos bornes.
O toi , que la gloire environne
Sous les pas des Enfans de Mars ,
Qu'à Prague la fiere Bellonne
Vit affronter tous les hazards ,
LE DANOIS , permets que ma Lyre
Uniffe l'ardeur qui m'inſpire
A la Trompette des Guerriers.
Minerve aujourd'hui , que j'implore ,
N'eft pas moins Pallas qui t'honore ,
Par le tribut de fes Lauriers.
**+
Elle-même de mon hommage
Défigne l'objet à mes yeux ;
C'eſt toi ; tu lui rends ce vrai Sage
JOFFREVILLE , ô nom précieux !
JOFFRE VILL ■ ; cette ame infigne ;
1944 MERCURE DE FRANCE.
Ce Héros * qui fut trouvé digne
De former le coeur de mon Roi.
Héritier d'un fi grand Modéle ,
Des fons de ma Mufe fidéle
L'hommage n'étoit dû qu'à toi.
* M. le Danois , Marquis de Joffreville , Lieute
mant Géneral , fut nommépar LOUIS XIV . Sous-
Gouverneur du Roi.
REPONSE à la Question propofée dans
le Mercure du mois de Juin dernier.
"SCAVOIR lequel des deux Bergers peut croire
s avoir été préferé; de celui que la Bergere cou-
» ronne en arrivant ; ou de celui auquel elle ôte fa
≫ couronne , dont elle fe ceint le front.
Quelque naturelle , & en même tems
quelqu'ingénieufe que paroiffe cette
Queſtion , il ne faut cependant rien moins
que
des des
argumens
bien
folides
pour
en établir
la déciſion ; car fi d'un côté le plaifir de
tenir une couronne de la main de celle qu'on
aime , & la fatisfaction de la recevoir devant
un Rival , femble décider en faveur du
premier , la joye & le contentement dont
eft comblé le fecond , en voyant enlever ſa
couronne par l'objet de fa tendreffe , qui
daigne s'en ceindre la tête , eft une faveur
qui
SEPTEMBRE . 1743. 1945
qui femble pouvoir contre -balancer la premiere.
En une matiére auffi tendre, pour tabler
avec certitude ,il eft à propos,felon moi,
de confulter le coeur , & voir celui pour lequel
il fe déclare le plus ouvertement . Le ,
premier mouvement de la Belle , en les
voyant tous deux , eft d'en couronner un &
de découronner l'autre. C'eft- là un mouvement
du coeur , dont elle n'eft pas maîtreffe ;
la Nature feule agit , & de ce mouvement il
réfulte une déclaration pour le premier ,
qu'on ne peut contredire. En tous fens le
premier eft couronné , & le ſecond perd ſa
couronne ; fi elle la lui prend , ce n'eſt que
pour qu'il fubfifte moins de doute dans fon
choix , & pour que le triomphe de fon Berfoit
plus complet & plus glorieux . ger
Ainfi, tout confidéré,je me déclare pour le
premier,que je penfe préféré, car l'effort de la
Bergere, d'ôter fa couronne de deffus fa tête
& de la mettre fur celle de fon Berger , eft
bien plus grand , que celui de prendre la
couronne du fecond & de s'en ceindre le
front ; ou pour mieux dire, l'efpace eft bien
plus grand d'elle au Berger , que du Berger
à elle.
Par E. Bet. de la Frenaye .
1946 MERCURE DE FRANCE.
5252525252525252:52 52 52 52 52 52 32 :5252525252525252
A M. de la S..... pour le jour de fa Fête.
T Rois Deïtés , dont vous êtes l'image ,
Que fuivent en tous lieux des flots d'adorateurs ,
Ou plûtôt , qu'à l'envi , l'on fert & l'on outrage ,
A qui vous feul rendez un véritable hommage ,
Qui vous comblent auſſi des plus rares faveurs ,
Ces Dieux que l'on nous dit, ne fe raffembler guere
Apollon , l'Amitié , l'Amour ,
Dans le même chemin , & pour la même affaire ,
Se rencontrerent l'autre jour ;
'Amour fut le premier qui rompit le filence ;
Avec un doux fourire il aborde Apollon ,
Bon jour , dit-il , Seigneur de l'Hélicon ,
Peut- on , fans manquer de prudence ,
( Pourfuit- il , d'un ton familier )
yous demander à qui vous portez ce Laurier ?
A qui répart Apollon ; au Mérite ,
Au plus cher de mes nourriffons ,
Qui, fçavant fans orgueil, digne de mes leçons ,
Par de nouveaux efforts m'invite
A le combler de nouveaux dons ;
fa J'ai prévenu la Fête , & je cours au plus vîte
De ce Laurier le couronner
Ce n'eft point un préfent que je vais lui donner ,
C'eſt un tribut dont je m'acquitte ;
Mais
SEPTEMBRE . 1743. 1947
Mais vous , Monfieur le curieux ,
La même liberté nous eft , je crois , permiſe ,
Pour qui ce Mirthe à quel front amoureux
Cette parure a-t'elle été promile ?
Au plus aimable des Mortels ,
Répond l'Amour ; il a mes graces , ma jeuneſſe ;
Il y joint l'air de la ſageſſe ;
Son Portrait près du mien brille fur mes Autels ;
Hymen voudroit l'unir par des noeuds éternels ;
Moi , je les formerois des mains de la tendreffe ;
Dans fon Epouſe enfin trouvant une Maîtreffe ,
Il recevroit de nous des bienfaits mutuels ;
Dans peu de jours auffi l'on célebre fa Fête ;
Ce Mirthe eft le préfent que je crois lui devoir ;
Il a par plus d'une conquête
Sur un Sexe volage affuré mon pouvoir ;
On vint à l'Amitié , fans nul don , leur dit elle ,
Je vais m'offrir à l'un de mes Enfans ;
Il verra l'Amitié , que d'une ardeur fidelle
Il fert depuis fes premiers ans ;
Que puis - je lui donner ? Il a mes ſentimens ;
Eh ! quelle eft cette ame ſi rare ,
Interrompit l'Amour avec empreffement ?
Ce tréfor , que le Ciel avare ,
Aux voeux de l'Univers accorde rarement
C'eſt la S.... répond l'Amitié , quoi ! la S...
Dit l'Amour , ce Mortel , le même à qui je vais
Offrir ce Mirthe pour couronne !
C Celui
1948 MERCURE DE FRANCE.
Celui qui chaque jour mérite mes bienfaits ,
S'écrie auffi Phébus ! la rencontre m'étonne
Lui-même , pourfuit l'Amitié ;
Tout talent , tout p'a fir , toute vertu l'enflâme ;
Partageons les tranfports qui rempliffent fon ame ;
Que fon coeur me foit confié ;
Dans l'art de plaire , Amour , foyez fon guide ,
Mais n'allez pas nous ufurper nos droits ;
Qu'à fon efprit le Dieu des Vers préfide ;
Pour un pareil Eleve , eft - ce affés de nous trois !
M. Darnaud.
25252525252525252
CAUSE PLAIDE'E par les Ecoliers
de Seconde du Collège Royal Dauphin , de
La Compagnie de JESUS , le 5. Juillet 1743 .
UN
SUJET.
N riche Bourgeois d'Allemagne , appellé
Cléonis , pere de Dorante , de
Cliton,d'Arifte & de Bifias, après avoir fait
un Teſtament en faveur de Dorante ,fon fils
aîné, en fait , dans la maladie dont il meurt,
un nouveau , par lequel il déclare ſon héritiere
univerfelle Chrifolie , fon épouſe , à
condition que , pour maintenir fa famille
dans l'éclat , elle remettra fes biens à celuilà
feul de fes quatre fils , dont elle aura le
plus
SEPTEMBRE. 1743. 1949
plus fujet d'être contente , ou qui fera jugé
l'avoir le mieux mérité par fa conduite à
fon égard , fi elle vient à mourir fans avoir
déclaré fes intentions. Cléonis étant mort ,
Dorante , fondé fur le premier Teſtament
de fon pere & fur un léger défaut de formalité
dans le fecond , intente un procès à
fa mere. Le Teftament eft confirmé par un
Arrêt. Cliton fe marie contre la volonté de
Chrifolie, & d'une manière défavantageufe .
Arifte , outré de jaloufie de la prédilection
que fa mere témoigne ouvertement à Bifias,
le cadet de tous, quitte la maifon paternelle ,
va exercer dans une Ville éloignée une
profeffion peu convenable à fa fortune,
& s'obſtine à ne vouloir plus retourner auprès
d'elle pendant qu'elle a vécu , malgré
fes preffantes invitations. Bifias, après avoir
commencé fes Etudes dans un Collége Catholique
, les continue , nonobftant toutes
les repréſentations de fa mere, fous des Profeffeurs
Proteftans. Chrifolie meurt fans en
avoir déclaré aucun pour fon héritier . Il s'agit
de décider quel eft celui qui a le moins
mal rempli les conditions du Teſtament ;
par-là il fera décidé à qui doit être déféré
f'héritage. Voilà le Sujet tel qu'il a été propofé.
Dorante , dans fa plaidoirie , s'eft juftifié
fur les raifons légitimes qui l'avoient enga-
Cij gé
1950 MERCURE DE FRANCE.
gé à intenter ce procès , & fur la maniére
polie, honnête & refpectueufe dont il l'avoit
conduit.Cliton a commencé par détruire
les raifons de Dorante , en faisant voir
qu'il n'avoit aucun droit d'intenter ce procès,
puifqu'il avoit été condamné d'une com
mune voix, & que la maniére même dont il
avoit conduit ce procès , quelque polie ,
quelque honnête & quelque refpectueufe
qu'elle eût été , n'empêchoit pas que fa me
re n'eût très-fort défaprouvé fa conduite.
Après avoir ainfi renversé les deux points
fur lefquels Dorante avoit appuyé fa juſtification
, il a prouvé que fa mere lui avoit
donné fon confentement pour fon mariage,
& que , raifonnable comme elle étoit , elle
n'auroit pas pû ne pas l'approuver, eû égard
aux avantages qui en avoient réfulté ; avantages
infiniment plus eftimables que ceux
de la fortune .
Arifte a foutenu que la caufe de fon éloignement
étoit jufte & légitime , qu'il n'avoit
fait aucun deshonneur à fa famille
par
la profeffion qu'il avoit exercée dans un
Pays éloigné & fous un nom emprunté ,
& enfin qu'il étoit en chemin dans le
tems que fa mere étoit morte. Enfuite il a
fait voir que Chrifolie n'avoit jamais approuvé
le mariage de Cliton, & qu'il devoit
joindre aux avantages de la fortune ceux
qu'il avoit étalés pour fa défenſe, BiSEPTEMBRE.
1743. 1951
Bifias , après avoir dit que la jaloufie ne
pouvoit point juftifier l'équipée d'Arifte ,
qu'on avoit été informé dans fa Patrie de
la profeffion qu'il avoit exercée , & que fon
retour devoit être regardé comme non avenu
par rapport à fa mere , a fondé fa juftification
fur une raifon légitime , felon lui ,
qui l'a engagé à paffer dans ce College Proteftant
, fur ce qu'il n'y avoit fait que fes
Etudes de Belles - Lettres , & fur ce qu'il
avoit reçû de trop bonnes inftructions de fa
mere , pour que fa Religion eût été en
danger.
Dorante a fait voir dans fa réplique, que
Bifias n'avoit point été autorifé à faire ce
coup de tête,c'eft ainfi qu'il le fait regarder;
que quoiqu'il n'ait fait que fes études de Belles
Lettres dans ce College Proteftant,tout a
dû confpirer à lui faire perdre fa Religion ,
& qu'enfin il étoit moralement impoffible
qu'il ne l'eût perduë . Enfuite il a tâché de
refuter dans fa Réplique les objections qu'on
lui avoit faites; c'eft ce que les autres ont auffi
fait de leur mieux, chacun dans fa Réplique .
Mrs Berard , Durand , Rolland , Perrotin ,
qui ont plaidé , le premier , pour Dorante ;
le fecond , pour Cliton ; le troifiéme , pour
Arifte ; le quatrième , pour Bifias , ont parlé
avec une politeffe , une grace & une vivacité
, qui ont fatisfait la nombreufe Affem-
C iij
blée ,
1952 MERCURE DE FRANCE.
blée , qui a honoré de fa préfence cet Exer
cice.
" Les Juges qui ont décidé cette Caufe
font, Mrs Tofcand , Allard & de Maudave ;
le premier , après avoir fait une récapitulation
des griefs que l'on avoit oppofés à
chaque Partie , & des raifons fur lesquelles
chacune avoit appuyé fa juftification , s'eft
déterminé en faveur d'Arifte , fondé fur ce
que les fujets de mécontentement qu'il
avoit donnés , étoient moindres que ceux
qu'avoient donnés les autres . Le ſecond ,
ayant long- tems balancé entre Arifte & Bifias
, fonde fur ce que ce dernier avoit toujours
été chéri de Chrifolie , a demandé un
plus ample informé , dans le deffein de lui
accorder l'héritage , fuppofé que fa Religion.
n'eût rien fouffert du danger auquel il l'avoit
expofée ; le dernier enfin , après avoir
déclaré que l'évidence du danger auquel Bifias
avoit expofé fa foi , regardée du même
eil, qu'il étoit certain que Chrifolie l'avoit
regardée , devoit lui ôter toute eſpérance
, eu égard à l'attachement inviolable
qu'elle avoit toujours eu & toujours temoigné
pour la Religion qu'elle avoit reçûë
de fes peres , & après avoir hélité quelque
tems s'il ne déféreroit point l'héritage aux
fils de Dorante , & de Cliton , qui ne devoient
point être la victime des fautes de
leurs.
SEPTEMBRE. 1743 . 1953
leurs peres , il a infinué qu'il conviendroit
de s'en tenir à la difpofition de la L'oi ; mais
ayant fait attention à la claufe appofée au
premier Teftament de Cléonis , il s'eft déclaré
en faveur d'Arifte , fondé fur ce que
fon départ avoit caufé peu de chagrin à fa
mere ; fur ce que cette profeffion ayant été
exercée dans une Ville éloignée , & fous un
nom emprunté , avoit fait peu de deshonneur
à fa famille , & fur ce qu'il avoit fait
efpérer à fa mere qu'il céderoit enfin à fes
invitations.
A M. NERICAULT DESTOUCHES,
Aufujet de fa Réponſe à un Anonyme , inférée
dans lefecond Volume de Juin, page 1268.
Ourage , Athléte magnanime ;
Avec confiance arme-toi
Contre le fuperbe Anonyme ,
Qui tient fi fort fon quant- à-moi ,
Qui méprife tant notre foi ,
Et qui pour Bayle a tant d'eftime.
Combats ce Sceptique entêté ,
Qui fecondant l'impiété
Du fatal Docteur , qu'il écoute ,.
Ne veut chercher la vérité
Que dans le noir cahos du doute.
-
C iiij Com
1954 MERCURE DE FRANCE.
Combats celui dont la Raifon ,
Excluant un Dieu jufte & bon ,
Lui fubftituë une Puiffance ,
Qui laiffe inconfidé ément
Et le crime fans châtiment ,
Et la Vertu fans récompenfe.
Combats , cher DESTOUCHES , combats
Cet aveugle qui met fa gloire
A nier ce qu'il ne voit pas ;
Mais qui peut - être , fans débats ,
Cederoit bien -tôt la victoire
A ton édifiant fçavoir ,
Et prendroit le parti de croite ,
S'il ne craignoit point de trop voir,
Au refte , l'air de fuffifance
Avec lequel cet Auteur vain
T'objecte ton incompétence ,
Et te renvoye au Brodequin ,
Ne peut jamais , fage DESTOUCHES,
En impofer qu'aux efprits louches
En effet , la Religion ,
Cette regle de notre vie ,
Cette faine Philofophie ,
Qui , feule , à la contagion
Des vices de l'humaine Race
Oppofe un reméde efficace ;
Ce ferme & confolant appui
Du Jufte , lorfque contre lui
La terre entiére ſe déchaîne ;
Ce
SEPTEMBRE . 1743 .
1955
Ce frein falutaire qui gêne
L'Injufte , lorſque tout lui rit ;
Cette Loi fainte , qui profcrit
Jufqu'au moindre défir obfcéne ;
Cette Loi qu'aime un bon Eſprit ;
Qu'un bon coeur accepte fans peine
Ne dédaigne point le fecours
D'un Auteur , par qui fur la Scéne
La Vertu triompha toujours .
F. M. FRIGOT .
aeglier regljen regler regjin region for region for
OBSERVATIONS fur le fecret de
rendre l'eau de la Mer potable , découvert
par M. GAUTIER , Médecin de Nantes.
Lfionnées ,parcellesqu'on trouve dans
Es remarques fuivantes , ont été occa-
,
le Journal de Trévoux ( Avril 1743. pag.
682. ) fur la Préface du Traducteur d'un
Ouvrage intitulé : Expériences Phyfiques , fur
la maniére de rendre l'eau de la Mer potable
, &c. par M. Hales , Docteur en Théologie
& de la Société Royale.
Voici l'endroit qui a fait naître ces obfervations.
« Entr'autres découvertes en ce genre ( il
s'agit du fecret de rendre l'eau de la Mer
» potable ) notre Traducteur s'attache ici à
Cv » celle พ
1956 MERCURE DE FRANCE.
» celle de M. Gautier , Médecin de Nantes,
» & au Mémoire que nous donnâmes fur
» cela en 1717. ( a ) Il réfulte de ce Mémoire,
& de ce qu'on a dit , que M. Gautier
» avoit réuffi à deffaler l'eau de la Mer ra→
» dicalement & à la rendre potable . ( b ) On
» ne fçait que penfer, de ce que l'invention
» de ce Médecin , favorifée d'abord par la
» la Cour , par les Marins & par les Sça-
» vans , n'a point eu de fuite , & eft comme
» morte avec fon Auteur. ( c ) On trouve à
» la fin de cette Préface une Planche , où eft
»la figure du Fourneau & de l'Alembic de
>> M. Gautier,
ל כ
» (d) Que cette invention foit tombée , ce
» n'eft pas une preuve , qu'elle ne foit pas
»réelle & infiniment avantageufe. Il faut
>> quelquefoisautant de tems pour faire paffer
>>une découverte, qu'il en a fallu pour la faire
» éclore. Nous connoiffons des Artiſtes , ac-
» tuellement occupés à faire revivre l'Alem-
» bic de M. Gautier , avec des perfections ,
» dont il pouvoit avoir beſoin pour réuffir
>> pleinement.
33.
( a ) Il eft étonnant que M. Deflandes ,
dans fes Obfervations fur l'eau de la Mer ,
regarde comme impoffible , de la dépouiller
de fon amertume , d'une certaine huile groffiére
, qui fouléve & irrite l'eftomac : du
moins , dit - il , on n'y a pas réuffi jufqu'à
préfent.
SEPTEMBRE. 1743- 1957
préfent. A cette occafion , il parle d'une
Compagnie de Phyficiens , qui s'établit en
Angleterre ,fous Charles II . Cette Compagnie
promettoit une Machine de 33. pouces
de diamètre ; à l'aide de certains ingrédiens
, elle devoit diftiller , en moins de
24. heures, jufqu'à 3 60. pintes d'eau douce.
Ces promeffes , dit M. Deflandes , n'eurent
aucun fuccès , & à peine les Anglois s'en
fouviennent-ils aujourd'hui . Cet Académi
cien ajoûte , que depuis cette tentative , il
s'eft préfenté en France un grand nombre
de curieux , qui ont propofé des Machines ,
pour rendre l'eau de la Mer douce ; qu'il a
été chargé d'examiner plufieurs de ces Machines
, & qu'encore qu'il fut convaincu
qu'elles ne pouvoient être d'aucune utilité "
a tâché cependant de procurer aux Inventeurs,
des récompenfes proportionnées à leur
zéle & à leur bonne volonté.
Il eft facheux pour le Public , que la
Machine de M. Gautier , ait échapé à un
Sçavant , auffi éclairé & auffi favorable aux
Artiftes , que l'eft M. Deflandes , ou qu'il ne
foit pas convaincu de fon utilité. Les promeffes
de cette Compagnie de Phyficiens
Anglois , à la tête de laquelle étoient
Mrs. Fitzgerald & Oglethorpe ; je vais
montrer que M. Gautier les a réalifées de
maniére à mériter , que la France lui donne
C vj
lieu
1958 MERCURE DE FRANCE.
lieu de mettre au jour toutes les perfections
de fa Machine , dont le Public n'a que le
fquéléte.
Si l'expérience que j'ai faite , pouvoit fervir
de preuve à la bonté de la Méthode de
M. Gautier , je dirois qu'en la fuivant , j'ai
rendu potable & ufuelle , une eau factice ,
plus amére , plus âcre , plus bitumineufe ,
plus falée , que celle de la Mer , & que je
l'ai dépouillée de fes mauvaiſes qualités , an
point , qu'elle ne laiffoit pas le moindre déboire
: mais comme le fuccès de l'Opération
de M. Gautier demande des preuves authentiques
, telles que le Procès -verbal , qui
en a été dreffé ; je vais rapporter ce qu'on
trouve dans le Journal Hiſtorique, fur les matiéres
du tems. (Juin 1718. )
ور
" Peu à peu les opérations de l'Art & l'ap
» plication de l'efprit humain , nous déveloperont
les fécrets de la Nature les plus
» cachés. M. Gautier , Médecin de Nantes ,
» a fait depuis peu une découverte , qui ,
>> fans doute , immortalifera fon nom , & fe-
» ra d'une grande utilité à tout le Public
"
›
principalement aux Gens de Marine , qui
» entreprennent de longues navigations ,
» puifqu'elle leur fournira en tout tems &
» en tout lieu , de l'eau douce , pour tous
» les béfoins de l'équipage des Vaiffeaux de
» Guerre, ou Marchands. M. Gautier a trou-
و ر
» γέ
SEPTEMBRE. 1743 . 1959
vé le fecret de rendre l'eau de la Mer auffi
» douce , auffi potable & auffi faine , que
>> l'eau de Fontaine . Par ordre de M. le Duc
» d'Orléans , Régent & du Confeil de Ma-
» rine , en date du 30. Décembre 1716. on
»
לכ
37
prépara les Machines de l'Invention de
» M. Gautier , & au mois de Mai 1717. on
» fit fur le Vaiffeau du Roi , nommé le Tri-
» ton , ( qui étoit à l'Ancre au Port- Louis , à
» l'Orient , en préfence des Commiffaires
» nommés par la Cour ) les premiéres épreu-
» ves de cette furprenante Métamorphofe.
» Elle eut un tel fuccès , qu'en 24. heures
» la Machine ( quoiqu'encore imparfaite )
produifit 324. pintes d'eau douce , méfu-
» re de Paris , entiérement dépouillée de
» l'amertume & âcreté de l'eau falée de la
» Mer. On fit la fupputation des frais qu'a-
» voit coûté cette diftillation ; ils ne mon-
» toient qu'à 15. fols , 11. deniers , enforte
» qu'elle coûtera moins que l'eau de la Sei-
» ne à Paris , qu'on porte à pleins fceaux
» dans les Maiſons . C'eſt ce qu'ont certifié
» M. de Beauregard , Capitaine de Vaiffeau
» du Roi , commandant la Marine du Port-
"
Loüis , & M. de Clairambaut, Commiffai-
» re Général, Ordonnateur de la Marine ,
» par le Procès- verbal , qu'ils en fignérent
» le 11. Juin 1717 .
» MM. de l'Académie Royale desScien-
>> ces ,
1960 MERCURE DE FRANCE.
»ces, à Paris , comme l'a certifié M. de Fon-
» tenelle , Sécretaire perpétuel de cette A-
» cadémie , le 6. Septembre 1717. ont jugé
» que cette Machine étoit nouvelle , fort
ingénieufe , & qu'elle méritoit d'être exé-
» cutée. » On peut voir dans differens Journaux
de 1717. & de 1718. une partie de ce
qui concerne cette Machine : on craindroit
d'être trop long , en rapportant tout ce qui
a été dit à ce fujet.
(b) On concevra peut-être plus aifément ,
comment l'Invention de ce Médecin , favorifée
d'abord par la Cour , par les Marins &
par les Sçavans , n'a point eu de fuite & eft
reftée, comme morte avec fon Auteur ,fi on
lit les remarques fuivantes.
M. Gautier , après avoir conftaté le fuccès
de fa Machine , fe détermina , de l'agrément
de M. le Duc d'Orléans & du Confeil de
Marine , d'aller aux Echelles du Levant , fur
un Vaiffeau du Roi , où il fervit en qualité
de Médecin. Il entreprit ce voyage , afin de
faifir par des expériences réitérées , dans le
cours de fa Navigation , ce point de perfection
, qui anime tous les Arts par fon éloignement
, qui fe refufe fouvent à la fpéculation,
& qu'on ne découvre que par le tâtonnement.
A fon retour , il rendit compte à
.M. le Duc d'Orléans , du fuccès de fes nouvelles
épreuves : il lui ouvrit d'autres prcjets
SEPTEMBRE. 1743. 1961
jets , qu'il efpéroit faire tourner au profit de
la Navigation & de l'intérieur de l'Etat.
M. le Régent l'ayant dédommagé des frais
où l'avoit engagé le défir de porter fa Machine
à fon dernier dégré de perfection ,
l'encouragea à pourfuivre fes autres tentatives
,
lui promettant de le récompenfer en
même tems des découvertes qu'il projettoit
de faire , & de celle qu'il avoit déja faite.
Pendant que M. Gautier s'occupoit fi utilement
, la mort enleva fes efpérances dans
la perfonne de M. le Duc d'Orléans.
"
Alors , dénué de protections capables de
lui procurer la récompenfe , qu'il avoit lieu
d'efpérer , il crût , en attendant une occafion
favorable , qu'il devoit continuer fes
autres recherches : pour cet effet , il fe rendit
à Château-Salins , où il fit diverſes expériences
fur les fels , & fe procura des connoiffances
, qui peuvent fervir à augmenter
confidérablement le bénéfice des Salines
par une nouvelle maniére d'opérer fur leurs
Eaux. Dans le tems qu'il perfectionnoit les
differentes branches de fes opérations , le
Puits falant de Rofiéres devenant inutile , par
le mêlange des eaux douces & falées , il entreprit
de le rétablir . Ces Sources ayant labouré
leurs lits & les ayant confondus , il
fallut obvier aux altérations ultérieures
après les avoir pourſuivies par des excavations
1962 MERCURE DE FRANCE.
tions & par des travaux confidérables. M.
Gautier fortit tellement à fon honneur , &
de cet Ouvrage & des autres dont il fe chargea
, que M. le Duc de Lorraine le fixa en
ce Pays , par une Penfion , & créa en fa faveur
la Charge d'Infpecteur des Sources falantes
de fes Etats , Charge qu'on lui a continuée
en France , depuis que cette Province
a changé de Gouvernement.
On ne trouvera plus furprenant , que le
fecret de rendre l'Eau de la Mer potable ,
découvert par M. Gautier , n'ait point eu de
fuite , fi on confidére qu'étant lié à la Lorraine
par un Emploi , qui lui affure des revenus
fixes , il n'a pu raisonnablement renoncer
aux avantages , que lui ont procurés
fes travaux , pour aller établir l'ufage de fa
Machine & en folliciter la récompenfe . On
fçait combien d'obstacles on a à furmonter ,
quand on entreprend de vaincre des préjugés
univerfels , & de faire paffer des découvertes
, que le Public caractériſe fouvent de
fimples approximations , par le difcrédit ,
où de vaines tentatives ont envelopé certains
objets.
( c ) N'ayant point encore vû la Traduction
de l'Ouvrage de M. Hales , fur la maniére
de rendre l'Eau Marine potable , je ne
fçai fi la Planche , qui eft à la fin de la Préface
, eft jufte ou non ; j'avertis feulement ,
en
SEPTEMBRE. 1743. 1967
en paffant , que dans celle qui a paru , il y a
quelques années , avec les autres Machines
préfentées à l'Académie des Sciences, depuis
fon établiffement , on n'a point faifi l'idée
de M. Gautier , comme je l'ai appris de luimême.
( d ) L'Invention de ce Médecin , eft furtout
du nombre de celles , qu'il eſt difficile
de faire paffer. Jefuppofe , qu'un Négociant
ait la volonté d'établir une pareille Machine
dans un Vaiffeau , en connoîtra - t'il la matiére
, les proportions , le jeu ? Sçaura- t'il
la placer de la façon la plus avantageufe ;
opérer à peu de frais ; parer à tous les accidens
, que l'expérience feule fait connoître ?
Tout ce qui eft compliqué , tout ce qui demande
des foins , dont tout le monde n'eſt
pas capable , ne fe fubftituë , qu'avec peine .
à une pratique fimple , commune , quoiqu'elle
foit à charge. Que cette Invention
foit tombée , ce n'eft donc pas une preuve
qu'elle ne foit pas réelle. & infiniment
avantageufe , comme le remarquent fort
bien les Auteurs des Journaux de Trévoux.
>
Pour faire la fortune de cette Machine ,
pour porter les Marins a en tirer les fervices
qu'on a lieu d'en attendre , il faudroit que
fon Auteur fit imprimer un Ouvrage fur
cette matiére , où fa Méthode fût nettement
dévelopée , où il mit en état de
porter aifément
1964 MERCURE DE FRANCE .
ment dans la manipulation , les perfections,
qui firent réuffir fa Machine en 1717. &
celles qu'il y a ajoûtées pendant fon voyage
fur Mer. Depuis tant d'années , que cette
découverte mûrit entre fes mains , elle eft
portée àun point de perfection , queles Artiftes
, occupés actuellement à la faire revivre
, n'atteindront peut-être pas. Quoiqu'il
en'foit , M. Gautier , eft en état de
compofer
l'Ouvrage , dont il s'agit : fi on l'y déterminoit
, il pourroit en affurer la théorie ,
par des épreuves , qui ne laifferoient rien à.
défirer.
GAUTIER , Chanoine Régulier de la Congré
gation de N. S.
M
A
Nanci , 1743.
R. de Vaſtan , Prévôt des Marchands,
qui vient de mourir , avoit cû la
bonté , non-feulement d'écouter favorablement
la Requête en Vers de l'Auteur , au
fujet de la Capitation ,imprimée dans un des
derniers Mercures , mais il l'avoit pris fous
fa Protection , & vouloit lui procurer quelque
Emploi. C'est ce qui a donné lieu à l'Epître
ci-jointe , que M. de Vaſtan avoit vûë
& trouvé bon qu'elle parût , &c.
D'un autre côté , le même Poëte s'étant
rendu.
SEPTEMBRE. 1743.
1965
rendu M. C. Receveur de la Capitation ,
favorable par la même Requête ; il lui a addreffé
le Remerciment ci - joint , qui paroît
aufli bien tourné comme l'Epître."
A
EPISTRE
A M. de Vaftan.
Ux gens de Cour eft bien fou qui fe fie ;
Seigneur Vaſtan , ¡ifez ; & je parie
Que me plaindrez du tour traître & malin ,
Que fous leur nom m'a joué le deſtin .
Tranquillement , loin des yeux de l'envie ,
Je jou flois d'une paiſible vie ,
Co ten du fort , fier de mes revenus ;
Mes jours , aidés de cent moins quatre écus
Dans les tranfports de mon ame en yvrée ,
Me reprochoient leur trop courte durée.
Grace au Prévôt des Marchands de Paris ,
Ce tems heureux , dont j'ai connu le prix ,
Ce doux plaifir , cette volupté pure ,
N'eft plus bientôt qu'un bonheur en peintures
Ce Magiftrat , je ne fçais trop pourquoi ,
Veut , ce dit-on , m'honorer d'un Emploi ;
Et me tirant de la foule importune
De nos Rimeurs , auprès de la fortune
Faire ma paix & m'y mettre fi bien ,
Qu'à mes défirs il ne refte plus rien.
Vous connoiflez ce Magiftrat , fans doute,
S'il
1966 MERCURE DE FRANCE
S'il fe trouvoit un jour fur votre route ,
(Et sûrement vous vous rencontrerez )
A ces traits-ci vous le reconncîtrez ;
Il a l'oeil fin ; fon regard eft aimable ;
Comme fon air , fon accueil eft affable ;
Sous un dehors modefte & fans éclat ,
En lui , fans peine , on voit l'homme d'Etat.
Four abréger , on dit qu'il vous reffemble ;
C'eft lui donner bien des vertus enfemble.
Quoiqu'il en foit , auprès de lui , Seigneur ,
Faites ma cour ; parlez en ma faveur ;
Obtenez - moi le fuperbe avantage
De demeurer à mon troifiéme étage ,
Où , renfermé dans ines petits Etats ,
Je vis heureux plus que nos Potentats.-
Si , par malheur , j'étois dans l'abondance ,
Tous les befoins , enf ns de l'opulence , >
Viendroient bientô : en foule m'affiéger.
Pour ma vertu quel terrible danger !
Sur fa raiſon c'eſt en vain que l'on compte
En pareil cas ; épargnez - moi la honte
De fuccomber. Je vis , quoique borné ,
Content du peu que le Ciel m'a donné.
Si cependant ce Magiftrat s'entête
A me placer , il feroit mal- honnête
De réfifter , & vis- à-vis de rien ,
De s'opposer à qui nous veut du bien.
C'eft un chagrin qu'il faudra que j'efluye.
Je m'y réfous , Seigneur , & ficrifie
Mor
SEPTEMBRE . 1743 .
1967
Mon petit coin. Non que je fois tenté
D'abandonner ma médiocrité .
Si j'y confens , c'eft que dans cet orage ,
Peut-être on peut fe fauver du naufrage ,
De la bourafque & des écueils divers ,
Qui des mortels diftinguent les travers .
Et puis , Seigneur , s'il faut que je le diſe ,
J'aimerois fort , foit faveur , ou mépriſe ,
Que le deftin prit dans fa belle humeur
Le foin nouveau de renter un Rimeur.
Que je rirois ! L'embarras d'être riche
Occuperoit M. de l'Hémiſtiche .
Pour l'étonner & pour le rendre heureux ,
Laiffez agir le Prévôt généreux
De nos Marchands , & , s'il eft néceffaire ,
Auprès de lui follicitez l'affaire :
Je vous en prie au nom du Dieu du goût.
Vous le ferez ; car fur vous il peut tout.
LEGIR
A M. C. Remerciment.
Mon bon Ami , mon cher M. C ……
De par Phébus , je veux en godinette
Vous appliquer , dût le monde en jafer ,
Sur chaque joue au moins un doux baifer.
Qui le croiroit ! qu'il fut encor en France ,
Dans Paris même , au fein de la Finance ,
Un coeur fi bon , fi digne d'amitié ,
Et
1968 MERCURE DE FRANCE.
1
Et plus que tout ouvert à la pitié ?
Bien eft-il vrai que deffus fes tablettes ,
J'a long-tems eft qu'au nombre des Poëtes ,
Le Dieu du Pinde a mis maints Financiers ,
Que de fa main , il a ceints de lauriers.
Fêtés , courus , vaniés dans les ruelles ,
Leurs heureux Vers font chantés par les Belles
Pour s'amufer , un Courtifan les lit ;
Et quelquefois doucement leur fourit.
Tels Financiers font une rare eſpéce .
Le refte en gros connoît peu 1 Permeffe.
Ennemis nés de l'efprit & du goût ,
Gentils Rimeurs , chés eux n'ont le haut bout.
Faire des Vers , c'eſt preſque faire un crime
A leur avis. Comptez ſur leur eſtime ,
Si vous fçavez l'art d'amafler du bien :
Mais autrement , je ne réponds de rien.
Pour vous , dit -on , fuyant cette manie
Vous chériffez ces Enfans du génie ;
Ces Vers badins dictés par les plaifirs ,
Et faits exprès pour charmer nos loifirs.
J'ai vû le tems qu'un deſtin moins contraire
Me promettoit qu'un jour je pourrois faire
Plus d'un morceau , digne d'être adopté.
Pour Maître alors j'avois la volupté.
Tant de bonheur n'étoit pour un prophane.
Depuis ce tems , noyé dans la chicane ,
Et fans profit devenu Financier ,
Je ne fçais plus que noircir le papier.
L'exSEPTEMBRE.
1743. 1969
L'expreffion fine , légére & vive
M'eft refusée , & la rime rétive ,
Quand par hazard , je tente encor des Vers ,
Rend , malgré moi , ma pensée à l'envers.
Et cependant vous , jadis M. C....
Mais qu'aujourd'hui ma Muſe plus difcrette ,
Par fentiment croit devoir, entre nous ,
Nommer d'un nom plus honnête & plus doux ,
Louant mes Vers , pour prix de mon Epître ,
M'avez d'abord rayé de ce Regiſtre ,
Où tout du long , commis mal apointé ,
J'étois écrit comme un Bourgeois renté.
Vous aimez donc ces faifeurs de Sornettes ,
Faifeurs de riens , de Vers , de Chanſonnettes
Vous les aimez ! Ah ! vous ferez ſauvé ,
Mon cher ami ; les Dieux ont réſervé
Un petit coin dans leur célefte empire
A quiconque aime , ou fçait toucher la Lyre.
Par le même.
DES1970
MERCURE DE FRANCE.
DESCRIPTION de ce qui a été pratiqué
pour fondre en bronze , d'un feuljet , la
Figure Equeftre de Louis XIV . élevée par
la Ville de Paris , dans la Place de Louis-
LE-GRAND , l'an 1699. Ouvrage François
Latin , enrichi de Planches en Tailledouce.
Par M. BOFFRAND , Architecte
du Roi , & de fon Académie Royale d'Architecture
, Premier Ingénieur & Inspecteur
Général des Ponts & Chauffées du Royaume.
I. Vol. in-fol . A Paris , chés Guillaume
Cavelier Pere , rue Saint Jacques ,
M. DCC. XLIII
genre ,
R
Ien n'eft plus curieux dans fon
que le Livre dont on vient de lire le
Titre , lequel contient un détail immenſe ,
fur le fujet en queftion ; fujet noble & inté
reffant par lui - même pour tous les Amateurs
des Beaux Arts.
La Statue Equeftre de Louis XIV. de 21 .
pieds de hauteur , eft le plus grand Ouvrage
, qui ait été fondu en bronze d'un feul
jet ; ce qu'on n'avoit pas encore ofé hazarder.
Celles de Marc - Auréle , à Rome ; de
Côme de Médicis à Florence , d'Henri IV.
fur le Pont-Neuf, à Paris , & de Louis XIII .
dans la Place Royale , ont été fonduës féparément
, aufquelles on peut ajoûter la Statud
SEPTEMBRE . 1743 . 1971
tue Equeftre du Connétable de Montmorenci
, élevée à Chantilli , qui eft encore
moins parfaite , comme étant compofée de
plufieurs morceaux de Cuivre de platinerie.
M. le Moine le fils , habile Sculpteur , fur
l'exemple , jufqu'à préfent unique , de la
Statue Equeftre de Louis XIV. avoit diſpofé
fon Ouvrage, pour fondre d'un feul jet
celle de Louis XV. pour la Place Royale
de la Ville de Bordeaux. Elle a quatorze
pieds fept pouces de hauteur , & quoique
par un accident fatal , plûtôt que par fa
faute , la bronze n'ait rempli que la moitié
de l'Ouvrage , il a heureufement réparé
cet accident , par la hardieffe & l'habileté
de fondre après coup la partie fupérieure ,
en forte que l'une & l'autre fe joignant parfaitement
, ne font qu'un même tout , comme
fi elles avoient été fondues d'un fel jet,
ainfi que le grand Ouvrage, qu'il a pris pour
modéle.
Surquoi , il eft bon de fçavoir , que lorfque
le Sieur le Moine a entrepris la Figure
Equeftre de Louis XV. pour la Ville de
Bordeaux , il y avoit 50. ans , que celle de
LOUIS XIV. pour la Ville de Paris étoit fonduë
: les Mouleurs , les Forgerons & les
Fondeurs , qui y avoient été employés ,
n'étoient plus vivans , & la pratique en auroit
été entièrement perdue , fans les Mé-
Ꭰ moires,
1972 MERCURE DE FRANCE .
moires , & les deffeins communiqués avec
autant de zéle que de fatisfaction , par l'Auteur
du Livre , dont nous rendons compte.
La fculpture de cette Statue Equeftre de
LOUIS XIV. a été faite par François Girardon
, natif de Troyes , célébre Sculpteur ; &
tout ce qui a été pratiqué pour parvenir à la
fonte , a été fait & conduit par Jean-Baltazar
Keller , Suiffe de Nation , homme fort
expérimenté dans tous lesOuvrages de fonte.
M. Boffrand a expliqué dans ce Livre
toutes les opérations néceffaires à cet Ouvrage
, le plus fimplement & le plus
clairement qu'il lui a été poffible , & dans
les termes de l'Art , en fuivant l'ordre de
l'exécution de l'Ouvrage , qui eft le plus
naturel.
Nous n'entrerons point dans le détail de
ces explications , qui font contenuës en 1 2 .
differens Chapitres ; chaque Chapitre eft accompagné
des Figures néceffaires à l'intelligence
du fujet,avecleurs explications,&c.On
trouve partout beaucoup d'ordre , de netteté
, & de quoi s'inftruire agréablement fur
une matiére curieufe d'elle - même , que
l'habileté de l'Auteur atrouvé le moyen de
rendre familliére à un très-grand nombre de
Lecteurs .
Le Sr. Cavelier , à qui le Public eft redevable
de cette belle Edition , a entrepris
une
SEPTEMBRE 1743. 1973
une nouvelle Edition du TRAITE' des Maladies
Vénériennes , de M. Aftruc , traduit en
françois , corrigé & augmenté par l'Auteur ,
4. Vol. in- 12 .
Il a auffi réimprimé l'Hiftoire des Avanturiers
Filibustiers, en 4. Vol. in- 1 2. avec Fig.
L'AMOUR INGRAT ,
Ode Anacréontique.
J'AI 'Ai vû la Reine de Cithére ,
Le coeur déchiré de douleur ,
Pleurer la qualité de Mere ;
Mon Iris caufoit fon malheur.
Cupidon la voyant ſi belle ,
De Vénus crut voir tous les traits ;
Il court fe ranger auprès d'elle ,
Et de-là fait voler fes traits .
+34
D'elle il apprend l'art de contraindre
Les coeurs rébelles à fes feux ;
Et quand fon flambeau va s'éteindre ,
Il le rallume dans fes yeux.
X
Vénus arrive. Ah ! téméraire ,
Dit-elle , d'un ton ménaçant ;
Ingrat tu méconnois ta Mere ;
Rougis-tu d'être mon Enfant ?
Moi , votre Enfant ? Erreur extrême!
Dij Rép.
1974 MERCURE DE FRANCE.
Répond Cupidon à Cipris ;
Je fuis fils de la beauté même ,
Et cette beauté , c'eft Iris.
Par M. ** de Marseille , à Mlle. Janeton *** , de la
mêmeVille.
DISCOURS ACADEMIQUE ,
Surla néceffité & l'utilité de l'expérience , dans
l'Art de la guerre. PRONONCE ' le 12. Janvier
1743. par M. le Chevalier DE LUSSAN
, Ingénieur, Directeur de l'Ecole Militaire
établie à Paris par la permiſſion du Roi,
fous la Protection de Monfeigneur LE DAUPHIN
, à l'Ouverture de fes Conférences publiques
fur LA TACTIQUE ,
CE
E Difcours , qui a été fort applaudi
par une nombreufe & illuftre Affemblé
, fe fait lire avec beaucoup de plaifir
dans l'impreffion qui en a été faite. Tout y
eft fondé ſur la faine raiſon , fur l'Histoire
& fur l'expérience Militaire.
On y fait voir que la Tactique feule peut
inftruire la Jeuneffe à camper une Armée
à la défendre , à l'étendre & à la faire manoeuvrer
dans un ordre , qui la rend tou
jours également formidable , à attaquer une
Place , à en foutenir le fiége , à profiter des
fautes de l'ennemi , à faire ces évolutions &
ces
SEPTEMBRE . 1743 . 1975
ces mouvemens , qui décident fouvent du
fuccès d'une bataille & d'une retraite .
La Tactique , dit M. de Luffan , a cet avantage
fur la théorie , qu'elle rend fes Leçons
vivantes , qu'elle familliariſe l'ame & le
coeur de fes Eléves avec les dangers , qu'elle
en échauffe le courage & l'ardeur , par l'émulation
qui la fuit toujours , qu'elle les
accoûtume à triompher des préjugés , & de
cette terreur naturelle , qu'infpirent l'appareil
& le bruit des Armes , qu'elle forme
leurs mains & leurs pieds aux travaux & aux
combats , & qu'enfin elle les rends furs
d'eux -mêmes , à tous égards , &c.
Céfar , le Grand Prince de Condé , le Vicomte
de Turenne & le Prince Eugéne ,
ajoute M. D.L. ont été les plus fçavans Hommes
de leur fiécle. Croira- t'on que l'étude
du Cabinet en eut fait des Héros , fans cette
expérience , qu'ils avoient acquife au milieu
des Armées & des Batailles ? & confiérent-
ils jamais l'exécution de leurs projets ,
ou de leurs ordres à des Officiers , foit Généraux
ou Subalternes , qu'ils ne connoiffoient
pas pour expérimentés ?
Il faudroit tranfcrire ici ce Difcours entier
, pour en fair voir toute la folidité, &
pour exprimer, en particulier, les fentimens
généreux , & les louables motifs de l'Auteur
, dans le noble exercice de fa Profeffion .
Diij JESUS1976
MERCURE DE FRANCE .
AYAUQUAVDUDUDUDUDUQVAUQUQUNUNU
QUTFIDUQUQUQUQUQUNU
JESUS CHRIST
TRIOMPHANT DE LA MORT.
CANTATILLE en Dialogue pour les Dlles de
l'Enfant JESUS . Par M. l'Abbé Bonvallet
des Broffes. Mife en Mufique , par M.
l'Abbé Marlet , Bénéficier de S. Germain
l'Auxerrois , & exécutée en déclamation &
en chant , le 29. Mai 1743 .
LE THEATRE , décoré par les foins de M. le
Chevalier SERVANDONI , repréfentoit une
Caverne taillée dans le Roc , au milieu de
laquelle paroiffoient le Sépulcre ouvert ,
& la Pierre qui le fermoit , renversée à
côté.
STE . MAGDELEINE, arrivant au Sépulcre avec
les Stes. Femmes , & le trouvant ouvert ,
s'écrie :
STE, MAGDELEINE.
furprise ! O douleur ! ....
allarmes ...
O
.... O mortelles
Le Sépulcre eft ouvert !
· • Mes foins font fuper-
Alus.
On m'a ravi mon Dieu .... Je ne le verrai plus ! ..
Mes jours font deſtinés à d'éternelles larmes.
Trois
SEPTEMBRE . 1743. 1977
Trois des Stes . Femmes.
Cieux ! Quelle main jaloufe a pu nous l'enlever ! ...
Courons : il en eft tems encore :
N'attendons point le retour de l'Aurore.
Non loin d'ici nous devons le trouver.
Choeur des Stes. Femmes.
N'attendons point le retour de l'Aurore .
Courons , volons : il en eft tems encore >
Non loin d'ici nous devons le trouver.
Elles defcendent dans le Sépulcre.
STE. MAGDELEINE.
i
Vous , qui me raviffez le feul bien qui me refte,
De cet Objet chéri ne privez pas mes yeux.
Auteurs d'un complot fi funefte ,
Ah Cruels ! Rendez-moi ce dépôt précieux.
Choeur des Stes. Femmes.
De cet Objet chéri ne privez pas nos yeux.
Rendez-nous , rendez-nous ce dépot précieux.
UN ANGE..
Pourquoi ces plaintes redoublées ?
Pourquoi ces cris douloureux p
Qui cherchez-vous , Amantes défolées ,
Dans les triftes réduits de ce lieu ténébreux ?
Diiij STE :
1978 MERCURE DE FRANCE,
STE. MAGDELEINE.
Soyez fenfible à ma douleur extrême,
On m'a ravi celui que j'aime :
Seigneur , l'avez- vous vû ?
Deux des Stes. Femmes.
Ah ! dites -nous , Seigneur , ce qu'il eſt devenu.
Choeur des Stes. Femmes.
Dites-nous , dites - nous , ce qu'il eft devenu.
UN AUTRE ANGE.
Confolez-vous , & chantez fa victoire .
Il étoit mort ; il vit ; il régne plein de gloire.
CHOEUR D'ANGES .
La mort même fubit fes Loix .
Publiez fa victoire :
Elevez vos voix :
•~~ Chantez ſa gloire. < + 10
CHOEUR DES ANGES , des Stes.
Femmes.
Il étoit mort ; il vit ; il régne plein de gloire.
Triomphe ! Victoire !
La mort même fubit ſes Loix. pot
Célébrons fa gloire
Elevons nos voix. uber .....
TriomSEPTEMBRE
. 1743 . 1979
Triomphe Victoire !
Chantons , publions ſa victoire .
UN ANGE.
O mort! barbare mort ! fous fes piés expirante ,
Tu perds ton aigüillon cruel.
TROIS ANGES.
Formidable autrefois , déformais impuiffante,
Ta Faux étincelante ,
Vainement ménaçante ,
Deviendra le jouet du plus foible mortel.
CHOEUR DES ANGES & des Stes.
Femmes.
Il détruit ton Empire, & ta Faux ménaçante ,
Déformais impuiffante ,
Deviendra le jouet du plus foible mortel.
DEUX ANGES.
>
JESUS prend en ce jour une vie immortelle :
Il ne rentrera plus dans la nuit du Tombeau.
Trois des Stes, Femmes.
Chantons à fon honneur un Cantique nouveau.
Célébrons à jamais une Fête fi belle .
CHOEUR DES ANGES & des Stes.
Femmes.
Chantons à fon honneur un Cantique nouveau.
Célébrons à jamais une Fête fi helle .
D v
UN
1980 MERCURE DE FRANCE.
UN ANGE .
Que Satan de rage frémiffe .
Que fes Anges impurs , de fureur écumans ,
Jettent de longs hurlemens :
Et que tout l'Enfer retentiffe
De leurs affreux rugiffemens.
DEUX DES STES. FEMMES.
Qu'à la Terre le Cie ! s'uniffe ,
Pour bénir des Humains l'ineftimable fort.
Qu'il célébre avec nous le Vainqueur de la mort.
Que l'Univers entier à fa gloire applaudiffe.
CHOEUR D'ANGES.
Béniffons des Humains l'ineftimable fort.
Célébrons avec eux le Vainqueur de la mort.
Que l'Univers entier à fa gloire applaudiffe .
CHOEUR DES ANGES & des Stes.
Femmes.
Célébrons , célébrons le Vainqueur de la mort.
Que l'Univers entier à ſi gloire applaudiffe.
CHOEUR D'ANGE S.
Béniffons des Humains l'ineftimable fort.
Choeur des Stes. Femmes.
Célébrez avec nous le Vainqueur de la mort.
CHOEUR
SEPTEMBRE . 1743. 1981
CHOEUR D'ANGES.
élébrons avec eux le Vainqueur de la mort.
Choeur des Anges des Stes. Femmes.
Célébrons , célébrons le Vainqueur de la mort.
Que l'Univers entier à fa gloire applaudiffe.
Invitation aux Dlles, de L'ENFANT JESUS .
UN ANGE.
Et vous , dans cet heureux jour ,
Noble & pieuſe jeuneffe ,
Signalez- vous , tour- à-tour ,
Par des tranfports d'allégreffe ,
Et par des tranfports d'amour.
Choeur des Dlles. de L'ENFANT JESUS.
Signalons-nous , tour-à - tour ,
Par des tranſports d'allégreffe ,
Et par des tranfports d'amour.
Dvj LET
1982 MERCURE DE FRANCE.
LETTRE d'un Officier du Régiment de
....à M. de la R. pour fervir de Réponse
à celle de M. L. au fujet des Elémens d'Eu
clide.
Ans la route que je fais avec le Régiment
, j'ai vû , Monfieur , le fecond
Mercure du mois de Juin , où j'ai trouvé
page 1414. une Lettre , dans laquelle on
traite fans ménagement, le plus fidèle Compagnon
de mes voyages , que l'on accuſe
d'imprudence & d'erreur ; c'eft Euclide , dont
les Elemens de Géométrie forment le tiers
de ma Bibliothéque ambulante ; je n'ai point
héfité de prendre fur le champ fon parti ,
qui me paroît celui de la vérité , quoique
les armes que je dois employer pour fa défenſe
, ne foient pas fort à mon ufage ; l'empreffement
que j'ai à le fervir , ne m'a
permis de réfléchir plus ferieufement fur
mon peu d'expérience.
pas
Je m'étois toujours perfuadé , qu'il fe
trouvoit des grandeurs , qui rapportées l'une
à l'autre , n'avoient point de meſure
commune , quelque petite que l'on voulut
la choifir , de maniére qu'il reftoit toujours
quelque partie , dont l'une des grandeurs ,
furpaffoit l'autre ; en effet , je faifois attention
,
SEPTEMBRE. 1743. 1983
tion , qu'une certaine longueur , peut être
telle , que l'on ne puiffe jamais la meſurer ,
par exemple , avec la toife & les parties qui
la divifent , puifque la longueur qui feroit
donnée , pourroit avoir une extenfion audelà
d'une toife, d'un pied , d'un pouce, d'une
ligne & des portions aliquotes , par lefquelles
on peut foufdivifer la ligne ; en ce
cas , il me paroiffoit évident , qu'une pareille
grandeur ne fçauroit être exactement mefurée
par la toife & fes parties.
Jufqu'à préfent je n'avois point trouvé
que cette propofition eut été férieufement
conteftée par aucun Géométre ; & quoiqu'elle
ne fe préfente point fans nuages au
premier afpect , en l'examinant de plus près,
elle paroît démontrée par les opérations &
par les calculs.
Le côté d'un quarré avec fa diagonale ,
avoient été toujours mis au rang des grandeurs
incommenfurables entr'elles ; mais un
nouvel Auteur prétend réformer ces idées ,
qu'il trouve abfurdes ; il ſe flatte d'avoir démontré
, que cette incommenfurabilité prétendue
, eft une chimere , imprudemment
adoptée , non-feulement par Defcartes , Malefieux
, Malbranche & Lamy , mais encore
par
les Euclides & les Archimèdes.
Quelque expérience que puiffe avoir M.
Liger , à qui l'on doit ce nouveau fyftême ,
fon
1984 MERCURE DE FRANCE.
fon autorité ne sçauroit m'engager de foufcrir
aveuglément à fa décifion , en condamnant
fur la parole , des Auteurs fi refpectables
; il permet lui - même que l'on voye ,
que l'on examine pour fe convaincre ; & je
profite de la permiffion , de la liberté qu'il
accorde .
Pour fe diffuader que la diagonale foit
incommenfurable au côté du quarré , voici
l'opération que l'Auteur prefcrit. Je l'expliquerai
, comme je l'ai conçûë , fans m'attacher
précisément , à m'énoncer dans les mêmes
termes. Faites un quarré de douze au
côté , que vous diviferez par 144. quarrés
bien tracés , coupez le diagonalement par
moitié , vous aurez deux triangles , contenant
chacun 72. quarrés ; fçavoir , 66. effectifs
, & 12, triangles fur la baſe , égaux à
fix quarrés.
Tracez féparément & de la même maniére
, un quarré de dix-fept au côté, contenant
289. quarrés , pareils à ceux qui divifent le
précédent , en partageant enfuite ce grand
quarré en quatre parties égales , par deux
lignes diagonales , d'un angle à l'autre op
pofé , fi vous ajuftez l'un des triangles du
quarré 144. fur l'une des quatre parties de
celui 289. de maniére que la bafe de ce
triangle foit placée fur la ligne , qui fait le
côtédu grand quarré ; vous verrez par cette
fuSEPTEMBRE
. 1743. 1985
fuperpofition , que ce triangle égalera précifément
, le quart du quarré de 289. &
comme la bafe de ce triangle eft la diagonale
du quarré 144. & qu'elle fe trouve
égale au côté du quarré de 17. il s'enfuitévidemment
, que la diagonale d'un quarré
divifé par douze , eft égale à dix-fept de ces
mêmes parties , & qu'en ajoutant cinq douziémes
au côté d'un quarré , on aura la longueur
de fa diagonale ; enfin , fi on prend
L'autre triangle du quarré 144. pour le placer
de même fur l'une des quatre parties
du grand quarré , on trouvera pour lors
que les deux triangles égalent enfemble la
moitié de ce grand quarré.
Il ne refte qu'une petite difficulté , qui
n'embarraffe pas l'Auteur; c'eft qu'en fupputant
de part & d'autre le nombre des petits
quarrés, l'égalation ne paroît pas jufte ; il fe
trouve un demi quarré de plus , vers le milieu
du grand quarré de 289. Que devient
cette moitié ? Elle s'éclipfe , elle s'évanouit
en deux triangles , dit M. Liger , ainfi l'un
& l'autre triangle du quarré 144. contiennent
72. quarrés en un fens , quand ils font
affemblés pour former leur quarré , mais pofés
de façon, que l'angle droit foit au centre
du quarré de 289. alors chacun de ces triangles
doit contenir de plus , le quart d'un au
tre quarré ; ce qui vient particuliérement ,
dit
1986 MERCURE DE FRANCE.
dit encore M. Liger , de ce que douze diagonales
font égales à dix - fept côtés des
mêmes quarrés , c'eft ainfi , que pour rendre
raifon d'une fuppofition inconcevable , on
donne , comme un principe certain , la queftion
qu'il falloit établir auparavant par des
preuves convaincantes.
Tout l'argument de M. Liger , que je ne
crois pas avoir rendu plus foible , ou moins
fenfible par cette explication , confifte à dire
, que chacun des deux triangles contient
72. quarrés en un fens, mais que pofés d'une
autre maniére , ils renferment un quart de
quarré de plus ;il eft affés fingulier de prétendre
qu'une fuperficie,à laquelle on ne change
rien , contienne réellement plus ou moins
d'étenduë, fuivant le fens dont on veut l'envifager
; le peu de vrai -femblance de cette
prétention fe montre affés d'elle - même ,
fans qu'il foit befoin de l'établir , par des
preuves ; mais fi l'on en demande , il n'eft
pas néceffaire d'en chercher de bien éloignées
; les figures même que M. Liger fait
tracer , peuvent fuffire .
Les deux triangles divifés du quarré 144 .
contiennent l'un & l'autre exactement 72 .
quarrés ; chacun des quatre triangles du
quarré 289. renferme 64. quarrés effectifs ,
16. triangles égaux à huit quarrés ; & de
plus , au fommet de l'angle droit , un autre
petit
SEPTEMBRE. 1743 . 1987
la
petit triangle , qui n'eft que le quart de l'un
de ces quarrés , il eft donc évident par
feule infpection des figures , que l'aire du
triangle faifant la moitié du quarré 144.
n'eſt pas égale à celle du triangle , qui compofe
le quart du quarré 289. puifque le premier
triangle ne renferme précisément que
72. quarrés , & que le fecond en contient
foixante & douze & un quart ; l'un & l'autre
de ces triangles étant rectangles & ifocelles,
il eft abfolument impoffible que leurs contours
foient réciproquement égaux , &
leurs lignes ne fçauroient être de pareille
longueur , puifque l'un renferme plus
d'étendue que l'autre , & peut même le
contenir.
>
J'avouë que l'excès de leur aire , n'étant
fur le tout , que d'un deux cens quatrevingt-
neuvième , il eft comme imperceptible
dans des figures tracées fur le papier
aufquelles on ne peut donner beaucoup
d'efpace ; mais fi l'on formoit fur le terrain
des quarrés d'un étendue confidérable , cette
difference feroit alors bien fenfible ; elle ne
pourroit point , fi facilement , s'évanouir aux
yeux de l'Auteur , qui n'a pas d'ailleurs fait
attention , dans la fuperpofition qu'il faifoit,
que les petits quarrés de chaque figure ne
s'ajuftoient pas les uns fur les autres , mais
qu'ils s'entrecoupoient tous , en un ſens ; &
fai1988
MERCURE DE FRANCE.
faifoient des arrangemens differens, dont la
combinaiſon formoit une autre contenuë, &
ménageoit dans la plus grande de ces figures,
une place au fommet de l'angle droit , pour
le quart du petit quarré ; je conviendrai cependant
, que l'on pourroit en quelques
opérations méchaniques,fe fervir des obfervations
de M. Liger ; mais il eft néceffaire
que les commençans n'ignorent pas , que
l'exactitude géométrique ne fe trouve point
dans fa preuve , & par conféquent , qu'il
n'a pas fait voir la jufte proportion entre la
diagonale & le côté d'un quarré , qui paſſeront
encore pour être actuellement incom
menfurables.
Je fuis , &c.
A Villefranche , en Beaujolais , le 16. Août
1743.
V
APOSEPTEMBRE.
1743. 1989
APOTHE'OSE
D'un fiflet , par M. P.... D. M.
L'Auteur, étant un foir avec des Dames dans le Jardin
du Palais Royal , s'amuſoit à tirer des fons
d'un fifflet de verre ; un Suiffe vint le lui arracher
, & le brifa , en lui difant , apprenez qu'on
fe promeneici , & qu'on n'yfiffle pas.
O vous ! fçavantes foeurs , dont la douce harmonie
,
Pour attendrir les coeurs a des charmes puiffans
Je veux tracer du mien la douleur infinie ,
Infpirez-moi vos plus triftes accens,
Venge ta gloire qu'on outrage ,
Dieubrillant du facré Vallon.
De tes dards , autrefois funeftes à Python ,
Fais encore un fanglant ufage.
Ce divin inftrument , dont tu fis mon partage ,
Jadis fi cher à ce docte Thébain
Hélas ! une profane main
;
Vient de m'ôter l'eſpoir d'en joüir davantage.
Pour exciter ton bras à fervir mon dépit ,
De fon fort pitoyable écoûte le récit.
Affis fous les rameaux d'un aimable Bocage ,
Au Palais d'un Héros , iffu du fang des Dieux ,
Eclairé
1990 MERCURE DE FRANCE .
Eclairé du flambeau , qui brille dans les Cieux ,
Lorſqu'au travers des Flots tu te fais un paffage
Par mes charmans accords je troublois le repos
Qu'une tranquille nuit redonnoit aux échos.
Déja de mon fifflet l'harmonieux murmure ,
Dans cet heureux féjour enchantoit la Nature ;
L'Air devenoit plus pur , & le Dieu des Bergers ,
Pour le mieux écouter , fortoit de fes Vergers ,
Lorfque d'un inconnu la figure ennemie ,
Vint par ces mots affreux en troubler l'harmonie ,
en même tems horriblement ouverts
Lançant fur moi des regards de travers .
Ses
yeux
Oh ! vous , mortel trop téméraire ,
Apprenez de la part d'un des Dieux de la terre ,
« Qu'on fe proméne ici , mais qu'on n'y fiffle pas . » τι
>
Il dit , & d'une main qu'eût dû punir la foudre
Il me prend mon fifflet & le réduit en poudre.
Ciel que devins-je alors ? Refpect fatal , hélas !
Il me fallut céder à ta rigueur ext ême.
J'en accufai les Dieux , je m'accufai moi- même ;
Par mes profonds foupirs j'exhalai mes douleurs.
Hélas ! ce feul récit m'arrache encor des pleurs ;
Et puifque dans mes maux le feul bien qui me reſte,
Eft de mon cher fifflet le fouvenir funefte ,
Ah ! Mufes , par vos plus beaux Vers
De mes regrets inftruifez l'Univers .
Mais , eft-ce vous , qui vous faites entendre ,
Dieu puiffant , qui regnez dans le docte féjour ?
C'eft lui même , il daigne en ce jour
M'anSEPTEMBRE.
1743 .
1991 .
M'annoncer un bonheur qui ne fe peut comprendre.
Voici ce qu'en deux mots le Dieu vient de m'apprendre.
Ne laifle plus couler de larmes de tes yeux ;
Par l'effet d'un pouvoir , qui n'appartient qu'au
Dieux ,
De ton divin Sifflet le fort eft magnifique .
Tout entier dans les mains du Vainqueur des
Titans ,
Il pénétre le Ciel de fes fons éclatans
Quand ce Dieu veut fiffler fon domestique,
De fon Agent la figure ironique
Te féduit & te le rayit .
Fais fuccéder l'allégreffe au dépit ;
De ton divin Sifflet le fort eft magnifique .
***X* X * X* X *X*X*3 +
LETTRE de M. B ** , à M.... au
fujet du Livre intitulé La Chronologie
& la Topographie du nouveau Bréviaire de
Paris,
P
Ermettez , s'il vous plaît , Monfieur ,
que je réponde ici à quelques nouvelles
Remarques qui vous ont été adreffées au fujet
du Livre que j'ai intitulé, la Chronologie &la
Topographie du nouveau Bréviaire de Paris,
lefquelles Remarques j'ai vû inférées dans le
Mercure , au fecond Volume du mois de
Juir
1992 MERCURE DE FRANCE.
Juin dernier. Mon deffein n'étant pas d'entrer
dans des Differtations prefque toujours
ennuyeuſes & fouvent inutiles , je me bornerai
à une explication courte & générale ,
fans qu'il foit befoin de m'étendre en particulier
fur chacun des articles attaqués par
l'Auteur des Remarques en queſtion .
Je viens donc d'abord au reproche qu'on
me fait de m'être trompé en quelques endroits
de mon Ouvrage , pour m'être trop
facilement appuyé fur la foi des Bréviaires
fur lefquels je travaillois , & d'avoir adopté
avec eux certains faits , que l'on prétend
être faux, ou du moins fort incertains . Pour
me juftifier fur ce chef , l'un de ceux qu'on
m'oppofe le plus fréquemment , je déclare
que je n'ai point eû intention de réformer
les Bréviaires. Abandonnant ce foin à d'autres
, ou plus habiles, ou peut-être plus hardis
que moi , & laiffant ces Bréviaires tels
qu'on les a reçû de la main des illuftres Prélats
par l'autorité defquels ils ont été publiés
, je n'ai fait que les fuivre pié à pié ,
fans y rien changerde ce qui appartenoit au
fond. Dans ce point de vue , auquel j'ai crû
me devoir arrêter , je ne me fuis nullement
engagé dans une difcuffion de faits , que j'avois
lieu de regarder comme étrangere au
fujet , & que je reconnoiffois exceder les
bornes de ma compétence . En un mot , mon
Livre
SEPTEMBRE. 1743 . 1993
Livre n'eft point la Critique du Bréviaire
& je ne le donne que comme renfermant
un détail abregé des faits & des Lieux exprimés
dans les Légendes & dans les Canons.
Tout ceci fuppofé , c'eft fans fondement
qu'on voudroit me rendre refponfable des
erreurs , réelles ou prétendues , qui fe trouveroient
dans l'expofé de quelques faits fur
lefquels les fentimens font partagés , lorfque
ces faits font clairement énoncés dans
les Bréviaires. J'en parle de la même maniére
qu'ils en ont parlé eux-mêmes . Quand ils
fe feroient trompés , ce n'eft plus mon affaire
; je n'en fuis que l'interpréte & l'organe
, & non le réformateur . Qu'on ne demande
donc plus pourquoi j'ai mis , fans
néanmoins l'affurer , la fépulture de faint
Agnan , Evêque d'Orleans , dans l'Eglife de
S. Laurent de la même Ville ( page 42. )
pourquoi ( page 86. ) j'ai fixé vers l'an 1200.
la Tranflation du Corps de S. Marcel , Evêque
de Paris , de fon Eglife du Fauxbourg
dans la Cathédrale de Notre-Dame ; pourquoi
( page 437. ) j'ai fait mention des Reliques
de S. Urfin , Evêque de Bourges ,
comme étant confervées dans la Cathédrale
de Lifieux ; pourquoi enfin ( page 415. )
j'ai donné l'Eglife des Dominicains , ou Jacobins
d'Evreux , pour la premiere du
Royaume
4994 MERCURE DE FRANCE.
Royaume qui ait porté le nom de S. Louis.
A toutes ces queftions , & autres femblables
qu'on pourroit former ,je n'ai autre
chofe à répondre finon , que tel eft le contenu
des Bréviaires. En m'en tenant à ces
termes , j'ai , fur le point dont il s'agit , entierement
rempli de mon objet , & je ne
vois pas qu'on puiffe raiſonnablement rien
mettre au-delà fur mon compte.
*
A l'égard d'un très petit nombre d'autres.
faits conteſtés, qui ne feroient pas
fi nettement
exprimés dans nos Bréviaires , je puis
affurer que je ne les ai point inventés moimême.
Quand j'ai fait S. Maur Difciple de
S. Benoît ( page 51. ) je me fuis conformé
finon à la lettre , du moins à ce qui m'a parû
être l'efprit du Bréviaire de Paris , &
l'opinion à laquelle je me fuis arrêté , eſt
celle qu'il infinue avoir été en vigueur durant
plufieurs fiécles. S'il n'eût pas incliné
de ce côté-là , qu'étoit-il befoin qu'il rappellât
ce qui auroit été crû fauffement ? S'il
eût été d'un fentiment oppofé à cette croyance
,
il n'auroit pas manqué , fans doute , de
la qualifier de fauffe ; s'il l'eût feulement
regardée comme incertaine , il auroit été
plus court & plus à propos de n'en faire aucune
mention. Ce raifonnement me paroît
convaincant.
Le Corps de S. Urain apporté du Dio,
cèſe
SEPTEMBRE . 1743. 1995
cèle de Nevers à Jergeau ( page 92. ) eft un
autre fait emprunté de M. Baillet. Je conviens
de mon Auteur. Au refte , ſi le fçavant
Ecrivain a parû mal informé à notre
Obfervateur touchant le Lieu de Nivernois
où les Reliques du Saint furent en dépôt ,
ce dernier devoit bien , ce ſemble , en produire
quelque preuve . C'eft dommage que
M. Baillet ne foit plus en état d'expofer les
fiennes ; on en jugeroit peut-être alors tout
autrement.
Le Concile de Vernon fur Seine , n'eſt
point non plus un Concile que j'aye fuppofé
( page 154. ) En mettant à Vernon le
Concilium Vernenfe de l'an 755. j'ai fuivi le
P. Labbe , Auteur de la fameufe Collection
des Conciles ; j'ai fuivi M. Fleury , dans
fon Hiftoire Eccléfiaftique: j'ai fuivi , en un
mot , une opinion très-autorisée entre celles
qui paffent pour communément reçûës.
En tout ce que ci-deffus , je ne fçache point
avoir rien avancé de mon chef , & je m'en
fuis rapporté aux Auteurs que je viens de
citer , ne me croyant pas plus habile qu'eux .
Si quelquefois j'appelle Ville , Bourg ,
Village , ce que d'autres nomment autrement
, c'eft que , n'étant pas facile d'établir
au jufte la difference entre une petite Ville
& un gros Bourg , entre un chetif Bourg
& un Village confidérable , il eft en quel-
E
que
1996 MERCURE DE FRANCE.
que forte permis à chacun d'en parler felon
l'idée qu'il s'en forme . Ainfi Brinon , qui
ne m'a parû qu'un gros Bourg, ( page 201. )
pourra être appellé Ville par qui le voudra,
fans que j'y trouve à redire , pourvû qu'on
n'en falle pas une des grandes Villes du
Royaume. A l'égard d'Epaone , qui ne fubfifte
plus depuis long-tems , je ne l'ai décoré
du nom de Ville qu'après le Dictionnaire
de Trévoux & quelques autres . Pour ce qui
eft du Lieu appellé Yenne , qu'on fuppofe.
avoir été fubftitué à l'ancienne Epaone , je
conviens que ce n'eft qu'un Village , & on
ne trouvera point que je lui applique le
nom de Ville . Voyez ces deux derniers endroits
, page 227. Paffons à d'autres chefs .
De trois ou quatre Endroits fur la fituation
defquels on m'accufe de méprife , on
peut , fans aucun fcrupule , en rabattre près
de la moitié. Quoiqu'en dife notre Obfervateur
, je ne vois point que le Village de
Bouy , dont je parle , page 370. foit du Nivernois,
comme il le prétend. Pour moi , je
ne l'ai jamais vû ailleurs que dans la Bourgogne
, au Diocèfe d'Auxerre. M. Chaſtelain
dans fon Martyrologe , le met pofitivement
dans l'Auxerrois , & il y attache le
Martyre de S. Peregrin , Evêque d'Auxer
re. M. Baillet , dans la Vie du faint Prélat
paroît fort approcher de ce fentiment , & je
n'apperçois
SEPTEMBRE. 1743. 1997
n'apperçois
nulle part rien de contraire. Je
ne fçais donc fur quoi eftfondée la plaifante
bévue qu'on m'impute en me faifant placer
le Nivernois dans la Bourgogne
; le mécompte
ne feroit-il point plutôt du côté de
l'Obfervateur
, qui place dans le Nivernois
un Village que les autres mettent dans l'Auxerrois
, & par conféquent
dans la Bourgogne
? Et ne feroit- ce point plutôt lui , qui
renfermant
la Bourgogne dans le Nivernois, auroit une Carte fort differente des Cartes
ordinaires ?
Si le Lieu appellé Vouillé ou Voulon , dont,
pour le dire en paffant , je ne fais qu'un même
Lieu , n'eft pas tout-à-fait fur le Clain ,
où je l'ai pofé , page 466. il faut convenir
qu'il en eft au moins bien proche ; on peut
confulter la Carte du Poitou . Je n'inſiſte pas
fur le doute leger de l'Obfervateur touchant
l'existence du Lieu dit en Latin Vocladum ;
je craindrois de perdre inutilement le tems .
Il ne refte donc proprement que deux Endroits
à réformer par rapport à leur fituation.
Le premier eft Sancy , Village près de
Soiffons , qui doit être mis au Nord - Eft de
cette Ville, & non au Sud - Oüeft, page 306 .
Le ſecond, eft la Riviere de Charentone , que
j'avouë être mieux nommée Carentone.Quoique
l'Obfervateur convienne qu'autrefois
cette Riviere prenoit fa fource dans le Dio-
E ij
cèfe
1998 MERCURE DE FRANCE.
çèſe de Sèes, on lui accorde volontiers qu'e'
le n'y coule plus maintenant . Il faut la ma
quer (page 378 , ) vers le Diocèfe de Lifieux
qu'elle fépare de celui d'Evreux . Tout cec .
eft peu de chofe , eû égard à la quantité
de Lieux renfermés dans notre Topographie.
Que le Mont Faune & le Mont Phene de
la page 428. ne foient qu'une feule & même
Montagne ou Colline , à la bonne heure ,
j'y foufcris de bon gré ; après tout , l'inconvénient
n'eft pas grand d'en avoir parlé
en deux articles féparés , tous les faits qui
ont rapport à cet unique Lieu , fe retrouvant
indiqués fous l'un ou fous l'autre des deux
noms.
Voici encore un nouveau grief. On auroit
voulu qu'en parlant du Village de Sceaux
(page 306. ) j'euffe averti que fon nom Latin
n'eft point Salix, mais Cella &
c'eft una
que
faute dans le Bréviaire de Paris ,lorfqu'on lui
donne le premier nom. Mais encore une
fois je n'ai point entrepris de corriger le
Bréviaire. D'ailleurs , la nouvelle découverte
ne m'a point parû d'abord fuffifamment autorifée
. Je penferois même encore que le
nom de Sceaux feroit mieux formé du mot
Sigilla, qui fignifie véritablement desSceaux,
que du mot Čelia , qui ne défigne rien d'ap
prochant,
On
SEPTEMBR E. 1743 . 1999
On fera enfin étonné de ne point trouver
dans mon Recueil certains noms de Lieux
répandus çà & là dans quelques Légendes ,
mais n'ayant pû découvrir de ces Lieux aucune
notion affurée , quelque foin que j'aye
pris de m'en inftruire , j'ai mieux aimé les
omettre entierement , que d'en parler fut
des conjectures trop hazardées , & peut-être
abfolument fauffes. Au refte , ces fortes de
Lieux ne regardent point le Bréviaire de
Paris , & pour chacun des autres ils fe réduifent
à un très petit nombre.
Voilà , M. les éclairciffemens que j'ai crû
devoir donner , tant par rapport à mon intérêt
particulier , que par rapport au refpect
dû au Public , dont je n'ai eu en vûë dans
mon travail que la feule utilité. Il étoit jufte ,
ce me femble , de fatisfaire tout à la fois à
deux points , qui paroiffent avoir entre eux
une liaiſon naturelle , l'un & l'autre étant
également fondés fur les principes de la
raifon.
Je ne releverai point ici certaines expreffions
peu ménagées , dont l'Auteur des Remarques
s'eft fervi à mon égard. Je n'ai pû
m'empêcher , je l'avoue , d'y entrevoir un
peu trop de paffion . Je ne trouve point mauvais
qu'il ait pris la peine d'examiner
mon Livre , & d'en dire fon avis ; mais
quand il s'y feroit pris d'un ton plus modef-
E iij
te
1
2000 MERCURE DE FRANCE.
du
pour
te & moins rude , la raiſon n'auroit rien percela
de fes droits ; il n'auroit point
non plus lui -même péché contre les régles
du ftyle , & il eût mieux gardé celles de la
charité & de la bienféance.
Au refte , je n'entends pas trop ce qu'il
veut dire , lorfque,felon lui, je ne parois pas
Juffisamment excité à mieux faire la Lettre
Par
qui a parû dans le Mercure , où l'on releve
dit, il , certaines fautes , &c . Pour moi , je ne
fçache point qu'on ait encore vû dans le
Mercure aucune Lettre , ni de moi , ni à
mon fujet , qui ait occafionné quelque jugement
defavantageux à ma docilité ; car pour
la Lettre inférée dans le Volume du mois
de Mai dernier, qui eft la feule que le fubtil
Obfervateur puiffe avoir eû en vûë, on n'y
apperçoit nulle trace de ce qu'il avance.
Quand je n'aurois lû, comme il le veur faire
croire , que le Bréviaire dont j'avois à parler
, les Vies des Saints de M. Baillet , & le
Martyrologe de M. Chaſtelain , n'en auroisje
pas eû prefque affés pour l'exécution de
mon deffein , tel que je l'ai expofé plus haut ?
Qu'il en penfe ce qu'il lui plaira ; je me difpenferai
de faire ici la trop longue & inutile
énumération des autres fources où j'ai puiſé.
Quand il a fallu fuppléer au Bréviaire ,je n'ai
point mis fur fon compte ce que j'ajoutois
de plus ; je ne lui fais donc point dire , comme
SEPTEMBRE. 1743 . 2001
me on me le reproche , plus qu'il ne dit en
'effet . Qui ne voit enfin que la Critique que
l'Obfervateur fait de mon Ouvrage ne peutfe
foutenir,fans retomber directementfur des
Bréviaires autorifés dans cinq grands Diocèfes
du Royaume , & en particulier dans
celui de la Capitale ? Je m'apperçois qu'en
voilà déja trop fur un fujet fur lequel je n'avois
pas deffein de m'étendre.
Je réitere , en finiffant , la promeffe que
j'ai faite ailleurs , de garder un profond filence
fur toutes les Critiques mal appuyées ,
qui pourroient paroître à l'avenir fur un
Ouvrage , auquel je ne me fuis prêté que
dans un efprit de paix .
J'ai l'honneur d'être , &c.
A Paris , le 20. Août 1743 .
E iiij A
2002 MERCURE DE FRANCE.
A MADAME la Marquife d'A....en lui
envoyant un Cadran Solaire , qu'elle devoit
emporter dans une de fes Terres. Par M. G.
d''Ancour.
Que ton fort eft digne d'envie , veUe
Heureux Cadran qui va fuivre Silvie !
Que tes heures pour nous vont couler lentement !
Mais hâte - les pour elle , & que toujours contente
Au milieu des plaiſirs d'une vie innocente ,
Une heure lui femble un moment !
Tu jouiras de fa chere préfence ;
Dans cet agréable fejour ,
Ses beaux yeux , avec complaifance ,
Iront te chercher chaque jour ;
Que tonfort eft digne d'envie ,
Heureux Cadran qui va fuivre Silvie !
Quoi ! ne pourrois - tu pas caufer quelque retard ,
Et reculer un peu l'heure de fon départ ?
Puiffe ce jour être fi fombre ,
Qu'il rende inutile ton ombre !
Mais s'il te fuffifoit de l'éclat de fes yeux ,
S'ils n'avoient que trop de lumière ,
S'ils n'étoient que trop radieux ,
Pour t'éclairer dans ta carrière ,
S'il
SEPTEMBRE. 1743. 2003
S'il faut enfin la voir partir ;
Songe aux rigueurs d'une cruelle abſence ,
s'il fe peut , fais que ton ombre avance
Er,
Le jour heureux qu'elle doit revenir !
ર ર¢ & T ૨૬ ૨૬ ૨૫ ૮ ૨૫ મે ≥ 3 } S
REFLEXIONS fur l'idée de l'Infini.
Left bien difficile de vaincre un préjugé
; c'eft une préoccupation de l'efprit ,
qui fe fait ou par l'erreur des fens , ou par
les idées que l'on fe forme d'une chofe , ou
enfin par l'exemple & la perfécution de
ceux que l'on fréquente. J'attaque aujourd'hui
une de ces préoccupations, je prétends
démontrer que l'idée de l'Infini précède toute
autre perception , & que l'on n'a d'idée
d'un Fini que par rapport à celle de l'Infini .
Quand je penfe à l'Infini , je confidére
l'Etre par lui-même, dans lequel j'apperçois
toujours une ultérieure réalité ; que l'on
ajoûte nombre fur nombre , quantité fur
quantité, parties fur parties ; je conçois qu'il
eft poffible d'en accumuler de nouvelles ;
voilà l'Infini. Le Fini , au contraire , ne
me reprefente qu'une Etre déterminé , qui
des bornes , qu'une abſence de la réalité
ultérieure , en un mot , en un mot , qu'une négation
de l'Infini .
a
E v Nous
2004 MERCURE DE FRANCE.
Nous pouvons avoir une idée de la lumiére
, & ignorer ce que c'eft que les ténébres
; cependant on ne peut connoître les
ténébres fans avoir une idée de la lumiére ,
parce que les ténébres font l'abfence du jour,
& qu'on peut connoître le pofitif, fans
avoir aucune connoiffance du négatif ;
de même , l'efprit ne peut fçavoir ce que
c'eft qu'un Etre borné , qu'il ne foit auparavant
inftruit de la nature d'un Etre fans bornes
; mais au contraire il peut connoître la
réalité ultérieure , & ignorer en même-tems
quelle eft l'effence d'un Etre limité; cet Etre
Fini n'étant que l'abſence & la négation de
la réalité .
D'où il fuit , 1 °. que l'idée de l'Infini eft
la plus réelle de toutes nos idées , puifqu'elle
ne repréfente que la réalité. Le Fini , au
contraire , eft une efpece de diminution de
l'Etre en général.
2 °. Qu'elle précéde toutes les autres ; en
effet , nos idées fe réduifent ou à celle des
Etres Finis, ou à celle de l'Infini ; la
perception
des Etres bornés dérive de la connoif
fance de l'Etre fans bornes , qui , par conféquent
eft la premiere de toutes.
3.On peut confidérer l'idée del'Infini ,
ou par rapport à fon objet , ou par rapport
à l'ame qu'elle modifie. Par rapport à l'objet
, elle eft Infinie , puifque fon objet eft
un
SEPTEMBRE. 1743. 2005
un Etre fans bornes. Si je regarde au contraire
l'idée de l'Infini comme une modifi →
tion de l'ame , elle eſt limitée de même que
la fubftance qu'elle modifie. La perception
du fouverain Etre n'eft donc Infinie que par
rapport à l'objet qu'elle repréfente , l'effet
ne pouvant être plus noble que la caufe qui
le produit .
4°. L'idée que nous avons de l'Infini eft
claire & diftincte , car nous fçavons , 1º.
que la nature de l'Infini confifte dans la
réalité continuelle. 2 ° . Que l'Etre fans bornes
renferme plus de perfections que tout
Etre limité. 3 °. Qu'il eft de l'effence de cet
Etre de ne devoir qu'à lui fon exiſtence.
Enfin nous distinguons l'Infini de tout Etre
qui ne l'eft pas.
5 °. L'idée de la réalité eft la même que
celle d'un Etre qui poffede toutes les perfections
, & c'eft de lui feul que nous vient
l'idée de l'Infini , puifqu'elle ne peut venir
ni de nous , ni de nos Maîtres , ni des chofes
qui frappent nos fens , ces Etres étant
privés de la fouveraine perfection . Car il eft
fûr qu'ils ne peuvent nous donner une idée
d'une fouveraine perfection qu'ils n'ont pas,
felon ce grand principe répandu dans la Philofophie
: Quidquid eft perfectionis in re aliqua
, id in primâ, totâque illius causâ, vel formaliter
, vel eminenter contineri debet. Ils ne
E vj l'ont
2006 MERCURE DE FRANCE .
l'ont ni formellement , ni dans un degré
éminent ; en effet les Créatures n'auroient
pas l'idée d'un feul Etre fouverainement
parfait , fi elles avoient elles-mêmes toutes
les perfections.
6. Non-feulement la connoiffance du
négatif , dérive de celle du pofitif ; mais
dans un idiome pur , le négatif ne repréſente
aucune idée : Nibili nulla proprietas. Ce
feroit une qualité dans le néant , s'il pouvoit
être conçu par lui-même . Si cela eft, le Fini
ne répréfente aucune idée, ce n'eft que dans
Pulterieure réalité que l'on voit l'abfence de
l'Infini. Ainfi dans une étendue de deux
pieds , j'apperçois la négation d'une étendue
de trois pieds , parce qu'en comparant
ces deux quantités , je fens que l'une furpaffe
F'autre d'un pied.J'avoue cependant que l'efprit
ne fait pas attention au pofitif, dont la
connoiffance eft préfuppofée , mais cela
vient ou de l'habitude , ou parce que les
cbjets qui frappent nos fens , ne nous laiffent
pas le tems de la refléxion.
pro-
On m'objectera , fans doute , qu'il s'enfuivroit
de-là que l'homme n'auroit aucune
idée des Etres limités , puifque ces Etres
font le négatif de l'Etre fans bornes.
Pour que cela fuivit du principe , il faudroit
que le Fini & le Néani,fuffent ſynonimes
; ils ne le font pas. Le Fini eft, à la vérité,
la
SEPTEMBRE. 1743.
2007
la négation de l'ultérieure étendue , & c'eſt
en cela que l'on n'a aucune idée d'un Etre
Fini que par rapport à la réalité continuelle.
Les Etres bornés ont quelque réalité , & par
conféquent ne font négatifs que du terme
ultérieure , & non de l'Infini . "
Peut-être me dira-t'on que les idées des
chofes fenfibles femblent précéder celles de
l'Infini , puifque l'on penfe aux chofes fenfibles
avant que l'ame refléchiffe fur l'Etre
fans bornes.
Il fuit feulement de cette difficulté , que
l'ame fait plus d'attention aux chofes fenfibles
, qu'à l'idée de l'Infini . Elle penfera plus
volontiers à ce qui tombe fous les fens. L'ame
, émuë par l'impreffion que font les objets
extérieurs fur nos organes, fuit fon penchant
naturel. Alors prefqu'incapable de
refléxion , elle ne penfe pas à l'Infini , qui
n'ayant point de corps , n'agit pas avec tant
de vivacité fur notre imagination .
De-là , les chofes fenfibles qui peuvent
tomber ſous deux fens differens , nous frappent
davantage . Si on entend un Muficien
chanter proprement , on eft faifi d'admiration
; on goûte un plaifir fecret , qui augmente
, lorfqu'on connoît celui dont les cadences
nous charmoient. La quantité qui fe
fait diftinguer par le toucher & par la vue ,
nous frappe plus, que l'éloignement de deux
corps
2008 MERCURE DE FRANCE.
corps que l'on ne peut déterminer que par
la vûë. Cette diſtance cependant eft une ef
pece de quantité.
Quoique l'on connoiffe l'Infini , on ne le
connoît pas totalement , totaliter. Un Payfan
qui a vu plufieurs fois un grand Seigneur ,
le diftinguera dans la Cour la plus brillante ,
cependant il ne le connoît pas totalement
c'eft-à- dire qu'il peut ignorer fes bonnes ou
mauvaiſes qualités , les fentimens de fon
coeur, fa puiffance , fa dignité , les honneurs
qu'on lui rend , le nombre de fes amis , en
un mot, tout ce qui a rapport à fa perfonne .
De-même , nous avons une idée de l'Infini ;
nous le diftinguons de tout Etre borné, mais
connoît-on fes differens atributs , l'immenfité
de fa grandeur , fa puiffance abfoluë, l'étenduë
de fa juftice , toutes fes perfections
O altitudo ! La Philofophe orgueilleux fore
en vain de fa Sphére, pour tâcher de découvrir
les fecrets que la divine Providence a
jugé à propos de lui cacher ; un voile épais
lui en dérobe la connoiffance .
LACOSTE , le cadet.
A Dijon , le 12. Juin 1743 .
EXSEPTEMBRE
. 1743 . 2009
EXPLICATION de l'Enigme Latine
du premier Volume du Mercure
de Juin 1743.
L
Ecteur , je ne crois , ni ne penſe ,
Qu'aucune femme en ait trouvé le mot
Car ce feroit demander trop ,
Que d'en exiger la Silence.
Picardet.
Les mots de l'Enigme & du Logogryphe
du Mercure d'Août , font les Cheveux &
Argument. On trouve dans le Logogryphe
Argent , Mur , Ruë , Nuë , Ane , Gare ,
Vent , Maur , Rave , Mure , Mante , Guet ,
Mare , Namur , Mer , Game , Targe, Rame,
Auge , Marge , Augment , Eau , Mage ,
Marte , Amen , Gant , Ut , Rage , Arme
& Gâte.
JE
༩
ENIGM E.
E nâquis l'an mille trois cent ,
Et mon pere tout feul me donna la naiſſance ;
A l'exemple du Tout- Puiffant ,
D'une terre choiſie il forma ma ſubſtance .
Femelle ,
2010 MERCURE DE FRANCE.
Femelle , il me falloit de l'éclat , du brillant ;
Mon pere , homme de goût , me fit autre que blonde;
Enchanté de fon fruit , jaloux de tout le monde ,
Dès qu'il me vit formée , il me tint au Couvent ,
Y vécut avec moi fans craindre la cenfure ,
Mais bien-tôt laffe de mon fort ,
Qui n'offroit à mes yeux qu'un pere & fa tonſure ,
A ce Geolier je fçus donner la mort .
Du même coup , je crois , j'abattis quelques têtes ;
Quoiqu'il en foit , du Cloître je fortis.
Par mille traits mortels j'étendis mes conquêtes ;
La Pourpre, le Croiffant, l'Aigle , les Fleurs - de- Lys,
Sous ma protection je mis toute la Terre.
Veux-tu , Lecteur , juger de mon pouvoir ?
Des effets furprenans peuvent te faire voir
Que j'égale celui du Maître du Tonnerre.
N. * à V. **
LOGOGRYPHE.
J
E fuis un Inftrument ,
Dont le fon eft
perçant ,
Fait à peu près comme une flute.
Mon chef eft au rebut en butte ,
Et ma queue eft un dur métal ,
Aux Galeriens fatal.
Effayons
SEPTEMBRE. 1743 . 2011
Eflayons une autre pratique .
Mes pieds font Note de Mufique ;
Tranchez un pied du tout , je fuis , ami Lecteur ,
Le Domaine que tient tout Vaffal d'un Seigneur.
Par M. Ducherin.
AUTRE.
Q
Uatre lettres ; un mot ; un animal connu ,
D'un certain Peuple peu couru .
Il eft gras , il eſt maigre , & fort utile en France ,
Surtout aux Financiers qui font toujours bombance,
dans moi l'on trouve contenu ;
Voici ce que
Un Fleuve renommé , qui coule en Italie ;
Un Métal
que P'Avare aime plus que fa vie ;
Un Inftrument propre au Chaffeur ,
Et l'Effroi du Navigateur.
Lecteur , ici je garde le filence ,
Et n'exige de toi nulle reconnoiffance.
Drahciffal , de Xialrom .
S
NOU2012
MERCURE DE FRANCE.
NOUVELLES LITTERAIRES ,
DES BEAUX- ARTS , &c.
HE'ATRE CRITIQUE ESPAGNOL ,
&c. Difcours fur les Guerres Philofophiques,
Broch . in- 12 . A Paris, chés Prault
pere , au Paradis , & Clément , à la Caille ,
Quai de Gèvres 1743 .
Comme il y a eu quelque interruption
dans la publication de ces Difcours , dont
on a également goûté le fond & la traduc.
tion , on en a attendu la fuite avec impa
tience ; M. d'Hermilly apprend là - deffus
dans un court Avertiffement , que des engagemens
antérieurs à fon entreprife , contractés
avec le Public , & la néceffité de les
remplir , l'ont forcé de l'interrompre pour
quelque tems , mais qu'aujourd'hui , en état
de fatisfaire à tout , il reprend avec plaifir
ce travail , qu'il continuera dans le même
ordre , qui eft marqué dans fa premiére Préface.
Il fe flatte au refte , & ce n'eft point
proprement ſe flatter , que les Difcours qui
compofent le fecond Volume de l'Auteur
Efpagnol , plairont autant que ceux du premier.
Que dis-je , s'écrie M. d'H . je ne doute
point qu'ils n'ayent un fuccès plus heureux,
parce
SEPTEMBRE . 1743 . 2013
parce que tout l'Ouvrage de ce célébre Bénédictin
, eft femblable à un bel Edifice ,
dont les déhors préviennent en fa faveur ;
mais dont les dédans font travaillés , pratiqués
& ornés avec tant d'art , de goût & de
difcernement
, qu'on ne peut y entrer, fans
être dans une admiration , qui augmente
chaque pas qu'on fait ; on jugera par les feizeDifcours
précédens, & par ceux dont on va
ajouter ici les Titres , fi la comparaifon eft
outrée.
à
TITRES des Difcours du fecond Tome du
R. P. Feijoo.
I. Guerres Philofophiques. II . Hiftoire
Naturelle . III . Arts Devinatoires. IV . Prophéties
fuppofées. V. Ufage de la Magie.
VI. Les Modes. VII . Vieilleffe Morale du
genre Humain. VIII . Science apparente &
fuperficielle. IX. Antipathie entre les François
& les Efpagnols. X. Jours critiques . XI .
Poids de l'Air. XII . La fphère du Feu . XIII .
L'Antipériftafe. XIV. Paradoxes Phyfiques.
XV. Mappemonde intellectuelle , ou Paralléle
des Nations.
LETTRE APOLOGE'TIQUE de D. Martin
Martinez , Docteur en Médecine..
REPONSE à cette Lettre.
LA VERITE' Vengée.
ETAT des Archevêchés , Evêchés , Abbayes
2014 MERCURE DE FRANCE .
mes que
bayes & Prieurés de France , tant d'Homde
Filles , de nomination & collation
Royale , dans lequel on trouve l'Hiftoire
, la Chronologie , & la Topographie
de chaque Bénéfice, & dix-huit Cartes Géographiques.
Avec une Table générale , qui
comprend aufli la Taxe en Cour de Rome
le revenu , le nom des Titulaires , & la date
de leur Nomination . Troifiéme Edition ,
augmentée des Bénéfices dépendans des Abbayes
de Marmoûtiers , de S. Claude , de
l'Ile Barbe , de S. Victor de Marſeille , de
S. Julien de Tours & du Duché de Châteauroux.
La Table générale de cet Etat fe vend
féparément. A Paris , chés Antoine Boudet ,
rue S. Jacques , vis-à- vis la rue des Mathurins
, à la Fontaine d'Or , 1743 .
MEMOIRES de l'Académie Royale de
Chirurgie , 1.Vol . in- 4° . de 778. pp . A Paris,
chés Charles Ofmont , Imprimeur de cette
Académie , ruë S. Jacques , àl'Olivier, 1743 .
Cet Ouvrage , le plus important , le plus
fçavant , le plus utile qui ait été composé en
ce genre , eft dédié au Roi , par une Epître
de M. de la Peyronie , Premier Chirurgien
& Médecin Confultant de Sa Majesté .
Elle eft fuivie d'une Préface , qui , quoique
d'une certaine étendue , n'ennuyera
aucun Lecteur de bon goût , & curieux
d'être
SEPTEMBRE . 1743. 2015
d'être pleinement inftruit fur un fujet , qui
intéreſſe tout le genre humain .
Ce Livre contient 28. Mémoires &
obfervations extrêmément curieufes , fur
differentes fortes de Maladies , traitées
par
des Chirurgiens de réputation. On trouve
dans ces Mémoires , l'hiftoire de chaque
maladie , le traitement de la maladie , & le
fuccès de la cure , avec le nom du Chirur
gien , & tout ce qu'on peut fouhaiter d'autorités
,
, pour conftater la certitude des faits .
Environ vingt grandes Planches , gravées
en taille douce par les meilleurs burins ,
repréfentent , ou les parties malades , ou les
inftrumens employés pour opérer leur guérifon
, fouvent l'opération même , ou les
divers corps , qui ont été extraits par le
moyen de ces inftrumens. Toutes ces figures
, en enrichiffant l'Ouvrage , jettent une
grande clarté fur toutes les differentes matiéres
qui y font traitées , & elles feront en
particulier d'une grande utilité à tous ceux
qui voudront s'inftruire à fond , & fe perfectionner
dans cette profeflion.
Ce premier Volume in - 4° . qui fera fans
doute fuivi de plufieurs autres , a reçû du
Public tout l'accueil qu'il méritoit , enforte ,
que pour la commodité du même Public ,
on a été obligé d'en donner auffi , prefque
en même tems , une autre Edition en
3. Vol. in- 12 . U
2016 MERCURE DE FRANCE.
Il est encore bon d'avertir ici , que l'Académie
Royale de Chirurgie , étant informée
que l'on fe propofe de contrefaire en
Pays Etrangers , les ME'MOIRES qu'elle
vient de faire imprimer par Charles Ofment,
fon Imprimeur , a jugé à propos de défavouer
toute Edition contrefaite , & de n'adopter
que celle qui a été imprimée fous fes
yeux , par le Sr. Ofmont , qui n'a rien épargné
pour la perfectionner , & qui fera tenu
de figner tous les Exemplaires qu'il vendra.
Ainfi délibéré dans la Séance de l'ACADE'MIE
tenuë à Paris , le 23. Juillet 1743. Signé ,
MALAVAL Directeur , & HEVIN Secrétaire,
pour M. QUESNAY , abfent .
INTRODUCTION à la Géographie de
Mrs. Sanfon , Géographes du Roi. Quatriéme
Edition , revûë , corrigée & augmentée par
M. ROBERT , Géographe ordinaire du Roi ,
1. Vol. in- 8°. de 476. pag. fans compter les
Préfaces de l'Editeur & de l'Auteur , & la
Table générale des Chapitres . A Paris , chés
Durand , Libraire rue S. Jacques , à S. Landry
& au Griffon , 1743 .
C'eft pour la quatrième fois qu'on imprime
l'Introduction à la Géographie de MM.
Sanfon , Géographes du Roi , & Géographesfameux
, comme tout le monde fçait.
Cette nouvelle Edition a un avantage confidéSEPTEMBRE.
1743. 2017
fidérable fur les précédentes. Elle a été revûë
& confidérablement augmentée par M. Ro-
BERT , Géographe du Roi , & d'une capacité
reconnue dans cette ſcience. Il eſt le digne
fucceffeur de MM. Sanfon , poffeffeur
de leurs fonds de Géographie & de tous
leurs Manufcrits , ce qui n'eft pas un petit
tréfor en ce genre.
>
Il enfeigne dans cet Ouvrage , la méthode
de repréſenter le Globe en Plan , felon
les differentes projections. Il a confidérablement
augmenté le Traité de la Sphère
ajoûté les principaux ufages du Globe , &
rendu facile la démonftration de la formation
des Climats . Il a auffi donné une méthode
courte & facile de calculer les Eclipfes
du Soleil & de la Lune , ce qui eft d'une
grande utilité , pour vérifier & fixer des
points d'Histoire. Il eſt enfin certain , 'que
par le moyen de ce Livre , on peut appren
dre aifément la vraie ſcience de la Géographie
, laquelle ne confifte pas à fe charger la
mémoire d'un nombre infini de noms de
Villes , &c. mais à fçavoir bien les principes.
C'eft fur ce fondement , que le fçavant
Editeur a mis au Frontifpice de fon Livre
un Paffage de Platon , qui a beaucoup de
rapport à fon fujet. Il faut , dit ce grand
Philofophe , avoir la connoiffance des noms ,
avant que de connoître les choſes.
A
2018 MERCURE DE FRANCE.
A la fin du Livre, on trouve environ vingt
Planches , contenant toutes les Figures , qui
font néceffaires pour une parfaite intelligence
de la Géographie ; ces Figures font
parfaitement bien gravées en taille douce.
TRAITE' DU SCORBUT , par M. Brefcou
du Mouret , Chirurgien - Juré de S. Côme ,
Membre de l'Académie Royale de Chirurgie
, &c. unique Poffeffeur du fecret ſpécifique
de M. du Mouret fon oncle , 1. Vol.
in- 12 . de 82. pag. A Paris , chés Ch. J. B.
Dele/pine , rue S. Jacques , à la Victoire &
au Palmier.
Le fond de cet Ouvrage doit piquer la
curiofité publique , & tout le monde doit
prendre intérêt à un Reméde fpécifique , qui
eft capable de guérir l'une des plus formidables
maladies , dont on puiffe être attaqué.
Ce fpécifique , eft l'Anti- Scorbutique de feu
M. du Mouret. Il faut furtout lire la Préface ,
qui précéde ce Traité , à la fin de laquelle
font imprimés deux Certificats, l'un de plufieurs
Docteurs en Médecine de la Faculté
de Paris , & l'autre , de plufieurs perfonnes
diftinguées , qui ont été guéries , ou leurs
enfans , du Scorbut , par le Reméde dont il
eftici queſtion.
LES FABLES d'Efope gravées par Sadeler ,
avec
SEPTEMBRE. 1743. 2019
vec un Difcours préliminaire & les fens
moraux en diftiques. Edition toute differente
de la premiére , par M. Aubonin. A Paris ,
chés Thibouft , Imprimeur du Roi , Place de
Cambrai , 1743 .
OEUVRES MELE'Es , tant en Profe qu'en
Vers , par M. de MONCRIF , de l'Académie
Françoife , 1. Vol. in- 12 . de 380. pages . A
Paris , chés Bernard Brunet, fils , Grand'Sale
du Balais , à l'Envie , 1743.
A la tête de ce Recueil , eft une de ces
Préfaces dont on ne doit jamais omettre la
lecture. Celle - ci eft doublement inftructive
; l'Auteur y parle particuliérement de
l'objet qu'on doit fe propoſer en écrivant , & il
le fait avec autant de capacité pour le profit
du Lecteur , que de modeftie, par rapport à
lui- même.
Le Livre commence par des REFLE
XIONS fur quelques Ouvrages fauffement
appellés OUVRAGES D'IMAGINATION,
tels que font les Romans , qui ne
font fondés que fur le merveilleux & le furnaturel
: des Voyages imaginaires , & enfin
des Contes des Fées des Enchanteurs. On
conçoit de-là , que l'Auteur entend par imagination
, ce qu'on appelle invention , génie
idées neuves , ou du moins rendues d'une
maniére originale. Nous ne le fuivrons pas
F dans
2020 MERCURE DE FRANCE.
dans cette fçavante Differtation ; nos bor
nes ne nous le permettant pas . Elle fut
lûe & applaudie dans l'Affemblée publique
de l'Académie Françoiſe , le jour de S.
Loüis 1741 .
Par la raifon que nous venons de dire
nous ne ferons qu'indiquer les autres Piéces
, qui compofent ce Volume..
Les Abderites , Comédie en Vers , dédiée
par une Epître à S. A. S. Mad. la Ducheffe
Doüairiere.
Qu'on ne peut ni ne doit fixer une Langue ,
Differtation .
Les Ames Rivales , Hiftoire fabuleufe.
Lettre à Mde . de .... fur les Ames Rivales .
De l'Efprit critique , Differtation .
LETTRE à M. Aftruc , fur quelques prétendus
Secrets , qualifiés de Spécifiques ,
& c.
Poëfies diverfes , parmi lesquelles il y a
d'excellentes Piéces.
DISCOURS de l'Auteur, prononcé à l'Académie
Françoiſe , le jour de fa réception ,
29. Décembre 1733 .
Réponse du même , au Difcours prononcé
par M. l'Evêque de Bayeux , le jour de fa
réception , 16. Mai 1743 .
Sa Réponse aux Difcours prononcés par
MM . Bignon & de Maupertuis , le jour de
leur réception , 27. Juin 1743 .
L'EmSEPTEMBRE
. 1743 . 2021
lequel a été
L'Empire de l'Amour , Ballet héroïque ,
a été repréſenté avec beaucoup de
fuccès, fur le Théâtre de l'Académie Royale
de Mufique.
ACADEMIE DE DIJON.
L'jour
'Académie des Sciences de Dijon , distribua le
jour de Saint LOUIS à M. Fromageot , Profef
feur en l'Univerfité de la même Ville , le Prix de
Morale ,propofé pour l'année 1743.Il étoit queftion
de décider : Si la Loi naturelle pourroit porter la Société
à fa perfection , fans le fecours des Loix Politiques.
Voici l'Extrait de la Differtation , imprimée chés
l'Imprimeur de l'Académie , tel qu'il a été envoyé
de cette Ville.
L'HOMME eft fait pour la Société , le voeu de la
d'en conferver le lien . nature n'a objet que
pour
La fociété eft donc de tous les Arts , le premier que
l'homme ait à cultiver. Pour remplir un devoir fi
important , il faut connoître les Loix qui doivent
lui fervir de régles ; mais , où eft - elle écrite cette
régle univerfelle pour tous les tems , pour tous les
Pays & pour toutes les conditions , applicable aux
Sociétés particuliéres , comme à la Société générále
, & qui puiffe la porter à fa perfection ? Pour parvenir
à une recherche auffi intéreffante , il eft néceffaire
de refuter les conjectures hazardées d'une
Philofophic libre & nouvelle , ennemie des principes
d'une Société qui la gêne.
C'eft , difent ces nouveaux Philofophes , l'intérêt
qui eft le grand principe de toute Société , pourquoi
donc ce Moteur , fait pour les unir , les divife - t'il
Fij
fi
2022 MERCURE
DE FRANCE
.
fi fubitement ? C'est que l'intérêt eft un faux guide,
fans régle , & fans durée, que pour l'inftant qu'il eft
utile. Il ne peut
donc être , ce lien conftant & durable
, qui unifle les hommes , quoiqu'en ayent dit
Epicure & Horace. D'autres Philofophes plus hardis
, ont cru trouver dans les paffions humaines ces
difent- principes féconds de la Société. L'ambition ,
ils , a fouvent tracé le chemin à la vertu ; d'un brigandage
utile , fe font formés de grands Empires ;
Te luxe & la volupté ouvrent tous les jours de nouvelles
routes à Pinduſtrie. De tels principes pourroient
porter à dire , la licence la plus décriée ,
bien pour la Société , fi elle tourne à fon
fera un
profit .
, que
C'eſt déshonorer la Société , que de lui préfenter
la régle qui la perfectionne , fous de fi fauffes couleurs.
Les paffions font de quelque ufage , il eft
vrai ; mais pour obéir , non pour dominer. Il faut
donc convenir avec Homére, qu'il eſt une Minerve ,
préfent du Ciel fait à l'homme , pour réprimer ces
ennemis domeftiques , & les réduire à ce commerce
innocent qui embellit la Société , loin de la détruire
.
A de fi nobles effets , qui peut méconnoître le
mérite de la Loi naturelle, pour rendre la fociété parfaite
, fupérieure à l'homme & faite pour lui ? elle
eft feule en état de lui commander & de l'inftruire.
Quelle est donc la Loi , qui a un caractére & des
fonctions fi auguftes ? Eft-ce la Loi naturelle , cette
Loi primitive , que Dieu lui -même a écrite au fond
nos coeurs, pour mettre d'abord toute Société en
commerce avec lui mais cette Loi eft - elle affés
parfaite pour embraffer tous les tems & tous les dif- ferens Etats de la Société car fi elle a beſoin du
fecours étranger des Loix politiques , pour venir à
Pappui de fes Leçons , il s'enfuivroit que cette Loi ,
P'OuSEPI
EMD NE.
1743. 2023
P'Ouvrage de Dieu , feroit imparfaite ; & dans ce
cas , où trouver des Législateurs plus fages , pour
donner à l'homme des réglemens plus furs & plus
invariables ? Qui des deux Loix politique , ou natuzelle
, aura donc le privilége de perfectionner la
Société ? fera-ce l'une fans l'autre , ou le concours
des deux ?
Comme un Tout , dit l'Auteur , eft parfait dans
la nature , où brillent les proportions & l'unité
une Société est parfaite dans le monde moral , où
régnent l'ordre & la juftice ; fans ce double lien ,
toute Société n'eft qu'une affociation paffagére . Sur
ce principe , de quelle autre fource que de la Loi
naturelle , peuvent découler ces deux biens ? C'eft
le fentiment de Saint Auguftin , de Lactance , de S.
Thomas ; tout s'accordent à nous indiquer cette
Loi fouveraine , comme la régle infaillible des
moeurs.
Ces témoins feroient peut-être fufpects à des
gens , pour qui cette Loi de nature n'eft qu'une
chimére philofophique . Confultons Cicéron ; nourri
comme eux dans les doutes & les problêmes Académiques
, il tient le même langage , que les Peres
ont tenu depuis . La Loi naturelle , dit -il , eft la Loi
par excellence , qui porte au bien , & détourne du
mal ; dèflors if demeure pour conftant , que fi la Loi
naturelle n'eft que le double lien de la Société , elle
doit fuffire pour porter la Société à cette perfection
demandée ,parce que , dit Cicéron , le défordre ne
peut venir qu'en bleffant cette juftice , le lien de
toute Société; car , quoiqu'il foit vrai , dit-il , encore
que les Loix écrites ne tendent qu'à conferver
la Société & l'union des Citoyens entr'eux , c'eſt à
cette Loi divine , qu'appartient plus qu'à aucune
autre , le privilége éminent de perfectionner cette
Société , puifque c'eft par elle que le Citoyen rem-
Fiij plira
2024 MERCURE DE FRANCE.
plira toujours fes devoirs , dans la feule vue du bien
public. On ne peut douter , que la Loi naturelle re
foit ce fond divin , dont eft forti le Droit univerfel,
où Droit des gens. C'eft dans ce fond , que le pere
de famille prend ces vertus oeconomiques pour le
gouvernement de fa famille ; c'eft de cette fource
que fortent l'obéiffance & la fidélité de ceux qui la
compofent , puifqu'aucune Loi écrite ou politique ,
n'en a donné les premiéres Leçons.
C'eft cette même Loi , qui a formé les Républiques
& les Etats , fans le concours d'aucunes Loix
fubfidiaires , dont le nom même a été ignoré longtems
chés des Peuples entiers ; car avant cette variété
accablante de Loix fans nombre , dont le poids
nous fatigue aujourd'hui , dit Tacite , les premiers
mortels , plus fages que nous , vivoient fans Loix
ménaçantes , parce que la vertu de leur tems couloit
de fource . N'eft- ce pas cette Loi naturelle , qui
a fait fubfifter ſi long - tems le premier Gouvernement
de Rome ? Il n'y avoit point encore de Loi
portée contre l'adultére. Qui avoit donc appris à
Lucréce le prix de la vertu conjugale ?
Qui a dit à Cicéron & à Pericles , qu'un coup
d'oeil eft fouvent redoutable à la pudeur , & qu'il
faut porter l'abftinence jufques -là ? De qui les Zoroaftres
, les Numa , les Confucius , avoient- i's emprunté
cette fageffe fi vantée pour le Gouvernement
des Peuples Nulle Loi humaine , écrite & connue
avant Minos & Thefée , en fuppofant même pour
réels ces Législateurs & leurs Loix. Mais il eft certain
, comme nous l'apprend S. Paul , qu'il y a eu
des Peuples , qui vivant fur ce riche fond de la nature
& fans Loix , n'ont pas laiffé de faire le bien
parce qu'ils avoient l'idée d'une Juftice fouveraine.Il
eft donc vrai que la Loi naturelle feule , a le privilége
de régler les moeurs en tous Pays , & de porter à
leur
".
SEPTEMBRE. 1743 .
2025
leur perfection les Sociétés de toute eſpéce , parce
que le coeur en eft le fiége , dit S. Auguftin ; cette
Loi , fille de la fageffe & du vrai , ne dépend ni de
la coûtume , ni des préjugés , ni des moeurs , tandis
que la Loi purement politique , fruit de l'opinion &
du tems , les ménage & les confulte . Loi impuiffante
& ftérile , qui ne peut tout au plus donner
qu'un Magiftrat , un Citoyen , un Soldat à la République
; mais non pas par elle - même un homme
de bien ; & c'eft peu de chofe , dit Sénéque , qu'un
homme qui n'a que cette probité extérieure , qui
eft tout ce que la Loi politique éxige de lui. Les régles
de la Société vont bien au - delà de celles du
Droit civil , la pieté , la bonne-foi , l'humanité , la
juftice demandent bien des chofes , que les Loix politiques
n'éxigent point ; & quoique ce Marchand ,
dont parle Cicéron , qui aborda à Rhodes dans un
tems de famine , avec un Vaiffeau chargé de bled
pût , fans bleffer les Loix politiques , diffimuler qu'il
étoit fuivi de plufieurs autres , afin de mieux débiter
fes grains , la Loi naturelle lui défendoit cette réricence.
Mais en donnant à cette Loi une fi grande prérogative
, n'eft - il point à craindre qu'on ne faffe
eclipfer le miniftére des Loix politiques ? Pour prévenir
ce reproche , l'Auteur répond , qu'il ne faut
pas juger de la Loi naturelle & de fes moyens , par
Je fuccès & par les obftacles .
res ,
A conſidérer ſon étenduë & ſa force ; ſuffit- elle
par elle-même fans fecours & fans leçons étrangépour
rendre la Société parfaite ? C'eſt une vérité
démontrée par les faits & par le mérite invariable
de cette Loi ; mais remplit- elle toujours efficacement
fon objet & ſa fin ? le tems , les difpofitions
du genre humain en décident encore , & non
la perpétuité du fuccès , dont les Loix politiques
F iiij peu2026
MERCURE DE FRANCE.
Peuvent encore moins fe flatter. La corruption des
moeurs ayant affoibli l'empire de la Loi originelle
il fallut en retracer les principes dans le coeur de
l'injufte , & le contenir par le frein des Loix pénales .
Dieu , le Légiflateur par excellence , qui donna la
premiére Loi écrite , la dieta à Moïfe dans l'appareil
ménaçant du tonnerre & des éclairs , pour retracer
aux hommes des obligations qu'ils avoient oubliées;
mais les Loix humaines , qui font venues au fecours
de la Loi naturelle , lui font étrangères ; elles font
moins un fupplément , qu'un miniftre qui lui a été
donné pour l'exercice d'un pouvoir , que l'ignorance
rend fouvent inutile ; mais cette Loi ne perd rien
de fes droits.
Les Loix politiques n'ont pas le même avantage ,
& ne portent que trop fouvent avec elles le principe
qui les affoiblit , & tous les changemens qu'on eft
obligé d'y faire , font des preuves de leur foibleffe.
Tout , dit Cicéron , n'eft pas toujours dans les Loix ,
& fi cela arrive , ce n'eft plus à l'homme précifément
qu'elles appartiennent ; c'eft alors la Loi naturelle
rendue à elle - même , à titre d'explication .
Qui peut , en effet , avoir mis à la tête des Loix Romaines
: Divos adeundo cafte ? Qui a fuggeré les
Loix fomptuaires ? Si ce n'eft la Loi naturelle expliquée
, cependant ce volume de Loix , compofé
fur les principes de la Loi naturelle , fe fent encore
dit Cicéron , de la foibleffe du Législateur . Ces Loix
ne font que des ombres & des figures de la Loi
primitive . Quel doit donc être le prix d'un original
, dont l'ébauche , quoique imparfaite , finit
tant de controverfes ? Il faut donc conclure avec
Cicéron , que c'eft à cette Loi feule , à ce droit primitif&
fouverain , qu'eft du le privilége de perfectionner
la Société .
L'Aca
SEPTEMBRE. 1743. 2027
L'Académie des Sciences de Dijon , annonce à tous
les Sçavans , que le Dimanche 22. Août 1744. elle
diftribuera le Prix de Médecine, confiftant en une
Médaille d'or , de la valeur de trente piftoles , à
celui qui aura traité de la maniére la plus folide ,
la Queſtion fuivante :
Déterminer la caufe de la fièvre.
Il fera libre d'écrire en Latin ou en François , obfervant
que la lecture de chaque Differtation , n'excéde
pas trois quarts d'heure ; on n'en recevra aucune
, paflé le premier Avril prochain , & le port fera
affranchi , fans quoi on ne les retirera pas du Bureau
: il faut les adreffer à M. Petit , Secrétaire de
l'Académie , ruë du Vieux Marché , à Dijon . Ceux
qui fe feront fait connoître avant la diſtribution du
Prix , en feront exclus. Il faudra mettre une deviſe
à la fin de chaque Ouvrage , & fur une feuille féparée
, & cachetée , la même deviſe , & fous le cachet
fon nom, fes qualités & fa demeure . Ceux qui voudront
un Récepiffé du Secrétaire , le feront expédier
fous un autre nom que le leur ; & dans le cas , où
l'un de ceux , qui auroient ufé de cette précaution
viendroit à mériter le Prix , il chargera du Récepiffé,
& d'une procuration fimple une perfonne domicilié
à Dijon.
L'Académie a vû avec chagrin plufieurs Differtations
mifes au rebut , parce que les Auteurs ne fe
font pas conformés à ce qu'elle éxige d'eux , & qui
eft d'ufage dans toutes les Académies .
A
Fv SEANCE
2020
I ་ འ I ་ ་
A
SEANCE de l'Académie de la Rochelle.
Extrait d'une Lettre écrite à M. D. L. R.
le 29. Juin 1743 .
Sre
Erez- vous content de nous , M. voici un Séance
mêlée de Phyfique,de Belles- Lettres & de Poefie;:
nous vous donnons au moins le plaifir de la diverfité
Cette Séance , tenuë le 15. Mai dernier , commença
par la lecture , que fit M. Gaſtumeau , d'un
Mémoire fur les Eaux de la Rochelle , compofé par
M. Richard , Directeur , alors abfent .. Le Mémoire
a deux parties ; la premiere contient les raisons qui
peuvent faire regarder l'Eau comme l'a plus utile
boiffon , & quelquefois comme le plus excellent Reméde
; la feconde eft employée à détruire le préjugé
trop répandu contre les Eaux de cette Ville.
Quoique les principes établis dans la premiére partie
foient recherchés avec beaucoup de foin , & mis
dans un grand jour , je ne vous parlerai cependant
ici que de la feconde , qui regarde plus particulierement
l'utilité de nos Concitoyens ; je ne craindrai
pas même d'être un peu long fur ce fujet , parce
que je trouverai rarement une occafión plus favorable
de prouver l'estime qui eft duë aux travaux
de nos Phyficiens.
Après avoir montré par des raifons décifives , que
P'Eau de pluye doit fervir de piéce de comparaifon.
pourjugerde la bonté des Eaux de Fontaines, M. Richard
continue en ces termes. » Cette bonté , dit- il ,
» confifte principalement dans la tranſparence , la
» fluidité & l'infipidité ; les yeux font juges de la
premiére de ces qualités; le pefe-liqueurs de la fe-
» conde, & le goût de la troifiéme, moyens qui font
» à portée de tout le monde, mais dont la certitude
» n'eft cependant pas telle qu'on ne s'y trompe
quelquefois,d'où vient la néceffité d'analifer l'Eau
ဘ
35
» pour
- ו ד נ י
des
» pour la bien connoître & de la travailler par
Opérations Chimiques . C'eft de ces Opérations &
» des Expériences que j'ai faites fur les Eaux de
» nos Fontaines , dont j'ai à vous rendre compte .
» Il n'y a point d'Eau , quelque pure qu'elle foit,
qui ne fe trouve plus ou moins chargée de corps
» étrangers ; l'Eau de pluye , elle-même , m'a don-
» né , après l'évaporation , un fel infipide & nitreux
» dont elle s'eft chargée en paffant par l'air.
33
ג כ
L'infipidité ou la qualité nitreufe de ce fel , eft
» reconnue par le mêlange que j'en ai fait féparé-
» ment avec l'efprit & l'huile de Vitriol, qui n'a don-
» né ni ébullition ni effervescence .
,כ
Après m'être affuré de la nature des fels que
» l'Eau de pluye contient , il convenoit de connoî-
" tre fa fluidité , qui conftituë effentiellement la
» bonne qualité de l'Eau , & qui n'eft autre chofe
» que la ténuité ou la divifibilité de fes parties intrinfeques.
Je me fais fervrpour cela de l'Hydrometre
; c'eft à l'aide de cet Inftrument qu'onjuge,
» non pas de la pefanteur intrinfeque de l'Eau , com-
»me bien des gens fe l'imaginent , mais de fa divifi-
» bilité . Les Expériences fuivantes ne laiffent aucun
» doute fur ce fait .
» Un volume quelconque d'Eau pluviale, dans fon
» état naturel , donne 20. dégrés d'immerfion à
" mon Hydrometre ; chauffée à y fouffrir le doigt ,
» 25. dégrés ; bouillante , elle en a donné 40. reve-
» nuë à fon étatnaturel , 20. dégrés ; expofée au
froid violent du mois de Janvier 1742. la mê-
» me Eau s'eft gelée , & l'Hydrometre , qui s'eft
trouvé pris dans la glace , n'a plus donné
que 10.
degrés d'immerfion , d'où il réfulte que là lége-
» reté de l'Eau dépend de l'agitation & du mouvement
de fes parties intrinfeques. De- là vient l'extrême
facilité que nous trouvons à digerer l'Eau
F vj tiede
">
לכ
2030 MERCURE DE FRANCE.
>> que
» tiede ou chaude ; le feu a commencé l'opération
doit faire l'eftomac ; le feu a rendu l'Eau Aluide,
divifible , avec quelle abondance n'en boit- on
» pas ? pareille quantité d'Eau froide ſeroit un fupa
plice .
>>
ל כ
s'in-
A ces Expériences fur la légereté , ou pour
a mieux dire , fur la divifibilité de l'Eau , j'ai joint
» celles qu'on pouvoit faire pour s'affurer de fa pu-
» reté. La teinture de Tournefol a donné un bleu
" pur dans l'Eau de pluye , un violet pourpre dans.
une Eau de puits , qui m'avoit parû mauvaiſe au
goût ; enfin je me fuis fervi de l'Expérience fi
» commune du Savon, qui fe diffout , fe mêle ,
» corpore fi facilement avec l'Eau de pluye , au
lieu qu'il fe refufe aux mêmes effets dans l'Eau
faumache ou chargée de fels d'une nature acide.
» C'est donc par comparaiſon avec ces. effets ,
qu'il m'a paru que je devois juger des Eaux dont
nous faifons ufage en cette Ville ; mais avant que
d'en venir à l'analyfe même de ces Eaux , j'ai crû
» devoir examiner la nature & la difpofition des terres,
où elles font ramaflées pour former les fources
qui les diſtribuënt.
се
La defcription que va faire M. Richard , eft fiintéreffante
pour la Rochelle , que je ferois fcrupule
de la paffer fous filence.
ב כ
93
Je vois , dit- il , au Nord de la Ville , s'élever un
double Côteau en portion de cercle, dont le cen-
» tre est l'extrêmité du Bourg de la Fond; c'eſt dans
» ce demi cul- de- lampe que fe trouvent des fources,
>> abondantes , renfermées dans plufieurs Baffins revêtus.
L'Eau en eft claire & tranfparente comme.
» le criſtal ; fon la péfe pour en connoître la divifibilité
, l'Hydrometre donnera précisément la
» même immerfion de 20. degrés , qui fe trouve à
l'Eau de pluye fi on diftille ou fi on évapore
» P'Eau
SEPTEMBRE. 1743. 2038
P'Eau de ces Baffins , elle donnera pour réfidu un
» fel que je connois pour être alkali à l'ébullition &
» à l'effervefcence qui réfulte du mêlange de ce Sel
avec l'huile de Vitriol.
ל כ
31
» On doit être encore moins étonné de la bonté,
» & de la pureté de ces Eaux , lorſqu'on examine la
difpofition & la nature des terres qui nous les filtrent
jufques aux fources. Je vois le terrein s'éle-
» ver en amphitéatre & par une pente douce depuis.
a la partie du N.N O. jufques dans l'Eft N.E.je fçais.
que ces terres font fans aucuns Minéraux, qu'elles,
"font franches, diftribuées en plufieurs lits alterna-
» tifs de terre & de pierre , & conféquemment pro-
ဘ pres à fervir de couloirs aux Eaux pluviales . Une
» Expérience fuivie m'apprend d'ailleurs que les en-
" droits bas , circonvoifins de nos Baffins , & qui en
font les premiers réſervoirs , comme la Maiſon
» Duré , Fief Potart , & le Lignon , ont des Eaux
admirables & à portée de la main.
» Affurés comme nous le fommes de la pureté &
de la légereté de nos Eaux Sourciales , ce n'eft
» donc plus qu'à des cauſes accidentelles & étran-,
géres , qu'il faut attribuer le mauvais goût où la
» pefanteur que nous leur trouvons quelquefois.
» Telle a été la découverte que l'on fit l'année der
→ niére du mauvais état d'un des Baffins de regard à
22 la Fond , dans lequel les Eaux étrangères & cir-
>a convoifines admifes, corrompoient les Eaux Sour-
» ciales , & c.
و د
A ces accidens imprévus & inopinés , fe joint
» l'effet qu'a produit & que produira toûjours une
>> longue fechereffe , telle que nous l'avons éprou-
» vée cette même année. Les pores de la terre & les
» canaux de filtration étant ouverts & deffechés ,
les premieres Eaux pluviales tombent avec abondance,
& paffant avec rapidité , elles entraînent
» avec
2032 MERCURE DE FRANCE.
avec elles beaucoup de parties terreufes & de li-
"mon , & parvenant ainfi jufques aux Baffins , elles
» donnent à l'Eau le goût défagréable & la péfanteur
que nous lui trouvons , & c.
Et ne penfez pas ,M.que ce que j'ai avancé fur la
» caufe de l'altération des Eaux , foit de pur raifonnement
ou de vaine ſpéculation ; je me ſuis affuré
» du fait par l'évaporation ,dans le tems où les Eaux
» ont parû généralement mauvaiſes , & j'en ai tiré
alors une quantité confidérable de parties terreufes.
»Les mêmes Expériences ont fervi à me défabuſer,
" d'un préjugé qui paroît affés généralement répan-
» du dans cette Ville ; bien des gens croyent que
» l'Eau de nos Fontaines eft faumache ; celle des
Petits-bancs , dit - on , croît & décroît avec le flux
" & le reflux de laMer.J'ai apporté toute mon attention
à vérifier le fait ; j'ai pris le tems du gros
d'Eau , j'ai fait exactement marquer le niveau de
l'Eau de la Fontaine à baffe Mer, & il a toujours
» été le même. Le préjugé fe trouve par- là évidem-
" ment détruit .
5כ
» L'Eau de la Fontaine des Petits-bancs eft - elle
donc pure & auffi bonne que celles des premiers
» Baffins non , fans doute , je l'ai moi-même
» trouvé mauvaiſe aux mois d'Octobre & de No-
>> vembre derniers . Lorfque j'étois occupé à en cher-
» cher la caufe , j'appris que dans le Baflin de Regard
, qui étoit ci -devant dans la maifon de M. de
Varaife , Confeiller au Préfidial , & qui le trouve
» aujourd'hui dans les fondemens de la nouvelle
» Cathédrale , il y avoit une fource étrangere .
» Pour m'en affurer , je fis auffi- tôt boucher le
canal qui amene l'Eau du Ballin fupérieur du côté
» de la Place Royale. On épuifa le Baffin exactesment
, & bien-tôt on eut de l'Eau nouvelle , bien
» conftatée étrangere , puifque , comme je l'ai dit ,
»le
SEPTEMBRE. 1743. 2033
33
le canal fupérieur étoit exactement bouché.
» Cette Eau s'eft trouvée défagréable à boire &
» d'un mauvais goût ; on n'a pas manqué de dire
qu'elle étoit falée , parce que la Mer avoit extra-
» ordinairement monté vers ce mêine-tems . L'analyfe
que j'ai faite de cette Eau , en me déſabuſant
» de l'opinion vulgaire , m'a fait connoître la véri-
» table qualité.
ל כ
Ici M. Richard détaille les Expériences qu'il a faites
fur les Eaux étrangeres introduites dans ce Baffin,
& recherche les caufes qui peuvent les y amener.
Comme ona depuis apporté les remédes néceffaires,.
il feroit inutile de le fuivre dans le détail de fes
Opérations , quelque curieufes qu'elles foient.
39
» Mais n'eft -il donc point de Fontaines , pour-
» fuit M. Richard, dont la Mer n'ait altéré les Eaux ?
j'en connois deux où cet effet eft fenfiblement ar--
rivé ; la premiére eft particuliére & fituée à la
» Ville-Neuve , dans un Jardin ; la feconde eft celle
» de Navane , vis- à- vis le Convent des P. Récollets .
» Le Journal du Siége de la Rochelle , par Mervaul
, en 1628. fait mention de la premiére Fon-
» taine ; les affiégeans , dit cet Auteur , firent tous
leurs efforts pour en intercepter les Eaux , mais
s'étant aperçus que les affiégés n'en recevoient au-
» cune incommodité, à caufe des puits qu'ils avoient.
» en quantité , ils cefferent leurs travaux. L'intro-
» duction de la Mer dans les foffés de la Ville , ont .
depuis rendu l'Eau de cette Fontaine auffi falée
» que la Mer même .
כ כ
Quant à la Fontaine de Navane , il eft certain
» qu'avant les travaux faits aú Canal de Maubec
» la Mer refluoit aux groffes marées dans cette
» Fontaine par le même fouterrain qui fervoit de
" dégorgeoir. Aujourd'hui que l'iffue de ce fouter
» rain eft bouchée par le mur de revêtement du Ca-
ג כ
nal ,
2034 MERCURE DE FRANCE.
"
nal , on pourroit craindre encore que les Eaux
pluviales qui tranfpirent par les terres dans toute.
» la longueur du Canal , fe ramaffant dans ce culde-
fac, ne s'y corrompiffent & ne gagnaffent le ni-
» veau de l'Eau de cette Fontaine , fi le zéle des .
Magiftrats Municipaux n'y avoit pourvû par la
précaution & par les travaux convenables .
»
Il réfulte du Mémoire de M. Richard , que dans
Pétat où font actuellement les choſes , état auquel
il a lui-même fi fort contribué , il n'y a aucune
faline dans les Eaux des Fontaines publiques
de la Rochelle .
A la fuite de cette Differtation , M. Arcere , de
l'Oratoire , lut une Ode de fa compofition , fur les
confolations du Chrétien dans l'adverfité. Vous la
trouverez , fans doute , digne de la Couronne que
lui a décerné cette année l'Académie Royale de
Pau.
Le R. P. Senamaud , Jefuite , nouvellement Affocié
à l'Académie , lut pour tribut de fon affociation,
un Difcours fur le naturel dans les Ouvrages d'efprit.
Les efforts für une matiére auffi délicate , font
toujours louables , auffi le P. Senamaud ne fe propofe
-t'il qu'un effai , & fe contente-t'il d'indiquer
ce qui pourroit remplir un Ouvrage fi important &
fi difficile. Ce Difcours eft divifé en deux parties .
Dans la premiére il fait voir les avantages du naturel
; dans la feconde , il recherche les caufès qui le
rendent ſi rare dans les Ecrits .
Je vous avertis que ce fera toujours. le P. Senamaud
qui parlera ici, & que je ne me permettrai que
quelques légeres refléxions ; voici comment il commence
fa premiere partie .
> Le propre du naturel eft de donner des graces
» & de l'amenité au fujet que l'on traite ; il n'en eft
point de fi aride qu'il ne rende gracieux, de fi coma
» mun
SEPTEMBRE 1743 .
2035
»mun qu'il ne rende intéreffant , de fi grand dont il
» ne releve le prix ..
"
ן כ
L'amour propre qui ne veut pas devoir à autrui
les lumières qui l'éclairent , y trouve dequoi le fa-
» tisfaire , on eft flatté de retrouver dans fön propre
» fond ces mêmes penfées, mais ornées , arrangées,
» développées .... Il femble que l'Auteur que nous
» lifons n'a fait que nous prévenir ; il nous donne
» du fentiment , de l'imagination , de l'amour même
» & de l'émulation pour les Lettres , car l'efpéran-
» ce de trouver dans fon propre génie ces graces
naives , anime le plus indolent à s'eflayer fur un
modéle dont la beauté flatte , & dont l'art , capa-
» ble de rebuter , fe cache fi bien , qu'on n'y apperçoit
que la Nature même. Ce font des beautés
modeftes & par - là plus touchantes ; elles ne doivent
pas leur éclat à un brillant emprunté , ou a
» la bizarrerie d'un goût füjet aux variations de la
» mode. C'eft la Nature ,dont le goût eft fixe,qui en
a reglé les traits ; elles ne craignent pas d'être
» vûës de près , & c .
>>
"
>>
כ כ
Un Ouvrage tracé fur ce modéle , a un droit
acquis à l'immortalité ; en effet l'inftinct, la raiſon ,
» la perfection , tout nous rappelle au naturel.... Si
» l'Italie aime les pointes & les faillies , l'Efpagne
le majeftueux & peut- être le bouffi & Penflé ,
l'Angleterre , le profond & fi on pouvoit le dire ,
quelquefois le forcé ; la France fe déclare pour le
» naturel . . . . Dans l'utile commerce des Belles-
Lettres , chaque Nation a droit de profiter des
» richeffes de fes voifins . Si l'on vient puifer chés
nous ce goût avoué de la Nature , qui retranche
les excès , & donne aux penfées de l'ordre & de
» la clarté , on nous rend en échange de vraies
»beautés ,que nous employons avec cette fageffe &
» ce difcernement, qui fait le caractére des Auteurs
» François .
"
Ne
2036 MERCURE DE FRANCE.
Ne pourroit-on point rabattre ici quelque chofe
des louanges que donne le Pere Senamaud aux
Ecrivains François ? Bien des gens fenfés prétendent
que principalement dans le nombre de nos Auteurs
modernes, il y en a plus qui fardent la Nature , qu'il
n'y en a qui l'imitent exactement.
Le naturel, pour fuit le P. Senamaud , loin d'ex-
» clure les beautés , y ajoûte un coloris qui en reléve
toutes les graces ; c'eft lui qui donne au
fublime le caractére de la vraye grandeur .... 11
» n'eft borné d'ailleurs à aucun genre d'écrire ;
» il les embraffe tous , & le grand & le médiocre lui
»font également fubordonnés. C'eft lui qui fait
»parler Achilles & Mitridate avec dignité , qui pré-
→ te à Dave le ton & le langage du Peuple , & qui
donne à Titire le fecret de peindre les charmes de
» la campagne & le doux repos de la vie champê
» tre ... On l'admire dans les beaux endroits
» d'Homere , de Virgile , de Corneille , de Racine;
on l'aime dans les traits naifs de Marot , &c.
Le P. Senamaud place ici une définition du naturel.
» C'eft , dit- il , une expreflion animée de la
Nature ; c'eft la fleur de la raiſon ; c'eft le bon
» fens orné , en un mot , c'eft le langage que par- ·
lent les beaux Efprits , les Efprits vrais.
Pour rendre plus fenfible l'idée du naturel
POrateur l'expofe fous l'image d'un Parterre , difpofé
& cultivé avec goût. » L'Art y entre, dit- il, mais
il s'y cache , pour en donner tout l'honneur à la
» Nature. Ce font des Eaux qu'elle y conduit & que
»l'Art fait ferpenter dans des fillons ménagés , ou
»is'élever en cafcades ... Les Fleurs les plus communes
y produifent un Spectacle nouveau ; leurs
» differentes couleurs afforties & mêlangées , entrent
en fymétrie , & forment des nuances qui
charment les yeux . La Nature femble s'admirer
→ de
» de fe voir fibelle de fes propres beautés; tout y eft
» naturel , mais tout y annonce les attentions &
» l'habileté du Maître . ... Par fes foins affidus le
» terrein inculte s'embellit ;les inégalités fe changent
>> en Terraffes ; le fol pierreux devient une grotte
échappée , où la mouffe & la rocaille imitent
» dans un défordre étudié , les jeux de la Nature .
22
Après avoir parcouru les divers genres d'Ouvrages
, où le fentiment doit dominer, le P. Senamaud
conclut fa premiere Partie par cette refléxion . » Ce-
» lui , dit-il , qui excelle dans un genre , peut ne pas
» primer dans un autre , la Nature ne donne pas
» tous les talens à la fois , mais dans quelque genre
» qu'un Ecrivain s'exerce , s'il ne cefle jamais d'être
naturel , rien ne fortira de fa plume , qui ne foit
digne d'être lû ; il n'aura pas peut-être les gran-
» des beautés , mais on ne lui reprochera aucun de
» ces défauts , capables de rebuter un Lecteur , né
» avec du goût & du fentiment , &c.
"
Dans la feconde Partie , deftinée à l'examen des
caufes qui rendent le naturel fi rare , le P. Senamaud
paroît d'abord furpris , avec raifon , que plufeurs
fiécles ayent femblé l'ignorer , & qu'après
l'avoir trouvé avec tant de peines , on l'ait abandonné
fi rapidement. » Eft- ce , pourfuit- il , qu'on
לכ
› pû ceffer de l'eftimer , ou la nature enfin auroit-
» elle ceffé de parler ? Non , mais tous ne l'écoutent
" pas , & la plupart des Ecrivains ont cherché hors
» d'elle des "beautés fardées , qui ont fafciné leurs
» yeux. Que l'Auteur qui veut briller , ou plûtôt
» qui cherche à éblouir , connoît peu fes intérêts ! il
» s'écarte au loin pour trouver des fleurs étrangé-
» res , que la Nature défavouë , tandis qu'il néglige
d'employer celles qu'il a fous fa main .... Pour
quoi tant de travail pour faire mal avec moins
» de peine on auroit fait beaucoup mieux , &c.
ג כ
33
22
2038 MERCURE DE FRANCE.
» Ce défaut de naturel a d'autres fources ; ce n'eft
pas toujours affectation , quelquefois c'eft incapa-
» cité de fe mettre au ton de la Nature. Il y a des
»voix naturellement difcordantes , il y a de même
" des génies qui naiflent guindés & obfcurs ; ne les
→ blâmez pas; ils ne peuvent mieux faire ; exhorteze
» les feulement à ne plus écrire , & c .
25
On peut donner le même confeil à ceux dont
» l'éducation a perverti les dons de la Nature ; nés
» fouvent avec un génie heureux pour les Belles-
Lettres,ils fe gâtent par la lecture d'Ouvrages fans
» goût ; ils ambitionnent follement la gloire de les
égaler , & Copiftes trop fidéles d'aufli mauvais
modéles , ils fe croyent d'autant plus proches
» de la perfection , qu'ils s'éloignent d'avantage
» de la Nature , &c.
ל כ
33
>>
כ כ
D'autres , formés fur de meilleurs modéles ,
pourroient relever avec goût tout ce qui s'écarte
>> du naturel ; leur Critique eft fûre , & ils jugent
» bien des Ouvrages d'autrui , mais ils ont pour eux-
» mêmes une indulgence pernicieufe ; la pareffe ,
» ce vice lent & tranquille , qui ruine infenfiblement
» toutes les vertus , les empêche de mettre le foin
» néceffaire aux Ouvrages qu'ils donnent au Public.
» Ces naïves beautés qu'ils fçavent fentir , fe trou-
» vent rarement fous la plume ; il faut les attendre ;
» il faut les chercher , enfin il faut du tems & du tra-
» vail pour donner aux penſées & aux expreffions ,
≫ce tour noble , hardi & naturel, qui caractériſe les
>> Ecrits des Maîtres de l'Art .
3
Avant que de finir for Difcours,le Pere Senamaud
donne quelques préceptes pour arriver à ce naturel
dont il vient de faire l'éloge. » Que la penfée
, dit- il , foit toujours fi claire , qu'on ne foir
jamais occupé à en chercher le fens ; qu'elle entre
dans l'efprit fans effort , comme la lumière dans
* les
SEPTEMBRE. 1743- 2039
ןכ
les yeux ; qu'elle foit effentiellement vraie , &
qu'en la confidérant dans toutes fes faces & dans
tous fes points de vie , elle ne perde rien de fon
» caractére de vérité , &c. Que l'Ecrivain faffe
» choix des termes les plus expreffifs ; qu'il employe
les images les plus propres à faire impreffion , &
» qu'il les place de maniere , qu'elles fe prêtent mu-
» tuellement plus d'éclat & de force , &c.
Telles font les loix qu'il faut fuivre pour écrire
naturelle ment , mais il n'appartient qu'au génie de
produire le naturel , l'Art ne peut que le perfectionner
, &c.
La Séance fut terminée par une Ode , que M. Fé
de Boifragon , Gentilhomme d'Angoulême , avoit
envoyée pour le Prix de fon Affociation ; elle eft
tirée du fameux Cantique de Moyfe fur le Paffage
de la Mer Rouge. C'eft le premier coup d'effai du
jeune Poëte. Vous jugerez par-là , Monfieur , ce
que l'Académie de la Rochelle ,& même tout le Pu
blic ont droit d'attendre de lui dans la fuite.
ODE
Tirée du Cantique de Moyfe fur le Paffage
de la Mer Rouge.
Eniffons le Seigneur dans nos chants de victoire ;
De fon Trône fur nous il a jetté les yeux ;
Beniffons mille fois un Dieu , qui met ſa gloire
A nous fauver du fer d'un Peuple furieux.
Déja l'Egyptien , animé par l'envie ,
Se flattoit qu'à la haine impie
Il alloit nous facrifier ; •
Mais Dieu parle : à fa voix foumife , obéiffante ,
La Mer enfevelit fous l'Onde frémiſſante
Le Combattant & le Courfier.
2040 MERCURE DE FRANCE.
Il eft le Tout-Puiffant , le Dieu fort , l'invincible ;
Nous avons vu par lui l'ennemi confondu ;
Il s'eft armé pour nous de fon glaive inviſible ;
Son poids s'eft fait ſentir au Soldat éperdu .
Tel qu'un Rocher brifé, dans fa chute rapide ,
Soudain de l'Element liquide .
Perce l'horrible immenfité ;
Tel Pharaon , grand Dieu , devenu ta victime ,
Dans l'éternelle nuit de l'effrayant abyme
Eft pour jamais précipité.
+3x+
A ce coup éclatant ta gloire intéreffée
A plongé dans le deuil la fuperbe Memphis
Tu devois ; pour venger ta grandeur offenſée ,
Ce jufte châtiment à fes coupables fils.
Ainfi
que dans la Plaine , allumé par la foudre ,
Le feu , vengeur réduit en poudre
L'efpoir du trifte Laboureur ;
'Ainfi de fa puiflance & d'orgueil enyvrée ,
L'aveugle Nation vient d'être devorée
Par le fouffle de ta fureur.
A nous ouvrir leur fein les Ondes empreflées
Sembloient nous découvrir le centre des Enfers
De flots accumulés deux montagnes glacées
Elevoient leur fommet jufqu'au plus haut des airs;
Enfin , dit l'ennemi , j'affouvirai ma haine ; ›
Avec eux pour brifer leur chaîne ,
Envain
SEPTEMBRE. 1743. -2041
En vain leur Dieu veut-il s'unir ;
Oüi , leur fang malgré lui va rougir mon épée ,
Et fon mortel tranchant de leur race extirpée
›› Détruira juſqu'au fouvenir.
***
Il nous fuit à travers ces Montagnes humides ;
L'abîme retentit de fes cris furieux ,
Mais les flots indignés , redevenus liquides ,
Engloutiffent le Chef, les Soldats & leurs Dieux.
Un ſeul mot de ta bouche a tout fait difparoître ,
O toi, qui peux parler en maître
Aux Elémens épouventés
Grand Dieu , qu'elle eft ta gloire & ta magnificence !
Qu'Ifraël , en tremblant , s'abaiffe en ta préfence
Au fouvenir de tes bontés !
Les Géants font tombés fous ta main vengereffe ,
Au moment que pour nous elle a feché les Mers ;
Abandonnerois-tu ton Peuple à fa foiblefle ,
Après avoir brifé fes Tyrans & ſes fers ?
Non non, Seigneur, les feux, les éclairs, les tempêtes
A nous défendre toujours prêtes ,
Vont diffiper nos ennemis ,
Et ta force , rendant leur effort inutile ,
Nous conduira bien- tôt dans la terre fertile
Que ton amour nous a promis .
Quels
2042 MERCURE DE FRANCE.
1
Quels objets je découvre aux traits de ta`lumiére .
Où fuis-je dans fon fang le Philiftin noyé ,
Pour prix de fa fureur a mordu la pouffiére ,
Sous tes carreaux brulants juftement foudroyé
Pour les cruels enfans à fon tour allarmée ,
J'apperçois la fiére Idumée ,
Pâlir au feul nom des Hébreux.
Moab & Chanaan font frappés par la crainte ,
Et dans leurs coeurs impurs ils reffentent l'atteinte
Du défefpoir le plus affreux..
Que tardes-tu ? fur eux fais tomber l'épouvante
Imprime fur leur front la pâleur de la mort ,
Laffé des attentats d'une race infolente ,
Egale à fes forfaits les horreurs de fon fort.
Dans ces jours , où conduits ſur tes facrés veſtiges,
Nous verrons par mille prodiges
Ton bras fe fignaler pour nous ,
Puiffent de notre fang tous ces Peuples avides ,
Se déchirant le fein de leurs mains parricides
Prévenir ton jufte courroux !
Que font-ils devant toi , qu'une vaine fumée !
Quels fuccès ont fuivi leurs complots criminels ?
Oui , tu fçauras , grand Dieu, malgré la Terre are
mée ,
Accomplir dans le tems tes décrets éternels.
То
SEPTEMBRE. 1743 . 2043
Tu nous établiras dans ta demeure fainte ,
Tu donñeras à fon enceinte
Une immuable fermeté.
Là , Jacob , s'uniflant aux Cantiques des Anges ,
De fon Libérateur chantera les loüanges ,
Au-delà de l'Eternité.
L'Académie des Jeux Floraux propofe pour le
Sujet du Prix d'Eloquence , qu'elle doit diftribuer
dans fon Affemblée publique du 3. Mai 1744. La
Subordination eft le plus ferme appui des Etats.
CATALOGU E abbregé des Ouvrages de
Mrs, les Peintres , Sculpteurs & Graveurs
de l'Académie Royale de Peinture , anjour
d'hui vivans , expofés dans le Salon du Loule
s. du mois d'Août dernier , jufques
compris le Dimanche premier Septembre.
vre ,
О
N ne prétend donner ici ni rang , ni préference
entre les Auteurs , dans l'arrangement
des articles des Tableaux dont on va parler , &
comme on a fait diftribuer à la Porte du Louvre un
petit Livre , imprimé chés Collombat , contenant
la defcription & les dimenfions de chaque Tableau
auquel on peut avoir recours , on a crû pouvoir
difpenfer de les mettre tous.
PEINTRES.
DEM . COYPEL , ancien Profeffeur , Ecuyer ,
Premier Peintre de M. le Duc d'Orléans. 1. Un
G Ta2044
MERCURE DE FRANCE.
Tableau â l'huile , d'environ 4 pieds de haut fur 5 .
de large , repréfentant J. C. naiffant , adoré par les
Anges. L'idée de ce morceau , qui a plû à tout le
monde , a été conçue fur l'expreffion noble & majeftueuse
du Motet du Sieur de Mondonville, Venite
adoremus ; c'eft ainfi que tous les Arts fe prêtent la
main. 2. Autre, prefque quarré, de 4. pieds , repré
fentant J. C. au berceau . 3. Un Tableau au Paſtel ,
repréfentant une Fuite en Egypte ; la tête de la
Vierge eft de la plus grande beauté. 4. Autre au
Paftel , repréfentant la Folie , qui s'amufe à parer la
décrépitude , avec les ajuftemens de la plus brillante
jeunelle . . Tableau repréfentant l'Amour indigné,
qui s'envôle & abandonne Pfiché. Ce Morceau eft
' une force de coloris étonnante pour du Paſtel. 6.
Un petit Païfage auffi au Paftel . Le Publio éclairé
rend toujours juftice aux Ouvrages de M. Coypel ,
qui voit couronner par de nouveaux fuccès la répuration
qu'il s'eft acquife par fes talens pour le def
fein & pour la finefle des expreffions.
•
DE M. DE TOURNIERE , Ancien Profeffeur . 1 .
Un grand Portrait en pied , repréſentant le Duc de
Briffac , Chevalier des Ordres du Roi. 2. Autre
qui repréſente en bufte Madame du Metz . 3. Autre
, repréfentant une Dame dans le Bain . 4. Un petit
Portrait en pied , qui repréfente M. de Montluçon
, Fermier Général , en habit de Capitoul. Ce
Profeffeur, accoûtumé depuis long - tems aux Eloges
du Public , ne néglige rien pour en mériter la
continuation .
DE M. GALLOCHE , Profeffeur , 1. Tableau de
4. pieds & demi , fur 3. & demi ; c'eſt le Triomphe
d'Amphitrite. 2- Deux Efquiffes , dont l'une eft
celle du même Tableau , & l'autre d'un morceau
commencé , qui doit faire pendant à celui- ci. Il reprefente
le récit que Télémaque fait de fes Avantres
SEPTEMBRE. 1743 .
2045
res à Calipfo. Ces Tableaux ont le mérite , que
Galloche fçait donner à fes Ouvrages.
M.
DE M. RESTOUT , Profeffeur. Un grand Tableau
de 25. pied de large , fur 13. & demi de haut , qui
repréſente la Dédicace du Temple de Salomon ,
dans le moment que le Seigneur y marqua fa préfence
, par une nuée dont il le remplit . On lit dans
le petit Livret , dont on a deja parlé , que cet
événement miraculeux frappa les Prétres , au point de
les empêcher d'achever les fonctions de leur Min¹ftére ;
la reconnoiffance , la crainte , l'étonnement & l'admi
ration , fe font fentir dans les Hébreux , à la vûë du
feu du Ciel , quidefcend fur l'Autel des Holocauftes ,
& qui en confume les Victimes. Pour Salomon , il ne
paroit occupé que de la grandeur & des miséricordes
du Dieu d'Ifrael. Ce fameux Tableau , qui a fait un
des principaux Objets du Salon , eft bien digne des
grands talens de l'habile Profeffeur , qui l'a compo.
fé,& du digne Eléve & neveu de l'illuftre JEAN JOU
VENET .
DE M. DUMONT , le Romain , Profeffeur. 1 .
Tableau repréfentant un Repos de Diane de 3 pieds
& demi de haut fur 4 de large. 2. Autre , fuite du
même fujet de forme ovale , tous deux pour le Cabiner
du Roi , à Choify. * 3. Autre , qui repréfente
un Païfage , avec des figures , du Cabinet de M.
l'Empereur.
DE M. BOUCHER , Profefleur. 1. Un Tableau
ovale , reprefentant la Naiffance de Vénus . 2. Son
pendant de même forme. Vénus à fa Toilette , fortant
du Bain. 3. Un Tableau chantourné de 6. pieds
de large fur pareille hauteur , repréfentant la Mufe
Clio ,qui préside à l'Histoire & à l'éloge des grands
* La deftination de ces Tableaux nous diſpenſe
d'en faire l'éloge.
Gij hom2046
MERCURE DE FRANCE.
hommes : elle eft affife , écrivant fur un grand Livre
,fupporté par les aîles du Tems , regardant les
Buites & Médaillous des Héros placés au Temple
de Mémoire . 4. Autre de même forme , faifant pendant
, repréfentant Melpoméne tenant d'une main
un Poignard, & de l'autre , des Sceptres & des Couronnes,
qui font les attributs de la Mufe, qui préfide
à la Tragédie . 5. Tableau , repréſentant un Païfage
où paroît un Moulin à eau , & une femme qui donne
à manger à des Poules. 6. Son pendant repréfentant
une Vieille Tour , & fur le devant des Blanchifleuſes.
7.Autre petit Païfage de forme chantournée,
repréfentant un vieux colombier & un espéce de
Pont ruiné , fur lequel eft une femme & un enfant
qui regarde un Pêcheur. Ce Peintre aimable dans
fon deffein , dans fon coloris & dans fes compofitions
naturelles & naives , eft toujours sûr des applaudiffemens
du Public , dans tous les Ouvrages
qu'il lui préfente.
Dz M. NATOIRE , Adjoint à Profeffeur . 1. Tableau
en largeur , repréfentant un Repos de Diane .
2. Autre de même grandeur , qui repréſente Bacchus
& Ariane. 3. Autre qui repréfente Apollon &
les Mufes fur le Parnaffe. 4. Vénus qui fe proméne
fur les Ondes, & Neptune qui vient la recevoir.s.Autre
petit Tableau au Paſtel , repréfentant une tête de
fantaisie .
Les quatre premiers Tableaux ont été faits pour le
Roi , & doivent être placés au Château de Marly :
c'eft le plus grand éloge qu'on en puiffe faire .
DE M. JEAURAT , Profefleur . Un Tableau en
hauteur ceintré , qui repréfente une Annonciation.
Ce Tableau a été honoré des fuffrages de beaucoup
de Connoiffeurs .
DE M. OUDRY , Adjoint à Profeſſeur. Sep: Tableaux
du Cabinet de M. le Premier. 1. Un de 2 .
pieds
SEPTEMBRE. 1743. 2047
pieds,prefque quarré, repréfentant des Matelots qui
débarquent leur pêche , peint à Dieppe 2. Un de
même grandeur , repréſentant une espéce de Tour ,
des Vaches fur le devant , une Femme vûë par 1s
dos , qui tient un chien qui abboyé après un Ane .
3. Autre de même grandeur , qui repréfente un
homme tenant un cheval ; un Chien qui paroît
abboyer ; deux Vaches & une Femme , conduifant
un Cheval chargé d'un Veau. 4. Le fond de ce
Tableau eft une ruine de Bâtiment , & fur le devant,
des Vaches , des Moutons , un Cheval paiffant , &
un Berger qui careffe fon Chien . s . Paifage , dont
le fond eft une Forêt , dans laquelle on voit un
Cerf;fur le devant paroît un relais de deuxChevaux .
6. Autre , repréfentant une jeune Fille , qui conduit
une Vache , une Chévre & des Moutons ; à côté des
Chiens à l'attache fous une Baraque dans une baffecout.
7. Autre , qui répréfente un petit Garçon fur
un Ane , conduifant des Vaches , des Moutons &
des Chevres ; un vieux Château dans le fond . 8. Autre
Tableau de 3. pieds , repréſentant un Faifan
attaché par la patte un Lapereau & une Perdrix
, appartenant à M. Dupuis , Jardinier du Roi .
9. Un grand Tableau de 10. pieds en quarré ,
placé fur le buffet de la Salle à manger du
Château de Choify , lequel repréfente une Fontaine
vue par l'angle , des painpres qui s'étendent deflus ,
& dans le milieu du bas,un fanglier & un chevreuil :
d'un côté , un Barbet qui furprend un Héron dans
des rofeaux : à l'autre bout deux Chiens couchans ,
un Faiſan & un Liévre attaché , & dans le coin , des
Paniers de chaffe avec quelque Gibier. 10. Autre
grand Tableau , repréfentant des Paniers de chaffe
renverfés , une Terrine d'argent fur un tapis de
Turquie & un fond d'Architecture : ce Tableau eft
du Cabinet de l'Auteur . 11. Un bas relief de bronze
G iij
"
{ ur
2048 MERCURE DE FRANCE.
fur un fond de lapis , repréfentant Silene , barboüillé
de Mures par la Nimphe Eglé , imité d'après celui
qui appartient au Roi , du Cabinet de l'Auteur.
12. Un portrait de Chien couchant, fait pour le Roi,
& pofé dans la Salle à manger du Château de Choi
fy. 13. Autre portrait de Chien couchant , auffi fait
pour le Roi, & pofé dans la même Salle . 14. Tableau
Lepréfentant un Tigre de la Ménagerie du Roi
peint pour S. M. Outre les grands talens , que tout
Je monde connoît à M. Oudry , il a encore celui
d'attirer les fuffrages les plus brillans en fa faveur.
DE M. CHARD IN. I. Tableau repréfentant le
Portrait de Mad. le Noir, tenant une Brochure. 2.
Petit Tableau, qui repréfente des Enfans qui s'amu
fent au Jeu de l'Oye. 3. Autre , faifant pendant , où
font auffi des Enfans faifant des tours de carte . Les
Tableaux de M. Chardin font toujours fort recher¬
chés. Ils plaifent généralement à tous ceux qui ont
des yeux & quelques fentimens , par cette imitation
naïve & vraie de la nature ; il a l'art d'animer
Ja toile.
M. LE CHEVALIER SERVANDONE. Neuf Tableaux,
deffus de Porte défignés fous le même N° . repréfentant
plufieurs fujets d'Architecture & Bâtimens Aniques
, Paifages & diverfes vûës , lefquels ont été
faits en huit jours , à l'occafion de la Fête que M. le
Cardinal d'Auvergne donna dans fon Hôtel , lors
du Mariage de la Princeffe de Bouillon, aujourd'hui
'Ducheffe de Montbazon . Le Chevalier Servandoni
met toujours heureufement en pratique les fçavantes
leçons qu'il a puifées dans l'école de fon Maître ,
J. P. Panini , Illuftre Peintre Romain.
DE M. TOCQUE ' . 1. Portrait en grand , repréfentant
M.Mirey, Secrétaire du Roi , peint en Chaf
feur , tenant fon fufil . 2. Portrait de M. Poüan , appuyé
fur le dos d'un fauteuil . 3. Autre en Buſte , repréSEPTEMBRE
. 1743. 2049
1
préfentant Mad. de ***. 4. Autre Portrait repréſen
tant M. de ** * en robe de chambre. 5. Une tête
qui repréfente le Portrait de M. le Moine le pere ,
Sculpteur ordinaire du Roi & Profeffeur à l'Acadé
mie de Peinture & Sculpture. On voit toujours dans
les Portraits de M. Tocqué , quifont en grand nom →
bre , beaucoup d'intelligence & de variété.
DE M. AVED. 1. Tableau en hauteur de 7. pieds
& demi fur f . & demi de large,repréſentant Mad, la
Marquise de Sainte Maure , en Sultane ; le Spectateur
éclairé , a remarqué avec beaucoup de fatisfaction
, l'ordonnance , le deffein & l'effet de ce premier
Tableau. 2. Le Portrait de M. le Marquis dè
Mirabau dans fon Cabinet , appuyé fur le Polibe de
M. Follard. Ce fecond Portrait ne céde en rien au
premier. 3. Celui de Mad. la Traverſe, appuyée fur
une table. Ce Portrait a flatré le Public par la fraicheur
du coloris & les graces de la figure . 4. Celui
de M. l'Abbé Gedouin, Abbé de Beaugenci, de l'Académie
Françoife . Ce quatrième Portrait ne dément
point les autres. Le Public continue de rendre
aux talens fupérieurs de M. Aved , toute la juftice
qui leur eft dûe , & paroît de jour en jour plus em
barraffé fur la préference entre fes concurrens & lui.
DE M. LUNDBERG. Deux Portraits au Paſtel de
M. & Mad. Boucher , que le Public a honoré de
beaucoup d'éloges.
DE M. PIERRE. 1. Tableau de pieds de haur
fur 4. de large , repréfentant S. Jean - Baptifte , qur
baptife les Juifs dans le Défert. 2. Autre plus petit ,
repréfentant l'Innocence. 3. Autre de même grandeur
, repréfentant Ganiméde. 4. Autre de 4. pieds.
fur 5. de large , repréfentant une Bergere avec des
Moutons, & une Vache dans un fond de Païfage . 5 .
Autre, repréfentant l'Efquiffe d'une Nativité. 6. Au
tre , Bambochade , repréfentant un Voyage. 7. Au-
G. iiij
2050 MERCURE DE FRANCE.
tre plus petite Bambochade , qui repréſente des Païfans
. 8. Une Tête au Paſtel , d'après nature . Le Public
paroît fort content des talens de ce jeune Feintre,
Parifien , & de fes Ouvrages . Il eft nouvellement
arrivé d'Italie , & reçû depuis peu à l'Académie
Royale de Peinture & Sculpture : état qu'il a préferé
à tous les établiflemens les plus honorables , que
fes étoient en état de lui
parens
ainfi on procurer ;
peut dire , que c'eft uniquement l'amour des Beaux
Arts qui lui a mis le pinceau à la main.
DE M. DE LA TOUR. 1. Un Portrait au Paſtel ,
repréfentant le Duc de Villars , Gouverneur de
Provence , Chevalier de la Toifon d'or. 2. Autre
Portrait de Mlle. de ***. 3. Autre , repréſentant M.
Paroffel , Peintre de l'Académie , d'une vérité frappante.
M. de la Tour devient fi fort au -deffus de
tous les Eloges qu'on lui donne , que nous craindrions
de les affoiblir & de ne pas donner une jufte
idée du mérite de fes Ouvrages , fi nous entreprenions
de le louer ici.
DE M. FRONTIER. 1. Un Tableau de 9. pieds de
haut fur 6. & demi de large, repréfentant Moife qui
éléve le Serpent d'airain, deftiné pour l'Eglife de Ste.
Croix de Lyon, 2 Une Académie peinte d'après
nature , répréfentant un homme en méditation . 3 .
Autre de même grandeur , auffi d'après nature , repréfentant
un homme endormi . 4. Autre petit Tableau
d'après nature , repréfentant trois Colomnes
d'un Temple de Rome , fituées dans le Lieu appellé
Campo Vaccino. Ces Tableaux font honneur à la réputation
naiffante de M. Frontier .
"
SCULPTEURS.
DE M. ADAM l'aîné , Adjoint à Profefleur. 1. Un
Grouppe en modéle de terre cuite , repréfentant
Pigmalion , célébre Statuaire de l'Antiquité , qui
acheve la ftatue d'une jeune Fille , à laquelle il
donna,
SEPTEMBRE. 1743 .
2051
la
donna , par fon art ,
tant de graces , animé , par
préfence de l'Amour , qu'il en devint paffionément
amoureux . Il la pars de fleure , de joyaux & de draperie.
Vénus donne la vie à cette Figure , & Pigmalion
l'époufa . Ce Grouppe eft fur un pied d'eftal octogone
, orné d'un cartel & de panneaux . 2. Une
figure de Femme aflife , repréfentant li Vérité qui
fe découvre elle-même ; elle eft fur un pied d'eftal
taillé dans le roc , fur lequel elle eft affife , ayant un
pied fur le Globe de la Terre : le pied d'eftal paroît
encore informe à quelques égards . L'Architecture
eft taillée à divers endroits du rocher. 3. Une figure
de femme debout,qui repréfente la Verve Poétique,
s'empreffant à mettre par écrit le fruit de fon enthou
Gafme. Elle eft couronnée de laurier, ayant des aîles
à la tête , pour montrer la vivacité de fon imagination
. Elle eft entourée de feuilles de vignes , ce qui
défigne l'yvreffe dont elle, eft tranfportée . Elle eft
placée fur le fommet du Parnafle, d'ou coule l'Hyppocrêne,
environnée de laurier & de lierre. On voit
à fes pieds un Livre de Mufique , quelques Inftrumens
& une Trompette. 4. Autre figure en pied ,
qui repréfente la Vertu , couronnée de laurier . Elle
a un pied fur le Globe de la Terre . Elle paroît s'oc
cuper à combattre quelque vice , lequel eft défigné
par un Serpent , auquel elle perce la tête avec une
épée qu'elle tient d'une main , & de l'autre elle
montre une branche de chêne , qui fait voir
que la
Vertu furmonte le vice , comme le chêne furmonte
les tigucurs de l'hyver. Deux de ces modéles ,
doivent être exécutés en marbre , & les deux autres
en pierre de Tonnerre , le tout de grandeur naturelle
. On pourroit hardiment donner les plus grands
éloges aux Ouvrages de M. Adam , fans crainte d'être
démenti par le Public , ni par les Connoiffeurs
les plus difficiles & les plus délicats .
Gy M.
2052 MERCURE DE FRANCE..
DE M..LE MOINE,le fils ,Adjoint à Profeffeur. Sujet:
du Tombeau , qui doit être exécuté à la mémoire
de S. E. M. le Cardinal de Fleury. Le tems qui a
détruit fon Eminence , le fait revivre par les foins
du Roi , le Cardinal eft repréfenté à genoux . Le
tems léve le voile qui cachoit l'Infcription , & y
montre les attentions de S. M. pour ce Miniftre ..
La Fidélité perſonnifiée & admirablement caracté–
rifée fous la figure d'une belle Femme , s'attendrit
fur le fort du Cardinal . Des Génies foutiennent fes
Armes. Les figures doivent être en marbre blanc
excepté celle du Tems , dont la couleur du bronze
convient mieux au caractére de la vieilleffe . Nous.
avons déja eu occafion de parler avec éloge de ce
jeunè & illuftre Artifte , qui eft déja célébre par de
très-grands Ouvrages heureufement terminés. It
eft actuellement à Bordeaux , pour y faire pofer la
Statue Equeftre du Roi en bronze de 14. pieds de
hauteur , à mefurer depuis le pied du cheval , jufqu'au
fommet de la tête du Roi . Monument célébre
, qui a fait l'admiration de tout le monde à Paris
, & qui a attiré un très - grand concours à l'Attehier
de M. le Moine , au Fauxbourg S. Honoré.
DE M. COUSTOU, le fils , Adjoint à Profeffeur..
1. Deux Têtes d'après nature. 2. Un Projet d'Autel
, représentant l'Apothéofe de S. Ignace. Ce jeune
Artifte porte un nomi célébre dans les beaux Arts,
& le Public reconnoit dans fes Ouvrages , qu'il eft
digne de le porter . Il eft fils & Eléve de M. Couftou
, actuellement Directeur de l'Académie..
DE M. DE LA DATTE . Defcription du Mauſolée
projetté pour la mémoire de M. le Cardinal de
Fleury .
Ce Prélat eft le premier objet qui s'offre à la vûë ::
on l'a repréfenté à genoux , dans l'attitude & portant
tous les traits d'un homme pénétré de la mifé-
1icorde
SEPTEMBRE. 1743. 2053
ricorde de Dieu . Il paroît invoquer cet Etre fuprê
me , dans un Livre de Prieres , qu'un Ange tient
ouvert devant lui , tandis qu'un autre Ange témoi
gne , par la vive douleur de fon attitude , la perte
que l'on vient de faire dans ce Miniftre.
A la droite du Tombeau , eft une Figure qui réunit
, en elle feule , plufieurs attributs , tous relatifs à
J'attachement inviolable du Miniftre pour le Roi ,
& à la confiance intime , dont le Monarque l'a honoré
jufqu'au dernier inftant .
L'activité , le zéle & la fidélité du Miniftre , font
repréfentés par le Chien, qui accompagne la Figure
dont on vient de parler , fymbole de toutes les
Vertus que l'on a voulu dépeindre , & que par
cette raison , l'on a crû devoir préferer à tout autre
, dans un Monument qui pourroit paffer à des
fiécles, moins éclairés que le nôtre. Le Cachet que la
même Figure tient à la main , eft l'emblême du ſe--
cret impénétrable , qui a fait tant d'honneur au Mi--
niftére de M. le Cardinal de Fleury ; par la Clef
que l'on y a joint , on croit avoir affés bien exprimé
la confiance du Monarque , & le bon ufage que
le Miniftre en a toujours fait . La Figure à laquelle
on ajoint ces emblêmes , par les regards vifs & touchants
qu'elle jette fur le Miniftre , paroît vouloir le
fuivre des yeux , juſques dans la nuit du Tombeau.
' La Figure que l'on a placée à la gauche du Tombeau
, eft d'un caractére different : le Miroir qu'elle
tient àla main, & le faiſceau de fléches fur lequel elle
eft apuyée,défignent d'une maniére frappante laPru
dence unie à la Force. La dignité que l'on a tâché
de répandre fur toute cette Figure , annonce affés le
caractére de fagefle & de fermeté que l'on a voulu
représenter dans ce Prélat . Cette Figure paroît pé--
nétrée jufqu'à la triftefle , mais non jufqu'au décou
ragement.
G-vjì La
2054 MERCURE DE FRANCE.
>
La Foi, repréſentée par un Calice , appliqué fur
un bouclier , & au-deffus duquel s'élève la Sainte
Hoftie , objet de notre amour & de notre foi , fe
trouve placée de maniére qu'elle fert de couronnement
à toutes les vertus purement humaines , que
le Prélat eut dédaignées , fi les chrétiennes ne les
euffent point accompagnées ; un Ange tient fufpenduë
fur la tête de fon Eminence une Couronne
qui eft le fymbole de la récompenfe , que le Seigneur
accorde à ſes vertus . Enfin les Armes du Prélat
font appliquées au corps du Tombeau ; mais d'une
maniére qui répond à la modeftie de celui , qui n'a
voulu d'autre gloire en faifant bien, que celle même
d'avoir bien fait . Au pied du Tombeau eft un bas
relief, qui repréfente la réunion de la Lorraine à la
Couronne de France.
DE M. BOUCHARDON. Projet de Mauſolée pour
feu M. le Cardinal de Fleury , fait par ordre de M. le
Controlleur Général. On y voit d'abord , comme
l'objet principal , S. E. à genoux fur un Prie - Dieu .
Au- deffus de fon Tombeau , derriere lui & fur le
même plan , eft le Génie de la France qui , fous la
figure d'un enfant éploré , tient trois Couronnes ,
que S. E. femble lui avoir remifes , pour ne plus
s'occuper que des grandeurs éternelles. La premiére
de ces Couronnes , qui eft le laurier , exprime
fon zele pour la gloire du Roi & de l'Etat La feconde
, qui eft de chêne , & que les Anciens nommoient
Couronne Civique , eft le fymbole de fon
amourpour la Patrie , & de fon attention à ménager
les peuples. La troifiéme enfin d'Olivier , attribut
ordinaire de la paix , annonce quel étoit le terme
heureux où tendoient toutes les vûës.
Au pied du Tombeau font deux Lions , dont l'un
écrafe ' Hydre vaincuë , ta dis que l'au´re tient le
mafque qu'il a arraché à l'Erreur , & le flambeau
de
SEPTEMBRE. 1743. 2055
de la Difcorde prêt à s'éteindre. Deux Confoles qui
fupportent le Tombeau , laiffent entr'elles un champ
où l'on a placé l'emblême de l'Eternité , exprimée à
l'antique , par un ferpent qui fe mordant la queuë ,
forme un ce cle ou rond parfait , au milieu duquel
un fable aîlé, marque par oppofition, le nombre & la
rapidité des jours que nous paflons fur la terre.
Plus bas , & fur une plate-forme , formée par une
double plinthe qui décrit un avant- corps , font deux
Figures de Vertus affligées , qui s'appuyent fur le
Globe de la Terre , où l'on diftingue , furtout , l'Europe
, comme la Partie du monde , où la réputation
de S. E. s'eft le plus répanduë , parce qu'elle a été
plus particuliérement l'objet de fes travaux . Une de
ces vertus , caractériſée par le Gouvernail qu'e le
tient à la main , par le Miroir & le Serpent qui font
à fes pieds , marque l'équité , la prévoyance & la
fagefle , qui accompagnoient fon adminiſtration .
L'autre , qui repréſente la Religion , eft reconnoiffable
à fon voile & à fa Croix ,de même qu'au rouleau,
où volume antique fur lequel fon bras droit eft
fé , & à la flâme ardente qu'elle éléve & dirige vers
le Ciel.
po-
On a mis au haut de la contretable , qui fert de
fond à ce Maufolée , le cartouche des Armes de S. E.
orné d'une fimple guirlande de cyprès , pour répondre
par cette fimplicité à fon extrême modeftie dans
tout ce qui le regardoit perfonnellement . On lit en
note dans le petit Livre imprimé , auquel nous nous
conformons uniquement pour ce qui regarde ces
Modéles , la Note qu'on va lire.
Le Globe de la Terre eft un fymbole particuliérement
affecté au Gouvernement . Les Modernes d'accord
en cela avec les Anciens , l'ont employé dans toutes les
occafions où il a fallu représenter cette vertu. On en
pourroit citer une infilité d'exemples .
DE
2056 MERCURE DE FRANCE..
DE M ADAM, le cadet. Defcription du Mauſolée
de S. E. M. le Cardinal de Fleury , fait par ordre de
M. le Contrôleur Général.
Son Eminence eft repréfentée à genoux fur fon
Tombeau ; derrière lui s'élève une Pyramide , fymbole
de fa gloire , accompagnée de deux Cafloletres
fumantes , qui répandent de tous côtés la bonne
odeur de fes vertus ; vers le haut de la Pyramide , le
Génie de la France s'efforce de retenir le Tems qui
s'abaiffe , dont le Sable rompu & embrafé , annonce
la fin des jours de S. E.
L'équité & le fecret, défignés par une feule Figure
debout , à côté du Tombeau , s'effrayent de le voir
s'approcher ; le chien , qui eft au bas de cette Figure
, repréfente l'attachement inviolable de S. E. å la
perfonne de S. M. & P'Urne renverfée fous fes
pieds , d'où fe répand quantité de monnoye , fait:
connoître fon parfait défintéreflement. La Paix af
fife vis- à- vis, tenant une branche d'olivier , eft confternée
de la perte qu'elle fait . Les rares talens &
les foins continuels que le Cardinal a apportés à
l'é lucation de S. M. font marqués par le Livre & le
Caducée , & fon Ecuffon de l'autre côté foutient
cette Figure. Auprès d'elle eft un Enfant , qui mettant
une de fes mains fur fa poitrine , & étendant
l'autre dans celle de la Paix , exprime la bonne- foi ,,
qui étoit l'ame de toutes les actions de cet Illuftre
Miniftre. L'Architecture extérieure , eſt couronnée
par une Urne funebre , ornée de guirlandes de cyprès
.
Le même M. Adam a auffi expofé un bas relief
en bronze , pour être placé fur un des Autels de la
Chapelle de Verfailles , repréfentant le Martyre de
Sainte Victoire , fous l'Empereur Déce , l'an 255 .
Cette Vierge Chrétienne ya it refufé d'encenfer les
Idoles , reçoit un coup d'épée dont elle tombe , en
repouf.
SEPTEMBRE . 1743. 2057
repouffant conftamment le Grand Pontife Julien ,
qui la preffe avec fureur d'adorer Jupiter ; & l'Exécuteur
qui l'a traînée à l'Autel , la délie pour l'abandonner
fur la place . Perfonne n'accufera ce Cadet
de dégénerer & de ne pas foutenir la réputation,.
que ceux qui portent fon nom ,fe font fi juftement
acquife dans l'art de la fculpture ; ce bas-relief a été.
extrêmement goûté par les Connoiffeurs ..
DE M. ERANCIN . 1 Une Statuë en pied , de terre
cuite , repréfentant la Vierge. 2. Un deffus de Porte
auffi en terre cuite , repréſentant un Grouppe d'Enfans.
3. Autre deffus de Porte , auffi en terre cuite
compofé de deux Figures,& d'unTrophée d'Armes.
"
GRAVEURS.
DE M. DU CHANGE , Confeiller de l'Académie.
Un fujet gravé d'après M. Jouvenet , repréfentant
la Réfurrection du Fils de la veuve de Naïm , dédié
à l'Académie Royale de Peinture & Sculpture . Cette
Eſtampe fait un très grand plaifir , & ne fe reffent
nullement du grand âge de fon Auteur.
DE M. TARDIEU , le pere , Académicien . Trois
morceaux gravés , qui font la continuation de l'Hil-.
toire de Conftantin , d'après Rubens , du Cabinet
de M. le Duc d'Orléans . 1. Le double Mariage de
Conftantius Chlorus , pere de Conftantin & de Maximien
Galere Céfar. 2.La Ville de Rome, qui reçoit
la Couronne de l'Empire des mains de la Victoire
à l'entrée de Conftantin. 3. Entrevûë de Conftantin
& de Crifpe, fon fils, à Bizance . Nous avons déja cu
occafion de dire que Rubens , entre les plus célébres
Peintres de fon tems , avoit été un des plus heureux
, en ce qu'il avoit trouvé des Graveurs habiles
, qui ont rendu fidélement ſes caractéres & les
expreffions. Ces Eftampes de M. Tardieu , dont le
Public
2058 MERCURE DE FRANCE .
Public fait grand cas , confirment ce qu'on vient de
dire .
DE M. DE LARMESSIN . Le Fleuve Scamandre ,
gravé d'après M Boucher, Profeffeur de l'Académie.
M. de Larmeflin eft toujours sûr d'augmenter fa
réputation dans toutes les nouvelles productions de
fon burin..
DE M. COCHIN , le pere: Dix- huit petit morceaux
gravés , d'après fon fils , dont les fujets font tirés de
l'Eneide & des Géorgiques de Virgile . Ces Eftampes
ont été reçûés du Public , d'autant plus favorablement
, que pour l'intelligence , foit du deffein ,
foit de la gravure , elles paroiffent réunir l'éloge du
pere & du fils
DE M. SURUGUE , le pere . Un fajet gravé d'après
M. Boucher , repréfentant la mort d'Adonis .
Cette Eftampe a fait beaucoup de plaifir à tous les
Connoifleurs .
DE M. MOYREAU . Trois fujets gravés d'après
Wouvermens. 1. Les Gardes de Cavalerie . 2. Le
Marchand de Mithridate . 3. Le petit Pont de bois .
Ces Morceaux font très heureufement gravés , daurs
le goût des Tableaux originaux .
DE M. DAULLE' . Trois Portraits gravés d'après .
differens Maîtres . 1. Celui de Marguerite de Valois,
Comteffe de Caylus d'après M Rigaud. 2. Celui
de Pierre-Louis-Moreau de Maupertuis, d'après M.
de Tourniere. 3. Celui de Pierre- Auguftin le Mercier
, Imprimeur, d'après M. Van- Loo ; ces Portraits
ont été fort applandis par les gens de bon goût.
DE M. LE BAS . Quatre fujets gravés d'après dif
ferens Mai res. 1. Moiffon , ou troifiéme vue de
Flandre , d'après D. Teniers . 2. Jeu de Boule , ou
quatrième vue de Flandre , auffi d'après D Teniers.
3. Converfation galante , d'après M. Lancret. 4..
Courier de Flandre , d'après Both d'Italie . Le burin
de
SEPTEMBRE . 1743. 2059
de M. le Bas mérite toujours de plus en plus
les applaudiffemens du Public & des Connoiffeurs
.
DE M. COCHIN , le fils . Quatre Vignettes & huit
Culs de Lampe , deftinés pour une nouvelle Edition
des Oeuvres de feu M. Rouffeau . Plufieurs petits
Defleins , dont trois concernent l'Art Militaire. Cet
Article feroit fort étendu , fi nous voulions y faire
entrer tous les Eloges , que le Public éclairé donne
au génie & aux heureux talens de ce jeune Artifte .
DE M. SURUGUE , le fils . Trois fujets gravés d'après
M. Chardin. 1. L'inclination de l'âge. 2. Le
Singe de la Peinture. 3. Le Singe Antiquaire. Ces
trois morceaux ont été fort applaudis du Public.
DE M. SCHMIDT. 1. Le Portrait de M. Silva , Mé.
decin Confultant du Roi , d'après M. Rigaud. 2. Celui
de M. l'Abbé Desfontaines , gravé d'après M.
Tocqué , pour être mis à la tête de la Traduction
de Virgile. 3. Le Portrait de M. de la Tour , gravé
d'après le Tableau au Paftel , peint par lui - même.
Voici des Vers qui nous font tombés entre les
mains , deſtinés à mettre fous ce Portrait , où l'habile
Peintre eft repréſenté en négligé d'une manière
pittorefque , & tel qu'il eft ordinairement dans fon
Cabinet
Pour bien exprimer l'art que cette tête loge ,
Faut-il implorer Apollon ?
Mon cher la Tour , je crois que non :
Au bas de ton Portrait , pour faire ton Eloge ,
Ilfuffit de mettre ton nom .
DE M. TARDIEU , le fils . Trois fujets gravés.
1.Le Paralitique guéri près la Piſcine ,d'après le Tableau
placé dans le Cheur de l'Abbaye de S.Martin,
peint
2060 MERCURE DE FRANCE.
peint par M. Reftout. 2. Une fainte Famille , d'après
M. Chriftophe. 3. Un morceau de l'Hiftoire de
Conftantin , qui fe fait apporter l'Etendart où eft
repréfenté le figne qu'il avoit vu dans le Ciel Ce
jeune Artiſte marche heureufement dans la carriere ,
que lui ont ouverte ceux dont il porte le nom ,
les Ouvrages qu'on voit de lui aujourd'hui , font un
préſage certain des progrès qu'il y fera.
ESTAMPES NOUVELLES .
&
*
On a annoncé dans le Mercure d'Octobre 1742.
P. 2272. Trois Eftampes de l'Hiftoire de Conftan
tin , très - excellemment gravées par M. Tardieu ,
d'après les Tableaux originaux du célébre P. P. Ru
bens, qui font dans le Cabinet du Duc d'Orléans. Le
même Graveur vient de mettre au jour deux nouvelles
Eftampes , qui font la fuite de la même Hiftoire
de Conftantin ; l'une eft en largeur , & repréfente
un Triomphe allégorique de Conftantin ; on lit
aubas : Après la mort de Maxence , Rome recouvre
Empire, en reçoit la Couronne des mains de la
Victoire à l'entrée de Conftantin. L'autre , qui eft en
hauteur & uniforme à toute cette fuite , repréfente
l'Entrevisë de Constantin & de Crifpe fon fils , à Bi
zance.
Ces Eftampes fe vendent rue S. Jacques , après
la rue des Noyers , chés M. Tardieu , Graveur du
Roi , où elles ont le grand débit qu'elles méritent .
L'OPERATEUR BARRI , Eftampe en hauteur , detrois
Figures , gravée par le Sr. Balechou , d'après.
le Tableau Original peint par M. Jeaurat: on trouve
cette Eftampe chés M. Lepicié , Graveur du Roi,
au coin de l'Abreuvoir du Quai des Orfévres , &
chés L. Surugue , aufli Graveur du Roi , rue des
Noyers .
SEPTEMBRE. 1743. 2061
Noyers , vis- à-vis le mur de Saint Yves .
Ón lit au bas , la dixiéme Epigrame de feu M.
ROUSSEAU , qui exprime très - heureufement le
fujet.
Le même M. Lépicié vient de graver & mettre
en vente le CHATEAU DE CARTES : c'eft un jeune
adolefcent , qui s'amufe à faire un château de cartes
, d'après le Tableau original de J. B. Siméon
Chardin ; cette Eftampe ſe vend auffi chés le Sieur
Surugue , on lit ces Vers au bas :
Aimable Enfant , que le plaifir décide ,
Nous badinons de vos frêles travaux :
Mais entre nous , quel eft le plus folide
De nos projets ou bien de vos Châteaux ?
LE BUVBUR FLAMAND , Eftampe en hauteur
gravée par P. Chenu , d'après le Tableau original
de même grandeur que l'Eftampe , de D. Teniers.
Elle fe vend chés le Sieur le Bas , Graveur du Roi ,
ruë de la Harpe : on lit ces Vers au bas :
Jamais notre coeur ne fut plein
Du défir chimérique & vain
D'acquérir de la gloire & de la renommée ;
Et quand nous avons du chagrin ,
Nous fçavons le noyer au fond d'un broc de vin ,
Ou le diffiper en fumée.
Le Sr.Petit , Graveur , rue Saint Jacques , à la
Couronne d'Epines , près les Mathurins , qui continue
de graver la fuite des Portraits des hommes
illuftres du feu Sieur Desrochers , Graveur du Roi,
viens
1062 MERCURE DE FRANCE.
vient de mettre au jour les Portraits ſuivans.
ELIZABETH PETROWNA , fille de Pierre I. Impé
ratrice de Ruffie , âgée de 33 ans ; on lit ces Vers
au bas :
Tu vois ici les traits de l'Augufte Czarine ,
Qui de plus d'un Empire afsûra le repos.
Du Nord reconnois l'Héroïne ,
Comme PIERRE en fût le Héros.
HORACE , Poëte célébre ; il mourut fous le Régne
d'Augufte ; l'an du monde 3964. âgé de so. ans ;
on lit ces Vers au bas :
Toi , qui fçus fi bien l'art d'écrire ,
Et pour l'Ode & fur la Satyre ,
Philofophe charmant , Poëte ingénieux ,
Célébre favori de Mécéne & d'Augufte ,
Afin de te donner une louange jufte ,
Horace , il me faudroit tes talens précieux .
-
Mora:ne.
Le Sr. Michel de Serre , Chevalier de l'Ordre de
S. Jean de Latran , fils & Eléve du feu Sr. de Serre,
Peintre du Roi pour les Galéres de France , de l'Académie
Royale de Peinture & Sculpture , a faitdepuis
peu un Deffein à la plume , qui repréfente
JESUS CHRIST mourant fur la Croix , lequel a été
applaudi par plufieurs Connoifleurs , & honoré de
l'approbation de M. le Duc d'Orléans . Ce morceau
de douze pouces de haut , fur fept pouces de large ,
eft d'un goût fingulier. La douleur y eft exprimée
prefque avec autant de force , que s'il étoit colorié.
On voit dans le fond quelques Monumens de la
Ville de Jérufalem. Le Ciel paroît obfcurci par divers
SEPTEMBRE . 1743. 2063
vers nuages , & troublé pour plufieurs éclairs. Dans
ce défordre de la nature , un rayon de lumiére vient
éclairer tout le côté gauche du CHRIST , ce qui fait
un grand effet . L'Auteur a exprimé dans ce fujet tout
le caractére de la Divinité .
Il eût thonneur , il y a environ 20. ans , de
préfenter à S. A. R. M. le Duc d'Orléans , Régent ,
un Deffein auffi à la plume , d'après un Tableau du
fameux Rubens , que ce grand Prince honora de fon
eftime . Il a également réuffi dans un autre Deffein,
qui repréfente Bacchus & Ariane , dédié à S. A. S.
M. le Prince de Dombes en 1739. Il travaille actuellement
pour ce Prince à une vûë de la Ville de
Trévoux , auffi à la plume.
Le Sieur le Maire , Maître de Mufique à Paris,
donnera dans le courant du mois d'Octobre pro-
'chain cinq nouvelles Cantatilles , dont quatre font
tirées des Albanes en quatre Tableaux , fous les titres
de la Toilette de Vénus , les Forges de l'Amour,
Vénus & Adonis , Diane vengée & punie. Climéne
Tircis.Les quatre premiéres Cantatilles ,font pour
un Deflus de Violon , & la cinquième pour la Mufette
, Vielle , Flute , Violon & Hautbois.
Ces nouvelles Cantatilles feront du même prix,
que quarante quatre autres gravées , tant pour les
Deflus les Bafles que pour tailles , ce qui fera en
tout quarante-neuf, au prix de 24. fol . piéce .
·
Il a donné de nouvelles fanfares ou concerts de
chambre , en trio , pour les Violons , Flutes , Hautbois
, Mufettes , Vielles , Baffons , Violoncelles ,
Timballes & Trompettes, en trois parties féparées ,
2. liv . 8. f. Six Livres de differens motets à 30. fol .
piéce.
Les paroles de ces cinq nouvelles Cantatilles
font de l'Auteur des Fables d'Efopes , dont on a
parlé en fon licu . Tous
2064 MERCURE DE FRANCE.
Tous ces Ouvrages fe vendent toujours aux
mêmes adreffes , au bas du Pont Saint Michel ,
chés M. Chauvin , Chirurgien ; à la Régle d'or ,
rue Saint Honoré , & à la Croix d'or rue du Roule.
M. Chycoineau , Confeiller d'Etat , Premier Médecin
du Roi , ayant vû la guériſon d'un grand Prélat
, des Rougeurs , Dartres & Boutons qu'il avoit
fur le vifage depuis plus de huit ans , lequel a fait à
la Dame de Leftrade une penfion fa vie durant , &
ayant appris d'ailleurs la guérifon de plufieurs autres
Perfonnes confidérables , & qu'elle traitoit ces Maladies
depuis plus de 40. ans avec fuccès & applaudiffement
, a bien voula donner fon Approbation
pour débiter fes Remédes , pour l'utilité & le foulagement
du Public ; fçavoir , une Eau qui guérit les
Dartres vives & farineufes , Boutors , Rougeurs ,
Taches de rouffeur & autres Maladies de la Peau ;
& un Baume blanc , en confiftance de Pommade ,
qui ôte les cavités & les rougeurs après la petite vérole;
les taches jaunes & le hâle , unit & blanchit
Le teint. Ces Remédes fe gardent tant que l'on veut
& peuvent fe tranſporter partout.
Les Bouteilles de cette Eau font de 2. 3. 4. & 6.
livres & au- deffus , felon la grandeur. Les Pots de
Baume blanc font de 3. livres 10. fols , & les demi
Pots d'une livre 15. fols.
Mad. de Leftrade , demeure à Paris , ruë de la
Comédie Françoife , chés un Grénetier , au premier
Etage. Il y aune Affiche au-deffus de la porte.
CHANTHE
NEW
YORK PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX AND
TILDEN
FOUNDATIONS
.
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
.
P
ག
SEPTEMBRE. 1743. 2065
CHANSON.
LE Berger Daphnis , fur l'herbette ,
Un jour montroit la note à la tendre Nanette
Retenez bien , difoit- il , ma leçon ;
Que toujours vos beaux yeux expriment la Chanſon,
Dans. coulez , dans regnez , dans gloire ,
Que votre doux gozier enchante tous les coeurs
Par-là , vous ſçaurez joindre à vos attraits vainqueurs
Et le triomphe & la victoire.
Laffichard.
ARIET T E.
LEE Berger Tircis , dans la Plaine ,
Affis au bord d'un Ruiſſeau ,
Songeoit triftement à Climéne ,
En regardant coûler l'eau :
Mais moi , je fais tout le contraire ,
Car fans jamais avoir aucun chagrin ,
J'admire couler le vin
Qu'un ami verſe dans mon verre.
ZA
SPEC
1066 MERCURE DE FRANCE.
SPECTACLES.
EXTRAIT d'un Ballet nouveau, compose
de trois Entrées , précédé d'un Prologue
qui a pour titre les Caractéres de la
Folie , représenté par l'Académie Royale
de Mufique le 20. du mois dernier, annoncé
dans le Mercure du même mois.
Nre
Ous ne pouvons donner une plus claire
intelligence du Sujet , que par ce
que l'Auteur même en dit ; le voici.
On a crû pouvoir rapporter les Caractéres de
la Folie à trois efpeces principales, les Manies,
Les Paffions & les Caprices : on a choifi l'As
TROLOGIE parmi les Manies, parce qu'elle
fe lie plus facilement à une action bornée à un
Alte.
On fuppofe qu'une jeune Bergere fuperftitieu
fe combat le penchant de fon coeur. C'est en
profitant defon erreur , qu'on parvient à l'en
détourner.
On a choifi l'Ambition parmi les Paffions pour
le fujet de la feconde Entrée.
Les Caprices de l'Amour font le sujet de la
troifiéme Entrées après en avoir expofé les bizarreries
, on s'eft permis , par une licence , de
faire triompher la Raifon.
Au
SEPTEMBRE. 1743 . 2067
Au Prologue le Théatre repréfente les
Jardins de Cythere. Vénus fe plaint de l'aveuglement
de fon fils , caufé par la Folie.
Elle expofe le fujet par ces Vers.
O crime affreux ! ô malheureuſe Mere !
Mon Fils a perdu la lumiére ;
La Folie a commis ce forfait odieux ,
Et l'Amour eft privé de la clarté des Cieux .
Venez fignaler fa puiſſance ,
Vous , qu'il combla de fes biens les plus chers.
Vengez le Dieu de l'Univers ;
Armez-vous ; accourez ; volez à la vengeance.
Le Choeur des Suivans de l'Amour répéte
ces deux derniers Vers.
La Folie appelle fes Sujets à fon fecours ,
par ces Vers.
Vous, à qui j'ai fait part de mes biens les plus chers,
Heureux Sujets , fignalez ma puiffance ;
Venez de la Folie embraffer la deffenfe ;
C'eft la Reine de l'Univers.
Le Choeur des Sujets de la Folie répéte
ces deux derniers Vers.
Vénus & l'Amour implorent le fecours
de Jupiter ; ce Maître des Dieux defcend
dans une gloire , & fait entendre cet Arrêt
du Deftin,
Sur l'Amour & fur la Folie ,
H Les
2068 MERCURE DE FRANCE.
Les Dieux font partagés , ainfi que les Mortels :
Mais par des decrets éternéls
Le Deftin les réconcilie ;
Entr'eux il rétablit la paix.
Par un Arrêt irrévocable
La Folie à jamais
Doit être de l'Amour la guide inféparable ;
Allez , volez , regnez fur tout ce qui refpire ;
Rien ne peut réfiſter à vos charmes divers.
Soumettez tout à votre Empire ;
Rendez le Monde heureux ; regnez ſur l'Univers.
Les deux Choeurs réconciliés chantent
ces quatre derniers Vers , & célébrent par
differens Couplets , la gloire de l'Amour &
de la Folie,
A la premiere Entrée , qui a pour titre
Aftrologie , le Théatre repréfente une Forêt
; on voit d'un côté , la retraite d'un Mage
, & de l'autre un Hameau ; Florife , Bergere
, expofe le fujet dans ce Monologue .
Amour, cruel Amour , je languis dans tes chaînes ;
Mon coeur forme de vains foupirs.
Hélas ! faut-il que j'éprouve tes peines ,
Quand je renonce à tes plaiſirs ?
Licas a trioniphé de mon indifference ;
Je voudrois lui cacher le trouble de mon coeur ;
Contre un charme fatal ce coeur eft fans défenſe ;
Mes yeux trabiffent mon filence ,
Ec
SEPTEMBRE. 1743 .
2069
Et je vois que le Ciel condamne mon ardeur.
Licas , Berger & Amant de Florife , commence
la feconde Scéne , & fe plaint à fa
Bergere de fa fuite avec beaucoup de foumiflion
, ce qui oblige la tendre Florife à
lui dire :
L'Amant, dont l'orgueil nous brave
Allarme peu notre coeur ;
Celui qui paroît eſclave ,
Eft fouvent notre vainqueur.
Je fens trop que pour vous l'Eftime s'intéreffe ;
Un injufte foupçon cherche à vous allarmer ,
Et s'il m'étoit permis d'aimer ....
"Licas demande à Florife pourquoi il
lui eft défendu d'aimer. Elle lui répond .
qu'elle eft allarmée par des préfages finiftres
, dont voici les plus effrayans pour elle.
J'ai vu de nos Ruiffeaux tarir la fource pure ;
Nos Prés ont perdu leur verdure ;
Mon troupeau , languiffant, difperfé dans les bois ,
Ne connoit plus ma voix ;
Tout eft changé pour moi dans la Nature.
Licas condamne cette Manie & la combat
fi vivement , qu'elle fe détermine à confulter
Hermés ; c'eft un Aftrologue beaucoup
plus fourbe que maniaque comme on
le verra bien -tôt. Hermés vient après la
Hij fortie
2070 MERCURE DE FRANCE.
fortie de Licas & de Florife ; il eſt ſuivi
d'une troupe de Mages , de Bergers & de
Bergeres. Il s'exprime ainfi devant fa Suite :
O xous , pour qui le Ciel eft toujours fans nuage ,
Uniffez vos accents à nos tranfports facrés ;
Bergers , venez lui rendre hommage ;
Apprenez les deftins qui vous font préparés.
Le Choeur répond ;
Chantons , offrons au Ciel nos voeux & notre hom
mage ;
Apprenons les deftins qui nous font préparés.
Hermés continuë :
Flambeaux facrés , Aftres divins ,
Dans votre brillante carriére ,
Vous répandez fur les Humains
Et vos faveurs , & la lumière ;
C'est vous qui faites les deſtins .
Ces cinq Vers , répétés par les Mages ,
les Bergers & les Bergeres , donnent lieu à
un grand Choeur excellemment travaillé ,
qu'on peut comparer à ce qu'il y a de plus
beau & de plus faillant dans tous nos Opera
anciens & modernes,
Après çe Chour , généralement applaudi,
Licas vient prier Hermés de lui prêter le fecours
de fon Art contre la foibleffe de fa
Bergere ; voici comment il s'exprime.
QuelSEPTEMBRE.
1743. 2071
Quelquefois à mes maux fa pitié s'intéreffe ;
Elle plaint mon amour ; elle eſtime mon coeur ;
Mais l'eftime n'eft pas le prix de la tendreſſe .
Hermés le confole par cette maxime :
Amans , pour prix de votre ardeur
Si l'on vous offre de l'eftime >
Que votre conftance s'anime ,
Vous touchez à votre bonheur.
Licas fe retire , après avoir fuffifamment
iniftruit le faux Aftrologue.
Florife fuccéde à Licas , & expofe à Hermés
le fujet qui l'amene. Hermès lui en impofe
, en lui difant qu'elle aime & qu'elle
eft aimée . Elle lui dit , étonnée de fa fublime
fcience :
Ah ! puifque vous fçavez que j'aime`,
Je n'ai plus rien à vous cacher.
Hermés la guérit de fa Manie
réponſe :
par
cette
Cédez au penchant qui vous preffe ;
Tous les Dieux font foumis au Dieu de la tendreffe ,
C'eſt l'Amour qui dicte au Deſtin
Les jours heureux qu'il doit écri e ;
Lorfque ce Dieu conduit fa main ,
De fon bonheur un Amant eft certain ;
Dans les décrets du fort il- lit ce qu'il défire . ´
Hij
Florife
2072 MERCURE DE FRANCE.
Florife croit aveuglément cet Oracle prétendu
. Licas , qui revient , ne trouve plus
de réfiftance dans fon coeur ; elle lui dit
tendrement :
Non , non , je ne crains plus les fignes menaçans ;
•
Berger , je confens à me rendre ;
L'Amour m'affranchit des tourmens
Que j'éprouvois à me défendre .
Un très-beau Duo entre elle & fon
Amant , fuit ce tendre aveu . Hermés invite
fa fuite à célébrer le pouvoir de l'Amour.
Voici les paroles du Choeur qui termine
cette premiere Entrée.
Allons , allons , que tout s'empreffe ;
Que tout applaudiffe à l'Amour.
Ce n'eft qu'au Dieu de la tendreffe
Que nous devons les biens de cet heureux féjour.
A la deuxième Entrée , intitulée , l'Ambition
, le Théatre repréfente un Palais ..
Palmire , Reine de Lefbos , ouvre la Scéne
avec Cleone , fa Confidente.Cleone fait
l'expofition du Sujet par ces Vers.
Reine , vous voyez vos Sujets
De ce grand jour confacrer la mémoire .
Vous allez affurer , en comblant leurs fouhaits ,
Et leur bonheur , & votre gloire , & c .
Deux illuftres Rivaux , nés du fang de nos Rois ,
De
SEPTEMBRÉ . 1743 . 2073
、
De l'Amour près de vous font entendre la voix.
Arfame & Iphis , Princes Lefbiens , font
ceux qui prétendent à l'Hymen de Palmire,
Arfame par ambition , & Iphis par amour.
La Reine eft quelque tems à faire connoître
pour qui des deux ' elle panche , mais enfin
elle s'explique plus clairement par ces Vers.
Mon coeur ne doit- il donc écouter que la gloire
Il eft tems que l'amour partage la victoire ;
Dieu puiffant , exauce les voeux
Que ta flame m'inſpire ;
Régle le fort de cet Empire ;
C'est toi feul qui fais les heureux .
Les deux Princes concurrens arrivent ,
tous deux établiffent leurs droits à l'Empire ;
Arfame parle en ambitieux , & Iphis en
Amant ; cependant ils jurent tous deux d'obéïr
au choix de Palmire ; voici leur ferment
qu'ils adreffent à Palinire :
Que les Dieux immortels
Protecteurs de votre puiffance ,
Reçoivent nos voeux folemnels ;
Qu'ils foient garants de notre obéiffance .
Entendez - nous , Dieux tout-puiffans ';
Si quelque téméraire
Ofe violer fes fermens ,
Qu'il foit étranger fur la Terre';
Hiiij En
2074 MERCURE DE FRANCE.
En proye aux remords dévorans ;
Qu'il tombe , frappé du Tonnerre.
Ce ferment eft prononcé devant les Peuples
, c'eft-à-dire , à la troifiéme Scéne. La
Reine prononce à fon tour , & dit en montrant
Iphis aux Lefbiens :
Peuples , vous voyez votre Roi.
Iphis , avec ma main , recevez la Couronne ;
Votre vertu m'en fait la loi ,
Et c'eft l'Amour qui vous la donne:
Arfame fort , en fe plaignant de l'ingratitude
de la Cour. Palmire & Iphis font
éclatter leur joye par ce Duo :
C'eft à l'Amour que je dois mon bonheur .
Votre coeur fait mon bien fuprême ;
Je ne connois le prix de la grandeur ,
Palmire.
Iphis..
Qu'en la cédant à
Qu'en l'obtenant de
}
ce que j'aime.
Palmire invite les Peuples à célébrer
l'heureux jour où l'Amour triomphe de
l'Ambition , & dit :
Que tout retentiffe en ce jour
De Concerts amoureux & de chants de victoire ;
Célébrez un Héros couronné par la gloire ,
Et choifi par l'Amour..
Le
SEPTEMBRE. 1743. 2075.
Le Chaur répete ces quatre Vers les
Divertiffemens terminent cette feconde Entrée.
A la troifiéme Entrée , intitulée les Caprites
de l'Amour , le Théatre repréfente un
Lieu préparé pour la Fête de Vénus dans l'Ifle
de Chypre. On voit d'un côté le Périſtile
d'un Temple.
Cette Entrée eft , fans contredit , la plus
belle de ce Ballet ; bien des chofes ont contribué
à lui faire donner la préference fur
les deux précédentes. Le premier avantage,
c'eft que le Poëte & le Muficien ont placé
la Dlle le Maure , mieux qu'elle ne l'a été de
fong-tems , le pathétique étant cé qui convient
le mieux à fa voix & à fon jeu . D'ail
leurs les beautés de détail fe fuccédent les
unes aux autres.
Agenor ouvre la Scéne & expofe le Sujet
par ce Monologue.
Aveugle Dieu , Tyran des ames ,
Ceffe de déchirer mon coeur.
Amour , tu ne répands tes flâmes
Que pour fignaler ta fureur .
Le crime & le délire
Brûlent l'encens fur ton Autel .
N'eft- on jamais fous ton Empire ,
Que malheureux ou criminel ?
Aux charmes d'Eucharis mon coeur eft infenfible ,
H v Et
2076 MERCURE DE FRANCE..
Et Céphife à mes maux eft toujours inflexible.
Céphife vient ; elle fuit la préfence d'Agenor.
Agenor l'arrête & lui reproche ſon infenfibilité.
Elle témoigne fa colere par ce
refte d'expofition..
Rien ne fçauroit calmer le trouble qui m'agite.
C'eſt ici de Vénus le féjours refpecté ;
On doit par un antique uſage ,
Couronner la Beauté
Qui peut en retracer l'image ;
Je pouvois me flatter d'en obtenir le prix ,
Et je vois qu'à mes yeux on couronne Eucharis.
Agenor fe plaint de l'injuftice & de l'ingratitude
de Céphife par ces Vers..
Les vrais Amans font de leur flâme
Leur fuprême félicité ;
Mon coeur feroit pour vous le prix de la Beauté ,,
Si l'Amour eût touché votre ame..
Céphife perfifte dans fa colere ; voici la
vengeance qu'elle exige d'Agenor :
Si de mon fort votre coeur eft touché ,
Prouvez-moi votre amour en fervant ma colere ;
Que des mains d'Eucharis le prix foit arraché ;
Alors foyez fûr de me plaire.
Céphife fort, voyant approcher Eucharis,
fuivie de la jeuneffe de l'ile de Chypre, qui
vient
4
SEPTEMBRE. 1743. 2077
vient célébrer le triomphe de fa Rivale.
Agenor la fuit , pour tâcher de calmer fa
colere.
On chante la gloire d'Eucharis ; elle eſt
infenfible aux honneurs qu'on lui rend ;›
elle demande qu'on la laiffe refpirer en
paix, & fait connoître la trifte fituation de
fon coeur par ce beau Monologue :
Déeffe des Antours , Vénus , daigne m'entendre ;;
Sois fenfible aux foupirs de mon coeur amoureux .
Sous ton Empire en eft -il un plus tendre ?
En eft-il un plus malheureux ?
L'objet qui remplit feul mon ame ,
Méprife mes douleurs ;
Agenor eft toujours infenfible à ma flầme ,
Et tous ces vains honneurs
Me font mieux fentir mes malheurs.
Agenor vient. Eucharis lui reproche for
ingratitude , & fe plaint de ce qu'il ne dai--
gne pas même honorer fon triomphe de fa
préfence . Agenor s'excufe modeftement en
difant à Eucharis qu'il ne croyoit pas que
fon abfence pût rien ôter à la gloire de fon
triomphe ; la tendre Eucharis lui répond ::
Connoiffez mieux mes fentimens ;
Dc ces bonneurs je ne fens point l'yvreffe ;;
Les éloges de la Beauté
Hvj
Nee
2078 MERCURE DE FRANCE,
Ne charment que la vanité,
´
Et ne flattent point la tendreffe ;.
Que le triomphe eſt charmant ,
Quand un coeur nous rend les armes !
Ce font les tranſports d'un Amant
Qui font l'éloge de nos charmes.
Agenor commence à fentir fon injuftice ;
il fe plaint de fon fort , qui le condamne à
aimer ce qu'il devroit hair; il fait entendre
à Eucharis ce que l'infléxible exige de lui .
Eucharis , apprenant que Céphife n'en
veut qu'au prix qu'elle a remporté, & qu'elle
tient entre fes mains , dit à Agenor , en
lui préfentant la Couronne qu'on lui a décernée.
Allez , préfentez- lui ce gage ;
Qu'elle en jouiſſe déſormais .
Puifque de votre coeur elle reçoit l'hommage ,
Ce prix n'eft dû qu'à fes attraits.
Le coeur d'Agenor ne peut plus tenir
contre les bontés d'Eucharis , fe jette à ſes
pieds & lui dit tendrement :
Généreuſe Eucharis , votre vertu fublime
Diffipe mon aveuglement ;
Et mes remords en ce moment
Me font voir vos attraits, vos vertus & mon crime.
Nous ne pouvons mieux faire l'éloge de
cette
SEPTEMBRE . 1743- 2079
Scéne , qu'en difant qu'elle a parû trop
courte , quoiqu'elle foit une des plus longues
du Théatre Lyrique ; elle finit par ce
beau Duo :
Soupirons à jamais ;
Brûlons d'une éternelle flâme.
Que l'Amour qui regne en notre ame
Soit jaloux de fes bienfaits .
Cette derniere Entrée finit par une Fête
en l'honneur de Vénus ; Eucharis chante
une Cantatille , alternativement avec le
Choeur , qui est généralement applaudie.
La même Académie Royale de Mufique
continue toujours avec le même fuccès les
repréfentations de ce Ballet.
Le 16. Septembre , les Comédiens François
remirent au Théâtre la Comédie du
Magnifique en deux Actes , de feu M. de la
Mothe , de l'Académie Françoife . Cette
Piéce avoit été donnée pour la premiére fois,
au mois de Mai 1731. Elle eut le fuccès le
plus éclattant. La même Piéce fut reprife au
mois de Juin 1740. & repréfentée à la
Cour ; les Intermédes compofés de differentes
Nations , furent exécutés par les Danfeurs
de l'Académie Royale de Mufique , &
les
Spe
1050 MERCURE DE FRANCE..
les Airs à chanter , par la Dlle Antier en
Maureffe , & par le Sieur Jeliot en Americain.
A cette derniere reprife , le rôle d'Aldobrandin
, qui étoit joué autrefois par le Sieur
du Chemin , eft rempli par le Sieur de la
Thorilliere ; celui de Zima, que joüoit le Sr.
Dufrêne , eft rendu par te Sr. Grandval ; &
celui de la Gouvernante , que la Dlle Quinaut
joüoit , eft très-bien rempli par la Dile
d'Angeville.
Le 19. de ce mois , les mêmes Comédiens
remirent au Théâtre la Tragédie de Phédre
Hypolite de M. Racine , dans laquelle la
Dlle Clairon , nouvelle Actrice , débuta pour
la premiére fois , & y joua le principal rôle
avec un applaudiffement général . C'est une
jeune perfonne, qui a beaucoup d'intelligence
, & qui exprime avec une très-belle voix ,
les fentimens dont elle a l'art de fe pénétrer :
on peut dire que la nature lui a prodigué
les plus heureux talens , pour remplir tous
les caractéres convenables à fa jeuneſſe , aux
agrémens de fa perfonne & de fa voix.
Le 22. la même Actrice joia dans la Comédie
du Tartufe le rôle de Dorine , & dansla
petite Piéce de la Nouveauté , celui de la
Nouveauté , dans lefquels elle fut auffi géné
ralement applaudie.
Cette jeune Actrice avoit déja paru fur le
Théâtre
SEPTEMBRE . 1743 2081
Théâtre Italien au mois de Janvier 1736..
dans un rôle de Suivante , dans la Comédie
de l'Ile des Efclaves de M. de Marivaux ,
qu'elle avoit joué fort au gré du Public .
La même Actrice avoit paru en dernier
lieu , fur le Théâtre de l'Académie Royale
de Mufque , où elle avoit chanté au mois
de Mars dernier le rôle de Vénus , dans l'Opéra
d'Héfione . C'eſt au fujet de ce rôle ,
qu'une Poëte ingénieux lui a adreffé des
Vers très - bien tournés , qu'on peut voir
dans le Mercure du mois de Mai dernier ,
pag. 1009.
Le Théâtre François vient de faire une
perte des plus confidérables qu'il pouvoit
faire , en la perfonne du Sr. de Montmeny ,
Acteur Comique , mort le 8. de ce mois ,
généralement regretté..
Le 12. les Comédiens Italiens donnerent
là premiére repréfentation d'une Piéce nou
velle Italienne en cinq Actes ,. qui a pour
titre le Combat Magique , ornée de differentes
Décorations convenables au fujet de la:
Piéce ; cette Comédie , qui eft parfaitement
bien repréſentée , eft remplie d'un Jeu de
Théâtre , très - ingénieux & très - agréable ;
on en parlera plus au long le mois prochain .
Cette Piéce eft terminée par un fort joli divertiffement
parfaitement bien exécuté , lequel
Co8z MERCURE DE FRANCE.
quel eft fuivi d'un quatrième Feu d'Artifice
nouveau , qui a été reçu avec beaucoup
d'applaudiffement ; les differens morceaux
de ce nouveau Feu , ont été trouvés ingénieufement
compofés , en plus grand nombre
, & beaucoup plus variés que les précé
dens , que les Sieurs Ruggieri , qui en font
les Auteurs , avoient déja donnés .
Le 25. les mêmes Comédiens firent la
clôture de leur Théâtre par les mêmes Divertiffemens
, & fe rendirent le lendemain à
Fontainebleau , à la fuite de la Cour.
Le 2. de ce mois , l'Opéra Comique donna
une Piéce nouvelle d'un Acte en Vaudevilles
, intitulée l'Ambigue de la Folie , ou
le Baller des Dindons , Parodie de la troifiéme
Entrée du Ballet héroïque des Indes ga-
Landes. Les Dlles Lany & Pulvignée , & le
Sieur Noverre , exécutérent le Ballet des
Fleurs , qui eft le dernier Divertiſſement de
la Piéce , avec un applaudiffement général .
Le 12. on remit au Théâtre la Chercheufe
d'Efprit & la Fête de S. Cloud. Piéces joüées
au mois de Février & Mars en 1741.fur le
Théâtre de l'Opéra Comique de la Foire S.
Germain , & reprifes plufieurs fois avec le
même fuccès , ainfi que l'Acte du Coq
de Village , qu'on joiie avec les mêmes divertiffemens
, dont on vient de parler.
NOUSEPTEMBRE.
1743. 2083
NOUVELLES ETRANGERES ,
SUEDE.
Nmande de Stockolm du 6. du mois dernier ,
que l'exécution du Comte de Leuvenhaupt ,
laquelle devoit fe faire le s . a été differée de 8. jours
par ordre du Roi & des Etats .
On a appris depuis , que ce Général s'étoit fauvé
de fa prifon avec fon Valet de Chambre , mais qu'on
l'avoit rattrapé , & qu'il avoit été décapité le 15. du
mois dernier , au même endroit où le Baron de Buddenbroeck
avoit étoit exécuté.
La Nobleffe & le Clergé étoient difpofés à lui accorder
la vie , mais la plupart des Députés des Villes
s'y font oppofés , & tous les Payfans ont été infléxibles.
Le Valet-de-Chambre , qui avoit aidé le Comte
de Leuvenhaupt à fe fauver , & qui l'avoit accompagné
dans fa fuite , a été mis en prifon , aufli bien
que le Capitaine & l'équipage du Yacht, fur lequel
ce Général a été pris , & l'on a établi une Commiffion
pour les interroger , & pour découvrir par quels
moyens le Comte de Leuvenhaupt avoit pu échapper
à la vigilance de fes Gardes.
•
Les Commiffaires chargés d'inftruire le Procès
du Colonel Frohberg , qui commandoit le Régiment
de Nylandt , lui prononcerent le 7. du mois
dernier , fa Sentence par laquelle il a été dégradé ,
& déclaré incapable de poffeder aucun emploi Militaire
.
Le Major Général Didron , Colonel d'un Régiment
de Cavalerie , fut auffi jugé le 15. & il a été
Cont
2084 MERCURE DE FRANCE.
condamné à perdre une année de fes appointemens
.
Le Comte de Lowen & le Baron de Wrangel
Sénateurs , ont été nommés pour aller chercher l'Evêque
de Lubeck , en qualité de Députés des Etats ,
& ils ont dû partir vers la fin du mois dernier , pour
aller s'embarquer à Stralfund , fur le Vaiffeau Amiral
de l'Eſcadre , qui doit amener ce Prince à Stoc→
xolin .
Les Miniftres Plénipotentiaires , qui affiftent de la
part du Roi au Congrès d'Abo , ont mandé à S. M.
qu'il avoit été publié dans la partie de la Finlande ,
qui refte fous la domination de la Czarine , un
Edit , par lequel S. M. Cz. déclare que tous les Finlandois
, qui fe font retirés en Suéde , auront la liberté
de vendre les Terres & les autres biens , qu'ils
poffedent dans les Diftricts de la dépendance de la
Kuffie , & que la même permiffion fera accordée
aux Officiers des Régimens de Finlande , qui ont
été faits prifonniers à Helfingfors.
On a appris de Stockolm du 23. du mois dernier
que le 17. le Capitaine Ohnan y arriva d'Abo , d'où
il a été dépêché au Roi par les Barons de Cederncreutz
& de Nolexen , pour donner part à S. M. de
La conclufion du Traité Définitif de paix entre la
Suéde & la Ruffie , & que M. Modée a apporté le
21. au Roi ce Traité , figné par les Miniftres Plénipotentiaires
de S.M. & par ceux de la Czarine .
Le 27. il fut décidé , qu'on accorderoit à l'Evêque
de Lubeck 220000. écus par an , pour l'entretien de
fa Maiſon ; qu'il pourroit affifter à toutes les Délibé
rations du Sénat ; qu'il y préfideroit en l'absence du
Roi , & qu'alors il y auroit deux voix , ainfi que
S.. M..
RUSSIE.
SEPTEMBRE. 1743. 2085
RUSSIE.
Na appris de Peterfbourg , du 19. du mois
dernier
, que
les Généraux Romanzoff & Lubras
, Miniftres Plénipotentiaires
de la Czarine au
Congrès d'Abo , ont fait fçavoir à S. M. Cz . qu'ils
étoient convenus avec les Miniftres Plénipotentiaires
du Roi de Suéde , de tous les Articles du Traité
Définitif de paix , entre la Ruffie & la Suéde.
La Czarine a envoyé ordre à ces deux Généraux,
d'affurer les Miniftres . Plénipotentiaires de S. M.
Suédoife , que la Ruffie , conformément à ce qui a
été ftipulé dans l'un des Articles préliminaires de
l'accommodement , affifteroit la Suéde , non -feulement
d'une nombreuſe Eſcadre , mais encore d'un
Corps confidérable de troupes , fi cette Puiffance
étoit attaquée à l'occafion de l'Election de l'Evêque
de Lubeck.
S. M. Cz. a chargé auffi fes Miniftres Plénipotentiaires
, de conclure avec ceux du Roi de Suéde , un
Traité particulier de Commerce & de Navigation ,
entre la Ruffe & la Suéde.
par
Plufieurs perfonnes de l'un & de l'autre fexe , en
tr'autres , deux Dames connuës diverfes intrigues
, & un Gentilhomme Livonien , qui étoit ci
devant dans la Maiſon de la Princeffe de Brunſwick
Bevern , s'étant rendues fufpectes par plufieurs difcours
contre la Czarine & contre le Gouvernement,
elles ont été arrêtées & conduites à la Fortereffe ,
& l'on fait des perquifitions , pour découvrir fi elles
n'avoient point formé quelque complot pernicieux
.
On a appris depuis de Pétersbourg , que les Miniftres
Plénipotentiaires de la Czarine & ceux du
Roi de Suéde , font convenus par le Traité Définisif
de paix , qu'ils ont figné au nom des deux Puiffances,
2086 MERCURE DE FRANCE.
fances , qu'on accorderoit de part & d'autre une
Amniftie générale aux Déferteurs : que les Habi
tans des Provinces cédées au Czar Pierre I. par la
Suéde, continueroient de jouir de tous les priviléges
qui leur ont été accordés par ce Prince ; que la
Czarine rendroit à la Suéde les Magazins , dont les
Ruffiens fe font emparés dans differentes Places ;
que la liberté du Commerce feroit rétablie par terre
& par mer , entre les Sujets des deux Puiffances
qu'il feroit permis aux Suédois , ainfi que par le paffé
, de tirer tous les ans une certaine quantité de
grains de Livonie , & que leurs Majeftés Czarienne
& Suédoife nommeroient refpectivement des
Commiffaires , pour connoître des differends qui
furviendroient entre leurs fujets , & pour prévenir
tout ce qui pourroit altérer la bonne intelligence
entre la Ruffie & la Suéde.
On a inferé dans le nouveau Traité plufieurs ar
ticles de celui de Nyftadt , lequel a fervi de bafe
aux derniéres négociations , & on a renouvellé l'alliance
concluë en 1724. entre les deux Puiffances.
La publication de la Paix s'eft faite à Peterſbourg
avec un très grand appareil.
Le Knées Trubetzkoy , le Général Ufchakow &
M. Leftoc, Confeiller privé , ont été nommés Commiffaires
par la Czarine , pour examiner les perfonnes
qui ont été arrêtées depuis peu , & du noml re
defquelles font le Knées Gagarin & fon époufe ; M.
Lapouchin ; le Baron de Lilienfedt , Chambellan de
la Czarine ; deux autres Chambellans de cette Princeffe
, quatre Officiers des Gardes du Corps ; plu
fieurs Officiers des Régimens des Gardes à pied ; un
Secrétaire de la Chancellerie, & huit ou dix Dames .
Une d'entr'elles fubit le 15. du mois dernier un long
interrogatoire au fujet d'une Lettre qu'on a trouvée
chés elle..
ALLE
SEPTEMBRE . 1743 , 2087
ALLEMAGNE.
N apprend de Vienne , que la Reine de Honminiſtration
générale des revenus de l'Electorat de
Baviére, & le Baron de Brandaw, de la Direction de
la nouvelle Chancellerie , qu'elle fe propofoit d'établir
à Munich.
On mande du Vieux Brifacx , du 17. du mois dernier
, que l'armée commandée par le Prince Charles
de Lorraine , laquelle étoit demeurée jufqu'au
quatre , dans le camp qu'elle occupoit près de Raftadt
, fe remit en marche le cinq , & qu'elle s'avança
, la premiére colomne à Stoloffen & la feconde à
Acheren.
·
Le 6, ces deux Colonnes campérent , l'une à Lichtenaw
& l'autre à Oppenweiler , où elles fe repoferent
le jour fuivant. Elles continuërent le 8. & le
9. de défiler le long du Rhin , & elles fe rendirent à
Wildftatt & à Kuppenheim . Le lendemain , la premiére
Colonne marcha à Kurtzel , & la feconde à
Kitzing. Ces deux Colonnes fe rapprochérent le
11. l'une de l'autre dans les environs d'Eichstatten ,
& le 13. l'armée fe raffembla près de cette Ville .
Elle eft campée fur trois lignes , & le Prince Charles
de Lorraine a placé l'Infanterie au centre , & la
Cavalerie fur les aîles.
On a appris de Vienne du 18. du mois dernier
que la Princeffe , dont la Reine de Hongrie eft açcouché
le 12. fut baptifée le même jour par
le Nonce
du Pape , & a été nommée Marie-Elifabeth-Jofephine-
Jeanne- Antoinette.
La jeune Princeffe a eû pour Maraine l'Impératrice
Douairiére, & pour Parain le Roi de Portugal,
qui a envoyé une procuration à fon Ambaffadeur ,
pour la tenir en fon nom fur les Fonts de Baptême.
Le
088 MERCURE DE FRANCE.
Le 14. on fit chés le Comte de Donha , Miniftre
de S. M. Pr. lequel ne put fe rendre au Palais , parce
qu'il étoit malade, l'échange de l'Acte par lequel
la Reine , du confentement des Etats de Bohême .
céde au Roi de Pruffe la Siléfie & le Comté de Glatz
avec leurs dépendances , & de l'Acte de renonciation
de ce Prince , tant pour lui que pour fes Defcendans
à toutes prétentions , de quelque nature
qu'elles puiffent être , fur les Etats & Domaines de
la fucceffion du feu Empereur.
ce
Ou mande de Vienne , du 24. du mois dernier ,
qu'un courier arrivé de l'armée commandée par
le Prince Charles de Lorraine , a rapporté que
Prince fe difpofoit à décamperde Munzingen , pour
remonter le long du Rhin vers Mullern , qui eft à
quelques lieues au deffus de Brifack ; que le Colo.
nel Trenck ayant paffé le Rhin , avoit attaqué un
détachement des troupes Françoifes , & qu'il s'étoit
emparé de quelques mortiers , que ce détachement
conduifoit à Motteren.
Le même courier a ajoûté , qu'un détachement
de Pandoures étoit tombé daus une embuscade , &
qu'il avoit été prefqu'entiérement taillé en pièces.
On a appris que toutes les troupes de l'armée des
Alliés étoient de l'autre côté du Rhin .
On mande de Hambourg du 31. du mois dernier,
que le 27. le Baron de Kurtzrok , partit de cette
Ville pour aller affifter en qualité de Commiffaire
de l'Empereur à l'Election d'un Coadjuteur de l'Evêque
de Lubeck , & que le frere de ce Prince avoit
été élû le 30. par les fuffrages unanimes du Chapitre
.
Selon les avis reçûs de Ratisbonne , les troupes
Autrichiennes , qui ont formé le fiége d'Ingolstadt,
ouvrirent le 27- la tranchée devant cette Place , &
commencérent le même jour à faire tirer les batte-
*ries qu'elles ont étab ies.
On
SEPTEMBRE. 1743 .
2036
On affure que le 16. on avoit publié à Munich
un Edit , par lequel la Reine de Hongrie ordonne
aux habitans de la Baviére , de la reconnoître
leur Souveraine , fous peine d'être privés de leurs
pour
biens.
L'Empereur a envoyé en Baviére une proteftation
contre tous les Actes de Souveraineté , qui pourroient
être exercés par S. M. H.
On a appris de Manheim , du premier de ce mois,
que l'armée des Alliés , après s'être repofée pendant
quelques jours dans les environs de Mayence , fe
remit en marche le 27. du mois dernier , & qu'elle
alla camper à Oppenheim , où le Roi de la Grande
Bretagne a établi fon quartier général .
Le 29. elle quitta le camp d'Oppenheim , pour
s'approcher de Worms , & elle devoit s'avancer du
côté de Spire.
L'Electeur de Mayence , a envoyé le Baron de
Hack , fon Grand Veneur , pour complimenter de
fa part S. M. Br. & il a donné ordre que fes fujets
fourniffent aux troupes des Alliés , en payant ,
bois & le fourage dont elles auront befoin.
le
La premiére Divifion des troupes Hollandoifes ,
deſtinées à renforcer cette armée, n'a dû arriver que
le 7. de ce mois fur le Mein , & elle ne devoit joindres
les Alliés que le
15.
Une Compagnie Franche des troupes Françoifes,
qui occupoit le pofte de Donderberg , ayant été furprife
par un Corps de Huffards , que le Comte de
Baroniay a détaché fous les ordres du Colonel Bellefnay
, la plupart des Officiers & des Soldats , dont
elle étoit compofée , ont été faits prifonniers , & le
Commandant a été tué.
On mande du Neuf Brifack du s . de ce mois , que
l'armée commandée par le Prince Charles de Lotraine
, a tenté le paffage du Rhin en deux endroits ,
la
2090 MERCURE DE FRANCE.
la nuit du 3. au 4. que l'attaque de la droite s'eft
faite fous le feu du Vieux Brifack à l'lfle de Reignac
, où lestroupes de la Reine de Hongrie ſe font
établies , pour être à portée de jetter un Pont , fur
lequel elles puffent paffer le bras du Rhin , qui eſt
Aptre cette Ifle & l'Alface .
** Le Maréchal de Coigny , lequel avoit pris le
29. du mois dernier , le commandement des troupes
du Roi , qui font dans la Haute Alface , ayant
appris que les Autrichiens s'étoient emparés de l'Ile
de Reignac , & qu'ils y étoient en très - grand nombre
, il fit avancer fur le bord du Rhin les troupes
qui en étoient les plus proches , & il y marcha l'après
midi avec l'armée du Roi. Il fit établir vis- à-vis
de cette Inle plufieurs batteries , pour en oppofer le
feu à celui des Autrichiens , & il prit toutes les méfures
néceffaires, pour empêcher le Prince Charles de
Lorraine d'exécuter le projet qu'il avoit formé de
paffer de l'Ile de Reignac de l'autre côté du Rhin.
L'attaque de la gauche fe fit vis- à-vis de Niffern ,
dans la partie des bords du Rhin , dans laquelle le
Marquis de Balincourt , Lieutenant Général , commandoit.
A quatre heures du matin , les Autrichiens firent
paffer le Rhin à un détachement de 3000. hommes ,
compofé de leurs Grenadiers & de leurs meilleurs
troupes , dans 140 Bâteaux , lefquels étoient fuivis
de tous les Bâteaux & agrez néceffaires pour l'établiſſement
d'un Pont , & ce détachement étant débarqué
, marcha avec de grands cris à la redoute de
Rhinviller .
Le Comte de Béranger , à la tête du Régiment
de Dragons Colonel Général , & de celui de l'Hôpital
, attaqua les ennemis par la droite , pendant
que le Marquis de Balincourt , avec le Marquis de
Caraman , à la tête des Brigades de Champagne &
de
SEPTEMBRE . 1743. 2091
de la Sarre , les tournoit par la gauche . Les Franois
chargérent les Autrichiens la bayonnette au
bout du fufil , & avec tant de courage , qu'à fix heures
& demic , le détachement des ennemis fe trouva
entiérement détruit .
Les ennemis ont perdu en cette action 3000.
hommes , tous ceux qui étoient débarqués ayant été
tués , noyés , bleffés , ou faits prifonniers. On a
coulé à fond une grande quantité de leurs Bâteaux ;
il y a eu 214 foldats & 15. Officiers de pris , fans
compter les bleffés , qui font reftés dans les Villages
; & la perte que les François ont faite , eft trèspeu
confidérable.
On a appris de Vienne du 31. du mois dernier
qu'on y a reçû un courier de Bavière , dont les
dépêches marquent que la garnifon d'Ingolstadt
avoit fait une fortie , dans laquelle elle avoit tué 150.
hommes des troupes des affiégeans, & comblé quelques-
uns de leurs travaux .
On mande de Manheim , du 8. de ce mois , que
la premiére Divifion des troupes que la République
de Hollande fournit à la Reine de Hongrie , arriva
le 5. dans les environs de Francfort , & qu'elle paffa
le 7. le Mein , pour aller joindre l'armée des Alliés
; que la feconde Divifion devoit paffer le 9. cette
riviére , & que le 11. elle feroit fuivie par la troifiéme.
4 L'armée des Alliés a dû fe remettre en marche ,
pour aller camper entre Owersheim & Reebach ,
où fe doit faire fa jonction avec les troupes Hollandoifes.
le
Les lettres reçûës de l'armée commandée par
Maréchal de Noailles portent, que ce Général avoit
fait paffer la Queich à quelques - unes des troupes
qui font fous les ordres , & qu'il étoit toujours campé
entre Germersheim & Landaw .
I On
2092 MERCURE DE FRANCE
On a appris de Munich , qu'on y a publié le
Réglement pour la nouvelle forme de Gouvernement
, que la Reine de Hongrie a établie en Baviére,
& que plufieurs des principaux Sujets de l'Empereur
font fortis de l'Electorat , pour ne pas prêter
ferment de fidélité à cette Princeffe.
ESPAGNE .
N apprend de Madrid , du 13. du mois dernier,
que PIntendant de Marine du Ferol , a mandé .
au Roi , que l'Armateur Laurent Hervin avoit
conduit au Port de la Guardia le Pacquetbot Anglois
les Hollandois de Kork , dont il s'eft emparé fur
Tes Côtes de Portugal .
S. M. a appris par des lettres de l'Intendant de
Marine de Malaga , que le 29. Juillet dernier , le
Vaiffeau le Halig , de la même Nation , avoit été
pris à cinq lieues de l'Ile d'Alboran , par l'Armateur
Don François Ferrer.
On mande de l'Ile de Gomera , du 4. Juin dernier
, que le 30. du mois précédent , les Sentinelles,
qui étoient en faction à la côte Méridionale de cette
Ifle , ayant découvert deux Vaiffeaux de guerre
& une Frégate , en donnerent avis à Don Diegue
Bueno , Commandant des Milices ; que quelques
heures après , ces Bâtimens s'approchérent du Port,
vis-à- vis duquel ils croiferent pendant le refte de la
journée ; qu'ils s'avancérent le lendemain à la portée
du canon du Fort de Buenpaffo , & que leurs differentes
manoeuvres ayant donné lieu de foupçonner
qu'ils n'étoient point François , quoiqu'ils portaffent
Pavillon de France, le Commandant du Fort
fit tirer un coup de canon , pour les obliger d'envoyer
une Chaloupe à terre.
Alors ils arborerent le Pavillon Anglois ; ils enrerent
SEPTEMBRE. 1743 .
2093
trérent dans le Port , & ils canonnerent avec beaucoup
de vivacité la Ville , le Fort principal, & celui
de Buenpaffo , qui répondirent de leur côté par un
feu continuel à celui des ennemis.
Le Commandant du Fort principal , qui s'apperçut
que l'Artillerie de ce Fort n'étoit pas d'un calibre
à faire beaucoup d'effet fur le corps des Vaiffeaux
de guerre , la fit pointer plus haut , & par ce
moyen , il leur caufa beaucoup de dommage dans
leurs vergues & dans leurs cordages. L'Artillerie de
la Ville fracaffa une Chaloupe des Anglois , & un
boulet de canon fit une voye d'eau à leur Fregate .
Les ennemis continuerent les deux jours fuivans
leur feu contre la Ville & contre les deux Forts ; &,
le 2. Juin dernier au foir , leur Commandant envoya
dans une Chaloupe avec Pavillon blanc, Don Nicocolas
Guaderrama Spinofa , habitant de l'Ile de Fer ,
que les Anglois avoient fait prifonnier quelques.
jours auparavant dans une Barque , qui paffoit de
l'Ile de Fer à celle de Tenerif. Cet Espagnol remit
à Don Digue Bueno une lettre , par laquelle le
Commandant Anglois le ménaçoit de ruiner les
Forts & la Ville , on ne le mettoit en poffeffion
des deux Forts ; fi a Ville ne lui fourniffoit , en
forme de contribution, cinquante pipes du meilleur.
vin de l'Ifle , & fi Don Diegue Bueno ne permettoit
aux habitans de porter à l'Ecadre Angloife les
provifions dont elle avoit befoin. Don Diegue
Bueno ayant répondu qu'il étoit déterminé à fe défendre
jufqu'à la derniére extrêmité , le Commandant
Anglois fit defcendre le 3. à terre les troupes
de débarquement , qui étoient à bord de fes Vaiffeaux
, mais les Milices , avec lesquelles Don Diegue
Bueno s'étoit enfermé dans la Ville , en étant
forties , elles attaquerent les ennemis ; elles les mitent
en fuite , & les ayant pourſuivis jufques fur le
Lij bord
2094 MERCURE DE FRANCE.
bord de la mer , elles les obligerent de rentrer dans
leurs Chaloupes , & de regagner leurs Vaiffeaux ..
L'avantage remporté par ces Milices , découragea
tellement les Anglois , qu'ils remirent à la voile ,
après avoir fait deux décharges de toute leur Artillerie
chargée à cartouche.
Ils ont eu un grand nombre de foldats & de Mátelots
de tués & de bleffés , & leur Commandant a
couru risque d'être emporté par un boulet de canon.
Tous les habitans de cette Ifle ont donné à
l'envi des marques de leur zéle pour le ſervice du
Roi & pour l'honneur de la Nation , & les Milices
ont foutenu avec la plus grande intrépidité tous les
efforts des ennemis .
Don Diegue Bueno leur a donné l'exemple , en
fe portant dans les endroits les plus périlleux , &
quoiqu'il n'ait jamais rempli d'autre emploi militaire
, que celui de Commandant des Milices de
cette Ifle , il a montré dans toutes les difpofitions ,
pour défendre la Ville & pour repouffer les Anglois ,
une habileté qu'on n'acquiert ordinairement , que
par une longue expérience.
On ne peut auffi trop loüer Don Antoine de Her
rera , Marquis d'Adage , Seigneur de cette Ifle , lequel
non-content d'avoir diftribué de l'argent & des
vivres aux Milices pendant l'attaque , & d'avoir'
payé de fes propres deniers les Ouvriers employés à
réparer les brêches faites aux Forts par l'Artillerie
des ennemis , fe propoſe de faire venir de l'Ile de
Fer , pour foulager les habitans de celle - ci , une
grande quantité de grains qui lui appartiennent , &
d'acheter des munitions de guerre à fes dépens ,
pour remplacer celles qui ont été confommées pour
la défenfe de la Ville & des Forts.
On mande de Madrid , du 22. du mois dernier ,
que le Vaiffeau Anglois la Galére le Saint Jean de
Londres,
SEPTEMBRE . 1743. 2095
Londres , équipé en guerre & en marchandifes, a été
conduit au Port de Malaga par l'Armateur Raphaël
Gonzalez , qui s'en eft rendu maître fur la Côte de
Barbarie , après un combat de fix heures , & que
PArmateur Melchior de Los Reyes eft entré dans
la Baye d'Estepone avec un autre Vaiffeau de la même
Nation , dont il s'eft emparé dans le Détroit de
Gibraltar.
L'Intendant de Marine de Malaga a mandé air
Roi , que l'Armateur Barthelemi Noguerra a pris à
Ja hauteur du Château de la Fongirola le Pacquetbot
Anglois la Marie , commandé par le Capitaine
Jean Maris.
DANNEMAR CK.
ON mande de Coppenhague du 31. du mois
dernier , que le 27. le Roi déclara que le mariage
du Prince Royal avec la Princelle Louiſe
d'Angleterre étoit conclu .
ITALI E.
ONapprend de Venife du 10. du mois dernier,
que l'équipage d'un Vaiffeau venu depuis peu
de Conftantinople , a rapporté qu'on y avoit reçu
avis que Thamas Kouli-Kan avoit pris d'affaut la
Ville de Kars ; que cette Ville ayant été abandonnée
au pillage , les troupes Perfannes y avoient fait
un butin confidérable , & que les Soldats de la gar
nifon , qui étoient échappés au carnage , devoient
être envoyés en efclavage dans les Provinces les
plus reculées de la Perfe ; que Thamas Kouli - Kan ,
après s'être emparé de Kars , a marché du côté de
Bagdad , dont on croit qu'il a deffein d'entreprendre
le Siége , & que le Peuple de Conftantinople ,
irrité de ces fâcheufes nouvelles , s'eft affemblé tu-
Liij
. I multucu2096
MERCURE DE FRANCE.
multueufement, mais que les Janiffaires , qui avoient
reçû quelques jours auparavant une gratification de
Sa Hautefle , s'étant faifis des plus mutins , la ſédition
a été appaifée .
On apprend de Rome du 14. du mois dernier, que
le Gouverneur de Civita Vecchia a dépêché un
courier au Pape , pour l'informer qu'il étoit entré
dans ce Port onze Bâtimens, chargés de munitions
de guerre pour l'armée Efpagnole , qui eft dans la
-Romagne fous les ordres du Duc de Modéne.
On mande de Tofcane , qu'on avoit fenti plufieurs
fecouffes de tremblement de terre à Pife &
dans les environs , & que quelques maiſons de Pontadera
en avoient été confidérablement endommagées.
GENES ET ISLE DE CORSE.
Na apprisde Genes du 14. du mois dernier ,
que fur l'avis qu'on a reçu que la plupart des
habitans de Moneglia , excités par les parens & les
amis de deux Bandits qui y avoient été arrêtés ,
avoient enlevé ces Bandits d'entre les mains des
Sbirres , dont plufieurs avoient été tués , on y a envoyé
200. Soldats , pour ſe ſaifir des auteurs de cette
violence , & pour obliger les autres de rentrer dans
leur devoir.
Les lettres de Lombardie marquent que le Roi de
Sardaigne en avoit retiré toutes les troupes .
On mande de Genes du 28. du mois dernier , que
l'on a enfin reçû de la Baftie des lettres du 31. Juillet
& du 8.Août , par leſquelles on a été inftruit des
nouvelles prétentions des Rebelles.
Le Gouvernement a été occupé pendant huit ou
dix jours à déliberer fur leurs demandes , & il y a
lieu de craindre que l'ifle de Corfe ne puiffe jouir
fi-tôt d'une parfaite tranquillité. Le
SEPTEMBRE. 1743- 2097
Le bruit court que les Rebelles n'ont montré
quelque difpofition à fe foumettre, que pour avoir le
tems de faire leur récolte , & de la mettre en fûreté.
Les avis reçûs de Lombardie , portent que le
Comte de Traun , qui a toûjours fon quartier général
à Carpi , avoit déja été joint par quelquesunes
des troupes que la Reine de Hongue lui
envoye .
SAVOY E.
Na appris de Chamberry du 15. du mois dernier
, que les troupes Eſpagnoles , qui font
fous les ordres de l'Infant Don Philippe , ont formé
quatre camps , dont les deux principaux , compofés,
l'un de 20000. hommes , & l'autre de 5000. font , le
premier dans le Comté de Maurienne , & le fecond
dans la Tarantaiſe.
Selon les lettres reçûës de Piedmont , les troupes
que le Roi de Sardaigne y a fait affembler , ont été
divifées en quatre Corps, dont ce Prince a donné le
commandement au Marquis d'Aix , au Marquis de
Suze , au Comte de Schulenbourg & au Baron de
Lornay.
Les avis reçûs de Chamberry du 18. du mois dernier
, portent que l'Infant Don Philippe s'eft rendu
à Montmelian , & que ce Prince y a fait la revue
des troupes Espagnoles qui font campées dans les
environs.
On a publié une Déclaration , qui porte que tous
ceux , qui condu ront des vivres à l'armée Efpagnole
, ne payeront aucuns droits dans les Lieux par
lefquels ils pafferont .
Le Roi de Sardaigne a fait fortifier plufieurs gor
ges des montagnes , & il a fait occuper tous les défilés
, par lefquels on peut pénétrer en Piedmont ,
par des troupes reglées , qui forment une chaîne &
I iiij qui
2098 MERCURE DE FR ANCE.
qui font poftées de maniére, qu'elles peuvent fe joindre
, & fe mettre en état de s'oppofer aux entrepriſes
que les Espagnols pourroient former.
GRANDE BRETAGNÉ.
N mande de Londres du 29. du mois dernier,
que le Vaiffeau de guerre le Diamant , s'eſt
emparé d'un Armateur Efpagnol de 36. canons , à
la hauteur d'Oporto.
Le 25 , le feu prit àCrediton , près d'Exceſter , &
il y a eu plus de 400. maifons de brûlées.
Une Tartane Efpagnole , chargée de vin & de
cacao , a été prife à la hauteur des Iſles Canaries , &
conduite à Gibraltar par un Vaiffeau de guerre Anglois
.
*
MORTS DES PAYS ETRANGERS.
E 25. Juillet , Caroline- Chriftine de Saxe Eifenach
, femme de Charles Landgrave de Heffe-
Philypps-Thai,qu'elle avoit époufé le 24.Novembre
1725. mourut à Philypps - Thal, âgée de 44.ans , trois
mois & dix jours . Elle étoit fille de Jean - Guillaume
Duc de Saxe Eifenach , & d'Amelie Princeffe de
Naffau Dietz , fa derniere femme . Voyez pour les
Généalogies des Maiſons de Saxe & de Heffe , les
Tables d'Hubners , & les Souverains du Monde ,
Vol. 2. folio 37. & 169.
Le 20. Août , Damien Hugues- Philippes - Antoine
de Schoenborn , Cardinal de la Création du Pape
Clément XI. de l'an 1715 Evêque de Spire ,Prince de
l'Empire , mourut, âgé de 67 ans. Il étoit fils de Melchior-
Fréderic de Schoenborn , Confeiller d'Etat &
Cham
SEPTEMBRE. 1743. 2099
Chambellan de l'Empereur, Premier Miniftre d'Etat
de l'Electeur Archevêque de Mayence, & Chevalier
du S. Empire , mort le 19. Mai 1717. & de D. Anne-
Sophie de Boyneburg , morte le 11. Avril 1725.
Voyez pour la Généalogie de Schoenborn , les Tables
Généalog ques d'Hubners , & les Souverains du
Monde , Vol. 3. folio 47 .
FRANCE .
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
Ldeuil , que Sa Majefté avoit pris le 22.
E 2. de ce mois , le Roi a quitté le
du mois dernier , pour la mort de Mlle du
Maine.
Le même jour , on célébra avec les cérémonies
accoûtumées , dans l'Eglife de l'Abbaye
Royale de S. Denis , le Service ſolemnel
qui s'y fait tous les ans , pour le repos
de l'ame du feu Roi Louis XIV . & l'Evêque
du Puy y officia pontificalement.
Le 7. de ce mois , le Corps de Ville fe
rendit à Versailles , & le Duc de Gêvres ,
Gouverneur de Paris , étant à la tête , il ent
audience du Roi , avec les cérémonies accoutumées.
Il fut préfenté à S. M. par le
Comte de Maurepas , Miniftre & Secrétaire
d'Etat , & conduit par le Marquis de Dreux,
Grand Maître des Cérémonies.
I v M.
2100 MERCURE DE FRANCE.
M. de Bernage , qui a été élû Prévôt des
Marchands le 26. du mois de Juillet dernier
, & les nouveaux Echevins , prêterent
entre les mains du Roi le Serment de fidélité
, dont le Comte de Maurepas fit la lecture
, ainfi que des Scrutins , qui furent préfentés
par M. de Lamoignon de Malesherbes
, Subftitut du Procureur Général , lequel
fit un Difcours très-éloquent.
*
Le même jour , le Corps de Ville cut
l'honneur de rendre fes refpects à la Reine ,
à Monfeigneur le Dauphin & à Meſdames.
de France, a
Le 8. Fête de la Nativité de la Sainte
Vierge , le Roi & la Reine entendirent dans
la Chapelle du Château de Verfailles , la
Meffe chantée par la Mufique , & l'aprèsmidi
, leurs Majeſtés affiſtérent aux Vêpres.
Le même jour , la Reine communia par
les mains de l'Archevêque de Rouen , fon
Grand Aumônier.
Le même jour , M. Cornaro , Ambaffadeur
Ordinaire de la République de Venife,
fit fon entrée publique à Paris. Le Maréchal
de Montmorenci & le Chevalier de
Sainctot , Introducteur des Ambaffadeurs ,
allerent le prendre dans les Caroffes de
leurs Majeftés au Convent de Picpus , d'où
la marche fe fit en cet ordre :
Le
SEPTEMBRE 1743.. 2101
Le caroffe de l'Introducteur ; celui du
Maréchal de Montmorency , précédé de fon
Ecuyer & de deux Pages à cheval ; un Suiffe
de l'Ambaffadeur , à cheval ; fa livrée à
pied ; huit de fes Officiers , à cheval ; fon
Ecuyer & fix Pages , à cheval ; le caroffe du
Roi , à côté duquel marchoient la Livrée du
Maréchal de Montmorency & celle du Chevalier
de Sainctot ; le caroffe de la Reines
celui de Mad, la Ducheffe d'Orléans ; ceux
du Duc d'Orléans , de la Princeffe de Conty
, de la Ducheffe du Maine & de la Comteffe
de Toulouze , & celui de M. Amelot ,
Miniftre & Secrétaire d'Etat , ayant le département
des affaires Etrangères. Les quatre
caroffes de l'Ambaffadeur marchoient
enfuite à une diftance de trente à
quarante
pas. Lorfque l'Ambaffadeur fut arrivé à fon
Hôtel , il y fut complimenté de la part du
Roi , par le Duc de Gèvres , Premier Gentilhomme
de la Chambre de S. M. de la part
de la Reine , par le Comte de Teffé , fon
Premier Ecuyer , & de la part de Mad. la
Ducheffe d'Orléans , par le Marquis de Crevecoeur
, Premier Ecuyer de S. A. Royale.
Le ro. le Prince Charles de Lorraine , &
le Chevalier de Sainctot , Introducteur des :
Ambaffadeurs , allerent prendre l'Ambaffadeur
en fon Hôtel , & ils le conduifirent à
Verſailles , où il eût fa premiére audience
I vj publi
2102 MERCURE DE FRANCE.
publique du Roi . L'Ambaffadeur trouva à
fon paffage dans l'avant - cour du Château
les Gardes Françoifes & Suiffes fous les armes
, les Tambours appellans ; dans la cour,
les Gardes de la Porte & de la Prévôté, fous
les armes à leurs poftes ordinaires ; & fur
l'efcalier , les Cent Suiffes en habits de céré
monie , la hallebarde à la main ; & il fut
reçû en dedans de la Sale des Gardes , par
le Duc de Villeroi , Capitaine des Gardes
du Corps , qui étoient en haye & fous les
armes. Après l'audience du Roi , l'Ambaffadeur
fut conduit à l'audience de la Reine
& à celle de Monfeigneur le Dauphin , par
le Prince Charles de Lorraine ,& par le Chevalier
de Sainctot , Introducteur des Ambaffadeurs.
Il eut enfuite audience de Mefdames
de France , & après avoir été traité
par les Officiers du Roi , il fut reconduit à
Paris à fon Hôtel , dans les caroffes de leurs
Majeftés , avec les cérémonies accoûtumées
.
Le Maréchal de Noailles , ayant appris
que l'armée des Alliés , après avoir paſſé le
Rhin , au - deffous de Mayence , avoit remonté
ce Fleuve , & étoit allée camper le
27. du mois dernier à Oppenheim , ce Général
a donné ordre , que toutes les troupes
qu'il commande , fe raffemblaffent fur la
Queich , entre Landaw & Germersheim..
Le
SEPTEMBRE . 1743. 2103
Le Roi arriva à Fontainebleau le 13. de
ce mois . La Reine s'y rendit le lendemain.
Monfeigneur le Dauphin y arriva le 12. &
Mefdames le 16.
Le 8. Septembre , Fête de la Nativité de
la Vierge, on chanta au Concert fpirituel
du Château des Thuilleries , un Motet à
grand choeur de M. de la Lande , Quare fre
muerunt,& c.lequel fut fuivi d'un autre à voix
feule du Sr. le Maire , & d'un Concerto , exécuté
fur le violon , par le Sieur de Mondonville.
La Dlle Romainville chanta enfuite
un autre petit Motet à voix feule , avec accompagnement
, qui fit beaucoup de plaifir.
Le Concert fut terminé par un Motet nouveau
à grand choeur , de la compofition dų
Sr. de Mondonville, dans lequel le Sr.Poirier
de la Mufique du Roi , chanta differens récits
avec applaudiffement.
Dès le 22. Août , M. l'Archevêque de
Paris ordonna des Priéres publiques , qui
continuent encore dans toutes les Eglifes de
fon Diocèfe ; l'Ordonnance étoit en ces termes
:
M. l'Archevêque ordonne , que , jufqu'à
nouvel ordre , les Prêtres Séculiers & Réguliers
qui célébrent dans fon Diocèfe , réciteront
à la Meffe la Collecte , la Sécrette &
la Poft-Communion , intitulées dans le Miffel,
Pro Pace ; & que dans toutes les Eglifes
de
2104 MERCURE DE FRANCE.
de la Ville & de la Campagne , exemptes &
non exemptes , on chantera à l'iffue des Vêpres
, ou au Salut du S. Sacrement , le Trait,
Domine , non fecundum peccata noftra , &c.
avec le Verfet , Oftende nobis , Domine , &c.
& l'Oraiſon , Deus qui culpâ offenderis , &c.
l'Antienne Sub tuum prafidium , &c . le v..
Ora pro nobis , &c. & l'Oraifon , Concede nos
famulos tuos , &c . & l'Antienne , Da Pacem,
Domine , & c. le y. Fiat pax , &c . & l'Oraifon
, Deus , à quo fancta defideria , & c. Pour
demander à Dieu , qu'il établiffe une Paix.
folide & durable entre toutes les Puiffances.
de l'Europe , & qu'il éloigne tout ce qui
pourroit faire naître , on entretenir parmi
elles , le trouble & la difcorde. A Paris , le
22. Août 1743 .
Le 17. Sept. les Comédiens François repréfentérent
à la Cour la Comédie du Philo
Jophe marié , laquelle fut fuivie de la petite
Piéce de la Nouveauté.
Le 19. la Tragédie du Comte d'Effex , &
la petite Comédie du Médecin malgré lui .
Le 24. l'Enfant Prodigue & le Rendezvous.
Le 26. la Tragédie de la Mort de Céfar ;
laquelle fut fuivie de la Comédie du Magnifique
, dont on vient de parler.
Le 28. les Comédiens Italiens repréfentérent
aufli à Fontainebleau la Comédie de
l'Amant
SEPTEMBRE . 1743. 2105
1 Amant Prothée , avec tous fes agrémens ,
fuivie de la petite Piéce de l'Amant , Au
teur & Valet.
MORTS ET MARIAGE.
4
Es. Août , Jean - Jacques Regnauld , Comte
Ville , Château & Duché d'Etampes , Chevalier des
Ordres Royaux , Militaires & Hofpitaliers de N. D.
de Montcarmel & de S. Lazare de Jérufalem , mourut
âgé de 84. ans . Il étoit fils de Jean Regnauld ,
Ecuyer , Sieur de Barres , & de Marguerite Millet ,
feur de Guillaume Millet , fous - Gouverneur de
Monfeigneur le Dauphin , Ayeul du Roi . Il avoit
époufé, le 22. Avril 1716. Dlle Ifabelle Jouvenel de
Harville des Urfins de Traynel , fille d'Efprit Jouvenel
de Harville des Urfins , Marquis de Traynel
& Lieutenant Général des Armées du Roi , mort le
9. Septembre 1730. & de Marie-Anne de Gomont ,
morte le 22. Novembre 1714. & il la laiffe veuve
& mere de Adrien- Conftance - Efprit Regnauld , dit .
le Marquis de Barres , fils unique né le 11. Mars
17 17. Gouverneur & Grand Bailly des Ville ,
Château & Duché d'Etampes , ci - devant Moufquetaire
de la premiere Compagnie.
Le 11. De. Olimpe Félicité de Béringhen , Abbel
fe de l'Abbaye Royale de Faremoutier , au Diocèfe
de Meaux , mourut à Paris âgée de 4. ans . Elle
avoit fuccédé en cette Abbaye, le 4.Décembre 1726.
à Louiſe-Charlotte -Eugenie de Beringhen , fa fæeur,
morte le 28. Octobre précédent ; elle étoit foeur de
Henri Camille , Marquis de Beringhen , Chevalier
des
2106 MERCURE DE FRANCE.
des Ordres du Roi , premier Ecuyer de S. M & de
feu François- Charles de Beringhen , Evêque du Puy,
mort le 17. Octobre 1742. & dont la mort eft rapportée
dans le premier Volume , du Mercure de
Décembre de cette année , fol. 2759. Voyez pour
la Généalogie de Beringhen , le Dictionnaire Hiftorique
de Morery & fon Supplément , & le Volameix.
de l'Hiftoire des Grands Officiers de la Couronne
, au Catalogue des Chevaliers de l'Ordre du
Saint-Efprit.
Le r2 . Août, en l'Eglife Paroiffrale de Saint Gervais
à Paris , a été fait le Mariage d'Ambroife - Julien
Clément de Feillet , Confeiller au Parlement de
Paris , fils d'Alexandre- Julien Clément Seigneur dẹ
Feillet , de Barville , & c. Confeiller au Parlement,
& de fcue D. Henriette - Catherine Gaudin , morte
le 20. Octobre 1721. avec Dlle Matie Auvray , fille
de feu André-Pierre Auvray , Ecuyer , Seigneur de
Grandville, de Gourde, & c . Confeiller - Secrétaire du
Roi , Maiſon Couronne de France & de fes Finances,
& Secrétaire & Greffier du Confeil d'Etat privé,
mort le 18 , Janvier 1732. & de D. Loüife -Marie
Touchet.
*3** X* X* X* X*XX***
ARRESTS NOTABLES.
DIT DU ROI , concernant le Dixiéme de
EPAmiral de France , fur les Prifes & Conquêtes
faites en Mer. Donné à Verſailles au mois d'Août
1743. Regiftré au Parlement de Paris le 26. du même
mois , par lequel il eft dit ce qui fuit .
ART. I. Nous maintenons , gardons , & , en tant
que de befoin , confirmons notre très- cher & très-
1
amé
SEPTEMBRE. 1743. 210
amé coufin le Duc de Penthievre & fes fucceffeurs
en la Charge d'Amiral de France, dans la poffeffion
& joüiffance du droit attribué à ladite Charge , du
dixiéme fur les prifes & conquêtes faites à la Mer.
II. Ordonnons néanmoins , en agréant , acceptant
& approuvant l'offre de notredit coufin , que ledic
droit ne pourra être pris à l'avenir , ni par lui ni par
fes fucceffeurs en ladite Charge , que fur le bénéfice
net revenant aux Armateurs.
III. Voulons à cet effet qu'avant le partage des
prifes il foit prélevé la fomme à laquelle fe trouveront
monter non - feulement les frais du déchargement
& de la garde des Vaiffeaux & marchandifes ,
mais encore les frais de Juftice , & généralement
toutes les dépenfes de l'armement ; & qu'après la
diftraction ci-deffus ,le dixiéme des prifes foit délivré
à l'Amiral fur le reftant , lequel fera enfuite partagé
aux équipages & aux intéreflés , conformément aux
conditions de leur Société.
IV. N'entendons que fous prétexte que l'Amiral
ne pourra prendre fon dixiéme que déduction faite
de toutes les dépenfes concernant lefdits armemens,
& fur le bénéfice net des prifes , il puiffe être tenu
de contribuer aufdites dépenfes , lorsque le produit
des prifes ne fe trouvera pas fuffifant pour y fatisfaire
, ni dans aucun autre cas.
V. N'entendons pareillement que dans la liquidation
des prifes qui feront faites par nos Vaiffeaux &
Galéres, armés pour notre compte, toutes les dépen
fes foient prélevées avant le dixiéme de l'Amiral ,
& voulons que ledit dixiéme lui foit délivré fur ce
qui reftera du profit defdites prifes , déduction faite
feulement des frais de déchargement , de garde &
de juftice , y compris ceux de la vente & le dixiéme
des équipages , lequel fera également prélevé avant
celui de l'Amiral . Si donnons en mandement à nos
amés
108 MERCURE DE FRANCE.
amés & féaux les gens tenans notre Cour de Parle
ment à Paris, que notre préfent Edit ils ayent à faire
lire, publier & registrer , & le contenu en icelui garder
& obferver felon fa forme & teneur , nonobftant
tous Edits , Déclarations , Arrêts , Reglemens.
& autres chofes à ce contraires , aufquels nous avons
dérogé & dérogeons par le préfent Edit , &c,
LETTRE d'un Négociant du Port de ....
à un de fes amis de Paris , an fujet de l'arrangement
fait par rapport au dixiéme de
M. l'Amiral fur les Frifes.
Ileft vrai , M. que la premiere nouvelle qui nous
étoit venue ici de l'arrangement que le Roi a fait par
-rapport au dixiéme attribué à M. l'Amiral fur les
Prifes faites en mer , nous ayant annoncé la fuppref
fion totale de ce droit ,nous avons été un peu furpris.
d'apprendre enfuite que l'on s'eft contenté de les réduire
au dixième du Bénefice net des Prifes à partager
entre les Armateurs.Mais il ne nous a pas fallu beaucoup
de refléxion pour reconnoître les motifs qui
ont dû déterminer le Gouvernement à regler l'ar
rangement fur le pied de cette réduction feulement ;
& vous fentirez aisément vous -même combien ils
font fondés , après que je vous aurai rappellé ce qui
fe pratiquoit autrefois fur cette matiére , car je m'imagine
que vous n'en êtes pas trop bien informé ;
du moins n'avez-vous jamais été auffi - bien à portée
de l'être, que moi , quí ai eu part à plufieurs Armemens
pendant la derniere guerre que la France a
foutenue contre les Puiffance maritimes.
Lorfqu'un Corfaire avoit fait une Prife , on ne
prélevoit avant le dixiéme de M. l'Amiral , que les
frais de déchargement & de garde , & l'on prenoit
enfuite ce dixiéme fur le total de la Prife. Par -là
nous
SEPTEMBRE . 1743 . 2109
nous nous trouvions , nous autres Armateurs, char
gés de tous les frais de Juftice , des récompenfes à
donner aux Matelots eftropiés , & généralement de
toutes les autres dépenfes . Des Prifes confidérables
fe trouvoient ainfi abforbées par les feules procédu
res ; j'en ai même vû une infinité dont le produit
n'y a pas fuffi , enforte que les dépenſes des Armemens
tomboient fouvent en pure perte pour nous ,
& que les Equipages reftoient fans rétribution . Je
n'oublierai jamais , par exemple , l'avanture d'une
petite Frégate à laquelle j'avois le principal intérêt.
Peu de jours après qu'elle fut en mer, elle fit deux
Prifes , dont le dixiéme produifit à M. l'Amiral près
de 8000 liv . qui furent réellement comptées à fon
Receveur, ici . Mais on fit naître tant de difficultés ; la
procédure devint fi multipliée & fi compliquée , que
par la liquidation , qui ne fut faite qu'après des retardemens
infinis, les deux Prifes ne nous donnerent
point à beaucoup près l'intérêt à deux pour cent des
fonds que nous avions faits pour la mife dehors ,
dans le tems qu'elles auroient dû.nous produire un
bénéfice affés confidérable. Si vous étiez curieux de
voir les états de cette liquidation , je pourrois vous.
les envoyer, les ayant gardés pour plus d'une raifon.
Il faut tout vous dire , M. les frais des procédures
n'étoient pas le feul inconvénient qui rallentiffoit les
Armemens particuliers dans la derniere guerre.
Quoiqu'il y eût alors dans la plupart de nos Ports
plus d'argent, par proportion qu'il n'y en a actuellement
, nous prenions ailleurs des intéreffés, comme
nous le ferions encore ; mais il arrivoit quelquefois
que ces intéreffés qui n'étoient pas à portée de fuivre
eux-mêmes les Armemens , fe trouvoient fruftrés
des efpérances qu'ils avoient dû concevoir des
Prifes qui avoient été faites ; foit que le produit en
fût confommé en dépenfes réelles , foit confufion ,
ot
2110 MERCURE DE FRANCE.
ou autrement , il y avoit affés communément des
plaintes de leur part , & il faut convenir que les
comptes qui leur étoient rendus ,fouvent après beaucoup
de retardemens , n'étoient pas toujours bien
fatisfaifans .
Ce font là fans doute les confidérations , qui ont
fait préferer la réduction qu'on a faite , à la fuppref
fion totale du dixiéme de M. l'Amiral ; & il eft
conſtant , en effet , que c'eft ce qu'on pouvoit faire
de plus avantageux .
1º. Par le nouvel arrangement, M. l'Amiral n'aura
de dixiéme , qu'autant qu'il y aura du bénéfice à
partager entre les Armateurs. Il fera par conféquent
intéreffé à abréger les procédures , & à en faire diminuer
les frais. Il eft certain , à la vérité , que certe
confidération ne feroit pas néceffaire pour exciter
fon zéle fur cela , mais elle ne fera pas inutile pour
contenir les Officiers des Amirautés , & pour les engager
à fe conformer aux Réglemens.
20. Les Equipages feront affurés de profiter
promptement de la part qui leur reviendra dans les
Prifes , ce qui doit beaucoup les encourager.
Enfin , les liquidations fe feront avec plus de dili
gence , de foin & d'exactitude que jamais , & le dixiéme
de l'Amiral conftaté , chaque intéreffé fçaura
précisément ce qui devra lui revenir , fans qu'il ait à
craindre ni retardement , ni difficulté : objet extrêmement
intéreſſant , car enfin , quiconque voudra
prendre part aux Armemens , pourra le faire avec
confiance , puifqu'à quelque distance qu'il fe trouve
du Port , où ils fe feront , il fera affuré que le dixiéme
de l'Amiral ne pourra être liquidé , que fon intérêt
ne le foit en même tems.
Il eft vrai que ce dixième , tel qu'il fera perçu ,
Sera encore une charge pour les Armateurs , qui en
auroient été exemptés par la fuppreflion totales
mais
SEPTEMBRE . 1743. 2111
mais cette charge fera bien balancée par les avantages
, que l'arrangement actuel doit procurer. Vous
même , M. ne vous livrerez-vous pas bien plus vc◄
lontiers aux vûës dont vous m'avez fait part ?
Le feul inconvénient qu'il y auroit à craindre ,
ce feroit que les comptes que nous aurons à rendre
des frais de nos Armemens pour la liquidation du
dixiéme de M. l'Amiral , ne donnaffent occafion à
quelques nouvelles difficultés dans les procédures,
Mais il eft à croire qu'on y pourvoyera efficacement
, par les Réglemens que l'Edit du Roi nous
annonce . D'ailleurs , que n'avons - nous pas à eſpérer
des difpofitions favorables, dont cette même Lei
nous affure de la part de S. M. de la générosité du
Prince , qui remplit la Charge d'Amiral , & de la
protection du Miniftre de la Matine , qui dans tous
les tems & toutes les occafions , nous donne des
marques de celle qu'il accorde au Commerce ? Nous
ne ferons fans doute plus expofés aux lenteurs &
aux frais immenfes des procédures des Amirautés ,
qui abforboient fi fouvent , comme je vous l'ai déja
obfervé , le profit des Prifes , & qui dégoûtoient fi
fort les Armateurs.
Ce qui eft de bien vrai , c'eft que dans toutes les
représentations & les plaintes , que nous n'avons ,
pour ainfi dire , ceffé de faire pendant la derniére
guerre , au fujet du dixiéme de l'Amiral , nous
n'avions d'autre objet que la réduction qu'on vient
de faire. Nous avons toujours bien fenti la difficulté
qu'il pouvoit y avoir à dépouiller totalement d'un
pareil droit , une des premiéres Charges de la Couronne
, & nous ne regretterons jamais de le payer ,
lorfque nous trouverons dans nos entrepriſes , les facilités
que nous devons nous promettre . D'ailleurs ,
dans les Prifes qui ne feront pas confidérables , ce
dixiéme fera réduit à peu de chofe , & il ne fera
jamais
2112 MERCURE DE FRANCE.
jamais d'un objet bien fenfible dans celles qui donneront
beaucoup de profit.
TABLE.
PLACES,FUGITIVES. Imitation du premier d'Horace: Vides ut alta, &c.
Queftio Diattetica , &c.
Le Sauvageon , Fable allégorique ,
1901
1903
1906
Lettre fur la Queſtion propofée dans le Mercure de
Juin dernier ,
Les deux Pierres & le Bâtiment , Fable ,
Extrait de la nouvelle Bible , annoncée
Mercure d'Août ,
Remerciment en Vers à Mad. y **.
1908
1915
dans le
1917
1930
Extrait d'un Mémoire fur les Eaux Minérales de
S. Amand ,
Ode fur l'Education ,
1931
1942
Réponse à la Queftion propofée dans le Mercure
de Juin dernier ,
1944
Vers à Mad. de la S. ***: pour le jour de la Fête ,
1946
Cauſe plaidée par les Ecoliers de Seconde du Colt
lége Royal Dauphin , & c.
Vers à M. Deftouches ,
1948
1953
Obfervations fur le fecret de rendre l'Eau de la
Mer potable ,
1955
Epitre en Vers à M. de Vaſtan , & Remerciment à
M. C. *** . 1965
Defcription de la Figure Equeftre de Louis XIV.
"
L'Amour ingrat , Ode Anacréoutique ,
Difcours fur l'Art de la Guerre ,
1970
1973
1974
J. C. triomphant de la Mort , Cantatille en Dialogue
, 1976
Lettre
Lettre fur les Elémens d'Euclide ,
Apothéole d'un Sifflet ,
1982
1989.
Lettre au fujet de la Chronologie & la Topographie
du nouveau Bréviaire de Paris ,
1991
Vers à Mad . la Marquife d'A .... en lui envoyant
un Cadran Solaire ,
Refléxions fur l'idée de l'Infini ,
2002
2003
Explication de l'Enigme Latine du Mercure de
Juin ,
Enigmes & Logogryphes ,
2009
ibid.
2012
NOUVELLES LITTERAIRES , DES BEAUX- ARTS , & c.
Théatre Critique Efpagnol , &c.
Etat des Archevêchés , Evêchés , Abbayes & Prieu-
2013 rés ,
Mémoires de l'Académie Royale de Chirurgie ,
2014
Introduction à la Géographie de Mrs Sanfon , 2016
Traité du Scorbut ,
Les Fables d'Efope ,
OEuvres mêlées de M. de Moncrif ,
Séance de l'Académie de Dijon ,
Séance de celle de la Rochelle ,
2018
ibid.
2019
2025
2028
Ode tirée du Cantique de Moyfe , fur le paffage de
2039
la Mer Rouge ,
Catalogue abbregé des Ouvrages des Peintres ,
Sculpteurs & Graveurs , expofés au Salon du
Louvre ,
Eftampes nouvelles ,
Deffein à la Plume par M. de Serre ,
Nouvelles Cantatilles du Sr le Maire ,
Reméde pour les Dartres ,
Chanfon & Ariette , notées ,
2043
2060
2062
2063
2064
2065
Spectacles , Extrait des Caractéres de la Folie , 2056
Repriſe de la Comédie du Magnifique , au Théatre
François ,
Nouvelle Actrice ,
Mort de M. de Montmeny ,
2079
2080
2081
Le
Le Combat Magique , Piéce nouvelle , jouée au
Théatre Italien , ibid.
L'Ambigu de la Folie , nouvelle Piéce , représentée
à l'Opera Comique ,
Nouvelles Etrangeres , Suede , Ruffie , & c.
Morts des Pays Etrangers ,
2082
2083
2098
France , nouvelles de la Cour , de Paris , &c. 2079
Concert Spirituel ,
Piéces repréfentées à la Cour ,
Morts & Mariage ,
2103
2104
2106
2106
Arrêt notable ,
Errata du fecond Volume de Juin.
Age 1413 , ligne 23. de premiere Claffe, lifez ,
de la premiere Claffe .
Errata de Juillet.
PAge 1652. lignes 24. & 25. Salle , liſex Sale .
fuperbe , l. grand .
"
1. 15.
Fantes à corriger dans ce Livre.
PAge 1907. ligne 3. cens , lifex , cents . P. 1919 .
1. 15. comparer , 1. les comparer. P. 1927. l . 20.
Epifcopi , nomine , 1. Epifcopi nomine. P. 1935 .
fables , l. fable. P. 1942. 1. 3. tes , l. fes . P. 1972 .
1. 28. familliere , l . familiere. P. 1975. I. 6. familliatife,
l. familiarife.P.1994.1 8.de , otez ce mot.P. 1997.
1. 21. Vocladum , 1. Voeladum . P. 2008. I. 20. La , I.
Le. P. 2012. 1. 2. du bas , Que dis je , l . Que dis- je ?
P. 2013. 1. 6. du bas , dit- il , encore , l . dit- il encore.
P. 2038.1 . 7. exhorteze , 1. exhortez . P. 2040. l . 13 .
Memphis . Memphis. Ibid. 1. 14. Tu devois' ; 1. Tu
devois , Ibid. 1. 17. Le feu , vengeur , l. Le feu vengeur.
P. 2051. 1. 4. pars , l . pare . fleure, l. fleurs. Ibid.
J. s. donne , l . donna . P. 2063. 1. 2. du bas, d'Efopes,
1. d'Efope.
La Chanfon notée doit regarder la page 2065
MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ
AU
ROI.
OCTOBRE . 1743-
RICOLLIGIT
SPARGIT
Chés
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER ,
ruë S. Jacques .
La Veuve PISSOT , Quai de Conty ,
à la defcente du Pont-Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais .
M. DCC. XLIII.
Avec Approbation & Privilege du Rol
FAUDAIM
A VIS.
L'ORA ,Commisan Mercuro,vis-
ADRESSE générale eft à Monfieur
à vista ComédieFrancoise à Raris Ceux qui
pour leur commodité voudront remettre leurs
Paquets cachetés aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent se fervit de cette
voye pour les faire tenir.
On prie très-inftamment , quand on adreffe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner à nous le
déplaifir de les rebuter , & à ceux qui les
envoyent , celui , non-feulement de ne pas voir
paroitne leurs Ouvrages , mais même de les perdre
, s'ils n'en ont pas gardé de copie .
Les Libraires des Provinces des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaiteront
avoir le MercuredeFrance de la premiere main ,
& pluspromptement, n'auront qu'à donner leurs
adreffes à M.Moreau qui aura foin de faire
leurs Paquets fans perte de tems , & de lesfaire
porter fur l'heure a la Pofte , ou aux Meſſageries
qu'on lui indiquera.
a
V J ૩ )
PRIX XXX . SO LIS
i wb sgelron¶ Omonadegh w
MERCURE
DE FRANCE .
supino smel sup , nier svaly 10 miol
obs m
DEDIE ROI.
supusns 1 lisugio no anal 2 M
OCTOBRE 1743 .
25.01
XUL apt sh spem 107
suphod Pail E CMES FUGITIVES
en Vers en Profe
stoid coinila 8 zasłuð 25T.
LE CHRETIEN DANS LA DOULEUR ,
Lue dans
OD E.
Publiquede
l'Académie
Royale des Sciences, Belles-Lettres & Beaux-
Arts devillefranche lejour de S. Louis 1743 .
enolts eins! sundings my mogis " I
Mufe, qui des plaifires , enfans de la molleſſe,
Nous peins les trompeufes douceurs, nifi I
Dédaignant ta fatale yvreffey at unit]
Ma mainbrife en ce jour tes crayonsimpoftents.
A ij Infpire2116
MERCURE DE FRANCE.
Infpire-moi , Vérité pure ,
Combats les lâches goûts de la foible Nature ;
Viens apprendre au Monde étonné ,
Qu'affuré du néant de fa faveur fragile ,
Un Difciple de l'Evangile
Trouve dans fes maux même un repos
fortuné ..
Loin cet Eleve vain , que forma le Portique :
Il veut maîtriser la douleur ;
Mais dans fon orgueil frénétique
J'apperçois , malgré lui , les tourmens de fon coeur,
Eſclâve de mille erreurs folles ,
Dans les yeux égarés , fon maintien , fes paroles ,
Je vois l'image de fes maux ,
Lorfque d'un oeil ferein , fans murmure & fans
plainte
,
Tes Enfans , Religion ſainte ,
Dans le fein des revers ſe montrent des Héros,
炒肉
Qu'à leurs befoins preffans devenue infenfible ;
La Terre ferme fes tréfors ;
Qu'à leurs voeux le Ciel inflexible ,
D'un espoir décevant couronne leurs efforts. '
Que déja la foudre brulante
Diffipe en un inftant leur fortune brillante ;.
Dieu frappe ; ils adorent fes coups ;
Sur fes malheurs divers remportant la victoire
Job
OCTOBRE . 1743. 2117
Job de fon Dieu chante la gloire ,
Dans le même moment qu'il reffent fon courroux.
D'un fils miraculeux à peine Abram fidelle
Voit payer fes chaftes amours ;
Conduit par la voix éternelle ,
Son glaive , tendre Ifaac , eft levé ſur tes jours .
Au- deffus de tous les obftacles ,
Il laiffe à Dieu le foin d'accorder fes Oracles
Il part fidéle & généreux ;
D'un obſcur avenir fa foi perçant les voiles ,
Plus nombreuſe que les Etoiles ,
Une Poftérité le préſente à ſes voeux.
Guidé dans fes fureurs par des fujets perfides ,
Qu'un fils , dont la rage eft la loi ,
Ofe armer fes mains parricides
Contre les jours facrés de fon Pere & fon Roi ;
C'est toi qui me mis fur le Trône ,
Va.s'écrier David ; Grand Dieu , de ma Couronne
De mes jours fois le défenfeur ;
D'Abfalon fur le champ périffent les cohortes ;
Jérufalem ouvre les portes ;
Le Rebelle cft foumis ; David entre vainqueur.
**
Que d'aveugles refforts Victime déplorable ,
A iij Le
2118 MERCURE DE FRANCE.
Le Matérialiste en pleurs ] gol ab doł
D'un enchamuré inévitablem smâm ɔl zasⱭ
Subiffe , en maudiffant , les fatales rigueurs ;
Pour nous , Dieu jufte ; ta colére
Montre dans fes effer's la tendréffe d'un Pere
Nos cours au pfé de tes Autels ? aupré
alit nu'a
HV
Répondent à tes coups pat d'offrandes fincères :
Ett ppaarrdes peines paffabili sibass , ovisin nož -
paffageres
Ton amour, nous
ous dérobéi vor ab alish- A
aux tourmens éternels.
* Roloc10 asì isbrooch mal of usiɑ & slici A
*
Par M. Boule , Profeffeur de Rhétorique au Collégo 2
de Villefranche en Beaujolais. 252 25 instagiol al zinave quɔldo mu´Ɑ
REPONSE de M. NERICAULT DESTOUCHES
, à la replique de Anonyme Maroti
que.
SErvrimeveus did Kyle aoties an u૩
Et m'apperçois qu'il eft moult plas aifen
Que ne cuidois : Tout vieux mot eft comique,
Et jatrop tard jem'en fuis avilés a l
Et ne me chaut jadis , ains au contraire, flo
Pitch", "Jaçoir ! Maisant Dictionnaire. Dindla sv g
Bientôt ſçaurai mettre en piéces Mafóra
Naïveté fait ce ftyle baroquest noleìdA'Ɑ
Qui réchauffant la plus froide équivoque !!!
En bel- efprit vous traveftit un fotol flɔ ɔllodɔ ♫ 2X
Voilà , M. l'Anonyme , une de ces Epigrammes
que je veux donner au Public , &
dont
A
ƆOCTOBREU1743JM 2119
dont le Mercure que vous méprifez tant ,
vous a préfenté l'échantillon ; dût-elle vous
paroître auffi froide & auffi maigre , que
celles qui l'ont précedée , vous trouverez
bon qu'elle foit le texte de ma réponfe ;
s'eftrà -dire qu'elle vous faffe comprendre
d'aborde, que fi je ceffe d'ufer de ce style en
vous écrivant , c'eft que j'ai defféin de vous
parler enbonFrançois , fans autre ornement,
que celui du bon fens & de la raifonov ab
pbal ou enq 9 g mife on
Parlons François , reprenons le bon ftyle
Ft plantons - là les phrafes de Marotov
"
Req AT
-1306K
Timp
loo
V
Nous occupant d'un travail plus- utile , baby ban
Que de celui d'enchaffer un vieux motov ob obut
Pure vetille , & très- digne ballot
D'un plat Rimoun Notde Langue eft fertilegings LL
Pleine de tours fins , naifs , délicats qub movezov
Elle dit tout n'eut jamais tant d'appas M , po
Que dans ce fiécle , & pe paroît ftérilepinloq jo ?
Qu'à des fçavans qui ne la feavent pas av sifo
"
‹ Comme il me paroft , M. que vous pou
vez être un de ces fçavans la , (ce que je vais
vous plouver dans le moment je ne futs
plus furpris que vous employiez ʼn libéralement
le ftyle Marotiqued lander für məi
-tous vos petits farcaſmes , qui fans cette cou-
-che de vieux fard ? Terolent en danger de
paroître bien infipides. Pour moi , qui fals
zingua A iiij per2120
MERCURE DE FRANCE.
perfuadé que ma caufe eft fi bonne , qu'elle
n'a pas befoin de fe farder pour fe foutenir ,
je vais vous répondre en profe toute unie ;
& je n'imagine point de plus sûr moyen de
vous guérir des petites fumées de vanité qui
Vous offufquent , que de publier moi-même
dans le Mercure de France , les jolis compli
mens que vous me faites.
Il faut que Public le Public juge de votre ſtyle ,
de votre goût & de vos fentimens , afin
qu'il ne s'imagine pas que le dépit & la
colere m'y font trouver des irrégularités.
Voici votre début , qui ne lui donnera pas
une grande idée de la clarté & de l'exacti
tude de votre fyntaxe .
Depuis , Seigneur , qu'acharné contre Bayle
Vous avez dit , de la Religion ,
Oh çà , Meffieurs , je fuis le champion ,
Soit politique , amour propre , ou faux zéle ,
Poffible vrai , l'avez cru tout de bon .
Telle eft votre premiére phrafe. Bien loin
d'y faire le moindre petit changement , j'ob- •
ferve même votre ponctuation . Je veux
mourir , fi d'abord j'y ai rien compris , & ce
n'eft qu'après l'avoir lûë & relûë , que je
fuis enfin parvenu à deviner ce qu'elle vouloit
dire. Voilà , fi je ne me trompe , ce qu'-
elle fignifie :
Depuis
OCTOBRE . 1743. 2121
Depuis qu'acharné contre Bayle , vous avez
dit ,foit par politique , foit par amour propre ,
foit par un faux ou peut- être par un vrai zéle,
je fuis le champion de la Religion , vous avez
cru tout de bon
que
vous l'êtiez.
>
N'eft-il pas vrai , mon cher Anonyme
que c'eft-là ce qui vous paffoit dans la tête, &
ce que vous tâchiez d'exprimer, quand vous
avez commencé votre Epître ? Mais , bon
Dieu , quel tortillage , quelle obſcurité ,
quelle dureté Chappellain n'auroit pas
mieux réuffi.
Depuis Seigneur , qu'acharné contre Bayle
Vous avez dit , de la Religion ,
Oh çà , Meffieurs , je fuis le champion ,
Soit politique , amour propre , ou faux zéle ,
Poffible vrai , l'avez cru tout de bon.
Eft-ce là écrire en françois ? Eft-ce là écrire,
pour le faire entendre , ou pour fe faire deviner
? Je m'en rapporte aux Lecteurs judicieux
: & cependant ce font ces MM. qui
veulent nous reprendre , nous corriger ,
être nos Oracles , & qui trouvent que nos
productions font maigres & plattes , parce
que nous voulons être clairs & intelligibles
, & que nous évitons ce ftyle précieux
& affecté , qui veut s'élever au fublime &
tombe dans le galimatias.
A v Je
Litt MERCURE DE FRANCE .
~ Je vous paffe la time de chan pion & de
Religion , avec bon . Comme vous me paroif
fez un affez foible Verfificateur , malgré vos,
petites affeteries Maroriques , il faut vous.
traiter avec indulgence . Venons préfentement
à ce que vos Vers veulent me faire enrendre.
letab onsq e p
2 Je me fuis cru , felon vous , le champion de
la Religion , depuis que je me fuis acharne
contre Bayle. Sou
C
Vous m'attribuez une fotre préfomation
abfolument incompatible avec les fentimens.
dont je fais gloire , car je fuis très - intime
ment perfuade , grace au Ciel , que la Reli
gion n'a
befoinnendre
. Elle fe defen- moi , ni de qui que ce
puiffe être , pour des
supialogie?
dra toujours elle-même . C'eſt l'ouvrage de
Dieu . Dieu le foutient & le foutiendra. II .
l'a prouis , & fes promelles auront leur
effer à route éternité. Fidelis Dom
omnibus verbis fuis , & Sanctus in omnibus ope---
ribus (ms. C'eſt ce qu'il nous dit par la bouche
du Prophere Royal . Il me punirof Ime
Jofois préfumer que mon fecours fût nécef
faire au maintien de fa caufe ,, & il fgaura.
bien fe venger de tous ces petits maîtres Pof
lofophes, de tous ces Diflertateurs imperti
nens , de tous ces mauvais plaifans de la
bonne
compagnie , qui ont l'audace de s'égayer
fur cequ'il y a de plus refpectable, de
D es
эпр
plus
JOVOGTOB R EU 17431 M 2123
plus facré de plus terrible , en étalant lds
execrables fophifmes , que Bayle leur a fuggerés,
Bayle , leur feul Oracle, Bayle, le feul
Philofophe qu'ils connoiffent & qu'ils ad--
mirent. Bayle enfin, leur Apôtre & leur Directeur.
r
n no 2003 angyoq si zuen anp song
on Quelle la doncsétél mon intention La
voici, Rien de plus ample ; Irien de plus innocent
, & frj'ofe le dire , rien de plus jufte
& de plus raisonnable.unigoh holdmoɔ
lly a long- tems que je vois ce qu'on ap
pelle le beau monde que je l'obferve ,
que je l'étudies que je m'attache à le pein
dre , & à le reprefenter tel qu'ibeftains dil
quĄptès avoir sfait le portrait des Ingrats
des Medifants , des Glorieux , des Ambitieux,
& d'une foule de caractéres odieux on ridi
cules qu'il me préfentoit , je mecrus oblige
de févir contre les Libertins & les, Ingrédutles
quien fortune des plus confidérablės -
& des plus brillantes parties. En un mot, je
conçus ude fb vive averfion contre MM.les:
Efprits forts & contre leurs aimables admi
ratrices , canule bean fexe aujourd'hui fo
met de la partici, & fe mele de philofopher )
quaje ne pus refifter au défir de les expofer
far la déne.Jefis donc uneComédie intitus-
Efpris fort! Mon Héros étoit un jeune
Seigneur fortnignorant , mais qui fçavoir
fon Bayle parodeur qui ne jaroit que par
A vji
lui
2124 MERCURE DE FRANCE.
lui , & qui le regardoit comme un homme
fupérieur, que la Nature avoit formé, précifément
pour rappeller les hommes à la Loi
naturelle , en les forçant de la reconnoître
pour l'unique Loi que nous devions fuivre,
parce que nous la portons tous en nous-mêmes
, & qu'elle eft le feul fait dont on ne
puiffe douter. L'idée de ce petit-maître Philofophe
m'avoit été inſpirée , par je ne ſçais
combien d'Originaux , qui bleffoient mes
yeux tous lesjours , & qui m'étourdiffoient,
en débitant par fragmens l'Ouvrage de Bayle
fur les Cométes , & les argumens les plus
libertins de fon Dictionnaire.
J'oppofois à ce Fanatique incrédule , un
homme fenfé , judicieux , éclairé , folide ,
ennemi de la préfomption & de la témérité,
fçavant,autant qu'on doit l'être pour raiſonner
jufte , & pour fe tenir fermement attaché
aux vrais principes ; grand ennemi de
Bayle & de fes Sectateurs. On juge aifément
que cet homme étoit en butte aux
ironies & aux plaifanteries des petits -Maîtres
, qui le regardoient comme un petit efprit
, comme un fot : ils lui infpiroient , à
la vérité , plus de pitié que de colere ; mais
enfin , pouffé à bout par leurs invectives &
par leurs impertinences , il les engageoit à
une difpute férieufe , fouvent interrompue
& fouvent reprife , & par deux ou trois argumens
OCTOBRE . 1743. 2125
gumens invincibles , il les réduifoit à ne
pouvoir répondre , les couvroit de honte &
de confufion , & ramenoit à fon fentiment ,
les perfonnes de qui dépendoient fon bonheur
& fa fortune.
Mais après que j'eus achevé cette Piéce ,
je m'apperçus que plufieurs Scénes de cet
Ouvrage , ne convenoient nullement au
Théâtre , & je la refervai pour mes amis.
Cet Ouvrage m'avoit engagé à relire Bayle
, que j'entendois citer à tous propos , par
nos prétendus Philofophes. J'avoue qu'il me
féduifit d'abord : c'est-à-dire , qu'il me parut
n'avoir pas formellement de mauvaiſes intentions.
Je me bornai donc à le blâmer fecrettement
, de ce qu'il avoit voulu fignaler
fon efprit & fa fagacité , en prouvant qu'on
pourroit douter de tout , fi on n'avoit pas le
fecours de la révélation .
Enſuite , je me défiai d'un pareil deffein ;
je crus y voir le ferpent caché fous les fleurs ,
après m'être fortement convaineu , qu'un
homme vraiment Chrétien n'affecteroit pas
fi fouvent de traiter cette matiére , & d'établir
en mille endroits de fes Ouvrages , les
argumens les plus fpécieux contre la Religion
Chrétienne.
Armé de ce préjugé légitime , je lus &
relus les penfées fur les Cométes , le Dictionnaire
, & tous les autres Ouvrages de ce
perni2426
MEROURKE DE FRANCE.
pernicieuxbet efprit. Le profond forfiedom
Je jouiffois fans interruption y me permitde
vaquer profondément & opiniâtrement à
devié éuide P'y paffai , pour ainfi dire , les
jours & les nuits , & plus j'étudiai mon Phi
dofophey plus je me convainquis que fon
unique objer , couvert fous l'apparence de
la candeur & dela probité , étoit de mettre
tout en queſtion , de faire douter des chdfes
les plusfures & les plus facrées , & de
fapper , s'il étoit poffible , les fondemens
inébranlables de la Foi Chrétienne . De-lay
cette averfion que j'ai conçue pour lui , &
cette guerre que je lui ai déclarée , & que
j'oferal foutenir contre fes plus zélés Partifahsugi
ulov sovs limp so obto
J'étois dans ces judicieufes difpofitions ,
lorfqueje reçûs une lettre d'un de nos prés
tendus Efprits forts , parlaquelle en fuppos.
fant que j'étois allés fat & affés ignorant ,
pour vouloir Agureravec ces MM. les agréat
bles pik m'invicoir à débiter adroitement &
finement ma prétendue Doctrine gmdang
quelqu'un de cespetits Ouvrages anonymes
clandeftins , qu'on lache de tents en tems au
Public pour le pervereirį) aniq zol ansmigr
J'avoue que cette invitation me bleffa
vivement , & ce fur pour défabufer celui
qui me l'avoit faite , que j'écrivis la premié
te Lettre que j'ai publiée dans le Mercures
-12759
PeutJUOCTOBRE
243M 212
Peut- être ma réponſefut- elle trop vive ; &
elle ne pouvoir manquer de l'être car Pindignation
me l'avoit dictée . Cette Lettre en
hit naître plufieurs autres fifr le même fujet
je ne me bornai pas à les écrire. Je cruš , &
on me perfuada qu'il étoit de toute nécefftés
que je défabufalle non feulement mes
amis , mais même le Public fur les principes
qu'on m'imputoit. Je puis ajouter que cette
tâche me fue impofée par une autorite frierpectable
y qu'il ne me fut pas permis de ba
laneet. Pas le moindre mouvement de vanité
ni depréfomption n'entra dans ce deffein.
L'obéillance & Pinteret feul de la Religion.
me I'mfpirerent, fansme laiffer croire un feul
inftant qu'elle ear befoin de mon fecours
pour fe foutenir à Dieu he plaife qu'une
idée fi chimérique & ridicule puiffe ja
mais s'emparer de mon efprit J Je la regan
derois moi - même comme un chef-d'oeuvre
condepréfomption
& d'impertinenced oldO
ob Voild tour-naturellement M. I'Anonyme
la caufe toute fimple & toute innocente, de
l'effor que j'ai pris fur les matiéres qui
cernent la Religion. Si cet effor me donne
un ridicule je l'accepte volontiers , & je
n'en rougis pas. Jefouffrirois des tourmens
bien plus fenfibles pour une fi bonne caufe.
29
"
Il me feroit cependant bien facile , mon
cher M. de vous prouver que des gens dont
le
2128 MERCURE DE FRANCE.
le
rang ,
le caractére & les lumiéres vous impoferoient
, n'ont pas regardé mes efforts
comme ridicules , & je pourrois vous produire
des Atteftations fi refpectables , qu'elles
vous feroient rougir & peut - être trembler.
Mais il m'eft plus glorieux de fouffrir
vos outrages , que de les repouffer. Revenons
à votre admirable Epître.
Je paffe quelques loüanges que vous me
donnez , ironiquement fans doute , & je
vais étaller vos invectives , ou fi vous voulez
, vos fines plaifanteries , qui du moins
vous ont paru telles , & qui fans doute ont
bien fait rire vos amis & vous-même auffi ;
car le moyen de faire de fi jolies chofes , fans
s'en applaudir & fans s'écrier, pefte , où prend
mon efprit toutes ces gentilleffes !
A ces clameurs qui promettoient merveilles ,
M'éveillai donc en grattant mes oreilles !
Oh, la bonne plaifanterie ! fe gratter les oreilles
! Cela eft joli au moins. Eft-ce là le ton de
la bonne compagnie ?
Et me difois prévenu par le nom ,
Puis alléché par aucuns de vos Drames ,
Cetui du moins va nous parler raiſon .
Tout auffi-tôt voici mille Epigrammes....
Mille ! Parbleu difons un million ,
Car autant yaut en fait de ces denrées ,
Dont
OCTOBRE . 1743 .
2129
Dont au Mercure offrez l'échantillon.
Or nous avez les moins fades montrées
Apparemment. Les Supôts d'Hélicon ,
Lifeurs de Vers , n'y manquent d'ordinaire.
Trop jugea- t'on le cas qu'il falloit faire
Du fond du fac. L'arrêt eft pofitif.
Parquoi , Docteur , brûlez vos Homélies ,
Si m'en croyez , & qu'au Vindicatif,
Enfans morts nés , ces bribes foient unies.
Voilà , fans contredit , le plus joli morceau
de votre Epître , & je me fais un plaifir
de vous en faire honneur , quoiqu'il dût
beaucoup m'humilier , fi vos Arrêts étoient
fans appel . Mais comme je les crois fans
conféquence , je ne balance pas à publier
moi - même celui que vous prononcez contre
mes Epigrammes & contre mes prétenduës
Homélies. Je ne m'amufe point à vous
faire une chicane fur les mauvaiſes rimes
que vous hazardez ; comme celle de million
avec échantillon , & d'Hélicon avec million .
Les Poëtes tels que vous , n'y regardent pas
de fi près. Toujours va qui danfe , n'eft - il
pas vrai ? Laiffons pour un moment la forme
de votre Epître , & jugeons - la fur le
fond . Plût à Dieu qu'on jugeât toujours de
même ! Le démon de la chicane auroit les
ongles bien courts.
Vous appellez les Epigrammes des denrées,
Eh
2130 MERCURE DE FRANCE.
Eh bien denrées foit. Mais vous conviendrez
qu'il y en a de bonnes & de mauvaiſes . À
vous en croire , les miennes font de la derniére
efpéce , & le Public en juge comme
vous , fue l'échantillon queje lui ai préfenté
dans le Mercure. Ce jugement du Public
ne m'eft point encore revenu , & vous êtes
le feul qui me l'ayez annoncé jufqu'à préfent.
Tout ce que je feais , c'est que maas
Epigrammes ont infiniment déplû à MM.
Les Esprits forts , ce qui me prolive qu'elles
ne font pas fi mauvailes que vous voulez me
le perfuader , & ce qui me perfuaderen me
me tems , mon cher Anonyme , que vous
pourriez bich être un de ces intrépides, qui
traitent d'imbéciles tous les hommes péné
arés des faintes & terribles vérités que la
GliquePyrrhonnienne ofe révoquer en dou
teoyfurda forde ce Philofophe hypocrite &
capticux pour qui vous avez une fi pro
fonde vénération. Ne vous êtes vous point
recótinu dans quelque morceau de mes derfrées
Jen'en doute prefque pas , puifqu'el
Les Nous ont infpiré tant de mépris. Ileft de
votrelintérêt & de cehn de vos alnis , de destier
mal marchandiſe. En tout cas , je vous
avertis que fr hazard ython ' cher Año
Par
nyme, vos traits ont échappé jafqu'à pre
fent à mon pinceau , il ne vous manquera
pas dans la Quitos voqsifçavez qu'il eft alles
•
fidéle ;
OCTOBRE 24M 43
1
Adéle ; beaucoup de gens l'ont fenti , Tans
que j'aye mis leur nom au bas de mes portraits
, & vous pouvez dès à préſent vous
tenir afsûré , que fi jamais je parviens
vous connoître malgré vous vous ,, vous éprou
verez bientôt , qui que vous puiffiez être
que je fçais faire quand je le veux , des Epigrammes
, dont la pointe n'eft pas émouffée.
Naturellement je n'ai point d'éguillon , ou
du moins je me fais une loi'de le tenir ren
fermé , mais je ſçais le déployer & l'enfoncer
profondément fur ceux qui , comme
vous, ofent me provoquer , fans que je leur
an aye donné le moindre fujet. Car après
rout , fi vous avez crû vous reconnoître
dans quelqu'une des Epigrammes que j'až
publiées , c'eſt afsurément votre fatte & non
pas la mienne. J'en veux en général aux Efprits
forts , c'est-à- dire , aux impíes , aux
hibertins, aux Difciples de Bayle , en un mot,
Malheur à vous , fi vous êtes du nombre de
ces objets de ma fatyre & de mon indignation.
Rentrez en vous - même , comme 19
vous y invite ; rougiffez de vos erreurs &
devenez Chrétien , & vous ne trouverez
plus mes Epigrammes fi mauvaiſes . Preuve
de cela , c'eft que tous les gens de bien les
ont approuvées , & vous pouvez compter ,
malgré la haute idée que vous avez de vos
humiéres & de votre efprit qu'il fe trouve
inly parmi
2132 MERCURE DE FRANCE.
parmi ces honnêtes gens des hommes , qui
ont fans comparaifon plus de goût , de fcience
& d'efprit que vous n'en avez , du moins
fi je juge de vous par ce qui m'eft revenu de
vos productions.
De bonne-foi , croyez - vous que j'ignore
pourquoi mes Epigrammes vous paroiffent
fi maigres & fi infipides, auffi bien qu'à tous
vos Confreres ? En voici la raison , que
j'avois bien prévûë , mais qui ne m'a point
fait changer de fyftême ; c'eft qu'elles n'ont
pas le fel de l'impiété , de l'obfcénité & de
l'atteinte perfonnelle. Si elles étoient auffi
ordurieres , auffi fcandaleuſes , auffi impies ,
auffi mordantes que quelques- unes de Marot
, & que plufieurs de Rouffeau , vous
crieriez tous au miracle , & felon vous , j'effacerois
Catulle , Martial , & les Epigrammatiftes
modernes, que vous favourez fi délicieufement.
Mais je débite une faine morale
; j'attaque les impies , & je me permets ,
tout au plus un innocent badinage . Tout
refpire dans ces petits Ouvrages la candeur,
la vertu , la Religion : eft- ce là le moyen de
plaire à des goûts dépravés & corrompus ?.
A des gens , dont le palais blaze , ne peut
plus trouver d'agrément que dans l'eau-forte
& le piterpitre ? Et êtes vous fi fimple ,
de vous imaginer , que fi je voulois
être affés méchant & affés perdu pour vous
que
plaire,
OCTOBRE. 1743. 2135
plaire , je n'en puffe pas venir à bout ? Rien
de plus facile , que de travailler au goût des
libertins : rien de moins aifé , que d'amufer
& de plaire , en fe renfermant dans les bornes
prefcrites par la vertu . Lifez , fi vous
daignez en prendre la peine, cette Epigramme
que le Mercure vous a déja préfentée :
quelque infipide qu'elle puiffe vous paroître
, elle réunit en peu de Vers ce que je
viens de vous dire,
Me bornant à l'effor d'un innocent Comique ;
Philofophe moral & rarement cauftique ,
J'ai réfifté toujours à l'odieux penchant
De répandre fur tout une bile Cynique ;
Mais qu'on peut aifément devenir Satyrique ,
Et qu'il faut peu d'efprit pour être bien méchant !
Rien n'eft plus vrai que la fin de cette Epigramme
; j'aurois pû ajoûter, pour plaire aux
impies & aux libertins. Qu'un homme foit
affés fou & affés imprudent , pour attaquer
dans de petites Piéces femblables ce qu'il y
a de plus refpectable & de plus facré , tout
auffi-tôt c'eſt un homme admirable ; c'eſt le
coryphée des beaux efprits : on le craint , on
le hait , on le détefte ; mais on l'admire , on
le prône , on le met des plus fines parties
on fe familiarife avec lui , on fouffre patiemment
fes écarts , fes incartades , ſes impertinences
; c'est l'homme à la mode : il
>
eſt
2134 MERCURE DE FRANCE.
10
eft dubon air de vivre avec lui , de le fêter,
de le protéger , de le tirer de mille mauvai
fes affaires , que fon imprudence lui attire i
mais qu'un homme , avec des talens fimples
ment eftimables , paroiffe prudent , circonf
pect , modefte , vertueux dans fes difcours
& dans fes Ouvrages , il peut compter für la
plus parfaite indifférence de la part des gens
du bel ait à peine fçauront-ils fon nom : à
coup sûr , ils ne le verront point , ils ne le
prôneront point, ils ne le protégeront point,
ils le laifferont croupir dans fon obfcurité
& le mépriferont comme un petit génie , ou
comme ungénie ennuyeux , lourd & pefant,
incapable de produire ces jolis rien , ces
fadaifes fpirituelles , ces parodies lubriques,
ces faillies bouffonnes contre la Religion ,
& contre les bonnes gens qui la fuivent. I
Mettez la main fur la confcience ,M. l'Aǝ
nonyme; vos mépris & ceux de vos pareils
pour mes petits Ouvrages , ne partent - ils
pas de cette fource ? N'eft-il pas vrai que fi
mes Lettres, que vous traitez fi plaifamment
d'Homélies, étoient des Lettres bien libres &
bien impies , qui me coûteroient beaucoup
moins que celles que vous tournez en ridi
cule , vous en feriez tous vos plus chers
delices , & que vous vous les arracheriez
Que d'éloges on me donneroit fous main !
Quel crédit j'acquertois dans la Societé !
15
Que
OCTOBRE, 1743 M 2rze
Que d'efprit , que de fcience j'aurois ! ¿Qui
pourroit m'être comparé , ni chés les And
ciens , ni chés les Modernes ? Les agrémens,
les protections , les graces ; tout fondroit
fur moi , & les plus grands Seigneurs fe fex
roient gloire d'être de mes amis . Mais j'ai
fait des Homélies , du moins appellez- vous
ainfi mes Lettres : non-feulement elles font
pitoyables ; MM . du bel air les condamnent
au feu fans rémiffion , & c'est vous qui
m'annoncez leur Arrêr. Malheureuſement
pour vous & pour eux ces Homélies qué
vous appellez des Ouvrages mortsnés , fe
ront bientôt reffufcités par une nouvelle
Edition que je vous annonce , & j'ajoûte
pour mettre votre belle humeur en train de
s'épanouir , que même on vient de me pré
venir en Hollande , où on les a toutes extrai
tes du Mercure pour les réimprimer. Cepen
dant vous m'avouerez , M. le Philofophe ,
qu'en ce Pays -là on n'eft pas fuperftitieux ,
& que le jugement , le bon efprit , l'érudition
, la fine critique même , n'y manquenê
pas. Ileft vrai qu'on n'y trouve pas fré
quemment des efprits auffi légers & aäfft
rafinés que vous ; mais en vérité, on n'y fait
aucun cas de votre efpéce , & je penfe qu'on
n'a pas tort. 27
971 1
Pour ce qui eft du Vindicatif que Vous
croyez môrt néz comine mes denrées, & que
arola'up
Vous
136 MERCURE DE FRANCE.
vous voulez que je brûle avec elles , vous
me permettrez , s'il vous plaît , de n'en rien
faire. C'eft une bagatelle que je n'avois rifquée
, que par complaifance , & que je n'avois
compofée , que pour me délaſſer de
quelques travaux plus ferieux : mais je vous
avertis que le Parterre ne m'impofe pas plus
que vous , & que je crois cet Ouvrage trèsinjuftement
condamné. Tous les gens de
bon goût , qui l'ont lû depuis fa cataſtrophe,
ont été furpris & même indignés de fon
trifte fort , & conviennent unanimement ,
qu'on ne doit l'attribuer qu'aux efforts d'une
caballe envieuſe & jalouſe , qui a fçû fe
prévaloir d'un titre donné mal-à-propos à
la Piéce , qui ne devoit paroître que fous
celui de l'Amour ufé , & à laquelle on crut
ajoûter bien plus de relief, en l'intitulant le
Vindicatif, titre qui ne convient nullement
à cet Ouvrage , mais feulement à un perfon
nage qui n'y eft qu'épifodique , mes ennemis
profiterent d'une faute commife en mon
abfence , ce qui leur fut d'autant plus facile,
que cette faute avoit induit le Public en erreur
, en lui faifant croire que ma Comédie
étoit une Piéce de caractére , fur le ton du
Glorieux ou du Philofophe marié , au lieu
qu'il ne trouva qu'une efpéce de farce en
Profe , & qu'un fujet très-éloigné du grand
Comique , auquel je l'avois accoûtumé juſqu'alors,
· OCTOBRE. 1743. 2137
>
qu'alors , en forte qu'ilcrut voir la Montagnė
accoucher d'une fouris ; permettez-moi cette
comparaifon , quoiqu'il s'en faille beaucoup
que je ne fois une montagne : vous
fçavez que toute comparaifon cloche, celleci
plus qu'une autre : mais elle s'eft préfentée
tout-à -propos , pour donner une idée jufte
& précife de l'unique caufe du malheur dont
vous plaifantez & dont je n'ai nullement à
rougir , puifqu'il n'eft que l'effet d'un malentendu.
Cependant il eft facile de juger
que mes ennemis eurent beau jeu dans cette
occafion , & que le Public qui fe croyoit
trompé , fe rangea précipitamment de leur
côté , & devint de fi mauvaiſe humeur dès
le premier Acte , qu'il fe mit hors d'état
d'écouter la Piéce & d'en juger fainement
; mais j'ofe dire , que la lecture l'a
défabufé , & qu'elle vous défabuferoit peutêtre
vous - même , fi vous vouliez vous défaire
de vos préjugés, pour examiner de fang
froid cette Comédie , qui d'ailleurs ne mérite
point un examen fevére , puiſque je ne
l'ai donnée que comme une pure bagatelle ,
uniquement deſtinée à faire rire les Spectateurs
, & non à flatter leur goût , jufqu'au
point de la critiquer , car c'eft le fort des
bons Ouvrages d'effuyer la critique ; mais
celui - ci , je l'avoue , en eft très - indigne.
Croyez- vous de bonne-foi , que ni du tems
B de
2138 MERCURE DE FRANCE.
de Moliere , ni de notre tems , on ſe ſoit avifé
de critiquer Pourceaugnac , le Mariage
forcé & l'Amour Médecin ? Jamais on n'a
dit un mot fur ces Ouvrages : mais quelles
cenfures n'ont point effuyées le Milantrope
& les Femmes fçavantes , ces chef- d'oeuvres
de l'efprit humain ? Pardon , fi je me
fuis un peu trop étendu fur cette matiére.
Regardez- moi comme un pere, qui tâche de
fauver un de fes enfans , & revenons préfentement
au vôtre , que je crois en plus
grand danger.
Je ne puis me réfoudre à tranſcrire le
refte de votre Epître , fans faire quelques
remarques Grammaticales fur le dernier
morceau que je viens d'expofer. Examinons
un peu ces Vers :
Tout auffi-tôt voici mille Epigrammes .
Mille ! Parbleu difons un million ,
Car autant vaut en fait de ces denrées ,
Dont au Mercure offrez l'échantillon ,
Que veut dire , je vous prie , cet autant
vaut en fait de ces denrées ? Conftruifez-moi
cette phrafe. Quelle Langue parlez - vous ?
Eft - ce du François ou du haut-Allemand ?
Pour du ftyle Marotique , ce n'en eft point
je vous afsûre , & malgré tous vos cil &
tous vos cetui , vous en êtes éloigné de cent
piques , car le caractére diftinctif du ſtyle
de
OCTOBRE 1743. 2139
de Marot , eft d'être également fimple , naïf,
exact & intelligible : c'eftfurquoi Defpréaux
l'a loué principalement : mais la plupart de
vos phrafes , ont je ne fçais quoi de fi louche
& de fi bourfoufflé , qu'à chaque mot il faudroit
un Commentaire pour les entendre ;
vous me paroiffez un efprit obfcur & einbrouillé
, qui accouche de fes expreffions
dans un travail pénible , & qui ne produit
que des avortons. Au refte , on voit facilement
que vous voudriez être plaifant , mais
par malheur , vos traits fentent le bouffon
& vous m'avez tout l'air d'un Héros de parades.
Pourfuivons :
Pour votre foi , car y revien , beau Sire ,
Quand vos Vers fecs vont troubler le repos
D'un qui n'eft plus , & n'a rien à vous dire ,
Qu'attendez - vous de vos maigres travaux ?
Rien du tout. Afsûrément je ne prêche pas
pour attraper des bénéfices ou des penfions,
D'ailleurs , puifque mes travaux font fi maigres
, il y a bien de l'apparence qu'ils ne
m'engraifferont pas. Pour les vôtres , qui
ont tant d'embonpoint , ils ne peuvent manquer
de vous procurer bien de la gloire &
du profit , dont au fond vous m'aurez toute
l'obligation , puifque c'eft moi qui les publie.
Vous devrez me remercier , ou vous
ferez bien ingrat , de tous les applaud ffe-
Bij mens
2140 MERCURE DE FRANCE,
mens que je vais vous procurer , & quelles
récompenfes ne devez -vous pas attendre ,
pour avoir défendu Bayle avec tant de fineſſe
& de fagacité ? Pour moi qui ai la témerité
de l'attaquer , je ne dois eſpérer
d'autre prix de mes maigres travaux , que
des injures & des ironies.
Mais vous, qui parlez en maître de l'Art,
faites-moi fentir , je vous prie , la féchereſſe
de mes Vers . Qu'appellez - vous des Vers
fecs ? Sont - ce des Vers naïfs & fi intelligibles
, qu'un enfant les entendroit ? Des Vers
où l'on évite les tranfpofitions , l'obfcurité ,
l'affectation , la dureté , le ton précieux
l'ambiguité , l'amphibologie , les fautes de
Grammaire Des Vers , où l'on veut avoir
plus de raifon que d'efprit ? J'avoue que les
miens font de cette efpéce , & qu'à tous ces
égards , ils font tout differens des vôtres.
Par exemple.
* Vous me tancez avec fine énergie' ,
Livrant affaut à ma Théologie ,
Et fans façon la traitez de bibus ,
Me renvoyant à l'oeuvre Dramatique ,
Comme à l'objet de mon talent unique ,
Par ce qu'ai vû les périlleux abus ,
Trop réſultans de la fauffe Doctrine ,
*
Rép. de M. Deftouches à l'Anonyme Marotique ,
Merc. de Juin 1743.
De
OCTOBRE. 1743 . 2141
De ce Prothée aimable & captieux ,
De qui l'efprit , pour vous fi radieux ,
Vous femble extrait de l'effence divine.
Voilà mon ftyle. Appellez - vous cela des
Vers fecs ? Oh bien , M. notre Maître , je
vous avertis que malgré vos doctes leçons ,
je tâcherai toujours d'en faire de pareils , &
je
crois être en droit de vous dire tout bonnement
, que vous ne feriez pas mal de vous
défenfler un peu , pour tâcher d'être auffi
que moi. Je vais continuer de vous copier
& de vous répondre.
fec
Si prétendez dans ce genre d'efcrime
D'un vernis neuf relevant votre rime ,
De votre efprit faire briller les traits
Mal confeillé vous fûtes , ou jamais .
"
Ce dernier Vers n'eft -il pas bien harmonieux
? Et cet ou jamais , n'eſt-il pas là bien
enchaffé Mal confeillé vous fûtes ou jamais !
que vous dire ici ou jamais ? Voilà les gens
qui prétendent critiquer nos Vers , & nous
apprendre à en faire de bons . Appellez- vous
cela de l'embonpoint ?
Il vous falloit , autrement que ne fîtes ,
Mon cher Docteur , digérer vos effais ,
Si défiriez faire des Profélites .
Fites & Profelites , ces deux rimes marquent
B iij
une
2142 MERCURE DE FRANCE.
une oreille bien délicate fur la quantité !
C'eft faire courir une tortue avec un liévre.
Mais venons au fond du procès. J'avouë
que mes effais fur la Religion n'ont pas été
long - tems digerés. De fimples Lettres ,
ont-elles befoin d'une fi longue digeſtion ?
Leur caractére effentiel n'eſt - il pas , d'être
fimples & même en apparence négligées ?
N'y doit-on pas imiter le ftyle de la converfation
? N'eft- ce pas là ce qui fait leur principal
agrément ? Auffi les ai - je écrites tout
d'un trait , & , grace au Ciel , je n'ai pas le
goût affés pervers , pour prendre le ton didactique
, en écrivant à mes amis . Autre
chofe eft d'écrire une Lettre , autre chofe eft
de faire un Traité. L'une demande un air
fimple , naïf & facile ; l'autre exige l'ordre.,
Ia force & la profondeur.
Confidemment vous le dis à mon tour ,
Dans ce métier que prêtes un beau jour ,
Sans nulle étude & fans expérience ,
Croyez que zéle eft bien loin de fcience .
Et où prenez - vous , mon grand ou mon
petit M. car j'ignore abfolument à qui je
parle , que je n'ai ni étude ni expérience ?
Ou vous me connoiffez particuliérement ,
ou vous ne me connoiffez que de vûë & de
réputation.
Si nous avons vêcu enſemble , ce qui
pourroit
OCTOBRE. 1743. 2143
pourroit bien être , dites - moi en quelle
occafion , combien de fois je vous ai fait
voir mon ignorance ? Me feroit- il arrivé de
défendre contre vous la Religion ? ( car c'eft
à quoi je me fuis efforcé fouvent avec quelques
amis. ) En ce cas , je ne ferois point
furpris que vous me cruffiez ignorant, puif
que MM. les Efprits forts ne reconnoiffent
pour fçavans , que ceux qui font profeffion
& qui fe donnent les airs de la méprifer.
Mais fi vous ne me connoiffez que par
mes Ouvrages , dites- moi quels font ceux
qui vous ont fait fentir que je ne fçais rien .
Sont- ce mes Comédies : Ce n'eft pas là qu'il
faut étaller de l'érudition : elle y feroit bien
mal placée. On dit cependant qu'elles fe
reffentent un peu de la lecture de Plaute &
de Térence , & que quelquefois je ne les ai
pas mal imités. Or il me femble que ce n'eft
pas là de l'ignorance.
Sont-ce mos Epigrammes ? J'y traduis affés
fouvent Catulle & Martial . Eft- ce là de
l'ignorance ?
Sont- ce mes Lettres fur le goût ou mes
Lettres fur la Religion ? Dans les ures , je
cite & j'apporte en exemple de trés- beaux
endroits des meilleurs Poëtes Latins. J'y
cite même Sophocle & Euripide. Dans les
fecondes , j'entre dans les plus profondes
réflexions métaphyfiques , & je fonde les
Biiij preu2144
MERCURE DE FRANCE.
Preuves invincibles de la vérité de la Religion
Chrétienne , fur differens paffages des
Prophétes. Eft-ce encore-là de l'ignorance ?
Lifez feulement mes deux Réponſes à M.
Tanevot , & elles vous prouveront que j'y
traite des matiéres fur lefquelles on ne peut
écrire , fans avoir long - tems & profondément
médité. Croyez-vous qu'on ne puiffe
être Poëte fans être ignorant ? M. de Fontenelles
, M. de Voltaire , M. Roi , tout
grands Poëtes qu'ils font , & bien d'autres
encore que je pourrois nommer , vous ont
prouvé & vous prouveront le contraire , &
fi vous avez lû quelquefois les Anciens ,
vous devez être convaincu , que les Poëtes
Grecs & Romains étoient pleins d'érudition
, & que quelquefois même ils fatiguent
les Lecteurs , en affectant trop de
la faire briller. Toute réflexion faite cependant
, je vous avoue ingénûment que je ne
fuis pas fçavant, mais, grace à Dieu , je le fuis
affes pour vous inftruire,& pour être perfuadé
que les vrais Sçavans , font ceux qui méprifent
Bayle & fes Sectateurs , & qui ont
affés étudié la Religion Chrétienne , pour
être perfuadés qu'elle eft toute divine , &
que les vaines & audacieufes attaques des
libertins ne lui porteront jamais la moindre
atteinte.
D'ailleurs voyons , où s'adreffent vos coups !
Qu'atta
OCTOBRE. 1743 . 2145
Qu'attaquez -vous ? Parlez , je vous écoute.
Ce que j'attaque ? a - t'on jamais fait une
queftion plus ridicule ? J'attaque la Doctrine
de Bayle , comme fauffe & pernicieufe.
Mes Effais , mes Homélies , mes Vers fecs ,
vous l'ont affés prouvé. Puifque vous doutez
encore de leur objet , il faut que vous
entendiez auffi mal le François que vous
l'écrivez .
Le fpinofilme ? Encor pis dites- vous.
Oh dans le droit , avez raifon fans doute ;
Ne fuis d'humeur à vous contrarier .
J'aime bien ce petit fens hypocrite. Affurément
vous l'avez pris dans Bayle , qui fe
fauve toujours par de femblables parenthé.
fes.
Mais quand par vous ce Sceptique , ce Bayle,
Ou ce Spinoze eft mis en parallele ,
Avez- vous lû l'article du dernier ?
Avec votre permiffion , M. l'Anonyme ,
depuis que l'enfer a vomi Spinoza & fes
execrables Ouvrages , perfonne ne s'eſt jamais
avifé de l'appeller Spinoze , comme
vous faites par licence poëtique. Cette licence
ne s'étend point jufques fur les noms
propres. C'eft une petite leçon que je fuis
bien aiſe de vous donner en paffant. Au fur-
Bv plus
2146 MERCURE DE FRANCE.
pas
:
plus , je ne compare point Bayle avec Spinoza
je dis qu'il eft plus dangereux que lui ,
& je le foutiens. Pourquoi ? Premiérement
parce que Spinoza eft fi obfcur , qu'il eſt
très - difficile ,
pour ne pas dire impoffible,
d'entendre précisément le fond de fon ſyſtême
, & qu'il y a de l'apparence qu'il ne s'entendoit
lui - même au lieu que Bayledans
fes argumens les plus fubtils, a toujours:
Part de fe rendre très-intelligible ; & en fecond
lieu , parce que tout homme qui ofe
parcourir les abominables Livres de Spinoza
, fe convainc aifément que cet infigne
fcélérat entreprend de prouver qu'il n'y a
point de Dieu , ou fi vous voulez, que toutela
Nature eft Dieu , deffein que l'Enfer avoir
infpiré à ce Monftre d'impiété , & que l'on
apperçoit à l'ouverture du Livre : au lieu
que Bayle confervant tous les dehors d'un
homme de bien, entreprend, en cachant fon
but , de fapper tous les fondemens de la Religion
Chrétienne , contre laquelle il lance
adroitement les argumens les plus fpécieux ;
& fe retire enfuite derrière le retranchement
de la Révélation , pour fe mettre à l'abri des
traits que les Jurieu, les Leclerc , les Jacquelot
lui décochoient , & des fevéres châtimens
dont il fe fentoit digne : hypocrite agréable
, adroit & pernicieux , contre lequel on
n'eft point en garde , comme on s'y tient
contre
OCTOBRE. 1743. 2147
contre l'affreux Spinoza , & dont les ména
gemens fubtils & compaffés , féduifent les
petits efprits , les demi- fçavans , les libertins
, & les entraînent infenfiblement dans
Le précipice.
Vous me demandez i j'ai lu l'article de:
Spinoza dans le Dictionnaire de Bayle. Oui
je l'ai lû & relû , je vous afsûre ; mais que
prouve-t'il en faveur de votre Héros ? qu'il
entreprend de détruire tous les fyftêmes ::
celui de Spinoza comme les autres . Fidéle
imitateur & admirateur de Montagne , ik
ne veut pas qu'il y ait rien de certain fous le
Soleil , & il n'y a point de Doctrine & d'o
pinion qu'il n'attaque : tout entre dans fon
plan , qui eft de rétablir le Pyrrhonifme ,
fon dogme favori , & de jetter les hommes
dans une affreufe incertitude fur les matiéres
les plus inconteſtables . Voilà quel eft vo--
tre homme , & je vous le foutiens . Prouvezmoi
le contraire, fi vous pouvez ; & au lieu
de vous égayer à me dire des injures , entre--
prenez de le défendre : démontrez - nous
fes bonnes intentions. Attaquez - moi dans
la forme & à découvert. Nommez - vous ,.
comme je me nomme , à la tête de quelque
fçavante Differtation , & faites - moi voir
évidemment que je me trompe. Vous pou--
vez prendre cette généreufe réfolution fans
rien craindre , car quel eft l'état de la quef-
Bvj tion ?:
2148 MERCURE DE FRANCE.
tion ? De fçavoir fi Bayle a de mauvaifes intentions
, ou s'il n'en a point. Si fes Ouvrages
font pleins d'un venin fubtil & caché,ou
s'il ne le font pas : je foutiens l'affirmative.
Soutenez contre moi la négative. Il n'y a nul
danger pour vous dans la carrière que je
vous ouvre. Ni l'Eglife, ni l'Etat ne peuvent
vous blâmer de prouver que Bayle eft innocent
des pernicieux deffeins qu'on lui attribuë
: au contraire , on vous fçaura gré
d'avoir fauvé la réputation d'un fi bel -efprit
, & graces à vos lumiéres incomparables
, fes Ouvrages feront imprimés déformais
avecles approbations les plus authentiques.
Ne vous cachez donc plus derriere
votre rideau, pour tirer fur moi. Vos injures
& ces ironies ne prouvent rien ; faites-moi
connoître à qui j'ai affaire , car il eft triſte
pour moi d'avoir une difpute fi vive avec
un homme que je ne connois point. Peutêtre
vous dois- je du refpect ; peut-être m'en
devez - vous ; peut-être ne nous en devonsnous
ni l'un ni l'autre. Mais jufqu'ici tout
l'avantage eft de votre côté ; vous fçavez où
portent vos coups ; j'ignore où les miens
vont. J'avoue que j'ai pris le change fur
votre compte , & c'est ce qui a caufé l'obfcurité
que vous trouvez dans ma répor
fe . Je foupçonnois que mon aggreffeur
étoit un homme d'une mérite diftingué.
Pardon
OCTOBRE. 1743. 2149
Pardon fi je me fuis mépris . C'eft votre fautte.
Pourquoi , m'induiſez- vous en erreur ?
En tout cas , je vous fignifie publiquement
& en termes très-clairs , que fi déformais je
ne trouve pas votre nom & votre adreffe
au bas de vos Epîtres , je les brûlerai fur le
champ fans les lire ; dûffai - je en recevoir
tous les jours. Ainfi ce fera bien de l'efprit
& de la gentilleffe en pure perte pour vous.
Car encore une fois , je ne vous lirai plus ,
& par conféquent plus de réponſe , fi vous
ne vous déclarez pas. Je ne demande pas
mieux que de combattre en champ clos ,
mais je veux voir mon homme.
Paroiffez Efprits forts , vigoureux affaillans ,
Et tout ce que 1 Enfer a produit de vaillans.
Je défie à la fois votre noire Cohorte.
Faites partir vos traits de la main la plus forte ,
Du bras le plus terrible , ou pour mieux m'accabler
Uniffez-vous enſemble , & bien loin de trembler ,
Armé du bouclier de la foi qui me guide ,
Je vous ferai tomber devant la Sainte Ægide ,
Muets , pétrifiés. Tytans audacieux ,
Dont la vaine fureur ofe attaquer les Cieux ,
L'Athléte le plus foible en vous faiſant la guerre ,
Sçait au premier effort vous brifer comme un verre.
Le perfide ennemi de Dieu , du genre humain
Vous met contre la Foi les armes à la main ;
Mais
2150 MERCURE DE FRANCE.
Mais elle domptera votre rage impuiſſante
La Vérité divine eft toujours triomphante.
Bien loin qu'elle redoute un odieux combat ,.
Les affauts des méchans redoublent fon éclat :
L'Enfer ni fes fuppôts ne peuvent rien contre elle ,
Et prenant chaque jour une force nouvelle ,
Elle atterre l'impie aux pieds de fes Autels ,
Ou réſerve fon ame à des feux éternels.
Pardonnez-moi cet enthouſiaſme , auquel je
n'ai pu réfifter ; & permettez M. que je finiffe
, en répondant aux cinq derniers Vers
de votre Epître , car les précédens ne valent
pas la peine d'être tranfcrits.
Après m'avoir dit que je me rends ridi—
cule par mon zéle pour la Religion , comme:
le Glorieux fe rend ridicule par fon orgueil
impertinent , comparaifon très - bien amenée
, très fine & très - ingénieufe : vous
ajoûtez une menace des plus finguliéres , &
voici de quelle façon vous la tournez ::
Mais par hazard fi cet autre Lycandre
Un beau matin en lieu clos vous tenoit ,
Qu'à coeur ouvert il pût fe faire entendre ,,
Reut- être alors à l'abri des frayeurs ,
De votre bord n'auriez tous les rieurs.
A qui de vous ou de moi , M. fe rapporte
ce Vers ?
Peut-être alors à l'abri des frayeurs ,
Selon
OCTOBRE. 1743. 2151
Selon la bonne fyntaxe , il fe rapporte 2
moi. Le dernier Vers le prouve ::
Peut-être alors à l'abri des frayeurs,
De votre bord n'auriez tous les rieurs..
Mais en vérité ma confcience ne me reproche
rien , lorfque j'employe mon loifir à
défendre la Religion contre les libertins , les
incrédules & les impies ; ainfi je ne fens pas
la moindre petite frayeur..
Si au contraire , comme il eft facile de le
deviner , ces frayeurs ne fe rapportent qu'à
vous , il faut que vous confeffiez que votre
phrafe eft miférable , & que vous ne fçavez
pas le François étudiez- le je vous prie , &
lifezVaugelas, Thomas Corneille,Ménage &
le P. Bouhours , avant que d'entreprendred'écrire
contre moi. Car je vous apprends à
vous , qui me donnez un ridicule , que rien
n'eft fi ridicule qu'un homme , qui écrit en
une Langue fans la fçavoir , fur tout quand
il attaque un Auteur , qui doit en poffeder
toutes les régles & en connoître toutes les
fineffes. Apprenez encore de moi , mon
cher M..qu'un galant homme n'en attaque
jamais un autre clandeftinement , & que la
bonne confcience ne craint point le grand
jour. Rien n'eft plus bas que de venir
m'infulter jufques chés moi , & m'y porter
des coups fecrets , en vous dérobant à ceux .
que
2152 MERCURE DE FRANCE.
que je pourrois vous rendre. Profitez de
cet avis & faites-moi la guerre plus honnêtement
. Je ne crains aucune forte de combats
; je vous le déclare , mais comme j'ai
l'ame fiére & généreufe , je dédaigne de me
commettre avec un ennemi caché , & je
veux qu'il fe préfente en brave homme. Je
fuis , Monfieur , avec refpect , & avec confidération
, votre , & c .
NERICAULT DESTOUCHES.
A Fortoifeau , ce 3. Septembre 1743 .
豬豬豬
L'AR BRISSEAU ET L'APPUI ,
Allégorie à Damon .
UN Arbriffeau , foible , débile ,
Au milieu d'un fameux Verger ,
Joüiffoit d'un bonheur tranquile ,
Sans redouter aucun danger ;
Un Appui généreux daignoit le foulager.
Bien- tôt la fombre jaloufie ,
Que guide la rage & l'envie ,
Jette les yeux fur fon heureux deftin ,
Et fe
Eh !
promet d'y mettre fin.
L
que fait donc dans cette place ,
Dit elle en écumant , ce fragile Arbrifſeau ?
On
OCTOBRE . 1743 . 2153
On ne l'y fouffre que par grace ;
Doit il jouir d'un fort fi beau ?
Inceffamment que l'on l'arrache ,
Et qu'un bel Arbre , que je cache ,
Brille ici d'un éclat nouveau.
L'Arbriffeau ne peut rien répondre ;
Il voit qu'on s'arme contre lui ;
Bien-tôt il fe verra confondre ,
S'il n'obtient tout de fon Appui.
Damon , je fuis cet Arbriffeau débile ,
Qu'une force fecrette a juré de périr ;
Sans ton fecours , fans ta faveur utile ,
Je me verrai contraint à déguerpir ;
Daigne me protéger , dans ce moment terrible ;
Sans ta voix la mienne n'eft rien ;
Mais fi ta bouche s'ouvre à ma peine fenfible ,
Même mes ennemis de moi diront du bien.
Draheiffal de Xialrom.
LETTRE
2154 MERCURE DE FRANCE.
૨૬ ૨૫ ૨૨ હે હે હે ર ૯ ૩૯ ટ ૯ 36 ૯ટરટ ૨૬ 3૨8૫ ૨૫ ૨૬ 28 29
LETTRE écrite de Lunévlle , par M***,
à Mad. la Marquise du *** , ſur l'usage
qu'on peutfaire de la Musique pour lafanté.
LA Mufique , Madame , fait toûjours ici
notre principal amufement , & elle y
eft fort bonne par le goût de Sa Majefté Polonoife
, qui attire à Lunéville de grands Muficiens.
Toute fa Cour eft Muficienne : le
Médecin même du Roi ( M. Ronob ) com→
pofe en Mufique , & touche le Clavecin en
perfection. Ce Médecin me donna à lire , il
y a quelque tems , une Théſe ,
une Théfe , foutenue
dans les Écoles de Médecine de Paris , au
mois de Mars dernier , qui traite de l'utilité
dont peut être la Mufique pour la confervation
de la fanté ; ce fut un peu par complaifance
pour ce Docteur ,queje me déterminai
à la lire , parce qu'elle eft en Latin , mais
Jorfque j'en eus commencé la lecture , j'y
pris beaucoup de plaifir. Cette Théfe eft écrite
avec toute l'élégance poffible ; le ſtyle en
eft léger , & a même quelque chofe d'harmonieux
; elle eft pleine de penfées vives
& juftes. Je n'aurois jamais crû que cette
matiére , traitée phyfiquement & même médicinalement
, fût fufceptible des agrémens
que l'Auteur a fçû y faire entrer..
M.
OCTOBRE . 1743 . 2155
M. Maloüin , de l'Académie Royale des
Sciences , qui eft l'Auteur de cet Ouvrage ,
y explique l'action des corps fonores , mis
en mouvement , fur l'air ; & l'action de l'air
mû par les corps fonores , fur l'organe de
l'ouie ; enfuite il prouve l'action de l'organe
de l'oüie , ainfi frappé par l'air , fur les
autres parties du corps , ce qui y produit des
changemens qui ne font point indifferens
la fanté ; enfin , il explique comment le cerveau
ébranlé par l'organe de l'oüie , excite
des mouvemens dans l'efprit , & comment
l'eſprit, ainfi ému , réagir fur les parties du
corps.
L'Auteur a divifé tout fon Ouvrage en
einq Chapitres. Il a employé le premier à
faire l'éloge de la Mufique ; cet éloge eſt joliment
traité ; on y dit de la Mufique tout
ce qu'on en peut dire. C'eft , fur tout , en
rapportant les merveilleux effets de la Mufique
, que l'éloge eft fondé . Le principal
effet de la Mufique & fur lequel on infifte,
eft celui de diffiper les chagrins & d'inf
pirer à l'efprit de la gayeté. Notre Médecin
foutient auffi que la Mufique eft un bon reméde
contre les langueurs , & que c'eft pour
cette raifon qu'Apollon étoit chés les Anciens
le Dieu de la Mufique , comme il l'étoit
de la Médecine .
Dans le fecond Chapitre , il prouve la
puiffance
2156 MERCURE DE FRANCE.
puiffance de l'organe de l'ouie fur le corps,
pour exciter & pour modérer les mouvemens
de l'efprit. Il prétend que de tous les
fens , l'ouie eft le plus fort & le plus préfent
à l'efprit. Pour le prouver , l'Auteur
décrit la ftructure de l'oreille , & il explique
ce qui conftituë le fon. Il fait obferver
que le doux murmure d'un ruiffeau a quelque
chofe d'amufant & qu'il endort ; qu'aucontraire
, certains fons rudes , comme celui
d'une lime ou d'un couteau , avec lequel on
racle , font infupportables , comme le font
auffi les heurlemens des chiens , & les cris
des chats pendant la nuit.
M.Malouin , pour expliquer comment le
fon fe communique à l'oreille , dit que l'air
eft compofé de parties differentes
par leur
longueur , leur foupleffe & leur élafricité
; & il conclut de-là , que ces parties
d'air font fufceptibles de differens tons . Il
ajoûte que lorsqu'un corps fonore eft mis
en mouvement , celles d'entre les parties de
l'air voifin , qui font à l'uniffon avec les
parties de l'inftrument d'où fort le fon , reçoivent
ce fon, & le tranfmettent aux fibres
de l'oreille qui font à l'uniffon avec ces parties
d'air.
Notre Docteur prétend auffi qu'il y a de
l'analogie entre le fon & la lumière ; que
comme la lumiére fe divife en fept couleurs
primitives ,
OCTOBRE, 1743. 2157
primitives , le fon peut auffi fe diftinguer
en fept tons principaux, Il fait remarquer
là-deffus , que ceux qui ont été piqués de la
Tarentule , font foulagés ou font incommodés
par differentes couleurs , comme ils
font foulagés ou font incommodés par differens
tons,
Il foutient qu'il y a auffi de l'analogie
entre l'organe de l'oüie & celui de la vûë ;
il dit que la conque de l'oreille fe refferre
ou fe relâche felon les differens fons qu'elle
reçoit , comme la prunelle de l'oeil fe refferre
ou fe relâche , felon la differente lumiére
qui y entre, Il remarque que la peau
qui couvre le labirinthe de l'oreille , eft
une prolongation du nerf auditif , comme
la rétine de l'oeil eft une prolongation du
nerf ophtalmique,
Cet habile Médecin repréfente l'oreille
comme un inftrument de Mufique très-parfait
, dont les fibres font comme des cordes
de differentes longueurs , differemment tenduës,
& plus ou moins élastiques ; il dit que
par le moyen de ces fibres , les parties d'air
dont les vibrations répondent aux vibrations
du corps fonore , communiquent ces
vibrations dans l'intérieur de l'oreille, comme
il arrive,lorfqu'après avoir pincé la corde
d'un Inftrument , s'il y a un pareil Inf
trument dans le voisinage & qui ait une
corde
2158 MERCURE DE FRANCE.
corde à l'uniffon , c'eſt-à -dire qui foit de la
même longueur , également tenduë , & auffi
élaftique , cette corde , quoiqu'on n'y touche
point , trémouffe & donne un fon pareil
à celui que donne la corde qu'on a
pincée .
Pour prouver cette force de l'uniſſon , il
rapporte qu'il eft fouvent arrivé que le Roffignol
excédé eft tombé mort par le fon de
la Guitarre ou d'une voix qui étoit à l'uniſſon
avec la fienne. Il dit qu'un verre fufpendu
par un fil , caffera par la voix qui fera
à l'uniffon ; que de deux tambours , également
grands & tendus à côté l'un de l'autre
, l'un étant frappé , l'autre raifonne ſans
qu'on le frappe . Il affure que ce n'eft point
l'effet du hafard , fi le nerf auditif communique
avec prefque toutes les parties du
corps ; que quand quelques fibres du nerf
auditif font émuës par quelques fons , elles
communiquent leur ébranlement à des
fibres du nerf intercoftar , ou à quelquesnerfs
de la pairevague , avec lefquels communique
le nerf auditif ; & il ajoûte que
par cette méchanique , felon les vifcéres
aufquels répondent ces fibres , il fe produit
des effets réels & fenfibles. Il fait voir encore
que c'eſt par la raifon des contraires qu'il
arrive ce qu'on a obfervé dans la pratique
de la Médecine ; fçavoir , que les vices des
vifcéres
OCTOBRE .
1743. 2159
vifceres fe communiquent à l'organe de
l'oüie , comme on le voit fouvent arriver
dans les fiévres malignes , pendant lefquelles
, lorfque le malade devient fourd , il fe
porte mieux. Les dévoyemens bilieux s'arrêtent
lorfqu'il furvient une furdité , & au
contraire la furdité fe guérit quelquefois
par le dévoyement. Il fait auffi remarquer
qu'il y a des perfonnes qui ne peuvent
fe
nettoyer les oreilles fans être obligés de
touffer , & que fouvent dans la pulmonic
on fent de la douleur dans l'intérieur des
oreilles , & c.
M. Malouin rapporte plufieurs raiſons ,
tirées de la Phyfique & de l'Anatomie, pour
prouver que les nerfs répandus dans les parties
du corps, y produifent de grands effets,
lorfque par certains fons ils font ou tendus
ou relâchés , & ébranlés en mille façons differentes
, ce qui détermine le cours des humeurs
, & en augmente ou diminuë la dépuration
; & il attribuë ainfi ces effets de la
Mufique aux rapports involontaires qu'a
l'organe de l'ouie avec les confonances exexcitées
dans l'air par les corps fonores ; il
foutient que c'eft par cette méchanique que
fe font faites des guérifons merveilleuſes ,
furtout des maladies convulfives avec délire;
il rapporte là- deffus la guériſon de ceux,
qui étant malades à la mort d'une espece de
1
létargie ,
2160 MERCURE DE FRANCE.
létargie, caufée par la morfure de la Tarentule
, recouvrent
leur fanté par le moyen
des airs de Mufique
qu'on leur joue , & il
fait obferver qu'on eft obligé de faire joüer
differens
airs , felon les differentes
efpeces de Tarentules
dont on a été mordu ; & il
n'oublie
pas que
David calmoit par le fon
de fa Harpe les fureurs mélancholiques
de
Sail , ce qui eft expreffément
marqué dans l'Ecriture
.
M.Malouin fait voir à cette occafion, que
les nerfs du corps étant de differentes longueurs
, plus ou moins tendus , & d'un tiſſu
plus ferré les uns que les autres , ils font differemment
ébranlés par differens tons , &
qu'ainfi le corps peut être émû par la Mufique
de bien des façons differentes , ce qui
peut faire mouvoir & exciter toutes les affections
de l'efprit.
On a peine à comprendre , & il eft affés
difficile d'expliquer comment l'efprit reçoit
l'impreffion du corps ému par la Mufique ;
c'eft à quoi font employés le troifiéme & le
quatriéme Chapitre de cette Théfe. L'Auteur
y établit folidement la puiffance de
l'efprit fur le corps , & celle du corps
l'efprit. Il dit qu'on voit manifeftement ,
combien , en changeant l'état du corps , on
change auffi celui de l'efprit , & pour prouver
cette affection , il rapporte les caufes de
fur
l'yvreffe,
OCTOBRE. 1743. 2161
que
l'yvreffe , de la rage , de la maladie de la Tarentule
& des vapeurs , affurant que les délires
font differens , felon les differentes parties
qui font le fiége de la maladie , & que
c'eft de-là que naiffent les differences de la
frénéfie , de la manie , de la mélancolie , & c .
Il pofe pour un principe bien certain
la gayeté de l'efprit contribue beaucoup à la
fanté du corps , & que le corps fain rend
l'efprit plus gai . Il obſerve que la trifteffe
peut être la caufe de plufieurs maladies
comme du fcorbut , de la jauniffe , &c. &
que par la raifon des contraires , la gayeté eſt
un bon reméde dans un grand nombre de
maladies.
Pour prouver combien l'efprit a de pouvoir
fur le corps , il dit qu'on a vû des gens
qui , par un chagrin violent & prompt , ou
par une fubite & exceffive joye , font morts
fur le champ ; & il explique la caufe phyſique
de ce terrible effet de la joye ou du
chagrin.
La-deffus l'Auteur diftingue l'ame immortelle
de l'homme , de l'efprit , dont il parle
ici. Cet efprit , dit-il , qui fe trouve dans
tous les animaux , eft comme le réfultat &
le complément de la fimétrie & de la merveilleufe
organiſation des corps animés , &
c'eft ce qui conftituë l'animalité . Il prétend
expliquer par-là l'Entelequeya d'Ariftote
C dont
2162 MERCURE DE FRANCE .
dont l'interprétation a exercé bien des Sçavans
, & Cicéron même.
Enfin , dans le dernier Chapitre de cette
Théfe, l'Auteur dit, que comme la Mufique
peut exciter toutes les paffions dans l'homme
, & que toutes les paffions n'étant pas
bonnes pour la fanté , il s'enfuit que toute
Mufique n'eft bonne
pas pour
la fanté.
Il fait voir que la Mufique doit être differente
felon les differens tempéramens , felon
l'âge , felon l'habitude , & felon les differentes
paffions qu'il faut exciter.Il foutient
que la Mufique, qui convient aux perfonnes
gayes , ne convient point aux perfonnes férieufes
, & pour prouver que la Mufique a
des effets bien differens , il fait la defcription
d'un Concert , & il obferve que les
Spectateurs ont tous des mouvemens differens
pendant le Concert , & il remarque
que ces mouvemens ne font point volontaires
, qu'ils font purement méchaniques &
produits par la force de la Mufique . M. Malouin
finit en expliquant ce qui fait les differences
de la Mufique, & en quoi une Mufique
eft agréable ou défagréable ,en général .
Je ne fçaurois , M. fuivre l'Auteur dans
toutes ces Recherches , qui font fçavantes
& curieufes , & je pafferois les bornes ordinaires
d'une Lettre , fi j'entreprenois de
vous faire ici un plus grand détail de cette
Théfe ;
OCTOBRE. 1743. 2163
Theſe ; il feroit fort à fouhaiter qu'elle fût
traduite en François , pour les perfonnes curieufes
qui ne fçavent pas le Latin ; mais il
faudroit que le Traducteur eût un ſtyle
femblable à celui de l'Auteur du Temple de
Gnide . Nous avons ici M. de Solignac , qui
s'en acquitteroit bien , s'il le vouloit ; une
pareille Traduction ne pourroit manquer
de plaire aux Curieux , furtout aux perſonnes
, qui , comme vous , Madame , aiment
particulierement la Mufique.
J'ai l'honneur d'être , &c.
R
ODE
A M. de L. C.
Eponds- moi , faftueux délire ,
Ennemi fouple & dangereux ,
Par toi quelqu'un s'eft - il pû dire ,
Je fuis content , je ſuis heureux ?
Vanité , fuperbes vertiges ,
'Ambition , frivole honneur ,
Dites-moi , fi vos vains preftiges
Ontjamais fait un vrai bonheur ?
Cij
Sondons
2164 MERCURE DE FRANCE.
Sondons les ames incertaines
De ceux qu'enyvre la faveur ;
Voyons fi les grandeurs humaines
Ont jamais pu remplir un coeur.
Non , C ...le trouble
& la crainte
Paroiffent
malgré
leurs efforts ;
Nous voyons
jufque
dans leur feinte
Le vuide affreux
& les remords
.
Un coeur fimple , un efprit modefte ,
T'éloignent de tous ces travers ,
Et de l'écueil double & funeſte ,
Ou des fuccès ou des revers .
L'éclat d'une gloire importune
Ne féduit pas ta probité ;
Tu bornes tes foips , ta fortune
A la feule tranquillité.
Tantôt du ftoïque infléxible
Méditant les fages excès ,
Un égarement infenfible
T'enfonce au milieu des Forêts.
***
OCTOBRE. 1743 .
2165
Tantôt d'une Onde fugitive
Tu fuis , en rêvant, les détours ,
Ou tu confultes fur fa rive
Le doux Greffet & les Amours.
炒菜
Loin qu'un flateur orgueil t'abuſe ;
Du vrai bien paisible Docteur ,
Newton , le grand Newton t'amufe ,
Et tu t'occupes d'une fleur.
*3*+
Tu connois , Philofophe aimable ,
Sans fyftême , fans aprêté ,
Que fouvent d'un ſonge agréable
Dépend notre félicité .
Voilà , cher C .... la fageffe ;
Notre efprit fe la ffe éblouir ;
Pour connoître , il n'eft que foibleffe ,
Et nous avons tout pour joüir.
A. M.
One nuladie des yeux , qui nous a parû
d'autant plus digne d'attention , que
l'Auteur eft le Malade ; qu'il expofe & dé-
C iij crit
N nous a envoyé une Differtation fur
2166 MERCURE DE FRANCE.
crit lui-même les differens phénoménes de
fa vûë , & leurs gradations depuis le commencement
de fa maladie. Un Ouvrage de
cette nature, donné par un homme refléchi ,
qui n'écrit pas pour fe donner le nom d'un
homme d'efprit , mais qui explique & qui
peint dans leurs gradations , tous les accidens
arrivés dans fa vûë , tels qu'il les a
obfervés & qu'il les obferve encore tous les
jours , nous a parû mériter l'attention des
Médecins & des Chirurgiens, qui s'attachent
à connoître les accidens dont les yeux peuvent
être affectés . Nous fommes perfuadés
qu'ils feront bien aifes d'apprendre par la
trifte expérience de l'Auteur , des phénoménes
, qu'ils feroient bien fâchés d'étudier
chés eux. Si la lecture de cet Ouvrage peut
leur être de quelque utilité dans la Cure
des maladies qui font l'objet de leurs occupations
, l'Auteur efpere qu'ils voudront
bien fe fouvenir de lui , en nous addreſſant
les Remédes qu'ils croiront convenables à fa
maladie. Nous nous y intéreffons d'autant
plus , que c'est un homme de mérite & que
nous eftimons fincérement,
MEOCTOBRE.
1743. 2167
MEMOIRE Hiftorique & inftructif du
Sr .... fur une Cataracte dans l'oeil droit
& fur des Apparences qui offufquent &
fatiguent la vifion de l'oeil gauche.
J
E n'ai pour bur , en écrivant ce Mémoire
, que de confulter les Perfonnes fçavantes
& éclairées , fur les deux accidens
dont ma vûë a été attaquée , prefque tout à
la fois , depuis 13. ans.
par
Le premier de ces accidens eft caufé
une Cataracte , qui couvre mon oeil droit.
Le fecond par des Apparences , qui fatiguent
& offufquent la vifion de l'oeil gauche.
Je fçais bien que l'opération eft le feul &
unique Reméde qu'on connoiffe aujourd'hui
pour guérir la Cataracte . Cette Opération
, qui n'eft pas toujours heureuſe , m'en
fait craindre l'évenement, plus qu'un autre,
par rapport à ma fortune . Je m'y foumettrai
cependant, fans répugnance, s'il le faut, mais
ce ne fera néanmoins qu'après avoir bien
confulté. J'avouerai même ingénûment que
la lecture d'un Traité fur les Maladies de
l'oeil , écrit par un fçavant Médecin moderne
, (a) m'a mis dans la perfuafion que les
Anciens avoient d'autres Remédes , que l'Opération
de l'Aiguille , pour abbattre , ou ,
( a ) M. Hequet .
C iiij pour
2168 MERCURE DE FRANCE.
pour mieux m'exprimer, fondre & guérir la
Cataracte .
Quoique l'opinion moderne foit que tou
tes les Cataractes , en général, ne font autre
chofe que le Criſtalin épaiffi, qu'il faut abſolument
abbattre , fi l'on veut être guéri , &
qu'on n'admette actuellement aucune efpece
de Cataracte membraneufe , quoique les
Anciens en ayent parlé , & que le nom Grec
de cette Maladie paroiffe nous en convaincre
, on me pardonnera cependant , fi je fuis
encore peu perfuadé de la définition fimple
de plufieurs illuftres & modernes Anatomif- -
tes au fujet de cette Maladie , d'autant plus
qu'on fait qu'il y a eû des yeux cataractés
pendant un long tems , qui enfin ont été
guéris , ou par des Remédes fimples , ou qui
l'ont été naturellement , fans avoir eû befoin
du fecours de l'Opération , ce que le
fçavant Médecin , que je viens de citer ,
prouve par plufieurs exemples , tant anciens
que nouveaux.
Il ne me refte , après cet expofé , que
d'entrer en matiére . C'eſt ce que je vais tâcher
de faire le plus fuccinctement & du
mieux qu'il me fera poffible , en réüniſſant
dans un même point de vue, l'Hiftorique de
ma Maladie , avec les Obfervations particu
liéres & générales , que j'ai faites féparémenr
fur chaque oeil , depuis 13. ans que je fuis
incommodé
OCTOBRE. 1743. 2169
incommodé. Je joindrai de plus à ce difcours
, quelques figures principales des Apparences
que j'ai vu , & queje vois même encore
actuellement . Ces figures feront d'autant
plus exactes , que je les ai deffinées
moi -même ; ainfi je les préfente à mon
Lecteur avec toute la fidélité que je les ai
apperçues , & que je les apperçois encore
intérieurement
Je parlerai d'abord de moi en général ,
afin qu'on me connoiffe parfaitement. Je
fuis âgé de 40. ans , d'un tempéramment ,
jufques à préfent, affés robufte ; l'humeur naturellement
gaye , quoiqu'un peu mélancolique
d'une fanté & parfaite , qu'avant ces
accidens , je n'ai jamais eû de maladie .
En effet, je n'ai jamais connu aucune efpece
de fiévres , ni ce qu'on appelle fluxions
de poitrine , pleurefies , coliques , &c. non
plus qu'aucune des Maladies qui proviennent
du vice du fang, ou des humeurs ,
comme rougeole , petite vérole, abfcès, érefipeles
, & en un mot, tout ce qu'on nomme
Maladies de la Pemi ; deforte que je n'ai jamais
été, ce qu'on appelle,malade par tempéamment.
J'ai la tranfpiration libre & aifée.
Tout ce que je me fuis connu de défectueux
dans ma jeunelfe , a été une abondance extraordinaire
de pituite , à laquelle je fuis
même encore un peu fujet . J'ajoûterai à cet-
C v te
2170 MERCURE DE FRANCE.
te occafion qu'il y a apparence que plufieurs
fluxions dans la tête qui m'ont incommodé
fréquemment jufqu'à l'âge de 20. ans , pouvoient
provenir de cette grande quantité
de pituite , qui n'eft pas fi abondante actuellement.
Ces fluxions ne me faifoient
point fentir de douleur ; elles fe diffipoient
avec un peu de chaleur , auffi facilement
qu'elles venoient. Ce que j'ai obfervé de
fingulier , c'eft qu'elles ne m'ont jamais occafionné
le mal de dents , dont elles font affés
ordinairement la caufe , & ce dernier mal
m'eft auffi inconnu que la fièvre.
Le feul accident de Maladie que j'aye effuyé
dans mon Enfance , fut un grand mal
que j'eus aux yeux à l'âge de 3. ou 4. ans .J'en
fus fi incommodé pendant cinq ou fix mois,
qu'on craignit que je n'en perdiffe la vûë ,
mais un Cautére , qu'on jugea à propos de
de me faire fur la nuque , pour dernier Reméde
, produifit pour lors un fi bon effet ,
que je fus parfaitement guéri en peu de tems ..
J'étois fi jeune, que je ne me fouviens point
de cette incommodité , & je l'ignorerois enfi
on ne me l'avoit dit.
core ,
Je n'ai point reffenti , depuis ce tems , aucun
mal aux yeux . Avec une vûë naturellement
baſſe , je l'ai toûjours eû très- bonne &
très-forte. Je l'ai éprouvé pendant plus de
18. ans , où indépendamment de mes applications
OCTOBRE. 1743- 2171
> carions journaliéres à l'étude du Deffein
j'ai pendant plufieurs années pallé une partie
des foirées , même des nuits entières , à
lire ou à écrire , fans que cela m'ait incommodé
pour lors ; de maniére que jufqu'au
moment qu'il a plû au Ciel de m'affliger de
la vûë, je le remerciois tous les jours de m'avoir
donné dans cet organe la fanté la plus
parfaite.
Je jouiffois de cet état de fanté , lorfque
je fus appellé à Londres au commencement
de 1728. pour l'exécution d'un Ouvrage de
Deffein , qui m'occupa extraordinairement
près d'un an. Le plus fort de mes occupations
fut pendant le rude hyver de 1729.
où j'eus extrêmement à fouffrir de l'odeur
du Charbon de terre. La cheminée de ma
Chambre fumoit beaucoup . J'étois obligé ,
pour y conferver du feu , de laiffer la porte ou
les fenêtres ouvertes. Ce fut fans doute cette
incommodité de la fumée du Charbon , plûtôt
que l'application , qui m'occafionna ,fur
la fin de cet hyver, une pituité âcre & abondante
, dont mes yeux étoient moüillés tous
les matins ; puifque je remarquai que cette
pituite ceffa , dès que je pus me paffer de
feu.
Enfin au mois d'Avril 1729. je me fentis
tout- à coup attaqué d'une grande douleur
& d'une péfanteur extraordinaire dans les
C vj yeux..
2171 MERCURE DE FRANCE.
Y
eux. Il n'y paroiffoit cependant point d'inflammation
, ni d'altération extérieure. Je
les eus même fi foibles & fi fatigués , l'efpace
de 12. ou 15. jours , qu'il me fut impoſſible
pendant tout ce tems-là de pouvoir m'appliquer.
J'eus lieu de croire que cette attaque
d'Optalmie ne provenoit que d'épuiſement
ou d'obſtruction dans ces parties , puifque le
feul repos , & quelques fomentations extérieures
d'Eau de vie toute fimple, que j'y faifois
deffus, foir & matin , me remirent bientôt
en état de reprendre mes occupations ,
mais plus modérément que je n'avois fait.
Cette premiere attaque fut comme le prélude
du malheureux accident qui m'arriva
au mois de Juin fuivant. Voici le fait . Je
fus affés infortuné, rentrant précipitamment
un foir , fans lumiére , dans ma Chambre ,
d'aller me frapper la tête contre l'angle d'une
Armoire. Le coup fut violent ; j'en reſtai
quelques minutes étourdi . Je me frappai
précifément entre les deux fourcils . L'il
droit fut même un peu entamé du côté
du grand Cantus. Je rendis dans le moment
beaucoup de fang par le nés , & il en
fortit un peu de l'ail offenfé . Je n'eus pas la
précaution de me faire faigner d'abord ; je
me contentai feulement de l'application
qu'on me fit fur le front & fur l'oeil bleffé
de l'Herbe appellée Sceau de Salomon , avec
des
OCTOBRE . 1743 . 1175
des compreffes trempées dans l'Eau de vie,
qu'on mit deffus . Au bout de trois ou quatre
jours , mon oeil fe trouva parfaitement
guéri en apparence 5 on n'y découvroit plus
de rougeur en dedans , ni aucun veftige de
meurtriffure au- dehors. Dans l'état où cer
oeil étoit pour lors , on n'eût jamais penſé ,
au rapport des Chirurgiens qui le vifiterent,
qu'il confervât intérieurement ou extérieu
rement aucune incommodité.
Cependant , je m'apperçus quelques jours
après, en lifant, que je voyois paffer devant
cet oil une petite figure qui voltigeoit de
côté & d'autre fur mon Livre ; j'y portai
d'abord la main fans attention , & même
plufieurs fois de fuite , dans la perfuafion où
j'étois ( la faifon me permettant de le croire )
que c'étoit réellement une mouche , mais je
ne reftai pas long- tems dans l'erreur ; je
connus bien-tôt que ce que je prenois pour
une mouche, étoit une apparence véritablement
adhérente à mon oeil droit.
Cette apparence étoit triangulaire , de la
forme & de la grandeur qu'on la voit deffinée
dans la premiére Figure de la Planche
qui eft à la fin de ce Mémoire. La pofition
de fes parties ne changeoit pas dans fes
mouvemens. Par exemple , quoique dans
l'action des mufcles Hauffeur A. & Baiffear
B. cette apparence parut fe mouvoir comme
les
2174 MERCURE DE FRANCE.
4:4
les petits corps qui nâgent dans le liquide ,
néanmoins fa bafe regardoit toujours le
grand Cantus de l'eil C. fa pointe , le haut
de l'oeil ; il arrivoit feulement quelquefois
que cette pointe , un peu plus inclinée , fe
tournoit vers le petit angle D.
par con-
י
Je prie mon Lecteur de ne pas fe tromper ,.
en confidérant les Figures que je donne
parce que ce qui paroît l'oeil gauche , eft
ordinairement le droit , & celui-là
féquent devient le gauche , par la raifon que
je repréfente les apparences telles que je les
ai vûës intérieurement dans mon oeil droit
avant qu'il fût totalement couvert , auffi
bien que celles que j'ai apperçûës , & que je
vois encore de même dans mon oeil
gauche.
J'ajoûterai à ce que j'ai dit de la ftructure
& du mouvement de cette premiére apparence
, que la couleur des filamens , qui la
compofoient , paroiffoit roufsâtre. Cette figure
a fubfifté dans le même état , depuis le
commencement de Juillet 1729. jufqu'au
mois de Novembre fuivant.
Cette apparence m'allarma. Je confultai
les plus fçavans & les plus habiles Médecins
& Chirurgiens de Londres . Il n'y
eut que le feul M. Hanfloane , célébre Mé
decin & Préfident de la Societé Royale, qui
conclut que c'étoit le commencement d'une
Cataracte
OCTOBRE. 1743. 2175
Cataracte. Tous convinrent feulement de
la néceffité d'une faignée au bras , & de
faire ufage des Cloportes dans des boüillons
au veau , avec le cerfeüil . M. le Chevalier
Hanſloane ajoûta à ces Remédes l'application
des Vefficatoires fur la nuque & même
fur la tête , aufſi - bien que les ventouſes ,
pour tâcher de diffiper l'humeur . J'exécutai
exactement ce qui me fut ordonné, pendant
un tems , mais tous ces Remédes ne me faifant
point appercevoir aucun changement
favorable, & ma fituation ne me permettant
pas de les continuer davantage , je les abandonnai
pour vaquer à mes affaires.
Comme je viens de le dire , je ne m'étois
point apperçu d'aucun changement , & les
Remédes pris pendant plus de trois femaines
, n'avoient rien diminué de cette aparence,
qui refta depuis le mois de Juillet ,jufqu'au
mois de Novembre , dans le même état ,
c'est-à- dire quatre mois , mais vers le mifieu
de Novembre , je m'apperçûs fubitement
d'un jour à l'autre, que cette apparence
étoit diminuée de près de moitié dans fa tolité
, fans rien perdre de fa ftructure ordinaire
, excepté qu'un des filamens , qui alloit
de la bafe à la pointe , s'étoit allongé
dans fes extrémités , précisément , comme il
eft repréſenté dans la feconde Figure , & qui
a duré ainfi depuis le 15. Novembre , jufqu'au
20. Décembre fuivant.. Je
2176 MERCURE DE FRANCE .
Je prie le Lecteur de confidérer la ftructu
re des filamens qui compofent la premiére &
la feconde Figure , leur difference , auffi
bien
que les petits globules qui les terminent
à la bafe. Je les ai delfinés exactement , comme
toutes les autres , & telles que je les ai
apperçûës. Je dirai de plus , que j'ai pris la
licence de me fervir de la prunelle entiére
pour deffiner ces apparences & quelques au
tres,quoique je fçache très-bien que la vifion
ne fe fait pas dans toute fon étenduë.
&
que
cela
J'ajoûterai ici par refléxion , que quoique
cette apparence eût lieu de me chagriner ,
cependant comme l'autre oil paroiffoit le
bien porter , je crus que c'étoit une fuite du
coup que je m'étois donné , &
pourroit fe diffiper peu à рен раг la fuite.
Comme cela ne m'incommodoit
pas beaucoup
, je m'y accoûtumai infenfiblement
, &
cette apparence ne me parut plus fi infupportable
que dans fes commencemens
. Je ferai
encore remarquer , que j'y étois d'autant
moins fenfible , que cet oeil ( l'oeil droit )
avoir toujours été plus foible , & que j'en
diftinguois,un peu moins bien que de l'autre.
Ce que j'attribue naturellement
au manque
d'exercice
de ma part , parce que par une inclination
habituelle
, je me fervois beaucoup
plus dans mes occupations
, de l'oeil gauche
que du droit.Je nefuis pas le feul qui ait été
affecté
OCTOBRE . 1743. 2177
affecté de cette habitude;j'en ai vû des exemples.
Enfin, comme je l'ai dit , je n'étois plus
fi effrayé de mon accident , puifqu'il ne me
dérangeoit point de mes applications ordinaires.
Tout ce qui me faifoit le plus de peine
, c'eft que cette apparence me paffoit inceffamment
devant l'oeil comme une mouche
, & que , fans y faire attention , j'y portois
machinalement la main , pour la chaffer.
La réduction de cette apparence , dont je
viens de parler , augmentoit mon efpérance.
J'en conçus d'autant plus , que jufqu'au 20 .
Decembre fuivant, elle fouffrit encore quelque
légere diminution . Mais je ne fus pas
long-tems incertain de mon malheureux
fort , car le 20. Decembre , l'apparence ſubfiftant
toujours , je m'apperçus d'une petite
extrémité noire du côté du grand Cantus ,
que je ne puis mieux comparer qu'à une
mouche , appliquée fur le haut de la joüe ,
dont l'extrêmité , en la regardant , paroîtroit
toucher le bord de l'oeil. C'est ce que
la troifiéme Figure exprimera encore mieux
que je ne le puis dire.
Du 20. Decembre , jufqu'au ro. Janvier
1730. cette nouvelle apparence ou tache ,
augmenta de plus de moitié , & cacha une
partie de la premiére apparence .
Du 10. au 20. du même mois , cette tache
s'accrut fi confiderablement , qu'elle couvrit
tout
2178 MERCURE DE FRANCE.
tout à fait la petite apparence triangulaire ,
& me déroba peu à peu la vifion de cet oeil ,
deforte que je ne diftinguois plus que trèsfoiblement
les objets par le côté de la prunelle
qui regarde le petit Cantus de l'oeil.
On m'ordonna dans cet état , une faignée
au pied gauche , qui occafionna une fi grande
révulfion , que d'un jour à l'autre cette
tache devint fenfiblement moins ténébreuſe.
On m'appliqua enfuite pendant plufieurs
jours des Vefficatoires fur la tête , fur le col
& fur les épaules , qui attirerent beaucoup
d'humeurs. On me fit reprendre , en mêmetems
, l'ufage des Cloportes , écrafés tout
vivans dans des bouillons de veau. Je commençai
d'abord par en prendre vingt , &
augmentant tous les jours de cinq,je pris fucceffivement
jufqu'à So, & 100. de ces petits
Infectes dans un bouillon . La faignée & les
Remédes parurent me faire du bien , mais
ils ne diffiperent pas entierement l'opacité ;
ils la réduifirent feulement , à en juger par
apparences , à la qualité d'un gros verre
jaune , de l'épaiffeur de deux lignes , à travers
lequel on regarderoit la lumiére . En
effet , au bout de neuf ou dix jours , je pouvois
diftinguer,à la grande lumière, des Lettres
ordinaires & même lire un grosCaractéte.
Je voyois même , de plus , à travers , la
petite Figure triangulaire , qui fe mouvoit ,
les
comme
OCTOBRE. 1743. 2179
comme elle faifoit , avant que la premiére
opacité me l'eût dérobée entierement. J'obfervai
un Phenoméne fingulier, pendant que
mon oeil fut dans cet état ; c'eft qu'à travers
la tache , à certaine diſtance , les objets droits
me paroiffoient plus ou moins obliques , ce
qui n'étoit pas de même du côté du petit
angle de l'oeil , par où je les voyois encore ,
quoique foiblement , dans leur vraie fituation
. J'en donnerai pour exemple une petite
Table ( dans la quatriéme Figure) qui, avec
ce qui étoit deffus , me paroiffoit avoir cette
obliquité à huit ou dix pas de diftance . Je
voyois de même tous les autres objets , lefquels
paroiffoient fe redreffer , à mesure que
j'en approchois , & qui fe trouvoient effectivement
dans leur vraie pofition , lorfque
mon oeil en étoit tout proche.
Je continuai les Remédes , dont je viens
de parler , jufqu'à la fin de Fevrier 1730 .
où Je fus abfolument obligé de les abandonner
, pour vaquer à mes affaires & folliciter
mon retour à Paris , où j'efperois trouver
plus de fecours qu'à Londres , qui manquoit
pour lors d'habiles Médecins Oculiftes . Je
ne fus pas affés heureux pour y réüffir ; je
me vis obligé de refter encore fept mois en
Angleterre. J'obfervai pendant tout ce tems
un régime de vie fort exact. Je m'abſtins régulierement
de toute nourriture indigefte ;
je
2180 MERCURE DE FRANCE.
:
je me privai totalement de vin , de bierre &
de toutes autres fortes de Liqueurs , &
j'eus foin de me purger de tems en tems ;
mais toutes ces précautions n'empêcherent
pas que l'opacité ne revint peu à peu dans
fon premier état.
Pour ne pas interrompre l'ordre Hiftorique
je me fuis prefcrit , je renvoye mon
Lecteur aux Obfervations fuivies que j'ai
faites fur cet oeil , qui font partie de ce Mémoire
; je vais parler préfentement de mon
oeil gauche , qui fut attaqué au mois d'Avril
fuivant.
APPARENCES dont l'ail gauche a été
attaqué au commencement d'Avril 1730.
qui ont prefquc toutes fubfifté jusqu'à préfent
dans le même état.
Je n'avois point reffenti pendant toute la
maladie de mon oeil droit , comme je l'ai
dit, aucune incommodité du gauche . Je m'en
fervois , comme auparavant , fans y fentir la
moindre altération. Cependant un mois
après que j'eus quitté les Remédes , je m'apperçus
tout-à-coup, que la vifion de cet oeil
étoit embarraffée par plufieurs petits filamens
qui voltigeoient au- devant.
Ces apparences qui parurent fubitement,
étoient differentes de celle qui avoit d'abord
parû fur l'oeil droit, & je ne me fuis point ap
perçû
OCTOBRE . 1743. 218
perçû depuis 13. ans , qu'elles ayent beaucoup
augmenté de ce qu'elles m'ont paru au
premier inftant.
Pour mettre mon Lecteur plusau fait , je
vais tâcher d'expliquer par le difcours , autant
que par les figures , ce que j'ai ſenti
de ces apparences . Je parlerai d'abord de
leur construction, des petits filamens , & des
globules qui les accompagnent en quelques
endroits. Je détaillerai enfuite leurs mouvemens
dans les differentes actions de l'oeil .
A l'égard des Phénoménes que ces apparenees
m'ont occafionnés depuis , à la vûë de
certains objets , pour ne pas interrompre ma
narration , j'en donnerai une defcription
exacte à la fin de ce Mémoire , dans les Obfervations
particuliéres que j'ai faites fur cet
oeil , d'autant plus que je n'ai commencé à
m'appercevoir de ces mêmes Phénoménes ,
qu'environ onze mois après la premiére apparition
de ces apparences.
1º. Pour examiner exactement ces apparences
voltigeantes fur mon oeil , je perçai
une carte , & à travers du trou ( d'environ
un huitième de ligne de diamètre ) j'obſervai
diftinctement une affés grande quantité
de petits filamens , les uns femblables à des
fils d'araignée , les autres extrêmément plus.
déliés , tous difpofés à peu près , comme on
peut voir dans la cinquiéme Figure. Je le
prie
2182 MERCURE DE FRANCE .
prie le Lecteur de la bien confidérer , & de
faire attention à la Defcriptionque j'en vais
donner.
Les apparences de cet oeil , deffinées en
total dans cette Figure , telles qu'elles m'ont
toujours parû , fe peuvent réduire à trois
efpéces ; grandes , moyennes & très - petites.
Les apparences de la premiére efpéce paroiffent
compofées de plufieurs filamens d'une
fineffe extrême , joints enſemble . Ceux de
la feconde, forment auffi differentes figures .
Toutes ces apparences ne fubfiftent pas toujours
fous la même forme , principalement
celles de la feconde efpéce , dont la figure
n'eft pas fixe , mais fujette à changer fouvent.
Celles qui jufqu'à préfent , ont été le
moins fufceptibles de quelque changement,
font uniquement les plus grandes. Čes derniéres
paroiffent avoir plus de confiſtance
que toutes les autres . En obfervant foigneufement
ces filamens de la premiére & de la
feconde efpéce , j'ai remarqué qu'ils étoient
généralement parfemés de petits globules
très déliés , de la même confiſtance des filamens.
Je remarquerai qu'une partie de ces
petits corps globuleux font compofés d'un
cercle opaque
, dont le centre paroît lumineux
; & les autres , au contraire , ont leur
centre opaque & environné d'un cercle trèsclair.
Quant aux apparences de la troifiéme
efpéce ,
OCTOBRE. 1743. 2183
efpéce , elles ne paroiffent que comme des
points très - déliés . En les examinant avec
foin , j'ai reconnu qu'ils étoient femblables
aux précédentes figures circulaires , avec
cette feule difference , que quoiqu'ils pa-.
roiffent diftinctement feparés des autres filamens
, on remarque néanmoins dans plufieurs
, des attaches ou racines très- déliées
qui femblent fortir de la partie extérieure
de leur cercle , de la maniére qu'on les voit
repréſentées dans les Figures 6. & 7. Tous
ces filamens & ces points paroiffent en général
d'une couleur roufsâtre , les uns plus
clairs , les autres plus obfcurs. Toutes les
apparences de cet oeil, dans fes mouvemens,
paroiffent à differentes diſtances , comme à
i. 2. 3. & même 4. lignes. Les plus grandes
femblent toujours être les plus proches.
Voilà exactement tout ce que j'ai pû remarquer
, jufqu'à préfent , de la conſtruction &
de la difference de ces apparences.
2°. Leur mouvement , dans les differentes
actions de l'oeil , femble commencer du
côté du grand Cantus , duquel elles paroiffent
plus latérales que du milieu de l'oeil ,
C'eft feulement dans cette affinité de mouvement
, que ces apparences femblent avoir
quelque rapport avec celles dont l'oeil droit
fut attaqué d'abord. Mais malgré cette pente
à fe mouvoir plûtôt vers le grand angle ,
que
2184 MERCURE DE FRANCE .
que vers le petit , ces apparences fe meuvent
néanmoins de tous fens , dans les divers
mouvemens de l'oeil , & d'une façon , que
je ne puis mieux comparer qu'aux petits
corpufcules qu'on voit le mouvoir dans un
liquide, un peu en mouvement. Il eſt pourtant
toujours vrai , que ces apparences fe
meuvent plûtôt du côté du grand angle de
l'oeil que du petit . Voici communément
comme il me paroît que ces apparences fe
meuvent. ( Voyez la Figure 5. ) Dans l'action
du Hauffeur A, en regardant vers E, ou
vers le petit angle D , ces apparences femblent
s'élever du coin du grand angle C.
vers E , ou du côté D , & retombent enfuite
par le mouvement du Baiffeur B , vers l'endroit
marqué F. Ainfi , quoique ces petits
corps paffent de côté & d'autre à travers la
vifion, ils reviennent toujours au même lieu
F. Je n'ai rien diftingué de plus particulier
fur leur mouvement ; il m'a toujours parû le
même.
Pendant tout le tems que je reftai à Londres
, ces apparences me parurent toujours
les mêmes , & je n'ai pas obfervé depuis ,
comme je l'ai déja dit , qu'elles ayent beaucoup
augmenté ni diminué. J'ajoûterai feulement
, qu'environ 15. jours après que cet
cil fut attaqué,je me fentis des maux de tête
très-violens , principalement dans la partie,
allOCTOBRE.
1743. 2185
au-deffus du fourcil gauche. Ces migraines
étoient ordinairement accompagnées d'une
pefanteur fourde & douloureufe dans mon
oeil gauche , où je fentois de tems en tems
des palpitations & des pointillemens fort
aigus. Ces douleurs ont été prefque continuelles
pendant près de deux ans. Elles n'ont
pas été fi fréquentes depuis ; peu à peu elles
fe font calmées , & je ne m'en reffens feulement
que dans certains tems , fuivant les
changemens de l'air , comme je l'explique-
Lai plus exactement dans mes Obfervations,
pour ne pas interrompre ma narration.
Je revins à Paris , dans cet état , au mois
d'Octobre 1730. mon premier foin fut de
confulter ce qu'il y avoit de plus en réputation
pour lors. C'étoient feus MM . de S.
Yves & de Wolhouſe. Ce dernier m'aſsûra ,
après avoir examiné mes yeux , que mon
cil droit étoit affecté d'une cataracte , qu'il
falloit laiffer meurir ; qu'à l'égard des apparences
que je voyois fur l'autre , il ne falloit
pas m'en allarmer , puifqu'il pourroit
bien arriver que cela n'auroit point de fuite
plus fâcheufe , en y apportant les remédes
néceffaires.
L'efpérance que cet habile Médecin Anglois
m'avoit donnée de la guérifon de mon
il gauche , qu'il ne put entreprendre ,
étant obligé pour lors de fe retirer en An-
D gle2186
MERCURE DE FRANCE.
gleterre , me fit chercher avec empreffement
quelqu'un à qui je pûs me confier . J'avois
entendu parler avec diſtinction d'un ſçavant
Médecin Oculiſte , appellé M. Petit *. Je
cherchai à le connoître , mais mon malheur
voulut la conformité de nom me fit
que
tomber entre les mains d'un Charlatan , qui
fe nommoit comme lui , lequel me promit
une parfaite guérifon , fi je voulois fuivre
exactement pendant trois mois , les remédes
qu'il me preferiroit. Prévenu par la perfonne
qui m'en avoit donné la connoiffance
& encore plus par le défir de recouvrer la
fanté , je ne fis pas trop d'attention pour
lors à l'ignorance du Sujet à qui je m'adreſ,
fois. Je m'y livrai aveuglément , mais je ne
fus pas long-tems fans m'en repentir. Le 8 .
Décembre 1730. il me fit faire une copieuſe
faignée à la jugulaire , avec ordre d'ufer pendant
un certain tems d'un firop fait avec le
lierre terreftre ; d'avaler tous les matins une
cuillerée d'huile de lin , de me baffiner tous
les foirs la tête pendant huit jours avec du
gros vin , dans lequel on feroit bouillir
des fleurs de romarin & de lavande. Deux
jours après la faignée , malgré toute ma répugnance
, il me fit appliquer un cautére ſur
* M. Petit, de Namur , de l'Académie des Sciences,
mort en 1741.
la
OCTOBRE. 1743. 2187
7. a
la jambe gauche. A peine , au bout de
8. jours , l'efcarre commençoit- elle à tomber
,, que je ne pus plus me foutenir fur cettejambe.
Elle devint enflâmée & fi douloureufe,
quand je voulois m'appuyer deffus , que
je fus obligé de me mettre au lit, où je fouffris
pendant 15. jours & autant de nuits, les
douleurs les plus violentes . Pendant tout ce
tems , ma jambe fuppura beaucoup de pus
par le trou du cautére , & même rendit un
peu de fang ; mais malgré la grande évacuation
qui fe faifoit journellement , les douleurs
violentes ne diminuerent point , jufqu'à
ce qu'on eut fait une incifion confidérable
au -deffous du cautére , pour faire fortir
tout le dépôt , qui commençoit à pénétrer
dans la capacité & à former des canaux.
Auffi -tôt que cette opération fut faite , je
me fentis entiérement foulagé , & au bout
de trois femaines , ma playe fut parfaitement
guérie . Ce qui furprit beaucoup le
Médecin & les Chirurgiens que j'avois appellés
, c'eſt que malgré la violence des douleurs
, la privation du fommeil ,
le peit
limens que j'avois pris pendant 15. jours ,
ils ne me trouverent pas , avant & après
l'opération , la moindre émotion de fiévre.
Mais , nonobftant la faignée & l'abondante
évacuations d'humeurs , je n'apperçus aucun
changement favorable ; au contraire , je
Dij comd'a2188
MERCURE
DE FRANCE .
commençai à m'appercevoir
, pendant le
cours de la guérifon de ma jambe , des premiers
Phénoménes que les apparences de
l'oeil gauche m'ont produits, C'eft ce que je
décrirai exactement , dans les Obfervations
particuliéres que j'ai faites fur cet oeil.
Quelque tems après ma guériſon , j'eus
occafion de connoître le célébre M. Gendron,
Il jugea que les chofes étoient trop
avancées , pour efpérer que les remédes
pûffent faire aucun effet ; qu'il ne falloit
point fatiguer cet oil par aucune application
; qu'il valoit mieux laiffer agir la Nature
, vivre à mon ordinaire , & attendre
patiemment que mon oeil droit fut en état
d'opérer. Je me fuis foumis à tout ce qu'il
m'a prefcrit , à l'exception de l'application
au travail , dont je n'ai pû me difpenfer,
Jufqu'à préfent je me fuis fervi de mon oeil
gauche , fans m'appercevoir qu'il fut plus
mal qu'il n'étoit dans les commencemens. Il
eft vrai qu'il ne m'eft pas poffìble de m'en
fervir à la continue , comme je faifois auparavant
, & qu'il eft plus fort ou plus foible ,
fuivant le tems qu'il fait ; mais il eft certain
auffi , que j'en vois de près auffi parfaitement
que je faifois , avant qu'il fut malade
.
Voilà jufqu'au mois de Février 1731 ,
l'Hiftorique dema maladie.Ilne merefte plus
qu'à
OCTOBRE. 1743 . 2189
qu'à rapporter les Obfervations que j'ai faites
depuis. C'eft ce que je vais tâcher de
faire le plus exactement & le plus fuccintement
qu'il me fera poffible.
OBSERVATIONS particuliéres fur l'oeil
droit , faites depuis le mois de Mars 1730.
jufqu'à préfent.
Depuis le mois de Mars 1730. où j'abandonnai
les remédes , jufqu'à préfent , c'eſt-àdire
, depuis 13. ans , la cataracte qui couvre
cet oeil , s'eft épaiffie peu à peu dans toute
fon étendue. Voici , pendant tout ce tems ,
les Obfervations que j'ai faites.
1º. J'ai remarqué pendant plus de cinq
ans , que cette cataracte ne m'a pas parû
également obfcure par tout. Par l'endroit
qui me paroiffoit le plus tranfparent , j'ai
diftingué au grand jour , l'efpace d'environ
deux ans , les doigts les uns d'avec les autres,
& fucceffivement pendant plus de trois
années , j'ai toujours apperçu par le même
endroit, quoique très-foiblement, une forte
lumiére , comme celle , par exemple , que
produit un beau foleil , ou la flâme d'un
grand feu. Pour mieux faire comprendre ce
que je fentois intérieurement de cet oeil , on
peur voir la figure 8. dont voici la defcription.
Dans l'action du mufcle Baiffeur A , en
Diij re2190
MERCURE DE FRANCE.
regardant vers E, je ne voyois rien que de
totalement opaque. Lorfque je faifois celle
du Hauffeur B , je m'appercevois que la tâ
che étoit moins obfcure vers le haut de l'oeil,
depuis l'endroit F , jufqu'à H. De maniére
que pendant deux ans , en regardant du côté
du petit angle C , j'entrevoyois foiblement
la lumiére, & même, en approchant ma main
J. contre mon oeil , du côté C, je diftinguois
affés bien les doigts les uns d'avec les autres.
Enfuite je n'ai rien apperçû qu'une très-foible
lueur , qui a diminué infenfiblement
pendant l'efpace d'un peu plus de trois ans.
Il y a actuellement près de huit ans , que je
n'apperçois totalement plus rien de cet oeil ;
la tache qui le couvre , me paroît intérieurement
prife également d'épaiffeur, ou pour
mieux m'exprimer , partout également obfcure.
2º. J'ai obſervé dans cet oeil plufieurs
Phénoménes intérieurs , affés finguliers . Pour
les expliquer plus exactement , je me ſervirai
encore de la même figure . Peu de tems
après que mon oeil fut entiérement couvert,
je m'apperçus que j'en voyois fréquemment
& fubitement fortir une lumiére pâle , que
je ne puis mieux comparer qu'à la flâme de
l'eau- de-vie brûlée , qui fe manifeftoit précifément
du côté du grand angle D , où il
me paroiffoit que l'opacité étoit plus confi
déOCTOBRE.
1743. 2191
dérable. Cette lumiére fortoit ordinairement
du point G , d'où elle fe divifoit enfuite
en deux portions égales, qui formoient
enſemble un demi cercle , coupé dans fon
milieu , dont les extrémités , terminées comme
celles d'un croiffant , alloient finir en F.
& H , où ces deux portions lumineufes, qui
prenoient leur naiffance de G , venoient
difparoître. La figure 9. qui repréfente cette
lumiére , ajoûtée à la précédente , montrera
mieux ce que je veux expliquer. Le
point G. eft le milieu , où la lumière paroiffoit
fubitement , & d'où elle fe partageoit
enfuite. F. & H. font les points où cette lumiére
difparoiffoit. Il arrivoit auffi quelquefois,
que quoique cette lueur fortit toujours
du même endroit , néanmoins elle ne
fe partageoit point ; elle formoit un demi
cercle parfait , dont les extrémités fe terminoient
également comme l'autre , dans les
points F. & H , où la lumiére difparoiffoit,
Je me fuis auffi fouvent apperçû , qu'elle
prenoit fa naiſſance indifferemment en F. &
venoit finiren H.ou que d'H.elle alloit fe terner
en F ; mais j'ai toujours obfervé avec
attention , que cela étoit plus fréquent dans
le point G , qu'en F. ou H. J'ai remarqué
ces mêmes lueurs pendant plus de cinq ans ,
fans y appercevoir aucun changement. Elles
ont été fi fréquentes pendant tout ce tems ,
D iiij que
2192 MERCURE DE FRANCE.
que non-feulement je m'en appercevois ré
guliérement tous les jours , mais fouvent
plufieurs fois dans la même journée . Cela a
changé depuis. J'ai vû pendant plus d'un an,
ces lueurs entiérement circulaires. A l'égard
de ces derniéres , je n'ai point remarqué
qu'elles euffent de point fixe dans leur naiffance
ou dans leur fin , comme les autres ;
elles commençoient & finiffoient indifferemment
de tous côtés. Ces derniéres lueurs
fortoient fubitement comme les premiéres.
Elles formoient ordinairement en fortant ,
deux portions circulaires , très-lumineufes
& rrès-diftinctes l'une de l'autre . Cette divifion
fe faifoit également dans tous fes
points ; je veux dire , que fi quelquefois ces
deux portions me paroiffoient coupées perpendiculairement
, fouvent auffi cette divifion
étoit droite , oblique , & en un mot de
tous fens. Quoique ces deux portions de lu
miére en général , priffent leur commencement
& leur fin de tous côtés , j'ai cependant
obfervé affés fréquemment , que ces
lueurs difparoiffoient dans les points de divifion
A. B. de la figure 8. & quelquefois
en C. D. de la même figure. Lorfqu'elles
finiffoient de cette dernière maniére , elles
fembloient s'écarter l'une de l'autre , jufqu'à
ce qu'elles fuffent totalement diffipées , ce
que ces deux portions faifoient ordinairement
OCTOBRE 1743 . 2193:
ment dans le même inftant. Souvent je
voyois ces portions feules , tantôt l'une ,
tantôt l'autre. Quelquefois , il arrivoit que
ces lueurs me paroiffoient former un cercle ,
qui fe mouvoit circulairement & avec vîteffe.
Je ne puis mieux comparer ce dernier,
Phénoméne , qu'à celui que produiroit le
bout d'un bâton embrafé , qu'on tourneroit
rapidement vis - à - vis de l'oeil. Ce dernier
Phénoméne m'arrivoit bien plus rarement
que les précédens. A l'égard de la durée de
ces lueurs , les premiéres ne duroient ordinairement
qu'une feconde ou deux ; mais
les fecondes fubfiftoient jufqu'à trois , &
même fouvent jufqu'à quatre. Je ne voyois
pas fi fréquemment les derniéres lueurs ,
dont je viens de parler ; j'étois plufieurs
jours quelquefois , fans m'en appercevoir ,
mais fouvent auffi je m'en appercevois plu
fieurs fois dans un même jour. Je ferai encore
obferver que ces Phénoménes m'étoient
plus fréquens dans les tems couverts
& humides , que lorfque l'air étoit
qu'il faifoit un tems fec. Je ne veux pas non
plus omettre qu'il m'arrivoit , mais très-rarement
, de voir fortir fubitement ces lueurs
fi brillantes , particuliérement quand elles
ne formoient qu'un demi cercle , que je reftois
intérieurement furpris de la beauté &
de la pureté de cette lumiére ; lorfqu'elle
Dy
pur , ou
me
2194 MERCURE DE FRANCE.
me paroiffoit ainfi , elle fe diffipoit dans le
même inftant.
3 °. Tous ces Phénoménes , que j'ai obfervés
pendant plus de 6. ans , fe font enfin
diffipés ; ce que je fens depuis deux ans dans
cet oeil , n'eft plus qu'un tremouffement intérieur
de lumiére , qui eft continuel . Mais
cette lumiére , que j'appellerai plûtôt une
idée de lueur , eft fi foible , que je n'ai point
de terme pour l'exprimer . Ce mouvement
de trépidation , eft plus fort & plus fenfible
, quand je me fuis appliqué de l'eil
gauche , principalement lorsque cette application
a été forte & continuë.
*
Je n'ai rien obfervé de plus particulier
fur cet oeil. Depuis qu'il eft entiérement
couvert , je n'y ai fenti aucune douleur interne
, ni externe . Il n'eft pas même auffi
fufceptible que l'autre , des impreffions de
Pair , quoiqu'il le foit toujours un peu.
OBSERVATIONS particulières fur l'oeil gauche.
Je ne repéterai point ce que j'ai déja dir
de la conftruction , de la couleur & du mouvement
des apparences dont cet oeil eft incommodé
; fi j'en dis quelque chofe , ce fera
feulement, pour faire fouvenir le Lecteur ,
que ces apparences n'ont pas augmenté confidérablement
depuis le mois d'Avril 1730.
où.
OCTOBRE. 1743 . 2195
où j'ai commencé à m'en appercevoir , &
qu'elles font encore à peu près ce qu'elles
ont toujours été. Je me bornerai donc à rapporter
exactement & par ordre , tous les
Phénoménes que ces apparences m'ont produit
fucceffivement à la vûë de certains ob
jets.
Pendant l'efpace de dix mois , ces apparences
ne m'ont parû produire d'autre effet,
en regardant les objets , que celui qu'auroient
fait plufieurs petites mouches, ou coufins
, qui auroient voltigé devant cet oeil . Je
n'ai rien obfervé de plus pendant tout ce
tems , & le même effet a toujours fubfiſté.
Mais au mois de Janvier 173 1. pendant la
maladie de na jambe , qui m'obligea de garder
la chambre , je m'apperçus , pour la pre
miére fois , des Phénoménes dont je vais
parler. En regardant attentivement mon
feu , je remarquai que les charbons les plus
rouges , produifoient à mon oeil le même
effet que je repréfente dans les Figures 10.
& 11. Ces Phénoménes me paroiffoient plus
ou moins grands , fuivant le volume des
charbons ; je veux dire , que les plus gros
produifoient les plus grands de ces Pheno
ménes , comme les plus petits , ceux dont je
donne les Figures. Ces Phénoménes circulaires
étoient differens entr'eux . Celui de la
Figure 10. dont A. eft le charbon , & B. le
Dvj Phér
2196 MERCURE DE FRANCE.
Phénoméne qu'il produifoit , ne formort
qu'un cercle tout à la fois obfcur & lumineux
, dont le centre étoit extrêmement
brillant. L'autre , repréſenté dans la 1 1. Figure
, avoit fon centre opaque , environné
d'un cercle fort lumineux. Les étincelles
brillantes qui fortoient du feu , me produifoient
auffi en petit , les mêmes Phénoménes.
J'ai encore obfervé pendant ce tems ,
qu'en regardant fixement le feu , je voyois
quelquefois dans le brafier une autre apparence
d'environ deux pouces de diamétre ,
dont le centre étoit bien moins opaque , &
la lumière qui l'environnoit , moins brillante
que dans la Figure 1 1. Ce Phénoméne,
qui avoit affés de reffemblance avec la Fig.
II m'arrivoit plus rarement que les autres ;
il fe diffipoit dans l'inftant. Quant aux premiers
Phénoménes , ils fubfiftoient autant
de tems , que les charbons étoient allumés.
J'obfervai toujours les mêmes chofes pendant
plus de trois femaines , que je ne fortis
point.
Quelque tems après , étant allé à l'Eglife
pour la première fois , je m'apperçus d'un
autre Phénoméne. J'étois environ à 30. pas
de l'Autel , lorfque je remarquai que je
voyois à côté de la flâme de chaque cierge ,
un cercle lumineux , tel qu'on le voit dans
la 12. Figure. Ces cercles me paroiffoient
d'enOCTOBRE.
1743. 1197
d'environ deux pouces de largeur , & éloigués
de la flâme environ d'un pouce au plus.
Etonné de ce que j'avois vû , je voulus m'en
convaincre chés moi. J'allumai une chandelle
, & j'obfervai pour lors ce que j'ai
toujours obfervé depuis , qu'à un pied de
diſtance je voyois la flâme , fans aucun changement
, mais m'étant éloigné peu à peu à la
diſtance de deux pieds , je commençai à appercevoir
à côté de la flâme , deux petits fi
lamens noirs , disjoints dans leurs extrêmités
, & tels que je les repréfente dans la Figure
13. M'étant éloigné enfuite de quelques
pas , je m'apperçûs enfin à 10. ou 12 .
pieds , que ces deux filets avoient acquis
une figure femblable à celle que je venois
de voir. C'étoit un cercle noir , dont le
centre & le déhors étoient extrêmement himineux
, comme on le peut voir dans la Figure
12. J'obfervai encore qu'à 15. pas
diftance , le Phénoméne étoit tel que je l'avois
vû à trente , dans l'Eglife. Après cette
premiére obfervation, j'ai remarqué depuis,
que ces cercles , qui étoient d'abord éloignés
d'un pouce de la flâme , m'ont paru au
bout de fix mois , diftans de leur lumiére
d'environ deux pouces . Cette pofition a
toujours fubfifté de même , peu de chofe
près.
à
de
Je me fuis apperçû enfuite , en confidérant
2198 MERCURE DE FRANCE.
rant la flâme , foit d'une chandelle , d'un
flambeau, ou d'un feu,vûà une certaine diftance
, qu'entre la lumière & le cercle que j'avois
toujours vû , j'en voyois encore audeffous,
un autre plus petit, marqué D. dans
La Figure 14.
Cefecond Phénoméne a été fuivi de plufieurs
autres. 1 °. J'ai remarqué depuis un centre
noir au-deffous de la flame , ou pour mieux
dire , une tache , bordée de petits points
lumineux , qui fe joignoit prefque par une
de fes extrêmités , au petit cercle que j'avois
obfervé. Cette tache eft défignée E. dans la
Fig. 14. & elle a toujours fubfifté. 2 ° . J'ai obfervé
que je voyois de petites taches fombres
, marquées A. A. A. dans la même Figure
, dont les bords étoient lumineux &
mais ces apparences , qui m'obfcurciffent
quelquefois la vifion , font paffagéres ; je
ne les vois pas toujours , & leur apparution
dure peu. Ces taches paroiffent & paffent
ordinairement, comme on le peut voir dans
cette Figure , vers la pointe de la flâme B ,
ou à côté des cercles C. D. jamais je ne me
fuis apperçû qu'elles ayent pris leur nailfance
, ou paru du côté oppofé. 3 ° . J'ai com
mencé à m'appercevoir qu'en regardant
quelquefois le foir la chandelle , je voyois .
fortir de la flâme des rayons F. G. H. qui
s'élançoient en haut , de la maniére qu'il
eft
OCTOBRE . 1743. 2199
eft repréſenté dans la Figure 14. Il arrive
dans certains tems que j'en vois davantage ,
& alors la lumiére me paroît comme un foleil
, mais communément je ne vois que les
rayons F. G. & fouvent G. feul , qui eft le
plus fixe. Ces rayons refléchiffent toutes les
couleurs de l'Iris , c'eft-à-dire , bleu, rouge,
verd & jaune. Je ne ppuuiiss mmiieeuuxx comparer
ces couleurs , qu'à celles que produisent par
réfraction à l'oeil les criftaux d'un luftre , ou
toute autre pierre tranfparente , taillée à facettes.
Je ne vois pas ces rayons , ni les taches
paffagéres tous les jours ; ce n'eft ordi→
nairement qquuee lloorrffqquuee mon oeil a été extrê→
mement fatigué le jour par une forte application
, ou quand le tems eft pefant ou couvert.
4° . J'ai obfervé, de plus, un autre petit
cercle lumineux , entre la pointe de la flâme
& le grand cercle , mais ce dernier Phé
noméne n'a pas fubfiſté .
Voilà exactement toutes les Obfervations:
que j'ai faites pendant cinq ans. Je prie le
Lecteur de faire attention à ces deux cercles
lumineux. Le plus grand , marqué C. eft le
plus brillant & le premier dont je me fois
apperçû. Je le prie auffi de confidérer cette
apparence opaque E. que je vois au-deffous
de la flâme , toute bordée de petits points ,
ou cercles lumineux , comme je les ai bien
obfervés , parce qu'il va voir que ces Phénoménes
,
2200 MERCURE DE FRANCE.
noménes , en partie , ont changé confidérablement.
En effet , depuis près de huit ans ,
tout cela a été fufceptible de changement.
Peu à peu le petit cercle D. a difparu ; la
tache E. a diminué de près de moitié . Le
feul grand cercle C. a été à peu près toujours
le même , quoiqu'il ait perdu de fa rondeur
, & qu'il foit moins brillant
que dans
la Figure 12. ce qui s'expliquera beaucoup
mieux dans la Fig. 15. où je repréfente ces
Phénoménes tels que je les vois à préſent ,
& accompagnés des petites apparences dont
mon oeil eft affecté , lefquelles voltigent
toujours devant.
Je n'ai rien obfervé de plus particulier
jufqu'à préfent fur les Phénoménes , que cet
ail me produit à la vûë de la flâme . J'ajouterai
feulement , que je crois qu'on concevra
fort bien , fans avoir befoin de multiplier
les Figures , que par l'addition de ces
cercles & de ces taches , plufieurs lumiéres
enfemble doivent produire de finguliers
effets à mon oeil ; ce qui eft vrai en effet.
Mais tous ces phénoménes n'ont jamais empêché,
que je n'aye toujours très-bien diftingué
chaque lumiére en particulier .
Voici encore quelques autres Obfervations
que j'ai faites. En général tous les corps
polis , ou d'une couleur qui refléchit vivement
la lumière , me paroiffent fe doubler à
unc
OCTOBRE. 1743. 2203
une certaine diſtance. J'en donnerai quelques
exemples. Des boucles polies , des boutons
d'or ou d'argent, &c . produifent à mon
oeil les effets , que je repréfente dans la Figure
16. En un mot , tous les objets qui re-
Héchiffent vivement la lumiére , me produifent
ces Phénoménes, qui difparoiffent comme
ceux de la flâme , quand j'en fuis tout
proche. Il eft vrai que ces effets ne m'arrivent
guére , que lorfque mon oeil eft incommodé
par le mauvais tems ; dans un tems fec
& ferein , je n'en fuis point affecté.
J'ai obfervé auffi , dès que j'ai commencé
à m'appercevoir des premiers Phénoménes ,
qu'en confidérant la Lune croiffante , je la
voyois comme elle eft repréfentée dans la
Figure 17. Lorfqu'elle étoit dans fon plein ,
cette apparence lumineufe me paroiffoit
plus petite , & telle qu'on la voit à la Fig.
18. Tout le changement que j'y ai remarqué
depuis , c'eft que ces apparences me
paroiffent un peu plus baffes & plus éloignées
du corps de l'Aftre. L'Etoile de Vénus
, quand elle eft extrêmement brillante ,
produit à mon oeil un effet à peu près fem
blable à celui de la Lune , mais l'apparence
lumineufe me paroît beaucoup plus éloignée
du corps de l'Aftre. Je ne fçais pas
la proximité de ces deux Aftres produit cet
effet ; tout ce que je fçais , c'eſt que Jupiter,
quel
fi
2202 MERCURE DE FRANCE.
quelque brillant qu'il foit , ne me préfente
rien de ſemblable , ni aucune des autres Etoiles.
Il ne me refte plus que quelques Obfervations
à faire fur cet oeil.
1º. J'ai toujours remarqué que quand je
le ferme un peu plus qu'à demi , tous les
Phénoménes en général , dont je viens de
parler , difparoiffent abfolument , & j'apperçois
les objets tels que je les voyois
avant mon incommodité ; à peine apperçoisje
feulement quelques petites apparences fe
mouvoir.
2°. Quand je vois ces Phénoménes , les
apparences voltigent & paffent également
par-deffus la flâme ou les corps lumineux ,
comme fur les objets que je regarde le jour,
ou le foir à la lumière. J'en donne une idée
dans la Figure 15. où les petits points qu'on
remarque , font les apparences dont cet oeil
eft affecté.
3. J'apperçois ces apparences voltiger
devant mon oeil , jufqu'à ce qu'il foit totalement
nuit. Le foir même , à la clarté des
lanternes , ( où je vois à chaque lumiére le
phénoméne de la Figure 15. ) ces apparen
ces , qui par leur mouvement m'offufquent
de tems en tems la vifion , font cauſe
J'ai quelquefois de la peine à me conduire.
Les plus grandes m'incommodent le plus. Il
yena une qui doit être la plus confidérable,
que
par
OCTOBRE. 1743. 2203
par fa grandeur & fa denfité , en ce que j'ai
toujours remarqué , que l'oeil fermé exactement
pendant le jour , je n'apperçois intérieurement
que cette apparence qui fe meuve
; auffi-tôt que je l'ouvre , je vois toutes
les autres qui fe meuvent également.
4°. Je n'omettrai pas une apparence de
la vifion de cet oeil , dont je n'ai pas parlé.
C'eft qu'en regardant les objets éloignés ,
tels que font les Aftres , je les diftingue beaucoup
mieux du côté du petit cantus , que
de face , ou du coin du grand angle de l'oeil.
Par exemple , je vois très - diftinctement de
cette maniére des Etoiles de la quatrième &
de la cinquième grandeur , ce que je ne fais
pas également, en les regardant en face , ou
du côté du grand cantus.
Je finirai par une Obfervation trèsparticuliére
, qui mérite qu'on y faffe attention.
Le fait eft , que lorfque je fuis fixement
appliqué de cet oeil , foit à écrire
foit à deffiner , quelque beau , ou mauvais
tems qu'il faffe , je n'apperçois point ces
apparences voltiger , & je m'en fers pour
lors , auffi parfaitement , qu'avant qu'il fut
incommodé. Je diftingue auffi bien les objets
les plus petits ; j'écris auffi inenu que je
faifois ; je deffine également ; mais il eft
vrai qu'une application de trois heures fatigue
plus cet oil actuellement , que trois
jours
2204 MERCURE DE FRANCE.
.
jours , d'une application continuë , n'au
roient fait autrefois . Je ne m'apperçois donc
de ces apparences , que quand je quitte
l'objet qui fixoit mon oeil ; fi-tôt qu'il eft fixé
, je ne les vois plus. Ce que j'ai encore
obfervé de fingulier , c'eft qu'il n'en eft pas
de même , quand je veux lire la tête droite ,
à l'ordinaire ; les apparences me fatiguent &
m'offufquent la vifion ; en un mot , je ne
fuis point dans une meilleure fituation, que
lorfque j'ai la tête baiffée fur mon objet.
Voilà l'état actuel où mon ail gauche fe
trouve. Il y a lieu de préfumier, par la derniére
obfervation , que le fond de cet oeil
eft bon. J'ai décrit très- exactement tous les
Phénoménes , que les apparences dont il eft
affecté , ont produit fucceflivement depuis
près de 13. ans ; il ne me refte à parler préfentement
, que des impreffions dont il eſt
fufceptible , également comme ma tête ,
dans les changemens de tems , auffi bien que
des attaques d'optalmie , que j'ai elfuyées
depuis deux ans ; c'eft ce que je vais tâcher
d'expliquer le plus nettement que je pourrai
dans les Obfervations générales .
Obfervations générales .
1º. J'obſervai d'abord en général , qu'en
quelque faifon que ce foit , lorfque le tems
e
OCTOBRE . 1743. 2205
eft au fec , que le foleil luit , que l'air eft pur
& ferein , mon corps & ma tête fe portent
également bien , & je puis dire avec vérité,
que le beau tems me donne de la joye & de
la gayeté ; au contraire , lorfqu'il fait du
brouillard ou un tems fombre & pluvieux
, je me fens d'une pefanteur & d'un
engourdiffement extrêmes ; je fuis rêveur ,
triſte & fi afſoupi , que je dormirois volon
tiers toujours,
>
2°. A l'égard de ma tête , je ne me fuis
point apperçû , depuis plus de dix ans , que
j'y aye fenti des douleurs auffi violentes &
auffi continuelles , que j'en fentois auparavant.
3. Quoique je n'aye pas reffenti les mêmes
douleurs à la tête , comme je viens de
le dire , néanmoins j'en reffens de tems en
tems de légers accès , mais ces douleurs font
fourdes & de peu de durée.
4. Mon oeil gauche a toujours fuivi
régulièrement les impreffions de ma tête.
Quand l'air eft humide & couvert , je fens
qu'il m'eft intérieurement un peu douloureux
, & pefant dans toute fa capacité , &
je ne puis alors m'appliquer de cet oeil ,
fans en fouffrir beaucoup, Dans un tems ſec
& lorfque le foleil luit , je n'y fens aucune
douleur ni pefanteur. Je profite ordinairerement
des beaux jours , pour m'occuper ;
dans
2206 MERCURE DE FRANCE.
dans tout autre tems , cela m'eft prefque
impoffible , ou fi je veux me forcer , comme
il m'eft arrivé quelquefois , je reffens après ,
que mon oeil me fait beaucoup de mal. On
voit par cet expofé , que ma tête , auffi bien
que cet oeil , fouffrent régulièrement plus
de la moitié de l'année .
5° . Ce qui prouve que la fechereffe m'eſt
favorable ; c'eft que j'ai toujours obfervé ,
que quand le Ciel fe couvre & que l'air devient
humide , cette humidité me gonfle
l'oeil , & je fens qu'en l'approchant du feu ,
la chaleur le foulage & lui donne du reffort.
6°. Quand il m'arrive dans les mauvais
tems de fentir cet oeil pefant & obftrué , je
l'ouvre & le ferme ſouvent avec vîteſſe , ce
qui me procure du foulagement. Lorsqu'il
fait beau & fec , tems où mon oeil fe
porte
mieux , je ne fais pas les mêmes mouvemens.
7°. Toutes les fois que mon oeil fe trouve
incommodé , je fens intérieurement &
tout autour de fon orbite , une certaine inquiétude,
qui m'eft très-fenfible , fans néanmoins
me faire de douleur . Je ne trouve
point de foulagement plus prompt dans ces
momens , que de frotter doucement avec les
doigts , la partie du front qui eft au - deſſus
de cet oeil , & de les paffer de même fur le
fourOCTOBRE.
1743. 2207
fourcil , depuis le nés jufqu'au bas de la
temple gauche. Chaque fois que le tems
change , je ne manque jamais de fentir la
même inquiétude.
8°. J'ai remarqué que cet oeil , auffi bien
que ma tête , me font infiniment plus de
mal , dans les intervalles où le tems change
du beau au laid , ou du laid au beau , que
lorfqu'il eft abfolument déterminé à reſter
couvert & humide ; de forte que je puis
dire , avec certitude , que ma tête eſt un
vrai Barométre , qui m'annonce , fans voir
le Ciel , tous les changemens qui arrivent
dans l'air.
9. Je m'apperçois non-feulement des
changemens , qui arrivent dans l'Atmoſphére
durant le jour , mais j'obſerve encore
tous les jours quelque chofe de plus fingu
lier dans mon lit. En m'éveillant , ſoit la nuit
ou à la pointe du jour , je fens tout d'un
coup quel tems il fait , par la légereté , ou
la pefanteur de ma tête , & par le plus ou le
moins d'affoupiffement. Lorfque le Ciel eft
pur & que le foleil fe léve beau , je me trouve
la tête tranquille , les yeux moins chargés
& beaucoup plus libres qu'à mon ordinaire.
Quand le tems , au contraire , eft couvert
& humide , je me fens la tête lourde ,
les yeux fi pefans & fi chargés , que j'ai de
la peine à les ouvrir , & avec cela un affou
piffe208
MERCURE DE FRANCE.
piffement fi profond , que je ne puis m'éveiller
que difficilement. J'en fais tous les
jours l'expérience , & jufqu'à préfent je ne
me fuis pas trompé. J'ajoûterai à l'occafion
du fommeil , que j'ai éprouvé toute ma vie
& particuliérement depuis mes incommodités
, que moins je dors & mieux je me porte.
C'est ce qui fait que je tâche de vaincre ,
autant que je puis , cette difpofition naturelle
que j'ai à dormir dans les tems fombres.
Je ne dors jamais plus de 7. ou 8. heures.
10°. Je ferai encore fouvenir que les
apparences qui fe meuvent dans l'oeil gauche
, me fatiguent beaucoup plus dans les
tems couverts & humides , que lorsqu'il
fait fec, & que le foleil paroît. J'oferois même
prefque afsûrer que quand il fait beau ,
ces apparences me paroiffent confidérablement
diminuées ; ou du moins , s'il n'y a
pas de diminution , je m'apperçois fenfiblement
qu'elles n'offufquent pas tant cet oeil ,
dont les fonctions fe font beaucoup mieux ,
que dans les mauvais tems.
11º. Depuis que mon oeil droit eft entiérement
couvert , je n'y fens point de
douleur ; il eſt ſeulement un peu plus , ou
un peu moins pefant ( comme l'oeil gauche )
fuivant les differentes impreffions de l'air .
12 ° . Ce qui m'incommode également
les yeux , depuis qu'ils fonr attaqués , c'eft
que
OCTOBRE 1743. 2209
que tous les matins, je les trouve collés d'une
pituite extrêmement âcre , qui me caufe
en les ouvrant , une cuiffon très-violente
que je ne puis appaifer , qu'après que je les
ai nettoyés de cette humeur avec ma falive
, avec de l'eau fraiche > ou avec de
l'eau & de l'eau -de-vie . Quelquefois cette
humeur eft fi abondante , que j'en tire plufieurs
fois le jour du coin de chaque oeil, où
elle s'amaffe, gros comme un grain de chenevis.
Elle eft alors blanche , gluante &
d'un goût de fel affés piquant ; mais quand
cette humeur refte autant de tems qu'il en
faut, pour fe fécher & fe durcir, ce qui arrive
ordinairement pendant la nuit , elle devient
femblable en tout à la gomme Arabique,
tant pour la couleur, que pour la confiftance
, & d'un goût de fel âcre & mordi .
cant. J'ai obfervé que cette humeur eſt en
bien plus petite quantité & moins âcre ,
quand il fait beau & fec. Ce qui n'eft pas de
même , lorfque le tems eft couvert & humide
; elle eft pour lors beaucoup plus abondante
, & fouvent d'un âcreté affés confidérable.
13º. Il y a apparence que cette pituite ,
dont je viens de parler , devenue plus abondante
, m'a occafionné les differentes attaques
d'Optalmie , que j'ai effuyées depuis
deux ans , & dont l'oeil gauche a plus fouf-
E fert
2210 MERCURE
DE FRANCE
.
que
fert
le droit. La premiére
de ces atta- ques me prit au mois d'Avril
1741. & elle dura 7. ou 8. jours. La feconde
vers la fin d'Octobre
de la même année, & la troifiéme
au mois d'Avril
1742. Ces deux derniéres
ne m'ont pas incommodé
plus long- tems que la premiére
. Mais la quatrième
attaque
qui a commencé
au mois d'Octobre
1742 .
m'a duré plus de deux mois. Comme
il y avoit environ
12. ans que je n'avois
été fai- gné , parce que cela m'avoit
été exactement
défendu
, je crus qu'une
faignée
du bras & du pied pourroit
me foulager
, mais cela ne produifit
aucun effet ; le tems & la patience furent, à l'ordinaire
,mes feuls remédes.Il
eſt vrai que la douleur
que je fouffre
dans ces
fluxions
, eft très-fupportable
. Tout ce que je trouve
de plus incommode
dans mon état actuel , c'eſt l'abondance
journaliére
de cette pituite , qui tous les matins
me colle les
yeux , d'une manière
que j'ai de la peine à les ouvrir & à les nettoyer
: ce qui m'arrive
auffi plufieurs
fois le jour, & principalement
quand je m'applique
, plus qu'à l'ordinaire
. Tous les remédes
, dont je me fuis fervi & defquels
je me fers encore, ne font autre cho- fe , que de me baffiner
les yeux avec un peu d'eau & d'eau-de-vie plufieurs
fois le jour ; de fumer une ou deux pipes de tabac le ma- tin, pour me faire cracher, & de m'envelop
pe
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND •TILDEN
FOUNDATIONS
.
!༢
re Fig .1.
A
F.8.
F.
E
F.
F2.
F.3.
Ꭰ
G
F.9.
F.15 .
F.5 .
F:6.
D
B
F12
F. 10. B
F.1
.B
Ꮋ
F.13 .
F.16 .
F.17.
F.18. 0
1
OCTOBRE. 1743. 2211
per quelquefois la tête fur du caffé bien
chaud , dont je reçois la fumée par les yeux,
ce qui me fait prefque toujours beaucoup
de bien , furtout lorfque j'ai l'oeil gauche
fatigué par trop d'application.
Voilà ce que l'expérience m'a appris.
J'expofe aux yeux des Sçavans tous les Phénoménes
que ma vûë m'a préſentés dans la
gradation de ma maladie. C'est une étude ,
que j'ai malheureufement faite d'après la
Nature. Je fouhaite qu'elle foit de quelque
utilité à ceux qui s'attachent à connoître les
maux des yeux. Comme leur objet effentiel
eft de procurer la guérifon de leurs malades,
j'ofe efpérer de leur zéle , pour le bien
en général de tous les hommes , qu'ils feront
une attention particuliére fur mon indifpofition
, fi quelqu'un d'eux fe trouve en
état de me procurer du foulagement.
A Paris , ce 1. Septembre 1743-
Eij
ODE,
2212 MERCURE DE FRANCE.
ODE ,
Sur un Voyage fait à Fortoifeau , Terre près
Fontainebleau , qui appartient à M. Néricault
Deftouches , de l'Académie Françoiſe.
PLus rapidement que l'Oiseau ,
Qui vole ou le plaifir l'appelle
La tendre amitié ſur ſon aîle
M'a fait voler à Fortoifeau.
炒
: Plus lentement que la Tortuë ,
J'ai quitté l'aimable ſéjour ,
Qu'à regret je perdois de vûë ,
Pour m'en revenir à la Cour,
Oui , je m'éloignois avec peine
D'un azile délicieux ,
Où préfide comme une Reine ,
La digne Hôteffe de ces Lieux .
Où la Vertu tient fon Empire ,
Et la Raifon toujours prévault.
Où fous les traits de Néricault ,
Réfide le Dieu de la Lyre.
C'est
OCTOBRE. 1743 .
2213
C'eft fous ce voile fortuné ,
Qu'enfin ce Dieu vit fon mérite ,
Plus heureux auprès de Mélite ,
Qu'il ne fut auprès de Daphné.
Bien - tôt fur la liquide Plaine ,
Voguant vers notre Région ,
Là , Vénus des Mers d'Albion ,
Fut la Minerve de la Seine .
Toutes les Vertus , fur fes Bords ,
Près d'elle fe font raffemblées ;
Et la Tamife , de fes Ports
Les vit à regret exilées.
+3x+
Jardins de Flore , ombrages verds ,
Où les Jeux , les Ris ont leurs Trônes ,
Que de vos brillantes Couronnes
Je chéris les charmes divers !
C'eft-là , qu'en une paix profonde ,
Regne la candeur , l'équité ,
Et de la Jeuneffe du Monde
La charmante fimplicité.
**
Ceft-là que la pure innocence
E iij
Se
2214 MERCURE DE FRANCE
Se plaft à respecter les Dieux ,
Et que le Ciel en abondance
Répand fes bienfaits précieux,
C'eſt-là ,
, que l'on donne l'exemple
De l'étroite union dés coeurs ;
Qu'on er ranime les ardeurs ,
Et que l'amitié trouve un Temple.
C'eft- là , qu'avec fes Brodequins ,
Et le mafque qui la décore ,
L'ingénieuſe Terpficore
Enfante mille Jeux badins.
Jeux amufans , mais Jeux auſtéres
Jeux ennemis de nos erreurs >
Et qui des innocentes moeurs
Sont les organes falutaires.
C'eft- là , qu'enfin le Dieu Comus
De fes dons enrichit la Table ,.
Et qu'à longs traits, divin Bacchus ,
Tu verfes ton Jus délectable.
M. Tanevot.
OCTOBRE. 1743. 2215
la
On a dû expliquer l'Enigme & les Logogryphes
du Mercure de Septembre par
Poudre à canon , Fifre & Porc . On trouve
dans le premier Logogryphe Fi , Fer , Re &
Fief. Dans le fecond Po , Or , Car & Roc.
ENIGME , en ftyle Marorique.
Ou s'enquerit de moi ? dans les prifons ,
Dans Fort- l'Evêque , ou femblables maifons ,
Faubourgs d'Enfer & vrais clos de fouffrance?
Onc en Lieux tels ne fis ma demeurance.
Voyez plutôt les Palais , les Hôtels ,
Dans les Cités ; dans les Champs , les Châtels,
C'eft-là que tiens ma Cour pour l'ordinaire ,
Et qu'Apolon , pour la fienne me faire ,
Sçait gents couplets fabriquer , atourner ,
Et tendrement les faire fredonner ,
Par voix , tantôt & fimple & naturelle ,
Par voix, tantôt feinte , artificielle ;
De celle- ci , certaine il eft furtout ,
Qui m'accompagne & me foutient partout ;
Si qu'à la voir on diroit un Squelette ,
Si qu'à l'ottir , une Circé parfaite.
Ceci pofé , je fçais mes Champions-
Moult animer , des évolutions
E iiij
Leur
2216 MERCURE DE FRANCE.
Leur faiſant faire avec mainte Amazône ,
A la façon des Chênes de Dodône .
Ami Lecteur , à cet unique trait ,
Pas n'eft befoin d'ajoûter ; mon Portrait
Déja par trop fe démaſque à ta vûë ;
Si te dirai , que ceux dont la ftatuë
Gît deffus pieds inégaux ou maſſifs ,
Onc ne feront propres à mes étrifs.
Mon
LOGOGRYPHE.
On tout eft renfermé dans un modique eſpace ,
Et huit membres font mon détail ;
Je ne fers jamais mieux que dans un tems de glace,
Auprès de moi l'on voit rarement l'Eventail ;
On peut me divifer en diverſes maniéres ,
Sans effort , fans peine & fans bruit ;
Lecteur , ouvre bien les paupières ;
Tu peux trouver en moi tout ce qui fuit :
Un Héros connu dans l'Hiſtoire ,
Et dont plus d'un Poëte a célébré le nom ,
Qui méprifant les jours , eut l'honneur & la gloire
De détober fon pére aux flâmes d'Ilion ;
Un piége dont le nom répand feul l'épouvente ,
Dangereux, & toujours conftruit dans le fecret ;
Mais il eſt inutile , ou d'un contraire effet ,
Si par hazard quelqu'un l'évente.
Un
OCTOBRE. 1743 . 2217
Un Animal chéri du Maître & du Valet ,
Utile aux Champs , aux bois , à la Cuiſine ;
D'un aimable lien le ſymbole parfait ,
Dont fouvent les talens font que l'on l'affaffine.
Un Pays qui poffede un fecret merveilleux ,
Et qu'en vain dès long-tems on cherche en d'autres
Lieux ;
Chofe propre à l'Artillerie ;
Le féjour ici bas des Images des Saints ;
Un Arbre dont le fruit eft connu dans l'Afie ,
Et dont ceux qu'il nourrit , haïs pendant leur vie ,
Seulement à leur mort font du bien aux Humains.
Enfin tu peux trouver un Etre
Qui produit les plaiſirs & les fait difparoître ,
Devine , cher Lecteur , & je battrai des mains.
Demotes Mainard.
3૯૨૯૩ ટ ૩ ૨૯ ૨૯ ૩ ૩૮ ૩૯ ૮ ૨૮ ટ
NOUVELLES LITTERAIRES ,
DES BEAUX- ARTS , &c.
Htaire, & Eccléfiaftique des Provinces-
ISTOIRE Civile , Politique , Mili-
Unies , & de tous les Etats voifins , par
Léon d'Aitzema , Traduite du Hollandois
par J. B. G. C. Propoféepar Souscription.
E v PRO2218
MERCURE DE FRANCE.
PROJET DE SOUSCRIPTION
L'Ouvrage dont j'ai entrepris la Traduction
( c'est l'Editeur qui parle) renferme des
matiéres fi intéreffantes, qu'il y a tout lieu de
croire que le Public en regardera l'impreffon
, comme un des plus grands fervices.
qu'on puiffe lui rendre.
La France , furtout , verrà avec plaifir
dans fa Langue, un Ouvrage , auquel elle a
fourni tant de matiére , & qui contient une
fuite d'affaires dont elle a intérêt de connoître
jufqu'aux moindres circonftances.
Les Révolutions de l'Etat des Provinces-
Unies , & les Guerres qu'il a foutenues contre
l'Espagne , ont attiré , durant près d'un
fiécle , l'attention de l'Europe ; & tous les
Etats voisins ont eû tant de part à ces Révolutions
, que leur Hiftoire fe trouve néceffairement
liée avec celle des Etats Généraux.
Mais la plupart des Ecrivains quí , en faifant
l'Hiftoire de leur Nation , y ont mêlé
celle de la République d'Hollande , l'ont
ajuftée aux préventions de leur Païs , & aux
differens intérêts de leurs Souverains , enforte
qu'on ne peut prendre dans ces Ouvrages
qu'une idée fauffe ou imparfaite du Gouvernement
de cette République ; Gouvernement
dont fes ennemis même ont admiré la
politique & la fageffe.
C'est ce Gouvernement qui fait le principal
OCTOBRE. 1743- 2219
pal objet d'Aitzema. Il rapporte toutes les réfolutions
des EtatsGénéraux, & leurs Ordonnances
au fujet de la Guerre , de la Marine ,
des Finances , & de toutes les affaires publiques.
Il parle auffi de celles de la France , de
l'Angleterre, de l'Empire , des Couronnes du
Nord, &c. par rapport à leurs Traités avec
la Hollande, & il n'oublie aucun événement,
qui mérite d'être tranfmis à la poftérité.
Chaque trait d'Hiftoire lui fournit des
refléxions politiques, dont la folidité fe fera
fentir d'elle-même aux Lecteurs intelligens.
Léon d'AutZema étoit Gentilhomme Frifon
, & Réfident des Villes Anféatiques à la
Haye. Ses Parens avoient eû part au Minifrére
& aux Négociations.
Les Actes publics qu'il trouva dans fa Famille
, ou qu'il raffembla pendant quarante
ans , forment , en ce genre , un des plus
beaux Recueils qui foit en Europe , & d'autant
plus intéreffant , que la plupart de ces
Actes ne fe trouvent point ailleurs.
Aitzema necommuniquoit aux Miniftres
Etrangers les Actes dont ils avoient befoin
qu'après qu'ils lui avoient fourni ceux dont
il vouloit enrichir fon Ouvrage.
Ces Actes marqués au coin de l'authenticité,
font d'une extrême importance pour
conftater les faits de l'Hiftoire , les intérêts
des Puiflances , & les fondemens de leurs
E vj pré2220
MERCURE DE FRANCE.
prétentions. Ils peuvent encore fervir d’ìnftructions
aux Miniftres & auxAmbaffadeurs,
qui ont à regler des affaires relatives à tout
ce qui s'eft paffé depuis l'année 1609. Car
depuis ce tems il ne s'eft fait aucun Traité
confidérable dont il ne rapporte le Texte ,
ni prefqu'aucune négociation publique ou
fecrette , dont il ne rende un compte exact.
C'est à l'étude de cet Ouvrage que les Plénipotentiaires
, qui ont le plus brillé dans les
Congrès, doivent une grande partie de leurs
connoiffances & de leur réputation.
Comme la Religion entre dans tous les
Gouvernemens , & que dans tous les tems
il y a eû des Puiffances qui en ont fait un
bon ou un mauvais ufage , Aitema traite
cet objet avec toute l'impartialité & toute
la modération qu'on peut défirer dans un
Hiftorien. Il releve cependant , avec autant
de force que de folidité , les fautes commifes
par ceux qui ont introduit des changemens
à cet égard ; il combat le Fanatifme
qui a regné dans les derniers Siècles , & balançant
les differentes opinions , fans décider
lui-même , il met fon Lecteur en état de
juger fainement.
Aitzema a donné fon Hiftoire par forme
d'Annales. Il commence à l'an 1621. & finit
à l'an 1669 .
Je n'ignore pas que M. de Wicquefort
reproche
OCTOBRE. 2228 *
1743 .
"
reproche à l'Auteur d'entrer quelquefois
dans un trop grand détail des Cérémonies
& des Fêtes ; qu'il n'a ni ordre , ni ftyle , &
que fon langage eft rout-à-fait barbare .
Je réponds , 1 ° . que ces détails peu
vent intéreffer à plufieurs égards , & qu'on
doit faire attention qu'Alzema écrivoit
pour une République naiffante , flattée des
honneurs qu'on lui rendoit , fcrupuleufe fur
le Cérémonial , & attentive aux moindres
circonſtances des affaires qui la regardoient .
2.Que s'il n'a point fuivi l'ordre des mariéres
, il a obfervé l'ordre chronologique, traitant
les affaires , à méfure qu'elles fe préſen
toient, mais remontant à leur origine, & ne
manquant jamais d'en donner la fuite en
leur rems.
3. Je conviens que le ftyle de l'Auteur
eft fort éloigné de l'élégance & de l'exactitude
, mais , outre que le fond des choſes eft
précieux en lui -même , je n'ai rien oublié
pour faire difparoître dans ma Traduction
les défauts de l'Original , fans en altérer le
fens , ou m'écarter de la fidélité .
Au refte , mon fentiment n'eft point une
régle : auffi je confens que fur l'Ouvrage
d'Aitzema on s'en rapporte à M. Bayle , &
à M. Bafnage * , dont les témoignages ne
fçauroient être fufpects..
*
Bayle, dansfon Dictionnaire , à l'Article Aitzema.
Bafnage , Annales des Provinces-Unies , Pref. §. 3.
Mais
#222 MERCURE DE FRANCE .
Mais il n'eft pas inutile d'entendre Aitzema
lui-même voici comme il s'explique à
la fin du Livre XI. après avoir rendu compte
d'une Négociation entre la Suéde & la
Hollande .
Je pourrois facilement m'étendre da
»vantage fur cette réponſe , & divers autres
articles , ajufter à mon gré Difcours
» & Traités ; je ne manquerois pas d'exemples
, anciens & modernes , pour m'auto-
» rifer. Mais on a beau faire , la vérité l'em-
»porte toûjours fur l'art , & rien ne peut
rendre l'Hiftoire intéreffante , fi ce n'eft
» une repréſentation fimple & fidéle.
ور
י
D'ailleurs , j'écris uniquement ce que je
fçais . Si j'ai omis quelque nom , ou quel-
» que action particuliére , c'eft qu'on ne
» peut écrire ce qu'on ignore. Encore une
fois, je n'écris que ce que je fçais, & laiffe
» à d'autres le foin d'écrire auffi ce qu'ils:
fçavent. En celaje tâche d'imiter les célé
bres Hiftoriens Meteren , Reyd , Hooft ,
» Baudart , & autres Etrangers ou Natio-
" naux , qui ont écrit en Hollandois , ou ca
» d'antres Langues , ce qui étoit venu à leur
» connoiffance.
>> Je ne travaille que pour animer les au-
» tres à mieux faire, à mieux rédiger ce que
» j'ai écrit , & à écrire ce que je n'ai pas fçû.
» Je ne fuis point gagé pour écrire : je n'écris
OCTOBRE . 1743. 1227
»
cris que par amour pour la Patric, & pour
la Poftérité , & dans l'efpérance qu'un
» jour on me rendra la juftice qu'on me re-
» fufe peut-être aujourd'hui.
Il y a eû en Hollande deux Editions de
l'Ouvrage d'Aitzema . La premiére , qui eft
auffi la plus rare & la plus eftimée , eft de
1657. en 14. vol. in- quarto . La feconde ,
plus ample & plus belle , eft de 1669. en 7 .
vol. in-fol. J'ai traduit fur l'Edition in- 4° . &
pour ne laiffer rien à defirer , je donnerai
auffi les Additions qui fe trouvent dans
- celle in-folio.
Malgré ces deux Editions , & quoique
POuvrage foit en une Langue qu'on ne parle
que dans un coin de l'Europe , il e ,
depuis long-tems , d'une rareté extrême.
Combien les Editions s'en feroient - elles:
multipliées , s'il avoit été traduit dans une
Langue auffi univerfellement répanduë que
laFrançoiſe ?
CONDITIONS DE LA SOUS CRIPTION.
Cet Ouvrage fera imprimé en 18. Tomes:
in-4°. & chaque Tome contiendra environ
cent Feuilles. Le Papier & les Caractéres feront
les mêmes que ceux du Prospectus .
On donnera exactement deux Volumes
par année ,& chaque Volume en feiiilles coûtera
huit livres aux Soufcripteurs , qui , en
foufcrivant
2224 MERCURE DE FRANCE.
foufcrivant , payeront feize livres pour les
deux premiers , & pareille fomme de feize
livres pour les deux Tomes fuivans , en retirant
les premiers , dont on leur délivrera
une Reconnoiffance , & de même juſqu'à
la fin de l'Ouvrage.
Les Soufcripteurs feront tenus de retirer ,
les Volumes , à mesure qu'ils paroîtront , &
cela fix mois après l'Annonce qui en aura
été faite dans les Journaux , fans quoi les
avances feront perdues. C'est une condition
expreffe de la Soufcription.
Comme on ne tirera qu'un petit nombre
d'Exemplaires , ceux qui n'auront pas foufcrit
, payeront douze livres pour chaque
Volume.
Les Soufcriptions feront reçûës jufqu'au
premier Janvier 1744. chés les Libraires des
principales Villes de l'Europe. M. Saugrain,
pere , rue de Savoye , les recevra à Paris.
TRAITE' de la Pareffe, où l'Art de bien
employer le tems en toutes fortes de conditions
. 1. Vol. in 12. A Paris, ruë S.Jacques,
chés J.F. Joffe , & chés J.B. Delefpine ,à la Victoire
& au Palmier , M. DCC. XLIII.
Le fuccès de cet Ouvrage , dont les trois
premiéres Editions font épuifées depuis
long-tems , eft déja un préjugé favorable de
fon mérité, mais ce qui augmente le prix de
cette
OCTOBRE. 1743. 2225
cette quatriéme Edition , c'eft qu'elle a été
revûe par l'Auteur , & enrichie d'un grand
nombre de Refléxions & de Preuves nouvelles
, de forte qu'on peut la regarder comme
un Ouvrage nouveau.
Pour en donner d'abord une idée générale
, nous rapporterons une partie de ce que
dit l'Auteur dans la Préface.
» La Pareffe , dit- il , eft un de ces maux
» difficiles à guérir , parce qu'ils font diffi-
» ciles à connoître , ou , pour mieux dire ,
» c'eſt le plus dangereux de tous. C'eſt un
» vice caché , qui cependant ravage toute
» la Terre ; autant if paroît inconnu , au-
» tant eſt-il commun & ordinaire. Il n'y a
» guére de perfonnes qui ne trouvent de la
» Pareffe en elles , les unes plus , les autres
» moins , fi elles veulent s'examiner un peu
férieufement; & il n'y en a prefque point
" qui ne croyent en même tems en être
exemptes,tant il eft vrai qu'elle eft comme
» un Serpent caché fous des fleurs , ou un
» Démon fous un beau vifage .
"
»
-
» C'eft pourquoi on eſpéré que les gens
» raiſonnables recevront en bonne part un
» Traité qui arrache le mafque à ce déteſta-
» ble enchanteur , qui rompt le charme d'u-
» ne magie dont tout le monde eft enfor-
» celé & aveuglé , & qui , pour ainfi - dire
» porte un flambeau , à la lumiére duquel
» les
2226 MERCURE DE FRANCE.
les bonnes ames peuvent fe reconnoître
» & fe dégager de ces ténébres.
ور
» On n'abhat pas d'un premier coup un
» Monftre puiffant comme celui-ci , & il
faut que la vertu s'arme de toute fa force
» pour cette victoire. C'est pourquoi les
» efforts que l'on avoit faits dans les pre-
» miéres Éditions de cet Ouvrage , où on
n'avoit traité les matiéres qu'en abregé ,
» n'ayant comme fervi qu'à firriter , on a
jugé à propos cette quatrième fois , de don-
» ner à ces matiéres toute leur étenduë.
» On trouvera donc ce Traité augmenté
en toutes fes parties , de maximes , de
sa préceptes , d'exemples. Et ce qui fembloit
»auparavant n'être qu'une régle contre des
pareffeux , qui fe croyent, pour ainfi-dire,
en droit de l'être , en fera une à préfent
» contre ceux mêmes qui s'imaginent , malà-
propos , être les plus laborieux .
"Toutes fortes de perfonnes , tous les
» états , toutes les conditions , toutes les
" profeflions , y trouveront des avis qui les
concernent. Bien plus , on y donne les
» moyens d'infpirer aux hommes dès le ber-
» ceau la vertu oppofée à ce vice , & de s'y
» accoûtumer dans tous les tems , enforte
» qu'en tout le cours de la vie ils ne trouveront
jamais le loifir d'avoir du loifir , ou
» plutôt d'être dans l'oifiveté, & de fe relâ-
» cher
OCTOBRE. 2227 1743 .
» cher du travail , ce devoir fi indiſpenſa-
» ble que Dieu leur impoſe.
Voila le Plan que l'Auteur s'eft propoſe ,
& on peut dire qu'il l'a fort bien rempli . Ce
Traité eft en forme d'Entretiens , ce qui fert
beaucoup, comme on fçait , à jetter de l'agrément
dans un Ouvrage de Morale , & à ôter
aux préceptes cet air fec &auftére,qui rebute,
& cette monotonie qui endort le Lecteur.
Pour le faire connoître plus en détail ,
nous allons parcourir , autant que les bornes
d'un Extrait le permettront , les principales
matiéres qui y font traitées , & nous
en rapporterons quelques morceaux par lefquels
on pourra juger du refte. Mais il faut
auparavant donner une idée du caractéré
des interlocuteurs. Philargie , chés qui fe
paffent ces converſations , eſt une veuve de
diftinction , qui peut paffer pour un por
trait naïf de ces perfonnes , qui mènent une
vie voluptueufe & inutile . Theotée vient lui
rendre vifite. C'eft un Abbé , qui joint à une
naiffance diftinguée , beaucoup d'érudition,
de pieté & de politeffe . Il y trouve Zéroandre
,jeune homme de qualité , & qui eft de
ces fortes de gens qui , comme dit un Auteur
Comique :
Si en tout fort fçavans , même fans rien apprendre.
Celui-ci étoit alors en conteftation avec
la
2228 MERCURE DE FRANCE.
la Demoiſelle de Philargie , nommée Angé
lique ; c'eft une belle perfonne , noble par
fa naiffance , mais encore plus par fon mérite.
Elle est bien élevée , fort vertueufe &
d'une humeur bien oppofée à celle de la Dame.
Elle a l'efprit enjoüé , agréable , bien
tourné , jufte & éclairé par la connoiffance
de quantité de belles chofes , quoiqu'elles
n'ait que vingt-deux ans. Cemme Zéroandre
eft un peu brouillé avec elle , cela fait naître
entre eux , dans le cours des Entretiens , de
petites guerres qui , en réjouiſſant le Lecteur
, donnent lieu à Théotée de débiter de
fort bonnes choſes . L'Auteur affure avoir été
préfent à ces converfations, mais il fupprime,
fans doute par modeftic, ce qu'il a ppûuy contribuer
de fa part, & fe contentant d'en être
l'Hiftorien , il laiffe parler feul ce digne Eccléfiaftique.
Onjuge bien qquuee ce n'eft pas un
petit ouvrage pour celui- ci , que de faire
goûter ce qu'il dit contre la Pareffe à un tel
Auditoire , c'eft-à-dire , à une Voluptueufe,
à un petit-Maître , & à une Joueufe ( car
dans le fecond Entretien , on fait paroître
fur la Scéne une Marquife de ce caractére ,
fous le nom de Nientilde. ) Théotée vient
cependant à bout de fe faire écouter volontiers
, & de les perfuader à la fin , en quoi
Angélique lui fert affés fouvent de fecond .
Dans le premier Entretien , on fait voir
се
OCTOBRE . 1743. 2229
-ce que c'eft que la Pareffe , fon origine , &
fes effets intérieurs,On la définit, après faint
Thomas ; Un engourdiffement , un chagrin ,
une trifteffe , une pefanteur qui ôte le courage
donne de la répugnance pour toute bonne
action ; autant qu'elle hait le travail , autant
aime- t'elle le repos.
"
Quant à fes effets intérieurs : » elle nous
fait répugner à la vertu , & à tout ce qui
regarde Dieu. Elle engendre en nous une
efpece de malignité qui nous donne de l'a-
» verfion pour toutes les chefes qui regar-
» dent notre falut. Elle nous infpire de l'indignation
contre toutes les perfonnes qui
» nous portent à notre devoir , ou par leurs
paroles ou par leur exemple, Elle nous met
»dans le découragement pour toutes les
» chofes louables , qui font revêtues de la
»moindre difficulté : & ce découragement
"
»
produit en nous un défeſpoir d'atteindre
» à la vertu , ce qui nous empêche de faire
» aucun effort pour y parvenir. De plus, elle
» caufe dans l'ame une ftupidité & une froi
» deur qui va jufqu'à l'infenfibilité à l'égard
» de toutes les chofes qui nous font ordon-
» nées , pour mener une bonne vie.De cette
ftupidité procéde l'oifiveté , par laquelle
» on ne fait rien du tour , & un certain af
foupiffement qui nous fait faire lâchement
» & négligemment le peu que nous faifons.
» Cette
»
"9
2230 MERCURE DE FRANCE.
>>> CettePareffe caufe auffi la diffipation,
» & une certaine évaporation d'efprit , qui
nous portent à mille chofes vaines & illici
tes , & à tous ces divertiffemens extérieurs
, qui entretiennent le dégoût que
sonous avons pour les bonnes chofes. C'eft
la fource de ces contre tems , où tombe
» l'efprit, quand il s'adonne à plufieurs chois
fes tout à la fois . De-là dérive la curiofité
» continuelle , qui porte à tout fçavoir , à
» tout entendre , à tout entreprendre. De-là
» viennent encore ces vaines converſations
fans fin , ces inquiétudes fi fréquentes
qui font caufe que nous ne fommes point
» contens de nous- mêmes , en quelquè état
» & en quelque pofture où nous nous met-
» tions , ce qui marque le peu d'affiéte de
» l'ame : & enfin cette légèreté , cette inſta-
» bilité continuelles , qui font changer à
» tout moment de place , defentiment & de
» deffein . »
»
•
Le II. Entretien traite des effets extérieurs
de la Pareffe. On y attaque d'abord
ceux qui perdent la moitié de leur vie à
dormir : ce qui donne lieu de développer
d'une manière ingénieufe ce que c'eſt que le
fommeil , fes effets & le bon ufage qu'on
doit en faire. On fait enfuite paffer en revûe
les differentes espéces de pareffeux , qui
couvrent la terre , tels que font les Joueurs
&
OCTOBRE . 1743 . 223123
& les Nouvelliſtes de profeffion , les gens
qui paffent leur vie à faire des vifites , à inventer
de nouvelles modes , à raffembler des
bijoux & à les troquer , à lire ou à faire des
Livres inutiles : ceux qui fe paffionnent
pour des Bibliothéques. ( On y donne en
pallant une maniére fort commode de ranger
une Bibliothéque. ) On n'oublie pas les
gens qui employent tout leur tems à rire &
å fe divertir de tout , ceux qui paffent leur
vie à jouer le rôle d'Amans ; enfin , les gens
d'Eglife, occupés à autre chofe qu'à leur pro
feffion.
»
Le III. Entretien eft employé à prouver,
que le travail & l'action regardent naturellement
toutes fortes de perfonnes , chacun
felon fa condition.... « Si nous jettons les
yeux , dit Théotée , fur toutes les chofes
» que Dieu a créées , nous verrons qu'elles
" font toutes dans l'action , felon le deffein
» du Créateur , & felon l'ordre qui leur a
» été preſcrit conformément à leur nature.
» Le Ciel , la Terre , la Mer , les Plantes &
» les Animaux font dans un travail conti-
» nuel . Si on confidére l'agitation où font
» inceffamment ces corps , on jugera aifé-
» ment que l'action eft la perfection &
» l'accompliffement de tous les êtres , &
» que Dieu n'a établi entr'eux la correfpon-
» dance qu'on y remarque , & cette dépen
» dance
#232 MERCURE DE FRANCE.
dance qu'ils ont les uns des autres , qu'a-
» fin que ce befoin leur fervit comme d'un
» aiguillon, pour les faire agir & travailler.
» Et cela étant , un pareffeux ne doit - il
» pas mourir de honte de fe voir au milieu
» de tous ces chofes , qui font en un mou-
» vement perpétuel , & d'être lui feul im-
» mobile , inutile & comme perclus de tous
» fes membres ? ... En vérité , il n'y a rien à
» mon fens qui foit moins digne d'un hom-
»me, qui a reçû de Dieu pour Loi irrévoćable
: de manger fon pain à la ſueur de fon
» corps.
"
" Mais , M. interrompt Zéroandre ,
» encore faut - il faire juftice à tout le
» monde ? Eft-ce donc que vous voudriez
»que les perfonnes de qualité allaffent tra
» vailler à la journée ?
» Rien moins que cela , répond Théotée ,
mais je voudrois bien que l'on ne fe fer-
„ vît pas de ce mot de qualité , pour couvrir
fa pareffe , comme fi la qualité donnair
» privilége de ne rien faire ; au contraire ,
elle nous oblige de travailler avec plus
d'application & à plus de chofes , parce.
que la naiffance, ou l'élévation de la fortu-
» ne nous en fournit plus de caufes & plus
de moyens. La voie de la vertu eft route
laborieufe , & fi une perfonne perfonne ,, quelque
rang qu'elle tienne dans la vie civile ,
39
»
>> veut
OCTOBRE. 1743. 2233
veut bien employer les talens & les occa-
» fions qu'elle en a , il n'y aura point de vie
plus active que la fienne , quoique cela fe
» faffe , fi vous voulez , fans aucune fueur
> ni aucune fatigue corporelle.
""
»
» Il est bien vrai , dit Angélique , que
»fouvent je fuis intérieurement en colére
de voir des hommes mener une vie de
femme ; & de les voir auffi fatisfaits de
» leurs perfonnes, que s'ils faifoient les plus
grandes affaires de l'Etat.... Tu n'as gar-
» de , dit Zéroandre en riant , de parler des
» femmes .
"
» Eh , n'eft- ce pas la même chofe , reprend
»Angélique ? Lorfque je parle de ces hom-
" mes , qui valent moins que des femmes ,
» eux qui font obligés de valoir davanta-
" ge ,
c'eft dire en même tems tout ce que
"l'on peut dire des femmes. Mais , avec la
» permiffion de ces Dames , puifqu'il faut
» dire quelque chofe de notre fexe , je ne
»puis m'empêcher de rire , quand je vois la
» molleffe & l'immobilité de nos maîtreffes;
" elles font toute la matinée fur une chaiſe
>> fans aucune action , comme fi elles étoient
» des Idoles . Quand je coëffe & que j'habille
Madame , je crois quelquefois être un
Sculpteur , qui travaille à une ftatue qu'il
» taille & tourne comme il veut ; avec cet-
» te difference toutefois que nos ftatuës par-
>> lent F
1234
MERCURE
DE FRANCE
.
>> lent & grondent
toujours ,
&
que
» des Sculpteurs
ne difent mot....
"3
celles
Philargie
s'émut un peu en cet endroit
, » & dit d'un ton dédaigneux
. Ce que vous » dites-là , Angélique
, me femble
un peu
» familier
,
« C'eſt , Madame
, répond Angélique
, pour montrer que nous fommes de bonne
» foi , & que fi nous trouvons
à redire aux
» hommes
, qui nous donnent
eux - mêmes
» l'exemple
de cette molleffe, nous ne vou-
» lons pas nous épargner, ni la diffimuler
en
» nous-mêmes.
ןכ
pro-
» Il eſt vrai , reprit Zéroandre
, qu'il y a » des gens qui fçavent peu fe fervir d'eux-
» mêmes. Il arriva il y a quelques
années , » qu'un jeune Seigneur
qui alloit à la
» menade , fe voyant furpris par la pluye , »fe tourna vers fon Gouverneur
, & lui dit
» comme en pleurant
; il me pleut dans la
» bouche ; l'autre lui répondit
: fermez - la
» Monfieur
.
» Hélas ! dit Angélique
en foupirant
, ſe » donna - t'il bien cette peine ? On dit que " oii , répondit
froidement
Zéroandre
;
» mais non fans
nature en pâtît. que
» Et que diriez -vous , reprit Angélique
, » d'une Dame chés qui je me rencontrai
l'au-
» tre jour ? quand on vint lui dire qu'une
» Ducheffe
alloit venir la voir , elle appella
aufli
OCTOBRE . 1743 . 2235
» auffi- tôt fa Demoiselle . Pigremont , venez
» me mettre mes deux boules dans la bouche ,
» & me faire faire mes deux mentons , s'écriant
» avec une abbatement de coeur extrême :
» Que cette Dame eft ruante avec ses vifites !
» il faudra que je me tienne droite . »
Ce dernier trait peint au naturel le ridicule
de ces Dames pareffeufes , en qui l'envie
de paroître belles , l'emporte fur l'averfion
naturelle qu'elles ont pour la gêne.
Le IV. Entretien contient des préceptes
généraux contre la pareffe , qui fe réduifent
à ces trois maximes. 1 ° . Qu'il faut faire
promptement le bien. 2 ° . Qu'il faut , avant
toutes chofes, avoir de bons fentimens de la
Religion , pour le porter à la vertu. Ces fentimens
y font dévelopés d'une maniére folide
& fatisfaifante. 3 ° . Qu'on doit conformer
fes actions à fa condition.
Le V. Entretien , & le VI , qui eft le
dernier , roulent fur les devoirs des Chefs
de famille , & premiérement fur l'Education
des enfans. Cette matière y eft traitée avec
beaucoup d'exactitude & de folidité. On y
avance d'abord une chofe , fort difficile à
perfuader à la plûpatt des Meres , mais qui
n'en eft pas moins vraie : c'eft l'obligation
où elles font d'avoir ſoin de leurs Enfans &
de les nourrir elles - mêmes , fi elles
vent.
peu-
Fij
Le
2236 MERCURE DE FRANCE.
le
Le tems de l'éducation fe divife en trois :
celui qui regarde la mere : celui qui regarde
pere , & enfin celui qui regarde l'enfant
c'eft- à-dire , celui auquel un jeune homme
commence à entrer dans le monde & dans
l'état auquel il eft appellé.
On traite enfin de la conduite domeſtique,
autrement de l'economie , ou du ménage.
Ce n'eft pas la partie la moins inftructive &
la moins utile de l'Ouvrage. On y trouvera
des régles excellentes & les maximes les
plus judicieufes, qu'on puiffe fuivre dans le
gouvernement d'une maiſon. Mais comme
Le détail , où l'on deſcend à ce ſujet , nous
meneroit trop loin , nous renvoyons au Livre
même.L'Auteur finit, en nous apprenant
que ces avis changérent entiérement les
fonnes pour qui ils avoient été donnés. Il
feroit à fouhaiter qu'ils fiffent le même effet
dans le coeur de tous les autres pareffeux . On
ne verroit pas tant de gens inutiles , & on
n'auroit pas lieu de dire avec un Ancien
que la plupart des hommes paffent une partie
de leur vie à ne rien faire , une autre à
mal faire , & le refte à faire toute autre chofe
que ce qu'ils doivent faire.
per-
THE'SES DE MATHEMATIQUES ,
foutenuës par M. de Thomas de la Valette ,
Penfionnaire de l'Académie Royale de fuilly,
OCTOBRE . 1743. 2237
ly , le 17. Juillet 1743. Broch. in-4 ° . de
28.
pages.
Ces Théfes font dédiées à M. le Comte
de Maurepas , Miniftre & Secrétaire d'Etat ,
Commandeur des Ordres du Roi , par une
Epître , dont voici les principaux traits .
Héritier du refpect qu'ont toujours eu
» pour votre nom ceux à qui je dois le jour ;
» honoré moi de vos bontés & de vos gra-
» ces; deftiné furtout à commencer fous vos
» ordres des travaux , dont je fais ici comme
» l'effai , je ne pouvois que m'empreſſer de
» vous offrir ce premier hommage....
» Souffrez , M. que malgré ma jeuneffe ,
» j'ofe dès ce jour me mettre fous vos yeux ;
" permettez à mon ardeur la flateufe idée
» de me voir bientôt dans ce Corps Mili-
» taire , que vous travaillez à rendre formi-
» dable fur les Mers. Si mes efforts dans les
» Lettres fe reffentent de ma foibleffe , de
plus grands dans les armes pourront ſi-
" gnaler mon courage. "
"
M. de la Valette , âgé feulement de 14. à
15. ans , foutint fes Théfes avec l'applaudiffement
d'une Affemblée nombreufe & dif
tinguée.
Quand il remercia M.le Comte de Maurepas,
ce Miniftre eût la bonté de lui marquer
fa fatisfaction , & d'ajoûter que le Roi le
faifoit Garde de la Marine.
Fiij
II
2238 MERCURE DE FRANCE.
Il eft petit - fils de M. de Thomas de la
Valette , Chef d'Efcadre des armées Navalles
, & petit- neveu de M. l'Evêque d'Autun
& du R. P. de la Valette , Général de l'Oratoire.
M. DE BARRY , Avocat au Parlement ,
que le Roi a nommé fon Interprête en Langue
Efpagnole , doit mettre au jour dans
peu , un Dictionnaire Eſpagnol & François,
où feront tous les mots , tant anciens que
modernes. Il demeure ruë S. Honoré , près
la Place de Louis - le - Grand , la porte cochere
attenant l'Image S. François. A Paris,
1743 .
THE ORIE de la figure de la Terre , tirée
des principes de Hidroftatique , par M.
Clairant , de l'Académie Royale des Sciences
, & de la Société Royale de Londres ,
in-8°.
TRAITE ' DE DYNAMIQUE , dans lequel
les loix de l'équilibre & du mouvement des
corps , font réduites au plus petit nombre
poffible , & démontrées d'une manière nouvelle
, & où l'on donne un principe général,
pour trouver le mouvement de plufieurs
corps , qui agiffent les uns fur les autres d'u--
ne imaniére quelconque , par M. Dalembert,
de
OCTOBRE . 1743. 2239
de l'Académie des Sciences , in- 4°.
JOHANNIS BERNOULLI , M. D. Mathefeos
Profefforis , Regiarum Societatum Parifienfis ,
Londinenfis , Petropolitana , Berolinenfis , Socii,
&c. Opera omnia tam antea fparfim Edi
ta , quam hactenus inedita. Tomus fecundus ,
quo continentur ea ab anno 1714. ad annum
1726. prodierunt ; in- 4 . Laufanna &
Geneva , fumptibus Marci Michaelis Bouf
quet , & Sociorum.
qua
Ces Livres fe vendent à Paris , chés David
l'aîné , ruë Saint Jacques , à la Plume
d'or.
ABBREGE' des Régles de l'Harmonie , poir
apprendre la compofition , avec un nouveau
Projet fur un fyftême de Mufique, fans tempérament
, ni cordes mobiles , dédié à MM .
du Chapitre de l'Eglife Métropolitaine &
Primatiale de Bordeaux , par M. Levens ,
Maître de Mufique de cette Eglife. A Bordeaux
, chés Jean Chappuis , Imprimeur-Libraire
, ruë Défirade , 1743 .
DISSERTATION fur l'Exil d'Ovide , avec
quelques Anecdotes , concernant les deux
Julies , par M. R. D. R. A Moulins , chés
Jean Faure , Imprimeur - Libraire , ruë de
Paris , 1743. in-8 ° .
Fiiij Hrs
2240 MERCURE DE FRANCE.
HISTORIA Monftri Gemelli coaliti &
compofiti in Regio hoc Emporio nati , Scholiis
illuftrata , quam in Studiofa Juventutis gra
tiam , annue Differtationis loco , Siftit Balth.
Joh. V. Buchwald , M. D. & Profeſſor , Confiftorii
Affeffor , &c . Spartam defendentis
ornante Bartholdo Wichmann , Philoſoph. &
Med. Stud. 24. April. 1743. Haunia , ex
Typogr. Reg. Maj. & Univerfitatis Typogr.
7. G. Hopffneri , 1743. in-4° . 60. pp. Fig.
an, 2 .
›
NOUVELLE TRADUCTION ANGLOISE des
Oeuvres de M. Sydenham , faite fur les Originaux
, où l'Hiftoire des Maladies aiguës &
chroniques , & la plus fure & plus courte
maniére de les traiter , eft décrite avec beaucoup
de fidélité , de clarté & d'exactitude
avec des notes qui éclairciffent la théorie &
la pratique , tirées des plus habiles Médecins
; on y a ajoûté la Vie de l'Auteur , avec
une Table . A Londres, 1743. in - 8° .
DISSERTATIO de Sanguinis Miffione , Autore
Hugone Gourraigne , Doctore Medico
Monfpelienfi , Regia Scientiarum Societatis
Socio , Monfpelii, apud Auguftinum Rochard ,
Regis & Univerfitatis Typographum unicum ,
in-8°. 1743.
TRAOCTOBRE
. 1743. 2241
TRADUCTION ITALIENNE des Inftitutions
de Phyfique de Mad. la Marquife du Chatellet
, faite fur l'Edition de 1742. d'Amfterdama
, comprenant les additions qu'on y a
faites . A Venife, chés Jean -Baptifte Pafquali,
Imprimeur-Libraire.
On a pareillement traduit & joint à ce
Volume , le Mémoire de M. de Mairan ,
touchant la méfure des forces vives , & fa
Lettre fur le même fujet , avec la Réponſe
de Mad.la Marquiſe duChatellet , 1743. in-8°.
Le vingt -fixiéme Tome della Raccolta di
Opufcoli Scientifici e Filologici , &c. paroît
depuis peu in- rz. à Venife.
L'Edition du Traité de Vignole della Per-
Speliva, avec Figures , paroît dans la même
Ville , chés le Banaglia , Lib. 1743. in fol.
D. Alberti Halleri Enumeratio methodica
Stirpium Helvetia indigenarum , 1742. in-fol..
Deux Volumes , à Gottingen , chés. Vanden-
Hoeck , Libraire..
1
HISTOIRE abbregée & critique de la Vie
Politique d'Olivier Cromwel , à Londres
chés C. Davis , Libraire. Nouvelle Edition .
NOUVELLE METHODE de prévenir & de
guérir la rage , caufée par la morfure des
chiens enragés , à Londres , chés G. Meyer ,
Libraire dans le Strand..
Fy On
2242 MERCURE DE FRANCE.
On nous écrit de Rome, du 7. Avril 1743 .
qu'on y prépare un Ouvrage , qui a pour titre:
Parallele des Fables de M. de la Fontaine,
avec celles de Pietro Targa , & de Giov. Maria
Verdizoti , Poëtes Italiens.
Dans une colonne , on voit l'Italien , &
dans l'autre le François , avec des Notes critiques,
dans lefquelles on remarque les beautés
& les défauts de ces Auteurs ; on y donne
la préference à celui qui paroît la méri
ter. Et deux Difcours :: le premier fur l'Apo-
Logue , & fur le caractére des principaux Auteurs
, qui ont excellé dans ce genre , parmi
les Grecs , les Latins , les. Italiens , les François
, &c. Le fecond Difcours eft fur l'Imitation..
Targa & Verdizoti ont écrit vers le milieu
du feiziéme fiécle : ils ont donné les
premiéres Editions de leurs Fables en 1569..
& 1.570. environ un fiècle avant M. de la
Fontaine..
Dans cet Ouvrage , on fe propofe de prouver,
que le célébre M. de la Fontaine a heureufement
imité dans fes Fables , Targa &
Verdizoti , comme Bocace , & quelques autres
dans fes Contes
Cet Ouvrage étoit prefque fini, lorfqu'on
a volé à l'Auteur la premiére Edition de
Targa , Auteur fi rare , qu'on n'en trouve
abſolument nul Exemplaire dans aucune des
cinq
OCTOBRE . 1743.1 2243
cinq Bibliothèques publiques de Rome , ni
chés les Libraires ; & en même tems fes Difcours
& fes Notes . Il a repris fon Ouvrage ,
qui paroîtra bientôt.
>
Bernabo & Lazzerini , Libraires à Rome
ont donné depuis peu une Nouvelle Edition
, de l'important Ouvrage de M. Vaillant
fur les Médailles Impériales. NUMIS--
MATA Romanorum Imperatorum præftantiora
à Julio , &c. avec un Supplément conſidérable
3. Vol. in-4° . 1743.
Philippe Argelati , Directeur de l'Imprimerie
Palatine de Milan , a achevé d'imprimer
la nouvelle Collection des Hiftoriens Mi-
Lanois , à Milan. 2. Vol. in fol.
Le IV. Tome du grand Ouvrage de M.
Muratori , intitulé : THESAURUS Novus
veterum Infcriptionum , &c. paroît ; il eft ac-'
compagné de deux Appendix , dont l'un
contient les nouvelles Infcriptions , reçûës
durant ou après l'impreffion ; & le dernier
une Table générale de tout le Recueil..
DESCRIPTION de l'Egypte depuis
Alexandrie jufqu'aux Sources du Nil ;
contenant un récit hiftorique des Antiquités
, du Gouvernement , des Coûtumes ,
Fvj
des
2244 MERCURE DE FRANCE.
des Moeurs , & de l'Hiftoire naturelle de ce
Pays , avec un voyage depuis le Grand Caire
jufqu'au Mont Sinaï , enrichie de 75. Planches
gravées en tailles donces, qui repréfentent
les Plans & les Deffeins de la plupart
des Temples & des anciens Edifices de l'Egypte
, & particuliérement de Thébes ,
Londres , par M. Richard Pokoke. Chés J.
& P. Knapton , W. Innys , W. Meados , &c.
1743. L'Ouvrage eft en Anglois. L'Auteur
a fait auffi graver une Carte de toute l'Egypte,
en huit feüilles.
TRAITE ' de l'origine des Maladies , & de
P'ufage de la Poudre purgative , par M. Jean
Ailhauld , Docteur en Médecine de la Ville
d'Aix. Le prix de cette poudre eft de 25. fols
la prife. On trouve ce Livre à Avignon , chés.
Fortunat la Baye , Imprimeur-Libraire , à la
Place de Saint Didier 1742.
Les Freres Duplain, Libraires à Lyon, donnent
avis au Public, qu'ils mettent en vente
la Nouvelle Edition des Oeuvres de Mc.
Jean Bacquet , en 2. Vol. in -fol. augmentée
confidérablement par M. Deferrieres. Et un
fecond Volume du Livre intitulé : Effais fur
l'Hiftoire des Sciences & des Arts , par M. de
Juvenel. Le premier Volume de cet Ouvrage
parut il y a deux ans .
ABBREGE'
à
OCTOBRE. 1743 .
2245
ABBREGE' de la Vie du P. Ignace Azevedo ,
de la Compagnie de Jefus , & de fes trenteneuf
Compagnons , martyrifés par les Hé-
Fétiques , en allant au Bréfil ; à Rome , chés
Antoine de Roffi , Libraire ; dédié au Roi de
Portugal Jean V. par le Pere Cordara. L'Ouvrage
eft en Italien .
LES MOEURS & les Ufages des Grecs , par
M. Menard , Confeiller au Préfidial de Nifmes
, Académicien Honoraire de l'Académie
des Sciences & des Belles- Lettres de
Lyon , & Affocié à celle des Belles -Lettres.
de Marfeille ; à Lyon , chés la veuve de la
Roche , & fils , ruë Merciere , à l'Occafion.
Vol. in-12. 1743-
PROBLEME fur la Quadrature du Cercle,
pour démontrer géométriquement , que fa
circonférence du quarré du diamétre , eſt à
la circonférence du cercle , comme le quar
ré du diamètre eft à la fuperficie du cercle ,
qui doit être géométriquement égal à un
quarré , dont la racine donne le côté déterminé
, qui doit être moyenne proportionnelle
géométrique , entre le rayon du cercle
& fa demie circonférence ; & que le côté de
ce quarré foit commenfurable , tant au diamétre
du cercle, qu'à fa circonférence . Tout
l'embarras de ceProblême, confifte à déterminer
2246 MERCURE DE FRANCE.
ner ce côté du quarré , qui doit être égal au
cercle , fans jamais tomber dans les incommenfurables
, ce qui eft le noeud de la difficulté.
De-là on conclud, que la circonférence
du cercle , eft à la moitié de la circonférence
du quarré du diamétre , comme la fuperficie
eft au quarré infcrit..
On prie très - humblement les Sçavans de
décider , fi celui qui pourra refoudre ce Problême
, donne la Quadrature..
A Grenoble , ce 7. Juillet 1743.
On apprend de Rome que l'on y a trouvé
dans une vigne aux environs , en creufant
la terre , des ruines fouteraines , qui défi
gnent la place où étoit fitué le Cirque de
I'Empereur Adrien .
ASSEMBLE'E PUBLIQUE de
l'Académie Royale des Belles-Lettres
de Marfeille.
'Académie des Belles - Lettres de Marfeille tint ,
fuivant la coûtume , fon Affemblée publique , le
25 Août , Fête de S. Lo Urs. Elle eut au-deflus de
celles des années précédentes , la fatisfaction d'adjuger
deux Prix , l'an à l'Eloquence , l'autre à la
Pocfie , celui d'Eloquence de l'année derniére ayant
été réſervé.
Le R. P. Lombard , Jéfuite de Touloufe,fi conna
par
OCTOBRE. 1743. 2247
par tant de beaux Ouvrages , & par tant de Couronnes
remportées aux JEUK FLORAUX , les a
remportés tous deux. On peut dire que Marſeille
lui devoit au moins une Couronne , en reconnoif
fance de la belle Elégie , que ce grand Poëte compofa
au fujet de la derniére Pefte.
La Séance fut ouverte par un Difcours que prononça
M. de Robineau , Commiffaire des Guerres ,
& alors Directeur de l'Académie: Ce Difcours roula
fur ce qui faifoit le fujet de l'Affemblée . L'Eloge
de feu M. le Maréchal de Villars , Fondateur de
l'Académie , & celui de M. le Duc , fon digne fils ,
actuellement Protecteur , n'y furent point omis ,
non plus que celui du Père Lombard.
Après ce Difcours , on lût le Poëme couronné, qui
fe trouvera dans le Recueil imprimé de l'Académie..
M. de la Vifclede , Sécrétaire perpétuel , continua
la Séance par l'Eloge de M. l'Abbé de Croze ,.
P'un des Académiciens , morts durant le cours de
Pannée .
M. Dulard lût une Epitre en Vers fur les fujets les
plus propres à produire le vrai enthousiasme Poëtique.
Cette Epitre avoit été envoyée pour Tribut à l'Académie
Françoiſe.
M. de la Vilclede lût enfuite l'Eloge de feu M: de
Baftide , Lieutenant Criminel de Marſeille , autre
Académicien , décédé dans l'année.
La Séance fut terminée par une petite Piéce de
Poëfie Anacreontique , que lût M. Sinety.
L'Académie a donné pour Sutet de Profe , pour
le Prix de l'année prochaine ces paroles , Qu'il eft
plus difficile & plus glorieux de remplir exact ment
fon devoir , que defaire des actions brillantes , qu'il
n'exige point.
ESTAMPES
2248 MERCURE DE FRANCE.
ESTAMPES NOUVELLES.
L'AGE VIRIL , grande Eftampe en large , gravée
par J. Moyreau , d'après le Tableau original de
J. Raoux , Peintre du Roi , de 4. pieds de large , fur
32. pouces de haut , du Cabinet du Chevalier d'Orleans
, Grand- Prieur de France , & Général des Galeres.
Cette Eftampe eft la troifiéme que le fieur
Moyreau grave d'après le même Maître , qu'on
trouve chés lui , ruë S. Jacques , à la vieille Pofte ,
vis-à-vis la rue du Plâtre. On lit ces Vers au bas.
Cet âge , où la Raiſon ſeule doit dominer ,
Par differens objets nous appelle à la gloire ,
Et les divers talens doivent déterminer
Les routes que l'on s'ouvre au Temple de Mémoire,
Sur les pas des Sçavans , ou fur ceux des Guerriers.
Il faut bien confulter ceux que le Ciel nous donne ;
Si des travaux de Mars un coeur foible s'étonne ,
Qu'il cherche alors des Mirthes , & non pas des
Lauriers.
PORTRAIT Ovale , Bufte en hauteur, d'Anne-
Charlotte Gauthier de Loiferolle , époufe de M.
Aved , Peintre du Roi , & des plus habiles de l'Académie
, pour le Portrait , gravé par M. Balechou ,
fon ami, avec un art & une intelligence admirables.
JOUEUR DE MUSETTE , Eftampe en hauteur
jeune homme affis , jouant de la Mufette ,
demi figure , gravée par R. Gaillard , d'après le Tableau
de M. le Clerc. Cette Eftampe fe vend chés.
M. le Bas , Graveur du Roi , ruë de la Harpe.
Autre Eftampe en hauteur , faifant pendant à la
précédente ,
OCTOBRE . 1743. 2249
précédente , fous le titre de LA VIELLEUSE :
C'eft une jeune perfonne affi.e , qui joue de la Vielle
, par le même Graveur , & d'après le même Peintre.
Elle fe vend à la même adreffe .
Le fieur Petit , Graveur , rue Saint Jacques ,
à la Couronne d'Epines , près les Mathurins , qui
continue de graver avec fuccés la fuite des Hommes
Illuftres du feu fieur Defrochers , Graveur du
Roi , vient de mettre au jour les Portraits fuivans,
D. BERNARD DE MONTFAUCON , Religieux
Bénedictin , de la Congrégation de S, Maur ,
né au Château de Soulage , Diocèſe de Narbonle
17. Janvier 165. mort à Paris le 21. Décembre
1741. On lit ces Vers au bas.
ne ,
De la fçavante Antiquité ,
Par plus d'un excellent Volume ,
Cet illuftre Ecrivain perçant l'obſurité
A bien mérité que fa plume
Lui donne l'immortalité.
GILBERT BURNET , Evêque de Saliſbury,
& Chancelier de l'Ordre de la Jarretiere , né le 18 .
Septembre 1643. mort le 17. Mars 1714. On lit
ces Vers au bas.
On pourroit croire , avec quelque apparence ,
Qu'en te faifant Evêque & Chancelier ,
Le fort t'auroit donné la jufte recompenfe
De ton mérite fingulier ;
Mais non , fameux Burnet , ces nobles
avantages
Sont au- deffus de tes Ouvrages.
Rien ne contribuë tant à l'utilité publique , & à
l'avan
2250 MERCURE DE FRANCE.
l'avancement des Lettres en particulier , que la
perfection des Arts . On peut dire que celui de la
Gravûre en général , eft prefque arrivé à fon plus
haut dégré. Mais nous n'avions point encore vû
d'Artifte qui eût fçû graver avec tant de correction ,
d'adreffe & d'élégance, les Lettres des Langues fçavantes
, comme celui qui donne lieu à cet Article.
Le fieur Charpentier , Graveur en Lettres , vient
de publier en deux grandes Planches , parfaitement
bien gravées en Taille-douce , un Effai de fa capacité
en ce genre. Dans la premiére Planche on lie
le Texte Grec de cette Fable d'Efope , où le Vieillard
appelle la Mort à fonfecours . Après la Fable fuit la
Morale, auffi en Grec. Au - deffous du Grec eft l'Taterprétation
Latine de la même Fable , avec la Morale
, & enfin l'Explication Françoiſe . Le tout
traduit & gravé par le même Graveur.
Dans l'autre Planche eft gravée l'Epigramme 24.
du VIII. Livre de Martial : Si quid forte petam, &c.
Au- deffous eft gravée la Traduction de la même
Epigramme en Vers Grecs , de la Compoſition de
M. Capperonnier , Profeffeur en Langue Grecque au
Collége Royal.
Et.au- deffous du Grec , eft l'Imitation de la même
Epigramme , en Vers François .
D'un oeilpropice & gracieux
Jupiter voit toujours celui qui le ſupplie.
Le Sculpteur ne fait pas les Dieux ;
C'eft plutot celui qui les prie .
On eft moins furpris de cette belle Exécution ,
quand on fçait que M. Charpentier , avant que
exceller à manier le Burin des Lettres , a fait fes
Humanités
OCTOBRE. 2251 1743.
Humanités avec diftinction , & que les principale
Langues fçavantes lui font familiéres .
Il demeure dans le Cloître de S. Julien le Pauprès
la Fontaine S. Severin .
vre ,
Le fieur Lemaire , Maître de Mufique , vient de
mettre en vente les cinq nouvelles Cantatilles pour
les Deffus , avec accompagnemens de Flutes , Vio-
Jons ,annoncées dans le Mercure dernier , dont les
quatre premieres font tirées des quatre Tableaux
des Albanes , fous les titres de la Toilette de Vénus ;
Les Forges de l'Amour ; Vénus & Adonis ; Diane ,
vengée punie , quatrième & dernier Tableau . Cli
mene Tircis , cinquiéme Mufette. Partition in-4°.
gravée, 24. fols piéce..
dont
On trouve aux addreffes fuivantes les nouvelles
Fanfares ou Concerts de Chambre , en Trio , pour
les Violons , Flutes , Hautbois , Mufettes , Vielles ,
Baffons , Violoncelles , Timballes & Trompettes.
Plus , quarante- quatre autres Cantatilles ,
les cinq derniéres font de cette année & les fix
autres nouvelles pour 1744. Six Livres de Motets ,
30. fols piéce , exécutés aux Concerts du Château
des Tuilleries. Il donnera dans le mois de Décembre
prochain la Cantatille du Dépiù amoureux , pour
une Baffe-Taille , qui fera la cinquantiéme. Le tour
mis en Mufique par le fieur Lemaire.
à
On vend ces Ouvrages à Paris , chés l'Auteur ,
au bas du Pont S. Michel , chés un Chirurgien ; au
Mont Parnaffe , chés Ballard , fils , rue S. Jean de
Beauvais ; chés Mad. Boivin, à la Régle d'or , rues
S Honoré , & chés le Clerc , à la Croix d'or , rue
du Roulle , 1743 .
ruë
Le fieur le Rouge , Ingénieur , Géographe du Roi,.
à Paris , rue des grands Auguftins , vis- à- vis le Panier
2252 MERCURE DE FRANCE.
nier fleuri , vient de publier une nouvelle Carte dTtalie
, en une feuille , & une Carte du Duché J
Lorraine , & des trois Evêchés , dreffée fur les nouvelles
Obfervations de M. de Caffini.
region region regler negliem regjim reglen reglen region reglerfor an
L
AIR.
E Nectar qu'Hebé verſe aux Dieux ,
Ne vaut pas la Liqueur charmante
Que l'Automne abondante
Fait couler dans ces Lieux.
Pour brifer de l'Amour les dangereufes chaînes ;
Les Dieux dans le Nectar ne trouvent nul fecours,
Et dans le Vin nous en trouvons toûjours ,
Pour triompher des inhumaines.
SPEC
M
THE
NEW
YORK PUBLIC
LIBRARY
ABTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
.
HE NEW YORK
PUBLIC LIBRARY .
ABTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS .
OCTOBRE. 1743 . 2253
$22525252525252525 25252525252525252
SPECTACLES.
TRAGEDIE ET BALLET.
repréfentés au Collège de LOUIS LE GRAND,
le 7. Août dernier.
O
N donna pour la diftribution des Prix
fondés par le Roi, la Tragédie Latine
de Juftin I. Empereur de Conftantinople.
L'Auteur eft le P. Geoffroy , Profeffeur de
Rhétorique au Collège de LOUIS LE
GRAND , & fucceffeur du P. de la Sante
dans cette carriére , également épineuſe &
brillante. La Piéce mérite le fuccès dont le
Public l'a honorée. Les penfées font grandes
& fublimes , les fentimens nobles &
élevés , l'expreffion brillante & choifie , la
Verfification harmonieuſe . L'ordonnance &
l'oeconomie de la Piéce ne méritent pas
de moindres éloges ; le plan eft uniforme &
régulier ; les Scénes bien liées ; les incidens
ménagés avec art , l'intrigue habilement
conduite , le dénouement heureux & bien
préparé. Il eft glorieux au nouveau Profeſfeur
de débuter par un Ouvrage , digne des
plus grands Maîtres.
L'exécution Théatrale n'a pas eu moins de
fuccès ; M M. de Palacios, du Peyrat , le Duc,
qui foutenoient les principaux Caractéres 9
Le
2254 MERCURE DE FRANCE.
fe font diftingués par les graces & la vivacité
de la déclamation .
Noms & Perfonnages des Acteurs.
Anaftafe , Empereur de Conftantinople , M.
de Palacios,
Trafille , neveu d'Anaſtaſe , M. Veyrier.
Juftin , M. le Duc.
Juftinien , neveu de Juftin , M. le Chauve.
Adrafte , M. du Peyrat.
Vitalien ... Crifpe , Capitaine des Gardes ,
M. de Chroifeuil.
Megifte , Patricien de Conftantinople , M.
S. Leu.
que
SUJET.
Anaftafe , Empereur de Conftantinople ,
exerce un Empire tyrannique fur fes Sujets.
Les cris féditieux du Peuple , le murmure
des Grands , les reproches de fa confcience,
les prédictions même de fes Devins , le jettent
dans les accès d'une noire trifteffe ,
rien ne peut diffiper ; il craint également
pour fa vie & pour fa Couronne ;
pour prévenir toute furprife , & fe precautionner
contre fon propre Peuple , il fait
entrer dans la Ville des troupes étrangeres ,
qui font à fa folde , & fous les ordres de Vitalien
; démarche imprudente, qui fut la caufe
de fa ruine : en effet Vitalien , qu'une ſecrette
OCTOBRE. 1743. 2255
crette ambition dévore , & qui cherche de
puis long- tems les moyens de la fatisfaire ,
juge l'occafion favorable , fe ligue avec
Adrafte , pour détrôner Anaſtaſe & envahir
la Couronne. Tout femble favorifer l'exécution
de ce Projet ; la haine du Peuple
pour Anaſtaſe ; la foibleffe & l'irréfolution
du Tyran ; le dévouement des troupes qu'il
a fçû attacher à fes intérêts ; le feul Juftin
paroît vouloir traverfer fon entrepriſe. C'eſt
un homme d'une fageffe & d'une valeur
éprouvée , accrédité parmi le Peuple , attaché
à fon Prince par reconnoiffance & par
Religion. Adrafte ( complice de Vitalien )
qui n'ofe efperer de le corrompre , cherche
l'occafion de le perdre dans l'efprit de fon
Maître. Une nouvelle fédition lui en fournit
bien-tôt les moyens. Le Peuple , fatigué
des cruautés d'Anaftafe, fe fouleve,proclame
Juftin Empereur , & lui fait offrir la Couronne
par Mégifte. Anaftafe effrayé , coufulte
Adrafte , fon Miniftre & fon Oracle.
Adrafte répond , que la mort feule de Juſtin
peut conjurer l'orage. Anaftafe délibére.
Adrafte le preffe , le Prince réfifte .... il
céde enfin. Juftin eft enlevé par fon ordre ,
arrêté & mis aux fers.Cette premiére intrigue
ayant réüffi, Adrafte fonge à perdre l'Empereur
même.Il fait courir le bruit dans la Ville
que Juſtin vient d'expirer par ordre du Tyran
2256 MERCURE DE FRANCE,
ran. Cet artifice a fon effet. La fedition recommence
: le Peuple en fureur , fe faifit de
la perfonne de Trafille , neveu d'Anaſtaſe ,
& l'immole aux yeux de fon oncle.L'Empereur
indigné , veut venger la mort de fon
neveu , mais à peine eft-il hors de fon Palais,
qu'il eft attaqué par une troupe de factieux,
renverfé & bleffé à mort par Adrafte
même. Au bruit de ce funefte accident, Juftin
oublie qu'Anaſtaſe eſt ſon ennemi , &
court venger fon Maître & fon Empereur ;
tout fait à la vue de ce Héros ; il pourfuit
Adrafte , le fait prifonnier & le préfente
chargé de chaînes à Anaſtaſe. Ce Prince l'accable
de reproches & l'envoye au fupplice
; il témoigne enfuite fa reconnoiffance
à Juftin ; avouë fon injuſtice à ſon égard , &
prêt d'expirer , lui remet fon Sceptre entre
les mains. Le Peuple confirme fon choix ,
rend fes hommages au nouvel Empereur ,
& le porte en triomphe au Trône des Céfars.
On peut juger par le Tableau racourci ,
du mérite de cette Piéce , vraiment tragique
& digne de la majeſté du Cothurne . Le
troifiéme & le cinquiéme Actes renferment
des traits qui ne feroient pas indignes de
nos plus illuftres Poëtes.
Le Ballet intitulé les Caprices , fervit d'interméde
à la Piéce Tragique.
Les
OCTOBRE. 1743. 2257
A
Les Caprices , dit ingénienfement le Profeffeur
dans fon Programme , font dans la
vie ce que les vents font fur la Mer; un fecours
& un obftacle à la Navigation. Il n'eft point de
Mer dont les flots ne foient affujettis aux caprices
des vents : il n'eft point de Société dont
le cours ne foit agité par le fouffle des Caprices.
Un coup de vent conduit au Port & brife contre
un écueil les Navires les plus richement
chargés unfeul Caprice éleve & renverſe les
fortunes les plus opulentes.
On fe propofe d'examiner dans les quatre
parties de ce Ballet. 1 ° , Les fources des
differens Caprices ; 2 °. L'étendue de leur Empire;
30.La force de leur pouvoir; 4° . Le danger
de leurs effets.
L'ouverture repréſentoit le fameux Combat
de Bellerophon contre la Chimére.
PREMIERE PARTIE.
Le Caprice a fes fources dans le Caractére,
dans le Tempérament & dans l'Imagition.
CARACTE'RE VIOLENT. Source du
Caprice brutal & féroce.
Néron , fans autre motif qu'une envie
capricieufe & cruelle de fe repréfenter l'Incendie
de Troyes , met le feu à une partie
de Rome ; du haut d'une Tour , il contem-
G ple
2258 MERCURE
DE FRANCE
.
ple avec plaifir le progrès de la flâme , &
lance des feux fur les malheureux
qui viennent
à travers les ruines de leurs maiſons ,
implorer fa clémence.
On ne peut rien de mieux exécuté que cette
premiére Entrée, L'image d'une Fille embrasée,
les cris lugubres d'une multitude éplorée , les
fureurs de Néron , firent un Spectacle des
plus frappans & des plus animés.
TEMPER AMMENT
CHAGRIN. Source du
Caprice fombre & mélancolique
.
Timon Milantrope fe fépare du commerce
des hommes ; il le regrette dès qu'il
eft dans la folitude ; la Nobleffe des environs
cherche à le diftraire par des parties
amufantes : il affecte d'y paroître infenfible;
il retourne à Athénes , d'où il s'étoit exilé
trop ennemi des hommes , pour fouffrir leurs
défauts , & trop homme lui-même › pour fe
paffer de leur commerce.
IMAGINATION
LEGERE
, fource du
Caprice badin & amusant.
Un Lecteur de Romans eft tranfporté
par la Déeffe Manie , dans un Pays habité
par les Fées. Elles étalent à fes yeux les ri- cheffes de leur Art . Un affreux Rocher ſe
change en Palais ; une Campagne déferte
devient un Bocage enchanté; les Arbres
s'animent
OCTOBRE . 1743. 2259
s'animent au fon des Inftrumens , & s'arrangent
en cadence au gré de fes défirs.
SECONDE PARTIE.
Etendue de l'Empire du Caprice.
regne
Il fur les Grands , gouverne
Peuples , foumet les Sages.
Empire du Caprice fur les Grands.
les
L'Empereur Caligula avoit entrepris , à
l'exemple de Xerxès, de donner des loix ou
des bornes à la Mer ; de retour à Rome
fes Soldats lui font un triomphe digne de
cet Exploits une Conque Marine lui fert de
Char;il a pour Sceptre un Trident; les Vents
legers voltigent à fes côtés ; ce Prince
ébloui par l'éclat de fa gloire , veut faire
abbattre les Statues des anciens Triomphateurs.
Les Ombres de ces Héros paroiffent ,
mettent en fuite fes flateurs , & le renverfent
lui-même de fon Char,
Empire du Caprice fur les Peuples.
des
Le Prife d'une Ville de Theffalie par
Joueurs de Gobelets & autres Charlatans de
cette efpece , eft l'objet de cette Entrée ; elle
fut fuivie d'une Pantomime , dont la repréfentation
amufa long-tems & agréablement
le Spectateur :
Gij En2260
MERCURE DE FRANCE.
Empire du Caprice fur les fages.
Des Philofophes , efcortés par des chiméres
, tiennent leurs regards élevés vers le
Ciel, fans penfer aux précipices que la Terre
ouvre fous leurs pas ; d'autres veulent pénetrer
des fecrets que l'Auteur de la Nature
a dérobés à la connoiffance des hommes.Minerve
exclut de fon Ecole les faux fages , &
trouve dans les partifans du Caprice & des
fictions plus de vraie fageffe , que dans ceux
qui devroient en être les interpretes & les
organes : MM . de Chabanon & Vananen, qui
danferent feuls dans cette Entrée , furent
généralement applaudis .
TROISIEME PARTIE.
Pouvoir du Caprice.
Il change le mérite en crime , les goûts en
Loix , l'héroisme en foibleffe.
Pouvoir du Caprice contre le mérite.
La mort de Dion de Syracufe , eft réfoluë
par un Peuple , à qui fon mérite & fa puiffance
font ombrage ; on charge quatre affaffins
de l'exécution de cet Arrêt ; à la vûë
de ce grand homme , nâgeant dans fon
fang , le Peuple fe rappelle l'idée de fa gloire
; la compaffion fe tourne en fureur contre
OCTOBRE. 1743 . 2261
ツ
tre les affaffins ; ils font immolés à la ven
geance publique , & l'on fait à Dion une
pompe funebre, digne de l'admiration qu'on
a pour fes vertus.
Pouvoir du Caprice contre les Loix.
Amurath , Empereur des Turcs , rencontre
dans une Place un homme yvre , qui lui
difpute le paffage , & fe vante d'être auffi
riche que lui ; ce Prince lui propofe d'acherer
Conftantinople ; celui- ci lui préfente fa
bouteille , qu'il prétend contenir plus que
le prix de la Ville. L'Empereur la vuide , &
étant entre deux vins , éleve cet homme à la
dignité de Vifir : revenu à lui-même il confirme
fon choix . La faveur du Prince eft fuivie
de l'hommage des Courtifans : au milieu
de cette fête, Bacchus fe préfente, & verfant
fa liqueur , échauffe tellement leurs efprits
qu'ils obligent le nouveau Vifir à caffer la
Loi qui défend parmi eux l'ufage du vin.
Pouvoir du Caprice contre l'Héroïfme.
Annibal s'endort au milieu des plaifirs ;
l'ombre de fon Pére Amilcar fe préfente pendant
fon fommeil , & lui fait voir en fonge
les Romains prêts à venger leurs défaites par
fa mort ; il s'éveille & veut rappeller les Carthaginois
; il les voit défarmés , & lui même
fans armes , fe trouve égaré dans un laby-
Giij rinthe ,
2262 MERCURE DE FRANCE.
rinthe, que les jeux ont formé autour de lui.
QUATRIEME PARTIE.
Effets que produit le Caprice.
Fauffes idées fur le point d'honneur ; mauvais
goût dans les modes ; extravagance & fureur
dans les fuperftitions.
Effets du Caprice par rapport au point d'honneurs
lafureur des duels fait l'objet de cette Entrée.
Effets du Caprice fur les modes..
des
L'exemple qu'on en donne ici, eft emprunté
de la Danfe; les plus grands Maîtres viennent
faire preuve de leurs talens ; la richeffe des
habits ; la nobleffe de la Danfe ;; llaa grace
mouvemens ; rien ne peut plaire à un peuple
de fpectateurs légers & inconftans ; des
Danfeurs bouffons fe préfentent , habillés
d'une façon bizare ; le Caprice , feul Maître
dont ils ayent pris leçon , leur attire les
fuffrages refufés au mérite. Cependant le
bon goût confole le talent de fa difgrace, &
le génie de la Danfe promet de la réparer ,
en affociant le caprice au goût ; on donne
l'effai d'une Danfe formée par le talent , reglée
par le goût , variée par le Caprice.
Effets du Caprice dans les fuperftitions.
Des peuples de differens climats déliberent
OCTOBRE. 1743. 2263
rent entre eux fur le choix des Dieux qu'ils
doivent adorer , & fur les efpeces de cultes
qu'ils leur rendront ; le Caprice fe préſente
à eux , & prenant differentes formes de Divinités,
marque lui -même les honneurs qu'il
exige ; la vérité paroît , & pour les détacher
de leur erreur , fait ne leur en montrer
le ridicule.
que
Ballet général.
La raiſon indignée des victoires que lesCaprices
remportent fur tous les âges, juge que
pour détruire l'empire qu'ils ont ufurpé , il
fuffit de les abandonner à eux-mêmes . L'ef
prit de vertige les emporte ; ils ſe détruiſent
fes uns les autres , & la laiffent rentrer dans
tous fes droits ; les peuples lui rendent hommage
, & la placent fur un Trône : M. de
Chabanon réunit tous les fuffrages , & danfa
avec une grace qui fut admirée des plus
grands Maîtres.
•
La diftribution des prix fe fit à l'ordinaire,
vers la fin de l'action . On vit avec joie une
illuftre & brillante jeuneffe , prefque toute
compofée de MM. les Penfionnaires du Collége
, paroître fur le Théatre , pour y être
couronnés .
M. le Cardinal Crefcenzi , Nonce du Pape
, plufieurs Prélats & autres Perfonnes de
la premiére diftinction ,honorerent la fête de
G iiij leur
2264 MERCURE DE FRANCE.
leur préfence, & le Spectacle de leurs éloges .
M. Malter , Compofiteur des Ballets de
l'Opera , fe furpaffa lui-même dans l'exécution
de celui- ci.
EXTRAIT de la Tragédie de la Mort
de Céfar , en trois Actes , repréſentée au
Théatre François , le 29. Août dernier ,
annoncée dans le Mercure du même mois.
ACTEURS .
Céfar , Dictateur ,
Marc-Antoine , Conful ,
Dolabella , ami de Céfar ,
Junius Brutus,
Caffius ,
Calca ,
Cimber ,
Sconjurés
le Sr Sarrazin.
le Sr le Grand,
le Sr Defchamps.
le Sr Grandval.
le Sr Paulin.
le Sr Dubois.
Le Sr Rofelly.
Cinna ,
Decimus ,
Les Romains .
Licteurs.
le Sr de Bonneval.
le Sr Dubreuil.
La Scéne eft à Rome , au Capitole.
QUoique cette Tragédie n'ait cû
pas ch
tout le fuccès que les Comédiens s'en
étoient promis , on ne fçauroit diſconvenir,
fans injuftice , qu'elle n'ait de grandes beautés.
Plufieurs circonstances ont contribué à
lui faire perdre de fon prix , mais la principale
,
OCTOBRE. 1743. 2265
"
les
pale , c'eft d'avoir été donnée fur le Théatre
François , qui n'eft nullement fufceptible
d'un Sujet dénué d'amour , & par conféquent
d'Actrices. M. de Voltaire eft trop
éclairé, pour n'avoir pas prévû cet inconvénient
, mais il n'a pû réfifter.à l'impatience
des Acteurs , qui venoient de donner fa
Mérope , d'une maniére fi avantageuſe pour
l'intérêt & pour la gloire. La Mort de Céfar
avoit été donnée autrefois par le célébre
Shakespear , Anglois ; M. de Voltaire, à la
priére de fes amis , en traduifit une Scéne ,
mais il n'ofa aller plus avant , rebuté par
défauts dont laPiéce entiére fourmilloit , parmi
beaucoup d'excellens endroits ; il nous
fuffit pour juftifier fon dégoût , de dire que
l'action de cette Tragédie commençoit par le
triomphe de Jules-Céfar au Capitole , &
finiffoit par
la mort de Brutus & de Caffius,
à la Bataille de Philippes . Celle dont nous
allons rendre compte , fut repréfentée pour
la premiére fois à l'Hôtel de Saffenage ; elle
a été jouée depuis aux Colléges d'Harcourt
& Mazarin , & en dernier lieu fur le Théatre
François . Nous avons crû que le Public
feroit bien aife d'en voir l'Extrait dans notre
Journal.
Au premier Acte , Célar & Antoine ouvrent
la Scéne ; Antoine addreffe ces Vers à
Céfar.
Gy Célar ,
}
22 66 MERCURE DE FRANCE..
Céſar, tu vas regner . Voici le jour auguſte ,
Où le Peuple Romain , pour toi toujours injuſte ,.
Changé par tes vertus , va reconnoître en toi
Son vainqueur , fon appui , fon vengeur & fon
Roi , & c .
Céfar , preffé par Antoine , de lui ouvrir
fon coeur , lui répond :
Cher Antoine , il faut t'ouvrir mon coeur ;
Tu fçais que je te quitte , & le Deftin m'ordonne
De porter nos Drapeaux aux Champs de Babylone..
Je pars , & vais venger fur le Parthe inhumain
La honte de Craffus & du Peuple Romain , & c.
Ton ami fe flate
Que le vainqueur du Rhin peut l'être de l'Euphrate;;
Mais cet espoir m'anime & ne m'aveugle pas ;
Le fort peut fe laffer de marcher fur mes pas , & c,
Mais j'exige , en partant , de ta tendre amitié ,
Qu'Antoine à mes Enfans à jamais foit lié ;
Que Rome, par mes mains défenduë & conquiſe,
Que la Terre à mes Fils , comme à toi, foit ſoumiſe,,
Et qu'emportant d'ici le grand titre de Roi ,
Mon lang & mon ami le prennent après moi..
Antoine , furpris , du nom d'enfans , que
Céfar donne à d'autres qu'à Octave , qui
n'étoit même que fon fils adoptif , lui demande
quels font fes autres enfans ; Céfar
lui parle ainfi :: II
OCTOBRE. 1743 .
2267
Il n'eft plus tems , Ami , de cacher l'amertume
Dont mon coeur paternel en fecret ſe confume.
Octave n'eft mon fang qu'à la faveur des Loix ;
Je l'ai nommé Céfar ; il eft fils de mon choix ;
Le Deftin , dois- je dire : ou propice , ou févére ;
D'un véritable fils en effet m'a fait pére ;
D'un fils que je chéris, mais qui, pour mon malheur,
A ma tendre amitié répond avec horreur.
Antoine lui ayant demandé quel eſt ce
fils ingrat , Céfar lui apprend que c'eft Brutus
, & le lui confirme par ce Billet de Ser
vilie , foeur de. Caton ::
Céfar , je vais mourir ; la colére célefte
3
Va finir à la fois ma vie & mon amour ;
Souviens- toi qu'à Brutus Céfar donna le jour.
Adieu ; puiffe ce fils retrouver dans fon pére.
L'amitié qu'en mourant te confervoit fa mére !!
Antoine plaint Céfar de ce que le fort lui
donne un fils , fi peu femblable à lui ; Céfar
excuſe, autant qu'il peut, & l'ingratitude &
la férocité de Brutus ; il fait plus ; il avouë
qu'il a penfé comme lui dans fes plus jeunes
aus . Voici comment il s'explique..
J'ai détefté Silla ; j'ai haï les , Tyrans.
J'euffe été Citoyen , fil'orgueilleux Pompée
N'eût voulu m'opprimer fous fa gloire ufurpée ;
Né pour l'ambition , mais né pour les vertus ,,
Gvji Si:
# 268 MERCURE DE FRANCE.
Si je n'étois Céfar , j'aurois été Brutus.
Après ces beaux Vers , Céfar prie Antoine
d'apprendre à Brutus le fecret de fa naiffance
; voici fur quoi il fonde le fruit qu'il
en attend :
Tout homme à ſon état doit plier ſon courage ;
Brutus tiendra bien- tôt un different langage ,
Quand il aura connu de quel fang il eft né.
Crois-moi , le Diadéme à fon front deftiné ,
Adoucira dans lui fa rudeffe importune ;
Il changera de moeurs , en changeant de fortunes
La Nature , le fang , mes bienfaits , tes avis ,
Le devoir , l'intérêt ; tout me rendra mon fils .
Antoine promet à Céfar de ne rien
oublier pour lui rendre ce fils , mais il n'ef
pére rien de fes foins.
Dolabella , Sénateur , du parti de Céfar
vient l'avertir que le Sénat attend audiance .
Céfar ordonne qu'on faffe entrer les Sénateurs.
Voici comment il leur parle :
Venez , dignes foutiens de la grandeur Romaine ,
Compagnons de Céfar , approchez ; Caffius ,
Cimber , Cinna , Décime , & toi mon cher Brutus.
Enfin , voici le temps , fi le Ciel me feconde ,
Ou je vais achever la conquête du monde , &c.
Il ne reste au Sénat qu'à juger fous quel titre
De Rome & des Humains je dois être l'arbitre,
Il
OCTOBRE . 1743 . 2269
Il n'en trouve point de plus convenable
que celui de Roi , attendu que le Ciel a
prédit aux Perfans qu'ils ne feront jamais
vaincus que par un Roi . Cimber eft le premier
à prendre la parole & lui dit :
Céfar , il faut parler ; ces Sceptres , ces Couronnes ;
Ce fruit de nos travaux, l'Univers que tu donnes ,
Ne font point des bienfaits dont nos coeurs foient
épris ;
Reprends tes dons , Céfar ; ils font à trop haut prix.
Le bien que Cimber demande au nom
du Sénat , c'eft la liberté ; Caffius ajoûte :
Tu nous l'avois promiſe , & tu juras toi- même
D'abolir pour jamais l'autorité fuprême.
Brutus s'explique encore plus hardiment
par çes Vers :
Qui; que Céfar foit grand, mais que Rome foit libre;
Dieux: Maîtreffe de l'Inde , efclave aux bords du
Tibre ,
Qu'importe quefon nom commande à l'Univers ,
Et qu'on la traite en Reine , alors qu'elle eft aux fers?
Céfar ayant témoigné plus de fenfibilité
aux fiéres remontrances que Brutus lui fait,
qu'aux précédentes , s'emporte contre le Sénat
& Taccable de reproches ; Brutus ne
pouvant
2270 MERCURE DE FRANCE.
pouvant plus fe contenir , s'avance vers lui,
& lui dit :
Céfar , aucun de nous n'apprendra qu'à mourir ;
Nul ne m'en défavouë , & nul en Theffalie
N'avilit fon courage à demander la vie.
Tu nous laiffas le jour , mais pour nous affervir ,
Et nous le déteftons , s'il te faut obéir.
Céfar , qu'à ta colére aucun de nous n'échappe ;
Commence ici par moi ; fi tu veux regner, frappe.
Céfar congédie tous les Sénateurs , hors
Antoine & Brutus ; il fait divers reproches.
à ce dernier ; il paffe des reproches aux ca
reffes, mais tout eft également inutile contre
ce fier courage. Brutus lui dit enfin, en fe re
tirant :
Tout mon fang eft à toi , fi tu tiens ta promeffe ;
Si tu n'es qu'un Tyran , j'abhorre ta tendreffe ,
Et ne peux demeurer avec Antoine & toi ,
Puifqu'il n'eft plus Romain & qu'il demande un Roi.
Antoine excite Céfar à la vengeance , mais
Céfar veut tenter les voyes de la douceur
& finit ce premier Acte par ces quatre Vers.
Ne me confeille point de me faire haïr ; ,
Je fçais combattre , vaincre , & ne fçais point punir
Allons , & n'écoutant ni ſoupçon , ni vengence ,
Sur l'Univers foumis regnons fans violence.
Antoine
OCTOBRE . 1743. 2271
Antoine commence le fecond Acte avec
Brutus , à qui il reproche fa férocité & fon
ingratitude envers Céfar ;Brutus l'empêche
de pourfuivre, par les reproches outrageants
qu'il lui fait à fon tour. Les voici..
Ennemi des Romains , que vous avez vendus ,
Penfez vous, ou tromper, ou corrompre Brutus ?-
Allez ramper fans moi fous la main qui vous brave;
Je fçais tous vos deffeins; vous brulez d'être efclave ;
Vous voulez un Monarque & vous êtes Romain ?
Antoine n'en peut entendre davantage &
fe retire..
Brutus déplore le fort de Rome , d'où la
vertu de fes anciens enfans eft tout à fait
difparuë : il découvre aux pieds de la Statuë
de Pompée & de celle de Caton , des Billetss
qui lui reprochent fa lâcheté par ces mots :
Tu dors , Brutus , & Rome eft dans les fers ::
Non tu n'es pas Brutus.
La lecture de ces deux Billets l'enflame
d'un nouveau courroux , que Caffius vient
encore rallumer
par
ces Vers :
C'en eft fait , mes amis ; il n'eft plus de Patrie ,
Plus d'honneur, plus de Loix ; Rome eft anéantie, & c.
La liberté n'eft plus , &c..
Brutus luirépond qu'il va la faire renaître ..
Cimber
2172 MERCURE DE FRANCE.
Cimber vient rendre compte de ce qui s'eſt
paffé fous lesyeux dans le Sénat , où Antoine
a ofé préfenter le Sceptre & le Diadéme à
Céfar ; il dit que par une fauffe modeſtie ,
Céfar a d'abord refufé ce funefte préfent ,
mais qu'au bruit des applaudiffemens, qu'un
fi généreux refus a excités , ila paru furieux,
& lancé des regards menaçans fur ceux qui
loüoient en lui des vertus qu'il n'avoit pas.
Brutus raffure fes amis ; il leur communique
les avis fecrets qu'on lui donne , & les reproches
qu'on lui fait. Caffius lui dit qu'il
a reçû les mêmes avis & les mêmes reproches.
Brutus lui protefte de tout expier
dans le fang du Tyran . Caffius lui répond :
Tu me rends à moi- même , & je t'en dois l'hon
neur , & c.
Lavons , mon cher Brutus , l'opprobre de la Terre ;
Vengeons ce Capitole au défaut du Tonnerre.
Ces paroles font fuivies d'un ferment que
Brutus prononce , au nom de tous les Conjurés
aux pieds des Statues de Pompée & de
Caton :
Nous le jurons par vous , Héros , dont les-images
A ce preffant devoir excitent nos courages.
Nous promettons , Pompée , à tes facrés genoux ,
De faire tout pour Rome & jamais rien pour nous;
D'être unis pour l'Etat, qui dans nous ſe raſſemble;
De
OCTOBRE. 1743.- 2273
De vivre , de combattre, & de mourir enfemble.
Célar arrive à la fin du ferment ; tous
les Conjurés fe retirent à fon approche ; il
-ne retient que Brutus , à qui il dit :
Brutus , fi ma colere en vouloit à tes jours ,
Je n'aurois qu'à parler ; j'aurois fini leur cours ;
Tu l'as trop mérité , &c.
Il lui demande ce qu'il lui reproche.Brutus
lui répond :
Le Monde ravagé ;
Le fang des Nations ; ton Pays faccagé ;
Ton pouvoir , tes vertus , qui font tes injuftices ;
Qui de tes attentats font en toi les complices ;
Ta funefte bonté , qui fait aimer tes fers ,
Et qui n'eft qu'un appas pour tromper l'Univers.
Céfar lui dit que ces reproches étoient
plus juftement dûs à Pompée , qui ne vouloit
point fouffrir d'égal , & qui tôt ou tard,
s'il avoit été plus heureux , auroit rendu
Rome efclave ; il lui demande ce qu'il auroir
fait alors ; Brutus lui répond qu'il auroit
immolé le Tyran de fa Patrie . Céfar ne
pouvant amollir ce coeur infléxible , eft enfin
réduit à le prendre par les fentimens de
la Nature. Il lui met entre les mains la Lettre
de Servilie ; Brutus n'apprend qu'en fré
miffant,
2274 MERCURE DE FRANCE .
miffant , qu'il eft fils de l'oppreffeur de la
Liberté Romaine ; cette Scéne nous meneroit
trop loin , fi nous citions tous les beaux
Vers, dont elle eft remplie ; c'eft , fans contredit
, ce que M. de Voltaire a fait de plus.
pathétique de la part de Céfar , & de plus
héroïque de la part de Brutus : Céfar eft fi
outré de fon infléxibilité , qu'il ne peut plus
retenir fa colére ; & lui parle ainfi ;
Ah ! barbare ennemi , Tigre que je careſſe ;
Ah ! coeur, dénaturé , qu'endurcit ma tendreffe ;
Va ; tu n'es plus mon fils ; va , cruel Citoyen ;
Mon coeur défefperé prend l'exemple du tien , &c.
Vous tremblerez , ingrats , au bruit de mes ven
geances.
Va , cruel ; va trouver tes indignes amis ;
21
Ils m'ont ofé déplaire ; ils feront tous punis .
On fçait ce que je puis ; on verra ce que j'oſe ;
Je deviendrai barbare , & toi feul en es cauſe.
Céfar fe retire ; Brutus le fuit , & finit
ce bel Acte par ces deux Vers :
Ah ! ne le quittons point dans fes cruels deffeins ,
Et fauvons , s'il fe peut , Céfar & les Romains.
Les Conjurés commencent ce dernier Acte
; ils font entendre que tout eft prêt pour
porter le coup mortel au Tyran & à la Tyrannie
; ils font furpris de ne point voir
Brutus
OCTOBRE . 1743 . 2275
Brutus avec eux ; c'eft ainfi que Decimus
marque fon étonnement :
Mais d'où vient que Brutus ne paroît point encore ?
Lui , ce fier ennemi du Tyran qu'il abhorre ?
Lui , qui prit nos fermens , qui nous raffembla tous ;
Lui,qui doit fur Céfar porter les premiers coups ,&c.
Brutus paroît enfin ; fa confternation
peinte fur fon vifage , fait craindre aux
Conjurés que tout ne foit découvert ; il les
raffure, mais il leur fait connoître en mêmetems
qu'il vient d'apprendre qu'il eft fils de
Céfar ; il les prie de lui dire ce qu'il doit
faire ; voici comment il leur parle.
Vous, amis, qui voyez le deſtin qui m'accable ;
Vous,faits par mes fermens les maîtres de mon fort,
Eft il quelqu'un de vous d'un efprit affés fort ,
Affés ftoïque , affés au- deffus du vulgaire ,
Pour ofer décider ce que Brutus doit faire ?
Je m'en remets à vous , &c.
Caffius lui repond , au nom de tous les
Conjurés , qu'il doit remplir fon ferment.
Brutus les raffure tous par fa fermeté , cependant
il femble qu'il ne veut tremper
dans
l'affaffinat que par fon confentement tacite,.
& non par fon bras. Voici les propres paroles.
Levez
1276 MERCURE DE FRANCE.
1
Levez le bras , frappez, je détourne les yeux
Je ne trahirai point mon Pays pour mon Pere.
Caffius femble n'en pas demander davan
tage , & le fait connoître par ces Vers :
Du falut de l'Etat ta parole eft le gage ;
Nous comptons tous fur toi , comme fi dans ces
Lieux
Nous entendions Caton , Rome même , & nos Dieux,
Brutus leur dit qu'il a fait demander un
dernier entretien à Céfar , pour tâcher de le
détourner d'un projet fi fatal.
Dans un court Monologue , il prie les
Dieux en faveur de celui dont il vient de
prononcer l'Arrêt. Voici ce qu'il leur de
mande :
Voici donc le moment où Céfar va in'entendre ;
Voici ce Capitole où la mort va l'attendre .
Epargnez-moi , grands Dieux , l'horreur de le hair;
Dieux , arrêtez les bras levés pour le punir ;
Rendez , s'il ſe peut , Rome à fon grand coeur plus
chere ,
Et faites qu'il foit jufte , afin qu'il foit mon pére.
Dans la Scéne fuivante , Brutus fe jette
aux pieds de Céfar , & lui dit les chofes les
plus touchantes , pour lui faire éteindre fes
défirs ambitieux ; Céfar n'oublie rien de fon
côté ,
OCTOBRE . 1743. 2277
côté , pour le porter à fe ranger du parti de
fon ambition. Brutus , toujours plus ferme ,
lui dit un éternel adieu , & fe retire ; Céfar
ne pouvant émouvoir la tendreffe d'un fils
fi farouche , ne peut lui refuſer ſon eftime ;
il le fait connoître par ces Vers :
O Rome ! ô rigueur héroïque !
Que ne puis-je à ce point aimer ma République !
Dolabella , ami de Céfar , vient l'avertir
que tout eft prêt pour fon Couronnement ,
mais il lui confeille de le differer , attendu
que le Ciel lui annonce quelque chofe de
finiftre par des Signes effrayans. Céfar lui
répond :
Tant de précautions contre mon jour fatal ,
Me rendroient méprifable,& me défendroient mal.
Il quitte Dolabella , â qui il défend même
de le fuivre.LesRomains qui font venus avec
Dolabella , demeurent avec lui , les Conjurés
derriere le Théatre , font entendre par
ce Vers qu'on affaffine Céfar :
Meurs , expire , Tyran ; courage , Caffius.
Caffius vient annoncer fa mort , qu'il fait
approuver aux lâches Romains , qui vouloient
le fuivre au Sénat pour le défendre ;
Antoine leur fait bien-tôt changer de fentiment
,
2278 MERCURE DE FRANCE.
ment, en leur apprenant que Céfar leur laiffoit
tous fes biens ; ils courent le venger ;
Antoine profite de cet inftant favorable , &
finit la Piéce par ces Vers qu'il addreſſe à
Dolabella.
Ne laiffons pas leur fureur inutile ;
Précipitons ce Peuple inconftant & facile ;
Entraînons -le à la guerre , & fans rien ménager ;
Succedons à Céfar , en courant le venger.
Le 28. Septembre , les mêmes Comédiens
remirent au Théatre la Tragédie de Rhadamifte
Zénobie , de M. de Crebillon , de
l'Académie Françoife , dans laquelle la Dlle
Clairon , nouvelle Actrice , joia le rôle de
Zénobie avec beaucoup d'intelligence &
fort au gré du Public.
Le 29. elle joiia dans la Comédie de Démocrite
, le rôle de Cléantis avec applaudiffement.
Le premier Octobre , ils donnerent la
prémiére repréſentation d'une Piéce nouvelle
, en Vers & en trois Actes , intitulée ,
le Qui- pro- quo
dont on n'a pas donné d'autre
repréſentation .
: Les . la nouvelle Actrice joüa encore
dans la Comédie du Philofophe
Marié , le rôle de Celiane.
Le 14. on remit au Théatre la Tragédie
d'Ariane
OCTOBRE. 1743. 2279-
d'Ariane de T. Corneille , dans laquelle la
Dlle Clairon joüa le premier rôle , & juftifia
par un fuccès très- éclattant la grande
opinion que le Public a conçu de fes heureux
talens.
VERS au fujet du début de Mlle Clairon
à la Comédie Françoife , Sur LAir : Vla
c'que c'est qu'd'aller aux bois.
D Ebuter en perfection ;
Vla c'que c'eft qu'd'être Clairon ;
Avoir la plus noble action ,
Quand Phédre elle joüe ;
Le Public la louë
Jufques à l'admiration ;
Vla c'que c'eft qu'd'être Clairon.
炒菜
Jufques à l'admiration ;
Vla c'que c'eft qu'd'être Clairon ;
Sa voix , fa déclamation ,
Soit dans le Tragique ,
Soit dans le Comique ,
Font d'elle un femelle Baron ;
Vla c'que c'eft qu'd'être Clairon.
**
Font d'elle un fémelle Baron ;
Vla c'què c'eſt qu'd'être Clairon ; De
2280 MERCURE DE FRANCE
De Melpomene elle a le ton
De Thalie enſemble
Elle leur reffemble
Comme à la Rofe le bouton ;
Yla c'que c'eſt qu'd'être Clairon.
肉
Comme à la Rofe le bouton ;
Vla c'que, c'eft qu'd'être Clairon ;
Dumefnil lui fit fa leçon ;
Jamais débutante
Ne fut fi brillante
Ni ne s'acquit tant de renom
Vla c'que c'eft qu'd'être Clairon .
Le 4. Août dernier , mourut à S. Germainen-
Laye Philippe Poiſſon , ci- devant Comédien
du Roi , âgé de 60 ans accomplis. Il
avoit beaucoup de talens pour le Theatre , &
il l'a enrichi de quantité de Comédies imprimées
en 2. vol . in- 12 . chez Prault, le fils ,"
Quai de Conti , vis-à-vis la deſcente du Pont
neuf, à la Charité, fçavoir , le Procureur Arbitre;
Alcibiade; l'Impromptu de Campagne ; le
Reveil d'Epimenide , le Mariage par Lettres de
Change ; les Rufes d'Amour ; l'Amour Muficien;
l'Amour Secret ; la Boette de Pandore , &
plufieurs autres Piéces galantes & comiques ,
qui terminent le fecond volume.
>
Le
OCTOBRE . 1743. 2281.
Le S. Poiffon qui vient de mourir , étoit
fils de l'inimitable Paul Poiffon , ancien
Comédien du Théatre François , & frere
aîné du Sieur N. Poiffon , excellent Acteur
comique du même Théatre, qui remplit aujourd'hui
parfaitement , au gré du Public ,
tous les rôles de feu fon Pere .
Le 26. on repréſenta la Tragédie d'Electre
de M. de Crebillon , de l'Académie
Françoife ; la Dlle Clairon repréſenta le
principal rôle avec un applaudiffement général.
Cette Actrice vient d'être reçûë dans
la Troupe du Roi,
AUTRES Vers à Mlle Clairon , fur fon
début à la Comédie Françoife,
Q Uelle grace ! quel feu ! quelle vive peinture !
Clairon , tu réunis dans ton jeu ſéducteur
Ce que l'Art , joint à la Nature ,
Peut former de plus enchanteur ;
Cent fois te voyant fur la Scéne
Ravir les fuffrages divers ,
J'ai crú que c'étoit Melpomene ,
Qui récitoit les propres Vers.
Le 4. Octobre , l'Académie Royale de Mufique
donna la derniére repréſentation du
Ballet des Caractéres de la Folie. Elle reprit
le 6. l'Opera d'Héfione , qu'on avoit remis
H au
2282 MERCURE DE FRANCE.
au Théatre le premier Mars de cette année.
Dans cette derniére - repriſe , la Dlle Romainville
a chanté le premier rôle avec applaudiffement.
Le 22. la même Académie remit au Théatre
la Tragédie de Callirhoé. Le Poëme eft
de M. Roy , mis en Mufique par M. Deftouches
, Sur-Intendant de la Mufique du
Roi. Cet Opera , qui n'avoit pas été remis
au Théatre depuis le mois de Janvier 1732 ,
a été reçû favorablement , & il eft parfaitement
bien exécuté. On peut voir l'extrait
qui en a été donné dans le Mercure de Janvier
de la même année , page 137 .
La Foire S. Laurent a été prolongée cette
année , jufques & compris le 9. du mois
d'Octobre.
Le même jour , l'Opera Comique fit la
clôture de fon Théatre par l'Aftrologue de
Village, Parodie du Ballet des Caractères de
la Folie , nouvelle Entrée ajoûtée à l'Ambigu
de la Folie. Ces Comédies furent précédées
des petites Piéces des Jeunes Mariés , & de la
Chercheufe d'Efprit,ornées de divertiſſemens
convenables à ces différentes Piéces, lefquels
ont été exécutés d'une maniére très-brillanre
; les Dlles Lany & Puvigné s'y font fort
diftinguées. Ce Spectacle a été terminé par
le compliment qu'on fait ordinairement ,
toutes
OCTOBRE. 1743. 2283
>
toutes les années à la clôture du Théatre.
Il a paru que le Public a marqué par fes
applaudiffemens & par un grand concours
de Spectateurs , combien il étoit fatiffait
des foins que le nouvel Entrepreneur
pour rendre ce Spectacle égale- s'eft donné
ment agréable & décent.
Les Vers qu'on va lire ont été faits à
l'occafion d'un Pas de Deux , danfé à l'Opera
Comique , dans un Divertiffement intitulé
, le Ballet des Fleurs , executé par la
Dlle Puvigné & par le fieur Noverre , repréfentant
Zéphire & Flore. Ces Vers peuvent
être chantés fur un Air du Divertiffement
du quatriéme Acte de l'Opera de
JEPHTE' , Nous vivons dans l'innocence.
Enfant , pour qui la Nature
Epuifa tous les tréſors ,
Sous une aimable impofture *
Tu prens tes premiers effors.
Que ton talent eſt ſublime !
L'oeil qu'il frappe en eft furpris ;
Mais quand Zéphire te ranime ,
Le coeur . en fent tout le prix.
* La Rofe.
H ij
NOU2284
MERCURE
DE FRANCE
.
2525 25 25 25252525 25 25252525 83 83-232323 2323 23 23és
NOUVELLES
ETRANGERES
,
O
TURQUI E.
Na appris de Conftantinople , que le Capitan
Pacha avoit été dépofé , & que le Grand Seigneur
l avoit envoyé en éxil dans l'Ile de Candie ;
que le Grand Vifir fe difpofoit à aller fe mettre à la
tête des troupes Ottomanes , qui font aſſemblées en
Thamas -Koulikan Afie , & que le bruit couroit
avoit invefti la Ville d'Erzerum .
que
On a appris depuis , que le Grand Vifir n'étoit
pas encore parti , pour aller prendre le commandement
des troupes Ottomanes , qui font affemblées
fur les Frontiéres de Perfe , parce qu'il attendoit la
réponfe de Thamas - Koulikan , aux derniéres propofitions
d'accommodement
, faites à ce Prince par
le Grand- Seigneur .
On affûre que fi Thamas- Koulikan n'accepte pas
ces propofitions , le Grand - Seigneur eft déterminé à
employer tous les efforts , pour faire monter fur le
Trône de Perle un jeune Prince , qui eft de la Famille
des Sophis , & qui après s'être long - tems caché
, a trouvé le moyen de fe fauver en Turquie. Sa
Hauteffe fournira une armée à ce Prince , faire
une invafion en Perſe , où l'on eſpére qu'il pourra
fe former un puiffant parti.
pour
On mande du Diarbeckir , que Thamas - Koulixan
s'étoit emparé de Chirchiut , petite Ville fituée
fur la Frontiére de la Méfopotamie ; qu'il avoit formé
le fiége de Monful , une des Places de cette Province
, & qu'on croyoit que s'il réuffiffoit à s'en rendre
Maître , il marcheroit enfuite vers Bagdad.
RUSSIL
OCTOBRE . 1743. 2285
RUSSIE.
ON apprend de Pétersbourg , que les Caracalpaques
, Nation qui peut fournir 30000. hemmes
en état de porter les armes , & qui avoit toujours
refufé de le foumettre à la Ruffie , avoient envoyé
des Députés à la Czarine , pour la prier de les
recevoir fous fa domination , & que
dernier , ces Députés , ayant eû une audience publique
de S. M. Cz . lui avoient prêté ferment de fidélité.
le 24. Août
On a appris du onze du mois dernier , que les
Commiffaires nommés par la Cz . pour inftruire le
procès de la Comteffe de Befuchef , de M. Etienne
Lapouchin,de fon épouse & de fon fils, de l'épouſe du
Chambellan Lilienfeld , du Knéés Putyatin , de MM.
Jean Mofchcow & Aléx . Qybin & de leurs complices,
ayant fait leur rapport à S.M. Cz. le Sénat, le Synode
, les Miniftres & les principales perfonnes des
Ordres Civil & Militaire , fe font affeniblés extraordinairement
, & qu'ils ont condamné la Comteffe
de Beftuchef, M. Etienne Lapouchin , fa femme &
fon fils , à avoir la langue coupée , à être enfuite
rompus , & leurs corps expofés fur la roue ; le Knéés
Jean Putyatin & M. Jean Mofchcow , à être écartelés
; l'époufe du Chambellan Lilienfeld & M. Alé
xandre Qybin , à avoir la tête tranchée , & le corps
du dernier , à être expofé fur la roue.
Le 9. on publia par ordre de la Czarine un Manifefte
, dans lequel font exposés les crimes dont ces
prifonniers ont été convaincus , & ce Manifefte porte
, que M. Etienne Lapouchin , ci - devant Lieutenant
Feldt Maréchal , fon époufe & fon fils , fans
faire réflexion fur les graces que la Czarine leur a
accordées , ni fur les dangers qu'ils avoient déja
courus dans le tems de la condamnation des Com-
Hij tes
2236 MERCURE DE FRANCE.
tes d'Ofterman , de Munich , de Golownin & de
Lowenwolde , aux complots defquels ils ont été
foupçonnés d'avoir eû part , ont ofé , fous prétexte
de mécontentement , & par inclination pour la Princeffe
de Beveren , confpirer contre S. M. Cz conjointement
avec la Comteffe de Beftuchef, qui s'eft
portée pareillement à cet attentat pat attachement
pour la niême Princeffe , & par reffentiment de l'éxil
du Comte de Golownin , fon frere ; qu'ils ont
agi en cela de concert avec le Marquis Botta , cidevant
Miniftre de la Reine de Hongrie à la Cour
de Ruffie , lequel eft forti du devoir d'un Miniftre
Etranger , pour fe mêler , en qualité d'Adherent de
la Princeffe de Beveren & d'ami du Comte de Golowkin
, des affaires interieures de la Ruffie , qui ne
le regardoient nullement , & pour exciter des troubles
, non feulement au - dehors , mais au dedans de
l'Etat , qu'ils fe font fouvent affemblés chés la Comteffe
de Befuchef & chés M. Etienne Lapouchain ,
où ils ont déliberé avec le Marquis Botta fur les
moyens de priver la Czarine du Trône , pour y rétablir
le Prince Jean , & pour remettre les rênes du
Gouvernement entre les mains de la Princeffe de
Beveren , quoique ce Prince & cette Princeffe n'y -
ayent & ne puiffent y avoir aucun droit ; que le
Marquis otta les ayant affûrés en differentes occafions,
qu'il les feconderoit de tout fon pouvoir, &
qu'il ne fe donneroit point de repos , jufqu'à ce que
la Princeffe de Beveren eut recouvré fon ancienne
autorité , ils n'ont point douté du fuccès de leurs
deffeins & qu'ils ont attendu avec impatience le
moment de les faire éclater, cherchant & employant
toutes fortes de moyens , pour affocier d'autres
perfonnes à leur complt ; qu'ils ont tenu plufieurs
propos criminels & indécens , pour aigrir le peuple
contre la Czarine; que M. Etienne Lapouchain,
en particulier , a eû la témérité de parler de cette
PrinOCTOBRE.
1743. 2287
"
&c
Princeffe avec un extrême mépris ; qu'il n'a point
voulu la reconnoître pour l'héritière du Trône ,
& que fon fils , encouragé par les confeils du Marquis
Botta , a fait en forte d'engager plufieurs autres
perfonnes à fuivre cet exemple ; qu'au mépris
du Gouvernement & de l'autorité Souveraine , ils
ont mis tout en ufage pour décrier le Ministére ,
le Senat , les principaux Seigneurs de la Cour ,
tous ceux dont la Czarine a récompenſé les mérites ;
qu'efperant de réuffir plus facilement dans le deffein
de rendre la Régence à la Princeffe de Beveren , fi
on pouvoit remettre en liberté les Comtes d'Ofterman
, de Munich , de Golowxin & de Lowenwolde
, ils ont confulté pour cet effet le Marquis Botta
, qui avoit promis de fournir de fes propres fonds
une fomme confidérable , pour contribuer à tirer de
Sibérie ces prifonniers ; que l'époufe de M. Lapouchin
& la Comteffe de Beftuchef, qui étoient liées
d'une étroite amitié , ont auffi fouvent tenu des con-
-feils , tant entre elles , qu'avec le Marquis Botta ,
fur ce fujet; qu'elles ont attiré dans leur complot, &
affocié à leurs délibérations l'épouſe du Chambellan
Lilienfeld & le Knéés Putyatin , ci-devant Commandant
de la Garde de la Czarine , lequel s'étoit
déja rendu fort fufpect d'être attaché aux intérêts
de la Princeffe de Beveren , & qui même avoit été
appliqué à la queſtion , lorsque cette Princeffe fut
arrêtée ; que la Dame Lapouchin , quoiqu'elle fut
du nombre des Dames d'honneur de la Czarine ,
s'eft abfentée de la Cour, fans permiffion , montrant
en cela fon peu de refpect pour cette Princeſſe , &
qu'elle n'a eû aucune attention aux remontrances
qui lui ont été faites à cette occafion par plufieurs
de fes parentes ; que M. Alexandre Qybin , ci - devant
Premier Commiffaire des Guerres fur la Flote ,
n'a point approuvé la confpiration , mais qu'il a
Hiiij oublié
2288 MERCURE DE FRANCE.
oublié le devoir d'un Sujet fidéle , en ne revelant
point les difcours & les deffeins pernicieux de la
Dame Lapouchin, que le Chambellan Lilienfeld , M.
Colifchow , Adjudant , & M. Akinfow , le font auffi
rendus coupables par le filence qu'ils ont gardé fur
les démarches que le fils de M. Lapouchin a faites
pour féduire plufieurs Sujets de la Czarine , & que
M. Jean Mofchow , Lieutenant dans les Gardes , a
avoué qu'il étoit entré dans les differentes intrigues
de Mrs Lapouchin.
LaCz ajoûte à la fin dece Manifefte, que quoique les
prifonniers ayent mérité lesfupplices aufquels ils ont
été condamnés , elle veut bien leur accorder la vie ,
& changer la peine de mort en d'autres châtimens ,
& qu'elle a ordonné que la Comteffe de Beltuchef ,
M. Lapouchin , fa femme & fon fils euffent la langue
coupée , & fubiffent la peine du Knout ; que le
Knéés Putyatin & M. Jean Mofchow , éprouvaffent
auffi le fecond de ces fupplices ; que la Dame
de Lilienfeld & M. Alexandre Qybin, fuffent foüettés
; qu'ils fuffent enfuite envoyés tous en exil , &
que tous leurs biens, meubles & immeubles , fuffent
confifqués . Les autres complices feront punis felon
la griéveté de leurs fautes ; le Chambellan Lilienfeld
fera privé de fes Charges , & exilé dans fes
Terres ; fon frere fera , ainfi que Mrs Colifchow &
Akinfow , exclus des Gardes , & employés dans un
> autre Corps en un grade inférieur à celui qu'ils occupoient,
& M. Nicolas Rieusky fera obligé de fervir
en qualité de Matelot,
On a appris de Péterfbourg du 19. du mois dernier,
que leDuc de Holftein a figné l'Acte par lequel
il renonce à toutes les prétentions fur la Suéde & fur
les Biens Allodiaux de la Maiſon de Vafa , conformément
à ce qui a été ftipulé dans un des articles
du Traité de paix , conclu entre la Ruffie & la Suéde
;
OCTOBRE. 1743 . 2289
de ; & que cet Acte a été envoyé à Abo avec la Rarification
du Traité , fignée par la Czarine .
Le 9. le Duc de Holſtein , à qui la feuë Reine de
Suéde a laiffé par fon Teftament fes prierreries &
fes bijoux , dépêcha un Courier à l'Evêque de Lubeck
, pour lui annoncer qu'il lui en faifoit préfent ,
& il lui a écrit à cette occafion , qu'il croyoit que
la Nation Suédoife verroit avec plaifir refter chés
elle tout ce qui avoit fervi à l'ornement d'une Princeffe
fi digne de tous fes regrets .
SUEDE.
N mande de Stockolm , que le Comte Char-
Oles Emile de Leuvenhaupt, fils du feu Général
de ce nom ,ayant préfenté une Mémoire aux Etats de
Suéde , pour leur expofer la fâcheuſe ſituation dans
laquelle fa Famille fe trouve par la confiſcation de
fes biens , la Diette a ordonné que le patrimoine du
feu Comte de Leuvenhaupt feroit rendu à fes enfans.
On a appris d'Abo , que l'échange des Ratifications
du Traité entre la Suéde & la Ruffie y avoir
été fait le 7.du mois dernier , & que le même jour on
y avoit fait la publication de la paix , au bruit d'une
triple falve de moufqueterie du Régiment d'Azow,
des troupes de la Czarine , lequel étoit fous les armes
, & de l'Artillerie des Vaiffeaux qui étoient
dans le Port.
O
N
ALLEMAGNE,
a appris d'Ingolstadt du z . du mois dernier,
que le Comte de Grandville , Commandant des
troupes Françoifes qui étoient dans cette Place , &-
le Baron de Berenc law , Général des troupes de la
Ну Reine
2290 MERCURE DE FRANCE.
Reine de Hongrie , qui en formoient le Siége , ont
figné une Capitulation , dont voici les principales
conditions.
La Ville & le Château feront confervés à l'Empereur
dans leur état préſent , ſans que les Hongrois
en puiffent rien enlever , à l'exception des munttions
de guerre & de l'artillerie , que la Reine de
Hongrie pourra employer pour fon utilité.
Le Château , étant une des réfidences de S. M. I.
fera refpecté , ainfi que tout ce qui en dépend. Les
Habitans de cette Ville feront maintenus dans tous
leurs priviléges . La Garniſon , en fortant de la Ville,
pourra emmener huit chariots couverts ,à condition
de ne s'en point fervir pour emporter des munitions
de guerre , ou pour favorifer l'évafion des
deferteurs des troupes Hongroifes , qui font nés fujets
de la Reine de Hongrie. Les affiégean , fourniront
aux affiégés les voitures néceffaires pour leurs ,
malades , & fi on étoit obligé de laiffer à Ingolftadt
,ou dans quelque autre endroit de la Bavière,des
malades hors d'état d'être transportés , les Hongrois
leur feront donner tous les fecours dont ils auront
befoin , & leur accorderont des paffeports , pourretourner
en France.
Tous les prifonniers François qui fe trouvent à
Wackerftein , à Phoring, à Donawert, à Steteinhof,
& dans d'autres endroits de la Bavière , dans leſquels
le Baron de Berencx law commande , feront rendus
fans rançon . Les équipages , meubles & effets des
Officiers , & tout ce qui appartient en commun aux
Régimens , comme habillemens & équipemens , feront
vendus fur les Lieux , ou transportés en France,
au choix des propriétaires.
Les François , qui font actuellement à Ratifbonne
, à Aufbourg , & à Nuremberg , pourront librement
repaffer en France , fans être inquiétés , à
l'effet
OCTOBRE. 1743. 2291
l'effet de quoi on leur fournira les paffeports né-
Ceffaires. Les troupes Impériales auront le même
Traitement que celles de S. M. T. C.
Aucun Officier ou Soldat des Troupes employées
fous les ordres du Baron de Berenc law au siége de
cette Ville , ne pourra fortir de la Baviére , pour
s'avancer vers le Rhin ou vers le Tirol , avant le
premier du mois prochain. Le Comte de Grandville
remettra ce jour - là aux affiégeans la Porte de
Wexix , & pendant les deux fuivans , les troupes
Françoifes qu'il commande , évacueront cette Flace
, à moins que d'ici à ce tems , elles ne reçûffent
un fecours de ooo. hommes , foit Impériaux , foit
François , la préfente Capitulation ne devant point
avoir lieu dans ce cas .
Le Comte de Grandville s'eft refervé deux piéces
de canon , & a exigé le libre , paffage d'un Officier
qu'il a envoyé dans lesCercles ,pour régler les logemens
& la fubfiftance des troupes Françoiles. Dès
que la Capitulation a été fignée , on a remis de part
& d'autre deux Otages , pour fûreté de l'exécution
de tous les engagemens qui ont été pris réciproquement
par cette Capitulation.
On mande de Worms du 16. du mois dernier , que
les quatre premiéres Divifions du Corps de troupes ,
que laRépublique de Hollande fournit à la Reine de
Hongrie , ont joint l'armée de cette Princeffe commandée
par le Roi de la Grande- Bretagne , & que
l'on attendoit le 18. la cinquième Divifion , qui confifte
en un Régiment d'Infanterie & un de Dragons ,
& qui conduit feize piéces de campagne , quatre
mortiers & le refte des Pontons. Cette derniére
Divifion arriva le 18. dans les environs de Francfort.
Un courier arrivé du camp du Comte de Collowrath,
a rapporté que les vivres de toute espéce man-
H vj quant
2292 MERCURE DE FRANCE .
quant depuis plufieurs jours dans Egra , le Marquis
d'Herouville , qui y commandoit , s'étoit déterminé
, après avoir fait tout ce qu'on pouvoit attendre
de lui pour la défenſe de la Place , à la remettre aux
troupes Hongroifes , qui en formoient le blocus ;
qu'en conféquence de la Capitulation qu'il avoit
acceptée le 6. du mois dernier , la Garnison d'Egra
avoit été faite prifonniére de guerre , mais qu'on
étoit convenu qu'elle ne feroit point conduite en
Hongrie. Il a été auffi reglé , que les Officiers fortiroient
avec leurs armes , & qu'ils conferveroient
leurs équipages.
On mande de Hambourg du 21. du mois dernier,
que les Barons de Lowen & de Wrangel , y étant
arrivés pour complimenter l'Evêque de Lubeck , &
pour lui remettre le Diplôme de fon Election , &
que s'étant acquittés de cette commiffion , ce Prince
partit le 16. pour fe rendre à Stralfund .
On a appris de Munich , que les Etats de Bavière
avoient été forcés de prêter ferment de fidelité à la
Reine de Hongrie , & que cette cérémonie s'étoit
faite le 16. du mois dernier.
Les avis reçûs de Wormes du 25. du mois dernier ,
portent que l'armée de la Reine de Hongrie , commandée
par le Roi de la Grande Bretagne , eft décampée
des environs de cette Ville , pour aller fe
pofter fur la Bruyere de Lamsheimer , d'où elle s'étend
jufqu'à Frankendal .
La cinquième Divifion des troupes Hollandoifes ,
après s'être repofée le 15 & le 16. du mois dernier ,
près de Francfort , s'eft remife en marche le 17. &
elle a joint les quatre premiéres Divifions qui étoient
reftées dans leur camp de Turnhein , & elles
fe difpofoient à aller occuper le camp que l'armée
de la Reine de Hongrie , commandée par le
Roi de la Grande Bretagne , a quitté , & dont elles
n'étoient
OCTOBRE 1743 . 2293
n'étoient féparées que par le Rhin. Un pont , com
polé de $ 6 . Bâteaux,& qui eft long de plus de soo
pas , & affés large pour que dix hommes puiffent y
paffer de front , établit la communication entre les
deux camps.
I
Le Roi de la Grande Bretagne , avant que de décamper
, eft allé voir les troupes Hollandoifes , &
S. M. Br. a été reçûë à la tête du camp par le Prince
de Naffeau & par les autres Généraux de ces trou
pes.
On a appris de l'armée de la Reine de Hongrie ,
commandée par le Prince Charles de Lorraine , qu'il
étoit toujours dans la réfolution de tenter le paffage,
du Rhin ; mais que s'étant trouvé feul de cet avis
dans un Confeil de guerre , il avoit dépêché un cou→
rier à Vienne,pour demander à la Reine de Hongrie
des ordres politifs fur le parti qu'il prendroit.
On mande de Vienne du 18. du mois dernier ,
que la Reine de Hongrie a appris par un courier
qui lui a été dépêché de Worms , que le Baron de
Walner y avoit figné le 14. au nom de S. M. un
Traité avec le Roi de Sardaigne.
Selon les avis reçûs de l'armée commandée par
le Prince Charles de Lorraine , les tentatives que
ce Prince a faites jufqu'à préfent pour paffer le
Rhin , ont été inutiles .
On apprend de Munich , que la Reine de Hongrie
avoit confenti , que dans la formule du ferment
que les Etats de Baviére ont été obligés de lui prêter,
il fut inféré que les Bavarois ne feroient engagés par
ce ferment , qu'autant de tems qu'elle conferveroit
la poffeffion de cet Electorat.
On mande de Landaw du 8. du mois dernier ,
que le Roi de la Grande Bretagne avoit été quelques
jours avant , avec le Duc de Cumberland , vifiter le
pofte de Germersheim , qu'il a fait occuper depuis
par un détachement de les troupes.
2294 MERCURE DE FRANCE.
L'armée commandée par S. M. B. eft décampée
des environs de Spire , pour fe retirer du côté de
Worms.
Un Corps de Huffards commandé par le Colonel
Mentzel , s'étant approché de Landaw , pour tâ.
cher de mettre le feu a un magafin de fourage , il a
été repouffé , & le Colonel Mentzel a eu en cette
occafion la jambe caffée par fon cheval , qui s'eft
abbattu fur lui..
Le Comte de Saxe eft toujours dans les Lignes de
Lauterbourg , & les troupes qui font fous les ordres
, ont été renforcées de quelques Brigades .
Le 30. Septembre dernier , le Prince Charles de
Lorraine fit une nouvelle tentative vers l'Iſle Deſerte
, pour paffer le Rhin , mais elle eut auffieu de
fuccès que les précédentes , & il y a apparence que
ce Prince va s'éloigner des bords du Rhin , pour
aller camper dans un Pays , où il puiffe trouver les
fubfi ftances néceffaires à ſon armée .
On a appris d'Ingolftadt , que le premier du mois
dernier , le Comte de Grandville a remis une porte
de la Ville aux troupes Hongroifes , qui en ont formé
le Siége , & que la Garniſon en eft fortie le 3 .
conformément à la Capitulation fignée le 2. du mois
Précédent.
ITAL1 E.
ON mande de Rome du 23. du mois dernier ,
que le Pape tint le 12. un fecond Confiſtoire ,
dans lequel Sa Sainteté , après avoir fermé & ouvert
la bouche aux nouveaux Cardinaux , qui font en
cette Ville , leur donna le Chapeau qu'ils le rendirent
enfuite avec les autres Cardinaux à la Chapelle
Pauline , où ils affifterent au Te Deum; qui fur
chanté plufieurs Choeurs de Mufique ; que s'étant
enfuite raffemblés l'après midi , ils allerent ,fuivant
P'ufage ,
OCTOBRE. 1743 . 2295
l'ufage , à l'Eglife de S. Pierre du Vatican , pour y
faire leurs Prieres , & que le même jour , ils rendirent
vifite au Doyen du Sacré Collége.
ESPAGNE.
Napprend de Madrid du 17. du mois dernier ,
que l'Intendant deMarine du Ferol a mándé au
Roi , que Don Auguſtin de Samano avoit conduit
au Port de Rivadeo le Vaiffeau Anglois la Minerve,
de 120. tonneaux , dont il s'eft emparé vers le 48.
degré de Latitude Septentrionale ; que le Brigantin
le Henri Elizabeth, chargé de Vin , d'Oranges & de
Limons , avoit été pris à la hauteur du Cap de Finifterre
par l'Armateur Don Louis Olivier , & que
le y . du même mois , un autre Armateur étoit encré
dans le Port de Bayona avec la Galere la Marie, fur
laquelle il y avoit 1600. facs de bled , & 5o . Barils
d'Etain de Cornouaille.
L'Intendant de Marine de Malaga a fait fçavoir
à S. M. C. qu'un Vaiffeau armé en Courſe par le
Capitaine Jofeph Munoz , avoit enlevé fur la Côte
d'Afrique , dans les environs d'Alhucemas , une Galiotte
Barbarefque , dont l'équipage étoit compofé
de 29. hommes.
L'Intendant de Marine du Ferol a mandé à S. M.
que PAmateur Salvador de Barros avoit conduit à
Bayona dans le Royaume de Galice les deux Brigantins
Anglois l'Heureux & l'Emulation , connanmandés
par les Capitaines Gualay & Smidt , qui
ont été pris en allant d'Angleterre à Porto , & dont
la charge eft eftimée 8000 Piaftres .
Les pa nols ont pris le Vaiffeau la Marie , en
allant à Génes , & il a été conduit dans un des Poits
de la Galice.
PORTUGAL.
2296 MERCURE DE FRANCE .
PORTUGAL.
N mande de Lisbonne , qu'on a découvert en
Portugal , près de la Ville de Leiria , deux
Fontaines d'Eau Minérale , éloignées l'une de l'autre
, de la diftance feulement de quelques pieds ,
l'une chaude , l'autre froide , dont les Eaux ont
guéri plufieurs perfonnes , attaquées de fiévres lentes
, ou malades de diffenterie , & un grand nombre
d'hydropiques & d'hypocondriaques.
On affûre que ceux qui font affligés de la gravelle
ou même de la pierre , éprouvent beaucoup de foulagement
, en bûvant de ces Eaux , & qu'elles font
un Reméde certain contre le fcorbut.
SAVOY E.
'N mande de Chamberry du 9. du mois dernier
, que le 7. l'Infant Don Philippe fit partir
du Village de la Chenal , l'armée qu'il commande
, pour marcher au Château du Pont. L'avantgarde
de l'armée arriva vers les dix heures du matin
près de ce Château , & on commença fur le champ
à établir des batteries , pour attaquer le Village qui
eft au- deffus .
Les troupes du Roi de Sardaigne , qui étoient
dans ce Village , après avoir effuyé pendant quelque
tems le feu de l'artillerie des Eſpagnols , prirent
le parti d'abandonner le Village & le Château
du Pont , que les Espagnols ont occupés.
* L'armée eft raffemblée aux environs du Château
du Pont.
GINES
OCTOBRE . 1743. 2297
GENES ET ISLE DE CORSE.
ON apprend de Génes du 11. du mois dernier,
que les avis reçûs de Piedmont , portent que le
Roi de Sardaigne , pour renforcer fon armée , a retiré
de fes Places toutes les troupes reglées qui y
étoient en garnifon , & qu'il a remplacé ces troupes
par des Milices .
Ön mande de Lombardie , que le Comite de
Traun avoit fait avancer 1500. hommes dans le Bolonois
, & un autre Corps de troupes du côté de la
Torella , & que plufieurs difpofitions faites par le
Duc de Modéne , fembloient annoncer qu'il fe préparoit
à fe mettre en marche avec l'armée Eſpagnole
qui eft fous fes ordres.
On a appris de Génes du 18. du mois dernier ,
que les Rebelles de Corfe paroiffoient difpofés à ne
rien entreprendre , jufqu'à ce qu'ils fuffent informés
fi la République confentoit de leur accorder les demandes
qu'ils avoient faites à M Giuſtiniani .
Ce Commiffaire Général a remis depuis aux Députés
des Piéves la réponſe de la République au
Mémoire qu'ils avoient préfenté , & quoique le
Gouvernement ait accordé aux Rebelles prefque
tout ce qu'ils avoient témoigné defirer , ils n'ont
pas parû fatisfaits . Non-feulement ils fe plaignent
de ce que la République ne s'eſt pas expliquée affés
clairement fur plufieurs articles , mais ils font enco
re plufieurs nouvelles demandes , & l'on craint
que leurs Chefs ne cherchent des prétextes , pour
exciter de nouveaux troubles.
Suivant les lettres reçues de Lombardie, le Duc de
Modéne ayant fair avancer à Forlimpopoli un détachement
de 2000.hommes de l'armée Elpagnole , qui
eft fous les ordres ,le Corps de Huffards & deCroates
des troupes Hongroifes, qui s'étoit approché de Bolo
gne ,
2298 MERCURE DE FRANCE.
gne , a pris le parti de fe retirer dans fes quartiers
de Crevalcore & de Caftel San Giovanni.
Le Comte de Traun , qui a toujours fon quartier
général à Carpi , a fait marcher du côté de Buondeno
un autre Corps confidérable des mêmes troupes
, mais on doute que ce Corps y demeure à l'approche
de l'armée Efpagnole , qu'on dit être en
mouvement pour retourner vers le Modénois .
Un Bataillon du Régiment de Roth eft alié , par
ordre du Comte de Traun , renforcer la garniſon du
Château de Milan.
Le Roi de Sardaigne a retiré l'artillerie , les munitions
, les Barques propres à établir des Ponts , &
généralement tous les atirails de guerre, qu'il avoit
encore dans les Duchés de Parme & de Plaisance .
In Vaiffeau de guerre Anglois a conduit à Villefranche
le Vaiffeau François la Nouvelle Espérance,
fous prétexte qu'il y avoit rooooo. Piaftres à bord
de ce Bâtiment .
On a appris de Lombardie , que le Prince de Lobkowitz
étoit arrivé le 11 du mois dernier à Carpi ,
& qu'il avoit pris le commandement des troupes de
la Reine de Hongrie.
On a été enfin informé des nouvelles demandes
des Rebelles , & l'on a appris qu'ils refufoient abfolument
de fe foumettre , fi la République ne confentoit
que l'ancienne Nobleffe de l'Ile jouit des
mêmes prérogatives que les Nobles Génois ; que
toutes les places de Gouverneurs & de Commandans
des Villes , à l'exception d'une feule , fuffent
remplies par des naturels du Pays; qu'eux feuls
puffent y exercer la Magiftrature , & qu'on établit
deux Tribunaux , l'un à la Baſtie , & l'autre à Ajaccio
, lefquels jugeroient en dernier reffort toutes
les affaires civiles & criminelles ; que les Corfes
euffent la liberté d'établir toutes fortes de Manufactures
,
OCTOBRE. 1743.2
2299
>
factures , d'exploiter les Mines du Pays , & de commercer
avec quelque Nation que ce foit , fans être
obligés de payer aucune impofition pour les marchandifes
qu'ils apporteroient des Pays Etrangers
ou pour celles qu'ils y feroient paffer ; que les Puiffances
, qui feroient choifies par les Députés des Pié-
'ves , fe rendroient de l'exécution des
garantes
meffes de la République , & qu'aucune des conventions
qui feroient faites à l'avenir entre elles & les
Corfes , ne feroit regardée comme valide , à moins
qu'elle ne fût ratifiée par toutes les Piéves , & par
les principaux des habitans dont elles font compofées.
GRANDE BRETAGNE.
pro-
Na appris de Londres du 3. de ce mois , que
23
Sécrétaire d'Etat , reçût de Worins un courier , qui
P'informa que le Contrat de Mariage de la Princeffe
Louife & du Prince Royal de Dannemarck , y avoit
été figné le 14. par le Lord Carteret , au nom du
Roi , & par le Baron de Solenthal , au nom de
S. M. Danoife.
HOLLANDE ET PAYS BAS.
Na a prisde Bruxelles du 21. du mois dernier
, qu'on y a été informé que le Traité qui
fe négocioit depuis quelque tems entre la Reine de
Hongrie & le Roi de Sardaigne , avoit été figné le
13. à Worms par M. de Wafner & par le Chevalier
Offorio , mais qu'on ne fçavoit point encore quelles font les conditions de ce Traité.
la Reine
On mande qu'un détachement de la Garniſon de
Sedan a enlevé 34. hommes de celle que
de Hongrie avoit fait mettre dans l'Abbaye de faint
Hubert , pour y vivre à difcretion.
2300 MERCURE DE FRANCE .
6
troupes Le 26. du mois dernier , les Hollandoifes
pafferent le Rhin , & allerent occuper l'ancien
camp de l'armée de la Reine de Hongrie , comman
dée par le Roi de la Grande-Bretagne , prés de
Worms.
Le bruit court que par le Traité qui a été conclu
entre la Reine de Hongrie & le Roi de Sardaigne
S.M H. cédoit à ce Prince la partie du Vigevanaf
que , qui étoit reftée au feu Empereur , après la derniére
guerre d'Italie ; la partie du Pavelan , fituée en
deçà du Po , la Ville de Plaifance & le Plaiſantin ,
jufqu à la Riviére de Nura , & le Comté d'Anghiedans
le Milanez .
ra ,
On affure auffi , que le Marquifat de Final , appartenant
à la République de Génes , fait partie de
ce que la Reine de Hongrie céde au Roi de Sardaigne
par ce Traité.
On mande de la Haye du onze du mois dernier ,
qu'on eft informé préfentement avec certitude , que
dans le Traité figné à Worms le 14. du mois précédent
, le Roi d'Angleterre & la Reine de Hongrie
ont promis de faire paffer fous la domination du Roi
de Sardaigne le Marquifat de Final , que le feu Empereur
a vendu en 1712.à la République de Génes , &
dont S. M. I. a donné enfuite l'Inveftiture à cette
République dans la forme la plus autentique.
Les mêmes Puiffances fe font auffi engagées à faire
céder au Roi de Sardaigne par l'Empire la fupériorité
Territoriale de divers Fiefs , dont la République
de Génes , & plufieurs Princes font depuis long-
.tems invefties .
On a appris que les troupes Hollandoifes , qui
ont paffé le Rhin à Rheindurcheim le 26. Septembre
dernier , avoient marché le même jour à Robenheim
; que le 27. elles étoient entrées fur le Territoire
de Frankendahl , & qu'elles étoient allées camper
OCTOBRE , 1743. 2301
per à Oggersheim ; qu'elles s'étoient rendues le
28. à Mutterstadt , d'où elles s'étoient avancées le
lendemain dans le Spirebach, & qu'elles devoient ſe
réunir le 30. avec l'armée de la Reine de Hongrie ,
commandée par le Roi d'Angleterre.
M. Kalkoen , Ambaffadeur de la République de
Hollande à la Porte , a été nommé par les Etats Généraux
, pour réfider en la même qualité auprès de
S. M. T. C.
MORTS DES PAYS ETRANGERS.
E 10. Août , Louis Pic de la Mirandole , Cardi-
Pape Clément X I. mourut à Rome , âgé de 74. ans
& 8. mois ; il étoit fils d'Alexandre Duc de la Mirandole
& de Concordia , mort le 3. Février 1691 .
& d'Anne Béatrix d'Eft Modéne , morte en 1690.
Voyez la Généalogie de la Maifon de Pic de la Mirandole
, dans le Volume des Souverains d'Italie
fol. 371.
On mande de Murcie , que le nommé Pierre
Mestanza étoit mort le 28. Septembre dernier , dans
le Village de Veniel , âgé de 130. ans accomplis.
Ayant toujours joui d'une parfaite fanté , & ayant
confervé prefque toutes les forces dans la plus gran
de vieilleffe , il travailloit encore , pendant les dernieres
années de fa vie , à cultiver la terre. II
avoit coûtume de fe baigner tous les ans , vers le
commencement de l'Automne dans la Riviére de
Segura , & il s'étoit baigné cette année , deux jours
avant la mort.
FRANCE
2302 MERCURE DE FRANCE.
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
M
R. Creſcenzi , Archevêque de Naziance
, & qui étoit Nonce ordinaire
du Pape auprès du Roi , a appris à Lion qu'il
avoit été compris dans la Promotion que la
Sainteté a faite le 9. du mois dernier de 26.
Cardinaux , dont trois ont été refervés in
petto.
Les 23. que le Pape a déclarés , font Mrs
Portocarrero , Patriarche d'Antioche ; Paulucci
, Nonce à Vienne ; Girolami , Sécrétaire
de la Congrégation des Evêques ; Cavalchini
, Sécrétaire de la Congrégation du
Concile ; Barni , Nonce en Efpagne ; Oddi ,
Nonce en Portugal ; Lanti , Préfident d'Urbin
; Crefcenzi , Nonce en France ; Doria ,
Nonce à Francfort ; Landi , Archevêque de
Benevent ; Pozzo Bonelli , Archevêque de
Milan ; Ricci, Gouverneur de Rome ; Ruffo,
Auditeur de la Chambre ; Bollognetti , Tréforier
; Colonne , Majordôme ; Sciarre Codonne
, Maître de Chambre ; Calcagnini ,
Auditeur de Rote ; Monti , Sécrétaire de la
Congrégation de Propaganda Fide ; Bardi ,
Sécrétaire de la Congrégation de la Confulte
;
OCTOBRE . 2303 1743 .
te ; le Pere Lucini , Dominicain , Commiffaire
du S. Office ; le Pere Tamburini , Abbé
de S. Paul du Mont Caffin ; le Pere Befozzy
, Abbé de Ste Croix de Jérufalem , de
l'Ordre de Câteaux , & Orfini , Duc de Gravina.
leM, le Peletier , Premier Préſident du Parment
, ayant demandé au Roi la permiffion
de fe démettre de cette Charge , S. M.
a nommé , pour le remplacer , M. de Manpeou
, le plus ancien des Préſidens du Parment.
Le 7. de ce mois , le Commandeur Solar .
Ambaffadeur du Roi de Sardaigne auprès
du Roi, fe rendit à Fontainebleau,& il y prit
congé de S. M.
Le 1o. pendant la Meffe du Roi , l'Evêque
de Boulogne prêta ferment de fidélité
entre les mains de S. M.
Le 15. la Reine , accompagnée des Dames
de fa Cour , affifta à Fontainebleau au Salut
dans l'Eglife du Couvent des Carmes Déchauffés
des Baffes Loges.
Le Maréchal de Noailles , qui s'étoit porté
fur la Quiech , pour favorifer l'entier approvifionnement
de Landaw , & pour confommer
2304 MERCURE DE FRANCE.
fommer les fourages du Pays jufqu'au Spirebach
, ayant rempli cet objet , il retourna
le 22. du mois dernier fur la Lautern .
Le 24. il fépara les troupes , qu'il commande
, en deux Corps , dont l'un eſt reſté
fur la Lautern aux ordres du Comte de Saxe,
& l'autre a marché avec le Maréchal de
Noailles fur la Moter. Ce Général a envoyé
en même tems au Maréchal de Coigny un
détachement confidérable , lequel s'eft avancé
fur le Rhin , entre Strafbourg & Markelsheim
, pour s'oppofer au Corps de troupes
que le Prince Charles de Lorraine a fait
defcendre à Sulfbach . Il a fait marcher aufli
le Duc d'Harcourt fur la Sarre avec un Corps
de troupes , lequel a été détaché de celles
qui étoient campées à Thionville.
BE'NE'F ICES DONNE'S.
Le Roi a nommé à l'Archevêché de Bordeaux
, vacant par la mort de M. de Maniban
, M. Jean Chrétien de Macheco de Premeaux
, Evêque de Perigueux du 25. Mai
1732.
A l'Evêché de Perigueux , M. ... d'Audibert
de Luffan , Vicaire Général de l'Evêque
de S. Omer ; il eft frere de M. de Luffan ,
Colonel du Régiment de la Saare , Brigadier
d'armée , & premier Gentilhomme de
de M. le Comte de Charolois.
A
#
OCTOBRE. 1743.
2305
A l'Evêché de Dijon M.... Bouhier , Vicaire
Général de l'Évêque de Dijon .
A l'Evêché de Perpignan , vacant par la
mort de M.... de Barthelemy de Gramont
de Lanta , M..... de Cardevaque de Gouy
d'Avrincourt , Vicaire Général de l'Archevêque
de Cambray.
A l'Evêché de S. Paul Trois- Châteaux
M..... Lambert , Vicaire Général de l'Archevêque
d'Aix .
Le Roi a donné l'Abbaye de S. Lucien de
Beauvais , Ordre de S. Benoît , à M. François
Renaud de Villeneuve , Evêque de Vi-
1
viers.
Celle de Preaux , même Ordre , Diocèfe
de Lizieux , à M. l'Evêque de Macon , M.
Henry Conftance de Lort de Serignan Valras.
Celle de Calers , Ordre de Cîteaux , Diocèſe
de Rieux , à M. l'Evêque d'Angoulême
M. François du Verdier.
Celle de Paimpont , Ordre de S. Auguf
tin , Diocèfe de S. Malo , à M. l'Abbé de
Rais , du nom du Breil , ancienne Nobleffe
de Bretagne.
Celle de Bitaine , Ordre de Cîteaux ,
Diocèle de Belançon , à l'Abbé Tinſeau , Vicaire
Général de l'Archevêque de Befançon.
L'Abbaye régulière de Faremoutier , Or-
I dre
"
2306 MERCURE
DE FRANCE
.
dre de S. Benoît, Diocèfe de Meaux , vacante
par la mort de Madame de Beringhen , à la
Iame Molé, Abbeffe de Bemont.
Celle de S. Sauveur d'Evreux , même Ordre
, à la Dame de la Rochefoucauld.
Celle de Bugue , même Ordre , Diocèfe
de Perigueux , à la Dame de Beaupon S. Aulaire.
Celle de Bemont , Ordre de Cîteaux , Diocèfe
de Langres , à la Dame de Gaucourt.
Et celle de Notre- Dame de Bondeville ,même
Ordre , Diocèfe de Roüen , à la Dame
d'Oigny.
EXTRAIT d'une Lettre de Bourges ,
17. Juillet 1743. du
Imanche dernier , on chanta dans l'EDglife
Patriarchale de cette Ville un Te
Deum , en action de grace de la nomination
de M. l'Archevêque au Cardinalat : tous les
corps Eccléfiaftiques & Séculiers y afſiſterent
. Il y eut enfuite un Motet en Mufique
avec grande fymphonie , qui fut très -bien
exécuté.
Après cette cérémonie , le Corps de Ville ,
accompagné d'un grand nombre d'Habitans,
fous les armes, alla, au bruit du Canon , allu
mer le feu de joye qui avoit été préparé : il
y eut plufieurs décharges de moufqueterie, &
on entendit de toutes parts des acclamations
&
OCTOBRE . 1743 .
2307
& des applaudiffemers en faveur d'un Prélat
, qui ne fçait pas moins régner fur le
coeur que fur l'efprit de fes Diocèfains.
A neuf heures du ſoir , il y eut un feu d'artifice
, qui réuffit parfaitement , & des illuminations
dans toute laVille.La Tour de l'Eglife
Métropolitaine ,fur laquelle il n'y avoit
jamais eû d'illumination , faifoit un effet
merveilleux ; le Palais Archiepifcopal , l'Intendance,
l'Hôtel de Ville , & les maiſons de
quelques Particuliers attiroient la curiofité,
& en étoient dignes. Tous les quartiers de
la Ville ont continué à donner des marques
de leur joye.
Le Roi a pris dans la Forêt de Fontainebleau
, un Cerf d'une groffeur monstrueuſe
dont le bois avoit une empaumure groffe
comme la forme d'un chapeau. On n'a jamais
vu un fi gros cerf.
-On a fait voir au Roi un Enfant âgé d'environ
quatre ans & demi , qui eft ne dans la
Guinée de deux Noirs , & qui eft cependant
blanc. Il a le nez & les lévres pareilles à celles
d'un vrai More ; fes cheveux font com
me de laine blanche , frifés comme la toifon
d'un agneau
,
agneau , & il a le dedans des yeux
rouges.
I ij
Le
2308 MERCURE DE FRANCE.
Le premier Octobre , les Comédiens
François , repréſenterent à Fontainebleau la
Comédie de l'Homme à bonne fortune , après
laquelle la Dlle Orety , & le S. Lamfin, nouveaux
Danfeurs , danſerent une Entrée ; on
joua enfuite la petite Piéce du Sicilien , où
L'Amour Peintre , après laquelle les mêmes
danferent une autre Entrée.
Le 3. la Tragédie d'Inés de Caftro , de feu
M, de la Mothe , & la petite Comédie de
l'Eté des Coquettes , après laquelle , la même
Danfeufe , danfa encore une Entrée.
Le 8. la Mere Coquette , ou les Amans
Brouillés , qui fut fuivie de l'Impromptu de
Campagne.
Le 10. la Tragédie de Phedre & Hyppolite ,
dans laquelle la Dlle Clairon , nouvelle Actrice
, joua pour la premiére fois à la Cour
le principal rôle , dans lequel elle fut auffi
goûtée qu'elle avoit été à Paris fur le Théatre
François. On joua enfuite la petite Piéce
de la Nouveauté, dans laquelle la même Actrice
joua le rôle de la Nouveauté,
Le 15. la Comédie de Démocrite. La Dlle
Clairon y joua parfaitement bien le rôle
de Cleantis. Cette Piécé fut fuivie des Vendanges
de Surêne. Les Dlles Lany & Puvigné
, & le S. Noverre , danferent , entre les
deux Piéces , le Ballet des Fleurs, Parodie d'un
Divertiffement du Ballet des Indes Galantes,
OCTOBRE. 1743 . 72309
tes , avec beaucoup d'applaudiffement .
Le 17. Ino & Melicerte , & l'Epreuve reciproque.
Les mêmes Danfeurs exécutérent
une autre Entrée entre les deux Piéces.
Le 22. la Comédie du Muet, &la Pupille.
Le 24. Rhadamifte & Zénobie , & les Précieufes
Ridicules.
Le 29. la Surprife de l'Amour , fuivie du
Fat puni.
Le s . du même mois , les Comédiens Italiens
repréfentérent auffi à la Cour le Combat
Magique , Comédie Italienne en cinq Actes ,
terminée par un Divertiffement & un Feu
-d'artifice.
Le 12. la Comédie de l'Heureux Stratagême
, fuivie de la petite Piéce d'Agnès de
Chaillot , Parodie de la Tragédie d'Inès de
Caftro.
Le 26. Arlequin Enfant , Statuë & Perroquet
, Comédie Italienne , terminée par un
nouveau Feu d'artifice très-bien exécuté , lequel
fit beaucoup de plaifir à la Reine , à
Monfeigneur le Dauphin , & à toute la
Cour.
-
Le Roi a accordé au mois de Juin dernier,
à M. Jean Sebaſtien de Querhoent Kergournadech
, Marquis de Coëtanfao , Sire &
Comte de Penhoët , Brigadier des Armées de
I iij Sa
1310 MERCURE DE FRANCE.
Sa Majefté, & Gouverneur des Ville & Château
de Morlaix & Pays circonvoiſins , des
Lettres Patentes en forme de Charte , regiftrées
au Parlement le 2. Septembre dernier ,
& enregistrées à la Chambre des Comptes le
23. de ce mois , portant union des Terre &
Comté de Montoire en Vendomois , de la
Baronnie de Laverdin , & de la Terre & Seigneurie
de Savigny , pour ne faire & compofer
à l'avenir avec les Paroiffes . Juſtices ,
Fiefs , Domaines , Droits , Terres & Héritages
qui en dépendent , qu'une feule &
même Terre , Seigneurie & Justice , &
Création & Erection d'icelle en Titre & Dignité
de Marquifat , fous la dénomination
de Querhoent , & mutation du nom de la
Ville de Montoire en celui de Querhoent .
La Maison de Querhoent eft une desplus
anciennes & des plus illuftres de la Province
de Bretagne , & elle prend fon nom de
la Terre de Querhoent , fituée près la Ville
de S. Paul de Leon , en Baffe-Bretagne , laquelle
après avoit été portée dans la Maiſon
de Nevet , par le mariage contracté le 16.
Février de l'an 145 2. entre Ifabeau de Querhent
, fille unique de Jean de Querhoent ,
Chevalier Seigneur de Querhoent , & Henry
de Nevet , Chevalier , paffa enfuite dans
la Maifon de Kerjan , puis dans celle de Coëtanfcours,
qui la poffede encore aujourd'hui .
Pierre
OCTOBRE. 1743. 1
2311
Pierre de Querhoent , fecond du nom ,
frere puiné de Jean de Querhoent , pére de
la Dame de Nevet , fut Seigneur de Trohéon
, & trifayeul de Noble & Puiffant
Alain de Que hoent , Seigneur de Trohéon ,
puis de Kergournadech , par le mariage
qu'il contracta le 13. Fevrier 1530. avec
Jeanne de Kergournadech , fille aînée & héritiére
de Noble & Puiffant François , Seigneur
de Kergournadech , & de Françoife
de Kerfaufon , duquel mariage vint Olivier
de Querhoent, Seigneur de Kergournadech,
pére de François de Querhoent , Seigneur
de Kergournadech , dont la fille aînée &
principale héritière nommée Renée de Quer
hoent , Dame de Kergournadech , fut mariée
le 30. d'Avril de l'an 1616. avec Sebaftien
de Rofmadec , Baron de Molac , & dont
la Poftérité mafculine finit le 3. Novembre
1700, par la mort, fans enfans , de Sebaſtien
de Rofmadec , Marquis de Molac , Lieutenant
Général de Bretagne , Gouverneur des
Ville & Château de Nantes , & Brigadier
des armées du Roi,
Charles, de Querhoent - Kergournadech ,
frere puiné de François de Querhoent' ,
pére de la Dame de Molac , eut en partage
la Terre & Châtellenie de Coëtanfao , &
fut le bifayeul du Marquis de Coëtenfao,qui
donne lieu à cet article , & dont les plus
I iiij proches
2312 MERCURE DE FRANCE.
proches parens de fon nom, font Louis-Jofeph
de Querhoent , Comte de Querhoent,
Guidon des Gendarmes Bourguignons , &
Jean Vicomte de Querhoent , fon frére',
Capitaine de Cavalerie dans le Regiment
de Brionne Lorraine.
Le Marquis de Coëtanfao porte pour armes
, au premier & quatrième quartier échiqueté
d'or , & de gueulle , qui eft de Kergournadech
, & aux deux & trois d'azur , &
une fleur de Lis d'or , accoſtée à la pointe de
deux mackes , de même , qui eft Coëtanfao ,
& furtout Lofangé d'argent & de fable , qui
eft de Querhoent , avec la deviſe , Dien foit
loué.
Le Sieur -Bunon , Chirurgien Dentiste , Auteur
du Livre intitulé , Effaifur les maladies
des Dents , où il eft traité des moyens de leur
procurer dans la jeuneffe une bonne conformation
, d'en affurer la confervation pendant
tout le coursde la vie , demeure préfentement
ruë de l'Arbre-fec , à la porte cochere , visà-
vis la rue Bailleul , au premier apparte
ment. Il vales matins en ville , & on le tranve
chés lui les après midi.
MORTS
OCTOBRE. 1743. 2313
I
090383* +381 +387 BCG
MORTS ET MARIAGES.
E 4. Août , D. Anne de Chauvirey , Abbeffe de
Pouffey en Lorraine , Diocèle de Toul , mourut
dans fon Chapitre , à l'âge de 86. ans . La Maiſon
de Chauvirey , dont elle étoit , eft originaire du
Comté de Bourgogne , où elle eft connue depuis
plus de 400 ans , par fes alliances & par fes entrées
dans les Chapitres Nobles de cette Province , & du
Duché de Lorraine.
Le 15. Jacques de Chastenet , Marquis de Puy-
Segur , Maréchal de France , Chevalier des Ordres
du Roi, & Gouverneur de Bergues , mourut à Paris
dans la 89. année de fon âge , ayant été bâtiſé à S.
Germain l'Auxerrois à Paris , le 19. Mars 1655. Il
avoit été fucceffivement Capitaine , Major , puis
Lieutenant Colonel du Régiment du Roi ,Infanterie,
Maréchal Général des Logis des Camps & Armées
de S M. en 1690. Chevalier de l'Ordre Militaire
de Saint Louis , le 6. Février 1694. Brigadier d'In
fanterie , le 3. Janvier 1696. Gentilhomme de la
Manche du Duc de Bourgogne , au mois de Juin
1698. Maréchal de Camp , le 29. Janvier 1702.
Lieutenant Général des Armées du Roi , le 26. Oc .
tobre 1704. & Gouverneur de Condé, au mois d'Octobre
1707. Commandant en Chef dans les Provinces
de Flandres , Haynault , Artois , Picardie &
Soiffonnois. Il fut du Confeil de Guerre , établi
après la mort du Roi Louis XIV. fe 3. Novembre
1715. créé Maréchal de France , le 14. Juin 1734.
mais il ne fut déclaré que le 17. Janvier 1735. Il fut
reçu Chevalier des Ordres du Roi , à la Promotion
du 17. Mai 1739. & pourvit du Gouvernement de
Bergues I v
2314 MERCURE DE FRANCE.
Bergues en 1743. Il étoit fils de Jacques de Chafte
net , Seigneur de Puyfegur , Colonel du Régiment
de Piémont , & Lieutenant Général des armées des
Rois Louis XIII. & Louis XIV . mort le 4. Septembre
1682. âgé de 82. ans , dont on a des Mémoires
Militaires , imprimés à Paris & à Amtterdam
en 1690 & de Marguerite du Bois de Liege. Il avoit
époufé le 3. Octobre 1714. D. Jeanne-Henriette-
Auguftine de Fourcy , morte le dix - fept Décembre
1737. âgée de quarante-cinq ans un mois
& huit jours , fille aînée de Henri - Louis de
Furcy , Comte de Cheffy , Maître des Requêtes
ordinaire de l'Hôtel du Roi , mort le 22. Juillet
1713. & de D. Jeanne de Villers , morte le 19. Novembre
1727. De ce Mariage font nés 1.Jacques-
François-Maxime de Chaftenet , Marquis de Puyfegur
, né le 22. Septembre 1716. Colonel du Régiment
de Vexin Infanterie , par Commiſſion du
15. Avril 1738. marié depuis le 26. Juin 1742. avec
D. Marie Margueritte Maffon , fille de Gafpard-
François Maffon, Prefident de la premiére Chambre
des Enquêtes du Parlement de Paris , & de Marie-
Margueritte Chevalier. 2. Jeanne - Henriette de
Chaftenet , née le 29. Août 1715. mariée le 20.
Mars 736. avec Charles - François de Nettancourt
de Hauffonville Paffavant , Comte de Vaubecourt ,
Colonel du Régiment de Dauphiné , du 15. Mars
1740. 3. Marie - Anne de Chaftenet , née le 21 .
Septembre 1719. & mariée le .... avec Augufte-
Alfonfe de Civille , Seigneur de S. Marc &
de Buchy. 4. Hélene Adélaïde de Chaftenet , née
le 5. Février 1726. non encore mariée. Le nom de
Chaftenet ou de Caftaner , ainfi qu'il fe trouve écrit
dans les premiersTitres , eft d'une Nobleffe du Com .
té d'Armagnac , marquée par fes alliances & par
fes fervices Militaires , & la Généalogie en fera rapportée
·
OCTOBRE. 1743- 2315
portée dans le Supplément, à l'Hiftoire des Grands
Officiers de la Couronne , Article des Maréchaux de
France , auquel on travaille actuellement ; voyez , en
attendant, les Mémoires de Puyfegur, & le Dictionnaire
Hiftorique de Morery.
Le 19. Louife - Françoife de Bourbon du Maine
mourut au Château d'Anet , âgé de 35 ans fept
mois & quinze jours. Elle étoit fille de Louis - Augufte
de Bourbon , Duc du Maine , Prince légitimé
de France , mort le 14. Mai 1736. & de Louife - Bénédicte
de Bourbon , Princeffe du Sang , fille de
Henri - Jules de Bourbon , Prince de Condé , Premier
Prince du Sang , & elle étoit foeur de M. le
Prince de Dombes & de M. le Comte d'Eu .
Le 24. Charles - Amable de Cruffol d'Ufés , Marquis
de Montfalez , Comte de Caftelnau , Seigneur
de la Broffe , Capitaine dans le Régiment Royal
Dragons , mourut à Paris , âgé de 24. ans , fans
être marié ; ſon corps fut porté dans l'Eglife des
Carmelites de la rue Saint Jacques , Sépulture de la
Maifon de Cruffɔl d'Ufés ; il étoit fils de Louis-
Aléxandre de Cruffol d'Ufés , Marquis de Montfalez
, & de D. Emilie de la Tour de Gouvernet ;
voyez la Généalogie de la Maifon de Cruffol d'Ufés
, dans l'Hiftoire des Grands Officiers de la Couronne.
Le 25 Léonard - François Guyot de Chenifot ,
Confeiller du Roi en fes Confeils , Sécretaire de
Sa Majefté & de fes Confeils d'Etat , Direction & Fi.
nances, ci-devant Confeiller au Parlement de Paris,
où il fut reçû le 19.Juillet 1730. mourut à Paris, âgé
de 35. ans ; il étoit fils de feu François Guyot , Seigneur
de Chenifor , Confeiller du Roi en fes Confeils
, Sécretaire de Sa Majefté & de fes Confeils
d'Etat , Direction & Finances , mort le 11. Juin 173 I.
& de D. Jeanne Julie Berger.
1 vj
Le
2316 MERCURE DE FRANCE .
Le 29. Août , René Aléxis le Sénefchal , Comte de
Carcado , Marquis de Pontecroix, Baron de Molac,
& c. Lieutenant Général des armées du Roi , du 18.
Juin 1708. Gouverneur des Ville & Château de
Quimper, mourut à Paris âgé de 84. ans ; il étoit fils
de René le Sénefchal , Comte de Carcado, Meftre
de Camp d'un Régiment de Cavalerie , mort le ...
Octobre 1674. Gouverneur des Ville & Château de
Dinan , & de D. Marie - Anne de Rofmadec D de
Borblé & Trohéon ; il avoit épousé 1 ° . Jeanne- Magon
; 2°. N. de Konigfmarck , des Comtes de Konigfmarck
en Suéde , qu'il laiffe veuve & fans en
fans ; mais de la premiére , il a eu 1. René - Aléxis le
Sénefchal , Marquis de Molac , Colonel du Régiment
de Berry, Infanterie , par Cominiffion de 1735.
& Gouverneur des Ville & Château de Quim er ,
mort fans être marié ; 2. N.... le Séneſchal , Marquis
de Molac Carcado , à préfent Moufquetaire ;
3. N.... le Sénefchal , femme du Marquis de Beauvau
Tigny, & deux Religieufes . Voyez la Généalo
gie de cette Maifon , diftinguée par fon ancienneté,
par fes alliances & fes fervices militaires , dans le
deuxième Volume du fecond Registre de l'Armorial
, par le Sr. d'Hofier.
Le nommé François Bournet , mourut le premier
Septembre dans la Paroiffe de Rabaftens , Diocèfe
d'Alby , âgé de 106 ans accomplis.
"
Le 9. Louis de Lorrame , Prince de Lambesc ,
Comte de Brionne & de Braine , Baron de Pontarcy
, de Mayeuil & d'Orgon , & c. Meftre de
Camp d'un Kégiment de Cavalerie, Brigadier des ar
mées duRo ,du..Février 1719.ci - devantGouverneur,
& Lieutenant Général pour le Roi de la Province
d'Anjou , & des Ville & Château d'Angers & du
Port de Cé , mourut à Paris dans la 52. année de
fon âge. Il étoit s d'Henri de Lorraine , Comte
de
OCTOBRE. 1743. 2317
de Brionne , Grand Ecuyer de France , Chevalier
des Ordres du Roi , Gouverneur & Lieutenant Général
au Gouvernement de la Province d'Anjou , &
Gouverneur particulier des Ville & Château d'Angers
& du Pont- de- Cé , mort le 3. Avril 1712. &
de D. Marie Magdelaine d'Eſpinay de Duretal
morte le 12. Décembre 1714. Il avoit été marié le
22. Mai 1709. avec Jeanne -Henriette - Marguerite
de Durfort, fille aînée d'Henri de Durfort , Duc de
de Duras , & de Magdeleine Efchalart dela Marck ,
Comteffe de Braine ; & il a laiffé de ce mariage 1º,
Louis-Charles de Lorraine , Comte de Brionne , né
le 10. Septembre 1725. Gouverneur & Lieutenant
Général de la Province d'Anjou , & Gouverneur
particulier des Ville & Château d'Angers, veuf fans
enfans , depuis le 2. Février 1742. de Dlle Louis-
Charlotte de Gramont , qu'il épousa le 3. Février
1740. fille de Louis - Antoine Armand , Duc de Gramont
, Pair de France , Chevalier des Ordres du Roi ,
Lieutenant Général de fes armées , Colonel du Ré
giment des Gardes Françoifes, &c. & de D. Loüife-
Françoife d'Aumont de Crevent d'Humieres ; 2 °,
François Camille de Lorraine , dit le Chevalier de
Lorraine , né le 31. Octobre 1726. Garde Marine.
3. Jeanne Louiſe de Lorraine , Dile de Lambefc
non mariée ; 4° . Henriette-Julie- Gabrielle de Lorraine
, mariée le 3. Mai 1739. avec Jacques de Portugal
Pereyra Mello , Duc de Cadaval ; 5 ° . Charlotte-
Louife de Lorraine , non mariée ; & 6 °. Agathe-
Loüife de Lorraine , non mariée .
Alexis - Jean Durand de Lagny , Chevalier , Seigneur
de la Tour du Boft , Charmoy , Battant , la
Roche , S. Nizier , & c . Lieutenant pour le Roi en
la Province de Champagne , mourut à Chaillot ,
près Paris , le .... Septembre , âgé de 29. ans , fans
laiffer de pofterité de D. Marie - Anne- Philiberte
Durand
2318 MERCURE DE FRANCE.
Durand d'Auxy, fa coufine , qu'il avoit épousée le
17. Septembre 1736. Elle eft fille de M. Philibert
Durand , Chevalier , Seigneur d'Auxy , S Verein ,
&c . & Grand-Maître des Eaux & Forêts de France,
au Département du Duché & Comté de Bourgogne,
& de D.Marie- Marguerite de Tournebulle de Saint
Lumier. Il étoit refté fils unique de Jean-Maurice
Durand de Chalas , Chevalier , Seigneur de Matouges
, la Tour- du-Boft , Pringy , & c . Confeiller
du Roi en fes Confeils , Préfident en la Chambre
des Comptes de Dijon , mort le 4. Juin 1739. & de
D. Louife Durey , fon épouſe , morte le 12. Avril
1742. Celui qui donne lieu à cet article , ne laiſſe
pour héritiere unique que D. Jeanne- Philiberte Durand
de Chalas , fa foeur , mariée le 19. Juin 1731 .
à Etienne-Pierre Maffon de Maifon-Rouge , Seigneur
du grand Preffigny, & Receveur Général des
Finances d'Amiens , lequel n'a qu'un fils , âgé de
12. ans ou environ .
La Famille de Durand eft originaire du Duché de
Bourgogne , où elle a tenu un rang diftingué parmi
Ja Nobleffe de cette Province .
Le 10. Septembre, Louis Sublet, Marquis de Noyers ,
ancienCapitaine de Cavalerie & Chevalier de l'Ordre
Militaire de Saint Louis , mourut à Paris , âgé de
foixante-un ans . Il étoit fils de Michel Sublet , Chevalier
, Marquis de Noyers , au Diocèſe de Rouen,
& de D. Anne de Beaurains ; il avoit été marié le
26. Septembre 1736. avec Dlle Marie Leopolde de
Brefeillac du Trevoux , fille d'André de Brefeillac ,
Comte du Trevoux , & de feuë D. Marie-Leopolde
deNeufhoff. LaFamille de Sublet eft originaire de la
Ville de Blois , & illuftrée par François Subier, Seigneur
de Noyers , Baron de Dangu , Secrétaire d'Etat
& Sur-Intendant des Bâtimens , mort à Dangu
le 20. Octobre 1645. & par fes alliances avec les
Maifons
OCTOBRE. 1743 . 2319
Maifons de Roncherolles de Hautefort , de Lenoncourt
, & avec les Familles de Bochart , Molé ,
Hurault , &c.
Le premier Août , Charles - Armand de Pons ,
Comte de Roquefort , dit le Vicomte de Pons , Meftre
de Camp d'un Régiment de Cavalerie , depuis 1735 .
& Brigadier d'armée , depuis le 15. Mars 1740.
époufa Gabrielle Rofalie le Tonnelliere Breteuil,
née le 28. Août 1725. derniére fille de feu M. François
- Victor le Tonnellier de Breteuil , Marquis de
Fontenay- Treigny , Miniftre & Sécretaire d'Etat ,
ayant le département de la Guerre , Commandeur,
Prevôt & Maître des Cérémonies des Ordres du
Roi , & Chancelier de la Reine , & de feuë D,
Marie-Anne-Angélique Charpentier d'Ennery. M.
de Pons , eft Chef de la feconde Branche de l'illuftre
Maifon de Pons de la Province de Saintonge , & fils
unique de feu Pons de Pons , Comte de Roquefort ,
mort le 17. Juillet 1705. & de D. Charlotte-Armand
de Rohan Guemené , ſa ſeconde femme.
Le 15. Henri François de Bretagne , Baron
d'Avaugour , premier Baron de Bretagne , Comte
de Vertus & de Goello , né le 17. Juin 1685 ;
veuffans enfans , depuis le 14. Avril 1738. de D.
Françoife-Magdeleine Catherine- Jeanne d'Aligre ,
fut marié avec D. Marie - Magdeleine - Gabrielle
Charrete de Montebert , veuve de Louis de Seran
Seigneur de Kerfilis & fille de Gille Charrete de
Montebert, Confeiller au Parlement de Bretagne , &
d'Elizabeth - Gabrielle de Montigny. M. le Comte
de Vertus eft fils de feu Claude de Bretagne, Baron
d'Avaugour , premier Baron de Bretagne , Comte
de Vertus & de Goello , mort le 7. Mars 1699. & de.
D. Anne-Judith le Lievre , morte le 22. Décembre
1690 Voyez pour la Généalogie de la Maifon de
Bretagne
2320 MERCURE DE FRANCE.
Bretage P'Hiftoire Généalogique de la Maifon de
France ou le premier Volume de l'Hiftoire des
Grands Officiers de la Couronne.
Le 12. Auguftin - Charles de Bruffel, Ecuyer, Con
feiller du Roi au Châtelet & Siége Préfidial de Paris,
fils unique d'Auguftin - Nicolas de Bruffel , Ecuyer ,
Confeiller , Secrétaire du Roi , Maifon , Couronne
de France & de fes Finances , & de .... fa premiére
femme , fut marié avec Catherine - Françoife
Payen de Fercourt , Dame de la Terre & Seigneurie
de Sancy , près Meaux en Brie , fille unique de
Pierre-Nicolas- Gabriel Payen de Fercourt , Chevalier,
Seigneur de Sancy,& de D. Catherine Auget, à
préfent fa veuve. Le nouveau marié eft neveu de M.
Nicolas de Bruffel ,Confeiller du Roi, Auditeur en fa
Chambre des Comptes à Paris , fi connu par le fçavant
Ouvrage qu'il a donné au Public, fous le Titre
de Nouvel Examen de l'Ufage général des Fiefs en
France , qui lui a mérité une Penfion du Roi.
NOMBRE des Bapiémes , Mariages , Enfans
Trouvés&Marts de la Ville & Fauxbourgs
de Paris pendant l'année 1742. Sçavoir ,
Baptêmes ,
Mariages ,
Enfans Trouvés ,
Morts ,
Au Cimetière des Errangers ,
17722
4178
3163
22481
Maifons Religieufes , hommes & Filles, 296 22784
Partant le nombre de l'année 1742. excede
celui des Baptêmes de
7
5062
Le nombre des Baptêmes de 1742. eft diminué
de celur de 1741. de 856
Celui des Mariages eft augmenté de 250
Celui des Morts eft diminué de
790
Celui des Enfans Trouvés eft diminué de -225
ARRESTS
OCTOBRE. 1743 2321
ARRESTS NOTABLES.
O
RDONNANCE du Roi , du 15. Juin ,
portant qu'à l'avenir il ne fera plus payé que
vingt-cinq fols par chaque cheval de trait , attelé à
une chaife à une feule perfonne ; qu'il continuëra
d'être payé vingt fols par bidet , à l'exception feulement
des couriers de fon Cabinet , & trente fols
par chaque cheval , attelé aux berlines & aux chaifes
à deux perfonnes.
REGLEMENT , du 20. concernant l'exploi
tation de la pêche de la Morue à l'Ile- Royale , par
lequel le Roi ordonne l'exécution des 32. Articles
contenus audit Reglement.
SENTENCE de Police du 5. Juillet , qui fair
défenſe aux Artificiers de fe loger dans l'enceinte
& en dedans des limites de la Ville & des Fauxbourgs
de Paris , pour y faire leurs Magazin & Laboratoire
; & condamne à l'amende le nommé Maneflon
, pour y avoir contrevenu .
LETTRES PATENTES du Roi , portant
nouveau Reglement pour la fabrique des Bas & autres
Ouvrages de Bonneterie au métier , qui fe font
dans le Royaume. Données à Verfailles le 16. Juild
let 1743. Regiſtrées en Parlement le 30 par lesquelles
S. M. ordonne l'exécution des 16. Articles conténus
audit Reglement.
ORDONNANCE du Roi , du zo . portant
augmentation de neuf Dragons en chacune des feize
Compagnies des quinze Régimens de Dragons qui
font
2322 MERCURE DE FRANCE.
font fur pied , pour les mettre de quarante-un Dragons
dont elles font actuellement , à cinquante chacune
, compofant cinq Efcadrons de cent cinquante
en chaque Régiment , qui feront dorénavant de
quinze Compagnies feulement , & de l'une des feize
en former un Régiment auffi de quinze Compagnies.
AUTRE du premier Août , pour_compofer à
l'avenir les Régimens de Huffards d'Effoffy & d'Elterhazy
, de douze Compagnies , & former des fix
excédantes de chacun , un troifiéme Régiment de
pareil nombre.
AUTRE du même jour , pour régler les rangs
des Capinaines des Compagnies de nouvelle levée
de Cavalerie Françoiſe & de Huffards , de l'augmentation
du 16. Decembre 1742. par laquelle
S. M. ordonne l'exécution des dix Articles contenus
en ladite Ordonnance.
AUTRE du 10. pour augmenter d'un Bataillon
chacun des Régimens de fon Infanterie qui y
font nommés , fçavoir , les Régimens de Picardie
Champagne , Auvergne , & celui de Moufeigneur
le Dauphin , & c.
ARREST du 19. concernant la vente & diftribution
des Verres dans le Magafin de Verres à Vitres
, établi à Paris par l'Arrêt du Confeil du 16.
Octobre 1742.
SENTENCE de Police du 23. qui condamne
la Dame de Maziere en trois mille livres d'amende ,
pour avoir tenu chés elle une Académie de Jeu, &c,
ARREST u 26. qui ordonne que la vifite des
Bas
庐OCTOBRE
. 1743. 2323
Bas au métier & autres Ouvrages de Bonneterie
fera faite à l'avenir par l'Infpecteur qui fera choifi
par M. le Contrôleur Général des Finances , & c.
AUTRE du même jour , qui fixe les droits d'Entrée
des cinq groffesFermes fur les Bois de Sandal ou
Santal , à raifon de douze fols du cent pefant fur celui
en bûches, & de trois livres lorsqu'il fera moulu .
ORDONNANCE du Roi , du 31. portant
augmentation dans les Régimens d'Infanterie Al
lemande qui font à fon fervice , & c.
ARREST du 3. Septembre , qui permet pendant
une année , l'entrée dans le Royaume des Beures
venant d'Angleterre , d'Ecoffe & d'Irlande , en
payant les droits qui font dûs.
AUTRE du 6. portant révocation du Privilége
accordé pour l'impreffion de l'Ouvrage intitulé,Ob
fervations fur les Ecrits Modernes , &c.
ORDONNANCE du Roi , du 22. pour
augmenter de quatre Compagnies , chacun des neuf
Régimens Suifles & Grifons, qui font au fervice de
Sa Majesté.
AUTRE du premier Octobre , pour renouveller
les défenſes à tous gens de guerre , fur le com
merce du faux Sel du faux Tabac & des Marchandifes
de contrebande , par laquelle il eft dit que S. M.
défirant prévenir les verfemens de faux Sel , de faux
Tabac & autres Marchandifes de contrebande , que
pourroit occafionner , au préjudice de fes Fermes ,
la prochaine féparation de fes armées, de la part des
troupes qui iront en quartier d'hyver dans l'inté
rieur
2324 MERCURE DE FRANCE .
rieur du Royaume , ou pafferont d'une Province
dans une autre , elle a jugé à propos de renouveller
les défenfes portées par fon Ordonnance du 10.
Avril 1734 dans laquelle fe trouvent aſſemblées
toutes les difpofitions des précédentes , tant à l'égard
des troupes revenant de fes armées , que de celles
qui restent en garnifon ou en quartier dans le Royaume
; & en conféquence , elle a ordonné & ordonne
que les XXXVII. Articles contenus en ladite Ordonnance;
foient ponctuellement exécutés felon leur
forme & teneur , & c.
AUTRE du même jour , portant réglement
fur les Décomptes de l'Infanterie Françoiſe , da
premier Novembre 1743. au dernier Avril 1744.
ORDONNANCE du Roi , du 5. pour fervir
de Réglement aux cent Bataillons de Milice des
Provinces & Généralités du Royaume , aufquels
doivent être joints les nouveaux Miliciens levés en
exécution de l'Ordonnance de S. M. du 10. Juillet
3743 .
ARREST du 8. portant prorogation pour la
converfion en rentes , des Billets des deux Loteries
Royales , créées par Edits des mois de Janvier &
Février 1743. par lequel S. M. proroge jufqu'au
dernier Decembre inclufivement , le terme qui avoit
été fixé par lefdits Edits au 30. Septembre dernier ,
pour la converfion en rentes purement viagéres , ou
de Tontine , des Billets defdites deux Loteries , fuivant
leur fort. Veut S. M. que jufqu'audit jour les
Porteurs defdits Billets y foient admis , & qu'il leur
foit par le fieur Paris de Monmartel , Garde du Tréfor
Royal , fourni fes reconnoiffances , pour fur
icelles être paffé à leur profit les Contrats de conftitation
OCTOBRE. 1743. 2325
a
tution des rentes , dont ils auront droit , fuivant &
ainfi qu'il eft ordonné par lefdits Edits , & en fatisfaifant
à ce qui eft porté par iceux ; les arrérages
defquelles rentes courront au profit de ceux qui
en feront propriétaires, & leur feront payés, fçavoir,
à ceux qui remettront leurs Billets au Tréfor Royal
avant le 10. du mois de Novembre prochain , à
compter du premier Avril dernier , & à ceux qui ne
les remettront que dans le dernier Decembre ,
compter feulement du premier du préfent mois ;
defquelles joüiffances mention fera faite dans les re
connoiffances dudit Garde du Tréfor Royal. Ordonne
S. M. que s'il reste encore au dernier Décem
bre des Billets à convertir , ils foient & demeurent
nuls & de nulle valeur pour les Propriétaires , Sa
Majefté les annullant & éteignant par le préfent Arrêt
& fans qu'il en foit befoin d'autre.
>
ORDONNANCE du Roi , du 10. pour
augmenter de dix hommes chacune des trente
Compagnies ordinaires du Régiment de fes Gardes
Françoiſes.
TABLE.
PL 2515
IECES FUGITIVES. Le Chrétien dans la 1x
la douleur , Ode ,
Réponse de M. Néricault Deftouches à la Réplique ·
de l'Anonyme Marótique , 2118
L'Arbriffeau & l'Appui , Allégorie à Damon , 2152
Lettre fur l'ufage de la Mufique pour la fanté, 2154
Ode à M. de L. C.
Differtation fur une Maladie des yeux
Ode fur un Voyage à Fortoiſeau ,
2163
2155
2212
Explic
Ex-lication de l'Enigme & des Logogryp hes de
Septembre ,
Enigme & Lo ogryphe ,
2218
ibid.
NOUVELLES LITT RAIRES , DES BEAUX ARTS , & c.
Hiftoire des Provinces Unies , propoiée par Soulcription
,
Traité de la Pareffe , Extrait ,
Theks de Mathématiques ,
Dictionnaire Espagnol & François ,
Théorie de la Figure de la Terre ,
Traité de Dynamique ,
Euvres de Jean Bernoulli ,
Abbregé aes • Régles de l'Harmonie ,
Differtation fur l'Exil d'Ovide ,
2217
2224
2236
2238
ibid
ibid.
2239
ibid.
ibid.
2240 Hiftoria Monftri Gemelli , ¿c.
Nouvelle Traduction Angloife des OEuvres de M.
Sidenbam ,
Differtatio defanguinis miſſione ,
ibid.
ibid.
Traduction Italienne des Inftitutions de Phyfique
de Mad. la Maiquife du Chatellet , & c . 2241
Le 26. Tome della Racolta di Opufculi , Scientifici e
Filologici ,
Traité de Vignole fur la Perſpective ,
ibid.
ibid,
D. Alberti Enumeratio Methodica Stirpium Helvetia
indigenarum ,
Hiftoire de Cromwel ,
ibid.
ibid.
Nouvelle Méthode de prévenir & de guérir la rage,
ibid.
Parallele des Fables de la Fontaine avec celles de
2242
Numifmata Romanorum Imperatorum præftantiora à
Collection des Hiftoriens Milanois ,
Pietro Targa, &c.
Julio ,
2243
ibid.
IV . Tome du Thefaurus novus veterum Inſcriptionum
de M. Muratori , ibil.
Defeription de l'Egypte,
Traité de l'origine des Maladies , &c.
ibid.
2244
Nouvelle
Nouvelle Edition des OEuvres de Mad Bacquet, ibidi
Abbregé de la Vie du P. Ignace Azevedo ,
Les Mours & les Ufages des Grecs ,
Problême fur la Quadrature du Cercle
2245
ibid.
ibid.
Affemblée publique de l'Académie de Marfeille
, 2246
Sujet du Prix de l'année 1744. de la même Académie
,
2247
Eftampes nouvelles , 2248
Nouvelles Cantatiiles du Sr Lemaire , 2251
ibid.
2252
Nouvelles Cartes du Sr le Rouge ,
Chanfon notée ,
Spefacles , Tragédie & Ballet , repréfentés au Collége
des Jéfuites , 2253
Extrait de la Tragédie de la Mort de Céfar , repréfentée
au Théatre François ,
2264
La Tragédie de Rhadamifte & Zénobie , remife au
même Théatre ,
Le Quiproquo , nouvelle Piéce ,
2278
ibid.
La Dile Clairon , nouvelle Actrice , reçûë à la Co.
medie Françoiſe ,
Vers au fujet de on début ,
2279
1bid.
2281
Mort de Philippe Poiflon , Comédien du Roi , 2280
Autres Vers à Mlle Clairon , fur fon début ,
Prolongation de la Foire S. Laurent . 2282
Vers fur un Pas de Deux , danſé à'l'Opera Comi-
2283
que ,
Nouvelles
Etrangeres
, Turquie , Ruffie , &c. 2284 Morts des Pays Etrangers
, 2301
France , nouvelles de la Cour , de Paris , &c. 2302
Nouveaux Cardinaux ,
ibid.
M. de Maupeou , Premier Préfident , 2393
Bénéfices donnés ,
2304
Extrait de Lettre fur la Promotion de l'Archevêque
de Bourges au Cardinalat , 2306
Cerfmonftrueux , pris par le Roi , 2307
Enfant
Enfant extraordinaire , ibid.
2308
Erection des Terre & Comté de Montaire en Mar-
Piéces jouées à la Cour ,
quifat ,
2309
Demeure du Sr Bunon , Chirurgien Dentifte , 2312
Morts & Mariages , 2313
Nombre des Baptêmes , Mariages , Enfans Trouvés
& Morts de la Ville de Paris en 1742. 2320
"Arrêts notables ,
Errata de Septembre.
2321
PAge 2013. 1, 16 tout, lifex , tous. P. 2068. 1. 8.
la , l . le, P. 2078. 1. 22. fe jette , l . il ſe jette. P.
2079. 1. 23. éclattant , l. éclatant. P. 2082. 1. 16.
Ambigue , 1. Ambigu. Ibid, 1, 20. Pulvignée , l. Puvigné.
P. 2086. 1. 2. du bas , trouvée , l . trouvé . P.
2087. 1. 31. & a été , l. & qu'elle a été. P. 2089, l.
19. de Mayence , l. Palatin. P. 2102. 1. s . du bas ,
allée , l . allé.
Fautes à corriger dans ce Livre,
Age 2128. ligne 12. étaller , lifez , étaler , P.
2143. L. 16 étaller , l. étaler. P. 2154. 1. 2. Lunévile
, 1. Lunéville . P. 2174. l . 4. après C mettez
une virgule. P. 2192. l . 15. rrès , l . très. P. 2213. l. 8.
Là , l . La. P. 2226. 1. 4. n'abhat , l . n'abbat . P.
2232. 1. 24 privilége , 1. le privilége . P. 2235. 1. 5 .
du bas, plûpatt.l. plûpart . P. 2246. I. 15. fouteraines,
1. fouterraines. P. 2249. 1. 2. du bas , au-deſſus , l.
au-deffous. P. 2257. 1. s . du bas , Caprice , 1. Caprice,
P. 2274. l. 12. coeur , dénaturé , 1. coeur dénaturé.
La Planche gravée doit regarder la page
La Chanfon notée , la page
2211
2254
DE
FRANCE .
1
DÉDIÉ
AU
ROI ,
SEPTEMBRE
1743 .
COLLIGIT
SPARGIT
pillos
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER ,
ruë S. Jacques.
Chés La Veuve PISSOT , Quai de Conty ,
à la defcente du Pont-Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais .
M. DCC. XLIII.
Avec Approbation & Privilege du Roi
THE NEW YORK
PUBLICLIBRARY
63524 | A V I S.
ASTOR, LENOX AND
à
1905
TILDE FODRESSE générale eft à Monfieur
MOREA , Commis au Mercure , visvis
la Comédie Françoife , à Paris. Ceux qui
pour leur commodité voudront remettre leurs
Paquets cachetés aux Libraires qui vendent le
Mercure , à Paris , peuvent fe fervir de cette
voye pour les faire tenir.
On prie très - inftamment , quand on adreſſe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous le
déplaifir de les rebuter , & à ceux qui les
envoyent , celui , non-feulement de ne de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de les per
dre , s'ils n'en ont pas gardé de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaiterons
avoir le Mercure deFrance de la premiere main ,
& plus promptement , n'auront qu'à donner leurs
adreffes à M. Moreau , qui aura foin de faire
leurs Paquets fans perte de tems , & de lesfaire
pórter fur l'heure à la Pofte , ou aux Meſſageries
qu'on lui indiquera.
PRIX XXX. SOLS.
Jem
MERCURE
DE FRANCE .
1
DEDIE AURO I.
C13
. י
.
SEPTEMBRE 1743
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
IMITATION AN
De l'Ode IX. du premier Livre d'Horace :
Vides ut aliâ , &c. à M. C.
A neige couvre , Ami , nos Bois & nos
Campagnes ;
LL'Aquilon mutiné ,
L'Aquilon mutiné , frémit dans nos.
Vallons ;
Pan cherche à fe cacher dans le fein des Montagnes;
La Nayade gémit fous le poids des glaçons.
A Plongé
1902 MERCURE DE FRANCE.
Plongé dans les langueurs d'une indolence aimab .
Pour te mettre au-deffus de la rigueur du tems ,
Prends de la main d'Hébé la Coupe delectable ;
Oppofe aux noirs frimats mille Chênes brûlans .
Laiffe aux Dieux attentifs le foin de tout le refte s
Apeine ont- ils des vents appaiſé la fureur ,
Que les Arbres, fauvés de leur fouffle funeſte ,
D'un calme bienfaiſant éprouvent la douceur.
Du lendemain douteux fui la recherche vaine ;
Sçache de tes inftans mettre à profit le cours,
Libre des froids dégoûts , que la vieilleffe amene ,
Vole des doux plaifirs aux folâtres Amours.
De tes joyeux amis que la troupe choifie
Le foir vers ton foyer vienne porter fes pas.
Là , donnant libre cours à la vive faillie ,
Livrez- vous , à l'envi ; d'agréables combats.
Par M. F* , B** , de Lyon , T*** de F **¸
QUÆSSEPTEMBRE.
1743. 1903'
QUÆSTIO DI ATTETICA ,
Anadfanitatem Mufice ? M.Paulo -Jacobo
Malouin , è Regiâ Scientiarum Academiâ
, Doctore Médico , Præfide, Parifiis,
Typis Quillan , 1743 .
V
Oici une Queſtion auffi nouvelle que
curieufe , & qui en même- tems a
fon utilité. On demande fi la Musique peus
contribuer à la fanté du corps?
M. Malouin , qui agite cette Queftion ,
appliquant fort heureuſement à la Muſique
ce qu'Horace , dont il a pris le ftyle, a dit
du Vin , fait voir , que ce n'eſt pas fans raifon,
que les Anciens avoient attribué à une
même Divinité invention de la Mufique
& de la Médecine , parce qu'elles fervent
l'une & l'autre à la fanté.
Pour prouver la Thèfe,l'Auteur pofe pour
principe , que le fens de l'ouie entre pour
beaucoup dans les mouvemens du corps ,
d'où dépendent plufieurs fenfations de l'aine.
C'eft quelque chofe de furprenant , dit-il ,
de voir combien le fon influë fur le corps
de l'animal ; la nature du fon & la conftruction
de l'oreille , nous apprennent com.
ment fe fait cette opération . En voici la
A iij mé1904
MERCURE DE FRANCE.
méchanique ; l'oreille eft , pour ainfi-dire ,
un inftrument de Mufique des plus parfaits;
on peut dire que fes fibres en font les cordes
, qui tendues differemment , & ayant
plus ou moins de longueur & d'élafticité ,
reçoivent de l'air les vibrations qui leur
conviennent , & qui font , pour ainfi- dire ,
à l'uniffon avec elles.
Le fon frappe d'abord la partie extérieure
de l'oreille, qui eft élastique, & qui par les
differens plis ou creux dont elle eft pleine
eft très-propre à le recevoir , & à le refléchir
; de - là il entre dans le tuyau de l'oreille,
& va frapper une membrane que l'on appelle
le tambour , & qui par le moyen du marteau
qui y eft attaché , tantôt fe retire en dedans
, & tantôt fe dilate & s'étend au- dehors,
& par-là devient fufceptible de toutes les
impreffions du fon , dont il communiqué
les frémiffemens & les vibrations à l'air renfermé
derriere le tambour , lequel air les
porte à une autre membrane , percée en ovale
, & qui eft tendue par l'étrier , de la même
maniére que le tambour l'eft par le mar
teau. La communication du fon parvient
enfuite à la membrane qui couvre le labyrinthe,
laquelle membrane, qui n'eft qu'une
continuation du nerf acoustique , fait par
rapport au fens de l'ouie, ce que fait la retine
par rapport à celui de la vûë. Les petits
nerfs
- SEPTEMBRE
. 1743. 1905
nerfs de cette membrane frappés, portent le
mouvement au cerveau , où il fe fait differentes
impreffions , felon la qualité du nerf
frappé , felon l'endroit de la cervelle d'où
part ce nerf, & felon le dégré de mouvement
caufé par le fon , qui par ce moyen
fait naître dans l'ame une fenfatio proportionnée
à l'affection du corps.
Il est donc vrai que les fons
peuvent exciter
dans l'ame certains fentimens , d'où il
s'enfuit que la Mufique peut former les
moeurs , fur tout des jeunes gens ; cet Art
d'appaifer le feu de la jeuneffe & d'en calmer
les fougues , par le moyen de la Mufique ,
a été fort eftimé des Anciens : auffi lifonsnous
qu'Achilles ayant été confié dans fon
enfance au Centaure Chiron , pour adoucir
& modérer fon caractére farouche , cet habile
Médecin y employa avec fuccès la Mufique
, quoiqu'il lui reftât encore du penchant
à la colere .
Autant la fanté eft differente de la maladie
, autant la partie de la Médecine , qui
s'applique à prévenir les maux , c'est-à-dire,
la Diéte , eft- elle, felon M. Maloüin , préférable
à la thérapeutique , c'est-à-dire à celle
qui s'applique à leur guérifon , d'où il s'enfuit
que fi la Mufique appartient à cette premiére
partie de la Médecine, qui a pour objet
l'entretien de la fanté , elle eft d'un prix
A iiij ineſti.
1906 MERCURE DE FRANCE:
ineſtimable , & d'une admirable utilité.
Or , que cet Art contribue plus que toute
autre chofe à maintenir la fanté , c'eft ce
que notre fçavant Médecin fait voir par
differentes preuves,fondées fur ce principe,
que la joye eft un des moyens des plus efficaces
pour cela , & de plus , que l'imagination
influe beaucoup fur le corps.
L'Auteur ajoûte que toute forte de Mufique
n'eft pas propre pourla fanté; qu'elle doit
être differente felon les tempéramens , l'âge
& les inclinations. Et faifant voir enfuite
qué les effets de la Mufique ne font pas volontaires
du côté de celui qui l'entend ,
mais purement méchaniques , il en conclut
que la Mufique contribue à la fanté .
豬豬药药冻
LE SAUVAGEON ,
FABLE ALLEGORIQUE.
Dans une terre ingrate & dure ,
Sur certain Sauvageon d'une mince figure ,
Un Jardinier habile & circonſpect ,
Avoit greffé du Martin-fec ;
C'étoit-là juftement l'affaire ;
>> Tel fruit ,
ود
tel arbre , pour bien faire .
Par malheur pour notre Martin ,
A
SEPTEMBRE. 1743 .
1907 ,
A deux cent pas de lui , dans un Verger voifin ,
Deux cens arbres de toute efpece
Succomboient fous le poids des fruits les plus exquis,
Dont la jalouſe envie au front plein de trifteffe
Rehaufloit encore le prix.
Des plus rares préfens de Flore & de Pomone
Ne pourrai - je à mon tour me faire une couronne
Dit le fuperbe Sauvageon ;
Pour la beauté de mon bourgeon ,
Il n'eft aucun arbre , fans doute ,
Que je redoute.
Si je ne rends qu'un fruit groffier ,
C'eft la faute du Jardinier ;
Si par hazard un habile le Notre
S'avifoit d'en greffer quelqu'autre ;
Dieu fçait comme en moins de quatre ans
De mes yoifins , fiers & pédans
Ön verroit difparoître & l'orgueil & la gloire.
Il dit : & qui pourroit le croire
Un nouveau Jardinier fur notre Sauvageon
S'avifa de greffer fruits de toute façon ;
If mit en premier lieu du Beuré d'Angleterre ,
Qui d'abord y fit affés bien .
Enflé de ce fuccès , le Ruftre téméraire
S'imagina que fans d'autre mystére ,
Tout fruit , Abricot , bon Chrétien ,
Noix , Pomme , Orange , Pêche, & juſqu'à la Grofeille
,
Ar Sur
1908 MERCURE DE FRANCE.
Sur cet arbre feroient merveille ;
On en mit donc ; quel en fut le produit ?
Loin de rendre le moindre fruit ,
Le Sauvageon chargé de vingt greffes nouvelles ,
Succomba bien - tôt avec elles ,
• Et faute de féve , dans peu ,
Toutes ces greffes précieuſes ,
De vingt Vergers efperances flateufes ,
Ne furent qu'un bois fec , propre à jetter au feu
Hébreu , Grec & Latin , Phyfique , Poëfie ;
Géométrie , Hiftoire , Eloquence , Blafon ;
Nous voulons tout fçavoir ; c'eſt- là notre manie ;
Des ſciences au plus nous apprenons le nom.
De Senlis.
LETTRE de M. Gueroult de Fécamp ,
adr ffée à Auteur de la Queftion propofee
dans le Mercure du mois de juin dernier.
55
» Un homme ime éperdûment fa femme ; il fçait
qu'il en eft haï mortellement; on demande lequel
» des deux eft le plus à plaindre ou de l'homme ou
» de la femme >
J
E me flatte , M. que vous voudrez bien
me permettre de faire part au Public du
rapport que je trouve entre Diogenes &
vous ; on trouvera , fans doute , que vous
le copiez d'après nature , quand je ferai voir
dans
SEPTEMBRE. 1743. 1909
dans un même point de vûë , d'un côté , ce
Philofophe en plein midi cherchant un homme
dans Athénes , & de l'autre , le Meſſager
des Dieux parcourant en votre nom toute
la France,en criant , qui réfoudra la queftion
propofée ? Je penfe que vous aurez fon fort,
d'autant plus volontiers , que Montagne , &
après lui , Labruiere , malgré toutes les connoiffances
que ces deux grands hommes
avoient de l'effet que produifent les paffions
fur le coeur humain , n'ont ofé décider fi la
haine agiffoit en nous avec plus de force
que l'amour ; c'eſt à quoi je réduis votre
propofition.
Vous fçavez,mieux que moi , que l'homme,
par un trait dominant,incline naturellement
vers ce qui fait l'objet préfent de fes defirs
& qu'il décide en faveur ou contre une chofe
foumife à fon jugement , fuivant que
cette même chofe a plus ou moins de rapport
aux refforts qui remuent fes inclinations ,
c'eft pourquoi j'exigerois que celui que vous
cherchez ne fût point dans les liens du mariage
; que l'Amour ne le captivât point ; je
le voudrois exempt de ces accès de haines
irreconciliables , qui aviliffent celui qui eſt
affés foible pour s'y laiffer entraîner car ,
dans le premier cas , les défagrémens de l'interieur
de fon domeſtique lui ferviroient de
loi ; dans le fecond , la raiſon chés lui ne
A vj
;
trou1910
MERCURE DE FRANCE.
trouvant plus d'affiette , prendroit Cupidon
arbitre; dans le troifiéme enfin , fa bru
tale fureur feroit pancher la balance du côté
du préjugé.
pour
Je vous entends déja m'objecter qu'il eſt
difficile de rencontrer dans un fujer une
tranquillité d'ame , qui le mette tout-à-fait
à l'abri de ces trois altérations ; c'eft où je
vous arrête , pour vous faire convenir avec
moi , que quand même la difficulté de déci
der fi la haine a plus d'empire fur nous què
l'amour , ne feroit pas infurmontable , cellé
de trouver un Juge fans partialité , par rap
port à lui-même,rendroit la chofe impoffible.
Au refte , afin d'écarter les idées , qui
vous porteroient à penfer que c'eft un faux
fuyant , dont je me fers pour éluder le probléme
, je vais vous dire ce que j'en penſe ,
perfuadé que les refléxions qui vous ont
déterminé à le rifquer , vous engageront à
me remettre dans la vraie route , fi je viens
à m'égarer.
Je définis l'amour une aimable folie , qui
nous entraîne fans reflexion vers un objet
aimé , que nous choififfons par tempérament,
ou par foibleffe, que nous confervons
par caprice , & qui nous fixe par aveuglement
; la haine, un feu précipité qui fe communique
dans nos veines avec tant de malignité,
que l'homme ne fe trouvant plus
dans
SEPTEMBRE. 1743. 1912
dans lui - même , céde par néceffité à la vio
lence du poifon , qui le conduit de la tranquillité
la plus parfaite , à ce que la colére a
de plus outré.
Suivez , je vous prie , avec moi la défini→
tion de ces deux paffions réunies ; la premiére
dans le mari , par rapport à fa femme ; la
feconde dans la femme , par rapport à fon
mari , afin d'examiner laquelle rend l'un
plus à plaindre que l'autre .
L'amour, maître du coeur de l'homme, le
préoccupe G fort , que quand il s'eft une fois
emparé de tous les réplis qui le compofent ,
il est phyfiquement impoffible qu'il puiffe
admettre un rival , qui balance fon pouvoir
defpotique.
La haine , tyran de nous - mêmes , nous
échauffe le fang fi violemment , que tout
céde à ce torrent , qui coule de vaine en
veine , avec tant de rapidité, qu'aucun contrafte
ne peut l'empêcher de parvenir à l'ob-,
jet qui l'attire.
Ces deux paffions , regardées dans un certain
point de vûë , peuvent également concourir
à nous rendre malheureux ; tâchons
en confidérant leurs effets , de découvrir s'il
n'y en a point une plus fupportable que
l'autre .
Nous aimons naturellement ce qui nous
flatte ; l'amour exerce fur nous une agréable
tyran1912
MERCURE DE FRANCE.
tyrannie , dont nous craignons de fortir , &
qui jette fur nos idées une ombre fi confufe,
que nous donnons aux chofes differentes
couleurs, fuivant que nos chaînes nous chargent
, plus ou moins .
La haine , au contraire , n'a rien que de
violent & rien que de rébutant ; elle nous
échauffe la bile , fans nous procurer aucun
retour, qui puiffe contribuer à nous faire
adorer cette frénéfie.
Je trouve un homme extrêmement à
plaindre , qui dans les liens d'un amour qui
le captive , ne trouve dans fa femme qu'un
retour de haine implacable : plus fa paffion
prend de nourriture , plus cet objet chéri
redouble d'ingratitude. Que fera - t'il dans
cette extrémité ? Se fervira-t'il de fon autorité
, pour l'obliger à lui rendre amour
pour amour? Non;ce n'eft point là le chemin
des Amans ; la complaiſance vient à fon fecours
; il rampe fous elle ; cette rude épreu
ve lui va donner un coeur , qu'il ne peut
avoir autrement : foibles Amans, vous connoiffez
peu ce fexe trompeur ; plus vous le
flattez , s'il vous hair , plus vous allumez le
feu de la haine , que vous ne nourriffez
qu'autant que vos continuelles affiduités
font d'efforts pour l'éteindre ; n'importe ,
l'Amant dont je vous parle eft aveugle , je
voulois dire , il aime ; l'efpérance d'un plusi
heuSEPTEMBRE.
1743.
1913
heureux avenir l'aiguillonne inceffamment
il voit tous les jours ce dont il prémédite la
conquête. Tantale au milieu des eaux , dang
l'efpérance de contenter fa foif, en tempére
l'ardeur ; lui, de même , touchant du bord des
lévres ce fruit défendu , que l'antipathie de
l'arbre , qui le porte éloigne de lui ; l'efpé
rance d'en pouvoir goûter un jour, lui rend
fa tranquillité. Si fes travaux font infruc
tueux , m'objectera- t'on ? qu'il fe guériffe.
Non , c'est un Amant paffionné ; il fçait à
n'en point douter , qu'on le hait à la mort ,
mais il fçait qu'on peut changer ; nouveaux
feux au bucher , nouvel aveuglément ; courage,
moitié chérie ; mettez le comble à votre
haine ; faites pis ; montrez- vous femme ;
vous êtes aimée ; on fe flatte ; en faut - il
davantage pour balancer le chagrin que
vous caufez , avec l'efpérance que votre
changement , qui vous eft fi naturel ; donne
à l'esclave que vous tenez malgré lui fous
votre joug ?
-
Une femme , foumife par les Loix à
vivre avec un homme , qu'elle hait avec
autant d'opiniâtreté , qu'elle eft aimée avec
tranfport , eft elle à plaindre ? Oui , fans
doute ; comme elle eſt extrême en tout , fa
haine outrée ne lui permet point de modérer
fon mal , par la tranquillité d'ame que
l'amour de fon mari lui préfente fans ceffe
devant
1914 MERCURE DE FRANCE .
devant les yeux. Plus je vois l'un modérể
dans fon empreffement , attendant un heureux
moment , qui lui rende fa femme , plus
je vois l'autre habile à fe tranſporter dans un
avenir chimérique , où fa rage , à fon dernier
période , lui fait confidérer fon mari
mourant, fe repaiffant à peine du plaifir , que
la vûë de cet objet lui fait reffentir ; elle a
beau dépenfer en imagination , elle ne trouvera
que ce faux fuyant pour parvenir à fon
bonheur ; fauxfuyant qui la tyrannife , par
le terrible éloignement qu'il lui fait enviſager
. Toujours préoccupée du plaifir de haïr ,
uniquement pour hair ,elle éternife fon malheur
dans le chagrin que lui caufe cette
aveugle conftance , avec laquelle fon mari
ou plûtôt fon Amant , fouffre tous les excès
d'averfion je la trouve continuellement
occupée à chercher le fécret de fe faire haïr,
mais envain , toujours chérie , toujours adorée,
elle rencontre à chaque pas un contrafte
, qui combat un contrafte ; fortie de fon
affiette, elle n'y rentre que pour détefter, ou
fa vie , ou celle de celui qui la lui rend in--
fupportable. D'où je conclus, que c'eft la femme
qui eft la plus à plaindre .
Je fuis , Monfieur , & c.
A Roien, le 26.Juillet 1743-
LES
SEPTEMBRE. 1743. 1915
૨૬ ૨૫ ૨૨૨ ૩૬ ૨૬ ૨૯ ૩૯ ૨૯ ૨૬ ૨૪ ૨૨૬
36 30
LES DEUX PIERRES
ET LE BATIMENT.
FABLE.
LEpoffeffeur d'un héritage
Faifoit conftruire un Bâtiment :
Il s'y prenoit ; voici comment.
Un Architecte expert conduifoit tout l'Ouvrage
Soins , travaux affidus , étoient mis en ufage ;
L'exacte régularité ,
Le bon goût , la commodité ;
Le plan étoit exact en toutes les parties :
Sur un même deffein deux Pierres afforties
Furent mifes à
A l'écart :
part
Elles devoient fervir à la porte d'entrée
Ou de jambage , ou de ſupport ;
L'une d'elles , toute éplorée ,
Plaignoit la rigueur de fon fort ;
Sa Compagne étonnée en demande la caufe.
Hélas ! eft- il befoin , ma foeur , que je l'expofe ?
Lui dit-elle ; tu vois notre honteux emploi ;
Ne dois-tu pas me plaindre & gémir comme moi?
Nos foeurs deffous ces toits pompeux & reſpectab'es
Occu1916
MERCURE DE FRANCE.
Occupent pour toujours des places honorables ,
Et le fort nous condamne à l'emploi le plus bas ;
Peux-tu voir ce partage & ne t'affliger pas ?
Ne nous tira-t'on pas de la même carriere ?
Eh ! pourquoi de mes foeurs me vois - je la derniere ?
Que dis-je ! de mes foeurs ! .... ce légitime nom
Offenſe leur orgueil , & n'eſt plus de ſaiſon.
Mon état , reprit l'autre , & mon fort et le même
Je reffens , comme vous , la différence extrême
Que le hazard a mis entre nos foeurs & nous ,
Mais dois-je pour cela m'affliger comme vous T
Leur place , je l'avouë , eſt la place honorable ,
La nôtre eft moins brillante , & n'eſt pas moins durable
:
i
:
Les orages , le vent , la pluye & les frimats ,
Non plus que nous , ma foeur , ne les épargnent
pas.
Le foleil , comme à nous , leur cache fa lumiére ,
Puis des mêmes rayons enfuite il nous éclaire ,
Et leur état enfin , plus beau , plus ſpécieux ,
Brille plus que le nôtre , & n'eft pas plus heureux :
Ceci pent s'adreffer aux hommes 3
Ici bas, tous tant que nous fommes
Nous nous portons envie & ne ceffons jamais
De former d'injuftes fouhaits ;
La cupidité nous dévore ;
'C'eft le motif de nos travaux.
Nos voeux font-ils comblés ? nous défirons encore.
Con1
1917 SEPTEMBRE. 1743.
Concluons que tout homme eft l'Auteur de fès
maux.
N
Ous fommes aujourd'hui en état de
rendre
compte au Public
de la nouvelle
Bible , que nous lui avons annoncée
dans notre précédent
Journal
. C'eſt avec
plaifir
que nous entrerons
dans un détail
où nous n'avons
pû entrer
alors , n'ayant
point vûpar nous-mêmes
l'Ouvrage
en quef
tion , & n'en pouvant
parler que fur la fơi
du Profpectus
, qui l'annonçoit
.
1
Cette Bible eft dédiée à M. le Duc
d'Orléans , par une Epître dédicatoire ,
dans laquelle on donne & à l'ancienne verfion
Latine de l'Ecriture , & à l'Augufte
Prince , au nom duquel elle eft confacrée ,
les éloges que l'un & l'autre méritent . Cette
verfion fi refpectable par fon antiquité &
par l'ufage que l'Eglife primitive en a fait ,
pour engendrer des enfans à JESUS-CHRIST,
& pour les inftruire de fes Myftéres , employée
par les anciens Peres , les Tertulliens,
les Cypriens , les Hilaires , les Ambroiſes ,
les Auguftins , pour la défenſe de ſes Dogmes
, contre ceux qui les ont attaqués ; cette
verfion , dis - je , méritoit en renaiſſant ,
de paroître fous les aufpices d'un grand
nom . Et àqui convenoit - il mieux , dit D.
Sab1918
MERCURE DE FRANCE.
Sabbathier, d'offrir & de dédier ces Oracles
facrés du Saint- Efprit , qu'à un Prince qui
en fait le jour & la nuit fes chaftes délices ,
& dont l'occupation continuelle, eft de méditer
ces Saints Livres , pour en faire la régle
de fa conduite ?
A la tête de l'Ouvrage , eft une Préface ,
divifée en trois parties. Dans la premiére ,
on traite des anciennes verfions Latines de
l'Ecriture : dans la feconde , on indique les
fources , où l'on a puifé les reftes & les
débris de ces anciennes verfions : enfin
dans la troifiéme , après avoir rendu aux
Sçavans , qui font entrés dans la même carriere
, la juftice qui leur eft duë , on dévelope
l'ordre , le plan de cette nouvelle Edition
, le fuccès des recherches qu'on a faites ,
& c. Arrêtons - nous un peu fur chacune de
ces parties.
L'Auteur commence la premiére , par faire
valoir les avantages des Traductions ,
pour l'intelligence de l'Ecriture. Mais auffitôt
, craignant qu'on ne l'accufe de les relever
au préjudice de la prééminence du Texte
original , il déclare qu'il eft très-éloigné d'y
vouloir donner atteinte ; qu'il reconnoît la
prérogative des fources fur les ruiffeaux ; il
ajoûte même , que bien loin que les differentes
interprétations nous difpenfent de
recourir aux fources, elles obligent, au contraire
,
SEPTEMBRE. 1743. 1919
traire, d'y avoir recours : ce qui a fait dire à
Saint Auguftin , dans l'endroit où il traite
des avantages des verfions de l'Ecriture, que
la variété de ces Traductions , rend néceffaire
la connoiffance des Langues Grecque &
Hébraïque : Propter diverfitates , ut dictum
eft , Interpretum, illarum Ļinguarum eft cognitio
neceffaria. Après avoir ainfi affuré au
Texte original fon privilége , on croit pou
voir parler des avantages des Traductions
Latines , aufquelles on joint la célébre verfion
Grecque des Septante, parce que c'eft fur
cette verfion Grecque , que toutes les Latines
ont été faites , & qu'on doit comparer
avec elle.
L'autorité de Saint Auguftin , qui dit expreffément
, que les Traductions Latines de
l'Ecriture étoient en fi grand nombre , qu'il
n'étoit pas poffible de les compter , empê
che notre Auteur de fe décider en faveur du
fentiment contraire , vers lequel il paroît
qu'il panche beaucoup . C'est pourquoi , il
ne veut point qu'on preffe trop les paroles
de ce S. Docteur , non plus que celles de S.
Jérôme , qu'il dit avoir befoin d'adouciffement.
Il feroit prefque d'avis , qu'on ne regardât
toutes les differences , qui fe rencon
trent dans les verfions Latines , que comme
des fautes de Copiftes négligens & ignorans,
ou commedes corrections,quelquefois faites
par
1920 MERCURE DE FRANCE.
par des demi Sçavans , d'autre fois par d'ha
biles Gens ; & non pas comme des marques
cettaines , que ce font des Traductions faites
par des Interprétes differens.
Quoiqu'il en foit , parmi ces verſions
latines , il y en a eu une célébre , que les
Peres ont appellée par excellence , la Vulga
te , la Commune , & S. Auguftin , l'Italique.
Ce Saint Docteur lui attribuë deux grandes
qualités pour une Traduction ; fçavoir , l'éxactitude
& la clarté. Qualités , qui apparemment
lui ont mérité le rang diftingué
qu'elle a tenu parmi les verfions Latines
jufqu'à ce que la nouvelle Traduction faite
ce
fur l'Hébreu par S. Jérôme , lui ayant fait
perdre peu à peu fon crédit , elle eft enfin
tombée entièrement en oubli.L'éloignement
& l'obfcurité des premiers fiécles , où elle a
pris naiffance , ne permettent pas d'en fixer
l'époque , ni de découvrir quel en eſt l'Auteur.
Il est toutefois probable , pour ce qui
regarde fa naiffance , que , fielle n'eft pas du
tems même des Apôtres , ou de leurs Difciples
, elle ne peut en être bien éloignée ,
l'Eglife Latine n'ayant pû être long - tems
fans pofféder dans fa Langue le précieux tréfor
des Saintes Ecritures.
Il s'agit aujourd'hui de reffufciter , pour
ainfi dire , cette ancienne verfion. C'est une
entrepriſe difficile. Car , où trouver une
TraSEPTEMBRE
. 1743. 19211
Traduction , qui a ceffé d'être en ufage de- :
puis le fixiéme fiécle ? Comment la diſtinguer
de cette foule d'interprétations Lati
nes , parmi lesquelles elle a eu , à la vérité
autrefois , la prééminence , mais avec lefquelles
elle fe trouve aujourd'hui de niveau
enfevelie dans un pareil oubli ? D. Sabbathier
reconnoît la difficulté de l'entrepriſe ,
& déclare qu'il ne fe flatte point de la récouvrer
en entier , ni dans fa pureté ; qu'il
n'afpire qu'à la pouvoir donner, telle qu'elle
étoit du tems de S. Auguftin & de S. Jérôme
, finon en entier , du moins en bonne
partie ; & autant qu'il nous en refte , tant
dans les anciens Manufcrits & autres Monumens
de l'antiquité , que dans les Ecrits
des Peres de l'Eglife & des Auteurs Eccléfiaftiques
, qui l'ont citée.
Quant à la difficulté de reconnoître &
de diftinguer l'ancienne Italique , confondue
dans un grand nombre d'autres Traduc
tions , D. Sabbathier la léve , en établiſſant
des régles , au moyen defquelles on la connoîtra.
Les deux qualités que S. Auguftin
donne à l'Italique , d'être plus littérale &
plus claire , fervent de premiére régle. On y
en joint plufieurs autres. On prétend qu'il
faut regarder , comme des fragmens de l'an
cienne Italique , tout ce qui eft ciré de l'Ecriture
dans S. Auguftin , au moins la plust
grande
1922 MERCURE DE FRANCE.
7
grande partie ; autrement , il faudroit dire
que ce Saint Docteur n'a pas fuivi les avis
qu'il a donnés aux autres : Itala cateris preferatur
, nam eft verborum tenacior.
Après avoir établi des régles pour diſtinguer
& connoître cette ancienne verfion ;
après avoir levé les difficultés qu'on peut
propofer , D. Sabbathier ajoute que , & malgré
tout cela , il fe trouve quelqu'un qui
s'opiniâtre à foutenir qu'il eft impoffible
de diftinguer l'Italique des autres verſions
il eft libre à chacun de fuivre fon goût ; qu'il
a donné à tous le moyen de fe contenter , en
mettant dans fes Notes toutes les differentes
leçons. Ainfi , celui qui ne voudra
prendre pour l'Italique , celle qui a paru telle
à D. Sabbathier , n'aura qu'à la chercher
lui-même dans les Notes , où il en trouvera
peut-être quelqu'une mêlée parmi les autres
, qui fera l'Italique , à fon avis.
pas
Dans la feconde partie de la Préface , on
indique les fources , dans lefquelles on a
puifé les reftes de l'Italique & des anciennes
verfions. Ces fources font les Manuſcrits ,
les Ecrits des Peres , & autres Monumens
de l'Antiquité , tels que les Breviaires, Miſfels
, &c. Le premier foin de D, Sabbathier
a été de faire une exacte recherche des Manufcrits
de l'Ecriture-Sainte , non - feulement
dans les Bibliothèques de France ,
mais
SEPTEMBRE. 1743 . 1923
mais encore dans celles des Pays Etrangers :
il ne parle ici qu'en général de tous ces Manufcrits
, ayant jugé à propos de le faire
plus au long dans les Avertiffemens , qui
font à la tête des Livres particuliers , ce qui
eft effectivement plus naturel. Mais pour ce
qui eft des Peres , Dom Sabbathier s'étend
beaucoup à cet égard . C'eft principalement
dans leurs Ecrits , & plus sûrement que partout
ailleurs , qu'on doit chercher la meilleure
, la plus ancienne & la plus excellente
Traduction de l'Ecriture-Sainte . D. Sabbathier
eft tellement perfuadé de ceci , qu'il
ajoûte : « Si les Peres n'ont point cité l'Ita-
» lique , s'il faut la chercher ailleurs , que
» dans les Ecrits de tant de Saints & Sça-
» vans Interprêtes de l'Ecriture je ne
» m'embarraffe plus de cette verſion ; la
» cherche qui voudra ; j'abandonne volon-
» tiers ce travail à ceux qui voudront s'en
,
charger , content de recouvrer l'interpré-
" tation des Livres Saints , que les Peres de
» l'Eglife nous ont confervée. » Il ne faut
pas s'étonner après cette déclaration , fi
D. Sabbathier a recueilli, avec tant de foin ,
ce nombre prodigieux de verfets de l'Ecriture
, cités dans les Ouvrages des SS. Peres.
C'eft auffi ce qui reléve beaucoup le prix &
le mérite de fon Ouvrage , & qui doit lui
donner un grand relief.
B On
1924 MERCURE DE FRANCE.
On peut former ici une difficulté fur les
citations de l'Ecriture dans les Peres , qui
eft de conféquefice , car s'ils ont cité de mémoire
, ces citations ne peuvent pas être régardées
comme bien exactes . D. Sabbathier,
pour réfoudre cette difficulté , convient
que les Peres dans quelques - uns de leurs
Ouvrages , comme des Inftructions familiéres
& desDifcours faits fans préparation dans
quelques occafions, ou circonftances imprévûës
, ont pu citer de mémoire ; mais pour
les Ouvrages faits avec foin , dans lesquels
ils expofent la Doctrine de l'Eglife , ou la
défendent contre fes ennemis , on ne peut
douter qu'ils n'ayent cité le Texte de l'Écriture
, avec toute l'exactitude poffible , &
qu'ils n'ayent pris toutes les précautions néceffaires
en la citant, la citant , fans quoi ils auroient
couru rifque de s'attirer des reproches de
la part de ceux , dont ils combattoient les erreurs
; reproches , aufquels les Peres étoient
trop prudens , pour s'expoſer , en ſe fiant à
leur mémoire dans la citation de l'Ecriture.
D. Sabbathier parle enfuite de chaque Pere
en particulier. Il commence par S. Irénée ;
& parcourant les fiécles fuivans , jufqu'à S.
Grégoire - le - Grand , il marque en détail
chaque Livre , chaque Traité des Peres &
autres Auteurs Eccléfiaftiques , dont il a tiré
quelques fragmens de l'ancienne verſion.
On
SEPTEMBRE . 1743 . 1925
On fera peut-être furpris de voir S. Irenée
qui eft un Pere Grec , placé à la tête des Peres
Latins , mais on doit faire attention ,
que la Traduction Latine des Ouvrages de
ce S. Docteur , eft très-ancienne , & que le
Traducteur ne s'eft point donné la peine de
traduire les verfets de l'Ecriture , qui y font
femés , & qu'il les copie de l'ancienne verfion.
Il n'eft pas poffible de fuivre D. Sabbathier
dans tout le détail de cette feconde
partie ; paffons à la troifiéme.
Quoique D. Sabbathier fe foit plaint
( non fans fujet ) de ce que les Latins n'ont
pas eu le même foin que les Grecs , de recueillir
& de conferver à la poftérité les
Traductions de l'Ecriture faites en leur Langue
, il convient cependant que ce travail
n'a pas été entiérement négligé. Le premier,
qui l'ait entrepris , eft Flaminius Nobilius de
Luc , habile Théologien , très - verfé dans
l'Ecriture-Sainte, qui a eu tant de part à l'Edition
de Sixte V. Ce fçavant homme , voulant
fatisfaire les pieux défirs de plufieurs
perfonnes , qui fouhaitoient lire l'Ecriture ,
telle que l'Eglife primitive l'avoit employée
dans fes Inftructions , dans fes Priéres , dans
fes Cérémonies, dans la défenſe de ſes Dogmes
, réfolut de la rechercher dans les Ecrits
des Peres & des anciens Interprêtes , dont il
a réuni & raffemblé tous les lambeaux , &
Bij en
1926 MERCURE DE FRANCE .
en a fait comme une Ecriture à la Mofaïque,
ou de Piéces de rapport. Ainfi , pour me
fervir des termes du célébre Pere Morin
comme un autre Efculape , il a réjoint &
réuni , non les membres difperfés d'Hippolyte
, mais les differens fragmens de l'ancienne
Italique , qui étoient cachés dans
mille endroits , & en a fait un corps , auquel
il a rendu la vie & fon premier éclat . Quelque
louange que mérite le travail de Nobilius
, il s'en faut néanmoins beaucoup , qu'il
lui ait donné la perfection , dont il eft fufceptible
, ce grand homme n'ayant confulté
aucun Manufcrit , & n'ayant pas même recueilli
des Ecrits des Peres , la dixiéme partie
de ce qu'il en pouvoit tirer , & de ce
qu'en a effectivement tiré D. Sabbathier.
Ainfi , Nobilius a laiffé beaucoup de choſes
à faire , c'eft pourquoi differens Auteurs
ont entrepris le même travail ; les uns ont
donné quelques Livres de l'Ecriture , felon
l'ancienne verfion ; d'autres , en ont donné
d'autres. De ce nombre font , D. Martianay,
Thomas Héarnius , Lefevre d'Eftaples , Jofeph
Maria Carus , le Cardinal Thomafius.
Le grand Evêque de Meaux , n'a pas dédaid'entrer
auffi dans cette carriére , mais
D. Sabbathier parle ici en des termes trop
remarquables de cet illuftre Prélat , pour ne
pas rapporter fes paroles en entier,& l'éloge
gné
qu'il
SEPTEMBRE. 1743. 1927
»
»
"
qu'il en fait : « Sous le nom du grand Evêque
de Meaux , dit - il , il n'y a perfonne
qui ne comprenne , fans qu'il foit befoin
»de le nommer , que je ne puis parler d'un
» autre , que du grand , ou plûtôt du trèsgrand
Boffuet. Il ne m'étoit pas permis
» d'omettre ici ce grand Prélat , la gloire &
» l'ornement de la France , qui a rendu de fi
grands fervices à l'Eglife , qu'il mérite
» d'être mis dans le rang des Peres & d'en
»porter le nom. Quoique fon travail , dans
» le genre dont il s'agit ici , ne foit pas
» bien confidérable , on doit faire tant de
» cas de tout ce qui eft forti de la plume de
» cet admirable Ecrivain , que toute pro-
» duction d'un fi excellent génie , pour pe-
" tite qu'elle foit , doit être rapportée avec
»éloge & reconnoiffance . » Nemo non intelligit
doctiffimi Meldenfis Epifcopi , nomine non
alium à me fignificari , quàm magnum , imo
maximum Boffuetium. Nefas certè fuiffet hic
prætermittere tantum Antiftitem, Galliarum decus
& ornamentum , qui præclaris operibus tam.
bene de Ecclefia meritus eft , ut inter Patres ipfe
numerari , & Ecclefia Pater appellari poffit.
Quamvis enim non multum in ifto defudarit
curriculo tanti effe debet quidquid à tam eximio
Scriptore profectum eft , ut nulla tam excellentis
ingeniifactura , ut libet parva , non fit
B iij grato
1928 MERCURE DE FRANCE.
grato animo fufcipienda & honorificè memor
randa.
Jofeph Blanchini , Prêtre de l'Oratoire ,
vient après , mais on lui donne la palme
fur tous
quoiqu'il n'ait encore donné
au Public que le Pfeautier , & peu de choſe
de l'Ancien - Teftament , dans un Volume
, qui eft le premier de fix qu'il fait efpérer.
D. Sabbathier parle de cet Auteur & de
fon Ouvrage , en termes les plus flatteurs
& les plus avantageux. Ce qui fait
également honneur à l'un & à l'autre , &
prouve combien on eft éloigné des fentimens
d'une baffe jaloufie , qui ne fe trouve
que trop fouvent dans les Gens de Lettres ,
furtout ceux , qui travaillent fur une même
matiére . Il eſt vrai , que D. Sabbathier a pu,
fans crainte ,donner les louanges, qu'il a données,
à un Auteur qui a travaillé & qui travaille
encore fur le même fujet que lui , car
quelqu'excellent que foit l'Ouvrage de Jofeph
Blanchini , il ne fera aucun tort à celui
de D. Sabbathier , dans lequel il paroît qu'il
n'y a rien à défirer ; les recherches en font
immenfes. L'ordre , l'arrangement , la difpofition
,font les plus utiles , les plus commodes
, les plus agréables . Quoi de plus commode
en effet & de plus agréable , que de
pouvoir d'un coup d'oeil en lifant l'Ecriture,
voir
SEPTEMBRE . 1743. 1929
voir les differences de notre Vulgate avec
l'ancienne verfion , & toutes les differentes
Leçons qui fe trouvent dans les SS . Peres ?
Tel eft le plan & l'economie de l'Ouvrage
de D. Sabbathier , dans lequel , à côté de
l'ancienne verfion , eft placé le Texte de
notre Vulgate , enforte qu'on peut fans peine
comparer l'une à l'autre . Dans les Notes,
qui font au bas , fe trouvent toutes les differentes
Leçons des anciens Peres fur chaque
Verfet , comparées avec le Grec , & les endroits
d'où elles font tirées , exactement marqués
. On n'entrera pas dans un plus grand
détail , content d'ajoûter , que pour ce qui
regarde l'Imprimeur , le Public aura tour
fujet d'en être fatisfait , pour la beauté du
papier , des caractéres & l'exécution de tout
Ouvrage , & l'Imprimeur , fans doute , fera
lui- même , felon les apparences , fatisfait du
Public , qui ne peut manquer de rechercher
un tel Ouvrage. Il n'y a du moins aucune
Bibliothèque , aucun Cabinet de Curieux ,
où il ne doive avoir place.
B iiij
REMER1930
MERCURE DE FRANCE.
REMER CIMENT
V
à Madame **.
Ous , dont l'efprit & là délicateffe
Charment fans art , féduifent fans foiblefle ;
Vous qui goûtez , au ſein de la douleur,
Un calme heureux , enfant de votre coeur ,
* V ** , dont la main généreuſe
Répand fur moi la faveur précieufe
De vos nombreux & trop riches préfens :
'Agrérez - vous qu'une Mufe novice ,
Qui du talent des Vers ignore l'artifice ,
Pour fa revanche offre des fentimens ?
C'eſt-là tout fon pouvoir , car , en cette Contrée
Où de V ** Minerve a fixé le féjour ,
Elle n'a point obtenu ſon entrée :
Dans les routes du Pinde , elle reſte égarée ;
Comme elle , je fuis le grand jour.
Ainfi , fans pourchaffer Erato la rébelle ,
Et m'attacher aux pas de l'infidelle ,
Au défaut des neuf foeurs , j'invoque l'amitié ,
Ce doux lien des coeurs , dont la fociété
Donne & reçoit , fans nul jaloux partage ,
Les vrais plaisirs à toute heure , à tout âge ,
Et dont on peut cueillir, en l'arriére faifon ,
Les fleurs & les fruits à foiſon.
Par
SEPTEMBRE . 1743 . 1931
Par fon confeil ( ce n'eft que pour la forme )
A vos fouhaits un feul point je réforme.
Pourquoi vouloir enrichir un Mortel ,
Qui fe plairoit à renverser l'Autel
De la Déefle à qui la Gent humaine
Porte fes veux , fins fléchir l'inhumaine ?
J'eftime unbien , qu'accompagne la paix ;
Dont la poffeffion ne me trouble jamais .
Vous feule à qui mon coeur confacre ſa tendreffe ,
Que j'ofe aimer fans indigne foupleffe ,
Qui méritez chés la Poftérité
Qu'on dreffe un Temple à l'Immortalité ;
Pouvez me rendre heureux : à mon ardeur pare
faite
Accordez votre coeur , & ma fortune eft faite.
CREDERE
P ****
CO
EXTRAIT du Mémoire lû à la Séance
publique de Pâques , de l'Académie Royale
des Sciences , fur les Eaux Minérales de
Saint Amand , en Flandre. Par M. Mo-
RAND.
UN
Ne des premiéres époques , qui ait
mis en vogue les Eaux Minérales de
S. Amand , fut la guérifon de l'Archiduc
Léopold , Gouverneur des Pays - bas , vers
Bv Pan1932
MERCURE DE FRANCE.
l'année 1648. Cependant , ce n'eft que depuis
la conquête de la Flandre , par Louis
XIV. qu'elles ont eu une certaine réputation
, & que plufieurs Médecins ont effayé
d'en faire l'hiftoire .
Si on en juge par les morceaux d'Antiquité
, qui fe font préfentés en grand nombre
, dans le voifinage de la principale Fontaine
, lorfqu'on a fouillé la terre , il faut
que cet endroit ait été habité par les Romains.
On y a trouvé des Médailles des Empereurs
Vefpafien & Trajan , un Autel de
Bronze , avec les principaux traits de Remus
& Romulus en relief, une petite Statuë
du Dieu Pan , plufieurs de Cupidon , &
quantité de Fragmens de Vaſes Antiques
faits d'une terre bolaire , fine & rougeâtre ,
telle que celle des Bucaros.
Quoiqu'il en foit de l'origine de ces
Eaux , elles font aujourd'hui fi accréditées
que les Etrangers & les François y vont
également avec confiance , pour être foulagés
de differens maux , qui ont réſiſté aux
remédes ordinaires. Il y a un Hôpital entretenu
par le Roi pour les Soldats , qu'on y
envoye de toutes les Garnifons de la Flandre
& du Hainaut.
Les Eaux de Saint Amand font fituées
dans une Prairie , qui dépend d'une Ferme
de l'Abbaye du même nom , à trois lieuës
de
SEPTEMBRE. 1743.. 1933
de Valenciennes ; c'est dans cet endroit
que la Nature a ouvert fes tréfors falutaires ,.
avec une forte de profufion , car, on y trou--
ve trois efpéces d'Eaux & des Bouës Minérales.
L'Art y a ajoûté les commodités de la
vie , tant pour l'habitation 5 que pour la
promenade , & on fçait de quoi l'Art eft capable
entre les mains des François , quand il
a pour objet la confervation des Citoyens
& pour aigüillon , les regards d'un Princes
bienfaifant.
""
Le voyage que j'ai fait l'année paffée en
Flandre , avec la Maiſon du Roi , m'ayant
donné occafion de faire quelques remarques
fur ces Eaux , je les ai crû affés intéreffantes ,
pour être communiquées à l'Académie.
En examinant d'abord la nature du Sol ,
on obſerve en plufieurs endroits trois lits
de matiéres differentes , dont le premier &
le plus fuperficiel , eft d'une terre noire , le
fecond , d'une efpéce de marne , & le troifiéme,
d'un fable très-fin , qui dans le voifinage
des Eaux , eft mouvant..
La matiére noire du premier lit , fe léve
quelquefois par feuillets , & il s'eft trouvé
de ces feuillets , durs , péfans , & chargés
de parties Métalliques : j'ai rapporté un
échantillon de cette terre , qui a fervi , diton
, a découvrir la premiére Fontaine , lorf
qu'on enjette fur des charbons ardens , elle
B vj s'en1934
MERCURE DE FRANCE.
s'enflâme & répand une odeur de fouphre.
On a rencontré fous ce premier lit , de
vraies marcaffites ; & M. Migniot , qui a
donné un petit Traité de ces Eaux , rapporte,
qu'en caffant de ces marcaffites , on a découvert
dans quelques - unes de la fleur de
fouphre , ramaffée dans des fillons , comme
il en paroît entre les bois de charpente , autour
du Baffin des Eaux d'Aix - la-Chapelle.
Ce fimple expofé annonce , que cette terre
abonde en principes Minéraux ; nous verrons
ce qui en réfulte par rapport aux Eaux ,
dont nous allons confidérer féparément chaque
efpéce.
La principale Fontaine, & la plus anciennement
découverte , s'appelle du Bouillon ,
à caufe des Bouillons , qui s'élèvent preſque
continuellement du fond du Baflin , à la fuperficie
de l'eau .
Le Réſervoir a environ fix pieds de profondeur
, depuis la fuperficie de l'Eau , juf
qu'au fable , qui forme un glacis plus élevé
vers les Bords. Ce fable très-fin , mêlé de
grains noirs & blancs , eft apporté par les
Eaux , qui fortent d'une efpéce de gouffre
& s'élèvent vers la fuperficie , avectant de
force , que fi l'on y plonge une perche fort
groffe & chargée de plomb par un bout ,
elle eft renvoyée avec une viteffe furprenante.
11
SEPTEMBRE. 1743 1935
Il fe fait quelquefois dans ce gouffre ,
des effervefcences extraordinaires ; alors ,
l'eau eft agitée , le glacis eft dérangé , le fable
eft culbuté , & celui du fond amene,avec
les Eaux , des matiéres étrangères , parmi
lefquelles il s'eft trouvé plufieurs fois des
morceaux de bois pétrifié.
Lorfque ces Eaux font tranquilles , elles
font belles & très-limpides : en les confidérant
de la Galerie , qui fait le tour du Réfervoir
; on n'eft pas une minute fans voir les
Bouillons qui partent du fond , qui élévent
à une certaine hauteur de petits tourbillons
de fables , & qui apportent à la fuperficie de
groffes bulles d'air , lefquelles fe diffipent ,
en faifant un peu de bruit .
On découvre encore un autre fpectacle ,
en regardant les Eaux dans quelque endroit,
où elles foient éclairées par un beau jour :
on voit briller à la furface de petites lames ,
que l'on prendroit pour des paillettes d'or
étincelantes , & qui font fans ceffe dans um
mouvement très-vif.
Voilà ce que l'on apperçoit à la fimple
vûë , mais on le doutera bien , que j'ai paffé
à un examen plus approfondi; effectivement
j'ai fait avec ces Eaux toutes fortes d'expériences
, dont je réſerve le détail pour nos
Séances particuliéres.
Je me contente de dire ici , que j'y ai
plongé
1936 MERCURE DE FRANCE.
י
plongé un Thermométre; je les ai pefées; j'en
ai mêlé avec de la noix de galle , du firop
violat , de la teinture de tournefol , des
acides , des alkalis , du lait , j'en ai fait
évaporer jufqu'à ficcité ; j'ai mis les réfidences
à l'épreuve de differentes liqueurs ;
j'ai examiné le fable à part ; j'y ai préfenté
le coûteau aimanté, je l'ai mêlé avec des acides
.
Le réſultat de cet examen , fait avec foin ,
eft que ces Eaux contiennent certainement
une terre très fine , alkaline & abforbente
vraiſemblablement du fouphre , peut - être
du fer , & qu'elles ont effentiellement les
propriétés des Eaux reconnuës fulphureuſes.
Ceux qui en ont écrit , en ont rapporté
des vertus fans nombre ; mais il y a toujours
a rabattre des merveilles , que chaque Auteurs
attribue aux Eaux Minérales , qu'il entreprend
de préconifer.
Il eft , fans contredit , qu'une de leurs
vertus principales , eft contre la gravelle
les maux de reins & les glaires des urines ;;
effectivement , elles en guériffent beaucoup
de malades. Elles font aufli très efficacess
contre les maladies d'obftructions.
-
Mais , il eft fingulier ( & c'eft la faute
des Obfervateurs ) de voir qu'on les donne
pour excellentes, dans des cas où elles réuffiffent
peu , tandis qu'on ne dit pas un mot
des
SEPTEMBRE . 1743 . 1937
des bons effets qu'elles ont réellement en
d'autres cas . Par exemple, elles font vantées
pour les maladies de la peau , & j'avouë que
j'en ai vû très-peu de fuccès : on ne les confeille
point pour les maladies du genre nerveux
, & j'ai vu plufieurs malades s'en bien
trouver.
La feconde Fontaine s'appelle la Fontaine
d'Arras,parce qu'un Evêque d'Arras l'a mife
en crédit par fa guérifon . Comme ces Eaux
ne font pas à découvert , on ne peut voir fi
elles donnent à leur furface les Bouillons
& les brillans , qu'on voit fur celles de la
premiere Fontaine ; elles ne font pas, à beaucoup
près , fi belles que celles du Bouillon ;
leur couleur eft jaune clair.
Elles ont un goût de fouffre très-décidé, &
une odeur défagréable , qui approche fort
de celle que la Poudre à canon laiffe , fitôt
après avoir été enflâmée ; cette odeur fe fait
quelquefois fentir à un quart de lieuë , &
tes vapeurs qui s'élevent de la Fontaine ,
jauniffent & noirciffent même les galons &
les piéces d'argenterie qui y font exposés.
J'en ai fait les mêmes expériences que de
celles du Bouillon , & il en résulte qu'elles.
contiennent de même une Terre alkaline
abforbente , mais qu'elles font plus chaudes,
& que le fouffre y eft bien plus développé
que dans celles du Bouillon..
Elles
1938 MERCURE DE FRANCE.
Elles ont en gros les mêmes propriétés ,
mais comme elles font plus fortes , on n'en
effaye que quand la Fontaine du Bouillon a
échoué quelquefois on mêle enfemble les
Eaux des deux Fontaines ; il y a des malades
à qui elles font infupportables.
Entre l'ancien Baffin de la Fontaine du
Bouillon & celui où elle eſt aujourd'hui , il
y a une Source d'Eau ferruginenfe , qui a été
découverte en 1720. & qui fouffre les mêmes
épreuves que la Royale de Forges.
Enfin près de la Fontaine d'Arras font les
Bouës minérales , dont la vapeur fulphureufe
& l'odeur défagréable fe répandent fort
loin. Ces Bones font délayées dans une Eau,
vrai femblablement la même, que celle de la
Fontaine d'Arras , & qui paroît chargée des
mêmes principes.
Elles font extrêmement vantées pour les
maux de jambes , pour les foibleffes dans les
membres , paralyfies , rhumatifmes , fciatiques
, gonflemens dans les jointures , même
les ankilofes ; mais leur efficacité n'eft en
aucun cas fi démontrée que dans les rétractions
des tendons & des nerfs , à la fuite des
grandes bleffures ; on s'y plonge & on s'y
tient comme dans un Bain.
On voit aisément partout ce que j'ai diɛ
dans ce Mémoire , que les Eaux & les Bonës.
de S. Amand font fulphureufes. Mais comme
SEPTEMBRE . 1743. 1939
me toutes les Eaux Minérales doivent les
principes , dont elles font chargées , aux
Mines qu'elles traverſent , il reſte à déterminer
d'où celles- ci tirent leur fouffre ; des
reflexions fort fimples m'ont porté à croire
que c'eft du Charbon de terre.
Toute la Flandre eft pleine de ce Charbon
, furtout les environs de S. Amand ,
Valenciennes , Condé , Frefne , où eft cette
Pompe curieufe , qui agit par
le moyen du
feu . Partout la terre eft ouverte pour en tirer
le Charbon foffile , communément ар-
pellé de la Houille , & les grands chemins
font noircis des parties fines de ce Charbon,
qu'on voiture de tous côtés .
Ce Charbon eft une espece de Bitume
fec , chargé de beaucoup de parties fulphureuſes
, & je ne doute pas que nos Eaux &
nos Bouës n'en tirent leur qualité Médicinale.
En comparant leurs effets avec les proprietés
du Bitume , on voit que ce que rapportent
les plus anciens Naturaliftes des vertus
du Bitume , s'accorde à merveille avec
celles des Bouës de S. Amand , pendant que
les vertus des Eaux reconnues fulphureufes,
& des Eaux de S. Amand, fe rencontrent les
mêmes. C'est donc le Bitume & le fouffre.
fournis par le Charbon de terre, qui paroiffent
être ici les principes dominans. Mais
ce que je n'avois d'abord faifi que comme
unc
1940 MERCURE DE FRANCE .
une conjecture , eft devenu une démonftration
par un moyen bien fimple. J'ai imaginé
de faire des Bouës artificielles avec du Charbon
de terre & de l'eau , mêlées enfemble .
en confiftence des Bouës Minérales. J'en ai
fait quelques expériences, dont l'évenement
a répondu à mes idées .
,
Nous aurions donc par -là le fubftitut des
Bouës Minérales fulphureufes , qu'on cmploye
ordinairement comme une derniere
reffource dans des maux difficiles , & nous
les aurions à peu de frais , & fans déplacer
les malades .
Cette idée m'a conduit à une autre ,
qui
n'eſt pas encore confirmée par l'expérience ,
mais qui eft fondée fur une analogie raifonnable
. Les Bouës fulphureufes font bonnes
pour réfoudre & amollir ; dans le cas où
il en faudroit de ferrugineufes pour refferrer
& fortifier , je fuis convaincu que nous
en avons d'excellentes à Paris ; on n'a pour
cela qu'à lever les pavés des rues aux bords
des ruiffeaux , on trouvera abondamment
fous ces pavés des boues noires , chargées
d'un fer très-affiné , que les pieds des chevaux
& les roues des voitures laiffent dans
les rues ; les taches que ces bouës font au
drap d'écarlatte , le prouvent de refte.
Voilà deux efpeces de Bouës artificielles ,
dont je donne volontiers le fecret , & tout
m'auSEPTEMBRE.
1743. 1941
m'autorife à croire qu'elles feront fortune ,
à moins qu'elles n'ayent contre elles le défaut
d'être trop communes , & trop faciles à
acquérir ; il nous arrive fouvent de fouler
aux pieds, & quelquefois fans le fçavoir , des
remedes puiffans , aufquels il ne manqueroit,
pour avoir de la réputation, que de venir
de bien loin & de couter cher.
ILparoît depuis peu une ODE SUR L'EDUCATION
, imprimée à Rheims , &
dédiée à M. le Comte LE DANOIS , Marquis
de Joffreville , &c. Lieutenant Général
des armées de S. M. & Gouverneur du Fort
Barcaux .
L'Auteur ( M. l'Abbé DE SAULX , Chanoine
de l'Eglife de Rheims , & Principal
du Collège de l'Univerfité ) l'a compofée
à l'occafion d'un Exercice fur l'Education
qu'a fait depuis peu dans ce Collége M.
François- Jofeph le Danois , Marquis de Joffreville
, Penfionnaire au même Collége
lequel eut tout le fuccès poffible . L'Ode fut
diftribuée à une nombreufe Affemblée , &
fort applaudie. On jugera de fon mérite par
le peu que nous allons en rapporter. En
voici d'abord le commencement.
Toi ,
1942 MERCURE DE FRANCE .
Toi , que le Fils de
Pénelope
Eut
pour
Soutiens
-moi ; que
je
développe
Tes
Oracles
dans
mes
accens
;
Minerve
, ouvre
-moi
tes
maximes
,
Et que
tes préceptes
fublimes
Faffent
la gloire
de mes
Vers
.
Déja
tu dignes
me
conduire
Nouveau
Mentor
, je vais
inftruire
Les
Citoyens
de
l'Univers
.
former tes jeunes ans ,
;
Non , ce n'eft point un vain délire ;
Mes fons intéreffent vos coeurs ;
Mortels , les accords de ma Lyre
Chantent l'ornement de vos moeurs .
C'est toi dont je peins les miracles ,
Education ; Quels Spectacles
Prouvent la grandeur de tes droits t
Effets de ta vertu féconde ,
Tes leçons préparent au Monde
Les vrais Sages & les grands Rois.
Le pouvoir de l'Education paroîtra noblement
exprimé dans la Strophe qui fuit.
Tel au fortir de la Carriére ,
Le Marbre brut fous le cifeau ,
Perd
SEPTEMBRE . 1743 .
1943*
Perd aux yeux fa forme grofliere ,
Et prend un éclat tout nouveau.
Bouchardon le frappe ; il enfante
Une Figure qui m'enchante ;
Je vois l'Image de LOUIS ;
Sans les fecours qui les poliffent ,
Que de mérites s'aviliffent !
Que de talens évanouis !
**
Ajoûtons feulement les deux Strophes de
la fin , pour ne point exceder nos bornes.
O toi , que la gloire environne
Sous les pas des Enfans de Mars ,
Qu'à Prague la fiere Bellonne
Vit affronter tous les hazards ,
LE DANOIS , permets que ma Lyre
Uniffe l'ardeur qui m'inſpire
A la Trompette des Guerriers.
Minerve aujourd'hui , que j'implore ,
N'eft pas moins Pallas qui t'honore ,
Par le tribut de fes Lauriers.
**+
Elle-même de mon hommage
Défigne l'objet à mes yeux ;
C'eſt toi ; tu lui rends ce vrai Sage
JOFFREVILLE , ô nom précieux !
JOFFRE VILL ■ ; cette ame infigne ;
1944 MERCURE DE FRANCE.
Ce Héros * qui fut trouvé digne
De former le coeur de mon Roi.
Héritier d'un fi grand Modéle ,
Des fons de ma Mufe fidéle
L'hommage n'étoit dû qu'à toi.
* M. le Danois , Marquis de Joffreville , Lieute
mant Géneral , fut nommépar LOUIS XIV . Sous-
Gouverneur du Roi.
REPONSE à la Question propofée dans
le Mercure du mois de Juin dernier.
"SCAVOIR lequel des deux Bergers peut croire
s avoir été préferé; de celui que la Bergere cou-
» ronne en arrivant ; ou de celui auquel elle ôte fa
≫ couronne , dont elle fe ceint le front.
Quelque naturelle , & en même tems
quelqu'ingénieufe que paroiffe cette
Queſtion , il ne faut cependant rien moins
que
des des
argumens
bien
folides
pour
en établir
la déciſion ; car fi d'un côté le plaifir de
tenir une couronne de la main de celle qu'on
aime , & la fatisfaction de la recevoir devant
un Rival , femble décider en faveur du
premier , la joye & le contentement dont
eft comblé le fecond , en voyant enlever ſa
couronne par l'objet de fa tendreffe , qui
daigne s'en ceindre la tête , eft une faveur
qui
SEPTEMBRE . 1743. 1945
qui femble pouvoir contre -balancer la premiere.
En une matiére auffi tendre, pour tabler
avec certitude ,il eft à propos,felon moi,
de confulter le coeur , & voir celui pour lequel
il fe déclare le plus ouvertement . Le ,
premier mouvement de la Belle , en les
voyant tous deux , eft d'en couronner un &
de découronner l'autre. C'eft- là un mouvement
du coeur , dont elle n'eft pas maîtreffe ;
la Nature feule agit , & de ce mouvement il
réfulte une déclaration pour le premier ,
qu'on ne peut contredire. En tous fens le
premier eft couronné , & le ſecond perd ſa
couronne ; fi elle la lui prend , ce n'eſt que
pour qu'il fubfifte moins de doute dans fon
choix , & pour que le triomphe de fon Berfoit
plus complet & plus glorieux . ger
Ainfi, tout confidéré,je me déclare pour le
premier,que je penfe préféré, car l'effort de la
Bergere, d'ôter fa couronne de deffus fa tête
& de la mettre fur celle de fon Berger , eft
bien plus grand , que celui de prendre la
couronne du fecond & de s'en ceindre le
front ; ou pour mieux dire, l'efpace eft bien
plus grand d'elle au Berger , que du Berger
à elle.
Par E. Bet. de la Frenaye .
1946 MERCURE DE FRANCE.
5252525252525252:52 52 52 52 52 52 32 :5252525252525252
A M. de la S..... pour le jour de fa Fête.
T Rois Deïtés , dont vous êtes l'image ,
Que fuivent en tous lieux des flots d'adorateurs ,
Ou plûtôt , qu'à l'envi , l'on fert & l'on outrage ,
A qui vous feul rendez un véritable hommage ,
Qui vous comblent auſſi des plus rares faveurs ,
Ces Dieux que l'on nous dit, ne fe raffembler guere
Apollon , l'Amitié , l'Amour ,
Dans le même chemin , & pour la même affaire ,
Se rencontrerent l'autre jour ;
'Amour fut le premier qui rompit le filence ;
Avec un doux fourire il aborde Apollon ,
Bon jour , dit-il , Seigneur de l'Hélicon ,
Peut- on , fans manquer de prudence ,
( Pourfuit- il , d'un ton familier )
yous demander à qui vous portez ce Laurier ?
A qui répart Apollon ; au Mérite ,
Au plus cher de mes nourriffons ,
Qui, fçavant fans orgueil, digne de mes leçons ,
Par de nouveaux efforts m'invite
A le combler de nouveaux dons ;
fa J'ai prévenu la Fête , & je cours au plus vîte
De ce Laurier le couronner
Ce n'eft point un préfent que je vais lui donner ,
C'eſt un tribut dont je m'acquitte ;
Mais
SEPTEMBRE . 1743. 1947
Mais vous , Monfieur le curieux ,
La même liberté nous eft , je crois , permiſe ,
Pour qui ce Mirthe à quel front amoureux
Cette parure a-t'elle été promile ?
Au plus aimable des Mortels ,
Répond l'Amour ; il a mes graces , ma jeuneſſe ;
Il y joint l'air de la ſageſſe ;
Son Portrait près du mien brille fur mes Autels ;
Hymen voudroit l'unir par des noeuds éternels ;
Moi , je les formerois des mains de la tendreffe ;
Dans fon Epouſe enfin trouvant une Maîtreffe ,
Il recevroit de nous des bienfaits mutuels ;
Dans peu de jours auffi l'on célebre fa Fête ;
Ce Mirthe eft le préfent que je crois lui devoir ;
Il a par plus d'une conquête
Sur un Sexe volage affuré mon pouvoir ;
On vint à l'Amitié , fans nul don , leur dit elle ,
Je vais m'offrir à l'un de mes Enfans ;
Il verra l'Amitié , que d'une ardeur fidelle
Il fert depuis fes premiers ans ;
Que puis - je lui donner ? Il a mes ſentimens ;
Eh ! quelle eft cette ame ſi rare ,
Interrompit l'Amour avec empreffement ?
Ce tréfor , que le Ciel avare ,
Aux voeux de l'Univers accorde rarement
C'eſt la S.... répond l'Amitié , quoi ! la S...
Dit l'Amour , ce Mortel , le même à qui je vais
Offrir ce Mirthe pour couronne !
C Celui
1948 MERCURE DE FRANCE.
Celui qui chaque jour mérite mes bienfaits ,
S'écrie auffi Phébus ! la rencontre m'étonne
Lui-même , pourfuit l'Amitié ;
Tout talent , tout p'a fir , toute vertu l'enflâme ;
Partageons les tranfports qui rempliffent fon ame ;
Que fon coeur me foit confié ;
Dans l'art de plaire , Amour , foyez fon guide ,
Mais n'allez pas nous ufurper nos droits ;
Qu'à fon efprit le Dieu des Vers préfide ;
Pour un pareil Eleve , eft - ce affés de nous trois !
M. Darnaud.
25252525252525252
CAUSE PLAIDE'E par les Ecoliers
de Seconde du Collège Royal Dauphin , de
La Compagnie de JESUS , le 5. Juillet 1743 .
UN
SUJET.
N riche Bourgeois d'Allemagne , appellé
Cléonis , pere de Dorante , de
Cliton,d'Arifte & de Bifias, après avoir fait
un Teſtament en faveur de Dorante ,fon fils
aîné, en fait , dans la maladie dont il meurt,
un nouveau , par lequel il déclare ſon héritiere
univerfelle Chrifolie , fon épouſe , à
condition que , pour maintenir fa famille
dans l'éclat , elle remettra fes biens à celuilà
feul de fes quatre fils , dont elle aura le
plus
SEPTEMBRE. 1743. 1949
plus fujet d'être contente , ou qui fera jugé
l'avoir le mieux mérité par fa conduite à
fon égard , fi elle vient à mourir fans avoir
déclaré fes intentions. Cléonis étant mort ,
Dorante , fondé fur le premier Teſtament
de fon pere & fur un léger défaut de formalité
dans le fecond , intente un procès à
fa mere. Le Teftament eft confirmé par un
Arrêt. Cliton fe marie contre la volonté de
Chrifolie, & d'une manière défavantageufe .
Arifte , outré de jaloufie de la prédilection
que fa mere témoigne ouvertement à Bifias,
le cadet de tous, quitte la maifon paternelle ,
va exercer dans une Ville éloignée une
profeffion peu convenable à fa fortune,
& s'obſtine à ne vouloir plus retourner auprès
d'elle pendant qu'elle a vécu , malgré
fes preffantes invitations. Bifias, après avoir
commencé fes Etudes dans un Collége Catholique
, les continue , nonobftant toutes
les repréſentations de fa mere, fous des Profeffeurs
Proteftans. Chrifolie meurt fans en
avoir déclaré aucun pour fon héritier . Il s'agit
de décider quel eft celui qui a le moins
mal rempli les conditions du Teſtament ;
par-là il fera décidé à qui doit être déféré
f'héritage. Voilà le Sujet tel qu'il a été propofé.
Dorante , dans fa plaidoirie , s'eft juftifié
fur les raifons légitimes qui l'avoient enga-
Cij gé
1950 MERCURE DE FRANCE.
gé à intenter ce procès , & fur la maniére
polie, honnête & refpectueufe dont il l'avoit
conduit.Cliton a commencé par détruire
les raifons de Dorante , en faisant voir
qu'il n'avoit aucun droit d'intenter ce procès,
puifqu'il avoit été condamné d'une com
mune voix, & que la maniére même dont il
avoit conduit ce procès , quelque polie ,
quelque honnête & quelque refpectueufe
qu'elle eût été , n'empêchoit pas que fa me
re n'eût très-fort défaprouvé fa conduite.
Après avoir ainfi renversé les deux points
fur lefquels Dorante avoit appuyé fa juſtification
, il a prouvé que fa mere lui avoit
donné fon confentement pour fon mariage,
& que , raifonnable comme elle étoit , elle
n'auroit pas pû ne pas l'approuver, eû égard
aux avantages qui en avoient réfulté ; avantages
infiniment plus eftimables que ceux
de la fortune .
Arifte a foutenu que la caufe de fon éloignement
étoit jufte & légitime , qu'il n'avoit
fait aucun deshonneur à fa famille
par
la profeffion qu'il avoit exercée dans un
Pays éloigné & fous un nom emprunté ,
& enfin qu'il étoit en chemin dans le
tems que fa mere étoit morte. Enfuite il a
fait voir que Chrifolie n'avoit jamais approuvé
le mariage de Cliton, & qu'il devoit
joindre aux avantages de la fortune ceux
qu'il avoit étalés pour fa défenſe, BiSEPTEMBRE.
1743. 1951
Bifias , après avoir dit que la jaloufie ne
pouvoit point juftifier l'équipée d'Arifte ,
qu'on avoit été informé dans fa Patrie de
la profeffion qu'il avoit exercée , & que fon
retour devoit être regardé comme non avenu
par rapport à fa mere , a fondé fa juftification
fur une raifon légitime , felon lui ,
qui l'a engagé à paffer dans ce College Proteftant
, fur ce qu'il n'y avoit fait que fes
Etudes de Belles - Lettres , & fur ce qu'il
avoit reçû de trop bonnes inftructions de fa
mere , pour que fa Religion eût été en
danger.
Dorante a fait voir dans fa réplique, que
Bifias n'avoit point été autorifé à faire ce
coup de tête,c'eft ainfi qu'il le fait regarder;
que quoiqu'il n'ait fait que fes études de Belles
Lettres dans ce College Proteftant,tout a
dû confpirer à lui faire perdre fa Religion ,
& qu'enfin il étoit moralement impoffible
qu'il ne l'eût perduë . Enfuite il a tâché de
refuter dans fa Réplique les objections qu'on
lui avoit faites; c'eft ce que les autres ont auffi
fait de leur mieux, chacun dans fa Réplique .
Mrs Berard , Durand , Rolland , Perrotin ,
qui ont plaidé , le premier , pour Dorante ;
le fecond , pour Cliton ; le troifiéme , pour
Arifte ; le quatrième , pour Bifias , ont parlé
avec une politeffe , une grace & une vivacité
, qui ont fatisfait la nombreufe Affem-
C iij
blée ,
1952 MERCURE DE FRANCE.
blée , qui a honoré de fa préfence cet Exer
cice.
" Les Juges qui ont décidé cette Caufe
font, Mrs Tofcand , Allard & de Maudave ;
le premier , après avoir fait une récapitulation
des griefs que l'on avoit oppofés à
chaque Partie , & des raifons fur lesquelles
chacune avoit appuyé fa juftification , s'eft
déterminé en faveur d'Arifte , fondé fur ce
que les fujets de mécontentement qu'il
avoit donnés , étoient moindres que ceux
qu'avoient donnés les autres . Le ſecond ,
ayant long- tems balancé entre Arifte & Bifias
, fonde fur ce que ce dernier avoit toujours
été chéri de Chrifolie , a demandé un
plus ample informé , dans le deffein de lui
accorder l'héritage , fuppofé que fa Religion.
n'eût rien fouffert du danger auquel il l'avoit
expofée ; le dernier enfin , après avoir
déclaré que l'évidence du danger auquel Bifias
avoit expofé fa foi , regardée du même
eil, qu'il étoit certain que Chrifolie l'avoit
regardée , devoit lui ôter toute eſpérance
, eu égard à l'attachement inviolable
qu'elle avoit toujours eu & toujours temoigné
pour la Religion qu'elle avoit reçûë
de fes peres , & après avoir hélité quelque
tems s'il ne déféreroit point l'héritage aux
fils de Dorante , & de Cliton , qui ne devoient
point être la victime des fautes de
leurs.
SEPTEMBRE. 1743 . 1953
leurs peres , il a infinué qu'il conviendroit
de s'en tenir à la difpofition de la L'oi ; mais
ayant fait attention à la claufe appofée au
premier Teftament de Cléonis , il s'eft déclaré
en faveur d'Arifte , fondé fur ce que
fon départ avoit caufé peu de chagrin à fa
mere ; fur ce que cette profeffion ayant été
exercée dans une Ville éloignée , & fous un
nom emprunté , avoit fait peu de deshonneur
à fa famille , & fur ce qu'il avoit fait
efpérer à fa mere qu'il céderoit enfin à fes
invitations.
A M. NERICAULT DESTOUCHES,
Aufujet de fa Réponſe à un Anonyme , inférée
dans lefecond Volume de Juin, page 1268.
Ourage , Athléte magnanime ;
Avec confiance arme-toi
Contre le fuperbe Anonyme ,
Qui tient fi fort fon quant- à-moi ,
Qui méprife tant notre foi ,
Et qui pour Bayle a tant d'eftime.
Combats ce Sceptique entêté ,
Qui fecondant l'impiété
Du fatal Docteur , qu'il écoute ,.
Ne veut chercher la vérité
Que dans le noir cahos du doute.
-
C iiij Com
1954 MERCURE DE FRANCE.
Combats celui dont la Raifon ,
Excluant un Dieu jufte & bon ,
Lui fubftituë une Puiffance ,
Qui laiffe inconfidé ément
Et le crime fans châtiment ,
Et la Vertu fans récompenfe.
Combats , cher DESTOUCHES , combats
Cet aveugle qui met fa gloire
A nier ce qu'il ne voit pas ;
Mais qui peut - être , fans débats ,
Cederoit bien -tôt la victoire
A ton édifiant fçavoir ,
Et prendroit le parti de croite ,
S'il ne craignoit point de trop voir,
Au refte , l'air de fuffifance
Avec lequel cet Auteur vain
T'objecte ton incompétence ,
Et te renvoye au Brodequin ,
Ne peut jamais , fage DESTOUCHES,
En impofer qu'aux efprits louches
En effet , la Religion ,
Cette regle de notre vie ,
Cette faine Philofophie ,
Qui , feule , à la contagion
Des vices de l'humaine Race
Oppofe un reméde efficace ;
Ce ferme & confolant appui
Du Jufte , lorfque contre lui
La terre entiére ſe déchaîne ;
Ce
SEPTEMBRE . 1743 .
1955
Ce frein falutaire qui gêne
L'Injufte , lorſque tout lui rit ;
Cette Loi fainte , qui profcrit
Jufqu'au moindre défir obfcéne ;
Cette Loi qu'aime un bon Eſprit ;
Qu'un bon coeur accepte fans peine
Ne dédaigne point le fecours
D'un Auteur , par qui fur la Scéne
La Vertu triompha toujours .
F. M. FRIGOT .
aeglier regljen regler regjin region for region for
OBSERVATIONS fur le fecret de
rendre l'eau de la Mer potable , découvert
par M. GAUTIER , Médecin de Nantes.
Lfionnées ,parcellesqu'on trouve dans
Es remarques fuivantes , ont été occa-
,
le Journal de Trévoux ( Avril 1743. pag.
682. ) fur la Préface du Traducteur d'un
Ouvrage intitulé : Expériences Phyfiques , fur
la maniére de rendre l'eau de la Mer potable
, &c. par M. Hales , Docteur en Théologie
& de la Société Royale.
Voici l'endroit qui a fait naître ces obfervations.
« Entr'autres découvertes en ce genre ( il
s'agit du fecret de rendre l'eau de la Mer
» potable ) notre Traducteur s'attache ici à
Cv » celle พ
1956 MERCURE DE FRANCE.
» celle de M. Gautier , Médecin de Nantes,
» & au Mémoire que nous donnâmes fur
» cela en 1717. ( a ) Il réfulte de ce Mémoire,
& de ce qu'on a dit , que M. Gautier
» avoit réuffi à deffaler l'eau de la Mer ra→
» dicalement & à la rendre potable . ( b ) On
» ne fçait que penfer, de ce que l'invention
» de ce Médecin , favorifée d'abord par la
» la Cour , par les Marins & par les Sça-
» vans , n'a point eu de fuite , & eft comme
» morte avec fon Auteur. ( c ) On trouve à
» la fin de cette Préface une Planche , où eft
»la figure du Fourneau & de l'Alembic de
>> M. Gautier,
ל כ
» (d) Que cette invention foit tombée , ce
» n'eft pas une preuve , qu'elle ne foit pas
»réelle & infiniment avantageufe. Il faut
>> quelquefoisautant de tems pour faire paffer
>>une découverte, qu'il en a fallu pour la faire
» éclore. Nous connoiffons des Artiſtes , ac-
» tuellement occupés à faire revivre l'Alem-
» bic de M. Gautier , avec des perfections ,
» dont il pouvoit avoir beſoin pour réuffir
>> pleinement.
33.
( a ) Il eft étonnant que M. Deflandes ,
dans fes Obfervations fur l'eau de la Mer ,
regarde comme impoffible , de la dépouiller
de fon amertume , d'une certaine huile groffiére
, qui fouléve & irrite l'eftomac : du
moins , dit - il , on n'y a pas réuffi jufqu'à
préfent.
SEPTEMBRE. 1743- 1957
préfent. A cette occafion , il parle d'une
Compagnie de Phyficiens , qui s'établit en
Angleterre ,fous Charles II . Cette Compagnie
promettoit une Machine de 33. pouces
de diamètre ; à l'aide de certains ingrédiens
, elle devoit diftiller , en moins de
24. heures, jufqu'à 3 60. pintes d'eau douce.
Ces promeffes , dit M. Deflandes , n'eurent
aucun fuccès , & à peine les Anglois s'en
fouviennent-ils aujourd'hui . Cet Académi
cien ajoûte , que depuis cette tentative , il
s'eft préfenté en France un grand nombre
de curieux , qui ont propofé des Machines ,
pour rendre l'eau de la Mer douce ; qu'il a
été chargé d'examiner plufieurs de ces Machines
, & qu'encore qu'il fut convaincu
qu'elles ne pouvoient être d'aucune utilité "
a tâché cependant de procurer aux Inventeurs,
des récompenfes proportionnées à leur
zéle & à leur bonne volonté.
Il eft facheux pour le Public , que la
Machine de M. Gautier , ait échapé à un
Sçavant , auffi éclairé & auffi favorable aux
Artiftes , que l'eft M. Deflandes , ou qu'il ne
foit pas convaincu de fon utilité. Les promeffes
de cette Compagnie de Phyficiens
Anglois , à la tête de laquelle étoient
Mrs. Fitzgerald & Oglethorpe ; je vais
montrer que M. Gautier les a réalifées de
maniére à mériter , que la France lui donne
C vj
lieu
1958 MERCURE DE FRANCE.
lieu de mettre au jour toutes les perfections
de fa Machine , dont le Public n'a que le
fquéléte.
Si l'expérience que j'ai faite , pouvoit fervir
de preuve à la bonté de la Méthode de
M. Gautier , je dirois qu'en la fuivant , j'ai
rendu potable & ufuelle , une eau factice ,
plus amére , plus âcre , plus bitumineufe ,
plus falée , que celle de la Mer , & que je
l'ai dépouillée de fes mauvaiſes qualités , an
point , qu'elle ne laiffoit pas le moindre déboire
: mais comme le fuccès de l'Opération
de M. Gautier demande des preuves authentiques
, telles que le Procès -verbal , qui
en a été dreffé ; je vais rapporter ce qu'on
trouve dans le Journal Hiſtorique, fur les matiéres
du tems. (Juin 1718. )
ور
" Peu à peu les opérations de l'Art & l'ap
» plication de l'efprit humain , nous déveloperont
les fécrets de la Nature les plus
» cachés. M. Gautier , Médecin de Nantes ,
» a fait depuis peu une découverte , qui ,
>> fans doute , immortalifera fon nom , & fe-
» ra d'une grande utilité à tout le Public
"
›
principalement aux Gens de Marine , qui
» entreprennent de longues navigations ,
» puifqu'elle leur fournira en tout tems &
» en tout lieu , de l'eau douce , pour tous
» les béfoins de l'équipage des Vaiffeaux de
» Guerre, ou Marchands. M. Gautier a trou-
و ر
» γέ
SEPTEMBRE. 1743 . 1959
vé le fecret de rendre l'eau de la Mer auffi
» douce , auffi potable & auffi faine , que
>> l'eau de Fontaine . Par ordre de M. le Duc
» d'Orléans , Régent & du Confeil de Ma-
» rine , en date du 30. Décembre 1716. on
»
לכ
37
prépara les Machines de l'Invention de
» M. Gautier , & au mois de Mai 1717. on
» fit fur le Vaiffeau du Roi , nommé le Tri-
» ton , ( qui étoit à l'Ancre au Port- Louis , à
» l'Orient , en préfence des Commiffaires
» nommés par la Cour ) les premiéres épreu-
» ves de cette furprenante Métamorphofe.
» Elle eut un tel fuccès , qu'en 24. heures
» la Machine ( quoiqu'encore imparfaite )
produifit 324. pintes d'eau douce , méfu-
» re de Paris , entiérement dépouillée de
» l'amertume & âcreté de l'eau falée de la
» Mer. On fit la fupputation des frais qu'a-
» voit coûté cette diftillation ; ils ne mon-
» toient qu'à 15. fols , 11. deniers , enforte
» qu'elle coûtera moins que l'eau de la Sei-
» ne à Paris , qu'on porte à pleins fceaux
» dans les Maiſons . C'eſt ce qu'ont certifié
» M. de Beauregard , Capitaine de Vaiffeau
» du Roi , commandant la Marine du Port-
"
Loüis , & M. de Clairambaut, Commiffai-
» re Général, Ordonnateur de la Marine ,
» par le Procès- verbal , qu'ils en fignérent
» le 11. Juin 1717 .
» MM. de l'Académie Royale desScien-
>> ces ,
1960 MERCURE DE FRANCE.
»ces, à Paris , comme l'a certifié M. de Fon-
» tenelle , Sécretaire perpétuel de cette A-
» cadémie , le 6. Septembre 1717. ont jugé
» que cette Machine étoit nouvelle , fort
ingénieufe , & qu'elle méritoit d'être exé-
» cutée. » On peut voir dans differens Journaux
de 1717. & de 1718. une partie de ce
qui concerne cette Machine : on craindroit
d'être trop long , en rapportant tout ce qui
a été dit à ce fujet.
(b) On concevra peut-être plus aifément ,
comment l'Invention de ce Médecin , favorifée
d'abord par la Cour , par les Marins &
par les Sçavans , n'a point eu de fuite & eft
reftée, comme morte avec fon Auteur ,fi on
lit les remarques fuivantes.
M. Gautier , après avoir conftaté le fuccès
de fa Machine , fe détermina , de l'agrément
de M. le Duc d'Orléans & du Confeil de
Marine , d'aller aux Echelles du Levant , fur
un Vaiffeau du Roi , où il fervit en qualité
de Médecin. Il entreprit ce voyage , afin de
faifir par des expériences réitérées , dans le
cours de fa Navigation , ce point de perfection
, qui anime tous les Arts par fon éloignement
, qui fe refufe fouvent à la fpéculation,
& qu'on ne découvre que par le tâtonnement.
A fon retour , il rendit compte à
.M. le Duc d'Orléans , du fuccès de fes nouvelles
épreuves : il lui ouvrit d'autres prcjets
SEPTEMBRE. 1743. 1961
jets , qu'il efpéroit faire tourner au profit de
la Navigation & de l'intérieur de l'Etat.
M. le Régent l'ayant dédommagé des frais
où l'avoit engagé le défir de porter fa Machine
à fon dernier dégré de perfection ,
l'encouragea à pourfuivre fes autres tentatives
,
lui promettant de le récompenfer en
même tems des découvertes qu'il projettoit
de faire , & de celle qu'il avoit déja faite.
Pendant que M. Gautier s'occupoit fi utilement
, la mort enleva fes efpérances dans
la perfonne de M. le Duc d'Orléans.
"
Alors , dénué de protections capables de
lui procurer la récompenfe , qu'il avoit lieu
d'efpérer , il crût , en attendant une occafion
favorable , qu'il devoit continuer fes
autres recherches : pour cet effet , il fe rendit
à Château-Salins , où il fit diverſes expériences
fur les fels , & fe procura des connoiffances
, qui peuvent fervir à augmenter
confidérablement le bénéfice des Salines
par une nouvelle maniére d'opérer fur leurs
Eaux. Dans le tems qu'il perfectionnoit les
differentes branches de fes opérations , le
Puits falant de Rofiéres devenant inutile , par
le mêlange des eaux douces & falées , il entreprit
de le rétablir . Ces Sources ayant labouré
leurs lits & les ayant confondus , il
fallut obvier aux altérations ultérieures
après les avoir pourſuivies par des excavations
1962 MERCURE DE FRANCE.
tions & par des travaux confidérables. M.
Gautier fortit tellement à fon honneur , &
de cet Ouvrage & des autres dont il fe chargea
, que M. le Duc de Lorraine le fixa en
ce Pays , par une Penfion , & créa en fa faveur
la Charge d'Infpecteur des Sources falantes
de fes Etats , Charge qu'on lui a continuée
en France , depuis que cette Province
a changé de Gouvernement.
On ne trouvera plus furprenant , que le
fecret de rendre l'Eau de la Mer potable ,
découvert par M. Gautier , n'ait point eu de
fuite , fi on confidére qu'étant lié à la Lorraine
par un Emploi , qui lui affure des revenus
fixes , il n'a pu raisonnablement renoncer
aux avantages , que lui ont procurés
fes travaux , pour aller établir l'ufage de fa
Machine & en folliciter la récompenfe . On
fçait combien d'obstacles on a à furmonter ,
quand on entreprend de vaincre des préjugés
univerfels , & de faire paffer des découvertes
, que le Public caractériſe fouvent de
fimples approximations , par le difcrédit ,
où de vaines tentatives ont envelopé certains
objets.
( c ) N'ayant point encore vû la Traduction
de l'Ouvrage de M. Hales , fur la maniére
de rendre l'Eau Marine potable , je ne
fçai fi la Planche , qui eft à la fin de la Préface
, eft jufte ou non ; j'avertis feulement ,
en
SEPTEMBRE. 1743. 1967
en paffant , que dans celle qui a paru , il y a
quelques années , avec les autres Machines
préfentées à l'Académie des Sciences, depuis
fon établiffement , on n'a point faifi l'idée
de M. Gautier , comme je l'ai appris de luimême.
( d ) L'Invention de ce Médecin , eft furtout
du nombre de celles , qu'il eſt difficile
de faire paffer. Jefuppofe , qu'un Négociant
ait la volonté d'établir une pareille Machine
dans un Vaiffeau , en connoîtra - t'il la matiére
, les proportions , le jeu ? Sçaura- t'il
la placer de la façon la plus avantageufe ;
opérer à peu de frais ; parer à tous les accidens
, que l'expérience feule fait connoître ?
Tout ce qui eft compliqué , tout ce qui demande
des foins , dont tout le monde n'eſt
pas capable , ne fe fubftituë , qu'avec peine .
à une pratique fimple , commune , quoiqu'elle
foit à charge. Que cette Invention
foit tombée , ce n'eft donc pas une preuve
qu'elle ne foit pas réelle. & infiniment
avantageufe , comme le remarquent fort
bien les Auteurs des Journaux de Trévoux.
>
Pour faire la fortune de cette Machine ,
pour porter les Marins a en tirer les fervices
qu'on a lieu d'en attendre , il faudroit que
fon Auteur fit imprimer un Ouvrage fur
cette matiére , où fa Méthode fût nettement
dévelopée , où il mit en état de
porter aifément
1964 MERCURE DE FRANCE .
ment dans la manipulation , les perfections,
qui firent réuffir fa Machine en 1717. &
celles qu'il y a ajoûtées pendant fon voyage
fur Mer. Depuis tant d'années , que cette
découverte mûrit entre fes mains , elle eft
portée àun point de perfection , queles Artiftes
, occupés actuellement à la faire revivre
, n'atteindront peut-être pas. Quoiqu'il
en'foit , M. Gautier , eft en état de
compofer
l'Ouvrage , dont il s'agit : fi on l'y déterminoit
, il pourroit en affurer la théorie ,
par des épreuves , qui ne laifferoient rien à.
défirer.
GAUTIER , Chanoine Régulier de la Congré
gation de N. S.
M
A
Nanci , 1743.
R. de Vaſtan , Prévôt des Marchands,
qui vient de mourir , avoit cû la
bonté , non-feulement d'écouter favorablement
la Requête en Vers de l'Auteur , au
fujet de la Capitation ,imprimée dans un des
derniers Mercures , mais il l'avoit pris fous
fa Protection , & vouloit lui procurer quelque
Emploi. C'est ce qui a donné lieu à l'Epître
ci-jointe , que M. de Vaſtan avoit vûë
& trouvé bon qu'elle parût , &c.
D'un autre côté , le même Poëte s'étant
rendu.
SEPTEMBRE. 1743.
1965
rendu M. C. Receveur de la Capitation ,
favorable par la même Requête ; il lui a addreffé
le Remerciment ci - joint , qui paroît
aufli bien tourné comme l'Epître."
A
EPISTRE
A M. de Vaftan.
Ux gens de Cour eft bien fou qui fe fie ;
Seigneur Vaſtan , ¡ifez ; & je parie
Que me plaindrez du tour traître & malin ,
Que fous leur nom m'a joué le deſtin .
Tranquillement , loin des yeux de l'envie ,
Je jou flois d'une paiſible vie ,
Co ten du fort , fier de mes revenus ;
Mes jours , aidés de cent moins quatre écus
Dans les tranfports de mon ame en yvrée ,
Me reprochoient leur trop courte durée.
Grace au Prévôt des Marchands de Paris ,
Ce tems heureux , dont j'ai connu le prix ,
Ce doux plaifir , cette volupté pure ,
N'eft plus bientôt qu'un bonheur en peintures
Ce Magiftrat , je ne fçais trop pourquoi ,
Veut , ce dit-on , m'honorer d'un Emploi ;
Et me tirant de la foule importune
De nos Rimeurs , auprès de la fortune
Faire ma paix & m'y mettre fi bien ,
Qu'à mes défirs il ne refte plus rien.
Vous connoiflez ce Magiftrat , fans doute,
S'il
1966 MERCURE DE FRANCE
S'il fe trouvoit un jour fur votre route ,
(Et sûrement vous vous rencontrerez )
A ces traits-ci vous le reconncîtrez ;
Il a l'oeil fin ; fon regard eft aimable ;
Comme fon air , fon accueil eft affable ;
Sous un dehors modefte & fans éclat ,
En lui , fans peine , on voit l'homme d'Etat.
Four abréger , on dit qu'il vous reffemble ;
C'eft lui donner bien des vertus enfemble.
Quoiqu'il en foit , auprès de lui , Seigneur ,
Faites ma cour ; parlez en ma faveur ;
Obtenez - moi le fuperbe avantage
De demeurer à mon troifiéme étage ,
Où , renfermé dans ines petits Etats ,
Je vis heureux plus que nos Potentats.-
Si , par malheur , j'étois dans l'abondance ,
Tous les befoins , enf ns de l'opulence , >
Viendroient bientô : en foule m'affiéger.
Pour ma vertu quel terrible danger !
Sur fa raiſon c'eſt en vain que l'on compte
En pareil cas ; épargnez - moi la honte
De fuccomber. Je vis , quoique borné ,
Content du peu que le Ciel m'a donné.
Si cependant ce Magiftrat s'entête
A me placer , il feroit mal- honnête
De réfifter , & vis- à-vis de rien ,
De s'opposer à qui nous veut du bien.
C'eft un chagrin qu'il faudra que j'efluye.
Je m'y réfous , Seigneur , & ficrifie
Mor
SEPTEMBRE . 1743 .
1967
Mon petit coin. Non que je fois tenté
D'abandonner ma médiocrité .
Si j'y confens , c'eft que dans cet orage ,
Peut-être on peut fe fauver du naufrage ,
De la bourafque & des écueils divers ,
Qui des mortels diftinguent les travers .
Et puis , Seigneur , s'il faut que je le diſe ,
J'aimerois fort , foit faveur , ou mépriſe ,
Que le deftin prit dans fa belle humeur
Le foin nouveau de renter un Rimeur.
Que je rirois ! L'embarras d'être riche
Occuperoit M. de l'Hémiſtiche .
Pour l'étonner & pour le rendre heureux ,
Laiffez agir le Prévôt généreux
De nos Marchands , & , s'il eft néceffaire ,
Auprès de lui follicitez l'affaire :
Je vous en prie au nom du Dieu du goût.
Vous le ferez ; car fur vous il peut tout.
LEGIR
A M. C. Remerciment.
Mon bon Ami , mon cher M. C ……
De par Phébus , je veux en godinette
Vous appliquer , dût le monde en jafer ,
Sur chaque joue au moins un doux baifer.
Qui le croiroit ! qu'il fut encor en France ,
Dans Paris même , au fein de la Finance ,
Un coeur fi bon , fi digne d'amitié ,
Et
1968 MERCURE DE FRANCE.
1
Et plus que tout ouvert à la pitié ?
Bien eft-il vrai que deffus fes tablettes ,
J'a long-tems eft qu'au nombre des Poëtes ,
Le Dieu du Pinde a mis maints Financiers ,
Que de fa main , il a ceints de lauriers.
Fêtés , courus , vaniés dans les ruelles ,
Leurs heureux Vers font chantés par les Belles
Pour s'amufer , un Courtifan les lit ;
Et quelquefois doucement leur fourit.
Tels Financiers font une rare eſpéce .
Le refte en gros connoît peu 1 Permeffe.
Ennemis nés de l'efprit & du goût ,
Gentils Rimeurs , chés eux n'ont le haut bout.
Faire des Vers , c'eſt preſque faire un crime
A leur avis. Comptez ſur leur eſtime ,
Si vous fçavez l'art d'amafler du bien :
Mais autrement , je ne réponds de rien.
Pour vous , dit -on , fuyant cette manie
Vous chériffez ces Enfans du génie ;
Ces Vers badins dictés par les plaifirs ,
Et faits exprès pour charmer nos loifirs.
J'ai vû le tems qu'un deſtin moins contraire
Me promettoit qu'un jour je pourrois faire
Plus d'un morceau , digne d'être adopté.
Pour Maître alors j'avois la volupté.
Tant de bonheur n'étoit pour un prophane.
Depuis ce tems , noyé dans la chicane ,
Et fans profit devenu Financier ,
Je ne fçais plus que noircir le papier.
L'exSEPTEMBRE.
1743. 1969
L'expreffion fine , légére & vive
M'eft refusée , & la rime rétive ,
Quand par hazard , je tente encor des Vers ,
Rend , malgré moi , ma pensée à l'envers.
Et cependant vous , jadis M. C....
Mais qu'aujourd'hui ma Muſe plus difcrette ,
Par fentiment croit devoir, entre nous ,
Nommer d'un nom plus honnête & plus doux ,
Louant mes Vers , pour prix de mon Epître ,
M'avez d'abord rayé de ce Regiſtre ,
Où tout du long , commis mal apointé ,
J'étois écrit comme un Bourgeois renté.
Vous aimez donc ces faifeurs de Sornettes ,
Faifeurs de riens , de Vers , de Chanſonnettes
Vous les aimez ! Ah ! vous ferez ſauvé ,
Mon cher ami ; les Dieux ont réſervé
Un petit coin dans leur célefte empire
A quiconque aime , ou fçait toucher la Lyre.
Par le même.
DES1970
MERCURE DE FRANCE.
DESCRIPTION de ce qui a été pratiqué
pour fondre en bronze , d'un feuljet , la
Figure Equeftre de Louis XIV . élevée par
la Ville de Paris , dans la Place de Louis-
LE-GRAND , l'an 1699. Ouvrage François
Latin , enrichi de Planches en Tailledouce.
Par M. BOFFRAND , Architecte
du Roi , & de fon Académie Royale d'Architecture
, Premier Ingénieur & Inspecteur
Général des Ponts & Chauffées du Royaume.
I. Vol. in-fol . A Paris , chés Guillaume
Cavelier Pere , rue Saint Jacques ,
M. DCC. XLIII
genre ,
R
Ien n'eft plus curieux dans fon
que le Livre dont on vient de lire le
Titre , lequel contient un détail immenſe ,
fur le fujet en queftion ; fujet noble & inté
reffant par lui - même pour tous les Amateurs
des Beaux Arts.
La Statue Equeftre de Louis XIV. de 21 .
pieds de hauteur , eft le plus grand Ouvrage
, qui ait été fondu en bronze d'un feul
jet ; ce qu'on n'avoit pas encore ofé hazarder.
Celles de Marc - Auréle , à Rome ; de
Côme de Médicis à Florence , d'Henri IV.
fur le Pont-Neuf, à Paris , & de Louis XIII .
dans la Place Royale , ont été fonduës féparément
, aufquelles on peut ajoûter la Statud
SEPTEMBRE . 1743 . 1971
tue Equeftre du Connétable de Montmorenci
, élevée à Chantilli , qui eft encore
moins parfaite , comme étant compofée de
plufieurs morceaux de Cuivre de platinerie.
M. le Moine le fils , habile Sculpteur , fur
l'exemple , jufqu'à préfent unique , de la
Statue Equeftre de Louis XIV. avoit diſpofé
fon Ouvrage, pour fondre d'un feul jet
celle de Louis XV. pour la Place Royale
de la Ville de Bordeaux. Elle a quatorze
pieds fept pouces de hauteur , & quoique
par un accident fatal , plûtôt que par fa
faute , la bronze n'ait rempli que la moitié
de l'Ouvrage , il a heureufement réparé
cet accident , par la hardieffe & l'habileté
de fondre après coup la partie fupérieure ,
en forte que l'une & l'autre fe joignant parfaitement
, ne font qu'un même tout , comme
fi elles avoient été fondues d'un fel jet,
ainfi que le grand Ouvrage, qu'il a pris pour
modéle.
Surquoi , il eft bon de fçavoir , que lorfque
le Sieur le Moine a entrepris la Figure
Equeftre de Louis XV. pour la Ville de
Bordeaux , il y avoit 50. ans , que celle de
LOUIS XIV. pour la Ville de Paris étoit fonduë
: les Mouleurs , les Forgerons & les
Fondeurs , qui y avoient été employés ,
n'étoient plus vivans , & la pratique en auroit
été entièrement perdue , fans les Mé-
Ꭰ moires,
1972 MERCURE DE FRANCE .
moires , & les deffeins communiqués avec
autant de zéle que de fatisfaction , par l'Auteur
du Livre , dont nous rendons compte.
La fculpture de cette Statue Equeftre de
LOUIS XIV. a été faite par François Girardon
, natif de Troyes , célébre Sculpteur ; &
tout ce qui a été pratiqué pour parvenir à la
fonte , a été fait & conduit par Jean-Baltazar
Keller , Suiffe de Nation , homme fort
expérimenté dans tous lesOuvrages de fonte.
M. Boffrand a expliqué dans ce Livre
toutes les opérations néceffaires à cet Ouvrage
, le plus fimplement & le plus
clairement qu'il lui a été poffible , & dans
les termes de l'Art , en fuivant l'ordre de
l'exécution de l'Ouvrage , qui eft le plus
naturel.
Nous n'entrerons point dans le détail de
ces explications , qui font contenuës en 1 2 .
differens Chapitres ; chaque Chapitre eft accompagné
des Figures néceffaires à l'intelligence
du fujet,avecleurs explications,&c.On
trouve partout beaucoup d'ordre , de netteté
, & de quoi s'inftruire agréablement fur
une matiére curieufe d'elle - même , que
l'habileté de l'Auteur atrouvé le moyen de
rendre familliére à un très-grand nombre de
Lecteurs .
Le Sr. Cavelier , à qui le Public eft redevable
de cette belle Edition , a entrepris
une
SEPTEMBRE 1743. 1973
une nouvelle Edition du TRAITE' des Maladies
Vénériennes , de M. Aftruc , traduit en
françois , corrigé & augmenté par l'Auteur ,
4. Vol. in- 12 .
Il a auffi réimprimé l'Hiftoire des Avanturiers
Filibustiers, en 4. Vol. in- 1 2. avec Fig.
L'AMOUR INGRAT ,
Ode Anacréontique.
J'AI 'Ai vû la Reine de Cithére ,
Le coeur déchiré de douleur ,
Pleurer la qualité de Mere ;
Mon Iris caufoit fon malheur.
Cupidon la voyant ſi belle ,
De Vénus crut voir tous les traits ;
Il court fe ranger auprès d'elle ,
Et de-là fait voler fes traits .
+34
D'elle il apprend l'art de contraindre
Les coeurs rébelles à fes feux ;
Et quand fon flambeau va s'éteindre ,
Il le rallume dans fes yeux.
X
Vénus arrive. Ah ! téméraire ,
Dit-elle , d'un ton ménaçant ;
Ingrat tu méconnois ta Mere ;
Rougis-tu d'être mon Enfant ?
Moi , votre Enfant ? Erreur extrême!
Dij Rép.
1974 MERCURE DE FRANCE.
Répond Cupidon à Cipris ;
Je fuis fils de la beauté même ,
Et cette beauté , c'eft Iris.
Par M. ** de Marseille , à Mlle. Janeton *** , de la
mêmeVille.
DISCOURS ACADEMIQUE ,
Surla néceffité & l'utilité de l'expérience , dans
l'Art de la guerre. PRONONCE ' le 12. Janvier
1743. par M. le Chevalier DE LUSSAN
, Ingénieur, Directeur de l'Ecole Militaire
établie à Paris par la permiſſion du Roi,
fous la Protection de Monfeigneur LE DAUPHIN
, à l'Ouverture de fes Conférences publiques
fur LA TACTIQUE ,
CE
E Difcours , qui a été fort applaudi
par une nombreufe & illuftre Affemblé
, fe fait lire avec beaucoup de plaifir
dans l'impreffion qui en a été faite. Tout y
eft fondé ſur la faine raiſon , fur l'Histoire
& fur l'expérience Militaire.
On y fait voir que la Tactique feule peut
inftruire la Jeuneffe à camper une Armée
à la défendre , à l'étendre & à la faire manoeuvrer
dans un ordre , qui la rend tou
jours également formidable , à attaquer une
Place , à en foutenir le fiége , à profiter des
fautes de l'ennemi , à faire ces évolutions &
ces
SEPTEMBRE . 1743 . 1975
ces mouvemens , qui décident fouvent du
fuccès d'une bataille & d'une retraite .
La Tactique , dit M. de Luffan , a cet avantage
fur la théorie , qu'elle rend fes Leçons
vivantes , qu'elle familliariſe l'ame & le
coeur de fes Eléves avec les dangers , qu'elle
en échauffe le courage & l'ardeur , par l'émulation
qui la fuit toujours , qu'elle les
accoûtume à triompher des préjugés , & de
cette terreur naturelle , qu'infpirent l'appareil
& le bruit des Armes , qu'elle forme
leurs mains & leurs pieds aux travaux & aux
combats , & qu'enfin elle les rends furs
d'eux -mêmes , à tous égards , &c.
Céfar , le Grand Prince de Condé , le Vicomte
de Turenne & le Prince Eugéne ,
ajoute M. D.L. ont été les plus fçavans Hommes
de leur fiécle. Croira- t'on que l'étude
du Cabinet en eut fait des Héros , fans cette
expérience , qu'ils avoient acquife au milieu
des Armées & des Batailles ? & confiérent-
ils jamais l'exécution de leurs projets ,
ou de leurs ordres à des Officiers , foit Généraux
ou Subalternes , qu'ils ne connoiffoient
pas pour expérimentés ?
Il faudroit tranfcrire ici ce Difcours entier
, pour en fair voir toute la folidité, &
pour exprimer, en particulier, les fentimens
généreux , & les louables motifs de l'Auteur
, dans le noble exercice de fa Profeffion .
Diij JESUS1976
MERCURE DE FRANCE .
AYAUQUAVDUDUDUDUDUQVAUQUQUNUNU
QUTFIDUQUQUQUQUQUNU
JESUS CHRIST
TRIOMPHANT DE LA MORT.
CANTATILLE en Dialogue pour les Dlles de
l'Enfant JESUS . Par M. l'Abbé Bonvallet
des Broffes. Mife en Mufique , par M.
l'Abbé Marlet , Bénéficier de S. Germain
l'Auxerrois , & exécutée en déclamation &
en chant , le 29. Mai 1743 .
LE THEATRE , décoré par les foins de M. le
Chevalier SERVANDONI , repréfentoit une
Caverne taillée dans le Roc , au milieu de
laquelle paroiffoient le Sépulcre ouvert ,
& la Pierre qui le fermoit , renversée à
côté.
STE . MAGDELEINE, arrivant au Sépulcre avec
les Stes. Femmes , & le trouvant ouvert ,
s'écrie :
STE, MAGDELEINE.
furprise ! O douleur ! ....
allarmes ...
O
.... O mortelles
Le Sépulcre eft ouvert !
· • Mes foins font fuper-
Alus.
On m'a ravi mon Dieu .... Je ne le verrai plus ! ..
Mes jours font deſtinés à d'éternelles larmes.
Trois
SEPTEMBRE . 1743. 1977
Trois des Stes . Femmes.
Cieux ! Quelle main jaloufe a pu nous l'enlever ! ...
Courons : il en eft tems encore :
N'attendons point le retour de l'Aurore.
Non loin d'ici nous devons le trouver.
Choeur des Stes. Femmes.
N'attendons point le retour de l'Aurore .
Courons , volons : il en eft tems encore >
Non loin d'ici nous devons le trouver.
Elles defcendent dans le Sépulcre.
STE. MAGDELEINE.
i
Vous , qui me raviffez le feul bien qui me refte,
De cet Objet chéri ne privez pas mes yeux.
Auteurs d'un complot fi funefte ,
Ah Cruels ! Rendez-moi ce dépôt précieux.
Choeur des Stes. Femmes.
De cet Objet chéri ne privez pas nos yeux.
Rendez-nous , rendez-nous ce dépot précieux.
UN ANGE..
Pourquoi ces plaintes redoublées ?
Pourquoi ces cris douloureux p
Qui cherchez-vous , Amantes défolées ,
Dans les triftes réduits de ce lieu ténébreux ?
Diiij STE :
1978 MERCURE DE FRANCE,
STE. MAGDELEINE.
Soyez fenfible à ma douleur extrême,
On m'a ravi celui que j'aime :
Seigneur , l'avez- vous vû ?
Deux des Stes. Femmes.
Ah ! dites -nous , Seigneur , ce qu'il eſt devenu.
Choeur des Stes. Femmes.
Dites-nous , dites - nous , ce qu'il eft devenu.
UN AUTRE ANGE.
Confolez-vous , & chantez fa victoire .
Il étoit mort ; il vit ; il régne plein de gloire.
CHOEUR D'ANGES .
La mort même fubit fes Loix .
Publiez fa victoire :
Elevez vos voix :
•~~ Chantez ſa gloire. < + 10
CHOEUR DES ANGES , des Stes.
Femmes.
Il étoit mort ; il vit ; il régne plein de gloire.
Triomphe ! Victoire !
La mort même fubit ſes Loix. pot
Célébrons fa gloire
Elevons nos voix. uber .....
TriomSEPTEMBRE
. 1743 . 1979
Triomphe Victoire !
Chantons , publions ſa victoire .
UN ANGE.
O mort! barbare mort ! fous fes piés expirante ,
Tu perds ton aigüillon cruel.
TROIS ANGES.
Formidable autrefois , déformais impuiffante,
Ta Faux étincelante ,
Vainement ménaçante ,
Deviendra le jouet du plus foible mortel.
CHOEUR DES ANGES & des Stes.
Femmes.
Il détruit ton Empire, & ta Faux ménaçante ,
Déformais impuiffante ,
Deviendra le jouet du plus foible mortel.
DEUX ANGES.
>
JESUS prend en ce jour une vie immortelle :
Il ne rentrera plus dans la nuit du Tombeau.
Trois des Stes, Femmes.
Chantons à fon honneur un Cantique nouveau.
Célébrons à jamais une Fête fi belle .
CHOEUR DES ANGES & des Stes.
Femmes.
Chantons à fon honneur un Cantique nouveau.
Célébrons à jamais une Fête fi helle .
D v
UN
1980 MERCURE DE FRANCE.
UN ANGE .
Que Satan de rage frémiffe .
Que fes Anges impurs , de fureur écumans ,
Jettent de longs hurlemens :
Et que tout l'Enfer retentiffe
De leurs affreux rugiffemens.
DEUX DES STES. FEMMES.
Qu'à la Terre le Cie ! s'uniffe ,
Pour bénir des Humains l'ineftimable fort.
Qu'il célébre avec nous le Vainqueur de la mort.
Que l'Univers entier à fa gloire applaudiffe.
CHOEUR D'ANGES.
Béniffons des Humains l'ineftimable fort.
Célébrons avec eux le Vainqueur de la mort.
Que l'Univers entier à fa gloire applaudiffe .
CHOEUR DES ANGES & des Stes.
Femmes.
Célébrons , célébrons le Vainqueur de la mort.
Que l'Univers entier à ſi gloire applaudiffe.
CHOEUR D'ANGE S.
Béniffons des Humains l'ineftimable fort.
Choeur des Stes. Femmes.
Célébrez avec nous le Vainqueur de la mort.
CHOEUR
SEPTEMBRE . 1743. 1981
CHOEUR D'ANGES.
élébrons avec eux le Vainqueur de la mort.
Choeur des Anges des Stes. Femmes.
Célébrons , célébrons le Vainqueur de la mort.
Que l'Univers entier à fa gloire applaudiffe.
Invitation aux Dlles, de L'ENFANT JESUS .
UN ANGE.
Et vous , dans cet heureux jour ,
Noble & pieuſe jeuneffe ,
Signalez- vous , tour- à-tour ,
Par des tranfports d'allégreffe ,
Et par des tranfports d'amour.
Choeur des Dlles. de L'ENFANT JESUS.
Signalons-nous , tour-à - tour ,
Par des tranſports d'allégreffe ,
Et par des tranfports d'amour.
Dvj LET
1982 MERCURE DE FRANCE.
LETTRE d'un Officier du Régiment de
....à M. de la R. pour fervir de Réponse
à celle de M. L. au fujet des Elémens d'Eu
clide.
Ans la route que je fais avec le Régiment
, j'ai vû , Monfieur , le fecond
Mercure du mois de Juin , où j'ai trouvé
page 1414. une Lettre , dans laquelle on
traite fans ménagement, le plus fidèle Compagnon
de mes voyages , que l'on accuſe
d'imprudence & d'erreur ; c'eft Euclide , dont
les Elemens de Géométrie forment le tiers
de ma Bibliothéque ambulante ; je n'ai point
héfité de prendre fur le champ fon parti ,
qui me paroît celui de la vérité , quoique
les armes que je dois employer pour fa défenſe
, ne foient pas fort à mon ufage ; l'empreffement
que j'ai à le fervir , ne m'a
permis de réfléchir plus ferieufement fur
mon peu d'expérience.
pas
Je m'étois toujours perfuadé , qu'il fe
trouvoit des grandeurs , qui rapportées l'une
à l'autre , n'avoient point de meſure
commune , quelque petite que l'on voulut
la choifir , de maniére qu'il reftoit toujours
quelque partie , dont l'une des grandeurs ,
furpaffoit l'autre ; en effet , je faifois attention
,
SEPTEMBRE. 1743. 1983
tion , qu'une certaine longueur , peut être
telle , que l'on ne puiffe jamais la meſurer ,
par exemple , avec la toife & les parties qui
la divifent , puifque la longueur qui feroit
donnée , pourroit avoir une extenfion audelà
d'une toife, d'un pied , d'un pouce, d'une
ligne & des portions aliquotes , par lefquelles
on peut foufdivifer la ligne ; en ce
cas , il me paroiffoit évident , qu'une pareille
grandeur ne fçauroit être exactement mefurée
par la toife & fes parties.
Jufqu'à préfent je n'avois point trouvé
que cette propofition eut été férieufement
conteftée par aucun Géométre ; & quoiqu'elle
ne fe préfente point fans nuages au
premier afpect , en l'examinant de plus près,
elle paroît démontrée par les opérations &
par les calculs.
Le côté d'un quarré avec fa diagonale ,
avoient été toujours mis au rang des grandeurs
incommenfurables entr'elles ; mais un
nouvel Auteur prétend réformer ces idées ,
qu'il trouve abfurdes ; il ſe flatte d'avoir démontré
, que cette incommenfurabilité prétendue
, eft une chimere , imprudemment
adoptée , non-feulement par Defcartes , Malefieux
, Malbranche & Lamy , mais encore
par
les Euclides & les Archimèdes.
Quelque expérience que puiffe avoir M.
Liger , à qui l'on doit ce nouveau fyftême ,
fon
1984 MERCURE DE FRANCE.
fon autorité ne sçauroit m'engager de foufcrir
aveuglément à fa décifion , en condamnant
fur la parole , des Auteurs fi refpectables
; il permet lui - même que l'on voye ,
que l'on examine pour fe convaincre ; & je
profite de la permiffion , de la liberté qu'il
accorde .
Pour fe diffuader que la diagonale foit
incommenfurable au côté du quarré , voici
l'opération que l'Auteur prefcrit. Je l'expliquerai
, comme je l'ai conçûë , fans m'attacher
précisément , à m'énoncer dans les mêmes
termes. Faites un quarré de douze au
côté , que vous diviferez par 144. quarrés
bien tracés , coupez le diagonalement par
moitié , vous aurez deux triangles , contenant
chacun 72. quarrés ; fçavoir , 66. effectifs
, & 12, triangles fur la baſe , égaux à
fix quarrés.
Tracez féparément & de la même maniére
, un quarré de dix-fept au côté, contenant
289. quarrés , pareils à ceux qui divifent le
précédent , en partageant enfuite ce grand
quarré en quatre parties égales , par deux
lignes diagonales , d'un angle à l'autre op
pofé , fi vous ajuftez l'un des triangles du
quarré 144. fur l'une des quatre parties de
celui 289. de maniére que la bafe de ce
triangle foit placée fur la ligne , qui fait le
côtédu grand quarré ; vous verrez par cette
fuSEPTEMBRE
. 1743. 1985
fuperpofition , que ce triangle égalera précifément
, le quart du quarré de 289. &
comme la bafe de ce triangle eft la diagonale
du quarré 144. & qu'elle fe trouve
égale au côté du quarré de 17. il s'enfuitévidemment
, que la diagonale d'un quarré
divifé par douze , eft égale à dix-fept de ces
mêmes parties , & qu'en ajoutant cinq douziémes
au côté d'un quarré , on aura la longueur
de fa diagonale ; enfin , fi on prend
L'autre triangle du quarré 144. pour le placer
de même fur l'une des quatre parties
du grand quarré , on trouvera pour lors
que les deux triangles égalent enfemble la
moitié de ce grand quarré.
Il ne refte qu'une petite difficulté , qui
n'embarraffe pas l'Auteur; c'eft qu'en fupputant
de part & d'autre le nombre des petits
quarrés, l'égalation ne paroît pas jufte ; il fe
trouve un demi quarré de plus , vers le milieu
du grand quarré de 289. Que devient
cette moitié ? Elle s'éclipfe , elle s'évanouit
en deux triangles , dit M. Liger , ainfi l'un
& l'autre triangle du quarré 144. contiennent
72. quarrés en un fens , quand ils font
affemblés pour former leur quarré , mais pofés
de façon, que l'angle droit foit au centre
du quarré de 289. alors chacun de ces triangles
doit contenir de plus , le quart d'un au
tre quarré ; ce qui vient particuliérement ,
dit
1986 MERCURE DE FRANCE.
dit encore M. Liger , de ce que douze diagonales
font égales à dix - fept côtés des
mêmes quarrés , c'eft ainfi , que pour rendre
raifon d'une fuppofition inconcevable , on
donne , comme un principe certain , la queftion
qu'il falloit établir auparavant par des
preuves convaincantes.
Tout l'argument de M. Liger , que je ne
crois pas avoir rendu plus foible , ou moins
fenfible par cette explication , confifte à dire
, que chacun des deux triangles contient
72. quarrés en un fens, mais que pofés d'une
autre maniére , ils renferment un quart de
quarré de plus ;il eft affés fingulier de prétendre
qu'une fuperficie,à laquelle on ne change
rien , contienne réellement plus ou moins
d'étenduë, fuivant le fens dont on veut l'envifager
; le peu de vrai -femblance de cette
prétention fe montre affés d'elle - même ,
fans qu'il foit befoin de l'établir , par des
preuves ; mais fi l'on en demande , il n'eft
pas néceffaire d'en chercher de bien éloignées
; les figures même que M. Liger fait
tracer , peuvent fuffire .
Les deux triangles divifés du quarré 144 .
contiennent l'un & l'autre exactement 72 .
quarrés ; chacun des quatre triangles du
quarré 289. renferme 64. quarrés effectifs ,
16. triangles égaux à huit quarrés ; & de
plus , au fommet de l'angle droit , un autre
petit
SEPTEMBRE. 1743 . 1987
la
petit triangle , qui n'eft que le quart de l'un
de ces quarrés , il eft donc évident par
feule infpection des figures , que l'aire du
triangle faifant la moitié du quarré 144.
n'eſt pas égale à celle du triangle , qui compofe
le quart du quarré 289. puifque le premier
triangle ne renferme précisément que
72. quarrés , & que le fecond en contient
foixante & douze & un quart ; l'un & l'autre
de ces triangles étant rectangles & ifocelles,
il eft abfolument impoffible que leurs contours
foient réciproquement égaux , &
leurs lignes ne fçauroient être de pareille
longueur , puifque l'un renferme plus
d'étendue que l'autre , & peut même le
contenir.
>
J'avouë que l'excès de leur aire , n'étant
fur le tout , que d'un deux cens quatrevingt-
neuvième , il eft comme imperceptible
dans des figures tracées fur le papier
aufquelles on ne peut donner beaucoup
d'efpace ; mais fi l'on formoit fur le terrain
des quarrés d'un étendue confidérable , cette
difference feroit alors bien fenfible ; elle ne
pourroit point , fi facilement , s'évanouir aux
yeux de l'Auteur , qui n'a pas d'ailleurs fait
attention , dans la fuperpofition qu'il faifoit,
que les petits quarrés de chaque figure ne
s'ajuftoient pas les uns fur les autres , mais
qu'ils s'entrecoupoient tous , en un ſens ; &
fai1988
MERCURE DE FRANCE.
faifoient des arrangemens differens, dont la
combinaiſon formoit une autre contenuë, &
ménageoit dans la plus grande de ces figures,
une place au fommet de l'angle droit , pour
le quart du petit quarré ; je conviendrai cependant
, que l'on pourroit en quelques
opérations méchaniques,fe fervir des obfervations
de M. Liger ; mais il eft néceffaire
que les commençans n'ignorent pas , que
l'exactitude géométrique ne fe trouve point
dans fa preuve , & par conféquent , qu'il
n'a pas fait voir la jufte proportion entre la
diagonale & le côté d'un quarré , qui paſſeront
encore pour être actuellement incom
menfurables.
Je fuis , &c.
A Villefranche , en Beaujolais , le 16. Août
1743.
V
APOSEPTEMBRE.
1743. 1989
APOTHE'OSE
D'un fiflet , par M. P.... D. M.
L'Auteur, étant un foir avec des Dames dans le Jardin
du Palais Royal , s'amuſoit à tirer des fons
d'un fifflet de verre ; un Suiffe vint le lui arracher
, & le brifa , en lui difant , apprenez qu'on
fe promeneici , & qu'on n'yfiffle pas.
O vous ! fçavantes foeurs , dont la douce harmonie
,
Pour attendrir les coeurs a des charmes puiffans
Je veux tracer du mien la douleur infinie ,
Infpirez-moi vos plus triftes accens,
Venge ta gloire qu'on outrage ,
Dieubrillant du facré Vallon.
De tes dards , autrefois funeftes à Python ,
Fais encore un fanglant ufage.
Ce divin inftrument , dont tu fis mon partage ,
Jadis fi cher à ce docte Thébain
Hélas ! une profane main
;
Vient de m'ôter l'eſpoir d'en joüir davantage.
Pour exciter ton bras à fervir mon dépit ,
De fon fort pitoyable écoûte le récit.
Affis fous les rameaux d'un aimable Bocage ,
Au Palais d'un Héros , iffu du fang des Dieux ,
Eclairé
1990 MERCURE DE FRANCE .
Eclairé du flambeau , qui brille dans les Cieux ,
Lorſqu'au travers des Flots tu te fais un paffage
Par mes charmans accords je troublois le repos
Qu'une tranquille nuit redonnoit aux échos.
Déja de mon fifflet l'harmonieux murmure ,
Dans cet heureux féjour enchantoit la Nature ;
L'Air devenoit plus pur , & le Dieu des Bergers ,
Pour le mieux écouter , fortoit de fes Vergers ,
Lorfque d'un inconnu la figure ennemie ,
Vint par ces mots affreux en troubler l'harmonie ,
en même tems horriblement ouverts
Lançant fur moi des regards de travers .
Ses
yeux
Oh ! vous , mortel trop téméraire ,
Apprenez de la part d'un des Dieux de la terre ,
« Qu'on fe proméne ici , mais qu'on n'y fiffle pas . » τι
>
Il dit , & d'une main qu'eût dû punir la foudre
Il me prend mon fifflet & le réduit en poudre.
Ciel que devins-je alors ? Refpect fatal , hélas !
Il me fallut céder à ta rigueur ext ême.
J'en accufai les Dieux , je m'accufai moi- même ;
Par mes profonds foupirs j'exhalai mes douleurs.
Hélas ! ce feul récit m'arrache encor des pleurs ;
Et puifque dans mes maux le feul bien qui me reſte,
Eft de mon cher fifflet le fouvenir funefte ,
Ah ! Mufes , par vos plus beaux Vers
De mes regrets inftruifez l'Univers .
Mais , eft-ce vous , qui vous faites entendre ,
Dieu puiffant , qui regnez dans le docte féjour ?
C'eft lui même , il daigne en ce jour
M'anSEPTEMBRE.
1743 .
1991 .
M'annoncer un bonheur qui ne fe peut comprendre.
Voici ce qu'en deux mots le Dieu vient de m'apprendre.
Ne laifle plus couler de larmes de tes yeux ;
Par l'effet d'un pouvoir , qui n'appartient qu'au
Dieux ,
De ton divin Sifflet le fort eft magnifique .
Tout entier dans les mains du Vainqueur des
Titans ,
Il pénétre le Ciel de fes fons éclatans
Quand ce Dieu veut fiffler fon domestique,
De fon Agent la figure ironique
Te féduit & te le rayit .
Fais fuccéder l'allégreffe au dépit ;
De ton divin Sifflet le fort eft magnifique .
***X* X * X* X *X*X*3 +
LETTRE de M. B ** , à M.... au
fujet du Livre intitulé La Chronologie
& la Topographie du nouveau Bréviaire de
Paris,
P
Ermettez , s'il vous plaît , Monfieur ,
que je réponde ici à quelques nouvelles
Remarques qui vous ont été adreffées au fujet
du Livre que j'ai intitulé, la Chronologie &la
Topographie du nouveau Bréviaire de Paris,
lefquelles Remarques j'ai vû inférées dans le
Mercure , au fecond Volume du mois de
Juir
1992 MERCURE DE FRANCE.
Juin dernier. Mon deffein n'étant pas d'entrer
dans des Differtations prefque toujours
ennuyeuſes & fouvent inutiles , je me bornerai
à une explication courte & générale ,
fans qu'il foit befoin de m'étendre en particulier
fur chacun des articles attaqués par
l'Auteur des Remarques en queſtion .
Je viens donc d'abord au reproche qu'on
me fait de m'être trompé en quelques endroits
de mon Ouvrage , pour m'être trop
facilement appuyé fur la foi des Bréviaires
fur lefquels je travaillois , & d'avoir adopté
avec eux certains faits , que l'on prétend
être faux, ou du moins fort incertains . Pour
me juftifier fur ce chef , l'un de ceux qu'on
m'oppofe le plus fréquemment , je déclare
que je n'ai point eû intention de réformer
les Bréviaires. Abandonnant ce foin à d'autres
, ou plus habiles, ou peut-être plus hardis
que moi , & laiffant ces Bréviaires tels
qu'on les a reçû de la main des illuftres Prélats
par l'autorité defquels ils ont été publiés
, je n'ai fait que les fuivre pié à pié ,
fans y rien changerde ce qui appartenoit au
fond. Dans ce point de vue , auquel j'ai crû
me devoir arrêter , je ne me fuis nullement
engagé dans une difcuffion de faits , que j'avois
lieu de regarder comme étrangere au
fujet , & que je reconnoiffois exceder les
bornes de ma compétence . En un mot , mon
Livre
SEPTEMBRE. 1743 . 1993
Livre n'eft point la Critique du Bréviaire
& je ne le donne que comme renfermant
un détail abregé des faits & des Lieux exprimés
dans les Légendes & dans les Canons.
Tout ceci fuppofé , c'eft fans fondement
qu'on voudroit me rendre refponfable des
erreurs , réelles ou prétendues , qui fe trouveroient
dans l'expofé de quelques faits fur
lefquels les fentimens font partagés , lorfque
ces faits font clairement énoncés dans
les Bréviaires. J'en parle de la même maniére
qu'ils en ont parlé eux-mêmes . Quand ils
fe feroient trompés , ce n'eft plus mon affaire
; je n'en fuis que l'interpréte & l'organe
, & non le réformateur . Qu'on ne demande
donc plus pourquoi j'ai mis , fans
néanmoins l'affurer , la fépulture de faint
Agnan , Evêque d'Orleans , dans l'Eglife de
S. Laurent de la même Ville ( page 42. )
pourquoi ( page 86. ) j'ai fixé vers l'an 1200.
la Tranflation du Corps de S. Marcel , Evêque
de Paris , de fon Eglife du Fauxbourg
dans la Cathédrale de Notre-Dame ; pourquoi
( page 437. ) j'ai fait mention des Reliques
de S. Urfin , Evêque de Bourges ,
comme étant confervées dans la Cathédrale
de Lifieux ; pourquoi enfin ( page 415. )
j'ai donné l'Eglife des Dominicains , ou Jacobins
d'Evreux , pour la premiere du
Royaume
4994 MERCURE DE FRANCE.
Royaume qui ait porté le nom de S. Louis.
A toutes ces queftions , & autres femblables
qu'on pourroit former ,je n'ai autre
chofe à répondre finon , que tel eft le contenu
des Bréviaires. En m'en tenant à ces
termes , j'ai , fur le point dont il s'agit , entierement
rempli de mon objet , & je ne
vois pas qu'on puiffe raiſonnablement rien
mettre au-delà fur mon compte.
*
A l'égard d'un très petit nombre d'autres.
faits conteſtés, qui ne feroient pas
fi nettement
exprimés dans nos Bréviaires , je puis
affurer que je ne les ai point inventés moimême.
Quand j'ai fait S. Maur Difciple de
S. Benoît ( page 51. ) je me fuis conformé
finon à la lettre , du moins à ce qui m'a parû
être l'efprit du Bréviaire de Paris , &
l'opinion à laquelle je me fuis arrêté , eſt
celle qu'il infinue avoir été en vigueur durant
plufieurs fiécles. S'il n'eût pas incliné
de ce côté-là , qu'étoit-il befoin qu'il rappellât
ce qui auroit été crû fauffement ? S'il
eût été d'un fentiment oppofé à cette croyance
,
il n'auroit pas manqué , fans doute , de
la qualifier de fauffe ; s'il l'eût feulement
regardée comme incertaine , il auroit été
plus court & plus à propos de n'en faire aucune
mention. Ce raifonnement me paroît
convaincant.
Le Corps de S. Urain apporté du Dio,
cèſe
SEPTEMBRE . 1743. 1995
cèle de Nevers à Jergeau ( page 92. ) eft un
autre fait emprunté de M. Baillet. Je conviens
de mon Auteur. Au refte , ſi le fçavant
Ecrivain a parû mal informé à notre
Obfervateur touchant le Lieu de Nivernois
où les Reliques du Saint furent en dépôt ,
ce dernier devoit bien , ce ſemble , en produire
quelque preuve . C'eft dommage que
M. Baillet ne foit plus en état d'expofer les
fiennes ; on en jugeroit peut-être alors tout
autrement.
Le Concile de Vernon fur Seine , n'eſt
point non plus un Concile que j'aye fuppofé
( page 154. ) En mettant à Vernon le
Concilium Vernenfe de l'an 755. j'ai fuivi le
P. Labbe , Auteur de la fameufe Collection
des Conciles ; j'ai fuivi M. Fleury , dans
fon Hiftoire Eccléfiaftique: j'ai fuivi , en un
mot , une opinion très-autorisée entre celles
qui paffent pour communément reçûës.
En tout ce que ci-deffus , je ne fçache point
avoir rien avancé de mon chef , & je m'en
fuis rapporté aux Auteurs que je viens de
citer , ne me croyant pas plus habile qu'eux .
Si quelquefois j'appelle Ville , Bourg ,
Village , ce que d'autres nomment autrement
, c'eft que , n'étant pas facile d'établir
au jufte la difference entre une petite Ville
& un gros Bourg , entre un chetif Bourg
& un Village confidérable , il eft en quel-
E
que
1996 MERCURE DE FRANCE.
que forte permis à chacun d'en parler felon
l'idée qu'il s'en forme . Ainfi Brinon , qui
ne m'a parû qu'un gros Bourg, ( page 201. )
pourra être appellé Ville par qui le voudra,
fans que j'y trouve à redire , pourvû qu'on
n'en falle pas une des grandes Villes du
Royaume. A l'égard d'Epaone , qui ne fubfifte
plus depuis long-tems , je ne l'ai décoré
du nom de Ville qu'après le Dictionnaire
de Trévoux & quelques autres . Pour ce qui
eft du Lieu appellé Yenne , qu'on fuppofe.
avoir été fubftitué à l'ancienne Epaone , je
conviens que ce n'eft qu'un Village , & on
ne trouvera point que je lui applique le
nom de Ville . Voyez ces deux derniers endroits
, page 227. Paffons à d'autres chefs .
De trois ou quatre Endroits fur la fituation
defquels on m'accufe de méprife , on
peut , fans aucun fcrupule , en rabattre près
de la moitié. Quoiqu'en dife notre Obfervateur
, je ne vois point que le Village de
Bouy , dont je parle , page 370. foit du Nivernois,
comme il le prétend. Pour moi , je
ne l'ai jamais vû ailleurs que dans la Bourgogne
, au Diocèfe d'Auxerre. M. Chaſtelain
dans fon Martyrologe , le met pofitivement
dans l'Auxerrois , & il y attache le
Martyre de S. Peregrin , Evêque d'Auxer
re. M. Baillet , dans la Vie du faint Prélat
paroît fort approcher de ce fentiment , & je
n'apperçois
SEPTEMBRE. 1743. 1997
n'apperçois
nulle part rien de contraire. Je
ne fçais donc fur quoi eftfondée la plaifante
bévue qu'on m'impute en me faifant placer
le Nivernois dans la Bourgogne
; le mécompte
ne feroit-il point plutôt du côté de
l'Obfervateur
, qui place dans le Nivernois
un Village que les autres mettent dans l'Auxerrois
, & par conféquent
dans la Bourgogne
? Et ne feroit- ce point plutôt lui , qui
renfermant
la Bourgogne dans le Nivernois, auroit une Carte fort differente des Cartes
ordinaires ?
Si le Lieu appellé Vouillé ou Voulon , dont,
pour le dire en paffant , je ne fais qu'un même
Lieu , n'eft pas tout-à-fait fur le Clain ,
où je l'ai pofé , page 466. il faut convenir
qu'il en eft au moins bien proche ; on peut
confulter la Carte du Poitou . Je n'inſiſte pas
fur le doute leger de l'Obfervateur touchant
l'existence du Lieu dit en Latin Vocladum ;
je craindrois de perdre inutilement le tems .
Il ne refte donc proprement que deux Endroits
à réformer par rapport à leur fituation.
Le premier eft Sancy , Village près de
Soiffons , qui doit être mis au Nord - Eft de
cette Ville, & non au Sud - Oüeft, page 306 .
Le ſecond, eft la Riviere de Charentone , que
j'avouë être mieux nommée Carentone.Quoique
l'Obfervateur convienne qu'autrefois
cette Riviere prenoit fa fource dans le Dio-
E ij
cèfe
1998 MERCURE DE FRANCE.
çèſe de Sèes, on lui accorde volontiers qu'e'
le n'y coule plus maintenant . Il faut la ma
quer (page 378 , ) vers le Diocèfe de Lifieux
qu'elle fépare de celui d'Evreux . Tout cec .
eft peu de chofe , eû égard à la quantité
de Lieux renfermés dans notre Topographie.
Que le Mont Faune & le Mont Phene de
la page 428. ne foient qu'une feule & même
Montagne ou Colline , à la bonne heure ,
j'y foufcris de bon gré ; après tout , l'inconvénient
n'eft pas grand d'en avoir parlé
en deux articles féparés , tous les faits qui
ont rapport à cet unique Lieu , fe retrouvant
indiqués fous l'un ou fous l'autre des deux
noms.
Voici encore un nouveau grief. On auroit
voulu qu'en parlant du Village de Sceaux
(page 306. ) j'euffe averti que fon nom Latin
n'eft point Salix, mais Cella &
c'eft una
que
faute dans le Bréviaire de Paris ,lorfqu'on lui
donne le premier nom. Mais encore une
fois je n'ai point entrepris de corriger le
Bréviaire. D'ailleurs , la nouvelle découverte
ne m'a point parû d'abord fuffifamment autorifée
. Je penferois même encore que le
nom de Sceaux feroit mieux formé du mot
Sigilla, qui fignifie véritablement desSceaux,
que du mot Čelia , qui ne défigne rien d'ap
prochant,
On
SEPTEMBR E. 1743 . 1999
On fera enfin étonné de ne point trouver
dans mon Recueil certains noms de Lieux
répandus çà & là dans quelques Légendes ,
mais n'ayant pû découvrir de ces Lieux aucune
notion affurée , quelque foin que j'aye
pris de m'en inftruire , j'ai mieux aimé les
omettre entierement , que d'en parler fut
des conjectures trop hazardées , & peut-être
abfolument fauffes. Au refte , ces fortes de
Lieux ne regardent point le Bréviaire de
Paris , & pour chacun des autres ils fe réduifent
à un très petit nombre.
Voilà , M. les éclairciffemens que j'ai crû
devoir donner , tant par rapport à mon intérêt
particulier , que par rapport au refpect
dû au Public , dont je n'ai eu en vûë dans
mon travail que la feule utilité. Il étoit jufte ,
ce me femble , de fatisfaire tout à la fois à
deux points , qui paroiffent avoir entre eux
une liaiſon naturelle , l'un & l'autre étant
également fondés fur les principes de la
raifon.
Je ne releverai point ici certaines expreffions
peu ménagées , dont l'Auteur des Remarques
s'eft fervi à mon égard. Je n'ai pû
m'empêcher , je l'avoue , d'y entrevoir un
peu trop de paffion . Je ne trouve point mauvais
qu'il ait pris la peine d'examiner
mon Livre , & d'en dire fon avis ; mais
quand il s'y feroit pris d'un ton plus modef-
E iij
te
1
2000 MERCURE DE FRANCE.
du
pour
te & moins rude , la raiſon n'auroit rien percela
de fes droits ; il n'auroit point
non plus lui -même péché contre les régles
du ftyle , & il eût mieux gardé celles de la
charité & de la bienféance.
Au refte , je n'entends pas trop ce qu'il
veut dire , lorfque,felon lui, je ne parois pas
Juffisamment excité à mieux faire la Lettre
Par
qui a parû dans le Mercure , où l'on releve
dit, il , certaines fautes , &c . Pour moi , je ne
fçache point qu'on ait encore vû dans le
Mercure aucune Lettre , ni de moi , ni à
mon fujet , qui ait occafionné quelque jugement
defavantageux à ma docilité ; car pour
la Lettre inférée dans le Volume du mois
de Mai dernier, qui eft la feule que le fubtil
Obfervateur puiffe avoir eû en vûë, on n'y
apperçoit nulle trace de ce qu'il avance.
Quand je n'aurois lû, comme il le veur faire
croire , que le Bréviaire dont j'avois à parler
, les Vies des Saints de M. Baillet , & le
Martyrologe de M. Chaſtelain , n'en auroisje
pas eû prefque affés pour l'exécution de
mon deffein , tel que je l'ai expofé plus haut ?
Qu'il en penfe ce qu'il lui plaira ; je me difpenferai
de faire ici la trop longue & inutile
énumération des autres fources où j'ai puiſé.
Quand il a fallu fuppléer au Bréviaire ,je n'ai
point mis fur fon compte ce que j'ajoutois
de plus ; je ne lui fais donc point dire , comme
SEPTEMBRE. 1743 . 2001
me on me le reproche , plus qu'il ne dit en
'effet . Qui ne voit enfin que la Critique que
l'Obfervateur fait de mon Ouvrage ne peutfe
foutenir,fans retomber directementfur des
Bréviaires autorifés dans cinq grands Diocèfes
du Royaume , & en particulier dans
celui de la Capitale ? Je m'apperçois qu'en
voilà déja trop fur un fujet fur lequel je n'avois
pas deffein de m'étendre.
Je réitere , en finiffant , la promeffe que
j'ai faite ailleurs , de garder un profond filence
fur toutes les Critiques mal appuyées ,
qui pourroient paroître à l'avenir fur un
Ouvrage , auquel je ne me fuis prêté que
dans un efprit de paix .
J'ai l'honneur d'être , &c.
A Paris , le 20. Août 1743 .
E iiij A
2002 MERCURE DE FRANCE.
A MADAME la Marquife d'A....en lui
envoyant un Cadran Solaire , qu'elle devoit
emporter dans une de fes Terres. Par M. G.
d''Ancour.
Que ton fort eft digne d'envie , veUe
Heureux Cadran qui va fuivre Silvie !
Que tes heures pour nous vont couler lentement !
Mais hâte - les pour elle , & que toujours contente
Au milieu des plaiſirs d'une vie innocente ,
Une heure lui femble un moment !
Tu jouiras de fa chere préfence ;
Dans cet agréable fejour ,
Ses beaux yeux , avec complaifance ,
Iront te chercher chaque jour ;
Que tonfort eft digne d'envie ,
Heureux Cadran qui va fuivre Silvie !
Quoi ! ne pourrois - tu pas caufer quelque retard ,
Et reculer un peu l'heure de fon départ ?
Puiffe ce jour être fi fombre ,
Qu'il rende inutile ton ombre !
Mais s'il te fuffifoit de l'éclat de fes yeux ,
S'ils n'avoient que trop de lumière ,
S'ils n'étoient que trop radieux ,
Pour t'éclairer dans ta carrière ,
S'il
SEPTEMBRE. 1743. 2003
S'il faut enfin la voir partir ;
Songe aux rigueurs d'une cruelle abſence ,
s'il fe peut , fais que ton ombre avance
Er,
Le jour heureux qu'elle doit revenir !
ર ર¢ & T ૨૬ ૨૬ ૨૫ ૮ ૨૫ મે ≥ 3 } S
REFLEXIONS fur l'idée de l'Infini.
Left bien difficile de vaincre un préjugé
; c'eft une préoccupation de l'efprit ,
qui fe fait ou par l'erreur des fens , ou par
les idées que l'on fe forme d'une chofe , ou
enfin par l'exemple & la perfécution de
ceux que l'on fréquente. J'attaque aujourd'hui
une de ces préoccupations, je prétends
démontrer que l'idée de l'Infini précède toute
autre perception , & que l'on n'a d'idée
d'un Fini que par rapport à celle de l'Infini .
Quand je penfe à l'Infini , je confidére
l'Etre par lui-même, dans lequel j'apperçois
toujours une ultérieure réalité ; que l'on
ajoûte nombre fur nombre , quantité fur
quantité, parties fur parties ; je conçois qu'il
eft poffible d'en accumuler de nouvelles ;
voilà l'Infini. Le Fini , au contraire , ne
me reprefente qu'une Etre déterminé , qui
des bornes , qu'une abſence de la réalité
ultérieure , en un mot , en un mot , qu'une négation
de l'Infini .
a
E v Nous
2004 MERCURE DE FRANCE.
Nous pouvons avoir une idée de la lumiére
, & ignorer ce que c'eft que les ténébres
; cependant on ne peut connoître les
ténébres fans avoir une idée de la lumiére ,
parce que les ténébres font l'abfence du jour,
& qu'on peut connoître le pofitif, fans
avoir aucune connoiffance du négatif ;
de même , l'efprit ne peut fçavoir ce que
c'eft qu'un Etre borné , qu'il ne foit auparavant
inftruit de la nature d'un Etre fans bornes
; mais au contraire il peut connoître la
réalité ultérieure , & ignorer en même-tems
quelle eft l'effence d'un Etre limité; cet Etre
Fini n'étant que l'abſence & la négation de
la réalité .
D'où il fuit , 1 °. que l'idée de l'Infini eft
la plus réelle de toutes nos idées , puifqu'elle
ne repréfente que la réalité. Le Fini , au
contraire , eft une efpece de diminution de
l'Etre en général.
2 °. Qu'elle précéde toutes les autres ; en
effet , nos idées fe réduifent ou à celle des
Etres Finis, ou à celle de l'Infini ; la
perception
des Etres bornés dérive de la connoif
fance de l'Etre fans bornes , qui , par conféquent
eft la premiere de toutes.
3.On peut confidérer l'idée del'Infini ,
ou par rapport à fon objet , ou par rapport
à l'ame qu'elle modifie. Par rapport à l'objet
, elle eft Infinie , puifque fon objet eft
un
SEPTEMBRE. 1743. 2005
un Etre fans bornes. Si je regarde au contraire
l'idée de l'Infini comme une modifi →
tion de l'ame , elle eſt limitée de même que
la fubftance qu'elle modifie. La perception
du fouverain Etre n'eft donc Infinie que par
rapport à l'objet qu'elle repréfente , l'effet
ne pouvant être plus noble que la caufe qui
le produit .
4°. L'idée que nous avons de l'Infini eft
claire & diftincte , car nous fçavons , 1º.
que la nature de l'Infini confifte dans la
réalité continuelle. 2 ° . Que l'Etre fans bornes
renferme plus de perfections que tout
Etre limité. 3 °. Qu'il eft de l'effence de cet
Etre de ne devoir qu'à lui fon exiſtence.
Enfin nous distinguons l'Infini de tout Etre
qui ne l'eft pas.
5 °. L'idée de la réalité eft la même que
celle d'un Etre qui poffede toutes les perfections
, & c'eft de lui feul que nous vient
l'idée de l'Infini , puifqu'elle ne peut venir
ni de nous , ni de nos Maîtres , ni des chofes
qui frappent nos fens , ces Etres étant
privés de la fouveraine perfection . Car il eft
fûr qu'ils ne peuvent nous donner une idée
d'une fouveraine perfection qu'ils n'ont pas,
felon ce grand principe répandu dans la Philofophie
: Quidquid eft perfectionis in re aliqua
, id in primâ, totâque illius causâ, vel formaliter
, vel eminenter contineri debet. Ils ne
E vj l'ont
2006 MERCURE DE FRANCE .
l'ont ni formellement , ni dans un degré
éminent ; en effet les Créatures n'auroient
pas l'idée d'un feul Etre fouverainement
parfait , fi elles avoient elles-mêmes toutes
les perfections.
6. Non-feulement la connoiffance du
négatif , dérive de celle du pofitif ; mais
dans un idiome pur , le négatif ne repréſente
aucune idée : Nibili nulla proprietas. Ce
feroit une qualité dans le néant , s'il pouvoit
être conçu par lui-même . Si cela eft, le Fini
ne répréfente aucune idée, ce n'eft que dans
Pulterieure réalité que l'on voit l'abfence de
l'Infini. Ainfi dans une étendue de deux
pieds , j'apperçois la négation d'une étendue
de trois pieds , parce qu'en comparant
ces deux quantités , je fens que l'une furpaffe
F'autre d'un pied.J'avoue cependant que l'efprit
ne fait pas attention au pofitif, dont la
connoiffance eft préfuppofée , mais cela
vient ou de l'habitude , ou parce que les
cbjets qui frappent nos fens , ne nous laiffent
pas le tems de la refléxion.
pro-
On m'objectera , fans doute , qu'il s'enfuivroit
de-là que l'homme n'auroit aucune
idée des Etres limités , puifque ces Etres
font le négatif de l'Etre fans bornes.
Pour que cela fuivit du principe , il faudroit
que le Fini & le Néani,fuffent ſynonimes
; ils ne le font pas. Le Fini eft, à la vérité,
la
SEPTEMBRE. 1743.
2007
la négation de l'ultérieure étendue , & c'eſt
en cela que l'on n'a aucune idée d'un Etre
Fini que par rapport à la réalité continuelle.
Les Etres bornés ont quelque réalité , & par
conféquent ne font négatifs que du terme
ultérieure , & non de l'Infini . "
Peut-être me dira-t'on que les idées des
chofes fenfibles femblent précéder celles de
l'Infini , puifque l'on penfe aux chofes fenfibles
avant que l'ame refléchiffe fur l'Etre
fans bornes.
Il fuit feulement de cette difficulté , que
l'ame fait plus d'attention aux chofes fenfibles
, qu'à l'idée de l'Infini . Elle penfera plus
volontiers à ce qui tombe fous les fens. L'ame
, émuë par l'impreffion que font les objets
extérieurs fur nos organes, fuit fon penchant
naturel. Alors prefqu'incapable de
refléxion , elle ne penfe pas à l'Infini , qui
n'ayant point de corps , n'agit pas avec tant
de vivacité fur notre imagination .
De-là , les chofes fenfibles qui peuvent
tomber ſous deux fens differens , nous frappent
davantage . Si on entend un Muficien
chanter proprement , on eft faifi d'admiration
; on goûte un plaifir fecret , qui augmente
, lorfqu'on connoît celui dont les cadences
nous charmoient. La quantité qui fe
fait diftinguer par le toucher & par la vue ,
nous frappe plus, que l'éloignement de deux
corps
2008 MERCURE DE FRANCE.
corps que l'on ne peut déterminer que par
la vûë. Cette diſtance cependant eft une ef
pece de quantité.
Quoique l'on connoiffe l'Infini , on ne le
connoît pas totalement , totaliter. Un Payfan
qui a vu plufieurs fois un grand Seigneur ,
le diftinguera dans la Cour la plus brillante ,
cependant il ne le connoît pas totalement
c'eft-à- dire qu'il peut ignorer fes bonnes ou
mauvaiſes qualités , les fentimens de fon
coeur, fa puiffance , fa dignité , les honneurs
qu'on lui rend , le nombre de fes amis , en
un mot, tout ce qui a rapport à fa perfonne .
De-même , nous avons une idée de l'Infini ;
nous le diftinguons de tout Etre borné, mais
connoît-on fes differens atributs , l'immenfité
de fa grandeur , fa puiffance abfoluë, l'étenduë
de fa juftice , toutes fes perfections
O altitudo ! La Philofophe orgueilleux fore
en vain de fa Sphére, pour tâcher de découvrir
les fecrets que la divine Providence a
jugé à propos de lui cacher ; un voile épais
lui en dérobe la connoiffance .
LACOSTE , le cadet.
A Dijon , le 12. Juin 1743 .
EXSEPTEMBRE
. 1743 . 2009
EXPLICATION de l'Enigme Latine
du premier Volume du Mercure
de Juin 1743.
L
Ecteur , je ne crois , ni ne penſe ,
Qu'aucune femme en ait trouvé le mot
Car ce feroit demander trop ,
Que d'en exiger la Silence.
Picardet.
Les mots de l'Enigme & du Logogryphe
du Mercure d'Août , font les Cheveux &
Argument. On trouve dans le Logogryphe
Argent , Mur , Ruë , Nuë , Ane , Gare ,
Vent , Maur , Rave , Mure , Mante , Guet ,
Mare , Namur , Mer , Game , Targe, Rame,
Auge , Marge , Augment , Eau , Mage ,
Marte , Amen , Gant , Ut , Rage , Arme
& Gâte.
JE
༩
ENIGM E.
E nâquis l'an mille trois cent ,
Et mon pere tout feul me donna la naiſſance ;
A l'exemple du Tout- Puiffant ,
D'une terre choiſie il forma ma ſubſtance .
Femelle ,
2010 MERCURE DE FRANCE.
Femelle , il me falloit de l'éclat , du brillant ;
Mon pere , homme de goût , me fit autre que blonde;
Enchanté de fon fruit , jaloux de tout le monde ,
Dès qu'il me vit formée , il me tint au Couvent ,
Y vécut avec moi fans craindre la cenfure ,
Mais bien-tôt laffe de mon fort ,
Qui n'offroit à mes yeux qu'un pere & fa tonſure ,
A ce Geolier je fçus donner la mort .
Du même coup , je crois , j'abattis quelques têtes ;
Quoiqu'il en foit , du Cloître je fortis.
Par mille traits mortels j'étendis mes conquêtes ;
La Pourpre, le Croiffant, l'Aigle , les Fleurs - de- Lys,
Sous ma protection je mis toute la Terre.
Veux-tu , Lecteur , juger de mon pouvoir ?
Des effets furprenans peuvent te faire voir
Que j'égale celui du Maître du Tonnerre.
N. * à V. **
LOGOGRYPHE.
J
E fuis un Inftrument ,
Dont le fon eft
perçant ,
Fait à peu près comme une flute.
Mon chef eft au rebut en butte ,
Et ma queue eft un dur métal ,
Aux Galeriens fatal.
Effayons
SEPTEMBRE. 1743 . 2011
Eflayons une autre pratique .
Mes pieds font Note de Mufique ;
Tranchez un pied du tout , je fuis , ami Lecteur ,
Le Domaine que tient tout Vaffal d'un Seigneur.
Par M. Ducherin.
AUTRE.
Q
Uatre lettres ; un mot ; un animal connu ,
D'un certain Peuple peu couru .
Il eft gras , il eſt maigre , & fort utile en France ,
Surtout aux Financiers qui font toujours bombance,
dans moi l'on trouve contenu ;
Voici ce que
Un Fleuve renommé , qui coule en Italie ;
Un Métal
que P'Avare aime plus que fa vie ;
Un Inftrument propre au Chaffeur ,
Et l'Effroi du Navigateur.
Lecteur , ici je garde le filence ,
Et n'exige de toi nulle reconnoiffance.
Drahciffal , de Xialrom .
S
NOU2012
MERCURE DE FRANCE.
NOUVELLES LITTERAIRES ,
DES BEAUX- ARTS , &c.
HE'ATRE CRITIQUE ESPAGNOL ,
&c. Difcours fur les Guerres Philofophiques,
Broch . in- 12 . A Paris, chés Prault
pere , au Paradis , & Clément , à la Caille ,
Quai de Gèvres 1743 .
Comme il y a eu quelque interruption
dans la publication de ces Difcours , dont
on a également goûté le fond & la traduc.
tion , on en a attendu la fuite avec impa
tience ; M. d'Hermilly apprend là - deffus
dans un court Avertiffement , que des engagemens
antérieurs à fon entreprife , contractés
avec le Public , & la néceffité de les
remplir , l'ont forcé de l'interrompre pour
quelque tems , mais qu'aujourd'hui , en état
de fatisfaire à tout , il reprend avec plaifir
ce travail , qu'il continuera dans le même
ordre , qui eft marqué dans fa premiére Préface.
Il fe flatte au refte , & ce n'eft point
proprement ſe flatter , que les Difcours qui
compofent le fecond Volume de l'Auteur
Efpagnol , plairont autant que ceux du premier.
Que dis-je , s'écrie M. d'H . je ne doute
point qu'ils n'ayent un fuccès plus heureux,
parce
SEPTEMBRE . 1743 . 2013
parce que tout l'Ouvrage de ce célébre Bénédictin
, eft femblable à un bel Edifice ,
dont les déhors préviennent en fa faveur ;
mais dont les dédans font travaillés , pratiqués
& ornés avec tant d'art , de goût & de
difcernement
, qu'on ne peut y entrer, fans
être dans une admiration , qui augmente
chaque pas qu'on fait ; on jugera par les feizeDifcours
précédens, & par ceux dont on va
ajouter ici les Titres , fi la comparaifon eft
outrée.
à
TITRES des Difcours du fecond Tome du
R. P. Feijoo.
I. Guerres Philofophiques. II . Hiftoire
Naturelle . III . Arts Devinatoires. IV . Prophéties
fuppofées. V. Ufage de la Magie.
VI. Les Modes. VII . Vieilleffe Morale du
genre Humain. VIII . Science apparente &
fuperficielle. IX. Antipathie entre les François
& les Efpagnols. X. Jours critiques . XI .
Poids de l'Air. XII . La fphère du Feu . XIII .
L'Antipériftafe. XIV. Paradoxes Phyfiques.
XV. Mappemonde intellectuelle , ou Paralléle
des Nations.
LETTRE APOLOGE'TIQUE de D. Martin
Martinez , Docteur en Médecine..
REPONSE à cette Lettre.
LA VERITE' Vengée.
ETAT des Archevêchés , Evêchés , Abbayes
2014 MERCURE DE FRANCE .
mes que
bayes & Prieurés de France , tant d'Homde
Filles , de nomination & collation
Royale , dans lequel on trouve l'Hiftoire
, la Chronologie , & la Topographie
de chaque Bénéfice, & dix-huit Cartes Géographiques.
Avec une Table générale , qui
comprend aufli la Taxe en Cour de Rome
le revenu , le nom des Titulaires , & la date
de leur Nomination . Troifiéme Edition ,
augmentée des Bénéfices dépendans des Abbayes
de Marmoûtiers , de S. Claude , de
l'Ile Barbe , de S. Victor de Marſeille , de
S. Julien de Tours & du Duché de Châteauroux.
La Table générale de cet Etat fe vend
féparément. A Paris , chés Antoine Boudet ,
rue S. Jacques , vis-à- vis la rue des Mathurins
, à la Fontaine d'Or , 1743 .
MEMOIRES de l'Académie Royale de
Chirurgie , 1.Vol . in- 4° . de 778. pp . A Paris,
chés Charles Ofmont , Imprimeur de cette
Académie , ruë S. Jacques , àl'Olivier, 1743 .
Cet Ouvrage , le plus important , le plus
fçavant , le plus utile qui ait été composé en
ce genre , eft dédié au Roi , par une Epître
de M. de la Peyronie , Premier Chirurgien
& Médecin Confultant de Sa Majesté .
Elle eft fuivie d'une Préface , qui , quoique
d'une certaine étendue , n'ennuyera
aucun Lecteur de bon goût , & curieux
d'être
SEPTEMBRE . 1743. 2015
d'être pleinement inftruit fur un fujet , qui
intéreſſe tout le genre humain .
Ce Livre contient 28. Mémoires &
obfervations extrêmément curieufes , fur
differentes fortes de Maladies , traitées
par
des Chirurgiens de réputation. On trouve
dans ces Mémoires , l'hiftoire de chaque
maladie , le traitement de la maladie , & le
fuccès de la cure , avec le nom du Chirur
gien , & tout ce qu'on peut fouhaiter d'autorités
,
, pour conftater la certitude des faits .
Environ vingt grandes Planches , gravées
en taille douce par les meilleurs burins ,
repréfentent , ou les parties malades , ou les
inftrumens employés pour opérer leur guérifon
, fouvent l'opération même , ou les
divers corps , qui ont été extraits par le
moyen de ces inftrumens. Toutes ces figures
, en enrichiffant l'Ouvrage , jettent une
grande clarté fur toutes les differentes matiéres
qui y font traitées , & elles feront en
particulier d'une grande utilité à tous ceux
qui voudront s'inftruire à fond , & fe perfectionner
dans cette profeflion.
Ce premier Volume in - 4° . qui fera fans
doute fuivi de plufieurs autres , a reçû du
Public tout l'accueil qu'il méritoit , enforte ,
que pour la commodité du même Public ,
on a été obligé d'en donner auffi , prefque
en même tems , une autre Edition en
3. Vol. in- 12 . U
2016 MERCURE DE FRANCE.
Il est encore bon d'avertir ici , que l'Académie
Royale de Chirurgie , étant informée
que l'on fe propofe de contrefaire en
Pays Etrangers , les ME'MOIRES qu'elle
vient de faire imprimer par Charles Ofment,
fon Imprimeur , a jugé à propos de défavouer
toute Edition contrefaite , & de n'adopter
que celle qui a été imprimée fous fes
yeux , par le Sr. Ofmont , qui n'a rien épargné
pour la perfectionner , & qui fera tenu
de figner tous les Exemplaires qu'il vendra.
Ainfi délibéré dans la Séance de l'ACADE'MIE
tenuë à Paris , le 23. Juillet 1743. Signé ,
MALAVAL Directeur , & HEVIN Secrétaire,
pour M. QUESNAY , abfent .
INTRODUCTION à la Géographie de
Mrs. Sanfon , Géographes du Roi. Quatriéme
Edition , revûë , corrigée & augmentée par
M. ROBERT , Géographe ordinaire du Roi ,
1. Vol. in- 8°. de 476. pag. fans compter les
Préfaces de l'Editeur & de l'Auteur , & la
Table générale des Chapitres . A Paris , chés
Durand , Libraire rue S. Jacques , à S. Landry
& au Griffon , 1743 .
C'eft pour la quatrième fois qu'on imprime
l'Introduction à la Géographie de MM.
Sanfon , Géographes du Roi , & Géographesfameux
, comme tout le monde fçait.
Cette nouvelle Edition a un avantage confidéSEPTEMBRE.
1743. 2017
fidérable fur les précédentes. Elle a été revûë
& confidérablement augmentée par M. Ro-
BERT , Géographe du Roi , & d'une capacité
reconnue dans cette ſcience. Il eſt le digne
fucceffeur de MM. Sanfon , poffeffeur
de leurs fonds de Géographie & de tous
leurs Manufcrits , ce qui n'eft pas un petit
tréfor en ce genre.
>
Il enfeigne dans cet Ouvrage , la méthode
de repréſenter le Globe en Plan , felon
les differentes projections. Il a confidérablement
augmenté le Traité de la Sphère
ajoûté les principaux ufages du Globe , &
rendu facile la démonftration de la formation
des Climats . Il a auffi donné une méthode
courte & facile de calculer les Eclipfes
du Soleil & de la Lune , ce qui eft d'une
grande utilité , pour vérifier & fixer des
points d'Histoire. Il eſt enfin certain , 'que
par le moyen de ce Livre , on peut appren
dre aifément la vraie ſcience de la Géographie
, laquelle ne confifte pas à fe charger la
mémoire d'un nombre infini de noms de
Villes , &c. mais à fçavoir bien les principes.
C'eft fur ce fondement , que le fçavant
Editeur a mis au Frontifpice de fon Livre
un Paffage de Platon , qui a beaucoup de
rapport à fon fujet. Il faut , dit ce grand
Philofophe , avoir la connoiffance des noms ,
avant que de connoître les choſes.
A
2018 MERCURE DE FRANCE.
A la fin du Livre, on trouve environ vingt
Planches , contenant toutes les Figures , qui
font néceffaires pour une parfaite intelligence
de la Géographie ; ces Figures font
parfaitement bien gravées en taille douce.
TRAITE' DU SCORBUT , par M. Brefcou
du Mouret , Chirurgien - Juré de S. Côme ,
Membre de l'Académie Royale de Chirurgie
, &c. unique Poffeffeur du fecret ſpécifique
de M. du Mouret fon oncle , 1. Vol.
in- 12 . de 82. pag. A Paris , chés Ch. J. B.
Dele/pine , rue S. Jacques , à la Victoire &
au Palmier.
Le fond de cet Ouvrage doit piquer la
curiofité publique , & tout le monde doit
prendre intérêt à un Reméde fpécifique , qui
eft capable de guérir l'une des plus formidables
maladies , dont on puiffe être attaqué.
Ce fpécifique , eft l'Anti- Scorbutique de feu
M. du Mouret. Il faut furtout lire la Préface ,
qui précéde ce Traité , à la fin de laquelle
font imprimés deux Certificats, l'un de plufieurs
Docteurs en Médecine de la Faculté
de Paris , & l'autre , de plufieurs perfonnes
diftinguées , qui ont été guéries , ou leurs
enfans , du Scorbut , par le Reméde dont il
eftici queſtion.
LES FABLES d'Efope gravées par Sadeler ,
avec
SEPTEMBRE. 1743. 2019
vec un Difcours préliminaire & les fens
moraux en diftiques. Edition toute differente
de la premiére , par M. Aubonin. A Paris ,
chés Thibouft , Imprimeur du Roi , Place de
Cambrai , 1743 .
OEUVRES MELE'Es , tant en Profe qu'en
Vers , par M. de MONCRIF , de l'Académie
Françoife , 1. Vol. in- 12 . de 380. pages . A
Paris , chés Bernard Brunet, fils , Grand'Sale
du Balais , à l'Envie , 1743.
A la tête de ce Recueil , eft une de ces
Préfaces dont on ne doit jamais omettre la
lecture. Celle - ci eft doublement inftructive
; l'Auteur y parle particuliérement de
l'objet qu'on doit fe propoſer en écrivant , & il
le fait avec autant de capacité pour le profit
du Lecteur , que de modeftie, par rapport à
lui- même.
Le Livre commence par des REFLE
XIONS fur quelques Ouvrages fauffement
appellés OUVRAGES D'IMAGINATION,
tels que font les Romans , qui ne
font fondés que fur le merveilleux & le furnaturel
: des Voyages imaginaires , & enfin
des Contes des Fées des Enchanteurs. On
conçoit de-là , que l'Auteur entend par imagination
, ce qu'on appelle invention , génie
idées neuves , ou du moins rendues d'une
maniére originale. Nous ne le fuivrons pas
F dans
2020 MERCURE DE FRANCE.
dans cette fçavante Differtation ; nos bor
nes ne nous le permettant pas . Elle fut
lûe & applaudie dans l'Affemblée publique
de l'Académie Françoiſe , le jour de S.
Loüis 1741 .
Par la raifon que nous venons de dire
nous ne ferons qu'indiquer les autres Piéces
, qui compofent ce Volume..
Les Abderites , Comédie en Vers , dédiée
par une Epître à S. A. S. Mad. la Ducheffe
Doüairiere.
Qu'on ne peut ni ne doit fixer une Langue ,
Differtation .
Les Ames Rivales , Hiftoire fabuleufe.
Lettre à Mde . de .... fur les Ames Rivales .
De l'Efprit critique , Differtation .
LETTRE à M. Aftruc , fur quelques prétendus
Secrets , qualifiés de Spécifiques ,
& c.
Poëfies diverfes , parmi lesquelles il y a
d'excellentes Piéces.
DISCOURS de l'Auteur, prononcé à l'Académie
Françoiſe , le jour de fa réception ,
29. Décembre 1733 .
Réponse du même , au Difcours prononcé
par M. l'Evêque de Bayeux , le jour de fa
réception , 16. Mai 1743 .
Sa Réponse aux Difcours prononcés par
MM . Bignon & de Maupertuis , le jour de
leur réception , 27. Juin 1743 .
L'EmSEPTEMBRE
. 1743 . 2021
lequel a été
L'Empire de l'Amour , Ballet héroïque ,
a été repréſenté avec beaucoup de
fuccès, fur le Théâtre de l'Académie Royale
de Mufique.
ACADEMIE DE DIJON.
L'jour
'Académie des Sciences de Dijon , distribua le
jour de Saint LOUIS à M. Fromageot , Profef
feur en l'Univerfité de la même Ville , le Prix de
Morale ,propofé pour l'année 1743.Il étoit queftion
de décider : Si la Loi naturelle pourroit porter la Société
à fa perfection , fans le fecours des Loix Politiques.
Voici l'Extrait de la Differtation , imprimée chés
l'Imprimeur de l'Académie , tel qu'il a été envoyé
de cette Ville.
L'HOMME eft fait pour la Société , le voeu de la
d'en conferver le lien . nature n'a objet que
pour
La fociété eft donc de tous les Arts , le premier que
l'homme ait à cultiver. Pour remplir un devoir fi
important , il faut connoître les Loix qui doivent
lui fervir de régles ; mais , où eft - elle écrite cette
régle univerfelle pour tous les tems , pour tous les
Pays & pour toutes les conditions , applicable aux
Sociétés particuliéres , comme à la Société générále
, & qui puiffe la porter à fa perfection ? Pour parvenir
à une recherche auffi intéreffante , il eft néceffaire
de refuter les conjectures hazardées d'une
Philofophic libre & nouvelle , ennemie des principes
d'une Société qui la gêne.
C'eft , difent ces nouveaux Philofophes , l'intérêt
qui eft le grand principe de toute Société , pourquoi
donc ce Moteur , fait pour les unir , les divife - t'il
Fij
fi
2022 MERCURE
DE FRANCE
.
fi fubitement ? C'est que l'intérêt eft un faux guide,
fans régle , & fans durée, que pour l'inftant qu'il eft
utile. Il ne peut
donc être , ce lien conftant & durable
, qui unifle les hommes , quoiqu'en ayent dit
Epicure & Horace. D'autres Philofophes plus hardis
, ont cru trouver dans les paffions humaines ces
difent- principes féconds de la Société. L'ambition ,
ils , a fouvent tracé le chemin à la vertu ; d'un brigandage
utile , fe font formés de grands Empires ;
Te luxe & la volupté ouvrent tous les jours de nouvelles
routes à Pinduſtrie. De tels principes pourroient
porter à dire , la licence la plus décriée ,
bien pour la Société , fi elle tourne à fon
fera un
profit .
, que
C'eſt déshonorer la Société , que de lui préfenter
la régle qui la perfectionne , fous de fi fauffes couleurs.
Les paffions font de quelque ufage , il eft
vrai ; mais pour obéir , non pour dominer. Il faut
donc convenir avec Homére, qu'il eſt une Minerve ,
préfent du Ciel fait à l'homme , pour réprimer ces
ennemis domeftiques , & les réduire à ce commerce
innocent qui embellit la Société , loin de la détruire
.
A de fi nobles effets , qui peut méconnoître le
mérite de la Loi naturelle, pour rendre la fociété parfaite
, fupérieure à l'homme & faite pour lui ? elle
eft feule en état de lui commander & de l'inftruire.
Quelle est donc la Loi , qui a un caractére & des
fonctions fi auguftes ? Eft-ce la Loi naturelle , cette
Loi primitive , que Dieu lui -même a écrite au fond
nos coeurs, pour mettre d'abord toute Société en
commerce avec lui mais cette Loi eft - elle affés
parfaite pour embraffer tous les tems & tous les dif- ferens Etats de la Société car fi elle a beſoin du
fecours étranger des Loix politiques , pour venir à
Pappui de fes Leçons , il s'enfuivroit que cette Loi ,
P'OuSEPI
EMD NE.
1743. 2023
P'Ouvrage de Dieu , feroit imparfaite ; & dans ce
cas , où trouver des Législateurs plus fages , pour
donner à l'homme des réglemens plus furs & plus
invariables ? Qui des deux Loix politique , ou natuzelle
, aura donc le privilége de perfectionner la
Société ? fera-ce l'une fans l'autre , ou le concours
des deux ?
Comme un Tout , dit l'Auteur , eft parfait dans
la nature , où brillent les proportions & l'unité
une Société est parfaite dans le monde moral , où
régnent l'ordre & la juftice ; fans ce double lien ,
toute Société n'eft qu'une affociation paffagére . Sur
ce principe , de quelle autre fource que de la Loi
naturelle , peuvent découler ces deux biens ? C'eft
le fentiment de Saint Auguftin , de Lactance , de S.
Thomas ; tout s'accordent à nous indiquer cette
Loi fouveraine , comme la régle infaillible des
moeurs.
Ces témoins feroient peut-être fufpects à des
gens , pour qui cette Loi de nature n'eft qu'une
chimére philofophique . Confultons Cicéron ; nourri
comme eux dans les doutes & les problêmes Académiques
, il tient le même langage , que les Peres
ont tenu depuis . La Loi naturelle , dit -il , eft la Loi
par excellence , qui porte au bien , & détourne du
mal ; dèflors if demeure pour conftant , que fi la Loi
naturelle n'eft que le double lien de la Société , elle
doit fuffire pour porter la Société à cette perfection
demandée ,parce que , dit Cicéron , le défordre ne
peut venir qu'en bleffant cette juftice , le lien de
toute Société; car , quoiqu'il foit vrai , dit-il , encore
que les Loix écrites ne tendent qu'à conferver
la Société & l'union des Citoyens entr'eux , c'eſt à
cette Loi divine , qu'appartient plus qu'à aucune
autre , le privilége éminent de perfectionner cette
Société , puifque c'eft par elle que le Citoyen rem-
Fiij plira
2024 MERCURE DE FRANCE.
plira toujours fes devoirs , dans la feule vue du bien
public. On ne peut douter , que la Loi naturelle re
foit ce fond divin , dont eft forti le Droit univerfel,
où Droit des gens. C'eft dans ce fond , que le pere
de famille prend ces vertus oeconomiques pour le
gouvernement de fa famille ; c'eft de cette fource
que fortent l'obéiffance & la fidélité de ceux qui la
compofent , puifqu'aucune Loi écrite ou politique ,
n'en a donné les premiéres Leçons.
C'eft cette même Loi , qui a formé les Républiques
& les Etats , fans le concours d'aucunes Loix
fubfidiaires , dont le nom même a été ignoré longtems
chés des Peuples entiers ; car avant cette variété
accablante de Loix fans nombre , dont le poids
nous fatigue aujourd'hui , dit Tacite , les premiers
mortels , plus fages que nous , vivoient fans Loix
ménaçantes , parce que la vertu de leur tems couloit
de fource . N'eft- ce pas cette Loi naturelle , qui
a fait fubfifter ſi long - tems le premier Gouvernement
de Rome ? Il n'y avoit point encore de Loi
portée contre l'adultére. Qui avoit donc appris à
Lucréce le prix de la vertu conjugale ?
Qui a dit à Cicéron & à Pericles , qu'un coup
d'oeil eft fouvent redoutable à la pudeur , & qu'il
faut porter l'abftinence jufques -là ? De qui les Zoroaftres
, les Numa , les Confucius , avoient- i's emprunté
cette fageffe fi vantée pour le Gouvernement
des Peuples Nulle Loi humaine , écrite & connue
avant Minos & Thefée , en fuppofant même pour
réels ces Législateurs & leurs Loix. Mais il eft certain
, comme nous l'apprend S. Paul , qu'il y a eu
des Peuples , qui vivant fur ce riche fond de la nature
& fans Loix , n'ont pas laiffé de faire le bien
parce qu'ils avoient l'idée d'une Juftice fouveraine.Il
eft donc vrai que la Loi naturelle feule , a le privilége
de régler les moeurs en tous Pays , & de porter à
leur
".
SEPTEMBRE. 1743 .
2025
leur perfection les Sociétés de toute eſpéce , parce
que le coeur en eft le fiége , dit S. Auguftin ; cette
Loi , fille de la fageffe & du vrai , ne dépend ni de
la coûtume , ni des préjugés , ni des moeurs , tandis
que la Loi purement politique , fruit de l'opinion &
du tems , les ménage & les confulte . Loi impuiffante
& ftérile , qui ne peut tout au plus donner
qu'un Magiftrat , un Citoyen , un Soldat à la République
; mais non pas par elle - même un homme
de bien ; & c'eft peu de chofe , dit Sénéque , qu'un
homme qui n'a que cette probité extérieure , qui
eft tout ce que la Loi politique éxige de lui. Les régles
de la Société vont bien au - delà de celles du
Droit civil , la pieté , la bonne-foi , l'humanité , la
juftice demandent bien des chofes , que les Loix politiques
n'éxigent point ; & quoique ce Marchand ,
dont parle Cicéron , qui aborda à Rhodes dans un
tems de famine , avec un Vaiffeau chargé de bled
pût , fans bleffer les Loix politiques , diffimuler qu'il
étoit fuivi de plufieurs autres , afin de mieux débiter
fes grains , la Loi naturelle lui défendoit cette réricence.
Mais en donnant à cette Loi une fi grande prérogative
, n'eft - il point à craindre qu'on ne faffe
eclipfer le miniftére des Loix politiques ? Pour prévenir
ce reproche , l'Auteur répond , qu'il ne faut
pas juger de la Loi naturelle & de fes moyens , par
Je fuccès & par les obftacles .
res ,
A conſidérer ſon étenduë & ſa force ; ſuffit- elle
par elle-même fans fecours & fans leçons étrangépour
rendre la Société parfaite ? C'eſt une vérité
démontrée par les faits & par le mérite invariable
de cette Loi ; mais remplit- elle toujours efficacement
fon objet & ſa fin ? le tems , les difpofitions
du genre humain en décident encore , & non
la perpétuité du fuccès , dont les Loix politiques
F iiij peu2026
MERCURE DE FRANCE.
Peuvent encore moins fe flatter. La corruption des
moeurs ayant affoibli l'empire de la Loi originelle
il fallut en retracer les principes dans le coeur de
l'injufte , & le contenir par le frein des Loix pénales .
Dieu , le Légiflateur par excellence , qui donna la
premiére Loi écrite , la dieta à Moïfe dans l'appareil
ménaçant du tonnerre & des éclairs , pour retracer
aux hommes des obligations qu'ils avoient oubliées;
mais les Loix humaines , qui font venues au fecours
de la Loi naturelle , lui font étrangères ; elles font
moins un fupplément , qu'un miniftre qui lui a été
donné pour l'exercice d'un pouvoir , que l'ignorance
rend fouvent inutile ; mais cette Loi ne perd rien
de fes droits.
Les Loix politiques n'ont pas le même avantage ,
& ne portent que trop fouvent avec elles le principe
qui les affoiblit , & tous les changemens qu'on eft
obligé d'y faire , font des preuves de leur foibleffe.
Tout , dit Cicéron , n'eft pas toujours dans les Loix ,
& fi cela arrive , ce n'eft plus à l'homme précifément
qu'elles appartiennent ; c'eft alors la Loi naturelle
rendue à elle - même , à titre d'explication .
Qui peut , en effet , avoir mis à la tête des Loix Romaines
: Divos adeundo cafte ? Qui a fuggeré les
Loix fomptuaires ? Si ce n'eft la Loi naturelle expliquée
, cependant ce volume de Loix , compofé
fur les principes de la Loi naturelle , fe fent encore
dit Cicéron , de la foibleffe du Législateur . Ces Loix
ne font que des ombres & des figures de la Loi
primitive . Quel doit donc être le prix d'un original
, dont l'ébauche , quoique imparfaite , finit
tant de controverfes ? Il faut donc conclure avec
Cicéron , que c'eft à cette Loi feule , à ce droit primitif&
fouverain , qu'eft du le privilége de perfectionner
la Société .
L'Aca
SEPTEMBRE. 1743. 2027
L'Académie des Sciences de Dijon , annonce à tous
les Sçavans , que le Dimanche 22. Août 1744. elle
diftribuera le Prix de Médecine, confiftant en une
Médaille d'or , de la valeur de trente piftoles , à
celui qui aura traité de la maniére la plus folide ,
la Queſtion fuivante :
Déterminer la caufe de la fièvre.
Il fera libre d'écrire en Latin ou en François , obfervant
que la lecture de chaque Differtation , n'excéde
pas trois quarts d'heure ; on n'en recevra aucune
, paflé le premier Avril prochain , & le port fera
affranchi , fans quoi on ne les retirera pas du Bureau
: il faut les adreffer à M. Petit , Secrétaire de
l'Académie , ruë du Vieux Marché , à Dijon . Ceux
qui fe feront fait connoître avant la diſtribution du
Prix , en feront exclus. Il faudra mettre une deviſe
à la fin de chaque Ouvrage , & fur une feuille féparée
, & cachetée , la même deviſe , & fous le cachet
fon nom, fes qualités & fa demeure . Ceux qui voudront
un Récepiffé du Secrétaire , le feront expédier
fous un autre nom que le leur ; & dans le cas , où
l'un de ceux , qui auroient ufé de cette précaution
viendroit à mériter le Prix , il chargera du Récepiffé,
& d'une procuration fimple une perfonne domicilié
à Dijon.
L'Académie a vû avec chagrin plufieurs Differtations
mifes au rebut , parce que les Auteurs ne fe
font pas conformés à ce qu'elle éxige d'eux , & qui
eft d'ufage dans toutes les Académies .
A
Fv SEANCE
2020
I ་ འ I ་ ་
A
SEANCE de l'Académie de la Rochelle.
Extrait d'une Lettre écrite à M. D. L. R.
le 29. Juin 1743 .
Sre
Erez- vous content de nous , M. voici un Séance
mêlée de Phyfique,de Belles- Lettres & de Poefie;:
nous vous donnons au moins le plaifir de la diverfité
Cette Séance , tenuë le 15. Mai dernier , commença
par la lecture , que fit M. Gaſtumeau , d'un
Mémoire fur les Eaux de la Rochelle , compofé par
M. Richard , Directeur , alors abfent .. Le Mémoire
a deux parties ; la premiere contient les raisons qui
peuvent faire regarder l'Eau comme l'a plus utile
boiffon , & quelquefois comme le plus excellent Reméde
; la feconde eft employée à détruire le préjugé
trop répandu contre les Eaux de cette Ville.
Quoique les principes établis dans la premiére partie
foient recherchés avec beaucoup de foin , & mis
dans un grand jour , je ne vous parlerai cependant
ici que de la feconde , qui regarde plus particulierement
l'utilité de nos Concitoyens ; je ne craindrai
pas même d'être un peu long fur ce fujet , parce
que je trouverai rarement une occafión plus favorable
de prouver l'estime qui eft duë aux travaux
de nos Phyficiens.
Après avoir montré par des raifons décifives , que
P'Eau de pluye doit fervir de piéce de comparaifon.
pourjugerde la bonté des Eaux de Fontaines, M. Richard
continue en ces termes. » Cette bonté , dit- il ,
» confifte principalement dans la tranſparence , la
» fluidité & l'infipidité ; les yeux font juges de la
premiére de ces qualités; le pefe-liqueurs de la fe-
» conde, & le goût de la troifiéme, moyens qui font
» à portée de tout le monde, mais dont la certitude
» n'eft cependant pas telle qu'on ne s'y trompe
quelquefois,d'où vient la néceffité d'analifer l'Eau
ဘ
35
» pour
- ו ד נ י
des
» pour la bien connoître & de la travailler par
Opérations Chimiques . C'eft de ces Opérations &
» des Expériences que j'ai faites fur les Eaux de
» nos Fontaines , dont j'ai à vous rendre compte .
» Il n'y a point d'Eau , quelque pure qu'elle foit,
qui ne fe trouve plus ou moins chargée de corps
» étrangers ; l'Eau de pluye , elle-même , m'a don-
» né , après l'évaporation , un fel infipide & nitreux
» dont elle s'eft chargée en paffant par l'air.
33
ג כ
L'infipidité ou la qualité nitreufe de ce fel , eft
» reconnue par le mêlange que j'en ai fait féparé-
» ment avec l'efprit & l'huile de Vitriol, qui n'a don-
» né ni ébullition ni effervescence .
,כ
Après m'être affuré de la nature des fels que
» l'Eau de pluye contient , il convenoit de connoî-
" tre fa fluidité , qui conftituë effentiellement la
» bonne qualité de l'Eau , & qui n'eft autre chofe
» que la ténuité ou la divifibilité de fes parties intrinfeques.
Je me fais fervrpour cela de l'Hydrometre
; c'eft à l'aide de cet Inftrument qu'onjuge,
» non pas de la pefanteur intrinfeque de l'Eau , com-
»me bien des gens fe l'imaginent , mais de fa divifi-
» bilité . Les Expériences fuivantes ne laiffent aucun
» doute fur ce fait .
» Un volume quelconque d'Eau pluviale, dans fon
» état naturel , donne 20. dégrés d'immerfion à
" mon Hydrometre ; chauffée à y fouffrir le doigt ,
» 25. dégrés ; bouillante , elle en a donné 40. reve-
» nuë à fon étatnaturel , 20. dégrés ; expofée au
froid violent du mois de Janvier 1742. la mê-
» me Eau s'eft gelée , & l'Hydrometre , qui s'eft
trouvé pris dans la glace , n'a plus donné
que 10.
degrés d'immerfion , d'où il réfulte que là lége-
» reté de l'Eau dépend de l'agitation & du mouvement
de fes parties intrinfeques. De- là vient l'extrême
facilité que nous trouvons à digerer l'Eau
F vj tiede
">
לכ
2030 MERCURE DE FRANCE.
>> que
» tiede ou chaude ; le feu a commencé l'opération
doit faire l'eftomac ; le feu a rendu l'Eau Aluide,
divifible , avec quelle abondance n'en boit- on
» pas ? pareille quantité d'Eau froide ſeroit un fupa
plice .
>>
ל כ
s'in-
A ces Expériences fur la légereté , ou pour
a mieux dire , fur la divifibilité de l'Eau , j'ai joint
» celles qu'on pouvoit faire pour s'affurer de fa pu-
» reté. La teinture de Tournefol a donné un bleu
" pur dans l'Eau de pluye , un violet pourpre dans.
une Eau de puits , qui m'avoit parû mauvaiſe au
goût ; enfin je me fuis fervi de l'Expérience fi
» commune du Savon, qui fe diffout , fe mêle ,
» corpore fi facilement avec l'Eau de pluye , au
lieu qu'il fe refufe aux mêmes effets dans l'Eau
faumache ou chargée de fels d'une nature acide.
» C'est donc par comparaiſon avec ces. effets ,
qu'il m'a paru que je devois juger des Eaux dont
nous faifons ufage en cette Ville ; mais avant que
d'en venir à l'analyfe même de ces Eaux , j'ai crû
» devoir examiner la nature & la difpofition des terres,
où elles font ramaflées pour former les fources
qui les diſtribuënt.
се
La defcription que va faire M. Richard , eft fiintéreffante
pour la Rochelle , que je ferois fcrupule
de la paffer fous filence.
ב כ
93
Je vois , dit- il , au Nord de la Ville , s'élever un
double Côteau en portion de cercle, dont le cen-
» tre est l'extrêmité du Bourg de la Fond; c'eſt dans
» ce demi cul- de- lampe que fe trouvent des fources,
>> abondantes , renfermées dans plufieurs Baffins revêtus.
L'Eau en eft claire & tranfparente comme.
» le criſtal ; fon la péfe pour en connoître la divifibilité
, l'Hydrometre donnera précisément la
» même immerfion de 20. degrés , qui fe trouve à
l'Eau de pluye fi on diftille ou fi on évapore
» P'Eau
SEPTEMBRE. 1743. 2038
P'Eau de ces Baffins , elle donnera pour réfidu un
» fel que je connois pour être alkali à l'ébullition &
» à l'effervefcence qui réfulte du mêlange de ce Sel
avec l'huile de Vitriol.
ל כ
31
» On doit être encore moins étonné de la bonté,
» & de la pureté de ces Eaux , lorſqu'on examine la
difpofition & la nature des terres qui nous les filtrent
jufques aux fources. Je vois le terrein s'éle-
» ver en amphitéatre & par une pente douce depuis.
a la partie du N.N O. jufques dans l'Eft N.E.je fçais.
que ces terres font fans aucuns Minéraux, qu'elles,
"font franches, diftribuées en plufieurs lits alterna-
» tifs de terre & de pierre , & conféquemment pro-
ဘ pres à fervir de couloirs aux Eaux pluviales . Une
» Expérience fuivie m'apprend d'ailleurs que les en-
" droits bas , circonvoifins de nos Baffins , & qui en
font les premiers réſervoirs , comme la Maiſon
» Duré , Fief Potart , & le Lignon , ont des Eaux
admirables & à portée de la main.
» Affurés comme nous le fommes de la pureté &
de la légereté de nos Eaux Sourciales , ce n'eft
» donc plus qu'à des cauſes accidentelles & étran-,
géres , qu'il faut attribuer le mauvais goût où la
» pefanteur que nous leur trouvons quelquefois.
» Telle a été la découverte que l'on fit l'année der
→ niére du mauvais état d'un des Baffins de regard à
22 la Fond , dans lequel les Eaux étrangères & cir-
>a convoifines admifes, corrompoient les Eaux Sour-
» ciales , & c.
و د
A ces accidens imprévus & inopinés , fe joint
» l'effet qu'a produit & que produira toûjours une
>> longue fechereffe , telle que nous l'avons éprou-
» vée cette même année. Les pores de la terre & les
» canaux de filtration étant ouverts & deffechés ,
les premieres Eaux pluviales tombent avec abondance,
& paffant avec rapidité , elles entraînent
» avec
2032 MERCURE DE FRANCE.
avec elles beaucoup de parties terreufes & de li-
"mon , & parvenant ainfi jufques aux Baffins , elles
» donnent à l'Eau le goût défagréable & la péfanteur
que nous lui trouvons , & c.
Et ne penfez pas ,M.que ce que j'ai avancé fur la
» caufe de l'altération des Eaux , foit de pur raifonnement
ou de vaine ſpéculation ; je me ſuis affuré
» du fait par l'évaporation ,dans le tems où les Eaux
» ont parû généralement mauvaiſes , & j'en ai tiré
alors une quantité confidérable de parties terreufes.
»Les mêmes Expériences ont fervi à me défabuſer,
" d'un préjugé qui paroît affés généralement répan-
» du dans cette Ville ; bien des gens croyent que
» l'Eau de nos Fontaines eft faumache ; celle des
Petits-bancs , dit - on , croît & décroît avec le flux
" & le reflux de laMer.J'ai apporté toute mon attention
à vérifier le fait ; j'ai pris le tems du gros
d'Eau , j'ai fait exactement marquer le niveau de
l'Eau de la Fontaine à baffe Mer, & il a toujours
» été le même. Le préjugé fe trouve par- là évidem-
" ment détruit .
5כ
» L'Eau de la Fontaine des Petits-bancs eft - elle
donc pure & auffi bonne que celles des premiers
» Baffins non , fans doute , je l'ai moi-même
» trouvé mauvaiſe aux mois d'Octobre & de No-
>> vembre derniers . Lorfque j'étois occupé à en cher-
» cher la caufe , j'appris que dans le Baflin de Regard
, qui étoit ci -devant dans la maifon de M. de
Varaife , Confeiller au Préfidial , & qui le trouve
» aujourd'hui dans les fondemens de la nouvelle
» Cathédrale , il y avoit une fource étrangere .
» Pour m'en affurer , je fis auffi- tôt boucher le
canal qui amene l'Eau du Ballin fupérieur du côté
» de la Place Royale. On épuifa le Baffin exactesment
, & bien-tôt on eut de l'Eau nouvelle , bien
» conftatée étrangere , puifque , comme je l'ai dit ,
»le
SEPTEMBRE. 1743. 2033
33
le canal fupérieur étoit exactement bouché.
» Cette Eau s'eft trouvée défagréable à boire &
» d'un mauvais goût ; on n'a pas manqué de dire
qu'elle étoit falée , parce que la Mer avoit extra-
» ordinairement monté vers ce mêine-tems . L'analyfe
que j'ai faite de cette Eau , en me déſabuſant
» de l'opinion vulgaire , m'a fait connoître la véri-
» table qualité.
ל כ
Ici M. Richard détaille les Expériences qu'il a faites
fur les Eaux étrangeres introduites dans ce Baffin,
& recherche les caufes qui peuvent les y amener.
Comme ona depuis apporté les remédes néceffaires,.
il feroit inutile de le fuivre dans le détail de fes
Opérations , quelque curieufes qu'elles foient.
39
» Mais n'eft -il donc point de Fontaines , pour-
» fuit M. Richard, dont la Mer n'ait altéré les Eaux ?
j'en connois deux où cet effet eft fenfiblement ar--
rivé ; la premiére eft particuliére & fituée à la
» Ville-Neuve , dans un Jardin ; la feconde eft celle
» de Navane , vis- à- vis le Convent des P. Récollets .
» Le Journal du Siége de la Rochelle , par Mervaul
, en 1628. fait mention de la premiére Fon-
» taine ; les affiégeans , dit cet Auteur , firent tous
leurs efforts pour en intercepter les Eaux , mais
s'étant aperçus que les affiégés n'en recevoient au-
» cune incommodité, à caufe des puits qu'ils avoient.
» en quantité , ils cefferent leurs travaux. L'intro-
» duction de la Mer dans les foffés de la Ville , ont .
depuis rendu l'Eau de cette Fontaine auffi falée
» que la Mer même .
כ כ
Quant à la Fontaine de Navane , il eft certain
» qu'avant les travaux faits aú Canal de Maubec
» la Mer refluoit aux groffes marées dans cette
» Fontaine par le même fouterrain qui fervoit de
" dégorgeoir. Aujourd'hui que l'iffue de ce fouter
» rain eft bouchée par le mur de revêtement du Ca-
ג כ
nal ,
2034 MERCURE DE FRANCE.
"
nal , on pourroit craindre encore que les Eaux
pluviales qui tranfpirent par les terres dans toute.
» la longueur du Canal , fe ramaffant dans ce culde-
fac, ne s'y corrompiffent & ne gagnaffent le ni-
» veau de l'Eau de cette Fontaine , fi le zéle des .
Magiftrats Municipaux n'y avoit pourvû par la
précaution & par les travaux convenables .
»
Il réfulte du Mémoire de M. Richard , que dans
Pétat où font actuellement les choſes , état auquel
il a lui-même fi fort contribué , il n'y a aucune
faline dans les Eaux des Fontaines publiques
de la Rochelle .
A la fuite de cette Differtation , M. Arcere , de
l'Oratoire , lut une Ode de fa compofition , fur les
confolations du Chrétien dans l'adverfité. Vous la
trouverez , fans doute , digne de la Couronne que
lui a décerné cette année l'Académie Royale de
Pau.
Le R. P. Senamaud , Jefuite , nouvellement Affocié
à l'Académie , lut pour tribut de fon affociation,
un Difcours fur le naturel dans les Ouvrages d'efprit.
Les efforts für une matiére auffi délicate , font
toujours louables , auffi le P. Senamaud ne fe propofe
-t'il qu'un effai , & fe contente-t'il d'indiquer
ce qui pourroit remplir un Ouvrage fi important &
fi difficile. Ce Difcours eft divifé en deux parties .
Dans la premiére il fait voir les avantages du naturel
; dans la feconde , il recherche les caufès qui le
rendent ſi rare dans les Ecrits .
Je vous avertis que ce fera toujours. le P. Senamaud
qui parlera ici, & que je ne me permettrai que
quelques légeres refléxions ; voici comment il commence
fa premiere partie .
> Le propre du naturel eft de donner des graces
» & de l'amenité au fujet que l'on traite ; il n'en eft
point de fi aride qu'il ne rende gracieux, de fi coma
» mun
SEPTEMBRE 1743 .
2035
»mun qu'il ne rende intéreffant , de fi grand dont il
» ne releve le prix ..
"
ן כ
L'amour propre qui ne veut pas devoir à autrui
les lumières qui l'éclairent , y trouve dequoi le fa-
» tisfaire , on eft flatté de retrouver dans fön propre
» fond ces mêmes penfées, mais ornées , arrangées,
» développées .... Il femble que l'Auteur que nous
» lifons n'a fait que nous prévenir ; il nous donne
» du fentiment , de l'imagination , de l'amour même
» & de l'émulation pour les Lettres , car l'efpéran-
» ce de trouver dans fon propre génie ces graces
naives , anime le plus indolent à s'eflayer fur un
modéle dont la beauté flatte , & dont l'art , capa-
» ble de rebuter , fe cache fi bien , qu'on n'y apperçoit
que la Nature même. Ce font des beautés
modeftes & par - là plus touchantes ; elles ne doivent
pas leur éclat à un brillant emprunté , ou a
» la bizarrerie d'un goût füjet aux variations de la
» mode. C'eft la Nature ,dont le goût eft fixe,qui en
a reglé les traits ; elles ne craignent pas d'être
» vûës de près , & c .
>>
"
>>
כ כ
Un Ouvrage tracé fur ce modéle , a un droit
acquis à l'immortalité ; en effet l'inftinct, la raiſon ,
» la perfection , tout nous rappelle au naturel.... Si
» l'Italie aime les pointes & les faillies , l'Efpagne
le majeftueux & peut- être le bouffi & Penflé ,
l'Angleterre , le profond & fi on pouvoit le dire ,
quelquefois le forcé ; la France fe déclare pour le
» naturel . . . . Dans l'utile commerce des Belles-
Lettres , chaque Nation a droit de profiter des
» richeffes de fes voifins . Si l'on vient puifer chés
nous ce goût avoué de la Nature , qui retranche
les excès , & donne aux penfées de l'ordre & de
» la clarté , on nous rend en échange de vraies
»beautés ,que nous employons avec cette fageffe &
» ce difcernement, qui fait le caractére des Auteurs
» François .
"
Ne
2036 MERCURE DE FRANCE.
Ne pourroit-on point rabattre ici quelque chofe
des louanges que donne le Pere Senamaud aux
Ecrivains François ? Bien des gens fenfés prétendent
que principalement dans le nombre de nos Auteurs
modernes, il y en a plus qui fardent la Nature , qu'il
n'y en a qui l'imitent exactement.
Le naturel, pour fuit le P. Senamaud , loin d'ex-
» clure les beautés , y ajoûte un coloris qui en reléve
toutes les graces ; c'eft lui qui donne au
fublime le caractére de la vraye grandeur .... 11
» n'eft borné d'ailleurs à aucun genre d'écrire ;
» il les embraffe tous , & le grand & le médiocre lui
»font également fubordonnés. C'eft lui qui fait
»parler Achilles & Mitridate avec dignité , qui pré-
→ te à Dave le ton & le langage du Peuple , & qui
donne à Titire le fecret de peindre les charmes de
» la campagne & le doux repos de la vie champê
» tre ... On l'admire dans les beaux endroits
» d'Homere , de Virgile , de Corneille , de Racine;
on l'aime dans les traits naifs de Marot , &c.
Le P. Senamaud place ici une définition du naturel.
» C'eft , dit- il , une expreflion animée de la
Nature ; c'eft la fleur de la raiſon ; c'eft le bon
» fens orné , en un mot , c'eft le langage que par- ·
lent les beaux Efprits , les Efprits vrais.
Pour rendre plus fenfible l'idée du naturel
POrateur l'expofe fous l'image d'un Parterre , difpofé
& cultivé avec goût. » L'Art y entre, dit- il, mais
il s'y cache , pour en donner tout l'honneur à la
» Nature. Ce font des Eaux qu'elle y conduit & que
»l'Art fait ferpenter dans des fillons ménagés , ou
»is'élever en cafcades ... Les Fleurs les plus communes
y produifent un Spectacle nouveau ; leurs
» differentes couleurs afforties & mêlangées , entrent
en fymétrie , & forment des nuances qui
charment les yeux . La Nature femble s'admirer
→ de
» de fe voir fibelle de fes propres beautés; tout y eft
» naturel , mais tout y annonce les attentions &
» l'habileté du Maître . ... Par fes foins affidus le
» terrein inculte s'embellit ;les inégalités fe changent
>> en Terraffes ; le fol pierreux devient une grotte
échappée , où la mouffe & la rocaille imitent
» dans un défordre étudié , les jeux de la Nature .
22
Après avoir parcouru les divers genres d'Ouvrages
, où le fentiment doit dominer, le P. Senamaud
conclut fa premiere Partie par cette refléxion . » Ce-
» lui , dit-il , qui excelle dans un genre , peut ne pas
» primer dans un autre , la Nature ne donne pas
» tous les talens à la fois , mais dans quelque genre
» qu'un Ecrivain s'exerce , s'il ne cefle jamais d'être
naturel , rien ne fortira de fa plume , qui ne foit
digne d'être lû ; il n'aura pas peut-être les gran-
» des beautés , mais on ne lui reprochera aucun de
» ces défauts , capables de rebuter un Lecteur , né
» avec du goût & du fentiment , &c.
"
Dans la feconde Partie , deftinée à l'examen des
caufes qui rendent le naturel fi rare , le P. Senamaud
paroît d'abord furpris , avec raifon , que plufeurs
fiécles ayent femblé l'ignorer , & qu'après
l'avoir trouvé avec tant de peines , on l'ait abandonné
fi rapidement. » Eft- ce , pourfuit- il , qu'on
לכ
› pû ceffer de l'eftimer , ou la nature enfin auroit-
» elle ceffé de parler ? Non , mais tous ne l'écoutent
" pas , & la plupart des Ecrivains ont cherché hors
» d'elle des "beautés fardées , qui ont fafciné leurs
» yeux. Que l'Auteur qui veut briller , ou plûtôt
» qui cherche à éblouir , connoît peu fes intérêts ! il
» s'écarte au loin pour trouver des fleurs étrangé-
» res , que la Nature défavouë , tandis qu'il néglige
d'employer celles qu'il a fous fa main .... Pour
quoi tant de travail pour faire mal avec moins
» de peine on auroit fait beaucoup mieux , &c.
ג כ
33
22
2038 MERCURE DE FRANCE.
» Ce défaut de naturel a d'autres fources ; ce n'eft
pas toujours affectation , quelquefois c'eft incapa-
» cité de fe mettre au ton de la Nature. Il y a des
»voix naturellement difcordantes , il y a de même
" des génies qui naiflent guindés & obfcurs ; ne les
→ blâmez pas; ils ne peuvent mieux faire ; exhorteze
» les feulement à ne plus écrire , & c .
25
On peut donner le même confeil à ceux dont
» l'éducation a perverti les dons de la Nature ; nés
» fouvent avec un génie heureux pour les Belles-
Lettres,ils fe gâtent par la lecture d'Ouvrages fans
» goût ; ils ambitionnent follement la gloire de les
égaler , & Copiftes trop fidéles d'aufli mauvais
modéles , ils fe croyent d'autant plus proches
» de la perfection , qu'ils s'éloignent d'avantage
» de la Nature , &c.
ל כ
33
>>
כ כ
D'autres , formés fur de meilleurs modéles ,
pourroient relever avec goût tout ce qui s'écarte
>> du naturel ; leur Critique eft fûre , & ils jugent
» bien des Ouvrages d'autrui , mais ils ont pour eux-
» mêmes une indulgence pernicieufe ; la pareffe ,
» ce vice lent & tranquille , qui ruine infenfiblement
» toutes les vertus , les empêche de mettre le foin
» néceffaire aux Ouvrages qu'ils donnent au Public.
» Ces naïves beautés qu'ils fçavent fentir , fe trou-
» vent rarement fous la plume ; il faut les attendre ;
» il faut les chercher , enfin il faut du tems & du tra-
» vail pour donner aux penſées & aux expreffions ,
≫ce tour noble , hardi & naturel, qui caractériſe les
>> Ecrits des Maîtres de l'Art .
3
Avant que de finir for Difcours,le Pere Senamaud
donne quelques préceptes pour arriver à ce naturel
dont il vient de faire l'éloge. » Que la penfée
, dit- il , foit toujours fi claire , qu'on ne foir
jamais occupé à en chercher le fens ; qu'elle entre
dans l'efprit fans effort , comme la lumière dans
* les
SEPTEMBRE. 1743- 2039
ןכ
les yeux ; qu'elle foit effentiellement vraie , &
qu'en la confidérant dans toutes fes faces & dans
tous fes points de vie , elle ne perde rien de fon
» caractére de vérité , &c. Que l'Ecrivain faffe
» choix des termes les plus expreffifs ; qu'il employe
les images les plus propres à faire impreffion , &
» qu'il les place de maniere , qu'elles fe prêtent mu-
» tuellement plus d'éclat & de force , &c.
Telles font les loix qu'il faut fuivre pour écrire
naturelle ment , mais il n'appartient qu'au génie de
produire le naturel , l'Art ne peut que le perfectionner
, &c.
La Séance fut terminée par une Ode , que M. Fé
de Boifragon , Gentilhomme d'Angoulême , avoit
envoyée pour le Prix de fon Affociation ; elle eft
tirée du fameux Cantique de Moyfe fur le Paffage
de la Mer Rouge. C'eft le premier coup d'effai du
jeune Poëte. Vous jugerez par-là , Monfieur , ce
que l'Académie de la Rochelle ,& même tout le Pu
blic ont droit d'attendre de lui dans la fuite.
ODE
Tirée du Cantique de Moyfe fur le Paffage
de la Mer Rouge.
Eniffons le Seigneur dans nos chants de victoire ;
De fon Trône fur nous il a jetté les yeux ;
Beniffons mille fois un Dieu , qui met ſa gloire
A nous fauver du fer d'un Peuple furieux.
Déja l'Egyptien , animé par l'envie ,
Se flattoit qu'à la haine impie
Il alloit nous facrifier ; •
Mais Dieu parle : à fa voix foumife , obéiffante ,
La Mer enfevelit fous l'Onde frémiſſante
Le Combattant & le Courfier.
2040 MERCURE DE FRANCE.
Il eft le Tout-Puiffant , le Dieu fort , l'invincible ;
Nous avons vu par lui l'ennemi confondu ;
Il s'eft armé pour nous de fon glaive inviſible ;
Son poids s'eft fait ſentir au Soldat éperdu .
Tel qu'un Rocher brifé, dans fa chute rapide ,
Soudain de l'Element liquide .
Perce l'horrible immenfité ;
Tel Pharaon , grand Dieu , devenu ta victime ,
Dans l'éternelle nuit de l'effrayant abyme
Eft pour jamais précipité.
+3x+
A ce coup éclatant ta gloire intéreffée
A plongé dans le deuil la fuperbe Memphis
Tu devois ; pour venger ta grandeur offenſée ,
Ce jufte châtiment à fes coupables fils.
Ainfi
que dans la Plaine , allumé par la foudre ,
Le feu , vengeur réduit en poudre
L'efpoir du trifte Laboureur ;
'Ainfi de fa puiflance & d'orgueil enyvrée ,
L'aveugle Nation vient d'être devorée
Par le fouffle de ta fureur.
A nous ouvrir leur fein les Ondes empreflées
Sembloient nous découvrir le centre des Enfers
De flots accumulés deux montagnes glacées
Elevoient leur fommet jufqu'au plus haut des airs;
Enfin , dit l'ennemi , j'affouvirai ma haine ; ›
Avec eux pour brifer leur chaîne ,
Envain
SEPTEMBRE. 1743. -2041
En vain leur Dieu veut-il s'unir ;
Oüi , leur fang malgré lui va rougir mon épée ,
Et fon mortel tranchant de leur race extirpée
›› Détruira juſqu'au fouvenir.
***
Il nous fuit à travers ces Montagnes humides ;
L'abîme retentit de fes cris furieux ,
Mais les flots indignés , redevenus liquides ,
Engloutiffent le Chef, les Soldats & leurs Dieux.
Un ſeul mot de ta bouche a tout fait difparoître ,
O toi, qui peux parler en maître
Aux Elémens épouventés
Grand Dieu , qu'elle eft ta gloire & ta magnificence !
Qu'Ifraël , en tremblant , s'abaiffe en ta préfence
Au fouvenir de tes bontés !
Les Géants font tombés fous ta main vengereffe ,
Au moment que pour nous elle a feché les Mers ;
Abandonnerois-tu ton Peuple à fa foiblefle ,
Après avoir brifé fes Tyrans & ſes fers ?
Non non, Seigneur, les feux, les éclairs, les tempêtes
A nous défendre toujours prêtes ,
Vont diffiper nos ennemis ,
Et ta force , rendant leur effort inutile ,
Nous conduira bien- tôt dans la terre fertile
Que ton amour nous a promis .
Quels
2042 MERCURE DE FRANCE.
1
Quels objets je découvre aux traits de ta`lumiére .
Où fuis-je dans fon fang le Philiftin noyé ,
Pour prix de fa fureur a mordu la pouffiére ,
Sous tes carreaux brulants juftement foudroyé
Pour les cruels enfans à fon tour allarmée ,
J'apperçois la fiére Idumée ,
Pâlir au feul nom des Hébreux.
Moab & Chanaan font frappés par la crainte ,
Et dans leurs coeurs impurs ils reffentent l'atteinte
Du défefpoir le plus affreux..
Que tardes-tu ? fur eux fais tomber l'épouvante
Imprime fur leur front la pâleur de la mort ,
Laffé des attentats d'une race infolente ,
Egale à fes forfaits les horreurs de fon fort.
Dans ces jours , où conduits ſur tes facrés veſtiges,
Nous verrons par mille prodiges
Ton bras fe fignaler pour nous ,
Puiffent de notre fang tous ces Peuples avides ,
Se déchirant le fein de leurs mains parricides
Prévenir ton jufte courroux !
Que font-ils devant toi , qu'une vaine fumée !
Quels fuccès ont fuivi leurs complots criminels ?
Oui , tu fçauras , grand Dieu, malgré la Terre are
mée ,
Accomplir dans le tems tes décrets éternels.
То
SEPTEMBRE. 1743 . 2043
Tu nous établiras dans ta demeure fainte ,
Tu donñeras à fon enceinte
Une immuable fermeté.
Là , Jacob , s'uniflant aux Cantiques des Anges ,
De fon Libérateur chantera les loüanges ,
Au-delà de l'Eternité.
L'Académie des Jeux Floraux propofe pour le
Sujet du Prix d'Eloquence , qu'elle doit diftribuer
dans fon Affemblée publique du 3. Mai 1744. La
Subordination eft le plus ferme appui des Etats.
CATALOGU E abbregé des Ouvrages de
Mrs, les Peintres , Sculpteurs & Graveurs
de l'Académie Royale de Peinture , anjour
d'hui vivans , expofés dans le Salon du Loule
s. du mois d'Août dernier , jufques
compris le Dimanche premier Septembre.
vre ,
О
N ne prétend donner ici ni rang , ni préference
entre les Auteurs , dans l'arrangement
des articles des Tableaux dont on va parler , &
comme on a fait diftribuer à la Porte du Louvre un
petit Livre , imprimé chés Collombat , contenant
la defcription & les dimenfions de chaque Tableau
auquel on peut avoir recours , on a crû pouvoir
difpenfer de les mettre tous.
PEINTRES.
DEM . COYPEL , ancien Profeffeur , Ecuyer ,
Premier Peintre de M. le Duc d'Orléans. 1. Un
G Ta2044
MERCURE DE FRANCE.
Tableau â l'huile , d'environ 4 pieds de haut fur 5 .
de large , repréfentant J. C. naiffant , adoré par les
Anges. L'idée de ce morceau , qui a plû à tout le
monde , a été conçue fur l'expreffion noble & majeftueuse
du Motet du Sieur de Mondonville, Venite
adoremus ; c'eft ainfi que tous les Arts fe prêtent la
main. 2. Autre, prefque quarré, de 4. pieds , repré
fentant J. C. au berceau . 3. Un Tableau au Paſtel ,
repréfentant une Fuite en Egypte ; la tête de la
Vierge eft de la plus grande beauté. 4. Autre au
Paftel , repréfentant la Folie , qui s'amufe à parer la
décrépitude , avec les ajuftemens de la plus brillante
jeunelle . . Tableau repréfentant l'Amour indigné,
qui s'envôle & abandonne Pfiché. Ce Morceau eft
' une force de coloris étonnante pour du Paſtel. 6.
Un petit Païfage auffi au Paftel . Le Publio éclairé
rend toujours juftice aux Ouvrages de M. Coypel ,
qui voit couronner par de nouveaux fuccès la répuration
qu'il s'eft acquife par fes talens pour le def
fein & pour la finefle des expreffions.
•
DE M. DE TOURNIERE , Ancien Profeffeur . 1 .
Un grand Portrait en pied , repréſentant le Duc de
Briffac , Chevalier des Ordres du Roi. 2. Autre
qui repréſente en bufte Madame du Metz . 3. Autre
, repréfentant une Dame dans le Bain . 4. Un petit
Portrait en pied , qui repréfente M. de Montluçon
, Fermier Général , en habit de Capitoul. Ce
Profeffeur, accoûtumé depuis long - tems aux Eloges
du Public , ne néglige rien pour en mériter la
continuation .
DE M. GALLOCHE , Profeffeur , 1. Tableau de
4. pieds & demi , fur 3. & demi ; c'eſt le Triomphe
d'Amphitrite. 2- Deux Efquiffes , dont l'une eft
celle du même Tableau , & l'autre d'un morceau
commencé , qui doit faire pendant à celui- ci. Il reprefente
le récit que Télémaque fait de fes Avantres
SEPTEMBRE. 1743 .
2045
res à Calipfo. Ces Tableaux ont le mérite , que
Galloche fçait donner à fes Ouvrages.
M.
DE M. RESTOUT , Profeffeur. Un grand Tableau
de 25. pied de large , fur 13. & demi de haut , qui
repréſente la Dédicace du Temple de Salomon ,
dans le moment que le Seigneur y marqua fa préfence
, par une nuée dont il le remplit . On lit dans
le petit Livret , dont on a deja parlé , que cet
événement miraculeux frappa les Prétres , au point de
les empêcher d'achever les fonctions de leur Min¹ftére ;
la reconnoiffance , la crainte , l'étonnement & l'admi
ration , fe font fentir dans les Hébreux , à la vûë du
feu du Ciel , quidefcend fur l'Autel des Holocauftes ,
& qui en confume les Victimes. Pour Salomon , il ne
paroit occupé que de la grandeur & des miséricordes
du Dieu d'Ifrael. Ce fameux Tableau , qui a fait un
des principaux Objets du Salon , eft bien digne des
grands talens de l'habile Profeffeur , qui l'a compo.
fé,& du digne Eléve & neveu de l'illuftre JEAN JOU
VENET .
DE M. DUMONT , le Romain , Profeffeur. 1 .
Tableau repréfentant un Repos de Diane de 3 pieds
& demi de haut fur 4 de large. 2. Autre , fuite du
même fujet de forme ovale , tous deux pour le Cabiner
du Roi , à Choify. * 3. Autre , qui repréfente
un Païfage , avec des figures , du Cabinet de M.
l'Empereur.
DE M. BOUCHER , Profefleur. 1. Un Tableau
ovale , reprefentant la Naiffance de Vénus . 2. Son
pendant de même forme. Vénus à fa Toilette , fortant
du Bain. 3. Un Tableau chantourné de 6. pieds
de large fur pareille hauteur , repréfentant la Mufe
Clio ,qui préside à l'Histoire & à l'éloge des grands
* La deftination de ces Tableaux nous diſpenſe
d'en faire l'éloge.
Gij hom2046
MERCURE DE FRANCE.
hommes : elle eft affife , écrivant fur un grand Livre
,fupporté par les aîles du Tems , regardant les
Buites & Médaillous des Héros placés au Temple
de Mémoire . 4. Autre de même forme , faifant pendant
, repréfentant Melpoméne tenant d'une main
un Poignard, & de l'autre , des Sceptres & des Couronnes,
qui font les attributs de la Mufe, qui préfide
à la Tragédie . 5. Tableau , repréſentant un Païfage
où paroît un Moulin à eau , & une femme qui donne
à manger à des Poules. 6. Son pendant repréfentant
une Vieille Tour , & fur le devant des Blanchifleuſes.
7.Autre petit Païfage de forme chantournée,
repréfentant un vieux colombier & un espéce de
Pont ruiné , fur lequel eft une femme & un enfant
qui regarde un Pêcheur. Ce Peintre aimable dans
fon deffein , dans fon coloris & dans fes compofitions
naturelles & naives , eft toujours sûr des applaudiffemens
du Public , dans tous les Ouvrages
qu'il lui préfente.
Dz M. NATOIRE , Adjoint à Profeffeur . 1. Tableau
en largeur , repréfentant un Repos de Diane .
2. Autre de même grandeur , qui repréſente Bacchus
& Ariane. 3. Autre qui repréfente Apollon &
les Mufes fur le Parnaffe. 4. Vénus qui fe proméne
fur les Ondes, & Neptune qui vient la recevoir.s.Autre
petit Tableau au Paſtel , repréfentant une tête de
fantaisie .
Les quatre premiers Tableaux ont été faits pour le
Roi , & doivent être placés au Château de Marly :
c'eft le plus grand éloge qu'on en puiffe faire .
DE M. JEAURAT , Profefleur . Un Tableau en
hauteur ceintré , qui repréfente une Annonciation.
Ce Tableau a été honoré des fuffrages de beaucoup
de Connoiffeurs .
DE M. OUDRY , Adjoint à Profeſſeur. Sep: Tableaux
du Cabinet de M. le Premier. 1. Un de 2 .
pieds
SEPTEMBRE. 1743. 2047
pieds,prefque quarré, repréfentant des Matelots qui
débarquent leur pêche , peint à Dieppe 2. Un de
même grandeur , repréſentant une espéce de Tour ,
des Vaches fur le devant , une Femme vûë par 1s
dos , qui tient un chien qui abboyé après un Ane .
3. Autre de même grandeur , qui repréfente un
homme tenant un cheval ; un Chien qui paroît
abboyer ; deux Vaches & une Femme , conduifant
un Cheval chargé d'un Veau. 4. Le fond de ce
Tableau eft une ruine de Bâtiment , & fur le devant,
des Vaches , des Moutons , un Cheval paiffant , &
un Berger qui careffe fon Chien . s . Paifage , dont
le fond eft une Forêt , dans laquelle on voit un
Cerf;fur le devant paroît un relais de deuxChevaux .
6. Autre , repréfentant une jeune Fille , qui conduit
une Vache , une Chévre & des Moutons ; à côté des
Chiens à l'attache fous une Baraque dans une baffecout.
7. Autre , qui répréfente un petit Garçon fur
un Ane , conduifant des Vaches , des Moutons &
des Chevres ; un vieux Château dans le fond . 8. Autre
Tableau de 3. pieds , repréſentant un Faifan
attaché par la patte un Lapereau & une Perdrix
, appartenant à M. Dupuis , Jardinier du Roi .
9. Un grand Tableau de 10. pieds en quarré ,
placé fur le buffet de la Salle à manger du
Château de Choify , lequel repréfente une Fontaine
vue par l'angle , des painpres qui s'étendent deflus ,
& dans le milieu du bas,un fanglier & un chevreuil :
d'un côté , un Barbet qui furprend un Héron dans
des rofeaux : à l'autre bout deux Chiens couchans ,
un Faiſan & un Liévre attaché , & dans le coin , des
Paniers de chaffe avec quelque Gibier. 10. Autre
grand Tableau , repréfentant des Paniers de chaffe
renverfés , une Terrine d'argent fur un tapis de
Turquie & un fond d'Architecture : ce Tableau eft
du Cabinet de l'Auteur . 11. Un bas relief de bronze
G iij
"
{ ur
2048 MERCURE DE FRANCE.
fur un fond de lapis , repréfentant Silene , barboüillé
de Mures par la Nimphe Eglé , imité d'après celui
qui appartient au Roi , du Cabinet de l'Auteur.
12. Un portrait de Chien couchant, fait pour le Roi,
& pofé dans la Salle à manger du Château de Choi
fy. 13. Autre portrait de Chien couchant , auffi fait
pour le Roi, & pofé dans la même Salle . 14. Tableau
Lepréfentant un Tigre de la Ménagerie du Roi
peint pour S. M. Outre les grands talens , que tout
Je monde connoît à M. Oudry , il a encore celui
d'attirer les fuffrages les plus brillans en fa faveur.
DE M. CHARD IN. I. Tableau repréfentant le
Portrait de Mad. le Noir, tenant une Brochure. 2.
Petit Tableau, qui repréfente des Enfans qui s'amu
fent au Jeu de l'Oye. 3. Autre , faifant pendant , où
font auffi des Enfans faifant des tours de carte . Les
Tableaux de M. Chardin font toujours fort recher¬
chés. Ils plaifent généralement à tous ceux qui ont
des yeux & quelques fentimens , par cette imitation
naïve & vraie de la nature ; il a l'art d'animer
Ja toile.
M. LE CHEVALIER SERVANDONE. Neuf Tableaux,
deffus de Porte défignés fous le même N° . repréfentant
plufieurs fujets d'Architecture & Bâtimens Aniques
, Paifages & diverfes vûës , lefquels ont été
faits en huit jours , à l'occafion de la Fête que M. le
Cardinal d'Auvergne donna dans fon Hôtel , lors
du Mariage de la Princeffe de Bouillon, aujourd'hui
'Ducheffe de Montbazon . Le Chevalier Servandoni
met toujours heureufement en pratique les fçavantes
leçons qu'il a puifées dans l'école de fon Maître ,
J. P. Panini , Illuftre Peintre Romain.
DE M. TOCQUE ' . 1. Portrait en grand , repréfentant
M.Mirey, Secrétaire du Roi , peint en Chaf
feur , tenant fon fufil . 2. Portrait de M. Poüan , appuyé
fur le dos d'un fauteuil . 3. Autre en Buſte , repréSEPTEMBRE
. 1743. 2049
1
préfentant Mad. de ***. 4. Autre Portrait repréſen
tant M. de ** * en robe de chambre. 5. Une tête
qui repréfente le Portrait de M. le Moine le pere ,
Sculpteur ordinaire du Roi & Profeffeur à l'Acadé
mie de Peinture & Sculpture. On voit toujours dans
les Portraits de M. Tocqué , quifont en grand nom →
bre , beaucoup d'intelligence & de variété.
DE M. AVED. 1. Tableau en hauteur de 7. pieds
& demi fur f . & demi de large,repréſentant Mad, la
Marquise de Sainte Maure , en Sultane ; le Spectateur
éclairé , a remarqué avec beaucoup de fatisfaction
, l'ordonnance , le deffein & l'effet de ce premier
Tableau. 2. Le Portrait de M. le Marquis dè
Mirabau dans fon Cabinet , appuyé fur le Polibe de
M. Follard. Ce fecond Portrait ne céde en rien au
premier. 3. Celui de Mad. la Traverſe, appuyée fur
une table. Ce Portrait a flatré le Public par la fraicheur
du coloris & les graces de la figure . 4. Celui
de M. l'Abbé Gedouin, Abbé de Beaugenci, de l'Académie
Françoife . Ce quatrième Portrait ne dément
point les autres. Le Public continue de rendre
aux talens fupérieurs de M. Aved , toute la juftice
qui leur eft dûe , & paroît de jour en jour plus em
barraffé fur la préference entre fes concurrens & lui.
DE M. LUNDBERG. Deux Portraits au Paſtel de
M. & Mad. Boucher , que le Public a honoré de
beaucoup d'éloges.
DE M. PIERRE. 1. Tableau de pieds de haur
fur 4. de large , repréfentant S. Jean - Baptifte , qur
baptife les Juifs dans le Défert. 2. Autre plus petit ,
repréfentant l'Innocence. 3. Autre de même grandeur
, repréfentant Ganiméde. 4. Autre de 4. pieds.
fur 5. de large , repréfentant une Bergere avec des
Moutons, & une Vache dans un fond de Païfage . 5 .
Autre, repréfentant l'Efquiffe d'une Nativité. 6. Au
tre , Bambochade , repréfentant un Voyage. 7. Au-
G. iiij
2050 MERCURE DE FRANCE.
tre plus petite Bambochade , qui repréſente des Païfans
. 8. Une Tête au Paſtel , d'après nature . Le Public
paroît fort content des talens de ce jeune Feintre,
Parifien , & de fes Ouvrages . Il eft nouvellement
arrivé d'Italie , & reçû depuis peu à l'Académie
Royale de Peinture & Sculpture : état qu'il a préferé
à tous les établiflemens les plus honorables , que
fes étoient en état de lui
parens
ainfi on procurer ;
peut dire , que c'eft uniquement l'amour des Beaux
Arts qui lui a mis le pinceau à la main.
DE M. DE LA TOUR. 1. Un Portrait au Paſtel ,
repréfentant le Duc de Villars , Gouverneur de
Provence , Chevalier de la Toifon d'or. 2. Autre
Portrait de Mlle. de ***. 3. Autre , repréſentant M.
Paroffel , Peintre de l'Académie , d'une vérité frappante.
M. de la Tour devient fi fort au -deffus de
tous les Eloges qu'on lui donne , que nous craindrions
de les affoiblir & de ne pas donner une jufte
idée du mérite de fes Ouvrages , fi nous entreprenions
de le louer ici.
DE M. FRONTIER. 1. Un Tableau de 9. pieds de
haut fur 6. & demi de large, repréfentant Moife qui
éléve le Serpent d'airain, deftiné pour l'Eglife de Ste.
Croix de Lyon, 2 Une Académie peinte d'après
nature , répréfentant un homme en méditation . 3 .
Autre de même grandeur , auffi d'après nature , repréfentant
un homme endormi . 4. Autre petit Tableau
d'après nature , repréfentant trois Colomnes
d'un Temple de Rome , fituées dans le Lieu appellé
Campo Vaccino. Ces Tableaux font honneur à la réputation
naiffante de M. Frontier .
"
SCULPTEURS.
DE M. ADAM l'aîné , Adjoint à Profefleur. 1. Un
Grouppe en modéle de terre cuite , repréfentant
Pigmalion , célébre Statuaire de l'Antiquité , qui
acheve la ftatue d'une jeune Fille , à laquelle il
donna,
SEPTEMBRE. 1743 .
2051
la
donna , par fon art ,
tant de graces , animé , par
préfence de l'Amour , qu'il en devint paffionément
amoureux . Il la pars de fleure , de joyaux & de draperie.
Vénus donne la vie à cette Figure , & Pigmalion
l'époufa . Ce Grouppe eft fur un pied d'eftal octogone
, orné d'un cartel & de panneaux . 2. Une
figure de Femme aflife , repréfentant li Vérité qui
fe découvre elle-même ; elle eft fur un pied d'eftal
taillé dans le roc , fur lequel elle eft affife , ayant un
pied fur le Globe de la Terre : le pied d'eftal paroît
encore informe à quelques égards . L'Architecture
eft taillée à divers endroits du rocher. 3. Une figure
de femme debout,qui repréfente la Verve Poétique,
s'empreffant à mettre par écrit le fruit de fon enthou
Gafme. Elle eft couronnée de laurier, ayant des aîles
à la tête , pour montrer la vivacité de fon imagination
. Elle eft entourée de feuilles de vignes , ce qui
défigne l'yvreffe dont elle, eft tranfportée . Elle eft
placée fur le fommet du Parnafle, d'ou coule l'Hyppocrêne,
environnée de laurier & de lierre. On voit
à fes pieds un Livre de Mufique , quelques Inftrumens
& une Trompette. 4. Autre figure en pied ,
qui repréfente la Vertu , couronnée de laurier . Elle
a un pied fur le Globe de la Terre . Elle paroît s'oc
cuper à combattre quelque vice , lequel eft défigné
par un Serpent , auquel elle perce la tête avec une
épée qu'elle tient d'une main , & de l'autre elle
montre une branche de chêne , qui fait voir
que la
Vertu furmonte le vice , comme le chêne furmonte
les tigucurs de l'hyver. Deux de ces modéles ,
doivent être exécutés en marbre , & les deux autres
en pierre de Tonnerre , le tout de grandeur naturelle
. On pourroit hardiment donner les plus grands
éloges aux Ouvrages de M. Adam , fans crainte d'être
démenti par le Public , ni par les Connoiffeurs
les plus difficiles & les plus délicats .
Gy M.
2052 MERCURE DE FRANCE..
DE M..LE MOINE,le fils ,Adjoint à Profeffeur. Sujet:
du Tombeau , qui doit être exécuté à la mémoire
de S. E. M. le Cardinal de Fleury. Le tems qui a
détruit fon Eminence , le fait revivre par les foins
du Roi , le Cardinal eft repréfenté à genoux . Le
tems léve le voile qui cachoit l'Infcription , & y
montre les attentions de S. M. pour ce Miniftre ..
La Fidélité perſonnifiée & admirablement caracté–
rifée fous la figure d'une belle Femme , s'attendrit
fur le fort du Cardinal . Des Génies foutiennent fes
Armes. Les figures doivent être en marbre blanc
excepté celle du Tems , dont la couleur du bronze
convient mieux au caractére de la vieilleffe . Nous.
avons déja eu occafion de parler avec éloge de ce
jeunè & illuftre Artifte , qui eft déja célébre par de
très-grands Ouvrages heureufement terminés. It
eft actuellement à Bordeaux , pour y faire pofer la
Statue Equeftre du Roi en bronze de 14. pieds de
hauteur , à mefurer depuis le pied du cheval , jufqu'au
fommet de la tête du Roi . Monument célébre
, qui a fait l'admiration de tout le monde à Paris
, & qui a attiré un très - grand concours à l'Attehier
de M. le Moine , au Fauxbourg S. Honoré.
DE M. COUSTOU, le fils , Adjoint à Profeffeur..
1. Deux Têtes d'après nature. 2. Un Projet d'Autel
, représentant l'Apothéofe de S. Ignace. Ce jeune
Artifte porte un nomi célébre dans les beaux Arts,
& le Public reconnoit dans fes Ouvrages , qu'il eft
digne de le porter . Il eft fils & Eléve de M. Couftou
, actuellement Directeur de l'Académie..
DE M. DE LA DATTE . Defcription du Mauſolée
projetté pour la mémoire de M. le Cardinal de
Fleury .
Ce Prélat eft le premier objet qui s'offre à la vûë ::
on l'a repréfenté à genoux , dans l'attitude & portant
tous les traits d'un homme pénétré de la mifé-
1icorde
SEPTEMBRE. 1743. 2053
ricorde de Dieu . Il paroît invoquer cet Etre fuprê
me , dans un Livre de Prieres , qu'un Ange tient
ouvert devant lui , tandis qu'un autre Ange témoi
gne , par la vive douleur de fon attitude , la perte
que l'on vient de faire dans ce Miniftre.
A la droite du Tombeau , eft une Figure qui réunit
, en elle feule , plufieurs attributs , tous relatifs à
J'attachement inviolable du Miniftre pour le Roi ,
& à la confiance intime , dont le Monarque l'a honoré
jufqu'au dernier inftant .
L'activité , le zéle & la fidélité du Miniftre , font
repréfentés par le Chien, qui accompagne la Figure
dont on vient de parler , fymbole de toutes les
Vertus que l'on a voulu dépeindre , & que par
cette raison , l'on a crû devoir préferer à tout autre
, dans un Monument qui pourroit paffer à des
fiécles, moins éclairés que le nôtre. Le Cachet que la
même Figure tient à la main , eft l'emblême du ſe--
cret impénétrable , qui a fait tant d'honneur au Mi--
niftére de M. le Cardinal de Fleury ; par la Clef
que l'on y a joint , on croit avoir affés bien exprimé
la confiance du Monarque , & le bon ufage que
le Miniftre en a toujours fait . La Figure à laquelle
on ajoint ces emblêmes , par les regards vifs & touchants
qu'elle jette fur le Miniftre , paroît vouloir le
fuivre des yeux , juſques dans la nuit du Tombeau.
' La Figure que l'on a placée à la gauche du Tombeau
, eft d'un caractére different : le Miroir qu'elle
tient àla main, & le faiſceau de fléches fur lequel elle
eft apuyée,défignent d'une maniére frappante laPru
dence unie à la Force. La dignité que l'on a tâché
de répandre fur toute cette Figure , annonce affés le
caractére de fagefle & de fermeté que l'on a voulu
représenter dans ce Prélat . Cette Figure paroît pé--
nétrée jufqu'à la triftefle , mais non jufqu'au décou
ragement.
G-vjì La
2054 MERCURE DE FRANCE.
>
La Foi, repréſentée par un Calice , appliqué fur
un bouclier , & au-deffus duquel s'élève la Sainte
Hoftie , objet de notre amour & de notre foi , fe
trouve placée de maniére qu'elle fert de couronnement
à toutes les vertus purement humaines , que
le Prélat eut dédaignées , fi les chrétiennes ne les
euffent point accompagnées ; un Ange tient fufpenduë
fur la tête de fon Eminence une Couronne
qui eft le fymbole de la récompenfe , que le Seigneur
accorde à ſes vertus . Enfin les Armes du Prélat
font appliquées au corps du Tombeau ; mais d'une
maniére qui répond à la modeftie de celui , qui n'a
voulu d'autre gloire en faifant bien, que celle même
d'avoir bien fait . Au pied du Tombeau eft un bas
relief, qui repréfente la réunion de la Lorraine à la
Couronne de France.
DE M. BOUCHARDON. Projet de Mauſolée pour
feu M. le Cardinal de Fleury , fait par ordre de M. le
Controlleur Général. On y voit d'abord , comme
l'objet principal , S. E. à genoux fur un Prie - Dieu .
Au- deffus de fon Tombeau , derriere lui & fur le
même plan , eft le Génie de la France qui , fous la
figure d'un enfant éploré , tient trois Couronnes ,
que S. E. femble lui avoir remifes , pour ne plus
s'occuper que des grandeurs éternelles. La premiére
de ces Couronnes , qui eft le laurier , exprime
fon zele pour la gloire du Roi & de l'Etat La feconde
, qui eft de chêne , & que les Anciens nommoient
Couronne Civique , eft le fymbole de fon
amourpour la Patrie , & de fon attention à ménager
les peuples. La troifiéme enfin d'Olivier , attribut
ordinaire de la paix , annonce quel étoit le terme
heureux où tendoient toutes les vûës.
Au pied du Tombeau font deux Lions , dont l'un
écrafe ' Hydre vaincuë , ta dis que l'au´re tient le
mafque qu'il a arraché à l'Erreur , & le flambeau
de
SEPTEMBRE. 1743. 2055
de la Difcorde prêt à s'éteindre. Deux Confoles qui
fupportent le Tombeau , laiffent entr'elles un champ
où l'on a placé l'emblême de l'Eternité , exprimée à
l'antique , par un ferpent qui fe mordant la queuë ,
forme un ce cle ou rond parfait , au milieu duquel
un fable aîlé, marque par oppofition, le nombre & la
rapidité des jours que nous paflons fur la terre.
Plus bas , & fur une plate-forme , formée par une
double plinthe qui décrit un avant- corps , font deux
Figures de Vertus affligées , qui s'appuyent fur le
Globe de la Terre , où l'on diftingue , furtout , l'Europe
, comme la Partie du monde , où la réputation
de S. E. s'eft le plus répanduë , parce qu'elle a été
plus particuliérement l'objet de fes travaux . Une de
ces vertus , caractériſée par le Gouvernail qu'e le
tient à la main , par le Miroir & le Serpent qui font
à fes pieds , marque l'équité , la prévoyance & la
fagefle , qui accompagnoient fon adminiſtration .
L'autre , qui repréſente la Religion , eft reconnoiffable
à fon voile & à fa Croix ,de même qu'au rouleau,
où volume antique fur lequel fon bras droit eft
fé , & à la flâme ardente qu'elle éléve & dirige vers
le Ciel.
po-
On a mis au haut de la contretable , qui fert de
fond à ce Maufolée , le cartouche des Armes de S. E.
orné d'une fimple guirlande de cyprès , pour répondre
par cette fimplicité à fon extrême modeftie dans
tout ce qui le regardoit perfonnellement . On lit en
note dans le petit Livre imprimé , auquel nous nous
conformons uniquement pour ce qui regarde ces
Modéles , la Note qu'on va lire.
Le Globe de la Terre eft un fymbole particuliérement
affecté au Gouvernement . Les Modernes d'accord
en cela avec les Anciens , l'ont employé dans toutes les
occafions où il a fallu représenter cette vertu. On en
pourroit citer une infilité d'exemples .
DE
2056 MERCURE DE FRANCE..
DE M ADAM, le cadet. Defcription du Mauſolée
de S. E. M. le Cardinal de Fleury , fait par ordre de
M. le Contrôleur Général.
Son Eminence eft repréfentée à genoux fur fon
Tombeau ; derrière lui s'élève une Pyramide , fymbole
de fa gloire , accompagnée de deux Cafloletres
fumantes , qui répandent de tous côtés la bonne
odeur de fes vertus ; vers le haut de la Pyramide , le
Génie de la France s'efforce de retenir le Tems qui
s'abaiffe , dont le Sable rompu & embrafé , annonce
la fin des jours de S. E.
L'équité & le fecret, défignés par une feule Figure
debout , à côté du Tombeau , s'effrayent de le voir
s'approcher ; le chien , qui eft au bas de cette Figure
, repréfente l'attachement inviolable de S. E. å la
perfonne de S. M. & P'Urne renverfée fous fes
pieds , d'où fe répand quantité de monnoye , fait:
connoître fon parfait défintéreflement. La Paix af
fife vis- à- vis, tenant une branche d'olivier , eft confternée
de la perte qu'elle fait . Les rares talens &
les foins continuels que le Cardinal a apportés à
l'é lucation de S. M. font marqués par le Livre & le
Caducée , & fon Ecuffon de l'autre côté foutient
cette Figure. Auprès d'elle eft un Enfant , qui mettant
une de fes mains fur fa poitrine , & étendant
l'autre dans celle de la Paix , exprime la bonne- foi ,,
qui étoit l'ame de toutes les actions de cet Illuftre
Miniftre. L'Architecture extérieure , eſt couronnée
par une Urne funebre , ornée de guirlandes de cyprès
.
Le même M. Adam a auffi expofé un bas relief
en bronze , pour être placé fur un des Autels de la
Chapelle de Verfailles , repréfentant le Martyre de
Sainte Victoire , fous l'Empereur Déce , l'an 255 .
Cette Vierge Chrétienne ya it refufé d'encenfer les
Idoles , reçoit un coup d'épée dont elle tombe , en
repouf.
SEPTEMBRE . 1743. 2057
repouffant conftamment le Grand Pontife Julien ,
qui la preffe avec fureur d'adorer Jupiter ; & l'Exécuteur
qui l'a traînée à l'Autel , la délie pour l'abandonner
fur la place . Perfonne n'accufera ce Cadet
de dégénerer & de ne pas foutenir la réputation,.
que ceux qui portent fon nom ,fe font fi juftement
acquife dans l'art de la fculpture ; ce bas-relief a été.
extrêmement goûté par les Connoiffeurs ..
DE M. ERANCIN . 1 Une Statuë en pied , de terre
cuite , repréfentant la Vierge. 2. Un deffus de Porte
auffi en terre cuite , repréſentant un Grouppe d'Enfans.
3. Autre deffus de Porte , auffi en terre cuite
compofé de deux Figures,& d'unTrophée d'Armes.
"
GRAVEURS.
DE M. DU CHANGE , Confeiller de l'Académie.
Un fujet gravé d'après M. Jouvenet , repréfentant
la Réfurrection du Fils de la veuve de Naïm , dédié
à l'Académie Royale de Peinture & Sculpture . Cette
Eſtampe fait un très grand plaifir , & ne fe reffent
nullement du grand âge de fon Auteur.
DE M. TARDIEU , le pere , Académicien . Trois
morceaux gravés , qui font la continuation de l'Hil-.
toire de Conftantin , d'après Rubens , du Cabinet
de M. le Duc d'Orléans . 1. Le double Mariage de
Conftantius Chlorus , pere de Conftantin & de Maximien
Galere Céfar. 2.La Ville de Rome, qui reçoit
la Couronne de l'Empire des mains de la Victoire
à l'entrée de Conftantin. 3. Entrevûë de Conftantin
& de Crifpe, fon fils, à Bizance . Nous avons déja cu
occafion de dire que Rubens , entre les plus célébres
Peintres de fon tems , avoit été un des plus heureux
, en ce qu'il avoit trouvé des Graveurs habiles
, qui ont rendu fidélement ſes caractéres & les
expreffions. Ces Eftampes de M. Tardieu , dont le
Public
2058 MERCURE DE FRANCE .
Public fait grand cas , confirment ce qu'on vient de
dire .
DE M. DE LARMESSIN . Le Fleuve Scamandre ,
gravé d'après M Boucher, Profeffeur de l'Académie.
M. de Larmeflin eft toujours sûr d'augmenter fa
réputation dans toutes les nouvelles productions de
fon burin..
DE M. COCHIN , le pere: Dix- huit petit morceaux
gravés , d'après fon fils , dont les fujets font tirés de
l'Eneide & des Géorgiques de Virgile . Ces Eftampes
ont été reçûés du Public , d'autant plus favorablement
, que pour l'intelligence , foit du deffein ,
foit de la gravure , elles paroiffent réunir l'éloge du
pere & du fils
DE M. SURUGUE , le pere . Un fajet gravé d'après
M. Boucher , repréfentant la mort d'Adonis .
Cette Eftampe a fait beaucoup de plaifir à tous les
Connoifleurs .
DE M. MOYREAU . Trois fujets gravés d'après
Wouvermens. 1. Les Gardes de Cavalerie . 2. Le
Marchand de Mithridate . 3. Le petit Pont de bois .
Ces Morceaux font très heureufement gravés , daurs
le goût des Tableaux originaux .
DE M. DAULLE' . Trois Portraits gravés d'après .
differens Maîtres . 1. Celui de Marguerite de Valois,
Comteffe de Caylus d'après M Rigaud. 2. Celui
de Pierre-Louis-Moreau de Maupertuis, d'après M.
de Tourniere. 3. Celui de Pierre- Auguftin le Mercier
, Imprimeur, d'après M. Van- Loo ; ces Portraits
ont été fort applandis par les gens de bon goût.
DE M. LE BAS . Quatre fujets gravés d'après dif
ferens Mai res. 1. Moiffon , ou troifiéme vue de
Flandre , d'après D. Teniers . 2. Jeu de Boule , ou
quatrième vue de Flandre , auffi d'après D Teniers.
3. Converfation galante , d'après M. Lancret. 4..
Courier de Flandre , d'après Both d'Italie . Le burin
de
SEPTEMBRE . 1743. 2059
de M. le Bas mérite toujours de plus en plus
les applaudiffemens du Public & des Connoiffeurs
.
DE M. COCHIN , le fils . Quatre Vignettes & huit
Culs de Lampe , deftinés pour une nouvelle Edition
des Oeuvres de feu M. Rouffeau . Plufieurs petits
Defleins , dont trois concernent l'Art Militaire. Cet
Article feroit fort étendu , fi nous voulions y faire
entrer tous les Eloges , que le Public éclairé donne
au génie & aux heureux talens de ce jeune Artifte .
DE M. SURUGUE , le fils . Trois fujets gravés d'après
M. Chardin. 1. L'inclination de l'âge. 2. Le
Singe de la Peinture. 3. Le Singe Antiquaire. Ces
trois morceaux ont été fort applaudis du Public.
DE M. SCHMIDT. 1. Le Portrait de M. Silva , Mé.
decin Confultant du Roi , d'après M. Rigaud. 2. Celui
de M. l'Abbé Desfontaines , gravé d'après M.
Tocqué , pour être mis à la tête de la Traduction
de Virgile. 3. Le Portrait de M. de la Tour , gravé
d'après le Tableau au Paftel , peint par lui - même.
Voici des Vers qui nous font tombés entre les
mains , deſtinés à mettre fous ce Portrait , où l'habile
Peintre eft repréſenté en négligé d'une manière
pittorefque , & tel qu'il eft ordinairement dans fon
Cabinet
Pour bien exprimer l'art que cette tête loge ,
Faut-il implorer Apollon ?
Mon cher la Tour , je crois que non :
Au bas de ton Portrait , pour faire ton Eloge ,
Ilfuffit de mettre ton nom .
DE M. TARDIEU , le fils . Trois fujets gravés.
1.Le Paralitique guéri près la Piſcine ,d'après le Tableau
placé dans le Cheur de l'Abbaye de S.Martin,
peint
2060 MERCURE DE FRANCE.
peint par M. Reftout. 2. Une fainte Famille , d'après
M. Chriftophe. 3. Un morceau de l'Hiftoire de
Conftantin , qui fe fait apporter l'Etendart où eft
repréfenté le figne qu'il avoit vu dans le Ciel Ce
jeune Artiſte marche heureufement dans la carriere ,
que lui ont ouverte ceux dont il porte le nom ,
les Ouvrages qu'on voit de lui aujourd'hui , font un
préſage certain des progrès qu'il y fera.
ESTAMPES NOUVELLES .
&
*
On a annoncé dans le Mercure d'Octobre 1742.
P. 2272. Trois Eftampes de l'Hiftoire de Conftan
tin , très - excellemment gravées par M. Tardieu ,
d'après les Tableaux originaux du célébre P. P. Ru
bens, qui font dans le Cabinet du Duc d'Orléans. Le
même Graveur vient de mettre au jour deux nouvelles
Eftampes , qui font la fuite de la même Hiftoire
de Conftantin ; l'une eft en largeur , & repréfente
un Triomphe allégorique de Conftantin ; on lit
aubas : Après la mort de Maxence , Rome recouvre
Empire, en reçoit la Couronne des mains de la
Victoire à l'entrée de Conftantin. L'autre , qui eft en
hauteur & uniforme à toute cette fuite , repréfente
l'Entrevisë de Constantin & de Crifpe fon fils , à Bi
zance.
Ces Eftampes fe vendent rue S. Jacques , après
la rue des Noyers , chés M. Tardieu , Graveur du
Roi , où elles ont le grand débit qu'elles méritent .
L'OPERATEUR BARRI , Eftampe en hauteur , detrois
Figures , gravée par le Sr. Balechou , d'après.
le Tableau Original peint par M. Jeaurat: on trouve
cette Eftampe chés M. Lepicié , Graveur du Roi,
au coin de l'Abreuvoir du Quai des Orfévres , &
chés L. Surugue , aufli Graveur du Roi , rue des
Noyers .
SEPTEMBRE. 1743. 2061
Noyers , vis- à-vis le mur de Saint Yves .
Ón lit au bas , la dixiéme Epigrame de feu M.
ROUSSEAU , qui exprime très - heureufement le
fujet.
Le même M. Lépicié vient de graver & mettre
en vente le CHATEAU DE CARTES : c'eft un jeune
adolefcent , qui s'amufe à faire un château de cartes
, d'après le Tableau original de J. B. Siméon
Chardin ; cette Eftampe ſe vend auffi chés le Sieur
Surugue , on lit ces Vers au bas :
Aimable Enfant , que le plaifir décide ,
Nous badinons de vos frêles travaux :
Mais entre nous , quel eft le plus folide
De nos projets ou bien de vos Châteaux ?
LE BUVBUR FLAMAND , Eftampe en hauteur
gravée par P. Chenu , d'après le Tableau original
de même grandeur que l'Eftampe , de D. Teniers.
Elle fe vend chés le Sieur le Bas , Graveur du Roi ,
ruë de la Harpe : on lit ces Vers au bas :
Jamais notre coeur ne fut plein
Du défir chimérique & vain
D'acquérir de la gloire & de la renommée ;
Et quand nous avons du chagrin ,
Nous fçavons le noyer au fond d'un broc de vin ,
Ou le diffiper en fumée.
Le Sr.Petit , Graveur , rue Saint Jacques , à la
Couronne d'Epines , près les Mathurins , qui continue
de graver la fuite des Portraits des hommes
illuftres du feu Sieur Desrochers , Graveur du Roi,
viens
1062 MERCURE DE FRANCE.
vient de mettre au jour les Portraits ſuivans.
ELIZABETH PETROWNA , fille de Pierre I. Impé
ratrice de Ruffie , âgée de 33 ans ; on lit ces Vers
au bas :
Tu vois ici les traits de l'Augufte Czarine ,
Qui de plus d'un Empire afsûra le repos.
Du Nord reconnois l'Héroïne ,
Comme PIERRE en fût le Héros.
HORACE , Poëte célébre ; il mourut fous le Régne
d'Augufte ; l'an du monde 3964. âgé de so. ans ;
on lit ces Vers au bas :
Toi , qui fçus fi bien l'art d'écrire ,
Et pour l'Ode & fur la Satyre ,
Philofophe charmant , Poëte ingénieux ,
Célébre favori de Mécéne & d'Augufte ,
Afin de te donner une louange jufte ,
Horace , il me faudroit tes talens précieux .
-
Mora:ne.
Le Sr. Michel de Serre , Chevalier de l'Ordre de
S. Jean de Latran , fils & Eléve du feu Sr. de Serre,
Peintre du Roi pour les Galéres de France , de l'Académie
Royale de Peinture & Sculpture , a faitdepuis
peu un Deffein à la plume , qui repréfente
JESUS CHRIST mourant fur la Croix , lequel a été
applaudi par plufieurs Connoifleurs , & honoré de
l'approbation de M. le Duc d'Orléans . Ce morceau
de douze pouces de haut , fur fept pouces de large ,
eft d'un goût fingulier. La douleur y eft exprimée
prefque avec autant de force , que s'il étoit colorié.
On voit dans le fond quelques Monumens de la
Ville de Jérufalem. Le Ciel paroît obfcurci par divers
SEPTEMBRE . 1743. 2063
vers nuages , & troublé pour plufieurs éclairs. Dans
ce défordre de la nature , un rayon de lumiére vient
éclairer tout le côté gauche du CHRIST , ce qui fait
un grand effet . L'Auteur a exprimé dans ce fujet tout
le caractére de la Divinité .
Il eût thonneur , il y a environ 20. ans , de
préfenter à S. A. R. M. le Duc d'Orléans , Régent ,
un Deffein auffi à la plume , d'après un Tableau du
fameux Rubens , que ce grand Prince honora de fon
eftime . Il a également réuffi dans un autre Deffein,
qui repréfente Bacchus & Ariane , dédié à S. A. S.
M. le Prince de Dombes en 1739. Il travaille actuellement
pour ce Prince à une vûë de la Ville de
Trévoux , auffi à la plume.
Le Sieur le Maire , Maître de Mufique à Paris,
donnera dans le courant du mois d'Octobre pro-
'chain cinq nouvelles Cantatilles , dont quatre font
tirées des Albanes en quatre Tableaux , fous les titres
de la Toilette de Vénus , les Forges de l'Amour,
Vénus & Adonis , Diane vengée & punie. Climéne
Tircis.Les quatre premiéres Cantatilles ,font pour
un Deflus de Violon , & la cinquième pour la Mufette
, Vielle , Flute , Violon & Hautbois.
Ces nouvelles Cantatilles feront du même prix,
que quarante quatre autres gravées , tant pour les
Deflus les Bafles que pour tailles , ce qui fera en
tout quarante-neuf, au prix de 24. fol . piéce .
·
Il a donné de nouvelles fanfares ou concerts de
chambre , en trio , pour les Violons , Flutes , Hautbois
, Mufettes , Vielles , Baffons , Violoncelles ,
Timballes & Trompettes, en trois parties féparées ,
2. liv . 8. f. Six Livres de differens motets à 30. fol .
piéce.
Les paroles de ces cinq nouvelles Cantatilles
font de l'Auteur des Fables d'Efopes , dont on a
parlé en fon licu . Tous
2064 MERCURE DE FRANCE.
Tous ces Ouvrages fe vendent toujours aux
mêmes adreffes , au bas du Pont Saint Michel ,
chés M. Chauvin , Chirurgien ; à la Régle d'or ,
rue Saint Honoré , & à la Croix d'or rue du Roule.
M. Chycoineau , Confeiller d'Etat , Premier Médecin
du Roi , ayant vû la guériſon d'un grand Prélat
, des Rougeurs , Dartres & Boutons qu'il avoit
fur le vifage depuis plus de huit ans , lequel a fait à
la Dame de Leftrade une penfion fa vie durant , &
ayant appris d'ailleurs la guérifon de plufieurs autres
Perfonnes confidérables , & qu'elle traitoit ces Maladies
depuis plus de 40. ans avec fuccès & applaudiffement
, a bien voula donner fon Approbation
pour débiter fes Remédes , pour l'utilité & le foulagement
du Public ; fçavoir , une Eau qui guérit les
Dartres vives & farineufes , Boutors , Rougeurs ,
Taches de rouffeur & autres Maladies de la Peau ;
& un Baume blanc , en confiftance de Pommade ,
qui ôte les cavités & les rougeurs après la petite vérole;
les taches jaunes & le hâle , unit & blanchit
Le teint. Ces Remédes fe gardent tant que l'on veut
& peuvent fe tranſporter partout.
Les Bouteilles de cette Eau font de 2. 3. 4. & 6.
livres & au- deffus , felon la grandeur. Les Pots de
Baume blanc font de 3. livres 10. fols , & les demi
Pots d'une livre 15. fols.
Mad. de Leftrade , demeure à Paris , ruë de la
Comédie Françoife , chés un Grénetier , au premier
Etage. Il y aune Affiche au-deffus de la porte.
CHANTHE
NEW
YORK PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX AND
TILDEN
FOUNDATIONS
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THE
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, LENOX
AND
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.
P
ག
SEPTEMBRE. 1743. 2065
CHANSON.
LE Berger Daphnis , fur l'herbette ,
Un jour montroit la note à la tendre Nanette
Retenez bien , difoit- il , ma leçon ;
Que toujours vos beaux yeux expriment la Chanſon,
Dans. coulez , dans regnez , dans gloire ,
Que votre doux gozier enchante tous les coeurs
Par-là , vous ſçaurez joindre à vos attraits vainqueurs
Et le triomphe & la victoire.
Laffichard.
ARIET T E.
LEE Berger Tircis , dans la Plaine ,
Affis au bord d'un Ruiſſeau ,
Songeoit triftement à Climéne ,
En regardant coûler l'eau :
Mais moi , je fais tout le contraire ,
Car fans jamais avoir aucun chagrin ,
J'admire couler le vin
Qu'un ami verſe dans mon verre.
ZA
SPEC
1066 MERCURE DE FRANCE.
SPECTACLES.
EXTRAIT d'un Ballet nouveau, compose
de trois Entrées , précédé d'un Prologue
qui a pour titre les Caractéres de la
Folie , représenté par l'Académie Royale
de Mufique le 20. du mois dernier, annoncé
dans le Mercure du même mois.
Nre
Ous ne pouvons donner une plus claire
intelligence du Sujet , que par ce
que l'Auteur même en dit ; le voici.
On a crû pouvoir rapporter les Caractéres de
la Folie à trois efpeces principales, les Manies,
Les Paffions & les Caprices : on a choifi l'As
TROLOGIE parmi les Manies, parce qu'elle
fe lie plus facilement à une action bornée à un
Alte.
On fuppofe qu'une jeune Bergere fuperftitieu
fe combat le penchant de fon coeur. C'est en
profitant defon erreur , qu'on parvient à l'en
détourner.
On a choifi l'Ambition parmi les Paffions pour
le fujet de la feconde Entrée.
Les Caprices de l'Amour font le sujet de la
troifiéme Entrées après en avoir expofé les bizarreries
, on s'eft permis , par une licence , de
faire triompher la Raifon.
Au
SEPTEMBRE. 1743 . 2067
Au Prologue le Théatre repréfente les
Jardins de Cythere. Vénus fe plaint de l'aveuglement
de fon fils , caufé par la Folie.
Elle expofe le fujet par ces Vers.
O crime affreux ! ô malheureuſe Mere !
Mon Fils a perdu la lumiére ;
La Folie a commis ce forfait odieux ,
Et l'Amour eft privé de la clarté des Cieux .
Venez fignaler fa puiſſance ,
Vous , qu'il combla de fes biens les plus chers.
Vengez le Dieu de l'Univers ;
Armez-vous ; accourez ; volez à la vengeance.
Le Choeur des Suivans de l'Amour répéte
ces deux derniers Vers.
La Folie appelle fes Sujets à fon fecours ,
par ces Vers.
Vous, à qui j'ai fait part de mes biens les plus chers,
Heureux Sujets , fignalez ma puiffance ;
Venez de la Folie embraffer la deffenfe ;
C'eft la Reine de l'Univers.
Le Choeur des Sujets de la Folie répéte
ces deux derniers Vers.
Vénus & l'Amour implorent le fecours
de Jupiter ; ce Maître des Dieux defcend
dans une gloire , & fait entendre cet Arrêt
du Deftin,
Sur l'Amour & fur la Folie ,
H Les
2068 MERCURE DE FRANCE.
Les Dieux font partagés , ainfi que les Mortels :
Mais par des decrets éternéls
Le Deftin les réconcilie ;
Entr'eux il rétablit la paix.
Par un Arrêt irrévocable
La Folie à jamais
Doit être de l'Amour la guide inféparable ;
Allez , volez , regnez fur tout ce qui refpire ;
Rien ne peut réfiſter à vos charmes divers.
Soumettez tout à votre Empire ;
Rendez le Monde heureux ; regnez ſur l'Univers.
Les deux Choeurs réconciliés chantent
ces quatre derniers Vers , & célébrent par
differens Couplets , la gloire de l'Amour &
de la Folie,
A la premiere Entrée , qui a pour titre
Aftrologie , le Théatre repréfente une Forêt
; on voit d'un côté , la retraite d'un Mage
, & de l'autre un Hameau ; Florife , Bergere
, expofe le fujet dans ce Monologue .
Amour, cruel Amour , je languis dans tes chaînes ;
Mon coeur forme de vains foupirs.
Hélas ! faut-il que j'éprouve tes peines ,
Quand je renonce à tes plaiſirs ?
Licas a trioniphé de mon indifference ;
Je voudrois lui cacher le trouble de mon coeur ;
Contre un charme fatal ce coeur eft fans défenſe ;
Mes yeux trabiffent mon filence ,
Ec
SEPTEMBRE. 1743 .
2069
Et je vois que le Ciel condamne mon ardeur.
Licas , Berger & Amant de Florife , commence
la feconde Scéne , & fe plaint à fa
Bergere de fa fuite avec beaucoup de foumiflion
, ce qui oblige la tendre Florife à
lui dire :
L'Amant, dont l'orgueil nous brave
Allarme peu notre coeur ;
Celui qui paroît eſclave ,
Eft fouvent notre vainqueur.
Je fens trop que pour vous l'Eftime s'intéreffe ;
Un injufte foupçon cherche à vous allarmer ,
Et s'il m'étoit permis d'aimer ....
"Licas demande à Florife pourquoi il
lui eft défendu d'aimer. Elle lui répond .
qu'elle eft allarmée par des préfages finiftres
, dont voici les plus effrayans pour elle.
J'ai vu de nos Ruiffeaux tarir la fource pure ;
Nos Prés ont perdu leur verdure ;
Mon troupeau , languiffant, difperfé dans les bois ,
Ne connoit plus ma voix ;
Tout eft changé pour moi dans la Nature.
Licas condamne cette Manie & la combat
fi vivement , qu'elle fe détermine à confulter
Hermés ; c'eft un Aftrologue beaucoup
plus fourbe que maniaque comme on
le verra bien -tôt. Hermés vient après la
Hij fortie
2070 MERCURE DE FRANCE.
fortie de Licas & de Florife ; il eſt ſuivi
d'une troupe de Mages , de Bergers & de
Bergeres. Il s'exprime ainfi devant fa Suite :
O xous , pour qui le Ciel eft toujours fans nuage ,
Uniffez vos accents à nos tranfports facrés ;
Bergers , venez lui rendre hommage ;
Apprenez les deftins qui vous font préparés.
Le Choeur répond ;
Chantons , offrons au Ciel nos voeux & notre hom
mage ;
Apprenons les deftins qui nous font préparés.
Hermés continuë :
Flambeaux facrés , Aftres divins ,
Dans votre brillante carriére ,
Vous répandez fur les Humains
Et vos faveurs , & la lumière ;
C'est vous qui faites les deſtins .
Ces cinq Vers , répétés par les Mages ,
les Bergers & les Bergeres , donnent lieu à
un grand Choeur excellemment travaillé ,
qu'on peut comparer à ce qu'il y a de plus
beau & de plus faillant dans tous nos Opera
anciens & modernes,
Après çe Chour , généralement applaudi,
Licas vient prier Hermés de lui prêter le fecours
de fon Art contre la foibleffe de fa
Bergere ; voici comment il s'exprime.
QuelSEPTEMBRE.
1743. 2071
Quelquefois à mes maux fa pitié s'intéreffe ;
Elle plaint mon amour ; elle eſtime mon coeur ;
Mais l'eftime n'eft pas le prix de la tendreſſe .
Hermés le confole par cette maxime :
Amans , pour prix de votre ardeur
Si l'on vous offre de l'eftime >
Que votre conftance s'anime ,
Vous touchez à votre bonheur.
Licas fe retire , après avoir fuffifamment
iniftruit le faux Aftrologue.
Florife fuccéde à Licas , & expofe à Hermés
le fujet qui l'amene. Hermès lui en impofe
, en lui difant qu'elle aime & qu'elle
eft aimée . Elle lui dit , étonnée de fa fublime
fcience :
Ah ! puifque vous fçavez que j'aime`,
Je n'ai plus rien à vous cacher.
Hermés la guérit de fa Manie
réponſe :
par
cette
Cédez au penchant qui vous preffe ;
Tous les Dieux font foumis au Dieu de la tendreffe ,
C'eſt l'Amour qui dicte au Deſtin
Les jours heureux qu'il doit écri e ;
Lorfque ce Dieu conduit fa main ,
De fon bonheur un Amant eft certain ;
Dans les décrets du fort il- lit ce qu'il défire . ´
Hij
Florife
2072 MERCURE DE FRANCE.
Florife croit aveuglément cet Oracle prétendu
. Licas , qui revient , ne trouve plus
de réfiftance dans fon coeur ; elle lui dit
tendrement :
Non , non , je ne crains plus les fignes menaçans ;
•
Berger , je confens à me rendre ;
L'Amour m'affranchit des tourmens
Que j'éprouvois à me défendre .
Un très-beau Duo entre elle & fon
Amant , fuit ce tendre aveu . Hermés invite
fa fuite à célébrer le pouvoir de l'Amour.
Voici les paroles du Choeur qui termine
cette premiere Entrée.
Allons , allons , que tout s'empreffe ;
Que tout applaudiffe à l'Amour.
Ce n'eft qu'au Dieu de la tendreffe
Que nous devons les biens de cet heureux féjour.
A la deuxième Entrée , intitulée , l'Ambition
, le Théatre repréfente un Palais ..
Palmire , Reine de Lefbos , ouvre la Scéne
avec Cleone , fa Confidente.Cleone fait
l'expofition du Sujet par ces Vers.
Reine , vous voyez vos Sujets
De ce grand jour confacrer la mémoire .
Vous allez affurer , en comblant leurs fouhaits ,
Et leur bonheur , & votre gloire , & c .
Deux illuftres Rivaux , nés du fang de nos Rois ,
De
SEPTEMBRÉ . 1743 . 2073
、
De l'Amour près de vous font entendre la voix.
Arfame & Iphis , Princes Lefbiens , font
ceux qui prétendent à l'Hymen de Palmire,
Arfame par ambition , & Iphis par amour.
La Reine eft quelque tems à faire connoître
pour qui des deux ' elle panche , mais enfin
elle s'explique plus clairement par ces Vers.
Mon coeur ne doit- il donc écouter que la gloire
Il eft tems que l'amour partage la victoire ;
Dieu puiffant , exauce les voeux
Que ta flame m'inſpire ;
Régle le fort de cet Empire ;
C'est toi feul qui fais les heureux .
Les deux Princes concurrens arrivent ,
tous deux établiffent leurs droits à l'Empire ;
Arfame parle en ambitieux , & Iphis en
Amant ; cependant ils jurent tous deux d'obéïr
au choix de Palmire ; voici leur ferment
qu'ils adreffent à Palinire :
Que les Dieux immortels
Protecteurs de votre puiffance ,
Reçoivent nos voeux folemnels ;
Qu'ils foient garants de notre obéiffance .
Entendez - nous , Dieux tout-puiffans ';
Si quelque téméraire
Ofe violer fes fermens ,
Qu'il foit étranger fur la Terre';
Hiiij En
2074 MERCURE DE FRANCE.
En proye aux remords dévorans ;
Qu'il tombe , frappé du Tonnerre.
Ce ferment eft prononcé devant les Peuples
, c'eft-à-dire , à la troifiéme Scéne. La
Reine prononce à fon tour , & dit en montrant
Iphis aux Lefbiens :
Peuples , vous voyez votre Roi.
Iphis , avec ma main , recevez la Couronne ;
Votre vertu m'en fait la loi ,
Et c'eft l'Amour qui vous la donne:
Arfame fort , en fe plaignant de l'ingratitude
de la Cour. Palmire & Iphis font
éclatter leur joye par ce Duo :
C'eft à l'Amour que je dois mon bonheur .
Votre coeur fait mon bien fuprême ;
Je ne connois le prix de la grandeur ,
Palmire.
Iphis..
Qu'en la cédant à
Qu'en l'obtenant de
}
ce que j'aime.
Palmire invite les Peuples à célébrer
l'heureux jour où l'Amour triomphe de
l'Ambition , & dit :
Que tout retentiffe en ce jour
De Concerts amoureux & de chants de victoire ;
Célébrez un Héros couronné par la gloire ,
Et choifi par l'Amour..
Le
SEPTEMBRE. 1743. 2075.
Le Chaur répete ces quatre Vers les
Divertiffemens terminent cette feconde Entrée.
A la troifiéme Entrée , intitulée les Caprites
de l'Amour , le Théatre repréfente un
Lieu préparé pour la Fête de Vénus dans l'Ifle
de Chypre. On voit d'un côté le Périſtile
d'un Temple.
Cette Entrée eft , fans contredit , la plus
belle de ce Ballet ; bien des chofes ont contribué
à lui faire donner la préference fur
les deux précédentes. Le premier avantage,
c'eft que le Poëte & le Muficien ont placé
la Dlle le Maure , mieux qu'elle ne l'a été de
fong-tems , le pathétique étant cé qui convient
le mieux à fa voix & à fon jeu . D'ail
leurs les beautés de détail fe fuccédent les
unes aux autres.
Agenor ouvre la Scéne & expofe le Sujet
par ce Monologue.
Aveugle Dieu , Tyran des ames ,
Ceffe de déchirer mon coeur.
Amour , tu ne répands tes flâmes
Que pour fignaler ta fureur .
Le crime & le délire
Brûlent l'encens fur ton Autel .
N'eft- on jamais fous ton Empire ,
Que malheureux ou criminel ?
Aux charmes d'Eucharis mon coeur eft infenfible ,
H v Et
2076 MERCURE DE FRANCE..
Et Céphife à mes maux eft toujours inflexible.
Céphife vient ; elle fuit la préfence d'Agenor.
Agenor l'arrête & lui reproche ſon infenfibilité.
Elle témoigne fa colere par ce
refte d'expofition..
Rien ne fçauroit calmer le trouble qui m'agite.
C'eſt ici de Vénus le féjours refpecté ;
On doit par un antique uſage ,
Couronner la Beauté
Qui peut en retracer l'image ;
Je pouvois me flatter d'en obtenir le prix ,
Et je vois qu'à mes yeux on couronne Eucharis.
Agenor fe plaint de l'injuftice & de l'ingratitude
de Céphife par ces Vers..
Les vrais Amans font de leur flâme
Leur fuprême félicité ;
Mon coeur feroit pour vous le prix de la Beauté ,,
Si l'Amour eût touché votre ame..
Céphife perfifte dans fa colere ; voici la
vengeance qu'elle exige d'Agenor :
Si de mon fort votre coeur eft touché ,
Prouvez-moi votre amour en fervant ma colere ;
Que des mains d'Eucharis le prix foit arraché ;
Alors foyez fûr de me plaire.
Céphife fort, voyant approcher Eucharis,
fuivie de la jeuneffe de l'ile de Chypre, qui
vient
4
SEPTEMBRE. 1743. 2077
vient célébrer le triomphe de fa Rivale.
Agenor la fuit , pour tâcher de calmer fa
colere.
On chante la gloire d'Eucharis ; elle eſt
infenfible aux honneurs qu'on lui rend ;›
elle demande qu'on la laiffe refpirer en
paix, & fait connoître la trifte fituation de
fon coeur par ce beau Monologue :
Déeffe des Antours , Vénus , daigne m'entendre ;;
Sois fenfible aux foupirs de mon coeur amoureux .
Sous ton Empire en eft -il un plus tendre ?
En eft-il un plus malheureux ?
L'objet qui remplit feul mon ame ,
Méprife mes douleurs ;
Agenor eft toujours infenfible à ma flầme ,
Et tous ces vains honneurs
Me font mieux fentir mes malheurs.
Agenor vient. Eucharis lui reproche for
ingratitude , & fe plaint de ce qu'il ne dai--
gne pas même honorer fon triomphe de fa
préfence . Agenor s'excufe modeftement en
difant à Eucharis qu'il ne croyoit pas que
fon abfence pût rien ôter à la gloire de fon
triomphe ; la tendre Eucharis lui répond ::
Connoiffez mieux mes fentimens ;
Dc ces bonneurs je ne fens point l'yvreffe ;;
Les éloges de la Beauté
Hvj
Nee
2078 MERCURE DE FRANCE,
Ne charment que la vanité,
´
Et ne flattent point la tendreffe ;.
Que le triomphe eſt charmant ,
Quand un coeur nous rend les armes !
Ce font les tranſports d'un Amant
Qui font l'éloge de nos charmes.
Agenor commence à fentir fon injuftice ;
il fe plaint de fon fort , qui le condamne à
aimer ce qu'il devroit hair; il fait entendre
à Eucharis ce que l'infléxible exige de lui .
Eucharis , apprenant que Céphife n'en
veut qu'au prix qu'elle a remporté, & qu'elle
tient entre fes mains , dit à Agenor , en
lui préfentant la Couronne qu'on lui a décernée.
Allez , préfentez- lui ce gage ;
Qu'elle en jouiſſe déſormais .
Puifque de votre coeur elle reçoit l'hommage ,
Ce prix n'eft dû qu'à fes attraits.
Le coeur d'Agenor ne peut plus tenir
contre les bontés d'Eucharis , fe jette à ſes
pieds & lui dit tendrement :
Généreuſe Eucharis , votre vertu fublime
Diffipe mon aveuglement ;
Et mes remords en ce moment
Me font voir vos attraits, vos vertus & mon crime.
Nous ne pouvons mieux faire l'éloge de
cette
SEPTEMBRE . 1743- 2079
Scéne , qu'en difant qu'elle a parû trop
courte , quoiqu'elle foit une des plus longues
du Théatre Lyrique ; elle finit par ce
beau Duo :
Soupirons à jamais ;
Brûlons d'une éternelle flâme.
Que l'Amour qui regne en notre ame
Soit jaloux de fes bienfaits .
Cette derniere Entrée finit par une Fête
en l'honneur de Vénus ; Eucharis chante
une Cantatille , alternativement avec le
Choeur , qui est généralement applaudie.
La même Académie Royale de Mufique
continue toujours avec le même fuccès les
repréfentations de ce Ballet.
Le 16. Septembre , les Comédiens François
remirent au Théâtre la Comédie du
Magnifique en deux Actes , de feu M. de la
Mothe , de l'Académie Françoife . Cette
Piéce avoit été donnée pour la premiére fois,
au mois de Mai 1731. Elle eut le fuccès le
plus éclattant. La même Piéce fut reprife au
mois de Juin 1740. & repréfentée à la
Cour ; les Intermédes compofés de differentes
Nations , furent exécutés par les Danfeurs
de l'Académie Royale de Mufique , &
les
Spe
1050 MERCURE DE FRANCE..
les Airs à chanter , par la Dlle Antier en
Maureffe , & par le Sieur Jeliot en Americain.
A cette derniere reprife , le rôle d'Aldobrandin
, qui étoit joué autrefois par le Sieur
du Chemin , eft rempli par le Sieur de la
Thorilliere ; celui de Zima, que joüoit le Sr.
Dufrêne , eft rendu par te Sr. Grandval ; &
celui de la Gouvernante , que la Dlle Quinaut
joüoit , eft très-bien rempli par la Dile
d'Angeville.
Le 19. de ce mois , les mêmes Comédiens
remirent au Théâtre la Tragédie de Phédre
Hypolite de M. Racine , dans laquelle la
Dlle Clairon , nouvelle Actrice , débuta pour
la premiére fois , & y joua le principal rôle
avec un applaudiffement général . C'est une
jeune perfonne, qui a beaucoup d'intelligence
, & qui exprime avec une très-belle voix ,
les fentimens dont elle a l'art de fe pénétrer :
on peut dire que la nature lui a prodigué
les plus heureux talens , pour remplir tous
les caractéres convenables à fa jeuneſſe , aux
agrémens de fa perfonne & de fa voix.
Le 22. la même Actrice joia dans la Comédie
du Tartufe le rôle de Dorine , & dansla
petite Piéce de la Nouveauté , celui de la
Nouveauté , dans lefquels elle fut auffi géné
ralement applaudie.
Cette jeune Actrice avoit déja paru fur le
Théâtre
SEPTEMBRE . 1743 2081
Théâtre Italien au mois de Janvier 1736..
dans un rôle de Suivante , dans la Comédie
de l'Ile des Efclaves de M. de Marivaux ,
qu'elle avoit joué fort au gré du Public .
La même Actrice avoit paru en dernier
lieu , fur le Théâtre de l'Académie Royale
de Mufque , où elle avoit chanté au mois
de Mars dernier le rôle de Vénus , dans l'Opéra
d'Héfione . C'eſt au fujet de ce rôle ,
qu'une Poëte ingénieux lui a adreffé des
Vers très - bien tournés , qu'on peut voir
dans le Mercure du mois de Mai dernier ,
pag. 1009.
Le Théâtre François vient de faire une
perte des plus confidérables qu'il pouvoit
faire , en la perfonne du Sr. de Montmeny ,
Acteur Comique , mort le 8. de ce mois ,
généralement regretté..
Le 12. les Comédiens Italiens donnerent
là premiére repréfentation d'une Piéce nou
velle Italienne en cinq Actes ,. qui a pour
titre le Combat Magique , ornée de differentes
Décorations convenables au fujet de la:
Piéce ; cette Comédie , qui eft parfaitement
bien repréſentée , eft remplie d'un Jeu de
Théâtre , très - ingénieux & très - agréable ;
on en parlera plus au long le mois prochain .
Cette Piéce eft terminée par un fort joli divertiffement
parfaitement bien exécuté , lequel
Co8z MERCURE DE FRANCE.
quel eft fuivi d'un quatrième Feu d'Artifice
nouveau , qui a été reçu avec beaucoup
d'applaudiffement ; les differens morceaux
de ce nouveau Feu , ont été trouvés ingénieufement
compofés , en plus grand nombre
, & beaucoup plus variés que les précé
dens , que les Sieurs Ruggieri , qui en font
les Auteurs , avoient déja donnés .
Le 25. les mêmes Comédiens firent la
clôture de leur Théâtre par les mêmes Divertiffemens
, & fe rendirent le lendemain à
Fontainebleau , à la fuite de la Cour.
Le 2. de ce mois , l'Opéra Comique donna
une Piéce nouvelle d'un Acte en Vaudevilles
, intitulée l'Ambigue de la Folie , ou
le Baller des Dindons , Parodie de la troifiéme
Entrée du Ballet héroïque des Indes ga-
Landes. Les Dlles Lany & Pulvignée , & le
Sieur Noverre , exécutérent le Ballet des
Fleurs , qui eft le dernier Divertiſſement de
la Piéce , avec un applaudiffement général .
Le 12. on remit au Théâtre la Chercheufe
d'Efprit & la Fête de S. Cloud. Piéces joüées
au mois de Février & Mars en 1741.fur le
Théâtre de l'Opéra Comique de la Foire S.
Germain , & reprifes plufieurs fois avec le
même fuccès , ainfi que l'Acte du Coq
de Village , qu'on joiie avec les mêmes divertiffemens
, dont on vient de parler.
NOUSEPTEMBRE.
1743. 2083
NOUVELLES ETRANGERES ,
SUEDE.
Nmande de Stockolm du 6. du mois dernier ,
que l'exécution du Comte de Leuvenhaupt ,
laquelle devoit fe faire le s . a été differée de 8. jours
par ordre du Roi & des Etats .
On a appris depuis , que ce Général s'étoit fauvé
de fa prifon avec fon Valet de Chambre , mais qu'on
l'avoit rattrapé , & qu'il avoit été décapité le 15. du
mois dernier , au même endroit où le Baron de Buddenbroeck
avoit étoit exécuté.
La Nobleffe & le Clergé étoient difpofés à lui accorder
la vie , mais la plupart des Députés des Villes
s'y font oppofés , & tous les Payfans ont été infléxibles.
Le Valet-de-Chambre , qui avoit aidé le Comte
de Leuvenhaupt à fe fauver , & qui l'avoit accompagné
dans fa fuite , a été mis en prifon , aufli bien
que le Capitaine & l'équipage du Yacht, fur lequel
ce Général a été pris , & l'on a établi une Commiffion
pour les interroger , & pour découvrir par quels
moyens le Comte de Leuvenhaupt avoit pu échapper
à la vigilance de fes Gardes.
•
Les Commiffaires chargés d'inftruire le Procès
du Colonel Frohberg , qui commandoit le Régiment
de Nylandt , lui prononcerent le 7. du mois
dernier , fa Sentence par laquelle il a été dégradé ,
& déclaré incapable de poffeder aucun emploi Militaire
.
Le Major Général Didron , Colonel d'un Régiment
de Cavalerie , fut auffi jugé le 15. & il a été
Cont
2084 MERCURE DE FRANCE.
condamné à perdre une année de fes appointemens
.
Le Comte de Lowen & le Baron de Wrangel
Sénateurs , ont été nommés pour aller chercher l'Evêque
de Lubeck , en qualité de Députés des Etats ,
& ils ont dû partir vers la fin du mois dernier , pour
aller s'embarquer à Stralfund , fur le Vaiffeau Amiral
de l'Eſcadre , qui doit amener ce Prince à Stoc→
xolin .
Les Miniftres Plénipotentiaires , qui affiftent de la
part du Roi au Congrès d'Abo , ont mandé à S. M.
qu'il avoit été publié dans la partie de la Finlande ,
qui refte fous la domination de la Czarine , un
Edit , par lequel S. M. Cz. déclare que tous les Finlandois
, qui fe font retirés en Suéde , auront la liberté
de vendre les Terres & les autres biens , qu'ils
poffedent dans les Diftricts de la dépendance de la
Kuffie , & que la même permiffion fera accordée
aux Officiers des Régimens de Finlande , qui ont
été faits prifonniers à Helfingfors.
On a appris de Stockolm du 23. du mois dernier
que le 17. le Capitaine Ohnan y arriva d'Abo , d'où
il a été dépêché au Roi par les Barons de Cederncreutz
& de Nolexen , pour donner part à S. M. de
La conclufion du Traité Définitif de paix entre la
Suéde & la Ruffie , & que M. Modée a apporté le
21. au Roi ce Traité , figné par les Miniftres Plénipotentiaires
de S.M. & par ceux de la Czarine .
Le 27. il fut décidé , qu'on accorderoit à l'Evêque
de Lubeck 220000. écus par an , pour l'entretien de
fa Maiſon ; qu'il pourroit affifter à toutes les Délibé
rations du Sénat ; qu'il y préfideroit en l'absence du
Roi , & qu'alors il y auroit deux voix , ainfi que
S.. M..
RUSSIE.
SEPTEMBRE. 1743. 2085
RUSSIE.
Na appris de Peterfbourg , du 19. du mois
dernier
, que
les Généraux Romanzoff & Lubras
, Miniftres Plénipotentiaires
de la Czarine au
Congrès d'Abo , ont fait fçavoir à S. M. Cz . qu'ils
étoient convenus avec les Miniftres Plénipotentiaires
du Roi de Suéde , de tous les Articles du Traité
Définitif de paix , entre la Ruffie & la Suéde.
La Czarine a envoyé ordre à ces deux Généraux,
d'affurer les Miniftres . Plénipotentiaires de S. M.
Suédoife , que la Ruffie , conformément à ce qui a
été ftipulé dans l'un des Articles préliminaires de
l'accommodement , affifteroit la Suéde , non -feulement
d'une nombreuſe Eſcadre , mais encore d'un
Corps confidérable de troupes , fi cette Puiffance
étoit attaquée à l'occafion de l'Election de l'Evêque
de Lubeck.
S. M. Cz. a chargé auffi fes Miniftres Plénipotentiaires
, de conclure avec ceux du Roi de Suéde , un
Traité particulier de Commerce & de Navigation ,
entre la Ruffe & la Suéde.
par
Plufieurs perfonnes de l'un & de l'autre fexe , en
tr'autres , deux Dames connuës diverfes intrigues
, & un Gentilhomme Livonien , qui étoit ci
devant dans la Maiſon de la Princeffe de Brunſwick
Bevern , s'étant rendues fufpectes par plufieurs difcours
contre la Czarine & contre le Gouvernement,
elles ont été arrêtées & conduites à la Fortereffe ,
& l'on fait des perquifitions , pour découvrir fi elles
n'avoient point formé quelque complot pernicieux
.
On a appris depuis de Pétersbourg , que les Miniftres
Plénipotentiaires de la Czarine & ceux du
Roi de Suéde , font convenus par le Traité Définisif
de paix , qu'ils ont figné au nom des deux Puiffances,
2086 MERCURE DE FRANCE.
fances , qu'on accorderoit de part & d'autre une
Amniftie générale aux Déferteurs : que les Habi
tans des Provinces cédées au Czar Pierre I. par la
Suéde, continueroient de jouir de tous les priviléges
qui leur ont été accordés par ce Prince ; que la
Czarine rendroit à la Suéde les Magazins , dont les
Ruffiens fe font emparés dans differentes Places ;
que la liberté du Commerce feroit rétablie par terre
& par mer , entre les Sujets des deux Puiffances
qu'il feroit permis aux Suédois , ainfi que par le paffé
, de tirer tous les ans une certaine quantité de
grains de Livonie , & que leurs Majeftés Czarienne
& Suédoife nommeroient refpectivement des
Commiffaires , pour connoître des differends qui
furviendroient entre leurs fujets , & pour prévenir
tout ce qui pourroit altérer la bonne intelligence
entre la Ruffie & la Suéde.
On a inferé dans le nouveau Traité plufieurs ar
ticles de celui de Nyftadt , lequel a fervi de bafe
aux derniéres négociations , & on a renouvellé l'alliance
concluë en 1724. entre les deux Puiffances.
La publication de la Paix s'eft faite à Peterſbourg
avec un très grand appareil.
Le Knées Trubetzkoy , le Général Ufchakow &
M. Leftoc, Confeiller privé , ont été nommés Commiffaires
par la Czarine , pour examiner les perfonnes
qui ont été arrêtées depuis peu , & du noml re
defquelles font le Knées Gagarin & fon époufe ; M.
Lapouchin ; le Baron de Lilienfedt , Chambellan de
la Czarine ; deux autres Chambellans de cette Princeffe
, quatre Officiers des Gardes du Corps ; plu
fieurs Officiers des Régimens des Gardes à pied ; un
Secrétaire de la Chancellerie, & huit ou dix Dames .
Une d'entr'elles fubit le 15. du mois dernier un long
interrogatoire au fujet d'une Lettre qu'on a trouvée
chés elle..
ALLE
SEPTEMBRE . 1743 , 2087
ALLEMAGNE.
N apprend de Vienne , que la Reine de Honminiſtration
générale des revenus de l'Electorat de
Baviére, & le Baron de Brandaw, de la Direction de
la nouvelle Chancellerie , qu'elle fe propofoit d'établir
à Munich.
On mande du Vieux Brifacx , du 17. du mois dernier
, que l'armée commandée par le Prince Charles
de Lorraine , laquelle étoit demeurée jufqu'au
quatre , dans le camp qu'elle occupoit près de Raftadt
, fe remit en marche le cinq , & qu'elle s'avança
, la premiére colomne à Stoloffen & la feconde à
Acheren.
·
Le 6, ces deux Colonnes campérent , l'une à Lichtenaw
& l'autre à Oppenweiler , où elles fe repoferent
le jour fuivant. Elles continuërent le 8. & le
9. de défiler le long du Rhin , & elles fe rendirent à
Wildftatt & à Kuppenheim . Le lendemain , la premiére
Colonne marcha à Kurtzel , & la feconde à
Kitzing. Ces deux Colonnes fe rapprochérent le
11. l'une de l'autre dans les environs d'Eichstatten ,
& le 13. l'armée fe raffembla près de cette Ville .
Elle eft campée fur trois lignes , & le Prince Charles
de Lorraine a placé l'Infanterie au centre , & la
Cavalerie fur les aîles.
On a appris de Vienne du 18. du mois dernier
que la Princeffe , dont la Reine de Hongrie eft açcouché
le 12. fut baptifée le même jour par
le Nonce
du Pape , & a été nommée Marie-Elifabeth-Jofephine-
Jeanne- Antoinette.
La jeune Princeffe a eû pour Maraine l'Impératrice
Douairiére, & pour Parain le Roi de Portugal,
qui a envoyé une procuration à fon Ambaffadeur ,
pour la tenir en fon nom fur les Fonts de Baptême.
Le
088 MERCURE DE FRANCE.
Le 14. on fit chés le Comte de Donha , Miniftre
de S. M. Pr. lequel ne put fe rendre au Palais , parce
qu'il étoit malade, l'échange de l'Acte par lequel
la Reine , du confentement des Etats de Bohême .
céde au Roi de Pruffe la Siléfie & le Comté de Glatz
avec leurs dépendances , & de l'Acte de renonciation
de ce Prince , tant pour lui que pour fes Defcendans
à toutes prétentions , de quelque nature
qu'elles puiffent être , fur les Etats & Domaines de
la fucceffion du feu Empereur.
ce
Ou mande de Vienne , du 24. du mois dernier ,
qu'un courier arrivé de l'armée commandée par
le Prince Charles de Lorraine , a rapporté que
Prince fe difpofoit à décamperde Munzingen , pour
remonter le long du Rhin vers Mullern , qui eft à
quelques lieues au deffus de Brifack ; que le Colo.
nel Trenck ayant paffé le Rhin , avoit attaqué un
détachement des troupes Françoifes , & qu'il s'étoit
emparé de quelques mortiers , que ce détachement
conduifoit à Motteren.
Le même courier a ajoûté , qu'un détachement
de Pandoures étoit tombé daus une embuscade , &
qu'il avoit été prefqu'entiérement taillé en pièces.
On a appris que toutes les troupes de l'armée des
Alliés étoient de l'autre côté du Rhin .
On mande de Hambourg du 31. du mois dernier,
que le 27. le Baron de Kurtzrok , partit de cette
Ville pour aller affifter en qualité de Commiffaire
de l'Empereur à l'Election d'un Coadjuteur de l'Evêque
de Lubeck , & que le frere de ce Prince avoit
été élû le 30. par les fuffrages unanimes du Chapitre
.
Selon les avis reçûs de Ratisbonne , les troupes
Autrichiennes , qui ont formé le fiége d'Ingolstadt,
ouvrirent le 27- la tranchée devant cette Place , &
commencérent le même jour à faire tirer les batte-
*ries qu'elles ont étab ies.
On
SEPTEMBRE. 1743 .
2036
On affure que le 16. on avoit publié à Munich
un Edit , par lequel la Reine de Hongrie ordonne
aux habitans de la Baviére , de la reconnoître
leur Souveraine , fous peine d'être privés de leurs
pour
biens.
L'Empereur a envoyé en Baviére une proteftation
contre tous les Actes de Souveraineté , qui pourroient
être exercés par S. M. H.
On a appris de Manheim , du premier de ce mois,
que l'armée des Alliés , après s'être repofée pendant
quelques jours dans les environs de Mayence , fe
remit en marche le 27. du mois dernier , & qu'elle
alla camper à Oppenheim , où le Roi de la Grande
Bretagne a établi fon quartier général .
Le 29. elle quitta le camp d'Oppenheim , pour
s'approcher de Worms , & elle devoit s'avancer du
côté de Spire.
L'Electeur de Mayence , a envoyé le Baron de
Hack , fon Grand Veneur , pour complimenter de
fa part S. M. Br. & il a donné ordre que fes fujets
fourniffent aux troupes des Alliés , en payant ,
bois & le fourage dont elles auront befoin.
le
La premiére Divifion des troupes Hollandoifes ,
deſtinées à renforcer cette armée, n'a dû arriver que
le 7. de ce mois fur le Mein , & elle ne devoit joindres
les Alliés que le
15.
Une Compagnie Franche des troupes Françoifes,
qui occupoit le pofte de Donderberg , ayant été furprife
par un Corps de Huffards , que le Comte de
Baroniay a détaché fous les ordres du Colonel Bellefnay
, la plupart des Officiers & des Soldats , dont
elle étoit compofée , ont été faits prifonniers , & le
Commandant a été tué.
On mande du Neuf Brifack du s . de ce mois , que
l'armée commandée par le Prince Charles de Lotraine
, a tenté le paffage du Rhin en deux endroits ,
la
2090 MERCURE DE FRANCE.
la nuit du 3. au 4. que l'attaque de la droite s'eft
faite fous le feu du Vieux Brifack à l'lfle de Reignac
, où lestroupes de la Reine de Hongrie ſe font
établies , pour être à portée de jetter un Pont , fur
lequel elles puffent paffer le bras du Rhin , qui eſt
Aptre cette Ifle & l'Alface .
** Le Maréchal de Coigny , lequel avoit pris le
29. du mois dernier , le commandement des troupes
du Roi , qui font dans la Haute Alface , ayant
appris que les Autrichiens s'étoient emparés de l'Ile
de Reignac , & qu'ils y étoient en très - grand nombre
, il fit avancer fur le bord du Rhin les troupes
qui en étoient les plus proches , & il y marcha l'après
midi avec l'armée du Roi. Il fit établir vis- à-vis
de cette Inle plufieurs batteries , pour en oppofer le
feu à celui des Autrichiens , & il prit toutes les méfures
néceffaires, pour empêcher le Prince Charles de
Lorraine d'exécuter le projet qu'il avoit formé de
paffer de l'Ile de Reignac de l'autre côté du Rhin.
L'attaque de la gauche fe fit vis- à-vis de Niffern ,
dans la partie des bords du Rhin , dans laquelle le
Marquis de Balincourt , Lieutenant Général , commandoit.
A quatre heures du matin , les Autrichiens firent
paffer le Rhin à un détachement de 3000. hommes ,
compofé de leurs Grenadiers & de leurs meilleurs
troupes , dans 140 Bâteaux , lefquels étoient fuivis
de tous les Bâteaux & agrez néceffaires pour l'établiſſement
d'un Pont , & ce détachement étant débarqué
, marcha avec de grands cris à la redoute de
Rhinviller .
Le Comte de Béranger , à la tête du Régiment
de Dragons Colonel Général , & de celui de l'Hôpital
, attaqua les ennemis par la droite , pendant
que le Marquis de Balincourt , avec le Marquis de
Caraman , à la tête des Brigades de Champagne &
de
SEPTEMBRE . 1743. 2091
de la Sarre , les tournoit par la gauche . Les Franois
chargérent les Autrichiens la bayonnette au
bout du fufil , & avec tant de courage , qu'à fix heures
& demic , le détachement des ennemis fe trouva
entiérement détruit .
Les ennemis ont perdu en cette action 3000.
hommes , tous ceux qui étoient débarqués ayant été
tués , noyés , bleffés , ou faits prifonniers. On a
coulé à fond une grande quantité de leurs Bâteaux ;
il y a eu 214 foldats & 15. Officiers de pris , fans
compter les bleffés , qui font reftés dans les Villages
; & la perte que les François ont faite , eft trèspeu
confidérable.
On a appris de Vienne du 31. du mois dernier
qu'on y a reçû un courier de Bavière , dont les
dépêches marquent que la garnifon d'Ingolstadt
avoit fait une fortie , dans laquelle elle avoit tué 150.
hommes des troupes des affiégeans, & comblé quelques-
uns de leurs travaux .
On mande de Manheim , du 8. de ce mois , que
la premiére Divifion des troupes que la République
de Hollande fournit à la Reine de Hongrie , arriva
le 5. dans les environs de Francfort , & qu'elle paffa
le 7. le Mein , pour aller joindre l'armée des Alliés
; que la feconde Divifion devoit paffer le 9. cette
riviére , & que le 11. elle feroit fuivie par la troifiéme.
4 L'armée des Alliés a dû fe remettre en marche ,
pour aller camper entre Owersheim & Reebach ,
où fe doit faire fa jonction avec les troupes Hollandoifes.
le
Les lettres reçûës de l'armée commandée par
Maréchal de Noailles portent, que ce Général avoit
fait paffer la Queich à quelques - unes des troupes
qui font fous les ordres , & qu'il étoit toujours campé
entre Germersheim & Landaw .
I On
2092 MERCURE DE FRANCE
On a appris de Munich , qu'on y a publié le
Réglement pour la nouvelle forme de Gouvernement
, que la Reine de Hongrie a établie en Baviére,
& que plufieurs des principaux Sujets de l'Empereur
font fortis de l'Electorat , pour ne pas prêter
ferment de fidélité à cette Princeffe.
ESPAGNE .
N apprend de Madrid , du 13. du mois dernier,
que PIntendant de Marine du Ferol , a mandé .
au Roi , que l'Armateur Laurent Hervin avoit
conduit au Port de la Guardia le Pacquetbot Anglois
les Hollandois de Kork , dont il s'eft emparé fur
Tes Côtes de Portugal .
S. M. a appris par des lettres de l'Intendant de
Marine de Malaga , que le 29. Juillet dernier , le
Vaiffeau le Halig , de la même Nation , avoit été
pris à cinq lieues de l'Ile d'Alboran , par l'Armateur
Don François Ferrer.
On mande de l'Ile de Gomera , du 4. Juin dernier
, que le 30. du mois précédent , les Sentinelles,
qui étoient en faction à la côte Méridionale de cette
Ifle , ayant découvert deux Vaiffeaux de guerre
& une Frégate , en donnerent avis à Don Diegue
Bueno , Commandant des Milices ; que quelques
heures après , ces Bâtimens s'approchérent du Port,
vis-à- vis duquel ils croiferent pendant le refte de la
journée ; qu'ils s'avancérent le lendemain à la portée
du canon du Fort de Buenpaffo , & que leurs differentes
manoeuvres ayant donné lieu de foupçonner
qu'ils n'étoient point François , quoiqu'ils portaffent
Pavillon de France, le Commandant du Fort
fit tirer un coup de canon , pour les obliger d'envoyer
une Chaloupe à terre.
Alors ils arborerent le Pavillon Anglois ; ils enrerent
SEPTEMBRE. 1743 .
2093
trérent dans le Port , & ils canonnerent avec beaucoup
de vivacité la Ville , le Fort principal, & celui
de Buenpaffo , qui répondirent de leur côté par un
feu continuel à celui des ennemis.
Le Commandant du Fort principal , qui s'apperçut
que l'Artillerie de ce Fort n'étoit pas d'un calibre
à faire beaucoup d'effet fur le corps des Vaiffeaux
de guerre , la fit pointer plus haut , & par ce
moyen , il leur caufa beaucoup de dommage dans
leurs vergues & dans leurs cordages. L'Artillerie de
la Ville fracaffa une Chaloupe des Anglois , & un
boulet de canon fit une voye d'eau à leur Fregate .
Les ennemis continuerent les deux jours fuivans
leur feu contre la Ville & contre les deux Forts ; &,
le 2. Juin dernier au foir , leur Commandant envoya
dans une Chaloupe avec Pavillon blanc, Don Nicocolas
Guaderrama Spinofa , habitant de l'Ile de Fer ,
que les Anglois avoient fait prifonnier quelques.
jours auparavant dans une Barque , qui paffoit de
l'Ile de Fer à celle de Tenerif. Cet Espagnol remit
à Don Digue Bueno une lettre , par laquelle le
Commandant Anglois le ménaçoit de ruiner les
Forts & la Ville , on ne le mettoit en poffeffion
des deux Forts ; fi a Ville ne lui fourniffoit , en
forme de contribution, cinquante pipes du meilleur.
vin de l'Ifle , & fi Don Diegue Bueno ne permettoit
aux habitans de porter à l'Ecadre Angloife les
provifions dont elle avoit befoin. Don Diegue
Bueno ayant répondu qu'il étoit déterminé à fe défendre
jufqu'à la derniére extrêmité , le Commandant
Anglois fit defcendre le 3. à terre les troupes
de débarquement , qui étoient à bord de fes Vaiffeaux
, mais les Milices , avec lesquelles Don Diegue
Bueno s'étoit enfermé dans la Ville , en étant
forties , elles attaquerent les ennemis ; elles les mitent
en fuite , & les ayant pourſuivis jufques fur le
Lij bord
2094 MERCURE DE FRANCE.
bord de la mer , elles les obligerent de rentrer dans
leurs Chaloupes , & de regagner leurs Vaiffeaux ..
L'avantage remporté par ces Milices , découragea
tellement les Anglois , qu'ils remirent à la voile ,
après avoir fait deux décharges de toute leur Artillerie
chargée à cartouche.
Ils ont eu un grand nombre de foldats & de Mátelots
de tués & de bleffés , & leur Commandant a
couru risque d'être emporté par un boulet de canon.
Tous les habitans de cette Ifle ont donné à
l'envi des marques de leur zéle pour le ſervice du
Roi & pour l'honneur de la Nation , & les Milices
ont foutenu avec la plus grande intrépidité tous les
efforts des ennemis .
Don Diegue Bueno leur a donné l'exemple , en
fe portant dans les endroits les plus périlleux , &
quoiqu'il n'ait jamais rempli d'autre emploi militaire
, que celui de Commandant des Milices de
cette Ifle , il a montré dans toutes les difpofitions ,
pour défendre la Ville & pour repouffer les Anglois ,
une habileté qu'on n'acquiert ordinairement , que
par une longue expérience.
On ne peut auffi trop loüer Don Antoine de Her
rera , Marquis d'Adage , Seigneur de cette Ifle , lequel
non-content d'avoir diftribué de l'argent & des
vivres aux Milices pendant l'attaque , & d'avoir'
payé de fes propres deniers les Ouvriers employés à
réparer les brêches faites aux Forts par l'Artillerie
des ennemis , fe propoſe de faire venir de l'Ile de
Fer , pour foulager les habitans de celle - ci , une
grande quantité de grains qui lui appartiennent , &
d'acheter des munitions de guerre à fes dépens ,
pour remplacer celles qui ont été confommées pour
la défenfe de la Ville & des Forts.
On mande de Madrid , du 22. du mois dernier ,
que le Vaiffeau Anglois la Galére le Saint Jean de
Londres,
SEPTEMBRE . 1743. 2095
Londres , équipé en guerre & en marchandifes, a été
conduit au Port de Malaga par l'Armateur Raphaël
Gonzalez , qui s'en eft rendu maître fur la Côte de
Barbarie , après un combat de fix heures , & que
PArmateur Melchior de Los Reyes eft entré dans
la Baye d'Estepone avec un autre Vaiffeau de la même
Nation , dont il s'eft emparé dans le Détroit de
Gibraltar.
L'Intendant de Marine de Malaga a mandé air
Roi , que l'Armateur Barthelemi Noguerra a pris à
Ja hauteur du Château de la Fongirola le Pacquetbot
Anglois la Marie , commandé par le Capitaine
Jean Maris.
DANNEMAR CK.
ON mande de Coppenhague du 31. du mois
dernier , que le 27. le Roi déclara que le mariage
du Prince Royal avec la Princelle Louiſe
d'Angleterre étoit conclu .
ITALI E.
ONapprend de Venife du 10. du mois dernier,
que l'équipage d'un Vaiffeau venu depuis peu
de Conftantinople , a rapporté qu'on y avoit reçu
avis que Thamas Kouli-Kan avoit pris d'affaut la
Ville de Kars ; que cette Ville ayant été abandonnée
au pillage , les troupes Perfannes y avoient fait
un butin confidérable , & que les Soldats de la gar
nifon , qui étoient échappés au carnage , devoient
être envoyés en efclavage dans les Provinces les
plus reculées de la Perfe ; que Thamas Kouli - Kan ,
après s'être emparé de Kars , a marché du côté de
Bagdad , dont on croit qu'il a deffein d'entreprendre
le Siége , & que le Peuple de Conftantinople ,
irrité de ces fâcheufes nouvelles , s'eft affemblé tu-
Liij
. I multucu2096
MERCURE DE FRANCE.
multueufement, mais que les Janiffaires , qui avoient
reçû quelques jours auparavant une gratification de
Sa Hautefle , s'étant faifis des plus mutins , la ſédition
a été appaifée .
On apprend de Rome du 14. du mois dernier, que
le Gouverneur de Civita Vecchia a dépêché un
courier au Pape , pour l'informer qu'il étoit entré
dans ce Port onze Bâtimens, chargés de munitions
de guerre pour l'armée Efpagnole , qui eft dans la
-Romagne fous les ordres du Duc de Modéne.
On mande de Tofcane , qu'on avoit fenti plufieurs
fecouffes de tremblement de terre à Pife &
dans les environs , & que quelques maiſons de Pontadera
en avoient été confidérablement endommagées.
GENES ET ISLE DE CORSE.
Na apprisde Genes du 14. du mois dernier ,
que fur l'avis qu'on a reçu que la plupart des
habitans de Moneglia , excités par les parens & les
amis de deux Bandits qui y avoient été arrêtés ,
avoient enlevé ces Bandits d'entre les mains des
Sbirres , dont plufieurs avoient été tués , on y a envoyé
200. Soldats , pour ſe ſaifir des auteurs de cette
violence , & pour obliger les autres de rentrer dans
leur devoir.
Les lettres de Lombardie marquent que le Roi de
Sardaigne en avoit retiré toutes les troupes .
On mande de Genes du 28. du mois dernier , que
l'on a enfin reçû de la Baftie des lettres du 31. Juillet
& du 8.Août , par leſquelles on a été inftruit des
nouvelles prétentions des Rebelles.
Le Gouvernement a été occupé pendant huit ou
dix jours à déliberer fur leurs demandes , & il y a
lieu de craindre que l'ifle de Corfe ne puiffe jouir
fi-tôt d'une parfaite tranquillité. Le
SEPTEMBRE. 1743- 2097
Le bruit court que les Rebelles n'ont montré
quelque difpofition à fe foumettre, que pour avoir le
tems de faire leur récolte , & de la mettre en fûreté.
Les avis reçûs de Lombardie , portent que le
Comte de Traun , qui a toûjours fon quartier général
à Carpi , avoit déja été joint par quelquesunes
des troupes que la Reine de Hongue lui
envoye .
SAVOY E.
Na appris de Chamberry du 15. du mois dernier
, que les troupes Eſpagnoles , qui font
fous les ordres de l'Infant Don Philippe , ont formé
quatre camps , dont les deux principaux , compofés,
l'un de 20000. hommes , & l'autre de 5000. font , le
premier dans le Comté de Maurienne , & le fecond
dans la Tarantaiſe.
Selon les lettres reçûës de Piedmont , les troupes
que le Roi de Sardaigne y a fait affembler , ont été
divifées en quatre Corps, dont ce Prince a donné le
commandement au Marquis d'Aix , au Marquis de
Suze , au Comte de Schulenbourg & au Baron de
Lornay.
Les avis reçûs de Chamberry du 18. du mois dernier
, portent que l'Infant Don Philippe s'eft rendu
à Montmelian , & que ce Prince y a fait la revue
des troupes Espagnoles qui font campées dans les
environs.
On a publié une Déclaration , qui porte que tous
ceux , qui condu ront des vivres à l'armée Efpagnole
, ne payeront aucuns droits dans les Lieux par
lefquels ils pafferont .
Le Roi de Sardaigne a fait fortifier plufieurs gor
ges des montagnes , & il a fait occuper tous les défilés
, par lefquels on peut pénétrer en Piedmont ,
par des troupes reglées , qui forment une chaîne &
I iiij qui
2098 MERCURE DE FR ANCE.
qui font poftées de maniére, qu'elles peuvent fe joindre
, & fe mettre en état de s'oppofer aux entrepriſes
que les Espagnols pourroient former.
GRANDE BRETAGNÉ.
N mande de Londres du 29. du mois dernier,
que le Vaiffeau de guerre le Diamant , s'eſt
emparé d'un Armateur Efpagnol de 36. canons , à
la hauteur d'Oporto.
Le 25 , le feu prit àCrediton , près d'Exceſter , &
il y a eu plus de 400. maifons de brûlées.
Une Tartane Efpagnole , chargée de vin & de
cacao , a été prife à la hauteur des Iſles Canaries , &
conduite à Gibraltar par un Vaiffeau de guerre Anglois
.
*
MORTS DES PAYS ETRANGERS.
E 25. Juillet , Caroline- Chriftine de Saxe Eifenach
, femme de Charles Landgrave de Heffe-
Philypps-Thai,qu'elle avoit époufé le 24.Novembre
1725. mourut à Philypps - Thal, âgée de 44.ans , trois
mois & dix jours . Elle étoit fille de Jean - Guillaume
Duc de Saxe Eifenach , & d'Amelie Princeffe de
Naffau Dietz , fa derniere femme . Voyez pour les
Généalogies des Maiſons de Saxe & de Heffe , les
Tables d'Hubners , & les Souverains du Monde ,
Vol. 2. folio 37. & 169.
Le 20. Août , Damien Hugues- Philippes - Antoine
de Schoenborn , Cardinal de la Création du Pape
Clément XI. de l'an 1715 Evêque de Spire ,Prince de
l'Empire , mourut, âgé de 67 ans. Il étoit fils de Melchior-
Fréderic de Schoenborn , Confeiller d'Etat &
Cham
SEPTEMBRE. 1743. 2099
Chambellan de l'Empereur, Premier Miniftre d'Etat
de l'Electeur Archevêque de Mayence, & Chevalier
du S. Empire , mort le 19. Mai 1717. & de D. Anne-
Sophie de Boyneburg , morte le 11. Avril 1725.
Voyez pour la Généalogie de Schoenborn , les Tables
Généalog ques d'Hubners , & les Souverains du
Monde , Vol. 3. folio 47 .
FRANCE .
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
Ldeuil , que Sa Majefté avoit pris le 22.
E 2. de ce mois , le Roi a quitté le
du mois dernier , pour la mort de Mlle du
Maine.
Le même jour , on célébra avec les cérémonies
accoûtumées , dans l'Eglife de l'Abbaye
Royale de S. Denis , le Service ſolemnel
qui s'y fait tous les ans , pour le repos
de l'ame du feu Roi Louis XIV . & l'Evêque
du Puy y officia pontificalement.
Le 7. de ce mois , le Corps de Ville fe
rendit à Versailles , & le Duc de Gêvres ,
Gouverneur de Paris , étant à la tête , il ent
audience du Roi , avec les cérémonies accoutumées.
Il fut préfenté à S. M. par le
Comte de Maurepas , Miniftre & Secrétaire
d'Etat , & conduit par le Marquis de Dreux,
Grand Maître des Cérémonies.
I v M.
2100 MERCURE DE FRANCE.
M. de Bernage , qui a été élû Prévôt des
Marchands le 26. du mois de Juillet dernier
, & les nouveaux Echevins , prêterent
entre les mains du Roi le Serment de fidélité
, dont le Comte de Maurepas fit la lecture
, ainfi que des Scrutins , qui furent préfentés
par M. de Lamoignon de Malesherbes
, Subftitut du Procureur Général , lequel
fit un Difcours très-éloquent.
*
Le même jour , le Corps de Ville cut
l'honneur de rendre fes refpects à la Reine ,
à Monfeigneur le Dauphin & à Meſdames.
de France, a
Le 8. Fête de la Nativité de la Sainte
Vierge , le Roi & la Reine entendirent dans
la Chapelle du Château de Verfailles , la
Meffe chantée par la Mufique , & l'aprèsmidi
, leurs Majeſtés affiſtérent aux Vêpres.
Le même jour , la Reine communia par
les mains de l'Archevêque de Rouen , fon
Grand Aumônier.
Le même jour , M. Cornaro , Ambaffadeur
Ordinaire de la République de Venife,
fit fon entrée publique à Paris. Le Maréchal
de Montmorenci & le Chevalier de
Sainctot , Introducteur des Ambaffadeurs ,
allerent le prendre dans les Caroffes de
leurs Majeftés au Convent de Picpus , d'où
la marche fe fit en cet ordre :
Le
SEPTEMBRE 1743.. 2101
Le caroffe de l'Introducteur ; celui du
Maréchal de Montmorency , précédé de fon
Ecuyer & de deux Pages à cheval ; un Suiffe
de l'Ambaffadeur , à cheval ; fa livrée à
pied ; huit de fes Officiers , à cheval ; fon
Ecuyer & fix Pages , à cheval ; le caroffe du
Roi , à côté duquel marchoient la Livrée du
Maréchal de Montmorency & celle du Chevalier
de Sainctot ; le caroffe de la Reines
celui de Mad, la Ducheffe d'Orléans ; ceux
du Duc d'Orléans , de la Princeffe de Conty
, de la Ducheffe du Maine & de la Comteffe
de Toulouze , & celui de M. Amelot ,
Miniftre & Secrétaire d'Etat , ayant le département
des affaires Etrangères. Les quatre
caroffes de l'Ambaffadeur marchoient
enfuite à une diftance de trente à
quarante
pas. Lorfque l'Ambaffadeur fut arrivé à fon
Hôtel , il y fut complimenté de la part du
Roi , par le Duc de Gèvres , Premier Gentilhomme
de la Chambre de S. M. de la part
de la Reine , par le Comte de Teffé , fon
Premier Ecuyer , & de la part de Mad. la
Ducheffe d'Orléans , par le Marquis de Crevecoeur
, Premier Ecuyer de S. A. Royale.
Le ro. le Prince Charles de Lorraine , &
le Chevalier de Sainctot , Introducteur des :
Ambaffadeurs , allerent prendre l'Ambaffadeur
en fon Hôtel , & ils le conduifirent à
Verſailles , où il eût fa premiére audience
I vj publi
2102 MERCURE DE FRANCE.
publique du Roi . L'Ambaffadeur trouva à
fon paffage dans l'avant - cour du Château
les Gardes Françoifes & Suiffes fous les armes
, les Tambours appellans ; dans la cour,
les Gardes de la Porte & de la Prévôté, fous
les armes à leurs poftes ordinaires ; & fur
l'efcalier , les Cent Suiffes en habits de céré
monie , la hallebarde à la main ; & il fut
reçû en dedans de la Sale des Gardes , par
le Duc de Villeroi , Capitaine des Gardes
du Corps , qui étoient en haye & fous les
armes. Après l'audience du Roi , l'Ambaffadeur
fut conduit à l'audience de la Reine
& à celle de Monfeigneur le Dauphin , par
le Prince Charles de Lorraine ,& par le Chevalier
de Sainctot , Introducteur des Ambaffadeurs.
Il eut enfuite audience de Mefdames
de France , & après avoir été traité
par les Officiers du Roi , il fut reconduit à
Paris à fon Hôtel , dans les caroffes de leurs
Majeftés , avec les cérémonies accoûtumées
.
Le Maréchal de Noailles , ayant appris
que l'armée des Alliés , après avoir paſſé le
Rhin , au - deffous de Mayence , avoit remonté
ce Fleuve , & étoit allée camper le
27. du mois dernier à Oppenheim , ce Général
a donné ordre , que toutes les troupes
qu'il commande , fe raffemblaffent fur la
Queich , entre Landaw & Germersheim..
Le
SEPTEMBRE . 1743. 2103
Le Roi arriva à Fontainebleau le 13. de
ce mois . La Reine s'y rendit le lendemain.
Monfeigneur le Dauphin y arriva le 12. &
Mefdames le 16.
Le 8. Septembre , Fête de la Nativité de
la Vierge, on chanta au Concert fpirituel
du Château des Thuilleries , un Motet à
grand choeur de M. de la Lande , Quare fre
muerunt,& c.lequel fut fuivi d'un autre à voix
feule du Sr. le Maire , & d'un Concerto , exécuté
fur le violon , par le Sieur de Mondonville.
La Dlle Romainville chanta enfuite
un autre petit Motet à voix feule , avec accompagnement
, qui fit beaucoup de plaifir.
Le Concert fut terminé par un Motet nouveau
à grand choeur , de la compofition dų
Sr. de Mondonville, dans lequel le Sr.Poirier
de la Mufique du Roi , chanta differens récits
avec applaudiffement.
Dès le 22. Août , M. l'Archevêque de
Paris ordonna des Priéres publiques , qui
continuent encore dans toutes les Eglifes de
fon Diocèfe ; l'Ordonnance étoit en ces termes
:
M. l'Archevêque ordonne , que , jufqu'à
nouvel ordre , les Prêtres Séculiers & Réguliers
qui célébrent dans fon Diocèfe , réciteront
à la Meffe la Collecte , la Sécrette &
la Poft-Communion , intitulées dans le Miffel,
Pro Pace ; & que dans toutes les Eglifes
de
2104 MERCURE DE FRANCE.
de la Ville & de la Campagne , exemptes &
non exemptes , on chantera à l'iffue des Vêpres
, ou au Salut du S. Sacrement , le Trait,
Domine , non fecundum peccata noftra , &c.
avec le Verfet , Oftende nobis , Domine , &c.
& l'Oraiſon , Deus qui culpâ offenderis , &c.
l'Antienne Sub tuum prafidium , &c . le v..
Ora pro nobis , &c. & l'Oraifon , Concede nos
famulos tuos , &c . & l'Antienne , Da Pacem,
Domine , & c. le y. Fiat pax , &c . & l'Oraifon
, Deus , à quo fancta defideria , & c. Pour
demander à Dieu , qu'il établiffe une Paix.
folide & durable entre toutes les Puiffances.
de l'Europe , & qu'il éloigne tout ce qui
pourroit faire naître , on entretenir parmi
elles , le trouble & la difcorde. A Paris , le
22. Août 1743 .
Le 17. Sept. les Comédiens François repréfentérent
à la Cour la Comédie du Philo
Jophe marié , laquelle fut fuivie de la petite
Piéce de la Nouveauté.
Le 19. la Tragédie du Comte d'Effex , &
la petite Comédie du Médecin malgré lui .
Le 24. l'Enfant Prodigue & le Rendezvous.
Le 26. la Tragédie de la Mort de Céfar ;
laquelle fut fuivie de la Comédie du Magnifique
, dont on vient de parler.
Le 28. les Comédiens Italiens repréfentérent
aufli à Fontainebleau la Comédie de
l'Amant
SEPTEMBRE . 1743. 2105
1 Amant Prothée , avec tous fes agrémens ,
fuivie de la petite Piéce de l'Amant , Au
teur & Valet.
MORTS ET MARIAGE.
4
Es. Août , Jean - Jacques Regnauld , Comte
Ville , Château & Duché d'Etampes , Chevalier des
Ordres Royaux , Militaires & Hofpitaliers de N. D.
de Montcarmel & de S. Lazare de Jérufalem , mourut
âgé de 84. ans . Il étoit fils de Jean Regnauld ,
Ecuyer , Sieur de Barres , & de Marguerite Millet ,
feur de Guillaume Millet , fous - Gouverneur de
Monfeigneur le Dauphin , Ayeul du Roi . Il avoit
époufé, le 22. Avril 1716. Dlle Ifabelle Jouvenel de
Harville des Urfins de Traynel , fille d'Efprit Jouvenel
de Harville des Urfins , Marquis de Traynel
& Lieutenant Général des Armées du Roi , mort le
9. Septembre 1730. & de Marie-Anne de Gomont ,
morte le 22. Novembre 1714. & il la laiffe veuve
& mere de Adrien- Conftance - Efprit Regnauld , dit .
le Marquis de Barres , fils unique né le 11. Mars
17 17. Gouverneur & Grand Bailly des Ville ,
Château & Duché d'Etampes , ci - devant Moufquetaire
de la premiere Compagnie.
Le 11. De. Olimpe Félicité de Béringhen , Abbel
fe de l'Abbaye Royale de Faremoutier , au Diocèfe
de Meaux , mourut à Paris âgée de 4. ans . Elle
avoit fuccédé en cette Abbaye, le 4.Décembre 1726.
à Louiſe-Charlotte -Eugenie de Beringhen , fa fæeur,
morte le 28. Octobre précédent ; elle étoit foeur de
Henri Camille , Marquis de Beringhen , Chevalier
des
2106 MERCURE DE FRANCE.
des Ordres du Roi , premier Ecuyer de S. M & de
feu François- Charles de Beringhen , Evêque du Puy,
mort le 17. Octobre 1742. & dont la mort eft rapportée
dans le premier Volume , du Mercure de
Décembre de cette année , fol. 2759. Voyez pour
la Généalogie de Beringhen , le Dictionnaire Hiftorique
de Morery & fon Supplément , & le Volameix.
de l'Hiftoire des Grands Officiers de la Couronne
, au Catalogue des Chevaliers de l'Ordre du
Saint-Efprit.
Le r2 . Août, en l'Eglife Paroiffrale de Saint Gervais
à Paris , a été fait le Mariage d'Ambroife - Julien
Clément de Feillet , Confeiller au Parlement de
Paris , fils d'Alexandre- Julien Clément Seigneur dẹ
Feillet , de Barville , & c. Confeiller au Parlement,
& de fcue D. Henriette - Catherine Gaudin , morte
le 20. Octobre 1721. avec Dlle Matie Auvray , fille
de feu André-Pierre Auvray , Ecuyer , Seigneur de
Grandville, de Gourde, & c . Confeiller - Secrétaire du
Roi , Maiſon Couronne de France & de fes Finances,
& Secrétaire & Greffier du Confeil d'Etat privé,
mort le 18 , Janvier 1732. & de D. Loüife -Marie
Touchet.
*3** X* X* X* X*XX***
ARRESTS NOTABLES.
DIT DU ROI , concernant le Dixiéme de
EPAmiral de France , fur les Prifes & Conquêtes
faites en Mer. Donné à Verſailles au mois d'Août
1743. Regiftré au Parlement de Paris le 26. du même
mois , par lequel il eft dit ce qui fuit .
ART. I. Nous maintenons , gardons , & , en tant
que de befoin , confirmons notre très- cher & très-
1
amé
SEPTEMBRE. 1743. 210
amé coufin le Duc de Penthievre & fes fucceffeurs
en la Charge d'Amiral de France, dans la poffeffion
& joüiffance du droit attribué à ladite Charge , du
dixiéme fur les prifes & conquêtes faites à la Mer.
II. Ordonnons néanmoins , en agréant , acceptant
& approuvant l'offre de notredit coufin , que ledic
droit ne pourra être pris à l'avenir , ni par lui ni par
fes fucceffeurs en ladite Charge , que fur le bénéfice
net revenant aux Armateurs.
III. Voulons à cet effet qu'avant le partage des
prifes il foit prélevé la fomme à laquelle fe trouveront
monter non - feulement les frais du déchargement
& de la garde des Vaiffeaux & marchandifes ,
mais encore les frais de Juftice , & généralement
toutes les dépenfes de l'armement ; & qu'après la
diftraction ci-deffus ,le dixiéme des prifes foit délivré
à l'Amiral fur le reftant , lequel fera enfuite partagé
aux équipages & aux intéreflés , conformément aux
conditions de leur Société.
IV. N'entendons que fous prétexte que l'Amiral
ne pourra prendre fon dixiéme que déduction faite
de toutes les dépenfes concernant lefdits armemens,
& fur le bénéfice net des prifes , il puiffe être tenu
de contribuer aufdites dépenfes , lorsque le produit
des prifes ne fe trouvera pas fuffifant pour y fatisfaire
, ni dans aucun autre cas.
V. N'entendons pareillement que dans la liquidation
des prifes qui feront faites par nos Vaiffeaux &
Galéres, armés pour notre compte, toutes les dépen
fes foient prélevées avant le dixiéme de l'Amiral ,
& voulons que ledit dixiéme lui foit délivré fur ce
qui reftera du profit defdites prifes , déduction faite
feulement des frais de déchargement , de garde &
de juftice , y compris ceux de la vente & le dixiéme
des équipages , lequel fera également prélevé avant
celui de l'Amiral . Si donnons en mandement à nos
amés
108 MERCURE DE FRANCE.
amés & féaux les gens tenans notre Cour de Parle
ment à Paris, que notre préfent Edit ils ayent à faire
lire, publier & registrer , & le contenu en icelui garder
& obferver felon fa forme & teneur , nonobftant
tous Edits , Déclarations , Arrêts , Reglemens.
& autres chofes à ce contraires , aufquels nous avons
dérogé & dérogeons par le préfent Edit , &c,
LETTRE d'un Négociant du Port de ....
à un de fes amis de Paris , an fujet de l'arrangement
fait par rapport au dixiéme de
M. l'Amiral fur les Frifes.
Ileft vrai , M. que la premiere nouvelle qui nous
étoit venue ici de l'arrangement que le Roi a fait par
-rapport au dixiéme attribué à M. l'Amiral fur les
Prifes faites en mer , nous ayant annoncé la fuppref
fion totale de ce droit ,nous avons été un peu furpris.
d'apprendre enfuite que l'on s'eft contenté de les réduire
au dixième du Bénefice net des Prifes à partager
entre les Armateurs.Mais il ne nous a pas fallu beaucoup
de refléxion pour reconnoître les motifs qui
ont dû déterminer le Gouvernement à regler l'ar
rangement fur le pied de cette réduction feulement ;
& vous fentirez aisément vous -même combien ils
font fondés , après que je vous aurai rappellé ce qui
fe pratiquoit autrefois fur cette matiére , car je m'imagine
que vous n'en êtes pas trop bien informé ;
du moins n'avez-vous jamais été auffi - bien à portée
de l'être, que moi , quí ai eu part à plufieurs Armemens
pendant la derniere guerre que la France a
foutenue contre les Puiffance maritimes.
Lorfqu'un Corfaire avoit fait une Prife , on ne
prélevoit avant le dixiéme de M. l'Amiral , que les
frais de déchargement & de garde , & l'on prenoit
enfuite ce dixiéme fur le total de la Prife. Par -là
nous
SEPTEMBRE . 1743 . 2109
nous nous trouvions , nous autres Armateurs, char
gés de tous les frais de Juftice , des récompenfes à
donner aux Matelots eftropiés , & généralement de
toutes les autres dépenfes . Des Prifes confidérables
fe trouvoient ainfi abforbées par les feules procédu
res ; j'en ai même vû une infinité dont le produit
n'y a pas fuffi , enforte que les dépenſes des Armemens
tomboient fouvent en pure perte pour nous ,
& que les Equipages reftoient fans rétribution . Je
n'oublierai jamais , par exemple , l'avanture d'une
petite Frégate à laquelle j'avois le principal intérêt.
Peu de jours après qu'elle fut en mer, elle fit deux
Prifes , dont le dixiéme produifit à M. l'Amiral près
de 8000 liv . qui furent réellement comptées à fon
Receveur, ici . Mais on fit naître tant de difficultés ; la
procédure devint fi multipliée & fi compliquée , que
par la liquidation , qui ne fut faite qu'après des retardemens
infinis, les deux Prifes ne nous donnerent
point à beaucoup près l'intérêt à deux pour cent des
fonds que nous avions faits pour la mife dehors ,
dans le tems qu'elles auroient dû.nous produire un
bénéfice affés confidérable. Si vous étiez curieux de
voir les états de cette liquidation , je pourrois vous.
les envoyer, les ayant gardés pour plus d'une raifon.
Il faut tout vous dire , M. les frais des procédures
n'étoient pas le feul inconvénient qui rallentiffoit les
Armemens particuliers dans la derniere guerre.
Quoiqu'il y eût alors dans la plupart de nos Ports
plus d'argent, par proportion qu'il n'y en a actuellement
, nous prenions ailleurs des intéreffés, comme
nous le ferions encore ; mais il arrivoit quelquefois
que ces intéreffés qui n'étoient pas à portée de fuivre
eux-mêmes les Armemens , fe trouvoient fruftrés
des efpérances qu'ils avoient dû concevoir des
Prifes qui avoient été faites ; foit que le produit en
fût confommé en dépenfes réelles , foit confufion ,
ot
2110 MERCURE DE FRANCE.
ou autrement , il y avoit affés communément des
plaintes de leur part , & il faut convenir que les
comptes qui leur étoient rendus ,fouvent après beaucoup
de retardemens , n'étoient pas toujours bien
fatisfaifans .
Ce font là fans doute les confidérations , qui ont
fait préferer la réduction qu'on a faite , à la fuppref
fion totale du dixiéme de M. l'Amiral ; & il eft
conſtant , en effet , que c'eft ce qu'on pouvoit faire
de plus avantageux .
1º. Par le nouvel arrangement, M. l'Amiral n'aura
de dixiéme , qu'autant qu'il y aura du bénéfice à
partager entre les Armateurs. Il fera par conféquent
intéreffé à abréger les procédures , & à en faire diminuer
les frais. Il eft certain , à la vérité , que certe
confidération ne feroit pas néceffaire pour exciter
fon zéle fur cela , mais elle ne fera pas inutile pour
contenir les Officiers des Amirautés , & pour les engager
à fe conformer aux Réglemens.
20. Les Equipages feront affurés de profiter
promptement de la part qui leur reviendra dans les
Prifes , ce qui doit beaucoup les encourager.
Enfin , les liquidations fe feront avec plus de dili
gence , de foin & d'exactitude que jamais , & le dixiéme
de l'Amiral conftaté , chaque intéreffé fçaura
précisément ce qui devra lui revenir , fans qu'il ait à
craindre ni retardement , ni difficulté : objet extrêmement
intéreſſant , car enfin , quiconque voudra
prendre part aux Armemens , pourra le faire avec
confiance , puifqu'à quelque distance qu'il fe trouve
du Port , où ils fe feront , il fera affuré que le dixiéme
de l'Amiral ne pourra être liquidé , que fon intérêt
ne le foit en même tems.
Il eft vrai que ce dixième , tel qu'il fera perçu ,
Sera encore une charge pour les Armateurs , qui en
auroient été exemptés par la fuppreflion totales
mais
SEPTEMBRE . 1743. 2111
mais cette charge fera bien balancée par les avantages
, que l'arrangement actuel doit procurer. Vous
même , M. ne vous livrerez-vous pas bien plus vc◄
lontiers aux vûës dont vous m'avez fait part ?
Le feul inconvénient qu'il y auroit à craindre ,
ce feroit que les comptes que nous aurons à rendre
des frais de nos Armemens pour la liquidation du
dixiéme de M. l'Amiral , ne donnaffent occafion à
quelques nouvelles difficultés dans les procédures,
Mais il eft à croire qu'on y pourvoyera efficacement
, par les Réglemens que l'Edit du Roi nous
annonce . D'ailleurs , que n'avons - nous pas à eſpérer
des difpofitions favorables, dont cette même Lei
nous affure de la part de S. M. de la générosité du
Prince , qui remplit la Charge d'Amiral , & de la
protection du Miniftre de la Matine , qui dans tous
les tems & toutes les occafions , nous donne des
marques de celle qu'il accorde au Commerce ? Nous
ne ferons fans doute plus expofés aux lenteurs &
aux frais immenfes des procédures des Amirautés ,
qui abforboient fi fouvent , comme je vous l'ai déja
obfervé , le profit des Prifes , & qui dégoûtoient fi
fort les Armateurs.
Ce qui eft de bien vrai , c'eft que dans toutes les
représentations & les plaintes , que nous n'avons ,
pour ainfi dire , ceffé de faire pendant la derniére
guerre , au fujet du dixiéme de l'Amiral , nous
n'avions d'autre objet que la réduction qu'on vient
de faire. Nous avons toujours bien fenti la difficulté
qu'il pouvoit y avoir à dépouiller totalement d'un
pareil droit , une des premiéres Charges de la Couronne
, & nous ne regretterons jamais de le payer ,
lorfque nous trouverons dans nos entrepriſes , les facilités
que nous devons nous promettre . D'ailleurs ,
dans les Prifes qui ne feront pas confidérables , ce
dixiéme fera réduit à peu de chofe , & il ne fera
jamais
2112 MERCURE DE FRANCE.
jamais d'un objet bien fenfible dans celles qui donneront
beaucoup de profit.
TABLE.
PLACES,FUGITIVES. Imitation du premier d'Horace: Vides ut alta, &c.
Queftio Diattetica , &c.
Le Sauvageon , Fable allégorique ,
1901
1903
1906
Lettre fur la Queſtion propofée dans le Mercure de
Juin dernier ,
Les deux Pierres & le Bâtiment , Fable ,
Extrait de la nouvelle Bible , annoncée
Mercure d'Août ,
Remerciment en Vers à Mad. y **.
1908
1915
dans le
1917
1930
Extrait d'un Mémoire fur les Eaux Minérales de
S. Amand ,
Ode fur l'Education ,
1931
1942
Réponse à la Queftion propofée dans le Mercure
de Juin dernier ,
1944
Vers à Mad. de la S. ***: pour le jour de la Fête ,
1946
Cauſe plaidée par les Ecoliers de Seconde du Colt
lége Royal Dauphin , & c.
Vers à M. Deftouches ,
1948
1953
Obfervations fur le fecret de rendre l'Eau de la
Mer potable ,
1955
Epitre en Vers à M. de Vaſtan , & Remerciment à
M. C. *** . 1965
Defcription de la Figure Equeftre de Louis XIV.
"
L'Amour ingrat , Ode Anacréoutique ,
Difcours fur l'Art de la Guerre ,
1970
1973
1974
J. C. triomphant de la Mort , Cantatille en Dialogue
, 1976
Lettre
Lettre fur les Elémens d'Euclide ,
Apothéole d'un Sifflet ,
1982
1989.
Lettre au fujet de la Chronologie & la Topographie
du nouveau Bréviaire de Paris ,
1991
Vers à Mad . la Marquife d'A .... en lui envoyant
un Cadran Solaire ,
Refléxions fur l'idée de l'Infini ,
2002
2003
Explication de l'Enigme Latine du Mercure de
Juin ,
Enigmes & Logogryphes ,
2009
ibid.
2012
NOUVELLES LITTERAIRES , DES BEAUX- ARTS , & c.
Théatre Critique Efpagnol , &c.
Etat des Archevêchés , Evêchés , Abbayes & Prieu-
2013 rés ,
Mémoires de l'Académie Royale de Chirurgie ,
2014
Introduction à la Géographie de Mrs Sanfon , 2016
Traité du Scorbut ,
Les Fables d'Efope ,
OEuvres mêlées de M. de Moncrif ,
Séance de l'Académie de Dijon ,
Séance de celle de la Rochelle ,
2018
ibid.
2019
2025
2028
Ode tirée du Cantique de Moyfe , fur le paffage de
2039
la Mer Rouge ,
Catalogue abbregé des Ouvrages des Peintres ,
Sculpteurs & Graveurs , expofés au Salon du
Louvre ,
Eftampes nouvelles ,
Deffein à la Plume par M. de Serre ,
Nouvelles Cantatilles du Sr le Maire ,
Reméde pour les Dartres ,
Chanfon & Ariette , notées ,
2043
2060
2062
2063
2064
2065
Spectacles , Extrait des Caractéres de la Folie , 2056
Repriſe de la Comédie du Magnifique , au Théatre
François ,
Nouvelle Actrice ,
Mort de M. de Montmeny ,
2079
2080
2081
Le
Le Combat Magique , Piéce nouvelle , jouée au
Théatre Italien , ibid.
L'Ambigu de la Folie , nouvelle Piéce , représentée
à l'Opera Comique ,
Nouvelles Etrangeres , Suede , Ruffie , & c.
Morts des Pays Etrangers ,
2082
2083
2098
France , nouvelles de la Cour , de Paris , &c. 2079
Concert Spirituel ,
Piéces repréfentées à la Cour ,
Morts & Mariage ,
2103
2104
2106
2106
Arrêt notable ,
Errata du fecond Volume de Juin.
Age 1413 , ligne 23. de premiere Claffe, lifez ,
de la premiere Claffe .
Errata de Juillet.
PAge 1652. lignes 24. & 25. Salle , liſex Sale .
fuperbe , l. grand .
"
1. 15.
Fantes à corriger dans ce Livre.
PAge 1907. ligne 3. cens , lifex , cents . P. 1919 .
1. 15. comparer , 1. les comparer. P. 1927. l . 20.
Epifcopi , nomine , 1. Epifcopi nomine. P. 1935 .
fables , l. fable. P. 1942. 1. 3. tes , l. fes . P. 1972 .
1. 28. familliere , l . familiere. P. 1975. I. 6. familliatife,
l. familiarife.P.1994.1 8.de , otez ce mot.P. 1997.
1. 21. Vocladum , 1. Voeladum . P. 2008. I. 20. La , I.
Le. P. 2012. 1. 2. du bas , Que dis je , l . Que dis- je ?
P. 2013. 1. 6. du bas , dit- il , encore , l . dit- il encore.
P. 2038.1 . 7. exhorteze , 1. exhortez . P. 2040. l . 13 .
Memphis . Memphis. Ibid. 1. 14. Tu devois' ; 1. Tu
devois , Ibid. 1. 17. Le feu , vengeur , l. Le feu vengeur.
P. 2051. 1. 4. pars , l . pare . fleure, l. fleurs. Ibid.
J. s. donne , l . donna . P. 2063. 1. 2. du bas, d'Efopes,
1. d'Efope.
La Chanfon notée doit regarder la page 2065
MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ
AU
ROI.
OCTOBRE . 1743-
RICOLLIGIT
SPARGIT
Chés
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER ,
ruë S. Jacques .
La Veuve PISSOT , Quai de Conty ,
à la defcente du Pont-Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais .
M. DCC. XLIII.
Avec Approbation & Privilege du Rol
FAUDAIM
A VIS.
L'ORA ,Commisan Mercuro,vis-
ADRESSE générale eft à Monfieur
à vista ComédieFrancoise à Raris Ceux qui
pour leur commodité voudront remettre leurs
Paquets cachetés aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent se fervit de cette
voye pour les faire tenir.
On prie très-inftamment , quand on adreffe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner à nous le
déplaifir de les rebuter , & à ceux qui les
envoyent , celui , non-feulement de ne pas voir
paroitne leurs Ouvrages , mais même de les perdre
, s'ils n'en ont pas gardé de copie .
Les Libraires des Provinces des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaiteront
avoir le MercuredeFrance de la premiere main ,
& pluspromptement, n'auront qu'à donner leurs
adreffes à M.Moreau qui aura foin de faire
leurs Paquets fans perte de tems , & de lesfaire
porter fur l'heure a la Pofte , ou aux Meſſageries
qu'on lui indiquera.
a
V J ૩ )
PRIX XXX . SO LIS
i wb sgelron¶ Omonadegh w
MERCURE
DE FRANCE .
supino smel sup , nier svaly 10 miol
obs m
DEDIE ROI.
supusns 1 lisugio no anal 2 M
OCTOBRE 1743 .
25.01
XUL apt sh spem 107
suphod Pail E CMES FUGITIVES
en Vers en Profe
stoid coinila 8 zasłuð 25T.
LE CHRETIEN DANS LA DOULEUR ,
Lue dans
OD E.
Publiquede
l'Académie
Royale des Sciences, Belles-Lettres & Beaux-
Arts devillefranche lejour de S. Louis 1743 .
enolts eins! sundings my mogis " I
Mufe, qui des plaifires , enfans de la molleſſe,
Nous peins les trompeufes douceurs, nifi I
Dédaignant ta fatale yvreffey at unit]
Ma mainbrife en ce jour tes crayonsimpoftents.
A ij Infpire2116
MERCURE DE FRANCE.
Infpire-moi , Vérité pure ,
Combats les lâches goûts de la foible Nature ;
Viens apprendre au Monde étonné ,
Qu'affuré du néant de fa faveur fragile ,
Un Difciple de l'Evangile
Trouve dans fes maux même un repos
fortuné ..
Loin cet Eleve vain , que forma le Portique :
Il veut maîtriser la douleur ;
Mais dans fon orgueil frénétique
J'apperçois , malgré lui , les tourmens de fon coeur,
Eſclâve de mille erreurs folles ,
Dans les yeux égarés , fon maintien , fes paroles ,
Je vois l'image de fes maux ,
Lorfque d'un oeil ferein , fans murmure & fans
plainte
,
Tes Enfans , Religion ſainte ,
Dans le fein des revers ſe montrent des Héros,
炒肉
Qu'à leurs befoins preffans devenue infenfible ;
La Terre ferme fes tréfors ;
Qu'à leurs voeux le Ciel inflexible ,
D'un espoir décevant couronne leurs efforts. '
Que déja la foudre brulante
Diffipe en un inftant leur fortune brillante ;.
Dieu frappe ; ils adorent fes coups ;
Sur fes malheurs divers remportant la victoire
Job
OCTOBRE . 1743. 2117
Job de fon Dieu chante la gloire ,
Dans le même moment qu'il reffent fon courroux.
D'un fils miraculeux à peine Abram fidelle
Voit payer fes chaftes amours ;
Conduit par la voix éternelle ,
Son glaive , tendre Ifaac , eft levé ſur tes jours .
Au- deffus de tous les obftacles ,
Il laiffe à Dieu le foin d'accorder fes Oracles
Il part fidéle & généreux ;
D'un obſcur avenir fa foi perçant les voiles ,
Plus nombreuſe que les Etoiles ,
Une Poftérité le préſente à ſes voeux.
Guidé dans fes fureurs par des fujets perfides ,
Qu'un fils , dont la rage eft la loi ,
Ofe armer fes mains parricides
Contre les jours facrés de fon Pere & fon Roi ;
C'est toi qui me mis fur le Trône ,
Va.s'écrier David ; Grand Dieu , de ma Couronne
De mes jours fois le défenfeur ;
D'Abfalon fur le champ périffent les cohortes ;
Jérufalem ouvre les portes ;
Le Rebelle cft foumis ; David entre vainqueur.
**
Que d'aveugles refforts Victime déplorable ,
A iij Le
2118 MERCURE DE FRANCE.
Le Matérialiste en pleurs ] gol ab doł
D'un enchamuré inévitablem smâm ɔl zasⱭ
Subiffe , en maudiffant , les fatales rigueurs ;
Pour nous , Dieu jufte ; ta colére
Montre dans fes effer's la tendréffe d'un Pere
Nos cours au pfé de tes Autels ? aupré
alit nu'a
HV
Répondent à tes coups pat d'offrandes fincères :
Ett ppaarrdes peines paffabili sibass , ovisin nož -
paffageres
Ton amour, nous
ous dérobéi vor ab alish- A
aux tourmens éternels.
* Roloc10 asì isbrooch mal of usiɑ & slici A
*
Par M. Boule , Profeffeur de Rhétorique au Collégo 2
de Villefranche en Beaujolais. 252 25 instagiol al zinave quɔldo mu´Ɑ
REPONSE de M. NERICAULT DESTOUCHES
, à la replique de Anonyme Maroti
que.
SErvrimeveus did Kyle aoties an u૩
Et m'apperçois qu'il eft moult plas aifen
Que ne cuidois : Tout vieux mot eft comique,
Et jatrop tard jem'en fuis avilés a l
Et ne me chaut jadis , ains au contraire, flo
Pitch", "Jaçoir ! Maisant Dictionnaire. Dindla sv g
Bientôt ſçaurai mettre en piéces Mafóra
Naïveté fait ce ftyle baroquest noleìdA'Ɑ
Qui réchauffant la plus froide équivoque !!!
En bel- efprit vous traveftit un fotol flɔ ɔllodɔ ♫ 2X
Voilà , M. l'Anonyme , une de ces Epigrammes
que je veux donner au Public , &
dont
A
ƆOCTOBREU1743JM 2119
dont le Mercure que vous méprifez tant ,
vous a préfenté l'échantillon ; dût-elle vous
paroître auffi froide & auffi maigre , que
celles qui l'ont précedée , vous trouverez
bon qu'elle foit le texte de ma réponfe ;
s'eftrà -dire qu'elle vous faffe comprendre
d'aborde, que fi je ceffe d'ufer de ce style en
vous écrivant , c'eft que j'ai defféin de vous
parler enbonFrançois , fans autre ornement,
que celui du bon fens & de la raifonov ab
pbal ou enq 9 g mife on
Parlons François , reprenons le bon ftyle
Ft plantons - là les phrafes de Marotov
"
Req AT
-1306K
Timp
loo
V
Nous occupant d'un travail plus- utile , baby ban
Que de celui d'enchaffer un vieux motov ob obut
Pure vetille , & très- digne ballot
D'un plat Rimoun Notde Langue eft fertilegings LL
Pleine de tours fins , naifs , délicats qub movezov
Elle dit tout n'eut jamais tant d'appas M , po
Que dans ce fiécle , & pe paroît ftérilepinloq jo ?
Qu'à des fçavans qui ne la feavent pas av sifo
"
‹ Comme il me paroft , M. que vous pou
vez être un de ces fçavans la , (ce que je vais
vous plouver dans le moment je ne futs
plus furpris que vous employiez ʼn libéralement
le ftyle Marotiqued lander für məi
-tous vos petits farcaſmes , qui fans cette cou-
-che de vieux fard ? Terolent en danger de
paroître bien infipides. Pour moi , qui fals
zingua A iiij per2120
MERCURE DE FRANCE.
perfuadé que ma caufe eft fi bonne , qu'elle
n'a pas befoin de fe farder pour fe foutenir ,
je vais vous répondre en profe toute unie ;
& je n'imagine point de plus sûr moyen de
vous guérir des petites fumées de vanité qui
Vous offufquent , que de publier moi-même
dans le Mercure de France , les jolis compli
mens que vous me faites.
Il faut que Public le Public juge de votre ſtyle ,
de votre goût & de vos fentimens , afin
qu'il ne s'imagine pas que le dépit & la
colere m'y font trouver des irrégularités.
Voici votre début , qui ne lui donnera pas
une grande idée de la clarté & de l'exacti
tude de votre fyntaxe .
Depuis , Seigneur , qu'acharné contre Bayle
Vous avez dit , de la Religion ,
Oh çà , Meffieurs , je fuis le champion ,
Soit politique , amour propre , ou faux zéle ,
Poffible vrai , l'avez cru tout de bon .
Telle eft votre premiére phrafe. Bien loin
d'y faire le moindre petit changement , j'ob- •
ferve même votre ponctuation . Je veux
mourir , fi d'abord j'y ai rien compris , & ce
n'eft qu'après l'avoir lûë & relûë , que je
fuis enfin parvenu à deviner ce qu'elle vouloit
dire. Voilà , fi je ne me trompe , ce qu'-
elle fignifie :
Depuis
OCTOBRE . 1743. 2121
Depuis qu'acharné contre Bayle , vous avez
dit ,foit par politique , foit par amour propre ,
foit par un faux ou peut- être par un vrai zéle,
je fuis le champion de la Religion , vous avez
cru tout de bon
que
vous l'êtiez.
>
N'eft-il pas vrai , mon cher Anonyme
que c'eft-là ce qui vous paffoit dans la tête, &
ce que vous tâchiez d'exprimer, quand vous
avez commencé votre Epître ? Mais , bon
Dieu , quel tortillage , quelle obſcurité ,
quelle dureté Chappellain n'auroit pas
mieux réuffi.
Depuis Seigneur , qu'acharné contre Bayle
Vous avez dit , de la Religion ,
Oh çà , Meffieurs , je fuis le champion ,
Soit politique , amour propre , ou faux zéle ,
Poffible vrai , l'avez cru tout de bon.
Eft-ce là écrire en françois ? Eft-ce là écrire,
pour le faire entendre , ou pour fe faire deviner
? Je m'en rapporte aux Lecteurs judicieux
: & cependant ce font ces MM. qui
veulent nous reprendre , nous corriger ,
être nos Oracles , & qui trouvent que nos
productions font maigres & plattes , parce
que nous voulons être clairs & intelligibles
, & que nous évitons ce ftyle précieux
& affecté , qui veut s'élever au fublime &
tombe dans le galimatias.
A v Je
Litt MERCURE DE FRANCE .
~ Je vous paffe la time de chan pion & de
Religion , avec bon . Comme vous me paroif
fez un affez foible Verfificateur , malgré vos,
petites affeteries Maroriques , il faut vous.
traiter avec indulgence . Venons préfentement
à ce que vos Vers veulent me faire enrendre.
letab onsq e p
2 Je me fuis cru , felon vous , le champion de
la Religion , depuis que je me fuis acharne
contre Bayle. Sou
C
Vous m'attribuez une fotre préfomation
abfolument incompatible avec les fentimens.
dont je fais gloire , car je fuis très - intime
ment perfuade , grace au Ciel , que la Reli
gion n'a
befoinnendre
. Elle fe defen- moi , ni de qui que ce
puiffe être , pour des
supialogie?
dra toujours elle-même . C'eſt l'ouvrage de
Dieu . Dieu le foutient & le foutiendra. II .
l'a prouis , & fes promelles auront leur
effer à route éternité. Fidelis Dom
omnibus verbis fuis , & Sanctus in omnibus ope---
ribus (ms. C'eſt ce qu'il nous dit par la bouche
du Prophere Royal . Il me punirof Ime
Jofois préfumer que mon fecours fût nécef
faire au maintien de fa caufe ,, & il fgaura.
bien fe venger de tous ces petits maîtres Pof
lofophes, de tous ces Diflertateurs imperti
nens , de tous ces mauvais plaifans de la
bonne
compagnie , qui ont l'audace de s'égayer
fur cequ'il y a de plus refpectable, de
D es
эпр
plus
JOVOGTOB R EU 17431 M 2123
plus facré de plus terrible , en étalant lds
execrables fophifmes , que Bayle leur a fuggerés,
Bayle , leur feul Oracle, Bayle, le feul
Philofophe qu'ils connoiffent & qu'ils ad--
mirent. Bayle enfin, leur Apôtre & leur Directeur.
r
n no 2003 angyoq si zuen anp song
on Quelle la doncsétél mon intention La
voici, Rien de plus ample ; Irien de plus innocent
, & frj'ofe le dire , rien de plus jufte
& de plus raisonnable.unigoh holdmoɔ
lly a long- tems que je vois ce qu'on ap
pelle le beau monde que je l'obferve ,
que je l'étudies que je m'attache à le pein
dre , & à le reprefenter tel qu'ibeftains dil
quĄptès avoir sfait le portrait des Ingrats
des Medifants , des Glorieux , des Ambitieux,
& d'une foule de caractéres odieux on ridi
cules qu'il me préfentoit , je mecrus oblige
de févir contre les Libertins & les, Ingrédutles
quien fortune des plus confidérablės -
& des plus brillantes parties. En un mot, je
conçus ude fb vive averfion contre MM.les:
Efprits forts & contre leurs aimables admi
ratrices , canule bean fexe aujourd'hui fo
met de la partici, & fe mele de philofopher )
quaje ne pus refifter au défir de les expofer
far la déne.Jefis donc uneComédie intitus-
Efpris fort! Mon Héros étoit un jeune
Seigneur fortnignorant , mais qui fçavoir
fon Bayle parodeur qui ne jaroit que par
A vji
lui
2124 MERCURE DE FRANCE.
lui , & qui le regardoit comme un homme
fupérieur, que la Nature avoit formé, précifément
pour rappeller les hommes à la Loi
naturelle , en les forçant de la reconnoître
pour l'unique Loi que nous devions fuivre,
parce que nous la portons tous en nous-mêmes
, & qu'elle eft le feul fait dont on ne
puiffe douter. L'idée de ce petit-maître Philofophe
m'avoit été inſpirée , par je ne ſçais
combien d'Originaux , qui bleffoient mes
yeux tous lesjours , & qui m'étourdiffoient,
en débitant par fragmens l'Ouvrage de Bayle
fur les Cométes , & les argumens les plus
libertins de fon Dictionnaire.
J'oppofois à ce Fanatique incrédule , un
homme fenfé , judicieux , éclairé , folide ,
ennemi de la préfomption & de la témérité,
fçavant,autant qu'on doit l'être pour raiſonner
jufte , & pour fe tenir fermement attaché
aux vrais principes ; grand ennemi de
Bayle & de fes Sectateurs. On juge aifément
que cet homme étoit en butte aux
ironies & aux plaifanteries des petits -Maîtres
, qui le regardoient comme un petit efprit
, comme un fot : ils lui infpiroient , à
la vérité , plus de pitié que de colere ; mais
enfin , pouffé à bout par leurs invectives &
par leurs impertinences , il les engageoit à
une difpute férieufe , fouvent interrompue
& fouvent reprife , & par deux ou trois argumens
OCTOBRE . 1743. 2125
gumens invincibles , il les réduifoit à ne
pouvoir répondre , les couvroit de honte &
de confufion , & ramenoit à fon fentiment ,
les perfonnes de qui dépendoient fon bonheur
& fa fortune.
Mais après que j'eus achevé cette Piéce ,
je m'apperçus que plufieurs Scénes de cet
Ouvrage , ne convenoient nullement au
Théâtre , & je la refervai pour mes amis.
Cet Ouvrage m'avoit engagé à relire Bayle
, que j'entendois citer à tous propos , par
nos prétendus Philofophes. J'avoue qu'il me
féduifit d'abord : c'est-à-dire , qu'il me parut
n'avoir pas formellement de mauvaiſes intentions.
Je me bornai donc à le blâmer fecrettement
, de ce qu'il avoit voulu fignaler
fon efprit & fa fagacité , en prouvant qu'on
pourroit douter de tout , fi on n'avoit pas le
fecours de la révélation .
Enſuite , je me défiai d'un pareil deffein ;
je crus y voir le ferpent caché fous les fleurs ,
après m'être fortement convaineu , qu'un
homme vraiment Chrétien n'affecteroit pas
fi fouvent de traiter cette matiére , & d'établir
en mille endroits de fes Ouvrages , les
argumens les plus fpécieux contre la Religion
Chrétienne.
Armé de ce préjugé légitime , je lus &
relus les penfées fur les Cométes , le Dictionnaire
, & tous les autres Ouvrages de ce
perni2426
MEROURKE DE FRANCE.
pernicieuxbet efprit. Le profond forfiedom
Je jouiffois fans interruption y me permitde
vaquer profondément & opiniâtrement à
devié éuide P'y paffai , pour ainfi dire , les
jours & les nuits , & plus j'étudiai mon Phi
dofophey plus je me convainquis que fon
unique objer , couvert fous l'apparence de
la candeur & dela probité , étoit de mettre
tout en queſtion , de faire douter des chdfes
les plusfures & les plus facrées , & de
fapper , s'il étoit poffible , les fondemens
inébranlables de la Foi Chrétienne . De-lay
cette averfion que j'ai conçue pour lui , &
cette guerre que je lui ai déclarée , & que
j'oferal foutenir contre fes plus zélés Partifahsugi
ulov sovs limp so obto
J'étois dans ces judicieufes difpofitions ,
lorfqueje reçûs une lettre d'un de nos prés
tendus Efprits forts , parlaquelle en fuppos.
fant que j'étois allés fat & affés ignorant ,
pour vouloir Agureravec ces MM. les agréat
bles pik m'invicoir à débiter adroitement &
finement ma prétendue Doctrine gmdang
quelqu'un de cespetits Ouvrages anonymes
clandeftins , qu'on lache de tents en tems au
Public pour le pervereirį) aniq zol ansmigr
J'avoue que cette invitation me bleffa
vivement , & ce fur pour défabufer celui
qui me l'avoit faite , que j'écrivis la premié
te Lettre que j'ai publiée dans le Mercures
-12759
PeutJUOCTOBRE
243M 212
Peut- être ma réponſefut- elle trop vive ; &
elle ne pouvoir manquer de l'être car Pindignation
me l'avoit dictée . Cette Lettre en
hit naître plufieurs autres fifr le même fujet
je ne me bornai pas à les écrire. Je cruš , &
on me perfuada qu'il étoit de toute nécefftés
que je défabufalle non feulement mes
amis , mais même le Public fur les principes
qu'on m'imputoit. Je puis ajouter que cette
tâche me fue impofée par une autorite frierpectable
y qu'il ne me fut pas permis de ba
laneet. Pas le moindre mouvement de vanité
ni depréfomption n'entra dans ce deffein.
L'obéillance & Pinteret feul de la Religion.
me I'mfpirerent, fansme laiffer croire un feul
inftant qu'elle ear befoin de mon fecours
pour fe foutenir à Dieu he plaife qu'une
idée fi chimérique & ridicule puiffe ja
mais s'emparer de mon efprit J Je la regan
derois moi - même comme un chef-d'oeuvre
condepréfomption
& d'impertinenced oldO
ob Voild tour-naturellement M. I'Anonyme
la caufe toute fimple & toute innocente, de
l'effor que j'ai pris fur les matiéres qui
cernent la Religion. Si cet effor me donne
un ridicule je l'accepte volontiers , & je
n'en rougis pas. Jefouffrirois des tourmens
bien plus fenfibles pour une fi bonne caufe.
29
"
Il me feroit cependant bien facile , mon
cher M. de vous prouver que des gens dont
le
2128 MERCURE DE FRANCE.
le
rang ,
le caractére & les lumiéres vous impoferoient
, n'ont pas regardé mes efforts
comme ridicules , & je pourrois vous produire
des Atteftations fi refpectables , qu'elles
vous feroient rougir & peut - être trembler.
Mais il m'eft plus glorieux de fouffrir
vos outrages , que de les repouffer. Revenons
à votre admirable Epître.
Je paffe quelques loüanges que vous me
donnez , ironiquement fans doute , & je
vais étaller vos invectives , ou fi vous voulez
, vos fines plaifanteries , qui du moins
vous ont paru telles , & qui fans doute ont
bien fait rire vos amis & vous-même auffi ;
car le moyen de faire de fi jolies chofes , fans
s'en applaudir & fans s'écrier, pefte , où prend
mon efprit toutes ces gentilleffes !
A ces clameurs qui promettoient merveilles ,
M'éveillai donc en grattant mes oreilles !
Oh, la bonne plaifanterie ! fe gratter les oreilles
! Cela eft joli au moins. Eft-ce là le ton de
la bonne compagnie ?
Et me difois prévenu par le nom ,
Puis alléché par aucuns de vos Drames ,
Cetui du moins va nous parler raiſon .
Tout auffi-tôt voici mille Epigrammes....
Mille ! Parbleu difons un million ,
Car autant yaut en fait de ces denrées ,
Dont
OCTOBRE . 1743 .
2129
Dont au Mercure offrez l'échantillon.
Or nous avez les moins fades montrées
Apparemment. Les Supôts d'Hélicon ,
Lifeurs de Vers , n'y manquent d'ordinaire.
Trop jugea- t'on le cas qu'il falloit faire
Du fond du fac. L'arrêt eft pofitif.
Parquoi , Docteur , brûlez vos Homélies ,
Si m'en croyez , & qu'au Vindicatif,
Enfans morts nés , ces bribes foient unies.
Voilà , fans contredit , le plus joli morceau
de votre Epître , & je me fais un plaifir
de vous en faire honneur , quoiqu'il dût
beaucoup m'humilier , fi vos Arrêts étoient
fans appel . Mais comme je les crois fans
conféquence , je ne balance pas à publier
moi - même celui que vous prononcez contre
mes Epigrammes & contre mes prétenduës
Homélies. Je ne m'amufe point à vous
faire une chicane fur les mauvaiſes rimes
que vous hazardez ; comme celle de million
avec échantillon , & d'Hélicon avec million .
Les Poëtes tels que vous , n'y regardent pas
de fi près. Toujours va qui danfe , n'eft - il
pas vrai ? Laiffons pour un moment la forme
de votre Epître , & jugeons - la fur le
fond . Plût à Dieu qu'on jugeât toujours de
même ! Le démon de la chicane auroit les
ongles bien courts.
Vous appellez les Epigrammes des denrées,
Eh
2130 MERCURE DE FRANCE.
Eh bien denrées foit. Mais vous conviendrez
qu'il y en a de bonnes & de mauvaiſes . À
vous en croire , les miennes font de la derniére
efpéce , & le Public en juge comme
vous , fue l'échantillon queje lui ai préfenté
dans le Mercure. Ce jugement du Public
ne m'eft point encore revenu , & vous êtes
le feul qui me l'ayez annoncé jufqu'à préfent.
Tout ce que je feais , c'est que maas
Epigrammes ont infiniment déplû à MM.
Les Esprits forts , ce qui me prolive qu'elles
ne font pas fi mauvailes que vous voulez me
le perfuader , & ce qui me perfuaderen me
me tems , mon cher Anonyme , que vous
pourriez bich être un de ces intrépides, qui
traitent d'imbéciles tous les hommes péné
arés des faintes & terribles vérités que la
GliquePyrrhonnienne ofe révoquer en dou
teoyfurda forde ce Philofophe hypocrite &
capticux pour qui vous avez une fi pro
fonde vénération. Ne vous êtes vous point
recótinu dans quelque morceau de mes derfrées
Jen'en doute prefque pas , puifqu'el
Les Nous ont infpiré tant de mépris. Ileft de
votrelintérêt & de cehn de vos alnis , de destier
mal marchandiſe. En tout cas , je vous
avertis que fr hazard ython ' cher Año
Par
nyme, vos traits ont échappé jafqu'à pre
fent à mon pinceau , il ne vous manquera
pas dans la Quitos voqsifçavez qu'il eft alles
•
fidéle ;
OCTOBRE 24M 43
1
Adéle ; beaucoup de gens l'ont fenti , Tans
que j'aye mis leur nom au bas de mes portraits
, & vous pouvez dès à préſent vous
tenir afsûré , que fi jamais je parviens
vous connoître malgré vous vous ,, vous éprou
verez bientôt , qui que vous puiffiez être
que je fçais faire quand je le veux , des Epigrammes
, dont la pointe n'eft pas émouffée.
Naturellement je n'ai point d'éguillon , ou
du moins je me fais une loi'de le tenir ren
fermé , mais je ſçais le déployer & l'enfoncer
profondément fur ceux qui , comme
vous, ofent me provoquer , fans que je leur
an aye donné le moindre fujet. Car après
rout , fi vous avez crû vous reconnoître
dans quelqu'une des Epigrammes que j'až
publiées , c'eſt afsurément votre fatte & non
pas la mienne. J'en veux en général aux Efprits
forts , c'est-à- dire , aux impíes , aux
hibertins, aux Difciples de Bayle , en un mot,
Malheur à vous , fi vous êtes du nombre de
ces objets de ma fatyre & de mon indignation.
Rentrez en vous - même , comme 19
vous y invite ; rougiffez de vos erreurs &
devenez Chrétien , & vous ne trouverez
plus mes Epigrammes fi mauvaiſes . Preuve
de cela , c'eft que tous les gens de bien les
ont approuvées , & vous pouvez compter ,
malgré la haute idée que vous avez de vos
humiéres & de votre efprit qu'il fe trouve
inly parmi
2132 MERCURE DE FRANCE.
parmi ces honnêtes gens des hommes , qui
ont fans comparaifon plus de goût , de fcience
& d'efprit que vous n'en avez , du moins
fi je juge de vous par ce qui m'eft revenu de
vos productions.
De bonne-foi , croyez - vous que j'ignore
pourquoi mes Epigrammes vous paroiffent
fi maigres & fi infipides, auffi bien qu'à tous
vos Confreres ? En voici la raison , que
j'avois bien prévûë , mais qui ne m'a point
fait changer de fyftême ; c'eft qu'elles n'ont
pas le fel de l'impiété , de l'obfcénité & de
l'atteinte perfonnelle. Si elles étoient auffi
ordurieres , auffi fcandaleuſes , auffi impies ,
auffi mordantes que quelques- unes de Marot
, & que plufieurs de Rouffeau , vous
crieriez tous au miracle , & felon vous , j'effacerois
Catulle , Martial , & les Epigrammatiftes
modernes, que vous favourez fi délicieufement.
Mais je débite une faine morale
; j'attaque les impies , & je me permets ,
tout au plus un innocent badinage . Tout
refpire dans ces petits Ouvrages la candeur,
la vertu , la Religion : eft- ce là le moyen de
plaire à des goûts dépravés & corrompus ?.
A des gens , dont le palais blaze , ne peut
plus trouver d'agrément que dans l'eau-forte
& le piterpitre ? Et êtes vous fi fimple ,
de vous imaginer , que fi je voulois
être affés méchant & affés perdu pour vous
que
plaire,
OCTOBRE. 1743. 2135
plaire , je n'en puffe pas venir à bout ? Rien
de plus facile , que de travailler au goût des
libertins : rien de moins aifé , que d'amufer
& de plaire , en fe renfermant dans les bornes
prefcrites par la vertu . Lifez , fi vous
daignez en prendre la peine, cette Epigramme
que le Mercure vous a déja préfentée :
quelque infipide qu'elle puiffe vous paroître
, elle réunit en peu de Vers ce que je
viens de vous dire,
Me bornant à l'effor d'un innocent Comique ;
Philofophe moral & rarement cauftique ,
J'ai réfifté toujours à l'odieux penchant
De répandre fur tout une bile Cynique ;
Mais qu'on peut aifément devenir Satyrique ,
Et qu'il faut peu d'efprit pour être bien méchant !
Rien n'eft plus vrai que la fin de cette Epigramme
; j'aurois pû ajoûter, pour plaire aux
impies & aux libertins. Qu'un homme foit
affés fou & affés imprudent , pour attaquer
dans de petites Piéces femblables ce qu'il y
a de plus refpectable & de plus facré , tout
auffi-tôt c'eſt un homme admirable ; c'eſt le
coryphée des beaux efprits : on le craint , on
le hait , on le détefte ; mais on l'admire , on
le prône , on le met des plus fines parties
on fe familiarife avec lui , on fouffre patiemment
fes écarts , fes incartades , ſes impertinences
; c'est l'homme à la mode : il
>
eſt
2134 MERCURE DE FRANCE.
10
eft dubon air de vivre avec lui , de le fêter,
de le protéger , de le tirer de mille mauvai
fes affaires , que fon imprudence lui attire i
mais qu'un homme , avec des talens fimples
ment eftimables , paroiffe prudent , circonf
pect , modefte , vertueux dans fes difcours
& dans fes Ouvrages , il peut compter für la
plus parfaite indifférence de la part des gens
du bel ait à peine fçauront-ils fon nom : à
coup sûr , ils ne le verront point , ils ne le
prôneront point, ils ne le protégeront point,
ils le laifferont croupir dans fon obfcurité
& le mépriferont comme un petit génie , ou
comme ungénie ennuyeux , lourd & pefant,
incapable de produire ces jolis rien , ces
fadaifes fpirituelles , ces parodies lubriques,
ces faillies bouffonnes contre la Religion ,
& contre les bonnes gens qui la fuivent. I
Mettez la main fur la confcience ,M. l'Aǝ
nonyme; vos mépris & ceux de vos pareils
pour mes petits Ouvrages , ne partent - ils
pas de cette fource ? N'eft-il pas vrai que fi
mes Lettres, que vous traitez fi plaifamment
d'Homélies, étoient des Lettres bien libres &
bien impies , qui me coûteroient beaucoup
moins que celles que vous tournez en ridi
cule , vous en feriez tous vos plus chers
delices , & que vous vous les arracheriez
Que d'éloges on me donneroit fous main !
Quel crédit j'acquertois dans la Societé !
15
Que
OCTOBRE, 1743 M 2rze
Que d'efprit , que de fcience j'aurois ! ¿Qui
pourroit m'être comparé , ni chés les And
ciens , ni chés les Modernes ? Les agrémens,
les protections , les graces ; tout fondroit
fur moi , & les plus grands Seigneurs fe fex
roient gloire d'être de mes amis . Mais j'ai
fait des Homélies , du moins appellez- vous
ainfi mes Lettres : non-feulement elles font
pitoyables ; MM . du bel air les condamnent
au feu fans rémiffion , & c'est vous qui
m'annoncez leur Arrêr. Malheureuſement
pour vous & pour eux ces Homélies qué
vous appellez des Ouvrages mortsnés , fe
ront bientôt reffufcités par une nouvelle
Edition que je vous annonce , & j'ajoûte
pour mettre votre belle humeur en train de
s'épanouir , que même on vient de me pré
venir en Hollande , où on les a toutes extrai
tes du Mercure pour les réimprimer. Cepen
dant vous m'avouerez , M. le Philofophe ,
qu'en ce Pays -là on n'eft pas fuperftitieux ,
& que le jugement , le bon efprit , l'érudition
, la fine critique même , n'y manquenê
pas. Ileft vrai qu'on n'y trouve pas fré
quemment des efprits auffi légers & aäfft
rafinés que vous ; mais en vérité, on n'y fait
aucun cas de votre efpéce , & je penfe qu'on
n'a pas tort. 27
971 1
Pour ce qui eft du Vindicatif que Vous
croyez môrt néz comine mes denrées, & que
arola'up
Vous
136 MERCURE DE FRANCE.
vous voulez que je brûle avec elles , vous
me permettrez , s'il vous plaît , de n'en rien
faire. C'eft une bagatelle que je n'avois rifquée
, que par complaifance , & que je n'avois
compofée , que pour me délaſſer de
quelques travaux plus ferieux : mais je vous
avertis que le Parterre ne m'impofe pas plus
que vous , & que je crois cet Ouvrage trèsinjuftement
condamné. Tous les gens de
bon goût , qui l'ont lû depuis fa cataſtrophe,
ont été furpris & même indignés de fon
trifte fort , & conviennent unanimement ,
qu'on ne doit l'attribuer qu'aux efforts d'une
caballe envieuſe & jalouſe , qui a fçû fe
prévaloir d'un titre donné mal-à-propos à
la Piéce , qui ne devoit paroître que fous
celui de l'Amour ufé , & à laquelle on crut
ajoûter bien plus de relief, en l'intitulant le
Vindicatif, titre qui ne convient nullement
à cet Ouvrage , mais feulement à un perfon
nage qui n'y eft qu'épifodique , mes ennemis
profiterent d'une faute commife en mon
abfence , ce qui leur fut d'autant plus facile,
que cette faute avoit induit le Public en erreur
, en lui faifant croire que ma Comédie
étoit une Piéce de caractére , fur le ton du
Glorieux ou du Philofophe marié , au lieu
qu'il ne trouva qu'une efpéce de farce en
Profe , & qu'un fujet très-éloigné du grand
Comique , auquel je l'avois accoûtumé juſqu'alors,
· OCTOBRE. 1743. 2137
>
qu'alors , en forte qu'ilcrut voir la Montagnė
accoucher d'une fouris ; permettez-moi cette
comparaifon , quoiqu'il s'en faille beaucoup
que je ne fois une montagne : vous
fçavez que toute comparaifon cloche, celleci
plus qu'une autre : mais elle s'eft préfentée
tout-à -propos , pour donner une idée jufte
& précife de l'unique caufe du malheur dont
vous plaifantez & dont je n'ai nullement à
rougir , puifqu'il n'eft que l'effet d'un malentendu.
Cependant il eft facile de juger
que mes ennemis eurent beau jeu dans cette
occafion , & que le Public qui fe croyoit
trompé , fe rangea précipitamment de leur
côté , & devint de fi mauvaiſe humeur dès
le premier Acte , qu'il fe mit hors d'état
d'écouter la Piéce & d'en juger fainement
; mais j'ofe dire , que la lecture l'a
défabufé , & qu'elle vous défabuferoit peutêtre
vous - même , fi vous vouliez vous défaire
de vos préjugés, pour examiner de fang
froid cette Comédie , qui d'ailleurs ne mérite
point un examen fevére , puiſque je ne
l'ai donnée que comme une pure bagatelle ,
uniquement deſtinée à faire rire les Spectateurs
, & non à flatter leur goût , jufqu'au
point de la critiquer , car c'eft le fort des
bons Ouvrages d'effuyer la critique ; mais
celui - ci , je l'avoue , en eft très - indigne.
Croyez- vous de bonne-foi , que ni du tems
B de
2138 MERCURE DE FRANCE.
de Moliere , ni de notre tems , on ſe ſoit avifé
de critiquer Pourceaugnac , le Mariage
forcé & l'Amour Médecin ? Jamais on n'a
dit un mot fur ces Ouvrages : mais quelles
cenfures n'ont point effuyées le Milantrope
& les Femmes fçavantes , ces chef- d'oeuvres
de l'efprit humain ? Pardon , fi je me
fuis un peu trop étendu fur cette matiére.
Regardez- moi comme un pere, qui tâche de
fauver un de fes enfans , & revenons préfentement
au vôtre , que je crois en plus
grand danger.
Je ne puis me réfoudre à tranſcrire le
refte de votre Epître , fans faire quelques
remarques Grammaticales fur le dernier
morceau que je viens d'expofer. Examinons
un peu ces Vers :
Tout auffi-tôt voici mille Epigrammes .
Mille ! Parbleu difons un million ,
Car autant vaut en fait de ces denrées ,
Dont au Mercure offrez l'échantillon ,
Que veut dire , je vous prie , cet autant
vaut en fait de ces denrées ? Conftruifez-moi
cette phrafe. Quelle Langue parlez - vous ?
Eft - ce du François ou du haut-Allemand ?
Pour du ftyle Marotique , ce n'en eft point
je vous afsûre , & malgré tous vos cil &
tous vos cetui , vous en êtes éloigné de cent
piques , car le caractére diftinctif du ſtyle
de
OCTOBRE 1743. 2139
de Marot , eft d'être également fimple , naïf,
exact & intelligible : c'eftfurquoi Defpréaux
l'a loué principalement : mais la plupart de
vos phrafes , ont je ne fçais quoi de fi louche
& de fi bourfoufflé , qu'à chaque mot il faudroit
un Commentaire pour les entendre ;
vous me paroiffez un efprit obfcur & einbrouillé
, qui accouche de fes expreffions
dans un travail pénible , & qui ne produit
que des avortons. Au refte , on voit facilement
que vous voudriez être plaifant , mais
par malheur , vos traits fentent le bouffon
& vous m'avez tout l'air d'un Héros de parades.
Pourfuivons :
Pour votre foi , car y revien , beau Sire ,
Quand vos Vers fecs vont troubler le repos
D'un qui n'eft plus , & n'a rien à vous dire ,
Qu'attendez - vous de vos maigres travaux ?
Rien du tout. Afsûrément je ne prêche pas
pour attraper des bénéfices ou des penfions,
D'ailleurs , puifque mes travaux font fi maigres
, il y a bien de l'apparence qu'ils ne
m'engraifferont pas. Pour les vôtres , qui
ont tant d'embonpoint , ils ne peuvent manquer
de vous procurer bien de la gloire &
du profit , dont au fond vous m'aurez toute
l'obligation , puifque c'eft moi qui les publie.
Vous devrez me remercier , ou vous
ferez bien ingrat , de tous les applaud ffe-
Bij mens
2140 MERCURE DE FRANCE,
mens que je vais vous procurer , & quelles
récompenfes ne devez -vous pas attendre ,
pour avoir défendu Bayle avec tant de fineſſe
& de fagacité ? Pour moi qui ai la témerité
de l'attaquer , je ne dois eſpérer
d'autre prix de mes maigres travaux , que
des injures & des ironies.
Mais vous, qui parlez en maître de l'Art,
faites-moi fentir , je vous prie , la féchereſſe
de mes Vers . Qu'appellez - vous des Vers
fecs ? Sont - ce des Vers naïfs & fi intelligibles
, qu'un enfant les entendroit ? Des Vers
où l'on évite les tranfpofitions , l'obfcurité ,
l'affectation , la dureté , le ton précieux
l'ambiguité , l'amphibologie , les fautes de
Grammaire Des Vers , où l'on veut avoir
plus de raifon que d'efprit ? J'avoue que les
miens font de cette efpéce , & qu'à tous ces
égards , ils font tout differens des vôtres.
Par exemple.
* Vous me tancez avec fine énergie' ,
Livrant affaut à ma Théologie ,
Et fans façon la traitez de bibus ,
Me renvoyant à l'oeuvre Dramatique ,
Comme à l'objet de mon talent unique ,
Par ce qu'ai vû les périlleux abus ,
Trop réſultans de la fauffe Doctrine ,
*
Rép. de M. Deftouches à l'Anonyme Marotique ,
Merc. de Juin 1743.
De
OCTOBRE. 1743 . 2141
De ce Prothée aimable & captieux ,
De qui l'efprit , pour vous fi radieux ,
Vous femble extrait de l'effence divine.
Voilà mon ftyle. Appellez - vous cela des
Vers fecs ? Oh bien , M. notre Maître , je
vous avertis que malgré vos doctes leçons ,
je tâcherai toujours d'en faire de pareils , &
je
crois être en droit de vous dire tout bonnement
, que vous ne feriez pas mal de vous
défenfler un peu , pour tâcher d'être auffi
que moi. Je vais continuer de vous copier
& de vous répondre.
fec
Si prétendez dans ce genre d'efcrime
D'un vernis neuf relevant votre rime ,
De votre efprit faire briller les traits
Mal confeillé vous fûtes , ou jamais .
"
Ce dernier Vers n'eft -il pas bien harmonieux
? Et cet ou jamais , n'eſt-il pas là bien
enchaffé Mal confeillé vous fûtes ou jamais !
que vous dire ici ou jamais ? Voilà les gens
qui prétendent critiquer nos Vers , & nous
apprendre à en faire de bons . Appellez- vous
cela de l'embonpoint ?
Il vous falloit , autrement que ne fîtes ,
Mon cher Docteur , digérer vos effais ,
Si défiriez faire des Profélites .
Fites & Profelites , ces deux rimes marquent
B iij
une
2142 MERCURE DE FRANCE.
une oreille bien délicate fur la quantité !
C'eft faire courir une tortue avec un liévre.
Mais venons au fond du procès. J'avouë
que mes effais fur la Religion n'ont pas été
long - tems digerés. De fimples Lettres ,
ont-elles befoin d'une fi longue digeſtion ?
Leur caractére effentiel n'eſt - il pas , d'être
fimples & même en apparence négligées ?
N'y doit-on pas imiter le ftyle de la converfation
? N'eft- ce pas là ce qui fait leur principal
agrément ? Auffi les ai - je écrites tout
d'un trait , & , grace au Ciel , je n'ai pas le
goût affés pervers , pour prendre le ton didactique
, en écrivant à mes amis . Autre
chofe eft d'écrire une Lettre , autre chofe eft
de faire un Traité. L'une demande un air
fimple , naïf & facile ; l'autre exige l'ordre.,
Ia force & la profondeur.
Confidemment vous le dis à mon tour ,
Dans ce métier que prêtes un beau jour ,
Sans nulle étude & fans expérience ,
Croyez que zéle eft bien loin de fcience .
Et où prenez - vous , mon grand ou mon
petit M. car j'ignore abfolument à qui je
parle , que je n'ai ni étude ni expérience ?
Ou vous me connoiffez particuliérement ,
ou vous ne me connoiffez que de vûë & de
réputation.
Si nous avons vêcu enſemble , ce qui
pourroit
OCTOBRE. 1743. 2143
pourroit bien être , dites - moi en quelle
occafion , combien de fois je vous ai fait
voir mon ignorance ? Me feroit- il arrivé de
défendre contre vous la Religion ? ( car c'eft
à quoi je me fuis efforcé fouvent avec quelques
amis. ) En ce cas , je ne ferois point
furpris que vous me cruffiez ignorant, puif
que MM. les Efprits forts ne reconnoiffent
pour fçavans , que ceux qui font profeffion
& qui fe donnent les airs de la méprifer.
Mais fi vous ne me connoiffez que par
mes Ouvrages , dites- moi quels font ceux
qui vous ont fait fentir que je ne fçais rien .
Sont- ce mes Comédies : Ce n'eft pas là qu'il
faut étaller de l'érudition : elle y feroit bien
mal placée. On dit cependant qu'elles fe
reffentent un peu de la lecture de Plaute &
de Térence , & que quelquefois je ne les ai
pas mal imités. Or il me femble que ce n'eft
pas là de l'ignorance.
Sont-ce mos Epigrammes ? J'y traduis affés
fouvent Catulle & Martial . Eft- ce là de
l'ignorance ?
Sont- ce mes Lettres fur le goût ou mes
Lettres fur la Religion ? Dans les ures , je
cite & j'apporte en exemple de trés- beaux
endroits des meilleurs Poëtes Latins. J'y
cite même Sophocle & Euripide. Dans les
fecondes , j'entre dans les plus profondes
réflexions métaphyfiques , & je fonde les
Biiij preu2144
MERCURE DE FRANCE.
Preuves invincibles de la vérité de la Religion
Chrétienne , fur differens paffages des
Prophétes. Eft-ce encore-là de l'ignorance ?
Lifez feulement mes deux Réponſes à M.
Tanevot , & elles vous prouveront que j'y
traite des matiéres fur lefquelles on ne peut
écrire , fans avoir long - tems & profondément
médité. Croyez-vous qu'on ne puiffe
être Poëte fans être ignorant ? M. de Fontenelles
, M. de Voltaire , M. Roi , tout
grands Poëtes qu'ils font , & bien d'autres
encore que je pourrois nommer , vous ont
prouvé & vous prouveront le contraire , &
fi vous avez lû quelquefois les Anciens ,
vous devez être convaincu , que les Poëtes
Grecs & Romains étoient pleins d'érudition
, & que quelquefois même ils fatiguent
les Lecteurs , en affectant trop de
la faire briller. Toute réflexion faite cependant
, je vous avoue ingénûment que je ne
fuis pas fçavant, mais, grace à Dieu , je le fuis
affes pour vous inftruire,& pour être perfuadé
que les vrais Sçavans , font ceux qui méprifent
Bayle & fes Sectateurs , & qui ont
affés étudié la Religion Chrétienne , pour
être perfuadés qu'elle eft toute divine , &
que les vaines & audacieufes attaques des
libertins ne lui porteront jamais la moindre
atteinte.
D'ailleurs voyons , où s'adreffent vos coups !
Qu'atta
OCTOBRE. 1743 . 2145
Qu'attaquez -vous ? Parlez , je vous écoute.
Ce que j'attaque ? a - t'on jamais fait une
queftion plus ridicule ? J'attaque la Doctrine
de Bayle , comme fauffe & pernicieufe.
Mes Effais , mes Homélies , mes Vers fecs ,
vous l'ont affés prouvé. Puifque vous doutez
encore de leur objet , il faut que vous
entendiez auffi mal le François que vous
l'écrivez .
Le fpinofilme ? Encor pis dites- vous.
Oh dans le droit , avez raifon fans doute ;
Ne fuis d'humeur à vous contrarier .
J'aime bien ce petit fens hypocrite. Affurément
vous l'avez pris dans Bayle , qui fe
fauve toujours par de femblables parenthé.
fes.
Mais quand par vous ce Sceptique , ce Bayle,
Ou ce Spinoze eft mis en parallele ,
Avez- vous lû l'article du dernier ?
Avec votre permiffion , M. l'Anonyme ,
depuis que l'enfer a vomi Spinoza & fes
execrables Ouvrages , perfonne ne s'eſt jamais
avifé de l'appeller Spinoze , comme
vous faites par licence poëtique. Cette licence
ne s'étend point jufques fur les noms
propres. C'eft une petite leçon que je fuis
bien aiſe de vous donner en paffant. Au fur-
Bv plus
2146 MERCURE DE FRANCE.
pas
:
plus , je ne compare point Bayle avec Spinoza
je dis qu'il eft plus dangereux que lui ,
& je le foutiens. Pourquoi ? Premiérement
parce que Spinoza eft fi obfcur , qu'il eſt
très - difficile ,
pour ne pas dire impoffible,
d'entendre précisément le fond de fon ſyſtême
, & qu'il y a de l'apparence qu'il ne s'entendoit
lui - même au lieu que Bayledans
fes argumens les plus fubtils, a toujours:
Part de fe rendre très-intelligible ; & en fecond
lieu , parce que tout homme qui ofe
parcourir les abominables Livres de Spinoza
, fe convainc aifément que cet infigne
fcélérat entreprend de prouver qu'il n'y a
point de Dieu , ou fi vous voulez, que toutela
Nature eft Dieu , deffein que l'Enfer avoir
infpiré à ce Monftre d'impiété , & que l'on
apperçoit à l'ouverture du Livre : au lieu
que Bayle confervant tous les dehors d'un
homme de bien, entreprend, en cachant fon
but , de fapper tous les fondemens de la Religion
Chrétienne , contre laquelle il lance
adroitement les argumens les plus fpécieux ;
& fe retire enfuite derrière le retranchement
de la Révélation , pour fe mettre à l'abri des
traits que les Jurieu, les Leclerc , les Jacquelot
lui décochoient , & des fevéres châtimens
dont il fe fentoit digne : hypocrite agréable
, adroit & pernicieux , contre lequel on
n'eft point en garde , comme on s'y tient
contre
OCTOBRE. 1743. 2147
contre l'affreux Spinoza , & dont les ména
gemens fubtils & compaffés , féduifent les
petits efprits , les demi- fçavans , les libertins
, & les entraînent infenfiblement dans
Le précipice.
Vous me demandez i j'ai lu l'article de:
Spinoza dans le Dictionnaire de Bayle. Oui
je l'ai lû & relû , je vous afsûre ; mais que
prouve-t'il en faveur de votre Héros ? qu'il
entreprend de détruire tous les fyftêmes ::
celui de Spinoza comme les autres . Fidéle
imitateur & admirateur de Montagne , ik
ne veut pas qu'il y ait rien de certain fous le
Soleil , & il n'y a point de Doctrine & d'o
pinion qu'il n'attaque : tout entre dans fon
plan , qui eft de rétablir le Pyrrhonifme ,
fon dogme favori , & de jetter les hommes
dans une affreufe incertitude fur les matiéres
les plus inconteſtables . Voilà quel eft vo--
tre homme , & je vous le foutiens . Prouvezmoi
le contraire, fi vous pouvez ; & au lieu
de vous égayer à me dire des injures , entre--
prenez de le défendre : démontrez - nous
fes bonnes intentions. Attaquez - moi dans
la forme & à découvert. Nommez - vous ,.
comme je me nomme , à la tête de quelque
fçavante Differtation , & faites - moi voir
évidemment que je me trompe. Vous pou--
vez prendre cette généreufe réfolution fans
rien craindre , car quel eft l'état de la quef-
Bvj tion ?:
2148 MERCURE DE FRANCE.
tion ? De fçavoir fi Bayle a de mauvaifes intentions
, ou s'il n'en a point. Si fes Ouvrages
font pleins d'un venin fubtil & caché,ou
s'il ne le font pas : je foutiens l'affirmative.
Soutenez contre moi la négative. Il n'y a nul
danger pour vous dans la carrière que je
vous ouvre. Ni l'Eglife, ni l'Etat ne peuvent
vous blâmer de prouver que Bayle eft innocent
des pernicieux deffeins qu'on lui attribuë
: au contraire , on vous fçaura gré
d'avoir fauvé la réputation d'un fi bel -efprit
, & graces à vos lumiéres incomparables
, fes Ouvrages feront imprimés déformais
avecles approbations les plus authentiques.
Ne vous cachez donc plus derriere
votre rideau, pour tirer fur moi. Vos injures
& ces ironies ne prouvent rien ; faites-moi
connoître à qui j'ai affaire , car il eft triſte
pour moi d'avoir une difpute fi vive avec
un homme que je ne connois point. Peutêtre
vous dois- je du refpect ; peut-être m'en
devez - vous ; peut-être ne nous en devonsnous
ni l'un ni l'autre. Mais jufqu'ici tout
l'avantage eft de votre côté ; vous fçavez où
portent vos coups ; j'ignore où les miens
vont. J'avoue que j'ai pris le change fur
votre compte , & c'est ce qui a caufé l'obfcurité
que vous trouvez dans ma répor
fe . Je foupçonnois que mon aggreffeur
étoit un homme d'une mérite diftingué.
Pardon
OCTOBRE. 1743. 2149
Pardon fi je me fuis mépris . C'eft votre fautte.
Pourquoi , m'induiſez- vous en erreur ?
En tout cas , je vous fignifie publiquement
& en termes très-clairs , que fi déformais je
ne trouve pas votre nom & votre adreffe
au bas de vos Epîtres , je les brûlerai fur le
champ fans les lire ; dûffai - je en recevoir
tous les jours. Ainfi ce fera bien de l'efprit
& de la gentilleffe en pure perte pour vous.
Car encore une fois , je ne vous lirai plus ,
& par conféquent plus de réponſe , fi vous
ne vous déclarez pas. Je ne demande pas
mieux que de combattre en champ clos ,
mais je veux voir mon homme.
Paroiffez Efprits forts , vigoureux affaillans ,
Et tout ce que 1 Enfer a produit de vaillans.
Je défie à la fois votre noire Cohorte.
Faites partir vos traits de la main la plus forte ,
Du bras le plus terrible , ou pour mieux m'accabler
Uniffez-vous enſemble , & bien loin de trembler ,
Armé du bouclier de la foi qui me guide ,
Je vous ferai tomber devant la Sainte Ægide ,
Muets , pétrifiés. Tytans audacieux ,
Dont la vaine fureur ofe attaquer les Cieux ,
L'Athléte le plus foible en vous faiſant la guerre ,
Sçait au premier effort vous brifer comme un verre.
Le perfide ennemi de Dieu , du genre humain
Vous met contre la Foi les armes à la main ;
Mais
2150 MERCURE DE FRANCE.
Mais elle domptera votre rage impuiſſante
La Vérité divine eft toujours triomphante.
Bien loin qu'elle redoute un odieux combat ,.
Les affauts des méchans redoublent fon éclat :
L'Enfer ni fes fuppôts ne peuvent rien contre elle ,
Et prenant chaque jour une force nouvelle ,
Elle atterre l'impie aux pieds de fes Autels ,
Ou réſerve fon ame à des feux éternels.
Pardonnez-moi cet enthouſiaſme , auquel je
n'ai pu réfifter ; & permettez M. que je finiffe
, en répondant aux cinq derniers Vers
de votre Epître , car les précédens ne valent
pas la peine d'être tranfcrits.
Après m'avoir dit que je me rends ridi—
cule par mon zéle pour la Religion , comme:
le Glorieux fe rend ridicule par fon orgueil
impertinent , comparaifon très - bien amenée
, très fine & très - ingénieufe : vous
ajoûtez une menace des plus finguliéres , &
voici de quelle façon vous la tournez ::
Mais par hazard fi cet autre Lycandre
Un beau matin en lieu clos vous tenoit ,
Qu'à coeur ouvert il pût fe faire entendre ,,
Reut- être alors à l'abri des frayeurs ,
De votre bord n'auriez tous les rieurs.
A qui de vous ou de moi , M. fe rapporte
ce Vers ?
Peut-être alors à l'abri des frayeurs ,
Selon
OCTOBRE. 1743. 2151
Selon la bonne fyntaxe , il fe rapporte 2
moi. Le dernier Vers le prouve ::
Peut-être alors à l'abri des frayeurs,
De votre bord n'auriez tous les rieurs..
Mais en vérité ma confcience ne me reproche
rien , lorfque j'employe mon loifir à
défendre la Religion contre les libertins , les
incrédules & les impies ; ainfi je ne fens pas
la moindre petite frayeur..
Si au contraire , comme il eft facile de le
deviner , ces frayeurs ne fe rapportent qu'à
vous , il faut que vous confeffiez que votre
phrafe eft miférable , & que vous ne fçavez
pas le François étudiez- le je vous prie , &
lifezVaugelas, Thomas Corneille,Ménage &
le P. Bouhours , avant que d'entreprendred'écrire
contre moi. Car je vous apprends à
vous , qui me donnez un ridicule , que rien
n'eft fi ridicule qu'un homme , qui écrit en
une Langue fans la fçavoir , fur tout quand
il attaque un Auteur , qui doit en poffeder
toutes les régles & en connoître toutes les
fineffes. Apprenez encore de moi , mon
cher M..qu'un galant homme n'en attaque
jamais un autre clandeftinement , & que la
bonne confcience ne craint point le grand
jour. Rien n'eft plus bas que de venir
m'infulter jufques chés moi , & m'y porter
des coups fecrets , en vous dérobant à ceux .
que
2152 MERCURE DE FRANCE.
que je pourrois vous rendre. Profitez de
cet avis & faites-moi la guerre plus honnêtement
. Je ne crains aucune forte de combats
; je vous le déclare , mais comme j'ai
l'ame fiére & généreufe , je dédaigne de me
commettre avec un ennemi caché , & je
veux qu'il fe préfente en brave homme. Je
fuis , Monfieur , avec refpect , & avec confidération
, votre , & c .
NERICAULT DESTOUCHES.
A Fortoifeau , ce 3. Septembre 1743 .
豬豬豬
L'AR BRISSEAU ET L'APPUI ,
Allégorie à Damon .
UN Arbriffeau , foible , débile ,
Au milieu d'un fameux Verger ,
Joüiffoit d'un bonheur tranquile ,
Sans redouter aucun danger ;
Un Appui généreux daignoit le foulager.
Bien- tôt la fombre jaloufie ,
Que guide la rage & l'envie ,
Jette les yeux fur fon heureux deftin ,
Et fe
Eh !
promet d'y mettre fin.
L
que fait donc dans cette place ,
Dit elle en écumant , ce fragile Arbrifſeau ?
On
OCTOBRE . 1743 . 2153
On ne l'y fouffre que par grace ;
Doit il jouir d'un fort fi beau ?
Inceffamment que l'on l'arrache ,
Et qu'un bel Arbre , que je cache ,
Brille ici d'un éclat nouveau.
L'Arbriffeau ne peut rien répondre ;
Il voit qu'on s'arme contre lui ;
Bien-tôt il fe verra confondre ,
S'il n'obtient tout de fon Appui.
Damon , je fuis cet Arbriffeau débile ,
Qu'une force fecrette a juré de périr ;
Sans ton fecours , fans ta faveur utile ,
Je me verrai contraint à déguerpir ;
Daigne me protéger , dans ce moment terrible ;
Sans ta voix la mienne n'eft rien ;
Mais fi ta bouche s'ouvre à ma peine fenfible ,
Même mes ennemis de moi diront du bien.
Draheiffal de Xialrom.
LETTRE
2154 MERCURE DE FRANCE.
૨૬ ૨૫ ૨૨ હે હે હે ર ૯ ૩૯ ટ ૯ 36 ૯ટરટ ૨૬ 3૨8૫ ૨૫ ૨૬ 28 29
LETTRE écrite de Lunévlle , par M***,
à Mad. la Marquise du *** , ſur l'usage
qu'on peutfaire de la Musique pour lafanté.
LA Mufique , Madame , fait toûjours ici
notre principal amufement , & elle y
eft fort bonne par le goût de Sa Majefté Polonoife
, qui attire à Lunéville de grands Muficiens.
Toute fa Cour eft Muficienne : le
Médecin même du Roi ( M. Ronob ) com→
pofe en Mufique , & touche le Clavecin en
perfection. Ce Médecin me donna à lire , il
y a quelque tems , une Théſe ,
une Théfe , foutenue
dans les Écoles de Médecine de Paris , au
mois de Mars dernier , qui traite de l'utilité
dont peut être la Mufique pour la confervation
de la fanté ; ce fut un peu par complaifance
pour ce Docteur ,queje me déterminai
à la lire , parce qu'elle eft en Latin , mais
Jorfque j'en eus commencé la lecture , j'y
pris beaucoup de plaifir. Cette Théfe eft écrite
avec toute l'élégance poffible ; le ſtyle en
eft léger , & a même quelque chofe d'harmonieux
; elle eft pleine de penfées vives
& juftes. Je n'aurois jamais crû que cette
matiére , traitée phyfiquement & même médicinalement
, fût fufceptible des agrémens
que l'Auteur a fçû y faire entrer..
M.
OCTOBRE . 1743 . 2155
M. Maloüin , de l'Académie Royale des
Sciences , qui eft l'Auteur de cet Ouvrage ,
y explique l'action des corps fonores , mis
en mouvement , fur l'air ; & l'action de l'air
mû par les corps fonores , fur l'organe de
l'ouie ; enfuite il prouve l'action de l'organe
de l'oüie , ainfi frappé par l'air , fur les
autres parties du corps , ce qui y produit des
changemens qui ne font point indifferens
la fanté ; enfin , il explique comment le cerveau
ébranlé par l'organe de l'oüie , excite
des mouvemens dans l'efprit , & comment
l'eſprit, ainfi ému , réagir fur les parties du
corps.
L'Auteur a divifé tout fon Ouvrage en
einq Chapitres. Il a employé le premier à
faire l'éloge de la Mufique ; cet éloge eſt joliment
traité ; on y dit de la Mufique tout
ce qu'on en peut dire. C'eft , fur tout , en
rapportant les merveilleux effets de la Mufique
, que l'éloge eft fondé . Le principal
effet de la Mufique & fur lequel on infifte,
eft celui de diffiper les chagrins & d'inf
pirer à l'efprit de la gayeté. Notre Médecin
foutient auffi que la Mufique eft un bon reméde
contre les langueurs , & que c'eft pour
cette raifon qu'Apollon étoit chés les Anciens
le Dieu de la Mufique , comme il l'étoit
de la Médecine .
Dans le fecond Chapitre , il prouve la
puiffance
2156 MERCURE DE FRANCE.
puiffance de l'organe de l'ouie fur le corps,
pour exciter & pour modérer les mouvemens
de l'efprit. Il prétend que de tous les
fens , l'ouie eft le plus fort & le plus préfent
à l'efprit. Pour le prouver , l'Auteur
décrit la ftructure de l'oreille , & il explique
ce qui conftituë le fon. Il fait obferver
que le doux murmure d'un ruiffeau a quelque
chofe d'amufant & qu'il endort ; qu'aucontraire
, certains fons rudes , comme celui
d'une lime ou d'un couteau , avec lequel on
racle , font infupportables , comme le font
auffi les heurlemens des chiens , & les cris
des chats pendant la nuit.
M.Malouin , pour expliquer comment le
fon fe communique à l'oreille , dit que l'air
eft compofé de parties differentes
par leur
longueur , leur foupleffe & leur élafricité
; & il conclut de-là , que ces parties
d'air font fufceptibles de differens tons . Il
ajoûte que lorsqu'un corps fonore eft mis
en mouvement , celles d'entre les parties de
l'air voifin , qui font à l'uniffon avec les
parties de l'inftrument d'où fort le fon , reçoivent
ce fon, & le tranfmettent aux fibres
de l'oreille qui font à l'uniffon avec ces parties
d'air.
Notre Docteur prétend auffi qu'il y a de
l'analogie entre le fon & la lumière ; que
comme la lumiére fe divife en fept couleurs
primitives ,
OCTOBRE, 1743. 2157
primitives , le fon peut auffi fe diftinguer
en fept tons principaux, Il fait remarquer
là-deffus , que ceux qui ont été piqués de la
Tarentule , font foulagés ou font incommodés
par differentes couleurs , comme ils
font foulagés ou font incommodés par differens
tons,
Il foutient qu'il y a auffi de l'analogie
entre l'organe de l'oüie & celui de la vûë ;
il dit que la conque de l'oreille fe refferre
ou fe relâche felon les differens fons qu'elle
reçoit , comme la prunelle de l'oeil fe refferre
ou fe relâche , felon la differente lumiére
qui y entre, Il remarque que la peau
qui couvre le labirinthe de l'oreille , eft
une prolongation du nerf auditif , comme
la rétine de l'oeil eft une prolongation du
nerf ophtalmique,
Cet habile Médecin repréfente l'oreille
comme un inftrument de Mufique très-parfait
, dont les fibres font comme des cordes
de differentes longueurs , differemment tenduës,
& plus ou moins élastiques ; il dit que
par le moyen de ces fibres , les parties d'air
dont les vibrations répondent aux vibrations
du corps fonore , communiquent ces
vibrations dans l'intérieur de l'oreille, comme
il arrive,lorfqu'après avoir pincé la corde
d'un Inftrument , s'il y a un pareil Inf
trument dans le voisinage & qui ait une
corde
2158 MERCURE DE FRANCE.
corde à l'uniffon , c'eſt-à -dire qui foit de la
même longueur , également tenduë , & auffi
élaftique , cette corde , quoiqu'on n'y touche
point , trémouffe & donne un fon pareil
à celui que donne la corde qu'on a
pincée .
Pour prouver cette force de l'uniſſon , il
rapporte qu'il eft fouvent arrivé que le Roffignol
excédé eft tombé mort par le fon de
la Guitarre ou d'une voix qui étoit à l'uniſſon
avec la fienne. Il dit qu'un verre fufpendu
par un fil , caffera par la voix qui fera
à l'uniffon ; que de deux tambours , également
grands & tendus à côté l'un de l'autre
, l'un étant frappé , l'autre raifonne ſans
qu'on le frappe . Il affure que ce n'eft point
l'effet du hafard , fi le nerf auditif communique
avec prefque toutes les parties du
corps ; que quand quelques fibres du nerf
auditif font émuës par quelques fons , elles
communiquent leur ébranlement à des
fibres du nerf intercoftar , ou à quelquesnerfs
de la pairevague , avec lefquels communique
le nerf auditif ; & il ajoûte que
par cette méchanique , felon les vifcéres
aufquels répondent ces fibres , il fe produit
des effets réels & fenfibles. Il fait voir encore
que c'eſt par la raifon des contraires qu'il
arrive ce qu'on a obfervé dans la pratique
de la Médecine ; fçavoir , que les vices des
vifcéres
OCTOBRE .
1743. 2159
vifceres fe communiquent à l'organe de
l'oüie , comme on le voit fouvent arriver
dans les fiévres malignes , pendant lefquelles
, lorfque le malade devient fourd , il fe
porte mieux. Les dévoyemens bilieux s'arrêtent
lorfqu'il furvient une furdité , & au
contraire la furdité fe guérit quelquefois
par le dévoyement. Il fait auffi remarquer
qu'il y a des perfonnes qui ne peuvent
fe
nettoyer les oreilles fans être obligés de
touffer , & que fouvent dans la pulmonic
on fent de la douleur dans l'intérieur des
oreilles , & c.
M. Malouin rapporte plufieurs raiſons ,
tirées de la Phyfique & de l'Anatomie, pour
prouver que les nerfs répandus dans les parties
du corps, y produifent de grands effets,
lorfque par certains fons ils font ou tendus
ou relâchés , & ébranlés en mille façons differentes
, ce qui détermine le cours des humeurs
, & en augmente ou diminuë la dépuration
; & il attribuë ainfi ces effets de la
Mufique aux rapports involontaires qu'a
l'organe de l'ouie avec les confonances exexcitées
dans l'air par les corps fonores ; il
foutient que c'eft par cette méchanique que
fe font faites des guérifons merveilleuſes ,
furtout des maladies convulfives avec délire;
il rapporte là- deffus la guériſon de ceux,
qui étant malades à la mort d'une espece de
1
létargie ,
2160 MERCURE DE FRANCE.
létargie, caufée par la morfure de la Tarentule
, recouvrent
leur fanté par le moyen
des airs de Mufique
qu'on leur joue , & il
fait obferver qu'on eft obligé de faire joüer
differens
airs , felon les differentes
efpeces de Tarentules
dont on a été mordu ; & il
n'oublie
pas que
David calmoit par le fon
de fa Harpe les fureurs mélancholiques
de
Sail , ce qui eft expreffément
marqué dans l'Ecriture
.
M.Malouin fait voir à cette occafion, que
les nerfs du corps étant de differentes longueurs
, plus ou moins tendus , & d'un tiſſu
plus ferré les uns que les autres , ils font differemment
ébranlés par differens tons , &
qu'ainfi le corps peut être émû par la Mufique
de bien des façons differentes , ce qui
peut faire mouvoir & exciter toutes les affections
de l'efprit.
On a peine à comprendre , & il eft affés
difficile d'expliquer comment l'efprit reçoit
l'impreffion du corps ému par la Mufique ;
c'eft à quoi font employés le troifiéme & le
quatriéme Chapitre de cette Théfe. L'Auteur
y établit folidement la puiffance de
l'efprit fur le corps , & celle du corps
l'efprit. Il dit qu'on voit manifeftement ,
combien , en changeant l'état du corps , on
change auffi celui de l'efprit , & pour prouver
cette affection , il rapporte les caufes de
fur
l'yvreffe,
OCTOBRE. 1743. 2161
que
l'yvreffe , de la rage , de la maladie de la Tarentule
& des vapeurs , affurant que les délires
font differens , felon les differentes parties
qui font le fiége de la maladie , & que
c'eft de-là que naiffent les differences de la
frénéfie , de la manie , de la mélancolie , & c .
Il pofe pour un principe bien certain
la gayeté de l'efprit contribue beaucoup à la
fanté du corps , & que le corps fain rend
l'efprit plus gai . Il obſerve que la trifteffe
peut être la caufe de plufieurs maladies
comme du fcorbut , de la jauniffe , &c. &
que par la raifon des contraires , la gayeté eſt
un bon reméde dans un grand nombre de
maladies.
Pour prouver combien l'efprit a de pouvoir
fur le corps , il dit qu'on a vû des gens
qui , par un chagrin violent & prompt , ou
par une fubite & exceffive joye , font morts
fur le champ ; & il explique la caufe phyſique
de ce terrible effet de la joye ou du
chagrin.
La-deffus l'Auteur diftingue l'ame immortelle
de l'homme , de l'efprit , dont il parle
ici. Cet efprit , dit-il , qui fe trouve dans
tous les animaux , eft comme le réfultat &
le complément de la fimétrie & de la merveilleufe
organiſation des corps animés , &
c'eft ce qui conftituë l'animalité . Il prétend
expliquer par-là l'Entelequeya d'Ariftote
C dont
2162 MERCURE DE FRANCE .
dont l'interprétation a exercé bien des Sçavans
, & Cicéron même.
Enfin , dans le dernier Chapitre de cette
Théfe, l'Auteur dit, que comme la Mufique
peut exciter toutes les paffions dans l'homme
, & que toutes les paffions n'étant pas
bonnes pour la fanté , il s'enfuit que toute
Mufique n'eft bonne
pas pour
la fanté.
Il fait voir que la Mufique doit être differente
felon les differens tempéramens , felon
l'âge , felon l'habitude , & felon les differentes
paffions qu'il faut exciter.Il foutient
que la Mufique, qui convient aux perfonnes
gayes , ne convient point aux perfonnes férieufes
, & pour prouver que la Mufique a
des effets bien differens , il fait la defcription
d'un Concert , & il obferve que les
Spectateurs ont tous des mouvemens differens
pendant le Concert , & il remarque
que ces mouvemens ne font point volontaires
, qu'ils font purement méchaniques &
produits par la force de la Mufique . M. Malouin
finit en expliquant ce qui fait les differences
de la Mufique, & en quoi une Mufique
eft agréable ou défagréable ,en général .
Je ne fçaurois , M. fuivre l'Auteur dans
toutes ces Recherches , qui font fçavantes
& curieufes , & je pafferois les bornes ordinaires
d'une Lettre , fi j'entreprenois de
vous faire ici un plus grand détail de cette
Théfe ;
OCTOBRE. 1743. 2163
Theſe ; il feroit fort à fouhaiter qu'elle fût
traduite en François , pour les perfonnes curieufes
qui ne fçavent pas le Latin ; mais il
faudroit que le Traducteur eût un ſtyle
femblable à celui de l'Auteur du Temple de
Gnide . Nous avons ici M. de Solignac , qui
s'en acquitteroit bien , s'il le vouloit ; une
pareille Traduction ne pourroit manquer
de plaire aux Curieux , furtout aux perſonnes
, qui , comme vous , Madame , aiment
particulierement la Mufique.
J'ai l'honneur d'être , &c.
R
ODE
A M. de L. C.
Eponds- moi , faftueux délire ,
Ennemi fouple & dangereux ,
Par toi quelqu'un s'eft - il pû dire ,
Je fuis content , je ſuis heureux ?
Vanité , fuperbes vertiges ,
'Ambition , frivole honneur ,
Dites-moi , fi vos vains preftiges
Ontjamais fait un vrai bonheur ?
Cij
Sondons
2164 MERCURE DE FRANCE.
Sondons les ames incertaines
De ceux qu'enyvre la faveur ;
Voyons fi les grandeurs humaines
Ont jamais pu remplir un coeur.
Non , C ...le trouble
& la crainte
Paroiffent
malgré
leurs efforts ;
Nous voyons
jufque
dans leur feinte
Le vuide affreux
& les remords
.
Un coeur fimple , un efprit modefte ,
T'éloignent de tous ces travers ,
Et de l'écueil double & funeſte ,
Ou des fuccès ou des revers .
L'éclat d'une gloire importune
Ne féduit pas ta probité ;
Tu bornes tes foips , ta fortune
A la feule tranquillité.
Tantôt du ftoïque infléxible
Méditant les fages excès ,
Un égarement infenfible
T'enfonce au milieu des Forêts.
***
OCTOBRE. 1743 .
2165
Tantôt d'une Onde fugitive
Tu fuis , en rêvant, les détours ,
Ou tu confultes fur fa rive
Le doux Greffet & les Amours.
炒菜
Loin qu'un flateur orgueil t'abuſe ;
Du vrai bien paisible Docteur ,
Newton , le grand Newton t'amufe ,
Et tu t'occupes d'une fleur.
*3*+
Tu connois , Philofophe aimable ,
Sans fyftême , fans aprêté ,
Que fouvent d'un ſonge agréable
Dépend notre félicité .
Voilà , cher C .... la fageffe ;
Notre efprit fe la ffe éblouir ;
Pour connoître , il n'eft que foibleffe ,
Et nous avons tout pour joüir.
A. M.
One nuladie des yeux , qui nous a parû
d'autant plus digne d'attention , que
l'Auteur eft le Malade ; qu'il expofe & dé-
C iij crit
N nous a envoyé une Differtation fur
2166 MERCURE DE FRANCE.
crit lui-même les differens phénoménes de
fa vûë , & leurs gradations depuis le commencement
de fa maladie. Un Ouvrage de
cette nature, donné par un homme refléchi ,
qui n'écrit pas pour fe donner le nom d'un
homme d'efprit , mais qui explique & qui
peint dans leurs gradations , tous les accidens
arrivés dans fa vûë , tels qu'il les a
obfervés & qu'il les obferve encore tous les
jours , nous a parû mériter l'attention des
Médecins & des Chirurgiens, qui s'attachent
à connoître les accidens dont les yeux peuvent
être affectés . Nous fommes perfuadés
qu'ils feront bien aifes d'apprendre par la
trifte expérience de l'Auteur , des phénoménes
, qu'ils feroient bien fâchés d'étudier
chés eux. Si la lecture de cet Ouvrage peut
leur être de quelque utilité dans la Cure
des maladies qui font l'objet de leurs occupations
, l'Auteur efpere qu'ils voudront
bien fe fouvenir de lui , en nous addreſſant
les Remédes qu'ils croiront convenables à fa
maladie. Nous nous y intéreffons d'autant
plus , que c'est un homme de mérite & que
nous eftimons fincérement,
MEOCTOBRE.
1743. 2167
MEMOIRE Hiftorique & inftructif du
Sr .... fur une Cataracte dans l'oeil droit
& fur des Apparences qui offufquent &
fatiguent la vifion de l'oeil gauche.
J
E n'ai pour bur , en écrivant ce Mémoire
, que de confulter les Perfonnes fçavantes
& éclairées , fur les deux accidens
dont ma vûë a été attaquée , prefque tout à
la fois , depuis 13. ans.
par
Le premier de ces accidens eft caufé
une Cataracte , qui couvre mon oeil droit.
Le fecond par des Apparences , qui fatiguent
& offufquent la vifion de l'oeil gauche.
Je fçais bien que l'opération eft le feul &
unique Reméde qu'on connoiffe aujourd'hui
pour guérir la Cataracte . Cette Opération
, qui n'eft pas toujours heureuſe , m'en
fait craindre l'évenement, plus qu'un autre,
par rapport à ma fortune . Je m'y foumettrai
cependant, fans répugnance, s'il le faut, mais
ce ne fera néanmoins qu'après avoir bien
confulté. J'avouerai même ingénûment que
la lecture d'un Traité fur les Maladies de
l'oeil , écrit par un fçavant Médecin moderne
, (a) m'a mis dans la perfuafion que les
Anciens avoient d'autres Remédes , que l'Opération
de l'Aiguille , pour abbattre , ou ,
( a ) M. Hequet .
C iiij pour
2168 MERCURE DE FRANCE.
pour mieux m'exprimer, fondre & guérir la
Cataracte .
Quoique l'opinion moderne foit que tou
tes les Cataractes , en général, ne font autre
chofe que le Criſtalin épaiffi, qu'il faut abſolument
abbattre , fi l'on veut être guéri , &
qu'on n'admette actuellement aucune efpece
de Cataracte membraneufe , quoique les
Anciens en ayent parlé , & que le nom Grec
de cette Maladie paroiffe nous en convaincre
, on me pardonnera cependant , fi je fuis
encore peu perfuadé de la définition fimple
de plufieurs illuftres & modernes Anatomif- -
tes au fujet de cette Maladie , d'autant plus
qu'on fait qu'il y a eû des yeux cataractés
pendant un long tems , qui enfin ont été
guéris , ou par des Remédes fimples , ou qui
l'ont été naturellement , fans avoir eû befoin
du fecours de l'Opération , ce que le
fçavant Médecin , que je viens de citer ,
prouve par plufieurs exemples , tant anciens
que nouveaux.
Il ne me refte , après cet expofé , que
d'entrer en matiére . C'eſt ce que je vais tâcher
de faire le plus fuccinctement & du
mieux qu'il me fera poffible , en réüniſſant
dans un même point de vue, l'Hiftorique de
ma Maladie , avec les Obfervations particu
liéres & générales , que j'ai faites féparémenr
fur chaque oeil , depuis 13. ans que je fuis
incommodé
OCTOBRE. 1743. 2169
incommodé. Je joindrai de plus à ce difcours
, quelques figures principales des Apparences
que j'ai vu , & queje vois même encore
actuellement . Ces figures feront d'autant
plus exactes , que je les ai deffinées
moi -même ; ainfi je les préfente à mon
Lecteur avec toute la fidélité que je les ai
apperçues , & que je les apperçois encore
intérieurement
Je parlerai d'abord de moi en général ,
afin qu'on me connoiffe parfaitement. Je
fuis âgé de 40. ans , d'un tempéramment ,
jufques à préfent, affés robufte ; l'humeur naturellement
gaye , quoiqu'un peu mélancolique
d'une fanté & parfaite , qu'avant ces
accidens , je n'ai jamais eû de maladie .
En effet, je n'ai jamais connu aucune efpece
de fiévres , ni ce qu'on appelle fluxions
de poitrine , pleurefies , coliques , &c. non
plus qu'aucune des Maladies qui proviennent
du vice du fang, ou des humeurs ,
comme rougeole , petite vérole, abfcès, érefipeles
, & en un mot, tout ce qu'on nomme
Maladies de la Pemi ; deforte que je n'ai jamais
été, ce qu'on appelle,malade par tempéamment.
J'ai la tranfpiration libre & aifée.
Tout ce que je me fuis connu de défectueux
dans ma jeunelfe , a été une abondance extraordinaire
de pituite , à laquelle je fuis
même encore un peu fujet . J'ajoûterai à cet-
C v te
2170 MERCURE DE FRANCE.
te occafion qu'il y a apparence que plufieurs
fluxions dans la tête qui m'ont incommodé
fréquemment jufqu'à l'âge de 20. ans , pouvoient
provenir de cette grande quantité
de pituite , qui n'eft pas fi abondante actuellement.
Ces fluxions ne me faifoient
point fentir de douleur ; elles fe diffipoient
avec un peu de chaleur , auffi facilement
qu'elles venoient. Ce que j'ai obfervé de
fingulier , c'eft qu'elles ne m'ont jamais occafionné
le mal de dents , dont elles font affés
ordinairement la caufe , & ce dernier mal
m'eft auffi inconnu que la fièvre.
Le feul accident de Maladie que j'aye effuyé
dans mon Enfance , fut un grand mal
que j'eus aux yeux à l'âge de 3. ou 4. ans .J'en
fus fi incommodé pendant cinq ou fix mois,
qu'on craignit que je n'en perdiffe la vûë ,
mais un Cautére , qu'on jugea à propos de
de me faire fur la nuque , pour dernier Reméde
, produifit pour lors un fi bon effet ,
que je fus parfaitement guéri en peu de tems ..
J'étois fi jeune, que je ne me fouviens point
de cette incommodité , & je l'ignorerois enfi
on ne me l'avoit dit.
core ,
Je n'ai point reffenti , depuis ce tems , aucun
mal aux yeux . Avec une vûë naturellement
baſſe , je l'ai toûjours eû très- bonne &
très-forte. Je l'ai éprouvé pendant plus de
18. ans , où indépendamment de mes applications
OCTOBRE. 1743- 2171
> carions journaliéres à l'étude du Deffein
j'ai pendant plufieurs années pallé une partie
des foirées , même des nuits entières , à
lire ou à écrire , fans que cela m'ait incommodé
pour lors ; de maniére que jufqu'au
moment qu'il a plû au Ciel de m'affliger de
la vûë, je le remerciois tous les jours de m'avoir
donné dans cet organe la fanté la plus
parfaite.
Je jouiffois de cet état de fanté , lorfque
je fus appellé à Londres au commencement
de 1728. pour l'exécution d'un Ouvrage de
Deffein , qui m'occupa extraordinairement
près d'un an. Le plus fort de mes occupations
fut pendant le rude hyver de 1729.
où j'eus extrêmement à fouffrir de l'odeur
du Charbon de terre. La cheminée de ma
Chambre fumoit beaucoup . J'étois obligé ,
pour y conferver du feu , de laiffer la porte ou
les fenêtres ouvertes. Ce fut fans doute cette
incommodité de la fumée du Charbon , plûtôt
que l'application , qui m'occafionna ,fur
la fin de cet hyver, une pituité âcre & abondante
, dont mes yeux étoient moüillés tous
les matins ; puifque je remarquai que cette
pituite ceffa , dès que je pus me paffer de
feu.
Enfin au mois d'Avril 1729. je me fentis
tout- à coup attaqué d'une grande douleur
& d'une péfanteur extraordinaire dans les
C vj yeux..
2171 MERCURE DE FRANCE.
Y
eux. Il n'y paroiffoit cependant point d'inflammation
, ni d'altération extérieure. Je
les eus même fi foibles & fi fatigués , l'efpace
de 12. ou 15. jours , qu'il me fut impoſſible
pendant tout ce tems-là de pouvoir m'appliquer.
J'eus lieu de croire que cette attaque
d'Optalmie ne provenoit que d'épuiſement
ou d'obſtruction dans ces parties , puifque le
feul repos , & quelques fomentations extérieures
d'Eau de vie toute fimple, que j'y faifois
deffus, foir & matin , me remirent bientôt
en état de reprendre mes occupations ,
mais plus modérément que je n'avois fait.
Cette premiere attaque fut comme le prélude
du malheureux accident qui m'arriva
au mois de Juin fuivant. Voici le fait . Je
fus affés infortuné, rentrant précipitamment
un foir , fans lumiére , dans ma Chambre ,
d'aller me frapper la tête contre l'angle d'une
Armoire. Le coup fut violent ; j'en reſtai
quelques minutes étourdi . Je me frappai
précifément entre les deux fourcils . L'il
droit fut même un peu entamé du côté
du grand Cantus. Je rendis dans le moment
beaucoup de fang par le nés , & il en
fortit un peu de l'ail offenfé . Je n'eus pas la
précaution de me faire faigner d'abord ; je
me contentai feulement de l'application
qu'on me fit fur le front & fur l'oeil bleffé
de l'Herbe appellée Sceau de Salomon , avec
des
OCTOBRE . 1743 . 1175
des compreffes trempées dans l'Eau de vie,
qu'on mit deffus . Au bout de trois ou quatre
jours , mon oeil fe trouva parfaitement
guéri en apparence 5 on n'y découvroit plus
de rougeur en dedans , ni aucun veftige de
meurtriffure au- dehors. Dans l'état où cer
oeil étoit pour lors , on n'eût jamais penſé ,
au rapport des Chirurgiens qui le vifiterent,
qu'il confervât intérieurement ou extérieu
rement aucune incommodité.
Cependant , je m'apperçus quelques jours
après, en lifant, que je voyois paffer devant
cet oil une petite figure qui voltigeoit de
côté & d'autre fur mon Livre ; j'y portai
d'abord la main fans attention , & même
plufieurs fois de fuite , dans la perfuafion où
j'étois ( la faifon me permettant de le croire )
que c'étoit réellement une mouche , mais je
ne reftai pas long- tems dans l'erreur ; je
connus bien-tôt que ce que je prenois pour
une mouche, étoit une apparence véritablement
adhérente à mon oeil droit.
Cette apparence étoit triangulaire , de la
forme & de la grandeur qu'on la voit deffinée
dans la premiére Figure de la Planche
qui eft à la fin de ce Mémoire. La pofition
de fes parties ne changeoit pas dans fes
mouvemens. Par exemple , quoique dans
l'action des mufcles Hauffeur A. & Baiffear
B. cette apparence parut fe mouvoir comme
les
2174 MERCURE DE FRANCE.
4:4
les petits corps qui nâgent dans le liquide ,
néanmoins fa bafe regardoit toujours le
grand Cantus de l'eil C. fa pointe , le haut
de l'oeil ; il arrivoit feulement quelquefois
que cette pointe , un peu plus inclinée , fe
tournoit vers le petit angle D.
par con-
י
Je prie mon Lecteur de ne pas fe tromper ,.
en confidérant les Figures que je donne
parce que ce qui paroît l'oeil gauche , eft
ordinairement le droit , & celui-là
féquent devient le gauche , par la raifon que
je repréfente les apparences telles que je les
ai vûës intérieurement dans mon oeil droit
avant qu'il fût totalement couvert , auffi
bien que celles que j'ai apperçûës , & que je
vois encore de même dans mon oeil
gauche.
J'ajoûterai à ce que j'ai dit de la ftructure
& du mouvement de cette premiére apparence
, que la couleur des filamens , qui la
compofoient , paroiffoit roufsâtre. Cette figure
a fubfifté dans le même état , depuis le
commencement de Juillet 1729. jufqu'au
mois de Novembre fuivant.
Cette apparence m'allarma. Je confultai
les plus fçavans & les plus habiles Médecins
& Chirurgiens de Londres . Il n'y
eut que le feul M. Hanfloane , célébre Mé
decin & Préfident de la Societé Royale, qui
conclut que c'étoit le commencement d'une
Cataracte
OCTOBRE. 1743. 2175
Cataracte. Tous convinrent feulement de
la néceffité d'une faignée au bras , & de
faire ufage des Cloportes dans des boüillons
au veau , avec le cerfeüil . M. le Chevalier
Hanſloane ajoûta à ces Remédes l'application
des Vefficatoires fur la nuque & même
fur la tête , aufſi - bien que les ventouſes ,
pour tâcher de diffiper l'humeur . J'exécutai
exactement ce qui me fut ordonné, pendant
un tems , mais tous ces Remédes ne me faifant
point appercevoir aucun changement
favorable, & ma fituation ne me permettant
pas de les continuer davantage , je les abandonnai
pour vaquer à mes affaires.
Comme je viens de le dire , je ne m'étois
point apperçu d'aucun changement , & les
Remédes pris pendant plus de trois femaines
, n'avoient rien diminué de cette aparence,
qui refta depuis le mois de Juillet ,jufqu'au
mois de Novembre , dans le même état ,
c'est-à- dire quatre mois , mais vers le mifieu
de Novembre , je m'apperçûs fubitement
d'un jour à l'autre, que cette apparence
étoit diminuée de près de moitié dans fa tolité
, fans rien perdre de fa ftructure ordinaire
, excepté qu'un des filamens , qui alloit
de la bafe à la pointe , s'étoit allongé
dans fes extrémités , précisément , comme il
eft repréſenté dans la feconde Figure , & qui
a duré ainfi depuis le 15. Novembre , jufqu'au
20. Décembre fuivant.. Je
2176 MERCURE DE FRANCE .
Je prie le Lecteur de confidérer la ftructu
re des filamens qui compofent la premiére &
la feconde Figure , leur difference , auffi
bien
que les petits globules qui les terminent
à la bafe. Je les ai delfinés exactement , comme
toutes les autres , & telles que je les ai
apperçûës. Je dirai de plus , que j'ai pris la
licence de me fervir de la prunelle entiére
pour deffiner ces apparences & quelques au
tres,quoique je fçache très-bien que la vifion
ne fe fait pas dans toute fon étenduë.
&
que
cela
J'ajoûterai ici par refléxion , que quoique
cette apparence eût lieu de me chagriner ,
cependant comme l'autre oil paroiffoit le
bien porter , je crus que c'étoit une fuite du
coup que je m'étois donné , &
pourroit fe diffiper peu à рен раг la fuite.
Comme cela ne m'incommodoit
pas beaucoup
, je m'y accoûtumai infenfiblement
, &
cette apparence ne me parut plus fi infupportable
que dans fes commencemens
. Je ferai
encore remarquer , que j'y étois d'autant
moins fenfible , que cet oeil ( l'oeil droit )
avoir toujours été plus foible , & que j'en
diftinguois,un peu moins bien que de l'autre.
Ce que j'attribue naturellement
au manque
d'exercice
de ma part , parce que par une inclination
habituelle
, je me fervois beaucoup
plus dans mes occupations
, de l'oeil gauche
que du droit.Je nefuis pas le feul qui ait été
affecté
OCTOBRE . 1743. 2177
affecté de cette habitude;j'en ai vû des exemples.
Enfin, comme je l'ai dit , je n'étois plus
fi effrayé de mon accident , puifqu'il ne me
dérangeoit point de mes applications ordinaires.
Tout ce qui me faifoit le plus de peine
, c'eft que cette apparence me paffoit inceffamment
devant l'oeil comme une mouche
, & que , fans y faire attention , j'y portois
machinalement la main , pour la chaffer.
La réduction de cette apparence , dont je
viens de parler , augmentoit mon efpérance.
J'en conçus d'autant plus , que jufqu'au 20 .
Decembre fuivant, elle fouffrit encore quelque
légere diminution . Mais je ne fus pas
long-tems incertain de mon malheureux
fort , car le 20. Decembre , l'apparence ſubfiftant
toujours , je m'apperçus d'une petite
extrémité noire du côté du grand Cantus ,
que je ne puis mieux comparer qu'à une
mouche , appliquée fur le haut de la joüe ,
dont l'extrêmité , en la regardant , paroîtroit
toucher le bord de l'oeil. C'est ce que
la troifiéme Figure exprimera encore mieux
que je ne le puis dire.
Du 20. Decembre , jufqu'au ro. Janvier
1730. cette nouvelle apparence ou tache ,
augmenta de plus de moitié , & cacha une
partie de la premiére apparence .
Du 10. au 20. du même mois , cette tache
s'accrut fi confiderablement , qu'elle couvrit
tout
2178 MERCURE DE FRANCE.
tout à fait la petite apparence triangulaire ,
& me déroba peu à peu la vifion de cet oeil ,
deforte que je ne diftinguois plus que trèsfoiblement
les objets par le côté de la prunelle
qui regarde le petit Cantus de l'oeil.
On m'ordonna dans cet état , une faignée
au pied gauche , qui occafionna une fi grande
révulfion , que d'un jour à l'autre cette
tache devint fenfiblement moins ténébreuſe.
On m'appliqua enfuite pendant plufieurs
jours des Vefficatoires fur la tête , fur le col
& fur les épaules , qui attirerent beaucoup
d'humeurs. On me fit reprendre , en mêmetems
, l'ufage des Cloportes , écrafés tout
vivans dans des bouillons de veau. Je commençai
d'abord par en prendre vingt , &
augmentant tous les jours de cinq,je pris fucceffivement
jufqu'à So, & 100. de ces petits
Infectes dans un bouillon . La faignée & les
Remédes parurent me faire du bien , mais
ils ne diffiperent pas entierement l'opacité ;
ils la réduifirent feulement , à en juger par
apparences , à la qualité d'un gros verre
jaune , de l'épaiffeur de deux lignes , à travers
lequel on regarderoit la lumiére . En
effet , au bout de neuf ou dix jours , je pouvois
diftinguer,à la grande lumière, des Lettres
ordinaires & même lire un grosCaractéte.
Je voyois même , de plus , à travers , la
petite Figure triangulaire , qui fe mouvoit ,
les
comme
OCTOBRE. 1743. 2179
comme elle faifoit , avant que la premiére
opacité me l'eût dérobée entierement. J'obfervai
un Phenoméne fingulier, pendant que
mon oeil fut dans cet état ; c'eft qu'à travers
la tache , à certaine diſtance , les objets droits
me paroiffoient plus ou moins obliques , ce
qui n'étoit pas de même du côté du petit
angle de l'oeil , par où je les voyois encore ,
quoique foiblement , dans leur vraie fituation
. J'en donnerai pour exemple une petite
Table ( dans la quatriéme Figure) qui, avec
ce qui étoit deffus , me paroiffoit avoir cette
obliquité à huit ou dix pas de diftance . Je
voyois de même tous les autres objets , lefquels
paroiffoient fe redreffer , à mesure que
j'en approchois , & qui fe trouvoient effectivement
dans leur vraie pofition , lorfque
mon oeil en étoit tout proche.
Je continuai les Remédes , dont je viens
de parler , jufqu'à la fin de Fevrier 1730 .
où Je fus abfolument obligé de les abandonner
, pour vaquer à mes affaires & folliciter
mon retour à Paris , où j'efperois trouver
plus de fecours qu'à Londres , qui manquoit
pour lors d'habiles Médecins Oculiftes . Je
ne fus pas affés heureux pour y réüffir ; je
me vis obligé de refter encore fept mois en
Angleterre. J'obfervai pendant tout ce tems
un régime de vie fort exact. Je m'abſtins régulierement
de toute nourriture indigefte ;
je
2180 MERCURE DE FRANCE.
:
je me privai totalement de vin , de bierre &
de toutes autres fortes de Liqueurs , &
j'eus foin de me purger de tems en tems ;
mais toutes ces précautions n'empêcherent
pas que l'opacité ne revint peu à peu dans
fon premier état.
Pour ne pas interrompre l'ordre Hiftorique
je me fuis prefcrit , je renvoye mon
Lecteur aux Obfervations fuivies que j'ai
faites fur cet oeil , qui font partie de ce Mémoire
; je vais parler préfentement de mon
oeil gauche , qui fut attaqué au mois d'Avril
fuivant.
APPARENCES dont l'ail gauche a été
attaqué au commencement d'Avril 1730.
qui ont prefquc toutes fubfifté jusqu'à préfent
dans le même état.
Je n'avois point reffenti pendant toute la
maladie de mon oeil droit , comme je l'ai
dit, aucune incommodité du gauche . Je m'en
fervois , comme auparavant , fans y fentir la
moindre altération. Cependant un mois
après que j'eus quitté les Remédes , je m'apperçus
tout-à-coup, que la vifion de cet oeil
étoit embarraffée par plufieurs petits filamens
qui voltigeoient au- devant.
Ces apparences qui parurent fubitement,
étoient differentes de celle qui avoit d'abord
parû fur l'oeil droit, & je ne me fuis point ap
perçû
OCTOBRE . 1743. 218
perçû depuis 13. ans , qu'elles ayent beaucoup
augmenté de ce qu'elles m'ont paru au
premier inftant.
Pour mettre mon Lecteur plusau fait , je
vais tâcher d'expliquer par le difcours , autant
que par les figures , ce que j'ai ſenti
de ces apparences . Je parlerai d'abord de
leur construction, des petits filamens , & des
globules qui les accompagnent en quelques
endroits. Je détaillerai enfuite leurs mouvemens
dans les differentes actions de l'oeil .
A l'égard des Phénoménes que ces apparenees
m'ont occafionnés depuis , à la vûë de
certains objets , pour ne pas interrompre ma
narration , j'en donnerai une defcription
exacte à la fin de ce Mémoire , dans les Obfervations
particuliéres que j'ai faites fur cet
oeil , d'autant plus que je n'ai commencé à
m'appercevoir de ces mêmes Phénoménes ,
qu'environ onze mois après la premiére apparition
de ces apparences.
1º. Pour examiner exactement ces apparences
voltigeantes fur mon oeil , je perçai
une carte , & à travers du trou ( d'environ
un huitième de ligne de diamètre ) j'obſervai
diftinctement une affés grande quantité
de petits filamens , les uns femblables à des
fils d'araignée , les autres extrêmément plus.
déliés , tous difpofés à peu près , comme on
peut voir dans la cinquiéme Figure. Je le
prie
2182 MERCURE DE FRANCE .
prie le Lecteur de la bien confidérer , & de
faire attention à la Defcriptionque j'en vais
donner.
Les apparences de cet oeil , deffinées en
total dans cette Figure , telles qu'elles m'ont
toujours parû , fe peuvent réduire à trois
efpéces ; grandes , moyennes & très - petites.
Les apparences de la premiére efpéce paroiffent
compofées de plufieurs filamens d'une
fineffe extrême , joints enſemble . Ceux de
la feconde, forment auffi differentes figures .
Toutes ces apparences ne fubfiftent pas toujours
fous la même forme , principalement
celles de la feconde efpéce , dont la figure
n'eft pas fixe , mais fujette à changer fouvent.
Celles qui jufqu'à préfent , ont été le
moins fufceptibles de quelque changement,
font uniquement les plus grandes. Čes derniéres
paroiffent avoir plus de confiſtance
que toutes les autres . En obfervant foigneufement
ces filamens de la premiére & de la
feconde efpéce , j'ai remarqué qu'ils étoient
généralement parfemés de petits globules
très déliés , de la même confiſtance des filamens.
Je remarquerai qu'une partie de ces
petits corps globuleux font compofés d'un
cercle opaque
, dont le centre paroît lumineux
; & les autres , au contraire , ont leur
centre opaque & environné d'un cercle trèsclair.
Quant aux apparences de la troifiéme
efpéce ,
OCTOBRE. 1743. 2183
efpéce , elles ne paroiffent que comme des
points très - déliés . En les examinant avec
foin , j'ai reconnu qu'ils étoient femblables
aux précédentes figures circulaires , avec
cette feule difference , que quoiqu'ils pa-.
roiffent diftinctement feparés des autres filamens
, on remarque néanmoins dans plufieurs
, des attaches ou racines très- déliées
qui femblent fortir de la partie extérieure
de leur cercle , de la maniére qu'on les voit
repréſentées dans les Figures 6. & 7. Tous
ces filamens & ces points paroiffent en général
d'une couleur roufsâtre , les uns plus
clairs , les autres plus obfcurs. Toutes les
apparences de cet oeil, dans fes mouvemens,
paroiffent à differentes diſtances , comme à
i. 2. 3. & même 4. lignes. Les plus grandes
femblent toujours être les plus proches.
Voilà exactement tout ce que j'ai pû remarquer
, jufqu'à préfent , de la conſtruction &
de la difference de ces apparences.
2°. Leur mouvement , dans les differentes
actions de l'oeil , femble commencer du
côté du grand Cantus , duquel elles paroiffent
plus latérales que du milieu de l'oeil ,
C'eft feulement dans cette affinité de mouvement
, que ces apparences femblent avoir
quelque rapport avec celles dont l'oeil droit
fut attaqué d'abord. Mais malgré cette pente
à fe mouvoir plûtôt vers le grand angle ,
que
2184 MERCURE DE FRANCE .
que vers le petit , ces apparences fe meuvent
néanmoins de tous fens , dans les divers
mouvemens de l'oeil , & d'une façon , que
je ne puis mieux comparer qu'aux petits
corpufcules qu'on voit le mouvoir dans un
liquide, un peu en mouvement. Il eſt pourtant
toujours vrai , que ces apparences fe
meuvent plûtôt du côté du grand angle de
l'oeil que du petit . Voici communément
comme il me paroît que ces apparences fe
meuvent. ( Voyez la Figure 5. ) Dans l'action
du Hauffeur A, en regardant vers E, ou
vers le petit angle D , ces apparences femblent
s'élever du coin du grand angle C.
vers E , ou du côté D , & retombent enfuite
par le mouvement du Baiffeur B , vers l'endroit
marqué F. Ainfi , quoique ces petits
corps paffent de côté & d'autre à travers la
vifion, ils reviennent toujours au même lieu
F. Je n'ai rien diftingué de plus particulier
fur leur mouvement ; il m'a toujours parû le
même.
Pendant tout le tems que je reftai à Londres
, ces apparences me parurent toujours
les mêmes , & je n'ai pas obfervé depuis ,
comme je l'ai déja dit , qu'elles ayent beaucoup
augmenté ni diminué. J'ajoûterai feulement
, qu'environ 15. jours après que cet
cil fut attaqué,je me fentis des maux de tête
très-violens , principalement dans la partie,
allOCTOBRE.
1743. 2185
au-deffus du fourcil gauche. Ces migraines
étoient ordinairement accompagnées d'une
pefanteur fourde & douloureufe dans mon
oeil gauche , où je fentois de tems en tems
des palpitations & des pointillemens fort
aigus. Ces douleurs ont été prefque continuelles
pendant près de deux ans. Elles n'ont
pas été fi fréquentes depuis ; peu à peu elles
fe font calmées , & je ne m'en reffens feulement
que dans certains tems , fuivant les
changemens de l'air , comme je l'explique-
Lai plus exactement dans mes Obfervations,
pour ne pas interrompre ma narration.
Je revins à Paris , dans cet état , au mois
d'Octobre 1730. mon premier foin fut de
confulter ce qu'il y avoit de plus en réputation
pour lors. C'étoient feus MM . de S.
Yves & de Wolhouſe. Ce dernier m'aſsûra ,
après avoir examiné mes yeux , que mon
cil droit étoit affecté d'une cataracte , qu'il
falloit laiffer meurir ; qu'à l'égard des apparences
que je voyois fur l'autre , il ne falloit
pas m'en allarmer , puifqu'il pourroit
bien arriver que cela n'auroit point de fuite
plus fâcheufe , en y apportant les remédes
néceffaires.
L'efpérance que cet habile Médecin Anglois
m'avoit donnée de la guérifon de mon
il gauche , qu'il ne put entreprendre ,
étant obligé pour lors de fe retirer en An-
D gle2186
MERCURE DE FRANCE.
gleterre , me fit chercher avec empreffement
quelqu'un à qui je pûs me confier . J'avois
entendu parler avec diſtinction d'un ſçavant
Médecin Oculiſte , appellé M. Petit *. Je
cherchai à le connoître , mais mon malheur
voulut la conformité de nom me fit
que
tomber entre les mains d'un Charlatan , qui
fe nommoit comme lui , lequel me promit
une parfaite guérifon , fi je voulois fuivre
exactement pendant trois mois , les remédes
qu'il me preferiroit. Prévenu par la perfonne
qui m'en avoit donné la connoiffance
& encore plus par le défir de recouvrer la
fanté , je ne fis pas trop d'attention pour
lors à l'ignorance du Sujet à qui je m'adreſ,
fois. Je m'y livrai aveuglément , mais je ne
fus pas long-tems fans m'en repentir. Le 8 .
Décembre 1730. il me fit faire une copieuſe
faignée à la jugulaire , avec ordre d'ufer pendant
un certain tems d'un firop fait avec le
lierre terreftre ; d'avaler tous les matins une
cuillerée d'huile de lin , de me baffiner tous
les foirs la tête pendant huit jours avec du
gros vin , dans lequel on feroit bouillir
des fleurs de romarin & de lavande. Deux
jours après la faignée , malgré toute ma répugnance
, il me fit appliquer un cautére ſur
* M. Petit, de Namur , de l'Académie des Sciences,
mort en 1741.
la
OCTOBRE. 1743. 2187
7. a
la jambe gauche. A peine , au bout de
8. jours , l'efcarre commençoit- elle à tomber
,, que je ne pus plus me foutenir fur cettejambe.
Elle devint enflâmée & fi douloureufe,
quand je voulois m'appuyer deffus , que
je fus obligé de me mettre au lit, où je fouffris
pendant 15. jours & autant de nuits, les
douleurs les plus violentes . Pendant tout ce
tems , ma jambe fuppura beaucoup de pus
par le trou du cautére , & même rendit un
peu de fang ; mais malgré la grande évacuation
qui fe faifoit journellement , les douleurs
violentes ne diminuerent point , jufqu'à
ce qu'on eut fait une incifion confidérable
au -deffous du cautére , pour faire fortir
tout le dépôt , qui commençoit à pénétrer
dans la capacité & à former des canaux.
Auffi -tôt que cette opération fut faite , je
me fentis entiérement foulagé , & au bout
de trois femaines , ma playe fut parfaitement
guérie . Ce qui furprit beaucoup le
Médecin & les Chirurgiens que j'avois appellés
, c'eſt que malgré la violence des douleurs
, la privation du fommeil ,
le peit
limens que j'avois pris pendant 15. jours ,
ils ne me trouverent pas , avant & après
l'opération , la moindre émotion de fiévre.
Mais , nonobftant la faignée & l'abondante
évacuations d'humeurs , je n'apperçus aucun
changement favorable ; au contraire , je
Dij comd'a2188
MERCURE
DE FRANCE .
commençai à m'appercevoir
, pendant le
cours de la guérifon de ma jambe , des premiers
Phénoménes que les apparences de
l'oeil gauche m'ont produits, C'eft ce que je
décrirai exactement , dans les Obfervations
particuliéres que j'ai faites fur cet oeil.
Quelque tems après ma guériſon , j'eus
occafion de connoître le célébre M. Gendron,
Il jugea que les chofes étoient trop
avancées , pour efpérer que les remédes
pûffent faire aucun effet ; qu'il ne falloit
point fatiguer cet oil par aucune application
; qu'il valoit mieux laiffer agir la Nature
, vivre à mon ordinaire , & attendre
patiemment que mon oeil droit fut en état
d'opérer. Je me fuis foumis à tout ce qu'il
m'a prefcrit , à l'exception de l'application
au travail , dont je n'ai pû me difpenfer,
Jufqu'à préfent je me fuis fervi de mon oeil
gauche , fans m'appercevoir qu'il fut plus
mal qu'il n'étoit dans les commencemens. Il
eft vrai qu'il ne m'eft pas poffìble de m'en
fervir à la continue , comme je faifois auparavant
, & qu'il eft plus fort ou plus foible ,
fuivant le tems qu'il fait ; mais il eft certain
auffi , que j'en vois de près auffi parfaitement
que je faifois , avant qu'il fut malade
.
Voilà jufqu'au mois de Février 1731 ,
l'Hiftorique dema maladie.Ilne merefte plus
qu'à
OCTOBRE. 1743 . 2189
qu'à rapporter les Obfervations que j'ai faites
depuis. C'eft ce que je vais tâcher de
faire le plus exactement & le plus fuccintement
qu'il me fera poffible.
OBSERVATIONS particuliéres fur l'oeil
droit , faites depuis le mois de Mars 1730.
jufqu'à préfent.
Depuis le mois de Mars 1730. où j'abandonnai
les remédes , jufqu'à préfent , c'eſt-àdire
, depuis 13. ans , la cataracte qui couvre
cet oeil , s'eft épaiffie peu à peu dans toute
fon étendue. Voici , pendant tout ce tems ,
les Obfervations que j'ai faites.
1º. J'ai remarqué pendant plus de cinq
ans , que cette cataracte ne m'a pas parû
également obfcure par tout. Par l'endroit
qui me paroiffoit le plus tranfparent , j'ai
diftingué au grand jour , l'efpace d'environ
deux ans , les doigts les uns d'avec les autres,
& fucceffivement pendant plus de trois
années , j'ai toujours apperçu par le même
endroit, quoique très-foiblement, une forte
lumiére , comme celle , par exemple , que
produit un beau foleil , ou la flâme d'un
grand feu. Pour mieux faire comprendre ce
que je fentois intérieurement de cet oeil , on
peur voir la figure 8. dont voici la defcription.
Dans l'action du mufcle Baiffeur A , en
Diij re2190
MERCURE DE FRANCE.
regardant vers E, je ne voyois rien que de
totalement opaque. Lorfque je faifois celle
du Hauffeur B , je m'appercevois que la tâ
che étoit moins obfcure vers le haut de l'oeil,
depuis l'endroit F , jufqu'à H. De maniére
que pendant deux ans , en regardant du côté
du petit angle C , j'entrevoyois foiblement
la lumiére, & même, en approchant ma main
J. contre mon oeil , du côté C, je diftinguois
affés bien les doigts les uns d'avec les autres.
Enfuite je n'ai rien apperçû qu'une très-foible
lueur , qui a diminué infenfiblement
pendant l'efpace d'un peu plus de trois ans.
Il y a actuellement près de huit ans , que je
n'apperçois totalement plus rien de cet oeil ;
la tache qui le couvre , me paroît intérieurement
prife également d'épaiffeur, ou pour
mieux m'exprimer , partout également obfcure.
2º. J'ai obſervé dans cet oeil plufieurs
Phénoménes intérieurs , affés finguliers . Pour
les expliquer plus exactement , je me ſervirai
encore de la même figure . Peu de tems
après que mon oeil fut entiérement couvert,
je m'apperçus que j'en voyois fréquemment
& fubitement fortir une lumiére pâle , que
je ne puis mieux comparer qu'à la flâme de
l'eau- de-vie brûlée , qui fe manifeftoit précifément
du côté du grand angle D , où il
me paroiffoit que l'opacité étoit plus confi
déOCTOBRE.
1743. 2191
dérable. Cette lumiére fortoit ordinairement
du point G , d'où elle fe divifoit enfuite
en deux portions égales, qui formoient
enſemble un demi cercle , coupé dans fon
milieu , dont les extrémités , terminées comme
celles d'un croiffant , alloient finir en F.
& H , où ces deux portions lumineufes, qui
prenoient leur naiffance de G , venoient
difparoître. La figure 9. qui repréfente cette
lumiére , ajoûtée à la précédente , montrera
mieux ce que je veux expliquer. Le
point G. eft le milieu , où la lumière paroiffoit
fubitement , & d'où elle fe partageoit
enfuite. F. & H. font les points où cette lumiére
difparoiffoit. Il arrivoit auffi quelquefois,
que quoique cette lueur fortit toujours
du même endroit , néanmoins elle ne
fe partageoit point ; elle formoit un demi
cercle parfait , dont les extrémités fe terminoient
également comme l'autre , dans les
points F. & H , où la lumiére difparoiffoit,
Je me fuis auffi fouvent apperçû , qu'elle
prenoit fa naiſſance indifferemment en F. &
venoit finiren H.ou que d'H.elle alloit fe terner
en F ; mais j'ai toujours obfervé avec
attention , que cela étoit plus fréquent dans
le point G , qu'en F. ou H. J'ai remarqué
ces mêmes lueurs pendant plus de cinq ans ,
fans y appercevoir aucun changement. Elles
ont été fi fréquentes pendant tout ce tems ,
D iiij que
2192 MERCURE DE FRANCE.
que non-feulement je m'en appercevois ré
guliérement tous les jours , mais fouvent
plufieurs fois dans la même journée . Cela a
changé depuis. J'ai vû pendant plus d'un an,
ces lueurs entiérement circulaires. A l'égard
de ces derniéres , je n'ai point remarqué
qu'elles euffent de point fixe dans leur naiffance
ou dans leur fin , comme les autres ;
elles commençoient & finiffoient indifferemment
de tous côtés. Ces derniéres lueurs
fortoient fubitement comme les premiéres.
Elles formoient ordinairement en fortant ,
deux portions circulaires , très-lumineufes
& rrès-diftinctes l'une de l'autre . Cette divifion
fe faifoit également dans tous fes
points ; je veux dire , que fi quelquefois ces
deux portions me paroiffoient coupées perpendiculairement
, fouvent auffi cette divifion
étoit droite , oblique , & en un mot de
tous fens. Quoique ces deux portions de lu
miére en général , priffent leur commencement
& leur fin de tous côtés , j'ai cependant
obfervé affés fréquemment , que ces
lueurs difparoiffoient dans les points de divifion
A. B. de la figure 8. & quelquefois
en C. D. de la même figure. Lorfqu'elles
finiffoient de cette dernière maniére , elles
fembloient s'écarter l'une de l'autre , jufqu'à
ce qu'elles fuffent totalement diffipées , ce
que ces deux portions faifoient ordinairement
OCTOBRE 1743 . 2193:
ment dans le même inftant. Souvent je
voyois ces portions feules , tantôt l'une ,
tantôt l'autre. Quelquefois , il arrivoit que
ces lueurs me paroiffoient former un cercle ,
qui fe mouvoit circulairement & avec vîteffe.
Je ne puis mieux comparer ce dernier,
Phénoméne , qu'à celui que produiroit le
bout d'un bâton embrafé , qu'on tourneroit
rapidement vis - à - vis de l'oeil. Ce dernier
Phénoméne m'arrivoit bien plus rarement
que les précédens. A l'égard de la durée de
ces lueurs , les premiéres ne duroient ordinairement
qu'une feconde ou deux ; mais
les fecondes fubfiftoient jufqu'à trois , &
même fouvent jufqu'à quatre. Je ne voyois
pas fi fréquemment les derniéres lueurs ,
dont je viens de parler ; j'étois plufieurs
jours quelquefois , fans m'en appercevoir ,
mais fouvent auffi je m'en appercevois plu
fieurs fois dans un même jour. Je ferai encore
obferver que ces Phénoménes m'étoient
plus fréquens dans les tems couverts
& humides , que lorfque l'air étoit
qu'il faifoit un tems fec. Je ne veux pas non
plus omettre qu'il m'arrivoit , mais très-rarement
, de voir fortir fubitement ces lueurs
fi brillantes , particuliérement quand elles
ne formoient qu'un demi cercle , que je reftois
intérieurement furpris de la beauté &
de la pureté de cette lumiére ; lorfqu'elle
Dy
pur , ou
me
2194 MERCURE DE FRANCE.
me paroiffoit ainfi , elle fe diffipoit dans le
même inftant.
3 °. Tous ces Phénoménes , que j'ai obfervés
pendant plus de 6. ans , fe font enfin
diffipés ; ce que je fens depuis deux ans dans
cet oeil , n'eft plus qu'un tremouffement intérieur
de lumiére , qui eft continuel . Mais
cette lumiére , que j'appellerai plûtôt une
idée de lueur , eft fi foible , que je n'ai point
de terme pour l'exprimer . Ce mouvement
de trépidation , eft plus fort & plus fenfible
, quand je me fuis appliqué de l'eil
gauche , principalement lorsque cette application
a été forte & continuë.
*
Je n'ai rien obfervé de plus particulier
fur cet oeil. Depuis qu'il eft entiérement
couvert , je n'y ai fenti aucune douleur interne
, ni externe . Il n'eft pas même auffi
fufceptible que l'autre , des impreffions de
Pair , quoiqu'il le foit toujours un peu.
OBSERVATIONS particulières fur l'oeil gauche.
Je ne repéterai point ce que j'ai déja dir
de la conftruction , de la couleur & du mouvement
des apparences dont cet oeil eft incommodé
; fi j'en dis quelque chofe , ce fera
feulement, pour faire fouvenir le Lecteur ,
que ces apparences n'ont pas augmenté confidérablement
depuis le mois d'Avril 1730.
où.
OCTOBRE. 1743 . 2195
où j'ai commencé à m'en appercevoir , &
qu'elles font encore à peu près ce qu'elles
ont toujours été. Je me bornerai donc à rapporter
exactement & par ordre , tous les
Phénoménes que ces apparences m'ont produit
fucceffivement à la vûë de certains ob
jets.
Pendant l'efpace de dix mois , ces apparences
ne m'ont parû produire d'autre effet,
en regardant les objets , que celui qu'auroient
fait plufieurs petites mouches, ou coufins
, qui auroient voltigé devant cet oeil . Je
n'ai rien obfervé de plus pendant tout ce
tems , & le même effet a toujours fubfiſté.
Mais au mois de Janvier 173 1. pendant la
maladie de na jambe , qui m'obligea de garder
la chambre , je m'apperçus , pour la pre
miére fois , des Phénoménes dont je vais
parler. En regardant attentivement mon
feu , je remarquai que les charbons les plus
rouges , produifoient à mon oeil le même
effet que je repréfente dans les Figures 10.
& 11. Ces Phénoménes me paroiffoient plus
ou moins grands , fuivant le volume des
charbons ; je veux dire , que les plus gros
produifoient les plus grands de ces Pheno
ménes , comme les plus petits , ceux dont je
donne les Figures. Ces Phénoménes circulaires
étoient differens entr'eux . Celui de la
Figure 10. dont A. eft le charbon , & B. le
Dvj Phér
2196 MERCURE DE FRANCE.
Phénoméne qu'il produifoit , ne formort
qu'un cercle tout à la fois obfcur & lumineux
, dont le centre étoit extrêmement
brillant. L'autre , repréſenté dans la 1 1. Figure
, avoit fon centre opaque , environné
d'un cercle fort lumineux. Les étincelles
brillantes qui fortoient du feu , me produifoient
auffi en petit , les mêmes Phénoménes.
J'ai encore obfervé pendant ce tems ,
qu'en regardant fixement le feu , je voyois
quelquefois dans le brafier une autre apparence
d'environ deux pouces de diamétre ,
dont le centre étoit bien moins opaque , &
la lumière qui l'environnoit , moins brillante
que dans la Figure 1 1. Ce Phénoméne,
qui avoit affés de reffemblance avec la Fig.
II m'arrivoit plus rarement que les autres ;
il fe diffipoit dans l'inftant. Quant aux premiers
Phénoménes , ils fubfiftoient autant
de tems , que les charbons étoient allumés.
J'obfervai toujours les mêmes chofes pendant
plus de trois femaines , que je ne fortis
point.
Quelque tems après , étant allé à l'Eglife
pour la première fois , je m'apperçus d'un
autre Phénoméne. J'étois environ à 30. pas
de l'Autel , lorfque je remarquai que je
voyois à côté de la flâme de chaque cierge ,
un cercle lumineux , tel qu'on le voit dans
la 12. Figure. Ces cercles me paroiffoient
d'enOCTOBRE.
1743. 1197
d'environ deux pouces de largeur , & éloigués
de la flâme environ d'un pouce au plus.
Etonné de ce que j'avois vû , je voulus m'en
convaincre chés moi. J'allumai une chandelle
, & j'obfervai pour lors ce que j'ai
toujours obfervé depuis , qu'à un pied de
diſtance je voyois la flâme , fans aucun changement
, mais m'étant éloigné peu à peu à la
diſtance de deux pieds , je commençai à appercevoir
à côté de la flâme , deux petits fi
lamens noirs , disjoints dans leurs extrêmités
, & tels que je les repréfente dans la Figure
13. M'étant éloigné enfuite de quelques
pas , je m'apperçûs enfin à 10. ou 12 .
pieds , que ces deux filets avoient acquis
une figure femblable à celle que je venois
de voir. C'étoit un cercle noir , dont le
centre & le déhors étoient extrêmement himineux
, comme on le peut voir dans la Figure
12. J'obfervai encore qu'à 15. pas
diftance , le Phénoméne étoit tel que je l'avois
vû à trente , dans l'Eglife. Après cette
premiére obfervation, j'ai remarqué depuis,
que ces cercles , qui étoient d'abord éloignés
d'un pouce de la flâme , m'ont paru au
bout de fix mois , diftans de leur lumiére
d'environ deux pouces . Cette pofition a
toujours fubfifté de même , peu de chofe
près.
à
de
Je me fuis apperçû enfuite , en confidérant
2198 MERCURE DE FRANCE.
rant la flâme , foit d'une chandelle , d'un
flambeau, ou d'un feu,vûà une certaine diftance
, qu'entre la lumière & le cercle que j'avois
toujours vû , j'en voyois encore audeffous,
un autre plus petit, marqué D. dans
La Figure 14.
Cefecond Phénoméne a été fuivi de plufieurs
autres. 1 °. J'ai remarqué depuis un centre
noir au-deffous de la flame , ou pour mieux
dire , une tache , bordée de petits points
lumineux , qui fe joignoit prefque par une
de fes extrêmités , au petit cercle que j'avois
obfervé. Cette tache eft défignée E. dans la
Fig. 14. & elle a toujours fubfifté. 2 ° . J'ai obfervé
que je voyois de petites taches fombres
, marquées A. A. A. dans la même Figure
, dont les bords étoient lumineux &
mais ces apparences , qui m'obfcurciffent
quelquefois la vifion , font paffagéres ; je
ne les vois pas toujours , & leur apparution
dure peu. Ces taches paroiffent & paffent
ordinairement, comme on le peut voir dans
cette Figure , vers la pointe de la flâme B ,
ou à côté des cercles C. D. jamais je ne me
fuis apperçû qu'elles ayent pris leur nailfance
, ou paru du côté oppofé. 3 ° . J'ai com
mencé à m'appercevoir qu'en regardant
quelquefois le foir la chandelle , je voyois .
fortir de la flâme des rayons F. G. H. qui
s'élançoient en haut , de la maniére qu'il
eft
OCTOBRE . 1743. 2199
eft repréſenté dans la Figure 14. Il arrive
dans certains tems que j'en vois davantage ,
& alors la lumiére me paroît comme un foleil
, mais communément je ne vois que les
rayons F. G. & fouvent G. feul , qui eft le
plus fixe. Ces rayons refléchiffent toutes les
couleurs de l'Iris , c'eft-à-dire , bleu, rouge,
verd & jaune. Je ne ppuuiiss mmiieeuuxx comparer
ces couleurs , qu'à celles que produisent par
réfraction à l'oeil les criftaux d'un luftre , ou
toute autre pierre tranfparente , taillée à facettes.
Je ne vois pas ces rayons , ni les taches
paffagéres tous les jours ; ce n'eft ordi→
nairement qquuee lloorrffqquuee mon oeil a été extrê→
mement fatigué le jour par une forte application
, ou quand le tems eft pefant ou couvert.
4° . J'ai obfervé, de plus, un autre petit
cercle lumineux , entre la pointe de la flâme
& le grand cercle , mais ce dernier Phé
noméne n'a pas fubfiſté .
Voilà exactement toutes les Obfervations:
que j'ai faites pendant cinq ans. Je prie le
Lecteur de faire attention à ces deux cercles
lumineux. Le plus grand , marqué C. eft le
plus brillant & le premier dont je me fois
apperçû. Je le prie auffi de confidérer cette
apparence opaque E. que je vois au-deffous
de la flâme , toute bordée de petits points ,
ou cercles lumineux , comme je les ai bien
obfervés , parce qu'il va voir que ces Phénoménes
,
2200 MERCURE DE FRANCE.
noménes , en partie , ont changé confidérablement.
En effet , depuis près de huit ans ,
tout cela a été fufceptible de changement.
Peu à peu le petit cercle D. a difparu ; la
tache E. a diminué de près de moitié . Le
feul grand cercle C. a été à peu près toujours
le même , quoiqu'il ait perdu de fa rondeur
, & qu'il foit moins brillant
que dans
la Figure 12. ce qui s'expliquera beaucoup
mieux dans la Fig. 15. où je repréfente ces
Phénoménes tels que je les vois à préſent ,
& accompagnés des petites apparences dont
mon oeil eft affecté , lefquelles voltigent
toujours devant.
Je n'ai rien obfervé de plus particulier
jufqu'à préfent fur les Phénoménes , que cet
ail me produit à la vûë de la flâme . J'ajouterai
feulement , que je crois qu'on concevra
fort bien , fans avoir befoin de multiplier
les Figures , que par l'addition de ces
cercles & de ces taches , plufieurs lumiéres
enfemble doivent produire de finguliers
effets à mon oeil ; ce qui eft vrai en effet.
Mais tous ces phénoménes n'ont jamais empêché,
que je n'aye toujours très-bien diftingué
chaque lumiére en particulier .
Voici encore quelques autres Obfervations
que j'ai faites. En général tous les corps
polis , ou d'une couleur qui refléchit vivement
la lumière , me paroiffent fe doubler à
unc
OCTOBRE. 1743. 2203
une certaine diſtance. J'en donnerai quelques
exemples. Des boucles polies , des boutons
d'or ou d'argent, &c . produifent à mon
oeil les effets , que je repréfente dans la Figure
16. En un mot , tous les objets qui re-
Héchiffent vivement la lumiére , me produifent
ces Phénoménes, qui difparoiffent comme
ceux de la flâme , quand j'en fuis tout
proche. Il eft vrai que ces effets ne m'arrivent
guére , que lorfque mon oeil eft incommodé
par le mauvais tems ; dans un tems fec
& ferein , je n'en fuis point affecté.
J'ai obfervé auffi , dès que j'ai commencé
à m'appercevoir des premiers Phénoménes ,
qu'en confidérant la Lune croiffante , je la
voyois comme elle eft repréfentée dans la
Figure 17. Lorfqu'elle étoit dans fon plein ,
cette apparence lumineufe me paroiffoit
plus petite , & telle qu'on la voit à la Fig.
18. Tout le changement que j'y ai remarqué
depuis , c'eft que ces apparences me
paroiffent un peu plus baffes & plus éloignées
du corps de l'Aftre. L'Etoile de Vénus
, quand elle eft extrêmement brillante ,
produit à mon oeil un effet à peu près fem
blable à celui de la Lune , mais l'apparence
lumineufe me paroît beaucoup plus éloignée
du corps de l'Aftre. Je ne fçais pas
la proximité de ces deux Aftres produit cet
effet ; tout ce que je fçais , c'eſt que Jupiter,
quel
fi
2202 MERCURE DE FRANCE.
quelque brillant qu'il foit , ne me préfente
rien de ſemblable , ni aucune des autres Etoiles.
Il ne me refte plus que quelques Obfervations
à faire fur cet oeil.
1º. J'ai toujours remarqué que quand je
le ferme un peu plus qu'à demi , tous les
Phénoménes en général , dont je viens de
parler , difparoiffent abfolument , & j'apperçois
les objets tels que je les voyois
avant mon incommodité ; à peine apperçoisje
feulement quelques petites apparences fe
mouvoir.
2°. Quand je vois ces Phénoménes , les
apparences voltigent & paffent également
par-deffus la flâme ou les corps lumineux ,
comme fur les objets que je regarde le jour,
ou le foir à la lumière. J'en donne une idée
dans la Figure 15. où les petits points qu'on
remarque , font les apparences dont cet oeil
eft affecté.
3. J'apperçois ces apparences voltiger
devant mon oeil , jufqu'à ce qu'il foit totalement
nuit. Le foir même , à la clarté des
lanternes , ( où je vois à chaque lumiére le
phénoméne de la Figure 15. ) ces apparen
ces , qui par leur mouvement m'offufquent
de tems en tems la vifion , font cauſe
J'ai quelquefois de la peine à me conduire.
Les plus grandes m'incommodent le plus. Il
yena une qui doit être la plus confidérable,
que
par
OCTOBRE. 1743. 2203
par fa grandeur & fa denfité , en ce que j'ai
toujours remarqué , que l'oeil fermé exactement
pendant le jour , je n'apperçois intérieurement
que cette apparence qui fe meuve
; auffi-tôt que je l'ouvre , je vois toutes
les autres qui fe meuvent également.
4°. Je n'omettrai pas une apparence de
la vifion de cet oeil , dont je n'ai pas parlé.
C'eft qu'en regardant les objets éloignés ,
tels que font les Aftres , je les diftingue beaucoup
mieux du côté du petit cantus , que
de face , ou du coin du grand angle de l'oeil.
Par exemple , je vois très - diftinctement de
cette maniére des Etoiles de la quatrième &
de la cinquième grandeur , ce que je ne fais
pas également, en les regardant en face , ou
du côté du grand cantus.
Je finirai par une Obfervation trèsparticuliére
, qui mérite qu'on y faffe attention.
Le fait eft , que lorfque je fuis fixement
appliqué de cet oeil , foit à écrire
foit à deffiner , quelque beau , ou mauvais
tems qu'il faffe , je n'apperçois point ces
apparences voltiger , & je m'en fers pour
lors , auffi parfaitement , qu'avant qu'il fut
incommodé. Je diftingue auffi bien les objets
les plus petits ; j'écris auffi inenu que je
faifois ; je deffine également ; mais il eft
vrai qu'une application de trois heures fatigue
plus cet oil actuellement , que trois
jours
2204 MERCURE DE FRANCE.
.
jours , d'une application continuë , n'au
roient fait autrefois . Je ne m'apperçois donc
de ces apparences , que quand je quitte
l'objet qui fixoit mon oeil ; fi-tôt qu'il eft fixé
, je ne les vois plus. Ce que j'ai encore
obfervé de fingulier , c'eft qu'il n'en eft pas
de même , quand je veux lire la tête droite ,
à l'ordinaire ; les apparences me fatiguent &
m'offufquent la vifion ; en un mot , je ne
fuis point dans une meilleure fituation, que
lorfque j'ai la tête baiffée fur mon objet.
Voilà l'état actuel où mon ail gauche fe
trouve. Il y a lieu de préfumier, par la derniére
obfervation , que le fond de cet oeil
eft bon. J'ai décrit très- exactement tous les
Phénoménes , que les apparences dont il eft
affecté , ont produit fucceflivement depuis
près de 13. ans ; il ne me refte à parler préfentement
, que des impreffions dont il eſt
fufceptible , également comme ma tête ,
dans les changemens de tems , auffi bien que
des attaques d'optalmie , que j'ai elfuyées
depuis deux ans ; c'eft ce que je vais tâcher
d'expliquer le plus nettement que je pourrai
dans les Obfervations générales .
Obfervations générales .
1º. J'obſervai d'abord en général , qu'en
quelque faifon que ce foit , lorfque le tems
e
OCTOBRE . 1743. 2205
eft au fec , que le foleil luit , que l'air eft pur
& ferein , mon corps & ma tête fe portent
également bien , & je puis dire avec vérité,
que le beau tems me donne de la joye & de
la gayeté ; au contraire , lorfqu'il fait du
brouillard ou un tems fombre & pluvieux
, je me fens d'une pefanteur & d'un
engourdiffement extrêmes ; je fuis rêveur ,
triſte & fi afſoupi , que je dormirois volon
tiers toujours,
>
2°. A l'égard de ma tête , je ne me fuis
point apperçû , depuis plus de dix ans , que
j'y aye fenti des douleurs auffi violentes &
auffi continuelles , que j'en fentois auparavant.
3. Quoique je n'aye pas reffenti les mêmes
douleurs à la tête , comme je viens de
le dire , néanmoins j'en reffens de tems en
tems de légers accès , mais ces douleurs font
fourdes & de peu de durée.
4. Mon oeil gauche a toujours fuivi
régulièrement les impreffions de ma tête.
Quand l'air eft humide & couvert , je fens
qu'il m'eft intérieurement un peu douloureux
, & pefant dans toute fa capacité , &
je ne puis alors m'appliquer de cet oeil ,
fans en fouffrir beaucoup, Dans un tems ſec
& lorfque le foleil luit , je n'y fens aucune
douleur ni pefanteur. Je profite ordinairerement
des beaux jours , pour m'occuper ;
dans
2206 MERCURE DE FRANCE.
dans tout autre tems , cela m'eft prefque
impoffible , ou fi je veux me forcer , comme
il m'eft arrivé quelquefois , je reffens après ,
que mon oeil me fait beaucoup de mal. On
voit par cet expofé , que ma tête , auffi bien
que cet oeil , fouffrent régulièrement plus
de la moitié de l'année .
5° . Ce qui prouve que la fechereffe m'eſt
favorable ; c'eft que j'ai toujours obfervé ,
que quand le Ciel fe couvre & que l'air devient
humide , cette humidité me gonfle
l'oeil , & je fens qu'en l'approchant du feu ,
la chaleur le foulage & lui donne du reffort.
6°. Quand il m'arrive dans les mauvais
tems de fentir cet oeil pefant & obftrué , je
l'ouvre & le ferme ſouvent avec vîteſſe , ce
qui me procure du foulagement. Lorsqu'il
fait beau & fec , tems où mon oeil fe
porte
mieux , je ne fais pas les mêmes mouvemens.
7°. Toutes les fois que mon oeil fe trouve
incommodé , je fens intérieurement &
tout autour de fon orbite , une certaine inquiétude,
qui m'eft très-fenfible , fans néanmoins
me faire de douleur . Je ne trouve
point de foulagement plus prompt dans ces
momens , que de frotter doucement avec les
doigts , la partie du front qui eft au - deſſus
de cet oeil , & de les paffer de même fur le
fourOCTOBRE.
1743. 2207
fourcil , depuis le nés jufqu'au bas de la
temple gauche. Chaque fois que le tems
change , je ne manque jamais de fentir la
même inquiétude.
8°. J'ai remarqué que cet oeil , auffi bien
que ma tête , me font infiniment plus de
mal , dans les intervalles où le tems change
du beau au laid , ou du laid au beau , que
lorfqu'il eft abfolument déterminé à reſter
couvert & humide ; de forte que je puis
dire , avec certitude , que ma tête eſt un
vrai Barométre , qui m'annonce , fans voir
le Ciel , tous les changemens qui arrivent
dans l'air.
9. Je m'apperçois non-feulement des
changemens , qui arrivent dans l'Atmoſphére
durant le jour , mais j'obſerve encore
tous les jours quelque chofe de plus fingu
lier dans mon lit. En m'éveillant , ſoit la nuit
ou à la pointe du jour , je fens tout d'un
coup quel tems il fait , par la légereté , ou
la pefanteur de ma tête , & par le plus ou le
moins d'affoupiffement. Lorfque le Ciel eft
pur & que le foleil fe léve beau , je me trouve
la tête tranquille , les yeux moins chargés
& beaucoup plus libres qu'à mon ordinaire.
Quand le tems , au contraire , eft couvert
& humide , je me fens la tête lourde ,
les yeux fi pefans & fi chargés , que j'ai de
la peine à les ouvrir , & avec cela un affou
piffe208
MERCURE DE FRANCE.
piffement fi profond , que je ne puis m'éveiller
que difficilement. J'en fais tous les
jours l'expérience , & jufqu'à préfent je ne
me fuis pas trompé. J'ajoûterai à l'occafion
du fommeil , que j'ai éprouvé toute ma vie
& particuliérement depuis mes incommodités
, que moins je dors & mieux je me porte.
C'est ce qui fait que je tâche de vaincre ,
autant que je puis , cette difpofition naturelle
que j'ai à dormir dans les tems fombres.
Je ne dors jamais plus de 7. ou 8. heures.
10°. Je ferai encore fouvenir que les
apparences qui fe meuvent dans l'oeil gauche
, me fatiguent beaucoup plus dans les
tems couverts & humides , que lorsqu'il
fait fec, & que le foleil paroît. J'oferois même
prefque afsûrer que quand il fait beau ,
ces apparences me paroiffent confidérablement
diminuées ; ou du moins , s'il n'y a
pas de diminution , je m'apperçois fenfiblement
qu'elles n'offufquent pas tant cet oeil ,
dont les fonctions fe font beaucoup mieux ,
que dans les mauvais tems.
11º. Depuis que mon oeil droit eft entiérement
couvert , je n'y fens point de
douleur ; il eſt ſeulement un peu plus , ou
un peu moins pefant ( comme l'oeil gauche )
fuivant les differentes impreffions de l'air .
12 ° . Ce qui m'incommode également
les yeux , depuis qu'ils fonr attaqués , c'eft
que
OCTOBRE 1743. 2209
que tous les matins, je les trouve collés d'une
pituite extrêmement âcre , qui me caufe
en les ouvrant , une cuiffon très-violente
que je ne puis appaifer , qu'après que je les
ai nettoyés de cette humeur avec ma falive
, avec de l'eau fraiche > ou avec de
l'eau & de l'eau -de-vie . Quelquefois cette
humeur eft fi abondante , que j'en tire plufieurs
fois le jour du coin de chaque oeil, où
elle s'amaffe, gros comme un grain de chenevis.
Elle eft alors blanche , gluante &
d'un goût de fel affés piquant ; mais quand
cette humeur refte autant de tems qu'il en
faut, pour fe fécher & fe durcir, ce qui arrive
ordinairement pendant la nuit , elle devient
femblable en tout à la gomme Arabique,
tant pour la couleur, que pour la confiftance
, & d'un goût de fel âcre & mordi .
cant. J'ai obfervé que cette humeur eſt en
bien plus petite quantité & moins âcre ,
quand il fait beau & fec. Ce qui n'eft pas de
même , lorfque le tems eft couvert & humide
; elle eft pour lors beaucoup plus abondante
, & fouvent d'un âcreté affés confidérable.
13º. Il y a apparence que cette pituite ,
dont je viens de parler , devenue plus abondante
, m'a occafionné les differentes attaques
d'Optalmie , que j'ai effuyées depuis
deux ans , & dont l'oeil gauche a plus fouf-
E fert
2210 MERCURE
DE FRANCE
.
que
fert
le droit. La premiére
de ces atta- ques me prit au mois d'Avril
1741. & elle dura 7. ou 8. jours. La feconde
vers la fin d'Octobre
de la même année, & la troifiéme
au mois d'Avril
1742. Ces deux derniéres
ne m'ont pas incommodé
plus long- tems que la premiére
. Mais la quatrième
attaque
qui a commencé
au mois d'Octobre
1742 .
m'a duré plus de deux mois. Comme
il y avoit environ
12. ans que je n'avois
été fai- gné , parce que cela m'avoit
été exactement
défendu
, je crus qu'une
faignée
du bras & du pied pourroit
me foulager
, mais cela ne produifit
aucun effet ; le tems & la patience furent, à l'ordinaire
,mes feuls remédes.Il
eſt vrai que la douleur
que je fouffre
dans ces
fluxions
, eft très-fupportable
. Tout ce que je trouve
de plus incommode
dans mon état actuel , c'eſt l'abondance
journaliére
de cette pituite , qui tous les matins
me colle les
yeux , d'une manière
que j'ai de la peine à les ouvrir & à les nettoyer
: ce qui m'arrive
auffi plufieurs
fois le jour, & principalement
quand je m'applique
, plus qu'à l'ordinaire
. Tous les remédes
, dont je me fuis fervi & defquels
je me fers encore, ne font autre cho- fe , que de me baffiner
les yeux avec un peu d'eau & d'eau-de-vie plufieurs
fois le jour ; de fumer une ou deux pipes de tabac le ma- tin, pour me faire cracher, & de m'envelop
pe
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND •TILDEN
FOUNDATIONS
.
!༢
re Fig .1.
A
F.8.
F.
E
F.
F2.
F.3.
Ꭰ
G
F.9.
F.15 .
F.5 .
F:6.
D
B
F12
F. 10. B
F.1
.B
Ꮋ
F.13 .
F.16 .
F.17.
F.18. 0
1
OCTOBRE. 1743. 2211
per quelquefois la tête fur du caffé bien
chaud , dont je reçois la fumée par les yeux,
ce qui me fait prefque toujours beaucoup
de bien , furtout lorfque j'ai l'oeil gauche
fatigué par trop d'application.
Voilà ce que l'expérience m'a appris.
J'expofe aux yeux des Sçavans tous les Phénoménes
que ma vûë m'a préſentés dans la
gradation de ma maladie. C'est une étude ,
que j'ai malheureufement faite d'après la
Nature. Je fouhaite qu'elle foit de quelque
utilité à ceux qui s'attachent à connoître les
maux des yeux. Comme leur objet effentiel
eft de procurer la guérifon de leurs malades,
j'ofe efpérer de leur zéle , pour le bien
en général de tous les hommes , qu'ils feront
une attention particuliére fur mon indifpofition
, fi quelqu'un d'eux fe trouve en
état de me procurer du foulagement.
A Paris , ce 1. Septembre 1743-
Eij
ODE,
2212 MERCURE DE FRANCE.
ODE ,
Sur un Voyage fait à Fortoifeau , Terre près
Fontainebleau , qui appartient à M. Néricault
Deftouches , de l'Académie Françoiſe.
PLus rapidement que l'Oiseau ,
Qui vole ou le plaifir l'appelle
La tendre amitié ſur ſon aîle
M'a fait voler à Fortoifeau.
炒
: Plus lentement que la Tortuë ,
J'ai quitté l'aimable ſéjour ,
Qu'à regret je perdois de vûë ,
Pour m'en revenir à la Cour,
Oui , je m'éloignois avec peine
D'un azile délicieux ,
Où préfide comme une Reine ,
La digne Hôteffe de ces Lieux .
Où la Vertu tient fon Empire ,
Et la Raifon toujours prévault.
Où fous les traits de Néricault ,
Réfide le Dieu de la Lyre.
C'est
OCTOBRE. 1743 .
2213
C'eft fous ce voile fortuné ,
Qu'enfin ce Dieu vit fon mérite ,
Plus heureux auprès de Mélite ,
Qu'il ne fut auprès de Daphné.
Bien - tôt fur la liquide Plaine ,
Voguant vers notre Région ,
Là , Vénus des Mers d'Albion ,
Fut la Minerve de la Seine .
Toutes les Vertus , fur fes Bords ,
Près d'elle fe font raffemblées ;
Et la Tamife , de fes Ports
Les vit à regret exilées.
+3x+
Jardins de Flore , ombrages verds ,
Où les Jeux , les Ris ont leurs Trônes ,
Que de vos brillantes Couronnes
Je chéris les charmes divers !
C'eft-là , qu'en une paix profonde ,
Regne la candeur , l'équité ,
Et de la Jeuneffe du Monde
La charmante fimplicité.
**
Ceft-là que la pure innocence
E iij
Se
2214 MERCURE DE FRANCE
Se plaft à respecter les Dieux ,
Et que le Ciel en abondance
Répand fes bienfaits précieux,
C'eſt-là ,
, que l'on donne l'exemple
De l'étroite union dés coeurs ;
Qu'on er ranime les ardeurs ,
Et que l'amitié trouve un Temple.
C'eft- là , qu'avec fes Brodequins ,
Et le mafque qui la décore ,
L'ingénieuſe Terpficore
Enfante mille Jeux badins.
Jeux amufans , mais Jeux auſtéres
Jeux ennemis de nos erreurs >
Et qui des innocentes moeurs
Sont les organes falutaires.
C'eft- là , qu'enfin le Dieu Comus
De fes dons enrichit la Table ,.
Et qu'à longs traits, divin Bacchus ,
Tu verfes ton Jus délectable.
M. Tanevot.
OCTOBRE. 1743. 2215
la
On a dû expliquer l'Enigme & les Logogryphes
du Mercure de Septembre par
Poudre à canon , Fifre & Porc . On trouve
dans le premier Logogryphe Fi , Fer , Re &
Fief. Dans le fecond Po , Or , Car & Roc.
ENIGME , en ftyle Marorique.
Ou s'enquerit de moi ? dans les prifons ,
Dans Fort- l'Evêque , ou femblables maifons ,
Faubourgs d'Enfer & vrais clos de fouffrance?
Onc en Lieux tels ne fis ma demeurance.
Voyez plutôt les Palais , les Hôtels ,
Dans les Cités ; dans les Champs , les Châtels,
C'eft-là que tiens ma Cour pour l'ordinaire ,
Et qu'Apolon , pour la fienne me faire ,
Sçait gents couplets fabriquer , atourner ,
Et tendrement les faire fredonner ,
Par voix , tantôt & fimple & naturelle ,
Par voix, tantôt feinte , artificielle ;
De celle- ci , certaine il eft furtout ,
Qui m'accompagne & me foutient partout ;
Si qu'à la voir on diroit un Squelette ,
Si qu'à l'ottir , une Circé parfaite.
Ceci pofé , je fçais mes Champions-
Moult animer , des évolutions
E iiij
Leur
2216 MERCURE DE FRANCE.
Leur faiſant faire avec mainte Amazône ,
A la façon des Chênes de Dodône .
Ami Lecteur , à cet unique trait ,
Pas n'eft befoin d'ajoûter ; mon Portrait
Déja par trop fe démaſque à ta vûë ;
Si te dirai , que ceux dont la ftatuë
Gît deffus pieds inégaux ou maſſifs ,
Onc ne feront propres à mes étrifs.
Mon
LOGOGRYPHE.
On tout eft renfermé dans un modique eſpace ,
Et huit membres font mon détail ;
Je ne fers jamais mieux que dans un tems de glace,
Auprès de moi l'on voit rarement l'Eventail ;
On peut me divifer en diverſes maniéres ,
Sans effort , fans peine & fans bruit ;
Lecteur , ouvre bien les paupières ;
Tu peux trouver en moi tout ce qui fuit :
Un Héros connu dans l'Hiſtoire ,
Et dont plus d'un Poëte a célébré le nom ,
Qui méprifant les jours , eut l'honneur & la gloire
De détober fon pére aux flâmes d'Ilion ;
Un piége dont le nom répand feul l'épouvente ,
Dangereux, & toujours conftruit dans le fecret ;
Mais il eſt inutile , ou d'un contraire effet ,
Si par hazard quelqu'un l'évente.
Un
OCTOBRE. 1743 . 2217
Un Animal chéri du Maître & du Valet ,
Utile aux Champs , aux bois , à la Cuiſine ;
D'un aimable lien le ſymbole parfait ,
Dont fouvent les talens font que l'on l'affaffine.
Un Pays qui poffede un fecret merveilleux ,
Et qu'en vain dès long-tems on cherche en d'autres
Lieux ;
Chofe propre à l'Artillerie ;
Le féjour ici bas des Images des Saints ;
Un Arbre dont le fruit eft connu dans l'Afie ,
Et dont ceux qu'il nourrit , haïs pendant leur vie ,
Seulement à leur mort font du bien aux Humains.
Enfin tu peux trouver un Etre
Qui produit les plaiſirs & les fait difparoître ,
Devine , cher Lecteur , & je battrai des mains.
Demotes Mainard.
3૯૨૯૩ ટ ૩ ૨૯ ૨૯ ૩ ૩૮ ૩૯ ૮ ૨૮ ટ
NOUVELLES LITTERAIRES ,
DES BEAUX- ARTS , &c.
Htaire, & Eccléfiaftique des Provinces-
ISTOIRE Civile , Politique , Mili-
Unies , & de tous les Etats voifins , par
Léon d'Aitzema , Traduite du Hollandois
par J. B. G. C. Propoféepar Souscription.
E v PRO2218
MERCURE DE FRANCE.
PROJET DE SOUSCRIPTION
L'Ouvrage dont j'ai entrepris la Traduction
( c'est l'Editeur qui parle) renferme des
matiéres fi intéreffantes, qu'il y a tout lieu de
croire que le Public en regardera l'impreffon
, comme un des plus grands fervices.
qu'on puiffe lui rendre.
La France , furtout , verrà avec plaifir
dans fa Langue, un Ouvrage , auquel elle a
fourni tant de matiére , & qui contient une
fuite d'affaires dont elle a intérêt de connoître
jufqu'aux moindres circonftances.
Les Révolutions de l'Etat des Provinces-
Unies , & les Guerres qu'il a foutenues contre
l'Espagne , ont attiré , durant près d'un
fiécle , l'attention de l'Europe ; & tous les
Etats voisins ont eû tant de part à ces Révolutions
, que leur Hiftoire fe trouve néceffairement
liée avec celle des Etats Généraux.
Mais la plupart des Ecrivains quí , en faifant
l'Hiftoire de leur Nation , y ont mêlé
celle de la République d'Hollande , l'ont
ajuftée aux préventions de leur Païs , & aux
differens intérêts de leurs Souverains , enforte
qu'on ne peut prendre dans ces Ouvrages
qu'une idée fauffe ou imparfaite du Gouvernement
de cette République ; Gouvernement
dont fes ennemis même ont admiré la
politique & la fageffe.
C'est ce Gouvernement qui fait le principal
OCTOBRE. 1743- 2219
pal objet d'Aitzema. Il rapporte toutes les réfolutions
des EtatsGénéraux, & leurs Ordonnances
au fujet de la Guerre , de la Marine ,
des Finances , & de toutes les affaires publiques.
Il parle auffi de celles de la France , de
l'Angleterre, de l'Empire , des Couronnes du
Nord, &c. par rapport à leurs Traités avec
la Hollande, & il n'oublie aucun événement,
qui mérite d'être tranfmis à la poftérité.
Chaque trait d'Hiftoire lui fournit des
refléxions politiques, dont la folidité fe fera
fentir d'elle-même aux Lecteurs intelligens.
Léon d'AutZema étoit Gentilhomme Frifon
, & Réfident des Villes Anféatiques à la
Haye. Ses Parens avoient eû part au Minifrére
& aux Négociations.
Les Actes publics qu'il trouva dans fa Famille
, ou qu'il raffembla pendant quarante
ans , forment , en ce genre , un des plus
beaux Recueils qui foit en Europe , & d'autant
plus intéreffant , que la plupart de ces
Actes ne fe trouvent point ailleurs.
Aitzema necommuniquoit aux Miniftres
Etrangers les Actes dont ils avoient befoin
qu'après qu'ils lui avoient fourni ceux dont
il vouloit enrichir fon Ouvrage.
Ces Actes marqués au coin de l'authenticité,
font d'une extrême importance pour
conftater les faits de l'Hiftoire , les intérêts
des Puiflances , & les fondemens de leurs
E vj pré2220
MERCURE DE FRANCE.
prétentions. Ils peuvent encore fervir d’ìnftructions
aux Miniftres & auxAmbaffadeurs,
qui ont à regler des affaires relatives à tout
ce qui s'eft paffé depuis l'année 1609. Car
depuis ce tems il ne s'eft fait aucun Traité
confidérable dont il ne rapporte le Texte ,
ni prefqu'aucune négociation publique ou
fecrette , dont il ne rende un compte exact.
C'est à l'étude de cet Ouvrage que les Plénipotentiaires
, qui ont le plus brillé dans les
Congrès, doivent une grande partie de leurs
connoiffances & de leur réputation.
Comme la Religion entre dans tous les
Gouvernemens , & que dans tous les tems
il y a eû des Puiffances qui en ont fait un
bon ou un mauvais ufage , Aitema traite
cet objet avec toute l'impartialité & toute
la modération qu'on peut défirer dans un
Hiftorien. Il releve cependant , avec autant
de force que de folidité , les fautes commifes
par ceux qui ont introduit des changemens
à cet égard ; il combat le Fanatifme
qui a regné dans les derniers Siècles , & balançant
les differentes opinions , fans décider
lui-même , il met fon Lecteur en état de
juger fainement.
Aitzema a donné fon Hiftoire par forme
d'Annales. Il commence à l'an 1621. & finit
à l'an 1669 .
Je n'ignore pas que M. de Wicquefort
reproche
OCTOBRE. 2228 *
1743 .
"
reproche à l'Auteur d'entrer quelquefois
dans un trop grand détail des Cérémonies
& des Fêtes ; qu'il n'a ni ordre , ni ftyle , &
que fon langage eft rout-à-fait barbare .
Je réponds , 1 ° . que ces détails peu
vent intéreffer à plufieurs égards , & qu'on
doit faire attention qu'Alzema écrivoit
pour une République naiffante , flattée des
honneurs qu'on lui rendoit , fcrupuleufe fur
le Cérémonial , & attentive aux moindres
circonſtances des affaires qui la regardoient .
2.Que s'il n'a point fuivi l'ordre des mariéres
, il a obfervé l'ordre chronologique, traitant
les affaires , à méfure qu'elles fe préſen
toient, mais remontant à leur origine, & ne
manquant jamais d'en donner la fuite en
leur rems.
3. Je conviens que le ftyle de l'Auteur
eft fort éloigné de l'élégance & de l'exactitude
, mais , outre que le fond des choſes eft
précieux en lui -même , je n'ai rien oublié
pour faire difparoître dans ma Traduction
les défauts de l'Original , fans en altérer le
fens , ou m'écarter de la fidélité .
Au refte , mon fentiment n'eft point une
régle : auffi je confens que fur l'Ouvrage
d'Aitzema on s'en rapporte à M. Bayle , &
à M. Bafnage * , dont les témoignages ne
fçauroient être fufpects..
*
Bayle, dansfon Dictionnaire , à l'Article Aitzema.
Bafnage , Annales des Provinces-Unies , Pref. §. 3.
Mais
#222 MERCURE DE FRANCE .
Mais il n'eft pas inutile d'entendre Aitzema
lui-même voici comme il s'explique à
la fin du Livre XI. après avoir rendu compte
d'une Négociation entre la Suéde & la
Hollande .
Je pourrois facilement m'étendre da
»vantage fur cette réponſe , & divers autres
articles , ajufter à mon gré Difcours
» & Traités ; je ne manquerois pas d'exemples
, anciens & modernes , pour m'auto-
» rifer. Mais on a beau faire , la vérité l'em-
»porte toûjours fur l'art , & rien ne peut
rendre l'Hiftoire intéreffante , fi ce n'eft
» une repréſentation fimple & fidéle.
ور
י
D'ailleurs , j'écris uniquement ce que je
fçais . Si j'ai omis quelque nom , ou quel-
» que action particuliére , c'eft qu'on ne
» peut écrire ce qu'on ignore. Encore une
fois, je n'écris que ce que je fçais, & laiffe
» à d'autres le foin d'écrire auffi ce qu'ils:
fçavent. En celaje tâche d'imiter les célé
bres Hiftoriens Meteren , Reyd , Hooft ,
» Baudart , & autres Etrangers ou Natio-
" naux , qui ont écrit en Hollandois , ou ca
» d'antres Langues , ce qui étoit venu à leur
» connoiffance.
>> Je ne travaille que pour animer les au-
» tres à mieux faire, à mieux rédiger ce que
» j'ai écrit , & à écrire ce que je n'ai pas fçû.
» Je ne fuis point gagé pour écrire : je n'écris
OCTOBRE . 1743. 1227
»
cris que par amour pour la Patric, & pour
la Poftérité , & dans l'efpérance qu'un
» jour on me rendra la juftice qu'on me re-
» fufe peut-être aujourd'hui.
Il y a eû en Hollande deux Editions de
l'Ouvrage d'Aitzema . La premiére , qui eft
auffi la plus rare & la plus eftimée , eft de
1657. en 14. vol. in- quarto . La feconde ,
plus ample & plus belle , eft de 1669. en 7 .
vol. in-fol. J'ai traduit fur l'Edition in- 4° . &
pour ne laiffer rien à defirer , je donnerai
auffi les Additions qui fe trouvent dans
- celle in-folio.
Malgré ces deux Editions , & quoique
POuvrage foit en une Langue qu'on ne parle
que dans un coin de l'Europe , il e ,
depuis long-tems , d'une rareté extrême.
Combien les Editions s'en feroient - elles:
multipliées , s'il avoit été traduit dans une
Langue auffi univerfellement répanduë que
laFrançoiſe ?
CONDITIONS DE LA SOUS CRIPTION.
Cet Ouvrage fera imprimé en 18. Tomes:
in-4°. & chaque Tome contiendra environ
cent Feuilles. Le Papier & les Caractéres feront
les mêmes que ceux du Prospectus .
On donnera exactement deux Volumes
par année ,& chaque Volume en feiiilles coûtera
huit livres aux Soufcripteurs , qui , en
foufcrivant
2224 MERCURE DE FRANCE.
foufcrivant , payeront feize livres pour les
deux premiers , & pareille fomme de feize
livres pour les deux Tomes fuivans , en retirant
les premiers , dont on leur délivrera
une Reconnoiffance , & de même juſqu'à
la fin de l'Ouvrage.
Les Soufcripteurs feront tenus de retirer ,
les Volumes , à mesure qu'ils paroîtront , &
cela fix mois après l'Annonce qui en aura
été faite dans les Journaux , fans quoi les
avances feront perdues. C'est une condition
expreffe de la Soufcription.
Comme on ne tirera qu'un petit nombre
d'Exemplaires , ceux qui n'auront pas foufcrit
, payeront douze livres pour chaque
Volume.
Les Soufcriptions feront reçûës jufqu'au
premier Janvier 1744. chés les Libraires des
principales Villes de l'Europe. M. Saugrain,
pere , rue de Savoye , les recevra à Paris.
TRAITE' de la Pareffe, où l'Art de bien
employer le tems en toutes fortes de conditions
. 1. Vol. in 12. A Paris, ruë S.Jacques,
chés J.F. Joffe , & chés J.B. Delefpine ,à la Victoire
& au Palmier , M. DCC. XLIII.
Le fuccès de cet Ouvrage , dont les trois
premiéres Editions font épuifées depuis
long-tems , eft déja un préjugé favorable de
fon mérité, mais ce qui augmente le prix de
cette
OCTOBRE. 1743. 2225
cette quatriéme Edition , c'eft qu'elle a été
revûe par l'Auteur , & enrichie d'un grand
nombre de Refléxions & de Preuves nouvelles
, de forte qu'on peut la regarder comme
un Ouvrage nouveau.
Pour en donner d'abord une idée générale
, nous rapporterons une partie de ce que
dit l'Auteur dans la Préface.
» La Pareffe , dit- il , eft un de ces maux
» difficiles à guérir , parce qu'ils font diffi-
» ciles à connoître , ou , pour mieux dire ,
» c'eſt le plus dangereux de tous. C'eſt un
» vice caché , qui cependant ravage toute
» la Terre ; autant if paroît inconnu , au-
» tant eſt-il commun & ordinaire. Il n'y a
» guére de perfonnes qui ne trouvent de la
» Pareffe en elles , les unes plus , les autres
» moins , fi elles veulent s'examiner un peu
férieufement; & il n'y en a prefque point
" qui ne croyent en même tems en être
exemptes,tant il eft vrai qu'elle eft comme
» un Serpent caché fous des fleurs , ou un
» Démon fous un beau vifage .
"
»
-
» C'eft pourquoi on eſpéré que les gens
» raiſonnables recevront en bonne part un
» Traité qui arrache le mafque à ce déteſta-
» ble enchanteur , qui rompt le charme d'u-
» ne magie dont tout le monde eft enfor-
» celé & aveuglé , & qui , pour ainfi - dire
» porte un flambeau , à la lumiére duquel
» les
2226 MERCURE DE FRANCE.
les bonnes ames peuvent fe reconnoître
» & fe dégager de ces ténébres.
ور
» On n'abhat pas d'un premier coup un
» Monftre puiffant comme celui-ci , & il
faut que la vertu s'arme de toute fa force
» pour cette victoire. C'est pourquoi les
» efforts que l'on avoit faits dans les pre-
» miéres Éditions de cet Ouvrage , où on
n'avoit traité les matiéres qu'en abregé ,
» n'ayant comme fervi qu'à firriter , on a
jugé à propos cette quatrième fois , de don-
» ner à ces matiéres toute leur étenduë.
» On trouvera donc ce Traité augmenté
en toutes fes parties , de maximes , de
sa préceptes , d'exemples. Et ce qui fembloit
»auparavant n'être qu'une régle contre des
pareffeux , qui fe croyent, pour ainfi-dire,
en droit de l'être , en fera une à préfent
» contre ceux mêmes qui s'imaginent , malà-
propos , être les plus laborieux .
"Toutes fortes de perfonnes , tous les
» états , toutes les conditions , toutes les
" profeflions , y trouveront des avis qui les
concernent. Bien plus , on y donne les
» moyens d'infpirer aux hommes dès le ber-
» ceau la vertu oppofée à ce vice , & de s'y
» accoûtumer dans tous les tems , enforte
» qu'en tout le cours de la vie ils ne trouveront
jamais le loifir d'avoir du loifir , ou
» plutôt d'être dans l'oifiveté, & de fe relâ-
» cher
OCTOBRE. 2227 1743 .
» cher du travail , ce devoir fi indiſpenſa-
» ble que Dieu leur impoſe.
Voila le Plan que l'Auteur s'eft propoſe ,
& on peut dire qu'il l'a fort bien rempli . Ce
Traité eft en forme d'Entretiens , ce qui fert
beaucoup, comme on fçait , à jetter de l'agrément
dans un Ouvrage de Morale , & à ôter
aux préceptes cet air fec &auftére,qui rebute,
& cette monotonie qui endort le Lecteur.
Pour le faire connoître plus en détail ,
nous allons parcourir , autant que les bornes
d'un Extrait le permettront , les principales
matiéres qui y font traitées , & nous
en rapporterons quelques morceaux par lefquels
on pourra juger du refte. Mais il faut
auparavant donner une idée du caractéré
des interlocuteurs. Philargie , chés qui fe
paffent ces converſations , eſt une veuve de
diftinction , qui peut paffer pour un por
trait naïf de ces perfonnes , qui mènent une
vie voluptueufe & inutile . Theotée vient lui
rendre vifite. C'eft un Abbé , qui joint à une
naiffance diftinguée , beaucoup d'érudition,
de pieté & de politeffe . Il y trouve Zéroandre
,jeune homme de qualité , & qui eft de
ces fortes de gens qui , comme dit un Auteur
Comique :
Si en tout fort fçavans , même fans rien apprendre.
Celui-ci étoit alors en conteftation avec
la
2228 MERCURE DE FRANCE.
la Demoiſelle de Philargie , nommée Angé
lique ; c'eft une belle perfonne , noble par
fa naiffance , mais encore plus par fon mérite.
Elle est bien élevée , fort vertueufe &
d'une humeur bien oppofée à celle de la Dame.
Elle a l'efprit enjoüé , agréable , bien
tourné , jufte & éclairé par la connoiffance
de quantité de belles chofes , quoiqu'elles
n'ait que vingt-deux ans. Cemme Zéroandre
eft un peu brouillé avec elle , cela fait naître
entre eux , dans le cours des Entretiens , de
petites guerres qui , en réjouiſſant le Lecteur
, donnent lieu à Théotée de débiter de
fort bonnes choſes . L'Auteur affure avoir été
préfent à ces converfations, mais il fupprime,
fans doute par modeftic, ce qu'il a ppûuy contribuer
de fa part, & fe contentant d'en être
l'Hiftorien , il laiffe parler feul ce digne Eccléfiaftique.
Onjuge bien qquuee ce n'eft pas un
petit ouvrage pour celui- ci , que de faire
goûter ce qu'il dit contre la Pareffe à un tel
Auditoire , c'eft-à-dire , à une Voluptueufe,
à un petit-Maître , & à une Joueufe ( car
dans le fecond Entretien , on fait paroître
fur la Scéne une Marquife de ce caractére ,
fous le nom de Nientilde. ) Théotée vient
cependant à bout de fe faire écouter volontiers
, & de les perfuader à la fin , en quoi
Angélique lui fert affés fouvent de fecond .
Dans le premier Entretien , on fait voir
се
OCTOBRE . 1743. 2229
-ce que c'eft que la Pareffe , fon origine , &
fes effets intérieurs,On la définit, après faint
Thomas ; Un engourdiffement , un chagrin ,
une trifteffe , une pefanteur qui ôte le courage
donne de la répugnance pour toute bonne
action ; autant qu'elle hait le travail , autant
aime- t'elle le repos.
"
Quant à fes effets intérieurs : » elle nous
fait répugner à la vertu , & à tout ce qui
regarde Dieu. Elle engendre en nous une
efpece de malignité qui nous donne de l'a-
» verfion pour toutes les chefes qui regar-
» dent notre falut. Elle nous infpire de l'indignation
contre toutes les perfonnes qui
» nous portent à notre devoir , ou par leurs
paroles ou par leur exemple, Elle nous met
»dans le découragement pour toutes les
» chofes louables , qui font revêtues de la
»moindre difficulté : & ce découragement
"
»
produit en nous un défeſpoir d'atteindre
» à la vertu , ce qui nous empêche de faire
» aucun effort pour y parvenir. De plus, elle
» caufe dans l'ame une ftupidité & une froi
» deur qui va jufqu'à l'infenfibilité à l'égard
» de toutes les chofes qui nous font ordon-
» nées , pour mener une bonne vie.De cette
ftupidité procéde l'oifiveté , par laquelle
» on ne fait rien du tour , & un certain af
foupiffement qui nous fait faire lâchement
» & négligemment le peu que nous faifons.
» Cette
»
"9
2230 MERCURE DE FRANCE.
>>> CettePareffe caufe auffi la diffipation,
» & une certaine évaporation d'efprit , qui
nous portent à mille chofes vaines & illici
tes , & à tous ces divertiffemens extérieurs
, qui entretiennent le dégoût que
sonous avons pour les bonnes chofes. C'eft
la fource de ces contre tems , où tombe
» l'efprit, quand il s'adonne à plufieurs chois
fes tout à la fois . De-là dérive la curiofité
» continuelle , qui porte à tout fçavoir , à
» tout entendre , à tout entreprendre. De-là
» viennent encore ces vaines converſations
fans fin , ces inquiétudes fi fréquentes
qui font caufe que nous ne fommes point
» contens de nous- mêmes , en quelquè état
» & en quelque pofture où nous nous met-
» tions , ce qui marque le peu d'affiéte de
» l'ame : & enfin cette légèreté , cette inſta-
» bilité continuelles , qui font changer à
» tout moment de place , defentiment & de
» deffein . »
»
•
Le II. Entretien traite des effets extérieurs
de la Pareffe. On y attaque d'abord
ceux qui perdent la moitié de leur vie à
dormir : ce qui donne lieu de développer
d'une manière ingénieufe ce que c'eſt que le
fommeil , fes effets & le bon ufage qu'on
doit en faire. On fait enfuite paffer en revûe
les differentes espéces de pareffeux , qui
couvrent la terre , tels que font les Joueurs
&
OCTOBRE . 1743 . 223123
& les Nouvelliſtes de profeffion , les gens
qui paffent leur vie à faire des vifites , à inventer
de nouvelles modes , à raffembler des
bijoux & à les troquer , à lire ou à faire des
Livres inutiles : ceux qui fe paffionnent
pour des Bibliothéques. ( On y donne en
pallant une maniére fort commode de ranger
une Bibliothéque. ) On n'oublie pas les
gens qui employent tout leur tems à rire &
å fe divertir de tout , ceux qui paffent leur
vie à jouer le rôle d'Amans ; enfin , les gens
d'Eglife, occupés à autre chofe qu'à leur pro
feffion.
»
Le III. Entretien eft employé à prouver,
que le travail & l'action regardent naturellement
toutes fortes de perfonnes , chacun
felon fa condition.... « Si nous jettons les
yeux , dit Théotée , fur toutes les chofes
» que Dieu a créées , nous verrons qu'elles
" font toutes dans l'action , felon le deffein
» du Créateur , & felon l'ordre qui leur a
» été preſcrit conformément à leur nature.
» Le Ciel , la Terre , la Mer , les Plantes &
» les Animaux font dans un travail conti-
» nuel . Si on confidére l'agitation où font
» inceffamment ces corps , on jugera aifé-
» ment que l'action eft la perfection &
» l'accompliffement de tous les êtres , &
» que Dieu n'a établi entr'eux la correfpon-
» dance qu'on y remarque , & cette dépen
» dance
#232 MERCURE DE FRANCE.
dance qu'ils ont les uns des autres , qu'a-
» fin que ce befoin leur fervit comme d'un
» aiguillon, pour les faire agir & travailler.
» Et cela étant , un pareffeux ne doit - il
» pas mourir de honte de fe voir au milieu
» de tous ces chofes , qui font en un mou-
» vement perpétuel , & d'être lui feul im-
» mobile , inutile & comme perclus de tous
» fes membres ? ... En vérité , il n'y a rien à
» mon fens qui foit moins digne d'un hom-
»me, qui a reçû de Dieu pour Loi irrévoćable
: de manger fon pain à la ſueur de fon
» corps.
"
" Mais , M. interrompt Zéroandre ,
» encore faut - il faire juftice à tout le
» monde ? Eft-ce donc que vous voudriez
»que les perfonnes de qualité allaffent tra
» vailler à la journée ?
» Rien moins que cela , répond Théotée ,
mais je voudrois bien que l'on ne fe fer-
„ vît pas de ce mot de qualité , pour couvrir
fa pareffe , comme fi la qualité donnair
» privilége de ne rien faire ; au contraire ,
elle nous oblige de travailler avec plus
d'application & à plus de chofes , parce.
que la naiffance, ou l'élévation de la fortu-
» ne nous en fournit plus de caufes & plus
de moyens. La voie de la vertu eft route
laborieufe , & fi une perfonne perfonne ,, quelque
rang qu'elle tienne dans la vie civile ,
39
»
>> veut
OCTOBRE. 1743. 2233
veut bien employer les talens & les occa-
» fions qu'elle en a , il n'y aura point de vie
plus active que la fienne , quoique cela fe
» faffe , fi vous voulez , fans aucune fueur
> ni aucune fatigue corporelle.
""
»
» Il est bien vrai , dit Angélique , que
»fouvent je fuis intérieurement en colére
de voir des hommes mener une vie de
femme ; & de les voir auffi fatisfaits de
» leurs perfonnes, que s'ils faifoient les plus
grandes affaires de l'Etat.... Tu n'as gar-
» de , dit Zéroandre en riant , de parler des
» femmes .
"
» Eh , n'eft- ce pas la même chofe , reprend
»Angélique ? Lorfque je parle de ces hom-
" mes , qui valent moins que des femmes ,
» eux qui font obligés de valoir davanta-
" ge ,
c'eft dire en même tems tout ce que
"l'on peut dire des femmes. Mais , avec la
» permiffion de ces Dames , puifqu'il faut
» dire quelque chofe de notre fexe , je ne
»puis m'empêcher de rire , quand je vois la
» molleffe & l'immobilité de nos maîtreffes;
" elles font toute la matinée fur une chaiſe
>> fans aucune action , comme fi elles étoient
» des Idoles . Quand je coëffe & que j'habille
Madame , je crois quelquefois être un
Sculpteur , qui travaille à une ftatue qu'il
» taille & tourne comme il veut ; avec cet-
» te difference toutefois que nos ftatuës par-
>> lent F
1234
MERCURE
DE FRANCE
.
>> lent & grondent
toujours ,
&
que
» des Sculpteurs
ne difent mot....
"3
celles
Philargie
s'émut un peu en cet endroit
, » & dit d'un ton dédaigneux
. Ce que vous » dites-là , Angélique
, me femble
un peu
» familier
,
« C'eſt , Madame
, répond Angélique
, pour montrer que nous fommes de bonne
» foi , & que fi nous trouvons
à redire aux
» hommes
, qui nous donnent
eux - mêmes
» l'exemple
de cette molleffe, nous ne vou-
» lons pas nous épargner, ni la diffimuler
en
» nous-mêmes.
ןכ
pro-
» Il eſt vrai , reprit Zéroandre
, qu'il y a » des gens qui fçavent peu fe fervir d'eux-
» mêmes. Il arriva il y a quelques
années , » qu'un jeune Seigneur
qui alloit à la
» menade , fe voyant furpris par la pluye , »fe tourna vers fon Gouverneur
, & lui dit
» comme en pleurant
; il me pleut dans la
» bouche ; l'autre lui répondit
: fermez - la
» Monfieur
.
» Hélas ! dit Angélique
en foupirant
, ſe » donna - t'il bien cette peine ? On dit que " oii , répondit
froidement
Zéroandre
;
» mais non fans
nature en pâtît. que
» Et que diriez -vous , reprit Angélique
, » d'une Dame chés qui je me rencontrai
l'au-
» tre jour ? quand on vint lui dire qu'une
» Ducheffe
alloit venir la voir , elle appella
aufli
OCTOBRE . 1743 . 2235
» auffi- tôt fa Demoiselle . Pigremont , venez
» me mettre mes deux boules dans la bouche ,
» & me faire faire mes deux mentons , s'écriant
» avec une abbatement de coeur extrême :
» Que cette Dame eft ruante avec ses vifites !
» il faudra que je me tienne droite . »
Ce dernier trait peint au naturel le ridicule
de ces Dames pareffeufes , en qui l'envie
de paroître belles , l'emporte fur l'averfion
naturelle qu'elles ont pour la gêne.
Le IV. Entretien contient des préceptes
généraux contre la pareffe , qui fe réduifent
à ces trois maximes. 1 ° . Qu'il faut faire
promptement le bien. 2 ° . Qu'il faut , avant
toutes chofes, avoir de bons fentimens de la
Religion , pour le porter à la vertu. Ces fentimens
y font dévelopés d'une maniére folide
& fatisfaifante. 3 ° . Qu'on doit conformer
fes actions à fa condition.
Le V. Entretien , & le VI , qui eft le
dernier , roulent fur les devoirs des Chefs
de famille , & premiérement fur l'Education
des enfans. Cette matière y eft traitée avec
beaucoup d'exactitude & de folidité. On y
avance d'abord une chofe , fort difficile à
perfuader à la plûpatt des Meres , mais qui
n'en eft pas moins vraie : c'eft l'obligation
où elles font d'avoir ſoin de leurs Enfans &
de les nourrir elles - mêmes , fi elles
vent.
peu-
Fij
Le
2236 MERCURE DE FRANCE.
le
Le tems de l'éducation fe divife en trois :
celui qui regarde la mere : celui qui regarde
pere , & enfin celui qui regarde l'enfant
c'eft- à-dire , celui auquel un jeune homme
commence à entrer dans le monde & dans
l'état auquel il eft appellé.
On traite enfin de la conduite domeſtique,
autrement de l'economie , ou du ménage.
Ce n'eft pas la partie la moins inftructive &
la moins utile de l'Ouvrage. On y trouvera
des régles excellentes & les maximes les
plus judicieufes, qu'on puiffe fuivre dans le
gouvernement d'une maiſon. Mais comme
Le détail , où l'on deſcend à ce ſujet , nous
meneroit trop loin , nous renvoyons au Livre
même.L'Auteur finit, en nous apprenant
que ces avis changérent entiérement les
fonnes pour qui ils avoient été donnés. Il
feroit à fouhaiter qu'ils fiffent le même effet
dans le coeur de tous les autres pareffeux . On
ne verroit pas tant de gens inutiles , & on
n'auroit pas lieu de dire avec un Ancien
que la plupart des hommes paffent une partie
de leur vie à ne rien faire , une autre à
mal faire , & le refte à faire toute autre chofe
que ce qu'ils doivent faire.
per-
THE'SES DE MATHEMATIQUES ,
foutenuës par M. de Thomas de la Valette ,
Penfionnaire de l'Académie Royale de fuilly,
OCTOBRE . 1743. 2237
ly , le 17. Juillet 1743. Broch. in-4 ° . de
28.
pages.
Ces Théfes font dédiées à M. le Comte
de Maurepas , Miniftre & Secrétaire d'Etat ,
Commandeur des Ordres du Roi , par une
Epître , dont voici les principaux traits .
Héritier du refpect qu'ont toujours eu
» pour votre nom ceux à qui je dois le jour ;
» honoré moi de vos bontés & de vos gra-
» ces; deftiné furtout à commencer fous vos
» ordres des travaux , dont je fais ici comme
» l'effai , je ne pouvois que m'empreſſer de
» vous offrir ce premier hommage....
» Souffrez , M. que malgré ma jeuneffe ,
» j'ofe dès ce jour me mettre fous vos yeux ;
" permettez à mon ardeur la flateufe idée
» de me voir bientôt dans ce Corps Mili-
» taire , que vous travaillez à rendre formi-
» dable fur les Mers. Si mes efforts dans les
» Lettres fe reffentent de ma foibleffe , de
plus grands dans les armes pourront ſi-
" gnaler mon courage. "
"
M. de la Valette , âgé feulement de 14. à
15. ans , foutint fes Théfes avec l'applaudiffement
d'une Affemblée nombreufe & dif
tinguée.
Quand il remercia M.le Comte de Maurepas,
ce Miniftre eût la bonté de lui marquer
fa fatisfaction , & d'ajoûter que le Roi le
faifoit Garde de la Marine.
Fiij
II
2238 MERCURE DE FRANCE.
Il eft petit - fils de M. de Thomas de la
Valette , Chef d'Efcadre des armées Navalles
, & petit- neveu de M. l'Evêque d'Autun
& du R. P. de la Valette , Général de l'Oratoire.
M. DE BARRY , Avocat au Parlement ,
que le Roi a nommé fon Interprête en Langue
Efpagnole , doit mettre au jour dans
peu , un Dictionnaire Eſpagnol & François,
où feront tous les mots , tant anciens que
modernes. Il demeure ruë S. Honoré , près
la Place de Louis - le - Grand , la porte cochere
attenant l'Image S. François. A Paris,
1743 .
THE ORIE de la figure de la Terre , tirée
des principes de Hidroftatique , par M.
Clairant , de l'Académie Royale des Sciences
, & de la Société Royale de Londres ,
in-8°.
TRAITE ' DE DYNAMIQUE , dans lequel
les loix de l'équilibre & du mouvement des
corps , font réduites au plus petit nombre
poffible , & démontrées d'une manière nouvelle
, & où l'on donne un principe général,
pour trouver le mouvement de plufieurs
corps , qui agiffent les uns fur les autres d'u--
ne imaniére quelconque , par M. Dalembert,
de
OCTOBRE . 1743. 2239
de l'Académie des Sciences , in- 4°.
JOHANNIS BERNOULLI , M. D. Mathefeos
Profefforis , Regiarum Societatum Parifienfis ,
Londinenfis , Petropolitana , Berolinenfis , Socii,
&c. Opera omnia tam antea fparfim Edi
ta , quam hactenus inedita. Tomus fecundus ,
quo continentur ea ab anno 1714. ad annum
1726. prodierunt ; in- 4 . Laufanna &
Geneva , fumptibus Marci Michaelis Bouf
quet , & Sociorum.
qua
Ces Livres fe vendent à Paris , chés David
l'aîné , ruë Saint Jacques , à la Plume
d'or.
ABBREGE' des Régles de l'Harmonie , poir
apprendre la compofition , avec un nouveau
Projet fur un fyftême de Mufique, fans tempérament
, ni cordes mobiles , dédié à MM .
du Chapitre de l'Eglife Métropolitaine &
Primatiale de Bordeaux , par M. Levens ,
Maître de Mufique de cette Eglife. A Bordeaux
, chés Jean Chappuis , Imprimeur-Libraire
, ruë Défirade , 1743 .
DISSERTATION fur l'Exil d'Ovide , avec
quelques Anecdotes , concernant les deux
Julies , par M. R. D. R. A Moulins , chés
Jean Faure , Imprimeur - Libraire , ruë de
Paris , 1743. in-8 ° .
Fiiij Hrs
2240 MERCURE DE FRANCE.
HISTORIA Monftri Gemelli coaliti &
compofiti in Regio hoc Emporio nati , Scholiis
illuftrata , quam in Studiofa Juventutis gra
tiam , annue Differtationis loco , Siftit Balth.
Joh. V. Buchwald , M. D. & Profeſſor , Confiftorii
Affeffor , &c . Spartam defendentis
ornante Bartholdo Wichmann , Philoſoph. &
Med. Stud. 24. April. 1743. Haunia , ex
Typogr. Reg. Maj. & Univerfitatis Typogr.
7. G. Hopffneri , 1743. in-4° . 60. pp. Fig.
an, 2 .
›
NOUVELLE TRADUCTION ANGLOISE des
Oeuvres de M. Sydenham , faite fur les Originaux
, où l'Hiftoire des Maladies aiguës &
chroniques , & la plus fure & plus courte
maniére de les traiter , eft décrite avec beaucoup
de fidélité , de clarté & d'exactitude
avec des notes qui éclairciffent la théorie &
la pratique , tirées des plus habiles Médecins
; on y a ajoûté la Vie de l'Auteur , avec
une Table . A Londres, 1743. in - 8° .
DISSERTATIO de Sanguinis Miffione , Autore
Hugone Gourraigne , Doctore Medico
Monfpelienfi , Regia Scientiarum Societatis
Socio , Monfpelii, apud Auguftinum Rochard ,
Regis & Univerfitatis Typographum unicum ,
in-8°. 1743.
TRAOCTOBRE
. 1743. 2241
TRADUCTION ITALIENNE des Inftitutions
de Phyfique de Mad. la Marquife du Chatellet
, faite fur l'Edition de 1742. d'Amfterdama
, comprenant les additions qu'on y a
faites . A Venife, chés Jean -Baptifte Pafquali,
Imprimeur-Libraire.
On a pareillement traduit & joint à ce
Volume , le Mémoire de M. de Mairan ,
touchant la méfure des forces vives , & fa
Lettre fur le même fujet , avec la Réponſe
de Mad.la Marquiſe duChatellet , 1743. in-8°.
Le vingt -fixiéme Tome della Raccolta di
Opufcoli Scientifici e Filologici , &c. paroît
depuis peu in- rz. à Venife.
L'Edition du Traité de Vignole della Per-
Speliva, avec Figures , paroît dans la même
Ville , chés le Banaglia , Lib. 1743. in fol.
D. Alberti Halleri Enumeratio methodica
Stirpium Helvetia indigenarum , 1742. in-fol..
Deux Volumes , à Gottingen , chés. Vanden-
Hoeck , Libraire..
1
HISTOIRE abbregée & critique de la Vie
Politique d'Olivier Cromwel , à Londres
chés C. Davis , Libraire. Nouvelle Edition .
NOUVELLE METHODE de prévenir & de
guérir la rage , caufée par la morfure des
chiens enragés , à Londres , chés G. Meyer ,
Libraire dans le Strand..
Fy On
2242 MERCURE DE FRANCE.
On nous écrit de Rome, du 7. Avril 1743 .
qu'on y prépare un Ouvrage , qui a pour titre:
Parallele des Fables de M. de la Fontaine,
avec celles de Pietro Targa , & de Giov. Maria
Verdizoti , Poëtes Italiens.
Dans une colonne , on voit l'Italien , &
dans l'autre le François , avec des Notes critiques,
dans lefquelles on remarque les beautés
& les défauts de ces Auteurs ; on y donne
la préference à celui qui paroît la méri
ter. Et deux Difcours :: le premier fur l'Apo-
Logue , & fur le caractére des principaux Auteurs
, qui ont excellé dans ce genre , parmi
les Grecs , les Latins , les. Italiens , les François
, &c. Le fecond Difcours eft fur l'Imitation..
Targa & Verdizoti ont écrit vers le milieu
du feiziéme fiécle : ils ont donné les
premiéres Editions de leurs Fables en 1569..
& 1.570. environ un fiècle avant M. de la
Fontaine..
Dans cet Ouvrage , on fe propofe de prouver,
que le célébre M. de la Fontaine a heureufement
imité dans fes Fables , Targa &
Verdizoti , comme Bocace , & quelques autres
dans fes Contes
Cet Ouvrage étoit prefque fini, lorfqu'on
a volé à l'Auteur la premiére Edition de
Targa , Auteur fi rare , qu'on n'en trouve
abſolument nul Exemplaire dans aucune des
cinq
OCTOBRE . 1743.1 2243
cinq Bibliothèques publiques de Rome , ni
chés les Libraires ; & en même tems fes Difcours
& fes Notes . Il a repris fon Ouvrage ,
qui paroîtra bientôt.
>
Bernabo & Lazzerini , Libraires à Rome
ont donné depuis peu une Nouvelle Edition
, de l'important Ouvrage de M. Vaillant
fur les Médailles Impériales. NUMIS--
MATA Romanorum Imperatorum præftantiora
à Julio , &c. avec un Supplément conſidérable
3. Vol. in-4° . 1743.
Philippe Argelati , Directeur de l'Imprimerie
Palatine de Milan , a achevé d'imprimer
la nouvelle Collection des Hiftoriens Mi-
Lanois , à Milan. 2. Vol. in fol.
Le IV. Tome du grand Ouvrage de M.
Muratori , intitulé : THESAURUS Novus
veterum Infcriptionum , &c. paroît ; il eft ac-'
compagné de deux Appendix , dont l'un
contient les nouvelles Infcriptions , reçûës
durant ou après l'impreffion ; & le dernier
une Table générale de tout le Recueil..
DESCRIPTION de l'Egypte depuis
Alexandrie jufqu'aux Sources du Nil ;
contenant un récit hiftorique des Antiquités
, du Gouvernement , des Coûtumes ,
Fvj
des
2244 MERCURE DE FRANCE.
des Moeurs , & de l'Hiftoire naturelle de ce
Pays , avec un voyage depuis le Grand Caire
jufqu'au Mont Sinaï , enrichie de 75. Planches
gravées en tailles donces, qui repréfentent
les Plans & les Deffeins de la plupart
des Temples & des anciens Edifices de l'Egypte
, & particuliérement de Thébes ,
Londres , par M. Richard Pokoke. Chés J.
& P. Knapton , W. Innys , W. Meados , &c.
1743. L'Ouvrage eft en Anglois. L'Auteur
a fait auffi graver une Carte de toute l'Egypte,
en huit feüilles.
TRAITE ' de l'origine des Maladies , & de
P'ufage de la Poudre purgative , par M. Jean
Ailhauld , Docteur en Médecine de la Ville
d'Aix. Le prix de cette poudre eft de 25. fols
la prife. On trouve ce Livre à Avignon , chés.
Fortunat la Baye , Imprimeur-Libraire , à la
Place de Saint Didier 1742.
Les Freres Duplain, Libraires à Lyon, donnent
avis au Public, qu'ils mettent en vente
la Nouvelle Edition des Oeuvres de Mc.
Jean Bacquet , en 2. Vol. in -fol. augmentée
confidérablement par M. Deferrieres. Et un
fecond Volume du Livre intitulé : Effais fur
l'Hiftoire des Sciences & des Arts , par M. de
Juvenel. Le premier Volume de cet Ouvrage
parut il y a deux ans .
ABBREGE'
à
OCTOBRE. 1743 .
2245
ABBREGE' de la Vie du P. Ignace Azevedo ,
de la Compagnie de Jefus , & de fes trenteneuf
Compagnons , martyrifés par les Hé-
Fétiques , en allant au Bréfil ; à Rome , chés
Antoine de Roffi , Libraire ; dédié au Roi de
Portugal Jean V. par le Pere Cordara. L'Ouvrage
eft en Italien .
LES MOEURS & les Ufages des Grecs , par
M. Menard , Confeiller au Préfidial de Nifmes
, Académicien Honoraire de l'Académie
des Sciences & des Belles- Lettres de
Lyon , & Affocié à celle des Belles -Lettres.
de Marfeille ; à Lyon , chés la veuve de la
Roche , & fils , ruë Merciere , à l'Occafion.
Vol. in-12. 1743-
PROBLEME fur la Quadrature du Cercle,
pour démontrer géométriquement , que fa
circonférence du quarré du diamétre , eſt à
la circonférence du cercle , comme le quar
ré du diamètre eft à la fuperficie du cercle ,
qui doit être géométriquement égal à un
quarré , dont la racine donne le côté déterminé
, qui doit être moyenne proportionnelle
géométrique , entre le rayon du cercle
& fa demie circonférence ; & que le côté de
ce quarré foit commenfurable , tant au diamétre
du cercle, qu'à fa circonférence . Tout
l'embarras de ceProblême, confifte à déterminer
2246 MERCURE DE FRANCE.
ner ce côté du quarré , qui doit être égal au
cercle , fans jamais tomber dans les incommenfurables
, ce qui eft le noeud de la difficulté.
De-là on conclud, que la circonférence
du cercle , eft à la moitié de la circonférence
du quarré du diamétre , comme la fuperficie
eft au quarré infcrit..
On prie très - humblement les Sçavans de
décider , fi celui qui pourra refoudre ce Problême
, donne la Quadrature..
A Grenoble , ce 7. Juillet 1743.
On apprend de Rome que l'on y a trouvé
dans une vigne aux environs , en creufant
la terre , des ruines fouteraines , qui défi
gnent la place où étoit fitué le Cirque de
I'Empereur Adrien .
ASSEMBLE'E PUBLIQUE de
l'Académie Royale des Belles-Lettres
de Marfeille.
'Académie des Belles - Lettres de Marfeille tint ,
fuivant la coûtume , fon Affemblée publique , le
25 Août , Fête de S. Lo Urs. Elle eut au-deflus de
celles des années précédentes , la fatisfaction d'adjuger
deux Prix , l'an à l'Eloquence , l'autre à la
Pocfie , celui d'Eloquence de l'année derniére ayant
été réſervé.
Le R. P. Lombard , Jéfuite de Touloufe,fi conna
par
OCTOBRE. 1743. 2247
par tant de beaux Ouvrages , & par tant de Couronnes
remportées aux JEUK FLORAUX , les a
remportés tous deux. On peut dire que Marſeille
lui devoit au moins une Couronne , en reconnoif
fance de la belle Elégie , que ce grand Poëte compofa
au fujet de la derniére Pefte.
La Séance fut ouverte par un Difcours que prononça
M. de Robineau , Commiffaire des Guerres ,
& alors Directeur de l'Académie: Ce Difcours roula
fur ce qui faifoit le fujet de l'Affemblée . L'Eloge
de feu M. le Maréchal de Villars , Fondateur de
l'Académie , & celui de M. le Duc , fon digne fils ,
actuellement Protecteur , n'y furent point omis ,
non plus que celui du Père Lombard.
Après ce Difcours , on lût le Poëme couronné, qui
fe trouvera dans le Recueil imprimé de l'Académie..
M. de la Vifclede , Sécrétaire perpétuel , continua
la Séance par l'Eloge de M. l'Abbé de Croze ,.
P'un des Académiciens , morts durant le cours de
Pannée .
M. Dulard lût une Epitre en Vers fur les fujets les
plus propres à produire le vrai enthousiasme Poëtique.
Cette Epitre avoit été envoyée pour Tribut à l'Académie
Françoiſe.
M. de la Vilclede lût enfuite l'Eloge de feu M: de
Baftide , Lieutenant Criminel de Marſeille , autre
Académicien , décédé dans l'année.
La Séance fut terminée par une petite Piéce de
Poëfie Anacreontique , que lût M. Sinety.
L'Académie a donné pour Sutet de Profe , pour
le Prix de l'année prochaine ces paroles , Qu'il eft
plus difficile & plus glorieux de remplir exact ment
fon devoir , que defaire des actions brillantes , qu'il
n'exige point.
ESTAMPES
2248 MERCURE DE FRANCE.
ESTAMPES NOUVELLES.
L'AGE VIRIL , grande Eftampe en large , gravée
par J. Moyreau , d'après le Tableau original de
J. Raoux , Peintre du Roi , de 4. pieds de large , fur
32. pouces de haut , du Cabinet du Chevalier d'Orleans
, Grand- Prieur de France , & Général des Galeres.
Cette Eftampe eft la troifiéme que le fieur
Moyreau grave d'après le même Maître , qu'on
trouve chés lui , ruë S. Jacques , à la vieille Pofte ,
vis-à-vis la rue du Plâtre. On lit ces Vers au bas.
Cet âge , où la Raiſon ſeule doit dominer ,
Par differens objets nous appelle à la gloire ,
Et les divers talens doivent déterminer
Les routes que l'on s'ouvre au Temple de Mémoire,
Sur les pas des Sçavans , ou fur ceux des Guerriers.
Il faut bien confulter ceux que le Ciel nous donne ;
Si des travaux de Mars un coeur foible s'étonne ,
Qu'il cherche alors des Mirthes , & non pas des
Lauriers.
PORTRAIT Ovale , Bufte en hauteur, d'Anne-
Charlotte Gauthier de Loiferolle , époufe de M.
Aved , Peintre du Roi , & des plus habiles de l'Académie
, pour le Portrait , gravé par M. Balechou ,
fon ami, avec un art & une intelligence admirables.
JOUEUR DE MUSETTE , Eftampe en hauteur
jeune homme affis , jouant de la Mufette ,
demi figure , gravée par R. Gaillard , d'après le Tableau
de M. le Clerc. Cette Eftampe fe vend chés.
M. le Bas , Graveur du Roi , ruë de la Harpe.
Autre Eftampe en hauteur , faifant pendant à la
précédente ,
OCTOBRE . 1743. 2249
précédente , fous le titre de LA VIELLEUSE :
C'eft une jeune perfonne affi.e , qui joue de la Vielle
, par le même Graveur , & d'après le même Peintre.
Elle fe vend à la même adreffe .
Le fieur Petit , Graveur , rue Saint Jacques ,
à la Couronne d'Epines , près les Mathurins , qui
continue de graver avec fuccés la fuite des Hommes
Illuftres du feu fieur Defrochers , Graveur du
Roi , vient de mettre au jour les Portraits fuivans,
D. BERNARD DE MONTFAUCON , Religieux
Bénedictin , de la Congrégation de S, Maur ,
né au Château de Soulage , Diocèſe de Narbonle
17. Janvier 165. mort à Paris le 21. Décembre
1741. On lit ces Vers au bas.
ne ,
De la fçavante Antiquité ,
Par plus d'un excellent Volume ,
Cet illuftre Ecrivain perçant l'obſurité
A bien mérité que fa plume
Lui donne l'immortalité.
GILBERT BURNET , Evêque de Saliſbury,
& Chancelier de l'Ordre de la Jarretiere , né le 18 .
Septembre 1643. mort le 17. Mars 1714. On lit
ces Vers au bas.
On pourroit croire , avec quelque apparence ,
Qu'en te faifant Evêque & Chancelier ,
Le fort t'auroit donné la jufte recompenfe
De ton mérite fingulier ;
Mais non , fameux Burnet , ces nobles
avantages
Sont au- deffus de tes Ouvrages.
Rien ne contribuë tant à l'utilité publique , & à
l'avan
2250 MERCURE DE FRANCE.
l'avancement des Lettres en particulier , que la
perfection des Arts . On peut dire que celui de la
Gravûre en général , eft prefque arrivé à fon plus
haut dégré. Mais nous n'avions point encore vû
d'Artifte qui eût fçû graver avec tant de correction ,
d'adreffe & d'élégance, les Lettres des Langues fçavantes
, comme celui qui donne lieu à cet Article.
Le fieur Charpentier , Graveur en Lettres , vient
de publier en deux grandes Planches , parfaitement
bien gravées en Taille-douce , un Effai de fa capacité
en ce genre. Dans la premiére Planche on lie
le Texte Grec de cette Fable d'Efope , où le Vieillard
appelle la Mort à fonfecours . Après la Fable fuit la
Morale, auffi en Grec. Au - deffous du Grec eft l'Taterprétation
Latine de la même Fable , avec la Morale
, & enfin l'Explication Françoiſe . Le tout
traduit & gravé par le même Graveur.
Dans l'autre Planche eft gravée l'Epigramme 24.
du VIII. Livre de Martial : Si quid forte petam, &c.
Au- deffous eft gravée la Traduction de la même
Epigramme en Vers Grecs , de la Compoſition de
M. Capperonnier , Profeffeur en Langue Grecque au
Collége Royal.
Et.au- deffous du Grec , eft l'Imitation de la même
Epigramme , en Vers François .
D'un oeilpropice & gracieux
Jupiter voit toujours celui qui le ſupplie.
Le Sculpteur ne fait pas les Dieux ;
C'eft plutot celui qui les prie .
On eft moins furpris de cette belle Exécution ,
quand on fçait que M. Charpentier , avant que
exceller à manier le Burin des Lettres , a fait fes
Humanités
OCTOBRE. 2251 1743.
Humanités avec diftinction , & que les principale
Langues fçavantes lui font familiéres .
Il demeure dans le Cloître de S. Julien le Pauprès
la Fontaine S. Severin .
vre ,
Le fieur Lemaire , Maître de Mufique , vient de
mettre en vente les cinq nouvelles Cantatilles pour
les Deffus , avec accompagnemens de Flutes , Vio-
Jons ,annoncées dans le Mercure dernier , dont les
quatre premieres font tirées des quatre Tableaux
des Albanes , fous les titres de la Toilette de Vénus ;
Les Forges de l'Amour ; Vénus & Adonis ; Diane ,
vengée punie , quatrième & dernier Tableau . Cli
mene Tircis , cinquiéme Mufette. Partition in-4°.
gravée, 24. fols piéce..
dont
On trouve aux addreffes fuivantes les nouvelles
Fanfares ou Concerts de Chambre , en Trio , pour
les Violons , Flutes , Hautbois , Mufettes , Vielles ,
Baffons , Violoncelles , Timballes & Trompettes.
Plus , quarante- quatre autres Cantatilles ,
les cinq derniéres font de cette année & les fix
autres nouvelles pour 1744. Six Livres de Motets ,
30. fols piéce , exécutés aux Concerts du Château
des Tuilleries. Il donnera dans le mois de Décembre
prochain la Cantatille du Dépiù amoureux , pour
une Baffe-Taille , qui fera la cinquantiéme. Le tour
mis en Mufique par le fieur Lemaire.
à
On vend ces Ouvrages à Paris , chés l'Auteur ,
au bas du Pont S. Michel , chés un Chirurgien ; au
Mont Parnaffe , chés Ballard , fils , rue S. Jean de
Beauvais ; chés Mad. Boivin, à la Régle d'or , rues
S Honoré , & chés le Clerc , à la Croix d'or , rue
du Roulle , 1743 .
ruë
Le fieur le Rouge , Ingénieur , Géographe du Roi,.
à Paris , rue des grands Auguftins , vis- à- vis le Panier
2252 MERCURE DE FRANCE.
nier fleuri , vient de publier une nouvelle Carte dTtalie
, en une feuille , & une Carte du Duché J
Lorraine , & des trois Evêchés , dreffée fur les nouvelles
Obfervations de M. de Caffini.
region region regler negliem regjim reglen reglen region reglerfor an
L
AIR.
E Nectar qu'Hebé verſe aux Dieux ,
Ne vaut pas la Liqueur charmante
Que l'Automne abondante
Fait couler dans ces Lieux.
Pour brifer de l'Amour les dangereufes chaînes ;
Les Dieux dans le Nectar ne trouvent nul fecours,
Et dans le Vin nous en trouvons toûjours ,
Pour triompher des inhumaines.
SPEC
M
THE
NEW
YORK PUBLIC
LIBRARY
ABTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
.
HE NEW YORK
PUBLIC LIBRARY .
ABTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS .
OCTOBRE. 1743 . 2253
$22525252525252525 25252525252525252
SPECTACLES.
TRAGEDIE ET BALLET.
repréfentés au Collège de LOUIS LE GRAND,
le 7. Août dernier.
O
N donna pour la diftribution des Prix
fondés par le Roi, la Tragédie Latine
de Juftin I. Empereur de Conftantinople.
L'Auteur eft le P. Geoffroy , Profeffeur de
Rhétorique au Collège de LOUIS LE
GRAND , & fucceffeur du P. de la Sante
dans cette carriére , également épineuſe &
brillante. La Piéce mérite le fuccès dont le
Public l'a honorée. Les penfées font grandes
& fublimes , les fentimens nobles &
élevés , l'expreffion brillante & choifie , la
Verfification harmonieuſe . L'ordonnance &
l'oeconomie de la Piéce ne méritent pas
de moindres éloges ; le plan eft uniforme &
régulier ; les Scénes bien liées ; les incidens
ménagés avec art , l'intrigue habilement
conduite , le dénouement heureux & bien
préparé. Il eft glorieux au nouveau Profeſfeur
de débuter par un Ouvrage , digne des
plus grands Maîtres.
L'exécution Théatrale n'a pas eu moins de
fuccès ; M M. de Palacios, du Peyrat , le Duc,
qui foutenoient les principaux Caractéres 9
Le
2254 MERCURE DE FRANCE.
fe font diftingués par les graces & la vivacité
de la déclamation .
Noms & Perfonnages des Acteurs.
Anaftafe , Empereur de Conftantinople , M.
de Palacios,
Trafille , neveu d'Anaſtaſe , M. Veyrier.
Juftin , M. le Duc.
Juftinien , neveu de Juftin , M. le Chauve.
Adrafte , M. du Peyrat.
Vitalien ... Crifpe , Capitaine des Gardes ,
M. de Chroifeuil.
Megifte , Patricien de Conftantinople , M.
S. Leu.
que
SUJET.
Anaftafe , Empereur de Conftantinople ,
exerce un Empire tyrannique fur fes Sujets.
Les cris féditieux du Peuple , le murmure
des Grands , les reproches de fa confcience,
les prédictions même de fes Devins , le jettent
dans les accès d'une noire trifteffe ,
rien ne peut diffiper ; il craint également
pour fa vie & pour fa Couronne ;
pour prévenir toute furprife , & fe precautionner
contre fon propre Peuple , il fait
entrer dans la Ville des troupes étrangeres ,
qui font à fa folde , & fous les ordres de Vitalien
; démarche imprudente, qui fut la caufe
de fa ruine : en effet Vitalien , qu'une ſecrette
OCTOBRE. 1743. 2255
crette ambition dévore , & qui cherche de
puis long- tems les moyens de la fatisfaire ,
juge l'occafion favorable , fe ligue avec
Adrafte , pour détrôner Anaſtaſe & envahir
la Couronne. Tout femble favorifer l'exécution
de ce Projet ; la haine du Peuple
pour Anaſtaſe ; la foibleffe & l'irréfolution
du Tyran ; le dévouement des troupes qu'il
a fçû attacher à fes intérêts ; le feul Juftin
paroît vouloir traverfer fon entrepriſe. C'eſt
un homme d'une fageffe & d'une valeur
éprouvée , accrédité parmi le Peuple , attaché
à fon Prince par reconnoiffance & par
Religion. Adrafte ( complice de Vitalien )
qui n'ofe efperer de le corrompre , cherche
l'occafion de le perdre dans l'efprit de fon
Maître. Une nouvelle fédition lui en fournit
bien-tôt les moyens. Le Peuple , fatigué
des cruautés d'Anaftafe, fe fouleve,proclame
Juftin Empereur , & lui fait offrir la Couronne
par Mégifte. Anaftafe effrayé , coufulte
Adrafte , fon Miniftre & fon Oracle.
Adrafte répond , que la mort feule de Juſtin
peut conjurer l'orage. Anaftafe délibére.
Adrafte le preffe , le Prince réfifte .... il
céde enfin. Juftin eft enlevé par fon ordre ,
arrêté & mis aux fers.Cette premiére intrigue
ayant réüffi, Adrafte fonge à perdre l'Empereur
même.Il fait courir le bruit dans la Ville
que Juſtin vient d'expirer par ordre du Tyran
2256 MERCURE DE FRANCE,
ran. Cet artifice a fon effet. La fedition recommence
: le Peuple en fureur , fe faifit de
la perfonne de Trafille , neveu d'Anaſtaſe ,
& l'immole aux yeux de fon oncle.L'Empereur
indigné , veut venger la mort de fon
neveu , mais à peine eft-il hors de fon Palais,
qu'il eft attaqué par une troupe de factieux,
renverfé & bleffé à mort par Adrafte
même. Au bruit de ce funefte accident, Juftin
oublie qu'Anaſtaſe eſt ſon ennemi , &
court venger fon Maître & fon Empereur ;
tout fait à la vue de ce Héros ; il pourfuit
Adrafte , le fait prifonnier & le préfente
chargé de chaînes à Anaſtaſe. Ce Prince l'accable
de reproches & l'envoye au fupplice
; il témoigne enfuite fa reconnoiffance
à Juftin ; avouë fon injuſtice à ſon égard , &
prêt d'expirer , lui remet fon Sceptre entre
les mains. Le Peuple confirme fon choix ,
rend fes hommages au nouvel Empereur ,
& le porte en triomphe au Trône des Céfars.
On peut juger par le Tableau racourci ,
du mérite de cette Piéce , vraiment tragique
& digne de la majeſté du Cothurne . Le
troifiéme & le cinquiéme Actes renferment
des traits qui ne feroient pas indignes de
nos plus illuftres Poëtes.
Le Ballet intitulé les Caprices , fervit d'interméde
à la Piéce Tragique.
Les
OCTOBRE. 1743. 2257
A
Les Caprices , dit ingénienfement le Profeffeur
dans fon Programme , font dans la
vie ce que les vents font fur la Mer; un fecours
& un obftacle à la Navigation. Il n'eft point de
Mer dont les flots ne foient affujettis aux caprices
des vents : il n'eft point de Société dont
le cours ne foit agité par le fouffle des Caprices.
Un coup de vent conduit au Port & brife contre
un écueil les Navires les plus richement
chargés unfeul Caprice éleve & renverſe les
fortunes les plus opulentes.
On fe propofe d'examiner dans les quatre
parties de ce Ballet. 1 ° , Les fources des
differens Caprices ; 2 °. L'étendue de leur Empire;
30.La force de leur pouvoir; 4° . Le danger
de leurs effets.
L'ouverture repréſentoit le fameux Combat
de Bellerophon contre la Chimére.
PREMIERE PARTIE.
Le Caprice a fes fources dans le Caractére,
dans le Tempérament & dans l'Imagition.
CARACTE'RE VIOLENT. Source du
Caprice brutal & féroce.
Néron , fans autre motif qu'une envie
capricieufe & cruelle de fe repréfenter l'Incendie
de Troyes , met le feu à une partie
de Rome ; du haut d'une Tour , il contem-
G ple
2258 MERCURE
DE FRANCE
.
ple avec plaifir le progrès de la flâme , &
lance des feux fur les malheureux
qui viennent
à travers les ruines de leurs maiſons ,
implorer fa clémence.
On ne peut rien de mieux exécuté que cette
premiére Entrée, L'image d'une Fille embrasée,
les cris lugubres d'une multitude éplorée , les
fureurs de Néron , firent un Spectacle des
plus frappans & des plus animés.
TEMPER AMMENT
CHAGRIN. Source du
Caprice fombre & mélancolique
.
Timon Milantrope fe fépare du commerce
des hommes ; il le regrette dès qu'il
eft dans la folitude ; la Nobleffe des environs
cherche à le diftraire par des parties
amufantes : il affecte d'y paroître infenfible;
il retourne à Athénes , d'où il s'étoit exilé
trop ennemi des hommes , pour fouffrir leurs
défauts , & trop homme lui-même › pour fe
paffer de leur commerce.
IMAGINATION
LEGERE
, fource du
Caprice badin & amusant.
Un Lecteur de Romans eft tranfporté
par la Déeffe Manie , dans un Pays habité
par les Fées. Elles étalent à fes yeux les ri- cheffes de leur Art . Un affreux Rocher ſe
change en Palais ; une Campagne déferte
devient un Bocage enchanté; les Arbres
s'animent
OCTOBRE . 1743. 2259
s'animent au fon des Inftrumens , & s'arrangent
en cadence au gré de fes défirs.
SECONDE PARTIE.
Etendue de l'Empire du Caprice.
regne
Il fur les Grands , gouverne
Peuples , foumet les Sages.
Empire du Caprice fur les Grands.
les
L'Empereur Caligula avoit entrepris , à
l'exemple de Xerxès, de donner des loix ou
des bornes à la Mer ; de retour à Rome
fes Soldats lui font un triomphe digne de
cet Exploits une Conque Marine lui fert de
Char;il a pour Sceptre un Trident; les Vents
legers voltigent à fes côtés ; ce Prince
ébloui par l'éclat de fa gloire , veut faire
abbattre les Statues des anciens Triomphateurs.
Les Ombres de ces Héros paroiffent ,
mettent en fuite fes flateurs , & le renverfent
lui-même de fon Char,
Empire du Caprice fur les Peuples.
des
Le Prife d'une Ville de Theffalie par
Joueurs de Gobelets & autres Charlatans de
cette efpece , eft l'objet de cette Entrée ; elle
fut fuivie d'une Pantomime , dont la repréfentation
amufa long-tems & agréablement
le Spectateur :
Gij En2260
MERCURE DE FRANCE.
Empire du Caprice fur les fages.
Des Philofophes , efcortés par des chiméres
, tiennent leurs regards élevés vers le
Ciel, fans penfer aux précipices que la Terre
ouvre fous leurs pas ; d'autres veulent pénetrer
des fecrets que l'Auteur de la Nature
a dérobés à la connoiffance des hommes.Minerve
exclut de fon Ecole les faux fages , &
trouve dans les partifans du Caprice & des
fictions plus de vraie fageffe , que dans ceux
qui devroient en être les interpretes & les
organes : MM . de Chabanon & Vananen, qui
danferent feuls dans cette Entrée , furent
généralement applaudis .
TROISIEME PARTIE.
Pouvoir du Caprice.
Il change le mérite en crime , les goûts en
Loix , l'héroisme en foibleffe.
Pouvoir du Caprice contre le mérite.
La mort de Dion de Syracufe , eft réfoluë
par un Peuple , à qui fon mérite & fa puiffance
font ombrage ; on charge quatre affaffins
de l'exécution de cet Arrêt ; à la vûë
de ce grand homme , nâgeant dans fon
fang , le Peuple fe rappelle l'idée de fa gloire
; la compaffion fe tourne en fureur contre
OCTOBRE. 1743 . 2261
ツ
tre les affaffins ; ils font immolés à la ven
geance publique , & l'on fait à Dion une
pompe funebre, digne de l'admiration qu'on
a pour fes vertus.
Pouvoir du Caprice contre les Loix.
Amurath , Empereur des Turcs , rencontre
dans une Place un homme yvre , qui lui
difpute le paffage , & fe vante d'être auffi
riche que lui ; ce Prince lui propofe d'acherer
Conftantinople ; celui- ci lui préfente fa
bouteille , qu'il prétend contenir plus que
le prix de la Ville. L'Empereur la vuide , &
étant entre deux vins , éleve cet homme à la
dignité de Vifir : revenu à lui-même il confirme
fon choix . La faveur du Prince eft fuivie
de l'hommage des Courtifans : au milieu
de cette fête, Bacchus fe préfente, & verfant
fa liqueur , échauffe tellement leurs efprits
qu'ils obligent le nouveau Vifir à caffer la
Loi qui défend parmi eux l'ufage du vin.
Pouvoir du Caprice contre l'Héroïfme.
Annibal s'endort au milieu des plaifirs ;
l'ombre de fon Pére Amilcar fe préfente pendant
fon fommeil , & lui fait voir en fonge
les Romains prêts à venger leurs défaites par
fa mort ; il s'éveille & veut rappeller les Carthaginois
; il les voit défarmés , & lui même
fans armes , fe trouve égaré dans un laby-
Giij rinthe ,
2262 MERCURE DE FRANCE.
rinthe, que les jeux ont formé autour de lui.
QUATRIEME PARTIE.
Effets que produit le Caprice.
Fauffes idées fur le point d'honneur ; mauvais
goût dans les modes ; extravagance & fureur
dans les fuperftitions.
Effets du Caprice par rapport au point d'honneurs
lafureur des duels fait l'objet de cette Entrée.
Effets du Caprice fur les modes..
des
L'exemple qu'on en donne ici, eft emprunté
de la Danfe; les plus grands Maîtres viennent
faire preuve de leurs talens ; la richeffe des
habits ; la nobleffe de la Danfe ;; llaa grace
mouvemens ; rien ne peut plaire à un peuple
de fpectateurs légers & inconftans ; des
Danfeurs bouffons fe préfentent , habillés
d'une façon bizare ; le Caprice , feul Maître
dont ils ayent pris leçon , leur attire les
fuffrages refufés au mérite. Cependant le
bon goût confole le talent de fa difgrace, &
le génie de la Danfe promet de la réparer ,
en affociant le caprice au goût ; on donne
l'effai d'une Danfe formée par le talent , reglée
par le goût , variée par le Caprice.
Effets du Caprice dans les fuperftitions.
Des peuples de differens climats déliberent
OCTOBRE. 1743. 2263
rent entre eux fur le choix des Dieux qu'ils
doivent adorer , & fur les efpeces de cultes
qu'ils leur rendront ; le Caprice fe préſente
à eux , & prenant differentes formes de Divinités,
marque lui -même les honneurs qu'il
exige ; la vérité paroît , & pour les détacher
de leur erreur , fait ne leur en montrer
le ridicule.
que
Ballet général.
La raiſon indignée des victoires que lesCaprices
remportent fur tous les âges, juge que
pour détruire l'empire qu'ils ont ufurpé , il
fuffit de les abandonner à eux-mêmes . L'ef
prit de vertige les emporte ; ils ſe détruiſent
fes uns les autres , & la laiffent rentrer dans
tous fes droits ; les peuples lui rendent hommage
, & la placent fur un Trône : M. de
Chabanon réunit tous les fuffrages , & danfa
avec une grace qui fut admirée des plus
grands Maîtres.
•
La diftribution des prix fe fit à l'ordinaire,
vers la fin de l'action . On vit avec joie une
illuftre & brillante jeuneffe , prefque toute
compofée de MM. les Penfionnaires du Collége
, paroître fur le Théatre , pour y être
couronnés .
M. le Cardinal Crefcenzi , Nonce du Pape
, plufieurs Prélats & autres Perfonnes de
la premiére diftinction ,honorerent la fête de
G iiij leur
2264 MERCURE DE FRANCE.
leur préfence, & le Spectacle de leurs éloges .
M. Malter , Compofiteur des Ballets de
l'Opera , fe furpaffa lui-même dans l'exécution
de celui- ci.
EXTRAIT de la Tragédie de la Mort
de Céfar , en trois Actes , repréſentée au
Théatre François , le 29. Août dernier ,
annoncée dans le Mercure du même mois.
ACTEURS .
Céfar , Dictateur ,
Marc-Antoine , Conful ,
Dolabella , ami de Céfar ,
Junius Brutus,
Caffius ,
Calca ,
Cimber ,
Sconjurés
le Sr Sarrazin.
le Sr le Grand,
le Sr Defchamps.
le Sr Grandval.
le Sr Paulin.
le Sr Dubois.
Le Sr Rofelly.
Cinna ,
Decimus ,
Les Romains .
Licteurs.
le Sr de Bonneval.
le Sr Dubreuil.
La Scéne eft à Rome , au Capitole.
QUoique cette Tragédie n'ait cû
pas ch
tout le fuccès que les Comédiens s'en
étoient promis , on ne fçauroit diſconvenir,
fans injuftice , qu'elle n'ait de grandes beautés.
Plufieurs circonstances ont contribué à
lui faire perdre de fon prix , mais la principale
,
OCTOBRE. 1743. 2265
"
les
pale , c'eft d'avoir été donnée fur le Théatre
François , qui n'eft nullement fufceptible
d'un Sujet dénué d'amour , & par conféquent
d'Actrices. M. de Voltaire eft trop
éclairé, pour n'avoir pas prévû cet inconvénient
, mais il n'a pû réfifter.à l'impatience
des Acteurs , qui venoient de donner fa
Mérope , d'une maniére fi avantageuſe pour
l'intérêt & pour la gloire. La Mort de Céfar
avoit été donnée autrefois par le célébre
Shakespear , Anglois ; M. de Voltaire, à la
priére de fes amis , en traduifit une Scéne ,
mais il n'ofa aller plus avant , rebuté par
défauts dont laPiéce entiére fourmilloit , parmi
beaucoup d'excellens endroits ; il nous
fuffit pour juftifier fon dégoût , de dire que
l'action de cette Tragédie commençoit par le
triomphe de Jules-Céfar au Capitole , &
finiffoit par
la mort de Brutus & de Caffius,
à la Bataille de Philippes . Celle dont nous
allons rendre compte , fut repréfentée pour
la premiére fois à l'Hôtel de Saffenage ; elle
a été jouée depuis aux Colléges d'Harcourt
& Mazarin , & en dernier lieu fur le Théatre
François . Nous avons crû que le Public
feroit bien aife d'en voir l'Extrait dans notre
Journal.
Au premier Acte , Célar & Antoine ouvrent
la Scéne ; Antoine addreffe ces Vers à
Céfar.
Gy Célar ,
}
22 66 MERCURE DE FRANCE..
Céſar, tu vas regner . Voici le jour auguſte ,
Où le Peuple Romain , pour toi toujours injuſte ,.
Changé par tes vertus , va reconnoître en toi
Son vainqueur , fon appui , fon vengeur & fon
Roi , & c .
Céfar , preffé par Antoine , de lui ouvrir
fon coeur , lui répond :
Cher Antoine , il faut t'ouvrir mon coeur ;
Tu fçais que je te quitte , & le Deftin m'ordonne
De porter nos Drapeaux aux Champs de Babylone..
Je pars , & vais venger fur le Parthe inhumain
La honte de Craffus & du Peuple Romain , & c.
Ton ami fe flate
Que le vainqueur du Rhin peut l'être de l'Euphrate;;
Mais cet espoir m'anime & ne m'aveugle pas ;
Le fort peut fe laffer de marcher fur mes pas , & c,
Mais j'exige , en partant , de ta tendre amitié ,
Qu'Antoine à mes Enfans à jamais foit lié ;
Que Rome, par mes mains défenduë & conquiſe,
Que la Terre à mes Fils , comme à toi, foit ſoumiſe,,
Et qu'emportant d'ici le grand titre de Roi ,
Mon lang & mon ami le prennent après moi..
Antoine , furpris , du nom d'enfans , que
Céfar donne à d'autres qu'à Octave , qui
n'étoit même que fon fils adoptif , lui demande
quels font fes autres enfans ; Céfar
lui parle ainfi :: II
OCTOBRE. 1743 .
2267
Il n'eft plus tems , Ami , de cacher l'amertume
Dont mon coeur paternel en fecret ſe confume.
Octave n'eft mon fang qu'à la faveur des Loix ;
Je l'ai nommé Céfar ; il eft fils de mon choix ;
Le Deftin , dois- je dire : ou propice , ou févére ;
D'un véritable fils en effet m'a fait pére ;
D'un fils que je chéris, mais qui, pour mon malheur,
A ma tendre amitié répond avec horreur.
Antoine lui ayant demandé quel eſt ce
fils ingrat , Céfar lui apprend que c'eft Brutus
, & le lui confirme par ce Billet de Ser
vilie , foeur de. Caton ::
Céfar , je vais mourir ; la colére célefte
3
Va finir à la fois ma vie & mon amour ;
Souviens- toi qu'à Brutus Céfar donna le jour.
Adieu ; puiffe ce fils retrouver dans fon pére.
L'amitié qu'en mourant te confervoit fa mére !!
Antoine plaint Céfar de ce que le fort lui
donne un fils , fi peu femblable à lui ; Céfar
excuſe, autant qu'il peut, & l'ingratitude &
la férocité de Brutus ; il fait plus ; il avouë
qu'il a penfé comme lui dans fes plus jeunes
aus . Voici comment il s'explique..
J'ai détefté Silla ; j'ai haï les , Tyrans.
J'euffe été Citoyen , fil'orgueilleux Pompée
N'eût voulu m'opprimer fous fa gloire ufurpée ;
Né pour l'ambition , mais né pour les vertus ,,
Gvji Si:
# 268 MERCURE DE FRANCE.
Si je n'étois Céfar , j'aurois été Brutus.
Après ces beaux Vers , Céfar prie Antoine
d'apprendre à Brutus le fecret de fa naiffance
; voici fur quoi il fonde le fruit qu'il
en attend :
Tout homme à ſon état doit plier ſon courage ;
Brutus tiendra bien- tôt un different langage ,
Quand il aura connu de quel fang il eft né.
Crois-moi , le Diadéme à fon front deftiné ,
Adoucira dans lui fa rudeffe importune ;
Il changera de moeurs , en changeant de fortunes
La Nature , le fang , mes bienfaits , tes avis ,
Le devoir , l'intérêt ; tout me rendra mon fils .
Antoine promet à Céfar de ne rien
oublier pour lui rendre ce fils , mais il n'ef
pére rien de fes foins.
Dolabella , Sénateur , du parti de Céfar
vient l'avertir que le Sénat attend audiance .
Céfar ordonne qu'on faffe entrer les Sénateurs.
Voici comment il leur parle :
Venez , dignes foutiens de la grandeur Romaine ,
Compagnons de Céfar , approchez ; Caffius ,
Cimber , Cinna , Décime , & toi mon cher Brutus.
Enfin , voici le temps , fi le Ciel me feconde ,
Ou je vais achever la conquête du monde , &c.
Il ne reste au Sénat qu'à juger fous quel titre
De Rome & des Humains je dois être l'arbitre,
Il
OCTOBRE . 1743 . 2269
Il n'en trouve point de plus convenable
que celui de Roi , attendu que le Ciel a
prédit aux Perfans qu'ils ne feront jamais
vaincus que par un Roi . Cimber eft le premier
à prendre la parole & lui dit :
Céfar , il faut parler ; ces Sceptres , ces Couronnes ;
Ce fruit de nos travaux, l'Univers que tu donnes ,
Ne font point des bienfaits dont nos coeurs foient
épris ;
Reprends tes dons , Céfar ; ils font à trop haut prix.
Le bien que Cimber demande au nom
du Sénat , c'eft la liberté ; Caffius ajoûte :
Tu nous l'avois promiſe , & tu juras toi- même
D'abolir pour jamais l'autorité fuprême.
Brutus s'explique encore plus hardiment
par çes Vers :
Qui; que Céfar foit grand, mais que Rome foit libre;
Dieux: Maîtreffe de l'Inde , efclave aux bords du
Tibre ,
Qu'importe quefon nom commande à l'Univers ,
Et qu'on la traite en Reine , alors qu'elle eft aux fers?
Céfar ayant témoigné plus de fenfibilité
aux fiéres remontrances que Brutus lui fait,
qu'aux précédentes , s'emporte contre le Sénat
& Taccable de reproches ; Brutus ne
pouvant
2270 MERCURE DE FRANCE.
pouvant plus fe contenir , s'avance vers lui,
& lui dit :
Céfar , aucun de nous n'apprendra qu'à mourir ;
Nul ne m'en défavouë , & nul en Theffalie
N'avilit fon courage à demander la vie.
Tu nous laiffas le jour , mais pour nous affervir ,
Et nous le déteftons , s'il te faut obéir.
Céfar , qu'à ta colére aucun de nous n'échappe ;
Commence ici par moi ; fi tu veux regner, frappe.
Céfar congédie tous les Sénateurs , hors
Antoine & Brutus ; il fait divers reproches.
à ce dernier ; il paffe des reproches aux ca
reffes, mais tout eft également inutile contre
ce fier courage. Brutus lui dit enfin, en fe re
tirant :
Tout mon fang eft à toi , fi tu tiens ta promeffe ;
Si tu n'es qu'un Tyran , j'abhorre ta tendreffe ,
Et ne peux demeurer avec Antoine & toi ,
Puifqu'il n'eft plus Romain & qu'il demande un Roi.
Antoine excite Céfar à la vengeance , mais
Céfar veut tenter les voyes de la douceur
& finit ce premier Acte par ces quatre Vers.
Ne me confeille point de me faire haïr ; ,
Je fçais combattre , vaincre , & ne fçais point punir
Allons , & n'écoutant ni ſoupçon , ni vengence ,
Sur l'Univers foumis regnons fans violence.
Antoine
OCTOBRE . 1743. 2271
Antoine commence le fecond Acte avec
Brutus , à qui il reproche fa férocité & fon
ingratitude envers Céfar ;Brutus l'empêche
de pourfuivre, par les reproches outrageants
qu'il lui fait à fon tour. Les voici..
Ennemi des Romains , que vous avez vendus ,
Penfez vous, ou tromper, ou corrompre Brutus ?-
Allez ramper fans moi fous la main qui vous brave;
Je fçais tous vos deffeins; vous brulez d'être efclave ;
Vous voulez un Monarque & vous êtes Romain ?
Antoine n'en peut entendre davantage &
fe retire..
Brutus déplore le fort de Rome , d'où la
vertu de fes anciens enfans eft tout à fait
difparuë : il découvre aux pieds de la Statuë
de Pompée & de celle de Caton , des Billetss
qui lui reprochent fa lâcheté par ces mots :
Tu dors , Brutus , & Rome eft dans les fers ::
Non tu n'es pas Brutus.
La lecture de ces deux Billets l'enflame
d'un nouveau courroux , que Caffius vient
encore rallumer
par
ces Vers :
C'en eft fait , mes amis ; il n'eft plus de Patrie ,
Plus d'honneur, plus de Loix ; Rome eft anéantie, & c.
La liberté n'eft plus , &c..
Brutus luirépond qu'il va la faire renaître ..
Cimber
2172 MERCURE DE FRANCE.
Cimber vient rendre compte de ce qui s'eſt
paffé fous lesyeux dans le Sénat , où Antoine
a ofé préfenter le Sceptre & le Diadéme à
Céfar ; il dit que par une fauffe modeſtie ,
Céfar a d'abord refufé ce funefte préfent ,
mais qu'au bruit des applaudiffemens, qu'un
fi généreux refus a excités , ila paru furieux,
& lancé des regards menaçans fur ceux qui
loüoient en lui des vertus qu'il n'avoit pas.
Brutus raffure fes amis ; il leur communique
les avis fecrets qu'on lui donne , & les reproches
qu'on lui fait. Caffius lui dit qu'il
a reçû les mêmes avis & les mêmes reproches.
Brutus lui protefte de tout expier
dans le fang du Tyran . Caffius lui répond :
Tu me rends à moi- même , & je t'en dois l'hon
neur , & c.
Lavons , mon cher Brutus , l'opprobre de la Terre ;
Vengeons ce Capitole au défaut du Tonnerre.
Ces paroles font fuivies d'un ferment que
Brutus prononce , au nom de tous les Conjurés
aux pieds des Statues de Pompée & de
Caton :
Nous le jurons par vous , Héros , dont les-images
A ce preffant devoir excitent nos courages.
Nous promettons , Pompée , à tes facrés genoux ,
De faire tout pour Rome & jamais rien pour nous;
D'être unis pour l'Etat, qui dans nous ſe raſſemble;
De
OCTOBRE. 1743.- 2273
De vivre , de combattre, & de mourir enfemble.
Célar arrive à la fin du ferment ; tous
les Conjurés fe retirent à fon approche ; il
-ne retient que Brutus , à qui il dit :
Brutus , fi ma colere en vouloit à tes jours ,
Je n'aurois qu'à parler ; j'aurois fini leur cours ;
Tu l'as trop mérité , &c.
Il lui demande ce qu'il lui reproche.Brutus
lui répond :
Le Monde ravagé ;
Le fang des Nations ; ton Pays faccagé ;
Ton pouvoir , tes vertus , qui font tes injuftices ;
Qui de tes attentats font en toi les complices ;
Ta funefte bonté , qui fait aimer tes fers ,
Et qui n'eft qu'un appas pour tromper l'Univers.
Céfar lui dit que ces reproches étoient
plus juftement dûs à Pompée , qui ne vouloit
point fouffrir d'égal , & qui tôt ou tard,
s'il avoit été plus heureux , auroit rendu
Rome efclave ; il lui demande ce qu'il auroir
fait alors ; Brutus lui répond qu'il auroit
immolé le Tyran de fa Patrie . Céfar ne
pouvant amollir ce coeur infléxible , eft enfin
réduit à le prendre par les fentimens de
la Nature. Il lui met entre les mains la Lettre
de Servilie ; Brutus n'apprend qu'en fré
miffant,
2274 MERCURE DE FRANCE .
miffant , qu'il eft fils de l'oppreffeur de la
Liberté Romaine ; cette Scéne nous meneroit
trop loin , fi nous citions tous les beaux
Vers, dont elle eft remplie ; c'eft , fans contredit
, ce que M. de Voltaire a fait de plus.
pathétique de la part de Céfar , & de plus
héroïque de la part de Brutus : Céfar eft fi
outré de fon infléxibilité , qu'il ne peut plus
retenir fa colére ; & lui parle ainfi ;
Ah ! barbare ennemi , Tigre que je careſſe ;
Ah ! coeur, dénaturé , qu'endurcit ma tendreffe ;
Va ; tu n'es plus mon fils ; va , cruel Citoyen ;
Mon coeur défefperé prend l'exemple du tien , &c.
Vous tremblerez , ingrats , au bruit de mes ven
geances.
Va , cruel ; va trouver tes indignes amis ;
21
Ils m'ont ofé déplaire ; ils feront tous punis .
On fçait ce que je puis ; on verra ce que j'oſe ;
Je deviendrai barbare , & toi feul en es cauſe.
Céfar fe retire ; Brutus le fuit , & finit
ce bel Acte par ces deux Vers :
Ah ! ne le quittons point dans fes cruels deffeins ,
Et fauvons , s'il fe peut , Céfar & les Romains.
Les Conjurés commencent ce dernier Acte
; ils font entendre que tout eft prêt pour
porter le coup mortel au Tyran & à la Tyrannie
; ils font furpris de ne point voir
Brutus
OCTOBRE . 1743 . 2275
Brutus avec eux ; c'eft ainfi que Decimus
marque fon étonnement :
Mais d'où vient que Brutus ne paroît point encore ?
Lui , ce fier ennemi du Tyran qu'il abhorre ?
Lui , qui prit nos fermens , qui nous raffembla tous ;
Lui,qui doit fur Céfar porter les premiers coups ,&c.
Brutus paroît enfin ; fa confternation
peinte fur fon vifage , fait craindre aux
Conjurés que tout ne foit découvert ; il les
raffure, mais il leur fait connoître en mêmetems
qu'il vient d'apprendre qu'il eft fils de
Céfar ; il les prie de lui dire ce qu'il doit
faire ; voici comment il leur parle.
Vous, amis, qui voyez le deſtin qui m'accable ;
Vous,faits par mes fermens les maîtres de mon fort,
Eft il quelqu'un de vous d'un efprit affés fort ,
Affés ftoïque , affés au- deffus du vulgaire ,
Pour ofer décider ce que Brutus doit faire ?
Je m'en remets à vous , &c.
Caffius lui repond , au nom de tous les
Conjurés , qu'il doit remplir fon ferment.
Brutus les raffure tous par fa fermeté , cependant
il femble qu'il ne veut tremper
dans
l'affaffinat que par fon confentement tacite,.
& non par fon bras. Voici les propres paroles.
Levez
1276 MERCURE DE FRANCE.
1
Levez le bras , frappez, je détourne les yeux
Je ne trahirai point mon Pays pour mon Pere.
Caffius femble n'en pas demander davan
tage , & le fait connoître par ces Vers :
Du falut de l'Etat ta parole eft le gage ;
Nous comptons tous fur toi , comme fi dans ces
Lieux
Nous entendions Caton , Rome même , & nos Dieux,
Brutus leur dit qu'il a fait demander un
dernier entretien à Céfar , pour tâcher de le
détourner d'un projet fi fatal.
Dans un court Monologue , il prie les
Dieux en faveur de celui dont il vient de
prononcer l'Arrêt. Voici ce qu'il leur de
mande :
Voici donc le moment où Céfar va in'entendre ;
Voici ce Capitole où la mort va l'attendre .
Epargnez-moi , grands Dieux , l'horreur de le hair;
Dieux , arrêtez les bras levés pour le punir ;
Rendez , s'il ſe peut , Rome à fon grand coeur plus
chere ,
Et faites qu'il foit jufte , afin qu'il foit mon pére.
Dans la Scéne fuivante , Brutus fe jette
aux pieds de Céfar , & lui dit les chofes les
plus touchantes , pour lui faire éteindre fes
défirs ambitieux ; Céfar n'oublie rien de fon
côté ,
OCTOBRE . 1743. 2277
côté , pour le porter à fe ranger du parti de
fon ambition. Brutus , toujours plus ferme ,
lui dit un éternel adieu , & fe retire ; Céfar
ne pouvant émouvoir la tendreffe d'un fils
fi farouche , ne peut lui refuſer ſon eftime ;
il le fait connoître par ces Vers :
O Rome ! ô rigueur héroïque !
Que ne puis-je à ce point aimer ma République !
Dolabella , ami de Céfar , vient l'avertir
que tout eft prêt pour fon Couronnement ,
mais il lui confeille de le differer , attendu
que le Ciel lui annonce quelque chofe de
finiftre par des Signes effrayans. Céfar lui
répond :
Tant de précautions contre mon jour fatal ,
Me rendroient méprifable,& me défendroient mal.
Il quitte Dolabella , â qui il défend même
de le fuivre.LesRomains qui font venus avec
Dolabella , demeurent avec lui , les Conjurés
derriere le Théatre , font entendre par
ce Vers qu'on affaffine Céfar :
Meurs , expire , Tyran ; courage , Caffius.
Caffius vient annoncer fa mort , qu'il fait
approuver aux lâches Romains , qui vouloient
le fuivre au Sénat pour le défendre ;
Antoine leur fait bien-tôt changer de fentiment
,
2278 MERCURE DE FRANCE.
ment, en leur apprenant que Céfar leur laiffoit
tous fes biens ; ils courent le venger ;
Antoine profite de cet inftant favorable , &
finit la Piéce par ces Vers qu'il addreſſe à
Dolabella.
Ne laiffons pas leur fureur inutile ;
Précipitons ce Peuple inconftant & facile ;
Entraînons -le à la guerre , & fans rien ménager ;
Succedons à Céfar , en courant le venger.
Le 28. Septembre , les mêmes Comédiens
remirent au Théatre la Tragédie de Rhadamifte
Zénobie , de M. de Crebillon , de
l'Académie Françoife , dans laquelle la Dlle
Clairon , nouvelle Actrice , joia le rôle de
Zénobie avec beaucoup d'intelligence &
fort au gré du Public.
Le 29. elle joiia dans la Comédie de Démocrite
, le rôle de Cléantis avec applaudiffement.
Le premier Octobre , ils donnerent la
prémiére repréſentation d'une Piéce nouvelle
, en Vers & en trois Actes , intitulée ,
le Qui- pro- quo
dont on n'a pas donné d'autre
repréſentation .
: Les . la nouvelle Actrice joüa encore
dans la Comédie du Philofophe
Marié , le rôle de Celiane.
Le 14. on remit au Théatre la Tragédie
d'Ariane
OCTOBRE. 1743. 2279-
d'Ariane de T. Corneille , dans laquelle la
Dlle Clairon joüa le premier rôle , & juftifia
par un fuccès très- éclattant la grande
opinion que le Public a conçu de fes heureux
talens.
VERS au fujet du début de Mlle Clairon
à la Comédie Françoife , Sur LAir : Vla
c'que c'est qu'd'aller aux bois.
D Ebuter en perfection ;
Vla c'que c'eft qu'd'être Clairon ;
Avoir la plus noble action ,
Quand Phédre elle joüe ;
Le Public la louë
Jufques à l'admiration ;
Vla c'que c'eft qu'd'être Clairon.
炒菜
Jufques à l'admiration ;
Vla c'que c'eft qu'd'être Clairon ;
Sa voix , fa déclamation ,
Soit dans le Tragique ,
Soit dans le Comique ,
Font d'elle un femelle Baron ;
Vla c'que c'eft qu'd'être Clairon.
**
Font d'elle un fémelle Baron ;
Vla c'què c'eſt qu'd'être Clairon ; De
2280 MERCURE DE FRANCE
De Melpomene elle a le ton
De Thalie enſemble
Elle leur reffemble
Comme à la Rofe le bouton ;
Yla c'que c'eſt qu'd'être Clairon.
肉
Comme à la Rofe le bouton ;
Vla c'que, c'eft qu'd'être Clairon ;
Dumefnil lui fit fa leçon ;
Jamais débutante
Ne fut fi brillante
Ni ne s'acquit tant de renom
Vla c'que c'eft qu'd'être Clairon .
Le 4. Août dernier , mourut à S. Germainen-
Laye Philippe Poiſſon , ci- devant Comédien
du Roi , âgé de 60 ans accomplis. Il
avoit beaucoup de talens pour le Theatre , &
il l'a enrichi de quantité de Comédies imprimées
en 2. vol . in- 12 . chez Prault, le fils ,"
Quai de Conti , vis-à-vis la deſcente du Pont
neuf, à la Charité, fçavoir , le Procureur Arbitre;
Alcibiade; l'Impromptu de Campagne ; le
Reveil d'Epimenide , le Mariage par Lettres de
Change ; les Rufes d'Amour ; l'Amour Muficien;
l'Amour Secret ; la Boette de Pandore , &
plufieurs autres Piéces galantes & comiques ,
qui terminent le fecond volume.
>
Le
OCTOBRE . 1743. 2281.
Le S. Poiffon qui vient de mourir , étoit
fils de l'inimitable Paul Poiffon , ancien
Comédien du Théatre François , & frere
aîné du Sieur N. Poiffon , excellent Acteur
comique du même Théatre, qui remplit aujourd'hui
parfaitement , au gré du Public ,
tous les rôles de feu fon Pere .
Le 26. on repréſenta la Tragédie d'Electre
de M. de Crebillon , de l'Académie
Françoife ; la Dlle Clairon repréſenta le
principal rôle avec un applaudiffement général.
Cette Actrice vient d'être reçûë dans
la Troupe du Roi,
AUTRES Vers à Mlle Clairon , fur fon
début à la Comédie Françoife,
Q Uelle grace ! quel feu ! quelle vive peinture !
Clairon , tu réunis dans ton jeu ſéducteur
Ce que l'Art , joint à la Nature ,
Peut former de plus enchanteur ;
Cent fois te voyant fur la Scéne
Ravir les fuffrages divers ,
J'ai crú que c'étoit Melpomene ,
Qui récitoit les propres Vers.
Le 4. Octobre , l'Académie Royale de Mufique
donna la derniére repréſentation du
Ballet des Caractéres de la Folie. Elle reprit
le 6. l'Opera d'Héfione , qu'on avoit remis
H au
2282 MERCURE DE FRANCE.
au Théatre le premier Mars de cette année.
Dans cette derniére - repriſe , la Dlle Romainville
a chanté le premier rôle avec applaudiffement.
Le 22. la même Académie remit au Théatre
la Tragédie de Callirhoé. Le Poëme eft
de M. Roy , mis en Mufique par M. Deftouches
, Sur-Intendant de la Mufique du
Roi. Cet Opera , qui n'avoit pas été remis
au Théatre depuis le mois de Janvier 1732 ,
a été reçû favorablement , & il eft parfaitement
bien exécuté. On peut voir l'extrait
qui en a été donné dans le Mercure de Janvier
de la même année , page 137 .
La Foire S. Laurent a été prolongée cette
année , jufques & compris le 9. du mois
d'Octobre.
Le même jour , l'Opera Comique fit la
clôture de fon Théatre par l'Aftrologue de
Village, Parodie du Ballet des Caractères de
la Folie , nouvelle Entrée ajoûtée à l'Ambigu
de la Folie. Ces Comédies furent précédées
des petites Piéces des Jeunes Mariés , & de la
Chercheufe d'Efprit,ornées de divertiſſemens
convenables à ces différentes Piéces, lefquels
ont été exécutés d'une maniére très-brillanre
; les Dlles Lany & Puvigné s'y font fort
diftinguées. Ce Spectacle a été terminé par
le compliment qu'on fait ordinairement ,
toutes
OCTOBRE. 1743. 2283
>
toutes les années à la clôture du Théatre.
Il a paru que le Public a marqué par fes
applaudiffemens & par un grand concours
de Spectateurs , combien il étoit fatiffait
des foins que le nouvel Entrepreneur
pour rendre ce Spectacle égale- s'eft donné
ment agréable & décent.
Les Vers qu'on va lire ont été faits à
l'occafion d'un Pas de Deux , danfé à l'Opera
Comique , dans un Divertiffement intitulé
, le Ballet des Fleurs , executé par la
Dlle Puvigné & par le fieur Noverre , repréfentant
Zéphire & Flore. Ces Vers peuvent
être chantés fur un Air du Divertiffement
du quatriéme Acte de l'Opera de
JEPHTE' , Nous vivons dans l'innocence.
Enfant , pour qui la Nature
Epuifa tous les tréſors ,
Sous une aimable impofture *
Tu prens tes premiers effors.
Que ton talent eſt ſublime !
L'oeil qu'il frappe en eft furpris ;
Mais quand Zéphire te ranime ,
Le coeur . en fent tout le prix.
* La Rofe.
H ij
NOU2284
MERCURE
DE FRANCE
.
2525 25 25 25252525 25 25252525 83 83-232323 2323 23 23és
NOUVELLES
ETRANGERES
,
O
TURQUI E.
Na appris de Conftantinople , que le Capitan
Pacha avoit été dépofé , & que le Grand Seigneur
l avoit envoyé en éxil dans l'Ile de Candie ;
que le Grand Vifir fe difpofoit à aller fe mettre à la
tête des troupes Ottomanes , qui font aſſemblées en
Thamas -Koulikan Afie , & que le bruit couroit
avoit invefti la Ville d'Erzerum .
que
On a appris depuis , que le Grand Vifir n'étoit
pas encore parti , pour aller prendre le commandement
des troupes Ottomanes , qui font affemblées
fur les Frontiéres de Perfe , parce qu'il attendoit la
réponfe de Thamas - Koulikan , aux derniéres propofitions
d'accommodement
, faites à ce Prince par
le Grand- Seigneur .
On affûre que fi Thamas- Koulikan n'accepte pas
ces propofitions , le Grand - Seigneur eft déterminé à
employer tous les efforts , pour faire monter fur le
Trône de Perle un jeune Prince , qui eft de la Famille
des Sophis , & qui après s'être long - tems caché
, a trouvé le moyen de fe fauver en Turquie. Sa
Hauteffe fournira une armée à ce Prince , faire
une invafion en Perſe , où l'on eſpére qu'il pourra
fe former un puiffant parti.
pour
On mande du Diarbeckir , que Thamas - Koulixan
s'étoit emparé de Chirchiut , petite Ville fituée
fur la Frontiére de la Méfopotamie ; qu'il avoit formé
le fiége de Monful , une des Places de cette Province
, & qu'on croyoit que s'il réuffiffoit à s'en rendre
Maître , il marcheroit enfuite vers Bagdad.
RUSSIL
OCTOBRE . 1743. 2285
RUSSIE.
ON apprend de Pétersbourg , que les Caracalpaques
, Nation qui peut fournir 30000. hemmes
en état de porter les armes , & qui avoit toujours
refufé de le foumettre à la Ruffie , avoient envoyé
des Députés à la Czarine , pour la prier de les
recevoir fous fa domination , & que
dernier , ces Députés , ayant eû une audience publique
de S. M. Cz . lui avoient prêté ferment de fidélité.
le 24. Août
On a appris du onze du mois dernier , que les
Commiffaires nommés par la Cz . pour inftruire le
procès de la Comteffe de Befuchef , de M. Etienne
Lapouchin,de fon épouse & de fon fils, de l'épouſe du
Chambellan Lilienfeld , du Knéés Putyatin , de MM.
Jean Mofchcow & Aléx . Qybin & de leurs complices,
ayant fait leur rapport à S.M. Cz. le Sénat, le Synode
, les Miniftres & les principales perfonnes des
Ordres Civil & Militaire , fe font affeniblés extraordinairement
, & qu'ils ont condamné la Comteffe
de Beftuchef, M. Etienne Lapouchin , fa femme &
fon fils , à avoir la langue coupée , à être enfuite
rompus , & leurs corps expofés fur la roue ; le Knéés
Jean Putyatin & M. Jean Mofchcow , à être écartelés
; l'époufe du Chambellan Lilienfeld & M. Alé
xandre Qybin , à avoir la tête tranchée , & le corps
du dernier , à être expofé fur la roue.
Le 9. on publia par ordre de la Czarine un Manifefte
, dans lequel font exposés les crimes dont ces
prifonniers ont été convaincus , & ce Manifefte porte
, que M. Etienne Lapouchin , ci - devant Lieutenant
Feldt Maréchal , fon époufe & fon fils , fans
faire réflexion fur les graces que la Czarine leur a
accordées , ni fur les dangers qu'ils avoient déja
courus dans le tems de la condamnation des Com-
Hij tes
2236 MERCURE DE FRANCE.
tes d'Ofterman , de Munich , de Golownin & de
Lowenwolde , aux complots defquels ils ont été
foupçonnés d'avoir eû part , ont ofé , fous prétexte
de mécontentement , & par inclination pour la Princeffe
de Beveren , confpirer contre S. M. Cz conjointement
avec la Comteffe de Beftuchef, qui s'eft
portée pareillement à cet attentat pat attachement
pour la niême Princeffe , & par reffentiment de l'éxil
du Comte de Golownin , fon frere ; qu'ils ont
agi en cela de concert avec le Marquis Botta , cidevant
Miniftre de la Reine de Hongrie à la Cour
de Ruffie , lequel eft forti du devoir d'un Miniftre
Etranger , pour fe mêler , en qualité d'Adherent de
la Princeffe de Beveren & d'ami du Comte de Golowkin
, des affaires interieures de la Ruffie , qui ne
le regardoient nullement , & pour exciter des troubles
, non feulement au - dehors , mais au dedans de
l'Etat , qu'ils fe font fouvent affemblés chés la Comteffe
de Befuchef & chés M. Etienne Lapouchain ,
où ils ont déliberé avec le Marquis Botta fur les
moyens de priver la Czarine du Trône , pour y rétablir
le Prince Jean , & pour remettre les rênes du
Gouvernement entre les mains de la Princeffe de
Beveren , quoique ce Prince & cette Princeffe n'y -
ayent & ne puiffent y avoir aucun droit ; que le
Marquis otta les ayant affûrés en differentes occafions,
qu'il les feconderoit de tout fon pouvoir, &
qu'il ne fe donneroit point de repos , jufqu'à ce que
la Princeffe de Beveren eut recouvré fon ancienne
autorité , ils n'ont point douté du fuccès de leurs
deffeins & qu'ils ont attendu avec impatience le
moment de les faire éclater, cherchant & employant
toutes fortes de moyens , pour affocier d'autres
perfonnes à leur complt ; qu'ils ont tenu plufieurs
propos criminels & indécens , pour aigrir le peuple
contre la Czarine; que M. Etienne Lapouchain,
en particulier , a eû la témérité de parler de cette
PrinOCTOBRE.
1743. 2287
"
&c
Princeffe avec un extrême mépris ; qu'il n'a point
voulu la reconnoître pour l'héritière du Trône ,
& que fon fils , encouragé par les confeils du Marquis
Botta , a fait en forte d'engager plufieurs autres
perfonnes à fuivre cet exemple ; qu'au mépris
du Gouvernement & de l'autorité Souveraine , ils
ont mis tout en ufage pour décrier le Ministére ,
le Senat , les principaux Seigneurs de la Cour ,
tous ceux dont la Czarine a récompenſé les mérites ;
qu'efperant de réuffir plus facilement dans le deffein
de rendre la Régence à la Princeffe de Beveren , fi
on pouvoit remettre en liberté les Comtes d'Ofterman
, de Munich , de Golowxin & de Lowenwolde
, ils ont confulté pour cet effet le Marquis Botta
, qui avoit promis de fournir de fes propres fonds
une fomme confidérable , pour contribuer à tirer de
Sibérie ces prifonniers ; que l'époufe de M. Lapouchin
& la Comteffe de Beftuchef, qui étoient liées
d'une étroite amitié , ont auffi fouvent tenu des con-
-feils , tant entre elles , qu'avec le Marquis Botta ,
fur ce fujet; qu'elles ont attiré dans leur complot, &
affocié à leurs délibérations l'épouſe du Chambellan
Lilienfeld & le Knéés Putyatin , ci-devant Commandant
de la Garde de la Czarine , lequel s'étoit
déja rendu fort fufpect d'être attaché aux intérêts
de la Princeffe de Beveren , & qui même avoit été
appliqué à la queſtion , lorsque cette Princeffe fut
arrêtée ; que la Dame Lapouchin , quoiqu'elle fut
du nombre des Dames d'honneur de la Czarine ,
s'eft abfentée de la Cour, fans permiffion , montrant
en cela fon peu de refpect pour cette Princeſſe , &
qu'elle n'a eû aucune attention aux remontrances
qui lui ont été faites à cette occafion par plufieurs
de fes parentes ; que M. Alexandre Qybin , ci - devant
Premier Commiffaire des Guerres fur la Flote ,
n'a point approuvé la confpiration , mais qu'il a
Hiiij oublié
2288 MERCURE DE FRANCE.
oublié le devoir d'un Sujet fidéle , en ne revelant
point les difcours & les deffeins pernicieux de la
Dame Lapouchin, que le Chambellan Lilienfeld , M.
Colifchow , Adjudant , & M. Akinfow , le font auffi
rendus coupables par le filence qu'ils ont gardé fur
les démarches que le fils de M. Lapouchin a faites
pour féduire plufieurs Sujets de la Czarine , & que
M. Jean Mofchow , Lieutenant dans les Gardes , a
avoué qu'il étoit entré dans les differentes intrigues
de Mrs Lapouchin.
LaCz ajoûte à la fin dece Manifefte, que quoique les
prifonniers ayent mérité lesfupplices aufquels ils ont
été condamnés , elle veut bien leur accorder la vie ,
& changer la peine de mort en d'autres châtimens ,
& qu'elle a ordonné que la Comteffe de Beltuchef ,
M. Lapouchin , fa femme & fon fils euffent la langue
coupée , & fubiffent la peine du Knout ; que le
Knéés Putyatin & M. Jean Mofchow , éprouvaffent
auffi le fecond de ces fupplices ; que la Dame
de Lilienfeld & M. Alexandre Qybin, fuffent foüettés
; qu'ils fuffent enfuite envoyés tous en exil , &
que tous leurs biens, meubles & immeubles , fuffent
confifqués . Les autres complices feront punis felon
la griéveté de leurs fautes ; le Chambellan Lilienfeld
fera privé de fes Charges , & exilé dans fes
Terres ; fon frere fera , ainfi que Mrs Colifchow &
Akinfow , exclus des Gardes , & employés dans un
> autre Corps en un grade inférieur à celui qu'ils occupoient,
& M. Nicolas Rieusky fera obligé de fervir
en qualité de Matelot,
On a appris de Péterfbourg du 19. du mois dernier,
que leDuc de Holftein a figné l'Acte par lequel
il renonce à toutes les prétentions fur la Suéde & fur
les Biens Allodiaux de la Maiſon de Vafa , conformément
à ce qui a été ftipulé dans un des articles
du Traité de paix , conclu entre la Ruffie & la Suéde
;
OCTOBRE. 1743 . 2289
de ; & que cet Acte a été envoyé à Abo avec la Rarification
du Traité , fignée par la Czarine .
Le 9. le Duc de Holſtein , à qui la feuë Reine de
Suéde a laiffé par fon Teftament fes prierreries &
fes bijoux , dépêcha un Courier à l'Evêque de Lubeck
, pour lui annoncer qu'il lui en faifoit préfent ,
& il lui a écrit à cette occafion , qu'il croyoit que
la Nation Suédoife verroit avec plaifir refter chés
elle tout ce qui avoit fervi à l'ornement d'une Princeffe
fi digne de tous fes regrets .
SUEDE.
N mande de Stockolm , que le Comte Char-
Oles Emile de Leuvenhaupt, fils du feu Général
de ce nom ,ayant préfenté une Mémoire aux Etats de
Suéde , pour leur expofer la fâcheuſe ſituation dans
laquelle fa Famille fe trouve par la confiſcation de
fes biens , la Diette a ordonné que le patrimoine du
feu Comte de Leuvenhaupt feroit rendu à fes enfans.
On a appris d'Abo , que l'échange des Ratifications
du Traité entre la Suéde & la Ruffie y avoir
été fait le 7.du mois dernier , & que le même jour on
y avoit fait la publication de la paix , au bruit d'une
triple falve de moufqueterie du Régiment d'Azow,
des troupes de la Czarine , lequel étoit fous les armes
, & de l'Artillerie des Vaiffeaux qui étoient
dans le Port.
O
N
ALLEMAGNE,
a appris d'Ingolstadt du z . du mois dernier,
que le Comte de Grandville , Commandant des
troupes Françoifes qui étoient dans cette Place , &-
le Baron de Berenc law , Général des troupes de la
Ну Reine
2290 MERCURE DE FRANCE.
Reine de Hongrie , qui en formoient le Siége , ont
figné une Capitulation , dont voici les principales
conditions.
La Ville & le Château feront confervés à l'Empereur
dans leur état préſent , ſans que les Hongrois
en puiffent rien enlever , à l'exception des munttions
de guerre & de l'artillerie , que la Reine de
Hongrie pourra employer pour fon utilité.
Le Château , étant une des réfidences de S. M. I.
fera refpecté , ainfi que tout ce qui en dépend. Les
Habitans de cette Ville feront maintenus dans tous
leurs priviléges . La Garniſon , en fortant de la Ville,
pourra emmener huit chariots couverts ,à condition
de ne s'en point fervir pour emporter des munitions
de guerre , ou pour favorifer l'évafion des
deferteurs des troupes Hongroifes , qui font nés fujets
de la Reine de Hongrie. Les affiégean , fourniront
aux affiégés les voitures néceffaires pour leurs ,
malades , & fi on étoit obligé de laiffer à Ingolftadt
,ou dans quelque autre endroit de la Bavière,des
malades hors d'état d'être transportés , les Hongrois
leur feront donner tous les fecours dont ils auront
befoin , & leur accorderont des paffeports , pourretourner
en France.
Tous les prifonniers François qui fe trouvent à
Wackerftein , à Phoring, à Donawert, à Steteinhof,
& dans d'autres endroits de la Bavière , dans leſquels
le Baron de Berencx law commande , feront rendus
fans rançon . Les équipages , meubles & effets des
Officiers , & tout ce qui appartient en commun aux
Régimens , comme habillemens & équipemens , feront
vendus fur les Lieux , ou transportés en France,
au choix des propriétaires.
Les François , qui font actuellement à Ratifbonne
, à Aufbourg , & à Nuremberg , pourront librement
repaffer en France , fans être inquiétés , à
l'effet
OCTOBRE. 1743. 2291
l'effet de quoi on leur fournira les paffeports né-
Ceffaires. Les troupes Impériales auront le même
Traitement que celles de S. M. T. C.
Aucun Officier ou Soldat des Troupes employées
fous les ordres du Baron de Berenc law au siége de
cette Ville , ne pourra fortir de la Baviére , pour
s'avancer vers le Rhin ou vers le Tirol , avant le
premier du mois prochain. Le Comte de Grandville
remettra ce jour - là aux affiégeans la Porte de
Wexix , & pendant les deux fuivans , les troupes
Françoifes qu'il commande , évacueront cette Flace
, à moins que d'ici à ce tems , elles ne reçûffent
un fecours de ooo. hommes , foit Impériaux , foit
François , la préfente Capitulation ne devant point
avoir lieu dans ce cas .
Le Comte de Grandville s'eft refervé deux piéces
de canon , & a exigé le libre , paffage d'un Officier
qu'il a envoyé dans lesCercles ,pour régler les logemens
& la fubfiftance des troupes Françoiles. Dès
que la Capitulation a été fignée , on a remis de part
& d'autre deux Otages , pour fûreté de l'exécution
de tous les engagemens qui ont été pris réciproquement
par cette Capitulation.
On mande de Worms du 16. du mois dernier , que
les quatre premiéres Divifions du Corps de troupes ,
que laRépublique de Hollande fournit à la Reine de
Hongrie , ont joint l'armée de cette Princeffe commandée
par le Roi de la Grande- Bretagne , & que
l'on attendoit le 18. la cinquième Divifion , qui confifte
en un Régiment d'Infanterie & un de Dragons ,
& qui conduit feize piéces de campagne , quatre
mortiers & le refte des Pontons. Cette derniére
Divifion arriva le 18. dans les environs de Francfort.
Un courier arrivé du camp du Comte de Collowrath,
a rapporté que les vivres de toute espéce man-
H vj quant
2292 MERCURE DE FRANCE .
quant depuis plufieurs jours dans Egra , le Marquis
d'Herouville , qui y commandoit , s'étoit déterminé
, après avoir fait tout ce qu'on pouvoit attendre
de lui pour la défenſe de la Place , à la remettre aux
troupes Hongroifes , qui en formoient le blocus ;
qu'en conféquence de la Capitulation qu'il avoit
acceptée le 6. du mois dernier , la Garnison d'Egra
avoit été faite prifonniére de guerre , mais qu'on
étoit convenu qu'elle ne feroit point conduite en
Hongrie. Il a été auffi reglé , que les Officiers fortiroient
avec leurs armes , & qu'ils conferveroient
leurs équipages.
On mande de Hambourg du 21. du mois dernier,
que les Barons de Lowen & de Wrangel , y étant
arrivés pour complimenter l'Evêque de Lubeck , &
pour lui remettre le Diplôme de fon Election , &
que s'étant acquittés de cette commiffion , ce Prince
partit le 16. pour fe rendre à Stralfund .
On a appris de Munich , que les Etats de Bavière
avoient été forcés de prêter ferment de fidelité à la
Reine de Hongrie , & que cette cérémonie s'étoit
faite le 16. du mois dernier.
Les avis reçûs de Wormes du 25. du mois dernier ,
portent que l'armée de la Reine de Hongrie , commandée
par le Roi de la Grande Bretagne , eft décampée
des environs de cette Ville , pour aller fe
pofter fur la Bruyere de Lamsheimer , d'où elle s'étend
jufqu'à Frankendal .
La cinquième Divifion des troupes Hollandoifes ,
après s'être repofée le 15 & le 16. du mois dernier ,
près de Francfort , s'eft remife en marche le 17. &
elle a joint les quatre premiéres Divifions qui étoient
reftées dans leur camp de Turnhein , & elles
fe difpofoient à aller occuper le camp que l'armée
de la Reine de Hongrie , commandée par le
Roi de la Grande Bretagne , a quitté , & dont elles
n'étoient
OCTOBRE 1743 . 2293
n'étoient féparées que par le Rhin. Un pont , com
polé de $ 6 . Bâteaux,& qui eft long de plus de soo
pas , & affés large pour que dix hommes puiffent y
paffer de front , établit la communication entre les
deux camps.
I
Le Roi de la Grande Bretagne , avant que de décamper
, eft allé voir les troupes Hollandoifes , &
S. M. Br. a été reçûë à la tête du camp par le Prince
de Naffeau & par les autres Généraux de ces trou
pes.
On a appris de l'armée de la Reine de Hongrie ,
commandée par le Prince Charles de Lorraine , qu'il
étoit toujours dans la réfolution de tenter le paffage,
du Rhin ; mais que s'étant trouvé feul de cet avis
dans un Confeil de guerre , il avoit dépêché un cou→
rier à Vienne,pour demander à la Reine de Hongrie
des ordres politifs fur le parti qu'il prendroit.
On mande de Vienne du 18. du mois dernier ,
que la Reine de Hongrie a appris par un courier
qui lui a été dépêché de Worms , que le Baron de
Walner y avoit figné le 14. au nom de S. M. un
Traité avec le Roi de Sardaigne.
Selon les avis reçûs de l'armée commandée par
le Prince Charles de Lorraine , les tentatives que
ce Prince a faites jufqu'à préfent pour paffer le
Rhin , ont été inutiles .
On apprend de Munich , que la Reine de Hongrie
avoit confenti , que dans la formule du ferment
que les Etats de Baviére ont été obligés de lui prêter,
il fut inféré que les Bavarois ne feroient engagés par
ce ferment , qu'autant de tems qu'elle conferveroit
la poffeffion de cet Electorat.
On mande de Landaw du 8. du mois dernier ,
que le Roi de la Grande Bretagne avoit été quelques
jours avant , avec le Duc de Cumberland , vifiter le
pofte de Germersheim , qu'il a fait occuper depuis
par un détachement de les troupes.
2294 MERCURE DE FRANCE.
L'armée commandée par S. M. B. eft décampée
des environs de Spire , pour fe retirer du côté de
Worms.
Un Corps de Huffards commandé par le Colonel
Mentzel , s'étant approché de Landaw , pour tâ.
cher de mettre le feu a un magafin de fourage , il a
été repouffé , & le Colonel Mentzel a eu en cette
occafion la jambe caffée par fon cheval , qui s'eft
abbattu fur lui..
Le Comte de Saxe eft toujours dans les Lignes de
Lauterbourg , & les troupes qui font fous les ordres
, ont été renforcées de quelques Brigades .
Le 30. Septembre dernier , le Prince Charles de
Lorraine fit une nouvelle tentative vers l'Iſle Deſerte
, pour paffer le Rhin , mais elle eut auffieu de
fuccès que les précédentes , & il y a apparence que
ce Prince va s'éloigner des bords du Rhin , pour
aller camper dans un Pays , où il puiffe trouver les
fubfi ftances néceffaires à ſon armée .
On a appris d'Ingolftadt , que le premier du mois
dernier , le Comte de Grandville a remis une porte
de la Ville aux troupes Hongroifes , qui en ont formé
le Siége , & que la Garniſon en eft fortie le 3 .
conformément à la Capitulation fignée le 2. du mois
Précédent.
ITAL1 E.
ON mande de Rome du 23. du mois dernier ,
que le Pape tint le 12. un fecond Confiſtoire ,
dans lequel Sa Sainteté , après avoir fermé & ouvert
la bouche aux nouveaux Cardinaux , qui font en
cette Ville , leur donna le Chapeau qu'ils le rendirent
enfuite avec les autres Cardinaux à la Chapelle
Pauline , où ils affifterent au Te Deum; qui fur
chanté plufieurs Choeurs de Mufique ; que s'étant
enfuite raffemblés l'après midi , ils allerent ,fuivant
P'ufage ,
OCTOBRE. 1743 . 2295
l'ufage , à l'Eglife de S. Pierre du Vatican , pour y
faire leurs Prieres , & que le même jour , ils rendirent
vifite au Doyen du Sacré Collége.
ESPAGNE.
Napprend de Madrid du 17. du mois dernier ,
que l'Intendant deMarine du Ferol a mándé au
Roi , que Don Auguſtin de Samano avoit conduit
au Port de Rivadeo le Vaiffeau Anglois la Minerve,
de 120. tonneaux , dont il s'eft emparé vers le 48.
degré de Latitude Septentrionale ; que le Brigantin
le Henri Elizabeth, chargé de Vin , d'Oranges & de
Limons , avoit été pris à la hauteur du Cap de Finifterre
par l'Armateur Don Louis Olivier , & que
le y . du même mois , un autre Armateur étoit encré
dans le Port de Bayona avec la Galere la Marie, fur
laquelle il y avoit 1600. facs de bled , & 5o . Barils
d'Etain de Cornouaille.
L'Intendant de Marine de Malaga a fait fçavoir
à S. M. C. qu'un Vaiffeau armé en Courſe par le
Capitaine Jofeph Munoz , avoit enlevé fur la Côte
d'Afrique , dans les environs d'Alhucemas , une Galiotte
Barbarefque , dont l'équipage étoit compofé
de 29. hommes.
L'Intendant de Marine du Ferol a mandé à S. M.
que PAmateur Salvador de Barros avoit conduit à
Bayona dans le Royaume de Galice les deux Brigantins
Anglois l'Heureux & l'Emulation , connanmandés
par les Capitaines Gualay & Smidt , qui
ont été pris en allant d'Angleterre à Porto , & dont
la charge eft eftimée 8000 Piaftres .
Les pa nols ont pris le Vaiffeau la Marie , en
allant à Génes , & il a été conduit dans un des Poits
de la Galice.
PORTUGAL.
2296 MERCURE DE FRANCE .
PORTUGAL.
N mande de Lisbonne , qu'on a découvert en
Portugal , près de la Ville de Leiria , deux
Fontaines d'Eau Minérale , éloignées l'une de l'autre
, de la diftance feulement de quelques pieds ,
l'une chaude , l'autre froide , dont les Eaux ont
guéri plufieurs perfonnes , attaquées de fiévres lentes
, ou malades de diffenterie , & un grand nombre
d'hydropiques & d'hypocondriaques.
On affûre que ceux qui font affligés de la gravelle
ou même de la pierre , éprouvent beaucoup de foulagement
, en bûvant de ces Eaux , & qu'elles font
un Reméde certain contre le fcorbut.
SAVOY E.
'N mande de Chamberry du 9. du mois dernier
, que le 7. l'Infant Don Philippe fit partir
du Village de la Chenal , l'armée qu'il commande
, pour marcher au Château du Pont. L'avantgarde
de l'armée arriva vers les dix heures du matin
près de ce Château , & on commença fur le champ
à établir des batteries , pour attaquer le Village qui
eft au- deffus .
Les troupes du Roi de Sardaigne , qui étoient
dans ce Village , après avoir effuyé pendant quelque
tems le feu de l'artillerie des Eſpagnols , prirent
le parti d'abandonner le Village & le Château
du Pont , que les Espagnols ont occupés.
* L'armée eft raffemblée aux environs du Château
du Pont.
GINES
OCTOBRE . 1743. 2297
GENES ET ISLE DE CORSE.
ON apprend de Génes du 11. du mois dernier,
que les avis reçûs de Piedmont , portent que le
Roi de Sardaigne , pour renforcer fon armée , a retiré
de fes Places toutes les troupes reglées qui y
étoient en garnifon , & qu'il a remplacé ces troupes
par des Milices .
Ön mande de Lombardie , que le Comite de
Traun avoit fait avancer 1500. hommes dans le Bolonois
, & un autre Corps de troupes du côté de la
Torella , & que plufieurs difpofitions faites par le
Duc de Modéne , fembloient annoncer qu'il fe préparoit
à fe mettre en marche avec l'armée Eſpagnole
qui eft fous fes ordres.
On a appris de Génes du 18. du mois dernier ,
que les Rebelles de Corfe paroiffoient difpofés à ne
rien entreprendre , jufqu'à ce qu'ils fuffent informés
fi la République confentoit de leur accorder les demandes
qu'ils avoient faites à M Giuſtiniani .
Ce Commiffaire Général a remis depuis aux Députés
des Piéves la réponſe de la République au
Mémoire qu'ils avoient préfenté , & quoique le
Gouvernement ait accordé aux Rebelles prefque
tout ce qu'ils avoient témoigné defirer , ils n'ont
pas parû fatisfaits . Non-feulement ils fe plaignent
de ce que la République ne s'eſt pas expliquée affés
clairement fur plufieurs articles , mais ils font enco
re plufieurs nouvelles demandes , & l'on craint
que leurs Chefs ne cherchent des prétextes , pour
exciter de nouveaux troubles.
Suivant les lettres reçues de Lombardie, le Duc de
Modéne ayant fair avancer à Forlimpopoli un détachement
de 2000.hommes de l'armée Elpagnole , qui
eft fous les ordres ,le Corps de Huffards & deCroates
des troupes Hongroifes, qui s'étoit approché de Bolo
gne ,
2298 MERCURE DE FRANCE.
gne , a pris le parti de fe retirer dans fes quartiers
de Crevalcore & de Caftel San Giovanni.
Le Comte de Traun , qui a toujours fon quartier
général à Carpi , a fait marcher du côté de Buondeno
un autre Corps confidérable des mêmes troupes
, mais on doute que ce Corps y demeure à l'approche
de l'armée Efpagnole , qu'on dit être en
mouvement pour retourner vers le Modénois .
Un Bataillon du Régiment de Roth eft alié , par
ordre du Comte de Traun , renforcer la garniſon du
Château de Milan.
Le Roi de Sardaigne a retiré l'artillerie , les munitions
, les Barques propres à établir des Ponts , &
généralement tous les atirails de guerre, qu'il avoit
encore dans les Duchés de Parme & de Plaisance .
In Vaiffeau de guerre Anglois a conduit à Villefranche
le Vaiffeau François la Nouvelle Espérance,
fous prétexte qu'il y avoit rooooo. Piaftres à bord
de ce Bâtiment .
On a appris de Lombardie , que le Prince de Lobkowitz
étoit arrivé le 11 du mois dernier à Carpi ,
& qu'il avoit pris le commandement des troupes de
la Reine de Hongrie.
On a été enfin informé des nouvelles demandes
des Rebelles , & l'on a appris qu'ils refufoient abfolument
de fe foumettre , fi la République ne confentoit
que l'ancienne Nobleffe de l'Ile jouit des
mêmes prérogatives que les Nobles Génois ; que
toutes les places de Gouverneurs & de Commandans
des Villes , à l'exception d'une feule , fuffent
remplies par des naturels du Pays; qu'eux feuls
puffent y exercer la Magiftrature , & qu'on établit
deux Tribunaux , l'un à la Baſtie , & l'autre à Ajaccio
, lefquels jugeroient en dernier reffort toutes
les affaires civiles & criminelles ; que les Corfes
euffent la liberté d'établir toutes fortes de Manufactures
,
OCTOBRE. 1743.2
2299
>
factures , d'exploiter les Mines du Pays , & de commercer
avec quelque Nation que ce foit , fans être
obligés de payer aucune impofition pour les marchandifes
qu'ils apporteroient des Pays Etrangers
ou pour celles qu'ils y feroient paffer ; que les Puiffances
, qui feroient choifies par les Députés des Pié-
'ves , fe rendroient de l'exécution des
garantes
meffes de la République , & qu'aucune des conventions
qui feroient faites à l'avenir entre elles & les
Corfes , ne feroit regardée comme valide , à moins
qu'elle ne fût ratifiée par toutes les Piéves , & par
les principaux des habitans dont elles font compofées.
GRANDE BRETAGNE.
pro-
Na appris de Londres du 3. de ce mois , que
23
Sécrétaire d'Etat , reçût de Worins un courier , qui
P'informa que le Contrat de Mariage de la Princeffe
Louife & du Prince Royal de Dannemarck , y avoit
été figné le 14. par le Lord Carteret , au nom du
Roi , & par le Baron de Solenthal , au nom de
S. M. Danoife.
HOLLANDE ET PAYS BAS.
Na a prisde Bruxelles du 21. du mois dernier
, qu'on y a été informé que le Traité qui
fe négocioit depuis quelque tems entre la Reine de
Hongrie & le Roi de Sardaigne , avoit été figné le
13. à Worms par M. de Wafner & par le Chevalier
Offorio , mais qu'on ne fçavoit point encore quelles font les conditions de ce Traité.
la Reine
On mande qu'un détachement de la Garniſon de
Sedan a enlevé 34. hommes de celle que
de Hongrie avoit fait mettre dans l'Abbaye de faint
Hubert , pour y vivre à difcretion.
2300 MERCURE DE FRANCE .
6
troupes Le 26. du mois dernier , les Hollandoifes
pafferent le Rhin , & allerent occuper l'ancien
camp de l'armée de la Reine de Hongrie , comman
dée par le Roi de la Grande-Bretagne , prés de
Worms.
Le bruit court que par le Traité qui a été conclu
entre la Reine de Hongrie & le Roi de Sardaigne
S.M H. cédoit à ce Prince la partie du Vigevanaf
que , qui étoit reftée au feu Empereur , après la derniére
guerre d'Italie ; la partie du Pavelan , fituée en
deçà du Po , la Ville de Plaifance & le Plaiſantin ,
jufqu à la Riviére de Nura , & le Comté d'Anghiedans
le Milanez .
ra ,
On affure auffi , que le Marquifat de Final , appartenant
à la République de Génes , fait partie de
ce que la Reine de Hongrie céde au Roi de Sardaigne
par ce Traité.
On mande de la Haye du onze du mois dernier ,
qu'on eft informé préfentement avec certitude , que
dans le Traité figné à Worms le 14. du mois précédent
, le Roi d'Angleterre & la Reine de Hongrie
ont promis de faire paffer fous la domination du Roi
de Sardaigne le Marquifat de Final , que le feu Empereur
a vendu en 1712.à la République de Génes , &
dont S. M. I. a donné enfuite l'Inveftiture à cette
République dans la forme la plus autentique.
Les mêmes Puiffances fe font auffi engagées à faire
céder au Roi de Sardaigne par l'Empire la fupériorité
Territoriale de divers Fiefs , dont la République
de Génes , & plufieurs Princes font depuis long-
.tems invefties .
On a appris que les troupes Hollandoifes , qui
ont paffé le Rhin à Rheindurcheim le 26. Septembre
dernier , avoient marché le même jour à Robenheim
; que le 27. elles étoient entrées fur le Territoire
de Frankendahl , & qu'elles étoient allées camper
OCTOBRE , 1743. 2301
per à Oggersheim ; qu'elles s'étoient rendues le
28. à Mutterstadt , d'où elles s'étoient avancées le
lendemain dans le Spirebach, & qu'elles devoient ſe
réunir le 30. avec l'armée de la Reine de Hongrie ,
commandée par le Roi d'Angleterre.
M. Kalkoen , Ambaffadeur de la République de
Hollande à la Porte , a été nommé par les Etats Généraux
, pour réfider en la même qualité auprès de
S. M. T. C.
MORTS DES PAYS ETRANGERS.
E 10. Août , Louis Pic de la Mirandole , Cardi-
Pape Clément X I. mourut à Rome , âgé de 74. ans
& 8. mois ; il étoit fils d'Alexandre Duc de la Mirandole
& de Concordia , mort le 3. Février 1691 .
& d'Anne Béatrix d'Eft Modéne , morte en 1690.
Voyez la Généalogie de la Maifon de Pic de la Mirandole
, dans le Volume des Souverains d'Italie
fol. 371.
On mande de Murcie , que le nommé Pierre
Mestanza étoit mort le 28. Septembre dernier , dans
le Village de Veniel , âgé de 130. ans accomplis.
Ayant toujours joui d'une parfaite fanté , & ayant
confervé prefque toutes les forces dans la plus gran
de vieilleffe , il travailloit encore , pendant les dernieres
années de fa vie , à cultiver la terre. II
avoit coûtume de fe baigner tous les ans , vers le
commencement de l'Automne dans la Riviére de
Segura , & il s'étoit baigné cette année , deux jours
avant la mort.
FRANCE
2302 MERCURE DE FRANCE.
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
M
R. Creſcenzi , Archevêque de Naziance
, & qui étoit Nonce ordinaire
du Pape auprès du Roi , a appris à Lion qu'il
avoit été compris dans la Promotion que la
Sainteté a faite le 9. du mois dernier de 26.
Cardinaux , dont trois ont été refervés in
petto.
Les 23. que le Pape a déclarés , font Mrs
Portocarrero , Patriarche d'Antioche ; Paulucci
, Nonce à Vienne ; Girolami , Sécrétaire
de la Congrégation des Evêques ; Cavalchini
, Sécrétaire de la Congrégation du
Concile ; Barni , Nonce en Efpagne ; Oddi ,
Nonce en Portugal ; Lanti , Préfident d'Urbin
; Crefcenzi , Nonce en France ; Doria ,
Nonce à Francfort ; Landi , Archevêque de
Benevent ; Pozzo Bonelli , Archevêque de
Milan ; Ricci, Gouverneur de Rome ; Ruffo,
Auditeur de la Chambre ; Bollognetti , Tréforier
; Colonne , Majordôme ; Sciarre Codonne
, Maître de Chambre ; Calcagnini ,
Auditeur de Rote ; Monti , Sécrétaire de la
Congrégation de Propaganda Fide ; Bardi ,
Sécrétaire de la Congrégation de la Confulte
;
OCTOBRE . 2303 1743 .
te ; le Pere Lucini , Dominicain , Commiffaire
du S. Office ; le Pere Tamburini , Abbé
de S. Paul du Mont Caffin ; le Pere Befozzy
, Abbé de Ste Croix de Jérufalem , de
l'Ordre de Câteaux , & Orfini , Duc de Gravina.
leM, le Peletier , Premier Préſident du Parment
, ayant demandé au Roi la permiffion
de fe démettre de cette Charge , S. M.
a nommé , pour le remplacer , M. de Manpeou
, le plus ancien des Préſidens du Parment.
Le 7. de ce mois , le Commandeur Solar .
Ambaffadeur du Roi de Sardaigne auprès
du Roi, fe rendit à Fontainebleau,& il y prit
congé de S. M.
Le 1o. pendant la Meffe du Roi , l'Evêque
de Boulogne prêta ferment de fidélité
entre les mains de S. M.
Le 15. la Reine , accompagnée des Dames
de fa Cour , affifta à Fontainebleau au Salut
dans l'Eglife du Couvent des Carmes Déchauffés
des Baffes Loges.
Le Maréchal de Noailles , qui s'étoit porté
fur la Quiech , pour favorifer l'entier approvifionnement
de Landaw , & pour confommer
2304 MERCURE DE FRANCE.
fommer les fourages du Pays jufqu'au Spirebach
, ayant rempli cet objet , il retourna
le 22. du mois dernier fur la Lautern .
Le 24. il fépara les troupes , qu'il commande
, en deux Corps , dont l'un eſt reſté
fur la Lautern aux ordres du Comte de Saxe,
& l'autre a marché avec le Maréchal de
Noailles fur la Moter. Ce Général a envoyé
en même tems au Maréchal de Coigny un
détachement confidérable , lequel s'eft avancé
fur le Rhin , entre Strafbourg & Markelsheim
, pour s'oppofer au Corps de troupes
que le Prince Charles de Lorraine a fait
defcendre à Sulfbach . Il a fait marcher aufli
le Duc d'Harcourt fur la Sarre avec un Corps
de troupes , lequel a été détaché de celles
qui étoient campées à Thionville.
BE'NE'F ICES DONNE'S.
Le Roi a nommé à l'Archevêché de Bordeaux
, vacant par la mort de M. de Maniban
, M. Jean Chrétien de Macheco de Premeaux
, Evêque de Perigueux du 25. Mai
1732.
A l'Evêché de Perigueux , M. ... d'Audibert
de Luffan , Vicaire Général de l'Evêque
de S. Omer ; il eft frere de M. de Luffan ,
Colonel du Régiment de la Saare , Brigadier
d'armée , & premier Gentilhomme de
de M. le Comte de Charolois.
A
#
OCTOBRE. 1743.
2305
A l'Evêché de Dijon M.... Bouhier , Vicaire
Général de l'Évêque de Dijon .
A l'Evêché de Perpignan , vacant par la
mort de M.... de Barthelemy de Gramont
de Lanta , M..... de Cardevaque de Gouy
d'Avrincourt , Vicaire Général de l'Archevêque
de Cambray.
A l'Evêché de S. Paul Trois- Châteaux
M..... Lambert , Vicaire Général de l'Archevêque
d'Aix .
Le Roi a donné l'Abbaye de S. Lucien de
Beauvais , Ordre de S. Benoît , à M. François
Renaud de Villeneuve , Evêque de Vi-
1
viers.
Celle de Preaux , même Ordre , Diocèfe
de Lizieux , à M. l'Evêque de Macon , M.
Henry Conftance de Lort de Serignan Valras.
Celle de Calers , Ordre de Cîteaux , Diocèſe
de Rieux , à M. l'Evêque d'Angoulême
M. François du Verdier.
Celle de Paimpont , Ordre de S. Auguf
tin , Diocèfe de S. Malo , à M. l'Abbé de
Rais , du nom du Breil , ancienne Nobleffe
de Bretagne.
Celle de Bitaine , Ordre de Cîteaux ,
Diocèle de Belançon , à l'Abbé Tinſeau , Vicaire
Général de l'Archevêque de Befançon.
L'Abbaye régulière de Faremoutier , Or-
I dre
"
2306 MERCURE
DE FRANCE
.
dre de S. Benoît, Diocèfe de Meaux , vacante
par la mort de Madame de Beringhen , à la
Iame Molé, Abbeffe de Bemont.
Celle de S. Sauveur d'Evreux , même Ordre
, à la Dame de la Rochefoucauld.
Celle de Bugue , même Ordre , Diocèfe
de Perigueux , à la Dame de Beaupon S. Aulaire.
Celle de Bemont , Ordre de Cîteaux , Diocèfe
de Langres , à la Dame de Gaucourt.
Et celle de Notre- Dame de Bondeville ,même
Ordre , Diocèfe de Roüen , à la Dame
d'Oigny.
EXTRAIT d'une Lettre de Bourges ,
17. Juillet 1743. du
Imanche dernier , on chanta dans l'EDglife
Patriarchale de cette Ville un Te
Deum , en action de grace de la nomination
de M. l'Archevêque au Cardinalat : tous les
corps Eccléfiaftiques & Séculiers y afſiſterent
. Il y eut enfuite un Motet en Mufique
avec grande fymphonie , qui fut très -bien
exécuté.
Après cette cérémonie , le Corps de Ville ,
accompagné d'un grand nombre d'Habitans,
fous les armes, alla, au bruit du Canon , allu
mer le feu de joye qui avoit été préparé : il
y eut plufieurs décharges de moufqueterie, &
on entendit de toutes parts des acclamations
&
OCTOBRE . 1743 .
2307
& des applaudiffemers en faveur d'un Prélat
, qui ne fçait pas moins régner fur le
coeur que fur l'efprit de fes Diocèfains.
A neuf heures du ſoir , il y eut un feu d'artifice
, qui réuffit parfaitement , & des illuminations
dans toute laVille.La Tour de l'Eglife
Métropolitaine ,fur laquelle il n'y avoit
jamais eû d'illumination , faifoit un effet
merveilleux ; le Palais Archiepifcopal , l'Intendance,
l'Hôtel de Ville , & les maiſons de
quelques Particuliers attiroient la curiofité,
& en étoient dignes. Tous les quartiers de
la Ville ont continué à donner des marques
de leur joye.
Le Roi a pris dans la Forêt de Fontainebleau
, un Cerf d'une groffeur monstrueuſe
dont le bois avoit une empaumure groffe
comme la forme d'un chapeau. On n'a jamais
vu un fi gros cerf.
-On a fait voir au Roi un Enfant âgé d'environ
quatre ans & demi , qui eft ne dans la
Guinée de deux Noirs , & qui eft cependant
blanc. Il a le nez & les lévres pareilles à celles
d'un vrai More ; fes cheveux font com
me de laine blanche , frifés comme la toifon
d'un agneau
,
agneau , & il a le dedans des yeux
rouges.
I ij
Le
2308 MERCURE DE FRANCE.
Le premier Octobre , les Comédiens
François , repréſenterent à Fontainebleau la
Comédie de l'Homme à bonne fortune , après
laquelle la Dlle Orety , & le S. Lamfin, nouveaux
Danfeurs , danſerent une Entrée ; on
joua enfuite la petite Piéce du Sicilien , où
L'Amour Peintre , après laquelle les mêmes
danferent une autre Entrée.
Le 3. la Tragédie d'Inés de Caftro , de feu
M, de la Mothe , & la petite Comédie de
l'Eté des Coquettes , après laquelle , la même
Danfeufe , danfa encore une Entrée.
Le 8. la Mere Coquette , ou les Amans
Brouillés , qui fut fuivie de l'Impromptu de
Campagne.
Le 10. la Tragédie de Phedre & Hyppolite ,
dans laquelle la Dlle Clairon , nouvelle Actrice
, joua pour la premiére fois à la Cour
le principal rôle , dans lequel elle fut auffi
goûtée qu'elle avoit été à Paris fur le Théatre
François. On joua enfuite la petite Piéce
de la Nouveauté, dans laquelle la même Actrice
joua le rôle de la Nouveauté,
Le 15. la Comédie de Démocrite. La Dlle
Clairon y joua parfaitement bien le rôle
de Cleantis. Cette Piécé fut fuivie des Vendanges
de Surêne. Les Dlles Lany & Puvigné
, & le S. Noverre , danferent , entre les
deux Piéces , le Ballet des Fleurs, Parodie d'un
Divertiffement du Ballet des Indes Galantes,
OCTOBRE. 1743 . 72309
tes , avec beaucoup d'applaudiffement .
Le 17. Ino & Melicerte , & l'Epreuve reciproque.
Les mêmes Danfeurs exécutérent
une autre Entrée entre les deux Piéces.
Le 22. la Comédie du Muet, &la Pupille.
Le 24. Rhadamifte & Zénobie , & les Précieufes
Ridicules.
Le 29. la Surprife de l'Amour , fuivie du
Fat puni.
Le s . du même mois , les Comédiens Italiens
repréfentérent auffi à la Cour le Combat
Magique , Comédie Italienne en cinq Actes ,
terminée par un Divertiffement & un Feu
-d'artifice.
Le 12. la Comédie de l'Heureux Stratagême
, fuivie de la petite Piéce d'Agnès de
Chaillot , Parodie de la Tragédie d'Inès de
Caftro.
Le 26. Arlequin Enfant , Statuë & Perroquet
, Comédie Italienne , terminée par un
nouveau Feu d'artifice très-bien exécuté , lequel
fit beaucoup de plaifir à la Reine , à
Monfeigneur le Dauphin , & à toute la
Cour.
-
Le Roi a accordé au mois de Juin dernier,
à M. Jean Sebaſtien de Querhoent Kergournadech
, Marquis de Coëtanfao , Sire &
Comte de Penhoët , Brigadier des Armées de
I iij Sa
1310 MERCURE DE FRANCE.
Sa Majefté, & Gouverneur des Ville & Château
de Morlaix & Pays circonvoiſins , des
Lettres Patentes en forme de Charte , regiftrées
au Parlement le 2. Septembre dernier ,
& enregistrées à la Chambre des Comptes le
23. de ce mois , portant union des Terre &
Comté de Montoire en Vendomois , de la
Baronnie de Laverdin , & de la Terre & Seigneurie
de Savigny , pour ne faire & compofer
à l'avenir avec les Paroiffes . Juſtices ,
Fiefs , Domaines , Droits , Terres & Héritages
qui en dépendent , qu'une feule &
même Terre , Seigneurie & Justice , &
Création & Erection d'icelle en Titre & Dignité
de Marquifat , fous la dénomination
de Querhoent , & mutation du nom de la
Ville de Montoire en celui de Querhoent .
La Maison de Querhoent eft une desplus
anciennes & des plus illuftres de la Province
de Bretagne , & elle prend fon nom de
la Terre de Querhoent , fituée près la Ville
de S. Paul de Leon , en Baffe-Bretagne , laquelle
après avoit été portée dans la Maiſon
de Nevet , par le mariage contracté le 16.
Février de l'an 145 2. entre Ifabeau de Querhent
, fille unique de Jean de Querhoent ,
Chevalier Seigneur de Querhoent , & Henry
de Nevet , Chevalier , paffa enfuite dans
la Maifon de Kerjan , puis dans celle de Coëtanfcours,
qui la poffede encore aujourd'hui .
Pierre
OCTOBRE. 1743. 1
2311
Pierre de Querhoent , fecond du nom ,
frere puiné de Jean de Querhoent , pére de
la Dame de Nevet , fut Seigneur de Trohéon
, & trifayeul de Noble & Puiffant
Alain de Que hoent , Seigneur de Trohéon ,
puis de Kergournadech , par le mariage
qu'il contracta le 13. Fevrier 1530. avec
Jeanne de Kergournadech , fille aînée & héritiére
de Noble & Puiffant François , Seigneur
de Kergournadech , & de Françoife
de Kerfaufon , duquel mariage vint Olivier
de Querhoent, Seigneur de Kergournadech,
pére de François de Querhoent , Seigneur
de Kergournadech , dont la fille aînée &
principale héritière nommée Renée de Quer
hoent , Dame de Kergournadech , fut mariée
le 30. d'Avril de l'an 1616. avec Sebaftien
de Rofmadec , Baron de Molac , & dont
la Poftérité mafculine finit le 3. Novembre
1700, par la mort, fans enfans , de Sebaſtien
de Rofmadec , Marquis de Molac , Lieutenant
Général de Bretagne , Gouverneur des
Ville & Château de Nantes , & Brigadier
des armées du Roi,
Charles, de Querhoent - Kergournadech ,
frere puiné de François de Querhoent' ,
pére de la Dame de Molac , eut en partage
la Terre & Châtellenie de Coëtanfao , &
fut le bifayeul du Marquis de Coëtenfao,qui
donne lieu à cet article , & dont les plus
I iiij proches
2312 MERCURE DE FRANCE.
proches parens de fon nom, font Louis-Jofeph
de Querhoent , Comte de Querhoent,
Guidon des Gendarmes Bourguignons , &
Jean Vicomte de Querhoent , fon frére',
Capitaine de Cavalerie dans le Regiment
de Brionne Lorraine.
Le Marquis de Coëtanfao porte pour armes
, au premier & quatrième quartier échiqueté
d'or , & de gueulle , qui eft de Kergournadech
, & aux deux & trois d'azur , &
une fleur de Lis d'or , accoſtée à la pointe de
deux mackes , de même , qui eft Coëtanfao ,
& furtout Lofangé d'argent & de fable , qui
eft de Querhoent , avec la deviſe , Dien foit
loué.
Le Sieur -Bunon , Chirurgien Dentiste , Auteur
du Livre intitulé , Effaifur les maladies
des Dents , où il eft traité des moyens de leur
procurer dans la jeuneffe une bonne conformation
, d'en affurer la confervation pendant
tout le coursde la vie , demeure préfentement
ruë de l'Arbre-fec , à la porte cochere , visà-
vis la rue Bailleul , au premier apparte
ment. Il vales matins en ville , & on le tranve
chés lui les après midi.
MORTS
OCTOBRE. 1743. 2313
I
090383* +381 +387 BCG
MORTS ET MARIAGES.
E 4. Août , D. Anne de Chauvirey , Abbeffe de
Pouffey en Lorraine , Diocèle de Toul , mourut
dans fon Chapitre , à l'âge de 86. ans . La Maiſon
de Chauvirey , dont elle étoit , eft originaire du
Comté de Bourgogne , où elle eft connue depuis
plus de 400 ans , par fes alliances & par fes entrées
dans les Chapitres Nobles de cette Province , & du
Duché de Lorraine.
Le 15. Jacques de Chastenet , Marquis de Puy-
Segur , Maréchal de France , Chevalier des Ordres
du Roi, & Gouverneur de Bergues , mourut à Paris
dans la 89. année de fon âge , ayant été bâtiſé à S.
Germain l'Auxerrois à Paris , le 19. Mars 1655. Il
avoit été fucceffivement Capitaine , Major , puis
Lieutenant Colonel du Régiment du Roi ,Infanterie,
Maréchal Général des Logis des Camps & Armées
de S M. en 1690. Chevalier de l'Ordre Militaire
de Saint Louis , le 6. Février 1694. Brigadier d'In
fanterie , le 3. Janvier 1696. Gentilhomme de la
Manche du Duc de Bourgogne , au mois de Juin
1698. Maréchal de Camp , le 29. Janvier 1702.
Lieutenant Général des Armées du Roi , le 26. Oc .
tobre 1704. & Gouverneur de Condé, au mois d'Octobre
1707. Commandant en Chef dans les Provinces
de Flandres , Haynault , Artois , Picardie &
Soiffonnois. Il fut du Confeil de Guerre , établi
après la mort du Roi Louis XIV. fe 3. Novembre
1715. créé Maréchal de France , le 14. Juin 1734.
mais il ne fut déclaré que le 17. Janvier 1735. Il fut
reçu Chevalier des Ordres du Roi , à la Promotion
du 17. Mai 1739. & pourvit du Gouvernement de
Bergues I v
2314 MERCURE DE FRANCE.
Bergues en 1743. Il étoit fils de Jacques de Chafte
net , Seigneur de Puyfegur , Colonel du Régiment
de Piémont , & Lieutenant Général des armées des
Rois Louis XIII. & Louis XIV . mort le 4. Septembre
1682. âgé de 82. ans , dont on a des Mémoires
Militaires , imprimés à Paris & à Amtterdam
en 1690 & de Marguerite du Bois de Liege. Il avoit
époufé le 3. Octobre 1714. D. Jeanne-Henriette-
Auguftine de Fourcy , morte le dix - fept Décembre
1737. âgée de quarante-cinq ans un mois
& huit jours , fille aînée de Henri - Louis de
Furcy , Comte de Cheffy , Maître des Requêtes
ordinaire de l'Hôtel du Roi , mort le 22. Juillet
1713. & de D. Jeanne de Villers , morte le 19. Novembre
1727. De ce Mariage font nés 1.Jacques-
François-Maxime de Chaftenet , Marquis de Puyfegur
, né le 22. Septembre 1716. Colonel du Régiment
de Vexin Infanterie , par Commiſſion du
15. Avril 1738. marié depuis le 26. Juin 1742. avec
D. Marie Margueritte Maffon , fille de Gafpard-
François Maffon, Prefident de la premiére Chambre
des Enquêtes du Parlement de Paris , & de Marie-
Margueritte Chevalier. 2. Jeanne - Henriette de
Chaftenet , née le 29. Août 1715. mariée le 20.
Mars 736. avec Charles - François de Nettancourt
de Hauffonville Paffavant , Comte de Vaubecourt ,
Colonel du Régiment de Dauphiné , du 15. Mars
1740. 3. Marie - Anne de Chaftenet , née le 21 .
Septembre 1719. & mariée le .... avec Augufte-
Alfonfe de Civille , Seigneur de S. Marc &
de Buchy. 4. Hélene Adélaïde de Chaftenet , née
le 5. Février 1726. non encore mariée. Le nom de
Chaftenet ou de Caftaner , ainfi qu'il fe trouve écrit
dans les premiersTitres , eft d'une Nobleffe du Com .
té d'Armagnac , marquée par fes alliances & par
fes fervices Militaires , & la Généalogie en fera rapportée
·
OCTOBRE. 1743- 2315
portée dans le Supplément, à l'Hiftoire des Grands
Officiers de la Couronne , Article des Maréchaux de
France , auquel on travaille actuellement ; voyez , en
attendant, les Mémoires de Puyfegur, & le Dictionnaire
Hiftorique de Morery.
Le 19. Louife - Françoife de Bourbon du Maine
mourut au Château d'Anet , âgé de 35 ans fept
mois & quinze jours. Elle étoit fille de Louis - Augufte
de Bourbon , Duc du Maine , Prince légitimé
de France , mort le 14. Mai 1736. & de Louife - Bénédicte
de Bourbon , Princeffe du Sang , fille de
Henri - Jules de Bourbon , Prince de Condé , Premier
Prince du Sang , & elle étoit foeur de M. le
Prince de Dombes & de M. le Comte d'Eu .
Le 24. Charles - Amable de Cruffol d'Ufés , Marquis
de Montfalez , Comte de Caftelnau , Seigneur
de la Broffe , Capitaine dans le Régiment Royal
Dragons , mourut à Paris , âgé de 24. ans , fans
être marié ; ſon corps fut porté dans l'Eglife des
Carmelites de la rue Saint Jacques , Sépulture de la
Maifon de Cruffɔl d'Ufés ; il étoit fils de Louis-
Aléxandre de Cruffol d'Ufés , Marquis de Montfalez
, & de D. Emilie de la Tour de Gouvernet ;
voyez la Généalogie de la Maifon de Cruffol d'Ufés
, dans l'Hiftoire des Grands Officiers de la Couronne.
Le 25 Léonard - François Guyot de Chenifot ,
Confeiller du Roi en fes Confeils , Sécretaire de
Sa Majefté & de fes Confeils d'Etat , Direction & Fi.
nances, ci-devant Confeiller au Parlement de Paris,
où il fut reçû le 19.Juillet 1730. mourut à Paris, âgé
de 35. ans ; il étoit fils de feu François Guyot , Seigneur
de Chenifor , Confeiller du Roi en fes Confeils
, Sécretaire de Sa Majefté & de fes Confeils
d'Etat , Direction & Finances , mort le 11. Juin 173 I.
& de D. Jeanne Julie Berger.
1 vj
Le
2316 MERCURE DE FRANCE .
Le 29. Août , René Aléxis le Sénefchal , Comte de
Carcado , Marquis de Pontecroix, Baron de Molac,
& c. Lieutenant Général des armées du Roi , du 18.
Juin 1708. Gouverneur des Ville & Château de
Quimper, mourut à Paris âgé de 84. ans ; il étoit fils
de René le Sénefchal , Comte de Carcado, Meftre
de Camp d'un Régiment de Cavalerie , mort le ...
Octobre 1674. Gouverneur des Ville & Château de
Dinan , & de D. Marie - Anne de Rofmadec D de
Borblé & Trohéon ; il avoit épousé 1 ° . Jeanne- Magon
; 2°. N. de Konigfmarck , des Comtes de Konigfmarck
en Suéde , qu'il laiffe veuve & fans en
fans ; mais de la premiére , il a eu 1. René - Aléxis le
Sénefchal , Marquis de Molac , Colonel du Régiment
de Berry, Infanterie , par Cominiffion de 1735.
& Gouverneur des Ville & Château de Quim er ,
mort fans être marié ; 2. N.... le Séneſchal , Marquis
de Molac Carcado , à préfent Moufquetaire ;
3. N.... le Sénefchal , femme du Marquis de Beauvau
Tigny, & deux Religieufes . Voyez la Généalo
gie de cette Maifon , diftinguée par fon ancienneté,
par fes alliances & fes fervices militaires , dans le
deuxième Volume du fecond Registre de l'Armorial
, par le Sr. d'Hofier.
Le nommé François Bournet , mourut le premier
Septembre dans la Paroiffe de Rabaftens , Diocèfe
d'Alby , âgé de 106 ans accomplis.
"
Le 9. Louis de Lorrame , Prince de Lambesc ,
Comte de Brionne & de Braine , Baron de Pontarcy
, de Mayeuil & d'Orgon , & c. Meftre de
Camp d'un Kégiment de Cavalerie, Brigadier des ar
mées duRo ,du..Février 1719.ci - devantGouverneur,
& Lieutenant Général pour le Roi de la Province
d'Anjou , & des Ville & Château d'Angers & du
Port de Cé , mourut à Paris dans la 52. année de
fon âge. Il étoit s d'Henri de Lorraine , Comte
de
OCTOBRE. 1743. 2317
de Brionne , Grand Ecuyer de France , Chevalier
des Ordres du Roi , Gouverneur & Lieutenant Général
au Gouvernement de la Province d'Anjou , &
Gouverneur particulier des Ville & Château d'Angers
& du Pont- de- Cé , mort le 3. Avril 1712. &
de D. Marie Magdelaine d'Eſpinay de Duretal
morte le 12. Décembre 1714. Il avoit été marié le
22. Mai 1709. avec Jeanne -Henriette - Marguerite
de Durfort, fille aînée d'Henri de Durfort , Duc de
de Duras , & de Magdeleine Efchalart dela Marck ,
Comteffe de Braine ; & il a laiffé de ce mariage 1º,
Louis-Charles de Lorraine , Comte de Brionne , né
le 10. Septembre 1725. Gouverneur & Lieutenant
Général de la Province d'Anjou , & Gouverneur
particulier des Ville & Château d'Angers, veuf fans
enfans , depuis le 2. Février 1742. de Dlle Louis-
Charlotte de Gramont , qu'il épousa le 3. Février
1740. fille de Louis - Antoine Armand , Duc de Gramont
, Pair de France , Chevalier des Ordres du Roi ,
Lieutenant Général de fes armées , Colonel du Ré
giment des Gardes Françoifes, &c. & de D. Loüife-
Françoife d'Aumont de Crevent d'Humieres ; 2 °,
François Camille de Lorraine , dit le Chevalier de
Lorraine , né le 31. Octobre 1726. Garde Marine.
3. Jeanne Louiſe de Lorraine , Dile de Lambefc
non mariée ; 4° . Henriette-Julie- Gabrielle de Lorraine
, mariée le 3. Mai 1739. avec Jacques de Portugal
Pereyra Mello , Duc de Cadaval ; 5 ° . Charlotte-
Louife de Lorraine , non mariée ; & 6 °. Agathe-
Loüife de Lorraine , non mariée .
Alexis - Jean Durand de Lagny , Chevalier , Seigneur
de la Tour du Boft , Charmoy , Battant , la
Roche , S. Nizier , & c . Lieutenant pour le Roi en
la Province de Champagne , mourut à Chaillot ,
près Paris , le .... Septembre , âgé de 29. ans , fans
laiffer de pofterité de D. Marie - Anne- Philiberte
Durand
2318 MERCURE DE FRANCE.
Durand d'Auxy, fa coufine , qu'il avoit épousée le
17. Septembre 1736. Elle eft fille de M. Philibert
Durand , Chevalier , Seigneur d'Auxy , S Verein ,
&c . & Grand-Maître des Eaux & Forêts de France,
au Département du Duché & Comté de Bourgogne,
& de D.Marie- Marguerite de Tournebulle de Saint
Lumier. Il étoit refté fils unique de Jean-Maurice
Durand de Chalas , Chevalier , Seigneur de Matouges
, la Tour- du-Boft , Pringy , & c . Confeiller
du Roi en fes Confeils , Préfident en la Chambre
des Comptes de Dijon , mort le 4. Juin 1739. & de
D. Louife Durey , fon épouſe , morte le 12. Avril
1742. Celui qui donne lieu à cet article , ne laiſſe
pour héritiere unique que D. Jeanne- Philiberte Durand
de Chalas , fa foeur , mariée le 19. Juin 1731 .
à Etienne-Pierre Maffon de Maifon-Rouge , Seigneur
du grand Preffigny, & Receveur Général des
Finances d'Amiens , lequel n'a qu'un fils , âgé de
12. ans ou environ .
La Famille de Durand eft originaire du Duché de
Bourgogne , où elle a tenu un rang diftingué parmi
Ja Nobleffe de cette Province .
Le 10. Septembre, Louis Sublet, Marquis de Noyers ,
ancienCapitaine de Cavalerie & Chevalier de l'Ordre
Militaire de Saint Louis , mourut à Paris , âgé de
foixante-un ans . Il étoit fils de Michel Sublet , Chevalier
, Marquis de Noyers , au Diocèſe de Rouen,
& de D. Anne de Beaurains ; il avoit été marié le
26. Septembre 1736. avec Dlle Marie Leopolde de
Brefeillac du Trevoux , fille d'André de Brefeillac ,
Comte du Trevoux , & de feuë D. Marie-Leopolde
deNeufhoff. LaFamille de Sublet eft originaire de la
Ville de Blois , & illuftrée par François Subier, Seigneur
de Noyers , Baron de Dangu , Secrétaire d'Etat
& Sur-Intendant des Bâtimens , mort à Dangu
le 20. Octobre 1645. & par fes alliances avec les
Maifons
OCTOBRE. 1743 . 2319
Maifons de Roncherolles de Hautefort , de Lenoncourt
, & avec les Familles de Bochart , Molé ,
Hurault , &c.
Le premier Août , Charles - Armand de Pons ,
Comte de Roquefort , dit le Vicomte de Pons , Meftre
de Camp d'un Régiment de Cavalerie , depuis 1735 .
& Brigadier d'armée , depuis le 15. Mars 1740.
époufa Gabrielle Rofalie le Tonnelliere Breteuil,
née le 28. Août 1725. derniére fille de feu M. François
- Victor le Tonnellier de Breteuil , Marquis de
Fontenay- Treigny , Miniftre & Sécretaire d'Etat ,
ayant le département de la Guerre , Commandeur,
Prevôt & Maître des Cérémonies des Ordres du
Roi , & Chancelier de la Reine , & de feuë D,
Marie-Anne-Angélique Charpentier d'Ennery. M.
de Pons , eft Chef de la feconde Branche de l'illuftre
Maifon de Pons de la Province de Saintonge , & fils
unique de feu Pons de Pons , Comte de Roquefort ,
mort le 17. Juillet 1705. & de D. Charlotte-Armand
de Rohan Guemené , ſa ſeconde femme.
Le 15. Henri François de Bretagne , Baron
d'Avaugour , premier Baron de Bretagne , Comte
de Vertus & de Goello , né le 17. Juin 1685 ;
veuffans enfans , depuis le 14. Avril 1738. de D.
Françoife-Magdeleine Catherine- Jeanne d'Aligre ,
fut marié avec D. Marie - Magdeleine - Gabrielle
Charrete de Montebert , veuve de Louis de Seran
Seigneur de Kerfilis & fille de Gille Charrete de
Montebert, Confeiller au Parlement de Bretagne , &
d'Elizabeth - Gabrielle de Montigny. M. le Comte
de Vertus eft fils de feu Claude de Bretagne, Baron
d'Avaugour , premier Baron de Bretagne , Comte
de Vertus & de Goello , mort le 7. Mars 1699. & de.
D. Anne-Judith le Lievre , morte le 22. Décembre
1690 Voyez pour la Généalogie de la Maifon de
Bretagne
2320 MERCURE DE FRANCE.
Bretage P'Hiftoire Généalogique de la Maifon de
France ou le premier Volume de l'Hiftoire des
Grands Officiers de la Couronne.
Le 12. Auguftin - Charles de Bruffel, Ecuyer, Con
feiller du Roi au Châtelet & Siége Préfidial de Paris,
fils unique d'Auguftin - Nicolas de Bruffel , Ecuyer ,
Confeiller , Secrétaire du Roi , Maifon , Couronne
de France & de fes Finances , & de .... fa premiére
femme , fut marié avec Catherine - Françoife
Payen de Fercourt , Dame de la Terre & Seigneurie
de Sancy , près Meaux en Brie , fille unique de
Pierre-Nicolas- Gabriel Payen de Fercourt , Chevalier,
Seigneur de Sancy,& de D. Catherine Auget, à
préfent fa veuve. Le nouveau marié eft neveu de M.
Nicolas de Bruffel ,Confeiller du Roi, Auditeur en fa
Chambre des Comptes à Paris , fi connu par le fçavant
Ouvrage qu'il a donné au Public, fous le Titre
de Nouvel Examen de l'Ufage général des Fiefs en
France , qui lui a mérité une Penfion du Roi.
NOMBRE des Bapiémes , Mariages , Enfans
Trouvés&Marts de la Ville & Fauxbourgs
de Paris pendant l'année 1742. Sçavoir ,
Baptêmes ,
Mariages ,
Enfans Trouvés ,
Morts ,
Au Cimetière des Errangers ,
17722
4178
3163
22481
Maifons Religieufes , hommes & Filles, 296 22784
Partant le nombre de l'année 1742. excede
celui des Baptêmes de
7
5062
Le nombre des Baptêmes de 1742. eft diminué
de celur de 1741. de 856
Celui des Mariages eft augmenté de 250
Celui des Morts eft diminué de
790
Celui des Enfans Trouvés eft diminué de -225
ARRESTS
OCTOBRE. 1743 2321
ARRESTS NOTABLES.
O
RDONNANCE du Roi , du 15. Juin ,
portant qu'à l'avenir il ne fera plus payé que
vingt-cinq fols par chaque cheval de trait , attelé à
une chaife à une feule perfonne ; qu'il continuëra
d'être payé vingt fols par bidet , à l'exception feulement
des couriers de fon Cabinet , & trente fols
par chaque cheval , attelé aux berlines & aux chaifes
à deux perfonnes.
REGLEMENT , du 20. concernant l'exploi
tation de la pêche de la Morue à l'Ile- Royale , par
lequel le Roi ordonne l'exécution des 32. Articles
contenus audit Reglement.
SENTENCE de Police du 5. Juillet , qui fair
défenſe aux Artificiers de fe loger dans l'enceinte
& en dedans des limites de la Ville & des Fauxbourgs
de Paris , pour y faire leurs Magazin & Laboratoire
; & condamne à l'amende le nommé Maneflon
, pour y avoir contrevenu .
LETTRES PATENTES du Roi , portant
nouveau Reglement pour la fabrique des Bas & autres
Ouvrages de Bonneterie au métier , qui fe font
dans le Royaume. Données à Verfailles le 16. Juild
let 1743. Regiſtrées en Parlement le 30 par lesquelles
S. M. ordonne l'exécution des 16. Articles conténus
audit Reglement.
ORDONNANCE du Roi , du zo . portant
augmentation de neuf Dragons en chacune des feize
Compagnies des quinze Régimens de Dragons qui
font
2322 MERCURE DE FRANCE.
font fur pied , pour les mettre de quarante-un Dragons
dont elles font actuellement , à cinquante chacune
, compofant cinq Efcadrons de cent cinquante
en chaque Régiment , qui feront dorénavant de
quinze Compagnies feulement , & de l'une des feize
en former un Régiment auffi de quinze Compagnies.
AUTRE du premier Août , pour_compofer à
l'avenir les Régimens de Huffards d'Effoffy & d'Elterhazy
, de douze Compagnies , & former des fix
excédantes de chacun , un troifiéme Régiment de
pareil nombre.
AUTRE du même jour , pour régler les rangs
des Capinaines des Compagnies de nouvelle levée
de Cavalerie Françoiſe & de Huffards , de l'augmentation
du 16. Decembre 1742. par laquelle
S. M. ordonne l'exécution des dix Articles contenus
en ladite Ordonnance.
AUTRE du 10. pour augmenter d'un Bataillon
chacun des Régimens de fon Infanterie qui y
font nommés , fçavoir , les Régimens de Picardie
Champagne , Auvergne , & celui de Moufeigneur
le Dauphin , & c.
ARREST du 19. concernant la vente & diftribution
des Verres dans le Magafin de Verres à Vitres
, établi à Paris par l'Arrêt du Confeil du 16.
Octobre 1742.
SENTENCE de Police du 23. qui condamne
la Dame de Maziere en trois mille livres d'amende ,
pour avoir tenu chés elle une Académie de Jeu, &c,
ARREST u 26. qui ordonne que la vifite des
Bas
庐OCTOBRE
. 1743. 2323
Bas au métier & autres Ouvrages de Bonneterie
fera faite à l'avenir par l'Infpecteur qui fera choifi
par M. le Contrôleur Général des Finances , & c.
AUTRE du même jour , qui fixe les droits d'Entrée
des cinq groffesFermes fur les Bois de Sandal ou
Santal , à raifon de douze fols du cent pefant fur celui
en bûches, & de trois livres lorsqu'il fera moulu .
ORDONNANCE du Roi , du 31. portant
augmentation dans les Régimens d'Infanterie Al
lemande qui font à fon fervice , & c.
ARREST du 3. Septembre , qui permet pendant
une année , l'entrée dans le Royaume des Beures
venant d'Angleterre , d'Ecoffe & d'Irlande , en
payant les droits qui font dûs.
AUTRE du 6. portant révocation du Privilége
accordé pour l'impreffion de l'Ouvrage intitulé,Ob
fervations fur les Ecrits Modernes , &c.
ORDONNANCE du Roi , du 22. pour
augmenter de quatre Compagnies , chacun des neuf
Régimens Suifles & Grifons, qui font au fervice de
Sa Majesté.
AUTRE du premier Octobre , pour renouveller
les défenſes à tous gens de guerre , fur le com
merce du faux Sel du faux Tabac & des Marchandifes
de contrebande , par laquelle il eft dit que S. M.
défirant prévenir les verfemens de faux Sel , de faux
Tabac & autres Marchandifes de contrebande , que
pourroit occafionner , au préjudice de fes Fermes ,
la prochaine féparation de fes armées, de la part des
troupes qui iront en quartier d'hyver dans l'inté
rieur
2324 MERCURE DE FRANCE .
rieur du Royaume , ou pafferont d'une Province
dans une autre , elle a jugé à propos de renouveller
les défenfes portées par fon Ordonnance du 10.
Avril 1734 dans laquelle fe trouvent aſſemblées
toutes les difpofitions des précédentes , tant à l'égard
des troupes revenant de fes armées , que de celles
qui restent en garnifon ou en quartier dans le Royaume
; & en conféquence , elle a ordonné & ordonne
que les XXXVII. Articles contenus en ladite Ordonnance;
foient ponctuellement exécutés felon leur
forme & teneur , & c.
AUTRE du même jour , portant réglement
fur les Décomptes de l'Infanterie Françoiſe , da
premier Novembre 1743. au dernier Avril 1744.
ORDONNANCE du Roi , du 5. pour fervir
de Réglement aux cent Bataillons de Milice des
Provinces & Généralités du Royaume , aufquels
doivent être joints les nouveaux Miliciens levés en
exécution de l'Ordonnance de S. M. du 10. Juillet
3743 .
ARREST du 8. portant prorogation pour la
converfion en rentes , des Billets des deux Loteries
Royales , créées par Edits des mois de Janvier &
Février 1743. par lequel S. M. proroge jufqu'au
dernier Decembre inclufivement , le terme qui avoit
été fixé par lefdits Edits au 30. Septembre dernier ,
pour la converfion en rentes purement viagéres , ou
de Tontine , des Billets defdites deux Loteries , fuivant
leur fort. Veut S. M. que jufqu'audit jour les
Porteurs defdits Billets y foient admis , & qu'il leur
foit par le fieur Paris de Monmartel , Garde du Tréfor
Royal , fourni fes reconnoiffances , pour fur
icelles être paffé à leur profit les Contrats de conftitation
OCTOBRE. 1743. 2325
a
tution des rentes , dont ils auront droit , fuivant &
ainfi qu'il eft ordonné par lefdits Edits , & en fatisfaifant
à ce qui eft porté par iceux ; les arrérages
defquelles rentes courront au profit de ceux qui
en feront propriétaires, & leur feront payés, fçavoir,
à ceux qui remettront leurs Billets au Tréfor Royal
avant le 10. du mois de Novembre prochain , à
compter du premier Avril dernier , & à ceux qui ne
les remettront que dans le dernier Decembre ,
compter feulement du premier du préfent mois ;
defquelles joüiffances mention fera faite dans les re
connoiffances dudit Garde du Tréfor Royal. Ordonne
S. M. que s'il reste encore au dernier Décem
bre des Billets à convertir , ils foient & demeurent
nuls & de nulle valeur pour les Propriétaires , Sa
Majefté les annullant & éteignant par le préfent Arrêt
& fans qu'il en foit befoin d'autre.
>
ORDONNANCE du Roi , du 10. pour
augmenter de dix hommes chacune des trente
Compagnies ordinaires du Régiment de fes Gardes
Françoiſes.
TABLE.
PL 2515
IECES FUGITIVES. Le Chrétien dans la 1x
la douleur , Ode ,
Réponse de M. Néricault Deftouches à la Réplique ·
de l'Anonyme Marótique , 2118
L'Arbriffeau & l'Appui , Allégorie à Damon , 2152
Lettre fur l'ufage de la Mufique pour la fanté, 2154
Ode à M. de L. C.
Differtation fur une Maladie des yeux
Ode fur un Voyage à Fortoiſeau ,
2163
2155
2212
Explic
Ex-lication de l'Enigme & des Logogryp hes de
Septembre ,
Enigme & Lo ogryphe ,
2218
ibid.
NOUVELLES LITT RAIRES , DES BEAUX ARTS , & c.
Hiftoire des Provinces Unies , propoiée par Soulcription
,
Traité de la Pareffe , Extrait ,
Theks de Mathématiques ,
Dictionnaire Espagnol & François ,
Théorie de la Figure de la Terre ,
Traité de Dynamique ,
Euvres de Jean Bernoulli ,
Abbregé aes • Régles de l'Harmonie ,
Differtation fur l'Exil d'Ovide ,
2217
2224
2236
2238
ibid
ibid.
2239
ibid.
ibid.
2240 Hiftoria Monftri Gemelli , ¿c.
Nouvelle Traduction Angloife des OEuvres de M.
Sidenbam ,
Differtatio defanguinis miſſione ,
ibid.
ibid.
Traduction Italienne des Inftitutions de Phyfique
de Mad. la Maiquife du Chatellet , & c . 2241
Le 26. Tome della Racolta di Opufculi , Scientifici e
Filologici ,
Traité de Vignole fur la Perſpective ,
ibid.
ibid,
D. Alberti Enumeratio Methodica Stirpium Helvetia
indigenarum ,
Hiftoire de Cromwel ,
ibid.
ibid.
Nouvelle Méthode de prévenir & de guérir la rage,
ibid.
Parallele des Fables de la Fontaine avec celles de
2242
Numifmata Romanorum Imperatorum præftantiora à
Collection des Hiftoriens Milanois ,
Pietro Targa, &c.
Julio ,
2243
ibid.
IV . Tome du Thefaurus novus veterum Inſcriptionum
de M. Muratori , ibil.
Defeription de l'Egypte,
Traité de l'origine des Maladies , &c.
ibid.
2244
Nouvelle
Nouvelle Edition des OEuvres de Mad Bacquet, ibidi
Abbregé de la Vie du P. Ignace Azevedo ,
Les Mours & les Ufages des Grecs ,
Problême fur la Quadrature du Cercle
2245
ibid.
ibid.
Affemblée publique de l'Académie de Marfeille
, 2246
Sujet du Prix de l'année 1744. de la même Académie
,
2247
Eftampes nouvelles , 2248
Nouvelles Cantatiiles du Sr Lemaire , 2251
ibid.
2252
Nouvelles Cartes du Sr le Rouge ,
Chanfon notée ,
Spefacles , Tragédie & Ballet , repréfentés au Collége
des Jéfuites , 2253
Extrait de la Tragédie de la Mort de Céfar , repréfentée
au Théatre François ,
2264
La Tragédie de Rhadamifte & Zénobie , remife au
même Théatre ,
Le Quiproquo , nouvelle Piéce ,
2278
ibid.
La Dile Clairon , nouvelle Actrice , reçûë à la Co.
medie Françoiſe ,
Vers au fujet de on début ,
2279
1bid.
2281
Mort de Philippe Poiflon , Comédien du Roi , 2280
Autres Vers à Mlle Clairon , fur fon début ,
Prolongation de la Foire S. Laurent . 2282
Vers fur un Pas de Deux , danſé à'l'Opera Comi-
2283
que ,
Nouvelles
Etrangeres
, Turquie , Ruffie , &c. 2284 Morts des Pays Etrangers
, 2301
France , nouvelles de la Cour , de Paris , &c. 2302
Nouveaux Cardinaux ,
ibid.
M. de Maupeou , Premier Préfident , 2393
Bénéfices donnés ,
2304
Extrait de Lettre fur la Promotion de l'Archevêque
de Bourges au Cardinalat , 2306
Cerfmonftrueux , pris par le Roi , 2307
Enfant
Enfant extraordinaire , ibid.
2308
Erection des Terre & Comté de Montaire en Mar-
Piéces jouées à la Cour ,
quifat ,
2309
Demeure du Sr Bunon , Chirurgien Dentifte , 2312
Morts & Mariages , 2313
Nombre des Baptêmes , Mariages , Enfans Trouvés
& Morts de la Ville de Paris en 1742. 2320
"Arrêts notables ,
Errata de Septembre.
2321
PAge 2013. 1, 16 tout, lifex , tous. P. 2068. 1. 8.
la , l . le, P. 2078. 1. 22. fe jette , l . il ſe jette. P.
2079. 1. 23. éclattant , l. éclatant. P. 2082. 1. 16.
Ambigue , 1. Ambigu. Ibid, 1, 20. Pulvignée , l. Puvigné.
P. 2086. 1. 2. du bas , trouvée , l . trouvé . P.
2087. 1. 31. & a été , l. & qu'elle a été. P. 2089, l.
19. de Mayence , l. Palatin. P. 2102. 1. s . du bas ,
allée , l . allé.
Fautes à corriger dans ce Livre,
Age 2128. ligne 12. étaller , lifez , étaler , P.
2143. L. 16 étaller , l. étaler. P. 2154. 1. 2. Lunévile
, 1. Lunéville . P. 2174. l . 4. après C mettez
une virgule. P. 2192. l . 15. rrès , l . très. P. 2213. l. 8.
Là , l . La. P. 2226. 1. 4. n'abhat , l . n'abbat . P.
2232. 1. 24 privilége , 1. le privilége . P. 2235. 1. 5 .
du bas, plûpatt.l. plûpart . P. 2246. I. 15. fouteraines,
1. fouterraines. P. 2249. 1. 2. du bas , au-deſſus , l.
au-deffous. P. 2257. 1. s . du bas , Caprice , 1. Caprice,
P. 2274. l. 12. coeur , dénaturé , 1. coeur dénaturé.
La Planche gravée doit regarder la page
La Chanfon notée , la page
2211
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