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MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT.
MA Y. 1743 .
URICOLLIGIT
SPARGIT
Chés
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER
ruë S. Jacques.
La Veuve PISSOT , Quai de Conty ,
à la descente du Pont- Neuf
JEAN DE NULLY au Palais
,
M. DCC. XLIII
Aves Aprobation & Privilege du R
THE NEW YORK
PUBLIC LIBRAR
335230 A VIS.
ASTOR, LENOX AND
TILDENOUNDATIONS
L
ADRESSE génerale eft à Monfieur
MOREAU , Commis au Mercure , visà-
vis la Comédie Françoife , à Paris. Ceux
qui pour leur commodité voudront remettre
Leurs Paquets cachetés aux Libraires qui vendent
le Mercure , à Paris , peuvent ſe ſervir.
de cette voye pour les faire tenir.
On prie très- inflamment , quand on adreſſe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous le
déplaifir de les rebuter , & à ceux qui les envoyent
, celui , non-feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de les
perdre , s'ils n'en ont pas gardé de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaiterent
avoir le Mercure de France de la premiere
main , & plus promptement , n'auront qu'à
donner leurs adreſſes à M. Moreau , qui aura
foin de faire leurs Paquets fans perte de tems,
de les faire porter fur l'heure à la Pofte, ou
anx Meffageries qu'on lui indiquera.
PRIX XXX . SOL
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT
MA I.
1743 .
PIECES FUGITIVES,
en Vers & en Prose.
T
EPITRE
A M. Nericault Deftouches.
Oi , de qui le brillant Mercure ;
En parcourant cet Univers ,
M'apporte la Profe & les Vers ;
Qui font ma plus chere lecture ,
NERICAULT , je fuis enchanté
Que tu quittes par fols Thalic
Pour combattre l'iniquité
A ij
EL
Sittit-
28 MERCURE DE FRANCEEt
qu'aujourd'hui chés toi s'allie
L'Art comique à là Pieté ;
L'un peint fi bien le ridicule ,
Que l'Homme même en eft frappé ;
L'autre démafque l'incrédule
A tel point qu'on eft détrompé.
Enfin , quand le zéle t'enfathe
Je crois voir en toi plus d'unė ame ,
1
L'une , qui corrige en riant ,
L'autre , qui , d'un ton foudroyant ,
Abbat l'impie , & de fa trame A
Nous découvre le faux fuyant.
Courage , pourfuis , cher Deftouches ,
L'impie en fes retranchemens ;
Fais lui voir les égaremens ,
30
Sans craindre la fronde aux yeux louches,
Tout Ecrivain , qui comme toi ,
Combat les erreurs , & les vices ,
Ne doit avoir aucun effroi
Des frondeurs, ni de leurs caprices;
C'est un vrai foldat de la foi
Qui fe rit de leurs injuftices .
Quand avec foin je te relis ,
Je crois voir le Chriftianiſme
Revivre pur en tes Ecrits ,
Et s'enfuir l'affreux Athéifme ,
Avec ſon ſuppôt le Sophiſme ¿
Hontcus
MA Y.,
$28 7-743-
Honteux l'un & l'autre , & furpris.
Même , il me femble entendre Bayle
Crier à fes foux fectateurs ,
Je fais perdu ; je céde au zéle ,
Qui vient dévoiler mes erreurs.
Devois -je croire , qu'un Poëte ,
Nouveau Térence de nos jours ,
Débrouilleroit les noirs détours
De ma trame fine & fecrette
Ét que par de trop clairs difcours
Il en deviendroit l'interprete ?
Cependant il n'eft que trop für ;
Il porte fa vive lumière
Au fond de mon fyftême obfcur
J'avois caché dans ma doctrine
Un venin fous telles couleurs
Que toute autre clarté , moins fine,
N'eût vû le Serpent fous les fleurs.
Sans lui , fur la foi , tout Prothée
Sembloit être avec moi d'accord,
Se flattant du nom d'efprit fort
J'allois voir la terre entêtée
Se ranger toute de mon bord ;
Déja l'Anglois , & le Batave
Et la foule des beaux Efprits ,
De Rome même , & de Paris
"'
Ne voyoient que par l'oeil qui brave
A iij
830 MERCURE DE FRANCE
Et l'Enfer , & le Paradis .
Plus de culte , helas ! plus de Prêtre ,
Chacun auroit été le maître
De croire ce qu'il cût voulu .
Regardant fa mort , & fon Etre,
Comme s'il n'eût jamais vécû ,
Il n'eût admis ni prix ni peine
Pour ce qu'il eût fait ici bas ,
Ne craignant de Loi fouveraine
Que ceile de fes Magiſtrats ;
Il n'eût compté pour vrai mérite
Que de vivre en bon Sybarite ,
Qui ne faifant ni bien ni mal ,
Ne craint point le moment fatal
Ou tout meurt fans retour , fans fuite .
Ah ! trop clairvoyant NERICAULT
Cruel argus de mon fyftême ,
Pourquoi ne pas faire un Poëme ,
Ou bien dormir à Fortoiſeau ,
Plutôt qu'envoyer à Veau-Leau
Le fin tiffu de mon problême ?
Voilà , cher DESTOUCHES , les cris
De Bayle contre tes Ecrits.
S'il ne te les a fait entendre ,
Je viens ici te les apprendre ,
Et te louer avec FRIGOT.
Surtes Rimes & fur tà Proſe ,
Paffe
MAI.
1743 83
Paffe moi donc ce petit mot
D'Eloge , dont tu crains la dofe ;
Après quoi je ne dis plus rien ,
Si non qu'un Poëte Chrétien ,
Qui combat un erreur funefte ,
Et qui fur l'encens eft modefte ;
En mérite cependant bien.
Par M. L. L. de l'Académie Royale
'd'Angers.
A >
Près avoir rendu compte des Hon
neurs funébres qui ont été rendus
dans cette Ville à l'occafion de la mort de
Madame d'Orleans , Ancienne Abbeffe de
l'Abbaye Royale de Chelles il ne nous
refte plus , pour continuer de remplir no
tre devoir , que d'inferer dans ce Journal l'excellente,
l'édifiante Lettre , que Madame l'Abbeffe
& les Dames Religieufes de la même
Abbaye ont écrite fur ce grand fujet. Quoique
cette Lettre foit d'une certaine étendue ,
nous nous fommes faits un fcrupule d'en
rien retrancher , perfuadés que le Public ,
& en particulier tous les Gens de bien , nous
en fçauront gré.
A iiij
M.M.
832 MERCURE DE FRANCE
M M.
,
Nous vous avons annoncé , dans les premiers
mouvemens de notre douleur , la perte
que nous avions faite de notre ancienne
Abbeffe , TRES - HAUTE , TRES - PUISSANTE ,
TRES - EXCELLENTE TRES - PIEUSE PRIN
CESSE MADAME LOUISE - ADELAIDE
D'ORLEANS , décedée à Paris au Prieuré
de la Magdeleine de Trainel le 20. Février
1743. âgée de 45. ans , & de Profeffion Religieufe
25 .
Cette perte vous étant commune avec
nous , nous ne fçaurions nous difpenſer de
vous inviter de nouveau à partager nos regrets
, & à joindre vos prieres aux nôtres.
Si nous avons eu l'honneur de l'avoir
pour Abbeffe , vous avez eu celui de l'avoir
pour Protectrice . Elle s'eft toujours fait gloi--
re de l'être de tout l'Ordre de Saint Benoît ,
& plufieurs de vos Communautés ont éprouvé
dans plus d'une occafion , qu'elle l'étoit
de chacune en particulier. Vous lui en avez
donné des marques de reconnoiffance , pendant
fa vie. Lui refuferiez - vous celle qu'elle
exige de votre piété , après fa mort ?
Cette Augufte Princeffe , née dans la plus
brillante our de l'Europe , en fit de bonne
heure l'admiration . D'un autre côté , les Miniftres
Etrangers ne laifferent pas ignorer
3.
MAY. 1743 833
pen-
Jux leurs de combien de graces la nature
l'avoit pourvûë , & elle devint bientôt lobjet
des voeux de tous les Princes , qui pouvoient
afpirer à fon alliance. Mais l'éducation
chrétienne qu'elle avoit reçûë dès fon
enfance , ne lui permit pas de fe livrer à ces
flateufes idées , & files Couronnes qu'on lui
offrit , firent quelqu'impreffion fur fon coeur
ce ne fut que pour augmenter le mérite du
facrifice qu'elle étoit déja réfoluë d'en faire ,
en fe confacrant à Dieu fans réſerve.
L'Abbaye de Chelles où elle avoit reçû les
premiers principes d'une Piété folide
dant trois ans qu'elle y avoit été Penfionnaire
, & où elle fit fa premiere Communion
, fut l'afyle qu'elle fe choifit contre les
piéges que le monde lui tendoit , & elle s'y
refugia , auffi tôt qu'elle en eut la liberté.
Leurs Altefles Royales en furent fincere
ment affligées , & firent tout ce que la tendreffe
leur fuggera , pour lui infpirer d'autres
fentimens. Ce fut fans fuccès à la vérité
mais ce ne fut pas fans danger, Elle nous a
avoué depuis , que fon coeur attendri en fut
ébranlé , & que fans une grace particuliére ,
elle n'y auroit pas réfifté . Sa vêture fut peut
de tems après le fruit de fa refiſtance , & le
prix de fa victoire ..
"
Le 3. Mars 1717. fut le jour deftiné
pour cette cérémonie , où l'on ne vit d'au-
A 12 A. V
tree
834 MERCURE DE FRANCE
pomtre
appareil , que celui de fa Piété , de fa Modeftic
, & de fon Humilité , plus grand fans
doute aux yeux de Dieu , que ce fafte
peux , que le monde peu inftruit , s'imagine
qu'une haute naiffance exige ; comme fi la
naiffance , quelqu'illuftre qu'elle foit , avoit
droit d'exiger des trophées d'orgueil & de
vanité dans un Sanctuaire deftiné à en être
le tombeau.
A peine la fage Poftulante fut- elle revêtuë
de notre faint habit , qu'elle s'inftruiſit exactement
des obligations de fon nouvel état
& les remplit avec une fidélité fi exemplaire,
qu'indépendamment de toute autre confidération
, elle lui mérita tous les fuffrages de la
Communauté , quand on la lui propofa pour
fa Profeffion.
La fervente Novice s'y prépara avec d'autant
plus de foin , qu'elle comprit , plus que
jamais , l'importance du facrifice qu'elle mé
ditoit , & l'étendue des engagemens qu'elle
alloit contracter. Nous n'entreprendrons
point de vous développer ici les combats
intérieurs qu'elle eut à foutenir dans ce court
intervalle : elle en a fait confidence à quel
ques-unes de nous mais nous avouons
avec fimplicité , notre infuffifance à vous les
rapporter. Ce que nous pouvons en dire en
general , c'eft que rien n'eft échappé à fes recherches
, rien à fa prévoyance , & que peu
de
MAI 1743 835
de vocations nous ont paru à tous égards
plus réflêchies , plus éprouvées & plus décidées
que la fienne .
Ces combats intérieurs ne furent pas les
feuls qu'elle ent à foutenir. Le monde , irrité
de fe voir enlever une Victime qu'il s'étoie
deftinée , redoubla fes efforts , quand il la vit
fur le point de lui échapper. Chaque jour qui
hâtoit celui de fon facrifice , étoit pour elle
un jour de tentation, d'autant plus féduifante,
que le contrafte étoit plus parfait entre le
monde qu'elle quittoit , & la vie religieufe
qu'elle alloit embraffer. La vie religieufe ne
lui offroit en partage que les faintes austérités
de la pénitence , que l'humilité , l'obéiffance
, la pauvreté , le renoncement à foi-même
, la mortification des fens . Le monde au
contraire , ce monde féducteur » du faîte de
»fes grandeurs , lui montrant l'Univers à fes
pieds , ne lui promettoit pas moins que
» tous fes Royaumes, & toute la gloire qui les
» accompagne , fi , en fe profternant devant
» lui , elle vouloit l'adorer .
Quelle tentation pour une jeune Princeffe ;
qui élevée pour le monde , faite pour le
monde , défirée dans le monde , n'y voyoit
sien au-deffus d'elle , pouvoit prétendre a
tout ce qu'il offre de plus grand , & y faire
honneur ! Elle connoifloit parfaitement tous
ces avantagés , & en comprenoit le prix ,
A vj
comme
836 MERCURE DE FRANCE
comme le monde même le comprend , nous
difant quelquefois avec cette franchiſe aimable
dont elle affaifonnoit tout ce qu'elle difoit
, que toute jeune qu'elle étoit , quand elle
fit fon facrifice , elle croyoit en avoir tout le
mérite devant Dieu , l'ayant fait avec autant
de préfence d'efprit & de réflexion , que fi elle
avoit été dans un âge beaucoup plus avancé.
Le jour , marqué pour cette grande action ;
fut le 20. Août 1718. S. E. M le Cardinal
de Noailles , Archevêque de Paris , toujours
dévoué aux oeuvres de Piété , ne voulut céder
à perfonne l'honneur de celle- ci .
L'éclat de cette augufte cérémonie avoit
attiré à Chelles la Cour & la Ville , mais ce
ne fut pas ce qui fixa les regards de l'Affem
blée : c'eft la Princeffe elle- même qui en
faifoit l'objet. Dès qu'elle parut dans le Sanctuaire
, un étonnement qu'on ne peut exprimer
, faifit tout-à - coup l'efprit des Spectateurs
, qui croyant à peine ce qu'ils voyoient,
fembloient douter encore du fuccès de l'événement.
Mais , quand ils virent cette innocente
Victime , fous les humbles livrées de
la pénitence , fe préfenter à l'Autel avec une
noble & modefte intrépidité , pour prononcer
fes voeux , ce fut le moment où Dieu
triomphant des grandeurs humaines dépofées
à fes pieds , vit un monde profane , faire
hommage à fon fouverain empire fur les
,
coeurs.
MAY. 1743. 837
coeurs. Il s'attendrit , ce monde profane , &
nous le vimes , peut- être pour la premiere
fois , verfer des larmes à un fpectacle de reli
gion . Il étoit difficile de s'en défendre , &
nous- mêmes , accoutumées que nous ſom
mes à ces pieuſes cérémonies , nous ne pûmes
retenir les nôtres . Le chant en fut inter
rompu , & ce ne fut qu'avec quelque peine ,
qu'on acheva la célébration des Saints My
teres.
Auffi -tôt , la nouvelle Profeffe fe retira dans
fa Cellule , pour recueillir dans le fecret de
la retraite , le fruit des graces attachées au fa
crifice qu'elle venoit d'offrir à Dieu ..
Elle n'en fatisfit pas moins aux bienfean
ces que le monde exigea , mais elle les abré
gea pour fe livrer entierement à fon Abbeffe,
& à la Communauté . On fe perfuade aifé--
ment la joie que nous reffentîmes de nous
voir dans la paifible poffeffion d'un tréfor
que le monde nous avoit fi long-tems difpu
té tréfor qui faifoit la gloire de l'Ordre de
Saint Benoît , & qui devoit bientôt faire notre
bonheur particulier.
Madame de Villars étoit alors notre Abbeffe
, & méritoit de l'être. Elle ne pût fe
fouffrir plus long tems au-deffus d'uné Princeffe
du Sang , & fon défintéreffement fe
condant fa modeftie , elle céda aux bienféances
, fit la démiſſion de fon Abbaye , &
le
838 MERCURE DE FRANCE
le Roiy nomma Madame d'Orléans le 10:
Mai 1719.
La Princeffe, qu'on n'avoit point prévenue,
& qui ne s'y attendoit pas , en fut extrêmement
affligée. Auffi effrayée de fa jeuneſſe (4)
que du poids du gouvernement d'une nom¬
breufe Communauté , elle ne pouvoit ſe réfoudre
à s'en charger. Nous la raffurâmes
autant qu'il nous fut poffible , en lui réïterant
les affûrances de notre docilité & de
notre foumiffion . Elle fe rendit à nos inftan¬
ces , & fa priſe de poffeffion fuivit de près fa
nomination. M. l'Abbé d'Orfanne , Official
de Paris , commis à cet effet par le Saint
Siége , l'inftalla le 6. Juin 1719. Sa Bénédiction
ne fut différée que jufqu'au 24. Septembre
de la même année. S. E. M. le Cardinal
de Noailles , affifté des Dames Abbeffes
de Villers-Côte-rèz & du Val-de- Grace
en fit la cérémonie avec toute la décence &
la dignité convenables aux circonſtances préfentes.
Dès qu'elle eut fatisfait à ce double de
voir , elle ne s'occupa plus que du ſoin d'arranger
fa Communauté. Elle s'y choifit un
Confeil qu'elle écoutoit avec quelque forte
de refpect , & dont elle fuivoit les avis avec
docilité. La bonne intelligence entre l'Ab
beffe & fon Confeil , l'entretenoit dans la
( a) Elle n'avoit alors que 21. ans .
Commi
MAI. 1743. 839
Communauté , & nous y vivions dans la
paix la plus parfaite . Leurs Alteffes Royales
s'y intereffoient , parce que cette paix faifois
le bonheur de la Princeffe leur fille , qu'elles
aimoient tendrement.
M. le Duc d'Orleans , Regent du Royaume
,lui en donna des marques fenfibles par
les bienfaits dont il nous combla à ſa confidération.
Ce Prince , chargé des affaires de
toute l'Europe ne dédaigna pas d'entrer
dans le détail de celles de notre Abbaye.
Il voulut être exactement informé de fes
revenus ; il les augmenta de plus de moitié;
il en paya toutes les dettes , qui étoient confidérables
, & forma le projet de la rébâtir
en entier : il ne put l'exécuter qu'en partie.
Le Dortoir le plus vafte & le plus beau qu'il
y ait dans aucune Maifon Religieufe , & les
Infirmeries qui ne font pas moins belles ,
font les feuls monumens qui nous en reftent,
une mort précipitée ayant enlevé ce grand
Prince à la France , lorfque la France s'y axtendoit
le moins.
La trifte nouvelle en fut annoncée fans
précaution à notre illuftre Abbeffe , & elle
la reçût en Héroïne chrétienne . Elle ne répandit
point de larmes inutiles. On ne vit
point éclater en elle ces tranſports de douleur
, tribut humain de la tendreffe filiale.
Humblement profternée aux pieds de fon
Crucifix
40 MERCURE DE FRANCE
•
Crucifix , elle en fit le facrifice à Dieu , en
élevant les mains au Ciel , & s'écriant avec
le Saint Homme Job : Vous me l'avez donné ,
Seigneur , & vous me l'avez ôté: Que votre
faint Nom foit beni. Ce font les propres termes
dont elle fe fervit , & elle n'en dit pas
davantage. Sa conftance nous étonna ; nous
en fûmes toutes interdites. Son exemple nous
rendit à nous- mêmes , & nous l'imitâmes .
Notre conftante Abbeffe ne fe démentit point
dans le particulier. Nous la retrouvâmes la
même par tout ; ou fi cet évenement produifit
quelque changement en elle , il ne fur
qu'extrêmement avantageux pour nous..
1
Moins diftraite & moins diffipée , nous:
avions le bonheur de la voir plus fouvent ,
& plus nous jouiffions de fa préfence , plus
nous découvrions en elle de talens pour le
Gouvernement. Réguliere , fervente , exacte,
prudente , douce , affable , elle nous raviffoit .
Son appartement nous étoit toujours ouvert.
Nous y entrions avec confiance ; nous y
étions fans contrainte , & nous, n'en forrions
qu'avec regret. Elle paroiffoit elle -même
en avoir , quand elle nous en voyoit fortir.
Sa converfation étoit aimable , toujours
foutenue de graces , qu'on ne fçauroit expri
mer.
>
Perfonne ne fçut mieux s'accommoder
aux tems & aux lieux , que Madame d'Orleans
MAY. 17437
841
léans. Si elle étoit enjouée dans fon apparte
ment , elle repréfentoit avec dignité dans les
exercices de Communauté : fon respect pour
les chofes faintes , & fon attention dans
la priere publique , en infpiroient aux moins
recueillies. Elle exigeoit la gravité & la décence
dans le Sanctuaire , avec autant de fé→
vérité , qu'elle y apportoit elle - même d'exactitude
. Pénetrée de la Majeſté d'un Dieu préfent
, nul autre autre objet n'étoit capable de
la diftraire. Quand elle officioit , fonction
dont elle ne fe difpenfoit prefque jamais
elle s'en acquittoit avec une Piété qui nous
attendriffoit. Comme elle chantoit parfaitement
, elle aimoit beaucoup le chant , &
nous lui fommes redevables de la beauté du
nôtre , & de la fplendeur avec laquelle nous
célébrons aujourd'hui les Divins Offices.
Notre illuftre Abbeffe ne fe foutenoit pas
moins dans les Chapitres , que fa place l'obligeoit
de tenir certains jours de l'année
Les Chapitres d'Abbeffes font ordinairement
redoutables aux Communautés ; les fiens ne
nous l'ont jamais été. Nous nous y préparions
fans inquiétude , & nous y affiftions fans
crainte . Ce n'eft pas qu'elle nous ménageât
plus qu'une autre , mais elle affaifonnoit fes
réprimandes de tant de graces & de douceur
, que les intereffées , elles -mêmes , en
étoient touchées , fans en être offenfées .
Ses
842 MERCURE DE FRANCE
Ses exhortations étoient fans art , mais fi
éloquentes & fi perfuafives , qu'il n'étoit pas
poffible de s'y refuſer. Auffi faifoit- elle fur
nos coeurs toutes les impreffions qu'elle vouloit.
Elle les avoit gagnés , ces coeurs , & fe les
'étoit attachés par des liens que nous avions
cru indiffolubles . Elle jouiffoit tranquillement
de cet avantage , & nous jouiffions
avec la même fécurité du bonheur mutuel
qu'il nous procuroit , fans penſer au malheur
dont nous étions menacées.
Madame d'Orleans , parfaitement inftraite
de fa Religion , & plus pénétrée que jamais
de l'étendue des devoirs d'une Abbeffe,
& de ceux d'une fimple Religieufe , fit fur
ce double engagement des réflexions plus
férieufes qu'elle n'en avoit encore fait. Saifie
d'une fainte crainte à la vûë de la multiplicité
des obligations qu'il lui impofoit , elle
en fut fi frappée , que dès- lors-elle forma le
le projet peu commun de renoncer à fon
Abbaye , & de fe réduire à la feule condition
de Religieufe privée. Encore crut- elle
qu'elle ne pouvoit en remplir les devoirs que
dans l'obfcurité d'une retraite , où , dégagée
de tout autre foin , elle ne fût occupée que
de l'importante affaire de fon falut.
Notre vertueufe Princeffe avoit depuis
long- tems un goût décidé pour la vie pénitente
MAY: 1743
843
tente des Carmélites , & l'auroit , embraffée ,
fi fes DireЯeurs , qui connoiffoient la foibleffe
de fon tempérament , ne l'en euffent
empêchée. Elle en fut vivement affligée . Cea
pendant toujours fidéle aux impreffions de
la Grace , elle forma un autre deffein , qui
tenant le milieu entre la vie auftere des Carmélites
, & la mitigation de Chelles , la mit
en état de fuivre l'attrait de fa ferveur , &
de fatisfaire aux mouvemens de fa confcience.
Madame d'Orléans digéra ce projet pendant
quelque tems ; elle n'en fit confidence
à aucune de nous , & aucune ne s'en défia.
Nous entrevîmes bien qu'elle n'étoit pas
tranquille ; mais nous étions fort éloignées
d'en deviner la vraie raifon , & d'en prévoir
les fuites. Elle nous les fit foupçonner dans
la réfolution qu'elle prit & qu'elle exécuta
de partir brufquement de Chelles , & de fe
retirer à la Magdeleine de Trainel, où la Re
gle eft obfervée dans toute fa rigueur.
On s'imagine aifément la douleur dont
nous fûmes faifies, quand la réfléxion , fuccédant
à la furprife , nous envifageâmes de
fang froid les circonftances d'un départ ,
dont le motiféchappoit à nos lumieres. Elle
augmentoit , cette "douleur , à méfure
féjour de notre Abbeffe fe prolongeoit à
Trainel , & nous préfumâmes dès- lors , qu'il
feroit beaucoup plus long que nous ne
que
le
l'avions
$44 MERCURE DE FRANCE
Favions penfé. Elle employa ce féjour à
fe confulter , & fon Confeil étant entré:
dans fes vûës , elle ne nous les lailla plus
ignorer.
Notre douleur fe renouvella fi vivement ,
quand nous en fûmes pleinement informées ,
qu'elle ne nous laiffa de liberté , que pour
répandre des larmes . Nous tentâmes néan
moins l'impoffible pour lui faire changer de
réfolution . Nous y employâmes toutes les
perfonnes , qui nous paroilloien: avoir quelque
crédit fur fon efprit. Nous lui écrivî
mes en commun les Lettres les plus tendres
& les plus preffantes . Nous nous jettames
mille fois à fes pieds , quand elle nous en
fournit Peccafion. Tout fut inutile , & elle
fit fa démillion le 5. d'Octubre 1734.
Quo que préparées à cet évenement , nous
n en fûmes pas moins touchées , mais Dieu
ne nous laiffa pas fans confolation . Nous ne
pouvions en recevoir de plus grande qu'en
apprenant que Madame de Clermont étoit
deftinée à lui fucceder. Elle étoit alors Abbeffe
de Beaurepaire , & avoit fait Profeffion
à l'Abbaye de Chelles , entre les mains de la
Princeffe. Elevée fous fes yeux , elle en avoit
confervé l'efprit , & une abfence de dix ans
n'altera jamais la confiance réciproque qu'el
les s'étoient promifes, en fe feparant.Madame
d'Orleans venoit d'en donner des preuves
effentielles
MAY.
1743- 846
effentielles dans le choix qu'elle en avoit fait ,
pour lui fucceder , & Madame de Clermont
pénetrée de reconnoiffance , n'oublioit rien
pour la lui temoigner.
Ce concert de nos deux Abbeffes faifoit
notre bonheur, Nous en joüiffions dans toutes
fon étendue , & nous ofons dire , avec
de pieufes délices , quand un coup imprévu
-nous a enlevé Madame d'Orleans , victime
de fon grand coeur & de fon ardente charité.
Cette ingénieufe charité lui fuggéra d'uti
les moyens de foulager les Pauvres dans leurs
maladies , de ne point expofer leur guérifon
au hazard , & de s'en affûrer , autant qu'il
étoit poffible , le fuccès , & ce fuccès étoit
-prefque toujours la récompenfe de fon zéle.
Aufi avoient - ils en elle une confiance parfaite
. Elle n'en renvoya jamais aucun , quelque
maladie qu'il eût , & nous l'avons vûë ,
plus d'une fois , fe prêter , s'allujettir même
aux détails les plus rebutans de ce miniſtére
avec un courage , fort au- deffus de la délicateffe
de fon fexe & de la foibleffe de fa compléxion.
Ainfi eûmes - nous la confolation de
voir de nos jours & fous nos yeux revivre
dans une grande Princeife , l'humiliante pratique
des mêmes exercices de charité , que
l'incrédulité du fiecle regardoit , avant elle ,
comme incroyables dans un faint Roi (a)
(a) Saint Louis,
dong
1
4
846 MERCURE DE FRANCE
dont elle tiroit fon origine , & dans une
fainte Reine , (b) qu'elle s'étoit propoféc
pour modéle , & qu'elle imita fi noblement
dans fa qualité de Fondatrice.
C'eft à ces titres , refpectables à la Pieté
éclairée , qu'elle gagna la confiance des Da
mes de Trainel , comme le fuccès de fes
foins les
pour pauvres avoit gagné la leur .
Aucune ne tomboit malade qu'elle ne reclâ
mât auffitôt le fecours de notre charitable
Abbeffe , & aucune ne le reclamoit en vain.
Elle voyoit les malades avec une familiarité ,
une tendreffe , une affabilité qui les charmoit.
Elle ne fe refufoit à rien; rien ne l'intimidoit.
La petite vérole, qu'elle n'avoit eûë que trèslégèrement
, déclarée alors à Trainel, ne l'épouventa
point. Elle ne prit aucune précaution
pour s'en garantir , & auroit même fait
quelque chofe de plus , fi on ne s'étoit oppofé
à l'ardeur de fa charité . Mais elle n'en
perdit pas le mérite devant Dieu. Il permit
qu'elle en fût attaquée , pour la difpofer par
cette derniere épreuve à la récompenfe qu'il
lui préparoit. Elle la foutint avec une conftance
digne de la foumiffion parfaite qu'elle
eut toujours à la divine volonté . Dès quela
nature de fa maladie lui fut connuë , elle fit
⚫le facrifice de fa vie ; demanda avec inftance
(b ) Sainte Bathilde , dont elle prit le nom à ſa
Profeffion.
lcs
M A Y. 847 1743. .
les derniers Sacremens , & les reçût avec
une ferveur & une fermeté , qui tira les larmes
des yeux de tous ceux qui furent témoins
de cette lugubre cérémonie. Nous n'étions
point à portée de l'être , ni de recueillir les
derniers foupirs d'une Abbeffe,qui nous étoit
fi chere . Madame de Clermont ett ce triſte
avantage , & c'eſt d'elle que nous avons ap
pris ces circonftances.
Auffi- tôt qu'elle fut informée de la maladie
de Madame d'Orleans , la crainte du danger
cédant à la reconnoiffance , elle partit préci
pitamment de Chelles avec deux de fes Religieufes,
& fe rendit à la Magdeleine de
Trainel , où elle s'enferma avec fa bienfactrice
, qui fut extrêmement contente de la
voir. Elle en exigea un entretien particulier,'
& la pria tendrement de ne point la quitter.
C'étoit l'intention de Madame de Clermont ,
qui en effet ne la quitta pas jufqu'au moment
fatal qu'elle expira , le 20. Février dernier
feptième jour de fa maladie , entre minuit &
une heure.
Nous en apprîmes la nouvelle le même
jour , & on comprend aifément l'impreffion
qu'elle fit fur nos efprits & fur nos coeurs.
Nous n'entreprendrons point de vous en faire
le détail. Trop au- deffous de notre douleur ,
il la renouvelleroit & n'en exprimeroit pas
l'excès,
La
348 MERCURE DE FRANCE
La feule confolation qui pouvoit nous refter
après une fi grande perte , c'étoit l'eſpérance
bien fondée d'avoir parmi nous la dépoüille
mortelle , unique objet de nos voeux,
de cette yertueufe Princeffe : elle nous appartenoit
à de fi juftes titres , que nous ne nous
imaginions pas qu'on pût nous la difputer.
Profeffe de Chelles , feconde Fondatrice de
Chelles , Abbeffe de Chelles , toujours Religieufe
de Chelles , ( a) en falloit - il davantage
pour nous autorifer à reclamer ce précieux
refte de fa mortalité ? Nous l'avons reclamé .
Mais une autorité infiniment refpectable en
a décidé autrement , & les Religieufes de
Trainel en font demeurées en poffeffion . On
nous a permis les proteftations de droit , &
nous les avons faites. Si c'eft fans fuccès , ce
fera du moins à la Poſtérité un monument de
notre reconnoiffance & du tendre & profond
refpect que nous avons toujours eû
pour cette augufte Princeffe , dont la mémoire
vivra parmi nous, auffi long - tems que
l'Abbaye de Chelles fubfiftera.
Madame d'Orleans étoit une Princeffe accomplie
, autant qu'une foible mortelle peut
l'être. La Grace & la Nature , de concert ,
fembloient l'avoir enrichie de tous leurs dons,
Elle étoit grande , & peu de perfonnes de
(a) Elle s'y étoit réservé fon Appartement & S
Cellule au Dortoir.
fon
MAY. 17437 849
fon fexe pouvoient lui difputer l'avantage
de la beauté. Jamais elle ne s'en prévalut.
Ses manieres fimples & fa religieufe modef
tie , feuls ornemens dont elle fe paroit , déceloient
affés le mépris qu'elle en faifoit.
Elle n'étoit pas fi indifferente fur les qua
lités du coeur & de l'efprit. L'un & l'autre
étoient excellens. Elle cultiva l'efprit par l'é
tude des Belles - Lettres. Elle apprit un peu le
Grec , & fout affés le Latin , pour pouvoir
s'inftruire de fes devoirs dans la Langue ori
ginale des Péres de l'Eglife . C'eft dans la
même vûë, & par la crainte de fe méprendre
dans fes lectures , qu'elle étudia la Philofophic
& la Théologie avec un fuccès fi rapide
, que fes Maîtres avoient peine à le
comprendre. Auffi n'a-t'on gueres vû d'efprit
plus étendu , de jugement plus folide , de
pénetration plus vive , & de mémoire plus
heureuſe. Elle a compofé fur l'Ecriture Sainte
& fur la Regle de S. Benoît , quelques
Ouvrages, qui n'ont pas vû le jour & qui feroient
honneur à fon efprit & à fes talens , ſi
on les rendoit publics.
Les qualités de fon coeur répondoient à
celles de fon efprit . Il n'y en eut jamais un
plus tendre, un plus obligeant, un plus droit
un plus noble. Elle étoit une reffource à tout;
Les Familles affligées trouvoient en elle un.
pufflante protection ; les Communautés Rec
B ligieufes
850 MERCURE DE FRANCE
ligieufes, un appui qui ne leur manquoit jamais
dans le befoin ; les Pauvres , d'abondantes
aumônes , & des fecours toujours
préfens dans leurs maladies , fecours qu'elle
n'auroit pas été contente de ne leur procurer
que pendant la vie , fi elle ne les leur avoit
encore affurés après la mort.
C'est dans cet efprit qu'elle établit dans le
Bourg de Chelles trois Soeurs deftinées par
état à l'inftruction des pauvres & au foulagement
des malades ; & cet établiffement a
cû un fuccès fi heureux , qu'il a parfaitement
répondu à fes voeux , & rempli toutes ſes
efpérances.
Elle avoit puifé les principes de cette ardente
charité dans l'Abbaye de Chelles , & elle
eut lieu de les mettre plus particuliérement en
pratique dans fa retraite. L'obéiffance, comme
la plus pénible de toutes les vertus du Cloître
, fut le premier objet de fes exercices religieux
. Elle pria Madame d'Artagnan , Prieure
perpétuelle de la Magdeleine de Traine '
d'agréer qu'elle fe mît fous fa conduite. La
modeftie de cette Dame s'y refufa d'abord
mais elle fut obligée de ceder aux inftances
de la Princeffe , qui lui réïtera les affurances
de fon obéiffance & de fa foumiffion . Elle
tint parole , & Madame d'Artagnan ne
fut pas moins édifiée de fa docilité , que toutes
les Religieufes qui compofent fa nom
breufe & fainte Communauté.
1
>
MAY.
1743. 851
La fervente Princeffe fe portoit avec tant
d'ardeur aux exercices rigoureux de la mortification
évangélique , qu'elle s'y feroit li
vrée fans ménagement , fi la prudente Supéricure
ne fe fût oppofée à l'activité de fon
zéle. En effet il ne lui étoit jamais permis
de le mettre à l'épreuve,qu'elle n'y fuccombât
, mais c'étoit pour elle un fujet d'humiliation
, & elle faififfoit volontiers les occafions
de s'humilier. La retraite qu'elle s'étoit
choifie , & à laqu . lle elle avoit tout facrifié ,
lui en fournit de fréquentes , & jamais on ne
l'a vûë fe refufer à aucune .
C'eft du fein de cette retraite que notre
pieuſe Abbeffe , ornée de vertus chrétiennes
& religieufes & comblée de mérites , eft
allée recevoir la récompenfe d'une vie auffi
édifiante aux yeux des hommes , que fa mort
a été précieufe devant Dieu . Cependant ,
comme les Jugemens font terribles , & que
rien de fouillé ne doit entrer dans fon
Royaume , fi de légeres taches , preſqu'inféparables
de la condition humaine , retardoient
encore fa félicité , nous vous demandons
, pour l'accelerer , le fecours de vos
faintes prieres. Nous fommes avec refpect ,
M M. vos très- humbles & trés obcïllantes
Servantes , les Abbeffe , Grand-Prieure , &
Religieufes de l'Abbaye Royale de Chelles.
A l'Abbaye de Chelles, ce premier Mars 1743 .
Bij ELEGIE
352 MERCURE DE FRANCE
ELEGIE
Sur la mort de Mad. la Marquise de G.... Par
M.l'Abbé I....à M. de la Sône, Médecin
de la Faculté de Paris , de l'Académic
Royale des Sciences.
?
T U m'arraches
en vain des portes du trépas.ï¿
Cher la Sône , eſt- ce toi qui vole fur mes pas ?
Ton front eft obfcurci , quelle horreur l'environner
Je n'y diftingue plus la brillante (a) Couronne ,
Difputée à l'envi par d'illuftres rivaux ,
Vaincus dès ton printems par tes heureux travaux.
Quel noir chagrin t'agite , ou quel nouveau pro
blême
Enchaîne ta penfée & t'enleve à toi- même ?
Non ,tu n'es occupé ni de l'Art des Chirons ,
Ni du critique amas des modernes Varrons .
Peu frappé des éclairs dont brille Démocrite ,
La douleur te ramene à la nuit d'Héraclite.
Dans ces Lieux habités par les gémiſſemens ,
De l'humaine foibleffe éloquens monumens ,
Tu viens , les yeux en pleurs , fuyant un corps cé
lébre ,
( a) Prix remporté à l'Académie de Chirurgie .
Page de dix-sept ans.
T'appuye
MAY:
35 ; 17437
T'appuyer, avec moi , fur cette Urne funébre ;
Aux graces , aux talens , aux fublimes vertus
Adreffer les foupirs de nos coeurs abbattus.
Tu viens de notre orgueil déplorer l'arrogance ;
Qui pare un rien pompeux du vain nom de
Science ;
Tu décomposes l'homme , objet infortuné ,
Soumis à la douleur avant que d'être né ;
Affemblage confus de force & de foibleffe ;
D'erreurs , de vérités , de grandeur , de baffeffe
A lui-même inconnu , dans fes voeux incertain ;
La vie eft ſon écueil , la mort eſt ſon deftin.
Vous, qui le fecourez dans l'horreur du nauffrage,
De quoi fert du Moulin , Aftruc, & toi , Vernage ,
D'avoir de la Nature épuifé les fecrets ?
La Mort lance fur nous d'inévitables traits.
Quoi ! l'Homme , Infecte aveugle , en proye à l'i
gnorance ,
'Auroit l'art de ravir à la Toute-Puiffance
Ce glaive formidable aux Peuples déſolés ,
Dont Louis, en Héros , vit fes Fils immolés
Ici Fagon , Chirac , votre efprit s'humilie
Sous celui qui commande à la mort , à la vie.
Dans vos habiles mains le plus puiffant fecours
D'un Monarque immortel ne peut fauver les jours
Ainfi , malgré Silva , fuivant ſa deſtinée ,
Comme une tendre fleur, Beuvron fut moiffonnée ;
Biij
Ainfi
854 MERCURE DE FRANCE
Ainfi de la Tremolle , entouré de regrets ,
Le flambeau de l'Hymen éclaira les Cyprès.
Joignons à ces revers nos douleurs légitimes ,
Cher la Sône ; la mort fçait choiſir ſes victimes .
Celle que nous pleurons , tombe , hélas ! fous les
coups
Dont veut nous éprouver le célefte courroux.
Aux grandes vérités élevant fon génie ,
Au léger badinage uniffant la faillie ,
Répandant à fon gré la force ou l'agrément ,
Tout prenoit dans fa bouche un air de fentiment.
L'ame noble , élevée ; un courage fuprême ;
Dans les biens , dans les maux s'oubliant ellemême
;
Du feul bonheur d'autrui le coeur toujours touché à
Aux Loix de la raiſon conftamment attaché ;
Tu les vis , cher ami , ces vertus fouveraines
Triompher fans effort de nos pleurs , de fes peines ;
Nos fanglots étouffés ; le trouble de nos fens ;
De les tendres adieux les traits vifs & perçans ;
Ces Prêtres, ces flambeaux, cette affreufe lumiere ,
Cette nuit pour nos coeurs funefte & la derniére ;
Les horreurs de la mort qui ne l'étonnoient pas ,
Te feront , comme à moi , préfens jufqu'au trépas.
Hélas ! elle a fini fa courſe paffagere ;
Son bonheur a paffé comme une ombre légere ,
Tandis que de la vie efclave malheureux ;
Je gémis , ô douleur ! fous ton joug rigoureux.
Tel
MAY. 855 1743
Tel un jeune Palmier , qu'arrofe une onde pure ,
L'honneur de nos Jardins , l'amour de la Nature ,
De fa ige élevée étale les beautés ;
Ses tendres rejettons croiffent à ſes côtés ,
Ses fertiles rameaux , fes ondoyans ombrages ,
De nos regards charmés attirant les hommages ,
Défioient les hyvers & la fureur des vents ...
Ciel fous un fer barbare il tombe avant le tems ,
Tandis qu'en un defert & fous un climat fombre,
Rongé, déraciné , fans rameaux & fans ombre ,
Azile des Hiboux , fur un rocher affreux ,
Aux fiécles fugitifs furvit ce Chêne creux.
Rends - nous ce témoignage , immortel Fontenelle ;
Les Portraits dont ton coeur t'a fourni le modéle ,
De l'aimable Zelis fembloient avoir les traits ,
Avant que le Ciel même eût formé les attraits .
Aux arides calculs , toi , qui joignant les graces ,
De Fontenelle un jour dois atteindre les traces
Toi , qui peux mériter d'être fon fucceffeur ,
Qui d'un fexe éclairé recherchant la douceur
Dans le docte entretien de Zélis , d'Uranie ,
Rallumois ton ardeur au feu de leur génie ;
C'eſt à toi de chanter leurs efprits & leurs coeurs ,
De leur fiécle frivole & du fexe vainqueurs .
Vous Clio, vous Minerve , aviez formé leurs chaînes
Inutiles projets , efpérances trop vaines !
L'impitoyable mort d'efpaces infinis
B iiij Sépare
356 MERCURE DE FRANCE
Sépare , fans retour , les coeurs les plus unis .
Vos pleurs baignent cette Urne où fa cendre repoſe;
De fi nobles regrets font une Apothéofe.
Leve-toi , cher la Sône , ami jufqu'au trépas ,
Qui des pleurs & des ris fçais goûter les appas ,
Joins les Beaux-Arts aux jeux , la joye à la fageffe ,
'Aux fleurs de ton Printems les fruits de la vielleffe;
Laiſle - moi ... va remplir ton deftin glorieux ;
Suis les Newtons François dans l'infini des Cieux ;
De la Nature immenfe éclaircis les myfteres ;
Change les poifons même en fecours falutaires ;
De tes Maîtres fameux deviens l'heureux rival ,
Leur ami, leur vainqueur, ou du moins leur égal
De tes nobles ayeux venge la décadence ;
Par tes regards fubtils hâte l'expérience ;
Obferve , écris , pourfuis tes utiles travaux ;
'Apprens à la mort même à fufpendre fa faulx.
Interrompant le cours d'une pénible étude ,
Viens charmer quelquefois ma trifte folitude ;
Viens plûtôt ranimer tes regrets & les miens ;
Zélis fera toujours nos plus chers entretiens ;
De fa douce amitié nous rappellant les charmes,
Les Lieux qu'elle habita , verront couler nos lar
mes ;
Ses graces , fon efprit , fes vertus , fes bienfaits ,
Dans nos fenfibles coeurs revivront à jamais .
Puiffent dès cet inftant les mânes nous entendre ,
E
MAY. 857
1743 .
Et fe plaire aux foupirs confiés à ſa cendre !
Vous, fruits de fon Hymen , objets de fon amour ,
Puiffiez-vous, chers Enfans, lui reffembler un jour !
****************
LETTRE de M... écrite à M....Sur
le Difcours du R. P. du Baudory , prononcé
au College de LOUIS LE GRAND , an
mois de Décembre dernier.
Nfin , Monfieur , le Difcours du R. P
du Baudory vient d'être expofé au grand
jour. Je vous mandai dans le rems , avec quel
fuccès il avoit été prononcé, mais je ne fis que
piquer votre curiofité . Vous n'avez pas ceffé
depuis de defirer un plus grand détail . C'eſt
avcc joye que je me fens aujourd'hui en état
de vous donner cette fatisfaction , en attendant
qu'à votre retour vous puiffiez vous en
procurer vous -même une plus parfaite par la
lecture de l'Ouvrage entier.Je commence par
vous dire que cette lecture ne diminuë en
rien l'idée qu'on s'en eft formée à la prononciatier
.
Quantum Parifiis Provincia , quantùm Provinciis
Parifii debeant. C'eft , comme vous
çavez , M. le fujet du Difcours en queſtion,
ujet qui , je penfe , n'avoit point encore été
By traité ,
858 MERCURE DE FRANCE
traité , & qui conféquemment a tout le mérite
de la nouveauté
Il eft fi difficile aujourd'hui de ne pas devenir
l'Echo d'autrui , qu'on doit tenir compte
à un Auteur de fon courage & de fon addreffe
à éviter les chemins battus. Mais ce
n'eft pas par ce feul endroit que le Difcours
du P. du Baudory mérite attention ; c'eſt encore
plus par la maniere dont il eft conftruit,
par l'ordre qui y regne, & par la marche, & la
liaifon de toutes les parties ; c'eft par les penfées
ingénieufes , par les expreffion Mantes ,
par les comparaifons les plus heureus , par les
belles deſcriptions ; en un mot , c'eſt dans ce
Difcours que l'Auteur a déployé toutes les richeffes
de la Rhétorique & de fa féconde imagination.
Mais entrons dans quelque détail.
L'Orateur débute par une comparaifon qui
fe foutient parfaitement, & qui ne laiffe rien
à defirer pour la jufteffe . Paris , dit- il , eft le
centre de la France , comme le coeur eft le
centre du corps humain . C'eft du coeur
comme de fa fource , que découle fans ceffe
dan tous les membres tout ce qui eft néceſ,
faire pour leur procurer & conferver la vie
vie ,
l'accroiflement & l'agilité que nous leur remarquons.
Les membres , d'accord par un retour des
plus reconnoiffans , renvoyent fans ceffe au
coeur ce principe de vie dont il leur fait par
avec
MA Y. 1743-
859
avec tant de génerofité , & fans lequel cependant
il ne peut fubfifter. De cette parfai
te intelligence du coeur avec les membres ,
réfulte évidemment le falut & la confervation
du corps entier.
,
Tel eft le Tableau qui repréfente Paris &
les Provinces de la France.Ut cordi,fic Lutetig
ineft , ut ita dicam natious calor motufquả
vivax , quo cæteræ regni partes vegetantur ,
ille ipfe vita fpiritus quem Parifii Provinciis
infundunt , infuum, veluti fontem refufus , fovenda
Lelia vicihen infervit.
Delà duBaudory fait éclore tout naturellement
fa divifion . Quantum Parifiis Provin
ciao .ntum Provinciis Parifii debeant.
Itermine fon Exorde, à l'ordinaire, par dender
la bienveillance & l'attention de fon
Huftre Auditoire. Cette demande étoit, fans
doute, accompagnée d'une grande confiance ,
effée à des Parifiens & à des Provin-
Faux. Quoi de plus digne en effet de la bienbance
& de l'attention des uns & des aues,
qu'un 'Difcours dans lequel ils devoient
preffentir le tribut de louanges qui eft payé
publiquement au zéle réciproque d'un cha
cun pour l'utilité commune !
Dans la premiere l'artie , il s'agit de faire
voir combien les Provinces font redevables:
à Paris, qui fait à leur égard, ce que le coeur
fait à l'égard des membres du corps .
B vj Pour
860 MERCURE DE FRANCE
Pour que la reconnoiffance foit propor
tionnée au bienfait , il faut expofer les richeffes
& la nature des richeffes , que Paris
offre avec magnificence , & le profit qu'en
retirent les Provinces. Quantum Parifiis Provincia
debeant.
Dans un fujet auffi vafte , tout ne pouvoit
re mis en oeuvre ; l'Orateur a donc fait
Choix de ce qu'il a crû être plus propre à
mettre fa propofition dans le jour le plus
avantageux.
Il s'eft attaché aux moeurs, aux Arts , & aux
Sciences. Comme autrefois Athénes , Paris,
eft en poffeffion de tout ce qu'il y a de plus
délicat , de plus poli en fait de mours ; de
tout ce qu'il y a de plus fin , de plus quis
& de plus parfait en fait d'Arts & de Sciences .
D'abord , pour ce qui regarde les moeurs ,
nous remarquons dans les Provinces , &
fur tout dans les Villes , quelque chofe de
poli & de gracieux , ne balançons point à
en faire honneur aux Parifiens ; ce font les
fruits des douces influences de Paris , que ,
l'Orateur compare ici au Soleil , comparai
fon noble & lumineufe qui mérite d'être
luë de fuite dans le Difcours.
C'est par le commerce avec les Parifiens
que les Provinciaux admettent infenfiblement
chés eux l'urbanité Parifienne. L'exemple
d'un Provincial nouvellement débarqué
MÁY. 1743.
861
à Paris , & métamorphofé peu de tems après
en Parifien, entre parfaitement en preuve . Ce
Portrait eft d'après nature . Arripiamus aliquem
Provincia incolam ... ex obfcuro oppidi
ui angulo in Parifiacam lucem nunc primùm
mergentemfingite: prob fuperi quam peregrina
facies ! cernite ad Pariftaci fplendoris imagi
rem perculfum & attonitum , hiantes oculoum
orbes volventem huc & illuc inexpletâ
curiofitate ... dum loquor, occurrit hofpes Parifinus
, qui advenam falutat peramanter , hic
blitas reddit falutis vices , imò verò , infolitas
prorfus & abnormes , ita in geftu moderando
diftortus ac impeditus , ita durus ac rigidus , ut
a capite ad calcem totum loricatum & cataphractumjurares
; interimfit confabulatio ; hîc
verò fe totam explicat noftri peregrini fubtili
tas , nunc fefquipedales occipit locutionum amhages,
medioque infermone refiftit turpiter elinguis
, nunc gallicas voculas pingui & abfono
atture detruncat immaniter , deturpat enorer.
Lavigat ineptè , afperat inconcinnè.
Verum fonos illatabiles nec vacat audire ,
nec lubet hominem valere jubeamus , quire
imò rurfum admittamus , fed interjecto menfium
aliquot fpatio .... atenim quid hoc eft ?
Men ludit error amabilis ? An idem , an alter
fe ipfo eft ? Qualis in toto corporis habitu coninnitas
! utfalutat officiosè ! ut loquitur appotè
! ut garrit ingeniosè ! ut jocaturasutè ! que-
Lo ve
362 MERCURE DE FRANCE
fote , bone vir , unde repentina morum conver
fio Dicam, Auditores , vobis , vobis illa debetur,
veftram urbanitatem fecit imitando fuam
cum Parifinis victitando Provinciam exuit
Parifiacam haufit elegantiam.
>
>
C'est donc par la fréquentation des Parifiens
, que les Provinciaux s'humanifent ;
c'eft-là la fource de ce bon goût qui regne
maintenant dans leurs feftins , dans leurs habillemens
, dans leur démarche , en un mot
dans toutes leurs actions , deforte qu'on ne
peut faire aujourd'hui un pas dans les Pro-.
vinces , qu'on ne s'imagine être dans Paris .
L'Orateur entre ici dans des détails fort curieux
. Les anciennes & les nouvelles modes y
font expofées au naturel. Vient enfuite fort à
propos un parallele de Rome avec Paris, qui
tourne tout à l'avantage & à la gloire de cette
derniére Ville. Me tui miferet acfuppudet, tumidagentium
dominatrixRoma,noveras quidem
Provincias armis attritas tuis legibus inflectere ,
tuis moribus conciliare admirationis illecebra
non noveras ... quanto preis intervallo gen
tium domitrici magiftra terrarum & cultrix
Lu cua ! Il termine cet endroit en exhortant
les Parifiens à conferver leurs moeurs pures
& exemptes de toute corruption, qui fe glifferoit
lurement partout à la faveur de leur
nom .
Paris eft encore la fource du bon goût
pour
MAY . 863 1743
avouer que
pour les Arts & pour lesSciences. Il faut en effet
que rien n'eft bon ni parfait , s'il ne
fort de cette Ecole. C'eft là auffi où viennent
puifer les Provinciaux.
Entre autres preuves , l'Orateur expofe la
Capitale de la Bretagne , qu'on prendroit aujourd'hui
pour un autre Paris , & fait voir
que les Bretons , dans la difpofition , l'ordre
& la magnificence qu'ils ont procurés aux
Edifices de cette Ville , autrefois fi difgracieuſe
, n'ont pris d'autre modéle que Paris.
Enfin ,Paris ouvre fans ceffe aux Provinciaux
fes Ecoles de Peinture, de Mufique , de Médecine
, de Droit , d'Eloquence , de Poëfie .
Vous jugez bien , M. que l'Académie Françoife
& celles des Belles - Lettres & des Sciences
, ne font point oubliées , nonplus que les
Maifons de Sorbonne & de Navarre , qui
terminent la premiére partie de cette Harangue.
Après avoir ainfi fait le Panegyrique des
Parifiens , l'Orateur paffe à celui des Provinciaux
, qui font le fujer de fa feconde partie .
Quantum Provinciis Parifii debeant. Il n'eft
pas moins équitable envers ces derniers qu'à
l'égard des premiers.
La Ville de Paris préfente fans ceffe à la
Province ſes richeffès les plus précieuſes ,
qu'elle étale avec magnificence ; & la Province
, par une reconnoiffance parfaite , n-
Voye
864 MERCURE DE FRANCE
voye fans ceffe à Paris tout ce qui croît chés
elle de plus délicieux , & tout ce qu'elle pof
fede de plus excellent : Fructus ac labores
fuas pecunias , fun demum ingenia.
Dabord , les productions de fes Terres ; les
Habitans de la Province font à cet égard
pour Paris , ce que fait pour un Roi cette
foule d'Officiers qui font à fon fervice ; comparaiſon
noble & heureufe , que notre Orateur
a faifie avec avantage . Elle lui donne
lieu de faire une Defcription de Paris , digne
de cette grande & fuperbe Ville.
Quod Regi miniftrorum obfequia , boc funt
Regine Lutetia Provinciarum officia. Sedet illa
mollibus undequaque colliculis coronata , in
vaſtiffimâ planitie, tanquam in aulâ pulcherrima,
hinc fufas in orbem Provincias adfuos quafi
adberiles nutus experrecta quieta profpicit. Patiatur
efuriem ? Prafto funt illicò Provincia
frumentaria : fuas Neuftria , fuas Belfia , fuas
Picardiaftudiis rivalibus fuges de promunt, tota
fimul horrea in Regina menfas devolvenda
certatim exhauriuntur.
Enfin toutes les autres Provinces dont
l'Orateur fait ici une énumeration , & qui
s'empreffent , chacune fuivant fon pouvoir ,
de fatisfaire les differens befoins de Paris . Le
P. du Baudory , dans cette Partie , excelle
furtout , à peindre chaque Province fi parfai
tement, que quand le nom y feroit fupprimé,
MAY. 17433 865
il ne feroit pas poffible de s'y méprendre.
Les Parifiens pour la confervation de leur
vie & pour leur fûreté ont befoin encore
de Protecteurs , qui repouffent loin d'eux
l'ennemi. Toutes les Provinces leur en fourniffent
avec zéle & en abondance , qui veillent
exactement au repos & à la tranquil
lité de Paris , que cette grande Ville ne connoît
du fracas de la Guerre que le nom.
En un mot, il peint d'une maniére vive &
pathétique , les travaux & les peines infinies,
auxquels fe livrent fans relache les Provinciaux
, uniquement pour les délices des Pari
fiens. Les Laboureurs , les Chaffeurs font ici
noblement payés de leurs fatigues.
Mais la reconnoiffance des Provinciaux ne
feroit pas
pas fatisfaite , s'ils n'apportoient leur
argent à Paris : ici M. je fens que vous allez
vous révolter , & demander fi , loin d'apporter
leur argent à Paris , les Provinciaux
ne tirent pas au contraire tout l'argent
de cette Ville , par les productions de leurs
Terres , qu'ils y envoyent , mais ce feroit
anéantir par -là tout à la fois deux preuves
de la reconnoiffance des Provinciaux envers
les Parifiens. Ne vous impatientez pas , M. la
la caufe des Provinciaux eft en trop bonne
main , & vous aurez lieu d'être fatisfait des
raiſons du P. du Baudory.
Il a prévû , il a fenti tout le poids de vôtre
objection ,
$66 MERCURE DE FRANCE
objection , auf avouë t'il que les Provin
ciaux n'ont point encore porté leur généro
fité , juſqu'à ſe défaifir gratuitement de leurs
biens en faveur des Parifiens , mais en habi
le Orateur , qui fçait voir dans fon fujec
tout ce qui y eft , il montre d'abord que cet
argent que les Provinciaux reçoivent de Paris
,vient d'eux originairement , enfuite
il affûre ( & l'expérience fur ce point luk
tient lieu de preuve ) qu'à peine ils l'ont reçû
, cet argent , qu'ils le reportent avec joie
comment cela ?
Les uns , pour fatisfaire leur curiofité , les
autres , leur ambition , d'autres leurs plaiſirs,
en un mot quelques foient les motifs qui les
amenent à Paris , ils Y viennent avec joie , &
y laiffent fans regret l'argent dont ils étoient
chargés en y arrivant.
Tout cela eft illuftré par une belle comparaiſon
priſe de l'Ocean , qui s'accroît de la
décharge des Fleuves , & qui fournit à fon
tour aux Fleuves la matiére de leur fubfiftence
, qu'il ne manque point de retirer . Je vou
drois pouvoir la rapporter ici en entier ,
mais je m'apperçois que j'ai déja excedé de
beaucoup les bornes d'une Lettre ; je paffe
promptement au dernier article.
Ce n'eft pas affés aux Provinces de donner
à Paris de quoi fournir à fon luxe & à fa
magnificence : ce n'eft pas affés de rempli
Le
MAY. 1743 867
fes coffres d'argent ; pour comble elles lu
offrent encore les heureux genies , qu'elles
roient naître chés elles . Paris eft ici noblement
peint fous la figure d'un Ciel , où
brillent les plus beaux Génies Provinciaux ,
comme des Aftres éclatans.
Que Paris foit le centre où viennent fe
réunir tous les bons Efprits de toutes les
Provinces du Royaume , c'eft ce que prouve
fans peine l'Orateur par cette quantité de
Grands Hommes , qui font aujourd'hui l'orrement
du Parlement & de l'Eglife de Paris .
Les Siècles paffés lui en fourniffent en foule ;
les Malherbes , les Corneilles , les Fenelons ,
& tant d'autres qu'il cite , & beaucoup plus
qu'il eft forcé d'omettre , qui ont fait honneur
à leur Province , & qui ont illuftré
Paris.
L'Orateur prend de -là occafion de carac
térifer le Génie ou le naturel des Provinces ,
qui fourniffent le plus de Grands Hommes :
celles de Touraine , de Bretagne , de Normandie
, de Berry , de Gascogne , font nom
mées avec honneur , & le caractére de leurs
Habitans , fidélement & heureuſement exprimé.
Parmi tous ces portraits , celui des Normands
m'a plû infiniment ; je ne puis me re
fufer le plaifir de le placer ici. Vis acuta &
fubtilis , canta & provida , ad fcribendum
aptiffima ,
368 MERCURE DE FRANCE
aptiſſima , ad agendum aptiora , vel ceffando
non otiofa , verbo dicam , Neuftriaca ? offeret
ejufmodi Lutetia , & quidem plurima , quorum
exquifitam experrectam fagacitatem in re
litterariapariter ac civili maxima cum laude
nec fructu minori partes ubique fuas egregiè
fuftinentem admirabere. Cet endroit fera reçû
fans doute , chés plus d'un Lecteur , comme
un certificat du Lieu de la naiffance du P
du Baudory. Ajoûtez à cela qu'aux pag. 35 %
& 36. de cette Harangue , les Normands
marchent toujours à la tête des beaux Eſprits
de Province ; cette préference décele le
zéle de l'Orateur pour la Patrie , & lui fait
honneur.
La Péroraifon renferme de vives & pathétiques
exhortations à la Ville de Paris , à ou
vrir de plus en plus fes tréfors aux Provinces.
Elle contient auffi l'Eloge de S. E. le Cardi
nal d'Auvergne , préfent à ce Difcours.
Les Provinces à leur tour , font puiffament
invitées à orner plus que jamais Paris de leurs
richeffes , & de leur talens. L'Orateur a encore
enchaffé fort délicatement au même lieu , l'Eloge
du Nonce du Pape , & des Prélats qui
l'ont honoré de leur préfence. Je fuis &c.
A Paris le 1. Mars 1743.
EPITRE
M A Y. 1743 ″ 855
EPITRE
De M. de la Soriniere ; à M. de Voltaire
furfa Tragédie de Mérope .
S Cavant Voltaire , aimable Auteur
Rival d'Homere & de Virgile ,
Reftaurateur de l'Art d'Eſchile ,
Dis nous parquel Att enchanteur
Enlevant partout les fuffrages
Tu fçais mêler en tes Ouvrages
Tant de force & tant de douceur ?
Tu viens , en nous donnant Mérope
De ravir , d'étonner l'Europe ,
Qui fe raffemble fur nos bords ,
Et déja tes divins accords ,
Par un pouvoir doux , fympathique ;
Ont charmé juſqu'à la critique.
Soit que tu fois imitateur
En fuivant les routes vulgaires ;
Ои
Ou que devenu créateur ,
Les fujets les moins ordinaires
Te doivent leur invention ,
L'impreffion la plus charmante
Soutient l'intrigue & l'action ,
Et chaque trait que l'Art enfante ;
Paus
370 MERCURE DE FRANCE
Pour aller nous frapper au coeur
Employe un preftige vainqueur ,
Tiré du Sein de la Nature .
Venus te prête fa ceinture ,
Et dirige le fentiment.
Quand tu fais parler un Amant ,
Tu dis ce qu'eût dit Euripide ,
Et fi toujours l'Amour préfide ,
Le Héros n'en eſt pas moins grand .
A la Soriniere , le 10. Mars 1743
の
DISSERTATION fur la Maison Militaire
des Rois de France , par M. Etienne - Claude
Keneion- de- Perrin,
E
mon
N préparant une feconde Partie pour
Hiftoire de la Guerre , & un Commentaire
fur les Enfeignes d'Armées des
principales Nations du Monde , qui eft imprimé
, l'obligation où je me fuis trouvé de
rechercher l'origine des differentes Milices
qui fe font vûës en France , & le tems où chacune
d'elles a paru , m'a fait faire une remar
que , qui étant propre à faire connoître l'origine
de chacun des Corps dont la Maiſon du
Roi eft compofée, m'a déterminé de faire cette
Differ
MAY. 1743 .
Differtation , & l'Ouvrage entier fervira même
n partie d'extrait de mon Commentaire.
Il femble que les Rois en fe donnant des
Gardes , ayent eu l'attention de mettre dans
cette Garde une Compagnie de chaque forte
de Milice par eux inftituée ; fi cela eft , ce
qui les a engagé à le faire , étoit afin que
out fervice de Guerre fut également honno- *
able & pour prévenir la jaloufie qu'au
roient pû prendre les Militaires exclus de
cette Garde contre ceux de leurs fembla
bles qui en auroient été . Je vais en donner
des preuves , & pour le faire avec ordre , je
3
commencerai
par
dire en peu de mots en
quoi a confifté la Gard : des Rois depuis le
commencement de la Monarchie , jufqu'à ce
que la Maiſon Militaire du Roi , telle qu'elle
eft aujourd'hui , ait parûe.
Le peu d'endroits de l'Hiftoire où il foit"
parlé de la Garde de nos premiers Rois ,
laiffe volontiers douter que cette Garde ait
été auffi ftable , & auffi nombreuſe qu'elle a
parû être à quelques Auteurs modernes ; il
ne paroît point que les Rois qui fe trouvoient
au Champ de Mars de chaque Printems
, ( ce qui étoit prefque la feule fortie
d'appareil qu'ils fiffent ) y fuffent avec des
Troupes affectées à les garder , autres que
celles qui fe trouvoient à ce Champ , &
qui étoient une partie des forces de la Nation
L DE FКА
tion , & fi les Rois Chilperic I. & Childeric
II. euffent été régulierement gardés , ils auroient
peut- être évité le fort qu'ils éprou
verent.
La Majefté demandoit cependant que nos
Monarques euffent des Gardes , mais il fe
pouvoit faire que les perfonnes destinées à
leur en fervir , compofaffent plutôt une Garde
de parade qu'une Garde de deffenſe ; une
femblable Garde étoit plus propre à relever
l'éclat de la fouveraineté , qu'à laiffer appercevoir
que le Souverain fut gardé.
Les Rois fe repofoient de leur fûreté fur
l'amour de leurs Sujets , & s'il arrivoit
qu'ils euffent quelque raifon pour ſe précau
tionner, ils prenoient des Soldats par extraordinaire
. Le Roi Gontrant , fur des foupçons fe
fit garder de cette maniére ; mais ces Soldats
étoient licentiés dans la fuite , ainfi ces prétendues
Gardes bien nombreuſes , que le
Pére Daniel dans fa Milice Françoiſe T. 2 .
pag. 92. & que l'Abbé de Camps dans une
Differtation inferée dans le Mercure de France
des mois de Juillet & d'Août 1719. don
nent à quelques- uns de nos Rois , n'ont rien
de bien réel , & fi elles ont exifté , elles doivent
être regardées comme des Gardes , qui
n'avoient rien de permanent.
En n'admettant qu'une. Garde de Parade
pour nos premiers Rois , compofée de Cours
tifans }
MAY 1743. 873
>
tifans , & des Officiers attachés à ces Rois,
Je ne veux pourtant pas nier que les Souve
rains n'ayent toujours cû près d'eux des per
fonnes deftinées à les faire refpecter , à veiller
à leur confervation , & à être toujours
prêtes à recevoir leurs ordres ; on voit dans
Xenophon ( Inft. 1. 1. ) que les Rois de Perfe
faifoient élever près d'etix les enfans des
Grands de l'Etat , que ces enfans logoient
dans le Palais des Rois , & y demeuroient
jufqu'à ce qu'ils fuffent en âge d'être mis aut
nombre des Homotimes , c'eft à- dire , d'être
les Confeillers & les Chefs d'Armées de
leur Souverain. Alexandre avoit pour compagnons
, fous le titre d'Amis , une Troupe
de jeunes Seigneurs dont les Peres remplif
foient les premieres Dignités de la Macedoine
; ces enfans fe dévouoient au fervice
de leur Prince', qui de fon côté les affectionnoit
; nos Rois pouvoient auffi avoir , outre
leurs Officiers ordinaires , des Bandes de jeunes
Nobles , c'eſt le fentiment de Mezerai
& cet Auteur qualifie ceux qui étoient de
ces Bandes de Barons des Rois , cependant
tout cela ne formoit pas des Gardes bien regulieres.
I
C
Les Rois David , & Salomon, avoient leurs
Pheletes & leurs Ceretes ; ceux qui poftoient
ces noms , formolent auffl des Bandes
, mais n'étant pour la plupart que des
C Annon74
MERCURE DE FRANCE
Annonciateurs des Muficiens , & des .
Joueurs d'inftrumens , ils étoient plus propres
à orner une Cour qu'à la défendre.
La Milice Pretorienne des Romains n'eſt
encore guére propre à donner l'exemple d'une
Garde intime . Les Prétoriens fervoient ,
autant à garder la Capitale de l'Empire , qu'à
garder les Empereurs.
JAA l'égard de nos Rois , je penfe qu'ils n'étoient
accompagnés en tems de Paix que de
leurs Officiers domestiques , & qu'à la guer
re, leur feule Garde confiftoit dans leur Gendarmerie
, à la tête de laquelle ils combattoientov
ambuszola
Il ya eu en France deux fortes de Gendarmerie
, l'une a fuccedé à l'autres la premiere
avoit commencé avec les Fiefs , & a
duré jufqu'au quinzième Siècle ; Charles
VII . fit paroître la feconde qui dure depuis
ce Roi jufqu'à préfent.
être ap-
La premiere Gendarmerie peutpellée
Gendarmerie des Fieffés , parce qu'elle
étoit compofce de Cavaliers , qui devoient le
Service Militaire dans les Guerres de l'Etat ,
comme poffeffeurs de Fiefs.
Dans la feconde Gendarmerie , ce n'étoit
point en conféquence d'un Fiefpoffedé, qu'un
Genda me alloit à la Guerre , il y alloit au
moyen d'une folde qu'il recevoit du Roi ,
cette folde affujettillant celui qui la recevoit
plus
MAY. 1743. 879
plus aux volontés du Souverain qui la donnoit
, que les premiers Gendarmes ; cela fi
que la feconde Gendarmerie s'appella Gendarmerie
d'Ordonnance.
Les Gendarmes Fieffés , qui fe trouvoient
dans une Armée , y étoient par Troupes féparées
; chaque Troupe s'appelloit Bande
tant parce que les Militaires fe convoquoient
par une Ordonnance , appellée Ban, que parce
que les Enfeignes fous lefquelles marchoient
les Gens de Guerre , s'appelloient
des Bandes , ou des Bannieres ; les Bannieres
& les Penons etoient les Enfeignes à la
mode dans ces tems là ; chaque Bande de
Gendarme conduite par fon Banneret ou Capitaine
, avoit fa Banniere ; une Troupe à
Banniere étoit divifée en plufieurs autres
Troupes , que j'appellerai Pennonies , parce
que chaque Troupe de divifion avoit pour
Enſeigne un Penon , & tous les Penons d'une
Bande étoient fubordonnés à la Banniere
de la Bande.
Un Roi étant à l'Armée , fe compofoit une
Bande des plus braves des Gendarmes qui fe
trouvoient dans cette Armée ; c'étoit à la
tête d'une telle Troupe qu'il prenoit pofte ;
cette Troupe devenoit fa Garde accidentellement
, & par l'avantage qu'elle avoit d'être
le poſte d'honneur , étant celui du Roi , elle
devenoit encore la premiere Troupe de l'Ar-
Cij mée
876 MERCURE DE FRANCE
mée , & fa Banniere , qui prenoit le nom de
Banniere de France , fe trouvoit être la premiere
Enfeigne féculiere de la Nation , ne
cédant le pas à aucune autre, excepté à l'Oriflame
, car cet Oriflâme étant une Enfeigne
de Dévotion , le refpect dû à la Réligiondemandoit
qu'elle cut le premier rang fur
toutes nos Enfeignes , & elle l'avoit en
effet.
L'ancienne Gendarmerie fe multiplia beau
coup à l'occafion des Croifades , ce qui fit
que les plus diftingués des Gendarmes chercherent
à fe tirer de la foule de leurs femblables
par quelque Grade nouveau qui les fit
refpecter ; ils crurent y avoir réufli en faifant
paroître ce qui s'eft appellé chevalerie d'Accolade
, mais dans la fuite cela changea , car
Les Chevaliers à leur tour fe multiplierent fi
fort , que quoiqu'ils dûffent avoir de droit
le Commandement des Troupes , tous ne
pouvant commander , beaucoup d'entre- cux
furent contraints de fe répandre dans les differentes
Bandes de Gendarmerie , & d'y fervir,
en qualité de fimples,Gendarmes ; depuis
S. Louis, il fe vit des Bandes entieres de Che-
Hiers dans les Armées ; cela étant il eft à
ue chaque Roi qui fe choififfoit une
val
croire
Combat , en prenoit une de ces
ut que de tous les autres Genven
il avoit une Garde
Troupe
de
Chevaliers
, plute darmes
, & parce
my
,
des
MAY. 1743 877
des plus Nobles ; ceux qui étoient de cette
Garde avoient le moyen de fe foutenir honnorablement
, car quoi qu'en qualité de Fieffés
ils dûffent le Service , ils recevoient enco
re une paye du Roi ; cette paye leur procuroit
une nouvelle qualité , & les Gendarmes
d'une Bande , qui devenoit Garde Royale
s'appelloient Chevaliers du Rois ils font ainfi
nommés dans les anciennes montres &
l'Abbé de Camps , dans fa Differtation cidevant
citée , parle auffi de ces Chevaliers
fans les avoir trop connus.
,
'1
L'ufage s'étant introduit de donner une
paye à quelques Gendarmes , les Rois furent
bien-tôt contraints de changer entierement
la face de leur Gendarmerie ; les Gendarmes
non appointés , qui étoient en plus grand
nombre que les appointés , commencerent
à regarder comme onereux le fervice qu'ils
rendoient pour leurs Fiefs , & en conféquence
ne faifant plus que ce qu'ils étoient
indifpenfablement obligés de faire cela
caufa l'affoibliffement des forces de l'Etat , &
il fallut y remedier ; c'eft pour cela que
Charles VII . afin d'avoir des Troupes , dont
il pût tirer plus de fervice que de la Gendarmerie
des Fieffés , fe détermina à créer une
nouvelle Gendarmerie pour en être plus le
maîtres il créa donc ce que j'appelle la feconde
Gendarmerie.
C iij
›
Elle
378 MERCURE DE FRANCE
Elle fut d'abord dans un auffi grand luftro
que l'ancienne ; on n'y recevoit que des
Gentilshommes ; les Bandes qu'elle formoit
changerent de nom & s'appellerent Compagnies
; de pareils Corps ne pouvoient plus raifonnablement
retenir le nom de Bandes ; ils
n'étoient plus commandés par des Bannerets
, ni conduits par des Bannieres ; la mode
de ces Enfeignes étoit paffée , & les Enfe
gnes fuccédant aux Bannieres , furent les
Etendarts ; chaque Compagnie avoit pour
Chef un Capitaine , & d'ailleurs le nom de
Compagnie donné à une Troupe de Gendarme
, s'exprimoit mieux que le terme de
Bande , que ces Gendarmes étoient faits
pour remplacer ceux de même nom qui anciennement
fous leur feul nom , ou fous celui
de Chevaliers , avoient été les Gardes , &
les Compagnons d'Armées des Rois en tems
de Guerre .
Les Compagnies de nouveaux Gendarmes
s'appellerent encore Compagnies d'Ordonnance
pour faire entendre qu'elles étoient plus
dépendantes du Roi que ne l'étoient les anciennes
Bandes , & qu'au moyen de la de la paye
que chaque Gendarme recevoit , il devoit
être toujours prêt à obéir.
Une , d'entre les premieres Compagnies
d'Ordonnance qui parurent , refta plus fpécialement
que fes femblables , fous le commandement
MAY
1743. 879
man lement immédiat du Roi : chaque Roi
fe donnoit une Compagnie d'Ordonnance ,
qu'il faifoit commander par un Capitaine-
Lieutenant ; cette Compagnie avoit le pas
fur toutes les autres Compagnies de Gendarmerie
; ainfi chaque Roi avoit fa Compagnie
d'Ordonnance , où devoit être fon pofte
un jour de Bataille , & ce qui s'étoit pratiqué
fous l'ancienne Gendarmerie , fe pratiqua
, à peu près de même , fous la nou
velle .
La Compagnie d'Ordonnance d'un Roi ,
devenoit la premiere Troupe du Royaume ,
& la Garde d'Armée du Roi regnant. L'Enfeigne
de cette Troupe dévenoit auffi le premier
Etendart de France , & comme en cette
qualité il falloit le diftinguer des autres par
un nom particulier qui le fit connoître pour ce
qu'il étoit , fa couleur , qui étoit la blanche ,
& fa fonction qui étoit d'être à la tête de
l'Armée , le fit appeller Cornette - Blanche.
La Compagnie d'Ordonnance d'un . Roi
empruntoit même quelquefois un nom
nouveau de fon Enfeigne , & cette Troupe
étoit auffi connuë fous le nom de Compa
gnie Cornette-Blanche , que fous celui de Com
pagnie d'Ordonnance du Roi.
Tous les Gendarmes étoient Nobles ; il eft
vrai femblable que la Compagnie de la Cornette
- Blanche étoit plus remplie de Nobleffe
C iiij diftin
880 MERCURE DE FRANCE
diftinguée qu'aucune autre de fon efpece , &
comme cette Compagnie gardoit le Roi à
l'Armée , ceux qui la compofoient continuerent
d'être appellésCompagnons ouChevaliers
du Roi, & c'est de - là qu'eft venu l'ufage qu'ont
encore les Commandans pour le Roi de
La Compagnie des Gendarmes de la Garde d'apréfent
, de traiter de Compagnons les Gendarmes
à qui ils écrivent , quand il eft queftion
du fervice du Roi.
Ce que j'ai dit jufqu'à préfent , fuffira pour
montrer qu'elle a pû être la Garde de Guerre
la plus certaine de nos Rois , depuis qu'on
en a pû découvrir les traces , jufqu'à Charles
VII . Cependant comme les deux Troupes
dont j'ai parlé , tant celle de l'ancienne Gendarmerie,
où le voyoit la Banniere de France ,
que celle de la nouvelle Gendarmerie , marchant
fous la Cornette Blanche , ne faifoient
à nos Rois une Garde que pour l'Armée ,
tachons de leur en trouver une plus familiére
, qui ait été uniquement deftinée à les
fervir dans leurs Palais , & en tems de Paix .
t
Si les Rois des deux premieres Races , &
même ceux de la troisième , juſqu'à Louis le
Jeune ont eu d'autre Garde familiére , oa
Domestique que leurs Courtisans , & Officiers
Commenfaux , la difficulté de décider
en quoi elle confiftoit , fera que je ne leur
donnerai pour cela que deux Bandes de
Gens
MAY. 881
1743
Gens de pied , l'une d'Huifiers pour l'inté
rieur du Palais , & l'autre de Portiers , pour
l'extérieur du même Palais .
Philippe Augufte étant dans la Terre Sain
te , fe fit garder par des Sergens- d'Armes ;
T'Hiftorien Rigord rapporte ce qui obligea ce
Roi d'uferde cette précaution ; ce même Roi
'étant de retour en France, fe fervit utilement.
à la Bataille de Bouvines de fa Garde de
Sergens s cette Garde qui fervoit à pied , &
qui par conféquent étoit propre à garder les
Rois dans leurs Palais , fut confervée par
S. Louis. L'Abbé de Camps , trompé par une.
reffemblance de nom , a un peu avili l'Etat
des Sergens de la Garde ; ils étoient cependant
de condition Noble , & comme Serviteurs
de Guerre , ils empruntoient en cette
qualité leur dénomination en François du
mot Latin Serviens ; on ne pouvoit leur donner
un nom qui confervât mieux que celui - là
l'analogie de ce qu'ils étoient en effet , étant
véritablement les Serviteurs Militaires des
Rois , & les Huiffiers du Palais de ces Rois :
ces mêmes Sergens s'appellerent encore Valets
; ce titre répondoit à celui d'Ecuyer
Grade au-deffous de celui de Chevaliers les
Sergens d'Armes par le titre de Valets , faifoient
connoître qu'ils compofoient une Gar
de Royale , moindre néanmoins
que celle
que compofoient les Gendarmes , ceux - ci
faisant la grande Garde des Rois.
9
882 MERCURE DE FRANCE
On croit communément , que de ces Ser
gens d'Armes , viennent les Huiffiers , qui à
préfent gardent les portes du dedans du Louvre
; je penfe au contraire que les Huiffiersde
la Chambre ont toujours exifté ; que ce font
eux , qui après être devenus Officiers de Guerre
, furent appellés Sergens ; ils ont eû ce
dernier nom , tant qu'ils ont été à l'Armée ,
& ils n'ont repris le nom d'Huiffiers qu'en
ceffant d'être Militaires.
Depuis S. Louis , la Garde des Rois s'augmenta
de quelques- autres Bandes de Gens
de pied , & on commence à voir que dès
le XIV. Siécle les Rois , en fe donnant
des Gardes avoient coûtume de les prendre
dans chaque Milice qu'ils inftituoient.
›
Sous le Regne de Philippe de Valois , la
Milice des Francs Archers , compofée des
Soldats que les Villes fourniffoient , s'étant
mife en quelque réputation , les Rois prirent
une Bande de cette Milice pour les garder
; les Francs Archers de la Garde furent
appellés Cranequiers ou Cranequiniers à
caufe de l'Arc de fer à cran , & fe montant
à clef, dont ils s'armoient ; il eft parlé de
cette Garde lors de l'entrée que fit dans Paris
le Roi Charles VI . en 1415. Les Cranequiers
de la Garde eurent le titre de Valets , de
même que l'avoient les Sergens- d'Armes
ils font appellés dans des comptes Valets-
Archers
MA Y .. 1743. 883
Archers , & il ne faut pas les confondre avec
d'autres Archers de la Garde qui vont bientôt
paroître.
Outre les Sergens , & les Cranequiers , la
Garde Domestique ou de Paix des Rois ,
confiftoit encore en d'autres Bandes de Valets
- d'Armes , qui tiroient leur nom de la
maniére dont ils étoient armés ; les uns qui
portoient des Haches , étoient appellés , Va
Lets-Hachers , & les autres étant armés de
Maffes , faifoient les Valets - Maffiers ; j'au ÷
rai encore occafion de parler de toutes ces
Bandes.
Les troubles qui agiterent la France depuis
Philippe de Valois jufqu'a Charles VII . ayant
introduit l'ennemi dans le coeur de l'Etatoj
les Rois eurent befoin de fe faire garder foigneufement
, & d'avoir auprès d'eux leur
Garde de Guerre & celle de Paix ; . cependant
jufqu'à Charles VI . ces deux Gardes
n'étoient pas encore confidérables ; la premiere
n'avoit rien de ftable , foit qu'on confidere
ce qu'elle étoit fous la premiere Gendarmerie
, où elle ne confiftoit qu'en une
Bande d'Hommes d'Armes , que chaque
Roi ne retenoit qu'autant qu'il lui plaifoit ,
ou foit qu'on la confidére fous la feconde
Gendarmerie , où elle n'étoit encore qu'une
Compagnie d'Ordonnance , føjetre à muta
tions cette mutation paroît en ce que cha
¡ ..
,
Cvj
884 MERCURE DE FRANCE
que Compagnie d'Ordonnance pouvoit devenir
à fon tour la Garde des Rois , quand
ils le vouloient ; cet uſage s'obſervoit conftamment
, ainfi que cela fe voit par les
comptes des Maiſons des Rois ; entre- autres
par un , dans lequel il eft dit qu'un Seigneur
de Cafeneuve , du nom de Simianne , fervoit
en qualité d'Ecuyer Banneret avec XI . Hommes
de fa troupe , fous Hué d'Arpajon ,
Chevalier Banneret , pour la Garde du Roi
Charles VI . à l'entrée de ce Roi dans Paris
en l'an 1415. Dans cette Cérémonie la Bande
du Seigneur d'Arpajon gardoit le Roi ;
dans un autre occafion le Roi auroit eû
pour
Garde une autre Bande de Gendarmerie fous
le Commandement d'un autre Capitaine.
On auroit tort de croire qu'une feule
Bande de Gendarmes n'étoit pas fuffifante
pour garder un Roi ; les Bandes étoient auffi
fortes en hommes qu'on le vouloit , & la
plus petite Bande Fournies c'est - à - dire , contenant
tous les Cavaliers de différentes efpeces
qui devoient la compoſer , étoit au moins
de 5. à 600. hommes.
Charles VII, ayant crée de nouveaux Ger
darmes pour en difpofer à fon gré , cut parlà
le moyen d'avoir une Garde plus ftable &
plus nombreuſe que n'en avoient eu les autres
Rois ; il en avoit befoin , pour fe garantir
des embuches de l'ennemi redoutable
cû
qu'il
MAY. 1743. 885
qu'il eût à combattre pendant fon Regne . Pour
l'exécution de fon deffein il ne fe contenta
pas de prendre felon la coûtume une feule
troupe de Gendarmes ; il prit d'abord l'une
des Compagnies d'Ordonnance par lui
crée , dont les Gendarmes étoient tous François
, mais il augmenta prefque auffi - tôt cette
Garde d'une autre de ces Compagnies
toute compofée de Gentilshommes Ecoffois ;
ainfi ce Roi fe fit une Garde de deux Compagnies
d'Ordonnance , l'une Françoiſe , &
l'autre Etrangere.
Chaque Gendarme Ecoffois , ainſi que
tout autre Gendarme qui recevoit une folde,
étoit payé , pour avoir à fa fuite quelques Cavaliers
d'un moindre rang que lui ; ces Cavaliers
appellés Sergens , Ecuyers , ou Valets
, étant pour la plûpart , armés d'Arcs , fuent
pour cela appellés Archers , pour les
diftinguer des hommes d'Armes , qui étant
armés de Lances , étoient dits Lanciers : cet
arrangement qui marquoit les Compagnies
fournies , enfouffrant quelque changement fit
paroître des troupes d'un nom nouveau , &
occafionna de plus en plus l'augmentation de
la Garde des Rois , car ces Princes voulant
avoir plus de Corps de Cavalerie , feparerent
dans beaucoup de Compagnies d'Ordonnan
ce les Archers d'avec les Gendarmes à qui
ils étoient joints , alors ces Archers formerent
386 MERCURE DE FRANCE
rent feuls des Compagnies diftinctes & fans
mélange de Gendarmes ; cela fit une nouvelle
Milice qui tenoit lieu de la Cavalerie
Legere d'apréfent.
>
Cette nouvelle Milice garda fon nom
d'Archers , & étant établie , le Roi qui lui
avoit donné fa forme , jugea à propos d'en
introduire quelques Compagnies dans fa
Garde ; il prit à ce deffein les deux Compagnies
d'Archers venant des deux Compagnies
d'Ordonnance Françoife & Ecoffoife ,
qui faifoient fa Grande Garde , & de ces
deux Compagnies d'Archers , il fe fit une
autre Garde propre à le fervir en tout tems &
en tous lieux fous le nom de Petite Garde ;
cette Garde d'Archers fut depuis augmentée
de deux autres Compagnies de la même
Milice ; telle est l'origine des quatre Compagnies
des Gardes du Corps , qui font à
préfent la moitié de la Maifon du Roi .
Les Archers étoient armés plus à la legere
que les Gendarmes , & cela les rendant propres
à fervir à pied auffi bien qu'à cheval ,
les Rois , pour fe faire continuellement garder
, les préfererent à tous les autres Milita
ires
Jufqu'ici on ne voit encore aucune troupe
qui eut pû mériter d'être appellée Maifon du
Roi, il falloir pour cela l'union des Corps
de la Garde , & que ces Corps euffent été en
plus
MAY. 1743 : 887
plus grand nombre qu'ils n'étoient , mais
fous Henri II. il fe forma une Troupe qui
auroit pû porter ce nom ; cette Troupe étoit
un affemblage de Courtifans , de Gentilshommes
, qui fervoient volontairement , &
d'Officiers Commenfaux ; toutes ces perfonnes
qui fe trouvoient à l'Armée quand le
Roi y étoit , s'habituerent à y former un
Corps confidérable de combattans .
Cette efpece de Maifon qui a paru à la
Guerre , jufques fous Louis XIII . fut en for
tems trouvée fi fuffifante , pour faire un accompagnement
aux Rois , que ces Princes
ne penferent pas à en avoir d'autre ; ils fe
crurent même ſi ſuffifamment gardés , étant à
l'Armée , par cette Troupe d'accompagnement
, que le hazard leur fourniffoit , qu'ils
négligerent , peu à peu de comprendre dans
leur Garde leurs deux Compagnies d'Or
donnances , de forte que ces deux Compagnies
, tant la Françoiſe que l'Ecoffoife , ne fe
trouverent plus être de cette Garde après
Henry II . C'eft Henry IV. qui fentant l'imperfection
de cette Garde , qui ne contenoit
pas un Corps de chaque forte de Milice , y
remit une Compagnie de Gendarmerie , à
qui il donna le premier rang fur tout autre
Corps , comme étant la premiere Milice de
fon Royaume ; il y mit auffi une Compagnie
de Chevaux-Legers , tirée d'une autre Milice
fa
388 MERCURE DE FRANCE
fameufe , laquelle , ainfi que les Archers
du Corps , venoit originairement de la Gendarmerie
, comme je l'ai montré.
La Compagnie des Gendarmes Ecofſois ;
qui cxifte encore , n'ayant pas été remife dans
la Garde Royale , cela fait qu'elle n'eft plus
à préfent de la Maifon du Roi. Henri IV.
ne jugea pas à propos qu'il y cut dans cette
Garde deux Compagnies d'une même Milice
comme il feroit arrivé . fi les Gendarmes
Ecoffois y avoient repris rang ; les Chevau-
Legers les remplacerent , & par cet arrange
ment il fe trouva dans la Garde des Rois de
toutes fortes de Milice.
,
La Compagnie des Gendarmes Ecoffois
malgré l'oubli où elle fembla avoir été mife
refta neanmoins en confidération ; elle y eft
encore , & en dédommagement de ce qu'elle
a été autrefois , elle jouit de certaines prérogatives
entre- autres de celle d'être la
premiere de toutes les Compagnies de la
Gendarmerie qui reftent aujourd'hui , & par
conféquent d'être la Troupe la plus confidérable
d'un Corps , qui doit être regardé comme
la fource de tous ceux dont eft composée
la Maifon du Roi,
,
*
Henri IV. borna à ce que je viens de dire ;
fon attention pour fa Garde , mais fous le
Roi fon fucceffeur , une autre Milice appellée
des Carabins ſe faifant connoître , Louis
XIII.
MAY. 1743: 889
XIII. ne manqua de mettre dans fa Garde une
Compagnie de ces Carabins ; ce font eux qui
font les Moufquetaires d'aprefent ; la Milice
des Dragons n'a point fourni de Garde à nos
Rois , parce qu'elle eft trop femblable à ce
qu'étoit celle des Carabins , auffi les Moufquetaires
de la Garde font- ils regardés comme
les Dragons de la Maiſon du Roi ; Guichenon
, dans fes Généalogies de Breffe ;
page 44. qualifie un Seigneur de Montalant
de Capitaine des Moufquetons du Roi Louis
XIII.
Les Milices de Cavalerie ne font pas les a
feules qui ayent fourni des Gardes à nos
Rois ; celles de pied en ont auffi donné , l'Infanterie
Françoife a fourni un Régiment de
Gardes , & outre cela une Compagnie de
Grenadiers à cheval , qui eft jointe à l'Armée,
à la Maiſon du Roi , & l'Infanterie Suiffe a
auffi fourni , outre un Régiment de Gardes,
une Compagnie de cent Hallebardiers , qui
ont titre de Gardes du Corps , laquelle Compagnie
étoit de 300. hommes à la création.
La Garde familiere ou domeftique desRois a
dû dans tous les tems fe regarder comme étant
de deux fortes ; fçavoir , la Garde intérieure
& la Garde extérieure ; anciennement les
Rois étoient gardés dans l'intérieur de leurs
Palais par les différentes Compagnies de Va
lets d'Armes & de Sergens à pied , dont j'ai
parlé ;
890 MERCURE DE FRANCE
parlé;ces Compagnies avoient differentes Ar
mes , telles que des Maffes , des Haches &
des Arcs , ce qui fit appeller ceux qui en
étoient les Maffiers , les Hachers , & les Archers
de la Chambre , les Maffiers font devenus
les Huiffiers ; les Archers ont été incorporés
dans les Archers de la Garde , defquel's
pourroient bien venir les Gentilshommes Gardes
de la Manche , & pour les Hachers , je
crois qu'ils font la Troupe qui depuis longtems
eft connue fous le nom de Gentilshom
mes-Bec Corbin ; l'Arme convenable à cette
Troupe , lui a procuré fon nom , & ils ne
font plus qu'une Garde de parade .
Il paroît par les Mémoires de Philippe de
Comines , page 344. que fous Louis XI. il y
avoit une Garde appellée les Gentilshommes à
vingt écus ; la folde que touchoit chaque
Gentilhomme , donnoit le nom à la Troupe;
je ne puis trouver à faire rapporter ces Gen-*-
tilshommes à aucuns des Commenfaux de la
Maiſon des Rois d'apréfent , à moins que
ce ne foit aux Gentilshommes Servants ; & à
l'égard d'autres Gentilshommes Gardes qui
faifoient la Bande des 33. d'eux viennent les
Gentilshommes Ordinaires , qui fubfiftent encore
.
Pour la Garde à pied extérieure , c'est - àdire
celle qui gardoit le dehors du Palais des
Rois , elle n'a confifté long-tems que dans
La
MAY. 1743 897
la Bande des Portiers , qui font les Gardes de
la Porte d'aprefent. Cette Troupe a été Militaire
, & elle l'étoit encore fous Charles
VIII. Comincs parle d'un Capitaine de la
Porte qui fut tué à la Bataille de Fornouë ;
à ces Portiers fe joignoient des Bandes de la
Milice d'Infanterie , quand il étoit queſtion
d'augmenter la Garde Royale extérieure , &
comme le nombre de ces Bandes de renfort
étoit indéterminé , s'il arrivoit qu'il y eût en
garde chés le Roi plus de ces Bandes que de
coûtume, cela fourniffoit de ces Gardes que j'ai
dit au commencement, n'être prifes qu'au befoin
, & non une Garde qui pût être regardée
comme Garde Ordinaire.
été en
Tant que le fervice de pied n'a pas
France dans l'eftime où il eft, il n'étoit guere
fait état des Gardes du dehors du Louvre ;
ce qui fait qu'on n'a que peu de chofes à dire.
d'eux , mais depuis que fous François I. il s'eft
vû une belle Infanterie, les Rois ont pris foin
de tenir près d'eux affés régulierement quelques
Enfegnes cuCompagnies de cette Milice.
Les Enfeignes , c'eft ainfi que s'appelloient
les Compagnies de Soldats, avant qu'il y cût
des Régimens ) que les Rois retenoient en
augmentation de Garde exterieure , n'étoient
de cette Garde que pour un tems au bout
duquel elles étoient relevées par d'autres ,
ainfi l'honneur de garder le Roi paffoit fuc-
,
ceffivement
592 MERCURE DE FRANCE
ceffivement de Compagnie en Compagnie ,
dans toutes celles dont l'Infanterie étoit compofée
; on en voit la preuve dans les Commentaires
du Maréchal de Montluc , page
19. mais fous Charles IX. les Régimens ayant
parû , ce Roi , en gardant l'ufage de fes Prédeceffeurs,
mit un Régiment de la Milice à
pied dans fa Garde, & depuis, le total de l'Infanterie
n'a plus contribué à cette Garde .
La Garde des Rois n'a été que ce que je
viens de la repréfenter, & tant qu'elle n'a pas
contenu tous les Corps qui s'y voyent , elle
n'auroit pû être qu'improprement appellée
Maifon du Roi , l'ufage n'étoit pas avant
Louis XIII. de tenir unis à l'Armée les Corps
de la Garde ; cela ne s'eft fait que depuis
Louis XIV.les Corps de cette Garde étant de
differentes Milices ,chacun de ces Corps étant
à l'Armée,fe réüniffoit à la Milice dont il étoit;
les Gendarmes du Roi fe mettoient avec les
autres Gendarmes , les Archers de la Garde
avec la Cavalerie Legere , & les Moufquetaires
avec les Carabins ; cette Garde , ainfi
difperfée , il ne pouvoit plus y avoir de Maifon
du Roi , & en effet il n'y avoit plus alors
d'autre Corps qui pût figurer fous ce nom ,
fi ce n'eft le Corps que j'ai fait regarder cideffus
comme une efpece de Maiſon dɔ.
meftique qui , avoit commencé à le former
fous Henri 11. & ce Corps ayant tenu
lieu
MA Y. 1743.
893
hieu de vraie Maifon du Roi pendant un affés
long tems , il est néceffaire d'en parler.
On a vû qu'après la création des Compa
gnies d'Ordonnances , les Rois étant à l'Ar
mée , continuerent de prendre pofte à la tête
de l'une de ces Compagnies , qui pour cela
devenoit la premiere Troupe de la Gendar
merie , & même la premiere Troupe de l'Armée
; cette Troupe , ainfi que Les femblables ,
étoit divifée en plufieurs autres; fes divifions ,
au lieu de s'appeller Penonies , comme cela
étoit , fous l'ancienne Gendarmerie , s'appellerent
Brigades , & chaque Brigade , au lieu
d'avoir pour Enfeigne un Penon , avoit un
Erendart.
Sous l'ancienne Gendarmerie , une Banniere
commandoit à plufieurs Penons ; en imita
tion de cela , fous la nouvelle , le premier
Etendart d'une Compagnie d'Ordonnance
étoit fait pour dominer fur tous les Etendarts
des divifions compriſes dans la Compagnie ;
cette regle s'obfervoit dans toutes les Compagnies
, & par fon obfervation le prémier
Etendart de la Compagnie d'Ordonnance
du Roi , qui à fon tour étoit fait pour dominer
fur tous les premiers Etendarts des Compagnies
de Gendarmeries , devoit par conféquent
être le premier Etendart de l'Armée ,
& être l'Etendart de France ; il l'étoit en
effet , & fut pour cela appellé Cornette ; la
rête
894 MERCURE DE FRANCE
tête d'une Armée s'appelloit autrefois Corne."
le
Si le Roi, étant à la guerre, ne fe trouvoit
pas à la tête des ces Hommes d'Armes , il ne
fe voyoit à cette Troupe que la Cornette
dont je parle , mais quand le Roi s'y trou
voit , alors on y voyoit encore une autre
Cornette's ces deux Epfeignes étoient blanches
la premiere étoit la Cornetre de
France , & l'autre étoit la Cornette Royale
ou du Roi ; celle - ci , avant que de porter
nom de Cornette , avoit été le Penon Royal ,
& entendre ce que
pour
c'étoit que ce Penon
, il faut reprendre la chofe de plus haut.
Un Géneral, qui commande une Armée , eſt
fouvent obligé pendant une Action de changer
de pofte & de fe tranfporter dans les
endroits où fa préfence eft néceffaire , autrefois
les Géneraux faifoient la même manoeuvre
, & en fe tranſportant ils fe faifoient fuivre
d'une Enfeigne qui leur étoit propre , ce
qui fervoit à les faire connoître & à montrer
où ils étoient.
L'ufage fut donc que chaque Géneral e't
un Penon d'accompagnement ; ce Penon ,
( marque de Dignité étoit indépendant
d'aucune Troupe ; nos Rois étant à l'Armée.
en avoient un , qui par l'avantage qu'il avoit
d'être par tout où fe trouvoit le Souverain , fur
regardé comme la feconde Enfeigne de l'Armée;
la fonction relevée de ce Penon lui mérita
après
MAY. 895 1743
Į
掰
prèsqu'il eut été rendu Etendart , d'être difngué
dans fa forme ; on le fit blanc , ainfi
que l'étoit le premier Etendart de France , &
fut auffi appellé Cornette Blanche.
Un Roi étant à la tête de fes Gendarmes
fe voyoit à cette Troupe deux Etendarts
lancs du nom de Cornette , fans compter
s autres Etendarts des Brigades de cette
roupe ; ce n'eſt pas tout , cette Companie
, le Roi la commandant , ne fe trouvoit
as réduite au feul nombre de Gendarmes ,
ont elle devoit être compofée , elle fe trouit
confidérablement augmentée par des Seieurs
& Gentilshommes, qui n'ayant pas de
rade Militaire , & voulant fervir , aimoient
ieux fervir le Roi dans fa Cornette & come
volontaires , que de refter inutiles ; ces
Centilshommes formoient au Roi un accomagnement
utile , car le Prince étant obligé
(en faifant la manoeuvre ordinaire des Géneux
) de quitter fon pofte , & afin que fa
Compagnie d'Ordonnance ne fût point trop
:foiblie par un détachement qu'elle auroit
i fournir comme eſcorte , il fe contentoit
e prendre les Gentilshommes volontaires
tachés à cette Compagnie ; de ces Braves il
formoit une Troupe lefte , & de fuite , &
tec elle il parcouroit fon Armée , emportant
vec lui fa Cornette blanche , pendant que
Nutre Cornetre blanche , qui étoit la preiere
, reftoit avec les Gendarmes. 11
896 MERCURE DE FRANCE
,
Il arrivoit fouvent que le Roi ayant quitté
fon pofte n'y revenoit pas ; il s'en établilloit
un autre dans quelque autre partie de fon Armée,
& achevoit d'y combattre avec la Troupe
dont il étoit fuivi ; cela fit que cette Troupe ,
d'accidentelle qu'elle étoit, devint réelle; ceux
qui en étoient , s'accoûtumerent peu à peu à
faire Corps à part d'avec la Troupe de Gendarmes
, dont il n'étoient qu'un démembrement
; les Braves volontaires du Roi donne
rent un nom à leur Troupe ; l'Enfeigne blan
che Royale , fous laquelle ils marchoient ,
leur fervit à cela, ainfi il ſe vit infenfiblement
dans une Armée où étoit le Roi , deux Troupes
du nom de Cornette blanche ; fçavoir
la Compagnie de Cornette blanche de France
, qui étoit la premiere Troupe de toute la
Gendarmerie , & la Compagnie de la Cors
nette blanche Royale , qui étoit la Troupe
de la fuite du Roi ; à la vérité cette derniere
Cornette n'auroit pas dû fe voir à l'Armée, le
Roi n'y étant pas , mais ceux qui avoient été
de cette Cornette pendant plufieurs Campagnes
, voulant continuer de fervir , obtenoient
du Roi la permiffion de s'affembler régulié
rement chaque année qu'il y avoit guerre ,
foit que le Roi fît la Campagne ou non , &
le Roi ; en leur donnant cette permiffion , les
mettoit ( en fon abfence ) fous le Comman
dement immédiat du Géneral de fon Armée;
&
MAY. 897 1742
& continuoit à leur prêter la Cornette Enfeigne,
pour les conduire .
Le Corps de la Cornette Royale étant
établi , ce qui arriva fous Henri II . ce
Corps devint fameux pendant les guerres de
la Religion , tant par fa force que par le rang
des perfonnes qui en étoient ; il étoit compofe
d'abord de beaucoup de Seigneurs & de Gentilshommes,
la plûpart Ducs, Comtes & Marquis;
telle nous eft repréfentée la Cornette.
du Roi par d'Aubigné, dans fon Hiftoire fous
l'an 1597. Cette Cornette étoit encore compofée
de tous les Gentilshommes , Penfionnai
res, Ordinaires & Servants du Roi , ainfi que
d'autres Officiers domeftiques, dont l'Office
avoit quelque compatibilité avec l'état de
Guerrier, enfin lá Cornette Royale devint tel
lement un Corps Militaire, qu'elle effaça prefque
la Cornette blanche des Gendarmes ; je
ne fçais pas même fi celle- ci ne fe confondit
pas dans l'autre, de maniere que dès le Regne
de Louis XIII. on ne penfoir plus que c'étoit
avec les Gendarmes , que devoit le trouver
l'Enfeigne principale de la Nation.
Au tems dont je parle , la Troupe de la
Cornette Royale tenoit lieu de Maifon du
Roi ; on ne penfoit pas que les Corps de la
Garde fuffent propres à cela , & l'on croyoit
que l'Enfeigne fervant à la Cornette du Roi
& qui étoit portée par le premier Valet Tran-
D
chant ,
398 MERCURE DE FRANCE
chant , étoit la feule Cornette blanche qui
dût être regardée comme Enfeigne Nationale
, ce qui étoit une erreur , puifque cet
avantage appartenoit au premier Ètendart de
la Gendarmerie ; cet Etendart ayant fuccedé
à la Bannière de France , premiére Enſeigne
de l'ancienne Gendarmerie , il en avoit la dignité
, au lieu que la Cornette Blanche du
Roi ne venant originairement que du Penon
Royal, qui avoit été foumis à la Banniére de
France, elle devoit refter foumise au repréſentant
de cette Banniére , qui étoit ( comme je le
dis ) le premier Etendart des Gendarmes.
La Compagnie Cornette Blanche Royale,
tenant lieu de Maiſon du Roi dans fon tems
a parû dans les armées jufques fous Louis ,
XIII , & c'est peut- être elle qui aura fourni
l'idée àLouis XIV de fe faire (au moyen de l'union
des Corps de fa Garde ) une autre Maiſon
plus permanente & plus militaire que la Troupe
qui en tenoit lieu avant fon Regne , cette
Troupe n'étant militaire qu'accidentellement .
Si la Maifon Commenfale eut fubfifté encore
quelque tems après la création de celle
qui exifte , il fe feroit vû à l'armée deux Maifons
du Roi , & fi avec ces deux Maifons les
deux Cornettes blanches , que nous avons
eu , s'étoient confervées , alors chaque Maifon
auroit eû la fienne; la militaire auroit eû la
premiére & cette Enfeigne auroit été dans la
Compagnie
MA Y. 1743
899
Compagnie des Gendarmes de la Garde , tant
que ces Gendarmes ont eû le pas fur les Gardes
du Corps , mais cela n'eſt pas arrivé , au
contraire nos deuxCornettes fe font perduës ,
& la Maiſon militaire des Rois a fait dilparoître
la Commenfale.
La Maiſon militaire d'aprefent s'eft formée
de l'union qu'a fait Louis XIV. de tous les
Corps que fes Prédéceffeurs s'étoient donnés
pour Gardes ; il eft fenfible que d'abord que
cette Maiſon a été compofée comme elle eft,
& en état de faire à l'armée la figure qu'elle
fait par la beauté & la force de fes Corps ,
la Maifon Commenfale a dû devenir inutile
c'est ce qui eft arrivé ; les Commenfaux du
Roi ont ceffé de s'affembler pour aller à la
guerre fur la fin du Regne de Louis XIII ,
& depuis il n'a plus été parlé de la Troupe,
qu'ils formoient , ni de la Cornette qui leur
férvoit.
y
La Cornette Blanche Royale ne paroiffant
plus , & la Cornette Blanche de France , dont
la dignité eft préfentement partagée , fe trouvant
méconnue , cela fait qu'il ne fe voit plus
d'Enfeigne de ce nom dans nos armées , excepté
la Cornette Blanche de la Cavalerie Légére
, laquelle Cornette n'auroit que le troifiéme
rang de nos Enfeignes primitives ,fi les
deux autres exiftoient .
Il me resteroit encore bien des chofes à
Dij dire
900 MERCURE
DE FRANCE
dire fur nos deux premieres Cornettes , & fur
tout touchant la premiére , qui a donné lieu
à toutes les Enſeignes de fa couleur , qui ſe
voyent dans nos differentes milices , mais cela
ne regardant plus la Maifon du Roi , & étant
traité , tant dans mon Commentaire fur cette
matiére , que dans l'une de mes Differtations,
inferée dans le Mercure de France des
mois de Février & Juin 1733. on y aura retours
; ces Ouvrages apprendront quels ont
été les Symboles défignatifs des Hébreux
des Affyriens, des Perfes , des Egyptiens, des
Grecs , des Romains , des Tartares , & autres
Peuples célébres , & fur tout quels ont
été les notres , même avant le Chriftianifme
& il en réfultera que les François depuis leur
converfion ont cû une Enfeigne primitive de
dévotion ; que cette Enfeigne fut pendant
in tems la Bannière de l'Eglife de S. Mar
tin , & pendant un autre la Banniére de l'Abbaye
de S. Denis, appelée Oriflamme , qu'outre
cela ils avoient encore une autre Banniere
qui étoit auffi Enſeigne primitive , mais feculiere
& qui s'appelloit Banniére de France.
La Banniere de France s'eft montrée tant
qu'a duré la premiere Gendarmarie , mais les
Etendarts qui parurent avec la feconde Gendarmerie
ayant aboli les Banniéres , l'un de
ces Etendarts remplaça la Banniére de France
, & même l'Oriflamme , çar la couleur de
сей
MAY. 1743 901
tet Etendart , quoiqu'Enfeigne féculiere ,
le rendit propre à tenir lieu d'Enfeigne de
dévotion .
L'i tendart rendu par Charles VII , Enfei
gne primitive de la Nation; s'appella Cornette
blanche , ainsi que je l'ai dit après, il n'y eut d'abord
qu'une Cornette blanche ; bientôt il y en
eut deux, ce nom ayant été donné au Penon, ou
Etendart de Corps de chaque Roi, enfuite la
dignité de Colonel ayant été érigée environ
fous le Regne de François Premier , chaque
milice eut fon Colonel , & chaque Colonel
Général obtint une Enfeigne blanche pour en
faire la marque de fa dignité ; cela commença
à multiplier les Enfeignes de cette couleur ; il
y en avoit autant que de milices differentes ;
mais la création des Régimens arrivée envi
ronfous le Regne de Charles IX , les multiplia
bien davantage , fur tout dans l'Infanterie ,
car après qu'il y eut des Colonels particuliers,
chaque Régiment ayant le fien , le Colonel
Général ne fe contenta plus d'un feul Drapeau
blanc ; il en mit un femblable dans chaque
Régiment,pour montrer que fon autorité s'étendoit
fur tous les Régimens ; cette operation
rendit les Enfeignes blanches communes
; chacune d'elles repréfentoit la Cornette
blanche de France , & étoit une émanation
de la dignité de cette Cornette.
Les Drapeaux blancs étant introduits dans
Dij
les
902 MERCURE DE FRANCE
les Régimens , ils s'y font confervés , parce
qu'au tems de la fuppreffion de la Charge de
Colonel General de l'Infanterie , chaque Colonel
particulier devenant pour lors Officier
Géneral fur fon Régiment , il obrint à fon
tour , que le Drapeau blanc , qui fe trouvoit
dans fon Régiment ( y ayant été mis par le
Colonel Géneral ) y refteroit pour fignifier
qu'un Colonel n'étoit plus fubordonné à un
autre .
A l'égard de la Cavalerie , la Cornette
blanche de cette Milice , obtenue par fon
Colonel Géneral , ne s'eft point multipliée ;
ce Colonel , lorsque les Régimens parurent ,
n'imitant pas le Colonel General de l'Infanterie
, ne mit pas une Enfeigne blanche dans
chaque Régiment qui lui étoit foumis , &
ainfi à la création des Colonels particuliers
de la Cavalerie , aucuns de ces Colonels
n'ayant d'Enſeigne blanche, ne penferent pas
à en avoir , & leur Colonel Géneral , de fon
côté , voyant que tous les Régimens de fa
Milice obéiffoient fans répugnance à fa Cornette
, ne chercha pas à étendre la marque
de fa Dignité il n'eut donc qu'une Cornette
, laquelle a fervi même à donner le
nom au Régiment , refté immédiatement foumis
au Commandement de ce Colonel ; cette
Enſeigne fe voit encore dans ce Régiment ,
& la Charge de Colonel Géneral s'étant confervée
MAY.
17433- 903
fervée , cela a tranfmis jufqu'à ce jour l'unique
Cornette blanche qu'ait eû la Cavalerie
Légére , & qui eft la feule Cornette qui refte
en France.
O DE
A Mad. de la Lande , veuve de M. de la
Lande , Sur- Intendant de la Musique du
Roi , fur la convalescence de Mlle fafille.
QUel trouble faifit mon ame ,
Et s'empare de mes fens !
Dieu puiffant , je te reclame
Entens mes triftes accens ;
De ta bonté fouveraine
Contre la mort inhumaine
J'implore le prompt fecours ;
De l'innocente victime ,
Qu'elle entraîne au noir abîme ,
Sauve les précieux jours .
*
Oüi , ſur ta miſéricorde
Je fonde un folide efpoir ;
Ce qu'à nos voeux elle accorde ,
Elle ne peut le devoir ;
Cependant elle s'empreffe
D iiij A
904 MERCURE DE FRANCE
A nous prodiguer fans ceffe
Et fes faveurs & les foins ;
Libérale , prompte & tendre ,
Loin qu'elle fe faffe attendre ,
Elle prévient nos befoins.
*
Mais elle fuit. Ta Juftice
Déployant fon bras vengeur ,
Du plus cruel Sacrifice
Me fait preffentir l'horreur ;
J'en frémis. Sur quelle tête
L'apperçois - je qui s'apprête
A figualer fon courroux ?
Elle enchaîne ta clémence
Déja la fére
vengeance
S'arme , & prépare les coups .
*
L'implacable ! elle fe leve ;
Je frémis. Ciel ! dans quel flanc
Va -t'elle plonger fon glaive
Toujours alterée de fang ,
Elle avance . Quelle hoftie
Elle choifit ! c'eſt Sophie
Qu'on va conduire à l'Autel ;
Faut-il qu'elle l'enfanglante e
Pâle , interdite , tremblante ,
Elle attend le coup mortel.
MAY 1743. 905
O! toi vertu qui la guides ,
Et dont elle fuit la loi ,
Vertu , qui toujours préfides
Sur un coeur digne de toi ;
Hâte-toi , prens la défenſe
De la timide innocence ;
Venge tes droits violés .
Quoi ! ton fein pur & tranquile
N'eft-il plus un fûr azile
Pour tes Sujets défolés ?
*
Le vice , jufqu'en ton Temple ,
Séduit tes Adorateurs ;
Sophie agit fon exemple
Affermit tes Sectateurs ;
Pour l'intérêt de ta gloire
Qu'elle vive , & ta victoire
Eft certaine pour jamais ;
A fes yeux le vice expire ;
Les fentimens qu'elle infpire
Font triompher tes attraits.
܀
Du zéle qui la dévore
Enfia quel fera le prix ?
Elle périt ! je t'implore ;
Tu fembles fourde à mes cris.
DY Ab !
906 MERCURE DE FRANCE
'Ah ! tout augmente ma crainte ;
C'en eft fait. Sophie atteinte ,
Voit s'entrouvrir le tombeau ,
Déja la nuit éternelle
Chaffe le jour qui pour elle
Cache à regret fon flambeau.
y
Contre les maux qu'elle fouffre ,
elle lutte en vain ; Hélas
Prête à l'engloutir , un gouffre
A fes pieds s'ouyre foudain .
Sur les bords du précipice ,
Grand Dieu ! ta droite propice
Peut feule arrêter les pas ;
Seul tu fixes notre terme ;
A ton gré s'ouvre & fe ferme
La barriére du trépas .
Mais que vois- je ? Eft- ce un preftige a
Mes yeux font-ils fafcinés ?
Quel favorable prodige
Ravit mes fens étonnés ?
En mon coeur renaît la joye ;
La mort fuit , lâche fa proye ;
Sophie échappe à ſa faulx .
Dans un même inftant s'effaçe
112
Jufques
MA Y. 907 1743
Jufques à la moindre trace
De ma crainte & de fes maux,
*
Ainfi , felon fa parole ,
Le Dieu , qui regne à Sion ,
Nous vifte , nous confole ,
Au fort de l'affliction .
Dieu , Protecteur de Sophie ,
Dieu , qui la rends à la vie ,
Je te confacre mes chants ;
Qu'ici tout en retentiſſe ;
Que l'Univers applaudiſſe
Aux Concerts les plus touchans.
*
Non , la Majefté fuprême
N'excite point mes tranfports ;
C'eſt un Dieu bon, qui nous aime,
Que célebrent mes accords ;
A ma voix triſte & plaintive
Sa bonté fut attentive ;
Il vient de combler mes voeux.
Echos , au fon de ma Lyre-
Apprenez à le redire ,
Même à nos derniers neveux..
*
Fai partagé les allarmes
D vj
Dent
12
908 MERCURE DE FRANCE
Dont ton coeur fut agité ;
Du Dieu qui feche tes larmes ,
Chante avec moi la bonté ;
Oui , qu'un immortel Cantique
De ce bienfait magnifique
Confacre le fouvenir .
Efpere encor davantage :
Ta Fille eft pour toi le gage
Du plus heureux avenir.
*
Le Ciel , qui te la redonne ,
Voulut éprouver fon coeur ;
Satisfait , il en couronne
L'humble foi , la vive ardeur.
La Lande , qu'à ta triſteſſe
Succede enfin l'allégreffe ;
Qu'elle regne deformais .
Ta vertu folide & pure
Te garantit , & t'affure
Une inaltérable paix.
Deszeraux
LETTRE
MAY. 1743: 989
LETTRE de M. A. D. P. au fujet d'un
Livre intitulé la Chronologie & Topographie
du Bréviaire de Paris.
'Annonce que vous avez faite , M. dans
votre Journal , du Livre intitulé , la
Chronologie & la Topographie du Bréviaire de
Paris , m'a excité à le lire ; comme j'aime
affés à parcourir les Livres de Topographie ,
même Eccléfiaftique , quoique je ne fois pas
obligé à la récitation du Bréviaire , le plaifir
de voir les particularités de quelques Pays ,
que je connois , l'a emporté fur tout autre
confidération , & je n'ai pas lieu de m'en répentir
, parce que j'y ai appris une infinité
de chofes que j'ignorois. L'Auteur me permettra
cependant de lui faire remarquer , qu'il
n'auroit pas mal fait de mettre à la fin de
fon Livre un petit Errata , dont il a affûrement
befoin.
Pour commencer par les Lieux du Voifi
nage de Paris ,fur lefquels il fe trompe , par
rapport à la diſtance de cette Capitale , il
dit page 214. que le Village de Clichy eft
fitué à une lieue de Paris. Cependant il eft
bien fur , que de Paris à Clichy , on compte
ordinairement deux lieuës .
La
910 MERCURE DE FRANCE
La même faute lui eft échappée à l'égard
'du Village de Croiffy , fitué auprès de Chatou
. L'Auteur , page 220. dit que ce Village
eft à deux lieues de Paris. Je le veux croire
à condition qu'il n'en comptera que trois de
Paris à S. Germain en Laye , puifque Croiffy
n'eft qu'une lieuë en deça .
Au reste , M. je veux bien m'en rapporter
à ceux qui travaillent à l'Hiftoire du Diocèfe
de Paris , fur la diftance de ces deux Villages
, par rapport à la Capitale .
Pallons de ces fautes legeres , à d'autres
unpeu plus confidérables . Montmeillan dont
l'Auteur parle à la page 275. n'eft certainement
point un Bourg , comme il le dit. J'ai
vû ce Village de fort près , & je n'y ai apperçû
que cinq ou fix Maifons , compris même
celle du Curé. Auffi eft-ce l'une des plus petites
Paroiffes du Diocèfe de Paris : peutêtre
M. B. a - t'il confondu ce Montmeillan
avec celui du Diocèfe de Senlis , qui y cft
contigu. C'eft fur quoi je m'en rapporterai
encore volontiers aux perfonnes que je viens
d'indiquer..
L'Auteur m'a paru trouver trop facilement
des Bourgs où il n'y en a jamais eû , aufſibien
que des Villes , où il n'y en a jamais eû
le moindre veftige.
Il dit à 1 page 209. que l'Abbaye de
Châlis eft iée dans un Bourg qui porte le
même
MAY. 9.12 1743
même nom , au Diocèfe de Senlis . Je ne
fçais,d'où il a tiré cela ; j'ai vû cette magnifique
Abbaye , en revenant du Pays de Valois
fans y apperçevoir la moindre chofe qui defigne
un Bourg. Ce Monaftére eft fitué dans
une vraie Solitude , fur le bord d'une Forêt ,
du Domaine de cette Abbaye , où certainement
il n'y a aucune apparence de Bourg ;
d'ailleurs , M. vous fçavez mieux que moi ,
que les Abbayes des Bernardins ne font ja
mais fituées dans des Bourgs.
Je fuis très-porté à croire , que c'est par
pure inadvertance qu'à la page 214. l'Auteur
à écrit que Clairvaux eft une Ville & une
Abbaye , qui eft la troifiéme fille de Citeaux .
J'ai oui dire à des perfonnes qui ont vû cette
Maifon , qu'elle eft fituée dans un Lieu
encore plus Solitaire , que celle de Châlis .
Ainfi je crois que l'on peut hardiment effăcer
le mot de Ville , par rapport au deux
Abbayes dont j'ai parlé ci- dévant , fans
faire aucun tort à la bonne Géographie.
Il en faut faire autant de l'Abbaye de Prémontré
, que M. B ..... dit être un Bourg
& une Abbaye. Tout le monde fçait , que
cette Maiſon , Chef d'Ordre , eft enfoncée
toute feule au milieu d'un Bois affreux ; fans
aucune marque de Bourg ni de Village .
Dans un Voyage fait à Soiffons , j'y ai vû
deux Eglifes du nom de S. Crepin. Cependant
912 MERCURE DE FRANCE
dant l'Auteur femble infinuer , page 388:
qu'il n'y en a aucune , par la remarque expreffe
qu'il fait , pour apprendre aux Lecteurs
que celle qui fubfiftoit au VI . Siécle , ne
fubfifte plus aujourd'hui : Chacun fçait cependant
que les Eglifes ne durent gueres un
millier d'années ; mais la premiere Eglife eft
cenfée fubfifter par celle qui la repréſente
aujourd'hui , fur tout lorfquelle porte le même
nom. De même que l'Eglife Cathédrale
de Sainte Croix d'Orleans , dont il parle immédiatement
après , & qu'il dit bâtie par S.
Euverte au quatrième Siècle , eſt cenfee ſubfifter
, par celle qu'on voit aujourd'hui fous le
même titre .
Je fuis perfuadé que notre Auteur , ( dans
une occafion femblable ) parlant de l'Eglife
de S. Paul de Paris , n'oferoit avancer qu'elle
ne fubfifte plus , quoiqu'il foit conftant que
le Bâtiment qu'on voit aujourd'hui , ne ſoit
pas le même qui fut édifié par S. Eloy au
VII. Siecle.
J'avoue , M. qu'il eft fort difficile que
dans une collection de tant de faits , dont
on entreprend de fixer le tems & le lieu , if
n'échappe quelque méprife ou quelque con--
tradiction. Ainfi je veux croire que c'est par
un léger deffaut d'attention , que l'Auteur
met deux Abbayes de l'Ordre de Cîteaux
en compromis , au fujet de la Tête d'un même
MAY. 17433
$13
me Saint , fçavoir l'Abbaye de Long- pont
proche Soiffons , & celle de Pontigny. I
dit , page 256. en parlant de Long pont ; on
y conferve le Chef de S. Denis l'Areopagite ;
apporté de Conftantinople en 1204. C'eſt un
fait que je ne difpute point , puiſque je
l'y ai vû derriere le Grand - Autel , parmi
les Reliques de cette Eglife. J'y ai
vû auffi des Couteaux d'une fabrique trèsancienne
, & d'une forme affez finguliére ,
qu'on m'affura avoir fervi à S. Louis. Mais j'ai
été fort furpris de lire dix - fept feuillets après à
l'article de Pontigny , ces deux lignes : On
conferve le Chef de S. Denis l'Areopagite
apporté de Conftantinople en 1205. La confé
quence qui en réfulte eft aifée à tirer.
L'Approbateur auroit dû , ce ſemble auffi
ne pas laiffer page 408. à l'article de S. Jean
de Falaife , une eſpèce de contradiction qui
eft vifible. Il eft dit que cette Eglife n'avoit
d'abord été qu'un fimple Hôpital , fondé en
1127. & qu'elle fut érigée en Abbaye l'an
1030.
Voilà , M. ce que j'ai remarqué en paffant
fur cet Ouvrage , eftimable d'ailleurs ; j'ai
crû qu'il me feroit permis de faire ufage du
peu que j'ai pû apprendre dans mes Voyages,
& de mettre à profit mes lectures ; mes lumićres
font trop bornées,pour entreprendre d'examiner
le reste. J'en laiffe le foin à des Sçayans
14 MERCURE DE FRANCE
vans plus éclairés , & plus verfés , que je ne le
fuis dans l'Hiftoire Eccléfiaftique.
Je fuis &c.
A Paris le 1. Mars 1743-
LA NAISSANCE DE LA MUSETTE ;
CANTATILLE.
APollon , autrefois , fur les Rives fleuries
D'un Ruiffeau , qui baignoit les Valons de Tempé
En proye aux tendres réveries ,
En gardant les troupeaux , d'un trait vainqueur
frapé ,
Pour chanter fon ardeur parfaite ,
Inventa la douce Mufette .
Mulette aimable , que vosfons
Expriment l'ardeur qui m'enflâme !
A l'amour je livre mon ame ;
Qu'il éclate dans mes chanſons !
Chantez ; célébrez la beauté
Qui regne fur mon coeur trop tendre-
Nymphes , accourez pour entendre
L'Amour dont je ſuis enchanté .
C'étoit par ces chants pleins de charmes
Qu'Apollon
MA Y. 1743
919
Qu'Appollon calmoit fes allarmes :
Depuis ce tems , tous les Bergers
Chantent leurs feux fur la Mufette ;
Mais elle n'eft jamais parfaite ,
Dans les mains des Amans legers
Echos de ces lieux agréables
Répetez mes accens flateurs ;
A mes voeux foyez favorables ;
Faites briller mes fons vainqueurs.
Mulette , pour toi quelle gloire !
L'Univers doit s'en étonner :
Quoi dans le Temple de Mémoire
Appollon te fait réfonner !
L'Affichard
Le Sieur Corrette,Maître de Mufique àParis,
à mis en Mufique la Cantatille qu'on vient
de lire , &il vient de la mettre en vente ; c'eft
la feconde Cantatille , avec fimphonie , & vla
c'que c'eft qu'd'aller au Bois , XVI . Concerts
Comique , pour trois violons , avec la baffe ;
les quatre parties féparées , fe vendent 24.
fols , de même. que la Cantatille , chés l'Auteur
ruë d'Orleans , quartier S. Honoré
chés Mad. Boivin , rue S. Honoré , à la Regle
d'or , & chés le Sieur le Clerc , ruë du Roule
, à la Croix d'or
QUESTION
1 MERCURE DE FRANCE
QUESTION IMPORTANTE
jugée au Parlement de Paris le S.
S
Fevrier 1643.
I le domicile d'un Chanoine eſt toujours
dans le Lieu où eft fon Canonicat , quoiqu'à
l'occafion de differens emplois il air long
tem demeuré ailleurs & jufqu'a fon decès.
FAIT.
M. l'Abbé du Bos , Chanoine de la Cathé
drale de Beauvais , & Sécretaire perpetuel de
l'Académie Françoife,dont la fucceflion mobiliaire
a donné lieu à cette Queftion , a laiffé
un nom affés celebre dans la République des
Lettres , pour mériter que deux Villes fe cónteftent
la gloire d'avoir été fon domicile de
choix & d'intention ; ce n'eft pas ici de ces
difputes fteriles , qui partagent fouvent les
critiques fur la naiffance & le domicile des
Hommes Illuftres de l'Antiquité ; un interêt
plus réel a fait naître la conteftation , qui a
pour objet la fucceffion mobiliaire du dé
funt.
Les meubles fuivant la Loi du domicile , fi
l'Abbé du Bos avoit fon domicile à Paris , fes
meveux , enfans de fes freres & foeurs , décedés
MAY.
1743 914
dés avant lui , concouroient avec la Dame
Danfe fa foeur, dans le partage du mobilier
fuivant la Coûtume de Paris. Si au contraire
fon domicile étoit à Beauvais , dont la Coû
tume n'admet point de repréſentation en ligne
collaterale , tout le mobilier appartenoit
à la Dame Danfe fa foeur, à l'exclufion des ne
veux & nieces.
L'Abbé du Bos étoit né à Beauvais au mois
de Decembre 1670. de Claude du Bos , Mar
chand Bourgeois & Echevin de certe Ville
& de Marguerite Foi fa femme ; toute fa famille
y étoit établie . Il en fortit en 1686. à
l'âge de 16. ans pour venir achever fes études
à Paris , où il prit le degré de Bachelier
en Théologie en 1691 .
L'ambition de l'Abbé du Bos avoit toujours
été d'être Chanoine de la Cathédrale de Beauvais
; c'eft dans cette vûë qu'il jetta fes grades
en 1692. fur l'Evêché de Beauvais.
Un oncle , Chanoine de la Cathédrale , lui
refigna fon Canonicat en 1695. Si cette refignation
eut eû lieu, peut - être que L. du Bos
eut éte perdu pour l'Etat & pour les Lettres.
L'oncle revenu en fanté , revoqua fa refignation.
L. du Bos vint à Paris dans le deffein
d'obtenir par fes talens la place que fon
oncle refufoit de lui laiffer.
L'Hiſtoire des deux Gordiens qu'il publia
en 1695. fut le premier effai de fa plume . I
entra
18 MERCURE DE FRANCE
entra en même- tems dans les Bureaux de
M. le Marquis de Torcy , Miniftre des affaires
Etrangeres. De là il fut envoyé à Hambourg
ds 1696. d'où il paffa auprès de nos
Plenipotentiaires à la Paix de Kifwik. :
Revenu en France ,on l'envoya en Italie en
1699. chargé de négociations importantes
dans les differentes Cours de ce Pays ; il n'en
revint qu'en 1702. C'eft dans ce voyage qu'il
prit ce goût pour la Peinture & pour tous les
Beaux Arts qu'on trouve repandus dans fes
Reflexions Critiques.
Peu de tems après il paffa en Angleterre
où étoit alors le fort de la guerre , que la fucceffion
à la Couronne d'Efpagne avoit allumée
dans toute l'Europe . Il étoit chargé d'affaires
fecrettes de la part de la France ; c'eft
dans ce voyage qu'il fit imprimer fon petit
Traité politique des interêts de l'Angleterre
mal entendus dans la guerre préfente. 11 paffa
enfuite à la Haye , à Bruxelles , où il compofa
le Manifefte de l'Electeur de Baviere .
En 1707. la fucceffion de Neufchatel étant
ouverte , il fut envoyé auprès du Magiftrar
de cette Ville, pour foutenir les droits de la
Maiſon de Conty à cette Souveraineté.
Enfin en 1-10 . toute l'Europe étant egale
ment fatiguée d'une fi longue guerre ,
ouvrit des Conferences à Gertrudemberg. L.
du Bos y fut envoyé avec nos Pleniporentiaires,
MAY. 1743 919
Piaires , & perfonne n'a ignoré la part qu'il
cut aux Traités qui furent conclus à Utrecht,
à Bade & à Raftad.
Au milieu des plus importantes affaires ;
L. du Bos cultivoit toujours affiduement les
Belles- Lettres. C'est en 1709. qu'il fit fa Lique
de Cambray, qui n'a été que le Prélude
du grand Ouvrage qu'il a donné dans les der
aiers tems de fa vie fur l'origine de la Mo-:
archie. En 1719. il donna la premiére Ediion
de fesRéflexions Critiques fur la Poëfie &
fur la Peinture , qu'il a fait réimprimer deɔuis.
Pour ce qui eft de fes affaires domeftiques,'
fon pere étoit mort dès 1673. & fa mere en
1700. Sa part dans leurs immeubles ne montoit
pas à 15. ou 20. liv. de rente : le mobilier
fait toujours la principale fortune d'un
Négociant ; les meuble , meublans
ayant été
partagés en nature entre lui & fes freres &
foeurs , après le decès de la mere L. du Bos
a toujours confervé dans la Ville de Beauvais
la part qui lui étoit échuë , & elle s'eft trouvée
à fa morr parmi les meubles qui garniffoient
fa maifon Canoniale.
Il avoit obtenu en 1705. le Prieuré de Veneroles
, mais fon defir le plus ardent étoit
d'obtenir un Canonicat à Beauvais. Il avoit
pour fa Patrie & pour le Lieu de fa naiffance
un attachement fingulier , qu'il a exprimé
dans
20 MERCURE DE FRANCE
dans fes Ecrits , Sect. 3. du Tit. de fes Ré
flexions ; mourir , dit il , eft la deftinée detous
les hommes , &finir dans le fein de ſes Penases,
c'est la deftinée des plus heureux. Il cite en
cet endroit des Vers de l'Abbé de Chaulieu,
qui rendent cette idée avec beaucoup de graces
& de naturel.
Après avoit fait fignifier fes degrés & fa nomination
fur l'Evêché & le Chapitre de Beauvais
, il eut toujours foin de faire chaque année
les réiterations néceflaires ; M. le Préfident
de Maiſons lui ayant cedé fon droit d'indult
, au lieu de le placer fur le premier Evêché
qui feroit vacant , il attendit la vacance
de l'Evêché de Beauvais , pour le placer fur
l'Evêque & le Chapitre de cette Ville. En
1714. il requit en confequence le premier
Canonicat vacant ; il en obtint des provifions
& en prit poffeffion .
L. Dubos fut regardé comme un homme
néceffaire au nouveau Miniftére qui prit le
Gouvernement à la mort du feu Roi ; il étoit
très connu de feu M. le Regent & du feu Cardinal
Dubois qui étoit,devenu Secretaire d'Etat
des Affaires Etrangeres; ils le chargerent de
travaux importans , & pour lefquels on lui
accorda plufieurs récompenfes ; en 1716. on
lui donna une Penfion de 2000. liv. fur l'Archevêché
de Sens , & en 1723. on lui donna
l'Abbaye de Reffons , fituée à 3. lieues de
Beauvais. Ce
MAY. 1743. 921
Ce fut dans ces circonftances que L. Dubos
prit dans la rue des Bons- tnfans un appartement
plus confiderable , le bail fut paflé le 6.
Avril 1717. pour 5. années, moyennant 700.
liv.par an;il le renouvella pour 3.ans en 1722 .
pour trois autres années en 1725. depuis il
&
en jouiffoit par tacite réconduction ; les trois
baux contenoient tous la claufe de fix mois en
faveur de L. Dubos feul ; & dans un bail des
revenus de fon Prieuré de Veneroles , du 30 .
Septembre 1722. il ftipola le payement à Paris
ou autre Lieu qui feroit indique au Fermier
à la même diftance du Prieuré, ce qui d.note
le deffein qu'il avoit de retourner à Beauvais.
Dans l'intervalle de fes occupations , L. Dubos
cultivoit toujours les Sciences ; il ne put
être infenfible à la principale diftinction; qui
puiffe couronner les travaux d'un homme de
Lettres ; il fut reçû.cn 1720. Membre de l'Académie
Françoife , & comme les Ouvrages
qu'il avoit entrepris , & la confiance du Miniftre
qui gouvernoit alors lui faifoient regarder
fon fejour à Paris comme néceflaire encore
pendant quelque tems , il accepta en 1723 .
la place de Sécretaire perpetuel de l'Académie.
Cette place a le titre de perpetuel ,pour la
diftinguer de celles de Directeur & de Chancelier,
qui changent tous les trois mois. Mais
elle n'eft pas moins revocable au gré de la
Compagnie , & reciproquement on peut la
E 1emettre
922 MERCURE DE FRANCE
remettre quand on le juge à propos.
D'un autre côté , L. Dubos acheta à Beauvais
en 1747. une Maiſon Canoniale , la plus
grande & la plus convenable à ſa fortune préfente
; il la garnit des meubles néceffaires
en attendant qu'il y fit tranfporter ceux qu'il
avoit à Paris , & il y mit dabord les meubles
qu'il avoit eus à la mort de fa mere en 1700 .
& qu'il avoit depuis ce tems - là confervés en
nature à Beauvais .
Depuis 1727. cette Maiſon eft toujours
demeurée prête à le recevoir au premier moment
où il voudroit l'occuper ; en attendant
il y logeoit la Dame veuve Pecoul, fa foeur,
qui y eft restée jusqu'à ſon decès , ſans bail &
fans payer aucun loyer.
>
L.
La Dame Pecoul étant décédée en 1737 .
& la Dame Danſe , autre feeur de L. Dubos,
n'ayant pas voulu aller occuper fa maiſon
quelques inftances qui lui en eut faites ,
Dubos alors en loua une partie à l'Abbé de
Lacroix,Chanoine de la Cathédrale , mais il fe
referva le principal appartement, & outre les
meubles qu'il avoit dès 1727. il en ajouta encore
pour7.ou 800.l.qu'il fit acheter lors de la
vente des meubles de la Dame Pecoul fa foeur ,
La Dlle Dubos , niece de L. Dubos , fille
de fon frere aîné, étant décédée en 1736. L.
Dubos devenu l'aîné, fe fit remettre tous les
portraits de famille & les envoya à Beauvais
dang
MAY.
1743 923
dans fa Maifon Canoniale où ils fe font trou
vés à fon décès.
Pendant tout ce tems , il paroît par les Regiftres
Capitulaires que depuis la prise de
poffeffion, il ne refidoit pas fort exactement ;
il prit cependant les ordres du Soudiaconat &
duDiaconat en 1724.il affiftoit le plus fouvent
qu'il lui étoit poffible auxChapitres géneraux,
& lorfque quelque affaire l'en empêchoit , il
s'en excufoit auprès de la Compagnie par des
lettres pleines du défir qu'il avoit de fe réunir
à les confreres ; le Chapitre bien informé
des affaires qui le retenoient à Paris , la toujours
tenu pour excufe ; non feulement il l'a
toujours compris dans fes tables au nombre
de fes Membres ; mais il ne s'eſt pas
fait une
Députation honorable dans la Compagnie ,
qu'il ne l'ait mis à la tête ; le filence de l'Evêque
, les témoignages même d'eftime &
de
confideration que L. Dubos en a toujours
reçûs , font des preuves certaines des travaux
utiles à l'Etat & par conféquent à l'Eglife ,qui
autorifoient fon fejour à Paris .
L. Dubos fe crut en 1734. à la fin de fes
occupations , lorfqu'il publia fon Hiftoire
Critique de l'Etabliffement de la Monarchie
Françoife dans les Gaules ; il ne renovelloit
plus de baux à Paris depuis long- tems ; il
avoit une belle Maifon à Beauvais toute meublée
; il fe croyoit à la veille de rentrer dans
E ij
le
924 MERCURE DE FRANCE
le fein de fa famille , de deffervir fon Canonicat
, & de jouir de fon Abbaye.
Mais au milieu des éloges que ce grand
Ouvrage lui attira , il effuya des critiques qui
meriterent d'être approfondies , & qui l'obligerent
de le retoucher & d'en donner une
nouvelle Edition. L'honneur & la reputation
font des engagemens indifpenfables ; les confeils
, les Livres néceffaires pour réuffir ne ſe
trouvoient qu'à Paris ; cette feconde Edition
qui eft un nouvel Ouvrage , corrigé en mille
endroits , enrichi d'une infinité de nouvelles
obfervations , l'obligea de refter à Paris.
Enfin cette nouvelle Edition , fi attenduë
des Sçavans, parut en 1742. L. Dubos ſe difpofoit
à partir pour Beauvais ; il en avoit marqué
fa joye à tous fes amis ; la maladie le
furprit à la veille du départ , & il mourut à
Paris le 23. Mars 1742.
Il fe trouva dans l'appartement qu'il occupoit
un mobilier confiderable , confiftant
tant en meubles meublans , deniers comptans
, argenterie , & entre autres choſes plus
de 22000. Jettons qu'il avoit reçus à l'Académie
, dont la valeur montoit à plus de
36300 livres ; enfin fes Livres & fes manufcrits.
Il fut queftion de fçavoir quel étoit le
domicile du défunt, pour regler fa fucceffion
mobiliaire.
Lo
MA Y. 1743
927
M. de Boicervoife & Conforts , neveux
& niece du défunt , prétendoient que le domicile
du défunt étoit à Paris , & qu'ainfi
fuivant la Coûtume de Paris , qui admet la
repréſentation en collaterale en faveur des
neveux & nieces du défunt , pour les faire concourir
avec les freres & foeurs du défunt ,;
ils devoient partager le mobilier avec la Dame
Danfe , foeur du défunt.
La Dame Danfe foutenoit au contraire que
le domicile du défunt étoit à Beauvais ,
qu'ainfi fuivant la Coûtume de ce Lieu , qui
n'admet point la repréfentation en collaterale,
elle étoit feule heritiere quant aux meubles
& aux autres biens fitués fous la Coutume
de Beauvais,
La prétention de Mrs de Boicervoife &
Conforts ayant été condamnée par les premiers
Juges , ils en interjetterent Appel &
la caufe fut plaidée en la grand'Chambre du
Parlement .
que
M. Boulé , défenſeur des Appellans , difoit
dans le Droit François le domicile eft de
fait & d'intention , que tout ce qu'on trou
ve dans les Jurifconfultes fur le domicile
d'origine & de dignité , eft étranger à notre
Ufage ; & fi en quelques cas finguliers on
parle du domicile de droit & des priviléges
de l'origine , c'eft le domicile de fait & d'habitation,
qui décide fouverainement de la fituation
du mobilier. E iij
Le
926 MERCURE DE FRANCE
Le domicile ; fuivant la Loi 7. au Code de
incolis ; eft locus in quo quis fedem pofuit larem
que &fummam rerum fuarum. C'eſt - là ce que
nous appellons le veritable domicile ou domicile
naturel, c'cft -à- dire le Lieu où on fait
fa principale réfidence & où on a établi le
fiége de la fortune.
Dans le Fait L. Dubos avoit abdiqué le dodomicile
d'origine qu'il avoit à Beauvais pour
s'établir à Paris dès l'année 1700. à la mort
de fa mere ; il avoit changé de nature tous fes
propres ; il fe difoit demeurant à Paris dans
tous les Actes qu'il paffoit : il y avoit en effet
un logement à la place des Victoires
enforte qu'il étoit domicilié de fait & de
droit à Paris en 1714. lorfqu'il fut pourvû
du Canonicat de Beauvais ; & il faudroit
que depuis la prise de poffeffion de ce Canonicat
, il eut perdu le domicile de Paris ,
pour en acquerir un nouveau à Beauvais.
Mais depuis 1714. L. Dubos avoit toujours
réfidé à Paris ; il y prit un affés grand appartement
dans la rue des Bons- Enfans , dont il
paffa trois baux confecutifs ; c'eft là qu'il fe
difoit demeurant dans tous les Actes qu'il a
paffés ; c'eft dans cette demeure qu'il avoit
ftipulé le payement des fermages de fes bénéfices
: il y avoit fes meubles les plus précieux,
fes deniers comptans , fon argenterie , fes
livrés , fes manufcrits ; c'étoit le fiége de fa
fortune ;
MAY. 1743. 929
fortune ; Paris réuniffoit à fon égard tous les
caractéres marqués par ces Loix célebres du
Digefte & du Code , qu'on a coûtume de citer
en cette matiere ; ainfi on ne peut douter que
ce ne fut fon domicile .
Aufi n'avoit- il jamais perçû aucuns fruits
de fon Canonicats.comme il n'avoit point
fait de ftage , il ne jouifloit pas même de la
rédévance en avoine , que donne la propriété
d'une Maiſon fans aucune affiftance.
Il avoit d'ailleurs accepté à Paris des fonctions
qui l'obligeoient à une réfidence continuelle
, il étoit Cenfeur Royal ; l'un des
Quarante & depuis Sécretaire perpetuel &
Tréforier de l'Académie Françoiſe ; c'étoit
un homme dominé par la paffion des Belles-
Lettres , qui ne trouvoit de charmes que
dans la fociété des Muſes , & qui n'avoit de
goût que pour les travaux Litteraires & Académiques
; il y avoit confacré toute ſa vie , &
pour cet effet il avoit fixé fon fejour à Paris, il
y a demeuré jufqu'à fa mort ; peut- on dans
de pareilles circonftances foutenir qu'il eut
fon domicile à Beauvais ?
M. Guéau de Reverseau pour la Dame
Danfe Intimée difoit au contraire que l'origine
& le domicile des pere & mere ainfi que l'état
& la dignité ne laiffent pas d'influer beau.
coup dans la découverte du veritable domicile,
notre domicile d'origine eft conftamment
E iiij norre
928 MERCURE DE FRANCE
notre premier domicile, & nous le confervons
néceffairement jufqu'à ce que nous en ayons
acquis unautre ; & comme tous les hommes
font préfumés cherir le Lieu de leur naiffane,
l'établiffement de leur famille, & le centre de
leurs plus anciennes habitudes , on préfume
qu'ils y ont toujours retenu leur domicile , à
moins qu'on ne rapporte des preuves évidentes
du contraire.
C'est encore un principe , que le fait & l'intention
doivent concourir pour l'acquifition
d'un domicile; quelque longue que foit l'habitation
dans unLieu , elle ne conftituë pas de do
micile, fi on n'a pas eu intention de l'y établir ,
d'où il fuit que le feul efprit de retour conferve
l'ancien domicile fans habitation de fait ,
un feul jour de demeure; avec intention d'établir
fon domicile , fuffit pour l'établir. Uno
folo die conftituitur fi de voluntate appareat dit
Dargentré fur l'Art. 449. de la Coût. de Bretagne
. Au contraire nulla tempora domicilium
conftituunt aliud cogitanti , dit cet Auteur
au même endroit , cum neque animum fine
facto, dit il , fur l'Art.9 . nequefactumfine animo
adeòfufficiat.Mornac fur la L. 2.C.de incol .
dit d'après Barthole ne quidem per centum
annos , c'eft ce qui a fait dire à MENOCHIUS
de prafumptionibus L. 6. Præs. 42. & primò
dicendum eft domicilium & habitationem inter
Se differre.
L'intention
MAY. 1743 % 929
L'intention ne peut fe déveloper que par
le fecours des faits exterieurs expliqués dans
la Loi 7. C. de incol. Mais ces circonstances
font d'un poids different felon les perfonnes .
Par rapport à ceux qui font fans titres , fans
emploi & fans occupation , comme rien ne
les fixe à un Lieu plutôt qu'à un autre , toutes
ces circonstances fuppofent néceffaire
ment le choix qu'ils ont fait d'un domicile.
Il n'en eft pas ainfi de ceux qui ont un état ,
une fonction ou des occupations.
A l'égard de ceux qui font attachés à une
réfidence par un titre perpetuel , ils font cenfés
demeurans au Lieu de leurs fonctions
quelque habitation qu'ils ayent ailleurs , on
ne peut pas leur prêter une intention contraire
au devoir ; on peut citer pour exemple dans
PEglife un Evêque , un Curé , un Chanoine
dans la Magiftrature celui qui eft Membre:
d'une Cour fuperieure . Perfonne n'ignore
J'Arrêt rapporté au 3. Tome du Journ. des
Aud. pour la fucceffion mobiliaire d'un Evêque
de Coutances;
Mais pour ce qui eft de ceux qui au lieu
d'un titre perpétuel n'ont que des occupations
momentanées dans la Ville qu'ils ha
bitent , leur habitation eft regardée comme
une fuite de leur emploi , de leurs affaires ou
de leurs autres occupations. On préfume:
qu'ils ont toujours confervé l'efprit de retour
Ev
dans
930 MERCURE DE FRANCE
dans leur ancien domicile , pour le tems où
leurs affaires feront finies , quand même ils
n'y auroient point confervé de maifon; quand
au contraire ils auroient , au Lieu où leurs
affaires les ont attirés , une Maifon confiderable
, tous leurs meubles , tous leurs domeftiques
& tout ce qui peut contribuer aux
commodités de la vie , ils font toujours cenfés
avoir retenu leur ancien domicile.
C'eft fur ces principes que les Déclarations
du Roi de 1707 & de 1731. qui reglent la
fucceffion desGouverneurs, Lieutenans deRoi
& autres Officiers des Eats, Majors des Provin
ces & Places du Royaume , décident que
nonobftant la réfidence fouvent continuelle
qu'ils font à leur département , ils confervent
le domicile qu'ils avoient auparavant.
C'eft auffi l'efprit de la Déclaration du 7.Decembre
1712. fur le domicile des Officiers .
des Gardes Françoifes , & telle eft la Jurifprudence
par rapport aux fimples employés
dans les commiffions , fuivant un Arrêt du S.
Avril 1713. & c'eſt ce qui a éré jugé par Arrêt
du 8. Juin 1742. pour la fucceffion de M.
Garenjau, Directeur des Fortifications de faint
Malo , qui a été réputé domicilié à Paris
lieu de fon origine , quoiqu'il eut réfidé en
Bretagne pendant plus de 64. ans .
Dans le fait L. Dubos étoit né à Beauvais ;
s'étoit fon premier,domicile qu'il a confervé,
s'il
MAY. 931 1743-
sil n'en a point acquis un nouveau à Paris.
Parcourons les deux tems de fa vie ; ce
qu'il a fait avant que d'être Chanoine de
Beauvais , & ce qu'il a fait depuis.
Dans le premier tems , il n'a pu penfer à
aucun établiffement ; fes études finies il eft
entré dans les Bureaux des AffairesEtrangeres;
il a paffé 15. ou 16. années en voyages confecutifs
; le petit logement qu'il avoit alors à
Paris ne lui fervoit que pour venir rendre
compte d'une commiffion finie , & prendre
de nouveaux ordres de la Cour.
Au milieu des affaires dont il étoit chargé
il fonge à fe préparer un retour gracieux &
honorable dans fon premier domicile ; il
avoit gardé en nature à Beauvais les meubles
qui lui étoient échûs en 1695. par le decès
de fa mere ; il avoit placé s grades fur la
Cathédrale de Beauvais . Il a foin qu'on faffe
pour lui chaque année les réiterations nécef
faires ; au lieu de placer l'indult qu'il avoit
obtenu , fur la premiere Prélature vacante ,
il attend la vacance de l'Evêché de Beauvais
& s'y fait colloquer. Il y requiert le premier
Canonicat vacant , & en prend poffeffion
Si au grand deüil de la Republique des Let
tres , L. Dubos fut mort dans ce moment ,
auroit-on pû dire qu'il avoit abdiqué fon
domicile de Beauvais pour en acquerir un
autre à Paris 2
E vi
Seroit- co
932 MERCURE DE FRANCE
en 1727.
Seroit- ce donc depuis qu'il a été Chanoine
qu'il auroit ceffé de vouloir habiter un Lieu où
fon devoir l'appelloit ? Mais au contraire dans
les baux qu'il paffe à Paris , il ftipule la clauſe
des fix mois , dans les baux des revenus de
fes Bénéfices il ftipule le payement à Paris
ou autre Lieu qui fera indiqué à égale diſtance ,
parce qu'il comptoit quitter Paris; s'il follicite
une Abbaye , c'eft auprès de Beauvais ; en
1725. il ne renouvelle plus de baux à Paris ;
il achete une Maifon Canoniale
des plus grandes ; il la garde toute meublée
fans la louer , jufqu'en 1737. & s'en eſt toujours
refervé l'appartement le plus confidérable
; il y fait mettre les Tableaux de famille
s'il differe de réfider, il s'en excufe au- près de
fon Corps; il prend les Ordres Sacrés pour être
plus utile à fon Eglife , dans l'idée d'y aller remplir
fes fonctions; il annonce fon retour à fes
proches & à fes amis; c'eft dans ces fentimens.
que la mort le furprends peut- on dire qu'il eut
abdiqué fon domicile de Beauvais ?
;
Quant aux titres dont il étoit décoré , les
Occupations qui font jointes à de pareilles diftinftions
, ne font qu'un noble amuſement ,
qu'on n'eft jamais préfumé préferer à fon de
voir ; la qualité d'Académicien , celle de Cenfeur
Royal , fe portent par tout, celle de Sécre -
taire perpetuel de l'Académie fe remet à la
Compagnie , quand on ne peut plus vacquer
aux fonctions qu'elle entraîne. Deux
MAY. 1743. 933
Deux fortes d'affaires & d'occupations re
tenoient L. Dubos à Paris , la confiance du
Prince qui gouvernoit alors , & de fon Mi
niftre , & les Ouvrages que L. Dubos avoit
commencés ; les motifs de fon fejour une fois
connus , on ne peut préfumer qu'il ait eû intention
d'établir fon domicile à Paris ; il y a
demeuré long- tems , mais c'étoit une demeu
re de fait qui ne conftituoit pas un veritable
domicile ; c'est un homme utile , & important,
que l'Eglife a prêté à l'Etat, qui avoit befoin
de fes fervices ; s'il eft enfuite refté à
Paris , ce n'a point été par un goût feducteur
pour les Lettres , mais pour finir quelques
Ouvrages qu'il avoit entrepris & auxquels il
étoit engagé par honneur àmettre la derniere
main ; il n'auroit pas eu en Province les fe
cours néceffaires , c'eft ce qui l'a obligé de
demeurer à Paris , plus long-tems qu'il ne
s'étoit propofé il n'a pas à la verité effectué
l'intention. qu'il avoit de retourner à Beauvais
, mais on ne peut pas dire qu'il n'eut pas
l'efprit de retour ; ce feroit l'accufer de prévarication
dans le devoir le plus facré de fon
Etat & envelopper dans la même accufation
fon Chapitre , & fon Superieur qui ont agréé
fes excufes ; on doit préfumer plus favorablement
des intentions d'un homme qui a fait
tant d'honneur à ſa Patrie , à ſa famille & à
La Republique des Lettres.
;
Pa
34 MERCURE DE FRANCE
Par Arrêt rendu en l'Audience de la grand
Chambre le 5.Février 1743. fur les Conclufions
de M. l'Avocat géneral Joly de Fleury,
la Sentence a été confirmée , par où l'on a
jugé que le domicile de L. Dubos étoit à
Beauvais & que fa fucceffion mobiliaire devoit
fe regler fuivant la Coûtume de cette
Ville.
EPITRE
A Mile D. S. B. écrite le premier jour.
Q
de l'An.
Uand on écrit à ces Bergeres
Dont l'orgueilleuſe vanité
Ne fe nourrit que des chimeres
Du Dieu de la tendreffe & de la volupté
En leur renouvellant l'année ,
Avec une voix cadencée ,
On doit renouveller ces fades complimeas :
Ces difcours ennuieux , ces phraſes furannées ¿
Que dans le Pays des Romans
Les Sots réchauffent tous les ans
Pour encenfer leurs Dulcinées :
Mais , Iris , quand on vous écrit ,
> On doit fuir ce ftile vulgaire
Car dès qu'on entreprend de louer votre efprit ,
Votre
MA Y. 935 1743 .
Votre agréable humeur , votre heureux caractere ,
On gagne moins à ce qu'on dit ,
Que lorsqu'on a l'art de le taire.
La louange pour vous n'eft pas un mets exquis :
Quiconque à vos vertus veut rendre fes hom
mages,
S'attire plutôt vos mépris ,
Qu'il ne mérite vos fuffrages.
Pour moi , qui ne fçais point lower ,
Et qui crains peu de l'avouer ,
Je ne vous offre pour Etrennes ,
Ni de longs complimens , ni voeux , ni billetsdoux
,
Mais feulement ces Vers , qu'au bord de l'Hipo
crène ,
Apollon m'a dictés pour vous.
Non moins léger que la parole ,
Le tems s'écoule fous nos yeux ,
Et nous mene fans ceffe à ce moment affreux
Où notre ame avec lui s'envole ::
On a beau s'aveugler fur cette vérité 3.
La foibleffe du corps , celle de la fanté ,
La voix de toute la Nature ,
Nous prouvent invinciblement ,
Qu'à toute heure & qu'à tout inftant
L'individu de chaque Créature
Périt imperceptiblement.
Олі
93 MERCURE DE FRANCE
Oui , vertueuſe Iris , le jour qui nous voit naître ,
Eft pour nous un Arrêt de mort ,
Et notre esprit commence à peine à fe connoître
Que tout dans l'Univers lui parle de ce fort :
Avec une viteffe ǝxtrême ,
L'Homme ne voit- il pas couler chaque moment &
Le tems en s'écoulant ne voit- il pas de même
L'Homme courir vers le néant ?
Mais banniffons d'ici cette affreuſe penſée ;
Notre âge nous promet un fort moins rigoureux ,
Et quand notre Planette eft dans fon Apogée ,
Nous devons efperer des momens plus heureux..
Eh ! que mon ame eft inſenſée !
La jeuneffe contre la mort
A-t'elle d'invincibles armes ?
Lis de tous les mortels fe croyoit le plus fort ,
Lis de tous les mortels avoit le plus de charmes ,
Cependant regardons . . . fes amis en allarmes ,
Sur fon tombeau jettent des fleurs ,
Et par mille torrens de larmes
Soulagent leurs vives douleurs.
Quel fpectacle touchant ! à la fleur de fon age ,
Et n'ayant que vingt fois vû mûrir la Moiffon 2
L'Aimable Lis fur le fombre rivage
Pour paffer l'Onde noire , attend le vieux Caron.
Maintenant , dans notre jeunelle >
Recherchons , fage Iris , quelque folide appui :
Ces
MAY 1743
937
Cet accident helas ! nous annonce aujourd'hui
Que fa vivacité n'eft qu'erreur , que foibleſſe ,
Et qu'on agit imprudemment ,
D'ofer fe prévaloir d'un bon tempérament.
Oui , contre cette Loi qui détruit l'existence
Que les Dieux donnent aux Humains ,
?
Rien ne peut nous munir ; la vielleffe , l'enfance ,
Le vice , la vertu , Sujets , ou Souverains ,
Soumis à la même puiffance ,
Doivent fubir mêmes deſtins.
Si de cette morale auftere ,
Dont le faux Sage eſt révolté ,
Votre efprit un peu moins févere ,
Ne connoiffoit l'utilité ,
Je vous dirois , Iris , que la feule innocence
Doit toujours regler nos défirs ,
Et que tous les honneurs , les biens & les plaifirs
N'ayant qu'une vaine apparence ,
Et n'en ayant la jouillance
Que pour quelques jours feulement ,
Le Philofophe véritable
Sur un fi fragile Element ,
D'une félicité durable
Ne jette point le fondement ;
Qu'il vit fans connoître le vice ,
Qu'il ne chérit que la vertu
Et que , dès que le Ciel ordonne qu'il périſle ;
938 MERCURE DE FRANCE
Il périt comme il a vécu .
Mais la raiſon qui vous éclaire ,
Peut avec moins d'obſcurités ,
Que je ne puis ici le faire ,
Vous expliquer ces vérités.
l'Abbé de Borville , de Chartres:
On a dû expliquer l'Enigme & le Logogryphe
du Mercure d'Avril par la Perruque
& le Mifantrope. On trouve dans le Logogryphe
Erato , Mai , Roſe , Pan , Mitre
Mirte , Serin , Minos , Marne , Paris, Rome
Pain , Or , Priam , Mars , & Mort.
F
ENIGM E.
Illes du Dieu du Jour , nous formons notre
Pere ,
Et n'éxiftons jamais enſemble un ſeul moment ;
Sujettes pour toujours à ce Deftin févere,
Nous nous fuyons , Lecteur , pour ton arrangement.
Duchemin.
ရာ
AUTRE
MAY. 1743. 939
S
AUTRE.
Ans lui faire aucun compliment ,
Je ferre l'homme étroitement .
Quoique fouvent brillant de broderie ,
Je n'en tiens pas moins en état ,
Ce qui ne doit fervir qu'au bien de la Patrie ,
Et qu'à la gloire de l'Etat.
J
Laffichard.
LOGOGRYPHE
.
E fuis un compofé de fept membres utiles ,
Et l'on me voit dans les Cours , dans les Villes :
J'étale des Mortels l'Art le plus féduiſant.
Sans parler , je ſuis amuſant.
Tantôt , je fuis badin , & tantôt , je fuis fombre ;
Je ſuis galant & férieux :
Chés moi l'on voit des Hommes & des Dieux,
Et je dois mon éclat à l'ombre.
Dans mon corps eft un Elément ,
Qu'un fuppôt de Bacchus hait juſqu'au monument ;
Mais l'on y trouve auffi ce que tout parafite
Préfere à l'honneur , au mérite .
J'offre encore un Lieu plein d'appas ,
Où les plaiſirs naiffent avec les pas ,
On trouve dans mon fein un frere pacifique ,
Que
940 MERCURE DE FRANCE
Que fon aîné , cruellement ,
Fit périr fous les coups du plus vil inftrument ;
De plus , deux nottes de Mufique ;
Un Ornement d'Eglife , éclatant en blancheur
Un mot qui n'a point de laideur ;
Une voiture fur la Seine
Qui porte les Badauts de Paris à Saint Cloud ;
Et puis tant d'autres mots ; mais ne t'en mets en
peine ,
Et crois , Lecteur , que c'eft- là tout.
Collet de Versailles.
***
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX - ARTS , & c .
ISTOIRE ROMAINE DE TITE-LIVE ,
traduite en François avec les Supplé–
mens de Freinshemius , dédiée à MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN , par M. l'Abbé Brunet .
Premiere Decade 3. Vol . in - 12 . qui fe vendra
déformais chés Jacques Barois , fils
Quai des Auguſtins , à la Ville de Nevers
7743.
REMARQUES de M.... au fujet de cet
Ouvrage.
L'Auteur de cette Traduction étant mort
depuis
MAY. 1743
94
depuis peu , l'impreffion des Decades fuivantes
qu'il devoit donner fucceffivement au Public
a été interrompuë. Mais heureuſement ,
il avoit entrepris cet important Ouvrage depuis
près de fept ans , & quoiqu'il n'en ait
donné le commencement que l'année derniére
, cette Traduction étoit en état de paroître
long tems auparavant , ainfi qu'il l'a
dit lui-même dans fon Avertiffement (Tome
premier. ) Deforte qu'elle s'eft trouvée complette
& finie , au dernier Volume près , auquel
il travailloit encore. M. Brunet fon frere
, Ecrivain du Roi fur les Galeres , en fera
inceffamment continuer l'impreffion . On a
crû devoir inferer ici quelques Remarques
qui donneront une jufte idée du gout & de
l'habilité de feu M. l'Abbé Brunet dans ce
gente de Littérature .
Après qu'on a négligé fi long- tems de
nous donner une Traduction de Tite Live ;
on a lieu de s'étonner qu'il en paroiffe deux
à la fois ; l'une eft de M. Guerin ancien
Profeffeur d'Eloquence au College de Beauvais
, l'autre de feu M. Brunet , Docteur en
Théologie , & Curé de Bernieres , au Pays
de Caux ; l'une & l'autre dédiée à Monfeigneur
le Dauphin . La Profeffion fi differente
de ces deux Traducteurs , faiſant d'abord
une préfomption toute entiére en faveur du
premier , il convient de fufpendre fon jugement
$42 MERCURE DE FRANCE
ment , & de voir fi le parallele démentira Is
préjugé. Ceux qui ont lû les deux Ouvrages,
fçavent à quoi s'en tenir , mais tous ne font
pas en état ni à portée d'entreprendre ce
double examen ; il eft cependant de l'interêt
du Public qu'on le faffe , afin qu'il choififle
avec connoiffance de caufe entre ces deux
Traductions , d'autant plus qu'il réfulte du
parallele un contrafte fenfible aux moins
clairvoyans.
L'Auteur des Obfervations fur les Ecrits
modernes à touché ce parallele , ( Voyez
fa Lettre 359. ) On pouroit encore citer la
Lettre du Profeffeur de Caën , inferée dans
ces mêmes Obfervations, ( Lettre 385. ) quoiqu'elle
ne paroiffe pourtant pas fuffire pour
faire adjuger définitivement la Palme à celui
à qui ce Profeffeur l'adjuge lui- même , car il
pourroit fe faire abfolument que la Traduction
qu'il critique , quoique plus fautive , &
par conféquent inférieure à quelques égards ,
pût mériter la préference par beaucoup d'autres.
Par exemple on peut manquer de bien
déveloper un Fait, & néanmoins rendre un raifonnement
dans toute fa jufteffe ; on peut
difcuter mal un point de critique , mais bien
décrire une bataille ; on peut échouer en
quelques endroits , mais réuffir en mille autres
; n'être pas net & court dans les Narrations
, mais être vif & intéreffant dans les
Haran
MAY. 1743 ..
949
Harangues , expreffif dans les Maximes ;
clair & fidéle partout. C'eft ce qu'il convient
d'examiner dans les divers morceaux
que nous allons mettre en parallele aux
yeux des connoiffeurs. On fe renfermera
pour cette fois dans le premier Volume .
Les deux Epitres Dédicatoires font deux
Piéces d'Eloquence d'un goût auffi different
que celui des deux Traductions , mais comme
elles font étrangeres à l'examen dont il
s'agit , on fe contentera de les indiquer à
ceux qui voudront étendre jufques là le parallele
. Celle de M. Guerin eft au VIII. Tome
de fon Ouvrage , l'autre fe lit au Frontifpice
, où elle doit être naturellement ; quoiqu'elle
n'ait paru qu'en 1741. elle fut préſen
tée en 1737. dans le tems de la Paix , dont
elle fait mention . On va commencer le parallele
par l'enlevement des Sabines dansTite-
Live , N. 9. à ces mots , Agrè id Romana
pubes , & c. Pour abreger , on ne fera qu'in
diquer le Texte Latin , que chacun peut fa
procurer aifément.
"
La Traduction de cet endroit eft dans
M. Guerin , à la page 34. » La jeuneſſe Ko-
» maine fut piquée de cette infulte , & des-
» lors Romulus ne fongea plus qu'à prendre
» de force ce qu'on ne vouloit pas lui accor-
» der de bonne grace . Mais pour mieux réüf-
» fir , il crut qu'il falloit diffimuler fon ref-
» fenti44
MERCURE DE FRANCE
» fentiment, jufqu'à - ce qu'il ſe préfentât une
• occafion d'éxecuter fúrement fon projet. II
fit donc à deffein les préparatifs des Jeux
Confuanx , ainfi nommés parce qu'on les
célebroit à l'honneur de Neptune Equeftre
» autrement le Dieu Confus . Il fit inviter les
Peuples voifins à ce Spectacle , & pour exciter
davantage leur curiofité , il étala dans
les apprêts toute la pompe & toute la magnificence
dont on étoit capable , dans un
fiécle où les hommes n'etoient ni riches
ni fçavans. Il s'y affembla une multitude
» infinie de monde , attirée d'ailleurs par le
» défir de voir cette nouvelle Ville . Mais
» ceux qui témoignerent le plus d'empreffe-
" ment , furent les Ceniniens , les Cruftumiens
» & les Antemnates , les plus voiſins de Rome .
» Les Sabins ne manquerent pas d'y venir en
59
foule avec leurs femmes & leurs enfans.
» Romulus les reçût avec beaucoup de bien-
» veillance , & chargea les Romains de les
» recevoir dans leurs maifons , comme amis
» & comme hôtes. En attendant l'ouverture
des Jeux , ils vifiterent les murailles & les
differens quartiers de la Ville , & furent
étonnés de l'accroiffement qu'elle avoit
reçû en fi peu de tems. LesJeux commen-
→ cerent & tandis qu'ils occupoient les
yeux & les oreilles de tous les aflittans , les
jeunes Romains de concert , au fignal qui
"
>
» leur
MAY. 1743 94
leur fut donné , fe difperferent & fe jette-
» rent fur les filles de ces Etrangers. La plû-
» part furent enlevées par ceux à qui le ha-
» zard les préfenta . Il y avoit cependant des
hommes de la lie du Peuple , qu'on avoit
chargé de choisir les plus belles , & de les
» porter dans les maifons des Sénateurs , & c.
»
"
ود
9
Dans M. Brunet , page 31. » La Jeuneffe
» Romaine en fut outrée , & parut dès- lors
» vouloir fe porter à quelque coup d'éclat.
» Pour en faire naître l'occaſion , Romulus ,
» diffimulant fon chagrin , ordonne les Jeux
» Confuels à l'honneur de Neptune Equeftre.
» Il les fait annoncer , & pour en donner
» une grande idée par la magnificence des
préparatifs , on mit en oeuvre , felon les facultés
modiques que l'on avoit alors , tout
» ce que l'induftrie de ces tems fuggéra de
plus propre à l'embelliffement du Specta-
» cle. Ce fut une affluence extraordinaire de
monde , que le défir de voir auffi la Ville ,
» attiroit de toutes parts , fur tout les plus
proches , les Ceciniens , les Cruftumeniens ,
"les Antemnates s'y rendirent en foule , &
prefque tous les Sabins avec leurs femmes
» & leurs enfans . On leur fait un bon accueil.
" Le grand nombre de maifons où l'on s'empreffe
de les introduire, leur arrangement ,
la fituation de la Ville , fes Edifices , fes
" remparts , ttoouutt lleess porte à regarder avec
E » admi,
1
946 MERCURE DE FRANCE
» admiration une Ville , en peu de tems fi
» fort accrue. L'heure des jeux arrivée , com-
» me le fpectacle fixoit les regards & l'atten-
» tion de tous les affiftans , les Romains , au
fignal dont on étoit convenu , fe levent
» de concert , & répandus dans l'Aſſemblée,
» raviffent au hazard & fans choix les filles
» des Etrangers ; les plus belles avoient été
» deſtinées aux principaux Sénateurs , & leurs
gens apoftés les leur amenent & c.
>>
"
T.L. L. 2. n. 3. Regem hominem effe &c . C'eſt
le raisonnement de la jeune Nobleffe de
Rome , qui après l'exil des Tarquins regret
toit l'impunité qu'elle ne pouvoit le promet
tre fous le nouveau gouvernement. M. G
pag. 198. » Ils fe plaignoient qu'un Roi fça
» voit exercer la juftice , mais qu'il fuivoit
» auffi dans les occafions les Loix de la clé
» mence & de l'humanité , qu'on obtenoit
» de lui la récompenfe de fes fervices ou le
pardon de fes fautes , & que s'il fe mettoit
» en colere , il étoit aifé de le fléchir & de
» l'appaifer ; que les Loix au contraire étoient
» fourdes, inexorables , & beaucoup plus uti-
» les & plus favorables aux Pauvres & au
petit Peuple , qu'aux Riches & aux pre-
» miers de la Ville ; qu'elles ne faifoient au-
" cun quartier à ceux qui s'éloignoient tant
» foit peu du droit chemin : que l'homme
» étant fujet à tant de foibleffes , il étoit bien
39
trifte
MAY.
1743 947
"
trifte pour lui de ne pouvoir trouver ſa ſûreté
que dans fon innocence .
» M. B. pag. 183. un Roi difoient - ils , eft
un Maître , mais un Maître après tout ,
qui eft homme , qu'on peut efperer de ga-
"gner quelquefois , qui fçait mettre une dif-
» férence entre fes amis & ceux qui ne le
-font point , pour punir , récompenfer , faire
"
grace ou juſtice , s'adoucir ou fe mettre en
» colere , quand il le veut , ou felon qu'il le
» faut. Les Loix , au contraire , font des regles
, toujours inflexibles , toujours inexorables
, fourdes aux prieres & fans égard ,
»faites pour les petits , plutôt que pour les
" grands , incapables par elles - mêmes de
modification , ou d'adouciffement , lorf
» qu'il eft queſtion de punir. Hommes & fujets
à faire des fautes , que n'avons nous
» pas à craindre,fi l'on ne peut vivre qu'à l'abri
de l'innocence ?
T. L. L. 2 n . 14. huic tam pacate perfectioni
&c. Cet endroit eft difficile à traduire ,
& par conféquent très - propre à faire difcerner
le gout & l'habileté du Traducteur.
>
M. G. pag. 231. " On obferve encore au-
• jourd'hui dans la vente des biens , qui ont
» été confifqués au profit de la République
une formule qui paroît contraire à une retraite
auffi pailible & auffi amiable que fut
celle de Porfenna. Car le Crieur qui les met
Fij
ว
943 MERCURE DE FRANCE
"
55
à l'enchere , en annonce la vente fous le
» titre des biens du Roi Porfenna à vendre. II
faut , ou que cette Coûtume ait pris naiffance
pendant la guerre , & ait été confer
» vée depuis que la paix eût été faite , ou
que dans le commencement les expref
fions du Crieur ayent moins reffenti la hai
»ne & l'animofité , que celles dont il ufc
» aujourd'hui. Ce qu'il y a de plus vraiſemblable
, & qu'on peut conjecturer de l'Hif-
» toire même , c'eft que Porfenna , en deſ
» cendant du Janicule , y laiffa un Camp
rempli de proviſions qu'il y avoit fait tranf
"porter des Plaines fertiles de l'Etrurie , &
qu'il en fit préfent aux Romains , dont les
» vivres avoient été confumées pendant un ſi
long fiége , & que pour empêcher qu'elles
ne fuffent pillées par le peuple , on en fit
› publiquement la vente , en la publiant en
» des termes , qui marquoient plutôt la re-
» connoiffance des Romains pour la libéra-
» lité de Porfenna , que le défir de l'infultery
» en vendant à l'encan les biens de ce Prin
» ce , qui même n'étoient pas en leur pou-
33
و و
» voir.
M. B. pag. 211. » Rien ne s'accorde moins
avec la retraite pacifique du Roi Porfen-
» na , qu'un ancien ufage que nous prati-
>> quons encore dans nos ventes publiques ,
où le Cricur fe fert entr'autres,de cette for
mul .
MAY. 1743
949
و ر
» mule ordinaire : Biens du Roi Porfenna à
» vendre. Il faut donc que cet ufage fe foit
» introduit dès le commencement de ka
» Guerre , & qu'il ait continué depuis la
" paix , ou qu'il tire fon origine d'un principe
moins odieux , que n'eft l'idée que
" l'on fe fait d'un encanoù fe vendent les
» dépouilles des ennemis . Auffi dit-on , ( &
" c'eft de toutes les conjectures la plus vrai-
»femblable ) que Porfenira évacuant le Jani-
» cule , y laiffa génereufement toutes les pro-
» vifions qu'il avoit fait venir des Pays voi-
»fins , & les plus fertiles d'Etrurie . Elles ne
» pouvoient qu'être d'un grand fecours aux
» Romains , qu'un long Siége avoit réduits
»à manquer de tout , & plutôt que de les
5 laiffer piller au peuple , comme un butin
" conquis , la République les fit vendre
» comme un bien appartenant au Roi Por-
» ſenna, mais pour lui faire honneur , & non
"pas pour défigner un encan odieux de ces
" effets , dont certainement les Romains n'a
" voient pû fe rendre Maîtres.
T.L.L. 2. n. 34. Si annonam, inquit, veterem
volunt &c. C'eft le difcours de Coriolan
dans le Sénat , affemblé pour fixer le prix
du bled qu'on avoit à diftribuer au Peuple .
M. G.pag. 291. S'ils veulent avoir les vivres
" à l'ancien prix , difoit il , qu'ils rendent au
" Sénat fon autorité. Pourquoi vois -je des
F iij gens
950 MERCURE DE FRANCE
ور
> gens de la lie du Peuple dans les Dignités
» & dans les Magiftratures ? Pourquoi vois-
" je un Sicinius , fier & infolent de la
puiffance qu'il a ufurpée "? Moi qu'ils ont
» fait paffer fous le joug , moi qu'ils ont for
» cé le poignard fur la gorge de racheter ma
» vie , comme des voleurs entre les mains
» de qui je ferois tombé ? Quoi j'endurerois
» ces indignités pendant que je fuis en état
» de m'en délivrer ? Moi qui n'ai pû fouffrir
» la domination du Roi Tarquin , je ſouffri-
» rois celle d'un Sicinius ? Qu'il faſſe retraite
» maintenant , qu'il emmene le Péuple fur le
» Mont Sacré , ou fur quelqu'autre Colline.
» Le chemin lui eft ouvert. N'eft- ce pas eux
qui ont enlevé nos moiffons il y a trois
» ans ? N'eft-ce pas leur fureur qui a rendu
nos terres incultes ? N'eft - il pas jufte qu'ils
»fouffrent les fuites d'une ftérilité , que leur-
" retraite a caufée ? Non , non , Mrs , vous
» n'avez point de nouvelle révolte à crain-
» dre ; jofe vous affûrer que la fanrine les a
" rendus fi fouples , qu'ils fe réfoudront à
» labourer la terre eux mêmes , plutôt qu'à
» fortir de la Ville , & à prendre les armes ,
" pour empêcher les autres de la cultivet .
M. B. p. 262. S'ils veulent , difoit-il ,
» que le bled revienne à fon prix , qu'ils nous
» laiffent rentrer dans nos droits . Verrai - je
» donc toujours des Magiftrats Plebeïens , un
» Sicinius
MAY 1743. 951
»
>>
» Sicinius s'ériger en maître , nous traiter en
» eſclaves , & nous rendre auffi malheureux
que fi nous étions à la merci d'une troupe
» de brigands ? Nous l'avons fouffert; il le fal-
» loit , mais le fouffrira- t'on encore ? Aurions
»> nous fecoué le joug de Tarquin,pour fubir
>> celui d'un Sicinius ? Qu'il forme des partis ,
» qu'il fouleve la populace , qu'ill'emmene &
qu'il aille s'établir avec elle fur le Mont
» Sacré , ou fur quelqu'autre Colline . Les che-
» mins lui font ouverts. Qu'ils aillent dé-
» pouiller nos Campagnes , comme ils firent
» il y a trois ans qu'ils aillent y recueillir les
» fruits de leur fedition & de leur fureur; laif-
» fons faire ces mutins; j'ofe le prédire ; fubju-
» gués par l'indigence, ils fe porteront d'eux-
» mêmes à labourer nos terres , au lieu de les
» faire deferter aux Laboureurs.
T. L.L.3.N.11.Cafo erat Quintius . &c.C'eſt
le caractére de CælonQuintius & fa conduite .
M.G. p. 418. » Il y avoit parmi les Patri◄
» ciens un jeune homme nommé Cafon-
Quintius, dont la fierté étoit égale à la no-
» bleffe de fa race, & à la grandeur de fa tail-
>> le , & de fes forces. A ces avantages qu'il
>> avoit reçûs de la Nature , il joignoit une va-
» leur & une éloquence , qui l'avoient fi fort
diftingué dans la guerre & dans la paix ,
que la République n'avoit point de fujet ,
» dont la langue & le bras fuffent plus à re-
Fiiij >> douter
»
»
952 MERCURE DE FRANCE
»
» douter. Quand il paroiffoit au milieu des
» Patriciens , qu'il furpaffoit tous de la tête ,
» comme s'il eut réuni dans fa perfonne tous
» les Confulats & toutes les Dictatures , la
» grandeur de fa taille & le ton de fa voix
» faifoient trembler les plus réfolus , & il re-
» fiſtoit feul à toutes les tempêtes des Tribuns
» & du Peuple. Les Senateurs fous fa conduite
chafferent fouvent les Tribuns de la
» Place & mirent toute la populace en dé-
» route; fi quelqu'un lui tomboit fous la main,
» il ne s'en tiroit qu'après avoir été bien bat-
» tu , & fouvent cftropié , & il étoit aifé de
voir, que de ce train - là les Tribuns n'arri-
» veroient jamais à leur but , & feroient obligés
de renoncer à leur Loi. Tous les autres
» étoient rebutés,& fe tenoient pour vaincus,
» lorfqu'Aulus Virg. l'un d'entre eux s'avifa
d'appeller Cafon en jugement , mais cette
façon de l'attaquer lui donna plus d'indigna-
* tion de crainte. Il n'en fit paroître que
que
» plus de vigeur pour refifter à la Loi , maltraiter
le peuple , & déclarer à fes Tribuns
» comme une guerre dans les formes .L'accu-
» fateur étoit ravi de voir que Cafon ſe précipitât
dans le danger , & qu'en ſe rendant
» odieux par fes violences , il rendit fa caufe
plus mauvaiſe , & fortifiât celle de ſon ad-
» verfaire.
ב כ
>>
29
M.B.p.381 . » On y voyoit ſouvent le jeune
» Cason
MAY. 1743
953
Cafon-Quintius,d'une grande naiffance, bien
» fait de fa perfonne & d'une forte comple-
» xion. Il joignoit à ces dons de la Nature
» le talent de bien s'énoncer en Public &
" une grande capacité dans le métier de la
"guerre , oùil avoit acquis déja beaucoup de
" gloire,de forte qu'il paffoit pour le plus hardi
» guerrier & le plus beau difeur de fon tems.
>> Ce Patricien toujours efcorté d'un grand
» nombre d'autres , au milieu defquels il
» étoit aifé de le diftinguer , faifoit tellement
» valoir dans les altercations populaires fon
éloquence & fes forces contre le Peuple
» & fes Tribuns , que comme s'il eut poffedé
» la Dictature , le Confulat , & toutes les
» Dignités de la Republique enfemble , il fuf-
» fifoit feul à les deconcerter tous. On l'avoit
déja vû , fecondé de quelques Adjoints ,
» chaffer les Tribuns de la Place & mettre
و د
39
35
tout le Peuple en fuite . On ne tomboit pas
»>impunément fous fa main. Heureux fi on en
» étoit quitte pour y laiffer fon habit en lam
>> beaux & pour quelque gourmade. Auffi le
» College des Tribuns defefperoit de faire ja
» mais accepter fa Loi, fi ces voies de fait con
» tinuoient d'avoir lieu. Tous fe rebutoient
» mais A.Virg. plus hardi que les autres , ofa
» citer Cafon à l'Affemblée du Peuple & fe
» porter pour fon accufateur. Un homme
» aulli intrepide que l'étoit Cafon , bien loin
Fy » de
954 MERCURE DE FRANCE
» de fe déconcerter à cette affignation, en de-
» vint furieux , de forte que ne gardant plus
» de méfures , il s'oppofa deflors au Plebiſci-
» te , avec plus de feu qu'il n'avoit fait en-
» core ; il maltraitoit les Plebeïens , il harce-
» loit les Tribuns & leur faifoit une guerre
» ouverte , comme à fes ennemis déclarés.
» Virginius n'étoit pas fâché de le voir ſe pré-
» cipiter dans le piége , en donnant matiére
» à de nouveaux griefs , qui ne manqueroient
» pas de le rendre plus odieux.
و ر
T. L.L.3 . N. 4. Cum promptum hoc Jus &c.
Il s'agit ici de la promulgation de quelques
Loix redigées par les Decemvirs. M. G. page
479. " Tous les Citoyens , grands & petits,
» regardoient ce Tribunal comme le Sanc-
» tuaire de la Juſtice , & quoiqu'ils la rendiffent
avec autant de promptitude que d'intégrité
, ils ne s'appliquoient pas mɔins à
»former un corps de bonnes Loix , ce qui
» étoit le principal motif de leur création .
» Enfin ils affemblerent le Peuple , qui les at-
"
tendoit avec impatience,& après avoir prié
» les Dieux que leur travail tournât à la gloire
>> & aubonheur de la Republique, d'eux & de
» leurs enfans , ils lui préfenterent dix Tables
fur lefquelles ils les avoient fait graver, l'ex-
» hortant à les lire & à les examiner foigneu-
» fement ; que pour eux ils avoient fait tout
» ce qu'on pouvoit attendre du travail & de
la
MAY, 1743
955
و د
» la prévoyance de dix mortels , pour affurer l'é-
» tat,& la liberté des petits & des grands , mais
» que la voie publique étant la preuve la plus
» certaine d'une bonne décifion , il étoit à
>> propos que tous les Citoyens péfaffent mu-
» rement chaque article des Loix , premiére-
» ment en leur particulier,puis, après en avoir
» conferé enſemble , qu'ils fiffent part à l'Af
» femblée de leurs réflexions & de leurs fen-
» timens , & que quand tout le monde feroit
d'accord, on donneroit au Peuple Romain
» une forme de Gouvernement qu'on pour
» roit dire qu'il auroit établie lui -même après
» l'avoir demandée.
"
37
de-
M. B. p. 439. " Auffi tout le monde ,
» puis le plus petit jufqu'au plus grand , ref
pectoit cette Jurifdiction , & les Senten-
» ces toujours unanimes , qui en émanoient ,
>> étoient reçûës comme autant d'Oracles . L'ap
» plication des Decemvirs à rendre ainfi la
» juſtice , avec autant de promptitude que
» d'équité, ne les empêchoit pas de travailler
>> à cette collection de Loix , qu'on attendoit
» avec tant d'impatience ; ils l'expoferent en-
» fin en dix Tables dans une Affemblée du
Peuple, où ils parlerent en ces termes : Sous
» le bon plaifir des Dieux , pour la felicité de
» vos enfans , pour la votre & pour l'avan-
» tage de toute la République , nous avons
redigé ces Loix, que vous voyez expofées à
99
F vj » VOS
956 MERCURE DE FRANCE
» vos yeux ; lifez -les, & vous allez juger que
» nous avons eu égard à tous les Etats & à
» toutes les Conditions, pour mettre les cho-
>> fes dans l'équilibre, autant que dix perfon-
» nes ont été capables d'y réuffir , mais vos
» réflexions peuvent nous donner de nou-
» velles lumieres. Lifez- donc , examinez ,
>> reflechiffez , conférez & faites - nous part de
» vos avis, fur les additions ou modifications
>> que vous jugerez néceffaires. Nous ne vous
» impoferons jamais d'autres Loix que celles
» que vous aurez vous - mêmes unanimement
approuvées , afin que vous puiffiez les regarder
comme votre ouvrage , plûtôt que
» comme un droit adopté.
ه د
"
On ne pense pas que le Lecteur éclairé
doive être fort embarraffé pour juger à préfent.
La premiere chofe dont il peut s'être
apperçû, c'eft qu'en géneral la Traduction de
M. Brunet eft plus courte que celle de M.
Guerin , dans les endroits , fur tout où celuici
n'a rien omis . Quant au ftyle, rien n'eft plus
aifé que d'en fentir tout d'un coup la difference
,Immanè quantum difcrepat ! Mais fil'on
veut fe donner la peine d'approfondir cet
examen, en comparant les deux Traductions
au Texte Latin après les avoir comparées enfemble
; c'eft alors que l'on verra dans tout
fon jour toute la difproportion qu'il y a d'une
Traduction à l'autre, non - feulement dans le
Style ,
MA Y. 17437 9599
ftile , mais encore plus dans le fond & dans
ce qui fait l'ame & le beau de Tite- Live . On
propofera de même le Parallele des Tomesfuivans.
HISTOIRE de la Nobleffe du Comté Vez
naiffin , d'Avignon , & de la Principauté
d'Orange , dreffée fur les Preuves , dédiée au
Roi. 2. Vol. in-4° . Le 1. de 570. pages. Le
2. de 532. avec plufieurs Tables Généalogiques
, Armoiries &c. A Paris , chés
David le jeune , rue du Hurpoix , au S. Efprit
, & de Lormel , rue du Foin , à Sainte
Genevieve , M. DCC . XLIII.
Cette Hiftoire , qui eft d'un travail immen
fe , étoit fouhaitée depuis long- tems , & on
a lieu de croire que M. l'Abbé Pithon- Court,
qui en eft l'Auteur ; a exécuté fon deflein à
la fatisfaction du Public & des familles intereffées.
Il regne en effet dans cet Ouvrage
un grand ordre , beaucoup de netteté , &
une critique faine & impartiale , fans parler
de plufieurs morceaux d'Hiftoire curieux &
intereffans , & des recherches infinies .
Pour en donner une idée fuffifante , voici
qu'elle eft la méthode de l'Auteur. Après
une Carte exacte de la filiation de chaque faz
mille , arrangée par ordre Alphabétique , il
expofe fuccinctement fon, origine , fon état
paffé & préfent , il en rappelle tous les dégrés
,
958 MERCURE DE FRANCE
grés , & toutes les Alliances , appliquant à
chacun l'emploi ou la dignité , dont il a été
revêtu , & il y joint un Sommaire des faits
qui peuvent l'intereffer . Lorfque dans une famille
il fe trouve une perfonne illuftre
quelque genre que ce foit , on fait fon éloge,
& on s'étend fur fes qualités , & fur fes actions
, en citant toujours les Hiſtoriens , ou
d'autres Autorités , écrites pour fervir de
ves.
>
preu-
Au reste , quoique les 2. Volumes dont il
s'agit içi , contiennent plus de fix vingt Articles
, l'Auteur avertit qu'ils n'ont pû com
prendre toutes les Familles, dont il eft obligé
de parler pour l'entiere exécution de fon
jet , & il déclare en même- tems ', qu'il donnera
dans peu au Public , un troifiéme Vol .
in-4° . pour rendre toute cette Hiftoire complette.
pro-
Comme la Principauté d'Orange fe trouve
enclavée dans le Comté Venaiffin , il s'eft
engagé de parler des Familles nobles de cette
Seigneurie . On en trouvera déja quelques unes
dans ces deux premiers Volumes. Pour celles
qui n'ont pû y trouver place , il promet
de les inferer exactement dans le Volume
fuivant , pourvû qu'on s'empreffe de lui fournir
à propos les Titres qui les concernent.
Il ne faut pas oublier que toute cette Im
preffion a été faite , & fera continuée en caxactéres
MAY. 1743:
959
racteres neufs , & fur de beau papier , & qu'à
la tête de chaque article il y a des Gravûres
d'une bonne main , & des Cartes figurées de
la defcendance de chaque Famille.
ARRESTS ET REGLEMENS Notables du
Parlement de Paris , & autres Cours Souve→
raines , tant à l'Audience que fur Rapport ,
pendant les années 1737. 1738. 1739. 1740.
& 1741. fur plufieurs Queſtions nouvelles ;
& importantes de Droit , & de Coûtumes ,
tant en matiére civile que criminelle , & bénéficiale
, avec le Sommaire des Plaidoyers ,
& moyens des Avocats , des conclufions de
MM.les Avocats Géneraux & des motifs qui
ont fervi de déciſion aux principales Queftions.
Par M. Nicolas Guy du Rouffean do
la Colombe, Avocat au Parlement . A Paris ,
grande Salle du Palais , chés Paulus du Mefnil
, Imprimeur- Libraire , au Lion d'or ; &
chésJean de Nully, Libraire, à l'Ecu de France,
& à la Palmé, près la Cour des Aydes. Vol,
in- 4° de 697. pages, fans le Frontifpice , l'Avertiffement
& la Table des Chapitres ; prix
9. liv. relié en veau .
Ce Recueil contient tous les Arrêts notables
rendus depuis l'année 1737. jufques &
compris l'année 1741. tant en l'Audience que
fur rapport , en matiere civile , criminelle ;
& bénéficiale , & çe qui doit le rendre trèsutile
60 MERCURE DE FRANCE
utile , c'eft que l'Auteur a eu foin de n'y in
ferer, que des Arrêts qui ont décidé des Queftions
de Droit , à la fin de la plupart defquels
il a ajouté les motifs , lorfqu'il lui a paru que
la décifion pouvoit être fufceptible d'un double
fens. Par ce moyen les Juges inferieurs
pourront fe conformer dans leurs Jugemens,
à la Jurifprudence actuelle du Parlement de
Paris , & autres Cours Supérieures; les Avocats
pourront fe mettre par eux -mêmes au fait
des véritables maximes qui yfont en vigeur ,
& ce qui eft un grand avantage, réclamer dans
deurs Ecritures & Plaidoyers des autorités toutes
récentes , de Tribunaux auffi éclairés
que
refpectables .
Pierre - Guillaume Simon , Imprimeur da
Clergé de France , rue de la Harpe , à l'Hercule
, a achevé d'imprimer , & débite actuellement.
1 °. Le Rapport de Meffieurs les anciens
Agens , contenant les principales affaires
du Clergé , qui fe font paffées depuis l'Aſſemblée
de 1735. jufqu'en celle de 1740. par M. l'Abbé
Fouquet , ancien Agent General du Clergé
à préfent Archevêque d'Embrun , &Par M.
l'Abbé du Vivier de Lanfac , Comte de Lion ,
avec les Piéces juftificatives de ce Rapport ,
1741. in . Fol.
2°. Le Procès verbal de l'Affemblée de 1740
avec le Recueil des Piéces de ce Procès ver
bal , 1741 , in-Fol.
MAY. 1743: 961
3 , Le Procès verbal de l'Affemblée Géne
rale extraordinaire du Clergé de France , tenue
à Paris en 1742. avec le Recueil des Piéces ;
concernant le Procès verbal de cette Affemblée
, 1742. in Fol.
Il y a à chacun de ces Volumes une Table
étendue & commode pour les Matiéres.
HISTOIRE de l'Académie Royale des
Sciences , année 1737 avec les Mémoires de
Mathématique & de Phyfique , pour la même
année , tirés des Regiftres de cette Académie
, 1. Vol. in-4° . de $ 49 . pages avec plu
fieurs Planches.A Paris de l'Imprimerie Roya
le, 1740.
C'eſt le quarantiéme Volume que l'Acadé
mie des Sciences a mis au jour depuis fon
établiffement , contenant 15. Articles dans
fa Partie Hiftorique & 28. Mémoires. Tout
eft précieux dans ce Recueil , & tout y
tend
à la perfection des Sciences pratiques , & à
P'utilité Publique . On en trouve un long &
curieux Extrait dans le Journal des Sçavans
du mois de Janvier 1743 p . 37. Extrait qui
n'épuife pas la matiére , & à la fin duquel on
en promet un ſecond pour la Chymie , la
Géometrie , l'Aftronomie , & la Méchani -
que.
MIZIRIDA , Princefe de Firando , 6. Vol .
in62
MERCURE DE FRANCE
in 12. A Paris , chés Rouy , grande Salle die
Palais, à l'Ange Gardien , & Dumonneville
Quai des Auguftins , 1743 .
Ce n'eft pas ici un de ces Livres où l'on
n'apprend rien , & où il n'y a rien à gagner
pour les moeurs , de ces Livres frivoles que
l'on ne lit jamais deux fois. Nous en avons
déja fait connoître le mérite , lorfque nous
avons parlé dans le Mercure de Septembre
1738. p. 1994. des trois premiers Volumes
qui parurent en ce tems -là . Il vient d'en paroître
trois autres qui contiennent , comme les
précedens, des Inftructions particulieres fagement
variées. On y voit auffi beaucoup d'évenemens
finguliers , des Defcriptions cu
rieufes , & une grande connoiffance du Monde.
C'eſt ce qui a excité le goût du Public ;
& ce qui a engagé l'Auteur à donner la fuite
qui paroît aujourd'hui , pour faire un Corps
complet de fix. Volumes entiers . On vendra
cependant les trois derniers Volumes féparement
pour la commodité de ceux qui ont
déja acquis les précedens .
MEMOIRES de l'Academie Royale de Chirurgie.
Tome I. in- 4° . de 718. pages , fans
compter l'Epitre Dédicatoire au Roi , la
Préface, la Table des Autes , des Mémoires
& des Obfervations , &' la Table génerale
des Matiéres. A Paris , chés Charles
Ofmont,
M'A Y. 1743
963
Öfmont , Imprimeur de l'Académie Royale
de Chirurgie , rue S. Jacques , à l'Olivier.
M. DCC. XLIII.
Nous rendrons compte inceffamment de
cet Ouvrage , l'un des plus importans & des
plus utiles , qui ait encore parû fur cette
matiére.
DISSERTATIONS fur l'Hiftoire Ecz
cléfiaftique & Civile de Paris , fuivies de
plufieurs éclairciffemens fur l'Hiftoire de France
, par M. l'Abbé Lebeuf, Chanoine de
l'Eglife d'Auxerre , de l'Académie des Infcriptions
& Belles- Lettres, TOME III. APAris
chés Durand, à l'Image S. Landry, 17434.
Le commencement de ce Volume préfente
trois Ecrits de M. l'Abbé Lebeuf, concernant
la Ville de Paris . Ces Ecrits font fuivis de la
Differtation qu'il compofa en 1740. pour le
Prix de l'Académie de Soiffons, qu'il rempor
ta en 1741. Elle n'a pû être imprimée qu'en
1742. & dans le même tems qu'on l'imprimoit
à Paris fous les yeux de l'Auteur ,
ena eû une autre Edition faite à Soiffons chés
la Veuve Courtois , que nous n'avons point
vûë . Ces Ouvrages réunis enfemble font terminés
par une vie du Sage Roi Charles V.
que l'on connoiffoit bien par les Manufcrits,
mais dont le Public défiroit fort l'Impreffion.
L'Editeur l'a accompagnée d'amples notes qui
il
Y
Le
64 MERCURE DE FRANCE
fe trouvent à la fin de l'Ouvrage , outre celles
qui fe préfentent au bas des pages , felon
les occafions . En attendant que nous rendions
compre de cette curieufe vie , de Charles V.
& de ces notes remplies de Faits intereffans ,
nous nous contenterons d'expliquer en quoi
confiftent les trois ou quatre premiers morceaux
qui compoſent ce Volume .
M. l'Abbé L. qui refide à Paris depuis quelques
années , s'étant mis au fait des Legendes
du Bréviaire de Paris,telles qu'elles furent
rédigées fous l'Epifcopat de M. de Harlay , at
trouvé qu'il y en avoit qui concernent l'Eglife
& le Diocèle de Paris en particulier , lefquelles
auroient dû être retouchées ; il lui a paru
qu'on n'auroit pas dû les conferver fi litteralement
qu'on a fait , dans les mêmes termes
auxquels on fe fixa vers l'an 1680. & qu'on
a continué d'employer depuis ce tems - là .
Les cinquante ou foixante années qui fe font
écoulées depuis , ont donné occafion de retrouver
bien des Manufcrits , & de relire avec
plus d'attention ceux qu'on avoit déja fous
les
yeux : c'eft en confequence
de ces fortes
de recherches que M. l'Abbé L. a déja donné
au Public dans les Tomes précedens quelques
remarques importantes fur les Actes de
S. Denis , fur l'Hiftoire de Ste Géneviève
fur la vraie origine & le vrai nom de l'Eglife
de S. Germain l'Auxerrois
, fur S. Landry ,
fur
MAY. 1743. 965
fur l'Epoque la plus probable de la Tranflation
du corps de S. Marcel dans la Cathé
drale de Paris , & c.
-
Aujourd'hui, il fait obferver la nouveauté
de l'opinion qui attribue au Village de Fontenay
lous Bagneux , autrement dit Fontenayaux
Rofes, l'honneur d'avoir été le Lieu , ou
celui qui apporta le bois de la Sainte Croix
de Jerufalem , l'an 1109. le dépofa dabord,
avant qu'on le portat à S. Cloud, pour de -là
le rapporter folemnellement à Paris. L'Hif
toire originale de l'arrivée de cette Relique
en France,laquelle paroît avoir été écrite dans
le XII. Siccle, & tous les Lectionnaires & les
Bréviaires , tant manufcrits qu'imprimés à
l'ufage de Paris, avoient feulement marqué en
géneral, que la Ste Croix fût apportée par Anfel,
& depofée dabordà Fontenaydu territoire
de Paris , fans ufer d'expreffions plus déterminées.
Il y avoit cependant deflors cinq
Villages du nom de Fontenay dans le Diocèfe
de Paris : mais les Auteurs de la Legende
ne pouvoient pas prévoir qu'on oublie
roit auquel de ces cinq Fontenay , il faudroit
attribuer ce Trait Hiftorique, & que cela feroit
une confufion. Les Editeurs du Bréviaire
de 1680. s'en étant peut- être apperçus , ont
été les premiers , qui en confervant prefque
tout le fond de l'ancienne Hiftoire de cet
évenement , out cru devoir ajouter après le
mot
986 MERCURE DE FRANCE
mot Fontanetum , ces deux- ci , prope Balneolum.
M. L. fait voir. qu'ils ont été mal fondés
& il en apporte de bonnes raifons. Après
quoi il fait valoir celles qu'il a découvertes
pour prouver que ce fut à Fontenay en Parifis,
proche Louvres , que le Seigneur Anfelme
dépofa le précieux Tréfor dont il avoit
été chargé. Cet Anfelme étoit un Vaffal de
l'Evêque de Paris , & M. L. prouve par le
Cartulaire de l'Evêché, écrit au XIII . Siècle ,
que ce Prelat avoit en effet quelques Fiefs
à Fontenay en Parifis , qui relevoient de lui ;
que ce même Fontenay eft celui où le culte
dela Croix a toujours été plus célébre; qu'on
y conferve une Croix d'or confidérable , qui
paroît très-ancienne , & qu'on affure conte
nir du précieux bois ; que le concours y étoit
fi grand autre- fois , que François I. accorda
qu'on y tint une Foire le jour de l'Exaltation
de la Ste Croix , & qu'encore ac
tuellement toutes les femaines on y célébre
une Meffe de la Croix. Il faut voir dans le
Livre même la maniere dont M. L. répond
aux objections qu'il a prévû qu'on pourroit
lui faire.
A la page XXI. il apporte une Note qu'il
a tirée d'un Regiftre du Parlement, dans lequel
il eft fait mention d'une voye Romaine,
qui femble partir de Sens , traverser la Brie
&
MAY
967 1743
1
& venir aboutir dans le Mulcien ou le Parifis
.
H n'arrive gueres d'inondation à Paris , ou
de débordement extraordinaire , qui n'attire
l'attention des Parifiens. Sauval en a révoqué
deux en doute , quoiqu'ils foient réellement
arrivés fous le Regne de S. Louis , & cela
parce que quelques Hiftoriens modernes de
l'Abbaye de Ste Géneviève en ont fait un
recit , qui ne paroiffoit pas bien autorisé.
M. L. ayant découvert à la Bibliothéque du
Roi un Manufcrit du XIII . Siécle , qui a appartenu
à cette Abbaye , en publie quelques
morceaux, d'où l'on apprend que ce font des
témoins oculaires de ces débordemens qui
ont écrit ce qu'on y lit, Vidimus,difent - ils.Ces
inondations paroiffent être arrivées en 1232 .
1236. & 1242. Un de ces Hiftoriens témoigne
qu'on regardoit comme une chofe non
recevable , & comme une demande inepte ,
que la Proceffion de la Châffe de Ste Geneviéve
fe fit deux jours de fuite , comme quelques-
uns trouvoient bon alors qu'on la fit.
Le débordement du mois de Janvier 1236.
( ou 1237, comme on comptoit en Italie )
fut fi grand que l'Hiftorien à crû devoir le
repréſenter en ces termes : Tunc per Gallandiam
& in pluribus locis uti faciebat navigio:
illam partem & Parifius que ultrà magnum
pontem eft , feciffet infulam, nifi celfioris
a
terra
968 MERCURE DE FRANCE
terre crepido ficut itur adfanctum Laurentium
profluvium deinens fuper aquas contenderet
eminere.Il paroît par là , qu'il y avoit une Chauf
fée affés élevée dans ce qu'on appelle aujourd'hui
la rue S. Denis .
>
Ileft très certain qu'il y avoit dans Paris au
VII. Siécle une Eglife du Titre de Ste Colombe.
C'est une ancienne Martyre de l'églife
Métropolitaine,dont Paris étoit autrefois fuffragant.
Il n'eft pas moins certain que S. Eloy,
Orfévre de la même Ville de Paris , eut une
grande dévotion envers cette Sainte , & qu'il
eft repréſenté par S. Oüen , Auteur de fa vie
comme s'intereffant pour cette Bafilique de
Ste Colombe de Paris , de même que s'il en
eut été le Fondateur. Quelques - uns avoient
crû que cette Eglife étoit celle du Village de
Civilly , à deux lieues de Paris , au de là de
Villejuir, ou qu'elle pouvoit avoir été fituée
dans la Cité , ruë de la Colombe . Civilly ou
Chevilly eft trop éloigné de Paris pour qu'on
croye, que parce que l'Eglife eft du Titre Ste
Colombe ce foit celle-là que S. Ouen a
entenduë; il faut, felon fon narré , que ce foit
une Eglife fituée dans Paris même . La Cité
étoit à la vérité proprement Paris ; mais au
VII. Siecle le quartier de la Grève & de
S. Merry étoient auffi fermés de murs ; cette
Eglife pouvoit être fituée de ce côté là. Le
nom de la Colombe , refté à une rue de la
,
Cité
MAY. 1743 169
"
Cité , n'étant qu'un nom d'Enfeigne , ne peut
pas fuffisamment prouver qu'il y ait eû en ce
lieu une Eglife du nom de Sainte Colombe.
M. l'Abbé L. a penfe que le moyen de découvrir
plus fûrement où cette Eglife pouvoit
être fituée , eft de fuivre les évenemens
divers arrivés aux Eglifes réunies ou foumifes
au Prieuré de S. Eloy de Paris , & de voir
à quelle Eglife ce Prieuré , à fon tour , a été
réuni.
Comme il est conftant que S. Eloi bâtit
en ce Lieu l'Eglife de S. Martial , parce qu'il
en avoit apporté des Reliques de fon Pays , il
eft très-vraisemblable que ce furent les Reliques
qu'il obtint àSens desteColombe , dont il
avoit fabriqué la Châffe, qui le déterminerent à
bâtir à Paris unTitre fous fon invocation . Donc
où l'on trouvera des Reliques confidérables .
de Ste Colombe , ce fera une marque que
l'Eglife de cette Sainte étoit en relation avec
ce Lieu là , ou comme foumiſe , ou comme
reunie , & cela la fera connoître . C'est à
S. Maur des Foffés que ces Reliques fe retrouvent
, & elles ne peuvent guere y avoir été
apportées que de l'Eglife de S. Colombe de
Paris . Mais comment reconnoître en laquelle
de ces Eglifes de Paris , parmi celles qui
font reunies à l'Abbaye de S. Maur , par la
réunion du Prieuré de S. Eloy , étoient confervées
les Reliques de Ste Colombe ? M. L.
G faje
970 MERCURE
DE FRANCE
fait faire attention , 1 ° . Que ce doit être une
Eglife , dont le nom ait été éclipfé par celui
d'un autre Saint , furvenu depuis ; 2º. que ce
ne peut être l'Eglife de S. Martial , ni de Ste
Croix , ni celles de S. Pierre des Arfis , ou
aux Boeufs , ni S. Paul non plus , parce que
ces Eglifes portent le nom qu'ils ont pû porter
dès le tems de S. Eloi , mais que ce ne peut
être que l'Eglife de S. Bon , proche S. Merry,la
quelle eft de l'ancien domaine de S.Eloi, & qui
a dû porter le nom de quelque Saint beaucoup
plus ancien que le Siécle du S. Orfevre. 3 °.Ce
qui indique encore que cette Eglife de S. Bon
a été fous l'invocation de la Martyre de Sens,
& que le S. Bon , qui en eſt comme fecond
Patron , eft S. Bond de Sens , Baldus , felon
Cous les anciens Livres du Prieuré de S. Eloy ,
écrits depuis cinq ou fix cent ans.
Nous rendrons compte dans le prochain
Mercure de la Differtation qui fuit , concer .
mant les fils de Clovis , &c.
Le Sieur Legras , Libraire dans la grande .
Salle du Palais , à L. Couronnée , a mis en
vente depuis peu les Livres fuivans.
Les VII. & VIII . Tomes des Vies des hommes
illuftres de la France,depuis le commencement
de la Monarchie jufqu'à préſent , par
M. D'AUVIGNY. Le prix relié de ces deux
Volumes eft de fix livres.
La
MAY. 1743 971
La nouvelle Edition , bien augmentée du
Dictionnaire de Trevoux , en fix Vol . in -Fol .
La nouvelle DESCRIPTION de Paris , de
fes Environs , & de toutes les Maiſons Royales
, par M. PIGANIOL de la Force ; huit Vol.
in 12. enrichie d'un grand nombre de figures .
Les Nouveaux VOYAGES aux les Fran-
Coifes de l'Amerique ; huit Vol. in- 12 . ornées
de Figures.
Pierre -Jean Mariette , Imprimeur- Libraire
à Paris, rue S. Jacques , aux Colomnes d'Hercule
, a publié depuis peu une NoUVELLE
EDITION des Loix Ecclefiaftiques de France ,
dans leur ordre naturel , & une Analyſe des
Livres du Droit Canonique , conferées avec
les Ufages de l'Eglife Gallicane, Par M. Louis
de Hericourt , Avocat au Parlement. Cette
nouvelle Edition a été revûë , corrigée &
augmentée des additions néceffaires , pour
en rendre les Articles conformes aux nou
yelles Ordonnances . I. Vol. in fol. 1743 .
M Haurifius Confeiller Aulique de S. A.
S. E. Palatine , & Profeffeur en Hiftoire de
l'Univerfité d'Heidelberg , donne un nouvel
Avis au Public , qu'il fait Imprimer à
Heidelberg un Livre en trois Volumes infolio
qui a pour titre , Haurifii Scriptores
Hiftoria Romana veteres qui extant , &c. fur
de fin papier royal , avec de nouveaux carac➡
Gij téres
72 MERCURE DE FRANCE
•
téres choifis lequel fera orné de quantité
de Médailles , Statues , & Infcriptions gravées
en taille douce par un habile Maître, &
dont le troifiéme tome comprendra la continuation
de l'hiftoire Romaine jufqu'à nos
derniers tems ; avec l'Hiftoire de l'Empire &
les Principes du Droit public.
Les amateurs de l'Hiſtoire & des Antiqui↓
tés Romaines qui voudront bien y foufcrire,
& s'affuter d'un Ouvrage auffi confiderable
font priés de s'adreffer promptement au fieur
Jean Chretien Muhl , Marchand, à Francfort
fur le Mein; ou à Paris aux fieurs Pezar, pere
& fils Marchands , rue de la vieille Monnoye
a la Chaife Royale , lefquels en délivreront
préfentement le premier Tome, en payant par
Les Soufcripteurs , conformément au prix précedemment
annoncé dans le Mercure de Fevrier
dernier , 30. Florins , argent d'Empire ,
qui font argent de France 81 , liv. 6. f. 8. den.
fçavoir 15 , Florins ou 40. liv. 13. f. 4. den .
pour le payement du premier Tome , &
15. Florins ou 40. liv. 13. f. 4. den. pour la
Soufcription du fecond Tome , qui fera achevé
vers la S.Jean prochaine , & delivré enſuite
inceffamment par les fieurs Pezart , qui
en montreront auffi dès à préfent les premieres
feuilles , & recevront en délivrant le fe-
Cond Tome les 15. Florins ou 40. liv. 13. L.
den.
pour le payement & Soulcription du
troifiéme
MAY 1743. · 971
troifiéme & dernier Tome , qui pourra être
delivré dans le commencement de l'année
prochaine 1744 , ou plutôt s'il fe peut , fuivant
l'avis qu'ils auront foin d'en donner aux
intereffes. Ceux qui les fouhaiteront , pourront
foufcrire maintenant pour le tout , en
payant aux feurs Pezart qui en délivreront
les recepiflés , 45. Florins ou 122. liv.
argent de France ; cependant ces Volumes
ne pourront être delivrés qu'aux tems cideffus
marqués & en feuilles , & en payant
par les Soufcripteurs les frais de Francfort
à Paris , qu'on aura foin de ménager le plus
qu'il fe pourra.
ISTORIA TEOLOGICA , delle Doctrine &
delle opinioni Corfe ne cinque primi ſecoli
della Chiefa in propofito della divina Grazia
, del libero arbitrio , è della predeftinazione
&c. Si aggiungono alcuni opufcoli Ecclefiaftici
dell' autor medefimo , con importanti
anecdoti in membrane antiquiffime
rinvenuti. In Trenti 1742. per Gianbattista
Parone ftampatore Epifcopale. Con licenza de
Superiori. Si ventoin Verona alfeminario Epif
copale per uno zechino . L'opra e del fignor
chefe Scipione Maffei . 11. Volumè è di 20
più fogli con cinque ftampe grandi in rame.
HISTOIRE de Charles XII. Roi de Suede "
G`iij
traduite
974 MERCURE DE FRANCE
traduite du Suedeis de M. J. A. Nordberg
Docteur en Théologie , Premier Paſteur des
Eglifes de SteClaire & de S. Olaus , à Stokolm ,
ci devant Chapelain & Confefleur de S.M.
Par Charles Guftave Warmholtz , avec des
Remarques , tant de l'Auteur que du Traducteur
, fur les fautes que divers Ecrivains
ont faites , en parlant de Charles XII . Ouvrage
enrichi d'un grand nombre de Médailles
, I. Vol. in- 12 . A la Haye , chés Jeand
Martin Huffon , Libraire , 1743 ..
RECUEIL des Lettres de Critique , de Lit
terature d'Hiftoire , écrites à divers Sçavans
de l'Europe par feu M. Gilbert Cuper , Bourgmeftre
de Déventer &c . publiées fur les Origi
nau par M. Beyer. Cet Ouvrage eft enrichi
d'un grand nombre de Médailles , de Figures
d'Antiquité, &c. 1742. in-4° . chés Wetstein ;
à Amfterdam.
On trouve dans la même Ville une nouvelle
Edition de l'Histoire de la République de Génes
, depuis fon établiſſement juſqu'à préſent.
On y a ajouté le Catalogue des Ecrivains &
Hiftoriens de Génes, & de Ligurie , & la Lifte
Chronologique des Doges , 1742. in 12. 3 .
Vol. Cet Cuvrage fe debite auffi à Paris chés
Montalant , Libraire , Quai des Auguftins ..
Il paroît à Breffe un Ouvrage de Médecine
qui
MAY.
978 1743
,
qui a été bien reçû du Public , & qui eft
fort recherché ; il eft intitulé Hiftoria morborum
obfervationibus aucta , & clarıſſimorum
virorum confultationibus , atque Epiftolis illuftrata
, Autore Francifco Roncalli Parolino ,
·Academia Bononienfis Socio , & Nobilis Brixiani
Medicorum Collegii Priore , Brixia ,
1741. in fol. L'Auteur, après avoir remarqué
que la Médecine ne peut être portée à fa perfection
que par beaucoup d'obfervations , &
en faifant une fcrupuleufe attention aux Avis
des Auteurs & principalement des Académies
, il rapporte cinquante Hiftoires des
Maladies differentes , & il joint à chacune
de ces Hiftoires les obfervations qu'une expérience
de vingt années lui a fait faire ; il y
ajoute fouvent les Avis & les Confultations
des plus célebres Médecins qui portent leurs
jugemens touchant le genre de Maladies
fur lequel il les avoit confultés . Il ajoute auſſi
à la fin du Volume un Recueil de Lettres fur
la même matiere. Cet Ouvrage qui eft dédié
au Prince Frederic Chrétien de Saxe, eft trèsbien
imprimé , & eft orné de plufieurs
belles Eftampes & d'un magnifique Fron
tifpice.
Iftoria Della Citta di Viterbo , illuftrata di
Feliciano Buffi de Cherici , Regolari Miniſtri
degli infirmi. In Roma , nella Stamperia del
G iiij Bernabo
976 MERCURE DE FRANCE
Bernabo e Lazzarini , 1741. in fol Roma. Le
P.F. Buffi étoit décedé, lorfque cette Hiſtoire
a parû. Il avoit promis d'y ajouter une feconde
Partie pour les Hommes illuftres de Viterbe
, & même une troisieme , contenant
un grand nombre d'Antiquités Etrufques ,
qu'il avoit découvertes dans le Territoire de
Viterbe. On ne marque pas en quel état il a
laiffé ces deux derniéres Parties de fon Ouvrage
, ni même s'il y a travaillé . Il cite dans
la Préface du Volume, que nous annonçons
les Auteurs dont il a tiré fon Hiftoire , & les
Monumens fur lefquels ces Auteurs fe font
appuyés . Après les preuves qui font à la fuite
de cette Hiftoire , on a mis la Chronologie
des Evêques de Viterbe , compofée par Mrs
Corretini & Mariani. On a joint à cette Chronologie
celle des Podeftats , Recteurs , & de
tous ceux qui , fous quelque nom que ce foit,
ont gouverné ce te Métropole.
ANTIQUISSIMI VIRGILIANI Codicis fragta
Pictura ex Bibliotheca Vaticana ad prifcas
imaginum formas à Petro Sancte Bartholi incifa
. Rome, x Calcographia R. C. A. apud Pedem
Marmoreum A. S. 1741. C'est -à- dire ,
les Fragmens & les Peintures d'un très - ancien
Manufcrit de Virgile , gravés d'après les
Figures anciennes par Pietro de Sancto Bartholo.
A Rome 1742. Vol in -fol. de 225. p.
fans
MA Y. 17437 977
fans l'Avis au Lecteur de vingt- deux pages.
On a déja annoncé ce bel Ouvrage dans le
Mercure de Juin dernier , I. Vol. Voici ce
que nous en avons appris depuis . A la tête du
Livre qui eft un in -fel. de 225. pages , imprimé
cette année à Rome , eft unc Dédicace
au Pape en forme d'Infcription , & conçûë
en ces termes.
BENEDICTO XIV.
PONTIFICI MAXIMO
BONARUM ARTIUM
OMNIUMQUE DISCIPLINARUM
PATRONO ATQUE ASSERTORI
DCCTISSIMO SAPIENTISSIMOQUE
.
IN. OBSEQUII GRATIQUE ANIMI
>
MONUMENTUM
(
Jo. DOMINICUS CAMPIGLIA
CALCOGRAPHIE C. A. PRÆF.
Opus Học
SEQUE
D. D. D.
Après cette Dédicace , fuit un Avis au Leca
teur , dans lequel on rend compte des vûës
& du travail de l'Editeur. Le détail de
cet Avis eft curieux & inftructif ; on le lira
agréablement , avec tout ce qui regarde cette
matiere , dans le Journal des Sçavans du
mois de Juillet dernier , page 436. & c.
On a publié à Florence le premier o
Gy lume
978 MERCURE DE FRANCE
lume du Recueil des Lettres de Filelfo , fai
fant la fuite de la grande Collection des Lettres
des Hommes célébres du XV. Siécle .
Ce premier Volume eft intitulé : Francifci
Philelphi Tolentinatis , Equitis Aurati ,&
Eloquentia Profefforis feculo XV. Celeberrimi
Epiftola , cateris hactenus prodierunt
auctiores & emendatiores Animadverfionibus,
Præfationibus , Indicibus , Vitâque Auctoris
locupletata, operâ & ftudio Nicolai Stanislai
Meuccii , Tome I. Florentia , ex Typ. Bernard.
Paperini , fumptibus Jof. Rigacci 1742.
Volume in- 8°.
qua
›
Le XII. Tome de la nouvelle Edition des
Annales Eccléfiaftiques du Cardinal Baronius,
avec la Critique du Pere Antoine Pagi , & de
nouvelles Remarques des Editeurs , paroît à
Lucques. Ce Volume commence à l'année
680. de J. C. la 3. du Pape Agathon , & la
13. de l'Empereur Conftantin - Pogonat , &
finità 761. la s . du Pape Paul , & la 21 .
de l'Empereur Conftantin Copronime
1742. in-fol.
M. Nicolas Gualtieri , Premier Médecin
de Jean Gafton , Grand- Duc de Tofcane
s'étoit compofé un Cabinet des plus curieufs
productions de la Mer, & en particulier
de coquillages. Il en a fait deffiner par M.
Jofeph
Μ΄ ΑΥ. 17437 979
Jofeph Menabuoni célébre Peintre Florentin
, & très - exercé en ce genre de deffein,
jufqu'au nombre de 800. de cette derniére
efpéce , qu'il a fait graver en cuivre & dont
il a donné une exacte defcription pour l'utilité
des Etrangers , qui ne peuvent jouir autrement
du fpectacle de ces richelles naturelles
; & pour donner aux fçavans la facilité
de les illuftrer encore par leurs obfervations
, il a repréfenté ces Teftacées fous le
plus grand nombre de differentes vûës , quil
lui étoit poffible , en les faifant couper cha--
cune en plufieurs pieces , afin qu'on en examine
la Figure intérieure avec plus d'exactitude
, de forte qu'on trouve fur les 110 .
Planches , dont cet Ouvrage eft enrichi
plus de 2200. Figures gravées. Ce Livre eft
intitulé : Index Teftarum Conchyliorum
quæ
adfervantur in Mufeo Nic. Gualtieri , Philo-
Sophi & Medici collegiati Florentini .... &r
methodicè diftributa exhibentur Tabulis CX.
Florentia , Gaet. Albizzini, 1742. in-fol . Outre
l'Epitre Dédicatoire adreffée au Grand-
Duc , & la Préface où il eft traité de l'origine
& du progrès , de la dignité & des
avantages de ce genre d'étude , de la varieté
des Teftacées & de leur ftructure , l'Auteur:
a donné une Introduction à l'Histoire des
Teftacées , qui avoit été compofée par M.
de Tournefort , mais qui n'avoit point en
G. vj. core
980 MERCURE DE FRANCE
core parû. Le Prix de cet Ouvrage , qui eft
en grand papier , bien imprimé , eft de 120 :
Jules c'eft -à -dire d'environ 60. livres
Monnoye de France.
,
NOUVELLE EDITION . Gr Lat.des Oeuvres
de Phylon , Juif, par M. Mangey, Chanoine
de Durham , 1742. Deux Volumes in fol.
à Londres , chés Guillaume Innys & Charles
Baturft , Libraires , Place de S. Paul , &
dans Fleet Street.
Guillaume Darrés , Libraire dans la même
Ville , a publié depuis quelque tems en deux
petits Volumes un Recueil de Piéces , intitulé
: Mélanges de Litterature & de Philofophie.
Le premier Volume contient les Ouvrages
fuivans de M. Pope, traduits de l'Anglois, 1 ° .
Effai fur la Critique. 2 ° . Fffai fur l'Homme.
3. Epitres Morales fur le caractére de
Homme , fur celui des femmes , & fux
Pufage des richeffes , avec un Difcours préli
minaire du Traducteur fur le goût des Traductions.
Le fecond Volume comprend fept
Lettres Philofophiques , dans lesquelles l'Auteur
donne une explication raifonnée du Syflême
de M. Pope dans fon Effai fur l'Homme.
EX
MAY. 1741. -981
EXTRAIT d'une Lettre de M. Janvier
de Flainville , an ſujet de la nouvelle Edi
tion du Journal des Sçavans.
Ν
EN annonçant la nouvelle fourniture de l'Edition par Soufcription des Journaux
des Sçavans , je vous prie de vouloir bien
avertir le Publie que j'ai entre les mains une
Table générale alphabétique des matiéres
contenues dans tous ces Journaux , depuis
1665 , tems auquel ils ont commencé jufques
& compris l'année 1742. Que cet Ouvrage
, qui m'a couté un tems & une application
confidérables , eft prêt à paroître ,
& que je n'attends que la fin des fournitures
de Briaffon & Chaubert , pour faire une efpéce
de concordance de l'ancienne & de
ła nouvelle Edition , dont les Libraires ont
entierement changé l'ordre des pages. Cette
Table fera de trois Volumes in-4°.
J'ai l'honneur d'être & c.
A Paris, le
9. Décembre 17421
DISMERCURE
DE FRANCE
DISCOURS prononcés dans l'Académie
Françoife , le Jeudi 7 , Mars M. DCC . XLIII.
à la réception de M. DE MAIRAN . Brochure
n-4°. A Paris , de l'Imprimerie de Jean-
Baptifte Coignard , Imprimeur du Roi &
de l'Académie Françoife.
M
R de Mairan , Sécrétaire perpetuel de l'Académie
des Sciences, &c.ayant été élû par Mrs
de l'Académie Françoife , à la place de feu M. 1
MARQUIS DE SAINT AULAIRE , y vint prendre
féance le Jeudi 7. Mars 1743 , & prononça un Bif
cours qui fut fort applaudi . Il faudroit le tranfcrire
ici tout entier, pour n'en omettre rien de beau & de
confidérable ; en voici cependant quelques traits.
Après l'Eloge , très - délicatement touché , de l'illuftre
CARDINAL , Fondateur de l'Académie ; après
avoir parlé du Chancelier SEGUIER , qui mérita, ditil
, le titre de fon Protecteur , titre , ajouta t'il
deftiné déformais aux plus grands Rois , puifque
LOUIS LE GRAND & fon AUGUSTE PETIT- FILS
qui nous rétrace les vertus de ce Monarque , n'ont
pas dédaigné de le porter ; M. de Mairan parla
ainfi de l'Académie.
» C'est à la lumiére que l'Académie Françoife
>> répand de tous côtés , par fes leçons & par fes
exemples , que font dûs tant d'excellens Ouvra-
» ges , où brillent cette pureté de diction , cette
» bienféance de ftyle , ce fond de raifon , fagement
» orné , que l'on ne connoiffoit point avant elle .
» Attaché depuis long - tems à la Compagnie célebre
, qui a pour objet la Nature & les Arts , j'ai
ɔɔ vû de près & avec admiration , ce que peuvent
» les talens réunis de ces deux illuftres Corps dans
» un de leurs Membres.
MAY. 983 1743
Il entama enfuite l'Eloge de M. le Marquis de
SAINT AULAIRE , en ces termes . Celui que vous
» regrettez aujourd'hui , MESSI BURS , & dont je n'ofe
» dire que je vais remplir la place , étoit un de ces
» hommes rares, qui joignent à des talens finguliers,
» qu'ils ne doivent qu'à la Nature ,toutes les qualités
» aimables de la Société. La fuite de cet Eloge , toujours
fondé fur le vrai , fe fait lire avec plaifir , &
fon étendue n'ennuye point . On y remarque de
tems en tems des traits de main de maître ; celui- ci
par exemple , fa modeſtie lui laiſſoit ignorer tous fes
talens s'ignoroit elle-même.
....
La réponſe de M. HARDION , en qualité de Di
recteur de l'Académie , au Difcours de M.deMairan ,
mérite une attention particuliere . On ne peut pas
dire plus de chofes folides, & les mieux dire en moins
de paroles. Le nouvel Académicien a dû être bien
flaté de cette Réponſe. Nous nous contenterons
pour ne point exceder certaines bornes , d'en rap
porter ici la fin.
ן כ
» Venez donc , Monfieur , nous faire part de vos
»trésors , & vous enrichir à votre tour de ceux de
» vos nouveaux Confreres . Venez nous feconder
dans l'importante obligation où nous fommes ,
d'employer nos veilles pour célebrer dans le fage
» Monarque qui nous gouverne , toutes les vertus
qu'on aime dans l'honnête homme , tous les talens
qu'on admire dans les grands Rois ; de nous
diftinguer entre fes Sujets par le zéle le plus ar-
» dent pour fa gloire , & de faire éclater dans tous
» les tems les fentimens de reconnoiffance dont
» nos coeurs font pénetrés , pour l'augufte protec-
» tion dont il honore cette Compagnie .
20
Le Mardi 23. Avril , l'Académie Royale des Inf
criptions & Belles - Lettres tint fon Affemblée pu
biique
984 MERCURE DE FRANCE
blique d'après Pâques , à laquelle M. le Duc de
S. Aignan préfida . M. Freret déclara d'abord que
Académie avoit adjugé le Prix , dont nous avons
expofé le Sujet en fon tems , à M. l'Abbé Fenel ,
Chanoine de l'Eglife Métropolitaine de Sens , & ce
Prix fut , en même tems remis à la Perfonne préfente
, qui étoit chargée de fa Procuration .
On ouvrit la Séance par la lecture de l'Eloge
de M. le Cardinal de Fleury , & de celui de
Dom Anfelme Bandouri , Bénédictin de la Congrégation
de Sainte Juftine en Italie , l'un &
Pautre Académiciens Honoraires. Ces deux Eloges
furent lûs par M. Freret , que le Roi a nommé au
mois de Janvier dernier , pour remplir la place de
Sécrétaire & de Tréforier perpétuel de l'Academie ,
vacante par la démiffion de M. de Boze , qui l'avoit
occupée pendant trente- fept ans avec le fuccès que
le Public connaît.
M. de Foncemagne lut enfuite un Mémoire "
intitulé , Eclairciffemens Hiftoriques fur quelques circonfiances
de l'Expédition de Charles VIII. en Ita
lie , en particulier fur l'Entrée triomphante de ce
Prince dans la Ville de Naples. Les Auteurs con
temporains ont remarqué que Charles VIII. fit font
Entrée à Naples revétu des habits & dos ornemens
Impériaux ; mais en nous apprenant cette figularité ,
ils ne nous ont pas dit ce qui a pu y' donner lieu
La plupart des Hiftoriens poftérieurs ont prétendu
l'expliquer , en avançant que le Pape Alexandre VI .
avoit élu Charles VIII . Empereur de Conftantinople.
M. de Foncemagne détruit d'abord cette opinion
qui n'eft appuyée d'aucune preuve ; il fait voir enfuite
que Charles pût réellement fe qualifier Empes
reur , & prendre les Ornemens Impériaux , en vertu
de la Ceffion qu'André Paléologue, neveu de Conftantin
Paléologue , dernier Empereur des Grécs ,
lui
MAY. 1743 989
lui avoit faite de tous fes droits fur l'Empire de
C. P. & de Trebizonde . Quelques Ecrivains mo
dernes ont connu ce fait, mais comme aucun d'eux
n'a produit l'Acte de Ceffion , on doutoit encore qu'il
eût jamais exifté . M. le Duc de S. Aignan pendant
fon Ambaffade à Rome , a fçû que cette Piéce étoit
confervée dans les Archives du Capitole , & a obtenu
du Pape qu'elle lui fût remife , pour être préfentée
au Roi de la part de Sa Sainteté . Il a bien
voulu la communiquer à M. de Foncemagne , qui
après avoir rapporté la fubftance de l'Acte, en a tiré
la matiére de plufieurs Obſervations , également
intereffantes & curieufes.
La Séance fut terminée par la lecture d'un troifiéme
Eloge , qui eft celui de M. le Baron de la
Baftie AcadémicienCorrefpondant Honoraire , mort
à l'âge de 39. ans , qui a donné des preuves d'une
érudition peu commune dans un grand nombre de
Differtations imprimées. Il eft Auteur des Addi
tions & des Corrections , qui ont parû dans la derniere
Edition de la fcience des Médailles da P. Jobert
, Jésuite . L'Ouvrage de M. de la Baſtie eft digne
du grand fuccès qu'il a cû .
Le 24. Avril , l'Académie Royale des Sciences
tint auffi fon Affemblée publique , à laquel-
Je préfida M. le Marquis de Torcy. On déclara
d'abord que la Piéce de M. Daniel Bernoulli ſur la
meilleure maniére de conftruire les Bouffoles d'inclinaifon,
avoit remporté le Prix .
M. le Sécrétaire lut les Eloges de Mrs Bremond,
l'Abbé de Molieres & Hunaud , & cette lecture fut
fuivie de celle de trois differens Mémoires .
Le premier , lû par M. de Maupertuis , doit fervir
de Préface à un Livre de fa compofition , dont le
titre eft Aftronomie Nautique , dans lequel feront
comprifes
986 MERCURE DE FRANCE
comprifes toutes les Méthodes qui peuvent être
d'ufage pour trouver la Latitude , tant fur Mer
que fur Terre , & où l'Auteur offre au Navigateur
les dernieres reffources , lorfqu'échappé du naufrage,
il peut errer dans une Barque , fans être pourvû
d'inftrumens. Cet Ouvrage contient par conféquent
fous une formule génerale , toutes les Méthodes
ordinaires , foit des Traités d'Aftronomie , foit de
Navigation , & de plus ; quantité de nouvelles
Méthodes ingénieufes & plus fimples que toutes
celles dont on s'eft fervi jufqu'ici , tant dans un Obfervatoire
fimple , que dans un Obfervatoire mobile.
L'utilité de cet Ouvrage paroît évidente par l'étenduë
d'un Projet auffi vafte que celui qui a porté
l'Auteur à compofer fon Aftronomie Nautique.
M. Morand lut enfuite un autre Mémoire fur les
Eaux Minérales de S.Amand , rempli de recherches
nouvelles , qui mériterent l'attention des Médecins
& de tous ceux qui s'appliquent à la Phyfique génerale.
Enfin , M. l'Abbé Nollet remplit le refte de la
Séance parr la lecture d'un Mémoire dans lequel
il examina , s'il eft vrai que les Poiffons entendent
fous l'eau. Quoiqu'il n'ait pas piétendu réfoudre
entierement la queftion , fes Expériences apprenment
au moins , que le fon qui fe fait fur le rivage ,
pénetre au travers de l'eau , même à plufieurs pieds
de profondeur.
Le Lundi 22. Avril , l'Académie Royale de Soiffons
tint fon Affemblée publique dans la grande
Sale du Palais Epifcopal , à laquelle M. le Duc de
Fitsjaimes , Evêque de So: flons , affifta . M. le Directeur
ouvrit la Séance par la déclaration qu'il fit du
nom de ceux qui , au jugement de l'Académie , ont
remporté les Prix fur les Sujets propofés , & dont
nous
MAY. 1743. 987
Nous avons rendu compte dans le tems , tant celui
de l'année derniere , qui avoit été réſervé ,, que
celui de cette année- ci . Le premier a été adjugé à
M. l'Abbé Fenel , Chanoine de l'Eglife Métropoli
taine de Sens , & le fecond à M. de Longue - Mare ,
Greffier de la Prévôté de l'Hôtel . On lût enfuite
une partie de chacune des Piéces qui ont été couronnées
, ce qui remplit tout le tems deftine à
cette Séance .
ASSEMBLEE de la Societé Litteraire
d'Arras. Extrait d'une Lettre écrite de
L
>
cette Ville le 13. Mars 1743.
A Societé Litteraire , établie en cette Ville ,
tint fon Affemblée folemnelle le 9 du mois
dernier ; la Séance fut ouverte par un Difcours que
prononça M. le Baron de Ranfart , Directeur &
dont l'exercice devoit finit le, même jour. Il commença
ainfi .
8
MESSIEUS ,
» La folemnité qui nous raffemble aujourd'hui ,
fi fagement ordonnée par nos Status,nous rappelle
» le fouvenir de ce jour , qui le premier donna la
forme & la folidité à nos Afemblées ... En vain
» l'ignorance s'étoit déchaînée , en vain avoit - elle
» armé contre nous l'envie & la critique , en vain
faifoir- elle naître à chaque inftant fous nos pas
so des obftacles qui paroiffoient infurmontables ,
» tous les efforts ont été foibles & inutiles , rien
» n'a pû vous arrêter .... Votre zéle animé par les
» obftacles même , & foutenu par l'appui du Prince
» qui nous protege ( M. le Maréchal Prince d'Y-
» zenghien , ) eſt demeuré victorieux , & le fruit
de fa victoire fur l'affermiflement de cette Aca-
» démie ,
988 MERCURE DE FRANCE
25
démie , fuccès d'autant plus éclatant qu'il avoi
été plus traverfé.
Il fit dans cet endroit l'Eloge du Protecteur , &
prit de- là occafion d'exhorter la Compagnie à ranimer
fon zéle pour fe rendre de jour en jour plus
digne d'une telle protection.
Dans ce jour , dit -il , qui eft , pour ainfi dire
» l'anniverſaire de notre triomphe , & dans lequel
» nous venons tous , en quelque forte , renouveller
"nos premiers engagemens , eft - il quelqu'un de
"nous qui ne fe fente épris d'une ardeur toute nou
" velle pour le foutien & pour l'accroiflement d'un
» Etabliſſement fi utile & fi glorieux ? . . . .
» En formant cette Societé nous avons arboré le
» double Etendart de la Science & de la vertu ; c'eft
» donc à nous , MM . à donner des exemples de
» l'une & de l'autre, la force de l'èxemple entraîne,
» & ce ne fera que par-là nous
que
forcerons les
plus rebelles à aimer & à pratiquer ce qui feul
» peut rendre les hommes véritablement aimables
& heureux .
Ce Difcours fini , deux Affociés , novellement
reçûs , firent leur remerciment à la Compagnie . M.
Binot , Avocat & Tréforier des Chartres de la Province,
qui fut élu à la place de M. du Repaire , mort
l'année derniere , commença fon Difcours , en montrant
que toutes les circonftances de fon entrée dans
la Societé , devoient exciter fa reconnoiffance . Il
paffa enfuite à l'Eloge de fon Prédecefleur : » C'étoit
, dit- il, un efprit judicieux , orné des connoiffances
les plus utiles . C'étoit un de ces grands
>> coeurs qui font les victimes de leur amour pour le
» bien public. Une fortune brillante l'invitoit à gouter
les douceurs que les richeffes fçavent toujours
procurer dans un état éloigné des affaires , mais
fon zéle lui fit acheter le droit de travailler fans
» relâche
MAY. 1743.
3
relâche au bien de cette Ville. ( a ) .... Il étoit
infatigable & paroilloit avoir pour le repos fa
même horreur que le commun des hommes a
pour le travail ..... Vous ne l'eûtes pas plutôt
» perdu . M M. que la reconnoiflance vous conduifit
aux pieds des ( 6 ) Autels ; la Religion vous
y attendoit , pour vous fournir les moyens de faire
obtenir la gloire du Ciel à un homme qui auroit
procuré à cette Societé une gloire à jamais durable
fur la Terre .
Il s'étendit enfuite fur les objets que la Societé
s'eft propofés. Il fit voir que s'ils offroient de grandes
difficultés , elles n'étoient pas cependant invincibles
, après quoi il parla des qualités du Protec
teur , & des bienfaits qu'il répand fans ceffe fur la
Societé , à qui il prédit enfin les fuccès les plus
heureux.
»
ر
Le Directeur répondir, M. quels que foient les
fentimens que votre,modeftie vous infpire , quelque
ingénieufe qu'elle foit à cachet fous le voile
» de l'humilité vos talens , & vos vertus , tous ces
" efforts ne fervent qu'à les mettre dans un plus
beau jour...
» Au feul nom de gloire , je vois que votre coeur
s'anime , que votre émulation le fortifie , que vo
tre amour pour l'étude prend de nouveaux accroiffemens
; quel heureux préfage pour le fuccès
de nos entrepriſes !
M. Bauvin , Avocat , autre nouvel Aſſocié , fit
auffi fon remerciment, & en parlant de l'Etabliffement
de la Societé , il s'exprima ainfi :
" Lorfqu'un nouveau Phénomene brille au milieu
» des Airs , l'épouvante s'empare bien- tôt de l'ef
(a) Il étoit Maire d'Arras.
(b) La Societéfit célebrer un Service folemnel.
» prit
A
990 MERCURE DE FRANCE
prit imbécile du Feuple ; mais tandis qu'il ſe livre
en aveugle aux impreffions d'une allarme chimérique,
le Philofophe , auffi curieux qu'habile , tour-
» ne vers le Ciel des yeux remplis de joye , & faifit
avec promptitude la précieufe occafion de
» s'inftruire .
• C'eſt ainſi qu'à la naiffance de cette Societé
les préjugés tremblerent , l'ignorance s'épouventa
, tout ce qui hait la lumiere , fut confterné
, mais tandis que l'envieux , le critique &
l'ignorant fe déchaînoient contre elle , le vrai
Citoyen , le fage Magiftrat , le Gentilhomme
es fenté applaudiffoient hautement à des projets ,
dont la gloire & l'utilité alloient s'étendre fur
➜ eux-mêmes & fur toute la Province. Ils étoient
ravis, enchantés , de pouvoir enfin dans le fein de
leur Patrie , connoître & goûter les voluptés de
l'efprit & c.
Il parla enfuite de l'ufage des Sciences & de l'abus
qu'on en fait.
ǝ L'Efprit, la Science , les Talens , font rares dans
» le monde & ce qu'on doit déplorer, c'est que ceux
aqui lespoffedent fe font lap upart un coupable plaifir
d'en abufer, Telle eft l'inconcevable foibleffe des
hommes. Les faveurs que la Nature leur a prodi
guées pour les combler de gloire , ne fervent
fouvent qu'à les couvrir avec éclat de plus d'ignominie
. Ils font hair des dons fublimes , dont
» le Ciel les avoit favorités pour le faire aimer.
» Mais la raiſon qui nous éloigne de ces Efprits
dangereux , grave toujours au fond de nos coeurs
une fecrette véneration pour des Mortels , qui ,
partagés des mêmes talens , fçayent en faire un
plus légitime ufage . Ce font de vrais Philofophes
que l'envie elle- même , à la vûë des avantages
qu'ils produisent tous les jours , eft bien-tôt for-
"
.د
» céo
MAY. 1743. 991
n
cée d'admirer. Heureux , mille fois heureux , ceux
qui peuvent les approcher , les entendre & profiter
de leurs doctes & vertueux entretiens !
Il remercia enfin la Societé de la place qu'elle
venoit de lui donner , & il dit :
"
.
& c.
» J'ai déformais le droit de me placer à côté de
» ceux qu'un grand Prince protege , Prince non
» moins illuſtre par fa naiffance que par les digni
tés. Mais font-ce là les feuls titres qui vous ont
fait rechercher avec tant d'ardeur fon augufte'
protection ? Non , fans doute , vos yeux plus per-
» çans fe fixerent à des objets qui ne frappent point
» l'oeil ftupide du vulgaire.Ils avoient fçû découvrir
en lui des qualités plus éminentes , & s'ils furent
éblouis , ce fut moins de la fplendeur de fon
rang , que de l'éclat de fon mérite ,
Le Directeur répondit : » Le mérite eft le feul
motif qui déterminera toujours le choix de nos
Affociés ; fi nos fuffrages fe font réunis en votre
faveur, c'eſt affés vous dire , M. le vôtre nous que
» étoit connù .... Etre utile à fa Patrie , travailler
» à ſon bonbeur , chercher avec empreffement les
» occafions de s'inftruire , fournir à fes Compatrio
tes les moyens affurés de fe former & de devenir
» des hommes parfaits , quels objets plus dignes de ,
l'émulation d'un vrai Citoyen ? Ce font les nôtres.
» Toutes nos vûës , nos projets, nos démarches , ne
» tendent qu'à obtenir ces avantages ...
>>
"
....
Loin de nous ces hommes orgueilleux & per-
» vers , qui plus ils ont de ſcience , moins il ont de
probité , qui plus ils paroiffent éclairés , plus ils
femblent mépriser. les lumiéres de la raiſon , &
qui par un coupable abus , font fervir contre le
Ciel même , les dons qu'ils n'ont reçûs que de
lui , &c .
Après ces Remercimens , M. Stoupy , Avocat ,
fit
992 MERCURE DE FRANCE
fit la lecture d'une de fes Productions. Ce n'eft encore
qu'une légere Efquiffe d'un Ouvrage plus confidérable.
Il n'a fait juſqu'à préſent qu'indiquer les
noms d'un grand nombre d'Auteurs nés dans cette
Province , avec quelques circonſtances de leur vie,
& la Lifte des Ouvrages qu'ils ont compofés , dont
il donne quelquefois une idée par un court Extrait.
Balderic Rubens ( le Ronge ) un des Sçavans du
onziéme fiécle ; Charles de Bonnieres , qui eut des
Emplois confidérables dans les Armées & dans les
Confeils de Philippe IV. Roi d'Efpagne , & qui fit
imprimer en Langue Efpagnole des Obfervations.
fur les Commentaires de Céfar : Charles de l'Eclufe,
Médecin fameux , qui laiffa quantité d'Ouvrages au
Public ; de Locre plus connu fous le nom Locrius,
qui s'eft acquis beaucoup de réputation par fon
exactitude & la fidelité dans tout ce qu'il a écrit ;
François Bauduin , Jurifconfulte célebre , & tant
d'autres , qu'il feroit trop long de nommer ont
chacun leur article. M. Stoupy n'a pas oublié les
Auteurs dont les Ouvrages font reftés en manufcrit.
11 a toujours eû foin , autant qu'il a pû , de marquer
en quelles mains ils fe trouvent actuellement.
Enfuite M. Harduin , Avocat & Echevin de cette
Ville , lût un petit Ouvrage , intitulé , Réflexions
morales fur le Mariage.
f
Le même jour on fit l'Election de deux nouveaux
Officiers. M. Stoupy fut élû Directeur , & M. Dubois
de Duifant , Chancelier . Quinze jours après il
y eut une nouvelle Affemblée . Le nouveau Directeur
ouvrit la Séance par un Diſcours , où il avança
que dans tous les tems , l'Artois à produit des
Hommes d'un rare mérite & fameux en tous genres
de Science ; mais il témoigna fa furprife , de ce que
parmi ce grand nombre de Sçavans Concitoyens
il y en ait fi peu qui fe foient appliqués à l'Hiftoire
C
1.
MA Y. 1743. 995
& furrout à celle de leur Pays. Il rechercha la caufe
d'une pareille indifference pour une chofe qui les
touchoit de fi près , elle ne fe trouve pas dans un
manque de difpofition pour les Arts & les Sciences ,
ni dans un défaut d'inclination pour le travail.
» La foule des bons Ouvrages qu'ils ont com és
» fur toutes fortes de matières , même les plus abfa
traites , prouve tout à la fois & leurs talens &
leur grand amour pour l'étude .
On ne fauroit non plus attribuer ce filence
furprenant à la médiocrité du Sujet. Il eft peu de
Provinces , dont l'Hiftoire puifle tranfmettre à la
Poftérite des faits plus curieux & plus importans ;
il fit voir que l'Artois par la fituation a eû part
aux plus grands Evenemens.
Il attribua le filence des Artéfiens fur l'Hiftoire
de leur Patrie , à la nature même de cette Hiſtoire .
Ils ne pouvoient envifager la multitude des chofes
qu'elle comprend , fans en regarder l'entrepriſe
comme infiniment difficile , & le fuccès comme une
chofe prefque impoffible .
» Il prétendit qu'une Hiftoire auffi neuve & en
» même tems auffi étenduë , eſt au- deffus des forces
>> d'un feul homme , quoique doué des qualités les
plus rares , & que le fuccès dépend du concours
de plufieurs perfonnes également intelligentes &
» laboricufes .
Le précis du refte de ce Difcours eft renfermé
dans la réponſe de M. Harduin , qui fit les fonctions
de Sécretaire perpétuel , à cauſe de l'abſcence
de M. de la Place.
Depuis l'origine de notre Societé ( dit - il ) vous
» avez fait éclater , M. à chaque inftant les qualités
» d'un parfait Académicien ; vous poffedez urtour
» dans un degré fupérieur ce jugement folide , qui
tient le premier rang parmi les facultés de l'ef-
H »prit
994 MERCURE DE FRANCE
prit ; vous avez cette noble ardeur pour l'étude ,
s qui change le travail en amuſement , & fait
trouver des rofes où les hommes vulgaires n'apperçoivent
que des epines .
Parmi nos occupations Litteraires , la plus importante
eft celle qui peut nous mener à une connoiffance
fidéle de notre Hiſtoire ; c'eſt auſſi , M.
» vers cet objet que vos regards font inceffamment
» tournés , & l'on ne fçauroit trop admirer la juftelle
des idées que vous en avez conçues. Les
réflexions que vous venez de nous préfenter fur
» cette matiére , font d'un prix ineftimable ; vous
» avez d'abord fait voir quelles peines il faut
» effuyer , quelle foule de précautions il faut met
» tre en ufage , combien de difficultés il faut furmonter
, pour travailler avec fruit aux Annales
de cette Province :: par -là vous arrêtez les efprits
inconfiderés ou préfomptueux , qui auroient paffé
trop légerement furdes points effentiels , & qui
>> auroient tout au plus effleuré des chofes qu'il eft
» néceffaire d'approfondir . Vous avez enfuite mis dans
un beau jour les avantages infinis qui réfulteront
de cet Ouvrage , les fecours qu'on peut trouver
»pour y réuffir , & la gloire dont il couvrira cette
Compagnie. Par- là vous échauffez le courage de
» ceux qui auroient pê fe rallentir à la vûë des obftacles
qu'ils ont à vaincre & c.
0
M. Dubois de Duifant , nouveau Chancelier , fir
auffi fon Difcours , après lequel M. Harduin
répondit.
Affis dès votre premiere jeuneffe ſur un Tri-
» bunal ( a ) augufte , yous avez donné , M. mille
» preuves des talens les plus diftingués ..... après
avoir été parfait Magiftrat , il faut néceflaire-
( a ) En qualité de Confeiller au Confeil Souverain
Artois.
ment
MAY.
ق و ر
X745
ment que vous foyez excellent Académicien
» qui ne voit en effet que ces deux titres honora
bles font précisément fondés fur les mêmes per-
» fections ?
M. Harduin fit ie parallele du Magiftrat & de
l'Académicien , & s'exprima ainfi.
و د
» Si l'Académicien doit reffentir un zele infatigable
pour le travail , cette inclination eſt égale-
» ment effentielle au Magiftrat ; il n'y a point de
Loix , point de bons Jurifconfultes qu'il ne foit
obligé de le rendre familiers .......
»
D
33
29
Si l'Académicien eft fait pour bien parler , convenons
que la ſcience des mots & l'éloquence ,
entrent pareillement dans le caractere du Magif
» trat. Dépourvû d'un tel fecours , comment pourrat'il
donner un rapport fidele & précis des affaires
» qui lui font confiées ? Comment pourra - t'il ébranler
les coeurs & convaincre les efprits ? De
quoi lui fervira de bien penfer , tant qu'il n'aura
point l'art de préfeater fes idées d'une maniere
vive & frapante ? Tant qu'il ne fçaura pas mani-
» fefter aux compagnons de fes travaux , ce qu'un
» examen affidu & des réflexions attentives lui
» auront fait appercevoir ? ....... Enfin , le Ma-
>
giftrat , comme l'Académicien doit avoir en par
» tage, la douceur la politeffe & la doci ité ; tous
» deux ont des affociés dars leurs études ; tous
» deux doivent les confidérer , les aimer ainfi que
des freres , qui compofent avec eux une même
famille ; ils doivent facrifier & oublier fans peine
leur propre fentiment , dès que l'avis des autres
» leur ſemble mériter d'être préferé , ils doivent
»renoncer à cette préfomption déréglée , qui nous
fait croire que nos lumieres font toujours les
» plus fûres , à cette honte orgueilleufe , qui nous
empêche d'avouer notre défaite , lors même que
Hij
nous
96 MERCURE DE FRANCE
nous fommes forcés d'en convenir intérieure
sment &c.
Tous ces Difcours ayant été prononcés , M. Harduin
lût une Lettre contenant des Reflexions fur
l'Aftrée de M. d'Urfé , & M. le Comte de Mirabel
termina la Séance par un Ouvrage Latin , intitulé ,
Breves de Bello fententia , qui fut applaudi .
L
ESTAMPES NOUVELLES.
E fieur Moyreau ; Graveur du Roi , ruë S.
Jacques ,
à la vieille Pofte , vient de mettre
au jour la 47. Eftampe qu'il a gravée d'après Phi-
Lippe Vauvremens : elle eft en hauteur , & porte
pour titre , le PETIT PONT DE BOIS , d'après le
Tableau original du Cabinet de M. le Comte de
Mirebeau.
Le fieur Petit , Graveur , ruë S. Jacques à la Cou
ronne d'Epines , près les Mathurins , qui continue
de graver la fuite des Hommes Illuftres du feu fieur
Desrochers , Graveur du Roi , vient de mettre au
jour les Portraits fuivans .
GEORGES DE BRUNSWICK , II . Roi de la Grande
Bretagne , Electeur d'Hanower , né le 9. Novem
bre 1683. On lit ces Vers au bas.
Ce Roi dans les Etats fait revivre Themis ,
Aux Loix de la Nation rend leur force fuprême ,
Et montre,en voulant bien s'y foumettre lui - même
Qu'il mérite de voir à ſes Loix tout foumis .
CLAUDE ERARD , Célebre Avocat au Parlement ,
né à Paris , mort le 7.· Janvier 1700. âgé de 52.
ans ces Vers font au bas.
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
ABTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
,
CORK
BRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
,
MAY. 997
17437
Il a connu le fublime & le beau ,
Mais il choifit la raifon pour fon guide.
Soutenu par l'éclat de ce brillant flambeau
Il fçut fe faire un nom refpectacle & ſolide .
PIERRE DE BOURDEILLE , Abbé , Seigneur de
Brantôme , Chevalier de l'Ordre du Roi , mort
dans un âge très-avancé , le 15. Juillet 1614. Les
Vers qui font au bas , font de M. de la Courd'Amonville.
C'eft l'Illuftre Brantôme , en fon air en ſes traits ;
Charmant Sexe galant , qu'il a comblé de gloire ,
Célebrez vous- mêmes fes faits ;
Vantez , honorez fa mémoire.
Le fieur le Rouge , Ingénieur & Géographe du
Roi , à Paris , rue des Auguftins , vient de donner
en deux grandes feuilles fort détaillées , le Cours di
Mein , ou la Franconie , avec les routes . On y
trouve de plus le Pays entre Egra , Andemach
Ratisbonne & Spire. L'Auteur à auffi donné les
mêmes Pays en feuilles de même grandeur , que
Les petites Cartes, in -4º .
CHANSON.
C Ontre les traits de l'Amour
La raiſon n'eût jamais qu'une vaine puiffance.
Plus on montre de réfiftance
Hiij
Plus
998 MERCURE DE FRANCE
Plus il triomphe ſans retour :
Aimons ; la riante jeuneffe
Nous range fous fes douces Loix ;
11 fuffit qu'à fes feux on fe livre une fois ,
Pour vouloir les goûter fans ceffe .
Par M. Gaudet.
AUTRE.
A Mour , tendre Amour , que j'implore
Viens fléchir , avec moi , la beauté que j'adore ;
Viens lançer dans fon coeur tes traits les plus puif
fants :
Fais parler les plaifirs ; anime tous les fens ;
Et , fi tu veux payer mes larmes ,
Qu'elle fente tes feux , comme je fens fes charmes
SPECTACLES
MAY. 17437 999
SPECTACLES.
EXTRAIT d'un Ballet nouveau , compose
de trois Entrées,précédées d'un Prologue intitulé
le Pouvoir de l'Amour , repréſenté
par
l'Académie Royale de Mufique , le 23 .
du mois dernier , annoncé dans le Mercure
du même mois.
E Poëme de ce Ballet eft de la compo
fition de M. le Fevre de Saint Marc , &
la Mufique de M. Royer , qui a déja donné
la Tragédie de Pyrrhus , en 1730. & le Bal-
Jet héroïque de Zaide , Reine de Grenade , en
739. repréſentées fur le même Théatre .
... Le fujet du Prologue eft tel que l'Auteur
des paroles nous l'expofe lui même .
Promethée anime les hommes avec le feu célefte.
Jupiter , pour le punir dans fon propre
Ouvrage , ordonne aux paffions de s'emparer
des coeurs ; l'imagination defcend des Cicux &
fait naître l'Amour ; les Mortels reconnoiffent
Les charmes de ce Dieu , & fe foumettent àfon
Empire.
Au Prologue , le Théatre repréfente une
Campagne agréable , ornée de Statuës .
Promethée , defcendant du Ciel,un flambeau
H iiij
ooo MERCURE DE FRANCE
beau allumé , à la main , expofe le fujet pa
' ces Vers :
Je defcends du féjour de l'immortalité ;
J'ai foutenu l'éclat de la Divinité ;
J'ai contemplé fon effence éternelle
Et j'en rapporte une étincelle ,
Pour animer l'humanité :
Organes , devenez fléxibles ;
Feu pur , donnez la vie à leurs refforts fécrets
Hommes , vivez , penfez , foyez fenfibles.
L'Effet répond aux fouhaits de Promethée;
les Statues s'animent ; à méfure qu'il porte fon
flambeau fur elles.
La Terre s'ouvre ; les Paffions en fortent
pour s'emparer du coeur des Hommes ; elles
font entendre qu'elles viennent par l'ordre
de Jupiter ; voici ce qu'elles chantent en
choeur , parlant à Promethée.
L'ordre de Jupiter nous amène en ces lieux ;
Nous venons pour venger les cieux ;
Tu n'as formé que des victimes.
L'Imagination , fortint d'un nuage , vient
au fecours des Hommes ; voici comme elle
s'explique en leur adreffant la parole.
Je viens vous rendre heureux ; j'infpire les défirs ;
Mortels , chériffez mon yvreffe ;
Autour
MAY. 1743 1001
Autour de moi je fais voler fans ceffe
Et les erreurs & les plaiſirs & c.
Naiflez , Amour , c'eft l'ordre du deftin.
L'Amour paroît il remercie l'imagina
tion de l'avoir fait n'aître ; il fait enchaîner
les Paffions par les plaifirs avec des guirlan
des de fleurs , ce qui donne lieu à un trèsjoli
Ballet.
A la premiere Entrée , le Théatre repréfente
les Jardins d'une Fée . Voici comment
la Fée fait l'expofition du ſujet.
Le deſtin doit m'ôter ma fille & ma puiſſance ,
Si l'Amour peut triompher de fon coeur ;
Du même Arrêt j'ai fubi la rigueur ;
Mon pouvoir dépendoit de mon indifference;
Céphife , fuivante de la Fée , lui donne ce
confeil :
C'eft aux plaifirs à garder une Belle
Il faut qu'en volant autour d'elle ,
H's parent les traits de l'Amour.
La Fée approuve ce que Céphife lui propo
fe , & le fait connoître par ces Vers :
Cachez ma fille au pouvoir d'un vainqueur ,
De vos talens préfentez lui les charmes ;
Que les plaifiis vous fourniffent des armes ;
Hv Amulez
002 MERCURE DE FRANCE
Amuſez fon efprit , pour garantir fon coeur.
Zélide , fille de la Fée , vient ; la Fée ſe retire
, & Céphife fe cache , pour pénétrer le
fecret de fon coeur.
Zélide fait connoître par ce beau monologue
fes fentimens fécrets.
L'objet, qui regne dans mon ame,
Vient animer ce beau féjour ;
Roffignols , chantez mon Amour ;
Que tout parle ici de ma flâme .
Que tout confpire à le charmer ;
Mon coeur le voit déja paroître ;
Tendre Amour , quand tu le fis naître ;
Tu voulus me forcer d'aimer.
Céphife fe montre aux yeux de Zélide , &
Lui dit :
Recevez les plaifirs dans ces douces retraites
Ils fixent leurs pas où vous êtes , &c.
Voyez cette Nymphe légere ; ( a )
Que fes pas variés foyent des leçons pour vous
C'eft de l'indépendance une image fincere ;
Vous la conferverez , en vivant avec nous.
La Nymphe a beau faire voir tout ce que
fon art à de plus amufant ; Zélide , ne s'y
prête point , & dit à Céphife ;
(a ) La Dlle Camargo.
Non ,
MAY.
Fa03
1743
Non , non ; votre eſpérance eft vaine ;
Votre fecours ne peut adoucir ma langueur ;
Vous offrez le plaifir , fans donner le bonheur .
Un Coeur derriere le Théatre , annonce
à Zélide l'approche de fon Amant par ces
Vers :
Zélide , l'Amour vous appelle;
Par vos attraits il triomphe en ce jour ;
Quand vous cefferez d'être Belle ,
Les Dieux affoibliront le pouvoir de l'Amour.
Emire , Amant fécret de Zélide , fe préfente
à elle ; Céphife veut le diftraire à fon tour
par le charme des plaifirs , mais elle le tente
envain ; il aime & il eft aimé . Zélide fait
connoître ce qui ſe paſſe dans ſon coeur en
faveur d'Emire. Elle chante avec lui ce beau
Duo.
Tendre Amour , remplis nos voeux ;
Regne en nos ames .
Amour , quels plaiſirs cauſent tes feux ?
Regne en nos ames ;
Tes fâmes
Font les heureux .
Céphife , voyant que les plaifirs ne peus.
vent arracher ces deux Amans aux charmess
de l'Amour , renonce à fon entrepriſe , 82
H
vj
f
2004 MERCURE DE FRANCE
fe retire. Un Génie,invoqué par Emire , forme
une Fête des plus galantes ; cette premiere
Entrée eft terminée par le Choeur :
Zélide , l'Amour vous appelle & c .
Le Théatre repréfente à la feconde Entrée ;
d'un côté le Temple de Bacchus , de l'autre
des rochers & des arbres. Le Pactole coule
dans le fonds .
Herfilie , fille de Midas , Roi de Phrygie
ouvre la Scéne avec Eumolpe , Grand - Prêtre
de Bacchus. Herfilie annonce à Eumolpe , que
le Roi fon Pere lui a ordonné de recevoir
pour époux le Roi de Thrace. Eumolpe , à
qui Herfilie avoit été promife , ne refpire
que vengeance , & fe promet d'y être fecondé
par le pouvoir du Dieu , dont il fert les
Autels ; voici comme il s'explique :
Bacchus protége la tendreffe ,
Que fait naître un objet charmant ;
Quand c'est par vos yeux qu'il nous bleffe ;
L'Amour devient un fentiment ,
Et n'eft jamais une foibleffe.
Un bruit de trompettes annonce les Bac
chantes , qui viennent célébrer la Fête du
Dieu qui les agite . Toute cette Fête fe paffe
en choeurs & en danfes' de caractére . Midas
vient déclarer à Eumolpe qu'il faut qu'il céde
MAY. 1743. 1005
de Herfilie au Roi de Créte. Eumolpe lui
répond .
Bacchus punira tes refus ;
Je foutiendrai mes droits ;je brave ta puiffance ;
De la foif des trésors tu fentiras l'abus & c.
Ces ménaces n'étonnent point Midas ; il
dit avec une entiere confiance que le Dieu
lui à tout promis ; Bacchus lui tient parole ,
pour le punir d'en avoir manqué à fon Grand-
Prêtre tout ce qu'il touche fe convertit cn
or ; les Arbres font couverts de ce métal, auffi
funefte que précieux ; on le voit couler fur
les Ondes du Pactole , mais il produit en
même tems la mort des Sujets de Midas
parce que tous ceux qu'il touche, font changés
en or, & ne font plus que des Statues
inanimées. Eumolpe a pitié de ces Peuples défolés
; pour faire ceffer la défolation générale
, il ordonne à Midas d'aller fe plonger
dans le Pactole , où il perdra cette vertu fi
funeſte à fes Etats ; l'effet répond à la promeſſe
; Midas en reconnoiffance , accorde
Herfilie au Grand- Prêtre ; Eumolpe rend
graces à Bacchus par cette Hymne.
Bacchus , fois nous toujours favorable ;
Reçois nos tendres voeux ;
Tout nous rit , quand tu le veux ;
Sous tes loix tout eft heureux;
Rends
oor MERCURE DE FRANCE
Rends ce bonheur durable ;
Sur toi tout le fonde ;
Par toi , tout abonde
Sur nos Côteaux ;
La treille eft riante & féconde ;
Mais le Ciel gronde ;
Par des foins nouveaux ,
Préviens nos maux .
Fais voir ta puiffance ;
Tu dois la naiſſance
Au plus grand des Dieux ;
Quitte les Cieux ;
Commande à l'orage:
De calmer fa rage ;
Qu'il vole en d'autres Lieux.
Cette feconde Entrée finit par ce choeur
Triomphez, Dieux puiffants ; uniffez vos Autels ;
Raffemblez à jamais tous les voeux des Mortels.
Voici l'expofition du fujet de la troiſième
Entrée , faite par l'Auteur même .
Les Peuples du Nord , que le Soleil n'éclaire
quependant fix mois , étoient autrefois dans l'u
fage d'immoler une jeune Fille en action de
graces , quand le Soleil reparoiffait.
Le Théatre représente un lieu fauvage ; on
voit un Autel au milieu :
Le Dieu du jour , fous la forme du Sacrificateur
M. A Y. 1745. 1007
ficateur , ouvre la Scéne avec un Sauvage , à
qui il dit :
Se peut-il qu'en ces Lieux la pieté barbare ,
Pour facrifice , offre un fang précieux ?
Tu vois cet Autel qu'on prépare ;
La fille de ton Roi ; cette Beauté ſi rare ,
Marphife ,y doit tomber fous un fer odieux.
Le Sauvage acheve l'expoſition du fujet par
ces Vers :
Pouvez- vous condamner un fi grand Sacrifice
Ignorez-vous , Miniftre de nos Dieux ,
Que notre zéle ainfi marque l'inftant propice
Où le Soleil reparoit en ces Lieux ?
Le prétendu Sacrificateur fe fait connoître
pour le Dieu du jour lui-même . Il fait connoître
au Sauvage qu'on l'offenfe quand on
croît l'honorer , & lui défend de réveler le
fécret qu'il lui confie ; on vient offrir le Sacrifice
: Marphife, qui doit être immolée , gé
mit avec le -Peuple ; le Sacrificateur mêle fes
tendres plaintes à celles qu'il entend de toutes
parts ; le Roi feul paroît inflexible ; il ordonne
d'immoler la victime ; le Dieu du
jour la fait retirer. Marphife, croyant recevoir
le coup mortel , tombe évanouie fur l'Autel..
Le Grand - Prêtre ne peut tenir contre un
fpectacle fi trifte pour lui , & parle ainſi .
Que
2008 MERCURE DE FRANCE
1
Que vois-je O Mortelles douleurs !
Marphife , reprenez la vie ;
Marphife , revenez à vous .
Ouvrez ces yeux fi tendres & fi doux ,
Ces yeux par qui mon ame à la vôtre eft unie .
Marphife , reprenez la vie & c.
Marphife , touchée de la pitié du Sacrificateur
, lui dit tendrement .
Quel fpectacle frappe ma vûë !
Vous devez m'immoler , & vous tremblez d'effroi
Vous pleurez à mes pieds ; que mon ame eft
émie ?
Ah ! quelle eft la victime , ou de vous ou de moi ?
Cette Scéne a paru très- intéreffante. Le
Roi & les Peuples reviennent ; le Sacrificateur
fe fait connoître pour le Dieu du jour , &
abolit pour jamais ce facrifice barbare ; on
lui obéit , & on chante fa gloire par de nou,
veaux Divertiffemens.
Le 19. Mai , la même Académie donna la
derniere Repréfentation de ce Ballet , & le
lendemain , elle donna par extraordinaire
une Repréſentation de l'Opera de Phaeton ;
pour la Capitation des Acteurs , comme
cela fe pratique toutes les années.
Le 21. on reprit la Tragédie d'Hyppolite &
Aricie , qu'on avoit remis au Théatre au
mois
MAY. 1743. 100
mois de Septembre dernier , avec quelques
changemens , dont on a rendu compte dans
le Mercure du même mois .
Le 28. on remit au Théatre le Ballet Héroique
des Indes Galantes , lequel avoit été
repréſenté pour la premiere fois au mois
d'Août 1735. avec un très- grand fuccès . Les
paroles font de M. Fufelier , & la Mufique
de M. Rameaus on peut voir l'Extrait qui en
a été donné au mois de Septembre de la
même année , pag. 2035 .
AMlle Clairon , fur le Rôle de Venus , qu'elle
a chanté dans l'Opera d'Héfione
au Théatre le mois de Mars dernier.
H
د
remis
Ier , à leur gré , tes fons mélodieux ,
Chere Clairon , meiffonnoient le fuffrage ,
Er res attraits , toujours victorieux ,
Montroient Venus , & frappoient d'avantage .
Tous les Amours venoient te rendre hommage ;
T'applaudifſoient ; c'étoit à qui mieux mieux.
L'aîné de tous , quoique d'humeur volage ,
S'eft , pour jamais , établi dans tes yeux .
Qui la fixé c'eft ton air gracieux :
Oui , je l'ai vû ; j'étois dans le Parterre ,
Lorfqu'à fa mere il a fait fes adieux.
Tant que Clairon reftera fur la Terre ,
Je veux , dit- il , abandonner les Cieux.
Le
1010 MERCURE DE FRANCE
Le 6. Mai , les Comédiens François remi
rent au Théatre la Comédie duBourgeois Gentilhomme,
de Moliere,avec tous fes agrémens ,
dans laquelle la Dlle Chariére , nouvelle Actrice
, qui n'a jamais paru fur aucun Théatre
public , joua le Rolle de Nicole, d'une maniére
à s'attirer les applaudiffemens de toute
l'Affemblée , fur- tout dans la Scéne où elle
fait de grands éclats de rire,en voyant M.Jourdain
en habit de Courtifan , dont elle fe moque
, ce qui met fon Maître de très - mauvaiſe
humeur , les défenfes qu'il lui fait de rire &
les efforts qu'elle fait pour s'en empêcher , la
font encore éclater davantage.
Le 11.la même Actrice joüa le Rolle de
Marine dans la petite Comédie de la Serenade
, elle fut encore applaudie .
Le 13. les mêmes Comédiens donnerent
une petite Piéce nouvelle en Vers & en un
Acte , intitulée Zeneide , de la Compofition
de M. de Cabuzat , que le Public a génerale
ment applaudie , de laquelle on parlera plus
au long.
Le 14. la nouvelle Actrice joüa le Rolle
de Dorine, dans la Comédie du Tartuffe, avec
applaudiffement.
On a rapporté dans le dernier Mercure p.
755. le Difcours que le fieur Rozeli , nouvel
Acteur, prononça à la Clôture du Théatre ;
voici celui qu'il prononça à l'Ouverture , le
IS
MAY. 1743 ΙΟΙΣ
15. du mois dernier , qui fut extremement
applaudi.
>
. Meffieurs nous comptions avoir aujourd'hui
l'honneur de repréfenter de-
» vant vous la Tragédie d'Alzire , comme
plus convenable au tems d'où nous for-
» tons , par l'Héroïfme chrétien qui termine
» cet Ouvrage.
>>
» L'Auteur d'Alzire & de Mérope vouloit
» même retirer cette derniere Piéce jufqu'à
» l'hyver ,afin d'avoir le tems de la rendre plus
» digne des fuffrages , dont vous l'honnorez
» mais nous avons crû pouvoir aujourd'hui
>> vous en donner une Repréſentation ; ce jour,
» ainfi que celui de la Clôture , de notre Théatre
eft confacré aux Tragédies dans leſquel-
» les éclate la vertu Chrétienne ou morale ;
» & quelque vertu qu'on mette fous vos
» yeux , vos coeurs font toujours ouverts
» pour elle.
C'est une juftice que tous les Etrangers
>> réndent à la Nation Françoife . On diroit.
» que le feul goût des beaux Arts vous raffemble
ici , Mrs , mais c'eſt toujours aux
» fentimens les plus épurés que vous applau
diffez d'avantage ;vous plaignez les pallions ,
» mais l'idée de la vertu vous tranfporte ; fes
caractéres imprimés dans les coeurs de tous
»les hommes , paroiffent plus vifs dans les
»votres ; ce ſentiment prompt & unanime
» qui
012 MERCURE DE FRANCE
» qui vous faifit tous , à un trait de morale
» mis à fa place , à un effort de génerofité ,
» à toutes les idées du devoir , eft la voix de
» la Nature , qui enſeigne par vous à tous les
Ecrivains, que la premiere régle de leur Art
>> eft d'aimer la vertu pour la peindre.
و د
»
» Voilà pourquoi , Mrs , vous couronnez
des ouvrages , où l'amour eft immolé à
» l'honneur, ou qui font entierement dépouil-
» lés de la paffion de l'amour ; l'Auteur de
» Mérope eft convaincu , & j'ofe le dire en
>> fon nom , que ce n'eft qu'à ces fentimens
» nobles de vos ames , qu'il doit le bonheur
» de vous plaire , & que vous avez fait grace
>> aux défauts qu'il avoüe , en faveur des efforts
» qu'il a tentés , pour vous peindre ce qui eſt
dans le fond de ves coeurs .
ور
>> Le Public raffemblé & paisible , eft toujours
vertueux ; fon goût dominant éclate ,
» même juſques dans la gayeté de la Comé-
>> dies s'il rit des plaifanteries , s'il foûrit aux
» idées fines , fi fa joye fe développe à un
jeu de Théatre heureux , il applaudit hau-
» tement la faine Morale, qui n'eft point dé-
» placée ; il s'attendrit aux peintures touchan-
» tes d'un homme de bien , affligé ; tout ce
qui eft marqué au coin de l'utile , de l'hon-
» nête, du fage, eft plus dans votre nature que
» tout le refte .
>>
» Envain des critiques , plus jaloux qu'éclairés
MAY 17437 IOI
clairés , ont voulu , Mrs , vous priver de
» ce plaifir refpectable , que vous avez goûté
à des Piéces Comiques , où des fituations
> attendriffantes , & des fentimens honnê
tes vous ont fait repandre des larmes.
»
3
Indignes d'être émus de ce qui vous touche
, ils ont condamné ces pleurs , que
l'honnête-homme feul peut verfer ; ils fe
»font écriés que la Comédie ne doit que faire
rire , comme fi dans la vie ordinaire , dont
la Comédie eft l'image , on ne voyoit pas
tous les jours des chofes attendriffantes fans
• être tragiques.
» La Comédie peut être quelque- fois tou
› chante , fans doute , pourvû qu'elle ne dégenere
pas en Tragédie bourgeoife .
›
» Il y a cent routes pour aller au coeur , &
vous les ouvrez toutes ; vous agrandiffez ,'
Mrs , par votre goût qui s'étend à tout , la
carriére charmante des beaux Arts .
» C'eſt un partage bien trifte , de combattre
> cette voix publique , qui eft toujours à la
longue fi refpectable , & fi infaillible ; c'eft
une entrepriſe bien odieufe, de vouloir dégoûter
ceux qui ne doivent être animés ou
découragés que par vous.
Cette voix publique , eft ce qui perfec-
> tionne en tout genre les génies que la hon-
»teufe & la fatyrique envie voudroient anéan
» tir ; elle excite celui qui mettant la Flutte
» d'Orphée
1014 MERCURE DE FRANCE
>>
»
d'Orphée fous les doigts d'un Automate ,
donne la vie & le talent à la pierre qu'il
» anime ; elle encourage nos Peintres à tremper
leurs pinceaux dans les couleurs de la
Nature ; elle attendrit le Marbre & le
» Bronze fous le cizeau de nos Phidias , qui
» embelliffent Paris & nos Provinces ; elle a
» rendu plus touchans les Sons hardis de ce
» Muficien , qui après Lully & fes heureux
» imitateurs , a fait entendre une harmonic
»> nouvelle . Vos applaudiffemens donnés à
» Electre ont fait naître Rhadamifte. C'eſt à
» vous , Mrs , qu'on doit le Glorieux & le
Préjugé à la mode ; l'Auteur de Mérope
>> avoue que fi jamais il pouvoit être placé à
» côté des Auteurs de ces Ouvrages , il ne le
» devroit qu'à vous. Eft- il une plus flateuſe
>> recompenſe? Eft- il une protection qui égale
» votre faveur , un pofte qui puifle en tenir
lieu , une cabale qui puifle l'enlever ? Les
» intrigues , l'autorité donnent les places ,
» & vous feul pouvez donner la gloire.
"
>>
» Mais plus vous favorifez les talens , plus
je fens que je retarde votre impatience
» d'entendre l'Actrice , qui fait parler l'amour
» d'une mére avec tant de verité , & de patétique
, & qui a trouvé dans la Nature l'art
de faire verfer long- tems des larmes , quoi-
>> que les larmes d'ordinaire s'épuifent fi vîte .
» Vous voulez entendre ces autres Acteurs
"
» qui
MAY. 1743
» qui , tous dans leurs differens caractéres
» marquent une égale envie de vous plaire ,
» un viellard tendre & fimple , un jeune
>> homme naturel & noble , tous également
» arimés du foin d'étudier les goûts d'une
» Nation , qui eft devenue dans les Belles-
» Lettres le modéle des Nations.
» Si ce défir , fi ce zéle étoient une excufe
pour ofer ici vous parler de moi - même
j'oferois , Mrs , vous demander quelque
grace ; après vous avoir parlé de la juſtice
" que vous rendez , j'oferois vous dire , que
»fi vos fuffrages perfectionnent les talens ,
» vos bontés peuvent même les faire naître.
A Mlle du Mefnil , fur fon Rôle de MEROPE.
Ce n'eft plus du Mefnil qui paroît fur la Scéne ;
Auffi -tôt qu'on la voit dans Mérope jouer ,
A tous les Spectateurs elle fait avoüer
Qu'elle-même y devient Mérope & Melpomene.
SUR le même sujet .
MEROPE , l'on voit en toi
Du Théatre les délices ,
De nos Poëtes le Roi ,
Et la Reine des Actrices.
Le 2. Mai , les Comédiens Italiens remi
rent au Théatre le Feftin de Pierre , Comédie
Italienne, en cinq Actes , tirée de l'Eſpagnol.
Cetto
tor MERCURE DE FRANCE
Cette Piéce qui eft ornée de beaucoup de
Spectacle , & parfaitement bien repréſentée,
a été reçûë favorablement du Public.
On voit au quatriéme Acte , entre autres
Décorations convenables au fujet de la Piéce ,
celle du Tombeau , fur lequel eft repréſentée
la Statue Equeftre du Commandeur , tué en
combattant contre D. Juan. Ce Monument
eft placé dans un grand Veſtibule foutenu par
des Colonnes de Marbre , ornées de branches
de Lauriers ; on y voit de chaque côté deux
grandes Figures de Femmes, en pied,de grandeur
naturelle fur des piédeftaux , en action
de tirer un grand rideau furmonté d'un
Dais , pour découvrir le Monument , dont le
coup-d'oeil produit un très -grand effet .
La Décoration du cinquième Acte , où le
repas eft donné , repréſente un magnifique
Salon , au fond duquel s'éleve un grand Buffet,
& aux deux côtés, deux autres de moindre
grandeur , garnis de Vafes précieux , le
tout éclairé par quantité de Girandoles & de
Flambeaux , garnis de bougies ; la Table du
repas , ornée & éclairée de même , eft placée
prefque fur le devant du Théatre ; on y
fert un Ambigu,avec beaucoup d'ordre & de
goût.
Ces deux Décorations , qui ont été géneralement
applaudies par de nombreuses Affemblées
, ont été compofées & peintes par
M. Brunetti , Peintre Italien. Comme
MA Y.
1743. 1017
Comme le fujet de cette Comédie eſt
connu de tout le monde on n'entrera
dans aucun détail ; on dira feulement. que la
même Piéce a été repréſentée à Paris fur le
même Théatre par les mêmes Comédiens, qui
y étoient arrivés l'année précedente ; on n'ignore
pas auffi que cette Comédie , fuivant
le Commentateur des oeuvres de Despreaux ;
a été inventée en Efpagne , imitée en Italie
& perfectionnée en France.
Le 22. les mêmes Comédiens , donnerent
la premiére repréfentation d'une Comédie
en Vers, & en trois Actes , intitulée les deux
Bafiles ou le Roman, laquelle a été reçuë trèsfavorablement
du Public. Elle eft de la Compofition
de M. Guiot de Merville. Cette Piéce,
dont on parlera plus au long, eft terminée
par un des plus ingénieux divertiffemens qui
ait été donnés au Théatre Italien , exécuté au
mieux & géneralement applaudi ; les Sieurs
Riccoboni & Deshayes , ont compofe les
Pas du Ballet , & le fieur Blaife , Baffon &
Penfionnaire des Comédiens Italiens , a compofé
les Airs danfant & chantant du Dig
vertiffement,
I TRIOLETS
018 MERCURE DE FRANCE
TRIOLETS fur la Comédie du Sylphe
repréſentée au Théatre Italien le s .
Février dernier.
TOn charmant Sylphe , Sainte Foy ,
Saifit l'eftime génerale ;
Sur la Sene il donne la Loi ;
Ton charmant Sylphe , Sainte Foy;
Qui fçût triompher mieux que toi
De l'une & de l'autre cabale ?
Ton charmant Sylphe , Sainte - Foy ,
Saifit l'eftime génerale .
C'eft de l'Oracle le pendant ,
Ce chef d'oeuvre de mignature.
Tracé d'un art libre & prudent
C'eft de l'Oracle le pendant.
Il peint l'Amour le plus ardent ,
Sous des couleurs d'après nature
C'eft de l'Oracle &c .
Tu ne fuis point d'original ';
Dans ce double tableau comique
Il n'en parût jamais d'égal ;
Tu ne fuis point d'original.
C'est un prodige Théatral ,
Un Phenoméne dramatique ;
Tu ne fui's point &c .
On
MAY. ΙΟΙ
1743.
On l'a vû bien repréſenté
Par Sylvia , Lelio , d'Haye ;
Il fût applaudi , fort goûté ,
On l'a vû bien repréſenté ;
Le beau Sexe fut enchanté
De fa fiction tendre & gaye ;
On la vũ & .
L'Ouverture de l'Opera Comique fe fera à
l'ordinaire , à la Foire S. Laurent à la fin du
mois de Juin ou au commencement de Juillet.
Il y a lieu de croire que ce Spectacle ,
qui depuis quelques années n'étoit pas gouté
, comme il l'étoit autrefois , va reprendre
une meilleure forme fous la direction d'un
nouvel entrepreneur , homme de gout , actif
& fort entendu , foit pour le choix & les
caractéres des Piéces convenables à ce Théatre
, & pour les Acteurs propres à remplir
ces mêmes caractéres , foit pour la Mufique ,
la fymphonie , le chant & les Ballets. On
rendra compte au Public du fuccès de cette
nouvelle entreprife.
I ij NOU
1020 MERCURE DE FRANCE
ttt ttu
NOUVELLES ETRANGERES.
O
ALLEMAGNE.
N mande deVienne du 1o. du mois dernier, que
felon les lettres que la Reine de Hongrie a
reçû du Prince Lobckowitz , les François font de
grands mouvemens dans le Haut Palatinat , & que
Le Maréchal de Broglie s'eft déterminé à détacher
un Corps confidérable de troupes , pour faire entrer
des vivres dans Egra , & pour renouveller la garnifon
de cette Place .
Il paffe tous les jours à Vienne une grande quantité
de Soldats de recruës , deftinés pour l'armée
commandée par le Feldt - Maréchal de Kevenhuller ,
& l'on a fait partir un train d'artillerie pour celle
qui eft fous les ordres du Prince de Lobckowitz.
On a appris d'Amberg du 25. du mois dernier ,
que le Maréchal de Broglie ayant reçû ordre de
S. M. T. C. de faire entrer de nouvelles provifions
de vivres dans Egra , & de relever en même - tems
la garnison de cette Place , il partit de Straubingen
le 10. pour fe rendre à Amberg , & qu'après avoir
fait fes difpofitions , il détacha le 15. fous les ordres
du Marquis du Chayla , Lieutenant Géneral , 13 .
Bataillons & 54. Efcadrons , qui s'avancerent le
même jour à Papemberg , Bourg fitué à fept lieuës
de cette Ville.
Le lendemain , le Marquis du Chayla marcha à
Preffac , & l'avant - garde des troupes qu'il commandoit
, obligea un Corps de Cavalerie des Autrichiens
, qui s'y étoit raffemblé , de fe retirer .
Ce Lieutenant- General ſe rendit le 17.
à Arn
dorff,
MAY
1021 1743 .
dorff, & le 18. à Mittertchich , d'où un autre Corps
de Cavalerie & de Huffards des troupes Autrichiennes
, ſe retira auffi à fon approche , & le 19. il ar
riva à Egra. Son retour s'eit fait avec le même ordre
, & le 24. il rejoignit à Amberg le Maréchal de
Broglie , n'ayant perdu dans fa marche que quelques
traîneurs.
Les Régimens de Limofin , de Bourgogne , de
Médoc & de Ponthieu , font reftés en garnifon à
Egra fous les ordres du Comte d'Herouville , Licu
tenant-General .
On mande de Hambourg du 2. de ce mois
qu'on a reçû avis de Paffau , que le 15. du mois
dernier , le Prince Charles de Lorraine étoit arrivé
de Vienne à Viltzhoven , & qu'après y avoir affifté
à un Confeil de guerre qu'avoit tenu le Feldt- Maréchal
de Kevenhuller , il en étoit parti pour fe
rendre à l'armée commandée par le Prince de
Lobckowitz ; que le Feldt- Maréchal de Kevenhuller
avoit commencé à faire affembler entre Schardingen
& Paflau, les troupes Autrichiennes qui font
fous fes ordres , & que plufieurs Régimens de ces
troupes avoient déja paffé l'Inn .
Un courier arrivé de Baviere , a rapporté que
l'Empereur s'étoit rendu le 24. de Munich à Landshut
, où le Comte de Seckendorf a établi fon quartier
géneral.
On a appris de Mnnich , que le Baron de Berenklaw
, ayant marché avec un Corps confidérable de
troupes Autrichiennes , pour attaquer quelques poftes
occupés par les François , trois Compagnies
Franches de ces derniers qui étoient à Falkirken ,
avoient foutenu avec une extrême valeur tous les
efforts des Autrichiens , mais qu'elles avoient été
fort maltraitées , & que plufieurs des Officiers &
des Soldats , dont elles étoient compofées , avoient
été faits prifonniers de guerre. I iij M.
1022 MERCURE DE FRANCE
M. de la Croix , Commandant d'une de ces Com
pagnies , lequel s'eft acquis une grande réputation
par la hardieffe de plufieurs entrepriſes , & par le
bonheur avec lequel il les a executées , eft de ce
nombre.
Suivant les dernieres lettres écrites de Straubingen
, le Comte de Saxe partit le 10. de ce mois
pour aller fe mettre à la tête du Corps de troupes
Françoifes , qui eft dans les environs d'Amberg , &-
avec lequel il doit obferver les mouvemens du Prince
de Lobckowitz .
Depuis le départ du Comte de Saxe , le Prince de
Conti a pris le commandement des troupes qui ..
étoient à Deckendorf fous les ordres de ce Lieute
nant-General .
0
FRANCFORT.
Na appris de eette Ville le 19. du mois der
nier , que le 17. à fix heures du matin , l'Empereur
, accompagné du Prince Royal , partit pour
fe rendre en Bavière, & que S. M. I. alla coucher à
Mergentheim , d'où elle dut arriver le 18. à Donawert
, & le 19. à Munich .
Les Magiftrats de Francfort ont fait fournir à
l'Empereur 200. chevaux pour le conduire juſqu'à
une certaine diſtance , & l'on a expedié des ordres
pour que S. M. I. en trouvât un pareil nombre à
chaque relai.
L'Empereur , avant que de partir pour Munich
a difpofé de la Charge de Vice Préfident du Confeil
Aulique en faveur du Comte de Seidwitz , qui a
été Directeur de ce Confeil fous le Regne du feu
Empereur. S. M. I. a affuré à ſon départ les Magiftrats
de Francfort , qu'elle étoit extrêmement fenfible
au zéle & au dévouement que les habitans
avoient
MA Y. 1743 1023
avoient témoignés pour les interêts ; qu'ils conferveroient
toujours une part diftinguée dans fa bienveillance
, & que dans toutes les occafions elle s'emprefferoit
à leur donner des marques de fa protection
.
Le Baron de Zillerberg , Miniftre de l'Arche
vêque de Saltzbourg , s'étant plaint à de ce
que les troupes Heffoifes , qui font au fervice de
l'Empereur, avoient obligé les habitans du Bailliage
de Lauffen & de quelques autres Cantons ,
de remettre
leurs armes , le Miniftre de Heffe a repréfenté
par ordre de la Cour , que les troupes Heflo
fes ne fe feroient pas portées à cette extremité, fi les
Géneraux qui les commandent , n'avoient pas dé-
Couvert que ces habitans entretenoient des intelli
gences avec les Autrichiens.
COLOGNE .
N mande de Manheim du 27. du mois der
ON " у
rier , par lequel on a été informé que le Comte
d'Oftein Engelheim , un des Chanoines du Chapitre,
& qui étoit l'un des Adminiftrateurs nommés pour
avoir la direction des affaires de l'Electorat pendant
la vacance du Siége , avoit été élû le 22. du même
mois Electeur de Mayence.
Selon les lettres reçûës du Haut - Palatinat , le
Marquis du Chayla , Lieutenant- Géneral des armées
de S. M. T. C. a été détaché d'Amberg par le Maréchal
de Broglie avec un Corps confidérable de
troupes , pour jetter du fecours dans Egra ; il s'eft
rendu dans les environs de cette Place , fans éprouver
aucun obftacle de la part du Prince de Lobckowitz,
qui à l'approche des François s'eſt retiré dans
les montagnes voifines , & après avoir fait entrer
I iiij.
une
1024 MERCURE DE FRANCE
& une grande quantité de provifions dans la Ville ,
en avoir retiré l'ancienne garnifon qu'il avoit remplacée
par de nouvelles troupes , il avoit repris la
route d'Amberg , pour aller rejoindre le Maréchal
de Broglie.
On a appris de Spire , que le 25. treize Bataillons
'des troupes Françoifes , commandées par le Maréchal
de Noailles , y avoient paffé le Rhin ; que ce
Géneral a déja vifité plufieurs Places d'Alface , &
que le 23. il arriva à Landau , où toute la Cavalerie
de la Maifon du Roi Très - Chrétien devoit être affemblée
avant le 12. de ce mois , & où l'on attendoit
encore plufieurs Régimens d'Infanterie & de
Cavalerie.
ESPAGNE.
N apprend de Madrid du 23. du mois dernier
que l'Intendant de Marine de Galice a mandé
au Roi , que le Vaiffeau la Notre- Dame de l'Efclazage
, armé en courfe & commandé par Don Olivier
Colinez , avoit pris le 22. Mars dernier fur la
Côte de Portugal le Vaiffeau Anglois la Diligence,à
bord duquel on a trouvé une grande quantité de
bled & de viande falée .
Le même Intendant a depuis informé 5. M. que
la Balandre Angloife l'Anne , commandée par le
Capitaine Jofeph Tone , avoit été prife fur les Côtes
de Portugal par l'Armateur Mathieu Perira .
L'Intendant de Marine du Ferol a mandé à S. M.
que l'Armateur Don Juan-Baptiste Per avoit conduit
au Port de la Corogne le Vaiffeau Anglois
l'Anne & Sara , qu'il a pris le 18. du mois dernier,
& dont la charge eft eftimée 12600. Piaftres .
Le Roi a appris en même-tems , que le 2. l'Armateur
Lucas Conftantin étoit entré dans le Port
de Bayona avec le Vaiffeau la Marguerite , commandé
MAY. 1743. 1025
mandé par le Capitaine Dechen , dont il s'eft emparé
près d'Oporto , & à bord duquel il y avoit des
vins de plufieurs efpeces pour la valeur de 78000 .
Réales , & que cet Armateur avoit rencontré fur la
Côte de Portugal la Fregate Bifcayenne la Notre-
Dame del Coro , qui avoit enlevé à la hauteur de
Lisbonne un Brigantin Anglois , chargé de cuirs &
de Salines.
ITALI E.
N mande de Rome du 9. du mois dernier
qu'un courier arrivé de Bologne , a rapporté
qu'un Corps de Dragons & de Huffards de l'armée
de la Reine de Hongrie s'étant avancé à Forlinpopoli
, y avoit attaqué une partie des Dragons & des
Miquelets de Partiere- garde de l'armée Espagnole ,
& qu'il avoit d'abord mis ces troupes en defordre ,
mais qu'elles s'étoient ralliées après avoir été jointes
par 800. hommes de Cavalerie, qui vinrent de Forli
à leur fecours , & qu'elles avoient obligé les Autrichiens
de prendre la fuite , fans leur laiffer le tems
d'emporter leurs morts & leurs bleffés .
On apprend de Smyrne , que le 29. Janvier dernier
l'Archevêque Grec de Céfarée , lequel étoit Légat
du Patriarche d'Arménie à Jérufalem , avoit embraffé
la Réligion Catholique , & qu'il avoit fait fa
Profeffion de Foi dans la Chapelle du Conful de
France , en préſence du P. Jerôme Lanza, Vicaire
Apoftolique , & du P. Michel de Paris , Supérieurs
des Miffionnaires Capucins , entre les mains du
P. Etienne de Conftantinople , Religieux du même
Ordre , qui l'a inftruit des dogmes de l'Eglife Romaine.
GENES
1026 MERCURE DE FRANCE
0
GENES ET ISLE DE C OR S E.
Na appris de la Baftie , que les Rebelles de
l'Ile de Corfe ont tenu une feconde affemblée
génerale à Caftel d'Aqua dans la Piéve d'Alefani, &
qu'après y avoir confirmé toutes les réfolutions
qu'ils avoient prifes dans leur premiere affemblée ,
ils ont nommé les Chefs qui doivent commander de
l'autre côté des Montagnes. On affûre qu'ils font
toujours déterminés à demeurer fous la domination
de la République , pourvû qu'elle confente de leur
accorder leurs demandes .
On ne parle prefque plus du Baron de Neuhoff ,
& l'opinion génerale eft que cet avanturier, voyant
que les Corfes ne veulent point avoir de confiance
en fes promeffes, a renoncé au deffein de fomenter
une nouvelle révolte dans leur Ifle.
Les lettres reçûës de l'Etat Eccléfiaftique portent
que les troupes Efpagnoles , commandées par le
Comte de Gages , fe fortifioient à Rimini , à Savignano
& à Sant Arcangelo , & que ce Géneral avoit
laiflé à Forli un détachement de 600. hommes de
Cavalerie , pour s'oppofer aux entrepriſes des Huffards
Autrichiens , qui s'étoient avancés fur la frontiére
de la Romagne.
On a appris de Lombardie , que le Comte de
Traun avoit toujours fon quartier géneral à Carpi ,
quoique la plus grande partie des troupes de la Rei
ne de Hongrie , qui font fous les ordres , foit entrée
dans le Bolonois & dans le Ferrarois .
O
GRANDE BRETAGNE.
N mande de Londres, que le Roi s'étant rendu
le 2. de ce mois à la Chambre des Pairs
avec les cérémonies acoûtumées, & que S.M. ayant
mandé
MAY 1027 1743
mandé la Chambre des Communes , fit aux deux
Chambres le Difcours fuivant .
a
MYLORDS ET MESSIEURS , la fageffe , la diligence
, avec lesquelles vous avez déliberé fur les affaires
publiques dans le cours de cette Séance , le
zéle avec lequel vous vous êtes conduits , me donnent
La plus grande fatisfaction. Afin que cette Nation &
la caufe commune puffent retirer lesfruits les plus avantageux
de vos refolutions , j'ai donné ordre fur la réquifition
de la Reine de Hongrie, que mes troupes, comme
auxiliaires de S. M. H. paffaffent le Rhin, conjointement
avec les troupes Autrichiennes , pour fecourir .
défendre cette Princeffe, & pour s'oppofer à toutes les
entreprises dangereuses , qui pourroient préjudicier à la
balance du pouvoir à la liberté de l'Europe, an empécher
que la tranquillité génerale ne foit rétablie fur
dejustes folides fondemens. J'ai fait refter uneforte
Efcadre dans la Méditerranée, & une autre en Amérique
; afin de continuer d'incommoder les Espagnols ,
de les réduire à accepter une paix , dont les condi
tions foient fûres & honorables pour la Grande-Bre
tagne, auffi- bien que pour maintenir les droits de navigation
& de commerce , qui appartiennent àmes Sujets,
par le moyen de la premiére de ces Efcadres ,
mes Alliés en Italie ont reçû & continuent encore de re
cevoir unſecours des plus utiles des plus avantageux.
MESSIEURS DE LA CHAMBRE DES COMMUNES >
je vous remercie des fubfides confiderables que vous
m'avez accordés pour lefervice de cette année , & qui
ferent comme vous pouvez en étre afférés , employés
auxfins importantes pour lesquels ils font destinés
•
MYLORDS L'ETU MESSIEURS , j'ai une parfaite
confiance en votre affection , & l'objet immuable
de mes defies , eft de procurer le bonheur de mes
Royaumes, de travailler efficacement aux véritablas
interêts de mes Sujets. Je m'attends que de votre
I vis côté 2
1028 MERCURE DE FRANCE
côté , par reconnoiffance , vousferez vos plus grands
efforts dans vos Provinces refpectives , pour y faire
aimer mon Gouvernement , & pour conferver la paix
la tranquillité de la Nation.
Deux Armateurs Anglois ont pris & conduit à
Lisbonne deux Armateurs Efpagnols , & les lettres
de la Jamaïque marquent que le Vaiſſeau de guerre
l'Experience , de 20. canons & la Chaloupe l'Eſpion,
étoient entrés le 28. Janvier dernier dans le principal
Port de cette Ifle avec deux Vaiffeaux de la même
Nation , fur lefquels on avoit trouvé beaucoup
d'argent & de marchandifes. Outre les caifles d'argent
qui étoient à bord de la prife faite par le Vaiffeau
de guerre l'Ecureuil , on a découvert dans le
fond de cale 150co . livres fterlings en or.
Les lettres reçûës de la Caroline Méridionale
portent que deux Vaiffeaux Anglois , armés en
courfe à Philadelphie par les Capitaines Doweld &
Sibbald, avoient conduit à la Providence un Vaiffeau
de Regiftre Espagnol , & un autre Bâtiment de la
même Nation , deftiné pour la Vera Cruz .
Ο
HOLLANDE ET PAYS - BAS.
Na appris de la Haye du 3. de ce mois que
le Comte Figuarola , s'y étant rendu de Bruxelles
par ordre du Comte de Konigleg Erps, Gouverneur
des Pays- Bas par interim , pour demander
de la part de la Reine de Hongrie , que la Répu
blique mit des garnifons de fes troupes dans les
Villes de Mons , d'Ach , de Charleroy & de Saint
Guillain , à la place des 6000 hommes de troupes
Heffoifes à la folde de la Grande-Bretagne, lefquels
devoient aller joindre les troupes Angloifes , comman
lées par le Comte de Stairs, les Etats Géneraux
ont réfolu de faire marcher fix Bataillons & deux
Efcadrons , , pour être diftribués dans ces differentes
Villes.
La
MAY. 1029 1743.
La Ville de Groningue a donné fon confentement
à la marche des 20000. hommes demandés à la République
par la Reine de Hongrie.
Suivant les avis reçûs de Cologne , le Duc d'Aremberg
a paffé le 23. du mois dernier le Rhin à la
tête des Régimens Autrichiens qui étoient restés en
deçà de ce Fleuve.
Le Marquis de Fenelon , Ambaffadeur du Roi de
France , & le Comte de Sintzheim , Miniftre Plénipotentiaire
de l'Empereur , informerent le 2. de ce
mois les Etats Géneraux que le Marquis du Chayla,
Lieutenant -General des armées de S M. T.C. avoit
fait entrer un Convoi confidérable dans Egra , &
qu'il avoit mis une nouvelle garnifon dans cette
Place , fuivant l'ordre qu'il avoit reçû du Maréchal
de Broglie.
*******************
FRANCE
,
NOUVELLES DE LA COUR , DE PARIS , &C.
E 7. de ce mois , le Prince de Grimberghen ,
Ambaffadeur Extraordinaire de l'Empereur
eut fa premiere Audience particuliére du Roi , & il
y fut conduit , ainfi qu'à celles de la Reine , de
Monſeigneur le Dauphin & de Mesdames de France
, par M. de Verneuil , Introducteur des Ambaffadeurs.
Le même jour , le Comte de Piofafque , Miniftre
Plénipotentiaire de l'Empereur , eut une Audience
particuliere du Roi , & il prit congé de S. M. Il eut
enfuite Audience de la Reine , de Monfeigneur le
Dauphin & de Mefdames ; il yfut conduit par le
même Introducteur,
LS
1030 MERCURE DE FRANCE
Le Roi a donné le Gouvernement des Ville &
Forts de S. Malo , au Marquis de Meuze , Lieute,
nant- General , & celui du Fort- Louis du Rhin
qu'il avoit , au Marquis du Caila , Lieutenant-
Géneral & Inspecteur de Cavalerie.
•
Le 16. la Reine fe rendit à l'Eglife des Religieux
Recolets de Verſailles , qui célébroient la Fête de
S. Jean Nepomucene , & elle y communia par les
mains de l'Archevêque de Rouen , fon Grand-
Aumônier.
L'après midi , S. M. entendit dans la même Eglife
le Panégyrique du Saint , prononcé par le Pere
Louis , Recolet , & elle affifta au Salut .
1
Le même jour , l'Evêque de Bayeux fut reçû.
dans l'Académie Françoife , à la place vacante par
la mort du Cardinal de Fleury , M. de Moncrif ,
Directeur , lui répondit au nom de l'Académie , &
ils parlerent l'un & l'autre avec beaucoup d'éloquence.
M. l'Evefque de la Ravaliere , connu par la belle
Edition qu'il a donnée des Poëfies du Roi de Nan
varre , ayant été nommé à la place vacante de l'Académie
Royale des Infcriptions & Belles Lettres ,
par le décès de M. de la Boiffiere de Chambors
dont il a été parlé dans le Mercure du mois d'A❤
vril dernier , y alla prendre Seance le 24. de ce
mois.
Le 27. Avril , le Marquis de Caftelane , Enſeigne
des Gardes du Corps de la Compagnie de Villeroy,
fut nommé par le Roi , pour remplir la place de
Major de la Gendarmerie, vacante par la Promotion
du Marquis du Chatelet au Grade de Maréchal de
Camp ; & la Brigade des Gardes du Corps du Roi ,
vacante par la nomination de M. de Caftelane , fur
donnée le même jour au Marquis de Calviere ,
devant Ayde-Major de la même Compagnie de.
ci-
Villeroy ,
MAY. 1743
1031
Villeroy , Brigadier des Armées du Roi , qui prendra
rang dans fon Corps du jour de la datte d'un
Brevet d'Enfeigne , que le Roi lui avoit accordé
deux ans auparavant en faveur de fes fervices.
Le 23. Mai , Fête de l'Afcenfion de N. S. le Roi
& la Reine entendirent dans la Chapelle du Château
de Verſailles la Meffe chantée par la Mufique
, & l'après midi leurs Majeftés affifterent aux
Vêpres.
Le Service folemnel que le Roi avoit ordonné de
faire dans l'Eglife Métropolitaine de Paris , pour le
repos de l'ame du Cardinal de Fleury , fut célébré
le 25. de ce mois . L'Eglife étoit tenduë de
noir , avec l'appareil qui eft d'ufage dans les Pompes
funèbres. L'Abbé d'Harcourt , Doyen du Chapitre
de l'Eglife Métropolitaine , y officia , & le
Pere de Neufville , de la Compagnie de Jefus
prononça l'Oraiſon funébre avec beaucoup d'Eloquence.
Le Clergé , le Parlement , la Chambre des
Comptes , la Cour des Aydes , l'Univerfité & le
Corps de Ville , qui avoient été invités de la part
de S. M. à ce Service par le Marquis de Dreux
Grand- Maître des Cérémonies , y affifterent , ainfi
qu'un grand nombre de perfonnes de diftinction .
Le 24. Avril dernier , il y eût Concert à la Cour
chés la Reine ; M. Deftouches , fur-Intendant de la.
Mufique du Roi , fit chanter l'Opera d'Hefione
qu'on avoit commencé vers la fin du mois de Mars
dernier.
Le 8. le 11. & le 18. Mai , la Reine entendit
P'Opera d'Iphigenie , dont les principaux rolles furent
remplis par les Dlles la Lande & de Romainville
, & par les fieurs Benoît & Poirier,
Le 20. on donna en Concert à S. M. le Prologue
& le premier Acte d'Amadis de Grece.
Le 27. & le 29.la Reine entendit le Ballet de l'Empire
a
1032 MERCURE DE FRANCE
pire de l'Amour, que S. M. avoit demandé . Le Poëme
eft de M. de Montcrif , de l'Académie Francoife
; le fieur Jeliot & les autres principaux Sujets
qui s'étoient diftingués dans Iphigenie , rendirent
les autres rolles de ce Ballet avec applaudiffement .
Le 23. Mai , Fête de l'Afcenfion , il y eut Concert
Spirituel au Château des Tuilleries , qui commenca
par le Motet à grand choeur, Exaltabo te Deus , de M.
de la Lande , lequel fut fuivi d'une Sonnate à deux
violons , de M. le Clair , executée par deux jeunes
Symphoniſtes ; on chanta enfuite deux petits Motets,
le premier du fieur Cordeler, chanté par les Dlles
Fel & Bourbonnois , & l'autre du feu fieur Mouret ,
chanté par la Dlle Chevalier , lefquels furent trèsapplaudis
. Le Concert fut terminé par un Motet
à grand Choeur , de la compofition du freur de
Mondonville .
ARRETS NOTABLES.
D
ECLARATION du Roi , concernant la
Communauté des Mes. Chirurgiens de la
Ville de Paris. Donnée à Verfailles le 23. Avril
1743. enregistrée en Parlement le 7. Mai fuivant.
Louis par la grace de Dieu , Roi de France & c.
Le défir de faire fleurir de plus en plus dans notre
Royaume les Arts & les Sciences , & l'affection
paternelle que nous avons pour nos Sujets , nous
ont déja portés à autorifer les moyens qui nous
ont été propofés pour perfectionner un Art auffi
néceffaire que celui de la Chirurgie . C'est dans
cette vie , que l'Ecole de Chirurgie qui eft établie
dans notre bonne Ville de Paris , ayant mérité de
• puis
MAY. 1743 1033
puis long-tems , par l'habileté & la réputation de
ceux qui en font fortis , d'être confidérée comme
P'Ecole prefque univerfelle de notre Royaume ,
nous y avons établi à nos dépens , par nos Lettres
Patentes en forme d'Edit , du mois de Septembre
1724. enregistrées en notre Cour de Parlement ,
cinq Démonftrateurs Royaux des differentes parties
de la Chirurgie , fur la préfentation qui nous en
feroit faite par notre premier Chirurgien ; & nous
fçavons que le défir de fe rendre toujours de plus
en plus utiles au Public , a infpiré aux plus célebres
Chirurgiens de la même Ecole , le deffein de raffembler
les differentes obfervations & les découvertes
que l'exercice de leur Profeffion les met å
portée de faire , pour en former un Recueil , dont
le premier effai vient d'être donné au Public ; mais
quelque fecours que les jeunes Eleves , qui fe defti
Dent à l'Etude & à la pratique de la Chirurgie.
puiffent trouver dans cet Ouvrage , il nous a été
repréſenté qu'il étoit encore plus important d'exiger
de ces Eleves , que , par da connoiffance de la
Langue Latine , & l'étude de la Philofophie , ils fe
miflent en état d'entrer dans les Ecoles avec la préparation
néceffaire pour pouvoir profiter pleinement
des inftructions qu'ils y reçoivent ; que nous
ne ferions par-là que rappeller la Chirurgie de Paris
à ſon ancien état , dans lequel tous les Chirurgiens
de Saint Côme , qu'on nommoit auffi Chirurgiens
de Robe- longae , étoient gens de Lettres ; que fuivant
leurs Statuts , ils devoient fçavoir la Langue
Latine & fubir des examens fur des matiéres de
Phyfique , outre qu'ils étoient presque tous Maîtres
ès Arts ; que d'ailleurs ils avoient introduit parmi
eux differens grades de Littérature , à l'imitation
des dégrés qui étoient établis dans les Facultés
Supérieures du Royaume , & que les Rois , nos Prédéceffeurs,
>
7034 MERCURE DE FRANCE
deceffeurs, voulant favorifer une émulation utile au
Public , leur avoient accordé des Privileges & des
Titres d'honneur rélatifs à ces exercices Littéraires
comme il paroît plus particulierement par les Lettres
Patentes des Rois Louis XIII. & Louis XIV.
des mois de Juillet 1611. & Janvier 1644. enregiftrées
en notre Cour de Parlement , & qui rappellent
un grand nombre d'autres Lettres Patentes
& Ordonnances plus anciennes ; que la Chirurgie y
eft reconnue pour un Art fçavant , pour une vraye
fcience qui méritoit par fa nature , autant que par
fon utilité , les diftinctions les plus honorables , &
que l'on en trouve la preuve la moins équivoque
dans un grand nombre d'Ouvrages fortis de l'Ecole
de Saint Côme , où l'on voit que depuis long- tems ,
les Chirurgiens de cette Ecole ont juftifié par l'étenduë
de leurs connoiffances , & par l'importance de
leurs découvertes , les marques d'eftime & de protection
que les Rois , nos Prédéceffeurs ont accor
dées à une Profeffion fi importante pour la confervation
de la vie humaine ; mais que les Chirurgiens
de Robe-longue qui en avoient été l'objet
ayant eû la facilité de recevoir parmi eux ,
fuivant
des Lettres Patentes du mois de Mars 1656. enregiftrées
en notredite Cour de Parlement , un Corps
entier de Sujets illitérés , qui n'avoient pour partage
que l'exercice de la Barberie , & l'ufage de quel- ;
ques panfemens aifés à mettre en pratique , l'Ecole
de Chirurgie s'avilit bien-tôt par le mélange d'une
Profeffion inférieure , enforte que l'Etude des Lettres
y devint moins commune qu'elle ne l'étoit auparavant
; mais que P'expérience à fait voir combien il
étoit à défirer que dans une Ecole auffi célebre que
celle des Chirurgiens de Saint Côme , on n'admît
que des Sujets qui euffent étudié à fond les principes
d'un Art,dont le véritable objet eft de chercher
>
硝
"
dans
MAY. 1743. 1035
dans la Pratique , précédée de la Théorie , les regles
les plus fûres qui puiffent réfulter des Obfervations
& des Expériences ; & comme peu d'efprits
font affés favorifés de la Nature pour pouvoir faire
de grand progrès dans une carriere fi pénible , fans
y être éclairés par les Ouvrages des Maîtres de
P'Art , qui font la plûpart écrits en Latin , & fans
avoir acquis l'habitude de méditer & de former
des raisonnemens juftes par l'étude de la Philofophie
, nous avons reçû favorablement les répréſentations
qui nous été faites par les Chirurgiens de
notre bonne Ville de Paris , fur la néceffité d'exiger
la qualité de Maître ès Arts de ceux qui afpirent.
à exercer la Chirurgie dans cette Ville , afin que leur
Art y étant porté par ce moyen à la plus grande
perfection qu'il eft poffible , ils méritent également
par leur fcience , & par leur pratique , d'être le modéle
& les guides de ceux qui , fans avoir la même
capacité , fe deftinent à remplir la même Profeffion
dans les Provinces , & dans les Lieux où il ne feroit
pas facile d'établir une femblable Ļoi . A ces cauſes
& autres confidérations à ce Nous mouvantes , de
l'avis de notre Confeil , & de notre certaine ſcience
, pleine puiffance & autorité Royale , nous
avons par çes Préfentes fignées de notre main , dit ,
ftatué & ordonné , difons , ftatuons & ordonnons ,
voulons & nous plaît ce qui fuit :
ART. I. Aucun de ceux qui fe deftinent à la Profeffion
de la Chirurgie , ne pourra à l'avenir , & à
compter du jour de l'enregistrement de notre préfente
Déclaration , être reçû Maître en Chirurgie ,
pour l'exercer dans notre bonne Ville & Fauxbourgs
de Paris , s'il n'a obtenu le grade de Maître
ès Arts dans quelqu'une des Univerfités approuvées.
de notre Royaume , & s'il ne juftifie préalablement
de cette qualité par la repréfentation de fes
Lettres
1036 MERCURE DE FRANCE
Lettres expédiées en bonne forme , aufquelles feront
annexées fes atteftations de tems d'étude
voulons qu'il foit fait mention tant defdites Lettres
de Maître ès Arts , que defdites atteftations dans les
Lettres de Maître Chirurgien qui lui feront accordées
; le tout à peine de nullité de fa réception &
des Lettres obtenues en conféquence .
ART. II. N'entendons néanmoins que la difpofition
de l'Article précédent ait lieu à l'égard de
ceux qui fe font faits immatriculer , pour le préfenter
aux examens , & aux autres épreuves établies
par les Statuts des Chirurgiens de notredite Ville
& Fauxbourgs de Paris pour parvenir à la Maîtriſe ;
ni pareillement à l'égard de ceux qui fervent actuellement
dans les Hôpitaux de ladite Ville & des
Fauxbourgs de Paris pour y gagner la Maîtriſe .
Voulons que les uns & les autres foient admis fuivant
l'ufage ordinaire , s'ils font trouvés fuffifans
& capables , encore qu'ils n'ayent pas la qualité de
Maître ès Arts .
ART. III . Voulons que tous ceux qui auront été
reçûs Maîtres Chirurgiens pour en faire la fonction
dans la Ville & Fauxbourgs de Paris , foient tenus
de l'exercer fans mélange d'aucun Art non libéral ,
commerce ou profeffion étrangere audit Art ; au
moyen de quoi ils jouiront des mêmes droits
honneurs & priviléges dont les Chirurgiens de
Saint Côme étoient en poffeffion avant l'union du
Corps des Barbiers à celui defdits Chirurgiens , or
donnée par Lettres Patentes du mois de Mars
1656.
ART. IV. Voulant expliquer nos intentions fur
ladite union , ordonnons que tous ceux des Chirur
giens de notre bonne Ville & Fauxbourgs de Paris ,
qui voudront renoncer au droit d'exercer la Barberie
, feront tenus d'en faire leur déclaration par
écrit ,
MAY. 17437 1037
écrit , & fignée d'eux en préfence de notre premier
Chirurgien ou de fon Lieutenant , après quoi , il
e leur fera plus permis de faire l'exercice de la
Barberie , à peine contre les contrevenans d'être
téchûs des Lettres de Maîtriſe par eux obtenuës .
ART. V. N'entendons empêcher que ceux qui
auront pas fait ladite déclaration ne continuent
d'exercer la Chirurgie & la Barberie conjointement
pendant leur vie , ainfi qu'ils l'ont fait où pû faire
tafqu'à préfent , en conféquence defdites Lettres
Fatentes du mois de Mars 1656. Voulons , qu'après
11 mort du dernier defdits Chirurgiens , lefdites
Lettres Patentes ceffent d'avoir leur effet , & qu'il
e puiffe y avoir dans notredite Ville & Fauxbourgs
e Paris aucun Barbier Chirurgien.
ART. VI. Après que la Profeffion des Barbiershirurgiens
aura été ainfi totalement éteinte . Oronnons
que l'exercice de la Barberie appartienne
xclufivement à la Communauté des Maîtres Bariers-
Peruquiers - Baigneurs - Etuviftes , établie dans
otredite Ville & Fauxbourgs de Paris , lefquels
e pouront exercer aucune partie de la Chirurgie ,
a peine de privation de leurs Charges , & de telle
amende qu'il appartiendra.
ART. VII. Confirmons au furplus & maintenons
notre premier Chirurgien & fon Lieutenant en la
Chirurgie , dans la poffeffion & jouiffance de tous
droits , prééminences , prérogatives , fonctions &
priviléges attachés à la Charge de notre premier
Chirurgien , & à la place de fon Lieutenant , en ce
qui concerne l'Art de la Chirurgie & fes dépendances
, dont notredit premier Chirurgien demeurera
le Chef,ainfi que par le paffé. Voulons auffi que
notredit premier Chirurgien continuë de jouir de
tous les droits , fonctions , prérogatives & priviléges
dont il eft en poffeffion , en ce qui regarde
l'exer
1038 MERCURE DE FRANCE
l'exercice de la Barberie , & la profeffion de Perruquier-
Baigneur.Etuvifte , & ce fous le titre d'Infpecteur
& Directeur Général par nous commis : lui
enjoignons de veiller à ce qu'aucun defdits Corps
n'entreprenne fur l'autre.
ART. VIII . Dérogeons à tous Edits , Déclara
tions , Lettres Patentes, Statuts & Réglemens, contraires
à notre préfente Déclaration , notamment
aufdites Lettres Patentes du mois de Mars 1656.
voulant que le Contrat d'union du premier Octobre
1655. les Délibérations & autres Actes paflés en
conféquence , foient & demeurent comme non
avenus , fanspréjudice néanmoins de l'exécution de
l'Article IV . ci-deſſus par rapport à ceux des Maîtres
Chirurgiens qui n'auront pas déclaré qu'ils renoncent
à l'exercice de la Barberie. Si donnons, & c.
P
TABL E.
IECES FUGITIVES . Epitre à M. Nericault
Deftouches , 827
Lettre de Mad . l'Abbefle & des Religeufes de l'Ab.
de Chelles , fur la mort de Mad . d'Orleans , 832
Elégie fur la mort de Mad . la Marq . de G.... 852
Lettre fur le Difcours du P. du Baudory ,
857
Epitre à M. de Voltaire fur fa Trag . de Mérope , 869
Differt . fur la Maiſon Milit. des Rois de France , 870
Ode à Mad . de la Lande , fur la convalefcence de
Mlle fa Fille ,
Lettre fur la Chronologie & la Topographie du
Breviaire de Paris ,
La Naiffance de la Mufette , Cantatille ,
903
୨୦୨
914
Queftion importante ,jugée au Parlem de Paris , 916
Epitre à Mlle D.S. B. écrite le prem. jour de l'an , 935
Enigmes & Logogryphe , 938
Nou
NOUVELLES LITTERAIRES DES BEAUX-ARTS ,
Hiftoire Romaine de Tite-Live , Extrait , 940
Hift . de la Nobleffe du Comté Venaiffin , Extr. 957
Arrêts & Réglemens notables , & c.
Recueils fur les affaires du Clergé ,
Hif de l'Académie Royale des Sciences ,
Mizirida , Princeffe de Firando
Differtations fur l'Hiftoire Eccléfiaftique ,
Livres chés le Gras , & chés Mariette ,
Livres des Pays Etrangers ,
959
960
961
ibid.
963
970
971
Ex de Lettre fur la nouv. Edit. duJournal des Sç.981
Difcours prononcés à l'Académie Françoife à la
Réception de M. de Mairan , 982
Aſſemblée de la Societé Litteraire d'Arras , 987
Eftampes nouv . & Portraits chés M. Petit, &c. 996
Chanfon notée "
997
Spectacles Extr.du Balet du Pouvoir de l'Amour, 999
Vers à Mlle Clairon fur le Rôle de Vénus , &c. 1809
Théatre François & Difcours à l'ouverture ,
>
1010
A Mile du Mefail , fur fon Rôle de Mérope , 1015
Le Feftin de Pierre au Théatre Italien . ibid.
Nouvelles Etrangeres , Allemagne & c . 1020
France , Nouvelles de la Cour , de Paris ,
Arrêts Notables ,
Errata de Janvier.
& c. 1029
1032
P Age 179. ligne 8. Cafonne , lifex , Calonne.
P.
Errata de Fevrier.
390 1. 14. 1711. l. 1721. P. 402. 1. 2. du Roi ,
1. de la Reine : P. 406. 1. 29. 1744•
Errata de Mars.
1. 1734.
P. 578. 1. 18. du Puy, l . de Bordeaux . P. 591. l. 16.
Valferné , I. Vallemé
Errata
Errata d'Avril
1
P. 635.1 . 16. 1743. l. 1742. P. 674. que fon , L.
que pour fon. P.686 . I. derniere , Lu, l. Lui.P. 694.
1. 12. & 13. eu connu, l. connu. P. 718 , à la recla
me , des , l . de . P. 727. l . 22. tout le , l. tous les. P.
738. 1. 15. Hermaphodites , 1. Hermaphrodites . bid.
1. 27. formicales , 1. formicaleo . P. 740. 1. 8. Roudelet
, l . Rondelet, P. 765. 1. 10. de Thun , l. d'Haun.
P. 796.1 . 16. niriez , l . nieriez. P. 798. l . 9. com◄
pofé. P. 813. l . 16. l. compofés, avant, auparayant .
P. 827.1 . 3. Pun , ôtez, ce mot.
P
Fautes à corriger dans ce Livre.
Age 829. à la reclame , Plus , lifez , Et.
P. 831. 1. 5. un ,
1. une.
P. 873. 1. 9. logoient , 1. logeoient.
P. 889. lig. premiere, ne manqua, l. ne manqua pas.
Ibid. 1. 13. a , ôtez ce mot.
Ibid. 1. 25. dû , 1. a dû .
P. 928. 1. 17. diftinction ; l. diftinction ,
P- 968. 1. 19. Villejuir , . Villejuif.
Ibid. 1. 22. Ste , l . de Ste .
P. 976. 1. 21. fragia , 1. fragmenta.
La Chanson notée , doit regarder la page 997.
MERCURE
DE
FRANCE ,
DEDIE AU ROY.
JUIN. 1743 .
PREMIER VOLUME,
COLLIGIT
SPARGIT
Chés
pillo
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER
ruë S. Jacques.
La Veuve PISSOT , Quai de Conty ,
à la descente du Pont- Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais
M. DCC. XLIII.
Avec Aprobation & Privilege du
A VIS.
L
'ADRESSE génerale eft à Monfieur
MOREAU , Commis au Mercure , vis
à vis la Comédie Françoife , à Paris, Ceux
qui pour leur commodité voudront remettre
teurs Paquets cachetés aux Libraires qui vendent
le Mercure , à Paris , peuvent ſe ſervir
de cette voye pour les faire tenir.
On prie très -inflamment , quand on adreffe
"des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous le
déplaifir de les rebuter , & à ceux qui les envoyent
, celui , non feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de les
perdre , s'ils n'en ont pas gardé de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de la premiere
main , & plus promptement , n'auront qu'à
donner leurs adreffes à M. Moreau , qui aura
foin de faire leurs Paquets fans perte de tems,
& de les faire porter fur l'heure à la Pofte, ou
aux Meffageries qu'on lui indiquera.
PRIX XXX. SOLS
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT
AV
JUIN 1743 .
***************
PIECES FUGITIVES,
en Vers & en Profe.
IMITATION du Pfeaume XXVIL
Dominus illuminatio mea , & c .
P...
ARGUMENT.
rêts de céder aux maux , qu'il a longtems
foufferts ,
David elpere en Dieu , dont la main le
feconde ;
Ses ennemis vaincus lui voient brife: fes fers ,
. Et braver les fureurs du Monde. 1
I. Vol
Aij
PSEAUMA
7044 MERCURE DE FRANCE
PSEAUME.
Ces nuages épais , qui fembloient m'éblouït ,
Ne peuvent foutenir l'éclat de ta puiffance ;
Ton bras , Dieu d'Ifraël , les fait évanouir ,
Dès qu'il s'arme pour ma vengeance.
Quoi ! quand ton intérêt te retient dans les Cieux ;
Tu defcends pour venger un amas de pouffiere ;
J'entrevois les rayons qui deffillent mes yeux ;
Oui , c'eft ta célefte lumiere .
Quels coups pourront m'abbatre avec un tel appui ?
Qui peut m'épouventer fi tu deviens mon guide
En m'offrant aux tranſports d'un fougueux ennemi ›
Je ne crains que pour ce perfide.
Tout mon fang répandu ne fçauroit me troubler ;
Ton fecours , Dieu vengeur , fait ma force & mạ
gloire ;
Qu'un millier de Tyrans viennent pour m'accabler;
L'efpérance fait ma victoire.
Je veux à te fervir employer tous mes jours ;
D'un coeur reconnoiffant je veux donner l'exemple ;
Ton nom retentira dans mes moindres diſcours ,
Et mon coeur deviendra ton Temple.
David te doit- il moins pour toutes tes faveurs ?
J'étois
JUIN. 1743
1045
J'étois ptêt de périr , & tu viens à mon aide .
J'entrevoyois la mort au milieu des horreurs ;
Ta préfence fut mon remede.
Affûré déformais contre tous les complots
De ces Hommes hardis , & bourreaux mercénaires ;
Goutant à tes côtés les douceurs du repos ,
Craindrois -je leurs bras fanguinaires ?)
Je veux par ton fecours immoler aux Enfers
Ces Monftres , dont le coeur ne connoît que
crimes ,
Et de l'iniquité purger tout l'Univers
Dans le fang de tant de victimes .
les
J'irai fur tes Autels faire fumer l'encens ;
Remplir de ton faint Nom les Lieux où l'on t'adores
Et dans le fein des Airs promener mes accens,
Du Couchant jufques à l'Aurore.
Mon coeur eft plein de toi ; fois fon unique efpoir.
Je t'invoque , Seigneur ; exauce ma priere ;
C'eft un fils qui te cherche ; helas ! laiffe toi voir ,
Et mon allegreffe eft entiere .
Je connois les deffauts de mon humanité :
que
Sans toi , je le fçais trop , je ne fuis foibleffe ;
Mais un Dieu tout- puiffant , & qui n'eſt que bonté ,
Ne fçauroit être fans tendreffe .
A ifj
Mes
1046 MERCURE DE FRANCE
Mes parens , mes amis ; chacun fuit loin de moi ;
Au milieu des humains je fuis comme en exil.
Malgré mon trifte fort , j'oſe eſpérer en toi ,
Et t'aimer c'eſt être tranquille.
De tous mes ennemis je braverai les traits ;
Montre moi le chemin qui conduit vers ton trône
Plus vite que l'éclaire , charmé de tes bienfaits ,
J'irai recevoir la Couronne .
Combien pour me corrompre ont employé dé
foins
Ces ennemis du bien , ces ames criminelles
Sur mes moindres deffauts combien de faux té
moins
Ont- ils appuyé leurs querelles ?
Combien , en m'empêchant de faire mon falur
Ont-ils médit de moi pour achever ma perte ?
N'ont- ils pas recherché, pour venir à leur but ,
La moindre occafion offerte ?
Où trouver lerepos ? Eft- ce dans ces bas Lieux ?
Non ... c'eſt auprès de toi , confervateur fuprême ;
Douce tranquillité , ton regne eft dans les Cieux
Et le vrai bonheur eft Dieu même.
Docteurs , ingénieux à trouver tout obfcur
La vérité , c'eſt Dieu; croire en lui , c'eft ſcience .
Croyez
JUIN.
1047 1743.
Croyez ; voilà du Ciel le chemin le plus fûr .
Tout le refte n'eft qu'ignorance .
d'Aire , Célestin , à Rouen.
ນ
SUITE de l'Eſſai d'un Traité Hiftorique
de la Croix de N. S. J. C. & c .
I
XI. PARTIE.
Ly avoit trois ans entiers
Croifés avoient entrepris le Voyage de
Jérufalem , lorfqu'enfin un Mardi , fixieme
Juin de l'année 1099. l'Armée Chrétienne ,
commandée par Godefroy de Bouillon , vit
avec une joie incroyable le terme des peines
& des travaux qu'elle avoit effuyés , &
qui étoient inféparables d'une fi grande entrepriſe.
Pour bien exprimer cette joye , & les effets
de la premiere vûë de la Ville Sainte , empruntons
ici les termes de l'Hiftorien , que
nous avons déja cité dans la X. Partie de notre
Effai . Ils m'ont parû dignes d'un ſi grand
fujet , & d'être rapportés.
» Auffi-tôt que
l'Armée fut montée fur les
» hauteurs qui font au - delà d'Emmaïs , &
» qu'elle découvrit de-là les Tours de la
A iiij.
Sainte
048 MERCURE DE FRANCE
38
*
>
" Sainte Cité , les Princes , les Chefs , les
" Soldats , & toute la troupe des Pélerins ,
qui les fuivoient , poufferent tous enfem-
"ble , comme de concert , des cris d'allégreffe
, de bénédiction & de louanges , qui
" étant repouffés & multipliés par les ro-
" chers & les montagnes , dont la Ville eft
» environnée , faifoient entendre un million
" de fois partout , Dieu le veut , Dieu le veut.
» Puis un moment après , leurs coeurs fe fen-
>> tant vivement touchés & pénetrés d'un ſen-
>> timent extraordinaire de piété , de ten-
» dreffe & d'amour de Dieu , à la vûë des
» Saints Lieux , confacrés par les adorables
» Myftéres de la rédemption des Hommes.
» tous fe jetterent contre terre , fondant en
> larmes de dévotion , & baifant avec une dou-
» leur inexprimable cette Terre , qui avoit eû
»le bonheur de porter le Verbe Incarné,& c.
» La préſence de ces précieux monumens des
>> victoires du Fils de Dieu , après ces premiers
» mouvemens de pieté firent naître une fi
» grande ardeur de vaincre dans le coeur des
» Croisés, qu'ils s'écrierent tous qu'on les me-
» nât promptement affiéger Jérufalem , non
pas comme Juive , ennemie , & meur-
» triere du Sauveur du Monde , pour la
>> ruiner , mais comme Chrétienne , & captive,
» pour la délivrer de la tyrannie des Bar-
» bares , qui empêchoient que l'on n'y vint
>
librement
JUIN. 1743. 1049
»librement de toute la Terre , rendre les
>> hommages qui font dûs au Sepulchre de
» JESUS - CHRIST. C'eft pourquoi les Princes
» Chrétiens jugeant qu'il falloit fe fervir d'u
>> ne fi belle difpofition de leurs Soldats ,
» allerent fur le champ former le fiége de
» cette illuftre Ville .
Le détail , le fuccès & les fuites de ce
fiége font une des plus belles parties de
l'Hiftoire des Croifades , & le fujet du III.
Livre ; nous nous contenterons d'en expofer
ici le fommaire , par les raifons que nous
avons déja dites .
L'état où se trouvoit Jérufalem , lorfque
les Princes Croilés y mirent le fiége ; la diftribution
des quartiers , le mauvais fuccès d'un
affaut géneral donné contre les regles de la
guerre , par l'avis d'un Hermite , qui préten
doit avoir une révélation de Dieu ; defcription
des Machines de Godefroy ; Proceffion
folemnelle autour de la Ville ; fecond affaut
géneral , qui dure trois jours. Deux Magiciennes
, qui faifoient leurs conjurations fur
les murailles , font écrasées d'une pierre lancée
du Château de Godefroy. Artifice de
Godefroy pour écarter les ennemis ; il fe
jette le premier par le pont de fon Château
fur la muraille. Prife de Jérufalem ; maffacre
effroyable des Sarrazins ; toute l'Armée à
exemple de Godefroy , rend graces folem-
A v nelles
1050 MERCURE DE FRANCE
nelles à Dieu devant le Saint Sépulchre.
>
Affemblée des Princes croifés pour l'Election
d'un Roi ; & d'un Patriarche ; Harangue
de Robert , Duc de Normandie fur ce
fujet. Election de Godefroy de Bouillon
proclamé Roi de Jérufalem. La célebre Bataille
d'Afcalon contre le Soudan d'Egypte
& la victoire des Chrétiens , qui fût la fin de
cette premiere Croiſade ; retour des Croifés ;
les conquêtes de Godefroy de Bouillon , &
fa mort ; abbregé de l'Hiftoire de Jérufalem ,
jufqu'au tems de la feconde Croiſade ; du
regne de Baudouin ; le floriffant état des
Chrétiens en Orient à la mort de ce Roi.
>
Le Regne de Baudouin II . L'Hiftoire de
l'établiffement des Ordres Militaires & Hofpitaliers
la captivité du Roi Baudouin , fa
délivrance fes victoires & fa mort ; le
Comte Fouques d'Anjou,fon Gendre lui fuccede
; le bonheur de fon regne , fa mort &
la Régence de la Reine Mélifente , durant la
minorité de Baudouin III . L'occafion qui fit
naître la feconde Croifade . Hiftoire des deux
Joffelins de Courtenay, Comtes d'Edeffe . La
priſe de cette Ville par Sanguin , Soudan d'Alep
puis par Noradin, fon fils . Portrait de
ce Prince & fes conquêtes fur les Chrétiens .
On a recours à Louis le jeune , Roi de
France ; fon portrait & l'occafion qui l'engagea
dans la Croifade. Il confulte fur cela
S.
JUIN 17437
1051'
S. Bernard ; le Portrait de ce Saint , qui reçoit
ordre du Pape Eugene III . de prêcher la
Croifade. Les Affemblées génerales de Bourges
, de Vezelay , & de Chartres pour la
Croifade.
Elle eft publiée par S. Bernard en France
& en Allemagne . Le Roi & l'Empereur
Conrad prennent la Croix ; l'Abbé Suger eft
déclaré Régent en France ; fon Portrait &
fon avis touchant la Croifade.. Voyage de
l'Empereur ; defcription de la tempête qui
faillit à ruiner fon Armée fur les bords du
Fleuve Melas.
La Flotte des Croifés prend Lisbonne fur
les Sarrafins.Origine des Rois de Portugal ; les
Portrait & la perfidie de l'Empereur Manuel,
qui s'entend avec les Turcs. Pitoyable défaite
de l'armée de l'Empereur. Le Voyage du
Roi jufques à Conftantinople , & fa récep--
tion . Avis de l'Evêque de Langres , qui confeille
au Roi de prendre Conftantinople. Sa
Harangue fur ce fujet , & ce qui empêche
qu'on ne fuive cet avis. Suite des trahifons»
de Manuel. Voyage du Roi en Afie ; fon entrevûë
avec l'Empereur Conrad , & le retour
de ce Prince à Conftantinople . La Def
cription du Méandre , & le fameux paffage
de ce Fleuve par l'Armée du Roi..
En continuant d'analyfer l'Hiftoire géne
rale des Croifades , voici le Sommaire du
IV. Livre. A vj. L'are
1052 MERCURE DE FRANCE
L'arriere- garde de l'Armée Royale eft dé
faite dans la montagne de Laodicée , faute
d'avoir obfervé les ordres du Roi. Defcription
de ce Combat. Action héroïque du Roi,
dans un extrême danger de fa vie . Sa marche
& fa bonne conduite jufqu'à Attalie . Nouvelle
perfidie des Grecs , qui trahiffent l'Armée
Royale. Arrivée du Roi à Antioche , &
fon démêlé avec le Prince Raymond . La fuite
de fon voyage jufqu'à Jérufalem , où l'Empereur
Conrad s'étoit rendu .
Affemblée de Prolémaïde où le Siége de
Damas eft réfolu . Defcription de la Ville de
Damas. L'ordonnance & la marche de l'Armée
Chrétienne vers la Ville. Le jeune Roi
Baudouin donne le premier. Son Portrait &
fa valeur extraordinaire à l'attaque des Jardins
& des Fauxbourgs de Damas . Grand
Combat fur le bord de la Riviére . Grande
Action de l'Empereur Conrad . Hiftoire du
Siége de Damas , & de la trahifon des Syriens ,
qui fut la caufe de fon malheureux fuccès.
Retour de l'Empereur & du Roi dans leurs
Etats. Murmure contre Saint Bernard , &
fon Apologie. Les Conquêtes de Noradin
après la levée de ce Siége . La mort du Roi
Baudouin , & fon Eloge. Son Frere Amaury
-lui fuccede. Hiftoire de ce Prince , qui perdit
par fon avarice, l'occafion de conquérir toute
I'Egypte. Hiftoire de Siracon , qui s'empara
du
JUIN. 17437 1053
du Royaume d'Egypte , & le laiffa à fon ne
veu Saladin. L'Eloge & les premiéres Conquêtes
de ce Prince . La mort d'Amauri. Les
troubles & les divifions qu'elle caufe dans le
Royaume. Suite des Conquêtes de Saladin .
Le Regne de Baudouin le Lepreux. Am²
baffade vers les Princes d'Occident , pour demander
du fecours contre Saladin . La Négociation
des Ambaffadeurs en Italie avec le
Pape & l'Empereur ; en France avec Philippe
Augufte , & en Angleterre avec Henri
II. Les artifices de ce dernier Prince pour
éluder cette Ambaffade . Célebre cas de confcience
propofé dans le Parlement de Londres
fur cette grande affaire. Les raifons de part &
d'autre &l'opinion la plus fevére , rejettée com
me fauffe par les Evêques . L'emportement du
Patriarche Heraclius contre le Roi.Conférence
de Philippe Augufte & de Henri , qui recommencent
la guerre. L'Apoftafie & la trahifon
d'un Templier. Mort du Roi Baudouin
IV. & du petit Roi fon neveu.
Artifice de Sybille , Mere du petit Roi dé
funt,pour faire couronner Guy de Lufignan ,'
fon Mary. Le depit qu'en eut Raymond
Comte de Tripoly. Son Portrait ; fon horrible
trahifon , & fon Traité fecret avec Saladin
, qui entre dans la Galilée , & affiége la
Ville de Tiberiade. Differens avis dans le
Confeil de guerre tenu par le Roi. La mal
>
heureuſe
1054 MERCURE DE FRANCE
heureufe Bataille de Tiberiade , perduë par
la trahifon du Comte Raymond. Le fruit
que Saladin reçueille de fa victoire.
Hiftoire du fiége & de la prife de Jérufalem
par ce Prince Victorieux. Le trifte départ
des Chrétiens de Jérufalem , & la genereufe
action de Saladin. La cruauté & la funefte
mort du Comte de Tripoly. Le Triomphe
de Saladin. Hiſtoire du Marquis Conrad
qui fauva Tyr. Les caufes de la perte de la
Terre Sainte .
>
De tous les évenemens contenus dans les
quatre premiers Livres de l'Hiftoire des Croifades
, aucun n'intereffe plus directement le
fujet que j'ai entrepris de traiter , & n'eſt en
même- tems accompagné de circonftances.
plus fingulières , que celui de la fatale journée
de Tiberiade ; c'eſt pour cela qu'il eft
à propos de le rapporter ici avec toute l'exactitude
poflible , en reprenant d'un peu plushaut
le fil Hiftorique , pour ne laiffer rien à
defirer , ou à deviner à un Lecteur intelligent.
>
L'Hiftorien François des Croisades dit que
Saladin , d'intelligence avec le Comte Raymond
de Tripoly , qui trahiffoit les Princes
Chrétiens confederés , ayant defait le premier
jour de Mai 1187. les Troupes des Templiers
& des Hofpitaliers dans un Combat , où le
Grand Maître de l'Hôpital, & foixante de fes
plus
JUIN.
1055 1743
plus braves Chevaliers demeurerent fur la
place , il s'empara de la plus part des Places
qui étoient fans défenfe . Puis , fuivant l'avis
qu'il reçût du Comte Raymond, il alla mettre
le fiege avec une Armée de plus de quatre
vingt mille chevaux , & d'un plus grand
nombre de Fantaffins devant la Ville de Tiberiade
, que l'on appelloit alors Tabarie ,
Capitale de la Province de Galilée. C'étoit
une grande Ville autrefois appellée Cenerth
, fituée fur la partie Occidentale du
grand Lac de Genefareth , ou Mer de Galilée
, & qu'Herode le Tetrarque , après
l'avoir magnifiquement rebâtie , & entourée
de fortes murailles , avoit fait nommer
Tiberiade du nom de l'Empereur
Tibere.
,
Commele Comte n'y avoit laiffé que trèspeu
de gens de guerre , Saladin l'infulta fans.
peine , & tout ce que put faire la Princeffe
Efchine fon Epoufe , qui ne fçavoit rien de
la trahifon de fon Mari , fut de ſe fauver dans
la Fortereffe , avec le peu de foldats qu'elle
avoit pour la défendre , en attendant le fecours
qu'elle envoya promptement demander
au Roi de Jérufalem , Guy de Lufignan.
Il y cut fur cela deux avis bien differens
dans le Confeil de guerre. Les plus fages ne
vouloient pas , par de très bonnes raifons ,
qu'on entreprit de fecourir la Place de vive
force
1056 MERCURE DE FRANCE
force ; mais le Comte de Tripoly , qui avoit
d'autres vûës , conformes à fa mauvaiſe foi , foutint
le contraire.Les quatre fils que la Princeffe
Efchine avoit de fon premier mariage , faifoient
grand bruit , & demandoient avec inf
tance qu'on allât fecourir leur mere. La Reine
Sybille employoit pour cela tout le pouvoir
qu'elle avoit fur l'efprit de fon mari ; enfin la
plupart des Seigneurs ayant appuyé cet avis ,
ceux- ci par complaifance pour la Reine
ceux -là pour fervir les quatre Princes de Tiberiade
, & quelques-uns par l'intelligence
fecrette qu'ils avoient avec le Comte Raymond
, on réfolut d'aller droit aux ennemis,
avec tout ce qu'on avoit pu tirer des Villes,
où l'on ne laiffa que les perfonnes inutiles
& incapables de fervir , & avec ces Troupes
, où il y avoir , dit notre Hiftorien, beaucoup
d'hommes & peu de foldats , l'Armée
qui étoit de douze mille chevaux , & de
vingt mille Fantaflins , fans compter les Bourgeois
des Villes, qu'on avoit menés. par force
à la guerre , s'avança vers Tiberiade.
Comme le Comte Raymond , qui par la
Princeffe fa femme , étoit Prince de Galilée ,
connoiffoit mieux le Païs que tous les autres ;
qu'il étoit de plus , grand homme de guerre,
& qu'il fembloit avoir le plus d'interêt
dans la Victoire , pour délivrer une perfonne
qui devoit lui être fi chere , on lui donna la
conduite
JUIN
1743 1057
•
conduite de cette Armée , & ce perfide , qui
donnoit fecrettement avis de tout aux ennemis
, l'alla malheureuſement engager dans un
Pays rude & fterile , & dans des détroits de
montagnes , & de rochers , où il n'y avoit ni
ni fourage. eau ,
Les ennemis , qui n'attendoient que ce
moment , ne manquerent pas de l'y aller auf
fitôt inveftir , avec leurs troupes beaucoup
plus nombreuſes, & c . On étoit au plus fort de
Î'Eté, au commencement du mois de Juillet,
I pendant lequel les chaleurs deviennent les
plus infupportables dans un Climat fi chaud .
Il n'y avoit pas une goute d'eau parmi ces
Rochers , & les hommes , & les chevaux
mouroient de foif. C'eft pourquoi la né
ceffité fit refoudre fur le champ le Combat
quoiqu'avec un extrême défavantage.
Jufqu'ici l'Hiftorien François a fort
bien détaillé ce qui occafiona , & ce qui précéda
cette fameufe Bataille . Il en fait enfuite
le recit avec cette éloquence hiftorique , qui
lui étoit propre , fur l'autorité de divers Auteurs
Latins , qui ont écrit des Croisades . Le
Pere Maimbourg n'en pouvoit pas citer d'autres
, nen connoiffant pas.
Il y a eu cependant des Hiftoriens
Orientaux , qui ont écrit fur le même fujet
, non - feulement comme contemporains
, mais quelques- uns , comme témoins
oculaires ,
Toss MERCURE DE FRANCE
oculaires , dont les Manufcrits fe trouvent
pour la plupart dans la Bibliothéqué du Roi.
Tels font en particulier ceux qui ont écrit
l'Hiftoire du Sultan Saladin.
Un habile (a) Ecrivain de nos jours , à qui
toutes les Langues, & les principales Hiftoires
Orientales étoient familiéres , s'eſt ſervi
utilement de ces Manufcrits, pour donner en
François une Hiftoire fuivie de ce fameux
Conquérant. Il na pas eu la fatisfaction de la
publier lui - même , mais il avoit mis à cet
Ouvrage la derniére main , lorfquil mourut.
Ayant eû communication de fon Mamufcrit
, j'ai reconnu que la Defcription
de la Bataille de Tiberiade , par les Ecrivains
Orientaux , eft fort fupérieure en toutes maniéres
à celle qu'en ont donnée les Auteurs
Latins , quoique habilement mife en oeuvre
par le P. Maimbourg ; c'eft auffi ce qui m'a
déterminé à la prendre dans cette fource ,
& à l'expofer ici de la même maniére quelle
eft rapportée par l'Auteur que j'ai cité .
BATAILLE de Hettin ou de Tiberiade ;
Extrait de l'Hiftoire de Saladin
par E. R. Livre V.
Comme Saladin eût appris par fes Efpion s
que les Chrétiens devoient aller gagner un
(a ) Eufebe Renaudot , de l'Académie Françoise.
Torrent
JUIN. 1743
1059
,
Torrent , proche de Tiberiade , où ils pouvoient
trouver de l'eau en abondance , il les
laiſſa ſe mettre en chemin , mais il détacha de
la Cavalerie, pour fatiguer leur arriere-garde à
coups de fléches , puis s'étant mis a la tête
d'un Corps d'élite , il arrêta , quelque tems ,
les premiers Eſcadrons , & fit cependant filer
de la Cavalerie , qui gagna le Torrent ,
& obligea ainfi les Chrétiens à camper dans
la Plaine . On étoit alors dans les plus grandes
chaleurs de l'Eté , & l'Armée Chrétienne fe
trouvant dépourvue d'eau dans ces Campagnes
brulantes , fouffrit des incommodités
fi extrêmes , que les Chefs refolurent de tout
hazarder pour fe tirer d'un auffi grand péril.
Il y avoit là- auprès un petit Château , bâti
fur un Eminence nommée Hettin, où une
partie de l'Armée fe retrancha pendant la
nuit , parce qu'on y trouvoit des fourages
& Saladin ayant commencé dès le foir de
plier fes Escadrons , les Chrétiens mirent,
auffi leur Armée en Ordre de Bataille .
Les Auteurs font partagés fur le nombre
des Troupes , dont elle étoir compofée , car
les uns témoignent qu'il y avoit vingt mille
hommes de pied , & douze cent hommes.
d'Armes. Les autres qu'elle étoit de plus de
trente mille hommes de pied , fans la Cava-.
lerie , qui n'étoit pas fort nombreuſe , & les
Mahometans affurent qu'ils la trouverent de
plus
Yogo MERCURE DE FRANCE
plus de cinquante mille hommes , & que
celle de Saladin étoit beaucoup plus forte ,
fur- tout en Cavalerie , mais on ne peut pas
dire qu'elle fut de huit cent mille hommes ,
& de 80000. chevaux, ou même auffi nombreufe
, que les Armées de Xerèxs , & de
Darius , car on auroit eu peine alors de trouver
I 20000. combattans dans toute l'Afie.
Le jeudi au foir 4. Juillet , 23 de la Lune
de Rabieh , 2. felon les mois Arabesques, les
deux Nations commencerent quelques légeres
efcarmouches . La nuit fit differer le
Combat jufqu'au lendemain , & Saladin en
eût beaucoup de joye , car il ne fouhaitoit
rien d'avantage que de donner Bataille un
Vendredi , jour confacré des Mahometans .
Il efpéroit que les Prieres publiques , qui fe
faifoient alors dans les Mofquées , lui obtiendroient
le fecours de Dieu , pour la caufe duquel
il croyoit combattre , & même il avoit
envoyé ordre dans les Villes prochaines , de
faire des dévotions extraordinaires , dans une
occafion fi preffante.
Le lendemain dès la pointe du jour , les
'Armées s'étant mifes en Bataille , on commença
de part & d'autres un des plus rudes
Combats , qui fe foit jamais donné dans les
Guerres Saintes. La Croix fut portée par l'Evêque
d'Acre. Les Chrétiens, après avoir appaifé
leur foif avec du vin , du lait , & toutes
fortes
JUIN. 1061 1743.
fortes d'autres liqueurs , qu'ils pûrent troucombattirent
avec tant de vigueur ,
qu'ils eurent d'abord beaucoup d'avantage
& tuerent un grand nombre de Mahometans .
*Ce fut dans ce premier effort , que les Templiers
& les Hofpitaliers chargerent les ennemis
avec tant de furie › que s'ils euffent
été foutenus , ils auroient , à ce que difent
nos Hiſtoriens , entiérement défait les Infidéles.
Cependant on ne peut douter que
le refte de l'Armée ne fit des merveilles, car
le Combat dura tout le jour , mais fur le foir
les Chrétiens commencerent à plier , accablés
de foif & de fatigue . La nuit ayant obligé
les uns & les autres de prendre un peu de
repos & de nourriture , ils en pafferent une
partie fous les armes , & les Chrétiens témoignerent
par leurs grands cris , & par le
bruit de leurs Tambours qu'ils étoient pleins
de coeur & de courage , & réfolus de fe défendre
jufqu'à l'extrêmité,
& ren-
En effet, dès la pointe du jour, ils attaquérent
les Infidéles avec une extrême furie ,
rompirent les premiers Escadrons
dirent quelque tems la Victoire douteuſe .
Saladin dans ce défordre des fiens , fe mit
à la tête d'un Corps de referve , & après avoir
repréſenté à fes Soldats , qu'ayant les ennemis
en tête , & le Jourdain derriere eux
ils ne pouvoient fe fauver qu'en combattant
1062 MERCURE DE FRANCE
il les rallia, & les fit retourner à la charge contre
les Chrétiens . Il fe mit dans les premiers
rangs , & animant les fiens par fes paroles &
par fon exemple , il arrêta l'effort desChrétiens .
En même tems il les fit charger en flanc par
un Bataillon, qui n'avoit pas encore combattu
, & enfin il les enveloppa de toutes parts.
>
Les Mahométans jetterent des cris épouventables
à ce commencement de Victoire
& alors les Chrétiens accablés & vaincus par
le nombre , par la foif, par la chaleur &
par la fatigue d'un Combat fi opiniâtre
plierent de toutes parts. Mais quoiqu'ils
fuffent entiérement épuifés de forces , ils
n'avoient pas encore perdu tout - à- fait courage
, car ayant gagné la hauteur de Hettin
ils tournerent tête à leurs ennemis
& les étonnerent tellement par leur réfolution
, qu'ils les arrêterent, fans que le Sultan
put les obliger de donner , ni par promeffes ,
ni par ménaces. Il fit donc avancer des Gens
de traits , & tirer une telle quantité de fléches
, qu'ils en reçurent un très grand dommage.
Alors le Comte de Tripoli , après
avoir fait des efforts furprenants , voyant la
défaite entiére de l'Armée Chrétienne
ça avec les Troupes un gròs Eſcadron , commandé
parTakieddin Oman, neveu du Sultan ,
& fe fit paffage au milieu de toute l'Armée
avec une hardieffe , qui les remplit détonne-
, perment.
JUIN. 1743. 1063
,
ment. Quelques Emirs s'étant détachés
pour
le fuivre avec de la Cavalerie , il tourna contre
cux avec une telle furie , qu'ils furent
obligés de fe retirer après avoir perdu
beaucoup de Soldats. Ils fe rendit à Gebail
d'où il paffa à Tyr , où il mourût quelque
tems après d'une enflure extraordinaire : fans
que les Mahométans , qui le chargent de
maledictions , cruffent lui devoir une partie
de cette Victoire au contraire , ils attribuerent
cette mort à la Juftice de Dieu
vengeur de la parole qu'il avoit violée
abandonnant leur Alliance , tant ils étoient
éloignés de croire , qu'il eut empêché fes
Troupes de combattre , comme le témoignent
tous nos Hiftoriens .
Cependant le refte de l'Armée combattoit
toûjours à Hettin , & le défendoit avec
une telle réfolution , que les Infidéles n'ofoient
approcher , & fe contentoient de
tirer des fléches . Le Sultan craignit avec raifon
, qu'ils ne réprifent courage & ne chargeaffent
les fiens , qui accablés pareillement
de chaleur & de fatigue , pouvoient aifément
être mis en fuite , & leur donner paffage.
I fçavoit de plus que le Roi Gui de
Lufignan , & plufieurs autres Seigneurs
étoient dans l'Armée & qu'il auroit un
très - grand avantage de les prendre prifoniers,
ce qu'il ne pouvoit faire , fans mettre hors de
combat
1064 MERCURE DE FRANCE
'combat ceux qui reftoient fur cette éminence.
C'est pourquoi , ayant remarqué qu'il y
avoit à l'entour beaucoup de foins & de fourages
, il y fit mettre le feu , de forte , que
le vent portoit la fumée dans les yeux des
Chrétiens , que la chaleur , la foif & la fatigue
d'un combat de deux journées , avoit
reduits dans un état digne de pitié . Ils furent
donc enfin entourés de toutes parts ;
ceux que l'on trouva les armes à la main , furent
taillés en piéces ; le Roi Gui de Lufignan ,
le jeune Humfroi , fils du Connêtable du
Royaume , Arnault de Chatillon , Seigneur
de Carac & de Raubec , Geoffroi fils du Seigneur
deTiberiade , le Commandeur duTemple
, & le grand Maître des Hofpitaliers, avec
plufieurs autres perfonnes de la premiere qualité
, furent faits prifoniers. Le nombre des
autres de moindre marque fut fi grand
qu'un témoin oculaire affûre en avoir vu une
trentaine , liés avec une corde de tente , &
conduits par un feul homme, tant ils étoient
abattus par la fatigue & par la chaleur.
La Ste. Croix , qui avoit été portée felon
la coûtume , fut prife avec un Officier de
l'Eglife de Jérufalem , qui l'avoit relevée
après la mort de l'Evêque d'Acre , tué dans
le Combat , où il l'avoit portée le premier.
C'eft , difent les Hiftoriens Mahomérants
la Croix mêmefur la quelle ils croyent que le
·
Meffie
JUI N.
1065 1743
> Meffie leur Dieu a été attaché & qu'ils
avoient par cette raifon couverte d'Or , & de
Pierreries . Tous les Chrétiens fe profternent devant
Elle ; ils l'honorent & font leurs prières
auprès ; ils n'ofent par reſpectjurer par Elle
l'affliction qu'ils reffentirent de l'avoir perduë
, fût incomparablement plus grande , que
celle qu'ils eurent de la defaite de l'Armée , de
laprife du Roi , & de la Captivité de tant de
Seigneurs.
Cette affliction fût générale parmi les
Chrétiens d'Orient , féparés de l'Egliſe Romaine
, qui felon leur propre témoignage ,
virent avec une extrême douleur cette précieufe
Rélique entre les mains des Infideles .
Comme ils avoient un grand refpect pour
cet augufte Dépôt , & qu'ils en confervoient
dans leurs Eglifes depuis plufieurs fiécles
, des morceaux enchaffés dans des Réliquaires
précieux , on ne douta plus que
cette perte ne fûr un figne évident de la
colere de Dieu , & de la priſe de Jéruſalem .
Enfin les Infidéles , qui n'outragent la
Croix , que parce qu'ils ne peuvent pas comprendre
, que JESUS Verbe de Dieu , ait été
crucifié , crûrent avoir remporté une Victoire
fignalée avec une fi précieufe dépouille
, & compterent cette défaite comme la
plus grande perte , qu'euffent fait les Chré
tiens depuis leur entrée en Paleftine .
1. Vol. B Saladin
1066 MERCURE DE FRANCE
Saladin , après avoir donné quelques ordres
pour la pourfuite des fuyards , fit dref
fer fa Tente , & chacun lui préſenta les Prifonniers
de qualité , qu'il avoit fait dans le
Combat. Ayant enfuite fait retirer tout le
monde , il fut quelque tems en prieres pour
remercier Dieu de cette grande Victoire . II
fit orner fes Tentes avec une magnificence
Royale , & commanda que le Roi Gui de
Lufignan , Geoffroi , Arnaut , & les autres
Seigneurs fuffent amenés en fa préfence . I
les fit affeoir à fes côtés , & comme ils
étoient extraordinairement altérés , on apporta
par fon ordre du forbec rafraichi dans
la neige , dont il préfenta une Taffe au Roi ,
qui après avoir bû la donna à Arnaut ; le
Sultan fit dire au Roi par un Interprête ;
que c'étoit à lui qu'il avoit donné à boire
& non pas à Arnaut , & le montrant au
doigt , il ajoûta ces paroles. Ce maudit ne
boit pas de ma main , ni avec ma permiſſion ;
qu'il n'efpere donc pas avoir de quartier ; ce
qu'il difoit pour faire entendre la vengeance
qu'il vouloit prendre d'Arnaut ( a )
felon le voea , qu'il avoit fait de le tuer de
fa propre main. Il les envoya manger dans
un licu feparé , & enfuite les ayant fait ra-
>
( a ) on dira enfon lieu, le ſujet particulier de la colere
de Saladin contre ce Seigneur , avec plus d'érenduë.
mener
JUI N. 1 1743.- 1069
mener en fa préſence , il s'adreffa au dernier ,
& lui fit de grands reproches de la maniere
cruelle dont il avoir traité les Mahométans :
fur-tout , il lui reprocha les paroles injuricufes
, qu'il avoit dites contre Mahomet , & la
hardieffe d'avoir effayé de piller les Villes
de la Mecque , & de Medine . Il faut donc ;
ajoûta-t'il , que je venge l'affront fait à notre
Prophéte , & à notre Réligion . Je ſuis prêt
néanmoins de te pardonner le mal , que tu nous
afait , fi tu veux renoncer à ta Religion , &
embraffer la nôtre , que tu as tant outragée
par tes paroles& par tes actions. Ce Prince
lui répondit avec fermeté , Qu'il vouloit mourir
Chrétien , il refufa les offres avantageufes
qui lui furent faites , & il écouta les ménaçes
qu'on lui faifoit de le tourmenter , avec
un tel mépris , que Saladin fe levant en co-
'lere , lui donna un coup de fabre fur la tête ;
ceux de la fuite acheverent de le tuer en un
moment , & jetterent fon corps hors de la
Tente , où il demeura jufqu'au foir.
C'est ainsi que ce Seigneur termina une
vie affez glorieufe , fi les maximes de fon
tems , ne lui avoient fait fouvent violer les
Traités , & manquer fans aucun égard à la
foi donnée , lorfqu'il trouvoit quelque occa
fion de faire du mal aux Mahometans . L'Hiftoire
de cette mort vrayement Chrétienne ;
qui le doit faire confidérer comme un Mar-
B ij tyr a
1068 I
MERCURE DE FRANCE
tyr , nous a été confervée par ceux-même ,
qui la lui firent fouffrir , au lieu que nos
Hiftoriens n'en font aucune mention , quoiqu'ils
s'arrêtent fouvent fur des circonstances
moins illuftres & moins utiles àla postérité.
Le Roi de Jérufalem préfent à ce mallacre ,
ne douta pas qu'il ne dût être traité de la
même maniére. Le Sultan qui s'en apperçut
, le raffura par de bonnes paroles , & lui
dit , qu'à la vérité ce n'étoit pas la coûtume ,
qu'un Prince en fit mourir un autre , mais
que celui - ci ayant violé toutes les Loix divines
& humaines , & porté fon effronterie
jufqu'à parler mal des Prophêtes & de la Ré
ligion , il avoit mérité une punition extraor
dinaire , & contre les regles. C'étoit pour
cette raison , que lorfque le Sultan donna
à boire à Gui de Lufignan , il déclara, que ce
n'étoit pas à Arnaut , voulant marquer parlà
, qu'il ne devoit pas efpérer de quartier
felon les regles de la guerre. Il l'envoya auffi
hors de fa Tente , afin qu'il ne fut pas dit ,
qu'il eut mangé chés lui quelque chofe , ni
de fa table , & qu'ainfi l'ancienne coûtume
des Arabes , n'eut aucun lieu à fon égard .
J
ne
Ces Peuples barbares avoient une coûtume
très - louable & très- ancienne , qui
s'obfervé encore dans le défert par ceux- même
, qui n'ont autre métier , que le brigandage.
Quand ils ont fait un Prifonnier en
guerre
JUIN 1743. 1069
guerre ou en courfe , s'ils lui donnent à boi .
re ou à manger de leur main , ou s'ils le
font approcher de leur table fa vie eft en
>
füreté , & ils ne le font jantais mourir , quelque
injure qu'ils en puiffent avoir reçû.
Cette Loi , fondée fur l'hofpitalité , qui fe
pratique parmi- eux d'une maniére fort religieufe
, s'obfervoit entre les Mahométans du
tems de Saladin , & il parloit par raport à la
coûtume préfente , quand il dit à Arnaut ,
qu'il ne buvoit pas de fa main , ni avec fa permiffion
. Les Turcs n'ont plus égard à ces belles
maximės , & le Sultan même commençoit
à s'en écarter , puifqu'il les éluda par
des diftinctions frivoles , qui ne s'emblent
pas plaire à ceux qui les rapportent ,
plus que ce meurtre indigne de fa qualité ,
blâmé par ceux-mêmes , qui font paroître le
plus d'affection pour fa mémoire.
non
Tous les Templiers & Hofpitaliers , pris
en cette journée , furent égorgés fans pitié ,
& comme le Sultan donnoit cinquante écus
d'or de chacun de ceux , qu'on lui amenoit ,
il s'en trouva plus de deux cent , qui furent
traités de cette maniere , outre ceux qui
périrent dans le Combat. Ils s'attirerent un
fi barbare traitement par leur cruauté envers
les Mahometans , à qui ils ne faifoient quartier
ni en paix , ni en guerre. Ils paffoient
parmi les Peuples pour des hommes de-
Bij voués.
1070 MERCURE DE FRANCE
voués à toutes fortes de crimes, & quand Saladin
commanda qu'on ne donnât la vie à aucun
d'eux , il dit , qu'il rendroit grand fervice
au Pays , s'il le pouvoit entiérement purger
de ces affaffins . Les autres Prilonniers furent
envoyés à Damas , où plufieurs demeurerent
le refte de leur vie dans une rude captivité.
Il y a fujet de s'étonner , que nos Auteurs
parlent de cette Bataille d'une maniere
fort différente de celle dont elle eft rapportée
par les Mahométans , & qu'ils témoignent
, que l'Armée Chrétienne prit la fuite ,
fans avoir prefque rendu de combat. Cependant
comme toutes les circonftances , qui
font marquées par les derniers >
·
tournent
à l'honneur des nôtres , & font voir qu'ils
firent de grands efforts , on n'en peut douter
avec raifon , non plus que des autres
faits , qui fe trouvent dans leurs Hiftoriens
à la louange des Chrétiens.
Cette grande Victoire que nous appellons
la Journée de Tiberiade , & les
Mahometans , celle de Hettin , ayant été
fçûë dans les villes de Syrie & d'Egypte , on
y fit des Zinets , ou réjouiffances publiques
avec toute forte de magnificence.
Ces Fêtes , qui tiennent le même lieu parmi
ces Peuples , que les Triomphes chés
les Anciens , fe célèbroient alors de la même
maniére , qu'elle s'obfervent encore à
préfent
JUIN. 1743 1071
préfent dans les Etats du Grand- Seigneur
après quelques glorieufesCampagnes.Les ruës
étoient tendues de tapifferies & de riches
étoffes , & chacun étoit obligé d'orner le
devant de fa maifon de ce qu'il avoit de
plus précieux , furtout les Marchands , ouvrant
leurs Boutiques , les paroient d'une maniere
extraordinaire , & ceux qui vouloient
ajouter quelque chofe à cette magnificence ,
faifoient dreffer des tables , où les Paffans
étoient regalés de confitures & de forbet.
On dreffoit en quelque Place de la Ville ,
une espèce d'Arc de Triomphe , où les
Villes conquifes étoient repréfentées avec les
Trophées des Ennemis. On faifoit à l'entour
des Courfes de chevaux , & toutes for
tes d'éxercices Militaires . Le Gouverneur de
la Ville s'y rendoit , fuivi de tous les Officiers
& Gens de guerre , qui faifoient une longue
Cavalcade , précédée par la marche des
Corps de Métiers , des jeunes Seigneurs ;
& de toute la Nobleffe en fuperbe Equipage.
Quand il y avoit des Prifonniers de
la Nation ennemie , on les faifoit marcher
enchaînés au milieu de la Ville , & ils reçevoient
mille infultes de la Populace , ou
l'on fe fervoit des Efclaves du même Pays ,
habillés magnifiquement , pour les faire paroître
comme autant de Princes , & de Chefs
de l'Armée ennemie. Enfuite tous fe ren-
B iiij doient
1072 MERCURE DE FRANCE
,
doient à la Mofquée , où après les Priéres
ordinaires , ils entendoient le Corbet , ou
un Sermon en forme de Panegyrique , à
la louange du Prince & c'étoit à ces
fortes de compofitions , que s'éxerçoient
particuliérement les meilleurs Ecrivains du
Pays. Le Peuple continuoit fes Réjouiffances
pendant plufieurs jours , qui fe paffoient en
débauches , en jeux , & en toutes fortes de
divertiffemens , qu'on faifoit d'autant plus
volontiers
, que c'étoit une efpéce de crimede
ne pas témoigner beaucoup de joie en
ces occafions .
›
Après que Saladin eut donné quelque repos
à fes Soldats tant pour la célébration
de cette Victoire , qui fût faite pendant deux
jours dans fon Armée , que pour les remet
tre de tant de fatigues , il alla affiéger la
Citadelle de Tiberiade , qu'il avoit abandonnée
, comme on a vû , à la nouvelle de la
marche des Chrétiens . Elle fut renduë le
jour même à compofition ; ceux qui la défendoient
en fortirent avec leurs femmes
& leurs enfans , & furent conduits à Tripoli. ,
Au bout de trois jours il en décampa , &
vint mettre le fiége devant Acca , qui eft
l'ancienne Ptolemaide , que les Chrétiens appelloient
alors S. Jean d'Acre , comme les
Anciens , Ake , Acro , & Acri.
LE
JUIN. 1743 1
17½
臨
LE REPAS DE L'EPERVIER
FABLE.
L'Aigle de Jupiter , cet Oifeau généreux ,
Voulant payer fa fête avec magnificence ,
Dans un feftin fit regner l'abondance
Et régala fes amis de fon mieux ;
Gibier exquis , viande choisie ,
Entremets , fruits délicieux ,
Pareil Nectar , même Ambroifie
110 .
Qu'Hebé dans le Ciel fert aux Dieux.
311
Un Epervier , à la vafte bedaine ,
De ces douces liqueurs ayant la tête pleine ,
Dit aux autres Qifeaux , faifant le libéral,
Je veux chés moi vous donner un régal ,
"
10.9
Dans la femaine prochaine.
>
Vous ne trouverez point chés nous
La propreté qu'ici vous trouvez tous
Et ces foins élégans dont Pattention frappe ,
Mais les plaifirs n'en feront pas moins doux ;
Jamais dans mon logis on ne leve la nape
Je l'attache avec quatre clouds.
Chacun accepte avec joye
Le Repas qu'on lui promet ,
Pour voir comme un Oyfeau de proye
By Régale
1074 MERCURE DE FRANCE
Régale , quand il s'y met.
Une Fauvette , à tête folle ,
Invitée à ce Feftin ,
Croyant au jour préfix qu'on lui tiendroit parole ;
Pour fe frifer fe leva du matin ;
( Jeune Fauvette au doux ramage ,
Prend volontiers le foin de fon plumage . )
Etant à fa toilette en fon particulier
Roffignol , fon coufin , s'en vint la déprier ,
Difant , notre Fête eft troublée ;
Vautours , Corbeaux , Faucons tiennent une affemblée
Aujourd'hui chés notre Epervier :
Ainfi finit l'avanture de Table.
Un Moineau-franc , informé de ceci ,
En fit une petite Fable ,
Et tira fur le champ cette Morale ci .
Quelles erreurs étoient les vôtres ,
Siuf
Crédules conviés ? Avez vous pû juger
Quan Oifeau , qui gruge les autres ,
Par vous fe fut laiflé gruger ?
Le Maire.
REPONSE
JUIN.
1743. 1075
患
REPONSE de M.... Avocat au Parlement
de Paris , à la Queſtion propofée dans le
Mercure de Janvier 1743. fçavoir ce que
c'eft que la Redevance annuelle & Seigneuriale
d'un Hanap plein d'Oublies , qu'un Curé
doit à fon Seigneur à cause defon Presbytére.
Elui qui a propofé cette Queſtion , auroit
dû marquer le nom & la fituation
de la Paroiffe , dont le Curé eft chargé de
cette Redevance , afin que l'on en expliquât
les termes felon l'ufage du Pays ; cette Cure
eft probablement fituée dans la haute Normandie
, attendu que la Lettre écrite fur ce
fujet eft datée de cette Province.
›
il
L'Auteur a encore oublié de marquer le
tems où cette Redevance a été impofée , out
fi on n'en fçait pas au jufte l'époque
devoit du moins marquer à peu près fon an
cienneté , rapporter les propres termes du
Titre Conftitutif de la Redevance , ou des Ti
tres Déclaratifs qui la rappellent , le jour
auquel elle eft payable , fi c'eft au tems
de quelque grande Fête de l'Eglife , & c.
& enfin dire , de quelle maniere cette Redevance
a été acquitée par le paffé , fi on l'a
convertie en argent ou autrement ; toutes
B vj
ces
1076 MERCURE DE FRANCE
ques
ces circonftances auroient pû donner queléclairciffemens
fur la qualité & la quotité
de cette Redevance ; effayons néanmoins
d'en donner quelques- uns , en expliquant
d'abord les deux termes de Hanap & d'Oublies
.
Le terme de Hanap ne fe trouve ni dans
la Coûtume de Normandie , ni , je crois ,
dans aucun de fes Commentateurs , pas même
dans le Gloffaire des termes propres à
cette Coûtume , que le dernier Commentateur
a donné à la fuite de fes décifions . Ce
n'eft pas que ce mot ne foit encore ufité dans
cette Province ; mais il ne lui eft pas propre ,
étant auffi ufité dans quelques autres Pays.
Les termes de Henap , Hanap ou Anap ,
Hanaf , Hanas ou Anas , qui dans la baffe
Latinité ont été traduits par Hanapus , ou
Anapus, Hanappus , Hanaphus Anaphus , ou
Anafus , fignifient tous , un Vaiffeau ou Vafe à
boire , & ne différent que par la maniere
d'ecrire ou de prononcer le même mot.
Quelques- uns croyent qu'il vient du Latin,
Aheneus, parce qu'on faifoit des Hanaps
d'airain.
Ducange en fon Gloffaire Latin , le dérive
de Anax ou Anas , qui étoit un Vaiffeau
d'argent ; dont Grégoire de Tours fait men .
tion ; il dit auffi qu'il peut venir du mot
Saxon , Hnap ou Hnappa , qu'il traduit par
Calix ,
JUIN. 1743. 1077
Calix , Patera ; c'est - à - dire , Vafe à boire ;
Taffe ; il rapporte à ce fujet plufieurs exemples
tirés d'anciens Auteurs qui font mention
de Hanaps d'argent , d'Hanaps de verre ,
d'Hanaps pleins de vin , & c.
Il ne feroit pas étonnant que ce mot fut
dérivé du Saxon , puifque les premiers fondemens
de la Monarchie Françoiſe furent
jettés par une troupe d'Allemands , d'entre
F'Elbe , le Rhin , & le Mein , parmi lesquels
il y avoit des Saxons ; d'ailleurs les Saxons
ayant fait la conquête de l'Angleterre , ils y
introduifirent leur langage , & le féjour que
les Anglois ont enfuite fait en France , & particulierement
dans la Normandie , y a introduit
beaucoup de mots Saxons ou Anglo-
Saxons .
Mais fuivant les Auteurs du Dictionnaire
de Trevoux , il y a plus d'apparence que ce.
mot vient de l'Allemand Heinnap qui fignifie
une écuelle à oreille ; où qu'il vient du Celtique
ou bas Breton , Hanafqui fignifie , Cou
pe. L'Auteur du Jardin des Racines Grecques.
le dérive de a'vazivav αναπίνειν ,, qui fignifie boire ,
humer , avaler.
11 eft parlé de Hanaps dans les anciennes.
Coûtumes de Beauvailis , écrites par Philippes
de Beaumanoir en 1283. Dans le Chap .
13. qui traite des Doüaires , il eft dir que la:
veuve , qui renonçoit aux meubles , ou aux
dettes ,
1078 MERCURE DE FRANCE
dettes , pouvoit prendre fa plus belle robbe ;
fon plus beau lit garni , & de chaque efpece
de joyaux le plus beau , comme le plus bian
Henap , le plus bel anel ou aneau.
Le 24. Chap. dit qu'on ne peut revendiquer
les chofes dénaturées , comme fi aucun
fait fondre deniers d'argent qui furent à autrui
, & enfetfere , pots , écuelles ou Hanas.
LaThaumaffiere dans le Gloffaire qu'il a donné
pour l'intelligence de ces Coûtumes, expli
que les mots Hanap & Hanas , par Gobelet.
Dans le Dictionnaire de Trevoux , il eft die
que ce mot Hanap, eft encore en ufage dans les
Pays Bas & dans quelques autres Provinces :
en effet ,les gens de campagne des environs de
Paris fe fervent auffi de ce terme , mais dans
un fens beaucoup plus étendu ; ils entendent
par Hanaps toutes fortes de vaiffeaux propres
à mettre des liqueurs , de la vendange ronde,
ou des grains, comme des cuves , cuviers ,
jales , gueulbées , tonne ux , &c. J'ai même.
entendu dire a une demi Bourgeoife d'une petite
Ville de la Generalité de Paris , en parlant
d'une petite tabatiere , voilà un beau petit
Hanap
Il paroît donc en réuniflant toutes ces différentes
explications , que le mot Hanap ,
fignifioit quelquefois une écuelle , quelquefois
un Gobeler ou autre Vaiffeau , & que ce
terme doit s'entendre felon l'ufage auquel
eft
JUIN. 1743.
1079
•
eſt deſtiné le Hanap dont on parle.
Ainfi pour connoître ce que c'eft que
le Hanap que doit le Curé , il faut avant que
de fe déterminer , examiner ce que c'est que
les Oublies dont ce Hanap doit être plein .
La Coûtume de Blois , Art. 40 parle d'un
Droit d'Obliage qui eft Seigneurial ; celle de
Montargis , Chap. 2. Art. 40. parle d'un
Droit d'Oublie les Praticiens , qui ont
commenté ces Coûtumes , ont prétendu que
ces droits étoient l'amende dûë par le fujet
à fon Seigneur , pour avoir oublié de lui
payer fa rente , ou devoir annuel , & que le
nom de ce Droit eft venu du mot Oubliers
mais cette mauvaiſe étymologie eft réfutée
par M. de Lauriere en fon Gloffaire du Droit
François , & elle ne pourroit s'appliquer à la
Redevance dont il s'agit ici , puifqu'il feroit abfurde
de dire que le Curé doit donner un
Gobelet plein d'Oubli , ou un Gobelet plein
d'amendes , dûës pour avoir oublié de payer
la Redevance annuelle .
Il faut donc chercher la véritable étymologie
d'Oublies , qu'on appelloit d'abord
Oblées ou Oblies , & qu'enfuite par adouciffe-
1.
ment on a dit Oublies.
Suivant le Gloffaire Latin de M. du Cange
,
& celui de M. de Lauriere , Oublies
vient du Latin , Oblita,quafi oblata,feu oblationes
vel munera oblata,
1. Ce
1080 MERCURE DE FRANCE
1
Ces Oublies , ou Oblations , dont l'afage
eft fort ancien , étoient des pains ronds &
plats , qui étoient dûs aux Seigneurs , grands
ou petits , felon les titres ou l'ufage de la
Province ; par exemple il eft dû à la Seigneurie
de Mort- Fontaine , en Picardie , des
Oublies qui font des pains de dix fols chacun .
On fait auffi certaines petites, patifferies
avec du miel & de la farine , qui ne font
guere plus épaiffes qu'une feuille de papier ,
& auxquelles on a donné le nom d'Oublies ,
parce qu'elles font rondes & comme un diminutif
des petits pains de Redevance ; c'eſt
de -là que les Patiffiers font appellés Oblayers
dans le Livre noir du Châtelet , & dans leurs
Statuts & Réglemens ; ils marchoient autrefois
la nuit dans les rues de Paris & autres
grandes Villes , portant fur leur dos un corbillon
ou panier long , d'ofier , plein d'Ous
blies , & tenant à leur main une longue lanterne
ou falot ; ils s'annoncoient par un certain
cri conçu en termes qui leur ( toient;
propres . On les appelloit vulgairement Onblieurs
quand on les faifoit entrer dans
quelque maifon pour s'amufer , ils jouoient
avec un cornet & des dez au paffe dix ; lorf
qu'ils gagnoient , ce qui leur étoit ordinaire
, on les payoit en argent ; quand ils
perdoient , ils payoient en Oublies , & s'ils
fe trouvoient infolvables on les faifoit danfer
un
JUI N.. 1743. 1031
و
en
un pied dans l'eau ; ils faifoient auffi tourner
avec beaucoup d'adreffe une affiette
chantant certaines chanfons joyeuſes , faites
pour eux , mais leurs courfes nocturnes ont
été deffendues depuis 1721. parce que
dans le procès que l'on inftruifoit alors contre
Cartouche , fameux voleur & contre fes
complices , on découvrit que quelques voleurs
s'étoient travestis en Oublieurs , pour
courir plus librement la nuit dans les ruës .
,
Après ces obfervations génerales fur la frgnification
des mots Hanap & Oublies
voyons maintenant comment on doit entendre
la Redevance annuelle d'un Hanap plein
d'Oublies dûs par par le Curé à fon Seigneur ,'
à caufe de fon Presbytere.
>
de
con-
C'estun Curé qui doit la Redevance à fon
Seigneur, & il la doit à cauſe de fon Presbytere
; on peut dès- là préfumer que la matiere
de cette Redevance , & la forme de fa preftation
ne doivent rien comprendre que
venable tant au Seigneur qu'au Curé .
En effet la plupart des Redevances Seigneu
riales font afforties à la qualité , foit du Sei
gneur , foit du Vaſſal.
Par exemple , lorfque le Roi par fes Lettres
Patentes du mois d'Août 1717. a donné à la
Compagnie d'Occident , appellée depuis ,
Compagnie des Indes , la proprieté de la
LOUISIANE , il a réfervé , outre la foi & hommage
1082 MERCURE DE FRANCE
mage , à chaque mutation de Roi , une Cou
ronne d'or du poids de trente marcs.
Les Seigneurs qui faifoient profeffion des
Armes , & dont les Vaflaux étoient de même
condition , les ont chargés pour droits
de rachat ou autres redevances , de porter
leur Banniere de fournir un homme d'Armes
, un fer de Lance , des Eperons , & autres
chofes de cette nature.
Ceux qui faifoient leur principale occupation
de la chaffe , ont impofé le devoir de leur
fournir des chiens, des oifeaux de proye , des
bêtes fauves , du gibier.
La plupart des Čenfitaires font chargés de
donner annuellement , outre les Cens en argent
, des gelines , chapons , canards , oyfons,
pigeons , dindons & autres chofes de cette
nature , parce qu'eux ou leurs Auteurs faifoient
valoir leurs héritages & y élevoient de
ces volailles.
Je ferois donc tenté pour un moment de
croire que la Redevance d'oublies , dont le
Curé eft chargé , doit être quelque chofe de
convenable à fon état , & que par un Hanap
plein d'Oublies , on a entendu qu'il donneroit
un Vafe plein d'Hofties ou Pains à dire la
Meffe . Car ces Hofties font auffi nommées
en Latin , Oblia vel Oblita , quaſi Oblata fen
Hoftia, & en François , on nommoit ces petits
Pains Oublies, de- même que les Pains de
Redevance .
J.U I N
1743 1083
Redevance. M. Du Cange en rapporte plufieurs
exemples dans fon Gloffaire. Rien ne
feroit plus naturel que d'avoir chargé le Curé
de donner quelque chofe de tel qui eft à fon
ufage , & qui peut auffi être à l'ufage du Seigneur
pour la Chapelle de fon Château , s'il
en a une.
M. l'Abbé Lebeuf , Chanoine & Sous-
Chantre d'Auxerre , m'a dit que dans la Paroiffe
de S. Robert & quelques autres Paroiffes
de cette Ville , il a été témoin que les
Curés avoient coûtume de faire diftribuer à
leurs Paroiffiens la veille de Pâques , le foir
à l'heure de Complies , des Hoiftes , c'eſt le
terme du Pays,pour dire des Hofties ou Pains
à chanter ; que les Religieux du Prieuré de
S. Eufebe , de la même Ville , qui font des
Chanoines Réguliers de Ste Géneviève , font
tenus de faire apporter tous les ans au Chapitre
d'Auxerre , le jour de la Cêne, un grand
manequin , qui fait la charge de deux hommes
, rempli de paquets de Hoiftes , qui font
diftribuées par deux des Religieux , à tous les
Dignitaires , Chanoines , Semi - Prébendés
Chantres , Muficiens, Enfans de Choeur, lef
quels en mangent pendant la diftribution ;
ces Hoiftes fe donnent ovales , comme elles
fortent du moule & fans être taillées , de-.
forte que chaque Pain contient deux grandes
Hofties & deux petites , & chaque paquet
en contient plufieurs douzaines.
II
084 MERCURE DE FRANCE
Il pourroit donc bien fe faire que le Ha
nap plein d'Oublies, dû par le Curé , à cauſe
de fon Presbytere , fût un femblable panier ,
plein de Pains à chanter .
२
Mais comme ici on ne rapporte rien qui falle
connoître que le mot Oublie ait été pris dans
ce fens , je crois qu'il vaut mieux s'en tenir à
la fignification ordinaire, & dire que les Oublies
, dûës par le Curé , font de petits Pains
de Redevance, ronds & plats. Quant à leur
volume, il faut fuivre l'ufage du Pays , s'il y a
de pareilles Redevances , finon le Curé peut
en donner des plus petits qui fe faffent , fuivant
la maxime , Semper in obfcuris , quod minimum
eft fequimur . Il peut même en ce cas ,
fans recourir à aucune interprétation recherchée
, prendre là chofe à la lettre , & donner
des Oublies proprement dites, c'eſt - à - dire , de
ces menuës Pâtifferies auxquelles on a donné
ce nom . *
A l'égard du Hanap dans lequel il doit
donner ces Oublie , ce ne doit pas être un
Gobeler,mais un petit panier, tel que ceux qui
fervent ordinairement à mettre des Oublies.
Quant à la grandeur ou contenance du
Hanap, ce que le Curé appelle improprement
continence , on ne la peut déterminer ; c'eft
ici proprement une Redevance à la difcrétion
du Curé , & qui eft feulement ad recognitionem
Dominii , plutôt que ad Emolumentum
JUIN. 1743 1085
tum ; elle ne peut jamais être bien onereufe
au Curé, attendu que les Oublies ne font pas.
une marchandife fort chere ; la plus grande
difficulté feroit d'en avoir dans plufieurs endroits
, où l'on n'en fait point , & de les y
faire transporter,étant une chofe fort cafuelle.
Dans la plupart des Coûtumes , les droits
d'Oublies ou Pains de Redevances , ont êté
convertis en argent ; le Curé devroit auffi
s'accommoder avec fon Seigneur pour convertir
en un modiqueCens la Redevance d'ur
Hanap plein d'Oublies ; que fi le Seigneur ou
le Curé veulent exécuter la Redevance à la
lettre,c'eft un petit panier ou une boete plei
ne d'Oublies , que le Curé doit à fon Sei
& rien de plus. gneur ,
t
L'Auteur de cette Réponſe ne trouvera ,
fans doute , pas mauvais que nous ajoûtions
à fes recherches un Fait tiré de l'Hiftoire Gćnerale
d'Angleterre , fçavoir, que le Seigneur
de la Terre de L..... eft tenu , à cauſe de
cette Terre , de faire faire des Oublies pour
le Roi , au Festin du jour de fon Sacre. Richard
Lion , qui en étoit Seigneur du tems
de Richard II. fut admis à faire cette fonction
le jour du Sacre de ce Prince en 1377,
C
> #
ODE
1086 MERCURE DE FRANCE
Ꭲ
ODE SACRE'E
Tirée du Pfeaume CXXXVIII.
On oeil perce la nuit qui regne dans mon ame,
Et tu vois ou tendent mes pas ,
Tu fçais l'évenement des projets que je trame ,
Et tu m'entens, Seigneur, quand je ne parle pas.
*
Où fuir , pour me ſouftraire à ta perçante vûë ?
Si des Cieux j'atteins la hauteur ,
J'y rencontre mon Juge , & mon ame abattuë
Da vice y connoit mieux la coupable noirceur.
*
Si j'ofe de l'Enfer pénetrer les abîmes ,
Mes fens pourront- ils fe calmer ?
J'y vois de ton courroux d'éternelles victimes ;
Jy vois un defefpoir où tu peux m'abîmer .
*
Au bout de l'Océan , par le fecours des ailes ,
Si je tente de parvenir ,
C'est toi qui me conduis dans ces routes nouvelles,
Et c'est toi feul, Grand Dieu, qui peux m'y foutenir.
Si
JUIN. 1743. 1087
Si follement épris d'un charme illégitime ,
Je crois me cacher à tes yeux ,
Les ombres de la nuit te révelent mon crime ;
Jour , nuit, tout eſt égal pour le Maître des Cieux.
*
Dans un lieu plus obfcur que le centre du monde
De mes nerfs tu fis le tiffu ;
Par un ordre éternel ma mere fut féconde ;
J'étois né dans ton ſein avant d'être conçû.
*
Quand feras- tu périr une coupable engeance ?
Hommes de fang , éloignez -vous ;
Ils blafphement, Seigneur, ta fuprême puiſſance ,
Et d'un ton plein d'orgueil ils bravent ton courroux.
Je les hais , tu le vois , un faint zéle m'enflâme ;
Je détefte tes ennemis .
Ma haine eft à ſon comble ; interroge mon ame ,
Seigneur , daigne éprouver fi je te fuis foumis.
*
Eft-il en moi , Grand Dieu , des traces de malice ?
Ne poffede-tu pas mon coeur ?
Daigne toujours guider mes pas dans la justice ,
C'est en toi , c'est par toi qu'on arrive au bonheur.
Par M. de Regauzac , Auteur de l'Ode, intitulée
la Création du Monde , inferée dans
le Mercure d'Avril dernier,
1088 MERCURE DE FRANCE
aik ak akak akik kakak kak
•
FIN de la Defcription de la
Haute-Normandie.
DOYENNE'S de l'Archidiaconné
du Bautois.
DOYENNE DE CARENTAN .
2
Il a pour bornes au Couchant , partie du
Doyenné de la Haye du Puys , & partie de
celui du Bautois , au Nord le Doyenné du
Plain & une partie du bout du grand Vay ,
y compris le Cours Occidental , à l'Orient
le petit Vay & un bout de la Riviere de Vire
qui le forme, & au Midi , partie du Doyenné
du Hommet , qui eft de l'Archidiaconné du
Val de Vire , & partie du Doyenné de Periers
, qui eft de l'Archidiaconné de Coutances.
On compte 6. lieues de Vallogne à Carentan.
Voici ce que Maffeville dit de cette derniere
Ville ( Etat. Géog. de Norm. pag. 113. )
» Carentan , Ville du Diocèſe de Coutan-
» ces & de la Généralité de Caën , fituée entre
les Rivieres de Taute & d'Ouve , &
" prefque environnée de Marais , de maniere
» qu'on en pourroit faire une très forte Place.
Elle contient plus de 4000. ames . Elle a
» des Jurifdictions de Bailliage, de Vicomté,
» d'Election
""
JUIN. 1743 1089
» d'Election , & un Bureau des Fermes du
" Roi. Son Eglife Paroilliale eft dédiée à
» Notre - Dame. Il y a un Monaſtére de Religieufes,
( elles fuivent la Regle de S.Agus
33
33
tin ) un Hôpital & une Chapelle qui ppar-
» tient à l'Ordre des Mathurins . Cete Villea
» donné la Naiſſance à S. Leon, Archevêque
» de Roüen , & à fes freres S.Philippe & faint
» Gervais , qui allerent prêcher la Foi en Ef
pagne , & qui furent martyrifés par des Pi-
" rates à Bayonne au IX . fiécle .
"
>>
les
» Cette Ville fut faccagée & brûlée par
» Anglois l'an 1346. Elle fut enfuite occupée
par les Navarrois , qu'on en fit fortir
" l'an 2464. elle retomba entre les mains des
Anglois l'an 1318. & ils en furent chaffés
» l'an 1449. Les Calviniftes , commandés
» par le Comte de Montgommery , la pri-
» rent l'an 1574. & le Comte de Matignon
» la reprit la même année pour le Roi Hen-
" ry III.
" L'Election de Carenten comprend plus
» de cent Paroiffes, & entre autres, les Bourgs
» de Periers , de Leffay, de la Haye du Puys,
» de Ste Marie du Mont & de Ste Mere Egli-
» fe. Il n'y a point d't lection en Baffe Normandie
, où il fe trouve autant de Maiſons
» diftinguées & autant de Terres confidérables
que dans celle - ci ,
"
"
Le même Auteur ( pag. 420. ) parle ainſi
L, Vol. C au
Logo MERCURE DE FRANCE
»
au fujet des divers Noms Latins qu'on a dona
nés à cette Ville. » Carentan , Quarentanum,
» felon Canalis ; Carentanum, felon de Thou,
Carentonium , felon Baudrand ; Cluvier &
la plupart des Auteurs , tiennent que c'eft
le Crociatonum de Prolomée . Mais ceux *
» qui ont écrit que cette Ville avoit été fondée
par Caros , Officier de Céfar , peuvent
être renvoyés aux Commentaires de ce
Conquérant, &c. qui n'en ont jamais parlé.
La Ville de Carentan , quoique petite , eft
fermée de murs , a un ancien Château affés
élevé fur la Ville , & a trois Fauxbourgs.
ور
Il n'y a qu'une Eglife Paroiffiale , deffervie
alternativement par deux Curés. C'eſt une
affés belle Gothique , dont les vitres paroiffent
peintes de la même main que celles de
Vallogne . Au refte , Carentan n'eft point , à
beaucoup près , un auffi agréable féjour que
cette autre Ville . L'air des Marais y cauſe
beaucoup de fiévres. Il y a une bonne Foire
le jour de S. Leonard, qui arrive le 4. ou le s
Novembre , & un bon Marché de blé & de
beurre tous les Lundis.
Je trouve dans mon Manuſcrit , cité cidevant
, que Carentan étoit originairemene
une pleine Baronnie & Haufte - Juſtice de la
Conceffion du premier Duc de Normandie ,
& qu'à l'exemple des autres Seigneurs de
*Des Ruče,
cette
JUIN. 1743 rogr
cette Province , qui n'avoient que leur nom
de Baptême, joint à celui de la Terre dont ils
étoient Seigneurs , ceux de Carentan en prirent
le nom. Il ajoute qu'il y a eû un Guillu.
me de Carentan, dont toute la branche aînée
ceda à la puînée les Paroiffes de S. André &
de S.Georges de Bouhon, voifines de Carentan
, & qu'on trouve dans l'Abbaye des Dames
de Preaux , fituée dans le Territoire de
Ponteau - de - Mer , que Honfroy de Bouhon
fit plufieurs Donations à cette Abbaye , au
nombre defquelles eft la Dixme de fon Bourg
de Carentan avec le Presbytére , ce qui eft
fi vrai que l'Abbaye de Preaux a encore le
Patronnage de l'Eglife de Carentan , & qu'elle
y a partie de la Dixme dans tout le Village.
On voit , continue le même Manufcrit ;
dans l'Hiftoire de la Maifon de Montmorency,
l'Extrait d'un vieux Regiſtre de l'Abbaye
de S. Denis en France , où font ces termes :
Carentonium obvenit Dominia Regis per eche
tam,debebat dicto Domino fervitium trium equitum
in banno : ce qui montre que c'étoit une
pleine Baronnie , les autres pleines Baronnies
de cette Province étant redevables du fervice
de trois Chevaliers dans le Ban & Arriere-
Ban , deforte que par cet échet la Haute- Juf
tice de Carentan eft devenuë Royale , &c.
Cij DOYENNE
092 MERCURE DE FRANCE
DOTENNE du Bautois.
Il a pour bornes au Couchant , partie du
Doyenné de la Haye du Puys & partie de celui
de S. Sauveur- le -Vicomte ; au Nord , partie
de celui d'Orglandes & une parcelle de celui
du Plain ; à l'Orient, celui de Carentan,&
au Midi, il va fe terminer en un petit efpace
entre les Doyennés de Carentan & de la
Haye du Puys fur celui de Periers , qui eft
de l'Archidiaconné de Carentan .
La Paroille de Baute , éloignée d'environ
cinq lieues de Vallogne & de près de deux de
Carentan , donne le nom à ce Doyenné, après
l'avoir donné à tout l'Archidiaconné . Voici
ce que Maffeville dit de cette Paroiffe : » Bau-
» te, Paroiffe de l'Election de Carentan , où il
» y a une Jurifdiction ; un Prieuré de l'Ordre.
» de S. Benoît , & un paffage confidérable
fur la Riviere de Seve.
Le Doyenné du Bautois a dans fon étenduë
la Paroiffe & le Château de Coigny, avec titre
de Comté , appartenant à l'illuftre Maréchal
de ce nom. On compte un peu plus de qua¬
tre lieues de Vallogne à Coigny.
On y trouve auffi le Bourg de Pretot , où
il y a Marché tous les Mardis . Maffeville dit
qu'il appartient , fous le titre de Baronnie , à
M. le Marquis de la Chefnelaye deRommillé.
eft éloigné de quatre lieues de Vallogne.
Entre
JUIN . 1743 1093
Entre les autres Paroiffes de ce Doyenné,
on défigne celles d'Appeville , de Vindefontaine
( finguliére par fon nom ) & des
Montiers,
DOYENNE de la Haye du Puys,
Il a pour bornes , au Couchant , partie de
la Côte Occidentale de la Preſqu’Íſle , aux
environs du Gué du Saut , qui y eft compris ;
an Nord , le Doyenné de S. Sauveur - le - Vicomte
& une parcelle de celui du Bautois ; à
l'Orient, celui du Bautois , & au Midi, celui
de Periers.
Le Bourg de la Haye du Puys eft à cinq
lieuës de Vallogne . Notre Auteur en parle
en ces termes : » La Haye du Puys , Bourg
» & Château de l'Election de Carentan . Il y
» a une Jurifdiction & un bon Marché ( tous)
» les Mercredis. ) C'étoit une ancienne Baron-
» nie , qui eft préfentement poffedée en titre
»de Marquifat, par M. le Préſident de Mot
" teville .
Dans l'étendue de ce Doyenné , à fix lieuës
& demie ou environ de Vallogne , proche
le Gué du Saut, eft fitué le Bourg de Leffay
dont notre Auteur parle en ces termes :
Leffay , Bourg du Diocèfe de Coutance ,
» & de l'Election de Carentan . Il y a une
» Jurifdiction, un Marché ( tous les Mardis, )
» & des Salines , où l'on fait du Sel blanc .
» L'Eglife
33
C iij
1094 MERCURE DE FRANCE
» L'Eglife Paroiffiale eft dédiée à fainte Op
»portune , & il y a une Abbaye de l'Ordre
» de S.Benoît, fondée l'an 1064. qui a vingtfix
" mille livres de rente.
M. Leonor de Matignon , Evêque de Cou
tance , en eſt Abbé Commandataire .
DOYENNE' de S. Sauveur- le- Vicomte.
Il a pour bornes, au Couchant partie de la
Côte Occidentale de la Prefqu'Ifle , & partie
du Doyenné de Barneville ; au Nord partic
du Doyenné des Pieux , & partie de celui
d'Orglandes ; au Levant autre partie de celui
d'Orglandes & partie de celui du Bautois ,
& au Midi celui de la Haye du Puys.
On compte 3. lieues de Vallogne à S. Sau
veur le Vicomte , dont Maffeville parle en
ces terme ( Etat Geog . p . 297. ).
» S. Sauveur le Vicomte , gros Bourg fur
» la Riviére d'Ouve , au Diocèſe de Coutance
, & de l'Election de Vallogne . Il y a
» des Jurifdictions Royales de Bailliage &
» de Vicomté ; un bon Marché ( tous les
Lundis ) ; un Château qui étoit autrefois
une Place forte , & une Abaye de l'Ordre
de S. Benoît , qui fut fondée vers l'an
" 1040. par Néel , qui étoit Seigneur de
» ce Bourg , & Vicomte de Cotentin .
C'eft le Siége principal d'un des 3. Bail-
Liages féparés , qui font dans l'enclave du
grand
JUIN. 17433 1099
grand Bailliage de Cotentin. Le Manufcrit
que j'ai cité plufieurs fois ci - devant , porte
que S. Sauveur le Vicomte , étoit une grande
& ancienne Baronnie & Haute Juftice , laquelle
apartenoit au brave Néel le Vicomte ,
qui fit de fi belles actions fous Guillaume le
Conquérant , & qui mourut en Angleterre ,
ne laiffant qu'une fille mariée au Baron de
la Roche ; qu'elle paffa enfuite dans la Maifon
de Harcourt , & fut enfin confifquée
fur Godefroy ou Gefifroy de Harcourt , vers
le milieu du XIV . fiécle , parce que ce Seigneur
avoit pris le parti des Anglois ; que
cette même Baronnie fût enfuite poffedée par
Chandos , Grand - Seigneur d'Angleterre, qui
la prit fur le Roi, & qu'elle revint à la Couronne
par le Traité de Bretigny , à condition que
le même Seigneur en jouïroit fa vie durant.
Près de S. Sauveur le Vicomte , eft la
Paroiffe & ancienne Baronnie de Nehou .
avec les ruines d'un vieux Château du même
nom , dont le Manufcrit cité parle en
ces termes , dans l'article de Saint Sauveur
le Vicomte. » Le Roi Jean traita du Châ-
>> teau du Chef de l'Ancienne Baronnie de
» Néhou avec Robert de la Haye lui
»bailla en échange , la Ville de Nully em
*
* Je trouve Milly & non Nully , dans la Carte de
France par de Fer ; les noms propres font fouvent eftropiés
dans dans mon Manuſcrit,
Cij
» Gâti
1098 MERCURE DE FRANCE
•
» Gâtinois : cette Baronnie de Nehou , qui
appartenoit autrefois aux anciens Seigncurs
de Reviers & de Vernon , fut partagée
» en trois . Le premier Lot , fut celui du Châ-
» teau pour le Roi ; le fecond Lot fut la
» Baronnie de l'Angle-de - Nehou ; le troi-
» fiéme Lot , fut la Baronnie d'Orglandes
»pour la Maifon de Longueville : ces Barronnies
furent unies à celle de S. Sauveur
» le Vicomte , dont on fit un Domaine
» Royal , où il y a des Siéges de Bailliage
» & de Vicomté , ayant près de 100. Terres
. Nobles de la dépendance du Domaine.
"
Entre ces terres nobles , on diftingue la
Châtellenie d'Amfreville , dans le Doyenné
d'Orglandes la Baronnie d'Orglandes , même
Doyenné ; celle de l'Angle - de - Nehou
Doyenné de S. Sauveur le Vicomte , & celle
de Tollevaft , dans le Doyenné des Pieux .
Dans le Doyennè de S. Sauveur le Vicomte
, à une lieuë où environ de ce Bourg ,
& à environ 3. lieuës & demie de Vallogne ,
eft fitué le Bourg & ancienne Baronnie de
Varanguebec , ayant appartenu ci devant à
M. le Marquis de Rothelin , & poffedée aujourd'hui
par M. le Maréchal de Coigny. Il
y a une Haute Juftice , qui porte fes Appellations
au Parlement.
Dans le même Doyenné , à environ 4 .
Lieuës & demie de Vallogne , une lieuë &
démic
JUIN. 1743 1097
demie de S. Sauveur le Vicomte , & une demie
lieuë de la Haye du Puys , eft fituée
l'Abbaye de Blanche - Lande , de l'Ordre de
Prémontré , fondée l'an 1155. par Richard ,
Baron de la Haye , Conneftable de Normandie.
Elle poffede 6000. livres de revenu ,
tant pour l'Abbé , que pour que pour les Religieux .
Plufieurs Paroiffes de ce Diocèfe , lefquelles
ont le titre de Prieurés , font deffervi par
ces même Réligieux .
Près de l'Abbaye de Blanche- Lande , eft
un Prieuré de Réligieufes , de l'Ordre de
S. Benoît. On le nomme S. Michel du Rofc.
DOYENNE' de Barneville.
Ily a pour bornes au Couchant, une partie
de la Côte Occidentale de la Prefqu'Ifle ,
au Nord le Doyenné des Pieux , à l'Orient
& au Midi , celui de S. Sauveur le Vicomte.
On compte un peu plus de cinq lieuës
de Vallogne au Bourg de Barneville , qui n'a
rien de remarquable que fon marché , qui
fe tient tous les Samedis. Il dépend de l'Election
de Vallogne , & eft voifin du Port
de Carteret . Les Salines de Porbail , dont
il a été parlé ci - devant , font ce que je trou
ve de plus remarquable dans ce Doyenné.
Il me refte , Monfieur, à vous dire quelque
chofe des Ifles voifines de la Prefqu'Ile du
Cotentin , & je ne ferai que tranfcrire prefque
1098 MERCURE DE FRANCE
ce que je trouve dans
que mot pour mot , ce que
mon Manufcrit.
LES ISLES de Jerfay ou Gerfey , de
Grenezay ou Guernezé , d'Herms , de Cers ,
& d'Aurigny on Orny , apartenantes aux-
Anglois.
Ces Illes font fituées à l'Occident de la
Prefqu'Ifle du Cotentin . Elles étoient autrefois
toutes Normandes , fous la domination
de nos Ducs , & on en appelle encore les
Curés au Synode de Coutance. Ceux - ci, diton
, ne fe font diſpenſés d'y aller
? que depuis
que les même Ifles ont adheré au Schifme
des Anglois . *
,
L'Ile de Jerzay , a environ 4. lieuës dans
fa plus grande longueur , & deux dans fa
plus grande largeur . Il y a deux Châteaux ;
fçavoir le Vieux , appellé le Château de
Montorgueil , vers la Côte de Normandie ;
l'autre eft audeffous du Bourg de S. Helier ;
il eft Bâti fur une portion de Terre , que les
marées , quand elles montent , feparent de
I'lfle , & par cette raifon , on l'appelle le
Château de l'Iflet , ou d'Elizabeth , à caufe
* J'ai autrefois connu une vieille femme , dont la
mere étoit de Jerſay , celle- ci n'avoit quittéfa Patrie
que lorfqu'il fut défendu abfolument d'y célebrer la
Sainte Meffe , ce n'eft arrivé que long- tems après le
fchifme d'Angleterre.
de
JUI N. 1743 .
1743
1099
y a
de la Reine de ce nom qui le fit bâtir. Il
toujours un Gouverneur pour l'Angleterre
On appelle le Bourg de S.Helier, la Ville. Ily
a un Baillif qui connoît de toutes les affaires
de l'Ifle , laquelle comprend 12. Paroiffes
en tout , & eft un Terroir très- fertile .
On compte un peu plus de 5. lieuës de
trajet , de Jerzay au Port de Carteret , où
ceux de notre Prefqu'Ifle , qui veulent aller
à Jerzay , vont s'embarquer ordinairement
Grenezey à près de 4. lieuës & demie dans
fa plus grande longueur , en y comprenant
le Clos du Wal , qui eft une petite Ifle pref
que contigue à la grande , & confondue
avec elle ; & environ 3. lieues dans fa plus
grande largeur.
Il y a dans cette Ifle une petite Ville , ap
pellée S. Pierre , & 10. Paroiffes du nombre
defquelles eft celle de la Haye , du Puys , où
font encore les reftes d'une Fortereffe .
Près de cette même Ifle , étoit ci- devant
le Château Cornet , bâti fur un Roc efcarpé
dans la Mer. Cette Place étoit eftimée
imprénable , mais , dit le Manufcrit , le Ton
nerre la ruina il y a quelque tems . Charlest
H. Roi d'Angleterre , ajoute-t- il , ayant été
rappellé à la Couronne en 1660. après la re
volte de fon Peuple , y envoya prifonnier
le Général Lambert , qui avoit été fon grand
ennemi , & qui y mourut
C vj
On
1100 MERCURE DE FRANCE
On compte environ onze lieues de trajet
de Grenezay au Port de Dielette , qui eft ,
comme il a été dit , dans la Paroiffe de Flameuville
au Doyenné des Pieux .
Les Ifles d'Herms & de Cers , voifines de
Grenezay n'ont rien de confidérable , non
plus que celle d'Aurigni , diftante d'environ
3. lieuës & demie de trajet du Cap de la
Hague l'Ile d'Aurigny a cependant un
Gouverneur , & c.
Près d'Aurigny , eft encore une autre petite
Iſle nommée Bunchou , qui n'a rien de
remarquable non plus.
LES ISLES Pelé , de Tatihou & de S.
Marcou appartenantes a la France.
L'Ifle Pelé eft environ à une lieuë de Cherbourg
, & n'a rien de confidérable.
Il a été parlé ci- devant de l'Ifle de Tatihou
, voifine de la Hougue & des deux
Jes de S. Marcou .
Voilà , Monfieur , tout ce que j'ai crû devoir
vous dire touchant notre Prefqu'Ifle
du Cotentin. L'énumeration des Paroiffes ,
qui toutes contiennent un ou plufieurs
Fiefs nobles , eût été un Ouvrage qui m'eût
mené trop loin & vous n'avez pas exigé
cela de moi. S'il arrive que je me rappelle
dans la fuite quelque fingularité oubliée
j'aurai l'honneur de vous en faire part,
Jefuis , &c.
JUIN. 110f 1743
LE CHASSEUR , LE LOUP , ET LA BREBIS
U
FABLE.
N Chaffeur,par hazard traverſant une Plaine,
Vit une Brebis aux abois ,
Qu'un Loup tout hors d'haleine ,
Emportoit dans le Bois .
Il crie, il court, il court , il s'empreffe avec joye ,
Et du Loup raviffeur il dégage la proye ;
La charge fur fon dos , va droit à la maiſon ,
Mais dans le même inftant que l'innocente Bête
A le remercier s'apprête ,
Par une affreufe trahison ,
D'un couteau meurtrier il la rend la victime
La Brebis tombant fous le coup
En peu de mots lui reproche fon crime .
Vous m'avez arrachée à la gueule du Loup ,
Mais par votre fureur extrême ,
N'êtes vous pas pour moi , cruel , un Loup vous
même ?
Pauvres Plaideurs, voilà votre tableau.
De tous vos démêlés au Palais on fait fête ;
Vous êtes la Brebis à croquer toute prête ,
Et certain Chicaneur Manceau ,
N'eft autre que le Loup , pernicieuſe Bêtê,
Quna
Troz MERCURE DE FRANCE
Quant au Chaſſeur , qui défend notre peau ,
C'eft l'Avocat , mais gare le couteau .
à Rouen. M. D. B. A. A.
LETTRE de M. P. à M. L. au fujet d'une
Differtation fur la Géometrie , &fur de nowveaux
Principes de Mathematiques , par
M. Liger.
Deux jours , M. avant mon départ de Paris
pour la Province , j'allai dire adieu à un de
mes amis. Après avoir parlé d'affaires , je lui
demandai s'il n'avoit rien à me donner
pour
nos amateurs de nouvelles : Voilà , dit - il ,
une Brochure où vous trouverez de quoi piquer
votre goût pour la Géometrie . Je l'ai
lue plufieurs fois , & je puis vous affurer ,
M. que fi M. L. met en évidence dans la fuite
, tout ce qu'il annonce , la République
des Lettres n'aura rien vû de fi nouveau
de fi curieux , & de plus utile en ce genre
; mais c'eſt par des moyens fort extraor
dinaires.
Il avance dans fa Differtation qu'un quarré
de 9800. peut contenir 9801. en changeant
fa conſtruction intérieure , & que 4900. eſt
la moitié géometrique de 9801. J'avoue que
rela ne tombe pas fous mes fens , mais ce
qu'il
JUIN
1103 1745
qu'il dit à la fin d'un quarré dans un quarré ,
d'une fomme beaucoup inferieure à celle de
9801. eft bien plus incompréhenfible.
L'avertiffement du Libraire nous fait cepen
dant preffentir du vrai dans l'expofé ; & enfin
M. L. ofcroit- il avancer des faits s'il n'en
étoit quelque chofe ? La préférence qu'il donne
à des termes François , au mépris de ceux
qui font reçûs de tous les Mathématiciens ,
femble juftifier l'aveu qu'il fait du peu d'acquit
qu'il avoit dans les études , quand il a
commencé à s'y introduire de lui- même , excité
feulement par l'amour propre , mais il
faut convenir que fi c'est une perte pour quel
ques-uns , c'est un gain immenfe pour la République
, car tous ceux qui dans leur Profeffion
fe fervent d'Inftrumens de Mathéma
tiques, l'entendront fort bien.
Sans avoir vû fes preuves , j'ai pris le com
pas pour trouver fes fix quarrés de differente
nature de compofition , & je les ai trouvé
mais comme je ne veux pas me caffer la tête
à déchiffrer fes propofitions extraordinaires ,
j'en attendrai avec impatience l'explication
dans la fuite de fon Ouvrage . J'entrevois qu'il
faut de toute néceffité que M. L. ait par de
vers lui quelque chofe de bien fort , qu'il n'a
pas voulu mettre encore au jour , contre les
Principes reçûs , & quelque chofe qu'il ait
decouvert, je crois que cela doit être fort in
tereffant
T104 MERCURE DE FRANCE
tereffant , car enfin tout Géometre cherche
en fecret la Quadrature du Cercle
& les autres impoffibilités de pareille nature
, & on dit, par dépit de ne pas rencontrer
jufte , que cela eft impoffible à trouver.
Suivant M L. le rapport de la diagonale au
côté , eft comme de nombre à nombre , & il
donne ce rapport comme de 140. à 99. Il s'en
fuivroit de - là , comme il le dit , que toute
incommenfurabilité eft abfurdité , & fi ce
rapport eft conftamment vrai , l'infini , ou la
diviſibilité à l'infini , même l'indefini , font de
pures imaginations , donc plus de lignes courbes
, & la circulaire eft un compofe de lignes
droites qu'il dit être de 350. unités , qui divifent
le diametre en 112.point de fraction dans
tout ceci , point de nombres effrayans ; tout
eft aifé & compréhenfible , plus de calculs
de grandeurs inconnues , plus de produits
inconnus ou algébriques ; quelle facilité pour
les maîtres & pour les éleves ; enfin quelle
commodité pour la pratique en tout genre ,
puifque les approximations font abrogées.
M. L. détruit la regle génerale de l'Hypoténuze
, car il nous donne un Triangle
dont les deux côtés ont chacun 99. & l'Hypotenuze
140. donc le Triangle de Pithagore
n'eft qu'un cas particulier , car les quarrés
des deux côtés font de 19602. & celu: de
THypotenuze de 19600, feulement. De plus,
nous
JUIN. 1743: 1105
nous ne fçavons pas extraire les racines , &
il y a des exceptions qu'apparemment il connoît
, dont fans doute il nous donnera des
régles , puifqu'il s'érige en reformateur d'Eu
clide , & de ceux qui l'ont fuivi . M. L. nous
apprendra auffi à trouver les proportionelles,
chofe dont les Géometres fe croyoient en
pofeffion , du moins algébriquement , mais
fçavoir par le moyen de l'Algébre , c'est être
dans l'erreur ſuivant M. L.
Dans fon premier Chapitre , il commence
par établir l'indivifibilité des particules de
la matiére ; où en font les Malbranchiftes &
tous les Partifans de la diviſibilité à l'infini
Descartes l'a attaquée par fon indefini ; M. de
Voltaire, page 129.de la Philofophie de Newton,
convient que les particules de la lumière
font indivifibles , & il s'en faut beaucoup
qu'il foit feul de ce fentiment.
Il est très- poffible que Dieu les ait créées
telles , donc , admettre qu'elles font divifibles
par la penfée , cela ne paroît pas un
argument admiffible ; or M. L. définit géométriquement
une particule de la matiére la
plus fimple ; pourquoi ne feroit - ce pas en
effet la particule de lumière ? La lumière eft
toujours la même ; il tire de la connoiffance
de cette particule fes nouveaux Principes . Je
ne le crois pas fi légerement appuyé qu'il ne
puiffe fe foutenir. Mais que de combats Litteraires
T106 MERCURE DE FRANCE
teraires ! Les Mathématiciens ne feront pas
les feuls oppofans à fes Principes ; les Phyficiens
fentiront bien qu'ils font intereflés
dans cette guerre , le fondement de fes Principes
étant Phyficomathématique .
Je crois , M. vous en avoir affés dit pour
Vous engager à examiner cet Ouvrage , & à
prendre parti dans une querelle qui nous eft
commmune avec tant d'autres , mais je ne
vous en demande votre fentiment , qu'après
la feconde production de M. L.
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Beau
vais le 29. Janvier dernier à Mad .. G... a
Paris , fur la Queftion propofée dans le
Mercure d'Octobre 1742. fçavoir lequel
des deux Amans eft leplus heureux de celui
qui fait la fortune defa Maîtreffe en l'époufant,
ou de celui qui tient d'elle fa fortune.
Q
U'il vous fied mal , Mad , de m'accu
fer de pareffe , lorfque je tiens de vous
l'art d'être pareffeux ; avez - vous oublié cette
Philofophie aimable , dont vous m'avez donné
fi fouvent des leçons ? La pareffe en fai
foit toute la bafe ;
Non point cette pareffe ,
Qui vient du peu d'efprit ,
Que
JUIN. 1743 1107
Que fouvent la Nobleffe
Où le Cloître produit :
Ni celle , qui par indolence ,
N'ole ni penfer , ni ſentir ,
Et qui, par pure nonchalance ,
Se refuſe même au plaifir ;
Mais cette ingénieufe & fage oifiveté ,
Fille du goût , fource de volupté ,
Où fe livrant , plein d'un charmant délire ;
Tantôt aux fentimens qu'un coeur fenfible inſpire;
Tantôt aux mouvemens que l'efprit fe permet
On jouit du préfent fans crainte & fans regret .
C'eft là ce que nous mettions en prárique;
Mad. dans cet heureux tems, où paffant une
partie de nos jours à votre belle Maiſon de
Campagne , & l'autre partie à Paris , nous
nous occupions à être pareffeux ; la Mufique,
la Lecture , les Beaux Arts , les Reflexions
quelque -fois la Poëfie , & fouvent les Belles-
Lettres , fe fuccedant fans ordre , & fuivant
que l'imagination nous portoit à l'un ou à
l'autre , formoient alors pour nous ces occupations
que j'honore du nom de Pareffe ....
›
Les plaifirs que permet l'aimable volupté ,
Etoient nos feuls travaux dans notre oifiveté.
Ce tems n'a pas duré pour moi. Rappelle
dans la Province par des Parens que je refpecte
110 MERCURE DE FRANCE
pecte , il a fallu confentir à me priver des
avantages que procure le fejour de Paris ; il a
fallu de plus , prendre un état qui parut me
fixer ; j'ai fait tout ce qu'on a voulu : j'ai
quitté les Mufes pour les Loix .
Et maintenant , vrai fuppôt de Thémis,
Mais peu verfé dans la Jurisprudence ,
Vous me verriez affis deffus les Lys ,
Jugeant les Gens , au moins en apparence ;
Quoiqu'entre nous , j'opine du bonnet ,
Et que j'obferve un fcrupuleux tacet ,
Laiffant l'honneur à Meffieurs mes Confréres
De prononcer fur toutes les affaires
Or aujourd'hui , que j'ofe encor rimer ,
Bien mieux ferois d'aller à l'Audiance ,
Soit pour dormir , ou bien pour écouter
Deux Procureurs fe gourmant d'importance.
;
Voilà mon état actuel ; je n'ai point cepenant
tout-à fait renoncé aux Mufes;les Beaux
Arts contribuent auffi quelque - fois à mon
amufement . Mais feulement.....
Ces Arts que permet la fageffe ;
Ces Arts inventés feulement ,
Pour occuper l'amuſement.
Une focieté de perfonnes tout à fait aimables
m'empêche, encore plus que toute autre
chofe ,
JUIN .
1109 1743.
chofe , de régretter Paris . Enfin fucceffivement
Je dreffe des Autels aux Mules , à Momus ,
A Vénus , à fon Fils , mais jamais à Bacchus.
Sur tout je n'ai rien perdu , Mad , du goût
que vous m'avez donné pour la Pareffe ; comment
aurois- je pu le perdre ? J'ai conſervé
précieuſement votre fouvenir , & par une
conféquence néceffaire , je me fuis toujours
rappellé les avantages de votre façon de vivre
, j'efpere néanmoins aller chés vous ce
Carême me raffermir de plus en plus dans
mes premiers Principes ; je remettrois volor
tiers à ce tems l'explication de mon fentiment
fur la Queftion propofée dans le Mercure
du mois d'Octobre dernier , mais vous
en paroiffez fi curieufe , & cela me fait tant
d'honneur , qu'il feroit mal à moi de n'y point
répondre avec empreffement ; peut-être avezvous
cru m'encourager beaucoup par l'approbation
que vous donnez à ma derniére Lettre
; cette approbation au contraire me donne
prefqu'autant de crainte que de courage :
quoiqu'il en foit , il faut vous fatisfaire . Ce
qui vous rend fi curieufe de ma déciſion ,
dites - vous , c'eft que le fingulier vous amufe
, & vous fçavez que je penfe fingulierement
fur le Chapitre de l'Amour ; cela ne
youdroit- il point dire , que fçachant de quelle
façon
110 MERCURE DE FRANCE
façon j'aimois il y a quelque tems , vous voulez
voir fi j'aime encore de même? Pour moi,
je fouhaite qu'on l'explique ainfi ; cela me
fera honneur auprès de tous ceux qui vous
connoiffent.
Eh bien , Mad. il s'agit donc de fçavoir lequel
j'eftime le plus heureux de deux Amans,
dont l'un fait la fortune de l'autre en l'époufant.
Si je fuivois la premiere idée qui fe préfente
à l'efprit , ou fi je faifois profeffion d'être
de l'avis du plus grand nombre , je ferois
pour celui qui fait la fortune ; mais il vous
faut du fingulier , & je vais vous fervir à votre
goût : j'opine donc , ( vous voyez que
nos termes fe fentent toujours de la profeffion
dont nous fommes ) que l'Amant dont
on fait la fortune eft le plus heureux. Il s'agit
ici , ce me femble , du bonheur actuel , le
jour des noces : la Théfe changeroit bien de
face s'il s'agiffoit des fuites.
Le Dieu d'Hymen , le Dieu d'Amour ,
Vont rarement de compagnie ;
De l'un la vie eft trop unie ;
L'autre haït un trop long ſéjour ;
Affés fouvent enſemble ils fe mettent en route ,
Mais bientôt à l'Hymen l'Amour fait banqueroute.
Or, dans ces premiers inftans du mariage ,
deux raifons me font donner le prix du bonheur
JUIN. 1743: IIII
heur à celui dont on fait la fortune. Premierement
, la certitude d'être aimé d'une perfonne
que l'on aime. Secondement, le plaifir
de devoir beaucoup à cette même perfonne.
Dans l'amitié & dans les devoirs réciproques
de la focieté , il eſt bien plus avantageux
de donner que de recevoir , & le plaifir
du premier eft d'une efpece bien fuperieure
à celui de l'autre ; mais il s'agit ici de l'Amour
; on ne demande pas dans lequel des
deux procedés il y a plus de grandeur d'ame
mais on demande lequel rend plus heureux ;
pour y répondre , il ne faut que rechercher ce
qui fait le bonheur d'une perfonne qui aime ,
quel eft le but d'un Amant qui foupire.
Tout le monde conviendra que c'eft d'inf
pirer à la perfonne aimée un amour égal à
celui qu'on reffent pour elle ; n'eft- ce donc
pas une fuite néceffaire de dire , que de deux
Amans , celui -là eft le plus heureux , qui a le
plus de certitude d'avoir infpiré ce retour ,
qui faifoit tout l'objet de fes voeux & de fes
affiduités ?
Appliquons maintenant ces Principes à notre
Queſtion: nous verrons que l'Amant , dont
on fait la fortune,a bien plus de certitude d'être
aimé , que n'en peut avoir l'Amant riche ;
en effet ; pour peu que celui- ci ait de délicateffe
, ne doit- il point apprehender que fes
richeffes , & la reconnoiffance n'ayent autant
da
1102 MERCURE DE FRANCE
de part que l'Amour aux preuves de tendreſſe
qu'il reçoit de la perfonne dont il fait la
fortune il ne faut que ce leger foupçon
pour alterer le bonheur dont il devroit
jouir ; c'est une feuille de rofe pliée dans le
lit d'une voluptueufe Sibaritte ; ce foupçon
cependant vient de la délicateffe ; la délicateffe
, dit un ingenieux Auteur , eft produite
par les bonnes qualités du coeur & de l'efprit
; elle eſt tout à fait digne des hommes ,
on fe fçait bon gré d'en avoir : c'est pourtant
elle qui diminuë nos plaifirs ou qui les altére ;
le mauvais fervice que vous m'avez rendu
Mad , quand vous m'en avez infpiré !
C'est par cette délicateffe , néanmoins ,
que je penfe que le plaifir de devoir beaucoup
à une perfonne aimée , l'emporte fur
celui de lui avoir beaucoup donné , & c'eſt
la feconde raifon qui détermine ma décifion ;
j'ai remarqué fouvent , & je crois qu'il eſt
dans la nature du commun des hommes d'aimer
ceux à qui l'on fait du bien , & d'avoir
une espece d'éloignement pour ceux à qui
l'on doit de la reconnoiffance ; cet éloignement,
qui n'est que dans le coeur , & que l'on
fe garde bien de faire paroître , n'en eft pas
moins un défaut effentiel , mais prefque gé
neral. Ce défaut ne fe trouve pas entre deux
perfonnes qui s'aiment avec délicateffe , tels
que je fuppofe nos deux Amans ; or l'idée de
penfer
JUIN. 1743. 1119
penſer mieux que le commun
des hommes
& le témoignage
avantageux
qu'on rend à fon coeur,en fe fentant plein d'une reconnoiffance
fi peu commune
, ajoute beaucoup
au
plaifir de tenir tout ce que l'on a d'une per- fonne aimée .
Dans la focieté , la reconnoiffance eſt regardée
comme une dette , pour le payement
de laquelle on ne fe fent pas affés de fond ,
& l'on n'aime point fon créancier ; dans l'Amour,
au contraire, on fe fent un fond inepui-
Table pour acquitter cette dette , & l'on trou
ve du plaifir à faire parade de la générofité
avec laquelle on s'acquitte ; or je dis que
ce plaifir de fçavoir bien recevoir , étant plus
rare que celui de fçavoir bien donner , doit
être par conféquent plus flatteur & plus fenfible
; je ne fçais fi je m'exprime bien ; mais
vous avez de la penétration , & accoûtumée
à mon jargon , vous avez toujours fçû ſaiſir
le fens de mes penfées , quelque envelloppé
que je vous l'aye préfenté dans un fatras de
mots mal arrangés . Puiffiez - vous aujourd'hui
, Made , faifir également l'intention
que j'ai toujours eû de vous prouver le reſpect
avec lequel j'ai l'honneur d'être , &c.
1. Vole D ROLAND
114 MERCURE DE FRANCE
St.stbst stat stat
R OLAN D.
CANTATE.
L'Amant de la belle Angelique
Combattoit les tranfports d'un amour tyrannique ;
De fes malheurs il accufoit les Dieux ,
Quand tout à coup en proye au déſeſpoir terrible ,
Son coeur tremble , frémit & dans un trouble
horrible ,
Il fait rétentir l'Air de fes cris furieux.
Vous voulez donc ma mort , ingrate que j'adore ;
Pour un indigne Amant vous trahiſſez mes feux.
Quoi ! le jour qui devoit éclore ,
Pour couronner mes tendres voeux ,
Eft de mes jours le plus affreux !
Vous voulez donc ma mort , ingrate que j'adore ;
Pour un indigne Amant , vous trahiſſez mes feux,
Je céde à ma douleur ; je me perds ; je m'égare ,
Et l'amour , ce Tyran barbare ,
Me plonge chaque inftant dans un tourment nouveau.
Mon coeur n'écoute plus qu'une aveugle colere ;
Ah ! de la raifon, qui t'éclaire ,
Roland éteins- tu le flambeau ?
Suivons
JUIN.
1113 1743.
Suivons le courroux qui m'enflame ;
Que mon dépit & ma fureur
Egalent , s'il fe peut , l'horreur
Du tourment que fouffre mon ame.
Porterai je toujours les fers
De l'infidéle qui m'outrage ?
Eclattez tranſports de ma rage :
Je traîne après moi les Enfers.
Suivons le courroux qui m'enflâme ;
Que mon dépit & ma fureur
Egalent , s'il fe peut , l'horreur
Du tourment que fouffre mon ame.
11 dit , & fuccombant à fès cruels malheurs ,
Roland fe livre à fes fureurs ,
Et ce Héros,jadis fi redoutable,
Ce Guerrier ,illuftré par des faits glorieux,
N'eft plus qu'un Amant miférable ,
Qui gémit , qui parcourt , & ravage ces lieux.
Tendres Amans , briſez vos chaînes;
Ne formez plus de vains défirs.
L'Amour expoſe à plus de peines,
Qu'il ne fait n'aître de plaifirs.
Ses traits , fon carquois , & fes flâmes ;
Cachent un dangereux poifon ;
Dij
116 MERCURE
DE FRANCE
Il ne peut regner fur nos ames ,
Qu'aux dépens de notre raison.
Tendres Amans , brifez vos chaînes ;
Ne formez plus de vains défirs ;
L'Amour expofe à plus de peines ,
Qu'il ne fait naître de plaifirs.
Par M. B ** & Aix.
QUESTIONS
IMPORTANTES
;
Jugées au Parlement de Paris par Arrêt
30. Mars 1743.
L
du
A premiere , fi un homme condamné an
Banniffement à tems , & retenu en prison
pour des Réparations civiles , doit être élargi
pour exécuter d'abord fon Ban.
La feconde , fi le tems de fon Ban ne doit
pas du moins courir , pendant qu'il eft en
prifon.
FAIT.
Par Arrêt du 27. Juillet 1742. rendu en
la Tournelle Criminelle du Parlement de
Paris , au rapport de M. de Montullé , Confeiller
, fur l'appel d'une Sentence du Lieute-
Lant Criminel de Mâcon du 3. Août 1739.
PierreJUIN.
17433
و
Pierre-Jofeph Bruërat , pour les cas réfultans
du Procès , fut banni pour neuf ans du
refført du Siége de Mâcon , des Provinces
de Lyonnois , Forêt , Beaujolois , & de la
Ville Prevôté & Vicomté de Paris , & condamné
en 10. liv. d'amende envers le Roi ;
& ayant égard aux Requêtes des fieur &
Dame du Beffey de Contenfon , Parties civiles ,
l'Arrêt déclara plufieurs Piéces fauffes , &
condamna l'accufé envers eux en 2000 !
liv. de Réparations civiles & aux dépens.
Cet Arrêt ayant été fignifié à l'accuſe , prifonnier
à la Conciergerie entre les deux
guichets , avec commandement de payer les
zooo . liv. de Réparations civiles ; faute de
payement , il fut écroué & recommandé au
Greffe de ladite prifon pour ces 2000. liv .
,
L'Accufé préfenta Requête à la Cour , par
laquelle il demanda que l'Arrêt du 27. Juillet
1742 fut exécuté , en conféquence que
fans s'arrêter à la recommandation faite par
les Parties civiles , il fut ordonné que les prifons
lui fuflent ouvertes , à l'effet par lui de
fubir fon Ban , & ou la Cour feroit difficulté
d'ordonner fon élargiffement , en ce cas il
fut ordonné que le tems de fon Banniffement
coureróit, à compter du jour de l'Arrêt
du 27. Juillet 1742. & pendant tout le tems
qu'il feroit en priſon.
Les fieur & Dame de Contenfon déclare
D iij rent
118 MERCURE DE FRANCE
rent qu'ils n'empêchoient point que le tems
du Banniffement courut pendant que l'accufé
étoit en prifon , & au furplus ils le fou
tinrent mal fondé dans fa demande .
On difoit de leur part , qu'il n'eft pas doua
teux que les Réparations civiles étant une
fuite du délit , emportent la contrainte par
corps , & que le Jugement qui les accorde ,
autorife la Partie civile à s'en faire payer par
les voyes de Droit.
Le Banniffement qui fe trouve prononcé
contre l'Accufé par le même Jugement , ne
peut empêcher la Partie civile de recomman
der l'Accufé pour les Réparations civiles .
C'est ce que fuppofe la Loi 23. au Code
de Panis , qui décide , que le tems de toute
forte d'exil court pendant que le Banni eft
détenu en priſon.
L'Ordonnance de 1670. Tit 13. art. 23 :
ſuppoſe auffi la même chofe , puifqu'elle parle
dans cet article des prifonniers pour crime
, qui après le jugement ne feront détenus
que pour interêts civils.
La Queſtion a été ainfi jugée par deux
Arrêts , l'un du 20. Mars , 1660. rapporté au
Journal des Audiences , l'autre du 30. Décembre
, 1666. rapporté par Joefve , Tom . 2 .
cent. 3. chap. 83 .
Le fentiment des Auteurs eft conforme à
gette Jurifprudence ; on peut voir Couchot ,
Tom
JUIN. 1745 119
Tom . 2. pag. 367. Bornier , Tit. 25. art. 21 .
Le Dictionnaire de Droit Verbo , Bannir, &c.
On n'exécute la peine prononcée contre
l'accufé , par préference aux Réparations civiles
, que lorfque c'eft une peine afflictive &
parce que c'est pour l'exemple ; en cas de
condamnation aux Galeres , il y a une exé
cution : d'ailleurs , le condamné doit le fervice
fur les Galéres du Roi , & enfin il ne
fait proprement que changer de priſon , au
lieu que dans le Banniffement il n'y a point
d'exécution publique , & c'eft une peine
moins rude que la prifon , puifque l'Accufé
préfere de fubir fon ban pour éluder le paye
ment des Réparations civiles ; la condamna
tion à des Réparations civiles feroit illufoire,
fi l'on ne pouvoit contraindre par corps
l'Accufé , jufqu'à ce que le tems de fon Ban
foit expiré.
On difoit au contraire de la part de l'Ac
cufé , que la Cour après s'être armée de féve
rité pour le juger , devoit dans l'exécution
lui adoucir la peine, autant qu'il étoit pollible
, & que dans le doute , l'interprétation la
plus favorable devoit prévaloir.
Au furplus, qu'il falloit exécuter l'Arrêt de
la Cour dans toutes fes difpofitions ; qu'on
devoit commencer à exécuter la peine publique
, par préference aux condamnations prononcées
au profit de la Partie civile , attendu
D iiij. que
1120 MERCURE DE FRANCE.
que l'intérêt public doit toujours l'emporter
fur l'interêt particulier.
Le Banniffement , difoit-on , eft une peine
publique l'Ordonnance criminelle le met
au nombre des peines afflictives ; l'exécution
en eft publique. On conduifoit autrefois le
condamné hors de la Ville jufqu'à la Pierre ,
ou autre marque de féparation des Juſtices
limitrophes , & de - là jon banniffoit le condamné
c'étoit dans ce même endroit que fe
faifoient les Bans , Prônes & Publications de
la Jurifdiction , car le terme de Banniffement
eft venu de Bannum , Ban , qui fignifie
publication , ce qui marque la publicité de
cette peine.
Auffi , M. l'Avocat Géneral Bignon , qui
porta la parole lors de l'Arrêt de 1660. avoitil
conclu à ce que le Condamné fût élargi
pour fubir fon Ban.
On trouve dans le Journal du Palais deux
Arrêts du Parlement de Bordeaux des 12. &
15. Septembre 1671. qui ont ainfi jugé la
Queſtion.
avoir établi
M. Gilbert de Voifins , Avocat Géneral ,
qui porta la parole dans cette Cauſe , après.
que le Banniffement ne pouvoit
empêcher la détention du Condamné pour
les Réparations civiles , établit auffi , que le
tems du Banniffemeut ne devoit point courir
pendant la détention ; qu'autrement le Con
damné
JUIN 1743 1.12
damné étant nourri par la Partie civile pendant
qu'il eft retenu en prifon pour les Réparations
civiles , pourroit préferer de refter en
prifon pour ne pas fubir fon Banniffement >
qu'outre les Arrêts de 1660. & 1666. cités.
ci- devant , les deux Queſtions avoient encore :
été jugées de même contre le Banni , par un
Arrêt plus récent du 12. Janvier 1712. rendu
contre le nommé Laîné , dit Defnoyers ; &
il conclut à ce que l'Accufé fur débouté
purement & fimplement de fa demande .
L'Arrêt qui intervint le 30. Mars 1743
fut conforme à fes conclufions , plaidants M.
Chatelain , pour Bruerat , & M. Boucher
d'Argis , pour les fieur & Dame de Conten
fon, Parties civiles ..
来来来
AVIS Galant à Mite P..... par Don:
C
Vranio , &c.
Harmante Iris , le tems coule rapidement
Appas , rares talens , tout céde à fa vîteffe ;:
Rien ne peut l'arrêter ; prefqu'infenfiblement ,
Ilconduit vos beaux ans dans la froide vieilleffe ..
Que deviendront alors tous vos brillans attraits .
Iris , vous les verrez s'enfuir à tire - d'afle ;
Les Amours allarmés s'envoleront a près ;
Ris & Jeux , les fuivront dans une Cour nouvelle
D. y
Prévenez
1122 MERCURE DE FRANCE
Prévenez ce deftin , faites votre moiſſon ;
Recueillez les doux fruits que le printems vous
donne ;
Votre âge vous en fait l'importante leçon ;
Du Dieu qui fait aimer re pectez la couronne.
Sans croire m'attirer aucuns traits de rigueur ,
Tel eft l'heureux confeil que ma Muſe m'inſpire ;
Penfez y bien , Iris , confultez votre coeur ;
Sans doute il vous dira ce que j'ofe vous dire.
****************
ARREST du Parlement de Befançon,
qui juge que la Profeffion Religieufe de
l'héritier ne donne pas lieu à l'ouverture du
Fideicommis fait dans le cas du décès fans
hoirs légitimes.
FAIT
Ugues Page,de Couliege,fit un Teftament
folemnel en 1721. par lequel
il inftitua fon héritiere üniverfelle Jeanne-
Pierrette Page , fa fille unique ; & fi le
décès de ladite héritiere arrivoit fans hoirs
légitimes , la mere du Teftateur eft fubftituee
, & à fon défaut , fes cinq foeurs.
Le Teftateur étant décedé en 1739. fa
fucceffion fut recueillie par Jeanne- Piersette
Page , laquelle entra quelque tems
après
JUIN 17438 IT23'
après en Religion , & fit Profeffion dans
le Monaftére des Filles de Sainte Marie de
Salins , après avoir fait un Teſtament
par lequel elle inftitua dans tous fes biens
Marguerite-Hugues fa mere : on publia
ce Teftament à Couliege : Marguerite-
Hugues accepta l'héredité , & le Juge
l'envoya en poffeffion.
Dans cet état , Gabrielle , Gertrude
Marie- Claudine , Marguerite , & Jeanne-
Françoiſe Page , appellées à la fubftitution
faite par Hugues Page , prétendant que
cette fubftitution étoit ouverte , fe
pourvûrent
au Bailliage de Lons- le- Saunier ;
pour faire condamner Marguerite Hugues
à leur reftituer les biens qui en dépendoient .
Elles y obtinrent un Jugement conforme à
leur demande , dont Marguerite- Hugues
interjetta appel au Parlement de Besançon,
MOYENS de l'Appellante.
On difoit de fa part , que la Sentence
étoit contraire aux Loix Romaines , au
fentiment des plus fameux Interprétes , &
à la Jurifprudence du Parlement de la Province
.
C'eft un principe univerfellement admis ,
que les cas exprimés pour l'ouverture des
fubftitutions , emportent condition, & qu'il
n'y a ouverture, qu'après que ces cas font
Dvj arrivés ,
1124 MERCURE DE FRANCE
arrivés , parce que ce n'eft que pour lors
que les conditions font auffi pleinement &
auffi exactement accomplies , qu'il eſt néceffaire
qu'elles le foient , pour que les
Fideicommis conditionnels foient ouverts .
Ricard , des Difpofitions condit. chap. 5. Sect. 4 .
n. 314. &fuiv.
La doctrine de cet Auteur , & les textes
qu'il cite , font parfaitement applicables
à notre cas. Hugues Page a ſubſtitué
fes biens , fi le décès de fon héritiere arrivoit
fans hoirs légitimes . Il eft clair que dans
cette difpofition , c'eft le décès qui forme
la condition ; & dans le fait , l'héritiere
n'étant pas morte , peut- on dire que cette
condition foit accomplie ?
Les Intimées objectent que la condition
du décès, peut s'accomplir par équipollent
; qu'à cet égard la mort civile a
autant d'effet , que la mort naturelle ; que
l'on eft ici dans le cas de la mort civile ;
d'où elles concluent , que fa condition , dont
il s'agit , eft remplie.
Mais c'eft un paradoxe de dire , que toutes
fortes de morts civiles équipollent à la
naturelle ,à l'effet de donner lieu à l'ouvertu
redesFideicommis . Ceux qui font allés le plus
loin fur cette matiére , ( a ) ne l'ont ainfi
foutenu que dans les cas qui emportent
( a ) Ricard , ut fuprà , n. 330.
la
JUI N. 1743. TIZS
la perte de la liberté , auffi - bien que des
droits de Cité ; mais tous ont été obligés
de convenir qu'on ne devoit pas appliquer
cette maxime aux efpéces de morts civiles,
lefquelles en privant du droit de Cité ,
confervent la liberté naturelle.
Les Auteurs qui ont fait cette diftinction
, n'ont pas réfléchi que dans le dernier
état de la Jurifprudence Romaine
les hommes libres ne peuvent plus perdre
leur liberté par la condition du fupplice ;
qu'il n'y a plus d'esclavage de la peine , &
conféquemment plus de mort civile , qui
prive de la liberté naturelle : Novell . 22.cap.
8. Mais quand il feroit poffible d'admettre
la diftinction de ces Auteurs , on ne pourroit
raisonnablement prétendre que la Profeffion
Religieufe dût être mife au rang
des efpéces de morts civiles , qui rendent
efclaves de la peine . Ainfi les Parties adverfes
fe tromperoient toujours dans l'application
Mais elles errent dans le principe même .
Aux termes du Droit Romain , aucune
efpéce de mort civile ne peut équipoller
à la mort naturelle , en ce qui regarde
l'ouverture des Fideicommis. Cette propofition
eft fondée ſur la Loi , cùm Pater. 77 :
§. hæreditatem . ff. de legat. 2. & fur la Loi
Statius florus , qui décident qu'un Fideicommis
1126 MERCURE DE FRANCE
mis fait dans le cas du décès de l'héritier
n'eſt pas ouvert par fa déportation , ou autre
condamnation qui emporte mort civile , &
que la condition du Fideicommis n'eft accomplie
, que par fa mort naturelle , étant
poffible, que le fubftitué meure avant l'hé
ritier. Ricard dit que cette Loi doit être
appliquée à toutes fortes de morts civiles
& que la difpofition , en cas qu'il décede
fans enfans , contient en foi deux conditions
, l'une expreffe , l'autre tacite ; que
la condition expreffe dépend de la naiffance
des enfans , & que la condition tacite eft
attachée à la mort de l'héritier , parce
que n'étant chargé de reftituer que lorf
qu'il mourra , fa mort qui dépend d'un
tems incertain , fait condition à l'égard du
Fideicommiffaire , de forte qu'il eft indifpenfable
que pour acquerir le Fideicommis , il
foit vivant au jour de la mort de l'héritier.
Ainfi, quoiqu'il foit vrai que lorfque l'héri
rier eft mort civilement , la premiere condition
eft purifiée , s'il n'a pas d'enfans , la
feconde reſte à écheoir , fçavoir, celle qui dépend
de la mort; d'où, après plufieurs autres
raiſonnemens , Ricard conclut que le Fideicommiſſaire
n'étant fondé qu'en un titre particulier
qui dépend de l'échéance d'une
condition , quoique l'héritier foit incapable
par la mort civile de pofféder la chofe
fujette
JUIN. 1743 Tr27
fujette à reftitution , elle doit être déferée
jufqu'à l'échéance de la condition , à celuis
qui le repréfente à titre univerfel en qualité
d'heritier.
Si de ces maximes , applicables à la mort
civile en général , on paffe au cas particulier
de la profeffion Religieufe , on trouve
que le Parlement de Toulouſe (a ) eft le
feul qui s'en foit écarté dans ce cas , après
les avoir fuivies pendant long- tems , & on
peut dire que cette Jurifprudence eſt bizarre
; car , comme dit Ricard , loc . cit. loins
que les voeux de Religion foient plus confidérables
, en ce qui concerne la comparaiſon
à la mort naturelle , que la condam
nation aux Galéres , & les autres espéces
de morts civiles , qui ont leur fondement
fur le crime de l'héritier , ils doivent avoir .
à cet égard , beaucoup moins d'effet , parce
que l'incapacité de pofféder , & la mort
civile , qui eft produite par la condamnation
aux Galéres , ou par quelque autre
peine femblable , eft une dépendance
néceffaire de ces efpéces de peines , &
c'eſt particuliérement en quoi confiſte la
qualité de la peine & de la condamnation
, au lieu que pour ce qui concerne
les Religieux , s'ils font confiderés comme
morts, quant aux effets civils , & par cette :
( a ) Dolive , Queſt. notab. chap. 8.
con7128
MERCURE DE FRANCE
confidération déclarés incapables de pofféder
& d'acquerir , ce n'eft pas en haine de
Faction qu'ils ont faite , mais par des raifons
de politique toutes extérieures , &
nullement attachées à la qualité de l'Acte .
Du Moulin en fon Commentaire fur
l'art. 152. de la Coûtume de Paris , tient
auffi que les voeux de Religion , quelque
rigoureux qu'ils puiffent être , ne donnent
pas lieu à l'ouverture du Fideicommis , quoiqu'il
penfe que la condamnation aux Galéres
perpétuelles , doit operer à cet égard le
même effet que la mort naturelle . Il décide
par le même principe dans fon Commenraire
fur la Regle de infirmis , n . 351. & fur
les deux premiers Titres de la Coûtume
de Paris , 151. n . 81. 82. que fi le Pro-- &
priétaire d'un Fief fe fait Religieux , &
donne fon Fief au Monaftére , le Seigneur
dominant ne peut prétendre l'indemnité ,.
ni aucun autre droit , pendant la vie na-.
turelle du Religieux ; & telle eft la doctrine
de nos meilleurs Auteurs , dont l'Ap--
pellante rapportoit le témoignage.
La queftion fut ainfi jugée par Arrêt
rendu dans ce Parlement le 17 Janvier
1603. rapporté par M. Terrier en fes .Remarques.
1
Indépendemment des principes géne
caux de la matiére , qui ont fans doute fervi
de:
JUIN. 1743 . 1120
>
de fondement à cet Arrêt , il y a pour le
Comté de Bourgogne une raifon particuliére
qui ne fouffre pas de replique , c'eft
que dans cette Province les Religieux ne
font
pas , comme dans le refte du Royaume,
incapables de toutes fucceffions . L'Article
7. du Titre 1. de la Coûtume , ne les
exclut que de la fucceffion des Fiefs ; &
l'Article 1378. des anciennes Ordonnances
les déclare capables d'acquerir pour
eux ou leurs Monaftéres , les meubles , & l'ufufruit
des immeubles qui leur écheoiront pardroit
ou coûtume , foit par donation , ſucceſſion , légitime,
ou fupplément d'icelle. Eft -il poffible
de regarder en Franche - Comté la Profeffion
Religieufe comme une efpéce de mort
civile , tandis que par la Loi du Pays , les.
Religieux font capables de fucceffions ?
Eft- il poffible de les priver du droit de
tranfmettre à qui bon leur femble , la
jouiffance d'un Fideicommis , laquelle pafferoit
incontestablement à leur Monaftére ,
s'ils ne difpofoient pas de leurs biens avant
leur Profeffion ?
MOYENS des Intimées .
Elles convenoient d'abord , que cette
queſtion a divifé les plus célebres Jurifconfultes
, & qu'il y a des raiſons très-ſpécieuſes
pour l'Appellante , mais elles foutenoient
1130 MERCURE DE FRANCE
N
tenoient que e ſentiment contraire a prévalu
, & que depuis long-tems les Arrêts
ont invariablement jugé que par la mort
civile il y a lieu à l'ouverture du Fideicommis
fait fous la condition de mort fans
enfans , à moins que les termes de la difpofition
ne la reftraigne au cas de la mort
naturelle . Et premierement il eft certain
que la fubftitution eft ouverte par la condamnation
aux Galéres perpétuelles . Charondas
en fes réponſes , liv. 8. chap. 50.
Anne Robert , Rerumjudicat. lib . 4. cap.16.
rapportent les Arrêts du Parlement de Paris
& du Grand Confeil , qui l'ont ainfi
décidé.
Le Parlement de Toulouſe a varié pendant
quelque tems à l'égard du cas de la
condamnation aux Galéres feulement , &
non dans le cas des voeux de Religion ,
comme on peut le voir dans M. Maynard,
liv. 5. chap. 8o. & dans M. Dolive, Quest.
notab. chap. 8. Mais à préfent la Jurifpruprudence
y eft fixée par les Arrêts que rapportent
M. de Catelan , Tom . 1. liv. 2.
chap. 76. & Vedel en fes Obfervations fur
ce chapitre.
Cela fuppofé , il ne s'agit plus que d'examiner
fi l'on doit fuivre la même régle
dans le cas de la Profeffion Religieufe , &
fur ce point les Intimées ont encore en
leur
JUIN. 1743 .. 1131
leur faveur le fuffrage de Ferrerius & de
Mattheus fur la Question 547.de Guy, Pape,
& une foule d'autres Auteurs.
Que peut-on defirer pour qu'une ſubftitution
faite fous la condition de mort
fans hoirs légitimes , ait fon effet ? Que celui
, dont les hoirs légitimes doivent faire
évanouir la condition , ne puiffe pas en
avoir. Or , fi le voeu folemnel de chafteté ,
& celui de ſtabilité dans la Religion , ne
font pas des obftacles invincibles à l'exiftence
des hoirs légitimes , ils forment du
moins une impoffibilité morale , laquelle
doit fuffire pour donner lieu à l'ouverture
du Fideicommis conditionnel .
Il eſt fenfible que dans la claufe , s'il
meurt fans enfans , l'existence ou le défaut
d'exiſtence des enfans , eft l'unique objet
du Teftateur ; c'eſt ce qu'il a en vûë, lorfqu'il
donne la forme à fon Fideicommis :
l'exiſtence des enfans eft la feule caufe
de l'extinction de ce Fideicommis ; donc 2
par la raison des correlatifs , le défaut d'enfans
, & l'impoffibilité de leur exiſtence
doivent être la feule caufe de fon ouverture
.
On ne prétend pas foutenir que toutes
les efpéces de morts civiles équipollent
en ce cas à la mort naturelle. On convient
que celles qui , en enlevant les droits de
la
1
1132 MERCURE DE FRANCE
la Cité , n'enlevent pas en même tems la
liberté naturelle telles qu'étoient chés
les Romains la déportation , & parmi nous
le Banniffement perpétuel , peuvent ne pas
donner lieu à l'ouverture du Fideicommis ;
mais celles qui privent non-feulement des
droits de la Cité , mais encore de la liberté
, doivent avoir le même effet que la
mort naturelle . Or la mort civile réfultante
des voeux de Religion , doit être mife
dans cette derniere cathégorie .
En vain l'Appellante fe prévaut - elle de
la Novelle 22. de Juftinien , pour foutenir
qu'aux termes du Droit nouveau , il n'y a
plus de fervitude de la peine , conféquemment
plus de mort civile , qui prive de la
liberté , & par une autre conféquence tirée
du propre fyftême des Intimées , plus
d'équipollence de la mort civile à la naturelle.
On lui répond , après Ferrerius, Catelan,
& Vedel , que la fervitude de la peine ,
abrogée feulement à l'égard du mariage,
fubfifte pour tous les autres effets. Ainft
notre diſtinction eft juste , & toutes les efpéces
de morts civiles qui privent de la
liberté & de la Cité , équipollent à la mort
naturelle .
La Loi Si Pater , citée par l'Appellante ,
eft dans le cas de la déportation. Ceux qui
Y
J-UIN. 1743 1133
y étoient condamnés , n'étoient pas même
privés des droits de Cité ; avant que cette
peine eût été fubrogée à l'interdiction du
feu & de l'eau , il arrivoit fouvent que la
deportation étoit tellement mitigée , qu'elle
approchoit plus de la fimple rélegation ,
que de l'exif ; & lorfqu'elle étoit la plus rigoureuſe
, elle n'emportoit que le changement
d'état, appellé en Droit media capitis
diminutio, lequel ne privoit pas de la liberté
celui qui en étoit puni. Il n'eft donc pas
étonnant que le Jurifconfulte ait décidé
que la déportation ne donnoit pas lieu àl'ou
verture du Fideicommis.
La Loi Statius Florus, § . 1. ff. deJur . Fife.
ne peut être que dans le cas de la déportation
. En effet , à quelle autre peine la femme
, dont il eft parlé dans cette Loi , auroit-
elle pû être condamnée ? Ce n'étoit
pas à la mort naturelle ; la Loi ne le dit
pas . Ce n'étoit pas ad metalla , puifque les
femmes ne fubiffoient jamais cette peine
chés les Romains . Ainfi il ne reste que la
déportation , & conféquemment mêmes réponfes
à la Loi Statius , qu'à la Loi Cum
Pater.
Ce n'eft donc pas dans les Loix citées
par l'Appellante que l'on doit puifer la décifion
de cette affaire. C'eft dans la Loi
Ex facto , S. fi quis rogatus ff. ad Trebell. &
la
1134 MERCURE DE FRANCE
la Loi Intercidit ff. de condit. & demonftrat.
déja citées , qui décident clairement que
la mort civile donne lieu à l'ouverture du
Fideicommis , lorfquelle prive de la liberté
naturelle.
L'Appellante ofera - t'elle dire qu'un Religieux
Profés conferve fa liberté?
La Loi Gallus , §. & quid fi tantum ff. de
lib.& pofthum. dit que fi dans un Teftament
on exprime le cas de la mort du fils , &
qu'un autre cas femblable arrive , il fera
équipollent à la mort naturelle. La Loi
Si mater , au Code de inftit. & fubftit. propofe
le cas d'une mere qui avoit inſtitué
fes enfans , fous la condition qu'ils feroient
émancipés par leur pere ; & cette
Loi décide que la condition eft préfumée
remplie , fi avant qu'ils ayent été émancipés
, leur pere a été condamné à la déportation
, vel aliter defunctus eft. Il est donc
fenfible que les conditions s'accompliffent
par équipollent , à moins que la volonté
du Teftateur n'y réfifte formellement , &
que la mort civile peut être comparée à
la mort naturelle , quand elles rempliffent
également les vûës du Teftateur. Tantùm
operatur fictio in cafu ficto , quantùm veritas
in cafu vero.
Par Arrêt rendu en la Seconde Chambre
, au Rapport de M. de Combonſon , le
22.
JUI N. 1743
L135
22 Novembre 1742. la Sentence a été
infirmée , & les Intimées ont été déboutées
, pour le préfent , de leur demande en
ouverture de Fideicommis.
PLACET préfenté à M. de Vaftan , Prevôc
des Marchands de la Ville de Paris, par un
Poëte , au fujet de fa Capitation.
Voyez , Seigneur , ce que c'eft que le monde ;
Que je le hais ! qu'en malice il abonde f
Mais ce qui plus excite mon courroux ,
De l'heur d'autrui c'eft qu'il eft trop jaloux.
Jaloux , hélas ! je frémis quand j'y penſe ,
Jufqu'à vouloir rogner fur ma pitance ;
A moi , chetif, qui n'ai pour revenus ,
Tout bien compté , que cent , moins quatre Ecus.
Pour un Rimeur la fomme n'eft point mince ;
Las ! je le fçais , & vivrois comme un Prince ,
Si l'on vouloit ne rien prendre deffus ;
Mais il me faut mes cent , moins quatre Ecus.
Ces Ecus - là , je les divife en douze ;
C'efthuit par mois , dont , fi je ne me blouſe ,
Après avoir acquitté mon Loyer ,
Le Blanchiſſeur , l'Auberge & le Barbier ,
Sans faire un fol de dépenfe frivole
1136 MERCURE DE FRANCE
Il ne sçauroit me refter une obole ;
Ou , fi l'on croit qu'il en puiffe refter ,
Je ne fuis point un homme à conteſter.
Que l'on me trouve une honnête perſonne ,
Qui me défraye , & pour lors j'abandonne ,
Sans rien ôter, ni donner rien de plus ,
A qui voudra , mes cent , moins quatre Ecus.
De l'éxcédent je confens qu'il profite.
Mais quel Mortel , fût- ce un autre Stylite ;
Mangeant pour vivre , & vivant de fruits cruds ,
Vivroit à moins de cent , moins quatre Ecus ?
Et cependant certain Monfieur C *** ( a )
Homme zélé , fur-tout pour fa Recette ,
Veut qu'aujourd'hui , plus fobre qu'un Reclus ,
Je vive à moins de cent, moins quatre Ecus.
Ce beau Monfieur , dont le Ciel me délivre ,
Veut que je paye onze fois une livre ;
C'eft onze francs , ou Barême eft un fot.
Or avec quoi ? car enfin de mon lot ,
Tout calcul fait , il eft clair qu'il ne reſte
A moi , Rimeur , pas la valeur d'un zeſte ,
Et pour quiconque entend le numero ,
Un zefte vaut à peu près un zero .
Pourquoi me faire une taxe fi forte ?
Mais après tout , dans le fond , que m'importe
La Taxe n'eft que pour qui peut payer ;
( a) Receveur de la Capitation,
Et
JUIN.
1743. 1137
Et par bonheur n'ayant fol ni denier ,
Point de Contrat , de Maifon , ni de Rente ,
Point d'autre Effet qu'une Table pliante ,
Une Eſcabelle avec un vieux Châlis ,
Quelques Bouquins déchirés , ou moifis ,
Je ne crains point qu'un Suiffe à large échine ,
Vienne , en jurant , m'effrayer de fa mine
Boire mon vin , dépenſer mon argent ,
Ni démeubler mon riche Appartement.
Grace à Phoebus , je fuis logé fans faſte ,
Dans un recoin , qui n'eft ni-beau ni vafte ;
Force Papiers , pour moi feul précieux ,
Dont les Sergens ne font point curieux
Voilà de quoi notre tenture eft faite :
Avec cela , fans ce Monfieur C ***,
J'aurois vécu plus content qu'un Créfus ,
En dépenfant mes cent , moins quatre Ecus .
Peut-être aufſi , qu'à caufe de l'Etage ,
Ce Receveur a crû qu'il étoit fage .
De me taxer fuivant mon Efcalier ;
Mais le troifiéme eft chés moi le dernier ;
Et puis , Seigneur , ce n'eft point par ma faute ,
Si la Maiſon n'eſt pas un peu plus haute .
En pareil cas , fi pour ne rien payer ,
Il ne falloit que loger au Grenier ,
J'y logerois : mais helas ! Mons C ***
Dans fon Grenier taxeroit un Poëte .
Délivrez - moi , Seigneur , par charité ,
1. Vol.
E De
1138 MERCURE DE FRANCE
De ce Monfieur , qui m'a tant maltraité .
Onze francs ! moi , las ! j'en fuis immobile ;
'Autant vaudroit qu'on eût mis onze mille.
Pour abréger , fans façon , rayez - moi
De fon Regître ; ou fi je dois au Roi
Quelque tribut , Seigneur , taxez ma Veine
A tant de Vers qu'il vous plaira ; fans peine
Je rimerai , pour chanter les Vertus ;
Mais laiffez -moi mes cent , moins quatre Ecus;
Leger.
Les mots des Enigmes & du Logogryphe
du Mercure de Mai , font les Heures
du Cadran , Ceinturon & Tableau . On trouve
dans le Logogryphe , Eau , Table
Abel , Aube , Beau & Bateau.
Bal ,
LA
ENIGME
A taille courte & large pance ;
Tout pefant qu'eft mon corps , il eft des plus difpos;)
Je voltige & fais mille fauts ,
Et j'obferve en danfant une jufte cadence..
Si l'éclat de mes airs fatigue un endormi ,
Je fais fouvent plaifir au Studieux qui veille ;
Le Diligent eft mon ami ,
Et je fuis incommode où régne la bouteille.
JUI N.
1139 1743 :
ENIGM A.
I taceas orior , pereo fi folveris ora ;
Men reperire velis ? Lector amice , tace..
XXXXXXX¤¤¤ ÷¤¤¤¤XXXXXXXX
LA
LOGOGRYPHE.
Aiffons de mes vertus le portrait incommode ;
Ce qui me rend fort à la mode ,
Eft que je fuis des plus difcrets ;
Et l'homme qui connoît jufqu'où va mon filence
M'établit confident de fes plus grands fecrets .
Je fuis mâle de nom , & toute ma ſubſtance ,
Doit à l'invention fon unique progrès .
Dévoilons ce profond myftere ;
Mon total eft de douze pieds :
Soutenu de mes cinq premiers ,
Dans ta maifon je fuis chofe fi néceffaire ,
Que tu ne peux fans moi dormir en sûreté :
Des fept derniers j'annonce un agréable Eté ;
Alors c'est par mon miniſtére
Que chacun vient braver le Soleil le plus vif
Tu rêves , cher Lecteur , & ton efprit penfif ;
Peut -être en ce moment fe forge une chimére ,
Qu'une foible lueur impofe à ta raion :
Reprens tout , j'y conſens ; par la combinaiſon ;
Je vais comme un autre Prothée ,
E ij
T'exer
1140 MERCURE DE FRANCE,
T'exercer par mes changemens.
Je fuis celui des Elémens ,
Qu'au Ciel , malgré les Dieux , déroba Promethée :
Le fait eft noir; auffi le fort le plus affreux
Devint bientôt le prix de fa folle entrepriſe.
Je puis encor t'offrir un Inftrument qu'on priſe
Sur le double fommet , féjour délicieux ,
Que de fon onde pure arrofe l'Hypocrêne .
Item , ce qu'on quitte avec peine :
Un Arbre qui dans les grands froids
Conferve une égale verdure :
Ce qu'à prendre d'affaut l'on tente quelquefois ¿
Un Organe , dont la Nature
Interdit tout uſage aux Aveugles naiſſans :
Ce que dans des dangers preffans
Défire un Nautonier , prêt à perdre la vie ;
Un métal objet , de l'envie .....
C'eft fixer trop long - tems ton efprit & tes yeux ;
Je te fais , cher Lecteur , mes plus tendres adieux,
DE
Par M. Gaudet.
AUTRE.
E montrer qui je fuis , Lecteur ,
N'eft pas une choſe facile ,
Et plus d'un habile Docteur
Trouve l'ouvrage difficile.
Dans l'inftant je te le fais voir.
JUIN. 1141 1743
Mon nom te préfente cinq lettres ,
Qui , pour peu que tu les pénetres ,
Bientôt te font appercevoir
Mes attributs & mon pouvoir.
D'abord , fi tu tranches ma tête ,
Pour lors un chacun fe fait fête
De me vouloir perpétuer.
Tu peux encor me remuer ;
En quatre je fuis maladie ;
En trois , je déplais à Sylvie ;
En cinq , j'offre un Peuple fameux ,
Et le nom d'un Vin très - fumeux .
J'enferme note de Mufique ;
Un mot qui n'eft point énergique' ;
L'Inftrument du Dien Cupidon ;
D'ún Oifeau la trifte prifon ;
Terme pour exiger paſſage ;
N'en demande pas davantage.
Par M. Defnoyers, Lieutenant Particulier
en la Prevôté d'Estampes.
E iij NOU
1142 MERCURE DE FRANCE
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX - ARTS , & c.
E
SSAI fur l'Esprit humain , ou Principes
naturels de l'Education , par M. Morelly.
A Paris , chés Ch. Jean- Baptifte Delefpine,
ruë S. Jacques , à la Victoire & au Palmier.
1743 .
Cet Ouvrage ne peut être indifferent
pour le Public , puifqu'on y traite d'une
maniére folide & approfondie un fujet qui
intéreffe effentiellement
toute la focieté.
L'Auteur prend l'Homme dès fon enfance
; il obferve les mouvemens de fon
efprit & le progrès de fes connoiffances ;
& comme il eft fenfible avant que d'être
raiſonnable , c'eſt en épiant fes fenfations
qu'il cherche à découvrir les premiers pas
que la raifon lui fait faire , afin de les régler
au profit de l'eſprit .
Il fuppofe l'ame , comme une table d'attente
fur laquelle le pinceau n'a encore
tracé aucuns traits . Les impreffions qui
fe font en elle , & les idées auxquelles elle
fait attention , ou qui s'introduifent chés
elle, dépendent ou toutes , ou en partie des
mouvemens organiques,occafionnés par les
objet
JUIN. 1743 1143
objets qui nous environnent , des differentes
maniéres dont un objet peut mouvoir
nos organes , & des degrés plus ou moins
de ces mouvemens .
Sur ces principes , il examine par quels
organes l'ame reçoit les impreffions des ob--
jets qui font hors d'elle , & fe forme des
idées de fes propres actes & de fes puiffances.
Après ces principes généraux, il fait voir
que la difference des caractéres de l'efprit
& du coeur vient de celle des proportions
des organes & de celle des humeurs , &
que cette variété eſt encore augmentée par
les objets qui nous environnent , & par la
difference des Pays , des conditions & des
habitudes que l'on contracte. On pourroit
cependant , dit -il , fixer les differentes efpéces
de génies à trois fortes , par les deux
extrémités & par le milieu ou la jufte proportion
; en général , l'efprit lourd ou lent,
l'efprit modéré & l'efprit vif.
&
Il y a des hommes en qui l'ame eft comme
accablée fous le poids des organes ,
fur lefquels les objets extérieurs font à
peine impreffion. Ces perfonnes ont trèspeu
d'imagination & de mémoire , & par
conféquent peu de jugement ; il n'y a que
le préfent & le fenfible groffier qui puiffent
faire fur eux une impreffion qui s'effaceprefqu'auffi-
tôt , fans laiffer de trace capa-
E iiij ble
3144 MERCURE DE FRANCE
ble de les faire réfléchir ; ce font là les
efprits lents .
Il y en a d'autres en qui l'imagination &
la mémoire , femblables au marbre , confervent
long- tems les impreffions qu'elles
ont reçûës avec peine ; ce font les efprits
modérés , qui pour l'ordinaire font prudens,
méditatifs & peu fufceptibles d'illufion.
Leur ame , qui fait lentement fes opérations
, a plus de tems pour réfléchir , &
porte des jugemens d'autant plus sûrs
qu'ils font un effet de l'habitude ; mais fi
cette habitude eft mauvaiſe , il n'eft pas
aifé de la faire perdre.
›
Les efprits vifs peuvent avoir tous les
avantages d'une imagination qui apperçoit
plufieurs objets d'un feul coup d'oeil , d'une
mémoire heureuſe & fidelle , d'une réflêxion
prompte , d'un jugement exquis ; enfin
ils s'habituent facilement à tout. Les
conféquences que l'Auteur tire de ces principes
par rapport à l'éducation , font :
1°. Que l'éducation forme promptement
de bonnes habitudes dans l'homme .
2°. Qu'elle ne doit point avoir d'autre
régle , ni fuivre d'autre méthode que celle
de la Nature même.
3°. Qu'elle doit aider & accélerer fes
mouvemens , & non pas & non pas les forcer.
4°. Que tous les moyens dont elle fe
fert,
JUIN.
1145 1743
fert , doivent être pris de notre propre
fond , & de la nature même des objets que
l'on fait agir fur nos organes.
5°. Qu'il ne faut pas faire remuer confufément
tous les refforts de l'efprit , mais
fucceffivement ceux qui communiquent le
mouvement aux autres , jufqu'à ce que
toute la machine fe meuve d'elle- même.
6°. Que ces refforts font d'abord l'imagination
& le fentiment , feuls mobiles.
qu'il faut remuer , jufqu'à ce qu'ils ayent
formé la mémoire , dont il faut enfuite s'ai
der pour former le jugement .
7°. Que les objets doivent être proportionnés
, ou par eux-mêmes , ou par la
maniére dont on les préfente aux parties
de l'ame qu'on veut mouvoir, & à ce qu'on
y veut faire naître.
Après ces préliminaires , qui pourront
paroître trop abftraits aux perfonnes peu
accoûtumées à réfléchir , ou qui n'auront
qu'une légere teinture des principes de Métaphyfique
, notre Auteur paffe à la pratique
de l'éducation , qu'il divife en quatre
Parties ; fçavoir , l'imagination , la mémoire
, le jugement & l'expérience. Cette
divifion eft fort naturelle , & dans les principes
de l'Auteur.
fe
L'imagination, felon lui , n'eft autre choque
les mouvemens combinés des organes , en
E v tant
146 MERCURE DE FRANCE
tant qu'ils agiffent fur l'intelligence. C'eſt par
elle que s'introduifent dans l'ame les premiéres
idées que l'homme acquiert en naiffant
& qui font celles de figure , de mouvement ,
de fon , de couleur , &c . Ces qualités ſenſi
bles des objets frappent l'immagination , excitent
la mémoire , occafionnent la réfléxion
& font naître le jugement.
Il eft dans l'ordre , dit- il , que les premiéres
fenfations qui s'excitent en nous , foient
celles que l'Auteur de la Nature a établies
pour la confervation de notre corps . Le plaifir,
la douleur , la faim , la foif, excitent dans
l'enfant un mouvement purement machinal .
11 pleure ; on lui préfente ce qui lui eft néceffaire
; on lui parle , & fon oreille devient
attentive à la voix d'une nourrice . La langue ,
par la communication qu'elle a avec l'oüie ,
articule confufément quelques fons , enfuite
les dernieres Syllabes des mots , puis les mots
entiers. Les yeux s'accoûtument auffi à reconnoître
un objet qu'ils ont vu plufieurs
fois , le nom qu'on lui donne en le montrant,
s'imprime dans la mémoire , ou en mêmetems
, ou peu après qu'il eft dépeint dans l'imagination
, & tout cela par le feul fentiment
, fans aucune régle réfléchie , ou de fa
part , ou de la part de ceux qui ont foin de
Îui . Il apprend d'abord les noms de toutes les
chofes qui l'environnent & qui lui font le
plus
JUIN. 1743. 1147
à
plus néceffaires ; à méfure qu'elles fe préfentent
, il les nomme fans lier aucune de fes
idées , de forte qu'il ne fait encore ufage que
des noms, fans les joindre par les verbes . Peu
peu la fréquentation des objets lui fait faire
attention à leurs qualités les plus apparentes ,
telles que les couleurs , les figures , ronde
quarrée , &c. Cette attention apprend à un
enfant à faire ufage de l'adjectif; de même
que le rapport qu'il fait de ces qualités , à leurs
fujets , & de ce qu'il fent , à ce qui eft hors
de lui , en un mot tous fes befoins , & tout
ce qui lui fait peine ou plaifir , lui font employer
les verbes , à commencer par l'infinitif
& l'imperatif, lorfqu'il demande quelque
chofe. Enfuite il fe fert des tems & des modes
les plus directs qui fe prononcent plus
aifément & plus vite : il apprend les autres ,
lorfqu'on l'interroge,lorfqu'on lui fuggére les
réponſes , lorfqu'on parle en fa préfence de
lui , ou pour lui , lorfqu'on le flatte ou qu'on
le gronde. C'eft ainfi que les enfans apprennent
les premiers Elémens de la Langue maternelle.
Ce n'eft que par le fenfible , & c'eſt
par-là qu'il faut toujours les conduire. L'ame,
qui eft alors occupée à amaffer des idées , ne
doit point être troublée dans fes opérations .
L'Auteur ne fe contente pas de recommander
en général de préfenter à l'ame les objets
dans l'ordre naturel qu'elle fuit ordinaire-
E vj ment
1148 MERCURE DE FRANCE
ment dans la maniere dont elle procede à leur
occafion. Il parle de cet ordre dans lequel
les connoiffances ou s'accompagnent mutuellement
, ou fe fuccedent les unes aux
autres , des avantages qu'on peut tirer de la
curiofité ordinaire aux enfans , & de l'inclination
qu'ils ont pour les jeux . Il veut ( & il
ne fera contredit de perfonne , ) qu'on leur
faffe un amuſement des premiéres études en
en applaniffant , autant qu'il eft poffible ,
toutes les difficultés . C'eft pourquoi il recommande
l'ufage du bureau Typographique,
pour apprendre promptement à lire aux
enfans ; ce qui leur ouvre la porte des Sciences.
Il paffe enfuite à l'étude des Langues mortes
dont il fait voir l'utilité. Après avoir parlé
des tentatives qu'ont fait plufieurs Sçavans
pour lever les difficultés de cette étude , &.
montré en quoi leur méthode pêche , il propofe
modeftement la fienne , dont voici le
précis .
Il en eft de montrer une Langue : comme
de montrer à lire : ici ce n'eft qu'à force de
répeter des Syllabes qu'on unit les unes aux
autres ; là c'eft à force de redire les mêmes
mots accompagnés de la fignification & de
l'idée qui y eft attachée. C'eft donc par l'explication
des Auteurs qu'il faut apprendre les
Langues. Ce n'eft pas en ce point que cette
méthode
JUIN. 1743 1149
méthode eft nouvelle . Le célébre M. Rollin
penſoit de même , ainſi que plufieurs autres ;
mais ils n'ont ofé , pour ainfi dire, abandonner
les régles de la Grammaire pour les commencemens.
Notre Auteur a été plus hardi.
Il eft bon de l'entendre lui même.
Il fuffit , dit-il, d'expliquer un Auteur fans
s'embarraffer d'abord des moindres parties de
la Grammaire, fans le fecours des verfions interlinéaires
, ni des conftructions artificielles .
Il ne faut parler à un enfant , ni de fyntaxe
, ni de méthode , que quand il eft pref
que en état d'expliquer un bon Auteur à
livre ouvert , & qu'il a par conféquent affés
de mots dans la mémoire pour n'être obligé
que rarement de recourir au Dictionnaire.
On ne doit jamais le faire compofer dans une
Langue qu'il apprend , que lorfqu'il la poffe
de & qu'il commence à avoir le jugement
formé. Je differe ce qu'on appelle principes
plus tard que ceux qui ne les omettent qu'au
commencement.
L'Auteur entre enfuite dans un détail où
les bornes d'un extrait ne permettent pas:
de le fuivre: il eft bon de le lire dans le Livre
même. On dira feulement qu'il appuie fon fentiment
de raifons folides & puifées dans la
Nature. Il fait voir que par fa méthode les
enfans feront de plus grands progrès & en
moins de tems que par l'ancienne , qui fa
ti guc
1150 MERCURE DE FRANCE
tigue & rebute les commençans. Je ne dois
pas oublier qu'il recommande d'employer le
tems que cette méthode ménage , à donner
aux enfans une teinture des Elémens d'Arithmétique
, de Géométrie & des autres Arts ,
auxquels on pourroit les deftiner ; mais il ne
faut leur préfenter d'abord que ce qu'ils ont
de fenfible , en paſſant peu à peu du plus aifé
au plus difficile , à mesure que leur raiſon ſe
dévelope.
Après avoir fait voir dans la premiére Partie
, comment il faut préfenter les choſes à
l'imagination , il donne dans la feconde les.
moyens de les inculquer dans la mémoire.
La mémoire en général eft l'imagination
corporelle tellement & fi fréquemment agitée
de la même maniere que , lorfque nous
voulons faire attention aux objets qui l'ont
frappée , elle nous les réprefente tels qu'ils
étoient quand ils fe font préfentés , ou tels
que nous les avons entendu nommer , ou décrire
, de forte que nous pouvons fur le champ
les indiquer aux autres de la même maniere ,
ou fous des fignes équivalens. On diftingue
deux fortes de mémoires , l'Artificielle & la
Refléchie. La mémoire Artificielle ou Locale
eft celle qui nous conferve l'image des chofes
précilement telles qu'elles font , quant à
la figure , au lieu , à Parrangement ,
nombre
au
au fon , à la couleur , & c : par
exemple,
JUIN. 1743. · IISE
exemple , celle qui nous répréſente un Parterre
par la fimétrie , en nous rappellant
les compartimens , les contours , la place de
chaque fleur ; celle qui nous fait fouvenir du
Texte d'un Livre , par l'ordre & l'arrangement
des mots, fans avoir égard au fens &c .
La mémoire Refléchie eft celle qui nous
fait fouvenir des chofes , plutôt que des fignes
arbitraires auxquels nous en fultituons d'équivalens
, ou qui s'aide de la choſe même
fignifiée ,pour nous rappeller le figne qui nous
eft échappé . Après ces définitions , FAuteur
établit. 1º. Que la mémoire Locale & la
mémoire Réfléchie doivent être infeparables ,
& s'aider mutuellement. 2 ° . Que la mémoire
en général fe cultive mieux & plus aifement
par une lecture attentive & par les
entretiens, qu'en apprenant par coeur. Si par
toutes les bonnes raiſons qu'il en apporte , il
ne perfuade pas tous fes lecteurs , il trouvera
du moins des Partifans , d'autant qu'il convient
en géné al qu'il faut cultiver la mémoire,
& qu'il permet même de faire apprendre par
coeur aux enfans , non pas d'abord , mais
lorfqu'ils font en état de comprendre ce qu'ils
apprennent , dont il faut encore fçavoir faire
un choix convenable . Pour appuyer fon fentiment
, il avance que la raifon eft bien plutôt
formée dans les filles que dans les garçons ;
parce que , dit-il , on laiſſe agir librement en
elles
1152 MERCURE DE FRANCE
elles l'imagination & la mémoire , d'où il arrive
fouvent que l'efprit de ce fexe n'eft point
gâté , parce qu'on ne prend pas beaucoup de
· peine à le cultiver... Nous au contraire , parcequ'on
veut que nous fçachions beaucoup , il
arrive qu'étant mal conduits , nous ne faifons
que fort tard un foible ufage d'une raifon peu
éclairée. Le beau Sexe fçaura fans doute
bon gré à l'Auteur de cette prééminence qu'il
lui attribue ; mais le notre aura , je crois ,
befoin de toute fa complaifance ordinaire.
pour en tomber d'accord .
L'Auteur parle enfuite de la manière d'inculquer
aux enfans la connoiffance de la Religion
; il fuffit qu'ils en fçachent les principaux
Myftéres & qu'ils apprennent le reſte
par pratique & par imitation , jufqu'à ce qu'ils
puiffent le faire par raifon . On doit leur faire
faire une lecture fuivie de l'Evangile , accompagnée
de quelques réfléxions qui foient à
leur portée
.
Un des plus puiffans moyens pour cultiver
la mémoire , & qui fert encore à former
le jugement , c'est l'Hiftoire . Auffi notre Auteur
en parle t'il affés au long , & tout ce
qu'il en dit , mérite d'être lû . Il veut qu'on
apprenne l'Hiftoire par les Langues , & les
Langues par l'Hiftoire. Pour cela il indique.
1°.Le choix qu'on doit faire des Auteurs, qui
confifte à commencer par les plus fimples ,
par
JUIN.
1153 1743.
cé
par les abregés , en paffant des plus courts à
ceux qui font plus étendus, & en les rangeant
par ordre Chronologique, autant qu'il eft pof
fible. 2°.Il propofe un plan pour l'Hiſtoire An
cienne.Il en donne même un leger crayon que
le Lecteur ne fera pas fâché de trouver, quoiqu'il
ne foit pas néceffairement lié au fujet. Le
Style en eft vif, & propre à égayer un peu le
ferieux qui regne dans cet Ouvrage. 3 ° .Il fait
des obfervations fur les differentes faces de
l'Hiftoire , tant ancienne que moderne . Il
veut qu'on réferve celle - ci à un âge plus avan-
, parce qu'elle eft plus difficile . Enfin il
parle de la Fable , de la Géographie & de la
Chronologie . On ne s'arrêtera qu'à ce qu'il
dit fur la maniére de préfenter l'Hiftoire à
l'efprit. L'Hiftoire eft , dit- il , comme le Tableau
Hieroglyphique de tout ce qui s'eft
paffé dans l'Univers... Les premiéres nuances
qu'on doit préfenter aux enfans , ce font
les Faits merveilleux , tels que les Batailles
mémorables , les Siéges , les Actions Heroïques
des Grands Hommes , les morts Tragiques
, les Miracles , enfin tout ce qui paroît
furpaffer les forces de l'humanité. L'Histoire
doit leur paroître revétue de tout ce qu'elle
a de plus magnifique. D'abord c'eft l'Hiftoire
univerfelle merveillenfe. Puis à mefure que le
fentiment leur fait faire de petites réfléxions ,
on en profite pour en faire naître d'autres . Ils
interrogent
1154 MERCURE DE FRANCE
interrogent d'eux- mêmes , on les fatisfait &
l'on s'apperçoit infenfiblement de l'accroiffement
de la raison . Il explique enfuite fort
naturellement pourquoi le merveilleux plaît
tant dans l'enfance. C'eft , dit- il , que l'on
juge de tout par comparaifon avec lon fentiment
intérieur. Le fouvenir de la vivacité
de quelque legére douleur comparée avec la
vivacité de celle qui ôteroit la vie , fait admirer
une valeur intrépide couverte de bleffures.
La comparaifon qu'on fait de fa foiblef
fe avec la force invincible d'un Héros , fait
admirer fes exploits. Le mépris de la vie , à
laquelle on eft naturellement fi fort attaché ,
paroît bien extraordinaire dans les autres hommes.....
Le miraculeux frappe , parce qu'on
ignore par quels refforts fecrets peuvent fe
mouvoir des êtres, en qui il ne paroît aucun
arrangement méchanique de parties, & parce
qu'on fent par -là la préſence d'un Etre infenfible
, plus puiffant que nous.
Après le merveilleux de l'Hiftoire , on doit
placer à propos , propos , en travaillant toujours fur
la même Piéce , celle de ces rares Génies à
qui on eft redévable de l'invention des Arts
& des Sciences. Il faut joindre à l'Hiftoire
des Empires , celle des Sciences mêmes qui
y ont fleuri , & qui ne font que des obfervations
fur la plupart des chofes merveilleufes
qu'on vient de lire. Cette Hiftoire est trèspropre
JUI N.
1743 1155 .
propre à diffipper l'étonnement
ftupide où
l'on refteroit , fi on ne cherchoit pas les caufes
de ce qui arrive d'extraordinaire
dans le
monde.
que
On ne fera qu'indiquer les matiéres dont il
eft parlé dans le refte de cet Ouvrage . Les
Belles - Lettres , la Philofophie , les hautes
Sciences achevent de former le jugement .
C'eft auffi de quoi l'Auteur parle dans cette,
troifiéme Partie . Il donne la manière dont
on doit s'y prendre , pour les enfeigner avec
fruit. Il divife les Humanités ou Belles- Lettres
en 3. claffes , dont la premiere , pratique
fans raifonner , la feconde , pratique & commence
à raifonner , la troifiéme , qu'on peut
appeller une bonne Réthorique , donne la
perfection aux deux autres . C'eſt - là l'efprit
entre dans une efpece de majorité ,
agit de lui - même , fans avoir befoin d'autres
fecours que de bons avis. Il recommande
entr'autres chofes de faire des Traductions
libres , & des Extraits des plus excellens Auteurs.
Puis il paffe à la Philofophie . Il fau- ,
droit commencer parce qu'elle a de fenſible ;
c'eft à dire, par la Phyfique; on préfenteroit
d'abord à l'efprit ce qu'elle a d'Hiftorique &
d'expérimental , puis les Systémes pour lef
quels on feroit ufage du calcul & de la Géométrie
, dont l'Auteur recommande les premiers
Elémens dès l'enfance. Après la Phy
&
fique
ግ
15% MERCURE DE FRANCE
fique fuit la Métaphyfique , puis la Logique ,
dont on doit avoir foin d'écarter les minuties
& les queſtions frivoles. 11 parle enfuite de
l'origine & du progrès des Sciences , de leurs
rapports , de leur fubordination , de leur certitude
, de la méthode qu'on doit ſuivre dans
les recherches qu'on fait pour s'inftruire à
fond fur quelque matiere , des préjugés &
des précautions qu'il faut prendre pour en
préſerver la jeuneffe. Le meilleur remède c'eft
I'Expérience dont il parle peu après. Mais
auparavant il entre dans l'examen des ef
prits.
On peut déterminer chacun des trois ca
ractéres d'efprit dont il a déja parlé¸à d'autres
efpeces moins génerales. 1 ° . L'efprit vif avec
excès eft foible: trop de mobilité dans les organes
le rend encore faux , inconfideré & peu
folide :cette mobilité un peu rallentie forme
T'efprit à talens. 2° . L'efprit dans un jufte dégré
de vivacité eft univerfel ; à proportion
qu'elle approche de la lenteur , il eft profond
méditatif: la derniére borne de cette médiocrité
renferme le bon efprit. 3° . Enfin l'efprit
lent eft ou embarraffé dans fes idées , ou
fort à l'étroit & fort borné dans fes vûës.
L'Auteur dévelope l'un après l'autre ces
'differens caractéres ; il les dépeint au naturel
par leurs façons d'agir , & prefcrit la maniére
de les diriger. C'eft, à mon avis, un des
endroits
JUIN. 1743. LIST
endroits de l'Ouvrage qu'on lira avec plus
de fatisfaction on y reconnoîtra fans peine
un Auteur qui fçait réfléchir & méditer folidement.
Avant que d'entrer en matiére fur
l'expérience , il fait quelques obſervations
fur la Phyfionomie , de la jufteffe defquelles
tous les Lecteurs n'auront garde de convenir
, s'ils lifent cet endroit le miroir à lamain .
Dans le Chapitre fuivant, il décrit d'une maniére
vive les égaremens de l'efprit dans le
commerce du monde ; il en cherche les caufes
, & il trouve que la principale eft la mauvaife
éducation. Pour remédier à ce mal , il
demande qu'on donne de bonne heure tous
fes foins à former l'efprit ; que tout dans le
commerce de la vie paſſe en revuë devant un
jeune homme pour lui fervir d'inftruction ;
qu'un habile Mentor lui faffe remarquer les
manieres de parler & d'agir , particulières à
chaque état. L'Auteur , pour joindre l'exécu
tion au précepte , prend pour un moment
la place de ce Mentor ; il fe tranſporte en
imagination avec fon Eleve au milieu d'une
compagnie. Là , il lui fait connoître le carac
tére d'efprit & la profeffion d'un chacun des
affiftans,par les difcours qu'ils tiennent & par
leurs opinions. C'eft ainfi , ajoute -t'il , qu'il
faut conduire un jeune homme & l'accoûtumer
à juger fainement de tout , & à s'en affurer
par expérience. Dans les deux derniers
Chapitres,
1158 MERCURE DE FRANCE
>
Chapitres , il traite du pouvoir de l'expérience
, & de la raifon & de l'ufage qu'on doit
faire de l'une & de l'autre. Il exhorte les jeunes
gens à anticiper fur l'expérience , au lieu
d'attendre celle qu'apporte la vieilleffe,& dont
elle eft fouvent redevable à un grand nombre
de fautes. Le moyen d'acquerir cette expérience
anticipée , c'eft de faire une étude
ferieufe de l'Hiftoire , & de s'accoûtumer à
réfléchir fur tout ce qui nous environne. Il
diftingue trois fortes d'expériences , fçavoir
de fait , de goût , & de jugement , & il af
figne à chacune fon dégré de certitude. Il finit
par une courte récapitulation , & en promettant
une feconde Partie fur le coeur. On
l'exhorte à tenir parole. La matiére eft intereffante
, & n'eft point au - deffus de fa portée.
Si une belle impreffion donne du luftre à
un Ouvrage qui a par lui -même un mérite
réel , celui- ci eft imprimé en fort beaux Caractéres
, avec beaucoup d'exactitude & une
grande propreté .
Guillaume Desprez & Cavelier , fils , Libraires
affociés , à Paris , rue S. Jacques , à
S. Profper & aux trois Vertus , viennent de
mettre en vente la Bible Latine & Françoife
complette , avec de courtes Notes, pour fa
ciliter l'intelligence du Texte , en 21 .
Volumes
JUIN.
1743 1159
Volumes in- 12. fçavoir, ſeize Volumes pour
l'Ancien Teftament , & cinq pour le Nou
veau .
Outre la beauté du papier & des caractéres
,jointe à la grande exactitude du Texte
cette Edition eft augmentée de Sommaires
critiques , & des Lettres de S. Jerôme à la
tête de chaque Livre . On trouve chés eux la
même Bible toute Françoife , avec les mêmes
Notes , & les mêmes Sommaires , en douze
Volumes, in- 12, fçavoir, neuf Volumes pour
' Ancien Teftament , & trois pour le Nou
veau.
,
Les Pfeaumes , les Livres Sapientiaux , &
le Nouveau Teftament de ces deux Bibles ,
fe vendent féparément. I paroît inutile
d'avertir que la Traduction Françoife , & les
Notes , fi fouvent réimprimées , font du célébre
M. de Saci , fi connu par les excellens
Ouvrages , dont il a enrichi l'Eglife.
Les mêmes Libraires vont imprimer deux
Volumes in- 12. qui comprendront les Livres
apocryphes de l'Ancien Teftament , avec
les Ecrits des tems Apoftoliques , traduits
feulement en François , avec des Notes . Ces
deux Volumes pourront fe mettre à la fuite
des deux Bibles. Le premier Volume con
tiendra la Priere de Manaffés , le troifiéme
& le quatriéme Livre d'Efdras , le Pfeaume
151. le troifiéme & le quatriéme Livre
des
1160 MERCURE DE FRANCE
des Machabées ; le fecond renfermera la cé:
lébre Lettre à Diognetes , l'Epitre de l'Apôtre
S. Paul aux Laodicéens , celle de S. Barnabé
, les trois Livres du Pafteur de S. Hermas
, les deux Epitres du Pape S. Clement
aux Corinthiens, les fept Epitres de S.Ignace,
Martyr & Evêque d'Antioche , & celle de
Saint Polycarpe,chargé du foin de gouverner
P'Eglife de Smyrne par Saint Jean l'Evangélifte.
Quoique ces Ouvrages ne faffent point
partie du Canon des Livres Sacrés , ils font
néanmoins un des plus précieux & des plus
anciens monumens de la Foi , de la Morale
& de la Difcipline Eccléfiaftique ; quelquesuns
même de ces Ecrits ayant été lûs publi
quement , & regardés comme Canoniques
dans quelques Eglifes particuliéres. Ces Ouvrages
déja imprimés dans la grande Bible
en quatre vol. in-folio , ont été traduits en
François , d'après le Texte Grec & Latina
par le Pere le Gras de l'Oratoire.
Les mêmes Libraires viennent auffi de
donner une nouvelle Edition toute Françoiſe
de la Bible de M. de Saci en trois vol. in- 12.
On s'étoit toujours plaint de la petiteffe du
caractére des précedentes Editions , ce qui
en rendoit la lecture difficile ; pour obvier à
cet inconvenient , on a fait cette nouvelle
Edition d'un caractére plus gros , fans augmenter
JUIN. 1743. 1151
rent que
menter la quantité des Volumes , ils efpele
Public recevra avec plaifir cette
Bible, par rapport à la beauté du caractére &
de l'impreffion, joints à l'exactitude ; ils vendent
féparement les volumes de la grande Bible
de M. de Saci in - 8°.
Ils vendent auffi la nouvelle Defcription
de Paris , de Meudon , de Verfailles , de
Marly , de S. Cloud , de Fontainebleau &
de toutes les autres belles Maifons & Châteaux
des environs de Paris , par M. Piganiol
de la Force , avec quantité de figures , 8 .
volumes in- 12 . 1742. le prix 24. liv .
Tous les Ouvrages du même Auteur.
Les Caules Célebres de M. Gayot de Pitavel
, 20. vol . in- 12. 5o. liv. Les volumes fe
vendent féparemént deux à deux.
Voici encore un Livre qui fe trouve chés
les mêmes Libraires , & qui mérite l'attention
du Public. C'est l'Hiftoire de l'Hôtel
Royal des Invalides, enrichie d'Eftampes , & de
quantité de Figures deffinées & gravées avec
tous le foin poffible , par le fieur Cochin
Graveur du Roi & de l'Académie Royale
de Peinture & Sculpture , un vol. in folia
48. liv.
LETTRES AMUSANTES ET CRITIQUES fur
les Romans en géneral , Anglois & François,
tant anciens que modernes
1. Vol.
,
adreffées à
F Myledy,
162 MERCURE DE FRANCE
Myledy W ... Brochure in- 12. en deux
Parties . La premiere de 119. pages , & la feconde
de 121. à Paris chés Giſſey , ruë de la
vieille Bouclerie ; Bordelet , rue S. Jacques ,
& David fils , à l'entrée du Quai des Auguf
tins , au S. Efprit , 1743 .
•
Ces Lettres font véritablement amufantes ;
& peuvent foutenir le nom de Critiques à
certain égard. On y apprend d'ailleurs plufieurs
particularités Littéraires qu'il eft bon de
ne pas ignorer. Il faut furtout , lire la courte
Préface quieft à la tête de la premiere Partie
pour connoître l'intention de l'Auteur , &
pour tirer du profit de fon travail.
LE PASSE -TEMS Poëtique & Philofophique.
Brochure in -8 °, de 56. pages. A Paris
chés David fils , Quai des Auguſtins , 1743 .
L'Auteur n'a fongé , dit- il , dans une Préface
des plus courtes , qu'à offrir au Public des
délaffemens utiles , & non pas à fe faire un
nom par des Effais , fur lefquels il ne s'aveugle
point. Cette modeftie eft fans doute digne
de quelque eftime , & mérite l'indulgence
des Lecteurs les plus difficiles . Nous avons
lû avec plaifir fa Traduction de la IX. Satyre
d'Horace L. I. qui commence par ces mots ,
Ibam forte viâfacrâ , &c .
ESSAI fur les Maladies des Dents , où
Pon
JUIN.
1743 1163
l'on propofe les moyens de leur procurer une
bonne conformation dès la plus tendre enfance
, & d'en affurer la confervation pendant
tout le cours de la vie , avec une Lettre où
l'on difcute quelques opinions particulieres
de l'Auteur de l'Orthopedie , dédiée à M. de
la Peyronnie , Premier Chirurgien , & Médecin
Confultant du Roi , par M. BuNON Chirurgien
Dentiſte à Paris , I. Vol . in 12. de
238. pages , chés Briaffon , rue S. Jacques ;
Chaubert , Quai des Auguftins , & de Hanfy ,
fur le Pont au Change.
Le but de l'Auteur, eft d'inftruire le Public
par les recherches & les obfervations exac
tes , qu'il a faites pour perfectionner cette Par
tie de la Chirurgie , afin de rendre la perte &
les maux des dents moins fréquens . Il fait
voir que tout ce qui peut altérer la ſanté
d'une femme enceinte & d'une nourrice &
troubler le calme & la douceur des fluides ,
peut nuire en l'une , pendant la groffeffe
aux germes des dents , lors de leur formation ,
& provoquer les maladies qui caufent l'Ero
zion fi préjudiciable aux deuxièmes dents ,
& en l'autre , occafionner les mêmes maladies
, toujours pernicieuſes aux dents & à
leur confervation , de forte que par la bonne
difpofition & fage conduite de l'une &
de l'autre , ces maladies font prévenuës
& entiérement évitées , ce qui fait la ma-
Fij tiére
164 MERCURE DE FRANCE
tiere du premier Chapitre de cetvrage
Le fecond Chapitre traite des Convulfions ,
& autres Symptômes qui accompagnent l'accroiffement
& la fortie des dents des enfans ,
leurs caufes & accidens , avec leurs differen
ces , & les moyens de les diftinguer , &c.
Dans le troifiéme Chapitre , on fait le détail
des maladies de l'enfance fur les dents , de
l'Erozion des dents , des caufes qui le produifent
; de fes progrès , & des obfervations
particuliéres fur cette maladie. Le quatrième
traite des avantages & inconvéniens du bon
ou du mauvais arrangement des dents , de
l'ordre de leur rénouvellement , de la caufe
de leur mauvais arrangement ; de la chûte
des dents de lait , des opinions différentes
touchant leurs racines , des obſervations fur
ces mêmes racines , dont l'Auteur prouve
l'exiftence. Il paffe à la Carie de ces dents , à
fes fuites , & fait des remarques fur la Carie
en géneral . Il parle enfuite des moyens de
procurer aux dents un arrangement convenable
dans le tems de leur renouvellement .
& des inconveniens de l'inégalité des dents.
Le cinquième Chapitre marque les inconveniens
à éviter dans l'enfance , pour la conſervation
des dents , une caufe particuliere
de la Carie , & fait une obfervation fur la cavité
des dents , fans oublier la néceffité d'accoûtumer
les jeunes gens à avoir foin de leurs
bouches,
JUI N.
1743. F165
propres
>
bouches , & les moyens faciles & à
tous âges pour conferver fes dents. Il finit
ce Chapitre par l'ufage du Corail en baton
& par l'examen des propriétés qu'on lui attribuë
; le fixiéme & dernier Chapitre contient
l'examen d'un préjugé très - commun
concernant les dents des enfans , compris
fous le nom de Savoyards , & celles des gens
de la Campagne. Tout l'Ouvrage finit par la
Lettre que l'Auteur écrivit à un Chirurgien
de Province , peu de tems après la publication
de l'Orthopedie de feuM: Andry, où il re
leve quelques méprifes échapées à ce grand
Médecin dans la matière qui le concerne.
APPROBATION de M. Peyrat , Chirurgien
Juré à Paris , Accoucheur de la Reine.
J'ai lu & relu avec grand plaifir un Manuf
crit intitulé Effaifur les Maladies des Dents ,
fait par M. Bunon Chirurgien Dentifte ; par
toutes les recherches & obfervations exactes
& de pratique , que j'ai trouvé , & dont même
nous avons peu d'exemples , tant pour
ce qui concerne les enfans , que les adultes ,
ce Manufcrit ne peut être que très - utile , &
auffi digne d'être donné au Public , qui doit
fçavoir ungré infini à l'Auteur de tous les foins
& les peines qu'il s'eft donnés, pour fi bien per
fectionner cette Partie de la Chirurgie . Fait
à Paris ce 3. Janvier 1743. Signé PEYRAT
Fiij THEO1166
MERCURE DE FRANCE
THEOLOGIE DE L'EAU , ou Effai fur la
Bonté , la Sageffe & la Puiffance de Dieu ,
manifeftée dans la création de l'Eau , traduit
de l'Allemand de M. Jean Albert Fabricius
Docteur en Théologie & Profeffeur au College
de Hambourg , avec de nouvelles Remarques
communiquées au Traducteur, & c.
A Paris , chés Chaubert , Libraire , Quai des
Auguftins , à la Renommée, & chés Durand,
Libraire , rue S. Jacques , à S. Landry. Nouvelle
Edition , 1743. in- 8 ° . très - bien exécu
tée pour la correction & la beauté de l'im
preffion.
ABBREGE' DE L'HISTOIRE ANCIENNE , ou
des cinq grands Empires qui onr précedé la
Naiffance de J. C. fçavoir , celui des Baby
loniens , celui des Chaldéens , celui des Medes
& des Perfes , celui des Grecs & celui
des Romains , accompagné de la Chronologie
de ces Empires , d'une Carte Géographique
& de Notes , & c. par le P. du Chefne ,
de la Compagnie de Jéfus , 1743. in- 12. A
Paris , Quai de Auguftins, chés Chaubert , à
la Renommée, & rue S. Jacques , chés Durand
, à S. Landry.
Jean de Nally , Libraire dans la Grand'-
Salle du Palais , à l'Ecu de France , & à la
Palme , débite deux nouveaux Volumes des
Caufes élebres , qui font le 19. & le 20. Il
у
JUI N. 1743. 1167
ya à la tête du 19. un Avertiffement de l'Auteur
, dont on avoit fauffement publié la
mort dans les Nouvelles Publiques . Voici les
titres des Caufes contenues dans ces deux
nouveaux Volumes .
Tome 19. Hiftoire de la Pucelle d'Orleans;
on l'Innocence opprimée par des Juges iniques.
Teftament caffe , où un Cadet par prédilection
eft inftitué Légataire univerfel.
Mariage fecret , ou enfans reconnus légiti
mes iffus d'un mariage qu'on a prétendu fecret,
déclarés incapables de recueillir aucune chofe
dans une fucceffion ouverte, & autre fucceffion
de leur famille qui pourroit s'ouvrir , auxquels
on adjuge néanmoins des fommes confidérables
contre les héritiers .
Femme accufée d'adultere , renvoyée fur un
plus amplement informé.
Fille, dont l'honneur eft outragé cruellement
par des voyes de fait, qui fe pourvoit en Justice.
Tome 20. Le Maréchal de Gié , accufé
d'un crime de Lee- Majefté , ou l'Hiftoire du
Maréchal de Gié, dont on tâche en vain d'opprimer
entierement l'innocence.
Avantage de la poffeffion d'Etat , ou fils légitime
d'un premier lit , que les enfans du fecond
lit veulent faire paffer pour bâtard , parce
qu'il ne produit pas l'acte de célebration du
mariage de fon pere, dont la légitimité eft pourtant
reconnue en Juftice à caufe de la poffeffion
defon Etat.
Fj
Si
1168 MERCURE DE FRANCE
Si par des présomptions une dot en argent
dans un Contrat de mariage ftipulée , nombrée
délivrée en préſence des Notaires & des témoins
, peut être déclarée nulle.
Beneficier dont le Baptême & la naiſſance
font incertains , ou Béneficier admis , malgré
l'incertitude de fa naiffance dans le Royaume ,
de fa légitimité & de fon Baptême.
Meurtre d'un mari , dont la femme & le
frere s'accufent mutuellement , tandis que celui
qu'on a raifon de soupçonner est en fuite , &
qu'on néglige de le poursuivre vivement.
NOUVEAU QUADRILLE des Enfans , ou
nouv . lle Méthode , éprouvée pour apprendre
parfaitement à lire & l'Ortographe en trèspeu
de tems , par le moyen de 160. Figures
collées fur autant de Fiches , au revers defquelles
eft imprimée la Lettre , ou le fon
de la Langue qui a rapport au nom ou au
fens de la Figure , Brochure in - 12 . de 19.
pages. A Paris , chés Vincent , rue S. Severin
, à l'Ange ; Debure , l'ainé , à l'entrée da
Quai des Auguftins , à S. Paul , & le Clerc ,
au Palais , à la Prudence , 1743. Prix, dix fols.
Cet Ouvrage eft en forme de Lettre addreffée
à Mlle de BRISSAC. L'Auteur ayant
remarqué que les difficultés que les Maîtres
ont coûtume d'éprouver en enfeignant les
premiers Elémens de la lecture , viennent
nonJUIN.
1743 * 1169
1
à
non-feulement des défauts qui accompagnent
l'enfance , mais encore de la méthode dont
ils font ufage , a effayé de lever tous les
obftacles. Légéreté d'efprit , dégoût , confufion
d'idées , voilà les principaux qu'il
faut que les maîtres furmontent ; mais vouloir
fixer la legéreté fi naturelle aux enfans ,
en exigeant d'eux une application ſérieuſe à
des lettres , à des combinaiſons de lettres ,
des mots , & à des fons , c'eſt aflés fouvent ,
dit- il , vouloir forcer la nature . C'eſt prefque
toujours leur donner un dégoût de l'étude
& une averfion pour les livres , qu'ils
confervent quelquefois toute leur vie . Si ces
dangers font à craindre , la confufion d'idées
ne l'eft pas moins . L'Auteur obſerve
qu'on a prévenu ces inconvéniens dans l'étude
de l'Histoire & de la Fable par les fi
gures & par les eftampes , dont on a rempli
certains livres deftinés à cet ufage . Elles arrêtent
l'imagination volage des enfans , elles
les amuſent en même tems , & les appli
quent. M. l'Abbé Berthaud a effayé de faire
pour la lecture ce qu'on a fait pour l'Hiftoie:
c'eft-à- dire , qu'il a imaginé de peindre
les differens fons de la langue , comme l'on
peint differens traits d'Histoire .
Après un examen fuivi des differens fons:
qui entrent dans la compofition de tous les.
mots de la langue , il a trouvé que le nom-
E v bre
1176 MERCURE DE FRANCE
>
bre de ceux qui font fondamentaux , & com
me les racines des autres , ne fe monte qu'à
160. Il a donc fait graver 160. Objets , dont
les noms renferment chacun un des fons radicaux.
Il a appliqué ces Figures fur autant
de fiches , au revers defquelles fe trou
vent les lettres qui expriment les fons differens
par exemple , on voit fur le côté d'u
ne fiche ces lettres eil , & de l'autre la figure
du Soleil dont le nom renferme le fon
que les lettres placées au revers expriment ;
de même des fuivants ; con un couteau, ca un
Capucin , our un tambour , oir un miroir
&c. Les Images frappent la vûë des enfans ,
elles les occupent , elles fixent leur imagi
nation , & les appliquent fans peine ; & à
mefure que les Objets fe peignent , à l'aide
de la figure dans leur imagination , les fons
auxquels ils ont rapport, fe gravent dans leur
mémoire fans confufion. Outre que cette
méthode eft un vrai amufement pour les enfans
, elle a encore deux avantages qui lui
font propres. 1 °. C'eſt que les enfans peuvent
en l'abſence du Maître & fans le fecours
de perfonne, repaffer la leçon qu'on leur aura
donnée. 2 °. Qu'ils acquierent au moins
les deux tiers de l'Ortographe en apprenant
à lire . L'Epreuve , dit l'Auteur , en a été
faite entr'autres fur deux Ramoneurs que plufieurs
de Meffieurs de l'Académie Françoiſe
&
JUI N. 1743. 1171
notamment Mrs de Marivaux & de Cre
billen ont choifis eux - mêmes , pour rendre plus
authentique la preuve du fuccès. En effet, après
un mois de leçons , ils ont été en état de
paroître devant ces Meffieurs pour lire à
l'ouverture du premier livre qui est tombé
fous la main. M. de Crebillon déclare dans
fon Approbation, qu'il peut certifier le fuccès
de cette nouvelle méthode . M. l'Abbé
des Fontaines en parle très - avantageufement
dans fa Lettre 469. du 9. Mars 1743. il
avouë que malgré l'autorité de Meffieurs les
Académiciens , il avoit confervé quelque
forte d'incrédulité par rapport à la rapidité
du fuccès de cette méthode , ce qui l'avoit
déterminé à engager M. l'Abbé Berthaud à
faire un nouvel effai fur un enfant , le plus
inepte qu'il a pu rencontrer. Mais qu'elle n'a
pas été fa furprife , quand il a vû cet enfant
fire à l'ouverture du premier livre , après le
vingt- fixième jour ?
·LIVRES Etrangers arrivés nouvellement
chés BRIASSON , Libraire , rue Saint
Jacques , à la Science , & à l'Ange Gar
dien.
"Ant. Laz . Moro de' Croftacej degli Corpi
Marini che fi trovano ful' Monti.in-4°. Venezia
, 1740.
Guill, Zannichelli delle Piante che Nafcono
F vj
ne
1172 MERCURE DE FRANCE
´ne' lidi Intorno à Venezia , in-fol . fig: V´enezia.
1735.
Ferd. Zendrini delle aque Correnti . in 4°.
Venezia. 1741.
Jo. Lamii Delicia Eruditorum. in 8 °. 10. vol.
Florentia. 1736. à 1741 .
Phil. à Turre de annis Elagabala & Imperio
Severi , &c. in 4°. Venetiis . 1741 .
R. P. Paol. Segneri Tutte le opere . infol . 3 .
vol. Parma. 1720 .
Jo . Fr. De Rubeis Monumenta Ecclefiæ Aquileenfis.
in fol. Argentina. 1740 .
Marci Mappi Hiftoria Plantarum Alfaticarum.
in 4. fig. Argent. 1741.
L'Anatomico In parnaffo , da' Fr. Anderlimi !
in-4°. Pefaro. 1739.
Alex. Pafcoli del moto per impulfo exteriore.
in- 4°. Roma. 1733 .
Dion. And. Sancaffani tutte le opere
Fifico Mediche
. in-fol. 4. vol . Roma
. 1731.
&
1738
.
Alph. Ciaconii vita & res gefta Romanor.
Pontificum, cum animadverfionibus & notis.
Oldoini. in- fol. 4. vol fig. 1677.
Jof. Maria Perimezzi. Differtationes Selecte
Hiftoria , Dogmatica , &c . in-fol. 8. vol .
Napoli. 1730.
M. Fr. Hallier de facris Electionibus & Ordinationibus
, ex antiquo & novo Ecclefia
fu. in- fol. 3. vol. Roma. 1739.
Octa
JUIN. 1743
1173
Octaviani Gentili de Origine Patriciorum
varietate , Praftantia & Juribus . in- 4°.
Romæ. 1736.
Fr. Blanchini Hefpheri & Phofphori , five ob
fervationes circà Planetam Veneris cum
fig. in- fol. Romæ. 1728 .
Pet. Berettini Tabule Anatomica cum notis
Gaëtani Petrioli in- fol. fig. Roma. 1741 .
'Ant. Agostino fopra le Medaglie ed infcritioni
Antiche . in- fol . Roma. 1737.
Fo. Pet. Bellori Pictura antique Cryptarum
Romanarum & fepulchri Nafonm. in-fol.
cum fig. Romæ. 1738.
Ejufd. In XII. Cafares Enea Vici ;
cum fig. in-fol. Romæ. 1730 .
Latini Latini Bibliotheca facra & profana
five obfervationes , correctiones , conjectura
& varia Lectiones in facros & profanos
fcriptores , cum notis . in-fol . Roma. 1677 .
J. B. Fatolilli Theatrum immunitatis & libertatis
Ecclefiaftica. in-fol. 3. vol. Ro
mæ. 1714.
Vinc. Lucchefini Hiftoria fui temporis. in 4 .
3. vol. Rome. 1738.
Dialogue fur la Peinture , par Louis Dolce ;
en Italien & en François. in- 8 ° . Florence.
1735 .
Biblia facra , Arabica & Latina. in fol.
vol. Roma. 1671 .
Pet. Mar. Corradinį & Jof. Rec. Vulpi latiuna
1174 MERCURE DE FRANCE
tium vetus & profanum. in fol. & in - 4º,
7. vol. Rome , cumfig. 1704. & 1736.
Bened. Buomattei della Lingua Toſcana. in-
4°. Venet. 1735.
Euf. Filopatro Rifleffioni critiche fopra l'If
toria di Napoli di Piet. Giannone . in - 4°.
2. vol . Colonia, 1738 .
Le Sale Barberine difegnate da Pict . Benettini
. in-fol. Plano.
Memorials and characters together Withe
life of divers eminent Perfons . in-fol. London.
1741
.
Grobianus or the compleat bo oby an ironical
Poems by Roger Bull. in 8 ° . Lond.
1739.
A Curious collection by ancient Paintings.
in-fol. Lond. 1741 .
Love Letters or al occafions. in- 8 °. London.
1730.
A Treatife or the Improvement of Midwi
fery. in 8°. Lond. 1735 .
The Muffical Mifcellany. in - 8 °. 5. vol . Lon
don. 1731.
A Collection of the Parliamentary debates
in England . in - 8 °. 17. vol. Lond . 1741 .
The Grafftman by Caleb d'Anvers , in-8°.
14. vol. Lond. 1730. &fuiv.
Brihtishtage or à Collection or the beſt english
Modern Plays . in 12. 6. vol, Lond.
1741 .
Phil,
JUIN. 1743 1178
Phil. Bonani Numifmata Pontificum Romano
rum. in-fol. fig. Roma , 1696.
Juft. Chr. Boehmeri inftitutiones fepulcra
les Helmftadienfes . in- Octavo. Helmftad .
17.10.
Jo. Bapt. Brafchii , de vero Rubicone , quem
Cafar contra Romanum interdictum trajecit
c. in- 4° . Romæ, 1733 .
Buonnaroti offervationi fopra i Medaglioni
Antichi. in fol. fig. Roma , 1698 .
Jof. Lanzoni omnia opera Phyfice Medica.
in-4° . 3. vol. Laufanna. 1738.
Col Mac-Laurin Geometria organica & defcriptio
linearum curvarum univerfalis , in-4°.
Lond. 1720 .
Edv. Leigh Critica facra vet . & novi Teftamenti.
in-4°. 2. vol . Gotha. 1735-
Lettres Philofophiques fur la formation des
Sels & des Cryftaux , & fur la génération
& le méchanifme des Plantes & des Animaux
, par M. Bourguet. in - 12 . fig. Amſt.
1729.
Libanii Sophifta Epiftola Graca cum notis
&interpretatione J. C. Wolfii . in-fol. Amſt,
1738.
Phil. à Limborgh Theologia Chriftiana , &
relatio de origine & progreffu controverfiarum
de Predeftinianifmo . in- fol . Amft . 1715 .
Marmora Pifaurentia notis figuris illuftrata,
in-fol.
Les
1176 MERCURE DE FRANCE
Les Amuſemens du Coeur & de l'Efprit in- 12.
Tome XI. 1741.
Procès de la grande Bretagne & de l'Eſpagne;
par Rouffet. in-8° . La Haye. 1741 ,
Commentarii Academia Petropolitana. in- 4°.
Tomi 7. & 8. fig. Petropoli.
Chriftia Wolfii Monumenta Tipographica &
de abufu Artis Tipographica. in - 8 ° . 2. vol .
Hamburg. 1740.
J. C. Buxbaumii Centuria quinta Plantarum
minus cognitarum. in -4°. fig. Petropoli.
1738.
Leonh. Euleri Tentamen nova Theoria Mufica.
in-4°. fig. Petropoli. 1739.
Deſcription de la Maifon de Glace , bâtie à
Petersbourg fur la riviere de la Neva ,
pendant l'hyver de 1740. in-4°. fig. Petersb.
1741 .
Jo. Frid. Schreiber de Pefte. in- 4°. Petropoli.
Jo. Georg. Siegelbeck vaniloquentia Botanica
Species. in-4° . Petropoli . 1741 .
Cartes des Opérations de la Campagne des
Mofcovites contre les Turcs en 1739.
Hiftoire de Frederic Guillaume , Roi de
Pruffe. 2. vol. in - 12 . Amſterd. 1741 .
L'Abbé Régulier , facré Evêque , in partibus
, ou Traité dans lequel on examine
l'état d'un Abbé Régulier après fa confécration
, par le P. AL. Marion. in -4°. Luxembourg.
1739.
Le
JUI N.
1745 1177
Le même Libraire vient d'imprimer , le Traité
des Pétrifications , par M. Bourguet , &
autres. -4°. avec foixante figures. 1742 .
La Médecine raifonnée de M. Hoffmann !
trad. par M. Brüher , Tom 3. 4. & 5.
contenant la Pathologie , avec une Differtation
fur les connoiffances que doit
avoir un Medecin. 1742.
On trouve auffi dans la même Boutique , Inftructions
fur les Lettres de Change , in- 12.
Blois,
Difcours fur la Canonifation des Saints.
in- 2. Blois.
On diftribue préfentement chés le même Libraire
la feconde Fourniture du Journal
des Sçavans , à ceux qui en ont retenu des
Exemplaires . Ce font les années 1689. jufques
& compris 1695. en 7. vol. in-4®.
ABBREGE ' de la Vie des Evêques de Coutance
, depuis Saint Ereptiole , premier Apôtre
du Cotentin , jufqu'à M. Leonor Gouyon
de Matignon , qui gouverne aujourd'hui ce
Diocèfe , avec un Catalogue des Archevêques
de Rouen , & tous les Evêques de Normandie;
les années de leur Promotion & leur
mort. A Coutance , chez J. Fauvel , Imprimeur-
Libraire. M. DCC. XXXXII.
Extrait
1178 MERCURE DE FRANCE
Extrait d'une Lettre de M. Frigot an fujer
de ce Livre , écrite de Montebourg le 13 .
Mai
1743.
Ce Livre eft un volume in- 12 . de 398 .
pages , fans l'Epître Dédicatoire à M. l'Évêque
de Coutance , & la Table d'environ 20.
pages. L'Auteur eft M. Rouault , Curé de
S. Pair , dont le nom fe trouve à la fin de
la Dédicace .
L'Ouvrage me paroît en général curieux
& édifiant : l'Auteur n'avance prefque aucun
fait , fans citer des Autorités ; il paroît
d'ailleurs verfé dans la connoiffance du Droit
Canon , & de l'Hiftoire de l'Eglife de Normandie.
Il faut lui faire
grace fur quelques
négligences de ftyle , & fur fa diction qui
n'eſt pas toujours correcte. Le goût de notre
fiécle ne s'accommodera, peut - être pas ,
de ce qu'il dit p . 58. dans la vie de Saint
Ereptiole , que nos Anciens Druydes étoient
autant de Sorciers & de Magiciens , &c.
L'Auteur compte M. de Matignon , pour
le LXXVIII. Evêque de Coutance
, depuis Saint Ereptiole , dont la Promotion
eft fixée à l'an 430 , & la mort à
l'an 475. de J. C. Il eft remarquable que les
XIII. Evêques fuivans , font, comme ce premier
Apôtre , autant de Saints reconnus par
l'Eglife .
J'ai
JU IN. 1743. 1579
J'ai lû avec plaifir la vie de S. Geffroy de
Monbray, XXXV. Evêque , dont la Promotion
eft marquée à l'an 1048 , & la mort
à l'an 1093. C'est ce S. Prélat , nommé communément
le bon Geffroy , qui eut la mortification
de voir fon Ordination conteftée
dans un Concile , tenu à Rheims en préfence
du Pape Leon IX. devant lequel il fut
accufé de Simonie , mais il fut cependant
maintenu dans fa dignité , parce qu'il confeffa
de bonne foi , qu'à fon infçû , un de fes
freres avoit acheté l'Evêché , que lui Geffroy .
avoit voulu s'enfuir, mais que ce Frere l'ayant
pris de force , l'avoit fait ordonner malgré
lui. Il eut la confolation de continuer & d'a
chever la Cathédrale de Coutance , com
mencée par Robert 1. XXXIV . Evêque , fon
I.
Prédéceffeur.
L'exécution de cet ouvrage furpaffoit de
beaucoup les facultés de Geffroy , mais Dieu.
permit , dit notre Auteur , par une espéce
de miracle , qu'il fut fecondé les
par grandes
liberalités du fameux Tancréde , & de
Robert le Guichard , Seigneurs de Hauteville,
près de Coutance , connus dans l'Hiftoire ,
par la guerre qu'ils firent glorieuſement dans
la Pouille contre les Sarrazins , & c.
L'Evêque Geffroy affifta à plufieurs Conciles
, & Affemblées mémorables , à celle , en
tre autres , qui fût convoquée à Caen par
Guillaume
180 MERCURE DE FRANCE
"Guillaume le Conquérant , où il fut ordonné
⚫ de fonner la cloche le foir , pour avertir de
prier Dieu , de fermer les portes
& c. Ce
Ton de cloche fur appellé Ignitegium , &c.
Le même Prélat accompagna ce Prince en
fon Expédition d'Angleterre. De retour à
Coutance , & fe trouvant proche de fa fin ,
il fe fit porter fous le Dône du Choeur de
P'Eglife qu'il avoir bâtie. Là après avoir récité
le Cantique de Simeon , Nunc dimittis ,
c. il reçut les derniers Sacremens , & expira
entre les bras de fon Clergé , le 4. Février
1093.
La Vie de Robert d'Harcourt XLVIIL
Evêque , promu en 1292 , & mort en 1314,
eft encore fort curieufe , tant par les grandes
qualités de ce Prélat , que par les Statuts
qu'il fit pour fon Diocèfe , lefquels furent
trouvés fi fages , que plufieurs Evêques les
adopterent. Il faut lire tout cela dans le
Livre même , dont voilà cependant une idée
fuffifante.
CHOIX d'Auteurs Claffiques, premiére Partie
; l'Abregé de la Fable du P. Jouvenci
avec la conftruction du Latin , & une double
interprétation interlinéaire par M. Dumarfais .
A Paris,chés Jacques Vincent , ruë S. Severin
à l'Ange ; Antoine Robineau , Quai des
Auguftins ; Guillaume Saugrain fils , au Palais
;
JUIN. 1743" 1181
lais ; Michel - Antoine David, fils , rue S. Jacques
, à la Plume d'or.
Voici un nouvel Ouvrage de M. Dumar
fais , dont l'utilité fe reconnoîtra de plus en
plus par l'usage que l'on en fera . C'eft l'exécu
tion d'une partie du projet qu'il avoit annoncé
en 1720. dans l'expofition de fa méthode raifonnée
, où il en fit un effai fur le Poëme fe
culaire d'Horace . Le Texte Latin eft donc
conftruit ici felon l'ordre le plus fimple des
penſées , en y fuppléant tout ce qui pouvoit
être foufentendu , & chaque mot Latin eft
rendu de la maniére la plus litterale par
chaque mot François , qui eft précisément
au deffous. Par cette méthode M. D. M. profite
de l'âge le plus tendre , pour familiarifer
les enfans avec le génie étranger de la Langue
Latine , & leur faire acquerir par ufage un
grand nombre de mots Latins , en attendant
que leur efprit foit affés formé , pour foutenir
l'application que demandent les regles de
la Grammaire . On peut dire que c'eft-là ce
qui approche le plus de la maniére , dont on
apprend fa angue Lmaternelle. Enfin , au
deffous de cette Traduction littérale , qui cft
l'image du Latin , M. D. M. a eu foin de
mettre une feconde Traduction en ftyle vraiment
François , pour faire fentir aux étudians
la différence du génie des deux Langues.
Il eft vifible que rien n'eft plus naturel &
plus
182 MERCURE DE FRANCE
plus facile que cette route. Auffi des Gouvernantes
un peu intelligentes
pourroient
en la fuivant
, initier
au Latin les enfans
dès qu'ils fçavent
lire, à l'imitation
de cette Dame Angloife
, dont parle M.Loke
: & les Précep- teurs trouveroient
enfuite
leurs difciples
heu- reufement
prévenus
en faveur
de la Langue
La tine. Mais les Précepteurs
eux- mêmes
, lorf- qu'ils commencent
le penible
métier
de l'édu- cation
, ne peuvent
fe former
fur un modèle plus exact pour les commencemens
de l'ex- plication
desAuteurs
, & pour la véritable
ma- niere d'enſeigner
, dont le grand
fécret
eft de fevoir
fe proportionner
à leurs éleves. C'eſt pourquoi
les Maîtres
de Penfion
, un peu curieux
de leur métier
, ne manqueront
pas fans doute
d'acheter
ce Livre , quand
ce ne feroit même
que pour l'inftruction
de leurs jeunes Maîtres
, & pour s'épargner
une partie de la
peine de les former
eux- mêmes
.
Cet Ouvrage peut auffi être d'une grande
utilité aux Etrangers , qui veulent apprendre
le François , pour leur faire fentirquelles font
les expreffions Françoifes qui rendent le plus
littéralement les termes & les différens tours
de la Phrafe Latine .
Au refte , on ne sçauroit donner trop de
louanges à l'exactitude de l'Imprimeur dans
une Edition fi difficile , ni au zéle de l'Auteur
qui n'a rien épargné , foit pour la perfection
JUIN. 1743 1183
tion , foit pour l'ornement de fon Livre . Let
choix du papier , la beauté & la variété des
Caractéres , les Lettres grifes , les culs de Lampes
,
& c. en relevent le mérite . On avoit mê
me deffein d'y mettre des Planches gravées ,
mais on a apprehendé de rendre ce Livre trop
cher au gré du Public.
Les autres Ouvrages de M. D. M. fe débitent
auffi chés les mêmes Libraires ; fon
Traité des Tropes, c'eft à - dire , les differens fens
dans lefquels un même mot peut être pris dans
la même Langue : fon expofition d'une nouvelle
méthode raisonnée , & la Préface de fa Grammaire.
On peut dire que tous ces Ouvrages
font d'un trés- grand Maître dans ce genre de
Littérature , & qui fçait inftruire par les vrais
principes de la Grammaire , fouvent ignorés ,
ou du moins négligés par des gens qui fe mêlent
d'enſeigner.
Les mêmes Libraires débitent une Brochure
de 36. pages , où un autre Auteur fait voir en
détail , ce que tant de grands hommes de ce
Siécle ou du précedent ont dit d'une manière
plus génerale, fçavoir qu'il n'eft point de plus
grand obftacle au progrès des enfans dans les
Belles - Lettres , que de leur en ouvrir la carriére
par les Themes ; que rien ne mérite
moins le nom de principes que les prétenduës
régles dont on leur charge la mémoire
& qui font prefque toujours fauffes , louches
ου
184 MERCURE DE FRANCE
qu inutiles ; que c'eft leur faire perdre un
tems précieux , qui pourroit être mieux employé
, & que c'eft leur gâter l'efprit . Il n'y
pas d'apparence que l'on réponde jamais à
cet Ecrit d'une maniére nette & préciſe.
On trouve auffi chés les mêmes Libraires,
une Lettre où entr'autrescr itiques, on attaque
le point fondamental duMatérialiſme, qui eſt
la néceffité , & l'on fait voir que ce n'eft
qu'un terme nouveau , fubftitué à celui de Hazard
, autre-fois employé par les Epicuriens
& qui ne fignifie toujours que le Néant. Cet
Extrait eft terminé par une Critique legere
du Deïfme , où on le repréfente fous un point
de vûë qui lui donne un ridicule extrême.
L'Académie de Soiffons délivrera dans fon Affemblée
publique du Lundi 13. Avril 1744. un
Prix , qui fera une Médaille d'or de la valeur de
trois cent livres , donnée par M. le Duc de FITZJAMES
, Pair de France , Evêque de Soiffons .
Elle l'adjugera à une Diflertation Hiſtorique
d'une heure ou une heure & demie de lecture.
Elle propofe pour Sujet , 1 ° . De quelles Provinces
ou Cités étoit compofé le Royaume de Soiffons
lorfqu'il échut en partage à Chilperic ? Quelles furent
depuis fes augmentations ou diminutions , avec
leurs Epoques , juſqu'au tems ou Clotaire II . réünit
en la perfonne toute la Monarchie Françoife ?.
Quelle fut en particulier pendant ce tems - là le fort
de la Ville de Soiffons ? Quels furent les differens
partis qu'elle fuivit , les Siéges qu'elle foutint , &
les
JUIN. 1743 1185
les principaux évenemens qui peuvent la regarder.
2. Quelles étoient les limites du Territoire de
Soiffons , regardé comme Cité & Duché particulier.
3°. Quel est le Lieu nommé Roffontenfis dans le
Traité Dandelau ? Gregor. Tur . Lib. 9. Cap. 20.
2°. Quel eft celui nommé Truccia ou Trucciago ,
dans le Pays Soiffonnois , où ſe livra la Bataille entre
Fredegonde & les Géneraux de Childebert ?
Gefta Franc. Cap . 36. 3 ° . Quel eft le Lieu nommé
Latofao , où Fredegonde avec fon Fils Clotaire , défit
l'armée des Enfans de Childebert ? Fredeg. 17 .
eft-ce le même que celuinommé Lufao : Geft .Franc.
46 , où Martin & Pepin furent défaits par Thierry &
Ebroin , & qu'un Auteur moderne dit être la Faux
´entre Laon & Soiffons .
Dans l'examen des Ouvrages , on aura égard
non-feulement au nombre & à l'étendue des recherches
, mais encore à la pureté du ſtyle & à la
beauté du langage.
Les Auteurs font avertis de mettre à la marge ou
à la fuite de leurs Ouvrages les preuves des Faits
qu'ils auront avancés , & les fources où ils les auront
puisés.
On prie ceux qui envoyeront des Diflertations
Latines , de mettre auffi en marge les noms François
des Perfonnes ou des Lieux dont ils feront
mention.
On adreffera à M. de Beine , Préfident au Préfidial
de Soiffons , & Sécretaire perpétuel de l'Académie
, les Ouvrages deftinés au Concours ; on les
envoyera port franc , & avant le premier Février ,
fans quoi ils ne feront point retirés .
Les Auteurs ne mettront point leurs noms au bas
de leurs Ouvrages , mais feulement une Sentence .
& en les envoyant ils indiqueront une adreffe , à
I. Va. G laquelle
1186 MERCURE DE FRANCE
laquelle M. le Sécretaire puiffe leur faire tenir fon
Récépiffé.
On les prie de prendre les mefures néceffaires
pour n'être point connus jufqu'au jour de la déci
fion , de ne point figner les Lettres qu'ils pourroient
écrire à M. le Sécretaire , ou à tout autre de Mrs
les Académiciens , les avertiffant que s'ils font découverts
par leur faute,ils feront exclus du Concours.
L'Auteur qui aura remporté le Prix , viendra le
recevoir dans la Séance publique de l'Académie le
Lundi 13. Avril 1744. non il envoyera à une perfonne
connue fa Procuration , pour être remise à
M. le Sécretaire , avec le Récepiffé de l'Ouvrage.
L'Académie n'ayant point diftribué de Prix en
1742. M. l'Evêque de Soiffons lui a remis deux
Médailles pour l'année 1743. Elle a adjugé le
premier Prix à M.P'Abbé Fénel, Chanoine de l'Eglife
Métropolitaine de Sens,& le fecond Prix à M.Gouy
de Longuemarre, Greffier de la Prévôté de l'Hôtel.
Ces deux Differtations s'impriment actuellement
chés Chaubert , Libraire de Paris, Quai des Auguftins
à la > Renommée & la Prudence.
Comme l'Académie fait imprimer tous les ans
les Differtations qui remportent lé Prix , elle exige
des Auteurs qu'ils ne les faffent point imprimer de
leur côté , que fix ans révolus après la datte de
l'impreffion que l'Académie en aura fait faire.
MORT'S de Perfonnes Illuftres.
L'Académie Royale de Peinture & Sculpture a
fait une des plus grandes pertes qu'elle pouvoit
faire , en la perfonne de M. François Deportes , né
en 1661. à Champigneul, en Champagne , Diocèle
de Reims. Il vint à Paris , âgé de 12. ans , chés un
de fes oncles , qui y étoit établi , lequel le mit chés
M.
JUIN. 1743 .
1187
M. Nicafus , Peintre Flamand , qui avoit de la ré--
putation pour peindre les animaux , mais qui étoit
infirme & fort âgé , & qui n'étoit plus en état de
travailler , ni même d'enſeigner fon Art ; il mourut
de tems après ; ainfi on
peut dire que fon Illuftre
Eleve n'a point eû d'autre Maître que la
peu
Nature.
Plein de bonne volonté , & né avec un efprit excellent
, il s'attacha d'abord à deffiner la figure d'après
l'Antique & d'après le Naturel , regardant cette
Etude comme la bafe de la Peinture , à quelque
genre qu'on le deftine. Il eft aufé de le remarquer
dans les Portraits qu'il a faits , dans fes Chaffes &
dans les Vafes & les Bas reliefs , qu'il faifoit entrer
dans fes Compofitions.
Jeune , ilfe livra d'abord à toutes fortes d'Ouvra .
ges pour les autres Peintres, pour les Entrepreneurs
dans les Plafonds & les Décorations de Théatre.
Lié dès fá jeuneſſe avec M. Audran , neveu du fameux
Graveur du même nom , & célebre par fes
Defleins de Grotelques , il travailla long- tems avec
lui au Château d'Anet pour le Duc de Vendôme
& enfuite pour M. de Vendôme , Grand- Prieur de
France , fon frere , au Village de Clichi , près Paris;
à l'Hôtel de Bouillon & ailleurs ; chés le Roi à là
Ménagerie à Versailles , où il a fait auffi plufieurs
Tableaux. Il compofoit & plaçoit à fon gré & avec
art dans les Grotefques toutes fortes d'Animaux ,
peints fur des fonds blancs ou or; on y voyoit partout
un Génie aifé , fécond & enjoüé , avec des expreffions
pleines d'efprit & de naïveté , enforte que
les plus grands Connoiffeurs difoient de lui , qu'il
étoit aufli bon Poëte avec fon Pinceau , que le célebre
Jean de la Fontaine étoit bon Peintre avec fa
Plume.
M. Delportes avoit épousé en 1692. un Perfonne
Gij de
1188 MERCURE DE FRANCE
de mérite & pleine de vertu , avec laquelle il a tou
jours été fort uni ; l'envie de fe diftinguer , d'augmenter
la réputation & de faire paroître les grands
talens qu'il avoit pour la Partie de la Peinture , qu'il
avoit embraffée , lui fit entreprendre le voyage de
Pologne , où il fit avec grand fuccès les Portraits
du Roi Jean Sobieski , de la Reine , fon Epoufe ,
celui du Cardinal d'Arquien , Pere de cette Reine ,
des Princes , Princeffes & des grands Seigneurs de
cette Cour , &c.
Après deux ans de féjour à la Cour de Pologne ,
le Roi y étant mort , le Roi de France , qui avoit
permis ce voyage , le fit rappeller & le fit travailler
dans le premier genre qu'il avoit embraffé.
En 1699. il fut reçu à l'Académie Royale de
Peinture & Sculpture . Son Tableau de Réception ,
( gravé depuis par M. Joullain , ) où il s'eft peint
lui- même en Chaffeur , avec des Chiens & du Gibier,
eft regardé par cette Compagnie, comme un des
plus beaux qui décorent la Sale de fes Affemblées .
On voit à Paris dans les Cabinets des plus fameux
Curieux plufieurs Tableaux dans le même caractére,
qui font l'admiration des plus grands Connoiffeurs.
La même année , le Roi lui accorda une Penfion
& enfuite un Logement aux Galeries du Louvre .
En 1702. M. Defportes peignit deux belles
Chiennes de Chaffe du Roi , en arrêt fur un Faiſan
& des Perdrix dans un beau fond de Payfage . Il
peignit enfuite toutes celles que le feu Roi avoit eû
depuis, allant même par ordre de S. M. à toutes les
Chaffes , pour deffiner fur les Lieux leurs differentes
attitudes . Le Roi prenoit fouvent plaifir à le voir travailler
, & ne le voyoit jamais fans lui dire quelque
chofe d'obligeant . Ces grands Tableaux , dont on
vient de parler , font le principal ornement du Châtoau
de Marly.
JUIN. 1743 1189
En 1704. & en 1705. il fit pour Monfeigneur le
Dauphin , Ayeul du Roi , cinq Tableaux de Chaffe ,
de grandeur naturelle , & plufieurs Retours de
Chaffe. Ces Tableaux font restés au Château de
Meudon.
C'eft à peu près vers ce tems-là , que ce célebre
Peintre s'appliqua à de nouvelles & nombreufes
Etudes fur les Fleurs , les Fruits , les Légumes , les
Infectes & autres Animaux finguliers des Pays Etran
gers ; il fit alors plufieurs Tableaux fur les diverfes
Saifons de l'année , caractérisés par les Fleurs , les
Fruits , le Gibier , & c .
Le Roi vit ces nouveaux Tableaux , qui lui firent
grand plaifir & voulut les avoir, mais M. Deportes
ayant repréfenté à S. M. que ces Tableaux avoient
été faits pour Mylord Stanhope , avec plufieurs aures,
leRoi n'en voulut pas priver ce SeigneurAnglois,
& ordonna à M. Defportes d'en faire deux grands
dans le même goût , que tout le monde admire actuellement
dans le Cabinet des Tableaux du Roi, à
Verſailles. On voit encore quantité de fes Ouvrages
dans les Cabinets du Duc de Richemont , des Mylords
Bullinbrok & de Widrorth , à Londres.
En 1712. M. le Duc d'Aumont , Pair de France ,
Premier Gentilhomme de la Chambre du Roi ,
ayant été nommé Ambaffadeur en Angleterre
M. Delportes obtint du Roi un congé de fix mois ,
pour faire ce voyage ; il y porta plufieurs de fes
Ouvrages , & pendant fon féjour à Londres il en
compofa quantité d'autres pour des Seigneurs Anglois
.
A fon retour , le Roi voulut bien s'informer des
Ouvrages qu'il avoit faits en Angleterre , & il reçut
de nouveaux ordres de S. M. de travailler à l'embelliffement
des Maifons Royales .
Quand il arrivoit à Verfailles quelques Animaux ,
Oifeaux
Gj
1190 MERCURE DE FRANCE
Oifeaux rares & finguliers pour la Ménagerie , le
feu Roi ne manquoit pas de les faire peindre auffitôt
par M. Defportes. Peu de jours avant la mort de
ce grand Prince , M. Defportes lui préſenta encore
un Tableau , repréſentant un Oiſeau du Perou , appellé
Goafalé. Si ce fameux Artiſte étoit eftimé &
confideré du feu Roi , il ne l'étoit pas moins de feu
M. le Duc d'Orléans , Régent ; tout le monde fçait
à quel point ce Prince aimoit & chériffoit les Beaux-
Arts , & furtout la Peinture . Il avoit ſouvent eû recours
aux Etudes & à la main de M. Defportes ,
pour les Animaux qui entroient dans l'ordonnance
des Tableaux de fa compofition ; il lui demanda trois
Tableaux de fa main pour fou Etude particuliere ,
qu'on voit encore au Palais Royal ; fçavoir , un de
Gibier en plume , un de Légumes , & un de viande
lardée.M. Delportes fit encore deux grandsTableaux,
compofés de Fruits , Vafes , Architecture & Animaux
, qu'on voit encore au Château de la Meure.
Il y a dans le Cabinet du Roi, à Verſailles , quatre
Chaffes en petit.
Deux grandes Chaffes de Cerf & de Sanglier ,
pour l'appartement du Roi ,au Château de Chantilly.
M. Delportes avoit auffi peint un grand nombre
de Tableaux pour le Duc d'Antin , qu'on peut voir
à Paris à l'Hôtel d'Antin , & au Château de Petitbourg
, près de Fontainebleau , dans l'appartement
du Roi.
Il fit vers ce tems - là plufieurs Deffeins coloriés
pour Paravans , Tapis & autres Meubles , lefquels
ont été exécutés à la Manufacture Royale des Tapis
de Turquie , à Chaillot , près Paris .
Il feroit difficile & prefque impoffible de donner
ici un détail de tous les Ouvrages qu'il a faits pour
differens Particuliers . Il avoit fait en 1708. entre
autres , de grandes Chaffes & d'autres Tableaux
pour
JUIN. 1743 . 1191
Four M. Hogguer , pour fa Maifon de Campagne
à Châtillon , proche de Paris ; pour M. Defmarets ,
Contrôleur Géneral ; pour Mrs de Berci & d'Onfembrai
, à Berci ; pour le Maréchal d'Uxelles
pour le Président de Bandol , à Aix en Provence ,
pour Mrs Paris , la Montagne , Duverney & Montmartel
; pour Mrs de Senozan & Bonnier de la
Moffon , pour M. Gluq , à ſon Château de Virginie .
On en voit dans ce dernier endroit un très - grand
nombre , entre autres , deux Chaffes , gravées en
Cuivre , par le Sr Joullain ; enfin il en a fait une
grande quantité pour differens Seigneurs Etrangers,
comme le Comte de Teffin , le Comte de Tobianſki,
Grand- Chambellan du Roi de Pologne , fans
compter ceux qui ont été envoyés à Munich ,
Vienne , à Turin , &c .
En 1735. on voulut renouveller aux Gobelins la
magnifique Tenture de Tapiflerie des Indes . M.
Delportes , qui avoit autrefois retouché les Origi
naux de Vénus , depuis hors d'état de fervir , fit par
Ordre du Roi & de M. Orry, Controlleur Géneral ,
huit grands Tableaux dans le même goût , mais
bien plus riches , mieux ordonnés , & d'une compofition
entierement nouvelle. Le Public , qui les a
vús expofés fucceffivement au Salon du Louvre , en
a admiré les beautés & l'exécution furprenante .
Pendant le cours de cet Ouvrage , il fit cinq Tableaux
pour le Roi, à Compiegne , repréfentant les
Portraits des plus beaux Chiens de la Meute du Roi .
Outre plufieurs gratifications accordées à M. Defportes
, le Roi dui donna en 1741. une Penfion de
800. livres fur le Tréfor Royal ; enfin S. M. fit pla
cer l'année derniere au Château de Choify , un
grand Tableau de M. Defportes , repréfentant un
Cerf aux abois , affailli de plufieurs Chiens , &
deux deffus de porte , al font repréſentés diffe-
G iiij rens
192 MERCURE DE FRANCE
rens Ofeaux rares & finguliers des Indes .
M. Defportes joüiffoit d'une fanté vigoureuſe
& fon Art faifoit tout fon plaifir . Parmi cette multitude
d'Ouvrages fi variés , il fembloit que les der.
niers alloient encore en augmentant . Malgré le
grand nombre d'Etudes qu'il avoit faites , il étudioit
& confultoit fans ceffe la Nature , qui lui fournifloit
toujours du nouveau ; il n'avoit point de
maniére & il diverfifioit la touche felon les differens
objets . Ses Tableaux fe font toujours maintenus ,
comme s'ils venoient d'être peints ; il peignoit fouvent
au premier coup , & il avoit l'art de fixer les
couleurs les plus changeantes. Perfonne n'a mieux,
entendu que lui les Couleurs locales , la Perſpective
aërienne , l'harmonie & l'effet du tout enſemble,
& en géneral on peut dire qu'une grande vérité ,
accompagnée d'un beau choix & d'une grande intelligence,
a toujours caractériſé tous fes Ouvrages .
Il étoit d'une taille très-avantageufe , grand &
bienfait ; il avoit l'air & les maniéres nobles , de
l'efprit & de l'enjouement, dans l'occaſion ; il étoit
modefte , charitable , aimant à rendre fervice ; ſes.
moeurs avoient toujours été pures , & fa probi:é
exacte , & même févere .
Le 15. Avril dernier,ayant été attaqué d'une fluxion
de poitrine , il mourut le zo. du même mois
âgé de 82. ans accomplis , dans le Logement que
le Roi lui avoit donné aux Galeries du Louvre
univerfellement regretté. Il laiffe un fils & une fille,
qui , avec leur mere , occuppent le même Logement.
Le fils a été reçû en 1723. à l'Académie
Royale de Peinture & Sculpture.
ESTAMPES NOUVELLES.
COURIER DE FLANDRES , Eftampe en large ,
Paylage ,
JUIN. 1743 1193
Payfage, & Vue d'une Place Frontiere, dédiée à M.
Toulon , Courier du Cabinet du Roi , par fon ferviteur
& fon ami , J. P. le Bas , Graveur du Roi ,
ruë de la Harpe , vis - à- vis la rue Percée , d'après
le Tableau original , par Both , d'Italie , ou jean
Affelin , du Cabinet du Chevalier de la Roque.
Nous fommes priés de propofer la Queſtion
fuivante .
:
Un homme aime éperdûment fa femme ; il fait.
qu'il en eft hai mortellement on demande lequel des
deux eft le plus à plaindre ou du mari ou de la femme .
AUX Amateurs de Mufique.
On grave actuellement la neuviéme Oeuvre ,
IV.Livre de M. le Clair, defiré depuis long- tems ,
mais qu'on ne pouvoit efpérer qu'au retour de
l'Auteur à Paris , où il eft nouvellement arrivé.
Elle contient douze Sonates à violon feul , & fe
diftribuera au commencement du mois d'Août prochain
, au prix de 15. livres.
On pourra en retenir néanmoins, feulement d'icau
mois de Juillet prochain , en payant 12. livres
par Exemplaire , de laquelle fomme on délivrera
une reconnoiffance . A Paris , chés l'Auteur ,
8. Benoit, au- deffus de la porte de l'Abbaye S. Germain
; la veuve Boivin , rue S. Honoré le Clerc ,
rue du Roulle .
rue
M. Chycoineau , Confeiller d'Etat , Premier Mé
decin du Roi , ayant vû la guérison d'un grand
Prélat , des Rougeurs , Dartres & Boutons qu'il
avoit fur le vifage depuis plus de huit ans , lequel
a fait à la Dame de Leftrade une penfion fa vie du
rant , & ayant apris d'ailleurs la guérifon de plu-
Leurs
1194 MERCURE DE FRANCE
fieurs autres Perfonnes confidérables , & qu'elle
traitoit ces Maladies depuis plus de 40. ans avec
fuccès & aplaudiffement , a bien voulu donner fon
Approbation pour débiter fes Remedes , pour l'utili
té & le foulagement du Public ; fçavoir , une Eau
qui guérit les Dartres vives & farineufes , Boutons,
Rougeurs , Taches de rouffeur & autres Maladies
de la Peau ; & un Baume blanc , en confiftance de
Pommade, qui ôte les cavités & les rougeurs après
Ja petite vérole ; les taches jaunes & le hâle , unit &
blanchit le teint . Ces Remedes fe gardent tant que
l'on veut , & peuvent fe tranfporter par-tout.
Les Bouteilles de cette Eau font de 2. 3. 4. & 6. livres
& au- deffus , felon la grandeur . Les Pots de
Baume blanc font de 3. livres 10. fols , & les demi
Pots d'une livre 15. fols .
Mad. de Leftrade , demeure à Paris , rue de la
Comédie Françoife , chés un Grainetier , au premier
Etage. Il y aune Affiche au- deffus de la Porte .
CHANSON.
LAA belle Eglé veut un Bouquet ;.
Volons à notre Jardinet ;
Courons auffi dans nos Prairies
Cueillir les fleurs les plus chéries.
La belle Eglé veut un Bouquet ;
Trop heureux celui qui lui fait !
*
Tâchons , Bergers , qu'il foit parfait,
Mais
1
YORK
PUBLIC LIBRARY.
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS.
NEW YORK
DRLIC LIBRARY.
ABTOR, LENOX AND
TALDEN FOUNDATIONS.
BIL
JUIN. 1195 17432
Mais n'y melons point de Muguet;
Le Muguet eft coquetterie ; .
La Bergere en eſt ennemic.
La belle Eglé , &c .
> Son tein , fans doute , effaceroit
L'éclat du Lys & de l'OEillet ,
Mais fi d'amour elle eft bleffée ;
Elle aimera mieux la Penſée .
La belle Eglé , & c.
*
Toi qui peins la fidélité ,
Barbeau , dont je fuis enchanté ,
Tu feras joint à l'Immortelle
Signe d'une ardeur éternelle.
La belle Eglé , &c..
*
Nous défirons tous en fecret
De l'attacher à fon corfet ;
Bergers , quelle erreur eft la nôtre
Un defir en amene un autre.
La belle Eglé , & c..
G. vj
VAUL
1198 MERCURE DE FRANCE
VAUDEVILLE du Divertiffement de
la petite Comédie de Zéneide .
Q
Uand la Beauté feule féduit ,
On s'aime un jour , puis on languit ;
L'Amour s'envole ; on ſe détefte ;
Mais quand le coeur çede aux talens
Au caractére , aux fentimens ,
Le tems feul fuit , & l'amour reſte .
Contre fes parens révolté ,
Damon , d'une Idole enchanté
Va prononcer un oùi funeſte ;
Mais les charmes qui l'ont féduit ,
Bien- tôt fe fanent ; l'amour fuit ,
Et
par
malheur la femme refte .
*
Quand le Parterre s'affoupit ,
La Piéce tombe ; l'Auteur fuit ;
L'envieux rit & l'Acteur pefte ;
Mais quand le Public applaudit ,
L'Auteur fe montre ; l'Acteur rit ,
L'envieux fuit ; la Piéce refte,
SPECJUI
N. 17433 1197
SPECTACLES.
EXTRAIT de la Comédie nouvelle de
l'Ile des Talens , Piéce en Vers đỡ en un
Acte , représentée fur le Théatre Italien
le 19. Mars dernier.
ACTEURS.
La Fée Urgandina ,
Faracardin , Génie ,
Damon ,
Léonore ,
Valére
Agathe ,'
,
Florine ,
Pafquin ,
Arlequin ,
la Dlle Biancolelli,
le Sr Balletti.
le Sr Lavau , Symph.
la Dlle Silvia.
le Sr Rochard.
la Dlle Deshayes?
la Dlle Sidonie:
Le Sr Deshayes.
le Sr Carling.
La Scene eft dans une Ile.
MR.Fagan,Au connoftre par d'autres
R Fagan , Auteur de cette Piéce , s'eſt
fouvent fait
qui lui ont attiré de juftes applaudiffemens
fur différens Théatres , tels que ceux de la
Comédie Françoife , de la Comédie Italienne
& de l'Opera Comique. Celle - ci a fait plaifir ,
au Public. Au reste on ne trouvera pas dans
cet Extrait , la Scéne des trois Meropes , qui
n'a été jouéc qu'à la premiére repréſentation .
Le1198
MERCURE DE FRANCE
Le Libraire en inftruit le Public par cet aver
tiffement : cette Scéne avoit été ajoûtée par un
autre Auteur , qui a quelque fois donné au Public
des Parodies & des Critiques qui lui ont
été agréables.
Dans la premiére Scéne , le Théatre repréfente
la Mer dans l'enfoncement , un Vaiffeau dématé.
L'Orquestre joue une Tempête.
L'Acteur qui repréfente le Génie , qui préfide
dans l'Ile des Talens , expofe le fujetde
la Piéce par ces Vers.
Je vois des Mortels indifcrets
S'avancer le long du rivage.
Echappés du nauffrage ,
Cet azile leur femble un féjour plein d'attraits
Ils ignorent de cer Empire
Quelle est la rigoureuſe loi.
Bien- tôt à leurs tranſports va fucceder l'effroi
Ils s'approchent je dois au plutôt en inftruire
La redoutable Fée, à qui dans ces climats
Tout obéit ; courons & volons fur ſes pas .
, Scéne II. Leonore , Valere Florine ?
Agathe , Damon , Arlequin , Pafquin. Ils
reftent aufond du Théatre. Arlequin feul s'avance
un peu plus.
?
Leonore exhorte fes compagnons & fes
compagnes à aller chercher un Temple
pour aller rendre graces aux Dieux , dont le
fecours
JUI N. 1743 1799
fecours les a fauvés du naufrage. Arlequin
Leur dit :
Allez , fi vous êtes preflés ,
Allez , allez toujours , car pour moi je demeure.
Scéne III. Arlequin après quelques Lazzis ;
contrefait les vagues & les flots ; où il fe fouvient
qu'il a mis à part dans fa Pacotille de
quoi fe raffraichir , mais à peine a t'il commencé
à manger que le Theatre s'obfcurcit ;
ce qui lui fait dire,
Qu'ai-je donc fur les yeux ?
Plaît-il? Oùfommes-nous ? quelle frayeur mortelle?
La nuit vient ; je me meurs , & tout mon fang fe gele
C'en eft fait.
de
tonnerre, il tombe : Au bruit d'un coup d
Dans la quatriéme Scéne la Fée dit à Arlequin
Reconnois , Mortel audacieux ,
Celle qui regne en ces Contrées ,
La Fée Urgandina , Reine des autres Fées ;
C'est moi , qui les forçant d'exercer leurs talens ,
Leur fais produire au jour cent chefs - d'oeuvres
brillans.
La Fée Urgandina annonce à Arlequin que
bientôt ceux qui font échappés du naufrage
avec lui , vont lui être préſentés , & que
celui
1200 MERCURE DE FRANCE
fui d'entre eux qui ne fe diftinguera pas par
quelque talent , fera puni. Arlequin tremble
pour lui tout le premier. Il expofe par quel
accident ils font dans cette Ifle , & raconte
à la Fée leur trifte avanture en ces termes :
Léonore , Valere & Damen & Florine ....
Pafquin , Agathe & moi , tous jeunes gens difpos,
Voici notre Hiftoire en deux mots.
Nous avons voulu prendre une route commune ,
Et nous avons vogué vers l'Ile de Paphos ,
Laiffant fur les côtés l'Ile de la Fortune .
En allant , Monfeigneur Neptune
A très - bien gouverné les Flots .
Mais au retour ce n'étoit que cahos.
Par une tempête importune
Tourmentés fort mal à propos ,
Nous avons crû devoir nous échapper des eaux ,
Et nous fommes venus, Madame, fur vos terres.
Mais pour des beaux Arts , des talens ,
Des chef- d'oeuvres , des dons brillans ,
Et femblables myſtéres ,
Si nous en poffedons , nous n'en poffedons gueres.
La Fée lui répond :
Il fuffit , en ce cas , il faut dans ce féjour
Qu'un Spectacle affreux fe prépare ;
Au traitement le plus barbare.
Vous ferez tous livrés avant la fin du jour.
Dans
JUI N. 1743. 1201
Scéne V. Le Génie la Fée , Arlequin .
Le Génie vient apprendre à la Fée , qu'il a
prononcé fes Décrets à la Troupe qui a fait
naufrage fur fes terres ; il lui dit qu'ils en ont
d'abord fremi , mais qu'ils fe font enfin raffurés
, & qu'ils fe flattent d'obtenir leur grace
en faveur de deux de leurs camarades , dont
l'un fçait un peu chanter , & l'autre jouë aflés
paffablement d'un Inftrument. La Fée répond
au Génie :
Mais n'avez vous pas dit qu'il faut que l'on excelle
Car dans tous mes Etats ›
Qui ne fçait acquérir une gloire immortelle
Eft femblable à celui qui rampe le plus bas .
Ce dernier Décret acheve d'ôter toute ef
perance à Arlequin , & lui fait dire en treme
blant :
Pour le coup, c'en eft fait ; quel malheur eft le mien!
Car... tout ce que je fçais , c'eft que je ne fçais rien.
Il ajoute en pleurant
O mon Pere & ma mere ,
Pourquoi ne m'avoir tien appris r
Une Fanfare annonce que l'épreuve des
talens va commencer.
Dans la feptiéme Scéne Valere chante .
Amour, fois moi favorable ;
Του
1202 MERCURE DE FRANCE
Toi feul , fais naître les talens ;
Amour , fois-moi favorable ;
Eleve , adouci mes accens.
Ton feu divin m'eſt ſecourable ;
Au fond de mon coeur je te fens.
Amour , &c.
Que l'on adore
Deux beaux yeux ,
Pa -tout on eft victorieux
Et ce fentiment fait éclore
Mille dons précieux.
Que l'on adore
'Deux beaux yeux ,
La voix s'anime & fe ranime encore ;
El fuffit , pour former des fons mélodieux ;
Que l'on adore
Deux beaux yeux.
Amour , &c.
Après cette premiére épreuve , Leonore
fait la feconde , & c'eft par un conte qu'elle
récite , qu'on n'inferera pas ici à caufe de fa
longueur .
Damon fe préfente pour faire connoître
fon talent pour les Inftrumens ; il commen.
ce par demander de l'indulgence , après quoi
il jouë un morceau nouveau , qui a pour Ti
tre l'Espérance. La Piéce caractérife à la fois
la crainte & l'efpérance , elle a été géneralement
applaudie.
JUI N. 1743 1203
Toutes les autres épreuves fe fuivent tour
à tour. Arlequin fe préfente enfin , & dit :
Je viens de raffembler mon art & ma fcience ,
J'avois grand tort d'avoir autant de défiance
Oui , Madame , il eft étonnant
Combien je fais fçavant ;
Je fuis furpris de ma propre abondance ;
Je fçais , regardez bien , je fçais mille lazzis.
Voyez-vous ? Je fçais faire auffi la capriole ;
Eft- elle bien ? Je ſçais répondre aux clis, clis , clis.
Il ne me manque que la parole.
La Fée ne peut s'empêcher de rire , & dit ?
Que répondre ? Allons donc, en ces derniers inftans
Qu'on me parle plus de fupplice ;
L'efprit & la gayté valent bien les Talens , & c .
Valere chante ces quatre Couplets du
Vaudeville .
Une fimple Bergere ,
Sans art fans ornemens ,
3
Dans fa taille légere ,
Dans fon humeur fincere ,
Fait voir mille agrémens ;.
Le premier des Talens
Eft le Talent de plaire.
*
Life
1204 MERCURE DE FRANCE
Life eft une étrangere ;
Ses difcours font charmans ;
Quoique la bouche altere
Tant foit peu la Grammaire ,
Ses tours font féduifans ;
Le premier des Talens ,
Eft le Talent de plaire .
Colin , tendre & fincere ;
M'offre des feux conftans ;
Comment être févere
Par une ardeur trop chere
Il enchante mes fens.
Le premier , &c.
Au Parterre
Les avis du Parterre
Sont toujours excellens ;
Indulgent , ou févere ,
Un goût certain éclaire
Ses divers jugemens ;
Le premier des Talens
Eft celui de vous plaire.
NOU
JUIN. 1743.
1205
Just 先sist siにstsもtubbsbat
NOUVELLES ETRANGERES,
TURQUIE.
N mande de Conftantinople , que le Grand
Seigneur n'ayant point voulu accepter les
dernieres propofitions d'accommodement , qui lui
ont été faites par Thamas Kouli- Kan , ce dernier
faifoit avancer vers les Frontiéres de Turquie l'armée
qui s'étoit aſſemblée dans la Province de Derbent
, & qu'on travailloit en Turquie à de grands
préparatifs de guerre , pour s'oppofer aux deffeins
de Thamas Kouli- Kan.
On a appris depuis qu'on y équipoit une nombreufe
Flotte qui étoit deftinée pour la Mer Noire
& qui feroit commandée par le Capitan Pacha ; que
le Grand Seigneur avoit auffi donné ordre d'affembler
une armée , qui marcheroit vers Bagdad fous
les ordres du Grand Vifir , pour s'opposer aux deífeins
de Thamas Kouli- Kan ; que ce Premier Miniftre
étant fort aimé du Peuple de Conftantinople ,
Sa Hautefle auroit defiré qu'il ne s'éloignât point
de cette Capitale , mais que fur les représentations
de fes Miniftres elle avoit confenti à ce qu'il commandât
les troupes ; qu'outre l'armée à la tête de
laquelle feroit le Grand Vifir , il y en auroit une
autre d'obſervation ,,
que commanderoit le prédeceffeur
de ce Premier Miniftre , & qu'en attendant
que ces deux armées fuffent affemblées , plufieurs
détachemens des troupes Ottomanes s'étoient
avancés vers les Frontières , pour reconnoître les
mouvemens des Perfans,
ALLIM AGNÉ
1206 MERCURE DE FRANCE
ALLEMAGNE.
Nimande de Straubingen du 19. du mois.
dernier,qu'onya appris par un courier arrivé
de Landshut , que le Comte de Seckendorf , fur
l'avis qu'il avoit reçû de la marche d'un Corps de
18000. Autrichiens , à la tête duquel étoit le Feldt-
Maréchal de Kevenhuller , avoit envoyé ordre à
un Corps de 4. à 5000. hommes des troupes
Imperiales , commandées par le Marquis Minutzi ,
de fe replier du côté de Braunaw , mais que le
Marquis Minutzi , n'ayant point reçû l'ordre du
Comte de Seckendorf , il avoit été surpris par les
ennemis ; que dès qu'il les avoit apperçus , il avoit
dépêché un Officier au Comte Gabrieli , qui étoit à
quelque diftance de lui avec un autre Corps de Bavarois
, pour l'avertir d'aller à fon fecours ; que les
deux Corps s'étoient joints effectivement, & que ces
6000. hommes avoient combattu pendant huit heu.
res avec une valeur extraordinaire, malgré la gran
de fupériorité des Autrichiens , mais qu'à la fin ils
avoient été obligés d'abandonner le champ de bataille
, après avoir perdu 900. hommes. Ils fe font
retirés à Lintz & à Braunaw , & la Cavalerie au
quartier du Comte de Seckendorf.
Un Lieutenant Colonel a offert de la conduire à
l'armée Impériale par un chemin détourné , & fa
propofition ayant été acceptée , il est heureuſement
venu à bout de fon entrepriſe . Le Feldt Maréchal
de Kevenhuller , qui n'a été informé de la retraite
de cette Cavalerie , que lorfqu'il n'étoit plus tems
de s'y oppofer , a détaché fes Huffards pour attaquer
l'arriere -garde , mais ils ne lui ont cauſé qu'un
léger dommage.
M. Phelippes , Lieutenant Géneral des armées de
S. M. T. C. lequel avoit fous fes ordres à Dingelfing
,
JUIN. 1743. 120
fing & aux environs , 14. Bataillons & 12. Efcadrons
, apprit le 16. après midi , que les Autrichiens
étoient en force à Frontenhaufen , & que le Prince
Charles de Lorraine ſe diſpoſoit à attaquer le lendemain
le pofte de Dingelfing . Ces avis firent pren
dre à M. Phelippes les précautions néceflaires pour
exécuter les ordres qu'il avoit reçûs du Maréchal
de Broglie . Il fit paffer pendant la nuit derriere
' Ifer les troupes qu'il commandoit ; il les mit en
bataille fur le bord de cette riviere, & il laiſſa dans
le pofte de Dingelfing , aux ordres du Marquis du
Chaftelet , Maréchal de Camp , plufieurs détachemens
, tirés des Régimens qui avoient paffé derriere
' Ifer.
Le 17. à la pointe du jour , on apperçût à la
hauteur du camp que les troupes Françoiles avoient
quitté un Corps d'Infanterie des ennemis , qui étoit
d'environ 9000. hommes , & qui s'avança avec fix
piéces de canon, pour attaquer Dingelfing . Le Marquis
du Chaftelet, qui avoit été chargé de défendre
ce pofte, dans lequel M. Phelippes avoit laiffé 1400 .
hommes & fept Compagnies de Grenadiers , fit fes
difpofitions pour foûtenir l'attaque des ennemis.
Elle commença par un feu d'artillerie & de mouf
queterie, qui dura pendant une heure, après laquelle
le Comte de Thaum , qui commandoit les troupes
Autrichiennes , fit fommer le Marquis du Chaſtelet
de fe rendre , mais ce Comte ayant reconnu par la
réponse qui fut faite à cette propofition , que le
Marquis du Chatelet étoit déterminé à fe détendre
jufqu'à la derniere extremité , il fit attaquer Dingelfing
de tous les côtés. Les François foutinrent
avec beaucoup de valeur les efforts des Autrichiens,
qui n'ayant dans leurs differentes attaques remporté
aucun avantage , mirent le feu aux faubourgs , &
jetterent des bombes, qui embraferent la Ville .
Les
1208 MERCURE DE FRANCE
Les ennemis ayant continué leur attaque avec la
plus grande vivacité , le Marquis du Chaſtelet fe détermina
pour lors à retirer de la Ville les troupes
qu'il commandoit , & il les fit paffer de l'autre côté
de l'ifer fur le Pont de Radeaux , qui avoit fervi la
nuit au paflage de l'Infanterie .
M. Phelippes s'avança avec les troupes qu'il avoit
´en bataille près de la riviere , & il favorifa la retraite
des troupes qui avoient défendu Dingelfing , & qui
à quatre heures du foir eurent entierement paflé
P'Ifer. Il fit enfuite travailler à couper le Pont de
Radeaux, & il y réüffit , malgré le feu des ennemis ,
lequel dura jufqu'à fept heures du foir , que les
troupes Françoiles fe font trouvées hors de la portée
du canon des Autrichiens , qui ont entierement
brûlé la Ville.
Le Prince de Conty , étant parti de Straubingen
fur la premiere nouvelle du projet formé par les
Autrichiens contre Dingelfing , arriva le 17. au foir
au camp des troupes Françoiſes , & il en partit le
18. au matin avec quatre Régimens , pour aller fecourir
Landaw , mais M. de Lutteaux avoit été
obligé d'abandonner ce pofte , auquel les Autrichiens
ont mis le feu , & il avoit , après la retraite,
@
rompu le Pont.
Le Maréchal de Broglie , qui s'étoit rendu auprès
de l'Empereur , pour avoir quelques conférences
avec S. M. I. retourna à Straubingen le 18. au foir,
& il a dû raffembler fes quartiers , pour s'approcher
de l'Ifer .
On mande de Prague , que le 11. du mois dernier
les Etats du Royaume avoient prêté ferment de fidelité
à la Reine de Hongrie ; que la cérémonie du
Couronnement de cette Princefle s'étoit faite le lendemain
avec beaucoup de magnificence , & que les
Magiftrats de la Ville avoient accordé à S. M. H.
un don gratuit de 100000. florins,
Од
JUIN. 1743. 1209
On a appris de Schardingen , que le Baron de
Stentz , qui commande les troupes de la Reine de
Hongrie dans le Tirol , avoit dépêché un courier au
Prince Charles de Lorraine , pour l'informer que
3000. Croates , qu'il avoit fait marcher fous les ordres
du Baron de Litwitz , pour pénétrer en
Baviere , y étoient entrés malgré la réſiſtance de
quelques troupes Impériales qui étoient po tées à
Rofenheim ; qu'un autre détachement de la même
Nation , commandé par le Lieutenant Colonel Raphaël,
avoit forcé le fabre à la main les retranchemens
de Kirnftein , & obligé un Régiment Bavarois ,
qui les occupoit , de les abandonner , & que le 5 .
du mois dernier , le Régiment de Vieux Konigseg
s'étoit emparé du Château de Marquarftein , fur la
Frontiere de l'Archevêché de Saltzbourg .
Selon les nouvelles de Francfort , il a été réfolu
le 10. du mois dernier dans le College des Princes ,
que l'Empire , les Puiffances qui font en guerre ,
vouloient accepter fa médiation , employeroit fes
bons offices pour rétablir la paix en Allemagne , &
qu'il continueroit d'obſerver une exacte neutralité
.
Le Maréchal de Noailles a fait fortifier la tête
du Pont que les François ont jetté près d'Oppenheim.
On a reçû avis de Prague , que le onze du mois
dernier la Reine de Hongrie s'étoit renduë à l'Hôtel
de Ville , où les Etats du Royaume avoient prêté
le ferment de fidelité ; que la cérémonie du Couronnement
de S. M. avoit été faite le lendemain.
dans l'Eglife Métropolitaine par l'Evêque Prince
d'Olmutz , aſſiſté des Evêques de Leutmeritz & de
Konig(gratz , & que pendant cette cérémonie il y
avoit cu plufieurs falves de l'artillerie des remparts
& de la Moufqueterie de plufieurs Régimens.
I. Vol. H On
1210 MERCURE DE FRANCE
On a arrêté en cette Ville quelques perſonnes acculées
d'être attachées aux interêts de l'Empereur.
On mande de Baviere , que les Autrichiens ayant
attaqué le 26. du mois dernier le pofte de Deckendorf
, les troupes Françoifes , qui occupoient ce
pofte , s'y font défendues jufqu'au 27. qu'elles ont
repaffé le Pont conftruit dans les environs , malgré
tous les efforts que les Autrichiens ont faits pour
leur couper la retraite.
On a appris en même tems , que le Maréchal de
Broglie étoit campé entre Straubingen & l'Ifer avec la
plus grande partie des troupes qui font fous fes or
dres , afin de tâcher de s'oppofer au deffein que les
Autrichiens paroifloient avoir d'y jetter un Pont.
Le feu a pris à un Hôpital que les François
avoient près de Deckendorf, & l'on n'a eû qué le
tems de fauver les malades .
On a fçû par des lettres de l'armée commandée
par le Prince Charles de Lorraine , que le Comte
de Hohenems , qui commande le Corps de troupes
employé au blocus de Braunaw , avoit fait jetter
une grande quantité de bombes & de boulets rou
ges dans cette Place , mais qu'il n'en avoit pas
encore entrepris le fiége dans les formes.
On mande de Vienne du 22. du mois dernier ,
que le 19. l'Impératrice Doüairiere affifta dans fa
Chapelle au Te Deum , qui y fat chanté à plufieurs
Choeurs de Mufique , en action de graces de l'avantage
remporté le 9. à Erblack fur le Corps de
troupes Impériales que commandoit le Marquis
Minutzi. Les prifonniers faits en cette occafion , à
l'exception du Marquis Minurzi , du Comte de
Preifing , & de 56. autres Officiers , qui ont été
transferés de Lintz à Wels , arriverent à Vienne le
même jour ſous l'eſcorte de cent hommes du Régiment
de Thungen , & le 21. on les fit embarquer ,
pour
JUIN. 1743 1211 .
pour les conduire en Hongrie. On a auffi amené à
Vienne les Officiers & les Soldats François qui ont
été faits prifonniers dans le pofte de Falkirken .
On a appris de Baviere , que les Impériaux ont
abandonné les poftes de Burghaufen , de Marcktel ,
d'Alt- Oëting , de New- Oëting , de Mihldorf & de
Wafferbourg , & que le Baron de Stentz , à la tête
d'un Corps confidérable de troupes de la Reine de
Hongrie , marchoit du côté de Munich .
Le 18. le Comte Luchefi a apporté les Drapeaux
& les Etendarts enlevés aux Impériaux dans
le Combat d'Erblack.
La Keine reçût le 21. de Baviere un courier ,
dont les dépêches marquoient que le 17. un Corps
de troupes Autrichiennes , commandé par le Comte
de Thaun , s'étoit rendu maître de Dingelfing &
le lendemain cette Princeffe apprit par un autre
courier , que les troupes Françoifes , qui étoient
dans Landaw fur l'Ifer , avoient abandonné ce pofte.
On mande de Worms , que plus de 40000 hommes
de l'armée Françoife , commandée par le Maréchal
de Noailles avoient palé le Rhin ; que
20000. s'étoient poftés le long du Neckre , & que
deux détachemens des mêmes troupes étoient entré
dans les Villes de Wimpfen & de Sin zeim.
Selon les mêmes avis , le Marquis de Segur ,
Lieutenant- General , s'eft mis en marche le 4. de
ce mois , pour le rendre dans le Haut- Palatinat
avec un Corps de troupes , détaché de ce les qui
font campées près d'Heidelberg fous les ordres du
Prince de Dombes.
Les nouvelles de Ratisbonne confirment que le
30. du mois dernier , le Comte de Saxe étoit arrivé
à Stat- Am Hoff avec une partie du Corps de
troupes qu'il commande ; que le refte de ce Corps
y étoit attendu le lendemain , & que le Comte de
Hij Saxe
212 MERCURE DE FRANCE
Saxe devoit continuer inceffamment la route , pour
aller joindre le Maréchal de Broglie.
On mande de Landshut , du 27. du mois dernier ,
que le Comte de Seckendorf , qui y étoit campé
avec l'armée Impériale qu'il commande , ayant été
averti que 400. Huflards des troupes de la Reine de
Hongrie étoient venus prendre pofte à Neumarckt ,
Bourg fitué à fix lieues de cette Ville , il détacha
le 25. 100. hommes d'Infanterie & 400. tant Dragons
que Huffards , pour les en chaffer.
Le 26. au matin , ce détachement attaqua les
ennemis , qui fur la nouvelle de fon approche s'étoient
mis en bataille , & avoient fait venir des
renforts de quelques- uns de leurs poftes les plus
voifins , & il combattit avec tant de valeur qu'ils
furent d'abord mis en défordre , mais les Autrichiens
s'étant ralliés , ils reprirent peu à peu l'avantage fur
les Bavarois , qui furent enfin obligés de fe retirer ,
& qui ont perdu en cette occafion 60. hommes. Le
Comte Ferrari , qui commandoit ces derniers , a été
fait prifonnier.
Les Déferteurs de l'armée ennemie confirment
que le Géneral Hohenems continue le blocus de
la Ville de Braunaw avec un Corps de 7000. hommes
, & que 1000. Waradins étoient postés fur la
rive gauche de l'Inn , à une lieuë de la Place .
On a été informé par les mêmes Déſerteurs
que le Prince de Saxe Hildburgshaufen , qui com
mande dans Braunaw , avoit fait une fortie , &
qu'ayant furpris un quartier des ennemis , il avoi
fait plufieurs prifonniers.
On mande de Ratisbonne du 12. de ce mois
que le Comte de Saxe ayant pris le parti de fe reti
rer de Stat-Am - Hoff , dès qu'il eut reconnu qu'il
ne pouvoit plus s'y foutenir contre le nombre de
troupes qui marchoit pour l'attaquer , il repafla d
l'autre
JUIN.
1743 1213
Pautre côté du Danube avec les troupes qu'il avoit
fous les ordres , & avec fon artillerie & fes munitions.
Le même jour , le Prince de Lobckowitz fit occu
per ce pofte par les troupes de la Reine de Hongrie
, & après avoir fait faire à ces troupes plufieurs
mouvemens differens , pour ne pas donner lieu de
connoî re l'endroit dans lequel il propofoit de pafler
le Danube , il le paffa le 5. vis à- vis de Polching .
Sur la nouvelle de cette marche des Autrichiens ,
le Maréchal de Broglie raffembla fous cette Ville
toutes les troupes Françoifes qu'il commande . Elles
en partirent le 9. pour aller à Saln ; elles camperent
le lendemain à Neuſtatt , & elles arriverent le
11.fous Ingolstadt , où elles fe joignirent aux troupes
de l'Empereur , que le Comte de Seckendorf y
amena auffitôt qu'il fut informé que le Prince
Charles de Lorraine avoit paflé l'lſer avec ſon
armée.
2
On a appris de Donawert , qu'on y attendoit la
14. le Corps de troupes que le Maréchal de Noail
les a détaché de l'armée qu'il commande , pour le
faire paffer en Baviere fous les ordres du Marquis de
Segur , Lieutenant - General.
Suivant les dernieres lettres de Munich , l'Em,
pereur en eft parti , pour ſe rendre à Ausbourg.
O
ESPAGNE.
N mande de Madrid du 14. du mois dernier
que l'Intendant de Marine de Bilbao a fait
fçavoir au Roi , que le 3. le Vaiffeau Anglois le
Guillaume & Marie , chargé de fel & de 1200 .
piéces d'étoffes de differentes eſpèces , y avoit été
conduit par Don Auguftin de Samanos qui commande
une Barque armée en courſe.
Hiij
>
L'Inten
1214 MERCURE DE FRANCE
L'Intendant de Guipufcoa a mandé à S. M. que
les Armateurs de Saint Sebaftien s'étoient emparés
des Vailleaux l'Heureufe Marie , le Goldenflecht ,
la Perdrix de Londres , les deux Freres , le Malchon ,
le Prince d'Orange , l'Elizabeth , la Marie , les trois
Freres , l'Amitié , le Neptune , la Sainte Cecile , éga
la Virginie.
Le Vaifleau le Galley , a été pris par les Eſpagnols.
Ils fe font auffi emparés du Vaiffeau l'Anne &
Marie, commandé par le Capitaine Reed , d'une
Felouque qui alloit à Philadelphie , & de quelques
autres Bâtimens & ils les ont conduits à Saint
Sebaſtien.
>
Le Roi a été informé par des lettres de l'Intendant
de Marine de Cadix , que le 21 le 25. le 26. & le
30. du mois d'Avril dernier , les Armateurs Barthelemi
Noguerra , Sebaftien Carvallo , Barthelemi
Cortes & Jofeph Benzal , avoient pris dans le Détroit
de Gibraltar , & conduit au Port d'Algeciras
les Vaiffeaux Anglois l'Anne Betis , le Brogdon , le
Friton , & la Catherine de Waterford .
Le fecond de ces Armateurs , aidé de l'Armateur
Michel Gilabert , s'eft emparé d'un autre Bâtiment
Anglois , & le Pacquetbot le Harry de Bristol , de la
même Nation , commandé par le Capitaine Jofué
Naylor , a été enlevé par l'Armateur Sebaftien de .
Morales , à la hauteur de Malaga.
L'Intendant de Marine de Cadix a mandé au
Roi , que le 13 du mois dernier l'Armateur. Don
Barthelemi Romero y avoit conduit la Frégate Angloife
le S. Jofeph , chargée de bled , dont il s'étoit
emparé à l'embouchure de la Riviere de Tanger .
Les lettres de l'Intendant de Marine de Malaga
marquent qu'un Vaiffeau de la même Nation ,
nommé la Tour de Londres , & qui étoit équipé en
guerre & en marchandiſe , avoit été pris le même
jour
JUIN.
1215 1743 .
jour ſur la Côte d'Afrique par l'Armateur Sebaſtien
de Morales , & que la charge de ce Bâtiment , dont
la principale partie confiftoit en foye , étoit eftimée
25000. Piaftres .
•
L'Armateur Sebaftien de Morales , quelques
jours après s'être rendu maître de ce Vaiffeau
avoit été attaqué par un Armateur de Minorque ,
qui avoit 140. hommes d'équipage , mais après
un combat de quatre heures il l'obligea de prendre
la fuite , & il arriva à Malaga avec la prife , malgré
le feu de l'artillerie de trois Frégates Angloifes
qu'il avoit rencontrées à la hauteur de ce
Port .
On a appris de S. Domingue , que l'Eſcadre Angloife
, qui a tenté une defcente fur la Côte des
Carracques , n'avoit point réuffi dans fon entreprife
; que plufieurs Vaiffeaux de cette Efcadre
avoient été tellement endommagés , qu'ils n'avoient
pâ retourner à la Jamaïque avec les autres Bâtimens
dont elle étoit compofée , & qu'ils avoient
rélâché à Caraçao , où ils n'étoient arrivés qu'avec
beaucoup de difficulté .
Les Efpagnols fe font rendus maîtres des Vaif
feaux Anglois la Beauté , le Triton , l'Anne & Bets
ty , le Nelly & la Catherine.
O
GENES ET ISLE DE CORSE.
Na appris de Genes du 15. du mois dernier ,
que quoique la Ducheffe de Modène ait réfo
lu de garder l'incognito pendant le féjour qu'elle fera
en cette Ville , on y fait de grands préparatifs pour
La réception .
Les lettres reçûës de l'Ile de Corſe , ne contien
nent aucune nouvelle digne d'attention , & elles
marquent feulement que les Rebelles , qui font
Hiiij
actuelle
1216 MERCURE DE FRANCE
actuellement maîtres de la plus grande partie du
plat Pays , paroiffent déterminés à ne rien entreprendre
, jufqu'à ce qu'ils fçachent , s'ils peuvent
efperer que la République leur accorde leurs prin.
cipales demandes.
Les Rebelles perfiftent dans la réſolution de ne
rien entreprendre jufqu'à l'arrivée de M. Giufti.
niani , & leurs Chefs voulant traiter directement
avec ce Commiffaire Géneral , prennent des méfures
, pour empêcher que quelque Emiffaire fecret
de la République ne s'introduife dans les Piéves de
leur parti.
L'opinion génerale eft qu'ils ont deffein de ne fe
foumettre que conditionnellement , & qu'ils nefs'engageront
à demeurer dans l'obéiffance , qu'autant
que le Gouvernement leur tiendra les promeffes
qu'ils en auront exigées .
On mande de Rimini , que le Duc de Modène y
eft arrivé le 9. du mois dernier , & qu'il a pris le
commandement des troupes Eſpagnoles , qui étoient
fous les ordres du Comte de Gages ; que la Régence
de Tofcane a envoyé M. Rinuccini à Perouze
, pour y complimenter la Ducheffe de Modène
, qui partit le 6. de Rimini , pour aller à
Lorette.
La Ducheffe de Modène arriva à Genes le 22 .
du mois dernier , & quelques heures après il s'éleva
un vent extrémement violent , qui auroit pû l'expofer
à quelque danger , fi elle eut été plus longtems
en Mer . Cette Princeffe garde à Genes l'incognito
, & elle n'a pas même voulu recevoir le falut
de la Galére qui l'a conduite en cette Ville .
On mande de Lombardie que l'armée Efpagnole
qui a été renforcée de 2000. hommes , fournis
par le Duc de Modène , a quitté les environs
de Rimini , & qu'elle marche vers le Ferrarois..
Le
JUIN. 1743 1217
' a
Le Comte de Traun , après avoir envoyé à
Mantoue la plus grande partie des équipages des
troupes Autrichiennes , qui font fous fes ordres
paffé le Panaro , & ayant établi fon quarrier géneral
à Caftel Franco , il a fait avancer un détachement
de 1200. Croates à Caftel San- Giovanni dans
le Bolonois .
Les troupes Piémontoifes font reftées dans les
Duchés de Parme & de Plaifance , & elles ne font
aucunes difpofitions qui donnent lieu de croire qu'el
les fe préparent à aller joindre le Comte de Traun.
GRANDE - BRETAGNE.
ON mandede Londres du 30 du mois dernier
que les lettres de Nantes marquent qu'on y
avoit appris par un Vaiffeau arrivé de S. Domingue,
que le Chef d'Efcadre Knowles , qui avoit fait voile
de la Jamaïque avec douze Vaiffeaux de guerre ,
pour tenter une entrepriſe contre les Carraques
ayant fait une defcente fur la Côte , avoit été repoufflé
par les Efpagnols , & qu'il avoit été obligé
de fe rembarquer précipitamment , après avoir fait
une perte confidérable ; qu'il n'étoit retourné à la
Jamaïque qu'avec fept de fes Vaiffeaux , & que les
cinq autres avoient été tellement maltraités par le
canon des ennemis , qu'ils avoient relâché à
Caraçao , où ils avoient et beaucoup de peine à
arriver.
Le Vaiffeau de guerre le Levrier , commandé par
le Capitaine Carteret , ayant rencontré dans la
Manche un Armateur Efpagnol P'a obligé d'amener
& il s'en eft rendu maître. Cet Armateur croifoi,
depuis long- tems dans la Manche , & il avoit fait
plufieurs prifes dans les environs de Beachy & de
Ile de Wight. Une partie de fon équipage ayant
HY deferté
218 MERCURE DE FRANCE
deferté en differentes occafions , fon Bâtiment , qui
étoit de quatre canons & de huit pierriers , n'avoir
plus à bord que vingt hommes , lorfqu'il est tombé
entre les mains du Capitaine Carteret.
Le Vaiffeau le Rupert , & un autre Vaiffeau de
guerre ont enlevé feize Bâtimens , qu'ils ont rencontrés
en differens endroits fur les Côtes d'Efpagne
& de Portugal .
Le 12. de ce mois , M. de Buffy , chargé des affaires
du Roi de France auprès du Roi de la Grande
Bretagne , partit pour fe rendre à Paris.
HOLLANDE ET PAYS- BAS.
N mande de la Haye du 24. du mois dernier,
que le 17. les Etats Géneraux prirent la réfolution
d'accorder à la Reine de Hongrie le fecours
de 20000. hommes , qui leur a été demandé par
cette Princeffe .
Il arriva le 19. de Prague un courier extraordinaire
, par lequel le Baron de Befchach a reçû avis ,
que le 9 il y avoit eû à Erblach en Baviere , entre
6000. hommes des troupes Impériales & la plus
grande partie de l'armée de la Reine de Hongrie
une action très-vive , dans laquelle les Autrichiens
avoient remporté l'avantage.
La Relation que le Comte de Sintzheim a reçûë
de cette action par un courier qui lui a été dépêché
de Munich , differe de celle que le Baron de Ref
chach a communiquée aux Etats Géneraux , & elle
aflûre que la perte des Impériaux n'eft pas auffi
confidérable que le prétendent les Autrichiens.
On apprend de Bruxelles du 25. du mois dernier,
qué le Comte de Konigleg Erps , Gouverneur des
Pays- Ba par interim , fe rendit le 23. en grand corége
à l'Eglife Collégiale de S. Michel & de Sainte
Gudule,
>
JUIN 1743. 1219
Gudule , & qu'il y entendit la Grande Meffe , célebrée
pontificalement par l'Abbé du Bucq , Doyen
de cette Eglife , & le Te Deum , qui fut chanté à
plufieurs Choeurs de Mufique , au bruit d'une triple
falve d'artillerie des remparts de cette Ville , en action
de graces de l'avantage remporté par les troupes
de la Reine de Hongrie fur le Corps de troupes
Impériales , commandé par le Marquis Minutzi .
On mande de la Haye du 17. de ce mois , que
les Députés des Etats de Zelande ont donné leur
confentement pour la marche des 20000. hommes
que la Reine de Hongrie a demandé à la Républi
que des Provinces - Unies.
de ce
On a appris du Camp de Geraw du 12 .
mois , que l'armée commandée par le Comte de
Stairs , compofée des troupes Angloifes ; Hanoveriennes
& Autrichiennes , ayant marché par divifions
, & s'étant raffemblee fur les bords du Mein ,
elle s'y eft arrêtée jufqu'au 4. de ce mois , que le
Comte de Stairs fit paffer cette riviere aux troupes
Angloifes & celles de Hanover fur trois Ponts .
Les troupes de la Reine de Hongrie ne paſſerent
le Mein que le 9. & elles envoyerent le même jour
reconnoître le Grand Geraw & Trebur.
Le détachement des troupes Françoifes , deftiné à
paffer en Baviere, partit le 4. de Wimphen , pour fe
rendre à Donawert , & le même jour le Corps de
Troupes , qui étoit fur le Néckre fous les ordres du
Prince de Dombes , & dont ce détachement a été
tiré , fe mit en marche pour joindre l'armée:
Le Maréchal de Noailles , informé des difpofi-.
tions faites par le Comte de Stairs pour faire paffer
Je Mein à fon armée , commença le 4. à faire paffer
le Rhin aux troupes Françoifes à Rhindurckeim
qui eft à une lieue & demie au- deffus de Worms
& le feul endroit où l'on pouvoit établir un Pont.
H vj Le
?
>
220 MERCURE DE FRANCE
Le Maréchal de Noailles ayant fait fortifier la tête
de ce Pont , il y laiffa les Bataillons Suiffes qui
étoient dans l'armée ; il marcha par Northeim avec
les troupes qu'il commande , & le 6. il arriva à
Lorch , où la Maiſon du Roi , cinq Eſcadrons du
Régiment Royal des Carabiniers , les troupes qui
campoient fur le Haut Neckre , & l'artillerie , airiverent
le même jour.
Le 9. l'armée du Roi alla camper à Phungſtatt ;
elle y féjourna le 1o. & elle y fut jointe par dix
Bataillons & cinq Efcadrons , & par les troupes que
M. de Berchiny avoit fous fes ordres près d'Oppeinheim
.
Le 11. le Maréchal de Noailles alla camper à
Geraw , qu'il avoit reconnu la veille , & où il avoir
envoyé M. de Berchini , pour s'en emparer ; il apprit
, en y arrivant , que le Comte de Stairs , dont
l'armée étoit reftée la veille en bataille pendant tout
le jour , avoit fait jetter un quatriéme Pont fur le
Mein , & avoit fait repaffer cette riviere pendant la
nuit à toutes les troupes qu'il commande. Le Maréchal
de Noailles s'avança avec un détachement de
Cavalerie fur les bords du Mein , où il examina le
Camp que le Comte de Stairs avoit occupé la veille ,
& après avoir reconnu la pofition des Alliés du côté
de Hocfeht & d'Oeireffel , il retourna à Geraw , où il
eft à portée d'obſerver ies mouvemens du Comte de
Stairs, auquel il a renvoyé quelques Officiers, quelques
Soldats & des femmes, qui ont été trouvés
dans fon Camp.
WORTS
JUIN. 17431 1221
******************* 米米米
MORTS DES PAYS ETRANGERS.
F
Rançois-Antoine Fini , Néapolitain , Cardinal
Prêtre , depuis 1726. de la Création du Pape
Benoît XIII . mourut à Rome le 4. Avril , âgé de
74 ans , 10. mois & 29. jours.
Charles Frederic Duc de Saxe- Meinungen , mourut
le 18. âgé de 30. ans & 9. mois. Il étoit fils
d'Erneft- Louis , Duc de Saxe Meinungen , Chevalier
de l'Aigle Noire , Grand- Maître de l'Artillerie
de l'Empire & de l'Empereur , mort le 24. Novembre
1724. & de Dorothée- Marie de Saxe Gotha, fa
premiere femme , mariée le 19. Septembre 1704 .
& morte le 18. Avril 1713. Voyez pour l'état de
toutes les Branches de la Maiſon Electorale de Saxe ,
les Souverains du Monde , Vol .
2. fol. 27: & les
Tables Génealogiques d'Hubners.
Victor-Amé-Louis Ferrero de Fiefque , Prince de
Mafferan , Chevalier de la Toifon d'or , & de celuide
S. Janvier , Grand d'Efpagne de la premiére
Claffe , Gentilhomme de la Chambre du Roi , Capitaine
Géneral des Armées de S. M. Capitaine de
la Compagnie Italienne des Gardes du Corps , cidevant
Commandant de la Compagnie Royale des
Hallebardiers de la Garde du Roi , & Colonel de
Régiment de Cavalerie de la Reine , mourut à Madrid
le 20. âgé de 55. ans . Il étoit fils de Charles
Ferrero de Fiefque , Prince de Mafferan , Chevalier
de l'Annonciade , fait Grand d'Espagne de la
premiére Clafſe en 1712. mort en 1720, & de Chrif
tine de Savoye , fille naturelle du Duc Charles
Emanuel II. Le Prince de Mafferan qui vient de
mourir , avoit épousé en 1712. Jeanne - Irene Ca →
raccioli de San-Bueno , morte en 1721. & il en a
taillé
1222 MERCURE DE FRANCE
laiffé , entre autres enfans , Victor-Amé- Philippe
Ferrero de Fiefque , Prince de Mafleran , Marquis
de Crevecoeur , Grand d'Espagne de la premiére
Claffe , marié depuis le 29. Octobre 1737. avec
N..... de Rohan Montbazon . Voyez pour la Gé.
néalogie de la Maifon de Ferrero , l'Hiftoire des
Maifons Souveraines , Volume d'Italie , fol . 174.
FRANCE ,
NOUVELLES DE LA COUR , DE PARIS , &C.
E 14. du mois dernier , les Députés des Etats de
préfentés par le Duc de S. Aignan , Gouverneur de
la Province , & par le Comte de S. Florentin , Sécretaire
d'Etat , & conduits en la manière accoûtumée
par le Marquis de Dreux , Grand- Maître des Cérémonies.
La Députation étoit compofée , pour le
Clergé , de l'Evêque de Châlon fur Saone , qui
porta la parole ; du Comte de la Guiche , pour la
Nobleffe , & du Maire de la Ville de Châlon , Dé‹
puté du Tiers - Etat. Ces Députés eurent enfuite
audience de la Reine , de Monfeigneur le Dauphin
& de Mefdames de France.
Le Pere de Lignieres , de la Compagnie de Jefus,
Confeffeur du Roi , ayant demandé, à cauſe de ſon
grand âge , la permiffion de fe retirer , le Pere Peuffeu
, de la même Compagnie , a été nommé
pour le remplacer.
Le Roi a nommé Intendant de la Géneralité de
Tours 2
JUIN.
1223 1743
•
Tours , M. de Lucé , Maître des Requêtes .
Le 1. de ce mois , veille de la Fête de la Pente→
côte , la Reine accompagnée de Monfeigneur le
Dauphin & de Madame , entendit dans la Chapelle
du Château de Versailles les Vêpres , qui furent
chantées par la Mufique.
Le 2. jour de la Fête , les Chevaliers , Comman
deurs & Officiers de l'Ordre du S. Efprit , s'étant
affemblés dans le Cabinet du Roi vers les onze heures
du matin , S. M. tint un Chapitre , dans lequel
les preuves du Duc de Briffac , du Duc de Luxembourg
, du Duc de Boufflers , du Duc de Biron , du
Comte de la Mothe-Houdancourt , du Marquis de
Gaffion , du Comte de Lautrec , & du Comte de
Coigny , propofés le 2. Fevrier dernier pour être
Chevaliers , furent admifes. Le Chapitre étant fini ,
le Marquis de Gaffion fut introduit dans le Cabinet
de S. M. & il fut reçû Chevalier de l'Ordre de S.
Michel . Le Roi fortit enfuite de fon Cabinet , pour
fe rendre à la Chapelle . S. M. étoit précedée de
Monfeigneur le Dauphin , du Duc d'Orleans ,
du Comte de Charolois , & des Chevaliers , Commandeurs
& Officiers de l'Ordre , & le Marquis de
Gaffion , en habit de Novice , marchoit entre les
Chevaliers & les Officiers . Lorfque le Roi eut entendu
la grande Meffe , qui fut célébrée par l'Abbé
Broffeau , Chapelain Ordinaire de la Chapelle de
Mufique , S. M. monta à fon Trône , où le Marquis
de Gaffion fut reçû Chevalier avec les cérémonies
accoûtumées , ayant pour Parains le Marquis
de Goësbriant & le Comte de Matignon . La Reine
& Mefdames entendirent la grande Meffe dans la
Tribune.
L'après midi , leurs Majeftés , accompagnées de
Monfeigneur le Dauphin & de Mefdames , entendirene
1224 MERCURE DE FRANCE:
dirent le Sermon de Dom Hermant , Feuillant , &
enfuite les Vêpres , qui furent chantées la
par
Mufique.
Après les Vêpres , Madame Adélaïde réçût le
Sacrement de Confirmation par les mains du Cardinal
de Rohan , Grand Aumônier de France.
Le 6. Monfeigneur le Dauphin , accompagné du
Duc de Châtillon , fon Gouverneur , & de fes principaux
Officiers , vint à Paris , pour entendre la
Meffe dans l'Eglife Métropolitaine. Il fut falué à
fon arrivée , & en partant , par le canon du Châ
teau de la Baſtille , par celui de l'Hôtel Royal des
Invalides & par celui de la Ville . Ce Prince trouva
à l'entrée du Quai , qui regne le long du Jardin du
Palais des Tuilleries , le Corps de Ville qui lui rendit
fes refpects , étant préfenté par le Duc de Gefvres,
Gouverneur de Paris , & M. de Vaſtan , Prévôt
des Marchands , portant la parole. Monfeigneur le
Dauphin arriva vers les onze heures à la porte de
l'Eglife Métropolitaine , où les Gardes Françoifes
& Suiffes étoient en haye & fous les armes , les
Officiers à leur tête. L'Archevêque de Paris , revêtu
de fes habits pontificaux & à la tête des Chanoines ,
reçût ce Prince à la porte de l'Eglife ; il le complimenta
, & il le conduifit enfuite dans le Choeur.
Après que Monfeigneur le Dauphin y eut fait fa
priere , il alla à la Chapelle de la Vierge , & il y
entendit la Meffe qui fut dite par un Chapelain du
Roi. Monfeigneur le Dauphin , en fortant de l'Eglife
, fut reconduit avec les cérémonies qui avoient
été obfervées à fon arrivée , & après être monté
fur une des Tours de l'Eglife , il alla dîner au Château
de la Muette , d'où il revint l'après midi fe
promener dans le Cours de la Reine & dans le Jardin
du Palais des Tuilleries . Les ruës , par lefquelits
JUIN. 1743. 1225
les Monfeigneur le Dauphin a paffé , étoient remplies
d'un concours extraordinaire du peuple , dont
les acclamations continuelles marquoient fes fentimens
pour ce Prince , & la joye que fa préſence lui
caufoit.
Le 8. Madame Adelaide de France , accompagnée
de la Ducheffe de Tallard , Gouvernante des
Enfans de France , fe rendit à l'Eglite de la Paroiffe du
Château de Versailles , & elle fit fa premiere Communion
par les mains de l'Evêque de Soiffons , premier
Aumônier de S. M.
>
Adgy Aly Aga & Mehemet Aga , Députés du
Bey de Tunis , & qui ont été envoyés en France à
P'occafion du dernier Traité de Paix figné au nom
du Roi avec le Bey par M de Maffiac , Capitaine
de Vailleau furent préfentés à S. M.
par le Comte de Maurepas , Miniftre & Sécrétaire
d'Etat , ayant le Département de la Marine
Ces Députés eurent l'honneur de remettre au Roi
une lettre du Bey , par laquelle il remercie S. M.
de la Paix qu'elle a bien voulu accorder à la Répu
blique de Tunis , & fupplie le Roi d'accepter huit
chevaux qu'il a chargé ces Députés de lui préfenter.
On a reçu avis de Naples , que la Reine des
deux Siciles étoit accouchée heureufement d'une
Princeffe .
le Le 13. de ce mois , Fête du S. Sacrement ,
Roi & la Reine , accompagnés de Monfeigneur le
Dauphin fe rendirent à l'Eglife de la Paroiffe du
Château de Versailles , où leurs Majeftés entendirent
7226 MERCURE DE FRANCE
!
rent la grande Meffe , après avoir affifté à la Proceffion
, laquelle fuivant la coûtume allà à la Chapeile
du Château. Mefdames de France virent paffer
la Proceffion de l'appartement du Comte de
Clermont .
Le même jour , le Roi & la Reine , accompagnés
de Monfeigneur le Dauphin & de Mefdames
de France , entendirent dans la Chapelle du Château
de Versailles les Vêpres , & le foir leurs Majeftés
affifterent au Salut .
Le 20. jour de l'Octave , le Roi & la Reine ,
accompagnés de Monfeigneur le Dauphin , fe rendirent
à l'Eglife de la Paroifle du Château , &
leurs Majeftés , après avoir affifté à la Proceffion ,
entendirent la Grande Meffe.
Le 16. la Reine communia par les mains de
l'Abbé de Fleury , fon premier Aumônier.
Le Roi prit le deuil le 26. au matin pour
de la Ducheffe Douairiere de Bourbon.
la mort
Le Chapitre Géneral de l'Ordre des Feuillans ;
affemblé dans l'Abbaye de Saint Mefmin près de la
Ville d'Orleans , à élû le 10. du mois dernier , pour
Géneral de cet Ordre , Dom Claude Boyer , lequel
eft frere de l'ancien Evêque de Mirepoix.
BENEFICES DONNE'S.
L'Abbaye de Chazeaux , Ordre de S. Benoît ,
Diocèfe de Lyon , vacante par le décès de la Dame
de Beaumont , à la Dame Marie-Anne de S. Auguftin
de Batheon de Veftrieu .
L'Abbaye de Nôtre- Dame des Ifles à Auxerre ,
Ordre de Citeaux , vacante par le décès de la Dame
JUIN. 1743: 1227
le Duc , à la Dame Viart de Pimelle , Religieufe
Urfuline du Convent de Tonnerre .
Le Prieuré Commandataire Conventuel & Electif
de Saulfeure , Ordre de S. Auguftin , Diocèſe
de Rouen , vacant par le décès de M. de Bonnedame
, à M. de Mange.
Le Prieuré de la Magdelaine de Velly , Diocèse
de Rouen , dépendant de l'Abbaye de Marmoutiers
, unie à l'Archevêché de Tours , vacant par la
démiffion pure & fimple de M. de Meuze , à M. de
Meneffaire de Fuffey , Prêtre du Diocèse d'Autun .
L'Abbaye de Nogent fous Coucy , Ordre de S.
Benoît , Diocèfe de Laon , vacante par le décès de
M. de S. Giry de Magnas , à M. de Montazet , Aumônier
du Roi.
Celle de S. Quentin , en l'Ifle , Ordre de S. Benoît
, Diocèle de Noyon , vacante par le décès de
M. Bignon , à M. de Boulainvilliers Prêtre , Chancelier
de l'Eglife Cathédrale de Verdun .
Celle de Thiron , Ordre de S. Benoît , Diocèfe
de Chartres , vacante par le décès de M. Caftel de
S. Pierre , à M. de Malherbe , Vicaire Géneral de
Rouen .
Celle de Greftain , Ordre de S. Benoît , Diocèfe
de Lizieux , vacante par la démiffion de M. de Malherbe
, à M. de Renty.
Celle de S. Sauveur le Vicomte , Ordre de S.
Benoît , Diocèle de Coutance , vacante par la démiffion
de M. de Rohan -Chabot , à M. du Ques➡
noy , Vicaire Général de Coutance .
Celle de Thorigny , Ordre de Citaux , Diocèle
de Bayeux , vacante par la démiffion de M. du
Quefnoy , à M. de Suzy , Prêtre , Chanoine de
Láon .
Celle de Lannoy , Ordre de Cîtaux , Diocèle de
Beauvais
Y228 MERCURE DE FRANCE
Beauvais , vacante par le décès de M. Bernay de
Farancourt , à M. de la Ruë de Lannoy , Vicaire
Géneral de Laon .
Celle de Belleval , Ordre de Premontré Réformé ,
Diocèfe de Rheims , vacante par le décès de M.
Thouvenin , à M. Hillerin , Vifiteur General des
Carmélites.
Celle de Mafgarnier , Ordre de S. Benoît , Diocèfe
de Toulouſe , vacante par le décès de M. de
Sorbe , à M. de Caftellane -Majaẞtre , Chanoine de
Riez.
Le Prieuré de Sainte Marie de Fontaine Gehard ,
Diocèſe du Mans , dépendant de l'Abbaye de Marmoutiers
, unie à l'Archevêché de Tours , vacant
par le décès de M. de S. Pé , à M. de Maizieres ,
Prêtre du Diocèle de Bezançon .
La Prévôté de l'Eglife Collégiale de S. Amé de
Douay , à M. l'Abbé Taifne.
Le Roi a donné le Gouvernement de S. Venant
en Artois , vacant par la mort de feu M. de la Billarderie
, fon fils aîné , Exempt des Gardes du
Corps.
S. M. a donné l'agrément du Régiment d'Infanterie
dont le feu Comte de Marfan Lorraine
étoit Colonel , au Marquis de Bouzols , de la Maifon
de Montaigu , Colonel de celui de la Fere ,
depuis 1734.
Celui du Régiment , dont le Marquis d'Ouroy ,
( du nom de Grivel , ) étoit Colonel , & vacant
par fa démiffion , au Comte de Stainville , de la
Maifon de Choiseul.
Celui du Régiment de la Fere au Marquis de Fenelon
, ( de la Maifon de Salignac , ) Guidon de la
Compagnie des Gendarmes de Berry.
Celui
JUIN. 1743. 1229
Celui du Régiment d'Aunis , dont le Chevalier
de Brancas étoit Colonel , & vacant par fa démiffion,
au Comte de Chaftelux , fils du Comte de Chaf-
Lelux , Lieutenant - Géneral des Armées du Roi ,
dont nous avons anuoncé la mort au mois de Juin
1742.
Celui du Régiment de Dragons d'Harcourt , vacant
par la Promotion du Comte de Harcourt , au
Grade de Maréchal de Camp , au Comte de Lillebonne
Harcourt- Beuvron , fon neveu .
Le Marquis , de Maulevrier ( Colbert ) Capitaine
dans le Régiment de Piedmont , a été nommé
Guidon de la Compagnie des Gendarmes de
Berry.
Le Roi a nommé Maréchaux de Camp le Comte
d'Harcourt , Meftre de Camp d'un Régiment de
Dragons de 1728. & Brigadier du 1. Janvier 1740 .
Il eft frere puîné du Duc d'Harcourt , Lieutenant-
Géneral des Armées du Roi , & Capitaine des Gardes
du Corps .
Le Duc d'Aumont , Meftre de Camp d'un Régiment
de Cavalerie de 1728. & Brigadier du 1. Jan.
vier 1740.
Le Duc d'Ayen , Meftre de Camp du Régiment
de Noailles Cavalerie de 1730. & Brigadier du 1 .
Janvier 1740. fils aîné de M. le Maréchal Duc de
Noailles.
Le Prince de Soubife , Capitaine Lieutenant des
Gendarmes de la Garde du Roi , du II. Novembre
1734. & Brigadier du 15. Mars 1740. Il est petit
fils du Prince de Rohan.
Le Duc de Picquigny , Capitaine- Lieutenant des
Chevau -Legers de la Garde du Roi , du 19. Fevrier
1735. & Brigadier du 1. Janvier 1740. Il eft fils aîné
du Maréchal Duc de Chaulnes.
Le Prince Frederic ( de Baviere ) Palatin des deux
Ponts ;
1230 MERCURE DE FRANCE
Ponts ; Colonel du Régiment d'Alface Allemand
du 10. Décembre 1734.
EXTRAIT du Sermon de la Cêne , prêché
devant le Roi , par le R. P. Daru ,
General des grands Cordeliers .
L
'Humilité eft le fujet confacré à cette cérémonie
; l'Orateur l'a traité d'une maniere folide ,
& nouvelle ; il a fait voir la gloire , & le bonheur
de l'humilité , après avoir prouvé dans fon exorde
que c'eft par fes humiliations , comme dit S. Paul ,
que Jefus- Chrift a montré toute la gloire & la
grandeur de Dieu ; il s'adreffa au Roi en ces termes.
Telle eft , Sire , avec la plus parfaite conformité
dont l'homme peut - être capable , la gloire
folide qu'acquiert aujourd'hui Votre Majeſté , gloire
perfonelle , qui n'eft que l'ouvrage de la Réligion
; gloire indépendante , puifque le Trône qui
en produit le plus dans le monde , ne vous fert , par
le facrifice que vous en faites , qu'à enrichir , & à
décorer celle de l'humilité , gloire durable ; le Seigneur
mettra encore une fois à fec, la Mer, & leJourdain
; comme dit le Prophete , les fleuves que bordent
des Armées nombreuſes, feront défféchés , & les
goûtes d'eau que V. M. répand fur les pieds des Pauvres
, conferveront leur vertu devant le Seigneur ;
le Prédicateur paſſe enſuite à ſa divifion , en ces termes
& tandis que le monde aveugle leur dit, ( parlant
des Grands de la Terre , ) que la baffefle & l'infortune
accompagnent l'humilité , la Réligion leur
apprendra elle même que la grandeur qu'ils défirent
n'eft que dans l'humilité ; que la félicité qu'ils demandent
ne fe trouve que dans l'humilité ; deux
#éflexions dont l'imitation de l'exemple de Jefus-
Chrift ,
JUIN. 17433 123D
Chrift, fera la preuve ; vous y verrez l'homme vérita
blement grand,, vous y verrez l'homme véritablement
heureux ; fut- il jamais de fujet plus intéreffant pour
des hommes qui n'afpirent qu'à la gloire , & au bonheur
; il commença ainfi le premier point.
;;
L'exemple que donne aujourd'hui le plus grand
des Rois , n'eft pas un de ces fpectacles curieux
que le monde profane admire , & dont il connoiffe
ou puiffe prifer la valeur , il dépend tour entier de la
Religion qui l'infpire , qui feule peut former la véritable
grandeur , & à qui j'ai recours pour appren
dre en quoi elle confifte , comme elle n'eft jamais
ftérile dans les vérités qu'elle annonce , en même
tems qu'elle nous dit que l'humilité , dont nous
fommes les témoins , eft le principe de la véritable
grandeur, elle nous en fournit les preuves les plus
marquées & les plus inconteftables dans l'origine
de l'humilité , dans fes fectateurs , dans fes actions
fon origine eft divine , les Sectateurs font les plus
grands Hommes de l'Univers , fes actions font les
victoires les plus glorieufes ; il ne faut , dit-il , ni
de grands raifonnemens , ni de profondes réflexions
pour comprendre ici toute l'élevation de l'homme ;
la pofture de Jefus Chrift fans parole & fans
voix , annonce plus de grandeur dans l'homme ,
que le Paradis Terreftre n'en avoit jamais montré.
Quel eft celui d'entre les Chrétiens , ajouta- t'il ,
qui ne foit pas en état de répondre fur la qualité ,
& la grandeur de fes femblables ? Il fe rappella l'origine
de l'homme par la diftinction avec laquelle il
eft traité , & il comprend toute la dignité , qu'il a
perdu , par le profond abaiffement où le fils de Dieu
fe réduit pour la lui rendre. Il termine ainfi fa premiere
réflexion ; ne foyez donc pas furpris que j'établiſſe
la véritable grandeur fur l'humilité ; fi le
monde réflechit qu'il eft Chrétien, il ne refufera pas
"
lul
1232 MERCURE DE FRANCE
lui même fon fuffrage , & il ne pourra s'empêcher
de reconnoître dans les Sectateurs de l'exemple de
Jefus-Chrift , le caractére diftingué des plus grands
Hommes , dès qu'ils fe préfenteront à lui avec de fi
bons titres de nobleffe , & de grandeur ; c'est par
l'humilité que Jean - Baptifte mérita d'élever la
main fur la tête même de Jeſus- Chrift , & d'être
appellé le plus grands des enfans des Hommes ; toutes
les preuves de la grandeur ne font elles pas achevées
, & qui oferoit contefter ce titre glorieux à
celui qui a paru grand aux yeux même de Jeſus-
Chrift ?
Dans tous les tems , & dans tous les états , Phumilité
a fourni les plus grands Hommes , qui ont
ceffé de l'être , dès qu'ils l'ont abandonnées , & paffant
des exemples de David & de Théodofe à celui
de S. Louis , il rapporta des traits bien ménagés ,
& bien conduits , dont il laifla l'application à fes
auditeurs , & les ramenant tous à fon fujet ,
monde , dit- il , qui regarde la grandeur , & l'humilité,
comme incompatibles , a befoin qu'on les montre
réunies dans fes Maîtres , pour détruire plus
fûrement les préventions , & fes erreurs.
le
Dans la troifiéme réflexion , il tira la grandeur
des victoires difficiles que remporte l'humilité . Dans
les autres Etats , dit - il , l'humilité à toujours
l'amour propre à combattre , mais chés les grands
elle trouve tous les ennemis raffemblés , la gloire ,
il eft vrai , peut bien les défendre de quelque foibleffe
, mais la gloire les défendra - t'elle de la gloire
même ? Et qu'est-ce que l'amour propre pourroit
leur refufer, quand il entendra tous les hommes qui
parleront comme lui ? Et venant enfuite à M. le
Cardinal de Fleury , il en forme en quatre mots le
caractére.
Un Miniftre , dit- il , aimé de fon maître , admiré
JUIN
1743 1233
miré de l'Europe , qu'elle ne vit jamais fans fa modeftie
, eft peut- être le plus plus grand tréfor qu'il
ait emporté avec lui dans le tombeau .
La fauffe grandeur peut bien détruire les vices
en faveur de la gloire , mais la véritable grandeur
confifte à facrifier la gloire elle même à l'humilité ;
il faut pour la conferver, que celui qui la poffede ne
connoille pas ce tréfor ; c'eft la feule exception que.
met l'humilité à la connoiſſance de foi - même ; elle
veut qu'il reffemble à Moïfe , qui feul ne s'appercevoit
pas de l'éclat de fon vifage , qui éblouiffoit
tous les Hébreux , autrement fut- il femblable à ce
Conquerant de l'Afie , dont l'Ecriture nous apprend
que la terre fe tut en fa préfence , il cefferoit d'être
grand , fi l'orgueil & les paflions ne fe taifoient pas
avec elle , le filence de l'amour propre vaut mieux
qu'un filence d'admiration de tout l'Univers.
L'Orateur commença ainfi fon fecond Point.
L'Homme humble ne vous a point encore parų
tout ce qu'il eft ; vous l'allez voir heureux par
rhumilité , comme vous ne l'avez vu grand que
par elle , & tandis que le monde n'a point de fituation
où il puifle le préſenter tel à vos yeux , l'humilité
vous le montrera heureux fous trois differens
rapports , qui renferment tout l'homme dans la
Religion , dans lui - même , dans la focieté : l'humilité
du côté de la Religion a enrichi l'homme du
plus précieux de tous les biens ; l'humilité par rapport
a l'homme , en luj même, lui a fait part des plus
Tolides vertus , l'humilité par rapport à la focieté, procure
à l'homme la paix , & le bonheur , & pour nous
attacher plus particulierement à l'objet de la cérémonie
préfente , qui porte le nom de la Cêne ; je
dis que le mytére que Jefus-Chrift y opera , qui
fut préparé par l'humilité & qu'elle maintient
dans fon entier depuis tant de fiècles , eft le plus
I. Vol. I grand
>
1234 MERCURE DE FRANCE
grand tréfor qu'un Dieu humilié pouvoit apporter
aux hommes , & après avoir montré que dans tous
les états où l'homme s'eft trouvé , Dieu ne lui a
jamais rappellé la nobleffe de fon origine , qu'il ne
lui ait fait fentir la mifere , il termina ainfi fa premiere
réflexion. Dans l'inftitution de l'Euchariftic
le Seigneur n'obferve plus cette conduite ; on diroit
qu'il ne craint plus rien de l'orgueil de l'homme ; il
s'abaiffe à fes pieds lui-même , & il l'éleve tout entier.
Il lui ordonne , il eft vrai , dede manger d'un
pain , fans lequel il ne fçauroit vivre ; mais prenez
garde , Mrs. ce befoin n'eft plus une mifere , c'eſt
de la chair d'un Dieu dont il doit le nourrir ; heureufe
neceflité de ne pouvoir vivre fans manger ,
quand c'eft la chair d'un Dieu qui doit nous conferver
la vie ! heureux état , preferable à l'immor
talité même , ou un femblable remede nous préferve
de la mort ?
Dans la feconde réflexion , il montra qué fans
l'humilité les autres vertus font faufles & trompeufes
que le Chriftianifme feul pouvoit la connoître
, que dans le Paganime la plupart des vertus
n'en avoient que l'apparence ; que ce n'étoit fouvent
que la laffitude de l'ambition , ou de la cupidité fatisfaite
, & qu'on n'alloit prefque jamais à la vertu
que par le chemin du vice .
Dans la troifiéme réflexion, qui repréfente l'homme
humble dans la focieté où il apporte la paix , il
fit des portraits bien vifs des ambitieux & des
orgueilleux qui la détruifent , & il termina unc
longue énumeration par ces traits contre les railleurs
; je pourrois joindre ici , dit- il , ces efprits
cauftiques & agréablement médifans , qui amufant
& facrifiant tour à tour les compagnies où il fe
trouvent , finiffent ordinairement par être géneralement
détestés ; ils deviennent dans la focieté dont
il:
JUIN. 1743. 1235
ils ufurpent l'Empire , femblables à ces Princes infidéles
, dont les principales richeffes confiftent en
efclaves , & qui , dès qu'ils n'ont plus d'étrangers à
livrer , facrifient leurs propres fujets ; ou aux enfans
de Jacob qui terminerent leur raillerie , & leur feftin
par vendre aux Ifmaëlites leur propre frere &
aprés avoir d'écrit les ravages que l'org &
l'ambition ont caufé dans la Réligion & dans l'Eglife
, & leur avoir oppofé tous les avantages que
l'humilité lui a procuré , il termina fon difcours par
une Priere pour le Roi , à peu près dans cest ermes.
Et vous , ô mon Dieu , qui affurâtes de fi grandes
récompenfes à ceux qui vous imiteroient , qui promîtes
de faire affeoir fur des Trônes d'humbles pécheurs
, qui n'avoient abandonné que des filets ,
que ne ferez vous pas pour un Prince qui defcend luimême
du Trône pour vous imiter ? Daignez écouter
, Seigneur , & nos prieres , & nos befoins ,
puifqu'on eft heureux par l'humilité , nous attendons
de l'exemple qu'il a fuivi , & fa confervation
& notre bonheur , afin qu'après un régne qui réponde
aux voeux de fes Sujets , ils puiffent le voir
un jour autant au- deffus d'eux dans le Ciel , qu'il eft
à préfent au-deffus d'eux fur la Terre.
&
>
Le 2. Juin , Fête de la Pentecôte , on chanta un
Concert Spirituel au Château des Tuilleries , un
Motet à grand choeur , Lauda Jerufalem , de la
compofition de M. Chéron , lequel fut fuivi de
deux Concerto , exécutés fur la Flute traverfiere &
le Violon , par les fieurs Blavet & de Mondonville ;
on donna enfuite deux petits Motets à voix feule
du feu fieur Mouret. Le Concert fut terminé par un
autre Motet à grand Choeur , Jubilate Deo , du fieur
de Mondonville.
Le 13. jour de la Fête de Dieu , le même Concert
I ij recom236
MERCURE DE FRANCE
<
>
recommença ; on y chanta un Motet à grand
Choeur , de feu M. de la Lande , Sacris folemniis ,
lequel fut fuivi de deux Concerto ; exécutés par les
mêmes perfonnes qu'on vient de nommer on
chanta enfuite un petit Moter , O Jefu , de la compofition
de M. Deftouches , Sur- Intendant de la
Mufique du Roi , dont l'exécution fit beaucoup de
plaifir . Le Concert fut terminé par le Moret, Venite
exultemus, du S. de Mondonville , dans lequel le fieur
Poirier,de la Mufique du Roi,chanta différens récits
ayant autant de goût que de préciſion .
Le 5. Juin , il y eut concert chés la Reine . M.
Deftouches , Sur- Intendant de la Mufique de la
Chambre de femeftre , fit chanter devant S. M. les
deux dernieres entrées du Ballet de l'Empire de l'Amour
, qui avoit été commencé à la fin du mois
dernier ; les principaux rolles furent remplis avec
fuccès par les Dlles de la Lande , Mathieu , d'Ai
gremont & Defchamps , & par le fieur Jelyot.
Le 8. la Reine entendit l'Entrée de l'Odorat ,
tirée du Ballet des Sens , du feu fieur Mouret ; les
Dlles de Romainville , de la Lande & Defchamps ,
firent les principaux rolles , & le fieur Poirier chanta
celui du Soleil.
Le 10. on concerta l'Entrée de l'Ouïe , du
même Ballet ; les mêmes fujets, & le fieur d'Angerville
, exécuterent les premiers rolles .
Le 22. on finit les Concerts de ce Ballet , par
l'acte dela Vie ; les rolles de l'Amour , de Zéphiſe &
dis , furent remplis par les mêmes , & celui
d'Aquilon , par le fieur du Bourg .
Le 26. on concerta devant la Reine , le Prologue
& le premier acte de l'Opera de Marthefie , de
la compofition de M. Deftouches ; la Dlle de la
Lande chanta les rolles de Cybelle , & de la Pretreffe
du Soleil , & la Dlle Mathieu , celui de
Taleftris Ic
JUI N. 1743 1237
Le Mardi 25. Juin , Monfeigneur le Dauphin
vint à Paris , pour voir l'Opera de Phaeton . Il y arriva
un peu ap ès cinq heures, & fe plaça dans la
Loge du Roi , fur un fauteüil ; le Duc de Châtil
lon, Gouverneur de Monfeigneur le Dauphin, étoit
à fa droite , un peu en arriere fur un pliant , le Duc
de Gêvres , premier Gentilhomme de la Chambre du
Roi , Gouverneur de Paris , étoit à fa gauche fur un
autre pliant. Derriere le fauteuil étoit le Comte de
Saumery , Chef de Brigade des Gardes du Corps ,
& fur le derriere étoient placés fur trois tabourets ,
le Comte de Montmorency , le Duc de Tallard &
le Comte de Muy , Sous- Gouverneur de Monfeigneur
le Dauphin.
La Loge étoit tapiffée de velours cramoifi , avec
franges & molets d'or , un tapis d'appui , & une
pente de - même.
On avoit retenu trois Loges du même côté , l'une
pour les Seigneurs de la fuite du Prince , pour le Chevalier
de Crequy, Sous - Gouverneur, & pour les deux
Gentilshommes de la Manche, La feconde pour les
Officiers de fervice , fçavoir , les Ecuyers , Premier
Valet de Chambre & Officiers des Gardes , & la
troifiéme , pour les Officiers du Régiment des Gar◄
des Françoifes.
L'Affemblée étoit des plus nombreuſes & des
plus brillantes , par la quantité de Seigneurs & Danes
de la premiere diftinction de la Cour & de la
Ville ; les habits n'étoient point du tout variés par
la richeffe ni la couleur des étoffes , la Cour étant
en deüil pour la mort de Madame la Ducheſſe ,
mais en revanche , le feu de toutes les pierreries done
les Dames étoient parées , placées fur un fond noir
& uniforme , faifoient un tel effet , que les yeux
pouvoient à peine en foutenir l'éclat .
Il n'y eut rien à defirer l'exécution de ce
Luperbe
pour
I iij
1238 MERCURE DE FRANCE
fuperbe Opera , dans lequel tous les Acteurs & Actri
ces,animés par la préfence de Monfeigneur le Dauphin,
fe furpafferent. Ce Prince en parut très - fatisfait .
Après le Spectacle , Monfeigneur le Dauphin
fe rendit au Jardin du Palais Royal , où il fe
promena pendant quelque tems , fuivi de la plus
grande partie des Spectateurs , qui avoient déjà eû
la fatisfaction de le voir à l'Сpera , & qui marquoient
encore un empreffement infini pour revoir
ce Prince le plus long - tems qu'ils pourroient.
La Loterie Royale , établie par Edit du mois de
Février 1743. fut tirée dans la grande Sale de l'Hôtel
de Ville de Paris , en préfence de Mrs les Prévôt
des Marchands & Echevins , les 27. 28. 29. 30. 31.
Mai , & le premier Juin . La Lifte génerale des Billets
gagnans , foit en argent comptant ou en rentes
viageres, a été rendue publique quelques jours après.
Le gros Lot en argent comptant, qui eft de icoooo .
liv . eft échu au Nº. 18940. fans Devile. Le gros Lot
en rente viagere de 4000. livres , eft échu au Nº.
$773. fans Devife .
MORTS ET MARIAGES.
L
E 2. Avril
1743. D. Marguerite Etiennette
d'Achey, Dame Comteſſe de Remiremont , mariée
le 30. Avril 1701. avec Etienne Damas , Chevalier
Seigneur Comte de Crux, en Nivernois , Capitaine
de Cavalerie dans le Régiment Dauphin
Etranger , & duquel elle étoit veuve depuis le 29.
Juin 1721. mourut au Château de Crux , âgée de
63. ans , laiflant de fon mariage 1°. Louis- Alexandre
JUI N. 1743. M
1239
dre Damas de Crux , dit le Comte de Damas , marié
depuis le 31. Août 1734 avec D. Marie- Louife
de Menou , foeur de Mefdames les Marquifes de
Jumilhac & de Lambert , & fille de François -Charles
de Menou , Marquis de Nanvignes-Menou , près
de Cofne , en Nivernois , Capitaine Lieutenant des
Chevau - Légers d'Anjou , & Brigadier des Armées
du Roi , mort le 13. Juin 1731. & de D. Marie-
Anne -Thérefe Cornuau de la Grandiere de Murcé,
2.Claude -Charles Damas , Marquis de Crux , marié
en 1735. avec Dlle Anne- Claude de Chaugy , fa
-fille Coufine germaine . 3. Marie - Michelle Damas ,
majeure , 4. Angélique - Henriette Damas , Dame
Chanoineffe & Coadjutrice de l'Abbaye Royale
de Beaume , au Comté de Bourgogne . La Maifon
Achey eft connue il y a plus de cinq cent ans au
Comté de Bourgogne , & eft une des plus illuftrées
par fes alliances avec les Maifons de Vienne ,
Baufremont , Gramont , de Poitiers , & c. & par les
premieres dignités de l'Eglife , & de l'Epée. Voyez
pour la Généalogie , l'Hiftoire du Comté de Bourgogne
, par M. Dunod , & pour celle de Damas
l'une des plus illuftres du Royame. Voyez l'Hiftoire
des Grands Officiers de la Couronne .
de
Le même jour , Jean -Baptifte Jofeph Willart
de Grecourt , Chanoine de l'Eglife de S. Martin de
Tours , y mourut , dans la cinquante- feptième année
de fon âge . C'étoit un homme , non- feulement recommandable
par fes Poëfies , qui pouvoient le
faire appeller l'Anacreon , l'Horace , le Catulle , le
Properce de nos jours , mais encore par fes liaifons
avec les Perfonnes les plus diftinguées par la naiffance
, & par les talens. Le 29. Mre Charles - Irenée Caftel de S. Pierre
'Abbé de l'Abbaye de Tiron , ci - devant premier
Aumônier de feue Madame, mourut à Paris , âgé de
I iiij
86.
1240 MERCURE DE FRANCE 21 , 6
86. ans ; il étoit fils puîné de Charles Caite !, Chevalier
Seigneur & Baron de S. Pierre , Bailly de
Côtentin , Gouverneur des Villes & Château de
Valognes , & de D. Magdeleine Gigault de Belfont
, tante de Bernardin Gigault , Marquis de Belfont
, Maréchal de France .
Le 1. Mai , Gafton Jean- Baptifte Charles de Lorraine
, Comte de Marfan , Colonel d'un Régiment
d'Infanterie de fon nom , & Brigadier des Armées
du Roi , du 20. Fevrier 1743. mourut à Strasbourg
âgé de 23. ans . Il étoit fils aîné de Charles- Louis de
Lorraine , Prince de Pons , Chevalier des Ordres
du Roi , Maréchal des Camps & Armées de S. M.
& de D. Elizabeth de Roquelaure . Il étoit marié
depuis le 15. Juin 1736. avec Dile Marie - Louiſe de
Rohan- Soubife ; il n'en laiffe point d'enfans.
Le 3. D. Anne- Agnès de Beauvau , femme d'Agéfilan
Gafton de Großfolles , Marquis de Flamarens
, Brigadier des Armées du Roi , Grand- Louvetier
de France, mourut à Paris , âgée de 44. ans,fans laiffer
d'enfans. Elle étoit fille de Gabriel - Henri de Beauvau ,
Marquis de Montgauger , Comte de Criffé , Capitaine.
des Gardes du Corps de Philippe de France,Duc d'Or.
léans , mort le 12. Juillet 1738. & de D. Marie-Magdeleine
de Brancas Villars , morte le 7. Mars 1733 .
Voyez la Généalogie de la Maifon de Beauvau ,l'une
des plus illuftres du Royaume , par fon ancienneté &
par fes alliances , dans l'Hiftoire qui en a été dounée
au Public l'an 1626 par Mrs de Sainte Marthe,
dans l'Hiftoire de Sablé par Menage , & dans les
differentes Editions du Dictionnaire de Morery , &
celle de la Maifon de Groffolles , dans le IX .Volume
de l'Hiftoire des Grands Officiers de la Couronne ,
dans le Supplément de Moreri , imprimé en 1735 .
& dans le Mercure de Décembre 1741. I. Vol .
Le 2. D. Marie - Génevieve- Claude Raguain ,
femme
JUIN. 1743. 1241
Dé-
Femme de Claude Gédeon Berbier du Metz , Comte
de Rofnay , Seigneur de Rance , de Crefpy , d'Eve
& de Montifault , Confeiller du Roi en fes Confeils
, Président en la Chambre des Comptes de
Paris , avec lequel elle avoit été mariée le 29 .
cembre 1705. mourut à Paris , âgée de 56. ans
ayant eu de fon mariage Claude Gedeon - Denis
Berbier du Metz , Comte de Rofnay , Confeiller
au Parlement de Paris , depuis le 7. Août 1742. &
Dlle Anne Marie-Claude Berbier du Merz , mariée le
23. Mai 1736. avec François d'Hautefort d'Ajac
Meftre de Camp du Régiment de Touloufe , Cavalerie
. Voyez la Généalogie de cette Famille , dont
le premier nom étoit la Motte , dans le Nobiliare
de Chainpagne , imprimé en 1672. par ordre de
feu M. de Caumartin , Intendant de Juftice de cette
Province.
>
Le 14. D. Jeanne- Louife Marion de Druy , fem
me de Louis de Regnier , Marquis de Guerchy ,
Chevalier des Ordres du Roi , de la Promotion du
17. Mai 1739. Lieutenant - Général des Armées de
Sa Majefté , du 30. Mars 1710. & Gouverneur ,
d'Huningue , en Alface , du mois de Mars 173 3...
mourut à Paris , âgée de 69. ans. Elle étoit fille de
François - Eustache Marion , Comte de Druy , Lieutenant-
Général des Armées du Roi , mort le 11 .
Fevrier 1712. & de D. Caffandre Marie de Montfaulnin
de Montal . Elle n'a laiffé de fon mariage
que N ... de Regnier , Marquis de Guerchy , Co
lonel Lieutenant du Régiment Royal des Vaiffeaux ,
depuis 1734. & Brigadier des Armées du Roi , du
20. Fevrier 1743. Les noms de Regnier Guerchy
& de Marion Druy , font connus depuis long- tems
par leurs alliances & par des Services Militaires .
Le même jour , Jean de Laizer , Seigneur de Sion
da geat , Lieutenant - Géneral des Armées du Roi ,
I V
204
1242 MERCURE DE FRANCE
20. Février & Gouverneur 1734 de Thionville ; .
mourut à Paris, âgé de 76. ans . Il étoit fils de Jean
de Laizer , Seigneur & Baron de Brion, de Siougeat
& de Châteaugay , Ecuyer de la Grande Ecurie du
Roi , & de D. Anne de Bellinois . Le nom de Laizer
eft connu en Auvergne il y a plus de trois cent
ans , & par fa Nob'effe & par fes alliances .
Le 16. Charles- Emanuel de Cruffol d'Uzés , Chanoine
de l'Eglife Cathédrale de Strasbourg . depuis
1732. mourut à Paris , âgé de 13. ans. Il étoit fecond
fils de Charles Emanuel de Cruſſol , Duc
d'Uzés , Pair de France , &c . & de D. Emilie de la
Roche- Foucault , mariés le 3. Janvier 1725.
·
Le 19. D. Renée- Françoile de Coerquen , veuve
de Henri Charles de Mornay Montchevreuil ,
Comte de Mornay , Colonel du Régiment d'Infanterie
de Bearn , Gouverneur & Capitaine du Château
& Parc de S. Germain en Laye , en furvivance
du Marquis de Montchevreuil , fon pere , avec
lequel elle avoit été mariée le 2. Septembre 1685.
& qui fut tué d'un coup de Canon au Siége de
Manheim dans le Palatinat , le 9. Novembre 1688.
étant Aide de Camp de Monfeigreur le Dauphin ,
Ayeul du Roi, mourut à Paris, fars laiffer d'enfans ,
âgée de 7 ans. Elle étoit fille de Henri de Coetquen ,
Comte de Combourg & de D. Guillemette Belin ,
D. de la Marzeliere . Voyez pour la Généalogie de
la Maifon de Mornay , l'Hiftoire des Grands Offciers
de la Couronne Vol . 6. & pour celle de Coefquen
, l'une des plus anciennes Maifons de Bretagne
l'Hiftoire du Maréch 1 de Guebriant , de la
Mon de Bades , par le Laboureur.
Le 23. Charles . Céfar de Flahault , Seigneur de la
Bilarderie , en Boulenois , de S. Remy en l'Eau ,
Lieutenant- General des Armées du Roi , depuis
le 20. Fevrier 1734. Grand- Croix de l'Ordre Royal
& c.
&
JUIN. 1743. 1243
Militaire de S. Louis , premier Lieutenant de la
premiére Compagnie des Gardes du Corps de S. M.
& Gouverneur de S. Venant , mourut à Wiffembourg
, âgé de 74. ans. Il étoit frere aîné de Jerôme-
François de Flahault , de la Billarderie , Lieute
nant Général des Armées du Roy , Grand-Croix
de l'Ordre de S. Louis, Major des Gardes du Corps
de S. M. & Gouverneur de Saint Quentin , & fils
de Cefar de Flahaut , Chevalier , Seigneur de la
Billarderie , Lieutenant Colonel du Régiment de
Cavalerie de S. Germain Beaupré , & de D. Françoise
Gaude de Martigneville ; la Famille de Mrs
de la Billarderie eft marquée depuis un tems confi
dérable par fes Services Militaires , on en peut voir
la Généalogie imprimée dans le Nobiliaire de Picardie
, dreffé par le fieur de Roufleville Villers , Procureur
du Roi de la recherche de la Nobleffe de
cette Province , fous les ordres de Mrs Bignon &
de Bernage , Intendans de Juftice de la Généralité
d'Amiens.
La nommée Petronille Beaufaft , eft morte dans
la Paroille de Betmale , Diocèfe de Couferans
âgée de 112. ans.
Le 16. Juin 1743. Louife- Françoife de Bourbon,
Légitimée de France , Veuve depuis le 4 Mars
1710. de Louis 3. du Nom Duc de Bourbon ,
Prince de Condé , Prince du Sang , Pair & Grand-
Maître de France , Gouverneur de Bourgogne ,
Chevalier des Ordres du Roi , avec lequel elle
avoit été mariée le 24. Juillet 1685 mourut à
Paris au Palais Bourbon , âgée de foixante & dix
ans & quinze jours . Elle étoit fille du Roi
LOUIS XI V. & avoit eu de fon Mariage
Louis Henry de Bourbon , Duc de Bourbon
Prince de Condé , Pair & Grand Maître de France,
Chevalier des Ordres du Roi , & de l'Ordre de
I vi la
2
1244 MERCURE DE FRANCE
la Toifon d'Or , Gouverneur & Lieutenant Gé
néral pour Sa Majefté du Duché de Bourgogne &
Province de Breffe ; Lieutenant Général de les Armées
, ci - devant Surintendant de l'Education du
Roi regnant , & Chef du Confeil de Regence
puis Principal Miniftre d'Etat , & Surintendant
Général des Poftes & Relais de France , mort en
fon Château de Chantilly , le 27. Janvier 1740 .
âgé de 47. ans , 5. mois & 9. jours , laiffant de fon
Mariage avecCharlote deHeffe Rhinfels, qu'il avoit
épousée le 26. Juin , 1728. & morte à Paris le
14. Juin 1741. âgée de 26. ans 9. mois & 26
jours , Louis- Jofeph de Bourbon , Prince de Condé
, né à Paris le 9. Août 1736. Prince du Sang ,
aujourd'hui Chef de la Branche de Bourbon Condé
, Grand - Maître de la Maifon du Roi , & Gouverneur
du Duché de Bourgogne , & c. (2 ) Charles
de Bourbon , né le 19. Janvier 1700. Comte
de Charolois , Pair de France , Chevalier des Ordres
du Roi , Lieutenant Général de fes Armées
& Gouverneur de Touraine. (3 ) Louis de Bourbon
, né le 15. Juin 1709. Comte de Clermont ,
Chevalier des Ordres du Roi , Lieutenant Général
de fes Armées , & (4° ) Marie - Gabrielle de
Bourbon , née le 22 Decembre 1690 , Abbeffe
de Saint Antoine lez - Paris . ( °) Louſe- Elizabeth
de Bourbon , née le 22. Novembre 1693. ma
riée le 16. Juin 1713. avec Louis - Armand de
Bourbon , Prince de Conti , duquel elle eſt Veuve
depuis le 4 Mai 1727 , ( 6 ° ) Louiſe- Anne de Bourbon
, dite Mademoiselle , née le 23. Juin 1695 .
Marie- Anne de Bourbon , dite Mademoiſelle de
Clermont , née le 16. Octobre 1697. Surintendante
de la Maifon de la Reine , morte à Paris ,
le 11. Août 1741. ( 7 ) Henriette- Louife - Marie-
Françoife- Gabrielle de Bourbon , Damoifelle de
Yermandois ,
JU IN. 1743 1145
Vermandois , née le 15. Janvier 1703. Religieu
fe , puis Abbeffe de Beaumont , lez Tours , &c.
(8 ) Elifabeth Alexandre de Bourbon , Damoifelle
de Sens , née le 15. Septembre 1705.
La Ducheffe Douairiere de Bourbon , ayant demandé
par fon Teftament , d'être enterrée fans
cérémonie, on ne lui a rendu aucun des honneurs ,
qui font d'ufage dans les Pompes Funébres des
Princeffes de fon rang fon Corps fut porté le
18. à l'Eglife du Monaftére des Carmélites du
Fauxbourg S. Jacques , où il fut inhumé dans
le Cloître des Religieufes , auprès de ceux de la
Princeffe de Condé & de la Ducheffe de Vendofme.
TRANSPORT & Inhumation du Corps
de la Princeffe.
La Façade du Palais de Bourbon étoit tendue
en entier de dix lez , la Face des Appartemens de
huit lez ; le Grand Veftibule étoit tendu enplein ;
il y avoit deux lez de velours fur cette Tenture,
Le corps étoit exposé dans une des deux grands
pieces , auffi tendues , fur une Eftrade de trois
degrès , garnis de chandeliers d'argent & de cierges
, fous un grand Dais de velours avec une
Couronne de Princeffe fur un carreau de velours
Les Sales & le Veſtibule étoient garnis de plas
ques & de bougies,
2
Les Grands Auguftins & les Cordeliers allerent
le 18. après midi jetter de l'Eau bénite fur le
corps de la Princeſſe.
Le même jour , à l'entrée de la nuit , le corps
fut porté du Palais de Bourbon à l'Eglife du
Monaftére des Carmelites du Fauxbourg S.Jacques.
Lorfque le Convoi fut arrivé à ce Monaftére ,.
l'Evêque de Valence , après les Priéres ordinaires ,,
& le Difcours ufité en pareille occafion , auquel
M..
1246 MERCURE DE FRANCE
M de la Marre , Grand Pénitencier , & Supérieur
des Dames Carmélites, repondit , prefenta le corps,
qui fut inhumé dans le Cloître des Religieufes .
Les quatre portes du Convent des Carmélites
étoient tendues , ainsi que le deffous de la porte.
Il y avoit deux lez de velours fur ces portes.
Les Dames Religieu'es vinrent recevoir le corps
de la Princeffe , M de la Marre , à leur tête . Voici
l'ordre de la marche du Convoi.
Un Piqueur à cheval , avec un crêpe & une
houfle noire , portant un flambe -u .
Deux Palfreniers auffi à cheval , avec des crêpes
des houffes , portant des flambeaux .
Cent Pauvres habillés , portant chacun un flambeau.
Deux Suiffes à cheval , avec crêpes & houffes
noires.
Les Officiers de la Mailon de la Princeffe , de
même.
Un caroffe à fix chevaux , avec des harnois drapés
, dans lequel étoient les Femmes de chambre
de S. A. S.
Un autre caroffe à fix chevaux , de même , dans
lequel étoient les Gentilhommes de Madame la
Princeffe de Conty.
Un autre caroffe à fix chevaux , caparaçonnés ,
où étoient les quatre Gentilhommes de Madame
la Ducheffe , qui devo ent porter le Poële .
Un autre caroffe à fix chevaux , caparaçonnés
de moire d'argent , dans lequel étoient M. I'Evêque
de Valence , le Vicaire de la Paroiffe de
S. Sulpice , le Pere Macé , Gardien des Cordeliers
Confeffeur de la Princeffe & deux Aumôniers .
Un caroffe du corps à huit chevaux , Сарага-
çonnés de moire d'argent , dans lequel étoit le
corps de S. A. S. a précedé de fix Pages àcheval ,"
JUIN. 1743. 1247
en manteaux longs & en crêpes , portant des flambeaux
, & aux deux portiéres , quatre Suiffes &
plufieurs valets de pied , tous avec des crêpes &
des flambeaux.
Un autre caroffe à huit chevaux , caparaçonnés
auffi de moire , dans lequel étoient Madame la
Princeffe de Conty , Madame la Ducheffe d'Aiguillon
, Madame de la Guiche , Madame la Marquife
de Coëtlogon , Madame la Comteffe de Rochechouart
, & Madame la Marquife de Fontanges
Le caroffe de Madame la Ducheffe d'Aiguillon
fermoit cette marche . Tout ce convoi étoit
éclairé par un très-grand nombre de flambeaux
La marche étoit précédée & fermée par le Guet
à pied & à cheval.
DISCOURS de Mr. Alexandre de Milon
Evêque de Valence , fait aux Carmélites
de la rue Saint Jacques , le 18. Juin
en y faifant la préfentation du Corps de
Madame la Ducheffe.
Pénétrés des Sentimens de la plus vive douleur,
la Famille du Grand Condé , les Defcendans de
Saint Louis , cette Portion la plus nombreuse de
Jon Augufte Poftérité trouvent dans cette Retraite les
Confolations de la Foi , en y dépofant le corps de
très- Haute , très Puiffante , très - Excellente Princeffe
, Louife-Françoise Ducheffe de Bourbon , Princeffe
du Sang ; c'est tout ce qui nous refte de Ma
dame la Ducheffe , qui fut l'Ornement de la Cour
dans le Siécle le plus poli , qui a enchanté le mon
de par toutes les Vertus que le monde admire , &
qui en a fait fi long tems les délices par la bonté
de fon Coeur , par les graces de fon Esprit , & la
douceur de fon caractére.
"
1248 MERCURE DE FRANCE
Elle vient de terminer fes Jours dans les Souf
frances , dans les infirmités les plus accablantes
Le loifir douloureux de fa Maladie a été employé à
fanctifier à purifier fon Ame ; elle a reçu avec
une Foi vive les Sacremeus de l'Eglife , elle a
édifié toute la France par les regrets de fa Pénitence
les expreffions Héroiques de fon Humilité.
Ce font la des traits bien confolans dans l'Eſprit
de la Religion & les feuls qu'il convient à un Evêque
d'exposer aux Filles de Therese , elle a defiré
que fes cendres fuffent placées dans ce Sanctuaire
de Pénitence auprès de celles de Madame la Princeffe
fa Belle-Mere , dont la tendre amitié l'avoit
toujours flattée, & dont les Vertus Chrétiennes avoient
fait fur fon coeur une impreffion , derenuë dansfes
derniers momens plus vive & plus falutaire .
Vous n'avez pas befoin , Mesdames , de cette nou.
velle preuve de la fragilité des Grandeurs humaines,
dont vous êtes fi parfaitement détachées ; mais les
Princes de la Terre ont besoin du fecours de vos
Prieres, Nous vous les demandens au Nom d'une
Princeffe désolée qui rend ici les funébres devoirs à fa
tendre Augufte Mere, dont elle a reçu les derniers
Soupirs avec une conftance que la plus profonde douleur
ne put abbattre , & une douleur que la plus
grande fermeté n'eft pas capable d'adoucir.
Confervez cherement ce triste précieux dépôt ,
c'est un gage de l'estime & de la confiance dont vous
honore le Sang de nos Rois arrojez le des larmes
de votre Pénitence ; joignez à vos Prieres les Sain
tes Rigueurs de vos austérités , pour later le bonheur
que Madame la Ducheffe a taché de mériter
par une mort fainte précieuse devant Dieu.
Pierre Timoleon Moreau de Beaumont , Maître
des Requêtes de P'Hôtel du Roi , fils de Pie : re
Moreau de Nafligny , Préfident en la premiere
Chambre
JUIN. 1743 1249
Chambre des Requêtes du Palais , & de Claude-
Françoife Antoinette Damore fan de Precigny , époufa
le 3 Avril 1743. Françoife Grimod de la Reyniere,
fille de Gafpard Grimod fieur de la Reyniere , Seigneur
de Clichy la Garenne ; l'un des Fermiers
Géneraux de S. M. & de N .... Labbé , fa premiere
femme.
,
"
Le 24. Mai , Armand Mathurin de Vallé, Mar
quis de l'affé , Vidame du Mans Baron de la
Rochemobile , près Alençon , Seigneur de Vaffé
dans la Paroiffe de Roiffé au Maine , de Balon & c . né
le 14 Août 1708. Colonel du Régiment de Picardie
, Brigadier des Armées du Roi du 20. Février
1743. & Gouverneur du Château Royal du Pleffis
lès Tours , fils de feu Emanuel- Armand Marquis de
Vaffé , Vidame du Mans , Baron de la Rochemobile
, Seigneur de Balon & c. Colonel d'un Régiment
de Dragons de fon nom , Brigadier des Armées
du Roi & Gouverneur pour S. M. du Châ
teau Royal du Pleffis - lès- Tours mort le 30.
Avril 1710. & de D. Anne- Benigne- Fare Therefe,
de Beringhen , fa veuve , foeur de M. le Marquis
de Beringhen , Chevalier des Ordres du Roi & c .
fut marié avec Dlle Louife-Magdeleine de Courtarvel
de Pezé fa Coufine germaine , née le 12. Fevrier
1727. fille de Hubert de Courtarvel , Marquis de.
Pezé , Lieutenant -Géneral des Armées du Roi , Colonel
Lieutenant & Infpecteur du Régiment d'In
fanterie de S. M. Gouverneur des Ville & Château
de Rennes , du Château de la Muette , & Capitaine
du Château Royal de Madrid , des Chaffes , Parc
& Bois de Boulogne , défigné Chevalier des Ordres
par le Roi , le 28. Octobre 1734. mort à Guastalla ,
le 23. Novembre fuivant des bleflures qu'il avoit
reçûës à la bataille de ce nom , le 19. Septembre précédent
, & de D. Lidie - Nicole de Beringhen ,
morte
250 MERCURE DE FRANCE
morte le 6. Septembre 1729. M. le Marquis de
Vaffé qui vient de fe marier , étoit Chevalier de
Malthe & Commandeur de Piéton , & il eft devenu
l'aîné de fa Maiſon par la mort de les deux freres
aînés , Jacques - Armand Marquis de Vaffé mort
le 11. Avril 1741. & Charles - Emanuel Marquis de
Vaffé,mort àPrague en Boheme au mois deJuin 1742 .
Les Maiſons de Vaffé , & de Courtarvel font l'une &
l'autre des plus anciennes & des plus illuftres de la
Province du Maine , où font fituées lès Terres de
Vaffé & de Courtarvel.
Le 26. Alphonfe Carafa , Duc de Montenero , au
Royaume de Naples , fils de feu Jean - Baptifte Ca
rafa , & de D. Fortunée Carminiana , fut marié à
Vincennes- lès -Paris , avec Dlle Marie- Gabrielle-
Florence du Chaftellet , née le 30. Juin 1726. fille
de Florent- Claude , Marquis du Chastellet , Baron
de Cirey , Maréchal des Camps & Armées du Roi ,
Grand-Bailly d'Auxois & de Saare- Louis , & Gouverneur
de Semur , & de D. Gabrielle - Emilie le
Tonnelier de Breteuil , Pour la Maiſon Carafa , l'une
des plus grandes du Royaume de Naples , où
elle fe trouve aujourd'hui diviſée en plus de vingt
Branches , toutes illuftres par leurs titres & leurs
alliances , confultez la Généalogie qui en a été donnée
par Imhoff , Patrice de Nuremberg , dans le
Volume qu'il a fait imprimer en 1702. fur plufieurs
Maifons illuftres d'Efpagne & d'Italie ; pour la
Maiſon du Chaftellet , confultez l'Hiftoire qui en
a été donnée au Public par D. Calmet , Abbé de
Senone , imprimée à Nancy en 1741. pour juger
de la grandeur & excellence de fon origine.
Le 28. M. Eufebe - Felix Chapoux de Verneuil ,
Chevalier , Confeiller du Roi en fes Confeils ,
Introducteur des Ambaffadeurs & Princes Etrangers
, près du Roi , fils de M. Eufebe-Jacques Châpoux
,
JUIN. 1743. 1251
>
poux , Chevalier Seigneur de Verneuil en Touraine
, Vicomte de Betz , Seigneur du Roullet S.
Flomer , Ste. Julitte , l'Eftang , de Chaumuſſay , de
Chavigny & de la Fontaine du Breuil , Confeiller
Ordinaire du Roi en fes Conſeils , Sécretaire Ordidinaire
de la Chambre & du Cabinet de S. M. &
ci-devant Introducteur des Ambaſſadeurs , & Princes
Etrangers , près du Roi , & de D. Louiſe- Françoife
Bigres , époufa Dile Anne- Adelaïde de Harville
, fille aînée de M. Anne- Härville , Seigneur
de la Selle de Beaumoret de Voizé & c . Maréchal des
Camps & Armées du Roi , & de feue D. Marie-
Anne Boucher.
Charles- Blaife Meliand , fils de Blaife - Claude
Meliand Maître des Requêtes Honoraire , & de
D. Charlotte Remond , fon Epouſe , reçû Conſeiller
de S. M. en la premiere Chambre des Requêtes du
Palais , le 3. Mai 1724. puis Maître des Requêtes ,
le 8. Mars 1731. nommé Intendant de Soiffons
le 3. Mars 1743. époufa le 3. Juin Dlle Marie-
Louife- Adelaide Duquesnoy , fille de Pierre Duquefnoy
, Ecuyer , Confeiller Sécretaire du Roi , &
Receveur General des Finances de la Géneralité
de Montauban , & de D. Anonime le Febvre de
Givry.
Le 23. Mars , on célébra un Service folemnel
dans l'Eglife des Dames Religieufes Bénédictines
du Prieuré de la Magdeleine de Trenel , pour le
repos de l'ame de MADAME LOUISE ADELAIDE
D'ORLEANS , ancienne Abbeffe de Chelles ; la
grande Porte de la Cour extérieure & le Portail de
l'Eglife étoient tendus de noir , des bandes de velours
, avec des Ecuffons aux Armes de la Princeffe,
étoient attachées deffus ; toute l'Eglife & le Choeur
des Dames Religieufes étoient tendus de même ,
juſqu'au
1252 MERCURE DE FRANCE
juſqu'au deffu's des ſtales . Au milieu du Choeur on
avoit élevé un Lit de parade de velours noir , coue
vert d'un grand poële herminé . A la tête du Lit
étoit une Croix d'argent avec quatre chandeliers
garnis de cierges ; vers le milieu étoit la Couronne
pofée fur un carreau , & au pied la Crofle de la
Princeffe , couverte d'un crêpe ; beaucoup de grands
chandeliers d'argent , pofés fur des gradins , environnoient
cette repréſentation .
Au côté droit de l'Autel on avoit placé un Trône
couvert d'un Dais ; l'Autel principal & les Chapelles
étoient garnis de quantité de chandeliersd'argent
avec des cierges. M l'Archevêque de
Cambray célebra la Meffe pontificalement , laquel
le fut chantée par la Muſique de Nôtre Dame . M.
le Duc d'Orleans y affifta avec les Officiers de fa
Maifon , ceux de S. A. R. Madame la Ducheffe
d'Orleans , & les Dames de fa Cour ; une infinité
de Perfonnes de diftinction , d'Eccléfiaftiques , &
de Religieux s'y trouverent.
Après la Mefle , le Ciergé entra dans le Choeur
proceffionnellement en chantant le Libera , pour
faire l'Abfoute , & les Muficiens chanterent le De
profundis de M. de la Lande.
L'inhumation de Madame d'Orleans a été faite
avec la même folemnité , par les ordres & aux frais
de S. A. R. L'Eglife extérieure & le Choeur des
Dames Religieufes étoient tendus & éclairés , comme
onent de le dire ; tout le Cloître tendu ,
& éclairé avec des plaques portant des bougies.
La Chapelle de la Princeffe , dans laquelle elle avoit
fait bâtir un Caveau pour la Sépulture , étoit auffi
pareillement tendue & éclairée , une grande fale
baffe ou le corps avoit été mis en dépôt fur une
eftrade élevée , entourée d'une grande illumination
& furmontée d'un Dais de velours noir , étoit éga-.
lement tenduë & éclairée .
JUIN.
1743 : 1253
La veille , les Religieufes chanterent les Vêpres
des Morts & les Vigiles , la Meffe haute le lendemain
, & les Muficiens de Notre- Dame chanterent
les Vêpres , le foir avant l'inhumation , à laquelle
M. le Duc d'Orleans affiita , avec les Officiers de
fa Maiſon , en deuil ; les Officiers de S. A. R. & la
Livrée des deux Maiſons auffi en deuil , portant
des flambeaux : les Domeftiques du Couvent de
même , plus de deux cent Eccléfiaftiques ou Religieux
, tous avec des cierges , & marchant proceffionnellement
dans un grand ordre ; les Muficiens
chanterent le De profundis en faux bourdon , pendant
la Cérémonie de l'inhumation & c.
S. A. R. fit diftribuer mille écus ce jour -là , aux
Pauvres de la Paroiffe de Sainte Marguerite , & deux
mille livres aux Pauvres de Chelles.
Le fecond Volume du Mercure eft actuelle
mentfous Pree , & paroîtra inceffamment.
TABL E.
IECES FUGITIVES . Imitation du Pfeaume
PXXVII. Dominus illuminatio mea , &c. 1043
Suite de l'Effai d'un Traité Hiſtorique de la Croix
de N. S. J. C. XI . Partie •
Le Repas de l'Epervier , Ode ,
1047
1073
Réponſe fur une Queftion propofée dans le Mercure
de Janvier dernier ,
Ode Sacrée , tirée du Pleaume 138.
1075
1086
Fin de la Defcription de la Haute Normandie, 1088
Le Chaffeur , le Loup & la Brebis , Fable ,
Lettre fur la Géométrie par M. Liger ,
IYOI
1102
Extrait d'une Lettre fur une Queftion proposée dans
{
le
le Mercure d'O&obre 1742 .
Roland , Cantate ,
1106
1114
Queft. importantes, jugées au Parlem.de Paris, 1 116
Avis galant à Mlle P. ... 1121
Arrêt du Parlement de Bezançon , 1122
Placet en Vers à M. de Vaſtan , 1135
Enigmes & Logogryphe ,
NOUVELLES LITTERAIRES
Effai fur l'Esprit Hmain , & c.
Bible Latine & Françoiſe ,
Les Cauſes Célebres ,
1
1138
? DES BEAUX-ARTS ,
1142
1158
1161
Lettre fur les Romans >
Le Palletems Poëtique ,
ibid.
1162
Effai fur les Maladies des Dents , ibid.
Théologie de l'Eau , 1166
Abregé de l'Hiſtoire ancienne ibid.
›
Livres chés Nully ,
ibid.
Nouveau Quadrille des Enfans , 1168
Livres Etrangers chés Briaffon , 1171
Abregé de la Vie des Evêques de Coutance , 1177
Choix d'Auteurs Claffiques ,
1180
Prix de l'Acad . de Soiffons pour l'année 1744. 1184
Morts de Perfonnes Illuftres,
Eftampes nouvelles ,
Chanfon notée ,
1186
1192
I 194
Spectacles. Extrait de la Comédie de l'Ile des Talens
,
1197
Nouvelles Etrangeres ,Turquie, Allemagne & c.1205
Morts des Pays Etrangers ,
1238
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , &c. 1209
Concert Spirituel au Chateau des Tuilleries , 1135
Concerts chés le Reine ,
Mort & Mariages ,
1237
1238
1247
Mort & Inhumation de Madame la Ducheffè , 1242
Difcours fait aux Carmélites à ce sujet ,
Service pour Madame l'Abbeffe de Chelles , 1251
Errata de Mai.
P
Age 829. à la reclame, Plus, lifex , Et. P. 831.
1. Sun , 1. une. P. 872. l. 18. dure , l. fubfifte.
P. 873 1. 9 logoient, 1. logeoient. P. 889. lig. premiere
, ne manqua, l , ne manqua pas . Ibid. 1 13. a ,
ôtez ce mot. Ibid. 1. 25. dû , l. a dû. P. 904. 1. 19.
alteréé, l. alteré , P. 916. 1. 2. 1643. L. 1743. P.948.
1. 16. confumées, confumés. P. 957. l. 16. Pithon
Court , l . Pithon - Curt . P. 965. 1. 18. d'aborda , l.
d'abord à. Ibid. 1.17 . Anfel , L. Anfelme. P.959 . l. 3 .
du bas , en , l' à. P- 968. l . 19. Villejuir , L. Villejuif.
Ibid. 1. 22. Ste , L. de Ste . P. 974:
1. 12.
des ,
1. de. P. 976. 1. 21. fragia , 1. fragmenta. P. 1017.
1.6 précedente, d'auparavant. P. ro22 . 1. 27. relai,
L. relais. P. 1944. 1. 27. Perica , 1. Pereira.
Fautes à corriger dans ce Livre.
Age premiere , ligne 1o. Prêts , lifez , Prêt.
P. 1044. 1. It m'épouventer , l, m'épouvanter-
P. 1046. 1. 7. l'éclaire , f. l'éclair.
P. 1057. 1. 20 occafiona , l . occafionna .
P. 1060. 1.6 . Xerèxs , 1. Xerxès.
Ibid. 1. 26. d'autres , l. d'autse .
2
151
P. 1063. 1. 22. reprifent , 1. repriffent,,
P. 1067. 11. a , 1. as .
Ibid . 1. 7o. lạ , I. fa
P. 1069. 1.. 15. s'emblent , femblent.
P. 1981. 1. 15. par
་
ôtez ce mot.
P. 1089. l. 15. 2464. l. 1464.
1bid. 1. 22. Carenten , . Carentan .
P. 1096. l . 8. & 9. Barronies l . Baronnies:
P. 1097.1. 9. defferyi , l . deffervies .
P. 1083. 1. 10. S. Robert , l. S. Renobert.
Même page ligne 26. pendant , l. après.
P. 1098. 1. 2. du bas , ce n'eft , l. ce qui n'eft.
P. 1099. 1. 19. Haye , ôtez la virgule.
P. 1100. 1. 3. Flameuville , Z. Flamenville .
à la Reclame , Qunat , 1. Quant,
P. 1105.1. 8. pofeffion , /. poffcffion .
P. 1107. l. 13. prarique , l . pratique.
P. ΠΟΙ
T
P. 1108. l . 19. & 20. cependnt , 1. cependant.
P. 1113. 1. 21. envelloppé , l . envelope.
P. 115. l . 7. Eclattez , l . Eclatez .
P. 1116. l. 16. eft , 1. eft.
P. 1120. 1. 2. du bas , Banniffemeut , 1. Barniffement.
P. 1127. l. 10. pendant , ôtez ce mot.
P. 1130. 1. premiére , e , l . le.
P. 1143. 1. 4. & 5. moins , l . moins intenſes ,
P. 1162.1. 9. à cerrain égard , l. à certains égarét
P. 1166. l. 16. onr , 1. ont.
P. 1173.1. 13. Nafonm , 1. Nofonum.
P. 1181.1, 25. fa angue Lmaternelle , 1. fa Lange
maternelle.
P. 1193. 1. 14. defiré , 1. defiré.
Ibid. 1. 20. d'ic , l. d'ici .
P. 1195. l . 18. ootre , l. notre !
P. 3199. 1. 7. ou , ôtez ce mot.
P. 1200. à la reclame , Dans , l. Scéne,
P. 1203. l. 15. me , l. ne.
P. 1208. 1. gtande , 1. grande,
La Chanson notée , dois regarder lapage 11;
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT,
JUI N. 1743.
SECOND VOLUME.
OUR
COLLIGIT
SPARGITE
apillan
Chés
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER
ruë S. Jacques.
La Veuve PISSOT , Quai de Conty ;
à la descente du Pont- Neuf
JEAN DE NULLY , au Palais
M. DCC. XLIII,
Avec Aprobation & Privilege du Ro
A V J 3.
L
'ADRESSE génerale eft à Monfieur
MOREAU , Commis au Mercure , visà-
vis la Comédie Françoife , à Paris . Ceux
gui pour leur commodité voudront remettre
Leurs Paquets cachetés aux Libraires qui vendent
le Mercure , à Paris , peuvent fe fervir
de cette voye pour les faire tenir.
On prie très-inftamment , quand on adreſſe
'dles Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous le
déplaifir de les rebuter , & à ceux qui les envoyent
, celui , non -feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de les
perdre , s'ils n'en ont pas gardé de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers quifouhaiteront
avoir le Mercure de France de la premiere
main ,
& plus promptement , n'auront qu'à
donner leurs adreffes à M. Moreau , qui aura
foin de faire leurs Paquets fans perte de tems,
de les faire porter fur l'heure à la Pofte, on
aux Meffageries qu'on lui indiquera.
PRIX XXX . SOLS:
MERCURE
DE
FRANCE ,
DEDIE
AU
ROT.
AV
JUIN 1743.
*************
PIECES
FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
TRADUCTIO N de la feptiéme Elégie
du premier Livre des Triftes d'Ovide.
FLeuves
impétueux ,
remontez vers la fource
D'où
defcendent vos Eaux ;
2
Soleil , vers l'Orient , au milieu de ta courſe ,
Reconduis tes chevaux.
Terre , porte en ton ſein les Etoiles
brillantes ,
Dont le Ciel eft paré.
Ciel , étale à nos yeux des moiffons
jaunifantes
Dans ton fein labouré.
II. Vole A ij Que
1258 MERCURE DE FRANCE
Que dans nos Prés moncans l'eau répande, ſurpri
La trifte aridité ;
Que la Sphère du fea s'engourdiffe , & produife
La froide humidité,
Tout ce que j'affurois ne fe pouvoir point faire ;
Déformais fe fera.
La Nature à fes loix elle-même contraire ,
En tous lieux changera.
Voilà ce qu'Apollon par ma voix pronoſtique ,
Puifque je fuis trempé
Par l'Ami dont mon coeur fit fa reſſource unique .
De lui feul occupé .
As-tu craint de me voir ? Od font donc ces
trailles
Et ce doux fouvenír , `
Pour n'avoir pas daigné fuivre mes funéraille
Seulement d'un ſoupir ?
Tu m'as laiflé , cruel , gifant dans la miſére ;
Tu foules fous tes piés
L'amitié , ce faint nom , cetre amitié ſi chere ,
Qui nous avoit liés.
Que t'en eût - il coûté de venir par uſage
Me rendre quelques foins
N'aurois tu de l'Ami qu'emprunté le langag
Tu pouvois feindre au moins.
Que ne m'obligeois-tu dans mon malheur e
Par ce tendre devoir ?
ปี
Pl
JUI N.
1259 17437
Plufieurs,qui jufqu'alors m'étoient inconnus même,
Me font bien venus voir.
Recevant ton adieu , demi mort , trifte & pâle ,
Comme à mon dernier jour ,
Je te l'euffe rendu , plein de l'ardeur qu'exhale
Lé plus parfait amour .
Ceux que
nul intérêt n'attache à ma fortune ,
M'ont marqué cet égard .
Le Peuple t'inftruifoit par fa plainte commune ,
A pleurer mon départ .
Je m'affligerois moins , fi quelquefois dans Rome
T'ayant feulement vû ,
Et vivant avec toi comme avec un autre homme ,
peu connu.
Je t'avois
Si comme deux vrais coeurs , qu'un même eſprit
affemble
Dès les plus jeunes ans ,
Dans la même maiſon nous n'euffions point en
femble
Demeuré fi long - tems.
Si fçachant les fecrets qui couloient fans myſtére
De tes doux entretiens ,
J'avois pour un moment balancé de te faire
Confidence des miens .
L'Amitié confondoit , égale & mutuelle ,
Nos chagrins , nos plaifirs ;
Je ne te cachois rien , & je lifois , fidéle ,
Jufques dans tes defirs.
A iij
Le
1160 MERCURE DE FRANCE.
Le Vent emporte donc fur fon aîle inconftante
Les fermens des Amis ,
Et le Léthé diffout dans fon onde dormante
Ce qu'ils s'étoient promis ?
Se peut-il , jufte Ciel ! que Rome ait fait éclore
Un Monftre tel que toi ,
Rome,où malgré mes voeux, le retour que j'im plore
Eft interdit pour moi ?
Non, fur de durs Rochers tu naquis en Scythie ,
Ou fur les bords du Pont ,
Où le Sarmate affreux fut l'Auteur de ta vie
Sur la croupe d'un Mont.
Là , les cailloux , l'acier , d'un rempart invincible
Ont entouré ton coeur.
C'eft là , qu'en t'allaitant la Tigreffe inſenſible
T'infpira fa rigueur.
Je me trompe , ton coeur , oui , ce coeur qui m'ous
trage ,
Auroit été moins dur ,
Quand même il eût fuccé fon naturel fauvage
Dans ce climat impur.
Tu m'aurois témoigné la pitié dont on uſe
Envers
JUIN. 1260 1743
Envers un Etranger ,
Ét prenant ton parti , je ferois ton excufe,
Au lieu de te juger .
Ah ! fi le fort voulût aux malheurs qu'il me
cauſe ,
.
Joindre ta cruauté ,
Fais par ton repentir qu'on la compte pour chofe
Qui n'a jamais été.
Fais par ton changement , pour abolir ton crime ,
Que je me croye aimé ,
Et que ma bouche enfin te rende mon eftime
Après t'avoir blâmé .
Des Forges Maillard.
EXTRAIT d'une Thèse foutenue dans
les Ecoles de Médecine de Paris le 5. Mars
1743. touchant les effets de l'Air fur l'aco-
-nomie animale , où l'on examine en parti
culier , fi l'Air de Verfailles eft falutaire.
A Près avoir traité dans deux articles affés
j
étendus , de tout ce qui regarde l'Aix
en géneral , par rapport à la fanté , l'Auteur
de cette Thèfe difcute dans trois autres àrd
A iiijticles,
262 MERCURE DE FRANCE
ticles , avec une égale fagacité , ce qui concerne
l'Air de Verfailles ; & nous nous faifong
plaifir d'être ici fon interpréte , pour faire
plaifir à un plus grand nombre de perfonnes,
dans une matiére auffi curieufe qu'intéref
fante.
III. Puifque les effets de l'Air fur le Corps
humain font fi confidérables , on voit évidemment
, dit notre Auteur , avec combien
de fageffe les fondateurs des Villes ont pourvû
à la ſanté , à la félicité de leurs Peuples ,
lorfque pour les bâtir , ils ont eu égard à la
bonté de l'Air. Telle a été la fage prévoyance
de LOUIS - LE - GRAND, lorfqu'il a choif
Verſailles pour y établir fa demeure & celle
des Empereurs des François , qui devoient
lui fuccéder. Verfailles eft en effet recommandable
par les différentes qualités qui font
connoître la falubrité de l'air qu'on y refpire.
On louë la fituation des Villes , qui étant expofées
aux rayons du Soleil Levant, panchent
plutôt légerement vers le Nord , que vers le
Midi. Voilà précisément quelle eft l'expofition
du Château & de la Ville Royale de Verfailles.
On voit une petite Colline s'élever doucement
au deffus de plufieurs monticules ,
qui femblent la couronner comme leur maîtreffe
, à une diſtance & à une hauteur juſtes
& égales. Son fommet applani a fourni aflés
d'espace pour y édifier au plus puiffant & au
plus
JUI N.. 1743: 1282
de
Plus magnifique des Rois , un Palais qui n'a
Point de pareil , comme ce grand Prince étoit
lui-même fans égal . Vous diriez que tous les
plus précieux ornemens de l'Art & de la Nature
font venus s'y affembler , fi vous confidérez
l'ordre & la difpofition des Bâtimens,'
la beauté , le nombre & la commodité des
Appartemens , les richeffes & les
graces
la Peinture , de la Sculpture ancienne & moderne
, des Mofaïques , &c. Vous y verrez
plus de marbres des plus précieux , qu'en
aucun autre lieu du monde. Si les dorures
ébloüiffent , lorfque vous confidérez les dehors
brillans de ce Palais , la nobleffe &
l'artifice des ornemens , dont l'intérieur eſt
décoré, frappent du plus grand étonnement.
On fe difpenfe de faire ici l'énumération
des meubles d'or, d'argent & de toutes fortes
d'autres matiéres non moins riches & précieufes
; ainfi que de donner une defcription
exacte de ces Jardins enchantés, où les Nym
phes des Eaux fe plaifent à faire leurs différens
jeux. Il fuffit de dire que toutes les
merveilles qui concourent à orner cette charmante
demeure , répondent tellement à la
beauté de fa fituation , qu'on la croiroit digne
du plus grand & du plus fage des Rois
fi le Roi n'étoit pas lui -même au deffus de
toutes chofes. L'affiete du Château n'eſt
point cachée par P'élévation des monticules
A v voifins
1264 MERCURE DE FRANCE
voifins , ce qui lui donne un air pur & fans
mélange d'aucunes malignes vapeurs ; &
quoiqu'il puiffe être également expofé à tous
les vents, il l'eft plus particulierement à ceux
du Nord & à ceux du Levant , qui font les
plus falutaires.
A l'égard de la Ville , qui eft confidérable
par le nombre de fes habitans , & par le grand
abord des Etrangers , quoiqu'elle fe trouve
affife au bas de la Colline , elle ne joüit pas
pour cela d'un air moins falutaire . Elle eft
expofée , il eft vrai , de toutes parts aux,
vents , mais fans fouffrir aucune incommodité
de ceux du Midi ou du Couchant. Située
au Levant & au Nord , comme le Châelle
joüit de la même falubrité. Il n'y
avoit que la petite Montagne de Mon ....
dont le voifinage pouvoit lui dérober les
rayons falutaires du Soleil levant , & altérer
la pureté & la férénité de l'air ; mais admirons
la prévoyance & l'attention d'un fage
Roi pour la fanté de fes Sujets. LOUIS- LEGRAND
, pour donner à fes peuples l'avanteau
,
d'un meilleur air , & pour leur faire
habiter des lieux plus fains , n'a pas cru devoir
ménager les Montagnes même , lorfqu'elles
formoient un obftacle à fes intentions.
Il a condamné cette tête , fatale à la
fanté , à être abbatue, & elle ne fubfifte plus
depuis long- tems,
IV.
JUIN. 1743.
1268
IV. On ne révoquera pas en doute , que
les eaux contribuent beaucoup à la falubrité
de l'air , que leurs vertus font merveilleufes
pour la confervation de la fanté , fi on fait
attention que leurs particules élevées par la
chaleur du Soleil , pouffées en haut par l'a
ction continuelle du feu fouterrain , diſperfées
par les vents de toutes parts , fe mêlen
très- abondamment avec l'air.
par
Il y a dans Verfàilles des eaux louables
non-feulemeut fournies des fources qui
naiffent dans le lieu même , mais encore qui
font amenées dans les Fontaines publiques ,
premierement par des tuyaux de plomb , enfuite
, pour une plus grande falubrité , par
des tuyaux hexagones de fer & par des Aqueducs
de pierre , par le moyen defquels la
féchereffe & l'aridité du terroir font corrigées.
Qui pourroit décrire d'une maniére convenable
la multiplicité des eaux qui font dans
les Jardins ? On diroit qu'elles fortent des
entrailles de la terre , quoiqu'elles y foient
conduites de très -loin par un travail & avec ·
un artifice furprenant.
Vers le Septentrion il y a un Lac d'une
étenduë confidérable. Il fournit fans art une
eau , qui , fortant de fon fein par plufieurs
fources , n'eft point chargée de limon , & ne
fçauroit être regardée comme dormante ,
puifqu'elle est toujours agitée , & dans un
A vj mou1266
MERCURE DE FRANCE
mouvement continuel . Si elle ne fert pas aux
Habitans pour leur boiffon ordinaire
elle
n'eft point du tout nuifible aux Bêtes de
charge. Du côté du Midi , il s'amaffe dans la
Plaine une affés grande quantité d'eaux , qui
coulent des Montagnes voisines.
Autrefois la tranquillité de ces eaux pou
voit rendre marécageufe & mal faine la demeure
de l'ancien Bourg, qui eft aujourd'hui
entierement détruit ; mais comme elles font
à préfent raffemblées par des conduits foûterrains
dans de vaftes baffins , pour l'embelliffement
de ce beau Lieu , elles ne procurent
pas moins d'utilité que d'agrément , &
les lieux autrefois humides & mal fains , par
le féjour de l'eau dormante , fe trouveut aujourd'hui
entierement defléchés , ce qui ôte
la caufe de l'altération de l'air , en même tems
que l'abondance de ces eaux, que l'art a conduit
dans les Jardins , en empêche la fécherefle
.
,
V. La bonne fanté des Habitans eft fans
doute une preuve très -affûrée de la falubrité
de l'air qui régne dans leur Pays. Or , à Verfailles
il n'y a aucunes maladies épidémiques,
ou endémiques . Les Médecins n'y trouvent
pas plus fréquemment qu'ailleurs à traiter des
févres tierces ardentes , malignes , & c. fuites
ordinaires de la corruption & de la chaleur
de l'air , ou de la mauvaiſe qualité du
terroir,
JUIN. 1743 1267
terroir , & de fes eaux. Confiderez plutôt
la vigueur des Habitans de Verſailles , les
belles & vives couleurs de leur tein , la bonne
conſtitution de leur corps , leur longue vie
tout cela ne dénote - t'il pas une parfaite
fanté ?
Lorfque pour la conftruction du Château,
& pour la fondation de la Ville , tout étoit
rempli de vils Artifans , qui remuoient en
foule les terres de tous côtés , avant qu'on y
trouvât cette abondance de vivres de toutes
les efpéces , qui régne aujourd'hui avec pro
fufion , avant qu'on y eût conduit toutes ces
eaux falutaires , qu'on eût defféché la Campagne
voifine , & détourné les eaux maré
cageufes alors , dis - je , on pouvoit former
quelques foupçons contre la falubrité du Licu ,
& craindre la fanté des Habitans qu'on
pour
vouloit y fixer , mais les fages précautions
de LOUIS LE GRAND ont fi bien
pourvû
à tous les inconvéniens , que l'on vit aujourd'hui
à Versailles jufqu'à la vieilleſſe la
plus reculée. Auffi notre grand Monarque y
jouit , avec toute la Famille Royale , d'une
fanté conftante & parfaite.
· 12
Plaife au Ciel d'en prolonger la durée , &
d'exaucer les voeux que nous faifons tous
pour fa confervation , d'où dépend celle de
I'Etat La fituation avantageufe de Verfailles
, la température de fon climat , qui
con
1268 MERCURE DE FRANCE.
contribuent particuliérement l'une & l'autre
à la falubrité de l'air , favorifent notre efpérance.
Nous avons donc raifon de conclure , que .
Pair de VERSAILLES eft bon &falutaire.
Cette Thèse fut foutenue avec beaucoup
de fuccès par M. François de Sales , Daniel
POULLIN , d'Orleans , de la Société Royale des
Sciences , & Docteur en Médecine de la Faculté
de Montpellier , Bachelier de celle de
Paris , lequel l'avoit lui-même compofée pour
fa Thèfe Cardinale , fous la Préfidence de
M. Louis -Marie Pousse , Docteur Régent.
St Wst skit ft Seft fittest
REPONSE de M. Nericault Deftouches,
à une Epitre anonyme , en Vers
Marotiques.
Lorfque chés moi parvint l'Epitre vôtre
Sur le fujet de Bayle votre Apôtre ,
Ne m'y trouva : lors étois à Paris ;
Partant , Seigneur , pas ne foyez furpris
De mon filence , & foyez sûr , beau Sire ,
Que fur le champ vous euffe répondu ,
Si votre Ecrit tôt m'eût été rendu ;
Mais fur ma foi , viens que de le lire ,
Et ne fçaurois différer un moment
De vous répondre. A donc premiérement ;
Bicn
JUIN 1743 .
1269
Bien qu'avec moi tâchiez d'être anonyme ,
Je vous connois par le ftyle & la rime.
Or , le dirai tout naturellement ,
Certes , par l'un méritez mon eſtime ;
Par l'autre , non. Dans maint & maint Ecrit ,
Souvent avez fignalé votre efprit ;
Mais de tout tems deux chofes vous manquerent
Rime & Raiſon : Rares dons que n'acquierent
Gens tels que vous , dont l'efprit pétillant ,
Les facrifie à l'amour du Brillant .
Pourrois de plus , vous dire en confidence ,
Qu'eûtes toûjours forte propenfion
A vous piquer de profonde fcience ,
Pour faire nargue à la Religion ,
Preuve , à mon fens , d'un grand fond d'ignorance;
Ce que par trop mettrois en évidence
Si prétendois creufer la queſtion.
Vous me tancez avec fine énergie ,
'Livrant affaut à ma Théologie ,
Et fans façon la traitez de bibus ,
Me renvoyant à l'oeuvre Dramatique ;
Comme à l'objet de mon talent unique ,
Parce qu'ai vû les périlleux abus
Trop réfultans de la fauffe Doctrine
De ce Prothée aimable & captieux ,
D qui l'efprit , pour vous fi radieux
Vous femb leextrait de l'Effence Divine ;
Tant
1170 MERCURE DE FRANCE:
Tant & fi bien , que vous faites honneur
De l'avouer pour votre Directeur ,
Et vous croyez , uſant de ſon étoffe ,
Profond Auteur , & fubtil Philofophe ,
D'un ton hautain ofant me défier ,
De vous cotter feulement une page
Qui m'autorise à blâmer fon Ouvrage ,
Qu'en mes Ecrits ai voulu décrier .
Or vous réponds qu'accepte avec courage
Votre Cartel , fuffiez - vous un Géant ,
Et me fais fort de vous mettre au néant ,
En vous prouvant que Bayle votre Maître ,
Par qui jurez , fans l'entendre peut-être ,
Car qui l'entend fçait fairer fon poiſon )
Onc ne tendit qu'à leurrer la Raiſon`;
Qu'aux préjugés en déclarant la guerre ,
De faux Sçavans il a peuplé la Terre ;
Plus dangereux par tout ce qu'il oſa
Leur fuggérer , que ne fut Spinoza ,
Dont la Doctrine égale à l'impudence ,
Heurtant de front la fainte Vérité ,
Onc ne couvrit l'affreufe impiété
De les erreurs , d'un voile d'innocence.
Partant , Seigneur , quand aurez déclaré
Votre vrai nom , nous irons fur le Pré ,.
Où vous & moi nous livrerons bataille ,
En chamaillant & d'eftoc. & de taille ;
E་་
JUIN. 1743 1271
Et me fais fort de vous faire avouer ,
Un Bayle en main , que ce plaifant Sophifte ,
Que tant prifez d'être bon Calviniste ,
De la Raifon cherchant à fe joüer ,
D'un fot Lecteur fait fouvent un Déïfte ,
Ou tout au moins un efprit incertain ,
Embarraffé fur le choix d'une route :
Et trop fçavez qu'homme qui toujours doute ,
Enfin conclut par être un Libertin.
LETTRE de M. D. à M. L. au fujet de la
481 ° . Lettre de M. l'Abbé Desfontaines ,
fur le Livre de M. Morelli.
Plus jepenfe , Monfieur , à notre con
verfation d'hier , moins je puis être de
votre avis. Ce n'eft pas que j'approuve l'Auteur
de l'Effai fur l'Efprit humain d'avoir reculé
juſqu'à l'âge de 14. ou 15. ans l'étude
des principes de la Grammaire . Car quoique
la grande expérience que j'ai acquife en cetse
matiére me perfuade que l'on peut marcher
avec fuccès par la route qu'il trace ,
puifqu'il fera toujours conftant qu'une Langue
s'apprend par l'ufage , & que la pratique
dans l'ordre naturel précede toujours
la théorie ; cependant cet Auteur , à ce qu'il
me femble , auroit dû ménager des préventions
1272 MERCURE DE FRANCE
ventions
quer
que fon fentiment ne pouvoit mand'effaroucher
outre que l'efprit des
jeunes gens eft fuffifamment mûr pour les
réflexions grammaticales , long-tems avant
l'âge qu'il prefcrit , & qu'en ce cas c'eft fe
refufer à de plus grands progrès que de ne
pas réunir à leur pratique la théorie & les
principes de la Grammaire . Mais au refte je
ne fçaurois blâmer avec vous cet Auteur ,
que vous trouvez d'ailleurs fi fenfé , d'avoir
retranché les Thêmes du commencement
des études. Trop de gens du premier mésite
ont été & font de ce fentiment , qui
Commence même à devenir celui du Public
pour que j'ole le taxer d'abfurdité. Ainfi il
me paroît que vous prenez trop à la lettre
ce qu'un peu de mauvaiſe humeur fait dire
à M. l'Abbé D. F. à ce fujet. Vous donnez
à fa penfée plus d'étenduë qu'il n'a cu deffein
de lui en donner lui-même , & je fuis
perfuadé qu'il défavoueroit ce que vous lui
faites dire : Le début de fa critique eft infoutenable
, de la façon que vous l'entendez .
Soyez en juge vous même. Je vais vous .
remettre devant les yeux fon Texte avec
mes Réflexions à côté , & fi vous me le permettez,
j'en fuivrai de même pied à pied toutes
les propofitions où nous nous trouvons
tous deux de fentiment oppofé. Ainfi ce
fera toujours à vous , Monfieur , que j'adrefferai
la parole . Lettre
JUIN.
1743. 1273
Lettre 481 .
La Pédagogie [ je prens ce terme dans un
bon fens ] a en , Monfieur , de tous tems fes
Empiriques , ainsi que l'Art de la Médecine:
Rien n'eft plus commun que de voir des Refor
mateurs d'études , des maîtres à fecret pour l'éducation,
des inventeurs de nouvelles méthodes ,
Cenfeurs des exercices ufités de la jeuneffe ,
Docteurs qui fe croyent plus habiles que les
Sçavans Maîtres qui les ont précédés.
,
Voyez , M. fi vous pourriez appliquer
cette tirade de Sinonimes à quelqu'un des
grands Noms qu'on peut vous citer. Prenons
les premiers qui fe préfenteront à notre mé
moire , un M. Rollin , par exemple , à qui
M. l'Abbé D. F. a donné lui- même de fi
grandes louanges ; un Ļoke , ce Philofophe
fi fenfé , dans fon Traité de l'Education ; un
M. le Fevre Pere de Mad . d'Acier ; un
Montagne ; un P. Lamy dans fes Entretiens
fur les Sciences : je ne dis rien des Auteurs
vivans. Mais , auquel de ceux que j'ai nommés
, donneriez -vous le nom d'Empyriques
de la Pédagogie ? Et fi vous ne prenez point
fur vous une telle abfurdité , pourquoi voulez
- vous l'attribuer à l'Auteur des Obfervations
Pourquoi prétendez vous qu'il profcrit
tout effort que l'on fera pour donner à
l'éducation plus de perfection ? Na - t'il pas
dernierement
1274 MERCURE DE FRANCE
dernierement comblé d'éloges l'Abbé Berthaud,
dont le travail n'eft que le développement
d'une idée que M. Dumas a donnée
dans fon Livre ? Pourquoi donc prêter à
l'Obfervateur cette bizarrerie de vouloir
qu'il n'en foit pas de l'Art d'enfeigner une
Langue comme des autres Arts, qui doivent
naturellement faire du progrès , & de prétendre
que les bons Elprits , Difciples de
Sçavans Maîtres ne doivent point devenir
encore plus habiles que leurs Prédéceffeurs ?
Suivons fon Texte.
Ceux- ci exerçant la Méthode ordinaire ont
fait d'excellentes Educations. C'est en la fui
vant avec difcernement , & en l'appliquant ,
fans l'afſujettirfervilement à toutes les Régles
antiques qu'ils ont formés , tant d'Excellens Sus
jets.
La Queſtion n'eft pas de fçavoir s'il y a
des Génies heureux & capables de réüffir
quelque route qu'on les méne, ni s'il y a des
Maîtres judicieux , qui en maniant une mauvaiſe
Méthode fçavent en tirer le meilleur
parti qu'il eft poffible, & faire d'excellentes
Educations ; mais de fçavoir fi la Méthode
commune eft la plus proportionnée au plus
grand nombre des Efprits & la plus
propre à réüffir ; c'eft - là ce qu'il faudroit
prouver.
Si l'on voit des perfonnes qui n'en ont tiré
aucun
JUIN. 1743 1275
que
aucun profit , c'est qu'elles n'avoient aucune
difpofition pour les Lettres & leur Esprit
étoit ou borné , ou trop vif, ou pareffeux &
leur volage imagination rebelle à toute forte
d'Inftruction & de Difcipline , ce qui n'est que
trop commun.
Avoir de la difpofition pour les Lettres ,
& apprendre une Langue , ce font chofes
bien differentes. Peu de gens font propres
devenir Gens de Lettres , & tout le monde
eft capable d'apprendre une Langue , pour
vû qu'on ne foit point accablé par une multitude
de fauffes Régles , ce qui eft inévitable
dans la Méthode de commencer les
Etudes par la compofition des Thêmes. Mais
fi cette Méthode eft fi parfaite, felon vous. &
felon l'Obfervateur , qu'on ne puiffe rien inventer
de meilleur , d'où vient donc qu'il
n'eft que trop commun de trouver differens
Caractéres d'Esprit à qui elle ne convient
point ? D'où vient qu'on voit fi fouvent des
Enfans du plus bas âge s'annoncer avec les
plus heureufes difpofitions , tant qu'il ne s'agit
encore que de Leures d'Auteurs François
, Hiftoire , Fable , Geographie & même
Phyfique , faifir tout avec une égale vivacité
de conception , perdre enfuite ces
heureufes difpofitions , lorfqu'il s'agit de Rudiment
& de Particules , & ne les retrouver
qu'en Seconde ou en Rhétorique , lorfque
les
1276 MERCURE DE FRANCE
les chicanes de la fauffe Grammaire font en
fin paffées ? Car il eft bon de remarquer que
fouvent ce font les meilleurs Efprits à qui
cette Méthode ne convient point. N'eft - ce
point que la droiture d'Efprit rend heureufement
de bons Génies impropres à une
Science qui ne ferviroit qu'à les gauchir &
à les rendre faux , comme il arrive fi fréquemment?
Aucune des nouvelles Méthodes ne peut nous
citer des exemples capables de leur faire donner
la préference fur l'ancienne.
La Méthode de commencer par l'explication
des Auteurs en peut citer d'éclatans ,
un jeune le Fevre, une Mad . Dacier, fa foeur
qui avoit déja donné au Public des Auteurs
Latins avec fes Notes Latines , fans avoir de
fa vie fait un feul Thême , & ces jeunes
gens dont parle M. Loke , & bien d'autres
que l'on pourroit citer font des exemples
décififs.
"
Elles ne peuvent alléguer en leur faveu:
que quelques raifonnemens qu'un fouffle renverse.
,
Lifez feulement , Monfieur , la Lettre fur
l'abus des Thêmes que je vous envoye &
puifqu'il n'eft queftion que de fouffler , foufflez
, fi vous voulez , à renverser les Mone
tagnes.
Ces fortes de Systêmes hardis qui éblouiffen
Les
JUIN. 1743
1277
les efprits fuperficiels ne peuvent fe foutenir
contre une foule d'inconvéniens qui en réfultent
.
Mettez , je vous prie , les chofes égales ,
autant d'entêtement pour une nouvelle Méthode
que pour l'Ancienne , celle- là , fi
faufle qu'elle foit , fe foutiendra , je vous
jure ; il faudra bien qu'elle marche à grands
coups de verges ; à force de larmes & d'années
l'on arrivera enfin au terme comme à
l'ordinaire . Peut-on citer des inconvéniens
d'une nouvelle Méthode, lorfque l'Ancien
ne n'eft elle -même qu'un inconvénient perpétuela
En Pédagogie comme en Médecine , il faut
s'en tenir à l'expérience , un vieux Praticien
vaut centfois mieux qu'un Novateur Spéculatif
qui nefçait que foutenir des Thèfes & débiter
des Paradoxes.
Cette Maxime , M. dont vous m'avez paru
frappé , & qui feroit bonne ailleurs , porte
içi totalement à faux. C'est l'expérience
même qui a convaincu ceux qui ont écrit
contre l'Ancienne Méthode , il n'y en a pas
un qui foit un Novateur , Spéculatif. Tous
ont été & font Praticiens , & M. Morelli
paroît ne l'être pas moins que les autres. Enfin
fi vous voulez un Praticien , vous le trouverez
dans la Lettre fur l'abus des Thêmes.
On voudroit , pour ainsi dire , jetter une
Education
278 MERCURE DE FRANCE
Education au moule. On voudroit qu'une Langue
ancienne telle que la Langue Latine
qui ne fe parle plus , qui ne s'apprend qu'en
lifant & en écrivant.
Notez , M. ce mot en lifant , placé avant
cet autre en écrivant , & à cette exactitude
de l'Obfervateur , remarquez comment
dans un bon Eſprit le bon fens perce toujours
à travers toutes fes préventions . Oui ,
M. c'eft ainfi que nous l'entendons , il faut
lire avant que d'écrire , expliquer d'abord
les Auteurs Latins , pour en venir à compofer
en Latin. Faire autrement , c'eft aller
Contre la nature & le bon fens.
Une Langue qui a cent fois plus de difficulté
que nos Langues modernes.
Peu de gens conviendront que la Langue
Latine foit plus difficile que nos Langues
modernes , & nommément que la Langue
Françoife .
Fut enfeignée à un enfant comme un jargon
Sans Principe & fans Grammaire & la
par
voye d'une plate routine.
Mais fi l'on réüffiffoit par cette voie in
plate , ce feroit donc un grand malheur,à votre
jugement.
J'ai vu un enfant ainfi élevé qui parloit
Latin à 7 ans s'énonçoit avec autant de
facilité, fans exagération qu'un Docteur fur les
Bancs . A dix ans , on commença enfin à lui
mettre
JUIN. 1743:
1279
mettre entre les mains les Selectæ Hiftoriæ ,
Les Fables de Phedre , & les Auteurs les
plus aifés , mais il n'y put rien comprendre.
Ce fut pour lui une Langue abfolument Etrangere
dont il n'entendoit que les mots , fans en
entendre la conftruction , & les rapports ,
fans pouvoir rendre le fens d'aucun Auteur.
*
ن ف
Perfonne ne peut s'empêcher d'avouer que
c'étoit une grande avance pour cet enfant ,
encore plus grande, s'il fçavoit parler un Latin
pur & élegant.
* Et les Enfans de cet âge, quand ils n'ont
encore rien lû en François , comprennentils
bien les Fables de la Fontaine ?
Quelle avance encore une fois ! Il portoit
fon Dictionnaire dans fa tête ; il étoit familiarifé
avec les Terminaifons Latines ;, il ne
s'agifloit donc que de lui faire entendre la
conftruction & les rapports des mots. C'eſt
ce qu'auroit fait en peu de tems quelqu'un
de ces Novateurs qui l'eût fait enjamber
l'arrivée aux premieres Claffes , comme dit
Montagne. Mais ce pauvre enfant tomba
dans des mains bien mal adroites , pourvû
encore que la malice ne s'en foit point mêlée
, ce qui n'eft pas fans exemple.
Il fallut le mettre à la Grammaire comme
Les enfans ordinaires.
Il faut bien en venir à la Grammaire , tôt
II. Vol. B оц
1180 MERCURE DE FRANCE
ou tard. Perfonne ne prétend l'exclure pour
toujours.
Et lui faire faire des Thêmes , pour l'accoûtumer
aux Inverfions & aux Locutions Latines
& au goût particulier de cette Langue.
Les Themes des premiéres années n'accoûtument
, ni aux Înverfions ni aux Locutions
Latines , puifque la compofition de
ces Thêmes n'eft qu'un pur Méchaniſme, &
que les Enfans n'entendent pas même le Latin
qu'ils viennent de compofer.
Il eft certain que c'est en faisant expliquer
Jouvent les Auteurs Latins aux Enfans , qu'on
les familiarife avec leur langage.
Remarquez encore ce mot : c'eft en faifant
expliquer ; & c . ce n'eft pas , comme vous
voyez, en commençant par faire fouvent des
Thêmes , fans aucune explication d'Auteurs.
Le vrai échape naturellement aux gens de
bon fens , même au milieu d'une fauffe
route.
Mais fi l'on s'avifoit de le faire , fans avoir
préalablement muni leur mémoire des Principes
de la Grammaire, ce feroit affurément leurfaire
perdre le tems, les accoûtumer à deviner plutôt
qu'à comprendre.
Si l'on s'en avifoit , il arriveroit qu'on ne
préfenteroit point aux Enfans les Etudes Latines
fous des dehors triftes & rebutans
que le maître trouveroit lui-même fon métier
JUI N. 1743 1281
tier plus agréable & plus facile , que le tems
des commencemens feroit perdu à apprendre
un grand nombre de mots & de tours
Latins qui feroient une provifion de matiére
pour les réfléxions Grammaticales des années
fuivantes,qu'en attendant les Enfans s'accoutumeroient
à devenir jufte ,comme l'habitude
d'une Langue fait deviner jufte la penſée de
ceux qui la parlent , qu'ils iroient ainfi de
plein pied à la compofition en Latin , que
les uns & les autres ne perdroient autre chofe
, finon bien des occafions aux Maîtres de
fe mettre en colere , de crier , de fraper ;
aux Diſciples de pleurer , de fe rebuter , de
fe dépiter contre un fardeau intolérable.
Voilà bien des pertes , bien des malheurs à
la fois.
C'est cependant cette méthode d'expliquer les
Auteurs fans aucun principe , qu'un homme
d'efprit effaya d'accréditer il y a environ vingt
Ans.
De tous les Novateurs , pas un n'a préten
du qu'on dût fe paffer pour toûjours de la
Grammaire. M. Morelly lui même , qui va
plus loin que les autres , veut qu'enfin les
principes de la Grammaire viennent arramger
les idées de fon éleve .
Peut être que la pratique n'en convient qu'à
lui feul avec des lumiéres fupérieures & une
habitude pour cette méthode , incapable de
Bij réuffir
282 MERCURE DE FRANCE
réüffir entre les mains d'un autre comme dans
les fiennes.
Il n'y a point ici tant à finaffer. Tout le
monde concevra toujours la facilité qu'il y
a pour un Maître de prendre un Latin fim
ple, d'en faire la conftruction la plus exacte
d'y fuppléer les mots fous - entendus , de
traduire ce Latin en François , chaque mot
Latin par chaque mot François qui y répond
le plus littéralement qu'il eft poffible,
de rendre enfuite chaque Phraſe par un meilleur
François , de faire répeter à fon Eleve
ce qu'il vient d'entendre , & de continuer
ainfi, jufqu'à ce que l'efprit de cet enfant foit
en état de fupporter le travail des Réfléxions
Grammaticales. Quel eft le maître qui n'en
puiffe faire autant ? Si l'on en doute, on n'a
qu'à voir le choix d'Auteurs Claffiques que
M. du Marfais vient de publier , & l'on
avouera , pourvû que l'entêtement & la
mauvaiſe volonté ne s'en mêlent point, qu'il
n'y a perfonne qui ne foit en état de commencer
par cette méthode le Latin à un
enfant.
On a beaucoup raiſonné ſur l'utilité des
Compofitions Latines qu'on fait faire aux enfans
,& qu'on appelle Thême ; je vais propofer
fur cela un Argument qui me paroît fans replique
. Un François qui va à Londres, apprendra
- t - il la Langue du Pays en fe contentant
d'écouter
JUÍN. 1743 1283
d'écouter les Anglois ? * Ne faudra t'il pas
qu'il s'accoutume à parler Anglois lui - même ?
Cet exercice de parler la Langue Angloife
ne lui donnerat- t'il pas plus de facilité pour
entendre les Anglois qui lui parleront ? * Or
quand un enfant fait des Thêmes , il parle Latin,
non avec fa Langue , mais avec fa plume:
Voilà encore une fois l'Obfervateur em
porté par la droiture naturelle de fon efprit
dans notre fentiment aux dépens de celui
qu'il voudroit établir. C'eft en écoutant parler
une Langue & enfuite en la parlant , ditil
, qu'on l'apprend. Voilà l'ordre de la Nature
; nous ne difons pas autre chofe.
* Rien de plus vrai , fi l'on a commencé
par écouter les Anglois , rien de moins vrai ,
fi l'on n'a pas commencé par écouter les
Anglois .
* Donc cet enfant doit commencer par
écouter , c'eft à- dire , expliquer les Auteurs.
Le feul abus qu'il y ait à craindre, eft l'excès
des Thêmes & l'abus des minuties de la Grammaire,
fur lefquels on fait mal à propos rouler
eet utile exercice.
Combien peu de Maîtres judicieux, au ju?
gement de l'Obfervateur , c'eſt-à-dire , au vo
tre ,Micar hier vous convîntes de cet excès &
de ces minuties? Or les Maîtres ne font à leurs
Eleves aucune explication d'Auteurs pendant
toute la premiere année de cet exercice
B iij
au
1284 MERCURE DE FRANCE
au moins ; voilà l'excès des Thêmes , & ils
appuyent fur les moindres difficultés , voilà
les minuties ; ainfi l'Obfervateur fe met
avec vous au rang des Empiriques de la Pédagogie.
Au lieu que les Thêmes devroient uniquement
fe rapporter aux Auteurs que les Etudians
ont actuellement entre les mains.
Voilà une quatrième fois notre fentiment
infinué de nouveau par l'Obfervateur. Par
conféquent l'explication des Auteurs doit
précéder la compofition des Thêmes . Nepeut-
on point foupçonner qu'il fait femblant
de nous combattre , pour mieux faire ſentir
l'erreur de nos adverfaires ?
>
On remarque que ceux qui ont étudié le
Latin ou quelqu'autre Langue que ce foit ,
fut-ce l'Allemand , ont toujours l'efprit plus
juste que ceux qui n'ont eu d'autre Maître de
Langue que leur nourrice. Cette Méthode eft
bien éloignée de celle de faire expliquer des
Auteurs difficiles fans aucune leçon préalable
fur la Grammaire . Je n'ai jamais conçu comment
une idée fi finguliére étoit venuë à un homme
d'efprit.
Il n'y a point de doute que la Grammaire
ne mette de la jufteffe dans les idées . Auſſi
jamais perfonne n'a-t- il prétendu la fuprimer.
C'eft fe battre contre un Phantôme
que
gumenter là-deffus. Eh ! quel inconvénient y
auroit- il
d'arJUIN.
1285. 1743
auroit-il de préfenter la Grammaire aux Etudians
dès qu'ils ont l'efprit affés mûr pour
en faifir les raifonnemens fans effort , & qu'ils
ont commencé par expliquer quelques Auteurs
faciles felon la Méthode de M. du
Marfais.
Quiconque a lû fans prévention l'expofition
de cette Méthode, ne peut s'empêcher
d'en regarder l'Auteur comme le plus judicieux
Grammairien qui ait écrit de nos jours
fur cette matiére. Et quand fon Epitome ne
feroit autre chofe qu'enfeigner aux jeunes
Maîtres jufqu'à quel point ils doivent être
fcrupuleux envers leurs Difciples fur l'intelligence
Littérale de chaque mot Latin , ce
feroit toujours un fervice important qu'il
auroit rendu aux Lettres , puifque c'eft un
défaut général dans les Maîtres des jeunes
commençans de ne point leur attacher
d'idée préciſe à chaque cas , à chaque tems ,
à chaque mot de Latin , foit en faifant des
Thêmes , foit en expliquant les Auteurs.
D'où naît une confufion d'idées la plus
étrange.
On apperçoit aisément dans l'Ouvrage
de M. Morelly , que c'eft fur M. Du M.
que s'eft formé ce jeune Auteur qui don
ne de lui de fi grandes efpérances , puifque
cet Ouvrage , où il eft vraiment Créateur
de tout ce qu'il y fait entrer , porte ce-
В iiij. pendant
1286 MERCURE DE FRANCE
pendant par - tout la teinture de l'efprit de ce
grand Maître. Encore une petite Réfléxion ,
je vous prie.
Il vous plaît, auffi bien qu'a M. l'Abbé D.
F. de confondre , écrire en Latin , & faire
des Thêmes. Mais qui eft- ce qui ne ſçait
pas que rien n'eft plus diftinct que ces deux
exercices , & qu l'on peut fort bien , fans
avoir jamais fait de Thêmes , écrire trèsbien
en Latin , témoin Mad. Dacier ?
Tous les ans les Profeffeurs de Rhétorique
voyent briller dans leurs Claffes au - deſſus
des autres , par la Latinité de leurs difcours,
de jeunes gens qui avoient mal réüſſi dans
les Claffes inférieures à la compofition des
Thêmes : la raifon de cela ne paroît pas
difficile à trouver. Les autres , par une longue
fuite d'années dans l'exercice des Thêmes
, font montés à ne fe repréfenter les
tours Latins qu'en conféquence des tours
François. Ceux- ci,au contraire, n'ayant point
pris goût à cet exercice , la premiére choſe
qui fe préfente à leur efprit pour exprimer
leurs pensées , c'eft les tours des Auteurs
qu'ils ont lû avec avidité , plus pour en fentir
les beautés , que pour en faire la traduction.
Je pourrai quelque jour vous déveloper
ma pensée fur cela. En voilà affés pour
aujourd'hui , de crainte de vous ennuyer.
Je fuis , &c .
LE PIGEON
JUIN.
1743. 1287
XXX ******** :* : *******
LE PIGEON ET LA COLOMBE;
Allégorie à Mlle de L * SS*.
Solitaire dans fon féjour ,
Un Pigeon jeune encor & fans expérience ;
Se flattant de pouvoir triompher de l'Amour,
Croyoit loin du torrent contempler ſa puillance. fa
» Quoi ! je ſacrifierois , difoit- il , mon repos ,
» Pour une douceur paffagere ?
» Les Plaiſirs qu'offre aux coeurs l'Idole de Paphos ,
" Sont fouvent un tiffu des plus terribles maux ;
Ses agrémens pour moi ne font qu'une chimére ,
» J'en reconnois trop bien les funeftes effets.
Non loin du voifinage ,
Vivoit une Colombe : efprit , talens , attraits ,
Belle taille , joli plumage ,
Tout en elle tenoit de la Divinité ;
A l'envi chaque Oifeau venoit lui rendre hommage.
Notre Caton la vit , & fon coeur enchanté ,
Lui démontrant le faux de fa Philofophie ,
Fait bien - tôt confifter le bonheur de fa vie
A pofféder cette Beauté :
Complaifance , affiduité
Bref, il met toute fon adreſſe
A lui fignaler fa tendrelle.
BY
Plus
1288 MERCURE DE FRANCE
Plus de repos , plus de tranquillité ,
Aux fidéles Amans , circonftance ordinaire.
Elle de fon côté , i
Sembloit répondre aux foins qu'il pre noit pour lu
plaire ;
Doux gazouillemens , tendres yeux ,
Deviennent les garans d'un amour fi fincére ,
Et rendent nos Amans heureux :
Cupidon content de fa gloire ,
S'empreffe à contenter leurs feux ,
Jufqu'à ce que l'Hymen couronne la victoire.
Le Jeune , ainsi que le Vieillard ;
A l'Amour , tout ce qui refpire ,
Vient fe foumettre tôt ou tard :
Nos coeurs font un tribut qu'on doit à ſon Empire ;.
En vain à fes traits immortels
Voudroit-on oppofer les loix de la Prudence ;
Le moindre objet vainqueur de notre indifférence ,
Nous amène captifs aux pieds de fes Autels :
Si-tôt que de ce Dieu la voix fe fait entendre ,
On viole les voeux qu'on auroit pû former ,
Et connoiffant que l'on eft tendre ,
On éprouve qu'un coeur n'eft fait que pour
aimer.
Gaudet.
REMARJUIN.
1743. 1289
XXXXXXX
REMARQUES de M... au fujet de la Differtation
fur la nature de la Raifon & du Raifonnement
, imprimée dans le Mercure de
"J
anvier dernier , p. 13.
E n'entrerai icr dans aucun examen du
J Fond de ce que l'Auteur de cette Differtation
avance. Je me contenterai de remarquer
pour l'utilité publique , que quand il s'agit de
cenfurer un Ecrivain , il faut le bien entendre ,
& s'être mis au fait des Sciences dont il emprunte
fes expreffions. Cela a fa jufte application
fur la Critique que l'Auteur en queſtion
exerce ( p. 25. & fuivantes ) contre le P. Malbranche
; à l'occafion de ce que ce dernier ſe
fert du terme de Rapport d'inégalité, le Differtateur
demande hardiment, Peut-on dire avec
jufteffe , qu'ily a des Rapports d'inégalités ? Aprèsquoi
il rend une foible raifon de fon doute
& qui ne mérite feulement pas qu'on la re
léve.
Il faut donc qu'il fçache que cette expreffion
du P. Malbranche eft empruntée totalement
des Mathématiques, auffi-bien que les exemples
qu'il rapporte au lieu cité. Il fuffit de
lire le célebre P. Reinaud dans fon excellent
Ouvrage de la Science du Caloul , &c. p. 19.
Quand l'antécédent , dit - il , & le conféquent
B. vj d'un
1290 MERCURE DE FRANCE
d'un Rapport font égaux , on le nomme un Rap
port d'egalité , quand ils font inégaux ; on le
nomme un Rapport d'inégalité , c'eſt fa définition
15. Voyez auffi l'Axiome qui eſt après
cette définition.
Voilà donc une expreffion employée par de
célébres Mathématiciens . Le P. Malbranche
a par conféquent pu s'en fervir légitimement,
fans avoir lieu de craindre qu'onlui fitlà deffus
une queſtion , telle qu'on pourroit la faire
à un écolier ; mais queftion au refte , qui
montre que celui qui la fait ne fçait pas feulement
les premiers principes de Mathéma
tiques , Science fi néceffaire à tous ceux qui
veulent apprendre à raiſonner jufte . Quant à
la jufteffe de l'expreffion en elle - même , que
l'Auteur de la Differtation attaque , je le renvoye
aux Mathématiciens .
Au furplus , je protefte que je n'ai pas
remarqué ceci par attachement pour les
opinions particuliéres du P. Malbranche
dont je fuis le premier à reconnoître les fautes
, mais ce font des fautes d'un grand homme
, & d'un génie fupérieur , & ce ne fera
jamais par des queftions frivoles , & hazardées
fans connoiffance de caufe , qu'on montrera
en quoi ces fautes peuvent confifter.
A Sens , ce 7. Avril 1743.
ODE
JUIN. 1291
1743.
it attatt
ODE
Adreffée à M. Roy , fur fes Oeuvres
diverfes.
Q
U'entens-je ! eft- ce un Mortel ? eft- ce un
Dieu qui m'enchante ?
Ah ! je n'en doute plus , c'eft Apollon qui chante;
Ce ne peut être que fa voix :
Je reconnois aux fons de fa douce Mufette
Le Paſteur des Troupeaux d'Admete ,
Il fe proméne dans nos Bois.
*
་
Tout y devient fenfible , & de cette onde pure
Je n'entens déja plus l'affoupiffant murmure ,
Je vois s'arrêter le ruiffeau :
Le Roffignol charmé , lui cede la victoire ,
Augmente en l'imitant fa gloire
Par un gazouillement nouveau.
*
Il chante des Bergers les amoureuſes peines ,
Leurs plaifirs innocens, la douceur de leurs chaînes;
H s'allarme de leurs dangers :
On ne l'entend jamais faire fur la Mufette
Réfonner un air de Trompette ;
Ses Bergers font toujours Bergers ;
1292 MERCURE DE FRANCE
Méprifant le faux art d'une indigne Rivale ,
Et tous les faux brillans , fa Muſe paſtorale
N'offre que de naïfs tableaux :
Ses Chanfons font toujours une jufte peinture .
On voit éclore la Nature
Sur les traces de fos pinceaux.
Vous qui tendez au Prix de la Flute champêtre ,
Sur les fiennes, Bergers , allez au pied d'un Hêtre,
Allez réformer vos Chanfons :
Admirez , comme moi , de fi rares merveilles ,
Et ne bleffez plus mes oreilles
Par la dureté de vos fons.
*
Mais quel charme imprévu, loin des Hameaux tranquilles
,
Me tranfporte foudain dans le féjour des Villes ?
Je vole , Apollon , fur tes pas :
Tu m'as bien découvert la plus fimple Nature ,
Mais fans voir toute la parure ,
Non , non , je ne te quitte pas.
*
Ce n'eft plus la Mufette ; il prend en main fa Lyre;
Tout autre qu'Apollon pourroit-il y fuffire ?
En eſt-il un dans l'Univers ?
Dans le lieu qu'il convient il monte chaque corde ,
E:
JUIN.
1293 1743
Et tour à tour il les accorde ,
Pour en tirer des fons divers .
*
E touche , & par fes doigts les cordes animées
Répandent par nos fens dans nos ames charmées-
Un aimable raviſſement :
Et fa divine voix à l'Inftrument unie ,
De la plus parfaite harmonie
Fait éprouver l'enchantement.
*
I chante des grands coeurs les vertus magnifiques ;
Il vante leurs beaux faits , leurs ames héroïques ,
Leur inviolable équité :
Il porte jufqu'aux Cieux les Vainqueurs de la Terres.
De lui les Maîtres du Tonnerre
Reçoivent l'Immortalité .
*
D'un ton moins éclatant , mais autant admirable ,
Il connoît le pouvoir d'un objet adorable ,
Et rend hommage à fes attraits :
fe plaint des rigueurs d'une Beauté cruelle;
Il menace de fuir loin d'elle ,
Et cependant ne part jamais.
*
Il nous charme toujours , quelque inftrument qu'il
prenne ;
Qu'il chante haut ou bas , on ne voit point qu'il
peine i
1294 MERCURE DE FRANCE
Il fçait ufer de tous les tons :
Dans ces eflais hardis qu'il fait de la Trompette ,
Sur des fujets ingrats qu'il traite ,
Il nous en donne des leçons .
3
Voilà mon Apollon ; nul autre n'en approche ;
Que les autres , de moi fans craindre aucun reproche,
Du moderne foient partiſans ;
Roy fçavant , à ces traits on doit te reconnoître ;
Je vois du Parnaffe le Maître ,
En qui j'en vois tous les talens .
LETTRE écrite de Plancoët en Bretagne , au
fujet de la Queftion de Droit Féodal , dont
il eft parlé dans le Mercure du mois de Janvier
dernier.
J Ai lû ,M, dans le Mercure de Janvier 1743. page 100. qu'un Curé de Haute-
Normandie doit fur fon Prefbytére , un Hanap
plein d'Oublies de Rente Féodale ; il demande
de quel métal eſt un Hanap ; ſa va •
leur & confiftance .
Le Hanap eft une fraction du Boiffeau courant
dans le Pays , & ordinairement le 8e, fi
l'aveu ne le fixe au s . 6. 7. ou autre quo
tité.
Par
JUIN. 1743. 1295
Par exemple , à Treguier , en Baffe- Bretagne
, le Boiffeau de Froment péfe 80. liv .
& vaut quatre livres de rente ; s'il eft dû une
Hanapée de Froment , le Seigneur prend le
huitième en espéces, ou à l'aprécie de juftice ;
fur les Côtes, il y a des Rentes Féodales d'Huitres
, de Bernys , d'Ormeaux , d'Huile , de
Poivre , de Cire , de Gands , & c.
La Hanapée , Tamifée , Peffelée , Aftelée ,
Ecuellée, Poiquetée , le Godet , &c . font des
quotités des anciennes méfures , dont on a
confervé les noms , en copiant fcrupuleufement
les anciens Titres pour s'y conformer
dans les nouveaux , comme on y employe
les Deniers , Obole , Monnoye , Tournois ,
la Maille d'or, & c.
Dans le cas propofé , on doit remplir d'Ou
blies le Boiffeau ou le huitiéme du Boiffeau
courant dans le Pays où le Fief eft fitué ,
péſer le huitième de ces Oublies , & le por
ter au Seigneur , fi mieux il n'aime fe contenter
du še , de la valeur du Boiffeau d'Oublies
, au dire de deux Oublieurs .
Page 78. du même Mercure , eſt une Dif
fertation fur la devife du Château de Marcouffis
, Il Padelt. Padet , ( dit - on , ) en
langue Bretonne veut dire duré au paſſé , &
Padan durera au futur. Quelle apparence
qu'en un Pays fi éloigné de Baffe- Bretagne
on ait voulu joindre au pronom François Il
>
IL
le1296
MERCURE DE FRANCE
I
e verbe Breton Padet ? Encore y a -t'il un L.
dont on ne fçait que faire.
Page 111. eft l'origine de la Lune de Landerneau
; il eft vrai qu'un jeune homme adreffé
à fon coufin à Paris , pour faire fes exercices
, remarquant la Lune aux Tuilleries ,
dit qu'elle reffembloit bien à celle de Landerneau
, ce qui marque combien ce jeune
coufin étoit neuf, & voilà la véritable origine
de ce conte qui n'a nul rapport à ce
qui eft dit dans la Pièce de Vers du Mercure.
J'ai lû dans le Journal de Verdun qu'on
réuffit à détruire la Fougére , en femant du
bled de Turquie , qu'on cercle beaucoup au
mois de Juin ; mais la meilleure manière de
détruire cette Plante , eft de la couper au ras
de la terre dans le croiffant de la Lune , qui
précéde la S. Jean au mois de Juin.
Ce 12. Mai 1743
****************
ODE
ANACREONTIQUE,
L'Autr ' Autre jour couché mollement .
Dans un endroit folitaire ,
Je rêvois
tranquillement
Aux biens que le Dieu de Cythére:
Prodigue
JUIN.
1297 1743
Prodigue à fes Favoris ;
Je voulus chanter fur ma Lyre
Les fentimens qu'il m'inſpire ,
Et célébrer les dons cheris ;
Tout fecondoit mon envie ;
Chers amis , le croiriez- vous ?
Appollon lui feul jaloux ,
Retira de moi ſon génie ,
Et me priva de tous fes dons ;
Mà Lyre autrefois docile ,
Ne rendoit plus aucuns fons;
En vain d'une main habile
J'en eflayai tous les tons ;
Mon Art devint inutile ,
Et dans ce trifte embarras ,
Oubliant le vainqueur de l'Inde ,
J'eus recours au Dieu du Pinde
Mais il ne m'écouta pas.
Je m'écriai , Dieu Tutelaire ,
Appollon , écoute mes voeux ;
Infpire-moi ces nobles feux ,
Et ce tranfport falutaire ,
Qui , gages de tes bienfaits ;
Immortalifent tes Sujets.
Grand Dieu , je fais voeu de te plaire ; .
Viens , je t'invoque en ce jour ;
Pour chanter le Dieu de Cythere
J'ai
298 MERCURE DE FRANCE.
J'ai besoin de ton fecours.
Il fut fourd à ma priere ,
Et dédaigna mon encens ;
D'un oeil farouche , & févere,
Ce Dieu vit tous mes préfens .
En vain je le follicite ;
Ma Lyre refte interdite ,
Et mes efforts font fuperflus.
Surpris , irrité , confus ,
J'abandonnai le Permeffe.
Le défefpoir me faifit ,
Et dans les bras de l'yvreffe ,
Je m'endormis de dépit.
D'abord, je fens dans ma veine
Couler des feux féduiſants ;
Je prens ma Lyre , & fans peine ,
J'en tire des fons charmans.
Bacchus & l'Amour m'enyvrent
De délicieux plaifirs;
Dans les doux combats qu'ils me livrent ;
Tout le prête à mes défirs.
Recevez donc mon hommage ,
Dieux, qui m'avez éxaucé ;
Sous tes loix , Amour , je m'engage ,
Et mon coeur t'eft confacré .
Adieu , Mufes ; Dieu de la Rime ,
Je ne t'invoquerai plus ,
ΕΙ
JUIN.
1743 X299
Et dans les bras de Bacchus
Bien loin de la double cime ,
Je vais oublier tes refus .
Je renonce à l'Hypocrêne ;
J'aime mieux mon vil Tonneau
Que la Divine Fontaine ,
Où l'on ne boit que de l'eau,
33
DISCOURS fur l'Amour de la Patrie.
DEtous les fentimens dont le coeur humain
peut être fufceptible , il n'en eft
point de plus noble , ni de plus glorieux ,
que celui qui fait le fujet de ce difcours ;
je veux dire l'Amour de la Patrie . Toutes
les vertus qui conſtituent l'honnête homme,
s'y trouvent effentiellement réünies . En effet
, un Citoyen épris de ce beau feu , ne
penfe , ne parle, n'agit que par des principes
élevés ; la probité , la candeur , le déſintéreffement,
dirigent tous fes pas , éclairent fa
conduite , rendent fon ame incapable des
baffeffes auxquelles oonn n'eft que trop enclin,
Eft-il quelque chofe de grand ou d'utile , à
quoi il ne s'attache , lorfque l'intérêt public
le demande ? Il s'oublie lui - même , il facrifie
généreufement ce qu'il a de plus cher. Les
éloges magnifiques que l'Hiftoire donne à ces
Grands
1300 MERCURE DE FRANCE
Grands Hommes , qui ont fait la gloire de
leur Nation & l'admiration de l'Univers ,
parce qu'ils ont confacré leurs fervices à la
caufe commune atteſtent aflés ce que valent
ceux qui , à leur exemple , employent
leurs veilles , leurs travaux , leurs biens &
leurs vies au foutien de l'Etat.
Si nous remontons aux tems heureux de la
Gréce , nous y verrons une foule de Héros
du premier ordre , s'occuper uniquement
& avec un zéle infatigable du foin des
affaires publiques , renoncer à leurs plaifirs
, épuifer leur induftrie à imaginer des
moyens pour l'aggrandiffement de la Répu
blique , pour étendre les conquêtes , pour
fe procurer des Alliés puiffans , pour mettre
les Sciences & les Arts en honneur
pour faire fleurir le commerce , en un mot
prodiguer leur fang pour défendre la Patrie .
Si de ces Climats fertiles en Républicains
célébres , nous paffons chés les Romains , y
cût-il jamais de Peuple qui ait porté l'Amour
de la Patrie à un degré plus éminent ? Quelle
grandeur d'ame n'ont- ils pas fait paroître
dans les conjonctures les plus difficiles ? La
Nature , contrainte de fe taire , cédoit à la
loi fouveraine de cet Amour ; leurs propres
enfans n'étoient pas épargnés ; ces innocentes
victimes payoient de leur tête les fcrupuleufes
délicateffes d'un Pere, & cela, pour
des
JUIN.
1743. 1301
des fautes affés légères , quand même elles
tournoient à profit. Confidérons maintenant
fous l'idée d'un bon Citoyen , qu'est- ce &
en quoi confifte l'Amour de la Patrie , quels
en font les avantages , quelle en eft là récompenſe.
I. PARTIE. L'Amour de la Patrie étant
une affection tendre , vive , agiffante , qui
preffe , qui meût & qui donne le ton à toutes
les facultés de l'ame , celui qui en eſt atteint
, non-feulement défire , mais cherche
& faifit avec empreffement les occafions de
rendre fes bons offices à la République .
Quelle eft fon étude principale celle de
former des projets utiles & de les conduire,
à une heureufe fin. Quel eft l'objet primitif&
dominant de fon ambition ? l'honneur
& la fortune de fa Nation : fes penfées ordinaires
ne roulent que fur ce point capital
: il ne s'eftime heureux & digne de vivre
qu'autant qu'il fert le Public : fa fanté , fon
repos , ne font de nulle confidération , quand
il s'agit de faire réüflir une entrepriſe : faut- il
s'expofer à des voyages longs & périlleux ,
paffer les mers , fe priver des ailes & des
commodités de la vie , fe traiter durement ,
rien ne l'arrête , il pouffe toujours en avant :
Quel qu'en foit l'évenement , fon efprit eft
tranquille ; s'il réüfit , il ne s'enfle pas du
fuccès : s'il échoüe , la pureté de fes intentions
1302 MERCURE DE FRANCE
il
tions le fauve du reproche ; le feul témoignage
de fa confcience lui fuffit ; il n'eft
la pas ébranlé par fecouffe d'un revers ,
ne s'en laiffe pas abattre ; au contraire , il fe
reléve avec un nouveau courage ; les contradictions
les plus rebutantes aiguisent fon
apétit il propofe des expédiens pour fe tirer
d'un pas dangereux , pour gagner des
voifins , flotans fur l'incertitude d'un parti
à prendre , ami ou ennemi , pour en humilier
de fiers & d'intraitables , pour mettre
l'Etat en fureté , pour rétablir des finances
épuifées , fans fouler les Peuples , pour appaifer
des troubles inteftins & domeftiques ,
éteindre le feu d'une fédition , pour
pour
entretenir l'harmonie du commerce , pour
le choix de Généraux habiles , de Magiftrats
intégres & capables de faire obferver exactement
les loix , pour attirer des Sçavans en
tout genre. Voilà , fans contredit , de beaux
deffeins ; ils méritent de grands applaudiffemens
; cependant des jaloux , qu'une fecrette
envie devore , empoifonneront ces
avis ; leur crédit les fera méprifer ; on les
rejettera fous des prétextes spécieux , mais
malins , n'importe . L'homme de bien, fupérieur
à lui - même , au lieu de lâcher prife
loin de fe retirer confus , s'enhardit davantage
; il réfume des forces qui furpaffent en
vigueur les premiéres ; affuré , quafi , que
la
JUINN . 1743. 1303
per- la perfuafion fera le fruit précieux de fa
féverance: il fçait que la vérité & la juſtice ſe
font jour à travers les nuages & les efforts
qu'on leur oppofe. D'où lui vient cette fermeté
invincible ? n'en cherchons pas la caufe
ailleurs , elle fort de fon fond. Un éguillon
dont la pointe aiguë ne s'émouffe jamais ,
le pique au vif ; l'Amour de la Patrie a jetté
de fi profondes racines en lui , qu'elles pouffent
en dehors , malgré les intemperies de
l'air , malgré les vapeurs peftilentielles , figure
bien naturelle du venin que la bouche
des méchans exhale.
Son coeur eft une efpèce de champ de ba
taille où fe livrent fouvent de rudes combats
; l'intérêt perfonnel fe mêle-t - il de la
difpute ? s'il ofe fe mettre fur les rangs il
fuccombe. Le fang , qui par le droit de fa
prééminence fur tout ce qui établit la véritable
tendreffe , prétend - il avoir le deffus?
& l'emporter de vive force ; cette paflion
impérieufe en étouffe la voix & fe rend la
maîtreffe , tant elle a de roideur , de véhémence
& d'afcendant : les réflexions les plus
touchantes difparoiffent ou demeurent
muettes. La belle réponſe d'un fameux Ca-.
pitaine de l'Antiquité , homme de cabinet
& de guerre , m'a toujours rempli d'étonnement.
Un de fes Compétiteurs , violent
& emporté, le ménace en plein Confeil d'EII.
Fol C tat ,
›
1304 MERCURE DE FRANCE
tat , leve la cane , mais lui , fans s'émouvoir ;
frape , dit - il , mais écoute , & reprend fon
opinion avec un fang froid admirable. C'eſt
ici où vient fe brifer toute l'impétuofité de
l'Amour propre ; c'eft ici une de ces époques
rares & fingulières , qui montre d'une
maniére bien fenfible ce que peut l'Amour
de la Patrie , quand il eft profondément
gravé en nous. Sentimens naturels, vous cûtes
beau parler ; vous ne fûtes pas écoutés,
L'honneur lutte ici contre l'honneur , celui
de la Perfonne contre celui du Général ,
mais l'utilité publique prévaut & acheve le
Sacrifice. Auffi eft- ce là la victoire la plus
mémorable & en même tems la plus complette,
qu'il foit poffible à l'homme de remporter
fur lui-même. Il eft dommage que
cet acte de vertu ne vive que dans l'Hif
toire.
L'Amour de la Patrie n'en demeure pas à
la fimple fpéculation , il remuë & met l'ardent
Républicain dans un mouvement pratique
qui dure autant que lui . Son activité
ne lui donne ni paix ni tréve , & ce qui
furprend le plus , il fe complait dans fes
agitations , il les aime , il s'en nourrit , il
ne fçait ni ne peut s'en paffer. Les glaces
d'un âge avancé , la vieilleffe la plus décrépite,
n'éteignent point en lui la vivacité de
fes feux , les bras lui manquent alors , il eſt
vrai¸
vrai , mais il a la tête bonne ; fi des infirmités
inféparables d'un corps ufé l'empêchent
d'agir , les trésors de l'efprit ne feront pas
enfouis ; fa maifon deviendra une école ,
d'où les bons confeils & les fages inftructions
fe répandront au loin & fe perpétueront
de race en race jufques à la postérité
la plus reculée : tantôt il citera des exemples
de valeur , tantôt des faits merveilleux
ici une Bataille gagnée , là une Ville prife
avec les circonstances les plus intéreffantes.
Le tour qu'il donne à fes récits , invite puiffamment
à l'imitation. Ce font là autant de
femences fécondes qu'il jette , ce femble
au hazard , mais elles produiront en leur
tems. Qu'il eft beau de voir un Vieillard
vénérable entouré d'une troupe choifie de.
jeunes gens ! s'il ouvre la bouche , tous lui
prêtent un filence refpectueux , ils receuillent
foigneufement les oracles qui en fortent.
Quelle en eft l'iffuë ? une moiffonabondante
il fe façonne en eux autant de
grands Capitaines , d'habiles Magiftrats , de
dignés Miniftres, qu'il y d'Auditeurs.Et voilà
précisément ce qui nous conduit aux avan➡
tages que l'on en retire.
I. PARTIE. Une Nation qui a le bon
heur de pofféder dans fon fein des hom
mes pleins d'Amour pour la Patrie , défi
reux de la rendre riche & puiffante , bons
Cij politiques
1
་-- 、
politiques , heureux dans les négociations
adroits à conduire une intrigue , doués du
talent de la parole , propres à commander ,
inftruits du militaire, & valeureux ; tels , enfin
, que le bon Citoyen avec tous les traits
qu'il a été dépeint , doit fe feliciter & concevoir
de grandes efpérances. A quel point
de fplendeur & de gloire n'a - t- elle pas licu
d'afpirer tout lui rit , tout la flatte . Si quelque
Prince voifin , offufqué de cette grandeur
, né avec une humeur guerriere , dont
le fang pétille dans les veines , qui ayant
de la peine à fe contenir dans une fougueu-
Le jeuneffe , trouve trop étroites les bornes
de fon Etat , qui fuffoque quand il fe voit
renfermé dans un efpace que fon ambition
démesurée lui repréſente trop refferré ; fi ce
Prince , dis- je , veut effayer de l'obfcurcir
ou de l'entamer , les tentatives qu'il fera
pour en venir à bout, feront bientôt reng
verfées ; s'il fe trouve aux environs des Peuples
qui forment des ligues contre fes intérêts
, elle ne craint aucune furpriſe. 11
y a des Anges tutelaires qui veillent à fa
confervation , ils fçauront les rompre , en
écarter les dangers , tourner leurs fourdes
pratiques , quelques cachées qu'elles puiffent
être , à la honte de tous fes adverfaires. Ses
ennemis tremblent au feul fouvenir de leurs
défaites perfuadés que s'ils faifoient
encore
JUIN. 1743 : 1307
encore mine de remuer , leur perte feroit
inévitable . Ceux qui ont contracté des Alliances
avec elle , la refpectent , ils n'ont
d'autre defir que celui de ferrer de plus en
plus les noeuds d'une tendre & fincere amitié
, parce que de- là dépend leur repos.
Portons un moment nos regards fur le
Chef- lieu de la Nation . ( Que l'autorité fuprême
réfide fur la tête d'un Souverain , ou
bien fur celles d'un nombre déterminé des
Principaux Seigneurs , ce n'eft pas là ce
dont il s'agit ) ; de ce féjour part une lumiére
brillante qui éclaire tous ceux qui en
dépendent. Confidérons-là , cette Nation ,
felon les rapports avec les Maîtres qui, riennent
en main les rênes du Gouvernement ,
rien n'échape à leur pénétration ni à leur
follicitude . Allons dans les Provinces qui
la compofent ; ce font des membres animés
du même efprit que la tête , tout prêts à
s'entre-aider , à fe fecourir. Parcourons les
Etats différens , les conditions diverfes. Entrons
dans l'intérieur des familles. Ne nous
contentons pas d'une recherche fuperficielle ,
d'une légére obfervation nous ne fuivrons
pas méthodiquement l'ordre que nous ve
nons de tracer , mais tout y fera traité en
femble ou féparément, felon les occurren
ces .
1
On refpire dans cette heureufe Contrée
Ciij
1368 MERCURE DE FRANCE .
un air pur & ferain ; nul fouci ne tourmente
, nulle inquiétude ne trouble la douceur
de fes destinées. Seroit- ce la guerre , qui
traîne toujours après elle la terreur & la défolation
? la Paix , cette aimable fille du Ciel,
la Paix y regne depuis long-tems ; graces
ch foient rendues au refpectable Sénat qui
y préfide chacun repofe tranquillement à
l'ombre de fon figuier fes fortunés Habitans
n'appréhendent pas que l'étranger entreprenne
contre leur gré de labourer leurs
champs , ni d'en enlever ies riches moiffons
. Seroient - ce les Procès ? une intime
union y lie tous les coeurs avec les chaînesles
plus douces , & fi quelqu'un s'avife d'allumer
le flambeau de la difcorde , les diffenffions
font incontinent affoupies ; la fageffe,
qui a établi fon trône dans lesAuguftes
Tribunaux , feuls dépofitaires des Loix , en
bannit la chicane , les querelles prennent
fin dans l'inftant qu'elles commencent ;
Themis les termine , elle même en dicte
les Arrêts : Seroit ce l'envie de dominer ?
comme la fubordination y eft héréditairement
tranfmife de Pere en Fils , leur naturel
s'y plie volontiers , une longue habitude
en corrige l'amertume ; chaque Particu-
Iter refte content à fa place' ; qui que ce foit
ne s'ingére de lui- même dans les emplois ;
on les attend chés foi , & fouvent même
il
JUIN. 1743. 13༠༡
il faut ufer de violence, pour les faire agréer
à ceux qui ont été jugés dignes de les exercer
; les Promotions fe font fans cabale , les
fuffrages font libres & défintéreffés : un indifferent
eft nommé , & retenu à l'excluſion
d'un parent ou d'un ami , quand ceux- ci
ont moins de mérite que celui - là . Les anciens
Magiftrats fortent fans peine de leurs
fonctions , & vont tout joyeux fe délaffer
du tracas des affaires entre les bras de leurs
cheres familles . Les nouveaux enviſagent
leur entrée , non comme un triomphe flatteur
qui doive les enorgueillir , les rendre
fiers & inacceffibles aux malheureux ,
mais comme une obligation plus étroite
qu'ils contractent de protéger la veuve &
l'orphelin , de tirer le pauvre de l'oppreffion
du riche , de ne faire acception de perfonne,
& de rendre la juftice au plus petit comme
au plus grand. Les Puiffans ne méprifent
pas les foibles , les inférieurs honorent
les fupérieurs ; il fe fait entr'eux un
échange de biens , les uns font part de
leur abondance , les autres de leurs fervices
, & ils s'accordent tous à donner une
éducation convenable à leurs enfans , hé
ritage le plus précieux & le plus eftimable ,
qui ne s'enfuit pas , ainfi que les fucceffions
les plus opulentes. Seroit ce la mifere ? une
induftrie laborieufe fournit fuffisamment à
leurs Civ
1310 MERCURE DE FRANCE .
leurs befoins , un commerce floriffant fait
circuler l'or & l'argent , & fi leur propre
Pays leur refufe certaines chofes néceffaires
à la vie , ils les tirent des Régions où
elles croiffent . Ils vont chercher auffi ce
qu'il y a de plus curieux & de plus rare pour
orner les Villes , pour fervir à la décoration
des Edifices publics , pour embellir les maifons.
On voit s'élever en plufieurs endroits
des morceaux achevés d'Architecture , chaque
jour il arrive dans fes ports des flottes richement
chargées . Quelque part que vous
alliez , le plaifir eft du voyage ; tout ce qui
s'offre à la vûë contente les yeux , charme
l'efprit ; des campagnes riantes , des bocages
touffus , des côteaux fertilifés , des bâtimens
agréables , des jardins bien entretenus,
annoncent le bon goût & l'adreffe des
mains qui les cultivent. Partout des Académies
, des Ateliers , des Places fortifiées ,
des Arfenaux pourvus. C'eft ainfi que chaque
Partie , en droit foi , publie d'âge en
âge la gloire de la Nation.
III. PARTIE. Quoique l'Homme véritablement
vertueux ne fe propofe , dans ce
qu'il fait , l'eftime générale , ni comme fin
ni comme récompenfe , néanmoins il fe
l'acquiert , & elle lui eft due à juste titre .
Ainfi le Citoyen qui fe livre tout entier au
fervice de la Patrie , enleve néceflairement
tous
JUIN. 2743 1311.
tous les coeurs ; y a-t-il de récompenfe plus.
folide & plus durable ! ne lui attribuons
point de motifs indignes , quel tort ne lui
ferions-nous pas l'hypocrifie , vice d'au- .
tant plus odieux , qu'il eft caché fous les
voiles trompeurs d'une fauffe juftice , ne
fut jamais fon défaut, il ne l'a feulement pas
connue , & au lieu des hommages & des
refpects qu'on lui rend , il feroit le rebut &
l'horreur du Genre humain ; mais par oppofition
à ces images fales que nous ne
fcaurions trop tôt effacer , parlons des vues
faines & droites qui brillent dans le gros.
de fes actions , elles nous répondent aflés
de ce que nous ne voyons pas , elles nous
étalent une ame parée , qui marche avec
l'attirail pompeux des qualités affortics à
l'Amour de la Patrie, qui la domine...
Pendant le cours d'une longue vie , il ne
s'eft pas ménagé , il ne s'eſt pas démenti
il croyoit n'en avoir jamais affés fait , ependant
il faifoit plus qu'on n'en pouvoit
attendre. Sur de tels Sujets , dès qu'ils fe:
donnent à connoître , tombent tous les rê--
gards d'une Natior entière , ils font toujours
en jeu , leur réputation s'établit par le mérite
& par les fuccès ; en voici la fuite : les
louanges volent de bouche en bouche , unc :
vénération profonde s'empare des efprits ,
chacun en fon particulier s'avoue leur être
Cv redevable
1312 MERCURE DE FRANCE
redevable de fa fortune & des biens dont
il jouit , on s'empreffe de toutes parts à leur
donner des marques éclatantes de reconnoiffance
, les uns vantent leur franchife
les autres leur affabilité , ceux- ci exaltent
leur prudence , ceux - là leur valeur. Sans
eux , où en ferions- nous ? difent- ils tous enfemble
, peut -être ferions - nous chaffés de
nos héritages ? peut - être nos femmes , nos
enfans , & nous-mêmes gémirerions - nous
fous les fers d'une dure captivité ? peut- être
exilés dans quelque coin de la terre , la faim
& la mifere nous réduiroient- elles aux plus
fâcheufes extrémités nous tenons d'eux
notre fubfiftance , ils nous ont garenti de
toute infulte ; c'eft fous les aîles de leur
protection que nous trouvons un azile fûr ,
notre falut & notre felicité ! Puiffent- ils ne
jamais mourir, ces hommes incomparables !
pour fuppléer à l'impuiffance où nous fommes
de les récompenfer dignement , que le
Cicl foit leur falaire ! Mille & mille bénédictions
finiffent ces tendres propos . Que manque-
t-il à ces Heros ? une recommandation
immortelle des monumens honorables ; on
leur dreffe des Statues ; leurs hauts faits ne
périront pas avec eux . Et afin qu'on long
avenir ne leur dénie pas des Couronnes ,
les échos qui ont rétenti jufqu'au bout du
monde , répeteront fans cefle leurs vertus .
•
Des
JUI N. 1743- 1313
Des plumes éloquentes & fidéles les configneront
dans leurs Ecrits ; elles appren
dront aux fiécles futurs ce qu'ils ont été ,
elles les introduiront dans le Temple de
Mémoire , où les malheurs des tems ne leur
pourra ravir la gloire qu'ils ont acquife. Pre
Legibus & Patria mori. Lib . 2. Machab.
cap. 8. verf. 21 .
E PITRE
A fon Alteffe Royale , le Prince Emanuŝt
de Portugal.
Prince, je ne crains point qu'un effor téméraire
Terniffe de ton Nom l'éclat Majeftueux :
Tout Augufte qu'il eft , pourroit- il fe fouftraire
Au Sort qu'ont les Héros de fixer tous les yeux
Je n'ai pas , il eft vrai , par de fameufes rimes .
Atteint du Mont-Sacré le Sommet peu batru ;
Mais fans être illuftré par des Odes Sublimes ,
Il doit m'être permis de chanter la Vertu .
A quoi fert en effet un délire frivole ,
Où l'efprit n'apperçoit que des obfcurités ?
Le faftueux clinquant qui pare l'Hyperbole
E indigne d'orner d'aimables Vérités.
C vj
Ne
1314 MERCURE DE FRANCE
Ne crois pas toutefois qu'une ame intéreffée
T'apprête par ma main un Encens impoſteur :
L'honneur de te louer a féduit ma penſée.
L'or ne balance point un appas fi flatteur.
Pallas, qui dirigea ta plus tendre Jeuneſſe ,
Conduit toujours tes pas à l'Immortalité :
Tes divers Faits , marqués au coin de la Sageffe ,
Frapperont les Echos de la Poftérité.
L'avenir pour ta Gloire abjurant le caprice ,
Applaudira fans doute à tes nobles travaux :
De quel Sécle jaloux craindrois - tu l'injuftice ;
Toi , qui fçûs & charmer , & paffer tes rivaux è
Inacceffible aux traits de la maligne envie ,
Décoré des Vertus de l'Elprit & du Coeur ,
Appui du Citoyen , Vengeur de la Patrie ,
Tu combattis pour elle, & toujours en Vainqueur,
Les Corfaires t'ont vû lutter contre Neptune ,
Fronder les Aquilons & leurs mugiffemens ;
Surmonter les périls , maîtriſer la fortune ,
Et faire à tes Captifs les plus doux traitemens.
Le Danube, étonné de, ta Valeur extrême
Refonna par tes foins , du nom de l'Eternel :
* Allusion à plufieurs Victoires que le Prince a
remportées fur les Tures.
L'infidele
JUIN 1743
L'Infidele bravant le courroux du Ciel même
A pâli mille fois devant Emanuël.
Peuples , vous le fçavez , vous qui fous fes auf
pices ,
Receuillîtes les fruits de fes. Exploits Guerriers ,
Trouva-t-il fous fes pas jamais de précipices ,
Dont le bord n'ait été marqué par fes Lauriers
Tu dois m'en avouer , Vérité que j'atteſte ,
A ces traits ébauchés , reconnois ton Flambeau
Que dis je C'eſt à toi d'entreprendre le reſte ,
Pour finir ton Portrait , rien ne vaut ton Pinceau .
Remerciment d'une Penfion de quatre cent li
vres , dont l'Epître précédente a été récom
pensée.
Vole ma voix ; élance-toi
Jufques au Temple de la Gloire ;
Accours célébrer la Mémoire
D'un honneur fi peu fait pour moi..
Prince , du Sein de la Lumiére ,
Tu t'es montré mon Bienfaiteur
Si tu deviens mon Protecteur ,
Jufqu'où n'ira point ma . Carriére ?
L'Art qu'éxige un remerciment ,
Ne fut jamais un Art facile :
Fut- il
# 316 MERCURE DE FRANCE
Fut-il encor plus difficile ,
Me bornerois-je au fentiment ?
Non , jamais un ingrat filence
Ne démentira mes tranfports :
Mon coeur de la reconnoiſſance
Animera tous les refforts.
•
Mais quoi la pure infuffifance
A-t'elle lieu de fe flatter ?
Prince , je fens mon impuiffance ,
Avec toi comment m'acquitter ?
Ma plume, au Parnaffe inconnuë,
T'ofe tracer de fimples voeux :
Soumiſe & furtout ingénuë,
Mon ame eft d'accord avec eux.
Puiffe Lachéfis favorable
Te fiier des jours de bonheur !
Puiffe Atropos moins formidable
Adoucir pour toi fa rigueur !
Puife le Ciel , ton eſpérance ,
L'unique objet de tes foupirs ,
Par fa généreufe influence
Combler un jour tous tes défirs !
DISSERTATION
JUIN.
1743. 1317
XXXXX ***********
DISSERTATION fur plufieurs points de
l'Hiftoire des Enfans de Clovis I. du nom,
& fur quelques ufages des Francs.
CE
Ette Piéce eft la quatrième du nouveau
Volume des Differtations de M.
l'Abbé Lebeuf, que nous avons annoncé dans
le Mercure de Mai , où nous avons donné
l'Extrait des trois premieres Piéces . Elle eft
divifée en quatre Articles , qui ne font point
du choix de l'Auteur , mais de celui de
l'Académie de Soiffons, qui les propofa en
1740. pour le prix de l'année 1741. La
Differtation de M. Lebeuf fût jugée la meilleure
entre celles qui concoururent, & ce fut
pour la cinquième fois qu'il reçût le prix de
l'Académie de Soiffons . Nous avons cru devoir
faire ici cette remarque , parce que
la Differtation , telle qu'elle eft inférée dans
le Volume in- 12 . imprimé chés Durand
manque du Frontispice avec lequel on la
diftribuoit en 1742. dans lequel une partie
de ces circonstances étoit mirquée.
Pour fatisfaire au premier Article , M.l'Abbé
L. réfout fous le doute où l'on étoit , fi
à la mort de lovis , fes trois fils Clodomire
, Childebert & Clotaire, gouvernerent
par eux - mêmes leurs Etats , & il décide que
Clotair
318 MERCURE DE FRANCE
Clotaire qui étoit le plus jeune , ayant atz
teint fa quatorziéme année , rien ne s'oppofoit
à ce qu'il fut cenfé avoir la conduite
de fon Royaume fous le titre de
Prince Majeur , puifqu'on voit que ce fut
à cet âge que Childebert II . qui étoit fils
de Sigebert , fut jugé pár fon Oncle Gon
tran , Petit-Fils de Clovis , être en état de
jouir avec les marques du Gouvernement
de la Partie du Royaume des Francs dont
il le fit héritier ; en quoi M. L. fuit le
fentiment de Dom Ruinart, clairement marqué
en fa Préface fur Grégoire de Tours ,
num. 14. Mais auffi il ajoute que ce fut
avec l'aide & le Confeil des Ducs , des
Leudes du Roi , Barons du Royaume, qu'on
appelloit alors Farons. Il apporte pour preuve
que dès l'âge de 15. ou 16. ans , les
Princes étoient cenfés Majeurs ; l'exemple
de Clotaire II. qui n'ayant encore que feize,
ans , conduifit fon Armé ,contre Theodebert.
& Thierri à Dormelle au Diocèfe de Sens .
Dailleurs , ajoute - t - il , il eft conftant que
Clovis , Pere de ceux dont il eft queftion
n'avoit lui-même que quinze ans, lorfqu'il
commença à régner. La preuve en eft claire
dans Gregoire de Tours . M. l'Abbé Lebeuf
n'exclut pas non plus les femmes de
la part au Gouvernement des Etats de leurs
Fils ou Petits- Fils en bas âge ou recem .
ment
JUÍN. 1743. 1315
ment déclarés Majeurs , & c'eft la pensée
que lui fournit ce petit mot de Gregoire :
Metuens ( Childebertus ) ne favente Regina
( Clotilde ) admitterentur in Regnum . C'eſt
à l'endroit où il parle des trois Fils de
Clodomire, qui étoient au- deffous de l'âge
de 14. ans. Et au même endroit , il fait
remarquer à propos, que le Roi d'un Royaume
voifin ne pouvoit pas , quoique Majeur,
fe mêler du Gouvernement du Royaume
contigu , appartenant à un Roi Mineur
, parce que c'étoient les Seigneurs
qui gouvernoient au nom du jeune Prin
ce. La pourfuite intentée après le meurtre
de Prétextat , Evêque de Rouen, chés Gregoire
de Tours , Lib. 8. C. 3. renferme des
traits décififs fur cette forte d'adminiftration
de la Juftice.
· Dans le fecond Article , l'Auteur examine
l'année dans laquelle le Royaume d'Orléans,
qui appartenoit à Clodomir , fut partagé
entre fes Freres après la mort , arrivée
en 524 , à la bataille de Veferonce . Cette que
ftion eft néceffairement liée avec celle qui
roule fur l'époque du meurtre des Fils du
même Clodomire. On avoit cru jufqu'en ces
derniers temps que ce n'étoit qu'en 532. out
533. que ce meurtre étoit arrivé , parce
que Gregoire de Tours qui le raconte dans
fon Hiftoire , n'en parle qu'après des faits
qui
1320 MERCURE DE FRANCE
qui ne font certainement arrivés qu'en 532 .
Mais M. L. Lebeuf fait voir par l'examen
de la méthode de narrer de Gregoire , que
très-fouvent il rapporte tout de fuite ce qui
regarde les mêmes Princes , ou les mêmes
Pays , & qu'il fait des parenthèfes très-longues,
pour ne pas oublier certains événemens
qu'il croyoit dignes d'être tranfmis ,
& qu'écarté de fon premier fujet , il eſt
obligé d'ufer de ces fortes de tranfitions :
fed ad fuperiora redeamus , fed coepta fequamur.
C'eft ainfi qu'après avoir dit ce qui
regarde Clodomir , il paſſe à Thierri , ſon aîné
, dont il raconte les guerres & les démêlés
avec fes autres Freres , jufqu'à l'an
533. puis revenant aux Fils de Clodomire ,
il ufe de fa tranfition familiére & fimple
confiſtant en l'adverbe autem , & il dit :
Dum autem Crotechildis Regina Parifiis moraretur
; il raconte l'Hiftoire du meurtre
des deux Fils de Clodomire , faifant reffouvenir
qu'il en a déja parlé plut haut :
Filios Chlodomeris quos fupra memoravimus.
Après avoir montré évidemment avec quelle
attention on doit lire Gregoire de Tours ,
fi on veut fixer chronologiquement les
points de fon Hiftoire , & ne pas lui donner
le blâme mal à propos. M. L. détermine
le meurtre des deux Fils de Clodomire ,
Theodovald & Gonthier,Freres de S. Cloud,
JUIN. 1743 1321
à l'an 525. ou 526 ; c'eft à dire , un an
ou 18. mois au plus , après la mort de leur
Pere. C'eft ce qui fait difparoître l'Anachroniſme
que M. de Valois , & le Pere
Daniel ont cru voir dans Gregoire , & on
ne peut plus oppofer avec ce dernier , que
felon lui , S. Cloud feroit né deux ans
après la mort de fon Pere.
Ne paroiffant plus d'Héritiers du Royau
me de Clodomire par le moyen du meurtre
des deux premiers de fes Fils , & de la
rénonciation du troifiéme ,fçavoir, S. Cloud.
Childebert & Clotaire firent entr'eux deux
le partage de ces Etats. Hi quoque , dit Gregoire
de Tours , Regnum Clodomeris inter
fe aquâ lance diviferunt. M. L. Lebeuf eft
étonné qu'après des termes fi clairs quel
ques- uns ayent prétendu que Thierri, qui
n'avoit aucunement influé dans la mort des
deux jeunes Princes , foit entré dans le
partage du Royaume de Clodomire & ait eu
auffi fon lot. Ils s'appuyent fur la Légende
de S. Maur , Abbé en Anjou , dans laquelle
il paroît que Theodebert jouiffoit de cette
Province , laquelle n'a pu lui écheoir que par
fucceffion au Royaume de Thierri , fon Pere.
L'Auteur s'étend affés au long à infirmer
cette Légende , laquelle a déja été attaquée
fur d'autres points par d'illuftres Sçavans ;
& de la manière dont il en parle , elle ne
doit
322 MERCURE DE FRANCE
aindoit
étre cenfée d'aucune autorité , n'étant
nullement d'un Auteur contemporain ,
fi qu'on l'avoit cru , mais d'un Auteur poftérieur
de plufieurs fiécles. Il ne doute point
de la vérité de l'Infcription du Tombeau de
ce Saint , mais ne faifant aucun fond fur la
Légende , il affure que l'infcription parle d'un
autre Theodebert , Roi François , un peu
poftérieur , & fort célébré par Fortunat, dans
les Etats duquel S. Maur auroit d'abord fait
fa réfidence , en arrivant de quelque Royaume
, voifin des Gaules du côté de l'Orient,
L'Article troifiéme eft fur le droit qu'avoient
les enfans des Rois de fuccéder à la
Couronne de leurs Peres . Cette matiére ayant
été amplement difcutée par M. de Foncemagne
dans les Mémoires de l'Académie
des Belles- Lettres , M. L. Lebeuf s'y eſt moins
étendu que fur les autres Articles. Il s'eft
contenté d'ajouter quelques nouvelles preuves
à celles du Sçavant Académicien, & de faire
fentir que ce n'étoit que parce que les Fils
de Rois étoient naturellement Succeffeurs
de leurs Peres , felon la coutume des Francs,
que Clovis lui - même & fes Enfans , attenterent
fi fouvent à la vie de leurs Collatéraux
, Fils de Rois , & en tuerent en
effet plufieurs , afin de pouvoir jouir des
Succeffions vacantes , & augmenter par là
leur propre, Territoire.Outre Munderie ,
Sigivald
־ ו ד נ
Sigivald , & Givald Princes de Sang Royal ,
nommés dans Gregoire de Tours , comme
contemporains des Fils du Grand Clovis,
Auteur met fur les rangs un Vulfin , Prince
de cette espéce , qui vi voit dans le Berry.
Attila , autre Prince François , qualifié parent
du Roi Clotaire , en la Vie de S. Germain
de Paris , écrite par Fortunat. A cette
occafion , on voit au bout de cet Article
une Note importante , Elle prouve qu'il y a
fix & fept cent ans que les Limoufins fe mêloient
de fabriquer des Généalogies de Branches
Royales , qui n'avoient d'autres fondemens
que leur imagination.
Le quatriéme Article eft le plus étendu ;
& en même- tems le plus curieux de tous
ceux que contient cette Differtation . C'eſt
une Difcuffion Littéraire fur la Chevelure des
anciens Francs. , faite à l'occafion de ce qu'a
écrit Gregoire de Tours , que S. Cloud s'étant
coupé les cheveux , fut reputé inhabile à fuccéder
, & que fes deux autres freres cuffent
eû la vie fauve , ſi l'on avoit conſenti qu'ils
fuffent rafés. L'Auteur y prouve par un grand
nombre de paffages ,. que chés les François ,
la coûtume des Rois & des Princes du Sang ,
qui afpiroient à la Couronne , étoit de porter
les cheveux très - longs. Agathias écrit,
que le de Clodomire fut reconnu par- corps
mi les morts de la Bataille de Veferonce , au
Diocèfe
,
Diocèse de Vienne par fa longue chevelure
parce que , dit- il , la coûtume parmi les francs,
étoit que les Rois la portaffent ainfi , & qu'ils
entretinflent leurs cheveux propres avec des
huiles & certaines drogues . On diroit volontiers
que l'ufage de la Poudre étoit déja inventé.
Agathias ajoute que c'étoit une préro
gative de la Famille Royale. Ce témoignage
met fans doute dans un grand jour ce qu'on
dit en différens Auteurs de ces tems là , & depuis
fur les Rois chevelus : Reges crinitos ,fub
Principibus crinitis , Regem crinitum. Aumoins
il en refulte, que Clodion n'eſt pas le premier
qui ait eû la chevelure longue , comme Nicole
Gilles & autres modernes l'ont cru . Les
François portoient à la vérité des cheveux
affés longs , mais leurs Rois les avoient encore
plus longs , car la prétenduë Loi de Clodion,
citée par Mezeray , ne fe trouve nulle
part,&vraisemblablement elle n'a jamais exifté.
Voici une autre preuve de l'ufage des Princes
, dont je viens de parler. Lorſque le jeune
Clovis, fils de Chilperic eut été tué, la Reine
Fredegonde le fit ôter de l'endroit ou on
l'avoit inhumé proche une Chapelle , & ordonna
qu'on jettât fon corps dans la Marne :
un pêcheur le reconnût quelque tems après à
fa longue chevelure,& vint en avertir le Roi,
qui l'alla voir, & le reconnut auffi.Ceci est tiré
de Gregoire de Tours , Lib. 8. Cap. 10. Lors
donç
JUIN.
1325 1743.
donc qu'on vouloit manifefter l'inhabileté
d'un Prince à fuccéder , c'étoit une conféquence
qu'il falloit lui couper les cheveux ,
au moins de maniére qu'ils ne fuffent pas
plus longs que ceux du commun des Francois,
ou qu'ils reffemblaffent à ceux des Eccléfiaftiques.
Ce fut pour cette raison que
Clovis , voulant punir Cagaric & fon fils ,
Les parens , de ne l'avoir point fecouru contre
Ægidius , fit ordonner ,l'un Prêtre , & l'autre
Diacre. Le fourbe Gondebaud qui vouloit ſe
faire paffer pour fils de Clotaire I. recourut
à l'expédient de laiffer croître fa chevelure ;
ce qu'il fit toutes les fois qu'on lui racourcit
les cheveux malgré lui . Merouée , fils de
Chilperic I. qui avoit auffi été rafé , fut obligé
,lorsqu'il eut repris l'habit feculier, de refter
dans les Eglifes où il fe trouvoit , la tête
couverte , de crainte qu'au défaut de che :
veux, qui n'étoient pas encore grands , on ne
crût qu'il eut renoncé à fa dignité & à ſes
droits . M. l'Abbé L. objecte ici l'autorité
des monnoyes ; qui paffent pour être de nos
premiers Rois , foit dans Bouterouë , foit
dans le Blanc , lefquelles monnoyes repréfentent
ces Princes avec de courts cheveux :
ce qui eft directement oppofé au recit d'Agathias
& autres Hiftoriens. I répond , que
quoique ces monnoyes foient véritablement
de quelques- uns de nos Rois de la premiére
Race ;
1326 MEKU JKE DE FRANCE
Race , on ne doit pas croire pour cela que
les têtes qu'elles repréfentent , foient celles
des Princes dont on y lit les noms. Les mo
nétaires François lui paroiffent s'être contentés
de figurer en général une tête couronnée
, pour marquer la Royauté , & avoir
même fimplement imité les têtes de quelques
Empereurs du bas Empire , dont on
y reconnoît prefque les traits. La reffemblance
, au refte , de tous ces vifages lui paroît
un argument , que les têtes ont été
fabriquées au hazard , & qu'on ne peut
compter que fur la vérité des Légendes ,
qui fe voyent dans les deux faces de ces monnoyes.
Mais la fource , à laquelle l'on doit
recourir , pour s'aflurer de la chevelure des
Rois François , au lieu de ces monnoyes , qui
ne font fûres que pour le tems & le poids,
font les Sceaux. Celui de Childeric I. qui
n'eft pas fufpect , fubfifte dans la Bibliothéque
du Roi ; les empreintes n'en font
pas rares on y voit ce Prince avec une tréslongue
chevelure , flottante für les épaules ;
d'autres Sceaux femblables , mais moins
délicatement gravés , fe voyent dans la Diplomatique
de Dom Mabillon , fçavoir celui
de Thierri , fils de Clovis II . celui de
Clovis III. ceux de Childebert II . & de
Chilperde II. C'eft- là qu'il faut s'arrêter pour
Le fixer fur la longue chevelure des Rois
François
JUI " N. 1743 7327
François de la premiére Race . L'Auteur fe
fonde auffi fur les Statues du Portail de
S. Germain des Prez , quoiqu'il ne les croye
que de la fin de cette premiére Race.
Tous les Rois y ont des cheveux trèslongs
, & partagés en différentes treffes ;
excepté celui qui eft à droite en entrant
le plus voifin de la porte ; il remarque que
cette tête , quoique couronnée de même
que les autres , porte cependant les cheveux
courts : ce qui n'a pas encore été ob
fervé ni expliqué par les quatre ou cinq
Auteurs , qui ont écrit fur ce Portail.
, Quant aux Peuples François le feul
paffage d'Agathias pourroit fuffire pour donner
la defcription de leurs cheveux ; Subditi
Regum Francorum orbiculatim tondentur ;
neque eis prolixiorem comam alere permittitur.
M. l'Abbé L. rappofte divers Exemples ;
tirés des Hiftoriens des premiers fiécles de
la Monarchie , qui prouvent que les féculiers
François portoient la chevelure médiocrement
longue , & qui tenoit le milieu
entre les cheveux prolixes des Rois , &
les cheveux très - courts des Clercs , de maniére
qu'on pouvoit les frifer , ainfi qu'il
paroît qu'étoient ceux de S. Eloy , lorsqu'il
étoit encore Orfévre . Ce Saint étant laïque ,
fe les faifoit fouvent diminuer ou racourcir
lorfqu'ils étoient devenus de la longueur , qui
11. Vol. D ne
ز
1328 MERCURE DE FRANCE
à fon état de particulier . ne convenoit pas
On lira avec plaifir dans l'Auteur , la Cérémonie
qu'obferverent à Touloufe , à l'égard
de S. Germer , qui en étoit Evêque
les courtifans de la fuite de Clovis , lefquels
, à l'exemple de leur Maître , qui avoit
laiffé à ce Prélat un de fes cheveux pour
marque de fon devoüement , lui en laiſſerent
auffi chacun un des leurs .
Les femmes Françoifes n'étoient dans
pas
le cas de l'obfervation de la courte chevelure
: celles , qui par hazard vouloient
fe déguiler , fe faifoient couper les cheveux
jufqu'à un certain point . L'Auteur en rapporte
un Exemple.
A l'égard des Enfans , fi c'étoit un garçon
, on ne pouvoit lui laiffer croître les
cheveux de toute leurlongueur , que jufqu'à
l'âge de douze ans. Cette année venue , il
fe tenoit une Affemblée de famille : on y
célébroit la Fête du racourciffement des -
cheveux de l'Enfant , qui s'appelloit Capi-
Latoria , & en cette occafion , les Parens
faifoient un préfent à cet Enfint , dont la
chevelure étoit mife à la Françoife , car les
entans des familles Romaines portoient les
cheveux très courts ,comme leurs peres , &
fi courts , que dans une Loi de Childebert
les garçons des Romains font appellés pueri
incriniti , par oppofition aux garçons des
François nommés pueri criniti.
J U 1 N. 1743. 1329
•
les
Les Serfs avoient les cheveux prefque
auffi courts que les Clercs , mais ils leur
couvroient toute la tête ; au lieu que
Clercs en avoient une grande partie toute
rafe , ce qui formoit une efpéce de couronne
, à peu près telle que les Corde
liers reformés l'ont portée de nos jours .
Les Reclus & les Pénitens racourciffoient
plus communement leurs cheveux ;
cependant il y avoit de ces Reclus qui les
laiffoient croître de leur longueur naturelle ,
mais ces fortes de gens gardoient la clôture
, & n'étoient point vûs en public .
Certains criminels , felon la Loi Salique ,
étoient condamnés à être battus, & à fecouper
les cheveux l'unà l'autre. C'étoit la punition
de ceux qui étoient convaincus d'une conſpi
ration. Le nommé Droctulfe , dont parle Gregoire
de Tours lib . 9. cap . 38. fut condamné
pour un crime , à cultiver une vigne tête
rafée & les oreilles coupées . Leudafte
Comte de Tours , que le même Hiftorien.
repréſente comme un grand fcelerat , avoit
eû dès fa jeuneffé une oreille coupée pour
une faute & ce qui étoit plus fâcheux
pour lui , eft qu'il ne pût empêcher qu'on
ne s'apperçut que cette oreille lui manquoit ,
ce qui défigne , ce me femble , qu'il lui avoit
été impoffible ou défendu de laiffer croître
fes cheveux. Lib. 5. cap. 48. vel 49.
›
Dij Nous
1330 MERCURE DE FRANCE
Nous donnerons dans un autre Journal ;
un Extrait de ce qui paroît de plus curieux
dans la vie de Charles V. par Chrif
tine de Pifan , & dans les Notes qui y font
jointes .
AtttttA:AAAAAA
BOUQUET.
A M. P *** pour le jour de Saint André ,
fa Fête.
L'An paffé je t'offris , pour Bouquet à ta Fête ,
Des Vers en forme de Requête ,
Dont tout le monde fut content :
Aujourd'hui l'amitié fidelle ,
Exhalant fa flâme immortelle
Fait briller dans mon coeur le feu le plus conftant,.
Je t'aime , je t'eftime , & mon ame charmée ,
Par cette amitié ſeule ardemment animée ,
Ne te demande aucun retour.
Tu me reçois toujours avec tant d'allegrefle ,
Tant de plaifir , de politefle ,
Que c'eft pour moi ta Fête chaque jour.
Laffichard,
AVERJUIN.
17437 1331
******* ****
AVERTISSEMENT fur la Conjonction de
la Lune aux Etoiles du Sagittaire , & fur
l'utilité qu'ilenfaut attendre pour en déduire
la vraie longitude , tant des principaux
Ports de Mer de l'Europe , que de toutes les
Villes , où l'on en obfervera l'Occultation &
la Réapparition.
ONdécouvre actuellement du côté du
Midi , vers les dix heures du foir quatre
belles Etoiles qui forment un Lozange
ou quadrilatére , dont la plus orientale s'éleve
à treize dégrés fur l'Horifon : cette Etoile
fera éclipfée par la Lune , le 2. Août au foir
& paffera à une minute & demie du Centre
fous le Difque de cet Aftre.
Les grands avantages de ces fortes d'Occultations
pour les longitudes , tant fur Mer
fur Terre , fe peuvent réduire aux articles
fuivans.
que
1°. Qu'elles font à la portée , & peuvent
être obfervées de tout le monde , parce qu'il
n'eft néceffaire que d'avoir une lunette de
deux pieds, tout au plus , & non pas de quin.
ze pieds , comme il arrive , lorfqu'il eft queftion
d'obferver les Satellites de Jupiter.
2°. Que l'Occultation fe fait dans un inf-
Diij tant
1332 MERCURE DE FRANCE
tant , fans
que le fpectateur
demeure
incertain
pendant
une feconde
, avantage
trèsconfidérable
, en comparaifon
des immerfions
ou émerfions
des Satellites
de Jupiter
,
puifque
ceux- ci nous laiffent
ordinairement
trente
fecondes
au moins
dans l'incertitude
comme
on le peut voir , en comparant
celles
"que M. Delifle
a obfervées
à Prétersbourg
avec ce qui a été fait en correſpondance
, foit
à Paris
, foit à Londres
, ou à Lisbonne
, où
il fe trouve
fouvent
une minute
d'erreur
ou
de difference
.
3 ° . Les Eclipfes ne font point fujettes aux
différentes variations d'un air pur ou groffier
& chargé de vapeurs : car les immerſions ou
émerfions des Satellites de Jupiter , fe faifant
pour l'ordinaire par un Ciel plus ou moins
ferein , il arrive qu'on ne voit pas également
bien ce Satellite à chaque fois : or il faut obferver
ici que l'inftant auquel un Satellite de
Jupiter nous paroît entrer dans l'ombre ,
n'eft pas tout à fait l'inftant auquel on l'y
verroit entrer avec des lunettes , dix fois plus
longues , ou plutôt fi nous en étions cent
fois plus près . Le Satellite de Jupiter entre
dans fon ombre un peu plus vîte , mais à peu
près de même que la Lune entre dans l'ombre
de la Terre . Or tout le monde fçait que
la Lune n'entre pas tout d'un coup dans cette
ombre , mais que depuis le commencement
de
JUI N. 1743 1333
de l'Eclipfe jufqu'à l'immerfion totale , il s'écoule
un'tems notable : c'eft la même chofe
pour le Satellite de Jupiter , mais nous ne
te voyons plus , dès qu'il eft plus d'amoitié
éclipfe , c'est - à - dire , lorfque le reſte de ſa
fumiére ou portion éclairée , n'eft plus affés
forte pour agir fur nos organes à une fi grande
diſtance.quand donc le Ciel eft plus ou
moins embrumé , cette portion éclairée du
Satellite agit par conféquent plus ou moins
fur nos yeux , & c'eft ce qui fait qu'on peut
le perdre de vûë plus ou moins vite , comme
il eft évident par l'expérience continuelle
qu'en font les plus habiles Aftronomes .
"
4. Au contraire le mouvement de la Lune
eft fi rapide , que l'Occultation d'une Etoile
fe fait dans un inftant , foit que l'Etoile entre
fur la partie éclairée du Difque , foit qu'elle
fe falle par le côté obfcur : ainfi les lunettes
plus ou moins grandes , ne donnent ici aucunes
différences , non plus qu'un air plus ou
moins groffier , à moins qu'on ne puiffe plus
appercevoir les taches de la Lune , auquel cas
ce feroit un nuage ou brouillard ce qui eft
facile à diftinguer , & pour lors il ne faut pas
entreprendre d'obferver ces fortes d'Occul
tations, puifqu'on ne voit plus d'Etoiles dans
le Ciel . Remarquez que quand nous ferions
beaucoup plus près de la Lune , comme dix
fois , cent fois , & c. nous ne verrions pa
Diiij pou
1334 MERCURE DE FRANCE
pour cela l'Occultation fe faire plus fubitement
, parce que toutes les Etoiles , n'ayant
pas même une demi feconde de diametre
la Lune parcourt cet efpace en moins d'une
feconde , & doit par conféquent les couvrir
dans l'inft ant.
CALCUL pour Paris.
On a calculé für d'excellentes Tables l'immerfion
& l'émerfion de la plus orientale
des Etoiles du Sagittaire , dont nous venons
de parler , & l'on a trouvé une grande différence
d'avec le calcul du Livre de la connoiffance
des Tems. C'eſt à l'obfervation à décider
fi les Tables , dont nous nous fervons , font
auffi parfaites qu'on le croit communement
ici : l'immerfion doit arriver le 2. Août au
foir , à 10. heures 23. minutes & un tiers ;
& l'émerfion à 11. heures 48. minutes &
trois quarts.
,
La Lune fera Apogée , c'eſt- à - dire , dans
fa plus grande diftance de la Terre ce
qui rend l'obfervation de cette Eclipſe encore
plus intereffante . M. Desfontaine Crates,
qui doit publier inceffamment un Traité
complet fur l'aberration des Etoiles fixes
avec la méthode la plus exacte pour calculer
ces fortes d'Eclipfes , a déterminé celle - ci
par la projection ordinaire de Kepler & Flamfreed
; on publiera dans la fuite un calcul plus
rigoureux
JUIN. 1743
1335
rigoureux , & même en fe fervant de la méthode
des Parallaxes , ce qui ne donnera tout
au plus que quelques fecondes de différence .
On a rectifié ici le lieu de l'Etoile , qui eft
plus avancé en longitude de 47. fecondes ,
que felon le Catalogue de Flamsteed , avec
une latitude plus grande d'environ de 40.
fecondes , & l'on a eû auffi égard à l'aberration
qui eft de 17. fecondes en longitude .
Ceux qui feront plus à l'Occident que Pa
ris , verront plutôt cette Occultation acaufe
du mouvement propre de la Lune d'Occident
en Orient qui fait que le Difque
de cet Aftre rencontre plutôt les parties oc-
›
cidentales de la Terre.
Rien n'eft plus utile pour déterminer la
longitude des Villes maritimes , Ifles , ou
Ports de Mer , que ces fortes d'Occultations :
nous tâcherons de faire ufage de celles qui auront
été observées pour calculer ces longitudes.
On peut, fi l'obfervateur a foin de prendre
exactement quelques hauteurs d'Etoiles
à l'Orient , comme de la Queue du Cygne , qui
monte alors fort vîte , ( ou s'il a eu foin de
Bien regler fa Pendule à midi par une excellente
Méridienne . ) On peut , dis - je , connoître
ainfi la longitude de ce lieu à un quart de
lieuë près , & même avec encore plus de précifion
, fi la Pendule eft parfaitement reglée ,
ou fila hauteur de la Queue du Cygne. eft
D v obfervée.
1336 MERCURE DE FRANCE
›
obfervée l'inftant d'après l'Occultation , avec
les nouveaux quartiers de réflexion. De cette
maniére , un Vaiffeau qui auroit obſervé l'Occultation
en Mer feroit fûr d'atterer avec
la plus grande facilité , fur tout fi la longitude
du Port qu'il cherche , eft déja connuë par
d'autres obfervations plus anciennes. On ne
fçauroit donc trop recommander ici ces Ecliples
aux Profeffeurs d'Hydrographie , aux
Officiers de Vaiffeaux , Pilotes & géneralement
à tous ceux qui s'intereffent au progrès
de la Navigation , & à la perfection des Cartes
Marines.
*********** *****
Q
L'OPINION ;
O DE à M *
Uelle célefte ardeur m'entraîne !
Ou tend cet effor périlleux !
Nimphe , dans ma route incertaine ,
Soutiens mon vol audacieux ;
Je fens un aimable délire ;
Prête tes douceurs à ma Lyre ;
- Viens toi- même en former les fons ;
Et favorable à cette yvreſſe ,
Répands le goût & la fineſſe
Sur ces Airs & fur mes Chanfona
Quel
JUI N. 1743. 1337
Quel objet ! & Ciel ! je vois l'homme
Efclave de fes paffions ;
Son coeur jouet de leur phantôme ,
N'en fuit que les impreffions.
Contre le préjugé vulgaire ,
Loin que la vérité l'éclaire ,
Et lui fixe les vrais plaifirs
Dans la folle erreur qui le joue ,
Il ne fuit & ne défavoüe
Que ce qui heurte fes defirs.
D
De cette imprudente conduite
Que ne connoit- on le danger
Et que notre raiſon féduite , ..
N'apprend-elle à s'en corriger ?
Charmés d'une vaine apparence ,
Pourquoi rechercher fans prudence
Tout ce qui flatte notre coeur ?
Et fur de funeftes maximes. "
Pour dreſſer des Temples aux crimes -
Détruire ceux de la candeur ?
Monftre cruel & déteftable ;
Toi , qu'à peine on peut concevoir
Opinion abominable ,
Je connois ici ton pouvoir ;
C'est toi , facrilege Eumenide","
D vj
Dont
1338 MERCURE DE FRANCE
L
Dont la loi puiffante & perfide ,
9 En excufant tous nos travers
Mafqua fous des couleurs aimables
Les crimes les plus exécrables ,
Et les fema dans l'Univers.
*
Habile dans l'art de fédaire ;.
Tu fattes tous nos fentimens ,>
Et tu ne nous peins ton Empire ,
Que fous des traits vifs & charmans.
Aidé de ton fecours propice ,
Dans les fentiers de la juftice ,
L'homme marche d'un pas certain ;
Et fi la mifére l'accable. ,
Ta main puiffante & fecourable.
Lui promet un heureux deftin..
*
Ainfi ta voix enchantereffe ;
Sous un faux air de vérité ,
En féduisant notre foibleffe ,
Trompe notre fimplicité ; :
Mais en vain d'un air bipocrite ;
Tu ne me fais voir à ta fuite:
Que la pure félicité
Je ne trouve dans tes promeffes ,
Que de dangereuſes largeſſes ,
Dont mon efprit eſt révolté.
.f.
ANI
JUIN. 1339 1743
Aux maux que tu cauſes ſur terre
Veux-tu que j'ôte le bandeau ?
Et qu'avec une main légere.
J'en faffe aujourd'hui le Tableau ?
Ouvrons les faftes de nos Peres ;
Partout fans ombre , fans myſtéres ,
Tu regneras dans tous les tems ;
Partout l'orgueil & l'injuſtice ,
La barbarie & l'artifice ,
Formeront tes faits éclatans.
*
Que vois-je ? une foule d'Idoles
Attire aux pieds de leurs Autels
Sous des apparences frivoles ,
L'hommagé de tous les Mortels.
En proye à ces erreurs myftiques ,`
L'homme , de ces Dieux chimeriques
Adore les perfections ,
Et dans fa coupable manië ,
Les conjure en cérémonie
De feconder fes actions.
C'efttrop peu pour cet Idolâtre
De prodiguer un vil encens
A des Dieux de Bronze & de plâtre
Pour fe les rendre bienfaiſans.
Il faut jufqu'aux bords des riviéres
Offrir
1340 MERCURE DE FRANCE
Offrir des voeux & des prieres
A des Animaux odieux ,
Et dans un tranfport imbécile ,
Au Singe , au Chat , au Crocodile ,
Donner place parmi ces Dieux.
Mais que ne produit point ce zéle ,
Qui naît d'un triſte aveuglement ?
La pieté devient cruelle
Le crime regne impunément ;
Le meurtre , le vol , l'adultere
Mille autres vices qu'il faut taire ,
Ne choquent plus l'humanité ;
Que dis-je ? ces crimes fauvages
Ufurpent les pieux hommages
Qui ne font dûs qu'à l'équité.
*
A ces déteftables Images
Superbe Tyran des Humains ,
Reconnois tes propres Ouvrages,
Tes coups , tes forfaits inhumains.
C'eft toi , qui par cent ftratagêmes ,
Déguiſant les vertus fuprêmes
Sous les dehors les plus affreux ,
Plongeas nos Péres dans l'abîme ,
En leur rendant illégitime"
Cipeut feul nous rendre heureux,
L.
VeuxJUIN.
1345 1743 :
Veux-tu qu'on pourſuive l'hiſtoire
Des crimes que ta rage a faits ?
Non , ce fiécle à notre mémoire
Offre encor de pareils forfaits ;
Ofons nous pénetrer nous - mêmes ,
Et nous verrons que tes fyftêmes
Reglent encor nos actions ,
Et que dans le fiécle où nous fommes ,
Les plus grandes vertus des hommes
Sont les plus vives paffions.
*
De tous les projets qu'on enfante
Ne meus- tu pas tous les refforts ?
Parlez , vous dont la foif ardente
Ne refpire que les tréfors ;
A vos yeux l'infâme avarice
Eft-elle cet odieux vice ,
Qu'on devroit toujours détefter ;
Qui dans le fein de l'opulence ,
Ne fait trouver que l'indigence
La plus cruelle à ſupporter ?
*
Ọ , que ne puis- je de ce Monde !
Avec les plus vives couleurs ,
Peindre l'ignorance profonde
Et décrire tous fes malheurs
Ici , de l'aimable innocence .
Ол
5342 MERCURE DE FRANCE
On verroit l'impure licence
Emprunter les charmes puiffans ,
Et s'infinuant dans nos ames
Y porter ces funeftes flâmes ,
•
Dont l'ardeur corrompt tous nos fens.
*
Là , nos efprits , folles victimes.
De la plus vaine illuſion ,
N'adopteroient d'autres maximes
Que celles de l'ambition ;
Là , le menfonge & l'impofture ,
Amis de l'exacte droiture ,
Auroient des appas
innocens ,
Partout l'impieté , l'envie ,
L'amour propre & la barbarie
Recevroient le plus pur encens.
*
Mais quoi ! toujours dé cette yvrefe
Avalerez-vous le poiſon ?
La préfererez -vous ſans ceſſ e
A l'Empire de la raifon
Ah ! malheureux , que fes lumiéres ,
Diffipant ces vapeurs groffieres
Qui vous dérobent vos défauts ,
Dans cette fidelle peinture
Vous faffent voir la fource impure-
Et l'élement de tous vos maux !·
Si
JUIN. 1343 1743
Si le bonheur pur & folide
A pour nous de puiffans attraits ,
Prenons la vérité pour guide "
Et ne l'abandonnons jamais ;
Bien-tôt fous les loix équitables ,
De nos égaremens coupables
Nous reconnoîtrons les horreurs ,
Et fous fon Egide immortelle
Notre coeur devenu fidéle ,
Quittera toutes les erreurs .
*
A l'abri du joug tyrannique
De la funefte opinion ,
Jamais notre vertu Stoïque
N'en fouffrira l'impreſſion ;
Nos projets , toujours favorables ;
front chercher les miférables ,
Jufques dans leur obſcurité ;
Nos mains foutiendront le Pupile ;
Et nous deviendrons un azile
Pour l'Innocent perfécuté.
*
Sommes - nous nous- mêmes en proye
Aux plus triftes calamités ?
Des maux, que le Ciel nous envoye ,
Nos coeurs ne font point rebutés ;
Jamais au fein de la mifére
La
344 MERCURE DE FRANCE
La pure vertu ne s'altére ,
Et ne perd la tranquillité ;
Avec une égale conftance ,
Elle voit naître l'abondance ,
Et fucceder la pauvreté.
*
O Toi , dont la fageffe auftére
Sçait démafquer l'iniquité ;-
Toi , dont le coeur jufte & févere ,
Ne goûte que la vérité ;"
L...... fi ma cenfare
De notre débile Nature
A peint noblement les travers
De ma Mufe approuve l'hommage ,
Elle n'attend que ce fuffrage
Pour effayer de nouveaux Airs .
Par M. l'Abbé de Borville,
REJUIN.
1743 1345
REMARQUES adreffées à M. D. L. R.
au fujet de la Topographie & Chronologie
de quelques nouveaux Bréviaires , dreffees
par M. Binet.
J
,
E n'avois fait , M. aucune attention au
Livre de la Chronologie & Topographie
du Bréviaire de Paris , ' lorfque j'ai reçû
la lettre par laquelle vous me priez
de vous en dire mon avis ; je viens de le
lire. On ne peut refufer à l'Auteur qu'il
n'ait de la méthode & de l'art & qu'il
ne foit au fait d'arranger les chofes les plus
difperfées. Vous fouhaitez que je vous entretienne
de ce Livre . L'Auteur de cet Ouvrage
ne vous paroît pas fuffifamment excité
à mieux faire par la lettre qui a parû
dans le Mercure , où l'on releve quelques
fautes , qui peuvent n'être que d'impreffion,
avec certaines fautes groffieres qui font apperçûës
de tous ceux qui connoiffent la
fituation des Abbayes. Vous voudriez apparemment
que j'y trouvaffe des fautes que
le premier Obfervateur n'a pas apperçûës ;
il eft befoin pour cela de plus de fecours
que je n'en ai dans la folitude mais je
puis vous dire en gros , que le Prêtre qui
1346 MERCURE DE FRANCE
a redigé la Chronologie & la Topographic ,
eft un homme qui paroît n'avoir lû que
le Bréviaire , dont il avoit à parler , avec
la vie des Saints de M. Baillet , & le Martyrologe
de M. Chaftelain ; or je ne crois
pas que cela fuffife pour rendre extrémément
curieufe la Compilation de M. B...
Il auroit été à fouhaiter qu'il eut fait des
recherches dans les Continuateurs de Bollandus
, dans les Siécles Bénédictins , dans
tous les Journaux qui ont paru depuis le
fiécle où nous fommes , qui ont eu occafion
de parler des nouveaux Bréviaires qu'on
y a enfantés la Lecture de plufieurs morceaux
intereffans qui font dans les Mé
moires de Trevoux , & dans le Mercure
de France , dans plufieurs Volumes Périodiques
, qui indiquent au moins les Livres
nouveaux , la fimple infpection de certains
petits Volumes , publiés depuis 1737. auroit
pû enrichir fon Livre de plufieurs Remarques
qui font propres au fujet qu'il traite ,
auffi bien que le Janvier & Février de
M. Chatelain de l'année 1705. duquel
M. Dupin a parlé à l'article de ce Chanoine
, & plufieurs Hiftoires particuliéres
de Villes ou de Provinces.
Peut-être même , que s'il eut pris fimplement
connoiffance de tous ces Ecrits imprimés
, foit en forme de Piéces fugitives ,
foit
JUIN. 1743 .
1347
foit ramaffées en diversVolumes dans les Mémoires
de Littérature il ne lui feroit pas
arrivé de faire dire au Bréviaire de Paris
plus qu'il ne dit , ni d'adopter fans reftrition,
& comme des vérités très - affurées , des
points qui ont été legitimement combattus ,
& dont le faux eft prefque démontré.
Suivons les pages de cet Auteur , pour
en donner quelques exemples ; page 42.
fur S. Agnan : il dit , qu'on croit qu'il fût
enterré en l'Eglife de S. Laurent : le contraire
a été démontré par une Differtation
qu'on trouve dans le Mercure de France
de Mai 1734. ainfi , quoique le Bréviaire
de Paris marque que ce fut dans l'Eglife
de S. Laurent d'Orleans que ce S. fut inhumé
, c'eft un article qui fouffre trop de
difficulté pour qu'on n'indique pas les Livres
, où le contraire eft prouvé , afin que
dans les futures Editions du Bréviaire , fi
l'on ne veut pas fuivre le fentiment le plus
appuyé , on évite du moins de donner dans
une erreur évidente , & c'eft ce qui eft faifable
, en ne parlant pas du tout de la fe
pulture du Saint.
Page 51. l'Auteur dit nettement que faint
Maur , Fondateur de Glanfeuil , eft le Difciple
de S. Benoît ; le Bréviaire de Paris
n'eft pas fi hardi , & il fe contente de marquer
qu'on la crû ainfi depuis plufieurs fi
cles:
1348 MERCURE DE FRANCE
cles : ce qui eft vrai , fans que le fond le foit. -
Page 86. M. B. fe contente de dire fur
la tranflation du corps de S. Marcel , ce
qui fe lit dans le Bréviaire de Paris , & il
n'avertit pas qu'il y a de fortes preuves imprimées
depuis trois ou quatre ans , pour ſoutenir
que le corps de ce Saint étoit dans la
Cathédrale de Paris long - tems avant le treiziéme
fiécle & que l'examen fcrupuleux
de ce qu'on attribue à Odon de Sully , a
fait voir que c'eft une opinion hazardée ,
& fort nouvelle,
,
Page 92. fur la tranflation du corps de
S. Urain à Gergeau il fuit Baillet , qui
paroît mal informé fur le Lieu de Nivernois
, où les Réliques du Saint furent en
dépôt .
,
Page 154. Le Concile de Vernon fur Seine
, que l'Auteur produit , n'a jamais été
tenu à Vernon mais dans un lieu du
Diocèfe de Senlis , fitué entre Paris & Compiegne
, nommé Ver , où il y avoit un Pa
lais Royal , dont plufieurs Actes de la
Diplomatique font mention . Vous pourriez
renvoyer l'Auteur qui rend le mot Vernum
par Vernon , à un Ecrit imprimé à Paris ,
en 1738. chés Baroit ; il y auroit appris
la différence qu'il y a entre Concilium Vernenfe
& Concilium Vernonenfe.
Page 201. Brinon , Lieu où mourut faint
Loup ,
JUI N.
1349 1743.
Loup, Evêque de Sens , au 7. fiècle , eft déſigné
comme un fimple Bourg du Diocèfe de Sens
ce qui n'eft point , étant une Ville , ainſi
qu'il eft prouvé par un Ecrit que j'ai vû
autre -fois dans le Mercure de France de
Janvier 1729. Si l'Auteur vouloit fe contenter
de le qualifier de Bourg , il pouvoit
marquer qu'il l'étoit au 7. fiécle , de même
qu'alors les Prélats de l'Eglife de Sens étoient
fimplement appellés Evêques Métropolicains
; mais depuis long- tems Brienon , ( car
on l'écrit ainfi , ) Brienon , dis - je , eft une'
Ville , & pour la diftinguer des autres Lieux
de niême nom , on l'appelle Brienon l' Archevêque
, parce que l'Archevêque de Sens
en eft Seigneur .
>
Page 227. Le nom de Ville que M. B.
refufe à Brienon il le donne libéralement
au Lieu où il fe tint un Concile
l'an 17. appellée Epaonenfe , or c'eft précifement
ce qu'il falloit éviter , puifqu'un
Chanoine de Vienne , en Dauphiné , a
prouvé démonſtrativement , tant dans les
Mémoires de Trevoux de l'an 1737. du
mois de Novembre , que dans le Mercure
de France , du mois de Décembre
1740. que c'est dans un Village , ou fime
ple Terre , très - peu éloignée de Vienne' ,'
ou au moins du Diocèfe que fut tenu
ce célebre Concile .:
>
Page
1350 MERCURE DE FRANCE
Page 306. Je ne blâmerai pas l'Auteur de
ce qu'il a traduit le Salix ou Salices du Breviaire
, nom Latin du Lieu dans lequel Saint
Mammés eft honoré comme ancien Patron ,
par le nom de Sceaux , puifqu'en effet c'eft à
Sceaux mais ne falloit - il pas avertir le Lecteur
, que quoique ce foit à Sceaux qu'on
honore ce S. Mammés , il y a une faute
dans le Breviaire , en ce qu'il nomme ce Lieu
Salices , & que le vrai nom eft Cella ? il eft
fûr que Salices eft le nom Latin d'un autre
Village fitué proche Longjumeau , & appellé
Saux , lequel appartient à une Communauté
de Solitaires , qui ne me font pas
inconnus.
Même Page. Je ne vois pas ce qui peut
avoir déterminé M. B. à place au Sud Oueſt
de Soiffons le Sanciacum , où nâquit Saint
Ouën ; il n'avoit qu'à jetter la vûë fur la Carte
du Diocèfe de Soiffons , dreffée par Samfon,
& chercher prefque directement à l'oppofite
du Sud- Ouest de la Ville Epiſcopale
; il y auroit apperçû à la diſtance de trois
lieuës ou environ , Sancy & S. Onën , qui
font contigus : ce Lieu eft à l'Orient d'Été
de Soiffons.
Page 370. Les Cartes dont M. B. s'eft fervi
pour déterminer l'étendue de la Bourgogne
,font apparemment differentes des Cartes
ordinaires : je puis dire que je n'en ai
jamais
JUIN. 17435 1358
jamais vû qui plaçaffent le Nivernois dans
la Bourgogne , telle qu'on l'entend aujour
d'hui. J'ai lû la Deſcription du Gouvernement
de Bourgogne , faite par Garreau , pour
voir fi j'y trouverois le Village de Bouy du
Diocèfe d'Auxerre , que je foupçonnois être
une enclave de la Bourgogne dans le Nivernois
, mais il n'y eft aucunement marqué
: ainfi je crois que l'Auteur fera mieux
dans une feconde Edition , en parlant de
ce Village de Bouy , de dire qu'il eft du
Nivernois , ou de fe contenter de marquer,
qu'il eft du Diocèle d'Auxerre .
Page 378. Il fe prefente deux remarques
à faire fur une Riviére que l'Auteur nomme
, & dont il fixe la fituation : c'eft celle
qui eft nommée en Latin Carentona : Il
nous dit qu'on l'appelle Charentone , &
qu'elle eft au Diocèſe de Seez. Je ne crois
pas qu'il y ait de meilleure Carte qui repréfente
le cours de cette Riviére que celle
du Diocèse
de Lizieux
, dreffée
par M. Danville
, Géographe
. Tout le cours en eft exactement
figuré depuis
fa fource jufqu'à fon embouchure
dans la Rille . Or , toute l'étendue
de ce Territoire
eft du Diocèse
de
Lizieux
. La Riviere
en queftion
y prend fa fource , & elle continue
d'y couler fans laiffer
tomber une goutte de fes eaux dans le Diocèle
de Seez. D'ailleurs
, pourquoi
M. II. Vol.
E B.
t
352 MERCURE DE FRANCE
B. lui donne- t- il un autre nom que les gens
du Pays ? A S.Evroul , à Chambrais , à Beraray
, où elle paffe , on ne l'appelle point
autrement que la Carentone . C'eft auffi le
nom que lui donnent les Cartes. Le nom
de Charenton , proche Paris a pâ induire
Auteur en erreur , & it a jugé qu'il falloir
une afpiration dans l'un comme dans l'autre.
Au refte il eft bien vrai qu'il y a plus
de mille ans , que la Carentone prenoit fa
fource dans le Diocèfe de Seez , parce que
la Foreft Utica en étoit alors ; mais ce terrein
étant depuis bien des fiécles du Diocèfe
de Lizieux , M. B. qui a eu intention de
dire les chofes comme elles font aujourd'hui ,
devoit marquer, que cette Riviere eft du
Drocefe de Lizieux , & non pas de celui
de Secz.
,
Page 415. Il fait remarquer que l'Eglife
'des Dominicains d'Evreux , eft la premiere
qui ait été dédiée en France , fous l'invocation
de S. Louis. Or il falloit ajouter que
c'eft le Breviaire d'Evreux qui le dit , fans
affurer la chofe en général comme
fi elle étoit inconteftable. J'ai lu dans
le Mercure de France du mois d'Août
1738. de fortes preuves , que l'Eglife de
Garches ou Guerches , au - deffus de S. Cloud,
au Diocèfe de Paris , a été consacrée fous
ce nom , avant aucune autre Eglife . Quind
l'Auteur
JUI N. 1743. 1353
'Auteur auroit un peu groffi fon livre d'Obfervations
propres à éclaircir les faits de Topographie
, il en feroit devenu plus curieux.
Page 428. M. B. nous donne Mons Fanus
& Mons Phoenus, le Mont Faune & le Mont
Phene , comme deux Monts du voifinage de
Bayeux , qui font differens. Connoiſſant un
peu la Ville de Bayeux , je crois pouvoir afſurer
que M. B. multiplie les êtres fans néceffi
té. Dans tous ces noms, il ne s'agit que d'une
feule & même montagne , ou colline . Fau
nu & Phoenus n'eft done que le même nom,'
diverſement écrit . Les deux Eglifes de Saint
Exupere & de S. Vigor , avec d'autres, font
fituées fur cette même colline , ce qui lui
a fait donner le nom de Mons Ecclefiarum ,
ou celui de Chrifmat , par rapport à la bénédiction
de ces Eglifes , qui font fubfti
tuées aux Temples des fauffes Divinités.
Page 437. En parlant de la Cathédrale de
Lifieux , M. B. auroit dû , ce me ſemble
citer le Breviaire d'Evreux , comme le garant
, fur lequel il affure qu'on y conferve
une portion du corps de S. Urfin , Evêque
de Bourges , & que c'eft de -là que le culte
de ce Saint s'est étendu dans le voisinage .
L'Auteur produifant ainfi fa caution , ne paroîtroit
pas parler de fon chef, & ne coureroit
pas fi fort rifque d'être attaqué par les
Hiftoriens de Lificux , pour avoir troublé
Eij
1354 MERCURE DE FRANCE
la poffeffion , où ils font de tems immémorial
, de penfer fur S. Urlin autrement que
les nouveaux Breviaires de Bourges & d'Evreux
.
Page 466. L'Auteur traduit Vorladum du
Poitou, par Vouillé ou Voulon , fur le Clain,
à cinq lieues de Poitiers. Ce n'eft ni l'un
ni l'autre ; ces lieux n'étant pas fur le Clain;
outre cela on n'eft pas affuré qu'il ait.exifté
dans le Poitou une Ville ou un Bourg dit,
Voeladum , mais feulement qu'il y a une
petite contrée ou campagne , au midi de
Poitiers , appellée Campania Voeladenfis ou
Campus Voeladenfis. M. B. auroit dû ,
comme
on a déja remarqué , s'inftruire s'il n'a
rien parû depuis quelques années , fur plufieurs
lieux dont il avoit à parler , avant que
d'entreprendre de donner une nouvelle Topographie
qui fixât la pofition de ces lieux ,
& par là il auroit été en état de pouvoir
dire au moins qu'il y a différens fentimens ,
& il n'auroit pas fimplement répeté ce qu'on
lit dans les Auteurs de quatre- vingt ou cent
ans,
En parcourant le Breviaire d'Evreux , le
hazard m'a fait tomber fur la Légende des
Saints Maxime & Venerand du 25. Mai ;
j'y ai lû que ces Saints ayant paffé la Sene,
proche Conflant , au- deffous de Paris
arriverent in Pagum Arbocinacum : ce nom
m'ayant
JUIN. 1743
1355
m'ayant frappé , j'ai recouru à la Topographie
de M. B. où je ne l'ai pas trouvé.
Au deffaut de votre Topographe , j'aurois
cû lieu d'efperer d'avoir là deffus quelque
éclairciffement par l'indication de l'Ecrivain
, ou du Monument d'où la Légende
eft tirée . Mais dans le Breviaire on a fait
comme dans celui de Paris ; on s'eft difpenfé
de produire les autorités à la tête des
leçons , quoique cela foit fort à defirer ,
J'ai l'honneur d'être , &c .
Au Mont ** * ce 23. Juin 1743.
EPITRE A DAMON.
T Réfor unique & précieux ,
Aimable & tendre ami , délices de ma vie ,
Toi , qui me fais chérir la lumière des Cieux ,
Tor , de qui l'amitié ne peut m'être ravie ,
Damon , ne crains plus pour mes jours.
Le fort , à tes voeux favorable ,
Sufpend le Cizeau redoutable
Qui doit en terminer le cours.
Je ne fuis plus en proye à la langueur mortelle ,
Qui vouloit me livrer à la faulx du Trépas ;
Je renais ; ta voix me rappelle ;)
E jij
Près
r35 MERCURE DE FRANCE
Près de toi l'amitié m'offre encor mille appas.
J'attendois , fans frémir , cette heure fi fatale
Aux foibles Habitans de ce vafte Univers.
Mon ame , qui brifoit fes fers ,
Voloit fur la rive infernale ,
Et libre du commun effroi ,
Que fait naître aux Humains l'Empire de la Parque,
Ne portoit pour tribut au ténébreux Monarque ,
Que le trifte regret de s'éloigner de toi.
Bientôt d'une aîle favorable ,
La divine fanté , volant à mon fecours ,
M'arrête fur les bords du Fleuve redoutable ,
A l'inftant que j'allois le paffer pour toujours ,
Et prolongeant mes deſtinées ,
Semble avoir renoué le fil de mes années.
En me livrant encor, dans leur paifible cours ,
A mes tendres amis , à mes cheres amours.
Ainfi dans le jardin de Flore ,
Borcé , & l'Aquilon exercent leurs fureurs ;
Mais , malgré leurs efforts , Zéphire fait encore
Renaître de nouvelles fleurs..
Toi , par qui tout vit & reſpire ,.
Toi , qui fçus arrêter , par ton puiffant ſecours ,
La main qui foudroyoit le Printems de mes jours ,
Précieufe fanté , fous ton divin Empire
Ramène les jeux innocens
Qui fuyoient à Pafpect des épaifles ténébres ,
Dont
JUIN. 1743 1357.
Dont les horreurs troubloient mes fens ,
Et change les Ciprès funebres ,
En Minches, & Lauriers naiflans.
Conduis - moi fur le Pinde, où je veux que ma Lyre,
En chantant les charmans attraits
De celle pour qui je foupire ,
Immortalife tes bienfaits .
Toi * fameux Chantre d'Aufonie
Dont la voix enchantoit les Dieux & les Humains,
Pere de la tendre harmonie ,
Sors du féjour des morts ; donne moi ce Génie ,
Ces tranfports , ces accens divins ,
Qui célebroient Cythere & le Dieu des Raifins.
Ce fut pour toi que du Permelle ,
Tous les tréfors furent ouverts ;
Tendre , enjoüé , galant , tu fçus avec fineſſe ,
Allier la délicateffe
A la cadence des beaux Vers ,
Et faire de ton Art , ** leçon à l'Univers ,
Philofophe fage & folide ,
Tu ne voulus jamais pour guide
Que l'éclatante vérité ;
Tu m'appris à jouir , avec cranquillité
D'un bien qui fuit & qui s'envole ,
Avec plus de rapidité ,
Qu'on ne voit l'inconftant Eole
Troubler les flots amers de Neptune agité.
Par M. B ** d'Aix.
* Horce. ** L'Art Poëtique. E iiij LET
358 MERCURE DE FRANCE
à
LETTRE écrite par M. ***
M. Abbé Goujet Chanoine de
S. Jacques de l'Hopital , fur fa Bibliothèque
Françoise , en lui envoyant la
Traduction de la feptiéme Elégie des Triftes
d'Ovide.
A lecture de votre Bibliothèque Fran
M. m'a fait un fi grand plai-
L
soife
fir
›
, que je ne puis réfiſter à l'envie de
vous le dire. Vos réflexions font judicieufes
, votre critique eft fine & délicate , &
votre ftile eft vif & naturel.
La Littérature n'eft pas moins illuftrée par
la critique , que par les Ouvrages les plus
exquis , quand écrivant fans fiel & fans interêt
, on fe propofe pour objet la gloire de
la Nation , l'accroiffement de la renommée
des morts célébres , & la correction
plutôt que la mortification des Auteurs
qui vivent. C'eft par le moyen d'une conduite
fi fage , que le nom d'un critique , fes
décifions légitimes , les graces de fon efprit
, fon caractére d'honnête homme , deviennent
refpectables à la pofterité la plus
reculée. Ainfi , M. vous êtes affuré de vivre
, auff long-tems par votre Bibliothéque
Françoife , que les Auteurs qui ont
lc
JUI N. 1743 , 1359
le mieux réüffi dans les divers genres dont
vous faites l'examen . Je n'ai encore lû :
M. que l'Extrait de votre cinquième Volume
, dans le Mercure de Février ; cette
Efquiffe me fait extrémement fouhaiter de
voir l'Original.
L
Je fuis de votre fentiment fur la Tra
duction en Vers de l'Enéïde , par Segrais.
Il rend le fens de l'Auteur avec énergie ;
& le feu poëtique dont fes Vers font animés
, préfente une belle idée du génie de
Virgile , à ceux qui n'ont point étudié la
Langue du fiécle d'Augufte . Cependant il
a des Vers très - durs. Ses Eglogues même,
qui demandent par tout une douce harmonie
, molle atque facetum , ne font point
exemptes de ce défaut. J'ai toujours penfe
que la fréquentation de Chapelain , POracle
des Poëtes de fon tems , avoit pu
lui communiquer cette dureté . On eft obli
gé à Defpreaux d'avoir combattu , ce vice .
que la corruption du goût eût peut- être
fait paffer dans la fuite pour une vraie beau
té. Une Satyre entiére ne peindroit pas avec
plus de force le défaut contre lequel il s'é
leve , que cette feule Epigramme , faite exprès
en Vers raboteux , mais dont le debut
eft paffablement brufque & incivil .
Maudit foit l'Auteur dur , dont l'âpre & rude Verve :
Εν Sén
360 MERCURE DE FRANCE
Son cerveau ténaillant , rima malgré Minerve ,
Et de fon lourd marteau martelant le bon fens
A fait de méchans Vers douze fois douze cens.
•
Il n'eft rien qui contribuë plus fûrement
à la perfection des Ouvrages d'efprit , que
Pétude de la Nature ; le bon goût eft déchu
chés tous les Peuples , dès qu'ils ont
ceffé de la cultiver. La Nature a de l'antipatie
pour l'affectation . Elle fe donne à
P'Art , pour être peignée de fes mains , à
condition qu'il ne chargera pas fa tête d'une
frifure inutile , & qu'il ne la couvrira pas
des ornemens fuperficiels , qui font le principal
mérite des coquettes ; mais il ne faut
point fe jetter dans un défaut oppofé , en
négligeant de l'orner conformement à l'air
de fon vifage & de fa taille . Elle dédaigne
l'affeterie , mais elle aime la propreté.
Elle ne veut pas qu'on l'habille avec un
efcarpin à un pied , & un foulier de bois
à l'autre , & l'on ne doit pas lui mettre
des oeillets & des rofes fur une coëffure
déchirée.
Cette pensée m'a toujours empêché de donner
tous mes fuffrages aux Poëfies de l'Abbé
Chaulieu , & du Marquis de la Fare. J'en eſtime
les beautés , mais je ne fuis point idolâtre
de l . urs tâches . On fe figure que leurs négligences
font de vrais agrémens , parce
que
JUIN. 1743 1361
que c'étoient
des gens de Cour. Mais à la
Cour d'Apollon
, la meilleure
partie des Titres de Nobleffe
fe cherche
dans la pureté
délicate
des penfées , & dans la noble
élégance
du ſtyle , qui doivent accompagner
les Ouvrages
d'efprit.
Il eft auffi certains paffages des anciens
Auteurs , dont on fe fert dans toutes les
rencontres , pour défendre fes chimères , faute
d'en avoir jamais bien examiné le fens. On
cite par exemple ces deux Vers du Pra
logue de l'Andrienne.
Quorum amulari exoptat negligentiam ,
Potius quam iftorum obfcuram diligentiam.
Premiérement il ne s'agit point ici du fty
le , mais de l'invention. Terence dit , qu'il
aime mieux tirer fon fujet des Grecs , à l'i
mitation de Nævius , Plaute & Ennius .
que de donner au Public des Comédies
embrouillées , comme celles du vieux Luf
cius-Lavinius & des autres Comiques qui
le critiquoient par jaloufie , ou comme les
petits Romans & les Recueils de plattes
Epigrammes que nos modernes façonnent
en Piéces de Théatre. En fecond lieu , eftil
vraisemblable que Terence eut fait un
précepte d'être lâche & négligé dans le
tyle Ce qu'il eut pû dire de plus , c'eſt
E vi que
1362 MERCURE DE FRANCE
*
que
s'il avoit eû à choifir de deux défauts
néceffaires , il eut préféré une aimable
négligence à l'exactitude fombre & pénible
qui rend le ftyle péfant , ou qui l'énerve ,
comme dit Pline le jeune , en le dépouillant
de l'embonpoint gracieux , qui comme
dans une belle femme enchante la
vûë & réjouit le fentiment. Terence ne
prétend donc pas que ce foit un vice de
réunir les graces & l'exactitude , & fes Comédies
en font la preuve.
C'eft de la même maniére qu'on doit
expliquer cet endroit de l'Art Poëtique
d'Horace.
Non ego paucis
Offendar maculis , ¿e.
Je ne ferai pas rebuté pour quelques tä¯
ches , qui fe feront gliffées dans un Ouvrage
d'une jufte longueur , quand elles feront
en petit nombre & qu'on n'aura pû y remédier
, qu'en rétranchant de très - grandes
beautés.
,
On m'objectera que Catulle eft négligé
dans fes Vers. Cela eft vrai , mais il ne
l'eft pas dans le ftyle . Les Vers de Lucrece
font plus durs que les fiens , & les fiens font
moins doux , que ceux de Virgile & de
Tibulle. Je ne parle point ici de fes Phaleuques
JUIN 1743 1363
leuques , qui pour la plûpart font coulans
& harmonieux , mais feulement de fes Vers
Hexamétres & Pentamétres dont on
auroit tort de regarder les négligences
comme des agrémens placés à deffein. Au
furplus , il ne faut point s'en prendre à Catulle
, de la dureté de fes Vers Il verfifioit
comme on faifoit alors , la Poëfie n'étant
point encore arrivée à ce dégré de perfection
, où la fin du Regne de Jules Cefar ,
& la politeffe de celui d'Augufte, la condui
firent en peu d'années.
5 Virgile écrivoit difficilement , & Horace,
qui fe plaint du peu de tems que les Auteurs
employoient à retoucher leurs productions
, ne faifoit point une de fes grandes
Odes dans une matinée. Ce ne font donc
point les négligences qui donnent aux Poëfies
un air naturel mais le travail de la
lime , pourvû qu'on ait reçû fon talent de
la Nature , & qu'on ne tyrannife point fon
génie , en l'appliquant à un genre d'Ouvra ;
ge , pour lequel il n'étoit point né.
,
On abuſe de l'idée qu'on s'eft formé depuis
quelques années du ſtyle cavalier. C'eft
excufe des Ouvrages négligés. Un petit
Maître portant plumet & talons rouges ,
aura imaginé en faifant deux ou trois pirouettes
, une douzaine de Vers , dans lef
quels une penfée fauffe petille & badine
ลม
1364 MERCURE DE FRANCE
au milieu d'un galimatias rimé. C'est un
Chef-d'oeuvre , diront , vingt Badauts ameutés
. Ces Vers ne font point exacts , mais ils
ont un air cavalier. C'eft Anacréon reffu fcité
; oui , Anacréon fe fut très - fûrement
fait honneur de ce charmant badinage , &
puis ,
Pleuvez Lauriers , nég ez Jaſmins & Rofes.
Le meilleur de ceci , c'eft que nos jeunes
Poëtes , de quelque condition qu'ils
foient , veulent être petits maîtres en Poëfie.
,
Moliére dans fes précieufes ridicules ;
fon Misantrope fes femmes fçavantes
avoit tâché de couper dans la racine le prétendu
ftyle cavalier . Le faux Marquis de Maf
carille dans la premiére de ces Comédies ,
après avoir décoché à Mefdemoiselles Madelon
& Cathos , une Poëtie Anacreontique
à la mode de nos petits Maîtres , dir
avec une orgueilleufe fatuité , tout ce que
je fais a l'air cavalier , cela ne fent point
le pedant. Les Pointes aujourd'hui ne font
plus d'ufage que dans les Pièces de Théatre
où l'on court après l'efprit , & les
complimens guindés ou équivoques . Mais
en revanche dans les petites Poëfies , on
aliaifonne une nonchalante platitude de Jaf
,
muns,
JUIN. 1743. 1365
mins ; de Mirthes & de Rofes , & l'on
croit avoir fait des prodiges.
La perfection des Vers , je le répete
encore , eft le fruit du travail ; c'eſt par
le travail que les Vers acquierent le
tour naturel & facile , qui les diftingue
des Vers du commun.
Ut fibi quivis
Speret idem ; fudet muliùm , fruftraque labores
Aufus idem.
Ovide & Tibulle , deux des plus beau
efprits que Rome ait jamais eus , étoient
l'un & l'autre Chevaliers Romains , d'où
l'on pourroit préfumer , qu'ils avoient eû une
femblable éducation . La même année les
vit naître ; ils furent liés d'amitié , comme
on le peut juger par l'Elégie d'Ovide , fur
la mort de Tibulle , & c'eft à mon gré
une de fes Piéces les plus châtiées pour
l'élégance du ſtyle . Eft - il rien de plus aimable
, par exemple , que le débat de Délie
& Néméfis , fes deux Maîtrelles , fur la
préférence que l'une & l'autre préten
doient avoir eue dans fon coeur ?
Delia difcedens , felicius , inquit , amata.
Sum tibi , vixifti dum tuus ignis eram.
Cui Nemefis , quid ais ? Tibi funt mea damna doloris
Metenuit moriens deficiente manu.
1366 MERCURE DE FRANCE
Il paroîtroit qu'Ovide qui a prefque tout
copié ce dernier Vers de la premiére Elégie
de Tibulle , ne fe fouvint pas que c'eft
de Délie qu'il a dit en cet endroit
Te fpectem , fuprema mihi cum venerit hora ,
Te teneam moriens deficiente manu.
>
Ou peut- être racontoit- il les chofes , comme
elles s'étoient effectivement paffées .
Enfin qu'on life les Elégies de ces deux
Poëtes , on fentira que les Vers de Tibulle
font plus naturels , parce qu'ils font
plus travaillés , quoique ceux d'Ovide foient
plus ingénieux. Les deux Vers que j'ai rapporté
de Tibulle , font un échantillon de
preuve de ce que j'avance , & quiconque
goûtera feulement toute la délicateffe , &
toute la force naïve de cette expreffion te
fpectem , en conviendra avec moi.
On fe tromperoit fort , fi l'on concluoit
de tout ce que j'ai dit , que je méprife les
Poëfies de l'Abbé de Chaulieu . Ce n'eftpoint
fur elles que retombe toute ma critique.
Je les eftime , & les relis même toujours
avec fenfenfualité , mais j'ofe foûtenir qu'un
peu plus de régularité dans la méfure &
dans l'ordre des Vers , aufli bien que dans
le ſtyle , ne leur fieroit pas mal .
Je reviens , M. après cette efpéce de
Differtation
JUIN. 1743 1367
Differtation où mon fujet m'a infenfiblement
engagé , à l'Extrait du cinquième.
Volume de votre Bibliothèque Françoise .
Les Eloges que vous donnez aux Tra-
,
ductions en Vers de M. le Préfident Bouhier
font fort en place. Celles qu'il a
faites en Profe , ne déparent point les Originaux
; j'en dis autant de celles de fon illuf
tre Confrere M. l'Abbé d'Oliver. Ce Sçavant
Magifttrat nous avoit donné des preuves
de fon talent pour la Poëfie , dans fes
Traductions du Poëme de Pétrone & du
Pervigilium Veneris ; & il vient de nous
en convaincre par le nouveau Recueil ;
dont il a fait préfent au Public. Nous
fommes depuis près de dix ans , en commerce
de Littérature & d'amitié. Mais ce
ne font pas ces égards qui me dictent ces
louanges ; c'est la juftice. Les Vers de fa
Traduction du 4. Liv. de l'Enéïde font
élégans , mais ils font mâles. Ils reffemblent
aux bons vins , dont la douceur aug
mente la force.
Vos réflexions fur les Traductions en
Vers m'ont excité à traduire la 7. Elégie
du premier Liv. des
Si elle a le bonheur de
fera pour moi un préfage
plaira point au Public
qu'il devra cet eſſai.
Triftes d'Ovide .
vous plaire , ce
qu'elle ne dé-
& c'est à vous
La
368 MERCURE DE FRANCE
La méfure des Vers dont j'ai fait choix✈
me donne matiére à quelques remarques fur
nos Elégies. Les Grecs & les Latins faifoient
fuccéder un Vers de cinq pieds , à un de
fix , eftimant que cette mélure étoit propre
à l'expreffion de la douleur. Ovide regardoit
cette marche irrégulière , comme un des
principaux caractéres qui diftinguent l'Elégie.
C'eft ce qu'il nous apprend par la peinture
qu'il en fait dans la premiere du 3 .
Liv. de fes Amours.
Venit odoratos Elegia nexa capillos ,
Et puto pes illi longior alter erat.
Forma decens , veftis tenuiffima , vultus amantis ;
In pedibus vitium caufa decoris erat.
Il n'eft perfonne qui ne fente la jufteſſe
'de fon goût , & qui ne convienne qu'en
remplaçant un Vers Pentamétre par un
Hexamétre , l'Elégie Latine perdroic inf
niment de fa beauté.
Je m'étonne que nous ne nous foyons
point avifés de tranfporter dans notre Langue
, cette marque qui caractériſe le Poëme
plaintif. Eft ce faute de réflexion ? Je
n'oferois dire , que ce fut faute de goût.
La méfure des Vers Alexandrins à rimes
fuivies, qu'on appelle bizarement rimes plat
tes , eft affectée parmi nous à tous les ftyles
,
JUIN. 1743. 1369
fes , à l'exception de l'Ode . Ce qui fait
que fouvent on ne trouve point la différence
d'une Elégie à une Idille , & que
fi l'Auteur n'y mettoit point de Titre
on ne fçauroit de quel nom l'appeller. Auffi
le Pere Rapin , après avoir parlé dans
fa Poëtique , des Elégies Grecques & Latines
, garde le filence fur les Nôtres. Je ne
parle point , dit-il , des Elégies Françoifes ,
c'est un genre de Vers que nous ne diftinguons
pas de l'Héroïque , on appelle indifféremment
Elégie parmi nous , tout ce qu'on
veut , en quoi la diftinction du vrai carac
tére de ce Vers n'eft point bien établie.
Cependant il nous étoit facile de faire
cette diftinction par l'alternative touchante
d'un grand & d'un petit Vers. Delingendes
, un de nos Poëtes qui ayent écrie
avec le plus de délicateffe , nous en avoit
tracé un excellent modéle dans quelques
Elégies , & fur tout dans celle qu'il a compofée
fur l'exil d'Ovide & qui commence
,
Ovide , c'est à tort que tu veux mettre Augufte
Au rang dcs Immortels ;
Ton exil nous apprend qu'il étoit trop injufte ,
Pour avoir des Autels .
Je doute , malgré les Décrets de l'Aca
démie
1370 MERCURE DE FRANCE
démie des Jeux Floraux , qui ne veut que
des Elégies en grands Vers à rimes plattes ,
qu'on réuffit à exprimer la triſteſſe , avec
la même douceur & la même force , dans
une Piéce uniquement compofée de Vers
Alexandrins à rimes fuivies
Il me reste une Rémarque à faire. On
pourroit , pour répandre dans un Livre d'Elégies
, un certain air de variété , que celles
des Grecs des Latins n'ont pas , faire fucceder
dans les unes un Vers de cinq pieds
à un de fix , & dans les autres un Vers de
trois ou quatre pieds à un de fix pareillement
, avec cette loi , que le petic Vers
fût toujours d'égale mefure dans tout le
Poëme. Cette agréable variété produiroit ,
ce me femble , un bel effet , & diftin
gueroit nos Elégies de celles des autres
Langues.
J'ai traduit par préférence la 7. Elégie
des Triftes. On ne fçauroit la lire , fans attendriffement
& fans amitié pour l'Auteur. On
y voit fon attachement , fon bon coeur , fa
fidélité ; & l'on eft faifi d'indignation contre
Amiperfide , qui l'avoit fi lâchement abins
donné & peut-être trahi.
Je ne fçais , M. fi mes obfervations feront
de votre goût , mais je ferois charmé qu'elles
m'euffent donné l'occafion de faire con-
Roiffance avec vous , & de vous dire quel,
quefois ,
JUIN.
1743. 1371
quefois ,
, que j'ai l'honneur d'être avec de
nceres fentimens d'eftime & de refpect ,
M. Votre très humble , &c.
Bretagne , au Croific , ce 8. Avril 1743 .
J
ENIGM E.
E marche avec poids & mefure ,
Et tous mes pas font tirés au cordeau ;
Je ne crains ni chaud ni froidure ,
Mais fans feu je ne fers qu'a garder le manteau ,
Chés les gens comme il faut je fais quelque figure ;
On me voit peu chés l'Artiſan ,
Encor moins chés le Payſan.
1
Il en est plus d'un , je m'affûre ,
Qui n'ont jamais vû ma tournure ;
Sans compagne pourtant je ne fuis bon à rien ,
Auffi ma trifte deſtinée
La tient toujours à mon col enchaînée ,
Et me fait travailler comme un Galérien .
Pendant de certains tems , il eft vrai , je m'arrête,
Et ces tems réunis, font un bon tiers de l'an ;
Dans un feftin , dans une fête ,
Mon travail eft plus abondant ,
Mais quand je laiffe entiers tous les mets qué j'aprête
, Tu
372 MERCURE DE FRANCE
Tu peux bien jurer fur ta tête,,
Que ce n'eft pas faute de dents .
Par M. D B. D. C. Capitaine General
d'Entrevaux.
XXXXXXXXXXXXXXXXXXX **
D
LOGOGRYPHE.
714
Es mes plus jeunes ans je femai la terreur ;
A la Ville , à la Cour , j'inſpirai la frayeur ;
Mon nom devint fameux, & toujours redoutable ,
Aux plaintes comme aux pleurs, je fus inexorable.
Que j'euffe été loué dans mes hardis exploits ,
S'ils avoient eû pour but & la gloire & les loix !
Mais guidé par Laverne & le libertinage ,
Par le vice entraîné , j'employai mon courage.
De neuf lettres , Lecteur , naît ma fécondité ,
Capable d'exciter ta curiofité.
Mon nom t'offre d'abord le fujet de ma peine ,
Ou le trifte féjour qui me tint lieu de chaîne ;
Le malheureux flambeau dont on chargea ma main;
Le fupplice cruel à mes jours qui mit fin ;
Pour le Public je fers fur la terre & fur l'onde ;
D'un naufrage éternel je garantis le Monde ;
C'eft lur moi que dans Rome entroient les Conquérans
;
Je fuis encor l'un des cinq fens ;
On
JUIN.
1373 1743.
03
vi
E
On me voit employer mainte & mainte figure ,
Pour fuppléer à l'ingrate Nature ;
Cachant bien es défauts fous des dehors
trompeurs,
Des plus belles vertus j'emprunte les couleurs ,
Et l'on me voit regner à la Cour , à la Ville .
Je fuis le logement de certains animaux ,
Dont le labeur eft fort utile ;
Je luis très- funefte aux Vaifleaux ;
Je refferre les noeuds du charinant hymenée
Et provoque au repos au bout de la journée ;
Je finis , pour ne pas plus long - tems t'arrêter ,
Cher Lecteur , à tes yeux mon nom a du fauter.
De Montorier , de Lyon.
NOUVELLES LITTERAIRES ,
DES BEAUX ARTS, & c .
ESSAL fur les Principes du Droir & de la
Morale , Ouvrage , qui traite toutes les
matieres , qu'ont traités Grotius dans fom Livre
du Droit de la Guerre & de la Paix , &
Pufendorf fur le Droit de la Nature & des
Gens , & fur les Devoirs de l'Homme & du
Citoyen.
,
1
Un tel Ouvrage, dont tout l'Univers eft Juge
1374 MERCURE DE FRANCE
ge compétant
, doit pour être bien fait , l'être
de façon , que quiconque
y apportera
une attention fuffifante , puiffe entendre
tout ce
qu'il contient , & en conclure, s'il eft impartial
, que toutes les Nations devroient
l'adopter
pour leur plus grand bonheur.
Cela étant , & comme il eft vrai , que ce
qu'un ou plufieurs hommes ont penſe , ne
doit pas déterminer tous les hommes en gé
néral à penfer de même ; que les regles faites
pour une ou plufieurs Nations , ne doivent
pas être regardées comme ayant force de Loi
pour toutes les autres , & qu'il n'y a que la
raifon qui ait droit d'affujettir tous les hommes
& toutes les Nations , l'Auteur a crû devoir
bannir de fon Ouvrage toute apparence d'érudition
, & s'attacher à raiſonner de fon
mieux.
Dans cette vûë il a tâché d'abord d'établir
ce que c'eſt
que le Droit
naturel
, & fes premiers
Principes
, enfuite
concevant
que
ſi
les conventions
faites
entre
quelques
Nations
ont du rapport
au Droit
des Gens
, il n'en
eft
pas moins
vrai que
le Droit
des Gens
, proprement
dit , contient
toutes
les regles
dont
toutes
les Nations
en géneral
doivent
conve
nir pour
leur plus
grand
bien
, comme
étant
les plus juftes
conféquences
du Droit
naturel
; il s'eft appliqué
à ne rien établir
, comme
étant
de ce Droit
des Gens proprement
dit
qui
JUIN. 1743: 1375
qui eft fon objet , que quand il l'a cru conféquent
des Principes du Droit naturel , & n'a
point perdu de vûë cette vérité , Que les con-
Jequences des meilleurs Principes ne feroiens
point parfaitement juftes , fi elles donnoient atteinte
en tout ou en partie à d'autres conféquences
collateralles , qui feroient juftes.
Cependant il convient de bonne foi que ;
quelques bonnes qu'ayent pû être fes intentions
, il ne feroit pas impoffible qu'il fe
fut trompé quelque fois , & il déclare que fuffifamment
flatté de ce que fes Juges les plus
rigoureux voudront bien , à ce qu'il efpere , lui
fçavoir du moins quelque gré de ce dont il a
fallu qu'il ait toujours été occupé en écrivant,
puifqu'il n'a dû que chercher par tout les
fources du bonheur du genre humain , autant
que le pouvoit faire quelqu'un , qui ne
devoit pas écrire en Théologien , il fera tou
jours prêt à revenir des erreurs dans lesquelles
on le feroit appercevoir qu'il feroit tombé.
Bernard Brunet Libraire , à Paris , dans la
Grande Salle du Palais , à l'Envie , imprime
cet Ouvrage in-4° . principalement pour ceux
qui voudront le mettre dans leur Bibliothé
que , à la fuite du Droit de la Guerre & de
la Paix de Grotius , & du Droit de la Nature
& des Gens de Puffendorf , traduits & common
és par le celébre M. Barbeyrac ; il s'eft
attaché à rendre l'Edition auffi belle
II. Vol
>
F
qu 'il eft
poffible ,
1376 MERCURE DE FRANCE
poffible , & compte pouvoir en délivrer les
Exemplaires dans le mois de Juillet prochain
1743.
MEMOIRES pour fervir à l'Hiftoire des
Spectacles des Foires de S. Germain & de
S. Laurent , précédés d'une Préface , fervant
d'introduction aux Mémoires Hiftoriques de
ces mêmes Spectacles , par un Acteur Forain ,
2. Vol in- 12. chés Briaffon , rue S. Jacques ,
à la Science & à l'Ange Gardien , 1743 .
On trouve à la fin du fecond Vol, un Catalogue
Alphabétique des Auteurs qui ont
travaillé pour les principaux Spectacles Forains
, avec les Titres des Piéces qu'ils y ont
données,jufques & comprife la Foire S. Laurent
1742.
Il paroît un nouveau Livre de Cuiſine
intitulé , Suite des Dons de Comus , ou l'Art
de la Cuifine reduit en pratique , où l'on verra
l'ancienne Cuifine conciliée avec la nouvelle
, & les principes de l'une & de l'autre
developpés , rendus faciles & mis à la portée
de tout le monde , avec une idée de la Cuifine
& de l'oeconomie bourgeoifes . Ce nouvel
Ouvrage mérite bien la fupériorité qu'on lui
accorde fur tous les Livres de cette elpèce.
Il eft en trois gros Volumes in- 12 . & renferme
ce qu'il y a de plus recherché & de
plus
JUIN. 1743. 1377
plus nouveau dans les délices de la table. On
y trouve beaucoup de méthode & une pratique
aifée , mife dans un bon ordre . La Cuifine
bourgeoife qu'on y a joint , marque que
l'Auteur a porté fes vûës auffi loin qu'elles
pouvoient aller. Il y a encore un petit Traité
de la Diffection des Viandes extrémeme nt
utile. Enfin par les différens objets qu'il embraffe
, on voit que le but de l'Auteur a été
de mettre fon Ouvrage à la portée de tout le
monde. Une Préface curieufe & bien écrite ,
introduit agréablement dans la lecture de co
Livre , où l'on peut dire que tout eft mar
qué au coin du bon goût : Il fe vend à Paris ;
chés la veuve Piffot , Quai de Conty, à la Croix
d'or ; chés Didot , Libraire , Quai des Auguf
tins , à la Bible d'or , & au Palais , chés Brunet
le fils , à l'Envie.
Les Libraires de Provinces pourront s'adreffer
au ficur Marin , Officier Chef de Cuiſine
du Prince de Soubife , Auteur du Livre.
›
Il demeure ruë Montmartre , vis à - vis la
rue du Croiffant , chés M. Pitou , Marchand
Limonadier , au premier , fur le devant.
TRAITE' de l'Orthographe Françoiſe, en ,
forme de Dictionnaire , enrichi de Notes critiques
, & de kemarques fur l'Etymologic
& le genre des mots , la conjugaifon des
Verbes irréguliers , & les variations des Au-
Fij tours,
#378 MERCURE DE FRANCE
teurs. Nouvelle Edition , revue & corrigée.
I. Vol. in 8. de 449. p. A Poitiers ; &ſe vend
à Paris chés Gabriel Martin , ruë S. Jacques ,
l'Etoile. M. DCC. XLIII.
Ce Livre eft un des meilleurs qui ait encore
paru en ce genre , & on ne fçauroit trop
en recommander l'ufage , non feulement aux
Etrangers , qui veulent apprendre à parler &
à écrire correctement notre Langue , mais
ncore à plufieurs François , qui croyant
la fçavoir parfaitement , manifeftent fouvent
leur ignorance dans l'un & dans l'autre ; car
cette recommandation regarde en géneral nos
Interprétes , & en particulier ceux qui font
obligés de traduire en François les Langues
Orientales. Un pareil guide ne peut que leur
être d'une grande utilité.
Charles Ofmont , Imprimeur- Libraire &
Paris , rue S. Jacques à l'Olivier , a pu
blié une nouvelle Edition en un Volume
in-folio , de S. Juftin , Martyr , & de plufieurs
autres Apologiftes de la Religion
Chrétienne , qui porte ce Titre : S. P. N.
JUSTINI Philofophi & Martyris Opera que
exftant omnia : nec non Tatiani adverfus
Gracos Oratio , Athenagora Legatio pro Chrif
vianis & Liber de Refurrectione mortuorum ;
S. Theophili Antiocheni tres ad Antolycum
Libria
JUI N. 1743 1379
+
Libri ; Hermi a Irrifio Gentilium Philofophorum
: item in Appendice fuppofita Juftine
opera cum Actis illius Martyrii & excerptis
operum de perditorum ejufdem Juftini & Taiani
& Theophili cum Manufcriptis codicibus
collata ac novis interpretationibus ;
notis , admonitionibus & Præfatione illuftrata ,
cum indicibus copiofis. Operâ & fludio unius
ex Monachis Congregationis S. Mauri.
• Pour faire connoître tout le mérite de
cette Edition , il feroit à propos d'entrer
dans l'examen de la verfion & des notes ,
mais comme cette difcuffion nous meneroit
trop loin , nous nous bornerons à la
Préface dont nous tirerons ce qui nous
paroîtra plus propre pour fatisfaire la curiofité
de nos Lecteurs , & pour les met
tre en état de juger du travail de l'Editeur.
Cette Préface eft divifée en trois Par
ties , dont la premiére eft employée à faire
connoître les Editions précédentes ; la feconde
contient l'examen de plufieurs cho-
Les importantes concernant la Doctrine de
3. Juftin & des autres Apologiftes ; la
troifiéme traite de leurs actions & de leurs
Ecrits .
L'Editeur, en parlant des Editions précéden
foin de remarquer ce qu'il y a d'intereffant
dans les Avertiffemens & dans les Epitres détes
,a
dicateiros
暈
1380 MERCURE DE FRANCE
dicatoires. Il fait ufage de ce que dit de
François I. le P. Perion , Bénédictin de
l'Abbaye de Cormery , Docteur en Théologie.
Ce n'eft pas feulement en France ,
que ce Prince avoit fait fleurir les Lettres ;
Italie , l'Espagne & l'Allemagne lui ont eû
de grandes obligations : il avoit excité par
tout une admirable ardeur pour découvrir
les Manufcrits qui contenoient les anciens
Auteurs. Ce P. Perion a été le premier
Traducteur de S. Juftin : il a divifé fa
Traduction en plufieurs claffes , & l'on voit
par les Epîtres dédicatoires qui les précedent
, les liaifons qu'il avoit avec plufieurs
Perfonnes d'un rang très - diftingué. Son zéle
pour Ariftote eft remarquable , car en
parlant de la Réfutation des Dogmes d'Ariftote
, dont il croyoit S. Juftin Auteur , il témoigne
la crainte qu'il a que cet Ouvrage
ne détourne de lire Ariftote dont nos
Ancêtres , dit- il , ont approuvé la Doctrine
dans cette Univerfité qui eft la premiére de
touies , ont voulu qu'on s'y attachât préférablement
à celle de Platon qu'ils ont entiérement
rejettée. Il ne fait pas difficulté de
dire que fi les Ariftoteliciens vouloient ré
pondre à tout ce que S. Juftin dit contre
Ariftote , ils le pouroient faire aifément
, à l'exception néanmoins de ce qui
regarde la Réligion .
,
Sigifmond
JUIN. 1743. 1381
Sigifmond Gelenius travailloit en mêmetems
que Perion , à traduire S. Juftin
mais fon Ouvrage n'a paru qu'un an après
celui de Perion. Langus a donné une troifiéme
Traduction de ce Pere , fans avoir
profité du travail des deux autres . Il étoit
Proteftant , & néanmoins dans fon Epître
dédicatoire à Maximilien , Roi de Boheme
, il gémit des troubles qui agitoient
l'Eglife ; il foutient l'Autorité des Peres ;
il tourne en ridicule la juftice imputée ,
& pour faire voir à quels excès on fe
toit , il raconte qu'il s'étoit élevé depuis
quelques années dans une Ville d'Allemagne
, une difpute fi violente fur la Ju
tification , que tout le Clergé fut prêt à ſe
révolter ouvertement contre le Souverain
ce qui obligea ce Prince de publier un
Edit par lequel il ordonnoit , qu'on expliquât
la Juftification felon la Doctrine
de S. Paul & de quelques Docteurs mo
dernes, qu'il nonimoit ; pour appaifer les feditieux.
por-
Un fçavant Anglois, qui a donné en 1722 .
une nouvelle Edition des deux Apologies
de S. Juftin & de fon Dialogue , s'éleve
avec encore plus de force contre ceux qui
rejettent les Peres de l'Eglife , & qui prétendent
que l'Ecriture fuffit . Il les traite
d'ignorans , & il déclare que leur fenti-
Fij
ment
9
# 382 MERCURE DE FRANCE
ment est également abfurde & impie. Le
même Ecrivain fe déclare contre toutes
les Traductions , foit en Latin , foit en
Langue vulgaire il dit qu'il en eſt ennemi
juré : c'eft , felon lui , ce qui eft caufe
que les habiles gens font fi rares , & les
demi- fçavans en fi grand nombre . La liberté
avec laquelle il parle de fa Nation¸
n'eft pas fort propre pour lui attirer la faveur
des Anglois . Car en fait de critique ,
i les met fort au deffous des François
dont il loue l'efprit & la vivacité , & des
Italiens , qu'il admire comme des génies
fupérieurs.
Après avoir paffé en revue les Editions
précedentes , l'Auteur de celle qui paroît
aujourd'hui , rend compte en peu de mots
de fon deffein , & des Manufcrits dont il
s'eft fervi .
La feconde Partie commence par une
Queſtion également curieufe & importante.
Il s'agit de fçavoir fi Platon a connu
le Verbe , & fi S. Juftin , en paffant de
l'école de Platon , à celle de J. C. étoit
déja imbu de cette Doctrine . Ce qui a engagé
dans cette difcuffion , c'est que les
Sociniens ne ceffent d'accufer S. Juftin
d'avoir introduit dans l'Eglife le fentiment
de Platon fur le Verbe . M. le Clerc fou.
tient dans fes Lettres critiques que les Juifs
F v mêmes ,
JUIN. 1743 1383
mêmes , & fur tout Philon , ont puifé dans
Platon ce qu'ils ont dit du Verbe , Fils de
Dieu & Créateur de l'Univers.
Cependant , en examinant les endroits ,
où, Platon parle de la Création du monde
on n'apperçoit que Dieu & la Matiére
qu'il croyoit éternelle . L'idée que Dieu
a fuivie , le modéle qu'il s'eft propofe
ne font point diftingués de lui , le
λόγος n'eft autre chofe que la penfee
& la raifon qu'il a cûe de donner à l'Univers
l'ordre & l'arrangement que nous
admirons.
Il y a quelques endroits où Platon ( 4 )
attribuë un Pere à celui qui eft le chef
de tous les Dieux & la caufe de toutes
chofes. On croiroit d'abord qu'il s'agit ici
du Fils de Dieu , mais Platon n'en a pas
la moindre penfée. C'eft du monde
qu'il parle , c'eft au monde qu'il donne
ces titres magnifiques . Car en d'autres endroits
il appelle le monde un Dieu qui
eft la caufe de tous les biens , & que tous
les Démons & les Dieux reverent ; un Dien
qui fe fuffit à lui - même ; l'image du Dien
invifible ; un Fils unique ; un Dien engendré.
Ciceron a bien vû que Platon parloit
du monde dans tous ces endroits
(a) Epift . ad Herm. Eraft . & Coriſc.
car
Velleius
1384 MERCURE DE FRANCE
Velleius dans le premier Livre de la Nature
des Dieux fe moque de ce Dieu
de Platon , qui eft d'une figure ronde. Le
célébre Philofophe , qu'Origene ( a ) a réfuté
fi folidement , difoit que les Chrétiens
étoient les premiers qui fe fuffent
avifés d'attribuer à Dieu un Fils , & que
les anciens par ce terme de Fils avoient
entendu le monde.
Il y a dans la feconde Lettre de Platon ;
qui eft adreffée à Denis le Tyran un paſſagc
, où plufieurs Auteurs , anciens & mo.
dernes ont cru voir la Trinité. Mais en
confiderant ce que Platon ajoute , & ce
qu'il dit en d'autres endroits , il eft aifé
de voir qu'il s'agit de quatre maniéres de
connoître les chofes , & qu'ainfi Platon ne
fait nullement allufion à la Sainte Trinité ,
mais plutôt au Quaternion de Pytagore .
Ce n'eft donc point à Platon que S. Juftin
eft redevable d'avoir connu le Verbe
de Dieu. Il n'avoit aucune connoiffance
de cette Doctrine avant que d'être Chrétien.
C'eft ce qu'on fait voir par des raifons
très-folides.
Le scond Article regarde la Création
de la Matiére , & contient des Remaques
qui peuvent être utiles pour l'intellig.nce
des Peres. S. Juftin loüe Platon d'avoir
( a ) Lib. V. adv. Celſum,
dit
JUIN. 1743. 1385
dit que Dieu a tout fait d'une Matiér
informe. Athénagore parlant aux Payens
ne s'attache qu'à l'arrangement que Dieua
donné à la Matiére , fans dire qu'il l'a
tirée du néant. Ces deux Auteurs penfoientils
, comme Platon & comme les autres
Philofophes , que la Matiére eft éternelle ?
Nullement. Ils louent dans Platon ce qui
étoit digne de loüange , & dans les endroits
où ils le font , il eût été inutile de
le réfuter fur l'éternité de la Matiére . Ils
fe font expliqués clairement l'un & l'autre.
Le troifiéme Article eft pour réfuter le
Miniftre Jurieu , qui a accufé S. Juſtin ,'
S. Clement d'Alexandrie , Origene & S. Auguftin,
d'avoir dit que Dieu a donné le Soleil :
& les Etoiles aux Gentils , pour leur fervir de
Dieux .
Dans le cinquième , à l'occafion de l'état
d'enfance , dans lequel S. Théophile dit :,
qu'Adam a été créé , on trouve des Réfle--
xions fort intereffantes.
L'Article de l'Euchariftie eft très - important
, & paroît avoir été traité avec une
grande exactitude . L'Auteur , fans s'écarter
de fon fujet , donne une explication bien
naturelle du célébre Paffage où Tertullien
dit que le Pain & le Vin font la figuredu
Corps de J. C. cela veut dire que le:
Corps de J. C. eft caché fous la figure
F vi;
OU
1386 MERCURE DE FRANCE
ou les espéces du Pain & du Vin &
il eft clair que Tertullien n'a point eû
d'autre penfée. Il s'agit en cet endroit de
faire voir contre Marcion que J. C. n'a
point eû un Corps phantaftique . La raifon
qu'en donne Tertullien , c'eſt qu'un
corps phantaftique n'auroit pû être caché
fous la figure du pain & du vin autrement
ce feroit un phantome caché fous
un autre phantome , un vuide fous un
autre vuide , une apparence de corps humain
, cachée fous les apparences du pain
& du vin. Res vacua figuram capere non
poffet. Il est évident que Tertullien dans
tout ce raifonnement fuppoſe , comme une
chofe certaine , que le Pain & le Vin font
détruits dans l'Euchariftie & qu'il n'em
refte plus que les apparences , fous lefquelles
le vrai Corps de J. C. eft caché .
›
Quoique S. Juftin écrivit à Rome , It
Liturgie qu'il décrit eft femblable à celle que
nous avons dans les Conftitutions Apoftoliques
, & différente de celle qui étoit en
ulage à Rome. Cela vient , felon toutes les
apparences , de ce qu'il y avoit à Rome quelques
Eglifes , où en confidération des Chrétiens
qui venoient d'Orient , on célébroit
la Liturgie en Grec , & felon le rit de l'Eglife
Grecque. S. Juſtin dit , lui - même
au Prefet dans les Actes de fon Martyre
qu'on
JUIN. 1743. 1387
qu'on tenoit des affemblées dans la maiſon
où il demeuroit , & s'il eft vrai qu'il ait été
Prêtre , comme il paroît par plufieurs endroits
de fes Ouvrages , on a fujet de croire
qu'il préfidoit à ces Affemblées.
Les Chrétiens s'affembloient le jour du
Dimanche on lifoit l'ancien & le nouveau
Teftament , felon que le tems le permettoit
Lorfque le Lecteur ceffoit , le Prêtre faifoit
un Difcours , pour exhorter à pratiquer les
grandes vérités dont on venoit d'entendre
la lecture . Enſuite on fe levoit & on faifoit
les Priéres que S. Juftin appelloit les Prie
res communes , lefquelles étant finies , les.
Chrétiens fe donnoient entr'eux le baifer
de paix , & l'on préfentoit le pain & le vin
au Prêtre qui les confacroit. Après cette Priére
du Prêtre , que S. Juftin appelle la longue
Prière , on diftribuoit l'Euchariftie à ceux
qui étoient préfens , & on la portoit aux
abfens. On avoit cru jufqu'ici , fur l'autorité
de S. Juftin , que les Diacres diftribuoient
dans l'Eglife les deux efpéces confacrées ,
mais l'Editeur fait voir que les Diacres ne
donnoient que le Calice dans l'Eglife & qu'ils
portoient aux abfens le Pain confacré.
La néceffité d'abreger nous oblige de paffer
plufieurs autres chofes importantes , pour
venir à la troifiéme Partie de la Préface.
S. Juftin eft né vers l'an 114.dans la Ville
de
1388 MERCURE DE FRANCE.
de Naploufe : il s'appliqua d's fa tendre
jeuneffe à la lecture des anciens Auteurs
dont on voit par fes ouvrages qu'il avoit
une grande connoiffance. Il paffa enfuite
à la Philofophie , & il fe fixa dans l'Ecole
de Platon : fe promenant un jour dans un
endroit aflés proche de la Mer , où il cfpéroit
ne voir perfonne , il rencontra un
vieillard qui entra en converfation avec lui ,
& lui fit connoître J. C. Cet entretien fit
beaucoup d'impreffion fur S. Juftin : il fe
mit à lire l'Ecriture Sainte , comme ce vénérable
Viellard lui avoit confeillé : il fit
des réflexions fur la Sainteté des moeurs des
Chrétiens , & voyant des hommes toujours
prêts à fouffrir la mort & les tourmens les
plus cruels , & même fe préfentant quelquefois
d'eux - mêmes aux Juges , il n'eut
plus que du mépris pour les calomnies qu'on
répandoit contre cette Religion .
lens
S. Juftin , après s'être rempli de la connoiffance
de la Religion , employa fes tala
défendre. Nous avons de lui
pour
plufieurs Ouvrages contre les Payens , qui
paroiffent avoir été faits dans les commencemens
de fa converfion , & avant la perfécution
qui s'éleva fous Antonin. S. Juftin
préfenta à cet Empereur une Apologie pleine
de zéle ; il demanda qu'elle fût enregistrée ,
& il paroît qu'on lui accorda ce qu'il demandoit
JUI( N. 1743. 1389
mandoit ; il y a même tout fujet de croire
que ce S. Martyr ne contribua pas peu à la
paix qui furvint peu après fon Apologie , par
la protection que ce Prince accorda aux
Chrétiens. L'Edit qu'il envoya dans les Provinces
, a beaucoup de reffemblance avec les
démarches de S. Juftin.
A l'occafion de cette célebre Apologie ,
l'Editeur examine trois queſtions importantes.
La premiére eft de fçavoir en quel tems
on a commencé à accufer les Chrétiens des
trois crimes que leurs ennemis leur repro--
choient , & quand ces calomnies ont entierement
ceffé ; fi ce font les Juifs qui en ont
été les Auteurs,par les Députés qu'ils envoyerent
par toute la Terre , ou fi les Hérétiques .
y ont donné lieu par leurs défordres .
Dans la feconde queftion , il s'agit d'une
Loi , qui défendoit fous peine de la vie ,
de
lire les Livres des Sybilles & des Prophétes.
L'Auteur de la Préface fait voir contre Baronius
& Cafaubon , que S. Juftin n'a point
cru que cette Loi regardât les Chrétiens ,
puifqu'il déclare au contraire qu'ils lifoient
ces Livres , fans rien craindre , & qu'on ne
leur fçavoit pas mauvais gré de les citer en
toute occafion. Cette Loi n'étoit donc formidable
qu'aux Payens. Il étoit dangereux
dans ces tems-là de chercher à connoître l'avenir
, & cette curiofité étoit toujours ſuſpecte
390 MERCURE DE FRANCE
perpecte
de quelque conjuration ou de quelque
deffein contraire au bien de l'Etat . Ainfi on
ne pouvoit lire fans péril les Livres qui prédifent
Bavenir , & S. Juftin paroît avoir remarqué
que cette appréhenfion détournoit
quelquefois de la lecture des Prophétes . Mais
pour ce qui eft des Chrétiens , on fçavoit
ne cherchoient dans les Prophétes que
qu'ils
des preuves de leur Religion ; on étoit
fuadé qu'ils avoient horreur des Devins & de
toutes les Prédictions qui avoient rapport au
Culte des Dieux , d'où vient que l'Empereur
Aurelien reprochoit au Sénat , dans une Lettre
qu'il lui écrivoit , de n'avoir pas plus
d'empreffement pour confulter les Livres des
Sybilles , que s'il étoit affemblé dans une
Eglife de Chrétiens.. On voit par-là qu'une
Loi qui a fouvent été funefte aux Payens , ne
faifoit aucun tort aux Chrétiens.
La troifiéme regarde la Statue érigée à
Rome fous l'Empereur Claude , en l'honneur
de Sinion le Magicien , avec le titre de Dieu
Saint. S. Juftin demande à l'Empereur & au
Sénat , que ce honteux Monument foit détruit
par leur ordre . Plufieurs Critiques ont
cru que S. Juftin n'ayant pas une parfaite
connoiffance de la Langue Latine , avoit lû
Simoni Deo fancto , au lieu de Semoni Sango
Deo Fidio , qui eft une partie de l'Infcription
d'une Statue trouvée à Rome fous le Pontificat
JUIN. 1743. 1394
1
ficat de Grégoire XIII . Notre Editeur foutient
que ce fentiment n'eft qu'une conjecture
incertaine.
Tout ce que nous fçavons de S. Juftin, de
puis cette Apologie jufqu'à fa feconde fous
Marc-Aurele , c'eft qu'il fortit de Rome , &
qu'étant un jour à Ephèse , prêt de s'embarquer
, il rencontra un Juif , nommé Trhy
phon , qui étoit accompagné de fix autres
de la même Nation. Tryphon joignit
S. Juftin & tâcha d'entrer en converfation
avec lui ; on parla de la Religion Chrétienne ;
deux des Compagnons de Tryphon rirent
avec éclat de ce que difoit S. Juftin & fe retirerent
; les autres étant reftés , S. Juftin
leur expliqua les grands principes de la Religion
Chrétienne ; la Conférence dura pendant
deux jours entiers ; Tryphon s'étant
rendu le lendemainà une heure marquée, avec
fes
quatre Compagnons & quelques autres
qui fe joignirent à eux. Comme ce Dialogue
a duré deux jours , & qu'on n'y voit point
les complimens qu'on a coûtume de fe faire
lorfqu'on fe fépare & qu'on fe rejoint , on
avoit cru qu'il y manquoit bien des chofess
mais l'Editeur fait voir que S. Juſtin a cû des
raifons d'écrire tout de fuite ce Dialogue,
fans l'interrompre par ce qui s'étoit dit la
veille en fe feparant , & le lendemain lorf
qu'on fe raffembla,
Lad's
1392 MERCURE DE FRANCE
La paix de l'Eglife duroit encore lorfque
S. Juftin eut cette Conférence avec les Juifs ;
il l'écrivit à Rome fous M. Aurele . La perfécution
s'étant rallumée fous cet Empereur,
S. Juftin lui préfenta fa feconde Apologie ,
dans laquelle il cite fouvent ce quil avoit dit
dans la premiére , ne doutant point que
l'Empereur n'en eût confervé le fouvenir.
S. Juftin dit qu'il s'attend d'être mis à mort
par les intrigues du Philofophe Crefcent. Il
ne fe trompa point dans fon efpérance .
Les Actes du Martyre de S. Juftin fe trouvent
en Grec & en Latin dans la feconde
Partie de l'Appendix. La premiere contient
les Ouvrages fuppofés , parmi lefquels il s'en
trouve deux qui font bien indignes de Saint
Juftin , fçavoir , l'Expofition de Foi & les
Queſtions aux Orthodoxes. Le premier eft
d'un Neftorien ,qui écrivoit avant le Concile
d'Ephèfe. Les Queftions font forties de la
plume d'un Pélagien , peu de tems après la
dépofition des Evêques du parti de Pèlage.
Tatien , après avoir acquis une grande
connoiffance des anciens Auteurs , & s'être
diftingué parmi les Philofophes , après avoir
examiné les differentes Religions du Paganifme
& s'être fait initier dans tous les Myf
téres , tomba par hazard fur l'Ecriture Sainte ,
dont la lecture le toucha fi fort , qu'il ne
différa point de fe faire Chrétien . Il étoit
alors
JUIN. 1743 1393
alors à Rome , & il paroît qu'il n'étoit plus
jeune . Il s'attacha à S. Juftin , & comme il
fecondoit le S. Martyr dans les combats qu'il
avoit à foutenir contre les Philofophes , il
eut part à la perfécution que lui fufcita le
Philofophe Crefcent. Après la mort de Sain
Juftin , il fut pendant quelque tems à la tête
de l'Ecole que ce Saint avoit établie à Rome.
Enfuite il s'en retourna en Orient, où il compofa
l'Ouvrage que nous avons de lui contre
les Gentils. Peu de tems après , c'est - à - dire
vers l'an 170. il tomba dans l'Hérefie & devint
Auteur d'une Secte très - pernicieuſe . Son
Systême étoit un réchauffé de rêveries de Valentin
, & ce qu'il ajoûtoit de lui - même ,
c'eft qu'Adam n'eft point fauvé. On réfute
ici par un grand nombre de raifons le célebre
Abbé de Longueruë , lequel dans une
Differtation fur Tatien , imprimée en Angleterre
, place l'Hérefie de Tatien en l'an 141 .
& foutient qu'il y étoit déja engagé, lorfqu'il
écrivit contre les Gentils .
Tatien fit encore plufieurs Ouvrages , dont
le plus fameux a été un nouvel Evangile ,
qu'ilforma, en retranchant les Généalogies , &
en arrangeant tellement les quatre Evangiles,
que des quatre il n'en faifoit qu'un. L'Auteur
de la Préface croit que cet Evangile a été attribué
aux Ebionites , & que d'autres l'ont
appellé l'Evangile felon S. Pierre.
Quoie
394 MERCURE DE FRANCE
›
Quoiqu'Athénagore n'ait point été conau
d'Eufebe , les deux Ouvrages que nous avons
de lui font fort eftimés , & l'Apologie qu'il
préfenta en 176. à l'Empereur M. Aurele ,
eft une des plus belles que nous ayons. Cet
Auteur a été foupçonné de Montaniſme ,
parce qu'il paroît condamner les fecondes
Nôces. Mais l'Editeur montre par des Recherches
fort curieufes , que les Montaniſtes
ne condamnoient point encore les fecondes
Nôces en 176. & qu'ainfi Athénagore ne
doit point être fufpect d'avoir embraffé leur
Secte . D'ailleurs le Paffage fur lequel on fonde
le foupçon , eft fufceptible d'un bon- fens.
De tous les Ouvrages de S. Théophile
'd'Antioche , il ne nous refte que les trois
Livres adreffés à un Payen , nommé Autolycus.
Ils ont été certainement composés fous
Commode , comme il paroît par la Chronologie
du troifiéme Livre , qui finit à la derniere
année de M. Auréle. Mais une preuve
qu'on doit placer cet Ouvrage dans les premiéres
années de Commode , c'eft que Saint
Yrenée , qui écrivoit fous cet Empereur ,
imite quelquefois S. Théophile d'Antioche .
Car en conferant enſemble les endroits paralleles
de ces deux Auteurs , il eft aifé de
remarquer que S. Yrenée parle d'après faint
Théophile.
L
JUIN. 1743. 1395
Le Sr Brifeux , Architecte , vient de met-
Ere au jour , fous le titre de l'Art de bâtir les
Maifons de Campagne , deux Vol . qui compofent
la première Claffe d'un Ouvrage fi
étendu , qu'on y ajoûtera encore deux autres
Claffes , qui contiendront pareillement deux
Vol. chacune . L'Auteur donne dans cette
premiére 124. Diſtributions , tant pour le
rès-de- chauffée , que pour le premier étage ;
51. Elevations & leurs coupes , outre 81 .
Planches d'Ornemens , & quelques autres ,
qui fervent à faire bien connoître la Confzruction
& la Décoration . Celles qui fuivront
, ne renfermeront pas un moindre nombre
de Planches , qui , nonobftant une exrême
varieté , feront toujours également judicicules.
L'objet qu'on s'eft propofé dans ce
Livre , & qui le diftingue de beaucoup d'autres
, c'eft de faire trouver de grandes commodités
dans un petit efpace , ce qu'on avoit
négligé auparavant , pour ne s'étendre que
fur les Ordres d'Architecture , & fur l'Art
d'élever des Temples & des Palais pompeux,
dont la conftruction eft fi rare , qu'elle n'arrive
, pour ainfi - dire , que dans la révolution
de plufieurs fiécles ; au lieu que les Particu
liers ont tous les jours befoin de fe faire bâtir
des Logemens agréables & commodes &
qui foient proportionnés à leur état & à leurs
moyens. On n'a pas négligé de donner des
inftruction
€396 MERCURE DE FRANCE
inftructions fur toutes fortes de matériaux ,
fur la maniere de les choifir, de les préparer &
de les employer; fur la nature des terreins ; fur
la façon dont on remédie à leurs défauts pour
y bâtir folidement , fur la Charpenterie , la
Menuiferie , la Serrurerie , les Parterres , l'Art
Hydraulique; & pour ne rien omettre , on a
donné des réflexions & on a rapporté les fentimens
des plus habiles Auteurs fur les cinq
Ordres d'Architecture . On ne peut douter
que toutes les perfonnes de bon fens , &
qu'aucune prévention ni aucun interêt n'engageront
point à s'écarter de la vérité, ne ref
fentent l'utilité d'un pareil travail .
Pour la commodité du Public , on vendra
chaque Claffe en particulier , fuivant qu'on
le fouhaitera. A Paris , chés Prault , Pete ,
Imprimeur Libraire , Quai de Gêvres , au
Paradis , & chés Merigot , Libraire , Quai
des Auguftins , aux Armes de France , 1743 .
in- 4° . grand & très-beau papier ; le premier
Vol. de 156. pages , le fecond de 185. fans
la Préface , l'idée génerale , l'Avant propos ,
les Tables & le grand nombre de Planches ,
annoncées ci deffus . Le prix eft de 25. livres
chaque Volume .
L'Abregé de la Vie des Evêques de Coutance
, dont on a donné l'Extrait dans le premier
Volume de ce mois , fe vend à Paris , chés
Jacques
JUIN. 1397 1743 .
Jacques Barois , Quai des Auguftins , à la
Ville de Nevers .
TRAITE' ou DISSERTATIONS
fur plufieurs Matiéres Féodales , tant pour
le Pays Coûtumier que pour les Pays de
Droit Ecrit. IV . Partie , contenant les Obfervations
, 1 ° . fur le Ketrait Seigneurial , Féodal
, Cenfuel ou Emphitéotique. 2 ° . Sur la
Foi & Hommage , & la Souffrance. 3 ° . Sur
la Commile , tant par Defaveu que par Félonie
, & du Droit de Commis ou Commife
en Emphitéole. 4°. Sur la Saifie Féodale &
Cenfuelle. 5. Sur le Champart ou Terrage,
alias Agriere , Agrier. Par M. Germain
Antome Guyot , Avocat au Parlement , Vol.
in 4° . de 554. Pages . A Paris , chés Saugrain
, fils , au Palais , 1743 .
On ne sçauroit affés louer le zéle infatigable
de M. Guyot , Auteur de l'Ouvrage , que
nous annonçons ici Depuis 1738. il a donné
au Pulic quatre Volumes in quarto , contenant
divers Traités fur les Matieres Féodales , &
un autre Volume in- 1 2. contenant des Notes
fur les Coûtumes de Mantes & de Meulan .
Dans fon premier Volume fur les Fiefs , il
a traité des Licitations relativement aux
Droits Seigneuriaux ; du Démembrement &
Jeu de Ficf dans la Coûtume de Paris ; de
la Reunion des Fiefs & Centives ; des Corvées
& des Bannalités, Dans
398 MERCURE DE FRANCE
Dans le fecond il a traité de la Prefcription
par rapport aux Fiefs & aux Cenfives ,
& du Droit de Relief.
Dans le troifiéme il a traité du Démem.
brement de Fief dans les Coûtumes , autres
que celles de Paris ; du Parage , des Droits
de Quint & de Lods & Ventes.
Le quatriéme volume qui vient de paroître
, contient auffi des Obſervations fur plufieurs
Parties de la Matiére , & qui forment
comme autant de Traités particuliers.
Ces Obfervations font 1 ° . fur le Rétraie
Seigneurial , Féodal , Cenfuel ou Emphitéotique.
M. Guyot éxamine en quels Pays
ces fortes de Rétraits ont lieu ; par quelle
Coûtume ils doivent fe régler ; quels Contrats
& quelles chofes en font fufceptibles.
Il traite à cette occafion du Contrat d'Echange
, de la Donation mêlée de quelque
Négoce , du Rétrait Féodal en Rente Fonciére
non-rachetable. Il explique enfuite qui
font ceux qui peuvent intenter le Rétrait ,
ce qu'il examine , tant par rapport aux Seigneurs
Eccléfiaftiques , qu'à l'Ufufruitier du
Fief dominant , aux Maris , Gardiens , Tuteurs
, Fermiers Héritiers Bénéficiaires.
De -là il paffe aux Rétraits qui fe font par
Partie , & parle de la Ventilation , de la
Préférence du Rétrait Féodal fur le Ligager
, aut via verfâ ; enfin fi le Retrait Féo-
,
-
dal
JUIN. 1743. 1399
dal eft ceffible , de quel jour court le tems
de ce Retrait , la forme d'exhiber & de notifier
l'Acquifition , les Claufes qui excluent
ce Retrait , les Effets qu'il produit , les Formalités
dont il doit être accompagné , & la
maniére dont il s'exécute .
Les Obſervations fur la Foi & Hommage
ne font pas fi étendues ; l'Auteur diftingue
feulement combien il y a de fortes de Foi
& Hommages ; l'Hommage - Lige , ordinaire
& plane , celui de Dévotion ; il examine
les mutations dans lefquelles la Foi eft due ,
les perfonnes qui la doivent & à qui elle eft
duë,le Lieu où elle doit être faite ,la forme en
laquelle elle doit être , & les Offres dont elle
doit être accompagnée , enfin les Cas où le
-Seigneur eft tenu d'accorder fouffrance .
Les Obfervations fur la Commife ont deux
Parties.
›
La premiere traite de la Commife , par
rapport aux Fiefs , tant en Pays de Droit
Ecrit que de Coûtume , & diftingue la Com
mife encouruë par le Defaveu du Vaſſal , de
celle encourue par Félonie , & explique les
fuites de l'une & de l'autre.
La feconde Partie traite du Commis ou
Commiſe en Emphitéoſe , ſuivant la Loi 2.
& 3. Cod de Jure Emphiteutico , & fuivant
la Jurifprudence des Parlemens de Droit
Ecric .
G Les
11. Vol.
1400 MERCURE DE FRANCE
Les Obfervations fuivantes font fur la Saifie
Féodale & Cenfuelle ; on y voir quelles
perfonnes peuvent faifir , & pour quelles
caufes , dans quel tems , les Formalités de
cette Saifie , fa Durée , fes Charges , fes Effets
, ce qui arrive en cas de Bris ou Infraction
de Saifie , & quel eft le Droit du
Seigneur Haut - Jufticier , fur les Héritages
Allodiaux ou Cenfuels de fon District.
former
Enfin dans les Obfervations fur le Chamapart
, l'Auteur explique fur quoi le prend le
Champart , ce qui arrive lorfqu'il concoure
avec la Dixme , s'il eft Seigneurial , Portable
ou Querable , s'il tombe en arrérages
quelle eft fa Quotité , fi on en peut
Complainte , quel eft le Devoir des Tenanciers
par rapport au Champart , s'il eft fu
jet a Preſcription , s'il fe prend fur les Terres
accrues par Alluvion à celles qui y font
fujettes ; il finit par quelques Refléxions fur
l'ufage du Parlement de Bordeaux , fur le
Droit de Champart.
Pour achever de donner une idée de la
maniere dont les Matiéres font traitées dans
ce volume , il fuffira de rapporter ce que dit
l'Auteur dans fes Obfervations fur la Foi &
Hommage , Ch. 1 .
L'Hommage Lige proprement dit eft ce-
» lui par lequel on s'oblige à fervir fon Sei-
» gneur envers & contre tous ; cet Homage
» dir
JUIN . 1743.
1401
» Te
>>
,
>> dit Bruffelles , en fon Tr. des Fiefs , n'é-
"toit qu'un Renforcement de l'ancien Hom-
» mage , qu'on appelloit Ordinaire , ce n'é-
" toit que par rapport au Service de Guer
& cette difference étoit en ce que le
» Vaffal Lige étoit obligé de fervir à fes dé-
» pens , tant que la Guerre duroit ; le Valfal
» par Hommage ordinaire , ne fervoit que
» 40. jours à fes dépens , du jour que l'Oft
» étoit affemblé ; outre ce le Vaffal ordinaire
>>pouvoit envoyer un Chevalier pour fervir
pour lui. Le Vaffal Lige devoit le Service
Perfonnel , à moins que la Guerre ne re-
» gardât pas directement le Seigneur, auquel
» cas le Vallal Lige pouvoit envoyer un Che-
» valier.
22
و د
. Nous rapporterions encore volontiers quel.
ques autres endroits curieux de cet Ouvrage ,
fi cela ne paffoit les bornes que nous fommes
obligés de nous prefcrire. Nous ajouterons
feulement que ce volume ne fera pas
moins utile que les précédens , mais pour
embraffer toute la Matiére des Fiefs , ce ne
doit pas être le dernier .
Les Eccléfiaftiques , les Religieux , &
les Perfonnes de pieté , dont la vûë le trouve
affoiblie , le voyoient , pour ainfi - dire , obligés
de renoncer à la Lecture de l'Imitation de
J. C. en Latin , faute d'Edition de ce Livre
en gros Caractére.
Gij I1
Y402 MERCURE DE FRANCE .
Il en paroît une belle Edition in- 8 °. chés
Antoine Boudet , Imprimeur - Libraire , ruč
S. Jacques. Elle eft exactement revûë fur l'Edition
du Louvre in fol. & de plus , accom-
Ragnée de differentes vies de l'Auteur .
HISTOIRE DU PONTIFICAT d'Eugene III.
par Dom Jean de Lannes , Religieux Bibliothécaire
de l'Abbaye de Clairveaux , ancien
Profefleur de Théologie , à Nancy , chés
Pierre Antoine , Imprimeur Libraire .
On écrit de Reims que Regnau'd Floren
tain, Imprimeur du Roi en cette Ville , va mettre
inceffamment en vente les deux premiers
Volumes de l'Ancienne Verfion Italique de
l'Ecriture Sainte .
Le mérite, de cette Verfion , fi eftimée
dans l'Antiquité , eft trop connu des Sçavans
pour en faire l'éloge ; les fragmens qui en ont
été publiés , faifoient défirer depuis long- tems
qué quelqu'un voulût les raffembler tous , &
les réunir fous un feul point de vûë : c'eſt ce
qu'on fe flatte d'avoir exécuté dans cette
Édition.
Les plus anciens Manufcrits d'Italie , de
France , d'Angleterre , & les Ecrits des Peres
des premiers Siécles de l'Eglife , font les
fources où l'on a puifé.
Le plan , l'ordre , & l'économie de cet
Ouvrage ,
JUIN. 1743. 1403
Ouvrage , font détaillés plus au long dans le
Profpectus Latin , dont on parlera en tems &
fieu . Il fuffit de remarquer , qu'outre le Texte
de la Vulgate , qui fera placé à côté de
l'Ancienne Verfion , cette Edition fera enrichie
d'une Préface , qui en fixant les caractéres
de l'Ancienne Italique , en affure la certitude
. L'Auteur y a joint un grand nombre
de Notes ; des Avertiffemens à la tête de chaque
Livre , & il a placé à la fin une Tablo
des matiéres très- ample & très étenduë.
L'Imprimeur n'a rien épargné de fon côté
pour rendre cette Edition complette . Il fe
flatte que le Public fera auffi fatisfait que l'Editeur
, de la beauté du papier , des caracté
res , & de l'exécution de tout l'Ouvrage .
De trois Volumes in fol. dont cette Edition
fera compofée , les deux premiers , qui
contiennent l'Ancien Teftament , font imprimés
, & le troifiéme qui renfermera le
Nouvau , eft fous preſſe.
M. Klein , qui continue toujours fes re-
' cherches fur l'Hiftoire naturelle , a donné en
1740. 1741. & 1742. trois Ouvrages ou Mémoires
, dans lefquels il traite des Poiffons .
Ces Mémoires font intitulés, le premier, Jacobi
Thedori Klein Hiftoria Pifcium naturalis
promovende miffus primus , de lapillis eorumque
numero in craniis Pifcium , cum præfatione de
4
G iij
auditu.
1404 MERCURE DE FRANCE
auditu. Accefferunt 1 ° . Anatome Turfionum.
2°. Obfervata in capite Raia . Cum fex tabul.
an. Gedani , Litteris Scriberianis , 1740.in-4°.
Le 2. Ejufdem... miffusfecundus , de Pifcibus
per pulmones fpirantibus , adjuftum numerum&
ordinem redigendis . Accefferuntfingularia
dedentibus Balanarum & Elephantium . 2 °.
de lapide Manati & Tiburonis. Cum tab. an.
Ibid. 1741. in-4°. 4 .
Le 3. Ejufdem.... miffus tertius, de Pifcibus
per branchias occultas fpirantibus , ad juftum
numerum& ordinem redigendis , cum obſervationibus
circà partes genitales Raia maris , ovarium
Galei Cum tab. an. 7. Ibid. 1742. in-4°.
à Dantzig.
Jo. Baptifta Ottii Spicilegium , five excerpta
ex Flavio Jofepho ad Novi Teftamamenti illuftrationem.
Curâ fig. Havercampii , apud Jo.
Safebroek , 1741. in- 8 ° . à Leyde . Le deffein
de l'Auteur eft de faire voir que plufieurs expreffions
employées par Jofephe , fe trouvent
auffi dans le Nouveau Teftament , & qu'elles
y font prifes dans le même fens . L'Éditeur
cite dans tout cet Ouvrage l'Edition qu'il a
donnée de Jofephe . M. Havercamp a mis à
la fuite de fa Préface » deux échantillons ,
l'un d'un Dictionnaire , pour éclaircir divers
paffages de Jofephe , & pour lui fer-
» vir de Commentaire ; l'autre d'une Hiftoire
Eccléfiaftique
JUI N. 1743. 1409
Eccléfiaftique contre Baronius , afin de
» donner une idée de ces deux Ouvrages ,
» & d'engager quelque Libraire à les impri-
" mer à des conditions raifonnables .
On trouve auffi chés le même Libraire
une nouvelle Edition de l'Hiftoire des Coptes
, par M. Havercamp , fous ce Titre :
Hiftoria Jacobitarum feu Coptorum in Ægypto
, Lybia , Nubia , Ethiopia tota , Cypri
Infula parte habitantium . Opera Jofephi
Abudacni feu Barbati nati Memphis
Ægypti Metropoli cum annotationibus Jo .
Nic... vulgavit nunc primùm ex Bibliotheca
fua Sigobertus Havercampus , Lugduni Batavorum
, 1741. in - 8 ° .
On trouve à Amfterdam chés Guillaume
Smith la Défenfe de la nouvelle Traduction de
Hiftoire du Concile de Trente, contre les Cenfures
de quelques Prélats & de quelques Théologiens
, par Pierre François le Courayer , Docteur
en Théologie de l'Univerfité d'Oxford ,
&Chanoine Regulier, & ancien Bibliothécai
re de Sainte Genévieve de Paris , in - 8 °.
Nicolai AVERANTI Differtatio de menfibus
Ægyptiorum cum notis Henr. Novis , & c.
I. Vol in-4°. Florentiæ 1737.
Giovanni BAGLIONI Vité de Pittori Sculptori
, Architecti, &c. I. Vol. in -4 ° . Napoli ,
G iiij 1733. Antonii
1406 MERCURE DE FRANCE
Antonii BORIONI Collectanea Antiquita
tum Romanarum , & c. I. Vol. in fol. Roma
1736. cumfiguris.
Joannis LAMII Delicia Eruditorum , ſeu
Veterum Anecdotorum collectio notis illuf.
trata . 12. Vol . in- 8 °. Florentiæ 1741 .
Tous les Volumes de ce Recueil fe vendent feparement.
Le Tome XIII. & les fuivans font
fousla preffe.
Domenico Maria Manni Offervafioni Iftoriche
Sopra figilli antichi de fecoli baſſi. 8 .
Vol. in-4°. Firenze avec Figures , 1742 .
Petri Ant. MICHELII Nova Plantarum ge
nera juxta Tournefortii methodum difpofita ,
quibus Plantæ 1900. recenfentur , fcilicet
ferè 1400. non obfervatæ. I. Vol. in- fol.
Florent. 1729. cum Tabulis elegantiffimis.
Jani PLANCI de Conchis minùs notis Liber
, &c. I. Vol. in - 4°. Venetiæ 1739. cumfiguris
.
Ces Livres , & plufieurs autres bons Ouvrages
imprimés en Italie , fe trouvent à Rome
chés les Freres Pagliarini , Libraires.
Il paroît depuis peu à Londres un Ouvrage
pofthume de M. Hody , intitulé : de Græcis
illuftribus Lingua Grace Litterarumque
Humaniorum inftauratoribus , eorum vitis ;
fcriptis & elogiis libri duo . Pramittitur de vita
fcriptis ipfins Humphred. Hody Dif
fertatio
JUI N. 17433 1407,
tio Autore S. Jebb . M. D. in - 8 °.
On délivre préfentement aux Soufcripteurs
la nouvelle Edition des Oeuvres de Philon
Juif, par M. Thomas Mangey , in- fol .
On a nouvellement reçû d'Italie la Liſte
des Livres fuivans.
CENNI de Antiquitate Ecclefia Hifpana , zi
Vol. in-4°. Romæ , 1741.
SCHOLIA GRÆCAfcriptoris anonymi in Hoż
meri Iliadem ab Ant. Bongieranni , I. Vol.
in-4°. Venet. 1740.
VITA di Pietro d'Albano dal C. Mazzuż
chelli , I. Vol . in- 12. Venez .
DI PIET. ARETINO del medefimo I. Vol .
in- 12. Padova 1740.
MARANGENI Acta S. Victorini Epifcopi
'Amiterni. I. Vol. in-4° . Romæ , cum figu
ris , 1740.
ANTIRRHETICON feu confutatio Annota
tionum Jo. Koklii ad fermones S. Ephrem de
Cana Domini , Romæ 1740 .
ANTICHITA di Rimini del Sign. Tomafo
Temorma. I. Vol. in - fol. Venez. 1741. cum
figuris .
SULPICII Severi Opera , I; Vol. in -4°. Ve
net. 1741.
On écrit de Rome que Nicolas & Marc
Pagliarini , ont publié un Avertiffement pour
Gv informer
1408 MERCURE DE FRANCE
informer le Public , qu'ils vont imprimer un
nouvel Ouvrage Periodique , intitulé NoriZie
Letterarie Oltramontane per ufo de Letterati
d'Italia , in-4 °. Ils y doivent faire entrer la
Notice des Ouvrages les plus conſidérables
qui paroîtront en France en Angleterre ,
en Hollande ,> &c. fe réfervant de ne donner
que les Titres des Livres qui rouleront
fur la Théologie , & fur les matiéres de Religion
. Ils publieront chaque mois 4. feuilles,
lefquelles formeront tous les fix mois un
Volume , dont le prix fera de fix Jules pour
ceux qui payeront d'avance , & de dix pour
les autres . Le Jules , ou Paolo , vaut environ
dix fols fix deniers de la monnoye de France .
On a publié à Florence un autre Avertiffement
chés J. B. Brufcagli , & S. Brazzini
par lequel on informe les gens de Lettres
que Pietro Cinerio va donner une fuite non
interrompuë de Differtations fur divers Points
de Littérature , douteux & intereffans , & qu'il
en publiera une feuille chaque femaine . Les
Libiaires ont achevé d'imprimer , & débitent
actuellement les trois premiéres Differtations.
1. de vero & vario Dei in Scriptura nomi-
7e. 2. Hiftoria Amazonum in feriem redacta
3. Lampridius ex feipfo correctus , de menfibus
commodianis.
DE 1. GRANDUCHI di 'Tofana della real cafa
de Medici Protettori delle Lettere, & delle belle
Arti
JUI N. 1743*. 14099
Arti Ragionamenti Hiftorici del Dottore Gin-
Jeppe Bianchini di Prato . Appreffo Gi. Batifta
Recurti I. Vol. in fol. 1741. A Venife.
Le fujet de ces Difcours Hiftoriques , dont
on vient de voir le Titre , roule entiérement.
fur ce que la Maifon de Medicis a fait en
différens tems pour le renouvellement des
Sciences & des Arts . Outre la beauté du papier
& de l'impreffion , cet Ouvrage eft en--
richi d'un grand nombre de belles Eftampes ,
& d'autres Figures en taille douce , qui ré--
pondent parfaitement à la qualité du fujet .
On a imprimé à Londres en Efpagnol de
puis peu de tems , an Ouvrage contenant
les vies des grands Peintres & des Statuaires
Espagnols , & de quelques autres Etr ngers
de la même profeffion qui ont travaillé cm
Efpagne..
Les Heritiers Cramer & les Frères Phi
libert de Geneve , ont achevé d'imprimer une :
nouvelle Traduction Latine da Commentaire
d'Euftathe, fur Denys le Geographe , fous ce
Titre : Eufta hii Diaconi à supplicibus libellis
, Oratorum magiftri , poftea Archiepifconi
Theffalonicenfis
Commentarii
in Dionyfium Periegetam , Alexandro Polito
de Cler Reg. Scholarum Piarum Interprete, 2.-
Vol. in 8 °.
M. Politi eft de la Ville de Pife , & a dé
G.vj dié
410 MERCURE DE FRANCE
dié fa Traduction au G. Duc de Tofcane :
c'est le même qui a traduit le Commentaire
d'Euftathe fur Homere , qui n'eft pas encore
achevé d'imprimer , mais dont on a déja trois
Volumes in -folio.
M. Maittaire a donné , il y a déja quelque
tems , à Londres , le cinquième & dernier
Tome de fon Hiftoire de l'Imprimerie
,fous ce Titre, Annalium Typographicorum
Tomus quintus & ultimus , Indicem in Tomos
quatuor præeuntes complectens. Opera Michaëlis
Maittaire.A . M. Londini, apud Gull. Darres
, & Cl. Du Bofc , 1741. in- 4°. Comme
les Parties de cette Hiftoire ont été imprimées
en differens tems , chés differens
Imprimeurs & en differentes Villes , les Lecteurs
feront peut être bien aifes de trouver
ici la Note Sommaire de l'ordre , du
tems de l'Impreffion , & du contenu de
tous les Volumes qui compofent cet Ouvrage.
Le premier Tome de ces Annales parut
en 1719. il comprend l'Hiftoire de l'Origine
& des Progrès de l'Imprimerie,depuis 1457 .
jufqu'en 1500. il a été imprimé à la Haye ,
chés Ifaac Vaillant. Le fecond Tome , qui
eft divifé en deux Parties , parut en 1722 .
& va jufqu'en 1536. Le troifiéme, qui contient
auffi deux Parties , parut en 1725. &
va jufqu'en 1557. M. Maittaire ajouta à
la fin de la feconde Partie de ce troifiéme
Tome
JUIN. 17433 1411
Tome , un Appendice , qui contient des Editions
plus nouvelles , & qui va jufqu'en
1664. Ces deux derniers Tomes ont été imprimés
à la Haye , chés les Freres Vaillant.
Le quatrième , pareillement divifé en deux
Parties , parut en 1733. chés Humbert à
Amfterdam. Humbert l'intitula premier Tome
, à l'infçû & contre la volonté de l'Auteur
, qui s'en eft plaint dans la Préface du
cinquiéme Tome , & qui a averti ceux qui
acheteroient fon Ouvrage , qu'il regarde le
premier Tome qu'il avoit donné en 1719.
comme indifpenfablement néceffaire, & que
le quatrième en eft le Supplément. Ce quatriéme
Tome contient les Anciennes Editions
indiquées dans le premier Tome , &
un Supplément des Editions du XV : Siécle
, avec des Remarques , pour en faire
connoître la qualité & le mérite. Le cinquié
me Tome qui comprend deux Parties , eft
un Index de toutes les Editions , qui font
marqués dans les quatre premiers Tomes ,
& de ce que M. Maittaire a encore découvert
depuis. Cet Index eft difpofé fuivant
l'Ordre Alphabétique des Noms Propres
des Auteurs.
M. Thomas Carle de Londres fe propofe
de donner par Soufcription l'Hiftoire de la
Vie du premier Duc d'Ormond. On croit que
l'Ouvrage entier formera trois Volumes infolio..
1412 MERCURE DE FRANCE
folio. On fuivra pour le débit & le payement
la nouvelle Méthode des Afurances ; on en
publiera toutes les Semaines fept Feuilles ,
dont le prix fera de douze fols .
Ark tée & Merkus , Libraires à Amfterdam
à Leipfick , viennent de publier le troifiéme
Tome de l'Hiftoire Univerfelle d'une Societé
de Gens de Lettres , Traduite de l'Anglois,
1742. in-4°. Ce troifiéme Tome contient
l'Hiftoire des Juifs , depuis Saül , jufqu'à la
Captivité de Babylone ; l'Hiftoire des Affyriens
, des Babyloniens , des Medes & des
Perfes. On y a joint une Préface Générale
le Plan de tout l'Ouvrage , plufieurs Figures
, & des Cartes qui manquoient aux pre
miers Volumes ; toutes ces Additions ont
fait augmenter le prix de celui - ci , qui eft
de dix Florins.
Les mêmes Libraires ont auffi mis au jour
PHiftoire de Pierre 1. furnommé le Grand ,
Empereur de toutes les Ruffies , & c . Cette
Hiftoire qui eft imprimée in - 4°. & in- 12 . en
trois Volumes , eft enrichie dans l'une & l'autre
Formes de Cartes , de Plans , & d'un
grand nombre de Médailles frappées pendant
le Regne de ce Monarque , qui fervent
beaucoup à faire lire l'Ouvrage avec
plaifir.
L'Aca
JUIN. 1743
1413
L'Académie Royale des Sciences & des
Beaux Arts , établie à Pau , diftribuera le
premier Février 1714. deux Prix deſtinés
à deux Ouvrages d'Eloquence.
Le fujet de l'un fera cette Penfée de la
Bruyere. Le Mo: if feul fait le mérite des
actions des hommes.
L'autre Difcours aura pour fujet cette-
Propofition. L'Humanité eft une des Vertus
les plus eftimables dans un Conquerant..
Les Ouvrages feront adreffés à M. Duhau ,
Sécrétaire de l'Académie ; on n'en recevra
aucun après le mois de Novembre
1743. & s'ils ne font affranchis de port.
Chaque Auteur mettra à la fin de fon
Difcours une Sentence , & la repetera audeffus
d'un Billet cacheté , dans lequel il auras
écrit fon nom .
Les Ouvrages ne pourront excéder une
demie heure de lecture.
>
Le Sr Deluffe le fils vient de mettre
en Mufique la Cantatille qui a pour Titre
le Retour des Guerriers , inferée dans le
Mercure du mois de Février dernier , p.
277. Elle eft pour un Deffus avec la Baffe.
continuë , & fe vend à Paris chés l'Aureur
rue du Foin , proche la rue de la
Harpe ; chés. Me Boivin , rue S. Honoré 2
1414 MERCURE DE FRANCE
à la Régle d'or , & chés le fieut Leclerc ;
rue du Roule , à la Croix d'or , prix 24i
fols.
QUESTION.
Deux Bergers aiment une Bergere . Pref
fée par eux de s'expliquer , elle indique
à l'un & à l'autre un jour , un lieu & une
heure , pour leur déclarer fon choix . Les
Bergers fe trouvent au rendez -vous , l'un
ayant une couronne de fleurs fur la tête ;
& l'autre fans couronne. La Bergere fe
préfente couronnée elle- même de fleurs.
En arrivant elle ôte fa couronne , & la
met fur la tête du Berger qui étoit fans
couronne . Dans le même moment elle
prend la couronne qui ceignoit le front
de l'autre Berger , & s'en couronne elle - même.
La Queſtion eft de fçavoir lequel des
deux Bergers peut croire avoir été préfépar
cette double Action.. ré
LETTRE de M. Liger à M. P.
ai lû , Monfieur , votre Lettre à M. L.
J'inféréedans
inferée dans le premier Volume du Mercure
de ce mois , page 1102. Vous auriez
trouvé auffi aifément les deux Paradoxes
dont je fais mention dans ma Differtation
que
JUIN. 1743. 1415
que les fix differens quarrés naturels , car ils
font également enfans de la Nature , mais
comme vous avez appris la Géométrie fuivant
les Principes d'Euclide , cela vous a ,
fans doute , effarouché
Voici tout ce que je puis faire pour votre
fatisfaction & celle de Mrs les Géometres
en attendant que je puiffe faire paroître ma
feconde Partie.
Tracez un quarré qui ait 12. au côté , &
divifez- le en 144. quarrés bien tracés , coupez
le par moitié diagonalement , pour avoir
deux triangles contenant chacun 72. quarrés,
fçavoir , 66. quarrés effectifs & 12. triangles
fur fa baze , égaux à fix quarrés.
Tracez féparément , & de la même maniére
, un quarré de 17. au côté , contenant
289. quarrés , tous pareils à ceux qui divifent
le précedent , en vous fervant de la même
ouverture de compas & fans y toucher
aucunement que le tout ne foit fait , vous
verrez que ces deux triangles feront la moitié
précisément du quarré de 289. au milieu duquel
vous verrez la moitié d'un quarré s'éva
nouir en deux triangles , conféquemment chacun
de ces deux triangles contient 72. quarrés
en un fens , quand ils font affemblés pour former
le quarré de 144. mais pofé de façon
que l'angle droit foit au centre du quarré de
289. il contiendra alors un quart de quarré de
plus ,
1416 MERCURE DE FRANCE
plus , ce qui vient particulierement de ce que
12. diagonales font égales à 17. côtés des
mêmes quarrés. Que le quarré de 289. foit
coupé diagonalement en quatre triangles ,
chacun ne fera pas plus grand que l'un des
deux autres..
Tout Géométre peut faire cette expérience
admirable & furprenante , dont la découverte
m'a bien coûté des attentions. Que les chiméres
qu'Euclide nous a apportées d'Egypte
ne vous préviennent point contre cette miraculeuſe
vérité de la Nature ; voyez , examinez
attentivement , travaillez , approfondiffez
& ne donnez point dans l'aveuglement
où cet Auteur a plongé les Géométres , qui ,
fur ce qu'il en a dit , croyent & foûtiennent,
entre autres chofes , que le côté eft incommenfurable
, donc irrationnel , avec la diagonale
. Je démontrerai dans ma feconde
Partie que cela eft impoffible , cela feroit trop
long dans une Lettre ; je vous demande feulement
de faire attention que cette incommenfurabilité
n'eft point démontrée & qu'elle
ne peut l'être ; Euclide a voulu feulement
nous faire entendre que le côté de l'unité
quarrée eft à la diagonale du quarré de 2 .
dont la diagonale du quarré de i . eft le côté,
comme 1. à 2. conféquemment incommenfurables
, puifqu'il n'y a point de nombre
proportionnel exprimable entre 1. & 2. qui
110
JUI N. 1743 1417
- ne font pas nombres femblables. Il eft dit
ailleurs que les figures à 4. côtés égaux font
plans & figures femblables ; quelle confufion
eft- ce que tout ceci ?
Je vous dis , M. que la diagonale 2. eft
diagonale d'un quarré parfait, qu'elle eft d'u
ne meſure commune avec le côté 1. qui a
fait rêver aux Egyptiens & à Euclide , que
la diagonale du quarré de 1. qui eft le côté du
quarré de 2. n étoit pas compofée d'une unité
pareille au côté 1. & d'une ou plufieurs frac
tions de la même unité ; il eſt à toucher au
doigt que cela ne peut être autrement, & que
l'irrationalité & l'incommenfurabilité ne font
point & ne peuvent être que des rêveries def
tituées de tout fondement ; donc , en vertu
de ces prétendus Principes , on ne peut valablement
s'oppofer à la vérité que je viens de
vous enfeigner à connoître , qui eft que 12 .
diagonales font égales à 17. côtés . Avoüez ,
M après ce que vous marquez avoir vû de la
difference des fix quarrés , qu'Euclide n'a jamais
connu les quarrés intérieurement , qu'il
m'en a pas même connu les côtés.
SPEC
1418 MERCURE DE FRANCE
****************
SPECTACLES.
Cles Theatres de Paris étant fort ite
Et Article ne fera pas bien long ;
tiles en nouveautés dans ce tems - ci . L'Académie
Royale de Mufique continue tou
jours avec fuccès le Ballet des Indes Galantes
. Elle doit remettre dans peu la quatriéme
Entrée du même Ballet , intitulée
Les Sauvages , joüée en Mars 1736.
Les Comédiens François promettent pour
le commencement du mois prochain , une
Comédie nouvelle en trois Actes , précédée
d'un Prologue , & terminée par un
Divertiffement , fous le Titre de l'Ife San
wage , par l'Auteur de la Comédie de l'O
racle & du Silphe.
fi
,
Les Comédiens Italiens promettent aufpour
ce tems - là une Comédie nouvelle
en Vers & en trois Actes , intitu
lée les Petits Maîtres. On en parlera plus
au long dans le tems.
NOUJUIN.
1743 1419
•
S
NOUVELLES ETRANGERES.
RUSSIE.
N mande de Pétersbourg du 4. de ce mois ;
qu'il venoit de s'y répandre un bruit , que
quelques troupes Perfanes étoient entrées dans la
Turcomanie , qu'elles avoient remporté plufieurs
avantages fur divers détachemens des troupes du
Grand Seigneur , & que s'étant emparées de la Ville
de Kars , elles exigeoient de fortes contributions de
tous les Villages voifins ; que le Pacha de la Province
avoit envoyé un Officier au Grand Seigneur , pour
lui représenter le befoin qu'il avoit d'un puiliant
fecours d'hommes & d'argent , mais que S. H.
ne lui avoit fait fournir qu'une partie des fommes
qu'il demandoit , & qu'elle lui avoit mandé de raffembler
dans fon Gouvernement le p us de troupes
qu'illui froit poffible , pour faire tête aux Peifans,
jufqu'à ce qu'on fût en état de leur oppofer une armée
plus confidérable ; que le Divan avoit réfolu
d'impofer une nouvelle taxe fr le Ciergé Grec &
qu'il avoit confifqué la fucceffion d'un des principaux
Prélats de ce Clergé , dans laquelle on a trouvé
200. Bourfes en argent comptant , qu'une partie du
Peuple de Conftantinople témoignoit beaucoup de
mécontentement , & que le Grand Vifir pour inti
mider ceux qui voudroient exciter quelque révolu
tion dans l'Empire , avoit fait étrangler un grand
nombre de féditieux , & expofer leurs corps dans
les rues & dans les Places publiques.
SUIDE
1420 MERCURE DE FRANCE
SUEDE.
Na appris de Stockolm du 7. de ce mois ,
que le Major General Freudenfeldt a mande au
Roi,quaprès avoir mis en fuite un détachement confiderable
des troupes de la Czarine , il s'étoit emparé
de la Ville d Uhlo , & que la plus grande partic de
la Bothnie Orientale étoit rentree tous la domination
de S. M.
Le Roi a appris depuis qu'il y avoit eû un combat
très- vif & très-long entre les Galeres de S. M.
& ceiles de la Czarine , & que les premieres avoient
remporté l'avantage , quoique les autres fullent en
plus grand nombre , & que leur feu cût été foutenu
par celui de quelque batteries que les ennemis
avoient établies fur la Côte ; que deux Galeres Ruf
fiennes avoient été coulées à fond , & que cinq autres
avoient été mifes hors de combat ; qu'une des
batteries des ennemis avoit fort maltraite le Praame
P'Hercule , mais que le dommage caufé aux Galeres
du Roi avoit été peu confiderable , & qu'il n'y avoit
eû du côté des Suedois que 150. hommes de tués
ou de bleffės.
Le Roi a reçû d'autres lettres du Major Géneral
Freudenfeldt lefquelles marquent qu'il s'étoit rendu
maître de plufieurs Magafins que les Ruffiens avoient
établis en Finlande . Il ett arrivé à Stockolm une
Chaloupe , à bord de laquelle étoient p ufieurs des
Ruffiens faits prifonniers dans l'action qui s'eft paffée
entre les Galéres du Roi & celles de S. M. Cz.
auffi -bien que quelques - uns des Officiers & Soldats
Suedois , qui ont été bleffès en cette occafion.
ALLE
ALLEMAGNE.
0
N mande de Ratisbonne du 19 , de ce mois ,
que les troupes Françoifes , qui étoient dans
Kelheim , Payant abandonné apiès avoir brúle le
pont qu'elles y avoient conſtruit, le Prince de Lobckowaz
avoit fait occuper ce pofte par un Corps
confidérable de Croates , de Pandoures & de Ly caniens
. Quelques jours avant que la Garniſon Françoife
de Kelheim s'en fût retirée , elle avoit été jointe
par les trois bataillons que le Maréchal de Broglie
avoit avoit laifles à Amoerg.
Le r . de ce mois , le Prince de Lobckowits .
après avoir laillé une garnifon dans Stat Am- Hoff ,
fe remit en marche avec les troupes qui font fous
fes ordres , & qui foot augmentées confidérab.ement
par plufieurs renforts qu'il a reçûs , & il paffa
le Danube a Kelheim , d'où il s'eft avancé dans les
environs de Straubingen , où il a laiffé quelques
troupes pour bloquer la Place , & étant arrivé le
12 à Schierling , qui n'eft qu'à trois lieues de Ratisbonne,
il marcha le 13. à Kelheim , pour s'approcher
de l'armée Françoife commandée par le
Maréchal de Broglie .
On a appris d'Ingolftadt du 15. de ce mois , que
le Comte de Seckendorf en eft décampé avec les
troupes Impériales qui font fous fes ordres , & qu'il
eft allé fe pofter fur le bord de la riviere de Lech.
Il a laffé 2000. kommes des troupes Palatines à
Neubourg , pour en renforcer la garnifon.
L'Armée Françoife , que commande le Maréchal
de Broglie , & qui étoit campée à une lieuë & demie
d'Ingolftat , s'en rapprocha le 15. Elle a été
jointe par les troupes qui occupoient le pofte de
Kelheim , & par les trois Bataillons qui étoient reftés
dans Amberg aux ordres du Marquis de Brezé.
Le
422 MERCURE DE FRANCE
Le Maréchal de Broglie a reçû avis qu'un Corps
de Huflards de l'armee de la Reine de Hongrie s'étoit
rendu maître du pofte de Friedberg , & que la
garnifon Bavaroife , qui y étoit , avoit eté faite
prifonniere de guerre. Il a été auffi informé que le
General Berenklaw , à la tête d'un détachement des
troupes de S. M. H. étoit entré dans Munich , dont
les habitans , en conféquence des ordres qu'ils
avoient reçûs de l'Empereur , ont ouvert les portes,
dès que les ennemis fe font présentés.
Le Comte de Segur , Lieutenant General des armées
de S. M. T. C. arriva le 14. à Donavert avec
le Corps de troupes qui a été détaché de Paimee
commandée par le Maréchal de Noailles , pour fe
rendre en Baviere.
Les François ont conftruit deux ponts fur le Danube
, l'un au- deffus & l'autre au- deffous de cette
Place.
Le Prince Charles de Lorraine & le Prince de
Lobckowitz ſe font avancés , le premier à Neuſtatt
& le fecond à Kotching.
On a appris d'Ausbourg , que le 10. de ce mois ,
le Comte de Lautrec , Miniftre Plénipotentiaire du
Roi de France auprès de l'Empereur , y avoir cû la
premiere au lence de S. M. I.
O
GENES ET ISLE DE CORSE,
Na appris de l'Ile de Corfe du 21. & du 277
du mois dernier , que les Chefs des Rebelles
avoient fait brûler les maifons de quelques habi.ans
qui avoient tué un homme de leur parti , & qu'ils
paroillo: ent attendre avec beaucoup d'impatience
Parivée du nouveau Commiflaire Géneral.
On mande de Lombardie , que les troupes Autrichiennes
, commandées par le Comte de Traun ,
avoient
JUIN. 1743 .
1423
voient été jointes par deux Bataillons du Régiment
Hongrois d'Andreafi , & que le Duc de Modéne a
fait donner quatre Sequins d'engagement à tous les
Déferteurs , qui abandonnent l'armée de la Reine
de Hongrie , pour prendre parti dans celle du Roi
d'Espagne.
O
GRANDE BRETAGNE.
N mande de Londres du 20. de ce mois , que
le Vailleau le Lovely Marie , commandé par
le Capitaine Hayes , a été pris par un Armateur
Eſpagnol , en allant de Londres à Gibraltar .
****************
MORTS DES PAYS ETRANGERS.
L
A nuit du 21. au 22. Mai , mourut à Naples ,
dans la 40. année , Procope- Marie - Antoine-
Phuppes - Charles- Nicolas- Auguftin d'Egmont Pignatelli,
Duc de Gueldre & de Juliers , Comte d'Egmont
, de Zutphen , de Mours , de Hornes & de
Bureen , Seigneur Souverain des Ville & Territoire
de Malines , du Pays d'Arckel , de Leerdams , Iffelfteint
, & des Ifles d'Amelande , Grand d'Efpagne
de la premiere Création & de premiere Clalle ,
Prince de Gavre & du S. Empire , cinquiéme Duc de
Bifachia & Comte de S. Jean , au Royaume de Naples.
Il étoit fils de Don Nicolas Pignatelli , Duc de
Bifachia , & Comte de la Cerignole , dans le
Royaume de Naples , Chevalier de la Toifon d'Or,
Gouverneur General des Armées d'Espagne , en
Sicile , mort à Lyon en 1719 & de Marie- Claire-
Angélique d'Egmont , du Chef de laquelle il fut
Grand d'Efagne de la premiere Claffe , Prince du
II. Vol. H S.
1424 MERCURE DE FRANCE
8. Empire , & Seigneur de toutes les Terres de l'il-
Juftre Maifon d'Egmont . Il avoit époufé en Novembre
1717. Dlle Henriette- Julie de Durfort , file .
de Jacques- Henri de Durfort , Duc de Duras , & de
D. Louite Magdeleine Efchallart de la Marck , omteffe
de Braine , Baronne de Serignan & du Pontarcy
, duquel Mariage ii laifle , 19. Guy- Felix d'Egmont
Pignatelli , Comte d'Egmont. 2 ° . Thomas-
Victor d'Egmont Pignatelli , Duc de Bifachia , &
Comte de S. Jean de la Cérignole , par la démiffion
de fon Pere , marié à Naples au mois de Novembre
1742. avec Dona Eleonore Caraciolo , Princeffe de
Ja Villa , fille de Don Philippe Caraciolo , Prince
de la Villa , & de ..... Picolomini , Ducheffe del
Geffo , mort le 15. Janvier 1743.3 ° . Cafimir d'Eg
mout Pignatelli, Duc de Bifachia , & 4°. Dlle Henriette
Nicole d'Egmont Pignatelli , mariée le 11 .
Juin 1738. avec Marie- Charles -Louis d'Albert de
Luynes , Duc de Chevreufe , Meftre de Camp Géneral
des Dragons de France , & depuis Maréchal
des Camps & Armées du Roi . Voyez pour la Généalogie
de la Maiſon de Pignatelli , l'une des plus
illuftres du Royaume de Naples , dont le Duc de
Monteleone eft le Chef de la Branche aînée , les
Tables Généalogiques de Jean Hubners , les Généalogies
d'Italie d'Imhoff, & l'Hiftoire des Maifons
Souveraines , vol . 2. fol . 665. Voyez auffi les deux
premiers Auteurs pour la Maiſon d'Egmont , &c.
1
FRANCE
JUIN. 1743. 1425
FRANCE ,
NOUVELLES DE LA COUR , DE PARIS , &C.
E 23. de ce mois le Roi déclara
Lqui avoit donné à l'Archevêque de
,
les
Bourges fa Nomination pour la Dignité
de Cardinal dans la premiére Promotion
de Cardinaux qui fera faite
pour
Couronnes , & le lendemain S. M. nomma
cet Archevêque , fon Ambaffadeur Extraordinaire
auprès du S. Siége .
Le 27. M. Bignon , Maître des Ré
quêtes , Préfident du Grand Confeil , &
Bibliothécaire du Roi , & M. de Maupertuis ,'
Penfionaire de l'Académie Royale des
Sciences furent reçûs dans l'Académie
Françoife. Ils firent leurs Difcours de remerciment
auxquels M. de Moncrif ,
Directeur , répondit au nom de l'Académie.
›
"
> On a appris par un Courier que le
Maréchal de Noailles a dépêché le 29. de.
ce mois qu'il y avoit eû une Action.
entre les troupes du Roi & l'armée des .
Allies de la Reine de Hongrie . Le Ma-
,
Hij réchal
2426 MERCURE DE FRANCE
réchal de Noailles fut informé le 27. à
une heure du matin , que les Alliés ne
pouvant plus fubfifter à Afchaffembourg ,
caufe de la poſition de notre armée fur
le Mein , décampoient pour marcher fur
Hanaw. Il monta à cheval fur le champ
& il fit en diligence paffer le Mein fur
les deux Ponts qu'il avoit à Selingeftatt ,
aux trois Brigades d'Infanterie , d'Auvergne
,
,
de Touraine & d'Orleans , dans le
deffein de tomber fur l'arriére - garde des
Alliés , & de s'emparer d'Afchaffembourg.
Ces trois Brigades furent fuivies par celle
des Gardes Françoifes , & par ceile de
Noailles. 29. Efcadrons de la Maifon du
Roi de la Cavalerie des Dragons &
Huffards , pafferent la même Riviere par
les gués qui y avoient été reconnus . Le
Maréchal de Noailles plaça une Brigade
d'Infanterie au Village de Grofwelbheim ,
qui fermoit la droite fur le Mein ; il appuya
fa gauche à un bois ; & la plaine
entre la droite & la gauche , fut occup
péc & fermée par la Cavalerie.
Après cette premiére difpofition , le Maréchal
de Noailles repafla le Mein pour
faire marcher le reste de l'armée , mais
ayant vû que les cinq Brigades d'Infanterie
, qui avoient paffé le Mein , & une
partie de la Cavalerie s'étoient engagés
au- delà
"
JUI N. 1743 1427
au-delà d'un défilé , qu'un Marais & un
Ravin forment depuis la Montagne jufqu'au
Village d'Etingen , il s'y porta auffitôt
& il trouva en y arrivant l'armée
des Alliés en bataille fur plufieurs lignes
d'Infanterie & de Cavalerie .
,
Nos troupes ayant marché en avant
& ayant elfuyé , fans tirer un feul coup ,
le premier feu de la Moufqueterie des Alliés
, elles allerent à la charge jufqu'à trois
fois , après lefquelles le Maréchal de Noailles
, qui s'étoit emparé d'Afchaffembourg ,
fit celler l'attaque.
>
Les Alliés continuerent leur marche à
travers les bois , dans lefquels ils s'étoient
ouverts des chemins & le Maréchal de
Noailles fit repaffer le Mein à l'Infanterie
fur les deux Ponts de Selingenstatt ,
& à la Cavalerie par différens gués.
L'Artillerie , qui pendant l'action avoit
été fervie avec la plus grande vivacité , fut
ramenée le même jour au Camp avec quel
ques piéces de Canon prifes aux Alliés ,
qui ont perdu des Drapeaux & des Eten
darts .
>
Le Comte de Stairs ayant abandonné fur
le Champ de bataille 5. ou 600. bleffés
de fon armée qu'il n'a pu remmener &
ayant laiffé les malades dans fon Camp ,
le Maréchal de Noailles y envoya une
,
Hij garde
428 MERCURE DE FRANCE
garde , à la Réquifition des Alliés .
Dans cette action , qui a été très - meurtriere
, nous avons eû environ 1800. hommes
tués ou bleffés , & les Alliés y ont perdu
plus de 5000. hommes dont la plus grande
partie a été tuée par notre Artillerie.
›
Le Duc de Chartres , le Comte de Clermont
le Prince de Dombes , le Comte
d'Eu , qui a été bleffé légerement au pied
& le Duc de Penthiévre , ont donné
dans cette occafion des marques du plus
grand courage , ainfi queles Officiers Géné
raux & les Officiers particuliers .
On n'a point encore eû le détail des
Officiers tués ou bleffés.
Les troupes du Roi , commandées par
le Maréchal de Broglie , lefquelles étoient
près d'Ingolstadt , font revenues à Donawert
où elles ont campé pendant quelques
jours. Le Corps de réſerve s'eft mis en marche
le 26. de ce mois fous les ordres du
Prince de Conty , pour fe rendre fur le Neckre
; & le refte de l'armée a dû prendre
la même route , en quatre divifions , le
27. & les trois jours fuivans.
NOUJUIN.
1743 1429
NOUVELLE Paroiffe conftruite
Ordre du Roi à Versailles.
par
Le Roi ayant déclaré qu'il vouloit pofer
la premiere Pierre de l'Eglife Paroifliale
de S. Louis de Verfailles , qu'on conſtruit
actuellement fur les deffeins & la direction
de M. Jacques - Hardouin Manfard , Architecte
du Roi , de l'Académie Royale
d'Architecture , petit Fils de Jules - Hardouin
Manfard , nommé par le Roi par Arrêt
du Confeil du 8. Mai 1742. la Céré
monie fut faite le 12. de ce mois par l'Archevêque
de Paris , comme Evêque Diocéfain.
>
La Reine fe rendit à cette nouvelle Eglife
vers les 11. heures du matin & y entendit la
Meffe , accompagnée de Mefdames de France
&de toute la Cour ; S. M. fe plaça aux
fénêtres de la Communauté des Millionnaires
, qui donne vers le chevet de l'Eglife
, pour voir la Cérémonie , qui commença
peu de tenis après .
Le Roi arriva à 11. heures & demie du maz
tin , accompagné de Monfeigneur le Dauphin
, au Parc au Cerf , où S. M. avoit
ordonné que cette Eglife fut conftruite .
Le Roi s'avança enfuite vers l'Eglife , & y
monta par une rampe en pente douce
& fablée à l'endroit de la principale entrée
de l'Eglife.
Hiiij M.
2
1430 MERCURE DE FRANCE
M. Orry , Miniftre d'Etat , Controlleur
Général des Finances Commandeur des
Ordres du Roi , & Directeur Général des
Bâtimens de S. M. & M. le Comte du
Muy , Sous- Gouverneur de Monseigneur
le Dauphin , Confeiller d'Etat d'Epée
Directeur Général des Oeconomats ,
nommé par S. M. pour la direction de
cet Ouvrage , allerent au devant du Roi ,
& préfenterent à S. M. M. Manfart.
>
&
Le Roi s'avança" enfuite vers la tête du
Choeur , & l'Archevêque de Paris qui attendoit
S. M. affis dans un Fauteuil alla
au devant du Roi avec la Croix , le Curé
& fon Clergé ; l'Archevêque étoit revêtu
de fes habits Pontificaux , & fon Fauteuil
étoit adoffé à une Croix de bois de charpente
.
? Vis -à- vis la Croix étoit un Pavillon
ou efpéce de Tente , qui avoit été dreflé
à la hâte , pour être à l'abri de l'ardeur
du Soleil. On y avoit placé un Fauteuil
pour le Roi , & un Tabouret pour Monfeigneur
le Dauphin entre cette Tente ,
& la Croix il y avoit un grand Tapis
de pied fur le Carreau des fondations du
Choeur.
>
M. l'Archevêque commença enfuite
les Priéres convenables. Le Roi fuivoit les
mêmes Prières dans un Rituel préfenté
par
JUIN. 17437 1431
,
par l'Abbé Daidie fon Aumonier en quar
tier en Rochet & en Manteau . Lorfquelles
furent achevées , S. M. s'avança au
Rès de Chauffée d'un des piliers du Choeur,
à côté de la place du Maître- Autel , du
côté de l'Evangile , pour y pofer la premiére
Pierre.
>
Alors M. Manfart préfenta à M. Orry
en fa qualité de Directeur Général des
Bâtimens , la Truelle d'argent faite exprès
par l'Orfévre du Roi pour cette Cérémonie
; tous les autres Outils avoient été
faits pareillement chés le même Orfévre ;
la Truelle fut mife dans un grand Baffin
d'argent oblong avec du mortier pris
dans l'auge , & M. Orry préfenta le tout
au Roi , qui mit le mortier fur un des
coins qui étoit pofé . S. M. ayant enfuite
remis la Truelle dans le Baffin , M. Orry
qui vouloit favorifer M. Manfart , lui accorda
l'honneur de préfenter à S. M. un autre
Ballin , dans lequel étoit un Marteau d'argent
, dont le Roi donna trois coups ir
le coin.
,
,
Ayant ainfi pofe la Pierre fous laquelle
font encaftrées une Boëte de bois do
Cedre qui renferme quatre Médailles
d'argent , & une d'or , & une Plaque de
cuivre contenant l'Epoque de cette Cérémonic
; cette Pierre fut plombée , & ni
Hv nivellés
1432 MERCURE DE FRANCE
vellée avec la regle & le niveau , & le
Roi fit don de tous les Outils à M. Man-'
fart . On lit fur la Plaque de cuivre l'Inf
cription fuivante.
AD MAJOREM DEI GLORIAM
VIRGINISQUE DEIPARE
SUB INVOCATIONE SANCTI LUDOVvici ,
LUDOVICUS DECIMUS QUINTUS
PRIMARIUM HUNCCE POSUIT LAPIDEM
DIE MENSIS JUNII DUODECIMA
ANNO REPARATE SALUTIS 1743 .
SUMMO PONTIFICE BENDICTO XIV .
PRÆERAT EDIFICIO CONDENDO A REGE
SELECTUS JACOBUS HARDOUIN MANSART
DE SAGONNE , REGIÆ ÆDIFICIORUM
ACADEMIE ARCHITECTUS AGGREGATUS,
D. FRANCISCI MANSART PRIMARII REGIS
ARCHITECTI ET D. D. MANSAT COMITIS
DE SAGONNE COMITIS CONSISTORIANI ,
SUPREMI ÆDIFICIORUM PREFECTI
PRONEPOS ET NEPOS.
Après cette Cérémonie , pendant laquelle
M. l'Archevêque de Paris , le Curé de la
Paroille & le Clergé faifoient une Proceffon
autour , & deffus les fondations , ce
Prélat donna fa Bénédiction , & M. Orry
ayant tiré de fa poche , & remis au Roi
une groffe Médaille d'or , S. M. la donna
à M. Manfart , & accorda pour les Ouriers
une gratification de cent Louis dor
pour
JUIN.
1743 1433
pour leur être diftribuée par M. Manfart ,
lequel préfenta en même tems au Roilės
Plans , Coupes , Elévations & Profils de
tout l'Edifice , & le Roi ayant voulu vifiter
extérieurement la conftruction des
fondations , il en fit le tour , précédé immédiatement
de M. Manfart , qui lui montroit
en oeuvre une partie de ce qu'il venoit
de voir fur le papier.
Après quoi M. Manfart propofa au Roi
de fe transporter dans une des Cours de
fa maifon fituée rue des Tournelles , pour
y voir un grand modéle en pierre de
toute l'Eglife . S. M. s'y rendit à pied ,
précédé de M. Manfart , & fuivie de toute
fa Cour ; elle en fit le tour , en examinaattentivement
les dehors & les dedans
& en marqua avec bonté fa fatifaction à
M. Manfart. Le Roi s'en retourna au Château
, accompagné de Monfeigneur le Dauphin
, & de toute fa Cour , dans le même
ordre que S. M. étoit arrivée fur le Terrein..
La Reine s'en retourna pareillement au
Château avec Mefdames de France & les
Dames de fa Cour qui l'avoient accompagnée ..
2
Lors du départ de L. M. les Marguilliers,
& les Habitans de la Paroiffe fignalerent:
leur zéle par quantité de Boëtes qu'on tira ,
& des feux d'Artifice à plufieurs repriſes..
H vi
LE
1434 MERCURE DE FRANCE
*******************
T
LE JEU , ODE.
El qu'un Torrent de Bithume ;
Qui d'un Volcan en fureur
S'élance , tombe & confume
Tout l'efpoir du Laboureur ;
Tel , pere de mille crimes
Sortit des fombres abîmes ,
Du Jeu le Démon cruel ;
A fon afpect , l'avarice .
De tous les projets complice ,
Lui fit du Monde un Autel.
*
Soudain ce nouveau Protée ,
Sous divers noms adoré ,
Vit fa fureur exaltée ,
Et fon culte revéré ;
En fe livrant au perfide >
L'homme follement avide ,
Crut s'égaler à Plutus ;
Mais dans cette erreur extrême ;
Il perdit bien- tôt lui - même
Son bien , fon tems , ſes vertus.
*
La Fortune & l'Eſpérance
Marchent
JUIN.
1438 17437
Marchent à côté de lui1 ;
Le hazard de fa puiſſance
Eft le Miniftre & l'appui ;
Les vains regrets , le carnage ,
La faim , la foif & la rage
Le fuivent , l'air effaré ;
En tout femblable à Saturne ;
Changeant , cruel , taciturne ,
Par lui tout eft dévoré .
*
Oùfuis-je ? A qui facrifient
Tous ces avides Mortels ?
Ils tremblent , ils ſe défient ;
Leurs voeux font- ils criminels 2
Sur divers Autels impies
L'or roule ; de ces harpies
Va-t'il faire le bonheur ?
Quels geftes ! Ciel , quel murmure t
Je crois , à voir leur figure ,
Que l'Enfer eft dans leur coeur,
*
Jeu , reconnois tes fupplices
A cet horrible tableau ;
C'eſt dans tes cruels caprices
Que l'a puifé mon pinceau ;
Mais je veux de tes ravages
Par de plus noires images
Epous
1436 MERCURE DE FRANCE
Epouvanter la raison.
Loin de moi , Fils de Latone ;
Je t'implore , Thyfiphone ;
Sois feule mon Apollon .
*
Charges , dignités, naiffance
Sa Loi confond votre éclat ;
Où fon Empire commence ,
Finit tout rang , tout état ;
Par l'espérance fateuſe
D'une fortune trompeufe ,.
I compofe ce cahos .
Telle on voit la nuit obfcure ,
De l'inégale Nature
Rendre tous les traits égaux.
*
Dans ce terreftre Tartare
Quelle est la jeune Beauté ,
Sur qui ce Tyran bizarre
Exerce la cruauté ?
Tout ce qu'en elle j'obſerve ,
M'offre Vénus & Minerve ;
Que d'attraits ! que de vertus !
Le befoin parle ; on foupire ;
Dans fon coeur Minerve expire ;
Je ne vois plus que Vénus .
D
De
JUIN
1437 1743 .
Dans fon yvreffe cruelle
Entre deux de fes Sujets ,
Vient de naître une querelle ;
Je frémis de fes progrès ;
Qu'entens-je ? Qelle menace !
Dieux ! arrêtez leur audace ;
Voeux fuperflus ; quelle horreur !
Ils fe battent , ils fe percent ,
Et le fang qu'à flots ils verfent ,
Seul défarme´leur furcur.
*
O comble d'extravagance !
Opere indigne du jour !
Te voilà dans l'indigence
Sans nul espoir de retour ;
Quel fpectacle ! je friffonne ;
Ta famille t'environne ;
Vas-tu calmer fes douleurs ?
Non , tu fuis , & de ta rage
Elle a pour tout héritage
L'hiftoire de tes malheurs .
%
Ainfi qu'au fein d'Amphitrite
On voit ces affreux rochers ,
Que jamais n'émeut , n'agite
Le naufrage des Nochers ;
Ainf
438 MERCURE DE FRANCE
'Ainfi dur , gliffant , aride ,
Le coeur où le jeu réſide
N'eft qu'un rocher odieux ,
Pour la nature infenfible ,
Aux vertus inacceffible ,
Et qui menace les Cieux.
*
Un joueur ne fait qu'un être
Inutile au genre humain ,
Qui fans jouir , fans connoître ,
Hâte l'inftant de ſa fin ;
Qui , dans un défordre extrême
Toujours abfent de lui - même ,
Et de l'orage battu ,
Vit , n'aimant en fon délire ,
Que ce qui fait fon martyre ,
Et meurt fans avoir vécu .
Du buveur fous une tonne
Bacchus fait un fouverain .
Le guerrier que Mars couronne ,
Joüit du plus beau deftin.
Avec la celefte troupe ,
L'amant boit à pleine coupe ,
Quand l'amour comble fes voeux.
Mais le jeu , toujours avare
Dans
JUIN.
1439 1743.
Dans fa faveur la plus rare
Ne fait jamais un heureux.
Tremblez , aveugle jeuneffe ,
Vous qui fous les étendarts
Courez avec allégreffe ,
Vous ranger de toutes parts ;
Son école dangereufe
Eft une mer orageufe ;
Quel y fera votre fort ?
Là , quoique pilote fage ,
L'honneur fait fouvent naufrage ,
Prêt de rentrer dans le Port.
患患患患
MORTS ET MARIAGES.
E 10. Juin D. Hélene de Sabran , veuve de-
Luis le 13. Avril 1740. de Jean-Jacques de
Montefquiou , Marquis de Saintrailles qu'elle avoit
épousé le 28. Août 1714. mourut à Chaillot lès
Paris , fans enfans. Elle étoit fille de Jean de Sabran
, Seigneur de Beofc & de Beauregard , &
de Magdelaine de Reguiſton . Voyez pour la Généalogie
de la Maifon de Sabran , l'une des plus
anciennes de Provence , le Nobiliaire de Provence
par l'Abbé Robert , vol . 3. & l'Hiftoire des
Maiſons Souveraines du Monde , vol . 4. fol . 1517.
& pour celle de la Maiſon de Montefquiou , une
des plus anciennes & des plus illuftres du Royaume
1440 MERCURE DE FRANCE
me , l'Hiftoire des Grands Officiers de la Cousonne
, à l'Article des Maréchaux de France.
Le 13. Gilles de Treceffon , Marquis de Treceffon ,
dans la Paroiffe de Campeneac , Evêché de S. Malo,
Lieutenant General des Armées du Roi, du 20. Fevrier
1734. mourut à Paris , âgé de 80. ans , Eon de
Carné , fon fixiéme Ayeul , puîné de la Maifon de
Carné , l'une des plus anciennes de Bretagne , ayant
époufé vers l'an 1440. Jeanne , Dame de Treceffon
, il fut ftipulé que leurs Enfans porteroient le
nom & les Armes de Treceffon , qui font de gueules
à trois chevrons d'hermines, & celles de Carné font
d'or à deux faces de gueules.
Le 14. Gabriel Etienne Louis Texier , Marquis
d'Hautefeuille , Lieutenant Géneral des Armées du
Roi du 30. Septembre 1718. & avant Mestre de
Camp General des Dragons , moarut en l'Abbaye
de Saint Victor , dans la foixante & douziéme
année de fon âge , laiffant du mariage qu'il avoit
contracté le 23. Février 1699. avec Dile Marie-
Françoife - Elifabeth Rouxel de Grancey , aujourd'hui
fa veuve , fille aînée de Benedict - François Rouxel ,
de Médavy , Marquis de Grancey , Chef d'Eſcadre ,
& nommé Lieutenant Géneral des Armées Navales
da Roi , & Gouverneur des Ville & Château d'Argentan
, & de D. Jeanne - Emée de Rabodanges ,
remariée depuis à M. le Maréchal de Montrevel ,
mort avant elle le 11. Octobre 1716. Louife- Elifabet
Texier d'Hautefeuille , femme du Marqués de
Monchy & Jacques Etienne - Louis Texier ,
Marquis d'Hautefeuille , né le 18. Decembre 1699 .
marié depuis le 7 , Août 1729.avec Dlle Marie- Catherine
de Sorel , fille de M. de Sorel , Capitaine
des Vaiffeaux du Roi , Commandeur de l'Ordre de
S. Louis , & Gouverneur Géneral de S. Domingue ,
duquel mariage il a quatre garçons & trois filles ,
> ·
Feu
JUI N. 1743. 1441
Feu M. le Marquis d'Hautefeuille étoit fils de Germain
Texier , Comte d'Hautefeuille , Seigneur de
Malicorne , Confeiller d'Etat , Chevalier de l'Ordre
du Roi , mort le 12. Août 1694. & de D. Margue
rite-Catherine de Courtalvert de S. Remy , & neveu
d'Etienne Texier d'Hautefeuille , Chevalier de
l'Ordre de S. Jean de Jérufalem , Grand - Prieur d'Aquitaine
, Ambaſſadeur Extraordinaire de fon Ordre
en France, Lieutenant Géneral des Armées du Roi ,
& c . mort à Paris le
3. Mai 1703 .
Le 24. D. Marie Marguerite Rouxel de Medavy
de Grancey, veuve depuis le 10. Août 1711. de Michel
- Jofeph de Fouilleufe , Marquis de Flavacourt
, Capitaine au Régiment des Gardes Françoifes
, Lieutenant de Roi au Gouvernement de
Normandie , Capitaine , Gouverneur & Grand-
Bailly de Gifors , avec lequel elle avoit été mariée
le 26 Janvier 1705. mourut à Paris , âgée de 65 , ans,
laiffant de fon mariage pour fils unique François-
Marie de Fouilleufe , Marquis de Flavacourt , Meftre
de Camp de Cavalerie , Brigadier des Armées du
Roi depuis le 15. Mars 1740. Lieutenant de Roi en
Normandie, Gouverneur & Grand Bailly de Gifors ,
de Gravelines & de Bourbourg , marié depuis
1740. avec Dile Hortenfe - Felicité de Mailly Neffe,
aujourd'hui Dame du Palais de la Reine , & de la-
.quelle il a des enfans . Feuë Mad . la Marquiſe de Fla
vacourt étoit fille puînée de François Benedict Rouxel
de Medivy , Marquis de Grancey, Chef d'Efcacadre
, & nommé Lieutenant Géneral des Armées
Navales du Roi , & Gouverneur des Ville & Château
d'Argentan , mort le 9. Septembre 1679. & de
D. Jeanne - Emée de Rabodanges , remariée depuis.
à Nicolas- Augufte de la Baume, Marquis de Montrevel
, Maréchal de France , Chevalier des Ordres
du Roi , & Commandant en Chef dans les Provin,
ces
441 MERCURE DE FRANCE
ces d'Alface & de Franche Comté mort avant elle le
11. Octobre 1716. Voyez pour la énealogie de la
Maifon de Roux Médavi , 1 Hiftoire des Grands
Officiers de la Couronne , au Chapitre de Maré❤
chaux de France ; pour la Maifon de Fouilleufe ,
elle prend fon nom de la Terre de Foul eufe en
Beauvoifis , & elle eft connue par fes Titres il y a
plus de 5oo. ans , de même que par fes Alliances ,
& fes fervices Militaires . La Terre de Flavacourt ,
dans l'Election de Gifors , a été érigée en Marquifat
en faveur de Philippe de Fouilleufe , trifayeul du
Marquis de Flavacourt , par Lettres du mois de
Janvier 1637. legiftrées en Parlement le 22. Jan
vier 1652 .
Il eft mort depuis quelques femaines quatre jeunes
Seigneurs , ci - devant Penfionnaires ou Coliége
de LOUIS LE GRAND . C'eft d'une Efquinancie ,
nullement contagieufe & qui n'a point eû d'autres
fuites. Dès que le mal s'eft déclaré , on les a confiés
à Mrs leurs Parens & aux plus fameux Médecins de
leur Hôtel . Tous les jeunes Mrs de ce Collége fe
portent très bien aujourd'hui , au vû & ſçû de tout
le monde, qui ne veut pas être trompé par les fauz
bruits. Le grand Nom des quatre Enfans morts , a
répandu dans le Public une allarme dont il eft juite
de le raffurer pour ceux qui leur furvivent.
Le 18.Avril fut célebré en l'Eglife Parroiffiale de
S. Laurent à Paris , le Mariage de M. Louis de Melun,
Marquis de Melun , Seigneur de la Motte S. Androny
, né le 17. Mars 1703. fils unique de feu
Armand Comte de Melun , Gouverneur pour le
Roi des Châteaux & Forts de S. Louis & de Ste .
Croix de Bordeaux , Chevalier de l'Ordre Militaire
de S. Louis , mort le 30. Novembre 1710. & de
feue
JUIN. 1743 1443
Feue D. Marie-Françoife de S. Simon Montbleru ,
( de même Maiſon que M. le Duc de S. Simon
morte le 7. Avril 1726. avec Dlle Henriette - Emilie
de Bautru , Comtefle de Nogent le Roi , en Beauce
au Diocèle & à cinq lieues de Chartres, fille unique
& feule héritiere de feu M. Louis Armand de Bautru
, Comte de Nogent le Roi , Lieutenant - Génetal
des Armées du Roi , & au Gouvernement de la
Baffe Auvergne , Chevalier de l'Ordre Militaire
de S. Louis , mort le 6. Juin 1736. & de D. Marie-
Julie Juliftanne fa veuve , fille du Pacha de Neuhaufel
, M. le Marquis de Melun eft neveu de feu
M. Louis de Melun , Marquis de Maupertuis , Lieutenant
- Général des Armées du Roi, Grand- Bailly de
Bergues,Gouverneur de S. Quentin , Capitaine - Lieutenant
Commandant la premiere Compagnie des
Moufquetaires de la Garde du Roi , & Grand-
Croix de Ordre Militaire de S. Louis , mort fans
enfans le 18. Avril 1721. Voyez la Généalogie de
Illuftre Maifon de Melun , dans l'Hiftoire des
Grands Officiers de la Couronne , Tome V. fol.
221. & celle des Seigneurs de la Motte S. Florentin
, & de Maupertuis iflus des Seigneurs de la
Borde le Vicomte, Branche cadette de cette Maiſon
dans un Mémoire in 4° . en 52. pages , imprimé en
Janvier 1742. & qui doit être employé dans le Supplement
à l'Hiftoire des Grands Officiers , auquel
on travaille actuellement . Madame la Marquife de
Melun eft niece de feu D. Marie Antonine de Bautru
Nogent , femme de Charles- Armand de Gontault
, Duc de Biron , Pair & Maréchal de France ,
Chevalier des Ordres du Roi , morte le 4. Août
1742. laiffant entr'autres enfans , M. le Duc de
Biron , aujourd'hui Lieutenant - Géneral des Armées
du Roi , & nommé Chevalier de fes Ordres . Elle a
pour quatrieme Ayeul Maurice Bautru Seigneur du
Martray
1444 MERCURE DE FRANCE
Martray & de Cherelles , forti d'une Famille Noble
d'Ecoffe , connuë également fons les noms de Bautru
& de Conighan , qui vint au ſervice de France,
vers l'an 1455. & qui s'étab it depuis en Aujou ; il
étoit marié en 1560. avec Françoiſe le Bret & en
eur entr'autres enfans Guillaume Bautru , Seigneur
de Cherelles , Confeiller au Grand- Confeil , reçû le
26. Juin 1576. & marié en cette qualité le 9. Mai
1584. avec Gabrielle Louet , fille de Clement
Louet , Lieutenant- Géneral d'Anjou , duquel mar a-`
ge il eût 1. Guillaume Bautru , Comte de Serrant
en Anjou , Meſtre de Camp d'un Régiment d'infanterie,
puis Conducteur des Amballadeurs, Minif
tre du Roi en plufieurs Cours Etrangeres , Confeiller
d'Etat & privé , pere du Comte de Serrant ,
Chancelier de M. frere unique du Roi , & Ayeul de
M. la Marquife de Vaubrun Bautru , & de M. la
Comtefle de Maulevrier Colbert , ) 2. Nicolas de
Bautru qui fuit ; 3.5Simonn de Bautru , femme de
Louis de Harrouys , Seigneur de la Seilleraye ,
Préfident en la Chambre des Comptes de Bretagne.
Nicolas de Bautru , Comte de Nogent le Roi ,
par Lettres d'érection de 1636. & Marquis du
Tremblay , par autres Lettres de 1655. Capitaine
des Gardes de la Porte du Roi , Bailly & Capitaine
des Chaffes du Comté de Dourdan , Confeiller du
Roi en fes Confeils d'Etat & privé , mourut le 10 .
Septembre 1661. laiffant de ton mariage avec D.
Marie Coulion qu'il avoit époulée le 15 Septembre
1627. & morte le 9. Janvier 1668. 1. Armand de
Bautru qui fuit ( 2. Nicolas de Bautru , Marquis de
Vaubrun , Lieutenant - Général des Armées du Roi ,
& Gouverneur de Phillippeville , homme de grande
réputation pour la valeur & fon mérite , tué le 1 .
Août 1675. au Combat d'Altenheim fur le Rhin ,
Commandant alors en chef l'Armée du Roi , avec
le
JUIN.
1743 1445
1-
de Comte de Lorge , depuis Maréchal de France ,
neveu de M. de Turenne , & laiffant de fon mariage
avec D. Marguerite - Therèle de Bautru Vaubrun
fa niece , à la mode de Bretagne , Guillaume Nicolas
de Bautru de Vaubrun , aujourd'hui Abbé de
Cormeri , ci devant Lecteur ordinaire de la Chambre
& du Cabinet du feu Roi Louis XIV. & Magdeleine
Diane de Bautru Vaubrun , aujourd'hui veuve depuis
le 11. Septembre 1698. de M. François-Annibal
d'Eftrées. Duc d'Eftrées , Pair de France , Chevalier
des Ordres du Roi , Gouverneur , de l'Ile de
France ( duquel il ne refte point d'enfans ) 3. Louis
de Batru , Marquis de Nogent , Mettre de Camp
d'un Régiment de Cavalerie & Gouverneur
de Sommieres ( mort fans enfans ) 4. Marie de
Bautru Nogent , femme de Charles de Rambures,
fire de Rambures , Maréchal des Camps & Armées
da Roi , 5. & Charlotte de Bautru Nogent , mariée
1. avec Nicolas d'Argouges , Marquis de Rannes ,
Colonel Géneral des Dragons de France , Bailly &
Gouverneur Alençon 2. avec Jean- Baptifte
Armand de Rohan , Prince de Montauban , morte
le 10. Décembre 1725. laiffant de fon premier
mariage le Marquis de Rannes , aujourd'hui Maréchal
de Camp , lequel à des enfans de fon mariage
avec D. Catherine d'Ernothon .
Armand de Bautru , Comte de Nogent , Capitaine
des Gardes de la Porte du Roi , Maréchal
des Camps & Armées de S. M. & fon Lieutenant-
Géneral an Gouvernement de la Bafle- Auvergne
fut tué au fameux paffage du Rhin , près le Fort
de Tolhuis , le 12. Juin 1672. Il avoit épousé le
28. Avril 1663. Diane- Charlotte de Caumont Lauzun
, fille d'Honneur de la Reine Mere du Roi
foeur du dernier Duc de Lauzun , & file de Gabriel
Nompar de Caumont , Comte de Lauzun , & de
Charlotte
$446 MERCURE DE FRANCE
Charlotte de Caumont la Force ; elle mourut le 4.
Novembre 1720. ayant eû de fon mariage , 1º.
Louis- Armand de Bautru , Comte de Nogent ,
pere de Madame la Marquile de Melun , dont le
mariage donne lieu à cet article . 2º . Louis Nicolas
de Bautru Nogent , ancien Capitaine des Vaifleaux
du Roi , reçû Chevalier de l'Ordre de S. Lazare ,
en Avril 1723. mort fans être marié le 3. Septembre
1736. 3 °. Louife. Therele Diane de Bautru
Nogent , femme de Blaile d'Aydie , Marquis de Riberac
, morte le 6. Février 1732 mere de M. le
Comte de Riberac , & de feu M. le Comte de
Rions , & 4. Marie-Antoine de Bautru Nogent ,
femme de M. le Maréchal Duc de Biron , comme
il eft dit ci- deffus. Voyez pour la Généalogie de
Bautru les differentes Editions du Dictionnaire de
Morery, & la vie des fieurs Menage & Ayrault ,
par feu M. Menage , in-4°.
La nuit du 19. au 20. Mai , Louis de Mailly ,
Comte de Mailly , né le 1. Avril 1713. Colonel du
Régiment de Perigord , depuis le mois de Mars
dernier , fils de Victor Alexandre Sire & Marquis
de Mailly , aîné de fa Maiſon , Colonel d'un Régiment
d'Infanterie de fon nom , & Brigadier d'Armée
du 20. Février 1734. & de D. Victoire Delphine
de Bournonville , fut marié avec Dlle Antoinette
Françoife Kadot de Sebbeville née le 1.
Octobre 1725. & fille de feu Charles- Louis- Frede❤
ric Kadot, Marquis de Sebbeville , Enteigne de la
feconde Compagnie des Moufquetaires , mort le
14. Octobre 1730. & de D. Elizabeth - Therefe-
Marguerite Chevalier de Montigny , & petite fille
de Charles- Louis Kadot , Comte de Sebbeville ,
Lieutenant- General des Armées du Ro. & c . Voyez
la Généalogie de la Maifon de Mailly , l'une des
plus illuftres de la Province de Picardie , dans l'Hiftoire
JUIN.
1447 1743 :
4
toire des Grands Officiers de la Couronne , Volu
me in 8°. pour le nom de Kadot ou Cadot , il eft
marqué en Normandie par fa Nobleffe & par fes
Services Militaires .
EXTRAIT d'une Lettre écrite du Vigan ,
*fur la Reception qui a été faite dans cette
Ville à Madame la Comteffe d'Hierles
Fille de M. le Comte de Goëfbriant.
Lcom 1743
>
E ... Avril 1743. N .... de Montfaucon ,
Capitaine de Dragons
dans le Régiment de la Suze , âgé de 17. ans ,
Fils de Guy - jofeph de Montfaucon , Seigneur &
Baron de Villec & d'Hieries dans les Cevennes ,
Diocèle de Nimes , Lieutenant Colonel du même
Régiment de la Suze , & Brigadier des armées
du Roi du premier Août 1734. & de De.
Marie-Anne de Croufet , fut marié avec Dlle
N... de Goësbriant , Fille de Louis Vincent ,
Comte de Goëlbriant , Maréchal des Camps &
Armées du Roi , Gouverneur de la Ville d'Aire
Chevalier de l'Ordre Militaire de S. Louis , &
de feuë De . Marie- Rotalie de Chaſtillon , morte
le 29. Décembre 1736. & Niéce de M. le Duc
de Chaſtillon , Chevalier des Ordres Roi , & Gouverneur
de Monfeigneur le Dauphin , & petite
file de Louis Vincent de Goefbriant , Marquis
de Goëlbriant , Chevalier des Ordres du Roi
Lieutenant Général de fes armées , Gouverneur
des Ville & Citadelle de Verdun , & des Forts
& Château de Torro en Mer ; & de De. Marie-
Magdeleine Defmaretz de Maillebois , morte le
8. Mai 1736. Soeur de M. le Maréchal de Mail
lebois .
* Ville du Languedoc, fituée au pied des Covennes.
II Vol. 1 Daine
1448 MERCURE DE FRANCE
Dame Marie-Anne de Croufet , Mere de M. le
Comte d'Hierles , eft Fille de Pierre de Croufor ,
Chevalier Confeiller du Roi en fes Confeils ,
Préfident en la Cour des Comptes , Aydes & Finances
de Languedoc , & de D. Jeanne Montlaur ,
& petite fille d'Antoine de Croufet , Président,
en la Chambre des Comptes & Cour des Aydes
de Montpellier , lequel fut honoré d'un Brevet
de Confeiller d'Etat , le 12. Avril 1646. en laquelle
qualité il prêtà ferment entre les mains
de M. le Chancelier Seguier , le 2. Juin de la
même année , & arriére petite fille de N ... de
Croufet , auffi Préfident en la Chambre des Comptes
& Cour des Aydes de Montpellier , & c.
par
Le nom de Montfaucon que porte M. le Comte
d'Hierles , eft de la premiére Noblesse de Languedoc
, & diftingué par fes Services militaires &
fes Alliances avec les Maiſons de Brancas
& de Joyeule ; pour la Maifon de Goëfbriant ,
elle eft une des plus anciennes de Bretagne , &
diftinguée par les Alliances avec les premiéres
Maifons de cette Province.
Deux jours après la Célébration de leur Mariage
, N... le Comte & Madame la Comtelle
d'Hierles partirent pour le rendre à Nifmes auprès
de M. & de Me la Marquise de Viſſec . Leur artivée
à Nifmes , fut célébrée par les Tambours &
les Trompettes de la Ville ; ils furent vifités par
tout ce qu'il y a de plus confidérable & de qualifié
dans la Ville ; on ne peut rien ajouter aux
honneurs que leur fit M. de Rambion , Gouverneur
de S. Hypolite ; les Troupes de la gar
nifon étoient fous les armes à la porte de la Ville;
on battit aux champs depuis la Villede S. Hypolite,
jufques ici , c'est - à- dire dans la longueur de cinq
grandes lieues. M. le Comte & M. la Comtelle
JUIN. 1743. 1449
teffe d'Hierles trouverent de quart de lieuë en
quart de lieue , un corps confidérable de Fufilies
des diverfes Paroiffes de Viffec ; ils avoient déja
trouvé à Sauves M. le Marquis & Me la
Marquife de Villec , avec une troupe de Cavalerie
des principaux habitans de leur Terre. La
plus grande partie de la Nobleffe , précédée de
Trompettes , Haut- Bois & autres Inftrumens , alla
auffi à la rencontre des nouveaux mariés ; & à
l'avenue du Château d'Hierles , qui eſt au bout
d'un des Faubourgs , il y eut une nombreuſe
Compagnie de Gardes Suiffes à bonnets rouges
, & fort proprement habillés ; toutes les autres
Troupes fuivoient ou précédoient le Caroffe
, marchant aux côtés en bon ordre. La curiofité
avoit attiré au Vigan un très grand nombre
de perfonnes des Villes voisines ; les habitans
s'étoient mis auffi fous les armes mais
ayant voulu avoir les portiéres du caroffe , &
les Vaflaux de M. le Comte d'Hierles ayant refufé
de leur ceder cet honneur , M. le Marquis
de Viffec les fit remercier de leur bonne vodonté
. Madame la Comteffe d'Hierles fur haranguée
à deux lieues du Vigan par le princi
pal Officier de la Comté ou Baronnie d'Hier
les , qui comprend douze Paroiffes confidérables.
>
Je ne fçaurois vous exprimer , M. à quel point
a été la joye publique , mais cette joye fut un
peu ralentie quelques jours après par le départ
du jeune Epoux , que fon devoir rappella à l'armée
d'Allemagne . Madame la Comteffe d'Hierles
a fupporté cette féparation en Héroïne .
1
En donnant la Lifte des Régimens accordés
par le Roi au mois de Mars dernier , on a die
Lijm que
452 MERCURE DE FRANCE
'Armoiries ; au milieu du Lit étoit la Représentation,
couverte du Poële & de la Couronne d'Etoffe d'or,
avec franges , fur l'Eftrade. Au pourtour du Lit
étoient placés 180. Chandeliers d'argent , avec des
cierges de hauteur proportionnée . A chaque bout
de l'Eftrade , devant & derriere , étoient deux Crédences
, far lefquelles étoient pofées les marques
d'honneur ; fur celle devant l'Autel étoit la Barette
, le Camail , le Manteau , le Chapeau & la´
Croix, & fur l'autre une Croix & deux chandeliers.
Tout le pourtour du Choeur , tendu de noir jufqu'aux
Galeries, ayant fept Arcades de chaque côté,
foncées de noir avec cinq gradins dans chacune ,
pour placer les perfonnes invitées. Elles étoient ou
vertes par des rideaux retrouflés de chaque côté
avec des cordons & glands d'argent . Sur le milieu
de chaque Arcade ou ouverture par le haut , étoit
alternativement fufpendu un grand Cartouche de
onze pieds de haut, fur neuf de large , où étoient le
Chiffre & les Armes avec leurs attributs , le tout accompagné
de branches & feftons de Cyprès , tous
les Cartouches en or , & au bas de chacun une Girandole
à cinq branches de lumieres ; l'appui de
chacune de ces ouvertures étoit couvert de drap
noir.
Un lés de velours regnoit par le haut au pourtour
du Choeur , il étoit femé de larmes d'argent , &
paffoit fous l'extrêmité des grandes Armoiries . Sur
les lés de velours étoient diftribuées des Armes &.
Chiffres en or. Les Stales qui formoient l'enceinte
intérieure du Choeur , depuis la porte d'entrée jufqu'au
Sanctuaire, étoient de - même tenduës de noir.
Sur le plafond des Stales regnoit au pourtour un
chantourné en Marbre blanc , fur un fond noir , femé
de larmes d'argent , une tête de mort aîlée au
milieu , & des Ornemens qui fortoient des volutes
de
JUIN.
1743. 1453
de chaque extrêmité du chantourné , venoient fe
joindre à un grand Ecuflon d'Armoirie de quatre
pieds & demi de haut , fur trois de large , l'Ecuffon
adoffé contre un focle ceintré qui le joignoit au
chantourné , au bas de chaque Armoirie étoit une
Girandole à cinq lumieres ; & fur le ceintre de chaque
chantourné on avoit placé grand nombre de
cierges. Sur le focle derriere ler Armoiries , s'élevoit
un fcabellon en Marbre blanc , fur lequel on
voyoit une tête de mort & autres ornemens en or ,
qui portoit une Girandole de fept lumieres , & fur
le même focle , par bas , deux autres Girandoles ,
une de chaque côté du fcabellon , de pareil nombre
de lumieres. Le fecond lés de velours regnoir au
pourtour du plafond des Stalles , femé de même de
larmes d'argent , avec Armes & Chiffres en or, dans
la même cimétrie , & feftonné de blanc herminé ,
finiffant aux portes latérales du haut du Choeur. La
Chaire de l'Orateur étoit placée proche la porte du
Sanctuaire , à droite de l'Autel , ornée des mêmes
Armes en broderie.
Le Baluftre qui forme le Sanctuaire , couvert de
drap noir. & à l'entrée un piédeftal de chaque côté ,
en Marbre blanc & noir , portant chacun une gran
de Girandole de quinze lumieres .
:
La Table de l'Autel , le Contretable , les gradins &
toutes les pentes du pourtour du Sanctuaire , parées
d'ornemens de velours noir , les Croix en broderie
d'argent , cantonnées des Armes du Roi , en broderie
d'or avec des franges d'argent ; les Rideaux des
pentes des deux côtés du Sanctuaire , étoient de damas
noir , avec des molets d'argent autour. Audeffus
du Contretable étoit un chantourné, les corps
en Marbre blanc , les fonds noirs femés de larmes
d'argent , une tête de mort aîlée d'argent au milieu ,
avec 14. lumieres fur le contour du chantourné , le
I iiij Dais
452 MERCURE DE FRANCE
'Armoiries ; au milieu du Lit étoit la Repréſentation,
couverte du Poële & de la Couronne d'Etoffe d'or,
avec franges , fur l'Eftrade. Au pourtour du Lit
étoient placés 180. Chandeliers d'argent , avec des
cierges de hauteur proportionnée . A chaque bout
de l'Eftrade , devant & derriere , étoient deux Crédences
, far lefquelles étoient pofées les marques
'd'honneur ; fur celle devant l'Autel étoit la Barette
, le Camail , le Manteau , le Chapeau & la
Croix, & fur l'autre une Croix & deux chandeliers.
Tout le pourtour du Choeur , tendu de noir jufqu'aux
Galeries , ayant fept Arcades de chaque côté,
foncées de noir avec cinq gradins dans chacune ,
pour placer les perfonnes invitées . Elles étoient ou
vertes par des rideaux retrouflés de chaque côté
avec des cordons & glands d'argent . Sur le milieu
de chaque Arcade ou ouverture par le haut , étoit
alternativement fufpendu un grand Cartouche de
onze pieds de haut, fur neuf de large , où étoient le
Chiffre & les Armes avec leurs attributs , le tout accompagné
de branches & feftons de Cyprès , tous
les Cartouches en or , & au bas de chacun une Girandole
à cinq branches de lumieres ; l'appui de
chacune de ces ouvertures étoit couvert de drap
noir.
Un lés de velours regnoit par le haut au pourtour
au Choeur , il étoit femé de larmes d'argent , &
paffoit fous l'extrêmité des grandes Armoiries . Sur
les lés de velours étoient diftribuées des Armes &
Chiffres en or. Les Stales qui formoient l'enceinte
intérieure du Choeur, depuis la porte d'entrée jufqu'au
Sanctuaire, étoient de- même tendues de noir.
Sur le plafond des Stales regnoit au pourtour un
chantourné en Marbre blanc ,fur un fond noir , femé
de larmes d'argent , une tête de mort aîlée au
milieu , & des Ornemens qui fortoient des volutes
de
JUIN.
1743. 1453
de chaque extrêmité du chantourné , venoient fe
joindre à un grand Ecuflon d'Armoirie de quatre
pieds & demi de haut , fur trois de large ; l'Ecuffon
adoffé contre un focle ceintré qui le joignoit au
chantourné , au bas de chaque Armoirie étoit une
Girandole à cinq lumieres ; & fur le ceintre de chaque
chantourné on avoit placé grand nombre de
cierges. Sur le focle derriere ler Armoiries , s'élevoit
un fcabellon en Marbre blanc , fur lequel on
voyoit une tête de mort & autres ornemens en or ,
qui portoit une Girandole de fept lumieres , & fur
le même focle , par bas , deux autres Girandoles ,
une de chaque côté du fcabellon , de pareil nombre
de lumieres . Le fecond lés de velours regnoir au
pourtour du plafond des Stalles , femé de même de
larmes d'argent , avec Armes & Chiffres en or, dans
la même cimétrie , & feftonné de blanc herminé ,
finiffant aux portes latérales du haut du Choeur. La
Chaire de l'Orateur étoit placée proche la porte du
Sanctuaire , à droite de l'Autel , ornée des mêmes
Armes en broderie.
Le Baluftre qui forme le Sanctuaire , couvert de
drap noir. & à l'entrée un piédeſtal de chaque côté ,
en Marbre blanc & noir , portant chacun une gran
de Girandole de quinze lumieres.
:
La Table de l'Autel, le Contretable , les gradins &
toutes les pentes du pourtour du Sanctuaire , parées
d'ornemens de velours noir , les Croix en broderie
d'argent , cantonnées des Armes du Roi , en broderie
d'or avec des franges d'argent ; les Rideaux des
pentes des deux côtés du Sanctuaire , étoient de damas
noir , avec des molets d'argent autour . Audeffus
du Contretable étoit un chantourné, les corps
en Marbre blanc , les fonds noirs femés de larmes
d'argent , une tête de mort aîlée d'argent au milieu ,
avec 14. lumieres fur le contour du chantourné , le
I iiij Dais
1414 MERCURE DE FRANCE
Dais au- deffus de l'Autel , les moulures & les pentes
en argent , avec des Chiffres & des larmes , le
plafond en noir croifé de moire d'argent , de même
que la queue du Dais , cantonné des Armes du
Roi, les rideaux du Dais de fatin blanc , femé d'hermine
, ornés de franges d'argent au pourtour ; une
Crédence à côté de l'Autel Four le fervice de l'Officiant
, orné de même que l'Autel.
Sur l'Autel & la Crédence étoient placés 24. chandeliers
d'argent , garnis de cierges , comme à la
Repréfentation ; plus loin , aux deux côtés de l'Autel
, étoient deux piédeftaux de cinq pieds de haut ,
fur une largeur proportionnée , qui portoient cha
cun une grande Girandole de dix pieds de haut en
Bronze chcune de 90. lumieres ; tout le parquer
du Sanctuaire & le pavé du Choeur étoient couverts
de drap noir.
L'appareil de ce Service a été ordonné par M. le
Duc de Gêvres , Pair de France , Premier Gentilhomme
de la Chambre du Roi, & a été exécuté par
M. de Bonneval , Intendant & Contrôleur Géneral
de l'Argenterie , Menus Plaifirs & Affaires de la
Chambre de Sa Majesté.
kakak
ARRETS NOTABLES.
A
RREST du 19. Janvier , qui commet
Pierre Marchal pour remplir &
exercer feul ou conjointement avec Sébaftien
Marchal , fon pere , les fonctions d'Oeconomes
féquestres des Bénéfices vacans à
la nomination de Sa Majesté.
LETJUIN.
1743 1455
LETTRES PATENTES du Roi,
fur le Reglement pour les differentes fortes
de Draps qui fe fabriquent dans la Manufacture
de Sedan. Données à Verfailles le
29. Janvier 1743. Regiftrées au Parlement
de Metz le 18. Fevrier fuivant .
ARREST du 26. Fevrier , qui ordonne
que le recollement des titres , papiers & autres
Actes étant au Greffe & dans les Archives
des Villes & Communautés du Royaume
fera fait annuellement ; fait défenfes auxdi
tes Ville & Communautés de plus commet
tre à l'avenir aucuns Sécretaires & Greffiers
fous quelque dénomination que ce foit.
ORDONNANCE du Roi , du 28 .
pour augmenter chaque Compagnie de la
Gendarmerie , de trente - cinq Gendarmes ou
Chevau -Legers.
Sa Majefté ayant réfolu de faire une auga
mentation dans les troupes , a jugé à propos
de mettre chacune des feize Compagnies de
La Gendarmerie à foixante - quinze Gendarmes
ou Chevau Legers , du nombre de quarante
dont elles font actuellement compofees
, non compris les Trompettes & Time
balliers , & pour cet effet elle a ordonné &
ordonne que les Chefs de chaque Brigade
de la Gendarmerie , travailleront inceffam-
I v meny
1456 MERCURE DE FRANCE
ment à la levée defdits trente- cinq Gendarmes
ou Chevau Legers , habillés , armés &
épuipés, ainfi qu'il convient pour bien fervir,
au moyen de la fomme qu'elle fera délivrer
pour chacun des Gendarmes ou Chevau- Légers
; enforte que les Compagnies foient rendues
complettes du nombre de foixantequinze
Gendarmes ou Chevau -Légers , non
compris les Trompettes & Timballiers ,
au 16. du mois d'Avril , trouvant bon que la
fubfiftance foit donnée aux Gendarmes
ainfi que les fourages fournis aux chevaux ,à
mefure qu'ils arriveront au quartier des Brigades
, & qu'ils pafferont préfens aux revûës
des Commiffaires des guerres chargés de la
conduite & police de la Gendarmerie . Mande
& ordonne Sa Majefté aux Gouverneurs
& fes Lieutenans Géneraux en fes Provinces
& Armées , Gouverneurs de fes Villes &
Places , aux Intendans en fes Provinces &
Armées , aux Commiffaires de fes guerres ,
ordonnés à la conduite & Police defdites
Compagnies , & à tous autres fes Officiers
qu'il appartiendra , de tenir la main à l'exécution
de la préfente , &c .
AUTRE du même jour , pour mettre
la Compagnie de Grenadiers à cheval à cent
cinquante.
ARJUIN.
1743. 1457
ARREST du 5. Mars , qui ordonne que
les adjudications des Domaines par reventes
fourniront aux Fermiers des Domaines des
Expéditions en forme de Contrats.
LETTRES PATENTES du
Roi , du même jour , qui nomment des
Commiffaires pour aliéner au nom de Sa
Majefté , aux Prévôt des Marchands & Echevins
de l'Hôtel de Ville de Paris , cinq cent
foixante- cinq mille livres de rentes , tant
Viagéres qu'en forme de Tontine , avec accroiflement
, conformément à l'Edit du mois
de Janvier dernier , portant établiſſement
d'une Loterie Royale.
ARREST du 1. qui ordonne que
ceux des Contrôleurs des Rentes de l'Hôtel
de Ville de Paris , fur lefquels il y a des faifies
, oppofitions ou autres empêchemens
faits entre les mains de leurs Payeurs , ou qui
pourroient furvenir , feront payés de leurs
gages & droits d'exercice , échûs & à écheoir,
jufqu'à concurrence de l'augmentation de
finance ordonnée être par eux payée en
exécution de l'Edit du mois de Janvier
1743. nonobstant lefdites faifies , oppofitions
ou autres empêchemens faits ou à
faire , dont Sa Majefté fait pleine & entiere
main-levée à cet égard feulement.
I vj
DE
1458 MERCURE DE FRANCE
DECLARATION du Roi , qui
permet aux Officiers de la Chambre des
Comptes de Paris , de juger les Comptes des
exercices pairs & impairs , dans les femeftres
de Janvier & de Juillet, fans aucune diſtinction
ni d fference d'années d'exercice . Donnée
à Verfailles le 26. Mars. Registrée,
en la Chambre des Comptes le 3. Ma
fuivant.
ARREST du même jour ; qui ordonne
que pendant dix années , à commencer du
premier Janvier 1744. les Moruës , tant
vertes que feches , & les Huiles qui proviendont
de la Pêche des Sujets de Sa Majesté à
I'Ifle Royale , appellée ci devant l'Ile du
Cap- Breton , demeur ront déchargées dans
tous les Ports du Royaume , tant de l'Océan
que de la Méditerranée , & à Ingrande , de
tous les droits d'entrée des cinq groffes
Fermes.
SENTENCE de Police du 29. qui
fait défenſe à toutes perfonnes de dépouiller
les Cadavres qui feront trouvés foit dans les
Maifons , dans les Rues , dans les Filets ,
Vannes de Moulins & autres endroits publics
& particuliers , à peine de prifon , &
d'être pourfuivis extraordinairement.
EDIT
JUI N. 1743 1459
EDIT DU ROI portant Reglement
pour la réception des Officiers du Parlement.
de Touloufe . Donné à Verfailles au mois
d'Avril Registré au Parlement de Tou-
Joufe le . Mai fuivant , par lequel S. M.
ordonne que les XIII . Articles contenus
audit dit feront exécutés felon leur forme
& teneur , &c.
ARREST du 2. Avril , qui ordonne
que tous Propriétaires de fonds , héritages,
maifons & Offices qui doivent des rentes
penfions & autres redevances , de quelque
nature qu'elles foient , aux Hôpitaux, & que
ceux des Proprietaires , Locataires & autres
redevables , qui ont fait quelque retenuë du
Dixiéme fur les fommes qu'ils ont payées ,
foient tenus de les reftituer ; & qu'en préfentant
leur Requête, qu'il leur fera tenu compte
de ces dixièmes fur celui qu'ils payent du
revenu de leurs fonds ,en juftifiant par eux de
la réalité defdites rentes & penfions , & en
rapportant les Contrats & autres titres à ce
néceffaires.
AUTRE du même jour , qui ordonne
la confifcation de trois piéces de Serge de
la Manufacture d'Hanvoile envoyées de
Beauvais à l'adreffe du Sr le Koy , Marchand
Drapier de Paris , & faifies à la Halle aux
,
Draps
1460 MERCURE DE FRANCE
Draps de cette Ville , tant pour s'être trouvées
trop étroites & graffes , que pour autres défauts
; & condamne , tant ledit fieur le Roy
& les Fabriquans d'Hanvoile qui les ont fabriquées,
que les Jurés du Bureau d'Hanvile
qui les ont marquées du plomb de fabrique,
& les Gardes des Marchands de Beauvais qui
y ont appliqué le plomb de Contrôle , quoiqu'elles
fuffent d fectueufes , aux amendes
portées par l'Arrêt du Confeil du 27. Septembre
1740. & c.
ORDONNANCE du Roi du 12.
Avril , pour admettre les trois nouveaux
Bataillons de Milice de Lorraine & de
Bar , à fon fervice & à fa folde.
Sa Majesté ayant par fon Ordonnance du
premier Février 1742. pris à fon ſervice
& à fa folde les fix bataillons de Milice
qui ont été levés dans les Duchés de Lorraine
& de Bar , & qui forment trois Régimens
de deux bataillons chacun , fur
Poffre qui lui en a été faite par le Roi
de Pologne , Duc de Lorraine & de Bar ,
& S. M. ayant pareillement accepté de
prendre à fon fervice & à fa folde , les
trois nouveaux bataillons de Milice qui
viennent d'être levés dans lefdits Duchés ,
en exécution de l'Ordonnance du Roi de
Pologne , du 25 Janvier dernier , S. M. a
ordonné
JUI N.
1743. 1465
8
ordonné & ordonne ce qui fuit.
Article premier. Les trois nouveaux bataillons
de Milice qui ont été levés dans
les Duchés de Lorraine & de Bar , fur le
pied de fix cens hommes chacun , que
S. M. prend à fon fervice & à fa folde ,
feront joints aux trois Régimens de deux
bataillons chacun des Milices defdits Duchés
de Lorraine & de Bar , qui font actuellement
fur pied , pour faire dans chacun
defdits Régimens , un troifiéme bataillon
compofé de douze Compagnies de
cinquante hommes chacune commandée
par un Capitaine & un Lieutenant qui
prendront rang entr'eux , ainfi qu'il eft réglé
par l'Article II . de l'Ordonnance de
S. M. du premier Février 1742. &c .
"
>
,
>
ARREST du 28. dont la teneur fuic.
Le Roi étant informé que le nommé
Rollin , fils
Libraire à Paris fous prétexte
de donner au Public un Recueil de
piéces pour fervir de Supplement aux Mémoires
de Condé auroit eû la témérité
de tirer de l'oubli , & de faire imprimer
plufieurs piéces indignes de voir le jour ;
qu'il auroit même commencé à vendre &
débiter un Livre fi condamnable , quoiqu'il
n'eût obtenu pour cette impreffion ,
ni privilége ni permiffion ; & S. M. voulang
3462 MERCURE DE FRANCE
2
lant réprimer un abus fi préjudiciable
l'intérêt public , & au bien de l'Etat ,
& punir une contravention fi manifefte
aux Réglemens concernant la Librai.ie &
'Imprimerie , & tout confidéré ; le Roi
étant en fon Confeil , de l'avis de M. le
Chancelier , a ordonné & ordonne que les
Arrêts & Réglemens concernant la Librairie
& l'Imprimerie feront exécutés felon
leur forme & teneur ; ce faifant , ordonne
que les Exemplaires du Livre intitulé : Mémoires
de Condé , fervant d'éclairciffement &
de preuves à l'Hiftoire de M. de Thou ,
Supplément , faifis fur ledit Rollin fils , fe
ront & demeureront confifqués , pour être
mis au pilon en préfence du fieur Feydeau
de Marville , Lieutenant Général de Police
de la Ville de Paris , que S. M. a commis à
cet effet : ordonne que les autres Exemplaires
qui pouroient e trouver du même livre
feront pareillement faifis, pour être confifqués
& mis au Pilon. Veur S M. que la
boutique dudit Rollin , fils , foit & demeure
fermée P ndant trois mois & le condamne
en m.lle livres d'amende ; lui fait
déf.nfes de récidiver à peine d'être déchu
de fa Maîtrife , & condamné en telles
punitions corporelles qu'il appatiendra , &c.
>
,
ORDONNANCE du Roi du 30.
portant
JUIN. 1743 1461
portant Réglement pour le
payement des
Troupes de S. M. pendant la campagne
prochaine .
Sa Majefté voulant régler le traitement
qui fera fait à fes Troupes pendant la campagne
prochaine , foit dans fes armées ou
dans les garnifons , a ordonné & ordonne
que , conformément aux états qu'elle fera
expédier , il fera fourni du fourage , lorfqu'il
n'y aura pas occafion de fourager
fur le Pays , & du pain de munition ;
aux Officiers d'Infanterie Françoiſe , des
Troupes de Cavalerie de la Maifon du
Roi , des Régimens de Cavalerie , de Carabiniers
, de Huffards & de Dragons , & des
Compagnies Franches d'Infanterie & de Dra
gons , & aux Brigadiers , Sous Brigadiers ,
Gardes du Corps , Gendarmes , Chevau- legers,
Moufquetaires , Grénadiers à cheval ;
Carabiniers, Cavaliers , Huffards & Dragons ;
& du pain de munition feulement › aux
Sergens & Soldats de fes Troupes , tant Fran
çoifes qu'Etrangeres , qui ferviront dans les
armées de S. M. fçavoir pour l'armée commandée
par le fieur Maréchal Duc de Noailles
, à commencer des jours que les troupes
qui la compoſeront auront paffé
le Rhin à compter
du premier Mai
prochain ; & pour celle commandée
par le fieur Maréchal Due de Broglie
464 MERCURE DE FRANCE
à commencer du premier Juin fuivant , &
pour ces deux armées , jufqu'au dernier du
mois d'Octobre prochain , fur le pied des
revûës : S. M. voulant qu'il en foit fait
régulierement trois pendant la campagne ,
aux troupes des armées , par les Commif
faires des guerres , avec les Directeurs ou
Infpecteurs géneraux , où il s'en trouvera ;
la premiére , pour l'armée commandée par
le fieur Maréchal de Noailles , dans le mois
de Mai , la feconde dans le mois de Juil.
let , & la troifiéme dans celui de Septembre
; & pour l'armée commandée par le
fieur Maréchal de Broglie , la premiére dans
le mois de Juin , la feconde dans le mois
d'Août , & la troifiéme dans le mois d'Octobre
.
›
Article premier. Les Compagnies des Régimens
des Gardes Françoifes & Suifles ,
feront payées de leur folde ordinaire , fur
laquelle il fera retenu deux fols pour chaque
ration de pain de munition qui leur fera
fournie ; & les Officiers de l'Etat Major
de chacun defdits Régimens , recevront
leurs appointemens fuivant les Etats qui
feront expédiés , &c.
ARREST du 15. Mai , qui ordonne
que fans avoir égard à l'Ordonnance de
M. Iintendant de Picardie , les procédures
JUIN. 1743. 1465
,
,
res faites devant le Lieutenant du Bailliage
d'Amiens au fujet de la perception des
revenus & de la remife des Titres de l'Ab
baye de S. Vallery feront caffées & annullées
conformément aux Edits ; & auto
Erife l'Oeconome à continuer fes pourſui
tes , fauf l'Appel en cas de conteftations ,
devant Meffieurs les Commiffaires du Bu
reau des Oeconomats .
SENTENCE de Police du 17. Mai
qui ordonne que tous les Chirurgiens de
la Ville & Faubourgs de Paris feront tenus
de déclarer dans les vingt - quatre heures
au plus tard , aux Commiffaires de leur
Quartier , les bleffés qu'ils auront panfé
chés eux ou ailleurs.
LETTRES PATENTES du Roi du
19. qui nomment des Commiffaires pour
aliéner aux Prevôr des Marchands & Echevins
de la Ville de Paris , cinq cent fois
xante- cinq mille livres de rentes , tant Via
geres qu'en forme de Tontine , conformé
ment à l'Edit du mois de Février dernier
portant établi ffement d'une feconde Lote
rie Royale,
ARREST du 21. portant fubrogation
de M. Berryer Maître des Requêtes , aut
lieu
1466 MERCURE DE FRANCE
licu & place de M. Machault d'Arnouville ;
pour Rapporteur des inftances & procès
mûs & a mouvoir , concernant la difcuffion
des biens de la fucceffion du ficur Fargès,
AUTRE du 31. qui fixe à quarante
fols du cent pefant , les Droits d'entrée
du Royaume fur les Laines non filées
& à trois livres au du cent péfant fur
celles filées , venant d'Angleterre.
暑
ORDONNANCE DU ROI du
7.Juin, concernant les Spectacles , dont la
teneur fuit.
S. M. voulant que l'ordre , la décence & la
tranquillité foient également maintenus dans
tous les Spectacles , & à cet effet que les mê
mes regles qui s'obfervent aux Comédies
Françoife & Italienne, dont l'entrée a de tout
tems été interdite aux Domeftiques , foient
gardées avec la même féverité à l'Opera Comique
; & S. M. étant informée de l'abus qui
s'eft introduit depuis quelques années à ce
dernier Spectacle , aux portes duquel les Laquais
& autres Gens de Livrée s'affemblent
tumultueufement , entrent en foule à la fuite
de leurs Maîtres & Maîtreffes , ou autres
qu'ils affectent d'accompagner, fous prétexte
de leur appartenir , & vont occuper toute
L'étendue du Parterres que cette confufion
indécente
JUIN. 1743. 1467
indécente en écarte un nombre infini d'hon
nêtes Gens , y portent le défordre & troublent
la tranquillité du Spectacle. A quoi
voulant pourvoir & établir à cet égard une
regle uniforme & permanente. S. M. a ordonné
& ordonne , que conformément aux
Ordonnances par Elle ci- devant renduës à
l'occafion des Comédies Françoiſe & Italienne
les Laquais & autres Gens de Livrée
ne pourront entrer à l'avenir fous aucun préexte
, même en payant , au Spectacle de
' Opera Comique , à peine de prifon conre
les contrevenants , même de plus granle
contre ceux qui oferoient entrepren-
're d'en forcer les entrées. Veut au furplus
S. M. que fes Ordonnances & Réglemens
ci- devant rendus pour la Police
defdits Spectacles , notamment celle du
vingt -quatre Janvier dernier foient exé
cutées felon leur forme & teneur. Mande
S. M. au fieur Feydeau de Marville
Confeiller en fes Confeils , Maître des Réquêtes
ordinaire de fon Hôtel , Lieutenant
Général de Police , de tenir foigneufement
la main à l'exécution de la préſente Or:
donnance , &c .
..
TA B E.
P
IECES FUGITIVES . Traduction de la VIL
Elégie du prem. Livre des Triftes d'Ovide, 1257
Extrait d'une Thèſe foutenue dans les Ecoles de Médecine
fur les effets de l'Air , & c.
Réponse en Vers de M Deftouches ,
Lettre fur le Livre de M. Morelli ,
Le Pigeon & la Colombe , Allégorie , &c.
1261
1268
1171
1187
Remarques au fujet de la Differtation fur la natu e
de la Raiſon , 1289
Ode à M. Roy , 1291
Lettre fur la Queſtion du Droit Féodal , 1294
Ode Anacreontique , 1296
Difcours fur l'amour de la Patrie , 1299
Epitre en Vers au Prince de Portugal , par l'Abbé
de Launay, 1313
Differtation fur l'Hiftoire des Enfans de Clovis ,
& c.
Bouquet à M. P ***,
1317
1330
Averriflement fur la Conjonction de la Lune ,
&c.
L'Opinion , Ode ,
1331
1336
Remarques fur la Topographie & Chronolgie de
quelques nouveaux Bréviaires , 3345
Epître en vers à Damon , 1355
Lettre à M. l'Abbé Goujet , &c. 1358
Enigme & Logogryphe , 1371
NOUVELLES LITTERAIRES , DES BEAUX - ARTS ,
Effai fur les Principes du Droit , &c.
Mémoires pour fervir à l'Hiftoire des Spectacles
des Foires , & c.
L'Art de la Cuifine reduit en pratique ,
Traité de l'Ortographe Françoiſe
Nouvelle Edition des Oeuvres de S. Juſtin , Ex-
1337
1376
1b:4.
1377
trait ,
1378
L'AN
1395 L'Art de bâtir les Maifons de Campagne ,
Abregé de la vie des Evêques de Coutance , chés
Barois ,
Traité fur les Matiéres Féodales ,
1396
1397
Nouvelle Edition de l'Imitation de J. C. en Latin
, chés Boudet ,
Hiftoire du Pontificat d'Eugene III .
1401
1402
Ancienne Verfion Italique de l'Ecriture Sainte
Mémoires fur les Poiffons ,
Ibid.
1403
Examen des Oeuvres de Flavius Jofephe , &c. 1407
Nouvelle Edition de l'Hiftoire des Coptes , 1405
Défenfe de la nouvelle Traduction de l'Histoire du
Conci e de Trente ,
Livres Etrangers ,
1bid.
Ibid.
Sujets des Prix de l'Académie de Pau pour l'année
1744.
1413
Cantatille mile en Mufique par le fieur Deluffe ,
le fils ,
Question proposée ,
Lettre de M. Liger fur la Géométrie ,
Ibid.
1414
Ibid.
Spectacles , le Ballet des Indes Galante ; Comédie
de l'Ile Sauvage , promiſe par les Comédiens
François , & celle des Petits Maîtres, promiſe par
1 les Italiens ,
Nouvelles Etrangères , Ruffie , &c.
Morts des Pays Etrangers ,
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , & c .
Nouvelle Paroiffe conftruite par ordre du
▾ Versailles ,
Le Jeu , Ode ,
Morts & Mariages ,
1418
1419
1423
1425
Roi à
1429
1434
1439
Extrait de Lettre écrite du Vigan , fur la réception
de Mad. la Comteffe d'Hierles , fille de M. le
Comte de Goësbriant ,
Service à Notre- Dame pour le Cardinal de Fleury,
1447
Arrêts Notables ,
1450
3454
Fautes à corriger dans ce Livre.
Age 1260. ligae 21. fuccé, liſez, ſucé. P. 1265.
1. 9. mêlen, 7. mêlent. Ibid. 1. 21. dan , l. dans.
P. 1268. l . 25. viens , l . ne viens. P. 1274 l . 18.
forme , ôtez la virgule . P. 1277. 1. 26. Novateur ,
ôtez la virgule. P. 1281. 1. 8. devenir , l. deviner.
P. 1302. 1.7. & 8. aiguilent fon apétit , l. ranimèut
fon ardeur. P. 1307. I. 15. là , l . la . P. 1308. I. 13 .
ies , l . les. Ibid. J. 17. & 18. diffenffions , I diffenfions.
P. 1310. 1. 21. Ateliers, L. Atteliers. P. 1312.
1. 11. gemirerions , l. gémitions. Ibid. 1 19. Félicité
! l. Felicité. P. 1317. l. 25. fous . otez ce mot.
P. 1326. l . 16. l'on , l. on . P. 1332. 1. 9. Préters=
bourg, 1. Pétersbourg. P.1335 . 1. 8 de , ôtez ce mot P.
1348. l . 14. Utain , l. Vrain . Ibid. 1. 28. Baroit, ↳ Ba-
Tois . P. 1350. l . 18. place , I. placer . P. 1353. l . 2.
3. du bas , coureroit , l . courroit.. P. 1354, 1.
Voeladum,l.Vocladum. P. 1356. l . 16. après années,
une virgule. Ibid. 1. 20. Borcé , I. Borée. P. 1357. I.
6. ôtez la virgule après attraits . Ibid. 1. 15. ôtez la
virgule après Permeffe.16. 1. derniere , à la Note ,Horce,
1. Horace. P.1373 . ) . ( 9. traités , l. traitées.P.1376.
1.4.ôtex 1743.P.1379.1.5.deperditorum , 1.deperditorum
Ibid. 1.5 . & 6.Taiani , \ .Tatiani, P. 1.58 3. l. 6. ôtez la
virgule après où.Ibid. 1. 6. & 7.après monde, mettez
une virgule. P. 1384. I. 4. du bas , Remaques , L. Remarques.
P. 1388, 1. 14. Viellard , I. Vieillard. P.
1397. 1. 2. Pulic. I. Public . P. 1398. I. derniere, via,
1. vice. P.1398 . 1. 19.Conttat, L. Contrat. P. 1400. 1.
derniere , Homage , 1. Hommage. P. 1403. 1. 22.
nouvau. 1. nouveau. P. 1411. 1. 23. marqués , 1.
marquées.
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT.
MA Y. 1743 .
URICOLLIGIT
SPARGIT
Chés
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER
ruë S. Jacques.
La Veuve PISSOT , Quai de Conty ,
à la descente du Pont- Neuf
JEAN DE NULLY au Palais
,
M. DCC. XLIII
Aves Aprobation & Privilege du R
THE NEW YORK
PUBLIC LIBRAR
335230 A VIS.
ASTOR, LENOX AND
TILDENOUNDATIONS
L
ADRESSE génerale eft à Monfieur
MOREAU , Commis au Mercure , visà-
vis la Comédie Françoife , à Paris. Ceux
qui pour leur commodité voudront remettre
Leurs Paquets cachetés aux Libraires qui vendent
le Mercure , à Paris , peuvent ſe ſervir.
de cette voye pour les faire tenir.
On prie très- inflamment , quand on adreſſe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous le
déplaifir de les rebuter , & à ceux qui les envoyent
, celui , non-feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de les
perdre , s'ils n'en ont pas gardé de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaiterent
avoir le Mercure de France de la premiere
main , & plus promptement , n'auront qu'à
donner leurs adreſſes à M. Moreau , qui aura
foin de faire leurs Paquets fans perte de tems,
de les faire porter fur l'heure à la Pofte, ou
anx Meffageries qu'on lui indiquera.
PRIX XXX . SOL
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT
MA I.
1743 .
PIECES FUGITIVES,
en Vers & en Prose.
T
EPITRE
A M. Nericault Deftouches.
Oi , de qui le brillant Mercure ;
En parcourant cet Univers ,
M'apporte la Profe & les Vers ;
Qui font ma plus chere lecture ,
NERICAULT , je fuis enchanté
Que tu quittes par fols Thalic
Pour combattre l'iniquité
A ij
EL
Sittit-
28 MERCURE DE FRANCEEt
qu'aujourd'hui chés toi s'allie
L'Art comique à là Pieté ;
L'un peint fi bien le ridicule ,
Que l'Homme même en eft frappé ;
L'autre démafque l'incrédule
A tel point qu'on eft détrompé.
Enfin , quand le zéle t'enfathe
Je crois voir en toi plus d'unė ame ,
1
L'une , qui corrige en riant ,
L'autre , qui , d'un ton foudroyant ,
Abbat l'impie , & de fa trame A
Nous découvre le faux fuyant.
Courage , pourfuis , cher Deftouches ,
L'impie en fes retranchemens ;
Fais lui voir les égaremens ,
30
Sans craindre la fronde aux yeux louches,
Tout Ecrivain , qui comme toi ,
Combat les erreurs , & les vices ,
Ne doit avoir aucun effroi
Des frondeurs, ni de leurs caprices;
C'est un vrai foldat de la foi
Qui fe rit de leurs injuftices .
Quand avec foin je te relis ,
Je crois voir le Chriftianiſme
Revivre pur en tes Ecrits ,
Et s'enfuir l'affreux Athéifme ,
Avec ſon ſuppôt le Sophiſme ¿
Hontcus
MA Y.,
$28 7-743-
Honteux l'un & l'autre , & furpris.
Même , il me femble entendre Bayle
Crier à fes foux fectateurs ,
Je fais perdu ; je céde au zéle ,
Qui vient dévoiler mes erreurs.
Devois -je croire , qu'un Poëte ,
Nouveau Térence de nos jours ,
Débrouilleroit les noirs détours
De ma trame fine & fecrette
Ét que par de trop clairs difcours
Il en deviendroit l'interprete ?
Cependant il n'eft que trop für ;
Il porte fa vive lumière
Au fond de mon fyftême obfcur
J'avois caché dans ma doctrine
Un venin fous telles couleurs
Que toute autre clarté , moins fine,
N'eût vû le Serpent fous les fleurs.
Sans lui , fur la foi , tout Prothée
Sembloit être avec moi d'accord,
Se flattant du nom d'efprit fort
J'allois voir la terre entêtée
Se ranger toute de mon bord ;
Déja l'Anglois , & le Batave
Et la foule des beaux Efprits ,
De Rome même , & de Paris
"'
Ne voyoient que par l'oeil qui brave
A iij
830 MERCURE DE FRANCE
Et l'Enfer , & le Paradis .
Plus de culte , helas ! plus de Prêtre ,
Chacun auroit été le maître
De croire ce qu'il cût voulu .
Regardant fa mort , & fon Etre,
Comme s'il n'eût jamais vécû ,
Il n'eût admis ni prix ni peine
Pour ce qu'il eût fait ici bas ,
Ne craignant de Loi fouveraine
Que ceile de fes Magiſtrats ;
Il n'eût compté pour vrai mérite
Que de vivre en bon Sybarite ,
Qui ne faifant ni bien ni mal ,
Ne craint point le moment fatal
Ou tout meurt fans retour , fans fuite .
Ah ! trop clairvoyant NERICAULT
Cruel argus de mon fyftême ,
Pourquoi ne pas faire un Poëme ,
Ou bien dormir à Fortoiſeau ,
Plutôt qu'envoyer à Veau-Leau
Le fin tiffu de mon problême ?
Voilà , cher DESTOUCHES , les cris
De Bayle contre tes Ecrits.
S'il ne te les a fait entendre ,
Je viens ici te les apprendre ,
Et te louer avec FRIGOT.
Surtes Rimes & fur tà Proſe ,
Paffe
MAI.
1743 83
Paffe moi donc ce petit mot
D'Eloge , dont tu crains la dofe ;
Après quoi je ne dis plus rien ,
Si non qu'un Poëte Chrétien ,
Qui combat un erreur funefte ,
Et qui fur l'encens eft modefte ;
En mérite cependant bien.
Par M. L. L. de l'Académie Royale
'd'Angers.
A >
Près avoir rendu compte des Hon
neurs funébres qui ont été rendus
dans cette Ville à l'occafion de la mort de
Madame d'Orleans , Ancienne Abbeffe de
l'Abbaye Royale de Chelles il ne nous
refte plus , pour continuer de remplir no
tre devoir , que d'inferer dans ce Journal l'excellente,
l'édifiante Lettre , que Madame l'Abbeffe
& les Dames Religieufes de la même
Abbaye ont écrite fur ce grand fujet. Quoique
cette Lettre foit d'une certaine étendue ,
nous nous fommes faits un fcrupule d'en
rien retrancher , perfuadés que le Public ,
& en particulier tous les Gens de bien , nous
en fçauront gré.
A iiij
M.M.
832 MERCURE DE FRANCE
M M.
,
Nous vous avons annoncé , dans les premiers
mouvemens de notre douleur , la perte
que nous avions faite de notre ancienne
Abbeffe , TRES - HAUTE , TRES - PUISSANTE ,
TRES - EXCELLENTE TRES - PIEUSE PRIN
CESSE MADAME LOUISE - ADELAIDE
D'ORLEANS , décedée à Paris au Prieuré
de la Magdeleine de Trainel le 20. Février
1743. âgée de 45. ans , & de Profeffion Religieufe
25 .
Cette perte vous étant commune avec
nous , nous ne fçaurions nous difpenſer de
vous inviter de nouveau à partager nos regrets
, & à joindre vos prieres aux nôtres.
Si nous avons eu l'honneur de l'avoir
pour Abbeffe , vous avez eu celui de l'avoir
pour Protectrice . Elle s'eft toujours fait gloi--
re de l'être de tout l'Ordre de Saint Benoît ,
& plufieurs de vos Communautés ont éprouvé
dans plus d'une occafion , qu'elle l'étoit
de chacune en particulier. Vous lui en avez
donné des marques de reconnoiffance , pendant
fa vie. Lui refuferiez - vous celle qu'elle
exige de votre piété , après fa mort ?
Cette Augufte Princeffe , née dans la plus
brillante our de l'Europe , en fit de bonne
heure l'admiration . D'un autre côté , les Miniftres
Etrangers ne laifferent pas ignorer
3.
MAY. 1743 833
pen-
Jux leurs de combien de graces la nature
l'avoit pourvûë , & elle devint bientôt lobjet
des voeux de tous les Princes , qui pouvoient
afpirer à fon alliance. Mais l'éducation
chrétienne qu'elle avoit reçûë dès fon
enfance , ne lui permit pas de fe livrer à ces
flateufes idées , & files Couronnes qu'on lui
offrit , firent quelqu'impreffion fur fon coeur
ce ne fut que pour augmenter le mérite du
facrifice qu'elle étoit déja réfoluë d'en faire ,
en fe confacrant à Dieu fans réſerve.
L'Abbaye de Chelles où elle avoit reçû les
premiers principes d'une Piété folide
dant trois ans qu'elle y avoit été Penfionnaire
, & où elle fit fa premiere Communion
, fut l'afyle qu'elle fe choifit contre les
piéges que le monde lui tendoit , & elle s'y
refugia , auffi tôt qu'elle en eut la liberté.
Leurs Altefles Royales en furent fincere
ment affligées , & firent tout ce que la tendreffe
leur fuggera , pour lui infpirer d'autres
fentimens. Ce fut fans fuccès à la vérité
mais ce ne fut pas fans danger, Elle nous a
avoué depuis , que fon coeur attendri en fut
ébranlé , & que fans une grace particuliére ,
elle n'y auroit pas réfifté . Sa vêture fut peut
de tems après le fruit de fa refiſtance , & le
prix de fa victoire ..
"
Le 3. Mars 1717. fut le jour deftiné
pour cette cérémonie , où l'on ne vit d'au-
A 12 A. V
tree
834 MERCURE DE FRANCE
pomtre
appareil , que celui de fa Piété , de fa Modeftic
, & de fon Humilité , plus grand fans
doute aux yeux de Dieu , que ce fafte
peux , que le monde peu inftruit , s'imagine
qu'une haute naiffance exige ; comme fi la
naiffance , quelqu'illuftre qu'elle foit , avoit
droit d'exiger des trophées d'orgueil & de
vanité dans un Sanctuaire deftiné à en être
le tombeau.
A peine la fage Poftulante fut- elle revêtuë
de notre faint habit , qu'elle s'inftruiſit exactement
des obligations de fon nouvel état
& les remplit avec une fidélité fi exemplaire,
qu'indépendamment de toute autre confidération
, elle lui mérita tous les fuffrages de la
Communauté , quand on la lui propofa pour
fa Profeffion.
La fervente Novice s'y prépara avec d'autant
plus de foin , qu'elle comprit , plus que
jamais , l'importance du facrifice qu'elle mé
ditoit , & l'étendue des engagemens qu'elle
alloit contracter. Nous n'entreprendrons
point de vous développer ici les combats
intérieurs qu'elle eut à foutenir dans ce court
intervalle : elle en a fait confidence à quel
ques-unes de nous mais nous avouons
avec fimplicité , notre infuffifance à vous les
rapporter. Ce que nous pouvons en dire en
general , c'eft que rien n'eft échappé à fes recherches
, rien à fa prévoyance , & que peu
de
MAI 1743 835
de vocations nous ont paru à tous égards
plus réflêchies , plus éprouvées & plus décidées
que la fienne .
Ces combats intérieurs ne furent pas les
feuls qu'elle ent à foutenir. Le monde , irrité
de fe voir enlever une Victime qu'il s'étoie
deftinée , redoubla fes efforts , quand il la vit
fur le point de lui échapper. Chaque jour qui
hâtoit celui de fon facrifice , étoit pour elle
un jour de tentation, d'autant plus féduifante,
que le contrafte étoit plus parfait entre le
monde qu'elle quittoit , & la vie religieufe
qu'elle alloit embraffer. La vie religieufe ne
lui offroit en partage que les faintes austérités
de la pénitence , que l'humilité , l'obéiffance
, la pauvreté , le renoncement à foi-même
, la mortification des fens . Le monde au
contraire , ce monde féducteur » du faîte de
»fes grandeurs , lui montrant l'Univers à fes
pieds , ne lui promettoit pas moins que
» tous fes Royaumes, & toute la gloire qui les
» accompagne , fi , en fe profternant devant
» lui , elle vouloit l'adorer .
Quelle tentation pour une jeune Princeffe ;
qui élevée pour le monde , faite pour le
monde , défirée dans le monde , n'y voyoit
sien au-deffus d'elle , pouvoit prétendre a
tout ce qu'il offre de plus grand , & y faire
honneur ! Elle connoifloit parfaitement tous
ces avantagés , & en comprenoit le prix ,
A vj
comme
836 MERCURE DE FRANCE
comme le monde même le comprend , nous
difant quelquefois avec cette franchiſe aimable
dont elle affaifonnoit tout ce qu'elle difoit
, que toute jeune qu'elle étoit , quand elle
fit fon facrifice , elle croyoit en avoir tout le
mérite devant Dieu , l'ayant fait avec autant
de préfence d'efprit & de réflexion , que fi elle
avoit été dans un âge beaucoup plus avancé.
Le jour , marqué pour cette grande action ;
fut le 20. Août 1718. S. E. M le Cardinal
de Noailles , Archevêque de Paris , toujours
dévoué aux oeuvres de Piété , ne voulut céder
à perfonne l'honneur de celle- ci .
L'éclat de cette augufte cérémonie avoit
attiré à Chelles la Cour & la Ville , mais ce
ne fut pas ce qui fixa les regards de l'Affem
blée : c'eft la Princeffe elle- même qui en
faifoit l'objet. Dès qu'elle parut dans le Sanctuaire
, un étonnement qu'on ne peut exprimer
, faifit tout-à - coup l'efprit des Spectateurs
, qui croyant à peine ce qu'ils voyoient,
fembloient douter encore du fuccès de l'événement.
Mais , quand ils virent cette innocente
Victime , fous les humbles livrées de
la pénitence , fe préfenter à l'Autel avec une
noble & modefte intrépidité , pour prononcer
fes voeux , ce fut le moment où Dieu
triomphant des grandeurs humaines dépofées
à fes pieds , vit un monde profane , faire
hommage à fon fouverain empire fur les
,
coeurs.
MAY. 1743. 837
coeurs. Il s'attendrit , ce monde profane , &
nous le vimes , peut- être pour la premiere
fois , verfer des larmes à un fpectacle de reli
gion . Il étoit difficile de s'en défendre , &
nous- mêmes , accoutumées que nous ſom
mes à ces pieuſes cérémonies , nous ne pûmes
retenir les nôtres . Le chant en fut inter
rompu , & ce ne fut qu'avec quelque peine ,
qu'on acheva la célébration des Saints My
teres.
Auffi -tôt , la nouvelle Profeffe fe retira dans
fa Cellule , pour recueillir dans le fecret de
la retraite , le fruit des graces attachées au fa
crifice qu'elle venoit d'offrir à Dieu ..
Elle n'en fatisfit pas moins aux bienfean
ces que le monde exigea , mais elle les abré
gea pour fe livrer entierement à fon Abbeffe,
& à la Communauté . On fe perfuade aifé--
ment la joie que nous reffentîmes de nous
voir dans la paifible poffeffion d'un tréfor
que le monde nous avoit fi long-tems difpu
té tréfor qui faifoit la gloire de l'Ordre de
Saint Benoît , & qui devoit bientôt faire notre
bonheur particulier.
Madame de Villars étoit alors notre Abbeffe
, & méritoit de l'être. Elle ne pût fe
fouffrir plus long tems au-deffus d'uné Princeffe
du Sang , & fon défintéreffement fe
condant fa modeftie , elle céda aux bienféances
, fit la démiſſion de fon Abbaye , &
le
838 MERCURE DE FRANCE
le Roiy nomma Madame d'Orléans le 10:
Mai 1719.
La Princeffe, qu'on n'avoit point prévenue,
& qui ne s'y attendoit pas , en fut extrêmement
affligée. Auffi effrayée de fa jeuneſſe (4)
que du poids du gouvernement d'une nom¬
breufe Communauté , elle ne pouvoit ſe réfoudre
à s'en charger. Nous la raffurâmes
autant qu'il nous fut poffible , en lui réïterant
les affûrances de notre docilité & de
notre foumiffion . Elle fe rendit à nos inftan¬
ces , & fa priſe de poffeffion fuivit de près fa
nomination. M. l'Abbé d'Orfanne , Official
de Paris , commis à cet effet par le Saint
Siége , l'inftalla le 6. Juin 1719. Sa Bénédiction
ne fut différée que jufqu'au 24. Septembre
de la même année. S. E. M. le Cardinal
de Noailles , affifté des Dames Abbeffes
de Villers-Côte-rèz & du Val-de- Grace
en fit la cérémonie avec toute la décence &
la dignité convenables aux circonſtances préfentes.
Dès qu'elle eut fatisfait à ce double de
voir , elle ne s'occupa plus que du ſoin d'arranger
fa Communauté. Elle s'y choifit un
Confeil qu'elle écoutoit avec quelque forte
de refpect , & dont elle fuivoit les avis avec
docilité. La bonne intelligence entre l'Ab
beffe & fon Confeil , l'entretenoit dans la
( a) Elle n'avoit alors que 21. ans .
Commi
MAI. 1743. 839
Communauté , & nous y vivions dans la
paix la plus parfaite . Leurs Alteffes Royales
s'y intereffoient , parce que cette paix faifois
le bonheur de la Princeffe leur fille , qu'elles
aimoient tendrement.
M. le Duc d'Orleans , Regent du Royaume
,lui en donna des marques fenfibles par
les bienfaits dont il nous combla à ſa confidération.
Ce Prince , chargé des affaires de
toute l'Europe ne dédaigna pas d'entrer
dans le détail de celles de notre Abbaye.
Il voulut être exactement informé de fes
revenus ; il les augmenta de plus de moitié;
il en paya toutes les dettes , qui étoient confidérables
, & forma le projet de la rébâtir
en entier : il ne put l'exécuter qu'en partie.
Le Dortoir le plus vafte & le plus beau qu'il
y ait dans aucune Maifon Religieufe , & les
Infirmeries qui ne font pas moins belles ,
font les feuls monumens qui nous en reftent,
une mort précipitée ayant enlevé ce grand
Prince à la France , lorfque la France s'y axtendoit
le moins.
La trifte nouvelle en fut annoncée fans
précaution à notre illuftre Abbeffe , & elle
la reçût en Héroïne chrétienne . Elle ne répandit
point de larmes inutiles. On ne vit
point éclater en elle ces tranſports de douleur
, tribut humain de la tendreffe filiale.
Humblement profternée aux pieds de fon
Crucifix
40 MERCURE DE FRANCE
•
Crucifix , elle en fit le facrifice à Dieu , en
élevant les mains au Ciel , & s'écriant avec
le Saint Homme Job : Vous me l'avez donné ,
Seigneur , & vous me l'avez ôté: Que votre
faint Nom foit beni. Ce font les propres termes
dont elle fe fervit , & elle n'en dit pas
davantage. Sa conftance nous étonna ; nous
en fûmes toutes interdites. Son exemple nous
rendit à nous- mêmes , & nous l'imitâmes .
Notre conftante Abbeffe ne fe démentit point
dans le particulier. Nous la retrouvâmes la
même par tout ; ou fi cet évenement produifit
quelque changement en elle , il ne fur
qu'extrêmement avantageux pour nous..
1
Moins diftraite & moins diffipée , nous:
avions le bonheur de la voir plus fouvent ,
& plus nous jouiffions de fa préfence , plus
nous découvrions en elle de talens pour le
Gouvernement. Réguliere , fervente , exacte,
prudente , douce , affable , elle nous raviffoit .
Son appartement nous étoit toujours ouvert.
Nous y entrions avec confiance ; nous y
étions fans contrainte , & nous, n'en forrions
qu'avec regret. Elle paroiffoit elle -même
en avoir , quand elle nous en voyoit fortir.
Sa converfation étoit aimable , toujours
foutenue de graces , qu'on ne fçauroit expri
mer.
>
Perfonne ne fçut mieux s'accommoder
aux tems & aux lieux , que Madame d'Orleans
MAY. 17437
841
léans. Si elle étoit enjouée dans fon apparte
ment , elle repréfentoit avec dignité dans les
exercices de Communauté : fon respect pour
les chofes faintes , & fon attention dans
la priere publique , en infpiroient aux moins
recueillies. Elle exigeoit la gravité & la décence
dans le Sanctuaire , avec autant de fé→
vérité , qu'elle y apportoit elle - même d'exactitude
. Pénetrée de la Majeſté d'un Dieu préfent
, nul autre autre objet n'étoit capable de
la diftraire. Quand elle officioit , fonction
dont elle ne fe difpenfoit prefque jamais
elle s'en acquittoit avec une Piété qui nous
attendriffoit. Comme elle chantoit parfaitement
, elle aimoit beaucoup le chant , &
nous lui fommes redevables de la beauté du
nôtre , & de la fplendeur avec laquelle nous
célébrons aujourd'hui les Divins Offices.
Notre illuftre Abbeffe ne fe foutenoit pas
moins dans les Chapitres , que fa place l'obligeoit
de tenir certains jours de l'année
Les Chapitres d'Abbeffes font ordinairement
redoutables aux Communautés ; les fiens ne
nous l'ont jamais été. Nous nous y préparions
fans inquiétude , & nous y affiftions fans
crainte . Ce n'eft pas qu'elle nous ménageât
plus qu'une autre , mais elle affaifonnoit fes
réprimandes de tant de graces & de douceur
, que les intereffées , elles -mêmes , en
étoient touchées , fans en être offenfées .
Ses
842 MERCURE DE FRANCE
Ses exhortations étoient fans art , mais fi
éloquentes & fi perfuafives , qu'il n'étoit pas
poffible de s'y refuſer. Auffi faifoit- elle fur
nos coeurs toutes les impreffions qu'elle vouloit.
Elle les avoit gagnés , ces coeurs , & fe les
'étoit attachés par des liens que nous avions
cru indiffolubles . Elle jouiffoit tranquillement
de cet avantage , & nous jouiffions
avec la même fécurité du bonheur mutuel
qu'il nous procuroit , fans penſer au malheur
dont nous étions menacées.
Madame d'Orleans , parfaitement inftraite
de fa Religion , & plus pénétrée que jamais
de l'étendue des devoirs d'une Abbeffe,
& de ceux d'une fimple Religieufe , fit fur
ce double engagement des réflexions plus
férieufes qu'elle n'en avoit encore fait. Saifie
d'une fainte crainte à la vûë de la multiplicité
des obligations qu'il lui impofoit , elle
en fut fi frappée , que dès- lors-elle forma le
le projet peu commun de renoncer à fon
Abbaye , & de fe réduire à la feule condition
de Religieufe privée. Encore crut- elle
qu'elle ne pouvoit en remplir les devoirs que
dans l'obfcurité d'une retraite , où , dégagée
de tout autre foin , elle ne fût occupée que
de l'importante affaire de fon falut.
Notre vertueufe Princeffe avoit depuis
long- tems un goût décidé pour la vie pénitente
MAY: 1743
843
tente des Carmélites , & l'auroit , embraffée ,
fi fes DireЯeurs , qui connoiffoient la foibleffe
de fon tempérament , ne l'en euffent
empêchée. Elle en fut vivement affligée . Cea
pendant toujours fidéle aux impreffions de
la Grace , elle forma un autre deffein , qui
tenant le milieu entre la vie auftere des Carmélites
, & la mitigation de Chelles , la mit
en état de fuivre l'attrait de fa ferveur , &
de fatisfaire aux mouvemens de fa confcience.
Madame d'Orléans digéra ce projet pendant
quelque tems ; elle n'en fit confidence
à aucune de nous , & aucune ne s'en défia.
Nous entrevîmes bien qu'elle n'étoit pas
tranquille ; mais nous étions fort éloignées
d'en deviner la vraie raifon , & d'en prévoir
les fuites. Elle nous les fit foupçonner dans
la réfolution qu'elle prit & qu'elle exécuta
de partir brufquement de Chelles , & de fe
retirer à la Magdeleine de Trainel, où la Re
gle eft obfervée dans toute fa rigueur.
On s'imagine aifément la douleur dont
nous fûmes faifies, quand la réfléxion , fuccédant
à la furprife , nous envifageâmes de
fang froid les circonftances d'un départ ,
dont le motiféchappoit à nos lumieres. Elle
augmentoit , cette "douleur , à méfure
féjour de notre Abbeffe fe prolongeoit à
Trainel , & nous préfumâmes dès- lors , qu'il
feroit beaucoup plus long que nous ne
que
le
l'avions
$44 MERCURE DE FRANCE
Favions penfé. Elle employa ce féjour à
fe confulter , & fon Confeil étant entré:
dans fes vûës , elle ne nous les lailla plus
ignorer.
Notre douleur fe renouvella fi vivement ,
quand nous en fûmes pleinement informées ,
qu'elle ne nous laiffa de liberté , que pour
répandre des larmes . Nous tentâmes néan
moins l'impoffible pour lui faire changer de
réfolution . Nous y employâmes toutes les
perfonnes , qui nous paroilloien: avoir quelque
crédit fur fon efprit. Nous lui écrivî
mes en commun les Lettres les plus tendres
& les plus preffantes . Nous nous jettames
mille fois à fes pieds , quand elle nous en
fournit Peccafion. Tout fut inutile , & elle
fit fa démillion le 5. d'Octubre 1734.
Quo que préparées à cet évenement , nous
n en fûmes pas moins touchées , mais Dieu
ne nous laiffa pas fans confolation . Nous ne
pouvions en recevoir de plus grande qu'en
apprenant que Madame de Clermont étoit
deftinée à lui fucceder. Elle étoit alors Abbeffe
de Beaurepaire , & avoit fait Profeffion
à l'Abbaye de Chelles , entre les mains de la
Princeffe. Elevée fous fes yeux , elle en avoit
confervé l'efprit , & une abfence de dix ans
n'altera jamais la confiance réciproque qu'el
les s'étoient promifes, en fe feparant.Madame
d'Orleans venoit d'en donner des preuves
effentielles
MAY.
1743- 846
effentielles dans le choix qu'elle en avoit fait ,
pour lui fucceder , & Madame de Clermont
pénetrée de reconnoiffance , n'oublioit rien
pour la lui temoigner.
Ce concert de nos deux Abbeffes faifoit
notre bonheur, Nous en joüiffions dans toutes
fon étendue , & nous ofons dire , avec
de pieufes délices , quand un coup imprévu
-nous a enlevé Madame d'Orleans , victime
de fon grand coeur & de fon ardente charité.
Cette ingénieufe charité lui fuggéra d'uti
les moyens de foulager les Pauvres dans leurs
maladies , de ne point expofer leur guérifon
au hazard , & de s'en affûrer , autant qu'il
étoit poffible , le fuccès , & ce fuccès étoit
-prefque toujours la récompenfe de fon zéle.
Aufi avoient - ils en elle une confiance parfaite
. Elle n'en renvoya jamais aucun , quelque
maladie qu'il eût , & nous l'avons vûë ,
plus d'une fois , fe prêter , s'allujettir même
aux détails les plus rebutans de ce miniſtére
avec un courage , fort au- deffus de la délicateffe
de fon fexe & de la foibleffe de fa compléxion.
Ainfi eûmes - nous la confolation de
voir de nos jours & fous nos yeux revivre
dans une grande Princeife , l'humiliante pratique
des mêmes exercices de charité , que
l'incrédulité du fiecle regardoit , avant elle ,
comme incroyables dans un faint Roi (a)
(a) Saint Louis,
dong
1
4
846 MERCURE DE FRANCE
dont elle tiroit fon origine , & dans une
fainte Reine , (b) qu'elle s'étoit propoféc
pour modéle , & qu'elle imita fi noblement
dans fa qualité de Fondatrice.
C'eft à ces titres , refpectables à la Pieté
éclairée , qu'elle gagna la confiance des Da
mes de Trainel , comme le fuccès de fes
foins les
pour pauvres avoit gagné la leur .
Aucune ne tomboit malade qu'elle ne reclâ
mât auffitôt le fecours de notre charitable
Abbeffe , & aucune ne le reclamoit en vain.
Elle voyoit les malades avec une familiarité ,
une tendreffe , une affabilité qui les charmoit.
Elle ne fe refufoit à rien; rien ne l'intimidoit.
La petite vérole, qu'elle n'avoit eûë que trèslégèrement
, déclarée alors à Trainel, ne l'épouventa
point. Elle ne prit aucune précaution
pour s'en garantir , & auroit même fait
quelque chofe de plus , fi on ne s'étoit oppofé
à l'ardeur de fa charité . Mais elle n'en
perdit pas le mérite devant Dieu. Il permit
qu'elle en fût attaquée , pour la difpofer par
cette derniere épreuve à la récompenfe qu'il
lui préparoit. Elle la foutint avec une conftance
digne de la foumiffion parfaite qu'elle
eut toujours à la divine volonté . Dès quela
nature de fa maladie lui fut connuë , elle fit
⚫le facrifice de fa vie ; demanda avec inftance
(b ) Sainte Bathilde , dont elle prit le nom à ſa
Profeffion.
lcs
M A Y. 847 1743. .
les derniers Sacremens , & les reçût avec
une ferveur & une fermeté , qui tira les larmes
des yeux de tous ceux qui furent témoins
de cette lugubre cérémonie. Nous n'étions
point à portée de l'être , ni de recueillir les
derniers foupirs d'une Abbeffe,qui nous étoit
fi chere . Madame de Clermont ett ce triſte
avantage , & c'eſt d'elle que nous avons ap
pris ces circonftances.
Auffi- tôt qu'elle fut informée de la maladie
de Madame d'Orleans , la crainte du danger
cédant à la reconnoiffance , elle partit préci
pitamment de Chelles avec deux de fes Religieufes,
& fe rendit à la Magdeleine de
Trainel , où elle s'enferma avec fa bienfactrice
, qui fut extrêmement contente de la
voir. Elle en exigea un entretien particulier,'
& la pria tendrement de ne point la quitter.
C'étoit l'intention de Madame de Clermont ,
qui en effet ne la quitta pas jufqu'au moment
fatal qu'elle expira , le 20. Février dernier
feptième jour de fa maladie , entre minuit &
une heure.
Nous en apprîmes la nouvelle le même
jour , & on comprend aifément l'impreffion
qu'elle fit fur nos efprits & fur nos coeurs.
Nous n'entreprendrons point de vous en faire
le détail. Trop au- deffous de notre douleur ,
il la renouvelleroit & n'en exprimeroit pas
l'excès,
La
348 MERCURE DE FRANCE
La feule confolation qui pouvoit nous refter
après une fi grande perte , c'étoit l'eſpérance
bien fondée d'avoir parmi nous la dépoüille
mortelle , unique objet de nos voeux,
de cette yertueufe Princeffe : elle nous appartenoit
à de fi juftes titres , que nous ne nous
imaginions pas qu'on pût nous la difputer.
Profeffe de Chelles , feconde Fondatrice de
Chelles , Abbeffe de Chelles , toujours Religieufe
de Chelles , ( a) en falloit - il davantage
pour nous autorifer à reclamer ce précieux
refte de fa mortalité ? Nous l'avons reclamé .
Mais une autorité infiniment refpectable en
a décidé autrement , & les Religieufes de
Trainel en font demeurées en poffeffion . On
nous a permis les proteftations de droit , &
nous les avons faites. Si c'eft fans fuccès , ce
fera du moins à la Poſtérité un monument de
notre reconnoiffance & du tendre & profond
refpect que nous avons toujours eû
pour cette augufte Princeffe , dont la mémoire
vivra parmi nous, auffi long - tems que
l'Abbaye de Chelles fubfiftera.
Madame d'Orleans étoit une Princeffe accomplie
, autant qu'une foible mortelle peut
l'être. La Grace & la Nature , de concert ,
fembloient l'avoir enrichie de tous leurs dons,
Elle étoit grande , & peu de perfonnes de
(a) Elle s'y étoit réservé fon Appartement & S
Cellule au Dortoir.
fon
MAY. 17437 849
fon fexe pouvoient lui difputer l'avantage
de la beauté. Jamais elle ne s'en prévalut.
Ses manieres fimples & fa religieufe modef
tie , feuls ornemens dont elle fe paroit , déceloient
affés le mépris qu'elle en faifoit.
Elle n'étoit pas fi indifferente fur les qua
lités du coeur & de l'efprit. L'un & l'autre
étoient excellens. Elle cultiva l'efprit par l'é
tude des Belles - Lettres. Elle apprit un peu le
Grec , & fout affés le Latin , pour pouvoir
s'inftruire de fes devoirs dans la Langue ori
ginale des Péres de l'Eglife . C'eft dans la
même vûë, & par la crainte de fe méprendre
dans fes lectures , qu'elle étudia la Philofophic
& la Théologie avec un fuccès fi rapide
, que fes Maîtres avoient peine à le
comprendre. Auffi n'a-t'on gueres vû d'efprit
plus étendu , de jugement plus folide , de
pénetration plus vive , & de mémoire plus
heureuſe. Elle a compofé fur l'Ecriture Sainte
& fur la Regle de S. Benoît , quelques
Ouvrages, qui n'ont pas vû le jour & qui feroient
honneur à fon efprit & à fes talens , ſi
on les rendoit publics.
Les qualités de fon coeur répondoient à
celles de fon efprit . Il n'y en eut jamais un
plus tendre, un plus obligeant, un plus droit
un plus noble. Elle étoit une reffource à tout;
Les Familles affligées trouvoient en elle un.
pufflante protection ; les Communautés Rec
B ligieufes
850 MERCURE DE FRANCE
ligieufes, un appui qui ne leur manquoit jamais
dans le befoin ; les Pauvres , d'abondantes
aumônes , & des fecours toujours
préfens dans leurs maladies , fecours qu'elle
n'auroit pas été contente de ne leur procurer
que pendant la vie , fi elle ne les leur avoit
encore affurés après la mort.
C'est dans cet efprit qu'elle établit dans le
Bourg de Chelles trois Soeurs deftinées par
état à l'inftruction des pauvres & au foulagement
des malades ; & cet établiffement a
cû un fuccès fi heureux , qu'il a parfaitement
répondu à fes voeux , & rempli toutes ſes
efpérances.
Elle avoit puifé les principes de cette ardente
charité dans l'Abbaye de Chelles , & elle
eut lieu de les mettre plus particuliérement en
pratique dans fa retraite. L'obéiffance, comme
la plus pénible de toutes les vertus du Cloître
, fut le premier objet de fes exercices religieux
. Elle pria Madame d'Artagnan , Prieure
perpétuelle de la Magdeleine de Traine '
d'agréer qu'elle fe mît fous fa conduite. La
modeftie de cette Dame s'y refufa d'abord
mais elle fut obligée de ceder aux inftances
de la Princeffe , qui lui réïtera les affurances
de fon obéiffance & de fa foumiffion . Elle
tint parole , & Madame d'Artagnan ne
fut pas moins édifiée de fa docilité , que toutes
les Religieufes qui compofent fa nom
breufe & fainte Communauté.
1
>
MAY.
1743. 851
La fervente Princeffe fe portoit avec tant
d'ardeur aux exercices rigoureux de la mortification
évangélique , qu'elle s'y feroit li
vrée fans ménagement , fi la prudente Supéricure
ne fe fût oppofée à l'activité de fon
zéle. En effet il ne lui étoit jamais permis
de le mettre à l'épreuve,qu'elle n'y fuccombât
, mais c'étoit pour elle un fujet d'humiliation
, & elle faififfoit volontiers les occafions
de s'humilier. La retraite qu'elle s'étoit
choifie , & à laqu . lle elle avoit tout facrifié ,
lui en fournit de fréquentes , & jamais on ne
l'a vûë fe refufer à aucune .
C'eft du fein de cette retraite que notre
pieuſe Abbeffe , ornée de vertus chrétiennes
& religieufes & comblée de mérites , eft
allée recevoir la récompenfe d'une vie auffi
édifiante aux yeux des hommes , que fa mort
a été précieufe devant Dieu . Cependant ,
comme les Jugemens font terribles , & que
rien de fouillé ne doit entrer dans fon
Royaume , fi de légeres taches , preſqu'inféparables
de la condition humaine , retardoient
encore fa félicité , nous vous demandons
, pour l'accelerer , le fecours de vos
faintes prieres. Nous fommes avec refpect ,
M M. vos très- humbles & trés obcïllantes
Servantes , les Abbeffe , Grand-Prieure , &
Religieufes de l'Abbaye Royale de Chelles.
A l'Abbaye de Chelles, ce premier Mars 1743 .
Bij ELEGIE
352 MERCURE DE FRANCE
ELEGIE
Sur la mort de Mad. la Marquise de G.... Par
M.l'Abbé I....à M. de la Sône, Médecin
de la Faculté de Paris , de l'Académic
Royale des Sciences.
?
T U m'arraches
en vain des portes du trépas.ï¿
Cher la Sône , eſt- ce toi qui vole fur mes pas ?
Ton front eft obfcurci , quelle horreur l'environner
Je n'y diftingue plus la brillante (a) Couronne ,
Difputée à l'envi par d'illuftres rivaux ,
Vaincus dès ton printems par tes heureux travaux.
Quel noir chagrin t'agite , ou quel nouveau pro
blême
Enchaîne ta penfée & t'enleve à toi- même ?
Non ,tu n'es occupé ni de l'Art des Chirons ,
Ni du critique amas des modernes Varrons .
Peu frappé des éclairs dont brille Démocrite ,
La douleur te ramene à la nuit d'Héraclite.
Dans ces Lieux habités par les gémiſſemens ,
De l'humaine foibleffe éloquens monumens ,
Tu viens , les yeux en pleurs , fuyant un corps cé
lébre ,
( a) Prix remporté à l'Académie de Chirurgie .
Page de dix-sept ans.
T'appuye
MAY:
35 ; 17437
T'appuyer, avec moi , fur cette Urne funébre ;
Aux graces , aux talens , aux fublimes vertus
Adreffer les foupirs de nos coeurs abbattus.
Tu viens de notre orgueil déplorer l'arrogance ;
Qui pare un rien pompeux du vain nom de
Science ;
Tu décomposes l'homme , objet infortuné ,
Soumis à la douleur avant que d'être né ;
Affemblage confus de force & de foibleffe ;
D'erreurs , de vérités , de grandeur , de baffeffe
A lui-même inconnu , dans fes voeux incertain ;
La vie eft ſon écueil , la mort eſt ſon deftin.
Vous, qui le fecourez dans l'horreur du nauffrage,
De quoi fert du Moulin , Aftruc, & toi , Vernage ,
D'avoir de la Nature épuifé les fecrets ?
La Mort lance fur nous d'inévitables traits.
Quoi ! l'Homme , Infecte aveugle , en proye à l'i
gnorance ,
'Auroit l'art de ravir à la Toute-Puiffance
Ce glaive formidable aux Peuples déſolés ,
Dont Louis, en Héros , vit fes Fils immolés
Ici Fagon , Chirac , votre efprit s'humilie
Sous celui qui commande à la mort , à la vie.
Dans vos habiles mains le plus puiffant fecours
D'un Monarque immortel ne peut fauver les jours
Ainfi , malgré Silva , fuivant ſa deſtinée ,
Comme une tendre fleur, Beuvron fut moiffonnée ;
Biij
Ainfi
854 MERCURE DE FRANCE
Ainfi de la Tremolle , entouré de regrets ,
Le flambeau de l'Hymen éclaira les Cyprès.
Joignons à ces revers nos douleurs légitimes ,
Cher la Sône ; la mort fçait choiſir ſes victimes .
Celle que nous pleurons , tombe , hélas ! fous les
coups
Dont veut nous éprouver le célefte courroux.
Aux grandes vérités élevant fon génie ,
Au léger badinage uniffant la faillie ,
Répandant à fon gré la force ou l'agrément ,
Tout prenoit dans fa bouche un air de fentiment.
L'ame noble , élevée ; un courage fuprême ;
Dans les biens , dans les maux s'oubliant ellemême
;
Du feul bonheur d'autrui le coeur toujours touché à
Aux Loix de la raiſon conftamment attaché ;
Tu les vis , cher ami , ces vertus fouveraines
Triompher fans effort de nos pleurs , de fes peines ;
Nos fanglots étouffés ; le trouble de nos fens ;
De les tendres adieux les traits vifs & perçans ;
Ces Prêtres, ces flambeaux, cette affreufe lumiere ,
Cette nuit pour nos coeurs funefte & la derniére ;
Les horreurs de la mort qui ne l'étonnoient pas ,
Te feront , comme à moi , préfens jufqu'au trépas.
Hélas ! elle a fini fa courſe paffagere ;
Son bonheur a paffé comme une ombre légere ,
Tandis que de la vie efclave malheureux ;
Je gémis , ô douleur ! fous ton joug rigoureux.
Tel
MAY. 855 1743
Tel un jeune Palmier , qu'arrofe une onde pure ,
L'honneur de nos Jardins , l'amour de la Nature ,
De fa ige élevée étale les beautés ;
Ses tendres rejettons croiffent à ſes côtés ,
Ses fertiles rameaux , fes ondoyans ombrages ,
De nos regards charmés attirant les hommages ,
Défioient les hyvers & la fureur des vents ...
Ciel fous un fer barbare il tombe avant le tems ,
Tandis qu'en un defert & fous un climat fombre,
Rongé, déraciné , fans rameaux & fans ombre ,
Azile des Hiboux , fur un rocher affreux ,
Aux fiécles fugitifs furvit ce Chêne creux.
Rends - nous ce témoignage , immortel Fontenelle ;
Les Portraits dont ton coeur t'a fourni le modéle ,
De l'aimable Zelis fembloient avoir les traits ,
Avant que le Ciel même eût formé les attraits .
Aux arides calculs , toi , qui joignant les graces ,
De Fontenelle un jour dois atteindre les traces
Toi , qui peux mériter d'être fon fucceffeur ,
Qui d'un fexe éclairé recherchant la douceur
Dans le docte entretien de Zélis , d'Uranie ,
Rallumois ton ardeur au feu de leur génie ;
C'eſt à toi de chanter leurs efprits & leurs coeurs ,
De leur fiécle frivole & du fexe vainqueurs .
Vous Clio, vous Minerve , aviez formé leurs chaînes
Inutiles projets , efpérances trop vaines !
L'impitoyable mort d'efpaces infinis
B iiij Sépare
356 MERCURE DE FRANCE
Sépare , fans retour , les coeurs les plus unis .
Vos pleurs baignent cette Urne où fa cendre repoſe;
De fi nobles regrets font une Apothéofe.
Leve-toi , cher la Sône , ami jufqu'au trépas ,
Qui des pleurs & des ris fçais goûter les appas ,
Joins les Beaux-Arts aux jeux , la joye à la fageffe ,
'Aux fleurs de ton Printems les fruits de la vielleffe;
Laiſle - moi ... va remplir ton deftin glorieux ;
Suis les Newtons François dans l'infini des Cieux ;
De la Nature immenfe éclaircis les myfteres ;
Change les poifons même en fecours falutaires ;
De tes Maîtres fameux deviens l'heureux rival ,
Leur ami, leur vainqueur, ou du moins leur égal
De tes nobles ayeux venge la décadence ;
Par tes regards fubtils hâte l'expérience ;
Obferve , écris , pourfuis tes utiles travaux ;
'Apprens à la mort même à fufpendre fa faulx.
Interrompant le cours d'une pénible étude ,
Viens charmer quelquefois ma trifte folitude ;
Viens plûtôt ranimer tes regrets & les miens ;
Zélis fera toujours nos plus chers entretiens ;
De fa douce amitié nous rappellant les charmes,
Les Lieux qu'elle habita , verront couler nos lar
mes ;
Ses graces , fon efprit , fes vertus , fes bienfaits ,
Dans nos fenfibles coeurs revivront à jamais .
Puiffent dès cet inftant les mânes nous entendre ,
E
MAY. 857
1743 .
Et fe plaire aux foupirs confiés à ſa cendre !
Vous, fruits de fon Hymen , objets de fon amour ,
Puiffiez-vous, chers Enfans, lui reffembler un jour !
****************
LETTRE de M... écrite à M....Sur
le Difcours du R. P. du Baudory , prononcé
au College de LOUIS LE GRAND , an
mois de Décembre dernier.
Nfin , Monfieur , le Difcours du R. P
du Baudory vient d'être expofé au grand
jour. Je vous mandai dans le rems , avec quel
fuccès il avoit été prononcé, mais je ne fis que
piquer votre curiofité . Vous n'avez pas ceffé
depuis de defirer un plus grand détail . C'eſt
avcc joye que je me fens aujourd'hui en état
de vous donner cette fatisfaction , en attendant
qu'à votre retour vous puiffiez vous en
procurer vous -même une plus parfaite par la
lecture de l'Ouvrage entier.Je commence par
vous dire que cette lecture ne diminuë en
rien l'idée qu'on s'en eft formée à la prononciatier
.
Quantum Parifiis Provincia , quantùm Provinciis
Parifii debeant. C'eft , comme vous
çavez , M. le fujet du Difcours en queſtion,
ujet qui , je penfe , n'avoit point encore été
By traité ,
858 MERCURE DE FRANCE
traité , & qui conféquemment a tout le mérite
de la nouveauté
Il eft fi difficile aujourd'hui de ne pas devenir
l'Echo d'autrui , qu'on doit tenir compte
à un Auteur de fon courage & de fon addreffe
à éviter les chemins battus. Mais ce
n'eft pas par ce feul endroit que le Difcours
du P. du Baudory mérite attention ; c'eſt encore
plus par la maniere dont il eft conftruit,
par l'ordre qui y regne, & par la marche, & la
liaifon de toutes les parties ; c'eft par les penfées
ingénieufes , par les expreffion Mantes ,
par les comparaifons les plus heureus , par les
belles deſcriptions ; en un mot , c'eſt dans ce
Difcours que l'Auteur a déployé toutes les richeffes
de la Rhétorique & de fa féconde imagination.
Mais entrons dans quelque détail.
L'Orateur débute par une comparaifon qui
fe foutient parfaitement, & qui ne laiffe rien
à defirer pour la jufteffe . Paris , dit- il , eft le
centre de la France , comme le coeur eft le
centre du corps humain . C'eft du coeur
comme de fa fource , que découle fans ceffe
dan tous les membres tout ce qui eft néceſ,
faire pour leur procurer & conferver la vie
vie ,
l'accroiflement & l'agilité que nous leur remarquons.
Les membres , d'accord par un retour des
plus reconnoiffans , renvoyent fans ceffe au
coeur ce principe de vie dont il leur fait par
avec
MA Y. 1743-
859
avec tant de génerofité , & fans lequel cependant
il ne peut fubfifter. De cette parfai
te intelligence du coeur avec les membres ,
réfulte évidemment le falut & la confervation
du corps entier.
,
Tel eft le Tableau qui repréfente Paris &
les Provinces de la France.Ut cordi,fic Lutetig
ineft , ut ita dicam natious calor motufquả
vivax , quo cæteræ regni partes vegetantur ,
ille ipfe vita fpiritus quem Parifii Provinciis
infundunt , infuum, veluti fontem refufus , fovenda
Lelia vicihen infervit.
Delà duBaudory fait éclore tout naturellement
fa divifion . Quantum Parifiis Provin
ciao .ntum Provinciis Parifii debeant.
Itermine fon Exorde, à l'ordinaire, par dender
la bienveillance & l'attention de fon
Huftre Auditoire. Cette demande étoit, fans
doute, accompagnée d'une grande confiance ,
effée à des Parifiens & à des Provin-
Faux. Quoi de plus digne en effet de la bienbance
& de l'attention des uns & des aues,
qu'un 'Difcours dans lequel ils devoient
preffentir le tribut de louanges qui eft payé
publiquement au zéle réciproque d'un cha
cun pour l'utilité commune !
Dans la premiere l'artie , il s'agit de faire
voir combien les Provinces font redevables:
à Paris, qui fait à leur égard, ce que le coeur
fait à l'égard des membres du corps .
B vj Pour
860 MERCURE DE FRANCE
Pour que la reconnoiffance foit propor
tionnée au bienfait , il faut expofer les richeffes
& la nature des richeffes , que Paris
offre avec magnificence , & le profit qu'en
retirent les Provinces. Quantum Parifiis Provincia
debeant.
Dans un fujet auffi vafte , tout ne pouvoit
re mis en oeuvre ; l'Orateur a donc fait
Choix de ce qu'il a crû être plus propre à
mettre fa propofition dans le jour le plus
avantageux.
Il s'eft attaché aux moeurs, aux Arts , & aux
Sciences. Comme autrefois Athénes , Paris,
eft en poffeffion de tout ce qu'il y a de plus
délicat , de plus poli en fait de mours ; de
tout ce qu'il y a de plus fin , de plus quis
& de plus parfait en fait d'Arts & de Sciences .
D'abord , pour ce qui regarde les moeurs ,
nous remarquons dans les Provinces , &
fur tout dans les Villes , quelque chofe de
poli & de gracieux , ne balançons point à
en faire honneur aux Parifiens ; ce font les
fruits des douces influences de Paris , que ,
l'Orateur compare ici au Soleil , comparai
fon noble & lumineufe qui mérite d'être
luë de fuite dans le Difcours.
C'est par le commerce avec les Parifiens
que les Provinciaux admettent infenfiblement
chés eux l'urbanité Parifienne. L'exemple
d'un Provincial nouvellement débarqué
MÁY. 1743.
861
à Paris , & métamorphofé peu de tems après
en Parifien, entre parfaitement en preuve . Ce
Portrait eft d'après nature . Arripiamus aliquem
Provincia incolam ... ex obfcuro oppidi
ui angulo in Parifiacam lucem nunc primùm
mergentemfingite: prob fuperi quam peregrina
facies ! cernite ad Pariftaci fplendoris imagi
rem perculfum & attonitum , hiantes oculoum
orbes volventem huc & illuc inexpletâ
curiofitate ... dum loquor, occurrit hofpes Parifinus
, qui advenam falutat peramanter , hic
blitas reddit falutis vices , imò verò , infolitas
prorfus & abnormes , ita in geftu moderando
diftortus ac impeditus , ita durus ac rigidus , ut
a capite ad calcem totum loricatum & cataphractumjurares
; interimfit confabulatio ; hîc
verò fe totam explicat noftri peregrini fubtili
tas , nunc fefquipedales occipit locutionum amhages,
medioque infermone refiftit turpiter elinguis
, nunc gallicas voculas pingui & abfono
atture detruncat immaniter , deturpat enorer.
Lavigat ineptè , afperat inconcinnè.
Verum fonos illatabiles nec vacat audire ,
nec lubet hominem valere jubeamus , quire
imò rurfum admittamus , fed interjecto menfium
aliquot fpatio .... atenim quid hoc eft ?
Men ludit error amabilis ? An idem , an alter
fe ipfo eft ? Qualis in toto corporis habitu coninnitas
! utfalutat officiosè ! ut loquitur appotè
! ut garrit ingeniosè ! ut jocaturasutè ! que-
Lo ve
362 MERCURE DE FRANCE
fote , bone vir , unde repentina morum conver
fio Dicam, Auditores , vobis , vobis illa debetur,
veftram urbanitatem fecit imitando fuam
cum Parifinis victitando Provinciam exuit
Parifiacam haufit elegantiam.
>
>
C'est donc par la fréquentation des Parifiens
, que les Provinciaux s'humanifent ;
c'eft-là la fource de ce bon goût qui regne
maintenant dans leurs feftins , dans leurs habillemens
, dans leur démarche , en un mot
dans toutes leurs actions , deforte qu'on ne
peut faire aujourd'hui un pas dans les Pro-.
vinces , qu'on ne s'imagine être dans Paris .
L'Orateur entre ici dans des détails fort curieux
. Les anciennes & les nouvelles modes y
font expofées au naturel. Vient enfuite fort à
propos un parallele de Rome avec Paris, qui
tourne tout à l'avantage & à la gloire de cette
derniére Ville. Me tui miferet acfuppudet, tumidagentium
dominatrixRoma,noveras quidem
Provincias armis attritas tuis legibus inflectere ,
tuis moribus conciliare admirationis illecebra
non noveras ... quanto preis intervallo gen
tium domitrici magiftra terrarum & cultrix
Lu cua ! Il termine cet endroit en exhortant
les Parifiens à conferver leurs moeurs pures
& exemptes de toute corruption, qui fe glifferoit
lurement partout à la faveur de leur
nom .
Paris eft encore la fource du bon goût
pour
MAY . 863 1743
avouer que
pour les Arts & pour lesSciences. Il faut en effet
que rien n'eft bon ni parfait , s'il ne
fort de cette Ecole. C'eft là auffi où viennent
puifer les Provinciaux.
Entre autres preuves , l'Orateur expofe la
Capitale de la Bretagne , qu'on prendroit aujourd'hui
pour un autre Paris , & fait voir
que les Bretons , dans la difpofition , l'ordre
& la magnificence qu'ils ont procurés aux
Edifices de cette Ville , autrefois fi difgracieuſe
, n'ont pris d'autre modéle que Paris.
Enfin ,Paris ouvre fans ceffe aux Provinciaux
fes Ecoles de Peinture, de Mufique , de Médecine
, de Droit , d'Eloquence , de Poëfie .
Vous jugez bien , M. que l'Académie Françoife
& celles des Belles - Lettres & des Sciences
, ne font point oubliées , nonplus que les
Maifons de Sorbonne & de Navarre , qui
terminent la premiére partie de cette Harangue.
Après avoir ainfi fait le Panegyrique des
Parifiens , l'Orateur paffe à celui des Provinciaux
, qui font le fujer de fa feconde partie .
Quantum Provinciis Parifii debeant. Il n'eft
pas moins équitable envers ces derniers qu'à
l'égard des premiers.
La Ville de Paris préfente fans ceffe à la
Province ſes richeffès les plus précieuſes ,
qu'elle étale avec magnificence ; & la Province
, par une reconnoiffance parfaite , n-
Voye
864 MERCURE DE FRANCE
voye fans ceffe à Paris tout ce qui croît chés
elle de plus délicieux , & tout ce qu'elle pof
fede de plus excellent : Fructus ac labores
fuas pecunias , fun demum ingenia.
Dabord , les productions de fes Terres ; les
Habitans de la Province font à cet égard
pour Paris , ce que fait pour un Roi cette
foule d'Officiers qui font à fon fervice ; comparaiſon
noble & heureufe , que notre Orateur
a faifie avec avantage . Elle lui donne
lieu de faire une Defcription de Paris , digne
de cette grande & fuperbe Ville.
Quod Regi miniftrorum obfequia , boc funt
Regine Lutetia Provinciarum officia. Sedet illa
mollibus undequaque colliculis coronata , in
vaſtiffimâ planitie, tanquam in aulâ pulcherrima,
hinc fufas in orbem Provincias adfuos quafi
adberiles nutus experrecta quieta profpicit. Patiatur
efuriem ? Prafto funt illicò Provincia
frumentaria : fuas Neuftria , fuas Belfia , fuas
Picardiaftudiis rivalibus fuges de promunt, tota
fimul horrea in Regina menfas devolvenda
certatim exhauriuntur.
Enfin toutes les autres Provinces dont
l'Orateur fait ici une énumeration , & qui
s'empreffent , chacune fuivant fon pouvoir ,
de fatisfaire les differens befoins de Paris . Le
P. du Baudory , dans cette Partie , excelle
furtout , à peindre chaque Province fi parfai
tement, que quand le nom y feroit fupprimé,
MAY. 17433 865
il ne feroit pas poffible de s'y méprendre.
Les Parifiens pour la confervation de leur
vie & pour leur fûreté ont befoin encore
de Protecteurs , qui repouffent loin d'eux
l'ennemi. Toutes les Provinces leur en fourniffent
avec zéle & en abondance , qui veillent
exactement au repos & à la tranquil
lité de Paris , que cette grande Ville ne connoît
du fracas de la Guerre que le nom.
En un mot, il peint d'une maniére vive &
pathétique , les travaux & les peines infinies,
auxquels fe livrent fans relache les Provinciaux
, uniquement pour les délices des Pari
fiens. Les Laboureurs , les Chaffeurs font ici
noblement payés de leurs fatigues.
Mais la reconnoiffance des Provinciaux ne
feroit pas
pas fatisfaite , s'ils n'apportoient leur
argent à Paris : ici M. je fens que vous allez
vous révolter , & demander fi , loin d'apporter
leur argent à Paris , les Provinciaux
ne tirent pas au contraire tout l'argent
de cette Ville , par les productions de leurs
Terres , qu'ils y envoyent , mais ce feroit
anéantir par -là tout à la fois deux preuves
de la reconnoiffance des Provinciaux envers
les Parifiens. Ne vous impatientez pas , M. la
la caufe des Provinciaux eft en trop bonne
main , & vous aurez lieu d'être fatisfait des
raiſons du P. du Baudory.
Il a prévû , il a fenti tout le poids de vôtre
objection ,
$66 MERCURE DE FRANCE
objection , auf avouë t'il que les Provin
ciaux n'ont point encore porté leur généro
fité , juſqu'à ſe défaifir gratuitement de leurs
biens en faveur des Parifiens , mais en habi
le Orateur , qui fçait voir dans fon fujec
tout ce qui y eft , il montre d'abord que cet
argent que les Provinciaux reçoivent de Paris
,vient d'eux originairement , enfuite
il affûre ( & l'expérience fur ce point luk
tient lieu de preuve ) qu'à peine ils l'ont reçû
, cet argent , qu'ils le reportent avec joie
comment cela ?
Les uns , pour fatisfaire leur curiofité , les
autres , leur ambition , d'autres leurs plaiſirs,
en un mot quelques foient les motifs qui les
amenent à Paris , ils Y viennent avec joie , &
y laiffent fans regret l'argent dont ils étoient
chargés en y arrivant.
Tout cela eft illuftré par une belle comparaiſon
priſe de l'Ocean , qui s'accroît de la
décharge des Fleuves , & qui fournit à fon
tour aux Fleuves la matiére de leur fubfiftence
, qu'il ne manque point de retirer . Je vou
drois pouvoir la rapporter ici en entier ,
mais je m'apperçois que j'ai déja excedé de
beaucoup les bornes d'une Lettre ; je paffe
promptement au dernier article.
Ce n'eft pas affés aux Provinces de donner
à Paris de quoi fournir à fon luxe & à fa
magnificence : ce n'eft pas affés de rempli
Le
MAY. 1743 867
fes coffres d'argent ; pour comble elles lu
offrent encore les heureux genies , qu'elles
roient naître chés elles . Paris eft ici noblement
peint fous la figure d'un Ciel , où
brillent les plus beaux Génies Provinciaux ,
comme des Aftres éclatans.
Que Paris foit le centre où viennent fe
réunir tous les bons Efprits de toutes les
Provinces du Royaume , c'eft ce que prouve
fans peine l'Orateur par cette quantité de
Grands Hommes , qui font aujourd'hui l'orrement
du Parlement & de l'Eglife de Paris .
Les Siècles paffés lui en fourniffent en foule ;
les Malherbes , les Corneilles , les Fenelons ,
& tant d'autres qu'il cite , & beaucoup plus
qu'il eft forcé d'omettre , qui ont fait honneur
à leur Province , & qui ont illuftré
Paris.
L'Orateur prend de -là occafion de carac
térifer le Génie ou le naturel des Provinces ,
qui fourniffent le plus de Grands Hommes :
celles de Touraine , de Bretagne , de Normandie
, de Berry , de Gascogne , font nom
mées avec honneur , & le caractére de leurs
Habitans , fidélement & heureuſement exprimé.
Parmi tous ces portraits , celui des Normands
m'a plû infiniment ; je ne puis me re
fufer le plaifir de le placer ici. Vis acuta &
fubtilis , canta & provida , ad fcribendum
aptiffima ,
368 MERCURE DE FRANCE
aptiſſima , ad agendum aptiora , vel ceffando
non otiofa , verbo dicam , Neuftriaca ? offeret
ejufmodi Lutetia , & quidem plurima , quorum
exquifitam experrectam fagacitatem in re
litterariapariter ac civili maxima cum laude
nec fructu minori partes ubique fuas egregiè
fuftinentem admirabere. Cet endroit fera reçû
fans doute , chés plus d'un Lecteur , comme
un certificat du Lieu de la naiffance du P
du Baudory. Ajoûtez à cela qu'aux pag. 35 %
& 36. de cette Harangue , les Normands
marchent toujours à la tête des beaux Eſprits
de Province ; cette préference décele le
zéle de l'Orateur pour la Patrie , & lui fait
honneur.
La Péroraifon renferme de vives & pathétiques
exhortations à la Ville de Paris , à ou
vrir de plus en plus fes tréfors aux Provinces.
Elle contient auffi l'Eloge de S. E. le Cardi
nal d'Auvergne , préfent à ce Difcours.
Les Provinces à leur tour , font puiffament
invitées à orner plus que jamais Paris de leurs
richeffes , & de leur talens. L'Orateur a encore
enchaffé fort délicatement au même lieu , l'Eloge
du Nonce du Pape , & des Prélats qui
l'ont honoré de leur préfence. Je fuis &c.
A Paris le 1. Mars 1743.
EPITRE
M A Y. 1743 ″ 855
EPITRE
De M. de la Soriniere ; à M. de Voltaire
furfa Tragédie de Mérope .
S Cavant Voltaire , aimable Auteur
Rival d'Homere & de Virgile ,
Reftaurateur de l'Art d'Eſchile ,
Dis nous parquel Att enchanteur
Enlevant partout les fuffrages
Tu fçais mêler en tes Ouvrages
Tant de force & tant de douceur ?
Tu viens , en nous donnant Mérope
De ravir , d'étonner l'Europe ,
Qui fe raffemble fur nos bords ,
Et déja tes divins accords ,
Par un pouvoir doux , fympathique ;
Ont charmé juſqu'à la critique.
Soit que tu fois imitateur
En fuivant les routes vulgaires ;
Ои
Ou que devenu créateur ,
Les fujets les moins ordinaires
Te doivent leur invention ,
L'impreffion la plus charmante
Soutient l'intrigue & l'action ,
Et chaque trait que l'Art enfante ;
Paus
370 MERCURE DE FRANCE
Pour aller nous frapper au coeur
Employe un preftige vainqueur ,
Tiré du Sein de la Nature .
Venus te prête fa ceinture ,
Et dirige le fentiment.
Quand tu fais parler un Amant ,
Tu dis ce qu'eût dit Euripide ,
Et fi toujours l'Amour préfide ,
Le Héros n'en eſt pas moins grand .
A la Soriniere , le 10. Mars 1743
の
DISSERTATION fur la Maison Militaire
des Rois de France , par M. Etienne - Claude
Keneion- de- Perrin,
E
mon
N préparant une feconde Partie pour
Hiftoire de la Guerre , & un Commentaire
fur les Enfeignes d'Armées des
principales Nations du Monde , qui eft imprimé
, l'obligation où je me fuis trouvé de
rechercher l'origine des differentes Milices
qui fe font vûës en France , & le tems où chacune
d'elles a paru , m'a fait faire une remar
que , qui étant propre à faire connoître l'origine
de chacun des Corps dont la Maiſon du
Roi eft compofée, m'a déterminé de faire cette
Differ
MAY. 1743 .
Differtation , & l'Ouvrage entier fervira même
n partie d'extrait de mon Commentaire.
Il femble que les Rois en fe donnant des
Gardes , ayent eu l'attention de mettre dans
cette Garde une Compagnie de chaque forte
de Milice par eux inftituée ; fi cela eft , ce
qui les a engagé à le faire , étoit afin que
out fervice de Guerre fut également honno- *
able & pour prévenir la jaloufie qu'au
roient pû prendre les Militaires exclus de
cette Garde contre ceux de leurs fembla
bles qui en auroient été . Je vais en donner
des preuves , & pour le faire avec ordre , je
3
commencerai
par
dire en peu de mots en
quoi a confifté la Gard : des Rois depuis le
commencement de la Monarchie , jufqu'à ce
que la Maiſon Militaire du Roi , telle qu'elle
eft aujourd'hui , ait parûe.
Le peu d'endroits de l'Hiftoire où il foit"
parlé de la Garde de nos premiers Rois ,
laiffe volontiers douter que cette Garde ait
été auffi ftable , & auffi nombreuſe qu'elle a
parû être à quelques Auteurs modernes ; il
ne paroît point que les Rois qui fe trouvoient
au Champ de Mars de chaque Printems
, ( ce qui étoit prefque la feule fortie
d'appareil qu'ils fiffent ) y fuffent avec des
Troupes affectées à les garder , autres que
celles qui fe trouvoient à ce Champ , &
qui étoient une partie des forces de la Nation
L DE FКА
tion , & fi les Rois Chilperic I. & Childeric
II. euffent été régulierement gardés , ils auroient
peut- être évité le fort qu'ils éprou
verent.
La Majefté demandoit cependant que nos
Monarques euffent des Gardes , mais il fe
pouvoit faire que les perfonnes destinées à
leur en fervir , compofaffent plutôt une Garde
de parade qu'une Garde de deffenſe ; une
femblable Garde étoit plus propre à relever
l'éclat de la fouveraineté , qu'à laiffer appercevoir
que le Souverain fut gardé.
Les Rois fe repofoient de leur fûreté fur
l'amour de leurs Sujets , & s'il arrivoit
qu'ils euffent quelque raifon pour ſe précau
tionner, ils prenoient des Soldats par extraordinaire
. Le Roi Gontrant , fur des foupçons fe
fit garder de cette maniére ; mais ces Soldats
étoient licentiés dans la fuite , ainfi ces prétendues
Gardes bien nombreuſes , que le
Pére Daniel dans fa Milice Françoiſe T. 2 .
pag. 92. & que l'Abbé de Camps dans une
Differtation inferée dans le Mercure de France
des mois de Juillet & d'Août 1719. don
nent à quelques- uns de nos Rois , n'ont rien
de bien réel , & fi elles ont exifté , elles doivent
être regardées comme des Gardes , qui
n'avoient rien de permanent.
En n'admettant qu'une. Garde de Parade
pour nos premiers Rois , compofée de Cours
tifans }
MAY 1743. 873
>
tifans , & des Officiers attachés à ces Rois,
Je ne veux pourtant pas nier que les Souve
rains n'ayent toujours cû près d'eux des per
fonnes deftinées à les faire refpecter , à veiller
à leur confervation , & à être toujours
prêtes à recevoir leurs ordres ; on voit dans
Xenophon ( Inft. 1. 1. ) que les Rois de Perfe
faifoient élever près d'etix les enfans des
Grands de l'Etat , que ces enfans logoient
dans le Palais des Rois , & y demeuroient
jufqu'à ce qu'ils fuffent en âge d'être mis aut
nombre des Homotimes , c'eft à- dire , d'être
les Confeillers & les Chefs d'Armées de
leur Souverain. Alexandre avoit pour compagnons
, fous le titre d'Amis , une Troupe
de jeunes Seigneurs dont les Peres remplif
foient les premieres Dignités de la Macedoine
; ces enfans fe dévouoient au fervice
de leur Prince', qui de fon côté les affectionnoit
; nos Rois pouvoient auffi avoir , outre
leurs Officiers ordinaires , des Bandes de jeunes
Nobles , c'eſt le fentiment de Mezerai
& cet Auteur qualifie ceux qui étoient de
ces Bandes de Barons des Rois , cependant
tout cela ne formoit pas des Gardes bien regulieres.
I
C
Les Rois David , & Salomon, avoient leurs
Pheletes & leurs Ceretes ; ceux qui poftoient
ces noms , formolent auffl des Bandes
, mais n'étant pour la plupart que des
C Annon74
MERCURE DE FRANCE
Annonciateurs des Muficiens , & des .
Joueurs d'inftrumens , ils étoient plus propres
à orner une Cour qu'à la défendre.
La Milice Pretorienne des Romains n'eſt
encore guére propre à donner l'exemple d'une
Garde intime . Les Prétoriens fervoient ,
autant à garder la Capitale de l'Empire , qu'à
garder les Empereurs.
JAA l'égard de nos Rois , je penfe qu'ils n'étoient
accompagnés en tems de Paix que de
leurs Officiers domestiques , & qu'à la guer
re, leur feule Garde confiftoit dans leur Gendarmerie
, à la tête de laquelle ils combattoientov
ambuszola
Il ya eu en France deux fortes de Gendarmerie
, l'une a fuccedé à l'autres la premiere
avoit commencé avec les Fiefs , & a
duré jufqu'au quinzième Siècle ; Charles
VII . fit paroître la feconde qui dure depuis
ce Roi jufqu'à préfent.
être ap-
La premiere Gendarmerie peutpellée
Gendarmerie des Fieffés , parce qu'elle
étoit compofce de Cavaliers , qui devoient le
Service Militaire dans les Guerres de l'Etat ,
comme poffeffeurs de Fiefs.
Dans la feconde Gendarmerie , ce n'étoit
point en conféquence d'un Fiefpoffedé, qu'un
Genda me alloit à la Guerre , il y alloit au
moyen d'une folde qu'il recevoit du Roi ,
cette folde affujettillant celui qui la recevoit
plus
MAY. 1743. 879
plus aux volontés du Souverain qui la donnoit
, que les premiers Gendarmes ; cela fi
que la feconde Gendarmerie s'appella Gendarmerie
d'Ordonnance.
Les Gendarmes Fieffés , qui fe trouvoient
dans une Armée , y étoient par Troupes féparées
; chaque Troupe s'appelloit Bande
tant parce que les Militaires fe convoquoient
par une Ordonnance , appellée Ban, que parce
que les Enfeignes fous lefquelles marchoient
les Gens de Guerre , s'appelloient
des Bandes , ou des Bannieres ; les Bannieres
& les Penons etoient les Enfeignes à la
mode dans ces tems là ; chaque Bande de
Gendarme conduite par fon Banneret ou Capitaine
, avoit fa Banniere ; une Troupe à
Banniere étoit divifée en plufieurs autres
Troupes , que j'appellerai Pennonies , parce
que chaque Troupe de divifion avoit pour
Enſeigne un Penon , & tous les Penons d'une
Bande étoient fubordonnés à la Banniere
de la Bande.
Un Roi étant à l'Armée , fe compofoit une
Bande des plus braves des Gendarmes qui fe
trouvoient dans cette Armée ; c'étoit à la
tête d'une telle Troupe qu'il prenoit pofte ;
cette Troupe devenoit fa Garde accidentellement
, & par l'avantage qu'elle avoit d'être
le poſte d'honneur , étant celui du Roi , elle
devenoit encore la premiere Troupe de l'Ar-
Cij mée
876 MERCURE DE FRANCE
mée , & fa Banniere , qui prenoit le nom de
Banniere de France , fe trouvoit être la premiere
Enfeigne féculiere de la Nation , ne
cédant le pas à aucune autre, excepté à l'Oriflame
, car cet Oriflâme étant une Enfeigne
de Dévotion , le refpect dû à la Réligiondemandoit
qu'elle cut le premier rang fur
toutes nos Enfeignes , & elle l'avoit en
effet.
L'ancienne Gendarmerie fe multiplia beau
coup à l'occafion des Croifades , ce qui fit
que les plus diftingués des Gendarmes chercherent
à fe tirer de la foule de leurs femblables
par quelque Grade nouveau qui les fit
refpecter ; ils crurent y avoir réufli en faifant
paroître ce qui s'eft appellé chevalerie d'Accolade
, mais dans la fuite cela changea , car
Les Chevaliers à leur tour fe multiplierent fi
fort , que quoiqu'ils dûffent avoir de droit
le Commandement des Troupes , tous ne
pouvant commander , beaucoup d'entre- cux
furent contraints de fe répandre dans les differentes
Bandes de Gendarmerie , & d'y fervir,
en qualité de fimples,Gendarmes ; depuis
S. Louis, il fe vit des Bandes entieres de Che-
Hiers dans les Armées ; cela étant il eft à
ue chaque Roi qui fe choififfoit une
val
croire
Combat , en prenoit une de ces
ut que de tous les autres Genven
il avoit une Garde
Troupe
de
Chevaliers
, plute darmes
, & parce
my
,
des
MAY. 1743 877
des plus Nobles ; ceux qui étoient de cette
Garde avoient le moyen de fe foutenir honnorablement
, car quoi qu'en qualité de Fieffés
ils dûffent le Service , ils recevoient enco
re une paye du Roi ; cette paye leur procuroit
une nouvelle qualité , & les Gendarmes
d'une Bande , qui devenoit Garde Royale
s'appelloient Chevaliers du Rois ils font ainfi
nommés dans les anciennes montres &
l'Abbé de Camps , dans fa Differtation cidevant
citée , parle auffi de ces Chevaliers
fans les avoir trop connus.
,
'1
L'ufage s'étant introduit de donner une
paye à quelques Gendarmes , les Rois furent
bien-tôt contraints de changer entierement
la face de leur Gendarmerie ; les Gendarmes
non appointés , qui étoient en plus grand
nombre que les appointés , commencerent
à regarder comme onereux le fervice qu'ils
rendoient pour leurs Fiefs , & en conféquence
ne faifant plus que ce qu'ils étoient
indifpenfablement obligés de faire cela
caufa l'affoibliffement des forces de l'Etat , &
il fallut y remedier ; c'eft pour cela que
Charles VII . afin d'avoir des Troupes , dont
il pût tirer plus de fervice que de la Gendarmerie
des Fieffés , fe détermina à créer une
nouvelle Gendarmerie pour en être plus le
maîtres il créa donc ce que j'appelle la feconde
Gendarmerie.
C iij
›
Elle
378 MERCURE DE FRANCE
Elle fut d'abord dans un auffi grand luftro
que l'ancienne ; on n'y recevoit que des
Gentilshommes ; les Bandes qu'elle formoit
changerent de nom & s'appellerent Compagnies
; de pareils Corps ne pouvoient plus raifonnablement
retenir le nom de Bandes ; ils
n'étoient plus commandés par des Bannerets
, ni conduits par des Bannieres ; la mode
de ces Enfeignes étoit paffée , & les Enfe
gnes fuccédant aux Bannieres , furent les
Etendarts ; chaque Compagnie avoit pour
Chef un Capitaine , & d'ailleurs le nom de
Compagnie donné à une Troupe de Gendarme
, s'exprimoit mieux que le terme de
Bande , que ces Gendarmes étoient faits
pour remplacer ceux de même nom qui anciennement
fous leur feul nom , ou fous celui
de Chevaliers , avoient été les Gardes , &
les Compagnons d'Armées des Rois en tems
de Guerre .
Les Compagnies de nouveaux Gendarmes
s'appellerent encore Compagnies d'Ordonnance
pour faire entendre qu'elles étoient plus
dépendantes du Roi que ne l'étoient les anciennes
Bandes , & qu'au moyen de la de la paye
que chaque Gendarme recevoit , il devoit
être toujours prêt à obéir.
Une , d'entre les premieres Compagnies
d'Ordonnance qui parurent , refta plus fpécialement
que fes femblables , fous le commandement
MAY
1743. 879
man lement immédiat du Roi : chaque Roi
fe donnoit une Compagnie d'Ordonnance ,
qu'il faifoit commander par un Capitaine-
Lieutenant ; cette Compagnie avoit le pas
fur toutes les autres Compagnies de Gendarmerie
; ainfi chaque Roi avoit fa Compagnie
d'Ordonnance , où devoit être fon pofte
un jour de Bataille , & ce qui s'étoit pratiqué
fous l'ancienne Gendarmerie , fe pratiqua
, à peu près de même , fous la nou
velle .
La Compagnie d'Ordonnance d'un Roi ,
devenoit la premiere Troupe du Royaume ,
& la Garde d'Armée du Roi regnant. L'Enfeigne
de cette Troupe dévenoit auffi le premier
Etendart de France , & comme en cette
qualité il falloit le diftinguer des autres par
un nom particulier qui le fit connoître pour ce
qu'il étoit , fa couleur , qui étoit la blanche ,
& fa fonction qui étoit d'être à la tête de
l'Armée , le fit appeller Cornette - Blanche.
La Compagnie d'Ordonnance d'un . Roi
empruntoit même quelquefois un nom
nouveau de fon Enfeigne , & cette Troupe
étoit auffi connuë fous le nom de Compa
gnie Cornette-Blanche , que fous celui de Com
pagnie d'Ordonnance du Roi.
Tous les Gendarmes étoient Nobles ; il eft
vrai femblable que la Compagnie de la Cornette
- Blanche étoit plus remplie de Nobleffe
C iiij diftin
880 MERCURE DE FRANCE
diftinguée qu'aucune autre de fon efpece , &
comme cette Compagnie gardoit le Roi à
l'Armée , ceux qui la compofoient continuerent
d'être appellésCompagnons ouChevaliers
du Roi, & c'est de - là qu'eft venu l'ufage qu'ont
encore les Commandans pour le Roi de
La Compagnie des Gendarmes de la Garde d'apréfent
, de traiter de Compagnons les Gendarmes
à qui ils écrivent , quand il eft queftion
du fervice du Roi.
Ce que j'ai dit jufqu'à préfent , fuffira pour
montrer qu'elle a pû être la Garde de Guerre
la plus certaine de nos Rois , depuis qu'on
en a pû découvrir les traces , jufqu'à Charles
VII . Cependant comme les deux Troupes
dont j'ai parlé , tant celle de l'ancienne Gendarmerie,
où le voyoit la Banniere de France ,
que celle de la nouvelle Gendarmerie , marchant
fous la Cornette Blanche , ne faifoient
à nos Rois une Garde que pour l'Armée ,
tachons de leur en trouver une plus familiére
, qui ait été uniquement deftinée à les
fervir dans leurs Palais , & en tems de Paix .
t
Si les Rois des deux premieres Races , &
même ceux de la troisième , juſqu'à Louis le
Jeune ont eu d'autre Garde familiére , oa
Domestique que leurs Courtisans , & Officiers
Commenfaux , la difficulté de décider
en quoi elle confiftoit , fera que je ne leur
donnerai pour cela que deux Bandes de
Gens
MAY. 881
1743
Gens de pied , l'une d'Huifiers pour l'inté
rieur du Palais , & l'autre de Portiers , pour
l'extérieur du même Palais .
Philippe Augufte étant dans la Terre Sain
te , fe fit garder par des Sergens- d'Armes ;
T'Hiftorien Rigord rapporte ce qui obligea ce
Roi d'uferde cette précaution ; ce même Roi
'étant de retour en France, fe fervit utilement.
à la Bataille de Bouvines de fa Garde de
Sergens s cette Garde qui fervoit à pied , &
qui par conféquent étoit propre à garder les
Rois dans leurs Palais , fut confervée par
S. Louis. L'Abbé de Camps , trompé par une.
reffemblance de nom , a un peu avili l'Etat
des Sergens de la Garde ; ils étoient cependant
de condition Noble , & comme Serviteurs
de Guerre , ils empruntoient en cette
qualité leur dénomination en François du
mot Latin Serviens ; on ne pouvoit leur donner
un nom qui confervât mieux que celui - là
l'analogie de ce qu'ils étoient en effet , étant
véritablement les Serviteurs Militaires des
Rois , & les Huiffiers du Palais de ces Rois :
ces mêmes Sergens s'appellerent encore Valets
; ce titre répondoit à celui d'Ecuyer
Grade au-deffous de celui de Chevaliers les
Sergens d'Armes par le titre de Valets , faifoient
connoître qu'ils compofoient une Gar
de Royale , moindre néanmoins
que celle
que compofoient les Gendarmes , ceux - ci
faisant la grande Garde des Rois.
9
882 MERCURE DE FRANCE
On croit communément , que de ces Ser
gens d'Armes , viennent les Huiffiers , qui à
préfent gardent les portes du dedans du Louvre
; je penfe au contraire que les Huiffiersde
la Chambre ont toujours exifté ; que ce font
eux , qui après être devenus Officiers de Guerre
, furent appellés Sergens ; ils ont eû ce
dernier nom , tant qu'ils ont été à l'Armée ,
& ils n'ont repris le nom d'Huiffiers qu'en
ceffant d'être Militaires.
Depuis S. Louis , la Garde des Rois s'augmenta
de quelques- autres Bandes de Gens
de pied , & on commence à voir que dès
le XIV. Siécle les Rois , en fe donnant
des Gardes avoient coûtume de les prendre
dans chaque Milice qu'ils inftituoient.
›
Sous le Regne de Philippe de Valois , la
Milice des Francs Archers , compofée des
Soldats que les Villes fourniffoient , s'étant
mife en quelque réputation , les Rois prirent
une Bande de cette Milice pour les garder
; les Francs Archers de la Garde furent
appellés Cranequiers ou Cranequiniers à
caufe de l'Arc de fer à cran , & fe montant
à clef, dont ils s'armoient ; il eft parlé de
cette Garde lors de l'entrée que fit dans Paris
le Roi Charles VI . en 1415. Les Cranequiers
de la Garde eurent le titre de Valets , de
même que l'avoient les Sergens- d'Armes
ils font appellés dans des comptes Valets-
Archers
MA Y .. 1743. 883
Archers , & il ne faut pas les confondre avec
d'autres Archers de la Garde qui vont bientôt
paroître.
Outre les Sergens , & les Cranequiers , la
Garde Domestique ou de Paix des Rois ,
confiftoit encore en d'autres Bandes de Valets
- d'Armes , qui tiroient leur nom de la
maniére dont ils étoient armés ; les uns qui
portoient des Haches , étoient appellés , Va
Lets-Hachers , & les autres étant armés de
Maffes , faifoient les Valets - Maffiers ; j'au ÷
rai encore occafion de parler de toutes ces
Bandes.
Les troubles qui agiterent la France depuis
Philippe de Valois jufqu'a Charles VII . ayant
introduit l'ennemi dans le coeur de l'Etatoj
les Rois eurent befoin de fe faire garder foigneufement
, & d'avoir auprès d'eux leur
Garde de Guerre & celle de Paix ; . cependant
jufqu'à Charles VI . ces deux Gardes
n'étoient pas encore confidérables ; la premiere
n'avoit rien de ftable , foit qu'on confidere
ce qu'elle étoit fous la premiere Gendarmerie
, où elle ne confiftoit qu'en une
Bande d'Hommes d'Armes , que chaque
Roi ne retenoit qu'autant qu'il lui plaifoit ,
ou foit qu'on la confidére fous la feconde
Gendarmerie , où elle n'étoit encore qu'une
Compagnie d'Ordonnance , føjetre à muta
tions cette mutation paroît en ce que cha
¡ ..
,
Cvj
884 MERCURE DE FRANCE
que Compagnie d'Ordonnance pouvoit devenir
à fon tour la Garde des Rois , quand
ils le vouloient ; cet uſage s'obſervoit conftamment
, ainfi que cela fe voit par les
comptes des Maiſons des Rois ; entre- autres
par un , dans lequel il eft dit qu'un Seigneur
de Cafeneuve , du nom de Simianne , fervoit
en qualité d'Ecuyer Banneret avec XI . Hommes
de fa troupe , fous Hué d'Arpajon ,
Chevalier Banneret , pour la Garde du Roi
Charles VI . à l'entrée de ce Roi dans Paris
en l'an 1415. Dans cette Cérémonie la Bande
du Seigneur d'Arpajon gardoit le Roi ;
dans un autre occafion le Roi auroit eû
pour
Garde une autre Bande de Gendarmerie fous
le Commandement d'un autre Capitaine.
On auroit tort de croire qu'une feule
Bande de Gendarmes n'étoit pas fuffifante
pour garder un Roi ; les Bandes étoient auffi
fortes en hommes qu'on le vouloit , & la
plus petite Bande Fournies c'est - à - dire , contenant
tous les Cavaliers de différentes efpeces
qui devoient la compoſer , étoit au moins
de 5. à 600. hommes.
Charles VII, ayant crée de nouveaux Ger
darmes pour en difpofer à fon gré , cut parlà
le moyen d'avoir une Garde plus ftable &
plus nombreuſe que n'en avoient eu les autres
Rois ; il en avoit befoin , pour fe garantir
des embuches de l'ennemi redoutable
cû
qu'il
MAY. 1743. 885
qu'il eût à combattre pendant fon Regne . Pour
l'exécution de fon deffein il ne fe contenta
pas de prendre felon la coûtume une feule
troupe de Gendarmes ; il prit d'abord l'une
des Compagnies d'Ordonnance par lui
crée , dont les Gendarmes étoient tous François
, mais il augmenta prefque auffi - tôt cette
Garde d'une autre de ces Compagnies
toute compofée de Gentilshommes Ecoffois ;
ainfi ce Roi fe fit une Garde de deux Compagnies
d'Ordonnance , l'une Françoiſe , &
l'autre Etrangere.
Chaque Gendarme Ecoffois , ainſi que
tout autre Gendarme qui recevoit une folde,
étoit payé , pour avoir à fa fuite quelques Cavaliers
d'un moindre rang que lui ; ces Cavaliers
appellés Sergens , Ecuyers , ou Valets
, étant pour la plûpart , armés d'Arcs , fuent
pour cela appellés Archers , pour les
diftinguer des hommes d'Armes , qui étant
armés de Lances , étoient dits Lanciers : cet
arrangement qui marquoit les Compagnies
fournies , enfouffrant quelque changement fit
paroître des troupes d'un nom nouveau , &
occafionna de plus en plus l'augmentation de
la Garde des Rois , car ces Princes voulant
avoir plus de Corps de Cavalerie , feparerent
dans beaucoup de Compagnies d'Ordonnan
ce les Archers d'avec les Gendarmes à qui
ils étoient joints , alors ces Archers formerent
386 MERCURE DE FRANCE
rent feuls des Compagnies diftinctes & fans
mélange de Gendarmes ; cela fit une nouvelle
Milice qui tenoit lieu de la Cavalerie
Legere d'apréfent.
>
Cette nouvelle Milice garda fon nom
d'Archers , & étant établie , le Roi qui lui
avoit donné fa forme , jugea à propos d'en
introduire quelques Compagnies dans fa
Garde ; il prit à ce deffein les deux Compagnies
d'Archers venant des deux Compagnies
d'Ordonnance Françoife & Ecoffoife ,
qui faifoient fa Grande Garde , & de ces
deux Compagnies d'Archers , il fe fit une
autre Garde propre à le fervir en tout tems &
en tous lieux fous le nom de Petite Garde ;
cette Garde d'Archers fut depuis augmentée
de deux autres Compagnies de la même
Milice ; telle est l'origine des quatre Compagnies
des Gardes du Corps , qui font à
préfent la moitié de la Maifon du Roi .
Les Archers étoient armés plus à la legere
que les Gendarmes , & cela les rendant propres
à fervir à pied auffi bien qu'à cheval ,
les Rois , pour fe faire continuellement garder
, les préfererent à tous les autres Milita
ires
Jufqu'ici on ne voit encore aucune troupe
qui eut pû mériter d'être appellée Maifon du
Roi, il falloir pour cela l'union des Corps
de la Garde , & que ces Corps euffent été en
plus
MAY. 1743 : 887
plus grand nombre qu'ils n'étoient , mais
fous Henri II. il fe forma une Troupe qui
auroit pû porter ce nom ; cette Troupe étoit
un affemblage de Courtifans , de Gentilshommes
, qui fervoient volontairement , &
d'Officiers Commenfaux ; toutes ces perfonnes
qui fe trouvoient à l'Armée quand le
Roi y étoit , s'habituerent à y former un
Corps confidérable de combattans .
Cette efpece de Maifon qui a paru à la
Guerre , jufques fous Louis XIII . fut en for
tems trouvée fi fuffifante , pour faire un accompagnement
aux Rois , que ces Princes
ne penferent pas à en avoir d'autre ; ils fe
crurent même ſi ſuffifamment gardés , étant à
l'Armée , par cette Troupe d'accompagnement
, que le hazard leur fourniffoit , qu'ils
négligerent , peu à peu de comprendre dans
leur Garde leurs deux Compagnies d'Or
donnances , de forte que ces deux Compagnies
, tant la Françoiſe que l'Ecoffoife , ne fe
trouverent plus être de cette Garde après
Henry II . C'eft Henry IV. qui fentant l'imperfection
de cette Garde , qui ne contenoit
pas un Corps de chaque forte de Milice , y
remit une Compagnie de Gendarmerie , à
qui il donna le premier rang fur tout autre
Corps , comme étant la premiere Milice de
fon Royaume ; il y mit auffi une Compagnie
de Chevaux-Legers , tirée d'une autre Milice
fa
388 MERCURE DE FRANCE
fameufe , laquelle , ainfi que les Archers
du Corps , venoit originairement de la Gendarmerie
, comme je l'ai montré.
La Compagnie des Gendarmes Ecofſois ;
qui cxifte encore , n'ayant pas été remife dans
la Garde Royale , cela fait qu'elle n'eft plus
à préfent de la Maifon du Roi. Henri IV.
ne jugea pas à propos qu'il y cut dans cette
Garde deux Compagnies d'une même Milice
comme il feroit arrivé . fi les Gendarmes
Ecoffois y avoient repris rang ; les Chevau-
Legers les remplacerent , & par cet arrange
ment il fe trouva dans la Garde des Rois de
toutes fortes de Milice.
,
La Compagnie des Gendarmes Ecoffois
malgré l'oubli où elle fembla avoir été mife
refta neanmoins en confidération ; elle y eft
encore , & en dédommagement de ce qu'elle
a été autrefois , elle jouit de certaines prérogatives
entre- autres de celle d'être la
premiere de toutes les Compagnies de la
Gendarmerie qui reftent aujourd'hui , & par
conféquent d'être la Troupe la plus confidérable
d'un Corps , qui doit être regardé comme
la fource de tous ceux dont eft composée
la Maifon du Roi,
,
*
Henri IV. borna à ce que je viens de dire ;
fon attention pour fa Garde , mais fous le
Roi fon fucceffeur , une autre Milice appellée
des Carabins ſe faifant connoître , Louis
XIII.
MAY. 1743: 889
XIII. ne manqua de mettre dans fa Garde une
Compagnie de ces Carabins ; ce font eux qui
font les Moufquetaires d'aprefent ; la Milice
des Dragons n'a point fourni de Garde à nos
Rois , parce qu'elle eft trop femblable à ce
qu'étoit celle des Carabins , auffi les Moufquetaires
de la Garde font- ils regardés comme
les Dragons de la Maiſon du Roi ; Guichenon
, dans fes Généalogies de Breffe ;
page 44. qualifie un Seigneur de Montalant
de Capitaine des Moufquetons du Roi Louis
XIII.
Les Milices de Cavalerie ne font pas les a
feules qui ayent fourni des Gardes à nos
Rois ; celles de pied en ont auffi donné , l'Infanterie
Françoife a fourni un Régiment de
Gardes , & outre cela une Compagnie de
Grenadiers à cheval , qui eft jointe à l'Armée,
à la Maiſon du Roi , & l'Infanterie Suiffe a
auffi fourni , outre un Régiment de Gardes,
une Compagnie de cent Hallebardiers , qui
ont titre de Gardes du Corps , laquelle Compagnie
étoit de 300. hommes à la création.
La Garde familiere ou domeftique desRois a
dû dans tous les tems fe regarder comme étant
de deux fortes ; fçavoir , la Garde intérieure
& la Garde extérieure ; anciennement les
Rois étoient gardés dans l'intérieur de leurs
Palais par les différentes Compagnies de Va
lets d'Armes & de Sergens à pied , dont j'ai
parlé ;
890 MERCURE DE FRANCE
parlé;ces Compagnies avoient differentes Ar
mes , telles que des Maffes , des Haches &
des Arcs , ce qui fit appeller ceux qui en
étoient les Maffiers , les Hachers , & les Archers
de la Chambre , les Maffiers font devenus
les Huiffiers ; les Archers ont été incorporés
dans les Archers de la Garde , defquel's
pourroient bien venir les Gentilshommes Gardes
de la Manche , & pour les Hachers , je
crois qu'ils font la Troupe qui depuis longtems
eft connue fous le nom de Gentilshom
mes-Bec Corbin ; l'Arme convenable à cette
Troupe , lui a procuré fon nom , & ils ne
font plus qu'une Garde de parade .
Il paroît par les Mémoires de Philippe de
Comines , page 344. que fous Louis XI. il y
avoit une Garde appellée les Gentilshommes à
vingt écus ; la folde que touchoit chaque
Gentilhomme , donnoit le nom à la Troupe;
je ne puis trouver à faire rapporter ces Gen-*-
tilshommes à aucuns des Commenfaux de la
Maiſon des Rois d'apréfent , à moins que
ce ne foit aux Gentilshommes Servants ; & à
l'égard d'autres Gentilshommes Gardes qui
faifoient la Bande des 33. d'eux viennent les
Gentilshommes Ordinaires , qui fubfiftent encore
.
Pour la Garde à pied extérieure , c'est - àdire
celle qui gardoit le dehors du Palais des
Rois , elle n'a confifté long-tems que dans
La
MAY. 1743 897
la Bande des Portiers , qui font les Gardes de
la Porte d'aprefent. Cette Troupe a été Militaire
, & elle l'étoit encore fous Charles
VIII. Comincs parle d'un Capitaine de la
Porte qui fut tué à la Bataille de Fornouë ;
à ces Portiers fe joignoient des Bandes de la
Milice d'Infanterie , quand il étoit queſtion
d'augmenter la Garde Royale extérieure , &
comme le nombre de ces Bandes de renfort
étoit indéterminé , s'il arrivoit qu'il y eût en
garde chés le Roi plus de ces Bandes que de
coûtume, cela fourniffoit de ces Gardes que j'ai
dit au commencement, n'être prifes qu'au befoin
, & non une Garde qui pût être regardée
comme Garde Ordinaire.
été en
Tant que le fervice de pied n'a pas
France dans l'eftime où il eft, il n'étoit guere
fait état des Gardes du dehors du Louvre ;
ce qui fait qu'on n'a que peu de chofes à dire.
d'eux , mais depuis que fous François I. il s'eft
vû une belle Infanterie, les Rois ont pris foin
de tenir près d'eux affés régulierement quelques
Enfegnes cuCompagnies de cette Milice.
Les Enfeignes , c'eft ainfi que s'appelloient
les Compagnies de Soldats, avant qu'il y cût
des Régimens ) que les Rois retenoient en
augmentation de Garde exterieure , n'étoient
de cette Garde que pour un tems au bout
duquel elles étoient relevées par d'autres ,
ainfi l'honneur de garder le Roi paffoit fuc-
,
ceffivement
592 MERCURE DE FRANCE
ceffivement de Compagnie en Compagnie ,
dans toutes celles dont l'Infanterie étoit compofée
; on en voit la preuve dans les Commentaires
du Maréchal de Montluc , page
19. mais fous Charles IX. les Régimens ayant
parû , ce Roi , en gardant l'ufage de fes Prédeceffeurs,
mit un Régiment de la Milice à
pied dans fa Garde, & depuis, le total de l'Infanterie
n'a plus contribué à cette Garde .
La Garde des Rois n'a été que ce que je
viens de la repréfenter, & tant qu'elle n'a pas
contenu tous les Corps qui s'y voyent , elle
n'auroit pû être qu'improprement appellée
Maifon du Roi , l'ufage n'étoit pas avant
Louis XIII. de tenir unis à l'Armée les Corps
de la Garde ; cela ne s'eft fait que depuis
Louis XIV.les Corps de cette Garde étant de
differentes Milices ,chacun de ces Corps étant
à l'Armée,fe réüniffoit à la Milice dont il étoit;
les Gendarmes du Roi fe mettoient avec les
autres Gendarmes , les Archers de la Garde
avec la Cavalerie Legere , & les Moufquetaires
avec les Carabins ; cette Garde , ainfi
difperfée , il ne pouvoit plus y avoir de Maifon
du Roi , & en effet il n'y avoit plus alors
d'autre Corps qui pût figurer fous ce nom ,
fi ce n'eft le Corps que j'ai fait regarder cideffus
comme une efpece de Maiſon dɔ.
meftique qui , avoit commencé à le former
fous Henri 11. & ce Corps ayant tenu
lieu
MA Y. 1743.
893
hieu de vraie Maifon du Roi pendant un affés
long tems , il est néceffaire d'en parler.
On a vû qu'après la création des Compa
gnies d'Ordonnances , les Rois étant à l'Ar
mée , continuerent de prendre pofte à la tête
de l'une de ces Compagnies , qui pour cela
devenoit la premiere Troupe de la Gendar
merie , & même la premiere Troupe de l'Armée
; cette Troupe , ainfi que Les femblables ,
étoit divifée en plufieurs autres; fes divifions ,
au lieu de s'appeller Penonies , comme cela
étoit , fous l'ancienne Gendarmerie , s'appellerent
Brigades , & chaque Brigade , au lieu
d'avoir pour Enfeigne un Penon , avoit un
Erendart.
Sous l'ancienne Gendarmerie , une Banniere
commandoit à plufieurs Penons ; en imita
tion de cela , fous la nouvelle , le premier
Etendart d'une Compagnie d'Ordonnance
étoit fait pour dominer fur tous les Etendarts
des divifions compriſes dans la Compagnie ;
cette regle s'obfervoit dans toutes les Compagnies
, & par fon obfervation le prémier
Etendart de la Compagnie d'Ordonnance
du Roi , qui à fon tour étoit fait pour dominer
fur tous les premiers Etendarts des Compagnies
de Gendarmeries , devoit par conféquent
être le premier Etendart de l'Armée ,
& être l'Etendart de France ; il l'étoit en
effet , & fut pour cela appellé Cornette ; la
rête
894 MERCURE DE FRANCE
tête d'une Armée s'appelloit autrefois Corne."
le
Si le Roi, étant à la guerre, ne fe trouvoit
pas à la tête des ces Hommes d'Armes , il ne
fe voyoit à cette Troupe que la Cornette
dont je parle , mais quand le Roi s'y trou
voit , alors on y voyoit encore une autre
Cornette's ces deux Epfeignes étoient blanches
la premiere étoit la Cornetre de
France , & l'autre étoit la Cornette Royale
ou du Roi ; celle - ci , avant que de porter
nom de Cornette , avoit été le Penon Royal ,
& entendre ce que
pour
c'étoit que ce Penon
, il faut reprendre la chofe de plus haut.
Un Géneral, qui commande une Armée , eſt
fouvent obligé pendant une Action de changer
de pofte & de fe tranfporter dans les
endroits où fa préfence eft néceffaire , autrefois
les Géneraux faifoient la même manoeuvre
, & en fe tranſportant ils fe faifoient fuivre
d'une Enfeigne qui leur étoit propre , ce
qui fervoit à les faire connoître & à montrer
où ils étoient.
L'ufage fut donc que chaque Géneral e't
un Penon d'accompagnement ; ce Penon ,
( marque de Dignité étoit indépendant
d'aucune Troupe ; nos Rois étant à l'Armée.
en avoient un , qui par l'avantage qu'il avoit
d'être par tout où fe trouvoit le Souverain , fur
regardé comme la feconde Enfeigne de l'Armée;
la fonction relevée de ce Penon lui mérita
après
MAY. 895 1743
Į
掰
prèsqu'il eut été rendu Etendart , d'être difngué
dans fa forme ; on le fit blanc , ainfi
que l'étoit le premier Etendart de France , &
fut auffi appellé Cornette Blanche.
Un Roi étant à la tête de fes Gendarmes
fe voyoit à cette Troupe deux Etendarts
lancs du nom de Cornette , fans compter
s autres Etendarts des Brigades de cette
roupe ; ce n'eſt pas tout , cette Companie
, le Roi la commandant , ne fe trouvoit
as réduite au feul nombre de Gendarmes ,
ont elle devoit être compofée , elle fe trouit
confidérablement augmentée par des Seieurs
& Gentilshommes, qui n'ayant pas de
rade Militaire , & voulant fervir , aimoient
ieux fervir le Roi dans fa Cornette & come
volontaires , que de refter inutiles ; ces
Centilshommes formoient au Roi un accomagnement
utile , car le Prince étant obligé
(en faifant la manoeuvre ordinaire des Géneux
) de quitter fon pofte , & afin que fa
Compagnie d'Ordonnance ne fût point trop
:foiblie par un détachement qu'elle auroit
i fournir comme eſcorte , il fe contentoit
e prendre les Gentilshommes volontaires
tachés à cette Compagnie ; de ces Braves il
formoit une Troupe lefte , & de fuite , &
tec elle il parcouroit fon Armée , emportant
vec lui fa Cornette blanche , pendant que
Nutre Cornetre blanche , qui étoit la preiere
, reftoit avec les Gendarmes. 11
896 MERCURE DE FRANCE
,
Il arrivoit fouvent que le Roi ayant quitté
fon pofte n'y revenoit pas ; il s'en établilloit
un autre dans quelque autre partie de fon Armée,
& achevoit d'y combattre avec la Troupe
dont il étoit fuivi ; cela fit que cette Troupe ,
d'accidentelle qu'elle étoit, devint réelle; ceux
qui en étoient , s'accoûtumerent peu à peu à
faire Corps à part d'avec la Troupe de Gendarmes
, dont il n'étoient qu'un démembrement
; les Braves volontaires du Roi donne
rent un nom à leur Troupe ; l'Enfeigne blan
che Royale , fous laquelle ils marchoient ,
leur fervit à cela, ainfi il ſe vit infenfiblement
dans une Armée où étoit le Roi , deux Troupes
du nom de Cornette blanche ; fçavoir
la Compagnie de Cornette blanche de France
, qui étoit la premiere Troupe de toute la
Gendarmerie , & la Compagnie de la Cors
nette blanche Royale , qui étoit la Troupe
de la fuite du Roi ; à la vérité cette derniere
Cornette n'auroit pas dû fe voir à l'Armée, le
Roi n'y étant pas , mais ceux qui avoient été
de cette Cornette pendant plufieurs Campagnes
, voulant continuer de fervir , obtenoient
du Roi la permiffion de s'affembler régulié
rement chaque année qu'il y avoit guerre ,
foit que le Roi fît la Campagne ou non , &
le Roi ; en leur donnant cette permiffion , les
mettoit ( en fon abfence ) fous le Comman
dement immédiat du Géneral de fon Armée;
&
MAY. 897 1742
& continuoit à leur prêter la Cornette Enfeigne,
pour les conduire .
Le Corps de la Cornette Royale étant
établi , ce qui arriva fous Henri II . ce
Corps devint fameux pendant les guerres de
la Religion , tant par fa force que par le rang
des perfonnes qui en étoient ; il étoit compofe
d'abord de beaucoup de Seigneurs & de Gentilshommes,
la plûpart Ducs, Comtes & Marquis;
telle nous eft repréfentée la Cornette.
du Roi par d'Aubigné, dans fon Hiftoire fous
l'an 1597. Cette Cornette étoit encore compofée
de tous les Gentilshommes , Penfionnai
res, Ordinaires & Servants du Roi , ainfi que
d'autres Officiers domeftiques, dont l'Office
avoit quelque compatibilité avec l'état de
Guerrier, enfin lá Cornette Royale devint tel
lement un Corps Militaire, qu'elle effaça prefque
la Cornette blanche des Gendarmes ; je
ne fçais pas même fi celle- ci ne fe confondit
pas dans l'autre, de maniere que dès le Regne
de Louis XIII. on ne penfoir plus que c'étoit
avec les Gendarmes , que devoit le trouver
l'Enfeigne principale de la Nation.
Au tems dont je parle , la Troupe de la
Cornette Royale tenoit lieu de Maifon du
Roi ; on ne penfoit pas que les Corps de la
Garde fuffent propres à cela , & l'on croyoit
que l'Enfeigne fervant à la Cornette du Roi
& qui étoit portée par le premier Valet Tran-
D
chant ,
398 MERCURE DE FRANCE
chant , étoit la feule Cornette blanche qui
dût être regardée comme Enfeigne Nationale
, ce qui étoit une erreur , puifque cet
avantage appartenoit au premier Ètendart de
la Gendarmerie ; cet Etendart ayant fuccedé
à la Bannière de France , premiére Enſeigne
de l'ancienne Gendarmerie , il en avoit la dignité
, au lieu que la Cornette Blanche du
Roi ne venant originairement que du Penon
Royal, qui avoit été foumis à la Banniére de
France, elle devoit refter foumise au repréſentant
de cette Banniére , qui étoit ( comme je le
dis ) le premier Etendart des Gendarmes.
La Compagnie Cornette Blanche Royale,
tenant lieu de Maiſon du Roi dans fon tems
a parû dans les armées jufques fous Louis ,
XIII , & c'est peut- être elle qui aura fourni
l'idée àLouis XIV de fe faire (au moyen de l'union
des Corps de fa Garde ) une autre Maiſon
plus permanente & plus militaire que la Troupe
qui en tenoit lieu avant fon Regne , cette
Troupe n'étant militaire qu'accidentellement .
Si la Maifon Commenfale eut fubfifté encore
quelque tems après la création de celle
qui exifte , il fe feroit vû à l'armée deux Maifons
du Roi , & fi avec ces deux Maifons les
deux Cornettes blanches , que nous avons
eu , s'étoient confervées , alors chaque Maifon
auroit eû la fienne; la militaire auroit eû la
premiére & cette Enfeigne auroit été dans la
Compagnie
MA Y. 1743
899
Compagnie des Gendarmes de la Garde , tant
que ces Gendarmes ont eû le pas fur les Gardes
du Corps , mais cela n'eſt pas arrivé , au
contraire nos deuxCornettes fe font perduës ,
& la Maiſon militaire des Rois a fait dilparoître
la Commenfale.
La Maiſon militaire d'aprefent s'eft formée
de l'union qu'a fait Louis XIV. de tous les
Corps que fes Prédéceffeurs s'étoient donnés
pour Gardes ; il eft fenfible que d'abord que
cette Maiſon a été compofée comme elle eft,
& en état de faire à l'armée la figure qu'elle
fait par la beauté & la force de fes Corps ,
la Maifon Commenfale a dû devenir inutile
c'est ce qui eft arrivé ; les Commenfaux du
Roi ont ceffé de s'affembler pour aller à la
guerre fur la fin du Regne de Louis XIII ,
& depuis il n'a plus été parlé de la Troupe,
qu'ils formoient , ni de la Cornette qui leur
férvoit.
y
La Cornette Blanche Royale ne paroiffant
plus , & la Cornette Blanche de France , dont
la dignité eft préfentement partagée , fe trouvant
méconnue , cela fait qu'il ne fe voit plus
d'Enfeigne de ce nom dans nos armées , excepté
la Cornette Blanche de la Cavalerie Légére
, laquelle Cornette n'auroit que le troifiéme
rang de nos Enfeignes primitives ,fi les
deux autres exiftoient .
Il me resteroit encore bien des chofes à
Dij dire
900 MERCURE
DE FRANCE
dire fur nos deux premieres Cornettes , & fur
tout touchant la premiére , qui a donné lieu
à toutes les Enſeignes de fa couleur , qui ſe
voyent dans nos differentes milices , mais cela
ne regardant plus la Maifon du Roi , & étant
traité , tant dans mon Commentaire fur cette
matiére , que dans l'une de mes Differtations,
inferée dans le Mercure de France des
mois de Février & Juin 1733. on y aura retours
; ces Ouvrages apprendront quels ont
été les Symboles défignatifs des Hébreux
des Affyriens, des Perfes , des Egyptiens, des
Grecs , des Romains , des Tartares , & autres
Peuples célébres , & fur tout quels ont
été les notres , même avant le Chriftianifme
& il en réfultera que les François depuis leur
converfion ont cû une Enfeigne primitive de
dévotion ; que cette Enfeigne fut pendant
in tems la Bannière de l'Eglife de S. Mar
tin , & pendant un autre la Banniére de l'Abbaye
de S. Denis, appelée Oriflamme , qu'outre
cela ils avoient encore une autre Banniere
qui étoit auffi Enſeigne primitive , mais feculiere
& qui s'appelloit Banniére de France.
La Banniere de France s'eft montrée tant
qu'a duré la premiere Gendarmarie , mais les
Etendarts qui parurent avec la feconde Gendarmerie
ayant aboli les Banniéres , l'un de
ces Etendarts remplaça la Banniére de France
, & même l'Oriflamme , çar la couleur de
сей
MAY. 1743 901
tet Etendart , quoiqu'Enfeigne féculiere ,
le rendit propre à tenir lieu d'Enfeigne de
dévotion .
L'i tendart rendu par Charles VII , Enfei
gne primitive de la Nation; s'appella Cornette
blanche , ainsi que je l'ai dit après, il n'y eut d'abord
qu'une Cornette blanche ; bientôt il y en
eut deux, ce nom ayant été donné au Penon, ou
Etendart de Corps de chaque Roi, enfuite la
dignité de Colonel ayant été érigée environ
fous le Regne de François Premier , chaque
milice eut fon Colonel , & chaque Colonel
Général obtint une Enfeigne blanche pour en
faire la marque de fa dignité ; cela commença
à multiplier les Enfeignes de cette couleur ; il
y en avoit autant que de milices differentes ;
mais la création des Régimens arrivée envi
ronfous le Regne de Charles IX , les multiplia
bien davantage , fur tout dans l'Infanterie ,
car après qu'il y eut des Colonels particuliers,
chaque Régiment ayant le fien , le Colonel
Général ne fe contenta plus d'un feul Drapeau
blanc ; il en mit un femblable dans chaque
Régiment,pour montrer que fon autorité s'étendoit
fur tous les Régimens ; cette operation
rendit les Enfeignes blanches communes
; chacune d'elles repréfentoit la Cornette
blanche de France , & étoit une émanation
de la dignité de cette Cornette.
Les Drapeaux blancs étant introduits dans
Dij
les
902 MERCURE DE FRANCE
les Régimens , ils s'y font confervés , parce
qu'au tems de la fuppreffion de la Charge de
Colonel General de l'Infanterie , chaque Colonel
particulier devenant pour lors Officier
Géneral fur fon Régiment , il obrint à fon
tour , que le Drapeau blanc , qui fe trouvoit
dans fon Régiment ( y ayant été mis par le
Colonel Géneral ) y refteroit pour fignifier
qu'un Colonel n'étoit plus fubordonné à un
autre .
A l'égard de la Cavalerie , la Cornette
blanche de cette Milice , obtenue par fon
Colonel Géneral , ne s'eft point multipliée ;
ce Colonel , lorsque les Régimens parurent ,
n'imitant pas le Colonel General de l'Infanterie
, ne mit pas une Enfeigne blanche dans
chaque Régiment qui lui étoit foumis , &
ainfi à la création des Colonels particuliers
de la Cavalerie , aucuns de ces Colonels
n'ayant d'Enſeigne blanche, ne penferent pas
à en avoir , & leur Colonel Géneral , de fon
côté , voyant que tous les Régimens de fa
Milice obéiffoient fans répugnance à fa Cornette
, ne chercha pas à étendre la marque
de fa Dignité il n'eut donc qu'une Cornette
, laquelle a fervi même à donner le
nom au Régiment , refté immédiatement foumis
au Commandement de ce Colonel ; cette
Enſeigne fe voit encore dans ce Régiment ,
& la Charge de Colonel Géneral s'étant confervée
MAY.
17433- 903
fervée , cela a tranfmis jufqu'à ce jour l'unique
Cornette blanche qu'ait eû la Cavalerie
Légére , & qui eft la feule Cornette qui refte
en France.
O DE
A Mad. de la Lande , veuve de M. de la
Lande , Sur- Intendant de la Musique du
Roi , fur la convalescence de Mlle fafille.
QUel trouble faifit mon ame ,
Et s'empare de mes fens !
Dieu puiffant , je te reclame
Entens mes triftes accens ;
De ta bonté fouveraine
Contre la mort inhumaine
J'implore le prompt fecours ;
De l'innocente victime ,
Qu'elle entraîne au noir abîme ,
Sauve les précieux jours .
*
Oüi , ſur ta miſéricorde
Je fonde un folide efpoir ;
Ce qu'à nos voeux elle accorde ,
Elle ne peut le devoir ;
Cependant elle s'empreffe
D iiij A
904 MERCURE DE FRANCE
A nous prodiguer fans ceffe
Et fes faveurs & les foins ;
Libérale , prompte & tendre ,
Loin qu'elle fe faffe attendre ,
Elle prévient nos befoins.
*
Mais elle fuit. Ta Juftice
Déployant fon bras vengeur ,
Du plus cruel Sacrifice
Me fait preffentir l'horreur ;
J'en frémis. Sur quelle tête
L'apperçois - je qui s'apprête
A figualer fon courroux ?
Elle enchaîne ta clémence
Déja la fére
vengeance
S'arme , & prépare les coups .
*
L'implacable ! elle fe leve ;
Je frémis. Ciel ! dans quel flanc
Va -t'elle plonger fon glaive
Toujours alterée de fang ,
Elle avance . Quelle hoftie
Elle choifit ! c'eſt Sophie
Qu'on va conduire à l'Autel ;
Faut-il qu'elle l'enfanglante e
Pâle , interdite , tremblante ,
Elle attend le coup mortel.
MAY 1743. 905
O! toi vertu qui la guides ,
Et dont elle fuit la loi ,
Vertu , qui toujours préfides
Sur un coeur digne de toi ;
Hâte-toi , prens la défenſe
De la timide innocence ;
Venge tes droits violés .
Quoi ! ton fein pur & tranquile
N'eft-il plus un fûr azile
Pour tes Sujets défolés ?
*
Le vice , jufqu'en ton Temple ,
Séduit tes Adorateurs ;
Sophie agit fon exemple
Affermit tes Sectateurs ;
Pour l'intérêt de ta gloire
Qu'elle vive , & ta victoire
Eft certaine pour jamais ;
A fes yeux le vice expire ;
Les fentimens qu'elle infpire
Font triompher tes attraits.
܀
Du zéle qui la dévore
Enfia quel fera le prix ?
Elle périt ! je t'implore ;
Tu fembles fourde à mes cris.
DY Ab !
906 MERCURE DE FRANCE
'Ah ! tout augmente ma crainte ;
C'en eft fait. Sophie atteinte ,
Voit s'entrouvrir le tombeau ,
Déja la nuit éternelle
Chaffe le jour qui pour elle
Cache à regret fon flambeau.
y
Contre les maux qu'elle fouffre ,
elle lutte en vain ; Hélas
Prête à l'engloutir , un gouffre
A fes pieds s'ouyre foudain .
Sur les bords du précipice ,
Grand Dieu ! ta droite propice
Peut feule arrêter les pas ;
Seul tu fixes notre terme ;
A ton gré s'ouvre & fe ferme
La barriére du trépas .
Mais que vois- je ? Eft- ce un preftige a
Mes yeux font-ils fafcinés ?
Quel favorable prodige
Ravit mes fens étonnés ?
En mon coeur renaît la joye ;
La mort fuit , lâche fa proye ;
Sophie échappe à ſa faulx .
Dans un même inftant s'effaçe
112
Jufques
MA Y. 907 1743
Jufques à la moindre trace
De ma crainte & de fes maux,
*
Ainfi , felon fa parole ,
Le Dieu , qui regne à Sion ,
Nous vifte , nous confole ,
Au fort de l'affliction .
Dieu , Protecteur de Sophie ,
Dieu , qui la rends à la vie ,
Je te confacre mes chants ;
Qu'ici tout en retentiſſe ;
Que l'Univers applaudiſſe
Aux Concerts les plus touchans.
*
Non , la Majefté fuprême
N'excite point mes tranfports ;
C'eſt un Dieu bon, qui nous aime,
Que célebrent mes accords ;
A ma voix triſte & plaintive
Sa bonté fut attentive ;
Il vient de combler mes voeux.
Echos , au fon de ma Lyre-
Apprenez à le redire ,
Même à nos derniers neveux..
*
Fai partagé les allarmes
D vj
Dent
12
908 MERCURE DE FRANCE
Dont ton coeur fut agité ;
Du Dieu qui feche tes larmes ,
Chante avec moi la bonté ;
Oui , qu'un immortel Cantique
De ce bienfait magnifique
Confacre le fouvenir .
Efpere encor davantage :
Ta Fille eft pour toi le gage
Du plus heureux avenir.
*
Le Ciel , qui te la redonne ,
Voulut éprouver fon coeur ;
Satisfait , il en couronne
L'humble foi , la vive ardeur.
La Lande , qu'à ta triſteſſe
Succede enfin l'allégreffe ;
Qu'elle regne deformais .
Ta vertu folide & pure
Te garantit , & t'affure
Une inaltérable paix.
Deszeraux
LETTRE
MAY. 1743: 989
LETTRE de M. A. D. P. au fujet d'un
Livre intitulé la Chronologie & Topographie
du Bréviaire de Paris.
'Annonce que vous avez faite , M. dans
votre Journal , du Livre intitulé , la
Chronologie & la Topographie du Bréviaire de
Paris , m'a excité à le lire ; comme j'aime
affés à parcourir les Livres de Topographie ,
même Eccléfiaftique , quoique je ne fois pas
obligé à la récitation du Bréviaire , le plaifir
de voir les particularités de quelques Pays ,
que je connois , l'a emporté fur tout autre
confidération , & je n'ai pas lieu de m'en répentir
, parce que j'y ai appris une infinité
de chofes que j'ignorois. L'Auteur me permettra
cependant de lui faire remarquer , qu'il
n'auroit pas mal fait de mettre à la fin de
fon Livre un petit Errata , dont il a affûrement
befoin.
Pour commencer par les Lieux du Voifi
nage de Paris ,fur lefquels il fe trompe , par
rapport à la diſtance de cette Capitale , il
dit page 214. que le Village de Clichy eft
fitué à une lieue de Paris. Cependant il eft
bien fur , que de Paris à Clichy , on compte
ordinairement deux lieuës .
La
910 MERCURE DE FRANCE
La même faute lui eft échappée à l'égard
'du Village de Croiffy , fitué auprès de Chatou
. L'Auteur , page 220. dit que ce Village
eft à deux lieues de Paris. Je le veux croire
à condition qu'il n'en comptera que trois de
Paris à S. Germain en Laye , puifque Croiffy
n'eft qu'une lieuë en deça .
Au reste , M. je veux bien m'en rapporter
à ceux qui travaillent à l'Hiftoire du Diocèfe
de Paris , fur la diftance de ces deux Villages
, par rapport à la Capitale .
Pallons de ces fautes legeres , à d'autres
unpeu plus confidérables . Montmeillan dont
l'Auteur parle à la page 275. n'eft certainement
point un Bourg , comme il le dit. J'ai
vû ce Village de fort près , & je n'y ai apperçû
que cinq ou fix Maifons , compris même
celle du Curé. Auffi eft-ce l'une des plus petites
Paroiffes du Diocèfe de Paris : peutêtre
M. B. a - t'il confondu ce Montmeillan
avec celui du Diocèfe de Senlis , qui y cft
contigu. C'eft fur quoi je m'en rapporterai
encore volontiers aux perfonnes que je viens
d'indiquer..
L'Auteur m'a paru trouver trop facilement
des Bourgs où il n'y en a jamais eû , aufſibien
que des Villes , où il n'y en a jamais eû
le moindre veftige.
Il dit à 1 page 209. que l'Abbaye de
Châlis eft iée dans un Bourg qui porte le
même
MAY. 9.12 1743
même nom , au Diocèfe de Senlis . Je ne
fçais,d'où il a tiré cela ; j'ai vû cette magnifique
Abbaye , en revenant du Pays de Valois
fans y apperçevoir la moindre chofe qui defigne
un Bourg. Ce Monaftére eft fitué dans
une vraie Solitude , fur le bord d'une Forêt ,
du Domaine de cette Abbaye , où certainement
il n'y a aucune apparence de Bourg ;
d'ailleurs , M. vous fçavez mieux que moi ,
que les Abbayes des Bernardins ne font ja
mais fituées dans des Bourgs.
Je fuis très-porté à croire , que c'est par
pure inadvertance qu'à la page 214. l'Auteur
à écrit que Clairvaux eft une Ville & une
Abbaye , qui eft la troifiéme fille de Citeaux .
J'ai oui dire à des perfonnes qui ont vû cette
Maifon , qu'elle eft fituée dans un Lieu
encore plus Solitaire , que celle de Châlis .
Ainfi je crois que l'on peut hardiment effăcer
le mot de Ville , par rapport au deux
Abbayes dont j'ai parlé ci- dévant , fans
faire aucun tort à la bonne Géographie.
Il en faut faire autant de l'Abbaye de Prémontré
, que M. B ..... dit être un Bourg
& une Abbaye. Tout le monde fçait , que
cette Maiſon , Chef d'Ordre , eft enfoncée
toute feule au milieu d'un Bois affreux ; fans
aucune marque de Bourg ni de Village .
Dans un Voyage fait à Soiffons , j'y ai vû
deux Eglifes du nom de S. Crepin. Cependant
912 MERCURE DE FRANCE
dant l'Auteur femble infinuer , page 388:
qu'il n'y en a aucune , par la remarque expreffe
qu'il fait , pour apprendre aux Lecteurs
que celle qui fubfiftoit au VI . Siécle , ne
fubfifte plus aujourd'hui : Chacun fçait cependant
que les Eglifes ne durent gueres un
millier d'années ; mais la premiere Eglife eft
cenfée fubfifter par celle qui la repréſente
aujourd'hui , fur tout lorfquelle porte le même
nom. De même que l'Eglife Cathédrale
de Sainte Croix d'Orleans , dont il parle immédiatement
après , & qu'il dit bâtie par S.
Euverte au quatrième Siècle , eſt cenfee ſubfifter
, par celle qu'on voit aujourd'hui fous le
même titre .
Je fuis perfuadé que notre Auteur , ( dans
une occafion femblable ) parlant de l'Eglife
de S. Paul de Paris , n'oferoit avancer qu'elle
ne fubfifte plus , quoiqu'il foit conftant que
le Bâtiment qu'on voit aujourd'hui , ne ſoit
pas le même qui fut édifié par S. Eloy au
VII. Siecle.
J'avoue , M. qu'il eft fort difficile que
dans une collection de tant de faits , dont
on entreprend de fixer le tems & le lieu , if
n'échappe quelque méprife ou quelque con--
tradiction. Ainfi je veux croire que c'est par
un léger deffaut d'attention , que l'Auteur
met deux Abbayes de l'Ordre de Cîteaux
en compromis , au fujet de la Tête d'un même
MAY. 17433
$13
me Saint , fçavoir l'Abbaye de Long- pont
proche Soiffons , & celle de Pontigny. I
dit , page 256. en parlant de Long pont ; on
y conferve le Chef de S. Denis l'Areopagite ;
apporté de Conftantinople en 1204. C'eſt un
fait que je ne difpute point , puiſque je
l'y ai vû derriere le Grand - Autel , parmi
les Reliques de cette Eglife. J'y ai
vû auffi des Couteaux d'une fabrique trèsancienne
, & d'une forme affez finguliére ,
qu'on m'affura avoir fervi à S. Louis. Mais j'ai
été fort furpris de lire dix - fept feuillets après à
l'article de Pontigny , ces deux lignes : On
conferve le Chef de S. Denis l'Areopagite
apporté de Conftantinople en 1205. La confé
quence qui en réfulte eft aifée à tirer.
L'Approbateur auroit dû , ce ſemble auffi
ne pas laiffer page 408. à l'article de S. Jean
de Falaife , une eſpèce de contradiction qui
eft vifible. Il eft dit que cette Eglife n'avoit
d'abord été qu'un fimple Hôpital , fondé en
1127. & qu'elle fut érigée en Abbaye l'an
1030.
Voilà , M. ce que j'ai remarqué en paffant
fur cet Ouvrage , eftimable d'ailleurs ; j'ai
crû qu'il me feroit permis de faire ufage du
peu que j'ai pû apprendre dans mes Voyages,
& de mettre à profit mes lectures ; mes lumićres
font trop bornées,pour entreprendre d'examiner
le reste. J'en laiffe le foin à des Sçayans
14 MERCURE DE FRANCE
vans plus éclairés , & plus verfés , que je ne le
fuis dans l'Hiftoire Eccléfiaftique.
Je fuis &c.
A Paris le 1. Mars 1743-
LA NAISSANCE DE LA MUSETTE ;
CANTATILLE.
APollon , autrefois , fur les Rives fleuries
D'un Ruiffeau , qui baignoit les Valons de Tempé
En proye aux tendres réveries ,
En gardant les troupeaux , d'un trait vainqueur
frapé ,
Pour chanter fon ardeur parfaite ,
Inventa la douce Mufette .
Mulette aimable , que vosfons
Expriment l'ardeur qui m'enflâme !
A l'amour je livre mon ame ;
Qu'il éclate dans mes chanſons !
Chantez ; célébrez la beauté
Qui regne fur mon coeur trop tendre-
Nymphes , accourez pour entendre
L'Amour dont je ſuis enchanté .
C'étoit par ces chants pleins de charmes
Qu'Apollon
MA Y. 1743
919
Qu'Appollon calmoit fes allarmes :
Depuis ce tems , tous les Bergers
Chantent leurs feux fur la Mufette ;
Mais elle n'eft jamais parfaite ,
Dans les mains des Amans legers
Echos de ces lieux agréables
Répetez mes accens flateurs ;
A mes voeux foyez favorables ;
Faites briller mes fons vainqueurs.
Mulette , pour toi quelle gloire !
L'Univers doit s'en étonner :
Quoi dans le Temple de Mémoire
Appollon te fait réfonner !
L'Affichard
Le Sieur Corrette,Maître de Mufique àParis,
à mis en Mufique la Cantatille qu'on vient
de lire , &il vient de la mettre en vente ; c'eft
la feconde Cantatille , avec fimphonie , & vla
c'que c'eft qu'd'aller au Bois , XVI . Concerts
Comique , pour trois violons , avec la baffe ;
les quatre parties féparées , fe vendent 24.
fols , de même. que la Cantatille , chés l'Auteur
ruë d'Orleans , quartier S. Honoré
chés Mad. Boivin , rue S. Honoré , à la Regle
d'or , & chés le Sieur le Clerc , ruë du Roule
, à la Croix d'or
QUESTION
1 MERCURE DE FRANCE
QUESTION IMPORTANTE
jugée au Parlement de Paris le S.
S
Fevrier 1643.
I le domicile d'un Chanoine eſt toujours
dans le Lieu où eft fon Canonicat , quoiqu'à
l'occafion de differens emplois il air long
tem demeuré ailleurs & jufqu'a fon decès.
FAIT.
M. l'Abbé du Bos , Chanoine de la Cathé
drale de Beauvais , & Sécretaire perpetuel de
l'Académie Françoife,dont la fucceflion mobiliaire
a donné lieu à cette Queftion , a laiffé
un nom affés celebre dans la République des
Lettres , pour mériter que deux Villes fe cónteftent
la gloire d'avoir été fon domicile de
choix & d'intention ; ce n'eft pas ici de ces
difputes fteriles , qui partagent fouvent les
critiques fur la naiffance & le domicile des
Hommes Illuftres de l'Antiquité ; un interêt
plus réel a fait naître la conteftation , qui a
pour objet la fucceffion mobiliaire du dé
funt.
Les meubles fuivant la Loi du domicile , fi
l'Abbé du Bos avoit fon domicile à Paris , fes
meveux , enfans de fes freres & foeurs , décedés
MAY.
1743 914
dés avant lui , concouroient avec la Dame
Danfe fa foeur, dans le partage du mobilier
fuivant la Coûtume de Paris. Si au contraire
fon domicile étoit à Beauvais , dont la Coû
tume n'admet point de repréſentation en ligne
collaterale , tout le mobilier appartenoit
à la Dame Danfe fa foeur, à l'exclufion des ne
veux & nieces.
L'Abbé du Bos étoit né à Beauvais au mois
de Decembre 1670. de Claude du Bos , Mar
chand Bourgeois & Echevin de certe Ville
& de Marguerite Foi fa femme ; toute fa famille
y étoit établie . Il en fortit en 1686. à
l'âge de 16. ans pour venir achever fes études
à Paris , où il prit le degré de Bachelier
en Théologie en 1691 .
L'ambition de l'Abbé du Bos avoit toujours
été d'être Chanoine de la Cathédrale de Beauvais
; c'eft dans cette vûë qu'il jetta fes grades
en 1692. fur l'Evêché de Beauvais.
Un oncle , Chanoine de la Cathédrale , lui
refigna fon Canonicat en 1695. Si cette refignation
eut eû lieu, peut - être que L. du Bos
eut éte perdu pour l'Etat & pour les Lettres.
L'oncle revenu en fanté , revoqua fa refignation.
L. du Bos vint à Paris dans le deffein
d'obtenir par fes talens la place que fon
oncle refufoit de lui laiffer.
L'Hiſtoire des deux Gordiens qu'il publia
en 1695. fut le premier effai de fa plume . I
entra
18 MERCURE DE FRANCE
entra en même- tems dans les Bureaux de
M. le Marquis de Torcy , Miniftre des affaires
Etrangeres. De là il fut envoyé à Hambourg
ds 1696. d'où il paffa auprès de nos
Plenipotentiaires à la Paix de Kifwik. :
Revenu en France ,on l'envoya en Italie en
1699. chargé de négociations importantes
dans les differentes Cours de ce Pays ; il n'en
revint qu'en 1702. C'eft dans ce voyage qu'il
prit ce goût pour la Peinture & pour tous les
Beaux Arts qu'on trouve repandus dans fes
Reflexions Critiques.
Peu de tems après il paffa en Angleterre
où étoit alors le fort de la guerre , que la fucceffion
à la Couronne d'Efpagne avoit allumée
dans toute l'Europe . Il étoit chargé d'affaires
fecrettes de la part de la France ; c'eft
dans ce voyage qu'il fit imprimer fon petit
Traité politique des interêts de l'Angleterre
mal entendus dans la guerre préfente. 11 paffa
enfuite à la Haye , à Bruxelles , où il compofa
le Manifefte de l'Electeur de Baviere .
En 1707. la fucceffion de Neufchatel étant
ouverte , il fut envoyé auprès du Magiftrar
de cette Ville, pour foutenir les droits de la
Maiſon de Conty à cette Souveraineté.
Enfin en 1-10 . toute l'Europe étant egale
ment fatiguée d'une fi longue guerre ,
ouvrit des Conferences à Gertrudemberg. L.
du Bos y fut envoyé avec nos Pleniporentiaires,
MAY. 1743 919
Piaires , & perfonne n'a ignoré la part qu'il
cut aux Traités qui furent conclus à Utrecht,
à Bade & à Raftad.
Au milieu des plus importantes affaires ;
L. du Bos cultivoit toujours affiduement les
Belles- Lettres. C'est en 1709. qu'il fit fa Lique
de Cambray, qui n'a été que le Prélude
du grand Ouvrage qu'il a donné dans les der
aiers tems de fa vie fur l'origine de la Mo-:
archie. En 1719. il donna la premiére Ediion
de fesRéflexions Critiques fur la Poëfie &
fur la Peinture , qu'il a fait réimprimer deɔuis.
Pour ce qui eft de fes affaires domeftiques,'
fon pere étoit mort dès 1673. & fa mere en
1700. Sa part dans leurs immeubles ne montoit
pas à 15. ou 20. liv. de rente : le mobilier
fait toujours la principale fortune d'un
Négociant ; les meuble , meublans
ayant été
partagés en nature entre lui & fes freres &
foeurs , après le decès de la mere L. du Bos
a toujours confervé dans la Ville de Beauvais
la part qui lui étoit échuë , & elle s'eft trouvée
à fa morr parmi les meubles qui garniffoient
fa maifon Canoniale.
Il avoit obtenu en 1705. le Prieuré de Veneroles
, mais fon defir le plus ardent étoit
d'obtenir un Canonicat à Beauvais. Il avoit
pour fa Patrie & pour le Lieu de fa naiffance
un attachement fingulier , qu'il a exprimé
dans
20 MERCURE DE FRANCE
dans fes Ecrits , Sect. 3. du Tit. de fes Ré
flexions ; mourir , dit il , eft la deftinée detous
les hommes , &finir dans le fein de ſes Penases,
c'est la deftinée des plus heureux. Il cite en
cet endroit des Vers de l'Abbé de Chaulieu,
qui rendent cette idée avec beaucoup de graces
& de naturel.
Après avoit fait fignifier fes degrés & fa nomination
fur l'Evêché & le Chapitre de Beauvais
, il eut toujours foin de faire chaque année
les réiterations néceflaires ; M. le Préfident
de Maiſons lui ayant cedé fon droit d'indult
, au lieu de le placer fur le premier Evêché
qui feroit vacant , il attendit la vacance
de l'Evêché de Beauvais , pour le placer fur
l'Evêque & le Chapitre de cette Ville. En
1714. il requit en confequence le premier
Canonicat vacant ; il en obtint des provifions
& en prit poffeffion .
L. Dubos fut regardé comme un homme
néceffaire au nouveau Miniftére qui prit le
Gouvernement à la mort du feu Roi ; il étoit
très connu de feu M. le Regent & du feu Cardinal
Dubois qui étoit,devenu Secretaire d'Etat
des Affaires Etrangeres; ils le chargerent de
travaux importans , & pour lefquels on lui
accorda plufieurs récompenfes ; en 1716. on
lui donna une Penfion de 2000. liv. fur l'Archevêché
de Sens , & en 1723. on lui donna
l'Abbaye de Reffons , fituée à 3. lieues de
Beauvais. Ce
MAY. 1743. 921
Ce fut dans ces circonftances que L. Dubos
prit dans la rue des Bons- tnfans un appartement
plus confiderable , le bail fut paflé le 6.
Avril 1717. pour 5. années, moyennant 700.
liv.par an;il le renouvella pour 3.ans en 1722 .
pour trois autres années en 1725. depuis il
&
en jouiffoit par tacite réconduction ; les trois
baux contenoient tous la claufe de fix mois en
faveur de L. Dubos feul ; & dans un bail des
revenus de fon Prieuré de Veneroles , du 30 .
Septembre 1722. il ftipola le payement à Paris
ou autre Lieu qui feroit indique au Fermier
à la même diftance du Prieuré, ce qui d.note
le deffein qu'il avoit de retourner à Beauvais.
Dans l'intervalle de fes occupations , L. Dubos
cultivoit toujours les Sciences ; il ne put
être infenfible à la principale diftinction; qui
puiffe couronner les travaux d'un homme de
Lettres ; il fut reçû.cn 1720. Membre de l'Académie
Françoife , & comme les Ouvrages
qu'il avoit entrepris , & la confiance du Miniftre
qui gouvernoit alors lui faifoient regarder
fon fejour à Paris comme néceflaire encore
pendant quelque tems , il accepta en 1723 .
la place de Sécretaire perpetuel de l'Académie.
Cette place a le titre de perpetuel ,pour la
diftinguer de celles de Directeur & de Chancelier,
qui changent tous les trois mois. Mais
elle n'eft pas moins revocable au gré de la
Compagnie , & reciproquement on peut la
E 1emettre
922 MERCURE DE FRANCE
remettre quand on le juge à propos.
D'un autre côté , L. Dubos acheta à Beauvais
en 1747. une Maiſon Canoniale , la plus
grande & la plus convenable à ſa fortune préfente
; il la garnit des meubles néceffaires
en attendant qu'il y fit tranfporter ceux qu'il
avoit à Paris , & il y mit dabord les meubles
qu'il avoit eus à la mort de fa mere en 1700 .
& qu'il avoit depuis ce tems - là confervés en
nature à Beauvais .
Depuis 1727. cette Maiſon eft toujours
demeurée prête à le recevoir au premier moment
où il voudroit l'occuper ; en attendant
il y logeoit la Dame veuve Pecoul, fa foeur,
qui y eft restée jusqu'à ſon decès , ſans bail &
fans payer aucun loyer.
>
L.
La Dame Pecoul étant décédée en 1737 .
& la Dame Danſe , autre feeur de L. Dubos,
n'ayant pas voulu aller occuper fa maiſon
quelques inftances qui lui en eut faites ,
Dubos alors en loua une partie à l'Abbé de
Lacroix,Chanoine de la Cathédrale , mais il fe
referva le principal appartement, & outre les
meubles qu'il avoit dès 1727. il en ajouta encore
pour7.ou 800.l.qu'il fit acheter lors de la
vente des meubles de la Dame Pecoul fa foeur ,
La Dlle Dubos , niece de L. Dubos , fille
de fon frere aîné, étant décédée en 1736. L.
Dubos devenu l'aîné, fe fit remettre tous les
portraits de famille & les envoya à Beauvais
dang
MAY.
1743 923
dans fa Maifon Canoniale où ils fe font trou
vés à fon décès.
Pendant tout ce tems , il paroît par les Regiftres
Capitulaires que depuis la prise de
poffeffion, il ne refidoit pas fort exactement ;
il prit cependant les ordres du Soudiaconat &
duDiaconat en 1724.il affiftoit le plus fouvent
qu'il lui étoit poffible auxChapitres géneraux,
& lorfque quelque affaire l'en empêchoit , il
s'en excufoit auprès de la Compagnie par des
lettres pleines du défir qu'il avoit de fe réunir
à les confreres ; le Chapitre bien informé
des affaires qui le retenoient à Paris , la toujours
tenu pour excufe ; non feulement il l'a
toujours compris dans fes tables au nombre
de fes Membres ; mais il ne s'eſt pas
fait une
Députation honorable dans la Compagnie ,
qu'il ne l'ait mis à la tête ; le filence de l'Evêque
, les témoignages même d'eftime &
de
confideration que L. Dubos en a toujours
reçûs , font des preuves certaines des travaux
utiles à l'Etat & par conféquent à l'Eglife ,qui
autorifoient fon fejour à Paris .
L. Dubos fe crut en 1734. à la fin de fes
occupations , lorfqu'il publia fon Hiftoire
Critique de l'Etabliffement de la Monarchie
Françoife dans les Gaules ; il ne renovelloit
plus de baux à Paris depuis long- tems ; il
avoit une belle Maifon à Beauvais toute meublée
; il fe croyoit à la veille de rentrer dans
E ij
le
924 MERCURE DE FRANCE
le fein de fa famille , de deffervir fon Canonicat
, & de jouir de fon Abbaye.
Mais au milieu des éloges que ce grand
Ouvrage lui attira , il effuya des critiques qui
meriterent d'être approfondies , & qui l'obligerent
de le retoucher & d'en donner une
nouvelle Edition. L'honneur & la reputation
font des engagemens indifpenfables ; les confeils
, les Livres néceffaires pour réuffir ne ſe
trouvoient qu'à Paris ; cette feconde Edition
qui eft un nouvel Ouvrage , corrigé en mille
endroits , enrichi d'une infinité de nouvelles
obfervations , l'obligea de refter à Paris.
Enfin cette nouvelle Edition , fi attenduë
des Sçavans, parut en 1742. L. Dubos ſe difpofoit
à partir pour Beauvais ; il en avoit marqué
fa joye à tous fes amis ; la maladie le
furprit à la veille du départ , & il mourut à
Paris le 23. Mars 1742.
Il fe trouva dans l'appartement qu'il occupoit
un mobilier confiderable , confiftant
tant en meubles meublans , deniers comptans
, argenterie , & entre autres choſes plus
de 22000. Jettons qu'il avoit reçus à l'Académie
, dont la valeur montoit à plus de
36300 livres ; enfin fes Livres & fes manufcrits.
Il fut queftion de fçavoir quel étoit le
domicile du défunt, pour regler fa fucceffion
mobiliaire.
Lo
MA Y. 1743
927
M. de Boicervoife & Conforts , neveux
& niece du défunt , prétendoient que le domicile
du défunt étoit à Paris , & qu'ainfi
fuivant la Coûtume de Paris , qui admet la
repréſentation en collaterale en faveur des
neveux & nieces du défunt , pour les faire concourir
avec les freres & foeurs du défunt ,;
ils devoient partager le mobilier avec la Dame
Danfe , foeur du défunt.
La Dame Danfe foutenoit au contraire que
le domicile du défunt étoit à Beauvais ,
qu'ainfi fuivant la Coûtume de ce Lieu , qui
n'admet point la repréfentation en collaterale,
elle étoit feule heritiere quant aux meubles
& aux autres biens fitués fous la Coutume
de Beauvais,
La prétention de Mrs de Boicervoife &
Conforts ayant été condamnée par les premiers
Juges , ils en interjetterent Appel &
la caufe fut plaidée en la grand'Chambre du
Parlement .
que
M. Boulé , défenſeur des Appellans , difoit
dans le Droit François le domicile eft de
fait & d'intention , que tout ce qu'on trou
ve dans les Jurifconfultes fur le domicile
d'origine & de dignité , eft étranger à notre
Ufage ; & fi en quelques cas finguliers on
parle du domicile de droit & des priviléges
de l'origine , c'eft le domicile de fait & d'habitation,
qui décide fouverainement de la fituation
du mobilier. E iij
Le
926 MERCURE DE FRANCE
Le domicile ; fuivant la Loi 7. au Code de
incolis ; eft locus in quo quis fedem pofuit larem
que &fummam rerum fuarum. C'eſt - là ce que
nous appellons le veritable domicile ou domicile
naturel, c'cft -à- dire le Lieu où on fait
fa principale réfidence & où on a établi le
fiége de la fortune.
Dans le Fait L. Dubos avoit abdiqué le dodomicile
d'origine qu'il avoit à Beauvais pour
s'établir à Paris dès l'année 1700. à la mort
de fa mere ; il avoit changé de nature tous fes
propres ; il fe difoit demeurant à Paris dans
tous les Actes qu'il paffoit : il y avoit en effet
un logement à la place des Victoires
enforte qu'il étoit domicilié de fait & de
droit à Paris en 1714. lorfqu'il fut pourvû
du Canonicat de Beauvais ; & il faudroit
que depuis la prise de poffeffion de ce Canonicat
, il eut perdu le domicile de Paris ,
pour en acquerir un nouveau à Beauvais.
Mais depuis 1714. L. Dubos avoit toujours
réfidé à Paris ; il y prit un affés grand appartement
dans la rue des Bons- Enfans , dont il
paffa trois baux confecutifs ; c'eft là qu'il fe
difoit demeurant dans tous les Actes qu'il a
paffés ; c'eft dans cette demeure qu'il avoit
ftipulé le payement des fermages de fes bénéfices
: il y avoit fes meubles les plus précieux,
fes deniers comptans , fon argenterie , fes
livrés , fes manufcrits ; c'étoit le fiége de fa
fortune ;
MAY. 1743. 929
fortune ; Paris réuniffoit à fon égard tous les
caractéres marqués par ces Loix célebres du
Digefte & du Code , qu'on a coûtume de citer
en cette matiere ; ainfi on ne peut douter que
ce ne fut fon domicile .
Aufi n'avoit- il jamais perçû aucuns fruits
de fon Canonicats.comme il n'avoit point
fait de ftage , il ne jouifloit pas même de la
rédévance en avoine , que donne la propriété
d'une Maiſon fans aucune affiftance.
Il avoit d'ailleurs accepté à Paris des fonctions
qui l'obligeoient à une réfidence continuelle
, il étoit Cenfeur Royal ; l'un des
Quarante & depuis Sécretaire perpetuel &
Tréforier de l'Académie Françoiſe ; c'étoit
un homme dominé par la paffion des Belles-
Lettres , qui ne trouvoit de charmes que
dans la fociété des Muſes , & qui n'avoit de
goût que pour les travaux Litteraires & Académiques
; il y avoit confacré toute ſa vie , &
pour cet effet il avoit fixé fon fejour à Paris, il
y a demeuré jufqu'à fa mort ; peut- on dans
de pareilles circonftances foutenir qu'il eut
fon domicile à Beauvais ?
M. Guéau de Reverseau pour la Dame
Danfe Intimée difoit au contraire que l'origine
& le domicile des pere & mere ainfi que l'état
& la dignité ne laiffent pas d'influer beau.
coup dans la découverte du veritable domicile,
notre domicile d'origine eft conftamment
E iiij norre
928 MERCURE DE FRANCE
notre premier domicile, & nous le confervons
néceffairement jufqu'à ce que nous en ayons
acquis unautre ; & comme tous les hommes
font préfumés cherir le Lieu de leur naiffane,
l'établiffement de leur famille, & le centre de
leurs plus anciennes habitudes , on préfume
qu'ils y ont toujours retenu leur domicile , à
moins qu'on ne rapporte des preuves évidentes
du contraire.
C'est encore un principe , que le fait & l'intention
doivent concourir pour l'acquifition
d'un domicile; quelque longue que foit l'habitation
dans unLieu , elle ne conftituë pas de do
micile, fi on n'a pas eu intention de l'y établir ,
d'où il fuit que le feul efprit de retour conferve
l'ancien domicile fans habitation de fait ,
un feul jour de demeure; avec intention d'établir
fon domicile , fuffit pour l'établir. Uno
folo die conftituitur fi de voluntate appareat dit
Dargentré fur l'Art. 449. de la Coût. de Bretagne
. Au contraire nulla tempora domicilium
conftituunt aliud cogitanti , dit cet Auteur
au même endroit , cum neque animum fine
facto, dit il , fur l'Art.9 . nequefactumfine animo
adeòfufficiat.Mornac fur la L. 2.C.de incol .
dit d'après Barthole ne quidem per centum
annos , c'eft ce qui a fait dire à MENOCHIUS
de prafumptionibus L. 6. Præs. 42. & primò
dicendum eft domicilium & habitationem inter
Se differre.
L'intention
MAY. 1743 % 929
L'intention ne peut fe déveloper que par
le fecours des faits exterieurs expliqués dans
la Loi 7. C. de incol. Mais ces circonstances
font d'un poids different felon les perfonnes .
Par rapport à ceux qui font fans titres , fans
emploi & fans occupation , comme rien ne
les fixe à un Lieu plutôt qu'à un autre , toutes
ces circonstances fuppofent néceffaire
ment le choix qu'ils ont fait d'un domicile.
Il n'en eft pas ainfi de ceux qui ont un état ,
une fonction ou des occupations.
A l'égard de ceux qui font attachés à une
réfidence par un titre perpetuel , ils font cenfés
demeurans au Lieu de leurs fonctions
quelque habitation qu'ils ayent ailleurs , on
ne peut pas leur prêter une intention contraire
au devoir ; on peut citer pour exemple dans
PEglife un Evêque , un Curé , un Chanoine
dans la Magiftrature celui qui eft Membre:
d'une Cour fuperieure . Perfonne n'ignore
J'Arrêt rapporté au 3. Tome du Journ. des
Aud. pour la fucceffion mobiliaire d'un Evêque
de Coutances;
Mais pour ce qui eft de ceux qui au lieu
d'un titre perpétuel n'ont que des occupations
momentanées dans la Ville qu'ils ha
bitent , leur habitation eft regardée comme
une fuite de leur emploi , de leurs affaires ou
de leurs autres occupations. On préfume:
qu'ils ont toujours confervé l'efprit de retour
Ev
dans
930 MERCURE DE FRANCE
dans leur ancien domicile , pour le tems où
leurs affaires feront finies , quand même ils
n'y auroient point confervé de maifon; quand
au contraire ils auroient , au Lieu où leurs
affaires les ont attirés , une Maifon confiderable
, tous leurs meubles , tous leurs domeftiques
& tout ce qui peut contribuer aux
commodités de la vie , ils font toujours cenfés
avoir retenu leur ancien domicile.
C'eft fur ces principes que les Déclarations
du Roi de 1707 & de 1731. qui reglent la
fucceffion desGouverneurs, Lieutenans deRoi
& autres Officiers des Eats, Majors des Provin
ces & Places du Royaume , décident que
nonobftant la réfidence fouvent continuelle
qu'ils font à leur département , ils confervent
le domicile qu'ils avoient auparavant.
C'eft auffi l'efprit de la Déclaration du 7.Decembre
1712. fur le domicile des Officiers .
des Gardes Françoifes , & telle eft la Jurifprudence
par rapport aux fimples employés
dans les commiffions , fuivant un Arrêt du S.
Avril 1713. & c'eſt ce qui a éré jugé par Arrêt
du 8. Juin 1742. pour la fucceffion de M.
Garenjau, Directeur des Fortifications de faint
Malo , qui a été réputé domicilié à Paris
lieu de fon origine , quoiqu'il eut réfidé en
Bretagne pendant plus de 64. ans .
Dans le fait L. Dubos étoit né à Beauvais ;
s'étoit fon premier,domicile qu'il a confervé,
s'il
MAY. 931 1743-
sil n'en a point acquis un nouveau à Paris.
Parcourons les deux tems de fa vie ; ce
qu'il a fait avant que d'être Chanoine de
Beauvais , & ce qu'il a fait depuis.
Dans le premier tems , il n'a pu penfer à
aucun établiffement ; fes études finies il eft
entré dans les Bureaux des AffairesEtrangeres;
il a paffé 15. ou 16. années en voyages confecutifs
; le petit logement qu'il avoit alors à
Paris ne lui fervoit que pour venir rendre
compte d'une commiffion finie , & prendre
de nouveaux ordres de la Cour.
Au milieu des affaires dont il étoit chargé
il fonge à fe préparer un retour gracieux &
honorable dans fon premier domicile ; il
avoit gardé en nature à Beauvais les meubles
qui lui étoient échûs en 1695. par le decès
de fa mere ; il avoit placé s grades fur la
Cathédrale de Beauvais . Il a foin qu'on faffe
pour lui chaque année les réiterations nécef
faires ; au lieu de placer l'indult qu'il avoit
obtenu , fur la premiere Prélature vacante ,
il attend la vacance de l'Evêché de Beauvais
& s'y fait colloquer. Il y requiert le premier
Canonicat vacant , & en prend poffeffion
Si au grand deüil de la Republique des Let
tres , L. Dubos fut mort dans ce moment ,
auroit-on pû dire qu'il avoit abdiqué fon
domicile de Beauvais pour en acquerir un
autre à Paris 2
E vi
Seroit- co
932 MERCURE DE FRANCE
en 1727.
Seroit- ce donc depuis qu'il a été Chanoine
qu'il auroit ceffé de vouloir habiter un Lieu où
fon devoir l'appelloit ? Mais au contraire dans
les baux qu'il paffe à Paris , il ftipule la clauſe
des fix mois , dans les baux des revenus de
fes Bénéfices il ftipule le payement à Paris
ou autre Lieu qui fera indiqué à égale diſtance ,
parce qu'il comptoit quitter Paris; s'il follicite
une Abbaye , c'eft auprès de Beauvais ; en
1725. il ne renouvelle plus de baux à Paris ;
il achete une Maifon Canoniale
des plus grandes ; il la garde toute meublée
fans la louer , jufqu'en 1737. & s'en eſt toujours
refervé l'appartement le plus confidérable
; il y fait mettre les Tableaux de famille
s'il differe de réfider, il s'en excufe au- près de
fon Corps; il prend les Ordres Sacrés pour être
plus utile à fon Eglife , dans l'idée d'y aller remplir
fes fonctions; il annonce fon retour à fes
proches & à fes amis; c'eft dans ces fentimens.
que la mort le furprends peut- on dire qu'il eut
abdiqué fon domicile de Beauvais ?
;
Quant aux titres dont il étoit décoré , les
Occupations qui font jointes à de pareilles diftinftions
, ne font qu'un noble amuſement ,
qu'on n'eft jamais préfumé préferer à fon de
voir ; la qualité d'Académicien , celle de Cenfeur
Royal , fe portent par tout, celle de Sécre -
taire perpetuel de l'Académie fe remet à la
Compagnie , quand on ne peut plus vacquer
aux fonctions qu'elle entraîne. Deux
MAY. 1743. 933
Deux fortes d'affaires & d'occupations re
tenoient L. Dubos à Paris , la confiance du
Prince qui gouvernoit alors , & de fon Mi
niftre , & les Ouvrages que L. Dubos avoit
commencés ; les motifs de fon fejour une fois
connus , on ne peut préfumer qu'il ait eû intention
d'établir fon domicile à Paris ; il y a
demeuré long- tems , mais c'étoit une demeu
re de fait qui ne conftituoit pas un veritable
domicile ; c'est un homme utile , & important,
que l'Eglife a prêté à l'Etat, qui avoit befoin
de fes fervices ; s'il eft enfuite refté à
Paris , ce n'a point été par un goût feducteur
pour les Lettres , mais pour finir quelques
Ouvrages qu'il avoit entrepris & auxquels il
étoit engagé par honneur àmettre la derniere
main ; il n'auroit pas eu en Province les fe
cours néceffaires , c'eft ce qui l'a obligé de
demeurer à Paris , plus long-tems qu'il ne
s'étoit propofé il n'a pas à la verité effectué
l'intention. qu'il avoit de retourner à Beauvais
, mais on ne peut pas dire qu'il n'eut pas
l'efprit de retour ; ce feroit l'accufer de prévarication
dans le devoir le plus facré de fon
Etat & envelopper dans la même accufation
fon Chapitre , & fon Superieur qui ont agréé
fes excufes ; on doit préfumer plus favorablement
des intentions d'un homme qui a fait
tant d'honneur à ſa Patrie , à ſa famille & à
La Republique des Lettres.
;
Pa
34 MERCURE DE FRANCE
Par Arrêt rendu en l'Audience de la grand
Chambre le 5.Février 1743. fur les Conclufions
de M. l'Avocat géneral Joly de Fleury,
la Sentence a été confirmée , par où l'on a
jugé que le domicile de L. Dubos étoit à
Beauvais & que fa fucceffion mobiliaire devoit
fe regler fuivant la Coûtume de cette
Ville.
EPITRE
A Mile D. S. B. écrite le premier jour.
Q
de l'An.
Uand on écrit à ces Bergeres
Dont l'orgueilleuſe vanité
Ne fe nourrit que des chimeres
Du Dieu de la tendreffe & de la volupté
En leur renouvellant l'année ,
Avec une voix cadencée ,
On doit renouveller ces fades complimeas :
Ces difcours ennuieux , ces phraſes furannées ¿
Que dans le Pays des Romans
Les Sots réchauffent tous les ans
Pour encenfer leurs Dulcinées :
Mais , Iris , quand on vous écrit ,
> On doit fuir ce ftile vulgaire
Car dès qu'on entreprend de louer votre efprit ,
Votre
MA Y. 935 1743 .
Votre agréable humeur , votre heureux caractere ,
On gagne moins à ce qu'on dit ,
Que lorsqu'on a l'art de le taire.
La louange pour vous n'eft pas un mets exquis :
Quiconque à vos vertus veut rendre fes hom
mages,
S'attire plutôt vos mépris ,
Qu'il ne mérite vos fuffrages.
Pour moi , qui ne fçais point lower ,
Et qui crains peu de l'avouer ,
Je ne vous offre pour Etrennes ,
Ni de longs complimens , ni voeux , ni billetsdoux
,
Mais feulement ces Vers , qu'au bord de l'Hipo
crène ,
Apollon m'a dictés pour vous.
Non moins léger que la parole ,
Le tems s'écoule fous nos yeux ,
Et nous mene fans ceffe à ce moment affreux
Où notre ame avec lui s'envole ::
On a beau s'aveugler fur cette vérité 3.
La foibleffe du corps , celle de la fanté ,
La voix de toute la Nature ,
Nous prouvent invinciblement ,
Qu'à toute heure & qu'à tout inftant
L'individu de chaque Créature
Périt imperceptiblement.
Олі
93 MERCURE DE FRANCE
Oui , vertueuſe Iris , le jour qui nous voit naître ,
Eft pour nous un Arrêt de mort ,
Et notre esprit commence à peine à fe connoître
Que tout dans l'Univers lui parle de ce fort :
Avec une viteffe ǝxtrême ,
L'Homme ne voit- il pas couler chaque moment &
Le tems en s'écoulant ne voit- il pas de même
L'Homme courir vers le néant ?
Mais banniffons d'ici cette affreuſe penſée ;
Notre âge nous promet un fort moins rigoureux ,
Et quand notre Planette eft dans fon Apogée ,
Nous devons efperer des momens plus heureux..
Eh ! que mon ame eft inſenſée !
La jeuneffe contre la mort
A-t'elle d'invincibles armes ?
Lis de tous les mortels fe croyoit le plus fort ,
Lis de tous les mortels avoit le plus de charmes ,
Cependant regardons . . . fes amis en allarmes ,
Sur fon tombeau jettent des fleurs ,
Et par mille torrens de larmes
Soulagent leurs vives douleurs.
Quel fpectacle touchant ! à la fleur de fon age ,
Et n'ayant que vingt fois vû mûrir la Moiffon 2
L'Aimable Lis fur le fombre rivage
Pour paffer l'Onde noire , attend le vieux Caron.
Maintenant , dans notre jeunelle >
Recherchons , fage Iris , quelque folide appui :
Ces
MAY 1743
937
Cet accident helas ! nous annonce aujourd'hui
Que fa vivacité n'eft qu'erreur , que foibleſſe ,
Et qu'on agit imprudemment ,
D'ofer fe prévaloir d'un bon tempérament.
Oui , contre cette Loi qui détruit l'existence
Que les Dieux donnent aux Humains ,
?
Rien ne peut nous munir ; la vielleffe , l'enfance ,
Le vice , la vertu , Sujets , ou Souverains ,
Soumis à la même puiffance ,
Doivent fubir mêmes deſtins.
Si de cette morale auftere ,
Dont le faux Sage eſt révolté ,
Votre efprit un peu moins févere ,
Ne connoiffoit l'utilité ,
Je vous dirois , Iris , que la feule innocence
Doit toujours regler nos défirs ,
Et que tous les honneurs , les biens & les plaifirs
N'ayant qu'une vaine apparence ,
Et n'en ayant la jouillance
Que pour quelques jours feulement ,
Le Philofophe véritable
Sur un fi fragile Element ,
D'une félicité durable
Ne jette point le fondement ;
Qu'il vit fans connoître le vice ,
Qu'il ne chérit que la vertu
Et que , dès que le Ciel ordonne qu'il périſle ;
938 MERCURE DE FRANCE
Il périt comme il a vécu .
Mais la raiſon qui vous éclaire ,
Peut avec moins d'obſcurités ,
Que je ne puis ici le faire ,
Vous expliquer ces vérités.
l'Abbé de Borville , de Chartres:
On a dû expliquer l'Enigme & le Logogryphe
du Mercure d'Avril par la Perruque
& le Mifantrope. On trouve dans le Logogryphe
Erato , Mai , Roſe , Pan , Mitre
Mirte , Serin , Minos , Marne , Paris, Rome
Pain , Or , Priam , Mars , & Mort.
F
ENIGM E.
Illes du Dieu du Jour , nous formons notre
Pere ,
Et n'éxiftons jamais enſemble un ſeul moment ;
Sujettes pour toujours à ce Deftin févere,
Nous nous fuyons , Lecteur , pour ton arrangement.
Duchemin.
ရာ
AUTRE
MAY. 1743. 939
S
AUTRE.
Ans lui faire aucun compliment ,
Je ferre l'homme étroitement .
Quoique fouvent brillant de broderie ,
Je n'en tiens pas moins en état ,
Ce qui ne doit fervir qu'au bien de la Patrie ,
Et qu'à la gloire de l'Etat.
J
Laffichard.
LOGOGRYPHE
.
E fuis un compofé de fept membres utiles ,
Et l'on me voit dans les Cours , dans les Villes :
J'étale des Mortels l'Art le plus féduiſant.
Sans parler , je ſuis amuſant.
Tantôt , je fuis badin , & tantôt , je fuis fombre ;
Je ſuis galant & férieux :
Chés moi l'on voit des Hommes & des Dieux,
Et je dois mon éclat à l'ombre.
Dans mon corps eft un Elément ,
Qu'un fuppôt de Bacchus hait juſqu'au monument ;
Mais l'on y trouve auffi ce que tout parafite
Préfere à l'honneur , au mérite .
J'offre encore un Lieu plein d'appas ,
Où les plaiſirs naiffent avec les pas ,
On trouve dans mon fein un frere pacifique ,
Que
940 MERCURE DE FRANCE
Que fon aîné , cruellement ,
Fit périr fous les coups du plus vil inftrument ;
De plus , deux nottes de Mufique ;
Un Ornement d'Eglife , éclatant en blancheur
Un mot qui n'a point de laideur ;
Une voiture fur la Seine
Qui porte les Badauts de Paris à Saint Cloud ;
Et puis tant d'autres mots ; mais ne t'en mets en
peine ,
Et crois , Lecteur , que c'eft- là tout.
Collet de Versailles.
***
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX - ARTS , & c .
ISTOIRE ROMAINE DE TITE-LIVE ,
traduite en François avec les Supplé–
mens de Freinshemius , dédiée à MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN , par M. l'Abbé Brunet .
Premiere Decade 3. Vol . in - 12 . qui fe vendra
déformais chés Jacques Barois , fils
Quai des Auguſtins , à la Ville de Nevers
7743.
REMARQUES de M.... au fujet de cet
Ouvrage.
L'Auteur de cette Traduction étant mort
depuis
MAY. 1743
94
depuis peu , l'impreffion des Decades fuivantes
qu'il devoit donner fucceffivement au Public
a été interrompuë. Mais heureuſement ,
il avoit entrepris cet important Ouvrage depuis
près de fept ans , & quoiqu'il n'en ait
donné le commencement que l'année derniére
, cette Traduction étoit en état de paroître
long tems auparavant , ainfi qu'il l'a
dit lui-même dans fon Avertiffement (Tome
premier. ) Deforte qu'elle s'eft trouvée complette
& finie , au dernier Volume près , auquel
il travailloit encore. M. Brunet fon frere
, Ecrivain du Roi fur les Galeres , en fera
inceffamment continuer l'impreffion . On a
crû devoir inferer ici quelques Remarques
qui donneront une jufte idée du gout & de
l'habilité de feu M. l'Abbé Brunet dans ce
gente de Littérature .
Après qu'on a négligé fi long- tems de
nous donner une Traduction de Tite Live ;
on a lieu de s'étonner qu'il en paroiffe deux
à la fois ; l'une eft de M. Guerin ancien
Profeffeur d'Eloquence au College de Beauvais
, l'autre de feu M. Brunet , Docteur en
Théologie , & Curé de Bernieres , au Pays
de Caux ; l'une & l'autre dédiée à Monfeigneur
le Dauphin . La Profeffion fi differente
de ces deux Traducteurs , faiſant d'abord
une préfomption toute entiére en faveur du
premier , il convient de fufpendre fon jugement
$42 MERCURE DE FRANCE
ment , & de voir fi le parallele démentira Is
préjugé. Ceux qui ont lû les deux Ouvrages,
fçavent à quoi s'en tenir , mais tous ne font
pas en état ni à portée d'entreprendre ce
double examen ; il eft cependant de l'interêt
du Public qu'on le faffe , afin qu'il choififle
avec connoiffance de caufe entre ces deux
Traductions , d'autant plus qu'il réfulte du
parallele un contrafte fenfible aux moins
clairvoyans.
L'Auteur des Obfervations fur les Ecrits
modernes à touché ce parallele , ( Voyez
fa Lettre 359. ) On pouroit encore citer la
Lettre du Profeffeur de Caën , inferée dans
ces mêmes Obfervations, ( Lettre 385. ) quoiqu'elle
ne paroiffe pourtant pas fuffire pour
faire adjuger définitivement la Palme à celui
à qui ce Profeffeur l'adjuge lui- même , car il
pourroit fe faire abfolument que la Traduction
qu'il critique , quoique plus fautive , &
par conféquent inférieure à quelques égards ,
pût mériter la préference par beaucoup d'autres.
Par exemple on peut manquer de bien
déveloper un Fait, & néanmoins rendre un raifonnement
dans toute fa jufteffe ; on peut
difcuter mal un point de critique , mais bien
décrire une bataille ; on peut échouer en
quelques endroits , mais réuffir en mille autres
; n'être pas net & court dans les Narrations
, mais être vif & intéreffant dans les
Haran
MAY. 1743 ..
949
Harangues , expreffif dans les Maximes ;
clair & fidéle partout. C'eft ce qu'il convient
d'examiner dans les divers morceaux
que nous allons mettre en parallele aux
yeux des connoiffeurs. On fe renfermera
pour cette fois dans le premier Volume .
Les deux Epitres Dédicatoires font deux
Piéces d'Eloquence d'un goût auffi different
que celui des deux Traductions , mais comme
elles font étrangeres à l'examen dont il
s'agit , on fe contentera de les indiquer à
ceux qui voudront étendre jufques là le parallele
. Celle de M. Guerin eft au VIII. Tome
de fon Ouvrage , l'autre fe lit au Frontifpice
, où elle doit être naturellement ; quoiqu'elle
n'ait paru qu'en 1741. elle fut préſen
tée en 1737. dans le tems de la Paix , dont
elle fait mention . On va commencer le parallele
par l'enlevement des Sabines dansTite-
Live , N. 9. à ces mots , Agrè id Romana
pubes , & c. Pour abreger , on ne fera qu'in
diquer le Texte Latin , que chacun peut fa
procurer aifément.
"
La Traduction de cet endroit eft dans
M. Guerin , à la page 34. » La jeuneſſe Ko-
» maine fut piquée de cette infulte , & des-
» lors Romulus ne fongea plus qu'à prendre
» de force ce qu'on ne vouloit pas lui accor-
» der de bonne grace . Mais pour mieux réüf-
» fir , il crut qu'il falloit diffimuler fon ref-
» fenti44
MERCURE DE FRANCE
» fentiment, jufqu'à - ce qu'il ſe préfentât une
• occafion d'éxecuter fúrement fon projet. II
fit donc à deffein les préparatifs des Jeux
Confuanx , ainfi nommés parce qu'on les
célebroit à l'honneur de Neptune Equeftre
» autrement le Dieu Confus . Il fit inviter les
Peuples voifins à ce Spectacle , & pour exciter
davantage leur curiofité , il étala dans
les apprêts toute la pompe & toute la magnificence
dont on étoit capable , dans un
fiécle où les hommes n'etoient ni riches
ni fçavans. Il s'y affembla une multitude
» infinie de monde , attirée d'ailleurs par le
» défir de voir cette nouvelle Ville . Mais
» ceux qui témoignerent le plus d'empreffe-
" ment , furent les Ceniniens , les Cruftumiens
» & les Antemnates , les plus voiſins de Rome .
» Les Sabins ne manquerent pas d'y venir en
59
foule avec leurs femmes & leurs enfans.
» Romulus les reçût avec beaucoup de bien-
» veillance , & chargea les Romains de les
» recevoir dans leurs maifons , comme amis
» & comme hôtes. En attendant l'ouverture
des Jeux , ils vifiterent les murailles & les
differens quartiers de la Ville , & furent
étonnés de l'accroiffement qu'elle avoit
reçû en fi peu de tems. LesJeux commen-
→ cerent & tandis qu'ils occupoient les
yeux & les oreilles de tous les aflittans , les
jeunes Romains de concert , au fignal qui
"
>
» leur
MAY. 1743 94
leur fut donné , fe difperferent & fe jette-
» rent fur les filles de ces Etrangers. La plû-
» part furent enlevées par ceux à qui le ha-
» zard les préfenta . Il y avoit cependant des
hommes de la lie du Peuple , qu'on avoit
chargé de choisir les plus belles , & de les
» porter dans les maifons des Sénateurs , & c.
»
"
ود
9
Dans M. Brunet , page 31. » La Jeuneffe
» Romaine en fut outrée , & parut dès- lors
» vouloir fe porter à quelque coup d'éclat.
» Pour en faire naître l'occaſion , Romulus ,
» diffimulant fon chagrin , ordonne les Jeux
» Confuels à l'honneur de Neptune Equeftre.
» Il les fait annoncer , & pour en donner
» une grande idée par la magnificence des
préparatifs , on mit en oeuvre , felon les facultés
modiques que l'on avoit alors , tout
» ce que l'induftrie de ces tems fuggéra de
plus propre à l'embelliffement du Specta-
» cle. Ce fut une affluence extraordinaire de
monde , que le défir de voir auffi la Ville ,
» attiroit de toutes parts , fur tout les plus
proches , les Ceciniens , les Cruftumeniens ,
"les Antemnates s'y rendirent en foule , &
prefque tous les Sabins avec leurs femmes
» & leurs enfans . On leur fait un bon accueil.
" Le grand nombre de maifons où l'on s'empreffe
de les introduire, leur arrangement ,
la fituation de la Ville , fes Edifices , fes
" remparts , ttoouutt lleess porte à regarder avec
E » admi,
1
946 MERCURE DE FRANCE
» admiration une Ville , en peu de tems fi
» fort accrue. L'heure des jeux arrivée , com-
» me le fpectacle fixoit les regards & l'atten-
» tion de tous les affiftans , les Romains , au
fignal dont on étoit convenu , fe levent
» de concert , & répandus dans l'Aſſemblée,
» raviffent au hazard & fans choix les filles
» des Etrangers ; les plus belles avoient été
» deſtinées aux principaux Sénateurs , & leurs
gens apoftés les leur amenent & c.
>>
"
T.L. L. 2. n. 3. Regem hominem effe &c . C'eſt
le raisonnement de la jeune Nobleffe de
Rome , qui après l'exil des Tarquins regret
toit l'impunité qu'elle ne pouvoit le promet
tre fous le nouveau gouvernement. M. G
pag. 198. » Ils fe plaignoient qu'un Roi fça
» voit exercer la juftice , mais qu'il fuivoit
» auffi dans les occafions les Loix de la clé
» mence & de l'humanité , qu'on obtenoit
» de lui la récompenfe de fes fervices ou le
pardon de fes fautes , & que s'il fe mettoit
» en colere , il étoit aifé de le fléchir & de
» l'appaifer ; que les Loix au contraire étoient
» fourdes, inexorables , & beaucoup plus uti-
» les & plus favorables aux Pauvres & au
petit Peuple , qu'aux Riches & aux pre-
» miers de la Ville ; qu'elles ne faifoient au-
" cun quartier à ceux qui s'éloignoient tant
» foit peu du droit chemin : que l'homme
» étant fujet à tant de foibleffes , il étoit bien
39
trifte
MAY.
1743 947
"
trifte pour lui de ne pouvoir trouver ſa ſûreté
que dans fon innocence .
» M. B. pag. 183. un Roi difoient - ils , eft
un Maître , mais un Maître après tout ,
qui eft homme , qu'on peut efperer de ga-
"gner quelquefois , qui fçait mettre une dif-
» férence entre fes amis & ceux qui ne le
-font point , pour punir , récompenfer , faire
"
grace ou juſtice , s'adoucir ou fe mettre en
» colere , quand il le veut , ou felon qu'il le
» faut. Les Loix , au contraire , font des regles
, toujours inflexibles , toujours inexorables
, fourdes aux prieres & fans égard ,
»faites pour les petits , plutôt que pour les
" grands , incapables par elles - mêmes de
modification , ou d'adouciffement , lorf
» qu'il eft queſtion de punir. Hommes & fujets
à faire des fautes , que n'avons nous
» pas à craindre,fi l'on ne peut vivre qu'à l'abri
de l'innocence ?
T. L. L. 2 n . 14. huic tam pacate perfectioni
&c. Cet endroit eft difficile à traduire ,
& par conféquent très - propre à faire difcerner
le gout & l'habileté du Traducteur.
>
M. G. pag. 231. " On obferve encore au-
• jourd'hui dans la vente des biens , qui ont
» été confifqués au profit de la République
une formule qui paroît contraire à une retraite
auffi pailible & auffi amiable que fut
celle de Porfenna. Car le Crieur qui les met
Fij
ว
943 MERCURE DE FRANCE
"
55
à l'enchere , en annonce la vente fous le
» titre des biens du Roi Porfenna à vendre. II
faut , ou que cette Coûtume ait pris naiffance
pendant la guerre , & ait été confer
» vée depuis que la paix eût été faite , ou
que dans le commencement les expref
fions du Crieur ayent moins reffenti la hai
»ne & l'animofité , que celles dont il ufc
» aujourd'hui. Ce qu'il y a de plus vraiſemblable
, & qu'on peut conjecturer de l'Hif-
» toire même , c'eft que Porfenna , en deſ
» cendant du Janicule , y laiffa un Camp
rempli de proviſions qu'il y avoit fait tranf
"porter des Plaines fertiles de l'Etrurie , &
qu'il en fit préfent aux Romains , dont les
» vivres avoient été confumées pendant un ſi
long fiége , & que pour empêcher qu'elles
ne fuffent pillées par le peuple , on en fit
› publiquement la vente , en la publiant en
» des termes , qui marquoient plutôt la re-
» connoiffance des Romains pour la libéra-
» lité de Porfenna , que le défir de l'infultery
» en vendant à l'encan les biens de ce Prin
» ce , qui même n'étoient pas en leur pou-
33
و و
» voir.
M. B. pag. 211. » Rien ne s'accorde moins
avec la retraite pacifique du Roi Porfen-
» na , qu'un ancien ufage que nous prati-
>> quons encore dans nos ventes publiques ,
où le Cricur fe fert entr'autres,de cette for
mul .
MAY. 1743
949
و ر
» mule ordinaire : Biens du Roi Porfenna à
» vendre. Il faut donc que cet ufage fe foit
» introduit dès le commencement de ka
» Guerre , & qu'il ait continué depuis la
" paix , ou qu'il tire fon origine d'un principe
moins odieux , que n'eft l'idée que
" l'on fe fait d'un encanoù fe vendent les
» dépouilles des ennemis . Auffi dit-on , ( &
" c'eft de toutes les conjectures la plus vrai-
»femblable ) que Porfenira évacuant le Jani-
» cule , y laiffa génereufement toutes les pro-
» vifions qu'il avoit fait venir des Pays voi-
»fins , & les plus fertiles d'Etrurie . Elles ne
» pouvoient qu'être d'un grand fecours aux
» Romains , qu'un long Siége avoit réduits
»à manquer de tout , & plutôt que de les
5 laiffer piller au peuple , comme un butin
" conquis , la République les fit vendre
» comme un bien appartenant au Roi Por-
» ſenna, mais pour lui faire honneur , & non
"pas pour défigner un encan odieux de ces
" effets , dont certainement les Romains n'a
" voient pû fe rendre Maîtres.
T.L.L. 2. n. 34. Si annonam, inquit, veterem
volunt &c. C'eft le difcours de Coriolan
dans le Sénat , affemblé pour fixer le prix
du bled qu'on avoit à diftribuer au Peuple .
M. G.pag. 291. S'ils veulent avoir les vivres
" à l'ancien prix , difoit il , qu'ils rendent au
" Sénat fon autorité. Pourquoi vois -je des
F iij gens
950 MERCURE DE FRANCE
ور
> gens de la lie du Peuple dans les Dignités
» & dans les Magiftratures ? Pourquoi vois-
" je un Sicinius , fier & infolent de la
puiffance qu'il a ufurpée "? Moi qu'ils ont
» fait paffer fous le joug , moi qu'ils ont for
» cé le poignard fur la gorge de racheter ma
» vie , comme des voleurs entre les mains
» de qui je ferois tombé ? Quoi j'endurerois
» ces indignités pendant que je fuis en état
» de m'en délivrer ? Moi qui n'ai pû fouffrir
» la domination du Roi Tarquin , je ſouffri-
» rois celle d'un Sicinius ? Qu'il faſſe retraite
» maintenant , qu'il emmene le Péuple fur le
» Mont Sacré , ou fur quelqu'autre Colline.
» Le chemin lui eft ouvert. N'eft- ce pas eux
qui ont enlevé nos moiffons il y a trois
» ans ? N'eft-ce pas leur fureur qui a rendu
nos terres incultes ? N'eft - il pas jufte qu'ils
»fouffrent les fuites d'une ftérilité , que leur-
" retraite a caufée ? Non , non , Mrs , vous
» n'avez point de nouvelle révolte à crain-
» dre ; jofe vous affûrer que la fanrine les a
" rendus fi fouples , qu'ils fe réfoudront à
» labourer la terre eux mêmes , plutôt qu'à
» fortir de la Ville , & à prendre les armes ,
" pour empêcher les autres de la cultivet .
M. B. p. 262. S'ils veulent , difoit-il ,
» que le bled revienne à fon prix , qu'ils nous
» laiffent rentrer dans nos droits . Verrai - je
» donc toujours des Magiftrats Plebeïens , un
» Sicinius
MAY 1743. 951
»
>>
» Sicinius s'ériger en maître , nous traiter en
» eſclaves , & nous rendre auffi malheureux
que fi nous étions à la merci d'une troupe
» de brigands ? Nous l'avons fouffert; il le fal-
» loit , mais le fouffrira- t'on encore ? Aurions
»> nous fecoué le joug de Tarquin,pour fubir
>> celui d'un Sicinius ? Qu'il forme des partis ,
» qu'il fouleve la populace , qu'ill'emmene &
qu'il aille s'établir avec elle fur le Mont
» Sacré , ou fur quelqu'autre Colline . Les che-
» mins lui font ouverts. Qu'ils aillent dé-
» pouiller nos Campagnes , comme ils firent
» il y a trois ans qu'ils aillent y recueillir les
» fruits de leur fedition & de leur fureur; laif-
» fons faire ces mutins; j'ofe le prédire ; fubju-
» gués par l'indigence, ils fe porteront d'eux-
» mêmes à labourer nos terres , au lieu de les
» faire deferter aux Laboureurs.
T. L.L.3.N.11.Cafo erat Quintius . &c.C'eſt
le caractére de CælonQuintius & fa conduite .
M.G. p. 418. » Il y avoit parmi les Patri◄
» ciens un jeune homme nommé Cafon-
Quintius, dont la fierté étoit égale à la no-
» bleffe de fa race, & à la grandeur de fa tail-
>> le , & de fes forces. A ces avantages qu'il
>> avoit reçûs de la Nature , il joignoit une va-
» leur & une éloquence , qui l'avoient fi fort
diftingué dans la guerre & dans la paix ,
que la République n'avoit point de fujet ,
» dont la langue & le bras fuffent plus à re-
Fiiij >> douter
»
»
952 MERCURE DE FRANCE
»
» douter. Quand il paroiffoit au milieu des
» Patriciens , qu'il furpaffoit tous de la tête ,
» comme s'il eut réuni dans fa perfonne tous
» les Confulats & toutes les Dictatures , la
» grandeur de fa taille & le ton de fa voix
» faifoient trembler les plus réfolus , & il re-
» fiſtoit feul à toutes les tempêtes des Tribuns
» & du Peuple. Les Senateurs fous fa conduite
chafferent fouvent les Tribuns de la
» Place & mirent toute la populace en dé-
» route; fi quelqu'un lui tomboit fous la main,
» il ne s'en tiroit qu'après avoir été bien bat-
» tu , & fouvent cftropié , & il étoit aifé de
voir, que de ce train - là les Tribuns n'arri-
» veroient jamais à leur but , & feroient obligés
de renoncer à leur Loi. Tous les autres
» étoient rebutés,& fe tenoient pour vaincus,
» lorfqu'Aulus Virg. l'un d'entre eux s'avifa
d'appeller Cafon en jugement , mais cette
façon de l'attaquer lui donna plus d'indigna-
* tion de crainte. Il n'en fit paroître que
que
» plus de vigeur pour refifter à la Loi , maltraiter
le peuple , & déclarer à fes Tribuns
» comme une guerre dans les formes .L'accu-
» fateur étoit ravi de voir que Cafon ſe précipitât
dans le danger , & qu'en ſe rendant
» odieux par fes violences , il rendit fa caufe
plus mauvaiſe , & fortifiât celle de ſon ad-
» verfaire.
ב כ
>>
29
M.B.p.381 . » On y voyoit ſouvent le jeune
» Cason
MAY. 1743
953
Cafon-Quintius,d'une grande naiffance, bien
» fait de fa perfonne & d'une forte comple-
» xion. Il joignoit à ces dons de la Nature
» le talent de bien s'énoncer en Public &
" une grande capacité dans le métier de la
"guerre , oùil avoit acquis déja beaucoup de
" gloire,de forte qu'il paffoit pour le plus hardi
» guerrier & le plus beau difeur de fon tems.
>> Ce Patricien toujours efcorté d'un grand
» nombre d'autres , au milieu defquels il
» étoit aifé de le diftinguer , faifoit tellement
» valoir dans les altercations populaires fon
éloquence & fes forces contre le Peuple
» & fes Tribuns , que comme s'il eut poffedé
» la Dictature , le Confulat , & toutes les
» Dignités de la Republique enfemble , il fuf-
» fifoit feul à les deconcerter tous. On l'avoit
déja vû , fecondé de quelques Adjoints ,
» chaffer les Tribuns de la Place & mettre
و د
39
35
tout le Peuple en fuite . On ne tomboit pas
»>impunément fous fa main. Heureux fi on en
» étoit quitte pour y laiffer fon habit en lam
>> beaux & pour quelque gourmade. Auffi le
» College des Tribuns defefperoit de faire ja
» mais accepter fa Loi, fi ces voies de fait con
» tinuoient d'avoir lieu. Tous fe rebutoient
» mais A.Virg. plus hardi que les autres , ofa
» citer Cafon à l'Affemblée du Peuple & fe
» porter pour fon accufateur. Un homme
» aulli intrepide que l'étoit Cafon , bien loin
Fy » de
954 MERCURE DE FRANCE
» de fe déconcerter à cette affignation, en de-
» vint furieux , de forte que ne gardant plus
» de méfures , il s'oppofa deflors au Plebiſci-
» te , avec plus de feu qu'il n'avoit fait en-
» core ; il maltraitoit les Plebeïens , il harce-
» loit les Tribuns & leur faifoit une guerre
» ouverte , comme à fes ennemis déclarés.
» Virginius n'étoit pas fâché de le voir ſe pré-
» cipiter dans le piége , en donnant matiére
» à de nouveaux griefs , qui ne manqueroient
» pas de le rendre plus odieux.
و ر
T. L.L.3 . N. 4. Cum promptum hoc Jus &c.
Il s'agit ici de la promulgation de quelques
Loix redigées par les Decemvirs. M. G. page
479. " Tous les Citoyens , grands & petits,
» regardoient ce Tribunal comme le Sanc-
» tuaire de la Juſtice , & quoiqu'ils la rendiffent
avec autant de promptitude que d'intégrité
, ils ne s'appliquoient pas mɔins à
»former un corps de bonnes Loix , ce qui
» étoit le principal motif de leur création .
» Enfin ils affemblerent le Peuple , qui les at-
"
tendoit avec impatience,& après avoir prié
» les Dieux que leur travail tournât à la gloire
>> & aubonheur de la Republique, d'eux & de
» leurs enfans , ils lui préfenterent dix Tables
fur lefquelles ils les avoient fait graver, l'ex-
» hortant à les lire & à les examiner foigneu-
» fement ; que pour eux ils avoient fait tout
» ce qu'on pouvoit attendre du travail & de
la
MAY, 1743
955
و د
» la prévoyance de dix mortels , pour affurer l'é-
» tat,& la liberté des petits & des grands , mais
» que la voie publique étant la preuve la plus
» certaine d'une bonne décifion , il étoit à
>> propos que tous les Citoyens péfaffent mu-
» rement chaque article des Loix , premiére-
» ment en leur particulier,puis, après en avoir
» conferé enſemble , qu'ils fiffent part à l'Af
» femblée de leurs réflexions & de leurs fen-
» timens , & que quand tout le monde feroit
d'accord, on donneroit au Peuple Romain
» une forme de Gouvernement qu'on pour
» roit dire qu'il auroit établie lui -même après
» l'avoir demandée.
"
37
de-
M. B. p. 439. " Auffi tout le monde ,
» puis le plus petit jufqu'au plus grand , ref
pectoit cette Jurifdiction , & les Senten-
» ces toujours unanimes , qui en émanoient ,
>> étoient reçûës comme autant d'Oracles . L'ap
» plication des Decemvirs à rendre ainfi la
» juſtice , avec autant de promptitude que
» d'équité, ne les empêchoit pas de travailler
>> à cette collection de Loix , qu'on attendoit
» avec tant d'impatience ; ils l'expoferent en-
» fin en dix Tables dans une Affemblée du
Peuple, où ils parlerent en ces termes : Sous
» le bon plaifir des Dieux , pour la felicité de
» vos enfans , pour la votre & pour l'avan-
» tage de toute la République , nous avons
redigé ces Loix, que vous voyez expofées à
99
F vj » VOS
956 MERCURE DE FRANCE
» vos yeux ; lifez -les, & vous allez juger que
» nous avons eu égard à tous les Etats & à
» toutes les Conditions, pour mettre les cho-
>> fes dans l'équilibre, autant que dix perfon-
» nes ont été capables d'y réuffir , mais vos
» réflexions peuvent nous donner de nou-
» velles lumieres. Lifez- donc , examinez ,
>> reflechiffez , conférez & faites - nous part de
» vos avis, fur les additions ou modifications
>> que vous jugerez néceffaires. Nous ne vous
» impoferons jamais d'autres Loix que celles
» que vous aurez vous - mêmes unanimement
approuvées , afin que vous puiffiez les regarder
comme votre ouvrage , plûtôt que
» comme un droit adopté.
ه د
"
On ne pense pas que le Lecteur éclairé
doive être fort embarraffé pour juger à préfent.
La premiere chofe dont il peut s'être
apperçû, c'eft qu'en géneral la Traduction de
M. Brunet eft plus courte que celle de M.
Guerin , dans les endroits , fur tout où celuici
n'a rien omis . Quant au ftyle, rien n'eft plus
aifé que d'en fentir tout d'un coup la difference
,Immanè quantum difcrepat ! Mais fil'on
veut fe donner la peine d'approfondir cet
examen, en comparant les deux Traductions
au Texte Latin après les avoir comparées enfemble
; c'eft alors que l'on verra dans tout
fon jour toute la difproportion qu'il y a d'une
Traduction à l'autre, non - feulement dans le
Style ,
MA Y. 17437 9599
ftile , mais encore plus dans le fond & dans
ce qui fait l'ame & le beau de Tite- Live . On
propofera de même le Parallele des Tomesfuivans.
HISTOIRE de la Nobleffe du Comté Vez
naiffin , d'Avignon , & de la Principauté
d'Orange , dreffée fur les Preuves , dédiée au
Roi. 2. Vol. in-4° . Le 1. de 570. pages. Le
2. de 532. avec plufieurs Tables Généalogiques
, Armoiries &c. A Paris , chés
David le jeune , rue du Hurpoix , au S. Efprit
, & de Lormel , rue du Foin , à Sainte
Genevieve , M. DCC . XLIII.
Cette Hiftoire , qui eft d'un travail immen
fe , étoit fouhaitée depuis long- tems , & on
a lieu de croire que M. l'Abbé Pithon- Court,
qui en eft l'Auteur ; a exécuté fon deflein à
la fatisfaction du Public & des familles intereffées.
Il regne en effet dans cet Ouvrage
un grand ordre , beaucoup de netteté , &
une critique faine & impartiale , fans parler
de plufieurs morceaux d'Hiftoire curieux &
intereffans , & des recherches infinies .
Pour en donner une idée fuffifante , voici
qu'elle eft la méthode de l'Auteur. Après
une Carte exacte de la filiation de chaque faz
mille , arrangée par ordre Alphabétique , il
expofe fuccinctement fon, origine , fon état
paffé & préfent , il en rappelle tous les dégrés
,
958 MERCURE DE FRANCE
grés , & toutes les Alliances , appliquant à
chacun l'emploi ou la dignité , dont il a été
revêtu , & il y joint un Sommaire des faits
qui peuvent l'intereffer . Lorfque dans une famille
il fe trouve une perfonne illuftre
quelque genre que ce foit , on fait fon éloge,
& on s'étend fur fes qualités , & fur fes actions
, en citant toujours les Hiſtoriens , ou
d'autres Autorités , écrites pour fervir de
ves.
>
preu-
Au reste , quoique les 2. Volumes dont il
s'agit içi , contiennent plus de fix vingt Articles
, l'Auteur avertit qu'ils n'ont pû com
prendre toutes les Familles, dont il eft obligé
de parler pour l'entiere exécution de fon
jet , & il déclare en même- tems ', qu'il donnera
dans peu au Public , un troifiéme Vol .
in-4° . pour rendre toute cette Hiftoire complette.
pro-
Comme la Principauté d'Orange fe trouve
enclavée dans le Comté Venaiffin , il s'eft
engagé de parler des Familles nobles de cette
Seigneurie . On en trouvera déja quelques unes
dans ces deux premiers Volumes. Pour celles
qui n'ont pû y trouver place , il promet
de les inferer exactement dans le Volume
fuivant , pourvû qu'on s'empreffe de lui fournir
à propos les Titres qui les concernent.
Il ne faut pas oublier que toute cette Im
preffion a été faite , & fera continuée en caxactéres
MAY. 1743:
959
racteres neufs , & fur de beau papier , & qu'à
la tête de chaque article il y a des Gravûres
d'une bonne main , & des Cartes figurées de
la defcendance de chaque Famille.
ARRESTS ET REGLEMENS Notables du
Parlement de Paris , & autres Cours Souve→
raines , tant à l'Audience que fur Rapport ,
pendant les années 1737. 1738. 1739. 1740.
& 1741. fur plufieurs Queſtions nouvelles ;
& importantes de Droit , & de Coûtumes ,
tant en matiére civile que criminelle , & bénéficiale
, avec le Sommaire des Plaidoyers ,
& moyens des Avocats , des conclufions de
MM.les Avocats Géneraux & des motifs qui
ont fervi de déciſion aux principales Queftions.
Par M. Nicolas Guy du Rouffean do
la Colombe, Avocat au Parlement . A Paris ,
grande Salle du Palais , chés Paulus du Mefnil
, Imprimeur- Libraire , au Lion d'or ; &
chésJean de Nully, Libraire, à l'Ecu de France,
& à la Palmé, près la Cour des Aydes. Vol,
in- 4° de 697. pages, fans le Frontifpice , l'Avertiffement
& la Table des Chapitres ; prix
9. liv. relié en veau .
Ce Recueil contient tous les Arrêts notables
rendus depuis l'année 1737. jufques &
compris l'année 1741. tant en l'Audience que
fur rapport , en matiere civile , criminelle ;
& bénéficiale , & çe qui doit le rendre trèsutile
60 MERCURE DE FRANCE
utile , c'eft que l'Auteur a eu foin de n'y in
ferer, que des Arrêts qui ont décidé des Queftions
de Droit , à la fin de la plupart defquels
il a ajouté les motifs , lorfqu'il lui a paru que
la décifion pouvoit être fufceptible d'un double
fens. Par ce moyen les Juges inferieurs
pourront fe conformer dans leurs Jugemens,
à la Jurifprudence actuelle du Parlement de
Paris , & autres Cours Supérieures; les Avocats
pourront fe mettre par eux -mêmes au fait
des véritables maximes qui yfont en vigeur ,
& ce qui eft un grand avantage, réclamer dans
deurs Ecritures & Plaidoyers des autorités toutes
récentes , de Tribunaux auffi éclairés
que
refpectables .
Pierre - Guillaume Simon , Imprimeur da
Clergé de France , rue de la Harpe , à l'Hercule
, a achevé d'imprimer , & débite actuellement.
1 °. Le Rapport de Meffieurs les anciens
Agens , contenant les principales affaires
du Clergé , qui fe font paffées depuis l'Aſſemblée
de 1735. jufqu'en celle de 1740. par M. l'Abbé
Fouquet , ancien Agent General du Clergé
à préfent Archevêque d'Embrun , &Par M.
l'Abbé du Vivier de Lanfac , Comte de Lion ,
avec les Piéces juftificatives de ce Rapport ,
1741. in . Fol.
2°. Le Procès verbal de l'Affemblée de 1740
avec le Recueil des Piéces de ce Procès ver
bal , 1741 , in-Fol.
MAY. 1743: 961
3 , Le Procès verbal de l'Affemblée Géne
rale extraordinaire du Clergé de France , tenue
à Paris en 1742. avec le Recueil des Piéces ;
concernant le Procès verbal de cette Affemblée
, 1742. in Fol.
Il y a à chacun de ces Volumes une Table
étendue & commode pour les Matiéres.
HISTOIRE de l'Académie Royale des
Sciences , année 1737 avec les Mémoires de
Mathématique & de Phyfique , pour la même
année , tirés des Regiftres de cette Académie
, 1. Vol. in-4° . de $ 49 . pages avec plu
fieurs Planches.A Paris de l'Imprimerie Roya
le, 1740.
C'eſt le quarantiéme Volume que l'Acadé
mie des Sciences a mis au jour depuis fon
établiffement , contenant 15. Articles dans
fa Partie Hiftorique & 28. Mémoires. Tout
eft précieux dans ce Recueil , & tout y
tend
à la perfection des Sciences pratiques , & à
P'utilité Publique . On en trouve un long &
curieux Extrait dans le Journal des Sçavans
du mois de Janvier 1743 p . 37. Extrait qui
n'épuife pas la matiére , & à la fin duquel on
en promet un ſecond pour la Chymie , la
Géometrie , l'Aftronomie , & la Méchani -
que.
MIZIRIDA , Princefe de Firando , 6. Vol .
in62
MERCURE DE FRANCE
in 12. A Paris , chés Rouy , grande Salle die
Palais, à l'Ange Gardien , & Dumonneville
Quai des Auguftins , 1743 .
Ce n'eft pas ici un de ces Livres où l'on
n'apprend rien , & où il n'y a rien à gagner
pour les moeurs , de ces Livres frivoles que
l'on ne lit jamais deux fois. Nous en avons
déja fait connoître le mérite , lorfque nous
avons parlé dans le Mercure de Septembre
1738. p. 1994. des trois premiers Volumes
qui parurent en ce tems -là . Il vient d'en paroître
trois autres qui contiennent , comme les
précedens, des Inftructions particulieres fagement
variées. On y voit auffi beaucoup d'évenemens
finguliers , des Defcriptions cu
rieufes , & une grande connoiffance du Monde.
C'eſt ce qui a excité le goût du Public ;
& ce qui a engagé l'Auteur à donner la fuite
qui paroît aujourd'hui , pour faire un Corps
complet de fix. Volumes entiers . On vendra
cependant les trois derniers Volumes féparement
pour la commodité de ceux qui ont
déja acquis les précedens .
MEMOIRES de l'Academie Royale de Chirurgie.
Tome I. in- 4° . de 718. pages , fans
compter l'Epitre Dédicatoire au Roi , la
Préface, la Table des Autes , des Mémoires
& des Obfervations , &' la Table génerale
des Matiéres. A Paris , chés Charles
Ofmont,
M'A Y. 1743
963
Öfmont , Imprimeur de l'Académie Royale
de Chirurgie , rue S. Jacques , à l'Olivier.
M. DCC. XLIII.
Nous rendrons compte inceffamment de
cet Ouvrage , l'un des plus importans & des
plus utiles , qui ait encore parû fur cette
matiére.
DISSERTATIONS fur l'Hiftoire Ecz
cléfiaftique & Civile de Paris , fuivies de
plufieurs éclairciffemens fur l'Hiftoire de France
, par M. l'Abbé Lebeuf, Chanoine de
l'Eglife d'Auxerre , de l'Académie des Infcriptions
& Belles- Lettres, TOME III. APAris
chés Durand, à l'Image S. Landry, 17434.
Le commencement de ce Volume préfente
trois Ecrits de M. l'Abbé Lebeuf, concernant
la Ville de Paris . Ces Ecrits font fuivis de la
Differtation qu'il compofa en 1740. pour le
Prix de l'Académie de Soiffons, qu'il rempor
ta en 1741. Elle n'a pû être imprimée qu'en
1742. & dans le même tems qu'on l'imprimoit
à Paris fous les yeux de l'Auteur ,
ena eû une autre Edition faite à Soiffons chés
la Veuve Courtois , que nous n'avons point
vûë . Ces Ouvrages réunis enfemble font terminés
par une vie du Sage Roi Charles V.
que l'on connoiffoit bien par les Manufcrits,
mais dont le Public défiroit fort l'Impreffion.
L'Editeur l'a accompagnée d'amples notes qui
il
Y
Le
64 MERCURE DE FRANCE
fe trouvent à la fin de l'Ouvrage , outre celles
qui fe préfentent au bas des pages , felon
les occafions . En attendant que nous rendions
compre de cette curieufe vie , de Charles V.
& de ces notes remplies de Faits intereffans ,
nous nous contenterons d'expliquer en quoi
confiftent les trois ou quatre premiers morceaux
qui compoſent ce Volume .
M. l'Abbé L. qui refide à Paris depuis quelques
années , s'étant mis au fait des Legendes
du Bréviaire de Paris,telles qu'elles furent
rédigées fous l'Epifcopat de M. de Harlay , at
trouvé qu'il y en avoit qui concernent l'Eglife
& le Diocèle de Paris en particulier , lefquelles
auroient dû être retouchées ; il lui a paru
qu'on n'auroit pas dû les conferver fi litteralement
qu'on a fait , dans les mêmes termes
auxquels on fe fixa vers l'an 1680. & qu'on
a continué d'employer depuis ce tems - là .
Les cinquante ou foixante années qui fe font
écoulées depuis , ont donné occafion de retrouver
bien des Manufcrits , & de relire avec
plus d'attention ceux qu'on avoit déja fous
les
yeux : c'eft en confequence
de ces fortes
de recherches que M. l'Abbé L. a déja donné
au Public dans les Tomes précedens quelques
remarques importantes fur les Actes de
S. Denis , fur l'Hiftoire de Ste Géneviève
fur la vraie origine & le vrai nom de l'Eglife
de S. Germain l'Auxerrois
, fur S. Landry ,
fur
MAY. 1743. 965
fur l'Epoque la plus probable de la Tranflation
du corps de S. Marcel dans la Cathé
drale de Paris , & c.
-
Aujourd'hui, il fait obferver la nouveauté
de l'opinion qui attribue au Village de Fontenay
lous Bagneux , autrement dit Fontenayaux
Rofes, l'honneur d'avoir été le Lieu , ou
celui qui apporta le bois de la Sainte Croix
de Jerufalem , l'an 1109. le dépofa dabord,
avant qu'on le portat à S. Cloud, pour de -là
le rapporter folemnellement à Paris. L'Hif
toire originale de l'arrivée de cette Relique
en France,laquelle paroît avoir été écrite dans
le XII. Siccle, & tous les Lectionnaires & les
Bréviaires , tant manufcrits qu'imprimés à
l'ufage de Paris, avoient feulement marqué en
géneral, que la Ste Croix fût apportée par Anfel,
& depofée dabordà Fontenaydu territoire
de Paris , fans ufer d'expreffions plus déterminées.
Il y avoit cependant deflors cinq
Villages du nom de Fontenay dans le Diocèfe
de Paris : mais les Auteurs de la Legende
ne pouvoient pas prévoir qu'on oublie
roit auquel de ces cinq Fontenay , il faudroit
attribuer ce Trait Hiftorique, & que cela feroit
une confufion. Les Editeurs du Bréviaire
de 1680. s'en étant peut- être apperçus , ont
été les premiers , qui en confervant prefque
tout le fond de l'ancienne Hiftoire de cet
évenement , out cru devoir ajouter après le
mot
986 MERCURE DE FRANCE
mot Fontanetum , ces deux- ci , prope Balneolum.
M. L. fait voir. qu'ils ont été mal fondés
& il en apporte de bonnes raifons. Après
quoi il fait valoir celles qu'il a découvertes
pour prouver que ce fut à Fontenay en Parifis,
proche Louvres , que le Seigneur Anfelme
dépofa le précieux Tréfor dont il avoit
été chargé. Cet Anfelme étoit un Vaffal de
l'Evêque de Paris , & M. L. prouve par le
Cartulaire de l'Evêché, écrit au XIII . Siècle ,
que ce Prelat avoit en effet quelques Fiefs
à Fontenay en Parifis , qui relevoient de lui ;
que ce même Fontenay eft celui où le culte
dela Croix a toujours été plus célébre; qu'on
y conferve une Croix d'or confidérable , qui
paroît très-ancienne , & qu'on affure conte
nir du précieux bois ; que le concours y étoit
fi grand autre- fois , que François I. accorda
qu'on y tint une Foire le jour de l'Exaltation
de la Ste Croix , & qu'encore ac
tuellement toutes les femaines on y célébre
une Meffe de la Croix. Il faut voir dans le
Livre même la maniere dont M. L. répond
aux objections qu'il a prévû qu'on pourroit
lui faire.
A la page XXI. il apporte une Note qu'il
a tirée d'un Regiftre du Parlement, dans lequel
il eft fait mention d'une voye Romaine,
qui femble partir de Sens , traverser la Brie
&
MAY
967 1743
1
& venir aboutir dans le Mulcien ou le Parifis
.
H n'arrive gueres d'inondation à Paris , ou
de débordement extraordinaire , qui n'attire
l'attention des Parifiens. Sauval en a révoqué
deux en doute , quoiqu'ils foient réellement
arrivés fous le Regne de S. Louis , & cela
parce que quelques Hiftoriens modernes de
l'Abbaye de Ste Géneviève en ont fait un
recit , qui ne paroiffoit pas bien autorisé.
M. L. ayant découvert à la Bibliothéque du
Roi un Manufcrit du XIII . Siécle , qui a appartenu
à cette Abbaye , en publie quelques
morceaux, d'où l'on apprend que ce font des
témoins oculaires de ces débordemens qui
ont écrit ce qu'on y lit, Vidimus,difent - ils.Ces
inondations paroiffent être arrivées en 1232 .
1236. & 1242. Un de ces Hiftoriens témoigne
qu'on regardoit comme une chofe non
recevable , & comme une demande inepte ,
que la Proceffion de la Châffe de Ste Geneviéve
fe fit deux jours de fuite , comme quelques-
uns trouvoient bon alors qu'on la fit.
Le débordement du mois de Janvier 1236.
( ou 1237, comme on comptoit en Italie )
fut fi grand que l'Hiftorien à crû devoir le
repréſenter en ces termes : Tunc per Gallandiam
& in pluribus locis uti faciebat navigio:
illam partem & Parifius que ultrà magnum
pontem eft , feciffet infulam, nifi celfioris
a
terra
968 MERCURE DE FRANCE
terre crepido ficut itur adfanctum Laurentium
profluvium deinens fuper aquas contenderet
eminere.Il paroît par là , qu'il y avoit une Chauf
fée affés élevée dans ce qu'on appelle aujourd'hui
la rue S. Denis .
>
Ileft très certain qu'il y avoit dans Paris au
VII. Siécle une Eglife du Titre de Ste Colombe.
C'est une ancienne Martyre de l'églife
Métropolitaine,dont Paris étoit autrefois fuffragant.
Il n'eft pas moins certain que S. Eloy,
Orfévre de la même Ville de Paris , eut une
grande dévotion envers cette Sainte , & qu'il
eft repréſenté par S. Oüen , Auteur de fa vie
comme s'intereffant pour cette Bafilique de
Ste Colombe de Paris , de même que s'il en
eut été le Fondateur. Quelques - uns avoient
crû que cette Eglife étoit celle du Village de
Civilly , à deux lieues de Paris , au de là de
Villejuir, ou qu'elle pouvoit avoir été fituée
dans la Cité , ruë de la Colombe . Civilly ou
Chevilly eft trop éloigné de Paris pour qu'on
croye, que parce que l'Eglife eft du Titre Ste
Colombe ce foit celle-là que S. Ouen a
entenduë; il faut, felon fon narré , que ce foit
une Eglife fituée dans Paris même . La Cité
étoit à la vérité proprement Paris ; mais au
VII. Siecle le quartier de la Grève & de
S. Merry étoient auffi fermés de murs ; cette
Eglife pouvoit être fituée de ce côté là. Le
nom de la Colombe , refté à une rue de la
,
Cité
MAY. 1743 169
"
Cité , n'étant qu'un nom d'Enfeigne , ne peut
pas fuffisamment prouver qu'il y ait eû en ce
lieu une Eglife du nom de Sainte Colombe.
M. l'Abbé L. a penfe que le moyen de découvrir
plus fûrement où cette Eglife pouvoit
être fituée , eft de fuivre les évenemens
divers arrivés aux Eglifes réunies ou foumifes
au Prieuré de S. Eloy de Paris , & de voir
à quelle Eglife ce Prieuré , à fon tour , a été
réuni.
Comme il est conftant que S. Eloi bâtit
en ce Lieu l'Eglife de S. Martial , parce qu'il
en avoit apporté des Reliques de fon Pays , il
eft très-vraisemblable que ce furent les Reliques
qu'il obtint àSens desteColombe , dont il
avoit fabriqué la Châffe, qui le déterminerent à
bâtir à Paris unTitre fous fon invocation . Donc
où l'on trouvera des Reliques confidérables .
de Ste Colombe , ce fera une marque que
l'Eglife de cette Sainte étoit en relation avec
ce Lieu là , ou comme foumiſe , ou comme
reunie , & cela la fera connoître . C'est à
S. Maur des Foffés que ces Reliques fe retrouvent
, & elles ne peuvent guere y avoir été
apportées que de l'Eglife de S. Colombe de
Paris . Mais comment reconnoître en laquelle
de ces Eglifes de Paris , parmi celles qui
font reunies à l'Abbaye de S. Maur , par la
réunion du Prieuré de S. Eloy , étoient confervées
les Reliques de Ste Colombe ? M. L.
G faje
970 MERCURE
DE FRANCE
fait faire attention , 1 ° . Que ce doit être une
Eglife , dont le nom ait été éclipfé par celui
d'un autre Saint , furvenu depuis ; 2º. que ce
ne peut être l'Eglife de S. Martial , ni de Ste
Croix , ni celles de S. Pierre des Arfis , ou
aux Boeufs , ni S. Paul non plus , parce que
ces Eglifes portent le nom qu'ils ont pû porter
dès le tems de S. Eloi , mais que ce ne peut
être que l'Eglife de S. Bon , proche S. Merry,la
quelle eft de l'ancien domaine de S.Eloi, & qui
a dû porter le nom de quelque Saint beaucoup
plus ancien que le Siécle du S. Orfevre. 3 °.Ce
qui indique encore que cette Eglife de S. Bon
a été fous l'invocation de la Martyre de Sens,
& que le S. Bon , qui en eſt comme fecond
Patron , eft S. Bond de Sens , Baldus , felon
Cous les anciens Livres du Prieuré de S. Eloy ,
écrits depuis cinq ou fix cent ans.
Nous rendrons compte dans le prochain
Mercure de la Differtation qui fuit , concer .
mant les fils de Clovis , &c.
Le Sieur Legras , Libraire dans la grande .
Salle du Palais , à L. Couronnée , a mis en
vente depuis peu les Livres fuivans.
Les VII. & VIII . Tomes des Vies des hommes
illuftres de la France,depuis le commencement
de la Monarchie jufqu'à préſent , par
M. D'AUVIGNY. Le prix relié de ces deux
Volumes eft de fix livres.
La
MAY. 1743 971
La nouvelle Edition , bien augmentée du
Dictionnaire de Trevoux , en fix Vol . in -Fol .
La nouvelle DESCRIPTION de Paris , de
fes Environs , & de toutes les Maiſons Royales
, par M. PIGANIOL de la Force ; huit Vol.
in 12. enrichie d'un grand nombre de figures .
Les Nouveaux VOYAGES aux les Fran-
Coifes de l'Amerique ; huit Vol. in- 12 . ornées
de Figures.
Pierre -Jean Mariette , Imprimeur- Libraire
à Paris, rue S. Jacques , aux Colomnes d'Hercule
, a publié depuis peu une NoUVELLE
EDITION des Loix Ecclefiaftiques de France ,
dans leur ordre naturel , & une Analyſe des
Livres du Droit Canonique , conferées avec
les Ufages de l'Eglife Gallicane, Par M. Louis
de Hericourt , Avocat au Parlement. Cette
nouvelle Edition a été revûë , corrigée &
augmentée des additions néceffaires , pour
en rendre les Articles conformes aux nou
yelles Ordonnances . I. Vol. in fol. 1743 .
M Haurifius Confeiller Aulique de S. A.
S. E. Palatine , & Profeffeur en Hiftoire de
l'Univerfité d'Heidelberg , donne un nouvel
Avis au Public , qu'il fait Imprimer à
Heidelberg un Livre en trois Volumes infolio
qui a pour titre , Haurifii Scriptores
Hiftoria Romana veteres qui extant , &c. fur
de fin papier royal , avec de nouveaux carac➡
Gij téres
72 MERCURE DE FRANCE
•
téres choifis lequel fera orné de quantité
de Médailles , Statues , & Infcriptions gravées
en taille douce par un habile Maître, &
dont le troifiéme tome comprendra la continuation
de l'hiftoire Romaine jufqu'à nos
derniers tems ; avec l'Hiftoire de l'Empire &
les Principes du Droit public.
Les amateurs de l'Hiſtoire & des Antiqui↓
tés Romaines qui voudront bien y foufcrire,
& s'affuter d'un Ouvrage auffi confiderable
font priés de s'adreffer promptement au fieur
Jean Chretien Muhl , Marchand, à Francfort
fur le Mein; ou à Paris aux fieurs Pezar, pere
& fils Marchands , rue de la vieille Monnoye
a la Chaife Royale , lefquels en délivreront
préfentement le premier Tome, en payant par
Les Soufcripteurs , conformément au prix précedemment
annoncé dans le Mercure de Fevrier
dernier , 30. Florins , argent d'Empire ,
qui font argent de France 81 , liv. 6. f. 8. den.
fçavoir 15 , Florins ou 40. liv. 13. f. 4. den .
pour le payement du premier Tome , &
15. Florins ou 40. liv. 13. f. 4. den. pour la
Soufcription du fecond Tome , qui fera achevé
vers la S.Jean prochaine , & delivré enſuite
inceffamment par les fieurs Pezart , qui
en montreront auffi dès à préfent les premieres
feuilles , & recevront en délivrant le fe-
Cond Tome les 15. Florins ou 40. liv. 13. L.
den.
pour le payement & Soulcription du
troifiéme
MAY 1743. · 971
troifiéme & dernier Tome , qui pourra être
delivré dans le commencement de l'année
prochaine 1744 , ou plutôt s'il fe peut , fuivant
l'avis qu'ils auront foin d'en donner aux
intereffes. Ceux qui les fouhaiteront , pourront
foufcrire maintenant pour le tout , en
payant aux feurs Pezart qui en délivreront
les recepiflés , 45. Florins ou 122. liv.
argent de France ; cependant ces Volumes
ne pourront être delivrés qu'aux tems cideffus
marqués & en feuilles , & en payant
par les Soufcripteurs les frais de Francfort
à Paris , qu'on aura foin de ménager le plus
qu'il fe pourra.
ISTORIA TEOLOGICA , delle Doctrine &
delle opinioni Corfe ne cinque primi ſecoli
della Chiefa in propofito della divina Grazia
, del libero arbitrio , è della predeftinazione
&c. Si aggiungono alcuni opufcoli Ecclefiaftici
dell' autor medefimo , con importanti
anecdoti in membrane antiquiffime
rinvenuti. In Trenti 1742. per Gianbattista
Parone ftampatore Epifcopale. Con licenza de
Superiori. Si ventoin Verona alfeminario Epif
copale per uno zechino . L'opra e del fignor
chefe Scipione Maffei . 11. Volumè è di 20
più fogli con cinque ftampe grandi in rame.
HISTOIRE de Charles XII. Roi de Suede "
G`iij
traduite
974 MERCURE DE FRANCE
traduite du Suedeis de M. J. A. Nordberg
Docteur en Théologie , Premier Paſteur des
Eglifes de SteClaire & de S. Olaus , à Stokolm ,
ci devant Chapelain & Confefleur de S.M.
Par Charles Guftave Warmholtz , avec des
Remarques , tant de l'Auteur que du Traducteur
, fur les fautes que divers Ecrivains
ont faites , en parlant de Charles XII . Ouvrage
enrichi d'un grand nombre de Médailles
, I. Vol. in- 12 . A la Haye , chés Jeand
Martin Huffon , Libraire , 1743 ..
RECUEIL des Lettres de Critique , de Lit
terature d'Hiftoire , écrites à divers Sçavans
de l'Europe par feu M. Gilbert Cuper , Bourgmeftre
de Déventer &c . publiées fur les Origi
nau par M. Beyer. Cet Ouvrage eft enrichi
d'un grand nombre de Médailles , de Figures
d'Antiquité, &c. 1742. in-4° . chés Wetstein ;
à Amfterdam.
On trouve dans la même Ville une nouvelle
Edition de l'Histoire de la République de Génes
, depuis fon établiſſement juſqu'à préſent.
On y a ajouté le Catalogue des Ecrivains &
Hiftoriens de Génes, & de Ligurie , & la Lifte
Chronologique des Doges , 1742. in 12. 3 .
Vol. Cet Cuvrage fe debite auffi à Paris chés
Montalant , Libraire , Quai des Auguftins ..
Il paroît à Breffe un Ouvrage de Médecine
qui
MAY.
978 1743
,
qui a été bien reçû du Public , & qui eft
fort recherché ; il eft intitulé Hiftoria morborum
obfervationibus aucta , & clarıſſimorum
virorum confultationibus , atque Epiftolis illuftrata
, Autore Francifco Roncalli Parolino ,
·Academia Bononienfis Socio , & Nobilis Brixiani
Medicorum Collegii Priore , Brixia ,
1741. in fol. L'Auteur, après avoir remarqué
que la Médecine ne peut être portée à fa perfection
que par beaucoup d'obfervations , &
en faifant une fcrupuleufe attention aux Avis
des Auteurs & principalement des Académies
, il rapporte cinquante Hiftoires des
Maladies differentes , & il joint à chacune
de ces Hiftoires les obfervations qu'une expérience
de vingt années lui a fait faire ; il y
ajoute fouvent les Avis & les Confultations
des plus célebres Médecins qui portent leurs
jugemens touchant le genre de Maladies
fur lequel il les avoit confultés . Il ajoute auſſi
à la fin du Volume un Recueil de Lettres fur
la même matiere. Cet Ouvrage qui eft dédié
au Prince Frederic Chrétien de Saxe, eft trèsbien
imprimé , & eft orné de plufieurs
belles Eftampes & d'un magnifique Fron
tifpice.
Iftoria Della Citta di Viterbo , illuftrata di
Feliciano Buffi de Cherici , Regolari Miniſtri
degli infirmi. In Roma , nella Stamperia del
G iiij Bernabo
976 MERCURE DE FRANCE
Bernabo e Lazzarini , 1741. in fol Roma. Le
P.F. Buffi étoit décedé, lorfque cette Hiſtoire
a parû. Il avoit promis d'y ajouter une feconde
Partie pour les Hommes illuftres de Viterbe
, & même une troisieme , contenant
un grand nombre d'Antiquités Etrufques ,
qu'il avoit découvertes dans le Territoire de
Viterbe. On ne marque pas en quel état il a
laiffé ces deux derniéres Parties de fon Ouvrage
, ni même s'il y a travaillé . Il cite dans
la Préface du Volume, que nous annonçons
les Auteurs dont il a tiré fon Hiftoire , & les
Monumens fur lefquels ces Auteurs fe font
appuyés . Après les preuves qui font à la fuite
de cette Hiftoire , on a mis la Chronologie
des Evêques de Viterbe , compofée par Mrs
Corretini & Mariani. On a joint à cette Chronologie
celle des Podeftats , Recteurs , & de
tous ceux qui , fous quelque nom que ce foit,
ont gouverné ce te Métropole.
ANTIQUISSIMI VIRGILIANI Codicis fragta
Pictura ex Bibliotheca Vaticana ad prifcas
imaginum formas à Petro Sancte Bartholi incifa
. Rome, x Calcographia R. C. A. apud Pedem
Marmoreum A. S. 1741. C'est -à- dire ,
les Fragmens & les Peintures d'un très - ancien
Manufcrit de Virgile , gravés d'après les
Figures anciennes par Pietro de Sancto Bartholo.
A Rome 1742. Vol in -fol. de 225. p.
fans
MA Y. 17437 977
fans l'Avis au Lecteur de vingt- deux pages.
On a déja annoncé ce bel Ouvrage dans le
Mercure de Juin dernier , I. Vol. Voici ce
que nous en avons appris depuis . A la tête du
Livre qui eft un in -fel. de 225. pages , imprimé
cette année à Rome , eft unc Dédicace
au Pape en forme d'Infcription , & conçûë
en ces termes.
BENEDICTO XIV.
PONTIFICI MAXIMO
BONARUM ARTIUM
OMNIUMQUE DISCIPLINARUM
PATRONO ATQUE ASSERTORI
DCCTISSIMO SAPIENTISSIMOQUE
.
IN. OBSEQUII GRATIQUE ANIMI
>
MONUMENTUM
(
Jo. DOMINICUS CAMPIGLIA
CALCOGRAPHIE C. A. PRÆF.
Opus Học
SEQUE
D. D. D.
Après cette Dédicace , fuit un Avis au Leca
teur , dans lequel on rend compte des vûës
& du travail de l'Editeur. Le détail de
cet Avis eft curieux & inftructif ; on le lira
agréablement , avec tout ce qui regarde cette
matiere , dans le Journal des Sçavans du
mois de Juillet dernier , page 436. & c.
On a publié à Florence le premier o
Gy lume
978 MERCURE DE FRANCE
lume du Recueil des Lettres de Filelfo , fai
fant la fuite de la grande Collection des Lettres
des Hommes célébres du XV. Siécle .
Ce premier Volume eft intitulé : Francifci
Philelphi Tolentinatis , Equitis Aurati ,&
Eloquentia Profefforis feculo XV. Celeberrimi
Epiftola , cateris hactenus prodierunt
auctiores & emendatiores Animadverfionibus,
Præfationibus , Indicibus , Vitâque Auctoris
locupletata, operâ & ftudio Nicolai Stanislai
Meuccii , Tome I. Florentia , ex Typ. Bernard.
Paperini , fumptibus Jof. Rigacci 1742.
Volume in- 8°.
qua
›
Le XII. Tome de la nouvelle Edition des
Annales Eccléfiaftiques du Cardinal Baronius,
avec la Critique du Pere Antoine Pagi , & de
nouvelles Remarques des Editeurs , paroît à
Lucques. Ce Volume commence à l'année
680. de J. C. la 3. du Pape Agathon , & la
13. de l'Empereur Conftantin - Pogonat , &
finità 761. la s . du Pape Paul , & la 21 .
de l'Empereur Conftantin Copronime
1742. in-fol.
M. Nicolas Gualtieri , Premier Médecin
de Jean Gafton , Grand- Duc de Tofcane
s'étoit compofé un Cabinet des plus curieufs
productions de la Mer, & en particulier
de coquillages. Il en a fait deffiner par M.
Jofeph
Μ΄ ΑΥ. 17437 979
Jofeph Menabuoni célébre Peintre Florentin
, & très - exercé en ce genre de deffein,
jufqu'au nombre de 800. de cette derniére
efpéce , qu'il a fait graver en cuivre & dont
il a donné une exacte defcription pour l'utilité
des Etrangers , qui ne peuvent jouir autrement
du fpectacle de ces richelles naturelles
; & pour donner aux fçavans la facilité
de les illuftrer encore par leurs obfervations
, il a repréfenté ces Teftacées fous le
plus grand nombre de differentes vûës , quil
lui étoit poffible , en les faifant couper cha--
cune en plufieurs pieces , afin qu'on en examine
la Figure intérieure avec plus d'exactitude
, de forte qu'on trouve fur les 110 .
Planches , dont cet Ouvrage eft enrichi
plus de 2200. Figures gravées. Ce Livre eft
intitulé : Index Teftarum Conchyliorum
quæ
adfervantur in Mufeo Nic. Gualtieri , Philo-
Sophi & Medici collegiati Florentini .... &r
methodicè diftributa exhibentur Tabulis CX.
Florentia , Gaet. Albizzini, 1742. in-fol . Outre
l'Epitre Dédicatoire adreffée au Grand-
Duc , & la Préface où il eft traité de l'origine
& du progrès , de la dignité & des
avantages de ce genre d'étude , de la varieté
des Teftacées & de leur ftructure , l'Auteur:
a donné une Introduction à l'Histoire des
Teftacées , qui avoit été compofée par M.
de Tournefort , mais qui n'avoit point en
G. vj. core
980 MERCURE DE FRANCE
core parû. Le Prix de cet Ouvrage , qui eft
en grand papier , bien imprimé , eft de 120 :
Jules c'eft -à -dire d'environ 60. livres
Monnoye de France.
,
NOUVELLE EDITION . Gr Lat.des Oeuvres
de Phylon , Juif, par M. Mangey, Chanoine
de Durham , 1742. Deux Volumes in fol.
à Londres , chés Guillaume Innys & Charles
Baturft , Libraires , Place de S. Paul , &
dans Fleet Street.
Guillaume Darrés , Libraire dans la même
Ville , a publié depuis quelque tems en deux
petits Volumes un Recueil de Piéces , intitulé
: Mélanges de Litterature & de Philofophie.
Le premier Volume contient les Ouvrages
fuivans de M. Pope, traduits de l'Anglois, 1 ° .
Effai fur la Critique. 2 ° . Fffai fur l'Homme.
3. Epitres Morales fur le caractére de
Homme , fur celui des femmes , & fux
Pufage des richeffes , avec un Difcours préli
minaire du Traducteur fur le goût des Traductions.
Le fecond Volume comprend fept
Lettres Philofophiques , dans lesquelles l'Auteur
donne une explication raifonnée du Syflême
de M. Pope dans fon Effai fur l'Homme.
EX
MAY. 1741. -981
EXTRAIT d'une Lettre de M. Janvier
de Flainville , an ſujet de la nouvelle Edi
tion du Journal des Sçavans.
Ν
EN annonçant la nouvelle fourniture de l'Edition par Soufcription des Journaux
des Sçavans , je vous prie de vouloir bien
avertir le Publie que j'ai entre les mains une
Table générale alphabétique des matiéres
contenues dans tous ces Journaux , depuis
1665 , tems auquel ils ont commencé jufques
& compris l'année 1742. Que cet Ouvrage
, qui m'a couté un tems & une application
confidérables , eft prêt à paroître ,
& que je n'attends que la fin des fournitures
de Briaffon & Chaubert , pour faire une efpéce
de concordance de l'ancienne & de
ła nouvelle Edition , dont les Libraires ont
entierement changé l'ordre des pages. Cette
Table fera de trois Volumes in-4°.
J'ai l'honneur d'être & c.
A Paris, le
9. Décembre 17421
DISMERCURE
DE FRANCE
DISCOURS prononcés dans l'Académie
Françoife , le Jeudi 7 , Mars M. DCC . XLIII.
à la réception de M. DE MAIRAN . Brochure
n-4°. A Paris , de l'Imprimerie de Jean-
Baptifte Coignard , Imprimeur du Roi &
de l'Académie Françoife.
M
R de Mairan , Sécrétaire perpetuel de l'Académie
des Sciences, &c.ayant été élû par Mrs
de l'Académie Françoife , à la place de feu M. 1
MARQUIS DE SAINT AULAIRE , y vint prendre
féance le Jeudi 7. Mars 1743 , & prononça un Bif
cours qui fut fort applaudi . Il faudroit le tranfcrire
ici tout entier, pour n'en omettre rien de beau & de
confidérable ; en voici cependant quelques traits.
Après l'Eloge , très - délicatement touché , de l'illuftre
CARDINAL , Fondateur de l'Académie ; après
avoir parlé du Chancelier SEGUIER , qui mérita, ditil
, le titre de fon Protecteur , titre , ajouta t'il
deftiné déformais aux plus grands Rois , puifque
LOUIS LE GRAND & fon AUGUSTE PETIT- FILS
qui nous rétrace les vertus de ce Monarque , n'ont
pas dédaigné de le porter ; M. de Mairan parla
ainfi de l'Académie.
» C'est à la lumiére que l'Académie Françoife
>> répand de tous côtés , par fes leçons & par fes
exemples , que font dûs tant d'excellens Ouvra-
» ges , où brillent cette pureté de diction , cette
» bienféance de ftyle , ce fond de raifon , fagement
» orné , que l'on ne connoiffoit point avant elle .
» Attaché depuis long - tems à la Compagnie célebre
, qui a pour objet la Nature & les Arts , j'ai
ɔɔ vû de près & avec admiration , ce que peuvent
» les talens réunis de ces deux illuftres Corps dans
» un de leurs Membres.
MAY. 983 1743
Il entama enfuite l'Eloge de M. le Marquis de
SAINT AULAIRE , en ces termes . Celui que vous
» regrettez aujourd'hui , MESSI BURS , & dont je n'ofe
» dire que je vais remplir la place , étoit un de ces
» hommes rares, qui joignent à des talens finguliers,
» qu'ils ne doivent qu'à la Nature ,toutes les qualités
» aimables de la Société. La fuite de cet Eloge , toujours
fondé fur le vrai , fe fait lire avec plaifir , &
fon étendue n'ennuye point . On y remarque de
tems en tems des traits de main de maître ; celui- ci
par exemple , fa modeſtie lui laiſſoit ignorer tous fes
talens s'ignoroit elle-même.
....
La réponſe de M. HARDION , en qualité de Di
recteur de l'Académie , au Difcours de M.deMairan ,
mérite une attention particuliere . On ne peut pas
dire plus de chofes folides, & les mieux dire en moins
de paroles. Le nouvel Académicien a dû être bien
flaté de cette Réponſe. Nous nous contenterons
pour ne point exceder certaines bornes , d'en rap
porter ici la fin.
ן כ
» Venez donc , Monfieur , nous faire part de vos
»trésors , & vous enrichir à votre tour de ceux de
» vos nouveaux Confreres . Venez nous feconder
dans l'importante obligation où nous fommes ,
d'employer nos veilles pour célebrer dans le fage
» Monarque qui nous gouverne , toutes les vertus
qu'on aime dans l'honnête homme , tous les talens
qu'on admire dans les grands Rois ; de nous
diftinguer entre fes Sujets par le zéle le plus ar-
» dent pour fa gloire , & de faire éclater dans tous
» les tems les fentimens de reconnoiffance dont
» nos coeurs font pénetrés , pour l'augufte protec-
» tion dont il honore cette Compagnie .
20
Le Mardi 23. Avril , l'Académie Royale des Inf
criptions & Belles - Lettres tint fon Affemblée pu
biique
984 MERCURE DE FRANCE
blique d'après Pâques , à laquelle M. le Duc de
S. Aignan préfida . M. Freret déclara d'abord que
Académie avoit adjugé le Prix , dont nous avons
expofé le Sujet en fon tems , à M. l'Abbé Fenel ,
Chanoine de l'Eglife Métropolitaine de Sens , & ce
Prix fut , en même tems remis à la Perfonne préfente
, qui étoit chargée de fa Procuration .
On ouvrit la Séance par la lecture de l'Eloge
de M. le Cardinal de Fleury , & de celui de
Dom Anfelme Bandouri , Bénédictin de la Congrégation
de Sainte Juftine en Italie , l'un &
Pautre Académiciens Honoraires. Ces deux Eloges
furent lûs par M. Freret , que le Roi a nommé au
mois de Janvier dernier , pour remplir la place de
Sécrétaire & de Tréforier perpétuel de l'Academie ,
vacante par la démiffion de M. de Boze , qui l'avoit
occupée pendant trente- fept ans avec le fuccès que
le Public connaît.
M. de Foncemagne lut enfuite un Mémoire "
intitulé , Eclairciffemens Hiftoriques fur quelques circonfiances
de l'Expédition de Charles VIII. en Ita
lie , en particulier fur l'Entrée triomphante de ce
Prince dans la Ville de Naples. Les Auteurs con
temporains ont remarqué que Charles VIII. fit font
Entrée à Naples revétu des habits & dos ornemens
Impériaux ; mais en nous apprenant cette figularité ,
ils ne nous ont pas dit ce qui a pu y' donner lieu
La plupart des Hiftoriens poftérieurs ont prétendu
l'expliquer , en avançant que le Pape Alexandre VI .
avoit élu Charles VIII . Empereur de Conftantinople.
M. de Foncemagne détruit d'abord cette opinion
qui n'eft appuyée d'aucune preuve ; il fait voir enfuite
que Charles pût réellement fe qualifier Empes
reur , & prendre les Ornemens Impériaux , en vertu
de la Ceffion qu'André Paléologue, neveu de Conftantin
Paléologue , dernier Empereur des Grécs ,
lui
MAY. 1743 989
lui avoit faite de tous fes droits fur l'Empire de
C. P. & de Trebizonde . Quelques Ecrivains mo
dernes ont connu ce fait, mais comme aucun d'eux
n'a produit l'Acte de Ceffion , on doutoit encore qu'il
eût jamais exifté . M. le Duc de S. Aignan pendant
fon Ambaffade à Rome , a fçû que cette Piéce étoit
confervée dans les Archives du Capitole , & a obtenu
du Pape qu'elle lui fût remife , pour être préfentée
au Roi de la part de Sa Sainteté . Il a bien
voulu la communiquer à M. de Foncemagne , qui
après avoir rapporté la fubftance de l'Acte, en a tiré
la matiére de plufieurs Obſervations , également
intereffantes & curieufes.
La Séance fut terminée par la lecture d'un troifiéme
Eloge , qui eft celui de M. le Baron de la
Baftie AcadémicienCorrefpondant Honoraire , mort
à l'âge de 39. ans , qui a donné des preuves d'une
érudition peu commune dans un grand nombre de
Differtations imprimées. Il eft Auteur des Addi
tions & des Corrections , qui ont parû dans la derniere
Edition de la fcience des Médailles da P. Jobert
, Jésuite . L'Ouvrage de M. de la Baſtie eft digne
du grand fuccès qu'il a cû .
Le 24. Avril , l'Académie Royale des Sciences
tint auffi fon Affemblée publique , à laquel-
Je préfida M. le Marquis de Torcy. On déclara
d'abord que la Piéce de M. Daniel Bernoulli ſur la
meilleure maniére de conftruire les Bouffoles d'inclinaifon,
avoit remporté le Prix .
M. le Sécrétaire lut les Eloges de Mrs Bremond,
l'Abbé de Molieres & Hunaud , & cette lecture fut
fuivie de celle de trois differens Mémoires .
Le premier , lû par M. de Maupertuis , doit fervir
de Préface à un Livre de fa compofition , dont le
titre eft Aftronomie Nautique , dans lequel feront
comprifes
986 MERCURE DE FRANCE
comprifes toutes les Méthodes qui peuvent être
d'ufage pour trouver la Latitude , tant fur Mer
que fur Terre , & où l'Auteur offre au Navigateur
les dernieres reffources , lorfqu'échappé du naufrage,
il peut errer dans une Barque , fans être pourvû
d'inftrumens. Cet Ouvrage contient par conféquent
fous une formule génerale , toutes les Méthodes
ordinaires , foit des Traités d'Aftronomie , foit de
Navigation , & de plus ; quantité de nouvelles
Méthodes ingénieufes & plus fimples que toutes
celles dont on s'eft fervi jufqu'ici , tant dans un Obfervatoire
fimple , que dans un Obfervatoire mobile.
L'utilité de cet Ouvrage paroît évidente par l'étenduë
d'un Projet auffi vafte que celui qui a porté
l'Auteur à compofer fon Aftronomie Nautique.
M. Morand lut enfuite un autre Mémoire fur les
Eaux Minérales de S.Amand , rempli de recherches
nouvelles , qui mériterent l'attention des Médecins
& de tous ceux qui s'appliquent à la Phyfique génerale.
Enfin , M. l'Abbé Nollet remplit le refte de la
Séance parr la lecture d'un Mémoire dans lequel
il examina , s'il eft vrai que les Poiffons entendent
fous l'eau. Quoiqu'il n'ait pas piétendu réfoudre
entierement la queftion , fes Expériences apprenment
au moins , que le fon qui fe fait fur le rivage ,
pénetre au travers de l'eau , même à plufieurs pieds
de profondeur.
Le Lundi 22. Avril , l'Académie Royale de Soiffons
tint fon Affemblée publique dans la grande
Sale du Palais Epifcopal , à laquelle M. le Duc de
Fitsjaimes , Evêque de So: flons , affifta . M. le Directeur
ouvrit la Séance par la déclaration qu'il fit du
nom de ceux qui , au jugement de l'Académie , ont
remporté les Prix fur les Sujets propofés , & dont
nous
MAY. 1743. 987
Nous avons rendu compte dans le tems , tant celui
de l'année derniere , qui avoit été réſervé ,, que
celui de cette année- ci . Le premier a été adjugé à
M. l'Abbé Fenel , Chanoine de l'Eglife Métropoli
taine de Sens , & le fecond à M. de Longue - Mare ,
Greffier de la Prévôté de l'Hôtel . On lût enfuite
une partie de chacune des Piéces qui ont été couronnées
, ce qui remplit tout le tems deftine à
cette Séance .
ASSEMBLEE de la Societé Litteraire
d'Arras. Extrait d'une Lettre écrite de
L
>
cette Ville le 13. Mars 1743.
A Societé Litteraire , établie en cette Ville ,
tint fon Affemblée folemnelle le 9 du mois
dernier ; la Séance fut ouverte par un Difcours que
prononça M. le Baron de Ranfart , Directeur &
dont l'exercice devoit finit le, même jour. Il commença
ainfi .
8
MESSIEUS ,
» La folemnité qui nous raffemble aujourd'hui ,
fi fagement ordonnée par nos Status,nous rappelle
» le fouvenir de ce jour , qui le premier donna la
forme & la folidité à nos Afemblées ... En vain
» l'ignorance s'étoit déchaînée , en vain avoit - elle
» armé contre nous l'envie & la critique , en vain
faifoir- elle naître à chaque inftant fous nos pas
so des obftacles qui paroiffoient infurmontables ,
» tous les efforts ont été foibles & inutiles , rien
» n'a pû vous arrêter .... Votre zéle animé par les
» obftacles même , & foutenu par l'appui du Prince
» qui nous protege ( M. le Maréchal Prince d'Y-
» zenghien , ) eſt demeuré victorieux , & le fruit
de fa victoire fur l'affermiflement de cette Aca-
» démie ,
988 MERCURE DE FRANCE
25
démie , fuccès d'autant plus éclatant qu'il avoi
été plus traverfé.
Il fit dans cet endroit l'Eloge du Protecteur , &
prit de- là occafion d'exhorter la Compagnie à ranimer
fon zéle pour fe rendre de jour en jour plus
digne d'une telle protection.
Dans ce jour , dit -il , qui eft , pour ainfi dire
» l'anniverſaire de notre triomphe , & dans lequel
» nous venons tous , en quelque forte , renouveller
"nos premiers engagemens , eft - il quelqu'un de
"nous qui ne fe fente épris d'une ardeur toute nou
" velle pour le foutien & pour l'accroiflement d'un
» Etabliſſement fi utile & fi glorieux ? . . . .
» En formant cette Societé nous avons arboré le
» double Etendart de la Science & de la vertu ; c'eft
» donc à nous , MM . à donner des exemples de
» l'une & de l'autre, la force de l'èxemple entraîne,
» & ce ne fera que par-là nous
que
forcerons les
plus rebelles à aimer & à pratiquer ce qui feul
» peut rendre les hommes véritablement aimables
& heureux .
Ce Difcours fini , deux Affociés , novellement
reçûs , firent leur remerciment à la Compagnie . M.
Binot , Avocat & Tréforier des Chartres de la Province,
qui fut élu à la place de M. du Repaire , mort
l'année derniere , commença fon Difcours , en montrant
que toutes les circonftances de fon entrée dans
la Societé , devoient exciter fa reconnoiffance . Il
paffa enfuite à l'Eloge de fon Prédecefleur : » C'étoit
, dit- il, un efprit judicieux , orné des connoiffances
les plus utiles . C'étoit un de ces grands
>> coeurs qui font les victimes de leur amour pour le
» bien public. Une fortune brillante l'invitoit à gouter
les douceurs que les richeffes fçavent toujours
procurer dans un état éloigné des affaires , mais
fon zéle lui fit acheter le droit de travailler fans
» relâche
MAY. 1743.
3
relâche au bien de cette Ville. ( a ) .... Il étoit
infatigable & paroilloit avoir pour le repos fa
même horreur que le commun des hommes a
pour le travail ..... Vous ne l'eûtes pas plutôt
» perdu . M M. que la reconnoiflance vous conduifit
aux pieds des ( 6 ) Autels ; la Religion vous
y attendoit , pour vous fournir les moyens de faire
obtenir la gloire du Ciel à un homme qui auroit
procuré à cette Societé une gloire à jamais durable
fur la Terre .
Il s'étendit enfuite fur les objets que la Societé
s'eft propofés. Il fit voir que s'ils offroient de grandes
difficultés , elles n'étoient pas cependant invincibles
, après quoi il parla des qualités du Protec
teur , & des bienfaits qu'il répand fans ceffe fur la
Societé , à qui il prédit enfin les fuccès les plus
heureux.
»
ر
Le Directeur répondir, M. quels que foient les
fentimens que votre,modeftie vous infpire , quelque
ingénieufe qu'elle foit à cachet fous le voile
» de l'humilité vos talens , & vos vertus , tous ces
" efforts ne fervent qu'à les mettre dans un plus
beau jour...
» Au feul nom de gloire , je vois que votre coeur
s'anime , que votre émulation le fortifie , que vo
tre amour pour l'étude prend de nouveaux accroiffemens
; quel heureux préfage pour le fuccès
de nos entrepriſes !
M. Bauvin , Avocat , autre nouvel Aſſocié , fit
auffi fon remerciment, & en parlant de l'Etabliffement
de la Societé , il s'exprima ainfi :
" Lorfqu'un nouveau Phénomene brille au milieu
» des Airs , l'épouvante s'empare bien- tôt de l'ef
(a) Il étoit Maire d'Arras.
(b) La Societéfit célebrer un Service folemnel.
» prit
A
990 MERCURE DE FRANCE
prit imbécile du Feuple ; mais tandis qu'il ſe livre
en aveugle aux impreffions d'une allarme chimérique,
le Philofophe , auffi curieux qu'habile , tour-
» ne vers le Ciel des yeux remplis de joye , & faifit
avec promptitude la précieufe occafion de
» s'inftruire .
• C'eſt ainſi qu'à la naiffance de cette Societé
les préjugés tremblerent , l'ignorance s'épouventa
, tout ce qui hait la lumiere , fut confterné
, mais tandis que l'envieux , le critique &
l'ignorant fe déchaînoient contre elle , le vrai
Citoyen , le fage Magiftrat , le Gentilhomme
es fenté applaudiffoient hautement à des projets ,
dont la gloire & l'utilité alloient s'étendre fur
➜ eux-mêmes & fur toute la Province. Ils étoient
ravis, enchantés , de pouvoir enfin dans le fein de
leur Patrie , connoître & goûter les voluptés de
l'efprit & c.
Il parla enfuite de l'ufage des Sciences & de l'abus
qu'on en fait.
ǝ L'Efprit, la Science , les Talens , font rares dans
» le monde & ce qu'on doit déplorer, c'est que ceux
aqui lespoffedent fe font lap upart un coupable plaifir
d'en abufer, Telle eft l'inconcevable foibleffe des
hommes. Les faveurs que la Nature leur a prodi
guées pour les combler de gloire , ne fervent
fouvent qu'à les couvrir avec éclat de plus d'ignominie
. Ils font hair des dons fublimes , dont
» le Ciel les avoit favorités pour le faire aimer.
» Mais la raiſon qui nous éloigne de ces Efprits
dangereux , grave toujours au fond de nos coeurs
une fecrette véneration pour des Mortels , qui ,
partagés des mêmes talens , fçayent en faire un
plus légitime ufage . Ce font de vrais Philofophes
que l'envie elle- même , à la vûë des avantages
qu'ils produisent tous les jours , eft bien-tôt for-
"
.د
» céo
MAY. 1743. 991
n
cée d'admirer. Heureux , mille fois heureux , ceux
qui peuvent les approcher , les entendre & profiter
de leurs doctes & vertueux entretiens !
Il remercia enfin la Societé de la place qu'elle
venoit de lui donner , & il dit :
"
.
& c.
» J'ai déformais le droit de me placer à côté de
» ceux qu'un grand Prince protege , Prince non
» moins illuſtre par fa naiffance que par les digni
tés. Mais font-ce là les feuls titres qui vous ont
fait rechercher avec tant d'ardeur fon augufte'
protection ? Non , fans doute , vos yeux plus per-
» çans fe fixerent à des objets qui ne frappent point
» l'oeil ftupide du vulgaire.Ils avoient fçû découvrir
en lui des qualités plus éminentes , & s'ils furent
éblouis , ce fut moins de la fplendeur de fon
rang , que de l'éclat de fon mérite ,
Le Directeur répondit : » Le mérite eft le feul
motif qui déterminera toujours le choix de nos
Affociés ; fi nos fuffrages fe font réunis en votre
faveur, c'eſt affés vous dire , M. le vôtre nous que
» étoit connù .... Etre utile à fa Patrie , travailler
» à ſon bonbeur , chercher avec empreffement les
» occafions de s'inftruire , fournir à fes Compatrio
tes les moyens affurés de fe former & de devenir
» des hommes parfaits , quels objets plus dignes de ,
l'émulation d'un vrai Citoyen ? Ce font les nôtres.
» Toutes nos vûës , nos projets, nos démarches , ne
» tendent qu'à obtenir ces avantages ...
>>
"
....
Loin de nous ces hommes orgueilleux & per-
» vers , qui plus ils ont de ſcience , moins il ont de
probité , qui plus ils paroiffent éclairés , plus ils
femblent mépriser. les lumiéres de la raiſon , &
qui par un coupable abus , font fervir contre le
Ciel même , les dons qu'ils n'ont reçûs que de
lui , &c .
Après ces Remercimens , M. Stoupy , Avocat ,
fit
992 MERCURE DE FRANCE
fit la lecture d'une de fes Productions. Ce n'eft encore
qu'une légere Efquiffe d'un Ouvrage plus confidérable.
Il n'a fait juſqu'à préſent qu'indiquer les
noms d'un grand nombre d'Auteurs nés dans cette
Province , avec quelques circonſtances de leur vie,
& la Lifte des Ouvrages qu'ils ont compofés , dont
il donne quelquefois une idée par un court Extrait.
Balderic Rubens ( le Ronge ) un des Sçavans du
onziéme fiécle ; Charles de Bonnieres , qui eut des
Emplois confidérables dans les Armées & dans les
Confeils de Philippe IV. Roi d'Efpagne , & qui fit
imprimer en Langue Efpagnole des Obfervations.
fur les Commentaires de Céfar : Charles de l'Eclufe,
Médecin fameux , qui laiffa quantité d'Ouvrages au
Public ; de Locre plus connu fous le nom Locrius,
qui s'eft acquis beaucoup de réputation par fon
exactitude & la fidelité dans tout ce qu'il a écrit ;
François Bauduin , Jurifconfulte célebre , & tant
d'autres , qu'il feroit trop long de nommer ont
chacun leur article. M. Stoupy n'a pas oublié les
Auteurs dont les Ouvrages font reftés en manufcrit.
11 a toujours eû foin , autant qu'il a pû , de marquer
en quelles mains ils fe trouvent actuellement.
Enfuite M. Harduin , Avocat & Echevin de cette
Ville , lût un petit Ouvrage , intitulé , Réflexions
morales fur le Mariage.
f
Le même jour on fit l'Election de deux nouveaux
Officiers. M. Stoupy fut élû Directeur , & M. Dubois
de Duifant , Chancelier . Quinze jours après il
y eut une nouvelle Affemblée . Le nouveau Directeur
ouvrit la Séance par un Diſcours , où il avança
que dans tous les tems , l'Artois à produit des
Hommes d'un rare mérite & fameux en tous genres
de Science ; mais il témoigna fa furprife , de ce que
parmi ce grand nombre de Sçavans Concitoyens
il y en ait fi peu qui fe foient appliqués à l'Hiftoire
C
1.
MA Y. 1743. 995
& furrout à celle de leur Pays. Il rechercha la caufe
d'une pareille indifference pour une chofe qui les
touchoit de fi près , elle ne fe trouve pas dans un
manque de difpofition pour les Arts & les Sciences ,
ni dans un défaut d'inclination pour le travail.
» La foule des bons Ouvrages qu'ils ont com és
» fur toutes fortes de matières , même les plus abfa
traites , prouve tout à la fois & leurs talens &
leur grand amour pour l'étude .
On ne fauroit non plus attribuer ce filence
furprenant à la médiocrité du Sujet. Il eft peu de
Provinces , dont l'Hiftoire puifle tranfmettre à la
Poftérite des faits plus curieux & plus importans ;
il fit voir que l'Artois par la fituation a eû part
aux plus grands Evenemens.
Il attribua le filence des Artéfiens fur l'Hiftoire
de leur Patrie , à la nature même de cette Hiſtoire .
Ils ne pouvoient envifager la multitude des chofes
qu'elle comprend , fans en regarder l'entrepriſe
comme infiniment difficile , & le fuccès comme une
chofe prefque impoffible .
» Il prétendit qu'une Hiftoire auffi neuve & en
» même tems auffi étenduë , eſt au- deffus des forces
>> d'un feul homme , quoique doué des qualités les
plus rares , & que le fuccès dépend du concours
de plufieurs perfonnes également intelligentes &
» laboricufes .
Le précis du refte de ce Difcours eft renfermé
dans la réponſe de M. Harduin , qui fit les fonctions
de Sécretaire perpétuel , à cauſe de l'abſcence
de M. de la Place.
Depuis l'origine de notre Societé ( dit - il ) vous
» avez fait éclater , M. à chaque inftant les qualités
» d'un parfait Académicien ; vous poffedez urtour
» dans un degré fupérieur ce jugement folide , qui
tient le premier rang parmi les facultés de l'ef-
H »prit
994 MERCURE DE FRANCE
prit ; vous avez cette noble ardeur pour l'étude ,
s qui change le travail en amuſement , & fait
trouver des rofes où les hommes vulgaires n'apperçoivent
que des epines .
Parmi nos occupations Litteraires , la plus importante
eft celle qui peut nous mener à une connoiffance
fidéle de notre Hiſtoire ; c'eſt auſſi , M.
» vers cet objet que vos regards font inceffamment
» tournés , & l'on ne fçauroit trop admirer la juftelle
des idées que vous en avez conçues. Les
réflexions que vous venez de nous préfenter fur
» cette matiére , font d'un prix ineftimable ; vous
» avez d'abord fait voir quelles peines il faut
» effuyer , quelle foule de précautions il faut met
» tre en ufage , combien de difficultés il faut furmonter
, pour travailler avec fruit aux Annales
de cette Province :: par -là vous arrêtez les efprits
inconfiderés ou préfomptueux , qui auroient paffé
trop légerement furdes points effentiels , & qui
>> auroient tout au plus effleuré des chofes qu'il eft
» néceffaire d'approfondir . Vous avez enfuite mis dans
un beau jour les avantages infinis qui réfulteront
de cet Ouvrage , les fecours qu'on peut trouver
»pour y réuffir , & la gloire dont il couvrira cette
Compagnie. Par- là vous échauffez le courage de
» ceux qui auroient pê fe rallentir à la vûë des obftacles
qu'ils ont à vaincre & c.
0
M. Dubois de Duifant , nouveau Chancelier , fir
auffi fon Difcours , après lequel M. Harduin
répondit.
Affis dès votre premiere jeuneffe ſur un Tri-
» bunal ( a ) augufte , yous avez donné , M. mille
» preuves des talens les plus diftingués ..... après
avoir été parfait Magiftrat , il faut néceflaire-
( a ) En qualité de Confeiller au Confeil Souverain
Artois.
ment
MAY.
ق و ر
X745
ment que vous foyez excellent Académicien
» qui ne voit en effet que ces deux titres honora
bles font précisément fondés fur les mêmes per-
» fections ?
M. Harduin fit ie parallele du Magiftrat & de
l'Académicien , & s'exprima ainfi.
و د
» Si l'Académicien doit reffentir un zele infatigable
pour le travail , cette inclination eſt égale-
» ment effentielle au Magiftrat ; il n'y a point de
Loix , point de bons Jurifconfultes qu'il ne foit
obligé de le rendre familiers .......
»
D
33
29
Si l'Académicien eft fait pour bien parler , convenons
que la ſcience des mots & l'éloquence ,
entrent pareillement dans le caractere du Magif
» trat. Dépourvû d'un tel fecours , comment pourrat'il
donner un rapport fidele & précis des affaires
» qui lui font confiées ? Comment pourra - t'il ébranler
les coeurs & convaincre les efprits ? De
quoi lui fervira de bien penfer , tant qu'il n'aura
point l'art de préfeater fes idées d'une maniere
vive & frapante ? Tant qu'il ne fçaura pas mani-
» fefter aux compagnons de fes travaux , ce qu'un
» examen affidu & des réflexions attentives lui
» auront fait appercevoir ? ....... Enfin , le Ma-
>
giftrat , comme l'Académicien doit avoir en par
» tage, la douceur la politeffe & la doci ité ; tous
» deux ont des affociés dars leurs études ; tous
» deux doivent les confidérer , les aimer ainfi que
des freres , qui compofent avec eux une même
famille ; ils doivent facrifier & oublier fans peine
leur propre fentiment , dès que l'avis des autres
» leur ſemble mériter d'être préferé , ils doivent
»renoncer à cette préfomption déréglée , qui nous
fait croire que nos lumieres font toujours les
» plus fûres , à cette honte orgueilleufe , qui nous
empêche d'avouer notre défaite , lors même que
Hij
nous
96 MERCURE DE FRANCE
nous fommes forcés d'en convenir intérieure
sment &c.
Tous ces Difcours ayant été prononcés , M. Harduin
lût une Lettre contenant des Reflexions fur
l'Aftrée de M. d'Urfé , & M. le Comte de Mirabel
termina la Séance par un Ouvrage Latin , intitulé ,
Breves de Bello fententia , qui fut applaudi .
L
ESTAMPES NOUVELLES.
E fieur Moyreau ; Graveur du Roi , ruë S.
Jacques ,
à la vieille Pofte , vient de mettre
au jour la 47. Eftampe qu'il a gravée d'après Phi-
Lippe Vauvremens : elle eft en hauteur , & porte
pour titre , le PETIT PONT DE BOIS , d'après le
Tableau original du Cabinet de M. le Comte de
Mirebeau.
Le fieur Petit , Graveur , ruë S. Jacques à la Cou
ronne d'Epines , près les Mathurins , qui continue
de graver la fuite des Hommes Illuftres du feu fieur
Desrochers , Graveur du Roi , vient de mettre au
jour les Portraits fuivans .
GEORGES DE BRUNSWICK , II . Roi de la Grande
Bretagne , Electeur d'Hanower , né le 9. Novem
bre 1683. On lit ces Vers au bas.
Ce Roi dans les Etats fait revivre Themis ,
Aux Loix de la Nation rend leur force fuprême ,
Et montre,en voulant bien s'y foumettre lui - même
Qu'il mérite de voir à ſes Loix tout foumis .
CLAUDE ERARD , Célebre Avocat au Parlement ,
né à Paris , mort le 7.· Janvier 1700. âgé de 52.
ans ces Vers font au bas.
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
ABTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
,
CORK
BRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
,
MAY. 997
17437
Il a connu le fublime & le beau ,
Mais il choifit la raifon pour fon guide.
Soutenu par l'éclat de ce brillant flambeau
Il fçut fe faire un nom refpectacle & ſolide .
PIERRE DE BOURDEILLE , Abbé , Seigneur de
Brantôme , Chevalier de l'Ordre du Roi , mort
dans un âge très-avancé , le 15. Juillet 1614. Les
Vers qui font au bas , font de M. de la Courd'Amonville.
C'eft l'Illuftre Brantôme , en fon air en ſes traits ;
Charmant Sexe galant , qu'il a comblé de gloire ,
Célebrez vous- mêmes fes faits ;
Vantez , honorez fa mémoire.
Le fieur le Rouge , Ingénieur & Géographe du
Roi , à Paris , rue des Auguftins , vient de donner
en deux grandes feuilles fort détaillées , le Cours di
Mein , ou la Franconie , avec les routes . On y
trouve de plus le Pays entre Egra , Andemach
Ratisbonne & Spire. L'Auteur à auffi donné les
mêmes Pays en feuilles de même grandeur , que
Les petites Cartes, in -4º .
CHANSON.
C Ontre les traits de l'Amour
La raiſon n'eût jamais qu'une vaine puiffance.
Plus on montre de réfiftance
Hiij
Plus
998 MERCURE DE FRANCE
Plus il triomphe ſans retour :
Aimons ; la riante jeuneffe
Nous range fous fes douces Loix ;
11 fuffit qu'à fes feux on fe livre une fois ,
Pour vouloir les goûter fans ceffe .
Par M. Gaudet.
AUTRE.
A Mour , tendre Amour , que j'implore
Viens fléchir , avec moi , la beauté que j'adore ;
Viens lançer dans fon coeur tes traits les plus puif
fants :
Fais parler les plaifirs ; anime tous les fens ;
Et , fi tu veux payer mes larmes ,
Qu'elle fente tes feux , comme je fens fes charmes
SPECTACLES
MAY. 17437 999
SPECTACLES.
EXTRAIT d'un Ballet nouveau , compose
de trois Entrées,précédées d'un Prologue intitulé
le Pouvoir de l'Amour , repréſenté
par
l'Académie Royale de Mufique , le 23 .
du mois dernier , annoncé dans le Mercure
du même mois.
E Poëme de ce Ballet eft de la compo
fition de M. le Fevre de Saint Marc , &
la Mufique de M. Royer , qui a déja donné
la Tragédie de Pyrrhus , en 1730. & le Bal-
Jet héroïque de Zaide , Reine de Grenade , en
739. repréſentées fur le même Théatre .
... Le fujet du Prologue eft tel que l'Auteur
des paroles nous l'expofe lui même .
Promethée anime les hommes avec le feu célefte.
Jupiter , pour le punir dans fon propre
Ouvrage , ordonne aux paffions de s'emparer
des coeurs ; l'imagination defcend des Cicux &
fait naître l'Amour ; les Mortels reconnoiffent
Les charmes de ce Dieu , & fe foumettent àfon
Empire.
Au Prologue , le Théatre repréfente une
Campagne agréable , ornée de Statuës .
Promethée , defcendant du Ciel,un flambeau
H iiij
ooo MERCURE DE FRANCE
beau allumé , à la main , expofe le fujet pa
' ces Vers :
Je defcends du féjour de l'immortalité ;
J'ai foutenu l'éclat de la Divinité ;
J'ai contemplé fon effence éternelle
Et j'en rapporte une étincelle ,
Pour animer l'humanité :
Organes , devenez fléxibles ;
Feu pur , donnez la vie à leurs refforts fécrets
Hommes , vivez , penfez , foyez fenfibles.
L'Effet répond aux fouhaits de Promethée;
les Statues s'animent ; à méfure qu'il porte fon
flambeau fur elles.
La Terre s'ouvre ; les Paffions en fortent
pour s'emparer du coeur des Hommes ; elles
font entendre qu'elles viennent par l'ordre
de Jupiter ; voici ce qu'elles chantent en
choeur , parlant à Promethée.
L'ordre de Jupiter nous amène en ces lieux ;
Nous venons pour venger les cieux ;
Tu n'as formé que des victimes.
L'Imagination , fortint d'un nuage , vient
au fecours des Hommes ; voici comme elle
s'explique en leur adreffant la parole.
Je viens vous rendre heureux ; j'infpire les défirs ;
Mortels , chériffez mon yvreffe ;
Autour
MAY. 1743 1001
Autour de moi je fais voler fans ceffe
Et les erreurs & les plaiſirs & c.
Naiflez , Amour , c'eft l'ordre du deftin.
L'Amour paroît il remercie l'imagina
tion de l'avoir fait n'aître ; il fait enchaîner
les Paffions par les plaifirs avec des guirlan
des de fleurs , ce qui donne lieu à un trèsjoli
Ballet.
A la premiere Entrée , le Théatre repréfente
les Jardins d'une Fée . Voici comment
la Fée fait l'expofition du ſujet.
Le deſtin doit m'ôter ma fille & ma puiſſance ,
Si l'Amour peut triompher de fon coeur ;
Du même Arrêt j'ai fubi la rigueur ;
Mon pouvoir dépendoit de mon indifference;
Céphife , fuivante de la Fée , lui donne ce
confeil :
C'eft aux plaifirs à garder une Belle
Il faut qu'en volant autour d'elle ,
H's parent les traits de l'Amour.
La Fée approuve ce que Céphife lui propo
fe , & le fait connoître par ces Vers :
Cachez ma fille au pouvoir d'un vainqueur ,
De vos talens préfentez lui les charmes ;
Que les plaifiis vous fourniffent des armes ;
Hv Amulez
002 MERCURE DE FRANCE
Amuſez fon efprit , pour garantir fon coeur.
Zélide , fille de la Fée , vient ; la Fée ſe retire
, & Céphife fe cache , pour pénétrer le
fecret de fon coeur.
Zélide fait connoître par ce beau monologue
fes fentimens fécrets.
L'objet, qui regne dans mon ame,
Vient animer ce beau féjour ;
Roffignols , chantez mon Amour ;
Que tout parle ici de ma flâme .
Que tout confpire à le charmer ;
Mon coeur le voit déja paroître ;
Tendre Amour , quand tu le fis naître ;
Tu voulus me forcer d'aimer.
Céphife fe montre aux yeux de Zélide , &
Lui dit :
Recevez les plaifirs dans ces douces retraites
Ils fixent leurs pas où vous êtes , &c.
Voyez cette Nymphe légere ; ( a )
Que fes pas variés foyent des leçons pour vous
C'eft de l'indépendance une image fincere ;
Vous la conferverez , en vivant avec nous.
La Nymphe a beau faire voir tout ce que
fon art à de plus amufant ; Zélide , ne s'y
prête point , & dit à Céphife ;
(a ) La Dlle Camargo.
Non ,
MAY.
Fa03
1743
Non , non ; votre eſpérance eft vaine ;
Votre fecours ne peut adoucir ma langueur ;
Vous offrez le plaifir , fans donner le bonheur .
Un Coeur derriere le Théatre , annonce
à Zélide l'approche de fon Amant par ces
Vers :
Zélide , l'Amour vous appelle;
Par vos attraits il triomphe en ce jour ;
Quand vous cefferez d'être Belle ,
Les Dieux affoibliront le pouvoir de l'Amour.
Emire , Amant fécret de Zélide , fe préfente
à elle ; Céphife veut le diftraire à fon tour
par le charme des plaifirs , mais elle le tente
envain ; il aime & il eft aimé . Zélide fait
connoître ce qui ſe paſſe dans ſon coeur en
faveur d'Emire. Elle chante avec lui ce beau
Duo.
Tendre Amour , remplis nos voeux ;
Regne en nos ames .
Amour , quels plaiſirs cauſent tes feux ?
Regne en nos ames ;
Tes fâmes
Font les heureux .
Céphife , voyant que les plaifirs ne peus.
vent arracher ces deux Amans aux charmess
de l'Amour , renonce à fon entrepriſe , 82
H
vj
f
2004 MERCURE DE FRANCE
fe retire. Un Génie,invoqué par Emire , forme
une Fête des plus galantes ; cette premiere
Entrée eft terminée par le Choeur :
Zélide , l'Amour vous appelle & c .
Le Théatre repréfente à la feconde Entrée ;
d'un côté le Temple de Bacchus , de l'autre
des rochers & des arbres. Le Pactole coule
dans le fonds .
Herfilie , fille de Midas , Roi de Phrygie
ouvre la Scéne avec Eumolpe , Grand - Prêtre
de Bacchus. Herfilie annonce à Eumolpe , que
le Roi fon Pere lui a ordonné de recevoir
pour époux le Roi de Thrace. Eumolpe , à
qui Herfilie avoit été promife , ne refpire
que vengeance , & fe promet d'y être fecondé
par le pouvoir du Dieu , dont il fert les
Autels ; voici comme il s'explique :
Bacchus protége la tendreffe ,
Que fait naître un objet charmant ;
Quand c'est par vos yeux qu'il nous bleffe ;
L'Amour devient un fentiment ,
Et n'eft jamais une foibleffe.
Un bruit de trompettes annonce les Bac
chantes , qui viennent célébrer la Fête du
Dieu qui les agite . Toute cette Fête fe paffe
en choeurs & en danfes' de caractére . Midas
vient déclarer à Eumolpe qu'il faut qu'il céde
MAY. 1743. 1005
de Herfilie au Roi de Créte. Eumolpe lui
répond .
Bacchus punira tes refus ;
Je foutiendrai mes droits ;je brave ta puiffance ;
De la foif des trésors tu fentiras l'abus & c.
Ces ménaces n'étonnent point Midas ; il
dit avec une entiere confiance que le Dieu
lui à tout promis ; Bacchus lui tient parole ,
pour le punir d'en avoir manqué à fon Grand-
Prêtre tout ce qu'il touche fe convertit cn
or ; les Arbres font couverts de ce métal, auffi
funefte que précieux ; on le voit couler fur
les Ondes du Pactole , mais il produit en
même tems la mort des Sujets de Midas
parce que tous ceux qu'il touche, font changés
en or, & ne font plus que des Statues
inanimées. Eumolpe a pitié de ces Peuples défolés
; pour faire ceffer la défolation générale
, il ordonne à Midas d'aller fe plonger
dans le Pactole , où il perdra cette vertu fi
funeſte à fes Etats ; l'effet répond à la promeſſe
; Midas en reconnoiffance , accorde
Herfilie au Grand- Prêtre ; Eumolpe rend
graces à Bacchus par cette Hymne.
Bacchus , fois nous toujours favorable ;
Reçois nos tendres voeux ;
Tout nous rit , quand tu le veux ;
Sous tes loix tout eft heureux;
Rends
oor MERCURE DE FRANCE
Rends ce bonheur durable ;
Sur toi tout le fonde ;
Par toi , tout abonde
Sur nos Côteaux ;
La treille eft riante & féconde ;
Mais le Ciel gronde ;
Par des foins nouveaux ,
Préviens nos maux .
Fais voir ta puiffance ;
Tu dois la naiſſance
Au plus grand des Dieux ;
Quitte les Cieux ;
Commande à l'orage:
De calmer fa rage ;
Qu'il vole en d'autres Lieux.
Cette feconde Entrée finit par ce choeur
Triomphez, Dieux puiffants ; uniffez vos Autels ;
Raffemblez à jamais tous les voeux des Mortels.
Voici l'expofition du fujet de la troiſième
Entrée , faite par l'Auteur même .
Les Peuples du Nord , que le Soleil n'éclaire
quependant fix mois , étoient autrefois dans l'u
fage d'immoler une jeune Fille en action de
graces , quand le Soleil reparoiffait.
Le Théatre représente un lieu fauvage ; on
voit un Autel au milieu :
Le Dieu du jour , fous la forme du Sacrificateur
M. A Y. 1745. 1007
ficateur , ouvre la Scéne avec un Sauvage , à
qui il dit :
Se peut-il qu'en ces Lieux la pieté barbare ,
Pour facrifice , offre un fang précieux ?
Tu vois cet Autel qu'on prépare ;
La fille de ton Roi ; cette Beauté ſi rare ,
Marphife ,y doit tomber fous un fer odieux.
Le Sauvage acheve l'expoſition du fujet par
ces Vers :
Pouvez- vous condamner un fi grand Sacrifice
Ignorez-vous , Miniftre de nos Dieux ,
Que notre zéle ainfi marque l'inftant propice
Où le Soleil reparoit en ces Lieux ?
Le prétendu Sacrificateur fe fait connoître
pour le Dieu du jour lui-même . Il fait connoître
au Sauvage qu'on l'offenfe quand on
croît l'honorer , & lui défend de réveler le
fécret qu'il lui confie ; on vient offrir le Sacrifice
: Marphife, qui doit être immolée , gé
mit avec le -Peuple ; le Sacrificateur mêle fes
tendres plaintes à celles qu'il entend de toutes
parts ; le Roi feul paroît inflexible ; il ordonne
d'immoler la victime ; le Dieu du
jour la fait retirer. Marphife, croyant recevoir
le coup mortel , tombe évanouie fur l'Autel..
Le Grand - Prêtre ne peut tenir contre un
fpectacle fi trifte pour lui , & parle ainſi .
Que
2008 MERCURE DE FRANCE
1
Que vois-je O Mortelles douleurs !
Marphife , reprenez la vie ;
Marphife , revenez à vous .
Ouvrez ces yeux fi tendres & fi doux ,
Ces yeux par qui mon ame à la vôtre eft unie .
Marphife , reprenez la vie & c.
Marphife , touchée de la pitié du Sacrificateur
, lui dit tendrement .
Quel fpectacle frappe ma vûë !
Vous devez m'immoler , & vous tremblez d'effroi
Vous pleurez à mes pieds ; que mon ame eft
émie ?
Ah ! quelle eft la victime , ou de vous ou de moi ?
Cette Scéne a paru très- intéreffante. Le
Roi & les Peuples reviennent ; le Sacrificateur
fe fait connoître pour le Dieu du jour , &
abolit pour jamais ce facrifice barbare ; on
lui obéit , & on chante fa gloire par de nou,
veaux Divertiffemens.
Le 19. Mai , la même Académie donna la
derniere Repréfentation de ce Ballet , & le
lendemain , elle donna par extraordinaire
une Repréſentation de l'Opera de Phaeton ;
pour la Capitation des Acteurs , comme
cela fe pratique toutes les années.
Le 21. on reprit la Tragédie d'Hyppolite &
Aricie , qu'on avoit remis au Théatre au
mois
MAY. 1743. 100
mois de Septembre dernier , avec quelques
changemens , dont on a rendu compte dans
le Mercure du même mois .
Le 28. on remit au Théatre le Ballet Héroique
des Indes Galantes , lequel avoit été
repréſenté pour la premiere fois au mois
d'Août 1735. avec un très- grand fuccès . Les
paroles font de M. Fufelier , & la Mufique
de M. Rameaus on peut voir l'Extrait qui en
a été donné au mois de Septembre de la
même année , pag. 2035 .
AMlle Clairon , fur le Rôle de Venus , qu'elle
a chanté dans l'Opera d'Héfione
au Théatre le mois de Mars dernier.
H
د
remis
Ier , à leur gré , tes fons mélodieux ,
Chere Clairon , meiffonnoient le fuffrage ,
Er res attraits , toujours victorieux ,
Montroient Venus , & frappoient d'avantage .
Tous les Amours venoient te rendre hommage ;
T'applaudifſoient ; c'étoit à qui mieux mieux.
L'aîné de tous , quoique d'humeur volage ,
S'eft , pour jamais , établi dans tes yeux .
Qui la fixé c'eft ton air gracieux :
Oui , je l'ai vû ; j'étois dans le Parterre ,
Lorfqu'à fa mere il a fait fes adieux.
Tant que Clairon reftera fur la Terre ,
Je veux , dit- il , abandonner les Cieux.
Le
1010 MERCURE DE FRANCE
Le 6. Mai , les Comédiens François remi
rent au Théatre la Comédie duBourgeois Gentilhomme,
de Moliere,avec tous fes agrémens ,
dans laquelle la Dlle Chariére , nouvelle Actrice
, qui n'a jamais paru fur aucun Théatre
public , joua le Rolle de Nicole, d'une maniére
à s'attirer les applaudiffemens de toute
l'Affemblée , fur- tout dans la Scéne où elle
fait de grands éclats de rire,en voyant M.Jourdain
en habit de Courtifan , dont elle fe moque
, ce qui met fon Maître de très - mauvaiſe
humeur , les défenfes qu'il lui fait de rire &
les efforts qu'elle fait pour s'en empêcher , la
font encore éclater davantage.
Le 11.la même Actrice joüa le Rolle de
Marine dans la petite Comédie de la Serenade
, elle fut encore applaudie .
Le 13. les mêmes Comédiens donnerent
une petite Piéce nouvelle en Vers & en un
Acte , intitulée Zeneide , de la Compofition
de M. de Cabuzat , que le Public a génerale
ment applaudie , de laquelle on parlera plus
au long.
Le 14. la nouvelle Actrice joüa le Rolle
de Dorine, dans la Comédie du Tartuffe, avec
applaudiffement.
On a rapporté dans le dernier Mercure p.
755. le Difcours que le fieur Rozeli , nouvel
Acteur, prononça à la Clôture du Théatre ;
voici celui qu'il prononça à l'Ouverture , le
IS
MAY. 1743 ΙΟΙΣ
15. du mois dernier , qui fut extremement
applaudi.
>
. Meffieurs nous comptions avoir aujourd'hui
l'honneur de repréfenter de-
» vant vous la Tragédie d'Alzire , comme
plus convenable au tems d'où nous for-
» tons , par l'Héroïfme chrétien qui termine
» cet Ouvrage.
>>
» L'Auteur d'Alzire & de Mérope vouloit
» même retirer cette derniere Piéce jufqu'à
» l'hyver ,afin d'avoir le tems de la rendre plus
» digne des fuffrages , dont vous l'honnorez
» mais nous avons crû pouvoir aujourd'hui
>> vous en donner une Repréſentation ; ce jour,
» ainfi que celui de la Clôture , de notre Théatre
eft confacré aux Tragédies dans leſquel-
» les éclate la vertu Chrétienne ou morale ;
» & quelque vertu qu'on mette fous vos
» yeux , vos coeurs font toujours ouverts
» pour elle.
C'est une juftice que tous les Etrangers
>> réndent à la Nation Françoife . On diroit.
» que le feul goût des beaux Arts vous raffemble
ici , Mrs , mais c'eſt toujours aux
» fentimens les plus épurés que vous applau
diffez d'avantage ;vous plaignez les pallions ,
» mais l'idée de la vertu vous tranfporte ; fes
caractéres imprimés dans les coeurs de tous
»les hommes , paroiffent plus vifs dans les
»votres ; ce ſentiment prompt & unanime
» qui
012 MERCURE DE FRANCE
» qui vous faifit tous , à un trait de morale
» mis à fa place , à un effort de génerofité ,
» à toutes les idées du devoir , eft la voix de
» la Nature , qui enſeigne par vous à tous les
Ecrivains, que la premiere régle de leur Art
>> eft d'aimer la vertu pour la peindre.
و د
»
» Voilà pourquoi , Mrs , vous couronnez
des ouvrages , où l'amour eft immolé à
» l'honneur, ou qui font entierement dépouil-
» lés de la paffion de l'amour ; l'Auteur de
» Mérope eft convaincu , & j'ofe le dire en
>> fon nom , que ce n'eft qu'à ces fentimens
» nobles de vos ames , qu'il doit le bonheur
» de vous plaire , & que vous avez fait grace
>> aux défauts qu'il avoüe , en faveur des efforts
» qu'il a tentés , pour vous peindre ce qui eſt
dans le fond de ves coeurs .
ور
>> Le Public raffemblé & paisible , eft toujours
vertueux ; fon goût dominant éclate ,
» même juſques dans la gayeté de la Comé-
>> dies s'il rit des plaifanteries , s'il foûrit aux
» idées fines , fi fa joye fe développe à un
jeu de Théatre heureux , il applaudit hau-
» tement la faine Morale, qui n'eft point dé-
» placée ; il s'attendrit aux peintures touchan-
» tes d'un homme de bien , affligé ; tout ce
qui eft marqué au coin de l'utile , de l'hon-
» nête, du fage, eft plus dans votre nature que
» tout le refte .
>>
» Envain des critiques , plus jaloux qu'éclairés
MAY 17437 IOI
clairés , ont voulu , Mrs , vous priver de
» ce plaifir refpectable , que vous avez goûté
à des Piéces Comiques , où des fituations
> attendriffantes , & des fentimens honnê
tes vous ont fait repandre des larmes.
»
3
Indignes d'être émus de ce qui vous touche
, ils ont condamné ces pleurs , que
l'honnête-homme feul peut verfer ; ils fe
»font écriés que la Comédie ne doit que faire
rire , comme fi dans la vie ordinaire , dont
la Comédie eft l'image , on ne voyoit pas
tous les jours des chofes attendriffantes fans
• être tragiques.
» La Comédie peut être quelque- fois tou
› chante , fans doute , pourvû qu'elle ne dégenere
pas en Tragédie bourgeoife .
›
» Il y a cent routes pour aller au coeur , &
vous les ouvrez toutes ; vous agrandiffez ,'
Mrs , par votre goût qui s'étend à tout , la
carriére charmante des beaux Arts .
» C'eſt un partage bien trifte , de combattre
> cette voix publique , qui eft toujours à la
longue fi refpectable , & fi infaillible ; c'eft
une entrepriſe bien odieufe, de vouloir dégoûter
ceux qui ne doivent être animés ou
découragés que par vous.
Cette voix publique , eft ce qui perfec-
> tionne en tout genre les génies que la hon-
»teufe & la fatyrique envie voudroient anéan
» tir ; elle excite celui qui mettant la Flutte
» d'Orphée
1014 MERCURE DE FRANCE
>>
»
d'Orphée fous les doigts d'un Automate ,
donne la vie & le talent à la pierre qu'il
» anime ; elle encourage nos Peintres à tremper
leurs pinceaux dans les couleurs de la
Nature ; elle attendrit le Marbre & le
» Bronze fous le cizeau de nos Phidias , qui
» embelliffent Paris & nos Provinces ; elle a
» rendu plus touchans les Sons hardis de ce
» Muficien , qui après Lully & fes heureux
» imitateurs , a fait entendre une harmonic
»> nouvelle . Vos applaudiffemens donnés à
» Electre ont fait naître Rhadamifte. C'eſt à
» vous , Mrs , qu'on doit le Glorieux & le
Préjugé à la mode ; l'Auteur de Mérope
>> avoue que fi jamais il pouvoit être placé à
» côté des Auteurs de ces Ouvrages , il ne le
» devroit qu'à vous. Eft- il une plus flateuſe
>> recompenſe? Eft- il une protection qui égale
» votre faveur , un pofte qui puifle en tenir
lieu , une cabale qui puifle l'enlever ? Les
» intrigues , l'autorité donnent les places ,
» & vous feul pouvez donner la gloire.
"
>>
» Mais plus vous favorifez les talens , plus
je fens que je retarde votre impatience
» d'entendre l'Actrice , qui fait parler l'amour
» d'une mére avec tant de verité , & de patétique
, & qui a trouvé dans la Nature l'art
de faire verfer long- tems des larmes , quoi-
>> que les larmes d'ordinaire s'épuifent fi vîte .
» Vous voulez entendre ces autres Acteurs
"
» qui
MAY. 1743
» qui , tous dans leurs differens caractéres
» marquent une égale envie de vous plaire ,
» un viellard tendre & fimple , un jeune
>> homme naturel & noble , tous également
» arimés du foin d'étudier les goûts d'une
» Nation , qui eft devenue dans les Belles-
» Lettres le modéle des Nations.
» Si ce défir , fi ce zéle étoient une excufe
pour ofer ici vous parler de moi - même
j'oferois , Mrs , vous demander quelque
grace ; après vous avoir parlé de la juſtice
" que vous rendez , j'oferois vous dire , que
»fi vos fuffrages perfectionnent les talens ,
» vos bontés peuvent même les faire naître.
A Mlle du Mefnil , fur fon Rôle de MEROPE.
Ce n'eft plus du Mefnil qui paroît fur la Scéne ;
Auffi -tôt qu'on la voit dans Mérope jouer ,
A tous les Spectateurs elle fait avoüer
Qu'elle-même y devient Mérope & Melpomene.
SUR le même sujet .
MEROPE , l'on voit en toi
Du Théatre les délices ,
De nos Poëtes le Roi ,
Et la Reine des Actrices.
Le 2. Mai , les Comédiens Italiens remi
rent au Théatre le Feftin de Pierre , Comédie
Italienne, en cinq Actes , tirée de l'Eſpagnol.
Cetto
tor MERCURE DE FRANCE
Cette Piéce qui eft ornée de beaucoup de
Spectacle , & parfaitement bien repréſentée,
a été reçûë favorablement du Public.
On voit au quatriéme Acte , entre autres
Décorations convenables au fujet de la Piéce ,
celle du Tombeau , fur lequel eft repréſentée
la Statue Equeftre du Commandeur , tué en
combattant contre D. Juan. Ce Monument
eft placé dans un grand Veſtibule foutenu par
des Colonnes de Marbre , ornées de branches
de Lauriers ; on y voit de chaque côté deux
grandes Figures de Femmes, en pied,de grandeur
naturelle fur des piédeftaux , en action
de tirer un grand rideau furmonté d'un
Dais , pour découvrir le Monument , dont le
coup-d'oeil produit un très -grand effet .
La Décoration du cinquième Acte , où le
repas eft donné , repréſente un magnifique
Salon , au fond duquel s'éleve un grand Buffet,
& aux deux côtés, deux autres de moindre
grandeur , garnis de Vafes précieux , le
tout éclairé par quantité de Girandoles & de
Flambeaux , garnis de bougies ; la Table du
repas , ornée & éclairée de même , eft placée
prefque fur le devant du Théatre ; on y
fert un Ambigu,avec beaucoup d'ordre & de
goût.
Ces deux Décorations , qui ont été géneralement
applaudies par de nombreuses Affemblées
, ont été compofées & peintes par
M. Brunetti , Peintre Italien. Comme
MA Y.
1743. 1017
Comme le fujet de cette Comédie eſt
connu de tout le monde on n'entrera
dans aucun détail ; on dira feulement. que la
même Piéce a été repréſentée à Paris fur le
même Théatre par les mêmes Comédiens, qui
y étoient arrivés l'année précedente ; on n'ignore
pas auffi que cette Comédie , fuivant
le Commentateur des oeuvres de Despreaux ;
a été inventée en Efpagne , imitée en Italie
& perfectionnée en France.
Le 22. les mêmes Comédiens , donnerent
la premiére repréfentation d'une Comédie
en Vers, & en trois Actes , intitulée les deux
Bafiles ou le Roman, laquelle a été reçuë trèsfavorablement
du Public. Elle eft de la Compofition
de M. Guiot de Merville. Cette Piéce,
dont on parlera plus au long, eft terminée
par un des plus ingénieux divertiffemens qui
ait été donnés au Théatre Italien , exécuté au
mieux & géneralement applaudi ; les Sieurs
Riccoboni & Deshayes , ont compofe les
Pas du Ballet , & le fieur Blaife , Baffon &
Penfionnaire des Comédiens Italiens , a compofé
les Airs danfant & chantant du Dig
vertiffement,
I TRIOLETS
018 MERCURE DE FRANCE
TRIOLETS fur la Comédie du Sylphe
repréſentée au Théatre Italien le s .
Février dernier.
TOn charmant Sylphe , Sainte Foy ,
Saifit l'eftime génerale ;
Sur la Sene il donne la Loi ;
Ton charmant Sylphe , Sainte Foy;
Qui fçût triompher mieux que toi
De l'une & de l'autre cabale ?
Ton charmant Sylphe , Sainte - Foy ,
Saifit l'eftime génerale .
C'eft de l'Oracle le pendant ,
Ce chef d'oeuvre de mignature.
Tracé d'un art libre & prudent
C'eft de l'Oracle le pendant.
Il peint l'Amour le plus ardent ,
Sous des couleurs d'après nature
C'eft de l'Oracle &c .
Tu ne fuis point d'original ';
Dans ce double tableau comique
Il n'en parût jamais d'égal ;
Tu ne fuis point d'original.
C'est un prodige Théatral ,
Un Phenoméne dramatique ;
Tu ne fui's point &c .
On
MAY. ΙΟΙ
1743.
On l'a vû bien repréſenté
Par Sylvia , Lelio , d'Haye ;
Il fût applaudi , fort goûté ,
On l'a vû bien repréſenté ;
Le beau Sexe fut enchanté
De fa fiction tendre & gaye ;
On la vũ & .
L'Ouverture de l'Opera Comique fe fera à
l'ordinaire , à la Foire S. Laurent à la fin du
mois de Juin ou au commencement de Juillet.
Il y a lieu de croire que ce Spectacle ,
qui depuis quelques années n'étoit pas gouté
, comme il l'étoit autrefois , va reprendre
une meilleure forme fous la direction d'un
nouvel entrepreneur , homme de gout , actif
& fort entendu , foit pour le choix & les
caractéres des Piéces convenables à ce Théatre
, & pour les Acteurs propres à remplir
ces mêmes caractéres , foit pour la Mufique ,
la fymphonie , le chant & les Ballets. On
rendra compte au Public du fuccès de cette
nouvelle entreprife.
I ij NOU
1020 MERCURE DE FRANCE
ttt ttu
NOUVELLES ETRANGERES.
O
ALLEMAGNE.
N mande deVienne du 1o. du mois dernier, que
felon les lettres que la Reine de Hongrie a
reçû du Prince Lobckowitz , les François font de
grands mouvemens dans le Haut Palatinat , & que
Le Maréchal de Broglie s'eft déterminé à détacher
un Corps confidérable de troupes , pour faire entrer
des vivres dans Egra , & pour renouveller la garnifon
de cette Place .
Il paffe tous les jours à Vienne une grande quantité
de Soldats de recruës , deftinés pour l'armée
commandée par le Feldt - Maréchal de Kevenhuller ,
& l'on a fait partir un train d'artillerie pour celle
qui eft fous les ordres du Prince de Lobckowitz.
On a appris d'Amberg du 25. du mois dernier ,
que le Maréchal de Broglie ayant reçû ordre de
S. M. T. C. de faire entrer de nouvelles provifions
de vivres dans Egra , & de relever en même - tems
la garnison de cette Place , il partit de Straubingen
le 10. pour fe rendre à Amberg , & qu'après avoir
fait fes difpofitions , il détacha le 15. fous les ordres
du Marquis du Chayla , Lieutenant Géneral , 13 .
Bataillons & 54. Efcadrons , qui s'avancerent le
même jour à Papemberg , Bourg fitué à fept lieuës
de cette Ville.
Le lendemain , le Marquis du Chayla marcha à
Preffac , & l'avant - garde des troupes qu'il commandoit
, obligea un Corps de Cavalerie des Autrichiens
, qui s'y étoit raffemblé , de fe retirer .
Ce Lieutenant- General ſe rendit le 17.
à Arn
dorff,
MAY
1021 1743 .
dorff, & le 18. à Mittertchich , d'où un autre Corps
de Cavalerie & de Huffards des troupes Autrichiennes
, ſe retira auffi à fon approche , & le 19. il ar
riva à Egra. Son retour s'eit fait avec le même ordre
, & le 24. il rejoignit à Amberg le Maréchal de
Broglie , n'ayant perdu dans fa marche que quelques
traîneurs.
Les Régimens de Limofin , de Bourgogne , de
Médoc & de Ponthieu , font reftés en garnifon à
Egra fous les ordres du Comte d'Herouville , Licu
tenant-General .
On mande de Hambourg du 2. de ce mois
qu'on a reçû avis de Paffau , que le 15. du mois
dernier , le Prince Charles de Lorraine étoit arrivé
de Vienne à Viltzhoven , & qu'après y avoir affifté
à un Confeil de guerre qu'avoit tenu le Feldt- Maréchal
de Kevenhuller , il en étoit parti pour fe
rendre à l'armée commandée par le Prince de
Lobckowitz ; que le Feldt- Maréchal de Kevenhuller
avoit commencé à faire affembler entre Schardingen
& Paflau, les troupes Autrichiennes qui font
fous fes ordres , & que plufieurs Régimens de ces
troupes avoient déja paffé l'Inn .
Un courier arrivé de Baviere , a rapporté que
l'Empereur s'étoit rendu le 24. de Munich à Landshut
, où le Comte de Seckendorf a établi fon quartier
géneral.
On a appris de Mnnich , que le Baron de Berenklaw
, ayant marché avec un Corps confidérable de
troupes Autrichiennes , pour attaquer quelques poftes
occupés par les François , trois Compagnies
Franches de ces derniers qui étoient à Falkirken ,
avoient foutenu avec une extrême valeur tous les
efforts des Autrichiens , mais qu'elles avoient été
fort maltraitées , & que plufieurs des Officiers &
des Soldats , dont elles étoient compofées , avoient
été faits prifonniers de guerre. I iij M.
1022 MERCURE DE FRANCE
M. de la Croix , Commandant d'une de ces Com
pagnies , lequel s'eft acquis une grande réputation
par la hardieffe de plufieurs entrepriſes , & par le
bonheur avec lequel il les a executées , eft de ce
nombre.
Suivant les dernieres lettres écrites de Straubingen
, le Comte de Saxe partit le 10. de ce mois
pour aller fe mettre à la tête du Corps de troupes
Françoifes , qui eft dans les environs d'Amberg , &-
avec lequel il doit obferver les mouvemens du Prince
de Lobckowitz .
Depuis le départ du Comte de Saxe , le Prince de
Conti a pris le commandement des troupes qui ..
étoient à Deckendorf fous les ordres de ce Lieute
nant-General .
0
FRANCFORT.
Na appris de eette Ville le 19. du mois der
nier , que le 17. à fix heures du matin , l'Empereur
, accompagné du Prince Royal , partit pour
fe rendre en Bavière, & que S. M. I. alla coucher à
Mergentheim , d'où elle dut arriver le 18. à Donawert
, & le 19. à Munich .
Les Magiftrats de Francfort ont fait fournir à
l'Empereur 200. chevaux pour le conduire juſqu'à
une certaine diſtance , & l'on a expedié des ordres
pour que S. M. I. en trouvât un pareil nombre à
chaque relai.
L'Empereur , avant que de partir pour Munich
a difpofé de la Charge de Vice Préfident du Confeil
Aulique en faveur du Comte de Seidwitz , qui a
été Directeur de ce Confeil fous le Regne du feu
Empereur. S. M. I. a affuré à ſon départ les Magiftrats
de Francfort , qu'elle étoit extrêmement fenfible
au zéle & au dévouement que les habitans
avoient
MA Y. 1743 1023
avoient témoignés pour les interêts ; qu'ils conferveroient
toujours une part diftinguée dans fa bienveillance
, & que dans toutes les occafions elle s'emprefferoit
à leur donner des marques de fa protection
.
Le Baron de Zillerberg , Miniftre de l'Arche
vêque de Saltzbourg , s'étant plaint à de ce
que les troupes Heffoifes , qui font au fervice de
l'Empereur, avoient obligé les habitans du Bailliage
de Lauffen & de quelques autres Cantons ,
de remettre
leurs armes , le Miniftre de Heffe a repréfenté
par ordre de la Cour , que les troupes Heflo
fes ne fe feroient pas portées à cette extremité, fi les
Géneraux qui les commandent , n'avoient pas dé-
Couvert que ces habitans entretenoient des intelli
gences avec les Autrichiens.
COLOGNE .
N mande de Manheim du 27. du mois der
ON " у
rier , par lequel on a été informé que le Comte
d'Oftein Engelheim , un des Chanoines du Chapitre,
& qui étoit l'un des Adminiftrateurs nommés pour
avoir la direction des affaires de l'Electorat pendant
la vacance du Siége , avoit été élû le 22. du même
mois Electeur de Mayence.
Selon les lettres reçûës du Haut - Palatinat , le
Marquis du Chayla , Lieutenant- Géneral des armées
de S. M. T. C. a été détaché d'Amberg par le Maréchal
de Broglie avec un Corps confidérable de
troupes , pour jetter du fecours dans Egra ; il s'eft
rendu dans les environs de cette Place , fans éprouver
aucun obftacle de la part du Prince de Lobckowitz,
qui à l'approche des François s'eſt retiré dans
les montagnes voifines , & après avoir fait entrer
I iiij.
une
1024 MERCURE DE FRANCE
& une grande quantité de provifions dans la Ville ,
en avoir retiré l'ancienne garnifon qu'il avoit remplacée
par de nouvelles troupes , il avoit repris la
route d'Amberg , pour aller rejoindre le Maréchal
de Broglie.
On a appris de Spire , que le 25. treize Bataillons
'des troupes Françoifes , commandées par le Maréchal
de Noailles , y avoient paffé le Rhin ; que ce
Géneral a déja vifité plufieurs Places d'Alface , &
que le 23. il arriva à Landau , où toute la Cavalerie
de la Maifon du Roi Très - Chrétien devoit être affemblée
avant le 12. de ce mois , & où l'on attendoit
encore plufieurs Régimens d'Infanterie & de
Cavalerie.
ESPAGNE.
N apprend de Madrid du 23. du mois dernier
que l'Intendant de Marine de Galice a mandé
au Roi , que le Vaiffeau la Notre- Dame de l'Efclazage
, armé en courfe & commandé par Don Olivier
Colinez , avoit pris le 22. Mars dernier fur la
Côte de Portugal le Vaiffeau Anglois la Diligence,à
bord duquel on a trouvé une grande quantité de
bled & de viande falée .
Le même Intendant a depuis informé 5. M. que
la Balandre Angloife l'Anne , commandée par le
Capitaine Jofeph Tone , avoit été prife fur les Côtes
de Portugal par l'Armateur Mathieu Perira .
L'Intendant de Marine du Ferol a mandé à S. M.
que l'Armateur Don Juan-Baptiste Per avoit conduit
au Port de la Corogne le Vaiffeau Anglois
l'Anne & Sara , qu'il a pris le 18. du mois dernier,
& dont la charge eft eftimée 12600. Piaftres .
Le Roi a appris en même-tems , que le 2. l'Armateur
Lucas Conftantin étoit entré dans le Port
de Bayona avec le Vaiffeau la Marguerite , commandé
MAY. 1743. 1025
mandé par le Capitaine Dechen , dont il s'eft emparé
près d'Oporto , & à bord duquel il y avoit des
vins de plufieurs efpeces pour la valeur de 78000 .
Réales , & que cet Armateur avoit rencontré fur la
Côte de Portugal la Fregate Bifcayenne la Notre-
Dame del Coro , qui avoit enlevé à la hauteur de
Lisbonne un Brigantin Anglois , chargé de cuirs &
de Salines.
ITALI E.
N mande de Rome du 9. du mois dernier
qu'un courier arrivé de Bologne , a rapporté
qu'un Corps de Dragons & de Huffards de l'armée
de la Reine de Hongrie s'étant avancé à Forlinpopoli
, y avoit attaqué une partie des Dragons & des
Miquelets de Partiere- garde de l'armée Espagnole ,
& qu'il avoit d'abord mis ces troupes en defordre ,
mais qu'elles s'étoient ralliées après avoir été jointes
par 800. hommes de Cavalerie, qui vinrent de Forli
à leur fecours , & qu'elles avoient obligé les Autrichiens
de prendre la fuite , fans leur laiffer le tems
d'emporter leurs morts & leurs bleffés .
On apprend de Smyrne , que le 29. Janvier dernier
l'Archevêque Grec de Céfarée , lequel étoit Légat
du Patriarche d'Arménie à Jérufalem , avoit embraffé
la Réligion Catholique , & qu'il avoit fait fa
Profeffion de Foi dans la Chapelle du Conful de
France , en préſence du P. Jerôme Lanza, Vicaire
Apoftolique , & du P. Michel de Paris , Supérieurs
des Miffionnaires Capucins , entre les mains du
P. Etienne de Conftantinople , Religieux du même
Ordre , qui l'a inftruit des dogmes de l'Eglife Romaine.
GENES
1026 MERCURE DE FRANCE
0
GENES ET ISLE DE C OR S E.
Na appris de la Baftie , que les Rebelles de
l'Ile de Corfe ont tenu une feconde affemblée
génerale à Caftel d'Aqua dans la Piéve d'Alefani, &
qu'après y avoir confirmé toutes les réfolutions
qu'ils avoient prifes dans leur premiere affemblée ,
ils ont nommé les Chefs qui doivent commander de
l'autre côté des Montagnes. On affûre qu'ils font
toujours déterminés à demeurer fous la domination
de la République , pourvû qu'elle confente de leur
accorder leurs demandes .
On ne parle prefque plus du Baron de Neuhoff ,
& l'opinion génerale eft que cet avanturier, voyant
que les Corfes ne veulent point avoir de confiance
en fes promeffes, a renoncé au deffein de fomenter
une nouvelle révolte dans leur Ifle.
Les lettres reçûës de l'Etat Eccléfiaftique portent
que les troupes Efpagnoles , commandées par le
Comte de Gages , fe fortifioient à Rimini , à Savignano
& à Sant Arcangelo , & que ce Géneral avoit
laiflé à Forli un détachement de 600. hommes de
Cavalerie , pour s'oppofer aux entrepriſes des Huffards
Autrichiens , qui s'étoient avancés fur la frontiére
de la Romagne.
On a appris de Lombardie , que le Comte de
Traun avoit toujours fon quartier géneral à Carpi ,
quoique la plus grande partie des troupes de la Rei
ne de Hongrie , qui font fous les ordres , foit entrée
dans le Bolonois & dans le Ferrarois .
O
GRANDE BRETAGNE.
N mande de Londres, que le Roi s'étant rendu
le 2. de ce mois à la Chambre des Pairs
avec les cérémonies acoûtumées, & que S.M. ayant
mandé
MAY 1027 1743
mandé la Chambre des Communes , fit aux deux
Chambres le Difcours fuivant .
a
MYLORDS ET MESSIEURS , la fageffe , la diligence
, avec lesquelles vous avez déliberé fur les affaires
publiques dans le cours de cette Séance , le
zéle avec lequel vous vous êtes conduits , me donnent
La plus grande fatisfaction. Afin que cette Nation &
la caufe commune puffent retirer lesfruits les plus avantageux
de vos refolutions , j'ai donné ordre fur la réquifition
de la Reine de Hongrie, que mes troupes, comme
auxiliaires de S. M. H. paffaffent le Rhin, conjointement
avec les troupes Autrichiennes , pour fecourir .
défendre cette Princeffe, & pour s'oppofer à toutes les
entreprises dangereuses , qui pourroient préjudicier à la
balance du pouvoir à la liberté de l'Europe, an empécher
que la tranquillité génerale ne foit rétablie fur
dejustes folides fondemens. J'ai fait refter uneforte
Efcadre dans la Méditerranée, & une autre en Amérique
; afin de continuer d'incommoder les Espagnols ,
de les réduire à accepter une paix , dont les condi
tions foient fûres & honorables pour la Grande-Bre
tagne, auffi- bien que pour maintenir les droits de navigation
& de commerce , qui appartiennent àmes Sujets,
par le moyen de la premiére de ces Efcadres ,
mes Alliés en Italie ont reçû & continuent encore de re
cevoir unſecours des plus utiles des plus avantageux.
MESSIEURS DE LA CHAMBRE DES COMMUNES >
je vous remercie des fubfides confiderables que vous
m'avez accordés pour lefervice de cette année , & qui
ferent comme vous pouvez en étre afférés , employés
auxfins importantes pour lesquels ils font destinés
•
MYLORDS L'ETU MESSIEURS , j'ai une parfaite
confiance en votre affection , & l'objet immuable
de mes defies , eft de procurer le bonheur de mes
Royaumes, de travailler efficacement aux véritablas
interêts de mes Sujets. Je m'attends que de votre
I vis côté 2
1028 MERCURE DE FRANCE
côté , par reconnoiffance , vousferez vos plus grands
efforts dans vos Provinces refpectives , pour y faire
aimer mon Gouvernement , & pour conferver la paix
la tranquillité de la Nation.
Deux Armateurs Anglois ont pris & conduit à
Lisbonne deux Armateurs Efpagnols , & les lettres
de la Jamaïque marquent que le Vaiſſeau de guerre
l'Experience , de 20. canons & la Chaloupe l'Eſpion,
étoient entrés le 28. Janvier dernier dans le principal
Port de cette Ifle avec deux Vaiffeaux de la même
Nation , fur lefquels on avoit trouvé beaucoup
d'argent & de marchandifes. Outre les caifles d'argent
qui étoient à bord de la prife faite par le Vaiffeau
de guerre l'Ecureuil , on a découvert dans le
fond de cale 150co . livres fterlings en or.
Les lettres reçûës de la Caroline Méridionale
portent que deux Vaiffeaux Anglois , armés en
courfe à Philadelphie par les Capitaines Doweld &
Sibbald, avoient conduit à la Providence un Vaiffeau
de Regiftre Espagnol , & un autre Bâtiment de la
même Nation , deftiné pour la Vera Cruz .
Ο
HOLLANDE ET PAYS - BAS.
Na appris de la Haye du 3. de ce mois que
le Comte Figuarola , s'y étant rendu de Bruxelles
par ordre du Comte de Konigleg Erps, Gouverneur
des Pays- Bas par interim , pour demander
de la part de la Reine de Hongrie , que la Répu
blique mit des garnifons de fes troupes dans les
Villes de Mons , d'Ach , de Charleroy & de Saint
Guillain , à la place des 6000 hommes de troupes
Heffoifes à la folde de la Grande-Bretagne, lefquels
devoient aller joindre les troupes Angloifes , comman
lées par le Comte de Stairs, les Etats Géneraux
ont réfolu de faire marcher fix Bataillons & deux
Efcadrons , , pour être diftribués dans ces differentes
Villes.
La
MAY. 1029 1743.
La Ville de Groningue a donné fon confentement
à la marche des 20000. hommes demandés à la République
par la Reine de Hongrie.
Suivant les avis reçûs de Cologne , le Duc d'Aremberg
a paffé le 23. du mois dernier le Rhin à la
tête des Régimens Autrichiens qui étoient restés en
deçà de ce Fleuve.
Le Marquis de Fenelon , Ambaffadeur du Roi de
France , & le Comte de Sintzheim , Miniftre Plénipotentiaire
de l'Empereur , informerent le 2. de ce
mois les Etats Géneraux que le Marquis du Chayla,
Lieutenant -General des armées de S M. T.C. avoit
fait entrer un Convoi confidérable dans Egra , &
qu'il avoit mis une nouvelle garnifon dans cette
Place , fuivant l'ordre qu'il avoit reçû du Maréchal
de Broglie.
*******************
FRANCE
,
NOUVELLES DE LA COUR , DE PARIS , &C.
E 7. de ce mois , le Prince de Grimberghen ,
Ambaffadeur Extraordinaire de l'Empereur
eut fa premiere Audience particuliére du Roi , & il
y fut conduit , ainfi qu'à celles de la Reine , de
Monſeigneur le Dauphin & de Mesdames de France
, par M. de Verneuil , Introducteur des Ambaffadeurs.
Le même jour , le Comte de Piofafque , Miniftre
Plénipotentiaire de l'Empereur , eut une Audience
particuliere du Roi , & il prit congé de S. M. Il eut
enfuite Audience de la Reine , de Monfeigneur le
Dauphin & de Mefdames ; il yfut conduit par le
même Introducteur,
LS
1030 MERCURE DE FRANCE
Le Roi a donné le Gouvernement des Ville &
Forts de S. Malo , au Marquis de Meuze , Lieute,
nant- General , & celui du Fort- Louis du Rhin
qu'il avoit , au Marquis du Caila , Lieutenant-
Géneral & Inspecteur de Cavalerie.
•
Le 16. la Reine fe rendit à l'Eglife des Religieux
Recolets de Verſailles , qui célébroient la Fête de
S. Jean Nepomucene , & elle y communia par les
mains de l'Archevêque de Rouen , fon Grand-
Aumônier.
L'après midi , S. M. entendit dans la même Eglife
le Panégyrique du Saint , prononcé par le Pere
Louis , Recolet , & elle affifta au Salut .
1
Le même jour , l'Evêque de Bayeux fut reçû.
dans l'Académie Françoife , à la place vacante par
la mort du Cardinal de Fleury , M. de Moncrif ,
Directeur , lui répondit au nom de l'Académie , &
ils parlerent l'un & l'autre avec beaucoup d'éloquence.
M. l'Evefque de la Ravaliere , connu par la belle
Edition qu'il a donnée des Poëfies du Roi de Nan
varre , ayant été nommé à la place vacante de l'Académie
Royale des Infcriptions & Belles Lettres ,
par le décès de M. de la Boiffiere de Chambors
dont il a été parlé dans le Mercure du mois d'A❤
vril dernier , y alla prendre Seance le 24. de ce
mois.
Le 27. Avril , le Marquis de Caftelane , Enſeigne
des Gardes du Corps de la Compagnie de Villeroy,
fut nommé par le Roi , pour remplir la place de
Major de la Gendarmerie, vacante par la Promotion
du Marquis du Chatelet au Grade de Maréchal de
Camp ; & la Brigade des Gardes du Corps du Roi ,
vacante par la nomination de M. de Caftelane , fur
donnée le même jour au Marquis de Calviere ,
devant Ayde-Major de la même Compagnie de.
ci-
Villeroy ,
MAY. 1743
1031
Villeroy , Brigadier des Armées du Roi , qui prendra
rang dans fon Corps du jour de la datte d'un
Brevet d'Enfeigne , que le Roi lui avoit accordé
deux ans auparavant en faveur de fes fervices.
Le 23. Mai , Fête de l'Afcenfion de N. S. le Roi
& la Reine entendirent dans la Chapelle du Château
de Verſailles la Meffe chantée par la Mufique
, & l'après midi leurs Majeftés affifterent aux
Vêpres.
Le Service folemnel que le Roi avoit ordonné de
faire dans l'Eglife Métropolitaine de Paris , pour le
repos de l'ame du Cardinal de Fleury , fut célébré
le 25. de ce mois . L'Eglife étoit tenduë de
noir , avec l'appareil qui eft d'ufage dans les Pompes
funèbres. L'Abbé d'Harcourt , Doyen du Chapitre
de l'Eglife Métropolitaine , y officia , & le
Pere de Neufville , de la Compagnie de Jefus
prononça l'Oraiſon funébre avec beaucoup d'Eloquence.
Le Clergé , le Parlement , la Chambre des
Comptes , la Cour des Aydes , l'Univerfité & le
Corps de Ville , qui avoient été invités de la part
de S. M. à ce Service par le Marquis de Dreux
Grand- Maître des Cérémonies , y affifterent , ainfi
qu'un grand nombre de perfonnes de diftinction .
Le 24. Avril dernier , il y eût Concert à la Cour
chés la Reine ; M. Deftouches , fur-Intendant de la.
Mufique du Roi , fit chanter l'Opera d'Hefione
qu'on avoit commencé vers la fin du mois de Mars
dernier.
Le 8. le 11. & le 18. Mai , la Reine entendit
P'Opera d'Iphigenie , dont les principaux rolles furent
remplis par les Dlles la Lande & de Romainville
, & par les fieurs Benoît & Poirier,
Le 20. on donna en Concert à S. M. le Prologue
& le premier Acte d'Amadis de Grece.
Le 27. & le 29.la Reine entendit le Ballet de l'Empire
a
1032 MERCURE DE FRANCE
pire de l'Amour, que S. M. avoit demandé . Le Poëme
eft de M. de Montcrif , de l'Académie Francoife
; le fieur Jeliot & les autres principaux Sujets
qui s'étoient diftingués dans Iphigenie , rendirent
les autres rolles de ce Ballet avec applaudiffement .
Le 23. Mai , Fête de l'Afcenfion , il y eut Concert
Spirituel au Château des Tuilleries , qui commenca
par le Motet à grand choeur, Exaltabo te Deus , de M.
de la Lande , lequel fut fuivi d'une Sonnate à deux
violons , de M. le Clair , executée par deux jeunes
Symphoniſtes ; on chanta enfuite deux petits Motets,
le premier du fieur Cordeler, chanté par les Dlles
Fel & Bourbonnois , & l'autre du feu fieur Mouret ,
chanté par la Dlle Chevalier , lefquels furent trèsapplaudis
. Le Concert fut terminé par un Motet
à grand Choeur , de la compofition du freur de
Mondonville .
ARRETS NOTABLES.
D
ECLARATION du Roi , concernant la
Communauté des Mes. Chirurgiens de la
Ville de Paris. Donnée à Verfailles le 23. Avril
1743. enregistrée en Parlement le 7. Mai fuivant.
Louis par la grace de Dieu , Roi de France & c.
Le défir de faire fleurir de plus en plus dans notre
Royaume les Arts & les Sciences , & l'affection
paternelle que nous avons pour nos Sujets , nous
ont déja portés à autorifer les moyens qui nous
ont été propofés pour perfectionner un Art auffi
néceffaire que celui de la Chirurgie . C'est dans
cette vie , que l'Ecole de Chirurgie qui eft établie
dans notre bonne Ville de Paris , ayant mérité de
• puis
MAY. 1743 1033
puis long-tems , par l'habileté & la réputation de
ceux qui en font fortis , d'être confidérée comme
P'Ecole prefque univerfelle de notre Royaume ,
nous y avons établi à nos dépens , par nos Lettres
Patentes en forme d'Edit , du mois de Septembre
1724. enregistrées en notre Cour de Parlement ,
cinq Démonftrateurs Royaux des differentes parties
de la Chirurgie , fur la préfentation qui nous en
feroit faite par notre premier Chirurgien ; & nous
fçavons que le défir de fe rendre toujours de plus
en plus utiles au Public , a infpiré aux plus célebres
Chirurgiens de la même Ecole , le deffein de raffembler
les differentes obfervations & les découvertes
que l'exercice de leur Profeffion les met å
portée de faire , pour en former un Recueil , dont
le premier effai vient d'être donné au Public ; mais
quelque fecours que les jeunes Eleves , qui fe defti
Dent à l'Etude & à la pratique de la Chirurgie.
puiffent trouver dans cet Ouvrage , il nous a été
repréſenté qu'il étoit encore plus important d'exiger
de ces Eleves , que , par da connoiffance de la
Langue Latine , & l'étude de la Philofophie , ils fe
miflent en état d'entrer dans les Ecoles avec la préparation
néceffaire pour pouvoir profiter pleinement
des inftructions qu'ils y reçoivent ; que nous
ne ferions par-là que rappeller la Chirurgie de Paris
à ſon ancien état , dans lequel tous les Chirurgiens
de Saint Côme , qu'on nommoit auffi Chirurgiens
de Robe- longae , étoient gens de Lettres ; que fuivant
leurs Statuts , ils devoient fçavoir la Langue
Latine & fubir des examens fur des matiéres de
Phyfique , outre qu'ils étoient presque tous Maîtres
ès Arts ; que d'ailleurs ils avoient introduit parmi
eux differens grades de Littérature , à l'imitation
des dégrés qui étoient établis dans les Facultés
Supérieures du Royaume , & que les Rois , nos Prédéceffeurs,
>
7034 MERCURE DE FRANCE
deceffeurs, voulant favorifer une émulation utile au
Public , leur avoient accordé des Privileges & des
Titres d'honneur rélatifs à ces exercices Littéraires
comme il paroît plus particulierement par les Lettres
Patentes des Rois Louis XIII. & Louis XIV.
des mois de Juillet 1611. & Janvier 1644. enregiftrées
en notre Cour de Parlement , & qui rappellent
un grand nombre d'autres Lettres Patentes
& Ordonnances plus anciennes ; que la Chirurgie y
eft reconnue pour un Art fçavant , pour une vraye
fcience qui méritoit par fa nature , autant que par
fon utilité , les diftinctions les plus honorables , &
que l'on en trouve la preuve la moins équivoque
dans un grand nombre d'Ouvrages fortis de l'Ecole
de Saint Côme , où l'on voit que depuis long- tems ,
les Chirurgiens de cette Ecole ont juftifié par l'étenduë
de leurs connoiffances , & par l'importance de
leurs découvertes , les marques d'eftime & de protection
que les Rois , nos Prédéceffeurs ont accor
dées à une Profeffion fi importante pour la confervation
de la vie humaine ; mais que les Chirurgiens
de Robe-longue qui en avoient été l'objet
ayant eû la facilité de recevoir parmi eux ,
fuivant
des Lettres Patentes du mois de Mars 1656. enregiftrées
en notredite Cour de Parlement , un Corps
entier de Sujets illitérés , qui n'avoient pour partage
que l'exercice de la Barberie , & l'ufage de quel- ;
ques panfemens aifés à mettre en pratique , l'Ecole
de Chirurgie s'avilit bien-tôt par le mélange d'une
Profeffion inférieure , enforte que l'Etude des Lettres
y devint moins commune qu'elle ne l'étoit auparavant
; mais que P'expérience à fait voir combien il
étoit à défirer que dans une Ecole auffi célebre que
celle des Chirurgiens de Saint Côme , on n'admît
que des Sujets qui euffent étudié à fond les principes
d'un Art,dont le véritable objet eft de chercher
>
硝
"
dans
MAY. 1743. 1035
dans la Pratique , précédée de la Théorie , les regles
les plus fûres qui puiffent réfulter des Obfervations
& des Expériences ; & comme peu d'efprits
font affés favorifés de la Nature pour pouvoir faire
de grand progrès dans une carriere fi pénible , fans
y être éclairés par les Ouvrages des Maîtres de
P'Art , qui font la plûpart écrits en Latin , & fans
avoir acquis l'habitude de méditer & de former
des raisonnemens juftes par l'étude de la Philofophie
, nous avons reçû favorablement les répréſentations
qui nous été faites par les Chirurgiens de
notre bonne Ville de Paris , fur la néceffité d'exiger
la qualité de Maître ès Arts de ceux qui afpirent.
à exercer la Chirurgie dans cette Ville , afin que leur
Art y étant porté par ce moyen à la plus grande
perfection qu'il eft poffible , ils méritent également
par leur fcience , & par leur pratique , d'être le modéle
& les guides de ceux qui , fans avoir la même
capacité , fe deftinent à remplir la même Profeffion
dans les Provinces , & dans les Lieux où il ne feroit
pas facile d'établir une femblable Ļoi . A ces cauſes
& autres confidérations à ce Nous mouvantes , de
l'avis de notre Confeil , & de notre certaine ſcience
, pleine puiffance & autorité Royale , nous
avons par çes Préfentes fignées de notre main , dit ,
ftatué & ordonné , difons , ftatuons & ordonnons ,
voulons & nous plaît ce qui fuit :
ART. I. Aucun de ceux qui fe deftinent à la Profeffion
de la Chirurgie , ne pourra à l'avenir , & à
compter du jour de l'enregistrement de notre préfente
Déclaration , être reçû Maître en Chirurgie ,
pour l'exercer dans notre bonne Ville & Fauxbourgs
de Paris , s'il n'a obtenu le grade de Maître
ès Arts dans quelqu'une des Univerfités approuvées.
de notre Royaume , & s'il ne juftifie préalablement
de cette qualité par la repréfentation de fes
Lettres
1036 MERCURE DE FRANCE
Lettres expédiées en bonne forme , aufquelles feront
annexées fes atteftations de tems d'étude
voulons qu'il foit fait mention tant defdites Lettres
de Maître ès Arts , que defdites atteftations dans les
Lettres de Maître Chirurgien qui lui feront accordées
; le tout à peine de nullité de fa réception &
des Lettres obtenues en conféquence .
ART. II. N'entendons néanmoins que la difpofition
de l'Article précédent ait lieu à l'égard de
ceux qui fe font faits immatriculer , pour le préfenter
aux examens , & aux autres épreuves établies
par les Statuts des Chirurgiens de notredite Ville
& Fauxbourgs de Paris pour parvenir à la Maîtriſe ;
ni pareillement à l'égard de ceux qui fervent actuellement
dans les Hôpitaux de ladite Ville & des
Fauxbourgs de Paris pour y gagner la Maîtriſe .
Voulons que les uns & les autres foient admis fuivant
l'ufage ordinaire , s'ils font trouvés fuffifans
& capables , encore qu'ils n'ayent pas la qualité de
Maître ès Arts .
ART. III . Voulons que tous ceux qui auront été
reçûs Maîtres Chirurgiens pour en faire la fonction
dans la Ville & Fauxbourgs de Paris , foient tenus
de l'exercer fans mélange d'aucun Art non libéral ,
commerce ou profeffion étrangere audit Art ; au
moyen de quoi ils jouiront des mêmes droits
honneurs & priviléges dont les Chirurgiens de
Saint Côme étoient en poffeffion avant l'union du
Corps des Barbiers à celui defdits Chirurgiens , or
donnée par Lettres Patentes du mois de Mars
1656.
ART. IV. Voulant expliquer nos intentions fur
ladite union , ordonnons que tous ceux des Chirur
giens de notre bonne Ville & Fauxbourgs de Paris ,
qui voudront renoncer au droit d'exercer la Barberie
, feront tenus d'en faire leur déclaration par
écrit ,
MAY. 17437 1037
écrit , & fignée d'eux en préfence de notre premier
Chirurgien ou de fon Lieutenant , après quoi , il
e leur fera plus permis de faire l'exercice de la
Barberie , à peine contre les contrevenans d'être
téchûs des Lettres de Maîtriſe par eux obtenuës .
ART. V. N'entendons empêcher que ceux qui
auront pas fait ladite déclaration ne continuent
d'exercer la Chirurgie & la Barberie conjointement
pendant leur vie , ainfi qu'ils l'ont fait où pû faire
tafqu'à préfent , en conféquence defdites Lettres
Fatentes du mois de Mars 1656. Voulons , qu'après
11 mort du dernier defdits Chirurgiens , lefdites
Lettres Patentes ceffent d'avoir leur effet , & qu'il
e puiffe y avoir dans notredite Ville & Fauxbourgs
e Paris aucun Barbier Chirurgien.
ART. VI. Après que la Profeffion des Barbiershirurgiens
aura été ainfi totalement éteinte . Oronnons
que l'exercice de la Barberie appartienne
xclufivement à la Communauté des Maîtres Bariers-
Peruquiers - Baigneurs - Etuviftes , établie dans
otredite Ville & Fauxbourgs de Paris , lefquels
e pouront exercer aucune partie de la Chirurgie ,
a peine de privation de leurs Charges , & de telle
amende qu'il appartiendra.
ART. VII. Confirmons au furplus & maintenons
notre premier Chirurgien & fon Lieutenant en la
Chirurgie , dans la poffeffion & jouiffance de tous
droits , prééminences , prérogatives , fonctions &
priviléges attachés à la Charge de notre premier
Chirurgien , & à la place de fon Lieutenant , en ce
qui concerne l'Art de la Chirurgie & fes dépendances
, dont notredit premier Chirurgien demeurera
le Chef,ainfi que par le paffé. Voulons auffi que
notredit premier Chirurgien continuë de jouir de
tous les droits , fonctions , prérogatives & priviléges
dont il eft en poffeffion , en ce qui regarde
l'exer
1038 MERCURE DE FRANCE
l'exercice de la Barberie , & la profeffion de Perruquier-
Baigneur.Etuvifte , & ce fous le titre d'Infpecteur
& Directeur Général par nous commis : lui
enjoignons de veiller à ce qu'aucun defdits Corps
n'entreprenne fur l'autre.
ART. VIII . Dérogeons à tous Edits , Déclara
tions , Lettres Patentes, Statuts & Réglemens, contraires
à notre préfente Déclaration , notamment
aufdites Lettres Patentes du mois de Mars 1656.
voulant que le Contrat d'union du premier Octobre
1655. les Délibérations & autres Actes paflés en
conféquence , foient & demeurent comme non
avenus , fanspréjudice néanmoins de l'exécution de
l'Article IV . ci-deſſus par rapport à ceux des Maîtres
Chirurgiens qui n'auront pas déclaré qu'ils renoncent
à l'exercice de la Barberie. Si donnons, & c.
P
TABL E.
IECES FUGITIVES . Epitre à M. Nericault
Deftouches , 827
Lettre de Mad . l'Abbefle & des Religeufes de l'Ab.
de Chelles , fur la mort de Mad . d'Orleans , 832
Elégie fur la mort de Mad . la Marq . de G.... 852
Lettre fur le Difcours du P. du Baudory ,
857
Epitre à M. de Voltaire fur fa Trag . de Mérope , 869
Differt . fur la Maiſon Milit. des Rois de France , 870
Ode à Mad . de la Lande , fur la convalefcence de
Mlle fa Fille ,
Lettre fur la Chronologie & la Topographie du
Breviaire de Paris ,
La Naiffance de la Mufette , Cantatille ,
903
୨୦୨
914
Queftion importante ,jugée au Parlem de Paris , 916
Epitre à Mlle D.S. B. écrite le prem. jour de l'an , 935
Enigmes & Logogryphe , 938
Nou
NOUVELLES LITTERAIRES DES BEAUX-ARTS ,
Hiftoire Romaine de Tite-Live , Extrait , 940
Hift . de la Nobleffe du Comté Venaiffin , Extr. 957
Arrêts & Réglemens notables , & c.
Recueils fur les affaires du Clergé ,
Hif de l'Académie Royale des Sciences ,
Mizirida , Princeffe de Firando
Differtations fur l'Hiftoire Eccléfiaftique ,
Livres chés le Gras , & chés Mariette ,
Livres des Pays Etrangers ,
959
960
961
ibid.
963
970
971
Ex de Lettre fur la nouv. Edit. duJournal des Sç.981
Difcours prononcés à l'Académie Françoife à la
Réception de M. de Mairan , 982
Aſſemblée de la Societé Litteraire d'Arras , 987
Eftampes nouv . & Portraits chés M. Petit, &c. 996
Chanfon notée "
997
Spectacles Extr.du Balet du Pouvoir de l'Amour, 999
Vers à Mlle Clairon fur le Rôle de Vénus , &c. 1809
Théatre François & Difcours à l'ouverture ,
>
1010
A Mile du Mefail , fur fon Rôle de Mérope , 1015
Le Feftin de Pierre au Théatre Italien . ibid.
Nouvelles Etrangeres , Allemagne & c . 1020
France , Nouvelles de la Cour , de Paris ,
Arrêts Notables ,
Errata de Janvier.
& c. 1029
1032
P Age 179. ligne 8. Cafonne , lifex , Calonne.
P.
Errata de Fevrier.
390 1. 14. 1711. l. 1721. P. 402. 1. 2. du Roi ,
1. de la Reine : P. 406. 1. 29. 1744•
Errata de Mars.
1. 1734.
P. 578. 1. 18. du Puy, l . de Bordeaux . P. 591. l. 16.
Valferné , I. Vallemé
Errata
Errata d'Avril
1
P. 635.1 . 16. 1743. l. 1742. P. 674. que fon , L.
que pour fon. P.686 . I. derniere , Lu, l. Lui.P. 694.
1. 12. & 13. eu connu, l. connu. P. 718 , à la recla
me , des , l . de . P. 727. l . 22. tout le , l. tous les. P.
738. 1. 15. Hermaphodites , 1. Hermaphrodites . bid.
1. 27. formicales , 1. formicaleo . P. 740. 1. 8. Roudelet
, l . Rondelet, P. 765. 1. 10. de Thun , l. d'Haun.
P. 796.1 . 16. niriez , l . nieriez. P. 798. l . 9. com◄
pofé. P. 813. l . 16. l. compofés, avant, auparayant .
P. 827.1 . 3. Pun , ôtez, ce mot.
P
Fautes à corriger dans ce Livre.
Age 829. à la reclame , Plus , lifez , Et.
P. 831. 1. 5. un ,
1. une.
P. 873. 1. 9. logoient , 1. logeoient.
P. 889. lig. premiere, ne manqua, l. ne manqua pas.
Ibid. 1. 13. a , ôtez ce mot.
Ibid. 1. 25. dû , 1. a dû .
P. 928. 1. 17. diftinction ; l. diftinction ,
P- 968. 1. 19. Villejuir , . Villejuif.
Ibid. 1. 22. Ste , l . de Ste .
P. 976. 1. 21. fragia , 1. fragmenta.
La Chanson notée , doit regarder la page 997.
MERCURE
DE
FRANCE ,
DEDIE AU ROY.
JUIN. 1743 .
PREMIER VOLUME,
COLLIGIT
SPARGIT
Chés
pillo
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER
ruë S. Jacques.
La Veuve PISSOT , Quai de Conty ,
à la descente du Pont- Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais
M. DCC. XLIII.
Avec Aprobation & Privilege du
A VIS.
L
'ADRESSE génerale eft à Monfieur
MOREAU , Commis au Mercure , vis
à vis la Comédie Françoife , à Paris, Ceux
qui pour leur commodité voudront remettre
teurs Paquets cachetés aux Libraires qui vendent
le Mercure , à Paris , peuvent ſe ſervir
de cette voye pour les faire tenir.
On prie très -inflamment , quand on adreffe
"des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous le
déplaifir de les rebuter , & à ceux qui les envoyent
, celui , non feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de les
perdre , s'ils n'en ont pas gardé de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de la premiere
main , & plus promptement , n'auront qu'à
donner leurs adreffes à M. Moreau , qui aura
foin de faire leurs Paquets fans perte de tems,
& de les faire porter fur l'heure à la Pofte, ou
aux Meffageries qu'on lui indiquera.
PRIX XXX. SOLS
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT
AV
JUIN 1743 .
***************
PIECES FUGITIVES,
en Vers & en Profe.
IMITATION du Pfeaume XXVIL
Dominus illuminatio mea , & c .
P...
ARGUMENT.
rêts de céder aux maux , qu'il a longtems
foufferts ,
David elpere en Dieu , dont la main le
feconde ;
Ses ennemis vaincus lui voient brife: fes fers ,
. Et braver les fureurs du Monde. 1
I. Vol
Aij
PSEAUMA
7044 MERCURE DE FRANCE
PSEAUME.
Ces nuages épais , qui fembloient m'éblouït ,
Ne peuvent foutenir l'éclat de ta puiffance ;
Ton bras , Dieu d'Ifraël , les fait évanouir ,
Dès qu'il s'arme pour ma vengeance.
Quoi ! quand ton intérêt te retient dans les Cieux ;
Tu defcends pour venger un amas de pouffiere ;
J'entrevois les rayons qui deffillent mes yeux ;
Oui , c'eft ta célefte lumiere .
Quels coups pourront m'abbatre avec un tel appui ?
Qui peut m'épouventer fi tu deviens mon guide
En m'offrant aux tranſports d'un fougueux ennemi ›
Je ne crains que pour ce perfide.
Tout mon fang répandu ne fçauroit me troubler ;
Ton fecours , Dieu vengeur , fait ma force & mạ
gloire ;
Qu'un millier de Tyrans viennent pour m'accabler;
L'efpérance fait ma victoire.
Je veux à te fervir employer tous mes jours ;
D'un coeur reconnoiffant je veux donner l'exemple ;
Ton nom retentira dans mes moindres diſcours ,
Et mon coeur deviendra ton Temple.
David te doit- il moins pour toutes tes faveurs ?
J'étois
JUIN. 1743
1045
J'étois ptêt de périr , & tu viens à mon aide .
J'entrevoyois la mort au milieu des horreurs ;
Ta préfence fut mon remede.
Affûré déformais contre tous les complots
De ces Hommes hardis , & bourreaux mercénaires ;
Goutant à tes côtés les douceurs du repos ,
Craindrois -je leurs bras fanguinaires ?)
Je veux par ton fecours immoler aux Enfers
Ces Monftres , dont le coeur ne connoît que
crimes ,
Et de l'iniquité purger tout l'Univers
Dans le fang de tant de victimes .
les
J'irai fur tes Autels faire fumer l'encens ;
Remplir de ton faint Nom les Lieux où l'on t'adores
Et dans le fein des Airs promener mes accens,
Du Couchant jufques à l'Aurore.
Mon coeur eft plein de toi ; fois fon unique efpoir.
Je t'invoque , Seigneur ; exauce ma priere ;
C'eft un fils qui te cherche ; helas ! laiffe toi voir ,
Et mon allegreffe eft entiere .
Je connois les deffauts de mon humanité :
que
Sans toi , je le fçais trop , je ne fuis foibleffe ;
Mais un Dieu tout- puiffant , & qui n'eſt que bonté ,
Ne fçauroit être fans tendreffe .
A ifj
Mes
1046 MERCURE DE FRANCE
Mes parens , mes amis ; chacun fuit loin de moi ;
Au milieu des humains je fuis comme en exil.
Malgré mon trifte fort , j'oſe eſpérer en toi ,
Et t'aimer c'eſt être tranquille.
De tous mes ennemis je braverai les traits ;
Montre moi le chemin qui conduit vers ton trône
Plus vite que l'éclaire , charmé de tes bienfaits ,
J'irai recevoir la Couronne .
Combien pour me corrompre ont employé dé
foins
Ces ennemis du bien , ces ames criminelles
Sur mes moindres deffauts combien de faux té
moins
Ont- ils appuyé leurs querelles ?
Combien , en m'empêchant de faire mon falur
Ont-ils médit de moi pour achever ma perte ?
N'ont- ils pas recherché, pour venir à leur but ,
La moindre occafion offerte ?
Où trouver lerepos ? Eft- ce dans ces bas Lieux ?
Non ... c'eſt auprès de toi , confervateur fuprême ;
Douce tranquillité , ton regne eft dans les Cieux
Et le vrai bonheur eft Dieu même.
Docteurs , ingénieux à trouver tout obfcur
La vérité , c'eſt Dieu; croire en lui , c'eft ſcience .
Croyez
JUIN.
1047 1743.
Croyez ; voilà du Ciel le chemin le plus fûr .
Tout le refte n'eft qu'ignorance .
d'Aire , Célestin , à Rouen.
ນ
SUITE de l'Eſſai d'un Traité Hiftorique
de la Croix de N. S. J. C. & c .
I
XI. PARTIE.
Ly avoit trois ans entiers
Croifés avoient entrepris le Voyage de
Jérufalem , lorfqu'enfin un Mardi , fixieme
Juin de l'année 1099. l'Armée Chrétienne ,
commandée par Godefroy de Bouillon , vit
avec une joie incroyable le terme des peines
& des travaux qu'elle avoit effuyés , &
qui étoient inféparables d'une fi grande entrepriſe.
Pour bien exprimer cette joye , & les effets
de la premiere vûë de la Ville Sainte , empruntons
ici les termes de l'Hiftorien , que
nous avons déja cité dans la X. Partie de notre
Effai . Ils m'ont parû dignes d'un ſi grand
fujet , & d'être rapportés.
» Auffi-tôt que
l'Armée fut montée fur les
» hauteurs qui font au - delà d'Emmaïs , &
» qu'elle découvrit de-là les Tours de la
A iiij.
Sainte
048 MERCURE DE FRANCE
38
*
>
" Sainte Cité , les Princes , les Chefs , les
" Soldats , & toute la troupe des Pélerins ,
qui les fuivoient , poufferent tous enfem-
"ble , comme de concert , des cris d'allégreffe
, de bénédiction & de louanges , qui
" étant repouffés & multipliés par les ro-
" chers & les montagnes , dont la Ville eft
» environnée , faifoient entendre un million
" de fois partout , Dieu le veut , Dieu le veut.
» Puis un moment après , leurs coeurs fe fen-
>> tant vivement touchés & pénetrés d'un ſen-
>> timent extraordinaire de piété , de ten-
» dreffe & d'amour de Dieu , à la vûë des
» Saints Lieux , confacrés par les adorables
» Myftéres de la rédemption des Hommes.
» tous fe jetterent contre terre , fondant en
> larmes de dévotion , & baifant avec une dou-
» leur inexprimable cette Terre , qui avoit eû
»le bonheur de porter le Verbe Incarné,& c.
» La préſence de ces précieux monumens des
>> victoires du Fils de Dieu , après ces premiers
» mouvemens de pieté firent naître une fi
» grande ardeur de vaincre dans le coeur des
» Croisés, qu'ils s'écrierent tous qu'on les me-
» nât promptement affiéger Jérufalem , non
pas comme Juive , ennemie , & meur-
» triere du Sauveur du Monde , pour la
>> ruiner , mais comme Chrétienne , & captive,
» pour la délivrer de la tyrannie des Bar-
» bares , qui empêchoient que l'on n'y vint
>
librement
JUIN. 1743. 1049
»librement de toute la Terre , rendre les
>> hommages qui font dûs au Sepulchre de
» JESUS - CHRIST. C'eft pourquoi les Princes
» Chrétiens jugeant qu'il falloit fe fervir d'u
>> ne fi belle difpofition de leurs Soldats ,
» allerent fur le champ former le fiége de
» cette illuftre Ville .
Le détail , le fuccès & les fuites de ce
fiége font une des plus belles parties de
l'Hiftoire des Croifades , & le fujet du III.
Livre ; nous nous contenterons d'en expofer
ici le fommaire , par les raifons que nous
avons déja dites .
L'état où se trouvoit Jérufalem , lorfque
les Princes Croilés y mirent le fiége ; la diftribution
des quartiers , le mauvais fuccès d'un
affaut géneral donné contre les regles de la
guerre , par l'avis d'un Hermite , qui préten
doit avoir une révélation de Dieu ; defcription
des Machines de Godefroy ; Proceffion
folemnelle autour de la Ville ; fecond affaut
géneral , qui dure trois jours. Deux Magiciennes
, qui faifoient leurs conjurations fur
les murailles , font écrasées d'une pierre lancée
du Château de Godefroy. Artifice de
Godefroy pour écarter les ennemis ; il fe
jette le premier par le pont de fon Château
fur la muraille. Prife de Jérufalem ; maffacre
effroyable des Sarrazins ; toute l'Armée à
exemple de Godefroy , rend graces folem-
A v nelles
1050 MERCURE DE FRANCE
nelles à Dieu devant le Saint Sépulchre.
>
Affemblée des Princes croifés pour l'Election
d'un Roi ; & d'un Patriarche ; Harangue
de Robert , Duc de Normandie fur ce
fujet. Election de Godefroy de Bouillon
proclamé Roi de Jérufalem. La célebre Bataille
d'Afcalon contre le Soudan d'Egypte
& la victoire des Chrétiens , qui fût la fin de
cette premiere Croiſade ; retour des Croifés ;
les conquêtes de Godefroy de Bouillon , &
fa mort ; abbregé de l'Hiftoire de Jérufalem ,
jufqu'au tems de la feconde Croiſade ; du
regne de Baudouin ; le floriffant état des
Chrétiens en Orient à la mort de ce Roi.
>
Le Regne de Baudouin II . L'Hiftoire de
l'établiffement des Ordres Militaires & Hofpitaliers
la captivité du Roi Baudouin , fa
délivrance fes victoires & fa mort ; le
Comte Fouques d'Anjou,fon Gendre lui fuccede
; le bonheur de fon regne , fa mort &
la Régence de la Reine Mélifente , durant la
minorité de Baudouin III . L'occafion qui fit
naître la feconde Croifade . Hiftoire des deux
Joffelins de Courtenay, Comtes d'Edeffe . La
priſe de cette Ville par Sanguin , Soudan d'Alep
puis par Noradin, fon fils . Portrait de
ce Prince & fes conquêtes fur les Chrétiens .
On a recours à Louis le jeune , Roi de
France ; fon portrait & l'occafion qui l'engagea
dans la Croifade. Il confulte fur cela
S.
JUIN 17437
1051'
S. Bernard ; le Portrait de ce Saint , qui reçoit
ordre du Pape Eugene III . de prêcher la
Croifade. Les Affemblées génerales de Bourges
, de Vezelay , & de Chartres pour la
Croifade.
Elle eft publiée par S. Bernard en France
& en Allemagne . Le Roi & l'Empereur
Conrad prennent la Croix ; l'Abbé Suger eft
déclaré Régent en France ; fon Portrait &
fon avis touchant la Croifade.. Voyage de
l'Empereur ; defcription de la tempête qui
faillit à ruiner fon Armée fur les bords du
Fleuve Melas.
La Flotte des Croifés prend Lisbonne fur
les Sarrafins.Origine des Rois de Portugal ; les
Portrait & la perfidie de l'Empereur Manuel,
qui s'entend avec les Turcs. Pitoyable défaite
de l'armée de l'Empereur. Le Voyage du
Roi jufques à Conftantinople , & fa récep--
tion . Avis de l'Evêque de Langres , qui confeille
au Roi de prendre Conftantinople. Sa
Harangue fur ce fujet , & ce qui empêche
qu'on ne fuive cet avis. Suite des trahifons»
de Manuel. Voyage du Roi en Afie ; fon entrevûë
avec l'Empereur Conrad , & le retour
de ce Prince à Conftantinople . La Def
cription du Méandre , & le fameux paffage
de ce Fleuve par l'Armée du Roi..
En continuant d'analyfer l'Hiftoire géne
rale des Croifades , voici le Sommaire du
IV. Livre. A vj. L'are
1052 MERCURE DE FRANCE
L'arriere- garde de l'Armée Royale eft dé
faite dans la montagne de Laodicée , faute
d'avoir obfervé les ordres du Roi. Defcription
de ce Combat. Action héroïque du Roi,
dans un extrême danger de fa vie . Sa marche
& fa bonne conduite jufqu'à Attalie . Nouvelle
perfidie des Grecs , qui trahiffent l'Armée
Royale. Arrivée du Roi à Antioche , &
fon démêlé avec le Prince Raymond . La fuite
de fon voyage jufqu'à Jérufalem , où l'Empereur
Conrad s'étoit rendu .
Affemblée de Prolémaïde où le Siége de
Damas eft réfolu . Defcription de la Ville de
Damas. L'ordonnance & la marche de l'Armée
Chrétienne vers la Ville. Le jeune Roi
Baudouin donne le premier. Son Portrait &
fa valeur extraordinaire à l'attaque des Jardins
& des Fauxbourgs de Damas . Grand
Combat fur le bord de la Riviére . Grande
Action de l'Empereur Conrad . Hiftoire du
Siége de Damas , & de la trahifon des Syriens ,
qui fut la caufe de fon malheureux fuccès.
Retour de l'Empereur & du Roi dans leurs
Etats. Murmure contre Saint Bernard , &
fon Apologie. Les Conquêtes de Noradin
après la levée de ce Siége . La mort du Roi
Baudouin , & fon Eloge. Son Frere Amaury
-lui fuccede. Hiftoire de ce Prince , qui perdit
par fon avarice, l'occafion de conquérir toute
I'Egypte. Hiftoire de Siracon , qui s'empara
du
JUIN. 17437 1053
du Royaume d'Egypte , & le laiffa à fon ne
veu Saladin. L'Eloge & les premiéres Conquêtes
de ce Prince . La mort d'Amauri. Les
troubles & les divifions qu'elle caufe dans le
Royaume. Suite des Conquêtes de Saladin .
Le Regne de Baudouin le Lepreux. Am²
baffade vers les Princes d'Occident , pour demander
du fecours contre Saladin . La Négociation
des Ambaffadeurs en Italie avec le
Pape & l'Empereur ; en France avec Philippe
Augufte , & en Angleterre avec Henri
II. Les artifices de ce dernier Prince pour
éluder cette Ambaffade . Célebre cas de confcience
propofé dans le Parlement de Londres
fur cette grande affaire. Les raifons de part &
d'autre &l'opinion la plus fevére , rejettée com
me fauffe par les Evêques . L'emportement du
Patriarche Heraclius contre le Roi.Conférence
de Philippe Augufte & de Henri , qui recommencent
la guerre. L'Apoftafie & la trahifon
d'un Templier. Mort du Roi Baudouin
IV. & du petit Roi fon neveu.
Artifice de Sybille , Mere du petit Roi dé
funt,pour faire couronner Guy de Lufignan ,'
fon Mary. Le depit qu'en eut Raymond
Comte de Tripoly. Son Portrait ; fon horrible
trahifon , & fon Traité fecret avec Saladin
, qui entre dans la Galilée , & affiége la
Ville de Tiberiade. Differens avis dans le
Confeil de guerre tenu par le Roi. La mal
>
heureuſe
1054 MERCURE DE FRANCE
heureufe Bataille de Tiberiade , perduë par
la trahifon du Comte Raymond. Le fruit
que Saladin reçueille de fa victoire.
Hiftoire du fiége & de la prife de Jérufalem
par ce Prince Victorieux. Le trifte départ
des Chrétiens de Jérufalem , & la genereufe
action de Saladin. La cruauté & la funefte
mort du Comte de Tripoly. Le Triomphe
de Saladin. Hiſtoire du Marquis Conrad
qui fauva Tyr. Les caufes de la perte de la
Terre Sainte .
>
De tous les évenemens contenus dans les
quatre premiers Livres de l'Hiftoire des Croifades
, aucun n'intereffe plus directement le
fujet que j'ai entrepris de traiter , & n'eſt en
même- tems accompagné de circonftances.
plus fingulières , que celui de la fatale journée
de Tiberiade ; c'eſt pour cela qu'il eft
à propos de le rapporter ici avec toute l'exactitude
poflible , en reprenant d'un peu plushaut
le fil Hiftorique , pour ne laiffer rien à
defirer , ou à deviner à un Lecteur intelligent.
>
L'Hiftorien François des Croisades dit que
Saladin , d'intelligence avec le Comte Raymond
de Tripoly , qui trahiffoit les Princes
Chrétiens confederés , ayant defait le premier
jour de Mai 1187. les Troupes des Templiers
& des Hofpitaliers dans un Combat , où le
Grand Maître de l'Hôpital, & foixante de fes
plus
JUIN.
1055 1743
plus braves Chevaliers demeurerent fur la
place , il s'empara de la plus part des Places
qui étoient fans défenfe . Puis , fuivant l'avis
qu'il reçût du Comte Raymond, il alla mettre
le fiege avec une Armée de plus de quatre
vingt mille chevaux , & d'un plus grand
nombre de Fantaffins devant la Ville de Tiberiade
, que l'on appelloit alors Tabarie ,
Capitale de la Province de Galilée. C'étoit
une grande Ville autrefois appellée Cenerth
, fituée fur la partie Occidentale du
grand Lac de Genefareth , ou Mer de Galilée
, & qu'Herode le Tetrarque , après
l'avoir magnifiquement rebâtie , & entourée
de fortes murailles , avoit fait nommer
Tiberiade du nom de l'Empereur
Tibere.
,
Commele Comte n'y avoit laiffé que trèspeu
de gens de guerre , Saladin l'infulta fans.
peine , & tout ce que put faire la Princeffe
Efchine fon Epoufe , qui ne fçavoit rien de
la trahifon de fon Mari , fut de ſe fauver dans
la Fortereffe , avec le peu de foldats qu'elle
avoit pour la défendre , en attendant le fecours
qu'elle envoya promptement demander
au Roi de Jérufalem , Guy de Lufignan.
Il y cut fur cela deux avis bien differens
dans le Confeil de guerre. Les plus fages ne
vouloient pas , par de très bonnes raifons ,
qu'on entreprit de fecourir la Place de vive
force
1056 MERCURE DE FRANCE
force ; mais le Comte de Tripoly , qui avoit
d'autres vûës , conformes à fa mauvaiſe foi , foutint
le contraire.Les quatre fils que la Princeffe
Efchine avoit de fon premier mariage , faifoient
grand bruit , & demandoient avec inf
tance qu'on allât fecourir leur mere. La Reine
Sybille employoit pour cela tout le pouvoir
qu'elle avoit fur l'efprit de fon mari ; enfin la
plupart des Seigneurs ayant appuyé cet avis ,
ceux- ci par complaifance pour la Reine
ceux -là pour fervir les quatre Princes de Tiberiade
, & quelques-uns par l'intelligence
fecrette qu'ils avoient avec le Comte Raymond
, on réfolut d'aller droit aux ennemis,
avec tout ce qu'on avoit pu tirer des Villes,
où l'on ne laiffa que les perfonnes inutiles
& incapables de fervir , & avec ces Troupes
, où il y avoir , dit notre Hiftorien, beaucoup
d'hommes & peu de foldats , l'Armée
qui étoit de douze mille chevaux , & de
vingt mille Fantaflins , fans compter les Bourgeois
des Villes, qu'on avoit menés. par force
à la guerre , s'avança vers Tiberiade.
Comme le Comte Raymond , qui par la
Princeffe fa femme , étoit Prince de Galilée ,
connoiffoit mieux le Païs que tous les autres ;
qu'il étoit de plus , grand homme de guerre,
& qu'il fembloit avoir le plus d'interêt
dans la Victoire , pour délivrer une perfonne
qui devoit lui être fi chere , on lui donna la
conduite
JUIN
1743 1057
•
conduite de cette Armée , & ce perfide , qui
donnoit fecrettement avis de tout aux ennemis
, l'alla malheureuſement engager dans un
Pays rude & fterile , & dans des détroits de
montagnes , & de rochers , où il n'y avoit ni
ni fourage. eau ,
Les ennemis , qui n'attendoient que ce
moment , ne manquerent pas de l'y aller auf
fitôt inveftir , avec leurs troupes beaucoup
plus nombreuſes, & c . On étoit au plus fort de
Î'Eté, au commencement du mois de Juillet,
I pendant lequel les chaleurs deviennent les
plus infupportables dans un Climat fi chaud .
Il n'y avoit pas une goute d'eau parmi ces
Rochers , & les hommes , & les chevaux
mouroient de foif. C'eft pourquoi la né
ceffité fit refoudre fur le champ le Combat
quoiqu'avec un extrême défavantage.
Jufqu'ici l'Hiftorien François a fort
bien détaillé ce qui occafiona , & ce qui précéda
cette fameufe Bataille . Il en fait enfuite
le recit avec cette éloquence hiftorique , qui
lui étoit propre , fur l'autorité de divers Auteurs
Latins , qui ont écrit des Croisades . Le
Pere Maimbourg n'en pouvoit pas citer d'autres
, nen connoiffant pas.
Il y a eu cependant des Hiftoriens
Orientaux , qui ont écrit fur le même fujet
, non - feulement comme contemporains
, mais quelques- uns , comme témoins
oculaires ,
Toss MERCURE DE FRANCE
oculaires , dont les Manufcrits fe trouvent
pour la plupart dans la Bibliothéqué du Roi.
Tels font en particulier ceux qui ont écrit
l'Hiftoire du Sultan Saladin.
Un habile (a) Ecrivain de nos jours , à qui
toutes les Langues, & les principales Hiftoires
Orientales étoient familiéres , s'eſt ſervi
utilement de ces Manufcrits, pour donner en
François une Hiftoire fuivie de ce fameux
Conquérant. Il na pas eu la fatisfaction de la
publier lui - même , mais il avoit mis à cet
Ouvrage la derniére main , lorfquil mourut.
Ayant eû communication de fon Mamufcrit
, j'ai reconnu que la Defcription
de la Bataille de Tiberiade , par les Ecrivains
Orientaux , eft fort fupérieure en toutes maniéres
à celle qu'en ont donnée les Auteurs
Latins , quoique habilement mife en oeuvre
par le P. Maimbourg ; c'eft auffi ce qui m'a
déterminé à la prendre dans cette fource ,
& à l'expofer ici de la même maniére quelle
eft rapportée par l'Auteur que j'ai cité .
BATAILLE de Hettin ou de Tiberiade ;
Extrait de l'Hiftoire de Saladin
par E. R. Livre V.
Comme Saladin eût appris par fes Efpion s
que les Chrétiens devoient aller gagner un
(a ) Eufebe Renaudot , de l'Académie Françoise.
Torrent
JUIN. 1743
1059
,
Torrent , proche de Tiberiade , où ils pouvoient
trouver de l'eau en abondance , il les
laiſſa ſe mettre en chemin , mais il détacha de
la Cavalerie, pour fatiguer leur arriere-garde à
coups de fléches , puis s'étant mis a la tête
d'un Corps d'élite , il arrêta , quelque tems ,
les premiers Eſcadrons , & fit cependant filer
de la Cavalerie , qui gagna le Torrent ,
& obligea ainfi les Chrétiens à camper dans
la Plaine . On étoit alors dans les plus grandes
chaleurs de l'Eté , & l'Armée Chrétienne fe
trouvant dépourvue d'eau dans ces Campagnes
brulantes , fouffrit des incommodités
fi extrêmes , que les Chefs refolurent de tout
hazarder pour fe tirer d'un auffi grand péril.
Il y avoit là- auprès un petit Château , bâti
fur un Eminence nommée Hettin, où une
partie de l'Armée fe retrancha pendant la
nuit , parce qu'on y trouvoit des fourages
& Saladin ayant commencé dès le foir de
plier fes Escadrons , les Chrétiens mirent,
auffi leur Armée en Ordre de Bataille .
Les Auteurs font partagés fur le nombre
des Troupes , dont elle étoir compofée , car
les uns témoignent qu'il y avoit vingt mille
hommes de pied , & douze cent hommes.
d'Armes. Les autres qu'elle étoit de plus de
trente mille hommes de pied , fans la Cava-.
lerie , qui n'étoit pas fort nombreuſe , & les
Mahometans affurent qu'ils la trouverent de
plus
Yogo MERCURE DE FRANCE
plus de cinquante mille hommes , & que
celle de Saladin étoit beaucoup plus forte ,
fur- tout en Cavalerie , mais on ne peut pas
dire qu'elle fut de huit cent mille hommes ,
& de 80000. chevaux, ou même auffi nombreufe
, que les Armées de Xerèxs , & de
Darius , car on auroit eu peine alors de trouver
I 20000. combattans dans toute l'Afie.
Le jeudi au foir 4. Juillet , 23 de la Lune
de Rabieh , 2. felon les mois Arabesques, les
deux Nations commencerent quelques légeres
efcarmouches . La nuit fit differer le
Combat jufqu'au lendemain , & Saladin en
eût beaucoup de joye , car il ne fouhaitoit
rien d'avantage que de donner Bataille un
Vendredi , jour confacré des Mahometans .
Il efpéroit que les Prieres publiques , qui fe
faifoient alors dans les Mofquées , lui obtiendroient
le fecours de Dieu , pour la caufe duquel
il croyoit combattre , & même il avoit
envoyé ordre dans les Villes prochaines , de
faire des dévotions extraordinaires , dans une
occafion fi preffante.
Le lendemain dès la pointe du jour , les
'Armées s'étant mifes en Bataille , on commença
de part & d'autres un des plus rudes
Combats , qui fe foit jamais donné dans les
Guerres Saintes. La Croix fut portée par l'Evêque
d'Acre. Les Chrétiens, après avoir appaifé
leur foif avec du vin , du lait , & toutes
fortes
JUIN. 1061 1743.
fortes d'autres liqueurs , qu'ils pûrent troucombattirent
avec tant de vigueur ,
qu'ils eurent d'abord beaucoup d'avantage
& tuerent un grand nombre de Mahometans .
*Ce fut dans ce premier effort , que les Templiers
& les Hofpitaliers chargerent les ennemis
avec tant de furie › que s'ils euffent
été foutenus , ils auroient , à ce que difent
nos Hiſtoriens , entiérement défait les Infidéles.
Cependant on ne peut douter que
le refte de l'Armée ne fit des merveilles, car
le Combat dura tout le jour , mais fur le foir
les Chrétiens commencerent à plier , accablés
de foif & de fatigue . La nuit ayant obligé
les uns & les autres de prendre un peu de
repos & de nourriture , ils en pafferent une
partie fous les armes , & les Chrétiens témoignerent
par leurs grands cris , & par le
bruit de leurs Tambours qu'ils étoient pleins
de coeur & de courage , & réfolus de fe défendre
jufqu'à l'extrêmité,
& ren-
En effet, dès la pointe du jour, ils attaquérent
les Infidéles avec une extrême furie ,
rompirent les premiers Escadrons
dirent quelque tems la Victoire douteuſe .
Saladin dans ce défordre des fiens , fe mit
à la tête d'un Corps de referve , & après avoir
repréſenté à fes Soldats , qu'ayant les ennemis
en tête , & le Jourdain derriere eux
ils ne pouvoient fe fauver qu'en combattant
1062 MERCURE DE FRANCE
il les rallia, & les fit retourner à la charge contre
les Chrétiens . Il fe mit dans les premiers
rangs , & animant les fiens par fes paroles &
par fon exemple , il arrêta l'effort desChrétiens .
En même tems il les fit charger en flanc par
un Bataillon, qui n'avoit pas encore combattu
, & enfin il les enveloppa de toutes parts.
>
Les Mahométans jetterent des cris épouventables
à ce commencement de Victoire
& alors les Chrétiens accablés & vaincus par
le nombre , par la foif, par la chaleur &
par la fatigue d'un Combat fi opiniâtre
plierent de toutes parts. Mais quoiqu'ils
fuffent entiérement épuifés de forces , ils
n'avoient pas encore perdu tout - à- fait courage
, car ayant gagné la hauteur de Hettin
ils tournerent tête à leurs ennemis
& les étonnerent tellement par leur réfolution
, qu'ils les arrêterent, fans que le Sultan
put les obliger de donner , ni par promeffes ,
ni par ménaces. Il fit donc avancer des Gens
de traits , & tirer une telle quantité de fléches
, qu'ils en reçurent un très grand dommage.
Alors le Comte de Tripoli , après
avoir fait des efforts furprenants , voyant la
défaite entiére de l'Armée Chrétienne
ça avec les Troupes un gròs Eſcadron , commandé
parTakieddin Oman, neveu du Sultan ,
& fe fit paffage au milieu de toute l'Armée
avec une hardieffe , qui les remplit détonne-
, perment.
JUIN. 1743. 1063
,
ment. Quelques Emirs s'étant détachés
pour
le fuivre avec de la Cavalerie , il tourna contre
cux avec une telle furie , qu'ils furent
obligés de fe retirer après avoir perdu
beaucoup de Soldats. Ils fe rendit à Gebail
d'où il paffa à Tyr , où il mourût quelque
tems après d'une enflure extraordinaire : fans
que les Mahométans , qui le chargent de
maledictions , cruffent lui devoir une partie
de cette Victoire au contraire , ils attribuerent
cette mort à la Juftice de Dieu
vengeur de la parole qu'il avoit violée
abandonnant leur Alliance , tant ils étoient
éloignés de croire , qu'il eut empêché fes
Troupes de combattre , comme le témoignent
tous nos Hiftoriens .
Cependant le refte de l'Armée combattoit
toûjours à Hettin , & le défendoit avec
une telle réfolution , que les Infidéles n'ofoient
approcher , & fe contentoient de
tirer des fléches . Le Sultan craignit avec raifon
, qu'ils ne réprifent courage & ne chargeaffent
les fiens , qui accablés pareillement
de chaleur & de fatigue , pouvoient aifément
être mis en fuite , & leur donner paffage.
I fçavoit de plus que le Roi Gui de
Lufignan , & plufieurs autres Seigneurs
étoient dans l'Armée & qu'il auroit un
très - grand avantage de les prendre prifoniers,
ce qu'il ne pouvoit faire , fans mettre hors de
combat
1064 MERCURE DE FRANCE
'combat ceux qui reftoient fur cette éminence.
C'est pourquoi , ayant remarqué qu'il y
avoit à l'entour beaucoup de foins & de fourages
, il y fit mettre le feu , de forte , que
le vent portoit la fumée dans les yeux des
Chrétiens , que la chaleur , la foif & la fatigue
d'un combat de deux journées , avoit
reduits dans un état digne de pitié . Ils furent
donc enfin entourés de toutes parts ;
ceux que l'on trouva les armes à la main , furent
taillés en piéces ; le Roi Gui de Lufignan ,
le jeune Humfroi , fils du Connêtable du
Royaume , Arnault de Chatillon , Seigneur
de Carac & de Raubec , Geoffroi fils du Seigneur
deTiberiade , le Commandeur duTemple
, & le grand Maître des Hofpitaliers, avec
plufieurs autres perfonnes de la premiere qualité
, furent faits prifoniers. Le nombre des
autres de moindre marque fut fi grand
qu'un témoin oculaire affûre en avoir vu une
trentaine , liés avec une corde de tente , &
conduits par un feul homme, tant ils étoient
abattus par la fatigue & par la chaleur.
La Ste. Croix , qui avoit été portée felon
la coûtume , fut prife avec un Officier de
l'Eglife de Jérufalem , qui l'avoit relevée
après la mort de l'Evêque d'Acre , tué dans
le Combat , où il l'avoit portée le premier.
C'eft , difent les Hiftoriens Mahomérants
la Croix mêmefur la quelle ils croyent que le
·
Meffie
JUI N.
1065 1743
> Meffie leur Dieu a été attaché & qu'ils
avoient par cette raifon couverte d'Or , & de
Pierreries . Tous les Chrétiens fe profternent devant
Elle ; ils l'honorent & font leurs prières
auprès ; ils n'ofent par reſpectjurer par Elle
l'affliction qu'ils reffentirent de l'avoir perduë
, fût incomparablement plus grande , que
celle qu'ils eurent de la defaite de l'Armée , de
laprife du Roi , & de la Captivité de tant de
Seigneurs.
Cette affliction fût générale parmi les
Chrétiens d'Orient , féparés de l'Egliſe Romaine
, qui felon leur propre témoignage ,
virent avec une extrême douleur cette précieufe
Rélique entre les mains des Infideles .
Comme ils avoient un grand refpect pour
cet augufte Dépôt , & qu'ils en confervoient
dans leurs Eglifes depuis plufieurs fiécles
, des morceaux enchaffés dans des Réliquaires
précieux , on ne douta plus que
cette perte ne fûr un figne évident de la
colere de Dieu , & de la priſe de Jéruſalem .
Enfin les Infidéles , qui n'outragent la
Croix , que parce qu'ils ne peuvent pas comprendre
, que JESUS Verbe de Dieu , ait été
crucifié , crûrent avoir remporté une Victoire
fignalée avec une fi précieufe dépouille
, & compterent cette défaite comme la
plus grande perte , qu'euffent fait les Chré
tiens depuis leur entrée en Paleftine .
1. Vol. B Saladin
1066 MERCURE DE FRANCE
Saladin , après avoir donné quelques ordres
pour la pourfuite des fuyards , fit dref
fer fa Tente , & chacun lui préſenta les Prifonniers
de qualité , qu'il avoit fait dans le
Combat. Ayant enfuite fait retirer tout le
monde , il fut quelque tems en prieres pour
remercier Dieu de cette grande Victoire . II
fit orner fes Tentes avec une magnificence
Royale , & commanda que le Roi Gui de
Lufignan , Geoffroi , Arnaut , & les autres
Seigneurs fuffent amenés en fa préfence . I
les fit affeoir à fes côtés , & comme ils
étoient extraordinairement altérés , on apporta
par fon ordre du forbec rafraichi dans
la neige , dont il préfenta une Taffe au Roi ,
qui après avoir bû la donna à Arnaut ; le
Sultan fit dire au Roi par un Interprête ;
que c'étoit à lui qu'il avoit donné à boire
& non pas à Arnaut , & le montrant au
doigt , il ajoûta ces paroles. Ce maudit ne
boit pas de ma main , ni avec ma permiſſion ;
qu'il n'efpere donc pas avoir de quartier ; ce
qu'il difoit pour faire entendre la vengeance
qu'il vouloit prendre d'Arnaut ( a )
felon le voea , qu'il avoit fait de le tuer de
fa propre main. Il les envoya manger dans
un licu feparé , & enfuite les ayant fait ra-
>
( a ) on dira enfon lieu, le ſujet particulier de la colere
de Saladin contre ce Seigneur , avec plus d'érenduë.
mener
JUI N. 1 1743.- 1069
mener en fa préſence , il s'adreffa au dernier ,
& lui fit de grands reproches de la maniere
cruelle dont il avoir traité les Mahométans :
fur-tout , il lui reprocha les paroles injuricufes
, qu'il avoit dites contre Mahomet , & la
hardieffe d'avoir effayé de piller les Villes
de la Mecque , & de Medine . Il faut donc ;
ajoûta-t'il , que je venge l'affront fait à notre
Prophéte , & à notre Réligion . Je ſuis prêt
néanmoins de te pardonner le mal , que tu nous
afait , fi tu veux renoncer à ta Religion , &
embraffer la nôtre , que tu as tant outragée
par tes paroles& par tes actions. Ce Prince
lui répondit avec fermeté , Qu'il vouloit mourir
Chrétien , il refufa les offres avantageufes
qui lui furent faites , & il écouta les ménaçes
qu'on lui faifoit de le tourmenter , avec
un tel mépris , que Saladin fe levant en co-
'lere , lui donna un coup de fabre fur la tête ;
ceux de la fuite acheverent de le tuer en un
moment , & jetterent fon corps hors de la
Tente , où il demeura jufqu'au foir.
C'est ainsi que ce Seigneur termina une
vie affez glorieufe , fi les maximes de fon
tems , ne lui avoient fait fouvent violer les
Traités , & manquer fans aucun égard à la
foi donnée , lorfqu'il trouvoit quelque occa
fion de faire du mal aux Mahometans . L'Hiftoire
de cette mort vrayement Chrétienne ;
qui le doit faire confidérer comme un Mar-
B ij tyr a
1068 I
MERCURE DE FRANCE
tyr , nous a été confervée par ceux-même ,
qui la lui firent fouffrir , au lieu que nos
Hiftoriens n'en font aucune mention , quoiqu'ils
s'arrêtent fouvent fur des circonstances
moins illuftres & moins utiles àla postérité.
Le Roi de Jérufalem préfent à ce mallacre ,
ne douta pas qu'il ne dût être traité de la
même maniére. Le Sultan qui s'en apperçut
, le raffura par de bonnes paroles , & lui
dit , qu'à la vérité ce n'étoit pas la coûtume ,
qu'un Prince en fit mourir un autre , mais
que celui - ci ayant violé toutes les Loix divines
& humaines , & porté fon effronterie
jufqu'à parler mal des Prophêtes & de la Ré
ligion , il avoit mérité une punition extraor
dinaire , & contre les regles. C'étoit pour
cette raison , que lorfque le Sultan donna
à boire à Gui de Lufignan , il déclara, que ce
n'étoit pas à Arnaut , voulant marquer parlà
, qu'il ne devoit pas efpérer de quartier
felon les regles de la guerre. Il l'envoya auffi
hors de fa Tente , afin qu'il ne fut pas dit ,
qu'il eut mangé chés lui quelque chofe , ni
de fa table , & qu'ainfi l'ancienne coûtume
des Arabes , n'eut aucun lieu à fon égard .
J
ne
Ces Peuples barbares avoient une coûtume
très - louable & très- ancienne , qui
s'obfervé encore dans le défert par ceux- même
, qui n'ont autre métier , que le brigandage.
Quand ils ont fait un Prifonnier en
guerre
JUIN 1743. 1069
guerre ou en courfe , s'ils lui donnent à boi .
re ou à manger de leur main , ou s'ils le
font approcher de leur table fa vie eft en
>
füreté , & ils ne le font jantais mourir , quelque
injure qu'ils en puiffent avoir reçû.
Cette Loi , fondée fur l'hofpitalité , qui fe
pratique parmi- eux d'une maniére fort religieufe
, s'obfervoit entre les Mahométans du
tems de Saladin , & il parloit par raport à la
coûtume préfente , quand il dit à Arnaut ,
qu'il ne buvoit pas de fa main , ni avec fa permiffion
. Les Turcs n'ont plus égard à ces belles
maximės , & le Sultan même commençoit
à s'en écarter , puifqu'il les éluda par
des diftinctions frivoles , qui ne s'emblent
pas plaire à ceux qui les rapportent ,
plus que ce meurtre indigne de fa qualité ,
blâmé par ceux-mêmes , qui font paroître le
plus d'affection pour fa mémoire.
non
Tous les Templiers & Hofpitaliers , pris
en cette journée , furent égorgés fans pitié ,
& comme le Sultan donnoit cinquante écus
d'or de chacun de ceux , qu'on lui amenoit ,
il s'en trouva plus de deux cent , qui furent
traités de cette maniere , outre ceux qui
périrent dans le Combat. Ils s'attirerent un
fi barbare traitement par leur cruauté envers
les Mahometans , à qui ils ne faifoient quartier
ni en paix , ni en guerre. Ils paffoient
parmi les Peuples pour des hommes de-
Bij voués.
1070 MERCURE DE FRANCE
voués à toutes fortes de crimes, & quand Saladin
commanda qu'on ne donnât la vie à aucun
d'eux , il dit , qu'il rendroit grand fervice
au Pays , s'il le pouvoit entiérement purger
de ces affaffins . Les autres Prilonniers furent
envoyés à Damas , où plufieurs demeurerent
le refte de leur vie dans une rude captivité.
Il y a fujet de s'étonner , que nos Auteurs
parlent de cette Bataille d'une maniere
fort différente de celle dont elle eft rapportée
par les Mahométans , & qu'ils témoignent
, que l'Armée Chrétienne prit la fuite ,
fans avoir prefque rendu de combat. Cependant
comme toutes les circonftances , qui
font marquées par les derniers >
·
tournent
à l'honneur des nôtres , & font voir qu'ils
firent de grands efforts , on n'en peut douter
avec raifon , non plus que des autres
faits , qui fe trouvent dans leurs Hiftoriens
à la louange des Chrétiens.
Cette grande Victoire que nous appellons
la Journée de Tiberiade , & les
Mahometans , celle de Hettin , ayant été
fçûë dans les villes de Syrie & d'Egypte , on
y fit des Zinets , ou réjouiffances publiques
avec toute forte de magnificence.
Ces Fêtes , qui tiennent le même lieu parmi
ces Peuples , que les Triomphes chés
les Anciens , fe célèbroient alors de la même
maniére , qu'elle s'obfervent encore à
préfent
JUIN. 1743 1071
préfent dans les Etats du Grand- Seigneur
après quelques glorieufesCampagnes.Les ruës
étoient tendues de tapifferies & de riches
étoffes , & chacun étoit obligé d'orner le
devant de fa maifon de ce qu'il avoit de
plus précieux , furtout les Marchands , ouvrant
leurs Boutiques , les paroient d'une maniere
extraordinaire , & ceux qui vouloient
ajouter quelque chofe à cette magnificence ,
faifoient dreffer des tables , où les Paffans
étoient regalés de confitures & de forbet.
On dreffoit en quelque Place de la Ville ,
une espèce d'Arc de Triomphe , où les
Villes conquifes étoient repréfentées avec les
Trophées des Ennemis. On faifoit à l'entour
des Courfes de chevaux , & toutes for
tes d'éxercices Militaires . Le Gouverneur de
la Ville s'y rendoit , fuivi de tous les Officiers
& Gens de guerre , qui faifoient une longue
Cavalcade , précédée par la marche des
Corps de Métiers , des jeunes Seigneurs ;
& de toute la Nobleffe en fuperbe Equipage.
Quand il y avoit des Prifonniers de
la Nation ennemie , on les faifoit marcher
enchaînés au milieu de la Ville , & ils reçevoient
mille infultes de la Populace , ou
l'on fe fervoit des Efclaves du même Pays ,
habillés magnifiquement , pour les faire paroître
comme autant de Princes , & de Chefs
de l'Armée ennemie. Enfuite tous fe ren-
B iiij doient
1072 MERCURE DE FRANCE
,
doient à la Mofquée , où après les Priéres
ordinaires , ils entendoient le Corbet , ou
un Sermon en forme de Panegyrique , à
la louange du Prince & c'étoit à ces
fortes de compofitions , que s'éxerçoient
particuliérement les meilleurs Ecrivains du
Pays. Le Peuple continuoit fes Réjouiffances
pendant plufieurs jours , qui fe paffoient en
débauches , en jeux , & en toutes fortes de
divertiffemens , qu'on faifoit d'autant plus
volontiers
, que c'étoit une efpéce de crimede
ne pas témoigner beaucoup de joie en
ces occafions .
›
Après que Saladin eut donné quelque repos
à fes Soldats tant pour la célébration
de cette Victoire , qui fût faite pendant deux
jours dans fon Armée , que pour les remet
tre de tant de fatigues , il alla affiéger la
Citadelle de Tiberiade , qu'il avoit abandonnée
, comme on a vû , à la nouvelle de la
marche des Chrétiens . Elle fut renduë le
jour même à compofition ; ceux qui la défendoient
en fortirent avec leurs femmes
& leurs enfans , & furent conduits à Tripoli. ,
Au bout de trois jours il en décampa , &
vint mettre le fiége devant Acca , qui eft
l'ancienne Ptolemaide , que les Chrétiens appelloient
alors S. Jean d'Acre , comme les
Anciens , Ake , Acro , & Acri.
LE
JUIN. 1743 1
17½
臨
LE REPAS DE L'EPERVIER
FABLE.
L'Aigle de Jupiter , cet Oifeau généreux ,
Voulant payer fa fête avec magnificence ,
Dans un feftin fit regner l'abondance
Et régala fes amis de fon mieux ;
Gibier exquis , viande choisie ,
Entremets , fruits délicieux ,
Pareil Nectar , même Ambroifie
110 .
Qu'Hebé dans le Ciel fert aux Dieux.
311
Un Epervier , à la vafte bedaine ,
De ces douces liqueurs ayant la tête pleine ,
Dit aux autres Qifeaux , faifant le libéral,
Je veux chés moi vous donner un régal ,
"
10.9
Dans la femaine prochaine.
>
Vous ne trouverez point chés nous
La propreté qu'ici vous trouvez tous
Et ces foins élégans dont Pattention frappe ,
Mais les plaifirs n'en feront pas moins doux ;
Jamais dans mon logis on ne leve la nape
Je l'attache avec quatre clouds.
Chacun accepte avec joye
Le Repas qu'on lui promet ,
Pour voir comme un Oyfeau de proye
By Régale
1074 MERCURE DE FRANCE
Régale , quand il s'y met.
Une Fauvette , à tête folle ,
Invitée à ce Feftin ,
Croyant au jour préfix qu'on lui tiendroit parole ;
Pour fe frifer fe leva du matin ;
( Jeune Fauvette au doux ramage ,
Prend volontiers le foin de fon plumage . )
Etant à fa toilette en fon particulier
Roffignol , fon coufin , s'en vint la déprier ,
Difant , notre Fête eft troublée ;
Vautours , Corbeaux , Faucons tiennent une affemblée
Aujourd'hui chés notre Epervier :
Ainfi finit l'avanture de Table.
Un Moineau-franc , informé de ceci ,
En fit une petite Fable ,
Et tira fur le champ cette Morale ci .
Quelles erreurs étoient les vôtres ,
Siuf
Crédules conviés ? Avez vous pû juger
Quan Oifeau , qui gruge les autres ,
Par vous fe fut laiflé gruger ?
Le Maire.
REPONSE
JUIN.
1743. 1075
患
REPONSE de M.... Avocat au Parlement
de Paris , à la Queſtion propofée dans le
Mercure de Janvier 1743. fçavoir ce que
c'eft que la Redevance annuelle & Seigneuriale
d'un Hanap plein d'Oublies , qu'un Curé
doit à fon Seigneur à cause defon Presbytére.
Elui qui a propofé cette Queſtion , auroit
dû marquer le nom & la fituation
de la Paroiffe , dont le Curé eft chargé de
cette Redevance , afin que l'on en expliquât
les termes felon l'ufage du Pays ; cette Cure
eft probablement fituée dans la haute Normandie
, attendu que la Lettre écrite fur ce
fujet eft datée de cette Province.
›
il
L'Auteur a encore oublié de marquer le
tems où cette Redevance a été impofée , out
fi on n'en fçait pas au jufte l'époque
devoit du moins marquer à peu près fon an
cienneté , rapporter les propres termes du
Titre Conftitutif de la Redevance , ou des Ti
tres Déclaratifs qui la rappellent , le jour
auquel elle eft payable , fi c'eft au tems
de quelque grande Fête de l'Eglife , & c.
& enfin dire , de quelle maniere cette Redevance
a été acquitée par le paffé , fi on l'a
convertie en argent ou autrement ; toutes
B vj
ces
1076 MERCURE DE FRANCE
ques
ces circonftances auroient pû donner queléclairciffemens
fur la qualité & la quotité
de cette Redevance ; effayons néanmoins
d'en donner quelques- uns , en expliquant
d'abord les deux termes de Hanap & d'Oublies
.
Le terme de Hanap ne fe trouve ni dans
la Coûtume de Normandie , ni , je crois ,
dans aucun de fes Commentateurs , pas même
dans le Gloffaire des termes propres à
cette Coûtume , que le dernier Commentateur
a donné à la fuite de fes décifions . Ce
n'eft pas que ce mot ne foit encore ufité dans
cette Province ; mais il ne lui eft pas propre ,
étant auffi ufité dans quelques autres Pays.
Les termes de Henap , Hanap ou Anap ,
Hanaf , Hanas ou Anas , qui dans la baffe
Latinité ont été traduits par Hanapus , ou
Anapus, Hanappus , Hanaphus Anaphus , ou
Anafus , fignifient tous , un Vaiffeau ou Vafe à
boire , & ne différent que par la maniere
d'ecrire ou de prononcer le même mot.
Quelques- uns croyent qu'il vient du Latin,
Aheneus, parce qu'on faifoit des Hanaps
d'airain.
Ducange en fon Gloffaire Latin , le dérive
de Anax ou Anas , qui étoit un Vaiffeau
d'argent ; dont Grégoire de Tours fait men .
tion ; il dit auffi qu'il peut venir du mot
Saxon , Hnap ou Hnappa , qu'il traduit par
Calix ,
JUIN. 1743. 1077
Calix , Patera ; c'est - à - dire , Vafe à boire ;
Taffe ; il rapporte à ce fujet plufieurs exemples
tirés d'anciens Auteurs qui font mention
de Hanaps d'argent , d'Hanaps de verre ,
d'Hanaps pleins de vin , & c.
Il ne feroit pas étonnant que ce mot fut
dérivé du Saxon , puifque les premiers fondemens
de la Monarchie Françoiſe furent
jettés par une troupe d'Allemands , d'entre
F'Elbe , le Rhin , & le Mein , parmi lesquels
il y avoit des Saxons ; d'ailleurs les Saxons
ayant fait la conquête de l'Angleterre , ils y
introduifirent leur langage , & le féjour que
les Anglois ont enfuite fait en France , & particulierement
dans la Normandie , y a introduit
beaucoup de mots Saxons ou Anglo-
Saxons .
Mais fuivant les Auteurs du Dictionnaire
de Trevoux , il y a plus d'apparence que ce.
mot vient de l'Allemand Heinnap qui fignifie
une écuelle à oreille ; où qu'il vient du Celtique
ou bas Breton , Hanafqui fignifie , Cou
pe. L'Auteur du Jardin des Racines Grecques.
le dérive de a'vazivav αναπίνειν ,, qui fignifie boire ,
humer , avaler.
11 eft parlé de Hanaps dans les anciennes.
Coûtumes de Beauvailis , écrites par Philippes
de Beaumanoir en 1283. Dans le Chap .
13. qui traite des Doüaires , il eft dir que la:
veuve , qui renonçoit aux meubles , ou aux
dettes ,
1078 MERCURE DE FRANCE
dettes , pouvoit prendre fa plus belle robbe ;
fon plus beau lit garni , & de chaque efpece
de joyaux le plus beau , comme le plus bian
Henap , le plus bel anel ou aneau.
Le 24. Chap. dit qu'on ne peut revendiquer
les chofes dénaturées , comme fi aucun
fait fondre deniers d'argent qui furent à autrui
, & enfetfere , pots , écuelles ou Hanas.
LaThaumaffiere dans le Gloffaire qu'il a donné
pour l'intelligence de ces Coûtumes, expli
que les mots Hanap & Hanas , par Gobelet.
Dans le Dictionnaire de Trevoux , il eft die
que ce mot Hanap, eft encore en ufage dans les
Pays Bas & dans quelques autres Provinces :
en effet ,les gens de campagne des environs de
Paris fe fervent auffi de ce terme , mais dans
un fens beaucoup plus étendu ; ils entendent
par Hanaps toutes fortes de vaiffeaux propres
à mettre des liqueurs , de la vendange ronde,
ou des grains, comme des cuves , cuviers ,
jales , gueulbées , tonne ux , &c. J'ai même.
entendu dire a une demi Bourgeoife d'une petite
Ville de la Generalité de Paris , en parlant
d'une petite tabatiere , voilà un beau petit
Hanap
Il paroît donc en réuniflant toutes ces différentes
explications , que le mot Hanap ,
fignifioit quelquefois une écuelle , quelquefois
un Gobeler ou autre Vaiffeau , & que ce
terme doit s'entendre felon l'ufage auquel
eft
JUIN. 1743.
1079
•
eſt deſtiné le Hanap dont on parle.
Ainfi pour connoître ce que c'eft que
le Hanap que doit le Curé , il faut avant que
de fe déterminer , examiner ce que c'est que
les Oublies dont ce Hanap doit être plein .
La Coûtume de Blois , Art. 40 parle d'un
Droit d'Obliage qui eft Seigneurial ; celle de
Montargis , Chap. 2. Art. 40. parle d'un
Droit d'Oublie les Praticiens , qui ont
commenté ces Coûtumes , ont prétendu que
ces droits étoient l'amende dûë par le fujet
à fon Seigneur , pour avoir oublié de lui
payer fa rente , ou devoir annuel , & que le
nom de ce Droit eft venu du mot Oubliers
mais cette mauvaiſe étymologie eft réfutée
par M. de Lauriere en fon Gloffaire du Droit
François , & elle ne pourroit s'appliquer à la
Redevance dont il s'agit ici , puifqu'il feroit abfurde
de dire que le Curé doit donner un
Gobelet plein d'Oubli , ou un Gobelet plein
d'amendes , dûës pour avoir oublié de payer
la Redevance annuelle .
Il faut donc chercher la véritable étymologie
d'Oublies , qu'on appelloit d'abord
Oblées ou Oblies , & qu'enfuite par adouciffe-
1.
ment on a dit Oublies.
Suivant le Gloffaire Latin de M. du Cange
,
& celui de M. de Lauriere , Oublies
vient du Latin , Oblita,quafi oblata,feu oblationes
vel munera oblata,
1. Ce
1080 MERCURE DE FRANCE
1
Ces Oublies , ou Oblations , dont l'afage
eft fort ancien , étoient des pains ronds &
plats , qui étoient dûs aux Seigneurs , grands
ou petits , felon les titres ou l'ufage de la
Province ; par exemple il eft dû à la Seigneurie
de Mort- Fontaine , en Picardie , des
Oublies qui font des pains de dix fols chacun .
On fait auffi certaines petites, patifferies
avec du miel & de la farine , qui ne font
guere plus épaiffes qu'une feuille de papier ,
& auxquelles on a donné le nom d'Oublies ,
parce qu'elles font rondes & comme un diminutif
des petits pains de Redevance ; c'eſt
de -là que les Patiffiers font appellés Oblayers
dans le Livre noir du Châtelet , & dans leurs
Statuts & Réglemens ; ils marchoient autrefois
la nuit dans les rues de Paris & autres
grandes Villes , portant fur leur dos un corbillon
ou panier long , d'ofier , plein d'Ous
blies , & tenant à leur main une longue lanterne
ou falot ; ils s'annoncoient par un certain
cri conçu en termes qui leur ( toient;
propres . On les appelloit vulgairement Onblieurs
quand on les faifoit entrer dans
quelque maifon pour s'amufer , ils jouoient
avec un cornet & des dez au paffe dix ; lorf
qu'ils gagnoient , ce qui leur étoit ordinaire
, on les payoit en argent ; quand ils
perdoient , ils payoient en Oublies , & s'ils
fe trouvoient infolvables on les faifoit danfer
un
JUI N.. 1743. 1031
و
en
un pied dans l'eau ; ils faifoient auffi tourner
avec beaucoup d'adreffe une affiette
chantant certaines chanfons joyeuſes , faites
pour eux , mais leurs courfes nocturnes ont
été deffendues depuis 1721. parce que
dans le procès que l'on inftruifoit alors contre
Cartouche , fameux voleur & contre fes
complices , on découvrit que quelques voleurs
s'étoient travestis en Oublieurs , pour
courir plus librement la nuit dans les ruës .
,
Après ces obfervations génerales fur la frgnification
des mots Hanap & Oublies
voyons maintenant comment on doit entendre
la Redevance annuelle d'un Hanap plein
d'Oublies dûs par par le Curé à fon Seigneur ,'
à caufe de fon Presbytere.
>
de
con-
C'estun Curé qui doit la Redevance à fon
Seigneur, & il la doit à cauſe de fon Presbytere
; on peut dès- là préfumer que la matiere
de cette Redevance , & la forme de fa preftation
ne doivent rien comprendre que
venable tant au Seigneur qu'au Curé .
En effet la plupart des Redevances Seigneu
riales font afforties à la qualité , foit du Sei
gneur , foit du Vaſſal.
Par exemple , lorfque le Roi par fes Lettres
Patentes du mois d'Août 1717. a donné à la
Compagnie d'Occident , appellée depuis ,
Compagnie des Indes , la proprieté de la
LOUISIANE , il a réfervé , outre la foi & hommage
1082 MERCURE DE FRANCE
mage , à chaque mutation de Roi , une Cou
ronne d'or du poids de trente marcs.
Les Seigneurs qui faifoient profeffion des
Armes , & dont les Vaflaux étoient de même
condition , les ont chargés pour droits
de rachat ou autres redevances , de porter
leur Banniere de fournir un homme d'Armes
, un fer de Lance , des Eperons , & autres
chofes de cette nature.
Ceux qui faifoient leur principale occupation
de la chaffe , ont impofé le devoir de leur
fournir des chiens, des oifeaux de proye , des
bêtes fauves , du gibier.
La plupart des Čenfitaires font chargés de
donner annuellement , outre les Cens en argent
, des gelines , chapons , canards , oyfons,
pigeons , dindons & autres chofes de cette
nature , parce qu'eux ou leurs Auteurs faifoient
valoir leurs héritages & y élevoient de
ces volailles.
Je ferois donc tenté pour un moment de
croire que la Redevance d'oublies , dont le
Curé eft chargé , doit être quelque chofe de
convenable à fon état , & que par un Hanap
plein d'Oublies , on a entendu qu'il donneroit
un Vafe plein d'Hofties ou Pains à dire la
Meffe . Car ces Hofties font auffi nommées
en Latin , Oblia vel Oblita , quaſi Oblata fen
Hoftia, & en François , on nommoit ces petits
Pains Oublies, de- même que les Pains de
Redevance .
J.U I N
1743 1083
Redevance. M. Du Cange en rapporte plufieurs
exemples dans fon Gloffaire. Rien ne
feroit plus naturel que d'avoir chargé le Curé
de donner quelque chofe de tel qui eft à fon
ufage , & qui peut auffi être à l'ufage du Seigneur
pour la Chapelle de fon Château , s'il
en a une.
M. l'Abbé Lebeuf , Chanoine & Sous-
Chantre d'Auxerre , m'a dit que dans la Paroiffe
de S. Robert & quelques autres Paroiffes
de cette Ville , il a été témoin que les
Curés avoient coûtume de faire diftribuer à
leurs Paroiffiens la veille de Pâques , le foir
à l'heure de Complies , des Hoiftes , c'eſt le
terme du Pays,pour dire des Hofties ou Pains
à chanter ; que les Religieux du Prieuré de
S. Eufebe , de la même Ville , qui font des
Chanoines Réguliers de Ste Géneviève , font
tenus de faire apporter tous les ans au Chapitre
d'Auxerre , le jour de la Cêne, un grand
manequin , qui fait la charge de deux hommes
, rempli de paquets de Hoiftes , qui font
diftribuées par deux des Religieux , à tous les
Dignitaires , Chanoines , Semi - Prébendés
Chantres , Muficiens, Enfans de Choeur, lef
quels en mangent pendant la diftribution ;
ces Hoiftes fe donnent ovales , comme elles
fortent du moule & fans être taillées , de-.
forte que chaque Pain contient deux grandes
Hofties & deux petites , & chaque paquet
en contient plufieurs douzaines.
II
084 MERCURE DE FRANCE
Il pourroit donc bien fe faire que le Ha
nap plein d'Oublies, dû par le Curé , à cauſe
de fon Presbytere , fût un femblable panier ,
plein de Pains à chanter .
२
Mais comme ici on ne rapporte rien qui falle
connoître que le mot Oublie ait été pris dans
ce fens , je crois qu'il vaut mieux s'en tenir à
la fignification ordinaire, & dire que les Oublies
, dûës par le Curé , font de petits Pains
de Redevance, ronds & plats. Quant à leur
volume, il faut fuivre l'ufage du Pays , s'il y a
de pareilles Redevances , finon le Curé peut
en donner des plus petits qui fe faffent , fuivant
la maxime , Semper in obfcuris , quod minimum
eft fequimur . Il peut même en ce cas ,
fans recourir à aucune interprétation recherchée
, prendre là chofe à la lettre , & donner
des Oublies proprement dites, c'eſt - à - dire , de
ces menuës Pâtifferies auxquelles on a donné
ce nom . *
A l'égard du Hanap dans lequel il doit
donner ces Oublie , ce ne doit pas être un
Gobeler,mais un petit panier, tel que ceux qui
fervent ordinairement à mettre des Oublies.
Quant à la grandeur ou contenance du
Hanap, ce que le Curé appelle improprement
continence , on ne la peut déterminer ; c'eft
ici proprement une Redevance à la difcrétion
du Curé , & qui eft feulement ad recognitionem
Dominii , plutôt que ad Emolumentum
JUIN. 1743 1085
tum ; elle ne peut jamais être bien onereufe
au Curé, attendu que les Oublies ne font pas.
une marchandife fort chere ; la plus grande
difficulté feroit d'en avoir dans plufieurs endroits
, où l'on n'en fait point , & de les y
faire transporter,étant une chofe fort cafuelle.
Dans la plupart des Coûtumes , les droits
d'Oublies ou Pains de Redevances , ont êté
convertis en argent ; le Curé devroit auffi
s'accommoder avec fon Seigneur pour convertir
en un modiqueCens la Redevance d'ur
Hanap plein d'Oublies ; que fi le Seigneur ou
le Curé veulent exécuter la Redevance à la
lettre,c'eft un petit panier ou une boete plei
ne d'Oublies , que le Curé doit à fon Sei
& rien de plus. gneur ,
t
L'Auteur de cette Réponſe ne trouvera ,
fans doute , pas mauvais que nous ajoûtions
à fes recherches un Fait tiré de l'Hiftoire Gćnerale
d'Angleterre , fçavoir, que le Seigneur
de la Terre de L..... eft tenu , à cauſe de
cette Terre , de faire faire des Oublies pour
le Roi , au Festin du jour de fon Sacre. Richard
Lion , qui en étoit Seigneur du tems
de Richard II. fut admis à faire cette fonction
le jour du Sacre de ce Prince en 1377,
C
> #
ODE
1086 MERCURE DE FRANCE
Ꭲ
ODE SACRE'E
Tirée du Pfeaume CXXXVIII.
On oeil perce la nuit qui regne dans mon ame,
Et tu vois ou tendent mes pas ,
Tu fçais l'évenement des projets que je trame ,
Et tu m'entens, Seigneur, quand je ne parle pas.
*
Où fuir , pour me ſouftraire à ta perçante vûë ?
Si des Cieux j'atteins la hauteur ,
J'y rencontre mon Juge , & mon ame abattuë
Da vice y connoit mieux la coupable noirceur.
*
Si j'ofe de l'Enfer pénetrer les abîmes ,
Mes fens pourront- ils fe calmer ?
J'y vois de ton courroux d'éternelles victimes ;
Jy vois un defefpoir où tu peux m'abîmer .
*
Au bout de l'Océan , par le fecours des ailes ,
Si je tente de parvenir ,
C'est toi qui me conduis dans ces routes nouvelles,
Et c'est toi feul, Grand Dieu, qui peux m'y foutenir.
Si
JUIN. 1743. 1087
Si follement épris d'un charme illégitime ,
Je crois me cacher à tes yeux ,
Les ombres de la nuit te révelent mon crime ;
Jour , nuit, tout eſt égal pour le Maître des Cieux.
*
Dans un lieu plus obfcur que le centre du monde
De mes nerfs tu fis le tiffu ;
Par un ordre éternel ma mere fut féconde ;
J'étois né dans ton ſein avant d'être conçû.
*
Quand feras- tu périr une coupable engeance ?
Hommes de fang , éloignez -vous ;
Ils blafphement, Seigneur, ta fuprême puiſſance ,
Et d'un ton plein d'orgueil ils bravent ton courroux.
Je les hais , tu le vois , un faint zéle m'enflâme ;
Je détefte tes ennemis .
Ma haine eft à ſon comble ; interroge mon ame ,
Seigneur , daigne éprouver fi je te fuis foumis.
*
Eft-il en moi , Grand Dieu , des traces de malice ?
Ne poffede-tu pas mon coeur ?
Daigne toujours guider mes pas dans la justice ,
C'est en toi , c'est par toi qu'on arrive au bonheur.
Par M. de Regauzac , Auteur de l'Ode, intitulée
la Création du Monde , inferée dans
le Mercure d'Avril dernier,
1088 MERCURE DE FRANCE
aik ak akak akik kakak kak
•
FIN de la Defcription de la
Haute-Normandie.
DOYENNE'S de l'Archidiaconné
du Bautois.
DOYENNE DE CARENTAN .
2
Il a pour bornes au Couchant , partie du
Doyenné de la Haye du Puys , & partie de
celui du Bautois , au Nord le Doyenné du
Plain & une partie du bout du grand Vay ,
y compris le Cours Occidental , à l'Orient
le petit Vay & un bout de la Riviere de Vire
qui le forme, & au Midi , partie du Doyenné
du Hommet , qui eft de l'Archidiaconné du
Val de Vire , & partie du Doyenné de Periers
, qui eft de l'Archidiaconné de Coutances.
On compte 6. lieues de Vallogne à Carentan.
Voici ce que Maffeville dit de cette derniere
Ville ( Etat. Géog. de Norm. pag. 113. )
» Carentan , Ville du Diocèſe de Coutan-
» ces & de la Généralité de Caën , fituée entre
les Rivieres de Taute & d'Ouve , &
" prefque environnée de Marais , de maniere
» qu'on en pourroit faire une très forte Place.
Elle contient plus de 4000. ames . Elle a
» des Jurifdictions de Bailliage, de Vicomté,
» d'Election
""
JUIN. 1743 1089
» d'Election , & un Bureau des Fermes du
" Roi. Son Eglife Paroilliale eft dédiée à
» Notre - Dame. Il y a un Monaſtére de Religieufes,
( elles fuivent la Regle de S.Agus
33
33
tin ) un Hôpital & une Chapelle qui ppar-
» tient à l'Ordre des Mathurins . Cete Villea
» donné la Naiſſance à S. Leon, Archevêque
» de Roüen , & à fes freres S.Philippe & faint
» Gervais , qui allerent prêcher la Foi en Ef
pagne , & qui furent martyrifés par des Pi-
" rates à Bayonne au IX . fiécle .
"
>>
les
» Cette Ville fut faccagée & brûlée par
» Anglois l'an 1346. Elle fut enfuite occupée
par les Navarrois , qu'on en fit fortir
" l'an 2464. elle retomba entre les mains des
Anglois l'an 1318. & ils en furent chaffés
» l'an 1449. Les Calviniftes , commandés
» par le Comte de Montgommery , la pri-
» rent l'an 1574. & le Comte de Matignon
» la reprit la même année pour le Roi Hen-
" ry III.
" L'Election de Carenten comprend plus
» de cent Paroiffes, & entre autres, les Bourgs
» de Periers , de Leffay, de la Haye du Puys,
» de Ste Marie du Mont & de Ste Mere Egli-
» fe. Il n'y a point d't lection en Baffe Normandie
, où il fe trouve autant de Maiſons
» diftinguées & autant de Terres confidérables
que dans celle - ci ,
"
"
Le même Auteur ( pag. 420. ) parle ainſi
L, Vol. C au
Logo MERCURE DE FRANCE
»
au fujet des divers Noms Latins qu'on a dona
nés à cette Ville. » Carentan , Quarentanum,
» felon Canalis ; Carentanum, felon de Thou,
Carentonium , felon Baudrand ; Cluvier &
la plupart des Auteurs , tiennent que c'eft
le Crociatonum de Prolomée . Mais ceux *
» qui ont écrit que cette Ville avoit été fondée
par Caros , Officier de Céfar , peuvent
être renvoyés aux Commentaires de ce
Conquérant, &c. qui n'en ont jamais parlé.
La Ville de Carentan , quoique petite , eft
fermée de murs , a un ancien Château affés
élevé fur la Ville , & a trois Fauxbourgs.
ور
Il n'y a qu'une Eglife Paroiffiale , deffervie
alternativement par deux Curés. C'eſt une
affés belle Gothique , dont les vitres paroiffent
peintes de la même main que celles de
Vallogne . Au refte , Carentan n'eft point , à
beaucoup près , un auffi agréable féjour que
cette autre Ville . L'air des Marais y cauſe
beaucoup de fiévres. Il y a une bonne Foire
le jour de S. Leonard, qui arrive le 4. ou le s
Novembre , & un bon Marché de blé & de
beurre tous les Lundis.
Je trouve dans mon Manuſcrit , cité cidevant
, que Carentan étoit originairemene
une pleine Baronnie & Haufte - Juſtice de la
Conceffion du premier Duc de Normandie ,
& qu'à l'exemple des autres Seigneurs de
*Des Ruče,
cette
JUIN. 1743 rogr
cette Province , qui n'avoient que leur nom
de Baptême, joint à celui de la Terre dont ils
étoient Seigneurs , ceux de Carentan en prirent
le nom. Il ajoute qu'il y a eû un Guillu.
me de Carentan, dont toute la branche aînée
ceda à la puînée les Paroiffes de S. André &
de S.Georges de Bouhon, voifines de Carentan
, & qu'on trouve dans l'Abbaye des Dames
de Preaux , fituée dans le Territoire de
Ponteau - de - Mer , que Honfroy de Bouhon
fit plufieurs Donations à cette Abbaye , au
nombre defquelles eft la Dixme de fon Bourg
de Carentan avec le Presbytére , ce qui eft
fi vrai que l'Abbaye de Preaux a encore le
Patronnage de l'Eglife de Carentan , & qu'elle
y a partie de la Dixme dans tout le Village.
On voit , continue le même Manufcrit ;
dans l'Hiftoire de la Maifon de Montmorency,
l'Extrait d'un vieux Regiſtre de l'Abbaye
de S. Denis en France , où font ces termes :
Carentonium obvenit Dominia Regis per eche
tam,debebat dicto Domino fervitium trium equitum
in banno : ce qui montre que c'étoit une
pleine Baronnie , les autres pleines Baronnies
de cette Province étant redevables du fervice
de trois Chevaliers dans le Ban & Arriere-
Ban , deforte que par cet échet la Haute- Juf
tice de Carentan eft devenuë Royale , &c.
Cij DOYENNE
092 MERCURE DE FRANCE
DOTENNE du Bautois.
Il a pour bornes au Couchant , partie du
Doyenné de la Haye du Puys & partie de celui
de S. Sauveur- le -Vicomte ; au Nord , partie
de celui d'Orglandes & une parcelle de celui
du Plain ; à l'Orient, celui de Carentan,&
au Midi, il va fe terminer en un petit efpace
entre les Doyennés de Carentan & de la
Haye du Puys fur celui de Periers , qui eft
de l'Archidiaconné de Carentan .
La Paroille de Baute , éloignée d'environ
cinq lieues de Vallogne & de près de deux de
Carentan , donne le nom à ce Doyenné, après
l'avoir donné à tout l'Archidiaconné . Voici
ce que Maffeville dit de cette Paroiffe : » Bau-
» te, Paroiffe de l'Election de Carentan , où il
» y a une Jurifdiction ; un Prieuré de l'Ordre.
» de S. Benoît , & un paffage confidérable
fur la Riviere de Seve.
Le Doyenné du Bautois a dans fon étenduë
la Paroiffe & le Château de Coigny, avec titre
de Comté , appartenant à l'illuftre Maréchal
de ce nom. On compte un peu plus de qua¬
tre lieues de Vallogne à Coigny.
On y trouve auffi le Bourg de Pretot , où
il y a Marché tous les Mardis . Maffeville dit
qu'il appartient , fous le titre de Baronnie , à
M. le Marquis de la Chefnelaye deRommillé.
eft éloigné de quatre lieues de Vallogne.
Entre
JUIN . 1743 1093
Entre les autres Paroiffes de ce Doyenné,
on défigne celles d'Appeville , de Vindefontaine
( finguliére par fon nom ) & des
Montiers,
DOYENNE de la Haye du Puys,
Il a pour bornes , au Couchant , partie de
la Côte Occidentale de la Preſqu’Íſle , aux
environs du Gué du Saut , qui y eft compris ;
an Nord , le Doyenné de S. Sauveur - le - Vicomte
& une parcelle de celui du Bautois ; à
l'Orient, celui du Bautois , & au Midi, celui
de Periers.
Le Bourg de la Haye du Puys eft à cinq
lieuës de Vallogne . Notre Auteur en parle
en ces termes : » La Haye du Puys , Bourg
» & Château de l'Election de Carentan . Il y
» a une Jurifdiction & un bon Marché ( tous)
» les Mercredis. ) C'étoit une ancienne Baron-
» nie , qui eft préfentement poffedée en titre
»de Marquifat, par M. le Préſident de Mot
" teville .
Dans l'étendue de ce Doyenné , à fix lieuës
& demie ou environ de Vallogne , proche
le Gué du Saut, eft fitué le Bourg de Leffay
dont notre Auteur parle en ces termes :
Leffay , Bourg du Diocèfe de Coutance ,
» & de l'Election de Carentan . Il y a une
» Jurifdiction, un Marché ( tous les Mardis, )
» & des Salines , où l'on fait du Sel blanc .
» L'Eglife
33
C iij
1094 MERCURE DE FRANCE
» L'Eglife Paroiffiale eft dédiée à fainte Op
»portune , & il y a une Abbaye de l'Ordre
» de S.Benoît, fondée l'an 1064. qui a vingtfix
" mille livres de rente.
M. Leonor de Matignon , Evêque de Cou
tance , en eſt Abbé Commandataire .
DOYENNE' de S. Sauveur- le- Vicomte.
Il a pour bornes, au Couchant partie de la
Côte Occidentale de la Prefqu'Ifle , & partie
du Doyenné de Barneville ; au Nord partic
du Doyenné des Pieux , & partie de celui
d'Orglandes ; au Levant autre partie de celui
d'Orglandes & partie de celui du Bautois ,
& au Midi celui de la Haye du Puys.
On compte 3. lieues de Vallogne à S. Sau
veur le Vicomte , dont Maffeville parle en
ces terme ( Etat Geog . p . 297. ).
» S. Sauveur le Vicomte , gros Bourg fur
» la Riviére d'Ouve , au Diocèſe de Coutance
, & de l'Election de Vallogne . Il y a
» des Jurifdictions Royales de Bailliage &
» de Vicomté ; un bon Marché ( tous les
Lundis ) ; un Château qui étoit autrefois
une Place forte , & une Abaye de l'Ordre
de S. Benoît , qui fut fondée vers l'an
" 1040. par Néel , qui étoit Seigneur de
» ce Bourg , & Vicomte de Cotentin .
C'eft le Siége principal d'un des 3. Bail-
Liages féparés , qui font dans l'enclave du
grand
JUIN. 17433 1099
grand Bailliage de Cotentin. Le Manufcrit
que j'ai cité plufieurs fois ci - devant , porte
que S. Sauveur le Vicomte , étoit une grande
& ancienne Baronnie & Haute Juftice , laquelle
apartenoit au brave Néel le Vicomte ,
qui fit de fi belles actions fous Guillaume le
Conquérant , & qui mourut en Angleterre ,
ne laiffant qu'une fille mariée au Baron de
la Roche ; qu'elle paffa enfuite dans la Maifon
de Harcourt , & fut enfin confifquée
fur Godefroy ou Gefifroy de Harcourt , vers
le milieu du XIV . fiécle , parce que ce Seigneur
avoit pris le parti des Anglois ; que
cette même Baronnie fût enfuite poffedée par
Chandos , Grand - Seigneur d'Angleterre, qui
la prit fur le Roi, & qu'elle revint à la Couronne
par le Traité de Bretigny , à condition que
le même Seigneur en jouïroit fa vie durant.
Près de S. Sauveur le Vicomte , eft la
Paroiffe & ancienne Baronnie de Nehou .
avec les ruines d'un vieux Château du même
nom , dont le Manufcrit cité parle en
ces termes , dans l'article de Saint Sauveur
le Vicomte. » Le Roi Jean traita du Châ-
>> teau du Chef de l'Ancienne Baronnie de
» Néhou avec Robert de la Haye lui
»bailla en échange , la Ville de Nully em
*
* Je trouve Milly & non Nully , dans la Carte de
France par de Fer ; les noms propres font fouvent eftropiés
dans dans mon Manuſcrit,
Cij
» Gâti
1098 MERCURE DE FRANCE
•
» Gâtinois : cette Baronnie de Nehou , qui
appartenoit autrefois aux anciens Seigncurs
de Reviers & de Vernon , fut partagée
» en trois . Le premier Lot , fut celui du Châ-
» teau pour le Roi ; le fecond Lot fut la
» Baronnie de l'Angle-de - Nehou ; le troi-
» fiéme Lot , fut la Baronnie d'Orglandes
»pour la Maifon de Longueville : ces Barronnies
furent unies à celle de S. Sauveur
» le Vicomte , dont on fit un Domaine
» Royal , où il y a des Siéges de Bailliage
» & de Vicomté , ayant près de 100. Terres
. Nobles de la dépendance du Domaine.
"
Entre ces terres nobles , on diftingue la
Châtellenie d'Amfreville , dans le Doyenné
d'Orglandes la Baronnie d'Orglandes , même
Doyenné ; celle de l'Angle - de - Nehou
Doyenné de S. Sauveur le Vicomte , & celle
de Tollevaft , dans le Doyenné des Pieux .
Dans le Doyennè de S. Sauveur le Vicomte
, à une lieuë où environ de ce Bourg ,
& à environ 3. lieuës & demie de Vallogne ,
eft fitué le Bourg & ancienne Baronnie de
Varanguebec , ayant appartenu ci devant à
M. le Marquis de Rothelin , & poffedée aujourd'hui
par M. le Maréchal de Coigny. Il
y a une Haute Juftice , qui porte fes Appellations
au Parlement.
Dans le même Doyenné , à environ 4 .
Lieuës & demie de Vallogne , une lieuë &
démic
JUIN. 1743 1097
demie de S. Sauveur le Vicomte , & une demie
lieuë de la Haye du Puys , eft fituée
l'Abbaye de Blanche - Lande , de l'Ordre de
Prémontré , fondée l'an 1155. par Richard ,
Baron de la Haye , Conneftable de Normandie.
Elle poffede 6000. livres de revenu ,
tant pour l'Abbé , que pour que pour les Religieux .
Plufieurs Paroiffes de ce Diocèfe , lefquelles
ont le titre de Prieurés , font deffervi par
ces même Réligieux .
Près de l'Abbaye de Blanche- Lande , eft
un Prieuré de Réligieufes , de l'Ordre de
S. Benoît. On le nomme S. Michel du Rofc.
DOYENNE' de Barneville.
Ily a pour bornes au Couchant, une partie
de la Côte Occidentale de la Prefqu'Ifle ,
au Nord le Doyenné des Pieux , à l'Orient
& au Midi , celui de S. Sauveur le Vicomte.
On compte un peu plus de cinq lieuës
de Vallogne au Bourg de Barneville , qui n'a
rien de remarquable que fon marché , qui
fe tient tous les Samedis. Il dépend de l'Election
de Vallogne , & eft voifin du Port
de Carteret . Les Salines de Porbail , dont
il a été parlé ci - devant , font ce que je trou
ve de plus remarquable dans ce Doyenné.
Il me refte , Monfieur, à vous dire quelque
chofe des Ifles voifines de la Prefqu'Ile du
Cotentin , & je ne ferai que tranfcrire prefque
1098 MERCURE DE FRANCE
ce que je trouve dans
que mot pour mot , ce que
mon Manufcrit.
LES ISLES de Jerfay ou Gerfey , de
Grenezay ou Guernezé , d'Herms , de Cers ,
& d'Aurigny on Orny , apartenantes aux-
Anglois.
Ces Illes font fituées à l'Occident de la
Prefqu'Ifle du Cotentin . Elles étoient autrefois
toutes Normandes , fous la domination
de nos Ducs , & on en appelle encore les
Curés au Synode de Coutance. Ceux - ci, diton
, ne fe font diſpenſés d'y aller
? que depuis
que les même Ifles ont adheré au Schifme
des Anglois . *
,
L'Ile de Jerzay , a environ 4. lieuës dans
fa plus grande longueur , & deux dans fa
plus grande largeur . Il y a deux Châteaux ;
fçavoir le Vieux , appellé le Château de
Montorgueil , vers la Côte de Normandie ;
l'autre eft audeffous du Bourg de S. Helier ;
il eft Bâti fur une portion de Terre , que les
marées , quand elles montent , feparent de
I'lfle , & par cette raifon , on l'appelle le
Château de l'Iflet , ou d'Elizabeth , à caufe
* J'ai autrefois connu une vieille femme , dont la
mere étoit de Jerſay , celle- ci n'avoit quittéfa Patrie
que lorfqu'il fut défendu abfolument d'y célebrer la
Sainte Meffe , ce n'eft arrivé que long- tems après le
fchifme d'Angleterre.
de
JUI N. 1743 .
1743
1099
y a
de la Reine de ce nom qui le fit bâtir. Il
toujours un Gouverneur pour l'Angleterre
On appelle le Bourg de S.Helier, la Ville. Ily
a un Baillif qui connoît de toutes les affaires
de l'Ifle , laquelle comprend 12. Paroiffes
en tout , & eft un Terroir très- fertile .
On compte un peu plus de 5. lieuës de
trajet , de Jerzay au Port de Carteret , où
ceux de notre Prefqu'Ifle , qui veulent aller
à Jerzay , vont s'embarquer ordinairement
Grenezey à près de 4. lieuës & demie dans
fa plus grande longueur , en y comprenant
le Clos du Wal , qui eft une petite Ifle pref
que contigue à la grande , & confondue
avec elle ; & environ 3. lieues dans fa plus
grande largeur.
Il y a dans cette Ifle une petite Ville , ap
pellée S. Pierre , & 10. Paroiffes du nombre
defquelles eft celle de la Haye , du Puys , où
font encore les reftes d'une Fortereffe .
Près de cette même Ifle , étoit ci- devant
le Château Cornet , bâti fur un Roc efcarpé
dans la Mer. Cette Place étoit eftimée
imprénable , mais , dit le Manufcrit , le Ton
nerre la ruina il y a quelque tems . Charlest
H. Roi d'Angleterre , ajoute-t- il , ayant été
rappellé à la Couronne en 1660. après la re
volte de fon Peuple , y envoya prifonnier
le Général Lambert , qui avoit été fon grand
ennemi , & qui y mourut
C vj
On
1100 MERCURE DE FRANCE
On compte environ onze lieues de trajet
de Grenezay au Port de Dielette , qui eft ,
comme il a été dit , dans la Paroiffe de Flameuville
au Doyenné des Pieux .
Les Ifles d'Herms & de Cers , voifines de
Grenezay n'ont rien de confidérable , non
plus que celle d'Aurigni , diftante d'environ
3. lieuës & demie de trajet du Cap de la
Hague l'Ile d'Aurigny a cependant un
Gouverneur , & c.
Près d'Aurigny , eft encore une autre petite
Iſle nommée Bunchou , qui n'a rien de
remarquable non plus.
LES ISLES Pelé , de Tatihou & de S.
Marcou appartenantes a la France.
L'Ifle Pelé eft environ à une lieuë de Cherbourg
, & n'a rien de confidérable.
Il a été parlé ci- devant de l'Ifle de Tatihou
, voifine de la Hougue & des deux
Jes de S. Marcou .
Voilà , Monfieur , tout ce que j'ai crû devoir
vous dire touchant notre Prefqu'Ifle
du Cotentin. L'énumeration des Paroiffes ,
qui toutes contiennent un ou plufieurs
Fiefs nobles , eût été un Ouvrage qui m'eût
mené trop loin & vous n'avez pas exigé
cela de moi. S'il arrive que je me rappelle
dans la fuite quelque fingularité oubliée
j'aurai l'honneur de vous en faire part,
Jefuis , &c.
JUIN. 110f 1743
LE CHASSEUR , LE LOUP , ET LA BREBIS
U
FABLE.
N Chaffeur,par hazard traverſant une Plaine,
Vit une Brebis aux abois ,
Qu'un Loup tout hors d'haleine ,
Emportoit dans le Bois .
Il crie, il court, il court , il s'empreffe avec joye ,
Et du Loup raviffeur il dégage la proye ;
La charge fur fon dos , va droit à la maiſon ,
Mais dans le même inftant que l'innocente Bête
A le remercier s'apprête ,
Par une affreufe trahison ,
D'un couteau meurtrier il la rend la victime
La Brebis tombant fous le coup
En peu de mots lui reproche fon crime .
Vous m'avez arrachée à la gueule du Loup ,
Mais par votre fureur extrême ,
N'êtes vous pas pour moi , cruel , un Loup vous
même ?
Pauvres Plaideurs, voilà votre tableau.
De tous vos démêlés au Palais on fait fête ;
Vous êtes la Brebis à croquer toute prête ,
Et certain Chicaneur Manceau ,
N'eft autre que le Loup , pernicieuſe Bêtê,
Quna
Troz MERCURE DE FRANCE
Quant au Chaſſeur , qui défend notre peau ,
C'eft l'Avocat , mais gare le couteau .
à Rouen. M. D. B. A. A.
LETTRE de M. P. à M. L. au fujet d'une
Differtation fur la Géometrie , &fur de nowveaux
Principes de Mathematiques , par
M. Liger.
Deux jours , M. avant mon départ de Paris
pour la Province , j'allai dire adieu à un de
mes amis. Après avoir parlé d'affaires , je lui
demandai s'il n'avoit rien à me donner
pour
nos amateurs de nouvelles : Voilà , dit - il ,
une Brochure où vous trouverez de quoi piquer
votre goût pour la Géometrie . Je l'ai
lue plufieurs fois , & je puis vous affurer ,
M. que fi M. L. met en évidence dans la fuite
, tout ce qu'il annonce , la République
des Lettres n'aura rien vû de fi nouveau
de fi curieux , & de plus utile en ce genre
; mais c'eſt par des moyens fort extraor
dinaires.
Il avance dans fa Differtation qu'un quarré
de 9800. peut contenir 9801. en changeant
fa conſtruction intérieure , & que 4900. eſt
la moitié géometrique de 9801. J'avoue que
rela ne tombe pas fous mes fens , mais ce
qu'il
JUIN
1103 1745
qu'il dit à la fin d'un quarré dans un quarré ,
d'une fomme beaucoup inferieure à celle de
9801. eft bien plus incompréhenfible.
L'avertiffement du Libraire nous fait cepen
dant preffentir du vrai dans l'expofé ; & enfin
M. L. ofcroit- il avancer des faits s'il n'en
étoit quelque chofe ? La préférence qu'il donne
à des termes François , au mépris de ceux
qui font reçûs de tous les Mathématiciens ,
femble juftifier l'aveu qu'il fait du peu d'acquit
qu'il avoit dans les études , quand il a
commencé à s'y introduire de lui- même , excité
feulement par l'amour propre , mais il
faut convenir que fi c'est une perte pour quel
ques-uns , c'est un gain immenfe pour la République
, car tous ceux qui dans leur Profeffion
fe fervent d'Inftrumens de Mathéma
tiques, l'entendront fort bien.
Sans avoir vû fes preuves , j'ai pris le com
pas pour trouver fes fix quarrés de differente
nature de compofition , & je les ai trouvé
mais comme je ne veux pas me caffer la tête
à déchiffrer fes propofitions extraordinaires ,
j'en attendrai avec impatience l'explication
dans la fuite de fon Ouvrage . J'entrevois qu'il
faut de toute néceffité que M. L. ait par de
vers lui quelque chofe de bien fort , qu'il n'a
pas voulu mettre encore au jour , contre les
Principes reçûs , & quelque chofe qu'il ait
decouvert, je crois que cela doit être fort in
tereffant
T104 MERCURE DE FRANCE
tereffant , car enfin tout Géometre cherche
en fecret la Quadrature du Cercle
& les autres impoffibilités de pareille nature
, & on dit, par dépit de ne pas rencontrer
jufte , que cela eft impoffible à trouver.
Suivant M L. le rapport de la diagonale au
côté , eft comme de nombre à nombre , & il
donne ce rapport comme de 140. à 99. Il s'en
fuivroit de - là , comme il le dit , que toute
incommenfurabilité eft abfurdité , & fi ce
rapport eft conftamment vrai , l'infini , ou la
diviſibilité à l'infini , même l'indefini , font de
pures imaginations , donc plus de lignes courbes
, & la circulaire eft un compofe de lignes
droites qu'il dit être de 350. unités , qui divifent
le diametre en 112.point de fraction dans
tout ceci , point de nombres effrayans ; tout
eft aifé & compréhenfible , plus de calculs
de grandeurs inconnues , plus de produits
inconnus ou algébriques ; quelle facilité pour
les maîtres & pour les éleves ; enfin quelle
commodité pour la pratique en tout genre ,
puifque les approximations font abrogées.
M. L. détruit la regle génerale de l'Hypoténuze
, car il nous donne un Triangle
dont les deux côtés ont chacun 99. & l'Hypotenuze
140. donc le Triangle de Pithagore
n'eft qu'un cas particulier , car les quarrés
des deux côtés font de 19602. & celu: de
THypotenuze de 19600, feulement. De plus,
nous
JUIN. 1743: 1105
nous ne fçavons pas extraire les racines , &
il y a des exceptions qu'apparemment il connoît
, dont fans doute il nous donnera des
régles , puifqu'il s'érige en reformateur d'Eu
clide , & de ceux qui l'ont fuivi . M. L. nous
apprendra auffi à trouver les proportionelles,
chofe dont les Géometres fe croyoient en
pofeffion , du moins algébriquement , mais
fçavoir par le moyen de l'Algébre , c'est être
dans l'erreur ſuivant M. L.
Dans fon premier Chapitre , il commence
par établir l'indivifibilité des particules de
la matiére ; où en font les Malbranchiftes &
tous les Partifans de la diviſibilité à l'infini
Descartes l'a attaquée par fon indefini ; M. de
Voltaire, page 129.de la Philofophie de Newton,
convient que les particules de la lumière
font indivifibles , & il s'en faut beaucoup
qu'il foit feul de ce fentiment.
Il est très- poffible que Dieu les ait créées
telles , donc , admettre qu'elles font divifibles
par la penfée , cela ne paroît pas un
argument admiffible ; or M. L. définit géométriquement
une particule de la matiére la
plus fimple ; pourquoi ne feroit - ce pas en
effet la particule de lumière ? La lumière eft
toujours la même ; il tire de la connoiffance
de cette particule fes nouveaux Principes . Je
ne le crois pas fi légerement appuyé qu'il ne
puiffe fe foutenir. Mais que de combats Litteraires
T106 MERCURE DE FRANCE
teraires ! Les Mathématiciens ne feront pas
les feuls oppofans à fes Principes ; les Phyficiens
fentiront bien qu'ils font intereflés
dans cette guerre , le fondement de fes Principes
étant Phyficomathématique .
Je crois , M. vous en avoir affés dit pour
Vous engager à examiner cet Ouvrage , & à
prendre parti dans une querelle qui nous eft
commmune avec tant d'autres , mais je ne
vous en demande votre fentiment , qu'après
la feconde production de M. L.
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Beau
vais le 29. Janvier dernier à Mad .. G... a
Paris , fur la Queftion propofée dans le
Mercure d'Octobre 1742. fçavoir lequel
des deux Amans eft leplus heureux de celui
qui fait la fortune defa Maîtreffe en l'époufant,
ou de celui qui tient d'elle fa fortune.
Q
U'il vous fied mal , Mad , de m'accu
fer de pareffe , lorfque je tiens de vous
l'art d'être pareffeux ; avez - vous oublié cette
Philofophie aimable , dont vous m'avez donné
fi fouvent des leçons ? La pareffe en fai
foit toute la bafe ;
Non point cette pareffe ,
Qui vient du peu d'efprit ,
Que
JUIN. 1743 1107
Que fouvent la Nobleffe
Où le Cloître produit :
Ni celle , qui par indolence ,
N'ole ni penfer , ni ſentir ,
Et qui, par pure nonchalance ,
Se refuſe même au plaifir ;
Mais cette ingénieufe & fage oifiveté ,
Fille du goût , fource de volupté ,
Où fe livrant , plein d'un charmant délire ;
Tantôt aux fentimens qu'un coeur fenfible inſpire;
Tantôt aux mouvemens que l'efprit fe permet
On jouit du préfent fans crainte & fans regret .
C'eft là ce que nous mettions en prárique;
Mad. dans cet heureux tems, où paffant une
partie de nos jours à votre belle Maiſon de
Campagne , & l'autre partie à Paris , nous
nous occupions à être pareffeux ; la Mufique,
la Lecture , les Beaux Arts , les Reflexions
quelque -fois la Poëfie , & fouvent les Belles-
Lettres , fe fuccedant fans ordre , & fuivant
que l'imagination nous portoit à l'un ou à
l'autre , formoient alors pour nous ces occupations
que j'honore du nom de Pareffe ....
›
Les plaifirs que permet l'aimable volupté ,
Etoient nos feuls travaux dans notre oifiveté.
Ce tems n'a pas duré pour moi. Rappelle
dans la Province par des Parens que je refpecte
110 MERCURE DE FRANCE
pecte , il a fallu confentir à me priver des
avantages que procure le fejour de Paris ; il a
fallu de plus , prendre un état qui parut me
fixer ; j'ai fait tout ce qu'on a voulu : j'ai
quitté les Mufes pour les Loix .
Et maintenant , vrai fuppôt de Thémis,
Mais peu verfé dans la Jurisprudence ,
Vous me verriez affis deffus les Lys ,
Jugeant les Gens , au moins en apparence ;
Quoiqu'entre nous , j'opine du bonnet ,
Et que j'obferve un fcrupuleux tacet ,
Laiffant l'honneur à Meffieurs mes Confréres
De prononcer fur toutes les affaires
Or aujourd'hui , que j'ofe encor rimer ,
Bien mieux ferois d'aller à l'Audiance ,
Soit pour dormir , ou bien pour écouter
Deux Procureurs fe gourmant d'importance.
;
Voilà mon état actuel ; je n'ai point cepenant
tout-à fait renoncé aux Mufes;les Beaux
Arts contribuent auffi quelque - fois à mon
amufement . Mais feulement.....
Ces Arts que permet la fageffe ;
Ces Arts inventés feulement ,
Pour occuper l'amuſement.
Une focieté de perfonnes tout à fait aimables
m'empêche, encore plus que toute autre
chofe ,
JUIN .
1109 1743.
chofe , de régretter Paris . Enfin fucceffivement
Je dreffe des Autels aux Mules , à Momus ,
A Vénus , à fon Fils , mais jamais à Bacchus.
Sur tout je n'ai rien perdu , Mad , du goût
que vous m'avez donné pour la Pareffe ; comment
aurois- je pu le perdre ? J'ai conſervé
précieuſement votre fouvenir , & par une
conféquence néceffaire , je me fuis toujours
rappellé les avantages de votre façon de vivre
, j'efpere néanmoins aller chés vous ce
Carême me raffermir de plus en plus dans
mes premiers Principes ; je remettrois volor
tiers à ce tems l'explication de mon fentiment
fur la Queftion propofée dans le Mercure
du mois d'Octobre dernier , mais vous
en paroiffez fi curieufe , & cela me fait tant
d'honneur , qu'il feroit mal à moi de n'y point
répondre avec empreffement ; peut-être avezvous
cru m'encourager beaucoup par l'approbation
que vous donnez à ma derniére Lettre
; cette approbation au contraire me donne
prefqu'autant de crainte que de courage :
quoiqu'il en foit , il faut vous fatisfaire . Ce
qui vous rend fi curieufe de ma déciſion ,
dites - vous , c'eft que le fingulier vous amufe
, & vous fçavez que je penfe fingulierement
fur le Chapitre de l'Amour ; cela ne
youdroit- il point dire , que fçachant de quelle
façon
110 MERCURE DE FRANCE
façon j'aimois il y a quelque tems , vous voulez
voir fi j'aime encore de même? Pour moi,
je fouhaite qu'on l'explique ainfi ; cela me
fera honneur auprès de tous ceux qui vous
connoiffent.
Eh bien , Mad. il s'agit donc de fçavoir lequel
j'eftime le plus heureux de deux Amans,
dont l'un fait la fortune de l'autre en l'époufant.
Si je fuivois la premiere idée qui fe préfente
à l'efprit , ou fi je faifois profeffion d'être
de l'avis du plus grand nombre , je ferois
pour celui qui fait la fortune ; mais il vous
faut du fingulier , & je vais vous fervir à votre
goût : j'opine donc , ( vous voyez que
nos termes fe fentent toujours de la profeffion
dont nous fommes ) que l'Amant dont
on fait la fortune eft le plus heureux. Il s'agit
ici , ce me femble , du bonheur actuel , le
jour des noces : la Théfe changeroit bien de
face s'il s'agiffoit des fuites.
Le Dieu d'Hymen , le Dieu d'Amour ,
Vont rarement de compagnie ;
De l'un la vie eft trop unie ;
L'autre haït un trop long ſéjour ;
Affés fouvent enſemble ils fe mettent en route ,
Mais bientôt à l'Hymen l'Amour fait banqueroute.
Or, dans ces premiers inftans du mariage ,
deux raifons me font donner le prix du bonheur
JUIN. 1743: IIII
heur à celui dont on fait la fortune. Premierement
, la certitude d'être aimé d'une perfonne
que l'on aime. Secondement, le plaifir
de devoir beaucoup à cette même perfonne.
Dans l'amitié & dans les devoirs réciproques
de la focieté , il eſt bien plus avantageux
de donner que de recevoir , & le plaifir
du premier eft d'une efpece bien fuperieure
à celui de l'autre ; mais il s'agit ici de l'Amour
; on ne demande pas dans lequel des
deux procedés il y a plus de grandeur d'ame
mais on demande lequel rend plus heureux ;
pour y répondre , il ne faut que rechercher ce
qui fait le bonheur d'une perfonne qui aime ,
quel eft le but d'un Amant qui foupire.
Tout le monde conviendra que c'eft d'inf
pirer à la perfonne aimée un amour égal à
celui qu'on reffent pour elle ; n'eft- ce donc
pas une fuite néceffaire de dire , que de deux
Amans , celui -là eft le plus heureux , qui a le
plus de certitude d'avoir infpiré ce retour ,
qui faifoit tout l'objet de fes voeux & de fes
affiduités ?
Appliquons maintenant ces Principes à notre
Queſtion: nous verrons que l'Amant , dont
on fait la fortune,a bien plus de certitude d'être
aimé , que n'en peut avoir l'Amant riche ;
en effet ; pour peu que celui- ci ait de délicateffe
, ne doit- il point apprehender que fes
richeffes , & la reconnoiffance n'ayent autant
da
1102 MERCURE DE FRANCE
de part que l'Amour aux preuves de tendreſſe
qu'il reçoit de la perfonne dont il fait la
fortune il ne faut que ce leger foupçon
pour alterer le bonheur dont il devroit
jouir ; c'est une feuille de rofe pliée dans le
lit d'une voluptueufe Sibaritte ; ce foupçon
cependant vient de la délicateffe ; la délicateffe
, dit un ingenieux Auteur , eft produite
par les bonnes qualités du coeur & de l'efprit
; elle eſt tout à fait digne des hommes ,
on fe fçait bon gré d'en avoir : c'est pourtant
elle qui diminuë nos plaifirs ou qui les altére ;
le mauvais fervice que vous m'avez rendu
Mad , quand vous m'en avez infpiré !
C'est par cette délicateffe , néanmoins ,
que je penfe que le plaifir de devoir beaucoup
à une perfonne aimée , l'emporte fur
celui de lui avoir beaucoup donné , & c'eſt
la feconde raifon qui détermine ma décifion ;
j'ai remarqué fouvent , & je crois qu'il eſt
dans la nature du commun des hommes d'aimer
ceux à qui l'on fait du bien , & d'avoir
une espece d'éloignement pour ceux à qui
l'on doit de la reconnoiffance ; cet éloignement,
qui n'est que dans le coeur , & que l'on
fe garde bien de faire paroître , n'en eft pas
moins un défaut effentiel , mais prefque gé
neral. Ce défaut ne fe trouve pas entre deux
perfonnes qui s'aiment avec délicateffe , tels
que je fuppofe nos deux Amans ; or l'idée de
penfer
JUIN. 1743. 1119
penſer mieux que le commun
des hommes
& le témoignage
avantageux
qu'on rend à fon coeur,en fe fentant plein d'une reconnoiffance
fi peu commune
, ajoute beaucoup
au
plaifir de tenir tout ce que l'on a d'une per- fonne aimée .
Dans la focieté , la reconnoiffance eſt regardée
comme une dette , pour le payement
de laquelle on ne fe fent pas affés de fond ,
& l'on n'aime point fon créancier ; dans l'Amour,
au contraire, on fe fent un fond inepui-
Table pour acquitter cette dette , & l'on trou
ve du plaifir à faire parade de la générofité
avec laquelle on s'acquitte ; or je dis que
ce plaifir de fçavoir bien recevoir , étant plus
rare que celui de fçavoir bien donner , doit
être par conféquent plus flatteur & plus fenfible
; je ne fçais fi je m'exprime bien ; mais
vous avez de la penétration , & accoûtumée
à mon jargon , vous avez toujours fçû ſaiſir
le fens de mes penfées , quelque envelloppé
que je vous l'aye préfenté dans un fatras de
mots mal arrangés . Puiffiez - vous aujourd'hui
, Made , faifir également l'intention
que j'ai toujours eû de vous prouver le reſpect
avec lequel j'ai l'honneur d'être , &c.
1. Vole D ROLAND
114 MERCURE DE FRANCE
St.stbst stat stat
R OLAN D.
CANTATE.
L'Amant de la belle Angelique
Combattoit les tranfports d'un amour tyrannique ;
De fes malheurs il accufoit les Dieux ,
Quand tout à coup en proye au déſeſpoir terrible ,
Son coeur tremble , frémit & dans un trouble
horrible ,
Il fait rétentir l'Air de fes cris furieux.
Vous voulez donc ma mort , ingrate que j'adore ;
Pour un indigne Amant vous trahiſſez mes feux.
Quoi ! le jour qui devoit éclore ,
Pour couronner mes tendres voeux ,
Eft de mes jours le plus affreux !
Vous voulez donc ma mort , ingrate que j'adore ;
Pour un indigne Amant , vous trahiſſez mes feux,
Je céde à ma douleur ; je me perds ; je m'égare ,
Et l'amour , ce Tyran barbare ,
Me plonge chaque inftant dans un tourment nouveau.
Mon coeur n'écoute plus qu'une aveugle colere ;
Ah ! de la raifon, qui t'éclaire ,
Roland éteins- tu le flambeau ?
Suivons
JUIN.
1113 1743.
Suivons le courroux qui m'enflame ;
Que mon dépit & ma fureur
Egalent , s'il fe peut , l'horreur
Du tourment que fouffre mon ame.
Porterai je toujours les fers
De l'infidéle qui m'outrage ?
Eclattez tranſports de ma rage :
Je traîne après moi les Enfers.
Suivons le courroux qui m'enflâme ;
Que mon dépit & ma fureur
Egalent , s'il fe peut , l'horreur
Du tourment que fouffre mon ame.
11 dit , & fuccombant à fès cruels malheurs ,
Roland fe livre à fes fureurs ,
Et ce Héros,jadis fi redoutable,
Ce Guerrier ,illuftré par des faits glorieux,
N'eft plus qu'un Amant miférable ,
Qui gémit , qui parcourt , & ravage ces lieux.
Tendres Amans , briſez vos chaînes;
Ne formez plus de vains défirs.
L'Amour expoſe à plus de peines,
Qu'il ne fait n'aître de plaifirs.
Ses traits , fon carquois , & fes flâmes ;
Cachent un dangereux poifon ;
Dij
116 MERCURE
DE FRANCE
Il ne peut regner fur nos ames ,
Qu'aux dépens de notre raison.
Tendres Amans , brifez vos chaînes ;
Ne formez plus de vains défirs ;
L'Amour expofe à plus de peines ,
Qu'il ne fait naître de plaifirs.
Par M. B ** & Aix.
QUESTIONS
IMPORTANTES
;
Jugées au Parlement de Paris par Arrêt
30. Mars 1743.
L
du
A premiere , fi un homme condamné an
Banniffement à tems , & retenu en prison
pour des Réparations civiles , doit être élargi
pour exécuter d'abord fon Ban.
La feconde , fi le tems de fon Ban ne doit
pas du moins courir , pendant qu'il eft en
prifon.
FAIT.
Par Arrêt du 27. Juillet 1742. rendu en
la Tournelle Criminelle du Parlement de
Paris , au rapport de M. de Montullé , Confeiller
, fur l'appel d'une Sentence du Lieute-
Lant Criminel de Mâcon du 3. Août 1739.
PierreJUIN.
17433
و
Pierre-Jofeph Bruërat , pour les cas réfultans
du Procès , fut banni pour neuf ans du
refført du Siége de Mâcon , des Provinces
de Lyonnois , Forêt , Beaujolois , & de la
Ville Prevôté & Vicomté de Paris , & condamné
en 10. liv. d'amende envers le Roi ;
& ayant égard aux Requêtes des fieur &
Dame du Beffey de Contenfon , Parties civiles ,
l'Arrêt déclara plufieurs Piéces fauffes , &
condamna l'accufé envers eux en 2000 !
liv. de Réparations civiles & aux dépens.
Cet Arrêt ayant été fignifié à l'accuſe , prifonnier
à la Conciergerie entre les deux
guichets , avec commandement de payer les
zooo . liv. de Réparations civiles ; faute de
payement , il fut écroué & recommandé au
Greffe de ladite prifon pour ces 2000. liv .
,
L'Accufé préfenta Requête à la Cour , par
laquelle il demanda que l'Arrêt du 27. Juillet
1742 fut exécuté , en conféquence que
fans s'arrêter à la recommandation faite par
les Parties civiles , il fut ordonné que les prifons
lui fuflent ouvertes , à l'effet par lui de
fubir fon Ban , & ou la Cour feroit difficulté
d'ordonner fon élargiffement , en ce cas il
fut ordonné que le tems de fon Banniffement
coureróit, à compter du jour de l'Arrêt
du 27. Juillet 1742. & pendant tout le tems
qu'il feroit en priſon.
Les fieur & Dame de Contenfon déclare
D iij rent
118 MERCURE DE FRANCE
rent qu'ils n'empêchoient point que le tems
du Banniffement courut pendant que l'accufé
étoit en prifon , & au furplus ils le fou
tinrent mal fondé dans fa demande .
On difoit de leur part , qu'il n'eft pas doua
teux que les Réparations civiles étant une
fuite du délit , emportent la contrainte par
corps , & que le Jugement qui les accorde ,
autorife la Partie civile à s'en faire payer par
les voyes de Droit.
Le Banniffement qui fe trouve prononcé
contre l'Accufé par le même Jugement , ne
peut empêcher la Partie civile de recomman
der l'Accufé pour les Réparations civiles .
C'est ce que fuppofe la Loi 23. au Code
de Panis , qui décide , que le tems de toute
forte d'exil court pendant que le Banni eft
détenu en priſon.
L'Ordonnance de 1670. Tit 13. art. 23 :
ſuppoſe auffi la même chofe , puifqu'elle parle
dans cet article des prifonniers pour crime
, qui après le jugement ne feront détenus
que pour interêts civils.
La Queſtion a été ainfi jugée par deux
Arrêts , l'un du 20. Mars , 1660. rapporté au
Journal des Audiences , l'autre du 30. Décembre
, 1666. rapporté par Joefve , Tom . 2 .
cent. 3. chap. 83 .
Le fentiment des Auteurs eft conforme à
gette Jurifprudence ; on peut voir Couchot ,
Tom
JUIN. 1745 119
Tom . 2. pag. 367. Bornier , Tit. 25. art. 21 .
Le Dictionnaire de Droit Verbo , Bannir, &c.
On n'exécute la peine prononcée contre
l'accufé , par préference aux Réparations civiles
, que lorfque c'eft une peine afflictive &
parce que c'est pour l'exemple ; en cas de
condamnation aux Galeres , il y a une exé
cution : d'ailleurs , le condamné doit le fervice
fur les Galéres du Roi , & enfin il ne
fait proprement que changer de priſon , au
lieu que dans le Banniffement il n'y a point
d'exécution publique , & c'eft une peine
moins rude que la prifon , puifque l'Accufé
préfere de fubir fon ban pour éluder le paye
ment des Réparations civiles ; la condamna
tion à des Réparations civiles feroit illufoire,
fi l'on ne pouvoit contraindre par corps
l'Accufé , jufqu'à ce que le tems de fon Ban
foit expiré.
On difoit au contraire de la part de l'Ac
cufé , que la Cour après s'être armée de féve
rité pour le juger , devoit dans l'exécution
lui adoucir la peine, autant qu'il étoit pollible
, & que dans le doute , l'interprétation la
plus favorable devoit prévaloir.
Au furplus, qu'il falloit exécuter l'Arrêt de
la Cour dans toutes fes difpofitions ; qu'on
devoit commencer à exécuter la peine publique
, par préference aux condamnations prononcées
au profit de la Partie civile , attendu
D iiij. que
1120 MERCURE DE FRANCE.
que l'intérêt public doit toujours l'emporter
fur l'interêt particulier.
Le Banniffement , difoit-on , eft une peine
publique l'Ordonnance criminelle le met
au nombre des peines afflictives ; l'exécution
en eft publique. On conduifoit autrefois le
condamné hors de la Ville jufqu'à la Pierre ,
ou autre marque de féparation des Juſtices
limitrophes , & de - là jon banniffoit le condamné
c'étoit dans ce même endroit que fe
faifoient les Bans , Prônes & Publications de
la Jurifdiction , car le terme de Banniffement
eft venu de Bannum , Ban , qui fignifie
publication , ce qui marque la publicité de
cette peine.
Auffi , M. l'Avocat Géneral Bignon , qui
porta la parole lors de l'Arrêt de 1660. avoitil
conclu à ce que le Condamné fût élargi
pour fubir fon Ban.
On trouve dans le Journal du Palais deux
Arrêts du Parlement de Bordeaux des 12. &
15. Septembre 1671. qui ont ainfi jugé la
Queſtion.
avoir établi
M. Gilbert de Voifins , Avocat Géneral ,
qui porta la parole dans cette Cauſe , après.
que le Banniffement ne pouvoit
empêcher la détention du Condamné pour
les Réparations civiles , établit auffi , que le
tems du Banniffemeut ne devoit point courir
pendant la détention ; qu'autrement le Con
damné
JUIN 1743 1.12
damné étant nourri par la Partie civile pendant
qu'il eft retenu en prifon pour les Réparations
civiles , pourroit préferer de refter en
prifon pour ne pas fubir fon Banniffement >
qu'outre les Arrêts de 1660. & 1666. cités.
ci- devant , les deux Queſtions avoient encore :
été jugées de même contre le Banni , par un
Arrêt plus récent du 12. Janvier 1712. rendu
contre le nommé Laîné , dit Defnoyers ; &
il conclut à ce que l'Accufé fur débouté
purement & fimplement de fa demande .
L'Arrêt qui intervint le 30. Mars 1743
fut conforme à fes conclufions , plaidants M.
Chatelain , pour Bruerat , & M. Boucher
d'Argis , pour les fieur & Dame de Conten
fon, Parties civiles ..
来来来
AVIS Galant à Mite P..... par Don:
C
Vranio , &c.
Harmante Iris , le tems coule rapidement
Appas , rares talens , tout céde à fa vîteffe ;:
Rien ne peut l'arrêter ; prefqu'infenfiblement ,
Ilconduit vos beaux ans dans la froide vieilleffe ..
Que deviendront alors tous vos brillans attraits .
Iris , vous les verrez s'enfuir à tire - d'afle ;
Les Amours allarmés s'envoleront a près ;
Ris & Jeux , les fuivront dans une Cour nouvelle
D. y
Prévenez
1122 MERCURE DE FRANCE
Prévenez ce deftin , faites votre moiſſon ;
Recueillez les doux fruits que le printems vous
donne ;
Votre âge vous en fait l'importante leçon ;
Du Dieu qui fait aimer re pectez la couronne.
Sans croire m'attirer aucuns traits de rigueur ,
Tel eft l'heureux confeil que ma Muſe m'inſpire ;
Penfez y bien , Iris , confultez votre coeur ;
Sans doute il vous dira ce que j'ofe vous dire.
****************
ARREST du Parlement de Befançon,
qui juge que la Profeffion Religieufe de
l'héritier ne donne pas lieu à l'ouverture du
Fideicommis fait dans le cas du décès fans
hoirs légitimes.
FAIT
Ugues Page,de Couliege,fit un Teftament
folemnel en 1721. par lequel
il inftitua fon héritiere üniverfelle Jeanne-
Pierrette Page , fa fille unique ; & fi le
décès de ladite héritiere arrivoit fans hoirs
légitimes , la mere du Teftateur eft fubftituee
, & à fon défaut , fes cinq foeurs.
Le Teftateur étant décedé en 1739. fa
fucceffion fut recueillie par Jeanne- Piersette
Page , laquelle entra quelque tems
après
JUIN 17438 IT23'
après en Religion , & fit Profeffion dans
le Monaftére des Filles de Sainte Marie de
Salins , après avoir fait un Teſtament
par lequel elle inftitua dans tous fes biens
Marguerite-Hugues fa mere : on publia
ce Teftament à Couliege : Marguerite-
Hugues accepta l'héredité , & le Juge
l'envoya en poffeffion.
Dans cet état , Gabrielle , Gertrude
Marie- Claudine , Marguerite , & Jeanne-
Françoiſe Page , appellées à la fubftitution
faite par Hugues Page , prétendant que
cette fubftitution étoit ouverte , fe
pourvûrent
au Bailliage de Lons- le- Saunier ;
pour faire condamner Marguerite Hugues
à leur reftituer les biens qui en dépendoient .
Elles y obtinrent un Jugement conforme à
leur demande , dont Marguerite- Hugues
interjetta appel au Parlement de Besançon,
MOYENS de l'Appellante.
On difoit de fa part , que la Sentence
étoit contraire aux Loix Romaines , au
fentiment des plus fameux Interprétes , &
à la Jurifprudence du Parlement de la Province
.
C'eft un principe univerfellement admis ,
que les cas exprimés pour l'ouverture des
fubftitutions , emportent condition, & qu'il
n'y a ouverture, qu'après que ces cas font
Dvj arrivés ,
1124 MERCURE DE FRANCE
arrivés , parce que ce n'eft que pour lors
que les conditions font auffi pleinement &
auffi exactement accomplies , qu'il eſt néceffaire
qu'elles le foient , pour que les
Fideicommis conditionnels foient ouverts .
Ricard , des Difpofitions condit. chap. 5. Sect. 4 .
n. 314. &fuiv.
La doctrine de cet Auteur , & les textes
qu'il cite , font parfaitement applicables
à notre cas. Hugues Page a ſubſtitué
fes biens , fi le décès de fon héritiere arrivoit
fans hoirs légitimes . Il eft clair que dans
cette difpofition , c'eft le décès qui forme
la condition ; & dans le fait , l'héritiere
n'étant pas morte , peut- on dire que cette
condition foit accomplie ?
Les Intimées objectent que la condition
du décès, peut s'accomplir par équipollent
; qu'à cet égard la mort civile a
autant d'effet , que la mort naturelle ; que
l'on eft ici dans le cas de la mort civile ;
d'où elles concluent , que fa condition , dont
il s'agit , eft remplie.
Mais c'eft un paradoxe de dire , que toutes
fortes de morts civiles équipollent à la
naturelle ,à l'effet de donner lieu à l'ouvertu
redesFideicommis . Ceux qui font allés le plus
loin fur cette matiére , ( a ) ne l'ont ainfi
foutenu que dans les cas qui emportent
( a ) Ricard , ut fuprà , n. 330.
la
JUI N. 1743. TIZS
la perte de la liberté , auffi - bien que des
droits de Cité ; mais tous ont été obligés
de convenir qu'on ne devoit pas appliquer
cette maxime aux efpéces de morts civiles,
lefquelles en privant du droit de Cité ,
confervent la liberté naturelle.
Les Auteurs qui ont fait cette diftinction
, n'ont pas réfléchi que dans le dernier
état de la Jurifprudence Romaine
les hommes libres ne peuvent plus perdre
leur liberté par la condition du fupplice ;
qu'il n'y a plus d'esclavage de la peine , &
conféquemment plus de mort civile , qui
prive de la liberté naturelle : Novell . 22.cap.
8. Mais quand il feroit poffible d'admettre
la diftinction de ces Auteurs , on ne pourroit
raisonnablement prétendre que la Profeffion
Religieufe dût être mife au rang
des efpéces de morts civiles , qui rendent
efclaves de la peine . Ainfi les Parties adverfes
fe tromperoient toujours dans l'application
Mais elles errent dans le principe même .
Aux termes du Droit Romain , aucune
efpéce de mort civile ne peut équipoller
à la mort naturelle , en ce qui regarde
l'ouverture des Fideicommis. Cette propofition
eft fondée ſur la Loi , cùm Pater. 77 :
§. hæreditatem . ff. de legat. 2. & fur la Loi
Statius florus , qui décident qu'un Fideicommis
1126 MERCURE DE FRANCE
mis fait dans le cas du décès de l'héritier
n'eſt pas ouvert par fa déportation , ou autre
condamnation qui emporte mort civile , &
que la condition du Fideicommis n'eft accomplie
, que par fa mort naturelle , étant
poffible, que le fubftitué meure avant l'hé
ritier. Ricard dit que cette Loi doit être
appliquée à toutes fortes de morts civiles
& que la difpofition , en cas qu'il décede
fans enfans , contient en foi deux conditions
, l'une expreffe , l'autre tacite ; que
la condition expreffe dépend de la naiffance
des enfans , & que la condition tacite eft
attachée à la mort de l'héritier , parce
que n'étant chargé de reftituer que lorf
qu'il mourra , fa mort qui dépend d'un
tems incertain , fait condition à l'égard du
Fideicommiffaire , de forte qu'il eft indifpenfable
que pour acquerir le Fideicommis , il
foit vivant au jour de la mort de l'héritier.
Ainfi, quoiqu'il foit vrai que lorfque l'héri
rier eft mort civilement , la premiere condition
eft purifiée , s'il n'a pas d'enfans , la
feconde reſte à écheoir , fçavoir, celle qui dépend
de la mort; d'où, après plufieurs autres
raiſonnemens , Ricard conclut que le Fideicommiſſaire
n'étant fondé qu'en un titre particulier
qui dépend de l'échéance d'une
condition , quoique l'héritier foit incapable
par la mort civile de pofféder la chofe
fujette
JUIN. 1743 Tr27
fujette à reftitution , elle doit être déferée
jufqu'à l'échéance de la condition , à celuis
qui le repréfente à titre univerfel en qualité
d'heritier.
Si de ces maximes , applicables à la mort
civile en général , on paffe au cas particulier
de la profeffion Religieufe , on trouve
que le Parlement de Toulouſe (a ) eft le
feul qui s'en foit écarté dans ce cas , après
les avoir fuivies pendant long- tems , & on
peut dire que cette Jurifprudence eſt bizarre
; car , comme dit Ricard , loc . cit. loins
que les voeux de Religion foient plus confidérables
, en ce qui concerne la comparaiſon
à la mort naturelle , que la condam
nation aux Galéres , & les autres espéces
de morts civiles , qui ont leur fondement
fur le crime de l'héritier , ils doivent avoir .
à cet égard , beaucoup moins d'effet , parce
que l'incapacité de pofféder , & la mort
civile , qui eft produite par la condamnation
aux Galéres , ou par quelque autre
peine femblable , eft une dépendance
néceffaire de ces efpéces de peines , &
c'eſt particuliérement en quoi confiſte la
qualité de la peine & de la condamnation
, au lieu que pour ce qui concerne
les Religieux , s'ils font confiderés comme
morts, quant aux effets civils , & par cette :
( a ) Dolive , Queſt. notab. chap. 8.
con7128
MERCURE DE FRANCE
confidération déclarés incapables de pofféder
& d'acquerir , ce n'eft pas en haine de
Faction qu'ils ont faite , mais par des raifons
de politique toutes extérieures , &
nullement attachées à la qualité de l'Acte .
Du Moulin en fon Commentaire fur
l'art. 152. de la Coûtume de Paris , tient
auffi que les voeux de Religion , quelque
rigoureux qu'ils puiffent être , ne donnent
pas lieu à l'ouverture du Fideicommis , quoiqu'il
penfe que la condamnation aux Galéres
perpétuelles , doit operer à cet égard le
même effet que la mort naturelle . Il décide
par le même principe dans fon Commenraire
fur la Regle de infirmis , n . 351. & fur
les deux premiers Titres de la Coûtume
de Paris , 151. n . 81. 82. que fi le Pro-- &
priétaire d'un Fief fe fait Religieux , &
donne fon Fief au Monaftére , le Seigneur
dominant ne peut prétendre l'indemnité ,.
ni aucun autre droit , pendant la vie na-.
turelle du Religieux ; & telle eft la doctrine
de nos meilleurs Auteurs , dont l'Ap--
pellante rapportoit le témoignage.
La queftion fut ainfi jugée par Arrêt
rendu dans ce Parlement le 17 Janvier
1603. rapporté par M. Terrier en fes .Remarques.
1
Indépendemment des principes géne
caux de la matiére , qui ont fans doute fervi
de:
JUIN. 1743 . 1120
>
de fondement à cet Arrêt , il y a pour le
Comté de Bourgogne une raifon particuliére
qui ne fouffre pas de replique , c'eft
que dans cette Province les Religieux ne
font
pas , comme dans le refte du Royaume,
incapables de toutes fucceffions . L'Article
7. du Titre 1. de la Coûtume , ne les
exclut que de la fucceffion des Fiefs ; &
l'Article 1378. des anciennes Ordonnances
les déclare capables d'acquerir pour
eux ou leurs Monaftéres , les meubles , & l'ufufruit
des immeubles qui leur écheoiront pardroit
ou coûtume , foit par donation , ſucceſſion , légitime,
ou fupplément d'icelle. Eft -il poffible
de regarder en Franche - Comté la Profeffion
Religieufe comme une efpéce de mort
civile , tandis que par la Loi du Pays , les.
Religieux font capables de fucceffions ?
Eft- il poffible de les priver du droit de
tranfmettre à qui bon leur femble , la
jouiffance d'un Fideicommis , laquelle pafferoit
incontestablement à leur Monaftére ,
s'ils ne difpofoient pas de leurs biens avant
leur Profeffion ?
MOYENS des Intimées .
Elles convenoient d'abord , que cette
queſtion a divifé les plus célebres Jurifconfultes
, & qu'il y a des raiſons très-ſpécieuſes
pour l'Appellante , mais elles foutenoient
1130 MERCURE DE FRANCE
N
tenoient que e ſentiment contraire a prévalu
, & que depuis long-tems les Arrêts
ont invariablement jugé que par la mort
civile il y a lieu à l'ouverture du Fideicommis
fait fous la condition de mort fans
enfans , à moins que les termes de la difpofition
ne la reftraigne au cas de la mort
naturelle . Et premierement il eft certain
que la fubftitution eft ouverte par la condamnation
aux Galéres perpétuelles . Charondas
en fes réponſes , liv. 8. chap. 50.
Anne Robert , Rerumjudicat. lib . 4. cap.16.
rapportent les Arrêts du Parlement de Paris
& du Grand Confeil , qui l'ont ainfi
décidé.
Le Parlement de Toulouſe a varié pendant
quelque tems à l'égard du cas de la
condamnation aux Galéres feulement , &
non dans le cas des voeux de Religion ,
comme on peut le voir dans M. Maynard,
liv. 5. chap. 8o. & dans M. Dolive, Quest.
notab. chap. 8. Mais à préfent la Jurifpruprudence
y eft fixée par les Arrêts que rapportent
M. de Catelan , Tom . 1. liv. 2.
chap. 76. & Vedel en fes Obfervations fur
ce chapitre.
Cela fuppofé , il ne s'agit plus que d'examiner
fi l'on doit fuivre la même régle
dans le cas de la Profeffion Religieufe , &
fur ce point les Intimées ont encore en
leur
JUIN. 1743 .. 1131
leur faveur le fuffrage de Ferrerius & de
Mattheus fur la Question 547.de Guy, Pape,
& une foule d'autres Auteurs.
Que peut-on defirer pour qu'une ſubftitution
faite fous la condition de mort
fans hoirs légitimes , ait fon effet ? Que celui
, dont les hoirs légitimes doivent faire
évanouir la condition , ne puiffe pas en
avoir. Or , fi le voeu folemnel de chafteté ,
& celui de ſtabilité dans la Religion , ne
font pas des obftacles invincibles à l'exiftence
des hoirs légitimes , ils forment du
moins une impoffibilité morale , laquelle
doit fuffire pour donner lieu à l'ouverture
du Fideicommis conditionnel .
Il eſt fenfible que dans la claufe , s'il
meurt fans enfans , l'existence ou le défaut
d'exiſtence des enfans , eft l'unique objet
du Teftateur ; c'eſt ce qu'il a en vûë, lorfqu'il
donne la forme à fon Fideicommis :
l'exiſtence des enfans eft la feule caufe
de l'extinction de ce Fideicommis ; donc 2
par la raison des correlatifs , le défaut d'enfans
, & l'impoffibilité de leur exiſtence
doivent être la feule caufe de fon ouverture
.
On ne prétend pas foutenir que toutes
les efpéces de morts civiles équipollent
en ce cas à la mort naturelle. On convient
que celles qui , en enlevant les droits de
la
1
1132 MERCURE DE FRANCE
la Cité , n'enlevent pas en même tems la
liberté naturelle telles qu'étoient chés
les Romains la déportation , & parmi nous
le Banniffement perpétuel , peuvent ne pas
donner lieu à l'ouverture du Fideicommis ;
mais celles qui privent non-feulement des
droits de la Cité , mais encore de la liberté
, doivent avoir le même effet que la
mort naturelle . Or la mort civile réfultante
des voeux de Religion , doit être mife
dans cette derniere cathégorie .
En vain l'Appellante fe prévaut - elle de
la Novelle 22. de Juftinien , pour foutenir
qu'aux termes du Droit nouveau , il n'y a
plus de fervitude de la peine , conféquemment
plus de mort civile , qui prive de la
liberté , & par une autre conféquence tirée
du propre fyftême des Intimées , plus
d'équipollence de la mort civile à la naturelle.
On lui répond , après Ferrerius, Catelan,
& Vedel , que la fervitude de la peine ,
abrogée feulement à l'égard du mariage,
fubfifte pour tous les autres effets. Ainft
notre diſtinction eft juste , & toutes les efpéces
de morts civiles qui privent de la
liberté & de la Cité , équipollent à la mort
naturelle .
La Loi Si Pater , citée par l'Appellante ,
eft dans le cas de la déportation. Ceux qui
Y
J-UIN. 1743 1133
y étoient condamnés , n'étoient pas même
privés des droits de Cité ; avant que cette
peine eût été fubrogée à l'interdiction du
feu & de l'eau , il arrivoit fouvent que la
deportation étoit tellement mitigée , qu'elle
approchoit plus de la fimple rélegation ,
que de l'exif ; & lorfqu'elle étoit la plus rigoureuſe
, elle n'emportoit que le changement
d'état, appellé en Droit media capitis
diminutio, lequel ne privoit pas de la liberté
celui qui en étoit puni. Il n'eft donc pas
étonnant que le Jurifconfulte ait décidé
que la déportation ne donnoit pas lieu àl'ou
verture du Fideicommis.
La Loi Statius Florus, § . 1. ff. deJur . Fife.
ne peut être que dans le cas de la déportation
. En effet , à quelle autre peine la femme
, dont il eft parlé dans cette Loi , auroit-
elle pû être condamnée ? Ce n'étoit
pas à la mort naturelle ; la Loi ne le dit
pas . Ce n'étoit pas ad metalla , puifque les
femmes ne fubiffoient jamais cette peine
chés les Romains . Ainfi il ne reste que la
déportation , & conféquemment mêmes réponfes
à la Loi Statius , qu'à la Loi Cum
Pater.
Ce n'eft donc pas dans les Loix citées
par l'Appellante que l'on doit puifer la décifion
de cette affaire. C'eft dans la Loi
Ex facto , S. fi quis rogatus ff. ad Trebell. &
la
1134 MERCURE DE FRANCE
la Loi Intercidit ff. de condit. & demonftrat.
déja citées , qui décident clairement que
la mort civile donne lieu à l'ouverture du
Fideicommis , lorfquelle prive de la liberté
naturelle.
L'Appellante ofera - t'elle dire qu'un Religieux
Profés conferve fa liberté?
La Loi Gallus , §. & quid fi tantum ff. de
lib.& pofthum. dit que fi dans un Teftament
on exprime le cas de la mort du fils , &
qu'un autre cas femblable arrive , il fera
équipollent à la mort naturelle. La Loi
Si mater , au Code de inftit. & fubftit. propofe
le cas d'une mere qui avoit inſtitué
fes enfans , fous la condition qu'ils feroient
émancipés par leur pere ; & cette
Loi décide que la condition eft préfumée
remplie , fi avant qu'ils ayent été émancipés
, leur pere a été condamné à la déportation
, vel aliter defunctus eft. Il est donc
fenfible que les conditions s'accompliffent
par équipollent , à moins que la volonté
du Teftateur n'y réfifte formellement , &
que la mort civile peut être comparée à
la mort naturelle , quand elles rempliffent
également les vûës du Teftateur. Tantùm
operatur fictio in cafu ficto , quantùm veritas
in cafu vero.
Par Arrêt rendu en la Seconde Chambre
, au Rapport de M. de Combonſon , le
22.
JUI N. 1743
L135
22 Novembre 1742. la Sentence a été
infirmée , & les Intimées ont été déboutées
, pour le préfent , de leur demande en
ouverture de Fideicommis.
PLACET préfenté à M. de Vaftan , Prevôc
des Marchands de la Ville de Paris, par un
Poëte , au fujet de fa Capitation.
Voyez , Seigneur , ce que c'eft que le monde ;
Que je le hais ! qu'en malice il abonde f
Mais ce qui plus excite mon courroux ,
De l'heur d'autrui c'eft qu'il eft trop jaloux.
Jaloux , hélas ! je frémis quand j'y penſe ,
Jufqu'à vouloir rogner fur ma pitance ;
A moi , chetif, qui n'ai pour revenus ,
Tout bien compté , que cent , moins quatre Ecus.
Pour un Rimeur la fomme n'eft point mince ;
Las ! je le fçais , & vivrois comme un Prince ,
Si l'on vouloit ne rien prendre deffus ;
Mais il me faut mes cent , moins quatre Ecus.
Ces Ecus - là , je les divife en douze ;
C'efthuit par mois , dont , fi je ne me blouſe ,
Après avoir acquitté mon Loyer ,
Le Blanchiſſeur , l'Auberge & le Barbier ,
Sans faire un fol de dépenfe frivole
1136 MERCURE DE FRANCE
Il ne sçauroit me refter une obole ;
Ou , fi l'on croit qu'il en puiffe refter ,
Je ne fuis point un homme à conteſter.
Que l'on me trouve une honnête perſonne ,
Qui me défraye , & pour lors j'abandonne ,
Sans rien ôter, ni donner rien de plus ,
A qui voudra , mes cent , moins quatre Ecus.
De l'éxcédent je confens qu'il profite.
Mais quel Mortel , fût- ce un autre Stylite ;
Mangeant pour vivre , & vivant de fruits cruds ,
Vivroit à moins de cent , moins quatre Ecus ?
Et cependant certain Monfieur C *** ( a )
Homme zélé , fur-tout pour fa Recette ,
Veut qu'aujourd'hui , plus fobre qu'un Reclus ,
Je vive à moins de cent, moins quatre Ecus.
Ce beau Monfieur , dont le Ciel me délivre ,
Veut que je paye onze fois une livre ;
C'eft onze francs , ou Barême eft un fot.
Or avec quoi ? car enfin de mon lot ,
Tout calcul fait , il eft clair qu'il ne reſte
A moi , Rimeur , pas la valeur d'un zeſte ,
Et pour quiconque entend le numero ,
Un zefte vaut à peu près un zero .
Pourquoi me faire une taxe fi forte ?
Mais après tout , dans le fond , que m'importe
La Taxe n'eft que pour qui peut payer ;
( a) Receveur de la Capitation,
Et
JUIN.
1743. 1137
Et par bonheur n'ayant fol ni denier ,
Point de Contrat , de Maifon , ni de Rente ,
Point d'autre Effet qu'une Table pliante ,
Une Eſcabelle avec un vieux Châlis ,
Quelques Bouquins déchirés , ou moifis ,
Je ne crains point qu'un Suiffe à large échine ,
Vienne , en jurant , m'effrayer de fa mine
Boire mon vin , dépenſer mon argent ,
Ni démeubler mon riche Appartement.
Grace à Phoebus , je fuis logé fans faſte ,
Dans un recoin , qui n'eft ni-beau ni vafte ;
Force Papiers , pour moi feul précieux ,
Dont les Sergens ne font point curieux
Voilà de quoi notre tenture eft faite :
Avec cela , fans ce Monfieur C ***,
J'aurois vécu plus content qu'un Créfus ,
En dépenfant mes cent , moins quatre Ecus .
Peut-être aufſi , qu'à caufe de l'Etage ,
Ce Receveur a crû qu'il étoit fage .
De me taxer fuivant mon Efcalier ;
Mais le troifiéme eft chés moi le dernier ;
Et puis , Seigneur , ce n'eft point par ma faute ,
Si la Maiſon n'eſt pas un peu plus haute .
En pareil cas , fi pour ne rien payer ,
Il ne falloit que loger au Grenier ,
J'y logerois : mais helas ! Mons C ***
Dans fon Grenier taxeroit un Poëte .
Délivrez - moi , Seigneur , par charité ,
1. Vol.
E De
1138 MERCURE DE FRANCE
De ce Monfieur , qui m'a tant maltraité .
Onze francs ! moi , las ! j'en fuis immobile ;
'Autant vaudroit qu'on eût mis onze mille.
Pour abréger , fans façon , rayez - moi
De fon Regître ; ou fi je dois au Roi
Quelque tribut , Seigneur , taxez ma Veine
A tant de Vers qu'il vous plaira ; fans peine
Je rimerai , pour chanter les Vertus ;
Mais laiffez -moi mes cent , moins quatre Ecus;
Leger.
Les mots des Enigmes & du Logogryphe
du Mercure de Mai , font les Heures
du Cadran , Ceinturon & Tableau . On trouve
dans le Logogryphe , Eau , Table
Abel , Aube , Beau & Bateau.
Bal ,
LA
ENIGME
A taille courte & large pance ;
Tout pefant qu'eft mon corps , il eft des plus difpos;)
Je voltige & fais mille fauts ,
Et j'obferve en danfant une jufte cadence..
Si l'éclat de mes airs fatigue un endormi ,
Je fais fouvent plaifir au Studieux qui veille ;
Le Diligent eft mon ami ,
Et je fuis incommode où régne la bouteille.
JUI N.
1139 1743 :
ENIGM A.
I taceas orior , pereo fi folveris ora ;
Men reperire velis ? Lector amice , tace..
XXXXXXX¤¤¤ ÷¤¤¤¤XXXXXXXX
LA
LOGOGRYPHE.
Aiffons de mes vertus le portrait incommode ;
Ce qui me rend fort à la mode ,
Eft que je fuis des plus difcrets ;
Et l'homme qui connoît jufqu'où va mon filence
M'établit confident de fes plus grands fecrets .
Je fuis mâle de nom , & toute ma ſubſtance ,
Doit à l'invention fon unique progrès .
Dévoilons ce profond myftere ;
Mon total eft de douze pieds :
Soutenu de mes cinq premiers ,
Dans ta maifon je fuis chofe fi néceffaire ,
Que tu ne peux fans moi dormir en sûreté :
Des fept derniers j'annonce un agréable Eté ;
Alors c'est par mon miniſtére
Que chacun vient braver le Soleil le plus vif
Tu rêves , cher Lecteur , & ton efprit penfif ;
Peut -être en ce moment fe forge une chimére ,
Qu'une foible lueur impofe à ta raion :
Reprens tout , j'y conſens ; par la combinaiſon ;
Je vais comme un autre Prothée ,
E ij
T'exer
1140 MERCURE DE FRANCE,
T'exercer par mes changemens.
Je fuis celui des Elémens ,
Qu'au Ciel , malgré les Dieux , déroba Promethée :
Le fait eft noir; auffi le fort le plus affreux
Devint bientôt le prix de fa folle entrepriſe.
Je puis encor t'offrir un Inftrument qu'on priſe
Sur le double fommet , féjour délicieux ,
Que de fon onde pure arrofe l'Hypocrêne .
Item , ce qu'on quitte avec peine :
Un Arbre qui dans les grands froids
Conferve une égale verdure :
Ce qu'à prendre d'affaut l'on tente quelquefois ¿
Un Organe , dont la Nature
Interdit tout uſage aux Aveugles naiſſans :
Ce que dans des dangers preffans
Défire un Nautonier , prêt à perdre la vie ;
Un métal objet , de l'envie .....
C'eft fixer trop long - tems ton efprit & tes yeux ;
Je te fais , cher Lecteur , mes plus tendres adieux,
DE
Par M. Gaudet.
AUTRE.
E montrer qui je fuis , Lecteur ,
N'eft pas une choſe facile ,
Et plus d'un habile Docteur
Trouve l'ouvrage difficile.
Dans l'inftant je te le fais voir.
JUIN. 1141 1743
Mon nom te préfente cinq lettres ,
Qui , pour peu que tu les pénetres ,
Bientôt te font appercevoir
Mes attributs & mon pouvoir.
D'abord , fi tu tranches ma tête ,
Pour lors un chacun fe fait fête
De me vouloir perpétuer.
Tu peux encor me remuer ;
En quatre je fuis maladie ;
En trois , je déplais à Sylvie ;
En cinq , j'offre un Peuple fameux ,
Et le nom d'un Vin très - fumeux .
J'enferme note de Mufique ;
Un mot qui n'eft point énergique' ;
L'Inftrument du Dien Cupidon ;
D'ún Oifeau la trifte prifon ;
Terme pour exiger paſſage ;
N'en demande pas davantage.
Par M. Defnoyers, Lieutenant Particulier
en la Prevôté d'Estampes.
E iij NOU
1142 MERCURE DE FRANCE
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX - ARTS , & c.
E
SSAI fur l'Esprit humain , ou Principes
naturels de l'Education , par M. Morelly.
A Paris , chés Ch. Jean- Baptifte Delefpine,
ruë S. Jacques , à la Victoire & au Palmier.
1743 .
Cet Ouvrage ne peut être indifferent
pour le Public , puifqu'on y traite d'une
maniére folide & approfondie un fujet qui
intéreffe effentiellement
toute la focieté.
L'Auteur prend l'Homme dès fon enfance
; il obferve les mouvemens de fon
efprit & le progrès de fes connoiffances ;
& comme il eft fenfible avant que d'être
raiſonnable , c'eſt en épiant fes fenfations
qu'il cherche à découvrir les premiers pas
que la raifon lui fait faire , afin de les régler
au profit de l'eſprit .
Il fuppofe l'ame , comme une table d'attente
fur laquelle le pinceau n'a encore
tracé aucuns traits . Les impreffions qui
fe font en elle , & les idées auxquelles elle
fait attention , ou qui s'introduifent chés
elle, dépendent ou toutes , ou en partie des
mouvemens organiques,occafionnés par les
objet
JUIN. 1743 1143
objets qui nous environnent , des differentes
maniéres dont un objet peut mouvoir
nos organes , & des degrés plus ou moins
de ces mouvemens .
Sur ces principes , il examine par quels
organes l'ame reçoit les impreffions des ob--
jets qui font hors d'elle , & fe forme des
idées de fes propres actes & de fes puiffances.
Après ces principes généraux, il fait voir
que la difference des caractéres de l'efprit
& du coeur vient de celle des proportions
des organes & de celle des humeurs , &
que cette variété eſt encore augmentée par
les objets qui nous environnent , & par la
difference des Pays , des conditions & des
habitudes que l'on contracte. On pourroit
cependant , dit -il , fixer les differentes efpéces
de génies à trois fortes , par les deux
extrémités & par le milieu ou la jufte proportion
; en général , l'efprit lourd ou lent,
l'efprit modéré & l'efprit vif.
&
Il y a des hommes en qui l'ame eft comme
accablée fous le poids des organes ,
fur lefquels les objets extérieurs font à
peine impreffion. Ces perfonnes ont trèspeu
d'imagination & de mémoire , & par
conféquent peu de jugement ; il n'y a que
le préfent & le fenfible groffier qui puiffent
faire fur eux une impreffion qui s'effaceprefqu'auffi-
tôt , fans laiffer de trace capa-
E iiij ble
3144 MERCURE DE FRANCE
ble de les faire réfléchir ; ce font là les
efprits lents .
Il y en a d'autres en qui l'imagination &
la mémoire , femblables au marbre , confervent
long- tems les impreffions qu'elles
ont reçûës avec peine ; ce font les efprits
modérés , qui pour l'ordinaire font prudens,
méditatifs & peu fufceptibles d'illufion.
Leur ame , qui fait lentement fes opérations
, a plus de tems pour réfléchir , &
porte des jugemens d'autant plus sûrs
qu'ils font un effet de l'habitude ; mais fi
cette habitude eft mauvaiſe , il n'eft pas
aifé de la faire perdre.
›
Les efprits vifs peuvent avoir tous les
avantages d'une imagination qui apperçoit
plufieurs objets d'un feul coup d'oeil , d'une
mémoire heureuſe & fidelle , d'une réflêxion
prompte , d'un jugement exquis ; enfin
ils s'habituent facilement à tout. Les
conféquences que l'Auteur tire de ces principes
par rapport à l'éducation , font :
1°. Que l'éducation forme promptement
de bonnes habitudes dans l'homme .
2°. Qu'elle ne doit point avoir d'autre
régle , ni fuivre d'autre méthode que celle
de la Nature même.
3°. Qu'elle doit aider & accélerer fes
mouvemens , & non pas & non pas les forcer.
4°. Que tous les moyens dont elle fe
fert,
JUIN.
1145 1743
fert , doivent être pris de notre propre
fond , & de la nature même des objets que
l'on fait agir fur nos organes.
5°. Qu'il ne faut pas faire remuer confufément
tous les refforts de l'efprit , mais
fucceffivement ceux qui communiquent le
mouvement aux autres , jufqu'à ce que
toute la machine fe meuve d'elle- même.
6°. Que ces refforts font d'abord l'imagination
& le fentiment , feuls mobiles.
qu'il faut remuer , jufqu'à ce qu'ils ayent
formé la mémoire , dont il faut enfuite s'ai
der pour former le jugement .
7°. Que les objets doivent être proportionnés
, ou par eux-mêmes , ou par la
maniére dont on les préfente aux parties
de l'ame qu'on veut mouvoir, & à ce qu'on
y veut faire naître.
Après ces préliminaires , qui pourront
paroître trop abftraits aux perfonnes peu
accoûtumées à réfléchir , ou qui n'auront
qu'une légere teinture des principes de Métaphyfique
, notre Auteur paffe à la pratique
de l'éducation , qu'il divife en quatre
Parties ; fçavoir , l'imagination , la mémoire
, le jugement & l'expérience. Cette
divifion eft fort naturelle , & dans les principes
de l'Auteur.
fe
L'imagination, felon lui , n'eft autre choque
les mouvemens combinés des organes , en
E v tant
146 MERCURE DE FRANCE
tant qu'ils agiffent fur l'intelligence. C'eſt par
elle que s'introduifent dans l'ame les premiéres
idées que l'homme acquiert en naiffant
& qui font celles de figure , de mouvement ,
de fon , de couleur , &c . Ces qualités ſenſi
bles des objets frappent l'immagination , excitent
la mémoire , occafionnent la réfléxion
& font naître le jugement.
Il eft dans l'ordre , dit- il , que les premiéres
fenfations qui s'excitent en nous , foient
celles que l'Auteur de la Nature a établies
pour la confervation de notre corps . Le plaifir,
la douleur , la faim , la foif, excitent dans
l'enfant un mouvement purement machinal .
11 pleure ; on lui préfente ce qui lui eft néceffaire
; on lui parle , & fon oreille devient
attentive à la voix d'une nourrice . La langue ,
par la communication qu'elle a avec l'oüie ,
articule confufément quelques fons , enfuite
les dernieres Syllabes des mots , puis les mots
entiers. Les yeux s'accoûtument auffi à reconnoître
un objet qu'ils ont vu plufieurs
fois , le nom qu'on lui donne en le montrant,
s'imprime dans la mémoire , ou en mêmetems
, ou peu après qu'il eft dépeint dans l'imagination
, & tout cela par le feul fentiment
, fans aucune régle réfléchie , ou de fa
part , ou de la part de ceux qui ont foin de
Îui . Il apprend d'abord les noms de toutes les
chofes qui l'environnent & qui lui font le
plus
JUIN. 1743. 1147
à
plus néceffaires ; à méfure qu'elles fe préfentent
, il les nomme fans lier aucune de fes
idées , de forte qu'il ne fait encore ufage que
des noms, fans les joindre par les verbes . Peu
peu la fréquentation des objets lui fait faire
attention à leurs qualités les plus apparentes ,
telles que les couleurs , les figures , ronde
quarrée , &c. Cette attention apprend à un
enfant à faire ufage de l'adjectif; de même
que le rapport qu'il fait de ces qualités , à leurs
fujets , & de ce qu'il fent , à ce qui eft hors
de lui , en un mot tous fes befoins , & tout
ce qui lui fait peine ou plaifir , lui font employer
les verbes , à commencer par l'infinitif
& l'imperatif, lorfqu'il demande quelque
chofe. Enfuite il fe fert des tems & des modes
les plus directs qui fe prononcent plus
aifément & plus vite : il apprend les autres ,
lorfqu'on l'interroge,lorfqu'on lui fuggére les
réponſes , lorfqu'on parle en fa préfence de
lui , ou pour lui , lorfqu'on le flatte ou qu'on
le gronde. C'eft ainfi que les enfans apprennent
les premiers Elémens de la Langue maternelle.
Ce n'eft que par le fenfible , & c'eſt
par-là qu'il faut toujours les conduire. L'ame,
qui eft alors occupée à amaffer des idées , ne
doit point être troublée dans fes opérations .
L'Auteur ne fe contente pas de recommander
en général de préfenter à l'ame les objets
dans l'ordre naturel qu'elle fuit ordinaire-
E vj ment
1148 MERCURE DE FRANCE
ment dans la maniere dont elle procede à leur
occafion. Il parle de cet ordre dans lequel
les connoiffances ou s'accompagnent mutuellement
, ou fe fuccedent les unes aux
autres , des avantages qu'on peut tirer de la
curiofité ordinaire aux enfans , & de l'inclination
qu'ils ont pour les jeux . Il veut ( & il
ne fera contredit de perfonne , ) qu'on leur
faffe un amuſement des premiéres études en
en applaniffant , autant qu'il eft poffible ,
toutes les difficultés . C'eft pourquoi il recommande
l'ufage du bureau Typographique,
pour apprendre promptement à lire aux
enfans ; ce qui leur ouvre la porte des Sciences.
Il paffe enfuite à l'étude des Langues mortes
dont il fait voir l'utilité. Après avoir parlé
des tentatives qu'ont fait plufieurs Sçavans
pour lever les difficultés de cette étude , &.
montré en quoi leur méthode pêche , il propofe
modeftement la fienne , dont voici le
précis .
Il en eft de montrer une Langue : comme
de montrer à lire : ici ce n'eft qu'à force de
répeter des Syllabes qu'on unit les unes aux
autres ; là c'eft à force de redire les mêmes
mots accompagnés de la fignification & de
l'idée qui y eft attachée. C'eft donc par l'explication
des Auteurs qu'il faut apprendre les
Langues. Ce n'eft pas en ce point que cette
méthode
JUIN. 1743 1149
méthode eft nouvelle . Le célébre M. Rollin
penſoit de même , ainſi que plufieurs autres ;
mais ils n'ont ofé , pour ainfi dire, abandonner
les régles de la Grammaire pour les commencemens.
Notre Auteur a été plus hardi.
Il eft bon de l'entendre lui même.
Il fuffit , dit-il, d'expliquer un Auteur fans
s'embarraffer d'abord des moindres parties de
la Grammaire, fans le fecours des verfions interlinéaires
, ni des conftructions artificielles .
Il ne faut parler à un enfant , ni de fyntaxe
, ni de méthode , que quand il eft pref
que en état d'expliquer un bon Auteur à
livre ouvert , & qu'il a par conféquent affés
de mots dans la mémoire pour n'être obligé
que rarement de recourir au Dictionnaire.
On ne doit jamais le faire compofer dans une
Langue qu'il apprend , que lorfqu'il la poffe
de & qu'il commence à avoir le jugement
formé. Je differe ce qu'on appelle principes
plus tard que ceux qui ne les omettent qu'au
commencement.
L'Auteur entre enfuite dans un détail où
les bornes d'un extrait ne permettent pas:
de le fuivre: il eft bon de le lire dans le Livre
même. On dira feulement qu'il appuie fon fentiment
de raifons folides & puifées dans la
Nature. Il fait voir que par fa méthode les
enfans feront de plus grands progrès & en
moins de tems que par l'ancienne , qui fa
ti guc
1150 MERCURE DE FRANCE
tigue & rebute les commençans. Je ne dois
pas oublier qu'il recommande d'employer le
tems que cette méthode ménage , à donner
aux enfans une teinture des Elémens d'Arithmétique
, de Géométrie & des autres Arts ,
auxquels on pourroit les deftiner ; mais il ne
faut leur préfenter d'abord que ce qu'ils ont
de fenfible , en paſſant peu à peu du plus aifé
au plus difficile , à mesure que leur raiſon ſe
dévelope.
Après avoir fait voir dans la premiére Partie
, comment il faut préfenter les choſes à
l'imagination , il donne dans la feconde les.
moyens de les inculquer dans la mémoire.
La mémoire en général eft l'imagination
corporelle tellement & fi fréquemment agitée
de la même maniere que , lorfque nous
voulons faire attention aux objets qui l'ont
frappée , elle nous les réprefente tels qu'ils
étoient quand ils fe font préfentés , ou tels
que nous les avons entendu nommer , ou décrire
, de forte que nous pouvons fur le champ
les indiquer aux autres de la même maniere ,
ou fous des fignes équivalens. On diftingue
deux fortes de mémoires , l'Artificielle & la
Refléchie. La mémoire Artificielle ou Locale
eft celle qui nous conferve l'image des chofes
précilement telles qu'elles font , quant à
la figure , au lieu , à Parrangement ,
nombre
au
au fon , à la couleur , & c : par
exemple,
JUIN. 1743. · IISE
exemple , celle qui nous répréſente un Parterre
par la fimétrie , en nous rappellant
les compartimens , les contours , la place de
chaque fleur ; celle qui nous fait fouvenir du
Texte d'un Livre , par l'ordre & l'arrangement
des mots, fans avoir égard au fens &c .
La mémoire Refléchie eft celle qui nous
fait fouvenir des chofes , plutôt que des fignes
arbitraires auxquels nous en fultituons d'équivalens
, ou qui s'aide de la choſe même
fignifiée ,pour nous rappeller le figne qui nous
eft échappé . Après ces définitions , FAuteur
établit. 1º. Que la mémoire Locale & la
mémoire Réfléchie doivent être infeparables ,
& s'aider mutuellement. 2 ° . Que la mémoire
en général fe cultive mieux & plus aifement
par une lecture attentive & par les
entretiens, qu'en apprenant par coeur. Si par
toutes les bonnes raiſons qu'il en apporte , il
ne perfuade pas tous fes lecteurs , il trouvera
du moins des Partifans , d'autant qu'il convient
en géné al qu'il faut cultiver la mémoire,
& qu'il permet même de faire apprendre par
coeur aux enfans , non pas d'abord , mais
lorfqu'ils font en état de comprendre ce qu'ils
apprennent , dont il faut encore fçavoir faire
un choix convenable . Pour appuyer fon fentiment
, il avance que la raifon eft bien plutôt
formée dans les filles que dans les garçons ;
parce que , dit-il , on laiſſe agir librement en
elles
1152 MERCURE DE FRANCE
elles l'imagination & la mémoire , d'où il arrive
fouvent que l'efprit de ce fexe n'eft point
gâté , parce qu'on ne prend pas beaucoup de
· peine à le cultiver... Nous au contraire , parcequ'on
veut que nous fçachions beaucoup , il
arrive qu'étant mal conduits , nous ne faifons
que fort tard un foible ufage d'une raifon peu
éclairée. Le beau Sexe fçaura fans doute
bon gré à l'Auteur de cette prééminence qu'il
lui attribue ; mais le notre aura , je crois ,
befoin de toute fa complaifance ordinaire.
pour en tomber d'accord .
L'Auteur parle enfuite de la manière d'inculquer
aux enfans la connoiffance de la Religion
; il fuffit qu'ils en fçachent les principaux
Myftéres & qu'ils apprennent le reſte
par pratique & par imitation , jufqu'à ce qu'ils
puiffent le faire par raifon . On doit leur faire
faire une lecture fuivie de l'Evangile , accompagnée
de quelques réfléxions qui foient à
leur portée
.
Un des plus puiffans moyens pour cultiver
la mémoire , & qui fert encore à former
le jugement , c'est l'Hiftoire . Auffi notre Auteur
en parle t'il affés au long , & tout ce
qu'il en dit , mérite d'être lû . Il veut qu'on
apprenne l'Hiftoire par les Langues , & les
Langues par l'Hiftoire. Pour cela il indique.
1°.Le choix qu'on doit faire des Auteurs, qui
confifte à commencer par les plus fimples ,
par
JUIN.
1153 1743.
cé
par les abregés , en paffant des plus courts à
ceux qui font plus étendus, & en les rangeant
par ordre Chronologique, autant qu'il eft pof
fible. 2°.Il propofe un plan pour l'Hiſtoire An
cienne.Il en donne même un leger crayon que
le Lecteur ne fera pas fâché de trouver, quoiqu'il
ne foit pas néceffairement lié au fujet. Le
Style en eft vif, & propre à égayer un peu le
ferieux qui regne dans cet Ouvrage. 3 ° .Il fait
des obfervations fur les differentes faces de
l'Hiftoire , tant ancienne que moderne . Il
veut qu'on réferve celle - ci à un âge plus avan-
, parce qu'elle eft plus difficile . Enfin il
parle de la Fable , de la Géographie & de la
Chronologie . On ne s'arrêtera qu'à ce qu'il
dit fur la maniére de préfenter l'Hiftoire à
l'efprit. L'Hiftoire eft , dit- il , comme le Tableau
Hieroglyphique de tout ce qui s'eft
paffé dans l'Univers... Les premiéres nuances
qu'on doit préfenter aux enfans , ce font
les Faits merveilleux , tels que les Batailles
mémorables , les Siéges , les Actions Heroïques
des Grands Hommes , les morts Tragiques
, les Miracles , enfin tout ce qui paroît
furpaffer les forces de l'humanité. L'Histoire
doit leur paroître revétue de tout ce qu'elle
a de plus magnifique. D'abord c'eft l'Hiftoire
univerfelle merveillenfe. Puis à mefure que le
fentiment leur fait faire de petites réfléxions ,
on en profite pour en faire naître d'autres . Ils
interrogent
1154 MERCURE DE FRANCE
interrogent d'eux- mêmes , on les fatisfait &
l'on s'apperçoit infenfiblement de l'accroiffement
de la raison . Il explique enfuite fort
naturellement pourquoi le merveilleux plaît
tant dans l'enfance. C'eft , dit- il , que l'on
juge de tout par comparaifon avec lon fentiment
intérieur. Le fouvenir de la vivacité
de quelque legére douleur comparée avec la
vivacité de celle qui ôteroit la vie , fait admirer
une valeur intrépide couverte de bleffures.
La comparaifon qu'on fait de fa foiblef
fe avec la force invincible d'un Héros , fait
admirer fes exploits. Le mépris de la vie , à
laquelle on eft naturellement fi fort attaché ,
paroît bien extraordinaire dans les autres hommes.....
Le miraculeux frappe , parce qu'on
ignore par quels refforts fecrets peuvent fe
mouvoir des êtres, en qui il ne paroît aucun
arrangement méchanique de parties, & parce
qu'on fent par -là la préſence d'un Etre infenfible
, plus puiffant que nous.
Après le merveilleux de l'Hiftoire , on doit
placer à propos , propos , en travaillant toujours fur
la même Piéce , celle de ces rares Génies à
qui on eft redévable de l'invention des Arts
& des Sciences. Il faut joindre à l'Hiftoire
des Empires , celle des Sciences mêmes qui
y ont fleuri , & qui ne font que des obfervations
fur la plupart des chofes merveilleufes
qu'on vient de lire. Cette Hiftoire est trèspropre
JUI N.
1743 1155 .
propre à diffipper l'étonnement
ftupide où
l'on refteroit , fi on ne cherchoit pas les caufes
de ce qui arrive d'extraordinaire
dans le
monde.
que
On ne fera qu'indiquer les matiéres dont il
eft parlé dans le refte de cet Ouvrage . Les
Belles - Lettres , la Philofophie , les hautes
Sciences achevent de former le jugement .
C'eft auffi de quoi l'Auteur parle dans cette,
troifiéme Partie . Il donne la manière dont
on doit s'y prendre , pour les enfeigner avec
fruit. Il divife les Humanités ou Belles- Lettres
en 3. claffes , dont la premiere , pratique
fans raifonner , la feconde , pratique & commence
à raifonner , la troifiéme , qu'on peut
appeller une bonne Réthorique , donne la
perfection aux deux autres . C'eſt - là l'efprit
entre dans une efpece de majorité ,
agit de lui - même , fans avoir befoin d'autres
fecours que de bons avis. Il recommande
entr'autres chofes de faire des Traductions
libres , & des Extraits des plus excellens Auteurs.
Puis il paffe à la Philofophie . Il fau- ,
droit commencer parce qu'elle a de fenſible ;
c'eft à dire, par la Phyfique; on préfenteroit
d'abord à l'efprit ce qu'elle a d'Hiftorique &
d'expérimental , puis les Systémes pour lef
quels on feroit ufage du calcul & de la Géométrie
, dont l'Auteur recommande les premiers
Elémens dès l'enfance. Après la Phy
&
fique
ግ
15% MERCURE DE FRANCE
fique fuit la Métaphyfique , puis la Logique ,
dont on doit avoir foin d'écarter les minuties
& les queſtions frivoles. 11 parle enfuite de
l'origine & du progrès des Sciences , de leurs
rapports , de leur fubordination , de leur certitude
, de la méthode qu'on doit ſuivre dans
les recherches qu'on fait pour s'inftruire à
fond fur quelque matiere , des préjugés &
des précautions qu'il faut prendre pour en
préſerver la jeuneffe. Le meilleur remède c'eft
I'Expérience dont il parle peu après. Mais
auparavant il entre dans l'examen des ef
prits.
On peut déterminer chacun des trois ca
ractéres d'efprit dont il a déja parlé¸à d'autres
efpeces moins génerales. 1 ° . L'efprit vif avec
excès eft foible: trop de mobilité dans les organes
le rend encore faux , inconfideré & peu
folide :cette mobilité un peu rallentie forme
T'efprit à talens. 2° . L'efprit dans un jufte dégré
de vivacité eft univerfel ; à proportion
qu'elle approche de la lenteur , il eft profond
méditatif: la derniére borne de cette médiocrité
renferme le bon efprit. 3° . Enfin l'efprit
lent eft ou embarraffé dans fes idées , ou
fort à l'étroit & fort borné dans fes vûës.
L'Auteur dévelope l'un après l'autre ces
'differens caractéres ; il les dépeint au naturel
par leurs façons d'agir , & prefcrit la maniére
de les diriger. C'eft, à mon avis, un des
endroits
JUIN. 1743. LIST
endroits de l'Ouvrage qu'on lira avec plus
de fatisfaction on y reconnoîtra fans peine
un Auteur qui fçait réfléchir & méditer folidement.
Avant que d'entrer en matiére fur
l'expérience , il fait quelques obſervations
fur la Phyfionomie , de la jufteffe defquelles
tous les Lecteurs n'auront garde de convenir
, s'ils lifent cet endroit le miroir à lamain .
Dans le Chapitre fuivant, il décrit d'une maniére
vive les égaremens de l'efprit dans le
commerce du monde ; il en cherche les caufes
, & il trouve que la principale eft la mauvaife
éducation. Pour remédier à ce mal , il
demande qu'on donne de bonne heure tous
fes foins à former l'efprit ; que tout dans le
commerce de la vie paſſe en revuë devant un
jeune homme pour lui fervir d'inftruction ;
qu'un habile Mentor lui faffe remarquer les
manieres de parler & d'agir , particulières à
chaque état. L'Auteur , pour joindre l'exécu
tion au précepte , prend pour un moment
la place de ce Mentor ; il fe tranſporte en
imagination avec fon Eleve au milieu d'une
compagnie. Là , il lui fait connoître le carac
tére d'efprit & la profeffion d'un chacun des
affiftans,par les difcours qu'ils tiennent & par
leurs opinions. C'eft ainfi , ajoute -t'il , qu'il
faut conduire un jeune homme & l'accoûtumer
à juger fainement de tout , & à s'en affurer
par expérience. Dans les deux derniers
Chapitres,
1158 MERCURE DE FRANCE
>
Chapitres , il traite du pouvoir de l'expérience
, & de la raifon & de l'ufage qu'on doit
faire de l'une & de l'autre. Il exhorte les jeunes
gens à anticiper fur l'expérience , au lieu
d'attendre celle qu'apporte la vieilleffe,& dont
elle eft fouvent redevable à un grand nombre
de fautes. Le moyen d'acquerir cette expérience
anticipée , c'eft de faire une étude
ferieufe de l'Hiftoire , & de s'accoûtumer à
réfléchir fur tout ce qui nous environne. Il
diftingue trois fortes d'expériences , fçavoir
de fait , de goût , & de jugement , & il af
figne à chacune fon dégré de certitude. Il finit
par une courte récapitulation , & en promettant
une feconde Partie fur le coeur. On
l'exhorte à tenir parole. La matiére eft intereffante
, & n'eft point au - deffus de fa portée.
Si une belle impreffion donne du luftre à
un Ouvrage qui a par lui -même un mérite
réel , celui- ci eft imprimé en fort beaux Caractéres
, avec beaucoup d'exactitude & une
grande propreté .
Guillaume Desprez & Cavelier , fils , Libraires
affociés , à Paris , rue S. Jacques , à
S. Profper & aux trois Vertus , viennent de
mettre en vente la Bible Latine & Françoife
complette , avec de courtes Notes, pour fa
ciliter l'intelligence du Texte , en 21 .
Volumes
JUIN.
1743 1159
Volumes in- 12. fçavoir, ſeize Volumes pour
l'Ancien Teftament , & cinq pour le Nou
veau .
Outre la beauté du papier & des caractéres
,jointe à la grande exactitude du Texte
cette Edition eft augmentée de Sommaires
critiques , & des Lettres de S. Jerôme à la
tête de chaque Livre . On trouve chés eux la
même Bible toute Françoife , avec les mêmes
Notes , & les mêmes Sommaires , en douze
Volumes, in- 12, fçavoir, neuf Volumes pour
' Ancien Teftament , & trois pour le Nou
veau.
,
Les Pfeaumes , les Livres Sapientiaux , &
le Nouveau Teftament de ces deux Bibles ,
fe vendent féparément. I paroît inutile
d'avertir que la Traduction Françoife , & les
Notes , fi fouvent réimprimées , font du célébre
M. de Saci , fi connu par les excellens
Ouvrages , dont il a enrichi l'Eglife.
Les mêmes Libraires vont imprimer deux
Volumes in- 12. qui comprendront les Livres
apocryphes de l'Ancien Teftament , avec
les Ecrits des tems Apoftoliques , traduits
feulement en François , avec des Notes . Ces
deux Volumes pourront fe mettre à la fuite
des deux Bibles. Le premier Volume con
tiendra la Priere de Manaffés , le troifiéme
& le quatriéme Livre d'Efdras , le Pfeaume
151. le troifiéme & le quatriéme Livre
des
1160 MERCURE DE FRANCE
des Machabées ; le fecond renfermera la cé:
lébre Lettre à Diognetes , l'Epitre de l'Apôtre
S. Paul aux Laodicéens , celle de S. Barnabé
, les trois Livres du Pafteur de S. Hermas
, les deux Epitres du Pape S. Clement
aux Corinthiens, les fept Epitres de S.Ignace,
Martyr & Evêque d'Antioche , & celle de
Saint Polycarpe,chargé du foin de gouverner
P'Eglife de Smyrne par Saint Jean l'Evangélifte.
Quoique ces Ouvrages ne faffent point
partie du Canon des Livres Sacrés , ils font
néanmoins un des plus précieux & des plus
anciens monumens de la Foi , de la Morale
& de la Difcipline Eccléfiaftique ; quelquesuns
même de ces Ecrits ayant été lûs publi
quement , & regardés comme Canoniques
dans quelques Eglifes particuliéres. Ces Ouvrages
déja imprimés dans la grande Bible
en quatre vol. in-folio , ont été traduits en
François , d'après le Texte Grec & Latina
par le Pere le Gras de l'Oratoire.
Les mêmes Libraires viennent auffi de
donner une nouvelle Edition toute Françoiſe
de la Bible de M. de Saci en trois vol. in- 12.
On s'étoit toujours plaint de la petiteffe du
caractére des précedentes Editions , ce qui
en rendoit la lecture difficile ; pour obvier à
cet inconvenient , on a fait cette nouvelle
Edition d'un caractére plus gros , fans augmenter
JUIN. 1743. 1151
rent que
menter la quantité des Volumes , ils efpele
Public recevra avec plaifir cette
Bible, par rapport à la beauté du caractére &
de l'impreffion, joints à l'exactitude ; ils vendent
féparement les volumes de la grande Bible
de M. de Saci in - 8°.
Ils vendent auffi la nouvelle Defcription
de Paris , de Meudon , de Verfailles , de
Marly , de S. Cloud , de Fontainebleau &
de toutes les autres belles Maifons & Châteaux
des environs de Paris , par M. Piganiol
de la Force , avec quantité de figures , 8 .
volumes in- 12 . 1742. le prix 24. liv .
Tous les Ouvrages du même Auteur.
Les Caules Célebres de M. Gayot de Pitavel
, 20. vol . in- 12. 5o. liv. Les volumes fe
vendent féparemént deux à deux.
Voici encore un Livre qui fe trouve chés
les mêmes Libraires , & qui mérite l'attention
du Public. C'est l'Hiftoire de l'Hôtel
Royal des Invalides, enrichie d'Eftampes , & de
quantité de Figures deffinées & gravées avec
tous le foin poffible , par le fieur Cochin
Graveur du Roi & de l'Académie Royale
de Peinture & Sculpture , un vol. in folia
48. liv.
LETTRES AMUSANTES ET CRITIQUES fur
les Romans en géneral , Anglois & François,
tant anciens que modernes
1. Vol.
,
adreffées à
F Myledy,
162 MERCURE DE FRANCE
Myledy W ... Brochure in- 12. en deux
Parties . La premiere de 119. pages , & la feconde
de 121. à Paris chés Giſſey , ruë de la
vieille Bouclerie ; Bordelet , rue S. Jacques ,
& David fils , à l'entrée du Quai des Auguf
tins , au S. Efprit , 1743 .
•
Ces Lettres font véritablement amufantes ;
& peuvent foutenir le nom de Critiques à
certain égard. On y apprend d'ailleurs plufieurs
particularités Littéraires qu'il eft bon de
ne pas ignorer. Il faut furtout , lire la courte
Préface quieft à la tête de la premiere Partie
pour connoître l'intention de l'Auteur , &
pour tirer du profit de fon travail.
LE PASSE -TEMS Poëtique & Philofophique.
Brochure in -8 °, de 56. pages. A Paris
chés David fils , Quai des Auguſtins , 1743 .
L'Auteur n'a fongé , dit- il , dans une Préface
des plus courtes , qu'à offrir au Public des
délaffemens utiles , & non pas à fe faire un
nom par des Effais , fur lefquels il ne s'aveugle
point. Cette modeftie eft fans doute digne
de quelque eftime , & mérite l'indulgence
des Lecteurs les plus difficiles . Nous avons
lû avec plaifir fa Traduction de la IX. Satyre
d'Horace L. I. qui commence par ces mots ,
Ibam forte viâfacrâ , &c .
ESSAI fur les Maladies des Dents , où
Pon
JUIN.
1743 1163
l'on propofe les moyens de leur procurer une
bonne conformation dès la plus tendre enfance
, & d'en affurer la confervation pendant
tout le cours de la vie , avec une Lettre où
l'on difcute quelques opinions particulieres
de l'Auteur de l'Orthopedie , dédiée à M. de
la Peyronnie , Premier Chirurgien , & Médecin
Confultant du Roi , par M. BuNON Chirurgien
Dentiſte à Paris , I. Vol . in 12. de
238. pages , chés Briaffon , rue S. Jacques ;
Chaubert , Quai des Auguftins , & de Hanfy ,
fur le Pont au Change.
Le but de l'Auteur, eft d'inftruire le Public
par les recherches & les obfervations exac
tes , qu'il a faites pour perfectionner cette Par
tie de la Chirurgie , afin de rendre la perte &
les maux des dents moins fréquens . Il fait
voir que tout ce qui peut altérer la ſanté
d'une femme enceinte & d'une nourrice &
troubler le calme & la douceur des fluides ,
peut nuire en l'une , pendant la groffeffe
aux germes des dents , lors de leur formation ,
& provoquer les maladies qui caufent l'Ero
zion fi préjudiciable aux deuxièmes dents ,
& en l'autre , occafionner les mêmes maladies
, toujours pernicieuſes aux dents & à
leur confervation , de forte que par la bonne
difpofition & fage conduite de l'une &
de l'autre , ces maladies font prévenuës
& entiérement évitées , ce qui fait la ma-
Fij tiére
164 MERCURE DE FRANCE
tiere du premier Chapitre de cetvrage
Le fecond Chapitre traite des Convulfions ,
& autres Symptômes qui accompagnent l'accroiffement
& la fortie des dents des enfans ,
leurs caufes & accidens , avec leurs differen
ces , & les moyens de les diftinguer , &c.
Dans le troifiéme Chapitre , on fait le détail
des maladies de l'enfance fur les dents , de
l'Erozion des dents , des caufes qui le produifent
; de fes progrès , & des obfervations
particuliéres fur cette maladie. Le quatrième
traite des avantages & inconvéniens du bon
ou du mauvais arrangement des dents , de
l'ordre de leur rénouvellement , de la caufe
de leur mauvais arrangement ; de la chûte
des dents de lait , des opinions différentes
touchant leurs racines , des obſervations fur
ces mêmes racines , dont l'Auteur prouve
l'exiftence. Il paffe à la Carie de ces dents , à
fes fuites , & fait des remarques fur la Carie
en géneral . Il parle enfuite des moyens de
procurer aux dents un arrangement convenable
dans le tems de leur renouvellement .
& des inconveniens de l'inégalité des dents.
Le cinquième Chapitre marque les inconveniens
à éviter dans l'enfance , pour la conſervation
des dents , une caufe particuliere
de la Carie , & fait une obfervation fur la cavité
des dents , fans oublier la néceffité d'accoûtumer
les jeunes gens à avoir foin de leurs
bouches,
JUI N.
1743. F165
propres
>
bouches , & les moyens faciles & à
tous âges pour conferver fes dents. Il finit
ce Chapitre par l'ufage du Corail en baton
& par l'examen des propriétés qu'on lui attribuë
; le fixiéme & dernier Chapitre contient
l'examen d'un préjugé très - commun
concernant les dents des enfans , compris
fous le nom de Savoyards , & celles des gens
de la Campagne. Tout l'Ouvrage finit par la
Lettre que l'Auteur écrivit à un Chirurgien
de Province , peu de tems après la publication
de l'Orthopedie de feuM: Andry, où il re
leve quelques méprifes échapées à ce grand
Médecin dans la matière qui le concerne.
APPROBATION de M. Peyrat , Chirurgien
Juré à Paris , Accoucheur de la Reine.
J'ai lu & relu avec grand plaifir un Manuf
crit intitulé Effaifur les Maladies des Dents ,
fait par M. Bunon Chirurgien Dentifte ; par
toutes les recherches & obfervations exactes
& de pratique , que j'ai trouvé , & dont même
nous avons peu d'exemples , tant pour
ce qui concerne les enfans , que les adultes ,
ce Manufcrit ne peut être que très - utile , &
auffi digne d'être donné au Public , qui doit
fçavoir ungré infini à l'Auteur de tous les foins
& les peines qu'il s'eft donnés, pour fi bien per
fectionner cette Partie de la Chirurgie . Fait
à Paris ce 3. Janvier 1743. Signé PEYRAT
Fiij THEO1166
MERCURE DE FRANCE
THEOLOGIE DE L'EAU , ou Effai fur la
Bonté , la Sageffe & la Puiffance de Dieu ,
manifeftée dans la création de l'Eau , traduit
de l'Allemand de M. Jean Albert Fabricius
Docteur en Théologie & Profeffeur au College
de Hambourg , avec de nouvelles Remarques
communiquées au Traducteur, & c.
A Paris , chés Chaubert , Libraire , Quai des
Auguftins , à la Renommée, & chés Durand,
Libraire , rue S. Jacques , à S. Landry. Nouvelle
Edition , 1743. in- 8 ° . très - bien exécu
tée pour la correction & la beauté de l'im
preffion.
ABBREGE' DE L'HISTOIRE ANCIENNE , ou
des cinq grands Empires qui onr précedé la
Naiffance de J. C. fçavoir , celui des Baby
loniens , celui des Chaldéens , celui des Medes
& des Perfes , celui des Grecs & celui
des Romains , accompagné de la Chronologie
de ces Empires , d'une Carte Géographique
& de Notes , & c. par le P. du Chefne ,
de la Compagnie de Jéfus , 1743. in- 12. A
Paris , Quai de Auguftins, chés Chaubert , à
la Renommée, & rue S. Jacques , chés Durand
, à S. Landry.
Jean de Nally , Libraire dans la Grand'-
Salle du Palais , à l'Ecu de France , & à la
Palme , débite deux nouveaux Volumes des
Caufes élebres , qui font le 19. & le 20. Il
у
JUI N. 1743. 1167
ya à la tête du 19. un Avertiffement de l'Auteur
, dont on avoit fauffement publié la
mort dans les Nouvelles Publiques . Voici les
titres des Caufes contenues dans ces deux
nouveaux Volumes .
Tome 19. Hiftoire de la Pucelle d'Orleans;
on l'Innocence opprimée par des Juges iniques.
Teftament caffe , où un Cadet par prédilection
eft inftitué Légataire univerfel.
Mariage fecret , ou enfans reconnus légiti
mes iffus d'un mariage qu'on a prétendu fecret,
déclarés incapables de recueillir aucune chofe
dans une fucceffion ouverte, & autre fucceffion
de leur famille qui pourroit s'ouvrir , auxquels
on adjuge néanmoins des fommes confidérables
contre les héritiers .
Femme accufée d'adultere , renvoyée fur un
plus amplement informé.
Fille, dont l'honneur eft outragé cruellement
par des voyes de fait, qui fe pourvoit en Justice.
Tome 20. Le Maréchal de Gié , accufé
d'un crime de Lee- Majefté , ou l'Hiftoire du
Maréchal de Gié, dont on tâche en vain d'opprimer
entierement l'innocence.
Avantage de la poffeffion d'Etat , ou fils légitime
d'un premier lit , que les enfans du fecond
lit veulent faire paffer pour bâtard , parce
qu'il ne produit pas l'acte de célebration du
mariage de fon pere, dont la légitimité eft pourtant
reconnue en Juftice à caufe de la poffeffion
defon Etat.
Fj
Si
1168 MERCURE DE FRANCE
Si par des présomptions une dot en argent
dans un Contrat de mariage ftipulée , nombrée
délivrée en préſence des Notaires & des témoins
, peut être déclarée nulle.
Beneficier dont le Baptême & la naiſſance
font incertains , ou Béneficier admis , malgré
l'incertitude de fa naiffance dans le Royaume ,
de fa légitimité & de fon Baptême.
Meurtre d'un mari , dont la femme & le
frere s'accufent mutuellement , tandis que celui
qu'on a raifon de soupçonner est en fuite , &
qu'on néglige de le poursuivre vivement.
NOUVEAU QUADRILLE des Enfans , ou
nouv . lle Méthode , éprouvée pour apprendre
parfaitement à lire & l'Ortographe en trèspeu
de tems , par le moyen de 160. Figures
collées fur autant de Fiches , au revers defquelles
eft imprimée la Lettre , ou le fon
de la Langue qui a rapport au nom ou au
fens de la Figure , Brochure in - 12 . de 19.
pages. A Paris , chés Vincent , rue S. Severin
, à l'Ange ; Debure , l'ainé , à l'entrée da
Quai des Auguftins , à S. Paul , & le Clerc ,
au Palais , à la Prudence , 1743. Prix, dix fols.
Cet Ouvrage eft en forme de Lettre addreffée
à Mlle de BRISSAC. L'Auteur ayant
remarqué que les difficultés que les Maîtres
ont coûtume d'éprouver en enfeignant les
premiers Elémens de la lecture , viennent
nonJUIN.
1743 * 1169
1
à
non-feulement des défauts qui accompagnent
l'enfance , mais encore de la méthode dont
ils font ufage , a effayé de lever tous les
obftacles. Légéreté d'efprit , dégoût , confufion
d'idées , voilà les principaux qu'il
faut que les maîtres furmontent ; mais vouloir
fixer la legéreté fi naturelle aux enfans ,
en exigeant d'eux une application ſérieuſe à
des lettres , à des combinaiſons de lettres ,
des mots , & à des fons , c'eſt aflés fouvent ,
dit- il , vouloir forcer la nature . C'eſt prefque
toujours leur donner un dégoût de l'étude
& une averfion pour les livres , qu'ils
confervent quelquefois toute leur vie . Si ces
dangers font à craindre , la confufion d'idées
ne l'eft pas moins . L'Auteur obſerve
qu'on a prévenu ces inconvéniens dans l'étude
de l'Histoire & de la Fable par les fi
gures & par les eftampes , dont on a rempli
certains livres deftinés à cet ufage . Elles arrêtent
l'imagination volage des enfans , elles
les amuſent en même tems , & les appli
quent. M. l'Abbé Berthaud a effayé de faire
pour la lecture ce qu'on a fait pour l'Hiftoie:
c'eft-à- dire , qu'il a imaginé de peindre
les differens fons de la langue , comme l'on
peint differens traits d'Histoire .
Après un examen fuivi des differens fons:
qui entrent dans la compofition de tous les.
mots de la langue , il a trouvé que le nom-
E v bre
1176 MERCURE DE FRANCE
>
bre de ceux qui font fondamentaux , & com
me les racines des autres , ne fe monte qu'à
160. Il a donc fait graver 160. Objets , dont
les noms renferment chacun un des fons radicaux.
Il a appliqué ces Figures fur autant
de fiches , au revers defquelles fe trou
vent les lettres qui expriment les fons differens
par exemple , on voit fur le côté d'u
ne fiche ces lettres eil , & de l'autre la figure
du Soleil dont le nom renferme le fon
que les lettres placées au revers expriment ;
de même des fuivants ; con un couteau, ca un
Capucin , our un tambour , oir un miroir
&c. Les Images frappent la vûë des enfans ,
elles les occupent , elles fixent leur imagi
nation , & les appliquent fans peine ; & à
mefure que les Objets fe peignent , à l'aide
de la figure dans leur imagination , les fons
auxquels ils ont rapport, fe gravent dans leur
mémoire fans confufion. Outre que cette
méthode eft un vrai amufement pour les enfans
, elle a encore deux avantages qui lui
font propres. 1 °. C'eſt que les enfans peuvent
en l'abſence du Maître & fans le fecours
de perfonne, repaffer la leçon qu'on leur aura
donnée. 2 °. Qu'ils acquierent au moins
les deux tiers de l'Ortographe en apprenant
à lire . L'Epreuve , dit l'Auteur , en a été
faite entr'autres fur deux Ramoneurs que plufieurs
de Meffieurs de l'Académie Françoiſe
&
JUI N. 1743. 1171
notamment Mrs de Marivaux & de Cre
billen ont choifis eux - mêmes , pour rendre plus
authentique la preuve du fuccès. En effet, après
un mois de leçons , ils ont été en état de
paroître devant ces Meffieurs pour lire à
l'ouverture du premier livre qui est tombé
fous la main. M. de Crebillon déclare dans
fon Approbation, qu'il peut certifier le fuccès
de cette nouvelle méthode . M. l'Abbé
des Fontaines en parle très - avantageufement
dans fa Lettre 469. du 9. Mars 1743. il
avouë que malgré l'autorité de Meffieurs les
Académiciens , il avoit confervé quelque
forte d'incrédulité par rapport à la rapidité
du fuccès de cette méthode , ce qui l'avoit
déterminé à engager M. l'Abbé Berthaud à
faire un nouvel effai fur un enfant , le plus
inepte qu'il a pu rencontrer. Mais qu'elle n'a
pas été fa furprife , quand il a vû cet enfant
fire à l'ouverture du premier livre , après le
vingt- fixième jour ?
·LIVRES Etrangers arrivés nouvellement
chés BRIASSON , Libraire , rue Saint
Jacques , à la Science , & à l'Ange Gar
dien.
"Ant. Laz . Moro de' Croftacej degli Corpi
Marini che fi trovano ful' Monti.in-4°. Venezia
, 1740.
Guill, Zannichelli delle Piante che Nafcono
F vj
ne
1172 MERCURE DE FRANCE
´ne' lidi Intorno à Venezia , in-fol . fig: V´enezia.
1735.
Ferd. Zendrini delle aque Correnti . in 4°.
Venezia. 1741.
Jo. Lamii Delicia Eruditorum. in 8 °. 10. vol.
Florentia. 1736. à 1741 .
Phil. à Turre de annis Elagabala & Imperio
Severi , &c. in 4°. Venetiis . 1741 .
R. P. Paol. Segneri Tutte le opere . infol . 3 .
vol. Parma. 1720 .
Jo . Fr. De Rubeis Monumenta Ecclefiæ Aquileenfis.
in fol. Argentina. 1740 .
Marci Mappi Hiftoria Plantarum Alfaticarum.
in 4. fig. Argent. 1741.
L'Anatomico In parnaffo , da' Fr. Anderlimi !
in-4°. Pefaro. 1739.
Alex. Pafcoli del moto per impulfo exteriore.
in- 4°. Roma. 1733 .
Dion. And. Sancaffani tutte le opere
Fifico Mediche
. in-fol. 4. vol . Roma
. 1731.
&
1738
.
Alph. Ciaconii vita & res gefta Romanor.
Pontificum, cum animadverfionibus & notis.
Oldoini. in- fol. 4. vol fig. 1677.
Jof. Maria Perimezzi. Differtationes Selecte
Hiftoria , Dogmatica , &c . in-fol. 8. vol .
Napoli. 1730.
M. Fr. Hallier de facris Electionibus & Ordinationibus
, ex antiquo & novo Ecclefia
fu. in- fol. 3. vol. Roma. 1739.
Octa
JUIN. 1743
1173
Octaviani Gentili de Origine Patriciorum
varietate , Praftantia & Juribus . in- 4°.
Romæ. 1736.
Fr. Blanchini Hefpheri & Phofphori , five ob
fervationes circà Planetam Veneris cum
fig. in- fol. Romæ. 1728 .
Pet. Berettini Tabule Anatomica cum notis
Gaëtani Petrioli in- fol. fig. Roma. 1741 .
'Ant. Agostino fopra le Medaglie ed infcritioni
Antiche . in- fol . Roma. 1737.
Fo. Pet. Bellori Pictura antique Cryptarum
Romanarum & fepulchri Nafonm. in-fol.
cum fig. Romæ. 1738.
Ejufd. In XII. Cafares Enea Vici ;
cum fig. in-fol. Romæ. 1730 .
Latini Latini Bibliotheca facra & profana
five obfervationes , correctiones , conjectura
& varia Lectiones in facros & profanos
fcriptores , cum notis . in-fol . Roma. 1677 .
J. B. Fatolilli Theatrum immunitatis & libertatis
Ecclefiaftica. in-fol. 3. vol. Ro
mæ. 1714.
Vinc. Lucchefini Hiftoria fui temporis. in 4 .
3. vol. Rome. 1738.
Dialogue fur la Peinture , par Louis Dolce ;
en Italien & en François. in- 8 ° . Florence.
1735 .
Biblia facra , Arabica & Latina. in fol.
vol. Roma. 1671 .
Pet. Mar. Corradinį & Jof. Rec. Vulpi latiuna
1174 MERCURE DE FRANCE
tium vetus & profanum. in fol. & in - 4º,
7. vol. Rome , cumfig. 1704. & 1736.
Bened. Buomattei della Lingua Toſcana. in-
4°. Venet. 1735.
Euf. Filopatro Rifleffioni critiche fopra l'If
toria di Napoli di Piet. Giannone . in - 4°.
2. vol . Colonia, 1738 .
Le Sale Barberine difegnate da Pict . Benettini
. in-fol. Plano.
Memorials and characters together Withe
life of divers eminent Perfons . in-fol. London.
1741
.
Grobianus or the compleat bo oby an ironical
Poems by Roger Bull. in 8 ° . Lond.
1739.
A Curious collection by ancient Paintings.
in-fol. Lond. 1741 .
Love Letters or al occafions. in- 8 °. London.
1730.
A Treatife or the Improvement of Midwi
fery. in 8°. Lond. 1735 .
The Muffical Mifcellany. in - 8 °. 5. vol . Lon
don. 1731.
A Collection of the Parliamentary debates
in England . in - 8 °. 17. vol. Lond . 1741 .
The Grafftman by Caleb d'Anvers , in-8°.
14. vol. Lond. 1730. &fuiv.
Brihtishtage or à Collection or the beſt english
Modern Plays . in 12. 6. vol, Lond.
1741 .
Phil,
JUIN. 1743 1178
Phil. Bonani Numifmata Pontificum Romano
rum. in-fol. fig. Roma , 1696.
Juft. Chr. Boehmeri inftitutiones fepulcra
les Helmftadienfes . in- Octavo. Helmftad .
17.10.
Jo. Bapt. Brafchii , de vero Rubicone , quem
Cafar contra Romanum interdictum trajecit
c. in- 4° . Romæ, 1733 .
Buonnaroti offervationi fopra i Medaglioni
Antichi. in fol. fig. Roma , 1698 .
Jof. Lanzoni omnia opera Phyfice Medica.
in-4° . 3. vol. Laufanna. 1738.
Col Mac-Laurin Geometria organica & defcriptio
linearum curvarum univerfalis , in-4°.
Lond. 1720 .
Edv. Leigh Critica facra vet . & novi Teftamenti.
in-4°. 2. vol . Gotha. 1735-
Lettres Philofophiques fur la formation des
Sels & des Cryftaux , & fur la génération
& le méchanifme des Plantes & des Animaux
, par M. Bourguet. in - 12 . fig. Amſt.
1729.
Libanii Sophifta Epiftola Graca cum notis
&interpretatione J. C. Wolfii . in-fol. Amſt,
1738.
Phil. à Limborgh Theologia Chriftiana , &
relatio de origine & progreffu controverfiarum
de Predeftinianifmo . in- fol . Amft . 1715 .
Marmora Pifaurentia notis figuris illuftrata,
in-fol.
Les
1176 MERCURE DE FRANCE
Les Amuſemens du Coeur & de l'Efprit in- 12.
Tome XI. 1741.
Procès de la grande Bretagne & de l'Eſpagne;
par Rouffet. in-8° . La Haye. 1741 ,
Commentarii Academia Petropolitana. in- 4°.
Tomi 7. & 8. fig. Petropoli.
Chriftia Wolfii Monumenta Tipographica &
de abufu Artis Tipographica. in - 8 ° . 2. vol .
Hamburg. 1740.
J. C. Buxbaumii Centuria quinta Plantarum
minus cognitarum. in -4°. fig. Petropoli.
1738.
Leonh. Euleri Tentamen nova Theoria Mufica.
in-4°. fig. Petropoli. 1739.
Deſcription de la Maifon de Glace , bâtie à
Petersbourg fur la riviere de la Neva ,
pendant l'hyver de 1740. in-4°. fig. Petersb.
1741 .
Jo. Frid. Schreiber de Pefte. in- 4°. Petropoli.
Jo. Georg. Siegelbeck vaniloquentia Botanica
Species. in-4° . Petropoli . 1741 .
Cartes des Opérations de la Campagne des
Mofcovites contre les Turcs en 1739.
Hiftoire de Frederic Guillaume , Roi de
Pruffe. 2. vol. in - 12 . Amſterd. 1741 .
L'Abbé Régulier , facré Evêque , in partibus
, ou Traité dans lequel on examine
l'état d'un Abbé Régulier après fa confécration
, par le P. AL. Marion. in -4°. Luxembourg.
1739.
Le
JUI N.
1745 1177
Le même Libraire vient d'imprimer , le Traité
des Pétrifications , par M. Bourguet , &
autres. -4°. avec foixante figures. 1742 .
La Médecine raifonnée de M. Hoffmann !
trad. par M. Brüher , Tom 3. 4. & 5.
contenant la Pathologie , avec une Differtation
fur les connoiffances que doit
avoir un Medecin. 1742.
On trouve auffi dans la même Boutique , Inftructions
fur les Lettres de Change , in- 12.
Blois,
Difcours fur la Canonifation des Saints.
in- 2. Blois.
On diftribue préfentement chés le même Libraire
la feconde Fourniture du Journal
des Sçavans , à ceux qui en ont retenu des
Exemplaires . Ce font les années 1689. jufques
& compris 1695. en 7. vol. in-4®.
ABBREGE ' de la Vie des Evêques de Coutance
, depuis Saint Ereptiole , premier Apôtre
du Cotentin , jufqu'à M. Leonor Gouyon
de Matignon , qui gouverne aujourd'hui ce
Diocèfe , avec un Catalogue des Archevêques
de Rouen , & tous les Evêques de Normandie;
les années de leur Promotion & leur
mort. A Coutance , chez J. Fauvel , Imprimeur-
Libraire. M. DCC. XXXXII.
Extrait
1178 MERCURE DE FRANCE
Extrait d'une Lettre de M. Frigot an fujer
de ce Livre , écrite de Montebourg le 13 .
Mai
1743.
Ce Livre eft un volume in- 12 . de 398 .
pages , fans l'Epître Dédicatoire à M. l'Évêque
de Coutance , & la Table d'environ 20.
pages. L'Auteur eft M. Rouault , Curé de
S. Pair , dont le nom fe trouve à la fin de
la Dédicace .
L'Ouvrage me paroît en général curieux
& édifiant : l'Auteur n'avance prefque aucun
fait , fans citer des Autorités ; il paroît
d'ailleurs verfé dans la connoiffance du Droit
Canon , & de l'Hiftoire de l'Eglife de Normandie.
Il faut lui faire
grace fur quelques
négligences de ftyle , & fur fa diction qui
n'eſt pas toujours correcte. Le goût de notre
fiécle ne s'accommodera, peut - être pas ,
de ce qu'il dit p . 58. dans la vie de Saint
Ereptiole , que nos Anciens Druydes étoient
autant de Sorciers & de Magiciens , &c.
L'Auteur compte M. de Matignon , pour
le LXXVIII. Evêque de Coutance
, depuis Saint Ereptiole , dont la Promotion
eft fixée à l'an 430 , & la mort à
l'an 475. de J. C. Il eft remarquable que les
XIII. Evêques fuivans , font, comme ce premier
Apôtre , autant de Saints reconnus par
l'Eglife .
J'ai
JU IN. 1743. 1579
J'ai lû avec plaifir la vie de S. Geffroy de
Monbray, XXXV. Evêque , dont la Promotion
eft marquée à l'an 1048 , & la mort
à l'an 1093. C'est ce S. Prélat , nommé communément
le bon Geffroy , qui eut la mortification
de voir fon Ordination conteftée
dans un Concile , tenu à Rheims en préfence
du Pape Leon IX. devant lequel il fut
accufé de Simonie , mais il fut cependant
maintenu dans fa dignité , parce qu'il confeffa
de bonne foi , qu'à fon infçû , un de fes
freres avoit acheté l'Evêché , que lui Geffroy .
avoit voulu s'enfuir, mais que ce Frere l'ayant
pris de force , l'avoit fait ordonner malgré
lui. Il eut la confolation de continuer & d'a
chever la Cathédrale de Coutance , com
mencée par Robert 1. XXXIV . Evêque , fon
I.
Prédéceffeur.
L'exécution de cet ouvrage furpaffoit de
beaucoup les facultés de Geffroy , mais Dieu.
permit , dit notre Auteur , par une espéce
de miracle , qu'il fut fecondé les
par grandes
liberalités du fameux Tancréde , & de
Robert le Guichard , Seigneurs de Hauteville,
près de Coutance , connus dans l'Hiftoire ,
par la guerre qu'ils firent glorieuſement dans
la Pouille contre les Sarrazins , & c.
L'Evêque Geffroy affifta à plufieurs Conciles
, & Affemblées mémorables , à celle , en
tre autres , qui fût convoquée à Caen par
Guillaume
180 MERCURE DE FRANCE
"Guillaume le Conquérant , où il fut ordonné
⚫ de fonner la cloche le foir , pour avertir de
prier Dieu , de fermer les portes
& c. Ce
Ton de cloche fur appellé Ignitegium , &c.
Le même Prélat accompagna ce Prince en
fon Expédition d'Angleterre. De retour à
Coutance , & fe trouvant proche de fa fin ,
il fe fit porter fous le Dône du Choeur de
P'Eglife qu'il avoir bâtie. Là après avoir récité
le Cantique de Simeon , Nunc dimittis ,
c. il reçut les derniers Sacremens , & expira
entre les bras de fon Clergé , le 4. Février
1093.
La Vie de Robert d'Harcourt XLVIIL
Evêque , promu en 1292 , & mort en 1314,
eft encore fort curieufe , tant par les grandes
qualités de ce Prélat , que par les Statuts
qu'il fit pour fon Diocèfe , lefquels furent
trouvés fi fages , que plufieurs Evêques les
adopterent. Il faut lire tout cela dans le
Livre même , dont voilà cependant une idée
fuffifante.
CHOIX d'Auteurs Claffiques, premiére Partie
; l'Abregé de la Fable du P. Jouvenci
avec la conftruction du Latin , & une double
interprétation interlinéaire par M. Dumarfais .
A Paris,chés Jacques Vincent , ruë S. Severin
à l'Ange ; Antoine Robineau , Quai des
Auguftins ; Guillaume Saugrain fils , au Palais
;
JUIN. 1743" 1181
lais ; Michel - Antoine David, fils , rue S. Jacques
, à la Plume d'or.
Voici un nouvel Ouvrage de M. Dumar
fais , dont l'utilité fe reconnoîtra de plus en
plus par l'usage que l'on en fera . C'eft l'exécu
tion d'une partie du projet qu'il avoit annoncé
en 1720. dans l'expofition de fa méthode raifonnée
, où il en fit un effai fur le Poëme fe
culaire d'Horace . Le Texte Latin eft donc
conftruit ici felon l'ordre le plus fimple des
penſées , en y fuppléant tout ce qui pouvoit
être foufentendu , & chaque mot Latin eft
rendu de la maniére la plus litterale par
chaque mot François , qui eft précisément
au deffous. Par cette méthode M. D. M. profite
de l'âge le plus tendre , pour familiarifer
les enfans avec le génie étranger de la Langue
Latine , & leur faire acquerir par ufage un
grand nombre de mots Latins , en attendant
que leur efprit foit affés formé , pour foutenir
l'application que demandent les regles de
la Grammaire . On peut dire que c'eft-là ce
qui approche le plus de la maniére , dont on
apprend fa angue Lmaternelle. Enfin , au
deffous de cette Traduction littérale , qui cft
l'image du Latin , M. D. M. a eu foin de
mettre une feconde Traduction en ftyle vraiment
François , pour faire fentir aux étudians
la différence du génie des deux Langues.
Il eft vifible que rien n'eft plus naturel &
plus
182 MERCURE DE FRANCE
plus facile que cette route. Auffi des Gouvernantes
un peu intelligentes
pourroient
en la fuivant
, initier
au Latin les enfans
dès qu'ils fçavent
lire, à l'imitation
de cette Dame Angloife
, dont parle M.Loke
: & les Précep- teurs trouveroient
enfuite
leurs difciples
heu- reufement
prévenus
en faveur
de la Langue
La tine. Mais les Précepteurs
eux- mêmes
, lorf- qu'ils commencent
le penible
métier
de l'édu- cation
, ne peuvent
fe former
fur un modèle plus exact pour les commencemens
de l'ex- plication
desAuteurs
, & pour la véritable
ma- niere d'enſeigner
, dont le grand
fécret
eft de fevoir
fe proportionner
à leurs éleves. C'eſt pourquoi
les Maîtres
de Penfion
, un peu curieux
de leur métier
, ne manqueront
pas fans doute
d'acheter
ce Livre , quand
ce ne feroit même
que pour l'inftruction
de leurs jeunes Maîtres
, & pour s'épargner
une partie de la
peine de les former
eux- mêmes
.
Cet Ouvrage peut auffi être d'une grande
utilité aux Etrangers , qui veulent apprendre
le François , pour leur faire fentirquelles font
les expreffions Françoifes qui rendent le plus
littéralement les termes & les différens tours
de la Phrafe Latine .
Au refte , on ne sçauroit donner trop de
louanges à l'exactitude de l'Imprimeur dans
une Edition fi difficile , ni au zéle de l'Auteur
qui n'a rien épargné , foit pour la perfection
JUIN. 1743 1183
tion , foit pour l'ornement de fon Livre . Let
choix du papier , la beauté & la variété des
Caractéres , les Lettres grifes , les culs de Lampes
,
& c. en relevent le mérite . On avoit mê
me deffein d'y mettre des Planches gravées ,
mais on a apprehendé de rendre ce Livre trop
cher au gré du Public.
Les autres Ouvrages de M. D. M. fe débitent
auffi chés les mêmes Libraires ; fon
Traité des Tropes, c'eft à - dire , les differens fens
dans lefquels un même mot peut être pris dans
la même Langue : fon expofition d'une nouvelle
méthode raisonnée , & la Préface de fa Grammaire.
On peut dire que tous ces Ouvrages
font d'un trés- grand Maître dans ce genre de
Littérature , & qui fçait inftruire par les vrais
principes de la Grammaire , fouvent ignorés ,
ou du moins négligés par des gens qui fe mêlent
d'enſeigner.
Les mêmes Libraires débitent une Brochure
de 36. pages , où un autre Auteur fait voir en
détail , ce que tant de grands hommes de ce
Siécle ou du précedent ont dit d'une manière
plus génerale, fçavoir qu'il n'eft point de plus
grand obftacle au progrès des enfans dans les
Belles - Lettres , que de leur en ouvrir la carriére
par les Themes ; que rien ne mérite
moins le nom de principes que les prétenduës
régles dont on leur charge la mémoire
& qui font prefque toujours fauffes , louches
ου
184 MERCURE DE FRANCE
qu inutiles ; que c'eft leur faire perdre un
tems précieux , qui pourroit être mieux employé
, & que c'eft leur gâter l'efprit . Il n'y
pas d'apparence que l'on réponde jamais à
cet Ecrit d'une maniére nette & préciſe.
On trouve auffi chés les mêmes Libraires,
une Lettre où entr'autrescr itiques, on attaque
le point fondamental duMatérialiſme, qui eſt
la néceffité , & l'on fait voir que ce n'eft
qu'un terme nouveau , fubftitué à celui de Hazard
, autre-fois employé par les Epicuriens
& qui ne fignifie toujours que le Néant. Cet
Extrait eft terminé par une Critique legere
du Deïfme , où on le repréfente fous un point
de vûë qui lui donne un ridicule extrême.
L'Académie de Soiffons délivrera dans fon Affemblée
publique du Lundi 13. Avril 1744. un
Prix , qui fera une Médaille d'or de la valeur de
trois cent livres , donnée par M. le Duc de FITZJAMES
, Pair de France , Evêque de Soiffons .
Elle l'adjugera à une Diflertation Hiſtorique
d'une heure ou une heure & demie de lecture.
Elle propofe pour Sujet , 1 ° . De quelles Provinces
ou Cités étoit compofé le Royaume de Soiffons
lorfqu'il échut en partage à Chilperic ? Quelles furent
depuis fes augmentations ou diminutions , avec
leurs Epoques , juſqu'au tems ou Clotaire II . réünit
en la perfonne toute la Monarchie Françoife ?.
Quelle fut en particulier pendant ce tems - là le fort
de la Ville de Soiffons ? Quels furent les differens
partis qu'elle fuivit , les Siéges qu'elle foutint , &
les
JUIN. 1743 1185
les principaux évenemens qui peuvent la regarder.
2. Quelles étoient les limites du Territoire de
Soiffons , regardé comme Cité & Duché particulier.
3°. Quel est le Lieu nommé Roffontenfis dans le
Traité Dandelau ? Gregor. Tur . Lib. 9. Cap. 20.
2°. Quel eft celui nommé Truccia ou Trucciago ,
dans le Pays Soiffonnois , où ſe livra la Bataille entre
Fredegonde & les Géneraux de Childebert ?
Gefta Franc. Cap . 36. 3 ° . Quel eft le Lieu nommé
Latofao , où Fredegonde avec fon Fils Clotaire , défit
l'armée des Enfans de Childebert ? Fredeg. 17 .
eft-ce le même que celuinommé Lufao : Geft .Franc.
46 , où Martin & Pepin furent défaits par Thierry &
Ebroin , & qu'un Auteur moderne dit être la Faux
´entre Laon & Soiffons .
Dans l'examen des Ouvrages , on aura égard
non-feulement au nombre & à l'étendue des recherches
, mais encore à la pureté du ſtyle & à la
beauté du langage.
Les Auteurs font avertis de mettre à la marge ou
à la fuite de leurs Ouvrages les preuves des Faits
qu'ils auront avancés , & les fources où ils les auront
puisés.
On prie ceux qui envoyeront des Diflertations
Latines , de mettre auffi en marge les noms François
des Perfonnes ou des Lieux dont ils feront
mention.
On adreffera à M. de Beine , Préfident au Préfidial
de Soiffons , & Sécretaire perpétuel de l'Académie
, les Ouvrages deftinés au Concours ; on les
envoyera port franc , & avant le premier Février ,
fans quoi ils ne feront point retirés .
Les Auteurs ne mettront point leurs noms au bas
de leurs Ouvrages , mais feulement une Sentence .
& en les envoyant ils indiqueront une adreffe , à
I. Va. G laquelle
1186 MERCURE DE FRANCE
laquelle M. le Sécretaire puiffe leur faire tenir fon
Récépiffé.
On les prie de prendre les mefures néceffaires
pour n'être point connus jufqu'au jour de la déci
fion , de ne point figner les Lettres qu'ils pourroient
écrire à M. le Sécretaire , ou à tout autre de Mrs
les Académiciens , les avertiffant que s'ils font découverts
par leur faute,ils feront exclus du Concours.
L'Auteur qui aura remporté le Prix , viendra le
recevoir dans la Séance publique de l'Académie le
Lundi 13. Avril 1744. non il envoyera à une perfonne
connue fa Procuration , pour être remise à
M. le Sécretaire , avec le Récepiffé de l'Ouvrage.
L'Académie n'ayant point diftribué de Prix en
1742. M. l'Evêque de Soiffons lui a remis deux
Médailles pour l'année 1743. Elle a adjugé le
premier Prix à M.P'Abbé Fénel, Chanoine de l'Eglife
Métropolitaine de Sens,& le fecond Prix à M.Gouy
de Longuemarre, Greffier de la Prévôté de l'Hôtel.
Ces deux Differtations s'impriment actuellement
chés Chaubert , Libraire de Paris, Quai des Auguftins
à la > Renommée & la Prudence.
Comme l'Académie fait imprimer tous les ans
les Differtations qui remportent lé Prix , elle exige
des Auteurs qu'ils ne les faffent point imprimer de
leur côté , que fix ans révolus après la datte de
l'impreffion que l'Académie en aura fait faire.
MORT'S de Perfonnes Illuftres.
L'Académie Royale de Peinture & Sculpture a
fait une des plus grandes pertes qu'elle pouvoit
faire , en la perfonne de M. François Deportes , né
en 1661. à Champigneul, en Champagne , Diocèle
de Reims. Il vint à Paris , âgé de 12. ans , chés un
de fes oncles , qui y étoit établi , lequel le mit chés
M.
JUIN. 1743 .
1187
M. Nicafus , Peintre Flamand , qui avoit de la ré--
putation pour peindre les animaux , mais qui étoit
infirme & fort âgé , & qui n'étoit plus en état de
travailler , ni même d'enſeigner fon Art ; il mourut
de tems après ; ainfi on
peut dire que fon Illuftre
Eleve n'a point eû d'autre Maître que la
peu
Nature.
Plein de bonne volonté , & né avec un efprit excellent
, il s'attacha d'abord à deffiner la figure d'après
l'Antique & d'après le Naturel , regardant cette
Etude comme la bafe de la Peinture , à quelque
genre qu'on le deftine. Il eft aufé de le remarquer
dans les Portraits qu'il a faits , dans fes Chaffes &
dans les Vafes & les Bas reliefs , qu'il faifoit entrer
dans fes Compofitions.
Jeune , ilfe livra d'abord à toutes fortes d'Ouvra .
ges pour les autres Peintres, pour les Entrepreneurs
dans les Plafonds & les Décorations de Théatre.
Lié dès fá jeuneſſe avec M. Audran , neveu du fameux
Graveur du même nom , & célebre par fes
Defleins de Grotelques , il travailla long- tems avec
lui au Château d'Anet pour le Duc de Vendôme
& enfuite pour M. de Vendôme , Grand- Prieur de
France , fon frere , au Village de Clichi , près Paris;
à l'Hôtel de Bouillon & ailleurs ; chés le Roi à là
Ménagerie à Versailles , où il a fait auffi plufieurs
Tableaux. Il compofoit & plaçoit à fon gré & avec
art dans les Grotefques toutes fortes d'Animaux ,
peints fur des fonds blancs ou or; on y voyoit partout
un Génie aifé , fécond & enjoüé , avec des expreffions
pleines d'efprit & de naïveté , enforte que
les plus grands Connoiffeurs difoient de lui , qu'il
étoit aufli bon Poëte avec fon Pinceau , que le célebre
Jean de la Fontaine étoit bon Peintre avec fa
Plume.
M. Delportes avoit épousé en 1692. un Perfonne
Gij de
1188 MERCURE DE FRANCE
de mérite & pleine de vertu , avec laquelle il a tou
jours été fort uni ; l'envie de fe diftinguer , d'augmenter
la réputation & de faire paroître les grands
talens qu'il avoit pour la Partie de la Peinture , qu'il
avoit embraffée , lui fit entreprendre le voyage de
Pologne , où il fit avec grand fuccès les Portraits
du Roi Jean Sobieski , de la Reine , fon Epoufe ,
celui du Cardinal d'Arquien , Pere de cette Reine ,
des Princes , Princeffes & des grands Seigneurs de
cette Cour , &c.
Après deux ans de féjour à la Cour de Pologne ,
le Roi y étant mort , le Roi de France , qui avoit
permis ce voyage , le fit rappeller & le fit travailler
dans le premier genre qu'il avoit embraffé.
En 1699. il fut reçu à l'Académie Royale de
Peinture & Sculpture . Son Tableau de Réception ,
( gravé depuis par M. Joullain , ) où il s'eft peint
lui- même en Chaffeur , avec des Chiens & du Gibier,
eft regardé par cette Compagnie, comme un des
plus beaux qui décorent la Sale de fes Affemblées .
On voit à Paris dans les Cabinets des plus fameux
Curieux plufieurs Tableaux dans le même caractére,
qui font l'admiration des plus grands Connoiffeurs.
La même année , le Roi lui accorda une Penfion
& enfuite un Logement aux Galeries du Louvre .
En 1702. M. Defportes peignit deux belles
Chiennes de Chaffe du Roi , en arrêt fur un Faiſan
& des Perdrix dans un beau fond de Payfage . Il
peignit enfuite toutes celles que le feu Roi avoit eû
depuis, allant même par ordre de S. M. à toutes les
Chaffes , pour deffiner fur les Lieux leurs differentes
attitudes . Le Roi prenoit fouvent plaifir à le voir travailler
, & ne le voyoit jamais fans lui dire quelque
chofe d'obligeant . Ces grands Tableaux , dont on
vient de parler , font le principal ornement du Châtoau
de Marly.
JUIN. 1743 1189
En 1704. & en 1705. il fit pour Monfeigneur le
Dauphin , Ayeul du Roi , cinq Tableaux de Chaffe ,
de grandeur naturelle , & plufieurs Retours de
Chaffe. Ces Tableaux font restés au Château de
Meudon.
C'eft à peu près vers ce tems-là , que ce célebre
Peintre s'appliqua à de nouvelles & nombreufes
Etudes fur les Fleurs , les Fruits , les Légumes , les
Infectes & autres Animaux finguliers des Pays Etran
gers ; il fit alors plufieurs Tableaux fur les diverfes
Saifons de l'année , caractérisés par les Fleurs , les
Fruits , le Gibier , & c .
Le Roi vit ces nouveaux Tableaux , qui lui firent
grand plaifir & voulut les avoir, mais M. Deportes
ayant repréfenté à S. M. que ces Tableaux avoient
été faits pour Mylord Stanhope , avec plufieurs aures,
leRoi n'en voulut pas priver ce SeigneurAnglois,
& ordonna à M. Defportes d'en faire deux grands
dans le même goût , que tout le monde admire actuellement
dans le Cabinet des Tableaux du Roi, à
Verſailles. On voit encore quantité de fes Ouvrages
dans les Cabinets du Duc de Richemont , des Mylords
Bullinbrok & de Widrorth , à Londres.
En 1712. M. le Duc d'Aumont , Pair de France ,
Premier Gentilhomme de la Chambre du Roi ,
ayant été nommé Ambaffadeur en Angleterre
M. Delportes obtint du Roi un congé de fix mois ,
pour faire ce voyage ; il y porta plufieurs de fes
Ouvrages , & pendant fon féjour à Londres il en
compofa quantité d'autres pour des Seigneurs Anglois
.
A fon retour , le Roi voulut bien s'informer des
Ouvrages qu'il avoit faits en Angleterre , & il reçut
de nouveaux ordres de S. M. de travailler à l'embelliffement
des Maifons Royales .
Quand il arrivoit à Verfailles quelques Animaux ,
Oifeaux
Gj
1190 MERCURE DE FRANCE
Oifeaux rares & finguliers pour la Ménagerie , le
feu Roi ne manquoit pas de les faire peindre auffitôt
par M. Defportes. Peu de jours avant la mort de
ce grand Prince , M. Defportes lui préſenta encore
un Tableau , repréſentant un Oiſeau du Perou , appellé
Goafalé. Si ce fameux Artiſte étoit eftimé &
confideré du feu Roi , il ne l'étoit pas moins de feu
M. le Duc d'Orléans , Régent ; tout le monde fçait
à quel point ce Prince aimoit & chériffoit les Beaux-
Arts , & furtout la Peinture . Il avoit ſouvent eû recours
aux Etudes & à la main de M. Defportes ,
pour les Animaux qui entroient dans l'ordonnance
des Tableaux de fa compofition ; il lui demanda trois
Tableaux de fa main pour fou Etude particuliere ,
qu'on voit encore au Palais Royal ; fçavoir , un de
Gibier en plume , un de Légumes , & un de viande
lardée.M. Delportes fit encore deux grandsTableaux,
compofés de Fruits , Vafes , Architecture & Animaux
, qu'on voit encore au Château de la Meure.
Il y a dans le Cabinet du Roi, à Verſailles , quatre
Chaffes en petit.
Deux grandes Chaffes de Cerf & de Sanglier ,
pour l'appartement du Roi ,au Château de Chantilly.
M. Delportes avoit auffi peint un grand nombre
de Tableaux pour le Duc d'Antin , qu'on peut voir
à Paris à l'Hôtel d'Antin , & au Château de Petitbourg
, près de Fontainebleau , dans l'appartement
du Roi.
Il fit vers ce tems - là plufieurs Deffeins coloriés
pour Paravans , Tapis & autres Meubles , lefquels
ont été exécutés à la Manufacture Royale des Tapis
de Turquie , à Chaillot , près Paris .
Il feroit difficile & prefque impoffible de donner
ici un détail de tous les Ouvrages qu'il a faits pour
differens Particuliers . Il avoit fait en 1708. entre
autres , de grandes Chaffes & d'autres Tableaux
pour
JUIN. 1743 . 1191
Four M. Hogguer , pour fa Maifon de Campagne
à Châtillon , proche de Paris ; pour M. Defmarets ,
Contrôleur Géneral ; pour Mrs de Berci & d'Onfembrai
, à Berci ; pour le Maréchal d'Uxelles
pour le Président de Bandol , à Aix en Provence ,
pour Mrs Paris , la Montagne , Duverney & Montmartel
; pour Mrs de Senozan & Bonnier de la
Moffon , pour M. Gluq , à ſon Château de Virginie .
On en voit dans ce dernier endroit un très - grand
nombre , entre autres , deux Chaffes , gravées en
Cuivre , par le Sr Joullain ; enfin il en a fait une
grande quantité pour differens Seigneurs Etrangers,
comme le Comte de Teffin , le Comte de Tobianſki,
Grand- Chambellan du Roi de Pologne , fans
compter ceux qui ont été envoyés à Munich ,
Vienne , à Turin , &c .
En 1735. on voulut renouveller aux Gobelins la
magnifique Tenture de Tapiflerie des Indes . M.
Delportes , qui avoit autrefois retouché les Origi
naux de Vénus , depuis hors d'état de fervir , fit par
Ordre du Roi & de M. Orry, Controlleur Géneral ,
huit grands Tableaux dans le même goût , mais
bien plus riches , mieux ordonnés , & d'une compofition
entierement nouvelle. Le Public , qui les a
vús expofés fucceffivement au Salon du Louvre , en
a admiré les beautés & l'exécution furprenante .
Pendant le cours de cet Ouvrage , il fit cinq Tableaux
pour le Roi, à Compiegne , repréfentant les
Portraits des plus beaux Chiens de la Meute du Roi .
Outre plufieurs gratifications accordées à M. Defportes
, le Roi dui donna en 1741. une Penfion de
800. livres fur le Tréfor Royal ; enfin S. M. fit pla
cer l'année derniere au Château de Choify , un
grand Tableau de M. Defportes , repréfentant un
Cerf aux abois , affailli de plufieurs Chiens , &
deux deffus de porte , al font repréſentés diffe-
G iiij rens
192 MERCURE DE FRANCE
rens Ofeaux rares & finguliers des Indes .
M. Defportes joüiffoit d'une fanté vigoureuſe
& fon Art faifoit tout fon plaifir . Parmi cette multitude
d'Ouvrages fi variés , il fembloit que les der.
niers alloient encore en augmentant . Malgré le
grand nombre d'Etudes qu'il avoit faites , il étudioit
& confultoit fans ceffe la Nature , qui lui fournifloit
toujours du nouveau ; il n'avoit point de
maniére & il diverfifioit la touche felon les differens
objets . Ses Tableaux fe font toujours maintenus ,
comme s'ils venoient d'être peints ; il peignoit fouvent
au premier coup , & il avoit l'art de fixer les
couleurs les plus changeantes. Perfonne n'a mieux,
entendu que lui les Couleurs locales , la Perſpective
aërienne , l'harmonie & l'effet du tout enſemble,
& en géneral on peut dire qu'une grande vérité ,
accompagnée d'un beau choix & d'une grande intelligence,
a toujours caractériſé tous fes Ouvrages .
Il étoit d'une taille très-avantageufe , grand &
bienfait ; il avoit l'air & les maniéres nobles , de
l'efprit & de l'enjouement, dans l'occaſion ; il étoit
modefte , charitable , aimant à rendre fervice ; ſes.
moeurs avoient toujours été pures , & fa probi:é
exacte , & même févere .
Le 15. Avril dernier,ayant été attaqué d'une fluxion
de poitrine , il mourut le zo. du même mois
âgé de 82. ans accomplis , dans le Logement que
le Roi lui avoit donné aux Galeries du Louvre
univerfellement regretté. Il laiffe un fils & une fille,
qui , avec leur mere , occuppent le même Logement.
Le fils a été reçû en 1723. à l'Académie
Royale de Peinture & Sculpture.
ESTAMPES NOUVELLES.
COURIER DE FLANDRES , Eftampe en large ,
Paylage ,
JUIN. 1743 1193
Payfage, & Vue d'une Place Frontiere, dédiée à M.
Toulon , Courier du Cabinet du Roi , par fon ferviteur
& fon ami , J. P. le Bas , Graveur du Roi ,
ruë de la Harpe , vis - à- vis la rue Percée , d'après
le Tableau original , par Both , d'Italie , ou jean
Affelin , du Cabinet du Chevalier de la Roque.
Nous fommes priés de propofer la Queſtion
fuivante .
:
Un homme aime éperdûment fa femme ; il fait.
qu'il en eft hai mortellement on demande lequel des
deux eft le plus à plaindre ou du mari ou de la femme .
AUX Amateurs de Mufique.
On grave actuellement la neuviéme Oeuvre ,
IV.Livre de M. le Clair, defiré depuis long- tems ,
mais qu'on ne pouvoit efpérer qu'au retour de
l'Auteur à Paris , où il eft nouvellement arrivé.
Elle contient douze Sonates à violon feul , & fe
diftribuera au commencement du mois d'Août prochain
, au prix de 15. livres.
On pourra en retenir néanmoins, feulement d'icau
mois de Juillet prochain , en payant 12. livres
par Exemplaire , de laquelle fomme on délivrera
une reconnoiffance . A Paris , chés l'Auteur ,
8. Benoit, au- deffus de la porte de l'Abbaye S. Germain
; la veuve Boivin , rue S. Honoré le Clerc ,
rue du Roulle .
rue
M. Chycoineau , Confeiller d'Etat , Premier Mé
decin du Roi , ayant vû la guérison d'un grand
Prélat , des Rougeurs , Dartres & Boutons qu'il
avoit fur le vifage depuis plus de huit ans , lequel
a fait à la Dame de Leftrade une penfion fa vie du
rant , & ayant apris d'ailleurs la guérifon de plu-
Leurs
1194 MERCURE DE FRANCE
fieurs autres Perfonnes confidérables , & qu'elle
traitoit ces Maladies depuis plus de 40. ans avec
fuccès & aplaudiffement , a bien voulu donner fon
Approbation pour débiter fes Remedes , pour l'utili
té & le foulagement du Public ; fçavoir , une Eau
qui guérit les Dartres vives & farineufes , Boutons,
Rougeurs , Taches de rouffeur & autres Maladies
de la Peau ; & un Baume blanc , en confiftance de
Pommade, qui ôte les cavités & les rougeurs après
Ja petite vérole ; les taches jaunes & le hâle , unit &
blanchit le teint . Ces Remedes fe gardent tant que
l'on veut , & peuvent fe tranfporter par-tout.
Les Bouteilles de cette Eau font de 2. 3. 4. & 6. livres
& au- deffus , felon la grandeur . Les Pots de
Baume blanc font de 3. livres 10. fols , & les demi
Pots d'une livre 15. fols .
Mad. de Leftrade , demeure à Paris , rue de la
Comédie Françoife , chés un Grainetier , au premier
Etage. Il y aune Affiche au- deffus de la Porte .
CHANSON.
LAA belle Eglé veut un Bouquet ;.
Volons à notre Jardinet ;
Courons auffi dans nos Prairies
Cueillir les fleurs les plus chéries.
La belle Eglé veut un Bouquet ;
Trop heureux celui qui lui fait !
*
Tâchons , Bergers , qu'il foit parfait,
Mais
1
YORK
PUBLIC LIBRARY.
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS.
NEW YORK
DRLIC LIBRARY.
ABTOR, LENOX AND
TALDEN FOUNDATIONS.
BIL
JUIN. 1195 17432
Mais n'y melons point de Muguet;
Le Muguet eft coquetterie ; .
La Bergere en eſt ennemic.
La belle Eglé , &c .
> Son tein , fans doute , effaceroit
L'éclat du Lys & de l'OEillet ,
Mais fi d'amour elle eft bleffée ;
Elle aimera mieux la Penſée .
La belle Eglé , & c.
*
Toi qui peins la fidélité ,
Barbeau , dont je fuis enchanté ,
Tu feras joint à l'Immortelle
Signe d'une ardeur éternelle.
La belle Eglé , &c..
*
Nous défirons tous en fecret
De l'attacher à fon corfet ;
Bergers , quelle erreur eft la nôtre
Un defir en amene un autre.
La belle Eglé , & c..
G. vj
VAUL
1198 MERCURE DE FRANCE
VAUDEVILLE du Divertiffement de
la petite Comédie de Zéneide .
Q
Uand la Beauté feule féduit ,
On s'aime un jour , puis on languit ;
L'Amour s'envole ; on ſe détefte ;
Mais quand le coeur çede aux talens
Au caractére , aux fentimens ,
Le tems feul fuit , & l'amour reſte .
Contre fes parens révolté ,
Damon , d'une Idole enchanté
Va prononcer un oùi funeſte ;
Mais les charmes qui l'ont féduit ,
Bien- tôt fe fanent ; l'amour fuit ,
Et
par
malheur la femme refte .
*
Quand le Parterre s'affoupit ,
La Piéce tombe ; l'Auteur fuit ;
L'envieux rit & l'Acteur pefte ;
Mais quand le Public applaudit ,
L'Auteur fe montre ; l'Acteur rit ,
L'envieux fuit ; la Piéce refte,
SPECJUI
N. 17433 1197
SPECTACLES.
EXTRAIT de la Comédie nouvelle de
l'Ile des Talens , Piéce en Vers đỡ en un
Acte , représentée fur le Théatre Italien
le 19. Mars dernier.
ACTEURS.
La Fée Urgandina ,
Faracardin , Génie ,
Damon ,
Léonore ,
Valére
Agathe ,'
,
Florine ,
Pafquin ,
Arlequin ,
la Dlle Biancolelli,
le Sr Balletti.
le Sr Lavau , Symph.
la Dlle Silvia.
le Sr Rochard.
la Dlle Deshayes?
la Dlle Sidonie:
Le Sr Deshayes.
le Sr Carling.
La Scene eft dans une Ile.
MR.Fagan,Au connoftre par d'autres
R Fagan , Auteur de cette Piéce , s'eſt
fouvent fait
qui lui ont attiré de juftes applaudiffemens
fur différens Théatres , tels que ceux de la
Comédie Françoife , de la Comédie Italienne
& de l'Opera Comique. Celle - ci a fait plaifir ,
au Public. Au reste on ne trouvera pas dans
cet Extrait , la Scéne des trois Meropes , qui
n'a été jouéc qu'à la premiére repréſentation .
Le1198
MERCURE DE FRANCE
Le Libraire en inftruit le Public par cet aver
tiffement : cette Scéne avoit été ajoûtée par un
autre Auteur , qui a quelque fois donné au Public
des Parodies & des Critiques qui lui ont
été agréables.
Dans la premiére Scéne , le Théatre repréfente
la Mer dans l'enfoncement , un Vaiffeau dématé.
L'Orquestre joue une Tempête.
L'Acteur qui repréfente le Génie , qui préfide
dans l'Ile des Talens , expofe le fujetde
la Piéce par ces Vers.
Je vois des Mortels indifcrets
S'avancer le long du rivage.
Echappés du nauffrage ,
Cet azile leur femble un féjour plein d'attraits
Ils ignorent de cer Empire
Quelle est la rigoureuſe loi.
Bien- tôt à leurs tranſports va fucceder l'effroi
Ils s'approchent je dois au plutôt en inftruire
La redoutable Fée, à qui dans ces climats
Tout obéit ; courons & volons fur ſes pas .
, Scéne II. Leonore , Valere Florine ?
Agathe , Damon , Arlequin , Pafquin. Ils
reftent aufond du Théatre. Arlequin feul s'avance
un peu plus.
?
Leonore exhorte fes compagnons & fes
compagnes à aller chercher un Temple
pour aller rendre graces aux Dieux , dont le
fecours
JUI N. 1743 1799
fecours les a fauvés du naufrage. Arlequin
Leur dit :
Allez , fi vous êtes preflés ,
Allez , allez toujours , car pour moi je demeure.
Scéne III. Arlequin après quelques Lazzis ;
contrefait les vagues & les flots ; où il fe fouvient
qu'il a mis à part dans fa Pacotille de
quoi fe raffraichir , mais à peine a t'il commencé
à manger que le Theatre s'obfcurcit ;
ce qui lui fait dire,
Qu'ai-je donc fur les yeux ?
Plaît-il? Oùfommes-nous ? quelle frayeur mortelle?
La nuit vient ; je me meurs , & tout mon fang fe gele
C'en eft fait.
de
tonnerre, il tombe : Au bruit d'un coup d
Dans la quatriéme Scéne la Fée dit à Arlequin
Reconnois , Mortel audacieux ,
Celle qui regne en ces Contrées ,
La Fée Urgandina , Reine des autres Fées ;
C'est moi , qui les forçant d'exercer leurs talens ,
Leur fais produire au jour cent chefs - d'oeuvres
brillans.
La Fée Urgandina annonce à Arlequin que
bientôt ceux qui font échappés du naufrage
avec lui , vont lui être préſentés , & que
celui
1200 MERCURE DE FRANCE
fui d'entre eux qui ne fe diftinguera pas par
quelque talent , fera puni. Arlequin tremble
pour lui tout le premier. Il expofe par quel
accident ils font dans cette Ifle , & raconte
à la Fée leur trifte avanture en ces termes :
Léonore , Valere & Damen & Florine ....
Pafquin , Agathe & moi , tous jeunes gens difpos,
Voici notre Hiftoire en deux mots.
Nous avons voulu prendre une route commune ,
Et nous avons vogué vers l'Ile de Paphos ,
Laiffant fur les côtés l'Ile de la Fortune .
En allant , Monfeigneur Neptune
A très - bien gouverné les Flots .
Mais au retour ce n'étoit que cahos.
Par une tempête importune
Tourmentés fort mal à propos ,
Nous avons crû devoir nous échapper des eaux ,
Et nous fommes venus, Madame, fur vos terres.
Mais pour des beaux Arts , des talens ,
Des chef- d'oeuvres , des dons brillans ,
Et femblables myſtéres ,
Si nous en poffedons , nous n'en poffedons gueres.
La Fée lui répond :
Il fuffit , en ce cas , il faut dans ce féjour
Qu'un Spectacle affreux fe prépare ;
Au traitement le plus barbare.
Vous ferez tous livrés avant la fin du jour.
Dans
JUI N. 1743. 1201
Scéne V. Le Génie la Fée , Arlequin .
Le Génie vient apprendre à la Fée , qu'il a
prononcé fes Décrets à la Troupe qui a fait
naufrage fur fes terres ; il lui dit qu'ils en ont
d'abord fremi , mais qu'ils fe font enfin raffurés
, & qu'ils fe flattent d'obtenir leur grace
en faveur de deux de leurs camarades , dont
l'un fçait un peu chanter , & l'autre jouë aflés
paffablement d'un Inftrument. La Fée répond
au Génie :
Mais n'avez vous pas dit qu'il faut que l'on excelle
Car dans tous mes Etats ›
Qui ne fçait acquérir une gloire immortelle
Eft femblable à celui qui rampe le plus bas .
Ce dernier Décret acheve d'ôter toute ef
perance à Arlequin , & lui fait dire en treme
blant :
Pour le coup, c'en eft fait ; quel malheur eft le mien!
Car... tout ce que je fçais , c'eft que je ne fçais rien.
Il ajoute en pleurant
O mon Pere & ma mere ,
Pourquoi ne m'avoir tien appris r
Une Fanfare annonce que l'épreuve des
talens va commencer.
Dans la feptiéme Scéne Valere chante .
Amour, fois moi favorable ;
Του
1202 MERCURE DE FRANCE
Toi feul , fais naître les talens ;
Amour , fois-moi favorable ;
Eleve , adouci mes accens.
Ton feu divin m'eſt ſecourable ;
Au fond de mon coeur je te fens.
Amour , &c.
Que l'on adore
Deux beaux yeux ,
Pa -tout on eft victorieux
Et ce fentiment fait éclore
Mille dons précieux.
Que l'on adore
'Deux beaux yeux ,
La voix s'anime & fe ranime encore ;
El fuffit , pour former des fons mélodieux ;
Que l'on adore
Deux beaux yeux.
Amour , &c.
Après cette premiére épreuve , Leonore
fait la feconde , & c'eft par un conte qu'elle
récite , qu'on n'inferera pas ici à caufe de fa
longueur .
Damon fe préfente pour faire connoître
fon talent pour les Inftrumens ; il commen.
ce par demander de l'indulgence , après quoi
il jouë un morceau nouveau , qui a pour Ti
tre l'Espérance. La Piéce caractérife à la fois
la crainte & l'efpérance , elle a été géneralement
applaudie.
JUI N. 1743 1203
Toutes les autres épreuves fe fuivent tour
à tour. Arlequin fe préfente enfin , & dit :
Je viens de raffembler mon art & ma fcience ,
J'avois grand tort d'avoir autant de défiance
Oui , Madame , il eft étonnant
Combien je fais fçavant ;
Je fuis furpris de ma propre abondance ;
Je fçais , regardez bien , je fçais mille lazzis.
Voyez-vous ? Je fçais faire auffi la capriole ;
Eft- elle bien ? Je ſçais répondre aux clis, clis , clis.
Il ne me manque que la parole.
La Fée ne peut s'empêcher de rire , & dit ?
Que répondre ? Allons donc, en ces derniers inftans
Qu'on me parle plus de fupplice ;
L'efprit & la gayté valent bien les Talens , & c .
Valere chante ces quatre Couplets du
Vaudeville .
Une fimple Bergere ,
Sans art fans ornemens ,
3
Dans fa taille légere ,
Dans fon humeur fincere ,
Fait voir mille agrémens ;.
Le premier des Talens
Eft le Talent de plaire.
*
Life
1204 MERCURE DE FRANCE
Life eft une étrangere ;
Ses difcours font charmans ;
Quoique la bouche altere
Tant foit peu la Grammaire ,
Ses tours font féduifans ;
Le premier des Talens ,
Eft le Talent de plaire .
Colin , tendre & fincere ;
M'offre des feux conftans ;
Comment être févere
Par une ardeur trop chere
Il enchante mes fens.
Le premier , &c.
Au Parterre
Les avis du Parterre
Sont toujours excellens ;
Indulgent , ou févere ,
Un goût certain éclaire
Ses divers jugemens ;
Le premier des Talens
Eft celui de vous plaire.
NOU
JUIN. 1743.
1205
Just 先sist siにstsもtubbsbat
NOUVELLES ETRANGERES,
TURQUIE.
N mande de Conftantinople , que le Grand
Seigneur n'ayant point voulu accepter les
dernieres propofitions d'accommodement , qui lui
ont été faites par Thamas Kouli- Kan , ce dernier
faifoit avancer vers les Frontiéres de Turquie l'armée
qui s'étoit aſſemblée dans la Province de Derbent
, & qu'on travailloit en Turquie à de grands
préparatifs de guerre , pour s'oppofer aux deffeins
de Thamas Kouli- Kan.
On a appris depuis qu'on y équipoit une nombreufe
Flotte qui étoit deftinée pour la Mer Noire
& qui feroit commandée par le Capitan Pacha ; que
le Grand Seigneur avoit auffi donné ordre d'affembler
une armée , qui marcheroit vers Bagdad fous
les ordres du Grand Vifir , pour s'opposer aux deífeins
de Thamas Kouli- Kan ; que ce Premier Miniftre
étant fort aimé du Peuple de Conftantinople ,
Sa Hautefle auroit defiré qu'il ne s'éloignât point
de cette Capitale , mais que fur les représentations
de fes Miniftres elle avoit confenti à ce qu'il commandât
les troupes ; qu'outre l'armée à la tête de
laquelle feroit le Grand Vifir , il y en auroit une
autre d'obſervation ,,
que commanderoit le prédeceffeur
de ce Premier Miniftre , & qu'en attendant
que ces deux armées fuffent affemblées , plufieurs
détachemens des troupes Ottomanes s'étoient
avancés vers les Frontières , pour reconnoître les
mouvemens des Perfans,
ALLIM AGNÉ
1206 MERCURE DE FRANCE
ALLEMAGNE.
Nimande de Straubingen du 19. du mois.
dernier,qu'onya appris par un courier arrivé
de Landshut , que le Comte de Seckendorf , fur
l'avis qu'il avoit reçû de la marche d'un Corps de
18000. Autrichiens , à la tête duquel étoit le Feldt-
Maréchal de Kevenhuller , avoit envoyé ordre à
un Corps de 4. à 5000. hommes des troupes
Imperiales , commandées par le Marquis Minutzi ,
de fe replier du côté de Braunaw , mais que le
Marquis Minutzi , n'ayant point reçû l'ordre du
Comte de Seckendorf , il avoit été surpris par les
ennemis ; que dès qu'il les avoit apperçus , il avoit
dépêché un Officier au Comte Gabrieli , qui étoit à
quelque diftance de lui avec un autre Corps de Bavarois
, pour l'avertir d'aller à fon fecours ; que les
deux Corps s'étoient joints effectivement, & que ces
6000. hommes avoient combattu pendant huit heu.
res avec une valeur extraordinaire, malgré la gran
de fupériorité des Autrichiens , mais qu'à la fin ils
avoient été obligés d'abandonner le champ de bataille
, après avoir perdu 900. hommes. Ils fe font
retirés à Lintz & à Braunaw , & la Cavalerie au
quartier du Comte de Seckendorf.
Un Lieutenant Colonel a offert de la conduire à
l'armée Impériale par un chemin détourné , & fa
propofition ayant été acceptée , il est heureuſement
venu à bout de fon entrepriſe . Le Feldt Maréchal
de Kevenhuller , qui n'a été informé de la retraite
de cette Cavalerie , que lorfqu'il n'étoit plus tems
de s'y oppofer , a détaché fes Huffards pour attaquer
l'arriere -garde , mais ils ne lui ont cauſé qu'un
léger dommage.
M. Phelippes , Lieutenant Géneral des armées de
S. M. T. C. lequel avoit fous fes ordres à Dingelfing
,
JUIN. 1743. 120
fing & aux environs , 14. Bataillons & 12. Efcadrons
, apprit le 16. après midi , que les Autrichiens
étoient en force à Frontenhaufen , & que le Prince
Charles de Lorraine ſe diſpoſoit à attaquer le lendemain
le pofte de Dingelfing . Ces avis firent pren
dre à M. Phelippes les précautions néceflaires pour
exécuter les ordres qu'il avoit reçûs du Maréchal
de Broglie . Il fit paffer pendant la nuit derriere
' Ifer les troupes qu'il commandoit ; il les mit en
bataille fur le bord de cette riviere, & il laiſſa dans
le pofte de Dingelfing , aux ordres du Marquis du
Chaftelet , Maréchal de Camp , plufieurs détachemens
, tirés des Régimens qui avoient paffé derriere
' Ifer.
Le 17. à la pointe du jour , on apperçût à la
hauteur du camp que les troupes Françoiles avoient
quitté un Corps d'Infanterie des ennemis , qui étoit
d'environ 9000. hommes , & qui s'avança avec fix
piéces de canon, pour attaquer Dingelfing . Le Marquis
du Chaftelet, qui avoit été chargé de défendre
ce pofte, dans lequel M. Phelippes avoit laiffé 1400 .
hommes & fept Compagnies de Grenadiers , fit fes
difpofitions pour foûtenir l'attaque des ennemis.
Elle commença par un feu d'artillerie & de mouf
queterie, qui dura pendant une heure, après laquelle
le Comte de Thaum , qui commandoit les troupes
Autrichiennes , fit fommer le Marquis du Chaſtelet
de fe rendre , mais ce Comte ayant reconnu par la
réponse qui fut faite à cette propofition , que le
Marquis du Chatelet étoit déterminé à fe détendre
jufqu'à la derniere extremité , il fit attaquer Dingelfing
de tous les côtés. Les François foutinrent
avec beaucoup de valeur les efforts des Autrichiens,
qui n'ayant dans leurs differentes attaques remporté
aucun avantage , mirent le feu aux faubourgs , &
jetterent des bombes, qui embraferent la Ville .
Les
1208 MERCURE DE FRANCE
Les ennemis ayant continué leur attaque avec la
plus grande vivacité , le Marquis du Chaſtelet fe détermina
pour lors à retirer de la Ville les troupes
qu'il commandoit , & il les fit paffer de l'autre côté
de l'ifer fur le Pont de Radeaux , qui avoit fervi la
nuit au paflage de l'Infanterie .
M. Phelippes s'avança avec les troupes qu'il avoit
´en bataille près de la riviere , & il favorifa la retraite
des troupes qui avoient défendu Dingelfing , & qui
à quatre heures du foir eurent entierement paflé
P'Ifer. Il fit enfuite travailler à couper le Pont de
Radeaux, & il y réüffit , malgré le feu des ennemis ,
lequel dura jufqu'à fept heures du foir , que les
troupes Françoiles fe font trouvées hors de la portée
du canon des Autrichiens , qui ont entierement
brûlé la Ville.
Le Prince de Conty , étant parti de Straubingen
fur la premiere nouvelle du projet formé par les
Autrichiens contre Dingelfing , arriva le 17. au foir
au camp des troupes Françoiſes , & il en partit le
18. au matin avec quatre Régimens , pour aller fecourir
Landaw , mais M. de Lutteaux avoit été
obligé d'abandonner ce pofte , auquel les Autrichiens
ont mis le feu , & il avoit , après la retraite,
@
rompu le Pont.
Le Maréchal de Broglie , qui s'étoit rendu auprès
de l'Empereur , pour avoir quelques conférences
avec S. M. I. retourna à Straubingen le 18. au foir,
& il a dû raffembler fes quartiers , pour s'approcher
de l'Ifer .
On mande de Prague , que le 11. du mois dernier
les Etats du Royaume avoient prêté ferment de fidelité
à la Reine de Hongrie ; que la cérémonie du
Couronnement de cette Princefle s'étoit faite le lendemain
avec beaucoup de magnificence , & que les
Magiftrats de la Ville avoient accordé à S. M. H.
un don gratuit de 100000. florins,
Од
JUIN. 1743. 1209
On a appris de Schardingen , que le Baron de
Stentz , qui commande les troupes de la Reine de
Hongrie dans le Tirol , avoit dépêché un courier au
Prince Charles de Lorraine , pour l'informer que
3000. Croates , qu'il avoit fait marcher fous les ordres
du Baron de Litwitz , pour pénétrer en
Baviere , y étoient entrés malgré la réſiſtance de
quelques troupes Impériales qui étoient po tées à
Rofenheim ; qu'un autre détachement de la même
Nation , commandé par le Lieutenant Colonel Raphaël,
avoit forcé le fabre à la main les retranchemens
de Kirnftein , & obligé un Régiment Bavarois ,
qui les occupoit , de les abandonner , & que le 5 .
du mois dernier , le Régiment de Vieux Konigseg
s'étoit emparé du Château de Marquarftein , fur la
Frontiere de l'Archevêché de Saltzbourg .
Selon les nouvelles de Francfort , il a été réfolu
le 10. du mois dernier dans le College des Princes ,
que l'Empire , les Puiffances qui font en guerre ,
vouloient accepter fa médiation , employeroit fes
bons offices pour rétablir la paix en Allemagne , &
qu'il continueroit d'obſerver une exacte neutralité
.
Le Maréchal de Noailles a fait fortifier la tête
du Pont que les François ont jetté près d'Oppenheim.
On a reçû avis de Prague , que le onze du mois
dernier la Reine de Hongrie s'étoit renduë à l'Hôtel
de Ville , où les Etats du Royaume avoient prêté
le ferment de fidelité ; que la cérémonie du Couronnement
de S. M. avoit été faite le lendemain.
dans l'Eglife Métropolitaine par l'Evêque Prince
d'Olmutz , aſſiſté des Evêques de Leutmeritz & de
Konig(gratz , & que pendant cette cérémonie il y
avoit cu plufieurs falves de l'artillerie des remparts
& de la Moufqueterie de plufieurs Régimens.
I. Vol. H On
1210 MERCURE DE FRANCE
On a arrêté en cette Ville quelques perſonnes acculées
d'être attachées aux interêts de l'Empereur.
On mande de Baviere , que les Autrichiens ayant
attaqué le 26. du mois dernier le pofte de Deckendorf
, les troupes Françoifes , qui occupoient ce
pofte , s'y font défendues jufqu'au 27. qu'elles ont
repaffé le Pont conftruit dans les environs , malgré
tous les efforts que les Autrichiens ont faits pour
leur couper la retraite.
On a appris en même tems , que le Maréchal de
Broglie étoit campé entre Straubingen & l'Ifer avec la
plus grande partie des troupes qui font fous fes or
dres , afin de tâcher de s'oppofer au deffein que les
Autrichiens paroifloient avoir d'y jetter un Pont.
Le feu a pris à un Hôpital que les François
avoient près de Deckendorf, & l'on n'a eû qué le
tems de fauver les malades .
On a fçû par des lettres de l'armée commandée
par le Prince Charles de Lorraine , que le Comte
de Hohenems , qui commande le Corps de troupes
employé au blocus de Braunaw , avoit fait jetter
une grande quantité de bombes & de boulets rou
ges dans cette Place , mais qu'il n'en avoit pas
encore entrepris le fiége dans les formes.
On mande de Vienne du 22. du mois dernier ,
que le 19. l'Impératrice Doüairiere affifta dans fa
Chapelle au Te Deum , qui y fat chanté à plufieurs
Choeurs de Mufique , en action de graces de l'avantage
remporté le 9. à Erblack fur le Corps de
troupes Impériales que commandoit le Marquis
Minutzi. Les prifonniers faits en cette occafion , à
l'exception du Marquis Minurzi , du Comte de
Preifing , & de 56. autres Officiers , qui ont été
transferés de Lintz à Wels , arriverent à Vienne le
même jour ſous l'eſcorte de cent hommes du Régiment
de Thungen , & le 21. on les fit embarquer ,
pour
JUIN. 1743 1211 .
pour les conduire en Hongrie. On a auffi amené à
Vienne les Officiers & les Soldats François qui ont
été faits prifonniers dans le pofte de Falkirken .
On a appris de Baviere , que les Impériaux ont
abandonné les poftes de Burghaufen , de Marcktel ,
d'Alt- Oëting , de New- Oëting , de Mihldorf & de
Wafferbourg , & que le Baron de Stentz , à la tête
d'un Corps confidérable de troupes de la Reine de
Hongrie , marchoit du côté de Munich .
Le 18. le Comte Luchefi a apporté les Drapeaux
& les Etendarts enlevés aux Impériaux dans
le Combat d'Erblack.
La Keine reçût le 21. de Baviere un courier ,
dont les dépêches marquoient que le 17. un Corps
de troupes Autrichiennes , commandé par le Comte
de Thaun , s'étoit rendu maître de Dingelfing &
le lendemain cette Princeffe apprit par un autre
courier , que les troupes Françoifes , qui étoient
dans Landaw fur l'Ifer , avoient abandonné ce pofte.
On mande de Worms , que plus de 40000 hommes
de l'armée Françoife , commandée par le Maréchal
de Noailles avoient palé le Rhin ; que
20000. s'étoient poftés le long du Neckre , & que
deux détachemens des mêmes troupes étoient entré
dans les Villes de Wimpfen & de Sin zeim.
Selon les mêmes avis , le Marquis de Segur ,
Lieutenant- General , s'eft mis en marche le 4. de
ce mois , pour le rendre dans le Haut- Palatinat
avec un Corps de troupes , détaché de ce les qui
font campées près d'Heidelberg fous les ordres du
Prince de Dombes.
Les nouvelles de Ratisbonne confirment que le
30. du mois dernier , le Comte de Saxe étoit arrivé
à Stat- Am Hoff avec une partie du Corps de
troupes qu'il commande ; que le refte de ce Corps
y étoit attendu le lendemain , & que le Comte de
Hij Saxe
212 MERCURE DE FRANCE
Saxe devoit continuer inceffamment la route , pour
aller joindre le Maréchal de Broglie.
On mande de Landshut , du 27. du mois dernier ,
que le Comte de Seckendorf , qui y étoit campé
avec l'armée Impériale qu'il commande , ayant été
averti que 400. Huflards des troupes de la Reine de
Hongrie étoient venus prendre pofte à Neumarckt ,
Bourg fitué à fix lieues de cette Ville , il détacha
le 25. 100. hommes d'Infanterie & 400. tant Dragons
que Huffards , pour les en chaffer.
Le 26. au matin , ce détachement attaqua les
ennemis , qui fur la nouvelle de fon approche s'étoient
mis en bataille , & avoient fait venir des
renforts de quelques- uns de leurs poftes les plus
voifins , & il combattit avec tant de valeur qu'ils
furent d'abord mis en défordre , mais les Autrichiens
s'étant ralliés , ils reprirent peu à peu l'avantage fur
les Bavarois , qui furent enfin obligés de fe retirer ,
& qui ont perdu en cette occafion 60. hommes. Le
Comte Ferrari , qui commandoit ces derniers , a été
fait prifonnier.
Les Déferteurs de l'armée ennemie confirment
que le Géneral Hohenems continue le blocus de
la Ville de Braunaw avec un Corps de 7000. hommes
, & que 1000. Waradins étoient postés fur la
rive gauche de l'Inn , à une lieuë de la Place .
On a été informé par les mêmes Déſerteurs
que le Prince de Saxe Hildburgshaufen , qui com
mande dans Braunaw , avoit fait une fortie , &
qu'ayant furpris un quartier des ennemis , il avoi
fait plufieurs prifonniers.
On mande de Ratisbonne du 12. de ce mois
que le Comte de Saxe ayant pris le parti de fe reti
rer de Stat-Am - Hoff , dès qu'il eut reconnu qu'il
ne pouvoit plus s'y foutenir contre le nombre de
troupes qui marchoit pour l'attaquer , il repafla d
l'autre
JUIN.
1743 1213
Pautre côté du Danube avec les troupes qu'il avoit
fous les ordres , & avec fon artillerie & fes munitions.
Le même jour , le Prince de Lobckowitz fit occu
per ce pofte par les troupes de la Reine de Hongrie
, & après avoir fait faire à ces troupes plufieurs
mouvemens differens , pour ne pas donner lieu de
connoî re l'endroit dans lequel il propofoit de pafler
le Danube , il le paffa le 5. vis à- vis de Polching .
Sur la nouvelle de cette marche des Autrichiens ,
le Maréchal de Broglie raffembla fous cette Ville
toutes les troupes Françoifes qu'il commande . Elles
en partirent le 9. pour aller à Saln ; elles camperent
le lendemain à Neuſtatt , & elles arriverent le
11.fous Ingolstadt , où elles fe joignirent aux troupes
de l'Empereur , que le Comte de Seckendorf y
amena auffitôt qu'il fut informé que le Prince
Charles de Lorraine avoit paflé l'lſer avec ſon
armée.
2
On a appris de Donawert , qu'on y attendoit la
14. le Corps de troupes que le Maréchal de Noail
les a détaché de l'armée qu'il commande , pour le
faire paffer en Baviere fous les ordres du Marquis de
Segur , Lieutenant - General.
Suivant les dernieres lettres de Munich , l'Em,
pereur en eft parti , pour ſe rendre à Ausbourg.
O
ESPAGNE.
N mande de Madrid du 14. du mois dernier
que l'Intendant de Marine de Bilbao a fait
fçavoir au Roi , que le 3. le Vaiffeau Anglois le
Guillaume & Marie , chargé de fel & de 1200 .
piéces d'étoffes de differentes eſpèces , y avoit été
conduit par Don Auguftin de Samanos qui commande
une Barque armée en courſe.
Hiij
>
L'Inten
1214 MERCURE DE FRANCE
L'Intendant de Guipufcoa a mandé à S. M. que
les Armateurs de Saint Sebaftien s'étoient emparés
des Vailleaux l'Heureufe Marie , le Goldenflecht ,
la Perdrix de Londres , les deux Freres , le Malchon ,
le Prince d'Orange , l'Elizabeth , la Marie , les trois
Freres , l'Amitié , le Neptune , la Sainte Cecile , éga
la Virginie.
Le Vaifleau le Galley , a été pris par les Eſpagnols.
Ils fe font auffi emparés du Vaiffeau l'Anne &
Marie, commandé par le Capitaine Reed , d'une
Felouque qui alloit à Philadelphie , & de quelques
autres Bâtimens & ils les ont conduits à Saint
Sebaſtien.
>
Le Roi a été informé par des lettres de l'Intendant
de Marine de Cadix , que le 21 le 25. le 26. & le
30. du mois d'Avril dernier , les Armateurs Barthelemi
Noguerra , Sebaftien Carvallo , Barthelemi
Cortes & Jofeph Benzal , avoient pris dans le Détroit
de Gibraltar , & conduit au Port d'Algeciras
les Vaiffeaux Anglois l'Anne Betis , le Brogdon , le
Friton , & la Catherine de Waterford .
Le fecond de ces Armateurs , aidé de l'Armateur
Michel Gilabert , s'eft emparé d'un autre Bâtiment
Anglois , & le Pacquetbot le Harry de Bristol , de la
même Nation , commandé par le Capitaine Jofué
Naylor , a été enlevé par l'Armateur Sebaftien de .
Morales , à la hauteur de Malaga.
L'Intendant de Marine de Cadix a mandé au
Roi , que le 13 du mois dernier l'Armateur. Don
Barthelemi Romero y avoit conduit la Frégate Angloife
le S. Jofeph , chargée de bled , dont il s'étoit
emparé à l'embouchure de la Riviere de Tanger .
Les lettres de l'Intendant de Marine de Malaga
marquent qu'un Vaiffeau de la même Nation ,
nommé la Tour de Londres , & qui étoit équipé en
guerre & en marchandiſe , avoit été pris le même
jour
JUIN.
1215 1743 .
jour ſur la Côte d'Afrique par l'Armateur Sebaſtien
de Morales , & que la charge de ce Bâtiment , dont
la principale partie confiftoit en foye , étoit eftimée
25000. Piaftres .
•
L'Armateur Sebaftien de Morales , quelques
jours après s'être rendu maître de ce Vaiffeau
avoit été attaqué par un Armateur de Minorque ,
qui avoit 140. hommes d'équipage , mais après
un combat de quatre heures il l'obligea de prendre
la fuite , & il arriva à Malaga avec la prife , malgré
le feu de l'artillerie de trois Frégates Angloifes
qu'il avoit rencontrées à la hauteur de ce
Port .
On a appris de S. Domingue , que l'Eſcadre Angloife
, qui a tenté une defcente fur la Côte des
Carracques , n'avoit point réuffi dans fon entreprife
; que plufieurs Vaiffeaux de cette Efcadre
avoient été tellement endommagés , qu'ils n'avoient
pâ retourner à la Jamaïque avec les autres Bâtimens
dont elle étoit compofée , & qu'ils avoient
rélâché à Caraçao , où ils n'étoient arrivés qu'avec
beaucoup de difficulté .
Les Efpagnols fe font rendus maîtres des Vaif
feaux Anglois la Beauté , le Triton , l'Anne & Bets
ty , le Nelly & la Catherine.
O
GENES ET ISLE DE CORSE.
Na appris de Genes du 15. du mois dernier ,
que quoique la Ducheffe de Modène ait réfo
lu de garder l'incognito pendant le féjour qu'elle fera
en cette Ville , on y fait de grands préparatifs pour
La réception .
Les lettres reçûës de l'Ile de Corſe , ne contien
nent aucune nouvelle digne d'attention , & elles
marquent feulement que les Rebelles , qui font
Hiiij
actuelle
1216 MERCURE DE FRANCE
actuellement maîtres de la plus grande partie du
plat Pays , paroiffent déterminés à ne rien entreprendre
, jufqu'à ce qu'ils fçachent , s'ils peuvent
efperer que la République leur accorde leurs prin.
cipales demandes.
Les Rebelles perfiftent dans la réſolution de ne
rien entreprendre jufqu'à l'arrivée de M. Giufti.
niani , & leurs Chefs voulant traiter directement
avec ce Commiffaire Géneral , prennent des méfures
, pour empêcher que quelque Emiffaire fecret
de la République ne s'introduife dans les Piéves de
leur parti.
L'opinion génerale eft qu'ils ont deffein de ne fe
foumettre que conditionnellement , & qu'ils nefs'engageront
à demeurer dans l'obéiffance , qu'autant
que le Gouvernement leur tiendra les promeffes
qu'ils en auront exigées .
On mande de Rimini , que le Duc de Modène y
eft arrivé le 9. du mois dernier , & qu'il a pris le
commandement des troupes Eſpagnoles , qui étoient
fous les ordres du Comte de Gages ; que la Régence
de Tofcane a envoyé M. Rinuccini à Perouze
, pour y complimenter la Ducheffe de Modène
, qui partit le 6. de Rimini , pour aller à
Lorette.
La Ducheffe de Modène arriva à Genes le 22 .
du mois dernier , & quelques heures après il s'éleva
un vent extrémement violent , qui auroit pû l'expofer
à quelque danger , fi elle eut été plus longtems
en Mer . Cette Princeffe garde à Genes l'incognito
, & elle n'a pas même voulu recevoir le falut
de la Galére qui l'a conduite en cette Ville .
On mande de Lombardie que l'armée Efpagnole
qui a été renforcée de 2000. hommes , fournis
par le Duc de Modène , a quitté les environs
de Rimini , & qu'elle marche vers le Ferrarois..
Le
JUIN. 1743 1217
' a
Le Comte de Traun , après avoir envoyé à
Mantoue la plus grande partie des équipages des
troupes Autrichiennes , qui font fous fes ordres
paffé le Panaro , & ayant établi fon quarrier géneral
à Caftel Franco , il a fait avancer un détachement
de 1200. Croates à Caftel San- Giovanni dans
le Bolonois .
Les troupes Piémontoifes font reftées dans les
Duchés de Parme & de Plaifance , & elles ne font
aucunes difpofitions qui donnent lieu de croire qu'el
les fe préparent à aller joindre le Comte de Traun.
GRANDE - BRETAGNE.
ON mandede Londres du 30 du mois dernier
que les lettres de Nantes marquent qu'on y
avoit appris par un Vaiffeau arrivé de S. Domingue,
que le Chef d'Efcadre Knowles , qui avoit fait voile
de la Jamaïque avec douze Vaiffeaux de guerre ,
pour tenter une entrepriſe contre les Carraques
ayant fait une defcente fur la Côte , avoit été repoufflé
par les Efpagnols , & qu'il avoit été obligé
de fe rembarquer précipitamment , après avoir fait
une perte confidérable ; qu'il n'étoit retourné à la
Jamaïque qu'avec fept de fes Vaiffeaux , & que les
cinq autres avoient été tellement maltraités par le
canon des ennemis , qu'ils avoient relâché à
Caraçao , où ils avoient et beaucoup de peine à
arriver.
Le Vaiffeau de guerre le Levrier , commandé par
le Capitaine Carteret , ayant rencontré dans la
Manche un Armateur Efpagnol P'a obligé d'amener
& il s'en eft rendu maître. Cet Armateur croifoi,
depuis long- tems dans la Manche , & il avoit fait
plufieurs prifes dans les environs de Beachy & de
Ile de Wight. Une partie de fon équipage ayant
HY deferté
218 MERCURE DE FRANCE
deferté en differentes occafions , fon Bâtiment , qui
étoit de quatre canons & de huit pierriers , n'avoir
plus à bord que vingt hommes , lorfqu'il est tombé
entre les mains du Capitaine Carteret.
Le Vaiffeau le Rupert , & un autre Vaiffeau de
guerre ont enlevé feize Bâtimens , qu'ils ont rencontrés
en differens endroits fur les Côtes d'Efpagne
& de Portugal .
Le 12. de ce mois , M. de Buffy , chargé des affaires
du Roi de France auprès du Roi de la Grande
Bretagne , partit pour fe rendre à Paris.
HOLLANDE ET PAYS- BAS.
N mande de la Haye du 24. du mois dernier,
que le 17. les Etats Géneraux prirent la réfolution
d'accorder à la Reine de Hongrie le fecours
de 20000. hommes , qui leur a été demandé par
cette Princeffe .
Il arriva le 19. de Prague un courier extraordinaire
, par lequel le Baron de Befchach a reçû avis ,
que le 9 il y avoit eû à Erblach en Baviere , entre
6000. hommes des troupes Impériales & la plus
grande partie de l'armée de la Reine de Hongrie
une action très-vive , dans laquelle les Autrichiens
avoient remporté l'avantage.
La Relation que le Comte de Sintzheim a reçûë
de cette action par un courier qui lui a été dépêché
de Munich , differe de celle que le Baron de Ref
chach a communiquée aux Etats Géneraux , & elle
aflûre que la perte des Impériaux n'eft pas auffi
confidérable que le prétendent les Autrichiens.
On apprend de Bruxelles du 25. du mois dernier,
qué le Comte de Konigleg Erps , Gouverneur des
Pays- Ba par interim , fe rendit le 23. en grand corége
à l'Eglife Collégiale de S. Michel & de Sainte
Gudule,
>
JUIN 1743. 1219
Gudule , & qu'il y entendit la Grande Meffe , célebrée
pontificalement par l'Abbé du Bucq , Doyen
de cette Eglife , & le Te Deum , qui fut chanté à
plufieurs Choeurs de Mufique , au bruit d'une triple
falve d'artillerie des remparts de cette Ville , en action
de graces de l'avantage remporté par les troupes
de la Reine de Hongrie fur le Corps de troupes
Impériales , commandé par le Marquis Minutzi .
On mande de la Haye du 17. de ce mois , que
les Députés des Etats de Zelande ont donné leur
confentement pour la marche des 20000. hommes
que la Reine de Hongrie a demandé à la Républi
que des Provinces - Unies.
de ce
On a appris du Camp de Geraw du 12 .
mois , que l'armée commandée par le Comte de
Stairs , compofée des troupes Angloifes ; Hanoveriennes
& Autrichiennes , ayant marché par divifions
, & s'étant raffemblee fur les bords du Mein ,
elle s'y eft arrêtée jufqu'au 4. de ce mois , que le
Comte de Stairs fit paffer cette riviere aux troupes
Angloifes & celles de Hanover fur trois Ponts .
Les troupes de la Reine de Hongrie ne paſſerent
le Mein que le 9. & elles envoyerent le même jour
reconnoître le Grand Geraw & Trebur.
Le détachement des troupes Françoifes , deftiné à
paffer en Baviere, partit le 4. de Wimphen , pour fe
rendre à Donawert , & le même jour le Corps de
Troupes , qui étoit fur le Néckre fous les ordres du
Prince de Dombes , & dont ce détachement a été
tiré , fe mit en marche pour joindre l'armée:
Le Maréchal de Noailles , informé des difpofi-.
tions faites par le Comte de Stairs pour faire paffer
Je Mein à fon armée , commença le 4. à faire paffer
le Rhin aux troupes Françoifes à Rhindurckeim
qui eft à une lieue & demie au- deffus de Worms
& le feul endroit où l'on pouvoit établir un Pont.
H vj Le
?
>
220 MERCURE DE FRANCE
Le Maréchal de Noailles ayant fait fortifier la tête
de ce Pont , il y laiffa les Bataillons Suiffes qui
étoient dans l'armée ; il marcha par Northeim avec
les troupes qu'il commande , & le 6. il arriva à
Lorch , où la Maiſon du Roi , cinq Eſcadrons du
Régiment Royal des Carabiniers , les troupes qui
campoient fur le Haut Neckre , & l'artillerie , airiverent
le même jour.
Le 9. l'armée du Roi alla camper à Phungſtatt ;
elle y féjourna le 1o. & elle y fut jointe par dix
Bataillons & cinq Efcadrons , & par les troupes que
M. de Berchiny avoit fous fes ordres près d'Oppeinheim
.
Le 11. le Maréchal de Noailles alla camper à
Geraw , qu'il avoit reconnu la veille , & où il avoir
envoyé M. de Berchini , pour s'en emparer ; il apprit
, en y arrivant , que le Comte de Stairs , dont
l'armée étoit reftée la veille en bataille pendant tout
le jour , avoit fait jetter un quatriéme Pont fur le
Mein , & avoit fait repaffer cette riviere pendant la
nuit à toutes les troupes qu'il commande. Le Maréchal
de Noailles s'avança avec un détachement de
Cavalerie fur les bords du Mein , où il examina le
Camp que le Comte de Stairs avoit occupé la veille ,
& après avoir reconnu la pofition des Alliés du côté
de Hocfeht & d'Oeireffel , il retourna à Geraw , où il
eft à portée d'obſerver ies mouvemens du Comte de
Stairs, auquel il a renvoyé quelques Officiers, quelques
Soldats & des femmes, qui ont été trouvés
dans fon Camp.
WORTS
JUIN. 17431 1221
******************* 米米米
MORTS DES PAYS ETRANGERS.
F
Rançois-Antoine Fini , Néapolitain , Cardinal
Prêtre , depuis 1726. de la Création du Pape
Benoît XIII . mourut à Rome le 4. Avril , âgé de
74 ans , 10. mois & 29. jours.
Charles Frederic Duc de Saxe- Meinungen , mourut
le 18. âgé de 30. ans & 9. mois. Il étoit fils
d'Erneft- Louis , Duc de Saxe Meinungen , Chevalier
de l'Aigle Noire , Grand- Maître de l'Artillerie
de l'Empire & de l'Empereur , mort le 24. Novembre
1724. & de Dorothée- Marie de Saxe Gotha, fa
premiere femme , mariée le 19. Septembre 1704 .
& morte le 18. Avril 1713. Voyez pour l'état de
toutes les Branches de la Maiſon Electorale de Saxe ,
les Souverains du Monde , Vol .
2. fol. 27: & les
Tables Génealogiques d'Hubners.
Victor-Amé-Louis Ferrero de Fiefque , Prince de
Mafferan , Chevalier de la Toifon d'or , & de celuide
S. Janvier , Grand d'Efpagne de la premiére
Claffe , Gentilhomme de la Chambre du Roi , Capitaine
Géneral des Armées de S. M. Capitaine de
la Compagnie Italienne des Gardes du Corps , cidevant
Commandant de la Compagnie Royale des
Hallebardiers de la Garde du Roi , & Colonel de
Régiment de Cavalerie de la Reine , mourut à Madrid
le 20. âgé de 55. ans . Il étoit fils de Charles
Ferrero de Fiefque , Prince de Mafferan , Chevalier
de l'Annonciade , fait Grand d'Espagne de la
premiére Clafſe en 1712. mort en 1720, & de Chrif
tine de Savoye , fille naturelle du Duc Charles
Emanuel II. Le Prince de Mafferan qui vient de
mourir , avoit épousé en 1712. Jeanne - Irene Ca →
raccioli de San-Bueno , morte en 1721. & il en a
taillé
1222 MERCURE DE FRANCE
laiffé , entre autres enfans , Victor-Amé- Philippe
Ferrero de Fiefque , Prince de Mafleran , Marquis
de Crevecoeur , Grand d'Espagne de la premiére
Claffe , marié depuis le 29. Octobre 1737. avec
N..... de Rohan Montbazon . Voyez pour la Gé.
néalogie de la Maifon de Ferrero , l'Hiftoire des
Maifons Souveraines , Volume d'Italie , fol . 174.
FRANCE ,
NOUVELLES DE LA COUR , DE PARIS , &C.
E 14. du mois dernier , les Députés des Etats de
préfentés par le Duc de S. Aignan , Gouverneur de
la Province , & par le Comte de S. Florentin , Sécretaire
d'Etat , & conduits en la manière accoûtumée
par le Marquis de Dreux , Grand- Maître des Cérémonies.
La Députation étoit compofée , pour le
Clergé , de l'Evêque de Châlon fur Saone , qui
porta la parole ; du Comte de la Guiche , pour la
Nobleffe , & du Maire de la Ville de Châlon , Dé‹
puté du Tiers - Etat. Ces Députés eurent enfuite
audience de la Reine , de Monfeigneur le Dauphin
& de Mefdames de France.
Le Pere de Lignieres , de la Compagnie de Jefus,
Confeffeur du Roi , ayant demandé, à cauſe de ſon
grand âge , la permiffion de fe retirer , le Pere Peuffeu
, de la même Compagnie , a été nommé
pour le remplacer.
Le Roi a nommé Intendant de la Géneralité de
Tours 2
JUIN.
1223 1743
•
Tours , M. de Lucé , Maître des Requêtes .
Le 1. de ce mois , veille de la Fête de la Pente→
côte , la Reine accompagnée de Monfeigneur le
Dauphin & de Madame , entendit dans la Chapelle
du Château de Versailles les Vêpres , qui furent
chantées par la Mufique.
Le 2. jour de la Fête , les Chevaliers , Comman
deurs & Officiers de l'Ordre du S. Efprit , s'étant
affemblés dans le Cabinet du Roi vers les onze heures
du matin , S. M. tint un Chapitre , dans lequel
les preuves du Duc de Briffac , du Duc de Luxembourg
, du Duc de Boufflers , du Duc de Biron , du
Comte de la Mothe-Houdancourt , du Marquis de
Gaffion , du Comte de Lautrec , & du Comte de
Coigny , propofés le 2. Fevrier dernier pour être
Chevaliers , furent admifes. Le Chapitre étant fini ,
le Marquis de Gaffion fut introduit dans le Cabinet
de S. M. & il fut reçû Chevalier de l'Ordre de S.
Michel . Le Roi fortit enfuite de fon Cabinet , pour
fe rendre à la Chapelle . S. M. étoit précedée de
Monfeigneur le Dauphin , du Duc d'Orleans ,
du Comte de Charolois , & des Chevaliers , Commandeurs
& Officiers de l'Ordre , & le Marquis de
Gaffion , en habit de Novice , marchoit entre les
Chevaliers & les Officiers . Lorfque le Roi eut entendu
la grande Meffe , qui fut célébrée par l'Abbé
Broffeau , Chapelain Ordinaire de la Chapelle de
Mufique , S. M. monta à fon Trône , où le Marquis
de Gaffion fut reçû Chevalier avec les cérémonies
accoûtumées , ayant pour Parains le Marquis
de Goësbriant & le Comte de Matignon . La Reine
& Mefdames entendirent la grande Meffe dans la
Tribune.
L'après midi , leurs Majeftés , accompagnées de
Monfeigneur le Dauphin & de Mefdames , entendirene
1224 MERCURE DE FRANCE:
dirent le Sermon de Dom Hermant , Feuillant , &
enfuite les Vêpres , qui furent chantées la
par
Mufique.
Après les Vêpres , Madame Adélaïde réçût le
Sacrement de Confirmation par les mains du Cardinal
de Rohan , Grand Aumônier de France.
Le 6. Monfeigneur le Dauphin , accompagné du
Duc de Châtillon , fon Gouverneur , & de fes principaux
Officiers , vint à Paris , pour entendre la
Meffe dans l'Eglife Métropolitaine. Il fut falué à
fon arrivée , & en partant , par le canon du Châ
teau de la Baſtille , par celui de l'Hôtel Royal des
Invalides & par celui de la Ville . Ce Prince trouva
à l'entrée du Quai , qui regne le long du Jardin du
Palais des Tuilleries , le Corps de Ville qui lui rendit
fes refpects , étant préfenté par le Duc de Gefvres,
Gouverneur de Paris , & M. de Vaſtan , Prévôt
des Marchands , portant la parole. Monfeigneur le
Dauphin arriva vers les onze heures à la porte de
l'Eglife Métropolitaine , où les Gardes Françoifes
& Suiffes étoient en haye & fous les armes , les
Officiers à leur tête. L'Archevêque de Paris , revêtu
de fes habits pontificaux & à la tête des Chanoines ,
reçût ce Prince à la porte de l'Eglife ; il le complimenta
, & il le conduifit enfuite dans le Choeur.
Après que Monfeigneur le Dauphin y eut fait fa
priere , il alla à la Chapelle de la Vierge , & il y
entendit la Meffe qui fut dite par un Chapelain du
Roi. Monfeigneur le Dauphin , en fortant de l'Eglife
, fut reconduit avec les cérémonies qui avoient
été obfervées à fon arrivée , & après être monté
fur une des Tours de l'Eglife , il alla dîner au Château
de la Muette , d'où il revint l'après midi fe
promener dans le Cours de la Reine & dans le Jardin
du Palais des Tuilleries . Les ruës , par lefquelits
JUIN. 1743. 1225
les Monfeigneur le Dauphin a paffé , étoient remplies
d'un concours extraordinaire du peuple , dont
les acclamations continuelles marquoient fes fentimens
pour ce Prince , & la joye que fa préſence lui
caufoit.
Le 8. Madame Adelaide de France , accompagnée
de la Ducheffe de Tallard , Gouvernante des
Enfans de France , fe rendit à l'Eglite de la Paroiffe du
Château de Versailles , & elle fit fa premiere Communion
par les mains de l'Evêque de Soiffons , premier
Aumônier de S. M.
>
Adgy Aly Aga & Mehemet Aga , Députés du
Bey de Tunis , & qui ont été envoyés en France à
P'occafion du dernier Traité de Paix figné au nom
du Roi avec le Bey par M de Maffiac , Capitaine
de Vailleau furent préfentés à S. M.
par le Comte de Maurepas , Miniftre & Sécrétaire
d'Etat , ayant le Département de la Marine
Ces Députés eurent l'honneur de remettre au Roi
une lettre du Bey , par laquelle il remercie S. M.
de la Paix qu'elle a bien voulu accorder à la Répu
blique de Tunis , & fupplie le Roi d'accepter huit
chevaux qu'il a chargé ces Députés de lui préfenter.
On a reçu avis de Naples , que la Reine des
deux Siciles étoit accouchée heureufement d'une
Princeffe .
le Le 13. de ce mois , Fête du S. Sacrement ,
Roi & la Reine , accompagnés de Monfeigneur le
Dauphin fe rendirent à l'Eglife de la Paroiffe du
Château de Versailles , où leurs Majeftés entendirent
7226 MERCURE DE FRANCE
!
rent la grande Meffe , après avoir affifté à la Proceffion
, laquelle fuivant la coûtume allà à la Chapeile
du Château. Mefdames de France virent paffer
la Proceffion de l'appartement du Comte de
Clermont .
Le même jour , le Roi & la Reine , accompagnés
de Monfeigneur le Dauphin & de Mefdames
de France , entendirent dans la Chapelle du Château
de Versailles les Vêpres , & le foir leurs Majeftés
affifterent au Salut .
Le 20. jour de l'Octave , le Roi & la Reine ,
accompagnés de Monfeigneur le Dauphin , fe rendirent
à l'Eglife de la Paroifle du Château , &
leurs Majeftés , après avoir affifté à la Proceffion ,
entendirent la Grande Meffe.
Le 16. la Reine communia par les mains de
l'Abbé de Fleury , fon premier Aumônier.
Le Roi prit le deuil le 26. au matin pour
de la Ducheffe Douairiere de Bourbon.
la mort
Le Chapitre Géneral de l'Ordre des Feuillans ;
affemblé dans l'Abbaye de Saint Mefmin près de la
Ville d'Orleans , à élû le 10. du mois dernier , pour
Géneral de cet Ordre , Dom Claude Boyer , lequel
eft frere de l'ancien Evêque de Mirepoix.
BENEFICES DONNE'S.
L'Abbaye de Chazeaux , Ordre de S. Benoît ,
Diocèfe de Lyon , vacante par le décès de la Dame
de Beaumont , à la Dame Marie-Anne de S. Auguftin
de Batheon de Veftrieu .
L'Abbaye de Nôtre- Dame des Ifles à Auxerre ,
Ordre de Citeaux , vacante par le décès de la Dame
JUIN. 1743: 1227
le Duc , à la Dame Viart de Pimelle , Religieufe
Urfuline du Convent de Tonnerre .
Le Prieuré Commandataire Conventuel & Electif
de Saulfeure , Ordre de S. Auguftin , Diocèſe
de Rouen , vacant par le décès de M. de Bonnedame
, à M. de Mange.
Le Prieuré de la Magdelaine de Velly , Diocèse
de Rouen , dépendant de l'Abbaye de Marmoutiers
, unie à l'Archevêché de Tours , vacant par la
démiffion pure & fimple de M. de Meuze , à M. de
Meneffaire de Fuffey , Prêtre du Diocèse d'Autun .
L'Abbaye de Nogent fous Coucy , Ordre de S.
Benoît , Diocèfe de Laon , vacante par le décès de
M. de S. Giry de Magnas , à M. de Montazet , Aumônier
du Roi.
Celle de S. Quentin , en l'Ifle , Ordre de S. Benoît
, Diocèle de Noyon , vacante par le décès de
M. Bignon , à M. de Boulainvilliers Prêtre , Chancelier
de l'Eglife Cathédrale de Verdun .
Celle de Thiron , Ordre de S. Benoît , Diocèfe
de Chartres , vacante par le décès de M. Caftel de
S. Pierre , à M. de Malherbe , Vicaire Géneral de
Rouen .
Celle de Greftain , Ordre de S. Benoît , Diocèfe
de Lizieux , vacante par la démiffion de M. de Malherbe
, à M. de Renty.
Celle de S. Sauveur le Vicomte , Ordre de S.
Benoît , Diocèle de Coutance , vacante par la démiffion
de M. de Rohan -Chabot , à M. du Ques➡
noy , Vicaire Général de Coutance .
Celle de Thorigny , Ordre de Citaux , Diocèle
de Bayeux , vacante par la démiffion de M. du
Quefnoy , à M. de Suzy , Prêtre , Chanoine de
Láon .
Celle de Lannoy , Ordre de Cîtaux , Diocèle de
Beauvais
Y228 MERCURE DE FRANCE
Beauvais , vacante par le décès de M. Bernay de
Farancourt , à M. de la Ruë de Lannoy , Vicaire
Géneral de Laon .
Celle de Belleval , Ordre de Premontré Réformé ,
Diocèfe de Rheims , vacante par le décès de M.
Thouvenin , à M. Hillerin , Vifiteur General des
Carmélites.
Celle de Mafgarnier , Ordre de S. Benoît , Diocèfe
de Toulouſe , vacante par le décès de M. de
Sorbe , à M. de Caftellane -Majaẞtre , Chanoine de
Riez.
Le Prieuré de Sainte Marie de Fontaine Gehard ,
Diocèſe du Mans , dépendant de l'Abbaye de Marmoutiers
, unie à l'Archevêché de Tours , vacant
par le décès de M. de S. Pé , à M. de Maizieres ,
Prêtre du Diocèle de Bezançon .
La Prévôté de l'Eglife Collégiale de S. Amé de
Douay , à M. l'Abbé Taifne.
Le Roi a donné le Gouvernement de S. Venant
en Artois , vacant par la mort de feu M. de la Billarderie
, fon fils aîné , Exempt des Gardes du
Corps.
S. M. a donné l'agrément du Régiment d'Infanterie
dont le feu Comte de Marfan Lorraine
étoit Colonel , au Marquis de Bouzols , de la Maifon
de Montaigu , Colonel de celui de la Fere ,
depuis 1734.
Celui du Régiment , dont le Marquis d'Ouroy ,
( du nom de Grivel , ) étoit Colonel , & vacant
par fa démiffion , au Comte de Stainville , de la
Maifon de Choiseul.
Celui du Régiment de la Fere au Marquis de Fenelon
, ( de la Maifon de Salignac , ) Guidon de la
Compagnie des Gendarmes de Berry.
Celui
JUIN. 1743. 1229
Celui du Régiment d'Aunis , dont le Chevalier
de Brancas étoit Colonel , & vacant par fa démiffion,
au Comte de Chaftelux , fils du Comte de Chaf-
Lelux , Lieutenant - Géneral des Armées du Roi ,
dont nous avons anuoncé la mort au mois de Juin
1742.
Celui du Régiment de Dragons d'Harcourt , vacant
par la Promotion du Comte de Harcourt , au
Grade de Maréchal de Camp , au Comte de Lillebonne
Harcourt- Beuvron , fon neveu .
Le Marquis , de Maulevrier ( Colbert ) Capitaine
dans le Régiment de Piedmont , a été nommé
Guidon de la Compagnie des Gendarmes de
Berry.
Le Roi a nommé Maréchaux de Camp le Comte
d'Harcourt , Meftre de Camp d'un Régiment de
Dragons de 1728. & Brigadier du 1. Janvier 1740 .
Il eft frere puîné du Duc d'Harcourt , Lieutenant-
Géneral des Armées du Roi , & Capitaine des Gardes
du Corps .
Le Duc d'Aumont , Meftre de Camp d'un Régiment
de Cavalerie de 1728. & Brigadier du 1. Jan.
vier 1740.
Le Duc d'Ayen , Meftre de Camp du Régiment
de Noailles Cavalerie de 1730. & Brigadier du 1 .
Janvier 1740. fils aîné de M. le Maréchal Duc de
Noailles.
Le Prince de Soubife , Capitaine Lieutenant des
Gendarmes de la Garde du Roi , du II. Novembre
1734. & Brigadier du 15. Mars 1740. Il est petit
fils du Prince de Rohan.
Le Duc de Picquigny , Capitaine- Lieutenant des
Chevau -Legers de la Garde du Roi , du 19. Fevrier
1735. & Brigadier du 1. Janvier 1740. Il eft fils aîné
du Maréchal Duc de Chaulnes.
Le Prince Frederic ( de Baviere ) Palatin des deux
Ponts ;
1230 MERCURE DE FRANCE
Ponts ; Colonel du Régiment d'Alface Allemand
du 10. Décembre 1734.
EXTRAIT du Sermon de la Cêne , prêché
devant le Roi , par le R. P. Daru ,
General des grands Cordeliers .
L
'Humilité eft le fujet confacré à cette cérémonie
; l'Orateur l'a traité d'une maniere folide ,
& nouvelle ; il a fait voir la gloire , & le bonheur
de l'humilité , après avoir prouvé dans fon exorde
que c'eft par fes humiliations , comme dit S. Paul ,
que Jefus- Chrift a montré toute la gloire & la
grandeur de Dieu ; il s'adreffa au Roi en ces termes.
Telle eft , Sire , avec la plus parfaite conformité
dont l'homme peut - être capable , la gloire
folide qu'acquiert aujourd'hui Votre Majeſté , gloire
perfonelle , qui n'eft que l'ouvrage de la Réligion
; gloire indépendante , puifque le Trône qui
en produit le plus dans le monde , ne vous fert , par
le facrifice que vous en faites , qu'à enrichir , & à
décorer celle de l'humilité , gloire durable ; le Seigneur
mettra encore une fois à fec, la Mer, & leJourdain
; comme dit le Prophete , les fleuves que bordent
des Armées nombreuſes, feront défféchés , & les
goûtes d'eau que V. M. répand fur les pieds des Pauvres
, conferveront leur vertu devant le Seigneur ;
le Prédicateur paſſe enſuite à ſa divifion , en ces termes
& tandis que le monde aveugle leur dit, ( parlant
des Grands de la Terre , ) que la baffefle & l'infortune
accompagnent l'humilité , la Réligion leur
apprendra elle même que la grandeur qu'ils défirent
n'eft que dans l'humilité ; que la félicité qu'ils demandent
ne fe trouve que dans l'humilité ; deux
#éflexions dont l'imitation de l'exemple de Jefus-
Chrift ,
JUIN. 17433 123D
Chrift, fera la preuve ; vous y verrez l'homme vérita
blement grand,, vous y verrez l'homme véritablement
heureux ; fut- il jamais de fujet plus intéreffant pour
des hommes qui n'afpirent qu'à la gloire , & au bonheur
; il commença ainfi le premier point.
;;
L'exemple que donne aujourd'hui le plus grand
des Rois , n'eft pas un de ces fpectacles curieux
que le monde profane admire , & dont il connoiffe
ou puiffe prifer la valeur , il dépend tour entier de la
Religion qui l'infpire , qui feule peut former la véritable
grandeur , & à qui j'ai recours pour appren
dre en quoi elle confifte , comme elle n'eft jamais
ftérile dans les vérités qu'elle annonce , en même
tems qu'elle nous dit que l'humilité , dont nous
fommes les témoins , eft le principe de la véritable
grandeur, elle nous en fournit les preuves les plus
marquées & les plus inconteftables dans l'origine
de l'humilité , dans fes fectateurs , dans fes actions
fon origine eft divine , les Sectateurs font les plus
grands Hommes de l'Univers , fes actions font les
victoires les plus glorieufes ; il ne faut , dit-il , ni
de grands raifonnemens , ni de profondes réflexions
pour comprendre ici toute l'élevation de l'homme ;
la pofture de Jefus Chrift fans parole & fans
voix , annonce plus de grandeur dans l'homme ,
que le Paradis Terreftre n'en avoit jamais montré.
Quel eft celui d'entre les Chrétiens , ajouta- t'il ,
qui ne foit pas en état de répondre fur la qualité ,
& la grandeur de fes femblables ? Il fe rappella l'origine
de l'homme par la diftinction avec laquelle il
eft traité , & il comprend toute la dignité , qu'il a
perdu , par le profond abaiffement où le fils de Dieu
fe réduit pour la lui rendre. Il termine ainfi fa premiere
réflexion ; ne foyez donc pas furpris que j'établiſſe
la véritable grandeur fur l'humilité ; fi le
monde réflechit qu'il eft Chrétien, il ne refufera pas
"
lul
1232 MERCURE DE FRANCE
lui même fon fuffrage , & il ne pourra s'empêcher
de reconnoître dans les Sectateurs de l'exemple de
Jefus-Chrift , le caractére diftingué des plus grands
Hommes , dès qu'ils fe préfenteront à lui avec de fi
bons titres de nobleffe , & de grandeur ; c'est par
l'humilité que Jean - Baptifte mérita d'élever la
main fur la tête même de Jeſus- Chrift , & d'être
appellé le plus grands des enfans des Hommes ; toutes
les preuves de la grandeur ne font elles pas achevées
, & qui oferoit contefter ce titre glorieux à
celui qui a paru grand aux yeux même de Jeſus-
Chrift ?
Dans tous les tems , & dans tous les états , Phumilité
a fourni les plus grands Hommes , qui ont
ceffé de l'être , dès qu'ils l'ont abandonnées , & paffant
des exemples de David & de Théodofe à celui
de S. Louis , il rapporta des traits bien ménagés ,
& bien conduits , dont il laifla l'application à fes
auditeurs , & les ramenant tous à fon fujet ,
monde , dit- il , qui regarde la grandeur , & l'humilité,
comme incompatibles , a befoin qu'on les montre
réunies dans fes Maîtres , pour détruire plus
fûrement les préventions , & fes erreurs.
le
Dans la troifiéme réflexion , il tira la grandeur
des victoires difficiles que remporte l'humilité . Dans
les autres Etats , dit - il , l'humilité à toujours
l'amour propre à combattre , mais chés les grands
elle trouve tous les ennemis raffemblés , la gloire ,
il eft vrai , peut bien les défendre de quelque foibleffe
, mais la gloire les défendra - t'elle de la gloire
même ? Et qu'est-ce que l'amour propre pourroit
leur refufer, quand il entendra tous les hommes qui
parleront comme lui ? Et venant enfuite à M. le
Cardinal de Fleury , il en forme en quatre mots le
caractére.
Un Miniftre , dit- il , aimé de fon maître , admiré
JUIN
1743 1233
miré de l'Europe , qu'elle ne vit jamais fans fa modeftie
, eft peut- être le plus plus grand tréfor qu'il
ait emporté avec lui dans le tombeau .
La fauffe grandeur peut bien détruire les vices
en faveur de la gloire , mais la véritable grandeur
confifte à facrifier la gloire elle même à l'humilité ;
il faut pour la conferver, que celui qui la poffede ne
connoille pas ce tréfor ; c'eft la feule exception que.
met l'humilité à la connoiſſance de foi - même ; elle
veut qu'il reffemble à Moïfe , qui feul ne s'appercevoit
pas de l'éclat de fon vifage , qui éblouiffoit
tous les Hébreux , autrement fut- il femblable à ce
Conquerant de l'Afie , dont l'Ecriture nous apprend
que la terre fe tut en fa préfence , il cefferoit d'être
grand , fi l'orgueil & les paflions ne fe taifoient pas
avec elle , le filence de l'amour propre vaut mieux
qu'un filence d'admiration de tout l'Univers.
L'Orateur commença ainfi fon fecond Point.
L'Homme humble ne vous a point encore parų
tout ce qu'il eft ; vous l'allez voir heureux par
rhumilité , comme vous ne l'avez vu grand que
par elle , & tandis que le monde n'a point de fituation
où il puifle le préſenter tel à vos yeux , l'humilité
vous le montrera heureux fous trois differens
rapports , qui renferment tout l'homme dans la
Religion , dans lui - même , dans la focieté : l'humilité
du côté de la Religion a enrichi l'homme du
plus précieux de tous les biens ; l'humilité par rapport
a l'homme , en luj même, lui a fait part des plus
Tolides vertus , l'humilité par rapport à la focieté, procure
à l'homme la paix , & le bonheur , & pour nous
attacher plus particulierement à l'objet de la cérémonie
préfente , qui porte le nom de la Cêne ; je
dis que le mytére que Jefus-Chrift y opera , qui
fut préparé par l'humilité & qu'elle maintient
dans fon entier depuis tant de fiècles , eft le plus
I. Vol. I grand
>
1234 MERCURE DE FRANCE
grand tréfor qu'un Dieu humilié pouvoit apporter
aux hommes , & après avoir montré que dans tous
les états où l'homme s'eft trouvé , Dieu ne lui a
jamais rappellé la nobleffe de fon origine , qu'il ne
lui ait fait fentir la mifere , il termina ainfi fa premiere
réflexion. Dans l'inftitution de l'Euchariftic
le Seigneur n'obferve plus cette conduite ; on diroit
qu'il ne craint plus rien de l'orgueil de l'homme ; il
s'abaiffe à fes pieds lui-même , & il l'éleve tout entier.
Il lui ordonne , il eft vrai , dede manger d'un
pain , fans lequel il ne fçauroit vivre ; mais prenez
garde , Mrs. ce befoin n'eft plus une mifere , c'eſt
de la chair d'un Dieu dont il doit le nourrir ; heureufe
neceflité de ne pouvoir vivre fans manger ,
quand c'eft la chair d'un Dieu qui doit nous conferver
la vie ! heureux état , preferable à l'immor
talité même , ou un femblable remede nous préferve
de la mort ?
Dans la feconde réflexion , il montra qué fans
l'humilité les autres vertus font faufles & trompeufes
que le Chriftianifme feul pouvoit la connoître
, que dans le Paganime la plupart des vertus
n'en avoient que l'apparence ; que ce n'étoit fouvent
que la laffitude de l'ambition , ou de la cupidité fatisfaite
, & qu'on n'alloit prefque jamais à la vertu
que par le chemin du vice .
Dans la troifiéme réflexion, qui repréfente l'homme
humble dans la focieté où il apporte la paix , il
fit des portraits bien vifs des ambitieux & des
orgueilleux qui la détruifent , & il termina unc
longue énumeration par ces traits contre les railleurs
; je pourrois joindre ici , dit- il , ces efprits
cauftiques & agréablement médifans , qui amufant
& facrifiant tour à tour les compagnies où il fe
trouvent , finiffent ordinairement par être géneralement
détestés ; ils deviennent dans la focieté dont
il:
JUIN. 1743. 1235
ils ufurpent l'Empire , femblables à ces Princes infidéles
, dont les principales richeffes confiftent en
efclaves , & qui , dès qu'ils n'ont plus d'étrangers à
livrer , facrifient leurs propres fujets ; ou aux enfans
de Jacob qui terminerent leur raillerie , & leur feftin
par vendre aux Ifmaëlites leur propre frere &
aprés avoir d'écrit les ravages que l'org &
l'ambition ont caufé dans la Réligion & dans l'Eglife
, & leur avoir oppofé tous les avantages que
l'humilité lui a procuré , il termina fon difcours par
une Priere pour le Roi , à peu près dans cest ermes.
Et vous , ô mon Dieu , qui affurâtes de fi grandes
récompenfes à ceux qui vous imiteroient , qui promîtes
de faire affeoir fur des Trônes d'humbles pécheurs
, qui n'avoient abandonné que des filets ,
que ne ferez vous pas pour un Prince qui defcend luimême
du Trône pour vous imiter ? Daignez écouter
, Seigneur , & nos prieres , & nos befoins ,
puifqu'on eft heureux par l'humilité , nous attendons
de l'exemple qu'il a fuivi , & fa confervation
& notre bonheur , afin qu'après un régne qui réponde
aux voeux de fes Sujets , ils puiffent le voir
un jour autant au- deffus d'eux dans le Ciel , qu'il eft
à préfent au-deffus d'eux fur la Terre.
&
>
Le 2. Juin , Fête de la Pentecôte , on chanta un
Concert Spirituel au Château des Tuilleries , un
Motet à grand choeur , Lauda Jerufalem , de la
compofition de M. Chéron , lequel fut fuivi de
deux Concerto , exécutés fur la Flute traverfiere &
le Violon , par les fieurs Blavet & de Mondonville ;
on donna enfuite deux petits Motets à voix feule
du feu fieur Mouret. Le Concert fut terminé par un
autre Motet à grand Choeur , Jubilate Deo , du fieur
de Mondonville.
Le 13. jour de la Fête de Dieu , le même Concert
I ij recom236
MERCURE DE FRANCE
<
>
recommença ; on y chanta un Motet à grand
Choeur , de feu M. de la Lande , Sacris folemniis ,
lequel fut fuivi de deux Concerto ; exécutés par les
mêmes perfonnes qu'on vient de nommer on
chanta enfuite un petit Moter , O Jefu , de la compofition
de M. Deftouches , Sur- Intendant de la
Mufique du Roi , dont l'exécution fit beaucoup de
plaifir . Le Concert fut terminé par le Moret, Venite
exultemus, du S. de Mondonville , dans lequel le fieur
Poirier,de la Mufique du Roi,chanta différens récits
ayant autant de goût que de préciſion .
Le 5. Juin , il y eut concert chés la Reine . M.
Deftouches , Sur- Intendant de la Mufique de la
Chambre de femeftre , fit chanter devant S. M. les
deux dernieres entrées du Ballet de l'Empire de l'Amour
, qui avoit été commencé à la fin du mois
dernier ; les principaux rolles furent remplis avec
fuccès par les Dlles de la Lande , Mathieu , d'Ai
gremont & Defchamps , & par le fieur Jelyot.
Le 8. la Reine entendit l'Entrée de l'Odorat ,
tirée du Ballet des Sens , du feu fieur Mouret ; les
Dlles de Romainville , de la Lande & Defchamps ,
firent les principaux rolles , & le fieur Poirier chanta
celui du Soleil.
Le 10. on concerta l'Entrée de l'Ouïe , du
même Ballet ; les mêmes fujets, & le fieur d'Angerville
, exécuterent les premiers rolles .
Le 22. on finit les Concerts de ce Ballet , par
l'acte dela Vie ; les rolles de l'Amour , de Zéphiſe &
dis , furent remplis par les mêmes , & celui
d'Aquilon , par le fieur du Bourg .
Le 26. on concerta devant la Reine , le Prologue
& le premier acte de l'Opera de Marthefie , de
la compofition de M. Deftouches ; la Dlle de la
Lande chanta les rolles de Cybelle , & de la Pretreffe
du Soleil , & la Dlle Mathieu , celui de
Taleftris Ic
JUI N. 1743 1237
Le Mardi 25. Juin , Monfeigneur le Dauphin
vint à Paris , pour voir l'Opera de Phaeton . Il y arriva
un peu ap ès cinq heures, & fe plaça dans la
Loge du Roi , fur un fauteüil ; le Duc de Châtil
lon, Gouverneur de Monfeigneur le Dauphin, étoit
à fa droite , un peu en arriere fur un pliant , le Duc
de Gêvres , premier Gentilhomme de la Chambre du
Roi , Gouverneur de Paris , étoit à fa gauche fur un
autre pliant. Derriere le fauteuil étoit le Comte de
Saumery , Chef de Brigade des Gardes du Corps ,
& fur le derriere étoient placés fur trois tabourets ,
le Comte de Montmorency , le Duc de Tallard &
le Comte de Muy , Sous- Gouverneur de Monfeigneur
le Dauphin.
La Loge étoit tapiffée de velours cramoifi , avec
franges & molets d'or , un tapis d'appui , & une
pente de - même.
On avoit retenu trois Loges du même côté , l'une
pour les Seigneurs de la fuite du Prince , pour le Chevalier
de Crequy, Sous - Gouverneur, & pour les deux
Gentilshommes de la Manche, La feconde pour les
Officiers de fervice , fçavoir , les Ecuyers , Premier
Valet de Chambre & Officiers des Gardes , & la
troifiéme , pour les Officiers du Régiment des Gar◄
des Françoifes.
L'Affemblée étoit des plus nombreuſes & des
plus brillantes , par la quantité de Seigneurs & Danes
de la premiere diftinction de la Cour & de la
Ville ; les habits n'étoient point du tout variés par
la richeffe ni la couleur des étoffes , la Cour étant
en deüil pour la mort de Madame la Ducheſſe ,
mais en revanche , le feu de toutes les pierreries done
les Dames étoient parées , placées fur un fond noir
& uniforme , faifoient un tel effet , que les yeux
pouvoient à peine en foutenir l'éclat .
Il n'y eut rien à defirer l'exécution de ce
Luperbe
pour
I iij
1238 MERCURE DE FRANCE
fuperbe Opera , dans lequel tous les Acteurs & Actri
ces,animés par la préfence de Monfeigneur le Dauphin,
fe furpafferent. Ce Prince en parut très - fatisfait .
Après le Spectacle , Monfeigneur le Dauphin
fe rendit au Jardin du Palais Royal , où il fe
promena pendant quelque tems , fuivi de la plus
grande partie des Spectateurs , qui avoient déjà eû
la fatisfaction de le voir à l'Сpera , & qui marquoient
encore un empreffement infini pour revoir
ce Prince le plus long - tems qu'ils pourroient.
La Loterie Royale , établie par Edit du mois de
Février 1743. fut tirée dans la grande Sale de l'Hôtel
de Ville de Paris , en préfence de Mrs les Prévôt
des Marchands & Echevins , les 27. 28. 29. 30. 31.
Mai , & le premier Juin . La Lifte génerale des Billets
gagnans , foit en argent comptant ou en rentes
viageres, a été rendue publique quelques jours après.
Le gros Lot en argent comptant, qui eft de icoooo .
liv . eft échu au Nº. 18940. fans Devile. Le gros Lot
en rente viagere de 4000. livres , eft échu au Nº.
$773. fans Devife .
MORTS ET MARIAGES.
L
E 2. Avril
1743. D. Marguerite Etiennette
d'Achey, Dame Comteſſe de Remiremont , mariée
le 30. Avril 1701. avec Etienne Damas , Chevalier
Seigneur Comte de Crux, en Nivernois , Capitaine
de Cavalerie dans le Régiment Dauphin
Etranger , & duquel elle étoit veuve depuis le 29.
Juin 1721. mourut au Château de Crux , âgée de
63. ans , laiflant de fon mariage 1°. Louis- Alexandre
JUI N. 1743. M
1239
dre Damas de Crux , dit le Comte de Damas , marié
depuis le 31. Août 1734 avec D. Marie- Louife
de Menou , foeur de Mefdames les Marquifes de
Jumilhac & de Lambert , & fille de François -Charles
de Menou , Marquis de Nanvignes-Menou , près
de Cofne , en Nivernois , Capitaine Lieutenant des
Chevau - Légers d'Anjou , & Brigadier des Armées
du Roi , mort le 13. Juin 1731. & de D. Marie-
Anne -Thérefe Cornuau de la Grandiere de Murcé,
2.Claude -Charles Damas , Marquis de Crux , marié
en 1735. avec Dlle Anne- Claude de Chaugy , fa
-fille Coufine germaine . 3. Marie - Michelle Damas ,
majeure , 4. Angélique - Henriette Damas , Dame
Chanoineffe & Coadjutrice de l'Abbaye Royale
de Beaume , au Comté de Bourgogne . La Maifon
Achey eft connue il y a plus de cinq cent ans au
Comté de Bourgogne , & eft une des plus illuftrées
par fes alliances avec les Maifons de Vienne ,
Baufremont , Gramont , de Poitiers , & c. & par les
premieres dignités de l'Eglife , & de l'Epée. Voyez
pour la Généalogie , l'Hiftoire du Comté de Bourgogne
, par M. Dunod , & pour celle de Damas
l'une des plus illuftres du Royame. Voyez l'Hiftoire
des Grands Officiers de la Couronne .
de
Le même jour , Jean -Baptifte Jofeph Willart
de Grecourt , Chanoine de l'Eglife de S. Martin de
Tours , y mourut , dans la cinquante- feptième année
de fon âge . C'étoit un homme , non- feulement recommandable
par fes Poëfies , qui pouvoient le
faire appeller l'Anacreon , l'Horace , le Catulle , le
Properce de nos jours , mais encore par fes liaifons
avec les Perfonnes les plus diftinguées par la naiffance
, & par les talens. Le 29. Mre Charles - Irenée Caftel de S. Pierre
'Abbé de l'Abbaye de Tiron , ci - devant premier
Aumônier de feue Madame, mourut à Paris , âgé de
I iiij
86.
1240 MERCURE DE FRANCE 21 , 6
86. ans ; il étoit fils puîné de Charles Caite !, Chevalier
Seigneur & Baron de S. Pierre , Bailly de
Côtentin , Gouverneur des Villes & Château de
Valognes , & de D. Magdeleine Gigault de Belfont
, tante de Bernardin Gigault , Marquis de Belfont
, Maréchal de France .
Le 1. Mai , Gafton Jean- Baptifte Charles de Lorraine
, Comte de Marfan , Colonel d'un Régiment
d'Infanterie de fon nom , & Brigadier des Armées
du Roi , du 20. Fevrier 1743. mourut à Strasbourg
âgé de 23. ans . Il étoit fils aîné de Charles- Louis de
Lorraine , Prince de Pons , Chevalier des Ordres
du Roi , Maréchal des Camps & Armées de S. M.
& de D. Elizabeth de Roquelaure . Il étoit marié
depuis le 15. Juin 1736. avec Dile Marie - Louiſe de
Rohan- Soubife ; il n'en laiffe point d'enfans.
Le 3. D. Anne- Agnès de Beauvau , femme d'Agéfilan
Gafton de Großfolles , Marquis de Flamarens
, Brigadier des Armées du Roi , Grand- Louvetier
de France, mourut à Paris , âgée de 44. ans,fans laiffer
d'enfans. Elle étoit fille de Gabriel - Henri de Beauvau ,
Marquis de Montgauger , Comte de Criffé , Capitaine.
des Gardes du Corps de Philippe de France,Duc d'Or.
léans , mort le 12. Juillet 1738. & de D. Marie-Magdeleine
de Brancas Villars , morte le 7. Mars 1733 .
Voyez la Généalogie de la Maifon de Beauvau ,l'une
des plus illuftres du Royaume , par fon ancienneté &
par fes alliances , dans l'Hiftoire qui en a été dounée
au Public l'an 1626 par Mrs de Sainte Marthe,
dans l'Hiftoire de Sablé par Menage , & dans les
differentes Editions du Dictionnaire de Morery , &
celle de la Maifon de Groffolles , dans le IX .Volume
de l'Hiftoire des Grands Officiers de la Couronne ,
dans le Supplément de Moreri , imprimé en 1735 .
& dans le Mercure de Décembre 1741. I. Vol .
Le 2. D. Marie - Génevieve- Claude Raguain ,
femme
JUIN. 1743. 1241
Dé-
Femme de Claude Gédeon Berbier du Metz , Comte
de Rofnay , Seigneur de Rance , de Crefpy , d'Eve
& de Montifault , Confeiller du Roi en fes Confeils
, Président en la Chambre des Comptes de
Paris , avec lequel elle avoit été mariée le 29 .
cembre 1705. mourut à Paris , âgée de 56. ans
ayant eu de fon mariage Claude Gedeon - Denis
Berbier du Metz , Comte de Rofnay , Confeiller
au Parlement de Paris , depuis le 7. Août 1742. &
Dlle Anne Marie-Claude Berbier du Merz , mariée le
23. Mai 1736. avec François d'Hautefort d'Ajac
Meftre de Camp du Régiment de Touloufe , Cavalerie
. Voyez la Généalogie de cette Famille , dont
le premier nom étoit la Motte , dans le Nobiliare
de Chainpagne , imprimé en 1672. par ordre de
feu M. de Caumartin , Intendant de Juftice de cette
Province.
>
Le 14. D. Jeanne- Louife Marion de Druy , fem
me de Louis de Regnier , Marquis de Guerchy ,
Chevalier des Ordres du Roi , de la Promotion du
17. Mai 1739. Lieutenant - Général des Armées de
Sa Majefté , du 30. Mars 1710. & Gouverneur ,
d'Huningue , en Alface , du mois de Mars 173 3...
mourut à Paris , âgée de 69. ans. Elle étoit fille de
François - Eustache Marion , Comte de Druy , Lieutenant-
Général des Armées du Roi , mort le 11 .
Fevrier 1712. & de D. Caffandre Marie de Montfaulnin
de Montal . Elle n'a laiffé de fon mariage
que N ... de Regnier , Marquis de Guerchy , Co
lonel Lieutenant du Régiment Royal des Vaiffeaux ,
depuis 1734. & Brigadier des Armées du Roi , du
20. Fevrier 1743. Les noms de Regnier Guerchy
& de Marion Druy , font connus depuis long- tems
par leurs alliances & par des Services Militaires .
Le même jour , Jean de Laizer , Seigneur de Sion
da geat , Lieutenant - Géneral des Armées du Roi ,
I V
204
1242 MERCURE DE FRANCE
20. Février & Gouverneur 1734 de Thionville ; .
mourut à Paris, âgé de 76. ans . Il étoit fils de Jean
de Laizer , Seigneur & Baron de Brion, de Siougeat
& de Châteaugay , Ecuyer de la Grande Ecurie du
Roi , & de D. Anne de Bellinois . Le nom de Laizer
eft connu en Auvergne il y a plus de trois cent
ans , & par fa Nob'effe & par fes alliances .
Le 16. Charles- Emanuel de Cruffol d'Uzés , Chanoine
de l'Eglife Cathédrale de Strasbourg . depuis
1732. mourut à Paris , âgé de 13. ans. Il étoit fecond
fils de Charles Emanuel de Cruſſol , Duc
d'Uzés , Pair de France , &c . & de D. Emilie de la
Roche- Foucault , mariés le 3. Janvier 1725.
·
Le 19. D. Renée- Françoile de Coerquen , veuve
de Henri Charles de Mornay Montchevreuil ,
Comte de Mornay , Colonel du Régiment d'Infanterie
de Bearn , Gouverneur & Capitaine du Château
& Parc de S. Germain en Laye , en furvivance
du Marquis de Montchevreuil , fon pere , avec
lequel elle avoit été mariée le 2. Septembre 1685.
& qui fut tué d'un coup de Canon au Siége de
Manheim dans le Palatinat , le 9. Novembre 1688.
étant Aide de Camp de Monfeigreur le Dauphin ,
Ayeul du Roi, mourut à Paris, fars laiffer d'enfans ,
âgée de 7 ans. Elle étoit fille de Henri de Coetquen ,
Comte de Combourg & de D. Guillemette Belin ,
D. de la Marzeliere . Voyez pour la Généalogie de
la Maifon de Mornay , l'Hiftoire des Grands Offciers
de la Couronne Vol . 6. & pour celle de Coefquen
, l'une des plus anciennes Maifons de Bretagne
l'Hiftoire du Maréch 1 de Guebriant , de la
Mon de Bades , par le Laboureur.
Le 23. Charles . Céfar de Flahault , Seigneur de la
Bilarderie , en Boulenois , de S. Remy en l'Eau ,
Lieutenant- General des Armées du Roi , depuis
le 20. Fevrier 1734. Grand- Croix de l'Ordre Royal
& c.
&
JUIN. 1743. 1243
Militaire de S. Louis , premier Lieutenant de la
premiére Compagnie des Gardes du Corps de S. M.
& Gouverneur de S. Venant , mourut à Wiffembourg
, âgé de 74. ans. Il étoit frere aîné de Jerôme-
François de Flahault , de la Billarderie , Lieute
nant Général des Armées du Roy , Grand-Croix
de l'Ordre de S. Louis, Major des Gardes du Corps
de S. M. & Gouverneur de Saint Quentin , & fils
de Cefar de Flahaut , Chevalier , Seigneur de la
Billarderie , Lieutenant Colonel du Régiment de
Cavalerie de S. Germain Beaupré , & de D. Françoise
Gaude de Martigneville ; la Famille de Mrs
de la Billarderie eft marquée depuis un tems confi
dérable par fes Services Militaires , on en peut voir
la Généalogie imprimée dans le Nobiliaire de Picardie
, dreffé par le fieur de Roufleville Villers , Procureur
du Roi de la recherche de la Nobleffe de
cette Province , fous les ordres de Mrs Bignon &
de Bernage , Intendans de Juftice de la Généralité
d'Amiens.
La nommée Petronille Beaufaft , eft morte dans
la Paroille de Betmale , Diocèfe de Couferans
âgée de 112. ans.
Le 16. Juin 1743. Louife- Françoife de Bourbon,
Légitimée de France , Veuve depuis le 4 Mars
1710. de Louis 3. du Nom Duc de Bourbon ,
Prince de Condé , Prince du Sang , Pair & Grand-
Maître de France , Gouverneur de Bourgogne ,
Chevalier des Ordres du Roi , avec lequel elle
avoit été mariée le 24. Juillet 1685 mourut à
Paris au Palais Bourbon , âgée de foixante & dix
ans & quinze jours . Elle étoit fille du Roi
LOUIS XI V. & avoit eu de fon Mariage
Louis Henry de Bourbon , Duc de Bourbon
Prince de Condé , Pair & Grand Maître de France,
Chevalier des Ordres du Roi , & de l'Ordre de
I vi la
2
1244 MERCURE DE FRANCE
la Toifon d'Or , Gouverneur & Lieutenant Gé
néral pour Sa Majefté du Duché de Bourgogne &
Province de Breffe ; Lieutenant Général de les Armées
, ci - devant Surintendant de l'Education du
Roi regnant , & Chef du Confeil de Regence
puis Principal Miniftre d'Etat , & Surintendant
Général des Poftes & Relais de France , mort en
fon Château de Chantilly , le 27. Janvier 1740 .
âgé de 47. ans , 5. mois & 9. jours , laiffant de fon
Mariage avecCharlote deHeffe Rhinfels, qu'il avoit
épousée le 26. Juin , 1728. & morte à Paris le
14. Juin 1741. âgée de 26. ans 9. mois & 26
jours , Louis- Jofeph de Bourbon , Prince de Condé
, né à Paris le 9. Août 1736. Prince du Sang ,
aujourd'hui Chef de la Branche de Bourbon Condé
, Grand - Maître de la Maifon du Roi , & Gouverneur
du Duché de Bourgogne , & c. (2 ) Charles
de Bourbon , né le 19. Janvier 1700. Comte
de Charolois , Pair de France , Chevalier des Ordres
du Roi , Lieutenant Général de fes Armées
& Gouverneur de Touraine. (3 ) Louis de Bourbon
, né le 15. Juin 1709. Comte de Clermont ,
Chevalier des Ordres du Roi , Lieutenant Général
de fes Armées , & (4° ) Marie - Gabrielle de
Bourbon , née le 22 Decembre 1690 , Abbeffe
de Saint Antoine lez - Paris . ( °) Louſe- Elizabeth
de Bourbon , née le 22. Novembre 1693. ma
riée le 16. Juin 1713. avec Louis - Armand de
Bourbon , Prince de Conti , duquel elle eſt Veuve
depuis le 4 Mai 1727 , ( 6 ° ) Louiſe- Anne de Bourbon
, dite Mademoiselle , née le 23. Juin 1695 .
Marie- Anne de Bourbon , dite Mademoiſelle de
Clermont , née le 16. Octobre 1697. Surintendante
de la Maifon de la Reine , morte à Paris ,
le 11. Août 1741. ( 7 ) Henriette- Louife - Marie-
Françoife- Gabrielle de Bourbon , Damoifelle de
Yermandois ,
JU IN. 1743 1145
Vermandois , née le 15. Janvier 1703. Religieu
fe , puis Abbeffe de Beaumont , lez Tours , &c.
(8 ) Elifabeth Alexandre de Bourbon , Damoifelle
de Sens , née le 15. Septembre 1705.
La Ducheffe Douairiere de Bourbon , ayant demandé
par fon Teftament , d'être enterrée fans
cérémonie, on ne lui a rendu aucun des honneurs ,
qui font d'ufage dans les Pompes Funébres des
Princeffes de fon rang fon Corps fut porté le
18. à l'Eglife du Monaftére des Carmélites du
Fauxbourg S. Jacques , où il fut inhumé dans
le Cloître des Religieufes , auprès de ceux de la
Princeffe de Condé & de la Ducheffe de Vendofme.
TRANSPORT & Inhumation du Corps
de la Princeffe.
La Façade du Palais de Bourbon étoit tendue
en entier de dix lez , la Face des Appartemens de
huit lez ; le Grand Veftibule étoit tendu enplein ;
il y avoit deux lez de velours fur cette Tenture,
Le corps étoit exposé dans une des deux grands
pieces , auffi tendues , fur une Eftrade de trois
degrès , garnis de chandeliers d'argent & de cierges
, fous un grand Dais de velours avec une
Couronne de Princeffe fur un carreau de velours
Les Sales & le Veſtibule étoient garnis de plas
ques & de bougies,
2
Les Grands Auguftins & les Cordeliers allerent
le 18. après midi jetter de l'Eau bénite fur le
corps de la Princeſſe.
Le même jour , à l'entrée de la nuit , le corps
fut porté du Palais de Bourbon à l'Eglife du
Monaftére des Carmelites du Fauxbourg S.Jacques.
Lorfque le Convoi fut arrivé à ce Monaftére ,.
l'Evêque de Valence , après les Priéres ordinaires ,,
& le Difcours ufité en pareille occafion , auquel
M..
1246 MERCURE DE FRANCE
M de la Marre , Grand Pénitencier , & Supérieur
des Dames Carmélites, repondit , prefenta le corps,
qui fut inhumé dans le Cloître des Religieufes .
Les quatre portes du Convent des Carmélites
étoient tendues , ainsi que le deffous de la porte.
Il y avoit deux lez de velours fur ces portes.
Les Dames Religieu'es vinrent recevoir le corps
de la Princeffe , M de la Marre , à leur tête . Voici
l'ordre de la marche du Convoi.
Un Piqueur à cheval , avec un crêpe & une
houfle noire , portant un flambe -u .
Deux Palfreniers auffi à cheval , avec des crêpes
des houffes , portant des flambeaux .
Cent Pauvres habillés , portant chacun un flambeau.
Deux Suiffes à cheval , avec crêpes & houffes
noires.
Les Officiers de la Mailon de la Princeffe , de
même.
Un caroffe à fix chevaux , avec des harnois drapés
, dans lequel étoient les Femmes de chambre
de S. A. S.
Un autre caroffe à fix chevaux , de même , dans
lequel étoient les Gentilhommes de Madame la
Princeffe de Conty.
Un autre caroffe à fix chevaux , caparaçonnés ,
où étoient les quatre Gentilhommes de Madame
la Ducheffe , qui devo ent porter le Poële .
Un autre caroffe à fix chevaux , caparaçonnés
de moire d'argent , dans lequel étoient M. I'Evêque
de Valence , le Vicaire de la Paroiffe de
S. Sulpice , le Pere Macé , Gardien des Cordeliers
Confeffeur de la Princeffe & deux Aumôniers .
Un caroffe du corps à huit chevaux , Сарага-
çonnés de moire d'argent , dans lequel étoit le
corps de S. A. S. a précedé de fix Pages àcheval ,"
JUIN. 1743. 1247
en manteaux longs & en crêpes , portant des flambeaux
, & aux deux portiéres , quatre Suiffes &
plufieurs valets de pied , tous avec des crêpes &
des flambeaux.
Un autre caroffe à huit chevaux , caparaçonnés
auffi de moire , dans lequel étoient Madame la
Princeffe de Conty , Madame la Ducheffe d'Aiguillon
, Madame de la Guiche , Madame la Marquife
de Coëtlogon , Madame la Comteffe de Rochechouart
, & Madame la Marquife de Fontanges
Le caroffe de Madame la Ducheffe d'Aiguillon
fermoit cette marche . Tout ce convoi étoit
éclairé par un très-grand nombre de flambeaux
La marche étoit précédée & fermée par le Guet
à pied & à cheval.
DISCOURS de Mr. Alexandre de Milon
Evêque de Valence , fait aux Carmélites
de la rue Saint Jacques , le 18. Juin
en y faifant la préfentation du Corps de
Madame la Ducheffe.
Pénétrés des Sentimens de la plus vive douleur,
la Famille du Grand Condé , les Defcendans de
Saint Louis , cette Portion la plus nombreuse de
Jon Augufte Poftérité trouvent dans cette Retraite les
Confolations de la Foi , en y dépofant le corps de
très- Haute , très Puiffante , très - Excellente Princeffe
, Louife-Françoise Ducheffe de Bourbon , Princeffe
du Sang ; c'est tout ce qui nous refte de Ma
dame la Ducheffe , qui fut l'Ornement de la Cour
dans le Siécle le plus poli , qui a enchanté le mon
de par toutes les Vertus que le monde admire , &
qui en a fait fi long tems les délices par la bonté
de fon Coeur , par les graces de fon Esprit , & la
douceur de fon caractére.
"
1248 MERCURE DE FRANCE
Elle vient de terminer fes Jours dans les Souf
frances , dans les infirmités les plus accablantes
Le loifir douloureux de fa Maladie a été employé à
fanctifier à purifier fon Ame ; elle a reçu avec
une Foi vive les Sacremeus de l'Eglife , elle a
édifié toute la France par les regrets de fa Pénitence
les expreffions Héroiques de fon Humilité.
Ce font la des traits bien confolans dans l'Eſprit
de la Religion & les feuls qu'il convient à un Evêque
d'exposer aux Filles de Therese , elle a defiré
que fes cendres fuffent placées dans ce Sanctuaire
de Pénitence auprès de celles de Madame la Princeffe
fa Belle-Mere , dont la tendre amitié l'avoit
toujours flattée, & dont les Vertus Chrétiennes avoient
fait fur fon coeur une impreffion , derenuë dansfes
derniers momens plus vive & plus falutaire .
Vous n'avez pas befoin , Mesdames , de cette nou.
velle preuve de la fragilité des Grandeurs humaines,
dont vous êtes fi parfaitement détachées ; mais les
Princes de la Terre ont besoin du fecours de vos
Prieres, Nous vous les demandens au Nom d'une
Princeffe désolée qui rend ici les funébres devoirs à fa
tendre Augufte Mere, dont elle a reçu les derniers
Soupirs avec une conftance que la plus profonde douleur
ne put abbattre , & une douleur que la plus
grande fermeté n'eft pas capable d'adoucir.
Confervez cherement ce triste précieux dépôt ,
c'est un gage de l'estime & de la confiance dont vous
honore le Sang de nos Rois arrojez le des larmes
de votre Pénitence ; joignez à vos Prieres les Sain
tes Rigueurs de vos austérités , pour later le bonheur
que Madame la Ducheffe a taché de mériter
par une mort fainte précieuse devant Dieu.
Pierre Timoleon Moreau de Beaumont , Maître
des Requêtes de P'Hôtel du Roi , fils de Pie : re
Moreau de Nafligny , Préfident en la premiere
Chambre
JUIN. 1743 1249
Chambre des Requêtes du Palais , & de Claude-
Françoife Antoinette Damore fan de Precigny , époufa
le 3 Avril 1743. Françoife Grimod de la Reyniere,
fille de Gafpard Grimod fieur de la Reyniere , Seigneur
de Clichy la Garenne ; l'un des Fermiers
Géneraux de S. M. & de N .... Labbé , fa premiere
femme.
,
"
Le 24. Mai , Armand Mathurin de Vallé, Mar
quis de l'affé , Vidame du Mans Baron de la
Rochemobile , près Alençon , Seigneur de Vaffé
dans la Paroiffe de Roiffé au Maine , de Balon & c . né
le 14 Août 1708. Colonel du Régiment de Picardie
, Brigadier des Armées du Roi du 20. Février
1743. & Gouverneur du Château Royal du Pleffis
lès Tours , fils de feu Emanuel- Armand Marquis de
Vaffé , Vidame du Mans , Baron de la Rochemobile
, Seigneur de Balon & c. Colonel d'un Régiment
de Dragons de fon nom , Brigadier des Armées
du Roi & Gouverneur pour S. M. du Châ
teau Royal du Pleffis - lès- Tours mort le 30.
Avril 1710. & de D. Anne- Benigne- Fare Therefe,
de Beringhen , fa veuve , foeur de M. le Marquis
de Beringhen , Chevalier des Ordres du Roi & c .
fut marié avec Dlle Louife-Magdeleine de Courtarvel
de Pezé fa Coufine germaine , née le 12. Fevrier
1727. fille de Hubert de Courtarvel , Marquis de.
Pezé , Lieutenant -Géneral des Armées du Roi , Colonel
Lieutenant & Infpecteur du Régiment d'In
fanterie de S. M. Gouverneur des Ville & Château
de Rennes , du Château de la Muette , & Capitaine
du Château Royal de Madrid , des Chaffes , Parc
& Bois de Boulogne , défigné Chevalier des Ordres
par le Roi , le 28. Octobre 1734. mort à Guastalla ,
le 23. Novembre fuivant des bleflures qu'il avoit
reçûës à la bataille de ce nom , le 19. Septembre précédent
, & de D. Lidie - Nicole de Beringhen ,
morte
250 MERCURE DE FRANCE
morte le 6. Septembre 1729. M. le Marquis de
Vaffé qui vient de fe marier , étoit Chevalier de
Malthe & Commandeur de Piéton , & il eft devenu
l'aîné de fa Maiſon par la mort de les deux freres
aînés , Jacques - Armand Marquis de Vaffé mort
le 11. Avril 1741. & Charles - Emanuel Marquis de
Vaffé,mort àPrague en Boheme au mois deJuin 1742 .
Les Maiſons de Vaffé , & de Courtarvel font l'une &
l'autre des plus anciennes & des plus illuftres de la
Province du Maine , où font fituées lès Terres de
Vaffé & de Courtarvel.
Le 26. Alphonfe Carafa , Duc de Montenero , au
Royaume de Naples , fils de feu Jean - Baptifte Ca
rafa , & de D. Fortunée Carminiana , fut marié à
Vincennes- lès -Paris , avec Dlle Marie- Gabrielle-
Florence du Chaftellet , née le 30. Juin 1726. fille
de Florent- Claude , Marquis du Chastellet , Baron
de Cirey , Maréchal des Camps & Armées du Roi ,
Grand-Bailly d'Auxois & de Saare- Louis , & Gouverneur
de Semur , & de D. Gabrielle - Emilie le
Tonnelier de Breteuil , Pour la Maiſon Carafa , l'une
des plus grandes du Royaume de Naples , où
elle fe trouve aujourd'hui diviſée en plus de vingt
Branches , toutes illuftres par leurs titres & leurs
alliances , confultez la Généalogie qui en a été donnée
par Imhoff , Patrice de Nuremberg , dans le
Volume qu'il a fait imprimer en 1702. fur plufieurs
Maifons illuftres d'Efpagne & d'Italie ; pour la
Maiſon du Chaftellet , confultez l'Hiftoire qui en
a été donnée au Public par D. Calmet , Abbé de
Senone , imprimée à Nancy en 1741. pour juger
de la grandeur & excellence de fon origine.
Le 28. M. Eufebe - Felix Chapoux de Verneuil ,
Chevalier , Confeiller du Roi en fes Confeils ,
Introducteur des Ambaffadeurs & Princes Etrangers
, près du Roi , fils de M. Eufebe-Jacques Châpoux
,
JUIN. 1743. 1251
>
poux , Chevalier Seigneur de Verneuil en Touraine
, Vicomte de Betz , Seigneur du Roullet S.
Flomer , Ste. Julitte , l'Eftang , de Chaumuſſay , de
Chavigny & de la Fontaine du Breuil , Confeiller
Ordinaire du Roi en fes Conſeils , Sécretaire Ordidinaire
de la Chambre & du Cabinet de S. M. &
ci-devant Introducteur des Ambaſſadeurs , & Princes
Etrangers , près du Roi , & de D. Louiſe- Françoife
Bigres , époufa Dile Anne- Adelaïde de Harville
, fille aînée de M. Anne- Härville , Seigneur
de la Selle de Beaumoret de Voizé & c . Maréchal des
Camps & Armées du Roi , & de feue D. Marie-
Anne Boucher.
Charles- Blaife Meliand , fils de Blaife - Claude
Meliand Maître des Requêtes Honoraire , & de
D. Charlotte Remond , fon Epouſe , reçû Conſeiller
de S. M. en la premiere Chambre des Requêtes du
Palais , le 3. Mai 1724. puis Maître des Requêtes ,
le 8. Mars 1731. nommé Intendant de Soiffons
le 3. Mars 1743. époufa le 3. Juin Dlle Marie-
Louife- Adelaide Duquesnoy , fille de Pierre Duquefnoy
, Ecuyer , Confeiller Sécretaire du Roi , &
Receveur General des Finances de la Géneralité
de Montauban , & de D. Anonime le Febvre de
Givry.
Le 23. Mars , on célébra un Service folemnel
dans l'Eglife des Dames Religieufes Bénédictines
du Prieuré de la Magdeleine de Trenel , pour le
repos de l'ame de MADAME LOUISE ADELAIDE
D'ORLEANS , ancienne Abbeffe de Chelles ; la
grande Porte de la Cour extérieure & le Portail de
l'Eglife étoient tendus de noir , des bandes de velours
, avec des Ecuffons aux Armes de la Princeffe,
étoient attachées deffus ; toute l'Eglife & le Choeur
des Dames Religieufes étoient tendus de même ,
juſqu'au
1252 MERCURE DE FRANCE
juſqu'au deffu's des ſtales . Au milieu du Choeur on
avoit élevé un Lit de parade de velours noir , coue
vert d'un grand poële herminé . A la tête du Lit
étoit une Croix d'argent avec quatre chandeliers
garnis de cierges ; vers le milieu étoit la Couronne
pofée fur un carreau , & au pied la Crofle de la
Princeffe , couverte d'un crêpe ; beaucoup de grands
chandeliers d'argent , pofés fur des gradins , environnoient
cette repréſentation .
Au côté droit de l'Autel on avoit placé un Trône
couvert d'un Dais ; l'Autel principal & les Chapelles
étoient garnis de quantité de chandeliersd'argent
avec des cierges. M l'Archevêque de
Cambray célebra la Meffe pontificalement , laquel
le fut chantée par la Muſique de Nôtre Dame . M.
le Duc d'Orleans y affifta avec les Officiers de fa
Maifon , ceux de S. A. R. Madame la Ducheffe
d'Orleans , & les Dames de fa Cour ; une infinité
de Perfonnes de diftinction , d'Eccléfiaftiques , &
de Religieux s'y trouverent.
Après la Mefle , le Ciergé entra dans le Choeur
proceffionnellement en chantant le Libera , pour
faire l'Abfoute , & les Muficiens chanterent le De
profundis de M. de la Lande.
L'inhumation de Madame d'Orleans a été faite
avec la même folemnité , par les ordres & aux frais
de S. A. R. L'Eglife extérieure & le Choeur des
Dames Religieufes étoient tendus & éclairés , comme
onent de le dire ; tout le Cloître tendu ,
& éclairé avec des plaques portant des bougies.
La Chapelle de la Princeffe , dans laquelle elle avoit
fait bâtir un Caveau pour la Sépulture , étoit auffi
pareillement tendue & éclairée , une grande fale
baffe ou le corps avoit été mis en dépôt fur une
eftrade élevée , entourée d'une grande illumination
& furmontée d'un Dais de velours noir , étoit éga-.
lement tenduë & éclairée .
JUIN.
1743 : 1253
La veille , les Religieufes chanterent les Vêpres
des Morts & les Vigiles , la Meffe haute le lendemain
, & les Muficiens de Notre- Dame chanterent
les Vêpres , le foir avant l'inhumation , à laquelle
M. le Duc d'Orleans affiita , avec les Officiers de
fa Maiſon , en deuil ; les Officiers de S. A. R. & la
Livrée des deux Maiſons auffi en deuil , portant
des flambeaux : les Domeftiques du Couvent de
même , plus de deux cent Eccléfiaftiques ou Religieux
, tous avec des cierges , & marchant proceffionnellement
dans un grand ordre ; les Muficiens
chanterent le De profundis en faux bourdon , pendant
la Cérémonie de l'inhumation & c.
S. A. R. fit diftribuer mille écus ce jour -là , aux
Pauvres de la Paroiffe de Sainte Marguerite , & deux
mille livres aux Pauvres de Chelles.
Le fecond Volume du Mercure eft actuelle
mentfous Pree , & paroîtra inceffamment.
TABL E.
IECES FUGITIVES . Imitation du Pfeaume
PXXVII. Dominus illuminatio mea , &c. 1043
Suite de l'Effai d'un Traité Hiſtorique de la Croix
de N. S. J. C. XI . Partie •
Le Repas de l'Epervier , Ode ,
1047
1073
Réponſe fur une Queftion propofée dans le Mercure
de Janvier dernier ,
Ode Sacrée , tirée du Pleaume 138.
1075
1086
Fin de la Defcription de la Haute Normandie, 1088
Le Chaffeur , le Loup & la Brebis , Fable ,
Lettre fur la Géométrie par M. Liger ,
IYOI
1102
Extrait d'une Lettre fur une Queftion proposée dans
{
le
le Mercure d'O&obre 1742 .
Roland , Cantate ,
1106
1114
Queft. importantes, jugées au Parlem.de Paris, 1 116
Avis galant à Mlle P. ... 1121
Arrêt du Parlement de Bezançon , 1122
Placet en Vers à M. de Vaſtan , 1135
Enigmes & Logogryphe ,
NOUVELLES LITTERAIRES
Effai fur l'Esprit Hmain , & c.
Bible Latine & Françoiſe ,
Les Cauſes Célebres ,
1
1138
? DES BEAUX-ARTS ,
1142
1158
1161
Lettre fur les Romans >
Le Palletems Poëtique ,
ibid.
1162
Effai fur les Maladies des Dents , ibid.
Théologie de l'Eau , 1166
Abregé de l'Hiſtoire ancienne ibid.
›
Livres chés Nully ,
ibid.
Nouveau Quadrille des Enfans , 1168
Livres Etrangers chés Briaffon , 1171
Abregé de la Vie des Evêques de Coutance , 1177
Choix d'Auteurs Claffiques ,
1180
Prix de l'Acad . de Soiffons pour l'année 1744. 1184
Morts de Perfonnes Illuftres,
Eftampes nouvelles ,
Chanfon notée ,
1186
1192
I 194
Spectacles. Extrait de la Comédie de l'Ile des Talens
,
1197
Nouvelles Etrangeres ,Turquie, Allemagne & c.1205
Morts des Pays Etrangers ,
1238
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , &c. 1209
Concert Spirituel au Chateau des Tuilleries , 1135
Concerts chés le Reine ,
Mort & Mariages ,
1237
1238
1247
Mort & Inhumation de Madame la Ducheffè , 1242
Difcours fait aux Carmélites à ce sujet ,
Service pour Madame l'Abbeffe de Chelles , 1251
Errata de Mai.
P
Age 829. à la reclame, Plus, lifex , Et. P. 831.
1. Sun , 1. une. P. 872. l. 18. dure , l. fubfifte.
P. 873 1. 9 logoient, 1. logeoient. P. 889. lig. premiere
, ne manqua, l , ne manqua pas . Ibid. 1 13. a ,
ôtez ce mot. Ibid. 1. 25. dû , l. a dû. P. 904. 1. 19.
alteréé, l. alteré , P. 916. 1. 2. 1643. L. 1743. P.948.
1. 16. confumées, confumés. P. 957. l. 16. Pithon
Court , l . Pithon - Curt . P. 965. 1. 18. d'aborda , l.
d'abord à. Ibid. 1.17 . Anfel , L. Anfelme. P.959 . l. 3 .
du bas , en , l' à. P- 968. l . 19. Villejuir , L. Villejuif.
Ibid. 1. 22. Ste , L. de Ste . P. 974:
1. 12.
des ,
1. de. P. 976. 1. 21. fragia , 1. fragmenta. P. 1017.
1.6 précedente, d'auparavant. P. ro22 . 1. 27. relai,
L. relais. P. 1944. 1. 27. Perica , 1. Pereira.
Fautes à corriger dans ce Livre.
Age premiere , ligne 1o. Prêts , lifez , Prêt.
P. 1044. 1. It m'épouventer , l, m'épouvanter-
P. 1046. 1. 7. l'éclaire , f. l'éclair.
P. 1057. 1. 20 occafiona , l . occafionna .
P. 1060. 1.6 . Xerèxs , 1. Xerxès.
Ibid. 1. 26. d'autres , l. d'autse .
2
151
P. 1063. 1. 22. reprifent , 1. repriffent,,
P. 1067. 11. a , 1. as .
Ibid . 1. 7o. lạ , I. fa
P. 1069. 1.. 15. s'emblent , femblent.
P. 1981. 1. 15. par
་
ôtez ce mot.
P. 1089. l. 15. 2464. l. 1464.
1bid. 1. 22. Carenten , . Carentan .
P. 1096. l . 8. & 9. Barronies l . Baronnies:
P. 1097.1. 9. defferyi , l . deffervies .
P. 1083. 1. 10. S. Robert , l. S. Renobert.
Même page ligne 26. pendant , l. après.
P. 1098. 1. 2. du bas , ce n'eft , l. ce qui n'eft.
P. 1099. 1. 19. Haye , ôtez la virgule.
P. 1100. 1. 3. Flameuville , Z. Flamenville .
à la Reclame , Qunat , 1. Quant,
P. 1105.1. 8. pofeffion , /. poffcffion .
P. 1107. l. 13. prarique , l . pratique.
P. ΠΟΙ
T
P. 1108. l . 19. & 20. cependnt , 1. cependant.
P. 1113. 1. 21. envelloppé , l . envelope.
P. 115. l . 7. Eclattez , l . Eclatez .
P. 1116. l. 16. eft , 1. eft.
P. 1120. 1. 2. du bas , Banniffemeut , 1. Barniffement.
P. 1127. l. 10. pendant , ôtez ce mot.
P. 1130. 1. premiére , e , l . le.
P. 1143. 1. 4. & 5. moins , l . moins intenſes ,
P. 1162.1. 9. à cerrain égard , l. à certains égarét
P. 1166. l. 16. onr , 1. ont.
P. 1173.1. 13. Nafonm , 1. Nofonum.
P. 1181.1, 25. fa angue Lmaternelle , 1. fa Lange
maternelle.
P. 1193. 1. 14. defiré , 1. defiré.
Ibid. 1. 20. d'ic , l. d'ici .
P. 1195. l . 18. ootre , l. notre !
P. 3199. 1. 7. ou , ôtez ce mot.
P. 1200. à la reclame , Dans , l. Scéne,
P. 1203. l. 15. me , l. ne.
P. 1208. 1. gtande , 1. grande,
La Chanson notée , dois regarder lapage 11;
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT,
JUI N. 1743.
SECOND VOLUME.
OUR
COLLIGIT
SPARGITE
apillan
Chés
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER
ruë S. Jacques.
La Veuve PISSOT , Quai de Conty ;
à la descente du Pont- Neuf
JEAN DE NULLY , au Palais
M. DCC. XLIII,
Avec Aprobation & Privilege du Ro
A V J 3.
L
'ADRESSE génerale eft à Monfieur
MOREAU , Commis au Mercure , visà-
vis la Comédie Françoife , à Paris . Ceux
gui pour leur commodité voudront remettre
Leurs Paquets cachetés aux Libraires qui vendent
le Mercure , à Paris , peuvent fe fervir
de cette voye pour les faire tenir.
On prie très-inftamment , quand on adreſſe
'dles Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous le
déplaifir de les rebuter , & à ceux qui les envoyent
, celui , non -feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de les
perdre , s'ils n'en ont pas gardé de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers quifouhaiteront
avoir le Mercure de France de la premiere
main ,
& plus promptement , n'auront qu'à
donner leurs adreffes à M. Moreau , qui aura
foin de faire leurs Paquets fans perte de tems,
de les faire porter fur l'heure à la Pofte, on
aux Meffageries qu'on lui indiquera.
PRIX XXX . SOLS:
MERCURE
DE
FRANCE ,
DEDIE
AU
ROT.
AV
JUIN 1743.
*************
PIECES
FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
TRADUCTIO N de la feptiéme Elégie
du premier Livre des Triftes d'Ovide.
FLeuves
impétueux ,
remontez vers la fource
D'où
defcendent vos Eaux ;
2
Soleil , vers l'Orient , au milieu de ta courſe ,
Reconduis tes chevaux.
Terre , porte en ton ſein les Etoiles
brillantes ,
Dont le Ciel eft paré.
Ciel , étale à nos yeux des moiffons
jaunifantes
Dans ton fein labouré.
II. Vole A ij Que
1258 MERCURE DE FRANCE
Que dans nos Prés moncans l'eau répande, ſurpri
La trifte aridité ;
Que la Sphère du fea s'engourdiffe , & produife
La froide humidité,
Tout ce que j'affurois ne fe pouvoir point faire ;
Déformais fe fera.
La Nature à fes loix elle-même contraire ,
En tous lieux changera.
Voilà ce qu'Apollon par ma voix pronoſtique ,
Puifque je fuis trempé
Par l'Ami dont mon coeur fit fa reſſource unique .
De lui feul occupé .
As-tu craint de me voir ? Od font donc ces
trailles
Et ce doux fouvenír , `
Pour n'avoir pas daigné fuivre mes funéraille
Seulement d'un ſoupir ?
Tu m'as laiflé , cruel , gifant dans la miſére ;
Tu foules fous tes piés
L'amitié , ce faint nom , cetre amitié ſi chere ,
Qui nous avoit liés.
Que t'en eût - il coûté de venir par uſage
Me rendre quelques foins
N'aurois tu de l'Ami qu'emprunté le langag
Tu pouvois feindre au moins.
Que ne m'obligeois-tu dans mon malheur e
Par ce tendre devoir ?
ปี
Pl
JUI N.
1259 17437
Plufieurs,qui jufqu'alors m'étoient inconnus même,
Me font bien venus voir.
Recevant ton adieu , demi mort , trifte & pâle ,
Comme à mon dernier jour ,
Je te l'euffe rendu , plein de l'ardeur qu'exhale
Lé plus parfait amour .
Ceux que
nul intérêt n'attache à ma fortune ,
M'ont marqué cet égard .
Le Peuple t'inftruifoit par fa plainte commune ,
A pleurer mon départ .
Je m'affligerois moins , fi quelquefois dans Rome
T'ayant feulement vû ,
Et vivant avec toi comme avec un autre homme ,
peu connu.
Je t'avois
Si comme deux vrais coeurs , qu'un même eſprit
affemble
Dès les plus jeunes ans ,
Dans la même maiſon nous n'euffions point en
femble
Demeuré fi long - tems.
Si fçachant les fecrets qui couloient fans myſtére
De tes doux entretiens ,
J'avois pour un moment balancé de te faire
Confidence des miens .
L'Amitié confondoit , égale & mutuelle ,
Nos chagrins , nos plaifirs ;
Je ne te cachois rien , & je lifois , fidéle ,
Jufques dans tes defirs.
A iij
Le
1160 MERCURE DE FRANCE.
Le Vent emporte donc fur fon aîle inconftante
Les fermens des Amis ,
Et le Léthé diffout dans fon onde dormante
Ce qu'ils s'étoient promis ?
Se peut-il , jufte Ciel ! que Rome ait fait éclore
Un Monftre tel que toi ,
Rome,où malgré mes voeux, le retour que j'im plore
Eft interdit pour moi ?
Non, fur de durs Rochers tu naquis en Scythie ,
Ou fur les bords du Pont ,
Où le Sarmate affreux fut l'Auteur de ta vie
Sur la croupe d'un Mont.
Là , les cailloux , l'acier , d'un rempart invincible
Ont entouré ton coeur.
C'eft là , qu'en t'allaitant la Tigreffe inſenſible
T'infpira fa rigueur.
Je me trompe , ton coeur , oui , ce coeur qui m'ous
trage ,
Auroit été moins dur ,
Quand même il eût fuccé fon naturel fauvage
Dans ce climat impur.
Tu m'aurois témoigné la pitié dont on uſe
Envers
JUIN. 1260 1743
Envers un Etranger ,
Ét prenant ton parti , je ferois ton excufe,
Au lieu de te juger .
Ah ! fi le fort voulût aux malheurs qu'il me
cauſe ,
.
Joindre ta cruauté ,
Fais par ton repentir qu'on la compte pour chofe
Qui n'a jamais été.
Fais par ton changement , pour abolir ton crime ,
Que je me croye aimé ,
Et que ma bouche enfin te rende mon eftime
Après t'avoir blâmé .
Des Forges Maillard.
EXTRAIT d'une Thèse foutenue dans
les Ecoles de Médecine de Paris le 5. Mars
1743. touchant les effets de l'Air fur l'aco-
-nomie animale , où l'on examine en parti
culier , fi l'Air de Verfailles eft falutaire.
A Près avoir traité dans deux articles affés
j
étendus , de tout ce qui regarde l'Aix
en géneral , par rapport à la fanté , l'Auteur
de cette Thèfe difcute dans trois autres àrd
A iiijticles,
262 MERCURE DE FRANCE
ticles , avec une égale fagacité , ce qui concerne
l'Air de Verfailles ; & nous nous faifong
plaifir d'être ici fon interpréte , pour faire
plaifir à un plus grand nombre de perfonnes,
dans une matiére auffi curieufe qu'intéref
fante.
III. Puifque les effets de l'Air fur le Corps
humain font fi confidérables , on voit évidemment
, dit notre Auteur , avec combien
de fageffe les fondateurs des Villes ont pourvû
à la ſanté , à la félicité de leurs Peuples ,
lorfque pour les bâtir , ils ont eu égard à la
bonté de l'Air. Telle a été la fage prévoyance
de LOUIS - LE - GRAND, lorfqu'il a choif
Verſailles pour y établir fa demeure & celle
des Empereurs des François , qui devoient
lui fuccéder. Verfailles eft en effet recommandable
par les différentes qualités qui font
connoître la falubrité de l'air qu'on y refpire.
On louë la fituation des Villes , qui étant expofées
aux rayons du Soleil Levant, panchent
plutôt légerement vers le Nord , que vers le
Midi. Voilà précisément quelle eft l'expofition
du Château & de la Ville Royale de Verfailles.
On voit une petite Colline s'élever doucement
au deffus de plufieurs monticules ,
qui femblent la couronner comme leur maîtreffe
, à une diſtance & à une hauteur juſtes
& égales. Son fommet applani a fourni aflés
d'espace pour y édifier au plus puiffant & au
plus
JUI N.. 1743: 1282
de
Plus magnifique des Rois , un Palais qui n'a
Point de pareil , comme ce grand Prince étoit
lui-même fans égal . Vous diriez que tous les
plus précieux ornemens de l'Art & de la Nature
font venus s'y affembler , fi vous confidérez
l'ordre & la difpofition des Bâtimens,'
la beauté , le nombre & la commodité des
Appartemens , les richeffes & les
graces
la Peinture , de la Sculpture ancienne & moderne
, des Mofaïques , &c. Vous y verrez
plus de marbres des plus précieux , qu'en
aucun autre lieu du monde. Si les dorures
ébloüiffent , lorfque vous confidérez les dehors
brillans de ce Palais , la nobleffe &
l'artifice des ornemens , dont l'intérieur eſt
décoré, frappent du plus grand étonnement.
On fe difpenfe de faire ici l'énumération
des meubles d'or, d'argent & de toutes fortes
d'autres matiéres non moins riches & précieufes
; ainfi que de donner une defcription
exacte de ces Jardins enchantés, où les Nym
phes des Eaux fe plaifent à faire leurs différens
jeux. Il fuffit de dire que toutes les
merveilles qui concourent à orner cette charmante
demeure , répondent tellement à la
beauté de fa fituation , qu'on la croiroit digne
du plus grand & du plus fage des Rois
fi le Roi n'étoit pas lui -même au deffus de
toutes chofes. L'affiete du Château n'eſt
point cachée par P'élévation des monticules
A v voifins
1264 MERCURE DE FRANCE
voifins , ce qui lui donne un air pur & fans
mélange d'aucunes malignes vapeurs ; &
quoiqu'il puiffe être également expofé à tous
les vents, il l'eft plus particulierement à ceux
du Nord & à ceux du Levant , qui font les
plus falutaires.
A l'égard de la Ville , qui eft confidérable
par le nombre de fes habitans , & par le grand
abord des Etrangers , quoiqu'elle fe trouve
affife au bas de la Colline , elle ne joüit pas
pour cela d'un air moins falutaire . Elle eft
expofée , il eft vrai , de toutes parts aux,
vents , mais fans fouffrir aucune incommodité
de ceux du Midi ou du Couchant. Située
au Levant & au Nord , comme le Châelle
joüit de la même falubrité. Il n'y
avoit que la petite Montagne de Mon ....
dont le voifinage pouvoit lui dérober les
rayons falutaires du Soleil levant , & altérer
la pureté & la férénité de l'air ; mais admirons
la prévoyance & l'attention d'un fage
Roi pour la fanté de fes Sujets. LOUIS- LEGRAND
, pour donner à fes peuples l'avanteau
,
d'un meilleur air , & pour leur faire
habiter des lieux plus fains , n'a pas cru devoir
ménager les Montagnes même , lorfqu'elles
formoient un obftacle à fes intentions.
Il a condamné cette tête , fatale à la
fanté , à être abbatue, & elle ne fubfifte plus
depuis long- tems,
IV.
JUIN. 1743.
1268
IV. On ne révoquera pas en doute , que
les eaux contribuent beaucoup à la falubrité
de l'air , que leurs vertus font merveilleufes
pour la confervation de la fanté , fi on fait
attention que leurs particules élevées par la
chaleur du Soleil , pouffées en haut par l'a
ction continuelle du feu fouterrain , diſperfées
par les vents de toutes parts , fe mêlen
très- abondamment avec l'air.
par
Il y a dans Verfàilles des eaux louables
non-feulemeut fournies des fources qui
naiffent dans le lieu même , mais encore qui
font amenées dans les Fontaines publiques ,
premierement par des tuyaux de plomb , enfuite
, pour une plus grande falubrité , par
des tuyaux hexagones de fer & par des Aqueducs
de pierre , par le moyen defquels la
féchereffe & l'aridité du terroir font corrigées.
Qui pourroit décrire d'une maniére convenable
la multiplicité des eaux qui font dans
les Jardins ? On diroit qu'elles fortent des
entrailles de la terre , quoiqu'elles y foient
conduites de très -loin par un travail & avec ·
un artifice furprenant.
Vers le Septentrion il y a un Lac d'une
étenduë confidérable. Il fournit fans art une
eau , qui , fortant de fon fein par plufieurs
fources , n'eft point chargée de limon , & ne
fçauroit être regardée comme dormante ,
puifqu'elle est toujours agitée , & dans un
A vj mou1266
MERCURE DE FRANCE
mouvement continuel . Si elle ne fert pas aux
Habitans pour leur boiffon ordinaire
elle
n'eft point du tout nuifible aux Bêtes de
charge. Du côté du Midi , il s'amaffe dans la
Plaine une affés grande quantité d'eaux , qui
coulent des Montagnes voisines.
Autrefois la tranquillité de ces eaux pou
voit rendre marécageufe & mal faine la demeure
de l'ancien Bourg, qui eft aujourd'hui
entierement détruit ; mais comme elles font
à préfent raffemblées par des conduits foûterrains
dans de vaftes baffins , pour l'embelliffement
de ce beau Lieu , elles ne procurent
pas moins d'utilité que d'agrément , &
les lieux autrefois humides & mal fains , par
le féjour de l'eau dormante , fe trouveut aujourd'hui
entierement defléchés , ce qui ôte
la caufe de l'altération de l'air , en même tems
que l'abondance de ces eaux, que l'art a conduit
dans les Jardins , en empêche la fécherefle
.
,
V. La bonne fanté des Habitans eft fans
doute une preuve très -affûrée de la falubrité
de l'air qui régne dans leur Pays. Or , à Verfailles
il n'y a aucunes maladies épidémiques,
ou endémiques . Les Médecins n'y trouvent
pas plus fréquemment qu'ailleurs à traiter des
févres tierces ardentes , malignes , & c. fuites
ordinaires de la corruption & de la chaleur
de l'air , ou de la mauvaiſe qualité du
terroir,
JUIN. 1743 1267
terroir , & de fes eaux. Confiderez plutôt
la vigueur des Habitans de Verſailles , les
belles & vives couleurs de leur tein , la bonne
conſtitution de leur corps , leur longue vie
tout cela ne dénote - t'il pas une parfaite
fanté ?
Lorfque pour la conftruction du Château,
& pour la fondation de la Ville , tout étoit
rempli de vils Artifans , qui remuoient en
foule les terres de tous côtés , avant qu'on y
trouvât cette abondance de vivres de toutes
les efpéces , qui régne aujourd'hui avec pro
fufion , avant qu'on y eût conduit toutes ces
eaux falutaires , qu'on eût defféché la Campagne
voifine , & détourné les eaux maré
cageufes alors , dis - je , on pouvoit former
quelques foupçons contre la falubrité du Licu ,
& craindre la fanté des Habitans qu'on
pour
vouloit y fixer , mais les fages précautions
de LOUIS LE GRAND ont fi bien
pourvû
à tous les inconvéniens , que l'on vit aujourd'hui
à Versailles jufqu'à la vieilleſſe la
plus reculée. Auffi notre grand Monarque y
jouit , avec toute la Famille Royale , d'une
fanté conftante & parfaite.
· 12
Plaife au Ciel d'en prolonger la durée , &
d'exaucer les voeux que nous faifons tous
pour fa confervation , d'où dépend celle de
I'Etat La fituation avantageufe de Verfailles
, la température de fon climat , qui
con
1268 MERCURE DE FRANCE.
contribuent particuliérement l'une & l'autre
à la falubrité de l'air , favorifent notre efpérance.
Nous avons donc raifon de conclure , que .
Pair de VERSAILLES eft bon &falutaire.
Cette Thèse fut foutenue avec beaucoup
de fuccès par M. François de Sales , Daniel
POULLIN , d'Orleans , de la Société Royale des
Sciences , & Docteur en Médecine de la Faculté
de Montpellier , Bachelier de celle de
Paris , lequel l'avoit lui-même compofée pour
fa Thèfe Cardinale , fous la Préfidence de
M. Louis -Marie Pousse , Docteur Régent.
St Wst skit ft Seft fittest
REPONSE de M. Nericault Deftouches,
à une Epitre anonyme , en Vers
Marotiques.
Lorfque chés moi parvint l'Epitre vôtre
Sur le fujet de Bayle votre Apôtre ,
Ne m'y trouva : lors étois à Paris ;
Partant , Seigneur , pas ne foyez furpris
De mon filence , & foyez sûr , beau Sire ,
Que fur le champ vous euffe répondu ,
Si votre Ecrit tôt m'eût été rendu ;
Mais fur ma foi , viens que de le lire ,
Et ne fçaurois différer un moment
De vous répondre. A donc premiérement ;
Bicn
JUIN 1743 .
1269
Bien qu'avec moi tâchiez d'être anonyme ,
Je vous connois par le ftyle & la rime.
Or , le dirai tout naturellement ,
Certes , par l'un méritez mon eſtime ;
Par l'autre , non. Dans maint & maint Ecrit ,
Souvent avez fignalé votre efprit ;
Mais de tout tems deux chofes vous manquerent
Rime & Raiſon : Rares dons que n'acquierent
Gens tels que vous , dont l'efprit pétillant ,
Les facrifie à l'amour du Brillant .
Pourrois de plus , vous dire en confidence ,
Qu'eûtes toûjours forte propenfion
A vous piquer de profonde fcience ,
Pour faire nargue à la Religion ,
Preuve , à mon fens , d'un grand fond d'ignorance;
Ce que par trop mettrois en évidence
Si prétendois creufer la queſtion.
Vous me tancez avec fine énergie ,
'Livrant affaut à ma Théologie ,
Et fans façon la traitez de bibus ,
Me renvoyant à l'oeuvre Dramatique ;
Comme à l'objet de mon talent unique ,
Parce qu'ai vû les périlleux abus
Trop réfultans de la fauffe Doctrine
De ce Prothée aimable & captieux ,
D qui l'efprit , pour vous fi radieux
Vous femb leextrait de l'Effence Divine ;
Tant
1170 MERCURE DE FRANCE:
Tant & fi bien , que vous faites honneur
De l'avouer pour votre Directeur ,
Et vous croyez , uſant de ſon étoffe ,
Profond Auteur , & fubtil Philofophe ,
D'un ton hautain ofant me défier ,
De vous cotter feulement une page
Qui m'autorise à blâmer fon Ouvrage ,
Qu'en mes Ecrits ai voulu décrier .
Or vous réponds qu'accepte avec courage
Votre Cartel , fuffiez - vous un Géant ,
Et me fais fort de vous mettre au néant ,
En vous prouvant que Bayle votre Maître ,
Par qui jurez , fans l'entendre peut-être ,
Car qui l'entend fçait fairer fon poiſon )
Onc ne tendit qu'à leurrer la Raiſon`;
Qu'aux préjugés en déclarant la guerre ,
De faux Sçavans il a peuplé la Terre ;
Plus dangereux par tout ce qu'il oſa
Leur fuggérer , que ne fut Spinoza ,
Dont la Doctrine égale à l'impudence ,
Heurtant de front la fainte Vérité ,
Onc ne couvrit l'affreufe impiété
De les erreurs , d'un voile d'innocence.
Partant , Seigneur , quand aurez déclaré
Votre vrai nom , nous irons fur le Pré ,.
Où vous & moi nous livrerons bataille ,
En chamaillant & d'eftoc. & de taille ;
E་་
JUIN. 1743 1271
Et me fais fort de vous faire avouer ,
Un Bayle en main , que ce plaifant Sophifte ,
Que tant prifez d'être bon Calviniste ,
De la Raifon cherchant à fe joüer ,
D'un fot Lecteur fait fouvent un Déïfte ,
Ou tout au moins un efprit incertain ,
Embarraffé fur le choix d'une route :
Et trop fçavez qu'homme qui toujours doute ,
Enfin conclut par être un Libertin.
LETTRE de M. D. à M. L. au fujet de la
481 ° . Lettre de M. l'Abbé Desfontaines ,
fur le Livre de M. Morelli.
Plus jepenfe , Monfieur , à notre con
verfation d'hier , moins je puis être de
votre avis. Ce n'eft pas que j'approuve l'Auteur
de l'Effai fur l'Efprit humain d'avoir reculé
juſqu'à l'âge de 14. ou 15. ans l'étude
des principes de la Grammaire . Car quoique
la grande expérience que j'ai acquife en cetse
matiére me perfuade que l'on peut marcher
avec fuccès par la route qu'il trace ,
puifqu'il fera toujours conftant qu'une Langue
s'apprend par l'ufage , & que la pratique
dans l'ordre naturel précede toujours
la théorie ; cependant cet Auteur , à ce qu'il
me femble , auroit dû ménager des préventions
1272 MERCURE DE FRANCE
ventions
quer
que fon fentiment ne pouvoit mand'effaroucher
outre que l'efprit des
jeunes gens eft fuffifamment mûr pour les
réflexions grammaticales , long-tems avant
l'âge qu'il prefcrit , & qu'en ce cas c'eft fe
refufer à de plus grands progrès que de ne
pas réunir à leur pratique la théorie & les
principes de la Grammaire . Mais au refte je
ne fçaurois blâmer avec vous cet Auteur ,
que vous trouvez d'ailleurs fi fenfé , d'avoir
retranché les Thêmes du commencement
des études. Trop de gens du premier mésite
ont été & font de ce fentiment , qui
Commence même à devenir celui du Public
pour que j'ole le taxer d'abfurdité. Ainfi il
me paroît que vous prenez trop à la lettre
ce qu'un peu de mauvaiſe humeur fait dire
à M. l'Abbé D. F. à ce fujet. Vous donnez
à fa penfée plus d'étenduë qu'il n'a cu deffein
de lui en donner lui-même , & je fuis
perfuadé qu'il défavoueroit ce que vous lui
faites dire : Le début de fa critique eft infoutenable
, de la façon que vous l'entendez .
Soyez en juge vous même. Je vais vous .
remettre devant les yeux fon Texte avec
mes Réflexions à côté , & fi vous me le permettez,
j'en fuivrai de même pied à pied toutes
les propofitions où nous nous trouvons
tous deux de fentiment oppofé. Ainfi ce
fera toujours à vous , Monfieur , que j'adrefferai
la parole . Lettre
JUIN.
1743. 1273
Lettre 481 .
La Pédagogie [ je prens ce terme dans un
bon fens ] a en , Monfieur , de tous tems fes
Empiriques , ainsi que l'Art de la Médecine:
Rien n'eft plus commun que de voir des Refor
mateurs d'études , des maîtres à fecret pour l'éducation,
des inventeurs de nouvelles méthodes ,
Cenfeurs des exercices ufités de la jeuneffe ,
Docteurs qui fe croyent plus habiles que les
Sçavans Maîtres qui les ont précédés.
,
Voyez , M. fi vous pourriez appliquer
cette tirade de Sinonimes à quelqu'un des
grands Noms qu'on peut vous citer. Prenons
les premiers qui fe préfenteront à notre mé
moire , un M. Rollin , par exemple , à qui
M. l'Abbé D. F. a donné lui- même de fi
grandes louanges ; un Ļoke , ce Philofophe
fi fenfé , dans fon Traité de l'Education ; un
M. le Fevre Pere de Mad . d'Acier ; un
Montagne ; un P. Lamy dans fes Entretiens
fur les Sciences : je ne dis rien des Auteurs
vivans. Mais , auquel de ceux que j'ai nommés
, donneriez -vous le nom d'Empyriques
de la Pédagogie ? Et fi vous ne prenez point
fur vous une telle abfurdité , pourquoi voulez
- vous l'attribuer à l'Auteur des Obfervations
Pourquoi prétendez vous qu'il profcrit
tout effort que l'on fera pour donner à
l'éducation plus de perfection ? Na - t'il pas
dernierement
1274 MERCURE DE FRANCE
dernierement comblé d'éloges l'Abbé Berthaud,
dont le travail n'eft que le développement
d'une idée que M. Dumas a donnée
dans fon Livre ? Pourquoi donc prêter à
l'Obfervateur cette bizarrerie de vouloir
qu'il n'en foit pas de l'Art d'enfeigner une
Langue comme des autres Arts, qui doivent
naturellement faire du progrès , & de prétendre
que les bons Elprits , Difciples de
Sçavans Maîtres ne doivent point devenir
encore plus habiles que leurs Prédéceffeurs ?
Suivons fon Texte.
Ceux- ci exerçant la Méthode ordinaire ont
fait d'excellentes Educations. C'est en la fui
vant avec difcernement , & en l'appliquant ,
fans l'afſujettirfervilement à toutes les Régles
antiques qu'ils ont formés , tant d'Excellens Sus
jets.
La Queſtion n'eft pas de fçavoir s'il y a
des Génies heureux & capables de réüffir
quelque route qu'on les méne, ni s'il y a des
Maîtres judicieux , qui en maniant une mauvaiſe
Méthode fçavent en tirer le meilleur
parti qu'il eft poffible, & faire d'excellentes
Educations ; mais de fçavoir fi la Méthode
commune eft la plus proportionnée au plus
grand nombre des Efprits & la plus
propre à réüffir ; c'eft - là ce qu'il faudroit
prouver.
Si l'on voit des perfonnes qui n'en ont tiré
aucun
JUIN. 1743 1275
que
aucun profit , c'est qu'elles n'avoient aucune
difpofition pour les Lettres & leur Esprit
étoit ou borné , ou trop vif, ou pareffeux &
leur volage imagination rebelle à toute forte
d'Inftruction & de Difcipline , ce qui n'est que
trop commun.
Avoir de la difpofition pour les Lettres ,
& apprendre une Langue , ce font chofes
bien differentes. Peu de gens font propres
devenir Gens de Lettres , & tout le monde
eft capable d'apprendre une Langue , pour
vû qu'on ne foit point accablé par une multitude
de fauffes Régles , ce qui eft inévitable
dans la Méthode de commencer les
Etudes par la compofition des Thêmes. Mais
fi cette Méthode eft fi parfaite, felon vous. &
felon l'Obfervateur , qu'on ne puiffe rien inventer
de meilleur , d'où vient donc qu'il
n'eft que trop commun de trouver differens
Caractéres d'Esprit à qui elle ne convient
point ? D'où vient qu'on voit fi fouvent des
Enfans du plus bas âge s'annoncer avec les
plus heureufes difpofitions , tant qu'il ne s'agit
encore que de Leures d'Auteurs François
, Hiftoire , Fable , Geographie & même
Phyfique , faifir tout avec une égale vivacité
de conception , perdre enfuite ces
heureufes difpofitions , lorfqu'il s'agit de Rudiment
& de Particules , & ne les retrouver
qu'en Seconde ou en Rhétorique , lorfque
les
1276 MERCURE DE FRANCE
les chicanes de la fauffe Grammaire font en
fin paffées ? Car il eft bon de remarquer que
fouvent ce font les meilleurs Efprits à qui
cette Méthode ne convient point. N'eft - ce
point que la droiture d'Efprit rend heureufement
de bons Génies impropres à une
Science qui ne ferviroit qu'à les gauchir &
à les rendre faux , comme il arrive fi fréquemment?
Aucune des nouvelles Méthodes ne peut nous
citer des exemples capables de leur faire donner
la préference fur l'ancienne.
La Méthode de commencer par l'explication
des Auteurs en peut citer d'éclatans ,
un jeune le Fevre, une Mad . Dacier, fa foeur
qui avoit déja donné au Public des Auteurs
Latins avec fes Notes Latines , fans avoir de
fa vie fait un feul Thême , & ces jeunes
gens dont parle M. Loke , & bien d'autres
que l'on pourroit citer font des exemples
décififs.
"
Elles ne peuvent alléguer en leur faveu:
que quelques raifonnemens qu'un fouffle renverse.
,
Lifez feulement , Monfieur , la Lettre fur
l'abus des Thêmes que je vous envoye &
puifqu'il n'eft queftion que de fouffler , foufflez
, fi vous voulez , à renverser les Mone
tagnes.
Ces fortes de Systêmes hardis qui éblouiffen
Les
JUIN. 1743
1277
les efprits fuperficiels ne peuvent fe foutenir
contre une foule d'inconvéniens qui en réfultent
.
Mettez , je vous prie , les chofes égales ,
autant d'entêtement pour une nouvelle Méthode
que pour l'Ancienne , celle- là , fi
faufle qu'elle foit , fe foutiendra , je vous
jure ; il faudra bien qu'elle marche à grands
coups de verges ; à force de larmes & d'années
l'on arrivera enfin au terme comme à
l'ordinaire . Peut-on citer des inconvéniens
d'une nouvelle Méthode, lorfque l'Ancien
ne n'eft elle -même qu'un inconvénient perpétuela
En Pédagogie comme en Médecine , il faut
s'en tenir à l'expérience , un vieux Praticien
vaut centfois mieux qu'un Novateur Spéculatif
qui nefçait que foutenir des Thèfes & débiter
des Paradoxes.
Cette Maxime , M. dont vous m'avez paru
frappé , & qui feroit bonne ailleurs , porte
içi totalement à faux. C'est l'expérience
même qui a convaincu ceux qui ont écrit
contre l'Ancienne Méthode , il n'y en a pas
un qui foit un Novateur , Spéculatif. Tous
ont été & font Praticiens , & M. Morelli
paroît ne l'être pas moins que les autres. Enfin
fi vous voulez un Praticien , vous le trouverez
dans la Lettre fur l'abus des Thêmes.
On voudroit , pour ainsi dire , jetter une
Education
278 MERCURE DE FRANCE
Education au moule. On voudroit qu'une Langue
ancienne telle que la Langue Latine
qui ne fe parle plus , qui ne s'apprend qu'en
lifant & en écrivant.
Notez , M. ce mot en lifant , placé avant
cet autre en écrivant , & à cette exactitude
de l'Obfervateur , remarquez comment
dans un bon Eſprit le bon fens perce toujours
à travers toutes fes préventions . Oui ,
M. c'eft ainfi que nous l'entendons , il faut
lire avant que d'écrire , expliquer d'abord
les Auteurs Latins , pour en venir à compofer
en Latin. Faire autrement , c'eft aller
Contre la nature & le bon fens.
Une Langue qui a cent fois plus de difficulté
que nos Langues modernes.
Peu de gens conviendront que la Langue
Latine foit plus difficile que nos Langues
modernes , & nommément que la Langue
Françoife .
Fut enfeignée à un enfant comme un jargon
Sans Principe & fans Grammaire & la
par
voye d'une plate routine.
Mais fi l'on réüffiffoit par cette voie in
plate , ce feroit donc un grand malheur,à votre
jugement.
J'ai vu un enfant ainfi élevé qui parloit
Latin à 7 ans s'énonçoit avec autant de
facilité, fans exagération qu'un Docteur fur les
Bancs . A dix ans , on commença enfin à lui
mettre
JUIN. 1743:
1279
mettre entre les mains les Selectæ Hiftoriæ ,
Les Fables de Phedre , & les Auteurs les
plus aifés , mais il n'y put rien comprendre.
Ce fut pour lui une Langue abfolument Etrangere
dont il n'entendoit que les mots , fans en
entendre la conftruction , & les rapports ,
fans pouvoir rendre le fens d'aucun Auteur.
*
ن ف
Perfonne ne peut s'empêcher d'avouer que
c'étoit une grande avance pour cet enfant ,
encore plus grande, s'il fçavoit parler un Latin
pur & élegant.
* Et les Enfans de cet âge, quand ils n'ont
encore rien lû en François , comprennentils
bien les Fables de la Fontaine ?
Quelle avance encore une fois ! Il portoit
fon Dictionnaire dans fa tête ; il étoit familiarifé
avec les Terminaifons Latines ;, il ne
s'agifloit donc que de lui faire entendre la
conftruction & les rapports des mots. C'eſt
ce qu'auroit fait en peu de tems quelqu'un
de ces Novateurs qui l'eût fait enjamber
l'arrivée aux premieres Claffes , comme dit
Montagne. Mais ce pauvre enfant tomba
dans des mains bien mal adroites , pourvû
encore que la malice ne s'en foit point mêlée
, ce qui n'eft pas fans exemple.
Il fallut le mettre à la Grammaire comme
Les enfans ordinaires.
Il faut bien en venir à la Grammaire , tôt
II. Vol. B оц
1180 MERCURE DE FRANCE
ou tard. Perfonne ne prétend l'exclure pour
toujours.
Et lui faire faire des Thêmes , pour l'accoûtumer
aux Inverfions & aux Locutions Latines
& au goût particulier de cette Langue.
Les Themes des premiéres années n'accoûtument
, ni aux Înverfions ni aux Locutions
Latines , puifque la compofition de
ces Thêmes n'eft qu'un pur Méchaniſme, &
que les Enfans n'entendent pas même le Latin
qu'ils viennent de compofer.
Il eft certain que c'est en faisant expliquer
Jouvent les Auteurs Latins aux Enfans , qu'on
les familiarife avec leur langage.
Remarquez encore ce mot : c'eft en faifant
expliquer ; & c . ce n'eft pas , comme vous
voyez, en commençant par faire fouvent des
Thêmes , fans aucune explication d'Auteurs.
Le vrai échape naturellement aux gens de
bon fens , même au milieu d'une fauffe
route.
Mais fi l'on s'avifoit de le faire , fans avoir
préalablement muni leur mémoire des Principes
de la Grammaire, ce feroit affurément leurfaire
perdre le tems, les accoûtumer à deviner plutôt
qu'à comprendre.
Si l'on s'en avifoit , il arriveroit qu'on ne
préfenteroit point aux Enfans les Etudes Latines
fous des dehors triftes & rebutans
que le maître trouveroit lui-même fon métier
JUI N. 1743 1281
tier plus agréable & plus facile , que le tems
des commencemens feroit perdu à apprendre
un grand nombre de mots & de tours
Latins qui feroient une provifion de matiére
pour les réfléxions Grammaticales des années
fuivantes,qu'en attendant les Enfans s'accoutumeroient
à devenir jufte ,comme l'habitude
d'une Langue fait deviner jufte la penſée de
ceux qui la parlent , qu'ils iroient ainfi de
plein pied à la compofition en Latin , que
les uns & les autres ne perdroient autre chofe
, finon bien des occafions aux Maîtres de
fe mettre en colere , de crier , de fraper ;
aux Diſciples de pleurer , de fe rebuter , de
fe dépiter contre un fardeau intolérable.
Voilà bien des pertes , bien des malheurs à
la fois.
C'est cependant cette méthode d'expliquer les
Auteurs fans aucun principe , qu'un homme
d'efprit effaya d'accréditer il y a environ vingt
Ans.
De tous les Novateurs , pas un n'a préten
du qu'on dût fe paffer pour toûjours de la
Grammaire. M. Morelly lui même , qui va
plus loin que les autres , veut qu'enfin les
principes de la Grammaire viennent arramger
les idées de fon éleve .
Peut être que la pratique n'en convient qu'à
lui feul avec des lumiéres fupérieures & une
habitude pour cette méthode , incapable de
Bij réuffir
282 MERCURE DE FRANCE
réüffir entre les mains d'un autre comme dans
les fiennes.
Il n'y a point ici tant à finaffer. Tout le
monde concevra toujours la facilité qu'il y
a pour un Maître de prendre un Latin fim
ple, d'en faire la conftruction la plus exacte
d'y fuppléer les mots fous - entendus , de
traduire ce Latin en François , chaque mot
Latin par chaque mot François qui y répond
le plus littéralement qu'il eft poffible,
de rendre enfuite chaque Phraſe par un meilleur
François , de faire répeter à fon Eleve
ce qu'il vient d'entendre , & de continuer
ainfi, jufqu'à ce que l'efprit de cet enfant foit
en état de fupporter le travail des Réfléxions
Grammaticales. Quel eft le maître qui n'en
puiffe faire autant ? Si l'on en doute, on n'a
qu'à voir le choix d'Auteurs Claffiques que
M. du Marfais vient de publier , & l'on
avouera , pourvû que l'entêtement & la
mauvaiſe volonté ne s'en mêlent point, qu'il
n'y a perfonne qui ne foit en état de commencer
par cette méthode le Latin à un
enfant.
On a beaucoup raiſonné ſur l'utilité des
Compofitions Latines qu'on fait faire aux enfans
,& qu'on appelle Thême ; je vais propofer
fur cela un Argument qui me paroît fans replique
. Un François qui va à Londres, apprendra
- t - il la Langue du Pays en fe contentant
d'écouter
JUÍN. 1743 1283
d'écouter les Anglois ? * Ne faudra t'il pas
qu'il s'accoutume à parler Anglois lui - même ?
Cet exercice de parler la Langue Angloife
ne lui donnerat- t'il pas plus de facilité pour
entendre les Anglois qui lui parleront ? * Or
quand un enfant fait des Thêmes , il parle Latin,
non avec fa Langue , mais avec fa plume:
Voilà encore une fois l'Obfervateur em
porté par la droiture naturelle de fon efprit
dans notre fentiment aux dépens de celui
qu'il voudroit établir. C'eft en écoutant parler
une Langue & enfuite en la parlant , ditil
, qu'on l'apprend. Voilà l'ordre de la Nature
; nous ne difons pas autre chofe.
* Rien de plus vrai , fi l'on a commencé
par écouter les Anglois , rien de moins vrai ,
fi l'on n'a pas commencé par écouter les
Anglois .
* Donc cet enfant doit commencer par
écouter , c'eft à- dire , expliquer les Auteurs.
Le feul abus qu'il y ait à craindre, eft l'excès
des Thêmes & l'abus des minuties de la Grammaire,
fur lefquels on fait mal à propos rouler
eet utile exercice.
Combien peu de Maîtres judicieux, au ju?
gement de l'Obfervateur , c'eſt-à-dire , au vo
tre ,Micar hier vous convîntes de cet excès &
de ces minuties? Or les Maîtres ne font à leurs
Eleves aucune explication d'Auteurs pendant
toute la premiere année de cet exercice
B iij
au
1284 MERCURE DE FRANCE
au moins ; voilà l'excès des Thêmes , & ils
appuyent fur les moindres difficultés , voilà
les minuties ; ainfi l'Obfervateur fe met
avec vous au rang des Empiriques de la Pédagogie.
Au lieu que les Thêmes devroient uniquement
fe rapporter aux Auteurs que les Etudians
ont actuellement entre les mains.
Voilà une quatrième fois notre fentiment
infinué de nouveau par l'Obfervateur. Par
conféquent l'explication des Auteurs doit
précéder la compofition des Thêmes . Nepeut-
on point foupçonner qu'il fait femblant
de nous combattre , pour mieux faire ſentir
l'erreur de nos adverfaires ?
>
On remarque que ceux qui ont étudié le
Latin ou quelqu'autre Langue que ce foit ,
fut-ce l'Allemand , ont toujours l'efprit plus
juste que ceux qui n'ont eu d'autre Maître de
Langue que leur nourrice. Cette Méthode eft
bien éloignée de celle de faire expliquer des
Auteurs difficiles fans aucune leçon préalable
fur la Grammaire . Je n'ai jamais conçu comment
une idée fi finguliére étoit venuë à un homme
d'efprit.
Il n'y a point de doute que la Grammaire
ne mette de la jufteffe dans les idées . Auſſi
jamais perfonne n'a-t- il prétendu la fuprimer.
C'eft fe battre contre un Phantôme
que
gumenter là-deffus. Eh ! quel inconvénient y
auroit- il
d'arJUIN.
1285. 1743
auroit-il de préfenter la Grammaire aux Etudians
dès qu'ils ont l'efprit affés mûr pour
en faifir les raifonnemens fans effort , & qu'ils
ont commencé par expliquer quelques Auteurs
faciles felon la Méthode de M. du
Marfais.
Quiconque a lû fans prévention l'expofition
de cette Méthode, ne peut s'empêcher
d'en regarder l'Auteur comme le plus judicieux
Grammairien qui ait écrit de nos jours
fur cette matiére. Et quand fon Epitome ne
feroit autre chofe qu'enfeigner aux jeunes
Maîtres jufqu'à quel point ils doivent être
fcrupuleux envers leurs Difciples fur l'intelligence
Littérale de chaque mot Latin , ce
feroit toujours un fervice important qu'il
auroit rendu aux Lettres , puifque c'eft un
défaut général dans les Maîtres des jeunes
commençans de ne point leur attacher
d'idée préciſe à chaque cas , à chaque tems ,
à chaque mot de Latin , foit en faifant des
Thêmes , foit en expliquant les Auteurs.
D'où naît une confufion d'idées la plus
étrange.
On apperçoit aisément dans l'Ouvrage
de M. Morelly , que c'eft fur M. Du M.
que s'eft formé ce jeune Auteur qui don
ne de lui de fi grandes efpérances , puifque
cet Ouvrage , où il eft vraiment Créateur
de tout ce qu'il y fait entrer , porte ce-
В iiij. pendant
1286 MERCURE DE FRANCE
pendant par - tout la teinture de l'efprit de ce
grand Maître. Encore une petite Réfléxion ,
je vous prie.
Il vous plaît, auffi bien qu'a M. l'Abbé D.
F. de confondre , écrire en Latin , & faire
des Thêmes. Mais qui eft- ce qui ne ſçait
pas que rien n'eft plus diftinct que ces deux
exercices , & qu l'on peut fort bien , fans
avoir jamais fait de Thêmes , écrire trèsbien
en Latin , témoin Mad. Dacier ?
Tous les ans les Profeffeurs de Rhétorique
voyent briller dans leurs Claffes au - deſſus
des autres , par la Latinité de leurs difcours,
de jeunes gens qui avoient mal réüſſi dans
les Claffes inférieures à la compofition des
Thêmes : la raifon de cela ne paroît pas
difficile à trouver. Les autres , par une longue
fuite d'années dans l'exercice des Thêmes
, font montés à ne fe repréfenter les
tours Latins qu'en conféquence des tours
François. Ceux- ci,au contraire, n'ayant point
pris goût à cet exercice , la premiére choſe
qui fe préfente à leur efprit pour exprimer
leurs pensées , c'eft les tours des Auteurs
qu'ils ont lû avec avidité , plus pour en fentir
les beautés , que pour en faire la traduction.
Je pourrai quelque jour vous déveloper
ma pensée fur cela. En voilà affés pour
aujourd'hui , de crainte de vous ennuyer.
Je fuis , &c .
LE PIGEON
JUIN.
1743. 1287
XXX ******** :* : *******
LE PIGEON ET LA COLOMBE;
Allégorie à Mlle de L * SS*.
Solitaire dans fon féjour ,
Un Pigeon jeune encor & fans expérience ;
Se flattant de pouvoir triompher de l'Amour,
Croyoit loin du torrent contempler ſa puillance. fa
» Quoi ! je ſacrifierois , difoit- il , mon repos ,
» Pour une douceur paffagere ?
» Les Plaiſirs qu'offre aux coeurs l'Idole de Paphos ,
" Sont fouvent un tiffu des plus terribles maux ;
Ses agrémens pour moi ne font qu'une chimére ,
» J'en reconnois trop bien les funeftes effets.
Non loin du voifinage ,
Vivoit une Colombe : efprit , talens , attraits ,
Belle taille , joli plumage ,
Tout en elle tenoit de la Divinité ;
A l'envi chaque Oifeau venoit lui rendre hommage.
Notre Caton la vit , & fon coeur enchanté ,
Lui démontrant le faux de fa Philofophie ,
Fait bien - tôt confifter le bonheur de fa vie
A pofféder cette Beauté :
Complaifance , affiduité
Bref, il met toute fon adreſſe
A lui fignaler fa tendrelle.
BY
Plus
1288 MERCURE DE FRANCE
Plus de repos , plus de tranquillité ,
Aux fidéles Amans , circonftance ordinaire.
Elle de fon côté , i
Sembloit répondre aux foins qu'il pre noit pour lu
plaire ;
Doux gazouillemens , tendres yeux ,
Deviennent les garans d'un amour fi fincére ,
Et rendent nos Amans heureux :
Cupidon content de fa gloire ,
S'empreffe à contenter leurs feux ,
Jufqu'à ce que l'Hymen couronne la victoire.
Le Jeune , ainsi que le Vieillard ;
A l'Amour , tout ce qui refpire ,
Vient fe foumettre tôt ou tard :
Nos coeurs font un tribut qu'on doit à ſon Empire ;.
En vain à fes traits immortels
Voudroit-on oppofer les loix de la Prudence ;
Le moindre objet vainqueur de notre indifférence ,
Nous amène captifs aux pieds de fes Autels :
Si-tôt que de ce Dieu la voix fe fait entendre ,
On viole les voeux qu'on auroit pû former ,
Et connoiffant que l'on eft tendre ,
On éprouve qu'un coeur n'eft fait que pour
aimer.
Gaudet.
REMARJUIN.
1743. 1289
XXXXXXX
REMARQUES de M... au fujet de la Differtation
fur la nature de la Raifon & du Raifonnement
, imprimée dans le Mercure de
"J
anvier dernier , p. 13.
E n'entrerai icr dans aucun examen du
J Fond de ce que l'Auteur de cette Differtation
avance. Je me contenterai de remarquer
pour l'utilité publique , que quand il s'agit de
cenfurer un Ecrivain , il faut le bien entendre ,
& s'être mis au fait des Sciences dont il emprunte
fes expreffions. Cela a fa jufte application
fur la Critique que l'Auteur en queſtion
exerce ( p. 25. & fuivantes ) contre le P. Malbranche
; à l'occafion de ce que ce dernier ſe
fert du terme de Rapport d'inégalité, le Differtateur
demande hardiment, Peut-on dire avec
jufteffe , qu'ily a des Rapports d'inégalités ? Aprèsquoi
il rend une foible raifon de fon doute
& qui ne mérite feulement pas qu'on la re
léve.
Il faut donc qu'il fçache que cette expreffion
du P. Malbranche eft empruntée totalement
des Mathématiques, auffi-bien que les exemples
qu'il rapporte au lieu cité. Il fuffit de
lire le célebre P. Reinaud dans fon excellent
Ouvrage de la Science du Caloul , &c. p. 19.
Quand l'antécédent , dit - il , & le conféquent
B. vj d'un
1290 MERCURE DE FRANCE
d'un Rapport font égaux , on le nomme un Rap
port d'egalité , quand ils font inégaux ; on le
nomme un Rapport d'inégalité , c'eſt fa définition
15. Voyez auffi l'Axiome qui eſt après
cette définition.
Voilà donc une expreffion employée par de
célébres Mathématiciens . Le P. Malbranche
a par conféquent pu s'en fervir légitimement,
fans avoir lieu de craindre qu'onlui fitlà deffus
une queſtion , telle qu'on pourroit la faire
à un écolier ; mais queftion au refte , qui
montre que celui qui la fait ne fçait pas feulement
les premiers principes de Mathéma
tiques , Science fi néceffaire à tous ceux qui
veulent apprendre à raiſonner jufte . Quant à
la jufteffe de l'expreffion en elle - même , que
l'Auteur de la Differtation attaque , je le renvoye
aux Mathématiciens .
Au furplus , je protefte que je n'ai pas
remarqué ceci par attachement pour les
opinions particuliéres du P. Malbranche
dont je fuis le premier à reconnoître les fautes
, mais ce font des fautes d'un grand homme
, & d'un génie fupérieur , & ce ne fera
jamais par des queftions frivoles , & hazardées
fans connoiffance de caufe , qu'on montrera
en quoi ces fautes peuvent confifter.
A Sens , ce 7. Avril 1743.
ODE
JUIN. 1291
1743.
it attatt
ODE
Adreffée à M. Roy , fur fes Oeuvres
diverfes.
Q
U'entens-je ! eft- ce un Mortel ? eft- ce un
Dieu qui m'enchante ?
Ah ! je n'en doute plus , c'eft Apollon qui chante;
Ce ne peut être que fa voix :
Je reconnois aux fons de fa douce Mufette
Le Paſteur des Troupeaux d'Admete ,
Il fe proméne dans nos Bois.
*
་
Tout y devient fenfible , & de cette onde pure
Je n'entens déja plus l'affoupiffant murmure ,
Je vois s'arrêter le ruiffeau :
Le Roffignol charmé , lui cede la victoire ,
Augmente en l'imitant fa gloire
Par un gazouillement nouveau.
*
Il chante des Bergers les amoureuſes peines ,
Leurs plaifirs innocens, la douceur de leurs chaînes;
H s'allarme de leurs dangers :
On ne l'entend jamais faire fur la Mufette
Réfonner un air de Trompette ;
Ses Bergers font toujours Bergers ;
1292 MERCURE DE FRANCE
Méprifant le faux art d'une indigne Rivale ,
Et tous les faux brillans , fa Muſe paſtorale
N'offre que de naïfs tableaux :
Ses Chanfons font toujours une jufte peinture .
On voit éclore la Nature
Sur les traces de fos pinceaux.
Vous qui tendez au Prix de la Flute champêtre ,
Sur les fiennes, Bergers , allez au pied d'un Hêtre,
Allez réformer vos Chanfons :
Admirez , comme moi , de fi rares merveilles ,
Et ne bleffez plus mes oreilles
Par la dureté de vos fons.
*
Mais quel charme imprévu, loin des Hameaux tranquilles
,
Me tranfporte foudain dans le féjour des Villes ?
Je vole , Apollon , fur tes pas :
Tu m'as bien découvert la plus fimple Nature ,
Mais fans voir toute la parure ,
Non , non , je ne te quitte pas.
*
Ce n'eft plus la Mufette ; il prend en main fa Lyre;
Tout autre qu'Apollon pourroit-il y fuffire ?
En eſt-il un dans l'Univers ?
Dans le lieu qu'il convient il monte chaque corde ,
E:
JUIN.
1293 1743
Et tour à tour il les accorde ,
Pour en tirer des fons divers .
*
E touche , & par fes doigts les cordes animées
Répandent par nos fens dans nos ames charmées-
Un aimable raviſſement :
Et fa divine voix à l'Inftrument unie ,
De la plus parfaite harmonie
Fait éprouver l'enchantement.
*
I chante des grands coeurs les vertus magnifiques ;
Il vante leurs beaux faits , leurs ames héroïques ,
Leur inviolable équité :
Il porte jufqu'aux Cieux les Vainqueurs de la Terres.
De lui les Maîtres du Tonnerre
Reçoivent l'Immortalité .
*
D'un ton moins éclatant , mais autant admirable ,
Il connoît le pouvoir d'un objet adorable ,
Et rend hommage à fes attraits :
fe plaint des rigueurs d'une Beauté cruelle;
Il menace de fuir loin d'elle ,
Et cependant ne part jamais.
*
Il nous charme toujours , quelque inftrument qu'il
prenne ;
Qu'il chante haut ou bas , on ne voit point qu'il
peine i
1294 MERCURE DE FRANCE
Il fçait ufer de tous les tons :
Dans ces eflais hardis qu'il fait de la Trompette ,
Sur des fujets ingrats qu'il traite ,
Il nous en donne des leçons .
3
Voilà mon Apollon ; nul autre n'en approche ;
Que les autres , de moi fans craindre aucun reproche,
Du moderne foient partiſans ;
Roy fçavant , à ces traits on doit te reconnoître ;
Je vois du Parnaffe le Maître ,
En qui j'en vois tous les talens .
LETTRE écrite de Plancoët en Bretagne , au
fujet de la Queftion de Droit Féodal , dont
il eft parlé dans le Mercure du mois de Janvier
dernier.
J Ai lû ,M, dans le Mercure de Janvier 1743. page 100. qu'un Curé de Haute-
Normandie doit fur fon Prefbytére , un Hanap
plein d'Oublies de Rente Féodale ; il demande
de quel métal eſt un Hanap ; ſa va •
leur & confiftance .
Le Hanap eft une fraction du Boiffeau courant
dans le Pays , & ordinairement le 8e, fi
l'aveu ne le fixe au s . 6. 7. ou autre quo
tité.
Par
JUIN. 1743. 1295
Par exemple , à Treguier , en Baffe- Bretagne
, le Boiffeau de Froment péfe 80. liv .
& vaut quatre livres de rente ; s'il eft dû une
Hanapée de Froment , le Seigneur prend le
huitième en espéces, ou à l'aprécie de juftice ;
fur les Côtes, il y a des Rentes Féodales d'Huitres
, de Bernys , d'Ormeaux , d'Huile , de
Poivre , de Cire , de Gands , & c.
La Hanapée , Tamifée , Peffelée , Aftelée ,
Ecuellée, Poiquetée , le Godet , &c . font des
quotités des anciennes méfures , dont on a
confervé les noms , en copiant fcrupuleufement
les anciens Titres pour s'y conformer
dans les nouveaux , comme on y employe
les Deniers , Obole , Monnoye , Tournois ,
la Maille d'or, & c.
Dans le cas propofé , on doit remplir d'Ou
blies le Boiffeau ou le huitiéme du Boiffeau
courant dans le Pays où le Fief eft fitué ,
péſer le huitième de ces Oublies , & le por
ter au Seigneur , fi mieux il n'aime fe contenter
du še , de la valeur du Boiffeau d'Oublies
, au dire de deux Oublieurs .
Page 78. du même Mercure , eſt une Dif
fertation fur la devife du Château de Marcouffis
, Il Padelt. Padet , ( dit - on , ) en
langue Bretonne veut dire duré au paſſé , &
Padan durera au futur. Quelle apparence
qu'en un Pays fi éloigné de Baffe- Bretagne
on ait voulu joindre au pronom François Il
>
IL
le1296
MERCURE DE FRANCE
I
e verbe Breton Padet ? Encore y a -t'il un L.
dont on ne fçait que faire.
Page 111. eft l'origine de la Lune de Landerneau
; il eft vrai qu'un jeune homme adreffé
à fon coufin à Paris , pour faire fes exercices
, remarquant la Lune aux Tuilleries ,
dit qu'elle reffembloit bien à celle de Landerneau
, ce qui marque combien ce jeune
coufin étoit neuf, & voilà la véritable origine
de ce conte qui n'a nul rapport à ce
qui eft dit dans la Pièce de Vers du Mercure.
J'ai lû dans le Journal de Verdun qu'on
réuffit à détruire la Fougére , en femant du
bled de Turquie , qu'on cercle beaucoup au
mois de Juin ; mais la meilleure manière de
détruire cette Plante , eft de la couper au ras
de la terre dans le croiffant de la Lune , qui
précéde la S. Jean au mois de Juin.
Ce 12. Mai 1743
****************
ODE
ANACREONTIQUE,
L'Autr ' Autre jour couché mollement .
Dans un endroit folitaire ,
Je rêvois
tranquillement
Aux biens que le Dieu de Cythére:
Prodigue
JUIN.
1297 1743
Prodigue à fes Favoris ;
Je voulus chanter fur ma Lyre
Les fentimens qu'il m'inſpire ,
Et célébrer les dons cheris ;
Tout fecondoit mon envie ;
Chers amis , le croiriez- vous ?
Appollon lui feul jaloux ,
Retira de moi ſon génie ,
Et me priva de tous fes dons ;
Mà Lyre autrefois docile ,
Ne rendoit plus aucuns fons;
En vain d'une main habile
J'en eflayai tous les tons ;
Mon Art devint inutile ,
Et dans ce trifte embarras ,
Oubliant le vainqueur de l'Inde ,
J'eus recours au Dieu du Pinde
Mais il ne m'écouta pas.
Je m'écriai , Dieu Tutelaire ,
Appollon , écoute mes voeux ;
Infpire-moi ces nobles feux ,
Et ce tranfport falutaire ,
Qui , gages de tes bienfaits ;
Immortalifent tes Sujets.
Grand Dieu , je fais voeu de te plaire ; .
Viens , je t'invoque en ce jour ;
Pour chanter le Dieu de Cythere
J'ai
298 MERCURE DE FRANCE.
J'ai besoin de ton fecours.
Il fut fourd à ma priere ,
Et dédaigna mon encens ;
D'un oeil farouche , & févere,
Ce Dieu vit tous mes préfens .
En vain je le follicite ;
Ma Lyre refte interdite ,
Et mes efforts font fuperflus.
Surpris , irrité , confus ,
J'abandonnai le Permeffe.
Le défefpoir me faifit ,
Et dans les bras de l'yvreffe ,
Je m'endormis de dépit.
D'abord, je fens dans ma veine
Couler des feux féduiſants ;
Je prens ma Lyre , & fans peine ,
J'en tire des fons charmans.
Bacchus & l'Amour m'enyvrent
De délicieux plaifirs;
Dans les doux combats qu'ils me livrent ;
Tout le prête à mes défirs.
Recevez donc mon hommage ,
Dieux, qui m'avez éxaucé ;
Sous tes loix , Amour , je m'engage ,
Et mon coeur t'eft confacré .
Adieu , Mufes ; Dieu de la Rime ,
Je ne t'invoquerai plus ,
ΕΙ
JUIN.
1743 X299
Et dans les bras de Bacchus
Bien loin de la double cime ,
Je vais oublier tes refus .
Je renonce à l'Hypocrêne ;
J'aime mieux mon vil Tonneau
Que la Divine Fontaine ,
Où l'on ne boit que de l'eau,
33
DISCOURS fur l'Amour de la Patrie.
DEtous les fentimens dont le coeur humain
peut être fufceptible , il n'en eft
point de plus noble , ni de plus glorieux ,
que celui qui fait le fujet de ce difcours ;
je veux dire l'Amour de la Patrie . Toutes
les vertus qui conſtituent l'honnête homme,
s'y trouvent effentiellement réünies . En effet
, un Citoyen épris de ce beau feu , ne
penfe , ne parle, n'agit que par des principes
élevés ; la probité , la candeur , le déſintéreffement,
dirigent tous fes pas , éclairent fa
conduite , rendent fon ame incapable des
baffeffes auxquelles oonn n'eft que trop enclin,
Eft-il quelque chofe de grand ou d'utile , à
quoi il ne s'attache , lorfque l'intérêt public
le demande ? Il s'oublie lui - même , il facrifie
généreufement ce qu'il a de plus cher. Les
éloges magnifiques que l'Hiftoire donne à ces
Grands
1300 MERCURE DE FRANCE
Grands Hommes , qui ont fait la gloire de
leur Nation & l'admiration de l'Univers ,
parce qu'ils ont confacré leurs fervices à la
caufe commune atteſtent aflés ce que valent
ceux qui , à leur exemple , employent
leurs veilles , leurs travaux , leurs biens &
leurs vies au foutien de l'Etat.
Si nous remontons aux tems heureux de la
Gréce , nous y verrons une foule de Héros
du premier ordre , s'occuper uniquement
& avec un zéle infatigable du foin des
affaires publiques , renoncer à leurs plaifirs
, épuifer leur induftrie à imaginer des
moyens pour l'aggrandiffement de la Répu
blique , pour étendre les conquêtes , pour
fe procurer des Alliés puiffans , pour mettre
les Sciences & les Arts en honneur
pour faire fleurir le commerce , en un mot
prodiguer leur fang pour défendre la Patrie .
Si de ces Climats fertiles en Républicains
célébres , nous paffons chés les Romains , y
cût-il jamais de Peuple qui ait porté l'Amour
de la Patrie à un degré plus éminent ? Quelle
grandeur d'ame n'ont- ils pas fait paroître
dans les conjonctures les plus difficiles ? La
Nature , contrainte de fe taire , cédoit à la
loi fouveraine de cet Amour ; leurs propres
enfans n'étoient pas épargnés ; ces innocentes
victimes payoient de leur tête les fcrupuleufes
délicateffes d'un Pere, & cela, pour
des
JUIN.
1743. 1301
des fautes affés légères , quand même elles
tournoient à profit. Confidérons maintenant
fous l'idée d'un bon Citoyen , qu'est- ce &
en quoi confifte l'Amour de la Patrie , quels
en font les avantages , quelle en eft là récompenſe.
I. PARTIE. L'Amour de la Patrie étant
une affection tendre , vive , agiffante , qui
preffe , qui meût & qui donne le ton à toutes
les facultés de l'ame , celui qui en eſt atteint
, non-feulement défire , mais cherche
& faifit avec empreffement les occafions de
rendre fes bons offices à la République .
Quelle eft fon étude principale celle de
former des projets utiles & de les conduire,
à une heureufe fin. Quel eft l'objet primitif&
dominant de fon ambition ? l'honneur
& la fortune de fa Nation : fes penfées ordinaires
ne roulent que fur ce point capital
: il ne s'eftime heureux & digne de vivre
qu'autant qu'il fert le Public : fa fanté , fon
repos , ne font de nulle confidération , quand
il s'agit de faire réüflir une entrepriſe : faut- il
s'expofer à des voyages longs & périlleux ,
paffer les mers , fe priver des ailes & des
commodités de la vie , fe traiter durement ,
rien ne l'arrête , il pouffe toujours en avant :
Quel qu'en foit l'évenement , fon efprit eft
tranquille ; s'il réüfit , il ne s'enfle pas du
fuccès : s'il échoüe , la pureté de fes intentions
1302 MERCURE DE FRANCE
il
tions le fauve du reproche ; le feul témoignage
de fa confcience lui fuffit ; il n'eft
la pas ébranlé par fecouffe d'un revers ,
ne s'en laiffe pas abattre ; au contraire , il fe
reléve avec un nouveau courage ; les contradictions
les plus rebutantes aiguisent fon
apétit il propofe des expédiens pour fe tirer
d'un pas dangereux , pour gagner des
voifins , flotans fur l'incertitude d'un parti
à prendre , ami ou ennemi , pour en humilier
de fiers & d'intraitables , pour mettre
l'Etat en fureté , pour rétablir des finances
épuifées , fans fouler les Peuples , pour appaifer
des troubles inteftins & domeftiques ,
éteindre le feu d'une fédition , pour
pour
entretenir l'harmonie du commerce , pour
le choix de Généraux habiles , de Magiftrats
intégres & capables de faire obferver exactement
les loix , pour attirer des Sçavans en
tout genre. Voilà , fans contredit , de beaux
deffeins ; ils méritent de grands applaudiffemens
; cependant des jaloux , qu'une fecrette
envie devore , empoifonneront ces
avis ; leur crédit les fera méprifer ; on les
rejettera fous des prétextes spécieux , mais
malins , n'importe . L'homme de bien, fupérieur
à lui - même , au lieu de lâcher prife
loin de fe retirer confus , s'enhardit davantage
; il réfume des forces qui furpaffent en
vigueur les premiéres ; affuré , quafi , que
la
JUINN . 1743. 1303
per- la perfuafion fera le fruit précieux de fa
féverance: il fçait que la vérité & la juſtice ſe
font jour à travers les nuages & les efforts
qu'on leur oppofe. D'où lui vient cette fermeté
invincible ? n'en cherchons pas la caufe
ailleurs , elle fort de fon fond. Un éguillon
dont la pointe aiguë ne s'émouffe jamais ,
le pique au vif ; l'Amour de la Patrie a jetté
de fi profondes racines en lui , qu'elles pouffent
en dehors , malgré les intemperies de
l'air , malgré les vapeurs peftilentielles , figure
bien naturelle du venin que la bouche
des méchans exhale.
Son coeur eft une efpèce de champ de ba
taille où fe livrent fouvent de rudes combats
; l'intérêt perfonnel fe mêle-t - il de la
difpute ? s'il ofe fe mettre fur les rangs il
fuccombe. Le fang , qui par le droit de fa
prééminence fur tout ce qui établit la véritable
tendreffe , prétend - il avoir le deffus?
& l'emporter de vive force ; cette paflion
impérieufe en étouffe la voix & fe rend la
maîtreffe , tant elle a de roideur , de véhémence
& d'afcendant : les réflexions les plus
touchantes difparoiffent ou demeurent
muettes. La belle réponſe d'un fameux Ca-.
pitaine de l'Antiquité , homme de cabinet
& de guerre , m'a toujours rempli d'étonnement.
Un de fes Compétiteurs , violent
& emporté, le ménace en plein Confeil d'EII.
Fol C tat ,
›
1304 MERCURE DE FRANCE
tat , leve la cane , mais lui , fans s'émouvoir ;
frape , dit - il , mais écoute , & reprend fon
opinion avec un fang froid admirable. C'eſt
ici où vient fe brifer toute l'impétuofité de
l'Amour propre ; c'eft ici une de ces époques
rares & fingulières , qui montre d'une
maniére bien fenfible ce que peut l'Amour
de la Patrie , quand il eft profondément
gravé en nous. Sentimens naturels, vous cûtes
beau parler ; vous ne fûtes pas écoutés,
L'honneur lutte ici contre l'honneur , celui
de la Perfonne contre celui du Général ,
mais l'utilité publique prévaut & acheve le
Sacrifice. Auffi eft- ce là la victoire la plus
mémorable & en même tems la plus complette,
qu'il foit poffible à l'homme de remporter
fur lui-même. Il eft dommage que
cet acte de vertu ne vive que dans l'Hif
toire.
L'Amour de la Patrie n'en demeure pas à
la fimple fpéculation , il remuë & met l'ardent
Républicain dans un mouvement pratique
qui dure autant que lui . Son activité
ne lui donne ni paix ni tréve , & ce qui
furprend le plus , il fe complait dans fes
agitations , il les aime , il s'en nourrit , il
ne fçait ni ne peut s'en paffer. Les glaces
d'un âge avancé , la vieilleffe la plus décrépite,
n'éteignent point en lui la vivacité de
fes feux , les bras lui manquent alors , il eſt
vrai¸
vrai , mais il a la tête bonne ; fi des infirmités
inféparables d'un corps ufé l'empêchent
d'agir , les trésors de l'efprit ne feront pas
enfouis ; fa maifon deviendra une école ,
d'où les bons confeils & les fages inftructions
fe répandront au loin & fe perpétueront
de race en race jufques à la postérité
la plus reculée : tantôt il citera des exemples
de valeur , tantôt des faits merveilleux
ici une Bataille gagnée , là une Ville prife
avec les circonstances les plus intéreffantes.
Le tour qu'il donne à fes récits , invite puiffamment
à l'imitation. Ce font là autant de
femences fécondes qu'il jette , ce femble
au hazard , mais elles produiront en leur
tems. Qu'il eft beau de voir un Vieillard
vénérable entouré d'une troupe choifie de.
jeunes gens ! s'il ouvre la bouche , tous lui
prêtent un filence refpectueux , ils receuillent
foigneufement les oracles qui en fortent.
Quelle en eft l'iffuë ? une moiffonabondante
il fe façonne en eux autant de
grands Capitaines , d'habiles Magiftrats , de
dignés Miniftres, qu'il y d'Auditeurs.Et voilà
précisément ce qui nous conduit aux avan➡
tages que l'on en retire.
I. PARTIE. Une Nation qui a le bon
heur de pofféder dans fon fein des hom
mes pleins d'Amour pour la Patrie , défi
reux de la rendre riche & puiffante , bons
Cij politiques
1
་-- 、
politiques , heureux dans les négociations
adroits à conduire une intrigue , doués du
talent de la parole , propres à commander ,
inftruits du militaire, & valeureux ; tels , enfin
, que le bon Citoyen avec tous les traits
qu'il a été dépeint , doit fe feliciter & concevoir
de grandes efpérances. A quel point
de fplendeur & de gloire n'a - t- elle pas licu
d'afpirer tout lui rit , tout la flatte . Si quelque
Prince voifin , offufqué de cette grandeur
, né avec une humeur guerriere , dont
le fang pétille dans les veines , qui ayant
de la peine à fe contenir dans une fougueu-
Le jeuneffe , trouve trop étroites les bornes
de fon Etat , qui fuffoque quand il fe voit
renfermé dans un efpace que fon ambition
démesurée lui repréſente trop refferré ; fi ce
Prince , dis- je , veut effayer de l'obfcurcir
ou de l'entamer , les tentatives qu'il fera
pour en venir à bout, feront bientôt reng
verfées ; s'il fe trouve aux environs des Peuples
qui forment des ligues contre fes intérêts
, elle ne craint aucune furpriſe. 11
y a des Anges tutelaires qui veillent à fa
confervation , ils fçauront les rompre , en
écarter les dangers , tourner leurs fourdes
pratiques , quelques cachées qu'elles puiffent
être , à la honte de tous fes adverfaires. Ses
ennemis tremblent au feul fouvenir de leurs
défaites perfuadés que s'ils faifoient
encore
JUIN. 1743 : 1307
encore mine de remuer , leur perte feroit
inévitable . Ceux qui ont contracté des Alliances
avec elle , la refpectent , ils n'ont
d'autre defir que celui de ferrer de plus en
plus les noeuds d'une tendre & fincere amitié
, parce que de- là dépend leur repos.
Portons un moment nos regards fur le
Chef- lieu de la Nation . ( Que l'autorité fuprême
réfide fur la tête d'un Souverain , ou
bien fur celles d'un nombre déterminé des
Principaux Seigneurs , ce n'eft pas là ce
dont il s'agit ) ; de ce féjour part une lumiére
brillante qui éclaire tous ceux qui en
dépendent. Confidérons-là , cette Nation ,
felon les rapports avec les Maîtres qui, riennent
en main les rênes du Gouvernement ,
rien n'échape à leur pénétration ni à leur
follicitude . Allons dans les Provinces qui
la compofent ; ce font des membres animés
du même efprit que la tête , tout prêts à
s'entre-aider , à fe fecourir. Parcourons les
Etats différens , les conditions diverfes. Entrons
dans l'intérieur des familles. Ne nous
contentons pas d'une recherche fuperficielle ,
d'une légére obfervation nous ne fuivrons
pas méthodiquement l'ordre que nous ve
nons de tracer , mais tout y fera traité en
femble ou féparément, felon les occurren
ces .
1
On refpire dans cette heureufe Contrée
Ciij
1368 MERCURE DE FRANCE .
un air pur & ferain ; nul fouci ne tourmente
, nulle inquiétude ne trouble la douceur
de fes destinées. Seroit- ce la guerre , qui
traîne toujours après elle la terreur & la défolation
? la Paix , cette aimable fille du Ciel,
la Paix y regne depuis long-tems ; graces
ch foient rendues au refpectable Sénat qui
y préfide chacun repofe tranquillement à
l'ombre de fon figuier fes fortunés Habitans
n'appréhendent pas que l'étranger entreprenne
contre leur gré de labourer leurs
champs , ni d'en enlever ies riches moiffons
. Seroient - ce les Procès ? une intime
union y lie tous les coeurs avec les chaînesles
plus douces , & fi quelqu'un s'avife d'allumer
le flambeau de la difcorde , les diffenffions
font incontinent affoupies ; la fageffe,
qui a établi fon trône dans lesAuguftes
Tribunaux , feuls dépofitaires des Loix , en
bannit la chicane , les querelles prennent
fin dans l'inftant qu'elles commencent ;
Themis les termine , elle même en dicte
les Arrêts : Seroit ce l'envie de dominer ?
comme la fubordination y eft héréditairement
tranfmife de Pere en Fils , leur naturel
s'y plie volontiers , une longue habitude
en corrige l'amertume ; chaque Particu-
Iter refte content à fa place' ; qui que ce foit
ne s'ingére de lui- même dans les emplois ;
on les attend chés foi , & fouvent même
il
JUIN. 1743. 13༠༡
il faut ufer de violence, pour les faire agréer
à ceux qui ont été jugés dignes de les exercer
; les Promotions fe font fans cabale , les
fuffrages font libres & défintéreffés : un indifferent
eft nommé , & retenu à l'excluſion
d'un parent ou d'un ami , quand ceux- ci
ont moins de mérite que celui - là . Les anciens
Magiftrats fortent fans peine de leurs
fonctions , & vont tout joyeux fe délaffer
du tracas des affaires entre les bras de leurs
cheres familles . Les nouveaux enviſagent
leur entrée , non comme un triomphe flatteur
qui doive les enorgueillir , les rendre
fiers & inacceffibles aux malheureux ,
mais comme une obligation plus étroite
qu'ils contractent de protéger la veuve &
l'orphelin , de tirer le pauvre de l'oppreffion
du riche , de ne faire acception de perfonne,
& de rendre la juftice au plus petit comme
au plus grand. Les Puiffans ne méprifent
pas les foibles , les inférieurs honorent
les fupérieurs ; il fe fait entr'eux un
échange de biens , les uns font part de
leur abondance , les autres de leurs fervices
, & ils s'accordent tous à donner une
éducation convenable à leurs enfans , hé
ritage le plus précieux & le plus eftimable ,
qui ne s'enfuit pas , ainfi que les fucceffions
les plus opulentes. Seroit ce la mifere ? une
induftrie laborieufe fournit fuffisamment à
leurs Civ
1310 MERCURE DE FRANCE .
leurs befoins , un commerce floriffant fait
circuler l'or & l'argent , & fi leur propre
Pays leur refufe certaines chofes néceffaires
à la vie , ils les tirent des Régions où
elles croiffent . Ils vont chercher auffi ce
qu'il y a de plus curieux & de plus rare pour
orner les Villes , pour fervir à la décoration
des Edifices publics , pour embellir les maifons.
On voit s'élever en plufieurs endroits
des morceaux achevés d'Architecture , chaque
jour il arrive dans fes ports des flottes richement
chargées . Quelque part que vous
alliez , le plaifir eft du voyage ; tout ce qui
s'offre à la vûë contente les yeux , charme
l'efprit ; des campagnes riantes , des bocages
touffus , des côteaux fertilifés , des bâtimens
agréables , des jardins bien entretenus,
annoncent le bon goût & l'adreffe des
mains qui les cultivent. Partout des Académies
, des Ateliers , des Places fortifiées ,
des Arfenaux pourvus. C'eft ainfi que chaque
Partie , en droit foi , publie d'âge en
âge la gloire de la Nation.
III. PARTIE. Quoique l'Homme véritablement
vertueux ne fe propofe , dans ce
qu'il fait , l'eftime générale , ni comme fin
ni comme récompenfe , néanmoins il fe
l'acquiert , & elle lui eft due à juste titre .
Ainfi le Citoyen qui fe livre tout entier au
fervice de la Patrie , enleve néceflairement
tous
JUIN. 2743 1311.
tous les coeurs ; y a-t-il de récompenfe plus.
folide & plus durable ! ne lui attribuons
point de motifs indignes , quel tort ne lui
ferions-nous pas l'hypocrifie , vice d'au- .
tant plus odieux , qu'il eft caché fous les
voiles trompeurs d'une fauffe juftice , ne
fut jamais fon défaut, il ne l'a feulement pas
connue , & au lieu des hommages & des
refpects qu'on lui rend , il feroit le rebut &
l'horreur du Genre humain ; mais par oppofition
à ces images fales que nous ne
fcaurions trop tôt effacer , parlons des vues
faines & droites qui brillent dans le gros.
de fes actions , elles nous répondent aflés
de ce que nous ne voyons pas , elles nous
étalent une ame parée , qui marche avec
l'attirail pompeux des qualités affortics à
l'Amour de la Patrie, qui la domine...
Pendant le cours d'une longue vie , il ne
s'eft pas ménagé , il ne s'eſt pas démenti
il croyoit n'en avoir jamais affés fait , ependant
il faifoit plus qu'on n'en pouvoit
attendre. Sur de tels Sujets , dès qu'ils fe:
donnent à connoître , tombent tous les rê--
gards d'une Natior entière , ils font toujours
en jeu , leur réputation s'établit par le mérite
& par les fuccès ; en voici la fuite : les
louanges volent de bouche en bouche , unc :
vénération profonde s'empare des efprits ,
chacun en fon particulier s'avoue leur être
Cv redevable
1312 MERCURE DE FRANCE
redevable de fa fortune & des biens dont
il jouit , on s'empreffe de toutes parts à leur
donner des marques éclatantes de reconnoiffance
, les uns vantent leur franchife
les autres leur affabilité , ceux- ci exaltent
leur prudence , ceux - là leur valeur. Sans
eux , où en ferions- nous ? difent- ils tous enfemble
, peut -être ferions - nous chaffés de
nos héritages ? peut - être nos femmes , nos
enfans , & nous-mêmes gémirerions - nous
fous les fers d'une dure captivité ? peut- être
exilés dans quelque coin de la terre , la faim
& la mifere nous réduiroient- elles aux plus
fâcheufes extrémités nous tenons d'eux
notre fubfiftance , ils nous ont garenti de
toute infulte ; c'eft fous les aîles de leur
protection que nous trouvons un azile fûr ,
notre falut & notre felicité ! Puiffent- ils ne
jamais mourir, ces hommes incomparables !
pour fuppléer à l'impuiffance où nous fommes
de les récompenfer dignement , que le
Cicl foit leur falaire ! Mille & mille bénédictions
finiffent ces tendres propos . Que manque-
t-il à ces Heros ? une recommandation
immortelle des monumens honorables ; on
leur dreffe des Statues ; leurs hauts faits ne
périront pas avec eux . Et afin qu'on long
avenir ne leur dénie pas des Couronnes ,
les échos qui ont rétenti jufqu'au bout du
monde , répeteront fans cefle leurs vertus .
•
Des
JUI N. 1743- 1313
Des plumes éloquentes & fidéles les configneront
dans leurs Ecrits ; elles appren
dront aux fiécles futurs ce qu'ils ont été ,
elles les introduiront dans le Temple de
Mémoire , où les malheurs des tems ne leur
pourra ravir la gloire qu'ils ont acquife. Pre
Legibus & Patria mori. Lib . 2. Machab.
cap. 8. verf. 21 .
E PITRE
A fon Alteffe Royale , le Prince Emanuŝt
de Portugal.
Prince, je ne crains point qu'un effor téméraire
Terniffe de ton Nom l'éclat Majeftueux :
Tout Augufte qu'il eft , pourroit- il fe fouftraire
Au Sort qu'ont les Héros de fixer tous les yeux
Je n'ai pas , il eft vrai , par de fameufes rimes .
Atteint du Mont-Sacré le Sommet peu batru ;
Mais fans être illuftré par des Odes Sublimes ,
Il doit m'être permis de chanter la Vertu .
A quoi fert en effet un délire frivole ,
Où l'efprit n'apperçoit que des obfcurités ?
Le faftueux clinquant qui pare l'Hyperbole
E indigne d'orner d'aimables Vérités.
C vj
Ne
1314 MERCURE DE FRANCE
Ne crois pas toutefois qu'une ame intéreffée
T'apprête par ma main un Encens impoſteur :
L'honneur de te louer a féduit ma penſée.
L'or ne balance point un appas fi flatteur.
Pallas, qui dirigea ta plus tendre Jeuneſſe ,
Conduit toujours tes pas à l'Immortalité :
Tes divers Faits , marqués au coin de la Sageffe ,
Frapperont les Echos de la Poftérité.
L'avenir pour ta Gloire abjurant le caprice ,
Applaudira fans doute à tes nobles travaux :
De quel Sécle jaloux craindrois - tu l'injuftice ;
Toi , qui fçûs & charmer , & paffer tes rivaux è
Inacceffible aux traits de la maligne envie ,
Décoré des Vertus de l'Elprit & du Coeur ,
Appui du Citoyen , Vengeur de la Patrie ,
Tu combattis pour elle, & toujours en Vainqueur,
Les Corfaires t'ont vû lutter contre Neptune ,
Fronder les Aquilons & leurs mugiffemens ;
Surmonter les périls , maîtriſer la fortune ,
Et faire à tes Captifs les plus doux traitemens.
Le Danube, étonné de, ta Valeur extrême
Refonna par tes foins , du nom de l'Eternel :
* Allusion à plufieurs Victoires que le Prince a
remportées fur les Tures.
L'infidele
JUIN 1743
L'Infidele bravant le courroux du Ciel même
A pâli mille fois devant Emanuël.
Peuples , vous le fçavez , vous qui fous fes auf
pices ,
Receuillîtes les fruits de fes. Exploits Guerriers ,
Trouva-t-il fous fes pas jamais de précipices ,
Dont le bord n'ait été marqué par fes Lauriers
Tu dois m'en avouer , Vérité que j'atteſte ,
A ces traits ébauchés , reconnois ton Flambeau
Que dis je C'eſt à toi d'entreprendre le reſte ,
Pour finir ton Portrait , rien ne vaut ton Pinceau .
Remerciment d'une Penfion de quatre cent li
vres , dont l'Epître précédente a été récom
pensée.
Vole ma voix ; élance-toi
Jufques au Temple de la Gloire ;
Accours célébrer la Mémoire
D'un honneur fi peu fait pour moi..
Prince , du Sein de la Lumiére ,
Tu t'es montré mon Bienfaiteur
Si tu deviens mon Protecteur ,
Jufqu'où n'ira point ma . Carriére ?
L'Art qu'éxige un remerciment ,
Ne fut jamais un Art facile :
Fut- il
# 316 MERCURE DE FRANCE
Fut-il encor plus difficile ,
Me bornerois-je au fentiment ?
Non , jamais un ingrat filence
Ne démentira mes tranfports :
Mon coeur de la reconnoiſſance
Animera tous les refforts.
•
Mais quoi la pure infuffifance
A-t'elle lieu de fe flatter ?
Prince , je fens mon impuiffance ,
Avec toi comment m'acquitter ?
Ma plume, au Parnaffe inconnuë,
T'ofe tracer de fimples voeux :
Soumiſe & furtout ingénuë,
Mon ame eft d'accord avec eux.
Puiffe Lachéfis favorable
Te fiier des jours de bonheur !
Puiffe Atropos moins formidable
Adoucir pour toi fa rigueur !
Puife le Ciel , ton eſpérance ,
L'unique objet de tes foupirs ,
Par fa généreufe influence
Combler un jour tous tes défirs !
DISSERTATION
JUIN.
1743. 1317
XXXXX ***********
DISSERTATION fur plufieurs points de
l'Hiftoire des Enfans de Clovis I. du nom,
& fur quelques ufages des Francs.
CE
Ette Piéce eft la quatrième du nouveau
Volume des Differtations de M.
l'Abbé Lebeuf, que nous avons annoncé dans
le Mercure de Mai , où nous avons donné
l'Extrait des trois premieres Piéces . Elle eft
divifée en quatre Articles , qui ne font point
du choix de l'Auteur , mais de celui de
l'Académie de Soiffons, qui les propofa en
1740. pour le prix de l'année 1741. La
Differtation de M. Lebeuf fût jugée la meilleure
entre celles qui concoururent, & ce fut
pour la cinquième fois qu'il reçût le prix de
l'Académie de Soiffons . Nous avons cru devoir
faire ici cette remarque , parce que
la Differtation , telle qu'elle eft inférée dans
le Volume in- 12 . imprimé chés Durand
manque du Frontispice avec lequel on la
diftribuoit en 1742. dans lequel une partie
de ces circonstances étoit mirquée.
Pour fatisfaire au premier Article , M.l'Abbé
L. réfout fous le doute où l'on étoit , fi
à la mort de lovis , fes trois fils Clodomire
, Childebert & Clotaire, gouvernerent
par eux - mêmes leurs Etats , & il décide que
Clotair
318 MERCURE DE FRANCE
Clotaire qui étoit le plus jeune , ayant atz
teint fa quatorziéme année , rien ne s'oppofoit
à ce qu'il fut cenfé avoir la conduite
de fon Royaume fous le titre de
Prince Majeur , puifqu'on voit que ce fut
à cet âge que Childebert II . qui étoit fils
de Sigebert , fut jugé pár fon Oncle Gon
tran , Petit-Fils de Clovis , être en état de
jouir avec les marques du Gouvernement
de la Partie du Royaume des Francs dont
il le fit héritier ; en quoi M. L. fuit le
fentiment de Dom Ruinart, clairement marqué
en fa Préface fur Grégoire de Tours ,
num. 14. Mais auffi il ajoute que ce fut
avec l'aide & le Confeil des Ducs , des
Leudes du Roi , Barons du Royaume, qu'on
appelloit alors Farons. Il apporte pour preuve
que dès l'âge de 15. ou 16. ans , les
Princes étoient cenfés Majeurs ; l'exemple
de Clotaire II. qui n'ayant encore que feize,
ans , conduifit fon Armé ,contre Theodebert.
& Thierri à Dormelle au Diocèfe de Sens .
Dailleurs , ajoute - t - il , il eft conftant que
Clovis , Pere de ceux dont il eft queftion
n'avoit lui-même que quinze ans, lorfqu'il
commença à régner. La preuve en eft claire
dans Gregoire de Tours . M. l'Abbé Lebeuf
n'exclut pas non plus les femmes de
la part au Gouvernement des Etats de leurs
Fils ou Petits- Fils en bas âge ou recem .
ment
JUÍN. 1743. 1315
ment déclarés Majeurs , & c'eft la pensée
que lui fournit ce petit mot de Gregoire :
Metuens ( Childebertus ) ne favente Regina
( Clotilde ) admitterentur in Regnum . C'eſt
à l'endroit où il parle des trois Fils de
Clodomire, qui étoient au- deffous de l'âge
de 14. ans. Et au même endroit , il fait
remarquer à propos, que le Roi d'un Royaume
voifin ne pouvoit pas , quoique Majeur,
fe mêler du Gouvernement du Royaume
contigu , appartenant à un Roi Mineur
, parce que c'étoient les Seigneurs
qui gouvernoient au nom du jeune Prin
ce. La pourfuite intentée après le meurtre
de Prétextat , Evêque de Rouen, chés Gregoire
de Tours , Lib. 8. C. 3. renferme des
traits décififs fur cette forte d'adminiftration
de la Juftice.
· Dans le fecond Article , l'Auteur examine
l'année dans laquelle le Royaume d'Orléans,
qui appartenoit à Clodomir , fut partagé
entre fes Freres après la mort , arrivée
en 524 , à la bataille de Veferonce . Cette que
ftion eft néceffairement liée avec celle qui
roule fur l'époque du meurtre des Fils du
même Clodomire. On avoit cru jufqu'en ces
derniers temps que ce n'étoit qu'en 532. out
533. que ce meurtre étoit arrivé , parce
que Gregoire de Tours qui le raconte dans
fon Hiftoire , n'en parle qu'après des faits
qui
1320 MERCURE DE FRANCE
qui ne font certainement arrivés qu'en 532 .
Mais M. L. Lebeuf fait voir par l'examen
de la méthode de narrer de Gregoire , que
très-fouvent il rapporte tout de fuite ce qui
regarde les mêmes Princes , ou les mêmes
Pays , & qu'il fait des parenthèfes très-longues,
pour ne pas oublier certains événemens
qu'il croyoit dignes d'être tranfmis ,
& qu'écarté de fon premier fujet , il eſt
obligé d'ufer de ces fortes de tranfitions :
fed ad fuperiora redeamus , fed coepta fequamur.
C'eft ainfi qu'après avoir dit ce qui
regarde Clodomir , il paſſe à Thierri , ſon aîné
, dont il raconte les guerres & les démêlés
avec fes autres Freres , jufqu'à l'an
533. puis revenant aux Fils de Clodomire ,
il ufe de fa tranfition familiére & fimple
confiſtant en l'adverbe autem , & il dit :
Dum autem Crotechildis Regina Parifiis moraretur
; il raconte l'Hiftoire du meurtre
des deux Fils de Clodomire , faifant reffouvenir
qu'il en a déja parlé plut haut :
Filios Chlodomeris quos fupra memoravimus.
Après avoir montré évidemment avec quelle
attention on doit lire Gregoire de Tours ,
fi on veut fixer chronologiquement les
points de fon Hiftoire , & ne pas lui donner
le blâme mal à propos. M. L. détermine
le meurtre des deux Fils de Clodomire ,
Theodovald & Gonthier,Freres de S. Cloud,
JUIN. 1743 1321
à l'an 525. ou 526 ; c'eft à dire , un an
ou 18. mois au plus , après la mort de leur
Pere. C'eft ce qui fait difparoître l'Anachroniſme
que M. de Valois , & le Pere
Daniel ont cru voir dans Gregoire , & on
ne peut plus oppofer avec ce dernier , que
felon lui , S. Cloud feroit né deux ans
après la mort de fon Pere.
Ne paroiffant plus d'Héritiers du Royau
me de Clodomire par le moyen du meurtre
des deux premiers de fes Fils , & de la
rénonciation du troifiéme ,fçavoir, S. Cloud.
Childebert & Clotaire firent entr'eux deux
le partage de ces Etats. Hi quoque , dit Gregoire
de Tours , Regnum Clodomeris inter
fe aquâ lance diviferunt. M. L. Lebeuf eft
étonné qu'après des termes fi clairs quel
ques- uns ayent prétendu que Thierri, qui
n'avoit aucunement influé dans la mort des
deux jeunes Princes , foit entré dans le
partage du Royaume de Clodomire & ait eu
auffi fon lot. Ils s'appuyent fur la Légende
de S. Maur , Abbé en Anjou , dans laquelle
il paroît que Theodebert jouiffoit de cette
Province , laquelle n'a pu lui écheoir que par
fucceffion au Royaume de Thierri , fon Pere.
L'Auteur s'étend affés au long à infirmer
cette Légende , laquelle a déja été attaquée
fur d'autres points par d'illuftres Sçavans ;
& de la manière dont il en parle , elle ne
doit
322 MERCURE DE FRANCE
aindoit
étre cenfée d'aucune autorité , n'étant
nullement d'un Auteur contemporain ,
fi qu'on l'avoit cru , mais d'un Auteur poftérieur
de plufieurs fiécles. Il ne doute point
de la vérité de l'Infcription du Tombeau de
ce Saint , mais ne faifant aucun fond fur la
Légende , il affure que l'infcription parle d'un
autre Theodebert , Roi François , un peu
poftérieur , & fort célébré par Fortunat, dans
les Etats duquel S. Maur auroit d'abord fait
fa réfidence , en arrivant de quelque Royaume
, voifin des Gaules du côté de l'Orient,
L'Article troifiéme eft fur le droit qu'avoient
les enfans des Rois de fuccéder à la
Couronne de leurs Peres . Cette matiére ayant
été amplement difcutée par M. de Foncemagne
dans les Mémoires de l'Académie
des Belles- Lettres , M. L. Lebeuf s'y eſt moins
étendu que fur les autres Articles. Il s'eft
contenté d'ajouter quelques nouvelles preuves
à celles du Sçavant Académicien, & de faire
fentir que ce n'étoit que parce que les Fils
de Rois étoient naturellement Succeffeurs
de leurs Peres , felon la coutume des Francs,
que Clovis lui - même & fes Enfans , attenterent
fi fouvent à la vie de leurs Collatéraux
, Fils de Rois , & en tuerent en
effet plufieurs , afin de pouvoir jouir des
Succeffions vacantes , & augmenter par là
leur propre, Territoire.Outre Munderie ,
Sigivald
־ ו ד נ
Sigivald , & Givald Princes de Sang Royal ,
nommés dans Gregoire de Tours , comme
contemporains des Fils du Grand Clovis,
Auteur met fur les rangs un Vulfin , Prince
de cette espéce , qui vi voit dans le Berry.
Attila , autre Prince François , qualifié parent
du Roi Clotaire , en la Vie de S. Germain
de Paris , écrite par Fortunat. A cette
occafion , on voit au bout de cet Article
une Note importante , Elle prouve qu'il y a
fix & fept cent ans que les Limoufins fe mêloient
de fabriquer des Généalogies de Branches
Royales , qui n'avoient d'autres fondemens
que leur imagination.
Le quatriéme Article eft le plus étendu ;
& en même- tems le plus curieux de tous
ceux que contient cette Differtation . C'eſt
une Difcuffion Littéraire fur la Chevelure des
anciens Francs. , faite à l'occafion de ce qu'a
écrit Gregoire de Tours , que S. Cloud s'étant
coupé les cheveux , fut reputé inhabile à fuccéder
, & que fes deux autres freres cuffent
eû la vie fauve , ſi l'on avoit conſenti qu'ils
fuffent rafés. L'Auteur y prouve par un grand
nombre de paffages ,. que chés les François ,
la coûtume des Rois & des Princes du Sang ,
qui afpiroient à la Couronne , étoit de porter
les cheveux très - longs. Agathias écrit,
que le de Clodomire fut reconnu par- corps
mi les morts de la Bataille de Veferonce , au
Diocèfe
,
Diocèse de Vienne par fa longue chevelure
parce que , dit- il , la coûtume parmi les francs,
étoit que les Rois la portaffent ainfi , & qu'ils
entretinflent leurs cheveux propres avec des
huiles & certaines drogues . On diroit volontiers
que l'ufage de la Poudre étoit déja inventé.
Agathias ajoute que c'étoit une préro
gative de la Famille Royale. Ce témoignage
met fans doute dans un grand jour ce qu'on
dit en différens Auteurs de ces tems là , & depuis
fur les Rois chevelus : Reges crinitos ,fub
Principibus crinitis , Regem crinitum. Aumoins
il en refulte, que Clodion n'eſt pas le premier
qui ait eû la chevelure longue , comme Nicole
Gilles & autres modernes l'ont cru . Les
François portoient à la vérité des cheveux
affés longs , mais leurs Rois les avoient encore
plus longs , car la prétenduë Loi de Clodion,
citée par Mezeray , ne fe trouve nulle
part,&vraisemblablement elle n'a jamais exifté.
Voici une autre preuve de l'ufage des Princes
, dont je viens de parler. Lorſque le jeune
Clovis, fils de Chilperic eut été tué, la Reine
Fredegonde le fit ôter de l'endroit ou on
l'avoit inhumé proche une Chapelle , & ordonna
qu'on jettât fon corps dans la Marne :
un pêcheur le reconnût quelque tems après à
fa longue chevelure,& vint en avertir le Roi,
qui l'alla voir, & le reconnut auffi.Ceci est tiré
de Gregoire de Tours , Lib. 8. Cap. 10. Lors
donç
JUIN.
1325 1743.
donc qu'on vouloit manifefter l'inhabileté
d'un Prince à fuccéder , c'étoit une conféquence
qu'il falloit lui couper les cheveux ,
au moins de maniére qu'ils ne fuffent pas
plus longs que ceux du commun des Francois,
ou qu'ils reffemblaffent à ceux des Eccléfiaftiques.
Ce fut pour cette raison que
Clovis , voulant punir Cagaric & fon fils ,
Les parens , de ne l'avoir point fecouru contre
Ægidius , fit ordonner ,l'un Prêtre , & l'autre
Diacre. Le fourbe Gondebaud qui vouloit ſe
faire paffer pour fils de Clotaire I. recourut
à l'expédient de laiffer croître fa chevelure ;
ce qu'il fit toutes les fois qu'on lui racourcit
les cheveux malgré lui . Merouée , fils de
Chilperic I. qui avoit auffi été rafé , fut obligé
,lorsqu'il eut repris l'habit feculier, de refter
dans les Eglifes où il fe trouvoit , la tête
couverte , de crainte qu'au défaut de che :
veux, qui n'étoient pas encore grands , on ne
crût qu'il eut renoncé à fa dignité & à ſes
droits . M. l'Abbé L. objecte ici l'autorité
des monnoyes ; qui paffent pour être de nos
premiers Rois , foit dans Bouterouë , foit
dans le Blanc , lefquelles monnoyes repréfentent
ces Princes avec de courts cheveux :
ce qui eft directement oppofé au recit d'Agathias
& autres Hiftoriens. I répond , que
quoique ces monnoyes foient véritablement
de quelques- uns de nos Rois de la premiére
Race ;
1326 MEKU JKE DE FRANCE
Race , on ne doit pas croire pour cela que
les têtes qu'elles repréfentent , foient celles
des Princes dont on y lit les noms. Les mo
nétaires François lui paroiffent s'être contentés
de figurer en général une tête couronnée
, pour marquer la Royauté , & avoir
même fimplement imité les têtes de quelques
Empereurs du bas Empire , dont on
y reconnoît prefque les traits. La reffemblance
, au refte , de tous ces vifages lui paroît
un argument , que les têtes ont été
fabriquées au hazard , & qu'on ne peut
compter que fur la vérité des Légendes ,
qui fe voyent dans les deux faces de ces monnoyes.
Mais la fource , à laquelle l'on doit
recourir , pour s'aflurer de la chevelure des
Rois François , au lieu de ces monnoyes , qui
ne font fûres que pour le tems & le poids,
font les Sceaux. Celui de Childeric I. qui
n'eft pas fufpect , fubfifte dans la Bibliothéque
du Roi ; les empreintes n'en font
pas rares on y voit ce Prince avec une tréslongue
chevelure , flottante für les épaules ;
d'autres Sceaux femblables , mais moins
délicatement gravés , fe voyent dans la Diplomatique
de Dom Mabillon , fçavoir celui
de Thierri , fils de Clovis II . celui de
Clovis III. ceux de Childebert II . & de
Chilperde II. C'eft- là qu'il faut s'arrêter pour
Le fixer fur la longue chevelure des Rois
François
JUI " N. 1743 7327
François de la premiére Race . L'Auteur fe
fonde auffi fur les Statues du Portail de
S. Germain des Prez , quoiqu'il ne les croye
que de la fin de cette premiére Race.
Tous les Rois y ont des cheveux trèslongs
, & partagés en différentes treffes ;
excepté celui qui eft à droite en entrant
le plus voifin de la porte ; il remarque que
cette tête , quoique couronnée de même
que les autres , porte cependant les cheveux
courts : ce qui n'a pas encore été ob
fervé ni expliqué par les quatre ou cinq
Auteurs , qui ont écrit fur ce Portail.
, Quant aux Peuples François le feul
paffage d'Agathias pourroit fuffire pour donner
la defcription de leurs cheveux ; Subditi
Regum Francorum orbiculatim tondentur ;
neque eis prolixiorem comam alere permittitur.
M. l'Abbé L. rappofte divers Exemples ;
tirés des Hiftoriens des premiers fiécles de
la Monarchie , qui prouvent que les féculiers
François portoient la chevelure médiocrement
longue , & qui tenoit le milieu
entre les cheveux prolixes des Rois , &
les cheveux très - courts des Clercs , de maniére
qu'on pouvoit les frifer , ainfi qu'il
paroît qu'étoient ceux de S. Eloy , lorsqu'il
étoit encore Orfévre . Ce Saint étant laïque ,
fe les faifoit fouvent diminuer ou racourcir
lorfqu'ils étoient devenus de la longueur , qui
11. Vol. D ne
ز
1328 MERCURE DE FRANCE
à fon état de particulier . ne convenoit pas
On lira avec plaifir dans l'Auteur , la Cérémonie
qu'obferverent à Touloufe , à l'égard
de S. Germer , qui en étoit Evêque
les courtifans de la fuite de Clovis , lefquels
, à l'exemple de leur Maître , qui avoit
laiffé à ce Prélat un de fes cheveux pour
marque de fon devoüement , lui en laiſſerent
auffi chacun un des leurs .
Les femmes Françoifes n'étoient dans
pas
le cas de l'obfervation de la courte chevelure
: celles , qui par hazard vouloient
fe déguiler , fe faifoient couper les cheveux
jufqu'à un certain point . L'Auteur en rapporte
un Exemple.
A l'égard des Enfans , fi c'étoit un garçon
, on ne pouvoit lui laiffer croître les
cheveux de toute leurlongueur , que jufqu'à
l'âge de douze ans. Cette année venue , il
fe tenoit une Affemblée de famille : on y
célébroit la Fête du racourciffement des -
cheveux de l'Enfant , qui s'appelloit Capi-
Latoria , & en cette occafion , les Parens
faifoient un préfent à cet Enfint , dont la
chevelure étoit mife à la Françoife , car les
entans des familles Romaines portoient les
cheveux très courts ,comme leurs peres , &
fi courts , que dans une Loi de Childebert
les garçons des Romains font appellés pueri
incriniti , par oppofition aux garçons des
François nommés pueri criniti.
J U 1 N. 1743. 1329
•
les
Les Serfs avoient les cheveux prefque
auffi courts que les Clercs , mais ils leur
couvroient toute la tête ; au lieu que
Clercs en avoient une grande partie toute
rafe , ce qui formoit une efpéce de couronne
, à peu près telle que les Corde
liers reformés l'ont portée de nos jours .
Les Reclus & les Pénitens racourciffoient
plus communement leurs cheveux ;
cependant il y avoit de ces Reclus qui les
laiffoient croître de leur longueur naturelle ,
mais ces fortes de gens gardoient la clôture
, & n'étoient point vûs en public .
Certains criminels , felon la Loi Salique ,
étoient condamnés à être battus, & à fecouper
les cheveux l'unà l'autre. C'étoit la punition
de ceux qui étoient convaincus d'une conſpi
ration. Le nommé Droctulfe , dont parle Gregoire
de Tours lib . 9. cap . 38. fut condamné
pour un crime , à cultiver une vigne tête
rafée & les oreilles coupées . Leudafte
Comte de Tours , que le même Hiftorien.
repréſente comme un grand fcelerat , avoit
eû dès fa jeuneffé une oreille coupée pour
une faute & ce qui étoit plus fâcheux
pour lui , eft qu'il ne pût empêcher qu'on
ne s'apperçut que cette oreille lui manquoit ,
ce qui défigne , ce me femble , qu'il lui avoit
été impoffible ou défendu de laiffer croître
fes cheveux. Lib. 5. cap. 48. vel 49.
›
Dij Nous
1330 MERCURE DE FRANCE
Nous donnerons dans un autre Journal ;
un Extrait de ce qui paroît de plus curieux
dans la vie de Charles V. par Chrif
tine de Pifan , & dans les Notes qui y font
jointes .
AtttttA:AAAAAA
BOUQUET.
A M. P *** pour le jour de Saint André ,
fa Fête.
L'An paffé je t'offris , pour Bouquet à ta Fête ,
Des Vers en forme de Requête ,
Dont tout le monde fut content :
Aujourd'hui l'amitié fidelle ,
Exhalant fa flâme immortelle
Fait briller dans mon coeur le feu le plus conftant,.
Je t'aime , je t'eftime , & mon ame charmée ,
Par cette amitié ſeule ardemment animée ,
Ne te demande aucun retour.
Tu me reçois toujours avec tant d'allegrefle ,
Tant de plaifir , de politefle ,
Que c'eft pour moi ta Fête chaque jour.
Laffichard,
AVERJUIN.
17437 1331
******* ****
AVERTISSEMENT fur la Conjonction de
la Lune aux Etoiles du Sagittaire , & fur
l'utilité qu'ilenfaut attendre pour en déduire
la vraie longitude , tant des principaux
Ports de Mer de l'Europe , que de toutes les
Villes , où l'on en obfervera l'Occultation &
la Réapparition.
ONdécouvre actuellement du côté du
Midi , vers les dix heures du foir quatre
belles Etoiles qui forment un Lozange
ou quadrilatére , dont la plus orientale s'éleve
à treize dégrés fur l'Horifon : cette Etoile
fera éclipfée par la Lune , le 2. Août au foir
& paffera à une minute & demie du Centre
fous le Difque de cet Aftre.
Les grands avantages de ces fortes d'Occultations
pour les longitudes , tant fur Mer
fur Terre , fe peuvent réduire aux articles
fuivans.
que
1°. Qu'elles font à la portée , & peuvent
être obfervées de tout le monde , parce qu'il
n'eft néceffaire que d'avoir une lunette de
deux pieds, tout au plus , & non pas de quin.
ze pieds , comme il arrive , lorfqu'il eft queftion
d'obferver les Satellites de Jupiter.
2°. Que l'Occultation fe fait dans un inf-
Diij tant
1332 MERCURE DE FRANCE
tant , fans
que le fpectateur
demeure
incertain
pendant
une feconde
, avantage
trèsconfidérable
, en comparaifon
des immerfions
ou émerfions
des Satellites
de Jupiter
,
puifque
ceux- ci nous laiffent
ordinairement
trente
fecondes
au moins
dans l'incertitude
comme
on le peut voir , en comparant
celles
"que M. Delifle
a obfervées
à Prétersbourg
avec ce qui a été fait en correſpondance
, foit
à Paris
, foit à Londres
, ou à Lisbonne
, où
il fe trouve
fouvent
une minute
d'erreur
ou
de difference
.
3 ° . Les Eclipfes ne font point fujettes aux
différentes variations d'un air pur ou groffier
& chargé de vapeurs : car les immerſions ou
émerfions des Satellites de Jupiter , fe faifant
pour l'ordinaire par un Ciel plus ou moins
ferein , il arrive qu'on ne voit pas également
bien ce Satellite à chaque fois : or il faut obferver
ici que l'inftant auquel un Satellite de
Jupiter nous paroît entrer dans l'ombre ,
n'eft pas tout à fait l'inftant auquel on l'y
verroit entrer avec des lunettes , dix fois plus
longues , ou plutôt fi nous en étions cent
fois plus près . Le Satellite de Jupiter entre
dans fon ombre un peu plus vîte , mais à peu
près de même que la Lune entre dans l'ombre
de la Terre . Or tout le monde fçait que
la Lune n'entre pas tout d'un coup dans cette
ombre , mais que depuis le commencement
de
JUI N. 1743 1333
de l'Eclipfe jufqu'à l'immerfion totale , il s'écoule
un'tems notable : c'eft la même chofe
pour le Satellite de Jupiter , mais nous ne
te voyons plus , dès qu'il eft plus d'amoitié
éclipfe , c'est - à - dire , lorfque le reſte de ſa
fumiére ou portion éclairée , n'eft plus affés
forte pour agir fur nos organes à une fi grande
diſtance.quand donc le Ciel eft plus ou
moins embrumé , cette portion éclairée du
Satellite agit par conféquent plus ou moins
fur nos yeux , & c'eft ce qui fait qu'on peut
le perdre de vûë plus ou moins vite , comme
il eft évident par l'expérience continuelle
qu'en font les plus habiles Aftronomes .
"
4. Au contraire le mouvement de la Lune
eft fi rapide , que l'Occultation d'une Etoile
fe fait dans un inftant , foit que l'Etoile entre
fur la partie éclairée du Difque , foit qu'elle
fe falle par le côté obfcur : ainfi les lunettes
plus ou moins grandes , ne donnent ici aucunes
différences , non plus qu'un air plus ou
moins groffier , à moins qu'on ne puiffe plus
appercevoir les taches de la Lune , auquel cas
ce feroit un nuage ou brouillard ce qui eft
facile à diftinguer , & pour lors il ne faut pas
entreprendre d'obferver ces fortes d'Occul
tations, puifqu'on ne voit plus d'Etoiles dans
le Ciel . Remarquez que quand nous ferions
beaucoup plus près de la Lune , comme dix
fois , cent fois , & c. nous ne verrions pa
Diiij pou
1334 MERCURE DE FRANCE
pour cela l'Occultation fe faire plus fubitement
, parce que toutes les Etoiles , n'ayant
pas même une demi feconde de diametre
la Lune parcourt cet efpace en moins d'une
feconde , & doit par conféquent les couvrir
dans l'inft ant.
CALCUL pour Paris.
On a calculé für d'excellentes Tables l'immerfion
& l'émerfion de la plus orientale
des Etoiles du Sagittaire , dont nous venons
de parler , & l'on a trouvé une grande différence
d'avec le calcul du Livre de la connoiffance
des Tems. C'eſt à l'obfervation à décider
fi les Tables , dont nous nous fervons , font
auffi parfaites qu'on le croit communement
ici : l'immerfion doit arriver le 2. Août au
foir , à 10. heures 23. minutes & un tiers ;
& l'émerfion à 11. heures 48. minutes &
trois quarts.
,
La Lune fera Apogée , c'eſt- à - dire , dans
fa plus grande diftance de la Terre ce
qui rend l'obfervation de cette Eclipſe encore
plus intereffante . M. Desfontaine Crates,
qui doit publier inceffamment un Traité
complet fur l'aberration des Etoiles fixes
avec la méthode la plus exacte pour calculer
ces fortes d'Eclipfes , a déterminé celle - ci
par la projection ordinaire de Kepler & Flamfreed
; on publiera dans la fuite un calcul plus
rigoureux
JUIN. 1743
1335
rigoureux , & même en fe fervant de la méthode
des Parallaxes , ce qui ne donnera tout
au plus que quelques fecondes de différence .
On a rectifié ici le lieu de l'Etoile , qui eft
plus avancé en longitude de 47. fecondes ,
que felon le Catalogue de Flamsteed , avec
une latitude plus grande d'environ de 40.
fecondes , & l'on a eû auffi égard à l'aberration
qui eft de 17. fecondes en longitude .
Ceux qui feront plus à l'Occident que Pa
ris , verront plutôt cette Occultation acaufe
du mouvement propre de la Lune d'Occident
en Orient qui fait que le Difque
de cet Aftre rencontre plutôt les parties oc-
›
cidentales de la Terre.
Rien n'eft plus utile pour déterminer la
longitude des Villes maritimes , Ifles , ou
Ports de Mer , que ces fortes d'Occultations :
nous tâcherons de faire ufage de celles qui auront
été observées pour calculer ces longitudes.
On peut, fi l'obfervateur a foin de prendre
exactement quelques hauteurs d'Etoiles
à l'Orient , comme de la Queue du Cygne , qui
monte alors fort vîte , ( ou s'il a eu foin de
Bien regler fa Pendule à midi par une excellente
Méridienne . ) On peut , dis - je , connoître
ainfi la longitude de ce lieu à un quart de
lieuë près , & même avec encore plus de précifion
, fi la Pendule eft parfaitement reglée ,
ou fila hauteur de la Queue du Cygne. eft
D v obfervée.
1336 MERCURE DE FRANCE
›
obfervée l'inftant d'après l'Occultation , avec
les nouveaux quartiers de réflexion. De cette
maniére , un Vaiffeau qui auroit obſervé l'Occultation
en Mer feroit fûr d'atterer avec
la plus grande facilité , fur tout fi la longitude
du Port qu'il cherche , eft déja connuë par
d'autres obfervations plus anciennes. On ne
fçauroit donc trop recommander ici ces Ecliples
aux Profeffeurs d'Hydrographie , aux
Officiers de Vaiffeaux , Pilotes & géneralement
à tous ceux qui s'intereffent au progrès
de la Navigation , & à la perfection des Cartes
Marines.
*********** *****
Q
L'OPINION ;
O DE à M *
Uelle célefte ardeur m'entraîne !
Ou tend cet effor périlleux !
Nimphe , dans ma route incertaine ,
Soutiens mon vol audacieux ;
Je fens un aimable délire ;
Prête tes douceurs à ma Lyre ;
- Viens toi- même en former les fons ;
Et favorable à cette yvreſſe ,
Répands le goût & la fineſſe
Sur ces Airs & fur mes Chanfona
Quel
JUI N. 1743. 1337
Quel objet ! & Ciel ! je vois l'homme
Efclave de fes paffions ;
Son coeur jouet de leur phantôme ,
N'en fuit que les impreffions.
Contre le préjugé vulgaire ,
Loin que la vérité l'éclaire ,
Et lui fixe les vrais plaifirs
Dans la folle erreur qui le joue ,
Il ne fuit & ne défavoüe
Que ce qui heurte fes defirs.
D
De cette imprudente conduite
Que ne connoit- on le danger
Et que notre raiſon féduite , ..
N'apprend-elle à s'en corriger ?
Charmés d'une vaine apparence ,
Pourquoi rechercher fans prudence
Tout ce qui flatte notre coeur ?
Et fur de funeftes maximes. "
Pour dreſſer des Temples aux crimes -
Détruire ceux de la candeur ?
Monftre cruel & déteftable ;
Toi , qu'à peine on peut concevoir
Opinion abominable ,
Je connois ici ton pouvoir ;
C'est toi , facrilege Eumenide","
D vj
Dont
1338 MERCURE DE FRANCE
L
Dont la loi puiffante & perfide ,
9 En excufant tous nos travers
Mafqua fous des couleurs aimables
Les crimes les plus exécrables ,
Et les fema dans l'Univers.
*
Habile dans l'art de fédaire ;.
Tu fattes tous nos fentimens ,>
Et tu ne nous peins ton Empire ,
Que fous des traits vifs & charmans.
Aidé de ton fecours propice ,
Dans les fentiers de la juftice ,
L'homme marche d'un pas certain ;
Et fi la mifére l'accable. ,
Ta main puiffante & fecourable.
Lui promet un heureux deftin..
*
Ainfi ta voix enchantereffe ;
Sous un faux air de vérité ,
En féduisant notre foibleffe ,
Trompe notre fimplicité ; :
Mais en vain d'un air bipocrite ;
Tu ne me fais voir à ta fuite:
Que la pure félicité
Je ne trouve dans tes promeffes ,
Que de dangereuſes largeſſes ,
Dont mon efprit eſt révolté.
.f.
ANI
JUIN. 1339 1743
Aux maux que tu cauſes ſur terre
Veux-tu que j'ôte le bandeau ?
Et qu'avec une main légere.
J'en faffe aujourd'hui le Tableau ?
Ouvrons les faftes de nos Peres ;
Partout fans ombre , fans myſtéres ,
Tu regneras dans tous les tems ;
Partout l'orgueil & l'injuſtice ,
La barbarie & l'artifice ,
Formeront tes faits éclatans.
*
Que vois-je ? une foule d'Idoles
Attire aux pieds de leurs Autels
Sous des apparences frivoles ,
L'hommagé de tous les Mortels.
En proye à ces erreurs myftiques ,`
L'homme , de ces Dieux chimeriques
Adore les perfections ,
Et dans fa coupable manië ,
Les conjure en cérémonie
De feconder fes actions.
C'efttrop peu pour cet Idolâtre
De prodiguer un vil encens
A des Dieux de Bronze & de plâtre
Pour fe les rendre bienfaiſans.
Il faut jufqu'aux bords des riviéres
Offrir
1340 MERCURE DE FRANCE
Offrir des voeux & des prieres
A des Animaux odieux ,
Et dans un tranfport imbécile ,
Au Singe , au Chat , au Crocodile ,
Donner place parmi ces Dieux.
Mais que ne produit point ce zéle ,
Qui naît d'un triſte aveuglement ?
La pieté devient cruelle
Le crime regne impunément ;
Le meurtre , le vol , l'adultere
Mille autres vices qu'il faut taire ,
Ne choquent plus l'humanité ;
Que dis-je ? ces crimes fauvages
Ufurpent les pieux hommages
Qui ne font dûs qu'à l'équité.
*
A ces déteftables Images
Superbe Tyran des Humains ,
Reconnois tes propres Ouvrages,
Tes coups , tes forfaits inhumains.
C'eft toi , qui par cent ftratagêmes ,
Déguiſant les vertus fuprêmes
Sous les dehors les plus affreux ,
Plongeas nos Péres dans l'abîme ,
En leur rendant illégitime"
Cipeut feul nous rendre heureux,
L.
VeuxJUIN.
1345 1743 :
Veux-tu qu'on pourſuive l'hiſtoire
Des crimes que ta rage a faits ?
Non , ce fiécle à notre mémoire
Offre encor de pareils forfaits ;
Ofons nous pénetrer nous - mêmes ,
Et nous verrons que tes fyftêmes
Reglent encor nos actions ,
Et que dans le fiécle où nous fommes ,
Les plus grandes vertus des hommes
Sont les plus vives paffions.
*
De tous les projets qu'on enfante
Ne meus- tu pas tous les refforts ?
Parlez , vous dont la foif ardente
Ne refpire que les tréfors ;
A vos yeux l'infâme avarice
Eft-elle cet odieux vice ,
Qu'on devroit toujours détefter ;
Qui dans le fein de l'opulence ,
Ne fait trouver que l'indigence
La plus cruelle à ſupporter ?
*
Ọ , que ne puis- je de ce Monde !
Avec les plus vives couleurs ,
Peindre l'ignorance profonde
Et décrire tous fes malheurs
Ici , de l'aimable innocence .
Ол
5342 MERCURE DE FRANCE
On verroit l'impure licence
Emprunter les charmes puiffans ,
Et s'infinuant dans nos ames
Y porter ces funeftes flâmes ,
•
Dont l'ardeur corrompt tous nos fens.
*
Là , nos efprits , folles victimes.
De la plus vaine illuſion ,
N'adopteroient d'autres maximes
Que celles de l'ambition ;
Là , le menfonge & l'impofture ,
Amis de l'exacte droiture ,
Auroient des appas
innocens ,
Partout l'impieté , l'envie ,
L'amour propre & la barbarie
Recevroient le plus pur encens.
*
Mais quoi ! toujours dé cette yvrefe
Avalerez-vous le poiſon ?
La préfererez -vous ſans ceſſ e
A l'Empire de la raifon
Ah ! malheureux , que fes lumiéres ,
Diffipant ces vapeurs groffieres
Qui vous dérobent vos défauts ,
Dans cette fidelle peinture
Vous faffent voir la fource impure-
Et l'élement de tous vos maux !·
Si
JUIN. 1343 1743
Si le bonheur pur & folide
A pour nous de puiffans attraits ,
Prenons la vérité pour guide "
Et ne l'abandonnons jamais ;
Bien-tôt fous les loix équitables ,
De nos égaremens coupables
Nous reconnoîtrons les horreurs ,
Et fous fon Egide immortelle
Notre coeur devenu fidéle ,
Quittera toutes les erreurs .
*
A l'abri du joug tyrannique
De la funefte opinion ,
Jamais notre vertu Stoïque
N'en fouffrira l'impreſſion ;
Nos projets , toujours favorables ;
front chercher les miférables ,
Jufques dans leur obſcurité ;
Nos mains foutiendront le Pupile ;
Et nous deviendrons un azile
Pour l'Innocent perfécuté.
*
Sommes - nous nous- mêmes en proye
Aux plus triftes calamités ?
Des maux, que le Ciel nous envoye ,
Nos coeurs ne font point rebutés ;
Jamais au fein de la mifére
La
344 MERCURE DE FRANCE
La pure vertu ne s'altére ,
Et ne perd la tranquillité ;
Avec une égale conftance ,
Elle voit naître l'abondance ,
Et fucceder la pauvreté.
*
O Toi , dont la fageffe auftére
Sçait démafquer l'iniquité ;-
Toi , dont le coeur jufte & févere ,
Ne goûte que la vérité ;"
L...... fi ma cenfare
De notre débile Nature
A peint noblement les travers
De ma Mufe approuve l'hommage ,
Elle n'attend que ce fuffrage
Pour effayer de nouveaux Airs .
Par M. l'Abbé de Borville,
REJUIN.
1743 1345
REMARQUES adreffées à M. D. L. R.
au fujet de la Topographie & Chronologie
de quelques nouveaux Bréviaires , dreffees
par M. Binet.
J
,
E n'avois fait , M. aucune attention au
Livre de la Chronologie & Topographie
du Bréviaire de Paris , ' lorfque j'ai reçû
la lettre par laquelle vous me priez
de vous en dire mon avis ; je viens de le
lire. On ne peut refufer à l'Auteur qu'il
n'ait de la méthode & de l'art & qu'il
ne foit au fait d'arranger les chofes les plus
difperfées. Vous fouhaitez que je vous entretienne
de ce Livre . L'Auteur de cet Ouvrage
ne vous paroît pas fuffifamment excité
à mieux faire par la lettre qui a parû
dans le Mercure , où l'on releve quelques
fautes , qui peuvent n'être que d'impreffion,
avec certaines fautes groffieres qui font apperçûës
de tous ceux qui connoiffent la
fituation des Abbayes. Vous voudriez apparemment
que j'y trouvaffe des fautes que
le premier Obfervateur n'a pas apperçûës ;
il eft befoin pour cela de plus de fecours
que je n'en ai dans la folitude mais je
puis vous dire en gros , que le Prêtre qui
1346 MERCURE DE FRANCE
a redigé la Chronologie & la Topographic ,
eft un homme qui paroît n'avoir lû que
le Bréviaire , dont il avoit à parler , avec
la vie des Saints de M. Baillet , & le Martyrologe
de M. Chaftelain ; or je ne crois
pas que cela fuffife pour rendre extrémément
curieufe la Compilation de M. B...
Il auroit été à fouhaiter qu'il eut fait des
recherches dans les Continuateurs de Bollandus
, dans les Siécles Bénédictins , dans
tous les Journaux qui ont paru depuis le
fiécle où nous fommes , qui ont eu occafion
de parler des nouveaux Bréviaires qu'on
y a enfantés la Lecture de plufieurs morceaux
intereffans qui font dans les Mé
moires de Trevoux , & dans le Mercure
de France , dans plufieurs Volumes Périodiques
, qui indiquent au moins les Livres
nouveaux , la fimple infpection de certains
petits Volumes , publiés depuis 1737. auroit
pû enrichir fon Livre de plufieurs Remarques
qui font propres au fujet qu'il traite ,
auffi bien que le Janvier & Février de
M. Chatelain de l'année 1705. duquel
M. Dupin a parlé à l'article de ce Chanoine
, & plufieurs Hiftoires particuliéres
de Villes ou de Provinces.
Peut-être même , que s'il eut pris fimplement
connoiffance de tous ces Ecrits imprimés
, foit en forme de Piéces fugitives ,
foit
JUIN. 1743 .
1347
foit ramaffées en diversVolumes dans les Mémoires
de Littérature il ne lui feroit pas
arrivé de faire dire au Bréviaire de Paris
plus qu'il ne dit , ni d'adopter fans reftrition,
& comme des vérités très - affurées , des
points qui ont été legitimement combattus ,
& dont le faux eft prefque démontré.
Suivons les pages de cet Auteur , pour
en donner quelques exemples ; page 42.
fur S. Agnan : il dit , qu'on croit qu'il fût
enterré en l'Eglife de S. Laurent : le contraire
a été démontré par une Differtation
qu'on trouve dans le Mercure de France
de Mai 1734. ainfi , quoique le Bréviaire
de Paris marque que ce fut dans l'Eglife
de S. Laurent d'Orleans que ce S. fut inhumé
, c'eft un article qui fouffre trop de
difficulté pour qu'on n'indique pas les Livres
, où le contraire eft prouvé , afin que
dans les futures Editions du Bréviaire , fi
l'on ne veut pas fuivre le fentiment le plus
appuyé , on évite du moins de donner dans
une erreur évidente , & c'eft ce qui eft faifable
, en ne parlant pas du tout de la fe
pulture du Saint.
Page 51. l'Auteur dit nettement que faint
Maur , Fondateur de Glanfeuil , eft le Difciple
de S. Benoît ; le Bréviaire de Paris
n'eft pas fi hardi , & il fe contente de marquer
qu'on la crû ainfi depuis plufieurs fi
cles:
1348 MERCURE DE FRANCE
cles : ce qui eft vrai , fans que le fond le foit. -
Page 86. M. B. fe contente de dire fur
la tranflation du corps de S. Marcel , ce
qui fe lit dans le Bréviaire de Paris , & il
n'avertit pas qu'il y a de fortes preuves imprimées
depuis trois ou quatre ans , pour ſoutenir
que le corps de ce Saint étoit dans la
Cathédrale de Paris long - tems avant le treiziéme
fiécle & que l'examen fcrupuleux
de ce qu'on attribue à Odon de Sully , a
fait voir que c'eft une opinion hazardée ,
& fort nouvelle,
,
Page 92. fur la tranflation du corps de
S. Urain à Gergeau il fuit Baillet , qui
paroît mal informé fur le Lieu de Nivernois
, où les Réliques du Saint furent en
dépôt .
,
Page 154. Le Concile de Vernon fur Seine
, que l'Auteur produit , n'a jamais été
tenu à Vernon mais dans un lieu du
Diocèfe de Senlis , fitué entre Paris & Compiegne
, nommé Ver , où il y avoit un Pa
lais Royal , dont plufieurs Actes de la
Diplomatique font mention . Vous pourriez
renvoyer l'Auteur qui rend le mot Vernum
par Vernon , à un Ecrit imprimé à Paris ,
en 1738. chés Baroit ; il y auroit appris
la différence qu'il y a entre Concilium Vernenfe
& Concilium Vernonenfe.
Page 201. Brinon , Lieu où mourut faint
Loup ,
JUI N.
1349 1743.
Loup, Evêque de Sens , au 7. fiècle , eft déſigné
comme un fimple Bourg du Diocèfe de Sens
ce qui n'eft point , étant une Ville , ainſi
qu'il eft prouvé par un Ecrit que j'ai vû
autre -fois dans le Mercure de France de
Janvier 1729. Si l'Auteur vouloit fe contenter
de le qualifier de Bourg , il pouvoit
marquer qu'il l'étoit au 7. fiécle , de même
qu'alors les Prélats de l'Eglife de Sens étoient
fimplement appellés Evêques Métropolicains
; mais depuis long- tems Brienon , ( car
on l'écrit ainfi , ) Brienon , dis - je , eft une'
Ville , & pour la diftinguer des autres Lieux
de niême nom , on l'appelle Brienon l' Archevêque
, parce que l'Archevêque de Sens
en eft Seigneur .
>
Page 227. Le nom de Ville que M. B.
refufe à Brienon il le donne libéralement
au Lieu où il fe tint un Concile
l'an 17. appellée Epaonenfe , or c'eft précifement
ce qu'il falloit éviter , puifqu'un
Chanoine de Vienne , en Dauphiné , a
prouvé démonſtrativement , tant dans les
Mémoires de Trevoux de l'an 1737. du
mois de Novembre , que dans le Mercure
de France , du mois de Décembre
1740. que c'est dans un Village , ou fime
ple Terre , très - peu éloignée de Vienne' ,'
ou au moins du Diocèfe que fut tenu
ce célebre Concile .:
>
Page
1350 MERCURE DE FRANCE
Page 306. Je ne blâmerai pas l'Auteur de
ce qu'il a traduit le Salix ou Salices du Breviaire
, nom Latin du Lieu dans lequel Saint
Mammés eft honoré comme ancien Patron ,
par le nom de Sceaux , puifqu'en effet c'eft à
Sceaux mais ne falloit - il pas avertir le Lecteur
, que quoique ce foit à Sceaux qu'on
honore ce S. Mammés , il y a une faute
dans le Breviaire , en ce qu'il nomme ce Lieu
Salices , & que le vrai nom eft Cella ? il eft
fûr que Salices eft le nom Latin d'un autre
Village fitué proche Longjumeau , & appellé
Saux , lequel appartient à une Communauté
de Solitaires , qui ne me font pas
inconnus.
Même Page. Je ne vois pas ce qui peut
avoir déterminé M. B. à place au Sud Oueſt
de Soiffons le Sanciacum , où nâquit Saint
Ouën ; il n'avoit qu'à jetter la vûë fur la Carte
du Diocèfe de Soiffons , dreffée par Samfon,
& chercher prefque directement à l'oppofite
du Sud- Ouest de la Ville Epiſcopale
; il y auroit apperçû à la diſtance de trois
lieuës ou environ , Sancy & S. Onën , qui
font contigus : ce Lieu eft à l'Orient d'Été
de Soiffons.
Page 370. Les Cartes dont M. B. s'eft fervi
pour déterminer l'étendue de la Bourgogne
,font apparemment differentes des Cartes
ordinaires : je puis dire que je n'en ai
jamais
JUIN. 17435 1358
jamais vû qui plaçaffent le Nivernois dans
la Bourgogne , telle qu'on l'entend aujour
d'hui. J'ai lû la Deſcription du Gouvernement
de Bourgogne , faite par Garreau , pour
voir fi j'y trouverois le Village de Bouy du
Diocèfe d'Auxerre , que je foupçonnois être
une enclave de la Bourgogne dans le Nivernois
, mais il n'y eft aucunement marqué
: ainfi je crois que l'Auteur fera mieux
dans une feconde Edition , en parlant de
ce Village de Bouy , de dire qu'il eft du
Nivernois , ou de fe contenter de marquer,
qu'il eft du Diocèle d'Auxerre .
Page 378. Il fe prefente deux remarques
à faire fur une Riviére que l'Auteur nomme
, & dont il fixe la fituation : c'eft celle
qui eft nommée en Latin Carentona : Il
nous dit qu'on l'appelle Charentone , &
qu'elle eft au Diocèſe de Seez. Je ne crois
pas qu'il y ait de meilleure Carte qui repréfente
le cours de cette Riviére que celle
du Diocèse
de Lizieux
, dreffée
par M. Danville
, Géographe
. Tout le cours en eft exactement
figuré depuis
fa fource jufqu'à fon embouchure
dans la Rille . Or , toute l'étendue
de ce Territoire
eft du Diocèse
de
Lizieux
. La Riviere
en queftion
y prend fa fource , & elle continue
d'y couler fans laiffer
tomber une goutte de fes eaux dans le Diocèle
de Seez. D'ailleurs
, pourquoi
M. II. Vol.
E B.
t
352 MERCURE DE FRANCE
B. lui donne- t- il un autre nom que les gens
du Pays ? A S.Evroul , à Chambrais , à Beraray
, où elle paffe , on ne l'appelle point
autrement que la Carentone . C'eft auffi le
nom que lui donnent les Cartes. Le nom
de Charenton , proche Paris a pâ induire
Auteur en erreur , & it a jugé qu'il falloir
une afpiration dans l'un comme dans l'autre.
Au refte il eft bien vrai qu'il y a plus
de mille ans , que la Carentone prenoit fa
fource dans le Diocèfe de Seez , parce que
la Foreft Utica en étoit alors ; mais ce terrein
étant depuis bien des fiécles du Diocèfe
de Lizieux , M. B. qui a eu intention de
dire les chofes comme elles font aujourd'hui ,
devoit marquer, que cette Riviere eft du
Drocefe de Lizieux , & non pas de celui
de Secz.
,
Page 415. Il fait remarquer que l'Eglife
'des Dominicains d'Evreux , eft la premiere
qui ait été dédiée en France , fous l'invocation
de S. Louis. Or il falloit ajouter que
c'eft le Breviaire d'Evreux qui le dit , fans
affurer la chofe en général comme
fi elle étoit inconteftable. J'ai lu dans
le Mercure de France du mois d'Août
1738. de fortes preuves , que l'Eglife de
Garches ou Guerches , au - deffus de S. Cloud,
au Diocèfe de Paris , a été consacrée fous
ce nom , avant aucune autre Eglife . Quind
l'Auteur
JUI N. 1743. 1353
'Auteur auroit un peu groffi fon livre d'Obfervations
propres à éclaircir les faits de Topographie
, il en feroit devenu plus curieux.
Page 428. M. B. nous donne Mons Fanus
& Mons Phoenus, le Mont Faune & le Mont
Phene , comme deux Monts du voifinage de
Bayeux , qui font differens. Connoiſſant un
peu la Ville de Bayeux , je crois pouvoir afſurer
que M. B. multiplie les êtres fans néceffi
té. Dans tous ces noms, il ne s'agit que d'une
feule & même montagne , ou colline . Fau
nu & Phoenus n'eft done que le même nom,'
diverſement écrit . Les deux Eglifes de Saint
Exupere & de S. Vigor , avec d'autres, font
fituées fur cette même colline , ce qui lui
a fait donner le nom de Mons Ecclefiarum ,
ou celui de Chrifmat , par rapport à la bénédiction
de ces Eglifes , qui font fubfti
tuées aux Temples des fauffes Divinités.
Page 437. En parlant de la Cathédrale de
Lifieux , M. B. auroit dû , ce me ſemble
citer le Breviaire d'Evreux , comme le garant
, fur lequel il affure qu'on y conferve
une portion du corps de S. Urfin , Evêque
de Bourges , & que c'eft de -là que le culte
de ce Saint s'est étendu dans le voisinage .
L'Auteur produifant ainfi fa caution , ne paroîtroit
pas parler de fon chef, & ne coureroit
pas fi fort rifque d'être attaqué par les
Hiftoriens de Lificux , pour avoir troublé
Eij
1354 MERCURE DE FRANCE
la poffeffion , où ils font de tems immémorial
, de penfer fur S. Urlin autrement que
les nouveaux Breviaires de Bourges & d'Evreux
.
Page 466. L'Auteur traduit Vorladum du
Poitou, par Vouillé ou Voulon , fur le Clain,
à cinq lieues de Poitiers. Ce n'eft ni l'un
ni l'autre ; ces lieux n'étant pas fur le Clain;
outre cela on n'eft pas affuré qu'il ait.exifté
dans le Poitou une Ville ou un Bourg dit,
Voeladum , mais feulement qu'il y a une
petite contrée ou campagne , au midi de
Poitiers , appellée Campania Voeladenfis ou
Campus Voeladenfis. M. B. auroit dû ,
comme
on a déja remarqué , s'inftruire s'il n'a
rien parû depuis quelques années , fur plufieurs
lieux dont il avoit à parler , avant que
d'entreprendre de donner une nouvelle Topographie
qui fixât la pofition de ces lieux ,
& par là il auroit été en état de pouvoir
dire au moins qu'il y a différens fentimens ,
& il n'auroit pas fimplement répeté ce qu'on
lit dans les Auteurs de quatre- vingt ou cent
ans,
En parcourant le Breviaire d'Evreux , le
hazard m'a fait tomber fur la Légende des
Saints Maxime & Venerand du 25. Mai ;
j'y ai lû que ces Saints ayant paffé la Sene,
proche Conflant , au- deffous de Paris
arriverent in Pagum Arbocinacum : ce nom
m'ayant
JUIN. 1743
1355
m'ayant frappé , j'ai recouru à la Topographie
de M. B. où je ne l'ai pas trouvé.
Au deffaut de votre Topographe , j'aurois
cû lieu d'efperer d'avoir là deffus quelque
éclairciffement par l'indication de l'Ecrivain
, ou du Monument d'où la Légende
eft tirée . Mais dans le Breviaire on a fait
comme dans celui de Paris ; on s'eft difpenfé
de produire les autorités à la tête des
leçons , quoique cela foit fort à defirer ,
J'ai l'honneur d'être , &c .
Au Mont ** * ce 23. Juin 1743.
EPITRE A DAMON.
T Réfor unique & précieux ,
Aimable & tendre ami , délices de ma vie ,
Toi , qui me fais chérir la lumière des Cieux ,
Tor , de qui l'amitié ne peut m'être ravie ,
Damon , ne crains plus pour mes jours.
Le fort , à tes voeux favorable ,
Sufpend le Cizeau redoutable
Qui doit en terminer le cours.
Je ne fuis plus en proye à la langueur mortelle ,
Qui vouloit me livrer à la faulx du Trépas ;
Je renais ; ta voix me rappelle ;)
E jij
Près
r35 MERCURE DE FRANCE
Près de toi l'amitié m'offre encor mille appas.
J'attendois , fans frémir , cette heure fi fatale
Aux foibles Habitans de ce vafte Univers.
Mon ame , qui brifoit fes fers ,
Voloit fur la rive infernale ,
Et libre du commun effroi ,
Que fait naître aux Humains l'Empire de la Parque,
Ne portoit pour tribut au ténébreux Monarque ,
Que le trifte regret de s'éloigner de toi.
Bientôt d'une aîle favorable ,
La divine fanté , volant à mon fecours ,
M'arrête fur les bords du Fleuve redoutable ,
A l'inftant que j'allois le paffer pour toujours ,
Et prolongeant mes deſtinées ,
Semble avoir renoué le fil de mes années.
En me livrant encor, dans leur paifible cours ,
A mes tendres amis , à mes cheres amours.
Ainfi dans le jardin de Flore ,
Borcé , & l'Aquilon exercent leurs fureurs ;
Mais , malgré leurs efforts , Zéphire fait encore
Renaître de nouvelles fleurs..
Toi , par qui tout vit & reſpire ,.
Toi , qui fçus arrêter , par ton puiffant ſecours ,
La main qui foudroyoit le Printems de mes jours ,
Précieufe fanté , fous ton divin Empire
Ramène les jeux innocens
Qui fuyoient à Pafpect des épaifles ténébres ,
Dont
JUIN. 1743 1357.
Dont les horreurs troubloient mes fens ,
Et change les Ciprès funebres ,
En Minches, & Lauriers naiflans.
Conduis - moi fur le Pinde, où je veux que ma Lyre,
En chantant les charmans attraits
De celle pour qui je foupire ,
Immortalife tes bienfaits .
Toi * fameux Chantre d'Aufonie
Dont la voix enchantoit les Dieux & les Humains,
Pere de la tendre harmonie ,
Sors du féjour des morts ; donne moi ce Génie ,
Ces tranfports , ces accens divins ,
Qui célebroient Cythere & le Dieu des Raifins.
Ce fut pour toi que du Permelle ,
Tous les tréfors furent ouverts ;
Tendre , enjoüé , galant , tu fçus avec fineſſe ,
Allier la délicateffe
A la cadence des beaux Vers ,
Et faire de ton Art , ** leçon à l'Univers ,
Philofophe fage & folide ,
Tu ne voulus jamais pour guide
Que l'éclatante vérité ;
Tu m'appris à jouir , avec cranquillité
D'un bien qui fuit & qui s'envole ,
Avec plus de rapidité ,
Qu'on ne voit l'inconftant Eole
Troubler les flots amers de Neptune agité.
Par M. B ** d'Aix.
* Horce. ** L'Art Poëtique. E iiij LET
358 MERCURE DE FRANCE
à
LETTRE écrite par M. ***
M. Abbé Goujet Chanoine de
S. Jacques de l'Hopital , fur fa Bibliothèque
Françoise , en lui envoyant la
Traduction de la feptiéme Elégie des Triftes
d'Ovide.
A lecture de votre Bibliothèque Fran
M. m'a fait un fi grand plai-
L
soife
fir
›
, que je ne puis réfiſter à l'envie de
vous le dire. Vos réflexions font judicieufes
, votre critique eft fine & délicate , &
votre ftile eft vif & naturel.
La Littérature n'eft pas moins illuftrée par
la critique , que par les Ouvrages les plus
exquis , quand écrivant fans fiel & fans interêt
, on fe propofe pour objet la gloire de
la Nation , l'accroiffement de la renommée
des morts célébres , & la correction
plutôt que la mortification des Auteurs
qui vivent. C'eft par le moyen d'une conduite
fi fage , que le nom d'un critique , fes
décifions légitimes , les graces de fon efprit
, fon caractére d'honnête homme , deviennent
refpectables à la pofterité la plus
reculée. Ainfi , M. vous êtes affuré de vivre
, auff long-tems par votre Bibliothéque
Françoife , que les Auteurs qui ont
lc
JUI N. 1743 , 1359
le mieux réüffi dans les divers genres dont
vous faites l'examen . Je n'ai encore lû :
M. que l'Extrait de votre cinquième Volume
, dans le Mercure de Février ; cette
Efquiffe me fait extrémement fouhaiter de
voir l'Original.
L
Je fuis de votre fentiment fur la Tra
duction en Vers de l'Enéïde , par Segrais.
Il rend le fens de l'Auteur avec énergie ;
& le feu poëtique dont fes Vers font animés
, préfente une belle idée du génie de
Virgile , à ceux qui n'ont point étudié la
Langue du fiécle d'Augufte . Cependant il
a des Vers très - durs. Ses Eglogues même,
qui demandent par tout une douce harmonie
, molle atque facetum , ne font point
exemptes de ce défaut. J'ai toujours penfe
que la fréquentation de Chapelain , POracle
des Poëtes de fon tems , avoit pu
lui communiquer cette dureté . On eft obli
gé à Defpreaux d'avoir combattu , ce vice .
que la corruption du goût eût peut- être
fait paffer dans la fuite pour une vraie beau
té. Une Satyre entiére ne peindroit pas avec
plus de force le défaut contre lequel il s'é
leve , que cette feule Epigramme , faite exprès
en Vers raboteux , mais dont le debut
eft paffablement brufque & incivil .
Maudit foit l'Auteur dur , dont l'âpre & rude Verve :
Εν Sén
360 MERCURE DE FRANCE
Son cerveau ténaillant , rima malgré Minerve ,
Et de fon lourd marteau martelant le bon fens
A fait de méchans Vers douze fois douze cens.
•
Il n'eft rien qui contribuë plus fûrement
à la perfection des Ouvrages d'efprit , que
Pétude de la Nature ; le bon goût eft déchu
chés tous les Peuples , dès qu'ils ont
ceffé de la cultiver. La Nature a de l'antipatie
pour l'affectation . Elle fe donne à
P'Art , pour être peignée de fes mains , à
condition qu'il ne chargera pas fa tête d'une
frifure inutile , & qu'il ne la couvrira pas
des ornemens fuperficiels , qui font le principal
mérite des coquettes ; mais il ne faut
point fe jetter dans un défaut oppofé , en
négligeant de l'orner conformement à l'air
de fon vifage & de fa taille . Elle dédaigne
l'affeterie , mais elle aime la propreté.
Elle ne veut pas qu'on l'habille avec un
efcarpin à un pied , & un foulier de bois
à l'autre , & l'on ne doit pas lui mettre
des oeillets & des rofes fur une coëffure
déchirée.
Cette pensée m'a toujours empêché de donner
tous mes fuffrages aux Poëfies de l'Abbé
Chaulieu , & du Marquis de la Fare. J'en eſtime
les beautés , mais je ne fuis point idolâtre
de l . urs tâches . On fe figure que leurs négligences
font de vrais agrémens , parce
que
JUIN. 1743 1361
que c'étoient
des gens de Cour. Mais à la
Cour d'Apollon
, la meilleure
partie des Titres de Nobleffe
fe cherche
dans la pureté
délicate
des penfées , & dans la noble
élégance
du ſtyle , qui doivent accompagner
les Ouvrages
d'efprit.
Il eft auffi certains paffages des anciens
Auteurs , dont on fe fert dans toutes les
rencontres , pour défendre fes chimères , faute
d'en avoir jamais bien examiné le fens. On
cite par exemple ces deux Vers du Pra
logue de l'Andrienne.
Quorum amulari exoptat negligentiam ,
Potius quam iftorum obfcuram diligentiam.
Premiérement il ne s'agit point ici du fty
le , mais de l'invention. Terence dit , qu'il
aime mieux tirer fon fujet des Grecs , à l'i
mitation de Nævius , Plaute & Ennius .
que de donner au Public des Comédies
embrouillées , comme celles du vieux Luf
cius-Lavinius & des autres Comiques qui
le critiquoient par jaloufie , ou comme les
petits Romans & les Recueils de plattes
Epigrammes que nos modernes façonnent
en Piéces de Théatre. En fecond lieu , eftil
vraisemblable que Terence eut fait un
précepte d'être lâche & négligé dans le
tyle Ce qu'il eut pû dire de plus , c'eſt
E vi que
1362 MERCURE DE FRANCE
*
que
s'il avoit eû à choifir de deux défauts
néceffaires , il eut préféré une aimable
négligence à l'exactitude fombre & pénible
qui rend le ftyle péfant , ou qui l'énerve ,
comme dit Pline le jeune , en le dépouillant
de l'embonpoint gracieux , qui comme
dans une belle femme enchante la
vûë & réjouit le fentiment. Terence ne
prétend donc pas que ce foit un vice de
réunir les graces & l'exactitude , & fes Comédies
en font la preuve.
C'eft de la même maniére qu'on doit
expliquer cet endroit de l'Art Poëtique
d'Horace.
Non ego paucis
Offendar maculis , ¿e.
Je ne ferai pas rebuté pour quelques tä¯
ches , qui fe feront gliffées dans un Ouvrage
d'une jufte longueur , quand elles feront
en petit nombre & qu'on n'aura pû y remédier
, qu'en rétranchant de très - grandes
beautés.
,
On m'objectera que Catulle eft négligé
dans fes Vers. Cela eft vrai , mais il ne
l'eft pas dans le ftyle . Les Vers de Lucrece
font plus durs que les fiens , & les fiens font
moins doux , que ceux de Virgile & de
Tibulle. Je ne parle point ici de fes Phaleuques
JUIN 1743 1363
leuques , qui pour la plûpart font coulans
& harmonieux , mais feulement de fes Vers
Hexamétres & Pentamétres dont on
auroit tort de regarder les négligences
comme des agrémens placés à deffein. Au
furplus , il ne faut point s'en prendre à Catulle
, de la dureté de fes Vers Il verfifioit
comme on faifoit alors , la Poëfie n'étant
point encore arrivée à ce dégré de perfection
, où la fin du Regne de Jules Cefar ,
& la politeffe de celui d'Augufte, la condui
firent en peu d'années.
5 Virgile écrivoit difficilement , & Horace,
qui fe plaint du peu de tems que les Auteurs
employoient à retoucher leurs productions
, ne faifoit point une de fes grandes
Odes dans une matinée. Ce ne font donc
point les négligences qui donnent aux Poëfies
un air naturel mais le travail de la
lime , pourvû qu'on ait reçû fon talent de
la Nature , & qu'on ne tyrannife point fon
génie , en l'appliquant à un genre d'Ouvra ;
ge , pour lequel il n'étoit point né.
,
On abuſe de l'idée qu'on s'eft formé depuis
quelques années du ſtyle cavalier. C'eft
excufe des Ouvrages négligés. Un petit
Maître portant plumet & talons rouges ,
aura imaginé en faifant deux ou trois pirouettes
, une douzaine de Vers , dans lef
quels une penfée fauffe petille & badine
ลม
1364 MERCURE DE FRANCE
au milieu d'un galimatias rimé. C'est un
Chef-d'oeuvre , diront , vingt Badauts ameutés
. Ces Vers ne font point exacts , mais ils
ont un air cavalier. C'eft Anacréon reffu fcité
; oui , Anacréon fe fut très - fûrement
fait honneur de ce charmant badinage , &
puis ,
Pleuvez Lauriers , nég ez Jaſmins & Rofes.
Le meilleur de ceci , c'eft que nos jeunes
Poëtes , de quelque condition qu'ils
foient , veulent être petits maîtres en Poëfie.
,
Moliére dans fes précieufes ridicules ;
fon Misantrope fes femmes fçavantes
avoit tâché de couper dans la racine le prétendu
ftyle cavalier . Le faux Marquis de Maf
carille dans la premiére de ces Comédies ,
après avoir décoché à Mefdemoiselles Madelon
& Cathos , une Poëtie Anacreontique
à la mode de nos petits Maîtres , dir
avec une orgueilleufe fatuité , tout ce que
je fais a l'air cavalier , cela ne fent point
le pedant. Les Pointes aujourd'hui ne font
plus d'ufage que dans les Pièces de Théatre
où l'on court après l'efprit , & les
complimens guindés ou équivoques . Mais
en revanche dans les petites Poëfies , on
aliaifonne une nonchalante platitude de Jaf
,
muns,
JUIN. 1743. 1365
mins ; de Mirthes & de Rofes , & l'on
croit avoir fait des prodiges.
La perfection des Vers , je le répete
encore , eft le fruit du travail ; c'eſt par
le travail que les Vers acquierent le
tour naturel & facile , qui les diftingue
des Vers du commun.
Ut fibi quivis
Speret idem ; fudet muliùm , fruftraque labores
Aufus idem.
Ovide & Tibulle , deux des plus beau
efprits que Rome ait jamais eus , étoient
l'un & l'autre Chevaliers Romains , d'où
l'on pourroit préfumer , qu'ils avoient eû une
femblable éducation . La même année les
vit naître ; ils furent liés d'amitié , comme
on le peut juger par l'Elégie d'Ovide , fur
la mort de Tibulle , & c'eft à mon gré
une de fes Piéces les plus châtiées pour
l'élégance du ſtyle . Eft - il rien de plus aimable
, par exemple , que le débat de Délie
& Néméfis , fes deux Maîtrelles , fur la
préférence que l'une & l'autre préten
doient avoir eue dans fon coeur ?
Delia difcedens , felicius , inquit , amata.
Sum tibi , vixifti dum tuus ignis eram.
Cui Nemefis , quid ais ? Tibi funt mea damna doloris
Metenuit moriens deficiente manu.
1366 MERCURE DE FRANCE
Il paroîtroit qu'Ovide qui a prefque tout
copié ce dernier Vers de la premiére Elégie
de Tibulle , ne fe fouvint pas que c'eft
de Délie qu'il a dit en cet endroit
Te fpectem , fuprema mihi cum venerit hora ,
Te teneam moriens deficiente manu.
>
Ou peut- être racontoit- il les chofes , comme
elles s'étoient effectivement paffées .
Enfin qu'on life les Elégies de ces deux
Poëtes , on fentira que les Vers de Tibulle
font plus naturels , parce qu'ils font
plus travaillés , quoique ceux d'Ovide foient
plus ingénieux. Les deux Vers que j'ai rapporté
de Tibulle , font un échantillon de
preuve de ce que j'avance , & quiconque
goûtera feulement toute la délicateffe , &
toute la force naïve de cette expreffion te
fpectem , en conviendra avec moi.
On fe tromperoit fort , fi l'on concluoit
de tout ce que j'ai dit , que je méprife les
Poëfies de l'Abbé de Chaulieu . Ce n'eftpoint
fur elles que retombe toute ma critique.
Je les eftime , & les relis même toujours
avec fenfenfualité , mais j'ofe foûtenir qu'un
peu plus de régularité dans la méfure &
dans l'ordre des Vers , aufli bien que dans
le ſtyle , ne leur fieroit pas mal .
Je reviens , M. après cette efpéce de
Differtation
JUIN. 1743 1367
Differtation où mon fujet m'a infenfiblement
engagé , à l'Extrait du cinquième.
Volume de votre Bibliothèque Françoise .
Les Eloges que vous donnez aux Tra-
,
ductions en Vers de M. le Préfident Bouhier
font fort en place. Celles qu'il a
faites en Profe , ne déparent point les Originaux
; j'en dis autant de celles de fon illuf
tre Confrere M. l'Abbé d'Oliver. Ce Sçavant
Magifttrat nous avoit donné des preuves
de fon talent pour la Poëfie , dans fes
Traductions du Poëme de Pétrone & du
Pervigilium Veneris ; & il vient de nous
en convaincre par le nouveau Recueil ;
dont il a fait préfent au Public. Nous
fommes depuis près de dix ans , en commerce
de Littérature & d'amitié. Mais ce
ne font pas ces égards qui me dictent ces
louanges ; c'est la juftice. Les Vers de fa
Traduction du 4. Liv. de l'Enéïde font
élégans , mais ils font mâles. Ils reffemblent
aux bons vins , dont la douceur aug
mente la force.
Vos réflexions fur les Traductions en
Vers m'ont excité à traduire la 7. Elégie
du premier Liv. des
Si elle a le bonheur de
fera pour moi un préfage
plaira point au Public
qu'il devra cet eſſai.
Triftes d'Ovide .
vous plaire , ce
qu'elle ne dé-
& c'est à vous
La
368 MERCURE DE FRANCE
La méfure des Vers dont j'ai fait choix✈
me donne matiére à quelques remarques fur
nos Elégies. Les Grecs & les Latins faifoient
fuccéder un Vers de cinq pieds , à un de
fix , eftimant que cette mélure étoit propre
à l'expreffion de la douleur. Ovide regardoit
cette marche irrégulière , comme un des
principaux caractéres qui diftinguent l'Elégie.
C'eft ce qu'il nous apprend par la peinture
qu'il en fait dans la premiere du 3 .
Liv. de fes Amours.
Venit odoratos Elegia nexa capillos ,
Et puto pes illi longior alter erat.
Forma decens , veftis tenuiffima , vultus amantis ;
In pedibus vitium caufa decoris erat.
Il n'eft perfonne qui ne fente la jufteſſe
'de fon goût , & qui ne convienne qu'en
remplaçant un Vers Pentamétre par un
Hexamétre , l'Elégie Latine perdroic inf
niment de fa beauté.
Je m'étonne que nous ne nous foyons
point avifés de tranfporter dans notre Langue
, cette marque qui caractériſe le Poëme
plaintif. Eft ce faute de réflexion ? Je
n'oferois dire , que ce fut faute de goût.
La méfure des Vers Alexandrins à rimes
fuivies, qu'on appelle bizarement rimes plat
tes , eft affectée parmi nous à tous les ftyles
,
JUIN. 1743. 1369
fes , à l'exception de l'Ode . Ce qui fait
que fouvent on ne trouve point la différence
d'une Elégie à une Idille , & que
fi l'Auteur n'y mettoit point de Titre
on ne fçauroit de quel nom l'appeller. Auffi
le Pere Rapin , après avoir parlé dans
fa Poëtique , des Elégies Grecques & Latines
, garde le filence fur les Nôtres. Je ne
parle point , dit-il , des Elégies Françoifes ,
c'est un genre de Vers que nous ne diftinguons
pas de l'Héroïque , on appelle indifféremment
Elégie parmi nous , tout ce qu'on
veut , en quoi la diftinction du vrai carac
tére de ce Vers n'eft point bien établie.
Cependant il nous étoit facile de faire
cette diftinction par l'alternative touchante
d'un grand & d'un petit Vers. Delingendes
, un de nos Poëtes qui ayent écrie
avec le plus de délicateffe , nous en avoit
tracé un excellent modéle dans quelques
Elégies , & fur tout dans celle qu'il a compofée
fur l'exil d'Ovide & qui commence
,
Ovide , c'est à tort que tu veux mettre Augufte
Au rang dcs Immortels ;
Ton exil nous apprend qu'il étoit trop injufte ,
Pour avoir des Autels .
Je doute , malgré les Décrets de l'Aca
démie
1370 MERCURE DE FRANCE
démie des Jeux Floraux , qui ne veut que
des Elégies en grands Vers à rimes plattes ,
qu'on réuffit à exprimer la triſteſſe , avec
la même douceur & la même force , dans
une Piéce uniquement compofée de Vers
Alexandrins à rimes fuivies
Il me reste une Rémarque à faire. On
pourroit , pour répandre dans un Livre d'Elégies
, un certain air de variété , que celles
des Grecs des Latins n'ont pas , faire fucceder
dans les unes un Vers de cinq pieds
à un de fix , & dans les autres un Vers de
trois ou quatre pieds à un de fix pareillement
, avec cette loi , que le petic Vers
fût toujours d'égale mefure dans tout le
Poëme. Cette agréable variété produiroit ,
ce me femble , un bel effet , & diftin
gueroit nos Elégies de celles des autres
Langues.
J'ai traduit par préférence la 7. Elégie
des Triftes. On ne fçauroit la lire , fans attendriffement
& fans amitié pour l'Auteur. On
y voit fon attachement , fon bon coeur , fa
fidélité ; & l'on eft faifi d'indignation contre
Amiperfide , qui l'avoit fi lâchement abins
donné & peut-être trahi.
Je ne fçais , M. fi mes obfervations feront
de votre goût , mais je ferois charmé qu'elles
m'euffent donné l'occafion de faire con-
Roiffance avec vous , & de vous dire quel,
quefois ,
JUIN.
1743. 1371
quefois ,
, que j'ai l'honneur d'être avec de
nceres fentimens d'eftime & de refpect ,
M. Votre très humble , &c.
Bretagne , au Croific , ce 8. Avril 1743 .
J
ENIGM E.
E marche avec poids & mefure ,
Et tous mes pas font tirés au cordeau ;
Je ne crains ni chaud ni froidure ,
Mais fans feu je ne fers qu'a garder le manteau ,
Chés les gens comme il faut je fais quelque figure ;
On me voit peu chés l'Artiſan ,
Encor moins chés le Payſan.
1
Il en est plus d'un , je m'affûre ,
Qui n'ont jamais vû ma tournure ;
Sans compagne pourtant je ne fuis bon à rien ,
Auffi ma trifte deſtinée
La tient toujours à mon col enchaînée ,
Et me fait travailler comme un Galérien .
Pendant de certains tems , il eft vrai , je m'arrête,
Et ces tems réunis, font un bon tiers de l'an ;
Dans un feftin , dans une fête ,
Mon travail eft plus abondant ,
Mais quand je laiffe entiers tous les mets qué j'aprête
, Tu
372 MERCURE DE FRANCE
Tu peux bien jurer fur ta tête,,
Que ce n'eft pas faute de dents .
Par M. D B. D. C. Capitaine General
d'Entrevaux.
XXXXXXXXXXXXXXXXXXX **
D
LOGOGRYPHE.
714
Es mes plus jeunes ans je femai la terreur ;
A la Ville , à la Cour , j'inſpirai la frayeur ;
Mon nom devint fameux, & toujours redoutable ,
Aux plaintes comme aux pleurs, je fus inexorable.
Que j'euffe été loué dans mes hardis exploits ,
S'ils avoient eû pour but & la gloire & les loix !
Mais guidé par Laverne & le libertinage ,
Par le vice entraîné , j'employai mon courage.
De neuf lettres , Lecteur , naît ma fécondité ,
Capable d'exciter ta curiofité.
Mon nom t'offre d'abord le fujet de ma peine ,
Ou le trifte féjour qui me tint lieu de chaîne ;
Le malheureux flambeau dont on chargea ma main;
Le fupplice cruel à mes jours qui mit fin ;
Pour le Public je fers fur la terre & fur l'onde ;
D'un naufrage éternel je garantis le Monde ;
C'eft lur moi que dans Rome entroient les Conquérans
;
Je fuis encor l'un des cinq fens ;
On
JUIN.
1373 1743.
03
vi
E
On me voit employer mainte & mainte figure ,
Pour fuppléer à l'ingrate Nature ;
Cachant bien es défauts fous des dehors
trompeurs,
Des plus belles vertus j'emprunte les couleurs ,
Et l'on me voit regner à la Cour , à la Ville .
Je fuis le logement de certains animaux ,
Dont le labeur eft fort utile ;
Je luis très- funefte aux Vaifleaux ;
Je refferre les noeuds du charinant hymenée
Et provoque au repos au bout de la journée ;
Je finis , pour ne pas plus long - tems t'arrêter ,
Cher Lecteur , à tes yeux mon nom a du fauter.
De Montorier , de Lyon.
NOUVELLES LITTERAIRES ,
DES BEAUX ARTS, & c .
ESSAL fur les Principes du Droir & de la
Morale , Ouvrage , qui traite toutes les
matieres , qu'ont traités Grotius dans fom Livre
du Droit de la Guerre & de la Paix , &
Pufendorf fur le Droit de la Nature & des
Gens , & fur les Devoirs de l'Homme & du
Citoyen.
,
1
Un tel Ouvrage, dont tout l'Univers eft Juge
1374 MERCURE DE FRANCE
ge compétant
, doit pour être bien fait , l'être
de façon , que quiconque
y apportera
une attention fuffifante , puiffe entendre
tout ce
qu'il contient , & en conclure, s'il eft impartial
, que toutes les Nations devroient
l'adopter
pour leur plus grand bonheur.
Cela étant , & comme il eft vrai , que ce
qu'un ou plufieurs hommes ont penſe , ne
doit pas déterminer tous les hommes en gé
néral à penfer de même ; que les regles faites
pour une ou plufieurs Nations , ne doivent
pas être regardées comme ayant force de Loi
pour toutes les autres , & qu'il n'y a que la
raifon qui ait droit d'affujettir tous les hommes
& toutes les Nations , l'Auteur a crû devoir
bannir de fon Ouvrage toute apparence d'érudition
, & s'attacher à raiſonner de fon
mieux.
Dans cette vûë il a tâché d'abord d'établir
ce que c'eſt
que le Droit
naturel
, & fes premiers
Principes
, enfuite
concevant
que
ſi
les conventions
faites
entre
quelques
Nations
ont du rapport
au Droit
des Gens
, il n'en
eft
pas moins
vrai que
le Droit
des Gens
, proprement
dit , contient
toutes
les regles
dont
toutes
les Nations
en géneral
doivent
conve
nir pour
leur plus
grand
bien
, comme
étant
les plus juftes
conféquences
du Droit
naturel
; il s'eft appliqué
à ne rien établir
, comme
étant
de ce Droit
des Gens proprement
dit
qui
JUIN. 1743: 1375
qui eft fon objet , que quand il l'a cru conféquent
des Principes du Droit naturel , & n'a
point perdu de vûë cette vérité , Que les con-
Jequences des meilleurs Principes ne feroiens
point parfaitement juftes , fi elles donnoient atteinte
en tout ou en partie à d'autres conféquences
collateralles , qui feroient juftes.
Cependant il convient de bonne foi que ;
quelques bonnes qu'ayent pû être fes intentions
, il ne feroit pas impoffible qu'il fe
fut trompé quelque fois , & il déclare que fuffifamment
flatté de ce que fes Juges les plus
rigoureux voudront bien , à ce qu'il efpere , lui
fçavoir du moins quelque gré de ce dont il a
fallu qu'il ait toujours été occupé en écrivant,
puifqu'il n'a dû que chercher par tout les
fources du bonheur du genre humain , autant
que le pouvoit faire quelqu'un , qui ne
devoit pas écrire en Théologien , il fera tou
jours prêt à revenir des erreurs dans lesquelles
on le feroit appercevoir qu'il feroit tombé.
Bernard Brunet Libraire , à Paris , dans la
Grande Salle du Palais , à l'Envie , imprime
cet Ouvrage in-4° . principalement pour ceux
qui voudront le mettre dans leur Bibliothé
que , à la fuite du Droit de la Guerre & de
la Paix de Grotius , & du Droit de la Nature
& des Gens de Puffendorf , traduits & common
és par le celébre M. Barbeyrac ; il s'eft
attaché à rendre l'Edition auffi belle
II. Vol
>
F
qu 'il eft
poffible ,
1376 MERCURE DE FRANCE
poffible , & compte pouvoir en délivrer les
Exemplaires dans le mois de Juillet prochain
1743.
MEMOIRES pour fervir à l'Hiftoire des
Spectacles des Foires de S. Germain & de
S. Laurent , précédés d'une Préface , fervant
d'introduction aux Mémoires Hiftoriques de
ces mêmes Spectacles , par un Acteur Forain ,
2. Vol in- 12. chés Briaffon , rue S. Jacques ,
à la Science & à l'Ange Gardien , 1743 .
On trouve à la fin du fecond Vol, un Catalogue
Alphabétique des Auteurs qui ont
travaillé pour les principaux Spectacles Forains
, avec les Titres des Piéces qu'ils y ont
données,jufques & comprife la Foire S. Laurent
1742.
Il paroît un nouveau Livre de Cuiſine
intitulé , Suite des Dons de Comus , ou l'Art
de la Cuifine reduit en pratique , où l'on verra
l'ancienne Cuifine conciliée avec la nouvelle
, & les principes de l'une & de l'autre
developpés , rendus faciles & mis à la portée
de tout le monde , avec une idée de la Cuifine
& de l'oeconomie bourgeoifes . Ce nouvel
Ouvrage mérite bien la fupériorité qu'on lui
accorde fur tous les Livres de cette elpèce.
Il eft en trois gros Volumes in- 12 . & renferme
ce qu'il y a de plus recherché & de
plus
JUIN. 1743. 1377
plus nouveau dans les délices de la table. On
y trouve beaucoup de méthode & une pratique
aifée , mife dans un bon ordre . La Cuifine
bourgeoife qu'on y a joint , marque que
l'Auteur a porté fes vûës auffi loin qu'elles
pouvoient aller. Il y a encore un petit Traité
de la Diffection des Viandes extrémeme nt
utile. Enfin par les différens objets qu'il embraffe
, on voit que le but de l'Auteur a été
de mettre fon Ouvrage à la portée de tout le
monde. Une Préface curieufe & bien écrite ,
introduit agréablement dans la lecture de co
Livre , où l'on peut dire que tout eft mar
qué au coin du bon goût : Il fe vend à Paris ;
chés la veuve Piffot , Quai de Conty, à la Croix
d'or ; chés Didot , Libraire , Quai des Auguf
tins , à la Bible d'or , & au Palais , chés Brunet
le fils , à l'Envie.
Les Libraires de Provinces pourront s'adreffer
au ficur Marin , Officier Chef de Cuiſine
du Prince de Soubife , Auteur du Livre.
›
Il demeure ruë Montmartre , vis à - vis la
rue du Croiffant , chés M. Pitou , Marchand
Limonadier , au premier , fur le devant.
TRAITE' de l'Orthographe Françoiſe, en ,
forme de Dictionnaire , enrichi de Notes critiques
, & de kemarques fur l'Etymologic
& le genre des mots , la conjugaifon des
Verbes irréguliers , & les variations des Au-
Fij tours,
#378 MERCURE DE FRANCE
teurs. Nouvelle Edition , revue & corrigée.
I. Vol. in 8. de 449. p. A Poitiers ; &ſe vend
à Paris chés Gabriel Martin , ruë S. Jacques ,
l'Etoile. M. DCC. XLIII.
Ce Livre eft un des meilleurs qui ait encore
paru en ce genre , & on ne fçauroit trop
en recommander l'ufage , non feulement aux
Etrangers , qui veulent apprendre à parler &
à écrire correctement notre Langue , mais
ncore à plufieurs François , qui croyant
la fçavoir parfaitement , manifeftent fouvent
leur ignorance dans l'un & dans l'autre ; car
cette recommandation regarde en géneral nos
Interprétes , & en particulier ceux qui font
obligés de traduire en François les Langues
Orientales. Un pareil guide ne peut que leur
être d'une grande utilité.
Charles Ofmont , Imprimeur- Libraire &
Paris , rue S. Jacques à l'Olivier , a pu
blié une nouvelle Edition en un Volume
in-folio , de S. Juftin , Martyr , & de plufieurs
autres Apologiftes de la Religion
Chrétienne , qui porte ce Titre : S. P. N.
JUSTINI Philofophi & Martyris Opera que
exftant omnia : nec non Tatiani adverfus
Gracos Oratio , Athenagora Legatio pro Chrif
vianis & Liber de Refurrectione mortuorum ;
S. Theophili Antiocheni tres ad Antolycum
Libria
JUI N. 1743 1379
+
Libri ; Hermi a Irrifio Gentilium Philofophorum
: item in Appendice fuppofita Juftine
opera cum Actis illius Martyrii & excerptis
operum de perditorum ejufdem Juftini & Taiani
& Theophili cum Manufcriptis codicibus
collata ac novis interpretationibus ;
notis , admonitionibus & Præfatione illuftrata ,
cum indicibus copiofis. Operâ & fludio unius
ex Monachis Congregationis S. Mauri.
• Pour faire connoître tout le mérite de
cette Edition , il feroit à propos d'entrer
dans l'examen de la verfion & des notes ,
mais comme cette difcuffion nous meneroit
trop loin , nous nous bornerons à la
Préface dont nous tirerons ce qui nous
paroîtra plus propre pour fatisfaire la curiofité
de nos Lecteurs , & pour les met
tre en état de juger du travail de l'Editeur.
Cette Préface eft divifée en trois Par
ties , dont la premiére eft employée à faire
connoître les Editions précédentes ; la feconde
contient l'examen de plufieurs cho-
Les importantes concernant la Doctrine de
3. Juftin & des autres Apologiftes ; la
troifiéme traite de leurs actions & de leurs
Ecrits .
L'Editeur, en parlant des Editions précéden
foin de remarquer ce qu'il y a d'intereffant
dans les Avertiffemens & dans les Epitres détes
,a
dicateiros
暈
1380 MERCURE DE FRANCE
dicatoires. Il fait ufage de ce que dit de
François I. le P. Perion , Bénédictin de
l'Abbaye de Cormery , Docteur en Théologie.
Ce n'eft pas feulement en France ,
que ce Prince avoit fait fleurir les Lettres ;
Italie , l'Espagne & l'Allemagne lui ont eû
de grandes obligations : il avoit excité par
tout une admirable ardeur pour découvrir
les Manufcrits qui contenoient les anciens
Auteurs. Ce P. Perion a été le premier
Traducteur de S. Juftin : il a divifé fa
Traduction en plufieurs claffes , & l'on voit
par les Epîtres dédicatoires qui les précedent
, les liaifons qu'il avoit avec plufieurs
Perfonnes d'un rang très - diftingué. Son zéle
pour Ariftote eft remarquable , car en
parlant de la Réfutation des Dogmes d'Ariftote
, dont il croyoit S. Juftin Auteur , il témoigne
la crainte qu'il a que cet Ouvrage
ne détourne de lire Ariftote dont nos
Ancêtres , dit- il , ont approuvé la Doctrine
dans cette Univerfité qui eft la premiére de
touies , ont voulu qu'on s'y attachât préférablement
à celle de Platon qu'ils ont entiérement
rejettée. Il ne fait pas difficulté de
dire que fi les Ariftoteliciens vouloient ré
pondre à tout ce que S. Juftin dit contre
Ariftote , ils le pouroient faire aifément
, à l'exception néanmoins de ce qui
regarde la Réligion .
,
Sigifmond
JUIN. 1743. 1381
Sigifmond Gelenius travailloit en mêmetems
que Perion , à traduire S. Juftin
mais fon Ouvrage n'a paru qu'un an après
celui de Perion. Langus a donné une troifiéme
Traduction de ce Pere , fans avoir
profité du travail des deux autres . Il étoit
Proteftant , & néanmoins dans fon Epître
dédicatoire à Maximilien , Roi de Boheme
, il gémit des troubles qui agitoient
l'Eglife ; il foutient l'Autorité des Peres ;
il tourne en ridicule la juftice imputée ,
& pour faire voir à quels excès on fe
toit , il raconte qu'il s'étoit élevé depuis
quelques années dans une Ville d'Allemagne
, une difpute fi violente fur la Ju
tification , que tout le Clergé fut prêt à ſe
révolter ouvertement contre le Souverain
ce qui obligea ce Prince de publier un
Edit par lequel il ordonnoit , qu'on expliquât
la Juftification felon la Doctrine
de S. Paul & de quelques Docteurs mo
dernes, qu'il nonimoit ; pour appaifer les feditieux.
por-
Un fçavant Anglois, qui a donné en 1722 .
une nouvelle Edition des deux Apologies
de S. Juftin & de fon Dialogue , s'éleve
avec encore plus de force contre ceux qui
rejettent les Peres de l'Eglife , & qui prétendent
que l'Ecriture fuffit . Il les traite
d'ignorans , & il déclare que leur fenti-
Fij
ment
9
# 382 MERCURE DE FRANCE
ment est également abfurde & impie. Le
même Ecrivain fe déclare contre toutes
les Traductions , foit en Latin , foit en
Langue vulgaire il dit qu'il en eſt ennemi
juré : c'eft , felon lui , ce qui eft caufe
que les habiles gens font fi rares , & les
demi- fçavans en fi grand nombre . La liberté
avec laquelle il parle de fa Nation¸
n'eft pas fort propre pour lui attirer la faveur
des Anglois . Car en fait de critique ,
i les met fort au deffous des François
dont il loue l'efprit & la vivacité , & des
Italiens , qu'il admire comme des génies
fupérieurs.
Après avoir paffé en revue les Editions
précedentes , l'Auteur de celle qui paroît
aujourd'hui , rend compte en peu de mots
de fon deffein , & des Manufcrits dont il
s'eft fervi .
La feconde Partie commence par une
Queſtion également curieufe & importante.
Il s'agit de fçavoir fi Platon a connu
le Verbe , & fi S. Juftin , en paffant de
l'école de Platon , à celle de J. C. étoit
déja imbu de cette Doctrine . Ce qui a engagé
dans cette difcuffion , c'est que les
Sociniens ne ceffent d'accufer S. Juftin
d'avoir introduit dans l'Eglife le fentiment
de Platon fur le Verbe . M. le Clerc fou.
tient dans fes Lettres critiques que les Juifs
F v mêmes ,
JUIN. 1743 1383
mêmes , & fur tout Philon , ont puifé dans
Platon ce qu'ils ont dit du Verbe , Fils de
Dieu & Créateur de l'Univers.
Cependant , en examinant les endroits ,
où, Platon parle de la Création du monde
on n'apperçoit que Dieu & la Matiére
qu'il croyoit éternelle . L'idée que Dieu
a fuivie , le modéle qu'il s'eft propofe
ne font point diftingués de lui , le
λόγος n'eft autre chofe que la penfee
& la raifon qu'il a cûe de donner à l'Univers
l'ordre & l'arrangement que nous
admirons.
Il y a quelques endroits où Platon ( 4 )
attribuë un Pere à celui qui eft le chef
de tous les Dieux & la caufe de toutes
chofes. On croiroit d'abord qu'il s'agit ici
du Fils de Dieu , mais Platon n'en a pas
la moindre penfée. C'eft du monde
qu'il parle , c'eft au monde qu'il donne
ces titres magnifiques . Car en d'autres endroits
il appelle le monde un Dieu qui
eft la caufe de tous les biens , & que tous
les Démons & les Dieux reverent ; un Dien
qui fe fuffit à lui - même ; l'image du Dien
invifible ; un Fils unique ; un Dien engendré.
Ciceron a bien vû que Platon parloit
du monde dans tous ces endroits
(a) Epift . ad Herm. Eraft . & Coriſc.
car
Velleius
1384 MERCURE DE FRANCE
Velleius dans le premier Livre de la Nature
des Dieux fe moque de ce Dieu
de Platon , qui eft d'une figure ronde. Le
célébre Philofophe , qu'Origene ( a ) a réfuté
fi folidement , difoit que les Chrétiens
étoient les premiers qui fe fuffent
avifés d'attribuer à Dieu un Fils , & que
les anciens par ce terme de Fils avoient
entendu le monde.
Il y a dans la feconde Lettre de Platon ;
qui eft adreffée à Denis le Tyran un paſſagc
, où plufieurs Auteurs , anciens & mo.
dernes ont cru voir la Trinité. Mais en
confiderant ce que Platon ajoute , & ce
qu'il dit en d'autres endroits , il eft aifé
de voir qu'il s'agit de quatre maniéres de
connoître les chofes , & qu'ainfi Platon ne
fait nullement allufion à la Sainte Trinité ,
mais plutôt au Quaternion de Pytagore .
Ce n'eft donc point à Platon que S. Juftin
eft redevable d'avoir connu le Verbe
de Dieu. Il n'avoit aucune connoiffance
de cette Doctrine avant que d'être Chrétien.
C'eft ce qu'on fait voir par des raifons
très-folides.
Le scond Article regarde la Création
de la Matiére , & contient des Remaques
qui peuvent être utiles pour l'intellig.nce
des Peres. S. Juftin loüe Platon d'avoir
( a ) Lib. V. adv. Celſum,
dit
JUIN. 1743. 1385
dit que Dieu a tout fait d'une Matiér
informe. Athénagore parlant aux Payens
ne s'attache qu'à l'arrangement que Dieua
donné à la Matiére , fans dire qu'il l'a
tirée du néant. Ces deux Auteurs penfoientils
, comme Platon & comme les autres
Philofophes , que la Matiére eft éternelle ?
Nullement. Ils louent dans Platon ce qui
étoit digne de loüange , & dans les endroits
où ils le font , il eût été inutile de
le réfuter fur l'éternité de la Matiére . Ils
fe font expliqués clairement l'un & l'autre.
Le troifiéme Article eft pour réfuter le
Miniftre Jurieu , qui a accufé S. Juſtin ,'
S. Clement d'Alexandrie , Origene & S. Auguftin,
d'avoir dit que Dieu a donné le Soleil :
& les Etoiles aux Gentils , pour leur fervir de
Dieux .
Dans le cinquième , à l'occafion de l'état
d'enfance , dans lequel S. Théophile dit :,
qu'Adam a été créé , on trouve des Réfle--
xions fort intereffantes.
L'Article de l'Euchariftie eft très - important
, & paroît avoir été traité avec une
grande exactitude . L'Auteur , fans s'écarter
de fon fujet , donne une explication bien
naturelle du célébre Paffage où Tertullien
dit que le Pain & le Vin font la figuredu
Corps de J. C. cela veut dire que le:
Corps de J. C. eft caché fous la figure
F vi;
OU
1386 MERCURE DE FRANCE
ou les espéces du Pain & du Vin &
il eft clair que Tertullien n'a point eû
d'autre penfée. Il s'agit en cet endroit de
faire voir contre Marcion que J. C. n'a
point eû un Corps phantaftique . La raifon
qu'en donne Tertullien , c'eſt qu'un
corps phantaftique n'auroit pû être caché
fous la figure du pain & du vin autrement
ce feroit un phantome caché fous
un autre phantome , un vuide fous un
autre vuide , une apparence de corps humain
, cachée fous les apparences du pain
& du vin. Res vacua figuram capere non
poffet. Il est évident que Tertullien dans
tout ce raifonnement fuppoſe , comme une
chofe certaine , que le Pain & le Vin font
détruits dans l'Euchariftie & qu'il n'em
refte plus que les apparences , fous lefquelles
le vrai Corps de J. C. eft caché .
›
Quoique S. Juftin écrivit à Rome , It
Liturgie qu'il décrit eft femblable à celle que
nous avons dans les Conftitutions Apoftoliques
, & différente de celle qui étoit en
ulage à Rome. Cela vient , felon toutes les
apparences , de ce qu'il y avoit à Rome quelques
Eglifes , où en confidération des Chrétiens
qui venoient d'Orient , on célébroit
la Liturgie en Grec , & felon le rit de l'Eglife
Grecque. S. Juſtin dit , lui - même
au Prefet dans les Actes de fon Martyre
qu'on
JUIN. 1743. 1387
qu'on tenoit des affemblées dans la maiſon
où il demeuroit , & s'il eft vrai qu'il ait été
Prêtre , comme il paroît par plufieurs endroits
de fes Ouvrages , on a fujet de croire
qu'il préfidoit à ces Affemblées.
Les Chrétiens s'affembloient le jour du
Dimanche on lifoit l'ancien & le nouveau
Teftament , felon que le tems le permettoit
Lorfque le Lecteur ceffoit , le Prêtre faifoit
un Difcours , pour exhorter à pratiquer les
grandes vérités dont on venoit d'entendre
la lecture . Enſuite on fe levoit & on faifoit
les Priéres que S. Juftin appelloit les Prie
res communes , lefquelles étant finies , les.
Chrétiens fe donnoient entr'eux le baifer
de paix , & l'on préfentoit le pain & le vin
au Prêtre qui les confacroit. Après cette Priére
du Prêtre , que S. Juftin appelle la longue
Prière , on diftribuoit l'Euchariftie à ceux
qui étoient préfens , & on la portoit aux
abfens. On avoit cru jufqu'ici , fur l'autorité
de S. Juftin , que les Diacres diftribuoient
dans l'Eglife les deux efpéces confacrées ,
mais l'Editeur fait voir que les Diacres ne
donnoient que le Calice dans l'Eglife & qu'ils
portoient aux abfens le Pain confacré.
La néceffité d'abreger nous oblige de paffer
plufieurs autres chofes importantes , pour
venir à la troifiéme Partie de la Préface.
S. Juftin eft né vers l'an 114.dans la Ville
de
1388 MERCURE DE FRANCE.
de Naploufe : il s'appliqua d's fa tendre
jeuneffe à la lecture des anciens Auteurs
dont on voit par fes ouvrages qu'il avoit
une grande connoiffance. Il paffa enfuite
à la Philofophie , & il fe fixa dans l'Ecole
de Platon : fe promenant un jour dans un
endroit aflés proche de la Mer , où il cfpéroit
ne voir perfonne , il rencontra un
vieillard qui entra en converfation avec lui ,
& lui fit connoître J. C. Cet entretien fit
beaucoup d'impreffion fur S. Juftin : il fe
mit à lire l'Ecriture Sainte , comme ce vénérable
Viellard lui avoit confeillé : il fit
des réflexions fur la Sainteté des moeurs des
Chrétiens , & voyant des hommes toujours
prêts à fouffrir la mort & les tourmens les
plus cruels , & même fe préfentant quelquefois
d'eux - mêmes aux Juges , il n'eut
plus que du mépris pour les calomnies qu'on
répandoit contre cette Religion .
lens
S. Juftin , après s'être rempli de la connoiffance
de la Religion , employa fes tala
défendre. Nous avons de lui
pour
plufieurs Ouvrages contre les Payens , qui
paroiffent avoir été faits dans les commencemens
de fa converfion , & avant la perfécution
qui s'éleva fous Antonin. S. Juftin
préfenta à cet Empereur une Apologie pleine
de zéle ; il demanda qu'elle fût enregistrée ,
& il paroît qu'on lui accorda ce qu'il demandoit
JUI( N. 1743. 1389
mandoit ; il y a même tout fujet de croire
que ce S. Martyr ne contribua pas peu à la
paix qui furvint peu après fon Apologie , par
la protection que ce Prince accorda aux
Chrétiens. L'Edit qu'il envoya dans les Provinces
, a beaucoup de reffemblance avec les
démarches de S. Juftin.
A l'occafion de cette célebre Apologie ,
l'Editeur examine trois queſtions importantes.
La premiére eft de fçavoir en quel tems
on a commencé à accufer les Chrétiens des
trois crimes que leurs ennemis leur repro--
choient , & quand ces calomnies ont entierement
ceffé ; fi ce font les Juifs qui en ont
été les Auteurs,par les Députés qu'ils envoyerent
par toute la Terre , ou fi les Hérétiques .
y ont donné lieu par leurs défordres .
Dans la feconde queftion , il s'agit d'une
Loi , qui défendoit fous peine de la vie ,
de
lire les Livres des Sybilles & des Prophétes.
L'Auteur de la Préface fait voir contre Baronius
& Cafaubon , que S. Juftin n'a point
cru que cette Loi regardât les Chrétiens ,
puifqu'il déclare au contraire qu'ils lifoient
ces Livres , fans rien craindre , & qu'on ne
leur fçavoit pas mauvais gré de les citer en
toute occafion. Cette Loi n'étoit donc formidable
qu'aux Payens. Il étoit dangereux
dans ces tems-là de chercher à connoître l'avenir
, & cette curiofité étoit toujours ſuſpecte
390 MERCURE DE FRANCE
perpecte
de quelque conjuration ou de quelque
deffein contraire au bien de l'Etat . Ainfi on
ne pouvoit lire fans péril les Livres qui prédifent
Bavenir , & S. Juftin paroît avoir remarqué
que cette appréhenfion détournoit
quelquefois de la lecture des Prophétes . Mais
pour ce qui eft des Chrétiens , on fçavoit
ne cherchoient dans les Prophétes que
qu'ils
des preuves de leur Religion ; on étoit
fuadé qu'ils avoient horreur des Devins & de
toutes les Prédictions qui avoient rapport au
Culte des Dieux , d'où vient que l'Empereur
Aurelien reprochoit au Sénat , dans une Lettre
qu'il lui écrivoit , de n'avoir pas plus
d'empreffement pour confulter les Livres des
Sybilles , que s'il étoit affemblé dans une
Eglife de Chrétiens.. On voit par-là qu'une
Loi qui a fouvent été funefte aux Payens , ne
faifoit aucun tort aux Chrétiens.
La troifiéme regarde la Statue érigée à
Rome fous l'Empereur Claude , en l'honneur
de Sinion le Magicien , avec le titre de Dieu
Saint. S. Juftin demande à l'Empereur & au
Sénat , que ce honteux Monument foit détruit
par leur ordre . Plufieurs Critiques ont
cru que S. Juftin n'ayant pas une parfaite
connoiffance de la Langue Latine , avoit lû
Simoni Deo fancto , au lieu de Semoni Sango
Deo Fidio , qui eft une partie de l'Infcription
d'une Statue trouvée à Rome fous le Pontificat
JUIN. 1743. 1394
1
ficat de Grégoire XIII . Notre Editeur foutient
que ce fentiment n'eft qu'une conjecture
incertaine.
Tout ce que nous fçavons de S. Juftin, de
puis cette Apologie jufqu'à fa feconde fous
Marc-Aurele , c'eft qu'il fortit de Rome , &
qu'étant un jour à Ephèse , prêt de s'embarquer
, il rencontra un Juif , nommé Trhy
phon , qui étoit accompagné de fix autres
de la même Nation. Tryphon joignit
S. Juftin & tâcha d'entrer en converfation
avec lui ; on parla de la Religion Chrétienne ;
deux des Compagnons de Tryphon rirent
avec éclat de ce que difoit S. Juftin & fe retirerent
; les autres étant reftés , S. Juftin
leur expliqua les grands principes de la Religion
Chrétienne ; la Conférence dura pendant
deux jours entiers ; Tryphon s'étant
rendu le lendemainà une heure marquée, avec
fes
quatre Compagnons & quelques autres
qui fe joignirent à eux. Comme ce Dialogue
a duré deux jours , & qu'on n'y voit point
les complimens qu'on a coûtume de fe faire
lorfqu'on fe fépare & qu'on fe rejoint , on
avoit cru qu'il y manquoit bien des chofess
mais l'Editeur fait voir que S. Juſtin a cû des
raifons d'écrire tout de fuite ce Dialogue,
fans l'interrompre par ce qui s'étoit dit la
veille en fe feparant , & le lendemain lorf
qu'on fe raffembla,
Lad's
1392 MERCURE DE FRANCE
La paix de l'Eglife duroit encore lorfque
S. Juftin eut cette Conférence avec les Juifs ;
il l'écrivit à Rome fous M. Aurele . La perfécution
s'étant rallumée fous cet Empereur,
S. Juftin lui préfenta fa feconde Apologie ,
dans laquelle il cite fouvent ce quil avoit dit
dans la premiére , ne doutant point que
l'Empereur n'en eût confervé le fouvenir.
S. Juftin dit qu'il s'attend d'être mis à mort
par les intrigues du Philofophe Crefcent. Il
ne fe trompa point dans fon efpérance .
Les Actes du Martyre de S. Juftin fe trouvent
en Grec & en Latin dans la feconde
Partie de l'Appendix. La premiere contient
les Ouvrages fuppofés , parmi lefquels il s'en
trouve deux qui font bien indignes de Saint
Juftin , fçavoir , l'Expofition de Foi & les
Queſtions aux Orthodoxes. Le premier eft
d'un Neftorien ,qui écrivoit avant le Concile
d'Ephèfe. Les Queftions font forties de la
plume d'un Pélagien , peu de tems après la
dépofition des Evêques du parti de Pèlage.
Tatien , après avoir acquis une grande
connoiffance des anciens Auteurs , & s'être
diftingué parmi les Philofophes , après avoir
examiné les differentes Religions du Paganifme
& s'être fait initier dans tous les Myf
téres , tomba par hazard fur l'Ecriture Sainte ,
dont la lecture le toucha fi fort , qu'il ne
différa point de fe faire Chrétien . Il étoit
alors
JUIN. 1743 1393
alors à Rome , & il paroît qu'il n'étoit plus
jeune . Il s'attacha à S. Juftin , & comme il
fecondoit le S. Martyr dans les combats qu'il
avoit à foutenir contre les Philofophes , il
eut part à la perfécution que lui fufcita le
Philofophe Crefcent. Après la mort de Sain
Juftin , il fut pendant quelque tems à la tête
de l'Ecole que ce Saint avoit établie à Rome.
Enfuite il s'en retourna en Orient, où il compofa
l'Ouvrage que nous avons de lui contre
les Gentils. Peu de tems après , c'est - à - dire
vers l'an 170. il tomba dans l'Hérefie & devint
Auteur d'une Secte très - pernicieuſe . Son
Systême étoit un réchauffé de rêveries de Valentin
, & ce qu'il ajoûtoit de lui - même ,
c'eft qu'Adam n'eft point fauvé. On réfute
ici par un grand nombre de raifons le célebre
Abbé de Longueruë , lequel dans une
Differtation fur Tatien , imprimée en Angleterre
, place l'Hérefie de Tatien en l'an 141 .
& foutient qu'il y étoit déja engagé, lorfqu'il
écrivit contre les Gentils .
Tatien fit encore plufieurs Ouvrages , dont
le plus fameux a été un nouvel Evangile ,
qu'ilforma, en retranchant les Généalogies , &
en arrangeant tellement les quatre Evangiles,
que des quatre il n'en faifoit qu'un. L'Auteur
de la Préface croit que cet Evangile a été attribué
aux Ebionites , & que d'autres l'ont
appellé l'Evangile felon S. Pierre.
Quoie
394 MERCURE DE FRANCE
›
Quoiqu'Athénagore n'ait point été conau
d'Eufebe , les deux Ouvrages que nous avons
de lui font fort eftimés , & l'Apologie qu'il
préfenta en 176. à l'Empereur M. Aurele ,
eft une des plus belles que nous ayons. Cet
Auteur a été foupçonné de Montaniſme ,
parce qu'il paroît condamner les fecondes
Nôces. Mais l'Editeur montre par des Recherches
fort curieufes , que les Montaniſtes
ne condamnoient point encore les fecondes
Nôces en 176. & qu'ainfi Athénagore ne
doit point être fufpect d'avoir embraffé leur
Secte . D'ailleurs le Paffage fur lequel on fonde
le foupçon , eft fufceptible d'un bon- fens.
De tous les Ouvrages de S. Théophile
'd'Antioche , il ne nous refte que les trois
Livres adreffés à un Payen , nommé Autolycus.
Ils ont été certainement composés fous
Commode , comme il paroît par la Chronologie
du troifiéme Livre , qui finit à la derniere
année de M. Auréle. Mais une preuve
qu'on doit placer cet Ouvrage dans les premiéres
années de Commode , c'eft que Saint
Yrenée , qui écrivoit fous cet Empereur ,
imite quelquefois S. Théophile d'Antioche .
Car en conferant enſemble les endroits paralleles
de ces deux Auteurs , il eft aifé de
remarquer que S. Yrenée parle d'après faint
Théophile.
L
JUIN. 1743. 1395
Le Sr Brifeux , Architecte , vient de met-
Ere au jour , fous le titre de l'Art de bâtir les
Maifons de Campagne , deux Vol . qui compofent
la première Claffe d'un Ouvrage fi
étendu , qu'on y ajoûtera encore deux autres
Claffes , qui contiendront pareillement deux
Vol. chacune . L'Auteur donne dans cette
premiére 124. Diſtributions , tant pour le
rès-de- chauffée , que pour le premier étage ;
51. Elevations & leurs coupes , outre 81 .
Planches d'Ornemens , & quelques autres ,
qui fervent à faire bien connoître la Confzruction
& la Décoration . Celles qui fuivront
, ne renfermeront pas un moindre nombre
de Planches , qui , nonobftant une exrême
varieté , feront toujours également judicicules.
L'objet qu'on s'eft propofé dans ce
Livre , & qui le diftingue de beaucoup d'autres
, c'eft de faire trouver de grandes commodités
dans un petit efpace , ce qu'on avoit
négligé auparavant , pour ne s'étendre que
fur les Ordres d'Architecture , & fur l'Art
d'élever des Temples & des Palais pompeux,
dont la conftruction eft fi rare , qu'elle n'arrive
, pour ainfi - dire , que dans la révolution
de plufieurs fiécles ; au lieu que les Particu
liers ont tous les jours befoin de fe faire bâtir
des Logemens agréables & commodes &
qui foient proportionnés à leur état & à leurs
moyens. On n'a pas négligé de donner des
inftruction
€396 MERCURE DE FRANCE
inftructions fur toutes fortes de matériaux ,
fur la maniere de les choifir, de les préparer &
de les employer; fur la nature des terreins ; fur
la façon dont on remédie à leurs défauts pour
y bâtir folidement , fur la Charpenterie , la
Menuiferie , la Serrurerie , les Parterres , l'Art
Hydraulique; & pour ne rien omettre , on a
donné des réflexions & on a rapporté les fentimens
des plus habiles Auteurs fur les cinq
Ordres d'Architecture . On ne peut douter
que toutes les perfonnes de bon fens , &
qu'aucune prévention ni aucun interêt n'engageront
point à s'écarter de la vérité, ne ref
fentent l'utilité d'un pareil travail .
Pour la commodité du Public , on vendra
chaque Claffe en particulier , fuivant qu'on
le fouhaitera. A Paris , chés Prault , Pete ,
Imprimeur Libraire , Quai de Gêvres , au
Paradis , & chés Merigot , Libraire , Quai
des Auguftins , aux Armes de France , 1743 .
in- 4° . grand & très-beau papier ; le premier
Vol. de 156. pages , le fecond de 185. fans
la Préface , l'idée génerale , l'Avant propos ,
les Tables & le grand nombre de Planches ,
annoncées ci deffus . Le prix eft de 25. livres
chaque Volume .
L'Abregé de la Vie des Evêques de Coutance
, dont on a donné l'Extrait dans le premier
Volume de ce mois , fe vend à Paris , chés
Jacques
JUIN. 1397 1743 .
Jacques Barois , Quai des Auguftins , à la
Ville de Nevers .
TRAITE' ou DISSERTATIONS
fur plufieurs Matiéres Féodales , tant pour
le Pays Coûtumier que pour les Pays de
Droit Ecrit. IV . Partie , contenant les Obfervations
, 1 ° . fur le Ketrait Seigneurial , Féodal
, Cenfuel ou Emphitéotique. 2 ° . Sur la
Foi & Hommage , & la Souffrance. 3 ° . Sur
la Commile , tant par Defaveu que par Félonie
, & du Droit de Commis ou Commife
en Emphitéole. 4°. Sur la Saifie Féodale &
Cenfuelle. 5. Sur le Champart ou Terrage,
alias Agriere , Agrier. Par M. Germain
Antome Guyot , Avocat au Parlement , Vol.
in 4° . de 554. Pages . A Paris , chés Saugrain
, fils , au Palais , 1743 .
On ne sçauroit affés louer le zéle infatigable
de M. Guyot , Auteur de l'Ouvrage , que
nous annonçons ici Depuis 1738. il a donné
au Pulic quatre Volumes in quarto , contenant
divers Traités fur les Matieres Féodales , &
un autre Volume in- 1 2. contenant des Notes
fur les Coûtumes de Mantes & de Meulan .
Dans fon premier Volume fur les Fiefs , il
a traité des Licitations relativement aux
Droits Seigneuriaux ; du Démembrement &
Jeu de Ficf dans la Coûtume de Paris ; de
la Reunion des Fiefs & Centives ; des Corvées
& des Bannalités, Dans
398 MERCURE DE FRANCE
Dans le fecond il a traité de la Prefcription
par rapport aux Fiefs & aux Cenfives ,
& du Droit de Relief.
Dans le troifiéme il a traité du Démem.
brement de Fief dans les Coûtumes , autres
que celles de Paris ; du Parage , des Droits
de Quint & de Lods & Ventes.
Le quatriéme volume qui vient de paroître
, contient auffi des Obſervations fur plufieurs
Parties de la Matiére , & qui forment
comme autant de Traités particuliers.
Ces Obfervations font 1 ° . fur le Rétraie
Seigneurial , Féodal , Cenfuel ou Emphitéotique.
M. Guyot éxamine en quels Pays
ces fortes de Rétraits ont lieu ; par quelle
Coûtume ils doivent fe régler ; quels Contrats
& quelles chofes en font fufceptibles.
Il traite à cette occafion du Contrat d'Echange
, de la Donation mêlée de quelque
Négoce , du Rétrait Féodal en Rente Fonciére
non-rachetable. Il explique enfuite qui
font ceux qui peuvent intenter le Rétrait ,
ce qu'il examine , tant par rapport aux Seigneurs
Eccléfiaftiques , qu'à l'Ufufruitier du
Fief dominant , aux Maris , Gardiens , Tuteurs
, Fermiers Héritiers Bénéficiaires.
De -là il paffe aux Rétraits qui fe font par
Partie , & parle de la Ventilation , de la
Préférence du Rétrait Féodal fur le Ligager
, aut via verfâ ; enfin fi le Retrait Féo-
,
-
dal
JUIN. 1743. 1399
dal eft ceffible , de quel jour court le tems
de ce Retrait , la forme d'exhiber & de notifier
l'Acquifition , les Claufes qui excluent
ce Retrait , les Effets qu'il produit , les Formalités
dont il doit être accompagné , & la
maniére dont il s'exécute .
Les Obſervations fur la Foi & Hommage
ne font pas fi étendues ; l'Auteur diftingue
feulement combien il y a de fortes de Foi
& Hommages ; l'Hommage - Lige , ordinaire
& plane , celui de Dévotion ; il examine
les mutations dans lefquelles la Foi eft due ,
les perfonnes qui la doivent & à qui elle eft
duë,le Lieu où elle doit être faite ,la forme en
laquelle elle doit être , & les Offres dont elle
doit être accompagnée , enfin les Cas où le
-Seigneur eft tenu d'accorder fouffrance .
Les Obfervations fur la Commife ont deux
Parties.
›
La premiere traite de la Commife , par
rapport aux Fiefs , tant en Pays de Droit
Ecrit que de Coûtume , & diftingue la Com
mife encouruë par le Defaveu du Vaſſal , de
celle encourue par Félonie , & explique les
fuites de l'une & de l'autre.
La feconde Partie traite du Commis ou
Commiſe en Emphitéoſe , ſuivant la Loi 2.
& 3. Cod de Jure Emphiteutico , & fuivant
la Jurifprudence des Parlemens de Droit
Ecric .
G Les
11. Vol.
1400 MERCURE DE FRANCE
Les Obfervations fuivantes font fur la Saifie
Féodale & Cenfuelle ; on y voir quelles
perfonnes peuvent faifir , & pour quelles
caufes , dans quel tems , les Formalités de
cette Saifie , fa Durée , fes Charges , fes Effets
, ce qui arrive en cas de Bris ou Infraction
de Saifie , & quel eft le Droit du
Seigneur Haut - Jufticier , fur les Héritages
Allodiaux ou Cenfuels de fon District.
former
Enfin dans les Obfervations fur le Chamapart
, l'Auteur explique fur quoi le prend le
Champart , ce qui arrive lorfqu'il concoure
avec la Dixme , s'il eft Seigneurial , Portable
ou Querable , s'il tombe en arrérages
quelle eft fa Quotité , fi on en peut
Complainte , quel eft le Devoir des Tenanciers
par rapport au Champart , s'il eft fu
jet a Preſcription , s'il fe prend fur les Terres
accrues par Alluvion à celles qui y font
fujettes ; il finit par quelques Refléxions fur
l'ufage du Parlement de Bordeaux , fur le
Droit de Champart.
Pour achever de donner une idée de la
maniere dont les Matiéres font traitées dans
ce volume , il fuffira de rapporter ce que dit
l'Auteur dans fes Obfervations fur la Foi &
Hommage , Ch. 1 .
L'Hommage Lige proprement dit eft ce-
» lui par lequel on s'oblige à fervir fon Sei-
» gneur envers & contre tous ; cet Homage
» dir
JUIN . 1743.
1401
» Te
>>
,
>> dit Bruffelles , en fon Tr. des Fiefs , n'é-
"toit qu'un Renforcement de l'ancien Hom-
» mage , qu'on appelloit Ordinaire , ce n'é-
" toit que par rapport au Service de Guer
& cette difference étoit en ce que le
» Vaffal Lige étoit obligé de fervir à fes dé-
» pens , tant que la Guerre duroit ; le Valfal
» par Hommage ordinaire , ne fervoit que
» 40. jours à fes dépens , du jour que l'Oft
» étoit affemblé ; outre ce le Vaffal ordinaire
>>pouvoit envoyer un Chevalier pour fervir
pour lui. Le Vaffal Lige devoit le Service
Perfonnel , à moins que la Guerre ne re-
» gardât pas directement le Seigneur, auquel
» cas le Vallal Lige pouvoit envoyer un Che-
» valier.
22
و د
. Nous rapporterions encore volontiers quel.
ques autres endroits curieux de cet Ouvrage ,
fi cela ne paffoit les bornes que nous fommes
obligés de nous prefcrire. Nous ajouterons
feulement que ce volume ne fera pas
moins utile que les précédens , mais pour
embraffer toute la Matiére des Fiefs , ce ne
doit pas être le dernier .
Les Eccléfiaftiques , les Religieux , &
les Perfonnes de pieté , dont la vûë le trouve
affoiblie , le voyoient , pour ainfi - dire , obligés
de renoncer à la Lecture de l'Imitation de
J. C. en Latin , faute d'Edition de ce Livre
en gros Caractére.
Gij I1
Y402 MERCURE DE FRANCE .
Il en paroît une belle Edition in- 8 °. chés
Antoine Boudet , Imprimeur - Libraire , ruč
S. Jacques. Elle eft exactement revûë fur l'Edition
du Louvre in fol. & de plus , accom-
Ragnée de differentes vies de l'Auteur .
HISTOIRE DU PONTIFICAT d'Eugene III.
par Dom Jean de Lannes , Religieux Bibliothécaire
de l'Abbaye de Clairveaux , ancien
Profefleur de Théologie , à Nancy , chés
Pierre Antoine , Imprimeur Libraire .
On écrit de Reims que Regnau'd Floren
tain, Imprimeur du Roi en cette Ville , va mettre
inceffamment en vente les deux premiers
Volumes de l'Ancienne Verfion Italique de
l'Ecriture Sainte .
Le mérite, de cette Verfion , fi eftimée
dans l'Antiquité , eft trop connu des Sçavans
pour en faire l'éloge ; les fragmens qui en ont
été publiés , faifoient défirer depuis long- tems
qué quelqu'un voulût les raffembler tous , &
les réunir fous un feul point de vûë : c'eſt ce
qu'on fe flatte d'avoir exécuté dans cette
Édition.
Les plus anciens Manufcrits d'Italie , de
France , d'Angleterre , & les Ecrits des Peres
des premiers Siécles de l'Eglife , font les
fources où l'on a puifé.
Le plan , l'ordre , & l'économie de cet
Ouvrage ,
JUIN. 1743. 1403
Ouvrage , font détaillés plus au long dans le
Profpectus Latin , dont on parlera en tems &
fieu . Il fuffit de remarquer , qu'outre le Texte
de la Vulgate , qui fera placé à côté de
l'Ancienne Verfion , cette Edition fera enrichie
d'une Préface , qui en fixant les caractéres
de l'Ancienne Italique , en affure la certitude
. L'Auteur y a joint un grand nombre
de Notes ; des Avertiffemens à la tête de chaque
Livre , & il a placé à la fin une Tablo
des matiéres très- ample & très étenduë.
L'Imprimeur n'a rien épargné de fon côté
pour rendre cette Edition complette . Il fe
flatte que le Public fera auffi fatisfait que l'Editeur
, de la beauté du papier , des caracté
res , & de l'exécution de tout l'Ouvrage .
De trois Volumes in fol. dont cette Edition
fera compofée , les deux premiers , qui
contiennent l'Ancien Teftament , font imprimés
, & le troifiéme qui renfermera le
Nouvau , eft fous preſſe.
M. Klein , qui continue toujours fes re-
' cherches fur l'Hiftoire naturelle , a donné en
1740. 1741. & 1742. trois Ouvrages ou Mémoires
, dans lefquels il traite des Poiffons .
Ces Mémoires font intitulés, le premier, Jacobi
Thedori Klein Hiftoria Pifcium naturalis
promovende miffus primus , de lapillis eorumque
numero in craniis Pifcium , cum præfatione de
4
G iij
auditu.
1404 MERCURE DE FRANCE
auditu. Accefferunt 1 ° . Anatome Turfionum.
2°. Obfervata in capite Raia . Cum fex tabul.
an. Gedani , Litteris Scriberianis , 1740.in-4°.
Le 2. Ejufdem... miffusfecundus , de Pifcibus
per pulmones fpirantibus , adjuftum numerum&
ordinem redigendis . Accefferuntfingularia
dedentibus Balanarum & Elephantium . 2 °.
de lapide Manati & Tiburonis. Cum tab. an.
Ibid. 1741. in-4°. 4 .
Le 3. Ejufdem.... miffus tertius, de Pifcibus
per branchias occultas fpirantibus , ad juftum
numerum& ordinem redigendis , cum obſervationibus
circà partes genitales Raia maris , ovarium
Galei Cum tab. an. 7. Ibid. 1742. in-4°.
à Dantzig.
Jo. Baptifta Ottii Spicilegium , five excerpta
ex Flavio Jofepho ad Novi Teftamamenti illuftrationem.
Curâ fig. Havercampii , apud Jo.
Safebroek , 1741. in- 8 ° . à Leyde . Le deffein
de l'Auteur eft de faire voir que plufieurs expreffions
employées par Jofephe , fe trouvent
auffi dans le Nouveau Teftament , & qu'elles
y font prifes dans le même fens . L'Éditeur
cite dans tout cet Ouvrage l'Edition qu'il a
donnée de Jofephe . M. Havercamp a mis à
la fuite de fa Préface » deux échantillons ,
l'un d'un Dictionnaire , pour éclaircir divers
paffages de Jofephe , & pour lui fer-
» vir de Commentaire ; l'autre d'une Hiftoire
Eccléfiaftique
JUI N. 1743. 1409
Eccléfiaftique contre Baronius , afin de
» donner une idée de ces deux Ouvrages ,
» & d'engager quelque Libraire à les impri-
" mer à des conditions raifonnables .
On trouve auffi chés le même Libraire
une nouvelle Edition de l'Hiftoire des Coptes
, par M. Havercamp , fous ce Titre :
Hiftoria Jacobitarum feu Coptorum in Ægypto
, Lybia , Nubia , Ethiopia tota , Cypri
Infula parte habitantium . Opera Jofephi
Abudacni feu Barbati nati Memphis
Ægypti Metropoli cum annotationibus Jo .
Nic... vulgavit nunc primùm ex Bibliotheca
fua Sigobertus Havercampus , Lugduni Batavorum
, 1741. in - 8 ° .
On trouve à Amfterdam chés Guillaume
Smith la Défenfe de la nouvelle Traduction de
Hiftoire du Concile de Trente, contre les Cenfures
de quelques Prélats & de quelques Théologiens
, par Pierre François le Courayer , Docteur
en Théologie de l'Univerfité d'Oxford ,
&Chanoine Regulier, & ancien Bibliothécai
re de Sainte Genévieve de Paris , in - 8 °.
Nicolai AVERANTI Differtatio de menfibus
Ægyptiorum cum notis Henr. Novis , & c.
I. Vol in-4°. Florentiæ 1737.
Giovanni BAGLIONI Vité de Pittori Sculptori
, Architecti, &c. I. Vol. in -4 ° . Napoli ,
G iiij 1733. Antonii
1406 MERCURE DE FRANCE
Antonii BORIONI Collectanea Antiquita
tum Romanarum , & c. I. Vol. in fol. Roma
1736. cumfiguris.
Joannis LAMII Delicia Eruditorum , ſeu
Veterum Anecdotorum collectio notis illuf.
trata . 12. Vol . in- 8 °. Florentiæ 1741 .
Tous les Volumes de ce Recueil fe vendent feparement.
Le Tome XIII. & les fuivans font
fousla preffe.
Domenico Maria Manni Offervafioni Iftoriche
Sopra figilli antichi de fecoli baſſi. 8 .
Vol. in-4°. Firenze avec Figures , 1742 .
Petri Ant. MICHELII Nova Plantarum ge
nera juxta Tournefortii methodum difpofita ,
quibus Plantæ 1900. recenfentur , fcilicet
ferè 1400. non obfervatæ. I. Vol. in- fol.
Florent. 1729. cum Tabulis elegantiffimis.
Jani PLANCI de Conchis minùs notis Liber
, &c. I. Vol. in - 4°. Venetiæ 1739. cumfiguris
.
Ces Livres , & plufieurs autres bons Ouvrages
imprimés en Italie , fe trouvent à Rome
chés les Freres Pagliarini , Libraires.
Il paroît depuis peu à Londres un Ouvrage
pofthume de M. Hody , intitulé : de Græcis
illuftribus Lingua Grace Litterarumque
Humaniorum inftauratoribus , eorum vitis ;
fcriptis & elogiis libri duo . Pramittitur de vita
fcriptis ipfins Humphred. Hody Dif
fertatio
JUI N. 17433 1407,
tio Autore S. Jebb . M. D. in - 8 °.
On délivre préfentement aux Soufcripteurs
la nouvelle Edition des Oeuvres de Philon
Juif, par M. Thomas Mangey , in- fol .
On a nouvellement reçû d'Italie la Liſte
des Livres fuivans.
CENNI de Antiquitate Ecclefia Hifpana , zi
Vol. in-4°. Romæ , 1741.
SCHOLIA GRÆCAfcriptoris anonymi in Hoż
meri Iliadem ab Ant. Bongieranni , I. Vol.
in-4°. Venet. 1740.
VITA di Pietro d'Albano dal C. Mazzuż
chelli , I. Vol . in- 12. Venez .
DI PIET. ARETINO del medefimo I. Vol .
in- 12. Padova 1740.
MARANGENI Acta S. Victorini Epifcopi
'Amiterni. I. Vol. in-4° . Romæ , cum figu
ris , 1740.
ANTIRRHETICON feu confutatio Annota
tionum Jo. Koklii ad fermones S. Ephrem de
Cana Domini , Romæ 1740 .
ANTICHITA di Rimini del Sign. Tomafo
Temorma. I. Vol. in - fol. Venez. 1741. cum
figuris .
SULPICII Severi Opera , I; Vol. in -4°. Ve
net. 1741.
On écrit de Rome que Nicolas & Marc
Pagliarini , ont publié un Avertiffement pour
Gv informer
1408 MERCURE DE FRANCE
informer le Public , qu'ils vont imprimer un
nouvel Ouvrage Periodique , intitulé NoriZie
Letterarie Oltramontane per ufo de Letterati
d'Italia , in-4 °. Ils y doivent faire entrer la
Notice des Ouvrages les plus conſidérables
qui paroîtront en France en Angleterre ,
en Hollande ,> &c. fe réfervant de ne donner
que les Titres des Livres qui rouleront
fur la Théologie , & fur les matiéres de Religion
. Ils publieront chaque mois 4. feuilles,
lefquelles formeront tous les fix mois un
Volume , dont le prix fera de fix Jules pour
ceux qui payeront d'avance , & de dix pour
les autres . Le Jules , ou Paolo , vaut environ
dix fols fix deniers de la monnoye de France .
On a publié à Florence un autre Avertiffement
chés J. B. Brufcagli , & S. Brazzini
par lequel on informe les gens de Lettres
que Pietro Cinerio va donner une fuite non
interrompuë de Differtations fur divers Points
de Littérature , douteux & intereffans , & qu'il
en publiera une feuille chaque femaine . Les
Libiaires ont achevé d'imprimer , & débitent
actuellement les trois premiéres Differtations.
1. de vero & vario Dei in Scriptura nomi-
7e. 2. Hiftoria Amazonum in feriem redacta
3. Lampridius ex feipfo correctus , de menfibus
commodianis.
DE 1. GRANDUCHI di 'Tofana della real cafa
de Medici Protettori delle Lettere, & delle belle
Arti
JUI N. 1743*. 14099
Arti Ragionamenti Hiftorici del Dottore Gin-
Jeppe Bianchini di Prato . Appreffo Gi. Batifta
Recurti I. Vol. in fol. 1741. A Venife.
Le fujet de ces Difcours Hiftoriques , dont
on vient de voir le Titre , roule entiérement.
fur ce que la Maifon de Medicis a fait en
différens tems pour le renouvellement des
Sciences & des Arts . Outre la beauté du papier
& de l'impreffion , cet Ouvrage eft en--
richi d'un grand nombre de belles Eftampes ,
& d'autres Figures en taille douce , qui ré--
pondent parfaitement à la qualité du fujet .
On a imprimé à Londres en Efpagnol de
puis peu de tems , an Ouvrage contenant
les vies des grands Peintres & des Statuaires
Espagnols , & de quelques autres Etr ngers
de la même profeffion qui ont travaillé cm
Efpagne..
Les Heritiers Cramer & les Frères Phi
libert de Geneve , ont achevé d'imprimer une :
nouvelle Traduction Latine da Commentaire
d'Euftathe, fur Denys le Geographe , fous ce
Titre : Eufta hii Diaconi à supplicibus libellis
, Oratorum magiftri , poftea Archiepifconi
Theffalonicenfis
Commentarii
in Dionyfium Periegetam , Alexandro Polito
de Cler Reg. Scholarum Piarum Interprete, 2.-
Vol. in 8 °.
M. Politi eft de la Ville de Pife , & a dé
G.vj dié
410 MERCURE DE FRANCE
dié fa Traduction au G. Duc de Tofcane :
c'est le même qui a traduit le Commentaire
d'Euftathe fur Homere , qui n'eft pas encore
achevé d'imprimer , mais dont on a déja trois
Volumes in -folio.
M. Maittaire a donné , il y a déja quelque
tems , à Londres , le cinquième & dernier
Tome de fon Hiftoire de l'Imprimerie
,fous ce Titre, Annalium Typographicorum
Tomus quintus & ultimus , Indicem in Tomos
quatuor præeuntes complectens. Opera Michaëlis
Maittaire.A . M. Londini, apud Gull. Darres
, & Cl. Du Bofc , 1741. in- 4°. Comme
les Parties de cette Hiftoire ont été imprimées
en differens tems , chés differens
Imprimeurs & en differentes Villes , les Lecteurs
feront peut être bien aifes de trouver
ici la Note Sommaire de l'ordre , du
tems de l'Impreffion , & du contenu de
tous les Volumes qui compofent cet Ouvrage.
Le premier Tome de ces Annales parut
en 1719. il comprend l'Hiftoire de l'Origine
& des Progrès de l'Imprimerie,depuis 1457 .
jufqu'en 1500. il a été imprimé à la Haye ,
chés Ifaac Vaillant. Le fecond Tome , qui
eft divifé en deux Parties , parut en 1722 .
& va jufqu'en 1536. Le troifiéme, qui contient
auffi deux Parties , parut en 1725. &
va jufqu'en 1557. M. Maittaire ajouta à
la fin de la feconde Partie de ce troifiéme
Tome
JUIN. 17433 1411
Tome , un Appendice , qui contient des Editions
plus nouvelles , & qui va jufqu'en
1664. Ces deux derniers Tomes ont été imprimés
à la Haye , chés les Freres Vaillant.
Le quatrième , pareillement divifé en deux
Parties , parut en 1733. chés Humbert à
Amfterdam. Humbert l'intitula premier Tome
, à l'infçû & contre la volonté de l'Auteur
, qui s'en eft plaint dans la Préface du
cinquiéme Tome , & qui a averti ceux qui
acheteroient fon Ouvrage , qu'il regarde le
premier Tome qu'il avoit donné en 1719.
comme indifpenfablement néceffaire, & que
le quatrième en eft le Supplément. Ce quatriéme
Tome contient les Anciennes Editions
indiquées dans le premier Tome , &
un Supplément des Editions du XV : Siécle
, avec des Remarques , pour en faire
connoître la qualité & le mérite. Le cinquié
me Tome qui comprend deux Parties , eft
un Index de toutes les Editions , qui font
marqués dans les quatre premiers Tomes ,
& de ce que M. Maittaire a encore découvert
depuis. Cet Index eft difpofé fuivant
l'Ordre Alphabétique des Noms Propres
des Auteurs.
M. Thomas Carle de Londres fe propofe
de donner par Soufcription l'Hiftoire de la
Vie du premier Duc d'Ormond. On croit que
l'Ouvrage entier formera trois Volumes infolio..
1412 MERCURE DE FRANCE
folio. On fuivra pour le débit & le payement
la nouvelle Méthode des Afurances ; on en
publiera toutes les Semaines fept Feuilles ,
dont le prix fera de douze fols .
Ark tée & Merkus , Libraires à Amfterdam
à Leipfick , viennent de publier le troifiéme
Tome de l'Hiftoire Univerfelle d'une Societé
de Gens de Lettres , Traduite de l'Anglois,
1742. in-4°. Ce troifiéme Tome contient
l'Hiftoire des Juifs , depuis Saül , jufqu'à la
Captivité de Babylone ; l'Hiftoire des Affyriens
, des Babyloniens , des Medes & des
Perfes. On y a joint une Préface Générale
le Plan de tout l'Ouvrage , plufieurs Figures
, & des Cartes qui manquoient aux pre
miers Volumes ; toutes ces Additions ont
fait augmenter le prix de celui - ci , qui eft
de dix Florins.
Les mêmes Libraires ont auffi mis au jour
PHiftoire de Pierre 1. furnommé le Grand ,
Empereur de toutes les Ruffies , & c . Cette
Hiftoire qui eft imprimée in - 4°. & in- 12 . en
trois Volumes , eft enrichie dans l'une & l'autre
Formes de Cartes , de Plans , & d'un
grand nombre de Médailles frappées pendant
le Regne de ce Monarque , qui fervent
beaucoup à faire lire l'Ouvrage avec
plaifir.
L'Aca
JUIN. 1743
1413
L'Académie Royale des Sciences & des
Beaux Arts , établie à Pau , diftribuera le
premier Février 1714. deux Prix deſtinés
à deux Ouvrages d'Eloquence.
Le fujet de l'un fera cette Penfée de la
Bruyere. Le Mo: if feul fait le mérite des
actions des hommes.
L'autre Difcours aura pour fujet cette-
Propofition. L'Humanité eft une des Vertus
les plus eftimables dans un Conquerant..
Les Ouvrages feront adreffés à M. Duhau ,
Sécrétaire de l'Académie ; on n'en recevra
aucun après le mois de Novembre
1743. & s'ils ne font affranchis de port.
Chaque Auteur mettra à la fin de fon
Difcours une Sentence , & la repetera audeffus
d'un Billet cacheté , dans lequel il auras
écrit fon nom .
Les Ouvrages ne pourront excéder une
demie heure de lecture.
>
Le Sr Deluffe le fils vient de mettre
en Mufique la Cantatille qui a pour Titre
le Retour des Guerriers , inferée dans le
Mercure du mois de Février dernier , p.
277. Elle eft pour un Deffus avec la Baffe.
continuë , & fe vend à Paris chés l'Aureur
rue du Foin , proche la rue de la
Harpe ; chés. Me Boivin , rue S. Honoré 2
1414 MERCURE DE FRANCE
à la Régle d'or , & chés le fieut Leclerc ;
rue du Roule , à la Croix d'or , prix 24i
fols.
QUESTION.
Deux Bergers aiment une Bergere . Pref
fée par eux de s'expliquer , elle indique
à l'un & à l'autre un jour , un lieu & une
heure , pour leur déclarer fon choix . Les
Bergers fe trouvent au rendez -vous , l'un
ayant une couronne de fleurs fur la tête ;
& l'autre fans couronne. La Bergere fe
préfente couronnée elle- même de fleurs.
En arrivant elle ôte fa couronne , & la
met fur la tête du Berger qui étoit fans
couronne . Dans le même moment elle
prend la couronne qui ceignoit le front
de l'autre Berger , & s'en couronne elle - même.
La Queſtion eft de fçavoir lequel des
deux Bergers peut croire avoir été préfépar
cette double Action.. ré
LETTRE de M. Liger à M. P.
ai lû , Monfieur , votre Lettre à M. L.
J'inféréedans
inferée dans le premier Volume du Mercure
de ce mois , page 1102. Vous auriez
trouvé auffi aifément les deux Paradoxes
dont je fais mention dans ma Differtation
que
JUIN. 1743. 1415
que les fix differens quarrés naturels , car ils
font également enfans de la Nature , mais
comme vous avez appris la Géométrie fuivant
les Principes d'Euclide , cela vous a ,
fans doute , effarouché
Voici tout ce que je puis faire pour votre
fatisfaction & celle de Mrs les Géometres
en attendant que je puiffe faire paroître ma
feconde Partie.
Tracez un quarré qui ait 12. au côté , &
divifez- le en 144. quarrés bien tracés , coupez
le par moitié diagonalement , pour avoir
deux triangles contenant chacun 72. quarrés,
fçavoir , 66. quarrés effectifs & 12. triangles
fur fa baze , égaux à fix quarrés.
Tracez féparément , & de la même maniére
, un quarré de 17. au côté , contenant
289. quarrés , tous pareils à ceux qui divifent
le précedent , en vous fervant de la même
ouverture de compas & fans y toucher
aucunement que le tout ne foit fait , vous
verrez que ces deux triangles feront la moitié
précisément du quarré de 289. au milieu duquel
vous verrez la moitié d'un quarré s'éva
nouir en deux triangles , conféquemment chacun
de ces deux triangles contient 72. quarrés
en un fens , quand ils font affemblés pour former
le quarré de 144. mais pofé de façon
que l'angle droit foit au centre du quarré de
289. il contiendra alors un quart de quarré de
plus ,
1416 MERCURE DE FRANCE
plus , ce qui vient particulierement de ce que
12. diagonales font égales à 17. côtés des
mêmes quarrés. Que le quarré de 289. foit
coupé diagonalement en quatre triangles ,
chacun ne fera pas plus grand que l'un des
deux autres..
Tout Géométre peut faire cette expérience
admirable & furprenante , dont la découverte
m'a bien coûté des attentions. Que les chiméres
qu'Euclide nous a apportées d'Egypte
ne vous préviennent point contre cette miraculeuſe
vérité de la Nature ; voyez , examinez
attentivement , travaillez , approfondiffez
& ne donnez point dans l'aveuglement
où cet Auteur a plongé les Géométres , qui ,
fur ce qu'il en a dit , croyent & foûtiennent,
entre autres chofes , que le côté eft incommenfurable
, donc irrationnel , avec la diagonale
. Je démontrerai dans ma feconde
Partie que cela eft impoffible , cela feroit trop
long dans une Lettre ; je vous demande feulement
de faire attention que cette incommenfurabilité
n'eft point démontrée & qu'elle
ne peut l'être ; Euclide a voulu feulement
nous faire entendre que le côté de l'unité
quarrée eft à la diagonale du quarré de 2 .
dont la diagonale du quarré de i . eft le côté,
comme 1. à 2. conféquemment incommenfurables
, puifqu'il n'y a point de nombre
proportionnel exprimable entre 1. & 2. qui
110
JUI N. 1743 1417
- ne font pas nombres femblables. Il eft dit
ailleurs que les figures à 4. côtés égaux font
plans & figures femblables ; quelle confufion
eft- ce que tout ceci ?
Je vous dis , M. que la diagonale 2. eft
diagonale d'un quarré parfait, qu'elle eft d'u
ne meſure commune avec le côté 1. qui a
fait rêver aux Egyptiens & à Euclide , que
la diagonale du quarré de 1. qui eft le côté du
quarré de 2. n étoit pas compofée d'une unité
pareille au côté 1. & d'une ou plufieurs frac
tions de la même unité ; il eſt à toucher au
doigt que cela ne peut être autrement, & que
l'irrationalité & l'incommenfurabilité ne font
point & ne peuvent être que des rêveries def
tituées de tout fondement ; donc , en vertu
de ces prétendus Principes , on ne peut valablement
s'oppofer à la vérité que je viens de
vous enfeigner à connoître , qui eft que 12 .
diagonales font égales à 17. côtés . Avoüez ,
M après ce que vous marquez avoir vû de la
difference des fix quarrés , qu'Euclide n'a jamais
connu les quarrés intérieurement , qu'il
m'en a pas même connu les côtés.
SPEC
1418 MERCURE DE FRANCE
****************
SPECTACLES.
Cles Theatres de Paris étant fort ite
Et Article ne fera pas bien long ;
tiles en nouveautés dans ce tems - ci . L'Académie
Royale de Mufique continue tou
jours avec fuccès le Ballet des Indes Galantes
. Elle doit remettre dans peu la quatriéme
Entrée du même Ballet , intitulée
Les Sauvages , joüée en Mars 1736.
Les Comédiens François promettent pour
le commencement du mois prochain , une
Comédie nouvelle en trois Actes , précédée
d'un Prologue , & terminée par un
Divertiffement , fous le Titre de l'Ife San
wage , par l'Auteur de la Comédie de l'O
racle & du Silphe.
fi
,
Les Comédiens Italiens promettent aufpour
ce tems - là une Comédie nouvelle
en Vers & en trois Actes , intitu
lée les Petits Maîtres. On en parlera plus
au long dans le tems.
NOUJUIN.
1743 1419
•
S
NOUVELLES ETRANGERES.
RUSSIE.
N mande de Pétersbourg du 4. de ce mois ;
qu'il venoit de s'y répandre un bruit , que
quelques troupes Perfanes étoient entrées dans la
Turcomanie , qu'elles avoient remporté plufieurs
avantages fur divers détachemens des troupes du
Grand Seigneur , & que s'étant emparées de la Ville
de Kars , elles exigeoient de fortes contributions de
tous les Villages voifins ; que le Pacha de la Province
avoit envoyé un Officier au Grand Seigneur , pour
lui représenter le befoin qu'il avoit d'un puiliant
fecours d'hommes & d'argent , mais que S. H.
ne lui avoit fait fournir qu'une partie des fommes
qu'il demandoit , & qu'elle lui avoit mandé de raffembler
dans fon Gouvernement le p us de troupes
qu'illui froit poffible , pour faire tête aux Peifans,
jufqu'à ce qu'on fût en état de leur oppofer une armée
plus confidérable ; que le Divan avoit réfolu
d'impofer une nouvelle taxe fr le Ciergé Grec &
qu'il avoit confifqué la fucceffion d'un des principaux
Prélats de ce Clergé , dans laquelle on a trouvé
200. Bourfes en argent comptant , qu'une partie du
Peuple de Conftantinople témoignoit beaucoup de
mécontentement , & que le Grand Vifir pour inti
mider ceux qui voudroient exciter quelque révolu
tion dans l'Empire , avoit fait étrangler un grand
nombre de féditieux , & expofer leurs corps dans
les rues & dans les Places publiques.
SUIDE
1420 MERCURE DE FRANCE
SUEDE.
Na appris de Stockolm du 7. de ce mois ,
que le Major General Freudenfeldt a mande au
Roi,quaprès avoir mis en fuite un détachement confiderable
des troupes de la Czarine , il s'étoit emparé
de la Ville d Uhlo , & que la plus grande partic de
la Bothnie Orientale étoit rentree tous la domination
de S. M.
Le Roi a appris depuis qu'il y avoit eû un combat
très- vif & très-long entre les Galeres de S. M.
& ceiles de la Czarine , & que les premieres avoient
remporté l'avantage , quoique les autres fullent en
plus grand nombre , & que leur feu cût été foutenu
par celui de quelque batteries que les ennemis
avoient établies fur la Côte ; que deux Galeres Ruf
fiennes avoient été coulées à fond , & que cinq autres
avoient été mifes hors de combat ; qu'une des
batteries des ennemis avoit fort maltraite le Praame
P'Hercule , mais que le dommage caufé aux Galeres
du Roi avoit été peu confiderable , & qu'il n'y avoit
eû du côté des Suedois que 150. hommes de tués
ou de bleffės.
Le Roi a reçû d'autres lettres du Major Géneral
Freudenfeldt lefquelles marquent qu'il s'étoit rendu
maître de plufieurs Magafins que les Ruffiens avoient
établis en Finlande . Il ett arrivé à Stockolm une
Chaloupe , à bord de laquelle étoient p ufieurs des
Ruffiens faits prifonniers dans l'action qui s'eft paffée
entre les Galéres du Roi & celles de S. M. Cz.
auffi -bien que quelques - uns des Officiers & Soldats
Suedois , qui ont été bleffès en cette occafion.
ALLE
ALLEMAGNE.
0
N mande de Ratisbonne du 19 , de ce mois ,
que les troupes Françoifes , qui étoient dans
Kelheim , Payant abandonné apiès avoir brúle le
pont qu'elles y avoient conſtruit, le Prince de Lobckowaz
avoit fait occuper ce pofte par un Corps
confidérable de Croates , de Pandoures & de Ly caniens
. Quelques jours avant que la Garniſon Françoife
de Kelheim s'en fût retirée , elle avoit été jointe
par les trois bataillons que le Maréchal de Broglie
avoit avoit laifles à Amoerg.
Le r . de ce mois , le Prince de Lobckowits .
après avoir laillé une garnifon dans Stat Am- Hoff ,
fe remit en marche avec les troupes qui font fous
fes ordres , & qui foot augmentées confidérab.ement
par plufieurs renforts qu'il a reçûs , & il paffa
le Danube a Kelheim , d'où il s'eft avancé dans les
environs de Straubingen , où il a laiffé quelques
troupes pour bloquer la Place , & étant arrivé le
12 à Schierling , qui n'eft qu'à trois lieues de Ratisbonne,
il marcha le 13. à Kelheim , pour s'approcher
de l'armée Françoife commandée par le
Maréchal de Broglie .
On a appris d'Ingolftadt du 15. de ce mois , que
le Comte de Seckendorf en eft décampé avec les
troupes Impériales qui font fous fes ordres , & qu'il
eft allé fe pofter fur le bord de la riviere de Lech.
Il a laffé 2000. kommes des troupes Palatines à
Neubourg , pour en renforcer la garnifon.
L'Armée Françoife , que commande le Maréchal
de Broglie , & qui étoit campée à une lieuë & demie
d'Ingolftat , s'en rapprocha le 15. Elle a été
jointe par les troupes qui occupoient le pofte de
Kelheim , & par les trois Bataillons qui étoient reftés
dans Amberg aux ordres du Marquis de Brezé.
Le
422 MERCURE DE FRANCE
Le Maréchal de Broglie a reçû avis qu'un Corps
de Huflards de l'armee de la Reine de Hongrie s'étoit
rendu maître du pofte de Friedberg , & que la
garnifon Bavaroife , qui y étoit , avoit eté faite
prifonniere de guerre. Il a été auffi informé que le
General Berenklaw , à la tête d'un détachement des
troupes de S. M. H. étoit entré dans Munich , dont
les habitans , en conféquence des ordres qu'ils
avoient reçûs de l'Empereur , ont ouvert les portes,
dès que les ennemis fe font présentés.
Le Comte de Segur , Lieutenant General des armées
de S. M. T. C. arriva le 14. à Donavert avec
le Corps de troupes qui a été détaché de Paimee
commandée par le Maréchal de Noailles , pour fe
rendre en Baviere.
Les François ont conftruit deux ponts fur le Danube
, l'un au- deffus & l'autre au- deffous de cette
Place.
Le Prince Charles de Lorraine & le Prince de
Lobckowitz ſe font avancés , le premier à Neuſtatt
& le fecond à Kotching.
On a appris d'Ausbourg , que le 10. de ce mois ,
le Comte de Lautrec , Miniftre Plénipotentiaire du
Roi de France auprès de l'Empereur , y avoir cû la
premiere au lence de S. M. I.
O
GENES ET ISLE DE CORSE,
Na appris de l'Ile de Corfe du 21. & du 277
du mois dernier , que les Chefs des Rebelles
avoient fait brûler les maifons de quelques habi.ans
qui avoient tué un homme de leur parti , & qu'ils
paroillo: ent attendre avec beaucoup d'impatience
Parivée du nouveau Commiflaire Géneral.
On mande de Lombardie , que les troupes Autrichiennes
, commandées par le Comte de Traun ,
avoient
JUIN. 1743 .
1423
voient été jointes par deux Bataillons du Régiment
Hongrois d'Andreafi , & que le Duc de Modéne a
fait donner quatre Sequins d'engagement à tous les
Déferteurs , qui abandonnent l'armée de la Reine
de Hongrie , pour prendre parti dans celle du Roi
d'Espagne.
O
GRANDE BRETAGNE.
N mande de Londres du 20. de ce mois , que
le Vailleau le Lovely Marie , commandé par
le Capitaine Hayes , a été pris par un Armateur
Eſpagnol , en allant de Londres à Gibraltar .
****************
MORTS DES PAYS ETRANGERS.
L
A nuit du 21. au 22. Mai , mourut à Naples ,
dans la 40. année , Procope- Marie - Antoine-
Phuppes - Charles- Nicolas- Auguftin d'Egmont Pignatelli,
Duc de Gueldre & de Juliers , Comte d'Egmont
, de Zutphen , de Mours , de Hornes & de
Bureen , Seigneur Souverain des Ville & Territoire
de Malines , du Pays d'Arckel , de Leerdams , Iffelfteint
, & des Ifles d'Amelande , Grand d'Efpagne
de la premiere Création & de premiere Clalle ,
Prince de Gavre & du S. Empire , cinquiéme Duc de
Bifachia & Comte de S. Jean , au Royaume de Naples.
Il étoit fils de Don Nicolas Pignatelli , Duc de
Bifachia , & Comte de la Cerignole , dans le
Royaume de Naples , Chevalier de la Toifon d'Or,
Gouverneur General des Armées d'Espagne , en
Sicile , mort à Lyon en 1719 & de Marie- Claire-
Angélique d'Egmont , du Chef de laquelle il fut
Grand d'Efagne de la premiere Claffe , Prince du
II. Vol. H S.
1424 MERCURE DE FRANCE
8. Empire , & Seigneur de toutes les Terres de l'il-
Juftre Maifon d'Egmont . Il avoit époufé en Novembre
1717. Dlle Henriette- Julie de Durfort , file .
de Jacques- Henri de Durfort , Duc de Duras , & de
D. Louite Magdeleine Efchallart de la Marck , omteffe
de Braine , Baronne de Serignan & du Pontarcy
, duquel Mariage ii laifle , 19. Guy- Felix d'Egmont
Pignatelli , Comte d'Egmont. 2 ° . Thomas-
Victor d'Egmont Pignatelli , Duc de Bifachia , &
Comte de S. Jean de la Cérignole , par la démiffion
de fon Pere , marié à Naples au mois de Novembre
1742. avec Dona Eleonore Caraciolo , Princeffe de
Ja Villa , fille de Don Philippe Caraciolo , Prince
de la Villa , & de ..... Picolomini , Ducheffe del
Geffo , mort le 15. Janvier 1743.3 ° . Cafimir d'Eg
mout Pignatelli, Duc de Bifachia , & 4°. Dlle Henriette
Nicole d'Egmont Pignatelli , mariée le 11 .
Juin 1738. avec Marie- Charles -Louis d'Albert de
Luynes , Duc de Chevreufe , Meftre de Camp Géneral
des Dragons de France , & depuis Maréchal
des Camps & Armées du Roi . Voyez pour la Généalogie
de la Maiſon de Pignatelli , l'une des plus
illuftres du Royaume de Naples , dont le Duc de
Monteleone eft le Chef de la Branche aînée , les
Tables Généalogiques de Jean Hubners , les Généalogies
d'Italie d'Imhoff, & l'Hiftoire des Maifons
Souveraines , vol . 2. fol . 665. Voyez auffi les deux
premiers Auteurs pour la Maiſon d'Egmont , &c.
1
FRANCE
JUIN. 1743. 1425
FRANCE ,
NOUVELLES DE LA COUR , DE PARIS , &C.
E 23. de ce mois le Roi déclara
Lqui avoit donné à l'Archevêque de
,
les
Bourges fa Nomination pour la Dignité
de Cardinal dans la premiére Promotion
de Cardinaux qui fera faite
pour
Couronnes , & le lendemain S. M. nomma
cet Archevêque , fon Ambaffadeur Extraordinaire
auprès du S. Siége .
Le 27. M. Bignon , Maître des Ré
quêtes , Préfident du Grand Confeil , &
Bibliothécaire du Roi , & M. de Maupertuis ,'
Penfionaire de l'Académie Royale des
Sciences furent reçûs dans l'Académie
Françoife. Ils firent leurs Difcours de remerciment
auxquels M. de Moncrif ,
Directeur , répondit au nom de l'Académie.
›
"
> On a appris par un Courier que le
Maréchal de Noailles a dépêché le 29. de.
ce mois qu'il y avoit eû une Action.
entre les troupes du Roi & l'armée des .
Allies de la Reine de Hongrie . Le Ma-
,
Hij réchal
2426 MERCURE DE FRANCE
réchal de Noailles fut informé le 27. à
une heure du matin , que les Alliés ne
pouvant plus fubfifter à Afchaffembourg ,
caufe de la poſition de notre armée fur
le Mein , décampoient pour marcher fur
Hanaw. Il monta à cheval fur le champ
& il fit en diligence paffer le Mein fur
les deux Ponts qu'il avoit à Selingeftatt ,
aux trois Brigades d'Infanterie , d'Auvergne
,
,
de Touraine & d'Orleans , dans le
deffein de tomber fur l'arriére - garde des
Alliés , & de s'emparer d'Afchaffembourg.
Ces trois Brigades furent fuivies par celle
des Gardes Françoifes , & par ceile de
Noailles. 29. Efcadrons de la Maifon du
Roi de la Cavalerie des Dragons &
Huffards , pafferent la même Riviere par
les gués qui y avoient été reconnus . Le
Maréchal de Noailles plaça une Brigade
d'Infanterie au Village de Grofwelbheim ,
qui fermoit la droite fur le Mein ; il appuya
fa gauche à un bois ; & la plaine
entre la droite & la gauche , fut occup
péc & fermée par la Cavalerie.
Après cette premiére difpofition , le Maréchal
de Noailles repafla le Mein pour
faire marcher le reste de l'armée , mais
ayant vû que les cinq Brigades d'Infanterie
, qui avoient paffé le Mein , & une
partie de la Cavalerie s'étoient engagés
au- delà
"
JUI N. 1743 1427
au-delà d'un défilé , qu'un Marais & un
Ravin forment depuis la Montagne jufqu'au
Village d'Etingen , il s'y porta auffitôt
& il trouva en y arrivant l'armée
des Alliés en bataille fur plufieurs lignes
d'Infanterie & de Cavalerie .
,
Nos troupes ayant marché en avant
& ayant elfuyé , fans tirer un feul coup ,
le premier feu de la Moufqueterie des Alliés
, elles allerent à la charge jufqu'à trois
fois , après lefquelles le Maréchal de Noailles
, qui s'étoit emparé d'Afchaffembourg ,
fit celler l'attaque.
>
Les Alliés continuerent leur marche à
travers les bois , dans lefquels ils s'étoient
ouverts des chemins & le Maréchal de
Noailles fit repaffer le Mein à l'Infanterie
fur les deux Ponts de Selingenstatt ,
& à la Cavalerie par différens gués.
L'Artillerie , qui pendant l'action avoit
été fervie avec la plus grande vivacité , fut
ramenée le même jour au Camp avec quel
ques piéces de Canon prifes aux Alliés ,
qui ont perdu des Drapeaux & des Eten
darts .
>
Le Comte de Stairs ayant abandonné fur
le Champ de bataille 5. ou 600. bleffés
de fon armée qu'il n'a pu remmener &
ayant laiffé les malades dans fon Camp ,
le Maréchal de Noailles y envoya une
,
Hij garde
428 MERCURE DE FRANCE
garde , à la Réquifition des Alliés .
Dans cette action , qui a été très - meurtriere
, nous avons eû environ 1800. hommes
tués ou bleffés , & les Alliés y ont perdu
plus de 5000. hommes dont la plus grande
partie a été tuée par notre Artillerie.
›
Le Duc de Chartres , le Comte de Clermont
le Prince de Dombes , le Comte
d'Eu , qui a été bleffé légerement au pied
& le Duc de Penthiévre , ont donné
dans cette occafion des marques du plus
grand courage , ainfi queles Officiers Géné
raux & les Officiers particuliers .
On n'a point encore eû le détail des
Officiers tués ou bleffés.
Les troupes du Roi , commandées par
le Maréchal de Broglie , lefquelles étoient
près d'Ingolstadt , font revenues à Donawert
où elles ont campé pendant quelques
jours. Le Corps de réſerve s'eft mis en marche
le 26. de ce mois fous les ordres du
Prince de Conty , pour fe rendre fur le Neckre
; & le refte de l'armée a dû prendre
la même route , en quatre divifions , le
27. & les trois jours fuivans.
NOUJUIN.
1743 1429
NOUVELLE Paroiffe conftruite
Ordre du Roi à Versailles.
par
Le Roi ayant déclaré qu'il vouloit pofer
la premiere Pierre de l'Eglife Paroifliale
de S. Louis de Verfailles , qu'on conſtruit
actuellement fur les deffeins & la direction
de M. Jacques - Hardouin Manfard , Architecte
du Roi , de l'Académie Royale
d'Architecture , petit Fils de Jules - Hardouin
Manfard , nommé par le Roi par Arrêt
du Confeil du 8. Mai 1742. la Céré
monie fut faite le 12. de ce mois par l'Archevêque
de Paris , comme Evêque Diocéfain.
>
La Reine fe rendit à cette nouvelle Eglife
vers les 11. heures du matin & y entendit la
Meffe , accompagnée de Mefdames de France
&de toute la Cour ; S. M. fe plaça aux
fénêtres de la Communauté des Millionnaires
, qui donne vers le chevet de l'Eglife
, pour voir la Cérémonie , qui commença
peu de tenis après .
Le Roi arriva à 11. heures & demie du maz
tin , accompagné de Monfeigneur le Dauphin
, au Parc au Cerf , où S. M. avoit
ordonné que cette Eglife fut conftruite .
Le Roi s'avança enfuite vers l'Eglife , & y
monta par une rampe en pente douce
& fablée à l'endroit de la principale entrée
de l'Eglife.
Hiiij M.
2
1430 MERCURE DE FRANCE
M. Orry , Miniftre d'Etat , Controlleur
Général des Finances Commandeur des
Ordres du Roi , & Directeur Général des
Bâtimens de S. M. & M. le Comte du
Muy , Sous- Gouverneur de Monseigneur
le Dauphin , Confeiller d'Etat d'Epée
Directeur Général des Oeconomats ,
nommé par S. M. pour la direction de
cet Ouvrage , allerent au devant du Roi ,
& préfenterent à S. M. M. Manfart.
>
&
Le Roi s'avança" enfuite vers la tête du
Choeur , & l'Archevêque de Paris qui attendoit
S. M. affis dans un Fauteuil alla
au devant du Roi avec la Croix , le Curé
& fon Clergé ; l'Archevêque étoit revêtu
de fes habits Pontificaux , & fon Fauteuil
étoit adoffé à une Croix de bois de charpente
.
? Vis -à- vis la Croix étoit un Pavillon
ou efpéce de Tente , qui avoit été dreflé
à la hâte , pour être à l'abri de l'ardeur
du Soleil. On y avoit placé un Fauteuil
pour le Roi , & un Tabouret pour Monfeigneur
le Dauphin entre cette Tente ,
& la Croix il y avoit un grand Tapis
de pied fur le Carreau des fondations du
Choeur.
>
M. l'Archevêque commença enfuite
les Priéres convenables. Le Roi fuivoit les
mêmes Prières dans un Rituel préfenté
par
JUIN. 17437 1431
,
par l'Abbé Daidie fon Aumonier en quar
tier en Rochet & en Manteau . Lorfquelles
furent achevées , S. M. s'avança au
Rès de Chauffée d'un des piliers du Choeur,
à côté de la place du Maître- Autel , du
côté de l'Evangile , pour y pofer la premiére
Pierre.
>
Alors M. Manfart préfenta à M. Orry
en fa qualité de Directeur Général des
Bâtimens , la Truelle d'argent faite exprès
par l'Orfévre du Roi pour cette Cérémonie
; tous les autres Outils avoient été
faits pareillement chés le même Orfévre ;
la Truelle fut mife dans un grand Baffin
d'argent oblong avec du mortier pris
dans l'auge , & M. Orry préfenta le tout
au Roi , qui mit le mortier fur un des
coins qui étoit pofé . S. M. ayant enfuite
remis la Truelle dans le Baffin , M. Orry
qui vouloit favorifer M. Manfart , lui accorda
l'honneur de préfenter à S. M. un autre
Ballin , dans lequel étoit un Marteau d'argent
, dont le Roi donna trois coups ir
le coin.
,
,
Ayant ainfi pofe la Pierre fous laquelle
font encaftrées une Boëte de bois do
Cedre qui renferme quatre Médailles
d'argent , & une d'or , & une Plaque de
cuivre contenant l'Epoque de cette Cérémonic
; cette Pierre fut plombée , & ni
Hv nivellés
1432 MERCURE DE FRANCE
vellée avec la regle & le niveau , & le
Roi fit don de tous les Outils à M. Man-'
fart . On lit fur la Plaque de cuivre l'Inf
cription fuivante.
AD MAJOREM DEI GLORIAM
VIRGINISQUE DEIPARE
SUB INVOCATIONE SANCTI LUDOVvici ,
LUDOVICUS DECIMUS QUINTUS
PRIMARIUM HUNCCE POSUIT LAPIDEM
DIE MENSIS JUNII DUODECIMA
ANNO REPARATE SALUTIS 1743 .
SUMMO PONTIFICE BENDICTO XIV .
PRÆERAT EDIFICIO CONDENDO A REGE
SELECTUS JACOBUS HARDOUIN MANSART
DE SAGONNE , REGIÆ ÆDIFICIORUM
ACADEMIE ARCHITECTUS AGGREGATUS,
D. FRANCISCI MANSART PRIMARII REGIS
ARCHITECTI ET D. D. MANSAT COMITIS
DE SAGONNE COMITIS CONSISTORIANI ,
SUPREMI ÆDIFICIORUM PREFECTI
PRONEPOS ET NEPOS.
Après cette Cérémonie , pendant laquelle
M. l'Archevêque de Paris , le Curé de la
Paroille & le Clergé faifoient une Proceffon
autour , & deffus les fondations , ce
Prélat donna fa Bénédiction , & M. Orry
ayant tiré de fa poche , & remis au Roi
une groffe Médaille d'or , S. M. la donna
à M. Manfart , & accorda pour les Ouriers
une gratification de cent Louis dor
pour
JUIN.
1743 1433
pour leur être diftribuée par M. Manfart ,
lequel préfenta en même tems au Roilės
Plans , Coupes , Elévations & Profils de
tout l'Edifice , & le Roi ayant voulu vifiter
extérieurement la conftruction des
fondations , il en fit le tour , précédé immédiatement
de M. Manfart , qui lui montroit
en oeuvre une partie de ce qu'il venoit
de voir fur le papier.
Après quoi M. Manfart propofa au Roi
de fe transporter dans une des Cours de
fa maifon fituée rue des Tournelles , pour
y voir un grand modéle en pierre de
toute l'Eglife . S. M. s'y rendit à pied ,
précédé de M. Manfart , & fuivie de toute
fa Cour ; elle en fit le tour , en examinaattentivement
les dehors & les dedans
& en marqua avec bonté fa fatifaction à
M. Manfart. Le Roi s'en retourna au Château
, accompagné de Monfeigneur le Dauphin
, & de toute fa Cour , dans le même
ordre que S. M. étoit arrivée fur le Terrein..
La Reine s'en retourna pareillement au
Château avec Mefdames de France & les
Dames de fa Cour qui l'avoient accompagnée ..
2
Lors du départ de L. M. les Marguilliers,
& les Habitans de la Paroiffe fignalerent:
leur zéle par quantité de Boëtes qu'on tira ,
& des feux d'Artifice à plufieurs repriſes..
H vi
LE
1434 MERCURE DE FRANCE
*******************
T
LE JEU , ODE.
El qu'un Torrent de Bithume ;
Qui d'un Volcan en fureur
S'élance , tombe & confume
Tout l'efpoir du Laboureur ;
Tel , pere de mille crimes
Sortit des fombres abîmes ,
Du Jeu le Démon cruel ;
A fon afpect , l'avarice .
De tous les projets complice ,
Lui fit du Monde un Autel.
*
Soudain ce nouveau Protée ,
Sous divers noms adoré ,
Vit fa fureur exaltée ,
Et fon culte revéré ;
En fe livrant au perfide >
L'homme follement avide ,
Crut s'égaler à Plutus ;
Mais dans cette erreur extrême ;
Il perdit bien- tôt lui - même
Son bien , fon tems , ſes vertus.
*
La Fortune & l'Eſpérance
Marchent
JUIN.
1438 17437
Marchent à côté de lui1 ;
Le hazard de fa puiſſance
Eft le Miniftre & l'appui ;
Les vains regrets , le carnage ,
La faim , la foif & la rage
Le fuivent , l'air effaré ;
En tout femblable à Saturne ;
Changeant , cruel , taciturne ,
Par lui tout eft dévoré .
*
Oùfuis-je ? A qui facrifient
Tous ces avides Mortels ?
Ils tremblent , ils ſe défient ;
Leurs voeux font- ils criminels 2
Sur divers Autels impies
L'or roule ; de ces harpies
Va-t'il faire le bonheur ?
Quels geftes ! Ciel , quel murmure t
Je crois , à voir leur figure ,
Que l'Enfer eft dans leur coeur,
*
Jeu , reconnois tes fupplices
A cet horrible tableau ;
C'eſt dans tes cruels caprices
Que l'a puifé mon pinceau ;
Mais je veux de tes ravages
Par de plus noires images
Epous
1436 MERCURE DE FRANCE
Epouvanter la raison.
Loin de moi , Fils de Latone ;
Je t'implore , Thyfiphone ;
Sois feule mon Apollon .
*
Charges , dignités, naiffance
Sa Loi confond votre éclat ;
Où fon Empire commence ,
Finit tout rang , tout état ;
Par l'espérance fateuſe
D'une fortune trompeufe ,.
I compofe ce cahos .
Telle on voit la nuit obfcure ,
De l'inégale Nature
Rendre tous les traits égaux.
*
Dans ce terreftre Tartare
Quelle est la jeune Beauté ,
Sur qui ce Tyran bizarre
Exerce la cruauté ?
Tout ce qu'en elle j'obſerve ,
M'offre Vénus & Minerve ;
Que d'attraits ! que de vertus !
Le befoin parle ; on foupire ;
Dans fon coeur Minerve expire ;
Je ne vois plus que Vénus .
D
De
JUIN
1437 1743 .
Dans fon yvreffe cruelle
Entre deux de fes Sujets ,
Vient de naître une querelle ;
Je frémis de fes progrès ;
Qu'entens-je ? Qelle menace !
Dieux ! arrêtez leur audace ;
Voeux fuperflus ; quelle horreur !
Ils fe battent , ils fe percent ,
Et le fang qu'à flots ils verfent ,
Seul défarme´leur furcur.
*
O comble d'extravagance !
Opere indigne du jour !
Te voilà dans l'indigence
Sans nul espoir de retour ;
Quel fpectacle ! je friffonne ;
Ta famille t'environne ;
Vas-tu calmer fes douleurs ?
Non , tu fuis , & de ta rage
Elle a pour tout héritage
L'hiftoire de tes malheurs .
%
Ainfi qu'au fein d'Amphitrite
On voit ces affreux rochers ,
Que jamais n'émeut , n'agite
Le naufrage des Nochers ;
Ainf
438 MERCURE DE FRANCE
'Ainfi dur , gliffant , aride ,
Le coeur où le jeu réſide
N'eft qu'un rocher odieux ,
Pour la nature infenfible ,
Aux vertus inacceffible ,
Et qui menace les Cieux.
*
Un joueur ne fait qu'un être
Inutile au genre humain ,
Qui fans jouir , fans connoître ,
Hâte l'inftant de ſa fin ;
Qui , dans un défordre extrême
Toujours abfent de lui - même ,
Et de l'orage battu ,
Vit , n'aimant en fon délire ,
Que ce qui fait fon martyre ,
Et meurt fans avoir vécu .
Du buveur fous une tonne
Bacchus fait un fouverain .
Le guerrier que Mars couronne ,
Joüit du plus beau deftin.
Avec la celefte troupe ,
L'amant boit à pleine coupe ,
Quand l'amour comble fes voeux.
Mais le jeu , toujours avare
Dans
JUIN.
1439 1743.
Dans fa faveur la plus rare
Ne fait jamais un heureux.
Tremblez , aveugle jeuneffe ,
Vous qui fous les étendarts
Courez avec allégreffe ,
Vous ranger de toutes parts ;
Son école dangereufe
Eft une mer orageufe ;
Quel y fera votre fort ?
Là , quoique pilote fage ,
L'honneur fait fouvent naufrage ,
Prêt de rentrer dans le Port.
患患患患
MORTS ET MARIAGES.
E 10. Juin D. Hélene de Sabran , veuve de-
Luis le 13. Avril 1740. de Jean-Jacques de
Montefquiou , Marquis de Saintrailles qu'elle avoit
épousé le 28. Août 1714. mourut à Chaillot lès
Paris , fans enfans. Elle étoit fille de Jean de Sabran
, Seigneur de Beofc & de Beauregard , &
de Magdelaine de Reguiſton . Voyez pour la Généalogie
de la Maifon de Sabran , l'une des plus
anciennes de Provence , le Nobiliaire de Provence
par l'Abbé Robert , vol . 3. & l'Hiftoire des
Maiſons Souveraines du Monde , vol . 4. fol . 1517.
& pour celle de la Maiſon de Montefquiou , une
des plus anciennes & des plus illuftres du Royaume
1440 MERCURE DE FRANCE
me , l'Hiftoire des Grands Officiers de la Cousonne
, à l'Article des Maréchaux de France.
Le 13. Gilles de Treceffon , Marquis de Treceffon ,
dans la Paroiffe de Campeneac , Evêché de S. Malo,
Lieutenant General des Armées du Roi, du 20. Fevrier
1734. mourut à Paris , âgé de 80. ans , Eon de
Carné , fon fixiéme Ayeul , puîné de la Maifon de
Carné , l'une des plus anciennes de Bretagne , ayant
époufé vers l'an 1440. Jeanne , Dame de Treceffon
, il fut ftipulé que leurs Enfans porteroient le
nom & les Armes de Treceffon , qui font de gueules
à trois chevrons d'hermines, & celles de Carné font
d'or à deux faces de gueules.
Le 14. Gabriel Etienne Louis Texier , Marquis
d'Hautefeuille , Lieutenant Géneral des Armées du
Roi du 30. Septembre 1718. & avant Mestre de
Camp General des Dragons , moarut en l'Abbaye
de Saint Victor , dans la foixante & douziéme
année de fon âge , laiffant du mariage qu'il avoit
contracté le 23. Février 1699. avec Dile Marie-
Françoife - Elifabeth Rouxel de Grancey , aujourd'hui
fa veuve , fille aînée de Benedict - François Rouxel ,
de Médavy , Marquis de Grancey , Chef d'Eſcadre ,
& nommé Lieutenant Géneral des Armées Navales
da Roi , & Gouverneur des Ville & Château d'Argentan
, & de D. Jeanne - Emée de Rabodanges ,
remariée depuis à M. le Maréchal de Montrevel ,
mort avant elle le 11. Octobre 1716. Louife- Elifabet
Texier d'Hautefeuille , femme du Marqués de
Monchy & Jacques Etienne - Louis Texier ,
Marquis d'Hautefeuille , né le 18. Decembre 1699 .
marié depuis le 7 , Août 1729.avec Dlle Marie- Catherine
de Sorel , fille de M. de Sorel , Capitaine
des Vaiffeaux du Roi , Commandeur de l'Ordre de
S. Louis , & Gouverneur Géneral de S. Domingue ,
duquel mariage il a quatre garçons & trois filles ,
> ·
Feu
JUI N. 1743. 1441
Feu M. le Marquis d'Hautefeuille étoit fils de Germain
Texier , Comte d'Hautefeuille , Seigneur de
Malicorne , Confeiller d'Etat , Chevalier de l'Ordre
du Roi , mort le 12. Août 1694. & de D. Margue
rite-Catherine de Courtalvert de S. Remy , & neveu
d'Etienne Texier d'Hautefeuille , Chevalier de
l'Ordre de S. Jean de Jérufalem , Grand - Prieur d'Aquitaine
, Ambaſſadeur Extraordinaire de fon Ordre
en France, Lieutenant Géneral des Armées du Roi ,
& c . mort à Paris le
3. Mai 1703 .
Le 24. D. Marie Marguerite Rouxel de Medavy
de Grancey, veuve depuis le 10. Août 1711. de Michel
- Jofeph de Fouilleufe , Marquis de Flavacourt
, Capitaine au Régiment des Gardes Françoifes
, Lieutenant de Roi au Gouvernement de
Normandie , Capitaine , Gouverneur & Grand-
Bailly de Gifors , avec lequel elle avoit été mariée
le 26 Janvier 1705. mourut à Paris , âgée de 65 , ans,
laiffant de fon mariage pour fils unique François-
Marie de Fouilleufe , Marquis de Flavacourt , Meftre
de Camp de Cavalerie , Brigadier des Armées du
Roi depuis le 15. Mars 1740. Lieutenant de Roi en
Normandie, Gouverneur & Grand Bailly de Gifors ,
de Gravelines & de Bourbourg , marié depuis
1740. avec Dile Hortenfe - Felicité de Mailly Neffe,
aujourd'hui Dame du Palais de la Reine , & de la-
.quelle il a des enfans . Feuë Mad . la Marquiſe de Fla
vacourt étoit fille puînée de François Benedict Rouxel
de Medivy , Marquis de Grancey, Chef d'Efcacadre
, & nommé Lieutenant Géneral des Armées
Navales du Roi , & Gouverneur des Ville & Château
d'Argentan , mort le 9. Septembre 1679. & de
D. Jeanne - Emée de Rabodanges , remariée depuis.
à Nicolas- Augufte de la Baume, Marquis de Montrevel
, Maréchal de France , Chevalier des Ordres
du Roi , & Commandant en Chef dans les Provin,
ces
441 MERCURE DE FRANCE
ces d'Alface & de Franche Comté mort avant elle le
11. Octobre 1716. Voyez pour la énealogie de la
Maifon de Roux Médavi , 1 Hiftoire des Grands
Officiers de la Couronne , au Chapitre de Maré❤
chaux de France ; pour la Maifon de Fouilleufe ,
elle prend fon nom de la Terre de Foul eufe en
Beauvoifis , & elle eft connue par fes Titres il y a
plus de 5oo. ans , de même que par fes Alliances ,
& fes fervices Militaires . La Terre de Flavacourt ,
dans l'Election de Gifors , a été érigée en Marquifat
en faveur de Philippe de Fouilleufe , trifayeul du
Marquis de Flavacourt , par Lettres du mois de
Janvier 1637. legiftrées en Parlement le 22. Jan
vier 1652 .
Il eft mort depuis quelques femaines quatre jeunes
Seigneurs , ci - devant Penfionnaires ou Coliége
de LOUIS LE GRAND . C'eft d'une Efquinancie ,
nullement contagieufe & qui n'a point eû d'autres
fuites. Dès que le mal s'eft déclaré , on les a confiés
à Mrs leurs Parens & aux plus fameux Médecins de
leur Hôtel . Tous les jeunes Mrs de ce Collége fe
portent très bien aujourd'hui , au vû & ſçû de tout
le monde, qui ne veut pas être trompé par les fauz
bruits. Le grand Nom des quatre Enfans morts , a
répandu dans le Public une allarme dont il eft juite
de le raffurer pour ceux qui leur furvivent.
Le 18.Avril fut célebré en l'Eglife Parroiffiale de
S. Laurent à Paris , le Mariage de M. Louis de Melun,
Marquis de Melun , Seigneur de la Motte S. Androny
, né le 17. Mars 1703. fils unique de feu
Armand Comte de Melun , Gouverneur pour le
Roi des Châteaux & Forts de S. Louis & de Ste .
Croix de Bordeaux , Chevalier de l'Ordre Militaire
de S. Louis , mort le 30. Novembre 1710. & de
feue
JUIN. 1743 1443
Feue D. Marie-Françoife de S. Simon Montbleru ,
( de même Maiſon que M. le Duc de S. Simon
morte le 7. Avril 1726. avec Dlle Henriette - Emilie
de Bautru , Comtefle de Nogent le Roi , en Beauce
au Diocèle & à cinq lieues de Chartres, fille unique
& feule héritiere de feu M. Louis Armand de Bautru
, Comte de Nogent le Roi , Lieutenant - Génetal
des Armées du Roi , & au Gouvernement de la
Baffe Auvergne , Chevalier de l'Ordre Militaire
de S. Louis , mort le 6. Juin 1736. & de D. Marie-
Julie Juliftanne fa veuve , fille du Pacha de Neuhaufel
, M. le Marquis de Melun eft neveu de feu
M. Louis de Melun , Marquis de Maupertuis , Lieutenant
- Général des Armées du Roi, Grand- Bailly de
Bergues,Gouverneur de S. Quentin , Capitaine - Lieutenant
Commandant la premiere Compagnie des
Moufquetaires de la Garde du Roi , & Grand-
Croix de Ordre Militaire de S. Louis , mort fans
enfans le 18. Avril 1721. Voyez la Généalogie de
Illuftre Maifon de Melun , dans l'Hiftoire des
Grands Officiers de la Couronne , Tome V. fol.
221. & celle des Seigneurs de la Motte S. Florentin
, & de Maupertuis iflus des Seigneurs de la
Borde le Vicomte, Branche cadette de cette Maiſon
dans un Mémoire in 4° . en 52. pages , imprimé en
Janvier 1742. & qui doit être employé dans le Supplement
à l'Hiftoire des Grands Officiers , auquel
on travaille actuellement . Madame la Marquife de
Melun eft niece de feu D. Marie Antonine de Bautru
Nogent , femme de Charles- Armand de Gontault
, Duc de Biron , Pair & Maréchal de France ,
Chevalier des Ordres du Roi , morte le 4. Août
1742. laiffant entr'autres enfans , M. le Duc de
Biron , aujourd'hui Lieutenant - Géneral des Armées
du Roi , & nommé Chevalier de fes Ordres . Elle a
pour quatrieme Ayeul Maurice Bautru Seigneur du
Martray
1444 MERCURE DE FRANCE
Martray & de Cherelles , forti d'une Famille Noble
d'Ecoffe , connuë également fons les noms de Bautru
& de Conighan , qui vint au ſervice de France,
vers l'an 1455. & qui s'étab it depuis en Aujou ; il
étoit marié en 1560. avec Françoiſe le Bret & en
eur entr'autres enfans Guillaume Bautru , Seigneur
de Cherelles , Confeiller au Grand- Confeil , reçû le
26. Juin 1576. & marié en cette qualité le 9. Mai
1584. avec Gabrielle Louet , fille de Clement
Louet , Lieutenant- Géneral d'Anjou , duquel mar a-`
ge il eût 1. Guillaume Bautru , Comte de Serrant
en Anjou , Meſtre de Camp d'un Régiment d'infanterie,
puis Conducteur des Amballadeurs, Minif
tre du Roi en plufieurs Cours Etrangeres , Confeiller
d'Etat & privé , pere du Comte de Serrant ,
Chancelier de M. frere unique du Roi , & Ayeul de
M. la Marquife de Vaubrun Bautru , & de M. la
Comtefle de Maulevrier Colbert , ) 2. Nicolas de
Bautru qui fuit ; 3.5Simonn de Bautru , femme de
Louis de Harrouys , Seigneur de la Seilleraye ,
Préfident en la Chambre des Comptes de Bretagne.
Nicolas de Bautru , Comte de Nogent le Roi ,
par Lettres d'érection de 1636. & Marquis du
Tremblay , par autres Lettres de 1655. Capitaine
des Gardes de la Porte du Roi , Bailly & Capitaine
des Chaffes du Comté de Dourdan , Confeiller du
Roi en fes Confeils d'Etat & privé , mourut le 10 .
Septembre 1661. laiffant de ton mariage avec D.
Marie Coulion qu'il avoit époulée le 15 Septembre
1627. & morte le 9. Janvier 1668. 1. Armand de
Bautru qui fuit ( 2. Nicolas de Bautru , Marquis de
Vaubrun , Lieutenant - Général des Armées du Roi ,
& Gouverneur de Phillippeville , homme de grande
réputation pour la valeur & fon mérite , tué le 1 .
Août 1675. au Combat d'Altenheim fur le Rhin ,
Commandant alors en chef l'Armée du Roi , avec
le
JUIN.
1743 1445
1-
de Comte de Lorge , depuis Maréchal de France ,
neveu de M. de Turenne , & laiffant de fon mariage
avec D. Marguerite - Therèle de Bautru Vaubrun
fa niece , à la mode de Bretagne , Guillaume Nicolas
de Bautru de Vaubrun , aujourd'hui Abbé de
Cormeri , ci devant Lecteur ordinaire de la Chambre
& du Cabinet du feu Roi Louis XIV. & Magdeleine
Diane de Bautru Vaubrun , aujourd'hui veuve depuis
le 11. Septembre 1698. de M. François-Annibal
d'Eftrées. Duc d'Eftrées , Pair de France , Chevalier
des Ordres du Roi , Gouverneur , de l'Ile de
France ( duquel il ne refte point d'enfans ) 3. Louis
de Batru , Marquis de Nogent , Mettre de Camp
d'un Régiment de Cavalerie & Gouverneur
de Sommieres ( mort fans enfans ) 4. Marie de
Bautru Nogent , femme de Charles de Rambures,
fire de Rambures , Maréchal des Camps & Armées
da Roi , 5. & Charlotte de Bautru Nogent , mariée
1. avec Nicolas d'Argouges , Marquis de Rannes ,
Colonel Géneral des Dragons de France , Bailly &
Gouverneur Alençon 2. avec Jean- Baptifte
Armand de Rohan , Prince de Montauban , morte
le 10. Décembre 1725. laiffant de fon premier
mariage le Marquis de Rannes , aujourd'hui Maréchal
de Camp , lequel à des enfans de fon mariage
avec D. Catherine d'Ernothon .
Armand de Bautru , Comte de Nogent , Capitaine
des Gardes de la Porte du Roi , Maréchal
des Camps & Armées de S. M. & fon Lieutenant-
Géneral an Gouvernement de la Bafle- Auvergne
fut tué au fameux paffage du Rhin , près le Fort
de Tolhuis , le 12. Juin 1672. Il avoit épousé le
28. Avril 1663. Diane- Charlotte de Caumont Lauzun
, fille d'Honneur de la Reine Mere du Roi
foeur du dernier Duc de Lauzun , & file de Gabriel
Nompar de Caumont , Comte de Lauzun , & de
Charlotte
$446 MERCURE DE FRANCE
Charlotte de Caumont la Force ; elle mourut le 4.
Novembre 1720. ayant eû de fon mariage , 1º.
Louis- Armand de Bautru , Comte de Nogent ,
pere de Madame la Marquile de Melun , dont le
mariage donne lieu à cet article . 2º . Louis Nicolas
de Bautru Nogent , ancien Capitaine des Vaifleaux
du Roi , reçû Chevalier de l'Ordre de S. Lazare ,
en Avril 1723. mort fans être marié le 3. Septembre
1736. 3 °. Louife. Therele Diane de Bautru
Nogent , femme de Blaile d'Aydie , Marquis de Riberac
, morte le 6. Février 1732 mere de M. le
Comte de Riberac , & de feu M. le Comte de
Rions , & 4. Marie-Antoine de Bautru Nogent ,
femme de M. le Maréchal Duc de Biron , comme
il eft dit ci- deffus. Voyez pour la Généalogie de
Bautru les differentes Editions du Dictionnaire de
Morery, & la vie des fieurs Menage & Ayrault ,
par feu M. Menage , in-4°.
La nuit du 19. au 20. Mai , Louis de Mailly ,
Comte de Mailly , né le 1. Avril 1713. Colonel du
Régiment de Perigord , depuis le mois de Mars
dernier , fils de Victor Alexandre Sire & Marquis
de Mailly , aîné de fa Maiſon , Colonel d'un Régiment
d'Infanterie de fon nom , & Brigadier d'Armée
du 20. Février 1734. & de D. Victoire Delphine
de Bournonville , fut marié avec Dlle Antoinette
Françoife Kadot de Sebbeville née le 1.
Octobre 1725. & fille de feu Charles- Louis- Frede❤
ric Kadot, Marquis de Sebbeville , Enteigne de la
feconde Compagnie des Moufquetaires , mort le
14. Octobre 1730. & de D. Elizabeth - Therefe-
Marguerite Chevalier de Montigny , & petite fille
de Charles- Louis Kadot , Comte de Sebbeville ,
Lieutenant- General des Armées du Ro. & c . Voyez
la Généalogie de la Maifon de Mailly , l'une des
plus illuftres de la Province de Picardie , dans l'Hiftoire
JUIN.
1447 1743 :
4
toire des Grands Officiers de la Couronne , Volu
me in 8°. pour le nom de Kadot ou Cadot , il eft
marqué en Normandie par fa Nobleffe & par fes
Services Militaires .
EXTRAIT d'une Lettre écrite du Vigan ,
*fur la Reception qui a été faite dans cette
Ville à Madame la Comteffe d'Hierles
Fille de M. le Comte de Goëfbriant.
Lcom 1743
>
E ... Avril 1743. N .... de Montfaucon ,
Capitaine de Dragons
dans le Régiment de la Suze , âgé de 17. ans ,
Fils de Guy - jofeph de Montfaucon , Seigneur &
Baron de Villec & d'Hieries dans les Cevennes ,
Diocèle de Nimes , Lieutenant Colonel du même
Régiment de la Suze , & Brigadier des armées
du Roi du premier Août 1734. & de De.
Marie-Anne de Croufet , fut marié avec Dlle
N... de Goësbriant , Fille de Louis Vincent ,
Comte de Goëlbriant , Maréchal des Camps &
Armées du Roi , Gouverneur de la Ville d'Aire
Chevalier de l'Ordre Militaire de S. Louis , &
de feuë De . Marie- Rotalie de Chaſtillon , morte
le 29. Décembre 1736. & Niéce de M. le Duc
de Chaſtillon , Chevalier des Ordres Roi , & Gouverneur
de Monfeigneur le Dauphin , & petite
file de Louis Vincent de Goefbriant , Marquis
de Goëlbriant , Chevalier des Ordres du Roi
Lieutenant Général de fes armées , Gouverneur
des Ville & Citadelle de Verdun , & des Forts
& Château de Torro en Mer ; & de De. Marie-
Magdeleine Defmaretz de Maillebois , morte le
8. Mai 1736. Soeur de M. le Maréchal de Mail
lebois .
* Ville du Languedoc, fituée au pied des Covennes.
II Vol. 1 Daine
1448 MERCURE DE FRANCE
Dame Marie-Anne de Croufet , Mere de M. le
Comte d'Hierles , eft Fille de Pierre de Croufor ,
Chevalier Confeiller du Roi en fes Confeils ,
Préfident en la Cour des Comptes , Aydes & Finances
de Languedoc , & de D. Jeanne Montlaur ,
& petite fille d'Antoine de Croufet , Président,
en la Chambre des Comptes & Cour des Aydes
de Montpellier , lequel fut honoré d'un Brevet
de Confeiller d'Etat , le 12. Avril 1646. en laquelle
qualité il prêtà ferment entre les mains
de M. le Chancelier Seguier , le 2. Juin de la
même année , & arriére petite fille de N ... de
Croufet , auffi Préfident en la Chambre des Comptes
& Cour des Aydes de Montpellier , & c.
par
Le nom de Montfaucon que porte M. le Comte
d'Hierles , eft de la premiére Noblesse de Languedoc
, & diftingué par fes Services militaires &
fes Alliances avec les Maiſons de Brancas
& de Joyeule ; pour la Maifon de Goëfbriant ,
elle eft une des plus anciennes de Bretagne , &
diftinguée par les Alliances avec les premiéres
Maifons de cette Province.
Deux jours après la Célébration de leur Mariage
, N... le Comte & Madame la Comtelle
d'Hierles partirent pour le rendre à Nifmes auprès
de M. & de Me la Marquise de Viſſec . Leur artivée
à Nifmes , fut célébrée par les Tambours &
les Trompettes de la Ville ; ils furent vifités par
tout ce qu'il y a de plus confidérable & de qualifié
dans la Ville ; on ne peut rien ajouter aux
honneurs que leur fit M. de Rambion , Gouverneur
de S. Hypolite ; les Troupes de la gar
nifon étoient fous les armes à la porte de la Ville;
on battit aux champs depuis la Villede S. Hypolite,
jufques ici , c'est - à- dire dans la longueur de cinq
grandes lieues. M. le Comte & M. la Comtelle
JUIN. 1743. 1449
teffe d'Hierles trouverent de quart de lieuë en
quart de lieue , un corps confidérable de Fufilies
des diverfes Paroiffes de Viffec ; ils avoient déja
trouvé à Sauves M. le Marquis & Me la
Marquife de Villec , avec une troupe de Cavalerie
des principaux habitans de leur Terre. La
plus grande partie de la Nobleffe , précédée de
Trompettes , Haut- Bois & autres Inftrumens , alla
auffi à la rencontre des nouveaux mariés ; & à
l'avenue du Château d'Hierles , qui eſt au bout
d'un des Faubourgs , il y eut une nombreuſe
Compagnie de Gardes Suiffes à bonnets rouges
, & fort proprement habillés ; toutes les autres
Troupes fuivoient ou précédoient le Caroffe
, marchant aux côtés en bon ordre. La curiofité
avoit attiré au Vigan un très grand nombre
de perfonnes des Villes voisines ; les habitans
s'étoient mis auffi fous les armes mais
ayant voulu avoir les portiéres du caroffe , &
les Vaflaux de M. le Comte d'Hierles ayant refufé
de leur ceder cet honneur , M. le Marquis
de Viffec les fit remercier de leur bonne vodonté
. Madame la Comteffe d'Hierles fur haranguée
à deux lieues du Vigan par le princi
pal Officier de la Comté ou Baronnie d'Hier
les , qui comprend douze Paroiffes confidérables.
>
Je ne fçaurois vous exprimer , M. à quel point
a été la joye publique , mais cette joye fut un
peu ralentie quelques jours après par le départ
du jeune Epoux , que fon devoir rappella à l'armée
d'Allemagne . Madame la Comteffe d'Hierles
a fupporté cette féparation en Héroïne .
1
En donnant la Lifte des Régimens accordés
par le Roi au mois de Mars dernier , on a die
Lijm que
452 MERCURE DE FRANCE
'Armoiries ; au milieu du Lit étoit la Représentation,
couverte du Poële & de la Couronne d'Etoffe d'or,
avec franges , fur l'Eftrade. Au pourtour du Lit
étoient placés 180. Chandeliers d'argent , avec des
cierges de hauteur proportionnée . A chaque bout
de l'Eftrade , devant & derriere , étoient deux Crédences
, far lefquelles étoient pofées les marques
d'honneur ; fur celle devant l'Autel étoit la Barette
, le Camail , le Manteau , le Chapeau & la´
Croix, & fur l'autre une Croix & deux chandeliers.
Tout le pourtour du Choeur , tendu de noir jufqu'aux
Galeries, ayant fept Arcades de chaque côté,
foncées de noir avec cinq gradins dans chacune ,
pour placer les perfonnes invitées. Elles étoient ou
vertes par des rideaux retrouflés de chaque côté
avec des cordons & glands d'argent . Sur le milieu
de chaque Arcade ou ouverture par le haut , étoit
alternativement fufpendu un grand Cartouche de
onze pieds de haut, fur neuf de large , où étoient le
Chiffre & les Armes avec leurs attributs , le tout accompagné
de branches & feftons de Cyprès , tous
les Cartouches en or , & au bas de chacun une Girandole
à cinq branches de lumieres ; l'appui de
chacune de ces ouvertures étoit couvert de drap
noir.
Un lés de velours regnoit par le haut au pourtour
du Choeur , il étoit femé de larmes d'argent , &
paffoit fous l'extrêmité des grandes Armoiries . Sur
les lés de velours étoient diftribuées des Armes &.
Chiffres en or. Les Stales qui formoient l'enceinte
intérieure du Choeur , depuis la porte d'entrée jufqu'au
Sanctuaire, étoient de - même tenduës de noir.
Sur le plafond des Stales regnoit au pourtour un
chantourné en Marbre blanc , fur un fond noir , femé
de larmes d'argent , une tête de mort aîlée au
milieu , & des Ornemens qui fortoient des volutes
de
JUIN.
1743. 1453
de chaque extrêmité du chantourné , venoient fe
joindre à un grand Ecuflon d'Armoirie de quatre
pieds & demi de haut , fur trois de large , l'Ecuffon
adoffé contre un focle ceintré qui le joignoit au
chantourné , au bas de chaque Armoirie étoit une
Girandole à cinq lumieres ; & fur le ceintre de chaque
chantourné on avoit placé grand nombre de
cierges. Sur le focle derriere ler Armoiries , s'élevoit
un fcabellon en Marbre blanc , fur lequel on
voyoit une tête de mort & autres ornemens en or ,
qui portoit une Girandole de fept lumieres , & fur
le même focle , par bas , deux autres Girandoles ,
une de chaque côté du fcabellon , de pareil nombre
de lumieres. Le fecond lés de velours regnoir au
pourtour du plafond des Stalles , femé de même de
larmes d'argent , avec Armes & Chiffres en or, dans
la même cimétrie , & feftonné de blanc herminé ,
finiffant aux portes latérales du haut du Choeur. La
Chaire de l'Orateur étoit placée proche la porte du
Sanctuaire , à droite de l'Autel , ornée des mêmes
Armes en broderie.
Le Baluftre qui forme le Sanctuaire , couvert de
drap noir. & à l'entrée un piédeftal de chaque côté ,
en Marbre blanc & noir , portant chacun une gran
de Girandole de quinze lumieres .
:
La Table de l'Autel , le Contretable , les gradins &
toutes les pentes du pourtour du Sanctuaire , parées
d'ornemens de velours noir , les Croix en broderie
d'argent , cantonnées des Armes du Roi , en broderie
d'or avec des franges d'argent ; les Rideaux des
pentes des deux côtés du Sanctuaire , étoient de damas
noir , avec des molets d'argent autour. Audeffus
du Contretable étoit un chantourné, les corps
en Marbre blanc , les fonds noirs femés de larmes
d'argent , une tête de mort aîlée d'argent au milieu ,
avec 14. lumieres fur le contour du chantourné , le
I iiij Dais
452 MERCURE DE FRANCE
'Armoiries ; au milieu du Lit étoit la Repréſentation,
couverte du Poële & de la Couronne d'Etoffe d'or,
avec franges , fur l'Eftrade. Au pourtour du Lit
étoient placés 180. Chandeliers d'argent , avec des
cierges de hauteur proportionnée . A chaque bout
de l'Eftrade , devant & derriere , étoient deux Crédences
, far lefquelles étoient pofées les marques
'd'honneur ; fur celle devant l'Autel étoit la Barette
, le Camail , le Manteau , le Chapeau & la
Croix, & fur l'autre une Croix & deux chandeliers.
Tout le pourtour du Choeur , tendu de noir jufqu'aux
Galeries , ayant fept Arcades de chaque côté,
foncées de noir avec cinq gradins dans chacune ,
pour placer les perfonnes invitées . Elles étoient ou
vertes par des rideaux retrouflés de chaque côté
avec des cordons & glands d'argent . Sur le milieu
de chaque Arcade ou ouverture par le haut , étoit
alternativement fufpendu un grand Cartouche de
onze pieds de haut, fur neuf de large , où étoient le
Chiffre & les Armes avec leurs attributs , le tout accompagné
de branches & feftons de Cyprès , tous
les Cartouches en or , & au bas de chacun une Girandole
à cinq branches de lumieres ; l'appui de
chacune de ces ouvertures étoit couvert de drap
noir.
Un lés de velours regnoit par le haut au pourtour
au Choeur , il étoit femé de larmes d'argent , &
paffoit fous l'extrêmité des grandes Armoiries . Sur
les lés de velours étoient diftribuées des Armes &
Chiffres en or. Les Stales qui formoient l'enceinte
intérieure du Choeur, depuis la porte d'entrée jufqu'au
Sanctuaire, étoient de- même tendues de noir.
Sur le plafond des Stales regnoit au pourtour un
chantourné en Marbre blanc ,fur un fond noir , femé
de larmes d'argent , une tête de mort aîlée au
milieu , & des Ornemens qui fortoient des volutes
de
JUIN.
1743. 1453
de chaque extrêmité du chantourné , venoient fe
joindre à un grand Ecuflon d'Armoirie de quatre
pieds & demi de haut , fur trois de large ; l'Ecuffon
adoffé contre un focle ceintré qui le joignoit au
chantourné , au bas de chaque Armoirie étoit une
Girandole à cinq lumieres ; & fur le ceintre de chaque
chantourné on avoit placé grand nombre de
cierges. Sur le focle derriere ler Armoiries , s'élevoit
un fcabellon en Marbre blanc , fur lequel on
voyoit une tête de mort & autres ornemens en or ,
qui portoit une Girandole de fept lumieres , & fur
le même focle , par bas , deux autres Girandoles ,
une de chaque côté du fcabellon , de pareil nombre
de lumieres . Le fecond lés de velours regnoir au
pourtour du plafond des Stalles , femé de même de
larmes d'argent , avec Armes & Chiffres en or, dans
la même cimétrie , & feftonné de blanc herminé ,
finiffant aux portes latérales du haut du Choeur. La
Chaire de l'Orateur étoit placée proche la porte du
Sanctuaire , à droite de l'Autel , ornée des mêmes
Armes en broderie.
Le Baluftre qui forme le Sanctuaire , couvert de
drap noir. & à l'entrée un piédeſtal de chaque côté ,
en Marbre blanc & noir , portant chacun une gran
de Girandole de quinze lumieres.
:
La Table de l'Autel, le Contretable , les gradins &
toutes les pentes du pourtour du Sanctuaire , parées
d'ornemens de velours noir , les Croix en broderie
d'argent , cantonnées des Armes du Roi , en broderie
d'or avec des franges d'argent ; les Rideaux des
pentes des deux côtés du Sanctuaire , étoient de damas
noir , avec des molets d'argent autour . Audeffus
du Contretable étoit un chantourné, les corps
en Marbre blanc , les fonds noirs femés de larmes
d'argent , une tête de mort aîlée d'argent au milieu ,
avec 14. lumieres fur le contour du chantourné , le
I iiij Dais
1414 MERCURE DE FRANCE
Dais au- deffus de l'Autel , les moulures & les pentes
en argent , avec des Chiffres & des larmes , le
plafond en noir croifé de moire d'argent , de même
que la queue du Dais , cantonné des Armes du
Roi, les rideaux du Dais de fatin blanc , femé d'hermine
, ornés de franges d'argent au pourtour ; une
Crédence à côté de l'Autel Four le fervice de l'Officiant
, orné de même que l'Autel.
Sur l'Autel & la Crédence étoient placés 24. chandeliers
d'argent , garnis de cierges , comme à la
Repréfentation ; plus loin , aux deux côtés de l'Autel
, étoient deux piédeftaux de cinq pieds de haut ,
fur une largeur proportionnée , qui portoient cha
cun une grande Girandole de dix pieds de haut en
Bronze chcune de 90. lumieres ; tout le parquer
du Sanctuaire & le pavé du Choeur étoient couverts
de drap noir.
L'appareil de ce Service a été ordonné par M. le
Duc de Gêvres , Pair de France , Premier Gentilhomme
de la Chambre du Roi, & a été exécuté par
M. de Bonneval , Intendant & Contrôleur Géneral
de l'Argenterie , Menus Plaifirs & Affaires de la
Chambre de Sa Majesté.
kakak
ARRETS NOTABLES.
A
RREST du 19. Janvier , qui commet
Pierre Marchal pour remplir &
exercer feul ou conjointement avec Sébaftien
Marchal , fon pere , les fonctions d'Oeconomes
féquestres des Bénéfices vacans à
la nomination de Sa Majesté.
LETJUIN.
1743 1455
LETTRES PATENTES du Roi,
fur le Reglement pour les differentes fortes
de Draps qui fe fabriquent dans la Manufacture
de Sedan. Données à Verfailles le
29. Janvier 1743. Regiftrées au Parlement
de Metz le 18. Fevrier fuivant .
ARREST du 26. Fevrier , qui ordonne
que le recollement des titres , papiers & autres
Actes étant au Greffe & dans les Archives
des Villes & Communautés du Royaume
fera fait annuellement ; fait défenfes auxdi
tes Ville & Communautés de plus commet
tre à l'avenir aucuns Sécretaires & Greffiers
fous quelque dénomination que ce foit.
ORDONNANCE du Roi , du 28 .
pour augmenter chaque Compagnie de la
Gendarmerie , de trente - cinq Gendarmes ou
Chevau -Legers.
Sa Majefté ayant réfolu de faire une auga
mentation dans les troupes , a jugé à propos
de mettre chacune des feize Compagnies de
La Gendarmerie à foixante - quinze Gendarmes
ou Chevau Legers , du nombre de quarante
dont elles font actuellement compofees
, non compris les Trompettes & Time
balliers , & pour cet effet elle a ordonné &
ordonne que les Chefs de chaque Brigade
de la Gendarmerie , travailleront inceffam-
I v meny
1456 MERCURE DE FRANCE
ment à la levée defdits trente- cinq Gendarmes
ou Chevau Legers , habillés , armés &
épuipés, ainfi qu'il convient pour bien fervir,
au moyen de la fomme qu'elle fera délivrer
pour chacun des Gendarmes ou Chevau- Légers
; enforte que les Compagnies foient rendues
complettes du nombre de foixantequinze
Gendarmes ou Chevau -Légers , non
compris les Trompettes & Timballiers ,
au 16. du mois d'Avril , trouvant bon que la
fubfiftance foit donnée aux Gendarmes
ainfi que les fourages fournis aux chevaux ,à
mefure qu'ils arriveront au quartier des Brigades
, & qu'ils pafferont préfens aux revûës
des Commiffaires des guerres chargés de la
conduite & police de la Gendarmerie . Mande
& ordonne Sa Majefté aux Gouverneurs
& fes Lieutenans Géneraux en fes Provinces
& Armées , Gouverneurs de fes Villes &
Places , aux Intendans en fes Provinces &
Armées , aux Commiffaires de fes guerres ,
ordonnés à la conduite & Police defdites
Compagnies , & à tous autres fes Officiers
qu'il appartiendra , de tenir la main à l'exécution
de la préfente , &c .
AUTRE du même jour , pour mettre
la Compagnie de Grenadiers à cheval à cent
cinquante.
ARJUIN.
1743. 1457
ARREST du 5. Mars , qui ordonne que
les adjudications des Domaines par reventes
fourniront aux Fermiers des Domaines des
Expéditions en forme de Contrats.
LETTRES PATENTES du
Roi , du même jour , qui nomment des
Commiffaires pour aliéner au nom de Sa
Majefté , aux Prévôt des Marchands & Echevins
de l'Hôtel de Ville de Paris , cinq cent
foixante- cinq mille livres de rentes , tant
Viagéres qu'en forme de Tontine , avec accroiflement
, conformément à l'Edit du mois
de Janvier dernier , portant établiſſement
d'une Loterie Royale.
ARREST du 1. qui ordonne que
ceux des Contrôleurs des Rentes de l'Hôtel
de Ville de Paris , fur lefquels il y a des faifies
, oppofitions ou autres empêchemens
faits entre les mains de leurs Payeurs , ou qui
pourroient furvenir , feront payés de leurs
gages & droits d'exercice , échûs & à écheoir,
jufqu'à concurrence de l'augmentation de
finance ordonnée être par eux payée en
exécution de l'Edit du mois de Janvier
1743. nonobstant lefdites faifies , oppofitions
ou autres empêchemens faits ou à
faire , dont Sa Majefté fait pleine & entiere
main-levée à cet égard feulement.
I vj
DE
1458 MERCURE DE FRANCE
DECLARATION du Roi , qui
permet aux Officiers de la Chambre des
Comptes de Paris , de juger les Comptes des
exercices pairs & impairs , dans les femeftres
de Janvier & de Juillet, fans aucune diſtinction
ni d fference d'années d'exercice . Donnée
à Verfailles le 26. Mars. Registrée,
en la Chambre des Comptes le 3. Ma
fuivant.
ARREST du même jour ; qui ordonne
que pendant dix années , à commencer du
premier Janvier 1744. les Moruës , tant
vertes que feches , & les Huiles qui proviendont
de la Pêche des Sujets de Sa Majesté à
I'Ifle Royale , appellée ci devant l'Ile du
Cap- Breton , demeur ront déchargées dans
tous les Ports du Royaume , tant de l'Océan
que de la Méditerranée , & à Ingrande , de
tous les droits d'entrée des cinq groffes
Fermes.
SENTENCE de Police du 29. qui
fait défenſe à toutes perfonnes de dépouiller
les Cadavres qui feront trouvés foit dans les
Maifons , dans les Rues , dans les Filets ,
Vannes de Moulins & autres endroits publics
& particuliers , à peine de prifon , &
d'être pourfuivis extraordinairement.
EDIT
JUI N. 1743 1459
EDIT DU ROI portant Reglement
pour la réception des Officiers du Parlement.
de Touloufe . Donné à Verfailles au mois
d'Avril Registré au Parlement de Tou-
Joufe le . Mai fuivant , par lequel S. M.
ordonne que les XIII . Articles contenus
audit dit feront exécutés felon leur forme
& teneur , &c.
ARREST du 2. Avril , qui ordonne
que tous Propriétaires de fonds , héritages,
maifons & Offices qui doivent des rentes
penfions & autres redevances , de quelque
nature qu'elles foient , aux Hôpitaux, & que
ceux des Proprietaires , Locataires & autres
redevables , qui ont fait quelque retenuë du
Dixiéme fur les fommes qu'ils ont payées ,
foient tenus de les reftituer ; & qu'en préfentant
leur Requête, qu'il leur fera tenu compte
de ces dixièmes fur celui qu'ils payent du
revenu de leurs fonds ,en juftifiant par eux de
la réalité defdites rentes & penfions , & en
rapportant les Contrats & autres titres à ce
néceffaires.
AUTRE du même jour , qui ordonne
la confifcation de trois piéces de Serge de
la Manufacture d'Hanvoile envoyées de
Beauvais à l'adreffe du Sr le Koy , Marchand
Drapier de Paris , & faifies à la Halle aux
,
Draps
1460 MERCURE DE FRANCE
Draps de cette Ville , tant pour s'être trouvées
trop étroites & graffes , que pour autres défauts
; & condamne , tant ledit fieur le Roy
& les Fabriquans d'Hanvoile qui les ont fabriquées,
que les Jurés du Bureau d'Hanvile
qui les ont marquées du plomb de fabrique,
& les Gardes des Marchands de Beauvais qui
y ont appliqué le plomb de Contrôle , quoiqu'elles
fuffent d fectueufes , aux amendes
portées par l'Arrêt du Confeil du 27. Septembre
1740. & c.
ORDONNANCE du Roi du 12.
Avril , pour admettre les trois nouveaux
Bataillons de Milice de Lorraine & de
Bar , à fon fervice & à fa folde.
Sa Majesté ayant par fon Ordonnance du
premier Février 1742. pris à fon ſervice
& à fa folde les fix bataillons de Milice
qui ont été levés dans les Duchés de Lorraine
& de Bar , & qui forment trois Régimens
de deux bataillons chacun , fur
Poffre qui lui en a été faite par le Roi
de Pologne , Duc de Lorraine & de Bar ,
& S. M. ayant pareillement accepté de
prendre à fon fervice & à fa folde , les
trois nouveaux bataillons de Milice qui
viennent d'être levés dans lefdits Duchés ,
en exécution de l'Ordonnance du Roi de
Pologne , du 25 Janvier dernier , S. M. a
ordonné
JUI N.
1743. 1465
8
ordonné & ordonne ce qui fuit.
Article premier. Les trois nouveaux bataillons
de Milice qui ont été levés dans
les Duchés de Lorraine & de Bar , fur le
pied de fix cens hommes chacun , que
S. M. prend à fon fervice & à fa folde ,
feront joints aux trois Régimens de deux
bataillons chacun des Milices defdits Duchés
de Lorraine & de Bar , qui font actuellement
fur pied , pour faire dans chacun
defdits Régimens , un troifiéme bataillon
compofé de douze Compagnies de
cinquante hommes chacune commandée
par un Capitaine & un Lieutenant qui
prendront rang entr'eux , ainfi qu'il eft réglé
par l'Article II . de l'Ordonnance de
S. M. du premier Février 1742. &c .
"
>
,
>
ARREST du 28. dont la teneur fuic.
Le Roi étant informé que le nommé
Rollin , fils
Libraire à Paris fous prétexte
de donner au Public un Recueil de
piéces pour fervir de Supplement aux Mémoires
de Condé auroit eû la témérité
de tirer de l'oubli , & de faire imprimer
plufieurs piéces indignes de voir le jour ;
qu'il auroit même commencé à vendre &
débiter un Livre fi condamnable , quoiqu'il
n'eût obtenu pour cette impreffion ,
ni privilége ni permiffion ; & S. M. voulang
3462 MERCURE DE FRANCE
2
lant réprimer un abus fi préjudiciable
l'intérêt public , & au bien de l'Etat ,
& punir une contravention fi manifefte
aux Réglemens concernant la Librai.ie &
'Imprimerie , & tout confidéré ; le Roi
étant en fon Confeil , de l'avis de M. le
Chancelier , a ordonné & ordonne que les
Arrêts & Réglemens concernant la Librairie
& l'Imprimerie feront exécutés felon
leur forme & teneur ; ce faifant , ordonne
que les Exemplaires du Livre intitulé : Mémoires
de Condé , fervant d'éclairciffement &
de preuves à l'Hiftoire de M. de Thou ,
Supplément , faifis fur ledit Rollin fils , fe
ront & demeureront confifqués , pour être
mis au pilon en préfence du fieur Feydeau
de Marville , Lieutenant Général de Police
de la Ville de Paris , que S. M. a commis à
cet effet : ordonne que les autres Exemplaires
qui pouroient e trouver du même livre
feront pareillement faifis, pour être confifqués
& mis au Pilon. Veur S M. que la
boutique dudit Rollin , fils , foit & demeure
fermée P ndant trois mois & le condamne
en m.lle livres d'amende ; lui fait
déf.nfes de récidiver à peine d'être déchu
de fa Maîtrife , & condamné en telles
punitions corporelles qu'il appatiendra , &c.
>
,
ORDONNANCE du Roi du 30.
portant
JUIN. 1743 1461
portant Réglement pour le
payement des
Troupes de S. M. pendant la campagne
prochaine .
Sa Majefté voulant régler le traitement
qui fera fait à fes Troupes pendant la campagne
prochaine , foit dans fes armées ou
dans les garnifons , a ordonné & ordonne
que , conformément aux états qu'elle fera
expédier , il fera fourni du fourage , lorfqu'il
n'y aura pas occafion de fourager
fur le Pays , & du pain de munition ;
aux Officiers d'Infanterie Françoiſe , des
Troupes de Cavalerie de la Maifon du
Roi , des Régimens de Cavalerie , de Carabiniers
, de Huffards & de Dragons , & des
Compagnies Franches d'Infanterie & de Dra
gons , & aux Brigadiers , Sous Brigadiers ,
Gardes du Corps , Gendarmes , Chevau- legers,
Moufquetaires , Grénadiers à cheval ;
Carabiniers, Cavaliers , Huffards & Dragons ;
& du pain de munition feulement › aux
Sergens & Soldats de fes Troupes , tant Fran
çoifes qu'Etrangeres , qui ferviront dans les
armées de S. M. fçavoir pour l'armée commandée
par le fieur Maréchal Duc de Noailles
, à commencer des jours que les troupes
qui la compoſeront auront paffé
le Rhin à compter
du premier Mai
prochain ; & pour celle commandée
par le fieur Maréchal Due de Broglie
464 MERCURE DE FRANCE
à commencer du premier Juin fuivant , &
pour ces deux armées , jufqu'au dernier du
mois d'Octobre prochain , fur le pied des
revûës : S. M. voulant qu'il en foit fait
régulierement trois pendant la campagne ,
aux troupes des armées , par les Commif
faires des guerres , avec les Directeurs ou
Infpecteurs géneraux , où il s'en trouvera ;
la premiére , pour l'armée commandée par
le fieur Maréchal de Noailles , dans le mois
de Mai , la feconde dans le mois de Juil.
let , & la troifiéme dans celui de Septembre
; & pour l'armée commandée par le
fieur Maréchal de Broglie , la premiére dans
le mois de Juin , la feconde dans le mois
d'Août , & la troifiéme dans le mois d'Octobre
.
›
Article premier. Les Compagnies des Régimens
des Gardes Françoifes & Suifles ,
feront payées de leur folde ordinaire , fur
laquelle il fera retenu deux fols pour chaque
ration de pain de munition qui leur fera
fournie ; & les Officiers de l'Etat Major
de chacun defdits Régimens , recevront
leurs appointemens fuivant les Etats qui
feront expédiés , &c.
ARREST du 15. Mai , qui ordonne
que fans avoir égard à l'Ordonnance de
M. Iintendant de Picardie , les procédures
JUIN. 1743. 1465
,
,
res faites devant le Lieutenant du Bailliage
d'Amiens au fujet de la perception des
revenus & de la remife des Titres de l'Ab
baye de S. Vallery feront caffées & annullées
conformément aux Edits ; & auto
Erife l'Oeconome à continuer fes pourſui
tes , fauf l'Appel en cas de conteftations ,
devant Meffieurs les Commiffaires du Bu
reau des Oeconomats .
SENTENCE de Police du 17. Mai
qui ordonne que tous les Chirurgiens de
la Ville & Faubourgs de Paris feront tenus
de déclarer dans les vingt - quatre heures
au plus tard , aux Commiffaires de leur
Quartier , les bleffés qu'ils auront panfé
chés eux ou ailleurs.
LETTRES PATENTES du Roi du
19. qui nomment des Commiffaires pour
aliéner aux Prevôr des Marchands & Echevins
de la Ville de Paris , cinq cent fois
xante- cinq mille livres de rentes , tant Via
geres qu'en forme de Tontine , conformé
ment à l'Edit du mois de Février dernier
portant établi ffement d'une feconde Lote
rie Royale,
ARREST du 21. portant fubrogation
de M. Berryer Maître des Requêtes , aut
lieu
1466 MERCURE DE FRANCE
licu & place de M. Machault d'Arnouville ;
pour Rapporteur des inftances & procès
mûs & a mouvoir , concernant la difcuffion
des biens de la fucceffion du ficur Fargès,
AUTRE du 31. qui fixe à quarante
fols du cent pefant , les Droits d'entrée
du Royaume fur les Laines non filées
& à trois livres au du cent péfant fur
celles filées , venant d'Angleterre.
暑
ORDONNANCE DU ROI du
7.Juin, concernant les Spectacles , dont la
teneur fuit.
S. M. voulant que l'ordre , la décence & la
tranquillité foient également maintenus dans
tous les Spectacles , & à cet effet que les mê
mes regles qui s'obfervent aux Comédies
Françoife & Italienne, dont l'entrée a de tout
tems été interdite aux Domeftiques , foient
gardées avec la même féverité à l'Opera Comique
; & S. M. étant informée de l'abus qui
s'eft introduit depuis quelques années à ce
dernier Spectacle , aux portes duquel les Laquais
& autres Gens de Livrée s'affemblent
tumultueufement , entrent en foule à la fuite
de leurs Maîtres & Maîtreffes , ou autres
qu'ils affectent d'accompagner, fous prétexte
de leur appartenir , & vont occuper toute
L'étendue du Parterres que cette confufion
indécente
JUIN. 1743. 1467
indécente en écarte un nombre infini d'hon
nêtes Gens , y portent le défordre & troublent
la tranquillité du Spectacle. A quoi
voulant pourvoir & établir à cet égard une
regle uniforme & permanente. S. M. a ordonné
& ordonne , que conformément aux
Ordonnances par Elle ci- devant renduës à
l'occafion des Comédies Françoiſe & Italienne
les Laquais & autres Gens de Livrée
ne pourront entrer à l'avenir fous aucun préexte
, même en payant , au Spectacle de
' Opera Comique , à peine de prifon conre
les contrevenants , même de plus granle
contre ceux qui oferoient entrepren-
're d'en forcer les entrées. Veut au furplus
S. M. que fes Ordonnances & Réglemens
ci- devant rendus pour la Police
defdits Spectacles , notamment celle du
vingt -quatre Janvier dernier foient exé
cutées felon leur forme & teneur. Mande
S. M. au fieur Feydeau de Marville
Confeiller en fes Confeils , Maître des Réquêtes
ordinaire de fon Hôtel , Lieutenant
Général de Police , de tenir foigneufement
la main à l'exécution de la préſente Or:
donnance , &c .
..
TA B E.
P
IECES FUGITIVES . Traduction de la VIL
Elégie du prem. Livre des Triftes d'Ovide, 1257
Extrait d'une Thèſe foutenue dans les Ecoles de Médecine
fur les effets de l'Air , & c.
Réponse en Vers de M Deftouches ,
Lettre fur le Livre de M. Morelli ,
Le Pigeon & la Colombe , Allégorie , &c.
1261
1268
1171
1187
Remarques au fujet de la Differtation fur la natu e
de la Raiſon , 1289
Ode à M. Roy , 1291
Lettre fur la Queſtion du Droit Féodal , 1294
Ode Anacreontique , 1296
Difcours fur l'amour de la Patrie , 1299
Epitre en Vers au Prince de Portugal , par l'Abbé
de Launay, 1313
Differtation fur l'Hiftoire des Enfans de Clovis ,
& c.
Bouquet à M. P ***,
1317
1330
Averriflement fur la Conjonction de la Lune ,
&c.
L'Opinion , Ode ,
1331
1336
Remarques fur la Topographie & Chronolgie de
quelques nouveaux Bréviaires , 3345
Epître en vers à Damon , 1355
Lettre à M. l'Abbé Goujet , &c. 1358
Enigme & Logogryphe , 1371
NOUVELLES LITTERAIRES , DES BEAUX - ARTS ,
Effai fur les Principes du Droit , &c.
Mémoires pour fervir à l'Hiftoire des Spectacles
des Foires , & c.
L'Art de la Cuifine reduit en pratique ,
Traité de l'Ortographe Françoiſe
Nouvelle Edition des Oeuvres de S. Juſtin , Ex-
1337
1376
1b:4.
1377
trait ,
1378
L'AN
1395 L'Art de bâtir les Maifons de Campagne ,
Abregé de la vie des Evêques de Coutance , chés
Barois ,
Traité fur les Matiéres Féodales ,
1396
1397
Nouvelle Edition de l'Imitation de J. C. en Latin
, chés Boudet ,
Hiftoire du Pontificat d'Eugene III .
1401
1402
Ancienne Verfion Italique de l'Ecriture Sainte
Mémoires fur les Poiffons ,
Ibid.
1403
Examen des Oeuvres de Flavius Jofephe , &c. 1407
Nouvelle Edition de l'Hiftoire des Coptes , 1405
Défenfe de la nouvelle Traduction de l'Histoire du
Conci e de Trente ,
Livres Etrangers ,
1bid.
Ibid.
Sujets des Prix de l'Académie de Pau pour l'année
1744.
1413
Cantatille mile en Mufique par le fieur Deluffe ,
le fils ,
Question proposée ,
Lettre de M. Liger fur la Géométrie ,
Ibid.
1414
Ibid.
Spectacles , le Ballet des Indes Galante ; Comédie
de l'Ile Sauvage , promiſe par les Comédiens
François , & celle des Petits Maîtres, promiſe par
1 les Italiens ,
Nouvelles Etrangères , Ruffie , &c.
Morts des Pays Etrangers ,
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , & c .
Nouvelle Paroiffe conftruite par ordre du
▾ Versailles ,
Le Jeu , Ode ,
Morts & Mariages ,
1418
1419
1423
1425
Roi à
1429
1434
1439
Extrait de Lettre écrite du Vigan , fur la réception
de Mad. la Comteffe d'Hierles , fille de M. le
Comte de Goësbriant ,
Service à Notre- Dame pour le Cardinal de Fleury,
1447
Arrêts Notables ,
1450
3454
Fautes à corriger dans ce Livre.
Age 1260. ligae 21. fuccé, liſez, ſucé. P. 1265.
1. 9. mêlen, 7. mêlent. Ibid. 1. 21. dan , l. dans.
P. 1268. l . 25. viens , l . ne viens. P. 1274 l . 18.
forme , ôtez la virgule . P. 1277. 1. 26. Novateur ,
ôtez la virgule. P. 1281. 1. 8. devenir , l. deviner.
P. 1302. 1.7. & 8. aiguilent fon apétit , l. ranimèut
fon ardeur. P. 1307. I. 15. là , l . la . P. 1308. I. 13 .
ies , l . les. Ibid. J. 17. & 18. diffenffions , I diffenfions.
P. 1310. 1. 21. Ateliers, L. Atteliers. P. 1312.
1. 11. gemirerions , l. gémitions. Ibid. 1 19. Félicité
! l. Felicité. P. 1317. l. 25. fous . otez ce mot.
P. 1326. l . 16. l'on , l. on . P. 1332. 1. 9. Préters=
bourg, 1. Pétersbourg. P.1335 . 1. 8 de , ôtez ce mot P.
1348. l . 14. Utain , l. Vrain . Ibid. 1. 28. Baroit, ↳ Ba-
Tois . P. 1350. l . 18. place , I. placer . P. 1353. l . 2.
3. du bas , coureroit , l . courroit.. P. 1354, 1.
Voeladum,l.Vocladum. P. 1356. l . 16. après années,
une virgule. Ibid. 1. 20. Borcé , I. Borée. P. 1357. I.
6. ôtez la virgule après attraits . Ibid. 1. 15. ôtez la
virgule après Permeffe.16. 1. derniere , à la Note ,Horce,
1. Horace. P.1373 . ) . ( 9. traités , l. traitées.P.1376.
1.4.ôtex 1743.P.1379.1.5.deperditorum , 1.deperditorum
Ibid. 1.5 . & 6.Taiani , \ .Tatiani, P. 1.58 3. l. 6. ôtez la
virgule après où.Ibid. 1. 6. & 7.après monde, mettez
une virgule. P. 1384. I. 4. du bas , Remaques , L. Remarques.
P. 1388, 1. 14. Viellard , I. Vieillard. P.
1397. 1. 2. Pulic. I. Public . P. 1398. I. derniere, via,
1. vice. P.1398 . 1. 19.Conttat, L. Contrat. P. 1400. 1.
derniere , Homage , 1. Hommage. P. 1403. 1. 22.
nouvau. 1. nouveau. P. 1411. 1. 23. marqués , 1.
marquées.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères