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1743, 03-04
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MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIE AU
ROT.
MAR S.
1743 .
COLLIGIT
નવ
SPARGIT
Chés
A
PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER
ruë S. Jacques .
La Veuve PISSOT , Quai de Conty ,
à la descente du Pont- Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais.
M. DCC. XLIII.
Avec Aprobation & Privilege du,
THE NEW YOR!
PUBLICLIBRARY
330233
A VIS.
ASTOR SHOX AND
1905ADRESSE génerale eft à Monfieur
MOREAU , Commis au Mercure , visà-
vis la Comédie Françoife , à Paris. Ceux
qui pour leur commodité voudront remettre
leurs Paquets cachetés aux Libraires qui vendent
le Mercure , à Paris , peuvent fe fervir
de cette voye pour les faire tenir.
On prie très-inftamment , quand on adreſſe
des Lettres on Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous le
déplaifir de les rebuter , & à ceux qui les envoyent
, celui non feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de les
perdre , s'ils n'en ont pas gardé de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de la premiere
main , & plus promptement , n'auront qu'à
donner leurs adreffes à M. Moreau , qui aura
foin de faire leurs Paquets fans perte de tems,
& de les faire porter fur l'heure à la Pofte, ou
aux Meffageries qu'on lui indiquera .
PRIX XXX. SOLS!
MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ AU
ROT
MARS 1743 .
PIECES
FUGITIVES ,
en Vers et en Prose.
REQUESTE préfentée au Sénat de
Cithere en faveur du Télescope.
G
Alans Sénateurs de Cithere ,
Qui donnez vos Arrêts fous les Mirthes fleuris ,
Et regnez par les Jeux , les Charmes & les Ris ,
Dans l'un & dans l'autre hémifphere ;
Vous , qui du même trait qui foûmet à vos loix
Le Berger fans défenfe & la fimple Bergere ,
Sçavez vous affervir les Rois ;
A ij Per
414 MERCURE DE FRANCE
Permettez qu'à vos yeux mon coeur ſe dévelope ,
Et fouffrez qu'humblement devant vous proſterné »
Je parle pour le Teleſcope ;
Pour ce profcrit infortuné
Qu'à ne plus voir le jour vous avez condamné,
Si de Claudin ardent à baifer Colinette
Cet Argus découvrit l'action indifcrette ,
A l'oeil du curieux s'il fçût la rapprocher ,
Eft- ce un crime à lui reprocher ?
Le crime eft de Claudin ; lorfqu'on vous facrifie ,
Tout eft à ménager , les momens & les Ļieux ;
Ce n'eft point au grand jour , à la face des Cieux
Dans une campagne applanie ,
Qu'au gré de fes defirs preflans
On doit fur vos Autels faire fumer l'encens.
Epargnez l'innocent , puniffez le coupable ;
Par un trait d'équité digne de votre main ,
Faites fur l'imprudent Claudin
Tomber votre Arrêt redoutable ;
Mais voyez d'un oeil favorable
L'enfant du Grand NEWTON habiter votre Sein.
Séparé par le cours d'une Eau large & profonde ,
De l'objet dont mon coeur adore les appas ,
Quand , pour porter le jour en de nouveaux climats,
Le Soleil fe prépare à defcendre fous l'Onde ,
1
Attentif au moment heureux
>
Qui doit m'offrir DAPHNE' , l'objet de tous mes
YOUX
MANS. 17434
Je la vois s'avancer fur la rive oppofée ,
L'air noble , la démarche aiſée ,
Telle qu'on peint Venus , en l'aimable ſaiſon ,
Abbailfant mollement fous fes pas le gazon .
Au milieu d'une troupe amie
Près de ma DAPHNE' réunie >
Le Teleſcope en main je diſtingue fes traits , ›
Et ce que dans cette diſtance
Mes yeux ne m'offriroient jamais ;
Je goûte le plaifir , plus flatteur qu'on ne penſe ,
De voir Iris , Climene , & la jalouſe Hortenfe ,
Céder de la Beauté le prix à fes attraits.
Par le fecours encor de cet Argus fidelle ,´
J'ai vu plus d'une fois mon Rival auprès d'elle ;
Tous deux de la troupe écartés ,
De fleurs qu'il ramaffoit lui faire une guirlande ,
La prier à genoux d'en accepter l'offrande ,
Mais j'ai vû ſon offrande , & fes voeux rebutés.
Quelcoup funefte pour ma flâme !
Quel trait empoisonné n'eût point percé mon
ame ,
Si les doubles miroirs par Newton mis au jour ,
N'avoient raffuré mon amour !
Le Teleſcope , enfin par le charme magique
Qu'en fes flancs renferma l'Optique,
Rapprochant le bord oppofé
Dont ma chere DAPHNE' fuit le ſentier aiſé ;
A iij DUVA
418 MERCURE DE FRANCE
Du plaifir de la voir je joüis par avance ;
Je fais plus , je crois lui parler ;
Ses yeux vers moi tournés , ils femblent m'ap❤
peller ,
Et ce qui flatte encor mes voeux & ma conftance ,
J'y lis fa tendre impatience
De me voir fur le Fleuve auprès d'elle voler,
LETTRE au fujet de la Queftion propofee
dans le Mercure d'Octobre 1742 .
crois
N vérité , M. je vous crois invité par
beau fexe à fonder le coeur des humains
fur fon compte , par la Queſtion que vous
propofez , dont la folution me paroît déja
bien avancée , par la maxime fi géneralement
reconnue , qu'il eft bien plus noble de
donner , que de recevoir. Notre coeur ne
doit-il pas être flatté d'offrir une fortune à
celle qui nous a facrifié le fien , fans aucun
objet d'interêt Quelle foule d'incidens ne
fe doit- il pas préfenter à l'efprit d'une fem
me qui fe livre à notre bonne foi ? La legereté
de nos fentimens , les caprices de notre
goût , les variations de notre fortune : qu'il
lui refte au moins la confolation de rencon
trer un Amant affés rempli de probité & de
délicateffe , pour ne pas abuſer de fa credulité
MAR.S 417 17430
fité , & pour ne pas ceder aux tentations du
changement , fi commun,à tous les hommes.
Les femmes font mille fois plus à plaindre
que nous à certains égards , puifqu'attachant
notre gloire à vouloir les trouver fidelles
nous travaillons prefque toujours à leur don
ner par notre conduite , des exemples contraires
aux vertus que nous en exigeons. C'eſt
une forte d'injuftice que nous , ne fentons
pas , graces aux préjugés qui en pallient la
dureté. Nous les attaquons fans ceffe , fi elles
refiftent , elles nous paroiffent barbares ; G
elles fe rendent , nos foupçons naiffent contre
d'autres , qui pouroient devenir auffi
preffans que nous , & lorfqu'enfin une étroite
Sympathie nous a liés , ce bien acquis
n'eft plus pour nous de la même valeur ;
Thabitude diminue les charmes de leurs faveurs
, & nous ufons de nos droits fur nos
Maîtreffes , pour leur faire fentir notre fupériorité
c'eft ce qui fouvent infpire à quelques
-unes la dexterité de nous ramener à elles
, par des refus de careffes ; fi nous en demeurons
victorieux , ce petit triomphe nous
ranime , & prend la couleur d'une nouvelle
bonne fortune ; ainfi notre coeur qui veut
être remué , s'abufe prefque toujours de notre
propre confentement , fans vouloir convenir
de nos foibleffes.
Mais quand nous fommes affés heureux
A jij pour
414 MERCURE DE FRANCE
Permettez qu'à vos yeux mon coeur fe dévelope ,
Et fouffrez qu'humblement devant vous profterné »
Je parle pour le Teleſcope ;
Pour ce profcrit infortuné
Qu'à ne plus voir le jour vous avez condamné,
Si de Claudin ardent à baifer Colinette
Cet Argus découvrit l'action indifcrette ,
A l'oeil du curieux s'il fçût la rapprocher ,
Eft-ce un crime à lui reprocher ?
Le crime eft de Claudin ; lorfqu'on vous ſacrifie ,
Tout eft à ménager , les momens & les Lieux ;
Ce n'eft point au grand jour , à la face des Cieux ,
Dans une campagne applanie ,
Qu'au gré de fes defirs preffans
On doit fur vos Autels faire fumer l'encens .
Epargnez l'innocent , puniffez le coupable ;
Par un trait d'équité digne de votre main ,
Faites fur l'imprudent Claudin
Tomber votre Arrêt redoutable ;
Mais voyez d'un oeil favorable
L'enfant du Grand NEWTON habiter votre Sein.
Séparé par le cours d'une Eau large & profonde
De l'objet dont mon coeur adore les appas ,
Quand , pour porter le jour en de nouveaux climats ,
Le Soleil fe prépare à defcendre fous l'Onde ,
Attentif au moment heureux >
Qui doit m'offrir DAPHNE' , l'objet de tous mes
yoeux a
MANS. 1743
Je la vois s'avancer fur la rive oppofée ,
L'air noble , la démarche aiſée ,
Telle qu'on peint Venus , en l'aimable ſaiſon ,
Abbaiffant mollement fous les pas le gazon.
Au milieu d'une troupe amie
Près de ma DAPHNE' reünie ,
Le Teleſcope en main je diſtingue fes traits , ›
Et ce que dans cette diſtance
Mes yeux ne m'offriroient jamais ;
Je goûte le plaifir , plus flatteur qu'on ne penſe ,
De voir Iris , Climene , & la jalouſe Hortenſe ,
Céder de la Beauté le prix à fes attraits.
Par le fecours encor de cet Argus fidelle ,
J'ai vu plus d'une fois mon Rival auprès d'elle ;
Tous deux de la troupe écartés ,
De fleurs qu'il ramafloit lui faire une guirlande ,
La prier à genoux d'en accepter l'offrande ,
Mais j'ai vû ſon offrande , & fes voeux rebutés.
Quelcoup funefte pour ma flâme !
Quel trait empoisonné n'eût point percé mon
ame ,
Si les doubles miroirs par Newton mis au jour ,
N'avoient raffuré mon amour !
Le Teleſcope , enfin par le charme magique
Qu'en fes flancs renferma l'Optique,
Rapprochant le bord opposé
Dont ma chere DAPHNE' fuit le fentier aifé ;
A iij DU
417 MERCURE DE FRANCE
Du plaifir de la voir je joüis par avance ;
Je fais plus , je crois lui parler ;
Ses yeux vers moi tournés , ils femblent m'ap
peller ,
Et ce qui flatte encor mes voeux & ma conſtance ,
J'y lis fa tendre impatience
De me voir fur le Fleuve auprès d'elle voler.
*** *******hat
LETTRE au fujet de la Queftion proposte
dans le Mercure d'Octobre 1742 .
par
N vérité , M. je vous crois invité le
beau fexe à fonder le coeur des humains vous crois
fur fon compte , par la Queſtion que vous
propofez , dont la folution me paroît déja
bien avancée , par la maxime fi géneralement
reconnue , qu'il eft bien plus noble de
donner , que de recevoir. Notre coeur ne
doit -il pas être flatté d'offrir une fortune à
celle qui nous a facrifié le fien , fans aucun
objet d'interêt
Quelle foule d'incidens
ne
fe doit-il pas préfenter à l'efprit d'une fem
me qui fe livre à notre bonne foi ? La legereté
de nos fentimens , les caprices de notre
goût , les variations
de notre fortune : qu'il
lui refte au moins la confolation
de rencontrer
un Amant affés rempli de probité & de
délicateffe
, pour ne pas abufer de fa credu
1
lité
MARS 417 1743
fité , & pour ne pas ceder aux tentations du
changement , fi commun à tous les hommes.
Les femmes font mille fois plus à plaindre
que nous à certains égards , puifqu'attachant
notre gloire à vouloir les trouver fidelles
nous travaillons prefque toujours à leur donner
par notre conduite , des exemples contraires
aux vertus que nous en exigeons. C'eſt
une forte d'injuftice que nous , ne fentons
pas , graces aux préjugés qui en pallient la
doreté. Nous les attaquons fans ceffe , fi elles
refiftent , elles nous paroiffent barbares ; G
elles fe rendent , nos foupçons naiffent contre
d'autres , qui pouroient devenir auffi
preffans que nous , & lorfqu'enfin une étroite
Sympathie nous a liés , ce bien acquis
n'eft plus pour nous de la même valeur ;
Thabitude diminue les charmes de leurs faveurs
, & nous ufons de nos droits für nos
Maîtreffes , pour leur faire fentir notre fupériorité
c'eft ce qui fouvent infpire à quelques
-unes la dexterité de nous ramener à el
les , par des refus de careffes ; fi nous en demeurons
victorieux , ce petit triomphe nous
ranime , & prend la couleur d'une nouvelle
bonne fortune ; ainfi notre coeur qui veut
être remué , s'abufe prefque toujours de notre
propre confentement , fans vouloir convenir
de nos foibleffes.
Mais quand nous fommes affés heureux
A iiij pour
418 MERCURE DE FRANCE
pour nous affortir à une Maîtreffe , digne de
notre attachement , qui nous cherit par la
force de cette douce Sympathie , lien char
mant de deux tendres coeurs , faifons parler
alors toute notre reconnoiffance ; dreffons - lui
des autels ; préparons- lui des triomphes éternels
fur notre ame ; repandons fur elle tous
les bienfaits qui font en notre pouvoir ; i
n'eft point , felon moi , de fortune capable
d'acquitter la fincere tendreffe d'une Amante
défintereffée. C'eft le jugement que je porte
en faveur d'une Dame , telle que je la dé
peins , & fi vous la connoiffiez comme moi,
M , la Palme dont vous la couronneriez, vous
reprocheroit d'avoir mis en 'Queſtion :
Lequel des deux Amans doit être le plus
flatté , de celui quifait la fortune de fa Maî
treffe en l'époufant , ou de celui qui tient d'ella
fa fortune ? J'ai l'honneur d'être &c .
A Sceaux ,
le 15.
Novembre 1742*
LE
MAR S. 1743 419
LE SOM MEIL ,
CANTATILLE.
LE calme & le repos regnent·dans la Nature ;
Le Soleil a ceffé d'éclairer l'Univers ;
Sur fon Char étoilé déja la nuit obſcure
S'avance, & de fon ombre envelope les Airs.
Zéphire , pour careffer Flore ,
Attend le retour de l'Aurore ;
Il fufpend fes tendres foupirs.
Le Berger quitte la Mufette
Qui faifoit fes plus doux plaiſirs.
Dans cette agréable retraite
Mille & mille amoureux Oifeaux
Ont ceffé leurs charmans rainages ;
On n'entend plus dans ces Boccages
Que le murmure des Ruiffeaux.
Quel calme ! quel filence !
Morphée a dans ces Lieux répandu ſes Pavots
Ah ! qu'il eft doux de fentir fa puiffance !
Il nous fait oublier dans le fein du repos ;
Nos peines & nos maux.
A v AU
420 MERCURE DE FRANCE
Au Sommeil adorable
Elevons des Autels .
Il fçait charmer les maux cruels
Dont le Deftin accable
Les malheureux Mortels ;
Au Sommeil adorable
Elevons des Autels .
Dans fon Empire aimable ,
Souvent un Amant miſérable
Voit expirer la cruauté
D'une Maîtreffe inexorable ;
Dont il adore la beauté.
Au Sommeil adorable
Elevons des Autels.
11 fçait charmer les maux cruels
Dont le Deftin accable
Les malheureux Mortels.
Au Sommeil adorable
Elevous des Autels.
Par M. B ** d'Aix;
LA
MAR S. 1743. 421
A Chanfon que nous allons donner ici ,
une grande Lettre qui paroît écrite d'une
main de femme ; on nous y fait remarquer
que les couplets dont il s'agit , tiennent
prefque autant des proprietés du Rondeau
que de celles du Triolet , quoiqu'on puiffe:
auffi les chanter fur l'ancien Air , fi connu.de
tout le monde.
C'eft apparamment pour cette raifon , que
la Dame qui nous écrit , les appelle dans fa
Lettre , des Triolets à refrain coupé : c'eft. au
Public à juger fi cette difficulté de plus , y
ajoûte ou en retranche quelque mérite ; tout
ce que nous pouvons dire , c'eſt que s'ils:
font réellement de l'Auteur, quel qu'il foit ))
qui y a mis fon nom au bas , nous avons
déja imprimé de lui une Lettre fort fingu
liere au fujet de la Tragédie de Zulime de
M. de Voltaire , & que cette Lettre, fir dans
fon tems beaucoup de plaifir à la plupart de:
nos Lecteurs , & en intrigua quelques
autres.
ta
Elle fe trouve dans le Mercure de Juin
1740. page 1203. TToouutt ccee qquuee l'Auteur jugeoit
alors d'avantageux fur les talents déci
dés de Mlle du Menil , de la Comédie Frame-
A.vj
coife
422 MERCURE DE FRANCE
çoife , s'eft bien confirmé par l'évenement ;
auffi fe difoit-il du métier.
Credere è Cortefia:
TRIOLETS ,
Pour une Dame qui preffoit fouvent l'Auteur
de luifaire des Chanfons , & lui permettois
l'aveu de fes fentimens , en Vers , maisjamais
en Profe.
'Il faut aimer , faifons l'amour ,
Faifons des Vers , s'il en faut faire
Que chaque plaifir ait fon tour ;
S'il faut aimer faiſons l'amour ,
Mais fuyons l'éclat du grand jour
Cherchons le ragoût du myftere
S'il faut aimer & c.
Quand j'ai fait pour vous quelques Vers ,
D'abord tout le Public les chante ;
Je crains fes jugements divers ,
Quand j'ai fait pour vous quelques Verss
Je me fais gloire de mes fers ,
Mais le bruit n'a rien qui m'enchante ,
Quand j'ai fait &c.
Yous
MARS.
1743 . 423
Vous les montrez à votre epoux ;
Vous en régalez votre mere ;
Ce font pourtant vrais billets doux ;
Vous les montrez à votre Epoux ;
Vôtre foeur s'enferme aux verroux ,
Pour les lire en fon Monaftére ;
Yous les montrez &c .
Quandje vous peins ainfi mes feux ,
Pourquoi d'abord vous mettre à rire ?
Puis -je exprimer ce que je veux
Quand je vous peins ainfi mes feux ?
Ce badinage eft dangereux ;
Vénus s'allarme ; Amour ſoupire ,
Quand je vous peins & c.
N'ai-je rien dit de vos beaux
yeux ?
Vous m'en blâmez , quelle injuſtice !
Eh ! quel éloge eſt digne d'eux ?
N'ai-je rien dit de vos beaux yeux ?
Leur douceur fixeroit les Dieux ; ' >
Leur fierté fait tout mon fupplice ;
N'ai-je rien dit ? &c.
Quoi tous les jours nouveaux couplets ?
Il n'eft veine qui ne tariffe :
Finiffons par ces Triolets ;
Quoi tous les jours nouveaux couplets ?
N'avoir
424 MERCURE DE FRANCE
N'avoir qu'à chanter vos attraits ,
C'eſt un rolle un peu trop novice ;.
Quoi tous les jours & c.
C'est le coeur qui les a conçus ;
veut le plaifir , non la gloire ,
Mais pour le coup je n'en fais plus ;
C'est le coeur qui les a conçûs :
C'eft affés prôner vos refus ;
Faites-moi cacher ma victoire ;
C'eft le coeur & c.
L'heureux Mortel qui vous plaira ,
Aura quelque caprice à craindre ;
Mais de quel fort , Dieux , jouira
L'heureux mortel qui vous plaira !
Si vous changez , il en mourra ;
J'en connois qui font plus à plaindre ;;
L'heureux Mortel & c.
Plus je vous vois , plus je vous fersed mine,
Plus mes feux ont de violence ;
Malgré les maux que j'ai foufferts ,
2 trobuol
Plus je vous vois , plus je vous
ferstrip
Tel étoit Tantale aux Enfers ;
Son fupplice en moi recommence ,
Plus je vous vois &c.
Quoi qu'il en coûte , il faut finir ;
MARS.
1743- 429
Il faut enfin briſer ma chaîne
Je la confacrois au plaiſir ;
Quoiqu'il en coûte , il faut finir :
Mais fe confumer en defir ;
Que feroit de plus votre haine
Quoi qu'il en coûte &c.
Vous y perdrez un tendre Amant ;
Vingt autres brigueront la place ;
Mais fongez-y plus mûrement ;
Vous y perdrez un tendre Amant :
Les vrais fe trouvent rarement ;
De jour en jour la mode en paſſe ;.
Vous y perdrez & c ..
Tout langage exprime l'amour ,
Mais il ne ſe fait bien qu'en Profe
Ce Dieu s'amufe à votre Cour ;
Tout langage exprime l'amour ,
Mais il fuira , fi quelque jour
Vous... le dirai -je en Vers ? Je n'ofe
Tout langage exprime .
Par M. de l'Epine , ci- devant connu fous
le nom de Floribel.... A Quimper.
QUESTION
42 MERCURE DE FRANCE
****************
QUESTION IMPORTANTE ,
Jugée au Parlement de Paris.
I dans les Pays de Droit Ecrit du reffort
de ce Parlement , l'hypotéque des femmes
pour leur indemnité des dettes , auxquelles
elles fe font obligées avec leurs maris ,
remonte au jour du Contrat de Mariage ,
quoique cette indemnité n'y foit pas ſti
pulée .
FAIT.
En l'année 1701. Leonard Borne , Négo
ciant à Lyon , épouſa Marie Verrot . Par leur
Contrat de Mariage , la Dot , l'Augment ,
les Bagues & Joyaux de la femme furent réglés
, & l'hypotéque ftipulée pour tous ces
objets. On n'y parla point d'indemnité .
En 1721. le mari vendit au fieur Vieuffe
la Terre de la Buchote. En 1723. le mari &
la femme pafferent deux obligations folidaires
, l'une de 72000. liv. au profit de la veuve
Ruffier , l'autre de 74850. liv. au profit
du fieur de Riverieux .
Le fieur Borne étant décédé en 1725. fes
affaires fe trouverent dérangées. La veuve fit
liquider fes créances avec les enfans & les
créanciers ; elle y fit comprendre 128500.
liv.
MARS 1743. 427
fiv. pour fon indemnité de ce qui reftoit à
acquitter des deux obligations de 1723. &
s'étant fait adjuger en déduction de fes
créances tous les biens de fon mari , elle
fe prétendoit encore créanciere d'environ
45000. liv. & affigna en déclaration d'hypotéque
le fieur Vieuffe .
Čette demande ayant été portée au Châte
let , le fieur Vieuffe oppofa que la Dame
Borne n'étant créanciere qu'à titre d'indemnité
, fon hypotéque n'étoit à cet égard que
du jour des obligations dans lesquelles elle
étoit entrée , & par conféquent pofterieure
à l'acquifition du fieur Vieulle.
La Dame Borne foutint au contraire que
fon hypotéque remontoit au jour de fon
Contrat de Mariage , même pour fon indemnité.
Par Sentence contradictoire elle fut déboutée
de fa demande en déclaration d'hypotéque
, par rapport à l'indemnité .
La Dame Borne ayant interjetté Appel de
la Sentence en ce chef, cela fit la matiére
d'une Inftance en la Grand-Chambre , au rap .
port de M. Cofte de Champeron.
L'Appellante divifoit fes moyens en trois
propofitions. La premiére , que la Jurifprudence
qui donne aux femmes l'hypotéque
legale de l'indemnité , du jour du Contrat de
Mariage , étoit génerale pour tout le reffort
du
424 MERCURE DE FRANCE
N'avoir qu'à chanter vos attraits ,
C'eft un rolle un peu trop novice ;.
Quoi tous les jours ? & c.
C'est le coeur qui les a conçûs ;-
veut le plaifir , non la gloire ,
Mais pour le coup je n'en fais plus ;.
C'est le coeur qui les a conçûs :
C'eſt affés prôner vos refus ;
Faites- moi cacher ma victoire ;
C'eft le coeur & c.
L'heureux Mortel qui vous plaira ,
Aura quelque caprice à craindre ;
Mais de quel fort , Dieux , jouira
L'heureux mortel qui vous plaira !
Si vous changez , il en mourra ;
J'en connois qui font plus à plaindre ;;
L'heureux Mortel & c .
Plus je vous vois , plus je vous fers ;
Plus mes feux ont de violence ;
Malgré les maux que j'ai foufferts ,
Plus je vous vois , plus je vous fers ri
Tel étoit Tantale aux Enfers ;
Son fupplice en moi recommence ,
Plus je vous vois &c. :
Quoi qu'il en coûte , il faut finir
bul
720
1
MARS.
1743- 425
Il faut enfin brifer ma chaîne ș
Je la confacrois au plaifir ;
Quoiqu'il en coûte , il faut finir :
Mais fe confumer en defir ;
Que feroit de plus votre haine 2.
Quoi qu'il en coûte & c..
Vous y perdrez un tendre Amant ;
Vingt autres brigueront la place ;
Mais fongez-y plus mûrement ;
Vous y perdrez un tendre Amant :
Les vrais fe trouvent rarement ;
De jour en jour la mode en paſſe ;.
Vous y perdrez & c ..
Tout langage exprime l'amour ,
Mais il ne fe fait bien qu'en Profe
Ce Dieu s'amufe à votre Cour ;
Tout langage exprime l'amour ,
Mais il fuira , fi quelque jour
Vous... le dirai-je en Vers ? Je n'ofe ;
Tout langage exprime .
Par M. de l'Epine , ci- devant connu fous
le nom de Floribel.... A Quimper.
QUESTION
4
42 MERCURE DE FRANCE
****************
QUESTION IMPORTANTE ,
Jugée au Parlement de Paris.
SleanslesPays de
I dans les Pays de Droit Ecrit du reffort
de ce Parlement , l'hypotéque des femmes
pour leur indemnité des dettes , auxquelles
elles fe font obligées avec leurs maris ,
remonte au jour du Contrat de Mariage
quoique cette indemnité n'y foit pas fti
pulée.
FAIT.
En l'année 1701. Leonard Borne , Négo
ciant à Lyon , époufa Marie Verrot. Par leur
Contrat de Mariage , la Dot , l'Augment ,
les Bagues & Joyaux de la femme furent réglés
, & l'hypotéque ftipulée pour tous ces
objets. On n'y parla point d'indemnité .
En 1721. le mari vendit au fieur Vieuſſe
la Terre de la Buchote . En 1723. le mari &
la femme pafferent deux obligations folidaires
, l'une de 72000. liv. au profit de la veuve
Ruffier , l'autre de 74850. liv. au profit
du fieur de Riverieux.
Le fieur Borne étant décédé en 1725. fes
affaires fe trouverent dérangées. La veuve fit
liquider fes créances avec les enfans & les
créanciers ; elle y fit comprendre 128500.
liv,
MARS 1743. 427
liv. pour fon indemnité de ce qui reftoit à
acquitter des deux obligations de 1723. &
s'étant fait adjuger en déduction de fes
créances tous les biens de fon mari , elle
fe prétendoit encore créanciere d'environ
45000. liv. & affigna en déclaration d'hypotéque
le fieur Vicuffe .
>
Ċette demande ayant été portée au Châte
let le fieur Vieuffe oppofa que la Dame
Borne n'étant créanciere qu'à titre d'indemnité
, fon hypotéque n'étoit à cet égard que
du jour des obligations dans lesquelles elle
étoit entrée , & par conféquent pofterieure
à l'acquifition du fieur Vieulle .
La Dame Borne foutint au contraire que
fon hypotéque remontoit au jour de fon
Contrat de Mariage , même pour fon indemnité.
Par Sentence contradictoire elle fut déboutée
de fa demandé en déclaration d'hypotéque
, par rapport à l'indemnité .
La Dame Borne ayant interjetté Appel de
la Sentence en ce chef, cela fit la matière
d'une Inftance en la Grand - Chambre , au rap .
port de M. Cofte de Champeron.
L'Appellante divifoit fes moyens en trois
propofitions. La premiére , que la Jurifprudence
qui donne aux femmes l'hypotéque
legale de l'indemnité , du jour du Contrat de
Mariage , étoit génerale pour tout le reffort
du
428 MERCURE DE FRANCE
du Parlement, & fans diftinguer s'il a été ftr
pulé Communauté ou non .
Le Mariage faifant paffer la femme fous la
puiflance du mari , il a fallu empêcher que
fa complaifance , ou la dépendance dans la◄
quelle elle eft , ne fût caufe de fa ruine. C'eft
pourquoi les Romains avoient interdit à la
femme le pouvoir d'aliéner ou d'hypotéquer
fa Dot , & même de s'obliger pour qui que
ce fût.
Nous n'avons que quatre Coûtumes qui
ayent adopté ces précautions : dans toutes
les autres , la femme peut aliéner fes biens &
s'obliger avec l'autorité de fon mari .
Mais les inconveniens de cette liberté ayant
été reconnus , la Jurifprudence du Parle
ment a donné à la femme pour fes remplois
& indemnité , une hypotéque legale, dujour
de fon Contrat de Mariage , Jurifprudence
confirmée par l'Article 61. de l'Edit du mois
de Mars 1673 .
Cette Jurifprudence eft génerale , & Bro
deau fur Louet. Som. 30. dit que c'eſt un
Droit commun introduit par tout , & plufieurs
Arrêts ont jugé que cette hypotéque
eft legale & a lieu , fans être ftipulée ; les
Auteurs modernes en ont même fait une
Maxime .
On ne diftingue point fi la femme eft
commune en biens ou non , parce que quoique
MARS 1743 429
que non commune en biens , elle eſt en la
puiffance de fon mari , & a toujours befoin
d'indemnité , tel eft le fentiment de Brodeau
, & de le Brun , & la Queſtion a été
ainfi jugée par plufieurs Arrêts
La feconde propofition de l'Appellante
étoit qu'il n'y avoit aucune raifon pour excepter
de la Jurifprudence génerale les femmes
du Lyonnois , Forêts & Beaujolois. En
effet , elles n'y jouiffent plus des Priviléges
que leur donnoient les Loix Romaines ; elles
n'ont plus de Priviléges que fur les meubles ;
elles ne peuvent contracter ni efter en jugement
, même pour leurs Paraphernaux , fans
être autorifées de leurs maris , de même que
les femmes des Pays Coûtumiers.
L'Edit de 1706. a abrogé le Veillein dans
ces Provinces , & la Déclaration de 1664. a
abrogé la Loi Julia..
Au moyen de ces changemens , les fema
mes du Lyonnois , Forêts & Beaujolois font
dans le même cas qu'une femme mariée à
Paris , avec exclufion de Communauté ;
elles doivent par conféquent avoir la même
hypotéque pour leur indemnité.
La troifiéme propofition de l'Appellante
étoit , que quand il faudroit diftinguer fur la
Queſtion les Pays de Droit Ecrit du reffort du
Parlement , d'avec les Pays Coûtumiers , ce
feroit , dans l'efpéce , la Jurifprudence du
Pays
430 MERCURE DE FRANCE
Pays Coûtumier qu'il faudroit fuivre.
La Terre fur laquelle l'Appellante exerçoit
fon hypotéque , n'eft point fituée en Pays de
Droit Ecrit , mais dans la Coûtume de Bar ,
où l'on a toujours jugé que l'hypotéque legale
de l'indemnité avoit lieu du jour du
Contrat de Mariage.
Ainfi le Statut qui regle l'hypotéque ;
étant certainement réel , c'eft la Jurifprudence
fuivie dans le Lieu de la fituation , qui
doit déterminer la datte de l'hypotéque ,
quand même la Loi du Lieu , où le Contrat
de Mariage a été paffé , auroit une difpofition
contraire .
"Les héritiers du feur Vieuffe Intimés
foutenoient de leur part les trois propofitions
contraires. Leur premiere propofition étoit
que la Jurifprudence du Parlement par rap
port à l'indemnité , n'eft point génerale.
,
Ce n'eft point la fragilité des femmes , ni
l'autorité des maris qui ont fait introduire
l'indemnité. Si cela étoit ainfi , il auroit fallu
défendre aux femmes de s'obliger. L'objet
de cette Jurifprudence n'eft que de dé
dommager la femme des obligations qu'elle
a contractées pendant la Communauté , qui
en profiteroit au préjudice de la femme fans
cette indemnité .
Avant la réformation de la Coûtume de
Paris , il n'y avoit ni remploi ni indemnité .
Les
MARS i743
431
Les Articles 232. & 237. qui furent ajoutés
lors de la réformation , ayant accordé à la
femme le remploi de fes biens aliénés , &
une indemnité pour les dettes auxquelles
elle s'eft obligée avec fon mari , on a cru que
par une fuite néceffaire , on devoit lui donner
une hypotéque legale pour ces indemnités
, du jourde fon Contrat de Mariage ; ain '
fi c'eft dans la Coûtume même qu'on a puifé
cet ufage , & les Arrêts qui l'ont confirmé
font tous rendus dans la Coûtume de Paris.
Mais cet Ufage n'eft pas géneral. Plufieurs
Coûtumes , telles que celles de Bretagne , &
de Normandie, n'accordent à la femme hypotéque
pour la recompenfe des aliénations &
obligations , que du jour defdits Actes. Celle
de Bar ne donne le remploi , que lorfqu'il eft
ftipulé par le Contrat de Mariage . Celle de
Tours ne donne l'indemnité que pour moitié
; & Pallu dit que l'hypotéque n'eft que
du jour des obligations.
Dans les Coûtumes qui n'ont point de difpofition
à ce sujet , on a admis le remploi &
l'indemnité , mais on en a reſtraint l'hypotéque
au jour des aliénations ou des obligations.
C'est ce qui a été jugé par plufieurs Arrêts
de Juillet 1671 , 8. Juin 1674. Journal du
Palais. 17. Février 1654. 21. Août 1660. &
5. Février 1661. Journal des Aud.
Quand la Jurifprudence dont il s'agit fe
roir
#32 MERCURE DE FRANCE
roit génerale , il eft certain que'lle n'a lieu
que pour l'indemnité des dettes de Communauté
, comme il a été jugé par l'Arrêt
de 1674. & par un autre Arrêt du 21. Août
1711. Diction . des Arrêts , Verbo hypoté
que.
L'Edit de 1673. que l'on oppoſe , eſt un
Edit Burfal , fupprimé dès fa naiffance ; d'ailleurs
l'Art. 63. de cet Edit , fuppofoit que
la femme feparée de biens , ne pouvoit avoir
hypotéque pour fon indemnité , du jour de
fon Contrat de Mariage , puifque cet Ar
ticle l'obligeoit , dans ce cas , à faire enregiftrer
fon oppofition , pour conferver fon
hypotéque , ce qu'elle étoit difpenfée de faire
, lorfqu'elle étoit commune.
La feconde propoſition des Intimés étoit
que l'hypotéque de l'indemnité n'eft acquife
à Lyon que du jour des obligations.
Quand la Jurifprudence reçûë à Paris devroit
s'étendre dans tous les Pays de Coû
tume , il faudroit en excepter ceux qui font
regis par le Droit Ecrit , dont les Loix &
les Ufages font differens.
Les Loix Romaines déterminent la prio
rité de l'hypotéque par la datte des Titres.
Ainfi la Loi du Pays s'éleve contre l'appel
lante ; elle ne peut avoir d'hypoté que à l'Inf
tar de la Coûtume de Paris , de laquelle on
la tire ; elle n'en a pas non plus de conventionnelle
MARS 1743 435
Fionnelle , puifque fon Contrat de Mariage
ne parle pas d'indemnité : ainfi la Loi & la
Convention refiftent à fa prétention.
Dira-t'on que cette indemnité eft ftipulée
Tacitement , comme à Paris ? Il n'y a point
de parité ; à Paris la Coûtume y fupplée toujours
pour les detres de la Communauté
établie par le Contrat de Mariage , dont l'in
demnité eft la fuite néceffaire ; mais ici ,
point de Communauté , nulle Stipulation
aucune Loi .
Le Veilleien, la Loi Affiduis & la Loi Julia
que cite l'A ppellante, font toutes Loix abrogées.
La Déclaration de 1664. ne donne
point aux femmes des Pays de Droit Ecrit
une indemnité , telle que la Coûtume do
Paris en accorde , elle leur donne feulement
la faculté d'obliger leurs biens Dot aux &
Paraphernaux , fans pourvoir à leur indemnité.
Il eft vrai que l'indemnité ne leur eft
pas moins due , mais les difpofitions des
Loix Romaines & l'exclufion de Communauté
, n'en déterminent l'hypoté que que du
jour des obligations : & dans ces Pays
quand elle feroit ftipulée par Contrat de
Mariage , Phypoté que ne feroit toujours que
du jour des obligations , fuivant la Loi 11 .
au Digefte qui potior in pign. laquelle rejette
l'hypoté que que l'on voudroit afféoir fur les
biens par anticipation, avant que la dette foit
Contractée. La
434 MERCURE DE FRANCE
La troifiéme propofition des Intimés étoit,
que quand la Coûtume de Bar feroit en tout
femblable à celle de Paris , ce ne feroit point
par fes difpofitions qu'il faudroit décider de
l'hypotéque de l'indemnité de la veuve
Borne .
Il eft fingulier , difoit- t'on , que la veuve
Borne , qui dans fes deux premiéres propofitions
s'efforce de perfuader que c'eft
de fon Contrat de Mariage , paffé dans la
Ville de Lyon , qu'elle emprunte fon hypotéque
, foutienne enfuite que c'eft dans la
-Coûtume de Bar qu'il faut la chercher.
A
L'action hypotéquaire eft mixte. Si l'hypotéque
étoit un Statut réel , il s'enfuivroit
que la convention n'y feroit rien , & que
quoique ftipulée par un Contrat , on ne
l'exerceroit que fur des biens , fitués dans des
Lieux où les Loix en difpoferoient expreffément
& felon la diverfité des Coûtumes :
la veuve Borne n'a jamais vécu ni contracté
dans la Coûtume de Bar ; comment peutelle
y avoir acquis une hypotéque par la
ſeule vertu de la Loi , qui n'en dit rien ? Elle
a contracté fon Mariage à Lyon ; elle y a tou
jours demeuré ; elle y a foufcrit les obligations
dont elle prétend l'indemnité ; n'eſt- il
pas
naturel que ce foient les Loix de ce Pays
qui déterminent fon hypotéque ? Tel eft le
Sentiment des Auteurs & la Jurifprudence
des
VL A ས་ 1/43 45).
des Arrêts ; par rapport à l'exécution des
Contrats , on fuit la Loi du Lieu où le Contrat
a été paffé.
Enfin quand on fe fixeroit à la Coûtume
de Bar , fes difpofitions font differentes de
celle de Paris ; elle prohibe le Remploi ,
s'il n'eft expreflément ftipulé par le Contrat
de Mariage ; quand quelques Arrêts auroient
ordonné le Remploi non ftipulé , on fe conformeroit
toujours à la Coûtume , du moins
par rapport à l'hypotéque , qu'on ne peut
accorder du jour du Contrat de Mariage , fi
la convention ne s'y trouve expreffément
écrite.
Par Arrêt du 24. Juillet 1742. la Sentence
du Châtelet a été confirmée , ce qui juge
que la Dame Borne n'avoit d'hypotéque
pour fon indemnité , que du jour des obligations
par elle contractées.
On croit que le motif qui a déterminé
eft que dans les Pays de Droit Ecrit du reffort
du Parlement de Paris , l'hypotéque de
l'indemnité ne peut remonter au jour du
Contrat de Mariage , qu'en vertu d'une ftipulation
portée dans le Contrat , ce qui
ne fe trouvoit point dans l'efpece jugée
par cet Arrêt.
B LE
436 MERCURE DE FRANCE
****************
LE PAGE ET LA CHAMBRIERE,
D
FABLE.
Ans une Cour d'Allemagne,
( Il en eft nombre à choiſir )
Un Prince , pour fon plaifir ,
Dreſſoit un Cheval d'Eſpagne,
Le Courtifan s'empreffoit
D'imiter le goût du Maître ,
Et s'il n'y réüffiffoit ,
Du moins il vouloit paroître.
Les Tournois , les Caroufels ,
Succedoient aux moindres Fêtes ;
Chaque jour nouveaux Cartels ,
Pour la bague , ou pour les têtes .
L'art du Manége en ces Lieux
Etoit l'art le plus utile ;
La Jeuneffe à qui mieux mieux ;
Cherchoit à s'y rendre habile.
Mais un Page un peu mutin ,
Ne s'y prêtoit qu'avec peine ;
Quand
MARS: 1743 437
Quand il montoit un matin ,
C'étoit fait pour la femaine.
Un jour , piqué d'effuyer
Quelque coup fans conféquence ;
Il jura que l'Ecuyer
Lui payroit cher cette offenfe.
Trop foible pour l'attaquer ,
Craintif , malgré fa furie ,
Il crut plus fûr de rifquer
Quelque tour d'efpiéglerie.
Tout à propos dans un coin
Voyant une Chambriere ,
Bon , nous n'irons pas bien loin ,
Voici , dit- il , mon affaire .
Qu'un fi vif empreflement
Ne falle point d'équivoque ;
C'est le nom d'un Inftrument
Dont l'emploi n'a rien qui choque.
Il alloit brifer l'Outil ,
Vil objet de fa rancune
Tu périras , difoit-il ,
Tu caufas mon infortune,
La Chambriere , tout bas
Bij Rept
438 MERCURE DE FRANCE
Reprit , qu'elle eft ton attente ?
Pour une que tu rompras ,
Il en renaîtra cinquante.
Mais avant de me brifer ,
Ecoute au moins mon excufe
Ce n'eft ni détour ni rufe ,
Pourrois - je t'en impoſer
;
Quand fur un Courfier d'élite.
Tu fuis les regles de l'Art ,
Sur la croupe un coup l'excite ,
Et prévient le moindre écart.
Souvent c'est moi qui ramene
Un Sauteur en liberté ;
Mon aide , jointe à ta peine ,
Concourt à ta fûreté .
Mais lorfque par nonchalance ,
Ou cedant au moindre effort ,
Tu regles mal fa cadence ,
Si je t'attrappe , ai - je tort ?
La maxime eft pour tout âge ;
La Loi par des droits réels
Joüit d'un double avantage ,
Emané ; des Immortels
1
Elle
MARS. 439 1743
Elle eft le rempart du Sage
Et l'effroi des Criminels.
C. A. M. B. I. S. E.
LE MULET ET LE BOEUF ,
P
FABLE.
Our vivre heureux ( la recepte eft facile )
N'enviez point ceux qui font plus que vous ;
Et pour dompter l'amour propre indocile ,
Comptez plutôt ceux qui font au-deffous .
Un bon Fermier , du Pays de Gascogne ,
D'un fort Mulet fit amplette au Marché ,
Et fur le champ , pour entrer en befogne ,
Revint chés lui fur fon Mulet perché .
Dès le foir même , un Manant en livrée
Vint reclamer des grains dús au Seigneur ;
Par le Fermier l'avoine fut livrée ,
Et le Mulet fut encor le porteur.
La nuit furvint ; Lucas le mena boire ;
Bref, il fe vit bien nourri , bien panſé ;
D'un peu de peine il perdit la mémoire ;
Tout lui parut affés bien compenſé.
Le lendemain , avec l'aube premiére
Bij
Lucas
449 MENUUNE DE FRANCE
Lucas revient , voit d'un oeil éperdu
Un de fes Boeufs giffant fur la litiére ,
Et par ce cas , fon travail fufpendu.
I
Oh bien , dit- il , mettons à la charruë
Notre Mulet ; tout fert dans le befoin ;
C'eft payer cher fon droit de bien venuë
Mais je prétends moi- même en prendre foin.
Les voilà donc qui partent pour leur tâche
Lucas difpos , le Mulet interdit ;
Quoi ! difoit-il , pas un jour de relâche !
Il faut tout faire en ce logis maudit !
*
Que le Deftin bizarrement fe joue ,
Et que je hais fes caprices divers !
Il m'a conduit au plus bas de la rouë ;
Servir ici , c'eft pis que d'être aux fers .
Je vois pourtant un de mes camarades ,
Double Bidet , vendu pour ce Château
L'Eté dernier ; il fait mille gambades ;
Il vit content comme un poiffon dans l'eau.
i
Tout doux ... reprit , ruminant d'un air grave
Le Boeuftranquille , attelé près de lui ;
Tu t'y méprends , chacun a fon entrave ;
Tu ne vois pas tous les malheurs d'autrui .
Sur
MARS. 1743 441
Sur tes pareils arrête un peu la vuë ;
Certain Mulet languit près de chés nous ;
Son Conducteur le furcharge , le tuë ,
Et , quoiqu'il faffe , il eft moulu de coups.
Dis-moi , crois-tu fon fort digne d'envie e
Tu vis ici fans befoin , fans danger ;
Quant au Cheval qui fait ta jaloufie ;
Ecoute, & vois fi tu voudrois changer .
Son Maître eft pauvre , il n'a que ce domaine
Et ce Cheval , fouvent quand il a bû ,
Il trotte , il chaffe , il court à perdre haleine ,
Ton ami rentre ou boiteux ou fourbu.
Ce n'eft pas tout ,
fon écot diminuë
Dès qu'un parent au Château vient loger ;
Le Maître enrage , & pourtant infinüe
Qu'en mangeant moins il fera plus léger.
Ainfi , crois- moi , garde- toi de te plaindre ;
Le même emploi n'eft pas propre pour tous ;
Songeons au but où nous pouvons atteindre ;
Quelqu'un toujours en eft plus loin que nous ,
Par le même.
B iiij
OB
442 MERCURE DE FRANCE
XXXXXXXXXXXX **
OBSERVATIONS fur la Comédie
par M. L. Tart.
Es hommes font accablés de travaux }
d'ennuis , d'inquiétudes . Ils ne peuvent
fubfifter fans plaifirs. Un de leurs plus
grands , eft de découvrir les défauts de leurs
femblables & de rire les uns des autres . Ce
plaifir eft naturel & injufte : mais la Comédie
en fait un bon ufage. Elle nous divertit
de tous les hommes , fans que notre joye
tombe fur perfonne. Elle excite notre mépris
contre des copies ridicules , fans nous révéler
les Originaux , & en rejoüiffant les Spectateurs
des perfonnages qu'elle leur préfente ,
elle les fait rire fouvent d'eux - mêmes.
Quid rides ? mutato nomine de te
Fabula narratur.
Ils n'ont plus qu'à ouvrir les yeux ,
connoître , fe corriger.
fe re-
La Comédie bannit du Commerce des
hommes des caractéres impertinens ; elle
tâche d'y ramener les bienféances. Les Précieufes
& les Marquis ne ' purent tenir longtems
contre les traits que Moliére leur fie
effuyer. Comme ce n'eft ordinairement que
par vanité qu'on eft ridicule ; dès qu'ils virent
MARS. 1743. 443
rent que leur affectation ne fervoit qu'à les
humilier , ils y renoncerent bientôt .
Le vice ne fe corrige pas fi aifément . La
Comédie peut offrir toute la beauté de la
Vertu , toute la difformité du crime ; l'honneur
qui fuit l'homme de bien , l'opprobre
dont un méchant eft couvert. Ce Spectacle
emeut des coeurs bien faits : il ne fait prefque
rien fur des ames mauvaiſes . Moliére , fit
trembler les hypocrites . Ils fe cacherent fous
le mafque dont la Bruyere nous a laiffé la
deſcription , & ils ont toujours été les mêmes.
L'Avare dont le caractére eft fi ridicule ;
fi mépriſable , ſi naturel dans Moliere, a converti
très -peu d'Avares. Leur argent les confole
toujours de l'eftime des hommes.
Populus me fibilat, at mihi plaudo ;
Ipfe domi fimul ac num mos contemplor in Arca.
Cependant quand la Comédie ne pourroit
venir entierement à bout de corriger les
méchans , elle ne doit point fe laffer d'exciter
leurs remords & de les couvrir de honte
il faut deshonorer le vice pour le rendre
moins dangereux .
Sic teneros animos aliena opprobria fape
Abfterrent à vitiis.
de
Ce n'eft point nuire à nos plaifirs que
mêler quelques Scénes Morales à des Scé-
B v nes
414 MET KE DE FRANCE
nes Comiques , & de donner au Public des
Comédies qui faffent couler des pleurs . Les
coeurs tendres , les hommes fenfibles goûtent
un plaifir réel à verfer des larmes : Eft
quadam flere voluptas. Nous avons une affection
vive pour ceux qui nous font unis
par le fang , un attachement fouvent plus
fort pour nos amis , une compaffion naturelle
pour les malheureux , dans lefquels nous
nous confiderons nous - mêmes . C'eſt au Poëte
vertueux à exciter en faveur de nos parens
, de nos amis , de nos femblables , la
nature , la raiſon , l'humanité , quand même
ils feroient indignes de notre fecours par
leur ingratitude : c'eſt à lui à exprimer ces
fentimens avec le langage touchant de l'Eſo
pe à la Cour , des Fils ingrats , de l'Ecole des
Amis , de l'Enfant prodigue &c.
On a changé la Comédie , mais on ne peut
pas changer la Nature . La plupart de nos Comédies
font bien écrites. Il s'y rencontre des
fituations neuves , des intrigues furprenantes
, des dénouemens heureux : mais elles
ont un défaut qui ne peut être racheté par aucune
de ces beautés ; elles n'ont prefque rien
de naturel. On ne répréfente prefque plus les
hommes , tels qu'ils font. On en imagine d'autres
, qui n'exiftent point. On ne sçauroit fe
borner à peindre son veut créer. Les Heros du
Théatre font des êtres fouvent chimeriques.
Leurs
MARS 1743: 445
Leurs caractéres font fi finguliers qu'ils ne
conviennent à perfonne leurs portraits fi
fins , fi délicats qu'ils ne font point apperçûs
par la multitude . Leurs difcours font fi
fublimes , qu'on ne les comprend point. Il
femble que ces perfonnages font tous Poëtes
ou beaux efprits. Ils parlent , je ne fçais quel
langage , qui n'eft entendu que de ceux qui
font des vers. En vérité des farces approchent
plus de la Comédie , que ces Dialogues
Métaphyfiques.
Un Auteur véritablement Comique inte
reffe le Public ; ceux qui ne jugent d'une
Comédie que par le plaifir qu'elle leur fait ,
& ceux qui ne fçauroient rire ou pleurer que
dans les régles. Il ne fe fert de fon efprit que
pour expofer le fujet , amener l'intrigue ,
lier les Scénes , augmenter toujours l'embarras
& en tirer le dénouement. Il fe taît
& fait parler fes perfonnages , chacun précifément
felon fon caractére : ces caractéres font
nouveaux , à la bonne heure : mais ils font
en même - tems communs , fenfibles , vrais.
Les Portraits font ingénieux , mais reffemblans
; les Vers ne different du langage ordinaire
que par la mefure & la rime.
Nifi quod pede certo
Differt fermoni fermo merus.
En un mot la Piéce eft à la portée de tout
B vj
le
446 MERCURE DE FRANCE
le monde & eftimée des connoiffeurs.
On ne peut trop préfenter un bon modéle
aux Auteurs , jufqu'à ce que la mode revienne
de l'imiter. Il en eft qui n'auroient qu'à
fuivre le génie que la Nature leur a donné ,
pour être admirables ; mais ils étouffent leur
naturel pour faire briller leur efprit. Plus ils
penfent , plus ils rafinent , plus ils font médiocres.
doit
Chapelle , ce digne ami de Moliére, ne perpas
fon temps dans le monde ; il remarquoit
tout , & à mesure qu'il y découvroit
quelque nouveau caractére , il en faifoit part
à fon ami ; il le lui répréfentoit au naturel.
Moliére en enrichiffoit fes Piéces , & reftituoit
au Public les caractéres que Chapelle
en avoit tirés .
Quand Moliére n'auroit pas fait l'Amphitrion
& le Misantrope dont l'un eft un chefd'oeuvre
d'imitation , l'autre d'invention , &
qui fuffiroient feuls à lui donner le premier
rang entre nos Poëtes Comiques ; les répréfentations
naturelles qu'il a fait des caractéres
les plus communs & les plus intereffant
de fon fiècle , fes charmans jeux de Théatre ;
fes Scenes écrites avec tant de vérité &
de bon fens , lui auroient acquis l'immorta
lité , malgré fa Profe un peu embarraffée , fes
Vers Profaïques , fes plaifanteries quelquefois
baffes & fes dénoûmens fouvent forcés.
11
MARS: 1743 447
Il n'a pas épuisé les fujets véritablement
Comiques. Les Poëtes célébres du Théatre
François & Italien embelliffent la Scéne de
ridicules, toujours nouveaux , & de caractéres
auxquels la Bruyere & fes Copiftes n'ont pas
penfe , tant l'étude de l'homme eft inépuis
fable. Les hommes font toujours les mêmes ,
mais il y a certaines vertus & certains vices
qui dominent plus dans un Siécle que dans
un autre.
Il n'eft point d'homme que la Comédie ne
puiffe repréfenter. Il y a dans les moeurs de
nos premiers Citoyens plufieurs Contraſtes
qu'on peut mettre fur la Scéne , fans parler
de ceux que l'inconftance dans les modes ;
les opinions , le goût , les fciences peuvent
toujours fournir. La douceur & l'orgueil ,
l'humanité ou le mépris des hommes, la fageffe
& l'indifcretion , la valeur & la ferocité
la politique & la perfidie peuvent être variés
à l'infini . Les vertus font toujours dignes de
reſpect , mais les vices dans les Grands ne
doivent point exciter la rifée du Public . Il
feroit à craindre qu'en mépriſant un Miniſtre
de la Religion , un Magiftrat , un Prince ,
on ne méprifât leur rang , leurs emplois , leur
autorité.
Intererit multum Davus ne loquatur an Heros .
Les vices des Grands ne doivent être que
des
448 MERCURE DE FRANCE
des leçons de vertu & des fujets de commi
feration . C'est pour eux que les Comédies
morales & touchantes femblent être inventées
.
Nos Citoyens qui ne font pas compris
dans la Nobleffe & dans le Clergé , font d'un
état ordinairement fans conféquence ; quoiqu'il
foit compofé d'hommes vertueux , qui
cultivent la terre, les Arts & les Sciences. II
n'y a point d'indifcretion à divertir le Public
de la répréfentation d'un Bourgeois ridiculement
fçavant , baffement flatteur , fottement
fier , babillard , taciturne , inquiet , confumé
de travail, & diffipateur , fuperftitieux &
fourbe &c. On doit fe garder cependant d'a
vilir dans un Bourgeois ce qui doit être refpectable
dans tous les hommes ; la qualité
de pere , de maître , de mari doit être toujours
épargnée ; elle eft fous la protection.
de la Religion & des Loix.
L'Amour étant la premiére de toutes les
paffions , il eft raisonnable qu'on la faſſe entrer
dans nos Comédies , & qu'en repréfentant
les charines d'un Amour foumis au devoir
, reglé par les bienféances , conduit par
la raifon on faffe en même tems fentir la
beaute de la pudeur , le bonheur d'une ame
maîtreffe d'elle même , & les malheurs d'un
Amour aveugle & effrené . Cette pailion dont
peu de perfonnes ont le bonheur, de fe dé-
>
fendre,
MARS.. 1743. 449
fendre , fe foutiendra toujours fur le Théatre
, parce qu'elle intereffe tous les hommes
par fes peines ou fes plaifirs. Il feroit à défirer
cependant pour la varieté des Spectacles
& pour la correction des moeurs , qu'on introduifît
auffi fur la Scéne les autres paffions
avec des intrigues & des dénoûmens , qui
leur fuffent propres. Ne verra- t'on que des
Amans qui fe déclarent leurs inclinations en
fecret , qui trouvent mille obftacles à leur
Amour, & qui ne parviennent enfin au Mariage
qu'après mille difficultés ? Voilà le fond
de prefque toutes nos Comédies. Ne pourroit-
on point introduire fur la Scéne d'autres
hommes que des Amans , des hommes paffionnés
pour la gloire , l'amitié , la vertu ,
la fcience , &c. avec des hommes d'un caractére
directement oppofé , développer
leurs paffions de Scéne en Scéne ; attacher
l'intrigue aux obftacles , tirer le dénoûment
de la récompenfe de la vertu , de la correction
du vice & du repentir de celui qui
s'y eft livré ?
,
que Au reste ce ne font des doutes que je
propofe pour la perfection d'un Art extremément
agréable & utile , s'il eft exercé
avec fageffe : extremément frivole & dangereux
, s'il eft negligé ou avili ,
L'A MOUR
450 MERCURE DE FRANCE
L'AMOUR PATISSIER ,
Remerciment à Mlle de L *** , pour un
Envoi de Bifcuits .
AMour fçait tout ; ce Dieu n'ignore rien à
En tout métier il eft habile ,
A fes défirs tout eft facile ,
Et ce qu'il fait , il le fait bien .
Aux fouhaits de ton coeur , aimable Gabrielle ,
Toujours ce Dieu fe montre complaifant ;
Dès que tu fouhaites , fon zéle
Seconde les défirs de ce coeur bienfaiſant.
Tu voulus , ame génereuſe ,
Avoir de cent Bifcutits l'amas délicieux ;
Amour t'entend ; fa main induſtrieufe
Bien-tôt les apporte à tes yeux .
Sans differer , il fe met à l'ouvrage ;
Pour être plus agile , à l'inftant de l'Amour
Il met bas l'aimable équipage ,
Et prend d'un Patiffier le fimple & lefte atour ;
Il fe fit blanc jufqu'au viſage ;
Son bandeau fervit de tamis ,
Et des grains , par Cérès elle - même fournis ,
Ses doigts actifs agitent la pouffiere ;
Elle s'épure , & fous fa main légere
S'éleve
MARS. 1743 45
S'éleve un tas dont la fine blancheur
Le difpute à la nége , & fur cette matiere
Le Dieu , pour la pétrir, répand une liqueur ,
Que dans Cythere l'on compofe ,
Et de qui la divine odeur
Surpaffe celle de la Rofe.
Déja fous les mains de l'Amour
La pâte fouple fe façonné ,
Et quand entre les doigs elle a fait plus d'un tour,
Le Patiffier de Citrons l'affaiſonne ;
Entre fes mains le fucre qui foifonne ,
De la pâte légere augmente la bonté ;
Il la retourne encor ; enfin elle eft parfaite ;
Et l'Ouvrier d'une ame fatisfaite
De fon ouvrage admire la beauté.
En cent morceaux pareils la pâte ſe partage ;
D'un Biſcuit à chacun il imprime l'image ;
Dans fon Carquois enfuite il prend un de ſes traits,
Et de fa pointe alors fur la forme nouvelle
Il écrivit le nom de Gabrielle ,
Et ce nom des Biſcuits embellit les apprêts .
Pendant qu'Amour dépêchoit fon ouvrage ,
La troupe des Enfans aîlés ,
A le fervir auffi zelés ,
Chauffoient le four ; pour le chauffage
Ils ne bruloient paille ni bois .
Du four une autre flâme échauffoit les parois ;
C'eft
452 MERCURE DE FRANCE
C'eft- là qu'avec maint gros volume
De la Clélie & de Cyrus ,
C'eft avec cent Romans que la flâme s'allume :
La pareillement on conſume
Un tas de Madrigaux , au bon goût inconnus ,
D'Epitres fadement galantes ,
D'Eglogues tendrement fçavantes ;
Là font au feu de même abandonnés
Mille tendres Bouquets plattement façonnés ;
Les langoureuſes Tragédies ,
Les infipides Elégies ,
Du four également éprouvent la rigueur ;
Mais éteignez (Amours ) la flâme qui s'augmente;

C'en eft affés , & la chaleur
Pour des Biſcuits eft fuffifante.
Déja fur le foyer brulant
Le Patiffier tour -à- tour les arrange ;
Leur furface fe renfle , & leur couleur fe change
En la couleur d'un jaune fucculentt ;
Amour attentif les retire ,
Il les enferme en fon Carquois ,
Et plein du zéle qui l'inſpire ,
Il vint t'offrir , L *** , l'ouvrage de fes doigts ,
Et de ta part à l'inftant je reçois
Le chef- d'oeuvre de friandife ;
Dieux ! que de douceurs j'apperçois !
Cet afpect raviffant pique ma convoitiſe ;
Je
MARS:
1743: 455
ť Je fens que je cède à la voix
D'une innocente gourmandife.
Oui , déja j'ai tâté de cette pâte exquife
Que m'enviroient les eftomachs dévots ,
Ces Paters , Directeurs de Nonnes ;
Oui , les Biſcuits qu'aujourd'hui tu me donnes,
Seroient pour eux des mets & friands & nouveaux.
Dévotes , rougiffez , L *** tu les effaces ;
Mais quels effets fur moi vont faire dans ce jour
Des Biſcuits façonnés par les mains de l'Amour ,
Et donnés par la Soeur des Graces ?
LETTRE fur la pratique de l'Education
des Enfans , pour les Langues , l'Hiftoire
& la Géographie.
JE
E regarde , M. le Mercure comme l'a²
zile de tous les Ecrits qui tendent à fe ,
coüer les préjugés du vulgaire & à perfectionner
les Sciences & les Beaux Arts ; on
peut mettre de ce nombre ceux qui propo
fent les moyens de préparer l'efprit dès la
plus tendre enfance , à en recevoir promptement
les couleurs , fans aucun mêlange de
ce qui pourroit en ternir l'éclat. J'ai lû avec
beaucoup de plaifir la Lettre fur l'abus des,
Thêmes ( Juin 1742. p. 2835. ) je ne crois
pas
454 MERCURE DE FRANCE
pas qu'on puiffe le combattre par des raisons
plus folides que celles qui y font répanduës.
J'ai été charmé de me trouver de même fentiment
qu'une perfonne qui fçait fi bien faire
valoir la vérité ; les mêmes raiſons m'ont
déterminé à publier deux Lettres adreffées à
une Perfonne de confidération , qui me fit
l'honneur de me confulter fur l'éducation de
fes neveux , & qui font comme un Extrait
d'un Ouvrage que je me propofe de donner
au Public fur ce même fujet. Je fouhaite
qu'elles méritent de trouver place dans votre
Journal , & de pouvoir contribuer à l'utilité
publique. Je fuis , Monfieur , & c.
A Vitry- le- François , le 6. Septembre 174.20
LETTRE écrite à M. le Chevalier de P...
furla premiére Education defes neveux.
Jble plaide de Pordre que vous m'avez
E m'acquitte , Monfieur, avec un fenfidonné
; je voudrois pouvoir vous exprimer
à quel point je me trouverois honoré de
pouvoir contribuer en quelque chofe à l'éducation
de Mrs vos Neveux , puifque vous
voulez bien me permettre de vous expofer
quelle Méthode il me femble qu'on doit fuivre
dans l'éducation des jeunes gens de condition.
Vous fçavez , M. qu'il fuffit à de jeunes
Seigneurs
MARS. 1743
455
Seigneurs d'entendre bien les Auteurs Latins,
qui peuvent leur apprendre ce qui s'eſt fait
dans le Monde pendant les Siécles paffés , où
ils puiffent trouver , avec des fentimens conformes
à leur condition, des maximes de prudence
convenables à leur état , & de quoi fe
defennuyer à l'Armée ou dans d'autres Emplois
, aux heures de loifir. Vous fçavez encore
que quiconque entend bien Tite- Live ,
Virgile & d'autres bons Auteurs , poffede à
fond une Langue morte, telle que la Latine.
Ainfi la voye la plus courte pour apprendre
une Langue , c'eft de commencer dès le bas
âge à faire expliquer les Auteurs dans un ordre
qui ait rapport à quelque Plan de l'Hiſtoire
Univerſelle , où les Faits foient rangés dans
l'ordre le plus clair & le plus méthodique
qu'il foit poffible ; il faut paffer des abregés
les plus aifés à expliquer , aux Auteurs plus
étendus; celui par lequel on peut commencer ,
eft le petit Catéchifine Latin de Fleury, ou le
petit Livre intitulé Selecta è veteri Teftamento,
& c. ou d'autres, tels qu'on voudra les choifir,
puis fucceffivement Turfelin , Juftin, Hiftoire
Univerfelle plus étendue que la précedente ,
Cornelius Nepos , Quinte- Curce ; Patercu-
Jus; Jules- Cefar , & à mefure que l'Enfant
fe fortifie , Tite-Live , Tacite ; en un mot le
choix dépend du difcernement des Maîtres,
Voila , M. pour les Auteurs Latins ; cependant
456 MERCURE DE FRANCE
pendant on peut faire lire en François l'Hif
toire Ancienne de M. Kollin , in- 4°. avec
des Cartes ; les Révolutions de l'Empire Romain
de M. de Vertot ; une Traduction de
l'Hiftoire Romaine de Laurent Echard , par
M. l'Abbé Desfontaines ; tous ces Livres font
fort bien écrits en notre Langue ; il faut en
lire ce qui a rapport avec ce qu'on voit dans
les Auteurs Latins , & après cette lecture
qui doit être comme une efpece de récréa
tion , plûtôt qu'une étude férieuſe , on ded
mande compte aux Eleves de ce que leur
mémoire pourra fupporter, fans les fatiguer
on leur fuggére les expreffions & les façons
de parler qui ne leur font pas familiéres.
Pour la Géographie ancienne , il faut avoir
les Cartes de M. de l'Ifle , qui font , l'Empire
Romain , les Conquêtes d'Alexandre le
Grand , les Gaules ; l'Italie ancienne , la
Grece ancienne , & fe fervir de celles qui fe
trouvent dans les Auteurs Latins , dont il
faut avoir les plus belles Editions , avec des
Cartes.
Il faut même avoir des Eftampes des Faits
les plus mémorables de l'Hiftoire Sacrée &
Profane , où font repréſentées quantité de
chofes dont ils ne pourroient pas avoir des
idées , fi on ne les leur mettoit fous les yeux ;
comme certaines Armures , certains Habillemens
, Vafes , Chariots , Inftrumens de
guerre a
MARS. 1743 457
guerre , Navires à l'ufage de differens peu
ples &c, Il feroit même à propos que toutes
ces Eftampes fullent rangées par ordre dans
un Porte-feuille , ou réliées enſemble , &
qu'on ne les fit voir aux Enfans , que comme
une recompenfe, ou à mefure qu'on expliqueroit
quelque paffage des Auteurs . Voilà , M.
tout l'apareil que vous fçavez qu'il faut pour
apprendre les Langues par l'Hiftoire , &
'Hiftoire par les Langues.
,
Quant à la pratique , voici pour les diffe
rens âges comme il faut montrer les Langues.
Sitôt qu'un Enfant fait lire , on prend
un des Livres que je viens de citer , & on
l'explique , en faisant la conftruction &
en repetant le mot Latin , & fa fignification
françoife la plus propre qu'il eft poffible ;
puis on le fait encore repeter à l'Eleve & on
lui redit tous les mots dont il ne fe fouvient
pas,fans s'embarraffer d'abord s'il les retient
parce que la mémoire eſt comme un´toile
fur laquelle il faut fouvent paffer le pinceau ,
pour lui faire prendre couleur. Il eft de fait ,
comme j'ai déja eû l'honneur de vous dire ,
qu'il retient d'abord en peu de tems , tous
les indéclinables de cette Langue , puis la
fignification des mots qui approchent le plus
de la nôtre.
Quand il fait affés bien la conftruction
d'un petit Auteur tel le Cathechifme Hif que
torique
458 MERCURE DE FRANCE
terique , & lorfqu'il entend déja plufieurs
mots ; qu'il fent ce que c'eft qu'un nom ,
un verbe &c. quoiqu'il ne puiffe pas en donner
de definition , ( ce qu'on connoît quand
il va les prendre où ils font dans la phraſe
pour les placer où il faut dans la conftruction
) il faut alors lui apprendre à décliner
& à conjuguer , fans difcontinuer l'explication
d'un certain nombre de lignes par jour ;
puis , après l'explication , lui faire décliner
& conjuguer fur l'Auteur , les tems des verbes
qui le préfentent & les noms jufqu'aux
cas où ils font , fans l'embarraffer encore des
régles de la fyntaxe , qui font pour la plûpart
, finon des raiſonnemens fort défectucux
, au moins hors de la portée d'un âge
encore tendre.
Après qu'on s'eft affûré qu'il poffede les
premiers Elémens , il ne faut plus lui en
parler que rarement , mais continuer toujours
d'expliquer deux ou trois heures par
jour , à plufieurs repriſes , & pour ne point
fatiguer l'Eléve & pour laiffer du teinps à
d'autres occupations dont je parlerai dans la
fuite on continue cet exercice jufqu'à ce
qu'il puiffe affés bien expliquer un Auteur
tel que Juftin ; cependant fi l'Eléve fçait former
fes lettres , il faut lui donner chaque
jour environ vingt lignes , plus ou moins
à traduire foir & matin. On lui fait lailler fur
:
fon
MARS. 1743. 459
fon brouillon de l'efpace entre-ligne , pour
corriger les fautes d'Ortographe , mais fans
reprimande , il faut fe contenter de les lui
faire remarquer ; puis il tranſcrit au net fur
un cayer relié , en ſuivant un moyen caractére,
on a l'attention de lui faire feparer fes mots
& de lui faire former fes lettres lifiblement.
Il arrivera qu'infenfiblement tout fon Auteur
ſe trouvera traduit de fuite. Cependant
l'explication faite de vive voix doit aller bien.
plus vite , que la verfion faite par écrit ,
mais quand on donne à l'Eléve ce devoir à
faire , il faut le lui faire repeter. Si dans cette
efpece de tâche , il fe trouve quelque verbe
à des tems indirects , par exemple tuliffet
venerit &c. on lui dit d'où cela vient & on lui
fait écrire fur un petit cayer de fept ou huit
feuillets , où les préterits & fupins des verbes
les plus irréguliers fe trouveront peu à peu
raffemblés ; afin que quand il écrit fa verfion
il puiffe chercher les mots dont il ne fe fouvient
pas , & il ne doit fe fervir de Dictionnaire
que dans cette occafion , ou lorfque
le Maître le laifle travailler feul , car il faut
toujours qu'il explique fans préparation ; le
Maître l'aide alors beaucoup mieux qu'un
Dictionnaire , où fouvent entre plufieurs
fignifications , il prend la moins propre..
Enfin après la verfion faite , corrigée &
tranfcrite , c'eft fur le traitHiftorique , qu'elle
C renferme
460 ME
renferme , que fe fait la leçon d'Hiftoire &
de Géographies quand il s'y trouve quelque
nom de Ville ou de Pays , il faut que le Maître
les lui montre fur la Carte & lui en faffe
remarquer la fituation & le contour, afin qu'il
s'imprime dans l'imagination la place où fe
trouve ce Pays fur la Carte , en faifant com
paraifon de la Géographie ancienne avec la
moderne telle Province , par exemple , qui
s'appelloit autrefois le Peloponéfe , s'appelle
aujourd'hui la Morée : voilà une Prefqu'Iſle
un Golfe , un Promontoire &c.
-Lorfqu'un Eléve entend paffablement bien
fes Auteurs & qu'il en fçait la Géographie, on
peut alors chemin faifant , lui faire obferver
la Syntaxe de vive voix , en lui donnant les
régles les plus courtes qu'il fera poffible
mais felon quelle méthode ? Je n'en fçais rien,
car je vous avouë , M, que le choix de la
meilleure n'eft pas aifé à faire. Cependant il
ne fera pas fi difficile à un Enfant qui fçait
prefque la Langue , d'en comprendre les régles,
&'il n'en fera peut- être pas fi rebuté : du
moins elles ne lui gâteront pas l'efprit , comme
il arrive , quand on commence par elles.
D'ailleurs on s'apperçoit aifément que l'intelligence
de fes Auteurs & ce qu'il fçait de
l'Hiftoire , en lui donnant une infinité d'idées
, ont imperceptiblement formé fon jugement
, par une quantité de petits raiſonnemens
MAK 3. 1743. 461
nemens qu'il a occafion de faire en lui même
fans aucun effort d'efprit.
Permettez -moi de vous dire , M. que cette
méthode eſt ſi naturelle , qu'on s'apperçoit
bientôt de l'accroiffement de la raiſon ;
une occupation n'eft jamais traversée par
l'autre , parce qu'elles fe fuccedent dans un
ordre naturel & conforme à la perception
des idées ; de forte que l'efprit n'est jamais
diftrait , ni appliqué à trop de chofes à la
fois il quitte une chofe , dont il eft déja en
poffeffion , pour paffer à une autre connoiffance
qu'il recherche , & cela d'une manière
foutenue & uniforme , ce qu'il faut abfolument
pour l'étude des Langues , de l'Hiſtoire
&c. On peut ménager le tems comme l'on
veut ; anticiper aujourd'hui fur le devoir de
demain , ou réſerver au jour fuivant ce qu'on
n'a pas pu faire le précédent. Je n'apporte
point une infinité de raifons que vous fentez
beaucoup mieux que moi . Je me propo
fe, puifque vous mel'ordonnez , de vous parler
dans la Lettre fuivante des premiers Elemens
du Deffein , des Fortifications , de la
Géometrie & de l'Hiftoire moderne , qu'on
doit apprendre aux Enfans de Condition . Je
voudrois pouvoir vous témoigner par - là jufqu'où
vont le zéle & le refpect avec lefquels
j'ai l'honneur d'être , M. Votre & c.
C ij
EPITRE
462 MERCURE DE FRANCE
EPITRE
Ecrite de Cabris en Provence , à M. Boule ,
Profeffeur de Rhétorique au College de
Villefranche en Beaujolois,
E Nfant gâté de la Nature ,
Efprit brillant , folide , enjoüé , vertueux ,
A qui les Graces fans meſure ,
Ont prodigué leurs dons heureux ;
BOULE , fi le Dieu de la Lyre
Qui te dévoile fes trésors ,
Te voit dans tes divins tranſports
Des plus brillantes fleurs femer fon docte Empire,
Daigneras- tu jetter les yeux fur ce Tableau
Des ennuis dévorans , qui me rongent fans ceffe ?
Si du fort fatal qui me preffe
Je parois fupporter foiblement le fardeau ,
Il faut t'en prendre à la tendreſſe
Que mon coeur gardera pour toi juſqu'au tom
beau.
Lorfqu'autrefois , dans ma verve inſenſée ,
Des fuperbes Cités je frondois le cahos ,
Et
que d'un paisible repos
J'entretenois fans ceffe ma pensée >
Je
M. AR S. 463 1743 .
Je n'avois point encor reffenti les horreurs
Que préfente la folitude
J'ignorois combien il eſt rude
De ne chercher qu'en foi de folides douceurs ;
Ou dans ces immortels Ouvrages ,
Avoüés par le Dieu du goût ,
Et que jufques aux derniers âges ,
On verra reproduits partout .
Quand vers une ingrate Patrie
Un Deftin rigoureux vint conduire mes pas ;
Je prévis les ennuis qui noirciroient ma vie ,
Mon ame cependant ne s'en allarma pas ;
Sur ma fuprême indifference ,
Dont tant de fois j'éprouvai le fecours ,
Et fur ma douce nonchalance
:
J'olai fonder le bonheur de mes jours.
Tandis que l'aveugle Fortune
Verſe fur nous fes bienfaits précieux ,
d'un fort injurieux
Et que
Elle écarte de nous la rigueur importune ,
D'une fiére ftoïcité
Nous étalons les farouches maximes ,
Et dans nos emphatiques rimes ,
Qui dégradent l'humanité ,
Nous traitons de pufillanimes
Ces coeurs où des objets tendres & légitimes
Lumpriment juftement la fenfibilité .
€ iij
Ma
464 MERCURE DE FRANCE
Mais enfin l'amitié fincere
Trahit ces fentimens dans pos moindres revers,
Et comme une vapeur légere ,
Ils s'évaporent dans les airs.
Souvent tranſporté par les fonges
Sur les bords de la Saône , à mon coeur toujours
chers ,
Dans l'erreur des riants menfonges
Je puife des plaiſirs divers ;
Mais ces plaifirs ne font qu'une belle peinture ;
Trop fenfible aux maux que j'endure ,
Je ne fçais fentir que mes fers.
Ici ces verds Côteaux , où bravant les hyvers
Les Oliviers confervent leur verdure ,
Ces Prés qu'arrofe une Onde pure ,
Et que l'on voit toujours de vives fleurs couverts ,
Ces Jardins où les Orangers
Flattent l'odorat & la vûë ,
N'ont pour moi rien de gracieux ;
En vain de mille attraits cette terre eſt pourvûë ;
Tout gliffe fur mes fens ; rien ne frappe mes yeux ;
De tant de beaux objets trop foiblement émuë
Mon ame ailleurs porte fes voeux.
Aux charmes de la rêverie ,
Errant fur ces gazons fleuris ,
Si je veux livrer mes efprits
Dans une noire létargie ,
Ms
MARS 1743. 465
Ils languiffent enfévelis .
Si je veux dans le fein de ma Philofophie
Chercher à mes foucis quelque foulagement ,
A ma fombre langueur je la vois affervie ;
Que pourroit- elle, hélas contre le fentiment t
En vain le Dieu qui répand la lumiere ,
Monté fur fon Char radieux ,
Chaque matin , à ma foible paupiere
Vient préfenter l'éclat d'un jour délicieux ;
Des froids dégoûts de ma trifteffe
Pourroit-il fuspendre le cours ?
Des doux plaifirs la troupe enchantereffe
A feule droit d'annoncer les beaux jours .
Ami , je me flattois qu'aux bords de l'Hypocrêne
Je cueillerois toujours quelques nouvelles fleurs,
Et que pour adoucir ma peine ,
Ma Mufe y formeroit des accords enchanteurs ;
Phébus & fa docte neuvaine
Semblent me refufer leurs fublimes faveurs.
Pour toi , dont la Mufe docile
Se promene à ſon gré dans le facré Valon ,
Et qui toujours en chants fertile ,
De quelque Phénomene éclaire l'Hélicon ,
Par la flatteufe mélodie
De tes Concerts harmonieux
Viens charmer la mélancolie
Qui répand dans mon coeur les poiſons odieux ;
Cij
Es
466 MERCURE DE FRANCE
En attendant ce jour marqué par l'allegreffe ,
Où le Deftin me r'ouvre un chemin vers les lieux
Où l'on te voit enchaîner la fageffe ,
Au Char brillant des Ris , des Plaifiis & des Jeux.
Par M. Vidal , après fon retour de Lyon
à Cabris.
ttt ttut
DISCOURS fur l'Emulation.
L. A lecture de l'Hiftoire Ancienne , qui
nous préfente à chaque pas des prodiges
de valeur & de générofité. Les reflexions
que j'ai faites fur le Siécle où nous vivons
qui n'eft ni moins fertile en Héros , ni
moins digne de notre admiration , m'ont
porté à rechercher la caufe & le principe de
I'Heroïfme .
Dans une Queſtion fi problématique il
eft dangereux de hazarder fon fentiment ;
auffi je ne propofe pas le mien comme une
décision à laquelle on doive fe foumettre
aveuglément , mais comme une opinion qui
eft foutenue par des preuves plaufibles &
vraisemblables .
Je dis que l'Emulation , ou ce genereux
fentiment du coeur , qu porte l'homme aux
grandes chofes & à rencherir fur les exemples
ples dont il eft environné , eft précisément
ce qui fait le Héros .
>
Je conviens que tout homme apporte en
naiffant de certaines difpofitions interieures
qui le rendent plus ou mois fufceptible de
bonnes ou de mauvaiſes qualités ; je conviens
que l'Education influë fur la deftinée
des hommes ; que la plupart des vices &
des vertus morales en font le fruit , mais je
foutiens qu'elle ne peut produire que des
fruits médiocres & imparfaits , & elle n'eft
fecondée de l'Emulation ; un Auteur mo-
>> derne dit que celui qui eft infenfible à fa
» voix , de quelques talens qu'il foit doué
ne peut être qu'une efpéce de machine
mal organifée , incapable de tout bien &
» fouvent à charge à lui même..
"
ji
L'amour propre produit quelquefois dans
l'homme des effets extraordinaires ; il eft
même affés puiffant pour le faire fortir de
fon temperamment ; je lui attribuerois volontiers
la gloire de le faire parvenir à ce
haut degré , qui fait le Héros , s'il étoit descaufes
mauvaiſes dans leur principe , quii
puffent produire des effets loüables , & fr
fon incertitude dans fes projets , fon inconf
-tance dans fes réfolutions , & fes fréquens
écarts dans la route de la véritable gloire ,,
-ne nous invitoient pas à en chercher une
fource moins équivoque,
Cv Riom
+
468 MERCURE DE FRANCE
Rien de pareil ne fe préfente dans l'idée
de l'Emulation ; elle eft moins hardie , moins
entreprenante , mais plus reglée dans fes défirs
, plus prudente dan fa conduite , plus
modefte dans le fuccès. L'amour propre, plein
de lui même , m'prife tout ce qui lui eſt
étranger , & ne jette les yeux fur les belles
actions des autres , que pour en défigurer la
beauté & en ternir l'éclat . L'Emulation
femblable à l'Abeille , qui pour compofer
fon miel , parcourt toutes les fleurs dont la
Terre eft émaillée , confidére les grands.
exemples pour en profiter ; elle nous fait
toujours croire imparfaits ; l'amour propre
nous fuggére qu'il n'y a de bon que ce
que nous fommes & ce que nous operons.
Alexandre , guidé par l'r mulation , prend les
armes pour étendre les limites de fon Empire
, & préfere la mort à la honte d'être
vaincu . Alexandre, enyvré de fon amour propre,
méconnoît fa véritable naiffance & cherche
fon origine dans les Cieux.
L'objet de l'Emulation eft la perfection du
coeur , plûtôt que l'ornement de l'efprit ;
moins jaloufe d'une grande réputation que
d'en foutenir l'éclat avec dignité , elle s'attache
uniquement à remplir les devoirs de
fa profeflion ; peu fenfible à cette confidération
qui naît du droit de décider du fort
des autres hommes , elle n'a en vûë , dans
la
MARS. 1743 469
la Magiftrature , que le folide avantage de
défendre l'innocence & la vérité , contre
l'oppreffion & la calomnie , d'affûrer la paix
& le repos dans les familles & de prévenir
les differends que la mauvaife foi pourroit
un jour fufciter , peu touchée de la grandeur
imaginaire , d'avoir une Cour nombreuſe &
d'y recevoir des hommages qui s'adreffent .
plûtôt à la fortune qu'à la perfonne , elle n'envifage
dans le pofte éclatant qu'elle recherche
, que la gloire d'être utile à l'Etat , & la
douceur de fecourir des malheureux , de
foutenir des familles affligées & de faire tomber
les graces fur ceux qui en font les plus
dignes,
Dans l'enfance même , cet âge fi tendre
qui n'eft pas encore fufceptible de fentimens
purs & défintereffés , dans cet âge où le juge
ment n'eft pas allés formé pour aimer le bien
par lui-même,dans cet âge où il faut quelque
chofe de plus fenfible que les attraits de la vertu
pour nous porter à la rechercher l'Emula
tion produit des effets merveilleux , elle éleve
, elle excite le courage du jeune Athlete
& foutient fes efforts par l'exemple , par la
Louange ou par la récompenfe: Alexandre encore
enfant répand des larmes jalouſes de la
gloire de fon pere ; le jeune Cefar en voyant
La Statue de ce Conquerant , conçoit la nouvelle
réfolution de parvenir à l'Empire du
monde. C vj
C'eftt
470 MERCURE DE FRANCE
C'est l'Emulation qui anima fi long tems
les Romains , & qui faifoit que les efprits fe
portoient avec je ne fçais quoi de vif & d'induftrieux
aux grandes chofes . C'eſt à l'Emulation
qu'ils ont dû la défaite d'Annibal , l'abaiffement
d'Antiochus , la conquête & l'affu
jetiffement de tous les Grecs. C'eft l'Emulation
qui porta la République Romaine à
ce haut point de gloire où elle faifoit l'admira
tion de tout l'Univers . Les Rois defcendoient
de leurs Trônes pour venir implorer fa protection
, & s'eftimoient fort honorés d'obtenir
du Sénat la qualité de Citoyens Romains.
Enfin l'Emulation eft la même de nos
jours qu'elle fût de tous les tems ; elle eſt
toujours ce même fenriment genereux , qui
rend pour ainfi dire l'ame feconde , & la porte
fouvent au- deflus de ce qu'elle admire ;
elle a produit dans notre Siècle des illuftres
imitateurs des Anciens , qui ont facrifié
avec la même generofité leurs jours & leur
repos pour le bien de l'Etat & la gloire de
leur Patrie.
24
G. B..... d'Aups.
EPITRE
MARS. 1743
471
EPITRE
A M. de.... en lui envoyant un Livre Anglois..
ΑνU milieu de mes Soliloques ,
Je voudrois bien fçavoir pourquoi
Les Elprits du meilleur aloi
Sont fi rarement univoques..
Ils cherchent tous la vérité ,
( Refrain de tout tems repeté , )
Et craignent pourtant la rencontre ;
Quand par hazard elle fe montre ,
L'Erreur est toujours à côté ,
Qui , profitant du voisinage ,
Prend tous les traits de fon viſage ,
Et trompe fi bien les plus fins ,
Qu'elle les rend tous Calotins ;
La Raifon même eft prefque folle
Au milieu des opinions ;
Souvent elle n'a pour bouffole
Que le feu de nos paffions..
De -là naiffent tant de Syftêmes ,
Où l'efprit , duppé par le coeur,
Sans crainte , ofe mettre en problême
Notre existence & fon Auteur ;
L'orgueil enfante ces prodiges ;
Le
472 MERCURE DE FRANCE
Le libertinage applaudit ,
Et ces miférables vertiges
Sont la marque du bel efprit.
Loin de moi la funefte gloire
D'être bel efprit à ce prix ;
J'aime mieux adorer & croire
Quand je devrois être compris.
Par cette Secte témeraire
Au rang du ftupide vulgaire ,
Et j'eftime mieux fon mépris.
Que l'ambition de lui plaire ;.
Quand d'un scepticiſme fenfé
Un galant homme fait uſage ,
J'en reconnois bien l'avantage ,
Et j'en ai quelquefois ulé .
Mais ainfi que dans la carrière
Un fage Ecuyer tend la main ,
Sans cependant ôter le frein
D'un jeune Cheval témeraire ;
Des préjugés trop impolans
Ainfi l'on peut brifer les chaînes ,
Sans cependant quitter les rênes
De la raifon & du bon fens.
Toi , qui dans la route oblique
Des nouvelles opinions
Diftingues le problematique
Des véritables notions ,
>
Ph.
MARS.
1743 473
Ph .... je t'adreffe un Livre ,
Dont les argumens tortueux
Ne nous difpenfent pas de vivre
Comme toi , bons & vertueux.
Parfon T. H. S. de Bonneval.
akakakakakakakakakakakakakakak
AVERTISSEMENT au sujet des
Eaux de Pongues.
L ·
E Roi ayant accordé des Lettres de
Confeiller Médécin Ordinaire de
S. M. & Intendant des Eaux Minerales &
Fontaines Médicinales de Pongues , en Nivernois
, à M. de la Ruë , Médecin de la Ville
de Nevers , à la charge de voir de foigner
Les Pauvres gratuitement pendant qu'ils uferont
defdites Eaux ; ce Médecin pour remplir
dignement les intentions de S. M. annonce
au Public que tous les Pauvres qui fe
présenteront à Pougues pour y prendre les
Eaux , y trouverront auffi les Remédes néceffaires
à leurs maux pendant l'ufage de ces.
Eaux , qui leur feront adminiftrés gratuite
ment & fort exactement , fous fa direction
par une perfonne capable : & afin 'que l'on
ne puiffe point lui en impofer par une pauvreté
feinte , il exige que ces Pauvres fe précautionnent
T / T
cautionnent chacun d'un Certificat de pauz
vreté , figné de leur Curé & légalife du Ju
ge des Lieux.
On a parlé des vertus des Eaux Mine
rales de Pougues dans le premier Volu
me du Mercure du mois de Decembre dernier
, page 2716. On a cependant oublié d'a➡
jouter que l'expérience fouvent réiterée , a
appris que ces Eaux étoient encore très efficaces
pour guérir le Flux immodéré des Hémoroïdes
, les Pertes de Sang des femmes , les
Rhumatismes les plus opiniâtres , provenant
d'humeurs chaudes & extrêmément âcres ;
ces Eaux en ont guéri un de cette eſpèce en
1712. que l'ufage des Eaux chaudes avoit
rendu plus rebelle & fi cruel que le malade en
étoit devenu entierement courbé ; elles font
auffi excellentes pour combatre les maladies de
Ia Peau & pour guérir les maladies Secrettes ,
pourvû néanmoins que les Eaux foient atdées
dans leurs opérations & prifes avec méthode.
119
M. de la Rue tire des Sels de ces mêmes
Eaux pour les rendre plus actives & moins
fufceptibles d'alteration dans le tranfport . H
avertit que pour la fidelité & la fincerité de
ce tranfport , dans lequel il s'eft commis
beaucoup d'infidelités au grand préjudice
des malades , on ne diftribuera plus aucunes
bouteilles de ces Eaux , qu'elles ne foient
exactement
MARS:
475 17437
exactement bouchées de Liege au bouillon
de la Fontaine , coëffées de Peau ou de Par
chemin , ficellées & cachetées en Cire d'Efpagne
rouge du Cachet de M. le Premier
Médecin du Roi , portant autour de l'Ecuffon
ces mots , Eaux Minerales de Pougues
naturelles , pour les Eaux fimples de la Fontaine
; & pour celles où on aura ajouté les
Sels , il y aura plus actives.
On donnera encore pour plus grande fûreté
des Certificats imprimés, dattés & fignés
du Fontainier , qui contiendront le nombre
des Bouteilles qui auront été .par lui délivrées
, le nom de celui pour qui on les aura
livrées , le prix de chaque Bouteille d'Eau ,
ou fimple de la Fontaine , ou renduë plus ac
tive par l'addition des Sels analogues à leur
principe , & enfin qui feront mention de la
façon dont ces Bouteilles auront été condi
tionnées , avant que de les délivrer aux Voituriers
, au moyen de quoi on efpere que les:
malades qui auront recours aux Eaux Minerales
de Pougues , en reffentiront les effets
falutaires qu'elles produifent toujours , lorf
qu'elles font diftribuées fidellement à la bon
ne Source , & fagement adminiftrées.
Quoique ces Eaux naturelles puiffent ſouffrir
le tranſport , fans perdre leur vertu Minerale
, & encore mieux lorfqu'on les a rendû
plus actives par les Sels Mineraux nouvellement
476 MERCURE DE FRANCE
vellement découverts , il faut néanmoins
convenir qu'elles feront toujours plus efficaces
bues à leur Source ; on n'a travaillé à en
faciliter le tranſport , que pour ceux qui ne
pourront abfolument pas fe rendre fur les
Lieux.
Le prix des Bouteilles de Verre, contenant
une pinte d'Eau fimple de la Fontaine exactement
bouchées , coëffées , ficellées & cachetées
, eft fixé à vingt - quatre deniers , & à
vingt-cinq fols pour celles où feront les Sels
Mineraux , non compris les Bouteilles . Ces
prix font marqués fur les Cachets appofés
fur les Bouteilles.
On diftribuera fur les Lieux des Mémoires
inftructifs pour l'ufage des Eaux où l'on aura
ajouté ces Sels.
A

SIMIUS ET FELES
FABUL A.
Stabant hinc inde foco , gens improba , Feles ,
Fataque mille dolis , & Simius , arte magiftrâ .
Caftaneas avidi medioque fub igne latentem
Pradam explorabant , ambo improbitate gemelli ,
Ambo pares ftudiis & multis fraudibus ambo.
Forte abiit coquus , eximia mera fola rapina.
Prada
MAR S.. 1743 477
Prada placet : nova furta placent : ardentque fepultas
Fomite in ardenti , melius fepelire fub atvo .
Nunc opus arte foror , prior infit fimius : aufu
Nunc opus haud magni res eft , mihi crede, laboris.
Eià age fi noftra genti ingeniofa dediffet
Quos natura tibi male prodiga prabuit ungues,
Egregiam raperem , brevis eft via , fomite pradam.
Simius hac feli : dictis mora nulla ; minaces
Admovet adflammas fceleratam provide dextram ,
Et natos furtis digitos remouetque repente
Stridula, & ambuftos , dolor admonet ; excutit ungues,
Mirum ut follicitos greſſus oculosque retorquens ,
Scalpit humum pedibus , frendens ut murmure rauco
Ringitur , aft animos dedit ira : miferrima feles
Fert iterum ad flammam iratos audacior ungues
Jamque moras cinerum fenfim difpergit, avara ,
Prada tota inhians, inimicos amovet ignes :
Itque reditque viam, dextrâ tandemque retracta
Caftaneam retrahit victrix ; mox altera furtim,
Dein plures medio revoluta ex igne fequuntur.
Gaudet ovans animi feles : jamque ipfa fagacem
Se ftupet, tanto fibi plaudit acumine mentis,
Intereà raptas vaftâ excipiebat in alvo
Securus flamma , & prada gaudebat inempta
Simius ; ac crepitant tepido fub dente tenaces
Caftanea : feli labor eripuiſſe : morantes
Merfiffe horrendo tibi, fimie, ventris in antro,
His
478 MERCURE DE FRANCE
Hic tibi fide comes , tuus hic labor ; ecce repente
Importuna reditfamulorum turba : remotos
Mirantur cineres : fubitas coquus ardet in iras ;
Torremque arripiens , nova tela, per atria quarit
Raptores , meditansque necem divifque Jovique
Devovet invifam flygio , par nobile , prolem.
Tutus uterque fugit , fed non contentus uterque ,;
Hic bene pranfus abit : fugit altera, nonfibi raptam
Pradam refpiciens ; ftultis male credula dictis .
De Lugny du Quefne.
DISSERTATION fur la manière de
connoître la hauteur de l'Atmosphere.
Scette matière liquide & tranſparente
Ous le nom d'Atmoſphere on entend
qui environne le Globe Terreftre. Ce fluide
eft divifé en trois Régions : La Baffe , la
Moyenne & la Haute : La Baffe eft celle que
nous habitons , dans laquelle volent les Oifeaux
, & qui eft chargée de vapeurs &
d'exhalaifons . La Moyenne fe prend depuis
la Cime des Montagnes , juſqu'à la Baſſe Région
d'air que nous refpirons ; c'eſt là que fe
forment les Orages , les Nüées , le Tonnese
& tous les autres Méteores. La Haute enfin.
s'étend depuis la derniere fuperficie de la
Balle
MARS. 1743. 479
Baffe Région jufqu'à la Matiére Etherée, de
laquelle elle differe en ce que les Régions
de la Lune & des Etoiles , entrant dans la
matiére Etherée , n'y fouffrent aucune refrac
tion , puifque ces Aftres nagent dans cette
même Matiére , & que la refraction ne vient,
que lorsqu'un Rayon paffe d'un milieu dans
un autre, où il trouve plus ou moins de ré
fiftance.
Cette diverfité de Régions tire fon origine
de l'équilibre & des principes d'Hydroftatique
, felon lefquels les Corps plus
pefans qu'un pareil Volume de liquide d'Eau,
par exemple , va au fond , le plus leger furnage
& gagne le haut ; celui qui eft d'égale
pefanteur garde la place qu'on lui a donnée ,
comme la Cire qui demeure en quelque endroit
de l'eau qu'on la pofe ; c'eft l'équilibre,
dis-je , qui fait que chaque partie des fluides
s'arrange au lieu qui lui convient.
D'où il fuit évidemment que l'Air le plus
groffier eft celui qui eft le plus voifin de la
Terre. Plus au contraire il s'approche du Firmament
, plus il eft leger , plus il eft fubtil ,
& par conféquent moins il eft chargé de vapeurs
& d'exhalaifons , de forte que la fuprê
me Région aura pour terme celui de l'Acmoſphere
.
Rien ne paroît plus digne de piquer la cu
riofité de l'homme, que le défir de connoître
jufqu'où
450 MERCURE DE FRANCE
jufqu'où s'étend fon domaine fur les chofes
d'ici- bas ; connoiffance qu'il ne peut acquezir
, fans fçavoir quelle eft l'élevation de
l'Atmoſphere.
Pour y parvenir , on s'eft fervi jufques ici
de deux méthodes auffi fauffes l'une que l'autre.
La premiére eft la durée des Crepufcules ,
la feconde eft la differente fufpenfion du
Mercure dans le Tube de Toricelle , plus on
s'éloigne de la Terre. Je m'explique.
que
L'Auteur de la Nature a tellement difpofé
le Fluide qui environne la Terre , & a mis
une telle proportion entre l'Air & la Lumiére
dont ce Fluide eft penétré , que lorfque
les Rayons tombent perpendiculairement
fur la fuperficie du Globe Terreftre ,
ils ne fouffrent point de réfraction , c'eſt - àdire
leur direction n'eft aucunement
changée , mais au contraire s'ils entrent
obliquement dans l'Atmoſphere qui leur refifte
d'avantage à caufe de leur oblicité , alors
ils font obligés de changer de direction &
de fe courber tellement , qu'au lieu de venir
en ligne droite à la Terre , ce qui arriveroit
fi la maffe d'Air n'y mettoit obftacle , ils paffent
pour la plûpart à côté du Globe Terreftre
.
A mefure que le Soleil baiffe fur l'Horifes
Rayons tombent dans une fuperficie
de l'Atmoſphere plus élevée ; par exemzon
,
ple ,
MARS. 1743. 485
ple , fi le Soleil eft à un dégré au deffous de
' Horizon , fes Rayons parviennent à une
fuperficie plus haute d'une lieue & ainfi du
refte ; où vous remarquerez que l'Air ceffe
de nous renvoyer les Rayons lorfque le Soleil
eft à 18. degrés de profondeur fous l'Horizon
, parce que les Rayons ont tant fouffert
, & de réfractions & des réflexions ;
>
qu'ils ne peuvent plus être renvoyés à notre
fervice.
Voilà ce qui forme le Crepufcule dont
tout le genre humain retire de fi grands avantages,&
plus particuliérement encore ceux qui
habitent fous les Pôles, qui , comme le remarque
fort judicieufement M. Pluche , pendant
fix mois vivroient dans une affreufe obfcurité,
fi la Divine Providence les en avoit privés.
il
C'eft delà que plufieurs Philofophes ont
youlu borner notre Atmosphére à 18. lieuës
d'élevation , puifque les Rayons ne font plus
renvoyés , lorfque le Pere du jour eft de 18 .
dégrés au- deffous de notre Horizon , & que
par des obfervations à chaque dégré plus bas,
envoye fes Rayons à une fuperficie éloignée
de la furface de la Terre d'une lieuë ;
mais qu'il me foit permis de dire que de
ce principe on peut conclure feulement
que l'Air quiréflechit la Lumiére s'étend juf
ques à 18. lieues de haut , & non pas l'Armoſphere
en géneral, car nous démontrerons
dans
482 MERCURE DE ERANCE
dans la fuite qu'elle a au moins 200. lieuës
d'étendue. D'ailleurs , n'eft- il pas probable
qu'il y a un Air fubtil , qui n'étant chargé
que de très peu de Globules durs , n'eſt pas
propre à réflechir la Lumiére , & qui par conféquent
lui laiffe un libre paffage ? Conjectu
re qui s'accorde avec les Syftêmes & les Obfervations
Philofophiques , par lesquelles il
confte que l'Air le plus éloigné de la Terre
a moins de denfité , & par conféquent qu'il
cft moins propre à réflechir la Lumiére .
Les Crepufcules ne font donc pas un
moyen dont on puiffe fûrement fe fervir
pour connoître jufqu'où s'étend notre Atmofphére.
Pour s'en convaincre , il n'y a qu'à jetter
les yeux fur le Chap. 9. du Liv. 3. de l'Hif
toire des Indes du P. d'Acoſta , qui rapporte
qu'étant parvenu à un endroit fort éle
vé de la Montagne de Pariacata , qui eft -
tuée au Perou , il fe fentit tout à coup faili
d'un étourdiffement , qu'enfuite il eut des
vomiffemens prefque continu : ls pendant
trois heures environ , jufqu'à ce qu'il fût arrivé
à un Lieu de la Montagne moins éloigné
du Centre de la Terre. Or d'où cela
peut-il provenir , finon parce que l'Air audeffus
de la Montagne , étoit trop fubtile
pour fomenter la chaleur & le retour des
Poumons ?
La
MAKS. 1743 .
483
La feconde Méthode , quoique plus ufitée
que la premiére , n'en eft pas pour cela moins
fauffe. Perfonne n'ignore que Toricelle fût
le premier qui ait découvert la pefanteur
de l'Air , qu'il infera de ce que l'eau demeuroit
fufpendue dans les Pompes jufques à 32 .
pieds de haut , fans monter d'avantage .
Galilée ayant été lui - même témoin de
l'expérience , répondit froidement que la
Nature n'avoit horreur du vuide que jufques
à 32. pieds , mais le difciple, plus éclairé que
fon maître,jugea que cette horreur du vuide
n'étoit qu'un jargon Philofophique , dont
nos Ancêtres n'ayant pû comprendre les admirables
effets de l'Air , s'étoient fervi pour
cacher aux yeux du Vulgaire leur ignorance
fous des termes pompeux , fexquipedalia verba
, qui ne découvrent à l'efprit que l'orgueil
& le de lumière de ceux qui y ont
recours.
peu
En effet qu'est ce que la Nature ? C'eſt un
mot vague , vox fine re ; pourquoi cette Natare
auroit - elle eu plus horreur du vuide
dans un tems ferain que dans un tems pluvieux
Pourquoi aujourd'hui n'a t'elle horreur
du vuide que de 30. pieds , tandis qu'hier ,
elle en avoit horreur jufques à 35. puifque ·
l'Eau dans les Pompes s'éleve tantôt jufquesà
30. pieds , & tantôt juſques à 35 ?
Toricelle done forme la réſolution d'affer-
D mir
484 MERCURE DE FRANCE
mir fon Sentiment par des nouvelles expériences
; il prend un Tube de Verre hermé
tiquement fermé d'un côté , haut de 3. pieds,
dont l'ouverture eft environ de 4. lignes ;
après l'avoir rempli d'Hidrargire , & en ayant
bouché l'Orifice avec le doigt , il renverſe ce
Tube dans un Vafe où il y a du Mercure ;
il retire le doigt & tient le Tube perpendi
culairement élevé ſur la fuperficie du vif argent
qui étoit dans le Vafe ; une partie du
Mercure tombe, Il n'en refte de fufpendu
que pour remplir la capacité de 28. pouces.
Quel prodige ! Quel changement ! La Nature
qui avoit horreur du vuide jufques à 35 .
pieds, devient compatiffante ; elle n'en a horreur
que jufques à 28. pouces ; fans doute
que fi les Philofophes anciens euffent vû cette
expérience , ils auroient déchiré leur Manteau
; ils fe feroient arraché leur Barbe , de
peur que la Nature ne fît fa paix avec le vuide
& n'en eût plus horreur.
Le Mercure dans un Tube hermétique
ment fermé par un bout , demeure fufpendu
à la hauteur d'environ 28. à 29. pouces ,
lorfqu'on éleve le Tube perpendiculairement
, & au niveau de la Mer ; plus l'on s'é
loigne de la furface de la Terre , plus le
Mercure defcend , comme l'a éprouvé M
Pafchal fur une Montagne d'Auvergne qu'on
appelle le Puits de Dome
La
MAR S. 1743. 485
La raifon de ce Phénomene eft bien fenfible
. Plus on s'éloigne de la Terre , plus la
Colomne d'Air eft petite ; par confequent.
moins elle péfe fur le Vafe & le Vif argent fur
lequel eft appuyé l'Orifice du Tube , plus
l'on approche du Firmament ; l'Air a moins
d'élasticité par rapport à un Corps grave ; ileft
donc impoffible qu'il foutienne un égal
poids de Mercure , que s'il avoir autant d'é
lafticité & de pefanteur qu'il en a auprès de
la fuperficie du Globe Terreftre
Je viens de dire que l'Eau demeuroit ſuſpendue
à 32. pieds & le Mercure à 28. pouces
; d'où il fuit que le Mercure eft à l'Eau ,
comme 1. eft à 14. ,
c'eft à dire que 14.
pieds cubes d'Eau , par exemple , péfent autant
qu'un pied cube de Mercure.
M. de Hallay dans fes Tranfactions Philo
fophiques a démontré par plufieurs expériences
, que la gravité fpécifique de l'Eau
dans un tems moyen entre le chaud & le
froid , eft à celle de l'Air comme 900. eft à
1. felon le même Auteur , le Mercure eft à
P'Eau comme 13. & demi eft à 1. d'où il
fuit qu'une Colonne de 10860. pouces fera
en équilibre avec un pouce de Mercure ;
puifque par régle de proportion , les Principes
ci- deffus pofes , le Mercure doit être
à l'Air comme 10800. eft à 1 .
Voilà d'où peu de Phyficiens , à la vérité ,
Dij ong
486 MERCURE DE FRANCE
ont conclu , que fi l'on élevoit le Barometre
au deffus de la Terre , à chaque 900. pieds ,
le Mercure baifferoit d'un pouce , & en fuivant
le fentiment de M. de Hallay , l'Atmofphére
n'auroit que 5.mille & un cinquiéme
de mille d'élevation.
M. de la Hire , au contraire, prétend qu'une
ligne de Mercure péfe autant qu'environ 12 .
Toifes 4. pieds d'Air proche la furface de la
Terre ; ainfi 28. pouces de Mercure étant en
équilibre avec l'Atmoſphere , il s'enfuit que
la maffe d'Air qui environne la Terre , a
2454 Toiles , 4. pieds de hauteur , d'où
fon infere qu'elle a 17. lieuës d'élevation fur
le pied de 3000. pas par lieuë , ce qui revient
à 144. Toifes , 5. pieds, pour les 3000. pas,
Pour réfuter ces deux fentimens , il faut
remarquer en premier lieu , que toute l'Atmoſphere
n'eft pas également condenſée
& qu'elle ne doit pas également péfer dans
tous fes differens dégrés ; quelquefois elle
fe trouve balancée entre 27. pouces de Mercure
, & d'autres fois entre 29. L'Air le plus
près de la Terre eft beaucoup plus chargé de
vapeurs & d'exhalaifons , que celui qui cn
eft éloigné, ce qui en augmente fans doute la
pefanteur.
Si l'on croit M. Mariotte dans fes Effais
de Phyfique , l'Air fe peut dilater 4000. fois
d'avantage , que celui que nous refpirons
avant
MARS. 1745 487
que celui qui avant que d'être auffi rarefié
eft au - delfus de l'Atmosphére , & qui n'eft
preffé d'aucun poids. Boile dans fon Traité
de la raréfaction de l'Air , prétend qu'il fe
peut condenfer s2000 . fois plus qu'il ne
l'eſt à l'ordinaire . Boulli veut que l'espace
qu'occupe l'Air dans une Arquebuſe à Vent,
foit à l'efpace qu'il occupe lorfque nous le
refpirons , comme 1. eft à 2000. Ces obfervations
& ces differens fentimens prouvent
d'une façon inconteftable , que l'Air
peut fe raréfier infiniment plus qu'il ne l'eft
auprés de la fuperficie de la Terre , ce qui
donneroit une Atmosphére dont l'élevation
feroit infinie.
En fecond lieu , il fuit feulement de l'expérience
du Mercure qui baiffe à proportion
qu'on éloigne le Tube de la Terre , il fuit
feulement , dis-je , que l'Air qui ne peut pénétrer
à travers les Pores du Tube , s'étend
jufques à 17. ou 20. lieuës environ . Qui nous
a dit en effet , qu'il n'eft pas un Air plus fubtile,
auquel les pores du Tube laiffent un libre
paffage ? Si cela eft , le Mercure ne pourra
plus être fufpendu , puifque fa fufpenfion ne
vient que parce que la communication lui
eft interdite avec l'Air exterieur.
La fatale Expérience du P. d'Acofta nous
apprend affés qu'à mesure que l'on s'éloigne
de la Terre , on refpire un Air plus fubtile .
D iij
La
488 MER KE DE FRANCE
La differente fufpenfion du Mercure dans
les differens étages de l'Atmofphére , n'eft
donc pas une raifon de décider que l'Air ne
s'étend qu'à 17. 18. 19 ou 20. lieuës , felon
le fentiment le plus commun.
Il eft fans doute beaucoup plus facile de
réfuter les Systêmes des autres , que d'en trou
ver un qui fatisfaffe à toutes les difficultés.
Le Systême , en effet , eft une place qui
doit être par tout également fortifiée : fi
l'ennemi découvre un endroit foible , c'eſt
certainement celui qu'il attaque : & comme
il ne faut qu'une feule breche pour qu'une
Ville foit prife , de même qu'une feule expérience
contraire au Syftême que l'on propofe
, le détruit entierement,
Auffi mon deffein ne fut- il jamais de déterminer
précisément jufqu'où s'étend l'Atmofphére
; femblable à une Eponge qu'un
enfant preffe avec la main , tantôr elle eft
condenfée , & tantôt raréfiée . Le Soleil paroit-
il fur l'Horizon ? Elle fe dilate ; s'il baif
fe , elle fe comprime. Sommes-nous en Hyver
? Elle fe condenſe : fi nous fommes en
Eté , elle s'étend d'avantage.
Je ne prétends donc pas ici en démontrer
l'étendue Géométriquement ; cela eft impoffible
; mais je dis feulement , que dans l'Automne
elle a au moins 200. lieues d'élevation .
En voici la preuve tirée de l'Aurore Boréale
,
MARS. 1743. 489
reale , qui n'eft autre chofe qu'une lumiére
extraordinaire , que l'on voit auprés du Pole
Arctique , fur tout pendant l'Autonine , quel
quefois après le Coucher du Soleil , quelquefois
même avant que cet Aftre fe leve
Tantôt ce font des Fufées qui fe fuivent de
moment à autre , mais régulièrement elle
paroît fous la figure de 2. 3. ou 4. Arcs trés
concentriques , qui de tems en - tems dardent
des Traînées de Lumiére .
Ce Phénomene a fouvent intimidé les Romains,
qui l'appelloient des Flambeaux nocturnes
, des Torches ardentes , des Lampes
allumées ; fouvent même l'on a vu ce Peuple
fuperftitieux , effrayé d'un pareil Spectacle ,
fe ranger en bataille , prendre les armes , offrir
des Sacrifices , foüiller dans les entrailles
des Victimes , pour y chercher leur deſtinée.
M. de Mairan dans fon excellent Traité de
l'Aurore Boréale , démontre que cette lumiére
eft éloignée de la furface de la Terre
de 200. lieuës. Si donc l'Aurore Boréale eft
contenue dans la maffe d'Air qui environne
le Globe Terreftre , cette mafle d'Air aura
pour le moins 200. lieuës d'élevation.
>
Or , il eft demontré qu'elle y eft contenuë
; en effet depuis que l'on obferve le
mouvement de l'Aurore Boréale , jamais on
ne l'a vû avancer d'Orient en Occident , mais
dans un fens contraire. Ce Principe pofé ,
D iiij elle
490 MERCURE DE FRANCE
elle a donc un mouvement diurne , commun
avec le mouvement diurne de la Terre & du
Fluide qui l'environne , ce qui ne pouroit ſe
faire , fi elle n'étoit contenue dans notre Atmofphére
.
De deux chofes l'une , ou cette Lumiére
fe forme dans le Tourbillon de la Lune ,
puifqu'elle ne luit qu'à 200. lieuës ; ou dans
l'Atmosphére de la Terre ; car elle ne peut
pas être dans la Matiére Ethérée , puiſque
cette Matiére eft trop fubtile , & que d'ailleurs
elle n'a aucun mouvement.
Or , elle ne fe forme pas dans le Tourbillon
de la Lune , cet Aftre fe mouvant d'Orient
en Occident , comme toutes les autres
Planettes ; il faut donc qu'elle foit renfermée
dans la maffe d'Air qui environne le
Globe Terreftre , d'où il fuit encore que
l'Aurore Boréale n'eft pas compofé de vapeurs
& d'exhalaifons , comme quelquesuns
le prétendent , puifqu'elle ne fe forme
dans la Région des Météores . pas
Si cette opinion ne prévaut pas fur nos
'Ariftotes modernes , du moins j'efpere avoir
bien des partifans. Perfonne , en effet , comme
remarque Madame Deshoulieres , n'eft
mécontent de fon efprit , mais auffi perfonne
n'eft content de fa fortune ; fi cela eft , que
d'obligation ne m'a- t'on pas ? Il n'y a ni favoyard
, ni ſervante , ni homme enfin , dont
je
MARS. 491 1743.
n'augmente le fonds de plus de 180.lieuës
& cela par une petite differtation.
洋菜
Lacoste..
*****
COMPLIMENT d'un Ecolier
à fon Profeffeur.
Daphnis , c'eft une étrange choſe
Que de tourner un Compliment ;
S'il eft mal tourné , l'on én gloſe,
Et s'il eft bien , on dir qu'il ment.
Mais je vais , quoiqu'il en arrive ,
Vous complimenter fimplement.
Une fimplicité naïve
Vaut mieux qu'un menfonge éloquent
Aucun d'entre nous ne fe pique
De s'exprimer élegamment.
Peu de mots , quelque fentiment ,
C'est toute notre Réthorique..
Il ne tient pourtant pas à vous
Que nous n'en ayons davantage ; .
En fait de talens , pour partage ,
On fait que vous les avez toust
D V
492
MERCURE DE FRANCE
On fçait que Minerve & les Graces
Ont verfé fur vous leurs appas ,
Et qu'en voulant fuivre leurs traces ,
Vous ne faites point de faux pas.
Mais pour nous , c'eft une autre affaire ;
Le chemin eft rude & gliffant ;
Vous admirer en foupirant ,
C'est tout ce que nous pouvons faire.
Irai- je , Orateur bégayant ,
Dans quelques phraſes mal coufuës
Débiter , en vous ennuyant ,
Mille louanges rebattuës ?
Non
; pour vous prouver notre ardeur ,
Nous n'avons pas befoin de Mufe ;
Daphnis , payez - vous fur le coeur
De ce que l'efprit vous refuſe.
Souffiez donc que nous recourions
A votre complaifance extrême ;
Eh ! quand on parle à qui nous aime ,
Faut-il faire tant de façons
Trop d'Art & trop de Réchorique ;
Font qu'un compliment ne vaut men;
Souvent moins l'on s'exprime bien
Et mieux la tendreffe s'explique.
Mais
MARS
17439
493
Mais tandis qu'ainſi je m'amuſe ,
Je vois avec étonnement
Que je viens de faire une excuſe
Auffi longue qu'un compliment.
Au moins dans tout ce que j'ai dit ,
Je me fuis montré véridique ,.
Et l'Echo de la voix publique
M'en a déja fait le récit .
25
SUITE de la Defcription Topographique
Hiftorique du Pays de Cotentin &c.
par M. Frigot.
DOYENNE' du Val de- Saire.
CP
E Doyenné occupe le Nord- Eft de la
Prefqu'lfle, & il a pour bornes au Couchant,
partie du Doyenné des Pieux, & partie
du Doyenné de la Hague ; au Nord & à
l'Orient , la Mer ; au Midi le Doyenné de
Vallogne & autre partie de celui des Pieux .
Ses Bourgs font S. Pierre - Eglife & Barfleur.
Le Bourg de S. Pierre -Eglife appartenant
à M. le Marquis de S. Pierre ( Caftel ) eft de
D vj l'Election
.V
494 MERCURE DE FRANCE
l'Election de Vallogne , dont il est éloigné
d'environ 4. lieuës , & n'a rien de confidêrable
, que je fçache , excepté fon gros Marché
, qui fe tient tous les Mercredis . Il eft
fameux pour le Bled & pour les Filaffes .
Barfleur est éloigné d'environ 5. lieuës de
Vallogne , & de 2. de la Hougue , en tirant
vers le Nord. Voici comment Maffeville en
» parle .
» Barfleur , Bourg , Marché * & Port de
» Mer, du Diocèfe de Coutances & de l'Elec-
» tion de Vallogne. Il y a un Siége de Vicom-
» té & un Monaftére d'Auguftins qui fut fon-
» dé l'an 1286. C'étoit autrefois une Place
» fortifiée , & elle fût attaquée par les Anglois
» l'an 1346. mais fe trouvant fans Troupes.
» & fans Munitions , elle fut obligée de capituler
: toute- fois ils la pillerent & la fac-
» cagerent , malgré les termes de la Capitu-
» lation .
"
par
Le Raz & Cap de Barfleur font redoutês
les Mariniers dans les tems orageux.
En la Paroiffe de Tourlaville qui eft du
même Doyenné , on vifite avec plaifir la
belle Glacerie qu'on trouve fur la route de
Vallogne à Cherbourg au centre de la Forê
de Brin. C'est là que fe fait la premiere Fabrique
des Glaces. La fituation de cette Ma-
Il fe tient tous les Samedis.
nufacture
MARS. 1743. 49.9
nufacture au milieu des Bois , & fa proximi
té du Port de Cherbourg , qui n'en eft qu'à
une lieuë , font de grands avantages pour elle.
J'ai marqué ci- devant que la même Paroiffe
de Tourlaville fournit le Pays d'Ardois
fes & c.
DOYENNE de la Hague.
Il occupe à peu près l'Oueft-Nord- Oue
de la Preiqu'Ifle , & il a pour bornes au
Couchant & au Nord la Mer , à l'Orient
partie du Doyenné du Val - de - Saire , & au
Midi le Doyenné des Pieux .
Il n'y a point de Bourgs dans le Doyenné
de la Hague , mais on y trouve la Ville de
Cherbourg, diftante de 4. lieues de celle de
Vallogne. Voici à peu près ce qu'en dit
Maffeville .
"
33
Cherbourg , Ville & Port de Mer fur la
» Côte Septentrionnale de la Prefqu'Ifle du
» Cotentin , eft de l'Election de Vallogne .
» Il y a un Siége de Vicomté Royale , dépendant
de Vallogne ; un Bailliage Abba
tial , un Siége d'Amirauté & un des Traites.
»Il n'y a dans la Ville qu'une Eglife Paroif
» fiale dont la Cure eft à la préſentation
» de l'Evêque de Coutances . Il y a un Hôpital
Géneral , & dans le voisinage une Ab-
» baye & quelques Hermitages. L'Abbaye
eft de l'Ordre de S. Auguftin, fondée par la
» Princeff
498 MERCURE DE FRANCE
»
» Princeffe Mathilde , fille de Henry I. Roi
» d'Angleterre & Duc de Normandie , vers
l'an 1145. Il y a une bonne Manufacture
de Draperie . Il y avoit un Château & de
» belles fortifications que le Roi fit rafer en
1689. Les Habitans font exempts de la
» Taille à caufe de la garde perpetuelle qu'ils
font. L'an 1418. les Anglois affiégerent
cette Ville & elle ne fe rendit qu'après ,
» avoir refifté vaillamment pendant 3. mois.
» L'an 1450. l'armée du Roi Charles VII . la
» reprit , ce qui fit entierement fortir les An-
» glois de notre Province.
L'Eglife de Cherbourg a une fingularité ;
dont les Bourgeois de cette Ville font extrémément
jaloux. C'est une grande Boëtte attachée
à la Voûte fur l'entrée du Choeur.
Elle renferme plufieurs figures mouvantes ;
qui moyennant des refforts cachés répréfentent
l'Affomption de N. D. On ouvre la
Boëtte dans les bonnes Fêtes & on fait mouvoir
les Figures . L'Infcription qu'on y lit ,
marque , autant que je puis m'en fouvenir ,
que cette Machine , qu'on nomme vulgairement
la Gripée ou Grimpée , exiftoit dès le
tems du Siége de Cherbourg par les Anglois ,
dont il eft parlé ci - deffus . Dans le Siècle paffé
l'Eglife fût interdite , à caufe du fang qui
y fût repandu dans une foule prodigieufe de
Peuple affemblé pour voir ce Spectacle , qui
nc

MARS. 1743 1
497
ne fe donnoit alors que le jour même de
l'Affomption. Depuis ce malheur il n'y a
plus eû de jour marqué. On m'a dit qu'une
des merveilles , qui frape le plus dans cette
même Machine , c'eft qu'un Ange Automate
va rallumer très adroitement les Cierges
qui y font , à mesure qu'ils s'éteignent &c.
Cela doit paroître beau dans un Ouvrage fait
avant la renaiſſance des Arts & c.
On donne communément aux Bourgeois
de Cherbourg le fobriquet de Pairabarons,
eu Pairs- à-Barons , duquel fobriquet , voici ,
dit- on , l'origine. Un Cordonnier de cette
Ville étant allé porter une paire de Souliers
à un Seigneur de la Hague , le Seigneur qui
lui trouva de l'efprit , le retint à dîner avec
lui. Survint malheureufement certain Baron ,
fur quoi le Seigneur envoyá un Laquais dire
au Cordonnier , qu'attendu l'arrivée de M.
le Baron , il ne devoit point trouver mauvais
de dîner à l'Office . Le Cordonnier piqué
prit fon parti fur le champ , & fortant du
Logis répondit fierement au Laquais :
» Mon fils , ton Maître ne fçait pas vivre :
» dis- liu de ma part que je me moque de
» fon diner , & qu'il doit fçavoir qu'un Bourgeois
de Cherbourg eft Pair- à - Baron. Il
» vouloit dire qu'un Bourgeois de Cherbourg
va de Pair avec les Barons.
Voici ce que dit Maffeville des differens
nom
498 MERCURE DE FRANCE
ر د
agus ,
noms Latins donnés à Cherbourg ( Eta
Géographique page 42. )
Cherbourg , Charoburgus ou Carobur
felon le P. Briet , Baudrand & More-
» ry: Chereburgum fuivant le Préfident de
Thou : Cherburgium fuivant Monet : Cererisburgus
fuivant l'Abbé Cauffin : Chere-
» bertum fuivant quelques- uns : & Cafarisburgus
ou Cafarisburgum , fuivant Sige-
» bert , Froiffart , Trivet , Cenalis , Sainte
Marthe , Du Chesne , Des-Ruës , Du
» Mouftier , Audifret , Pelletier & plufieurs
» autres Auteurs. & c .
>>
>> Thomas Corneille , & quelques autres
« Ecrivains croyent que Cherbourg eft le
» Coriallium de l'Itineraire d'Antonin.
Entre autres Paroiffes du Doyenné de la
Hague , on diftingue celle de Bîville , dont
L'Eglife eft fameufe par le Tombeau du Bienheureux
Thomas de Bîville , qui en étoit Curé
du tems du Roi S. Louis . Baronius appelle.
ce S. Perfonnage , le Thaumaturge de Normandie.
Cette Paroiffe eft fituée le long de
la Côte , appellée l'Anfe de Vauville , envi
ron à 6. licues de Vallogne , & à 2. lieuës &
demie de Cherbourg.
L'Anfe de Vauville eft remarquable par
de hautes Falaifes fituées fur la Paroiffe de.
ce nom. Leur afpect du côté de la Mer a
quelque chofe d'effrayant. C'eft de ce câréMARS
1743 499
là qu'on va chercher la Perce- Pierre. Il n'eft
point rare d'y voir des hommes & des fem
mes , qui comme la Circé de Rouffeau ,
ayant grimpé du côté des Terres ,
Surun Rocher defert , l'effroi de la Nature ,
Dont l'aride fommet femble toucher les Cieux,
attachent une longue Corde à un Pieu
fiché bien avant fur le fommet , & moyennant
cette Corde , où il y a un noeud coulant,
dans lequel ils mettent un pied en fe tenant
d'une main à la même Corde , defcendent
le long du Rocher vers la Mer , pour attraper
par- ci par- là un brin de cette Herbe entre
les jointures des Pierres. Voyez , M ,
ce que l'on rifque pour ranimer l'appetit
ufé des gens délicats & c.
On diftingue encore dans le Doyenné de
la Hague la Paroiffe nommée Jobourg , en
Latin Jovis-Burgus . On pretend que c'étois
autrefois un Bourg , & qu'il y avoit un Tem
ple dedié à Jupiter &c. Il est éloigné de 7.
à 8. lieuës de Vallogne .
ple
La Paroiffe d'Auderville , fituée au Cap
de la Hague , à 8. à 9. lieuës de diſtance de
Vallogne , eft vulgairement appellée le Bont
du Monde dans notre Prefqu'lfle . Entre ce
Cap & l'Ile d'Aurigny , qui en eft éloignée
d'un peu plus de 3. lieuës , eft le fameux Ra
Blanchart , ou Raz de la Hague , paffage
très
300 MERCURE DE FRANCE
*
très dangereux pour les Vaiffeaux. C'eſt la
Carybde ou le Scylle de la Manche.
On voit l'Ifle d'Aurigny très diftinctement
'de plufieurs Lieux du Doyenné de la Hague
&c. Quant à la nature du Terroir , j'en ai
parlé ci- devant.
DOYENNE' DES PIEUX .
Il a pour bornes au Couchant la Mer , au
Nord , partie du Doyenné de la Hague &
partie de celui du Val - de- Saire , à l'Orient ,
partie de celui de Vallogne & partie de celui
d'Orglandes , & au Midi , celui de Barnewille
, qui eft de l'Archidiaconé du Bautois.
On compte 5. lieuës de Vallogne au Bourg
des Pieux & environ 4. de Cherbourg. Il eft
de l'Election de Vallogne , & appartient à
M. le Marquis de Flamenville. Il y a un affés
bon Marché tous les Vendredis . Il n'a rien
d'ailleurs de fort remarquable , finon que
du milieu de la Place du Marché on decouvre
l'Ifle de Jerfay.
Le Port de Dielette , fitué fur la Paroiffe
de Flamenville , eft éloigné d'un peu plus
d'une lieuë du Bourg des Pieux & d'environ
6. lieues de Vallogne. Près de ce Port , on
remarque les ruines de l'ancienne Eglife de
Flamenville , qui , auffi bien que le Cimetière ,
eft parfemée d'anciens Tombeaux de Pierre ;
quibus infultat armentum , & Catulos fera celant
MARS. 1743 . 500
Lant inulta , ce qu'on ne peut voir fans être
frappé d'une forte de pitié , mêlée d'indignation.
La nouvelle Egliſe bâtie dans le fiécle
dernier près du Château de M. le Marquis
de Flamenville , eft éloignée d'environ un
quart de lieuë de l'ancienne .
Dans le même Doyenné , & à deux lieuës
& demie de diſtance de Vallogne , eſt ſitué
Le Bourg de Bricquebec , dont Maffeville
parle en ces termes ( Etat Géog. pag. 97 .
و د
Bricquebec ,
, gros Bourg du Diocèfe de
" Coutance , & de l'Election de Vallogne .
» Il y a environ 4000. ames, un bon Marché
" ( tous les Lundis ) & plufieurs Foires . C'eſt
» une ancienne Sirauté & Baronnie. Il y a un
Siége de Bailliage pour fa Haute- Juftice; un
» Château qui étoit autrefois de réſiſtance .
» Les Anglois s'y fortifierent pendant leur
irruption du XV . fiécle , & on le reprit fur
» eux l'an 1450.
39
» On prétend qu'il y a dans fa Forêt des
» Mines d'argent & de cuivre. Il y a auffi
» ( dans la même Forêt ) un Hermitage fous
» le nom de Ste Anne , dont on a fait un
» Monaftére de Camaldules. *
» Lancelot, Seigneur de Bricquebec ( con
Les Camaldules de la Forêt de S. Severt , aux
environs de Vire , y envoyent quelquefois un ou deux
de leurs Freres , pour en conferver apparemment la
poffeffion, mais ils n'y demeurent pas long tems.
» tinuë
302 Joi MERCURE DE FRANCE
53
" tinue notre Auteur ) étoit des principaux
» de la Cour du Duc Richard fans peur , l'an
"942 ... Robert Bertrand , qui étoit aufli
Seigneur de ce Bourg , fut Maréchal de
» France l'an 1330. Cette Baronnie a été
poffedée par la Maifon de Longueville, * &
» elle eft maintenant dans celle de Matignon .
Cette Baronnie a une grande étenduë , &
un grand nombre de Terres nobles en rele
vent.
"
""
Bricquebec ( dit le même Auteur , page
" 414, de l'Etat Géog. ) Briquebecum , felon
Cænalis ; Lateris-Beccum, & Brachio- Bec-
» cum , felon d'autres ; & s'il vient du Saxon,"
» Rivi Pons , ou Pontis - Rivus , parce qu'en
» Saxon , Brix fignifie Pant , & Bec fignifie
» Ruiffeau .
Sur la Paroiffe de Brix, & à deux lieuës &
demie de Vallogne , dans le même Doyenné
des Pieux , eft l'ancien Château de la Luthu
miere , Chef- Lieu de la Baronnie du même
nom , qui a beaucoup d'extenfions dans la
Pefqu'llle du Cotentin , & qui eft poffedée
aujourd'hui par le Marquis de Seignelay- Colbert
; fur la même Paroiffe , font les ruines
du vieux Château d'Adam de Brix ou Bruys,
près du Mont à la Kaine , dont j'ai eû l'hon-
* Il falloit dire par les Maifons de Bertrand , de
Pefnelle , d'Ettoutteville & de Longueville , ¿c.
neur
MARS. 1743
500
neur de vous parler autrefois à l'occafion
d'une Queſtion de M. l'Abbé Lebeuf, ſur le
mot de Kelgenas , &c.
DOYENNE D'ORGLANDES .
Il a pour
bornes
au
Couchant
, partie
du
Doyenné
de Barneville
& partie
de celui
des
Pieux
; au Nord
, autre
partie
de
celui
des
Pieux
, & partie
de celui
de
Vallogne
; au
Levant
, autre
partie
de celui
de Vallogne
& partie
de celui
du Plain
, & au Midi
celui
du Bautois
.
Orglandes, d'où ce Doyenné tire fon nom,
eft une belle Paroiffe , éloignée d'environ
deux lieuës de Vallogne. On lui donne le titre
de Bourg , quoiqu'à proprement parler
le gros Village qui eft près de l'Eglife ,
ne mérite pas ce titre . Au refte c'est une
ancienne Baronnie , poffedée aujourd'hui par
la Maifon de Matignon . Il y a deux Curés
en la Paroiffe d'Orglandes , &c .
Dans le même Doyenné on trouve le
Bourg & Marché de Pont l'Abbé. Ce Bourg ,
qui n'eft pas indifferent , a ceci de fingulier ,
qu'il fait partie de la grande Paroiffe de Pi-
Cauville , dont l'Eglife eft éloignée de près
d'une demie lieue. Il y a dans ce Bourg une
Chapelle , pour la commodité des Habitans.
11 eft fitué à trois lieues de Vallogne , fur la
grande route de cette Ville à Coutances . On
L
504 MERCURE DE FRANCE
y paffoit ci- devant l'Ouve en bâteau , paſſage
qui étoit quelquefois périlleux ; il y a à
préfent un beau Pont de Pierre .
La Paroiffe de Picauville à pour Seigneurs
Mrs de la Ste Chapelle , qui y poffedent des
biens confidérables .
Dans le même Doyenné & à une demie
lieuë de Vallogne , eft la Paroiffe d'Yvetot ,
appartenant aujourd'hui à M. Colbert de .
Seignelay. Je ne cite cette Paroiffe que parce
qu'elle porte le même nom de la fameufe
Terre d'Yvetot , au Pays de Caux , &c. &
qu'elle est toute pleine de Carrieres qui
abondent en bonnes Pierres de taille . Ön
prétend que toutes celle de la Cathédrale de
Coutances en ont été tirées .
Proche Yvetot , & à une demie lieuë auffi
de Vallogne, eft la Paroiffe de Lieufaint, qui
dépend du Diocèse de Bayeux.
DOYENNE DU PLAIN.
Il a pour bornes au Couchant le Doyenne
d'Orglandes ; au Nord , celui de Vallogne ,
à l'Orient la Mer & le grand Vay, & au Midi
partie du Doyenné de Carentan , & partie de
celui du Bautois.
Ce Doyenné , comme il a déja été dit ,
eft ce qu'on appelle le vrai Cotentin dans
toute la Prefqu'Ifle.
Le Bourg de Sainte Mere Eglife , qui en
оссире
MARS. 1743 .
505
occupe à peu près le centre , les Paroiffes de,
Neuville & de Chef- du- Pont , contiguës à
ce même Bourg, & celle de Virville , qui en
eft éloignée d'une lieuë & demie , font enclavées
dans le Doyenné du Plain, & dépen
dent du Diocèse de Bayeux.
Le nom du Plain , peut venir de ce que ce
Doyenné eft un Pays plat & uni , & c. quoique
pourtant on y diftingue le haut fonds du
bas fonds ; celui - ci confifte en Marais , qui
font effectivement plus bas que le reſte.
On compte trois lieues de Vallogne au
Bourg de Sainte Mere Eglife , & autant de
ce Bourg à Carentan . Il eft fitué fur la route
qui va de l'une à l'autre de ces deux Villes,
I eft de l'Election de Carentan , & il a un
Marché tous les Jeudis . M. le Comte de
Courtomer en eft Seigneur. Cenalis l'appelle,
Phanum matricis Ecclefia ; d'autres Auteurs
l'appellent Sancta Mater Ecclefia, dit Maffeville
. Le Curé de la Paroiffe , qui eft fort
grande , prend le titre d'Archi - Prêtre.
A environ cinq lieuës de Vallogne , & à
une lieuc & demie de Ste Mere Eglife , eft fitué
auprès du grand Vay , le Bourg de Sainte
Marie - du Mont. Il y a un beau Château , &
c'est une Terre confidérable. Le Curé de la
Paroiffe a un revenu très- médiocre , & a ce
pendant le titre d'Archi - Prêtre.
Je trouve dans le Manufcrit que j'ai cité ;
guc
06 MERCURE DE FRANCE
que la Terre
de Sainte Marie
du Mont
eft une Baronnie
qui appartenoit
originairement
aux Connétables
de Normandie
.
Du tems du Roi Henri IV. elle apartenoit
à Henri Robert- aux- épaules , qui mourut à
la fuite de ce Prince , & dont le corps fut
apporté dans l'Eglife de Sainte Marie du
Mont , où il y a un fuperbe Maufolée dans
le Choeur , près du grand Autel , au côté de
FEvangile. Ce Seigneur eft repréſenté de
grandeur naturelle , à genoux fur ce Maufolée
, aux quatre coins duquel font quatre
Vertus qui pleurent , avec leurs artributs
& c. le tout executé en Marbre blanc par
une main fçavante .
a
>
La Terre de Sainte Marie du Mont a appartenu
enfuite à la Maifon de Saint Geran ,
dont étoit feuë Mad. la Ducheffe de Vanta
dour , qui y paffa les dernieres années de fa
vie , & y mourut l'an 1701. Aujourd'hui la
même Terre eft poffedée par la Maiſon de
Rohan-Soubife.
A près de trois lieues de Vallogne & à
cinq quarts de lieues de Montebourg , eft fituée
dans le même Doyenné & fur la Côte
Orientale , la Paroiffe de S. Marcouf de l'Ifle ,
célebre par les Pelerinages qu'on y fait de tous
côtés pour implorer la protection de ce Saint
Abbé , qu'on dit y être mort , & dont le
peu de Reliques qui y font reftées , eft en
unc
MARS.
1743 507
Une finguliere vénération. On ajoûte qu'il
étoit Abbé d'une Abbaye qui étoit bâtie au
Lieu où eft actuellement l'Eglife Paroiffiale ,
& que ce Lieu s'appelloit autrefois S. Pierre
de Nanteuil. Ce même faint Abbé alloit auffi ,
dit-on, de tems en tems, en retraire dans les
deux petites Ifles qui portent aujourd'hui fon
nom , & qui font défignées dans de vieilles
Chartes fous le nom de Duo Limones. Elles
font éloignées de près de deux lieuës de la
Paroiffe de S. Marcouf ; elles font inhabitées,
& dans celle qu'on nomme l'Ile d'Amont,
on voit encore une vieille Chapelle tombée
en ruine,& qu'on dit avoir fervi de retraite à
S.Marcouf. Quoiqu'il en foit, cette Chapelle
faifoit partie de l'Hermitage qu'y avoient autrefois
les Cordeliers , qui de - là furent tranf
férés à Vallogne. Quant à l'Abbaye qu'on
dit avoir été au Lieu où eft aujourd'hui
P'Eglife de Saint Marcouf , je ne doute
nullement qu'elle n'ait exifté , mais ce peut
avoir été bien du tems depuis le fiécle de
S. Marcouf, qui vivoit fous un des Rois de
la premiere Race.
On voit depuis quelques années au bas de
P'Eglife de S. Marcoufle fragment d'un ancien
Tombeau où étoit repréſenté un Prêtre
avec fes Ornemens Sacerdotaux ; l'Infcription
gravée autour prefque en entier , eft en
*Ily a l'Ile d'Amont & l'Ifle d'Aval.
E. caractéres
508 MERCURE DE FRANCE
caractéres auxquels perfonne jufqu'ici n'a rien
connu.On trouva ce Tombeau en réparant le
pavé du Choeur de l'Eglife , il y a 7. ou 8. ans.
Il ne m'a pas été poffible de trouver quelqu'un
qui ait pû ou voulu m'en faire un deffein
exact , que j'avois envie de vous envoyer.
,
A quatre lieuës de Vallogne & à une de
Ste Mere-Eglife on trouve la Paroiffe &
le Château de l'Ile - Marie -au confluant du
Merderel & de l'Ouve . C'eſt une Terre qui
fut érigée en Paroiffe en faveur de feu M. le
Maréchal de Belle- Font , qui y fit bâtir une
petite Eglife fort jolie. Le Curé & le Fermier
avec leurs familles , font tout ce qu'il y a de
Paroiffiens. Comme le Terrain eft bas , il eft
ordinairement couvert des eaux des deux
Rivieres pendant l'Hyver , à l'exception du
Château & de l'Eglife &c. C'eft fur cette efpéce
de Mer d'eau douce que fe fait la pêche
des Canards , dont j'ai eû autrefois l'honneur
de vous parler , en répondant à votre Queftion
fur ce Fait , dont vous paroiffiez douter.
Oui , M. je vous le repete encore , & je m'en
fuis affûré par geus dignes de fois on met ung
peau de Vache garnie de paille ou de foin au
bout d'un Bateau ; le Giboyeur eft tapi derriere
cette peau , dont les Canards ne fe dé
fient point , la prenant pour une bête vivante
, & lorfqu'il eft à portée , il lâche fon
coup
MARS. 1743. 1 5og
Coup de fufil fur les Canards , &c. "
Dans nos Marais , qui font le long de la
Mer , depuis Quineville jufqu'aux Vays , on
fait une autre forte de pêche de Canards ,
avec certains filets , qu'on nomme en
langage du Pays une Raye faillante. L'invention
en eft ingenieufe , mais difficile à décrire,
à moins que d'en donner un deffein &c.
Le long du cours Occidental du grand
Vay , eft une portion de Marais de plus d'une
lieuë de long , fur une demie ou environ de
large , qu'on nomme le Penefme c'eft ce
que le Cotentin a de plus excellent en fait
d'Herbages .
La fin pour un autre Mercure.
On a dû expliquer l'Enigme & les Logogryphes
du Mercure de Février par le Fufil ,
la Raifon , & le Vuide. On trouve dans le
premier Logogryphe Sina , Soin , As , Or ,
Raion , Ino , Soir , Nafo , Roi , Son , Ioa
Noir , Roni.
Do and i
ENIGM E.
L Ecteur , fitu veux me connoître ,
Sur toi je dois être cherché :
E ij
La
FIO MERCURE DE FRANCE
La Nature , en me donnant l'être ,
Me fit pour n'être point caché.
Je fuis ce que , par imprudence ,
Un fat fourre par tout : je ſuis de conféquence ;
Puifque , pour moi prefque en tout Univers ,
Et principalement en France¶b
On a fait établir des Bureaux d'importance
On dit d'un homme adroit , qu'il me tire des Vers ;
Trois lettres , de mon nom forment l'architecture
Ma place eft celle du milieu ;
Un triangle c'eft ma figure ;
C'en eft affés , Lecteur , adieu to
Par M. Brun fainte Catherine , Ecrivain
de la Marine.
LOGOGRY PHE.
*
Hef- d'oeuvre d'un Dieu reſpectable ,
De l'Honimie tellement je fais inféparable ,
Qu'il ne peut pas vivre fans moi ;
D'être avec lui fans ceffe , au lit comme à la
table
Le fort jufqu'au tombeau me fait fubir la Loi .
Une fyllabe , ami forme mon appanage ;
Combine fans perdre courage ;
Dans cinq lettres pour le certain ,
MA R S 17437 jit
Tu trouveras un mot Latin ,
Qui du Corps nous dépeint la plus noble partie
Une Ville célebre aux Confins d'Arabie ;
Un animal connu par fa malpropreté ;
Un écueil , en mer redouté ;
Ce dont le Laboureur fend le fein de la Terre ;
Un métal , objet de nos voeux.
Vainement de mon nom je te fais un myſtere ;
Depuis long-tems , Lecteur , tu me tiens fous les
yeux.
L'Abbé Gaudet
NOUVELLES LITTERAI RES
DES BEAUX - ARTS , & c.
HEATRE CRITIQUE ESPAGNOL ou
Difcours fut toutes fortes de matiéres ,
pour détruire les erreurs communes , & c.
Brochures in- 12. A Paris , chés Pierre Clement
, Quai de Gêvres , 1742. 1743.
Nous avons parlé plufieurs fois de cet .
Ouvrage , & en dernier lieu dans le Mercure
de Septembre 1742. On a rendu compte des
fix premieres Brochures qui compofent le
premier Volume de la Traduction du même
Ouvrage. Depuisil a parû dix autres Brochu-
E iij res
J12 MERCURE DE FRANCE
res de la même main , & du même mérite
tant pour le fond des fujers , qu'à l'égard de la
Traduction , claire , exacte , & qui fait honneur
à notre Langue , & à celle de l'Auteur
original.
Nous nous bornerons à indiquer les differens
Sujets qui font traités dans les Brochures
, dont on vient de parler. On ajoutera
feulement que jamais Ouvrage de ce genre,
n'a mieux été reçû du Public & qu'il
fera fans doute ravi d'en voir la continuation.
Ces Sujets font , Apologie de la Profeffion
des Gens de Lettres , Aftrologie judiciaire , &
Almanachs , Cometes , Eclipfes , Années Climateriqus,
Vieilleffe du Monde. Corollaire du
Difcours précedent contre les Philofophes Modernes.
Mufique des Eglifes. Parallele des
Langues Caftillane & Françoife. Défenſe on
Eloge des Femmes.
Ce dernier Sujet eft le feizième &
dernier Difcours du premier Tome du Théatre
Critique Espagnol , & doit avec les Brochures
, qui précedent , former le II . Volume
de la Traduction Françoife , dont il est ici
queftion .
Au reste les Femmes en géneral , & cel
les en particulier qui cultivent les Lettres
& les Beaux Arts , doivent un remerciement
à l'Illuftre Auteur , de la maniere done
if
MARS.
1743 513
il a traité ce beau Sujet , qu'on peut dire
avoir encore été illuftré par les graces d'une
élegante Traduction .
Nous ferons exacts à rendre compte au
Public de tout ce qui nous viendra d'une
auffi bonne main.
LETTRE de M..... écrite à M****
Docteur en Médecine , au fujet d'un Livre
nouveau.
Je m'acquite tous les jours avec un nouveau
plaifir , M. du foin que vous me donnez
de vous informer de ce qui fe paffe dans la
République des Lettres. Je vous fis part en
fon tems d'un Traité des Maladies Veneriennes
, mis au jour par M. Guifard , Médecin
de Montpellier. Comme vous m'en parûtes
extremement fatisfait , vous ferez bien aife
d'apprendre que l'Auteur vient d'en publier
ne feconde Edition fous ce Titre.
DISSERTATION PRATIQUE en forme de
Lettres , fur les Maux Veneriens , par M.
Guifard , Docteur en Médecine de l'Univerfité
de Montpellier ; feconde Edition , revue
, corrigée , & augmentée confiderablement.
1. Volume in- 12 . à Paris , chés de
Bure l'aîné , Libraire , Quai des Auguſtins , à
S. Paul , le Breton , Imprimeur Libraire ordinaire
du Roy , ruëe de la Harpe , au S.
Efprit , & Durand, ruë S. Jacques à S. Lan-
E iiij dry ,
1
314 MERCURE DE FRANCE
dry , & au Griffon , M. DCC. XLIII .
L'Auteur fuppofe un Commerce Litte
raire entre deux Médecins , dont l'un récemment
initié aux mysteres d'Efculape ,
demande des leçons à fon Ancien , ſur la
maniére de traiter les Maladies d'avanture .
Il feroit à fouhaiter que tous les Livres de
Médecine fuffent écrits dans le goût de celui-
ci on verroit moins de verbiage , & les
productions de la Faculté en vaudroient infiniment
mieux. Le langage des Médecins ,
vous le fçavez , M. eft fi different du langage
ordinaire , & leur ftile eft fi peu commun , qu'il
eft fouvent affés difficile de les entendre ; je
ferois prefque tenté d'ajoûter qu'ils ont peutêtre
de la peine à s'entendre eux-mêmes :
on diroit que la Médecine cft une espece de
Magie , qu'on a voulu rendre refpectable à
force d'obfcurité .
On doit cependant convenir , car il faut
être de bonne foi , que plufieurs Médecins
Commencent à s'humanifer ; le jargon des
Anciens difparoît peu à peu , & on ne fe
picque déja plus de s'habiller à la Grecque.
Ce changement eft heureux fans doute ; quel
dommage qu'il foit un peu trop affecté ! Ce
n'eft pas éviter le jargon , que de donner
dans le précieux , & pour fe rendre clair ;
il n'eft pas néceffaire de devenir Purifte.
L'Auteur dont il s'agit aujourd'hui , &
que
MARS.
515 1743
que vous connoiffez déja par d'autres Ouvrages
, eft tel qu'on défieroit qu'ils fuffent
tous ; ce n'eft ni un pédant hérillé de Grec
& de Latin , ni un Médecin de Ruelle : mais
un homme fenfé qui joint la politeffe à l'érudition
, qui fçait les ufages du Monde , &
qui loin de faire parade d'un fçavoir dépla
cé , dit tout uniment ce qu'il penfe .
Je n'aurois jamais cru que les Queſtions
de Médecine fuffent fufceptibles de quelque
enjoûment ; tant il me paroît trifte de n'avoir
à parler que de ce qui a un rapport immédiat
avec nos infirmités , de quelque fource
qu'elles tirent leur origine. Cependant M.
Guifard à fçû répandre prefque par tout un
air de gaieté qui amufe , & qui fait paffer
avec plaifir fur les endroits les moins propres
à fournir de l'agrément.
Mais ce n'eft pas feulement dans la connoiffance
des Maux Véneriens que l'Auteur
eft verfé ; il n'eft nullement novice dans les
autres parties de fa Profeffion , & la justice
que fes Confreres même ne peuvent s'empêcher
de lui rendre , eft un témoignage affuré
de la réputation qu'il s'eft déja acquife . J'ai
été charmé de l'idée qu'il donne d'une pratique
génerale au fujet des Maladies , qu'on
traité journellement : & la fimplicité à laquelle
toutes les Questions font réduites ,
répand le plus grand jour fur ce qu'il y a de
E v plus
516 MERCURE DE FRANCE.
plus difficile. Il eft fur- tout extrememen
ennemi de l'efprit de fyftême , & la pratique
qu'il établit , eft toute d'obfervation.
Eh ! comment fe peut- il , me direz - vous ,
que le traitement des maladies ordinaires fe
trouve avec celui des maux Vénériens , & que
des Queſtions auffi differentes fe rencontrent
dans un mêmelieu ? Voilà précisément , M.
ce qui fait voir l'habileté avec laquelle notre-
Auteur fçait inftruire , en rapprochant cequi
paroiffoit le plus éloigné: fes digreffions
font placées fi à propos , qu'elles femblent
naître du ſujet même , & qu'on eft forcé de
convenir qu'elles fe préfentent naturellement.
Cependant , quoique cet Ouvrage foit
bon , & quelques preuves qu'il renferme
d'une pratique folie , je doute que la méthode
qu'on y propofe foit adoptée par tout.
En géneral , les gens de la Profeffion font ici
extrêmement prévenus en faveur du flux de
bouche , qu'on regarde comme étant d'une
néce fité abfolue pour la guérifon des maux
Vénériens. Norre Auteur foutient au contraire
qu'il eft non feulement inutile , mais
encore infiniment plus propre à faire échouer
T'entrepriſe , qu'à tirer un malade d'affaire .
Il y a cependant un moyen dit il , de déci
der la Queſtion ; c'eſt d'en appeller à l'expérience
, qui feule eft en état de prononcer
là - deffus : il n'eft pas, fans contredit , de meilleur
Juge. Dès qu'il
MARS. 1743
$ 17
Dès qu'il ne s'agira plus que des Faits , il
пе fera pas mal aifé , ce me femble , de prendre
parti : mais les gens du métier ne fe rendront
pas fi aifément , & on fçait combien
il en coute d'abandonner un ancien préjugé.
Cependant , fi M. Guifard eft auffi fondé
qu'il paroît l'être , & fi l'expérience eft véritablement
pour lui , comme les exemples
qu'il rapporte, le témoignent, le grand Remede
dont le nom étoit fi terrible , va devenir
un jeu , dont on fera quitte à fort bon mar
ché .
Ce qui ne peut au refte manquer de vous
plaire , M. dans l'Ouvrage de M. Guifard
c'eft un air de probité & de droiture qui y eft
repandu par tout, & qui fait le vrai caractére
de l'Auteur . Loin d'avoir quelque chofe de
fecret ou de refervé fur la Cure des maladies
Vénériennes , il entre jufques dans les
moindres détails , lorfqu'il les croit néceffaires
, tant pour l'adminiſtration du Reméde
, que pour les précautions dont il faut
ufer.
Je n'entrerai pas dans une plus longue dif
cuffion ; elle feroit inutile , parce que je fuis
perfuadé que vous voudrez avoir l'ouvrage:
même. L'Art de guérir les playes donné au
Public par le même Auteur , qui a eû le plus
heureux fuccès , & dont vous m'avez écrit:
que la lecture vous avoit fait tant de plaifir ,
E. vj
YOUS
518 MERCURE DE FRANCE
vous aura fans doute infpiré du goût pour
tout ce qui part de fa plume .
Je fuis , M. votre & c. ,
A Paris , le 26. Fevrier , 1743 .
J
Le Dimanche 17. Fevrier , Mrs les Aftronomes
de l'Académie Royale des Sciences ;
annoncerent au Roy une nouvelle Cométe
qui paroît dans la Conftellation de l'Ourſe ,
& qui dirige fa route vers le Lion.
M. Lemonnier , préfenta en même tems
à S. M. un Traité complet fur la Théorie
des Cométes , où il démontre que la Cométe
de l'année derniére a été Rétrograde dans
tout fon Gours , & que cette Rétrogradation
n'eft point l'effet d'une apparence , caufée
par le mouvement de la Terre dans fon
Orbite , mais un mouvement réel contre
l'ordre des Signes , que la Cométe devoit
avoir néceffairement dans l'efpace d'un peu
plus de deux mois qu'elle a été vifible.
L'Ouvrage eft divifé en cinq parties ; on
y traite d'abord de la Théorie génerale des
Cométes , & on y explique en même tems
le fameux Problême de M. Newton , où il
s'agit de conftruire géometriquement l'Orbite
par trois obfervations : cette méthode
eft fuivie d'une autre qui eft plus utile dans
la pratique & pour les Calculateurs , parce
qu'il s'agit de déterminer l'Orbite , non pas
graphique
MARS. 1743. 519
graphiquement , mais uniquement par le
Calcul Arithmétiq On yfait voir que l'Orbite
de la Cométe de 1742. étoit inclinée de
67. D. & un quart au Plan de l'Ecliptique.
La feconde partie comprend tout ce qui
regarde l'Hiftoire des Cométes , & la maniére
de conftruire des Tables pour abregex
les Calculs , & pour prédire les lieux apparens
de la Cométe , lorfque fon Orbite elt
une fois déterminée par trois obfervations.
Dans le Supplément qui eft à la fuite , auffi
bien que dans l'Article où eft la Lifte des
obfervations & le détail qui concerne la Cométe
de l'année derniére , on traite de tout
ce qui s'eft fait depuis le commencement du
Siécle , pour perfectionner cette partie de
l'Aftronomie : l'Auteur donne à cette occafion
les obfervations des Cométes de 1723.
& de 1737. où l'on reconnoît d'abord que
ce n'eft pas uniquement dans certains cas favorables
, que le calcul paroît ainfi s'accorder
avec les mouvemens obfervés , mais plûtôt.
par une fuite continuelle d'obfervations faites
depuis la première apparition de ces Cométes,
jufqu'à ce qu'on ait ceffé totalement de les
appercevoir.
A cette occafion , l'Auteur rapporte auffi
tout ce qui concerne la fameufe Cométe de
1680. dont les mouvemens ont été calculés
d'abord dans une Orbite Parabolique, & enfuit
520 MERCURE DE FRANCE
fuite dans une Ellipfe . L'Auteur nous apprend
que cette Cométe a paru 4. fois depuis la
mort de Jules Cefar , fa Periode étant de
$75 . ans : c'eſt celle qui employe probablement
le plus de tems à reparoître , & qui a
par conféquent la plus grande Orbite ; les
trois autres , dont nous connoiffons enfin les
étant d'une moindre durée , comme
de 180. 120. & 75 . ans. La Cométe de 1737 .
eft probablement la même que celle qui parût
fous Charles Quint en 1556. & celle de
1682. a déja paru quatre fois depuis 1456.
Cette derniére doit reparoître en 1758.
retours ,
Outre les Tables du mouvement des principales
Etoiles fixes & les Planifphéres , inferées
dans cet Ouvrage , l'Aureur nous donne
encore dans la cinquiéme & derniére partie
de nouvelles Tables du Soleil , avec des
Remarques , ou Corrections effentielles qui
nous apprennent en même tems quelles font
les mej leures Epoques & Anomalies , en un
mot avec quelle précifion la Théorie nous
fait connoître aujourd'hui les mouvemens
du Soleil ou de la Terre .
En géneral , l'Ouvrage eft exécuté avec le
plus grand foin , l'Edition étant complette à
tou égards , non - feulement par fa forme &
par la beauté du caractére , mais auffi par 13
délicateffe avec laquelle on a gravé les Plamifphéres
, où font repréfentées les Conſtellations
MARS. 1743. Sz
lations nouvelles , mais encore la Carte génerale
des Cométes : cet Ouvrage vient de
paroître chés J. B. Coignard ; Gab . Martin
& les Freres Guerin , Libraires. I. Vol. in - 8°..
de 192. pages.
CONFERENCES Théologiques & Morales
par Demandes & Réponses fur les Commandemens
du Décalogue & fur les Commandemens
de l'Eglife , avec des Réſolutions
de Cas de Confcience fur chaque Matiére .
A l'ufage des Miffionnaires , & de ceux qui
s'employent à la conduite des Ames. Par le
R. P. DANIEL DE PARIS , Capucin , Ancien
Lecteur en Théologie & Miffionnaire
6. Volumes in - 8° . A Paris , de l'Imprimerie
de C J. B. Heriffant , Libraire Imprimeur ,
rue Neuve de Notre - Dame , aux trois Vertus.
1741. 1742.
3
Cet Ouvrage , dont on ne fçauroit trop reconnoître
le mérite & l'utilité , eft divifé en
deux principales parties ; la premiére fur la
Loi de Dieu dans les dix Préceptes du Décalogue
: la feconde fur les Sacremens de l'Eglife.
Chaque partie contient trois Volumes ,
& chacun des Volumes ving Conferences.
Dans la feconde partie , après avoir parlé du
Sacrement de Penitence , on y parle ample
ment des Indulgences en géneral , & du Ju
bilé en particulier , dans cinq Conferences
entiéres . Outre
$22 MERCURE DE FRANCE
Outre l'Approbation du Cenfeur Royal
qui a lû cet Ouvrage en l'année 1735. pär
ordre de M. le Garde des Sceaux , on trouve
à la fin du IV. Tome celle des Théologiens
de l'Ordre , qui mérite d'être rapportée.
» J'ai lû , dit le R. P. Theodore de Paris ,
ancien Profeffeur en Théologie , Définiteur
& Gardien des Capucins du Convent du
» Marais , avec d'autant plus de fatisfaction
» ces Conferences Theologiques & Morales &c .
que j'y ai trouvé la même onction fur le
papier , que lorfque je les ai entendu de
» la bouche de l'Auteur. Plufieurs fe font
» étudiés dans ce Siécle à compofer des Trai-
» tés de la Morale Chrétienne , & à éclair-
» cir differens points de notre Religion :
» mais il n'y en a aucun qui l'ait fait ni avec
» tant d'étenduë , ni avec tant de netteté
» celui- ci. Le fruit que ces Conférences ont
produit dans le coeur d'un grand nombre
» de perfonnes , eft un préjugé favorable
» qu'elles feront bien reçues du Public . Les
que
Sçavans y reconnoîtront la folidité & la
» précifion des preuves & des principes de
» l'Auteur , & les moins verfés dans les hau-
» tes Sciences , y apprendront avec facilité à
» refoudre les plus grandes difficultés fur la
» Religion. Il feroit à fouhaiter que cet Ou
vrage fe répandît dans toutes les Familles :
Ples
MARS. 1743 523
les Peres & les Meres feroient inftruits de
>> leurs devoirs réciproques , & apprendroient
» la maniére de fe faire refpecter , craindre
» & aimer de leurs enfans. C'eft le témoi-
» gnage que je crois devoir rendre à l'Auteur
A Paris le 15. Juillet 1735.
Le R. P. Ambroise de Mondidier , Défi
nireur & Gardien de S. Honoré , a ſouſcrit
le même témoignage.
GREGORIANA CORRECTIO illuftrata ]
Ampliata, & à Convic iis vindicata , ubi omnia
Sacula tam à Creatione præterita , quàm
ad mundi Confummationem futura Gre
gorianâ normâ moderantur. Eminentiffimo D.
Cardinali RUFFO dicata , fummoque Pontifici
oblata. Autore R. P. MELITONE ;
Perpinianenfi ,Ordinis S. Francifci Capucino ,
Philofophia & Theologiae olim Profeffore , To-
Lofana Scientiarum Academia Socio. I. Vol.
in-4°. Colonia 1742. pages 285.
Le Titre feul de cet Ouvrage en indique
le deffein & le plan. L'Auteur aprés avoir
expliqué en abregé les Principes , les Cycles,
les Periodes & les Epoques du Comput du
tems : les differens Calendriers des anciens
Romains , fur tout celui de Jules Cefar
dont il démontre les erreurs : après avoir
rapporté les conteftations qui s'éleverent aux
premiers
$ 24 MERCURE DE FRANCE
premiers Siècles de l'Eglife , fur le jour auẻ
quel on devoit celébrer la Pâque, il explique
au long la Correction Gregorienne , il en
rapporte les Régles , il en tire des Corollaiqu'il
applique aux années Centenaires
à venir : il foutient que cette Correction eſt
jufte , conforme à l'état du Ciel , & aux
cours du Soleil & de la Lune. L'Auteur
avoue cependant qu'en tout cela , il ne dit
rien que d'autres n'ayent dit avant lui.
res ,
1
Ce qu'il y a de nouveau & de particulier
à fon ouvrage, eft , que par un Comput Retrograde
, il applique les régles de la cor
rection Gregorienne aux Siécles paffés
depuis l'année 1600. jufqu'à Ere Chrétienne
, & depuis cette Ere jufqu'aux Siécles les
plus recules de la Synagogue , de forte qu'il
étend le nouveau ftile à tous les Siècles , qui
fe font écoulés depuis la Création du Monde
, jufqu'à 1600. ans après J. C.
Au tems de la correction , on retrancha
dix jours , pour remettre l'Equinoxe du Prin
tems au 21 Mars. L'Auteur fixe au même
jour , le même Equinoxe dans tous les Siécles
paffés. Pour cet effet , il détermine l'Epoque
des dix jours retranchés , & le nombre
de ceux qu'il faut ôter ou ajouter à chaque
Siécle , pour reduire le vieux ftile au nouveau ,
& rencontrer toujours PEquinoxe entre le
20. & le 2. Mars.
Aux
MARS.
1743 325
Aux Nombres d'or que les anciens avoient
placés au Calendrier , pour marquer les nouvelles
Lunes , les Correcteurs ont fubftitué
te Cycle de 30. Epactes : ils les ont placées
aux jours du Calendrier : en combinant l'Epacte
25. avec celles de 26. & 24. ils ont
formé les 12. mois alternativement pleins &
vuides de l'année Lunaire. Ils ont placé le
même Cycle de 30. Epactes dans une Table
étendue , où elles forment 30. Series , dont
les Epactes répondent aux 19. années du Cycle
d'or.
En appliquant les équations Gregoriennes
des Arrêts & Sauts de Lune aux années Centenaires
, ils ont déterminé les Series des
Epactes qui conviendront à chaque Siècle à
venir. L'Auteur par fon Comput Rétrograde,
applique les mêmes équations Lunaires aux
années Centenaires paffées , & détermine les
Series des Epactes , qui ont convenu , ou dû
convenir à tous les Siécles paffés de l'Eglife
& de la Synagogue : par ce moyen on trouve
dans tous les tems paflés les premiers &
les quatorziémes jours de Lune , de la même
façon qu'on les trouve à preſent.
Les Epactes des Correcteurs font toujours
reculées d'un jour , très -fouvent de deux
& quelquefois de trois , du renouveau de la
Lune qui fe fait dans le Ciel : il étoit néceffaire
que cela fût ainfi , pour avoir au vraj
le
326 MERCURE DE FRANE
le quatorziéme jour de la Lune , auquel il
étoit ordonné aux Juifs de célébrer la Pâque.
L'Auteur démontre , que le quatorzié
me jour de la Lune , compté felon les Epac
tes , eft toujours celui , où la Lune fait fon
plein dans le Ciel ; que fi ce plein arrive
quelquefois avant ou après ce jour , il n'en
eft éloigné que de quelques heures, & jamais
d'un jour entier.
Sur cette remarque conftante , il a inventé
de nouvelles Epactes Civiles , qu'il appelle .
Epactes des pleines Lunes , ou des quatorziémes
jours de Lune , pour les diftinguer de
celles des Correcteurs , qui font des Epactes
des nouvelles Lunes , ou des premiers jours
de Lune. Il donne une Table étendue des
Series de fes Epactes nouvelles ; il applique
ces Series à tous les Siécles paffés & à venir.
Pour faire les mois Lunaires vuides , au lieu
de l'Epacte 25. il combine l'Epacte 12. avec
celles de 13. & 11. Il donne des nouvelles
Tables Pafchales faites avec les nouvelles
Epactes : par ce moyen il propofe à l'Eglife
un nouveau Plan de fe fervir de la Correction
Gregorienne , plus court , plus clair &
plus avantageux , que celui dont on fe fert à
préfent pour trouver la Pàque , les ( a ) Syziges
& l'âge de la Lune dans tous les mois , &
( a )Syfiges , Conjonction on Oppofition des Planetes
avec le Soleil.
dans
MARS. 1743 527
dans toutes les années de tous les Siècles .
Pour rendre fon Ouvrage parfait , l'Auteur
établit le nouveau Cycle Solaire , ou
des Lettres Dominicales de 400. ans ; il dé
termine par le Calcul & par des Tables , le
nombre de ce Cycle qui répond à chaque année
des Siècles paffés , depuis & avant l'Ere
chrétienne , & la Lettre Dominicale ou de la
premiére Ferie de la femaine , qui felon le
nouveau ftile , auroit dû convenir à chaque
année.
Il établit auffi le nouveau Cycle Lunaire
Gregorien de 2500. ans ; il fixe l'Epoque
de ce Cycle ; il détermine le nombre qui,
convient à chaque année Centenaire & aux
intermedes , foit à venir , foit paffés , avant
ou depuis l'Ere chrétienne . Par les nombres
de ce Cycle , on trouve les Series des Epac
tes , qui conviennent à chaque Siècle.
De plus, par le moyen de ce Comput Retrograde
, il effaye de trouver la véritable
Epoque du monde, il la fixe à une très gran
de probabilité , au 18. Mars de l'année 5042 .
avant l'Ere chrétienne. Il démontre que ce
jour fut le premier de la femaine ; qu'au quatrième
jour de cette femaine , 21. Mars , le
Soleil étoit en fon Equinoxe , & la Lune en
fon Plein , & que le premier Siécle depuis.
ce commencement eût pour Serie des Epactes
des pleines Lunes , celle qui la premiére
annéa
3
$28 MERCURE DE FRANCE
année a * d'Epacte ; la feconde XI . d'Epacte ; '
la troifiéme XXII. d'Epacte ; la quatrième
III. d'Epacte & c. qui font les caractéres propres
au premier jour , à la premiére femaine
& au premier Siécle du monde. Pour confirmer
fon hypothefe , l'Auteur donne un
Comput direct , qu'il commencé par le 18.
Mars pour les femaines & par le 21. du même
mois pour les années Solaires & Lunai
res ; en appliquant aux années Centenaires
les équations Gregoriennes , il defcend jufqu'à
notre Ere chrétienne , & enfuite jufqu'au
Siécle courant 1700. & il rencontre
les Equinoxes aux mêmes jours , les Series'
aux mêmes Siècles , les Epactes aux mêmes
années , & les jours de la femaine , les mêmes
que nous les comptons à prefent.
Pour démontrer par des Calculs Aftronomiques
fes nouvelles découvertes , l'Auteur
a refondu les Tables de MM. de la Hire
& Caffini. Tous les Aftronomes qui ont écrit
avant la correction Gregorienne , ont compofé
leurs Tables felon l'ancien ftile : quoique
l'année Julienne n'ait été établie que 45 .
ans avant l'Ere chrétienne , ils l'ont employée
pour mefurer le tems des Siécles
précédens de la Synagogue & du monde,
Les Aftronomes modernes qui ont écrit depuis
la correction , ont donné des Tables
mixtes de l'ancien & du nouveau ftile ; retenant
}
MARS.
$743. 529
tenant l'ancien pour les fiécles paffés , ils
introduisent le nouveau au fiécle de fon établiffement
1600. Il n'y en aucun qui ait
donné des Tables , qui fuffent pour tous les
tems felon le nouveau ftile.
Pour démontrer la jufteffe de fon Com
put Rétrograde, notre Auteur avoit befoin de
Tables qui fuffent entiéremenr felon le ſtile
Gregorien , fans aucun mélange du Julien ;
c'eft pourquoi par des Analogies propres &
employant les fractions Décimales dans fes
calculs , il a refondu celles de Mrs de la
Hire & Caffini , fans s'approprier rien de ce
qui appartient à ces deux célébres Aftronomes
;il donne le plan ou la maniére de conf
truire,ou de réduire toutes fortes de Tables à
ce nouveau goût. Pour faire cette réduction ,
il n'admet qu'une feule Epoque , fçavoir
celle de notre Ere chrétienne réduite au
nouveau ftile : il difpofe enfuite les Tables
des années Centenaires conformément aux
équations Gregoriennes , & leur affigne le
mouvement moyen du Soleil & de la Lune ,
qui leur convient. Avec ces Tables , on peut
toujours calculer felon le nouveau ftile , les
Equinoxes , les Solftices , & les Longitudes
du Soleil ; les Syziges & les âges de la Lune
de tous les fiécles paffés & à venir.
2
>
Par le moyen de ces Tables , l'Auteur
démontre la vérité de fon nouveau Comput
Rétrogrado
$ 30 MERCURE DE FRANCE
Retrograde aux fiécles paffés. Par une Table
particuliére qu'il donne , le tems énoncé par
les anciens , felon le ftile Julien , étant réduit
au Gregorien , il démontre que les Equinoxes
obfervés par Hypparque , par Ptofomée
& autres , fe rencontrent toujours
entre le 20. & 21. Mars . Que les Eclipfes de
Soleil & de Lune , rapportées felon l'ancien
ftile par le R. P. Ricciolo , depuis 772. ans
avant J. C. jufqu'à 1600. ans après , dont
l'Auteur en vérifie deux ou trois de chaque
fiécle , fe trouvent toutes conformes aux Series
de chaque fiècle , aux Epactes de chaque
année , & même à la Lettre Dominicale ,
qu'il leur a affignée par fon Comput Retrograde
, de la même façon qu'on les trouve
dans le fiécle courant.
>
Toutes ces découvertes n'ont pû être fai
tes fans des calculs immenfes , ni être rendues
intelligibles fans un grand nombre de
Tables. Ce Livre eft parfaitement bien im
primé en grand & beau papier. On le trouve
à Toulouſe , chés Henault , Imprimeur
Libraire , ruë au Change.
ABREGE' des quatre premieres Opérations
d'Arithmétique , par differentes Méthodes
très -aifées. Dédié aux Enfans. Par M. Rollin,
Expert Ecrivain, rue S. Martin , Brochure in-
12. de 80. pages , fe vend à Paris , chés la
་་
veuve
MARS:
1743. 1 53
reuve Ganeau , rue S. Jacques , aux Armes
de Dombes , & la veuve Lamelle , ruë vieille
Bouclerie , à la Minerve 1742.
Nous fommes priés de propofer la Queftion
fuivante.
Quelle est l'origine des grandes Verreries en
France , & quelle eft celle du Privilége , qui a
été accordé à quatre Familles feulement , d'y
travailler?
ESTAMPES NOUVELLES.
CONVERSATION GALANTE . Eftampe en hauteur
gravée par M. Jacques Philippe le Bas , pour fa
Reception à l'Académie Royale de Peinture &
Sculpture , d'après le Tableau Original de M. Lancret
, de 27 pouces de haut , fur 14 de largeur.
Elle fe vend chés l'Auteur, Graveur du Roy , rue de
la Harpe .
L'OPERATEUR , ou vendeur de Mithridate . Eftampe
en large , gravée par le fieur Moyreau , d'après
un très - beau Tableau Original de Ph . Wauvre
mens. Cette Estampe fe vend ruë S. Jacques à la
vieille Pofte , chés le fieur Moyreau , Graveur du
Roy.
Petite Eftampe en hauteur . LE BOULANGER FLA
MAND. C'eft en effet un Boulanger qui corne fur la
porte de fa Boutique , pour avertir qu'on va tirer
le pain du four & c. Cette Eftampe eft gravée par
P. Chenu , d'après le Tableau Original d'Adrien
Van Ostad , du Cabinet du Chevalier de la Roque.
Elle fe vend chés M. Lebas , 1743.
F La
332 MERCURE DE FRANCE
La fuite des Portraits des Rois & des Reines de
France , des Grands Hommes & des Perfonnes IIluftres
dans les Arts & dans les Sciences , continuë
de paroître avec fuccès chés Odieuvre , Marchand
d'Estampes , rue d'Anjou ; il vient de mettre en
vente ceux de
CHARLES VI. LIIe. Roy de France , mort à Paris
le 21. Octobre 1422. deffiné par A. Boizot , &
gravé par Pinffro.
MARGUERITE DE VALOIS , Reine de Navarre .
née le 14. Mai 1552. morte à Paris le 27. Mars
1615. peinte par F. V. & gravée par Et. Feffard..
CHARLES .XII. Roy de Suede , né le 27. Juin
1682. mort le 11. Décembre 1718. peint par Crafts
& gravé par Fiquet . C'eft le vrai Portrait , duquel
Charles XII. coupa le vifage avec fon épée , ne voulant
pas être peint.
LOUIS DE GRENADE , Religieux Dominiquain ,
né à Grenade , en Espagne en 1504. mort le 31 .
Décembre 1588. peint par A. P. & gravé , par
L. F.
1.
MARIE- ANNE DE CHATEAUNEUF , DITE DUCLOS
Comédienne , née en 1665. peinte par Largilliere &
gravée par Pinffio.

Le Geur le Rouge , Ingénieur Géographe du Roy ,
rue des Auguftins vis - à vis le Panier fleuri , vient de
donner au Public un petit Volume 8 °. qui a pour
titre , THEATRE Géneral de la Guerre en Europe
contenant dix-huit Cartes de tous les Pays , où eft
actuellement la Guerre. Ces Cartes fe vendent féparément
deux à deux , enfermées dans de petits étuis
de la grandeur d'une Carte à jouer . fur une ligne
dépaiffeur. Elles font proprement gravées , & fort
onvenables dans le tems préfent."
Le même Auteur vient de publier auſſi un Plan
de
MARS.
533 1743
Me la Ville d'Egra , fort détaillé & bien gravé.
i
>
}
Le feur Briart , qui demeure dans la Cour &
rue Abbatiale de S. Germain des Prez à Paris ,
a compofé une effence d'Ognifiori , ou de toutes
feurs d'une odeur agréable ; on en met quel
ques gouttes dans l'eau dont on fe lave après avoir
été rafé ; elle rend l'eau laiteufe : les Dames s'en ferfe
décraffer & rendre la peau douce
unie ; elle ne nuit point au teint ; on la vend 24. f.
vent pour
l'once.
Il continue avec fuccès à faire la véritable effence
de favon à la Bergamotte , & autres odeurs douces
,dont on fe fert pour la barbe au lieu de favonettes
; les Dames s'en fervent auffi pour le laver le
vifage & les mains ; on la vend huit fols l'once . II
avertit que les Bouteilles font toujours cachetées.
On lit au tour du cachet fon nom & fa demeure ; il y
a une Bouteille dans le milieu du cachet , où il y a
le nom de la Liqueur comme à l'Ognifiori ; les
pluspetites Bouteilles font d'environ cinq onces.
Il fait auffi de très - bons Cuirs à repaffer les Rafoirs
, avec lefquels il ne faut point de pierre à aiguifer
; il les vend depuis 40. fols , jufqu'à 60.
à un feul côté , & depuis 4. liv. jufqu'à 8. à
deux côtés differens ; il donne la manière de s'en
fervir.
Mlle Collet , qui demeure préfentement dans la
rue S. Martin , vis - à- vis la rue de Montmorency , à
l'Enfeigne de la Ville de Poitiers , débite une Pomade
de fa compofition , qui foulage dans l'inftant & qui
guerit radicalement les Hémorroïdes ; l'épreuve en a
été faite par ordre de feu M. le Marquis de Breteuil ,
Miniftre d'Etat,à l'Hôtel Royal des Invalides, & en
Fij con
$ 34 MERCURE DE FRANCE
conféquence M. Morand a délivré à la Dlle Coller,
un certificat qui prouve la bonté de ce Remede , lequel
nous a été repréſenté. M.Peras,Maître Chirur.
rurgien & Accoucheur de la Reine , a délivré auffi
une pareille Atteftation à la Dlle Collet , laquelle
inftruira les perfonnes,qui voudront en faire uſage ,
de la maniere de s'en fervir.
****************
CHANSON.
C Harmante & paiſible retraite ;
Boccage heureux , où mille fois
J'ai fait ferment de mourir fous les loix
De l'aimable & tendre Lifette .
Lifette , hélas ! vient de perdre le jour .
Vous n'avez plus vos graces & vos charmes ;
Et vous n'offrez á mon amour
Qu'un lieu fait pour verfer des larmes,
T. G. *** de Creffy.
VAVDEVILLE
Des Noces de Vénus,
N'Avoir pour objet que fa flâme
A mille ennuis livrer fon ame;
Etre charmé de fon tourment ;
Gémir toujours avec myſtere ;
Powe
339
THE NEW YORK
PUBLIC LIBRARY
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS.
SI
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THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
4STOR
, LENOX
AND TILDON
FOUNDATIONS
toujours avec myftere ;
Poun
MAR S.
339 17438
Pour une brillante chimere ,
C'eft le partage d'e l'Amant.
Etre poli , galant , aimable ;
En tous lieux paroître agréable ;
Ranger tous les coeurs fous fes loix ;
Faire un devoir de la tendreſſe ;
Voler de Maîtreffe en Maîtreffe ,
C'est le partage du François.
Avoir une femme charmante ;
Tendre , gracieuſe , obligeante ,
Et n'avoit pas l'efprit jaloux ;
Quand des Amans vient la cohorte
Fort prudemment gagner la porte ,
C'eft le partage de l'Epoux
Etre badin , vif , agréable ;
Chanter & folâtrer à table ;
Louer les morceaux les moins bons ;
Paroître infinuant & tendre ;
Emprunter & ne jamais rendre ,
C'est le partage des Gaſcons.
Allier l'Amour & la Gloire ,
Et fut les pas de la Victoire
Fiij Cueillis
$36 MERCURE DE FRANCE
Cueillir le Myrthe & le Laurier ;
Prodiguer fon bien & fa vie
Pour le bonheur de la Patrie ,
C'eſt le partage du Guerrier,
*
Se piquer auprès d'une Belle
De brûler d'une ardeur fidelle
i
Chanter & faire le bading;
Paffer deux heures , fans murmure
Après fa longue chevelure ,
C'eſt le partage du Robin .
*
Pour faire goûter la tendreffe ;
Ecrire avec délicateffe ;
N'employer que des mots flatteurs à
Sçavoir , par un nouveau délire ,
Faire pleurer au lieu de rire
C'est le partage des Auteurs.
Vouloir avec un foin extrême
Arriver au bonheur fuprême ,
Meffieurs , de flater votre coeur ;
Par une ardeur toujours nouvelle
Etre enflâmé du plus beau zéle ,
C'eft le partage de l'Acteur .
Laffichard
MARS. 1743 537 $
SPECTACLES.
ONa die
Na dit dans le dernier Mercure , que
le 5. Fevrier , les Comédiens Italiens
repréfenterent une petite Comédie nouvelle
en Profe & en un Acte , intitulée Le Silphe
Comme cette Piéce n'eft pas imprimée , on
en trouvera un Extrait affés fidéle dans la
Lettre qu'on va lire , écrite de Paris par M.
C.....à Mylord de V.....à Londres le 13 .
Fevrier 1743.
MYLORD ,je vous avois promis de la Philo
fophie : je vous manque de parole , pour être
le premier à vous parler du Silphe, Comédie
nouvelle en Profe , qui depuis cinq ou fixjours
attire tout Paris au Théatre Italien : elle eft
de l'Auteur de cet Oracle que vous aimez
tant , de cet Oracle , plus riant , plus heu
reux peut - être , mais moins ingenieux J
moins fin , moins délicat , moins difficile à
faire que le Silphe.
Tout ici , comme dans l'Oracle , ne rou
le que fur trois Acteurs : le Marquis de Sil
vine , Julie , & Frontin , Domestique de Jus
lie. Ces trois Rôles font joués par le fieur
Riccoboni , par la Dlle Silvia , & par le
fieur Deshayes.
Le Marquis amoureux de Julie, fe déguife,
F
&
§38 MERCURE DE FRANCE
& entre au fervice de fa Maîtreffe fur le pied
de femme , de chambre fous le nom de Florine
, préfentée par Frontin , qui fe dit fon
oncle ; elle eft nouvellement arrivée de Gafcogne
; ce premier déguifement n'étoit que
le préparatif d'un fecond , fur lequel le Marquis
fondoit fes plus flateufes efpérances. Il
eft inftruit que Julie , élevée par une vieille
tante , avoit été bercée de Contes de Fées , de
Livres de Cabale , & d'Hiftoires de Peuples
Elementaires, de forte qu'elle croyoit fermement
aux efprits Aëriens , & s'imaginoit être
fans ceffe entourée d'une troupe de Génies ;
le Marquis ,informé de ces circonſtances,veut
en profiter ; il commence par jouer le Rôle
de Soubrette , pour être bientôt à portée de
jouer celui de Silphe & d'Amant . Quand il
parle à Julie , comme Florine , il affecte
conftamment l'accent Gafcon , mais lorsque
pendant la nuit , il lui parle comme Ziblis
qui eft fon nom de Silphe , il reprend fon ton
naturel & fa prononciation ordinaire , moyen
nant quoi Julie ne fe doute de rien.
Après quelques converfations nocturnes ;
auffi tendres que merveilleufes , où l'amoureux
Ziblis s'étoit emparé de l'imagination
& du coeur de fa chere Julie , il lui avoit enfin
promis de fe rendre vifible : voilà l'avant
Scéne ; c'eft ici que la Piéce commence : Julie
le preffe de lui tenir parole. Eh ! Sons
VIA S. 1743. 539
quelle forme voulez- vous que je vous apparoiffe
, lui dit le faux Silphe Sous la vôtre
apparemment , répond- elles fous la mienne ?
Belle Julie? Les corps des habitans de l'Air ¸
fluides , tranfparens , diffous par la Lumiére
, ne peuvent tomber fous les fens ; &´
être apperçus par les yeux des Mortels.....
,
Comment donc , Ziblis ? ...... Mais en vé
rité...... Je fçais bien que je ne vous aime
que pour vous; cependant... Belle Julie ...quoique
vous ne m'aimiez que pour moi , cependant
votre imagination, n'est - il pas vrai , ne feroit pas:
fatisfaite? Je vous propofe donc auffi le moyen
que nous avons nous autres Silphes , pour nous;
communiquer aux Mortels , en prenant à leur
gré la figure qu'il leur plaît...... Voulezvous
que je vous apparoiffe fous celle......
Vous n'enprendrez aucune , s'il vous plait , & -
votre propofition meparoît mêmefort étonnante::
fije vous nommois quelqu'un , n'inquiéterois je?
pas votre amour ? Ne devriez vous pas en être?
jaloux , foupçonner un Rival ? : .... ab .
je vois votre délicateffe , interompt Ziblis ; eh
bien , il me vient une idée : je vais prendre las
figure de Florine : elle ne fera plus une fille ,
& la fimple confidente de votre paffion pour
moi ; elle fera moi même; oui , moi - même ,
Belle Julie Amant le plus tendre le pluss
paffionné . Il ne me faut que le moment de dif
Pofer de fon am:, c'est- à - dire de la placer dans
E- y.
"
540 MERCURE DE FRANCE
un autre corps , tandis qu'ici j'occupperai le
fien.
Vous jugez bien , Mylord , que toute cette
Scéne fe pafle dans l'oblcurité : Julie veut
retenir fon Amant , mais fans l'écouter , il
part , & un moment après , l'appartement de
Julie fe trouve éclairé : Ziblis vétu d'un habit
de Caractére , leger & brillant , paroît
fous les traits de Florine , & fe jette a fes
genoux : elle veur retirer la main , qu'il baife
avec transport : mais , Madame , il étoit
donc in utile queje priſſe un corps, dit vivement
le prétendu Silphe : apparemment que lafigure
Jon laquelle je v us apparois , v us déplaît ?
+
Non , répond Julie ; & foi qu'elle emprunte
en effet de votre ame , qui l'anime à préfert
, ce certain agrément que I Amour Seul
Put donner foit préjugé de mes fentimens pour
vous , je trouv: que fous tous les traits de Flo
rine , vous êtés mieux , mais mieux , beaucoup
mieux qu'elle.... Vous ritz ? .... Je ris , il eft
vrai : car enfin , ce n'est pas dans cet inftant
la première fois que je vous apparois fous ces
mêmes traits , & ce matin encore à votre Toi
lette..... J'entends ; l'ame de Florine par
votre ordre fe promenoit hors de chés elle
tandis que je formois ces boucles , tandis que je
plaçois ces fleurs dans vos beaux cheveux¸tandis.....
Vou rougiffez ?
2
Ab! Ziblis , cela n'eft pas bien ; on croit
MAR S.
541 1743
etre avec une fille , on ne prend point garde
à foi; on eft dans un certain défordre , &juftement
c'est avec un Amant.. .. Mais
croyez vous que depuis que je vous adore , mon
ame errante fans ceffe dans ces lieux , ne vous
ait pas vûë plufieurs fois ? .... Oh ! se
votre ame : mais avec un corps , n'étoit
que
cela eft bien different.
que
Très different , Belle Julie , j'en fens fe
bien la difference , que vous trouverez bon que
l'ame de Florine ne revienne plus ici ,
&
fousfa figure,que je m'approprie dès ce moment,
j'y refte deformais toujours avec vous.....
Non s'il vous plaît : il eft trop difficile au coeur
de ne fe point laiffer diftraire par les fens : que
feai je ? Le mien pourroit quelquefois s'échapper
vers ces traits qui vous font abfolument
étrangers , & en vérité , vous n'y pensez pas r
vous dis -je , de vouloir vous obftiner à les gar
der auprès de moi ce feroit , en quelque farçon
,y placer vous- même un Rival,.
Julie , après quelques autres difcours
propofe à fon Silphe de la rendre Silphide
Croyez vous , lui dit - elle , que quand même jø
ne l'aurois pas lû dans nos plus fameux Cabal
Liftes , l'Amour ne m'inspireroit pas , que lorf"
qu'un Silphe aime véritablement une Mortelle,,
au lieu de s'abaiffer jufqu'à elle , il peut l'élever
jusqu'à lui , & la rendre participante ài
Jon Effence? Oui , la force & l'attraction de
E vij
542 MEERCURE DE FRANCE
fon Amour, fecondé du nôtre, exaltent en nous
les parties d' Air, les rendent dominantes, & les
ayant détaché de celles des autres Elemens ,
dont nous fommes compofés , nous en organifens
un corps purement Aerien , femblable à
celui des Silphides.
Vous fentez bien , Mylord , qu'il eft plus :
facile à Ziblis d'être Mortel , que de rendre
Julie Silphide : voilà le noeud de la Piéce
: il eft bon , n'eft- ce pas ? Comment l'Au
teur fe tirera t'il de là Il s'en tire à merveille
, & l'on peut dire que fon dénoûment
eft un chef-d'oeuvre : il le fait naître de cette
complaifance , fi naturelle à toutes les
femmes pour leur Beauté : Julie , qui voitqu'il
faudroit renoncer à fes charmes ter
reftres , pour devenir Silphide , renonce d'el .
le- même à la devenir , mais , pour que vous
pûffiez bien juger dé ce dénoûment ,
il fau
droit vous envoyer toute la derniére Scene ;
& c'est ce qui n'eft pas en mon pouvoir
contentez -vous de ceci : c'eft tout ce que j'ai
pû attraper , & lier dans ma mémoire , à l'aide
d'un ami. Vous êtes trop curieux des Piéces
du Théatre de Paris , pour que je ne vous .
envoye pas celle - ci , dès qu'elle fera impri
mée. J'ai l'honneur d'être & c.
Le 4. Mars , les mêmes Comédiens don
merent une Pićce nouvelle en Vers & en trois
Actes
MAR S. 1745 543
7
Actes de la compofition de M. de Boiffy ;
qui a pour Titre Pamela en France , ou la
Vertu mieux éprouvée , dont le fujet eft tiré
d'un Roman , traduit de l'Anglois qui a paru
ici l'année derniére fous le même Titre
de Pamela. Cette Comédie qui a été parfaitement
bien : jouée , a été reçûë favorable--
ment du . Public . Elle eft, fuivie d'un Di
vertiffement ingenieufement compofé par le:
fieur Deshayes , qui a été fort goûté.
Le 19. ils donnerent une autre Comédie
nouvelle en Vers & en un Acte, intitulée l'Iledes
Talens laquelle a éré applaudie. Cette Pié
ce eft fuivie d'un joli Divertiffement exécuté
tout au mieux , terminé par un Vaudeville . On
parlera plus au long de ces deux Ouvrages..
Le 30. ils donnerent pour la clôture
du Théatre la Comédie de Pamela , &
la petite Piéce nouvelle de l'Ile des Ta-
Lens , de M. Fagan , fuivie d'un Diver
tiffement.
Le premier Mars , l'Académie Royale de
Mufique , remit au Théatre la Tragédia d'Hefione
, que le Public reçur avec beaucoup
d'applaudiffement. Cette. Piéce eft de M.
Danchet , de l'Académie Françoife , mife en
Mufique par M. Campra , Maître de Mufique
de la Chapelle du Roy , dont tout le monde.
connoît les grands Talens. Elle fut donnée.
dans

344 MERCURE DE FRANCE
f
dans fa nouveauté au mois de Decem. 1700.
Elle a été repriſe plufieurs fois , toujours avec
le même fuccès ; la derniére repriſe eft du
mois de Septembre 1719. On a donné un
Extrait du Poëme dans le Mercure du mois
d'Octobre de la même année , page 2477.
Le 28. on donna par extraordinaire , pour
la Capitation des Acteurs , comme cela fe
pratique toutes les années , une repréſentation
de la Paftorale Heroïque d'Iffé , laquelle fuc
fuivie du Ballet Comique des Amours de Ra
gonde , dont on a déja parlé .
Le 30. on donna encore pour les Acteurs
une feconde repréſentation de la Paftorale
d'Iffé,fuivie des Amours de Ragonde, pour la
clôture du Théatre.
Le
Le fuccès de la Tragédie de Merope eft
toujours fort grand au Théatre François ; on
vient d'n interrompre les repréfentations par
indifpofition de la Dlie Dumesnil , qui y jouë
le principal Rôle d'une manière inimitable.
6 Mars , on remit au Théatre la
Tragédie de Pirrhus de M. de rebillon , de
'Académie Françoife ; elle avoit été repréfentée
la premiére fois le 29. Avril 1726.
L'Ext it en a été donné dans le Mercure de
Mii de la même année . Cette Piéce n'a-
VO pas été repréfentée depuis le mois d'Oce
tobre 1729
.
Le
MARS. 1743:
545
Le 23. on reprit les repréfentations de la
Tragédie de Merope toujours avec les
mêmes applaudiflemens.
>
Le 30. on donna pour la clôture du Thea
tre , la Tragédie de Zaïre , de M. de Voltaire
, & la petite Comédie des trois Freres ‹
Rivaux.
Le 2. Mars , l'Opera Comique donna une
Piéce d'un Acte, avec un nouveau Divertiffement,
intitulée , Le Silphe fuppofe , laquelle
fur fuivie du Bal Bourgeo's , de la petite.
Piéce du Vaudeville , dont on a déja parlé ,
avec des Intermedes ..
Le 9. on donna une autre Piéce , intitulée
Pigmalion, avec des Divertiffemens de Chants
& de Danfes , dans lefquels les Enfans du .
fieur Michel danferent à differentes Entrées
au gré du Public.
Le 16. on repréſenta une Piéce nouvelle
en un Acte , fuivie d'un Divertiffement , intitulée
Marotte , Parodie de la Tragédie de
Merope de M. de Voltaire.
NOU
546 MERCURE DE FRANCE
****************
NOUVELLES ETRANGERES..
OF
RUSSIE..
N mande de Pétersbourg dir zy: du mois de-
Janvier dernier , que le Gouverneur d'Aftracan
a dépêché un courier à la Czarine , pour l'informer
qu'auffi tôt qu'il avoit reçû la nouvelle de
l'arrivée de Thamas Kouli - Kan à Derbent , il avoit
envoyé un Officier , pour demander à ce Prince la
raifon des mouvemens faits par les Perfans fur les
frontieres de Ruffie ; que cet Officier n'avoit pû
avoir audience . de Thamas Kouli -Kan , quelques.
inftances qu'il eût faites pour y être admis, & qu'il
avoit été conduit au Gouverneur de Derbent ,
qui ayant appris le fujet de fa commiffron, lui avoit
fait réponse par ordre de Thamas Kouli - Kan , que
ce Prince confentoit de renouveller le Traité de
Riatfcha ,à condition que les Limites de la Perſe du
côté de la Ruffie, n'euffent pour bornes que le Volga
& le Tanais , que toutes les Fortereffes conftrui--
tes par les Mofcovites fur lès Côtes feptentrionales
& occidentales de la Mer Cafpienne fuffent démolies
, à l'exception d'Aftracan & des Forts bâtis dans
les Ifles qui en dépendent , & qu'à l'avenir le Com--
merce de la Mer Cafpienne ne fe fît qu'avec des
Vaiffeaux Perfans.
Les lettres du Gouverneur d'Aftracan confirment :
que l'armée de Thamas Kouli- Kan eft prefque entierement
affemblée dans les environs de Derbent;
que cette armée eft dans un Camp fort incommo--
de , & que les troupes y fouffrent beaucoup.
Le Prince Antoine Ulrich de Bevern ne partira
pas pour l'Allemagne auffi - tôt qu'on l'avoit crû
&
MARS. 5.47 1743
✯ il a été trnsféré de la Citadelle de Riga , à Dunamunde
avec la Princeffe fon épouse. Une partie
de leurs domeftiques a obtenu la permiffion de retourner
à Wolfenbuttel.
On a appris de Pétersbourg du 8. du mois dernier
, que le 28. du précedent , la Czarine affiſta à
une repréſentation de la Tragédie d'Alzire , par laquelle
les Comédiens François , arrivés depuis pea
en cette Ville, ont fait l'ouverture de leur Théatre .
Depuis que le Prince & la Princeffe de Bevern ont
été tranferés de Riga à Dunamunde avec le Prince &
la Princeffe, leurs enfans , on a fçû que laCzarine avoit
révoqué la permiffion qu'elle avoit donnée au Prince
de Bevern de retourner en Allemagne, parce que
le Sénat avoit repréfenté qu'il étoit à propos de retenir
ce Prince , jufqu'à ce que la Princeffe fon
époufe eût fourni tous les éclairciffemens qu'on lui
demandoit , & juſqu'à - ce que l'on eût tiré de l'un
& de l'autre les Renonciations & autres Actes néceffaires
concernant le Trône de Ruffie .
Le Sénat a été auffi d'avis qu'on exigeât des Puiffances
qui ont follicité pour la liberté de ce Prince
& de eette Princeffe , qu'elles fe rendiffent garantes
de la difpofition faite par la Czarine en faveur du
Duc de Hoftein pour la fucceffion à la Couronne
ainfi que de l'exécution des conditions moyennant
lefquelles S. M. Cz . permettroit que le Prince & la
Princeffe de Bevern fortiffent de prifon.
Il a été en même rems réfolu dans cette Affemblée
, que comme la connoiffance de plufieurs faits ,
fur lefquels la Cour défire d'être éclaircie , dépend
beaucoup de la vérification de diverfes allégations
que les Comtes Biron ont avancées depuis leur retour
de Siberie , il convenoit d'établir une Commiffion
pour y proceder , & de faire entendre contradictoirement
la Princeffe de Bevern & les Comtes
Birons
548 MERCURE DE FRANCE
Biron par les Commiffaires qui feront nommés
pour cet effet.
En conféquence de cette réſolution , les Comtes
Biron doivent être conduits de Jaroſlaw à Riga , ou
ils occuperont dans la Citadelle les appartemens
que le Prince & la Princeffe de Bevern viennent de
quitter.
La Czarine a déja nommé les Commiſſaires qui
feront envoyés à Riga , pour y exécuter les ordres
de S. M.
On a appris de Pétersbourg du 16. du mois dernier
, que depuis l'arrivée d'un courier que la Czarine
a reçû du Gouverneur d'Aftrakan , on a publié
que les differends de S. M. avec Thamas Kouli- Kan
font entierement terminés , & que ce Prince doit
même envoyer inceffamment un Ambaffadeur Extraordinaire
à la Czarine , pour l'affûrer du défir
qu'il a de conferver avec elle une bonne intelligence.
Le bruit couroit auffi que l'armée Perfanne , qui
étoit affemblée fous Derbent , s'eft ſéparée , & que
Thamas Kouli Kan a repris la route d'Ifpahan avec
une partie des troupes dont cette armée étoit compofée.
Cependant le Gouvernement continuë de
prendre les mêmes précautions que s'il avoit à
craindre quelque entreprife de la part des Perfans ,
& il a donné ordre d'établir des magafins à Aftrakan
, & dans les Places voifines , & d'ajoûter plufieurs
ouvrages aux Fortifications de Killar , qui eft
un des principaux boulevarts de la Frontiere de
Ruffie du côté de la Circallie , depuis que la Ville
de Terky a été ruinée par le débordement des eaux,
ALLIMARS
1743 - 342
O
ALLEMAGNE.
Na appris de Vienne du 13. du mois dernier,
que le Prince de Lobckowits a mandé à la
Reine que par la diftribution des quartiers qu'il
avoit diftribués aux troupes qui font fous les ordres ,
il étoit à portée de pouvoir fe joindre au Feldt- Maréchal
de Kevenhuller , s'il étoit néceffaire, & qu'il
fe propofoit de tâcher de couper la communication
entre Amberg & Stat -Am - Hoff, & d'empêcher que
les troupes Françoifes qui font dans cette derniere
Place , puffent tirer des vivres du Haut Palatinat.
S. M. H. a reçû un courier dépéché par le Feldt-
Maréchal de Kevenhuller , par lequel elle a appris
que la plupart des troupes que ce Géneral commande
, étoient déja forties de leurs quartiers ; que
plufieurs Détachemens de ces troupes s'étant raprochés
de l'In , avoient occuppé divers poftes fur les
bords de cette riviere , & que quelques autres s'étoient
avancés du côté de Braunau & de Burghaufen,,
pour referrer ces deux Places.
On mande de Vienne du 27. du mois dernier ,
que le Comte de Traun , Géneral des tronpes de la
Reine de Hongrie , a dépêché le Comte de Colloredo
à S. M. pour l'informer de l'action qui s'eft
paffée le 8. de ce mois en-deça du Panaro entre
l'armée Autrichienne & Piémontoife & celle du Roi:
d'Elpagne , & que le 24. la Reine , accompagnée
du Grand-Duc de Tofcane & des Archiducheffes ,
affilta au Te Deum , qui fut chanté à cette occafion
dans l'Eglife Métropolitaine .
Ce Géneral a envoyé à S. M. par le même Officier
trois Drapeaux d'un Bataillon du Régiment de
Guadalaxara , qui , ayant été oublié par les Eſpagnols
, lorfqu'ils ont relevé leurs poſtes, a été obli--
gé de fe rendre prifonnier de guerre.
La
5 MERCURE DE FRANCE
La Reine a appris en même- tems , que le 9. au
foir , le Colonel Soro à la tête d'un Corps d'Efcla
vons avoit paffé le Panaro , pour aller reconnoître
la pofition des troupes de S. M. C. & que quelquesheures
après le Colonel Talliari l'avoit fuivi avec
toute la Cavalerie légere , mais que ces deux Offi
ciers ayant appris que toute l'armée Espagnole continuoit
fa marche vers Bologne , ils n'avoient pas
jugé à propos de s'engager trop avant , de crainte
que le Comte de Gage ne leur fit couper le chemin
par quelque détachement , qui auroit pû les empêcher
de retourner au Camp des Autrichiens.
Les Lettres du Prince de Lobkowitz portent qu'il
n'avoit pas encore pû réüffit à couper la commu
nication entre Amberg & Stat- Am - Hoff , & qu'il
y avoit de fréquentes efcarmouches entre les troupes
Françoifes & les Huffards de l'armée qu'il
commande..
On mande de Ratisbonne du 2. de ce mois , que
fix Elcadrons des troupes Impériales & un Détachemen
: de Cavalerie des troupesFrançoiſes étoient allés
fe pofterfur la Wiltz à quelque diftance d'Amberg,
pour continuer d'entretenir la communication entre
cette Place & le pofte de Stat- Am - Hoff . Depuis
quelques mouvemens qu'a faits une partie de l'armée
de l'Empereur & de celle du Roi T.C. le Prince
Lobckowitz a abandonné plufieurs poftes qu'il avoit
fait occuper dans le Haut Palatinat par les troupes
Autrichiennes qui font fous fes ordres , & il s'eft
retiré de l'autre côté de la Naab.
On a envoyé un grand nombre de Bateaux à Do--
nawert , pour y embarquer les recrues qui arrivent
de France .
La Ville d'Egra eft toujours bloquée par un Corps
de troupes Autrichiennes , & le Prince de Lobckowitz
fait toutes les difpofitions néceffaires
entreprendre le Siége..
pour en
MARS. 555 1743
FRANC FORT.
IN mande de cette Ville du 12. du mois der-
Onier,que le même jour , le Prince Royal , en
vertu d'une procuration qu'il avoit reçûë du Roi
d'Espagne , fit la céremonie de donner les marques
de l'Ordre de la Toifon d'Or au Maréchal Duc de
Belle-Ife , que S. M. C. a nommé il y a quelque
tems Chevalier de cet Ordre.
L'Empereur a déclaré le Prince de la Tour Taxis;
fon Premier Commiffaire à la Diette de l'Empire ,
à la place du Prince de Furftemberg , en faveur duquel
S. M. I. a difpofé de la Charge de Grand-
Maître de fa Maiſon.
Les avis reçûs de Ratisbonne du 20. du mois
dernier , portent qu'une partie des troupes commandées
par le Prince de Lobckowitz , eft répandue
dans les environs de la Ville d'Amberg , ce qui
n'empêche pas que la communication de cette Ville
avec Ratisbonne ne foit libre, les Autrichiens ayant
abandonné les poftes de Schmidmil & de Rieden à
l'approche du Corps qui eft fous les ordres du Marquis
de Balincourt.
Le 12. un Trompette de l'armée du Prince de
Lobckowiz fe rendit à Stat- Am - Hoff, par
ordre de
ce Géneral , & ayant été conduit , après qu'on lui
eut bandé les yeux , au Maréchal de Maillebois , il
lui remit une lettre par laquelle le Prince de Lobckowitz
propoſoit au Maréchal de Maillebois un
échange des prifonniers de guerre . Le Maréchal de
Maillebois dépêcha auffi-tôt un courier au Maréchal
Duc de Broglie, pour lui en donner avis, & dès
qu'il eut reçû la réponſe du Maréchal de Broglie ,
il renvoya au Prince de Lobckowitz le Trompette
Autrichien , avec un Trompette François .
On a appris de Baviere , que le Feldt-Maréchal
de
552 MERCURE DE FRANCE
de Kevenhuller s'étant mis en marche avec une partie
de l'armée qu'il commande , pour obliger les
troupes Impériales d'abandonner plufieurs poftes
qu'elles occupoient du côté de l'Archevêchéde Saltzbourg,
le Comte de Seckendorfmarchoit de fon côté
avec un Corps de 20000. hommes , tant des troupes
de l'Empereur que de celles de S. M. T. C. pour
s'opposer aux deffeins de ce Géneral .
Les lettres de Boheme portent que la garniſon ,
qui eft dans Egra , avoit fait, depuis le 7. du mois
dernier fix forties , dans deux defquelles elle avoit
remporté des avantages confidérables fur les troupes
Autrichiennes qui bloquent cette Place.
a
ESPAGNE.
Na appris de Madrid du 12. du mois der
nier que l'Intendant de Marine de S. Sébaſtien
à mandé au Roi , que le s . & le 12. Janvier,
Don François Boniceli , Commandant la Frégate
l'Extravagante , armée en courfe , a enlevé vers le
48. dégré de Latitude feptentrionale les Vaifleaux
Anglois le S. Charles , l'Elizabeth & l'Alexandre ,
le premier de 24. canons & de 150. hommes d'équipage
, qui retournoit de Sicile en Angleterre,
& à bord duquel il y avoit 3000. barils de fruits
fecs avec un grand nombre de pipes de vin , & 30.
Caifles de drogues médicinales ; le fecond de 145.
tonneaux, parti de Londres pour la Jamaïque, & le
troifiéme, deſtiné auffi pour la Jamaïque , & dont la
charge confiftoit principalement en armes , en fer,
en felles de chevaux , & en inftrumens néceflaires
pour les Sucreries.
Deux autres Bâtimens Anglois , chargés de viande
falée , & de moruë, ont été pris par la Frégate la
Notre-Dame de la Mifericorde , que commande
Trofime
1
MARS. 1743. 553
240
Trofime Andres , Armateur du Port de S. Sebaſtien .
Un Vaiffeau Eſpagnol de 24. canons & de
hommes d'équipage , a pris & conduit aux Caracques
trois Armateurs Anglois , qui radouboient
leurs Bâtimens à Ruba .
Le Vaiffeau le Blaackmore eft auffi tombé entre
les mains des Espagnols , en allant de Liverpool à
Gibraltar.
Un Bâtiment Anglois , qui alloit de Yarmouth
à Livourne , a été pris & conduit à Ceuta par up
Armateur Espagnol .
On maude de Madrid du s . de ce mois , que
Don Fernand della Torre , Maréchal des Camps &
Armées du Roi , y arriva le 3. de Bologne , d'où il
avoit été dépêché par le Comte de Gage ,pour inform
mer S. M. de la victoire remportée le 8. de ce mois
à Campo Santo par les troupes du Roi fur celles de
la Reine de Hongrie & du Roi de Sardaigne. Il
préfenta au Roi huit Etendarts & un Drapeau que
les Espagnols ont enlevés aux Autrichiens & aux
Piemontois , & S. M. a appris par cet Officier que
l'action ayant commencé par feu très-vif d'artillerie
, le Duc d'Atrifco , à la tête de la Brigade
des Carabiniers , du Régiment de la Reine & de
celui de Sagunto , avoit chargé avec tant de valeur
la Cavalerie des ennemis , compofée de 18. Eſcadrons
, fans y comprendre les Huffards & les Croates
, qu'il l'avoit renversée & mife en fuite ; qu'il
avoit pourſuivi cette Cavalerie pendant plus de
deux milles , fans lui donner le tems de fe rallier);
que l'Infanterie de l'armée du Roi , particulierement
les fix Bataillons du Régiment des Gardes Walonnes
, ne s'étoit pas moins diftinguée que la Cavalerie
Efpagnole ; qu'à la vérité l'Infanterie de l'Aîle
droite avoit perdu d'abord quelque terrain , mais
qu'elle l'avoit bientôt regagné, & que le Régiment
des
$54 MERCURE DE FRANCE
des Gardes Walonnes ayant attaqué l'Infanterie
Piémontoiſe, la bayonnette au bout du fufil, il avoit
enfoncé la premiére & la feconde Ligne , & avoit
encloué plufieurs piéces de canon ; que la nuit qui
étoit furvenue , avoit empêché les Espagnols de
profiter de tout leur avantage , mais que le feu de
la moufqueterie avoit duré fans interruption jufqu'à
dix heures du foir , & que les Espagnols après
avoir paflé toute la nuit en bon ordre fur le champ
de bataille , & après avoir dépouillé les morts &
enlevé les bleffés , avoient repaffé le lendemain au
matin le Pauaro , parce que n'ayant point de Place
d'armes ni de magafins dans le Modenois , il leur
auroit été également difficile de s'y maintenir
& d'y fubfifter ; que l'armée de la Reine de Hongrie
& du Roi de Sardaigne n'avoit fait aucune tentative
pour les inquieter dans le paffage , & qu'ils avoient
emmené 400. prifonniers , 5oo. chevaux & 248.
chariots chargés de vivres , d'armes & d'équipages.
Don Nicolas de Mayorga , Maréchal de Camp ,
eft le feul Officier Géneral qui ait été tué du côté
des Efpagnols , & il n'y en a point eû d'autres de
bleffés , que M. de Macdanell , Lieutenant Géneral,
le Duc d'Arcos , le Marquis de Villadarias , & le
Comte de Jauche , Maréchaux de Camp.
On a chanté le Te Deum par ordre du Roi dans
toutes les Eglifes de Madrid , en action de graces
de cette Victoire , & il y a eu des réjouiſſances publiques
pendant trois nuits confécutives .
Don Alexandre de la Mothe , Commandant Géneral
d'Oran , a mandé au Roi , qu'un Détachement
de la garniſon de la Place s'étoit emparé de
418. boeufs & de 1024. moutons , que les Maures
avoient dans une Prairie voiſine .
Les dernieres lettres écrites à S. M. par l'Inten‹
dant de Bilbao , marquent que le Vailleau Anglois
le
MARS. 1743. 555
le Duc d'Argyle , commandé par le Capitaine Fargeffon
, & à bord duquel il y avoit 290. tonneaux
de tabac en feuille , 12000. livres de tabac en carottes
, & une grande quantité de vin de Madere ,
d'eau de vie & de thé , avoit été pris le 23. du mois
de Decembre par l'Armateur Laurent Bermer.
On a appris du Feroi , que le 8. du mois dernier,
l'Armateur Don François de Silvi y avoit conduit
une Balandre de la même Nation.
ITALI E.
N mande de Bologne du 10. du mois dernier,
que le Comte de Gage ayant raffemblé toutes
les troupes Efpagnoles qui font fous fes ordres;
que s'étant avancé vers le Panaro dans les premiers
jours de ce mois , il paffa cette riviere avec fon
armée la nuit du 4. au 5. fur deux ponts,& que s'étant
rendu maître de Campo Santo & de Final , il
envoya à Buondeno un détachement de Cavalerie ,
à l'approche duquel les troupes de la Reine de
Hongrie , qui y étoient en garnifon , fe retirerent
à Revere. Ce Détachement trouva à Buondeno un
magafin de 2000. facs de grains & de farine , &
l'habillement de deux Régimens des ennemis , avec
leurs armes & leurs équipages , & après s'en être
emparé , il retourna joindre l'armée Eſpagnole qui
étoit restée à Campo Santo.
Le Comte de Traun & le Comte d'Afpremont ,
fu l'avis qu'ils eurent de la marche du Comte de Gage,
ayant relevé tous les quartiers qu'ils avoient fait
prendre aux troupes qu ils commandent, ils marcherent
pour s'opposer aux entreprifes des Espagnols ,
& le 8. les deux armées fe trouverent en préfence .
Le Comte de Gage , dont les troupes étoient en
bataille depuis la pointe du jour , tenta deux fois
inutilement d'engager une action, & ce ne fut qu'à
G deux
$ 56 MERCURE DE FRANCE
deux heures après midi , que le Comte de Traun &
te Comte d'Afpremont , lefquels avoient attendu
Parrivée de quelques troupes qu'ils avoient tirées
des Places võifines , fe déterminerent au combat.
Il commença par une canonnade très-vive de part
& d'autre , & pendant laquelle le Duc d'Atriſco , àતે
la tête de la Cavalerie Efpagnole, renverfa celle des
ennemis. Le feu de l'artillerie ayant été fuivi de celui
de la moufqueterie , & l'Infanterie s'étant jointe
, l'action devint générale , & elle dura jufqu'à
deux heures de nuit.
Les Efpagnols fe font rendus maîtres de quatre
piéces de canon , de cinq Drapeaux , de quatre
Etendarts & de deux paires de Timballes , & ils
ont fait prifonniers les Lieutenans Généraux Ciceri
& Bayersberg , lefquels ont été bleffés. Le Comte
d'Afpremont l'a été auffi , & le Comte de Traun a
eu deux chevaux tués fous lui & un de bleffé .
Du côté des Elpagnols , il n'y a eu aucun Officier
Géneral de tué. Le Duc d'Arco , Brigadier
M. Magdanel , Lieutenant Géneral ; le Comte de
Suze & M. Carnavatzal , Maréchaux de Camp ,
ont été légerement bleffés.
Le Comte de Gage , après avoir paffé la nuit fur
le champ de bataille , s'eft déterminé par le défaut
de fubfiftances , à repaffer le lendemain le Panaro
avec toute fon armée , fon artillerie & tous les
équipages , & ayant fait brûler les deux ponts qu'il
avoit fur cette riviere , il s'eft rendu à S. fio , où il
eft arrivé le foir.
GENEV E.
Nemande de cette Villens des rouge str
nier , que deux détachemens des troupes Efpagnoles
, commandées par l'Infant Don Philippe ,
étant
MARS.
1743 .. 557
étant entrés dans les territoires de Chapitre & de
S. Victor , cette République a fait de fortes iuftances
auprès de ce Prince , pour l'engager à en retirer
ces détachemens , & qu'elle a écrit aux Cantons
de Zurich & de Berne , pour les prier d'employer
leurs bons offices en fa faveur.
Le Roi d'Espagne , étant informé des repréfentations
faites par les Genevois , à l'occafion de la
marche de ces deux détachemens , a ordonné que
conformément au Traité de Saint Julien , il ne fut
donné aucune atteinte aux privileges de la République
de Geneve .
225.
Suivant une Lifte qui paroît des armes & des
munitions de guerre & de bouche que les Espagnols
ont enlevées aux Piémontois dans la Savoye , ils
ont trouvé à Miolans 175. moufquets , 182. fufils ,
144. bayonnettes , 500. mains de fer pour jetter
les grenades , 657. grenades , 8. barils de poix ,
livres de méches , outre 91. piques , 37 haches
, 80. péles , so . fappes & une grande quantité
de hallebardes , de cartouches & de pierres à fufl ;
à Conflans , 12000. quintaux de foin & de paille
220. facs de farine & 400. douzaines de planches ;
à Moutiers, 2223 facs de farine de froment , 2773 .
boiffeaux de froment en grain, 2047. facs d'avoine ,
37. facs de riz , 64 , facs d'orge , 92. caiſſes de bifcuit
& 20000. quintaux de fel ; à Sez , magafins
de fourage , 3000. facs de farine & 12. cail
fons de bifcuit ; à S. Jean de Morienne , 800 , facs
de farine , zoo d'avoine , 82. de feigle , 87. de féves
, 24. de riz , 12. caiffes de poudre , 170. carballes
touches de canon , 241. facs d'étoupes , 27.
de tabac & deux barils de cloux pour des affuts ; à
S. Michel , 2640. facs de bled , 664. d'avoine , 12 .
caiffons de balles de fufil,trois magafins de fourage ,
deux
Gij &
558 MERCURE DE FRANCE
& beaucoup d'uftanciles d'Hôpitaux ; à Aiguebelle ,
300. facs de farine , 144. d'avoine , 600. quintaux
de foin , 480. quintaux de paille , avec une grande
quantité d'armes & de munitions de guerre ;
Montmélian , 36000. rations de pain de munition ,
2011. facs de farine , 126. de riz , 10. d'orge ,
beaucoup d'artillerie , d'armes , de munitions de
guerre, d'équipages, d'outils & d'attirails de guerre.
GENES ET ISLE DE CORSE.
Elon les avis reçûs de Lombardie , le Comte de
Gage
à huit heures du foir un Corps de Miquelets & de
Huffards du côté de Modene & de Caftel San-
Giovanni , & après avoir fait retirer à Imola tous
les équipages de l'armée Espagnole , & diftribuer
aux Soldats du pain pouf quatre jours , il décampa
des environs de Bologne le lendemain à quatre heures
du matin. La marche des Eſpagnols ſe fit avec
tant de fecret & de diligence , que les Géneraux
Autrichiens & Piémontois n'en furent avertis que
leorfque les Espagnols furent arrivés à Caſtel San-
Giovanni .
Le deux au foir , le Comte de Gage fit halte
près du Château de Crevalcore , parce que l'Infan
terie , ayant marché de fuite pendant cinq lieuës ,
étoit extremement fatiguée . Il fit donner de l'ean
de vie aux Soldats qui fouffroient beaucoup de la
rigueur du froid , & fur les deux heures après minuit
, il fe remit en marche , faiſant avancer un
Corps de troupes vers San -Felice & un autre
Corps à Solara , où toute l'armée de S. M. C. fe
trouva raffemblée une heure après le lever du
Soleil.
"
Les Efpagnols pafferent la nuit du 4. aus. le
Panaro ,
MARS.
1743. 559
Panaro , après avoir mis en fuite un Régiment de
Cavalerie Autrichienne qui voulut leur en difputer
le paffage ; ils marcherent enfuite à Revere , pour
s'y faifir des magaſins , & un détachement de leurs
troupes alla à Buondeno , où il enleva un Piquet
de 40. Huffards de l'armée de la Reine de Hongrie.
"
Toutes les troupes Autrichiennes & Piémontoifes
, qui étoient cantonnées le long du Panaro
fortirent précipitamment de leurs quartiers
pour aller rejoindre le gros de leur armée , dès
qu'elles furent informées des mouvemens des Efpagnols
.
On a appris de la Baftie que 400. Rebelles ,
ayant pris les armes , étoient entrés dans la Piéve
de Tavagna , dont la plupart des habitans s'étoient
déclarés en leur faveur ; qu'ils y avoient brûlé les
maifons de ceux qui avoient refufé de fe joindre à
eux ; qu'ils avoient enlevé toutes les armes qu'ils
y avoient trouvées , & qu'ils avoient fait priſonniers
plufieurs Soldats de la République . On a fait marcher
de la Baftie & de quelques autres endroits divers
détachemens , pour aller attaquer cette troupe
de vagabonds .
Le bruit cour: que le Baron de Neuhoff , a fair
voile de Livourne avec deux Vaiffeaux de guerre
Anglois , pour fe rendre en Corfe , & qu'il doit
trouver dans le Golfe de S. Florent 14. autres Bâtimens
de la même Nation , chargés de troupes.
de débarquement , d'artillerie , d'armes & de munitions
de guerre . On affûre auffi qu'un neveu de
ce Baron eft déja débarqué à Iſola Roſſa , & qu'il
a paffé dans la Balagna.
On mande de Genes du 27. du mois dernier ,
que Don Fernand della Torre , Maréchal des
Camps & Armées du Roi d'Efpagne , a paffé en
G iij cette
569 MERCURE DE FRANCE
cette Ville , en allant à Madrid , où le Comte de
Gage l'a envoyé pour informer S. M. C. des particularités
du Combat qui s'eft donné le 8. à Campo
Santo , & que cet Officier portoit au Roi d'Eſpagne
huit Etendarts & un Drapeau que les Espagnols
ont enlevés aux Autrichiens & aux Piémontois .
Quoique le Comte de Traun ait fait chanter le
9. le Te Deum fur le Champ de bataille , après que
les Espagnols ont repaffé le Panaro , la plupart des
lettres écrites de Modene , & quelques-unes même
qu'on a reçûës de Parme , confirment que les troupes
de S. M. C. font demeurées maîtreffes du
Champ de bataille ; qu'elles ont dépouillé les morts
& enlevé les bleffés ; qu'elles ne fe font retirées de
l'autre côté du Panaro , que faute de Places fortes
& de fubfiftances , & qu'elles ont emmené , nonfeulement
400. prifonniers , du nombre defquels
font 60. Officiers , mais encore soo . chevaux avec
180. chariots de bled ou de farine , & 68. autres
chariots chargés d'armes & d'équipages,
Le nombre des prifonniers faits par les Autrichiens
& par les Piémontois n'eft pas à beaucoup
près auffi confidérable que les Géneraux de la Reine
de Hongrie & du Roi de Sardaigne le publient ,
& l'on prétend que ces Géneraux n'ont pas fait
conduire au Château de Parme en particulier plus
de 360. Efpagnols.
L'armée du Roi d'Eſpagne n'a été nullement inquietée
dans la retraite , & les troupes Autrichiennes
& Piémontoifes , au lieu de la poursuivre ,font
retournées dans leurs quartiers , fans former aucune
entreprife .
On a appris depuis de la Baftie que le Baron de
Neuhoff , ayant abordé en Corfe à la Plage de Balagna
, il avoit fait propofer aux principaux hibi ,
tans de fe joindre à lui , & qu'il les avoit affurés de
la
MAR S.
1743 561
la protection du Roi d'Angleterre , mais qu'ils lui
avoient répondu qu'ayant pris deux fois les armes
a fa follicitation fans aucun fuccès , ils ne vou-
Toient point les reprendre , à moins qu'il ne fût
affûré d'avoir des forces fuffifantes pour les foutenir
& qu'il ne fe rendît maître de quelque Place
maritime.
Depuis qu'on a reçu ces nouvelles , on a été informé
que le Baron de Neuhoff étoit retourné à
Livourne fur une Frégate Angloife , & qu'y étant
débarqué , il s'étoit rendu à Florence .
La République a mis à prix la tête de cet avantu
rier , & eile promet 2000. Croifats à celui qui le livrera
mort ou vif.
Un détachement des troupes de la République ;
commandé par le Colonel Joffe , a chaffé de la Piéve
d'Ampugnano le Corps de Rebelles , qui s'y
étoit affemblé , & il y a mis leurs maiſons au
pillage.
Plufieurs autres Piéves ont envoyé des Députés
au Marquis Spinola , pour l'affûrer de leur foumiffion
aux ordres de la République , & elles ont
demandé feulement que le port, des armes fut permis
, & qu'on diminuât la Taxe qui leur a été
impofée.
On mande de Genes du 6. de ce mois , qu'il
s'eft répandu un bruit que le Baron de Neuhoff
étoit retourné fur les Côtes de l'Ile de Corfe avec
quelques Vaiffeaux Anglois , & qu'il avoit enlevé
aux Genois plufieurs Barques chargées d'huile & de
bled , mais qu'on n'a point appris qu'il foit débarqué
en aucun endroit , & que l'on doute qu'il ofe
s'y hazarder , étant inftruit que la République a aug
menté jufqu'à 4000. Croifats la récompenfe promiſe
à celui qui le livrera mort ou vif.
On continue d'affurer qu'il a fait envain de nou-
G iiij velles
562 MERCURE DE FRANCE
velles inftances auprès des habitans des côtes , pour
les engager à fecouer le joug de la République , &
que comme il ne leur a donné jufqu'à préfent que
des efperances , ils ne lui ont fait non plus que des
promeffes conditionnelles.
Tous les avis de Lombardie confirment que les
troupes Autrichiennes & Piemontoifes font retournées
dans leurs quartiers depuis la bataille qui
s'eft donnée à Campo Santo , le 8. du mois dernier.
On a appris que le Comte d'Afpremont , Géneral
des troupes Piémontoifes , & le Comte de Peyersberg
, Lieutenant Feldt Maréchal des troupes de la
Reine de Hongrie , étoient morts , l'un à Manto ë
& l'autre à Parme , des bleffures qu'ils ont reçûës
dans ce combat.
GRANDE BRETAGNE.
N mande de Londres du 21. du mois dernier
, que le Capitaine Holmes , Commandant
le Vaiffeau de guerre le Saphir , de 40. canons
, ayant été informé qu'il y avoit trois Armateurs
Espagnols à Vigo , il fe rendit le 26. Janvier
dernier à la hauteur de ce Port ; que lorfqu'il s'en
fut approché à un demi mille , les Efpagnols firent
feu d'une de leurs batteries fur le Saphir , qui eut fon
Maft de Miſaine percé d'un boulet , & qui fut atteint
d'un autre à fleur d'eau. Plufieurs des Matelots
de ce Bâtiment furent tués ou bleffés , & ſes
agrez furent extremement endommagés mais
cela n'empêcha pas le Capitaine Holmes d'attaquer
les Armateurs , & il les canonna fi vivement , qu'il
en coula deux à fond.
MEMOIRE
MARS. 1743. 563
MEMOIRE préfenté au Roy de la
Grande Bretagne , par M. Gaftaldi , Miniftre
de la République de Genes à Londres.
IRE , les fentimens avec lesquels ma Répu-
Sblique acherché en tout tems à conferver une
correfpondance folide avec la Couronne d'Angleterre ,
s'est étudiée à mériter toujours la bienveillance de
V. M. des Rois vos prédéceffeurs ; ces fentimens
vrais conftans font connus de V. M. de vos Miniftres
de toute la Nation Anglaife. Dans toutes
les occafions ma République a eû le bonheur d'apprendre
par fes Envoyés Miniftres réfidens à votre
Cour , votre bonté pour elle , & que fa conduite à
votre égard étoit agréable à V. M.
L'Empereur Charles VI. de glorieufe Mémoire ,
Pere de S. M. la Reine de Hongrie , avoit accordé a
la République des troupes auxiliaires pour réduire le
Royaume de Corfe fous l'obéissance de fes Souverains
legitimes , mais après le départ de ces troupes la révol
te ayant recommencée , il plut à S. M. T. C. d'offrir
à la République de nouveaux fecours , dans la vûë de
ramener les Corfes à leur devoir , & de rétablir dans
PIfle la tranquillité publique .
La République communiqua à V. M. ce Traité ,
& vous fupplia de vouloir entrer dans des engagemens
auffi juftes , en lui accordant la garantie de la Corfe ,
conformément à ce qui avoit été pratiqué de concert
par S. M. I. lefeu Empereur & S.M. T. C.
Quoique V. M. nejugeât pas à propos dans les cir-
Conftances d'alors , d'acceder à ce Traité , elle eut la
bonté defaire répondre au Miniftre de la Republique,
qu'elle avoit agréé cette marque de fon attention
qu'elle regardoit le fecours offert par la France comme
le meilleur & l'unique moyen de terminer la révolte ;
Gy

que
164 MERCURE DE FRANCE
que la République pouvoit être affûrée des intentions
favorables de V. M. qui lui en avoit donné des preuves
, avant tout autre Prince , en défendant par un
ordre exprès & public à tous les Officiers de Vaiffeaux,
ayant Pavillon Anglois , de transporter en Corfe des
armes des munitions de guerre , & d'avoir aucun
commerce avec les Rebelles.
Après des marques auffi éclatantes des égards de V.
M. pour la République , & les nouvelles affûrances
qu'elle en a reçûës , par rapport aux incidens occafion
nés dernierement par l'Escadre du Vice-Amiral Matthews
, on a eu des avis de plufieurs endroits , que·
Theodore de Neuhoff , connu dans le Monde pour au →
teur des Troubles dans le Royaume de Corse , étois
dans la Mer de la Grande Bretagne , & qu'il avoit
fait le projet de paffer dans la Méditerranée. On afçis
depuis qu'il avoit paris vers les Côtes de Portugal , fur
un Vaiffeau de guerre Anglois , commandé par le Capitaine
Georges Barclai , & que le bruit public à Lisbonne
étoit qu'il devoit fe transporter en Corfe , avec
des armes des munitions de guerre.
On eut avis enfuite qu'il avoit touché à Villefranche
à bord de ce Vaiffeau , & qu'enfin vers là.
mi .Février il étoit arrivé à Livorne ; qu'il y avoit
reçû à fon bord quelques - uns des principaux Chefs ,
des Corfes exilés féditieux , qui étoient repandus
auparavant dans quelques Villes de la Tofcane ;
qu'il avoit eu une conference fecrette de plufieurs heures
avec le Géneral Breitewitz , qui s'étoit rendu de
Florence à Livorne , & qui étoit allé à bord du Vaif-
Sean Anglois , accompagné du Conful d'Angleterre .
On mande enfin que le méme Theodore étoit parti
avec ces Chefs de Rebelles , tous embarqués fur le
même Vaiffeau la nuit du 30. Janvier paffé , N. S.
faifant voile vers la Corfe avec un autre Vaiffeau de
guerre Anglois , nommé le Salisbury , commande par
le
MAR S. 1743. 5.65.
t
te Capitaine Pierre Horftorn ; que le même Theodore ,.
quelques jours auparavant , avoit dépêché en Corfe un
Emilaire dans un autre Vaiffeau de guerre Anglois ,
nommé Vinceff , & qu'il avoit fait répandre un Edit
féditieux , daté de la feptiéme année de fon regne ,
dans lequel Edit , avec des expreffions , méme peu mefurées
à l'égard des Puffances de l'Europe , il décou
vre fes intentions & ſes vûës contre la tranquillité de
La Corfe.
La République a reçû des nouvelles plus fraîches
par fes Commiffaires Géneraux & fes Commandans:
dans les Places de Corfe , fçavoir que le fufdit Emif.
faire de Theodore étoit defcendu dans l'Ifle ; qu'il excitoit
déja le Peuple à une nouvelle révolte ; qu'il leur
promettoit l'arrivée de Theodore avec plufieurs Paif
feaux de guerre Anglois , des troupes de débarquement
une grande quantité d'armes & de munitions.
Les mêmes Commiffaires Géneraux & Commandans
mandent auffi que le Vaiffeau la Revangele Salise
bury avoient pari (ur les Câtes de la Coxfe , de qu'ils
avoient débarqué de la pondre ¿p des munitions dans
un endroit nommé PIlola Rolla ; que ces Vaifeaux
croifoient dans cette Mer , afin d'empêcher , dit- on
Les fecours qui pourroient étre envoyés de Genes aux”
Places de l'Ifle , qu'en attendant ils furprenoient
9
arrétoient effectivement par leurs Chaloupes less
peris Batimens qui paffoient avec Pavillon Genois:
dun endrou de la Garſe à l'autre s'emparant de
Leurs Charges , & reses ant fur leurs bords pour quel
que tems les Matelots ; que Theodore ,
dans
toujours
le l'affeau la Revange , avoit (ommé les Officierss
Commandans de quelques petits Forts de fe rendre
en cas de refus , de les traiter avec les dernieress
rigueurs de la guerre .
La Republique , perfuadée des fenišmens magnani-
G.vj
mess
566 MERCURE DE FRANCE
que , ›
mes deVM de la fageffe de fon Miniſtére , qui
fent en exemple anx autres Nations , par rapport à
l'équité & à la justice , dont la maxime la plus conftante
a toujours été , que tous les Princes (cient con-
Jervés dans leurs Droits & Domaines , la Républidis
je ne fçauroit exprimer la ſurpriſe jo las
confufion que des avis auffi pofuifs & auffi circonftanciés
de fes Commiffaires Géneraux lui ont causée ;
elle ne sçauroit connoître ni même former aucune conjecture
affés bien fondée fur la caufe d'un évenement
auffi peu prévu. Elle ne peut pas s'imaginer que les
Commandans Capitaines des Vaiffeaux Anglois
puiffent en leur nom par des vûës d'interêt pratiquer
de tels attentars : d'ailleurs , elle eft très affûrée -
que fi de faux rapports avoient pû indiſpoſer V. M.
ele auroit toujours daigné communiquer fes fentimens
au Miniftre de la République , afin que celle- ci pût fe
juflifier d'une maniere convenable jusqu'à ce que Ꮴ .
M. fut pleinement fatisfa te.
Je fais chargé par des ordres de ma République qui
m'ont été dépêchés par un Exprès , de représenter trèshumb'ement
à V. M. tout ce que deffus , en la fup ="
pliant de faire donner les éclairciffemens néceffaires a
la Republique , afin qu'elle puiffe ſe regler dans fes inquietudes
dans fes démarches , dans la vie de mé- `
riter toujours la jufte approbation de la Couronne Britannique
.'
Un Brigantin de Swanzay , & un autre Bâtiment
chargé d'eau de vie & de tabac , ont été pris par un
Armateur Espagnol en allant à Dublin.
MORTS
MARS. 1743 $67
MORTS DES PAYS ETRANGERS.
E Cardinal Charles Camille Cibo de Maffa
LE >
nuit du 11. Janvier âgé de 61. ans , 8. mois &
16. jours , étant né le 25. Avril 1681. Il étoit Cardinal
Prêtre , de la Création du Pape Benoît XIII .
de l'année 1719. Il étoit fils de Charles Cibo Malaspina
, Duc de Maffa , Prince de Carrara & du Saint
Empire , mort le 7. Decembre 1710. & de Thereſe
Pamphile , des Princes de S. Martin , & il étoit oncle
de Marie Therefe Cibo Malafpina , Ducheffe
de Maffa née le 29. Juin 1725. mariée avec Her-.
cules - Renaud d'Eft , Prince héréditaire de Modene .
Voyez pour la Généalogie de la Maifon de Cibo ,
originaire de Genes , & l'une des plus anciennes &
des plus nobles d'Italie , les Généalogies des Maifons
Souveraines , Tome II . fol. 411 .
Le Cardinal Pierre Marie Pieri , Siennois , mourut
à Rome le 27. âge de 67. ans , étant né le 29.
Septembre 1676. Il étoit Cardinal Prêtre de la
Création de Clement XII . de l'année 1734.
>
Le Cardinal Nicolas Giudice ou Judice , Napo
litain mourut à Rome le trente , âgé de 82 .
ans , fept mois & 14. jours , étant né le 16. Juin
1660. Il étoit Cardinal Diacre de la Ciréation de
Benoît XIII. Ju 11 Juin 1725. Il étoit fils puîné de
Dominique Giudice , Duc de Giovenazzo , Prince
de Cellamare , Grand d'Espagne , & de Conftance
Pappacoda des Princes de Trigiano , au Royaume
de Naples , & il avoit pour frere aîné Antoine -Jofeph-
Michel-Nicolas- Louis-François Gafpard - Baltazar-
Melchior- Emanuel - Jean-Baptifte Judice, Dac
de
568 MERCURE DE FRANCE
de Giovenazzo , Prince de Cellamare , Grand d'Efpagne
, Grand- Ecuyer de la Reine d'Espagne , cidevant
Ambaffadeur ordinaire en France , nommé
Chevalier Commandeur des Ordres du Roi de
France au Chapitre du premier Janvier 1728.
Voyez pour la Généalogie de cette Maiſon , origi
naire de Genes , & établie depuis au Royaume de
Naples , les Généalogies d'Italie par Imhoff ,
& les differentes Editions du Dictionnaire de Morery
.
Le Cardinal Pierre Marcellin Corradini de Sezza,
mourut à Rome le 8. Fevrier , âgé de 84. ans , 8.
mois & 5. jours , étant né le 3. Juin 1658. Il étoit
Cardinal Evêque de la Création du Pape Clement
XI . de l'année 1712 .
Don Manuel Carlos Da Cunha ou d'Acunha de
Tavora , Comte de Saint Vincent , Commandeur
des Commanderies de Seixas , de Lanhelas , de
Saint Romain , de Sedra !, de Sainte Marine del'
Caftello de Pena - Garcia , de Sainte Marine de Mo
reiras , de Notre - Dame d'Azambuja , dans l'Ordre
de Chrift , & de celle d'Efpada d'Elvas , dans l'Ordre
de S. Jacques , Lieutenant Géneral des armées
du Roi de Portugal , un des Confeillers du Confeil
d'Etat de ce Prince , Grand Alcade de Pena Garcia,,
mourut à Lisbonne le 18. âgé de 60 ans. Il
avoit été Grand- Amiral de Portugal , & ayant eû
en cette qualité le Commandement de la Flotte que
le Portugal envoya au fecours des Vénitiens pendant
la derniere guerre qu'ils ont eû à foutenir con
tre les Turcs , il s'étoit fort diftingué dans le com
bat naval de Corfou .
L'Electrice Palatine Douairiere mourut à Florencele
même jour , âgée de 7 ,. ans , 6 mois & 7 jours,
étant née le 11. Août 1667. Elle fe nommoit Marie .
Anne- Louife de Medicis ; elle étoit ioeur du feu
Grand
MAR S. 1743 569
Grand Duc de Tofcane , & fille de Côme III . Grand
Duc de Tofcane , mort le 31. Octobre 1723. & de
Marguerite- Louiſe d'Orleans , & elle étoit veuve
& fans enfans depuis le 8. Juin 1716 de Jean-
Guillaume de Baviére Neubourg , Electeur Palatin ,
qu'elle avoit épousé le 5. Juin 1691.
Le Cardinal Louis Belluga Moncada , Efpagnol ,
mourut Rome la nuit du 22. au 23. âgé
de 81. ans , étant né le Novembre 1662. Il
étoit Cardinal Prêtre , de la Création du Pape Clement
XI. de l'année 1719 .

30.
Le Cardinal Profper Colonna Sounino , Romain ,
mourut à Rome le 4. Mars , âgé de 70. ans , trois
mois & 15 jours , étant né le 17 Novembre 1672.
Il étoit Cardinal Diacre , de la Création du Pape
Clément XII. de 1739. étant alors Major-Dome du
facié Palais . Voyez pour la Généalogie de l'illuftre
Maiſon Colonna , les Généalogies d'Imhoff &
les differentes Editions du Dictionnaire de Morery.
L'Electeur de Mayence mourut le 21. dans la 78%
année de fon âge , étant né le 26. Octobre de l'an
1665. Il fe nommoit Philippe Charles d'Eltz ; il
étoit Chanoine de Mayence & de Treves en 1677.
Prévôt de l'Eglife de Moxftadt en 1710. & avoit
été élû Electeur & Archevêque de Mayence le 9.
Juin 1732. en la place du feu Electeur François-
Louis Comte Palatin du Rhin , mort le 18. Avril
1732. L'Electeur qui vient de mourir , étoit fils de
feu Jacques d'Elz , ci - devant Major dans les armées
de l'Empereur , Confeilier d'Etat de l'Electeur
de Treves, & Baillif de Mayer , Montreal & Kayfert.
Efch , & d'Anne- Marie - Antoinette Schenck.de
Schmidberg. Voyez les Souverains du Monde ,
Vol. I. fol. 441
ERANCE,
$70 MERCURE DE FRANCE
FRANCE ,
NOUVELLES DE LA COUR , DE PARIS , & C.
E 21. du mois dernier , le Roi entendit
LansiaCompele du Château de Verfailles
la Meffe de Requiem , pendant laquelle le
De profundis fut chanté par la Mufique ,
pour l'Anniverſaire de Madame la Dauphine,
Mere du Roi.
Le 27. Mercredi des Cendres , le Roi reçût
les Cendres par les mains du Cardinal
de Rohan , Grand Aumônier de France. La
Reine les reçur des mains de l'Archevêque
de Rouen , fon Grand Aumônier.
Le même jour , pendant la Meffe du Roi ,
l'Evêque de Clermont prêta ferment de fidelité
entre les mains de S. M.
Le 25. & le 26. la Reine , accompagnée
des Dames de fa Cour , fe rendit à l'Eglife
de la Paroiffe du Château , & S. M. y aſſiſta au
Salut & à la Bénédiction du S. Sacrement.
Le 24. du mois dernier , l'Evêque de Cler
mont fut facré dans l'Eglife Paroiliale de
N. D. de Verfiilles par le Cardinal de Tencin
, Archevêque de Lyon , aflifté des Evêques
de Langres & de Mâcon,
Le
MARS. 1743 571
,
Le 3. de ce mois , premier Dimanche de
Carême , le Roi & la Reine entendirent
dans la Chapelle du Château de Versailles ,
la Meffe chantée par la Mufique , & l'après
midi leurs Majeftés affifterent à la Prédication
du Pere Châtillon , de la Compagnie
de Jefus. Le Roi & la Reine entendirent le
5. le Sermon du même Prédicateur.
Le 5. M. Crefcenzy , Archevêque de Na
ziance , Nonce Ordinaire du Pape auprès du
Roy , eut une audience particulière de S. M.
& il y fut conduit par M. de Verneüil , Introducteur
des Ambaſſadeurs.
Le même jour , le Roi prit le deuil pour
la mort de la Princeffe d'Orleans , Ancienne
Abbeffe de Chelles,
La maladie dont cette Princeffe eft
morte , n'ayant pas permis de lui rendre
tous les honneurs funébres dûs aux perfonnes
de fon Rang , fon Corps fut inhumé le
21. du mois dernier dans l'Eglife du Prieuré
de la Magdeleine de Trenel , & il fut mis
dans le Caveau que cette Princeffe avoit defigné
pour le Lieu de la fepulture .
Le 9. de ce mois , le Roi fit dans la Plai
ne des Sablons la revûë du Régiment des
Gardes Françoifes & de celui des Gardes
Suitles
$72 MERCURE DE FRANCE
Suiffes , lefquelles après avoir fait l'exercice 3
défilerent en préfence de S. M.
Le 10. fecond Dimanche de Carême , le Roi
& la Reine entendirent dans la Chapelle du
Château de Verfailles la Meffe chantée par la
Mufique , & l'après midi leurs Majeftés affifterent
à la Prédication du Pere Châtillon , de la
Compagnie de Jefus . Le Roi & la Reine entendirent
le 12. le Sermon du même Prédi
cateur.
Le Maréchal Duc de Noailles a été nommé
par
le Roi , Miniftre d'Etat , & le 10. de
ce mois il eft entré au Confeil,
Le Roi a réuni le détail des Fortifications
du Royaume , dont le feu Maréchal d'Asfeldt
étoit Directeur Géneral , aux Départemens
de la Guerre & de la Marine .
S. M. a donné le Gouvernement des Ville
& Citadelle de Strasbourg au Maréchal Duc
de Broglie ; celui de Guife au Marquis de
Montal , Lieutenant General ; celui du Neuf
Brisack , au Marquis de Clermont Gallerande
, Lieutenant General , celui du Fort Barraux
, au Comte de Danois , Lieutenat Géneral
; celui de Salces , à M. de Lutteaux ,
Lieutenant General , & celui de Villefranche,
qu'avoit le Marquis de Montal , au Marquis
du Chayla , Lieutenant General & Inspecteur
de Cavalerie.
M.
MARS.
1743 378
M. de Zurlauben , Maréchal de Camp
Lieutenant Colonel du Régiment des Gar
des Suiffes , en a été nommé Meftre de
Camp .
Le Marquis de Chaumont , Capitaine
d'une des Compagnies des Grénadiers du
Régiment des Gardes Françoifes , & le Comte
de Diefback , Meftre de Camp du Régis
ment Suiffe de fon nom , ont été faits Commandeurs
de l'Ordre Royal & Militaire de S.
Louis.
Le 16. le Roi quitta le deuil que S. M.
avoit pris le 5. pour la mort de la Princeſſe
d'Orleans , ancienne Abbeffe de Chelles.
Le dix-fept , troifiéme Dimanche du Caz
rême le Roi & la Reine entendirent
dans la Chapelle du Château de Versailles ,
la Meffe chantée par la Mufique , & l'après
midi leurs Majeftés affifterent à la Prédication
du Pere Châtillon , de la Compagnie de
Jefus. Le Roi & la Reine entendirent le
15. & le 19. le Sermon du même Prédicateur.
Le 24. du mois dernier , quatrieme Di
manche de Carême , & le lendemain Fête
de l'Annonciation de la Sainte Vierge , le
Roi & la Reine entendirent dans la même:
Cha
374 MERCURE DE FRANCE
Chapelle du Château de Verſailles , la Meffe
chantée par la Mufique , & leurs Majeſtés
affifterent à la Prédication du Pere Châtillon
, de la Compagnie de Jefus . Leurs Majeftés
avoient entendu le 22. le Sermon du
même Prédicateur .
Le Roi a nommé M. de Meliand , Maître
des Requêtes , Intendant de la Géneralité de
Soiffons.
S. M. adonné la place de Confeiller d'E
tat , vacante par la mort de M. Bignon , à
M. de Vaftan , Prévôt des Marchands.
M. de la Grandville , Confeiller d'Etat , a
été nommé Intendant d'Alface ; M. de Sechelles
, Confeiller d'Etat , Intendant de
Flandres , & M. de Machault d'Arnouville ,
Maître des Requêtes , Intendant du Haynault.
M. de Mairan , Sécretaire Perpetuel de
l'Académie Royale des Sciences , lequel avoit
été élû pour remplacer dans l'Académie
Françoife le feu Marquis de S. Aulaire , y fut
reçû le 7. de ce mois. Il fit fon Difcours de
remerciment , auquel M. Hardion , Directeur
, répondit au nom de l'Académie .
Il y a eu depuis peu cinq nouveaux Aca--
démiciens de nommés dans l'Académie Royale
des Belles- Lettres. I.
MARS. 1743 575
r. A la place de M. le Baron de la Baftie
, Académicien Correfpondant Honoraire
Etranger , M. l'Abbé Venuti , ancien Abbé
de Clerac.
2. A la place de Dom Anfelme Banduri ;
Bénédictin , ancien Bibliotécaire du Grand
Duc de Tofcane , Académicien Honoraire
Etranger , M. le Cardinal Querini , Evêque
de Brefcia , & Bibliotécaire du Vatican. >
3. A la place de S. E. M. le Cardinal de
Fleury , Académicien Honoraire , M. Tur-
= got , Confeiller d'Etat , & ancien Prevôt des
Marchands,
4. A la place de M. Bignon , Confeiller"
d'Etat , Intendant de Soiffons , & Bibliotécaire
du Roi , Académicien Honoraire , M.
de Lamoignon , Préſident à Mortier du Parlement
de Paris.
5. A la place de M. l'Abbé Bignon ;
Doyen du Confeil & ancien Bibliotécaire
du Roi , Académicien Honoraire , M. l'Abbé
de Pomponne , Chancelier des Ordres
du Roi , & qui a auffi fuccedé à M. l'Ab
bé Bignon dans la place de Doyen du
Confeil.
Le Roi a donné à l'Abbé de Saint Cyr ,
Sous -Précepteur de Monfeigneur le Dauphin
, la place de Confeiller d'Etat d'Eglife ,
vacante par la mort de l'Abbé Bignon .
La
76 MERCURE DE FRANCE
La Charge de Bibliotécaire du Roi a été
accordée par S. M. à M. Bignon , Maître des
Requêtes.
Le Roi a donné le Gouvernement de
Bergues , qu'avoit le Maréchal Duc de Broglie
, au Maréchal de Puyfegur , lequel a remis
celui de Condé.
Le Marquis de Creil , Lieutenant Géneral
& Capitaine Lieutenant de la Compagnie des
Grenadiers à cheval , & M. de Louvigny, Lieutenant
Géneral , ont été nommés Grand'Croix
de l'Ordre Royal & Militaire de S. Louis.
M. de Cherifey , Lieutenant Géneral &
Lieutenant d'une des Compagnies des Gardes
du Corps du Roi , & M. de Berchiny
Maréchal de Camp & Meftre de Camp d'un
Régiment de Huffards , ont été faits Commandeurs
du même Ordre .
Le Roi a nommé les Officiers Géneraux ,
qui doivent fervir en Baviére fous les ordres
du Maréchal Duc de Broglie .
Les Lieutenans Géneraux , font le Comte
de Saxe ; M. de Louvigny ; le Prince de
Conty , le Marquis d'Herouville , M. de
Lutteaux , M. Phelipes , le Marquis de
Clermont Gallerande , le Marquis du Chayla ,
M. du Cayla , le Comte de Baviere , le Comte
de Monteflon , le Comte de Danois , le
Comte
MARS.
1743. 577
Comte de Coigny , M. de Grandville & le
Prince de Montauban.
Les Maréchaux de Camp , employés dans
la même armée , font le Marquis de Brun
le Marquis de Reffuges , le Comte de Beranger
, le Marquis d'Argouges , M. de la
Ravoye , le Duc de Boutteville , le Marquis
de Chazeron , le Marquis de Caraman , le
Marquis du Châtelet Lomont , le Comte de
Rieux , le Prince de Pons , le Marquis de
Brezé , le Marquis de Clermont d'Amboiſe ,
le Marquis de Langeron , le Comte de Fontaine-
Martel , le Marquis de Maupeou , le
Marquis de Rambures , le Marquis d'Hautefort
, le Comte de Rupelmonde , le Chevalier
de la Luzerne , M. de Monclot , M.
de Mauroy , le Duc de Briffac , le Marquis
de Monconfeil , le Marquis d'Armentieres &
le Marquis de Biffy.
Le Comte de Champigny fera Major Géneral
, M. de Salieres , Maréchal Géneral
des Logis , & le Chevalier de Mefplex
Maréchal General des Logis de la Cavalerie.
M. de Vanolles , Intendant du Comté
de Bourgogne , a été nommé Intendant de
Cette armée.
BENEFICES
578 MERCURE DE FRANCE
BENEFICES DONNE'S
le 22. Février
L'Abbaye de Corbie , Ordre de S. Benoît,
Diocèfe d'Amiens , vacante par le décès de
M. le Cardinal de Polignac , à M. Boyer ,
ancien Evêque de Mirepoix , Précepteur de
Monfeigneur le Dauphin.
Celle de Luxeüil , Ordre de S. Benoît ,
Diocèfe de Befançon , vacante par le décès
'de M. de Rohan Ventadour , à M. l'Abbé
Aynard de Clermont Tonnere.
Celle de Volufien de Foix , Ordre de S.
Auguftin , Diocèle de Pamiers , vacante par
le décès de M. de Gournay , à M. l'Abbé le
Tonnelier de Breteuil , Vicaire Géneral de
l'Achevêché de Sens.
Celle de Sainte Croix de Bordeaux , Or-
'dre de S. Benoît , Diocèſe du Puy , vacante
par le décès de M. de Beringhen , Evêque du
Puy , à M. l'Abbé de Laval.
Celle de S. Vincent du Bourg , Ordre de
S. Auguftin , Diocèfe de Bordeaux , vacante
par
le décès de M. l'Abbé d'Houteville , à
M. l'Abbé de Bragelongne , Vicaire Géneral
de l'Evêché de Beauvais .
Celle de Nizors , Ordre de Cîteaux , Diocèfe
de Cominges , vacante par le décès de
M. Ollé , à M. l'Abbé de Montefquieu.
Celle de Sainte Magdelaine de Châteaudun
,
MARS. 1743. 579
dun , Ordre de S. Auguftin , Diocèse de
Chartres , vacante par la démiffion de M.
Galet de Coulanges , à M. l'Abbé Vidaud de
la Tour.
Celle de Manlieu , Ordre de S. Benoît ;
Diocèfe de Clermont , vacante par le décès de
M. de Laval , à M. l'Abbé de Combes , Superieur
du Séminaire des Miffions Etrangeres .
L'Abbaye Réguliere de Panthemont , Ordre
de Cîteaux , Diocèfe de Paris , vacanto
par
le décès de la Dame de Rohan , Guemené
à Made. de Bethizy de Mezieres , Abbeſſe de
l'Abbaye de S. Remy des Landes.
Le Prieuré de S. Pierre de Lefroux , Dio
cèſe de Luçon , vacant par le décès de M.
de Pleaux , à M. Dupré , Prêtre du Diocèfe
d'Autun.
Le 2. Mars , les R R. Peres de l'Oratoire
de la ruë S. Honoré , célebrerent un Service
des plus folemnels pour le repos de l'ame de
Madame Louife Adelaïde d'Orleans , Abbeffe
de Chelles , cette Princeffe étant affociée aux
Prieres de leur Congrégation par des Lettres
d'affiliation. Le R. P. de la Valette , Géneral ,
officia.
On avoit élevé dans la Nefun grand Lit de
parade de velours noir , à galons & crêpines
d'argent , couvert d'un grand Poile her
miné. A la tête du Lit étoit pofée ſur un car
H reau
580 MERCURE DE FRANCE
reau une Couronne d'or couverte d'un crê
pe , & au pied la Croffe Abbatiale en pal ,
ou debout , couverte de même. Quantité
de chandeliers d'argent , pofés fur des gradins
, environnoient cette Repréſentation.
Le Grand Autel étoit paré d'une tenture
de velours noir , & de drap d'or & d'argent
avec des galons de même , & des cartouches
portant les Armes où le Symbole de la
Congrégation de l'Oratoire ; fçavoir les
noms de JESUS MARIA , brodés en or
dans une couronne d'épines de foye verte ,
& avec une grande illumination. Tout le
Choeur étoit tendu de noir jufqu'à la
Voute .
>
Le Clergé de l'Oratoire étoit dans la Nef
autour de la repréſentation , chaque Prêtre
ayant un cierge à la main , & on difoit des
Meffes dans les dix Chapelles de la Nef ,
toutes tenduës de deuil .
Tout le pavé , depuis le fond du Choeur
jufqu'au bas de la Nef , étoit couvert de
drap noir. Des deux côtés de la Nef , tendus
de noir à hauteur d'appui , & derriere le
Clergé , étoient placés des fauteuils couverts
de drap noir , qui furent remplis par des
Seigneurs & des Dames de diftinction , &
par les Officiers & Dames du Palais Royal ;
I'Abbeffe , la Prieure , & une ancienne Religieufe
de l'Abbaye de Chelles , y furent auffi
placées du côté des Dames. Le
MARS.
1743 .
Le R. Le R. P. Géneral Abbé de Sainte Geneviéve
, le premier Afliftant , en l'abſence du
R. P. General des Bénedictins de la Congrégation
de S. Maur , accompagné de fept
Religieux , & le R. P. Géneral des Feuillans
, pareillement accompagné , prirent leur
place dans le Chour.
Les ornemens de tous les Miniftres offi
cians étoient riches & parfaitement affortis à
celui de l'Autel .
Le 7. il fût célebré pour le même fujet ,
un pareil Service dans l'Eglife de l'Abbaye
de S. Germain des Prés , auquel le R. P.
Grand Prieur officia. M. le Marquis d'Argenfon
, Chancelier de S. A. S. le Duc d'Or-
Icans , y affifta à la tête du Confeil de ce
Prince . Les R. R. Peres Géneraux de Sainte
Geneviève de l'Oratoire , des Feuillans
accompagnés de plufieurs Religieux s'y trou
verent , ainfi que les Aumôniers du Prince ,
& fes principaux Officiers.
Le 9. on célebra dans la même Eglife un
Service folemnel pour le repos de l'ame du
Cardinal de Fleury , auquel affifterent le
Duc , les Abbés de ce nom , & plufieurs per
fonnes de diftinction.
Le 8. Mars , on fit à l'Abbaye Royale de
Sainte Geneviève un Service folemnel pour
repos de l'ame de Madame Louife-Ade- Ic
Hij
laïde
582 MERCURE DE FRANCE

Jaïde d'Orleans , ancienne Abbeſſe de Chelles
, auquel on invita toute la Maiſon d'Orleans
, & plufieurs autres Seigneurs & Dames
de diftinction , & les Generaux d'Ordres
Religieux. L'Eglife étoit décorée de la
maniere qui fuit .
Le Portail étoit tendu en noir de quatre
lez , fur lefquels étoient attachées deux bandes
de velours noir , ornées d'Ecuffons aux
Armes d'Orleans . Le Nef étoit auffi tenduë
en noir , & les deux Chapelles qui font à
l'entrée du Cheur, tenduës en noir avec chacune
une Croix & fix chandeliers d'argent.
Le Choeur étoit auffi tendu depuis le premier
ordre d'Architecture jufqu'aux ftalles baffes ,
& le rond - point depuis le ceintre de la voute
jufqu'en bas : fur toute cette tenture regnoient
deux bandes de velours noir aux
Armes d'Orleans . L'Aigle étoit couvert d'un
drap noir , ainfi que les Lutrins , & entre l'Aigle
& le Catafalque , il y avoit un pulpitre
couvert d'un tapis de velours noir parfemé de
larmes d'argent en broderie , fur lequel on
chanta l'Epitre & l'Evangile .
Au -deffus du Tombeau de Clovis , qui eft
au milieu du Choeur , on avoit élevé un dais
en forme de baldaquin , garni de quatre pommes
de velours noir , furmontées de plumes
blanches , & fufpendues à cinq pieds de
distance de la voute . Le fond de ce dais
étoit
M.AR S. 1743
étoit de velours. noir avec une croix au milieu
de moire d'argent de ce baldaquin
tomboient quatre grands rideaux de dix -huit
aunes chacun de toile noire & blanche , garnis
de larmes en argent , & de Croix, en or , relevés
deux fois en groupe , & une troifiéme
en feftons , attachés aux quatre pilliers des
tribunes avec de grands cordons ornés par
le bout de gros gland's à crépine , le tout
d'argent. Sous ce dais étoit la Repréſentation
élevée de dix pieds , couverte d'un drap mortuaire
de velours noir bordé d'hermine , &
partagé par une Croix de moire d'argent avec
deux grandes Armoiries de chaque côté , &
fur cette Repréfentation , une Couronne
de Princeffe pofée fur un couffin & couverte
d'un crêpe , tombant jufqu'à terre ; if
y avoit au pied de cette repréfentation une
Crofle couverte auffi d'un crêpe ; la Repréſentation
étoit entourée de trois gradins de
differentes hauteurs, garnis de 75. chandeliers
d'argent avec leurs cierges .
On avoit élevé au - deffus du Maître Autel
un dais de trente pieds de haut , orné de
quatre pommes couvertes de velours noir &
garnies de plumes & aigrettes blanches . Le
fond du dais formoit une Croix de moire
d'argent fur du velours noir parfemé de larmes
d'argent en broderie ; la queue du dais
formoit pareillement une Croix ornée de lar-
Hij mes
$ 84 MERCURE DE FRANCE
mes d'argent , avec quatre têtes de mort en
broderie aux quatre angles . A ce dais étoient
attachés deux rideaux de moire d'argent
herminée , relevés en feftons aux deux côtés
de la queue , au bas de laquelle étoient deux
gradins couverts de drap noir , & fur ces
gradins 16. chandeliers d'argent , & 3. girandoles
de 13. bobeches chacune , garnies de
leurs cierges , au - deffous defquelles étoit pofé
un Retable d'Autel de s . pieds de haut
formant une Croix ornée de larmes d'argent
en broderie & de galons , avec quatre têtes
de mort aux quatre angles , relevées en boffe
d'argent , & aux côtés de ce Retable deux
rideaux de toile noire , ornés de larmes d'argent
rélevées en feftons. Au deffous du Retable
étoient trois autres gradins auffi couverts
de drap noir , & fur ces gradins 22 .
chandeliers d'argent avec leurs cierges ; une
grande Croix d'argent au milieu ; au pied de
la Croix étoit un voile noir en broderie d'argent.
Pour placer tous ces ornemens , on
avoit élargi de 20. pouces les marchepieds
& l'Autel , à côté duquel étoient deux peti
tes crédences ayant chacune leur Retable ,
orné d'un cadre de velours noir , fur lequel
étoit brodée en argent une tête de mort avec
deux chandeliers à chaque crédence, garnis de
leurs cierges. Le devant d'Autel étoit d'un
beau velours noir , au milicu duquel il y
avoit
MARS. 1743 585
avoit un cartouche en argent , repréſentant
la Réfurrection du Lazare , & le contour
étoit d'une broderie d'argent de la largeur
d'un pied , relevé en boffe ; & hors le Sanctuaire
,on avoit pratiqué deux efplanades jufqu'aux
grilles du Choeur couvertes de
drap noir avec des tabourets & des pliants
deffus , pour placer les perfonnes du deuil.
,
La veille , après l'Angelus de midi , on fonna
trois volées des quatre groffes Cloches , dont
la premiere fut précédée des glais. Ces trois
volées furent répetées à fix heures & demie
du foir ; le lendemain , jour du fervice , on
fonna trois volées des quatre groffes Cloches
, à cinq heures du matin ; à neuf heures
& demie , on fonna les glais comme le jour
précedent ; un quart d'heure après , la Communauté
de Ste Geneviève entra au Choeur
& chanta folemnellement les Landes des
Morts ; la Meffe fût enfuite célébrée par le
R. P. Abbé de Ste. Geneviève en habits Pontificaux
; il avoit pour Officiers un Prêtre
Affiftant en chappe , un Diacre & Soudiacre
d'Office en dalmatiques , étolle & manipu
les , deux Soudiacres indults & deux Diacres
d'honneur , tous en dalmatiques , deux
Acolytes & un Thuriferaire en furplis ;
quatre Chantres en chappes entonnerent l'Introite
& refterent pendant toute la Meffe
aprés laquelle on fit l'Abfoute , & on diſtri
Hiiij
bua
# && MERCURE DE FRANCE
bua des cierges , tant aux Chanoines Réguhers
de la Maifon , qu'aux perfonnes du
deuil & aux Géneraux d'Ordres Religieux
qui affifterent à ce Service. Pendant les Landes
& la Meffe , on fonna encore plufieurs vo
lées des quatre groffes Cloches.
Le 13. Mars il fut auffi célebré un Service
folemnel pour la même Princeffe , dans l'Eglife
Parroiffiale de S. Euftache . Tout le
Choeur étoit tendu de noir , avec un magnifique
Lit de parade au milieu , & une trèsgrande
illumination tant à l'Autel qu'au Lir
de parade &c. Les Marguilliers qui firent
faire ce Service , y avoient invité toute la
Maiſon du Duc d'Orleans , qui s'y trouva
avec quantité de perfonnes de diftinction.
La Mefle & tout le Service furent chantés
par la Mulique de l'Eglife Métropolitaine.
Le 25. Mars , Fête de l'Annonciation ;
l'Académie Royale de Mufique fit chanter
au Concert ſpirituel du Château des Tuilleries
, le Motet à Grand Choeur , Cantate
'Domino , de M. le Vaffeur , lequel fut fuivi
d'un Concerto éxecuté fur la Flûte traverfiere
, par M. Blavet , & d'un autre Motet à
Grand Choeur de M. de Mondonville . Le
Concert fut terminé par un autre grand Motet
de M. de la Lande . M. Poirier , Ordinaire
de
MAR S.. 1743 587
de la Mufique du Roi , chanta differents récits
dans ces Motets qui furent très - applau
dis , par une nombreufe Aflemblée.
Le 2. le 4. & le 9. Mars , il y eut Con
cert chés la Reine ; S. M. entendit l'Opera
de Callirhoé. La Dlle de Romainville , & les
fieurs Jelyot & Benoît s'y diftinguerent infiniment
dans les principaux Rolles . Le Poëme
eft de M. Roy , mis en Mufique par M..
Deftouches , fur-Intendant de la Mufique de
la . Chambre en Semeftre.
Le 11. le 16. & le 18. on concerta devant
la Reine . l'Opera de Pyrame & Thibé,
de la compofition de Mrs Rebel & Francoeur
; l'exécution en fut brillante & rappella
les premiers fuccès de cet Ouvrage.
Le 23. & le 30. on chanta le Prologue &
lee trois premiers Actes de l'Opera d'Hefione,
dont on vient de parler à l'article des Spectacles
; les beautés de cet Ouvrage furent:
parfaitement rendues par les Dlles la Lande
& Romainville , qui chanterent les Rolles :
de Venus & d'Hefione . Les ficurs Benoît &
Poirer brillerent également dans ceux d'Ang
chife & de Telamon.
Le 5. Mars , les Comédiens François , repréfenterent
à la Cour la Comédie des Me
nechmes , & celle de l'Ufurier Gentilhomme..
Hyv Les
588 MERCURE DE FRANCE
Le 7. la Tragédie nouvelle de Merope ,
de M. de Voltaire , laquelle a fait autant de
plaifir à la Cour , qu'elle en a fait à Paris.
Elle fut fuivie du François à Londres.
Le 12. la Comédie des Trois Rivanx & la
Parifienne.
Le 14. la Tragédie de Pyrrhus , de M. de
Crebillon , fuivie des Vendanges de Surefne.
Le 19. Efope à la Cour , & la petite Piéce
des Vacances.
Le 21.le Philofophe Marié , fuivi des Précienfes
Ridicules.
Le 26. Melanide , fuivie de l'Esprit de
Contradiction.
Le 28. une feconde repréſentation de Me-
тrоoрpеe & l'Avocat Patelin. La Dlle Cammaffe ,
dont on a déja parlé plufieurs fois , danfa
entre les deux Piéces , fçavoir , en entrant
fur le Théatre , un Prélude terminé par un
Menuet noble & ferieux ; enfuite une Mufette
tendre & gracieuſe , terminée par un
Tambourin en rondeau très vif. Tous ces
Airs font de la compofition de M. de la
Pierre , Maître de Mufique du Roi de Pologne
, Duc de Lorraine & de Bar. La Dlle
Cammaffe , Penfionnaire de ce Prince , exécuta
tous ces differens caractéres de danfe
avec toute la décence , la précifion & les
graces imaginables. Elle réunit les fuffrages
de
MARS.
$89 1743.
, de toute la Cour & la Reine même
eut la bonté de lui en marquer fa fatiffaction.
Le 6. Mars , les Comédiens Italiens repréfenterent
auffi à la Cour , le Jeu de l'Amour
& du Hazard , & la petite Piéce du
Retour de Tendreffe.
Le 13. les Amans Réunis , & les Payfans
de Qualité.
Le 20. les Menteurs embarraffés , Comédie
en Vers & en 5. Actes , connuë fous le
titre de la Feinte inutile .
Le 27. les Anneaux Magiques , Comédie
Italienne , & la petite Piece nouvelle en
Vers & en un Acte , de M. Fagan , qui a
pour titre l'Ile des Talens , avec un diver
tiffement.
La Lotterie Royale établie par Edit du
mois de Janvier 1743. fut tirée en la grande
Salle de l'Hôtel de Ville de Paris , en préfence
de Mrs les Prevôt des Marchands & Eches
vins , les 11. 12. 13. 14. 15. & 16. de ce
mois . La Lifte génerale des Billets gagnans ,
foit en argent comptant ou en rentes viageres
, a été rendue publique vers la fin du même
mois . Le gros Lot en argent comptant qui
eft de 100000. livres , eft échû au Numero
19345. fous la Devife de à la Bourſe & an
H vj Chapean
$ 90 MERCURE DE FRANCE
Chapeau de Fortunatus. Le Lot le plus confi
dérable en rente viagere , qui eft de 4000 .
livres eft échû au Numero 24188. fans.
Devife.

SUITE de la Promotion d'Officiers Géneraux
du 20. Février 1743 .
MARECHAUX DE CAMP .
M. Joachim Amaury , Marquis de Rofnyvinen ,
Colonel d'un Régiment de fon nom, Brigadier d'In
fanterie du premier Août 1734 ..
M. Louis - Claude Scipion de Grimoard de Beanvoir
de Montlaur , Marquis du Roure , Sous- Lieutenant
de la premiere Compagnie des Mousquetaires,.
Brigadier de Cavalerie du premier Août 1734.
M. de Courten , Colonel d'un Régiment Suiffe ,
Brigadier d'Infanterie du premier. Août 1734.
M.Louis Philogene Brulart, Marquis de Puifieux,
Meftre de Camp d'un Régiment de Cavalerie , Brigadier
de Cavalerie du premier Août 1734.
M. Yves-Marie de Recourt de Lens de Liques ,
Comte de Rupelmonde , Colonel du Régiment d'Angoumois
, Brigadier d'Infanterie du premier Août
1734.
M. Nicolas de Chaugy , Comte de Rouffillon , Co
Jonel du Régiment de Gâtinois , Brigadier d'Infan
terie du premier Août 1734 .
M. Louis de Pardaillan de Gondrin , Duc d'Antin
, Colonel d'un Régiment d'Infanterie, Brigadier
du premier Août 1734 .
M. le Chevalier de la Luzerne ( Briqueville )
Colonel du Régiment de Périgord , Brigadier d'Infanterie
du premier Août 1734
M.
MARS. 1743 591
M. de Wittmer , Colonel d'un Régiment Suiffe ,
Brigadier d'Infanterie du premier Août 1734.
M. de Monclot , Lieutenant Colonel du Régiment
Allemand de Saxe , Brigadier d'Infanterie du premier
Août 1734 .
M. du Brocard , Capitaine d'une Compagnie
d'Ouvriers , Brigadier d'Infanterie du premier
Août 1734.
M. Denis-François de Mauroy , Meftre de Camp
de Cavalerie à la fuite du Régiment Dauphin , Cavalerie
, Brigadier de Cavalerie . du 18. Octobre-
1734.
M. de la Ferronnais , Meftre de Camp d'un Regiment
de Cavalerie , Brigadier de Cavalerie du
13. Octobre 1734.
IM . Louis-Robert Malet de Graville de Valferné ,
Comte de Graville , Meftre de Camp Lieutenant du
Régiment d'Orleans, Brigadier de Cavalerie du 18 ..
Qctobre 1734•
M. Jean- Paul de Coffé , Duc de Briffac, Mestre dè
Camp d'un Régiment de Cavalerie , Brigadier du
1.8. Octobre 1734.
M. Anne Pierre d'Harcourt , Comte de Beuvron ,
Meftre de Camp Lieutenant du Régiment Royal
Cavalerie , Brigadier du 18. Octobre 1734.
M. Gafpard de Vichy , Marquis de Champrond ,
Meftre de Camp Commandant une Brigade du Ré
giment Royal des Carabiniers , Brigadier de Cavalerie
du 18. Octobre 1734:
M. Louis-Antoine Guinot de Monconfeil , Colonel
d'un Régiment & Infpecteur d'Infanterie , Bri
gadier du premier Août 1734:
M. Louis de Conflans , Marquis d'Armantieres ,
Colonel du Régiment d'Anjou , Infanterie , Brigadier
du premier Août 1734.
M. Louis-François le Tellier de Rebenac , Marquis
de
592 MERCURE DE FRANCE
de Souvré , Colonel d'un Régiment d'Infanterie ,
Brigadier du premier Août 1734.
M. Anne-Louis de Thyard , Marquis de Biffy ,
Commiffaire Géneral de la Cavalerie , Brigadier du
16. Mars 1736.`
M. Marie Charles - Louis d'Albert , Duc de Chevreuse
, Mestre de Camp Géneral des Drago ns ,
Brigadier du 9. Juin 1736 .
M. Benjamin Louis - Marie Frotier , Marquis de la
Cofte Meffeliere , Cornette de la Compagnie des Chevau
Legers de la Garde , Brigadier du premier
Mars 1738.
M. le Comte de Clermont Gallerande , Colonel
Lieutenant du Régiment d'Orleans , Brigadier d'infanterie
du premier Mars 1738.
M. Jean - François Marquis du Chafteler, Major de
la Gendarmerie , Brigadier du premier Mars 1738.
M. de Chieza , Mettre de Camp Commandant
une Brigade du Régiment Royal des Carabiniers ,
Brigadier de Cavalerie du premier Mars 1738 .
M. le Chevalier Courten , Lieutenant Colonel du
Régiment Suide de Courten, Brigadier d'Infanterie
du premier Mars 1738.
M. de Larnage , Lieutenant Colonel du Régiment
d'Infanterie de Baufremont , Brigadier du
premier Mars 1738 .
M. Louis de Mailly , Marquis de Rubempré , ci .
devant Capitaine- Lieutenant des Gendarmes Ecoffois
, Brigadier de Cavalerie du premier Novembre
1738 .
M. le Marquis de Beauveau , Meftre de Camp
Lieutenant du Régimenr de la Reine ; & Inspecteur
de Cavalerie.
BRI.
MARS. 593 1743
BRIGADIERS d'Infanterie , de Cavalerie
& de Dragons.
M. Charpentier , Capitaine au Régiment des Gar
des Françoiſes.
M. de Boiffon , Capitaine au même Régiment.
M. d'Auger , Exempt des Gardes du Corps .
M. le Chevalier d'Autichamp , ( N. de Beaumont
, ) Exempt des Gardes du Corps .
M. du Vivier, Ayde Major de la premiere Compagnie
des Gardes du Corps.
M. de la Peyroufe , Capitaine dans le Régiment.
de Cavalerie de Berry .
M. de Tarneau , Lieutenant Colonel du Régiment
de Cavalerie de Chabrillan .
M. de Legall Capitaine dans le Régiment de
Cavalerie de Rozen.
M. de Montal , Maréchal des Logis des Camps
& Armées du Roi.
M. de Bachman , Capitaine dans le Régiment dés
Gardes Suiffes .
M. de la Marche , Capitaine au Régiment des
Gardes Françoifes.
M. le Comte de Blet ( Alexandre de S. Quentin , )
Capitaine Lieutenant de la Compagnie des Gendarmes
Anglois.
M. de Gravel ( Maximilien Henri , ) Capitaine
au Régiment des Gardes Françoifes .
M. de Langey ( Charles - François Hoüel , ) Capitaine
au même Régiment .
M. de Boucoiran ( N. de Calviere , ) Capitaine au
même Régiment.
M. de Montcam ( N. de Marin ) Colonel Commandant
une Compagnie dans le Régiment des
Gardes de Lorraine.
M. de Salis , Capitaine au Régiment des Gardes
Suiffes.
M.
$94 MERCURE DE FRANCE
M. du Mefnil , Meftre de Camp reformé de Ca
valerie .
M. le Marquis de la Luzerne , ( N. de Briqueville
, ) Enfeigne des Gardes du Corps.
M le Baron de Montmorency , ( Anne Leon , ) Capitaine
Lieutenant des Gendarmes d'Anjou.
M. le Marquis du Poulpry , Sous-Lieutenant de
la Compagnie des Gendarmes Bourguignons.
M. le Chevalier du Muy , ( N. Felix ) premier
Cornette de la Compagnie des Chevau - Legers
d'Orleans .
M. le Comte de Ponts de Chavigny , { Claude- Louis
Bouthillier , ) Colonel du Régiment de Cambrefis
1732.
de
M. le Chevalier de Pont S. Pierre ( Claude-
Thomas - Sibille - Gafpard - Nicolas - Dorothée de
Roncherolles ) Sous- Lieutenant de la Compagnie des.
Gendarmes Ecoffois.
M. Rooth , Colonel d'un Régiment Irlandois de
1733
M. leMarquis de Carcado ( N. le Seneschal ) Colonel
du Régiment de Breffe de 1733
M. le Vicomte de Narbonne Pelet , ( François Ray--
mond ) Lieutenant des Gardes du Corps .
M. le Marquis de Chabanois ( François - Gilbert
Colbert de S. Pouange , ) Sous Lieutenant de la :
Compagnie des Gendarmes de Bretagne .
M. le Comte de Fournés , N ... de Faret , Meftre .
de Camp Lieutenant du Régiment du Roi du 26 .
Février 1734.
M. le Comte de Vogué , Meftre de Camp d'un
Régiment de Cavalerie de 1734-
M. le Comte de Rochechouart Faudoas , ( François-
Charles de Rochechouart ) Colonel d'un Régiment
d'Infanterie de 1734 :
M. le Marquis de Montmorin ( Jean - Baptiste-
FrançoisMARS.
1743 395
François de Montmorin S. Herem , ) Colonel d'un
Régiment d'Infanterie du 3. Novembre 1738 .
M. le Comte de Lorges ( Louis de Durfort ) Colonel
Lieutenant du Régiment Royal de la Marine
de 1734.
M. le Marquis de Vibraye , ( Paul-Maximilien
Hurault , ) Meftre de Camp d'un Régiment de Dragons
de 173.4 .
M. le Comte de Mortemart , ( N. de Rochechouart )
Colonel du Régiment de Navarre du mois de
Mars 1740.
M. d'Herouville de Claye , ( N .... de Ricouart 】
Colonel du Régiment de Bourgogne , du 10. Mars
1734.
M. le Prince de Talmont ( Anne- Charles- Frederic
de la Tremoille ; ( Meftre de Camp du Régiment
Royal de Pologne du 5. Avril 1738.
M. le Comte de Noailles , ( Philippes de Noail
) Colonel d'un Régiment d'Infanterie de les >
1734
M. le Duc de Nivernois , ) Louis-Jules Barbon
Mazarini Mancini , Colonel du Régiment de Limofin
de 1734 .
M. le Duc de Lauraguais ( Louis de Brancas Vil-
Lars ) Colonel du Régiment d'Artois de 1734.
M. le Marquis de Talleyrand , Colonel du Régiment
de Normandie , de 1737. & auparavant
Colonel du Régiment de Saintonge de 1734.
M. le Duc de Duras , ( Emanuel Felicité de Durfort
, Colonel d'un Régiment d'Infanterie de
1734.
M. le Duc de Rohan , ( Louis- Marie de Rohan
Chabot Colonel d'un Régiment d'Infanterie du
24. Février 1738 .
M. le Comte de Froulay , Colonel du Régimen:
Royal Comtois de 1734.
M.
396 MERCURE DE FRANCE
M. le Comte de Maillebois ( Marie Ives Def
marets , fils de M. le Maréchal de Maillebois )
Colonel Lieutenant du Régiment Dauphin de
1734.
M. le Prince Frederic Palatin des deux Ponts ( Ba
viére ) Colonel du Régiment d'Alface du 10. Decembre
1734.
1 M. le Chevalier de la Marche , Sous-Lieutenant
de la Compagnie des Gendarmes Anglois.
M. le Marquis d'Eftrehan ( N. de Herici ) Capitaine
Lieutenant des Chevau- Legers de la
Reine.
M. le Marquis de Surgeres ( Alexandre- Nicolas de
La Rochefoucaud ) Meftre de Camp d'un Régiment
de Dragons.
M. le Comte de Choifeul, Meftre de Camp Lieutenant
du Régiment de Cónti de 1739.
M. le Comte de Mailly d'Haucourt ( Auguftin-
Jofeph de Mailly ) Capitaine Lieutenant de la Compagnie
des Gendarmes Ecoffois.
M. le Marquis de Bouzols ( Joachim Louis de
Montaigu ) Colonel du Régiment de la Fere de
1734.
M. le Comte d'Andlau ( François- Antoine d'Andlau
) Meftre de Camp d'un Régiment de Cavalerie
du 24. Février 1738.
M. de Boudeville , Colonel du Régiment de Foix
de 1734.
M. le Vicomte de Coetlogon ( Emanuel - Louis de
Coëtlogon ) Colonel Lieutenant du Régiment de
Penthievre de 1734.
M. le Comte de Montboiffier ) Philippes - Claude de
Montboiffier Beaufort- Canillac ) premier Cornette
de la feconde Compagnie des Moufquetaires.
·
M. le Marquis de la Salle ) Marie- Louis Caillebot
) Enfeigne de la Compagnie des Gendarmes.
M.
MARS. 1743. 597
M. le Chevalier de Vaffé ( Armand-Mathurin de
Valé ) Colonel du Régiment de Picardie de 1734-
M. le Comte de Pons ) Charles - Armand de Pons
de Roquefort ) Meftre de Camp d'un Régiment de
Cavalerie de 1735.
M. le Chevalier de Mefplez , Lieutenant Colonel
du Régiment de Cavalerie Dauphin .
M. le Comte de Montbarey, Colonel du Régiment
de Lorraine de 1734.
M. le Marquis de Scepeaux de Beaupreau (Jacques
Bertrand de Scepeaux , Colonel du Régiment de
Lionnois de 1734:
M. le Marquis de Puiguyon ( N.... de Granges de
Surgeres ) Mestre de Camp- Lieutenant du Régiment
de Dragons Dauphin .
M. le Comte de la Vauguyon ( Antoine - Paul Jacques
de Quelen d'Eftuer de Cauffade ) Colonel du
Régiment de Beauvoifis du premier Décembre 1734.
M. le Comte de Guerchy ( N.... de Regnier ) Colonel
Lieutenant du Régiment Royal des Vaiffeaux
depuis 1734.
M. de Thiers ( Louis- Antoine Crozat ) Maréchal
Général des Logis des Camps & Armées du Roi du
premie Janvier 1735 .
M. le Comte de Grammont ( de Franche Comté
Mestre de Camp d'un Régiment de Cavalerie depuis
1735.
M. le Comte Dillon , Colonel d'un Régiment
Ir landois .
M. le Marquis de Gontaut ( Charles- Antoine-
Armand de Gontant , dernier fils de M. le Maréchal
de Biron ) Colonel d'un Régiment d'Infanterie de
1735.
M. le Comte de Marfan ( Gaſton de Lorraine )
Colonel d'un Régiment d'Infanterie de 1735.
M. le Duc d'Hauré (N.... de Croy ) Colonel Lieutenant398
MERCURE DE FRANCE
tenant du Régiment de la Couronne du mois de
Novembre 1735.
M. de St Pern , Colonel du Régiment de la Marche.
M. de Saint Quentin , Lieutenant Colonel du Régiment
d'Infanterie de la Fere.
M. de la Mothe d'Hugues , Lieutenant Colonel
du Régiment d'Infanterie de Rohan .
M. de Mauriac , Lieutenant Colonel du Régi
ment d'Infanterie d'Ouroy.
M. de Blois , Lieutenant Colonel du Régiment
de Cavalerie de Fleury .
M. d'Arnault , Lieutenant Colonel du Régiment
d'Infanterie de Rofnyvinen .
M. du Vivier , Directeur des Fortifications .
M. Bailly , Lieutenant d'Artillerie .
MORTS ET MARIAGES.
Fortierau Parlement de Befançon , mourut
Rançois -Bernard Efpiard de Saux , Préfident
à Besançon le 16. Janvier dern , étant âgé de près de
84. ans. Il avoit exercé plus de 30. ans les fonctions
de la Charge de Préfident avec une réputation univerfelle;
depuis qu'il s'étoit retiré du Palais , il avoit
employé fon loifir à la compofition de plufieurs
Ouvrages de Jurifprudence . Il étoit un des Commiffaires
nommés par le Roi pour la réformation
générale de la Coûtume de la Province de Franchecomté
les plus célebres Jurifconfultes du Royaume
le confultoient , & on trouve fon nom avec
fes réponses dans leurs Ecrits. Il fortoit d'une famille
diftinguée dans la Robe , aux Parlemens de
Dijon & de Befançon .
;
Le
MARS 1743! 599
Le 31. Etienne Auguftin le Houx , Ecuyer Sieur
de Lavau , moutut à Paris , âgé d'environ 64. ans.
Il étoit fils d'Honoré le Houx , Confeiller , Sécretaire
du Roi , Maifon , Couronne deFrance & de fes
Finances, Garde du Scel du Châtelet & des Confuls
( Charge dans laquelle il avoit fuccedé à Henri le
Houx , fon pere , ) & d'Elizabeth Haſteau .
Il s'étoit livré dès la jeuneffe au goût qu'il avoit
pour les Généalogies. Laborieux & fédentaire , il
s'étoit formé un Cabinet utile & curieux fur cette
matiere , & fur tout fur le moderne. Il a compofé
ou retouché ce qui le trouve d'articles dans ce genre
dans le Supplément de Morery de 1735. Vrai ,
fincere , défintereffé , communicatif , homme de
bien & plein d'honneur , il eft mort regretté de
tous ceux qui l'ont connu. Il donnoit depuis plufieurs
années pour ce Journal les Extraits des Narffances,
des Mariages & des Morts , & le Public a témoigné
d'être fatisfait de l'exactitude de fon travail .
Il avoit pour freres Honoré le Houx , Seigneur
des Châteliers ; François le Houx de Loury , Capitaine
dans le Régiment de Boiffieu ; Honoré-
Louis le Houx de la Gueriniere, ancien Lieutenant
dans le Régiment de Vofge , depuis de Condé , N.
le Houx de Laubriere , Lieutenant dans le même
Régiment ; Louis Alexis le Houx , actuellement
Supérieur de la Maifon Profeffe des Jéfuites à Paris;
& Marie - Magdeleine le Houx , Religieufe Chanoineffe
à Sainte Géneviève de Chaillot..
>
Le 5. Février D. Marie Anne Benigne de Rohan,
Abbeffe de l'Abbaye Royale de Panthemont ,
Ordre de Citeaux mourut dans cette Abbaye
âgée de 55. ans . Elle étoit foeur de M.
l'Archevêque de Reims , & fille de Charles de Rohan
, Prince de Guemené , Duc de Montbazon ,
Pair de France , mort le 10. Qctobre 1727. & de
Da
Go. MERCURE DE FRANCE
D.Charlotte- Elifabeth de Cochefilat de Vauvineux ,
fa deuxième femme, morte le 24. Decembre 1719 .
' Le même jour D. Marie - Thereſe d'Albert , veuve
depuis le 16 Aeril 1730. de M. René Iſmidon,
Comte de Saffenage , Lieutenant Géneral de la
Province de Dauphiné ; & auparavant Premier Gentilhomme
de la Chambre de feu Monfieur , & de
M. le Duc d'Orleans , mourut à Paris dans la 71.
ánnée de fon âge. Elle étoit fille de Charles-Honoré
d'Albert , Duc de Luynes , de Chevreufe & de
Chaulnes , Pair de France , mort le 6. Novembre
1712. & de D. Jeanne - Marie Colbert , morte le
26. Juin 1732. Elle avoit époufé 1 °. le 2. Avril
1693. Michel Adelbert , Comte de Morſtein & de
Chateauvillain , Colonel du Regiment de Haynaut ,
tué dans Namur pendant le fiége le 18. Avril
1695. duquel étant reftée veuve & lans enfans ,
elle fe remaria le 6. Août 1698. avec M. le Comte
de Saffenage , & de ce Mariage elle a eu Charles
François , Comte de Saffenage , né le 2. Mars
1704. aujourdhui Lieutenant General du Gouver
nement , & Grand Sénechal de la Province de
Dauphiné . Voyez pour la Génealogie de la Maifon
d'Albert , l'Hiftoire des grands Officiers de la
Couronne , & pour celle de Saffenage , l'une des
plus grandes du Dauphiné , l'Hiftoire qui en a été
donnée par le fieur Chorier , & qui fe trouve ordinairement
à la fuite de l'Histoire de cette Province
le même Auteur.
par
Le 7. René de Rohan Soubife , Chanoine de l'Eglife
Cathédrale de Strasbourg , & Abbé de l'Abbaye
de Luxeuil , mourut à Paris dans la 20. année
de fon âge , étant né le 26.Juillet 1723. Il
étoit le quatrième fils de Louis- François- Jules de
Rohan , Prince de Soubife , Capitaine- Lieutenant
des Gendarmes de la Garde du Roi , mort le 6 .
Mai
MARS. 601 1743.
Mai 1724. & d'Anne-Julie- Adelaide de Melun
d'Epinoi , morte le 18. Mai 1714 .
• M. Henri-Jofeph de Thomaffin , Chevalier
Seigneur de Mazaugues , & d'Elpin , Préfident au
Parlement de Provence , mourut à Aix le 10. Février,
âgé d'environ 58. ans . On peut dire que c'eft
une perte pour le Public , & pour la République des
Lettres en particulier. Perfonne n'a réuni avec plus
de perfection que lui les qualités effentielles de l'ef
prit & du coeur , & perfonne ne les foutenoit avec
plus de fimplicité & de modeftie . Il laiſle une nombreufe
& exquife Bibliothéque , & un Cabinet
rempli de fçavantes Curiofités.
Le 12. D. Marie- Anne Sachot , veuve depuis le
25. Juin 1736. de M. Charles Gafpard Dodun ,
Marquis d'Herbault , Commandeur & Grand Tréforier
des Ordres du Roi , Lieutenant Géneral au
Gouvernement de l'Orleanois , & avant Contrôleur
Géneral des Finances . avec lequel elle avoit
été mariée le ro . Juillet 1703. mourut à Paris âgée
de 59.ans ou environ, étant née le 24 Janvier 1683 .
& fans laiffer d'enfans ; elle étoit fille d'Edme Saehor
, Avocat au Parlement , & de Marie Valentine
Crefpin du Vivier.
Louife-Adeïaide d'Orleans , Princefle du Sang ;
ancienne Abeffe de l'Abbaye Royale de Chelles
mourut au Prieuré de la Magdeleine de Trénel
la nuit du 19. au 20. de ce mois. Cette Princeffe
qui étoit âgée de 44 ans , fix mois & fix jours ,
étant née le 13 Août 1648. étoit fille de feu M.
le Duc d'Orleans , petit fils de France , Regent du
Royaume, & de fon Alteffe Royale ; elle avoit fait
Profeffion le 23. Août 1718. dans l'Abbaye de
Chelles , dont elle fut nommée Abbeffe l'année
fuivante , & elle a paffé fa vie dans des exercices
sontinuels de pieté & de charité , & dans la pratique
602 MERCURE DE FRANCE
tique de toutes les autres Vertus chrétiennes,
Le 21. D. Marie Joland de la Baume le Blanc de
La Valliere , femme en fecondes nôces de Jean-
Louis de Pontevez , Marquis de Tournon , Capitaine
de Galeres , qu'elle avoit époufé au mois
de Janvier 1726. mourut à Paris , âgée de 66 ans,
& fut inhumée aux Capucines. Elle avoit été mariée
en premieres nôces le 3 Juin ( 697.avec Michel
Louis Charles du Mas,Marquis du Broffay, mort en
1724 ,& elle ne laifle point d'enfans de ces deux mariages.
Elle étoit fille de Jean- François de la Baume
le Blanc, Marquis de la Valliere , Maréchal des
Camps & Armées du Roi , Capitaine de la Compagnie
des Chevau - Legers de Monfeigneur le Dauphin
, Gouverneur & Grand- Senéchal de la Province
de Bourbonnois , mort en 1676. & de D. Gabrielle
Glé de la Cotardaye , morte le 21. Mai
1707. Elle étoit foeur de Charles- François de la
Baume le Blanc , Duc de la Valliere , Pair de France
, Lieutenant Géneral des Armées du Roi , Gou➡
verneur Lieutenant Géneral & Grand - Sénechal du
Bourbonnois , mort le 21. Août 1739. pere de M.
le Duc de la Valliere , Gouverneur & Grand- Sénechal
du Bourbonnois . Voyez pour la Génealogie de
la Baume le Blanc , l'Hiftoire des Grands Officiers de
la Couronne , Tome V. page 478 .
Le 22. M. Gabriel d'Hautefort , Lieutenant Géneral
des armées du Roi du 28. Mai 1718. mourut
à Paris âgé de 74. ans . Il étoit frere puiné de
Louis Charles d'Hautefort , Marquis de Surville ,
mort Lieutenant Géneral des armées du Roi
pere d'Emanuel Dieudonné, Marquis d'Hautefort,
Maréchal de Camps & armées du Roi de la Promotion
du 15. Mars 1740. Voyez pour la Généalo
de la Maifon d'Hautefort celle de Gontaut Biron
dopt elle est une branche dans l'Hiftoire des Grands
Officiers de la Couronne . Lo
MARS. 603 1743 .
Le 24. M. Alexandre - Louis de Cadrien , Lientenant
Géneral des armées du Roi de la Promotion
du
31. Mars 1720. Grand- Croix de l'Ordre Royal
& Militaire de S. Louis , du s . Juin 1739. & ci - devant
Gouverneur de Longwy , mourut à Paris âgé
de 84. ans . Il étoit fils de Baltazar- Philippes de
Cadrieu , Chevalier Seigneur de Cadrieu , de Puylauné
& de Caze ès , & de Catherine de Glandieres ;
il avoit eu pour frere Jean de Cadrieu , Seigneur
de Puycaivari de Caumont , &c . Lieutenant Colo
nel du Regiment de Touloufe , Chevalier de l'Ordre
de S. Louis , Brigadier des armées du Roi ,
Infpecteur Géneral d'infanterie , Commandant à
Fribourg , mort le 12. Novembre 1712 , laiffant
plufieurs enfans de fon Mariage avec Dame Anne
de la Rogue- Senezergues , qu'il avoit épouſée le 8.
Mars 1698. La Maiſon de Cadrieu eft originaire
du Quercy , où eft fituée la Terre de Cadrieu ,
dont elle eft en poffeffion il y a plus de 400 ans ; &
connuë de tous les temps par fes Alliances diftinguées
& par fes Services militaires . Elle porte pour
Armes d'or à un Lion , partie de Gueules & de Sable
lampaffé , armé & couronné de Gueules,
Le 27. D. Françoife Genevieve Dongois , veuve
depuis le 2. Juillet 1736. de M. Pierre - Gilbert
de Voifins , Seigneur de Villaines , Préſident de la
feconde Chambre des Enquêtes du Parlement ,
qu'elle avoit époufé au mois de Novembre 1683 .
mourut à Paris âgée de 75. ans ou environ. Elle
étoit fille de Nicolas Dongois , Sécrétaire du Roi
Greffier en Chef du Parlement , & de Françoiſe
le Marchant de Haureifle ; elle avoit eu de
fon mariage , Pierre- Gilbert de Voifins , fixiéme du
nom, Seigneur de Villaines , à préfent Confeiller d'Etat
; ci-devant Avocat Géneral du Parlement de Paris ,
& Maître des Requêtes Honoraire , marié depuis le
25
604 MERCURE DE FRANCE
25. Juillet 1714. avec Dame Anne- Louiſe de Fieqbet
, de laquelle il a entr'autres enfans , Pierre-
Louis- Gilbert de Voifins Avocat Géneral du Parlement
, par la réfignation de fon pere depuis le 17 .
Janvier 1739. & marié le 4. Février fuivant , avec
D .... de Cotte ; Nicolas - Gabriel - Gilbert Marquis
de Villaines , Colonel du Régiment de Medoc ,
& Brigadier d'Infanterie du 1. Février 1719. retiré
du fervice depuis le mois de Janvier 1729. marié
& fans enfans avec D. Catherine - Ferdinande
d'Hoftun , alors veuve de Gabriel , Marquis de
Saffenage , & fille de Camille d'Hoftun de la Baume ,
Comte de Tallart , Maréchal de France , Chevalier
des Ordres du Roi , & de Marie-Catherine Grolée
de Viriville de la Fivoliere ; Gilles Gilbert Seigneur
de Chanteraine , Lieutenant au Régiment des
Gardes Françoifes, mort le 24. Mai 1718. fans allianec
, & Roger- François - Gilbert de Voifins Seig. de Poligny,
reçû Greffier en Chef du Parlement par la
démiffion de Nicolas Dongois fon Ayeul Maternel.
Le 28. Meffire Rodolfe de Caftella , Maréchal
des Camps & Armées du Roy , du premier Mars
1738. Mestre de Camp du Régiment des Gardes
Suiffes , Commandeur de l'Ordre Royal & Mili-
Aaire de S. Louis , du 16. Février 1737. mourut à
Paris âgé de 65. ans.
Le 4. Mars ,M. Antoine Scott , Seigneur de la Mefangere,
Maître d'Hôtel Ordinaire du Roi , mourut
à Paris âgé de 62. ans ou environ , étant né le 15 .
Novembre 1680. Il étoit fils puîné de Guillaume
Scott , Chevalier Baronnet , Seigneur de ia Melangere,
Confeiller au Parlement de Rouen , & de Marguerite
de Rambouillet ; il avoit été marié le 26 .
Juillet 1713. avec Anne- Elifabeth Bourret , de laquelle
il a laiffé Anne - Elifabeth Scott de la Mefangere
, fille unique née le 29. Juin 1726. mariée le
16.
MARS.
1743. 605
6. Décembre 1738. avec Charles - Alexandre de
Viffec de la Tude- Joannis , Marquis de Ganges ,
Baron des Etats de Languedoc. Voyez pour la Génealogie
de la famille de Scott, originaire d'Ecoffe
établie depuis en Hollande & enfin à Rouen les
Titres produits l'an 1723. par feu M. Guillaume
Scott de la Mefangere, Préfident de la Chambre des
Comptes de Normandie , frere aîné de M de
la Mefangere , qui donne lieu à cet article
pour la réception en qualité de Chevalier de Juftice
des Ordres de Notre-Dame de Montcarmel & de
S. Lazare de Jérufalem , conſervés dans les Archives
defdits Ordres , & dans le cabinet de M. Gublet ,
ci-devant l'un des Gardes de la Bibiotéque du.
Roi pour les Recueils de Génalogies , Génalogifte
& Penfionnaire , de Sa Majefté , & de M. le
Duc d'Orleans , auffi Génealogiſte de fa Maiſon ,
& de l'Ordre de S. Lazare depuis vingt deux aus
& plus.
Le 6. D. Euphemie Wallace , veuve de Jean
Drummond , Duc de Melford , Pair d'Angletere &
d'Ecoffe , Chevalier des Ordres de la Jarretiere & de
6. Andre ; Grand Maître de l'Artillerie du Royaume
d'Ecoffe , premier Gentilhomme de la Chambre
de S. M. B. Sécretaire d'Etat & premier Miniſtre
du Roi Jacques II. mourut âgee ¡ de 90. ans. Elle
étoit fille du Baron Wallace , Seigneur de Cragy ,
Jufticier & Miniftre du Royaume d'Ecoffe , & elle
avoit eu de fon mariage plufieurs enfans , entr'autres
André Drummond, Comte de Melford , batifé
à Londres , le 17. Novembre 1687. depuis Meſtre
de Cavalerie au fervice de France & Chevalier de
P'Ordre de S. Louis , marié le 12. Mars 1721. avec
D. Marie - Magdeleine Silvie de S. Hermine , &
reçû la même année Chevalier de l'Ordre de S.
Lazare , & dont les preuves le trouvent dans les
I ij Archives
806 MERCURE DE FRANCE
Archives de cet Ordre. On peut voir pour la Gé
nealogie de la Maifon de Drummond , l'une des
plus illuftres d'Ecoffe , le Dictionnaire Critique de
Bayle , & les differentes Editions du Dictionnaire
de Morery.

Le 7. M. Claude-François Bidal , Marquis d'Af
feldt , Maréchal de France , Chevalier de la Toifon
d'Or , Commandeur de l'Ordre Royal & Militaire
de S. Louis , Gouverneur des Ville & Citadelle de
Strasbourg & Directeur Géneral des Fortifications
du Royaume , mourut à Paris dans la 78. année de
fon âge . Il avoit été déclaré Maréchal de France
le 14. Juin 1734. & il prêta ferment de fidelité
entre les mains du Roi le 10. Novembre fuivant.
Il étoit fils puîné de M. Pierre Bidal , né à
Paris , Agent Géneral de la Reine Chriftine de Suede
dans les Cours de France , d'Italie & d'Espagne ,
créé Baron de Willembruch dans le Duché de Pameranie
, & Seigneur de Harsfeldt dans le Duché
de Bremen , par Lettres de cette Reine du 12 .
Novembre 1653. & depuis Réfident pour le Roi
Louis XIV. à Hambourg & en Baffe - Allemagne ,
de Catherine Baftonneau , qu'il avoit épousée le
25. Janvier 1637. morte à Paris le 21. Janvier
1690. M. le Maréchal d'Asfeldt avoit été marié
1º. le 28. Avril 1717, avec Jeanne - Louiſe Joly
de Fleury morte fans enfans le 23. Novem
bre fuivant. 2 °. le 26. Septembre 1718. avec Anne
le Clerc de Lefeville , fille de Nicolas le Clerc de
Leffeville , Seigneur du Mefnil , Durand & de
Thun , Confeiller du Roi en fes Confeils & d'Honneur
en fa Cour de Parlement de Paris , & Grand-
Chambre d'icelle , & Préfident Honoraire en la
cinquième des Enquêtes , & de Marguerite-Louiſe
Vaillant fa feconde femme , elle mourut le 30.
Janvier 1728. âgée d'environ 30, ans , & de ce

fecond
MARS. 1743 807
fecond mariage font vehus 1 °. Claude-Etienne
Bidal Marquis d'Asfeldt , Meſtre de Camp d'un Régiment
de Cavalerie de fon nom , du 24 Février
1738. 2. Jean - Guillaume Bidal d'Asfeldt , 39
Anne Bidal Dlle d'Asfeldt , & 4° . Françoife-
Charlotte Bidal Dlle d'Avaux . Il fera parlé plus
amplement de la famille de M. le Maréchal d'Asfeldt
, avec le détail de ſes actions dans le fupplément
à l'Hiftoire des Grands Officiers de la Couronne
, Article des Maréchaux de France , auquel
on travaille actuellement.
Le même jour , M. Jerôme Bignon , Marquis de
Plancy , Vicomte de Semoine , Confeiller d'Etat ,
Bibliotécaire du Roi , & l'un des Honoraires de
l'Académie Royale des Infcriptions & Belles-
Lettres , Intendant des Armées de Sa Majesté en
Flandres , mourut à Paris géneralement regretté ,
âgé de 45. ans ou environ , étant né le 24. Février
1698. fans laiffer d'enfans de D. Helene- Elizabeth
Moreau , Marquife de Plancy, Vicomteffe de Semoi
ne,qu'il avoit épousée le 3 1. Août 1724.fille de Jean
Moreau , Marquis de Plancy , Baron de S. Juft ,
Vicomte de Semoine , Confeiller Sécretaire du Roi,
Maifon Couronne de France & de fes Finances , Contrôleur
Géneral de la Grande Chancelerie , & d'Anne
Gouault fa feconde femme. Il étoit fils aîné de
Rolland Armand Bignon , Seigneur de Blanzy.
Confeiller d'Etat ordinaire , & Intendant de Juftice
de la Géneralité de Paris , mort le 21. Février 1724.
& de D. Françoiſe- Agnès- Hebert du Buc fa feconde
femme. Voyez la Génealogie de la famille de Bignon
, dans la Vie de Guillaume Menage , fol. 281 .
p.100. & les differentes Editions du Dictionnaire de
Morery.
Le 9. Meffire Jean Louis Comte d'Hautefort Bozein
, Lieutenant General des Armées du Roi ,
I iij
GouverKo
MERCURE DE FRANCE
Gouverneur des Ville & Citadelle de S. Malo ,
mourut âgé 74. ans . Il étoit né au Château d'Ajac
en Perigord , à peine avoit- il 14. ans , qu'il entra
en 1684 en qualité d'Enſeigne de la Colonelle
dans le Régiment de Touloufe qui venoit d'être
créé , & dont le Marquis de Surville - Hautefort fon
parent étoit Colonel ; le Roi ayant augmenté ce
Régiment en 1690. d'un Bataillon le Comte
d'Hautefort fut nommé à la Compagnie de Grènadiers
, quoiqu'il n'eut que 20. ans ..( Il y a eu peu
d'exemples de Capitaines de Grenadiers fi jeunes . )
Il fut bleffé au Siege de Namur , & à Steinkerque .
Le Roi ayant créé des Régimens nouveaux en
1695 le Comte d'Hautefort en eut un qui porta
fon nom , & qui fut réformé à la paix de Rifwfck.
>
La guerre ayant recommencé , il fervit en qualité
de Colonel réformé à la fuite du Régiment de
Touloufe , & M de Cadrieu qui le commandoit
s'étant retiré après la Bataille de Fredelingue, M. le
Comte de Toulouſe donna fon Régiment au Comte
d'Hautefort. I rût le doigt coupé à la Bataille
d'Hochftet d'un coup de feu ; ayant été fait Brigadier
en 1764. il fervit en cette qualité dans l'affaire
de l'Ife du Marquifat de Baden en 1707. Cette
action fut fort brillante ; les ennemis furent délogés
de ce pofte confidérable à la vûë de leur armée
, & l'honneur de cette heureuſe expédition eft
due au Comte d'Hautefort , qui en eut le commandement
par la mort de M. Stref, Maréchal de Camp,
qui fut tué dans un bateau avant que d'aborder
dans l'Ile Il fut fait Maréchal de Camp en 1722.
Le Comte d'Hautefort , Lieutenant General de la
Marine étant mort en 1723. M. le Comte de
Touloufe donna au Comte d'Hautefort Bozein la
place de premier Ecuyer de fa Maiſon . Il eut le
Gouvernement de S. Malo en 1727. & il fût fait
Lieutenant
MARS. 1743 Gog 1
Lieutenant Géneral des armées du Roi en 1734-
La droiture , l'exacte probité , la douceur de fes
mours , fon caractére génereux & bienfaiſant lui
ont acquis grand nombre d'amis , & l'eftime &
les regrets de tous ceux qui l'ont connu . Il étoit
fils de François d'Hautefort , Seigneur d'Ajac & de
Jeanne d'Abzic la Doufe ; il avoit été marié avec
D. Magdeleine Daneau de S. Gilles , veuve alors
de François de la Brouffe , Comte de Vertillaç ,
Maréchal de Camp & Gouverneur de Mons , &
de laquelle il ne laiffe point d'enfans . Voyez la
Génealogie de la Maifon d'Hautefort dans l'Hiftoire
des Grands Officiers de la Couronne , vol . 7 .
fol. 325.
Le même jour , le Pere Jean - François Baltus ,
de la Compagnie de Jefus , qui s'étoit acquis
une grande réputation par fon érudition & par fes
ouvrages , mourut à Reims âgé de 75. ans .
Le to , M. Claude de S. Blimond , Marquis de S.
Blimond en Ponthieu, Vicomte de Senneville
Seigneur de Pandé , de Gouy , d'Avennes , & Mef
tre de Camp de Cavalerie , mourut en fon Château
de Pandé. Il avoit été fucceffivement Page du Roï
dans fa grande Ecurie , Moufquetaire de la premiere
Compagnie , Capitaine dans le Régiment de
Cavalerie de Chartres , & enfin Meftre de Camp
d'un Régiment de Cavalerie de fon nom. Il étoit
fils d'André de S. Blimond , Marquis de ce Lieu ,`
Baron d'Ordre en Boullenois , Seigneur de Pandé ,
de Gouy , d'Eftrebeuf &c . mort le 22. Janvier 1692 .
& D. Elifabeth - Chrétienne le Tonnellier de Breteuil
, tante de feu M. le Marquis de Breteuil ,
Miniftre & Sécretaire d'Etat de la Guerre . Il avoit
époufé D. Jacqueline- Louife - Charlotte d'Auxy de
Monceaux , fille de Henri d'Auxy de Monceaux ,
Comte d'Hauvoille , Seigneur de S. Aubin , Mestre
I j
de
610 MEERCURE DE FRANCE
de Camp d'un Régiment de Dragons ; & de Marie-
Magdeleine de Crequy d'Offeu , & il laiffe de ce
mariage quatre enfans,dont un garçon , âgé d'environ
13 ans , actuellement au College de Louis le
Grand , & trois filles , dont l'aînée a été mariée le
21 Août 1742. avec Claude- Alexandre de Ponts ,
Comte de Rennepont , Capitaine dans le Régiment
de Dragons de la Suze , ainfi qu'il eft dit
dans le Mercure du mois d'Août 1742. Voyez auffi
le Mercure de Janvier 1739.
Le même jour , M. Jacques - Antoine Pennetti ,
Prêtre , chargé des Affaires de S. A. E. Palatine du
Rain à la Cour de France , mourut âgé de 91 ans .
Le 11 , D. Catherine Brudnell de Cardigan ,
veuve de Charles de Middleton , Comte de Middleton
& de Monmouth , Pair de la Grande- Bretagne ,
mourut à S. Germain en Laye , dans la 95. année
de fon âge. Elle avoit été Dame d'Honneur de la
Reine d'Angleterre , & Gouvernante de la Princefle
d'Angleterre.
Le 12 , M. Jean- Baptifte-Louis Berryer , Comte
de la Ferriere, Seigneur d'Argeronne , de S. Didierles-
Molaifes , Cleouville & Herbel & c. Confeiller
d'Etat ordinaire , & Doyen des Maîtres des Requêtes
& Sécretaire des Commandemens de S. M. la
feue Reine , Bifayeule du Roi , mourut à Paris ,
âgé de 90 ans ou environ . Il étoit fils de Louis
Berryer , Comte de la Ferriere près Domfront , Sécretaire
ordinaire du Confeil d'Etat , Direction &
Finances , & Sécretaire des Commandemens de
la même Reine , mort en Septembre 1686. & de
D. Renée Hameau , morte le 25 Noven.bre 1689 .
Il avoit été marié le 6 Mars 1674. avec Dame
Catherine Potier de Novion , & de ce mariage étoit
‚ né Louis - Nicolas Berryer de la Ferriere ,
en 1742. laillant de for mariage avec D. Marmort
guerite
MAR S. 1743 .
guerite Blondel , Louis - Jean Berryer de la Ferriere,
fils unique , né le 29 Septembre 1725. lequel eft
dans le Service .
Le 14 , M. Jean Paul Bignon , Abbé de S.
Quentin en l'Ifle , Doyen du Confeil d'Etat , Bibliotécaire
du Roi , l'un des Quarante de l'Académie
Françoiſe , & Honoraire des Académies Royales
des Sciences & des Infcriptions & Belies-
Lettres , mourut à l'Ifle Belle fous Meulan , dans
la 81. année de fon âge , étant né le 19 Septembre
1662.Il étoit fils de M. Jerôme Bignon , Confeil ..
ler ordinaire du Roi en fesConfeils d'Etat & Privé ,
Direction & Finances , Grand - Maître de la Bibliotéque
du Roi , mort le 15 Janvier 1697 , & de D.
Sufanne- Angelique Phelypeaux de Pontchartrain ,
morte le 24 Mars 1690. Grande tante de M. le
Comte de Maurepas , à préfent Miniftre & Sécretaire
d'Etat. Il étoit oncle de feu M. Bignon de
Blanzy, dont nous venons de rappo ter la mort cideffus
, & il a eu pour fucceffeur en cette charge
de Bibliotécaire du Roi M. Armand- Jerôme Bignon
de l'Ifle- Belle , auffi fon neveu , né le 27 Octobre
1711. Maître des Requêtes ordinaire de l'Hôtel dut
Roi depuis le 20 Mars 1737. & actuellement
Préfident au Grand Confeil.
Le même jour , M. Henri - Louis de Lomenie ,
Comte de Brienne , mourut à Paris , âgé de 85 ans
ou environ, Il étoit fils de Louis- Henri de Lomenie
, Comte de Brienne , Sécretaire d'Etat en furvivance
de fon pere , mort le 17 Avril 1698. & de
D. Henriette Bouthillier de Chavigny , morte en
1664. âgée de 27 ans , & petit-fils de Henri- Augufte
de Lomenie . Comte de Brienne , Sécretaire
d'Etat , Prevôt & Maître des Cérémonies de l'Or◄
dre du S. Efprit , mort les Novembre 1666. & de
D. Louife de Beon , morte le 2 Septembre 1665. &
I v
arriere
612 MERCURE DE FRANCE
arriere petit - fils d'Antoine de Lomonie, Seigneur de
la Ville aux - Clercs , Sécretaire d'Etat pourvû le 4
Mars 1696. mort le 17 Janvier 1638. & de D.
Charlotte d'Aubourg de Porcheux, M. le Comte
de Brienne qui vient de mourir , avoit époufé le
6 Fevrier 1689. Jacqueline- Charlotte Brulart de la
Borde , & il en a laiflé entr'autres enfans , Nicolas
Louis de Lomonie , Comte de Brienne , marié en
1732. avec D. Anne- Gabrielle Chamillart de Vitlatte
, de laquelle il a des enfans . Voyez pour la
Généalogie de Lomenie P'Hioire des Sécretaires
d'Etat par Fauvelet du Toc , l'Histoire des
Grands Officiers de la Couronne . Vol . 9. Article
des Chevaliers du S. Efprit & les differentes Editions
du Dictionnaire de Morery .
"
Le 19 , D. Elifabeth de Bauquemare , veuve de
M. Jean-Jofeph de Langlade , Vicomte du Chayla ,
Paroiffe de S. Paul le Froid , au Diocèſe de Mende ,
Baron de Montauroux , Colonel d'Infanterie ,
mourut à Paris , âgée de 86 ans . Elle étoit fille de
Nicolas de Bauquemare , Préfident des Enquêtes
du Parlement de Paris , & de D. Catherine Voyfin
de S. Paul . Elle avoit été mariée à l'âge de 27 ans
Je 20 Juillet 1684. avec M. le Vicomte du Chay! a,
& elle a eu de fon mariage , Nicolas - Jofepit-
Baltazar de Langlade , Marquis du Chayla , Lieutenant
General des armées du Roi , du premier
Mars 1738 Infpecteur de Cavalerie & Gouverneur
de Villefranche , marié & fans enfans de D. N ...
Robert de Lignerac N ...... de Langlade
mariés avec N....... de Langlade , Comte de
S Paul fon coufin , duquel elle a des enfans , &
N ..... de Langlade , femme de N....
de Brugeron Signeur du Bouchet ,
Le 27 , D. Marie Elifabeth du Bec de Vardes ,
reuve depuis le 17 Août 1727. de Louis de Rohan
Chabot ,
MAR S. 1743 613 .
Chabot , Duc de Rohan , Pair de France , Prince
de Leon &c. mourut à Paris , âgée de 81 ans ou
environ , étant née le 4 Avril 1661. Elle étoit fille
de François - René du Bec , Marquis de Vardes ,
Comte de Moret , Capitaine - Colonel des Cent
Suiffes de la Garde ordinaire du Roi , Gouverneur
d'Aiguemortes , Chevalier des Ordres du Roi ,
mort le 3 Septembre 1688. & de D. Catherine
Nicolai , morte dès le 2 Juillet 1661. Madame la
Ducheffe de Rohan qui vient de mourir avoit été
mariée le vingt-huit Juillet 1678. & elle laiffe
plufieurs enfans & petits enfans que l'on peut voir
dans l'Etat de la France de 1736. Voyez auffi
les Généalogies des Maifons de Chabot Rohan &
du Bec de Vardes , l'Hiftoire des Grands Officiers
de la Couronne . Vol . 2. & 4.
pour
La nuit du 18. au 19. Decembre 1742. Louis de
Brancas , Duc de Villars , Pair de France , appellé
le Duc de Lauraguais , né le 5. Mars 1714. Colonel
du Regiment d'Artois du zo. Fevrier 1734-
fils de Louis-Antoine de Brancas , Duc de Villars ,
Pair de France Chevalier des Ordres du Roi , &
de De Marie, Angelique Fremin de Moras , & veuf
depuis le 26. Août 1735. de De Adelaide - Genevieve
Felicité d'O, & de laquelle il avoit deux fils ,
fut marié avec Diane Adelaide de Mailly de
Moncavrel , troifiéme fille de Louis de Mailly ,
Marquis de Nefle & de Mailly &c. Chevalier des
Ordres du Roi , & de feue D.Felice Armande Mazarin
, morte le 12. Octobre 1719. Mde de Lauraguais
eft foeur puinée de Mde la Comteffe de
Mailly & de Mde la Comteffe de Vintimille , &
four ainée de Mefdames les Marquifes de Flavacourt
& de la Tournelle . Voyez pour les Généalogies
des Maifons de Brancas & de Mailly ,
I vj PHiftoire
614 MERCURE DE FRANCE
Q
Hiftoire des Grands Officiers de la Couronne.
La nuit du 17. au 18. Jean- Baptifte de Chabannes
Comte de Pionfac d'Apchon , Premier Baron d'Aavergne
, Meftre de Camp de Cavalerie , & Cornette
de la feconde Compagnie des Moufquetaires
de la Garde du Roi , fils de Gilbert- Gafpard de
Chabannes , Comte de Pionfac & d'Apchon , Premier
Baron d'Auvergne , Seigneur de Trifac , de
Vaumier & de Lachenal , Meftre de Camp cu Régiment
de Dragons de la Reine , & Brigadier d'armée,
& de feile Dame Philberte d'Apchon , héritiére
en partie de fa Maifon , l'une des premiéres de
la Province d'Auvergne , fut mariée avec Dlle
Marie Olive Bernard , fille de M. Samuel -Jacques
Bernard , Maître des Requêtes Ordinaire de l'Hôtel
du Roi , Sur - Intendant de la Maiſon de la
Reine , Grand Croix , Prévôt & Maître des Cérémonies
de l'Ordre Royal & Militaire de S. Louis ,
& de D. Elifabeth- Louiſe Frotier de la Cofte Meſſeliere
Le nouveau marié eft neveu de M. le Comte
de Chabannes , Maréchal des Camps & armées du
Roi , Major du Regiment des Gardes Françoiſes ,
& Grand-Croix de l'Ordre Royal & Militaire de
S.Louis , le Mariage s'eft fait à Paffi , dans la Maifon
de M. le Préfident de Rieux , Oncle paternel
de la Mariée. Voyez pour la Généalogie de la Maifon
de Chabannes , également illuftre par fon ancienneté
,par les premieres Charges de la Couronne,
& par fes grandes Alliances , l'Hiftoire des Grands
Officiers de la Couronne.
Le 11. M. Augufte- Claude- François de Godde
de Varennes , Lieutenant au Régiment des Gardes
Françoifes , fils de M. Auguftin François de Godde
de Varennes , Lieutenant Géneral des Armées du
Roi , Lieutenant Colonel du Régiment des Gardes
Françoiſes & Commandeur de l'Ordre Royal &
Militaire
MARS.1743- 615
T
8
Militaire de S. Louis , & de D. Elizabet - Genevieve
de Vaffan , Dame de Moifan , fut marié avec Dlle
Jeanne - Magdeleine le Pilleur , née le 4. Septembre
1726. fille de Jean - François le Pilleur d'Apligny,,
Ecuyer , mort le 9. Mai 1741. & de Magdeleine-
Therefe Mufnier de Mauroy , fa veuve , morte le
13. Juillet de la même année. Voyez pour la famille
de le Pilleur , les Mercures des mois de Juin
& Septembre 1741.
La nuit du s . au 6. Mars, Claude - Hiacinte Guil .
lemeau , Sieur de Frewal , Confeiller au Grand-
Confeil depuis le 5. Janvier 1737. né le 28. Septembre
1716. fils de feu François- Marie - Joleh
Guillemeau , Sieur de Freval , Confeiller au Chatelet
, & de D. Elizabeth -Marguerite de Bragelongne
, fut marié avec Anne - Marie Petit de Leudeville
, âgée de 17. ans , fille de feu François Petit
de Villeneuve , Préfident de la Cour des Aydes de
Paris , mort le Decembre 1731. âgé de près de
52. ans, & deD.Angélique Petit de Leudeville,fa coufine
germaine.
24
Le ... Mars , M. Henri Camille de Beringhen
Marquis de Chafteauneuf, & d'Huxelles , Comte
du Pleffis Bertrand , Premier Ecuyer du Roi , Lieu-
- tenant Géneral au Gouvernement de Bourgogne ,
Gouverneur des Ville & Citadelle de Châlon-fur
Saône , Chevalier - Commandeur des Ordres du
Roi du 2. Février 1731. né le premier Août 1693 .
fils de feu M. Jacques- Louis de Beringhen , Marquis
de Châteauneuf , Comte d'Armainvilliers ,
Chevalier des Ordres du Roi , & fon Premier
Ecuyer , Gouverneur des Citadelle & Fort de Saint
Jean de Marſeille , mort le premier Mai 1723 .
de D. Marie- Magdeleine- Elizabeth Fare d'Aumont ,
morte le 18. Octobre 1728. fut marié avec D. Angélique-
Sophie d'Hautefort , née le 22. Septembre
&
170
616 MERCURE DE FRANCE
1702. veuve depuis le premier Avril 1737 de
M. Jean - Luc de Lauzieres , Marquis de Themines
& de Cardaillac , Meftre de Camp de Cavalerie
, Gouverneur des Ville & Château de Dommes
, en Périgord , & Gentilhomme de la Chambre
de M. le Duc d'Orleans qu'elle avoit épousé le
13. Novembre 1730. & fille de M. Charles- Louis
d'Hautefort , Marquis de Surville , Lieutenant Géneral
des Armées du Roi , & de Louiſe de Crevant
d'Humieres. Voyez pour la Génealogie de Berenghen
, l'Hiftoire des Grands Officiers de la Couronnne
, Vol . IX . au Catalogue des Chevaliers du
S. Efprit, & les differentes Editions du Dictionnaire
de Morery .
Le 25. N... Marandon , fils de M. Marandon
Receveur General des Finances de Bourges , fut
marié avec Dlle N.... de Bragelogne , fille de Jean-
Baptifte Camille de Bragelogne , Confeiller Honoraire
au Parlement de Paris , & de D. Claude
Françoife Guillois .
La nuit du 27. au 28. Charles- Henri de Daublet,
Chevalier , Seigneur de Nezelles, & de Montgarde,
fils de N... de Daublet , Seigneur de Nezelles ,
& de Catherine- Charlotte Ponfecot de Richebourg ,
fut marié avee Dlle Marie-Anne du Foffé de Varteville
, fille de feu M. Louis Edmond du Foffé
Chevalier , Seigneur de Vatteville , de Calleville , &
de la Motte Vatteville , Maréchal des Camps & armées
du Roi, & de D. Marie-Jeanne Defponty.
ARMARS.
1745. 617
ARRETS NOTABLES.
RREST du 22. Janvier , qui proroge pour
un an, à compter
du premier
Janvier
1743.
au
premier
Janvier
1744.
P'exemption
des droits
fur
beftiaux
,ordonnée
par Arrêt
du 8. Novembre
1740 .
?
Le Roi s'étant fait repréfenter en ſon Conſeil ,
l'Arrêt rendu en icelui le 28. Novembre 1741. par
lequel Sa Majefté a ordonné qu'à commencer du¸
premier Janvier 1742. jufqu'au premier Janvier
1743. les beftiaux venant des Pays Etrangers dans
le Royaume , feroient déchargés de tous droits, tant
des cinq groffes Fermes , qu'autres dépendant de la
Ferme génerale, qui fe payent aux entrées des Provinces
frontieres , & que lesdits beftiaux , enfemble
ceux qui auroient été élevés & nourris dans le
Royaume , feroient & demeureroient pareillelement
déchargés pendant ledit tems des
droits d'entrée & de fortie . tant des cinq groffes
Fermes , qu'autres dépendant de la Ferme génerale
à leur pallage des Provinces réputées étrangeres
dans celles de létendue de cinq groffes fermes , ou
defdites Provinces des cinq groffes Fermes , dans
celles réputées étrangeres , aux entrée & fortie defquelles
il eft dû des droits aux Fermes génerales . Et
S. M. étant informée que les motifs qui ont donné
lieu , tant à l'Arrêt du 28. Novembre 1741. qu'à
ceux des 16. Fevrier & 8. Novembre 1740.
Janvier & 25. Novembre 1738. 10. Janvier & 20 .
Novembre 1736. 8. Fevrier 735 & 2. Août 1732 .
fubfiftent : Oui le rapport du fieur Orry , Confeiller
d'Etat ordinaire , & au Confeil Royal , Contrô
leur Géneral des Finances , Sa Majefté étant en fon
Confeil , &c.
21.
618 MERCURE DE FRANCE
ORDONNANCE DU ROI , du 25. pour fervir
de réglement à 38. Bataillons de Milice ,
à chacun defquels Sa Majefté a ordonné qu'il fera
joint trois cent hommes de la nouvelle levée, pour
les former à neuf cent hommes.
Sa Majefté ayant par fon Ordonnance du 30
Octobre dernier , réglé qu'il feroit fait une levée
de trente mille hommes de Milice d'augmentation,
elle auroit jugé à propos de deftiner une partie de
cette e vée , à augmenter de trois cent hommes
trente- huit Bataillons des précédentes Milices , qui
font fur le pied de fix cent , pour les porter à neuf
cent hommes chacun. Et Sa Majesté défirant faire
connoître fes intentions fur la maniere dont cette
augmentation fera répartie dans lefdits Bataillons ,
Elle a ordonné & ordonne que les trois cent hommes
de Milice de la nouvelle levée , qu'elle veut
être joints par augmentation à chacun des trentehuit
Bataillons des précédentes levées , pour les
former à neuf cent hommes , feront répartis à
saifon de vingt- cinq hommes , pour faire pareil
nombre de Fufiliers d'augmentation dans chacune
des douze Compagnies defdits Bataillons , lefquelles
par ce moyen feront de foixante-quinze hommes
, au lieu de cinquante qu'elles étoient précédemment.
Et feront lefdits Fufiliers d'augmentation,
payés en chacune defdites Compagnies , fans augmentation
de haute -paye , fur le pied réglé par
Jes Ordonnances de Sa Majefté concernant la folde
& la fubfiftance de fes troupes.
Mande & ordonne Sa Majefté aux Gouverneurs
& fes Lieutenans Géneraux en fes Provinces , aux
Intendans efdites Provinces , aux Commiffaires des
Guerres , & autres Officiers qu'il appartiendra , de
tenir la main à l'exécution de la préfente Ordonmance.
Fait à Versailles le vingt- cinq Janvier mil
fept
MARS. 619
1743.
fept cent quarante- trois. Signé , LOUIS. Et plus
bas , M. P. DE VOYER D'ARGenson.
ARREST du 29. Janvier , qui ordonne que tou
tes les inftances & affaires reftantes à finir du bail
de Pierre Carlier , commencé le premier Octobre
1726. feront continuées , reprifes , pourfuivies ,
inftruites , jugées & réglées , fous le nom de Nicolas
-Adrien Bonnemain , en la maniére accoûtumée,
comme elles l'auroient pû être ſous celui dudit
Carlier.
EDIT DU ROY , pour l'établiſſement d'une feconde
Loterie Royale, & création de Rentes , tant
Viagéres qu'en forme de Tontine. Donné à Verfailes
au mois de Février 1743. Regiſtré en Parlement
, le 8. Mars fuivant , lequel Edit eft entierement
femblable au premier qui a été donné
au mois de Janvier dernier imprimé dans le
Mercure du même mois page 189. Ordanne
de plus Sa Majefté que cette feconde Loterie
fera tirée le 27. Mai pro.hain , & jours confécutifs
&c.
>
ARREST du to , qui ordonné qu'il fera
Ouvert en chacune des quinze claffes de la Tontine
créée par Edit du mois de Janvier 1743. autant de
fubdivifions de trois mille livres chacune , qu'il fera
néceflaire pour la converfion des Billets de Loterie
qui n'auront point gagné de lot.
Le Roi ayant jugé néceflaire d'étendre les facilités
accordées par l'article XII . de fon Edit du
mois de Janvier dernier , portant établiffement de
la Loterie Royale , à ceux qui feront propriétaires
des billets de ladite Loterie qui n'auront point
gagné de lot , pour convertir , fuivant leur âge
lef.
20 MERCURE DE FRANCE
lefdits billets en rentes viageres à leur profit
fur les rois cent quinze mille livres de rentes en
forme de Tontine , créées en leur faveur par ledir
Edit : & voulant fur ce faire connoître fes intentions
; oui le rapport du fieur Orry , Confeiller
d'Etat , & ordinaire au Confeil Royal , Contrô
leur Géneral des Finances , Sa Majesté étant en
fon Confeil , a ordonné & ordonne que relativement
audit Edit , lefdites trois cent quinze mille
livres de rente feront partagées en quinze clailes ,
fuivant l'âge de ceux fur la tête defquels elles feront
conftituées , & qu'il fera ouvert en chacune
defdites claffes autant de ſubdivifions de trois mille
livres de rente chacune , qu'il fera néceffaire pour
la converfion defdits billets , fuivant l'intention
des porteurs ; enforte néanmoins qu'il n'y ait en
chaque claffe aucune fubdivifion moindre de trois
mille livres de rente , conformément audit Edit.
Fait au Confeil d'Etat du Roi , Sa Majefté y étant,
tenu à Versailles le dixième jour de Février mil fept
cent quarante -trois. Signé , PHELYPEAUX .
AUTRE du 12 , portant évocation & renvoi
pardevant Meffieurs les Commiffaires députés pour
les affaires des vivres , étapes & fourages , des affaires
concernant la difcuffion des biens & le recouvrement
des effets du fieur Michel , ci devant
Receveur General des Finances de Montauban .
DECLARATION DU ROI , en interprétation
de l'Edit du mois de Juin 1742. portant création
de fix cent mille livres de rentes fur la Ferme
Géneral des Poftes , qui permet aux gens de mainmorte
d'acquerir defdites rentes , fans être tenus de
payer aucuns droits d'amortiffement. Donnée à
Versailles le 17 Février 1743. Registrée en Parlement
le 8 Mars fuivant. Louis ,
MARS. 1743 62
:
:
Louis , par la grace de Dieu , Roi de France &
de Navarre à tous ceux qui ces préfentes lettres
verront , Salut . Par notre Edit du mois de Juin
1742 regiftré où beſoin a été , nous avons créé &
aliené fix cent mille livres de rentes héreditaires au
denier vingt , au principal de douze millions de l . fur
les deniers provenans des revenus de notre Ferme
generale des Poftes , que nous avons spécialement
affectée & hypotequée , tant au payement defdites
rentes qu'au remboursement des capitaux , de la
maniere énoncée audit Edit , par lequel nous avons
permis aux Etrangers non naturalifés , regnicoles &
non regnicoles , d'acquerir lesdites rentes ainfi que
nos propres Sujets , & aurions ordonné que lefdites
rentes feroient exemptes de toutes lettres de
marque & de repréfailles , droits d'aubaine , bâtardife
, confifcation , & autres qui pourroient nous
appartenir & nous ayant été repréfenté que les
Communautés Séculieres & Régulieres , les Hôpitaux
, Fabriques , Convens & autres gens de
main-morte défiroient acquerir lesdites rentes ,
s'il nous plaifoit de les exempter du droit d'amortiffement
: A ces cauſes , & autres à ce nous mouvant
, de l'avis de notre Confeil , de notre certaine
fcience , pleine puiffance & autorité royale , Nous
avons par ces préfentes fignées de notre main ,
permis & permettons aux Communautés Régulie
res & Séculieres , Hôpitaux , Fabriques , Convens
& autres gens de main morte , d'acquerir defdites
rentes créées par notre Edit de Juin 1742. fans être
tenus de payer ce fujet aucuns droits d'amortiffement
, dont nous les avons exemptés &
exemptons . Si donnons en Mandement à nos amés
& feaux Confeillers les gens tenant notre Cour de
Parlement , Chambre des Comptes & Cour des
Aides à Paris , que ces préfentes ils ayent à faire
"
à
lire ,
22 MERCURE DE FRANCE
lire , publier & regiftrer , & le contenu en icelles
exécuter felon leur forme & teneur . Car tel eſt
notre plaifir. En témoin de quoi nous avons fait
mettre notre fcel à cefdites préfentes . Donné à
Verfailles , le dix-feptiéme jour de Février , l'an de
grace mil fept cent quarante trois , & de notre
Regne le vingt- huitiéme . Signé , LOUIS. Et plus
bas par le Roi. PHELYPEAUX . Vû au Confeil
ORRY. Et fcellé du grand ſceau de cire jaune .
ARREST du premier Mars , au fujet des
unions faites aux Dignités & autres Bénéfices de
I'Eglife Royale & Cathédrale de Nevers .
Le Roi étant en fon Confeil , a ordonné & ordonre
, qu'en attendant qu'il lui ait plû d'expliquer
fes intentions au fujet des unions faites aux Dignités
& autres Bénéfices de ladite Eglife de Nevers ,
& notamment au fujet de l'union faite de la Cha
pelle du Corps de Jefus - Chrift à la Trésorerie de la
même Eglife , il foit furfis à toutes pourfuites &
procedures faites ou à faire contre le Suppliant , de
la part du fieur Moteret , tant au Bailliage & Siége
Préfidial de Saint Pierre le Mouftier , qu'au Parle
ment ;Sa Majefté faifant défenfes à tous Juges , de
ftatuer fur lefdites pourfuites & procedures , jufqu'à
ce que par elle il en ait été autrement ordonné
, à peine de nullité & de caffation de jugement.
Cet Arrêt a été rendu à la pourfuite & follicitation
de M. Nicolas-Leon Duval de Bonneval , Archidiacre
& Chanoine de l'Eglife Royale & Cathédrale
de Nevers , Député du Chapitre.
ORDONNANCE DU ROI , du même jour ,
qui furfeoit jufqu'au premierMars 1744. la délivrance
des Congés aux Soldats des troupes de la Ma-
Fine.
APJ
APROBATION.
'Ai lu par ordre de Monseigneur le Chancelier,
le Mercure de France du mois de Mars , & j'ai
crû qu'on pouvoit en permettre l'impression . A Pa
ris , le premier Avril 1743 .
HARDION.
P
TABLE.
IECES FUGITIVES . Requête préfentée au Sé→
nat de Cythere ,
Lettre fur une Queſtion proposée ,
Le Sommeil , Cantatille ,
Lettre & Chanfon fur les Triolets ,
414
416
419
421
Queftion importante , jugée au Parlement de Paris
.
Le Page & la Chambriere , Fable ,
Le Mulet & le Loup , Fable ,
Obſervations ſur la Comédie ,
L'Amour Pâtiffier , Vers à Mlle de L ....
426
436
439
442
450
Lettre fur la pratique de l'Education des Enfans ,
453
Epitre , écrite de Cabris en Provence , à M , Boule,
Difcours fur l'Emulation >
462
466
Epitre à M. de .... en lui envoyant un Livre Anglois
,
Avertiffement fur les Eaux de Pougues ,
Fable Latine ,
47
473
470
Differtation fur la connoiffance de l'Atmoſphere
Compliment d'un Ecolier à fon Profeſſeur ,
478
491
Suite de la Defcription Topographique & Hiftorique
du Cotentin ,
5
Enigme , Logogryphes , & c .
493
fog
NOUVELLES LITTERAIRES , DES BEAUX ARTS , & c.
Théatre Critique Espagnol , SIX
Lettre & Differtation fur les Maux Véneriens ,
Traité fur la Théorie des Cometes ,
513
518
Conférences Théologiques &Morales fur les Commandemens
du Décaloge , 5238
Gregoriana Correctio , 523
Abregé d'Opérations d'Arithmétique , 530
Queftion propofée , 531
Eftampes nouvelles , & c.
ibid.
Cartes nouvelles , 532
Chanfon notée & Vaudeville , 134
phe au Théatre Italien , 537
542
543
Spectacles , Extrait de la Comédie nouvelle du Sil-
Deux Piéces nouvelles au même Théatre ,
L'Opera d'Héfione , remis au Théatre ,
Iflé , remis au Théatre pour les Acteurs & pour la
clôture ,
544
La Tragédie de Pirrhus , remife au Théatre François
Zaïre › répréſentée pour la clôture •
Opera Comique , Marotte , Parodie de Mérope ,
Nouvelles Etrangeres , Ruffie ,
Allemagne ,
Francfort ,
Elpagne ,
Italie ,•
Geneve ,
ibid.
348
ibid.
546
$49
551
552
555
516
Genes & Ile de Corfe ,
Grande Bretagne ,
558
562 Mémoire préfenté au Roi de la Grande Bretagne
par M. Gaftaldi ,
Morts des Pays Etrangers ,>
563
567
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , &c. 170
Académiciens nommés dans l'Académie des Belles-
Lettres
>
Officiers Géneraux nommés
674
576
Bénefices donnés ,
578 Services célebrés pour le repos de l'ame de Madame
d'Orleans , Abbeffe de Chelles , 579
Concert Spirituel au Château des Tuilleries , 586
Concerts chés la Reine , 587
La Loterie Royale ,
Comédies repréſentées à la Cour ,
Suite de la Promotion d'Officiers Géneraux ,
ibid.
589
590
Morts & Mariages ,
Arrêts notables ,
598
617
P
Errata de Fevrier.
Age 201. ligne derniere , ie , liſex , le.
P. 238. 1. 3. indiffoluble , l. indiffolubles;
Ibid. 1. 4. & 5. l'asmour , l. l'amour.
P. 248. 1. premiere , qu'elle , l. qu'elles.
P. 262. 1. 6. du bas , remarque , l . remarquerons
P. 317. 1. 7. Minagrobis , L. Rodillardus-
Ibid. 1. 10. giffoit , . gliffoit.
P. 349. 1. 4. fermons , i, formons.
Ibid. 1. 11. Stances , l . Strophes.
P. 376. 1. 19. fort , ôtez de mot.
P. 377. 1. 19. pour la clôture , ôtez ces morts
·Fautes à corriger dans ce Livre.
PAC
Age 437. ligne 17. un , lifex , une.
P. 482. 1. 3. du bas , fubtile , l. ſubtil,
P. 484. ligne premiere , des , l. de.
P. 502 1. 22. d'extenfions , l . d'étenduë.
P. $45. 1. 17. à , ôtez ce mot.
C
La Chanfon notée doit regarder la page
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la réception des Teftamens par les Curés &
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Arithmétique de le Gendre. in 12. 2 liv. 10 fols.
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2 vol .
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Réflexions
Militaires
& Politiques
traduites
de l'Eſpagnol
du Marquis
de Santa- Cruz. in 12
. 11 vol.
Hiftoire
de Louis XIV. par Larrey. in 12.
liv.
25 liv. 10 fots.
vol
22 liv . 10 fols
doré.
12. 2 vol.
*
Livres à Rufage des Religieux & Religieufes
de l'Ordre de S. François.
La Vie de S. François , in 4. 10 liv.
-La même , in 12.2 vol. feconde Edition, 5 liv .
Le Breviaire. Grand in-folio & gros caractere pour
le Lutrin.
Le Breviaire Rubriques françoifes. 4 vol .
doré .
-Le même , in 8. 2 vol.
Le Breviaire pour les Novices & Prédicateurs , in
120 liv.
45 liv.
So liv.
26 liv.
30 liv.
doré.
12 liv.
doré.
Le Diurnal , Rubriques françoifes . in 8.
14 liv.
2 liv.
-Le même , in 32.
10 liv.
2 liv.
doré.
10 fols.
Le Miffel in-folio .
3 liv.
doré .
24 liv.
26 liv.
le Plein- Chant . in 8 .
Le Martyrologe. in 8.
3 liv.
6 liv .
Le Proceffional avec une Méthode pour apprendre
Heures à l'ufage des Religieufes , des Freres & des
Perfonnes tant Séculieres que Régulieres des trois
Ordres de S. François.
Les Ordo pour réciter l'Office Divin.
Regle du Tiers Ordre de la Pénitence
2 liv.
› par
le P. Fraffen. in 12.
3 liv.
Fraffen. Difquifit . Biblica in Pentateuc . in 4. 6 liv.
.La Regle du 3e Ordre de S. François , à l'ufage
des Religieux & Religieufes de cette Obfervance
, in- 24. I liv . Io fols,
Tous & chaque Saint nouveaux fe vendent en
feuillets,feparés .
Livres au feul ufage des Religieux & des
Religieufes de l'Ordre des Capucins.
Breviaire , grand in- folio & gros caractere pour le
• Lutrin.
Miffel in-folio.
120 liv.
24 liv. Le Breviaire , Rubriques françoiſes. in 8. 2 vol .
Le Breviaire pour les Novices & les Prédicateurs.
< in- 12. 2 vol.
24 liv.
12 liv.
9 liv.
Le Diurnal , Rubriques françoifes. in 8.
-Le même , en petit. 1743. 2 liv . 10 fols,
Le Martyrologe. in 8.,
La Regle. in 32.
6 liv.
1 liv. 5 fols.
La Conduite intérieure pour toutes les actions de
la journée. in 32 .
Is fols.
Traité
pour
apprendre
à faire
l'Oraiſon
Mentale
,
par le P. Martial
, Capucin
. in 32. 1 liv.
Tous
& chaque
Saint
nouveaux
fe vendent
en
feuillets
feparés
.
Livres d'ufage Romain tant à Hymnes vieilles
qu'à Hymnes nouvelles .
Pleautier Romain , in-folio 2 vol . dont un pour le
matin , & l'autre pour l'après-midi , fur papier
grand Aigle , en feuilles.
Pleautier Romain , in- fol . 1 vol . Paris.
-Le même. Lyon.
I
Graduel Romain , fol. Paris.
Le même . Lyon.
-Le même , in 4. Lyon.
-Le même , in- 12 . Lyon,
100 liv.
20 liv.
30 liv.
20 liv.
३० liv.
s liv.
2 liv. 10 fols.
-Le même , in 4. Lyon.
6
Antiphoniet Romain , fol. Paris.
Le même . Lyon .
20 liv.
30 liv.
-Le même , in- 12. Lyon.
s liv.
Miffel Romain , fol. belle édition . 1742.
2 liv. 10 fols.
-Le même. Lyon , petit papier.
-Le même , en plus grand papier.
24 liv.
40 liv.
18 liv.
18 liv.
14 liv.
Le même . Ausbourg.
-Le même , in 4. grand papier.
-Le même , pour les Laïques , Miffionnaires ,
& Aumôniers fuivans les troupes , in - 1205
Miffel des Morts , in 4.
6 liv. 10 fols.
7
3 liv.
in-12.
liv. 10 fols.
-Miffel Romain , latin & françois
4 volumes.
-Le même , in- 12 . 2 vol.
Rituel Romain , in 8.
-Le même , in- 12 . Lyon.
Proceffional Romain , in 8.
Martyrologe Romain , in 8. rouge & noir.
12 liv.
s liv.
liv. 2
Breviaire Romain , grand & gros caractere , in-
-Le même , tout noir.
folio pour le Lutrin.
-Le même , in 4. 4 vol. Ausbourg.
-Le même in 4. 2 vol. Lyon.
6 liv.
7 liv.
6 liv.
120 liv.
45 liv.
Le même , in 8. 4 vol. vèau doré.
30 liv.
45 liv.
Maroquin noir doré.
Le même , in 8. 2 vol . veau doré.
35 live
as liv.
-Le même , in 8 4 vol . Ausbourg.
30 liv.
Breviaire Romain , in- 12 . 4 vol . 1706, rouge &
25 live
Maroquin noir doré.
noir.
40 liv.
Veau.
Le même , is- 12 . 4 vol . tout noir. 1739 .
as liv..
doré. 16 liv..
Maroquin noir. 22 liv.
7
Breviaire Romain , in - 12 . 1 vol . rouge & noir.
6 liv .
Breviaire Romain , in - 18 . 4 vol . rouge & noir.
1724.
Maroquin noir.
Le Diurnal , in 8.
Maroquin noir.
-Le même , in- 18.
Maroquin noir.
-Le même , in-24.
— en Maroquin.
Le même , tout noir , is - 18. 4 vol.
18 liv.
12 liv.
16 liv.
8 liv.
10 liv.
3 liv.
4 liv.
2 liv. 10 fols .
-Le même , in -32.
Maroquin noir.
3 liv.
2 liv.
Le Diurnal à l'ufage des Jefuites.
Supplément de tous les Offices nouveaux , pour les
Breviaires anciens , in 8.
-Le même , in- 12.
Tous & chaque Saint nouveaux fe vendent en
feuillets féparés .
2 liv. to fols.
2 liv . to fols.
2 liv.
I liv. 10 fols.

MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ
AU
ROT.
AVRIL
1743 .
UR
COLLIGIT
SPARGIT sing HO
apillow
25J
Chés
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER
rue S. Jacques.
La Veuve PISSOT , Quai de Conty ,
à la descente du Pont-Neaf.
JEAN DE NULLY , au Palais.
M. DCC. XLIII.
Avec Aprobation & Privilege du
A VIS.
'ADRESSE génerale eft à Monfieur
MOREAU , Commis au Mercure , visà-
vis la Comédie Françoife , à Paris. Ceux
qui pour leur commodité voudront remettre
leurs Paquets cachetés aux Libraires qui vendent
le Mercure ; à Paris , peuvent fe fervir
de cette voye pour les faire tenir.
On prie très- inflamment , quand on adreſſe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous le
déplaifir de les rebuter , & à ceux qui les envoyent
, celui , non feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de les
perdre , s'ils n'en ont pas gardé de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , les Particuliers quifouhaiteront
avoir Mercure de France de la premiere
main , of us promptement , n'auront qu'à
donner lei irs adreffes à M. Moreau , qui aura
foin de faire leurs Paquets fans perte de tems,
& de les faire porter fur l'heure à la Pofte, ou
aux Mefirgeries qu'on lui indiquera.
PRIX XXX. SOLS!
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT
AVRIL.
1743 .
PIECES FUGITIVES;
en Vers et en Prose.
LES CHARMES DU PRINTEMS.
L Es Zéphirs ont enfin ramené l'allegreffe ;
J'ai vu les Ris , les Jeux , célebrer leur retour.
Flore dans nos Hameaux a rétabli fa cour.
Tout refpire ici la tendreffe.
Nos Bergers aux échos font redire fans ceffe,
Le Printems eft fait pour l'Amour.
L'Hyver fait fous fes Loix gémir un autre rive ;
Aij
Et
626 MERCURE DE FRANCE
Et Cérès pe craint plus que l'Aquilon nous prive
Des préfens qu'aux Mortels fa main a préparés.
La Nayade en fon lit depuis long-tems captive ,
Peut enfin librement fe jouer dans nos Prés.
La Dryade , tendre & craintive ,
De ces bords dépeuplés trop long - tems fugitive ,
Vient s'unir aux Sylvains, de Nymphes entourés,
Le Laboureur ravi du fuccès de fes peines ,
Et flaté par l'espoir d'une riche moiffon .
Ses troupeaux dans nos champs dépouillés de leurs
laines ,
L'ont enrichi de leur toifon.
Sa main pure offre aux Dieux un encens légitime ;
Il plaint ton fort , Avare , enrichi par le crime .
Ton coeur eft enyvré de barbares plaifirs ,
Qui des remords vengeurs font bien- tôt la victime,
Le fien n'eft occupé que d'innocens défirs .
Quel fpectacle amufant vient s'offrir à ma vûë
Des Bergers d'alentour une troupe ingénuë ,
Au fon d'un ruftique inftrument ,
Sur le gazon fleuri danſe légerement.
Ici Life , avec retenuë ,
Contemple le Berger , qu'elle aime tendrement ,
Tandis qu'affis fur la fougére ,
D'autres racontent leur tourment ,
Et fe plaignent aux Dieux , qu'une trop lente mere
Differe de ferrer les nauds de leur ferment,
Qu'entensAVRIL
17.43. 627
Qu'entens je ? Philomele , ah ! C'eſt ta voix plaintive
.
Tout s'attendrit pour toi fur cette aimable rive.
Pan fort , pour applaudir , de fes antres fecrets.
Tout prête à tes accens une oreille attentive ,
Et Zéphire ofe à peine agiter les forêts .
Ruiffeaux , ombrages frais , folitude charmante ,
Que d'agrémens divers vous m'offrez à la fois !
Quand je veux les chanter , leur image riante ,
Vient charmer mes efprits : je demeure fans voix.
Reybo. de L.
,
LETTRE de M. D. L. R. écrite au R. P.
M. Texte Dominicain , Sous - Prieur du
Noviciat Géneral de Paris , fur quelques
fujets de Litterature.
Ermettez-moi , M. R. P. avant que d'entamer
le principal fujet de cette Lettre ,
de revenir pour un moment à celle que j'ai
eû l'honneur de vous adreffer dans le fecond
Volume du Mercure du mois de Décembre
dernier , pag. 2821. fur la fin de laquelle il y
a une erreur de fait , dont j'ofe dire que je
ne fuis pas capable , & dont l'inattention des
Imprimeurs eft la feule caufe. Ils m'ont fait
dire , en fautant environ deux lignes de mon
Manufcrit , que le vénérable P. Dom de
A iij Larnage ,
626 MERCURE DE FRANCE
Et Cérès ne craint plus que l'Aquilon nous prive
Des préfens qu'aux Mortels fa main a préparés.
La Nayade en fon lit depuis long -tems captive ,
Peut enfin librement fe jouer dans nos Prés.
La Dryade , tendre & craintive ,
De ces bords dépeuplés trop long - tems fugitive ,
Vient s'unir aux Sylvains, de Nymphes entourés,
Le Laboureur ravi du fuccès de fes peines ,
Et flaté par l'efpeir d'une riche moiffon .
Ses troupeaux dans nos champs dépouillés de leurs
laines ,
L'ont enrichi de leur toifon.
Sa main pure offre aux Dieux un encens légitime ;
Il plaint ton fort , Avare , enrichi par le crime.
Ton coeur eft enyvré de barbares plaifirs ,
Qui des remords vengeurs font bien- tôt la victime,
Le fien n'eft occupé que d'innocens défirs .
Quel fpectacle amuſant vient s'offrir à ma vûë?
Des Bergers d'alentour une troupe ingénuë ,
Au fon d'un ruftique inftrument ?
Sur le gazon fleuri danfe légerement .
Ici Life , avec retenuë ,
Contemple le Berger , qu'elle aime tendrement ,
Tandis qu'affis fur la fougére ,
D'autres racontent leur tourment ,
Et fe plaignent aux Dieux , qu'une trop lente mere
Differe de ferrer les noeuds de leur ferment,
Qu'entensAVRIL
17.43. 627
Qu'entens je ? Philomele , ah ! C'eſt ta voix plaintive
.
Tout s'attendrit pour toi fur cette aimable rive.
Pan fort , pour applaudir , de fes antres fecrets.
Tout prête à tes accens une oreille attentive ,
Et Zéphire ofe à peine agiter les forêts .
Ruiffeaux , ombrages frais , folitude charmante ,
Que d'agrémens divers vous m'offrez à la fois !
Quand je veux les chanter , leur image riante ,
Vient charmer mes efprits : je demeure fans voix .
Reybo, de L.
,
LETTRE de M. D. L. R. écrite au R. P.
M. Texte Dominicain Sous - Prieur du
Noviciat General de Paris , fur quelques
fujets de Literature.
P
Ermettez -moi , M. R. P. avant que d'entamer
le principal fujet de cette Lettre ,
de revenir pour un moment à celle que j'ai
eû l'honneur de vous adreffer dans le fecond
Volume du Mercure du mois de Décembre
dernier , pag. 2821. fur la fin de laquelle il y
a une erreur de fait , dont j'ofe dire que je
ne fuis pas capable , & dont l'inattention des
Imprimeurs eft la feule caufe. Ils m'ont fait
dire , en fautant environ deux lignes de mon
Manufcrit , que le vénérable P. Dom de
A iij Larnage ,
628 MERCURE DE FRANCE
Larnage , actuellement Prieur de la Grande
Chartreuse , & General de l'Ordre , a fuccedé
en 1737. à Dom Innocent le Maſſon , au
lieu de dire à Dom Etienne Richard . Dom
le Maffon étant mort en 1703. eût pour fucceffeur
Di Antoine de Montgeffon , qui fut
fuivi par D. Antoine Crollel , lequel ne fût
Géneral que fix mois ; après lui D. Etienne
Richard , mort au mois d'Avril 1737. C'eſt
ainfi M. R. P. que cet endroit de ma Lettre
doit être rectifié , & il le fera parfaitement
fi on ajoute que M. de Larnage , frere de
l'illuftre Géneral , eft actuellement , non pas
Intendant Géneral de la Martinique , comme
je l'ai dit , faute d'inftruction , mais Gouverneur
& Lieutenant Géneral pour le Roi
des Ifles , fous le vent à S. Domingue.
>
Enfin ,, pour ne rien omettre , on m'a fait
une espece de critique
fur la même Lettre.
Les Chartreufes
, dit - on , de Paris & de
Marſeille
,font le fujet de cette Lettre , fuivant
le Titre qui eft à la tête. Il eſt cependant
vrai qu'il n'y eft uniquement
parlé que
de la Chartreufe
de Paris : mais il eft vrai
auffi que dans ma Lettre , imprimée
dans le
Mercure
, il n'y a pas l'addition
que j'ai faite
à l'original
par un renvoi , & que le Copifte
a omife par inadvertance
. Cette addition
remédie
à tout : la voici.
» Mais il eft tems de finir cette Lettre
qui
AVRIL. 1743. 629
» qui s'eft infenfiblement allongée , enforte
" que je fuis obligé de renvoyer à une autre
" Lettre ce que j'ai à vous dire de la Chartreuſe
» de Marſeille , matiére qui mérite bien
» d'être traitée à part , & fur laquelle j'attens
d'ailleurs quelques inftructions particulié-
" res , & c.
Je les attens toujours , M. R. P. ces inf
tructions , lefquelles vraisemblablement feront
encore retardées par la mort du V. P.
Dom N. Faviere , digne Prieur de cette
Chartreufe , que je viens d'apprendre , & qui
eft arrivée le 18. Janvier dernier au grand
regret de toute fa Communauté & de
tous ceux qui avoient le bonheur de le con
noître.
"
Cependant j'ai dès à préfent de quoi vous
dédommager un peu de cette attente , par un
Monument que je vais vous communiquer
& qui regarde non-feulement la Chartreufe
de Marſeille , mais tout l'Ordre de S. Bruno ,
en génerál .
Vous fçavez que dans cet Ordre , comme
dans le vôtre , il y a plufieurs Monaftéres de
Filles du même Inftitut , & vous n'ignorez
pas tout ce que j'en ai dit fondé fur de bonnes
autorités, dans le Mercure de Décembre 1741 .
pag. 2835. je ne repeterai donc rien là- deffus
; je vous prie feulement , M. R. P. de vous
rappeller deux circonftances .
A iiij
La
630 MERCURE DE FRANCE
La premiére, que les Chartreux ayant toujours
confervé les anciennes Pratiques de
' Eglife , les Religieufes de cet Ordre ont
auli confervé jufqu'à préfent l'ancienne confécration
des Vierges , qui fe fait en la maniere
prefcrite dans les anciens Pontificaux.
Cette Confécration fe fait à l'âge de 25 .
ans , par l'Evêque qui leur impofe les mains ,
leur donne l'Etole , le Manipule & le voile
noir , au lieu du blanc qu'elles quittent alors.
Le Manipule s'attache au bras droit , & l'Evêque
, en leur donnant l'Etole & le Manipule
, prononce les mêmes paroles qu'il dit
à l'Ordination des Diacres & des Sous Diacres.
Elles portent ces ornemens le jour de
leur Confecration & à leur année de Jubilé
c'est-à- dire , quand elles ont so. ans de
Religion , & on les enterre avec les mêmes
ornemens.
Cette Confecration donne le pouvoir &
le droit de chanter l'Epitre à la Meſſe ; les
Cérémonies en font très édifiantes , & portent
avec elles de précieux veftiges d'Antiquité
, & des preuves que ces Religieufes
répondent parfaitement aux Diaconefes des
premiers fiécles de l'Eglife , établies par
Apôtres.
les
L'autre circonftance regarde Sainte Rofaline
ou Roffoline , Religieufe Chartreuſe ,
dont j'ai vu dans ma jeuneffe une très -belte
Figure
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ABTOR
, LENOX
AND TILDEN
POUNDATIONS
.
Sainte Rosaline Chartreuse
A. V RI L. 1743. 631
Figure en cire , de grandeur naturelle , dans
la Bibliothéque de la Chartreufe de Marfeille
, placée dans une Niche , ordinairement
fermée , laquelle avoit été faite & apportée
par les foins de Dom Cofter , alors
Prieur de cette Chartreufe & Vifiteur. C'eft
de cette même Figure que j'ai trouvé autre--
fois le moyen de faire tirer un petit Deffein
par une habile main , dont j'ajoûte ici la
Gravûre en Taille -douce . Je crois , M. R.
P. que vous en ferez content..
Cette Sainte Chartreuse étoit foeur de l'Illuf
tre Eleon ou Elliés de Villeneuve, Grand - Maître
de Rhodes, lequel fonda en 13 20. le Monaftére
des Chartreufes de Selle Roubaud, où Sainte
Rofaline prit l'habit , mourut & fut inhumée.
On dit que fon corps s'eft confervé fans:
aucune corruption , du moins juſqu'au XV.
Siécle , que ce Monaftére fut cedé aux Religieux
de Saint François de l'Etroite Obfer
vance.
C'eſt ce même Dom Cofter , que je viens
de nommer , lequel conjointement avec
Dom Jean-Baptifte Berger , Parifien , ci - devant
Prieur à Marseille , puis à Villeneuve:
d'Avignon , & auffi Vifiteur , a jetté les pre--
miers Fondemens des Bâtimens neufs , continués
par leurs fains , & depuis achevés
fous d'autres Supérieurs, qui rendent aujour
d'hui cette Chartreufe l'une des plus confi
derables du Royaume.. Av Vouss
632 MERCURE DE FRANCE
Vous
pourrez , M. R. P. en juger par la
Defcription
que j'efpere
vous faire un jour
de toute cette Maifon
, à commencer
par
l'Eglife
moderne
, qui eft magnifique
par fa
conftruction
& par fes ornemens
intérieurs
.
Je me contenterai
aujourd'hui
de vous en
décrire
le Frontifpice
, dont on m'a depuis
peu envoyé
le Plan , que vous avez vû dans
mon Cabinet
.
DESCRIPTION de la Façade de
l'Eglife des Chartreux de Marfeille.
Cette Façade , compofée de deux differens
Ordres d'Architecture , eft d'une très belle
apparence . Sa hauteur totale depuis le rezde-
chauffée jufqu'à fon fommet , eft de 15
toifes & s pieds, compris cinq pieds d'élevation
qu'ont fept marches , par lefquelles on
monte jufqu'au niveau de l'Eglife.
Le premier Ordre , qui eft Ionique , forme
un Périſtile orné de huit colomnes de face ,
ayant cinq pieds fix pouces de diamètre
dont le Fuft eft de 28 pieds , efpacées de
fix pieds , excepté les deux du milieu , qui
le font de neuf pieds .
Au deffus de l'entablement de ce premier
Ordre , & à l'aplomb des huit colomnes
fon autant de Piédeftaux fur lefquels on
devoit pofer les ftatues de quelques Apôtres,
qu'on
ROXAVRIL. 1743. 633
qu'on avoit déja ébauchées , mais qui n'ont
point été finies.
La longueur du Périftile eft de treize toifes,
quatre pieds & demi, fur quatorze pieds &
demi de profondeur . On lit fur la frife du
premier Ordre cette Infeription en grandes
lettres. D. O. M. CARTUSIA VILLE NOVE
HANC MASSILIENSEM FUNDAVIT ANNO
M. DCXXXIII .'
L'Ordre fuperieur , qui n'a que huit toifes
cinq pieds de largeur , eft décoré par quatre
Pilaftres Corinthiens , au milieu defquels eft
une grande fenêtre ceintrée , de vingt pieds.
de hauteur fur huit de largeur ; ce fecond
Ordre porte entierement fur la muraille de
face de l'Eglife , & tout l'ouvrage eft terminé
par un grand fronton triangulaire , qui
fait le couronnement de tout ce Frontispice.
Il a été élevé fur les Deffeins du fameux
Pierre Puget , Marſeillois , qui a fçû donner
à cet ouvrage un air de grandeur joint à une
noble fimplicité.
7
L'Infcription , au rette , qu'on y a gravée ,
ne porte pas l'époque de cet édifice , qui eft
tout moderne , mais celle de la fondation
primitive du Monaftére & du commencement
des anciens Bâtimens , auxquels des
édifices nouveaux & magnifiques dont
nous parlerons dans la fuice , après avoir
rapporté toutes les circonstances de la fon
dation, ont fuccedé..
A vjj Nous
634 MERCURE DE FRANCE
Nous venons de remarquer que le célébre
Puget a donné les Deffeins de la nouvelle
Eglife , en qualité de grand Architecte ;
ajoutons qu'en celle d'habile Peintre , il l'a
décorée de plufieurs excellens morceaux de
Peinture. Je me rappelle ici fon S. Bruno
qu'on voyoit autrefois dans un Oratoire conftruit
fur le mur de clôture , fur le grand
chemin qui mene de la Chartreuſe à S. Juſt,
Rien n'eft plus frappant ni mieux exprimé
que l'air dévot & mortifié du Saint- Fondateur.
Je me rappelle auffi les Vers Latins
qui furent faits fur ce fujet , lefquels ne font
peut- être pas inférieurs à la Peinture dont
nous parlons : les voici .
Non lufit pictura manum , non lufit ocellos ;
Nativa è tabulâ viva figura micat.
Afpicit Spirat , fed cafta modeftia motum
Continet , & circum lumina ferre vetat..
Verba daret pariter , fi relligiofa filendi
Regula gutterulo fineret effe fonos.
TRADUCTION.
Non , l'effort du pinceau ne trompe point nos
усих ;
· C'est le Saint , c'eft lui même , & dans cette
Peinture,
L'Art , en fe furpaffant , a fixé la Nature ;
Il refpire ; il jouit de la clarté des Cieux :
Ses
AVRIL. 635 1743
Ses regards animés prouveroient la préſence ;
Si de la modeftie il n'obfervoit les loix ,
Que dis je ! il parleroit , fi l'auftere filence
Ne lui défendoit pas l'ufage de la voix.
Mais il eft temps , M. R. P. d'entamer
une autre matiére : je le ferai , fans preſque:
fortir de notre objet principal , qui eſt , outre
l'interêt de la vérité , l'amour que nous,
avons, vous & moi , pour le Saint Ordre des.
Chartreux. Vous fçavez qu'il y a eu plufieurs
Prélats tirés de ce même Ordre & de diverfes
Nations on en compte un affés bon:
nombre pour la France , dont deux font:
fortis de la Chartreufe de . Paris , comme
yous l'avez vû dans ma derniére Lettre
Mercure de Décembre 1743. p. 2823. L'Angleterre
en reconnoît auffi un certain nombre
, entr'autres S. Edme , ou Edmond ,
chevêque de Cantorbery , & S. Hugues ;
Evêque de Lincoln ; quelques Critiques ont
paru cependant vouloir douter de la Profef
fion religieufe de S. Edme dans l'Ordre de.
& en ont fait une efpéce de
S. Bruno
problême.
Ar-
Je me fuis chargé avec plaifir d'exami
ner ce point de Littérature Eccléfiaftique ,
& après l'avoir fait avec toute l'attention
poffible , je crois , M. R. P. être en état de
faire voir que le S. Prélat a non feulement
été
636 MERCURE DE FRANCE
été Chartreux de profeflion , mais qu'il l'a
été durant tout fon Pontificat , par l'austérité
de fa vie & par fes autres vertus religieufes ,
fuivies après la mort de plufieurs miracles
operés à fon tombeau , qui lui ont mérité le
culte public , décerné par l'Eglife .
Je n'ai pas entrepris , M. R. P. de vous
faire fur ce fujet une Differtation en forme ;
cela excederoit de beaucoup les bornes
d'une Lettre. Je me contenterai de vous expofer
fommairement ce qui m'a parû de plus
fort pour la défenſe de la Tradition & de la
prétention des Chartreux au fujet de Saint
Edme.
Il faut d'abord vous dire que nous en
avons la principale obligation au fçavant &
laborieux Ecrivain Dom Edmond Martene
Bénédictin de S. Germain des Prés , lequel
par une dévotion particuliére pour le Saint
Archevêque , dont il portoit le nom , & encore
plus par l'amour de la vérité , n'a rien
oublié pour illuftrer fa mémoire .
C'eft , M. R. P. dans cet efprit que Dom
Martene nous a donné avec un foin tout
particulier la Vie de ce S.Prélat & l'Hiftoire
de fa Canonifation , dans le troifiéme Tome
de fon Ouvrage , intitulé : Thefaurus novus
Anecdot. col. 1921. p. 1751. & feq. Edit.
de Paris, 1717. Or , dans cette Vie rien n'eft
plus beau , plus édifiant & plus décisif pour
notre
AVRIL 1743. 637
notre fujet que la Lettre qu'il rapporte du
vénérable HUGUES , Prieur de la grande
Chartreuse , & Géneral de l'Ordre , écrite
au Chartreux Boniface de Savoye , Archevêque
de Cantorbery. Cette Lettre , que
je ne rapporterai point dans fon entier , parce
qu'elle allongeroit trop la mienne , commence
ainfi :
VENERABILI & in intimis caritatis vifceri
bus amplectendo Domino Bonifacio Cantuarienfi
Archiepifcopo : Frater HUGO dictus
Cartufie Prior humilis , quidquid poteft pescatoris
oratio Quantum caritati veftra debeamus
in Chrifto , meminimus , venerande Domi
ne &c.
2
Suit un remerciment au fujet du Livre des
Morales de S. Gregoire , dont l'Archevêque
Chartreux lui avoit fait préfent.
Quod non ex me , lui dit- il , fapientia veftra
fcribo , fed ex eodem GREGORII Moralium
Libro , quem vos recedentes cum lacrymis è
Cartufia veftra , in qua tam alium pofueratis
fundamentum virtutis , mihi tunc humili Procuratori
, dono dediftis &c.
Cette Lettre finit ainfi Infpiret , obfecro
, Patris fpiritus , qui ubi vult ſpirat ,
cordi veftro benigniffimo , ut S. EDMUNDUM ,
quem ante oculos mentis veftra tot miracula &
pia facta , iplaque fedes , quam nunc tenetis
Cantuaria ponunt , imitemini & Sandlum
Lincol
633 MERCURE DE FRANCE
Lincolnienfem Epifcopum HUGONEM : Hi &
nobis , ut fcitis , venerunt , fed mundi fuperbiam
in humilitatem , luxum in frugalitatem ,
divitias in paupertatem , in ipfo Epifcopali
aulmine commutantes , Cartufienfem profeffionem
fuam conftanter retinuerant , cujus &
vos meminiffe ea memoria precor que apud nos
perpetua eft veftri. DATUM Cartufia. M.CCL ..
6. Novembris..
Rien ne paroît , ce me femble , plus clair,
plus autentique & plus refpectable qu'une
telle autorité Cependant il parût fur ce ſujet
dans le Mercure de Mars 1738. p . 436. une
Riéce intitulée LETTRE de M..... ..Sur .....
l'Ordré dont a été faint Edme ou Edmond
Archevêque de Cantarbery , dans laquelle
L'Auteur fait plufieurs réflexions & propofe
quelques doutes , toujours à ce qu'il paroît
dans l'efprit de chercher & de conftater la
vérité du Fait dont il s'agit.
33.
29
I
» S. Hugues , dit- il , Evêque de Lincoln ,
» a été certainement . Chartreux . L'Ordre en
fait une fête folemnelle le 17 de Novemn
bre , & S. Edme , dont la fête arrive le
jour précédent , n'eft pas même honoré
» chés eux d'une fimple commémoration.
» Cette differente conduite. ne peut - elle pas
» infirmer le témoignage du Géneral Hu-
» gues ? . L'inaction des Chartreux , à l'égard
» de ce Saint ; eft une de ces chofes dont la
» raifon:


AVRIL.
1743 639
» raifon n'eft pas aifée à découvrir. Je vous
» prie d'en faire part à quelqu'un de cet
» Ordre , qui puiffe vous donner des lumié-
>> res là-deffus , ou vous apprendre s'il faut
» s'infcrire en faux contre la Lettre de Huleur
Grand - Prieur.
» GUES ,
Je crus , M. R. P. que cette priere pouvoit
me regarder , & après en avoir conferé avec
nos bons amis de la Chartreufe , on me remit
une réponſe , auffi fuccinte
que fenfée
laquelle je vais repeter ici je vais repeter ici , car elle eſt
inferée dans le Mercure de Mai de la même
année , avec quelques petits retranchemens
pour la rendre encore plus courte.
que
la
M.fi l'Auteur de la Lettre, inferée dans le
Mercure du mois de Mars dernier , au ſujet
de faint Edmond , Archevêque de Cantorbery,
n'a point d'autre raison d'hésiter fur le témoignage
de notre Géneral Hugues 11.
differente conduite de notre Ordre à l'égard de
Saint Edmond& de faint Hugues de Lincoln ,
it eft aifé de le tirer d'inquiétude , & de lui
épargner les conjectures & les argumens de
vraisemblance. Il est vrai que nous faifons une
Fête folemnelle de faint Hugues , Evêque de
Lincoln , & que nous ne faifons pas commémoration
de faint Edmond. Eft - ce donc que
nous ne reconnoiſſons pas faint Edmond pour
Chartreux
On pourroit le dire , M. fi notre ufage étoit
de
www
.
640 MERCURE DE FRANCE
,
,
de célébrer la Fête de tous les Saints de notre
Ordre ce qui n'eft pas , car quoque nous
reconnoiffions pour Chartreux faint Etienne de
Die , auffi bien que faint Antelme Evêque
de Bellay , nous ne faifons aucune commémoration
du premier, & nous la faifons du fecond.
Cet exemple fuffit pour faire fentir à la per-
Jonne qui vous a prié de nous demander quelque
éclairciffement que ce qu'elle appelle
Pinaction des Chartreux à l'égard de faint
Edmond, n'est pas une raison pour s'inferire en
faux contre la Lettre de leur General Hugues II.
,
Quelque unanimité qu'il y ait eu entre les
Ecrivains de la Vie de faint Edme , à paffer
fous filence fa Profeffion de notre Régle , on
ne doit pas crier à la furprise , fi nous nous
faifons honneur d'avoir eu ce Saint pour Confrere
, puifqu'il eft hors de toute vraisemblance
qu'un General des Chartreux écrive fans aucun
fondement à un Chartreux , devenu Archevêque
de Cantorbery , que tel Archevêque ,
Jon prédéceffeur , a auffi été Chartreux , &
qu'il le fçait bien , ut fcitis.
En communiquant cette réponſe à la perfonne
qui la demande , je vous prie , M. de lui
marquer que le Religieux qui l'a faite , ne
prétend pas s'engager à le fuivre dans fes
repliques , fuppofé qu'il en veuille faire. C'eft
affes de lui avoir dit fimplement que la critique
porteroit à faux , s'il s'arrêtoit à la difference
A VRIL.
64r 1743.
rence que nous faisons d'une Fête à une autre ;
il fembleroit vouloir en fonder la raison , mais
c'est une de ces chofes fur lesquelles il peut
réprimer fa louable curiofité , parce qu'il interrogeroit
en vain notre filence , comme il
effayeroit en vain d'amener à fa maniére de
penfer notre manière de faire l'Office. Je
fuis , M. &c. A la Chartreuse de Paris ;
le 20 Avril 1738 .
Le prudent Anonyme ne répondit point
à cette Lettre , mais un incident étranger
l'ayant engagé d'écrire encore quelque chofe
fur le même fujet , il fit imprimer une feconde
Lettre dans le I. Vol . du Mercure de
Juin ſuivant , où se trouvent plufieurs traits ,
qui me paroiffent favorables à la caufe que je
défends .
1. Il apprend au Public que Dom
Martene n'eft pas le premier Auteur de la
découverte de la Lettre de HUGUES , Prieur
de la grande Chartreufe , écrite au Chartreux
Boniface de Savoye , Archevêque de
Cantorbery. Guichenon , dit - il , l'avoit
déja faite imprimer dans fa Généalogie de
» la Maifon de Savoye , mais elle fe retrouve
» dans une place plus naturelle , chés le Pere
» Martene , ajoûtant que cet Hiftorien l'a
» tirée d'un Manufcrit de D. Nicolas Molin ,
» Prieur de Sylvebenite , dont Guichenon
» s'eft fervi dans fes preuves de l'Hiftoire de
"
» Sa042
MERCURE DE FRANCE
» Savoye , Tome III. pag. 8. & que Dom
» Edmond Martene a réimprimé au III . T.
» de fes Anecdotes .
»
» 2 ° . Il paroît , ajoûte notre Auteur , que
» fila Lettre du Géneral HUGUES eft vérita-
» ble , c'est un témoignage qui doit l'empor-
» ter fur le filence de Vincent de Beauvais-
» Qu'est ce en effet que l'Hiftoire de Saint
>> Edmond, ou Edme , écrite par ce Domini-
» cain dans fon Miroir Hiftorial ? C'est un
» Extrait tronqué du Manufcrit de l'Abbaye
» de Pontigny , que Dom Martene a depuis
" publié en fon entier ; c'eft un Extrait dont
» M. Baillet a fait fi peu de cas , que dans la
» Table critique des Auteurs , fur lefquels il
» donne la Vie de S. Edme il ne daigne
" pas le nommer , quoiqu'il lui dût être
( a) connu , & qu'il cite Nicolas Triveth ,
>> autre Auteur Dominicain , qui a bien
» moins écrit fur ce fujet que n'a fait Vin-
» cent de Beauvais & c .
,
» 3. Il ne faut donc pas croire , dit
» encore notre fage Critique , que M. de
» Haïtze ou l'Auteur des Moines_em-
» pruntés , ait eû dans la perfonne de Vin-
» cent de Beauvais un Auteur fufifant , pour
» détruire la Tradition des Chartreux , la
» quelle a près de cinq cent ans & c.
» 4°. Ainfi la preuve négative que M. de
(a) M. Baillet étoit de Beauvais .
» Haïtze
AVRIL 1743 6.4$
Haïtze a tirée de Vincent de Beauvais eft,
une preuve , qui n'a aucune force & qui
»peut même être tournée contre lui , &c.
Il vaut mieux attendre , conclud enfin
l'Auteur , ce que quelque Solitaire de cet
» Ordre nous apprendra fur tout cela , que
» de vouloir le prévenir par des conjectures ,
».& c .
Pour moi , M. R. P. je penſe differemment
, & fans rien attendre de nos Solitaires
, dont , comme on l'a vû ci- devant , on
interrogeroit en vain le filence , des Solitai
res , dis -je , qui tout remplis de leur efprit
de retraite , de mortification & d'humilité ;
en un mot de la grace de leur état , négli
gent de célebrer la Mémoire de plufieurs
Saints de leur Ordre , lequel ne travaille
qu'à faire des Saints , fans fe mettre en peine
de les faire déclarer tels par l'Eglife , je
crois être bien fondé de tirer du Problême
que quelques Critiques ont voulu faire fur
la Profeffion Religieufe de S. Edmond de
Cantorbery , le Theorême fuivant , ou la
Démonſtration , que ce Saint Prélat a été
réellement & de fait de l'Ordre des Chartreux,
& qu'il l'a été jusqu'à sa mort , arrivée le
16. Novembre 1240. à Soify , près de Provins.
>
Je fouhaite M. R, P. que vous puiffiez
bien-tôt en dire autant & fur une autorité
..
équiva
644 MERCURE DE FRANCE
éqvalente , de votre Illuftre & S. Evêque
de Lifieux JEAN LE HENNUYER , que je n'ou
blierai certainement pas dans mon Voyage
Litteraire de Normandie , auquel je mets la
derniere main . Vous avez bien raifon de le
reclamer pour votre Ordre , ce qui ne peut
que lui faire beaucoup d'honneur.Je fuis per
fuadé que vous n'oublierez rien pour y réüffir
, mais je le fuis encore plus de cette belle
maxime de Tertullien : Veritati prafcribere
nemo poteft , non fpatium temporum , non patrocinia
Perfonarum , non privilegium Regio
num. Lib. de Veland . Virgin.
Je fuis avec beaucoup de refpect , M.R.P.
Notre , &c.
A Paris le 7. Mars 1743 .
P. S. En achevant ma Lettre, un Ami vient
m'avertir qu'il y a encore une faute effentielle
à corriger dans ma précédente Lettre, imprimée
dans le II.Vol.du Mercure de Décembre
dernier. Je dis , page 2823. que D. Pons ou
Ponce de Sablieres , de Prieur de Paris , fut
fait premier Prieur de la Chartreufe de Sainte
Croix en Forez , fondée l'an 1280. par N.
de la Tour de Roffillon , fa Parente , qu'il
fut enfuite Evêque de Graffe , & qu'en cette
qualité il prêta ferment de fidelité en 1482 .
à l'Archevêque d'Embrun . Cette derniere
date , dont l'abſurdité faute aux yeux , eſt
de
AVRIL. 1743. 645
de la façon de l'Imprimeur ; il falloit 128 20
-J'aime mieux , M. R. P. la corriger ici
que d'en charger un Errata , lequel a quel
quefois befoin lui - même de correction , témoin
l'Errata du Mercure de Novembre
dernier , qui eſt à la fin du premier Volume
de Décembre , dans lequel , pour avertir que
page 2358. ligne 11. du même Mercure de
Novembre , au lieu de Melice , il faut lire
Melck , l'Imprimeur a mis Melek, c'eſt àdire
corrigé une faute par une autre.
****************
LA FOIBLESSE DE L'ESPRIT HUMAIN,
Q
ODE.
Uelle nouvelle ardeur m'entraîne
Ou tend cet effor périlleux ?
Nimphe , dans ma route incertaine
Soutiens mon vol ambitieux :
Je fens un célefte délire ,
Prête tes douceurs à ma Lyre ;
Viens toi- même en former les fons ;
Si tu fecondes mon yvreffe ,
Bientôt ta voix enchantereſſe
Eternifera mes Chanfons .
Oil
646 MERCURE DE FRANCE
Où fuis-je ? quelles mains puiſſantes
M'enlevent au- deffus des airs ?
Quels fons , quelles voix raviffantes
Forment de fi tendres concerts ?
Dans une gloire ſi touchante ,
Quelle Divinité brillante
Habite ces aimables Lieux ?
Sans doute l'immortelle Effence
Réfide- fa - en pure évidence
Dans ce féjour délicieux .
Examinons-la fur fon Trône ;
Ofons même y jetter les yeux ,
Et fur l'éclat qui l'environne
Portons nos regards curieux .
Mais , ô témerité coupable !
Peut-on dans fa gloire adorable
Contempler la Divinité ?
Pour connoître fon exiſtence ,
Quiconque n'a pas fon effence ,
Se perd dans fon immenſté . ,
*
De cet abîme impénetrable
Veut-on percer la fainte horreur ?
Auffi tôt un voile effroyable
En dérobe la profondeur.
En vain d'elle -même idolâtre ,
Notre
AVRI L. 17435 647
Notre Raifon s'opiniâtre
A connoître la Vérité ;
Dans fon ardeur ambitieufe
Une force victorieuſe
La retient dans l'obfcurité.
*
Pourquoi dans fon orgueil extrême
L'homme veut-il tant pénetrer ?
Que ne fe connoît- il lui - même ,
Et ceffe-t'il de s'ignorer
Si fa tenebreuſe nature
Lui paroît une Enigme pure ,
S'il n'en peut fonder les refforts ;
Croit- il que le fouverain Etre
Soit moins difficile à connoître •
Que nos efprits & que nos corps ?
*
Mais que vois - je ? eft- ce un vain phantôme ,
Qui frappe mes regards furpris ?
Quel fpectacle le coeur de l'homme
Me dévoile tous les replis.
Sur cette Mer preſqu'inconnuë
Fixons un moment notre vûë ;
Examinons-en tous les flots .
S'il fe peut , tâchons de comprendre
Le jufte moyen de lui rendre
La joüiffance du repos.
B Toujours
648 MERCURE DE FRANCE
Toujours inconftant & volage ,
L'homme court d'objets en objets ;
Tout l'attire , rien ne l'engage ;
Il forme projets fur projets.
Plein d'amour pour le bien folide ,
Partout cu fon ardeur le guide
Il cherche fa félicité .
Ici le plaifir , la tendreffe ,
Pour un tems fixent ſa foibleffe ;
Là fon coeur en eft dégoûté .
*
Tantôt en proye à fon caprice ,
De lui-même il est entêté ;
Tantôt la cruelle avarice
Vient flater fa cupidité .
A fon bonheur toujours contraire
Il court de chimere en chimere
Sans jamais être fatisfait :
Un objet aujourd'hui l'arrête ;
Il faut demain qu'on le rejette ;
Un autre a frappé , c'en eft fait .
*
A cette erreur folle & groffiere
Succede une autre paſſion ;
Il faut fortir de la pouffiere
A la voix de l'ambition.
Déja
AVRIL
1743. 649
Déja fur l'aile de la gloire
On vole au Temple de mémoire
Cueillir des Lauriers immortels
Déja fur les pas d'Alexandre ,
On va réduire tout en cendre
Pour mériter quelques Autels.
Juges infenfés que vous êtes ,
Trouve-t'on le folide honneur
Dans ces criminelles conquêtes
Que vous devez à la fureur ?
Mais quoi ce Conquérant foupire ;
Ah ! cruel , que veulent donc dire
Ces pleurs & ces gémillemens
Regretes -tu ton injuſtice ?
Ta gloire eft-elle ton fupplice ?
Tes Lauriers font- ils tes tourmens ?
*
Non , ta fureur eft trop guerriere ,
Pour pouffer de pareils foupirs ;
Sans doute que la Terre entiere
Ne fuffit pas tes defirs .
Souverain des Rois de la Terre ,
Avec une douleur amere ,
Tu n'y trouves plus d'ennemis ;
Que ton amour propre eſt à plaindre !
Bij
Il en eft qui font plus à craindre
Que ceux que ton bras a ſoumis,
*
Sonde l'abîme de ton ame
Ofes y porter le flambeau ;
Le cruel defir qui Penflâme ,
N'est-il pas ton propre bourreau ↑
Rien ne peut fatisfaire l'homme ;
Les Héros d'Athene & de Rome
Ont en vain gagné tous les coeurs ;
Dans la gloire la plus folide
On trouve toujours quelque vuide ,
Qui femble en aigrir les douceurs.
*
Ne cherchons donc point dans nous-mêmes
Un plaifir conftant & flateur ,
Et fur nos frivoles fyftêmes
N'appuyons point notre bonheur.
Sur les aîles d'une Foi vive
Que notre Raifon fugitive
S'envole vers fon Créateur ;
C'est dans cette fource féconde
Qu'on goûte cette paix profonde ,
Dont lui feul peut être l'Auteur,
*
O toi , que la Raifon éclaire
De fes rayons les plus perçans ,
Toi ,
AVRIL.
1743.
Toi , dont le coeur jufte & févere
Ignore le pouvoir des fens *
L..... accepte cet Ouvrage ;
Il eft le légitime hommage
De ma Mufe encore au berceau ;
Heureux , fi ta délicatefle
Y peut trouver de la jufteffe
Et quelque tour vif & nouveau !
Par Abbé de Borville de Chartres.
QUESTION IMPORTANTE ,
Jugée au Parlement de Paris , le 23 .
settsDécembre 1742 .
S de la légitime , peuvent profiter des legs
I ceux qui ont obtenu la diftraction
qui leur étoient faits par le Teftament , qui
avoit fubftitué la légitime .
FAIT.
Pierre Drevet, Graveur du Roi,par fon Tef
tament du 23. Avril 1736. fubftitua la proprieté
de tout fon bien aux enfans à naître
d'Imbert Drevet , fon fils , qui étoit en démence,
& au cas qu'il décedar fans enfans, à
Claude Drevet , fon neveu , à la charge par
Bij led
52 MERCURE DE FRANCE
ledit Claude Drevet de donner 3000. livres à
fes plus proches parens , & 7000. livres aux
autres , qui fe trouveroient en avoir le plus de
befoin . pourvû qu'il fuffentparens dudit Clande
Drevet , du chef du Teftateur.
La femme du Teftateur fit auffi une pareille
fubftitution , à laquelle elle appelle
d'abord les enfans de fon fils, & au cas qu'il
décedât fans enfans , elle donne aux fieur &
Dlle Debats , fes neveu & niece , 12000. livres
, dont elle fubftitue le fonds à leurs enfans
, & au cas que l'un décede fans enfans ,
elle veut que la part de l'un accroiffe aux enfans
de l'autre , & quant au furplus de fes
autres biens meubles & immeubles , elle les
legue aux neveux & nieces , petits neveux &
petites nièces de fon mari , attendu que la
plus grande partie des biens vient des travaux
de fondit mari.
Après la mort d'Imbert Drevet , grevé de
fubftitution & décedé fans enfans , les fieur
& Dlle Debats , neveu & niece de la Teftatrice
, non contens du legs de 12000. livres
qui leur étoit fait , demanderent la diftraction
de la légitime d'Imbert Drevet.
Il intervine Sentence au Châtelet , qui la
leur accorda , & fit délivrance aux Léga taires
de leurs legs..
Claude Drevet ayant appellé de cette Sentence
,les héritiers paternels,qui en premiére
inſtance
AVRIL 1743. 653
instance étoient intervenus en fa faveur , fe
joignirent fur l'appel aux héritiers maternels
pour demander avec eux la diftraction de la
légitime.
Par Arrêt du 23. Fevrier 1742. la Sentence
fut confirmée, en ce qu'elle ordonnoit la
diftraction de la légitime , & fur la demande
fubfidiaire formée par Claude Drevet à la
veille du Jugement , à ce qu'en tous cas les
legs faits aux héritiers paternels & maternels
fuffent déclarés caducs , il fut ordonné que
les Parties conteſteroient plus amplement.
La Caufe ayant été portée à l'Audience de
la Grand Chambre fur la validité des legs
faits aux héritiers , M. Aubry , défenfeur de
Claude Drevet , foutenoit que ces legs étoient
caducs, au moyen de la diftraction de légiti
obtenuë par lefdits héritiers.
me ,
En matiere de Teftamens , difoit- il , ofi
doit uniquement s'attacher à la volonté du
défunt ; il ne faut pas toujours s'arrêter aux
termes ; il faut chercher l'intention du Teftateur.
Les legs peuvent être éteints de deux manieres
differentes , ou par une révocation expreffe
, prononcée par le Teftateur , ou par
une révocation tacite , tirée de l'intention
préfumée du Teftateur.
On eft furtout obligé d'avoir recours aux
conjectures , lorfqu'il arrive quelque évene-
B iiij ment
854 MERCURE DE FRANCE
ment que le Teftateur n'a pû prévoir, & dont
cependant la prévoyance l'éût empêché de
faire tel ou tel legs ; la préfomption étant que
le Teftateur auroit révoqué le legs , alors l'interprétation
de la claufe doit être faite en
faveur de l'héritier; tel eft le fentiment de Ricard
, part. 1. des Donations.
C'eft en effet l'héritier qui eft l'objet prin
cipal de l'affection du Teftateur ; c'est à lui
qu'il a deſtiné la portion la plus conſidérable
de fa fortune; ce feroit donc bleffer ouvertement
l'intention du défunt, que de dépoüiller
l'héritier à qui le Teftateur a voulu tranfmettre
la plus grande partie de ſes biens ,
pour enrichir de cette portion des Légataires
qui n'ont tenu que le fecond rang dans l'efprit
du Teftateur, & auxquels il a voulu fimplement
donner une marque de fon ſouvenir.
Ainfi la volonté du Teftateur eft le titre du
Légataire ; il doit juftifier qu'il eft appellé relativement
au cas préfent , & que quand le
Teftateur auroit prévû le cas qui eft arrivé, il
auroit également difpofé en faveur du Légataire
.
Dans l'efpece , le fieur Drevet, pere, croyant
être en droit de fubftituer toute la portion
héreditaire de fon fils , après avoir fait cette
fubftitution au profit de fon neveu , charge
ce neveu de remettre 3000. livres à fes plus
proches parens , & 7000. livres aux autres
qui
AVRIL. 1743. 655
qui porteront fon nom ; il est évident que le
Teftateur a voulu que les Collateraux de fon
fils n'euffent que ioooo . livres , & qu'il ne
leur a legué cette fomme , que parce qu'il a
fuppofe que le fieur Drevet , fon neveu, profiteroit
du furplus de l'univerfalité de fes:
biens , enforte que fi le fyftême des héritiers
paternels réüffiffoit , fous prétexte d'exécuter
à la lettre la volonté du défunt , elle feroit
totalement anéantie , puifque les héritiers
ayant déja obtenu la diftraction de la legiti
me , s'ils obtenoient encore la délivrance deleurs
legs , ils auroient la meilleure partie :
de la fucceffion au préjudice du Légataire:
univerfel , que le Teftateur a voulu le plus:
avantager..
Il n'y a point de diftinction à faire à cet
égard entre le legs de 3000. livres & celui de-
7000. car outre que ceux qui fe préfentent
pour recueillir ce dernier, ont la plupart profité
de la diftraction de la légitime , il eft
certain que le fieur Drevet n'eft chargé de :
lour remettre 700.livres, que dans la préfuppofition
qu'il recueillera la totalité du bien--
fait que le Teftateur lui deftine , & que le:
legs univerfel fe trouvant réduit à moitié , le:
legs particulier de 7000. livres devroit dur
moins être aufli réduit à moitié , fuivant ce
que dit Ricard en fon Traité des Difpofi--
tions conditionelles, Traité 2. Ch . 4. Sect. 16 .
B. Vi Less
656 MERCURE DE FRANCE
Les mêmes moyens qui s'élevent contre les
héritiers paternels , militent également contre
les héritiers maternels , & il eft évident que
fi la Teftatrice eût prévû que fon neveu & fa
niece euffent obtenu la diftraction de la légitime
, elle ne leur eût pas fait les legs dont
il s'agit.
M M. Guéau de Reverfeau & Millin de
Grand Maiſon , pour les héritiers paternels
& maternels , difoient au contraire que les
Loix ne permettent point de confulter l'intention
du défunt , quand fa difpofition eft
claire & pofitive.
Un Légataire inftitué à la charge d'acquitter
d'autres legs , ne peut profiter des libéralités
qui lui font faites , tant qu'il n'a point accompli
les volontés du Teftateur , qui font
proprement la condition fous laquelle il a
inftitué fon Légataire .
Nous n'admettons point dans nos moeurs
toutes ces prétendues interprétations de volonté
, dans lefquelles très-fouvent l'efprit le
plus intelligent s'égare. On fuit la lettre du
Teftament, autant qu'il eft poffible; devientelle
obfcure , ou furvient- il quelque cas imprévû
la Loi rentre dans fes droits & pourvoit
à l'objet fur lequel le Teftateur ne s'eft
pas fuffifamment expliqué .
Chés les Romains même , lorfqu'on étoit
obligé de recourir à l'interprétation de la volonté
AVRIL. 1743 657
lonté du Teſtateur, fi les conjectures propofées
de part & d'autre étoient douteufes , il falloit
fe déterminer en faveur du Légataire contre
l'héritier , quoique celui- ci fût bien plus favorable
que le Légataire univerfel , puifque
de droit toute la fucceffion du défunt lui appartenoit
. Par la raifon , dit Ricard , que le
Légataire ayant pour lui la volonté expreffe
du Teftateur, qui l'a nommé fon Légataire , la
difpofition faite à fon profit, ne doit point lui
être ôtée légerement , s'il ne paroît par des
préfomptions violentes que le Teftateur a
changé d'intention .
Dans le fait, le Teftateur n'a inftitué Claude
Drevet fon Légataire univerfel , qu'à
la charge de payer les deux legs particuliers
de 3000. livres & de 7000. livres ; on
ne peut trouver une difpofition plus claire &
plus précife.
La diftraction de la légitime qui a été accordée
aux héritiers , ne peut former un obf
tacle à la délivrance de leurs legs
1. Par rapport au legs de 7000. livres , il
eft fait à des parens éloignés , qui ne font
point héritiers de la légitime du fils du Tef
tateur. Seroit- il raifonnable de les priver de
leur legs fur le fondement que d'autre Léga
taires profitent d'un bien dont ils ne retirent
aucun avantage ?
2°.Les Légataires des 3000 .
livres ne tien→
B vj nent
658 MERCURE DE FRANCE
nent la légitime en queftion que de la fucceffion
du fieur Drevet , fils ; or , fi le Curateur
du fieur Drevet , fils , avoit agi , comme
fon miniftére l'y obligeoit , pour faire diſtraire
la légitime de la fubftitution , ce Curateur,
Légataire univerfel en même tems de Pierre
Drevet , pourroit- il prétendre que les legs
particuliers font devenus caducs , fur le fondement
que le Teftateur n'auroit point difpofé
en faveur des héritiers de fon fils , s'il
eût prévû que la fucceffion de ce fils pouvoit
leur tranfmettre une légitime qu'il auroit
été le maître de diffiper dans le cas où il
auroit recouvré l'ufage de fa Raifon ? Voila
jufqu'où il faut aller , car il importe peu que
les héritiers du fieur Drevet, fils , ayent trouvé
cette légitime dans fa fucceffion , ou
qu'exerçant fes droits , ils l'ayent demandée
, puifqu'elle devoit naturellement être
recueillie par celui de qui ils font héritiers ,
& qu'on ne peut foutenir que le Teftateur
auroit privé de fes bienfaits des Légataires que
la qualité de neveux lui avoit rendu chers ,
dans l'idée finguliére qu'ils profiteroient d'u
ne fucceffion que plufieurs circonstances
pouvoient leur enlever .
D'ailleurs felon les premiers principes
chacun eft préfumé connoître les Loix , &
un Teftateur qui a excedé les bornes
qu'elles lui preferivoient , eft cenfé n'avoir

AVRIL: 1743
6523
eû intention de tefter que conformément à
la faculté que les Loix lui en donnoient.
La Loi qui réferve aux enfans une légitime
dans les biens de leur pére , eft pofitive..
Comment pourroit-on feindre que le Teftateur
a ignoré qu'il n'étoit pas le maître d'en.
difpofer , tandis qu'une préfomption légale
& qui doit prévaloir , s'oppofe à ces conjectures
?
Dira- t'on que Pierre Drevet a pû être dans
une ignorance légitime , pérce qu'avant l'Arrêt
du 23. Fevrier 1742. il étoit incertain ft
un pere ne pouvoit pas fubftituer la régitime
de fon fils infenfé ?
Pour qu'il pût tenir ce langage , il faudroit
qu'il rapportât une Loi qui autorisât cette
fubftitution , auffi pofitive que celle qui ré
ferve la légitime aux enfans ..
Claude Drevet ne fe fondoit que fur des
motifs d'équité & fur la fauffe application de
la Loi Si furiofo , fans pouvoir rapporter le
fentiment d'aucun Auteur , ni aucun Arrêt
rendu en Pays Coûtumier, qui eût décidé en
fa faveur , & l'Arrêt du mois de Fevrier qui.
a accordé la diftraction de la légitime , n'a
point introduit un droit nouveau .
La prétention de Claude Drevet , par rap
port aux legs , eſt donc contraire à la raifon
& aux principes ; le Teftateur a voulu qu'in--
dépendamment de la légitime de fon fils ,
que
860 MERCURE DE FRANCE
que fes héritiers pouvoient recueillir , ils reçuffent
directement de lui des marques de fa
libéralité , & ces legs font trop modiques
pour leur être enviés. Celui de 3000. livres
eft partagé entre dix-fept neveux ; celui de
70co. livres eft dévolu à trois parens plus
éloignés , entre lefquels on doit choisir ceux
qui en auront le plus de befoin.
Ainfi toutes fortes de motifs concourent
pour affurer l'exécution de ce legs.
Nonobftant ces moyens des héritiers , par
Arrêt du 22. Decembre 1742. rendu conformément
aux Conclufions de M. l'Avocat
Géneral Gilbert de Voifins , les legs particuliers
faits aux héritiers , ont été déclarés
caducs.
IMITATION de la XVII . Epitre du
1. Livre d'Horace : Quamvis , Sçava ,
fatis &c.
Blen qu'affés éclairé pour pouvoir vous conduire
,
Vous n'ayez pas befoin qu'on fonge à vous inf
truire ,
Et que vous connoiffiez affés par quels talens
On peut le captiver l'affection des Grands ,
Daigacz , Scéva, daignez écouter ce que penfe
Us
AVRIL. 1743. 661
Un ami qui , comptant fur votre bienveillance ,
Ofe s'imaginer que peut- être aujourd'hui
Vous apprendrez encor quelque choſe de lui .
C'eft comme fi quelqu'un , qui n'a jamais v
goute ,
Se mêloit , j'en conviens de vous montrer la
route ;
"'
Cependant , cher Scéva , voyez fi cet Ecrit
N'a rien dont vous deviez faire votre profit .
Du loifir , du fommeil fi la douceur vous charme ;
Si vous craignez le bruit , l'embarras , le vacarme ,
Je vous confeillerai d'aller , loin de la Cour ,
Dans un Village obfcur fixer votre ſéjour.
Car , après tout , ces Grands , à qui l'on porte
envie ,
Ne jouiffent pas feuls des plaifirs de la vie ,
Et quiconque nâquit & mourut ignoré ,
Ne fut pas pour cela malheureux à mon gré.
Aux vôtres voulez - vous faire un fort qui leur
plaife ,
Et vous mettre vous-même un peu plus à votre
aife ?
Alors fans redouter le bruit & l'embarras ,
Maigre vous irez vivre avec ceux qui font gras
» Si , diſoit Diogêne , Ariftippe plus fage ,
»De légumes fçavoit comme moi faire uſage ,
» Il haïroit des Rois le joug dur & péfant ....
» Si celui qui m'attaque , un peu plus complaifant .
Saveit
762 MERCURE DE FRANCE
Sçavoit ufer des Rois
» coûtumes ,
> en prenant nos . ( #)
» Il fe dégoûteroit bien -tôt de fes légumes ,.
Décidez qui des deux a le mieux raisonné ,
Ou daignez écouter , comme étant mon puîné ,,
Pourquoi le fentiment d'Ariftippe l'emporte..
En effet , cher Scéva , voici de quelle forte
Du Cynique mordant il fe joüoit , dit- on :
» C'est pour moi queje fais le métier de bouffon ,.
> Et tu ne le fais , toi , que pour la populace ,.
"
> En quoi j'ai plus de fens & bien meilleure grace ,
Puifqu'il arrive enfin de-là que tout me rit ,
מ
Qu'un bon Cheval me porte , & qu'un Roi me
nourrit.
Ce procédé m'honore & ne choque perfonne .
» Tandis qu'inférieur à celui qui te donne ,
» D'un Mendiant fâcheux tu gardes le maintien ,,
» Toi qui fais vanité de ne manquer de rien.
Tout état , tout habit fut du goût d'Ariftippe ;:
S'accommoder à tout étoit fon grand principe ;
Bien qu'au haut de la roue il tachât de monter
Toujours du fort préfent il fçut fè contenter .
Mais je douterois fort que le vain Philoſophe ,´
Qui , n'endoffant jamais que la plus vile étoffe ,,
Croit que fa patience en a bien plus d'éclat ,
Soutint avec honneur un changement d'état. -
( a ) Platon , Ariftippe quantité d'autres Philos
fophes , Poëtes & c . frequentoient utilement la Cour de
Denis le Tyran , qui aimoit les Sçavans..
Lún
AVRIL
$7430 663
L'an n'a point la manie incommode & bizarre
D'attendre pour fortir , que la pourpre le pare.
Habillé d'un gros drap ou d'un drap précieux ,
Il ira fréquenter les plus célebres Lieux ,
Et fans s'affujettir à des égards frivoles ,
Il fçaura décemment s'acquitter des deux rôles .
A l'autre un habit propre inſpire autant d'horreur ;
Que l'afpect d'un Serpent ou d'un Chien en furreur.
Il perita de froid , à moins qu'on ne lui rende
Au plutôt fa chétive & chere Houpelande ;.
Rendez- la ; contentez ce Fantafque mortel ,
Et fouffrez qu'il foit fot , puiſqu'il veut - être tell
Si combattre & courir de victoire en victoire ,
Eleve les Humains au faîte de la Gloire ,
Etre agréable aux Grands , s'en faire défirer ,
N'eft pas le moindre Eloge où l'on puiſſe aſpirer,
Mais l'art de l'acquerir eft un vrai Labyrinthe.
Tous n'ont pas le bonheur d'arriver à Corynthe
Quiconque craint l'affront de ne pas réuffir ,
Paſſe , fans rien tenter , les jours dans le loifir..
Mais quoi ! quiconque enfin a fçû faire fortune ;
En chaffant de fon coeur cette crainte impor
tune ,
D'un Homme magnanime a- t'il fait le devoir 2
Voilà ce qu'il s'agit maintenant de fçavoir.
L'un pour fon foible dos croit la charge trop
forte.
L'autre avec fermeté s'y foumet & la porte.
664 MERCURE DE FRANCE
Or , chercher à ce prix & l'honneur & le bien ,
C'est être vertueux , ou la Vertu n'eft rien .
L'habile Courtifan , qui fur fon indigence
Devant fon Souverain garde un profond filence ;
En fçaura , croyez- moi , tirer plus de fecours
Que l'impudent Caufeur , qui demande toujours.
L'art de gagner un don avec pudeur & grace ,
Et l'art de l'extorquer à force de grimace ,
Sont auffi differens que le blanc & le noir ,
Et comme le grand point confiſte à recevoir ,
La modeftie en eft la fource primitive . ,
Lorfque quelque fâcheux dit d'une voix plaintive
:
» J'ai ma soeur à pourvoir , ma Mere à ſecourir ;
» Mon fonds n'eft point vendable , & ne peut nous
nourrir ;
Ce difcours , fans qu'il foit befoin de le pourfuivre
,
Veut dire clairement : Donnez- moi de quoi vivre.
Un Jaloux qui furvient s'écrie : » Eh ! par pitié ,
» Daignez nous partager le gâteau par moitié ;
Mais quoi ! fi le Corbeau , ( b ) comme il devroit le
faire ,
Sçavoit tout doucement fe repaître & ſe taire ,
Il auroit plus de viande alors à dépenſer ,
( b) Le Corbeau d'Efope fit grand bruit , après
avoir trouvé unfromage ; ce qui attira quantité d'autres
Oiseaux , qui voulisent avoir qui eûrent part
au butin c.
E:
AVRIL 17437 669
Et bien moins d'envieux viendroient le traverfer.
Lorfque dans la Calabre , ou dans la Campanie
Quelqu'un à fon Patron va tenir compagnie ,
Et qu'à fon arrivée il accuſe ſoudain
; Et le froid & la pluye & le mauvais chemin
Qu'il fe plaint en faifant une hiftoire à la guiſe ,
Qu'on a pris fon argent & pillé fa valiſe ,
On ne s'y méprend point , ces fortes de difcours
Reffemblent trait pour trait aux rufes , aux dé:
tours ,
Aux lieux communs enfin d'une franche Coquette
Qui , pour nous attendrir , à tout moment regrette
,
Quelqu'un de fes bijoux ou pris , ou mutilé ,
Quelque ruban perdu , quelque collier volé.
Et qu'en arrive-t'il ? Les rufes découvertes
Otent bien-tôt croyance aux véritables pertes
Celui qui contrefit jadis l'Eftropié ,
Lorſqu'il l'eft , tente envain d'exciter la pitié.
C'eft inutilement qu'il adreſſe ſa plainte
Aux paffans , qu'une fois il joua par fa feinte.
Envain de fon malheur il attefte les Dieux ;
Vainement il s'écrie , ayant la larme aux yeux :`
» Eh ! de grace , Meffieurs , tirez- moi de la ruë.
29
Croyez moi , je dis vrai , j'ai la cuiffe ronpue.
- Jc
666 MERCURE DE FRANCE
Je ne badine point .... Un peu d'aide , inhu
mains ;
Cherche ta dupe ailleurs , répondent les Voifins .
Par M. Frigot.
MEMOIRE au fujet des ufurpations
d'Armoiries & Blafons , qui arrivent affés
fréquemment dans plufieurs Provinces du
Royaume , à la faveur de la conformité qui
Le rencontre quelquefois entre les noms des
Ufurpateurs , & ceux des anciennes familles,
dont ils prennent le nom & les Armes.
DE toute ancienneté , les Rois de France
ont voulu que les Armoiries des
Nobles leur fuffent confervées & à leur
poftérité , comme un témoignage certain des
fervices de leurs ancêtres , & pour fervir de
preuve à la poſtérité de la confervation de
leurs familles
, defquelles par ce moyen it
étoit facile de faire diftinction d'avec le
commun Peuple .
Rien n'a plus excité l'attention des Rois
LOUIS XIII. & LOUIS XIV . à l'imitation de
leurs prédeceffeurs , que les entrepriſes des
Roturiers qui voulant contrefaire les Nobles ,
s'approprioient les Armes des meilleures Maifons.
Ce
J
1743•
Ce fut pour réprimer ces abus , que par Edic
du mois de Janvier 1615. le Roi Louis
XIII. créa & érigea en titre d'Office formé ,
un Confeiller & Juge Géneral d'Armes , à la
fuite de la Cour , avec plein pouvoir , autorité
& mandement fpécial de juger des Blafons
, fautes & mefféances des Armoiries , &
de ceux qui en peuvent & doivent porter ;
enfemble de connoître des differends qui
pouvoient arriver à cette occafion entre les
Sujets de S, M. lui attribuant à cet effet
toute Cour , Jurifdiction & connoiffance .
& icelles interdifant à tous autres Juges &
Officiers quelconques : Voulant S. M. que
les Sentences & Jugemens de ce Juge Géneral
d'Armes , reffortiffent nuëment pardevant
Noffeigneurs les Maréchaux de
France.
Le Roi Louis XIV. voulant à cet égard
porter fes foins encore pplluuss llooiinn ,, créa par
fon Edit du mois de Novembre 1696. une
Grand-Maîtriſe génerale , & des Maîtriſes particuliéres,
compofées d'un grand nombre d'Oficiers
, pour connoître des differends & conteftations
qui naîtroient à l'occafion des Armoiries
& Blafons : & par le même Ediţ
S. M. fupprima l'Office de Juge General
d'Armes.
Mais S. M. ayant depuis jugé à propos de
fupprimer par fon Edit du mois d'Août
1700
1500 MEN

1700. les Offices créés par l'Edit de Novem
bre 1696. Elle rétablit par autre Edit du
mois d'Avril 1701. l'ancien Office de Juge
Géneral d'Armes , pour en joüir par celui
qui en feroit pourvû , aux mêmes honneurs ,
droits & autorités , portés tant par l'Edit de
Janvier 1615. que par les réglemens depuis
intervenus .
Dans la fuite , S. M. voulant plus particuliérement
expliquer fes intentions , par rapport
aux fonctions & droits du Juge Géneral
d'Armes , Elle fit rendre un Arrêt du Confeil
d'Etat le 9. Mars 1706. où elle déclare
formellement que fon intention en rétabliſ
fant ledit Office , a été de lui rendre les mêmes
droits , attributions & prérogatives , portés
tant par l'Edit de Création de cet Office
que par tous les Réglemens anciens & nouveaux
, rendus fur le fait des Armoiries , dont
entr'autres , eft le droit de régler celles que les
particuliers ont la liberté de porter , & d'empêcher
qu'aucun ne s'approprie celles des
meilleures Maiſons.
Ce même Arrêt ordonne que nul ne
pourra porter des Armoiries timbrées , fi elles
n'ont été auparavant réglées par le Juge
Géreral d'Armes de France , & enregistrées
dans l'Armorial Géneral , en conféquence
& conformément à l'Edit du mois de Novembre
1696.
Sur
1
AVRIL. 1743 669
Sur cet Arrêt , il fut expedié le même jour
9. Mars 1706. des Lettres de Commiffion du
Grand Sceau , adreffées à Mrs les Sécretaires
d'Etat , & des Commandemens de S. M.
par lesquelles elle leur enjoignit de tenir
la main à l'exécution dudit Arrêt
permit à tous Huiffiers de faire pour raiſon
de ce , tous Actes & Exploits néceffaires .
&
Tous les Titres ci - deffus établiffent d'une
maniere inconteftable la Jurifdiction du Ju-
Géneral d'Armes de France , par rapport
gc
aux entrepriſes d'Armoiries .
Meffire Louis- Pierre d'Hozier , Chevalier
de l'Ordre du Roi , Confeiller en fes Confeils
, Maître Ordinaire en fa Chambre des
Comptes à Paris , Génealogifte de la Mai
fon , de la Chambre & des Ecuries de S. M.
& de celles de la Reine , eft actuellement
pourvû & revêtu dudit Office de Juge
General d'Armes de France , dont fes ancê
tres ont précedemment joui depuis près d'un
Siècle.
"
C'eft en cette qualité qu'il eft dépofitaire
de l'Armorial General de France , & qu'il
juge feul de tous les differends qui naiffent
concernant les Armoiries , fauf l'Appel
devant Noffeigneurs les Maréchaux de
France.
Et enfin c'eft en la même qualité , qu'il
vient de rendre une Ordonnance & Jugemens
70 MERCURE DE FRANCE
ment contradictoire en faveur de Mrs
de la Motte- Ango , Marquis de Lezeau &
Comte de Fleers , contre les Enfans de défunt
Mathieu Angot du Coizel , de la Ville
de Falaiſe , dont la teneur fuit.
>
ORDONNANCE & Jugement de M.
d'Hozier , Juge General d' Armes de France
enfaveur de Mrs de la Motte- Ango ,
Marquis de Lezeau , & Comte de Fleers ;
contre les Enfans de feu Matthieu Angotdu
Coifel , de la Ville de Falaize . dň S.
Fevrier 1743 .
Ouis - Pierre d'Hozier , Juge Géneral
,
dre du Roi , fon Confeiller en fes Confeils ,
Maître ordinaire en fa Chambre des Comptes
de Paris , Généalogifte de la Maiſon , de
la Chambre , & des Ecuries de S. M. & de
celles de la Reine.
>
Vû la Requête à nous préfentée par Jean-
Baptifte Ango , Chevalier Marquis de Le -- t
zeau , Seigneur de Manerbe & autres
lieux ; & par Ange- Hyacinte de la Motte-
Ango , Chevalier Comte de Fleers , Baron de
Larchamp , Châtelain de la Lande- Patry ,
Seigneur de Villebadin , les Lettiers , & autres
Terres & Seigneuries , Capitaine au
Régiment du Commiffaire général de la Cavalerie
de France , contenant , qu'ils font
1
iffus
AVRIL. 1743 .
671
iffus de la Noble Famille de la Motte- Ango,
originaire de Normandie , alliée à plufieurs
Maifons illuftres , comme celles de Pellevé ,
le Fevre- d'Ormeffon , & autres ; qu'eux &
leurs ancêtres ont toujours pris pour Arm s ,
d'azur , à trois annelets d'or pofés deux en
chef & un en pointe , ainfi qu'elles font enregistrées
dans l'Armorial général de France
; que Matthieu Angot- d:1 - Coifel , habi
tant & négociant de la Ville de Falaife
;
s'étant fait pourvoir d'un Office de Notaire-
Sécretaire du Roi près le Grand Confeil
ledit Angot-du- Coifel & fes enfans , fous
prétexte de cette Charge , fe font arrogé
les Armoiries en plein defdits fieurs Angode-
Lezeau & de Fleers , Armoiries qu'ils ont
même timbrées d'une Couronne de Marquis
; que Matthieu Angot du Coifel , pere ,
étant décedé au mois d'Octobre 1742 ,
fes enfans ont fait appofer aux tentures de
deuil , tant de la porte de la Maiſon du défunt
qu'à l'Eglife Paroiffiale , des Pannonceaux
portant lefdites Armes avec Couronne de
Marquis ; qu'il y a même lieu de préfumer
qu'à leurs cachets & vaffelle lefdits Angots
du Coifel n'ont pas héfité de faire graver les
mêmes Armes , ce qui eft une entrepriſe
formelle fur les droits defdits fieurs de la
Motte- Ango , Marquis de Lezeau , & Comte
de Fleers : & comme les Ordonnances
Royaux C
672 MERCURE DE FRANCE
Royaux ont condamné de pareils abus , &
que nous fommes feul Juge compétent fur
cette matiére , requeroient à ces cauſes lefdits
fieurs Marquis de Lezeau , & Comte de
Fleers, qu'il nous plût leur permettre de faire
affigner pardevant nous , à jour compétent ,
Jes fieurs Angot, freres , négocians à Falaiſe ,
en Normandie , fils & heritiers de feu Matthieu
Angot du Coifel , décedé pourvû ďun
Office de Notaire - Sécretaire près le Grand-
Confeil , pour ſe voir faire défenſes de prendre
à l'avenir pour armes trois annelets d'or
en champ d'azur , qui font les armes defdits
fieurs Marquis de Lezeau & Comte de Fleers,
ni aucunes autres Armoiries approchantes
fous telles peines de droit , & pour l'avoir
fait , les condamner en tels dommages &
intérêts que de raiſon , faire défenſes aufdits
Angot , à leurs enfans & à tous autres , fous
tel prétexte que ce foit , de prendre aucunes
Armoiries qu'elles n'ayent été reglées par
nous , & que nous ne leur en ayons délivré
acte. Ordonner que les Armoiries que lefdits
Angot ont prifes fans aucun droit ni
titre , feront effacées , brifées & bâtonnées
à la réquifition defdits fieurs Marquis de
Lezeau , & Comte de Fleers , en quelque endroit
qu'elles puiffent avoir été fculptées ;
peintes , gravées , ou empreintes , même fur
leurs cachets & vaiffelle , par le premier
Ouvrier
AVRIL . 1743. 673
Ouvrier requis ; & condamner lefdits Angot
en tous les dépens ; ladite Requête fignée ,
de Lezean : Notre Ordonnance étant au - bas
de ladite Requête en date du 26. Novembre
1742. portant que ladite Requête fera communiquée
aux fieurs Angot , fils du feu
fieur Angot-du- Coifel , pour y fournir de
réponſes dans un mois , & icelles vûës , ou
à faute par eux d'en fournir dans ledit délai ,
& icelui paffé , être par nous fait droit , ainfi
qu'il appartiendra. Les fignifications faites le
7. Décembre 1742. de ladite Requête &
Ordonnance , enfemble de l'Arrêt du Confeil
du 9. Mars 1706. à la Requête defdits
fieurs Marquis de Lezeau , & Comte de
Fleers , au ficur Angot , fils aîné dudit feu
Matthieu Angot, & au fieur Angot , le jeune,
fecond fils dudit feu Matthieu Angot , par
Exploits de Jacques Louvet , premier &
ancien Huiffier Audiencier en la Police
à Falaife ; lefdits Exploits controllés à Falaife
ledit jour 7. Décembre 1742. trois
Exploits de fommations faits par ledit Jacques
Louver , Huiffier , les 9. 10. & 11 .
Janvier 1743. aufdits Angot l'aîné , & Argot
le jeune , fils de Matthicu , à la Requête
defdits ficurs Marquis de Lezeau , & Com : e
de Fleers, de fournir de réponſe à ladite Requête
; lefdits Exploits controllés à Falaiſe
ledit jour 11. Janvier 1743. un Acte fous
Cij feing
674 MERCURE DE FRANCE
tant pour
feing privé en date du 4. Février de la préfente
année 1743. figné , du Coifel , Angot ,
lui que fon frere & fes cinq foeurs ,
contenant que fur la demande intentée par
lefdits fieurs de la Motte-Ango , Marquis
de Lezeau, & Comte de Fleers , au fujet de ce
qu'ils prétendent que lefdits Angot-du- Coifel
, freres , fe font arrogé leurs Armes , &
qu'il eft à préfumer qu'ils les ont fur leurs
vaiffelle , équipages , cachets , & autres endroits
, les ayant même fait mettre en Pannonceaux
aux tentures de deuil de feu Matthieu
Angot -du -Coifel , leur pere , ledit Angot-
du - Coifel , tant pour lui que pour fon
frere & fes cinq foeurs , déclare qu'ils n'ont
jamais mis lefdites Armes defdits fieurs Marquis
de Lezeau & Comte de Flers fur leurs
vaiffelle & équipages , ni autres endroits ; qu'il
y a eu à la vérité des Pannonceaux portant
lefdites Armes attachés aux cierges des inhumations
de leurs pere & mere , lefquels
Pannonceaux ne fubfiftent plus , & qu'ils
les ont fait graver fur leurs cachets , d'où ils
s'obligent de les faire effacer , renonçant
à jamais prendre lefdites Armes defdits
fieurs Marquis de Lezeau , & Comte de
Fleers , qui font d'azur à trois annelets d'or ;
ni aucunes Armes approchantes ; fe foumettant
au furplus à ne porter que celles qui
leur feroient données par nous , y ayant eu
plus
AVRIL. 1743 675
>
plus d'ignorance que d'affectation de leur
part , ne prétendant s'arroger les Armes defdits
fieurs Marquis de Lezeau , & Comte de
Fleers , fous quelque prétexte que ce puiſſe
être , ni eux , ni leurs foeurs , & defcendans ,
foit en ligne directe , foit en collaterale
confentant même la confifcation des chofes
à eux appartenantes où lefdites Armes defdits
fieurs Marquis de Lezeau , & Comte
de Flers fe trouveroient déformais peintes
gravées empreintes ou fculptées ; au
moyen de laquelle déclaration & renonciation
, ils demandent que la Requête qui leur
a été fignifiée le 7. Décembre 1742. à la
requête defdits fieurs de la Motte - Ango ,
Marquis de Lezeau , & Comte de Fleers ,
foit fupprimée , attendu les termes exprimés
à leur égard , & qui font étrangers au fait
dont il s'agit.
>
و
Nous , en vertu du pouvoir attribué par
S. M. à notre Office de Juge General d'Armes
de France , & fpécialement de l'Arrêt
du Confeil du 9. Mars 1706. qui défend à
toutes perfonnes de porter des Armoiries
timbrées , qu'elles n'ayent été réglées par
nous , faifant droit fur le tout , avons fait &
faifons très -expreffes inhibitions & défenfes
aufdits Angot- du - Coifel , freres & foeurs
leurs enfans & poftérité , foit en ligne directe
, foit en collatérale , de prendre à l'a-
C iij
venir
676 MERCURE DE FRANCE
venir pour Armes trois annelets d'or en
champ d'azur , qui font les Armoiries de la
Maifon de la Motte- Ango , ni aucunes autres
Armes approchantes , fous tel prétexte
que ce foit , ni même de prendre aucunes
Armoiries , qu'ils ne fe foient retirés vers
nous pour en obtenir le reglement : Et feront
lefdites Armoiries , prifes par inadvertance
ou autrement par lefdits Angot - du-
Coifel, freres & foeurs , effacées par eux dans
le cours de fix mois , à faute de quoi biffées
après ce terme à la réquifition defdits
Sieurs Marquis de Lezeau , & Comte de
Flers , en tous les lieux & endroits où elles
pourroient avoir été fculptées , peintes , ou
gravées , même fur les cachets & vaiffelle ,
par le premier pourfuivant d'Armes ou Huiffier
requis. Condamnons en outre lesdits
Angot- du - Coifel aux dépens : Et fur les autres
demandes des Parties , nous les avons
mis hors de Cour & de Procès , à la charge
que les Requêtes , Sommations & autres
Piéces fignifiées de la part defdits Sieurs
Marquis de Lezeau & Comte de Fleers, aufdits
Sieurs Angot - du - Coifel , de même que
ladite déclaration & renonciation defdits
Sieurs Angot du - Coifel , demeureront dans
notre dépôt. Mandons à l'un des pourſuivans
d'Armes ou Sergens requis , mettre notre préfente
Ordonnance à dûë & entiere exécution,
Donné
A V RIL. 17431 677
Donné en notre Hôtel à Paris le 5. Février
1743. Signé D'HOZIER , & plus bas , par le
Juge d'Armes de France , Signé LAMBINET .
ODE
Sur l'Envie.
M Onftre implacable , horrible Envie ,
Qui prenant un air de douceur ,
Souvent fur la plus belle vie
Répands ta coupable noirceur :
L'Homme , le Roi de la Nature ,
Ne verra-t'il jamais l'injure
Qu'il fe fait en lançant tes traits !
L'infenfé par fon propre crime
Sera-t'il toujours la victime ,
De tes trompeurs & faux attraits ?
*
Tu fçus dès l'enfance du monde ,
Lui tendre un piége féducteur ,
Et t'ouvrir la fource profonde
Des vices qu'enfermoit fon coeur.
Son état change à l'inſtant même ;
Il s'étonne du trouble extrême
Que tu fais naître dans ſon ſein :
Perfide , inhumain , fanguinaire ,
C iiij
Lui678
MERCURE DE FRANCE
Lui-même à lui - même contraire ;
Il fe fait fon propre affaffin .
*
Mais c'étoit trop peu que la Terre
Eût fubi ton joug odieux ,
Tu jures d'allumer la guerre
Jufques fur la table des Dieux ;
Ta fille , à ta voix infernale ,
En jettant la pomme fatale ;
Les enyvre de tes fureurs :
Déja ligués pour perdre Troye ,
Ils goûtent la cruelle joye
De mille combats pleins d'horreur.
*
Ciel quelle étrange barbarie !
Quels coups terribles ! quel effort !
Le Troyen , le Grec en furie ,
Porte ou brave partout la mort ;
Pallas accourt avec Neptune ,
Et , déterminant la fortune ,
Rend enfin les Grecs triomphans.
Troye aux flames abandonnée ,
Voit fous fa grandeur ruinée
L'affreux tombeau de fes enfans.
*
Après
AVRIL. 679
1
1743
Après ce carnage funefte ,
On te vit long- tems fur les flots ,
En poursuivre le trifte refte
Dans le dernier de fes Heros :
Par fon invincible courage ,
Tranquille au milieu de l'orage ,
Il aborde au Pays Latin ,
Ou dans les bras de Lavinie ,
Il fçut , malgré ta tyrannie ,
Accomplir fon heureux deſtin .
܀
"
Tu cedes , mais bientôt ta rage
Formant cent projets inhumains
Fait tomber la grande Carthage ,
Pour mieux terraffer les Romains :
Tant que Rome eut une rivale ,
Par fa gloire toûjours égale ,
Elle étonna tout l'Univers ,
Mais dès que ta faveur traîtreffe
Du Monde entier l'eut fait maîtreffe ,
Elle éprouva mille revers .
*
Séduits par tes avis perfides ,
Ses deux plus illuftres enfans ,
Suivis de Soldats parricides ,
Sont prêts de lui -percer les flancs ;
CF Tour
680 MERCURE DE FRANCE
Tout l'Univers eft en allarme ,
Au formidable afpect des armes

De ces deux Maîtres des Humains :
Arrêtez , couple téméraire ;
C'est dans le fang de votre mere
Que vous courez tremper vos mains.
*
Mais déja ton haleine infecte ,
Les échauffe d'un noir poifon ;
Leur vertu leur devient fufpecte ;
Ils n'écoutent plus la raiſon ;
La ruine de la Patrie
Ne peut affouvir leur furie ,
Que par
la victoire ou la mort ;
C'en eft fait , la Terre trempée
Du génereux fang de Pompée ,
Déplore en mille endroits fon fort;
*
Ce font là , Monftre déteftable ,
Ce font les finiftres préfens
Qu'offre ton appui redoutable
A tes plus zelés Partiſans ;
Si tu portas par la victoire
Céfar au faîte de la gloire ,
On te vit pour l'en renverser ;
Lui faire un meurtrier d'un homme
Qui
AVRIL. 1743 681
Qui devoit pour l'honneur de Rome
Plutôt périr que l'offenſer .
Par M. Luneau de Bourges
DISSERTATION pour prouver que
la Glace fe forme toujours au fond de la
Riviere , & jamais au- deffus,
Q
Ue l'Hyver dans fes noirs frimats brûle
les Plantes, feche les Arbres , conſume
les Fruits de la Terre , c'eft une vérité trop
conftante pour la révoquer en doute , mais
que la Glace fe forme toujours au fond d'un
Fleuve , cela peut paroître un Paradoxe qui
demande une explication .
L'Eau , felon tous les Phyfitiens , ne fe
gele qu'en perdant fa fluidité , ce qui arrive
lorfqu'elle communique fon mouvement aux
parties hétérogenes qui l'environnent & à
celles dont elle eft chargée ; alors elle fe
comprime , elle fe condenfe , elle fe glace ;
mais quelle caufe étrangere diminuë fon
mouvement ? Voila le Problême qu'il faut
réfoudre , & de la folution duquel je démontrerai
la propofition que j'avance.
Tout fluide , quoiqu'en difent les Cartéfiens
, ne peut être compofé que de parties
rondes , tournant chacune autour de leur
C vj centre ;
682 MERCURE DE FRANCE
centre , & féparées les unes des autres. Les
petits Tourbillons , que je fuppofe chargés de
Globules durs , qui fe balancent , peuvent
être plus ou moins agités . De là vient que la
fluidité peut croître & décroître à l'infini.
L'Eau , par exemple , eft liquide de fa nature
; la chaleur la liquefie d'avantage ; le froid
en fait un corps dur.
On ne doit donc pas appeller des corps liquides
ceux qui font compofés de parties
très-minces , qui n'ont d'elles - mêmes aucune
fluidité. Un monceau de fable , par exemple
, n'eft point un corps liquide ; l'Eau , au
contraire , eft un fluide , puifque la plus pe
tite goute d'eau n'eft pas moins liquide en
elle -même , que tout l'Ocean dont elle aura
été tirée.
Moins ces petits Tourbillons font chargés
de Globules durs , plus il eft facile de les féparer.
En effet une force infiniment petite
fuffiroit pour les divifer , s'ils étoient purs.
Nous en avons la preuve dans la Matiére
Etherée , qui ne refifte- point au mouvement
des Planettes . Donc fi ces fluides réfiftent à
la féparation de leurs parties , cette réfiſtance
ne vient que de la force des Globules durs
que Newton appelle force d'Inertie , ou autrement
de Malle .
Ces Principes pofés , il eft facile de déterminer
comment un fluide peut devenir un
corps
AVRIL. 1743 . 68
corps dur . Ou ce fluide ne l'étoit pas naturellement
, comme les Métaux que le feu li
quéfie , ou de fa nature le corps eft un liquide.
Dans le premier cas , il perd fa fluidité ,
parce que le mouvement des petits Tourbillons
s'affoiblit , ce qui arrive lorfque l'équi
libre fe reftituë : comme dans les Métaux le
feu les échauffe , augmente le mouvement
des parties dont ils font compofés , fait tourner
ces mêmes parties autour de leur centre,
voilà un fluide ; la chaleur ceffe ; le mouvement
s'affoiblit , & je vois un corps dur.
Dans le fecond cas , la fluidité fe perd ,
lorfque le liquide communique fon mouvement
aux parties hétérogenes dont il eft chargé
. Ainfi le vent du Nord balaye les Mers ,
enleve des exhalaifons , entraîne avec lui des
Sels , qui mêlés enfemble dans l'Air , forment
un corps qu'on appelle du Nitre. Ce
corps ne pouvant être en équilibre avec la
Male d'Air qui environne le Globe Terreftre
, tombe par fa propre pefanteur fur la
furface de ce Globe , & par conféquent fur
l'Eau qu'il rencontre. Alors le fluide fe com
prime, il communique à ce corps étranger une
partie de fon mouvement en raifon des Maffes.
L'Air exterieur ayant plus d'elafticité
que la
matière qui eft renfermée entre les pores de
I'Eau , enleve cette matiére , il ne reste done
plus
684 MERCURE DE FRANCE
plus qu'un corps dur, que l'on nomme de la
Glace.
Cette explication n'a rien que de très- naturel.
Nous voyons chaque jour faire de la
Glace avec de l'Eau & du Sel. L'Art ayant
imité la Nature , ce que fait le Sel Elementaire
, le Sel dont nous nous fervons , opere
la même chofe , lorfque les Limonadiers
le mêlent d'une certaine façon avec de
l'Eau.
Venons maintenant à la Démonftration
du prétendu Paradoxe. L'Air comprime la
premiere couche d'Eau , qui eft chargée des
particules de Nitre , que le vent du Nord
a emmené avec lui , alors l'équilibre eft rompu.
Cependant le principe de la fluidité eſt
l'équilibre. La matiére fubtile renfermée entre
les petits Tourbillons qui compofent la
premiere couche d'Eau , fe raréfie ; en fe dilatant
elle comprime la feconde fuperficie
celle-là comprime la troifiéme , & ainfi du
refte ,jufqu'à la derniere fuperficie qui touche
immédiatement le fond. Cette fuperficie
étant comprimée & par la couche d'Eau fupérieure
& par le limon qui eft au deſſous
d'elle , perd fa fluidité , ainfi elle devient un
corps dur.
Or tout fluide de fa nature , qui devient
un corps folide , prend le nom de Glace , par
conféquent c'est à la fuperficie la plus proche
AVRIL. 1743. 685
che du centre de la Terre , que la Glace ſe
forme la premiére.
Secondement, on a obſervé que l'Eau coule
avec moins de rapidité au fonds d'un Fleuve
qu'à la premiere couche d'Eau . Si cela eft,
les parcelles de Nitre qui pénetrent toute la
Maffe de l'Eau , compriment d'avantage la
fuperficie qui eft la plus proche du fond ; la
raifon en eft bien fenfible , c'eft que plus les
couches s'approchent de l'Air , plus elles ont
de rapidité ; il faut donc néceffairement que
la derniere couche perde plutôt fon mouvement
que les autres.
Mais , me dira- t'on , la Glace devroit donc
toujours refter au fond de la Riviere , & cependant
elle paroît toujours au-deffus .
Je réponds à cela , que la matiére fubtile
qui refte dans les pores de l'Eau , fe fentant
tout à coup condenſée , fe dilate , & que par
fa dilatation la Glace occuppe un plus grand
efpace que n'occuppoit auparavant un pareil
volume d'Eau ; alors , felon les Loix du Méchaniſme
, elle s'éleve au - deffus , ce qui ne
doit pas nous étonner d'avantage que de voirune
Coque de Noix jettée dans la Riviere ,
furnager & gagner le haut.
Peut - être m'accufera - t'on d'être de la Secte
de ces Phyficiens modernes, qui manient
l'Eau , le Feu & tous les Elemens à leur fantaile.
Quelle apparence en effet qu'un corps
comprimé
686 MERCURE DE FRANCE
comprimé , occuppe plus d'efpace qu'en fon
état naturel ?
L'Expérience fatisfait à l'objection . Que
l'on prenne un Vafe de fer , épais d'un doigt
ou environ , fi l'on remplit ce vafe d'Eau , &
qu'on la laiffe geler , le Vafe fe rompt .
Quelle est donc la caufe de ce Phénoméme
,finon , comme je l'ai déja dit , parce que
la matiére renfermée entre les pores de l'Eau ,
fe raréfie , s'étend , fe dilate ? Le Vaſe lui réfifte
, mais l'Eau par fa force fepare les parties
du Métail, femblable à la Poudre , qui par fon
élafticité fe fait jour à travers les Rochers &
les Montagnes , lorfqu'on fait jouer les Mines
; outre cela il feroit prefque impoſſible
d'expliquer les haut, & les bas qui fe trouvent
dans la Glace. J'adopte donc cette explication
, plutôt que de demeurer court ,
perfuadé que dans le fiècle où nous fommes,
je ne ferai pas le feul de mon fentiment,
Lacoste , le cadet.
A Dijon lepremier Mars 1743 .
RE
AVRIL 1743 687
REQUESTE présentée à la Grand-
Maitreffe & aux Chevaliers de l'Ordre de
l'Union , le jour de la convocation génerale
pour être reçû Chevalier du même Ordre.
Par le très- humble , très foumis & très- affectueux
Frere poftulant E. P. B ....
A
Vous , aimable GRANDE- MAÎTRESSE ¿
A vous , illuftres CHEVALIERS ,
Des premiers jufques aux derniers ,
Bon appétit , pleine allegreffe ,
A vous , tout l'Ordre d'Union ,
Et falut & dilection .
Comme ainfi foit que dans votre Ordre
Place vacque & qu'il vous plairoit ,
Y faifant ceffer tel défordre ,
Choifir un qui la rempliroit ;
Dans ce célebre jour de Fête
Je vous préfente humble requête , '
Et m'offre à vous pour être cil
Que pouvez choisir fans péril ,
Tant y a que je fuis votre homme ,
Lifez ceci ; vous verrez comme
* Cet Ordre de l'Union fut inftitué en Champagne
il y a 10. ou 12. ANS,
Chevalier
688 MERCURE DE FRANCE
Chevalier de l'Ordre fufdit
Doit , ce m'a-t'on dit , être en fomme
Droit de coeur , docile d'efprit ;
C'eft juftement comme on me nomme ,
Tant y a que je fuis votre homme.
De plus il doit , dit- on , fçavoir
Aimer ; or fus vous allez voir
Que fur ce point je fuis des vôtres ,
Et plus des vôtres que tous autres .
Jugez morbleu fi je l'entends ;
J'aime plus en une ſemaine
Et qu'Amadis & qu'Artamene
N'euffent fait enſemble en dix ans.
Mais las ! quelle imprudence extrême !
N'en ferez - vous pas étonnés ?
Ainfi je me donne à moi- même
De mon encenfoir par le nez.
J'ai tort , Chevaliers, que j'hommage ,
Etant à vous feuls l'avantage
De difcerner le vrai du faux ,
Et de fçavoir ce que je vaux.
Adone à vous je m'en rapporte .
Exprès attendant à la porte
Que vous daigniez déliberer
Au plutôt & me faire entrer ,
Sur tout avant que me faififfe
Le froid , & vous ferez juftice.
ELOGE
AVRIL 1743 689

ELOGE de M. de Mazaugues , Préfident au
Parlement d'Aix. Extrait d'une Lettre écrite
à M. de Boze , Intendant du Cabinet du
Roi , de l'Académie Françoife , & c . Par
M. le Marquis de Caumont.
,
E ne doute pas , Monfieur , que vous ne
regrettiez infiniment M. le Préfident de
Mazaugues , que nous venons de perdre , attaqué
d'un de ces Rhumes Epidémiques , &
portant trop loin la confiance à la bonté de
fon tempéraments il l'a laiffé dégenerer en fluxion
fur la poitrine , qui l'a conduit au tombeau
après cinqjours de maladie. Je ne sçaurois
vous dire combien je fuis accablé de ce
trifte évenement. La République des Lettres
fait une perte irréparable ; la Provence perd
un de fes principaux ornemens, & moi, M. je
perds un ami de trente - cinq ans, auquel j'étois
tendrement attaché , & fur l'amitié duquel
j'avois tout lieu de compter. Jugez de ma
douleur par celle que votre coeur excellent
vous fera reffentir. Je fçais parfaitement que
vous aimiez & que vous cftimiez véritablement
l'illuftre ami que je regrette , il poffedoit
à un degré éminent les qualités les plus
eftimables , & toutes celles qui pouvoient
rendre fa focieté & fon commerce sûrs & aimables
790 MERCURE DE FRANCE
mables. Quelle droiture dans les fentimens !
Quelle fimplicité dans les moeurs ! Jamais
Sçavant ne fut plus modefte que lui , & malgré
l'étendue & la varieté de fes connoiffances
, il ne laiffoit appercevoir ce qu'il fçavoit
que pour le communiquer aux autres. Que
deviendront tant de richeffes Littéraires ? Je
regarde comme perdu ce ramas confidérable
de matériaux choifis avec tant de foins &
tant de dépenfes , pour former un jour l'Hif
toire de fa Province. Je fuis perfuadé que
M. l'Abbé de Rothelin accordera fes regrets.
à la mémoire de notre ami . Pour moi , M. je
fens que mon coeur ne peut fuffire à tant de
pertes ; elles caufent en moi un vrai dégoût
pour la vie ; c'eft- là en vérité tout ce que j'ai
la force de vous dire ; recevez toujours avec
bonté les affurances de l'attachement tendre
& inviolable que je vous ai voüé , & avec
lequel je ferai toute ma vie , Monfieur , &c.
A Avignon le 22. Fevrier 1743 .
L'ALA
VRIL. 1743. 691
bobobot
L'ALOUETTE ET LE CORBEAU
FABLE.
UN jour une jeune Alloüette ,
Encor couverte de duvet ,
Voltigeant par ici , puis par - là , s'effayoit
A s'élever un peu , mais hélas , la pauvrette
Prefque fur le champ retomboit.
Que fais-tu , petite imbécile ,
Lui dit un Corbeau , qui la vit ?
Tu devrois bien plutôt te tenir dans ton nid ,
Imbécile ? Pas tant , reprit la volatile ;
Préfentement tu te moques de moi ;
Laiffe-moi quelque tems m'exercer de la forte ;
Tu me verras bien- tôt monter plus haut que toi,
Ce qu'on produit d'abord n'eſt pas parfait , n'importe
:
Continuons fans nous lafler ;
Avoir quelques défauts eft un mal néceſſaire
A qui ne fait que commencer ;
Ce n'est qu'en faifant mal qu'on apprend à bien
faire .
LET692
MERCURE DE FRANCE
*******************
LETTRE écrite à Dom Garnifon , Religieux
Bénédictin de S. Martin des Champs ;
pour fervir de réponse à celle d'un Partifan
anonime du Bureau Tipographique , inférée
dans le Mercure de France , de Décembre
1741. pag. 2611 .
MON
REVEREND PERE ;
L'Auteur du Bureau Tipographique affecte
de répandre des écrits fous différens noms ;
mais le Public ne prendra pas le change , il
remarquera aifément fon ftile , & il ne lui
fera pas difficile de reconnoître cet écrivain
infatigable , qu'on peut dire marqué au coin
de la prolixité. Ce Tipograhe eft un bon
homme,que l'on doit croire par charité avoir
eu bonne intention ; il a d'ailleurs mis à fa
Machine le peu qu'il avoit ; à ces deux titres
,
il feroit jufte de le ménager , & d'imiter
toutes les Univerfités & tous les Colleges
du Royaume , qui dédaignant la Machi
ne , n'ont pas pris la peine de la proferire par
écrit : Mais cet Ecrivain a inféré dans le
Mercure de Décembre 1741. un grand verbiage
, où après avoir répété ce qu'il avoit
déja dit dans le Mercure d'Octobre précé
dent ;
AVKI L, 1743. 693
dent , & à quoi M. l'Abbé de la Sérre avoit
répondu dans le Mercure de Janvier 17423
d'une maniere qui ne fouffroit point de répli
que , il ajoûte quelques objections nouvelles ,
& de plus il s'exprime fur le compte de mon
Pere , d'une façon , qui , quoi qu'envelop
pée , décéle fes mauvaiſes intentions. C'eſt
ce qui m'a déterminé à paroître moi-même
fur la fcéne , car je mériterois le reproche
qu'il me fait de manquer à mon Pere , fi je
chargeois un autre que moi de fa défenfe , &
je l'aurois fait plutôt affurément , fi je n'avois
été forcé de partir tout d'un coup avec l'armée
de Bohême , d'où je ne fais que d'arriver ;
mais avant que d'en venir à ce qui regarde
mon Pere , il eft bon de réfuter les objections
nouvelles qu'il fait contre mon Ouvrage
; fi on les laiffoit fans réponſe comme
elles le méritent , elles pouroient peut- être
féduire un Lecteur peu inftruit. Je vais faire
ces réfutations en peu de mots.
1º. L'Auteur de ce Bureau fait trophée des
éloges que des Perfonnages refpectables ont
donnés à fa Machine ; je conviens avec lui de
ces éloges : qu'en doit- on conclure en faveur
de la Machine? Le voici : Ceux qui l'ont louée,
ne l'ont fait que rélativement à l'ancienne
Méthode , qui fûrement ne vaut pas celle
du Bureau ; (a ) il étoit donc naturel qu'ils
( a ) On peut voir ce que j'en ai dit dans mon Livre,
pages 141. 142. & les fuivantes.
694
MERCURE DE FRANCE
donnaffent à celle ci , la préférence fur cellelà.
Jufqu'à la prétendue découverte du Bureau
, ils n'avoient connu qu'une Méthode
difficile , ennuyeufe , & en quelque maniére
impraticable ; s'ils avoient connu celle de
mon Pere , ils auroient tenu infailliblement
un autre langage , & c'eft ce qu'a fait M.
l'Abbé des Fontaines & tant d'autres Sçavans
, comme on peut s'en convaincre par la
lecture de la Lettre de M. l'Abbé de la
Serre , quoiqu'ils euffent fort éxalté le Bureau
Tipographique , dès qu'ils ont eu connu
la Méthode nouvelle , ils font convenus
de fa fupériorité fur la Machine.
2°. Le Tipographe , pour faire valoir fon
Bureau , cite un paffage de S. Jerôme ; ce
Pere confeille à Létha ( à laquelle notre Buralifte
donne poliment le titre de Dame )
ce Pere , dis-je , confeille à Létha de faire
jouer fa fille avec les caractéres de l'Alphabet
gravés fur des morceaux d'yvoire ; à
cela je réponds ce que j'ai déja répondu au
précédent article ; S. Jerôme tout Grand
Homme qu'il étoit , ne connoiffoit d'autre
maniére d'apprendre à lire , que celle qui
fe pratiquoit de fon tems ; s'il en avoit connu
une meilleure & telle que la nôtre ,
il ne faut pas douter qu'il ne lui eût
donné la préférence : Au refte , mon R. P.
n'êtes-vous pas furpris de voir un, Maître
d'Ecole ,
AVRIL 1743 695
mas n'eft pas
d'Ecole , je dis Maître d'Ecole , car M. Du
Maître de Penfion ; n'êtes vous
pas furpris , dis- je , de voir un Maître d'Ecole
, citer un Pere de l'Eglife ? cela fait
honneur à un métier que l'on a eru ju qu'à
préfent peu compatible avec les fublim scon
noiffances. Je fuis perfuadé que ce Buralifte
en faifant cette citation s'eft dit- à
lui-même comme Sofie , Pefte ! où prend mon
efprit , non pas , toutes ces gentilleſſes , car
la citation paffe le gentil , mais , où mon
efprit va - t il puifer , cette profonde érudition ?
C
3. Ce Tipographe en me faifant improuver
le Jeu du Bureau , ce que je n'ai fait
que dans un certain lens , & voulant juſtifier
ce Jeu , appelle à fon fecours le mot ,
Ludi Magifter , ce mot qui fignifie Maitre
d'Ecole , annonce un homme qui préſidoit à
un Jeu , de - là il conclud , que le Jeu du
Bureau eft bon , utile , & même nécéffaire
aux enfans , dans le tems même de l'étude
la plus férieufe ; ce dont je ne conviens pas ,
car je ne l'admettrois tout au plus que pour
la récréation ; mais qu'il me permette de
montrer ici à mon tour de l'érudition .
,
Le mot de Ludi Magifter , a été appliqué
par analogie aux Ecoles des Enfans ; chés
les anciens , il y avoit des Gymnafes , c'eſtà
dire , des Ecoles où l'on inftruifoit les
Gladiateurs & les Athlétes . Dans ces Gym-

nafes ,
96 MERCURE DE FRANCE
nafes , ou fi vous voulés dans ces Ecoles , il
n'étoit queftion de rien moins que de Jeu ;
pour peu que l'on foit verfé dans l'Antiquité ,
on fçait que les Maîtres de ces Ecoles interdifoient
à leurs Difciples toute nourriture délicate
: on fçait , qu'ils leur prefcrivoient une
éxacte continence on fçait qu'ils les faifoient
coucher fur la dure , qu'ils ne leur accordoient
que quelques heures de fommeil on fçait en
un mot ,qu'ils les obligeoient à une vie des plus
dures , le tout afin de fortifier leur tempéramment
; affurément une pareille vie , ne
pouvoit pas être appellée un Jeu , & l'on
peut dire de ces fortes de gens , ce que nous
difons de nos Comédiens ; les Spectacles
qu'ils donnent font un jeu pour les Spéctateurs
, mais font un travail , & un travail
très pénible pour les Acteurs. Mais pourquoi
, dira- t- on , les Maîtres de ces anciennes
Ecoles prenoient ils le titre de Maîtres
de jen ? Le voici en premier lieu parce que
les éxércices qu'ils faifoient faire à leurs
Difciples , quoique très-durs & très- fatguans
, n'étoient qu'un Jeu , eu égard aux
travaux qui attendoient ces Difciples dans
l'Arêne & dans le Cirque ; en fecond lieu ,
parce qu'ils dreffoient des hommes pour paroître
avec diftinction dans des Spectacles
auxquels les Anciens avoient donné le nom
de Jeu. Tels furent les Jeux Olimpiques , les
Jeux Néméens. &c.
Cette
AVRIL. 1743 . 697
de
Cette explication prouve que le mot ,
Ludi Magifter , ne fignifie pas proprement
un homme qui enfeigne à jouer , mais un
homme qui par une éducation des plus auftéres
, mettoit fes Difciples en état de reme
porter la victoire dans des Spéctacles pu
blics , que l'on appelloit Jeu. Que M. Dumas
ne fe prévale donc pas en faveur de fon
Bureau , du mot de Ludi Magifter. L'explication
que je viens de donner , prouve qu'il
n'a ici aucune application . Voilà , mon R. P.
de l'érudition , comme vous voyés , mais
bien loin d'en être glorieux , comme M. Dumas
, j'en fuis au contraire tout honteux ;
car je fens bien qu'elle ne me fiéd nullement
, mais enfin , vous fçavés cet oracle
du Sage : Refponde ftulto , fecundùm ftultitiam
fuam.
Je viens préfentement à ce que ce Tipographe
dit fur le compte de mon Pere ; de la
maniere dont il préſente les objets , on ne
fçait s'il veut faire un éloge ou une fatire.
D'abord il paroît plaindre mon Pere de ce
que , inquiété mal - à - propos par fes confreres
, car le mot tracaffé dont il fe fert , dit
cela , il paroît , dis -je , plaindre mon Pere
de ce qu'il fut obligé par cette tracafferie
d'abandonner fa profeffion ; il ajoûte que
forcé de fe retirer , il fe confacra au fervice
des pauvres , dans l'Hôpital de la Pitié ,
οι
Dij les
698 MERCURE DE FRANCE
les Adminiftrateurs de cette Maifon lui
avoient donné un logement ; que là , il donnoit
des leçons gratuites , mais fi on l'en
croit , leçons fort inutiles , ou plûtôt trèsfatales
au Maître , puifque leur peu de fuccès
, fut la fource d'un chagrin cuilant , qui
lui donna la mort . Que dites vous , mon R.
P. de cette Oraifon funébre? La trouvés-vous
bien honorable pour mon Pete ? Quoiqu'elle
ne foit pas des plus éloquentes , j'en
fçaurois bon gré à ce Tipographe , ou s'il
avoit dit tout ce qui eft vrai , ou s'il n'avoit
pas ajoûté du faux , à ce qu'il dit de vrai :
Vous êtes plus en état de juger de ces faits
qu'aucun autre , puifque vous & votre famille
, nous connoiffés depuis long- tems.
Je m'apperçois également , ou qu'il a été
peu inftruit , ou qu'il a été peu fincere . Il a été
peu inftruit , car outre ce qu'il dit d'avantageux
pour mon Pere , il auroit dû ajoûter ,
que M. Pypoulain avoit quitté fa profeffion ,
Pour exercer les fonctions de Sécretaire & de
Tréforier des Menus Plaiſirs , de Monfeigneur
te Grand Dauphin , Ayeul defa Majeftés ainsi
qu'il eft prouvé par des titres authentiques
qui font encore entre les mains de fon fils . II
pouvoir ajoûter , qu'après que la mort eut enlevé
ce Prince à la France , l'amour du bien
public engagea tout de nouveau М. Рурок-
lain dans fes exercices. Il pouvoit ajouter ,
qu'après
Á VRIL. 1743.
ة و و
il
qu'après neuf années de travail, & content d'une
fortune honnête qu'il tenoit de fes Peres ,
prit en 1720. rue S. Honoré un logement compofe
de s . ou 6. piéces de plein piéd , an premier
étage de la Maifon , où logeoit alors M.
Turot, Apoticaire du Roi , & où il loge encore
actuellement ; appartement qu'il a gardé jufqu'à
fa mort. Il pouvoit ajoûter , que dans
l'intention de fervir les Pauvres felon fes talens
, il alloit à la Pitié faire des leçons gratuites
aux enfans qu'on y éleve , & que les Directeurs
de cet Hôpital lui avoient donné dans
cette Maifon , un petit appartement , où il couchoit
, lorfqu'il le jugeoit à propos . Il auroit pû
ajoûter enfin , que mon Pere futfurpris dans
cet appartement d'une maladie qui l'emporta
au bout de quelques heures , ce qui empêcha
qu'il ne pût être transporté chés lui ; de forte
que par ordre de M. le Procureur Général , il
fut enterr édans l'Eglife de cette Maiſon & avec
toutes les diftinctions dûes à un Bienfaiteur.
Voilà , mon R. P. les vérités que l'Auteur
du Panégirique a fupprimées , foit par ignorance
, foit par négligence , car je n'ofe pas
dire par malice.
Voici à préfent les fauffetés qu'il a avancées
. Premierement , que mon Pere fut tra- -
caffe par fes confreres ; cela eft faux & même
ne peut pas être les Maîtres de Penfion
n'ont aucune Jurifdiction à éxércer les uns
D iij fur
700 MERCURE DE FRANCE
fur les autres , & ils dépendent uniquement
de M. le Grand Chantre. Secondement , ces
Maîtres de Penfion ne pouvoient pas tracaffer
leur Confrere , puifqu'il avoit quitté
fa Profeffion , pour vivre de fon bien , plus
de quatre ans , avant que d'aller à cette Maifon
de la Pitié. Il foutient que les leçons de
mon Pere n'ont pas réuffi ; cela eft encore
faux , tant que mon Pere a vêcu ; c'est - àdire
, tant qu'il a pû avoir l'oeil fur les Sous-
Maîtres , fes leçons ont eu tout le fuccès
qu'il en pouvoit attendre , & fa mort a ſeule
empêché, que fa Méthode n'ait pris abfolument
le deffus dans cette Maiſon .
L'Auteur du Panégirique peut aifément
vérifier les faits que j'avance ici ; il va fouvent
manger à la Pitié : on m'a même affuré
qu'il y avoit un logement ; quoiqu'il en foit ,
s'il a prétendu avilir mon Pere , en avertiffant
le Public qu'il fréquentoit cette Maifon
, cet Auteur s'avilit lui-même , car il la
fréquente comme feu mon Pere l'a fréquentée
, & Dieu veuille , fila mort l'y furprend
qu'il y foit enterré avec autant de diftinction
, & qu'il y foit regretté avec autant de
fincérité , que l'a été feu mon Pere.
Mais je m'apperçois que mon zéle pour
la mémoire de mon Pere , m'a fait écarter
de mon fujet ; il eft tems d'y revenir & de
prouver à ce Tipographe, que notre Méthode
AVRIL. 1743 700
'de eft infiniment fupérieure à la fienne . Je
le prends lui- même à témoin de cette vérité ;
il avoue que l'Ouvrage de mon Pere lui a
fourni beaucoup de lumières pour arriver à
fon Bureau . M. l'Abbé Goujet dit la même
chofe dans le premier Volume de fa Bibliothéque
Françoile , pages 108. & 109. Voilà
déja un aveu qui fait beaucoup à ma cauſe :
mais en voici un autre qui lui eſt encore
beaucoup plus favorable . Le Buralifte convient
que pour amener les enfans au point
de perfection pour la lecture ; il lui faut
156. leçons , quoique de compte fait , il y
ait 250. & tant de leçons pour l'enfant ;
ainfi voilà donc felon lui- même 156. leçons.
Mon Livre pour cette partie de la
lecture , ne contient que 8. leçons très- courtes
, & quand un enfant fçait l'Alphabet , il
en fçait les trois quarts. Or je demande
quel eft le Maître qui fera à charge à un enfant
, ou de celui qui a au moins 156. leçons
& très longues à donner , ou de celui
qui n'en a que 8. & très courtes . Voici en
partie comme M. l'Abbé des Fontaines s'explique
dans fa Lettre du 6. Mai 1741. en
parlant de cette Méthode page 168. En attendant
que j'aye le tems de vous rendre compte
de cette admirable invention , je me contente
de vous dire aujourd'hui , que c'est la Méthode
du monde la plus judicieuſe , la plus fimple ,
D iiij
la
702 MERCURE DE FRANCE
la plus naturelle , & qu'elle ne renferme que
7. ou 8 Leçons , aifées à concevoir & à rete
nir. Quelle comparaison de cette Méthode avec
l'ancienne qu'on peut appeller abfurde ' Elle
n'a rien de commun avec le Bureau Tipogra
phique , dont la fçavante Méthode eft à la
vérité moins ridicule que l'ancienne , mais qui
eft cent fois plus compofee & plus épineufe
puifqu'elle contient plus de 250. leçons , fans
compter des principes innombrables. Ici tout eft
raifonnable , tout eft précis , tout eft fimple ,
tout eft facile . Il n'y a point de Maître , point
de Maîtreffe , qui n'en puiffe faire usage en
deuxjours d'étude pour l'enfeigner à fes éleves
il n'y a point d'enfans de 3. 4. ans , qui
n'aprennent de cette maniere auffi aisément à
lire , qu'à articuler les mots ..
"
à
Le
même Autcur , dans fa Lettre du 12. Août
fuivant , dit encore. Il s'eft trouvé de mauvais
Cenfeurs qui ont voulu faire paſſer la
nouvelle Méthode pour une répétition du Bureau
Tipographique ; mais quand on fera réfléxion
que le Jeu mécanique du Bureau ne paroît
que depuis 9 à 10. ans , que la Méthode
dont il s'agit , avoit déja été imprimée dès
1719. c'est à dire , plus de 10 ans avant la
naiffance du Fureau , & que feu M. Pypoulain
en avoit fait ufage à Paris plus de quinze
autres années chés lui , ne fera-t- on pas forcé
de convenir que s'il y a de la reffemblance entre
AVRIL.
1743. 703
tre le Bureau & la nouvelle Méthode , l'Au
teur du Bureau eft plûtôt copiſte qu'inventeur ?
Mais ces deux Méthodes fe reffemblent fi peu
qu'on ne peut accufer de plagiat ni l'un ni
l'autre de leurs Auteur . Le Bureau contient
plus de 250. leçons , avec une effrayante multiplicité
de principes s ces principes font contenus
en deux Volumes in- 4° . imprimés en petit caractère.
Ce Livre eft à la vérité pour les Maîtres
du Bureau Tipographique. Mais quelle
cruauté , d'obliger des Maîtres d'Ecole à lire
cet Ouvrage immenfe , & à y donner un tems
une application , quifuffiroient pour apprendre
toute la Géométrie & toute l'Algébre !
Je rapporterai encore ici une partie de ce
que dit le Journal des Sçavans , du mois
d'Avril 1741. pages 748. 749. & 750. où
après plufieurs autres éloges qu'il fait de notre
Méthode , il ajoûte :
Dans cette même Préface , l'Auteur oppofe
aux défauts qu'il reproche aux Méthodes anciennes
, les avantages de la nouvelle , qui contient
en abrégé la maniere d'être employée pour
Les enfans ; c'est ce qui forme la premiére partie
de l'Ouvrage. La feconde renferme les principes
de cette Méthode. Dans la troifieme on lit
des obfervations fur toutes les lettres en géneral
& en particulier, fur les filabes , les mono -filabes
, &c. On trouve dans la quatrième un
Traité des accens & de la Ponctuation ,des obfer
vations
D v
704 MERCURE DE FRANCE
Vations fur la lecture du Latin , fur les neuf
parties d'Oraifon , avec un abregé des déclinai
Jons & des conjugaisons à la fuite de cette
quatrième partie , on a ajoûté trois petits Trai
tés , l'un concernant plufieurs mots équivoques
dans la prononciation & dans la fignification.
Le fecond contient des Réfléxions fur la Méthode
du Bureau Tipographique , par rapport à
la Théorie à la Pratique. Le dernier renferme
desprincipes fur l'Ortographe. L'objet de
Auteur eft d'établir des règles plus faciles
que celles de l'ancienne Orthographe. On voit
dans toutes ces obfervations des vûes très réflechies
, & qui fuppofent de la part de l'Auteur
, bien des connoiffances , fur les matiéres
dont il traite.
Si le Journal des Sçavans m'accorde quelques
connoiffances fur les matiéres que je
traite , il n'improuve donc pas mes réflexions
fur le Bureau , par rapport à fa Théorie & à
fa Pratique.
Je n'en dis pas davantage , vous conviendrés
aifément, mon R. P. que tout ce que je
pourrois ajoûter ici feroit inutile . Je finis par
une efpece de plainte ou plûtôt d'infulte de
notre Buralifte , que les louanges dont m'a
honoré M. l'Abbé des Fontaines , ont mis
de mauvaiſe humeur. Cette plainte , qu'on
peut appeller infulte , eft à l'article 34. de fa
Lettre. Elle eft conçue en ces termes : Enfin
je
AVRIL. 1743. 705
Je puis donc avancer que M. de L. ne trouvera
que des Apologiftes fufpects , qui fans rougir
ofent mettre la pratique de fon Livre , au-deffus
des exercices du Bureau Tipographique.
C'eſt à M. l'Abbé des Fontaines à répondre
à cette lamentation ; je m'en rapporte
bien à lui là - deffus ; mes interêts font en fureté
entre fes mains , il ne rougira pas fans doute,
de préferer le Livre nouveau dont il s'agit,
à la Tipographic , & s'il fe trouve infulté
il aura fujet de fe confoler avec bien d'llluftres
Confréres. Je vous prie , mon R. P. de
lire la Lettre de M. l'Abbé de la Sérre inferée
, comme je l'ai dit , dans le Mercure de
Janvier 1942 Vous y verrés , que le Journal
des Sçavans, le Journal de Trévoux, le Journal
de Verdun M. l'Abbé Gonjet dans fa Bibliothéque
Françoife, M. l'Abbé des Fontaines, M.
l'Abbé Bignon, & le célébre M. l'Abbé Rollin,
parlent tous de ce Livre avec éloge , qu'ils le
trouvent nécéffaire au Public , & que ce Tipographe
lui-même , en fait auffi l'apologie.
J'ai l'honneur d'être avec beaucoup de refpect
, mon R. P. Votre , &c .
On réitere ici ce qui a déja été dit , que ce
Livre eft contrefait & plein defautes, L'Auteur
nereconnoît pourfon Ovvrage que lesExemplairesfignés
de fa main, quife vendent actuellement
chés Robinot l'aîné , & Ronan, Libraires , Quai
des Grands Auguftins , près la porte du Couvent
D vj
Le
706 MERCURE DE FRANCE
Les mêmes Libraires indiqueront une Maîtref
fe excellente , qui enfeigne par cette Méthode ,
à plufieurs enfans de la premiére condition.
On fçait malgré la bonté des Méthodes ,
combien il eft effentiel d'avoir des Maîtres
capables , fans quoi , on ne doit point
efperer de fuccès.
****************
D
LA
VANITE ,
O D E.
Es fruits de mon loifir je te fais un hommage ;
L. R. daigne l'accepter ;
Ton aveu me fuffit pour gagner le fuffrage
Que j'entreprens de mériter.
*
Cedent à la fimplicité ,
Tu veux dans nos Ecrits que le fard & l'enflure
Et
que le beau , le vrai , la fincere Nature
En faffent l'unique beauté.
*
Les brillantes couleurs , les pompeuſes paroles
Choquent toujours la vérité ;
Ton bon goût cherche moins ces ornemens frivoles
Que la fineffe & la clarté,
XX
De
AVRIL.
1743 707
De cès fameux exploits , de ces vertus ftoïques ,
Dont vous rempliffez l'Univers ,
Mortels , quel eſt le but ? Tous ces faits héroïques
Ne font-ils point d'heureux travers à
Vos propres interêts fur de fauifes maximes
Ne vous font-ils jamais mouvoir
Et quand vous agiflez , vos coeurs toujours fublimes
Suivent- ils la loi du devoir ?
*
De tous nos mouvemens l'amour & la juſtice
Doivent fen's regler les refforts ;
L'un , fans indifference ordonne qu'on agiffe ,
Et l'autre , fans aucuns remords.
*
L'amour , quand on agit , feconde la Nature ;
Et nourrit fes heureux penchans ;
L'Equité les foumet aux loix de la droiture ,
Pour nous les rendre plus touchans.
*
Déchirons maintenant ces voiles refpectables
Qui vous.font aimer des Mortels ,
Et voyons fi vos coeurs génereux , équitables ,
Méritent encor nos Autels,
*
Mai
708 MERCURE DE FRANCE
Mais que vois -je ? grands Dieux , quel ſpectacle
funefte !
L'or fe change en un vil métal ;
Le Ciel perd fon azur , la nuit ſeule nous reste ,
Après cet examen fatal !
*
Malheureux ! cet éclat & ces dehors aimables ,
Dont le monde étoit enchanté ,
N'offrent donc à mes yeux que des preuves cottpables
De votre aveugle vanité.
*
Vos vertus étoient donc de fécrets ftratagême ,
Pour mieux cacher vos paffions ;
Et vous recherchiez moins les hommes que vousmêmes
,
Dans vos brillantes actions.
*
Ce caractére heureux , cette humeur magnifique ;
Ces fentimens religieux ,
Sont donc réellement un voile chimérique ,
Qui vous déroboit à nos yeux.
*
Le plaifir de paffer pour une autre Lucrece ,
Pouvoit donc feul calmer les fens
De cette jeune Iris , dont la fiére fagefle
Recevoit nos plus purs encens,
EL
4
A VRIL. 1743 709
Et toi , que les leçons des Sages du Portique
Ont infecté de leurs travers ,
Philofophe impofteur , dont l'ame fanatique
Voudroit réformer l'Univers.
*
En fuyant les honneurs , les plaifirs , les richeffes,
Quel eft le but de ta fierté ?
Prétens-tu l'affranchir des humaines foibleffes ,
Pour trouver la félicité ?
*
Non , dans tous fes projets ton coeur toujours fri
vole ,
Ne tend qu'à l'immortalité ,
Et tu veux feulement embellir une Idole ,
Qui plaiſe à la poſtérité.
*
Qu'on ne me parle plus de ces fameux Monarques ,
Que l'Hiftoire ofe nous vanter ;
Je ne vois dans leurs faits que
de folides
marques
D'un orgueil qu'on doit déteſter.
*
Si leur main libérale au fein de la miſére ;
Seme l'abondance & la paix ,
Notre reconnoiffance eft le Dieu tutelaire,
Qui feul nous répand ſes bienfaits .
Allez
710 MERCURE DE FRANCE
Allez , fuperbes Rois , dans les champs de Bellonne ,
Courez affronter les hazards ;
Que l'Univers entier à mes yeux vous couronne ,
Et vous place à côté de Mars .
*
Que vos fublimes coeurs fignalent leur clémence
Sur de célebres Criminels ,
Et que de fes faveurs votre magnificence
Comble ces malheureux Mortels.
*
Ces nobles actions n'ont qu'une fource impure ,
Qui les convertit en vapeurs ;
L'encens de votre fiécle & l'eftime future ,
Ont feuls droit de charmer vos coeurs.
*
'Ainfi nous ne cherchons , enyvrés de nous-mêmes,
Que notre propre volupté ,
Et ce brillant éclat qu'ont nos vertus fuprêmes ,
N'eft dû qu'à notre vanité .
*
Mais le fage méprife un encens légitime ;
On voudroit en vain le louer ;
Son efprit infenfible à la plus jufte eſtime ,
Veut toujours la défavoüer.
He
J'entens : fa vanité refuſe avec adreffe
Un
AVRIL 17431 711
Un éloge juſtement dû ,
Et ce rafinement , cette délicateffe ,
N'eft qu'un orgueil mieux entendu .
L'Abbé de Borville , de Chartres:
Le mot de l'Enigme du Mercure de Mars
eft le Nez , & celui du Logogryphe cft le
Corps.
JE
ENIGM E.
E t'offre une fille de l'Art ,
Qui doit fon être à la Nature ;
Aux agrémens de la parure
Je puis me vanter d'avoir part.
Figurément , j'habite au haut d'une montagne ,
Et rarement à la Campagne.
Exemple de frugalité ,
Un peu d'huile , un peu de farine
Contentent ma fobrieté.
Pourrois-tu , cher Lecteur , eftimer ma cuifine ?
A Ronen , par M. Gueroult de Fécamp.
LO712
MERCURE DE FRANCE
XXXXX 丸丸丸丸
LOGOGRY PHE.
JE
E fuis d'un naturel fauvage ,
Et l'ennemi juré de tout le Genre humain ;
Les noirs foucis font peints fur mon vifage ;
Jamais pour moi Clotos ne file un jour ferein .
Tout me chagrine , tout m'irrite ;
Je fuis toute focieté ;
Ainfi , caché comme un Hermite ,
Mon féjour est l'obſcurité.
Si tu ne peux , Lecteur , à ces traits me connoître ,
Voici des fignes plus certains .
Je fuis de tout Pays , j'ai des pieds, j'ai des mains ;
Dix lettres compofent mon être ;
J'offre, à qui les combine , une des doctes Soeurs ;
Le plus joli des mois ; la plus belle des fleurs ;
Le Dieu des bois ; ce qu'aux grands jours de Fête
Un Prélat porte fur la tête ;
L'Arbriffeau que chérit la Mere des Amours ;
Petit Oifeau mignon , fort commun de nos jours ;
Un Juge de l'Empire , où regnent les ténebres ;
Un Fleuve fort connu ; deux Villes fort célebres ;
Un compofé des préfens de Cérès ;
Un Métal , qui toujours eut de puiffans attraits ;
Le Pere infortuné du raviffeur d'Helene ;
Le Dieu qui préfide aux combats ;
Enfie
AVRIL. 1743 713
Enfin , Lecteur , une inhumaine ,
A qui tu n'échaperas pas.
Par M. l'Abbé H *** ¸ de Tours.

NOUVELLES LITTERAI RES
DES BEAUX - ARTS , & c.
HISTOIRE GENERALE des Céréa
monies , Moeurs & Coûtumes Religieufes
de tous les Peuples du Monde , répréfentées
en 243. figures , deffinées de la
main de Bernard Picard , avec des explications
Hiftoriques & Critiques , par M. l'Abbé
Bannier , de l'Académie Royale des Infcriptions
& Belles-Lettres , & par M. l'Abbé
le Mafcrier. Tome VII. contenant les Cérémonies
Religieufes des Américains & des
Africains , in -folio de 427. pages, y compris
la Table des Matiéres. A Paris , chés Rollin ,
fils , Quai des Auguftins , 1741 .
> OBSERVATIONS DE CHIRURGIE ,fur la
Nature & le Traitement des Playes , par M.
Chirac , Premier Médecin du Roi , & fur la
Suppuration des Parties molles , par M. Fizes
, Profeffeur en Médecine de Montpellier,
traduites du Latin en François par M.....
Médecin
14 MERCURE DE FRANCE
Médecin. A Paris , chés Heriffant , ruë faint
Jacques , à S. Paul & à S. Hilaire , 1742 .
in- 8°.
ENTRETIENS fur la Religion , où l'on établit
les fondemens de la Religion révelée ,
contre les Athées & les Déïftes. Par le R. P.
Du Tertre , Jéfuite. Trois volumes in - 12.
A Paris , chés Durand , Libraire , ruë faint
Jacques , au Griffon . Ce Livre fe vend encore
chés Cloufier , David , l'aîné , ruë faint
Jacques , & Damonneville , Quai des Auguftins
, 1743 .
La Harangue Latine du R. P. du Baudory,
prononcée au College de LOUIS LE GRAND
fur les fecours mutuels que fe prêtent Paris &
les Provinces , annoncée dans le Mercure de
Decembre , premier volume , page 2750..
fe vend chés Thibouft , Libraire , Place de
Cambrai.
Il paroît une Brochure au fujet des Sels
effentiels , de M. le Comte de la Garaye ; c'eſt
un ami qui écrit à un de fes amis ; il lui fait
part de fes réflexions fur- un Mémoire qu'a
donné M. Geoffroy , fur ces mêmes Sels.
L'Auteur de cet Ecrit n'a rien épargné pour
le rendre intéreffant ; il y rapporte les orerations
que l'on fait par cette Méthode , &
les
AVRIL 1743. 719
les effets admirables que ces nouveaux Remedes
produifent : on y voit une petite Differtation
de M. Groſſe , qui a examiné ces
Sels . On y a joint auffi les Lettres de plufieurs
Médecins de la Faculté de Paris , &
une de M. le Comte de la Garaye, qui expofe
la maniére dont il a trouvé le fecret de tirer
le Sel des Plantes & de tous les Métaux ,
fans feu , par un Diffolvant univerfel . Le parallele
que l'on fait du Sel de Quinquina avec
le Quinquina en fubftance , prouve affés
combien cette découverte eft précieufe à la
Médecine , & l'obligation que l'on a à M.
le Comte de la Garaye , de l'avoir donnée
au Public. Cette Brochure fe vend chés
Denis Mouchet , Grand'Sale du Palais , à la
Juftice.
ELEMENS DE GEOGRAPHIE , par M. de
Maupertuis. Nouvelle Edition . A Paris , chés
G. Martin , J. B. Coignard , & H. L. Guerin.
Volume in- 8 ° . de 108. pages , fans compter
la Préface de 24.
BIBLIOTHEQUE FRANÇOISE , ou Hiftoire
de la Littérature Françoife , & c. Par M. l'Abbé
Goujet , Chanoine de S. Jacques de l'Hôpital.
Tome VI. Vol. in- 8 °. de 443. pages
. A Paris , rue S. Jacques , ches Pierre-
Jean Mariette , aux Colomnes d'Hercule, &
Hyppolito
16 MERCURE DE FRANCE
Hyppolite- Louis Guerin , à S. Thomas d'A
quin , M. DCC . XLII .
Dans ce nouveau Volume de la Bibliothéque
Françoiſe , l'Auteur continuë de rendre
compte des Traductions Françoifes des anciens
Poëtes Latins , Profanes & Eccléfiaftiques
, entrant toujours dans un détail curieux
& inftructif. Il commence par Ovide &
finit à Boece , qu'on peut fort bien comp
ter parmi les Poëtes , nonobftant fa qualité
de Premier Miniftre d'Etat fous Théodoric ,
Roi des Goths , & quoiqu'il n'ait fait que les
Vers qui font inferés dans fes V. Livres de la
Confolation de la Philofophie , qu'il compofa
dans fa priſon.
Notre vertueux Bibliothéquaire , toujours
attentif à la pureté des moeurs , & à dire par
tout l'exacte verité , a fait un Article curieux
& édifiant du fameux Petrone , confideré
comme Poëte. Cet Article remplit parfaitement
bien le XVII. Chapitre du Livre, & les
honnêtes Gens ne manqueront pas d'en profiter.
Voici en particulier le fentiment de M.
L. Goujet à l'égard du principal Ouvrage Poëtique
de Petrone, ou du Poëme fur la Guerre
Civile entre Céfar & Pompée.
» Je crois , dit- il , que vous ferez bien de
" ne point faire attention à la double Tra-
» duction , publiée par l'Abbé de Marolles ,
» l'une en Profe & l'autre en Vers , & de ne
22 Vous
AVRIL 1743 .
717
» vous attacher qu'à celle qui nous vient de
» M. le Préfident Bouhier , & qui eft géne-
» ralement eftimée . Elle eft en Vers François,
» & l'on y reconnoît toute la délicateffe de
la plume de cet illuftre Magiftrat , auffi
» bien que l'élevation du génie de Pétrone
» car d'ailleurs , felon la remarque du céle-
» bre Traducteur Pref. de la Troad , il ne
» faut point chercher dans cette Piéce de
» Pétrone la régularité des Poëmes Epi-
" ques , &c.
DICTIONNAIRE MILITAIRE , ou Recueil
Alphabétique de tous les termes propres à
l'Art de la Guerre . On y a joint l'explication
des Travaux qui fervent à l'attaque & à la
défenfe des Places , & des détails hiſtoriques
fur l'origine & la nature des differentes efpeces
, tant d'Officès Militaires anciens & modernes
, que des Armes qui ont été en ufage
dans les differens tems de la Monarchie . Dédié
a S. A. M. le Prince de Turenne , Colonel
General de la Cavalerie Françoife &
Etrangere. Volume in 12. prix so . fols. A
Paris , chés David, fils , Quai des Auguftins ,
du côté du Pont S. Michel , au S. Eſprit
M. D C C. XLIII.
1
TARIF du Toifé fuperficiel & folide ;
où l'on trouve les Calculs tout faits , avec la
maniére
18 MERCURE DE FRANCE
maniere de toifer les Bâtimens , felon les Us
& Coûtumes de Paris , avec le Toifé du Boutavant
, & une autre Méthode facile pour
trouver le montant du prix des Ouvrages.
Par Mathias Mefange , Garde de la Bibliothéque
de l'Abbaye Royale de S. Germain
des Prez , Vol. in- 8 ° . d'environ 650. pag.
à Paris , chés Jombert , Libraire , rue Gift- le-
Coeur , à l'Image Notre-Dame.
و dans
Il n'y a point d'addition à faire
cet Ouvrage comme dans les Comptes
faits par Barrême ; on trouve tout
d'un coup le produit dont on a befoin
pourvu que cela n'excede pas 20, pieds fur
72. à quoi on s'eft reftraint pour rendre ce
Livre portatif: mais on a fuppléé à cela par
une Méthode courte & aifée , placée à la fin
des calculs .
Le même Auteur promet dans le courant
de l'année un Tarif général des Bois de Charpente
, où toutes fortes de longueurs font
réduites en piéces , fuivant leur groffeur ,
depuis deux pouces jufqu'à quarante cinq ,
avec un Dictionnaire contenant l'explication
des termes de la Charpenterie.
LES COUTUMES DU DUCHI ' DU BOURGOGNE
, avec les anciennes Coûtumes , tant
Générales que Locales de la même Province ,
non encore imprimées , & les obfervations
des
AVRIL. 1743. 719
و
de M. Bouhier , Préfident à Mortier Honoraire
au Parlement de Bourgogne & de
l'Académie Françoife . Tom. 1. in folio , à
Dijon , chés Arnaud - Jean - Baptifte Augé
1742. & fe vend à Paris , au Palais chés
Paulus du Mefnil.
Les obfervations dont cette Edition eft enrichie
, n'intéreffent pas moins toutes les autres
Coûtumes , que celle du Duché de Bourgogne
, car outre qu'on y montre que le
Droit Romain eft la Loi primordiale & fonciere
de tout le Royaume , fans en excepter
les Pays , qu'on appelle Coûtumiers , l'Auteur
y propoſe une Méthode nouvelle , &
facile pour décider les Queftions épineufes ,
concernant la réalité , & la perfonalité des
Coûtumes.
Il y a joint les anciennes Coûtumes générales
& locales de fa Province , qui n'a
voient jamais été imprimées , & qui peuvent
répandre un grand jour fur les nouvelles.
On trouve de plus à la tête de cet Ouvrage
une Hittoire curieufe des Commentareurs
dela Lei Municipale de Bourgogne ,
laquelle Hiftoire eft beaucoup plus ample
& plus exacte , que celle qu'avoit donnée
l'Auteur en l'année 1717.
David , l'aîné , Libraire , ruë S. Jacques ;
E
720 MERCURE DE FRANCE
à la Plume d'or , vient d'imprimer & débite
actuellement :
LES FABLES DE LA FONTAINE , petite forme
in- 12 . Nouvelle Edition , recommandable
par l'exactitude autant que par la beauté des
caractéres & du papier.
HISTOIRE de Rienzi , Tribun du Peuple
Romain , in - 12.
THEORIE de la Figure de la Terre , in- 8°.
par M. Clairaux, de l'Académie des Sciences.
ENTRETIENS , fur la Religion contre les
'Athées & les Déiftes , in- 12 . 3. volumes.
Le même Libraire vient de recevoir du
Pays Etranger les Livres fuivans .
S. GRAVESANDE Phyfices Elementa Mathematica
, in- 4°. 2. vol. Editio nova.
JOANNIS BERNOULLI Opera Mathematica
, in-4°. 4. volumes.
DAN. BERNULLI Hidrodinamica , in-4° .
MUSSEM BROCK Experimentorum Tentamina
, in-4° .
PAPPI Mathematica Opera , in- folio.
FERMAT Opera Mathematica , in-folio ..
ARCHIMEDIS Monumenta Mathematica ;
in-folio.
ASTRUC Tractatus Therapeuticus , in 8º .
opus novum.
BOERHAAVE Pralectiones cum Commenta
rio Halleri , in- 8°. 3. volumes.
VAUSUIETEN Comment, in Aphorifmos
Boerhaave, in 4°.
HEIS
AVRIL $7437 721
HEISTER Inftitutiones Chirurgica , in -4°.
2. volumes.
BAGLIVI
BALLONII
MORTON
SIDEN HAM
BELLINI
Opera Medica
• BONETI Sepulchretum Anatomicum , in - fo-
, 3. volumes.
tio , 3 .
POLIALTHES , in- folio , 3. volumes.
MEDICINA Septentrionalis , in -folio , 27
volumes.
FALLERI Pharmacopeia , in- 8º.
LANCISII Opera omnia.
ELEMENS du Pilotage , in- 8 °.
PRATIQUE du Pilotage , in 8 °.
Et plufieurs autres , tant de Médecine que
de Phyfique, Hiftoire Naturelle & Mathéma
tiques , & auffi plufieurs Livres Italiens.
Il a parû à Paris trois Editions de la Tra
gédie de Mahomet , toutes très défectueufes
& faites fur des Manufcrits infidéles ; le véritable
Ouvrage s'imprime actuellement à
Londres & à Amfterdam.
Il paroît depuis peu une Edition in - 16. des
Ouvrages de M. de Voltaire ; elle eft de Geneve;
c'eft la plus complette de toutes celles qui
ont parû jufqu'à préfent; il feroit à fouhaiter
qu'elle fût plus correcte.
E ij INS722
MERCURE DE FRANCE
INSTITUTIONS MILITAIRES de Vegece ,
I. Volume in- 12. de 260. pages , fans la Préface
, & les Remarques fur la Traduction .
A Paris chés Prault le Pere , Quai des Gêvres
, au Paradis . , 1743...
Cet Ouvrage eſt un Abbregé de la Milice
Romaine traitée dogmatiquement. L'Auteur,
dont le but étoit de faire retablir l'ancienne
difcipline , l'adreffa à l'Empereur Valenti
nien, le Jeune , vers la fin du quatriéme fiécle ,
c'cft - à- dire , dans un tems où les Romains
avoient entierement perdu cette difcipline ,
& étoient fur le point de perdre tout le refte .
Comme il ne propofoit que le bien public
il ne fut point écouté. On fe contenta de lire
fon Livre , & de lui facrifier tous les aneiens
Auteurs militaires dont il étoit l'Extrait.
C'est par là qu'un grand nombre d'excellens
Livres fur la guerre ne font point parvenus
jufqu'à nous.
Il paroît par la Préface du Traducteur , que
c'eft malgré lui que Vegece paroît en François
fans les obfervations dont il avoit befoin
pour être plus utile , & que la Traduction
n'étoit faite que pour le Commentaire,
Vegece eft divifé en cinq Livres . Dans le
premier il traite de l'âge , de la taille , des,
qualités propres à la Milice , des profeffions
qu'on y doit admettre ou refufer , &c . Les prin-,
cipes fur le choix des foldats , quoique contraires
AVRIL. 1743. 723
le
traires à nos ufages , meritent d'être pefés
par ceux qui gouvernent . On y voit enſuite
avec plaifir l'efprit des anciens Romains , la
feverité de leur difcipline , leur goût pour
le
travail , leur paffion pour les exercices ,
cás qu'ils en faifoient , les avantages qu'ils en
retiroient. Dans tout ce qu'il dit des exercices
du pieu ', du fault , de la courſe , de la
crage, du javelot , des fleches, de l'ufage militaire
de porter des fardeaux & c. on reconnoît
des verités que les modernes ont befoin
de méditer.
L'Auteur avoit commencé par prouvet
que c'étoit la fuperiorité feule de la difcipline
, qui avoit fait triompher les Romains de
toute la Terre. Il finit , en difant aux Romains
de fon tems que les terres qui ont produit
leurs peres font les mêmes , & qu'elles produiroient
encore les mêmes hommes , Gi'on
vouloit faire revivre l'ancienne police militaire.
Ce Livre eft peut- être celui qui plaira
le plus au lecteur Philofophe.
Dans le fecond Livre , Vegecé parle de la
Legion , des armes , des genres de foldats ,
des rangs , des promotions , des differentes
dignités militaires , des Enfeignes , des inftrumens
de guerre &c. Tantôt il remonte
à l'ancienne Milice , tantôt il expofe les
ufages de fon tems . Malgré l'attention du
Traducteur à jetter. du jour.fur fon Original
, on regrette fon Commentaire.
724 MERCURE DE FRANCE
fr
Le troifiéme Livre traite des grandes parties
de la guerre , des marches , des paffages
de rivieres , des campemens , des batailles
des retraites , de la tactique &c. La Preface
* eft noble & fimple , & tout le Livre contient
des chofesftrès intereflantes . On n'eft faché
que de les voir trop abbregées . L'Auteur
finit par une fuite de maximes de guerre ?
qui font vraies pour tous les Pays & pour tous
les fiécles. Objectera- on qu'elles font génerales
? Vegece ne fait qu'un Abbregé.
Le quatrième Livre roule fur l'attaque &
la défenfe des Places. Il eft vrai que de ce
côté-là la guerre a bien changé. Mais au moins
il eft curieux de voir ces machines anciennes
, & ces travaux immenfes , que d'autres
machines & un art plus fimple , quoique
moins fçavant , ont fait difparoître.
Le cinquième Livre n'eft qu'un petit Su
plément fur la Marine des Romains , qui
avoient battu autrefois les Carthaginois fans
être marins, & qui du tems de Vegece avoient
abfolument abandonné la Mer. Auffi paffe - t'il
fort legerement fur cette partie.
Il eft certain que prefque tous ceux qui
ont écrit fur la guerre depuis Vegece l'ont
cité ou l'ont copié , & le Public ne peut que
bien recevoir la Traduction d'un Auteur illuftre
qui nous manquoit.
* Chaque Livre eft précedé d'une petite Préface oss
Difcours à l'Empereur.
L
AVRIL. *1743 . 725
L'Ouvrage de Vegece , au refte , eft traduit
de façon qu'il femble être moins ici une
Traduction qu'un Original . I eft accompagné
d'une Epitre dédicatoire à M.le Duc de
Châtillon , Gouverneur de Monfeigneur le
Dauphin,& d'une Préface que lesConnoiffeurs
ont eftimée.On n'a rien oublié du côté de l'impreffion
pour diftinguer ce Livre des Editions
ordinaires,c'eſt le même foin, & la même propreté
de la nouvelle Edition des Fables de la
Fontaine ,qui vient de fortir de la même preffe .
LISTE de Meffieurs les Chevaliers Com
mandeurs & Officiers de l'Ordre Royal ,
Militaire & Hofpitalier de Notre- Dame du
Mont- Carmel , & de S. Lazare de Jérufalem
, fuivant l'année de leur Promotion . Brachure
in-4° . de 18 pages. A Paris chés la Venve
de la Tour , Imprimeur de l'Ordre , ruë de
la Harpe , aux trois Rois , 1743 .
On profite de cette occafion pour dire
que dans le Mercure de Novembre dernier
page 2416. on a inferé un Avertiffement par
lequel on a indiqué M. de Lorme , Chevalier
Commandeur , & Tréforier Géneral de
cet Ordre &c . à qui il falloit envoyer les
Mémoires & Notes &c. Or M. de Lorme
étant décédé , la Lifte nouvelle apprend qu'il
faut deformais envoyer tout ce qu'on aura à
communiquer,à M.Dorat de Chameulles, Se-
E iij cré726
MERCURE DE FRANCE
cretaire Gén.de l'Ordre , rue du Roi de Sicile

CALENDRIER DU MONDE , où l'on donne
une Méthode très aifée de trouver à chaque
année depuis 1741. jufqu'à l'an 2244. de
JESUS - CHRIST , tout l'ordre des tems , avec
la plus grande exactitude pour les Royaumes ,'
& les Peuples qui ont reçû la Reformation
Grégorienne : & de trouver même pour chaque
mois , dans un fi long efpace de tems ,
les Nouvelles Lunes , & leurs Phaſes , auffi
exactement qu'il eft néceffaire pour les ufages
de la vie Civile , par le R.P. de REBEQUE, de
la Compagnie de JESUS. Vol. in -4° . de 68.
pages. A Aire chés Boubert de Corbeville ,
Libraire. Prix vingt- cinq fols , & vingt fols
feulement pour les Libraires.
On diftribuë en même- tems un petit Imprimé
concernant l'ufage & l'utilité de ce
nouveau Calendrier » qui fera très bon, fur-
» tout pour les Miffionnaires qui confacrent
» leur vie au Miniftére Apoftolique chés les
» Nations étrangeres , & pour les Voyageurs,
qui font durant plufieurs années des cour-
» fes dans les differentes parties du Monde.
>>
>>
> » Il fera encore très utile pour tous ceux
» qui s'en étant très aifément rendu la prati-
» que familiere , n'auront pendant toute leur
» vie befoin d'autre Calendrier que de ce-
» lui- ci , pour connoître tout l'ordre des
tems
AVRIL 1743. 727
" tems , & ils auront encore la fatisfaction.
» de le laiffer à leurs arriéres Neveux
» pour s'en fervir jufqu'à la vingtiéme gene-
>> ration .
"
On avertit le Public qu'on vend depuispeu
, à Paris chés Huart l'aîné , Libraire
rue S. Jacques , à la Juſtice ; Chaubert| Inprimeur-
Libraire , Quai des Augultins Morel
, Marchand Libraire , grande Sale du Palais
, au grand Cyrus , & Lemaire , Fils , Ingenieur
du Roi pour les Inftrumens de Ma
thematiques , Quai.des Morfondas , un Calendrier
perpetuel , gravé avec Privilege du
Roi , qui eft d'une fort ingénieuſe invention,
d'un ufage commode & fimple , & extrê
mement utile à tous ceux qui nefe contentent
pas feulement des Dattes préfentes & àlvenir,
mais qui ont befoin de verifier , ou de con--
noître les Dattes anciennes , car il remonte
juſqu'à la premiere année de l'Ere Chré--
tienne. On y a joint l'explication & las ma--
niére de s'en fervir utilement pour tout le
tems , foit avant , foit depuis la Reforma--
tion Grégorienne de l'an 1582. & on peut :
dire que fl'Ouvrage en lui-même paroît extrémement
compofe , il fe réduit enfuite a
quelque chofe de fi fimple dans l'operation ,
qu'il eft à la portée de tout le monde en gé
neral , & d'une intelligence fort aifée.. Lee
prix eft de trois livres , fans bordure..
Ev SEANCE
:
1
7
728 MERCURE DE FRANCE
SEANCE PUBLIQUE de l'Académie
de la Rochelle. Extrait d'une Lettre
écrite à M. de la R. le 2. Fevrier 1743.
'Académie Royale des Belles-Lettres de la
Rochelle tint la derniere Affemblée publique
le 12. Decembre dernier. M. l'Abbé *** , Directeux
, ouvrit la Séance par la lecture d'un Difcours
fur les Bienféances , trop néceflaires , dit - il , au
commerce de la vie pour n'être pas pratiquées, mais
fi peu pratiquées , qu'on feroit prefque tenté de ne
les pas croire néceffaires . L'Auteur commence ainfi.
99
Il eft beau , fans doute , Meffieurs , de voir
» l'homme rentrer en lui-même , étudier & développer
fon propre coeur , y déraciner les vices &
y cultiver les vertus ; mais n'eft- ce pas un spectacle
auffi beau , & peut-être plus rare , de voir
» ce même homme , né pour la focieté , fortir ,
pour ainfi-dire , hors de lui-même, étudier , examiner
ce qu'exigent de lui , avec raiſon, les hom-
» mes , les âges , les tems , les lieux , les fituations,
» en un mot les bienféances : &c.
L'Académicien entra enfuite dans fon fujet , dévéloppa
la nature des bienséances , en donna des
notions claires , quoiqu'abftraites , & qui s'élevent
prefque jufqu'à la hauteur de la Métaphyfique . Il fe
rabaiſla neanmoins bientôt après , & continua ainfi,
»Ces bienséances infinies en nombre , dont quel-
»ques-unes font indépendantes des circonstances ,
parce qu'elles font fondées fur des devoirs invaria
» bles , en dépendent pour la plus grande partie.
L'âge , les moeurs , les perfonnes , les lieux , les
» tems varient , & avec eux les bienséances ; quoique
ce jufte diſcernement & cette exacte régula-
" rité à fuivre ces differences , ne foit pas la partie
23
Ja la
AVRIL 1743. 729
13
" y
la plus effentielle du mérite , parce qu'il peut
avoir des gens , excellens d'ailleurs qui
» les négligent , on ne peut nier cependant que ce
n'en foit une partie prefque néceffaire. Elle an-
» nonce le mérite , elle l'orne , elle le rend aima-
» ble , elle eft comme le Héraut qui marche devant
» lui. Platon l'appelle l'ornement de tout ce qui eft
» bien , & Socrate la regarde comme la baze qui
» releve & fupporte la vertu , &c.
"3
>
n
pas
La politeffe ne doit être confondue avec les
bienséances ; fi elles ont entre elles quelque rapport
, dit l'Auteur elles ont des differences bien
fenfibles. La politeffe ne fait qu'une partie des
bienféances , & peut-être la partie la plus com-
» mune. Il eft donné à tout homme ordinaire de
»pouvoir être poli ; les bienféances femblent de-
» mander des talens plus étendus. La Nation Fran-
»çoife paroît être née avec des difpofitions heureufes
pour les remplir . Elle a dans les manieres
» cette vivacité fine , cette dexterité aimable , qui
» leur donne beaucoup d'éclat , & cette nobleile
qui les foutient dignement. Heureufe fielle ne
faiffoit pas entrevoir quelquefois des ombres de legereté , &c.

M.
Le P. Valois , de la Compagnie de Jéfus , lut enfuite
un Difcours fur la néceſſité de ſe borner à fon
génie . Il entreprit de faire voir que l'intérêt géneral
de la Littérature, & l'interêt perfonnel de ceux
qui fe confacrent aux travaux Littéraires , exigent
également qu'ils s'étudient à travailler de génie.
39
La République des Lettres ,dit le P.Valois ,a dans
fon fein affés d'Auteurs pour remplir le monde de
lumieres non empruntées , s'ils s'étudioient tous
à faire valoir leurs talens , chacun felon la melure
de ſon eſprit , plus ou moins étendu. Les premie
rs d'entre aux contribueroient abondamment,
E v 33 &
730 MERCURE DE FRANCE
ور
32
95
& les médiocres fuffifamment à la gloire de l'invention
. Renfermés dans leurs bornes , les grands
Fleuves & les petits Ruiffeaux concourent avec
proportion à groffir l'Ocean. En travaillant de
leur propre fond , tant d'Ecrivains qui fe confument
de veilles pour ne fervir que d'échos inutiles
, préfenteroient fans ceffe une diverfité de
» nouvelles productions , qui feroient la richefle &
», l'ornement des Lettres; affujettis, comme Socrate,
>> au caractére propre , ils auroient la gloire de fer-
» vir les Mufes avec le même fuccès , qu'il fervit les
» moeurs .... Ces Recueils de Piéces de fantaisies,
» demi productions qui inondent le Public , & qui
» n'ont droit de paroître que fous le nom d'Oeuvres
mêlées , cès mêlanges informes de morceaux mal
>> affortis , ne font-ils pas le fruit de la bizarrerie
» d'un Auteur , qui fe laffe bien - tôt d'un mêmé
genre de travail ; qui - abandonne le talent perfonnel
, pour courir fucceffivement après ceux qu'il
admire dans les autres ?
25
Dans la feconde Partie le P. Valois promit les
plus grands fuccès aux Auteurs fidéles à leur génie ,
& annonça de honteufes chûtes à ceux qui fe jettent
dans des routes que la nature ne leur a pas frayées.
Tant que Corneille ne fe perd pas de vûë , il
» s'empare de tout l'honneur de la fcéne tragique
>> ancienne & moderne ; mais entreprend - il d'expo-
»fer le ridicule dans des repréfentations comiques?
» Il perd au déguiſement .... Le Menteur , qui de
»fon tems eût pû illuftrer un Auteur médiocre , répand
un nuage fur la réputation de l'Auteur de
Rodogune. Ce n'eft plus le même homme ; loin
»de la Nature , il ne peut la faifir , & il ſe voit forcé
de quitter dans fon dépit un mafque qui couvre
fa gloire , &c .
3)
"
L'Auteur , après avoir folidement prouvé la ma
xime
A VR IL.
730 1743
כ
ל כ
xime de fe tenir refferré dans la fphére de fon génie
, finit en mettant une exception à la regle géne
rale. » Je ne l'ignore pas , dit- il ; il eft des ames
» privilegiées à qui la Nature a confié plufieurs
grands talens. Il femble qu'elle fe foit appliquée
» à les réunir tous en deux hommes illuftres . Celui
» ci a pris la houlette , chauffé le brodequin , excellé
» dans la Profe , & manié le compas avec une
égale facilité. Chargé de gloire & d'années , il eſt
» encore comme l'ame de tous les Corps Littérai
res qui fe l'affocierent à l'envi dès les premieres
années . Celui-là , que le Parnaffe François ne re
grette pas moins que l'Eglife , s'eft diftingué dans
l'Epopée ; il a tenu en fa main la clef des Ecritures ,
» dévoilé les fecrets de la Phyfique , fervi d'organe
aux Oracles de la Religion , raffemblé dans ſa mémoire
tous les Faits hiftoriques & fabuleux , fair
» pâlir l'erreur & le vice ; Orateur célebre , Docteur
» confommé , Philofophe profond , & c.
"
M. le Sécretaire perpetuel fit la lecture d'une
Differtation fur la Langue Allemande , laquelle a
été envoyée à l'Académie par M. de Tercier , fon
Affocié. L'Académicien s'éleva d'abord contre le
préjugé commun , peu favorable à la connoiffance.
des Langues. OOan rreeggaarrddee ,, ddiitt--iill,, ordinairement
» ceux qui s'y appliquent , comme des efprits bor-
» nés , qui ne pouvant pénétrer le fond des chofes ,
» s'arrêtent à la fuperficie, contents d'arranger, fou-
» vent par habitude , des mots dont ils ne sçauroient
faire un autre ufage ...... Il fir voir enfuite
que l'étude des Langues ne fe borne pas à la feule
»connoiffance des regles grammaticales , qu'el .
» le doit approfondir la fignification précife de cha .
» que mor , l'idée qu'il renferme , celles auxquellesil
peut fe joindre pour donner plus de force , plus
» de nobleffe & plus de clarté aux penſées ... mais
» се
732 MERCURE DE FRANCE
» ce qui n'eft pas moins important , fi les mots ex.
» priment nos penſées , ils expriment auffi nos ufa
"
"
ges ou ceux de nos ancêtres , & c'eft de la con-
» noiffance de ces ufages que l'on peut tirer de
grandes lumieres pour l'intelligence des Loix , des
» Coûtumes , des Faits Hiftoriques , principalement
» fur l'origine des Nations que la diftance des tems &
l'ignorance ont couverts du voile le plus épais.…..
Le but de cette Differtation eft de prouver que de
toutes les Langues de l'Europe la Langue Allemande
eft incontestablement la plus ancienne , qu'elle
s'eft confervée avec le moins d'altération , & que
la plupart des Langues vivantes de l'Europe lui
doivent ou leur origine ou une partie de leur
idiome .
» Sans entrer , poutfuivit il , dans l'examen de l'o-
»rigine des Peuples qui habitent l'Allemagne , de
quelPays ils font venus ,en quel tems ils s'y font éta-
»blis , difcuffions qui ne font que jetter de la confu-
»fion dans l'Hiftoire, puiſqu'on n'a aucunMonument
»fur lequel on puiffe s'appuyer.... L'Auteur s'arrêta
au tems où les Romains ont commencé à pénetrer
dans les Gaules & enfuite dans l'Allemagne... » Les
Romains, dit - il, nommoient Gerinains les Habitans
de tourle Pays au -delà du Rhin; ce nom étoit mê-
» me nouveau du tems de Tacite , qui ignoroit le
» véritable , lequel eft un des Monumens des plus
» inconteftables de l'Antiquité de leur Langue ; ils
לכ
fe nomment Teutſches , & c'eſt dans ce nom - lå
» qu'on trouve leur culte le plus ancien . Tacite dir
qu'ils célebroient dans leurs Vers Tuifton , Dieu
de la Terre , & ſon fils Mannus. Quelques Auteurs
font ce Tuifton petit - fils de Japhet , & même fils
»de Noé. D'autres , plus réservés , prétendent que
Tuifton eft le même que Mercure , adoré par les
»Egyptiens fous le nom de Tot , & par les Phénin
n
»ciens,
AVRIL 1743 733
>> ciens , les Carthaginois & la Colonie de Cartage-
» ne , en Espagne , fous le nom de Teutates. Quel
» que foit le Dieu des Allemans , il eſt certain qu'ils
>> en confervent encore aujourd'hui le nom. Les
» Planettes ayant été le premier objet du culte des
» Idolâtres , les Allemans nous le rappellent encore
» aujourd'hui , par les noms qu'ils donnent aux trois
"premiers jours de la femaine , Le Dimanche eſt
le jour du Soleil , Sontag ; le Lundi , jour de la
» Lune , Montag , & le Mardi , que l'on nomme
"préfentement par corruption Dienstag , jour de
» fervice , n'a point été alteré dans la Langue Angloife
& eft nommé Twiftag , ou jour de Tuifton ;
» d'où l'on peut conjecturer que Tuifton eft le mê-
»me que Mars , Divinité principalement réverée
par des Peuples barbares , qui ne connoiffoient
que la violence & les armes.
n
X
M. de Tercier paffa à d'autres Faits , qui en établiffant
l'ancienneté de la Langue des Allemans
prefque confondue avec l'ancienneté de leur culte ,
prouvent toujours qu'elle s'eft confervée jufqu'à nos
jours , fans aucun changement trop fenfible .
Ce qu'il dit enfuite pour faire voir que la Langue
Allemande a été adoptée par la plus grande partię
des Nations de l'Europe , eft plein de fçavantes recherches
, qui toutes enfemble forment un corps de
preuves , auxquelles il feroit difficile de ne fe pas
rendre. Je ne rapporterai ici que ce qui regarde notre
Langue , comparée avec la Tudefque. » Nous
» avons , dit l'Académicien , dans le P. Mabillon un
» Monument bien ancien & bien précis fur la Lan-
» gue des Francs, C'est un Extrait d'un Commentaire
fur Donat de Smaragdus , Abbé de S. Michel,
» dans le Diocèle de Verdun , où il explique beau-
» coup de noms patronimiques des Goths & des
Francs , dont je ne citerai que deux qui feront ju-
30
»ger
734 MERCURE DE FRANCE
» ger du refte , ... Francorum patronimica fecun→
dum Theodifcam Linguam funt nomina HELPERIK ,
ALTRIK , & c . quorum ha funt interpretationes .
25 Helperik adjutorium potens , Altrik fenex potens.
Tous les autres noms qu'il rapporte & dont il
» donne l'explication , font précisément les mêmes
» que ceux dont on fe ferviroit actuellement en Alle
mand pour exprimer les mêmes chofes , & c
"C
Le nom de Francs vient de deux mots qui marquent
bien leur caractére , Frey , Khun , libre ,
hardi .... Les noms des Particuliers ne fervent
pas moins à confirmer ce que j'avance ; tous nos
premiers Rois ont des noms qui ont une fignifi-…
» cation marquée .... Chilperik , fignifie riche en ·
»fecours , ou puiffant en fecours ; Childerik , riche
en hommage ou en fidelité, & Charles , abbréviation
de Carel , tel qu'on le dit encore en Hollan--
» dois .... fignifie en Allemand un homme coufelon
le fentiment » rageux , de Spelman, & c.
M. Girard de Villars , Docteur en Médecine , termina
la Séance par la lecture d'un Mémoire fur -les-
Zoophites ou Animaux- Plantes . Comme ce Morceau
de Phyfique roule fur une matiere toute neuve &
très- intereffante , je le rapporterai en entier. L'Au-.
teur a le fecret de faire naître des fleurs dans un fujet
naturellement aride .
La Nature offre un immenfe Théatre aux yeuxde :
fes fçavans Obfervateurs . Là , des Acteurs nouveaux
font fans cefle introduits für la Scéne ; des Repré- :
fentations curieufes fe fuccedent les unes aux autres ,
& font durer le plaifir , qui ne vit de la nouque
veauté , & meurt fans cet aliment. Là , le Spectacletoujours
varié , nous remplit d'admiration pour
P'Etre Créateur. L'intelligence de cet Ouvrier fuprê
ne fe développe tous les jours ; admirons - la dansles
Zoophites . ou Animaux- Plantes. ~
Qa.
:
A V RIE: 1743. 73-5
On avoit crû jufqu'à préfent ques les diverfes
productions de l'Univers , rangées en differentes
claffes y étoient invariablement attachées , & réunies
dans un même genre , effentiellement féparées
par l'efpéce. On regardoit les Plantes & les Animaux
comme des Peuples nombreux , qui vivoient
entre eux fans contracter alliance , & qui fe perpétuoient
fans fe confondre.
>
Ce que l'Antiquité nous avoit appris là- deffus ;
n'étoit pour nous qu'une chimere de plus , que
nous mettions fur fon compte. Les nouvelles découvertes
femblent réalifer cette prétendue chimere.
De Sçavants Phyficiens annoncent à l'Univers
furpris l'existence d'un nouvel être , qui n'étant ni
purement fenfitif , ai purement végétal , eft placé
( fi j'ofe le dire , ) fur les limites des deux genres :
Nouveau corps mixte , qui réüniffant en foi les
qualités de deux efpéces n'eft ni entierement
femblable à la Plante , & à l'Animal , ni entiere .
ment different de l'un & de l'autre ; mais qui dáns
cette difference même conferve pour les deux un
air de reffemblance bien marqué. Je laiffe aux Sçavants
Phyficiens de notre fiecle , le foin de péne
trer dans ce myftere Phyfique , & la gloire de nous
le développer . Il feroit dangereux pour moi de me
jetter dans une route inconnue , obfcure & éclairée
à peine par les rayons d'une foible Aurore ; j'atten
drai pour y marcher que l'illuftre M. de Reaumur
fafle briller le grand jour ; comme les éclairciffe--
mens qu'il a promis ne doivent pas fitôt paroître ,
j'ai crû , Meſſieurs , devoir vous faire part de quelques
remarques Hiftoriques & Phyfiques far une:
mariere fi intéreffante .
y
Les Anciens ont donné le nom de Zoophyte , à
certains Corps organifés , qui font capables de fenfations
, & qui végetent tout à la fois ; ils en ont
fait736
MERCURE DE FRANCE
fait une troifiéme fubftance , à laquelle ils affignent
un rang entre l'Animal & la Plante .
Ariftote , Pline , Elien , & dans des rems moins
reculés , Belon , Gefner , Oléarius , Poftel , Duret ,
ont parlé de cette production équivoque ; mais il
faut avouer qu'ils ont peu approfondi le fujet ; à
peine ont- ils mefuré la furface , ils fuppofent ce
qu'ils ne prouvent pas ; ils donnent des notions
fauffes , ou très-imparfaites ; fouvent ils prennent
une Plante pour un Animal ; ils s'épuifent en vains
raiſonnemens , ne fçachant pas que lorsqu'il s'agit
de Phyfique , il faut fubftituer les obfervations aux
fubtilités de l'efprit , & les expériences à la démangeaifon
de difcourir.
Il n'étoit prefque plus queftion de Zoophytes ,
dans le Monde Littéraire , lorfqu'onfles vit renaître
en quelque maniere à l'occafion d'un Mémoire ,
adreffé à l'Académie des Sciences par un Médecin
établi aux files ; le fentiment de cet Auteur , étayé
par un trop petit nombre d'expériences , paffa pour
une nouveauté , n'ayant pas même les couleurs de
cette vraisemblance , trop ordinaire fupplément du
vrai dans les matieres de Phyfique. Le Mémoire
fut oublié & la vérité ſe perdit dans l'oubli avec lui ,
mais enfin elle a reparu quelques années après , &
de nobles efforts l'empêcheront d'être enfevelis une
feconde fois.
M. Bonet , Jurifconfulte de Genéve , ayant com.
muniqué à M. de Reaumur ce que le hazard lui
avoit préfenté au fujet des Zoophytes , ce grand Phy
ficien démêla ce qui en étoit ; fes conjectures devinrent
bien - tôt des preuves .J'ai eu le plaifir de voir
faire à Reaumur quelqu'unes de ces expériences ;
d'un autre côté les obfervations de M. Bernard de
Juffieu fur les Côtes de Normandie, nous confirment
une brillante découverte.
Le
A VRIL. 17430 737
Le mois de Septembre dernier , M. Guettard ,
Médecin de la Faculté de Paris , habile éleve d'un
grand Maître , a vérifié les nouvelles expériences
fur les Côtes de la Tranche , en l'ifle de Rhé ; j'en ai
fait quelqu'unes moi- même , dont l'Illuftre Auteur
de l'Hiftoire des Infectes a bien voulu faire mention
dans la Préface de fon fixiéme Volume . Je
voulois rendre mes yeux témoins des prodiges qui
frappoient mes oreilles , & la nature qui ne fe découvre
qu'à fes confidens , a fouffert une fois que
des mains vulgaires la dévoilaffent .
Ma curiofité s'eft principalement exercée fur les
Orties de Mer : Ariftote , Pline & plufieurs autres
Naturaliftes , copiftes les uns des autres , prétendent
qu'on ne leur a donné ce nom , que parce
qu'elles piquent , & qu'elles caufent à la main qui
les touche , la même démangeaifon , que caufe
l'Ortie de Terre ; l'expérience m'a convaincu du
contraire. Ces Orties ne font ni d'une même eſpéce
, ni d'une même couleur ; il y en a de brunes ,
de rouges , de violettes , & de vertes ; on les appelle
ici cuts-de- Mulet , Rofes de Mer & Figues de
Mer , eû égard à la difference qui fe trouve entr'elles.
Les qualités de l'Animal- Plante ſont empreintes
dans cette production marine.
Comme la Plante la Figue de Mer a une demeuze
qui paroît fixe , où elle eſt attachée par une plaque,
comme difent les Botaniſtes ( car il faut remarquer
que les productions Marines s'attachent
communément à quelque corps folide , & l'embraffent
par une espece de plaque très-polie , qui
ne jette aucune fibre ) je l'ai toujours tirée du fond
de la bouë , & arrachée des Pierres , & des Rochers
, où elle eft collée horizontalement ; comme
la Plante , elle vit quoique mutilée , elle végete
par Les morceaux coupés , quoique plus difficilement
738 MERCURE DE FRANCE
ment que l'Ortie brune , & les Roſes de Mer. J'en
ai tranché en differentes pofitions , verticales ,
horizontales , en deux , en quatre portions , j'ai
toujours vû l'Oftie Mére vivre dans les tronçons ;
j'ai vu de fes parties divifées former de nouveaux
Touts & des Orties nouvelles. Ruiſch fait mention
de cette expérience dans fa vafte Compilation ,
peut-être la tenoit- il des Pêcheurs Normands , qui
fçavent toas que des morceaux de certains Animaux
Marins , jettés dans la Mer , il s'en forme
d'autres , comme ils l'ont dit à M. de Juffieu,
J'ai voulu réunir des portions d'Orties par la Suture
, mais cette expérience n'a réuffi qu'une fois ; fi
l'expérience prouve ce que nous foupçonnons , que
l'Ortie , foit de la Claffe des nouveaux Hermaphodites
qui fe fuffisent à eux- mêmes , elle ira prefque de
pair avec la Plante .
Semblable à l'Animal , l'Ortie eft Vivipare. Elle
engloutit les aliments par une espece de Bouche
, bordée de filamens creux . pareils aux Cornes
des Limaçons , ces filamens implantés dans un
Bourlet , ou Sphincter qui eft double , ferventi
P'Animal pour faifir fa proie , & quelquefois pour
marcher.
J'ai remarqué une maniere de Tremie , que la
Figue creufe , affés femblable au Cône renversé du
formicales ; lorfqu'on pofe le doigt fur ce trou , ik
s'éleve du fond une efpéce de jet d'eau , ou petie
Torrent que la Figue feringue , &fe répandant fur
les bords qui entraîne les petits infectes ; ils y font
précipités , & y trouvent leur tombeau ; mais ce
qui démontre que l'Ortie eft Animal , eft une efpece
de bourke à jetrons que l'on découvre au milieu
du corps ; un gouffre fans flue apparente
rempli de petits coquillages , d'Araignées & de
Cancres je n'ai pu découvrir encore la fuite
des
Y^27
I
des Vifceres , & les differents conduits excrétoires ,
que Pline leur attribuë . Ainfi que l'Animal , l'Ortie
eft encore capable de fenfations ; à mesure que j'introduifois
le doigt dans le Sphincter , dont j'ai parlé
, je le fentois ferié par une force interne .
Vous voyez , Meffieurs , dans l'Ortie l'Image ,du
Zoophyte , être double , merveilleux compofé de
Plane & d'Animal , où fi j'ofe le dire , vrai , &
pur Animal , partageant avec les Plantes la qualité
de végeter , de vivre malgré l'amputation de fes
parties , de croître indépendamment de cette ampuitation
, de produire autant d'Animaux qu'on voit
de morceaux coupés , & qui en viennent , comme
de Bouture. Je joindrai à ce détail , que je dois
à mes foins une obfervation curieufe que je
trouve dans les Mémoires de Trevoux , 1701. Mai
& Juin.
"
il crut
Un particulier de la Ville de Caen , fe promenant
fur le bord de la Mer , auprès de la Delivrande
trouva une de ces merveilles naturelles ,
voir au pié d'un Rocher une fleur extraordinaire ,
n'ayant que quatre feuilles , qui formoient une
croix , leur couleur approchoit fort du rouge pâle
des Limaçons qui n'ont pas encore de coquille ,
chaque feuille avoit de longueur environ deux pou.
ces & demi ; elles aboutiffoient toutes en pointe ;
comme il voulut la tirer de l'eau & l'arracher , il
fentit que les quatre feuilles étoient fort épaiffes ,
qu'elles diminuoient cependant entre les doigts , &
les preffoient affés pour lui faire creire , qu'il tenoit
quelque chofe de fingulier ; il crut découvrir dans
ces feuilles quatre Limaçons qui fe réuniffoient.
dans un centre commun , appuyés fur une tige perpendiculaire,
de la groffeur & de la couleur des plus
gros champignons de fix à fept pouces de longueur.
La prétendue fleur ne tenoit point au fable par des
fibres ,
740 MERCURE DE FRANCE
fibres ; une espece de bouton lui fervoit de racine.
Comme la couleur commençoit à tirer fur un violet
fort noir , l'obfervateur en eut de l'horreur , &
jetta dans la Mer ce qu'il tenoit en main , horreur
mal entendue , que l'eſpoir d'une belle découverte
auroit dû changer en plaifir ; cette fleur extraordinaire
étoit inconteftablement un Zoophyte , & le
fixiéme genre d'Ortie décrit par Roudelet ; les
quatre prés de cette Orrie que notre Phyficien fuperficiel
prenoit pour des feuilles , font en fleur de
Lys bâtarde , ou feuille d'Acanthe.
>
Si l'on fuivoit l'impreffion du premier coup d'oeil
guidé par la Loupe , on prendroit d'abord pour un
Animal-Plante P'Algue ( qu'on appelle Sard à la
Rochelle ) à caufe du grand nombre d'infectes qui
femblent fortir de fa fubftance ; des obfervations
réflechies détruifent cette fauffe idée. M. Guettard ,
qui a examiné ces productions à la pointe de Coreil
m'a fait remarquer qu'elles avoient des incruftations
cellulaires , & des filaments à entonnoir de
differentes formes , dans lefquelles une infinité
d'Animaux , nommés Polypes ſe joüent ; j'ai réiteré
ces obfervations , & j'ai toujours vû ces infectes
couvrir la furface du Sard furtout lorfqu'il eft
frais mouillé , & entrer & fortir de leurs niches.
Le Sard ne paroît donc pas être un Animal , mais
un affemblage ou le rendez - vous de plufieurs Animaux.
Si j'avois affés de hardieffe , je le dépouillerois
prefque de fa qualité de Plante ; je le regarderois
comme un tiflu de filaments à entonnoir , &
de celulles fymétriques , que ces infectes ont bâties
, comme une Ville en racourci , peuplée par de
nombreuſes familles , vivant dans des Maiſons proportionnées
à la petiteffe de leur être ; en un mot
je regarderois l'Algue comme un Polypier ; different
neanmoins des Coralines , Coranx , Mill:pores , que
plufieurs
AVRIL.
1743 741
plufieurs Sçavans commencent à ne plus mettre au
rang des Végétaux,
Si je quittois le Phyfique pour paffer au merveil
leux , que n'aurois- je pas à vous dire , Meffieurs ,
fur les Zoophytes & Vous verriez avec Olearius , Scaliger
, & Poſtel & tous ceux qu'il a plu à Aldrovande
de compiler , l'Agneau Scytique , ou Boramet
, fufpendu fur fa tige , brouter l'herbe , qui
croît à l'entour , & fournir dans fa dépouille de
belles Fourrures ; vous verriez avec SebaftienMunfter
& André Thevet dans leurs Cofmographies
certains Arbres d'Ecoffe produire tout à la fois des
Cifeaux & des Poiffons , felon que le Fruit tomboit
fur la Terre , ou dans la Mer ; vous verriez avec
Antoine Pigafetter , Chevalier de Rhodes , les
feuilles d'un Arbre de l'Ile de Borneo , marcher
, portées fur deux pieds ; vous verriez en un
mot , une infinité de métamorphofes , qui peuvent
bien être célebrées par des Ovides , mais qui ne doivent
jamais être pour des Philofophes l'objet d'une
férieufe attention .
ESTAMPES NOUVELLES.
Il paroît depuis peu fix Eftampes en hauteur ,
d'un deffein correct & elegant & d'une exécution
fçavante & admirable. Ce font fix Figures Académiques,
deffinées & gravées par Carle Vanloo , Peintre
Ordinaire du Roi , & Profeffeur en l'Académie
Royale de Peinture & Sculpture . Elles fe vendent à
Paris chés Beauvais , rue S. Jacques , à l'Image faint
Nicolas.
Il paroît auffi depuis peu un petit Portrait de la
Reine d'Hongrie qu'on dit avoir été gravé d'après
le Tableau de Maitens , Peintre Suedois , qu'on affâre
742 MERCURE DE FRANCE
füre n'être qu'une Copie de l'Eftampe que le fieu
Petit , Grayeur , rue S. Jacques à la Couronne
d'Epines , a gravé en grand d'après le Tableau original
du même Peintre , que M. Gundel , chargé
des affaires de S. M. H. à la Cour de France , a
confié au fieur Petit. Cette Copie eft d'ailleurs très
infidelle ; la.reffemblance y eft , dit-on , abfolument
manquée ; & comme elle ne peut avoir quelque
faveur que par rapport à la forme dans laquelle
elle eft reduite , le fieur Petit donne avis au Public
qu'il grave actuellement le même Portrait auffi en
petit , de la grandeur des Portraits des Hommes IlÎuftres
du feu fieur Desrochers , & que s'il differe de
le mettre au jour , c'eſt que défirant s'affùrer davantage
de la reffemblance , il a été bien aife de confulter
le Peintre Suedois , & de lui demander fes
corrections, précaution qu'il avoit déja prife pour
le grand Portrait , qui lui a fi bien réuffi.
On nous a fait des reproches bien fondés au fujet
d'une Eftampe annoncée dans le Mercure du
mois dernier , page 531 , intitulée Converſation galante.
Le reproche tombe fur ce que nous avons die
qu'elle fe vendoit chés l'Auteur , ruë de la Harpe
c'est ce qui n'eft point. Cette Eſtampe reſte à l'Académie
, avec les Chefs-d'oeuvre des autres Académiciens
du même Talent.
Quelque Curieux fera peut- être bien aife d'apprendre
, qu'il y a à vendre chés Lambert Pitmet
Marchand à Namur , une fiéce de Cabinet auffi
Fare , que curieufe . C'eft , dit- on , ( dans l'Avis
qu'on nous prie d'inferer ici ) une Coupe ou espéce
de Calice ,montée fur un pied de Vermeil doré, dont
on peut la feparer par le moyen d'une vis . On
prétend que ce Vafe a tout le brillant , le beau poli
&
>
AVRIL. 1743. 743
& la vive couleur d'une Hyacinthe Orientale , ainſi
que la tranfparence . L'exterieur eft taillé à Facete .
On trouve chés le S. le Rouge , Ingenieur Geographe
du Roi , rue des Auguftins , vis- à- vis le Panier
Fleuri , une Carte de l'Archévêché de Saltz
bourg , partie du Cercle de Baviere ; une autre Carte
de l'Electorat de Saxe , où font diftin&tement
marquées les Routes des Poftes & des Voitures publiques
. Ces Cartes font très bien gravées , & peuvent
être utiles aux Curieux dans les conjonctures
préfentes.
Le fieur Guillemain , Ordinaire de la Mufique ,
Chapelle & Chambre du Roi , fait graver par Soulcriptions
fix Sonates en Quatuor , qui auront pour
Titre, Converſations amuſantes & galantes , entre une
Flûte Traverfiere , un Violon , une Baffe de Viole
& un Violonchelle ; chaque partie à la portée de
tout le monde . Cet Ouvrage fera du prix de 16 liv.
mais les perfonnes qui foufcriront , en donnant à
préfent 9. liv . ne payeront pas d'avantage lorſqu'on
leur remettra les Exemplaires au mois de Juin prochain
. On recevra les Soufcriptions aux adreffes fuivantes.
A Paris chés le fieur Maffe, Muficien du Roy
à la Comédie Françoiſe. A Lyon chés le S. de Bre
tonne , rue Merciere. A Strasbourg , chés le fieur
Denisbas , Muficien de la Ville , rue des Orphévres.
A Toulouſe , chés la Dlle Blanquette , ruë de
la Pomme . A Dijon , chés le Sr Cappas , Maître de
Mufique , au logis du Roi . On donnera des reconnoiffances
imprimées & fignées de l'Auteur .
Le veritable Suc de Regliffe & de Guimauve blanc,
fans fucre , fi eftimé pour toutes les maladies du
Poulmon , inflammations , enrouëmens , toux ,
rhu-
F mes
7744 MERCURE
DE FRANCE
1
chés
mes , afthme , pulmonie & pituite , contínue à fe
débiter depuis plus de 30. ans , de l'aveu & approbation
de M. le Premier Medecin du Roi ,
Mile Defmoulins , qui eft la feule qui en a le fecret
de défunte Mile Guy , quoique depuis quelques
années des Particuliers ayent voulu le contrefaire.
On peut s'en fervir en tout tems , le tranſporter
par tout & le garder fi long - tems que l'on
veut , fans jamais fe gâter , ni rien perdre de fa
qualité. La Dile Defmoulins , demeure rue Guenegaud
, Faubourg S. Germain , du côté de la rue
Mazarine , chés M. Guillaume , Marchand de Vin,
aux Armes de France , au deuxième Appartement.
M. Chycoineau , Confeiller d'Etat , Premier Médecin
du Roy , ayant vû la guérifon d'un grand
Prélat , des Rougeurs , Dartres & Boutons qu'il
avoit fur le vifage depuis plus de huit ans , lequel
a fait à la Dame de Leftrade une penfion fa vie du̟-
rant , & ayant apris d'ailleurs la guériſon de plufieurs
autres Perfonnes confidérables , & qu'elle
traitoit ces Maladies depuis plus de 40. ans avec
fuccès & aplaudiffement , a bien voulu donner fon
Approbation pour débiter fes Remedes ,pour l'utilité
& le foulagement du Public ; fçavoir , une Eau
qui guérit les Dartres vives & farineufes , Boutons,
Rougeurs , Taches de rouffeur & autres Maladies
de la Peau , & un Baume blanc , en confiftance de
Pommade, qui ôte les cavités & les rougeurs après
la petite vérole ; les taches jaunes & le hâle , unit &
blanchit le teint . Ces Remedes fe gardent tant que
l'on veu , & peuvent fe tranſporter partout.
Les Bouteilles de cette Eau font de 2. 3. 4. & 6. livres
& au-deffus , felon la grandeur . Les Pots de
Baume blanc font de 3. livres 19. fols , & les demi
Pots d'une livre 15. fols.
Mad.
5
Ai
R
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY.
ASTOR,
LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS.

744 MERCURE DE FRANCE
mes , afthme , pulmonie & pituite , continue à fe
débiter depuis plus de 30. ans , de l'aveu & approbation
de M. le Premier Medecin du Roi , chés
Mile Defmoulins , qui eft la feule qui en a le fecret
de défunte Mile Guy , quoique depuis quelques
années des Particuliers ayent voulu le contrefaire.
On peut s'en fervir en tout tems , le tranfporter
par tout & le garder fi long-tems que l'on
veut , fans jamais le gâter , ni rien perdre de fa
qualité . La Dile Defmoulins , demeure rue Guenegaud
, Faubourg S. Germain , du côté de la ruë
Mazarine , chés M. Guillaume , Marchand de Vin,
aux Armes de France , au deuxième Appartement.
M. Chycoineau , Confeiller d'Etat , Premier Médecin
du Roy , ayant vû la guérifon d'un grand
Prélat , des Rougeurs , Dartres & Boutons qu'il
avoit fur le vifage depuis plus de huit ans , lequel
a fait à la Dame de Leftrade une penfion fa vie du
rant , & ayant apris d'ailleurs la guérifon de plufieurs
autres Perfonnes confidérables , & qu'elle
traitoit ces Maladies depuis plus de 40. ans avec
fuccès & aplaudiffement , a bien voulu donner fon
Approbation pour débiter fes Remedes, pour l'utilité
& le foulagement du Public ; fçavoir , une Eau
qui guérit les Dartres vives & farineufes , Boutons,
Rougeurs , Taches de roufleur & autres Maladies
de la Peau ; & un Baume b'auc , en confiftance de
Pommade, qui ôte les cavités & les rougeurs après
la petite vérole ; les taches jaunes & le hâle , unit &
blanchit le teint . Ces Remedes fe gardent tant que
l'on veu , & peuvent fe tranfporter partout.
Les Bouteilles de cette Eau font de 2. 3. 4. & 6. livres
& au- deffus , felon la grandeur. Les Pots de
Baume blanc font de 3. livres 19. fols , & les demi
Pots d'une livre 15. fols.
Mad.
5
Ai
R
THE
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YORK
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LIBRARY.
ASTOR,
LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS.
į
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
.
AVRIL. 1743. 745
Mad. de Leftrade , demeure à Paris , ruë de la
Comédie Françoife , chés un Grainetier , au premier
Etage. Il y a une Affiche au- deffus de la porte.
CHANSON.
V Ous feule regnez dans mon ame ;
Vous ferez à jamais l'objet de tous mes voeux ;
L'Hymen , en couronnant ma flâme ,
Rendra mon coeur encor plus amoureux ;
Mais fi par un malheur , que je ne fçaurois croire
L'Amour avec l'Hymen s'endettoit quelque jour,
Charmante Iris , faites - le boire ;
Quand Bacchus de l'Hymen prefente le mémoire ,
Il est toujours acquitté par l'Amour.
Fij SPEC746
MERCURE DE FRANCE
SPECTACLES.
EXTRAIT du nouveau Ballet Comique
en trois Actes intitulé Don Quichote
chés la Ducheffe , représenté par l'Académie
Royale de Muſique , le 12. Février
dernier annoncé dans le Mercure du
même mois.
U premier Acte , le Théatre repréſente
une Forêt. Sancho , pourſuivi par un
Ours , pouffe des cris effroyables . Don Quichote
accourt au fecours de fon Ecuyer. Il
tue l'Ours , & exprime fon triomphe par ces
Vers :
Expire fous mes coups , difcourtois Enchanteur :
Mon bras , au défaut du Tonnerre ,
De Montres fçait purger la Terre.
'Altifidore , Suivante de la Ducheffe , arrive ;
& Don Quichote lui dit :
J'ai vaincu le Géant ; vivez , Altifidore ;
Jamais en vain on ne m'implore.
Altifidore , pour arrêter plus long- tems
Don Quichote chés la Ducheffe , feint d'en
être amoureufe ; le Chevalier , plein de fa
chere
AVRIL: 1743. 747
chere Dulcinée , veut abfolument partir , &
dit
pour
s'excufer :
Je fuis de mes exploits comptable à l'Univers' ;
Dans le Sein du repos je ternirois ma gloire :
Non , non , je dois voler de victoire en victoire ;
Les plaisirs font pour moi plus honteux que les
fers.
Don Quichote , pour perfuader Altifidore
qu'il ne peut refter auprès d'elle , fait ce por
trait de Dulcinée.
Comme on voit au Printems naître les dons de
Flore
Aux rayons de l'Aftre du jour ,
A l'afpect des yeux que j'adore
On voit éclore
Le tendre Amour.
Sancho continue à faire l'éloge de Dulci
née , & dit :
D'un riche azur la bouche éclate ;
Son tein fait pâlir l'écarlate ;
Le corail embellit fes
yeux ;
De fon fein l'ébeine polie .....
Ah ! C'eft une Infante accomplie ;
Rien n'eft fi parfait fous les Cieux .
Altifidore fait ceffer les loüangès que Dor
Quichote fait de fa Dulcinée , en l'invi-
F iij
tant
748 MERCURE DE FRANCE
tant à voir les Jeux que la Ducheſſe a fair
préparer pour lui , & le Divertiffement commence.
A la fin de la Fête , qui eft exécutée par
des Paftres , Sancho chante ces Proverbes :
Du paffé point de fouvenir
Point de fouci pour l'avenir;
Au préfent il faut s'en tenir :
Je veux rire , je veux boire ,
Aimer quand le coeur m'en dit :
Bon , bon , cela me fuffit ;
Moins de gloire ,
Plus de profit.
La Fête finie , Sancho apperçoit une jolie
Payfanne ; il s'avife pour retenir plus longtems
fon Maître chés la Ducheffe , où Sancho
fe trouve bien , de lui faire accroire
, que c'eft Dulcinée . Don Quichote a
quelque peine à fe le perfuader ; mais enfin
il fe jette à fes genoux , en lui jurant une
éternelle ardeur , la Payfanne lui répond par
ces Vers.
Je n'entens point le caquet
D'un Muguet ;
Jamais Freluquet ,
Coquet ,
N'enticha ma vertu
D'un
A VRIL 74% 1743 .
D'un fêtu.
Je fis fans reproche ,
Si l'on m'approche ,
Je poche
Les
yeux ;
Adreflez vous mieux &c.
La Payfanne s'enfuit ; Don Quichote veut
la fuivre ; mais il eft arrêté par Merlin , qui
lui dit d'aller chés Montezinos délivrer
Dulcinée & que mille coups


redoublés
fur le brave Sancho , défenchanteront cette
belle ; l'Ecuyer s'oppose à la gloire prétenduë
qu'on lui promet , mais enfin il paroît y confentir
en difant.
J'enrage !
Au Second Acte , le Théatre repréſente
l'entrée de la Caverne de Montezinos , &
Don Quichote ouvre la Scéne parce Monologue
:
Séjour funefte où regne la terreur ,
Devenez , s'il le peut , plus redoutable encore ;
Vous ne m'infpirez point d'horreur ;
Vous renfermez la beauté que j'adore.
Sancho annonce à Don Quichote que fes
malheurs vont prendre fin , & qu'il vient
d'éxécuter l'ordre inhumain de Merlin. Alti-
F iiij
fidore
750 MEERCURE DE FRANCE
fidore prie le Heros de la Manche , de fuir
les lieux où il eft ; il répond .
La gloire a pour moi trop d'appas.
Altifidore , pour prendre , pour Don Quichote
par fon foible , s'exprime ainfi
Je ne dois plus vous taire
Un feu trop long tems combattu ;
L'Amour eft foibleffe ou vertu ;
Tout dépend du choix qu'on fçait faire
La victoire & l'honneur illuftrent votre bras.
Des Rivages brillans où ſe leve l'Aurore ,
Le bruit de vos exploits m'attire en ces Climats ,
Et fous le nom d'Altifidore ,
La Reine du Japon vous offre fes Etats.

Sancho moins fenfible à la gloire de
Don Quichote qu'à fon interêt particulier ,
porte fon Maître à accepter ce qu'on lui
propoſe. Don Quichote étale fa conftance
pour fa chere Dulcinée . Altifidore tâche de
lui prouver que l'Amour ne fe fignale que
par l'inconftance , & Sancho appuye ce fentiment
par ces quatre Vers :
La Fortune à nous vient s'offrir ;
Ne fuivons plus une chimére :
Cette Princeffe eft votre affaire ;
il vaut mieux tenir que courir,
Don
"
AVRIL: 1743. 751
Don Quichote dit qu'il ne fera jamais
parjure , à quoi Altifidore répond par ce
Rondeau :
Eh ! pourquoi rougir de changer?
Tout change dans la Nature.
L'Onde nous dit , par fon murmure ;
Qu'en des fentiers nouveaux elle aime à s'engager
;
Le quage inconftant paffe d'un vol leger ;
Les Arbres changent de parure ,
Les Prés de fleurs , & nos Champs de verdure.
Eh !pourquoi rougir de changere
Tout change dans la Nature .
Don Quichote perfifte à demeurer conftant
; Altifidore s'emporte & s'exhale en
injures , auxquelles l'amoureux Chevalier eft
peu fenfible : un Nain paroît , qui bien -tôt
devient Géant , ce qui effraye beaucoup Sancho
;un bruit de Tonnerre fait difparoître le
Géant. Montezinos , plufieurs Amans &
Amantes enchantés s'avancent de l'intérieur
de la Caverne que le Théatre repréfente ;
Montefinos s'exprime ainfi :
Don Quichote eft vainqueur ; un nouveau jous
nous luit.
Amans , qui languiffez dans un trifte efclavage ,
Renaiffez ; le charme eft détruit ,
F F
1
752 MERCURE DE FRANCE
A ce Heros rendez hommage.
Les Amans & Amantes défenchantés
forment une Fête interrompuë par Merlin
, qui fe plaint que Sancho n'a point exécuté
ce qui lui avoit été prefcrit , & il ordonne
aux Démons qui l'accompagnent den
châtier l'infidéle Ecuyer. Altifidore arrive
en Magicienne , qui commande aux Minif
tres des Enfers de tranfporter Dulcinée au
bout de l'Univers ; elle touche en même
tems Don Quichote & Sancho de fa baguette
, & feint de les changer , l'un en Ours
& l'autre en Singe ; ils fe retirent en déplo
rant leur fort , ce qui termine le fecond Acte .
Au troifiéme , le Théatre repréfente les
Jardins de la Ducheffe ; plufieurs de fes ſuivantes
feignent de prendre Sancho pour un
Singe. Don Quichote s'approche ; & les
mêmes fuivantes s'écrient.
Un Ours en fureur vient à nous ;
Fuyons tous,
Don Quichote & Sancho reftent feuls ;
& déplorent leurs malheurs. Altifidore vient
& paroît en colere contre Don Quichote :
elle lui prédit qu'il va habiter des lieux pleins
d'horreur , ss iill nn''aabbaannddoonnnnee pas Dulcinée.
Don Quichote répond qu'il l'aimera toujours ;
Sancho dit enfuite :
Mais
AVRIL
1743 753
Mais nous périrons avec elle ;
Vous nous affaffinez par votre amour conſtant :
Aimez la moins , puifque vous l'aimez tant .
Merlin vient prendre la défenſe de Don
Quichote , & il dit à Altifidore :
Contente- toi des maux qu'il a foufferts ,
Et refpecte un Heros utile à l'Univers.

Merlin promet à Don Quichote , qu'il obtiendra
la main de Dulcinée , & que Sancho
époufera une Infante & deviendra Roi
d'une Ifle. Don Quichote , charmé de ce
qu'il entend , félicite Sancho & l'engage à
rendre grace à fa valeur. Sancho l'en remer
cie , & lui répond.
Tel Maître , tel Valet ;
Si ma fortune eft un peu mince ,
Si je ne fuis ni Roi ni Prince ,
Je ne ferai pas moins le fait
De ce rare & charmant objet,
La Renommée
N'eft que fumée ;
Tout ce qui reluit n'eſt pas or ;
Mon coeur tout feul vaut un tréfor:
Merlin ordonne aux Habitans du Japon
de former une Fête brillante , laquelle finit
par cette espece de Cantatille que la Dile Fel,
F vj
en
1
754 MERCURE DE FRANCE
en Japonoife chante avec toutes les graces ;
& la legereté poffibles .
Vole Amour , regne fur nos ames ;
Tu triomphes ; tu nous enflâmes
Par l'attente des plaiſirs :
Fais durer long- tems notre yvreffe ;
L'art charmant de la tendreffe ,
Eft l'art d'irriter nos défirs.
Vole Amour , regne fur nos ames &c.

Le 23. la même Académie donna pour
l'ouverture du Théatre , la premiere repréfentation
d'un Ballet nouveau fans nom
d'Auteur , intitulé le Pouvoir de l'Amour.
Ce Poëme a été mis en Mufique par M.
Royer , qui avoit aufli mis en Mufique la
Tragédie de Pyrrhus , donnée en Octobre
1730. fur le même Théatre. On parlera plus
au long de ce nouveau Ballet.
On a dit dans le dernier Journal que
le 30. Mars , les Comédiens François firent
la clôture de leur Théatre , après avoir
repréfenté la Tragédie de Zaire de M. de
Voltaire , toujours avec grand fuccès. Le
S. Rofelly, nouvellement reçu dans la Troupe
du Roi & le plus jeune de tous les camarades
, n'ayant pas encore 21. ans accomplis
, harangua le Public en ces termes .
» Mrs
AVRIL. 1743 755
» Mrs , l'hommage , que nous vous ren
» dons aujourd'hui , eft moins prefcrit par le
» devoir , qu'infpiré par le fentiment ; c'eſt
" pour nous un ufage bien précieux , que ce-
>> lui de vous marquer notre refpectueuse re-
» connoiffance , & de vous rendre compte
» de l'ardeur avec laquelle nous travaillons à
>> concourir à vos amuſemens , & à mériter.
» vos bontés.
Guidés par votre goût , toujours für ,
»> nous connoiffons & nous recherchons les
>> Auteurs qui vous plaifent le plus , & nous
» ne negligeons rien pour les engager à vous.
préparer de nouveaux plaifirs , en s'affûrant
» de nouveaux applaudiffemens..
»
» L'an paffé, nous dûmes vos fuffrages (4)
» à l'aimable Ecrivain qui a entrepris d'en-
>> noblir la Scéne Comique , & cette année.
» nous avons eu recours à celui , qui fou
>> tient avec éclat toute la dignité du Théatre.
» Tragique ; nous avions droit d'efperer de
» vous plaire, en vous préfentant des Ouvra
» ges marqués à un coin, que vous reconoiſſez
» toujours avec plaifir ; notre jufte confiance
» n'a pas été trompée ; cette Nobleffe dans les
» caractéres , cet Art d'amener des tituations.
» qui étonnent & qui touchent, ces expreffions.
» riches, pathetiques & naturelles , enfin cette
>>force & ces graces du ftyle , que vous aviez
(a) M. de la Chauffée.
admiré
75% MERCURE DE FRANCE
» admiré tant de fois , vous ont encore trou-
» vé prêts à admirer le beau, & par une pré-
» dilection flateufe , vos acclamations ont
» couronné l'Auteur , auffi bien que l'Ou-
>> vrage.
» Če fuccès nous a flaté d'autant plus ;
» qu'il étoit pour nous ce qu'eſt un beau
» jour après des tems d'orage ; nous étions
privés d'une ( b ) Actrice , dont les char-
>> mes font confacrés par vos fuffrages ; il
>> nous manquoit ces talens aimables , tou-
»jours fürs de plaire , parce qu'ils font tou-
» jours fous la forme des Graces.
Mais votre équité ne vous permet pas de
>> donner à aucun genre une préference ex-
>> clufive ; toutes les differentes parties de la
» Déclamation ont un mérite réel à vos yeux ,
» & l'expreffion forte , ( c ) l'action énergique ,
» avec lesquelles la Tragédie de Merope a été
» rendue , ont aisément touvé le chemin de
>> votre coeur , toujours ouvert au plaifir d'ap-
» prouver ce qui eft digne de l'être .
Mais je fuis trop loin des Talens , dont
» je parle pour ofer les rappeller à vos yeux.
» Je devrois défirer qu'ils vous fuffent moins
préfens. L'intervalle , qui m'en fepare , fe-
»>> roit moins marqué , & j'aurois plus de droit
» à une indulgence , que j'ofe à peine vous
(b, Mile Gauffin.
( c) Mlle du Ménil.
y deman
AVRIL. 1743 737
" demander. Daignez , Mrs , me l'accorder
>> génereuſement , & laiffez - moi l'efperance
» flateufe de pouvoir contribuer un jour à
»vos plaifirs.
On a fait l'ouverture de ce Théatre le 15 :
de ce mois par la nouvelle Tragédie de Mé
rope & toujours avec le même fuccès .
Le fieur Rofelly parut fur le Théatre , avant
qu'on commençât la Piéce , & prononça lè
Difcours qu'on fait ordinairement à l'ouver
ture.
Le même jour , les Comédiens Italiens firent
auffi l'ouverture de leur Théatre , & repréfenterent
la double Inconftance , Comédic
de M. de Marivaux , laquelle fut fuivie de
la petite Piéce nouvelle de l'Ifle des Talens ,
qu'ils avoient donnée pour la premiére fois le
19. du mois dernier. Le fieur Rochard ,
qui
avoit fait le Compliment à la clôture du Théatre
le du mois dernier , a fait auffi celui
de l'ouverture avec la Dlle Thomaffin , en
Dialogues & en Vaudevilles . Ces deux dif
ferens Complimens ont été fort applaudis .
› 3 °
Le 30 Mars , l'Opera Comique donna une
petite Piéce nouvelle d'un Acte en Vaudevilles
, fuivie d'un Divertiffement , intitulée
le Coq de Village , que le Public reçut très
favora
58 MERCURE DE FRANCE
favorablement. La Dlle Cheret, connuë fous
le nom de la Petite Tante , y a joué un Rolle
de Pierrot , qui eft le principal de la Piéce
d'une manière auffi Comique qu'Originale ;
elle a été géneralement applaudie . Cette
Piéce fut précédée de la Chercheufe d'Efprit ,
& de Marotte , Parodie de Mérope , dont on
a déja parlé.
Le 6. Avril , on fit la clôture de la Foire
S. Germain avec les cérémonies accoûtumées.
L'Opera Comique ferma auffi fon
Théatre , après y avoir repréſenté les trois
Piéces dont on vient de parler .
Ą Į Į š š š į į į į ¿ !! :!
NOUVELLES ETRANGERES .
O
ALLEMAGNE .
,
Na appris de Francfort du 14. du mois dernier
, que la plupart des Miniftres du Collége
Electoral font convenus de la néceffité de s'unir
pour procurer le rétabliffement de la tranquillité en
Allemagne,&que quoique les Miniftres de Hanover
fallent tous leurs efforts pour empêcher que la
Diette de l'Empire ne prenne une réfolution à ce
fujet , on croit qu'ils ne pourront pas y réüffir , un
grand nombre de Pinces & d'Etats d'Allemagne
paroiffant déterminés à chercher les moyens de
rendre la paix àl'E mpire .
L'Empereur a écrit aux Etats , qui compofent le
Corps
AVRIL 759 1743
Corps Germanique , une Lettre Circulaire , par la
quelle il les affure qu'on lui impute fauffement le
projet de Traité de paix , qu'on prétend avoir été
préfenté aux Miniftres du Roi de la Grande Bretagne
par le Baron de Haflang , Envoyé de S. M. I.
à Londres , & que S. M. I. bien loin d'avoir les
vûës qu'on lui fuppofe , eft dans une ferme réfolution
de maintenir de tout fon pouvoir les Conftitutions
de l'Empire ; de rejetter toutes les propofitions
qui pourroient y donner atteinte , & en particulier
de s'oppofer formellement à la fécularifation des
Evêchés de ce Pays.
Le Comte de Saxe , Lieutenant Géneral des armées
du Roi de France , a paffé par Francfort , en
allant à Dreſde , d'où il a dû ſe rendre à l'armée
commandée par le Maréchal de Broglie.
On mande de Mayence que le Comte d'Oftein
Ingelheim & le Baron de Kellelftadt , a . oient été
chargés de la Régence de l'Electorat , juſqu'à ce
que le Chapitre eût nommé un nouvel Electeur.
D
On a appris de Munich du 29. du mois dernier
que le Comte de Seckendorf, qui étoit allé à Strau
bingen pour conferer avec le Maréchal de Broglie
a envoyé ordre à tous les Officiers des troupes qu'ilcommande
, de fe rendre inceffamment à leurs Régimens.
Le 22. du même mois , quelques Compagnies de
Huffards des troupes de l'Empereur furprirent un
pofte important des ennemis , & elles y firent un
butin confidérable. Le Comte Ferrari , Lieutenant
Colonel , qui eft à la tête de ce détachement , s'a
vança enfuite à Wilſoffen .
Le Commandant d'un détachement des troupes
Françoiles , qui occupe le pofte de Werth , ayant
été informé que 60. Cuiraffiers du Régiment de
Saint Ignon de l'armée de la Reine de Hongrie
étoient
760 MERCURE DE FRANCE
étoient venus fe pofter à Premberg , il y a envoyé
80. Dragons qui ont tué 22. de ces Cuiraffiers ,
& ont fait les autres prifonniers.
Un Corps de troupes de S. M. T. C. s'eft affemblé
à Kirn , d'où il fe mit le 28. en marche ,
pour aller attaquer quelques troupes Autrichiennes
qui fe font retranchées à Nieterau , fur le bord de la
riviere de Regen, & comme les lettres reçûës le 29 .
deRatisbonne, marquent qu'on y a entendu un grand
bruit d'artillerie , on ne doute pas que les deur
Corps n'en foient venus aux mains.
On a publié le 28. qu'un Régiment de Cavalerie
de l'Empereur a défait un détachement de Huffards
Autrichiens , & qu'il l'a pourfuivi jufques fous le
canon de Paffaw.
Divers mouvemens que les François ont faits
dans le Haut Palatinat , ont obligé le Prince de
Lobckowitz de rappeller les troupes qu'il avoit
fait approcher du Danube , & de fe retirer du côté
de Waldt Munchen .
On mande de Paflaw , que le 18. le Feldt- Maréchal
de Kevenhuller étoit arrivé de Vienne à l'armée
Autrichienne dont il avoit repris le commandement,
& que par les poftes qu'il avoit fait occuper aux
troupes qui font fous les ordres elles formoient un
cordon depuis Riedt jufqu'à Straubingen & à Paffaw
, & de- là en fuivant l'Iltz , jufqu'à la Regen &
à la Naab .
Selon les avis reçûs de Bavière , 200. Huffards
Autrichiens étant allés prendre pofte à Reichenhoff,
une Compagnie franche des troupes Impériales , qui
étoit à Ranshoven , & que le Prince de Saxe Hildburghaufen
fit foutenir par un détachement de
100. hommes , tant Cavaliers que Dragons , attaqua
ces Huffards avec tant de valeur , qu'ils furent
obligés de fe retirer après avoir perdu 18. des leurs ,
&
AVRIL
37438 761
& fes Impériaux ont fait prifonniers un Capitaine,
deux Cornettes & 24. Huffards.
Une autre Compagnie franche de l'armée de
l'Empereur a battu auffi un détachément de Huf
fards des troupes de la Reine de Hongrie , & elle a
fait une vingtaine de prifonniers.
On mande de Francfort du 31. du mois dernier,
qu'il paroît une, Lettre Circulaire , adreffée par
l'Empereur aux Etats de l'Empire , au fujet des
troupes auxiliaires que la Reine de Hongrie paroît
avoir deffein de faire entrer en Allemagne , & de
la néceffité dans laquelle une pareille démarche de
la part de S. M. H. mettra l'Empereur de demander
au Roi de France d'y envoyer une nouvelle armée.
On examine dans la Diette les moyens de rétablir
la tranquillité dans l'Empire , & la plupart des
Miniftres du Collége Electoral perfiftent dans la réfolution
de faire leurs efforts pour engager le Corps
Germanique à s'unir contre les Puiffances qui s'oppoleront
à la conclufion de la paix.
Les lettres de Boheme marquent que la Reine de
Hongrie avoit envoyé ordre au Prince de Lobckowitz
d'entreprendre le Siége d'Egra , & qu'elle fai
foit conduire un grand nombre de canons à l'armée
que commande ce Gêneral .
L'Empereur fe difpofe à partir inceffamment de
Francfort pour aller en Baviére .
On a appris de Ratisbonne du 14. de ce mois ,
que les troupes Françoifes , qui font dans le Haut
Palatinat , reçoivent tous les jours de nouveaux
renforts , & qu'il a paffé dans les environs de cette
Ville plufieurs détachemens , tant d'Infanterie que
de Cavalerie.
M. de la Ravoye a pris la route d'Amberg avec
la plus grande partie des troupes qui étoient fous
fes ordres à Stat-Am - Hoff , & le Maréchal de Broglie
782 MERCURE DE FRANCE
glie a envoyé du même côté toute la Cavalerie à
laquelle il avoit diftribué des quartiers près de
Straubingen.
Il eft arrivé à Landshut un fi grand nombre de
Soldats de recrue pour les troupes Impériales , qu'il
en reftera affés , après que tous les Régimens de
l'Empereur feront complets , pour compofer les
garnifons de plufieurs Places.
Selon les avis reçus de l'armée que commande le
Feldt .Maréchal deKevenhuller , ceĠéneral a détaché
10000.hommes de cette armée , pour aller renforcer
celle qui eft fous les ordres du Prince de Lobckowitz
, & qui eft campée fous Wilshoven .
On mande de Francfort du r4 . de ce mois , qu'un
Corps de troupes Autrichiennes , qui viennent des
Pays - Bas, arriva le 10. dans le Comté de Naſſau
Uffingen .
Le Comte de Zeill s'eft rendu à Mayence , pour
y affifter en qualité de Commiffaire de l'Empereur
à l'Election d'un Electeur , laquelle devoit ſe faire
le 22. de ce mois.
O
ÍTALI É.
la
Nécrit de Rome que l'Evêché de Padouë
étant venu à vaquer fur la fin de l'année derniere
, le Pape avoit nommé un très digne ſujet
pour gouverner ce grand Diocèfe, fçavoir le Cardinal
Ange Marie-Querini , Evêque de Brescia & Bibliotéquaire
du Vatican , à qui la Religion doit ,
entre autres fruits de fa profonde Erudition ,
bele Edition , qui vient de paroître , des OEuvres de
S. Ephrem , Syrien , l'un des plus anciens & des
plus fçavans Peres de l'Eglife Orientale : mais que
le pieux Cardinal avoit donné en cette occafion des
marques édifiantes de fon attachement inviolable à
L'Eglife ,
AVRIL. 1743. 765
'Eglife , fa premiere Epoufe , & d'un parfait défintereffement
, en refufant conftamment ce nouveau
degré d'élevation , auquel eft attaché un bien
temporel très- confiderable . C'est dans ces circonftances
que S. E. a adreffé au Clergé & aux Fidéles
une Lettre Paftorale en langue Italienne , dont on
fera bien aile de trouver ici la traduction , faite
fur l'Exemplaire imprimé , qui nous eft venu de
Kome.
ANGE MARIE QUERINI , Cardinal , & Bibliotéquaire
de la Sainte Eglife Romaine , Evêque de
Brefcia. A fon très -cher & bien aimé Clergé , &
à tous les Fidéles de fon Diocèfe , SALUT.
mes
Dès le moment qu'il a plû à la bonté Divine de
nous donner une entiere affûrance , qu'on ne nous
parlera plus de quitter notre très chere Epoufe ,
& de la changer , pour nous attacher à l'Eglife de
Padouë , dont le Siége eft encore vacant , remplis
d'une joye inexprimable , nous avons mis la main
à la plume , pour vous annoncer nous-mêmes ,
très- chers Freres , un évenement fi agréable , bien
perfuadés que vous en recevrez la nouvelle avec la
même fatisfaction , & dans les fentimens de cet
amour filial , que vous nous faites paroître depuis
plus de quinze années , répondant en cela parfaitement
à notre tendre & paternelle affection
dont nous avons tâché de vous donner des marques
dans toutes les occafions.
Sçachez aujourd'hui que depuis la Lettre , dont
Vous avez eâ connoiffance dans le tems , que nous
écrivimes le 8. Décembre dernier , à M. l'Auditeur
de notre S. Pere , contenant la premiere Déclaration
de notre réfolution de ne point accepter ce
changement, fur tout , à caufe des differens Ouvrages
, que nous avons entrepris pour la gloire de
Dieu , & pour le bien fpirituel & particulier de no-
LIG
764 MERCURE DE FRANCE
Par
tre Diocèle , Ouvrages auxquels il paroît que Dieu
fa mifericorde accorde quelque bénédiction ;
depuis , dis- je , cette premiere Lettre , nous avons
été obligés d'en écrire une feconde au même Prélat
datée du 5. du préfent mois , pour faire en
notre nom de nouvelles , & de plus fortes inftances
auprès de fa Sainteté , fur la ferme réfolution dans
laquelle nous perfiftions , de ne point accepter l'Evêché
de Padouë . Enfin M. T. C. F. cette derniere
réfolution ayant été rapportée à notre S. Pere par
ce même Prélat , il a plu à fa Sainteté de fe rendre
à notre très-humble fupplication , & de fe déterminer
à nommer un autre fujet pour remplir le Siége
de Padouë , ce que notre faint Pere a eû même la
bonté de nous faire fçavoir par un Bref particulier ,
nous marquant en même- tems l'irréfolution du Prélat
, dont il avoit fait choix , lequel demandoit un
certain délai pour le déterminer : fur lequel avis ,
qui faifoit voir encore une incertitude , nous prêmes
le parti d'écrire directement à ſa Sainteté ,
pour lui déclarer plus préciſement , & diffinitivement
, que nous avions abfolument réfolu , conformément
au contenu de nos Lettres écrites à M.
fon Auditeur , de ne nous point départir de notre
ferme & immuable fentiment .
Rendons donc enfemble , M. T. C. F. mille actions
de graces à Dieu , de ce qu'il lui a plu de difpofer
l'efprit de notre S.Pere à fe rendre enfin à nos
très-humbles inftances , & glorifions- nous en JESUS
CHRIST , de ce que le grand luftre de l'Eglife de
Padoue , fes grandes richeffes & fa proximité de la
Ville , ( Venife ) notre chere Patrie , n'ont pas eû le
pouvoir de nous ébranler & de rallentir l'amour
mutuel qui regne entre l'Evêque de Brescia & fon
cher Troupeau . Nous finiffons , en vous donnant à
tous notre Bénédiction Paſtorale.
DONNE' à Brefcia , le .... Fevrie. 1743 .
*
7 ° /45°
On mande de Rome du s. du mois dernier , que
le Cardinal Aquaviva , dans une Audience qu'il eût
du Pape le 13. du mois précédent avoit donné part
à fa Sainteté de l'action qui s'eft paffée entre les
troupes du Roi d'Elpagne & celles de la Reine de
Hongrie & du Roi de Sardaigne , & que quelques
jours après , il remit au Pape une Rélation circonftanciée
de ce Combat , par laquelle il paroît que
les Efpagnols en ont eu tout l'avantage.

Le Comte de Thun , Miniftre de S. M. H. à la
Cour de Rome a préſenté auſſi au Pape une Rélation
du même Combat , envoyée par le Comte de
Traun , Géneral des Troupes Autrichiennes , laquelle
donne la Victoire aux Autrichiens & aux
Piémontois .
• On a appris de Florence du 16 du mois dernier
que le Miniftre du Roi des deux Siciles , conformément
à l'ordre qu'il a reçû de ce Prince , a protefté
au nom de S. M. Sic . contre les difpofitions
que contient le Teitament de la feue Electrice Palatine
Douairiere ; qu'il a préfenté à la Régence un
Mémoire , dans lequel il expofe que le Roi , fon
Maître , étant perfuadé de l'équité du Grand Duc de
Tofcane , compte que ce Prince ne voudra pas le
prévaloir de ce Teftament , lequel eft manifeftement
contraire à l'une des principales conditions que les
Cours de Madrid & de Naples ont exigées, en confentant
à la ceflion de la Tofcane & des Duchés de
Parme & de Plaiſance , & qu'il a fait en mêmetems
de fortes inftances , pour qu'on dreffât un inventaire
exact de tous les biens Allodiaux , qui ont
appartenu à la feue Electrice Palatine Douairiere .
Un Officier , arrivé de Livourne , a rapporté que
de deux Vaiffeaux de guerre Anglois , qui y étoient
en rade , il en étoit parti un depuis peu pour l'ifle
de Corfe.
L'Electrice
766 MERCURE DE FRANCE
L'Electrice Palatine Doüairiere a laiffé un Diamant
de 100000. écus à la Reine d'Eſpagne , un autre
de pareille valeur au Roi des deux Siciles ; des
meubles , de la vaiflelle & des Pierreries , le tout
eftimé 200000. écus à l'Electeur Palațin .
O
ESPAGNE.
N mande de Madrid du 12. du mois dernier,
que le Roi, en confideration de la Victoire que
le Comte de Gage a remportée le 8. à Campo Santo
fur les troupes Autrichiennes & Piémontoiſes , l'a
nommé Capitaine Séneral de fes armées.
S. M. a appris par des lettres de l'Intendant de
Marine de Malaga , que le 16. Fevrier dernier ,
1'Armateur Sebaftien de Morales étoit entré dans
ce Port avec le Pacquetbot Anglois l'Avis de Dublin
chargé de 4000. cuirs & de 300. tonneaux , tant
de moruë que de viande falée , dont il s'étoit emparé
le à la 22. hauteur d'Alhucemas.
Le is . du mois dernier , jour de l'Anniverſaire
'de la Naiffance de l'Infant Dom Philippe , qui
eft entré dans la 24. année de fon âge , leurs Majeftés
reçûrent les complimens des Miniftres Etrangers
, des Miniftres d'Etat & des Grands .
que
L'Intendant de Marine du Ferol a mandé au Roi,
le 27. Fevrier dernier , un Vaiffeau Anglois ,
du port de 140. tonneaux , dont la charge confiftoit
principalement en bled , avoit été pris vers le
47. dégréde latitude par la Fregate la Notre-Dame
de Begona , & que l'Armateur Dan Olivier Colon
qui commande le Vaiffeau la Notre- Dame de l'Eſclavage
, avoit conduit à Bayona dans le Royaume
de Galice deux Brigantins de la même Nation ,
dont il s'étoit emparé le 19. & le 23. fur les Côtes
de Portugal.
OF
AVRIL. 1743. 767
On a reçû avis des Ifles Canaries , que l'Armateur
Michel Rapalo étoit entré le 6. du mois de
Janvier dernier dans le Port de Sainte- Croix de Tenerif
avec un Vaifleau Anglois , qu'il avoit enlevé à
la hauteur de l'Ile de Madere .
Le Roi a appris par des lettres de l'Intendant de
Marine de S. Sebaftien , que le 13. du mois dernier
Don Thomas d'Efpana , Commandant la Fiégate
l'Esperance , avoit pris entre le 47. & le 48. dégré
de Latitude la Frégate Angloife la Jupiter de 18.
Canons , & dont la charge confiftoit en armes ,
munitions de guerre , en draps & en eau de vie .
en
L'Intendant de Marine de Guernizo a mandé au
Roi , que la Frégate la Saint Michel , armée en
courfe Don Laurent de Belmar , s'étoit empa- par
rée le du même mois du Vaiffeau Anglois la 3.
Tamofe , qui retournoit de Lisbonn à Londres , &
à bord duquel il y avoit une grande quantité de vin
de Portugal & de Madere.
Les dépêches de l'Intendant d'Oran portent ,
que deux Barques de Correo , commandées par Don
François Navio , étoient entrées depuis peu dans le
dernier de ces Ports avec le Pacquetbot la Belle de
Corek , chargée de foo . Caiffons de limons & de
plufieurs balots de toile & de mouffeline , dont il
s'étoit rendu maître le 14. du mois dernier.
ON
NAPLES.
Na appris le trois du mois dernier ,
qu'on avoit fenti dans la Province d'Otrante
plufieurs violentes fecouffes de tremblement
de terre , & qu'un grand nombre de maiſons ont
été fort endommagées dans plufieurs Villes , particulierement
dans celle de Nardi.
On a fçû depuis , que cette derniere Ville avoir
G éré
པ་
été prefque entierement détruite par le dernier
tremblement de terre , & que pius de soo. perfonnes
y avoient été enfevelies Tous les ruines des Bâtimens.
GENES ET ISLE DE CORSE.
N mande de Corfe , que les affaires y font
dans un état très-fâcheux pour la République
de Genes , & que plufieurs Piéves fe font jointes
aux Rebelles , qui fe font emparés de la Ville de
Corte & de la Tour de la Paludella , & qui ont défarmé
quatre Compagnies de milices du Pays , lefquelles
étoient à la folde de la République.
On travaille avec toute la diligence poffible , à
augmenter & à paliffader les fortifications de la
Baftie & des autres Places maritimes de Corfe , &
on a fait marcher divers détachemens , pour s'oppofer
aux defcentes que le Baron de Neuhoff pourroit
y tenter.
Ce Baron a reparu le 22. Fevrier dernier fur la
Côte d'Ifola Rolla , avec deux Vaiffeaux de guerre
Anglois , & après y avoir débarqué des armes &
une trentaine de barils de poudre , il a remis à
la voile pour aller joindre trois autres Bâtimens de
la même Nation , qui bloquent depuis quelque tems
le Port d'Ajaccio.
Le Capitaine & l'équipage d'une Tartane de
Caprara ont rapporté,que le 4. du mois dernier, ces
cinq Vailleaux avoient attaqué le Vaiffeau Eſpagol
le Saint Ifidore , & que M. de Lage , qui le
commande , s'étoit déterminé , après s'être défendu
avec une extrême valeur , à mettre le feu à fon
Bâtiment , & à fe retirer à terre avec ſon équipage .
On n'avoit point appris que le Baron de Neuhoff
fut defcendu en aucun endroit, & l'on afluroit qu'il
s'étoit
- ו ד כ
s'étoit contenté d'envoyer ordre à fes adherens de
fe raffembler , & qu'il leur avoit promis de venir
bientôt le mettre à leur tête .
On a depuis reçû avis que les Rebelles parloient
de convoquer une affemblée génerale pour s'élire
des Chefs , & qu'ils étoient toujours occupés à
chercher les moyens de fe fouftraire à la domination
de la République .
On a appris depuis que le Baron de Neuhoff étoit
retourné à Livourne fur la Frégate Angloife la
Folckfton, cominandée par le Capitaine Georges
Balchen , lequel avoit mis ce Baron à terre la nuit
du 16. au 17. du mois dernier près de l'embouchure
de l'Arno , d'où l'on fuppofoit qu'il a pris la route
de Pife ou de Florence .
Suivant les avis reçûs de Lombardie , les Efpapagnols
font toujours cantonnés dans les environs
de Bologne , & ils ont fait paffer de Pefaro à Macerata
la plus grande partie des équipages de leur armée.
Le Comte de Traun menace beaucoup le Bolonois
& le Ferrarois , & il a demandé des contribu◄
tions à plufieurs Villages de ces deux Provinces.
Ce Géneral a rendu au Comte de Gage , en
échange des Géneraux Cicery & Cumiana , 15. Officiers
& 200. Soldats du Bataillon du Régiment de
Guadalaxara .
On continuë d'affûrer que le Baron de Neuhoff
eft à Florence ou à Livourne , mais on n'a aucune
nouvelle pofitive de lui , depuis qu'il a fait voile
d'ifola Roffa.
On mande de Genes du 10. de ce mois , que le
5. quelques petites pierres s'étant détachées de la
vaute de l'Eglife des Clercs Réguliers de la Divine
Providence pendant la Prédication , l'Auditoire qui
étoit fort nombreux , fe perfuada que c'étoit l'effet
Gij d'un
MERCURE DE FRANCE
d'un tremblement de terre , & que la frayeur fut fi
génerale, que toutes les perfonnes qui étoient dans
l'Eglife , voulant fe fauver en même- tems , il y en
eut plufieurs de bleffées & quelques - unes d'étouffées
.
On a appris de Corfe , que les Rebelles ont tenu
à Bozio une affemblée générale , dans laquelle ils
ont élû pour leurs Chefs les nommés Giuliani de
Muro & Brandimarte Mari , & qu'ils ont établi ,
pour avoir la direction des affaires civiles , un Tri
bunal dont ils ont donné la Préfidence au Docteur
Antonietti . On affûre qu'ils ont réfolu dans cette
affemblée , de ne point prendre de parti extrême
contre la République , & de ne point fe fouftraire
entierement à fa domination , jufqu'à ce qu'ils
ayent perdu toute efperance d'obtenir les demandes
qu'ils font au Gouvernement . Il paroît du moins
certain qu'ils font déterminés à ne fe mettre ſous la
domination d'aucune Puiflance Etrangere , & à ne
point recevoir le Baron de Neuhoff , avant qu'il fe
foit rendu maître des quatre principales Places maritimes
de leur Ifle.
Le 25.du mois dernier,ils s'emparerent de la Tour
del Soracco , fituée près de Porto Vecchio , & après
avoir ôté les armes & les habits aux Soldats de la
garnifon , ils leur ont laiffé la liberté de ſe retirer
où ils jugeroient à propos.
Les lettres de Bologne portent , que les dernieres
difpofitions faites par le Comte de Gage , lefquelles
avoient donné lieu de croire que ce Géneral ne s'éloigneroit
point de cette Place , ont été promptement
changées, & que le 26. du mois dernier , l'armée
Efpagnole avoit pris la route de la Romagne ,
d'où l'ona appris qu'elle s'étoit avancée juſqu'à Rimini.
Depuis que les troupes de S. M. C. ont abandonne
AVRIL. 17437 773

né les environs de Bologne , les Autrichiens s'en
font approchés , & ils commettent beaucoup de défordres
dans le Bolonois & dans le Ferrarois , nonfeulement
prenant de force fans payer , toutes les
fubfiftances d'ont ils ont befoin , mais encore exigeant
de fortes contributions en argent.
On mande de la Romagne , que l'armée du Roi
d'Efpagne , commandée par le Comte de Gage ,
étant décampée des environs de Bologne le 26. du
mois dernier , elle s'étoit rendue le lendemain à
Faenza ; que le Come de Gages avoit envoyé le 28. à
Forli une partie de fes magafins fous l'efcorte de deux
Régimens de Dragons, & de quelques Piquets d'Infanterie,
que le 31. le refte des troupes de S. M. C.
avoit pris la même route , qu'elles avoient marché
le premier de ce mois à Cezene , & que le 4. elles
étoient arrivées à Rimini.
Suivant les mêmes lettres , un Corps de 2000.
hommes de Cavalerie des troupes Autrichiennes
ayant attaqué l'arriere- garde de l'Armée Espagnole,
le Duc d'Atrifco à la tête de 400. chevaux & de
quelques Compagnies de Miquelets a non - feulement
foutenu les efforts de cette Cavalerie , mais
l'a repouffée & l'a mife en fuite. Les Espagnols ont
fait en cette occafion plufieurs prifonniers , & les
Autrichiens ont envoyé à Bologne un grand nombre
de chariots remplis de leurs bleffés .
O
GRANDE - BRETAGNE.
N mande de Londres du 21. du mois dernier,
que le Vaiffeau de guerre l'Ecureuil , commandé
par le Capitaine Geary , a fait une prife qui
eft eftimée 700co . livres fterlings .
Les Vaiffeaux l'Avis & le Guillaume & Marie
ont été enlevés par les Eſpagnols , en allant de Du
blin à Livourne, G. iij.
On
771 MERCURE DE FRANCE
On publie que l'Eſcadre Angloife commandée
par le Chevalier Anfon , qui avoit croifé jufqu'au
commencement du mois d'Avril de l'année derniere
dans les Mers du Péron , y a fait quelques prifes
, & que ce Commandant a détruit le Fort & la
Ville de Petta .
Les Commiffaires de l'Amirauté ont appris que
les Equipages des Vaiffeaux de guerre le Rupert &
le Feversham ayant fait une defcente dans les environs
de Vineros , ils avoient abattu les murailles
& démoli quelques maifons de ce Bourg , &
que ces Vaiffeaux avoient coulé à fond plufieurs
Bâtimens chargés de provifions pour la Flotte Efpagnole
qui eft à Toulon , & s'étoient emparés des
Vaiffeaux le Jefus Mifericordia & la Notre- Dame
An Mont Carmel.
O
HOLLANDE ET PAYS - BAS.
N mande de la Haye du 12 de ce mois , que
les Etats de la Province d'Over-1ffel , avoient
donné leur confentement à la marche des 20000.
hommes de troupes auxiliaires que la Reine de
Hongrie demande à la République de Hollande.
MORTS
AVRIL. 1743 775
MORT'S DES PAYS ETRANGERS:
E Docteur Lancelot Blackburn , Archea
vêque d'Yorck , & Grand - Aumônier
du Roi d'Angleterre , eft mort à Londres.
Le 19. Mars , mourut à Caffel , Dorothée
- Guillelmine de Saxe - Zeitz , Epou
fe du Prince Guillaume de Heffe - Caffel ,
( frere du Roi de Suede ) avec lequel elle
avoit été mariée le 27. Septembre 1717. &
duquel elle a eû des enfans ; elle étoit née le
21. Mars 1691. du mariage de Maurice-
Guillaume Duc de Saxe- Zeitz , avec Marie
Amelie de Brandebourg , fille de l'Electeur
Frederic Guillaume. Voyez pour les Maifons
de Heffe & de Saxe , les Souverains du
Monde , Vol. 4. & les Tables Généalogiques
d'Hubners.
Le 24. du même mois , mourut à Londres
Catherine Darnley , Ducheffe de Buckingham
, âgée de 65. ans ; elle étoit fille naturelle
de Jacques II . Roi d'Angleterre , & de
Catherine Sedly , Baronne de Darlington &
Comteffe de Dorchefter. Elle avoit épousé en
premieres nôces , au mois d'Octobre 1699.
Jacques Anefley Comte d'Angleſey , & en
fecondes le 1. Mars 1705. Jean Sheffield ,
G iiij
Duc
774 MERCURE DE FRANCE
Duc de Buckingham , mort le 24. Février
1722. & dont elle avoit eu un fils , mort en
1736. Voyez les Souverains du Monde , Vol.
fol. $ 57.
4.
-
Le 27. Marie Therefe de Bavière ;
mourut dans la vingtiéme année de fon âge.
Elle étoit fille de Ferdinand- Marie Duc de
Bavière , frere de l'Empereur , mort le 9.
Décembre 1738. & de Leopoldine - Eleonore
de Bavière - Neubourg , fa veuve.
Le 29. mourut à Francfort , Therefe - Béné
dictine -Marie de Bavière , âgée de 17. ans
3. mois & 23. jours. Elle étoit feconde fille
de l'Empereur Charles- Albert Electeur Duc
de Bavière , & de Marie Amelie d'Autriche
fille de l'Empereur Jofeph. Voyez l'Etat
des Souverains du Monde , Vol. 1. fol . 79.
& 81 .
Louis de Belluga y Moncada , Cardinal
Prêtre , du Titre de Sainte Praxede , eft mort
à Rome. Il étoit né le 30 Novembre 1662 .
à Motril dans le Royaume de Grenade , &
après avoir été fucceffivement Collégial du
Collège de Don Rodrigue , à Seville , Chanoine
de l'Eglife Cathédrale de Zamora , &
Grand Pénitencier de celle de Cordoue , il
fut nommé en 1704. à l'Evêché de Cartagene
, & en 1706. à l'Evêché de Cordoue ,
qu'il s'excufa d'accepter..Le Pape Clement
XI. l'ayant nommé Cardinal en 1719. il
fit
A VRI L. 1743. 775
fit de fortes inftances auprès de fa Sainteté
pour l'engager à ne point le révêtir de cette
Dignité mais il repréfenta inutilement qu'il
étoit même déterminé à fe démettre de fon
Evêché pour fe retirer dans une Solitude ;
& il ne put refufer la Dignité à laquelle le
Pape l'avoit élevé . En 1723. il remit au Roi
d'Efpagne l'Evêché de Cartagene , & S. M.
l'obligea d'aller à Rome pour y être chargé
des affaires Eccléfiaftiques du Royaume
d'Efpagne. La conduite qu'il a tenue dans:
tous les emplois qui lui ont été confiés . ,
a toujours juſtifié la grande réputation qu'il
s'étoit acquife , & S. M. l'honoroit d'une:
telle confiance , qu'elle a voulu qu'il exer--
çât , pendant les 16. dernieres années qu'il
a été Evêque de Cartagene , les fonctions
de Capitaine Géneral du Royaume de
Murcie..
ΠΑ
i
776 MERCURE DE FRANCE
**************************
LA CREATION DU MONDE ,
ΜΑ
ODE.
A vie eft une mort , & cette mort m'eft
chére ;
Mon corps eft un cercueil , & je crains d'en fortir ;
Tout homme par l'arrêt d'un Etre néceffaire ,
Doit à la fois naître & mourir.
Esois -je criminel , Seigneur , avant que d'être è
Exiftois-je avant que de naître ?
Si l'homme naît proſcrit , l'homme naît criminel.
Tout ne m'offre ici bas qu'une douceur perfide ;
J'obtiens & je fuis plus avide ;
Je pourfuis , mais envain , un bien furnaturel.
*
Dois je efperer , Grand-Dieu , d'émouvoir ta clémence
?
Ne fais- tu qu'exciter mes inutiles voeux ?
Je puis , après des jours d'erreur & de fouffrance ;
Etre encore fans être heureux.
Lorfque ce poids de chair que je meus , qui m'eng
traîne ,
Cédant à ta Loi ſouveraine ,
Aura de fes refforts perdu le mouvement ,
Dois- tu de mes défirs remplir le vuide immenfe ,
ΟΙ
AV RIL: 1743 777
Où dois tu bo rner l'existence
De l'être qui reçoît en moi le fentiment ?
*
Hâte toi de parler ; il me tarde de croire ;
Ta créature écoute avec avidité ;
De mon funefte fort fi je n'apprens l'Histoire ,
Pourrai-je croire ta bonté
Dieu puiffant , ta bonté ſurpaſſe mon attente ;
Ta parole à jamais vivante
De merveille en merveille a paffé jufqu'à moi.
De mes divers malheurs je connois la naiffance ;
Leur fin s'offre à notre eſperance :
Un bonheur à venir m'eft donné par la Foi.
*
Dans le fein du néant tu créas la matiére ,
Affemblage confus de tous les élemens ;
Tu parlas , Verbe Saint , & foudain la lumiére
Colora ces Etres naiffans .
Effrayé , mais charmé de ton pouvoir immenſe ;
Pénétré de reconnoiſſance ,
Aux aveugles mortels j'annonce tes bienfaits :
La Foi me rend témoin des premiers jours du
Monde ;
J'entens ta parole féconde ;
Grand-Dieu , foutiens ma voix ; je chante fes
effers.
C vj Déja
778 MERCURE DE FRANCE
Déja le Firmament fert de voute à la Terre ;
Il fépare des Eaux les immenfes Tréfors ,
Et la Mer , effrayée au bruit de ton Tonnere ,
Se précipite dans fes bords.
Les vagues abforboient les plus hautes Montagnes
.
Je vois de riantes Campagnes ;
Des Forêts des gazons , des fleurs , avec des
"
fruits ,
Et par l'ordre fecret qu'établit ta fageffe ,
Les Végetaux de toute efpece
Jufqu'à la fin des tems font toujours reproduits.
*
Cours à pas de Géant , vole , flambeau célefte ;
Répands fur.tous les Corps ton heureuſe chaleur ;
Que dans tout l'Univers ta fplendeur manifefte-
La gloire de ton Créateur.
Tu vas porter le jour fur un autre Hémisphere ;
Toi , Lune , fournis ta carriere.
Ciel ! qu'elles légions d'aftres étincellans !
Elles aiment , Seigneur , à luire en ta préſence .
Elles préfident au filence ,
Fertilifent la Terre & méfurent les tems .
*
J'adore avec tranſport ta fageffe infinie ;
Elle a peuplé , Grand Dieu , l'Air , la Terre & les
Eaux ,
C'eft
AVRIL 1743 779
C'est elle qui départ la force , l'induſtrie ,
La prévoyance aux animaux.
Béniflez le Seigneur dans vos grottes profondes ,
Agiles. Citoyens des Ondes ;
Oifeaux , loüez fon Nom dans vos chants les plus
Et vous ,
doux ,
de qui l'inſtinct eft cruel ou timide ,
Hôtes de l'Elément folide
Reconnoiffez la main qui préfide fur vous ..
Dieu médite avec Dieu ; Terre , faites filence ;-
Refpectez les deffeins que forme l'Eternel ;
Faifons l'homme ( dit- il ) à notre reffemblance ;.
Comme nous, qu'il foit immortel.
C'en eft fait , il paîtrit une heureuſe pouffiére s
Sön fouffle anime la matière ;
L'ame vit, comme lui , de penſée & d'amour.
O de l'Etre infini le plus parfait Ouvrage ,
Homme, honore en toi fon image ;
Vers la fource des biens fixe - toi fans retour. ”
*
Placé dans le bonheur , créé dans la juftice ;
Souverain de la Terre & de ta volonté ,
Déformais ton deftin , ta gloire ou ton fupplice,
Dépendent de ta liberté.
Dans les OEuvres de Dieu rempli d'intelligence ,
Une facile obéiſſance
T'affure
780 MERCURE DE FRANCE
T'affure pour jamais ces biens purs & préfens ;
Par elle tu vivras , & par elle ta vie
Dans l'amour divin affermie ,
Tranſmettra la juftice à tes heureux Enfans.
*
Le tems à peine éclos eft-il prêt à s'éteindre ?
Ciel ! quel orage affreux ébranle l'Univers !
L'homme s'enorgueillit; ta Loi qu'il ofe enfreindre
Grand Dieu , le dévoue aux Enfers.
Son ame à tes binfaits eft morte par le crime ;
Tout fon corps devient la victime
D'un trépas douloureux , prompt à le conſumer ;
Prodigue de poifons & de ronces perfides ,
Avare à fes befoins avides ,
La Terre doit bien- tôt s'ouvrir pour l'abîmer.
Le crime & le trépas vous précede à la vie ;
Vous fûtes dans un feul coupables & profcrits ;
Avec la liberté , la raiſon affoiblie
N'eften vous qu'un heureux débris ,
Mortels , qui de l'orgueil chériffez l'esclavage...
Cieux ! qu'entens - je ? Une aveugle rage
Ofe du Saint des Saints blafphemer les fécrets ;
Oui, fiers Captifs, Adam vous a tranfmis le vice ;
Il vous eût tranfmis la juſtice ;
·Dieu ne rétracte point d'immuables decrets,
DA
AVRIL 1743 781
De ta miféricorde ô tréſors ineffables !
Quoi ! je pourrois , Grand Dieu , te refufer mon
coeur ?
Ta Juftice punit le premier des coupables ,
Mais tu lui promis un Sauveur.
L'anéantiffement de toute la Nature
Auroit- il expié l'injure
Qu'avoit fait à ta gloire un orgueil révolté ?
La réparation doit égaler l'offenfe ;
Il te falloit un prix immenſe ;
Dieu feul peut fléchir Dieu justement irrité.
*
La Sageffe incarnée a séparé l'outrage
Qu'avoit fait au Très - Haut le premier des Hu
mains ;
Le Chrift eft mort pour nous ; en lui feul d'âge en
âge
L'Efprit Saint engendre des Saints.
D'Adam humilié le Chrift ferme eſpérance ,
A confommé la pénitence ;
Il a conduit Abel au célefte féjour ;
Régenerés en lui par une Eau falutaire ,
Imitons fa vie exemplaire ,
Le repos éternel n'eft promis qu'à l'amour.
Deum
In principio erat Verbum , & Verbum erat apud
omnia per ipfum facta funt .
Joan. Cap. primo.
Par M. V. D. R. de Cabors.
FRANCE
782 MERCURE DE FRANCE
FRANCE ,
NOUVELLES DE LA COUR , DE PARIS , &c.
E 31. du mois dernier , Dimanche de
LE
dirent dans la Chapelle du Château de Verfailles
la Meffe chantée par la Mufique , &
l'après midi . leurs Majeftés affifterent à la
Prédication du Pere Chatillon , de la Compagnie
de Jefus.
Le Roi & la Reine entendirent le 2. de ce.
mois , le Sermon du même Prédicateur.
Le même jour , le Marquis Doria , En
voyé Extraordinaire de la République de
Genes , eut fa premiere Audience publique du
Roi , & enfuite de la Reine , de Monfeigneus
le Dauphin & de Mefdames de France . 11
fut conduit à ces Audiences par M. de Verneüil
, Introducteur des Ambaffadeurs , qui
étoit allé le prendre dans les Caroffes du Roi
& de la Reine , & après avoir été traité par
les Officiers du Roi , il fut reconduit à Paris
dans les Caroffes de leurs Majeftés, avec les.
Cérémonies accoûtumées..
Le même jour , le Roi , accompagné de
Monfeigneur
AVRIL. 1743 783
Monfeigneur le Dauphin , fit dans la Place
d'armes qui eft devant le Château de Ver
failles , la revûë des deux Compagnies des
Moufquetaires de la Garde de S. M. Le Roi
paffa dans les rangs , & S. M. les vit défiler,
Mefdames de France fe trouverent à cette
revüë .
Le 7. de ce mois , Dimanche des Ra
meaux , le Roi & la Reine , accompagnés
de Monfeigneur le Dauphin & de Madame
affifterent dans la Chapelle du Château à la
Bénediction des Palmes , qui fut faite par
l'Abbé Broffeau , Chapelain de la Chapelle
de Mufique , lequel en préfenta au Roi & à
la Reine. Leurs Majeftés affifterent à la Proceffion
, & après l'Evangile adorerent la
Croix. Le Roi & la Reine entendirent en
fuite la Grande Meffe , célébrée par le même
Chapelain.
L'après midi , leurs Majeftés , accompa
gnées comme le matin , affifterent à la Prédication
du Pere Chatillon , de la Compa
gnie de Jefus , & aux Vêpres , qui furent
chantées par la Mufique .
Le 3. la Reine fe rendit à l'Eglife de la Pa
roiffe , & S. M. y communia par les mains
de l'Abbé de Fleury , fon premier Aumô
nier.
Le 10. Mercredi Saint , leurs Majeſtés ;;
accom
784 MERCURE DE FRANCE
accompagnées de Monfeigneur le Dauphin
& de Madame , entendirent dans la Chapelle
du Château l'Office des Ténébres .
Le 11. Jeudi Saint , le Roi entendit le
Sermon de la Céne du Pere Duru , ancien
Géneral des Cordeliers de l'ancienne Obfervance
& Provincial du Dauphiné , & l'Evêque
de Ptolémaïde , Coadjuteur de l'Evêché
de Strasbourg , fit l'Abfoute. Enfuite le
Roi lava les pieds à douze Pauvres , & S. M.
les fervit à table. Le Comte de Charolois ,
faifant les fonctions de la Charge de Grand-
Maître de la Maifon du Roi , étoit à la tête
des Maîtres d'Hôtel , & il précedoit le fervice
, dont les plats étoient portés par Monfeigneur
le Dauphin , par le Duc de Chartres
, par le Duc de Penthievre & par les
principaux Officiers de S. M. Après cette
Cérémonie , le Roi & la Reine fe rendirent
à la Chapelle du Château , où leurs Majeftés
entendirent la Grande Meffe , & affifterent
enfuite à la Proceffion .
Le s. le Roi prit le deuil en violet pour
la mort de l'Electrice Palatine Doüairiere.
Le 11. après midi , la Reine entendit le
Sermon du Pere Couterot , Barnabite , &
l'Evêque de Prolemaïde , Coadjuteur de l'Evêché
de Strasbourg , ayant fait l'Abfoure ,
S. M.
AVRIL 1743 :
785
S. M. lava les pieds à douze pauvres filles
qu'elle fervit à table. Le Marquis de Chalmazel
, Premier Maitre d'Hôtel de la Reine
précédoit le fervice , dont les plats furent
portés par Madame , par Madame Adelaïde ,
& par les Dames du Palais .
Le 12. Vendredi Saint , le Roi & la Rei
me , accompagnés de Monfeigneur le Dauphin
, du Duc de Chartres & du Duc de
Penthievre , entendirent dans la Chapelle du
Château de Versailles le Sermon de la Paf
fion du Pere Chatillon , de la Compagnie de
Jefus ; leurs Majeftés affifterent enfuite à
l'Office , & elles allerent à l'Adoration de la
Croix. L'après midi , le Roi & la Reine en
tendirent l'Office des Ténébres .
Le 13. Samedi Saint , la Reine , accont
pagnée de Monfeigneur le Dauphin , affifta
aux Complies & au Salut , pendant lequel
Ofilii fut chanté par la Mufique.
Le 14. Fête de Pâques , le Roi & la Rei
ne , accompagnés de Monfeigneur le Dauphin
, du Duc de Chartres & du Duc de
Penthievre , entendirent dans la même Chapelle
la Grande Meffe célébrée pontificalement
par l'Evêque de Ptolemaïde , Coadju◄
teur de l'Evêché de Strasbourg. L'après midi
, leurs Majeftés , accompagnés comme le
matin , affifterent au Sermon du Pere Chatillon
, de la Compagnie de Jefus , & enfuite
aux
6 MERCURE DE FRANCE
aux Vêpres auxquelles le même Prélat of
ficia.
Le même jour , le Roi fit rendre à l'E
glife de la Paroiffe du Château les Pains Benits
, qui furent préfentés par l'Abbé d'Andlau
, Aumônier du Roi en quartier.
Le 12. le Roi prit le deüil en violet pour
la mort de la Princeffe , feconde fille de
L'Empereur.
Le Comte de Piofafque , Chambellan &
Confeiller d'Etat de l'Empereur , General
de Cavalerie & Capitaine des Gardes du
Corps de S. M. I. étant arrivé à Verſailles
en qualité de fon Miniftre Plénipotentiaire ,
il eut le 14. de ce mois une Audience particuliere
du Roi , & il y fut conduit , ainſi
qu'à celles de la Reine , de Monfeigneur le
Dauphin & de Mefdames , par M. de Verneüil
, Introducteur des Ambaffadcurs.
On a reçu avis que les Vaiffeaux du Roi ;
qui bloquoient les Ports de la République
de Tunis , étoient entrés le 31. du mois dernier
dans le Pot de Toulon , & que M. de
Maffiac , Capitaine de Vaiffeau , qui commandoit
ces Bâtimens , avoit conclu un Traité
de paix avec le Bey de Tunis .
Les mêmes lettres marquent que deux
Envoyé
AVRIL. 1743. 780
Envoyés s'étoient rendus en France par ordre
de ce Bey , pour faire des excufes au Roi
fur les hoftilités que les Corfaires de Tunis
avoient commifes contre les Vaiffeaux Fran
çois ; & que ces Envoyés avoient amené plufieurs
chevaux deſtinés pour S. M.
Le Comte de Lautrec , Lieutenant Géne
tal , & qui a été propofé dans le Chapitre
tenu le 2. du mois de Fevrier dernier pour
être Chevalier des Ordres du Roi , a été
nommé Miniftre Plénipotentiaire de S. M.
auprès de l'Empereur ."
Le 21. de ce mois , la Reine fit rendre à
Eglife de la Paroiffe du Château de Verfailles
les Pains Benits , qui furent préfentés par
l'Abbé de Saint Aulaire , fon Aumônier Ördinaire.
Le 26. le Roi & la Reine entendirent dans
la Chapelle du Château de Verſailles la Meffe
de Requiem pendant laquelle le De profundis
fut chanté par la Mufique , pour l'Anniverfaire
de Monfeigneur le Dauphin , Aycul
du Roi.
Le lendemain leurs Majeftés entendirent
dans la même Chapelle la Meffe de Requiem,
pour
l'Anniverſaire de Madame la Dauphine
Ayeule de S. M.
788 MERCURE DE FRANCE
Le Roi , qui avoit pris le deüil le 12. du
mois dernier pour la mort de la Princeffe ,
feconde fille de l'Empereur , le quitta le 28.
Le Roi a accordé à M. de Verneuil , Sé
crétaire de la Chambre & du Cabinet de
S. M. & Introducteur des Ambaſſadeurs ,
la permiffion de fe démettre en faveur de
fon fils , de la charge d'Introducteur des
Ambaffadeurs , de laquelle le Roi lui a con
fervé l'exercice pendant fix ans.
L'Empereur a nommé le Prince de Grimberghen
, fon Ambaffadeur Extraordinaire
auprés du Roi.
SURle Manfolée du Cardinal de Fleury ¦
ordonné
par
le Ro 1.
Doctes Rivaux dans l'Art où brilla Girardon ;
Puget , Adam , le Moine , & Bouchardon ,
Votre leger Ciſeau va donc faire paroître
Les vertus du Miniftre & les regrets du Maître.
La douleur ne veut point d'efforts ingénieux ;
Soyez fimples comme l'Hiftoire ;
Il fuffit d'expofer fon Portrait à nos yeux ,
Pour votre honneur & pour fa gloire.
L'élegance des ornemens
Vaut-elle de Louis les tendres fentimens ?
Yous
Vous pouvez d'un feul trait faire honte à la Parque;
Gravez fur ce Tombeau les larmes du Monarque.
Par M. de Bonneval.
REGIMENS donnés par le Roi.
Le Roi a donné l'agrément du Regiment
d'Auvergne , vacant par la mort du Marquis
de Clermont au Duc de Duras , Colonel du
Regiment de fon nom & Brigadier d'Infan
terie du 20. Fevrier dernier.
Celui du Regiment de Gondrin , dont le
Duc d'Antin étoit Colonel , & Maréchal de
Camp du 20. Fevrier dernier, au Marquis de
Gondrin fon fils , Enfeigne dans ce Regiment.
Celui du Regiment d'Anjou , vacant par la
promotion du Marquis d'Armentieres au grade
de Maréchal de Camp du 20. Fevrier der
nier, au Comte de Rochechouart Faudoas , fon
beaufrere,Colonel du Regiment de fon nom ,'
& Brigadier d'Infanterie de la même promotion.
Celui du Regiment de Souvré, dont le Mar
quis de Souvré étoit Colonel , fait Maréchal de
Camp le 20. Fevrier dernier, au Duc de Lau
raguais , Colonel du Regiment d'Artois , &
Brigadier d'Infanterie de la même promotion.
Celui du Regiment d'Orleans Infanterie ;
dont étoit Colonel Lieutenant le Comte de
Clermont Gallerande fait Maréchal de
Camp
>
90 MERCURE DE FRANCE
Camp le 20. Fevrier dernier , au Comte de
Bourdeille , Guidon de la Compagnie des
Gendarmes Ecoffois.
Celui du Regiment d'Artois , dont étoit
Colonel le Duc de Lauraguais , au Marquis
des Salles , Colonel du Regiment des Landes.
Celui du Regiment de Rochechouart,dont
étoit Colonel le Comte de Rochechouart
Faudoas , au Chevalier d'Aubeterre (~N…..
d'Efparbez ( Capitaine dans le Regiment du
Roi , Infanterie.
Celui du Regiment de Vermandois , dont
étoit Colonel le Chevalier de Teffé, fait Colonel
Lieutenant de celui de la Reine , vacant
par la mort du Marquis de Teffé fon frere ,
au Marquis de Rouge , Colonel du Regiment
de Vivarais.
Celui du Regiment de Duras , dont étoit
Colonel le Duc de Duras , au Marquis
de Bonnac ( N. d'Uffon ) Capitaine dans le
Regiment de Touraine.
Celui du Regiment de Berry, vácant par la
mort du Marquis de Molac Carcado , au
Marquis de Goas :(( N deBiran ) Lieutenant
reformé dans le Regiment du Roi , Infan¬
terie.
Celui du Regiment d'Angoumois , dont
étoit Colonel le Comte de Rupelmonde ,
fait Maréchal de Camp le 20.Fevrier dernier,
4
A VRIL.
1743. 794
à M. de Vaux , Capitaine dans le Regiment
d'Auvergne .
Celui du Régiment de Perigord , dont
étoit Colonel le Chevalier de la Luzerne ,
fait Maréchal de Camp le 20. Fevrier dernier
, au Comte de Mailly , Capitaine dans le
Regiment Royal Piedmont.
Celui du Regiment de Vivarais , dont
étoit Colonel le Marquis de Rougé , à M.
du Barail ( N ... Prévoft ) Capitaine dans
le Regiment du Roi , Infanterie.
Celui du Regiment de Rofnyvinen , dont
étoit Colonel le Marquis de Rofnyvinen ,
fait Maréchal de Camp le 20. Fevrier dernier
, au Chevalier de Montboiffier , Capitaine
dans le Regiment de Cavalerie d'Anjou
, fils du Marquis de Montboiffier , Capitaine
Lieutenant de la feconde Compagnic
des Moufquetaires . {
Celui du Regiment de Gatinois , dont étoit
Colonel le Comte de Rouffillon Chaugy
à M. de Gouy , Capitaine dans le Regiment
de Cavalerie de Sabran.
Celui du Regiment d'Auxerrois , dont
étoit Colonel le Marquis de Conflans , à
M. de Montcam ( N... Marin ) Capitaine
dans le Regiment de Haynaut.
Celui du Regiment des Landes , dont
étoit Colonel le Marquis des Salles , à M.
de Villeneuve , Capitaine dans le Regiment
de Cavalerie de Brionnè. H Celui
792 MERCURE DE FRANCE
Celui du Regiment Royal Cavalerię , dont
étoit Meſtre de Camp Lieutenant le Comte
de Beuvron , fait Maréchal de Camp le 20.
Fevrier dernier au Marquis d'Equevilly
(Auguftin -Louis Hennequin ) Lieutenant dans
le Régiment du Roi , Infanterie.
,
Celui de la Reine Cavalerie , dont étoit
Meftre de Camp Lieutenant le Marquis de
Beauvau , fait Maréchal de Camp le 20. Fevrier
dernier , à M. Galifet , Capitaine
Aide-Major dans le Regiment du Roi,Infanterie
.
Celui du Regiment d'Orleans , Cavale
rie , dont étoit Meſtre de Camp Lieutenant
le Comte de Graville , fait Maréchal de
Camp le 20. Fevrier dernier , au Comte de
Montauban ( N de la Tour la Chaux. )
,
Celui du Regiment de Briffac , dont étoit
Meftre de Camp le Duc de Briffac , fait Maréchal
de Camp le 20 Fevrier dernier , au
Marquis de la Rochefoucauld S. Elpice , Capitaine
dans le Regiment de Cavalerie de
Fleury.
Celui du Regiment de la Ferronnaye, dont
étoit Meftre de Camp M. de la Ferronnaye
fait Maréchal de Camp , le 20.Fevrier dernier
, à M. Choboye de la Serre , Capitaine
dans le Regiment , Meftre de Camp Géneral
des Dragons.
Celui de Puyfieux , dont étoit Meftre de
Camp
AVRIL 1743 793
Camp le Marquis de Puyfieux, fait Maréchal
de Camp le 20. Fevrier dernier , à M. de
Saluces , Capitaine dans le Regiment de Cavalerie
, Royal Rouffillon
Sa Majesté a donné une Brigade du Régi
ment Royal des Carabiniers , au Marquis
de Grimaldi , Commandant une Compagnie
dans le Regiment de Cavalerie de S. Simon.
Le 31. Mars , Dimanche de la Paffion ;
l'Académie Royale de Mufique donna le premier
Concert fpirituel au Château des Tuille
ries , lequel a été continué pendant differens
jours des trois semaines de Pâques jufques
& compris le 21. Avril , Dimanche de Quafimodo.
On y a exécuté plufieurs excellens
Motets à grands Choeurs de Mrs de la Lande ,
& Mondonville. On y a chanté auffi differens
petits Motets à voix feule , avec accompagnemens
des fieurs Mouret , le Maire , &
Cordelet. Les fieurs Blavet & Mondonville
ont exécuté plufieurs Concerto fur la Flute-
Traverfiere & le Violon , avec une préciſion
admirable . Le fieur Poiriers de la Mufique
du Roi , s'y eft fort diftingué par fa belle
voix dans les differens Récits qu'il a chantés
dans prefque tous les Motets.
Hij
IMI.
794 MERCURE DE FRANCE
XXXXXXX ****************
IMITATION de la XVIII . Epitre dų
I. Livre d'Horace : Si benè te novi &c.
SII , comme je le crois , vous m'êtes bien connu ,
Efprit vraiment fincere , & vraîment ingénu ,
D'un flateur , qui ſe vouë au plus vil eſclavage ,
yous craindrez de jouer l'infâme perfonnage ,
Après avoir acquis , auprès d'un grand Seigneur ,
La qualité d'ami , qui doit vous faire honneur .
L'amitié , Lollius eft auffi differente
De l'adulation infidelle & rampante ,
Qu'une illuftre Matrône , au coeur chaſte & bien
né ,
L'eft d'une méprifable & laſcive Phryné.
A ce vice fi bas , qu'un honnête homme abhorre ;
Il en eft un contraire & prefque pire encore ;
C'est la rufticité , qui , par un froid regard ,
Par des geftes choquans , par un maintien hagard ,
Par un air négligé , par un ton formidable ,
> Par de brufques difcours Le rend recomman
dable ,
En affectant le nom de pure liberté ,
Et celui de vertu , qu'elle a peu mérité .
La vertu tient toujours le milieu de deux vices ;
Elle est également loin des deux précipices ,
Le
AVRIL
795 1743
Le Flateur , complaifant beaucoup plus qu'il ne
faut ,
Aux dépens du bas bout veut divertir le haut ;
Admire fadement du riche , qui préfide ,
Le difcours le plus plat & le plus infipide ;
L'écoute avec refpect , comme un petit garçon
D'un févere Pédant écoute la leçon .
Le ruftique , toujours prêt à faire querelle ,
Se gendarme foudain pour une bagatelle .
» Qui ? moi , je céderai , dira notre bourru ?
» Quoi ? lorfque je dis vrai , je ne ferai pas crû ,
» Et l'on s'étonnera cependant que je crie ....
» Oh ! je le foutiendrois au péril de ma vie !
Et de quoi s'agit - il ? D'un rien ; de difcuter
De deux Gladiateurs lequel doit l'emporter ;
Ou lequel , pour aller à telle ou telle Ville ,
D'un chemin ou d'un autre eft le moins difficile.
Celui que la fureur de l'Amour & du Jeu
I
Met fans ceffe en péril de mandier dans peu :
Celui qu'un fot orgueil , par de vives amorces ,
Excite à fe parer au- deffus de fes forces :
Celui ( a ) qui , né fans bien , aſpire aux premiers
rangs ,
( a ) l'ai ſubſtitué ce caractere à celui d'Avare , qui
eft dans l'Original , & auquel la réprimande qu'Ho
race za mettre dans la bouche du Riche , m'a paru ne
pouvoir être appliquée ; au lieu qu'elle eft appliquable
a plus d'un Petit- Maître.
H iij
Qu
796 MERCURE DE FRANCE
Qui veut toujours aller de pair avec les Grands ,
Et , dans fon quartier même , ofant ſe méconnoître
,
Prend avec les égaux des airs de Petit- Maître ;
Un tel homme eft en butte au chagrin rembruni
Du Riche qu'il fréquente , & qui , fouvent muni
De dix vices de plus , le hait à toute outrance ;
Ou , s'il ne le hait pas , le corrige & le tance ;
Fertile , à fon égard , en aufteres avis ,
Comme une bonne mere à l'égard de fon fils ,
Il prétend que , doüé d'un mérite fuprême ,
Il foit plus vertueux , plus fage que lui-même ;
Qu'il penfe toujours bien , qu'il n'ait aucun déffant ;
Et fa prétention eſt juſte , ou peu s'en faut.
» Allez tout doucement ; réprimez vos faillies ;
D. Mes richeffes , dit -il , excufent mes folies !
9
( Vous le niriez en vain ; cela n'eft point douteux
; )
» Mais nulle parité , mon cher , entre nous deux.
» Vous avez peu de bien : une robe commune
» Siéroit mieux à l'état où vous met la fortune ,
» Que celle dont le luftre éblouit tant les yeux.
» Eutrapele donnoit des habits précieux
» A quiconque , par haine , ou même par caprice ,
» Il vouloit , à coup fûr , rendre un mauvais fer-
"
» vice.
Qu'en arrivera - t'il , difoit notre fournois ?
» Mon homme , glorieux de son nouveau harnois "
» Se
AVRIL. 1743
797
Se bercera foudain d'esperances nouvelles ;
» Formera des projets , courtifera les Belles ;
» Oublira fon devoir ; fera de tous les Jeux ;
» Fera conféquemment des emprunts ruineux :
Enfin , on le verra , pour soutenir sa vie ,
>> Sefaire crocheteur , ou valet d'écurie.
Près d'un Grand n'allez pas , Scrutateur importun ,
Epier fon fecret ; & s'il vous en dit un ,
Sur vous-même attentif , ayez l'art de le taire ,
Fuffiez-vous tranfporté d'yvreffe ou de colere ;
Et n'allez pas non plus dans un dur entretien ,
Louer votre penchant , pour condamner le fien ;
Ni , Poëte facheux , monter fur le Parnaſſe ,
Quand il veut qu'avec lui vous alliez à la chaffe .
Ainfi furent brouillés , bien qu'ornés de vertus ,
Les célébres Jumeaux Amphion & Zéthus ,
Jufqu'au jour où l'on vit le complaifant Lyrique ,
Préférant à bon droit la paix à la Mufique ,
Quitter un inftrument , de qui le Laboureur
Avoit eû de tout tems les accords en horreur .
Si , n'étant point gêné par la préeminence ,
Amphion pour fon frère eut tant de déference ,
Jugez , cher Lollius , combien votre devoir ,
Pour un ami puiſſant vous preſcrit d'en avoir
Si-tôt qu'à partager fa tâche favorite ,
En termes gracieux cet ami vous invite .
Lors donc qu'il mene aux Champs & chevaux , &
limiers , Hij A
798 MERCURE DE FRANCE
A fa fuite foudain trouvez- vous des premiers.
Faites treve aux accès d'une Verve importune ,
Afin de revenir avec lui , fur la brune ,
Prendre un repas aimable , & d'autant plus exquis ,
Qu'au prix de vos fueurs tous deux l'aurez acquis.
Un pareil exercice , aux Romains ordinaire ,
Ne peut qu'être honorable & même falutaire .
Ne le refuſez pas , vous , fur tout , dont le corps
Eft des mieux compofés , des plus fains , des plus
forts ;
Qui pouvez furpaffer , fi ce défir vous preſſe ,
Les Sangliers en force , & les Chiens en vîteffe .
Sans compter que peut- être il n'eft point de Romain ,
Qui brille plus que vous , les armes à la main .
Vous fçavez par quels cris tout le Peuple vous
louë ,
Quand dans le Champ de Mars votre adreffe e
joue.
Que vous dirai je enfin ? Dès vos plus jeunes ans ,
Vous vous êtes trouvé dans des combats fanglans.
On vous a vû ſervir dans les guerres d'Eſpagne ,
sous un Chef qu'en tous lieux le bonheur accompagne
;
Qui , ramenant l'Empire à fes jours les plus beaux
A des Temples du Parthe arraché nos Drapeaux ;
Et qui , s'il reste encor quelque fujet d'allarmes ,
L'adjuge par avance au pouvoir de nos armes .
Mais un point , cher ami , qui vous ête de plus
Toat
AVKI L.
1743. 799
Tout moyen de pouvoir excufer vos refus ,
C'eft que , bien qu'attentif à ne jamais rien faire ,
Qui d'un Homme reglé paffe le caractére ,
En vos Champs paternels on peut voir neanmoins
Que les Jeux ne font pas indignes de vos foins ..
Là , quelquefois vos gens en foldats fe déguiſent.
En deux partis divers vos Bâteaux fe divifent.
Sous vos ordres alors eft dépeint vivement
Du Combat d'Actium le grand événement.
A vaincre vos efforts votre frere s'applique ,
Et votre Lac tient lieu du Golphe Adriatique ,
Jufqu'à ce que de l'un des deux Rivaux guerriers
La victoire ait enfin ceint le front de Lauriers .
Quand vous approuverez la paffion d'un autre ,
Il ne manquera pas d'applaudir à la vôtre .
Or , afin de pouffer encore un peu plus loin
Mes avis , ( fi pourtant vous en avez beſoin )
Regardez ; c'eft à quoi d'abord je vous exhorte
De qui vous parlerez ; à qui , de quelle forte .
De tout fat curieux évitez l'entretien ;
Car c'eft un babillard qui ne peut celer riem .
Si de le contenter vous avez l'imprudence ,
Je vous plains ; l'indifcret , de votre confidence
A tous venans efl prêt d'aller faire fa cour
Et le mot échapé s'envole fans retour.
Examinez de près quel eft le perfonnage
;
>
Que vous recommandez ; s'il eft fou , s'il eft fage
De
800 MERCURE DE FRANCE
De crainte que bien- tôt vous neſſuyez l'ennui
De vous voir reprocher les fottifes d'autrui.
Quelquefois on s'y trompe , & l'erreur n'eft petite
De s'être intereflé pour des gens fans mérite .
Quand donc de quelque crime ils feront convaincus ,
Du moins , fage après coup , ne les protegez plus,
Pour mieux être en état d'embraffer la défenfe
De celui dont un fourbe attaque l'innocence ,
Et qui , connu de vous , étant de vos amis ,
Compte fur votre appui cent & cent fois promis.
Eh ! lorſqu'il eft atteint d'un mal de cette eſpece ,
Ne fentez-vous pas bien que le danger vous preffe
Car il y va du vôtre , & ce n'eft plus un jeu
Quand de votre voifin la maiſon eft en feu ,
Et la moindre éteincelle une fois négligée
En un grand incendie eft trop fouvent changée.
Le commerce des Grands ; ce commerce vanté ,
Paroît doux à celui qui n'en a point tâté .
Quiconque le connoît en redoute la fuite ;
Lorfque le vent eft bon , tenez une conduite
Si fage , qu'en changeant même il ne puiſſe pas
Faire rétrograder vorre Barque d'un pas.
L'homme , né férieux , hait l'homme né comique
A fon tour l'enjoüé hait le mélancolique ;
Le prompt hait le pofé , l'indolent hait l'actif ;
Les bûveurs complaifans haiffent le rétif ,
Qui ne veut pas , comme eux, paffer les nuits à
boire ;
Bien
AVRIL 1743- 855
Bien qu'il jure
croire ,
d'un ton propre à l'en faire
Que fa foible poitrine , à qui tout excès nuit ,
Ne fçauroit fupporter les vapeurs de la nuit .
Déridez votre front. Souvent l'air trop modefte
Pafle pour faux dehors , politique , & le refte ;
Et l'humeur taciturne, aux yeux de bien des gens,
De la milantropie a les traits déplaifans.
Au furplus , cher ami , lifez les bons Ouvrages ;
Hantez , interrogez les hommes les plus fages
Et dans leur entretien cherchez foigneufement
Le fecret de paffer vos jours tranquillement ;
D'empêcher que la baffe & fordide avarice ,
Toujours pauvre à fon gré , ne vous mette au fupplice
;
D'éviter les accès d'un preffentiment noir
Et les illufions d'un chimérique efpoir.
Dans ce docte commerce empreflez - vous d'apprendre
Contre les maux divers quel parti l'on doit prendre;
Si l'aimable vextu , propre à nous en guérir ,
Gratis nous eft donnée , ou s'il faut l'acquerir ;"
Ce qui peut des chagrins calmer le trouble extrême ,
Et rendre en même-tems l'homme ami de luimême
;
Qui des deux , de l'éclat ou de l'obfcurité ,
Eft le plus
Lâr garant de notre liberté.
H. vj
802 MEERCURE DE FRANCE
Pour moi , quand fur le bord de la froide Digence
, (a)
Mon coeur , loin du fracas , cherche la joüiſſance
D'un repos auffi pur qu'il eft délicieux ,
Que croyez- vous , amí , que je demande aux
Dieux ?
De poffeder en paix le peu que je poſlede ,
Et même moins , pourvû , que graces à leur aide
Je vive enfin pour moi le refte de mes jours ,

Si c'eſt leur bon plaifir d'en allonger le cours.
Bonne provifion des plus excellens Livres ,
Bonne provifion de vin & d'autres vivres
Pour un an , font des dons que je demande auffi
Afin d'être à couvert des rigueurs du fouci .
Que dois je à Jupiter demander davantage ?
Donner , ôter , c'eft - là fon glorieux partage
Qu'il me donné la vie & du bien , il fuffit ;
Je fçaurai me donner (6) l'égalité d'efprit.:
F. M. F.
(a) Fontaine qu'Horace avoit à fa Terre.
(b) Horace fe trompe ici avec les orgueilleux Stoïciens.
C'eft Dien qui donne tout.
MORTS
AVRIL 1743. 8031
MORTS ET MARIAGES.
E 11. du mois de Janvier dernier ,
LE11.
M. L Pierre Pierre Benigne Languet , Baron de
Montigny , Seigneur de la Villeneuve , Leffond
, Provenchere & autres Lieux , Lieutenant
Géneral des Armées de Baviere , Gentilhomme
de la Clef d'or du feu Electeur
de Baviere Chevalier de l'Ordre de Wirtemberg
, Grand- Bailly & Gouverneur de la
Ville & Principauté de Montbelliard , ci
devant Envoyé Extraordinaire du Duc de
Wirtemberg à la Cour de France , mourut
dans fon Château de Montigny , fur Vingean
, âgé de foixante & quinze ans .
,
Tous ces Titres fembleroient ne pouvoir
appartenir qu'à un Homme né en Allema
gne ; cependant c'étoit un François qui les
poffedoit , les ayant mérités.
Nous ne dirons rien de cette Maiſon , finon
que la Nobleffe y eft anciennne , comme
il paroît parce qu'en a rapporté M. d'Ho ,
zier dans fon fecond Regiftre ; on y pourra
trouver tout ce qquuii llaa concerne ,, & les preuves
de la poffeffion où elle eft de la Nobleffe
depuis plufieurs Siècles.
Né à Dijon au mois de Février 1668. il
fuc
304 MERCURE DE FRANCE
fut placé dès l'âge de treize ans dans les Cadets
de Strasbourg ; il en fortit pour ſervir
en qualité d'Officier au Siége de Philisbourg,
où il fut bleffé à l'attaque de l'ouvrage à
Corne , dont la prife avanca la capitulation
de la Ville .
En 1689. il obtint une Compagnie de
Dragons , dans le Régiment de Gramont-
Falon , & peu après le Roi lui donna une
Compagnie Franche : M. de Barbezieux
alors Miniftre de la Guerre , voulut l'engager
a former un Régiment de Dragons , mais fa
bonne volonté devint inutile par la paix de
Rifwick , & la Compagnie du Baron fut
réformée . Cependant le Roi lui ordonna de
paffer en Allemagne avec fon frere le Comte
de Gergy , qui à la paix fut nommé Envoyé
Extraordinaire du Roi près les Princes des
Cercles de Suabe & de Franconie.
fe
Le Baron de Montigny eut foin , pendant
le tems de fa réfidence dans ce Pays- là , de
procurer une connoiffance parfaite de l'Allemagne
, & en particulier des Pays de Suabe
& de Franconie ; il y gagna l'amitié de
tous les Princes de ces deux Cercles , dans
les Cours defquels il fe trouvoit continuellement,
pour fatisfaire aux ordres qu'il recevoit
de la Cour , & il fit fi bien par fon adreſſe
conjointement avec fon frere , qu'ils foutinsent
pendant plus de trois années les deux
Cercles ;
AVRIL 1743. 805
Cercles , dans les interêts du Roi , fe trouvant
à toutes les Diettes & ménageant les
efprits , fuivant les volontés de S. M.
Le Baron de Montigny & le Comte deGergy,
fon frere , s'étoient fi fort attiré l'amitié de ces
Princes , que le Duc de Wirtemberg , Direcreur
du Cercle de Suabe , ayant érigé en
1700. un Ordre de Chevalerie pour en décorer
les Princes de fon Sang & les principaux
Seigneurs d'Allemagne , en donna te
Cordon aux deux freres . Le Comte de Gergy
fut même nommé le troifiéme , à la premiere
Promotion des Chevaliers ; l'un & l'autre
en avoient obtenu la permiſſion du Roi.
C'est à l'instar de cette création que tant
d'autres Souverains ont crée dans leurs Etats
divers Ordres de Chevalerie , décorés de
differentes manieres , tous neanmoins poftérieurs
, en datte de création , à l'Ordre de
Wirtemberg.
Cefut pendant cet intervalle que fous prétexte
de chaffes & de curiofité, M. de Montigny
fit divers voyages
dans l'Empire ; il alla à
Munich , où il fe fit connoître de l'Electeur
de Baviere. Ce voyage fecret fut occafionné
par le commerce qu'entretenoit le Comte
de Gergy avec ce Prince , qui fe préparoit à
fe déclarer en faveur de la France contre .
l'Empereur , qui venoit de déclarer la guerre
au Roi pour la fucceffion des Couronnes
d'Espagne
307 MERCURE DE FRANCE
d'Efpagne ; il fervit de telle maniere dans
cette importante négociation , que l'Electeur
le demanda au Roi , pour le placer dans
fes troupes , & pour ménager par fon moyen
Pintelligence & la correfpondance qu'il devoit
avoir avec S. M.
Il fervit donc l'Electeur tant par fes correfpondances
fecrettes , que par fon habileté
au métier de la Guerre ; il ne tarda. pas à en
donner des preuves , lorfque quarante Officiers
déguifés , du nombre defquels il étoit
furprirent la Ville d'Ulme , s'en rendirent
maîtres , & la mirent fous la domination de
P'Electeur.
Peu de tems après , le Géneral Palfi voulut
enlever de force la Ville & le Château de
Wering, qu'il croyoit dégarnis . Le Baron de
Montigny fe jetta dedans pour la défendre
; il foutint l'attaque avec 200. Dragons
feulement , contre 1200. hommes comman
dés par ce Géneral.
Ayant reçû enfuite un fecours de trois cens
Cuiraffers , non- feulement le Général Palfy ne
put le forcer dans cette Ville qui n'avoit que de
foibles remparts ; mais il fut entierement défait
avec fa troupe , & obligé de repaffer le Danube
à Lauving. Cette premiere action qui fauva la
Baviere de l'entrée des Impériaux , fut fuivie
de plufieus a tres actions de vigueur , où le
Baron cut le bonheur de réuffir. Elles augmenterent
AVRIL: 804 1743
menterent la confiance que l'Electeur avoit
prife en lui ; & après que S. A. E. en éût
écrit au Roi , pour remercier S. M. du bon
Officier quelle avoit bien voulu lui envoyer,
l'Electeur lui donna le Commandement d'un
Régiment de Cuiraffiers , le Gouvernement
dela Ville de Werting & du Pays , & l'employa
à diverfes négociations fécrettes , pour
avoir par fon moyen des nouvelles du Maréchal
de Villars , qui fongeoit à paffer en
Baviere .
Quand ce Géneral fut en marche pour ga
gner la Baviere , le Baron de Montigny fut
envoyé au-devant de lui avec un gros détachement
de Cavalerie Bavaroife. Il paffa à
travers d'un Camp volant de l'Armée Impériale
, & eut le bonheur de faire cette im
portante jonction des deux Armées .
Depuis ce tems là , il n'oublia rien pour
donner de nouvelles preuves de fon zéle &
de fon attachement pour fa Patrie . C'eſt par
fon moyen que prefque toutes les nouvelles
de Baviere venoient en France , & celles de
France en Baviere . Il avoit pour cet effet pris
le foin avant que de quitter la Suabe , d'y établir
des correfpondances affurées , qui ne lui
ont pas manqué , & qui lui ont été toujours
fidellement attachées. M. le Maréchal de
Villars, qui en connoiffoit l'importance , crut
qu'il lui feroit d'une grande utilité , s'il pouvoir
308 MERCURE DE FRANCE
voit le retenir dans l'Armée du Roi ; il le
demanda donc à l'Electeur qui le lui envoya.
Le Baron de Montigny venoit d'être nommé
un des quatre Adjudants Géneraux de
ce Prince ; il eut quitté avec répugnance un
emploi de cette diſtinction , s'il n'avoit trouvé
fa confolation dans le plaifir qu'il avoit
de rendre au Roi de plus importans fervices.
Il partit donc de Munich , pour rejoindre
l'Armée de France , mais il fut attaqué fur le
chemin par un gros détachement de l'Armée
du Prince de Bade ; après s'être défendu vigoureuſement
, il fut bleffé & pris par les
Impériaux.
Le Prince de Bade dont il devint prifonnier
, piqué de ce que le Comte de Gergy ,
avec le Baron fon frere , avoient fouvent déconcerté
fes projets dans le Cercle de Suabe ,
où ce Prince tenoit un grand rang , & voulant
d'ailleurs tirer du Baron la connoiffance
des correfpondances fecrettes , qu'il avoit
dans l'Allemagne , le traita durement , le fit
conduire au Château de Conftance , l'y fit
garder très -étroitement , & même effaya de
tenter fa fidélité par la crainte , & par l'eſpe
rance ; mais ce fut en vain , le courage du
Baron l'emporta fur les mauvais traitemens ,
& il ne découvrit rien de tout ce que l'on
vouloit fçavoir de lui . Enfin laffé d'une prifon
qui
AVRIL. 1743.
809
qui dura huit mois , & fçachant que le Prince
de Bade refufoit toujours l'Electeur , qui demandoit
vivement fon échange , il entreprit
de fe fauver , ce qu'il fit heureuſement le 10 .
Février 1704. avec des rifques infinis , qu'il
fçut ou affronter ou éviter.
Le feu Roi en fut touché ; il lui augmenta
la penfion qu'il lui faifoit déja , & le renvoya
à l'Electeur. Il paffa en Baviere avec l'armée
du Maréchal de Tallard , & l'Electeur lui
rendit à fon arrivée fa Charge d'Adjudant
Géneral . En cette qualité il fervit ce Prince
dans les entrepriſes les plus hardies , & les
plus périlleuses , car le Baron avoit la répu
tation de ne connotre aucun danger , quand
il étoit queftion de remplir les commiffions
qui lui étoient données , & de n'ignorer aucun
expédient pour réuffir. Ce fut en faifant
fa Charge à la bataille d'Hochftet , qu'il fut
envoyé par l'Electeur pour porter des ordres
à la Gendarmerie , qui étoit vivement preffée
par la Cavalerie Impériale. Il penfa y perdre la
vie ; il reçût plufieurs bleffures & fut fait prifonnier
; mais celui qui avoit faifi la bride de
fon cheval ayant été tué , à la faveur d'une
cocarde trompeufe & de la langue Allemande
qu'il parloit parfaitement , il traverfa
la ligne entiere des Ennemis & vint fe
rendre à nôtre aîle gauche qui étoit alors
victorieufe.
Après
16 MERCURE DE FRANCE
Après cette funefte bataille , les troupes
de l'Electeur revinrent en France , Le Baron
de Montigny , qui commandoit alors le Régiment
des Cuiraffiers de Traufmandorff ,
fervit en Flandre , & fe trouva à la malheureuſe
journée , où nos lignes furent furpriſes
par les Ennemis ; il fe trouva feul à commander
cinq ou fix Efcadrons , qui furent
expofés à 28. ou 30. Efcadrons des Ennemis
. Enveloppé de toutes parts , il crut devoir
au péril de fa vie , donner par une réſiſtance
courageufe , le tems à l'Infanterie de faire la
belle retraite qu'elle fit en cette occafion . N
penfa être la victime d'une réfolution ſi hardie
; il chargea plufieurs fois les Ennemis en
défefperé ; mais enfin fa petite troupe fut
mife en piéces ; lui-même , porté par terre
fous fon cheval , qui avoit été tué & foulé
aux pieds de toute la Cavalerie des Alliés ;
il palla pour mort , mais peu de jours après
f'Electeur , qui à la nouvelle de fa mort l'a
voit honoré de fes regrets & de fes éloges ,
apprit qu'il étoit prifonnier & fans aucune
bleffure mortelle ; il s'empreffa de le retirer
des mains de Mylord Marleboroug , qui le
rendit à l'Electeur en faifant l'éloge de fon
courage .
Il continua de fervir en Flandres , juſqu'à
la paix , à la tête des Cuiraffiers de l'Electeur
de Baviere : ce fut dans le cours de ces
combas
AVRIL 1743 816
combats & de ces avantures fâcheufes , qu'il
reçût de l'Electeur les divers grades de Brigadier
, de Géneral de Cavalerie , & enfin
de Lieutenant Géneral. C'eft dans ce même
tems que M. Voifin , Miniftre de la guerre ,
lui manda par fa lettre du 26. Septembre
1714. que le Roi lui conferveroit en France
le même grade qu'il auroit dans l'Empire ,
mais que S M. approuvoit qu'il reftât auprès
de l'Electeur de Baviere. Cette grace lui fut
confirmée dans la fuite par un Brevet du 16,
Mai 1720,
L'Electeur de Baviere étoit rentré par la
paix , dans fes Etats , & le Baron l'avoit fuivi
à Munich : il y fut honoré de la charge de
Chambellan ou de Gentilhomme à la Clef
d'or de l'Electeur. Son Brevet eft du 16. Juin
1716 .
Tandis qu'il exerçoit cette charge , le Duc
'de Wirtemberg , qui avoit toujours confervé
pour lui une bonté finguliere , & l'avoit honoré
de la qualité de Géneral de fa Cavalerie ,
lui donna avec la permiffion de fon A. S. E.
le Commandement de la Ville & Principauté
de Montbelliard , avec la qualité de
Grand Baillif ; & l'envoya à la Cour de
France , pour remercier le Roi au nom du
Duc , des honneurs que ce Prince avoit reçûs
par ordre du Roi , en paffant fur fes Terres
pour aller à Montbelliard. La lettre de
812 MERCURE DE FRANCE
ce Prince au Roi eft du 23. Juillet 2723 .
Peu de tems après , c'eft- à dire à la fin de
la même année , il envoya de nouveau le
Baron de Montigny au Roi , pour faire des
complimens fur la mort du Duc d'Orleans
Regent , & au Duc de Bourbon fur le miniftére
dont il étoit chargé , & en mêmetems
pour traiter de la reſtitution des neuf
Bailliages dépendans du Duché de Montbelliard
, quele Roi prétendoit faire partie defon
Royaume.
Le Baron de Montigny parut à Paris & à la
Cour avec l'éclat convenable à fa fonction ;
ileut fon Audience publique au mois d'Avril
de l'année 1724. Ce fut pour la feconde fois
qu'on vit à la Cour de France un François
du nom de Languet , chargé des interêts des
Princes d'Allemagne y paroître avec l'éclat
qu'exigent les Ambaffades Extraordinaires ,
car il y avoit près de 200. ans que le célébre
Hubert Languet , de la même famille , étoit
venu à la Cour de France fous le même titre
& la même fonction de la part de l'Electeur
de Saxe.
Le Baron de Montigny reſta à Paris jufqu'en
1727. & ayant confommé la négociation , il
eut fon Audience de congé , & fe rendit auprès
du Duc de Wirtemberg , qui le 22 Jan
vier 1728. lui donna fes Lettres pour reprendre
le Commandement & le Gouvernement
de
A VRI L. 813
1743 .
de la Ville & Pays de Montbelliard . Peu de
tems après , le Prince Alexandre étant de
venu Duc de Wirtemberg , par la mort de fon
neveu , il donna en titre au Baron de Montigny
le même Gouvernement , dont il n'avoit
eu jufques-là que le Commandement . Les
lettres du Prince font du 31. Octobre 17330'
Vers la fin de l'année 1734. la guerre commença
entre la France & l'Empire ; le Baron
de Montigny , qui ne pouvoit livrer le Pays
aux troupes du Roi au préjudice du Prince
qui le lui avoit confié , ni le défendre contre
le Roi fon Maître , fe retira dans les Terres.
Le Roi y mit un autre Commandant, & S. M.
eut la bonté de lui faire écrire par M. d'Angervilliers
, alors Miniftre de la guerre , par
La lettre du 31. Octobre de cette année ,
qu'il lui conferveroit le titre & les prérogatives
de toutes les charges qu'il poffedoit , aux
appointemens de dix mille livres.
Depuis ce tems-là , le Baron de Montigny
vecut en paix dans fon Château de Montigny
, où il a eu le bonheur de fe préparer ,
par une vie chrétienne , à la mort , que lui
annonçoient fon âge & fes infirmités , que
fes bleffures & fes longs fervices lui avoient
attirées.
Il avoit pour frere M. Languet , Comte
de Rochefort , Confeiller d'honneur au Parle
ment de Bourgogne,pere deM.de Rochefort,
Préfident
14 MERCURE DE FRANCE
?
Préfident dans ce Parlement & de Mde la
Comteffe de Levy ; M. Languet Comte de
Gergy , Ambaffadeur à Venife , mort en
734. pere de Mde la Comtefle d'Havrincourt
; M. Languet de Gergy , Docteur de
la Maiſon de Sorbonne & Curé de S. Sulpi-
Dom Languet , ci- devant Abbé de S. Sulpice;
Procureur Géneral de l'Ordre de Cîteaux
à Rome, & enfuite Abbé de Morimont , mort
en 1736. M. Languet Archevêque de Sens
& pour Soeur D. Théreſe Languet , épouſe
de M. Rigoley , Premier Préfident de la
Chambre des Comptes de Bourgogne , mere
de M. Rigoley , auffi Premier Préfident de la
même Compagnie , & de M. Rigoley Demypon.
- Le 20. Mars Jean Paul Bochart ;
Comte de Champigny , Maréchal des Camps
& Armées du Roi du 15. Mars 1740. Capitaine
d'une des Compagnies de Grenadiers
du Régiment des Gardes Françoiſes du 2 .
May 1733. Major Géneral de l'Armée de Sa
Majefté en Baviere , mourut à Straubingen
dans la 53. année de fon âge , laiffant des
enfans de D. Anne -Geneviève de Meuves
qu'il avoit épousée le 27. Juin 1729. étant
veuve de Pierre de Turmenyes de Nointel ,
Maître de la Chambre au Deniers du Roi ,
mort le 18. Septembre 1726. Feu M. de
Champigny étoit fils puîné de Jean Bochart,
AVRIL. 1743.
815
chart ,Seigneur de Champigny & de Noroy,'
Intendant de la Marine au Havre de Grace ,
mort au mois de Décembre 1720. & de D.
Marie Magdeleine Chafpoux , Dame de Verneuil
& du Pleffis Savary , morte en 1718 .
Voyez pour la Généalogie de la Famille de Bo
chart,l'une des plus anciennes & des plus illuftres
de la Robe ,l'Hiftoire du Parlement de Paris
,
s , par le fieur Blanchard , & les differentes
Editions du Dictionnaire Hiftor . de Morery.
Le 2. Avril , Guy Claude Charles de Laval
Montmorency , Seigneur de Gournan le Guerin
, de Pontcallain , de Buat , & de Chesnebrun,
dit le Marquis de Laval, ci- devant Chevalier
d'honneur de S.A.R.Madame laDucheffe
d'Orleans , & avant Colonel d'un Regiment
d'Infanterie , mourut en fon Château de
Chesnebrun dans la 70. année de fon âge ;
il étoit fils de Charles de Laval , Baron de la
Faigue & de D. Louiſe le Mufnier de Cubelly.
Il avoit épousé le 28. Juin 1699. D. Marie-
Thérefe d'Hautefort , de laquelle il laiffe
Charles - Louis de Laval , Marquis de Laval
Montmorency, né le 13. Mars 1705. & Marie-
Louife Auguftine de Laval Montmorency,
mariée le 19. Decembre 1726. avec Louis-
Antoine Crozat , Baron de Thiers , depuis
Maréchal Général des Logis des Camps & Ar
mées du Roi, & Brigadier du 20.Fevrier 1743 .
Voyez pour la Généalogie de la Maifon de
I Laval
316 MERCURE DE FRANCE
Laval , Branche de l'iluftre Maiſon de Montmonrency
, l'Hiftoire Généalogique de cette
Maifon par André du Chefne , & l'Hiftoire
des Grands Officiers de la Couronne .
Le même jour François du Gard , Ecuyer
Seigneur de Lonpré , & du Fief Baudouin
lez Auteuil près Paris , mourut âgé de 70,
ans, fix mois . Il avoit époufé le 26. Mai 1716.
Dame Charlotte Varice de Valieres , veuve
de
>
Jean- Baptifte- Jofeph Bachelier , Seigneur
de Beaubourg , de laquelle il n'a point eu
d'enfans. Il étoit fils de François du Gard
Seigneur de Lonpré par Marie de Louvencourt
fa mere , connû par l'Académie , qu'il
a tenue long- tems à Paris , au Faubourg Saint
Germain après Henri, dit le Chevalier du Gard
fon Oncle , pour les Exercices de la Nobleffe,
& de Marie - Anne de Grouft,Dame de la Loutiniere
, décédée à Auteuil le 21. Decembre
1740. Il defcendoit de Jean du Gard , Sieur
Frefneville , Mayeur de la Ville d'Amiens en
1372. pere de Jacques du Gard , Seigneur de
Merville , Confeiller au Parlement de Paris ,
& Commiffaire des Requêtes du Palais , lcquel
fut revétu depuis de la Charge de Maître
des Requêtes , dont il faifoit les fonctions
dit Blanchard , en 1417. Voyez le Nobilaire
de Picardie au mot du Gard , Edit. de 1693 .
11 refte de cette Branche Dlle Marie-Anne
du Gard de Lonpré , non mariée,
La
AVRIL. 1743 817
Le 7. Avril M. Guillaume de la Boiffiere,
Chevalier, Seigneur de Chambors dans
le Vexin François , & l'un de l'Académic
Royale des Infcriptions & Belles Lettres ,
ci- devant Capitaine de Cavalerie dans le Régiment
Colonel Géneral , mourut à Paris
dans la 77. année de fon âge , fans laiffer
d'enfans de Dame Marie- Anne Bazin , qu'il
avoit épousée le 18. Janvier 1696. & dont
on a annoncé la mort dans le 1.Tome de Decembre
1741. arrivée au Château de Chambors
le 28. Novembre de la même année .
Il étoit l'aîné des enfans de Guillaume de la
Boiffiere , Chevalier , Seigneur de Chambors
& c. Lieutenant des Cent- Suiffes de la
Garde du Roi , mort le 8. Novembre 1715 .
âgé de 82. ans , & de D. Marguerite Sevin
de Miramion fa premiere femme. Il a laiffé
deux freres , Felix- Guillaume de la Boiffiere
ci- devant Capitaine de Dragons dans le Régiment
Meftre de Camp , lequel eft auffi fils
du premier Mariage & eft veuffans enfans ;
& Jofeph- Jean- Baptifte de la Boiffiere de
Chambors , ci - devant Ecuyer du Roi & Capitaine
dans le Régiment de Bretagne Infanterie
, né du fecond Mariage de Guillaume
de la Boiffiere avec Catherine - Louife de la
Fontaine Solare , morte à S. Germain en
Laye le 18. Decembre 1734. âgée de 80. ans.
Ce dernier , de Marie Anne - Angelique de
la
I ij
818 MERCURE DE FRANCE
a Fontaine Solare , fa coufine germaine & fa
premiere femme morte à Montreuil- Sur-
Mer en Picardie le 1. Janvier 1729. a deux
enfans , Yves - Jean - Baptifte de la Boiffiere
de Chambors , né le 4. Janvier 1726. &
Henriette Marie-Jofephine de la Boiffiere de
Chambors. Il n'en a point de fon fecond
Mariage avec Génevieve Hinfelin , morte le
2. Fevrier 1738. ni de Brigitte de Sarsfield
qu'il a épousée en troifiéme noces le 17. Juin
1739 .
Le .... Avril Jacques Pineau de Lucé ,
Maître des Requêtes Ordinaire de l'Hôtel du
Roi depuis 1737. fils de Jacques Pineau ,
Seigneur de Vieennay , de la Pechellerie &
de Lucé , Confeiller au Parlement de Paris &
de Dame Marguerite de Gennes , fa femme ,
morte le 24. Avril 1739. fut mariée avec N...
de la Live , fille de N ... de la Live , de
Bellegarde , Fermier General des Fermes du
Roi.
En rapportant dans le Mercure du mois de
Mars dernier , page 604. la mort de M. de
la Méfangere , on a dit qu'il a laiffé une fill
unique , mariée avec M. le Marquis d
Ganges . On ignoroit alors que cette Dam
eft décedée depuis plus de dix huit mois
& que le Marquis de Ganges s'eft remarié.
C'est au fujet de cette mort & de ce fecon
mariage
AVKI L. 1743. 819
mariage , qu'on nous a envoyé le Memoire
· qui fuit.
,
Le...... Janvier 1743. Charles - Alexandre
de Viffec de la Tude Joannis Chevalier
Marquis de Ganges , au Diocèse de
Montpellier , Baron des Etats de la Province
de Languedoc Seigneur de Cafiliac
, de Souberas , de Moulés , de l'Olivier
, né le 18. Decembre 1718. fils de
feu Louis- Alexandre de Viffec de la Tude
Joannis , Marquis de Ganges , Baron des
Etats de Languedoc , mort en 1720. & de
D. Marie- Charlotte de la Rochefoucaud de
Langheac , veuf depuis le mois de Juiller
1741. de D. Anne- Elifabeth Scott de la Méfangere,
qu'il avoit époufée le 11. Décembre
1738. époufa Dlle Françoife de Sarret , fille
unique de Philippe Maurice de Sarret , Scigneur
de S. Laurent dans les Sevennes , &
de D. Françoise de Quoy. La Maiſon de
Viffec de la Tude , eft une des plus diftinguées
entre les plus Nobles de la Province de Languedoc,
par fon ancienneté & par fes alliances
Jean de Viffec, Seigneur de la Tude, auDiocèſe
de Lodeve en 1550. petit fils de Jean de
Viffec, Seigneur de la Tude en 1450. ayant
quitté fon ancien nom de Viffec pour prendre
celui de la Seigneurie de la Tude , fes
defcendans ont continué de le porter juſqu'à
Meffeurs de Ganges d'aujourd'hui , qui
I iij portens
820 MERCURE DE FRANCE
qui portent les deux noms de Viffec & de la
Tude , auxquels ils joigent celui de Joannis ,
en Mémoire de Diane de Joannis du Rouffau
, leur Bifayeule paternelle , fi célebre par
fa beauté , & encore plus par fa fin tragique .
Cette Maifon de Viffec de la Tude porte pour
Armes , Echiqueté d'argent & de fable , qui
eft Villec , Ecartelé d'Argent à un Lion de
fable , de Lodéve. Pour la Famille de Sarret
elle eft également diftinguée dans la Robe
& dans l'Epée , de même dans l'Eglife , que
M. François de Sarret de Gaujac étant actuel
lement Evêque d'Aire , depuis le 25. Mars a
1736
ARRETS NOTABLES.
ORDONNANCE du Roi du 24. Mars,
dont la teneur fuit..
S. M. étant informée , que plufieurs valets
& domeftiques des Officiers de fes troupes ,
qui fervent dans l'armée d'Allemagne , quictent
fans permiffion le fervice de leurs maîtres
pour repaffer dans le Royaume , & défirant ..
pourvoir aux inconvéniens qui réfulteroient
pendant la campagne prochaine , d'une défertion
qui n'intereffe pas moins le ſervice
de S. M. que celui de fes troupes , en ce que
lefdits
AVRIL 1743. 821
1efdits Officiers ne pouvant remplacer dans
un Pays auffi éloigné , les valets qui les auroient
abandonnés , fe trouveroient hors d'état
de foûtenir leurs équipages : S. M. a fait
& fait très- expreffes inhibitions & défenfes
à tous valets & domeftiques fervant actuelle
ment les Officiers de fes troupes , employés
en fon armée d'Allemagne , de quitter leur
fervice & de s'abfenter de ladite armée fans
permiflion & paffeport du Géneral , jufqu'au
premier Janvier de l'année prochaine , fous
peine d'être punis fuivant la rigueur des Ordonnances
rendues contre les déferteurs de
es
troupes , dont S. M. veut & entend
que les difpofitions ayent lieu & foient exécutées
contre lefdits valets & domestiques
de ladite armée d'Allemagne , qui s'en abfenteront
fans permiffion & paffeport , avant
led. jour premier Janvier. Veut S. M.quefur la
dénonciation qui fera faite au Prévôt de l'armée
parle maître du domeftique qui fe trouvera
dans le cas de ces défenfes , & fur les
ves qui feront adminiftrées de fa déſertion ,
ilfoit condamné par ledit Prévôt aux peines
defdites ordonnances , foit par un jugement
définitif , fi l'accufé eft arrêté , ou par un
jugement de contumace , s'il eft fugitif , auquel
cas de contumace le fignalement de l'accufé
fera envoyé par ledit Prévôt , au Sécre
taire d'Etat,ayant le département de la guerpreure
822 MERCURE DE FRANCE
re , avec le jugement qui aura été rendu ;
pour faire faire les perquifitions néceſſaires
de l'accufé , & afficher le jugement au Lieu
du domicile de fa famille.
Mande & ordonne S. M. au fieur Maréchal
Duc de Broglie , Commandant en chef
ladite armée , à l'Intendant d'icelle , & aux
Officiers géneraux & particuliers qui y feront
employés , de tenir la main , chacun en ce
qui le concerne , à l'exécution de la préfente,
laquelle S. M. veut être publiée dans tous
les quartiers occupés par ladite armée , à ce
qu'aucun n'en puiffe pretendre caufe d'ignorance
& c .
ARREST du Confeil d'Etat du 26. Avril ,
dont la teneur fuit.
Le Roi ayant été informé qu'il paroiffoit
deux Imprimés, l'un fous le titre de Confultation
de MM. les Avocats du Parlemen: de
Paris , aufujet du Mandement de M. Berg.r
de Charenci , Evêque de Montpellier , du premier
Juillet 1742. pour l'acceptation de la
Bulle Unigenitus , publié dans le Synode tenu
le 12. du même mois , l'autre intitulé , Confultation
de MM. les Avocats du Parlement de
Paris , au fujet du Synode tenu à Montpellier
le 12. Juillet 1742 par M. Berger de Charenci,
Evêque de Montpellier ; S. M. auroit jugé
propos de les faire examiner en fon Con- à
feil ,
AVRIL
1743 82
feil , & Elle auroit reconnu que ces Contfultations
également répréhenfibles par les
principes contraires à l'autorité de l'Eglife ;
dont elles font remplies , & par les traits injurieux
au caractére & au pouvoir des Evêques
, qui y font répandus , le font encore
plus , s'il eft poffible , par la témérité avec
laquelle on ofe les appuyer fur des ouvrages
femblables , qui ont été profcrits par S. M.
même , enforte que ces deux Ecrits ne peuvent
fervir qu'à infpirer un efprit de revolte
contre une décifion qui , par le concours des
deux puiffances , eft devenue une Loi de l'Eglife
& de l'Etat , comme le Roi l'a déclaré
tant de fois , & à rallumer un feu que S. M.
veut travailler , plus que jamais , à éteindre
dans fon Royaume , en donnant toujours de
nouvelles marques de fon zéle pour la Religion
, de la protection qu'elle doit à l'Eglife
& à fes Miniftres , & de fon attention continuelle
à maintenir la tranquilité publique
contre tout ce qui feroit capable de la troubler.
A quoi étant néceffaire de pourvoir , en
réprimant d'ailleurs une contravention fimanifefte
aux Déclarations & Arrêts donnés par
S. M. pour empêcher l'impreffion & le cours
de pareils Ecrits . Le Roi étant en fon Confeil
, a ordonné & ordonne que lesdits deux
Ecrits , dont l'un a pour Titre , Confultation
de MM. les Avocats du Parlement de Paris;
an
24 MERCURE DE FRANCE
aufujet du Mandement de M. Berger de Cha
renci, Evêque de Montpellier, du premier Juil
let 1742. pour l'acceptation de la Bulle Unigenitus
, publié dans le Synode tenu le 12. du
même mois , & l'autre eft intitulé Confultation
de MM. les Avocats du Parlement de
Paris , au fujet du Synode tenu à Montpellier
le 12. Juillet 1742. par M. Berger de Charenci
, Evêque de Montpellier , feront & demeureront
fupprimés , comme contenant des
principes & des expreffions contraires à la
foumiffion qu'exigent les décifions de l'Eglife
, à l'honneur & à la dignité de fes principaux
Miniftres , & aux difpofitions des Déclarations
& Arrêts donnés par S. M. Enjoint
à tous ceux qui ont des Exemplaires detdits
Ecrits , de les remettre inceffamment au
Greffe du fieur Feydeau de Marville , Maître
des Requêtes , Lieutenant General de Police
à Paris , pour y être fupprimés . Fait S. M.
très-expreffes inhibitions & défenſes à tous
Imprimeurs , Libraires , Colporteurs , & autres
de quelqu'état , qualité & condition
qu'ils foient , de les retenir , imprimer , vendre
, débiter , ou autrement diſtribuer , à
peine de punition exemplaire . Enjoint audit
fieur Feydeau de Marville & aux fieurs Intendans
& Commiffaires départis dans les Provinces
, de tenir la main , chacun en ce qui
le regarde , à l'exécution du préfent Arrêt &c.
TABLE.
P
IBCES FUGITIVES . Les Charmes du Printems
,
625
Lettre de M. D. L. R. au R. P. Texte, fur quelques
fujets de Littérature ,
La foibleffe de l'Efprit hmain , Ode ,
627
645
Queftion importante ,jugée au Parlem . de Paris, 65 1
Imitation de la XVII . Ep . du I. Liv. d'Horace , 660
Mémoire fur les ufurpations d'Armoiries &c. 666
Ordonnance & Jugement du Juge General d'Armes
de France ,
L'Envic , Ode ,
670
677
Differtation fur la Glace ; 681
Requête à la Grand' Maîtreffe & aux Chevaliers
de l'Ordre de l'Union , 687
Eloge de M. de Mazaugues ,
689
L'Alouette & le Corbeau , Fable , 691
Lettre à M. Dumas ,
692
La Vanité , Ode ,
Enigme & Logogryphe ,
NOUVELLES LITTERAIRES
706
711
" DES BEAUX- ARTS ,
&c. Hiftoire Generale des Ceremonies , & c.
Tome VII .
Obfervations de Chirurgie ,
Entretiens fur la Religion ,
Harangue Latine du P. du Baudori
713
ibid.
714
ibid.
Brochure fur les Sels du Comte de la Garaye , ibid.
Elemens de Géographie
Bibliothéque Fraçoife , Tome VI.
Dictionnaire Militaire ,
Tarif du Toifé , &c .
715
ibid.
717
ibid.
718
Coûtumes du Duché de Bourgogne ,
Edition des Ouvrages de M.deVoltaire à Geneve, 721
Inftitutions Militaires de Vegece , 722
Lifte des Chevaliers de l'Ordre de S. Lazare , 725
Calendrier du Monde & Calendrier perpetuel, 726

Séance de l'Académie de la Rochelle ;
Estampes nouvelles ,
Piéce de Cabinet curieufe , à vendre,
Cartes du Sr le Rouge ,
Livres de Mufique du Sr Guillemain ,
Chanfon notée ,
728
741
742
143
ibid.
745
Spectacles , Extrait de D. Quichotte chés la Du
cheffe
746
Le Pouvoir de l'Amour , nouv . Ballet à l'Opera, 754
Zaïre repréfentée à la Comédie Françoile pour la
Clôture du Théatre , ibid.
757
Mérope pour l'ouverture du même Théatre ,
La double inconftance , repréfentée à la Comédie
Italienne , ibid.
Le Coq de Village , rep . à l'Opera Comique , ibid.
Nouvelles Etrangeres , Allemagne &c .
Morts des Pays Etrangers ,
La Création du Monde , Ode ,
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , &c .
Vers fur le Maufolée du Cardinal de Fleury ,
Régimens donnés ,
Imitation d'une Ode d'Horace,
Morts & Mariages ,
Errata de Mars.
758
773
776
782
788
789
794
803
820
Arrêts Notables ,
Age 457. ligne 21. un , lifex , une.
P
P. 482. l.
3. du bas, fubtile , 1. fubtil.P . 483. 1. 15. fervi,
7. fervis.P . 484. 1. premiere, des, l. de. P. 497...
du bas, liu , l. lui. P. 502 1. 22. d'extenfions , 1. détenduë.
P- 506. l . 13. artributs , l . attributs . P. 5.S.
1. 17. à , ôtez ce mot . P. 601. l . 18. avant ,
mot. Ibid. 1. 28. de ce mois , l . Fevrier. Ibid. 1. 3e
1648. l. 1698. P. 603. l. 22. partie , l . patti. P. 617.
1. 5. beftiaux , l. fur les beftiaux.
La Figure gravée doit regarder la page
La Chanson notée, la page
ctez ce
63 :
1745
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le