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1743, 01-02
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Texte
MERCURE
DE
FRANCE ,
DEDIE AU
ROT.
JANVIER
1743 .
CIT
SPARGET
CURI
COLLIGIT
2apillon
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER
ruë S. Jacques.
Ches La Veuve PISSOT , Quai de Conty ,
à la descente du Pont- Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais
M. DCC. XLIII.
Avec Aprobation & Privilege du Rey
THE NEW YORK
PUBLIC LIBRARY
ASTOCATALOGUE des Mercures de France,
depuis l'année 1721. jusqu'à présent.
J
Uin ,Juillet , Août , Septembre, Octobre,
Noyembre et Decembre de 1721.
Année 1722. les mois de Mars , Mai , Septembre
et Novembre doubles ,
1723. le mois de Decembre double
7. vol.
16. vol.
1724. les mois de Juin et Dec. doubles ,
13. vol.
14 vol.
1725. les mois de Juin, Sept. et Dec.doubles, 15 . vol.
1726. les mois de Juin et Dec. doubles ,
14. vol.
1727. les mois de Juin et Dec. doubles , 14. vol.
1728. les mois de Juin et Dec. doubles , 14. vol.
1729. les mois de Juin,Sept. et Dec.doubles , 15. vol.
1730. les mois de Juin et Dec, doubles ,
14. vol.
14. vol.
14. vol.
1731.
les mois
d'Avril
,Juin
et Dec.
doubles
, 15. vol.
1732.
les mois
de Juin
et Dec.
doubles
,
1733.
les mois
de Juin
et Dec.
doubles
,
1734.
les mois
de Juin
et Dec.
doubles
,
1735.
les mois
de Juin
et Dec.
doubles
,
736.
les mois
de Juin
et Dec.
doubles
,
$737 . les mois
de Juin
et Dec.
doubles
,
1738.
les mois
de Juin
et Dec.
doubles
1739.
les mois
de Juin
, Septembre
et
Decembre
doubles
,
14. vol.
14. vol.
14.
vol.
14. vol.
> 14. vol.
15. vol. 1740. les mois de Juin et Dec. doubles ,
1741. les mois de Juin et Dec. doubles ,
1742. les mois de Juin & Dec. doubles , 14..
Janvier 1743.
14. vol .
14. vol.
vol
I. vol.
897. vol.
PRIX XXX. SOLS.
PRI
PRIVILEGE DU ROT.
LOUIS, par la grace de Navarre à nos Amés & FDeiaeuux, CRoonfyeidleleFrrsa,nlcees &ednse
senant nos Cours de Parlement , Maîtres des Requêtes
ordinaires de nôtre Hôtel , Grand- Confei , Baillifs , Se
néchaux , leurs Lieutenans Civils , & autres nos Jufticiers
qu'il apartiendra : SALUT Notre cher & bien amé ANTOINE
DE LA ROQUE , Ecuyer , ancien Gendarme dans la Compagnie
des Gendarmes de notre Garde ordinaire , &
Chevalier de notre Ordre Militaire de Saint Louis , nous
ayant fait remontrer que l'aplaudiffement que reçoit le
MERCURE DE FRANCE, cy - devant apellé le Mercure Gaiant
compofé depuis l'année 167 2. par le fieur de Vifé , & au
tres Auteurs , nous a fait croire que le fieur Dufresni ,
Titulaire du dernier Brevet , étant décedé , il ne con
vient pas que le Public foiteà l'avenir privé d'un Ouvra…
ge auffi utile qu'agréable , tant à nos Sujets qu'aux Ecrangers
: c'est dans cette vue que bien informé des talens.
& de la fageffe dudit fieur de la Roque, nous l'avons choiſi ♪
pour compofer à l'avenir , exclufivement à tous autres ,
ledir Ouvrage , fous le titre de MERCURE DE FRANCE , &
nous lui en avons à cet effet accordé notre Brevet le 17 .
Octobre 1724 pour l'execution duquel il auroit obtenu
nos Lettres de Privilege , en date du 9. Novembre enfuivane
, qui fe trouvant expirées , nous a fair fuplier
de lui en accorder de nouvelles en forme de Brevet fur
ce néceſſaires , offrant pour cet effet de le faire réimprimer
en bon papier & beaux caracteres , fuivant la feuille
imprimée & attachée pour modele fous 1 contrefcel des
Préfentes ; A CES CAUSES, voulant traiter favorablement
ledit fieur Expofant , & erant informe de fes affiduités ,
a foins & dépenſes qu'il fait pour la perfection dudir
Mercure de France , dont nous fommes contens , & dont
nous voulons lui donner des marques de notre entiere ſatisfaction
; Nous lui avons permis & permettons par ces
Prefentes de compofer & donner au Public à l'avenir tous
les mois , à lui feul exclufivement à tous autres , ledit
Mercure de France , qu'il pourra faire imprimer en un ou
plufieurs volumes , conjointement ou feparément, & au
tant de fois que bon lui femblera , chaque mois , & de le
faire vendre & débiter par tout nôtre Royaume , Pays ,
A ij Terres
****************
Ou Plan
Terres & Seigneuries de notre obéiffance , pendar
tems & efpace de douze années confecutives , à compter
du jour de la date defdites Prefentes ; à condition néaņ
moins que chaque volume portera fon Aprobacion expreffe
de l'Examinateur , qui aura été commis à cet effet , & en
cutre nous avons révoqué & révoquons tous autres Pri
vileges qui pourroient avoir été donnés cy-devant à d'au.
tres qu'audit fieur Expofant ; Faifons défenfes à toutes
fortes de perfonnes , de quelque qualité & condition
qu'elles folent , d'en introduire d'impreffion ou gravure
errangere dans aucun Lieu de notre obéiffance , comme
auffi à tous Libraires Imprimeurs , Graveurs , Impri
neurs Marchands en Tailles - douces & autres , d'impri
mer, faire imprimer, graver ou faire graver, vendre , fai
re vendre , débiter ni contrefaire ledit Livre , c
ches,en tout, ni en partie, ni d'en faire aucuns Extraits,
fous quelque prétexte que ce foit , d'augmentations, cora
rections , changement de titre, ou autrement, fans la per
miffion expreffe & par écrit dudit fieur Expofant , ou de
ceux qui auront droit de lui ; le tout à peine de confiſca
tion , tant des Planches que des Exemplaires contrefaits,
& des uftanciles qui auront fervi à ladite contrefaçon
que nous entendons être faifis en quelque lieu qu'ils foient
trouvés de six mille livres d'amende contre chacun des
contrevenans , dont un tiers à Nous , un tiers à l'Hôtel-
Dieu de Paris , & l'autre tiers audit fieur Expofant , & de
tous dépens, dommages & interefts ; à la charge que ces
Préfentes feront enregistrées tour au long fur le Regiftre
de la Communauté des Libraires & Imprimeurs de Paris
dans trois mois de la date d'icelles ; que l'impreffion dé
ce Livre fera faite dans notre Royaume , & non ailleurs ,
& que l'Impétrant fe conformera en tout aux Reglemens
de la Librairie , & notamment à celui du 10. Avril 1725 .
&c. Donné à Verfailles le feptiéme jour de Décembre l'an
de grace mil fept cent trente-fix , & de notre Regne le
vingt - deux. Par le Roy en fon Confeil , Signé SAINSON
avec grille & paraphe , &c.


LISTE
LISTE DES DES LIBRAIRES
qui débitent le Mercure dans les
Provinces du Royaume.
A Toulouse , chez Forest.
Bordeaux, chezRaymond Labottiere, et chezChappuis
aîné, Libraire,Place du Palais , à côté de la Bourse .
Nantes , chez Nicolas Verger.
Rennes , chez Jouanet Vatar , & Vatar , le fils, rue
Dauphine.
Blois , chez Masson.
Tours , chez Gripon , et chez Bully .
Rouen , chez François- Eustache Herault , & chea
Cailloüeft .
Châlons-sur-Marne , chez Sereuze.
?
"Amiens , chez la veuve François et chez Godart
Arras , chez C. Duchamp , et chez Barbier .
Orleans , chez Rouzeaux.
Angers , à la Poste.
Dijon , à la Poste.
Versailles ,chez Monnier,
Besançon , chez Briffaut , à la Poste.
Saint Germain , chez Chavepeyre.
Lyon , à la Foste .
Marfeille , chez Sibié , Libraire , fur le Ports
Vitry -le -François , chez Vitalis.
Beauvais , chez De Saint.
Troyes, chez Michelin , Imprimeur-Librairer
Charleville , chez P. Thesin.
Moulins , chez Faure.
Mâcon , chez De Saint , fils ,
Auxerre , chez Fournier.
Nancy , chez Nicolas .
A iij AVER
AVERTISSEMENT.
IL y a prèsde vingt-deux ans que nous traz
vaillons à la compofition de ce Journal, que
le Roy daigne recevoir tous les mois avec bonté,
& que le Public continuë de recevoir favorablements
Voici le trois cent feptième Volume ,
ce mois- ci compris , fans qu'il ait jamais été
interrompu
.
Nous faifons au nom du Public de nouvelles
inftances aux Libraires qui envoyent
des Livres , ou des Lifles pour les annoncer ,
d'en marquer le prix au jufte cela fert beaucoup
, fur tout dans les Provinces , aux perfonnes
qui se déterminent là- deffus à les acheter
, et qui ne font pas sûres de l'exactitude des
Meffagers & des autres perfonnes qu'elles chargent
de leurs commiſſions , qui fouvent les font
payer plus qu'ils ne coûtent. M. Moreau ,
pourra fe charger defaire les Envois au prix
coûtant.
On invite auffi les Marchands & les Ou
vriers qui ont quelques nouvelles Modes , foit
par des Etoffes nouvelles , Habits , Ajuftemens
, Perruques , Coeffures , Ornemens de tête
AVERTISSEMENT
Ca
& autres Parures , ainfi que de Meubles,
roffes , Chaifes & autres chofes , foit pour l'uti
lité ,foit pour l'agrément , d'en donner quelques
Memoires pour en avertir le Public , ce qui
pourrafaire plaifir à divers particuliers & procurer
un débit avantageux aux Marchands &
aux Ouvriers.
Plufieurs Piéces en Profe & en Vers , envoyées
pour le Mercure , font fouvent fi mal
écrites, qu'on ne peut les déchiffrer, & pour cela
elles font rejettées ; d'autres font bonnes à quelques
égards & défectuenfes en d'autres . Lorfqu'elles
peuvent en valoir la peine , nous les
retouchons avec foin ; mais comme nous ne prenons
ce parti qu'avec répugnance , nous prions
les Auteurs de ne le pas trouver mauvais, & de
travailler leurs Ouvrages avec le plus d'attension
qu'il leur fera poffible ; fur tout, & nous ne
Sçaurions trop le recommander , qu'on prenne
garde à la ponctuation.
Les Sçavans & les Curieux font priés de
vouloir bien concourir à rendre ce Livre
encore plus utile , en communiquant les Mé
moires les Pièces en Profe et en Vers , qui
peuvent inftruire ou amufer. Aucun genre de
Litterature n'eft exclus de ce Recueil , où l'on
tache de faire regner une agréable varieté :
Poëfie , Eloquence , nouvelles Découvertes
dans les Arts & dans les Sciences , Morale ,
Antiquités , Hiftoire Sacrée et Profane , Voya-
A. iiij ges,
AVERTISSEMENT.
ges , Mythologie , Phyfique & Métaphys
fique , Piéces de Théatre Jurifprudence ;
Anatomie & Médecine , Botanique , Criti
que , Mathématiques , Mémoires , Projets ,
Traductions , Grammaires , Piéces amufantes
& récréatives , &c. Quand les Morceaux
d'une certaine confidération feront trop longs ,
on les placera dans un volume extraordinaire,
on fera enforte qu'on puiffe les en détacher
facilement, pour la fatisfaction des Auteurs &
des perfonnes qui ne veulent avoir que certai
nes Pieces.
1
A l'égard de la Jurisprudence , nous continuërons
, autant que nous le pourrons , de faire
part au Public des Questions importantes , nouvelles
ou fingulieres , qui fe préfenteront & qui
feront difcutées & jugées dans les differens Par
lemens & autres Cours Superieures du Royaume,
en obfervant l'ordre & la méthode que nous
avons déja pratiqués en pareil cas , fur quoi
nous prions Meffieurs les Avocats & Les
Parties intereffées , de vouloir bien nous fournir
les Mémoires néceffaires. Il n'est peutêtre
point d' Article dans ce Livre qui regar
de auffi directement le Bien public , que celui
là, & qui foit plus recherché de la plupart des
Lecteurs.
Quoiqu'on ait toujours la précaution de mes
tre un Avis à la tête de chaque Mercure ,
pour avertir qu'on ne reçoit point de Lettres
ni
AVERTISSEMENT.
ni de Paquets par la Pofte , dont le port ne foit
affranchi, comme cela s'eft toûjours pratiqué ,
généralement pour tout le Monde , il en vient
cependant quelquefois qu'on eft obligé de rebu
ter.Ceux qui n'auront pas pris cette précaution,
ne doivent pas être furpris de ne pas voir
paroître les Piéces qu'ils ont envoyées , lesquelles
font d'ailleurs perduës pour eux , s'ils n'em
ont point gardé de copie.
Les Personnes qui désireront avoir le Mercare
des premiers , soit dans les Provinces on
dans les Pays Etrangers , n'auront qu'à s'adresser
à M. Moreau , Commis au Mercure ,
vis- à-vis la Comédie Françoise , à Paris , qui
le leur envoyera par la voye la plus convenable.
et avant qu'il soit en vente; les Amis à qui on
s'adresse pour cela , ne sont pas toujours exacts &
ils n'envoyent guére acheterce Livre précisément
dans le temps qu'il paroît. Ils ne manquent pas
de le lire, souvent ils le prêtent et ne l'envoyenz
enfin que fort Lard , sous le prétexte spécieux
que le Mercure n'a pas paru plutôt. Ceux qui
desirent avoir des fuites Complettes du Mer
eure , doivent aussi s'adresser à lui , pour
les avoir bien conditionnées et à meilleu
comple.

Nous renouvellons la priere que nous avons
déja faite , quand on nous envoye des Piéces
soit en Vers , soit en Prose , de les faire transerire
lisiblement chaque Piéce sur un papier
A v léparé
2
AVERTISSEMENT.
Séparé & d'une grandeur raisonnable , avec
des marges pour y placer les additions on
corrections convenables ; que les noms propres
, sur tout , soient exactement écrits , et que
la ponctuation ( nous le repetons ) n'y foit pas
négligée , comme cela arrive prefque toujours .
ce qui contribue à multiplier les fautes d'impression
& quelquefois à défigurer certains.
Ouvrages.
Nous aurons toujours les mêmes égards pour·
les Auteurs qui ne veulent pas se faire connoître
; mais il seroit bon qu'ils donnassent une
adresse , sur tout quand il s'agit de quelqus
Ouvrage qui peut demander des éclaircissemens
, car fouvent , faute d'un tel secours , des
Piéces nous restent entre les mains , sans pou-.
voir les employer.
Nous prions ceux qui par le moyen de leurs
correspondances , reçoivent des nouvelles d'Asie,
d'Afrique , du Levant , de Perse , de-
Tartarie , du Japon , de la Chine , des Indes
Orientales et Occidentales , et d'autres Pays es
Contrées éloignées ; les Capitaines , Pilotes et
Officiers des Navires et les Voyageurs , devouloir
bien nous faire part de leurs Journaux;
àl'Adressegenerale du Mercure. Ces Matieres
peuvent rouler sur les Guerres présentes de ces
Etats et de leurs Voisins ; les Révolutions , les
Traités de Paix ou de Tréve , les occupations
des Souverains , la Religion des Peuples , leurs
Ceremonies ,
AVERTISSEMENT.
Céremonies , Loix , Coûtumes et Ufages , les
Phénomenes et les productions de la Nature et
de l'Art , &c. comme Pierres précieuses , Pierres
figurées , Marcassites rares , Pétrifications et
Crystallisations extraordinaires , Coquillages .
Madrepores , Dendrides , & c. Edifices an
ciens et modernes , Ruines , Statues , Bas Reliefs
, Inscriptions , Pierres gravées , Médail–
les , Tableaux , & c. Le Caractere de chaque
Nation , son Origine , son Gouvernement , ses
bonnes et ses mauvaises qualités , le Climat et
la nature du Pays , ses principales richesses
et son , Commerce ; les Manufactures , les
Plantes , les Animaux , &c. Les Mours:
des Peuples , leur maniere de se nourrir, de:
s'habiller et de s'armer ; ce que chaque Coxtrée
produit , pour faire connoître les differens:
Climats et d'ajouter s'il étoit possible des
Desseins pour donner une parfaite intelligence
des chofes décrites.
Nous serons plus attentifs que jamais à apren
dre au Public la mort des Sçavans et de tous
ceux qui se sont distingués dans les Arts et
dans les Méchaniques ; -on y joindra le détail!
de leurs principales occupations , de leurs Onvrages
et des plus considerables actions de leur
vie. L'Histoire des Lettres et des Arts dois
cette marque de reconnoissance à la memoire de
ceux qui s'y sont rendus celebres , ou qui les onti
cuit vés avec soin.Nous esperons que les Parenss
A vi
AVERTISSEMENT;

et lesAmisde ces illustres Morts ,seconderont vo
lontiers notre zele à leur rendre ce devoir , par
bes instructions qu'ils voudront bien nous
fournir. Ce que nous venons de dire regarde
non seulement Paris , mais encore les Provinces
du Royaume et les Pays Etrangers
qui peuventfournir des Evenemens considerables
, Morts , Mariages , Actes solemnels
Fêtes et autres Faits dignes d'être transmis à
la Posterité.
>
Nous donnons ordinairement des Extraits
des Piéces nouvelles qui paroissent sur les
Théatres de Paris , & nous faisons quelques
Observations d'après le jugement du Public ,
sur les beautés & sur les défauts qu'on y trou
ve; la crainte de blesser la délicatesse des Au-
*
teurs , nous retient quelquefois & nous empêche
d'aller plus loin ; nous craignons d'ailleurs
si nous sommes plus sinceres , qu'on ne nous
accuse de partialité. Si les Auteurs eux-mêmes
vouloient bien prendre sur eux de faire un
Extrait ou Mémoire de leurs Ouvrages , sans
dissimuler les défauts qu'on y trouve , cela nous
donneroit la hardiesse d'être un peu plus séveble
Lecteur leur en sçauroit gré, ils n'y
perdroient rien par les remarques , à charge &
à décharge , que nous ne manquerions pas d'ajoûter
, sans oublier de faire observer l'extrême
difficulté qu'il y a de plaire aujourd'hui au Public
, & le péril que conrent tous les Ouvrages
d'efprit
AVERTISSEMENT.
"d'esprit qu'on lui présente . Nousfaisons aves
d'autant plus de confiance cette priere aux Auteurs
Dramatiques & à tous autres, que certai
nement Corneille , Quinault , Moliere , Racine ,
&c. n'auroient pas rougi d'avouer des défauts
dans leurs Piéces.
Comme il n'y a pas lieu de douter qu'il ne fe
trouve dans les differentes Provinces du Royau
me d'heureux Génies , capables de compofer de
très bonnes Piéces de Théatre , foit pour les Comédiens
François on Italiens , & même des
Poëmes Lyriques , on pourra fe charger , s'ils
jugent à propos de nous lesfaire remettre , de
les examiner,de les préfenter aux Comédiens &
d'en faire toucher les honoraires aux Auteurs.
fa leurs Ouvrages ont du fuccès. Nous garderons
auffi le fecret fur les noms des Auteurs qui ne
voudrontpas fefaire connoître , & nous ferons
generalement toutes les démarches convenables
afin que ces Ouvrages , compofés dans les Provinces
, ne foient pas perdus pour le Public. Il
eft bon auffi d'avertir ces Auteurs qu'il feroit à
propos de donner une adreffe pour pouvoir leur
communiquer les objections qu'on pourroitfaire,
& les changemens que l'on croiroit convenables
pour la représentation de ces Piéces.
>
Nous tâcherons de soutenir le caractere de
modération de sincerité et d'impartialité ,
qu'on nous a déja fait la justice de nous attribuer.
Les Piéces seront toujours placées , sans
préference
AVERTISSEMENT.
preference de rang et sans distinction , pour le
mérite et la primauté. Les premieres reçûës
seront toujours les premieres employées , hors le
cas qu'un Ouvrage soit tellement du temps
qu'il mérite , pour cela seulement , la préfcrence
.
>
Les honnêtes Gens nous sçavent gré d'avoir
garanti ce Livre depuis que nous y travaillons,
non- seulement de toute satyre , mais même de
portraits trop ironiques, trop ressemblans et trop
susceptibles d'aplications . On aura toujours la
même délicatesse pour tout ce qui pourra blesser
ou désobliger.
Il nous reste à remercier au nom du Public ;
plusieurs Sçavans du premier ordre , d'aimables
Muses , et quantité d'autres personnes de
mérite & de diftinction , dont les productions
ornent cet Ouvrage & lefont rechercher.
J
APROBATION.
'Ai lû par ordre de Monseigneur le Chancelier,
le Mercure de France du mois de Janvier , & j'ai
erû qu'on pouvoit en permettre l'impression . A Pamis
, le premier Février. 1743 •
HARDION..
MER÷
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU
ROT.
AV
JANVIER 1743.
PIECES FUGITIVES
en Vers et en Prose.
EPITRE
A M. P *** , par M. d'Arnaud.
C
Her P *** , toi dont les tendres.
fons ,
Enfans de la délicateffe ,
Des Chaulieux & des Pavillons
Réveillent la douce moleffe ;
Toi qui nous peins avec adreffe ,
Sous de voluptueux , atours ,
La Liberté , fille de la Pareffe ,
cre
2 MERCURE DE FRANCE
Mere des folâtres Amours ,
Du féjour de l'Indifference T
Dans les bras de l'Oifiveté -
Goûtant au fein de l'indolence
Une fage tranquillité ,
Loin de ces Lieux où l'opulence
Répand fes trésors corrupteurs ,
Où le foible éclat des grandeurs ,
Eblouit la fombre ignorance ,.
Fayant la trifte aufterité
D'Orgon , dont le dehors fauvage
Du mafque de la pïeté ,
Du plus honteux libertinage
Couvrant la fcandaleuſe image
Trompe les yeux de l'équité .
Confervant dans mon esclavage
Le repos & la liberté
C'est ainsi qu'avec négligence ,
Accouplant des Vers inégaux ,.
Sans fortir de ma nonchalance
Je te fais part de mes travaux.
Ainfi fous des couleurs légeres ,
Tour à tour Calot & Pouffin
D'un pinceau critique ou badin.
De cent figures paffageres
Je vais t'ébaucher ie deflein ..
Amour me conduira la main :
Jamiais
JANVIER.
1743
Jamais ce Dieu ne gâta la Nature ;
De l'embellir il a toujours pris foin ,
Et s'il dédaigne la parure ,
C'eft qu'il n'en eut jamais befoin.
Tel eft le portrait véritable
De cet amour maintenant oublié ,
Il reffembloit à l'amitié
>
Et l'amitié n'eſt plus aimble ;
Ah ! revenez fiécles heureux ,
Venez écarter les orages
Qui de ces paisibles bocages
Font des déferts les plus affreux..
Retracez - nous ces riants Païlages ,
Qui n'offroient aux regards des fages
Qu'une fimple varieté ;
Nos Soleils étoient fans nuages ,
Et nos jours fans obfcurité ;
Le coeur parloit , & ce naïf langage
Suffifoit pour être écouté ;
Un lit de mouffe , un verd feuillage
Servoient d'Autels à la fidelité ;
Par fon éclat peu defirable
L'or n'avoit poins terni nos moeurs ;
Nous goûtions ces plaifirs flateurs ,
Nés d'une volupté durable ,
Nourris d'innocentes faveurs.
L'Amour ne connoiffoit de maître
Qu'un
4
MERCURE DE
FRANCE
Qu'un réciproque changement ;
Ses feux bruloient ...
"
Ou
s'éteignoient dans le même moment
Les noeuds d'une vive tendreffe
Nous ferroient
volontairement ;
Le naturel , le fentiment ,
Mieux que la froide politeffe
S'exprimoient avec agrément.
On rejetteit l'infipide jufteffe
De ces difcours faſtidieux ;
Organes de la flaterie ;
Le coeur parloit avec les yeux &
Les yeux étoient fans fourberie
L'interêt , la bigotterie ,
Le menfonge , la trahifon ,
L'orgueil , la vengeance , l'envie :
N'avoient point verfé leur poiſon
Sur le berceau de notre vie ;
L'Amour étoit notre Divinité ;
L'Art n'étaloit pas ces preftiges
Confacrés à la Vanité ,
De la Nature on fuivoit les veftiges ;
Rien ne voiloit fa nudité.
Le Narcife , la Violette.
Suffifoient aux charmes d'Iris :
Lifandre en connoifloit le prix.
Tantôt fur la douce Mufette
Affis
JANVIER. 1743.
Affis fous un ombrage frais ,
Daphnis redifoit aux Forêts
Le nom de la jeune Lifette :
Ce ruiffeau dans fon propre cours
Promenoit fes ondes errantes ,
Et n'alloit point par de nouveaux détours
S'ouvrir des routes differentes .
Que notre fort paroiffoit enchanteur !
Tout reffentoit cet heureux don de plaire
Le Berger étoit moins trompeur ,
Et la Bergere plus fincere:
Alors regnoit la Volupté
Non , cette volupté traîtreffe,
Qui de fa coupe enchantereffe
Verſe en nos coeurs l'impureté ,
Et d'une féduiſante yvrefle
Nous cachant la malignité ,
De la railon lâche Maîtreffe ,.
Nous endort dans l'iniquité ;
Mais cette volupté tranquille ,
Qui , loin d'empoifonner nos fens ;
Rend toujours le plaifir facile ,
Quand les defirs font innocens.
Tel étoit ce bonheur fuprême ,
Le partage de nos Ayeux :
Auffi parfaits que les Dieux mêmes ,
Ils le montroient adorables comme eux.
Mais
MERCURE DE FRANCE
Mais , cher Ami , cette brillante Aurore
A ceffé de nous éclairer ,
Telle qu'un débile Phoſphore
Qu'on voit naître & s'évaporer 5
L'idquiétude & l'avarice
Volent fans ceffe autour de ces Palais
Creufés des mains de l'injuftice,
Et le repaire des forfaits.
En vain l'innocence opprimée
A ce Senat fait entendre fes cris ,
Thémis voit fes
par propres
fils
Brifer le fer dont ils l'avoient armée
D'une coupable obfcurité
Développons les replis les plus fombres ,
Que les feux de la vérité
De cette nuit éclairciffent les ombres ,
Et d'un voile mystérieux
Que notre ceil perçant les nuages ,
Sur ces criminelles images
Fixe fes regards curieux ;
Ne troublons point le repos léthargique
Des Quintius & des Pifons ;
Laiffons cet Orgueilleux cynique
Débiter les graves Leçons ;
Que le faftueux Xenocrate
Aille parmi les Maltotiers
De la Morale de Socrate
1
Citer
JANVIER :
1741
Citer des Chapitres entiers.
Pour moi , dans cette folitude ,
Content de mes fimples deftins
Loin des .
Je vis exempt d'inquiétude ;
Mon coeur eft mon unique étude
Vertueux par tempérament ,
Rimant fans art & par caprices ,
Libertin par amuſement ,
Me
portant bien par artifices ;
Tels font mes vertus & mes vicent
Jamais mon coeur ne fe dément
Lize y trouve un fidéle Amant ,
Et Damon un Ami fincere.
L'amour eft un mal néceffaire :
On ne peut vivre fans aimer :
Trop heureux fi je fçavois plaire ,
Comme P. *** fçait charmer !
Ne fouffrons pas que la fombre Sageffe
Obfcurciffe nos plus beaux jours,
Tandis que l'aimable jeuneſſe
Cueille les fleurs & les amours
Volons de Bergere en Bergere ,
Tel que le folâtre Zéphir
Qui fur l'aile du doux plaifir
Careffe la tendre fougere.
Loin d'ici ces Spectres fçavans ,
MERCURE DE FRANCE
Qui d'un Orgueilleux Zénoniſme
Fredonnent les triftes accens :
›Qu'ils aillent de leur pédautiſme
Débiter les Dogmes pefans .
Gra
Cro
04
Pour nous , vrais enfans de Thalie ;
Sages par goût , & foux par enjoûment
De leur vaine philofophie
Banniffons le raifontement ;
Chaffons cette mélancolie
Qui nous plonge dans le néant.
Je préfere le fentiment
A la précieufe harmonie
D'un Orateur affoupiffant ,
Qui des pointes de l'ironie
Décore un ftyle languiffant
De l'uniforme fymétrie
Fuyons le diffonant accord ;
J'aime mieux ** en furie
Qu'Houdart , dont le bon fens m'endort,
Je ne prétends point du Parnaſſe
M'ouvrir les obliques fentiers ,
Et difputer à ** les Lauriers
Qui couronnerent fon audace ;
De l'Hélicon pour jamais éloigné ,
Je quitte ces charmans rivages ,
Où tant de fois fous ces ombrages
Les Mufes m'ont accompagné
ten
stat
file
nde
bac
dro
adis
e
TOD
JANVIER .
1743 .
Je regrette ces lieux champêtres ,
Où mon nom des mains de l'amour
Gravé fur l'écorce des Hêtres ,
Croiffoit avec eux chaque jour.
Od font ces ruifleaux , ces prairies
Ces bois , qui malgré les hyvers
Peuplés de Mirthes toujours verts
Sembloient fur ces rives fleuries
Raffembler cent plaifirs divers
De ces paifibles folitudes
Pourquoi retracer le tableaua
Il nourrit mes inquiétudes ;
Je rends à l'amour fon piuceau.
Satisfait d'admirer Voltaire ,
Et d'applaudir à fes Ecrits ,
Ami , je confens à me taire ;
Le filence eft doux à ce prix !
Ovide , Properce , Tibulle ,
Au badinage de Catuller
Joindront celui d'Anacreon ,
Tandis qu'Horace & Ciceron ,
Unis par un noeud agréable ,
D'une Philofophie aimable
Sçauront revêtir la raiſon .
Enée & le bouillant Achille
M'animeront de leurs tranfports ;
Lilton , de fes fougueux accords
Surto
MERCURE DE FRANCE
Surpendra mon ame immobile.
Armide & fon volage Amant
Me feront part de leur brulante flâme à
La tendreffe , l'emportement
Se communiqueront à mon ame.
Mairant , Maupertuis , m'inftruiront
Bernard , Prévost , m'amuſeront .
Ainfi volant de merveille en merveille
De ces ingénieux Auteurs ,
Semblable à la prudente Abeille 3
Je fucerai les fruits avec les fleurs.
Si mon efprit eft encore idolâtre '
Des fentimens raffinés du Théatre
Zaïre en pleurs , Radamifthe , Brutus
M'infpireront tour à tour leurs vertus,
Ami , daigne accepter ces rimes ,
Filles d'un innocent loifir ;
Tu fçauras peindre le plaifir
Sous des images plus fublimes ;
C'eſt à toi par tes doux accens
De charmer ce Sexe folâtre ,
Qui de fes attraits idolâtre ,
Brigue nos voeux & notre encens.
Des fons enchanteurs de ta Lyre
Tu fufpens le cours des Ruiffeaux
L'Amour , l'ame de tes travaux ,
Te dicte ces Vers qu'on admire ;
Pal
JANVIER. 1713.
ar une brillante union
Tu raffembles dans ta perfonne
Sophocle , Orphée , Anacréon ,
Sous les traits du fils de Latone .
Tantôt , par d'heureux monumens
Tu nous peins le plaifir fincere
D'un couple fortuné d'Amans ,
Qui folâtrent fur la fougere.
Tantôt l'air docile à ta voix ,
Formant une lente cadence ,
Semble s'animer fous tes doigts ,
Et de Tircis exprimer la fouffrance
On te voit , nouvel Amphion ,
Rendre la conftance à Liſette ,
Dont une faveur indifcrette
Avoit éteint la paffion ;
Ton plaifir naît avec ta gloire ,
A l'ombre des Mirthes fleuris .
Goûte les fruits de ta victoire ,
Et tandis qu'entouré de Ris ,
Couronné d'illets & de Rofes ,
Tu cueilleras dans les Champs de Cypris
Mille fleurs pour toi feul éclofes ;
Tandis que d'Amours en Amours
Tel que le Papillon volage ,
Tu promeneras tes beaux jours
Sans jamais fixer ton hommage ,
Le goût , la paix , la volupté ,
Nous tiendront dans un eſclavage
>
2
Plus
1
12 MERCURE DE FRANCE
Plus charmant que la liberté.
P *** , c'eſt affés écrire ;
Le caprice m'ôte la Lyre
Qu'il avoit remife en mes mains ;
Je vais loin des bords du Permeffe
Confommer mes heureux deſtins.
Tandis que l'aveugle richeſſe
De fes trésors ébloüit les Humains ,
Et fur leurs jours à pleines mains ;
Répand les pleurs & la triſteſſe ,
Mes yeux , trahis par le fommeil ,
Ferment leur péfante paupiere ;
La nuit , dans un ſombre appareil ,
Va de la céleste carriere
A fes Courfiers entr'ouvrir la barrierę,
Puiffai-je , après un prompt réveil ,
De Phébus revoir la lumiere ,
Et fentir de nouveaux défirs
Qui , loin d'irriter ma pareffe ,
En créant de nouveaux plaifirs ,
M'arracheront des bras de la molefle
4
DIS:
JANVIER. 1743 .
ရာ
DISSERTATION fur la nature de la
Raifon & du Raifonnement.
I. DE LA RAISON.
'Exiſtence de l'ame , & fa diftinction
d'avec le corps font aujourd'hui des vé
rités fi connues pour les perfonnes qui penfent
, qu'il feroit inutile d'en déduire ici les
preuves. L'amour ou la haine, la joie ou la
trifteffe n'appartiennent point, & ne fauroient
appartenir au corps ; il ne faut qu'un leger
effort d'attention pour s'en convaincre .
os ,
D'ailleurs , par quel tour d'efprit pourroiton
me perfuader que les reflexions que j'ai
faites fur la Raifon & le Raifonnement , &
qu'on va lire dans la fuite de cet Ecrit , ne
font que la production du fang , des veines ,
ou des arteres , du cerveau , ou des dont
l'interieur de ma tête , d'où partent ces re-
Alexions , eft compofé ? Qu'on divife une tête
en auffi petites parcelles qu'on le pourra , on
voit évidemment que ces parcelles ne pourront
jamais en petit ce qu'elles ne pouvoient
en grand ; qu'elles ne produiront pas une pen
fée , & moins encore une penfée reflechie .
Dans tous les âges de la vie de l'homme ,
& dans tous les tèms , fon ame apperçoit
quelque
. Bij
14 MERCURE DE FRANCE
quelque objet qui lui eft intimement préſent ,
& que j'appellerai une idée : La ceffation de
la penfée dans l'ame pendant un feul moment
détruiroit fa nature. On ne fçauroit concevoir
un corps qui dans fon état naturel ne
foit pas étendu ; on ne fçauroit pareillement
concevoir un efprit qui ne penferoit pas tou
jours , & n'appercevroit pas un objet , quef
qu'il puiffe être. Je n'appuierai pas davantage
fur cette vérité , n'en ayant que médioerement
befoin ; elle est un Axiome pour
moi.
que
La Raifon eft dans l'ame. Mais qu'est - ce
la Raifon ? Ce don précieux par lequel
Dieu diftingue les hommes des bêtes , n'eft
autre chofe que la facilité qu'a l'ame de décou
vrir le vrai , le beau, le grand , & furtout les
preuves de tout cela : c'eft fa fagacité qui eft
plus ou moins grande dans les differens indi
vidus de la nature humaine, felon que l'Auteur
de la nature l'a voulu . Mon deffein n'eft
pas de traiter ici de la Raifon fous ces trois
vûës , je me borne à la premiere qui fait feule.
à mon fujet .
La Raifon par rapport au vrai , c'eſt la facilité
d'en découvrir les preuves , tant pour
foi que pour les autres : ceux qui ont plus de
cette facilité , ou de fagacité , découvrent
dans les mêmes objets plus de moïens capables
de diffiper leurs doutes , que ceux qui
en ont moins .
JANVIER 1743 H
Cette notion paroît d'autant plus juſte ,
qu'elle eft propre à faire connoître la nature
de la Raifon , fes forces , & fa foibleffe : fa
nature c'eft de pouvoir diffiper les tenebres
de l'ignorance en éclairciffant les doutes de
l'ame. On ne voit pas comment on pourroit
en venir là , fans quelque facilité de
trouver des moïens propres à cette fin.
Un coup d'oeil accompagné de reflexion fur
les differens efprits qui nous environment ,
juftifiera fuffisamment cette penfee . Qu'un
homme ait trouvé des moïens capables de
mettre dans un grand jour une matiére peu
éclaircie & conteftée , on rend une espece
d'hommage à fa raifon ; il a raifon , dit-on
comme fi l'on difoit : il a trouvé de bonnes
preuves qui l'ont conduit à la découverte du
vrai . En quoi la force de cette même raifon
pourroit-elle confifter , qu'à trouver des
moïens de perfuader en plus grande abondance
& de plus folides ? Sa foibleffe fe manifefte
dans ceux qui ne trouvent que difficilement
quelque chofe de nouveau qui puif
fe les conduire à la vérité ; dans les vieillards ,
par exemple , dont la raiſon s'affoiblit , &
qui repetent frequemment ce qu'ils ont fçu
autrefois : dans les gens de peu d'efprit , &
dans les infenfés.
Biij IT.
6 MERCURE DE FRANCE
11. DU RAISONNEMENTRaifonner
, c'eft faire ufage de fa raiſon :
le Raifonnement en eft le premier fruit , il
en eft l'exercice . Quand la Raifon a trouvé
des moïens, ou , comme on parle dans l'Ecole
, des idées moïennes , propres à étendre
fes connotffances , l'ame les compare avec
les idées de l'union ou de la defunion defquelles
elle doute , ou qu'elle ignore . Si elle
s'apperçoit que toutes ces idées fe conviennent,
elle porte un jugement affirmatif: que fi
au contraire elle voit que quelques- unes conviennent
entre elles , & que d'autres ne conviennent
pas , elle affûre la convenance
d'une part & la difconvenance de l'autre , ou,
ee qui eft la même chofe , elle juge négativement.
C'eft cette comparaifon que l'ame fait
d'une ou de plufieurs idées moïennes trouvées
avec d'autres , pour juger enfuite , qu'on
appellera ici Raifonnement , fans avoir égard,
au moins pour le préfent , à la maniére dont
s'expliquent là- deffus les Philofophes : le
Lecteur eft prié de vouloir bien l'oublier
pendant un moment pour ne s'attacher qu'à
celle - ci qu'on ne craint pas de donner comme
plus fimple & plus conforme à la nature
de l'efprit & à fa maniére de penſer. On
n'ofe dire qu'elle foit uniquement vraie , jufqu'à
JANVIER. 1743 17
"
qu'à ce que le Public en ait decidé. Déve
loppons de plus en plus notre ſentiment.
Malgré la fimplicité de l'ame , on a été
obligé de divifer fes penfées & de leur donner
differens noms d'apprehenfion , de jugement,
de raifonnement & de méthode . Teleft
du moins l'ordre des penfées de l'ame ,felon
les Logiciens,fur lequel ils s'étendent enfuite
beaucoup . Oferai - je le dire que c'eft cet ordre
que je veux déranger , en plaçant le raifonnement
avant le jugement , & ne rifquerai-
je pas d'être traité de pertubateur du repos
public ? En tout cas , mon amour pour la
vérité me raffûre : fi j'ai tort , on ne manquera
pas de me le faire voir , & j'en conviendrai
avec plaifir ; & fi j'ai raiſon , ceux qui me
qualifieront de ce nom auront tort. Voici
donc l'ordre des penfées de l'ame qu'on croit
le plus naturel .
L'ame qui penſe toujours & apperçoit tou
jours quelque objet , joüit de la Raifon de la
nature de laquelle nous venons de donner
une notion par rapport au vrai. Nous attribuons
à la Raifon le pouvoir de délivrer l'ame
des tenebres de l'ignorance par la facilité de
decouvrir des moïens propres pour cela : fon
premier ufage c'eſt le raiſonnement, dont la
fonctio n eft de comparer les preuves trouvées
avec les idées de l'anion ou de la défunion
defquelles on doute , & de conduire ainſi l'ef-
Bij prit
1 MERCURE DE FRANCE
prit à une conféquence bonne ou mauvaiſe ;
felon que la comparaifon a été bien ou mal
faite : cette conféquence n'eft pas differente
du jugement , qu'on doit regarder comme
Parrêt de l'efprit & fon grand ouvrage , comme
le principe du mouvement , du repos &
en géneral de toutes les actions des hommes,
qui ne fe déterminent au vrai ou au faux , au
bien ou au mal , qu'après un bon ou an
mauvais jugement.
Mais ne perdons pas de vue le Raifonnement
qu'on ne doit pas diftinguer de l'uſage
de la Raifon. Sa nature n'eft pas d'être un acte
fimple & momentané de l'efprit , ainſi qu'on
le veut ordinairement: il dure pendant tout le
tems qu'il faut à l'aine , pour voir fi les moïens
qu'elle a découvert fe rapportent ou non avec
les idées à éclaircir , & il ne dure que pendant
ce tems - là : tandis que l'ame n'a pas vû
ce rapport ou ce défaut de rapport , elle le
cherche en s'aidant de toutes les preuves
qu'elle peut trouver ; elle s'agite ; elle s'inquiérte
, en un mot elle raifonne ; mais
quand elle l'a une fois apperçue, ou crû l'appercevoir
, dès lors elle fe tranquillife ; elle fe repofe
; elle ne raifonne plus ; elle juge , une
ou plufieurs fois , felon le nombre des idées
convenantes ou difconvenantes qu'elle a eûe .
On voit déja que fuppofé qu'on falle voir ,
encore plus clairement , que le raifonnement
JANVIER. 1743 19 .
ment précede le jugement , il en faut faire
la feconde partie de la Logique , au lieu de
la troifiéme , & qu'au lieu de donner des
regles pour raifonner , comme on le fait avec
tant de diffufion & de difficulté , il en faut
donner pour bien juger.C'eft ce que nous ef
faïerons de faire un peu plus bas .En attendant
continuons à démontrer, s'il fe peut , qu'il eft
plus naturel de foûtenir qu'on raiſonne avant
que de juger, que de foûtenir qu'on juge avant
que de raifonner. Ce fentiment , qui paroîtra
fans doute peu important à plufieurs perfonnes,
ne le paroît peut - être pas davantage à celui
qui l'expofe : mais il eft bon de mettre dans
tout fon jour ce qu'on croit être une vérité :
peut- être qu'au lieu de tant multiplier le
nombre des queftions & la groffeur des volumes
, il vaudroit mieux que chaque Auteur
ne s'appliquât ' qu'à développer & à dénontrer
une feule vérité dont l'objet feroit même
petit , & qu'il ne la quittât pas qu'il n'en'
eût convaincu fon Lecteur , en l'examinant
par toutes les faces qu'elle peut avoir.
Les jugemens que nous croïons nous être
les plus naturels , font les fruits des longues
méditations de notre enfance , pendant laquelle
nous avons raifonné plus que nous
me croïons avant que de juger.
Quand les enfans viennent au monde , tout
ce qu'ils apperçoivent eft auffi nouveau pour
By Cux
20 MERCURE DE FRANCE
eux , que la Philofophie feroit nouvelle pour
une femme de Village qui n'en auroit jamais
entendu parler. Comme il eft certain qu'il
faudroit raiſonner long tems avec cette femme,
avant qu'elle fût en état de juger de quelques
queftions de cette Science , auffi faut-il
que les peres , les meres , les nourrices raifonnent
long tems avec les enfans, avant que
de les faire juger de la moindre chofe . Combien
de fois ne faut- il pas qu'une mere ou
une nourrice montre le pere à un enfant &
le lui nomme pour le lui faire connoître ≥
Que de regards de la part de l'enfant , &
que de comparaifons à faire entre le vifage
& les maniéres de fon pere avec les maniéres
des autres hommes ? Avant qu'il puiffe dire, ce-
Lui-là eft mon pere,il faut qu'il faffe quatre ou
cinq raifonnemens plûtôt qu'un feul. Que
dis-je ? Il en fait peut- être plus de cinquante,
en prenant toujours le raifonnement pour la
comparaifon des idées. De même, on ne voit
pas qu'il puiffe juger qu'un tel animal eſt un
coq , à moins qu'il n'ait ou n'ait eû dans fon
efprit ce raifonnement tout formé : On m'a
dit que ce qui avoit deux pieds , des aîles ,
une crête &c. étoit un coq : ce que je vois , a
tout cela s c'en est donc un..
On peut affûrer comme une chofe incon
teftable , que pendant le tems de l'enfance ,
qui précede l'ufage manifefte de la raifon,
c'eftJANVIER.
1743.
21
c'cft-à- dire pendant environ trois , quatre .
ou cinq ans , les enfans s'exercent à juger pat
la comparaison continuelle qu'ils font des
idées entre elles .
Difons plus , qu'il n'y a abfolument aucun.
jugement dont les idées n'ayent été préalablement
comparées avec une ou plufieurs
autres de ces idées qu'on nomme moïennes,
fans quoi jamais on ne jugeroit d'une ma
niére folide.
On doit diftinguer deux fortes de jugemens,
de philofophiques & de populaires : les
premiers forment la conclufion d'un Raifon
nement ; ce font ceux que les Philofophes difent
être le Raifonnement même , & qui ont
été fenfiblement précédés d'une comparaifon
d'idées : tel eft celui- ci : L'ame eft immortelle
parce qu'elle eft fpirituelle , & que ce qui eft
Spirituel , eft immortel. Les jugemens populaires
font ceux dont l'évidence faute aux
yeux des perfonnes les plus groffieres : Une
ville eft plus grande qu'une maison ; un cercle
n'est pas un quarré , & une infinité d'autres.
C'eft de ces derniers qu'il eft queftion de
fçavoir s'ils font précédés ou non d'un raifonnement
& d'une comparaifon d'idées . Or,
on n'en pourra pas douter fi l'on penfe qu'un
jugement quel qu'il foit pour être affûré, doit
être appuié fur quelque motif affignable
autrement on jugeroit par hazard' , ou, com-
B. vj
22 MERCURE DE FRANCE
me on parle ordinairement , fans raifon .
Je m'arrête un moment en cet endroit pour
faire des excufes aux perfonnes qui n'aiment
point les Syllogifmes en forme , & qui liront
ce qui va fuivre. L'Art fyllogiftique n'eft pas
plus de mon goût qu du leur affûrement. On
ine trouvera raisonnable fur cet article , fi l'on
prend la peine de poursuivre cette Lecture ,
mais je n'ai gueres pû éviter le jargon de
l'Ecole , pour développer ce que je penfois.
Aurefte , le nombre de ces Syllogifmes ne
fera pas grand .
Je dis donc qu'il n'eft aucun jugement fans
exception qui ne foit précédé d'un Raiſonnement.
Prononcera-t'on qu'une maiſon eſt
moindre qu'une ville , à moins qu'on ne foir
convaincu par des reflexions précédentes
que le contenu eft moindre que le contenant
? Sera - t'on affûré qu'un quarré n'eft pas
rond , fi l'on n'a pas vû dans l'idée du quarré
des propriétés differentes de celles du cercle
? Un païfan ou tout autre homme , peu accoûtumé
à reflechir fur ce qu'il connoît le
mieux , ne fera peut- être pas en propres termes
les raifonnemens fuivans , mais il les
fera en termes équivalens , & quand fa bou
che ne pourroit les prononcer , fon efprit les
concevra nettement & fans équivoque : Le
contenant eftplus grand que le contenu la ville
eft le contenant , elle eft donc plus grande que
le
JANVIER. 1743 23
le contenu . Les lignes qu'on tire du milieu d'un
cercle à la circonference , font égales ; celles
qu'on tire du milieu d'un quarré aux lignes
qui le compofent ; ne font pas égales : un cercle
n'est donc pas uunn quarré.
Ce que je dis de ces deux jugemens doit fe
dire de tous les autres qu'on peut faire ; d'où
je conclus qu'il n'en eft aucun qui ne foit
précédé d'une comparaifon de trois idées au
moins entr'elles, ou, ce qui eft le même,d'un
Raifonnement. Il paroît que l'Auteur de l'ame
& des idées a voulu que l'ame ne jugeât jamais
de rien immédiatement , intuitivement,
& fans qu'elle eût comparé les deux idées
qui font la matiére de fon jugement avec
une troi fiéme ou un plus grand nombre.
111. EXPOSITION
Refutation du Sentiment ordinaire des
Logiciens fur le Raifonnement .
La maniére de penfer & de s'exprimer des
Philofophes fur le Raifonnement, paroît beaucoup
plus embarraffée , fi j'ofe le dire , que
celle qui vient d'être expofée . N'aïant pas
fait reflexion que les jugemens ne naiffoient
pas avec nous & qu'ils ne s'acqueroient
qu'avec le tems & les comparaifons dont
nous venons de parler , ils ont confonduces
deux actions de l'efprit, en enfeignant que
le Raifonnement étoit une action fimple de
l'efprit
4 MERCURE DE FRANNCCEE
Pefprit, auffi bien que le jugement, & ils n'ont
pû réuffir à mon avis , à les diftinguer autant
qu'elles méritent de l'être. Un peu de leur
détail développera ma pensée .
L'ame de l'homme eft immortelle ; voilà
un jugement , difent - ils , mais c'eſt auſſi un
raifonnement felon eux , parce qu'il n'eft
porté qu'après que l'efprit a comparé les deux
idées de l'ame & de l'immortalité avec une
troifiéme , à fçavoir la fpiritualité , & qu'il a
vû fucceffivement que cette derniere étoit
propre à joindre enfemble les deux premieres;
ce qui produit néceffairement deux jugemens
préalables en cette maniére : La fpiritualité
convient à l'immortalité ; l'ame de l'homme
a la fpiritualité , elle eft donc immortelle .
On accorde , & il eft vrai que l'efprit ne
porte fon jugement qu'après la comparaifon
de fes idées entre elles , mais il ne l'eft pas
qu'on puiffe définir le Raifonnement un jugement.
Affûrement il y a de la difference
entre l'un & l'autre. Raifonner n'eſt pas juger.
Quoique l'affaire ne foit pas d'une extréme
conféquence, c'eft au Tribunal du Public
qu'on en appelle. Ce qu'on ajoute dans
l'expofition du fentiment , quel'efprit ne fait
ce jugement qui eft un raifonnement , qu'après
une comparaifon d'idées , nous apprend
bien que cette comparaifon a été faite , mais
elle ne transforme pas le Raifonnement en
jugement
JANVIER 1743 25
jugement. Ne vaut- il pas mieux dire , pour
ne pas confondre des chofes diftinguées
qu'elle eft elle -même le Raiſonnement ? D'ailleurs
, on vient de prouver qu'il n'y a abſolument
aucun jugement qui ne foit précédé
d'une femblable comparaifon.
Le Pere Malebranche, dont la pénétration
étoit vive , a fenti que ces notions Scholaſtiques
n'étoient pas exactes , & il en a donné
d'autres felon fa manière de concevoir: Le
jugement, felon ce Pere , de la part
de l'entendement
, n'est que la perception du rapport qui
fe trouve entre deux ou plusieurs chofes : mais
le Raifonnement est la perception du rapport
qui fe trouve , non pas entre deux ou plufieurs
chofes, car ce feroit un jugement , mais c'eft la
perception du rapport qui se trouve entre deux
ou plufieurs rapports de deux ou plufieurs choles.
Ainfi , continuë t'il , quand je conclus que
étant moins que 6 , 2 fois 2 étant égaux à 4,
ils font par conséquent moins que 6 : je n'apperçois
pas feulement le rapport d'inégalité entre 2
4
26: car alors ce ne feroit qu'un jugement
, mais le rapport d'inégalité qui eft entre
Le rapport de 2 fois 26 4 , le rapport qui
& le
eft entre 4 & 6 , ce qui eft un Raifonnement.
1 °. La difficulté d'entendre le Pere Malebranche
dans une matiére fi aiſée à developper
, eft un préjugé qui ne lui eſt
rable : après avoir lû deux ou trois fois ce
pas
favo--
qu'il
26 MERCURE DE FRANCE
qu'il dit en cet endroit , en a t'on une con
noillance nette ? Et s'il avoit penſé juſte , ne
femble- t'il pas qu'il fe feroit exprimé plus
clairement.
2º. Il y a néceffairement un Raifonnement
renfermé dans ce que ce Pere n'appelle qu'un
jugement. On ne fçauroit appercevoir que
2. & 2. ne font pas 6. fans avoir apperçu
auparavant qu'ils ne font que 4. & que 4.
ne font pas 6. & par conféquent , fi 2. & 2.
ne font pas 6. eft un jugement , comme il
faut en convenir , n'eft - il pas certain que
tout jugement eft précedé d'un Raifonnement
, ou de la comparaifon des idées entre
elles ?
Pour en être mieux perfuadé , rappellonsnous
toujours le tems de notre enfance , qui
n'a pas été auſſi oifif en nous que nous nous
l'imaginons . Dans ce premier âge , nous .
avons examiné l'unité ; nous en avons joint
deux ; de deux nous fommes allez à 4. de
4. a 6. & ainfi de fuite. En confrontant fucceffivement
ces nombres entre eux , en les
combinant diverfement , nous avons aifement
fait attention qu'aucun d'eux n'étoit
& ne pouvoit être l'aurre ; que 2. & 2. ne
pouvoient être que 4. & non pas 5. Dans la
fuite , nous n'avons jamais oublié ce qui
nous avoit parû vrai au commencement
parce que les nombres font immuables ; &
fans
JANVIER. 27 1743
fans faire réflexion fur ce qui s'étoit paffé
dans l'enfance , nous avons attribué à un
âge mur ce qui n'étoit dû qu'à elle . Ce défaut
de réflexion eft , fi je ne me trompe , la
fource de l'erreur des Logiciens qui ont
placé le jugement avant le Raifonnement.
3°. Le jugement n'est que la perception du
rapport qui fe trouve entre deux ou plufieurs
chofes , mais le Raisonnement eft la perception
du
rapport qui se trouve entre deux ou plufieurs
rapports de deux on plufieurs choſes :
ainfi quand on conclut que 4. étant moins que
6. 2. fois 2. étant égaux à 4. ils font par con-
Séquent moins que 6. On apperçoit le rapport
d'inégalité qui eft entre le rapport de 2. fois 2.
4. & le rapport qui eft entre 4. 6. ce qui
eft un Raifonnement.
D
Suivant ces définitions , appercevoir du
rapport même entre plufieurs choſes , ce
n'eft que juger ; & pour raifonner il faut
appercevoir plufieurs rapports au moins
deux , entre deux ou plufieurs choſes . Par
confequent, dans l'exemple du Raifonnement
que donne le P. Malebranche , & qui eſt un
Raifonnement fimple , il faut qu'il nous montre
deux rapports au moins entre deux
chofes au moins . Or voyons s'il les trouvera :
Il s'agit de prouver que 2 & 2 ne font pas 6 .
On le prouve par ce raifonnement : 2 & 2
ne font que 4. 4 ne font pas 6. donc 2 & 2
ne
28 MERCURE DE FRANCE 1Ś
ne font pas 6. Mais il me femble qu'il n'y a
en tout que trois chofes ; la premiere , c'eft
2 & 2 , qu'il faut néceffairement confiderer
ici comme un feul terme ; la feconde , c'eft
4 , la troifiéme , c'eft 6. L'efprit voit que 2
& 2 fe rapportent à 4 , & ne font que 4. II
voit d'une autre part que 6 eft 6 & non pas
4. Donc il ne fçauroit y avoir de perception
de deux rapports entre deux chofes , puifqu'il
n'y a que trois termes en tout , & il
eft abfolument néceffaire d'en revenir à cet
Axiome de l'Ecole qui eft véritable : Que
funt eadem uni tertio , funt eadem inter fe :
Que non funt eadem uni tertio , non &c.
>
Il eft vrai que le P. Malebranche dit
qu'il apperçoit un rapport d'inégalité entre
2 & 2 & 4 & entre 4 & 6. Mais peut- on
dire avec jufteffe qu'il y a des rapports d'inégalités
? N'eft- ce pas dire que des chofes
inégales peuvent fe rapporter à des égales ?
2 & 2 fe rapportent à 4 , cela eft certain
mais 4 & 6 ne fe rapportent pas . Tout ceci
eft fufceptible d'un plus grand jour , pour
quiconque prendra la peine de le méditer
un peu.
IV. AUTRES DIFFICULTE'S REFUTE'ES !
Un Profeffeur Bénedictin à qui on avoit
donné quelque connoiffance de cette penfée
, qu'on raifonne avant que de juger , m'a
fait
JANVIER ~~ 1943.- 29
fait l'honneur de m'envoyer les difficultés
fuivantes , dont la plupart marquent bien un
homme d'efprit . Dans la perfuafion où je
fuis que ces difficultés m'auroient été faites
d'ailleurs , & qu'elles font capables d'embarraffer
, même des perfonnes attentives ,
j'y repons d'autant plus volontiers , que c'eft
ici leur place naturelle . Je me croirois heu
reux , fi les réponfes que je donnerai , pouvoient
fervir d'un éclairciffement capable de
prévenir toute réplique , & de convaincre
ceux qui les liront , de la vérité du fentiment
que j'expofe. Un Auteur eft ravi d'avoir le
fuffrage du Public. On doit reconnoître au
refte qu'il n'y a que la vérité qui puiffe le
mériter.
PREMIERE DIFFICULTE'.
Le R. P. Profeffeur me paroît prendre
Fallarme , fur ce que je change le fentiment
de tous les Philofophes, tant anciens que modernes
, qui ont placé le jugement avant le Rai
fonnement , & donné des régles de celuici
, plûtôt que du jugement. Il faut , ajoute
til , plus que de fimples preuves qui ayent la
vraisemblance que les vôtres ont ; il faut des
démonftrations.
REPONSE.
A l'égard des anciens Philofophes , & furtout
8 MERCURE DE FRANCE
tout d'Ariftote , je renvoie à cet Arrêt Bur
lefque , fi plein d'efprit qui fe trouve dans
les Ouvrages de M. Defpreaux , dont le deffein
eft de faire rentrer la Raifon dans tous
fes droits , fans égard à l'autorité de ceuxdes
Anciens qui pourroient s'en être écartés . En
matiére de Philofophie , l'autorité fans la Raifon
n'eft plus de recette , furtout en France .
Pour les nouveaux Philofophes vivans qui
s'intérefferont à ce changement qu'on me reproche
, ce font des Philofophes , c'est tout
dire ; gens d'un efprit élevé au deffus du
commun , qui me donneront gain de caufe , fi
je le mérite , ou qui m'éclaireront avec bonté,
s'ils me croyent dans les ténébres . Ils peuvent
compter fur une docilité parfaite , s'ils
me font voir que je me fuis trompé . C'eft
principalement fur ces points que je souhaiterois
qu'on me déffiliât les yeux . Je crois
qu'il eft néceffaire & d'une grande conféquence
d'inftruire de bonne heure la jeuneffe
de ces vérités , que la perfection de l'ef=
prit confifte àjuger fainement de chaque choſe :
qu'ainfi l'on doit lui donner des régles pour,
atteindre à te but , plûtôt que des régles pour
raifonner: que le filence eft infiniment préferable
à tous les Raifonnemens qui ne font pas fui-.
vis d'un jugement équitable. Au cas que ce
foient là des erreurs , les voilà , je les expofe
non- feulement au Public philofophe , mais
au
JANVIER:
1743:
refte du Public , dans la difpofition de les
condamner à l'avenir s'il les condamne , &
de les foutenir s'il les approuve.
Pour le préfent, ma difpofition'eft telle que
quand je n'aurois point d'autres preuves de
mon fentiment que la fimple expofition que
j'en fais , je croirois que c'eft une démonftration
en forme, capable de contenter beaucoup
de perfonnes : mais j'ofe efperer que
les preuves que j'ai données jufqu'ici ferons
quelque impreffion fur ceux qui les méditeront
, & que leur méditation fe convertira
en démonftration .
II. DIFFICULTE'
Pourquoi croire à préfent que vous puiffic
transporter ce nom de Raifonnement à des com
Paraisons d'idées?
REPONSE
Je l'ai déja infinué : on n'impofe jamais
au Public un joug qu'il ne veut pas porter.
Je fuis perfuadé autant que je dois l'être
qu'il n'adoptera pas ce tranfport du mot de
Raifonnement à des comparaifons d'idées , fi
je n'ai pas cu raifon de le faire ; mais je fuis
convaincu auffi qu'il l'adoptera , fi j'ai pû le
faire en fuivant le bon fens qu'on ne sçauroit
enchaîner , & qui réfide dans le Public.
Par ces idées qu'il eft néceffaire de compa
TER
2 MERCURE
DE FRANCE
rer avec d'autres , j'entends une ou plufieurs
idées moyennes , fans l'entremiſe defquelles
on ne jugeroit pas . Les régles pour bien juger
, qui feront données dans un moment ,
apporteront du jour à cette réponſe , & à
toutes les autres .
III. DIFFICULTE'
Votre Systême n'anéantit- il pas la troifiéme
espece de penfée que j'appelle Raiſonnement
avec les Philofophes ? Autant a t'on pû
lui donner ce nom là , qu'on a pû qualifier
la maniere de bien ranger fes penfees , du
nom de méthode.
REPONSE.
Cette opinion , que l'ame raifonne avant
que de juger , ne mérite gueres le nom de ,
fyffême ; mais puifqu'on veut lui faire l'honneur
de la nommer ainfi mon ſyſtème na →
néantit rien ; il ne fait que développer la ma
niere de penfer la plus naturelle de l'ame , à
laquelle les Logiciens paroiffent n'avoir pas
fait affés d'attention . Chaque homme a fon
ame , dont le nature eft d'appercevoir un objet
quelconque la premiere perfection de
l'ame c'eft la Raifen ; l'exercice de celle - ci c'eft
le Raifonnement qui eft fuivi du jugement ;
la Méthode peut & doit venir enfuite ; je lecrois
, mais ce n'eft pas dequoi il s'agit. Qu'il
me
Job.
D
JANVIER. 1743 35
,
me foit permis de le dire & de le croire : que
le renversement de cet ordre de nos penfees
a produit du défordre dans les jugemens des
hommes & par les jugemens dans leur
conduite. N'eft- il pas dangereux d'enſeigner
qu'on juge d'abord , & qu'enfuite on raifon
ne ? N'eft- ce pas imiter un peu la conduite.
des Magiftrats de certaines Villes , auxquels
on reproche d'avoir d'abord jugé quelques
perfonnes à des peines griéves , fauf à eux à
examiner enfuite la juftice ou l'injuſtice de
leur cauſe ? Ou fi c'eft trop dire , bornons
nous à croire qu'une telle doctrine a retardé
le progrès des Sciences dans les jeunes gens ,
à qui il a fallu un tems confidérable pour
apprendre les régles ordinaires du raifonne
ment , qu'ils ont auffi-tôt oubliées , fans
qu'elles leur ayent prefque fervi de rien,
De bonnes rég les pour bien juger des matiéres
qui regardent les Sciences, ne leur auroientelles
pas été plus utiles , & ne feroit- ce point
en quoi doit confifter toute bonne Logique a
IV. DIFFICULTE'.
Le Raifonnement ne précede point les juge
mens defoi comme celui de la Trinité dans l'unité
, puifque dans ce jugement & d'autresfem
blables il n'y a niperception de rapport ni vé
ritable comparaison , qui ne fe trouve qu'entre
des chofes qui ont de l'affinité.
REPONSE
$4 MERCURE DE FRANCE
REPONSE.
Quand ce jugement : il eft un Dieu em
trois perfonnes , ne feroit pas précédé d'un
raifonnement , ce ne feroit pas à dire pour
cela que tous les jugemens proportionnés à
l'étendue de notre intelligence , & qui ne
font de foi , ne
pas
fuffent pas raifonnés , fi
je puis ainfi parler : il eft vifible qu'un Philofophe
ne parle que de ce que la Raiſon
feule lui découvre indépendamment de la
révelation. Mais eft- il même vrai que ce jugement
de foi , & tous autres , ne foient pas
précedés d'un Raifonnement ; qu'ils ne
foient fondés fur aucune preuve ? Car je
prie de remarquer que tout ce que j'ai
prétendu jufqu'ici fe réduit à dire que tout
jugement eft appuyé fur quelque preuve
comparée avec les termes du jugement à
éclaircir cette vérité , qu'il n'y a qu'une na
ture ; & cependant trois perfonnes en Dieu ,
n'eft-elle pas appuyée fur l'autorité de Dieu
qui fert de preuve , & n'a t'elle pas Dieu
nême pour caution ? Il eft aifé à qui le vou
dra de faire des Syllogifmes en forme pour
démontrer qu'on ne juge de la Trinité dans
l'unité , que parce qu'on a raifonné aupara
vant. Il n'eft pas néceffaire dans les jugemens
de foi , qu'on ait perception de rapport,
mais il y a de véritables comparaifons qui
:
fone
JANVIER. 1743. 35
font des fondemens de certitude , ou , comme
on parle en Théologie , des motifs de
crédibilité.
V. DIFFICULTE .
Dans les jugemens évidens, tels que celui- ci ,
le tout eft plus grand que fa partie , il n'y a
pas de comparaison quoiqu'il y ait perception
de rapport : la fimple confidération d'une
partie contenue vifiblement dans fon tout eft
Juffifante pour déterminer fur le champ la volonté
à affirmer le rapport qu'elle trouve entre
ces deux idées :
confidération qu'on ne peut
appeller comparaiſon car ne fuffit - il

que l'efprit apperçoive un rapport très- évident
; pour que la volonté fe détermine à
l'embraffer ?
REPONSE
pas
Deux ou trois remarques nous conduiront
à la réfolution de cette difficulté.
1º. Cet Axiome : le tout eft plus grand
que fa partie , eft une propofition générale
abftraite de plufieurs
propofitions fingulieres
, telles que pourroient être celles - ci : Le
Ciel eft plus grand que la Terre : une ville
plusgrande qu'une maiſon ; la façade du Lonvre
plus grande qu'une des croifees , &c.
Il en eft de même d'une infinité de pro
pofitions génerales ; elles font toutes extrai-
C tes
36 MERCURE DE FRANCE
tes de propofitions fingulieres, ou plûtôt d'idées
fingulieres. J'examinerai plus bas , après
les régles des jugemens , s'il y a des idées
réellement génerales , & des termes réellement
géneraux. Je ferai voir la néceffité où
l'on a été d'établir des termes qu'on nommât
ainfi , quoique dans la vérité il n'y ait rien
de géneral en fai , & que tout foit fingulier .
Je me contente de demander à préfent une
chofe qu'on fe repentiroit de m'avoir refufée,
fi on Pexaminoit enfuite ; que cette
propofition génerale : le tout eft plus grand
que fa partie , confiderée indépendamment
d'aucun exemple particulier , n'eft que dans
la mémoire,depuis l'examen qu'on a fait que
chaque partie étoit contenue en fon tout ,
& moindre que lui .
,
; c'eft
2º. Il eft donc néceffaire de confiderer
cet Axiome non plus dans fa géneralité
, mais dans un exemple particulier , comme
l'un de ceux que nous venons d'alleguer,
& d'examiner , par exemple , fi dans notre
enfance , ou dans le tems que nous avons
jugé pour la premiere fois qu'une Ville étoit
plus grande qu'une maiſon, nous avons pû le
faire fans avoir préalablement raifonné. Or
il paroît que non. Avons-nous en effet jamais
pû porter ce jugement , fans avoir eu l'idée
de la grandeur ? La grandeur eft ce qui a
des parties , ce qui peut être augmenté ou
diminué
JANVIER. 1743- 37
diminué . Quand nous avons dit qu'une Ville
étoit plus grande qu'une maifon , n'avionsnous
pas gravé dans le fond de l'ame ce
principe que ce qui a plus de parties eft
plus grand , que ce qui en a moins , qu'une
Ville en ayant plus , elle eft donc plus grande
? Ainfi ce dernier jugement ne sçauroit
jamais être qu'une conféquence , & non un
principe. J'en dis de même de tout jugement
imaginable.
Je le répete , la méprife des hommes , &
même des Philofophes eft venue de ce qu'ils
n'ont pas fait d'attention au tems de leur enfance
, pendant lequel ils ont rempli leur
mémoire d'une multitude de jugemens
qu'ils ont trouvés tout formés dans un âge
plus avancé. Dans ce tems-là , ils ont crû que
ces jugemens qu'ils trouvoient ainfi chés eux,
comme dans un magazin, y étoient nés fubitement
, & comme en une nuit , en quoi
ils fe font certainement trompés. J'aimerois
autant qu'on me dit que je n'avois
point d'ame pendant les trois ou quatre.
premieres années de ma vie , que' de me
foutenir que je n'en ai fait aucun ufage ; l'étonnement
des enfans , leurs regards curieux
, leur empreffement à tout voir & à
tout fçavoir , eft un indice affûré de l'acti
vité & du travail de leur ame. Ils ont raifonné
pendant tout ce tems - là , & enfuite , fe-
Cij lon
38 MERCURE DE FRANCE
lon qu'ils ont eu plus ou moins de fagacité
, ils ont porté un plus grand ou un plus
petit nombre de jugemens , qu'ils n'ont pû
manifefter au dehors par le défaut de leurs
organes , & par celui de la tranquillité de
leur fang , & non par le défaut de leur
penfée .
3 °. Pour conclure , fi je niois au R. P.
Profeffeur de S. Benoît que la façade de leur
Maifon fût plus grande qu'une des croisées ,
il fe macqueroit de moi d'abord & il auroit
raifon , mais enfin ſi je m'obſtinois à vouloir
qu'il me donnât la raifon pourquoi il m'aſſû,
re que cette façade eft plus grande, poli comme
il eft , il ne le refuferoit pas , & il raifonneroit
comme j'ai fait il n'y a qu'un inf
tant : elle a plus de parties , donc & c . par
où il me feroit voir qu'il avoit dans l'efprit
un Raifonnement dont il ne s'appercevoit
pas.
VI. DIFFICULTE
Elle fe réduit à dire que dans les Raifon
nemens compofés de plus de deux premiffes ,
chacune eft un jugement fimple où il n'y a
point de comparaifon d'une troifiéme idée
avec les deux termes : que ces premiers jugemens
ne font faits que pour le dernier
qu'ainfi l'on ne sçauroit fe difpenfer d'avouer
qu'un Raifonnement n'eft qu'un jugement tiJANVIER.
1743 39
té de plufieurs autres ; felon la Notion com
mune qu'en donnent les Philofophes . Dans
le raifonnement appellé Sorite , rapporté en
ces termes par l'Auteur de l'art de penfer,
page 26. de la fixéme Edition , les avares
font pleins de défirs : ceux qui font pleins de
défirs manquent de beaucoup de chofes , parce
qu'il eft impoffible qu'ils fatisfaffent tous leurs
défirs : ceux qui manquent de ce qu'ils défirent
font miférables , donc les avares font miférables.
Dans ce Raifonnement les premiers
jugemens comme celui- ci : les avares font
pleins de défirs , & même les fuivans font
compofés de termes unis fans milieu ; on
voit tout d'un coup que les avares font pleins
de défirs , &c .
;
REPONSE.
Ce jugement , les avares font pleins de des
firs , n'eft pas denué de Raifonnement ; la
preuve m'en eft fuggerée par l'Auteur même
de l'art de penfer ; manquer d'une multitude
de chofes & être pleins de défirs font deux idées
paralelles les avares manquent d'une multitude
de chofes qu'ils fouhaiteroient avoir : Ils
font donc pleins de défirs. N'eft- il pas clair
que ce dernier jugement eft un jugement
raifonné comme tous les autres ? Et ce que
je dis de lui , je le dis des fuivans & de tous
les jugemens poffibles .
C iij
Je
40 MERCURE DE FRANCE
Je n'en excepte pas même ce jugement
fi trivial : 2 & 2 font 4 , de la folidité duquel
on ne s'eft affûré que par des comparaifons
qui l'ont précedé dans quelque moment
de notre enfance. Pour le faire voir, on
peut le décompofer , & le réduire à fes élemens
, fçavoir à fes quatre unités numériques....
Il a fallu les prendre deux à deux ,
& dire toutes les fois que deux unités feront
comparées à deux autres , cela fera 4. dans
telle occafion cette comparaifon fe rencontre
donc. Peut- être s'eft - on affûré par quelque
autre voie de la fermeté d'un pareil jugement
, par exemple , par celle- ci que z
& 2 n'étant ni 3 nis ,ils ne font que 4 , mais
de quelque maniere qu'on s'en foit affûré , il
eft conftant qu'on a eu quelque motif de
cette affûrance , & qu'elle ne s'eft point
trouvée en nous par hazard.
VII. DIFFICULTE.
2
Pouvez-vous nier , me dit-on encore , qu'il
ait des jugemens tirés de plufieurs autres
que ce ne foient des pensées de l'ame diftinctės
du fimplejugement dont ils conftituent une efpece
differente , & à quoi on ait pu donner le
nom de Raifonnement ? Vous fçavez que les
noms font arbitrairės .
REPONSE.
JANVIER: 1743
t
REPONSE.
1º. Je ne nierai point qu'il y ait des jugemens
tirés de plufieurs autres , puifque je
crois qu'il n'en eft aucun qui ne foit tiré de
deux au moins , qu'on peut exprimer au dehors
fi l'on veut , ou qui font mentalement
fous - entendus . Dès-qu'on a prouvé qu'il
n'eft aucun jugement qui ne foit appuyé fur
une idée moyenne , propre à en lier ou à en délier
deux autres , il s'enfuit qu'on pourra les
arranger en Syllogifme , quand on voudra
& faire deux prémiffes , felon le ftyle ordinaire
de l'Ecole . Ce n'eft que dans ce fens qu'on
peut dire que les jugemen's font tirés les uns
des autres. Dans le fond, peut- être parleroiton
plus jufte , en difant que la multiplicité
des jugemens vient de celle des idées
moyennes.
2º. Mais je ne conviens pas que ces jugemens
foient des pensées de l'ame diftinguées
du fimple jugement dont ils conftituent une
efpece differente. Le P. Bénédictin prétend
qu'il y a deux efpeces de jugemens , de
fimples qui ne font pas tirés de plufieurs
autres & de non fimples qui le font ; cette
prétention n'eft nullement fondée, comme je
crois l'avoir montré jufqu'ici , & comme
on le peut voir encore, en remarquant qu'en
toute forte de matiére il n'eft queftion que
C iiij
de
42 MERCURE DE FRANCE
de porter un jugement équitable , & qu'on
ne doit avoir aucun égard au plus grand ou
au moindre nombre de propofitions qui le
précedent.
Il en eft de l'efpece des jugemens comme
de celle des hommes ; chaque homme eft
different de l'autre mais l'efpece eft la
même ; le plus grand ou le plus petit nombre
des uns & des autres ne la change pas .
Combien en effet faudroit- il de premiffes
pour diftinguer un jugement d'un Raiſonnement
? Qui en fixera le nombre ? La néceffité
de plus d'une idée moyenne pour en
joindre deux autres , & par conféquent la
néceffité de faire plufieurs jugemens , avant
que d'arriver à une bonne conclufion
prouve qu'il y a des jugemens plus difficiles
à porter que d'autres , ou pour m'exprimer
mieux , qu'il y a des vérités plus difficiles à
connoître ; mais elle ne transforme
jugement ou la conclufion qui s'enfuit en
Raifonnement : cela paroît démontré.
pas
le
3. Quoique les noms foient arbitraires ,
on n'a jamais pû valablement donner le nom
de Raifonnement au jugement : l'avoir fait
c'eft avoir confondu l'exercice de la Raifon
avec la derniere , la plus importante , & la plus
précieuſe des penfées de l'ame , qui eſt le jugement.
C'eft avoir confondu l'inftruction
d'un procès avec l'arrêt qui le décide ; les
idées
JANVIER. 1743. 43
idées préalables au jugement font les piéces
dont l'ame fe fert pour juger ; le jugement
eft fon arrêt définitif.
VIII. & DERNIERE DIFFICULTE '.
Quand on a trouvé une idée moïenne , &
qu'on commence à la comparer avec un des
deux termes , de deux chofes qui détruiſent
le préfent Systême , il en doit néceffairement
arriver une , ou bien on voit l'union de cette
idée avec ce terme , d'abord , & fans l'entremife
d'une troifiéme , & alors voilà un jugement
fimple , & non raifonné : ou bien
on ne voit cette union que par l'entremife:
& la médiation d'une troifféme idée , &
alors voilà un progrès à l'infini , puiſqu'on
remontera de cette idée moïenne à une autre ,,
& ainfi de ſuite . Or, un progrès à l'infini eſt:
impoffible .
Cette difficulté qui a été proposée par une:
autre perfonne que le P. Bénédictin , pour
roit l'être dens la fuite par d'autres..
REPONSE.
1º . Le but de ce qui a été dit juſqu'à prefent
a été d'établir ce point unique : que
tout ce qui peut porter à jufte titre le nomi
de jugement eft précédé d'un ou de plufieurs:
Raifonnemens. Si les preuves font folides ,&
que ce point foit fuffisamment éclairci ,, la
C.V premiere
و د
44 MERCURE DE FRANCE
premiére partie de cette alternative , qui eſt
qu'on peut voir d'abord , & fans l'entremiſe
d'une troifiéme idée , l'union ou la défunion
de deux autres , fe trouvera fauffe. En raffemblant
& en méditant les raifons précédentes
, peut- être fe trouvera - t'on perfuadé
de ce fentiment : que pour juger , les idées
doivent néceffairement aller trois à trois , &
jamais en plus petit nombre. Il s'enfuit delá, à
ce que je crois , qu'on ne peut fe difpenfer
d'avouer qu'il y a eû du mal éntendu dans
l'opinion & dans les expreffions de nos Philofophes
, qui nous ont fait juger avant que
de raifonner .
2º. Il n'eft ni néceffaire ni poffible d'admettre
un progrès à l'infini . Le nombre de
trois idées fuffit pour juger. L'unique embarras
, & qui eft vraiment grand , puifque
je le crois infurmontable , feroit de fçavoir
quelles font les idées meres de ces premiers
jugemens que nous portons dans notre enfance
, & comment nous les arrangeons . La
difference comme infinie des éducations des
enfans , qui réfulte de la difference des états
& des conditions qui partagent le
genre
main , paroît rendre impoffible un pareil
examen , & je doute que le defir de le faire,
tombe jamais dans l'efprit de qui que ce foit.
Ce feroit cependant une chofe curieufe quedes
effais là - deffus.
hu-
EPITRE
JANVIER. 1743.. 45
EPITRE
Ecrite de la Campagne à M. G ***..
DEE ce féjour agréable & tranquile`,
Où le deftin vient de me confiner ,
Aimable Ami , je t'écris dans un ftyle
Que le coeur feul a droit de me donner ,
Et banniflant cette foible manie ,.
Qui veut toujours faire briller l'efprit ,
Je vais laiffer pour guide à mon Génie ,
Le fentiment , Auteur de cet Ecrit.
Depuis le jour que ton ame allarmée ,,
Non fans gémir , fe fépara de moi ,
Quelle vapeur dans mon coeur allumée ,
A tous mes fens femble faire la Loi
Puis-je penfer , G. *** , fans effroi ,
Que dans ces lieux les triftes deſtinées
Au fombre ennui livreront. mes journées
Dès que j'y dois vivre éloigné de toi ,
Mille Beautés , que m'offre la Nature ,,
Les Eaux , les Fleurs , l'Ombrage , la Verdure: ,,
Sont à mes fens d'un trop foible fecours ;
A leurs attraits vainement j'ai recours ;
D'un noir chagrin rien ne peut me diftraire …
C. vj
Mam
46 MERCURE DE FRANCE
1
Mon trifte coeur , dans ce lieu folitaire ,.
Pour tout plaifir aime à moralifer.
Il ne fuit plus cette douce folie ,
Qui , près de toi , fervoit à m'amufer ;
Je m'abandonne à ma mélancolie .
Près d'un Vallon , où brillent à la fois
Les dons charmans de Vertumne & Pomone ,
J'aime à porter mes pas au fond d'un Bois ;
Là , cher Ami , je me livre fans ceffe
Aux fentimens qu'infpire la trifteffe..
J'y réfléchis fur tout ce que je vois.
D'un clair Ruiffeau l'onde brillante & pure
Sur le gazon coule , fuit , & murmure ;
Rien ne l'arrête en fon paiſible cours ;
C'eſt de la vie une image fidelle ;
Avec vitele on voit paffer fes jours .
En attendant la demeure immortelle ,
Qui doit un jour dans le fein du repos.
Fixer nos foins , nos peines & nos maux .
Mais quel fpectacle à mes yeux fe préſente ?
Parmi l'émail de mille & mille fleurs
Je vois briller une rofe naiffante ,
Sur qui l'Aurore a répandu fes pleurs ::
De fon éclat ma vûë eft enchantée .
Déja ma main . . • • •
roux ?
Ciel Quel eft ton cour
Faut-il la voir de fa tige emportée
Par un Zéphir de mes regards jaloux ? :
AinG
JANVIER. 1743; 47
Ainfi, charmés des attraits d'une Belle ,
Nous foûpirons près d'elle avec ardeur ,
Et bien fouvent un Amant moins fidelle ,
Malgré nos foins , nous enleve fon coeur..
Dans cette idée , où mon ame s'arrête ,
Plein de dépit , j'abandonne ces lieux .
Je fors du Bois ; un Mont audacieux
Frappe ma vûë ! ah ! je crois que fa tête
Eft le foutien de la voûte des Cieux.
De cette erreur , mon Efprit , qui s'offenfe ,
Jufqu'au fommet me conduit promptement.
Quel eft l'effet de mon étonnement ?
Quand j'apperçois cette étendue immenſe.
Qui refte encor jufques au Firmament :
Eh ! voilà , dis-je auffi - tôt en moi même ,
Ce qu'à nos yeux paroît le rang fuprême ;
Dont la fplendeur & l'éclat nous fur prend ;
On croit toujours qu'un Prince , un Duc , un
Grand ,
Au vrai bonheur doivent toucher fans peine ;
Mais fur leur fort , qu'on fe trompe aisément !
Si la fortune à ce rang nous entraîne ,
Cet heureux bien qu'on cherche vainement ,
Ne paroît plus que dans l'éloignement.
Quel bruit foudain a frappé mon oreille ?
Qui peut troubler le filence des Champs
Déja l'Echo femble ſes accens
par
Se plaindre à moi du bruit qui le réveille.
Ah
48 MERCURE DE FRANCE
Ah ! j'apperçois un moderne Orion ;
il erre ,.
Sans nul repos , il marche , il court ,
Et dans l'ardeur qui fait fa paffion ,
La foudre en main , il déclare la guerre.
Aux habitans des Airs & des Forêts ;
L'ardent Phoebus en vain lance les traits ;
Il va chercher fur d'innocentes Bêtes
A faire encor de nouvelles Conquêtes ;
Qui pour lui feul ont de charmans attraits .
C'est d'un mortel , que l'ambition guide ,
Le vrai Tableau ; dans la fureur avide
Dont fon efprit fans ceffe eft enyvré ,
Il facrifie & repos & juſtice ,
Pour contenter. ce déplorable vice ,
Par qui le coeur est toujours déchiré.
Mais quel objet flatte , attendrit mon ame !
Que vois- je ! O Dieux ! Quels regards ! Que
d'Amour !
O fort charmant ! Un Berger plein de flâme ,
A fa Bergere exprime , fans détour. ,
Les fentimens de fa tendreffe extrême ,
Et de la feinte ignorant le fecours ,
Quand une fois fa bouche a dit qu'il aime ,
Jamais fon coeur ne dément fes difcours..
Dans les beaux yeux de fa jeune Bergere .
I lit l'aveu de fon ardeur fincére ;
* Fameux Chasseur qui fut métamorphose par
Jupiter en Signe célestes
Tous
JANVIER. 1743. 49
Tous deux Amans , ils font tous deux aimés ;
Leurs coeurs , unis par la feule innocence ,
De tendres feux tou ours plus enflâmés ,
Dans leurs defirs ignorent l'inconftance.
Heureux Bergers ! ce n'est que parmi vous
Que les amours font conftans & fidelles ;
Ces amours font inconnus de nos Belles
Heureux Bergers votre fort eft trop doux.
Charmé de voir cette tendrefle aimable ,
Je porte envie à leur félicité.
Quand j'apperçois un ombrage agréable
Dont auffi-tôt j'admire la Beauté ;
C'est un Berceau que la feule Nature
A décoré de tous les agrémens ;
De jeunes fleurs en forment la parure ;
Leur vif éclat ſe mêle à la verdure :
Que de beautés ! Que cesLieux font charmans !!
Palais des Rois , Superbes Bâtimens ,
Votre Richeffe & toute la ftructure ,
Dont vous para l'Art de l'Architecture ,
Ne m'offrent point d'auffi beaux ornemens.
Avec plaifir , dans ce champêtre azile ,
Je vais goûter les douceurs du repos.
Déja Morphée , en verfant fes pavots ,
Calme mes fens , & mon ame tranquille ·
Va , dans fes bras , oublier tous les maux.
O fol espoir ! Un fifflement horrible ,
En m'éveillant , vient me glacer d'effroi ;
To MERCURE DE FRANCE
Qui n'eût frémi ! C'eſt un ſerpent terrible.
Que cachoit l'herbe , il fort ; je l'apperçois ,
Son oeil en feu lance un regard avide ;
Il fe replie , & fon corps homicide
Eft déja prêt à s'élancer fur moi.
Pour éviter fa piqûre mortelle ,
La peur bien loin précipite mes pas ;
>
?
Je fuis ces lieux , dont la beauté nouvelle
Sous mille attraits me cachoit le trépas..
Ainfi l'amour dans fes feux nous entraîne ,
En nous offrant de dangereux appas :
Combien de maux nous prépare fa chaîne ,
Si notre coeur bientôt ne le fuit pas !
Mais , cher G✶✶✶ en nn ferieux ftyle ,.
C'est trop long tems vouloir t'entretenir ;
J'entends déja , que ma Mufe indocile ,
Malgré mon coeur , m'ordonne de finir ::
Et vainement fur un ton plus facile ,
Pour fatisfaire à ton goût enchanté ,
Voudrois -je ici répandre la gayté..
Non , non ; il m'eft tout à - fait impoffible ;
Et quand on eft , autant que moi , ſenſible
Aux fentimens , aux aimables douceurs
De l'amitié , qui ravit nos deux coeurs :
L'abfence , hélas ! cft un cruel martyre ..
Fidele Ami , dans mon chagrin cuifant ,
e fens trop bien , que l'efprit ne peut rire ; .
Larfque le coeur ne peut être content.
Par M. B ** . d" Aix.
}
JANVIER: 1743 SI
·
******
RÉPONSE à la Queſtion proposée dans
le Mercure du mois d'Octobre dernier
ود
page 2279 .
Sêtre le plus faté , de celui qui fait
Çavoir lequel des deux Amans doit
» la fortune de fa maîtreffe en l'époufant ,
» ou de celui qui tient d'elle fa fortune.
Il femble d'abord que cette Queſtion foit
bien aifée à réfoudre , mais fi d'un côté l'amour
& la générofité ſemblent décider en
faveur de celui qui fait la fortune de fa
maîtreffe en l'époufant , la reconnoiffance &
l'amour propre doivent être bien flatés de
tenir fa fortune d'une perfonne que l'on
aime tendrement. Si le coeur doit être plus
faté lorfqu'il donne que lorfqu'il reçoit ,
il ne doit pas moins être fenfible de tenir
fon bien de la main que l'on aime , & c'eft
dans cette occafion que l'on eftime plus le
coeur qui donne que le préfent même , non
donum fed cor donantis.
M. *** qui mourut l'année derniere , &
qui étoit fort mon ami , avoit décidé cette
Queſtion. Il avoit époufé deux femmes dont
il étoit éperduëment amoureux. La premiére
n'avoit que beaucoup de nobleſſe & fort peu.
de
12 MERCURE DE FRANCE
:
de biens elle dérangea fes affaires , & il
fut fort peu flatté de cette alliance. Il époufa
en fecondes nôces une femme à laquelle
il s'étoit attaché , autant par inclination que
par reconnoiffance , & qui rétablit fa fortune
dont il fut extrêmement Aatté jufques à la
fin de fes jours .
Pour moi , je penfe autrement , & j'eftime
que l'on doit être bien plus flatté , en toutes
façons, de faire la fortune d'une perfonne que
l'on aime ; car il n'eft pas douteux qu'il eft
plus flateur de donner que de recevoir.
ANGUIER.
Au Tremblay, ce premier Décembre 1742:
STANCES
SUR les Vifites & les Complimens dis
nouvel An , à M. **
Q
Uel bruit foudain ! Partout des voeux fe font
entendre ;
Tout m'annonce que l'An touche à fon dernier
jour.
Quel tumulte nouveau m'éveille , & vient m'apprendre
,
Que le premier des mois recommence fon tour ?
C'e
JANVIER.
1743 33
C'eft cette ambulante cohuë ,
Qui follement du matin juſqu'au ſoir ,
S'agite , court de ruë en ruë ,
Pour y chercher ce qu'on ne veut point voir.
Poury
Quelle extravagance plus forte
Que d'aller d'un pas de courier
Heurter , fonner de porte en porté ,
donner fon nom écrit fur un papier E
Aux yeux de la Raifon quelle infigne manie
De fe fuir & de fe chercher ,
De s'entrevoir & fe cacher ,
Et de fe fatiguer avec cérémonie !
Ainfi
De pratiquer ce qu'on proferit
De détefter une maxime ,
Et de s'en rendre la victime
En faisant ce qu'elle preſcrit
que
la Raifon , la Vérité s'offenſe
De l'impofture de ces jours ,
Où rarement dans ſes diſcours
Le coeur, écho du vrai, débite ce qu'il penſe,
D'une formule de fouhaits
Chacun en s'abordant repete le langage ,
Quo
34 MERCURE DE FRANCE
Que l'on récite par ufage ,>
Et qu'on dément par les effets.
Ces voeux font de la voix un foible fon qui paffe
Auffi-tôt qu'ils font prononcés ,
Et même , avant d'être annoncés
Ils font dictés par la grimace.
Que j'aime mieux les fons d'un Perroquet !
Lorfque fa voix fe fait entendre ,
11 ne veut jamais me furprendre
Dans les récits de fon caquet.
On fe fourit fans allégrefle ;
On fe parle par compliment
Sans amitié l'on fe careffe ;
On s'embraffe fans fentimens.

De pareils impofteurs toute la Ville abonde ;
En tous lieux ils font répandus ;
Et dans la foule vagabonde
Je vois des Sages confondus.
L'exemple les maîtrife ; ils fe rendent efclaves
D'un ufage , en fecret que reprouvent leurs coeurs,
Sans cependant être affés braves ,'
Pour ofer s'en rendre vainqueurs .
Que celui-là me paroît vraiment fage
Qut
JANVIER. 1743. 55
Qui dans ces jours, paiſible en ſa maiſon,
Se garde bien d'obſerver un uſage
Que défaprouve la Raifon ?
Par M. Defaulx , Chanoine de l'Eglife de
Rheims.
** 號
QUESTION IMPORTANTE ,
Jugée au Parlement de Paris le 4. Août 1742,
SI
I celui qui eft prévenu d'un crime capi
tal ,peut difpofer de fon bien au préjudice
des réparations civiles auxquelles il eft enfuite
condamné.
FAIT.
Loüis Roffignol & Anne de Villemaudy
fa femme , firent un Teftament mutuel en
1719 , par lequel ils fe donnerent mutuelle
ment au furvivant l'ufufruit de tous leurs
meubles , acquêts , & tiers des propres , fitués
tant dans la Coûtume de Poitou , que
dans d'autres Coûtumes femblables, qui leur
permettoient de fe faire de telles Donations .
Par le même Teftament , ils inftituerent
Loüis Roffignol , leur fils aîné , leur héritier
univerfel , pour joüir de tous leurs biens
après le décès du dernier mourant d'eux ,
>
à
la
56 MERCURE DE FRANCE
la charge de payer à Pierre Roffignol leur
fecond fils , la fomme de 26000. liv. pour
toute legitime qu'il pourroit prétendre dans
leur fucceffion , ayant fixé pour bonnes &
juftes caufes la legitime , & autres droits ,
que ledit Pierre Roffignol pouvoit prétendre
,fçavoir à 13000 liv . en chacune fucceffion
, lefdits 26000 liv. payables en argent
& fonds des fucceffions , & en effets bons
& exigibles , & qu'en les payant en fonds ,
l'héritier feroit tenu de les garantir.
Par une autre claufe ,le fils puîné étoit fubftitué
à l'aîné,en cas de décès de celui- ci fans
enfans ou petits enfans.
Le pere Teftateur étant mort peu de tems
après , fa veuve joüit de tous les biens , fuivant
le Teftament. A l'égard des enfans , il
ne fut point queftion alors entre eux de l'exécution
du Teftament.
Le 13. Février 1722 , Pierre Roffignol ,
accompagné de fon valet , affaffina le fieur
de la Soudiere , au coin d'un bois où il
l'avoit attendu , & fe refugia auffi - tôt chés
un Seigneur voiſin .
Le même jour , fon frere aîné fit contrôler
le Teftament, Le lendemain 14. Février , if
le fit infinuer ; le 15. 1l le dépofa entre les
mains d'un Notaire d'Angoulême , & le 16,
ce Notaire fe tranfporta dans la maiſon où
étoit Pierre Roffignol, & y dreffa une quittance
JANVIER. 1743. 57
tance , par laquelle ledit Pierre Roffignol ,
en préſence du Notaire & de deux témoins,
déclara qu'ayant pris lecture du Teftament
de fes pere & mere,il en confentoit l'exécution
, & reconnut que fon frere aîné , préfent
en perfonne , lui avoit manuellement
& comptant payé en efpéces d'or & d'argent
& en billets payables au porteur , la fomme
de 13000 liv. dont ledit fieur fon frere lui
étoit débiteur , comme héritier de leur pere
pour la legitime paternelle.
ce ,
par
Le 15.du même mois,avant cette quittanle
pere du ficur de la Soudiere & fa
veuve avoient déja rendu plainte. L'homicide
s'étant évadé , le Procès fut inftruit
contumace , & le 19. , Septembre 1722 , il
intervint Sentence en la Sénéchauffée de
Poitiers , par laquelle Pierre Roffignol &
fon valet furent déclarés , atteints & convaincus
de l'homicide du fieur de la Soudiere,&
pour réparation furent condamnés à
mort , en 100 liv. d'amende envers le Roy ,
en 600 liv. pour faire dire des Mefles &
Priéres pour le défunt , & en 10000 liv. de
réparations civiles envers les Parties civiles
& en tous les dépens : le 24. du même mois
la Sentence fut exécutée par effigie .
Dès 1723 , le fieur de la Soudiere pere ,
fit des pourfuites pour le payement des interêts
civils ; il fit faifir entre les mains de la
Dame
38 MERCURE DE FRANCE
Dame de Villemaudy ce qu'elle pouvoit devoir
à Pierre Roffignol fon fils ; il fit auffi
faifir entre les mains du nommé Rouffelot
acquereur d'une Maifon de la fucceffion du
fieur Roffignol pere , & l'acquereur ayant déclaré
qu'il ne devoit rien du prix de ſon acquifition
, la faifie & arrêt fut convertie en
demande en déclaration d'hypotéque .
Après beaucoup d'incidens fur les qualités
& fur la forme , Louis Roffignol défendit
, tant pour lui que pour fa mere aux demandes
du fieur de la Soudiere & de la
veuve , & par Sentence du 7 Mars 1739 ,
rendue en la Sénéchauffée d'Angoulême ,
ayant égard aux exceptions & défenfes du
Sr Roffignol , & à la quittance du 16 Fevrier
1722 , il fut renvoyé des demandes contre
lui formées & contre la Dame fa mere ; les
héritiers Rouffelot furent auffi renvoyés de
la demande en déclaration d'hypotéque.
La veuve & les enfans du feu ficur de la
Soudiere fils , interjetterent Appel de cette
Sentence ; cet Appel fut porté en la premiere
Chambre des Enquêtes , & appointé au rapport
de M. de Beze du Cholet.
Les Appellans fe plaignoient de ce que la
quittance du 16 Février 1722 , avoit été jugée
valable , quoique évidemment frauduleufe
& fimulée. Ils renfermoient leurs
moyens dans deux propofitions : la premiere,
que
JANVIER. 1743
59
que le fils eft propriétaire des immeubles
jufqu'à concurrence de fa legitime ; la feconde,
que le prévenu d'un crime capital ne peut
difpofer de fa legitime au préjudice des interêts
civils.
Pour l'établiſſement de ces deux propofitions
, ils difoient que la quitance en queftion
n'avoit été concertée entre les deux freres
, que pour fouftraire le patrimoine du
meurtrier fugitif, aux pourfuites que
la veuve
& les héritiers du défunt faifoient pour les
réparations civiles.
L'exécution du Teftament mutuel des pere
& mere étoit fufpenduë juſqu'au décès de la
mere ; cependant on l'a fait contrôller le jour
même du meurtre nfinuer le lendemain
& déposer le fur-lendemain ; le 16 Février
deux jours après le meurtre , on fabrique la
quitance en queftion .
,
Or;la fraude eft préfumée lorsque le debiteur
prévient le terme du payement ſuivant
les Loix 10. & 17. au digefte qua in fraud.
credit.Henrys tom. 2. 1. 4. queſt. 42. rapporte
un Arrêt du 23 Juin 1640. qui l'a ainſijugé.
C'eft encore une marque de fraude , lorfque
celui qui eft prévenu d'un crime capital,
difpofe de la totalité de fon patrimoine ,
comme avoit fait Pierre Roffignol.
La Quittance du 16. Février ne contient
point de numération d'efpeces , & ne dit
D point
60 MERCURE DE FRANCE
point combien il a été payé en argent : elle
porte que la fomme a été payée , partie en
billets , fans détailler le montant ni la confiftance
de ces billets , ce qui fait voir qu'il
n'y a point eu de payement effectif ; qu'on a
feulement tenté de dénaturer le Patrimoine
du coupable ; le fieur Roffignol dit luimême
qu'il a payé ce qu'il devoit pour fubvenir
au befoin preffant où fe trouvoit fon
frere , enforte qu'il convient de l'efprit de
fraude dans lequel la Quittance a été faite ,&
ilen a fans doute une contre - lettre .
>
Vainement allegue - t'il qu'il n'a fait que
fe liberer de 13000. livres qu'il devoit à fon
frere ; il ne lui devoit point cette fomme ;
il est vrai que fuivant le Teftament
il avoit la faculté après le décès de fa mere
d'acquerir la portion héréditaire de fon
frere dans la fucceffion paternelle pour
13000. livres , de même que le cadet pouvoit
, avant le crime commis , lui céder une
légitime. Mais ce n'étoit de part & d'autre
qu'une faculté ; le cadet étoit faifi de droit
de fa portion légitimaire dans les biens de
la fucceffion , & cette portion dans l'inſtant
du crime, eft devenue hypotequée aux répa
rations civiles.
-7
En effet , par la Coutûme de Poitou Art.
215. & la Coutume d'Angoumois Art. 51 .
qui régiffent les biens de la fucceffion , le
pere
JANVIER. 743. 61
pere ne peut avantager un de fes enfans plus
que l'autre ; chaque enfant eft faifi par la
Loi de fa part héréditaire , & cette part n'eft
point une créance en argent , elle eſt duë en
corps héréditaires.
Pierre Roffignol étoit donc faifi de droit
de la part qui lui appartenoit dans les im
meubles pour fa légitime.
Or , du moment que le crime eft commis,
le criminel eft dans une interdiction totale
de fa perfonne & de fes biens , qui font
affectés à la réparation du crime , & il ne
peut par conféquent aliener fa portion héréditaire
. Suivant la Loi 15. au Digefte de
donat. les donations faites par un homme
prévenu de crime capital font nulles , lorfque
par l'évenement il eft condamné. L'Ins
terdiction qui réfulte de la condamnation
a un effet rétroactif , au moment où le crime
a été commis, Cujas dans fes Réponſes
fur Papinien Liv. 2. prouve que cette Loi
s'applique à toute forte d'alienations auffibien
qu'aux Donations . Dumolin , fur la
régle de infirmis refign. tient que le Bénéfier
prévenu de crime ne peut plus réſigner
fon Bénéfice , fi ce n'eft entre les mains de
l'Ordinaire. Mornac fur la Loi , ci- devant citée
, eft de même avis ...
L'Art. 188. de la Coût. de Bretagne, porte
que le bien de celui qui a fait délit , dont il
Dij doit
62 MERCURE DE FRANCE
doit être tenu , fera & demeurera obligé
pour les caufes fufdites . M. d'Argentré dit
que la Coutume donne hypotéque du jour
du délit , inde fit ut noxii non poffint poft delictum
bona diftrahere.
M. le Prêtre , cent. 1. ch . 84. dit que les
accufés & prévenus de crime , qui vendent
ou donnent leurs biens pendant l'accufa
tion , le font metu pana , en fraude de la Loi .
M. le Maître en fon Traité des Criées , ch .
12. décide que les ceffions & tranfports
faits depuis le Procès commencé
, font nuls
& n'empêchent
point que la Sentence
ne
foit exécutée
contre celui qui lite pendente
habuit jus à condemnato
. Henrys Tom. 2. liv.
4. Qu . 36. dit que s'il eft permis au criminel
de prendre les revenus & d'emprunter
quelque
>
fomme , il ne lui eft pas permis de vendre
ni de donner tous fes biens , ou la meilleure
partie d'iceux ; s'il le fait le Contrat eft
cenfe fraduleux & fait fufpicione poenæ , furtout
quand il y a concours de quelques autres
préfomptions. Ricard des donat. ch. 3 .
Sect. 4. B. 243. dit que non feulement toutes
les difpofitions gratuites que le criminel
a faites depuis fon crime, demeurent inutiles,
mais que toutes les ventes depuis le même
tems peuvent être révoquées comme fraudu
leufes , & en tant qu'elles empêchent l'execution
des condamnations prononcées con-
*re lui. Le
JANVIER. 1743. 63
1
Le Grand fur l'Art. 120. de la Coûtume
de Troyes , après avoir dit que ces ventes
font valables , ajoûte , que cela fe doit entendre
pourvû que l'interêt civil & les dé- ,
pens adjugés à la partie puiffent être pris fur
le furplus des biens ; mais n'étant pas fuffifans
les ventes doivent être révoquées jufqu'à
concurrence de l'interêt civil , puifque
les Arrêts ont jugé que l'hypotéque fuc
les biens du criminel eft du jour du crime
commis , principalement pour les crimes"
atroces. L'Hommeau en fait auffi une maxime.
?
Enfin il y a une foule d'Arrêts qui ont
jugé que le prévenu d'un crime capital ne
pouvoit aliener & étoit incapable des effets
civils. Ils font rapportés par M. le Prêtre ,
Henrys , le Grand , aux endroits cités. Bafnage
fur la Coûtume de Normandie en cite
de cette Province ; M. de Catelan en rapporte
du Parlement de Touloufe ; la Pereire
du Parlement de Bordeaux , & Boniface du
Parlement de Provence.
des
Tels étoient en fubftance les moyens
Appellans , d'où ils concluoient que la Quittance
en queftion étoit nulle & qué par
conféquent la Sentence avoit mal jugé.
L'Intimé renfermoit fa défenſe dans deux
propofitions contraires , la premiere , que fon
frere jufqu'au jour de la Sentence qui l'avoit
D iij
con64
MERCURE DE FRANCE
condamné , avoit eu la libre adminiftration
de fon bien , & par conféquent pouvoit recevoir
de fes débiteurs ; la feconde, que n'ayant
lors du payement par lui fait , les mains
liées par aucunes faifies , il pouvoit s'acquiter
envers fon frere & lui payer ce qu'il lui
devoit.
Pour l'établiſſement de la premiére propofition
, l'Intimé difoit que c'eft un principe
inconteftable que le prévenu d'un crime
conferve la libre adminiftration de fon
bien , & peut recevoir ce qui lui eft dû ; in
reatu conftitutu bona fua adminiftrare poteft ,
dit la Loi 46. ff. de jure fifci.
Cette faculté s'étend même jufqu'à faire
des donations fuivant la Loi , poft contractum
ff. de donat. poft contractum capitale crimen
donationes falta valent . Elles ne font nulles
qu'autant qu'il furvient enfuite une condam
nation ; c'est la condamnation , & non pas
le crime qui met le criminel dans cette incapacité
; car comme dit Dolive , Queſt . de
Droit , liv. 5. ch. 7. la force de la mort civile
eft dans la bouche des Juges , & tant que le
jugement qui condamne les criminels n'en
eft point forti , nulle incapacité de leur
nulle interdiction .
part ,
Les Romains, tout jaloux qu'ils étoient de
la faculté de tefter , faculté que le moindre
changement d'état faifoit perdre , l'accordens
JANVIER. 1743 . 65
dent par la Loi 9. ff. qui teftam. facere poff.
aux prévenus de crime & les admettent
par conféquent au rang de Citoyen. Le § . 2 .
de la Loi 13. eod. le permet même à ceux
qui ont été condamnés pendant l'Appel de
la Sentence de condamnation , & veut que
s'ils décedent avant la décifion de l'Appel ,
leur Teftament foit valable , quoique le crime
foit prouvé , parce qu'il ne fubfifte point
alors de condamnation .
M. le Prêtre , ch. 84. cent. 1. dit que celui
qui a commis quelque crime capital &
en eſt accuſé , n'eft point interdit , pendant
l'accufation , & la pourfuite de l'accufation
de l'adminiftration de fon bien & peut recevoir
de fes débiteurs .
Le Brun . Tr. des Succeff. liv . 1. ch . 1 .
Sect. 2. n. 7. décide qu'un homme déja condamné
par contumace & qui s'étant repréfenté
eft condamné une feconde fois , eft
reputé mort civilement du jour de fa condamnation
, & non pas du jour du crime ni de
Paccufation , & n. 3. il dit que régulierement
la mort civile fuit immédiatement la
condamnation capitale ; il fait voir que les
Arrêts rapportés par Bafnage , Tr. des Hypot.
ch. 13. ne font point contraires à fon
fentiment ; & felon lui le prévenu de crime
eft capable de fucceder tant qu'il n'eft point
encore condamné , parce qu'il n'a point en-
D iiij core
66 MERCURE DE FRANCE
core perdu fon état ; & à ce fujet il indique
un Arrêt du 24 Mars 1603. rapporté par
M. Servin , Tom . 1. Plaid. 9. qui jugea
qu'un accufé d'incefte avec une de fes foeurs,
n'avoit pas laiffé de fucceder à fon frere aîné
, quoique dans la fuite le crime fut arrêté
& puni.
Ricard , n. 245. tient qu'il n'y a que la
condamnation qui retranche les effets civils
au criminel , & qu'il ne devient abfolument
inhabile à contracter qu'après que le jugement
a été prononcé contre lui.
Cette maxime eft confirmée par la Jurifprudence
des Arrêts, comme on peut le voir
au Journal des Audiences , Arrêt du 1 .
Juillet 1632. où l'on en rapporte un du
Parlement de Rouen qui a ainfi jugé la
queftion .
Il n'y a d'exception qu'à l'égard des coupables
de facrilege ou de leze- majeſté qui
tombent à l'inftant du crime, dans une inter
diction totale .
Ainfi , le fieur Roffignol avoit l'adminiftration
de fon bien & pouvoit recevoir de
fes débiteurs .
La feconde propofition fouffre encore
moins de difficulté . La Loi 41. ff. de folut.
& liberat. décide que rien n'empêche un débiteur
de payer valablement ce qu'il doit à
un prévenu de crime , même pendant la
poure
JANVIER. 1743. 67
pourfuite , autrement , dit la Loi , plerique
innocentium , neceffario fumptu egerent.
Cujas en les Réponfes fur Papin. Liv.
12. dont les Appellans ont invoqué le fuffrage
, ne parle que d'alienations & de donątions
, dont il ne s'agit point ici.
L'Intimé , lorfqu'il a payé étoit dans une
efpcce bien plus favorable , que celle de la
Loi ; fon frere n'étoit point criminis poftulatus
, & la Loi permet de payer pendant toute
la pourfuite ; il a donc payé valablement.
Les Appellans prétendent fans fondement
qu'ils avoient une hypotéque acquife du
moment du crime .
1º. La légitime n'étoit pas fufceptible d'hypotéque
; on fçait que dès la mort du pere ,
le légitimaire eft faifi , & qu'il peut contrain
dre les héritiers de la lui donner en corps
héréditaires ; mais dans l'efpéce , le pere par
fon Teftament , avoit donné au fieur Roffignol
l'alternative de la prendre ou en corps
héréditaires , ou en effets mobiliers ; il avoit
même fixé cette légitime bien plus haut
qu'elle n'auroit été de droit ; la Loi permet
bien de prendre la légitime en corps héréditaires
, mais elle n'oblige pas le légitimaire
de la prendre ainfi , lorfqu'il lui eft plus
avantageux de la prendre en mobilier , autrement
la Loi feroit préjudiciable au légitimaire.
D v
68 MERCURE DE FRANCE
2º. Il n'eft pas vrai que les parties civiles
ayent hypotéque fur les biens des accufés du
jour du crime , puifque les Loix leur laiffent
jufqu'à la condamnation l'adminiftration libre
de leurs biens , la faculté de payer & de
recevoir.
Le Brun en parlant des Arrêts rapportés
par Bafnage , dit qu'ils n'ont point jugé que
T'hypotéque commençât du jour du crime.
M. d'Hericourt , Tr. de la vente des immeubles
, Sect. 2. n. 26. décide que l'hypotéque
n'eft point de ce jour.
Ainfi, n'y ayant point d'hypotéque acquife
lors du payement en queftion ni de faifie
faite entre les mains de l'Intimé , il a pâ
payer valablement.
Quant à ce que l'on dit que la Quittance
eft frauduleufe , 1 °. Le Brun nous apprend
que le titre du ff. que in fraud, credit. n'eft
pas reçû en France. 2°. La fraude ne fe préfume
point , il faut qu'elle foit prouvée ; 3 °.
l'objection de fraude ne regarde que le cas
des alienations , & eft ici fans application ,
car lors du payement ,les Appellans n'étoient
point encore créanciers; en avançant le payement
de la légitime , on n'a fait que rendre
juftice au fieur Roffignol , ce payement ne
pouvant être differé .
Nonobftant ces moyens & plufieurs autres
qu'il feroit trop long de rapporter ici ,
Par
JANVIER. 1743. 69
1742.
par Arrêt du 4. Août
la Sentence
a été infirmée
,émendant
,la Quittance
déclarée nulle , l'Intimé
condamné
à payer
aux Ap- pellans
les intérêts
civils à eux dûs , en dé- duction
de ce qu'il devoit
à fon frere pous fa légitime
.
EPITRE
A Mile J. ** pour le premierjou.
de l'An 1743 .
J dans ce jour folemnel ,
Où le fincere Amant s'empreffe
De préfenter à fa Maîtreffe
De fes feux le gage éternel ;
A vos Loix pour toûjours fidéle
Mon coeur , près de vous avec zéle ;
Porte l'hommage de ſes voeux ;
Heureux , s'ils plaisent à vos yeux !
Que les rides du tems refpectent vos doux char
mes ;
Que les graces chés vous éternifent leur cours
Et qu'à jamais le tendre Amour
Trouve dans vos attraits fes plus puiffantes a
mes !
Que les Dieux prennent fur mes jours ,
Afin de prolonger le cours
D vj De
70
MERCURE DE FRANCE
De ceux que leur main vous réſerve !
Viendrai-je encore , ma Minerve
Leur demander que parmi les plaifirs
Vous couliez votre belle vie ?
Toujours leur cohorte chérie
Prévient vos innocens defirs :
Ecoutez feulement la voix de mes foupirs
Où je vois briller tant de grace
Pourquoi vois - je tant de rigueur ?
Parlez ; pour vous fléchir que faut -il que je
faffe ?
De vous dépend mon fouverain bonheur .
Faut il qu'à vos genoux , dans d'aimables allar
mes ;
Je vienne vous jurer une durable ardeur ?
Je l'ai fait mille fois , & mes trop juftes larmes
N'ont jamais trouvé l'art d'émouvoir votre coeur.
Puiffe- t'il donc cette nouvelle année
Dépoüiller fa févérité !
S'il exauce ce veu , charmante Déité ,
Les plus chéres douceurs feront ma deſtinée .
Par M. Fleuri Bordeaux , Tréforier de
France,
LET
JANVIER. 1743. 71
1
****************
LETTRE de M. Greffet à M. Boule ,
Profeffeur de Rhétorique au College de
Villefranche , en Beaujolois , au fujet de
l'Ode qu'il lui avoit adreffée , inferée dans
Le Mercure de Mai 1742.
JE
, E fuis , M. extrêmement fenfible à la
politeffe dont vous m'avez honoré :
plufieurs de vos Poëfies que j'ai déja cu le
plaifir de voir m'ont apppris combien je dois
être flaté de votre fuffrage ; la Piéce que
vous me faites l'honneur de m'adreffer n'attend
point fon fuccès du foible appui que
vous voulez bien lui fuppofer : vos Ouvrages
, pour le préfenter & être bien reçûs ,
n'auront jamais befoin que d'eux -mêmes ,
l'Esprit philofophique qui les infpire , & l'imagination
qui les embellit , en affûreront
toûjours le fort . Je m'eftimerai très - heureux
sil peut s'offrir quelque occafion de vous
marquer les fentimens de ma reconnoiffance
& ceux de mon eftime . J'ai l'honneu
d'être & c.
A Amiens , le 19
Juin 1742
72 MERCURE DE FRANCE
PARAPHRASE de ces deux Vers
» Dum vires , annique favent , tolerate laborem :
» Nam veniet tacito curva fenecta pede.
A Rifte , rien ne
dédommage
De la perte de nos inftans ;
Des foins utiles & conftans
Ont droit fur les jours du bel âge
Contre l'Hyver toûjours le Sage
Se prémunit dès le Printems.
Fille oifive de la Pareffe
Une criminelle molleffe
>
Nous dit par la voix des plaifirs ,
Qu'on doit aux frivoles defirs
Tous les momens de la jeuneſſe ,
Et qu'une févere fageffe
Eft le partage des vieux Ans :
Fermons le coeur à cette Enchantereffe.
Jouets futiles de nos fens ,
Reconnoifons notre foibleffe.
Les jours de l'arriere -faifon
Sont-ils les jours de la raiſon ?
Eh quoi ! toûjours d'un tems , que le deftín lui
laiffe
L'homme ingrat abufera-t'il
PeutJANVIER.
73 1743
Peut-être hélas ! que d'en trancher le fil
Le Cifeau meurtrier fe preffe.
Ou , fi nos momens font comptés ,
En craindrons - nous moins la vîtefle
Livrés bien-tôt aux incommodités
Nos efprits & nos corps languiront hébêtés
Sous les glaces de la vieilleffe .
A Villefranche , par M. B.
X:XXXXXXX **X*XX :XX
EXTR AIT d'une Lettre de M.... touchant
l'Ecrit du R. P. Texte , Dominicain , inferé
dans le Mercure du mois d'Août 1742 .
Lbeaucoup d'obligation au R. P. Texte ,
'Ordre de S. Dominique a fans doute
de toutes les peines qu'il fe donne , pour
compofer des Differtations , dans lesquelles
il puiffe faire entrer , par occafion , quelque
chofe qui foit à la gloire de cet Ordre . Quoiqu'on
en ait déja publié plufieurs de cette
efféce , je doute que cette prédilection du
R. P. fe foit mieux fait Tentir que dans la
Differtation qu'il vient de publier dans celui
du mois d'Août dernier. On y voit page
1766. une mention du Pape Benoît XI . qui
n'eft faite que pour pouvoir dire qu'il étoit
Dominicain , qualification qu'il a eû foin de
faire
74 MERCURE DE FRANCE
faire mettre en Italique , pour la rendre plus
viſible .
>
A la page fuivante , on voit un détail de la
Généalogie de la Branche Royale des Valois ,
pour faire connoître que Charles III , neveu
de Philippe de Valois , fe fit Dominicain
& même que ce fut à l'exemple de fa tante
Ifabeau de Valois , qui s'étoit renduë Dominicaine
à Poiffy. Enfin , à la page 1770 , on
dit en François , que le Confeffeur de Philippe
de Valois étoit Dominicain , ce qu'on
repete en Latin à la page fuivante , & à la
page 1772 , en appuyant beaucoup là- deffus .
Mais mettons à part cette tendreffe filiale
d'un Religieux envers fon Ordre , & jugez
vous-même , M. , fi le fujet qu'il a choifi
pour inferer des chofes honorables à cer
Ordre , valoit la peine d'occuper 15. pa¬
ges dans ce Livre-
Le R. P. a pris pour fujet de fon Difcours
la Médaille qui eft dans la France Métallique
de de Bie à l'an 1329 , avec cette Legende
: Vota mea Domino reddam , & il pretend,
par tout ce qu'il ajoûte à ce Texte , être le
premier qui a débrouillé la confufion qui
fe trouvoit au fujet de la Statuë
Equeftre du Roy , qu'on voit devant
l'Autel de la Vierge dans l'Eglife de Paris .
Il établit un double voeu de deux de nos
Rois , du nom de Philippe , envers la Sainte.
>
Vierge
JANVIER 1743. 75
Vierge , non feulement fur les Hiftoriens du
tems , mais encore fur la Médaille qui fe voit
dans de Bie , & dont Mezeray a crû pouvoir
s'autorifer. Ce que ce dernier a fait , étoit
bon de fon tems , mais on a aujourd'hui)
de meilleurs yeux , pour juger que la plûpart
des Médailles de de Bie font récentes &
éloignées du tems dont elles réprefentent
des Faits , ainfi elles ne doivent être d'aucun
poids , pour conftater un évenement , qui
leur eft anterieur de 300. ans.
Le P. Texte ne devroit- il pas fe méfier de
cette Piéce tirée de la France Métallique
puifqu'elle rapporte à l'an 1329 , l'acquit des
voeux de Philippe de Valois , qui felon la
Chronique , écrite dans le tems même ,
dûrent être rendus pendant l'Automne de
1328 ? On ne fe feroit pas trompé fi groffierement
dans l'Epoque d'une Médaille , qui
eût été frappée du vivant de ce Roy.
Je fuis donc bien éloigné de croire que le
P. Texte ait bien choifi fa matiére cette foisci
, en entreprenant la défenfe d'une Médaille
, qui n'en vaut pas la peine , puifqu'elle
eft pofterieure d'environ trois Siécles à
l'Histoire qu'elle repréfente.
D'ailleurs , pourquoi le P. Texte entreprend-
il de débrouiller une chofe qui a été
éclaircie & mife en une parfaite évidence, dès
l'an 1670 ? En effet ce qu'il vient de traiter ,
76 1 MERCURE DE FRANCE
a été difcuté bien plus au long par M. Chude
Joly , Chantre & Chanoine de N. D. de Paris
, dans fon Voyage de Munster , dont il y
a eû deux Editions in 12. Ce Chanoine
dont l'éradition & la fagacité étoient égales ,
pour ne rien laiffer à défairer concernant la
diftinction qu'il faut faire entre les voeux de
Philippe le Bel, à N. D. de Paris & à N. D.
de Chartres , & celui de Philippe de Valois à
N. D. de Chartres feulement , eut foin de faire
imprimer à la fin de ce Volume , une collection
de Lettres & de Piéces , qui contiennent
18. pages , dont le titre eft tel .
Lettres de M. Joûet , Maître de Musique ;
& Chanoine de S. Piar en l'Eglife de Chartres
à un fien ami de l'Eglife de Paris , fervant à
l'éclairciffement de la Fondation faite par le
Roy Philippe le Bel ès Eglifes de Paris & de
Chartres, & de l'offrande de fon cheval & de
fes armes,faite à N. D. de Paris , avec l Alte
de Fondation , faite en l'Eglife de Chartres ,
qui n'a point été imprimé jusqu'à prefent.
Que le P. Texte prenne donc la peine de
confulter cetOuvrage,& il trouvera toute faite
la befogne qu'il a bien voulu entreprendre .
Bien plus , il y verra ce qu'il ignore fur Philippe
le Bel , & enfin qu'il a été prévenu par
d'autres Auteurs , dans ce qu'il vient d'éerire
fur Philippe de Valois ; je fuis &c.
A Paris le 25. Septembre 1742.
BOU
JANVIER. 1743. 77
*******************
:
BOUQUET
Plutus
A M. B **.
Lutus d'un regard favorable
N'a jamais daigné m'honorer :
Au Dieu des Vers j'ai fçu me confacrer ,
Sans que je lui fois agréable.
Cependant je cueille des fleurs
Sur le Mont des fçavantes Soeurs.
Mais quelles fleurs ? De fimples Violettes .
Les Rofes font pour les Rimeurs ,
Qui , parés des grands noms d'Auteurs ,
Des Dieux font les vrais Interprétes .
Accepte, en guife de bienfait ,
De Violettes un Bouquet ,
Qu'un zéle pur aujourd'hui te préfente .
Si ma fortune étoit brillante ,
Me bornerois je à de foibles préfens
Senfible à la délicatefle ,
Aux fentimens , à la tendreffe ,
Je t'offrirois , au lieu d'Encens ,
De l'Or , des Perles , des Brillans.
Mais, faute des Tréfors qu'enfante le Nature ,
Reçois l'hommage de mon coeur ;
IS
78 MERCURE DE FRANCE
Il éprouve pour toi l'amitié la plus pure ,
Et fon penchant fait mon bonheur.
Laffichard.
忠恕
LETTRE de M. M... an fujet de la
Devife de Jean de Montagu , qui eft an
Château de Marcouffis , &c.
J'
' Ai lû , M. dans votre Mercure de Juin
dernier un Mémoire fur la Seigneurie de
Marcouffis , qui contient en même tems
une Defcription du Château. J'avois été fur
les Lieux il y a quelques années ; la netteté
& la précifion qui regnent dans le Mémoire ,
me les ont fait reconnoître avec plaifir ;
mais comme il ne paroît paroît ppaass qquuee l'Auteur
foit au fait de la Devife de Jean de Montagu
& qu'il déclare même n'en parler que par les
conjectures d'autrui , on ne me fçaura pas
mauvais gré , fans doute , d'en donner ici
une explication qui pourroit être plus jufte .
Il ne faut que figurer cette Devife , Il -padelt,
telle qu'elle fe trouve en cent endroits des
Chapelles du Château , & de l'Eglife des
Celeftins de Marcouffis , pour faire fentir
que les Lettres qui la compofent ne font
point initiales. Les Lettres initiales font ordinaireJANVIER.
1743. 79
dinairement majufcules & féparées par un
point . Rien de tout cela ne paroît icis on y
voit feulement l'Il bien féparé de padelt &
feulement pour diftinguer les deux mots ;
c'eft d'ailleurs la feule féparation qu'il y ait.
Venons maintenant à l'explication de Ilpadelt.
Il eft françois , tout le monde l'entend
, mais padelt eft Bas-Breton , langage
dérivé de l'ancien Celtique. Padus & Padelas
en Bas Breton fignifient durable. Pad &
padelez y fignifient durée & padet eſt la
même chofe que durer ou durera en François
. Il y a bien de l'apparence que c'eft ce
dernier mot qu'on a voulu employer dans
cette Devife & que ceux qui en faifoient
ufage , ne connoiffant point cette Langue ,
fuivoient l'ortographe françoife d'alors , en
mettant une L où il n'en falloit point , comme
on le pratiquoit autrefois pour il veult
il peult &c, ce qui n'eft plus d'ufage aujourd'hui.
Or, étant au fait du mot Breton l'énigme
ceffe , & onreconnoît que le Fondateur
a voulu défigner par Il- padelt que fes Edifices
feroient de durée ; tout concourt même
à le faire penfer ainfi , & juſqu'à deux feuilles
de Lierre , qui accompagnent partout
cette Devife , & qui en font , vraisemblablement
le fymbole. Voilà , je penſe , M.
la véritable explication de Il-padelt qui a
exercé bien des Sçavans dans le dernier
Gécle
80 MERCURE DE FRANCE
fiécle & qui n'y pouvant rien comprendre ,
s'étoient déterminés à former autant de mots
qu'il y avoit de lettres dans la Deviſe . Pour
moi , j'avouerai franchement que c'eſt à un
Dictionnaire François & Bas- Breton que je
dois cette découverte. Je me garderai cependant
bien de prétendre que le fens de Il-padelt
ne doive avoir pour but que la durée
des édifices , & encore moins qu'il ne puiffe
s'appliquer auffi juftement , à quelques événemens
de la vie ou de la fortune du Fondateur.
Je laiffe à d'autres le foin d'en découvrir
l'époque Ajoûtons feulement qu'il
ne faudroit pas s'etonner que le Bas- Breton
eût été connu à Marcouffis dans le XV. fié.
cle : Montagu , qui en étoit Seigneur , avoit
des alliances dans notre Province , & l'Hif
toire nous apprend que ce fut dans ce même
Château que le Connétable de Richemont
fit arrêter ceux qui avoient participé à la
mort tragique de fon neveu Gilles de Bretagne
, lefquels étoient tous Bretons d'origine
. Il les fit de-là conduire à Nantes, où ils
reçûrent la digne récompenfe de leur attentat.
Il me paroît encore , M. que notre Auteur
fe trompe, lorsqu'il dit que Charles VI.
eft repréfenté en Médaillon fur la porte
du
Château de Marcouffis ; je croirois plutôt
que c'e François I. ne fût- ce que par la
reflemJANVIER.
1743. 81
reffemblance de ce Médaillon avec les Portraits
& les Buftes qui nous reftent de ce
grand Prince : mais ce qui me détermine le
plus à décider pour le dernier , c'eft la Couronne
fermée qu'on voit fur la tête du Monarque
, que ce Médaillon repréfente , &
qu'on fait , à n'en pouvoir douter , que nos
Rois n'ont commencé à la porter ainfi que
près de cent ans depuis Charles VI.
J'ai Phonneur d'être & c.
De Plancoet en Bretagne le 30. Decembre
1742.
akakakakakakakakakakakakakakak
LE TELESCOPE profcrit a Cythere,
à Mad. la Marquise de la L....
AGréez -vous , adorable Marquiſe ,
Que votre nom honore ici mes Vers ?
Non , que je penſe avoir fait oeuvre exquife ,
Ni ceint mon front de ces beaux Lauriers verds ,
Dont Apollon fes Elus favorife.
Le double Mont & les Sommets facrés
Sont à mes yeux des Terres inconnuës
Je n'en tentai jamais les avenues ,
* L'avanture du Télescope eft vraye , &les deux
Héros étoient à une lieuë de diftance , par conféquent
hors de la portée de la vûë.
Ni
82 MERCURE DE FRANCE

Ni n'effayai d'en franchir les degrés ;
Content d'errer fur le gazon champêtre ,
Qu'à fes côtés le Permeffe voit naître ,
Et qu'il nourrit , l'humectant de fes Eaux ,
Humble en mes chants , mon timide génie
Borne fes fons à la fimple harmonie ,
Que fous mes doigts rendent quelques Roſeaux ;
Des Vers fans art , formés fur ce modéle ,
Sont à vos yeux peu dignes d'être offerts ,
Vous , dont les dons & les talens divers
Sçavent paffer le bon par la coupelle ,
Même l'exquis en tous genres d'accords ,
Et combiner dans une oeuvre nouvelle ,
Soit de Rameau , Voltaire , ou Fontenelle ,
Le fort , le foible , & quels font leurs rapports ;
J'en dis beaucoup , fans dire affés encore ;
Qui ne connoît en vous que les dehors ,
Tout beaux qu'ils font ) Marquife, vous ignore.
Un Curieux >, le Télefcope en main ,
Scrutoit de l'oeil la Campagne voiſine ,
Lorgnant fans choix à travers la Machine ,
Tantôt le proche , & tantôt le lointain ,
En parcourant la part de l'Hémifphere
Qui s'offroit lors en plein â fes regards. 4
Ce Linx de l'Art , dont Newton fut le pere ,
* Newton , Inventeur du Teleſcope,
Mit
JANVIER.
1743. 8
Mit fous les yeux quelques Moutons épars ,
Joint un troupeau fouraiffant le laitage ,
Tous en commun broutant le pâturage ;
Là les
voyant , bien crut l'obfervateur
Qu'ils n'y devoient être fans conducteur ;
Trop eût été pour la bêlante race ,
Loin des Hameaux & de tout défenfeur
A redouter la dent du Loup vorace ,
Si le bétail de laine ſe vêtant ,
Devoit avoir un guide pour le paître ,
D'autre côté , felon l'ordre champêtre ,
Là le troupeau de lait nous humectant ,>
Sans conductrice auſſi ne devoit être ;
Notre lorgneur à le cherche à les avifer ;
Et promenant à l'entour la Lunette ,
Il apperçût Claudin & Colinette ;
Claudin voulant lui ravir un baifer ;
Oui , lui ravir , la fille étoit mutine ,
Se défendoit , repouffoit l'agreffeur ,
Si qu'on eût crû revoir une Sabine ,
Une Herfile , en qui pudeur domine ,
Dans la vertu cherchant un défenfeur
Contre l'effort d'un Romain raviffeur.
Un jeune Amour , commis par ion office
A raffûrer toute fille novice ,
Et l'ufiter à l'amoureux larcin ,
*Celle que Romulus préfera à toutes les autres Sabines.
E Faifoit
84
MERCURE DE FRANCE
Faifoit le guet en faveur de Claudin ;
Plus clair- voyant que l'Argus de la Fable ,
Il découvrit le tube redoutable ,
;
Pour tout Amant * le Miroir indiſcret ,
Propre à trahir un myftere fecret ;.
Maudiffant lors en foi le Télefcope ,
Pour dérober à notre Curieux
L'ardent Claudin , foudain il l'envelope
Dans un nuage obfcur & ténebreux
Sous cet abri les ayant mis tous deux ,
Il prend fon vol , & d'une aîle légere
Fendant les airs , arrive dans Cythere ,
Le Banc d'Amour , le chef- lieu de l'Etat
Où reffortit toute importante affaire .
Là , des Amours convoquant le Sénat ,
Eux affemblés , tout le cas il expofe ;
Fait un narré de l'oeuvre de Newton ;
Dit fes effets , en détaille la caufe ;
Changeant enfuite & de voix & de ton ,
Eh quoi ! dit- il , un Berger dans la plaine ,
Qui ſe voit feul auprès d'une inhumaine ,
Qui pour témoins ſemble n'avoir alors
Que fon amour & l'objet de ſa peine ,
Quoi ! ce Berger retenant ſes tranſports ,
D'un Linx fatal toujours en défiance ,
N'ofera donc par quelques doux efforts.
* Il y aun Miroir dans le Télescope.
Faire
JANVIER.
1743 85
Faire l'effai d'un peu de violence ,
Pour dérober de légeres faveurs ,
Et , s'il fe peut , vaincre la réſiſtance
Que l'on oppoſe à ſes vives ardeurs ?
Dans vos beaux ans, & vous , jeunes Bergeres ,
Toujours le front & les regards féveres ,
Vous n'oferez , toujours craignant les yeux
De cet Argus enfanté par l'Optique,
Même en un champ ouvert & fpacieux ,
Loin des témoins , loin de tout toît ruftique ;
Vous n'oferez d'un Berger amoureux
Payer les foins & foulager les feux ?
A l'avenir , où fera votre azile ?
Mere au logis , freres , parens au bois,
Quels antres fourds , quel fecret domicile
Trouverez-vous en votre amour tranquile ;
D'un tendre Amant pour écouter la voix ?
En proye alors aux tourments de l'abſence ,
Dans vos liens n'ayant nulle allegeance ,
Nul doux momens n'en foutenant le poids ,
Loin d'encenfer les Autels de Cythere,
Rompant des fers qui fçurent trop vous plaire ,
Nous vous verrons vous ſouftraire à nos loix ,
En gémiſſant ; oüi , j'oſe le prédire ;
Si cet abus s'introduit une fois ,
Si des Amours tout le corps ne confpire
A l'arrêter , le bannir , le profcrire ,
Eij L'Etat
16 MERCURE DE FRANCE
L'Etat fuccombe ‹; adieu notre Carquois ,
Adieu nos traits , notre Arc & notre Empire,
A ce récit , le Sénat confterné ,
>
Croit voir déja fon culte abandonné ,
Et les Sujets déferter fon Domaine.
Pour prévenir la ruine certaine
De tout l'Etat , le fait examiné ,
Le Télescope eft au feu condamné ,
Et défendu d'en garder la recette ,
D'en fabriquer , ni d'en faire l'emplette
En tout Pays à leur Sceptre foumis ,
Comme tendant à brouiller les amis ,
Que dans les fers enchaîne une coquette ;
Tendant encor à troubler le repos.
De maints Epoux , dont l'heureufe ignorance
Sur les écarts & délits conjugaux ,
Dans la maifon maintient l'intelligence ,
De maints Amans , qui fçavent à propos
Des furveillans tromper la vigilance ;
Tendant enfin à maints autres abus
Contre leurs loix , leurs Statuts & leurs Us ,
D'où s'enfuiyroit interdiction pleine
De tous plaifirs parmi la race humaine
Plus n'en auroit meshui fruition ;
Triftefle , ennui , feroit la portion
Cent maux enfin qu'on devine fans peine ,
Et que fe peint l'imagination.
Par M. de V.... de l'Académie de Caen.
LET
JANVIER 17437 87
LETTRE écrite à M. D. L. R. au ſujer
des Mémoiresfur la Fête des Foux , dont il
eft parlé dans le Mercure du mois d'Août
dernier , page 1800 .
D
Ans l'Extrait que vous avez donné ,
Monfieur, des Mémoires de M. du Tilliot
, pour fervir à l'Hiftoire de la Fête des
Foux , vous avez remarqué quelques Faits
Hiftoriques dont l'Auteur n'a pas eu connoiffance;
en voici encore quelques- uns qui pouvoient
trouver place dans ces Mémoires ; les
Danfes Eccléfiaftiques dont il eft parlé dans le
Mercure de Septembre dernier , p . 1930. &
fuivantes , qui fe faifoient dans les Eglifes
Canonialesle jour de Pâques , me paroiffent
avoir beaucoup de connexité avec la Fête
des Foux : l'Auteur de la Lettre remarque
que ces Danfes n'ont entièrement ceffé dans
les Eglifes Canoniales du Diocèfe de Bezançon
qu'en 1738 , & la Note qui eft au bas
affûre qu'il y en a encore des veftiges dans
L'Eglife Collégiale de S. Anatoile de Salins .
Hy eft parlé plus loin des reftes de la Fête
des Foux qui fe pratiquoient encore en quelques
Eglifes , comme l'Election d'un Roy
des Chapelains , qui officioit folemnellement
E iij le
88 MERCURE DE FRANCE
>
le jour de la Circoncifion , & de l'Election d'un
Roy des Chanoines qui officioit le jour de
l'Epiphanie , ce qui n'a ceffé , dit l'Auteur
de la Lettre , dans l'Eglife de Bezançon qu'en
1710 ; ainfi cette Fête n'a pas été abolic par
tout en même - tems , dans le tems dont parle
l'Auteur des Mémoires , ni vers le milieu du
XV. Siécle , comme on l'a marqué dans la
Concordance des Bréviaires de Rome & de
Paris au 28. Décembre ; il y a beaucoup
d'autres chofes curieufes dans la Lettre fur les
Danfes Eccléfiaftiques , qu'il eft bon de joindre
aux Mémoires de M. du Tilliot ; il auroit
pû auffi y faire mention de la Cérémonie qui
fe pratiquoit autrefois au Collège du Cardinal
le Moine , où les Anciens de cette maifon
élfoient le 12. Janvier un d'entre - eux , qui
repréfentoit le Cardinal Jean le Moine leur
Fondateur , inhumé dans la Chapelle de ce
Collège en 1313. On habilloit celui qui
étoit élu , en Cardinal , & il affiftoit aux pre -`
miéres Vêpres avec un Aumônier qui portoit
fon Chapeau Rouge ; le foir il regaloit fes.
Confreres & leur diftribuoit des Dragées ;
cette Cérémonie continuoit le lendemain
jour de l'Epiphanie. Il en eft fait mention
dans la Concordance des Bréviaires de Rome
& de Paris au 12. & 15. Janvier , où l'on en
parle d'abord comme d'une Cérémonie , qui
fe pratiquoit encore actuellement ; mais un
,
peu
JANVIER
83
1743.
>
peu plus loin il eft dit que cette Cerémonie
a ceflé dépuis quelques années ; je fuis perfuadé
que c'étoit encore un refte de la Fête
des Foux & l'on cherchoit bien on en
trouveroit encore d'autres veftiges ; chaque
Eglife avoit choisi un jour pour la Fête , &
felon fon ufage on élifoit un Evêque , ou un
Abbé des Foux , un Roy des Chapelains ,
des Chanoines, & c. actuellement encore dans
chaque Paroiffe il y a un jour où l'on fait la
Fête des Clercs . A Paris & dans la plûpart
des Eglifes ce font les enfans de Choeur qui
entonnent feuls tout l'Office le jour des Innocens
, qu'ils ont choifi pour leur Fête , par
rapport à la grande jeuneffe de la plupart
d'entre eux. C'étoit en ce jour que commençoit
en la plupart des Eglifes la Fête des
Innocens , ou des Foux , qui continuoit juſqu'à
la veille de l'Epiphanie . Elle étoit attribuée
aux Clercs & aux Enfans de Choeur ,
comme celle de la Circoncifion aux Soudiacres
, celle de S. Etienne aux Diacres , &
celle de S. Jean aux Prêtres : ainfi la Fête
des Foux n'étoit dans fon origine autre chofe
que la Fête du Clergé d'une Eglife ou
d'une portion de ce Clergé , & ces mêmes
Fêtes s'obfervent encore , excepté qu'on en
a retranché toutes les extravagances qui s'y
commettoient. J'ai l'honneur d'être & c.
A Paris le 10Janvier 1743 .
E iiij BOU90
MERCURE DE FRANCE
XXXXXXXXX
T
BOUQUET.
Ous les ans , le jour de ta fête
Je cherche de riantes fleurs ,
Dont , avec l'aide des neuf Soeurs
Je te fais un Bouquet honnête .
J'y joins un petit compliment ,
Où je t'exprime tendrement.
Une flâme toujours nouvelle :
Et l'Epoux y cede à l'Amant :
Sans qu'il fe faffe de querelle
yu
Sur les droits de l'Amour & ceux du Sacrement.
Mais aujourd'hui , chere Nanette ,
En bonne foi , je ſuis embaraflé ;
Ma Mufe , rêveufe , inquiette ,
Veut rencherir fur le paffé .
Toujours offrir , dit - elle , ou l'oeillet ou la roſe ,
Toujours dire la même chofe !
Si le coeur tendre y trouve des appas ,
L'efprit ne s'en contente pas.
Il faut ménager l'un & l'autre ,
Et malgré la difficulté
Par quelqu'aimable nouveauté
Flatter fon goût comme le nôtre.
Il eft vrai ; ce projet eſt beau ,
Mais répondez, ma bonne Dame';
Un
JANVIER. 1743. 91
Un Epoux , Amant de fa femme
Après trois ans , n'eft- ce pas du nouveau ?-
Au défaut du charmant langage
Qu'Apollon refufe à mes voeux
Je poffede au moins l'avantage
Et d'être unique & d'être heureux..
ΕΝΓΟΥ.
Chere Nanette , Amour m'apprit
A former le Bouquet qu'aujourd'hui je t'envoye ::
Et tu vas me combler de joye ,
Si , contente du coeur , tu fais grace à l'efprit.
****************
DISCOURS fur l'Esprit & la Science
Refque tous les hommes s'imaginent
qu'ils ont de l'efprit ; qu'elques-uns plus
moderés dans leurs fentimens défirent feulement
d'en avoir , mais le bien qui eſt l'objet
de leur amour propre ou de leurs fouhaits ,
eft le préfent le plus dangereux que la nature
puiffe faire à l'homme qui eft en place , fr
trop fenfible à cet avantage & dédaignant le
fecours de la Science , il eft affés malheureux
pour n'avoir que de l'efprit :
On entend dire tous les jours qu'un hom
, quoique élevé aux grands emplois , n'a
Ev befoim
92 MERCURE DE FRANCE
befoin
que d'un efprit vif & pénétrant ; que
le bon fens eft un trefor commun à tous les
hommes ; qu'emprunter les lumiéres d'autrui
, c'eft faire injuſtice aux nôtres ; que la
Science ne fait ſouvent naître que des doutes
& que c'eft à la Raifon feule qu'il appartient
de décider : que manque- t - il ( ajoute- t'on )
à celui qu'elle éclaire ? C'eft elle qui a infpiré
les Législateurs , & quiconque la poffede cft
auffi fage que la Loi même.
Ainfi parle une ignorance préfomptueuſe ,
qu'est-ce que cet Efprit dont elle fe flatte
vainement ? Elle le fait confifter à parler de
tout , à ne douter de rien , à n'habiter pour
ainfi dire que les dehors de fon ame , & à
ne cultiver que la fuperficie de fon Efprit.
S'exprimer affés heureufement ; avoir un
tour d'imagination agréable , une converfation
délicate ; fçavoir plaire fans fçavoir ſe
faire eftimer ; être né avec le talent équivoque
d'une conception prompte , & fe
croire par-là au- deffus de la réflexion ; voler
d'objets en objets fans en approfondir aucun;
cueillir rapidement les fleurs , & ne donner
jamais aux fruits le tems de parvenir à leur
maturité , c'eſt une foible peinture de ce
qu'il plaît à notre fiécle d'honorer du nom
d'efprit ; l'étude le gêne : l'attention le fatigue
; l'autorité le révolte , & il eft incapable
de perfeverance dans la recherche de la
vérité, Tels
JANVIER. 1743. 93
Tels font ces efprits.orgueilleux par impuiffance
& dangereux par foibleffè , qui
défefperant d'acquerir par leurs travaux la
Science de leur état, cherchent à s'en venger
par le plaifir qu'ils prennent d'en médire.
Il eft véritablement une certaine Science
peu digne des efforts de l'efprit humain , ou
plutôt il eft des Sçavans peu eftimables , en
qui le bon fens paroît comme accablé fous
le poids d'une fatiguante érudition , l'art
qui ne doit qu'imiter la nature , l'étouffe
chés eux , & la rend impuiffante.
On diroit qu'en apprenant les penfées des
autres ils fe font condamnés eux- mêmes à
ne plus penfer ; & que la Science leur ait
fait perdre l'ufage de leur raifon ; chargés de
richeffes fuperflues fouvent le néceffaire leur
manque , ils fçavent tout ce qu'ils pourroient
ignorer ; & ils ignorent ce qu'ils devroient
fçavoir. Une telle Science ne doit
jamais être l'objet de l'étude de celui qui
tient quelque rang dans l'Etat .
Mais auffi ne faut- il pas faire du défaut de
quelques Sçavans , le crime de la Science
même ; il eft une culture fçavante ; il eft un
art ingénieux, qui loin d'étouffer la nature &
la rendre ftérile , augmente fa force & lui
donne une heureufe fécondité ; il eft , dis je ,
une doctrine judicieufe , moins attentive à
nous tracer l'hiftoire des penfées d'autrui
E vj qu'à
94 MERCURE DE FRANCE
qu'à nous apprendre à bien penfer , qui nous
met , pour ainfi dire , dans la poffeffion de
notre raiſon , en nous apprenant de quelle
maniére il faut s'en fervir , enfin une Science
de focieté & d'ufage , qui n'amaffe que pour
répandre , & qui n'acquiert que pour donner
elle eft profonde fans obfcurité , riche
fans confufion , vafte fans incertitude ; elle
éclaire notre intelligence ; elle étend les bornes
de notre efprit ; elle fixe & affure nos
jugemens.
Un connoiffance de cette nature découvre
à coup sûr la vérité , diffipe le nuage des:
préventions , fait tomber le voile des préjugés
; elle irrite continuellement cette foif de
la certitude & de l'évidence ; elle forme en
notre coeur l'heureufe habitude de faifir levrai
comme par goût & par inftinct.
En vain nous nous glorifions de la force ; ,
& de la rapidité de notre génie ; fon impétuofité
ne fervira qu'à l'emporter au- delà de
la raiſon , fi la Science ne le conduit ; la nature
la plus heureufe fe nuit à elle mêmepar
fa propre fécondité ; plus elle eft abondante
, plus elle eft expofce à s'épuifer & à
dégenerer il faut qu'une main habile retranche
cette fuperfluité vicieufe , & ce nepeut
être que par le fécours de la Science
épurée.
Par cet excellent artifice , l'Art à la gloire
de
JANVIER: 1743%
ق و
de vaincre la Nature ; le bonheur de l'éducation
l'emporte fur l'avantage de la naiſſance ,
& la vraie doctrine s'éleve au - deffus de l'ef
prit même. Enfin la bonne méthode d'ac
querir la Science eft , en un fens , un préfent
plus précieux que la Science même.

L'Homme véritablement fçavant , eft
Citoyen de toutes les Républiques , habitant
de tous les Empires ; il à le monde
entier pour patrie ; la Science comme un
guide fidéle , le conduit de pays en pays ;
elle lui découvre les Loix , les Moeurs , la
Religion & le Gouvernement des peuples divers.
On diroit qu'elle l'auroit fait vivre longtems
avant fa naiffance ; c'est l'homme de
tous les Siècles , comme de tous les pays.
Les Sages de l'Antiquité ont penfé , ont
parlé , ont agi pour lui , ou plûtôt il a vécâ
avec eux ; il a entendu leurs leçons ; il a été
témoin de leurs Faits héroïques , & de leurs
grandes actions : c'eft ainfi que nos Peres
s'animoient à la vertu & à la recherche de la
vérité ; ils vouloient furpaffer les Ariftides.
en juftice , les Phocions en conftance , les
Catons en austérité , les Seneques en profondeur.
Si les exemples de fageffe , de grandeur
d'ame & de gênérofité deviennent plus rares
que jamais , c'eft parce que la molleffe &
la vanitede notre âge , ont rompu les noeuds
de
96 MERCURE DE FRANCE
de cette douce & utile focieté , que la Scien :
ce forme entre les vivans & les Illuftres
morts , dont elle anime les cendres pour
nous fervir de modéle.
Quoique ceux qui ne fuivent qu'un certain
ufage , fans confulter les principes ,
foient fouvent fujets à s'égarer , on ne doit
pourtant pas imiter l'orgueil de certains Sçavans
, qui par une témérité que la Science
même condamne , mépriſent ſon ſecours ;
nous fentons & nous éprouvons tous les
jours la néceffité d'un grand - maître ,
mais auffi ce maître fent qu'il ne forme fes
Difciples que par un infenfible & fecret
progrès dans une longue fuite d'années , &
malheur à celui qui livre à l'ignorance les
plus beaux jours de fa vie , dans l'attente
d'un ufage , qui eft le fruit tardif d'une vieilleffe
éloignée , à laquelle il n'arrivera peutêtre
jamais !
La ſcience nous donne en peu de tems
l'expérience de plufieurs fiécles ; nous recevons
de fes mains cette fucceffion de lumićres
; cete tradition de bon fens à laquelle le
caractére de la certitude & ( fi on l'ofe dire )
de l'infaillibilité humaine , eft attaché : ce
n'eft plus l'esprit d'un feul homme , c'eft
celui de tous les Sçavans de l'Antiquité, qui
fe fait entendre par la voix de fon Diſciple ,
& prononce par la bouche les oracles du'ne
éternelle vérité.
JANVIER. 1743. 97
Au contraire , quelles régles pourra fuivre
celui qui fait profeffion de n'en point apprendre
, & faudra- t'il s'étonner fi la lége
reté & le hazard préfident fouvent à fes jugemens
? Semblable à ces Philofophes ,
qui par des raifonnements captieux ébranlent
les fondemens de la certitude humaine ,
on diroit qu'il veut introduire dans l'Empire'
des Lettres , un dangereux Pyrroniſme qui
par les principes éblouiffans d'un doute
univerfel , rend tous les faits incertains &
toutes les preuves équivoques.
Ainfi s'effacent tous les jours les régles antiques
& refpectables que nos peres avoient
reçues de nos ayeux , & qu'ils nous avoient
tranſmiſes , comme les reftes les plus précieux
de leur efprit : heureux donc l'homme,
& furtout l'homme public , qui défabufé de
fes propres talens , inftruit de l'étendue de
fes devoirs , étonné des triftes effets du mépris
de la Science , donne à fa Patrie l'utile
exemple de fe défier de lui - même !
Il marche lentement ; mais fûrement, tandis
que la réputation de ceux , qui ne facrifient
qu'à l'efprit, s'ufe par le tems & fe cenfume
par les années ; fa gloire s'augmente à chaque
moment ; fa Science croît avec lui , &
lui attire l'amour encore plus que l'admiration
des hommes ; la Science efface en lui un
certain air de fierté & de domination qui lui
fait
98 MERCURE DE FRANCE
fait tant d'ennemis ; elle eft fimple , modeſte
& même timide ; elle eft d'autant plus docile
qu'elle devient plus éclairée , cherchant à
s'inftruire par goût, & n'inftruifant les autres.
que par néceffité.
Elle délaffe l'homme d'étude de fes fati
guantes occupations ; elle ranime fes forces
abbattues par un long travail ; elle eft l'orncment
de fa jeuneffe , fa force dans un âge.
plus mûr , fa confolation dans un âge plus.
avancé , & pour ainfi dire , une feconde vie.
dans fa vieilleffe.
C'est alors qu'il recueille avec plaifir ce
qu'il a femé avec peine , & que goûtant en
paix le fruit de fes travaux , il finit fa carriére
en arrivant au Temple de la Sageffe par la.
vraie Science , & à celui de la Juſtice par la.
connoiffance de la Vérité .
D. D. Avocat.
JEG HEKEL HOE KJO JO JO DE
L'INCONSTANCE RAISONNABLE ,
V
A.Mad, la M. de C....
Oici donc encor douze mois
Retranchés fur ma destinée ;
Je vais pour la premiere fois
Dater de la nouvelle année ;.
Ainfi Philis , le tems s'enfuit
Notres
JANVIER 1743
Notre exiftence nous détruit ;
Malgré la diverſe fortune
Et tant de titres prétendus ,
A tous l'avanture eft commune ;
Tous les rangs feront confondus ;
Et toi , que la haute naiſſance ,
Les graces , l'efprit , l'opulence ,
Sembloient diftinguer à nos yeux ,
Un jour il faudra que tu rentre
Dans ce néant ou dans ce centre
2
D'où t'avoient fait fortir les Dieux ;
Une fombre mélancolie
S'empare de mon tendre coeur
Et dans l'excès de ma vapeur
Je traite l'Amour de folie ;
Puifque mes voeux font impuiſſans ;
Et que nos ardeurs mutuelles
Ne peuvent pas être immortelles ,
Elles ne flatent plus mes fens ;
Adieu donc , Beauté périffable ,
Je veux renoncer à te voir ;
Tu conçois par mon défeſpoir
Que le Deftin feul eft coupable.
D. B .....
QUES
100 MERCURE DE FRANCE
.
QUESTION de Droit Féodal , Exrait
d'une Lettre écrite de la Haute - Normandie
le 18. Juillet 1742 .
P Lufieurs perfonnes , Monfieur, vous font
redevables des éclairciffemens qu'ils reçoivent
par la voie du Mercure , fur les Quef
tions qu'ils vous adreffent & que vous avez
la bonté d'y inferer. Ils ne fçauroient affés
vous remercier de votre attention , Oferoisje
me flatter du même avantage ? Depuis
long tems, une Queſtion a été agitée & jamais
réfoluë : La voici . Le Curé d'une Paroiffe doit
fon Seigneur à cause de fon Presbitere , un
Hanap plein d'oublies , de Rente Seigneuriale
par chacun an. On demande ce que c'eft
qu'un Hanap plein d'oublies ? Si le Hanap eft
de métail , de quel métail doit- il être ? Ou
s'il doit être compoſé d'autres choſes que de
métail ? Et de quelle confiftence doi être
ce Hinap , foit de métail ou non , && àà peu
près fa valeur?
Plufieurs Avocats & autres perfonnes habiles
ont été confultés là deflus . Mais comme
leurs Avis ont été differens , tant fur la
matiére , que fur la continence & la valeur ;
j'ai refolu de vous adreffer cette Queſtion
pour vous prier de l'inferer dans vos Mémoires
į
JANVIER. 1743 Tor
moires. J'attends là-deffus les fentimens de
quelques-uns de ces hommes confommés
dans l'Hiftoire ancienne , & fpecialement
fur l'origine des Rentes Seigneuriales , pour
pouvoir en parler avec certitude. J'appren
drai leurs fentimens avec un plaifir , qui ne
fera pas moins grand , que celui que j'ai de
m'inftruire ; & dans cette vue j'expoſerai
mes doutes à leurs lumiéres . Je fuis & c.
LE CARQUOIS DE L'AMOUR ,
Fable Allégorique à Mlle Gauffin.
J'A
'Ai vû le plus jeune des Dieux ,
D'un air trifte & penfif qui relevoit les charmes ,
Sans Fléches ,fans Carquois s'envoler vers les Cieux
Cytherée à l'inftant les yeux baignés de larmes
De le voir venir fans fes traits ,
Que vois - je ! Eft- ce l'Amour ? Mon fils , où font
ces armes
Qui font vos plus charmans attraits ?
N'en foyez point en peine , & calmez vos allarmes
,
Dit ce Dieu ; c'étoit fait de l'Empire amoureux ;
L'Amour , le tendre Amour , étoit près de fa pertes
Sans une heureufe découverte ,
Qui
102 MERCURE DE FRANCE
Qui m'a fait éviter un fort fi malheureux .
Tantô , en quittant l'Idalie
Après maints tours , détours , par hazard j'ai parā
Dans un de ces endroits où préfide Thalie .
M'étant moi-même reconnu
Aux traits avec lefquels GAUSSIN peignoit ma
Alâme ,
Et voyant les Mortels s'attendrir à ſa voix ,
Pour être de moitié dans les coeurs qu'elle enflâme,
De fes yeux j'ai fait mon Carquois.
De tous mes traits dépofitaires ,
Les coeurs les moins remplis d'ardeur
Vont devenir leurs tributaires ,
Mais j'en partagerai l'honneur .
En affûrant vos droits , lui répond l'Immortelle ,
Puifqu'à l'Amour GAUSSIN doit ceux de ſa beauté
Je me confolerai de n'avoir de plus qu'elle
Que la feule immortalité.
Ne nous étonnons plus , fi les appas vainqueurs
De cette Actrice inimitable
Ont des droits fi puiflans , pour foûmettre nos
coeurs ;
Le danger eft inévitable.
Par M. C. O. D. L. R.
1
JANVIER . 1743. 105
LETTRE du R. P. Boudet , Chanoine Regu
lier de S. Antoine , fur un Manuferis
Latin du Livre de l'Imitation de JESUS
CHRIST , & c.
E Lettre
N lifant , Monfieur , la Lettre inferéc
dans le Mercure du mois de Novembre
de l'année derniere , page 2346 , oùl'on réfute
le fentiment de M. l'Abbé Lenglet du
Fresnoi , qui a prétendu que le Texte original
de l'Imitation de J.-C. avoit été écrit en
François , j'ai remarqué que l'Auteur de la
Lettre tiroit fes principales preuves de l'antiquité
des Manufcrits Latins de cet excellent
Livre. Il en cite un entre-autres , dont le
Pere D. Martenne a fait mention à la page
146. de fon premier Voyage Litteraire , lequel
eftintitulé de interna Converfatione. Il auroit
pû citer encore celui que D. Martenne a vû
dans la Bibliothèque de l'Abbaye Chef- Lieu
de l'Ordre de S. Antoine de Viennois , dont
if eft parlé à la page 262. du même Voyage
Litteraire .
Ce qui a pû empêcher l'Auteur de la Lettre
d'alléguer ce dernier Manufcrit , c'eft
que la defcription que D. Martenne en a
donnée eft imparfaite , & qu'il ne rapporte
pas les titres qu'on y a mis à la tête des
Livres
104 MERCURE DE FRANCE
Livres de l'Imitation de J. C. qui fourni ffent
une preuve nouvelle contre le fentiment de
M. l'Abbé Lenglet. J'ai donc jugé que je ferois
plaifir à l'Auteur de la Lettre , & à tous
Les Curieux , fi je leur donnois une notion
plus exacte du Manufcrit dont je parle , qui
eft le plus ancien que je connoiffe en ce genre
, puifqu'il eft datté de l'an 1407.
C'est un grand in quarto, qui contient plufieurs
Ouvrages de differens Auteurs , écrits
de la même main fur du Vélin. Le premier
porte ce Titre :
Dialogus Domini Fratris Bonaventure ordinis
Fratrum Minorum & Sanite Romane Ecclefie
Cardinalis , in quo anima devota veritatis
eterne difcipula meditando interrogat ,
homo interior mentaliter loquendo refpondet.
Le fecond eft intitulé :
Speculum peccatoris per utile edictum à
Beato Gregorio Papâ.
Le troifiéme :
Meditationes Sancti Bernardi.
Suivent les Livres de l'Imitation de J. C.
en cet ordre : Celui qui eft communément le
treifiéme , eft ici le premier avec ce Titre :
Dialogus Caleftis Magiftri & Difcipuli de
interna locutione ad animamfidelem.
La fuite des Livres de l'Imitation de J. C.
eft interrompue en cet endroit par un Ouvrage
, qui paroît être du même goût , &qui
eft
JANVIER. 1.743: 105
eft divifé en 25. Chapitres , précédés d'un
Prologue , où l'Auteur , qui n'y eft point
nommé , s'exprime ainfi : Confolationis gratiâ
aliquas fententias devotas in unum coacervavi
libellum , &c. Le premier Chapitre
eft intitulé: De defiderio anime querentis Deum.
Après cet Ouvrage , on trouve le Livre de
l'Imitation de J. C. qui eft ordinairement le
fecond , accompagné de ce Titre.
Incipiunt quedam ammonitiones fpiritualis
vite.
Enfuite vient au troifiéme rang , le qua
triéme Livre de l'Imitation de J. C. qui traite
de l'Euchariftie. Le premier Chapitre de ce
Livre , & le Livre même font fans titre dans
notre Manufcrit , mais ils font néanmoins
feparés du Livre précédent par une place vuide
, propre à recevoir le titre qui y manque .
J'obferve encore que le Prologue eft tellement
joint au premier Chapitre , qu'ils forment
enfemble un Difcours continû.
Enfin , le premier Livre de l'Imitationde
J. C fe trouve ici le dernier en ordre , & il
eft précédé de ces mots : Incipiunt ammonitiones
ad vitamfpiritualem valdè utiles.
Le dernier Ouvrage contenu dans notre
Manufcrit eft intitulé:
Meditationes Reverendiffimi Patris Domini
Johannis de Turrecremata , Sacro - Sancte Romane
Ecclefie Cardinalis , pofite & dep.cte de
1
ipfius
To MERCURE DE FRANCE
ipfius mandato , in Ecclefie ambitu Sanite
Maria de Minervâ. Rome.
A la fin du Manufcrit on lit ces paroles :
Finite funt Contemplationesfupra - dicte & continuate
Rome per Ulricum Han , anno Domini
millefimo quadringentefimo feptimo , die ultima
menfis Decembris . J. R.
Il me paroît quecette dat te ne fe rapporte
pas feulement aux Méditations du Cardinal
de Turrecremata , mais encore à tous les autres
Ouvrages qui précédent , enforte qu'il
eft vrai de dire que les Livres de l'Imitation
de J. C. contenus dans ce Manufcrit , ont
été copiés au plus tard dans le courant de
Fannée 1407 , car on reconnoît la même
main dans les uns & dans les autres.
Mais il fe préfente ici une difficulté confidérable
, qui n'a pas échappé à D. Vincent
Thuillier, dansfon Hiftoire de laConteſtation
fur l'Auteur de l'Imitation de J. C. au Tome
1. des OEuvres Posthumes de D. Mabillon ,
pag. 47 .
Cette difficulté confifte en ce que Jean
de Turrecremata n'a été fait Cardinal qu'en
Pannée 1439 , d'où D. Vincent Thuillier a
conclu qu'il y a erreur dans le Texte ou dan
le Manufcrit.
$
Je ne vois pas cependant qu'il puiffe y
avoir erreur dans la datte de 1407 , carelle
et toute exprimée en Lettres , ainfi que nous
l'avons
JANVIER. 1743 107
l'avons repréſentée ci-deffus. Or , il n'eft pas
aifé de concevoir que le Copiſte ait pû , ou
voulû mettre à fon Manufcrit une datte fi
anterieure à celle qu'il auroit dû y mettre ,
fi l'Ouvrage n'avoit été réellement copié
qu'après la promotion de Jean de Turrecremata
au Cardinalat .
Il n'y auroit pas un moindre inconvenient
à dire qu'il y a erreur dans le Titre , qui attribue
ces Méditations au Cardinal de Turrecremata
, car on voit à la premiere Miniature
de cet Ouvrage , l'Effigie du Prélat à genoux
, habillé en Dominicain , & un Chapeau
Rouge pofé à terre devant lui. Toutes
les Méditations qui fuivent, font auffi accom
pagnées de Vignettes , où l'on a peint les
Myftéres , qui font le fujet de chaque Mé
ditation ; & il eft certain que Jean de Turreeremata
ayant été fait Cardinal , fit réparer
l'Eglife des Dominicains de la Minerve ,
bâtir le Cloître , & peindre fur les murs les
principaux fujets de nos Myfteres , avec des
Méditations, qui en facilitent l'intelligence ;
C'est ce que Ciaconius dit expreffément dans
la vie de cet Illuftre Prélat : Templum S.
Maria ad Minervam nuncupatum teftudine
ornavit , ficque primum adium impluvium
(quod clauftrum vocant à fundamentis erexit,
picturis exornavit quibus meditationes prasipuas
utriufque teftamenti graphicè infcriptas,
F
108 MERCURE DE FRANCE
ut facilius picture dignofci valeant , juffit apponi.
Ce font donc ces peintures que l'on a
voulu copier dans notre Manufcrit , & par
conféquent , on ne s'eft point trompé enles
attribuant au Cardinal de Turrecrematą ,
ainfi que les Méditations, qui y ont rapport.
Maintenant pour réfoudre la difficulté
que j'ai expofée , je ne vois pas qu'on puiſſe
dire autre chofe , fi ce n'eft que le titre de
ces Méditations & les Vignettes qui les accompagnent
n'ont été ajoutées au Manufcrit
, qu'après l'an 1439 , quoique l'écriture
foit véritablement de l'an 1407. les Médications
dont il s'agit , ayant pû être répandues
dans le Public , long tems avant que Jean
de Turrecremata les fit peindre dans le Cloître
de la Minerve.
Ce qui me confirme dans cette opinion ;
c'eſt que , 1 ° . Quelques-uns des Traités de
notre Manuſcrit manquent de titre , le Copiſte
n'ayant pas fçû celui qui leur convenoit.
Nous en avons rapporté l'exemple en
parlant du Livre de l'Imitation de J. C. qui
traite du S. Sacrement. 2 ° . Sans être habile
connoiffeur en cette matiére , on s'apperçoit
à la premiere inſpection de notre Manufcrit ,
les bordures & les vignettes dont il eft
orné, font bien plus modernes que l'écriture,
Les permiers Maîtres de ce Manufcrit patoiffent
s'en être fervis fréquemment , le Véque
lina
JANVIER
109 1743
fin étant
gras & fali en plufieurs endroits ,
& les Peintures n'en étant ni endommagées
ni ternies ; ce qui prouve qu'elles
ont été ajoutées après coup 3° . On voit une
infinité de Manufcrits , où l'on a laiffé
de la place pour des Miniatures , que l'on
devoit y faire peindre , & qui ne l'ont jamais
été : & il eft certain en général que le
Peintre ne travailloit fur les Manufcrits
qu'après l'Ecrivain.
Au refte , ce Manufcrit ne peut pas fervir à
la décifion de la Célébre Queſtion fur le vé
ritable Auteur de l'Imitation de J. C. puif
qu'il n'en indique aucun . Cependant, en fuppofant
qu'il eft de l'an 1407 , comme il pa
roît en être , le défordre & la tranfpofition
des Livres de l'Imitation de J. C. qui y reg
nent , femblent indiquer que ce pieux Ouvra
ge étoit alors très nouveau , & qu'il étoit
difficile d'en avoir des Exemplaires complets,
du moins à Rome.
que
Avant de finir cette Lettre , permettez-
moi , M , de profiter de l'occafion ,
pour dire un mot fur une Lettre originale ,
écrite de la main d'Erasme , que D. Martenne
vit dans cette Abbaye avec le Manufcrit
ci- deſſus , & de laquelle il fait auſſi
mention dans fon premier Voyage Litteraire,
mais fans entrer dans aucun détail à ce fujer.
Cette Lettre a été imprimée dans le Re-
Fij cueil
a
10 MERCURE DE FRANCE
cueil in-folio des Epitres du Docteur de
Rotterdue , à Basle chés Froben , au Livre
19. pag. 708. Là elle eft adreffée à Conradus
Pellicanus , à qui Erasme a écrit deux autres
Lettres contenues aux pag. 595. & 710. du
même Volume. Mais dans notre Original
, Erasme a mis l'Infcription fuivante ; Ad
amicum quemdam expoftulatio.
La lecture de cette Lettre & de quelques
autres qui la fuivent , indique la raifon de
cette difference ; Conradus Pellicanus étoit
engagé dans les erreurs des Sacramentaires ,
& pour donner crédit aux fentimens de fon
Parti , il avoit publié qu'Erasme penfoit
comme lui , & nioit la préfence réelle du
Corps de J. C. dans le Saint Sacrement de
l'Autel. Erasme ayant appris la calomnic
que l'on débitoit fur fon compte , & que
Conradus Pellicanus en étoit l'Auteur , s'en
plaint amerement dans cette Lettre , & protefte
qu'il veut vivre & mourir dans les fenrimens
de l'Eglife Catholique , ajoutant qu'il
aimeroit mieux être haché en morceaux ,
que de s'en départir. Si tibi perfuafum eft in
Sinaxi nihil effe præter panem & vinum , ego
membratim difcerpi malim , quam idem profiteri
, quod tu profiteris , & omnia perpeti malim
quam tali flagitio contra meam ipfius conf
cientiam admiſſo , ex hac vitâ demigrare.
C
Apres avoir porre Lettre qui eft dat-
τές
JANVIER
17437 11
tée de l'an 1526. Erasme voulant détruire
les foupçons que l'on avoit repandus fur fa
foi , envoya à fes amis des copies de cette
Lettre , où par un refte de ménagement pour
Conradus Pellicanus , il ne l'a point nommé .
Louis Berus , Prévôt de l'Eglife de S. Pierre
de Basle , étant lié d'amitié avec Erasme ,
comme il paroît par les differentes Lettres
qu'il lui a adreffées , reçût une copie de la
Lettre en question , qui a paffé enfuite dans
les mains de François Berus , fon Neveu,
Docteur de Sorbonne , Chanoine de Basle &
de Thannes , Evêque Suffragant de Basle , &
Commandeur de la Maifon de S. Antoine d'I
fenheim , en Alface ', d'où elle a été apportée
dans cette Abbaye- ci.J'ai l'honneur d'être & c .
P. S. Depuis ma Lettre écrite , j'ai reconnu
que l'Ouvrage qui fe trouve dans notre Manufcrit
à la fuite du troifiéme Livre de
l'Imitation de J. C. a été imprimé parmi
les OEuvres de Thomas à Kempis, fous le ti
tre de Soliloquium anima.
le
De l'Abbaye de S. Antoine , en Dauphiné ,
15 Janvier 1743.
**************************
ORIGINE DE LA LUNE DE LANDERNAUX,
CONTE.
Pour affaire de
conféquence
Un Citoyen de Landernaux ,
Fiij Homm
112 MERCURE DE FRANCE
Homme fimple & des plus lourdauts ,
Quitta fa ville à répugnance.
Ce fut une opération ,
Car quoiqu'il fût octogenaire ,
Jamais ( cas extraordinaire )
Il n'avoit eu l'occafion
De perdre fon clocher de vûë ;
Nulle autre Ville il n'avoit vûë
Prêt à partir , il dit adieu
A fes amis , à tout le Lieu ,
Et fuivant en tout lieux leur maniére ¿
A la Lune il fit fa priere.
En bref, voici fon Oraiſon.
Aftre brillant , par bienveillance ,
Fais-moi fentir ton influence ;
Ne me mets point à l'abandon
De Landernaux fils légitime ,
J'adore ta Divinité ;
Si tu m'accordes ta bonté
Je te promets une victime .

De Landernaux , Lieu très- charmant,
Auffi-tôt il part en pleurant.
L'Aftre brilloit , & fa figure
Etoit de très- ronde meſure.
Dès le lendemain , Jupiter
Obfcurcit , brouilla tout l'Ether ,
tle bon- homme fit voyage
Dans une fort lointaine plage ,
71
JANVIER 174 115
Sans jamais voir l'Aftre brillant.
Comme fon fifc n'étoit pas grand ,
Il ne prit coche ni monture ,
Mais des Savoyards la voiture.
Le cours d'un mois fut employé
Pour le voyage de cet homme ,
Car fouvent il fut dévoyé ,
Ne fçachant ni par où , ni comme
Il devoit diriger les pas.
Délivré d'un grand embarras
Au bout de ce mois de fatigue ,
Une feule feule chofe l'intrigue
L'abfence de l'Aftre brillant ,
Qu'il perdit la nuit en partant.
Tandis qu'il pleure & fe lamente ;
De ce que la Lune eft abfente ,
Le tems pluvieux difparoît ;
L'air s'éclaircit , le Ciel paroît .
Dans le moment à fes yeux brille
L'Aftre de fa charmante Ville .
Tout ftupéfait de ce bonheur
Et fe loüant de fa fortune ,
Je n'ai , dit - il , plus de malheur ;
De Landernaux voilà la Lune.
Cependant, en moins d'un inftant
On le voit juger autrement.
Il croit cette Lune moins belle
Que la Lune de Landernaux ,
>
F iiij
On
14 MERCURE DE FRANCE
Et le grave dans la cervelle ;
Tels travers ne font pas nouveaux ;
On croit voir quelque difference
Entre objets également beaux ,
Quand on en juge fans ſcience.
Les mots de l'Enigme & du Logogryphe
du premier Volume de Decembre , font la
Tragédie & le Logogryphe . On trouve dans le
Logogryphe , Orge , Rôle , Gloire Roy ,
Lyre , Phiole , Loire , Or , Oeil , Re , Poire
& Je.
>
Ceux de l'Enigme & du Logogryphe du
fecond Volume, font la Pluye & le Papillon.
On trouve dans le Logogryphe , Ail , Pin ,
Nil , Lion , Pain , Lin , Pilon , Pion , Lapin,
Noli , Io , Ali , Japan , Pê & An.
ENIGM E.
E fuis jeune & fuis vieux , car le monde cft
JE mon pere.
Au ourd'hui je fuis doux , le lendemain mauvais .
On me vend & revend ; je ne fçais pas , je ſçais ;
Je ne fuis bon à rien , & je fuis néceffaire .
Mon corps eft bien fouvent plutôt mince qu'épais ,
Quoique je fois carré de taille.
Je porte un habit bleu ; je meurs quand je renais

E
JANVIER. 1743. iis
Et je ne fuis & ne ferai jamais
Annoncé que par la canaille .
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXX * **
LOGOGRYPHE.
JEE fuis Palais , Maiſon flotante ,
Et fouvent même , un Fort audacieux ,
Affrontant les périls d'un Elément, qui tente
Bien des Mortels ambitieux ,
Pour joindre des tréfors à ceux de leurs Ayeux :
Sans qu'on change mon nom , je fuis un imple
vale ,
Où l'on conferve cherement
Des Liqueurs ou du Vin charmant ,
Dont les douces odeurs mettent l'ame en exta fei
Dans un fens oppofé , je fuis un Monument:
Vafte , pompeux , des yeux l'étonnement
A me former huit lettres on employe
Lefquelles , en les tranſpoſant ,
Semblent faire un tableau mouvant
J'offre le mot fynonime de joye ;
Un Elément capricieux ;
2
Ville en Champagne , où croît un Vin délicieux,
Le fils d'une bête à deux cornes ,
Sous la peau de laquelle on vit jadis To ;
Le nom en plein d'un Ecrivain nouveaw
Fy Dom
116 MERCURE DE FRANCE
Dont le talent n'eft pas fans bornes ,
Mais qui d'un comique fujet
Sçait fe tirer tout comme un autre ;
Un Saint Breton , fort bon Apôtre ,
De l'Avocat fincére un excellent Portrait
Ce que l'on donne avec le plus d'aiſance ,
Et fans en exiger aucune récompenfe .
Je pourrois , cher Lecteur , te conduire plus loin
Mais de ton tems ailleurs tu peux avoir befoin .
Laffichard.
Foteft: FitJtubstit
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX - ARTS , & c.
HISTOIRE GENERALE des Cérémonies
& Coûtumes Religieufes de
tous les Peuples du Monde , repréfentées en
243. Figures deffinées de la main de Bernard
Picard , avec des explications Hiftoriques
de & Critiques , par M. l'Abbé Bannier ,
l'Académie Royale des Infcriptions & Belles-
Lettres , & par M. l'Abbé le Mafcrier.
Tome VII. contenant les Cérémonies Religieufes
des Américains & des Africains
in folio , de 427. pages , y compris la Table
des matières. A Paris , chés Rollin ,
fils
Quai des Auguftins , 1742
TRAITE'
JANVIER. 1743. 117
TRAITE' DES SENS , par M. le Cat , Docteur
en Médecine & Maître Chirurgien . A
Rouen , & fe vend à Paris , chés Guillaume
,

Cavelier pere rue S. Jacques , près la
Fontaine S. Severin , au Lys d'or , 1742. in-
8. de 523. pages.
RELATION de ce qui s'eſt paffé dans le
Royaume de Maroc , depuis l'année 1727. A
Paris , chés Chaubert , Quai des Auguſtins.
,
ORDONNANCES DES ROIS DE FRANCE de
la troifiéme Race recueillies par Ordre
Chronologique. Sixieme Vol. contenant les
Ordonnances de Charles V. données depuis
le commencement de l'année 1374. jusqu'à
la fin de fon Regne ; & celles de Charles
VI. depuis le commencement de fon Regne
, jufqu'à la fin de l'année 1382. par M.
Secouffe , ancien Avocat au Parlement &
Affocié de l'Académie Royale des Infcriptions
& Belles-Lettres . A Paris , de l'Imprimerie
Royale , 1741. in -folio de 707. pages,
fans une Préface des Tables contenant
année par année les prix du Marc d'or &
d'Argent , en oeuvre & en billon , le nom
des efpeces , leur Loi , leur Poids & Taille
& leur valeur , depuis le commencement de
la troisieme Race des Rois de France , jufques
& compris l'année 1382. & les autres
Tables ordinaires
TRAITE
118 MERCURE DE FRANCE
TRAITE' SINTHE'TIQUE des Lignes du
premier & du fecond Genre , ou Elémens
de Geometrie dans l'ordre de leur Génération
, par Jofeph Privat de Molieres , Profelleur
auollege Royal , de l'Académie
des Sciences , & Membre de la Societé
Royale de Londres. Tome I. A Paris , chés
la veuve Brocas & Jombert , ruë S Jacques
1741. in 12. de 421. pages.
"
TRAITE DE L'EPILEPSIE , avec fa Def
cription , fes differences , fes caufes , l'explication
de fes Symptômes , fon diagnoſtic ,
fon pronofic fa curation , & des Obfervations
de Pratique , par M. Pierre Erefcon
Docteur de la Faculté de Médecine de
Montpellier , & Médecin de la Ville & Hôpital
de Mezin. Nouvelle Edition . A Børdeaux
, chés la veuve de J. de la Cour , Imprimeur
du Roy , 1742. in 12. de 98. pages..
MF'MOIRE INSTRUCTIF fur les Pépinieres:
de Meuriers Blancs , & les Manufactures de
Vers à Soye , dont le Confeil a ordonné l'établiffement
dans le Poitou. A Poitiers , chés
Jacques Faulcon , 1742. in- 8°.
RECUEIL DFS Ac1FS , Titres & Mémoires
concernant les Affaires du Clergé de
France , augmenté d'un grand nombre de
Piéces & d'Obfervations fur la Difcipline
préfente
JANVIER. 1743. 119
préſente de l'Eglife , divifé en douze Tomes.
Tome XII . 1740. in folio . Ce Volume
fe vend chés de Bure l'aîné , Quai des Au
guftins , qui en a acquis le fonds.
DISCOURS fur la Nature des Quantités
que les Mathématiques ont pour objet , par
M. de Premonval. A Paris , chés Antoine-
Urbain Coutelier , Libraire , Quai des Auguftins
1743.
DISCOURS fur diverfes Notions prélimi
naires à l'étude des Mathématiques , par le
même Auteur , fe vend chés le même
Libraire .
DISCOURS fur la Nature du Nombre , par
le même Auteur fe vend chés le même:
Libraire.
DISCOURS fur l'utilité des Mathématiques
prononcé par le même Auteur , à l'ouverture
de fes Conférences , qu'on trouve
chés le même Libraire,
CONTINUATION DU TRAITE' DE LA PO
LICE . Tome IV. de la Voirie & de tout ce
qui en dépend , ou qui y a quelque rapport,
par M. le Cler du Bulle , 1738. in folio.
Ce n'est point pour faire connoître cet
Quvrage
120 MERCURE DE FRANCE
રે
Ouvrage déja connu & eftimé , que nous
l'annonçons aujourd'hui ; c'eft feulement
pour avertir le Public qu'il ne fe vend plus
chés le fieur Heriffant , Libraire , ruë neuve
N. D. mais chés le fieur Debure , l'aîné ,
l'entrée du Quai des Auguftins , à l'Image
S. Paul. Les Amateurs des Lettres & les Libraires
des Provinces peuvent s'adreffer à lui ;
il les traitera auffi favorablement qu'il a toujours
fait.
On avertit auffi qu'il y a plufieurs Exemplaires
de cette Edition , qui ont paffé en des
mains étrangeres par abus de confiance ;
ces Exemplaires font pour la plupart denués
des véritables Plans , qui font partie de ce
Volume le fieur de Bure eft le feul qui
tient l'Ouvrage de l'Auteur , & qui peut le
fournir complet.
:
, Le même Libraire , vend auffi le XII.
Tome des Mémoires du Clergé de France ,
contenant les Cahiers préfentés , & les Remontrances
& Harangues faites aux Rois &
aux Reines par le Clergé de France , tant
aux Etats Generaux qu'aux Aflemblées Génerales
& Particulieres du Clergé , avec plusfieurs
Edits , Déclarations & Arrêts donnés
en conféquence des Cahiers & Remontrances
du Clergé ; le tout recueilli & mis en
ordre par M. Lemaire , Avocat en Parlement,
en un Volume in folio. Le prix eft de
33. livres relié . LA
JANVIER . 1743. 127
LA MECHANIQUE GENERALE , contenant
la Statique , l'Airométrie , l'Hydroftatique &
l'Hydraulique ,, pour fervirt d'Introduction
aux Sciences Phyfico-Mathématiques , par
M. l'Abbé Deidier , Profeffeur de Mathématiques
aux Ecoles Royales d'Artillerie de la
Fere. A Paris , Quai des Auguftins , chés
Charles- Antoine Jombert , Libraire du Roy
pour l'Artillerie & le Génie , à l'Image Notre
Dame. Vol. in- 4° . de 630. pages , fans comp
ter la Préface.
par
HISTOIRE CRITIQUE de l'Etabliement
de la Monarchie Françoife dans les Gaules ,
M. l'Abbé du Bos , l'un des Quarante &
Sécretaire perpétuel de l'Académie Françoife.
Nouvelle Edition , revûë , corrigée &
augmentée. A Paris , chés Nyon & Didot ,
Quai des Auguftins , & rue S. Jacques chés
Giffart & la veuve Ganeau , 1742. in - 4° .
Deux Volumes , & in 12. quatre Volumes.
Il y a à la fin de cette Edition une Letre
de M.l'Abbé du Bos à M. Jordan , au fujet
de deux Differtations de M. le Profeſſeur
Hoffmann , où ce dernier attaque plufieurs endroits
de l'Hiftoire Critique de l'Etabliſſemens
de la Monarchie Françoife dans les Gaules.
HISTOIRE DES QUATRE GORDIENS , imprimée
à Paris , en 1693. chés Cottes. 2. Volumes
in- 12.
ANI1zz
MERCURE DE FRANCE
ANIMADVERSIONES ad Nic. Bergerii Li
bros de publicis & militaribus Imperii Romani
Viis . Ultrajecti , apud Helman , & Lugduni
Batav. Apud Petrum Vander Aa , 1699. in
Thefauro Antiquitat . Rom. Tom . X..
LES INTERETS de l'Angleterre , mal enten
dus dans la Guerre de 1660. A Amfterdam ,
chés Gallet , 1703. in- 12 .
HISTOIRE DE LA LIGUE DE CAMBRAY ;
1728.Deux Vol . in 12. A Paris, chés Chanbert
, Quai des Auguftins..
REFLEXIONS CRITIQUES fur la Poësie &
la Peinture , 1733. Trois Vol. in - 12 . A
Paris , chés Mariette , ruë S. Jacques.
HISTOIRE CRITIQUE de l'Etabliffement de
la Monarchie Françoife dans les Gaules , à
Paris , chés Chaubert , 1734. in- 4°. Trois.
Vol . chés Nyon , pere , 1742. in 4° . Deux
Volumes , feconde Edition.
BIBLIOTHEQUE des Auteurs de Bourgo
gne , par feu M. l'Abbé Papillon , Chanoine
de la Chapelle au Riche de Dijon . Deux
Vol. in-folio . Tome 1. de 423. pages , depuis
PA , jufqu'à PL. Le fecond de 359. pages
depuis l'M , jufqu'à l'X. A Dijon , chés Phi-
Lippe:
JANVIER: 1743 123
Hippe Marteret , Imprimeur & Libraire , Place
du Palais , & fe trouve à Paris , chés la
yeuve Ganeau , ruë S. Jacques , aux Armes
de Dombes. Le prix eft de 20. livres en
feuilles.
LES AVANTURES de la Belle Grecque J
traduites de l'Anglois , de Milord Guinée ,
petite Brochure de 57. pag . A Paris , chés
Lefclapart , pere , ruë S. André des Arcs , à
l'Efperance , vis à - vis la rue Pavée , & chés
Lefclapart , le fils , Quai de Conty , à la def
cente du Pont neuf , à l'Efperance Couron
née , 1742. Le prix eft de 12. fols.
ETRENNES & autres Poëfies d'une Mufe
Bretonne , feconde année . Dédiées à M. le
Duc de Gêvres , Pair de France &c.Brochure
in-8 °, de 45. pages . A Paris , chés la veuve
Delormel , rue du Foin , à Sainte Geneviève ,
Clement , Quai de Gêvres , & David le jeune
ruë du Hurepoix , au Saint Eſprit , M.
DCC. XLIII.
L'Auteur a déja étrenné le Public par
une premiere Brochure, dont on a parlé dans
le Mercure du mois de Janvier 1742. &
qui a eû tout le fuccès poffible. L'Auteur
peut fe flatter de la même faveur , par l'agréable
varieté des Pieces de ce nouveau
Recueil , & par la maniére dont chaque
Sujet
124 MERCURE DE FRANCE
Sujet eft Traité. On en jugera par les deux
Piéces que nous allons rapporter , après avoir
dit que
le tout eft précedé d'une Dédicace
auffi fuccinte qu'énergique ; la voici.
EMPRESSE'E à te rendre hommage
Ma Mufe t'offre cet Ouvrage ;
Sur l'aile du refpect , SEIGNEUR ,
Il t'eft préſenté par mon coeur ,
Bien moins brillant qu'il n'eft fincere
Mon encens ne veut que te plaire ;
S'il peut me procurer cette félicité ,
Voilà mon immortalité.
La premiere Piéce que nous choififfons, eft
une Epitre AUX MUSES.
Nimphes du Mont facré , Mufes, fçavantes Soeurs,
Que vous me procurez de fublimes douceurs !
Je vous dois l'heureux fort de connoître la gloire,
Et l'ardeur qui me place au Temple de Mémoire .
D'abord que la raiſon fçut guider mes regards ,
Vous fites naître en moi l'amour des plus beaux Arts ;
En admirant des Vers l'élégante barmonie ,
Je conçus pour rimer une ardeur infinie ,
Et fuivant les tranfports qui m'élevoient aux Cieux,
Dès-lors je begayai le langage des Dieux.
Si vous n'aviez jamais d'un rayon d'indulgence
Eclairé les momens de mon adolefcence ,
si
JANVIER. 1743 123
Si vos bontés pour moi , fi mon amour pour vous,
N'avoient pas ,
doux ,
de concert , rendu mon fort plus
Je ferois inconnu des doctes perfonnages ,
Qui daignent honorer mes Vers de leurs fuffrages.
Venez ceindre mon front de vos Lauriers charmanss
Je mets à vous fervir tous mes contentemens .
Muſes , je ne veux point emboucher la Trompettes
Je borne mes défirs à la douce Mufette .
Non , ne me faites point , Rimeur audacieux ,
Porter aux pieds des Grands un culte ambitieux
Ou les folliciter par des Strophes pompeuſes ,
A payer en bon or des loüanges trompeuſes ;
Je ne fuis point tenté des trésors de Plutus ;
Tout ce que je fouhaite , eſt d'avoir des vertus.
LE SANSONNET FUGITIF
A la jeune Cloris.
EPITRE ALLEGORIQUE:
En vain vous êtes défolée ,
Belle Cloris ; ne pleurez plus ;
Ceflez de paroître accablée ;
Tous vos regrets font fuperflus .
Vos fers n'avoient rien que
d'aimable
Pour un fimple & chétif Oiſeau ;
Ma priſon m'étoit agréable ,
Et vous m'euffiez mis au tombeau.
Mais
23
MERCURE DE FRANCE
Mais le hazard ouvre ma cage.
De plaifir le coeur agité ,
Je profite de l'avantage ,"
Qui par ce Dieu m'eft préſenté.
Je vole avec rapidite
Dans un bois défert & fauvage ;
J'y goûte la félicité ,
Qui des Oiseaux eft le partage..
Là , j'éprouve , loin du tapage ,
Et du fracas de la Cité ,
Que la douce tranquillité
Eft le plus charmant appanage ,
Dont le Deſtin nous ait doté ;
J'éprouve enfin dans un boccage ,
Du fiience feul fréquenté ,
Qu'une indigente liberté
Vaut mieux qu'un brillant efclavage.
Mille Oiseaux m'ont fait compliment
Sur mon retour dans ma Patrie ,
Et régalé fplendidement
De Moucherons , notre Ambroisie.
Un repas frugal eft charmant ,
Quand la contrainte en eft bannie.
Un plaifir encor bien flateur ,
Dont j'ai favouré la douceur ,
C'est celui que je vais vous dire ;
Lorfque j'y penfe , je m'admire ;
AL!
JANVIER. 1743
117
Ah ! je fuis né pour le bonheur ;.
Hier , que le flambeau du Monde
S'alloit précipiter dans l'Onde ,
Et que Vefper dans le lointain ,
Du jour annonçoit le déclin ,
Deux Sanfonnets , avec tendreffe ;
Tous deux prefque blancs de vieilleffe ,
M'approchent, en verfant des pleurs.
A leur aſpect, mon ame émuë,
Sent une douceur inconnuë.
Nous n'éprouvons point de douleurs ,
Me dit l'un d'eux ; nos tendres larmes ,
Pour nous , mon fils , ont mille charmes
Ravis de vous voir à loifir ,
Nous ne pleurons que de plaifir..
En moi vous voyez votre pere ,
Et ma Compagne eft votre mere ;
Mon fils , nous vous avions perdu ;
A nos voeux vous êtes rendu .
Auffi-tôt , tranfporté de joye ,
Au plaifir mon ame eft en proye.
J'ai goûté , dans ces doux momens ,
Des biens connus & charmans ;
Tous trois, nous ouvrîmes nos aîles ,
Et tous trois les entrelaffant ,
Nous nous nous donnâmes à l'inſtant
Mille embraffades mutuelles ,
T
L4
28 MERCURE DE FRANCE
La Nuit prit la place du jour ,
'Avant que nos ardeurs fidelles
Euffent épuisé notre amour.
Apprenez-nous, me dit ma mere ,
Quels lieux vous avez habité ,
Depuis que le Ciel en colére
A permis pour notre mifére ,
Qu'un fils fi cher nous fût ôté.
Parmi les hommes , répondis -je,
Les hommes reprit - elle alors
Ce nom m'agite tout le corps ;
Ce nom me furprend & m'afflige,
Expliquez-vous fur ce nom-là.
Jamais à ma timide vûë
Nulle bête n'eft apparûë ;
Qui fe nommât comme cela.
2
L'homme , lui dis - je , eſt grand , aimable ,
De l'Univers le Souverain ;
Aux Animaux il donne un frein ,
Et par fois même à fon ſemblable
Il fçait inſpirer du reſpect ;
Tout Oifeau tremble à ſon aſpect .
Son efprit eft infatigable ;
Rien ne s'oppose à ſon ardeur ;
Il parle de l'Etre ſuprême ;
Il en dévoile la grandeur ;
Et ne fe connoît pas foi-même.
Voilà l'homme ; il ne fait point peur,
Mais
JANVIER. 1743. 129
Mais il eft un Sexe enchanteur
Different de celui de l'homme ,
"
Que par tout le monde on renomme
Pour les attraits & fa douceur ;
C'est la femme , tendre compagne
De l'homme , & qui fait fon bonheur.
La beauté toujours l'accompagne ,
Et l'on voit briller dans fes yeux
L'Amour , vainqueur des autres Dieux,
J'étois efclave fous l'empire
D'un objet de ce Sexe heureux ,
Pour qui l'homme charmé foupire ,
Et forme à tout moment des voeux .
Elle ne faifoit que de naître
Cette incomparable Beauté ;
Mais elle faifoit bien connoître
Par fon air modefte , enchanté ,
Que l'efprit , la délicateſſe ,
L'honneur , la générofité ,
La noble aiſance , la ſageſſe ,
Les graces , la vivacité ,
Et cette aimable liberté ,
Qui du monde font l'avantage ;
Chés elle avoient devancé l'âge.
Après ce fidéle récit ,
Un fommeil paisible & tranquile
Vient nous charmer dans notre azile.
UN
130 MERCURE DE FRANCE
Un vieux tronc d'arbre fut le lit
Où chacun de nous s'endormit.
Aucun fonge défagréable
Ne vint troubler notre repos ;
L'inquiétude inféparable
Et des Bergers & des Héros ,
Dans notre coeur n'a point d'entrée;
Sans réflechir au lendemain ,
Tels que l'homme au fiécle d'Aſtrée
Nous vivons fans aucun chagrin .
Adieu , trop charmante perfonne ;
Croiffez en graces , en vertus ;
Un Sanfonnet vous abandonne
Oubliez-le , n'y fongez plus.
Mais daignez d'un Oifeau volage ,
Qui fçait faifir l'occafion ,

Ecouter l'utile leçon.
Bientôt , plus avancée en âge ,
Vous verrez à votre beauté
9
Plus d'un tendre coeur rendre hommage;
Confervez votre liberté.
Fermez votre oreille au langage
D'un Amant , dont le badinage
Par l'artifice eft apprêté .
En foûpirant , il n'enviſage
Souvent que le foible bonheur
De triompher d'un jeune coeur.
1
JANVIER .
131 1743-
femble bénir l'esclavage
Dont il ne ceffe de parler :
11 parvient au doux avantage
De voir enfin que l'on partage
Le feu dont il feint de brûler ;
Mais fi-tôt qu'il eft dans la cage ,
Il ne cherche qu'à s'envoler .
Avis au fujet du Recueil d'Eftampes
gravées d'après les plus beaux Tableaux &
Deffeins des principaux Peintres des Ecoles
Romaine & Venitienne , qui font en France
dans le Cabinet du Roy , dans celui de M.
le Duc d'Orleans , & dans d'autres Cabinets
. Avec un Abregé de la Vie des Peintres
& une Defcription Hiftorique de
chaque Tableau. En deux grands Volumes
in -Folio forme d'Atlas.
,
Il feroit fort à fouhaiter qu'on eût gravé
tous les excellens Tableaux qui ont décidé
de la réputation des grands Peintres : rien ne
feroit ni plus curieux ni plus inftructif. Car
on ne peut fe former le goût que par la vûë
des belles chofes , mais comme les bons Tableaux
font difperfés , & que peu de perfon- ¸
nes peuvent entreprendre des voyages pour
les aller contempler & admirer fur les lieux ,
il faut recourir aux Eftampes , fi l'on veut fe
procurer cette étendue de connoiffances que
tout homme intelligent doit ambitionner
G d'acquerir.
131 MERCURE DE FRANCE
1
d'acquerir. Si les Eftampes ne peuvent pas
rendre la couleur du Tableau , elles confervent
du moins l'idée du Peintre ; elles expriment
avec fidelité l'ordonnance , le deffein
, l'expreffion , & le clair obfcur de l'ouvrage
qu'elles mettent fous les yeux . Elles
ont d'ailleurs la commodité de pouvoir être
multipliées , & leur acquifition ne jettant
pas dans une trop grande dépenfe , on ne doit
pas être furpris fi l'on rencontre tant de Curieux
qui en font l'objet de leur amuſement.
Ceux qui virent naître l'Art de laGravûre ,
en fentirent prefqu'auffitôt toute l'utilité .
Les plus habiles Peintres , & Raphaël luimême
eurent recours aux Eftampes pour fe
faire connoître dans les endroits où ils craignoient
que leurs Tableaux ne puffent pas
parvenir.Ce dernier emprunta la main du célebre
Marc- Antoine & lui fit graver fes plus
rares productions , & jamais il ne travailla
plus efficacement pour perpétuer fa gloire ,
car fes Tableaux font à la veille de fubir le
même fort que ceux des Appelles & des
Xeuxis ; le tems ne tardera pas à les anéantir
au lieu que fes ftampes pafferont , fuivant
toutes les apparences , à la pofterité la plus
reculée.
C'eft encore là un des avantages qu'ont
les Eftampes , mais en même tems qu'elles
font ainfi valoir le mérite du Peintre qui en
JANVIER : 133 1743
a fourni le fujet , elles produifent une autre
forte d'effet fur ceux qui les regardent avec attention.
En les confrontant les unes avec les
autres , on apprend à connoître les manieres
de chaque Peintre , & l'on a le plaifir , les
Eftampes à la main , de fuivre la Peinture"
dans tous fes âges & dans tous fes progrès.
Voilà fans doute le but où vifent ceux qui
raffemblent d'amples Collections d'Eftampes
, mais fans être obligé de s'engager dans
un travail difpendieux & de difcuffion , tel
que celui-là , on peut avec l'aide des feuls
Recueils d'Estampes qui ont été gravées
d'après les Tableaux que renferment les
grands Cabinets , fe mettre en état de juger
des ouvrages de l'Art , & même pertinemment
, parce que ces Cabinets font les dépofitaires
des plus rares productions des grands
Peintres , & qu'ordinairement on y a réun
desTableaux de tous les Maîtres qui onti
acquis de la réputation .
Dans le nombre des grands Cabiners qui
font en Europe , on ne craint point d'affûrer
que celui du Roy mérite à cet égard une
forte de préference . François Premier en eft
regardé comme le Fondateur. Ce Prince
magnifique emrichit la France de quantité de
Tableaux du premier ordre ; ce fut lui qui
fit faire à Raphaël ces deux Tableaux inimitables
, le S. Michel & la Sainte Famille de
Gij Jefus134
MERCURE DE FRANCE
1
Jefus-Chrift , & ces deux précieux Morceaux
furent comme le germe de cette immenfe
Collection de Tableaux , qui ayant eû
des commencemens fi heureux , eft parvenuë
fous Louis XV. au plus haut période de
la perfection.
Ce Cabinet étoit déja devenu l'objet de
l'admiration génerale , lorfque M. Colbert
qui ne refpiroit que la gloire de fon Prince
& l'utilité publique , entreprit de le faire
connoître par le moyen des Eftampes. Il fit
diftribuer des Tableaux aux plus excellens
Graveurs , mais la mort de ce Miniftre interrompit
ce beau projet ; il ne parut alors
que trente fix Eftampes , & il y avoit lieu de
craindre qu'on en demeurât là , fi M. Crozat
, animé du même zéle n'avoit repris la
même idée.
Ce Curieux , fi connu par le grand nombre
de Tableaux , de Deffeins , & de tout ce qui
eft du reffort des beaux Arts , dont il s'étoit
formé un Cabinet le plus parfait , qui fera
peut être jamais entre les mains d'aucun particulier
, fut encore excité à fuivre cette entreprise
par un motif qui n'étoit ni moins
puiffant , ni moins intéreffant pour le Public.
S. A. R. M. le Duc d'Orleans , Re
gent , venoit d'acquerir tous les Tableaux
qui avoient appartenu autrefois à la Reine
Chriftine de Suede , Tableaux qui avoient
avec
JANVIER: 1743 135

Ivec raiſon une grande réputation . M. Cro
zat obtint de ce Prince la double permiffion
de faire graver ces Tableaux & ceux de Sa
Majefté , & les Cabinets des particuliers lui
ayant été ouverts , il alla encore y chercher
les Morceaux qui méritoient le plus de confidération
.
Avec tous ces fecours , M. Crozat fe vit
en état de donner un premier Volume , qui
fut publié en 1729. & qui contenoit Cent
quarante Eftampes gravées par nos meilleurs
Artiftes , avec tout le foin dont ils étoient capables
, d'après les Tableaux ou les Deffeins
des principaux Peintres de l'Ecole Romaine ,
la premiere de toutes les Ecoles , puifque
c'eft celle qui s'eft le plus diftinguée par l'excellence
& la pureté du Deffein. Ce Recueil
commence par deux Eftampes fingulières ;
ce font deux Peintures antiques que M. Crozat
fit deffiner dans Rome , afin qu'on pût
avoir une idée de la façon dont les anciens
ordonnoient leurs Tableaux . On trouve enfuite
tous les Tableaux de Raphaël qu'on
conferve en France , & qui font en affés
grand nombre ; ceux- ci font fuivis des productions
de Jules Romain , & des autres
Eleves de Raphaël , & faifant ainfi paffer en
revûë tous les Peintres qui ont illuſtré l'Ecole
Romaine , les Ouvrages de Carle Maratte
, & de ceux qui occupent aujourd'hui
Giij dans
136 MERCURE DE FRANCE
F
dans Rome le premieres places , terminent
de Recueil. Toutes ces Eftampes font précédées
par des Defcriptions , & par un abregé
de la vie des Maîtres , exact & fouvent accompagné
d'anecdotes curieufes qu'on ne
rencontre point dans les autres Livres qui
Traitent de la Peinture.
En donnant ce premier Volume , M. Crozat
en annonça un fecond , qui devoit comprendre
les Eftampes gravées d'après les Tableaux
ou les Deffeins des Peintres de l'Ecole
Venitienne ou de la Lombardie. Il en
fit paroître en differens tems quarante - deux
Piéces. Le Public reçut ces nouvelles Eftampes
avec d'autant plus de plaifir , que c'étoient
autant de fujets riches & agréables ,
& qu'aucuns des Tableaux de Georgion , de
Titien , de Paul Veronéfe , & d'autres Maîtres
auffi illuftres , qu'on lui préfentoit ,
n'avoient point encore été gravés. Il ne
reftoit , pour donner l'entiere perfection à
ce Recueil , que d'y joindre l'Hiftoire & la
Defcription des Ouvrages , ainfi que les Vies
des Peintres Venitiens . M. Crozat ſe le propofoit
; la mort de ce célébre Curieux arrivée
en 1740 , ne lui permit pas d'exécuter ce
qu'il s'étoit promis.
Nous avons tâché de remplir fes vûës , &
même pour donner à l'Ouvrage une forme
plus réguliére , & lui faire obtenir une place
dans
JANVIER . 1743. 137
dans les Bibliothéques , nous l'avons diftri
bué en deux Volumes égaux , qui pourront
fe relier plus facilement. Le premier Volume
( c'est - à- dire la partie des Eftampes qui
commence avec l'Ecole Romaine jufqu'au
Mucian ) eft compofé de quatre -vingt- dix
Piéces , précedées de leurs defcriptions. Le
refte de cette Ecole , & l'Ecole'Venitienne ,
confiftant en quatre- vingt-douze Piéces ,
ayant pareillement à leur tête leur Defcription
, forme le fecond Volume. On a tâché
de rendre les Vies des Peintres Venitiens
& de la Lombardie , & la Defcription de
leurs Ourages qui paroiffent pour la premiére
fois , le plus intereffantes qu'il a été
poffible.
Ce nouvel ordre , la beauté des Epreuves
des deux cent Exemplaires que nous propofons
au Public ( car ce font celles que M.
Crozat s'étoit refervées , & qu'il avoit choifi
dans les premieres Epreuves qu'il avoit fait
imprimer & le prix modique auquel nous
nous réduifons , nous doivent faire efperer
que le Public s'empreffera à faire acquifition
d'un Recueil qui lui coûteroit fix fois autant,
s'il falloit acheter chaque Eftampe en détail.
On n'ignore pas que M. Crozat avoit porté
la Soufcription de, ce Recueil à 180. livres
fomme modique , par rapport à la grandeur
des dépenfes qu'il lui falloit faire , mais dont
G iiij
il
138 MERCURE DE FRANCE
il s'étoit contenté , parce que fon but étoit
plûtôt de fe faire honneur , & même de fe
fatisfaire , que de chercher du profit dans
cette grande entrepriſe . Ceux qui d'ici au
mois de Mai de l'année prochaine 1743 .
voudront acquerir un Exemplaire de ce
Recueil d'Estampes , payeront feulement
pour les deux Volumes imprimés fur le papier
fin de Colombier Cent vingt livres , &
pour les mêmes Volumes en papier de grand
Aigle , dont nous avons quelques Exemplaires
à dift ibuer , Cent trente livres ; fuppofé
toutefoi que les deux cent Exemplaires propofés
ne loient pas plûtôt débités , ce qui
n'eft pas à préfumer d'un Ouvrage d'un prix
fi modique , & auffi magnifiquement exécuté.
On pourra s'adreffer à Paris , chez Jean-
Baptifte Coignard. Pierre - Jean Mariette.
Hyppolyte- Louis Guerin , Libraires rue S.
Jacques. Et chés les principaux Libraires de
toutes les grandes Villes de l'Europe . 1742 .
De Rome. On a trouvé , en creufant dans
des Jardins de cette Ville , une Infcription
qui a paru faire plaifir aux Antiquaires de ce
Pays . Nous la mettons ici fous les
nos Lecteurs .
Nobilitatis Culmini.
Litterarum & Eloquentia lumini.
Auctoritatis exemplo.
yeux de
Modera-
T
JANVIER. 139 1743 .
*
Moderationis Auctori .
Devotionis Antiftiti.
Provifionum ac difpofitionum Magiftro.
Petronio Probo.
Viro Confulari.
Proconfuli Africa.
Per Illyricum Italiam , & Africam.
Confulari Ordinario.
Veneti atque Hiftri peculiares ejus.
Ob infignia erga fe remediorum genera:
Patrono præftantiffimo.
On lit fur le revers de la pierre les paroles
fuivantes.
VI. Idus Aug.
Valente VI.
Et Valentiniano II.
Aug. Conf.
Les Pagliarini ont publié le troifiéme To
me des Mémoires de l'Académie de Tofca
ne , fous ce Titre : Saggi di Differtazioni
Accademiche publicamente lette nella nobile
Accademia Etrufca dell'antichiffima Citta di
Cortona. Tomo 3. in Roma , nella ftamperia di
Tommaso e Niccolo Pagliarini, 1741. in-4° . Les
Piéces qui compofent ce Volume , font au
nombre de neuf. La premiere eft de M.
Mazzocchi , Chanoine de la Carhédrale de
Naples & Profeffeur Royal , fur ancienne
Origine des Tyrreniens. La feconde de M.
Bocchi , Gentilhomme d'Adria , fur un ar-
GY
aiers
40
MERCURE DE FRANCE
,
ien Théatre qu'on a découvert près de cette
Ville , & qu'on croit être Etrufque. La troifiéme
de M. l'Abbé Fourmont , Profeffeur en
Syriaque au College Royal à Paris , &c . fur
ane Infcription trouvée à Malte , laquelle eſt
répetée fur deux Marbres égaux . La quatriéme
du Pere Revillas , Profeffeur en Mathématique
au Collège de la Sapience à Rome,
&c. fur l'ancien pied de Rome , & fur quelques
autres mesures gravéesfur un Tombeau de
Marbre , qu'on a trouvé à Florence : La cinquiéme
de M. le Marquis Scipion Maffei ,
fur ces paroles NAMA SEBESJO , qu'on lit ſur -
une ancienne Infcription du Dieu Mitra. La
fixiéme de M. le Baron de la Baftie , fur
quelques nouvelles découvertes de Médailles
fingulieres. La feptiéme du Pere Baldini , ſur
une ancienne Lame on Plaque de Bronze ,
trouvée dans les environs de Rome. La huitiéme
de M. Grimaldo , Gentilhomme Néapolitain
, fur le premier Inventeur de la Bouffole.
La neuviéme de M. Fabretti , fur les erreurs
dans lesquelles eft tombé le Pere Kircher dans
Ja Defcription de l'ancien Latium.

On a auffi imprimé à Rome les Annales
du Pontificat de Grégoire XIII. Cet Ouvrage
eft du Pere Maffei , Jefuite , connu dans
la
La République des Lettres par d'autres bons
Ouvrages. Celui - ci eft écrit en Italien avec
beaucoup d'élégance , & contient deux Volumes
in-4°.
11
JANVIER. 1743. 141
Il paroîtra inceffamment dans cette Ville
une nouvelle Edition du Livre de M. Vaillant
, intitulé Numifmata Imperatorum Romanorum
præftantiora , à Julio Cafare , chês
Venance Monaldini & autres Libraires affociés
, qu'on leur demande de toutes parts ,
& qu'on trouve difficilement. Cette Edition
fe fera fous les yeux & la direction d'une
perfonne très - verfée dans ce genre de
Littérature. On y ajoûtera plufieurs Médaillons
qui manquent à l'Ouvrage de M. Vaillant;
enfin on tâchera de continuer la fuite des
Médailles , depuis Pofthume , où finit M. Vaillant
, jufqu'à Conftantin. Il y aura au dernièr
Volume une Table Chronologique des Empereurs
& des Impératrices , avec les années
de leur Regne & de leur mort. Les trois
Tomes in-4 ° . grand papier , ne contiendront
pas moins de 300. planches , gravées d'après
les Médailles antiques , & deffinées avec la
derniere attention. Les Libraires promettent
de n'oublier rien pour ce qui concerne la
beauté du papier , des caractéres , & tout de
qui dépend de leur Art. Ceux qui foufcriront
, payeront pour chaque Volume 18.
Paulsou Jules Romains , qui font 9. livres,
Monnoye de France . Le premier Tome eft
prefque achevé , & l'on ne tardera pas à
mettre les autres fous preffe.
De Florence. On a publié en cette Ville
G vj
นค
142 MERCURE DE FRANCE
--
un Programme , contenant un Avertiffement
adreffé à la Jeuneffe d'Italie , par lequel
on promet de donner une ample & méthodique
Introduction à l'étude des Antiquités
, dans une fuite de Differtations , tant
imprimées que non encore imprimées . Cet
Ouvrage roule fur la Religion & fur la Littérature
des anciens , & pour éviter la confufion
, ces deux objets feront encore divifés
en plufieurs claffes qui leur feront ſubordonnées.
Ces Differtations qui , pour la plus
grande partie feront tirées des meilleurs &
des plus beaux Recueils qui ont paru juſqu'à
préfent fur cette matiére , feront en bon
Tofcan , enrichies de Notes étenduës , placées
immédiatement au- deffous du Texte.
On marquera fidélement le nom des Auteurs
d'où elles feront prifes , & on donnera
une notion de ceux qui auront traité les
mêmes fujets , principalement , lorsqu'ils
l'auront fait avec une certaine étenduë. L'Ouvrage
qui comprendra plufieurs Volumes
in- 8 . fera imprimé fur de beau papier , avec
des Figures gravées en tailles -douces , placées
aux endroits convenables. On en publiera
un Volume tous les quatre mois ,
dont le premier paroîtra dans le courant du
mois de Décembre , jufqu'au quel tems on
recevra des Soufcriptions. Le prix fera de
quatre Jules , c'eſt - à - dire , environ 2 livres
JANVIER 1743 143
3. deniers de la Monnoye de France par Volume
, pour les Soufcripteurs , & de fix Jules
pour les autres. Ceux qui auront donné des
affûrances pour douze Exemplaires , en auront
deux gratuitement. Sebaftien Brazzini,
recevra les Soufcriptions , & délivrera les
Volumes , à mesure qu'ils paroîtront.
Le VIII . IX. & X. Tomes des Obfervations
Hiftoriques de M. D. Marie Manni , de
l'Académic de Florence fur les Sceaux antiques
des bas fiécles , paroiffent chés Antoine
Riftori , Libraire , 1742. 3. Volumes in- 4 ° .
PRIX d'Eloquence & de Poësie , pour
L'année 1743.
E vingt- cinquième jour d'Août prochain
, l'Académie Françoife donnera la
Prix d'Eloqence fondé par M. de Balzac . Le
fujet qu'elle propoſe eft : Qu'il n'y a point de
hafard pour un Chrétien , & que tout eft diri ·
gé par une Providence infinimentfage , confor
mément à ces paroles de l'Ecriture - Sainte :
Sortes mittuntur in finum , fed à Domino temperantur.
Proverb. 16. Il faudra que le Difcours
ne foit que de demi- heure de lecture
tout au plus , & qu'il finiffe par une courte
Priere à JESUS - CHRIST .
On ne recevra aucun Difcours fans une
Approbation fignée de deux Docteurs de la
Faculté
144 MERCURE DE FRANCE
Faculté de Théologie de Paris , & y réfidant
actuellement.
Le même jour , elle donnera le Prix de
Poëfie , fondé par M. de Clermont de Tonnerre
, Evêque & Comte de Noyon , Pair
de France , & l'un des Quarante de l'Académie.
Le fujet fera : La Police perfectionnée fous
le Regne de Louis LE GRAND. Il fera permis
de joindre tel autre fujet de loiiange que l'on
voudra , fur quelques actions particulieres
du feu Roy , ou fur toutes enfemble , pourvû
qu'on n'excede point cent Vers ; & on y
ajoûtera une courte Priere à Dieu pour le
Roy , féparée du corps de l'Ouvrage , & de
telle mefure de Vers qu'on voudra.
Toutes perfonnes feront reçûës à compofer
pour ces deux Prix , excepté les Quarante
de l'Académie , qui doivent en être les
Juges .
Les Auteurs ne mettront point leur nom
à leurs Ouvrages , mais une marque ou un
paraphe , avec un Paffage de l'Ecriture Sainte
pour les Difcours de Profe , & telle autre
Sentence qu'il leur plaira , pour les Pieces
de Poëfie.
› Ceux qui prétendront aux Prix font
avertis que les Pieces des Auteurs qui ſe ſeront
fait connoître , foit par eux- mêmes ,
foit par leurs amis , feront rejettées , & ne
concourcront point , & que tous Meffieurs
lcs
JANVIER. 1743. 145
les Académiciens ont promis de fe récufer
eux mêmes , & de ne point donner leurs
fuffrages pour les Piéces dont les Auteurs
leur feront connus.
Les Auteurs feront auffi obligés de remettre
leurs Ouvrages dans le dernier jour
du mois de Juin prochain entre les mains
de M. Coignard , Imprimeur ordinaire du
Roy & de l'Académie Françoiſe , ruë S.
Jacques , & d'en affranchir le port : autrement
ils ne feront point retirés.
L'Académie des Sciences de Dijon , fuivant
l'engagement qu'elle contracta l'année
derniere avec le Public , de donner tous les
ans une Médaille d'or de la valeur de 300 .
livres , à celui qui réfoudroit de la maniére
la plus plaufible les Problêmes qui rouleront
alternativement fur la Phyfique , fur la
Morale & fur la Médecine , annonce à tous
les Sçavans , que le Prix pour l'année 1743 .
fera adjugé à celui qui aura le mieux traité
la Queſtion fuivante : Si la Loi Naturelle
peut porter la Societé à fa perfection , fans le
fecours des Loix Politiques.
Il fera libre à ceux qui voudront concou
rir , d'écrire en François ou en Latin , obfervant
que les Ouvrages foient lifibles , &
que la lecture de chaque Differtation n'excede
point une petite demie heure ; ces Differtations
146 MERCURE DE FRANCE
fertations , franches de'port , ( fans quoi elles
ne feront pas retirées ) feront adreffées à M.
Petit Sécretaite de l'Académie ruë du
vieux Marché , qui n'en recevra aucune , paffé
le 1. Avril.
, ,
Tous ceux qui ayant travaillé fur le fujet
donné , fe feront fait connoître avant la diftribution
du Prix , feront exclus du concours
; pour remédier à cet inconvénient ,
chaque Auteur fera tenu de mettre au bas de
la Differtation une Sentence ou une Dévife
& d'y joindre une feuille de papier cachetée ,
fur le dos de laquelle fera la même Sentence
ou Devife , & fous le cachet fon nom , fes
qualités & fa demeure , pour y avoir recours
lors de la diftribution du Prix ; ces feuilles
ainfi cachetés ne feront point ouvertes avant ce
tems-là , mais le Sécretaire en tiendra un Regiftre
exact.
Ceux qui exigeront de lui un Récepiffé de
leurs Ouvrages , le feront expédier fous un
autre nom que le leur , & dans le cas où celui
qui auroit ufé de cette précaution , auroit
mérité le Prix , il fera obligé , en chargeant
une perfonne domiciliée à Dijon de
fa Procuration fimple , pour le recevoir , d'y
joindre auffi le Récepiflé .
La Diftribution du Prix fe fera dans une
Affemblée publique de l'Académie , le jour
de la Fête de S. Louis
25. Août 1-743-
E
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY.
ASTOR,
LENOX AND
TILDEN
FOUNDATIONS,
ETTONS, DE I1
L'ANNEE
VINCUNTUR
II
MUNERE
IV
PARTIES
CASUELLES
174 3
SECULA
FAT
TANTA
TRESOR ROYAL.
1743.
V.REX
SOLUS
CHRISTIANISS
QUAM
U
III
DE
CHAMBRE AUX
DENIERS.
1743
OBICE
V
MAIOR
RANDO
VINCIT
VII
ORDINAIRE
GUERRES-
1743
FULMINIBUS
DES
INVIA
M.
SEMPER
IDEM
NULLA
00000
EST
VIA
HONOS
BATIMENS DUROY
1743
VI
EXTRAORDINAIRE
DES GUERRES
1745
NON
IMPAR
VII
NUMEROVIRTUS
ARTILLERIE
1743.
BADEM
IX
CCULTI
GALERES
1743
VIRTUS
MICAT
INTER
MARINE
1743
MAISON DE
LA RETNE
1743.
OMNES
D: Sorniquet
JANVIE R. 1743 147
En parlant de l'ouverture du College
Royal , dans le Mercure du mois de Novembre
dernier , on a oublié d'ajoûter à
PArticle des Mathématiques , ce qui eft expreflément
marqué dans le Programme Latin
imprimé , fçavoir que Mrs de Cury & de
Montcarville enfeignent , par ordre du
Roy , au lieu & place de Mrs François Chevalier
, occupé ailleurs pour le fervice de Sa
Majefté , & Jofeph de l'Ifle , lefquels ref
tent toujours Profeffeurs titulaires. Ce der
nier eft de la Societé Royale de Londres ,
de celle de Berlin , & de Péterfbourg , où
il réfide actuellement avec l'agrément du
Roy.
JETTONS frappés pour le premier jour de
Janvier M. DCC. XLIII . avec l'explication des
Types &c.
I. TRESOR ROYAL.
Atlas foutenant le Globe des Cieux. Tanta
Negotiafolus.
II. PARTIES CASUELLES .
La Prudence repréſentée avec fes attributs ,
facrifiant fur un Autel. Vincuntur munere
Fata.
III. CHAMBRE AUX DENIERS .
Une fource d'eau tombant d'un Rocher :
Numquam deficiet.
IV.
148 MERCURE DE FRANCE
IV. ORDINAIRE DES GUERRÉS.
Un Chêne vert que les plus rudes faifons
ne dépouillent point de fes feuilles . Durando
facula vincit.
V. EXTRAORDINAIRE DES GUERRES .
Un Torrent qui paffe par deffus une Digue
Ab obice Major.
VI. BATIMENS DU ROY.
› Le Génie de l'Architecture , avec les attributs
, entre des Bâtimens de differentes formes
: Idem femper honos.
VII. ARTILLERIE .
Des Roches ou des Montagnes fort " élevées
, fur lefquelles tombent la foudre , & c.
Invia fulminibus nulla eft via.
VIII. MARINE.
Un Lion , qui fans paroître émû , repouſſe
les attaques de plufieurs Panthéres : Non impar
numero virtus.
IX. GALE RES.
Des Etoiles au-deffus de quelques Nuages
, qui couvrent la Mer : occultis eadem
virtus.
X. MAISON DE LA REINE.
- Le Croiffant de la Lune , au milieu d'un
grand nombre d'Etoiles , Micat inter omnes
ESTAMPES NOUVELLES.
Il paroît tout nouvellement une Eftampe
en hauteur , fous le titre de la Ratiffenfe ,
excellem1
JANVIER
. 1743. 149
excellemment gravée par M. Lépicié , d'après
le Tableau original de M. J. B. Simeon
Chardin , de l'Académie Royale de Peinture.
On lit ces Vers au bas.
Quand nos Ayeux tenoient des mains de la Nature
Ces Légumes , garants de leur fimplicité ,
L'art de faire un poiſon de notre nourriture
N'étoit point encore inventé.
Cette Eftampe fe vend chés le fieur Lépicié
, au coin de l'Abreuvoir du Quai des Orphévres
, & chés le fieur Surugue , Graveur
du Roy , vis-à- vis S. Yves.
Le fieur Gautier , feul Graveur Privilegić
du Roy , dans le goût des' Eftampes Coloriées
, ou Tableaux imprimés , vient de faire
paroître quatre nouveaux Morceaux . Le premier
d'après le Parméfan , repréfentante
Point du Jour , du Cabinet de M. l'Abbé
Desfontaines , & ſon pendant , le Lever du
Soleil , d'après Jules Romain , du même Cabinet
, de la même grandeur que les Originaux
, qui ont 12. pouces de hauteur fur
neuf de large. Le troifiéme repréſente une
jeune Brodeufe , Ouvriere en Tapifferie , d'après
M. Chardin , avec fon pendant , d'après
le même Auteur , repréfentant un Jeune
Deffinateur , affis par terre , deffinant fur un
Porte150
MERCURE DE FRANCE -
Porte-Feuille. Les dimenfions de ces deux
derniers Morceaux , font de fept pouces de
haut , fur cinq de large. Le fieur Gautier
fait tous les jours de nouveaux progrès dans
ce nouvel Art d'imprimer les Tableaux ; fes
Ouvrages font très - recherchés , & ont un
fort grand débit ; fa demeure eft toujours
ruë S. Honoré , vis- à- vis les Peres de l'Ora
toire , chés le fieur le Bon.
"
Le Portrait de M. l'Abbé de Pontbriant
peint & grave depuis peu par M.de Favanne ,
le fils , fe vend à Paris ,chés le fieur Devaux ,
à l'Arche d'Alliance , ruë S. Jacques , proche
S. Benoît. On lit ces vers au bas.
Cerne Virum inculti promptumfolamen Egeni :
Hic Pater eft , Doctorque fimulpietate magiftra.
Le Public trouveroit peut- être mauvais
qu'on laiffât paffer une fi belle occafion , fans
fui dire quelque chofe des vertus de ce vrai
ferviteur de Dieu , qui joint à ce que la Naiffance
a de plus illuftre , tout le mérite de
l'honnête homme du monde , toute la Sageffe
du Chrétien & tout le zèle d'un digne
Miniftre des Saints Autels . Tout le monde
connoît le pieux établiſſement qu'il a fait
dans plufieurs Paroiffes en faveur de tous les
jeunes Savoyards & Ouvriers que l'on voit
répandus dans les rues de cette Ville Capitale ,
&
JANVIER 1743 151
& cela feul fait fon éloge & montre fon zéle
pour la Gloire de Dieu , & pour le Bien de
L'Etat. Plufieurs Perfonnes de diftinction édifiées
de fa pieté & de fa grande charité , ont
défiré d'avoir fon Portrait : c'eft pour répon
dre à leur empreffement que l'on n'a rien
épargné pour les fatisfaire .
On trouve chés le fieur le Rouge , Ingé
nieur & Géographe du Roy , rue des Auguftins
, vis-à- vis le Panier Fleuri , une nouvelle
Carte des Pays Bas , en fix feuilles , contenant
la Flandre , le Brabant , le Comté
de Namur , le Hainault , & l'Artois , avec
les routes , &c. Cette Carte eft très- détaillée
& fort bien gravée. Elle a été dreflée fur
ce qui a été fait de mieux en ce genre dans
le Pays même. On la trouve auffi , avec tou
tes celles qui font néceffaires pour l'intelligence
de la Guerre préfente , à Lifle , chés
M. le Rouge , entre les deux Places , à Char
leville , chés M. Thefin , & à la Rochelle ,
chés M. Salvin , Libraire.
Le Sieur Denielles , ancien Chirurgien de
l'Hôtel de Ville de Paris , donne avis au Public
qu'il poffede trois remedes , pour guérir
la Lepre , les Dartres vives , les Ecrouelles
& les Maladies fecrettes , fans garder la
chambre. La Lepre n'eft pas une maladie
commune ; elle eft dans le fang , & on
n'avoit
152 MERCURE DE FRANCE
n'avoit pas encore fait de découverte pour
en corriger & pour en détruire la caufe interne
& externe. Le Sieur Denielles a fait
l'experience de fon reméde par la guérifon
d'un Avocat , attaqué de cette maladie
depuis l'âge de deux ans. Ce remede purifie
le fang , & fait tomber toutes les parties Lepreufes
, c'est- à - dire une galle collée fur toute
la peau. Le Malade fur guéri en moins de
dix à douze jours ; tout fon corps fut nettoyé
de cette galle. Il eft encore vivant , &
n'a aucune incommodité.
par
Il a guéri depuis , deux autres perfonnes en
peu de tems , toutes deux attaquées de cette
maladie depuis 10. à 12. ans : elle avoit
commencé des Dartres au vifage , que
perfonne n'avoit pû guérir. Comme le Sieur
Denielles a demeuré plufieurs années chés
M. Maréchal , Premier Chirurgien du Roy ,
il lui adreffa un Magiftrat , qui avoit quantité
de Dartres fur le vifage , qu'il guérit
parfaitement.
Il fait une Pommade qui lui a toujours
réuffi , pour guérir les Dartres nouvelles &
farineufes du vifage . Il guérit auffi les Ecrouelles
,en purifiant le fang par un petit Fondant ,
gros comme un grain de poivre , que l'on
prend tous les jours , jufqu'à parfaite guérifon.
Il ne guérit que celles de la gorge ,
n'ayant pas d'exemple de celles qui attaquent
les
JANVIER
1743. 153
les Articulations. On peut guérir celles de la
gorge avec une once ou deux au plus de fa
Pommade. Elle ne convient pas aux Poulmoniques.
Il l'a vend 25. liv. l'once . On peut
l'envoyer par la Pofte.
Il guérit encore radicalement les Maladies
Secrettes , fans crainte d'aucun retour
ni accident , & fans que perfon ne
s'en apperçoive ; on peut vacquer à fes affaires
. Ce Remede eft un Antivenerien ,
qui n'altére pas le temperament . Le premier
malade qu'il a guéri , étoit impotent
de tout fon corps avec une fiévre lente , &
il étoit prefque abandonné ; en quinze jours
les forces lui revinrent ; il lui continua fon
Remede , & il fut entierement guéri. Il guérit
les Bubons vénériens , fans en faire l'ouverture.
Il fait fondre & diffoudre la tumeur
par le même remede ; fans application d'emplâtre
en fix femaines on eft guéri radicalement.
S'il n'étoit pas fûr de fon Rémede
, il ne l'annonceroit pas au Public , ne
voulant tromper perfonne. Il traitoit chés
M. Maréchal ces maladies par les Rémedes
ordinaires , mais il a découvert un nouveau
Remede plus aifé , plus doux , & auffi für.
Ceux qui lui feront l'honneur de lui écrire
, auront la bonté d'affranchir les Lettres.
Il demeure rue Jean de l'Epine , chés Madame
Cheminot , au deuxième appartement , près
la Grève. La
154 MERCURE DE FRANCE
merce ,
La veuve Bailly renouvelle au Public fes
affûrances , qu'elle n'a point quitté fon Com-
& que les veritables Savonnettes de
pure crême de Savon , dont elle feule a le
fécret , fe diftribuent toujours chés elle ,
rue du petit Lion , à l'Image S. Nicolas , proche
la rue Françoife , Quartier de la Comédie
Italienne.
Q
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AIR.
Ue vas- tu faire chés Lubin ,
Difoit à la Moitié le bon homme Nicaife ;
Est - ce pour
·
boire de fon vin ,
Ou pour jafer plus à ton aife ?
Pour jafer , non , dit Nanette. Lubin
Eft ennemi du babillage ;
Mais comme il eft jeune & badin ,
Chés lui feulement il m'engage
De badiner le verre en main .
SPEC

THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY.
ABTOR,
LENOX AND
TILDEN
FOUNDATIONS.

THE
NEW
PUBLIC
LIBRARY
ASTOR
, LENOX
AND
TIDEN
FOUNDATIONS
.
JANVIER. 1743. 155
****************
E
SPECTACLES.
S. Janvier . les Comédiens François
donnerent la derniere repréſentation de
la Tragédie d'Athalie , de M. de Racine ,
Cette repréfentation & les précedentes ont
été ornées d'une nouvelle Décoration compofée
& exécutée par M. Clerici , Peintre &
Architecte Parmefan , Auteur de celle qui a
déja parû dans la Tragédie d'Ino & Melicerte
, dont on a donné la Defcription dans
le Mercure d'Octobre dernier , page 2282 ,
laquelle a été goûtée & fort applaudie du
Public . On a trouvé celle - ci encore plus ingénieufe
par le grand effet qu'elle produit.
C'eft un Temple d'Ordre compofite , dont
les premiers Chaffis ont 23. pieds de hauteur.
L'Architecture eft ornée de Colomnes
avec Bazes & Chapiteaux qui foûtiennent
l'Architrave avec Frifes & Corniches , &
un Attique au deffus , qui s'unit avec le Plafond
, pour donner toute l'élevation poſſible.
à cette Fabrique , ce qui regne jufqu'au qua -
trieme Challis , au delà duquel le Plan
devient circulaire , & l'on découvre trois
ouvertures en Arcs de Cercle , formant trois
points de vûë , terminés par un Dôme dans
le fond , foû tenû par des Colomnes Ifolées
H
154 MERCURE DE FRANCE
à travers lesquelles on voit le Temple dans,
le lointain.
On apperçoit dans la Perſpective du milieu
, un Sanctuaire compofé d'une Architecture
qui le caractérife , & au milieu duquel
on voit le Simulacre de Jupiter, avec fes
Attributs .
L'habile Architecte a été extremément gêné
, ainfi qu'à la premiere Décoration , par
le peu d'étendue du Lieu de la Scéne , qu'il
a cependant fait paroître affés vafte par fon
talent & par les reffcurces de fon art ; il a
même ménagé fort adroitement de quoi placer
les principaux Acteurs de la Piéce & la
nombreuſe fuite qui les environne .
La Décoration eft peinte en Marbre blanc ,
& les Ornemens en Or. Les Colomnes , les
Frifes & Panneaux font couleur de Jafpe.
Le tiers de la Colomne d'en bas eft
couvert d'Ornemens de Sculpture en or , &
le tout forme un Temple très riche qui a
été fort applaudi par le Public & par les
connoiffeurs .
Cette Décoration a fervi depuis peu à la
repréſentation de la Tragédie d'Oedipe de
M. Voltaire , à laquelle elle eft très- convenable
& y fait un grand effet,
Le 18 Janv. 1743 , Charles- Claude Botot
Sr d'Angeville Comédien du Roy , mourut
à Paris dans la foixante dix- neuvième
année
JANVIER. 1743. 155
@
année defon âge , étant né le 18 Mars
1665 , & baptife le lendemain dans l'Eglife
Paroiffiale de S. Euftache. Il a été enterré
dans l'Eglife de Saint Sulpice , fa Paroiffe ,
après avoir reçû tous fes Sacremens , ne
laiffant point d'enfans de D. Hortenfe Grandval
, fon époufe. Il étoit fils de Jean Botot ,
Procureur au Châtelet de Paris . C'étoit un
fort honnête homme , & fort eftimé dans fa
Profeffion , & même original dans divers
Caractéres. Son neveu, fils de fon frere , Comédien
du Roy , lui fuccede dans tous fes
Rolles , & il eft fort goûté du Public . Le
Sieur d'Angeville , qui donne lieu à cet article
avoit été reçû Comédien du Roy en
1702 , & il s'étoit retiré du Théatre aux Fês
tes de Pâques de l'année derniere .
Le 15. Janvier l'Académie Royale de Mu
fique donna la derniere repréſentation de
P'Opera de Phaeton.Le 17 & les jours fuivans,
on continua les repréſentations d'Hippolyte
Aricie , que le Publie voit toujours avec
plaifir. Cette Piéce avoit été remife au Théa
tre au mois de Septembre dernier.
>
Le 6 , Fête des Rois la même Académie
donna le premier Bal public qu'on donne
tous les ans à pareil jour fur le Théatre de
l'Opera , & qu'on continue pendant diffee
rens jours jufqu'au Carême .
Hij
Le
15 MERCURE DE FRANCE
Le 12 , les Comédiens Italiens donnerent
la premiere repréſentation d'une Piéce nouvelle
en Profe & en un Acte , intitulée la
Ridicule fuppofée , de la compofition de M.
Fagan , Auteur de plufieurs Piéces de Théatre
, jouées avec fuccès ; cette derniére eſt
terminée par un divertiffement de Chants &
de Danfes , très bien exécuté. La Mufique
eft du fieur Blaife , & la compofition du
Ballet du fieur Deshayes. On reprit le même
jour la Parodie d'Hippolyte & Aricie ,
dont on a donné l'Extrait dans le dernier
Journal ; il a parû par les applaudiffemens
du Public qu'il revoyoit encore cette
Parodie avec le même plaifir que dans fa
nouveauté.
>
1 .
Le 21 , les mêmes Comédiens donnerent
la premiere repréfentation d'une autre Paro
die nouvelle , de l'Opera de Phaeton , représ
fenté avec grand fuccès par l'Académie
Royale de Mufique , dont on a ceffé les repréfentations
après le 15. du mois dernier,
Cette Parodie qui a été reçue favorablement,
eft du fieur Riccoboni ; elle eft composée en
Vaudevilles , mêlés de differens divertiffemens
convenables au fujet de la Piéce , à
l'imitation de ceux de l'Opera , & très - bien
exécutés par les Acteurs de la Parodie ; on
y voit auffi differentes Décorations ingénieusement
compofées & bien caracterifées.
On parlera plus au long de cette nouveauté,
JANVIER
1743 157
4
NOUVELLES ETRANGERES.
Ο
RUSSIE.
Na apris de Moscow du 17. du mois der
nier , que la Czarine a rapellé d'exil plus de
cooo. perfonnes de differentes conditions , qui
avoient été conduites en Sibérie fous les Regnes
précedens.
Sur la nouvelle de la marche d'un Corps confidérable
de troupes que Thamas Kouli-Kan faifoit
avancer vers les Frontieres de Ruffie , S. M. Cz . a
ordonué qu'un Corps de troupes Ruffiennes s'affemblâ
dans les environs de Kiflar , & le Major
Géneral Liéven , doit en avoir le commandement.
On mande du 24. du même mois , que le Knées
Dolgorowcky , que la Czarine a envoyé à Aftra
kan , , pour y donner des ordres à l'occafion de la
marche du Corps de Troupes Perfannes , qui s'eft
avancé du côté de la Mer Cafpienne , a écrit à
S. M. Cz. qu'avant qu'il arrivât fur la Frontiére ,
Jes Perfans étoient déja entrés fur les Ferres de
Ruffie , & que le Gouverneur d'Aftrakan ayant
fait demander à leur Géneral la raifon de cette infraction
des Traités , ce dernier avoit répondu qu'il
exécutoit les ordres du Roy , fon Maître .
2' Selon ces avis , l'armée de Thamas Kouli - Kan
eft confidérablement augmentée , depuis qu'on a
reçû la premiere nouvelle de fa marche , & elle a
déja commis divers actes d'hoftilité .
La Czarine a ordonné d'aflembler fous Aftrakan
une armée de 60000. hommes , le plus promptement
qu'il feroit poffible , & une partie des trou-
Hiij pes
158 MERCURE DE FRANCE
1
pes , qui étoient en quartiers dans l'intérieur de la
Ruffie , ont déja pris la route de la Frontiere . A
ces 60000. homines de troupes reglées doivent le
joindre plus de soooo tant Cofaques que Tartares
& Calmouques , & Baker- Kan , Souverain des
Cofaques de Gruzin , qui habitent une partie des
Côtes de la Mer Calpienne , eft parti pour faire
prendre les armes à fes Sujets .
On a envoyé à Aftrakan par le Wolga , une
grande quantité de munitions de bouche & de guerre
avec de l'Artillerie & avec les autres chofes néceffaires,
pour mettre les Places de la Frontiere en état
de défenfe .
Quelques- us des Officiers & des Soldats des Régimens
des Gardes , ayant tenu des difcours peu ref
pectueux au ſujet de la Czarine , malgré les mar
ques particulieres d'affection que ces Régimens ont
reçûës de cette Princeffe , on a arrêté les plus
coupables . Trois d'entre eux ont eu la langue cou
pée & le nez fendu ; on a coupé les oreilles à un
quatrième , & les autres ont été condamnés à fubig
* la peine du Knout ou celle de la Plette.
O
vier
SUEDE.,
Na apris de Stocknlm du 22. du mois der
que le 18. il arriva de Mofcow un cou
fier extraordinaire , par lequel on a été informé que
leDuc de Holſtein avoit embraffé la Religion Grec
que , & que le 18. Novembre dernier la Czarinė
Favoit fait reconnoître pour fon Succeffeur à la
Couronne de Ruffie .
On craignoit que cet évenement ne nuifit à la
conclufion de la Paix entre le Roy de Suede &
S. M. ( z. mais le Capitaine Dremel , que le Roy
avoit envoyé à Moſcow , & qui en rèvint le 22. du
mois
JANVIER. 1743. 159
mois dernier , a aporté des dépêches , par lefquelles
la Czarine affûre S. M. que la difpofition qu'elle
a faite en faveur du Duc de Holftein , ne changera
rien au deffein dans lequel elle eft de terminer
, s'il eft poffible , fes differends avec la Suede ,
& le Roy fur les affûrances de S. M. Cz . a donné
' ordre à fes Miniftres Plénipotentiaires de partir pour
fe rendre à Abo , où il a été ' enfin décidé que fe
' tiendroit le Congrès dans lequel on doit regler les
conditions de l'accommodement entre les deux
Puiffances.
3
O
nom
ALLEMAG NÉ ,
que N mande de Vienne du 2. de ce mois , le
Comte de Lobckowitz , fils du Prince de ce
arriva le 29. du mois dernier de Boheme
d'où il a été dépêché par ce Géneral , pour informer
la Reine de Hongrie , que le 26. la garnifon
qui avoit été laiffée dans Prague par le Maréchal
de Belle- Ine , avoit capitulé , & qu'elle devoit fortir
le 2. de ce mois de la Ville , pour être conduite
avec tous fes bagages à Egra aux dépens de la
Reine .
Le lendemain on chanta le Te Deum dans l'Eglife
Métropolitaine de S. Etienne , en action de graces
de cet évenement , au bruit d'une décharge génerale
de l'Artillerie des remparts , & d'une triple
falve de la Moufqueterie des Régimens de Forgatfch
& de Sirmay , & la Reine y affifta , accompagnée
du Grand Duc de Tofcane & du Prince
Charles de Lorraine.
Le Gouvernement a donné ordre de travailler à
réparer les dommages qui ont été caufés à la Ville
de Prague pendant le Siége.
S., M. a mandé au Comte de Kevenhuller de retirer
de l'Archevêché de Saltzbourg les troupes Au-
Hiiij trichien160
MERCURE DE FRANCE
trichiennes qu'il y avoit mifes en quartiers , & de
leur en faire prendre dans la Haute - Autriche . Ce
Comte a établi fon quartier géneral à Paffau.
On mande de Hambourg du 11. de ce mois ,
qu'on a reçû avis d'Egra , que la premiere Colonne
de l'armée Françoife , commandée par le Maréchal
de Belle - Ifle , avoit quitté le 2. les environs
de cette Place , pour marcher vers le Haut Palatinat
. & qu'elle avoit été fuivie le lendemain par la
feconde Colonne . On a apris en même -tems que le
Prince de Lobckowitz avoit fait avancer quelques
Régimens des troupes Autrichiennes du côté d'egra.
Les Huffards de l'armée qui eft fous les ordres
de ce General, ont commis beaucoup de defordres à
Prague dans le quartier des Juifs , après que la gar- !
nifon Françoife eft fortie de la Ville .
La Reine de Hongrie a réfolu de nommer des
Commiffaires , pour examiner la conduite de plufieurs
habitans de Prague , qui font acculés d'avoir
montré trop d'attachement pour les intérêts de
l'Empereur.
On a apris de Francfort , que le Maréchal de
Belle -Ifle a envoyé à l'Empereur par le Baron de
Furftemberg une Relation de ce qui s'eft paffé pendant
la marche des troupes Françaiſes depuis Prague
jufquà Egra .
0
ITALIE.
N mande de Rome du 11. de ce mois ,
, que
le Pape a envoyé ordre à l'Abbé Doria , fon
Nonce auprès de l'Empereur , de ſuivre S. M. L
à Munich , lorfqu'elle y retournera.
ESPAGNE,
JANVIER. 1743. 161
O
ESPAGNE.
N aprend de Madrid du premier de ce mois,
que le Roy a reçû de Dauphiné un courier ,
par lequel S. M. a été informée que le Marquis de
la Mina étant arrivé le 5. au Camp du Fort Barreaux
, il y avoit pris le Commandement de l'armé
Efpagnole fous les ordres de l'Infant Don Philippe,
à la place du Comte de Glimes .
On a apris de Chamberri du 8. de ce mois , que
l'armée Piémontoife , qui étant décampée de Notre-
Dame de Mians le 28. du mois dernier , étoit:
retournée au Camp fous Montmelian , abandonna ·
ce Camp le 30. au matin , & qu'elle fe remit em
marche fur deux Colonnes , dont l'une prit la routo
de la Maurienne , pour rentrer dans le Piémont par
le Mont Cenis , & Pautre fe retira dans la Tarene
taife , pour paffer par le petit S. Bernard:
མ་
L'Infant Don Philippe ayant envoyé , dès qu'it
fut informé de la retraite du Roy de Sardaigne
Don Jofeph de Aramburu , Lieutenant Géneral des
armées de S. M C. avec la plus grande partie des
Grenadiers de l'armée , quelques Compagnies de
Fufiliers & de Grenadiers à cheval , & un Corps der
Miquelets , à la pourfuite de la feconde Colonne,
& Don Pedre de Garcia , Maréchal de Camp , avec:
rooo. hommes d'Infanterie, quatre Compagnies de-
Carabiniers , deux Compagnies de Grenadiers , des
Dragons , & 100. Miquelets , pour harceler la pre--
miere ; ces deux Détachemens fuivirent chacun
de leur côté l'armée Piémontoife avec toute la dili
gence poffible , malgré les obftacles que le Roy de
Sardaigne tâcha d'aporter à leur marche , en faisant
rompre les ponts de Montmelian & de Freterive ,
& une partie des chemins .
Don Pedre, de Garcia joignit à Aiguebelle la pre
Hy mie re
162 MERCURE DE FRANGE
miere Colonne des troupes Piémontoifes , & ayant
attaqué un pofte qui étoit défendu par zoo. Grenadiers
& par un grand nombre de Soldats de Milices
des Montagnes , & auprès duquel fept Bataillons
s'toient retranchés dans un terrain très avantageux,
il fe rendit maître de ce Pofte après deux heures
d'un feu continuel ; il obligea les lept Bataillons de
fe retirer , & les Piémontois évacuerent la Ville &
le Château d'Aiguebelle , fans avoir le tems d'emporter
les provifions qui étoient dans les magafins
qu'ils y avoient établis . Il ont eu dans cette occa
on 22. hommes de tués & ro9 . de bleffés , les Efpagnols
n'y ont perdu que trois hommes , & ils en
ont eû 31. de bleffés , du nombre defquels font
deux . Officiers . Les Piemontois , avant que de fe
retirer à Aiguebelle , avoient brulé cent des barils
de poudre qu'ils avoient amaffés à Chapelle , & ils
en avoient jetté dans la Riviere une grande quantité
avec beaucoup d'autres munitions. Don Pedre
de Garcia s'étant emparé d'Aiguebelle , continua de
pourſuivre la premiereColonne des troupes Piémon
o laquelle s'eft repliée à S. Jean de Maurienne,
$ nfuite à S. Michel & de-là à Modane , d'où elle
décampa le 7. pour le raprocher du Mont Cenis .
Le Marquis de la Mina partit le 31 de Montmeban
, pour aller reconnoître les avenues du Mont
Cenis , & pour examiner s'il n'y avoit pas moyen
d'en difputer le paffage aux Piémontois.
L'avant-garde du Détachement qui eft fous les
ordres de Don Jofeph de Aramburu a chaflé fix
Compagnies de Grenadiers de deux Poftes qu'elles
occupoient dans les environs d'Aigueblan , & les
ayant mifes en déroute , elle a fait un Lieutenant &
fix Grenadiers prifonniers de guerre , mais ce Lieutenant
Géneral n'a pû joindre la feconde Colonne
des troupes Piémontoiſes , laquelle a pris la route
de
JANVIER, 1743. 163
de la Tarentaife , & le 5. cette Colonne étoit déja
de l'autre côté des Alpes.
Les Espagnols ont trouvé dans cette Ville , auffi
bien qu'à Montmelian , à Aiguebelle , à S. Jean de
Maurienne , à Annecy , à S. Pierre d'Albigny à
Conflans & à Moutier , des magafins confidérables
de farine , de froment , de bifcuit , de riz , de fel,
d'avoine , de fourages & de munitions de guerre ,
& le nombre des pri.onniers qu'ils ont fait ,
à plus de 600.
monte
La Savoye ayant été prefque entierement éva
cuée par les Piémontois , l'Infant Don Philippe
s'eft déterminé à établir fon quartier géneral dans
cette Capitale , où il a été reçû avec tous les honneurs
dûs à fon rang.
On a apris depuis, que l'Infant Don Philippe etant
entré la nuit du 17. an 18. du mois dernier dans le
Duché de Savoye avec l'armée qu'il commande, un
détachement de cette armée s'étoit emparé du Châ
teau d'Afpremont , dont la garnifon a été faite pri
fonniere de guerre , que le Roy de Sardaigne , qu
fur la nouvelle de la marche de l'Infant Don Ph...
étoit allé camper à Notre- Dame de Mians ,
avoit
fait marcher 2000. hommes tant de troupes réglées
que de milices des montagnes , pour ataquer un
Corps de troupes Efpagnoles , poté fur une hauteur
voifine du Château d'Apremont , & que d'abord
ce Corp s de troupes avoit été ébranlé par les Pié
montois , mais qu'ayant été foûtenu par cinq Com
pagnies de Grenadiers que l'Infant envoya pour le
renforcer,il avoit repouflé les ennemis , qu'après la
prife du Château d'Alpremont qui s'eft rendu le
1. le Roy de Sardaigne étoit décampé de Notre-
Dame de Mians la nuit du 28. au 29. pour retoural
ner à fon Camp fous Montmelian.
L'infant Doh Philippe a dépêché le Duc de Ber-
A vj. wic
164 MERCURE DE FRANCE
wick au Roy , pour informer plus exactement
S. M. du détail des avantages remportés par les
Espagnols .
L'Armateur Don Michel de Gelabert a pris le
16. du mois dernier fous le canon de Gibraltar une
Balandre Angloife , armée en guerre , & le 18. il
fe rendit maître d'un Pacquebot de la même Nation.
Le Roy voulant récompenfer les fervices du Marquis
de la Mina , l'a nommé Capitaine Géneral de
Les armées .
O
GENES ET ISLE DE CORSE
N a appris de Genes du 16. de ce mois , que
les avis reçûs de l'Ile de Corfe portent que
les habitans de differentes Piéves faifoient un grand
amas d'armes & de munitions qu'ils paroisfoient.
être dans la réfolution de s'opposer à l'exaction
de la nouvelle taxe qui leur avoit été impofée
& que ceux d'un Bourg voifin d'Ajaccio , avoient
raffemblé le plus d'Exemplaires qu'ils avoient pû
trouver du dernier Réglement , & qu'ils les avoiena.
brûlés au milieu de la Place publique.
GRANDE BRETAGNE.
ONapprendde Londres du 3. de ce mois ', que
le Roy s'étant rendu le premier à la Chambre
des Pairs avec les cérémonies accoûtumées , manda
la Chambre des Communes > & que S. M. fit -
aux deux Chambres le difcours fuivant.
MYLORDS ET MESSIEURS . Je suis bien aife que
la circonftance préfente me donne l'occafion de rous
témoigner l'extrême fatisfaction que j'ai de voir unfi
grand progrès dans les affaires fur lesquelles vous
avez à déliberer.. MESJANVIER.
18t 1743 .

MESSIEURS DE LA CHAMBRE DES COMMUNES.
La bonne volonté & la diligence avec lesquelles vous
avez accordé fi promptement une fi grande partie des
Subfides pour cette année , meritent mes remercimens
particuliers , & je ne doute pas que le même zéle pour
La caufe commune ne vous engage à me mettre en
état de prendre les mesures convenables pour le foûtien
de la Reine de Hongrie , & pour le rétabliſſement de
la Balance du Fouvoir d'entrer dans telles
Alliances ou de remplir avec d'autres Puissances
tels engagemens qu'il fera néceffaire pour cet effet.
i
>
·
MYLORDS ET MESSIEURS : Je regarde cet heureux
commencement comme un gage affûré de votre
fermeté à défendre les véritables interêts de la Grande
Bretagne , qui font & feront toujours mon unique ‹
point de vue.
On a appris du 7. de ce mois , que le Vaiffeau
de guerre le Bridgewater , commandé par le Capitaine
Frederic Rogers , entra le 2. dans le Port de
Plymouth avec un Armateur Efpagnol , de dixhuit
canons & de 140. hommes d'équipage , dont
il s'eft emparé à là hauteur du Cap de Clare.
L'équipage d'un Vaiffeau venu depuis peu de lá
Caroline , a rapporté que le Vaiffeau de guene la
Rofe avoit pris un Armateur Efpagnol , dont l'équipage
étoit compofé de 300. hommes , & qu'il¨
l'avoit conduit à Charles Town .
1
Le Vaiffeau de guerre le Briddeford ayant donné.
la chaffe à un Armateur Espagnol qui s'étoit emparé
du Vaiffeau le Baucks , a obligé l'Armateur
d'abandonner cette prife , qu'il a ramenée à Plymouth.
Un Armateur de la même Nation , monté de
deux canons , de fix pierriers & de 35 hommes
d'équipage a été conduit à Portſmouth par
P'Allege le Saint- Georges , qui l'a pris à la hau
teur de Portland .
166 MERCURE DE FRANCE
On mande de Madere , que le Vailleau de Guer .
re le Deptford avoit enlevé dans les environs des
Inles Canafies un Bâtiment de la même Nation ,
chargé de trente pipes d'eau - de- vie .
On a appris de la Nouvelle Angleterre , que le
Capitaine Roufe , commandant le Vaiffeau l'Aigle ,
s'est rendu maître d'un autre Vaiffeau Eſpagnol ,
fur lequel il y avoit beaucoup de marchandifes.
Un Bâtiment de l'Ile de la Providence , armé en
courfe par le Capitaine Davidſon , y eft retourné
le 28. Septembre dernier , avec un Vaiffeau qui
portoit des provifions à la Havane , & avec une
prife Hollandoife , dont la charge eft eftimée
6000. livres fterlings,
Un Armateur de Saint Kits ayant fait une deſcente
à Saint Euſtache , Etabliffement des Hollandois,
& y ayant enlevé une fomme confidérable , qui
appartenoit aux Efpagnols , les habitans de Saint
Euftache ont équipé deux Chaloupes , qui ont
furpris cet Armateur fur la côte d'une Ifle déferte ;
tout l'équipage a été taillé en piéces , & l'Armateur
a été conduit a Saint Euſtache avec deux ' priſes
qu'il avoit faites.
Les Vaiffeaux la Marie , la Rachel & le Prince
d'Orange, commandés par les Capitaines . le Cornu ‚
Grey & Flood , & une Chaloupe de Liverpool
font tombés entre les mains des bfpagnols.
Les Officiers qui font revenus à Londres de
Flandre , ont des conges jufqu'au premier Mars
prochain.
L'Equipage d'un Vaiffeau arrivé de la Nouvelle)
Yorck, a rapporte que leVaileau lePrince d'Orange,
armé en courſe à Bolton par le Capitaine Tems ,
avoit pris un Bâtiment Eſpagnol , richement char
gé , & un Armateur de la même Nation , &
qu'il les avoit conduits à l'Ifle de la Providence.
Lea
JANVIER . 1743 167
Les Espagnols fe font emparés des Vaiffeaux,
PAnne , le Westmoreland & le Defir , commandés
par les Capitaines Whitney , Bradley & Rofe.
MORT DES PAYS ETRANGERS.
ON apprend par une Lettre datée de Verceil
en Piemont du 10. Décembre 1742 , que le
Cardinal Charles Vincent Ferreri , y étoit mort la
veille dans la 61. année de fon âge, étant né le 13.
Avril 168. Il étoit d'une Famille illuftre du Comté
de Nice , & il ajouta bientôt à la gloire de fa
naiffance , celle de méprifer de bonne heure , les
grands avantages qu'elle lui promettoit , en fe
confacrant à Dieu dans l'Ordre de S. Dominique.
Ses grandes qualités lui procurerent peu de tems,
après encore plus d'élévation qu'il n'avoit voulu
en éviter . II fût d'abord deftiné à remplir la premiére
Chaire de Théologie dans l'Univerfité de
Turin , enfuite élú & facré Evêque d'Alexandrie
dans l'Etat de Milan par le Pape Benoît XIII . le
3. Août 1727, crée Cardinal du Titre de Sainte ,
Marie in Via par le même Pape le 6. Juillet 1729 .
transferé à l'Evêché de Verceil en Piémont , &
déclaré Membre des Congrégations du S. Office ,
des Evêques & Réguliers , de l'Examen des Evêques
, de l'immunité , des Rites , & de la Difciplíne
Réguliere , le 22. Decembre de la même année.
Le Roy de Sardaigne , Victor- Amedée .
l'honora toujours de fa confiance & lui donna
fouvent les marques les plus diftinguées de fon
eftime. Cependant le Cardinal Ferreri fut toujours
auffi modelte & auffi religieux dans les differens
2
dégrés
168 MERCURE DE FRANCE
dégrés de fon élévation , qu'il l'avoit été dans le
Cloître. On remarquoit furtout en lui une grande
douceur, beaucoup de prudence, & un efprit capa--
ble des grandes affaires pour lesquelles il fembloit
être né.
FRANCE ,
NOUVELLES DE LA COUR , DE PARIS , & c.
LE premierde ce mois , le Roy , accom
gné de Monfeigneur le Dauphin , du
Duc de Chartres , du Comte de Clermont ,
du Prince de Dombes , du Comte d'Eu , du
Duc de Penthiévre , & des Chevaliers
Commandeurs & Officiers des Ordres , qui
s'étoient affemblés dans le Cabinet de S. M.
fe rendit à la Chapelle du Château de Verfailles.
Le Roy , devant lequel les deux Huiffiers
de la Chambre portoient leurs Maffes ,
étoit en Manteau , le Colier de l'Ordre
par- deffus , ainfi que celui de l'Ordre de la
Toifon d'Or . S. M. étant entrée dans la Chapelle
, on commença le Veni Creator Spiritus
, aprés lequel le Cardinal de Tencin ,
qui avoit été nommé Commandeur de l'Ordre
du S. Efprit , dans le Chapitre tenu le
premier du mois de Janvier de l'année derniere
, prêta ferment & fut reçû par S. M..
avec les cérémonies ordinaires . Le Roy en--
tendic
JANVIER 17433 1-69
@
la
rendit enfuite la grande Meffe chantée par
Mufique , & à laquelle l'Evêque de Langres,
Prélat Commandeur de l'Ordre officia pontificalement.
La Reine & Mefdames de France
entendirent la même Meffe dans la Tribune .
Le 2. le Roy , accompagné comme le
jour précédent , affifta au fervice qui fut célébré
dans la Chapelle du Château pour le
repos des Ames des Chevaliers de l'O- dre
du Saint Efprit , morts dans le cours de l'année
derniere.
Le Corps de Ville a rendu à l'occafion de
la nouvelle année , fes refpects au Roy , à la
à Monfeigneur le Dauphin & à
Reine
Meſdames de France.
Le Roy a donné la Charge de Grand Aumônier
de la Reine à l'Archevêque de Rouen,
& celle de fon Premier Aumônier qu'avoit
cet Archevêque , à l'Abbé de Fleury , petit
neveu du Cardinal de Fleury.
L'ancien Evêque de Mirepoix , Précepteur
de Monfeigneur le Dauphin a été chargé
par le Roy du détail des affaires qui concernent
la nomination aux Bénéfices .
S. M. avoit nommé dès le mois de De
cembre
170 MERCURE DE FRANCE
cembre 1737. Sur- Intendant Général des
Poftes & Relais de France , en furvivance du
Cardinal de Fleury , M. Amelot , Miniſtre &
Sécretaire d'Etat du Département des affaires
Etrangeres.
Le Roy a donné le Régiment de Cavalerie
, dont le Vicomte de Rohan étoit Meftre
de Camp , au Comte de Brionne , Colónel
du Régiment d'Auxerrois , & l'agrément
du Régiment de Cavalerie de Berry au
Marquis de Voyer , fecond Cornette de la
Compagnie des Chevau - Legers d'Anjou .
,
L'armée du Roy , commandée par le Maréchal
de Belle Inle a quitté le 2. de ce
mois les cantonnemens dans lefquels elle
étoit aux environs de la Ville d'Egra , pour
aller en prendre de plus étendus fur le Naab.
Le Roy a apris par un courier arrivé à Verfailles
le 4. de ce mois après midi , que le
26. du mois dernier le Maréchal de Belle-
Ifle étoit arrivé à Egra avec l'armée de S. M.
qui eft fous fes ordres.
Le Roy a donné la Charge de Sécretaire
d'Etat du Département de la Guerre à M. le
Comte d'Argenfon , Miniftre d'Etat , lequel
a prêté ferment le 8. entre les mains de S. M.
Le Comte de Froullay , Ambaffadeur du
Roy auprès de la République de Venife ,
ayant
JANVIER. 1743. 171
ayant demandé à S. M. la permiffion de re
venir en France , le Roy a nommé , pour le
templacer , le Comte de Montaigu , Capitaine
d'une des Compagnies de Grenadiers
du Régiment des Gardes Françoifes.
Les troupes Françoifes , qui étoient réf
tées dans Prague , & qui en formoient la
garnifon , ayant capitulé le 26. du mois der
nier , il a été réglé que le 2. de ce mois elles
fortiroient de la Place , avec armes & bagages
, & avec tous les honneurs de la guerre ,
& qu'elles feroient conduites à Egra aux
dépens de la Reine de Hongrie ; qu'elles
emmeneroient deux pièces de canon aux ar
mes de Baviere , lefquelles ont été prifes
pendant le Siége de Prague ; que les Officiers
conferveroient tous leurs équipages , que
ceux des Officiers qui fe trouveroient dans
la Ville feroient voiturés à la fuite de la garnifon
, & que ceux des Officiers abfens refteroient
en dépôt , jufqu'à ce que la faifon
fût plus favorable pour les tranfporter.
*
M. Chevert , Brigadier , à qui le Maréchal
de Belle - Ifle avoit laiffé le commandement
de ces troupes , a promis à ces conditions
que les feize Qtages , qui avoient été
emmenés de Prague , feroient relâchés , &
il a été convenu avec le Prince de Lobckowitz
, que les Officiers & les Soldats malades
,
12 MERCURE DE FRANCE
des , qui ne feroient pas en état de fuivre la
garnifon , feroient prifonniers de guerre .
Le 17. de ce mois le Roy prit le deuil
pour la mort de P'Electeur Palatin , qu'il
quitra le 28.
Le Roy a permis au Maréchal de Mont
morency , de fe démettre en faveur du Prince
de Tingry , fon fils , Brigadier des armées
de S. M. , de la Lieutenance Génerale au
Gouvernement de Flandres.
S. M. a donné au Chevalier de Belle- Ifle ;
Lieutenant Géneral de fes armées , le Gouvernement
de Charlemont.
Le Comte de la Mothe- Houdancourt ,
Grand d'Espagne & Lieutenant Géneral des
armées du Roy , lequel a été nommé Chevalier
d'honneur de la Reine , prêta ferment
le 9. de ce mois entre les mains de S. M.
L'Académie des Sciences reçut ces jours
paffés la Lettre du Roy , qui felon l'ufage ,
nomme les Officiers annuels , par laquelle
M. de Torcy eft nommé Préfident ; M. du
Hamel Directeur , & M . Clereau Sous Directeur
; S. M. a confirmé par la même Lettre la
préfentation que l'Académie avoit faite de
M. de Juffieu , qui eft au Perou , pour remplir
la place d'Ad
nifte dans la même
Académie .
Le premierjour de cette année , les Haut-
Bois
JANVIER 1743. 173
Bois de la Chambre jouerent au lever du
Roy , felon l'ufage , plufieurs Simphonies
& Trio de differens Maîtres. Au fouper de
leurs M. M. Destouches, Sur- Intendant de la
Mufique de la Chambre en Semestre , fit
exécuter par les Vingt - Quatre , une grande
fuite d'airs de fa Compofition.
Le 2 Janvier les Comédiens Italiens re
préfenterent à la Cour la Comédie de l'Henreux
Stratagême & celle des Vieillards inte
reffés.
Le 9 , Le Rival Favorable , & Arlequin
toujours Arlequin.
Le 16 , les Fauffes Confidences , & la Joye
imprévue.
Le 23 , le Cabinet , Comédie Italienne ;
& la Ridicule fuppofée , fuivie d'un Divertiffement.
Le 8 Janvier , les Comédiens François
repréſenterent auffi à la Cour , l'Ecole des
Maris , de Moliere , précedée de la Surprife
de l'Amour de M. de Marivaux. Ces deux
Piéces font en poffeffion de plaire à la Cour
& à la Ville ; elles furent très bien repréfentées
, & firent un extréme plaifir. Le fieur
Grandval & la Dile fon Engule jouerent dans
la plus grande perfection.
Le 10 , on repréfenta la Tragédie d'An
dronie
174
MERCURE DE FRANCE
dronie & le Mariage forcé.
Le is , le Muet , & le Florentin.
Le 17 , Mithridate , & Attenden- mai -fous
L'Orme.
Le 22 , Demogrite & les Precieufes Ridicu
les.
Le 24 , la Tragedie d'Oedipe , & les Plai
deurs .
Le 7 , le 12 , le 14 & le 19 Janvier , il y
eut Concert chés la Reine . M. Destouches,
Sur - Intendant de la Mufique de la Chambre
en Semestre , fit exécuter la Paftorale He
roïque d'Iffé , de la compofition. La Dile
la Lande exécuta le Prologue . Les Rôlles
d'Iffé & de Doris , furent chantés par les
Dlles Mathieu & Deschamps ; ceux de Phi
lemon , de Pan , d'Hylas & du Grand Prêtre
de Dodone,furent remplis avec fuccès par les
fieur Jelyot , Lagarde , Benoît & Dubourg.
*
Le 21 , le 26 & le 28 , on concerta devant
la Reine le Ballet des Elemens du même
Auteur : la Dile de Romainville & le fieur .
Benoît , remplirent les Rolles de Venus &
du Deftin au Prologue. L'Acte de l'Air fut
chanté par la Dlle de la Lande , & le fieur
Benoît. Celui de l'Ean , par la Dile Mathieu,
& le fieur Jelyot ; les Actes du Feu & de la
Terre , furent rendus par les Diles de la Lande
, de Romainville , & par les fieurs Benoît
& Jelyot , avec tout le goût & la précifion
qu'on peut défirer. André
JANVIER.
1743. 175
André Hercule de Fleury , Cardinal , ancien
Evêque de Frejus , Grand Aumônier
de la Reine , Abbé des Abbayes de Saint
Etienne de Caën & de Tournus , Miniftre
d'Etat , Sur- Intendant Géneral des Poftes &
Relais de France , Proviſeur de la Maifon de
Sorbonne , l'un des Quarante de l'Académie,
Françoife , Honoraire de l'Académie Royale
des Sciences & de celle des Inſcriptions
& Belles- Lettres , & ci- devant Précepteur
de S. M. mourut à Iffy le 29. de ce mois .
après une maladie de trois femaines , pendant
laquelle il a donné autant de preuves
de fa fermeté que de fa pieté & de fa parfaite
réfignation à la volonté de Dieu . Il étoit âgé
de 89. ans , fept mois & fept jours , étant né
le 22. Juin 1653. Le Cardinal de Fleury ,
nommé par le feu Roy , pour être Précepteur
de S. M. a entierement répondu dans cet
emploi , à ce qu'on avoit licu d'attendre
pour le bonheur de la France , de fon zéle
& de fes talens . Le fuccès des négociations
difficiles & importantes dont il a été chargé
lui a acquis la grande réputation dont il
jouiffoit dans l'Europe , & qu'il méritoit par
fa capacité , par l'étendue de fes lumieres &
par les autres.qualités de l'efprit , les plus
défirables dans un Miniftre . La douceur de
fon caractére , fon affabilité , fa modeſtie &
fon défintereffement , ne le rendoient pas
moins
76 MERCURE DE FRANCE
moins eftimable que les foins continuels
qu'il donnoit à l'adminiftration des affaires
de l'Etat , & les tendres & refpectueux fentimens
qui l'attachoient à la perfonne du
Roy ; mais de toutes les qualités que le Cardinal
de Fleury réuniffoit en lui , & par lefquelles
il eft auffi digne des éloges du Public
que de fes regrets , celle qui contribuëra
davantage à faire refpecter fa mémoire , eſt
fon application à juftifier la confiance du
Roy , par l'ufage qu'il en a fait pour le bien
de l'Etat & pour la gloire du Regne de
S. M.
EPITAPHE de fon Eminence M. le
Cardinal de Fleury.
C1 git Fleury , cher à fon Roy ,
Faveur juftement départie ;
De vertus fon ame aſſortie ,
En fit le plus utile emploi .
L'Autel ! le Trône , la Patrie ,
Furent fa fouveraine Loi.
Seigneur fois le prix d'une foi ,
Qui ne s'eft jamais démentie.
MORTS
JANVIER. 1743. 177
MORTS ET MARIAGE.
LE
E 17. Decembre , D. Magdeleine - Therefe
de Mafparault , veuve en fecondes nôces
depuis 1709. de Jean de Rochechouart , Marquis
de Montmoreau , Comte de S. Amant avec lequel
elle avoit été mariée le 24 Mai 1695. mourut à
Paris , dans la Maifon des Filles de la Croix , âgée
d'environ 77. ans . Elle avoit été mariée en premiéres
nôces au mois de Septembre 1686. avec
Auguftin Damours Seigneur de la Bouviere ,
Lieutenant-Colonel du Régiment de Feuquieres ,
Infanterie mort le 2. Janvier 1693. Elle laifle
poftérité de celui - ci . Elle étoit troifiéme fille d'Etienne
de Mafparault , Seigneur de Chennevieres
fur Marne , mort à Rome au mois de Juin 1668.
& d'Octavie Cardoli Colonna , Romaine , fa preaniére
femme.
>
>
Le 25. Louis-Guillaume -Victor de Marloup de
Charnaille Chevalier de l'Ordre Militaire de
S. Louis , Brigadier des armées du Roy , de la
Promotion du premier Février 1719. & auparavant
Colonel d'un Régiment d'Infanterie , qui fut reformé
après la paix d'Utrecht , en 1714. mourut à
Paris , âgé d'environ 60. ans , fans avoir été
marié. Il étoit fils d'un Préſident de la Chambre
des Comptes de Bourgogne & Breffe .
Le 26 Jean - Louis de Rieu , Comte du Fargis ;
ci devant Capitaine- Lieutenant de la Compagnie
des Chevau Legers de la Reine , & Chambellan
du feu Duc d'Orleans , Régent en France , mourut
à Paris , âgé d'environ 61. ans fans avoir été
I marié
178 MERCURE DE FRANCE
marié. Il étoit fils de Bernard del Rieu , depuis de
Rieu , Seigneur du Fargis , le Perray , Baron de
S. Michel de la Mefle , de Blanville , Confeiller-
Sécretaire du Roy , Maifon , Couronne deFrance ,
& de fes Finances , & Maître d'Hôtel ordinaire
de S. M. pendant 28. ans , mort le 19. Décembre
1702. âgé de 80. ans , & de Claude Magdeleine
Habert de Montmort , morte le 19. Avril 1713
âgée de 53. ans .
3
Le 30. Dame Henriette Geneviève Parent ,
femme de Meffire Eftienne - Claude d'Aligre ,
Comte de Marans , Seigneur de la Riviere , Vieux-
Château , Villemefle & de Boiflandry , Préfident
au Parlement de Paris , avec lequel elle avoit été
mariće le 30. Mai 1741. & dont elle étoit la ſeconde
femme , mourut à Paris fans laiffer d'enfans .
Elle étoit fille unique d'Armand - Louis Parent ,
Confeiller au même Parlement de Paris a la
Seconde Chambre des Enquêtes ; & de Dame
Barbe- Genevieve Bourdon . Voyez pour la Généas
logie de la Famille d'Aligre , l'une des plus illuftrées
de la Robe , l'Hiftoire des Grands Officiers
de la Couronne . Volume . VI . Article des Chanceliers
de France .
Antoine Lefchevin , Marchand Pelletier , demeurant
à Paris , dans la Paroiffe de S. Medard ,
y eft mort âgé de 102. ans & quelques mois.
Le 7. Janvier , François-Victor le Tonnellier-
Breteuil , Marquis de Fontenay- Trefigny en Brie,
Sire de Villebert , Baron de Boëtron , Seigneur des
Chapelles Breteüil , du Mefnil , de Chaffemartin ,
de Palaiſeau , &c. Miniftre & Sécretaiee d'Etat
du Département de la Guerre , Chancelier de la
Reine , Commandeur Prevôt & Maître des
Cérémonies des Ordres du Roy , mourut à Paris ,
dans la cinquante- feptiéme année de fon âge ,
étant
JAN VIE R. 1743 179
>
étant né le 7. Avril 1686. Il étoit fils de François
le Tonnellier- Breteuil Marquis de Fontenay-
Trefigny , dont il obtint l'Erection par Lettres du
mois de Février 1691. Maître des Requêtes ordinaire
de l'Hô e du Roy , puis Intendant des
Finances & Confeiller du Roy en fes Confeils d'Etat
& Privé , mort le 10. Mai 1705. âgé de 66 ans
& 8. mois , & de Dame Anne de Cafonne Courtebonne
, morte le 16 Mai 1737. M. de Breteuil
qui vient de mourir , avoit été marié le 23. Octobre
1714. avec Marie - Anne- Angelique Charpentier
d'unnery qu'il laiffe veuve & mere de Florent-
Victor le Tonnellier Breteuil né le 25. Novembre
1728. de Marie Anne- Julie le Tonnellier Breteuil
mariée le s . Juin 1741. avec Charles- Henri-Jules
de Clermont-Tonnerre Meftre de Camp d'un
Régiment de Cavalerie , & de Gabrielle- Rofalie le
Tonnellier Breteuil née le 28. Août 1725. La
Généalogie de la Famille de le Tonnellier , l'une
des premiéres de la Robe , fe trouve dans le Supplément
du Dictionnaire Hiftorique de Moreri de
la derniére Edition.
Le 12. D. Eugenie-Renée de Brion , femme de
Pierre Comte de Grammont d'une des premiéres
Maifons du Comté de Bourgogne , Meſtre de
Camp du Régiment de fon nom , avec lequel elle
avoit été mariée le 14. Mars 1735. mourut à Paris ,
âgée d'environ 26. ans . Elle étoit fille unique de
Marc Cirus de Brion , Seigneur de Hautefontaine
en Picardie , Meftre de Camp de Cavalerie , cidevant
Enfeigne de la Compagnie des Gendarmes
Dauphins , & de D. Renée- Magdeleine le Bel de
Valgenheufe , morte le 29. Juin 1738. La Famille
de Brion , connue depuis plus de 250. ans , eft
originaire de la Ville de Langres.

Le ... D. Marie - Anne- Magdeleine Foucquet de
I ij Belle-
N
30 MERCURE DE FRANCE
Belle-Ifle femme de Marc- Antoine Valon de
Mimeure , Baron de Montmain , avec lequel elle
avoit été mariée au mois Decembre 1713. mourut à
Dijon , âgée d'environ 58. ans étant née le 31 .
Octobre 1685. après avoir fait la Légataire uni
verfelle D. Marie- Magdeleine Foucquet fa foeur ,
veuve de Louis Marquis de la Vieuville. Cette
Dame étoit foeur de M. le Maréchal Duc de Belle-
Ifle , & de M. le Comte de Belle- Ife , Lieutenant
Géneral des armées du Roy , & Gouverneur de
Charlemont .
Meftre
Le 16. Louis le Gendre de Collande
de Camp du Régiment de Cavalerie de Berry,
mourut en Baviére , âgé de 24. ans. Il étoit fils de
feu Thomas le Gendre de Collande , Seigneur de
Gaillefontaine , Maréchal des camps & armées du
Roy , Commandeur de l'Ordre Royal & Militaire
de S. Louis , mort le premier Mai 1738. & de
Dame Marguerite- Catherine Magdeleine de Voyer
d'Argenfon , morte le 27. Novembre 1735 , foeur
de M. le Comte d'Argenfon , aujourd'hui Miniftre
& Sécretaire d'Etat du Département de la Guerre.
Le 21. Dame Geneviève- Françoile de Durfort ,
femme de Louis de Rouvroy , Duc de S. Simon ,
Pair de France , Vidame de Chartres , Chevalier
des Ordres du Roy , Grand d'Eſpagne de la Premiére
Claffe , Gouverneur de Blaye , Grand Bailly
& Gouverneur de Senlis , ci-devant Ambaffadeur
Extraordinaire de France en Eſpagne , avec lequel
elle avoit été mariée le 8. Avril 1695. mourut au
Château de la Ferté-Vidame , âgée de 65. ans ou
environ. Elle avoit été Dame d'Honneur de feuë
Madame la Ducheffe de Berry , & elle étoit fille
aînée de Guy Aldomer de Durfort , Duc de Lorges
, Maréchal de France , Chevalier des Ordres
du Roy , Capitaine des Gardes du Corps de Sa
Majeſte
JANVIER. * 1743.
Majefté, & Gouverneur de Lorraine & du Barrois
& de D. Geneviève deFremont d'Auneuil . Elle laiffe
pour enfans , 19. Jacques- Louis de Rouvroy , Du
de S. Simon , Pair de France, dit le Duc de Ruffeci
Chevalier de la Toifon d'or , Brigadier des armées
du Roy , né le 29. Juillet 1698. 2 °. Armand-Jean
de Rouvroy S. Simon , né le 12. Août 1699 .
Marquis de Ruffec , Grand d'Espagne de la Premiére
Clafle , Maréchal des camps & armées du
Roy. 3. Charlotte de Rouvroy S. Simon , née le
8. Septembre 1696. mariée le 16. Juin 1722. avec
Charles Louis - Antoine Galeas d'Alface Henin de
Boffu , Prince de Chimay & du S. Empire , Che
valier de l'Ordre de la Toifon d'or , Grand d'Efpagne
, & Lieutenant Géneral des armées du Roy
&c. Les Généalogies de la Maifon de Durfort
l'une des plus puiſſantes de Guyennes , & de celle de
Rouvroy S. Simon en Picardie , fe trouvent dans le
quatriémeVolume de l'Hiftoire des Grands Officiers
de la Couronne.
? -
Le même jour D. Antoinette Pauline de
Beauvillier S. Aignan , femme de Louis - Armand
de Seigliere , Comte de Soyecourt , Meftre de
Camp du Régiment Dauphin Etranger , avec leque
elle avoit été mariée le 28. Août 1736. mourut
au Château de S. Aignan , âgée de 21. ans ou
environ . Elle étoit fille de Paul - Hyppolite de
Beauvillier , Duc d S. Aignan , Pair de France
Chevalier des Ordres du Roy , Lieutenant General
de les armées , ci- devant Ambafladeur Extraordinaire
à Rome , &c. & de feuë D Marie- Geneviève
de Montlezun Befmaux . Voyez pour la Généalogie
de la Maiſon de Beauvillier ,le quatriémeVolume
de l'Hiftoire des Grands Officiers de la Couronne.
Le 27. François - Armand de la Croix , Marquis
de Caftries , Gouverneur des Ville & Citadelle de
I iij Mont182
MERCURE DE FRANCE
>
-
·
Montpellier, Lieutenant de Roy de la Province de
Languedoc , Officier dans le Régiment du Roy
Infanterie , mourut à Châlons fur Marne , dans
la dix hutiéime année de fon âge . Il étoit
fils aîné de feu Jofeph François de la Croix ,
Marquis de Caftries, Chevalier des Ordres du Roy,
Maréchal de fes camps & armées , Lieutenant pour
S. M. au Gouvernement de la Province de Languedoc
Gouverneur de la Ville & Citadelle de
Montpellier , &c. mort le 24. Juin 1728. & de
Dame Marie-Françoiſe de Levi , fa feconde femme,
morte la nuit du 1. au 2. Décembre 1728. & Neveu
de M. l'Archevêque d'Alby , l'un des Prélats
Commandeurs des Ordres du Roy. La Maiſon de
la Croix Caftries eft originaire de Languedoc , &
l'une des plus diftinguées de cette Province par
fon ancienneté, par fes alliances, par plufieurs Che
valiers des Ordres du Roy , & par plufieurs Prélats
qui en font fortis depuis long- tems.
Le 29. Louis-François de Rohan - Chabot , Vicomte
de Rohan , Meftre de Camp du Régiment
de Cavalerie de fon nom , mourut à Paris , âgé de
22. ans; il étoit frere puîné de M.le Duc de Roban ,
gendre de M. le Duc de Chaftillon & fils de feu M.
le Prince de Leon , Duc de Rohan , Pair de
France , & de feue Dame Françoiſe de Roquelaure.
Voyez pour la Généalogie de l'illuftre Maifon
de Chabor , l'Hiftoire des Grands Officiers de
Ja Couronne..
Le 10. Décembre , Achilles - Gabriel- François
Ifque , Vicomte d'Ifque , Marquis de Colemberg ,
en Boulonnois , Sous- Lieutenant dans le Régiment
des Gardes Françoifes , fils de feu Achilles
d'Ifque , Vicomte d'Ifque , & de Magdeleine de
Maulde , Marquife de Colemberg , fut marié dans
le
JANVIER. 1743 183
le Château d'Alembon avec Marie- Jeanne- Françoife
de Rouffé , Margaiſe d'Alembon , fille aînée.
& heritiere de Jean- Baptifte de Rouffé , Marquis
d'Alembon , Baron d'Ermelinghen , Commandant
pour le Roy à Dunkerque. Les noms d'Ifque &
de Rouffé font l'un & l'autre de la Nobleffe la
plus marquée de la Province de Picardie par leur
ancienneté & leurs alliances.
At t
ARRETS NOTABLES.
Deinescorporelles & afflictives contre les
ECLARATION du Roy , qui prononce des
Commis & Employés dans les Poftes qui feront
convaincus de prévarications . Donnée à Verſailles
le 25. Septembre 1742. Registrée en Parlement le
11. Octobre fuivant , dont voici la teneur.
-Louis par la grace de Dieu Roy de France & de
Navarre. &c. Le grand avantage que l'établiſ
fement des Poftes procure à notre Ronaume pour
la facilité & la promptitude du Commerce , a porté
les Rois nos prédeceffeurs , & Nous a engagé .
Nous-mêmes à protéger & à favorifer cet établiffement
par les Edits & Déclarations qui en ont réglé ,
la régie & l'adminiſtration : mais il Nous a été repréſenté
, qu'il n'y avoit eû aucune loi qui eût fixé
le genre & le degré de la peine que méritent ceux
qui font convaincus d'une infidelité criminelle dans
P'exercice des emplois ou fonctions , dont le principal
objet eft de veiller à la fûreté & à la diſtribution
exacte de Lettres ou Paquets qui leur font
confiés I iuj
184 MERCURE DE FRANCE
confiés ; Nous fçavons même que c'eſt le défaut
d'une loi fi néceffaire qui a jetté les Juges dans
l'incertitude , fur la comdamnation qu'ils devoient
prononcer contre des Commis ou Employés dans
les Poftes , qui avoient intercepté des Lettres ou
Paquets pour s'approprier des effets qu'ils foupçonnoient
Y. être renfermés , où qui s'étoient laiflés
corrompre pour les livrer à d'autres que ceux à qui
ils devoient être remis : Et comme le violement
d'un dépôt fi important , & qui peut être regardé
comme devenu néceſſaire au Public , eft une prévarication
qui mérite d'être comparée au crime de
ceux qui divertiffent les deniers publics dont ils
font dépofitaires , ou dont ils ont le maniement , il
nous a paru jufte de mettre les Juges en état d'appliquer
aux uns la peine de mort , qui a été établie
par differentes Loix contre les autres , afin de reprimer
au moins par la crainte du dernier fupplice,
ceux qui feroient coupables d'une espece de trahifon
, à laquelle la fortune & l'honneur même de
nos Sujets peuvent être intéreffés. A ces caufes &
autres confidérations à ce Nous mouvantes , de l'avis
de notre Confeil , & de notre certaine fcience ,
pleine puiffance & autorité Royale , Nous avons
par notre préfente Déclaration , dit , ftatué & ordonné
, difons , ftatuons & ordonnons , voulons &
Nous plaît , que tous les Couriers , Commis , Facteurs
, Diſtributeurs ou autres Employés dans
l'Apport ou dans la Diftribution des Lettres ou Paquets
envoyés par la Pofte , qui feront convaincus
de prévarications ou de larcin commis pour eux
ou pour d'autres , en interceptant & décachetant
frauduleufement des Lettres , ou Paquets , pour
prendre les Billets , Lettres de Change , Lettres
d'avis, Quittances ou autres Effets renfermés dans lef-
>
dites
JANVIE R. 1743 . 185
acdites
Lettres ou Paquets , & recevoir eux - mêmes , en
argent ou en marchandiſes, la valeur defdits Effets .
tifs, ou la faire recevoir par d'autres que par ceux à qui
ils appartiennent , ou fupprimer lefdits Billets , Lettres
de Change , Lettres d'avis , Quittances ou autres
Effets , foient condamnés à la peine de mort ; & à
l'égard de ceux qui auroient feulement intercepté
ou fouftrait , ouvert ou décacheté lefdits Paquets ,
& retenû ou détourné les Effets qui y étoient renfermés
, fans êrre cependant convaincus d'en avoir
abufé pour eux ou pour d'autres , fuivant ce qui a
été dit ci - deffus , Voulons qu'ils foient condamnés
à la peine des Galeres , à tems ou à perpétuité , ow
à celle du banniffement , ou du blâme , felon la
difference des cas & des circonftances. &c.
ORDONNANCE du Roy , du premier Novembre,
pour proroger pendant un an , & étendre à toutes
les Troupes , la furféance portée par celle du premier
Novembre 1741. à la délivrance des Congés
d'ancienneté.
ARREST du 18. Décembre , qui proroge pen
dant le courant de l'année 1743. la modération des
droits de Marc d'or , d'enregistrement chés les Gar
des des rôles , fceau , & autres frais de provifions
des Offices vacans , ou autres réputés tels , qui fe
ront expédiés aux Revenus cafuels.
ORDONNANCE du Roy , du 24 pour aug
menter de hommes chacune des trente
quatorze
Compagnies ordinaires du Régiment des Gardes
Françoiſes.
AUTRE du 26. pour lever cinq Compagnies
Fran
186 MERCURE DE FRANCE
Franches , dont quatre de cent Fufiliers chacune
& une de Dragons , du même nombre de ceat , dont
voici la teneur.
Sa Majefté jugeant du bien de fon fervice , de faire
lever quatre nouvelles Compagnies Franches
d'Infanterie , & une de Dragons , a ordonné &
ordonne.
ART . I. Qu'il fera inceffamment levé quatre
Compagnies de cent hommes chacune , comman
dées par les Officiers que Sa Majesté nommera.
II. Lefdites quatre Compagnies feront levées & affemblées
au plûtôt , fuivant les ordres qui feront
expédiés aux Capitaines desdites Compagnies
moyennant la fomme de çent livres que Sa Majesté
fera délivrer pour la levée , habillement & armement
de chaque Fufilier.
-III Chacune de ces quatre Compagnies de Fafliers
fera compofée du Capitaine en pied , d'un
Capitaine réformé , deux Lieutenans en pied , deux
Lieutenans réformés , quatre Sergens , fix Caperaux
, fix Anfpeffades , & de quatre - vingt quatre
Fufiliers , compris deux Tambours ; & payées ,
fçavoir , le Capitaine , à raifon de cinq livres par
jour , le Capitaine réformé trente fols , à chacun
des deux Lieutenans vingt ſept fols huit deniers , à
chacun des deux Lieutenans réformés ſeize fols
huit deniers , à chacun des quatre Sergens onze
fols , à chacun des fix Caporaux neuf fols fix deniers
, à chacun des fix Anfpeffades fept fols fix
deniers , & à chacun des quatre vingt- deux Fufiliers
& deux Tambours cinq fois fix deniers , le
Capitaine recevra en outre fix payes de gratification
, de cinq fóls fix deniers chacune , la Compagnie
étant compofée de quatre-vingt- quinze hommes
& au-deffus jufqu'à cent , les Officiers non
compris
JANVIER. 1743. 1:87
compris quatre defdites payes depuis quatrevingt-
dix jufqu'à quatre- vingt- quatorze , deux fen
lement depuis quatre-vingt jufqu'à quatre- vinge
neuf , & rien au- deflous dudit nombre de quatre-
Vingt .
IV . La Compagnie de cent Dragons fera pareil
lement levée & affemblée le plûtôt que faire fe
pourra , fuivant les ordres expédiés au Capitaine ,
moyennant la fomme de trois cent cinquante livres
pour chaque Dragon monté , équipé , armé &
habillé .
<>
V. Ladite Compagnie fera compofée duCapitaine
en pied , d'un Capitaine réformé , d'un premier
Lieutenant , d'un fecond Lieutenant , deux Lieutenans
réformés deux Maréchaux des Logis
quatre Brigadiers & de quatre- vingt- feize Dra
gons , compris deux Tambours ; & payée , fçavoir
, le Capitaine à raison de cinq livres pas
jour , quarante- cinq fols au Capitaine réformé ,
quarante fols au premier Lieutenant , trente - trois
fols quatre deniers au fecond Lieutenant , vingtcinq
fols à chacun des deux Lieutenans réformés ,
vingt fols à chacun des deux Maréchaux des Logis,
fept fols fix deniers à chacun des quatre Brigadiers
& fix fols fix deniers à chacun des quatrevingt
- quatorze Dragons & aux deux Tambours.
Y
VI. Outre la folde ci - deflus , il fera payé vingt
deniers par jour pour chaque Sergent & dix deniers
pour chaque Soldat , Brigadier , Dragon & Tambour
, qui compoſeront une maffe toujours complette
, deftinée à l'habillement defdites Compagnies
, laquelle féra délivrée fur la main levée du
Directeur ou Infpecteur Géneral.
VII. Lefdites Compagnies entreront en appointemens
pour les Officiers , & en folde pour les
1 vj Sergens,
188 MERCURE DE FRANCE
Sergens , Caporaux , Anfpeffades , Soldats , Bri-,
gadiers , Dragons & Tambours , à commencer du
jour qu'il arrivera aux quartiers qui leur feront
affignés vingt Fufliers par Compagnie , & pour
celle de Dragons , lorsqu'il y en aura vingt à pied
où dix à cheval , & qu'ils auront été reçûs &
agrées par les Commiffaires des guerres , & pallés
en revûë .
Il commencera auffi à être fait fonds de la maſſe
far le pied complet , du jour que les Compagniesauront
paffé aux revues des Commiffaires des
guerres , au nombre de cent hommes chacune .
Moyennant le traitement ci- deffus , Sa Majefté ens
tend que lefdites Compagnies foient complettes &
de tout point en état de fervir , au premier.Marst
de l'année prochaine &c...
AUTRE du 28. pour mettre à quarante- un
Dragons montés , les Compagnies des Régimens
de Dragons reftées à trente- cinq hommes.
de
EDIT DU ROY , qui augmente la finance
des Offices de Payeurs & de Contrôleurs des Réntes
de l'Hôtel de Ville de Paris , & leurs
gages , taxations
& droit d'exercice. Les maintient & confir
me dans l'exemption , du Dixiéme . Dans le droit
payer & de contrôler toutes les Remes créées
& celles qui pourroient l'être à l'avenir , fous quel
que dénomination qu'elles puiffent être , & affignées
fur les revenus de l'Etat , & qui porte que
Je nombre des parties de Rentes établies fur ledit
Hôtel de Ville , demeurera fixé à cinquante.
Donné à Versailles au mois de Janvier 1743-
Regiftré en la Chambre des Comptes , le 22. dudit
mois.
EDIT
JANVIER
189. 1743
EDIT
>
,
DU ROY pour l'établiffement
d'une Loterie Royale & création de Rentes
tant Viageres qu'en forme de Tontine . Donné à
Verfailles au mois de Janvier 1743. Regiftré en
Parlement le 25. du même mois , dont voici la
teneur :
Louis , par la grace de Dieu , Roy de France &
de Navarre
, &c . Ayant été informés
que plufieurs
de nos fujets qui ont des fonds à placer , fouhaiteroient
qu'il Nous plût de faire quelque
nouvelle
création
, ou de Tontine
, ou de Rentes viageres
,
ou de Loterie, Nous avons agréé un plan qui Nous
a été préſenté
, dans lequel ces trois objets fe
trouvent
raffemblés
. A ces caufes , & autres à ce
Nous mouvant
, Nous avons par le préfent Edic
perpétuel
& irrévocable
, dit , ftatué & ordonné
, “
difons , ftatuons
& ordonnons
, voulons
& Nous
plaît ce qui fuit :
ART. I. Il fera inceffamment ouvert en notre
Tréfor Royal une Loterie , dont nous avons fixé
& fixons le fonds à neuf millions de livres .
>
II. Ladite Loterie fera compofée de trente mille
billets de trois cent livres chacun dont cent
cinquante livres feront payées en prenant chaque
billet , & il fera fait crédit des autres cent cinquante
livres jnfqu'après le tirage , en la maniére
qui fera ci - après expliquée.
III. Il y aura dans ladite Loterie neuf mille
lots , dont quatre mille en deniers comptans ,
fçavoir , un de cent mille livres , un de cinquante
mille livres , deux de trente mille livres chacun ,
quatre de vingt mille livres chacun , fept de quinze
mille livres chacun , dix de dix mille livres chacun,
vingt de cinq mille livres chacun , trente de trois
mille livres chacun , quarante de deux mille livres
chacun
190 MERCURE DE FRANCE
'
chacun , deux cent trente- cinq de mille livres
chacun , trois cent de huit cent livres chacun
buit cent cinquante de fix cent livres chacun , &
deux mille cinq cent de cinq cent liv . chacun : Et
cinq mille lots en Rentes purement viageres , fçavoir
, un de quatre mille liv . un de trois mille liv.
un de deux mille livres , deux de mille livres cha➡
cun , cinq de neuf cent livres chacun , dix de huis
cent livres chacun , quinze de cinq cent livres
chacun , vingt-cinq de trois cent livres chacun ,
quarante de deux cent livres chacun , cinquante de
cent livres chacun , cent de quatre-vingt livres
chacun , cent cinquante de foixante - dix livres
chacun , deux cent de foixante livres chacun ,
quatre cent de cinquante livres chacun , mille de
quarante livres chacun , & trois mille de trentefix
livres chacun : Et les vingt- un mille billet's
auxquels il ne fera point échû de lot , auront cha
cun quinze livres de Rente viagere en forme de
Tontine , avec accroiffement .
IV. Ladite Loterie fera tirée le 27. Mai prochain
& jours confécutifs , en préfence & fous les
ordres des Prevêt des Marchands & Echevins de
la Ville de Paris , dans la Grande Salle de l'Hôtel
de Ville , avec les formalités ordinaires.
V. Les Billets feront délivrés au Public par tous
les Notaires du Châtelet de ladite Ville , que Nous
avons commis & commettons à cet effet.
VI. Il fera formé cent vingt Regiſtres de deux
eent cinquante numeros chacun pour lefdits Billets ,
lefquels Regiftres feront cottés & paraphes par le
Prevôt des Marchands , ou par l'un des Echevins ,
pour être enfuite remplis par les Notaires , des
noms , mots ou devifes que chaque particulier
choifira ; & feront leidits Regiftres délivrés auxdits
JANVIER. 17430
dits Notaires par le Garde de notre Trefor Royal ,"
auquel ils remettront chaque femaine , les fonds
qu'ils auront reçûs , dont il leur fera fourni quit➡
tance par ledit Garde de notre Trefor Royal , qui
s'en chargerá en recette à notre profit : au moyen
de quoi , ne feront lefdits Notaires tenus de rendre
aucun compte de leur maniement , autrement que
par bref état , audit Garde de notre Trefor Royal ,
auquel , lors dudit compte , ils remettront les
Regiftres de leur recette .
VII . Tous les Billets feront après le tirage ,
vifés par
chacun des Notaires qui les auront fignés
& il fera fait mention far lefdits Billets , du fort
qui leur ſera échû , après quoi , ils feront rappor
tés au Garde de notre Trefor Royal , qui acquit
tera fur le champ les lots payables en argent , en
déduifant fur iceux les cent cinquante livres pour
le crédit du fecond payement du Billet , conformément
à l'Article II . du préfent Edit ; & les mê
mes cent cinquante livres de crédit feront payées
audit Garde de notre Trefor Royal , par les autres
porteurs des Billets auxquels il fera échû des
lots en Rentes purement viageres , ou auxquels il
reviendra des Rentes en forme de Tontine. Et pour
parvenir à la conftitution desdites Rentes , le Garde
de notre Trefor Royal fournira aux porteurs
qui lui remettront lefdits Billets , fes reconnoiffan
ces pour chaque Billet féparément , ou pour plu
fieurs enſemble , au choix defdits porteurs ; lef
quelles réconnoiffances contiendi ont les numeros
& fommes portées auxdits Billets , ainfi que les
Rentes qu'ils devront produire , & tiendront lieu
de quittances de Finance .
VIII . Lefdites reconnoiffances feront enregiftrées
au Contrôle géneral de nos Finances , & il
fera
192 MERCURE DE FRANCE
fera enfuite paflé fur icelles , des Contrats de
conftitution au profit des y dénommés , par leídits
Prevôt des Marchands & Echevins ; & après la
converfion totale , lefdits Billets feront remis à
ceux qui les auront fignés , lors du compte qu'ils.
rendront audit Garde de notre Trefor Royal
conformément à l'Article VI . de notre préfent
Edit : au moyen de quoi il ne fera recette du '
montant defdites reconnoiffances , que par adver.
tatur feulement , dans l'état áu vrai & compte
qu'il rendra de fon exercice de la préfente année.
IX. Ledit Garde de notre Tréfor Royal fera tenu
de fe charger en recette à notre profit , dans ledit
état au vrai & compte , du montant de la recette,
du fecond payement defdites cent cinquante livres,
ainfi que du premier qui aura été fait entre les
mains defdits Notaires , conformément à l'Article
VI. de notre préfent Edit , laquelle recette Y fera
admife purement & fimplement , en vertu dudit.
Edit , & relativement aux Regiftres des Notaires.
X. Pour l'exécution de ce qui eft contenu aux
Articles précedens , Nous avons créée & créons,
deux cent cinquante mille livres de rentes purement
viageres , & trois cent quinze mille livres de rentes
viageres en forme de Tontine avec accroiffement
que nous avons affignées & affignons fur nos droits
d'Aides & Gabelles & cinq groffes Fermes , lefquels
nous avons par privilege , & même par préference
à la partie de notre Tréfor Royal , affectés
obligés & hypotequés au payement defdites rentes
; Voulons
que lesdites
Rentes
foient
inceffamment
vendues
& alienées
auxdits
Prévôt
des Marchands
& Echevins
, par les Commiffaires
de notre
Confeil
qui feront par nous à ce députés.
XI. Les conftitutions particulieres defdites Rentes
JANVIER 1743 193
res feront faites fans frais , par tels Notaires que les
Porteurs des Billets voudront choiſir , & il fera par
nous pourvû auxdits Notaires d'un falaire raifonnable
.
XI I. Les trois cent quinze mille livres de Rentes
viageres en forme de Tontine avec accroiffement
, feront partagées en quinze claffes de vingtun
mille livres chacune , & chaque claffe fera fubdivifée
en fept portions de trois mille livres de Ren.
tes chacune ; la premiere claffe , des enfans depuis
un an juſqu'à cinq ans accomplis , la deuxième de
puis cinq ans jufqu'à dix ans accomplis , la troifiéme
depuis dix ans jufqu'à quinze ans accomplis ,
la quatriéme depuis quinze ans jufqu'à vingt ans accomplis
, la cinquiéme depuis vingt ans jufqu'à
vingt-cinq ans accomplis , la fixiéme depuis vingtcinq
ans juſqu'à trente ans accomplis , la feptiéme
depuis trente ans jufqu'à trente- cinq ans accomplis ,
la huitiéme depuis trente-cinq ans jufqu'à quarante
ans accomplis , la neuviéme depuis quarante ans
jufqu'à quarante- cinq ans accomplis , la dixième
depuis quarante- cinq ans jufqu'à cinquante ans
accomplis , la onzième depuis cinquante ans jufqu'à
cinquante-cinq ans accomplis , la douzième
depuis cinquante - cinq ans jufqu'à foixante ans accomplis
, la treiziéme depuis foixante ans jufqu'à
foixante-cinq ans accomplis , la quatorziéme depuis
foixante- cinq ans jufqu'à foixante - dix ans accomplis
, & la quinziéme & derniere depuis foixantedix
ans & au- deflus ; & à cet effet ceux fur la tête
defquels lefdites Rentes feront conftituées , feront
tenus de juftifier de leur âge , en rapportant leur
Extrait Baptiftaire ou autres actes équipolens , en
la maniere pratiquée pour les deux dernieres Ton
tines.
XIII.
294 MERCURE DE FRANCE
XIII. Après le décès de chacun de ceux fur la
tête defquels lefdites Rentes viageres en forme de
Tontine auront été conftituées , la moitié de chaque
partie defdites Rentes demeurera éteinte à
notre profit , & l'autre moitié , ainfi que les accroiffemens
qui feront furvenus à chaque Rentier
appartiendra par accroiffement aux Rentiers furvivans
de leur fubdivifion ; lequel accroiffement fera
diftribué & réparti entre eux d'année en année ,
jufqu'au dernier mourant de chaque ſubdiviſion
qui jouira feul de quinze cent livres pour moitié
du montant de la Rente de trois mille livres affectée
à chacune defdites fubdivifions , lefquelles ne
feront entierement éteintes & amorties à notre pro
fit qu'après le décès du dernier Rentier d'icelles.
XIV. S'il arrivoit que quelqu'un des Porteurs
defdits Billets fe fit comprendre fur un faux Certificat
, ou par une fuppofition de nom , dans une
claffe plus avancée en âge que celle où il doit être,
voulons que la moitié de la Rente qui lui aura été
conftituée , demeure éteinte à notre profit , &
que l'autre moitié , enſemble les accroiflemens qui
Jui feront furvenus , appartiennent par droit d'ac
croiffement autres Rentiers de la fubdivifion dans
laquelle il fe feroit fait infcrire indûment , même
qu'il foit procedé contre lui comme fauffaire , fuivant
la rigueur des Ordonnances. Permettonsn éanmoins
aux Rentiers de faire réformer lors de la
paffation des Contrats , les erreurs qui pourroient
s'être gliffées à ce fujet dans les Reconnoiflances
dudit Garde de notre Tréfor Royal .
XV. Les arrérages de toutes les Rentes créées
par le préfent Edit , ne pourront être faifis fous
quelque prétexte & pour quelque caufe que ce foit,
Pas même pour nos propres deniers & affaires.
XVI.
JANVIER. 195 1743
XVI. Ceux à qui il fera échû des Lots en Rentes
viageres , pourront les conftituer en tel nombre de
de parties , au profit & fous tels noms qu'ils jugeront
à propos , fans néanmoins qu'il puiffe fe trouver
des fractions de fols & de deniers dans aucune
defdites parties , ni que chacune d'icelles puiffe être
moindre de trente fix livres , pour en jouir par ceux
ou par ceux qu'ils défigneront , leur vie durant feu
lement , après quoi lesdites Rentes demeureront
éteintes à notre profit , mais les arrétages jufqu'au
jour du décès de chacun des Rentiers , feront payés
à leurs veuves , enfans , héritiers ou ayans caufe ,
ce qui fera pareillement obfervé pour les arrérages
& accreiffemens de la Tontine.
XVII. Les Etrangers non naturalifés , même ceux
qui feront demeurans hors de notre Royaume, Pays,
Terres & Seigneuries de notre obéillance , pourront
prendre des Billets de ladite Loterie , & poffe
der les Rentes créés par le préfent Edit,ainfi que nos
propres Sujets, & ils jouiront defdites Rentes avec
tous les privileges qui leur ont été accordés pour
les autres Rentes qu'ils ont fur ledit Hôtel de
Ville , par l'Edit du mois de Decembre 1674. &
autres fubfequens.
XVIII. Les porteurs des Billes auxquels il fera
échû des lots en argent , feront tenus de les recevoir
dans le courant de l'année , à compter du jour,
du tirage: & ceux à qui il appartiendra des Rentes,
foit viageres , foit de Tontine , feront tenus d'en retirer
les reconnoiffances du Garde de notre Tréfor
Royal , avant le premier jour du mois d'Octobre
prochain.
XIX . La jouiffance de toutes les Rentes créées par
le préfent Edit , commencera du premier Avril proshain
, & les arrérages en feront payés en l'Hôtel
de
197 MERCURE DE FRANCE
de Ville , par les Payeurs des Rentes dudit Hotel
de Ville , de fix en fix mois , en la même forme
maniere que les autres Rentes de même nature , &
conformément aux différens Réglemens qui ont
été faits pour la police defdites Rentes , tant viageres
que de Tontine , & notamment par nos Déclarations
des 27. Décembre 1727. & 23. Juillet
1737.
"

XX. S'il furvenoit quelque conteftation au fujet
defdits Billets de Loterie , ou par rapport au payement
des arrérages defdites Rentes , la conoiffance
en appartiendra auxdits Prévôt des Marchands &
Echevins , auxquels nous en attribuons toute Cour
Jurifdiction & connoiffance , pour être lesdites conteftations
décidées fommairement & fans frais en
premiere inftance , & par appel en notre Cour de
Parlement ; nonobftant & fans préjudice duquel appel
, les jugemens rendus par lefdits Prévôt des
Marchands & Echevins , feront exécutés par previkion.
&c.
TABLE
TABL E.
Catalogue desMercures depuis Juin 172x , Privilége
Lifte des Libraires qui débitent le Mercure.
Avertiffement qu'on doit lire.
PIECES FUGITIVES . Epitre à M. P **
par M. d'Arnaud , I
Diflertation fur la nature de la Raiſon & du Raifonnement
,
23
Epitre écrite de la Campagne , à M. G ***
45
Réponse à une Queftion propofée dans le Mercure
d'Octobre dernier ,
Stances fur les Vifites & les Complimens du nouvel
An ,
52%
Queſtion importante , jugée au Parlement de Paris
,
55
Epitre à Mlle *** pour Mile *** le premier jour de l'An ,
69
Lettre de M. Greffet à M. Boule , au fujet d'une
Ode ,
Paraphrafe fur deux Vers Latins
Extrait de Lettre de M.
R. P. Texte ,
Bouquet à M. B * *
...
,
71
72
au fujet d'un Ecrit du
73
77
Lettre de M. M.. au fujet d'une Devile deJean
de Montagu ,
• ·
Le Télefcope profcrit à Cythere ,
78
181
Lettre écrite au fujet du Mémoire fur la Fête des
Foux ,
Vers , Bouquet ,
Difcours fur l'Efprit & la Science ,
87
199
91
98
Queftion
L'Inconftance Raifonnable à Mad. la M. de C ..
Queftion de Droit Féodal , Extrait d'une Lettre de
la Haute Normandie , 100
Le Carquois de l'Amour , Fable Allégorique à
Mlle Gauffin , 101
Lettre du R. P. Boudet , fur un Manufcrit Latin de
l'Imitation de J. C.
Origine de la Lune de Landernaux
Enigme , Logogryphe , & c .
103
Conte ,
III
114
NOUVELLES LITTERAIRES , DES BEAUX ARTS, & C.
Hiftoire des Cérémonies , Moeurs & Coûtumes Ret
ligieufes , &c .
Traité des Sens par M. le Cat ,
116 .
117
Relation de ce qui s'eft paffé à Maroc depuis
1727. ibid.
Ordonnances des Rois de Frances , fixiéme Volume
,
ibid.
Traité Sinthétique , ou Elemens de Géométrie ,
Traité de l'Epilepfie , fes caufes , &c.
Mémoires inftructifs fur les Vers à Soye ,
Recueil des Actes du Clergé de France .
118
ibid.
ibid.
ibid.
119
ibid,
121
Quatre Brochures au fujet des Mathématiques ,
Traité de la Police , Tome IV .
La Méchanique Génerale , &c.
Hiftoire Critique de l'Etabliffement de la Monarchie
Françoife dans les Gaules ,
Hiftoire des quatre Gordiens ,
Animadverfiones ad Nic. & c.
Guerre de 1660 .
ibid.
ibid.
122
Les Interêts de l'Angleterre mal entendus dans la
Hiftoire de la Ligue de Cambray ,
Reflexions Critiques fut la Poësie & la Peinture ,
Bibliothéque des Auteurs de Bourgogne ,
ibid.
ibid.
ibid.
ibid
Les
1
Les Avantures de la Belle Grecque , traduites de
l'Anglois , &c. 123
Etrennes & autres Poëfies d'une Muſe Bretonne ,
ibid,
Le Sanfonnet Fugitif , à la jeune Cloris , Epitre
Allégorique ,
125
Avis au fujet du Recueil d'Estampes d'après les plus
-"beaux Tableaux , & c.
Infcription trouvée à Rome ,
133
138
Les Annales du Pontificat de Grégoire XIII. 140
Programme publié à Florence , 141
Prix d'Eloquence & de Poëfie , pour l'année 1743 ,
Académie des Sciences de Dijon ,
143
145
Jettons frappés pour le premier jour de Janvier
* 1737 .
Eftampes nouvelles ,
147
148
Eftampes Coloriées , ou Tableaux imprimés , chés
le feur Gautier ,
Portrait de M. l'Abbé de Pontbriant ,
149
150
Carte des Pays- Bas , chés le fieur le Rouge , 151
Le fieur Denielle , Remedes pour guérir la Lepre ,
& c .
>
ibid.
La veuve Bailly , pour les Savonnettes de pure
Air ,
Spectacles ,
crême de Savon , 154
ibid.
155
Nouvelles Etrangeres , Ruffie , IST
Suede ,
158
Allemagne ,
159
Italie ,
160
Espagne ,
161
Gennes & Ifle de Corfe ,
164
Grande Bretagne ,
ibid.
6
Morts des Pays Etrangers ,
France, Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
167
168
Comédie
Comédies repréfentées à la Cour ,
173
Concerts chés la Reine ,
174
Mort du Cardinal Fleury ,
175
176
177
1183
Epitaphe du même Cardinal ,
Morts & Mariage ,'
Arrêts notables ,
Errata du fecond Volume de Decembre.
P Age 2772. ligne. 2. du bas , dans une Note ; l'un ne vaut que l'autre, lifez , l'un vaut l'autre,
P. 2805. l. 5. du bas , mis , l. fis.
P. 2835. 1. 26. Dom Innocent le Maffon , 1. Dom
Etienne Richard .
P. 2836. l . 7. Intendant , &c. i, Gouverneur &
Lieutenant Géneral pour le Roy à S. Domingue,
P.. 2837. l. 5. de , l. des.
P. 2876. l: 12. & 13. feulemement , l. feulement.
P. 2877. l. du bas , un , l . une. 4..
P. 2884. 1. 13. & 14. boneheur , 1. bonheur.
P. 2886. 1. 3. conjecture , l. conjoncture .
P. 2916.1.3 du bas , Sidoni , 1. Sidonie .
Fautes à corriger dans ce Livre.
PAge 35. ligne 22. abftraite , tifex , extraite, P. 83. 1. 14. à le ,ôtez ces mots .
P. 88 1, 16. le Moine , ajoûtez à Paris
Ibid. 1. 17. élfoient , 7. élifoient.
P. 100 l. 3. du bas , continence , l. contenance ,
Les Tettons gravés doivent regarder la page
La Chanson notée , la page
147
854
MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ
AU
ROT.
FEVRIER. 1743 .
UE
COALCITY
SPARC
Chés
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER
ruë S. Jacques .
La Veuve PISSOT , Quai de Conty ,
à la descente du Pont- Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais ,
M. DCC. XLIII .
Avec Aprobation & Privilege du Roys
A VIS.
Li
'ADRESSE génerale eft à Monfieur
MOREAU , Commis au Mercure , visà-
vis la Comédie Françoife , à Paris. Ceux
qui pour leur commodité voudront remetire
leurs Paquets cachetés aux Libraires qui vendent
le Mercure , à Paris , peuvent se fervir
de cette voye pour les faire tenir.
On prie très- inftamment , quand on adreffe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous le
déplaifir de les rebuter , & à ceux qui les envoyent
, celui , non celui , non feulement de né ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de les
perdre , s'ils n'en ont pas gardé de copie.
Les Libraires des Provinces des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de la premiere
main, & plus promptement , n'auront qu'à
donner leurs adreffes à M. Moreau , qui aura
foin de faire leurs Paquetsfans perte de tems,
& de les faire porter fur l'heure à la Pofte, on
aux Meffageries qu'on lui indiquera.
PRIX XXX. SOLS
MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ AV
ROY.
FEVRIER 1743.
***********************
PIECES
FUGITIVES;
en Vers et en Prose.
IMITATION de la VII. Epitre du
premier Livre d'Horace : Quinque dies, &c.
J
E ne devois refter aux Champs , je
le confeffe ,
Que cinq jours tout au plus, &, malgré
ma promeffe ,
Pendant tout le mois d'Août je me fuis abfenté.
Mais , fi réellement vous aimez ma ſanté ,
A qui craint , dans un tems en chaleurs fi fertile ;
De devenir malade en habitant la Ville
A ij Cher
200 MERCURE DE FRANCE
Cher Mécène , daignez accorder un pardon ,
Que de vous il obtient , lorſqu'il l'eft tout de bon.
Pardonnez fi je crains de quitter la Campagne ,
Quand l'Automne & l'effain de maux qui l'accompagne
,
Vent du fombre trépas répandant les horreurs ,
Tailler de la befogne à tous les Enterreurs ;
Quand du chaud exceffif les effets ordinaires
Font pour leurs chers enfans trembler peres &
meres ;
Quand la fiévre , qui fuit trop d'affiduité
A remplir les devoirs de la Societé ,
A remplir les devoir de la Magiftrature ,
De tant de Teſtamens va caufer l'ouverture.
Je dis plus , car s'il vient un trop fâcheux Hyver,
Votre Poëte ira fur le bord de la Mer ,
Jouir d'un Ciel plus doux , ſe tenir fur fes gardes ;
Se fourrer prudemment de fes meilleures hardes ,
Et ne vous reverra, fous votre bon plaifir ,
Qu'au retour de Progné, de Flore & du Zéphir.
En me comblant de biens, Protecteur magnifique
Vous n'avez point ſuivi la façon du Ruftique,
Lorfqu'il prefle fon hôte en hôte peu difert ,
De ne pas épargner les poires qu'il lui fert.
>> Mangez donc de ces fruits , dit- il , je vous con
jure ....
C'eft fait , je fuis content .... Eft- il vrai ? .
Chole fûre .....
» El
FEVRIER: 201
1743 .

Eh bien ,mon hôte, eh bien, ce feront dés préfens,
Qui ne déplairont pas à vos petits enfans.
>> Choififlez , emportez ; vous en êtes le maître ....
as Vous me rendez confus plus qu'on ne fçauroit
l'être ;
» Mais, mon cher, je vous fuis tout autant obligé,
» Que fi de tous vos fruits je m'en allois chargé ,
» Et je vous remercie, en un mot comme en mille...
Comme il vous plaira donc , reprend notre im
bécille ;
35 Puifque je vous les offre en vain , cela fuffit ;
Les Pourceaux en feront aujourd'hui leur profit .
Telle eft de plus d'un fat l'incivile bêtife . ;
Il est prêt de donner ce qu'il haït & méprife ;
Mais fa façon d'agir , dans un femblable cas
Eft un champ de tout tems fort,fertile en ingrats ;
L'honnête homme , le fage avec plaifir affigne
Tout ce qu'il peut avoir à quiconque en eft digne;
Et pourtant, lorfqu'il donne, a les yeux affés bons ,
Pour ne pas ignorer la valeur de fes dons..
A cet égard auffi m'occupai- je fans ceffe
Du foin de contenter votre délicateſſe ,
En tâchant de me rendre, au gré de mes fouhaits ;
Digne de votre eftime & de tous vos bienfaits .
Mais fi vous prétendez, dans votre ardeur preffante,
Qu'affidu Courtiſan , jamais je ne m'abſente ,
Rendez-moi donc ie teint, la grace, l'enjoûment,
1 iij L'em262
MERCURE DE FRANCE
L'embonpoint , la vigueur > l'heureux tempéra⇒
ment ,
Le rire gracieux , Pagréable langage ,
Les cheveux noirs , que j'eus à la fleur de mon âge.
Dans une manne à Bled , certain petit Renard ,
Moyennant certain trou , fçut entrer par hazard ,
Mais n'en pouvant fortir , quelque effort qu'il pû
faire ,
Vû qu'il s'étoit rendu tout rond de bonne chere ;
La Belette , qui vit de loin ſon embarras ,
Lui cria : » Si tu veux te tirer de ce pas ,
» Il faut jeûner ; c'en eft le feul moyen folide
" Vuide l'on peut fortir par où l'on entra vuide,
Si je dois m'appliquer ceci de bout en bout ,
Eh bien , foit fait. Mon coeur confent de rendre
tout.
Le doux fommeil du peuple a feul droit de me
plaire. ,
Et ce n'eft point ici le difcours peu fincere
D'un faux Stoïque, riche & faoul de chapons gras.
Non , cher Mécéne , non ; je ne troquerois pas
La liberté , qui fait le charme de ma vie ,
Contre tous les tréfors de l'heureuſe Arabie.
Je parle à coeur ouvert ; n'en doutez nullement.
Mille fois votre bouche a daigné hautement
Louer ma retenue ; & , par reconnoiffance ,
A mon tour , j'ai loüé votre munificence :
Abfent comme préfent , vous recevez de moi
Les
FEVRIER. 17437 203
Les titres mérités & de Pere & de Roi.
Il ne tiendra qu'à vous d'éprouver & d'apprendre
Si ce que j'ai reçû je fuis prêt de le rendre.
Du plus prudent des Grecs l'illuftre & digne
Fils ,
Télémaque, parla fort jufte , à mon avis ,
Quand jadis , infenfible à des offres fplendides ,
Il fit cette réponse au puîné des Atrides :
»Notre Ithaque , Seigneur , n'eft point propre
nourrir
Les Courfiers qu'il vous plaît aujourd'hui de
m'offrir.
» Un Païs , dépourvû de plaines & d'herbages ,
Ne pourroit en tirer aucuns vrais avantages.
Je vous laifle vos dons , puiſqu'en effet , grand
Roi ,
» Ils fçauront beaucoup mieux vous convenir qu'à
moi.
Se contenter de peu fied bien à petit homme .
Ce n'est plus la fuperbe & faftucuſe Rome
Qui me plaît aujourd'hui ; c'eft Tarente ,
Tibur ,
Qui , plus paifible , m'offre un azile plus sûr .
Le célébre Philippe , en qui l'on vit paroître
ou
En fait de bien plaider le fçavoir d'un grand
Maître ,
Revenant du Barreau , dont il n'étoit forti ;
Ce jour- là , que long- tems , dit- on , après-midi ;..
A iiij Et
504 MERCURE DE FRANCE
Et peftant , déja vieux , de ce que les Carines ( a )
De ce même Barreau n'étoient pas plus vo: fines ,
Apperçût par hazard certain Particulier ,
Qui fe tranquilifoit au frais , chés un Barbier ,
Et , rafé proprement , en perfonane qui s'aime
A fon aife achevoit de s'ajuster lui-même.
» Demetre ( Cet Efclave exact , fidéle , actif,
'Aux ordres de Philippe étoir fort attentif }
» Va t-en , informe -toi , rapporte-moi fur l'heure
Quel eft cet homme-là , fon emploi , fa de
>>
meure ;
Quel eft fon bien , fon rang , fa conduite , fon
nom ,
» Enfin , quelle eft fa race , & quel eft fon Pas
tron ?
L'Efclave va , s'informe , & bien - tôt revient dire
Que l'homme en queftion , peu riche , mais bont
Sire ,
Eft un nommé Ména ; qu'il eft Crieur public ;
Que de Quincaillerie il fait auffi trafic ;
Qu'il a , fuivant l'état d'un pareil Perſonnage
Sa cotterie à Rome , & de plus fon ménage ;
Qu'il paffe tour-à- tour du travail au repos ;
Que de tout ce qu'il gagne ufant fort à propos ,
Il en fait volontiers part à fes camarades :
Qu'il fe livre au plaifir des Jeux , des Promenades ;
( Lorfqu'il a terminé fes affaires , s'entend ; )
( a ) Nom d'un Fauxbourg de Rome , où Philippe
demeuroit .
K.
FEVRIER: 8743 205
Et qu'enfin de fon fort il vit affés content .
J'ai , reprit l'Avocat , certe , une envie extrême
» Que ton récit me foit confirmé par lui-même.
» A ſouper , de ma part , va foudain l'inviter ,
L'Esclave y court . Mena fe le fait répeter ;
Il s'étonne , il hélite , il fonge , & plus il fonge ,
Plus un tel compliment lui paroît un mensonge .
Il rend graces. » Quoi donc ! me refuſer tout net !
» Oiii , mon Maître ; l'ingrat vous mépriſe ou vous
hait .
Le lendemain matin , dans le tems que notre
homme
Revend force vieux fer au bas peuple de Rome ,
Philippe le prévient , & , d'un ton radouci ,
Lui donne poliment le bon-jour. Celui- ci
S'excufe fur les foins qu'exige fon commerce ,
Sur tous les embarras du métier qu'il exerce
De n'être point allé chés lui , comme il eût dû ,
Et de ne l'avoir point , en un mot , prévenu .

Sçachez , dit l'Avocat , que je vous pardonne ;
C'eft à condition qne ce foir , en perfonne ,
» Yous fouperez chés moi : finon ..... point de
courroux ;
Puifque vous le voulez , ce foir je ſuis à vous..
>> Fort bien vous viendrez donc , s'il vous plaît ,
;
à telle heure . . . .
J'y ferai très - exact
demeure ? ..
vous fçavez mə
A v - Oii....
106 MERCURE DE FRANCE
» Oui ... Vous viendrez fans faute ... Oüî ...
J'en fuis fort joyeux : (
» Mon cher en attendant , gagnez de votre
mieux.
Adieu , jufqu'à ce foir. Le foir vient & l'on
foupe.
Bonne viande , bon pain , bon vin à pleine coupe ;.
Rien n'y manque. Notre homme enchanté de
fon fort,
Cauſe , tranche , décide , & fans ſe gêner fort ,
Laiffe aller chaque mot qui lui vient à la bouche..
On l'invite à coucher au logis ; il y couche,
Auffi-tôt qu'il paroît que le pauvre Poiffon
A coup sûr eft en train de gober l'hameçon ,.
Lorſqu'affidu client , lorſqu'affidu convive ,
Il prend goût à l'appas , foudain un ordre arrive.
Compagnon de voyage , il faut qu'il aille aux
Champs .
Où Philippe est tout prêt d'aller pour quelque
tems ,
De la Jurifprudence oublier les épines ,
Dans le loifir offert par les Fêtes Latines. *
Mena fur fon bidet , tout le long du chemin ,
Ne ceffe d'exalter l'heureux païs Sabin.
Air , terroir , tout le charme : il ne croit pas
qu'au monde
Fêtes célebres dans tout le Païs Latin , leſquellesduroient
plufieurs jours defuite , & étoient indiquées
tous les ans par le Conful ¿&c.
FEVRIER. 207
1743 .
On pût jamais trouver contrée auffi féconde :
Nulle part , felon lui , ne regnent tant d'appas.
Philippe le regarde , écoute , rit tout bas ,
Et , livré fans réſerve au foin dont il s'occupe
De chercher des plaifirs aux dépens de fa dupe
Il lui donne en pur don fept Sefterces comptant ;
Fait promeffe au furplus d'en prêter tout autant ;
Lui perfuade enfin , Orateur pathétique ,
D'acheter en ces Lieux quelque Terre modique.
Pour ne pas vous mener plus loin ſur ce ſujet ,
Notre homme en marchande une , & le marché fe
fait.
Le nouvel Acquereur , par une châûte énorme ,
De Bourgeois très - poupin devient un Ruftre
en forme.
Il ne s'entretient plus que de Près , de Troupeaux
De Labeur , de Sillons , de Vignes & d'Ormeaux.
Le defir d'amaffer , qui le mine fans ceffe ,
Avance-fur fon front les traits de la vieilleffe .
Les travaux , dont fon corps éprouve la rigueur ,
Ne font rien près des foins qui déchirent fon coeur?
Mais après avoir vû fes Vignes défolées ,
Ses Chévres , fes Brebis , ou mortes ou volées ;
Ses Boeufs trop haraffés expirer fous les coups ,
Et les Guerets trahir ſon eſpoir le plus doux ;
Mena défefperé des pertes qu'il endure ,
Au milieu de la nuit , affourche une monture ,
Et , prêt d'abandonner & le fonds & les fruits ,
A vis Se
208 MERCURE DE FRANCE
S'en va droit chés Philippe , auteur de ſes ennuis:
Philippe , dès l'inſtant qu'il apperçoit le Sire ,
Mal propre , mal peigné , barbu comme un
Satyre ;
Ah ! ah ! C'eſt vous , dit-il , notre cher ! vous
voici !
›› Quoi , fi matin ! comment ! que veut dire ceci è
➜ Comme vous voilà fait ! Ma ſurpriſe eſt extrême !
» Vous êtes devenu , ce femble , envers vousmême
Et par trop ménager , & par trop rigoureux !
Ah ! vous m'appelleriez bien plutôt Malheureux ,
» Mon Patron , fi , fenfible au dur fort qui m'accable
,
5 Vous vouliez m'appeller par mon nom véritable.
Au nom de Jupiter , au nom de tous les Dieux
Et de tous les Objets les plus faints à vos yeux ,
Hélas ! mon cher Patron , de grace , je vous
prie ,
» Rendez-moi les douceurs de ma premiére vie.
Quiconque reconnoît un Bien de plus grand prix .
Dans ce qu'il a quitté, que dans ce qu'il a pris ,
Qu'il ofe , & c'eft à quoi la prudence l'invite ,
A ce qu'il a quitté retourner au plus vite .
Bref, il faut que chacun , après s'être effayé ,
Se meſure à fon aulne , & fe chauffe à ſon pié,
F. M. F.
FEVRIER 1743 200
Réponsede M. C. B. à la Lettre de M. Royer
lejeune , fur la Méchanique de l'Eſprit.
Vlos rexionsque j'ai fait fur votre
Ous voulez donc , M. que j'écrive
Lettre. J'ai beau vous dire que le fujet
m'en paroît abſtrait & délicat : ces deux
motifs ne font , felon vous , que de vaines
excuſes , & vous êtes fi preffant , qu'on ne
peut que vous obéir.
D'abord , pour écarter cette idée humiliante
pour l'amour propre , qui réduit l'efprit
à la Méchanique , il ne faut que fixer
les juftes idées qu'on doit attacher à ce terine.
La Méchanique n'eft rien moins que ce que
porte fon nom. Ce mot dans fa fignification
génerale , peut être ramené à toutes les productions
humaines . On fçait que chés les
Grecs , de qui les Latins & les François ,
après eux , l'ont dérivé ; il étoit plus particu
lierement appliqué à celles de l'efprit. Le
mot Grec navis fignifioit invention ; celui
de Bavau spyia s'appliquoit aux Ouvrages
purement manuels . Les Latins , ont
étendu indifferemment aux Ouvrages tant
fpirituels que materiels , que ingenio fimul ac
manibus fiunt. Les François , foit par préjugé
210 MERCURE DE FRANCE
gé, foit
par abus , femblent
l'avoir
réduit
à
l'exercice
de ces derniers
.
Pour en prendre une plus jufte idée , il me
paroît , M. qu'il faudroit en faire l'application
aux Operations , pour lesquelles it
eft amené. Ainfi , dans le cas le plus général,
c'eft-à-dire , dans celui où on ne parle que
des Operations materielles , on doit entendre
par ce mot de Méchanique la connoiffance
& la maniére de fe fervir des Machines
& des Inftrumens propres à tel ou tel Art..
Dans le cas , au contraire où il ne s'agit que
des Operations intellectuelles, la Méchanique
de ces derniéres fera reconnue par l'invention
Fordre , l'élocution .
Cette difference dans la fignification de
ce terme , peut être encore renduë plus fenfible
par l'application. L'efprit fans le dégrader
,, peut reconnoître fa Méchanique dans
chaque efpéce de Science , à laquelle il s'applique.
Le Philofophe la trouvera dans la
Dialectique , l'Orateur dans la Rhétorique ,
le Poëte dans la Poëtique. La Méchanique
du corps fe reconnoît fans peine dans les
Arts qui font de fon reffort : l'Enclûme &
le Marteau font néceffaires au Forgeron , la
Scie & le Rabot au Ménuifier.
Il eft facile par là de diftinguer deux fortes
de Méchanique , l'une fpirituelle & l'autre
materielle : & cette diftinction , loin de
détruire
FEVRIER 1743 211
détruire l'Analogie que vous trouvez entre
les Operations de l'efprit & celles du corps ,
ne fait au contraire que la fortifier. L'efprit
& le corps ne peuvent availler l'un fans
l'autre l'efprit invente & propofe , comme
le corps difpofe & exécute. Le concours
de l'efprit & de la matiére cft abſolument
néceffaire pour produire.
C'eft , je penfe , ce même concours , qui
choque l'amour propre de l'efprit humain ;
enyvré de la préeminence qu'il a fur la matiére
, & fe reconnoiffant comme le principc
de l'action , il regarde bien au deffous de
lui , tout ce qui fert à la mettre en oeuvre ..
De là a été introduite par l'efprit cette faftueufe
diftinction des Arts Libéraux & Méchaniques.
Il a crû agir feul dans les premiers
, parce qu'il avoit moins befoin du
fecours de la matiére ; il a regardé comme
deshonnêtes les feconds , parce que dès
qu'il les avoit conçûs , il a laiffé à la matiére.
le foin de les exercer.
Obfervez , M. que tout ce que j'ai dit fur
se mot de Méchanique , ne doit être entendu
que du Subftantif. Ce n'eft que dans ce
cas , qu'il peut fouffrir cette diftinction &
recevoir ces differentes fignifications. Celles.
qu'il a dans l'Adjectif , ne peuvent être prifes
en bonne part : les Synonimes de Mé
akanique Adjectif, font fordide , bas , médiocre..
212 MERCUKE DE FRANCE
diocre. On dit d'une perfonne digne de mé
pris , qu'elle a l'efprit & les maniéres Mé
chaniques.
Que l'efprit ne fe revolte donc plus contre
cette idée de Méchanique qu'on lui préfente.
La fpirituelle qui lui eft propre , ne
s'occupe que des objets , dignes de l'étenduë
de fes connoiffances. La materielle n'eft
exercée qu'à la lumière de fon flambeau ,
& ne s'aide que trop à le flatter par la fuperiorité
qu'elle eft forcée de reconnoître en
lui .
Pardonnez , M , cette petite digreffion ;
dans laquelle le Titre de votre Lettre m'a engagé.
Elle m'a paru d'autant plus néceffaire ,
que j'ai crû qu'en écartant de l'efprit une
idée , qui comme vous dites , ne lui fait concevoir
rien que de materiel , il feroit alors plus
facile de lui donner quelque connoiffance
de fa Méchanique .
On ne peut difconvenir , que les Opera
tions de l'efprit n'en découvrent ai fément la
Méchanique, s'il lui fuffifoit en effet de penfer
peut-être feroit-il affés préfomptueux , pour
vouloir fe mettre au deffus d'elles .Mais cette
premiére Operation doit être nécellairement
fuivied'une feconde & d'une troifiéme ; il eft
néceffité de juger , de difcourir , & pour remplir
les trois enſemble , n'eft- il pas des régles
auxquelles il doit fe foumettre , & qui
conftituent fa Méchanique ? Ces
FEVRIER 1743 215
Ces premiéres Operations communes à
tous les efprits , ne leur donnent encore
qu'une Méchanique génerale. Il en est une
particulière à chaque efpece de Science :
Comme vous , je ne veux point ici m'aviſer
d'en donner des régles : on les trouve dans
les Auteurs qui en ont traité. Je ferois ennyeux
& téméraire , fi j'allois glaner après
cux .
Je reviens à la Mechanique génerale .
Quoiqu'elle foit la même dans les efprits fuperieurs
, ordinaires & médiocres , il n'eft
pas dou teux qu'elle ne foit bien differemment
exercée par eux. Commec'eft par l'éten
duë de leurs lumiéres qu'on doit juger des
progrès des uns & des autres , c'eft auffi par
une plus forte application à leur Méchani-.
qu'ils peuvent fe mettre en état de
duire.
que
,
pro-
Ainfi la Méchanique dont on fefervira pour
l'éducation d'unefprit médiocre, fera ou plus
difficile ou plus longue , que celle d'un efprit
ordinaire ; il en fera de même decelui- cit par
raport au génie fuperieur . Une conception
facile avancera plus avec une Méchanique
de fix mois , qu'une autre difficile ou bornée
, n'avancera avec celle de plufieurs an
nées . Quoique la Méchanique foit égale
pour les uns & pour les autres , la Nature
pas également libérale pour tous les ef
n'eft
prits.
214 MERCURE DE FRANCE
prits. Il en eft qui ne peuvent jamais rien
faire ; d'autres qui n'opérent quà force de
fatigues heureux ceux qui n'ont qu'à vouloir
, pour produire !
Quelque facilité cependant qu'on leur fup
pof , la Méchanique ne leur eft pas moins néceffaire
. Elle leur fert de reffource contre les
écarts de l'imagination . Il eft des limites que
celle-ci ne peut franchir. Une leçon eft fuivie
d'une autre leçon , un principe d'un autre
principe , & ainfi des uns aux autres ; le
génie le plus heureux parvient par une telle
Méchanique à n affujetiffe ment aux régles ,
qui fait feul la beauté & la folidité de fes
productions.
C'eſt , à la vérité dans les commencemens
de l'éducation , que la Méchanique eft plus
facile à reconnoître . Elle faute aux yeux dans
celle qu'on donne à des efprits bornés , mais
elle ne fe montre pas moins dans les efprits
pénétrants. L'application feule en fait la difference
; longue & pénible , dans les uns , ils
n'acquierent des connoiffances qu'avec peine
; courte & facile dans les autres , ils font
de plus grands progrès qu'ils ne doivent
qu'au riche fonds dont la Nature plus prodigue
les a enrichis.
י
S'il entre de la Méchanique même dans le
raiſonnement, on ne doit point s'étonner qu'il
yen ait dans les autres Opérations de l'efprit
Combien
FEVRIER 1743
215
Combien encore y eft- elle plus frappante ?
Dans la difcuffion précédée du fentiment ,
que vous donnez fort à propos pour exemple,
la Méchanique femble fe préfenter d'elle
même. Vous l'avez très délicatement démontré.
Celle que vous donnez encore à la més
moire , n'eft- elle pas auffi évidente ? Ces
magafins dans lesquels elle renferme fes ri
cheffes , l'ordre pour les arranger , la maniére
& les momens de les diftribuer , eft- il
rien , non pas de plus Méchanique , comme
vous dites , mais qui fe reffente plus d'une
Méchanique , qui lui eft commune avec l'imagination
? Je ne parle point de la mémoi
re artificielle , qu'avoient inventé les Grecs ,
ni de celle de ce Curé du Languedoc , dont
parle M. Rollin . Les premiers venoient
au fecours de leur mémoire par la diſtribu
tion des appartemens d'une maifon ; l'autre
par l'arrangement des rues & des maifons
de la Ville qu'il habitoit. Eft - il poffible à
l'efprit de donner à fes facultés une Mécha
nique plus évidente ?
Celle enfin , que vous trouvez dans les
Commentateurs & les Critiques , n'eft pas
moins fenfible. Les uns font comme ce Sculpteur
, qui ne pouvant faire fa Venus belle ,
voulut au moins l'habiller richement On a
comparé les autres à des valets qui vergetent
les.
116 MERCURE DE FRANCE
les habits de leur Maîtres .
De toutes ces reflexions je conclus avec
vous , M , que la Méchanique de l'efprit
n'étant autre chofe que l'arrangement & la
méthode qu'il doit fuivre dans fes idées &
dans fes operations , bien loin qu'il puiffe
rougir de fe foumettre aux régles que cette
même Méchanique lui preferit , c'eft par elle
feule qu'il peut parvenir à difcerner ce vrai
beau & cefolide qui font tout le mérite de fes
productions.
Au refte , M , je ne dois point yous diffimuler
qu'il y a bien des endroits dans votre
Lettre qui mériteroient ma cenfure , fans
parler du peu d'ordre que vous avez gardé :
le mot feul de Méchaniqué , qui y eſt employé
plufieurs fois improprement , jette une
efpece de confufion , dont il n'eft pas facile
de fe tirer. On ne peut cependant s'empê
cher d'y remarquer & la fubtilité & la déli
cateffe de votre génie , qui donne à l'efprit
une Méchanique dont peut-être il ne s'eft
jamais apperçu. Je fuis . M , & c.
D'Aix en Provence , le 20 Janvier 1743.
ETRENNES
FEVRIER. 1743 .
217
ETRENNES d'un Fils à fa Mere.
A sfis au bord d'une Fontaine ,
Je méditois de petits Vers ,
Et j'exerçois ma foible veine ,
Quand Apollon fendant les Airs ,
Soudain parût en ma préſence .
Votre entrepriſe eft d'importance ;
Dit-il , & j'en crains le fuccès ;
Vous voulez d'une autre Minerve ,
Donnant l'effor à votre Verve ,
Vanter les talens , les attraits ;
Mais penfez - vous qu'il foit facile
De chanter fes , s rares vertus ?
A mes leçons foyez docile ,
Ceffez , ceffez , ne rimez plus :
Les Dieux s'intéreffent pour elle
Vos voeux feront tous exaucés ;
Allez lui prouver votre zéle ,
Et croyez - moi , c'en eſt aſſés
Inftruit par le Dieu du Permeffe ;
N'attendez pas , chere Maman ,
Que dans ce nouveau jour de l'an ,
Je vous marque en Vers ma tendreffe ;
Mais
18 MERCURE DE FRANCE
Mais fimplement , & fans détour ,
Je vous offre mon tendre amour.
P. A. A. d'Angers.
REFLEXIONS & Maximes fur la Gloire
des Sçavans , par M. Tart.
Ceux qui font incapables d'acquérir de la
Gloire , affectent ordinairement de la
mépriser.
,
La Gloire des hommes eft bornée , il eft
vrai ; mais ne font ils pas bornés eux-mêmes
? S'ils étoient infinis , il leur faudroit une
Gloire infinie. Ils font renfermés dans un
tems & dans un lieu , & il leur fuffit pour
être heureux d'être eftimés dans le Pays ou
ils demeurent , & par ceux dont ils font
connus.
La Gloire qui eft réfervée aux Sçavans
après la mort , n'eft pas tout à fait perduë
pour eux ; il y en a qui en jouiffent pendant
la vie , qui la préviennent par la penſée , &
qui méditent avec une efpece de volupté
tous les honneurs qu'ils efperent de la Poſtérité
la plus reculée.
Il n'y a guere d'hommage plus flatteur que
celui qu'on rend aux grands Ecrivains ; il
viert
FEVRIER 1743 219
vient du coeur & de l'efprit , & ils ne le
doivent qu'à leur propre mérite , qu'à cuxmêmes.
Les Romains fentoient quelques remords
quand ils triomphoient des Rois enchaînés à
leur Char. L'humanité outragée leur reprochoit
leur Gloire. Celle des Sçavans les remplit
d'un plaifir fi pur , qu'il ne le céde qu'à
celui que la vertu infpire .
Ceux qui font le plus au- deffus du commun
des hommes , en dépendent par le défir
d'en être eftimés.
Le grand Démosthène étoit flatté d'être
nommé avec éloge par une femme d'Athenes
, lorfqu'il paffoit dans une Place publique .
Horace goûtoit auffi agréablement le fel d'une
loüange fine , qu'il le faifoit goûter à Mécène
& à Augufte .
Il n'y a que l'habitude du plaifir que la
Gloire excite dans l'ame de M. de F **** qui
puiffe l'empêcher d'être extrême ; il fe voit
depuis très- long- tems le premier des raifonneurs
délicats , & profonds , des beaux efprits
, & des Phyficiens , & il doit s'y accoû
tumer.
Je crois que M. de V *** fent un plaifir
bien vif, quand il eft forcé de penfer après les
éloges qu'on lui donne dans toute l'Europe
que perfonne n'eft au-deffus de lui , pour plu
fieurs de fes petites Piéces , pour quelquesunes
220 MERCURE DE FRANCE
unes de fes Tragédies & pour fon Poëme
Epique.
N'attendez rien de grand des jeunes gens ,'
infenfibles à la Gloire ; honorer les Sçavans ,
c'eſt aimer fa Patrie , & procurer l'accroiffe.
ment des Arts , & des Sciences on doit
l'eftime au Sçavant , comme on doit le falaire
à l'Ouvrier . Le fecret d'être l'ami de certaines
gens , eft d'être médiocre comme eux.
Ily en a qui s'imaginent que la Gloire des autres
les obfcurcit. Veulent ils partager la
Gloire d'un Grand , Homme ? Ils n'ont qu'à
être les premiers à reconnoître fon mérite .
On admire aujourd'hui le Peuple d'Athenes
, parce qu'il fentoit tout le prix des Tragédies
qu'on joüoit devant lui , & qu'il rendoit
des honneurs extraordinaires aux Grands
Poëtes & aux Grand Orateurs .
Celui qui cherche à s'attirer l'eftime du
Public , en lui procurant quelque plaifir ou
quelque utilité , mérite d'être eftimé , quand
même il ne réüffiroit que médiocrement.
Il y a tant de gens oififs , qu'il fuffit d'avoir
le deffein d'être agréable ou utile pour être
eftimable : fans les Enigmes & les Logogryphes
, qui amuſent encore certaines compa
gnies , il y auroit plus de mauvaiſes conver
fations qu'il n'y en a.
Beaucoup d'Auteurs fe répentent toute leur
vie de s'être fait trop tôt connoître : on ne
doit
FEVRIER. 1743. 227
doit écrire que ce qui convient à l'état dans les
quel on eft , ou à celui dans lequel on veut
entrer.
Il y a de l'injuſtice à reprocher à un Ecclé-
Gaftique , à un Magiftrat , à un Médecin
quelques Piéces en Vers ou en Profe qui
leur échappent dans leur loifir , tandis qu'on
permet pour délaffement le jeu & mille plaifirs
frivoles , à tout le monde. >
Comme la critique eft redoutée de certains
Auteurs , ils cachent prudemment leurs.
noms fous des Lettres Initiales , des étoiles ,
& des Anagrammes , tout prêts à fe faire connoître
s'ils reuiffent
Ceux qui dérobent leur nom au Public ,
le privent de l'avantage de les confulter fur
le genre où ils s'appliquent , s'excluent des
Societés Littéraires où ils mériteroient d'entrer
, perdent beaucoup d'amis , & renoncent
aux fruits , & aux honneurs qu'ils pourroient
tirer de leurs talens.
Parum fepulta diftat inertia
Calata virtus.
La connoiffance d'un Auteur ajoûte un
agrément à fon Ouvrage ; fa probité reconnue
authoriſe fa morale , appuye les faits qu'il
avance , fait valoir fon Livre.
La critique fera moins à craindre pour les
jeunes Auteurrs ; leur Gloire en fera plus aflixée
, s'ils fe préfentent au Public corrigés &
B
perfec
222 MERCURE DE FRANCE
perfectionnés par les Auteurs des Journaux ;
du Mercure , & des autres Ouvrages périodiques
.
Le fecret enfin de fe procurer de la Gloire ,
eft de paroître modefte ; un fecret encore
fûr , c'eft de l'être véritablement.
plus
akakakakakakakakakakakakakikik
ETRENNES à Mlle l'H *******
'ASfis près d'un grand feu , ( le fait eft pardons
nable ,
Dans cette faiſon intraitable )
Je rêvois attentivement
Quel feroit le Bijoux charmant
Qu'à l'aimable Cloé j'offrirois pour Etrennes ?
L'Amour parut ; de mes frivoles peines
Il badina fort galamment.
Quoi ! me dit l'enfant de Cythere',
Peux-tu balancer un moment
Sur le choix du don que doit faire
Un Amant conftant & fincere ?
J'entreprendrois envain d'étaler à tes yeux
Ce que l'un & l'autre hémisphère
Renferment de plus précieux ;
Rien ne captive mieux le goût d'une Bergère ,
Qu'un coeur brûlant de feux toujours nouveaum
J'obéis au Dieu de Paphos ;
Te
FEVRIER: 1743 . 223
Je vous l'offre , Cloé , dans l'ardeur qui le preffe ,
Jettez fur foa hommage un oeil moins inhumain ,
Et fongez qu'ici-bas tout mortel qui s'empreffe
A répandre dans notre fein
Quelques douces faveurs , guidé par la Nature ;
Ne le fait jamais fans deffein
D'en recevoir une ample ufure.
Gandet.
ARREST NOTABLE du Parlement
de Dijon par lequel il a étéjugé , les Cham
bres confulées , qu'en Breffe , Pays de Droit-
Ecrit , le retour n'a pas lieu au profit de
l'Aycul qui a conftitué la Dot , lorfque par
le prédécès de la perfonne dotée , fa Dot a
paffe à fes enfans ; & qu'en ce cas , le pere
dans la fucceffion de fon enfant , eft préferé
à l'Ayeul qui a doté.
FAIT.
Enoîte Feuillet , maria le 14. Mai 1728 .
François Rabuel , & lui conftitua par donation
entre- vifs pure & irrévocable , en avancement
d'hoirie , deux petits Domaines fitués
au Village de Chazelle , pour jouir du tout
après la mort de la conftituante , qui s'en réfer-
Bij
VA
224 MERCURE DE FRANCE
va les fruits & revenus , fa vie durant .
Anne - Marie Guigue mourut & laiffa
deux Enfans , dont l'un mourut le 14. Novembre
1735. & l'autre le 11. Juillet 1739 .
Le 3. Septembre fuivant , Benoîte Feuillet
fit affigner Denis François Rabuel leur Pere ,
pour être condamné à lui relâcher ces deux
Domaines. Sur quoi Sentence intervint le
21. Janvier 1740. par laquelle , fans avoir
égard aux conclufions prifes par la Feuillet ,
Rabuel fut renvoyé de la demande contre
lui formée en conféquence , les deux Domaines
conftitués à fa femme , furent déclarés
lui apparteoir , l'ufufruit de la moitié d'iceux
réfervés à la Feuillet , fa vie durant ;
avec dépens.
Appel de la part de la Feuillet pardevant
le Juge des Appellations du Marquifat de
Bâgé , où cette Sentence a été confirmée
avec dépens.
Ierùm appel à la Cour , où la Feuillet a
foutenu qu'elle devoit reprendre les deux
Domaines qu'elle avoit conftitués en Dot à
fa fille , comme lui ayant fait retour par fon
prédécès & celui de fes enfans .
Elle difoit , d'après Bretonnier , dans fon
Recueil alphabétique , p . 315. que le droit
de retour , établi parla difpofition de la L. 6 .
ff. de jure dot. & de la L. 4. c. folut. matrim.
étoit fondé fur un double motif d'équité ; le
1
premier
FEVRIER. 1743 22
premier , afin que le Pere ne fouffre pas en
même-tems la perte de fes enfans , & celle
de fes biens ; le fecond , de crainte de réfroidir
les libéralités
des parens envers leurs
enfans.
Ces motifs d'équité ont fait étendre ce
droit en faveur de la Mere , de l'Ayeul & de
1'Ayeule , fuivant la difpofition expreffe de
la Loi 12. c. Comm. utriufq. jud.
Le retour eft tellement regardé comme
un droit certain , que dans le préambule de
• l'Edit du mois d'Août 1729. qui révoque
celui de S. Maur , on y fuppofe ce droit en
faveur des Pere & Mere ou des autres afcendans
, comme une reffource que le Droit
Civil avoit introduite pour la confervation
des biens dans les familles.
Le droit de retour n'eft point attaché à la
puiffance paternelle , malgré cette expreffion
mulierfilia familias , de la Loi 4. c.folut. matrim.
car , comme l'a remarqué Henrys , L. 6.
c. 5. qu. 12. n. 4. cette expreffion fe trouve
placée dans la Loi , non pas parce qu'il
étoit néceffaire que l'Enfant fût fous la puiffance
paternelle pour donner lieu au droit
de retour , mais parce que dans l'efpece propofée
, la fille s'étoit trouvée fille de famille :
quod in fpeciefilia familias effet , non quod filiam
familias fuiffe neceffe fit .
Pour donner lieu au retour , il importe
B iij peu
26 MERCURE DE FRANCE
peu que l'Enfant doté foit mort fans Enfans
ou avec des Enfans , pourvû que le confti
tuant leur ait furvécu , puifqu'au dernier cas
il y a même un nouveau notif au droit de
retour , l'Ayeul ayant à fe confoler de la
perte
de fes Enfans & de fes petits Enfans ; ce
qui fait tomber la courte note de Godefroy
fur cette Loi : decefferit mulier nullis relictis
liberis.
Tel eft le fentiment de M. Favre , Liv. 13.
conject . ch. 10. d'après Bulgar & Barthole
quoiqu'il convienne n. 3. que l'opinion con
traire eft fuivie par le plus grand nombre des
Docteurs. Sa raifon eft que les Enfans n'ayant
d'autre titre que celui de leur Mere pour
conferver fa dot , ils ne la poffedent par conféquent
que fous la condition qu'elle fera
retour à l'Ayeul , fi eux- mêmes n'ont point
d'Enfans , ou fi ceux qu'ils auront décedent
avant leur Ayeul.
D'ailleurs , la conftitution d'une dot ema
porte avec foi la condition du retour ; cette
condition eft tacite & inhérente à la dona .
tion auffi Henrys foutient que la réverfion
n'eft point éteinte par les Enfans , mais qu'el
le eft feulement fufpenduë.
:
Le même Auteur réfute fortement l'opi
nion de ceux qui foutiennent que quand la
fille mariée laille des Enfans , le droit de re-
Four eft éteint , fur le motif qu'il y a changemen
FEVRIER. 1743. 227.
<
ment de perfonne , & conféquemment de
patrimoine , & qu'il n'eft plus queſtion de
la dot , mais de la fucceffion des petits Enfans
; ils établiffent au contraire que la dot
n'est point réverfible par le fait de la fille
dotée , ni par aucune qualité attachée à fa
perfonne , mais par la nature même de la
donation & par une condition inhérente à
la libéralité , la dot étant un bien profectice ,
dont la qualité ne fe perd point en paffant de
la Mere aux Enfans.
M. Scipion Duperrier , Tom. 1. L. S. affûre
qu'encore que la Mere n'ait pas ftipulé le
retour de la dot qu'elle conftitue à fà fille ,
elle ne laiffe pas de la recouvrer fi la fille prédécéde
fans Enfans , ou fi fes Enfans prédécedent
leur Ayeule ; &M, de Lamoignon , faivant
que l'affûre Bretonnier dans fon Recueil
Alphabétique , pag. 319. en avoit voulu
faire une régle génerale de notre Jurifpru
dence.
C'est la Jurifprudence conftante du Parle→
ment de Toulouſe atteftée par M. Cambo
las , dans fes déciſions notables de Droit ,
par la Roche- Flavin , dans fon Recueil d'Arrêts
notables , par M. Maynard , Queſt. notables.
Lorfque Bretonnier , qui s'éleve conetre
la Jurifprudence du Parlement de Dijon
, comme contraire à l'équité , a avan-
Biiij cé
218 MERCURE DE FRANCE
of
cé que dans le reffort de ce Parlement ,
juge que le Droit de Réverfion n'a pas lieu
en faveur de l'Ayeul , au préjudice du Pere ,
il n'a parlé que d'après Revel , qui en fa Remarque
55. dit , à la vérité , que dans la
Cauſe d'un nommé Jean Proft , les Gens du
Roy remontrerent que le Droit de Retour
étoit contre l'ufage de la Province ; mais
Revel n'autoriſe cet ufage d'aucun Arrêt's au
contraire à la fin de cette même Remarque
cet Auteur avouë que le retour commençoit
à s'introduire en Breffe.
Les Arrêts du 16. Avril 1626. & du 23. Janv.
1697. qu'on oppoſe à la Feuillet ne font point
applicables ; le premier n'ayant fait qu'adjuger
une légitime au Pere , fuivant que l'a obfervé
Collet , L. 5. Remarque 6. Le fecond
n'ayant point été rendu contre l'Ayeule ,
mais contre l'héritier de l'Aycule.
Enfin , en privant la Feuillet du droit de
retour , on lui enleveroit fes biens pour les
faire paffer en des mains étrangeres , contre
fa volonté , & contre le voeu Public , qui
tend à la confervation du bien dans les familles.
On répondoit pour Rabuel que c'eft un
principe établi fur le ch. 2. de la Novelle
118. que le Pere & la Mere fuccedent à leurs
Enfans , qui decédent fans Enfans , & qu'ils
excluent les autres afcendans & tous les
collates
FEVRIER: 1743. 229
bollateraux à l'exception des freres &
foeurs Germains du défunt avec lesquels ils
concourent .
-Ce principe pofe , Rabuel a fuccedé à fon
fils décedé le 14. Novembre 1735. concurremment
avec fon autre fils , & à ce dernier
décédé le 11. Juillet 1739. à l'exclufion de
tous autres , comme le plus prochain & lẹ
feul appellé.
Le droit de - retour n'a été introduit par
la Loi 6. ff. de jure dot . & la Loi 4. c . folut.
matrim. qu'en faveur du Pere , parce qu'il eſt
obligé de fe démettre par anticipation d'u
ne partie de fes biens pour doter fa fille . Ce
droit eft borné à fa perfonne comme un privilége
perfonnel. Il ceffe même à fon égard
lorfque la fille dotée laiffe des Enfans en
mourant , fuivant que l'ont penfé Cujas &
M. le Préfident Favre , L. 6. Cod . Tit. 36.
défin. 12. & L. 1. ch. 16 de conject . & Godefroy
fur la Loi 4 C. folut. matrim . par
cette Note , decefferit mulier nullis relictis
Liberis .
Il est vrai que ce dernier Auteur convient
que cette Queſtion a fait l'objet d'un problême
entre deux célebres Docteurs , Martin
& Bulgar ; celui- ci accordant le retour de
la dot profectice au Pere & celui là la lui
refufant ; mais l'opinion du premier a prévalu
, enforte qu'il doit paffer pour conftant
By
que
230 MERCURE DE FRANCE
"
que lorsque l'Enfant doté laiffe des Enfans g
le droit de retour s'évanoüit les biens
dotaux en leur perfonne perdant cette qualité,
& étant confiderés comme leur propre patri
moine. Par conféquent ils doivent être recueillis
dans leur fucceffion comme des biens
héréditaires , de même que le pécule change
de qualité s'il paffe par fucceffion du Pere au
Fils , fuivant la Loi per procur . ff. de asqu.
red. & L. ult. C. de noff. teftam.
be-
Quelque refpectable que foit l'opinion
contraire de M. le Préfident Favre , on peut
dire qu'il eft contraire à lui-même , puifqu'après
avoir avancé que nous fuivions l'opi
nion de Martin , il ſe détermine pour le ſentiment
oppofé. Et quand on conviendroie
avec lui que le retour n'eft point fondé fur la
puillance paternelle , mais fur un motif de
commifération , il eft fenfible que le Pere eft
plus affligé de la mort de fes Enfans , que
'Aycul ne l'eft de la mort de fes petits - Enfans
Ajoutons d'après Morques , dans fes Statuts
& Coûtume du Pays de Provence , 249 .
& fuivantes , que M. Favre a changé d'avis.
Bretonnier dans fon Recueil Alphabétique
, pag. 315. remarque que la Jurifprudence
fur cette Queſtion eft fi peu uniforme
, que fi le Procès eft porté en la troifiéme
Chambre des Enquêtes du Parlement de
Paris , il eft décidé en faveur du Pere ; au
lieu
T
17430- 239 FEVRIER:
Teu qu'il perd fa caufe , fi elle eft portée en
la cinquième , tant il eft dangereux de s'é-
Carter de la régle par de prétendus motifs
d'équité .
On ne doit point être entraîné par la Ju.
rifprudence du Parlement de Touloufe , qur
a tellement favorifé le droit de retour qu'il
l'a étendu à la Mere à l'Ayeul & Ayeule &
aux collateraux , puifque M. Catelan , Tom.
2. Liv. 5. ch. 8. p. 2 20. après avoir obfervé
que le droit de retour n'a été originairement
introduit qu'en faveur du Pere feul ,
ajoûte que la Mere ne l'a que par extenfion.
M. Cambolas , L. 1. ch. 5. fait la même ob
fervation , & M. d'Olive , L. 4. ch. 7. après
avoir expliqué les divers degrés de la Jurifprudence
Touloufaine touchant le droit de
retour , déplore les differentes altérations
apportées au droit ancien.
La Jurifprudence du Parlement de Dijon
eft au contraire invariable fur cette Queftion
, comme il paroît par quatre Arrêts des
21. Avril 1626. 1. Decembre 1664. 23. Janvier
1697. & 22. Janvier 1727. Le fecond
de ces Arrêts eft rapporté par Taifand & par
M. François Perrier , Tome premier des
Arrêts notables. Queft . 3. Arrêts qui ont
tous décidé contre le retour dans l'efpece
où fe trouve Rabuel. Rien ne fait mieux fentir
en effet l'inconvénient d'admettre ce retourd
B vi
32 MERCURE DE FRANCE
tour en faveur de l'Ayeul au préjudice de
Pere , que le renversement qu'il faudroit faire
de l'ordre naturel des fucceffions. On
arracheroit à Rabuel une fucceffion acquife ,
une fucceffion qu'il a partagée avec l'un de
fes fils ; par-là on admettroit un héritier
pour un tems contre ce grand principe , qui
femel baras femper hæres.
, LA COUR , les Chambres confultées , a
mis l'appellation au néant , a ordonné que
ce dont étoit appel fortiroit fon plein &
entier effet , a condamné l'appellante à l'a
mende, moderée à 12. livres , dépens de la caufe
d'appel à la Cour compenfés , le 14. Aoû
1742.
VERS adreffés à M. l'Abbé Tart , par
M. Ygon.
A Imable Raifonneur , qu'enfâmé
L'amour des Arts & des Talens ,
O vous , qui poffedez une ame
Qu'élevent les vertus , le goût , les fentimens į
Vous , cher ami , par qui je penſe ,
Pour les foins génereux , pour les bienfaits divers
Dont vous comb'âtes mon enfance ,
Recevez aujourd'hui mon hommage en ces Vers ;
Il eft offert par la reconnoiffance.
REPONSE
TEVRIER
*743 #3
REPONSE de M. l'Abbé Tart.
gou , vous méritiez au fortir de l'enfance
D'être près des Sages admis ;
Dans cet âge , ennemi de confeil , de prudence ,
Vous aviez chofi des amis ;
Non de ces Sectateurs de Bayle & de Lucrece ,
De Petrone & d'Anacreon ,
Dont les écrits brillans féduifent la jeuneffe ,
Flattent les paffions , égarent la raiſon ;
Mais des coeurs vertueux & des efprits folides
Des hommes bienfaifans & de vrais Citoyens
,
y
Qui prenant Fenelon Pafcal , de Meaux , pous
guides ,
Sont raisonnables & Chrétiens.
Vous avez reçû d'eux une autre ame un autre
être ;'
?
Leurs difcours , leurs confeils , d'exemples , fou
tenus ,
Vous ont appris à vous connoître ;
A produire à nos yeux ces Talens , ces Vertus ,
Qui fans eux , refteroient peut - être
Dans vous , à vous - même inconnus ;
Vous étiez leur éleve & vous ferez leur Maître,
LETTRE
a34 MERCURE DE FRANCE
*XXXXXXXXX- XXXXXXXXXXXX
LETTRE d'une Dame de Province à M.
D...fun la Question de fçavoirfi en Amour
il y a plus de délicatesse à donner qu'à
recevoir.
Uelques reflexions , M , que j'aye faites
fur la Queſtion que vous me fites , il
y a quelques jours , je n'ai pû me refufer de
perfilter dans mon premier fentiment , de
penfer que toute la délicateffe refide dans la
perfonne qui reçoit ; je ne defefpere pas même
de vous y ramener , cu vous faifant part
des objections que je me fuis faites à moimême,
qui par les folutions qui fe font préfentées
à mon efprit , m'ont convaincue plus
que jamais & fans partialité , de la folidité
de mon opinion.
Il n'eft donc ici queftion que de vous la
démontrer, & de vous faire revenir, fi je puis,
de votre erreur : voyons li je ferai affés heureufe
pour vous en convaincre .
Je conviens d'abord avec vous qu'à l'inf
pection de la propofition , toute nouvelle &
finguliere qu'elle paroiffe , que vous trouverez
beaucoup de per onnes qui , fans y refléchir
, feront de votre fentiment , & ne balanceront
pas à dire, comme vous , qu'il y a
plus de délicateffe en Amour à donner à l'obpersonnes
jet
FEVRIER
1742 239
Jet aimé que de recevoir de celui , dont l'unique
point de vûë , eft de chercher & de
prévenir tout ce qui peut être du goût de
celui ou de celle qui doit faire le bonheur
de fa vie : la raiſon en paroîr toute naturelle ,
& fe préfente d'abord à l'idée , le don en
géneral étant par lui - même une des qualités
néceffaire aux belles ames , & humiliant , en
quelque façon , pour ceux que l'on en gratifie
,
Voilà , fi je ne me trompe , l'état de la
Queftion en elle - même , & la premiére &
feule couleur qui fe préfente à l'efprit pour
appuyer le fentiment contraire à celui que,
je foutiens. Je l'adopte volontiers : mais ne
vous y trompez pas , ce n'eft que dans l'efpéce
génerale : quant à l'efpéce particuliére
telle celle qui
que
fait la diverfité de nos opinions
, elle eft route différente.
Faifons donc la diftinction des espèces ,
fans nous arrêter à ces inclinations paffageres
ou momentanées qui ne font fondées
que fur le libertinage , qui n'eft que trop
commun & qu'il faut écarter tout à fait. Je
me borne fimplement à parler de celles qui.
n'ont pour baze que le coeur dont on veut
réciproquement faire la conquête . Je vais
vous en propofer feulement deux espéces
qui peut être , quand je les aurai difcurées ,
vous détermineront à vous ranger de mon
côté. II
3 MERCURE DE FRANCE
Il ne s'agit point ici premiérement de
don , comme don ; il faut examiner ce qui
l'occafionne, quel eft le but que fe propoſe ce
lui qui le fait , quelles font fes vuës , ce
qui les dirige , & enfin ce qui en réſultera.
Si c'eſt dans des vues d'interêt perfonnel
qu'il le fait , ou pour fe rendre plus favorable
l'objet de fes défirs , vous m'avouerez qu'il ne
fe trouve nulle délicateffe dans un deffein de
cette espéce , qui n'a aucune connexité avec le
coeur , qui doit en pareil cas être la bouffole
des démarches les plus ordinaires.
Celle au contraire qui fe trouve dans le
cas d'accepter ou de refufer un don qui lui
eft offert ; la façon de le refufer ou de le
prendre qu'elle obfervera , va décider la
Question ; il n'eft pas difficile de vous le
faire fentir.

Si elle le reçoit , la délicateffe affurément
y entre pour quelque chofe en ne l'acceptant
que comme l'hommage d'un coeur qui
veut fe ranger fous fes Loix , & qui commence
à ne lui pas être indifferent ; dans ce
principe elle ne le regarde que comme
tribut que l'Amour lui doit , fans qu'iucunes
vues d'un vil interêt y ayent part.
un
Si elle balance à le recevoir ou qu'elle le
refufe , il n'eft pas douteux que ce ne foit
par pure délicateffe ; elle craint de s'engager
; elle veut auparavant connoître le fujet
FEVRIER 1743- 237
Jet eft digne d'elle , & quoique livrée à fa
paffion naiffante , elle eft toujours fur fes
gardes & ne veut devoir fa conquête qu'
l'amour ; & quand elle s'imagine de bonne
foi y être parvenue , c'eft alors qu'elle fe détermine
à accepter de celui qui afpire à la
fienne , la galanterie qu'il lui fait , comme
un gage précieux de fon Amour.
Convenez , M. que dans cette premiére
efpéce , & fous l'idée que je vous en donne
, vous ne trouverez de la délicateffe que
dans celle qui reçoit , & des vues intereffees.
quoique dirigées par le coeur , dans celui
qui donne.
Voilà la premiére efpéce : paffons à la fe
conde qui , fi je ne me trompe , vous con
vaincra pleinement de la vérité de ma déci
fion , fous les couleurs que je vais vous la
repréſenter.
Je vous fuppofe deux perfonnes égales
ment aimables , chacune dans leur efpece ;
doüées l'une & l'autre de toutes les qualités
du coeur & de l'efprit , à qui la Nature n'a
rien refufé du côté des graces , & perfection
nées de tous les talens qu'une heureufe édu
cation leur a donnée.
Deux objets fi parfaits ont de l'incli
nation l'un pour l'autre , le tems leur
fait connoître à tous deux leurs fentimens :
plus leur amour fe développe, plus leurs coeurs
s'uniffent ;
38 MERCURE DE FRANCE
s'uniffent; ils ne vivent & ne refpirentque pour
eux , mais des liens étrangers indiffoluble,
même , les rendent efclaves tous deux ; l'a-s
mour leur permet tout ; autorifés de ce Dieu
dont ils font devenus tributaires , ils s'abandonnent
aux Loix que ce Souverain des
coeurs leur preferit ; mêmes défirs , leurs
volontés ne fouffrent aucune contradiction
de part ni d'autre ; leurs ames font toujours
d'accord avec leurs idées ; un défintereffement
reciproque eft la moindre qualité qui
Jeur foit commune ; quoique favorifes avec
une grande difparité des dons de la fortune ;
c'eft auffi ce qui touche le moins celle - ci ;
Occupée uniquement de fon Amour , elle
n'envifage les profufions de celui -là › que
comme des dons qui lui font préfentés par
l'Amour ; elle n'en fait de cas qu'autant qu'ils
Aattent la délicateffe de fes fentimens pour
P'objet qu'elle aime & dont elle eft tendrement
aimée ; au lieu que celui qui les offre
ne fait que remplir avec exactitude les de
voirs
que
fon
Amour
lui fuggére
. Celle
- ci
touchée
de fon
empreffement
à les exécuter
,
fui
fait fouvent
de tendres
réproches
de fa
prodigalité
; ce n'eft
point
la nature
des
chofes
par elles - mêmes
qui
la flatte
; elle
les mépriferoit
fi elle ne croyoit
pas les ter
nir de l'Amour
; c'eft
auffi
ce qui pique

délicateffe
& qui les lui rend
précieufes
puifque
FEVRIER 1743-
239
puifque ce font autant de gages éternels
d'un coeur qui lui eft affujetti , fur lequel
elle a un empire abfolu , & qui lui a couré le
fien tout entier & fans partage.
Que penfez vous , M. de l'efquiffe d'un pas
reil Tableau? Examinez en avec foin toutes
les parties , je vous prie , faites attention aux
ombres & à la perſpective qui s'y trouvent :
obfervez les devoirs de l'amant remplis avec
la plus fcrupuleufe exactitude ; combinez.
les tendres mouvemens de l'amante après le,
don de fon coeur ; quels combats ne fe livret'elle
pas à elle -même , lorfqu'elle fe trouve
forcée , pour ainfi- dire , d'accepter les hommages
de celui qui lui eft foumis par les
Loix de l'Amour ?
Représentez -vous donc une perſonne
dans le cas que je vous propofe ; fondez les
téplis de fon ame , faites - la penfer auſſi ſais
nement que je fais & qu'elle le doit ; je fuis
perfuadée que vous changerez promptement
de ton & que vous fentirez bientôt la difference
qu'il y a entre donner & recevoir.
L'un eft naturel & s'exécute fans répugnance
; recevoir , au contraire , entraîne bien des
difficultés après foi ; l'amour propre eft pref
que toujours bleffé , dans d'autres cas il eft
très-humiliant d'y être aftraint ; mais qu'il
faut penfer délicatement pour s'en faire une
douce habitudes
2
Voilà
246 MERCURE DE FRANCE
Voilà , M. un leger échantillon des ré
flexions que votre propofition m'a fuggerée ;
je ne fçais fi j'ai tout à fait rempli l'idée que
je m'étois faire de foutenir mon opinion ;
j'aurois pû m'étendre bien d'avantage , j'en
conviens , mais je crois en avoir affés dit
pour vous démontrer fur quoi je l'ai fondée
ainfi fans vouloir capter votre déciíion , ni
Vous ramener par complaifance à la mienne ,
Vous me ferez plaifir de m'inftruire fi quelque
choſe de mon raifonnement a pû vous frapper
; je ferois charmée , quand je devrois
être feule de mon avis , d'avoir au moins
une fois en ma vie , pû ébranler un homme
d'efprit. Je fuis & c.

A M. l'Abbé Pellegrin , pour le remercien
de fa Tragédie de Catilina .
L Es dons de l'efprit & du coeur
A qui fçait fentir & connoître ,
Sont un plaifir plus féducteur
Que tout l'éclat qu'on voit paroître
Dans le Palais d'un grand Seigneur ;
Un fentiment que l'on fait naître ,
Et l'Ouvrage d'un bon Auteur ,
Font toujours que je voudrois être
L'Amant ou le Compofiteur
Conneis
FEVRIER, 240 1743 .
Connois par cet aveu fincere
A quel point je ſuis enchanté
Du don que tu viens de me faire ¿
Pellegrin , fi j'étois dotté
Du bel art d'écrire & de plaire ,
Sans être ni plat ni flatteur ,
Dans ma vive reconnoiffance
Tu fentirois l'intélligence
De mon efprit & de mon coeur.'
De Bonneval:
REPONSE à la Queftion propofée dans
le Mercure du mois de Juin dernier ; ſçavoir
, fi il eft plus avantageux à un homme
d'être utile qu'agréable , en fuppofant que.
Pune de ces qualités donne l'exclufion à l'autre.
E crois qu'il faut d'abord fe figurer deux
perfonnes d'un caractére totalement oppofé.
L'une,dont le caractere foit d'être toujours
inquiet , d'une humeur mélancolique , fâ -
cheufe , colere , ne trouvant rien de bien ;
critiquant fans ceffe , & primant fur toutes
chofes avec fouveraineté , fans examiner fi
elle a droit de le faire , ou non ; mais d'un
autre côté aimant à rendre fervice , ami fin-.
cére
242 MERCURE DE FRANCE
cére , qui prouve plûtôt l'exécution de fes
offres , par leur effet même , que par les pro:
meffes .
L'autre au contraire , douce , affable , d'u
ne humeur égale , enjouée , qui fe fait aimer,
cherir , & rechercher de toutes fortes de
compagnies , mais ne confidérant dans fa façon
d'agir que fa propre fatisfaction , incapable
d'ailleurs d'aucuns bienfaits & d'obli
ger , charmante pour le plaifir de la ſociété ,
& inutile pour toute autre chofe .
Se rendre ces deux portraits fi differents ,
perfonnels , s'il eft poffible pour en fentir
parfaitement le bon & le mauvais , & d'après
cela dire , pour qui dois je vivre dans le
monde , eft ce pour les autres , ou eft- ce
feulement pour moi?
Le premier jouit du plaifir d'être nécèſfaire
& d'obliger : plaifir qui felon moi¨ dédommage
de tous les auties.
Le fecond a des plaifirs d'une autre nature
; mais plus fréquens & qui féduifent d'avantage
les fens.
L'une eft eftimable , n'eft pas aimée , &
on l'évite autant qu'il eft poffible , excepté
dans les tems où l'on a affaire d'elle .
L'autre est toujours chérie , aimée , recher
chée ; mais n'eft pas eftimée.
Or, comme l'on doit être plus jaloux de
l'eftime , que de l'amitié , l'eftime étant une
fuita
FEVRIER 17431 24
fuite du mérite , & l'amitié pour l'ordinaire
de la fimpathie feulement , & que l'utilité ,
telle qu'on doit l'entendre , emporte néceffairement
avec foi l'eftime de ceux que l'on
oblige , ou de qui l'on eft connu fur ce pied
là ; je conclus par cette raifon qu'il eft plus
avantageux à l'homme d'être utile qu'agréable.
A M. ROT , par une perfonne à qui co
Poëte avoit envoyé fes Ouvrages.
ASfis aux bords de l'Hypocrene,
Aux pieds de Phédre & d'Apollon
Le fimple & charmant la Fontaine
Faifoit raifonner le Frêlon
La Cigale & le Papillon .
Roy fuit une plus noble trace ;
Il ranime Virgile , Horace ;
L'Ode brille d'un feu nouveau ,
Et l'Eglogue avec plus de grace
embellit fur fon Chalumeau .
QUES:
144 MERCURE DE FRANCE
QUESTION IMPORTANŢE ,
Jugée au Parlement de Befançon , fçavoir , Si
Le Regrés beneficial a lieu en Franche - Comté ?
La Rence , craignant que
E fieur Jannez , Curé de l'Abergement
les plaintes
qui avoient été portées contre lui à fes Supérieurs
n'eullent des fuites , fe détermina à
quitter fon Benefice , & en paffa le 10. Septembre
1740.un Acte de Rélignation pure &
fimple , qu'il envoya à l'Ordinaire Diocéfain.
Cette réfignation fut contrôlée le 28. Janvier
1741. & le même jour l'Ordinaire l'admit
dans la forme pratiquée au Diocèfe de Befançon
, Admiffa die 28. Januarii , &c . mais
fans obferver aucune des formalités prefcrites
par l'Edit de 1691 .
L'Abbé de S. Benigne de Dijon , Patron
de la Cure , informé de la démiffion de Jannez
, crut qu'il pouvoit ufer de fon droit , &
il y préfenta le fieur Guyon , par Acte paflé
devant des Notaires du Châtelet le 24. Février
1741. Sa nomination fut préfentée
à l'Ordinaire le 4. Mars fuivant , mais les
Lettres d'inftitution ne furent accordées que
le 15. Août. Dans l'intervalle , Jannez avoit
pris des mesures pour rendre fa démiffion inefficace
,
FEVRIER. 1743 245
efficace , en la révoquant expreffément le
22. Mars , & l'Acte en avoit été fignifié à
l'Archevêque de Befançon avant l'inftitution
du nouveau pourvû.
Guyon ayant voulu , en vertu de cette inf
titution , fe mettre en poffeffion du Bénefice,
& Jannez s'y étant oppofé , l'Inftance en
complainte fe fia au Bailliage de Dole , où il
intervint defaut contre Jannez ,
par
en faveur de fon adverfaire .
Sentence
Jannez interjette appel de cette Sentence ;
il appelle comme d'abus de fa Démiſſion &
de tous les Actes qui ont fuivi , & il
prend en Chancellerie des Lettres de nullité
& de reftitution en entier , fondées fur la
crainte & fur la violence.

La cauſe en cet état , portée à l'Audience
publique de la Grand'- Chambre Cafeau
pour l'Appellant dit , que fans entrer encore
dans la Queſtion du Regrès , il doit obferver
que les Actes contre lefquels il reclame
ne font revétus d'aucune formalités , & que
ces omiffions étant des contraventions formelles
aux Edits de difcipline , rendus par
nos Rois , forment dans la caufe préfente
autant de moyens d'abus, fuffifans pour opérer
la refcifion de ces mêmes Actes .
Dans le fait il eft certain que la Démiffion
'de l'Appellant a été faite par un Acte fous
feing privé ; or les Ordonnances du Royau-
C me
246 MERCURE DE FRANCE
que
ni
il
me veulent les Actes de cette nature
foient revétus d'une forme autentique
. C'est
la difpofition précife de l'Edit de 1691. &
au fonds on ne peut exiger trop de folemnités
pour la validité d'un Acte par lequel
les liens qui attachent le Béneficier à ſon Eglife,
liens qui dans la regle exacte devroient
être auffi indiffolubles
que ceux des époux ,
font néanmoins rompus pour toujours.
Il est vrai qu'il n'y a en Franche- Comté
infinuations Eccléfiaftiques Eccléfiaftiques
, ni Notaires
Apoftoliques , & par cette confidération
paroît impoffible d'exécuter les Edits ; mais
le motif de ces Edits étant le même partout,
nous devons en prendre l'efprit & nous y
conformer autant que la Police de la Province
peut nous le permettre ; & puifque nous
avons des Notaires Royaux , c'eſt devant
eux que les démiſſions doivent être faites .
Cela fupofé ,la révocation faite par l'Appellant,
le 22. Mars, ne peut être regardée que comme
une précaution bien fuperfluë , car dès
que la nullité de la Démiffion eft démontrée,
il est conftant que le Bénefice n'a pas vaqué
& que l'Appellant en eft demeuré le véritable
poffeffeur.
Mais quand fa démiffion lui auroit fait
perdre quelques- uns de fes droits , il a pû la
révoquer rebus integris , & à cet égard , les
chofes font cenfées entieres, jufqu'à ce que le
Benefice
FEVRIER: 1743 247
Bénefice ait été conferé ; ce n'eft qu'au mo
ment de la Provifion nouvelle que la Réfi
gnation eft confommée , fuivant la doctrine
de Boërius en fa Décifion 350. Ex quo alii non
eft facta collatio , non videtur actus perfectus.
Or la révocation de l'Appellant a été fignifiée
au Diocésain , avant qu'il eût pourvû , au
moyen de quoi la réfignation a été entiere
ment effacée.
2
Envain diroit- on qu'avant que la réfignation
eût été révoquée , le Diocéfain l'avoit
admife , car outre que , comme on vient de
l'obſerver il faut une collation nouvelle
pour dépoffeder pleinement le Réfignant ,
l'admiffa dont on ſe prévaut, eft auffi vicieux
dans fa forme que la Démiffion elle même ;
n'étant ni contrôlé , ni áttefté de témoins
ni contrefigné par le Greffier ou par le Sécre
taire de l'Archevêché. C'eſt donc un Acte
fans date , & dès que la révocation de l'Ap
pellant a une date certaine , au moyen du
contrôle & de la fignification qui en a été
faite au Diocéfain le 22. Mars , cette révo
cation eft le feul Acte qui puiffe mériter ici
quelque confidération.
C'est une Maxime inconteftable dans le
Royaume , que le défaut d'affiftance de rémoins
aux Préfentations & Collations des
Ordinaires en opere la nullité , a) au point
( a ) Nouveaux Mémoires du Clergé , Tome 16.
Tit . 7. Ch . 1. N. 68. Cij que
248 MERCURE DE FRANCE
que lorfqu'elle fe trouvent affectées de ce
défaut , elles ne peuvent arrêter la préven
tion du Pape. Car , quoique le droit de l'Ordinaire
foit favorable , il ne fuffit pas que fa
volonté paroiffe , il faut encore que les formalités
prefcrites par les Ordonnances ayent
été obfervées .
Differens Arrêts , rendus au Parlement de
Dijon , avoient tracé à M. l'Archevêque de
Befançon la route qu'il devoit fuivre , & on
doit trouver étrange qu'il s'en foit écarté en
pleine connoiflance de caufe , Il y a dans le
Duché de Bourgogne plufieurs Cures qui dé
pendent du Diocèfe de Befançon ; lorfque
M. l'Archevêque a voulu les conferer fans
formalités , les Impétrans en Cour de Rome
ont toujours été maintenus fur le principe
la Provifion de l'Ordinaire n'ayant point
'de date , n'avoit pû empêcher la prévention
Apoftolique. Il y a deux Arrêts récens fur
cette matiére , l'un pour la Cure de Savigny,
l'autre pour celle de Foucherans. Or , nous
fommes ici dans une efpece plus favorable ,
puifqu'il s'agit d'empêcher que l'ancien Titulaire
du Benefice foit dépoffedé.
que
Mais indépendamment des moyens de
forme , les queftions du fonds ne font pas
fufceptibles d'une difficulté raifonnable.
1º.La Réfignation dont il s'agit a eû la violence
pour principe. L'Appellant,intimidé par
Les
FEVRIER. 77437 249
fes Supérieurs , en butte à tous les traits de
la calomnie , n'a pas agi avec la liberté indif
penfablement requife ; il eft donc évidemment
dans le cas de la Décretale, Ad audien
tiam , de his que vi , metûſve causâ fiunt.
2º.Quand fa Réſignation auroit été valide,
elle a été anéantie par le Regrès , qui eſt univerfellement
admis dans le cas d'une Réfignation
faite metu criminis ; or , c'eſt- là précisément
l'efpece de la caufe .
Inutilement entreprendroit- on de faire
envifager le Regrès comme une invention
nouvelle, prouvée par toutes les Loix Canoniques,
& contraire aux bonnes moeurs; tou-
Les ces déclamations viennent échoüer contre
la diftinction du Regrès conventionnel
& du Regrès légal ; le premier peut paroître
oppofé à la pureté de la Difcipline Eccléfiaftique
; ce fera même , fi l'on veut , une véritable
confidence , mais l'autre n'eft infecté
d'aucun vice , qui puiffe le faire profcrire , &
Join qu'il l'ait été , on le trouve au contraire
autorifé formellement par le Canon, Gonfaldus
, Cauf. 17. qu. 2. & par le Chapitre ,
Beneficia de Prabendis in 6°.
Si
L'Arrêt rendu le 29. Avril 1558. par le
Roy Henri II. de l'avis des premiers Magifrats
du Royaume , a fixé invariablement la
Jurifprudence fur cette matiére. Dès lors les
Compagnies Supérieures n'ont plus hésité
C iij
&
250 MERCURE DE FRANCE

,
& on n'a pas lieu de craindre que la Cour
prenne un autre parti dans cette affaire , &c.
Bobillier , pour Guyon , dit , qu'un Appel
comme d'abus ne peut être fondé que fur
quelque atteinte donnée aux Libertés de l'Eglife
Gallicane , aux anciens Canons , ou au
Droit commun,fur l'inexécution de quelquesunes
des Loix néceffaires pour le maintien
de l'Ordre & de la Difcipline,fur quelque entrepriſe
de la part des Juges d'Eglife.Ici rien
de pareil. Les Edits que l'Appellant reclame,
font des Loix vraiment burfales , & faites
principalement pour augmenter les Droits du
Domaine , fuivant l'Obfervation de Dumou
lin & de plufieurs autres Canoniftes. Ces
Edits ont introduit pour la validité des Réfi
gnations & des Collations Béneficiales , plufieurs
formalités, qui doivent être ſcrupuleuſement
obfervées dans les Provinces où ils ont
été publiés ; mais n'ayant jamais été enregif
trés au Parlement de la Province , le Droit
commun eft notre feule regle fur ce point.
Il eût été bien inutile de nous affujettir à
ces formalités,& de nous obliger à fuivre des
regles , dont l'unique motif eft d'obvier aux
fraudes que les Ordinaires , les Collateurs
& les Beneficiers peuvent pratiquer au préjudice
de la prévention du Pape & des
droits des Expectans , par le moyen des an
tidattes , des prifes de poffeffion fimulées &
clandeftines
1
FEVRIER .
1743. 258
clandeftines , & des Procurations fecrettes ;
ce motifperd fa force à notre égard , dès que
nous n'avons ni prévention Apoftolique , ni
Expectans.
Au fonds c'eft une Maxime inconteftable
du Drore Canonique , qu'en matière de Réfignation
pure & fimple , le Titulaire n'ayant
en vûë que de remettre fon Bénefice à la difpofition
du Collateur , tout eft confommé à
fon égard , dès que le Diocéfain a confenti à
l'abandonnement qu'il en fait ; Maxime fondée
fur plufieursTextes précis. Cap. Extranf
miffa , Cap. Super. Cap. In prafentià extrà de
renuntiat.
De -là les Canoniftes tirent les conféquences,
que le Réfignant ne peut après l'admiffa,
ni varier ni répeter fon Benefice , quand même
celui qui en auroit été pourvû par l'Ordinaire,
y confentiroit ; que pour que le Réfignant
pût y rentrer , il faudroit de nouvela
les Provifions ; que quand après fa Réfignation
admife , il jouiroit plus de trois années ,
il ne pourroit pas oppofer le Decret de paci
ficis poffefforibus, parce qu'en ce cas il n'au
roit pas même un Titre coloré . Enfin que fi
le nouveau Pourvû étoit incapable , ou fi fon
Titre étoit défectueux , un Dévolutaire ſe
roit préférable au Réfignant.
a
La voye du Regrès, que l'Appellant a prife
été profcrite par le Concile de Trente, qui
C iiij
cit
ST MERCURE DE FRANCE
eft notre Loi fur cette matiere , & jufqu'à
préſent on n'en a vû aucun exemple dans la
Province.
Mais quand il feroit poffible d'adopter fur
ce point les Maximes Françoifes , la prétention
de l'Appellant n'en feroit pas mieux
fondée , car le Regrès n'eft admis dans le
Royaume,que lorsqu'il eft poffible de fuppofer
dans la Réfignation , contre laquelle on reclame
, une condition tacite de retour. Ici la
fuppofition eft impoffiblesil s'agit d'une Réfignation
pure & fimple , faite par un homme
qui jouiffoit d'une parfaite fanté.
Dire que l'on eft dans le cas d'une Réfination
faite metu criminis c'eſt vouloir faire
perdre de vûë les véritables circonstances de
cette affaire : il faudroit pour cela qu'il y eût
eu une accufation capitale formée contre
l'Appellant ; c'eft dans cette hypotèfe que les
Arrêts ont admis le Regrès ; mais lorsque la
Réfignation de l'Appellant a été faite, on n'avoit
intenté contre lui aucune accufation ; il
ne peut donc imputer qu'à lui- même la préci
pitation avec laquelle il a agi . Quel qu'en ait
pû être le motif , nos regles font trop cer
taines , pour qu'il puiffe fe flatter de voir
canonifer une demande, qui les bleffe ouver
tement & c .
M. l'Avocat Géneral de Frafne s'étant
Levé , dit : La Queſtion qui nous a paru la
plug
FEVRIER. 1743 233
plus intereffante dans cette affaire , eft de
fçavoir file Regrès bénéficial eft en ufage
dans cette Province.De cette Queftion interellante
par elle -même , & fur laquelle l'Apa
pellant peut établir principalement le droit
de retour qu'il veut exercer fur fon Bénefice,
nous pafferons à l'examen des autres moyens
qu'il a propofés.
Sans entrer dans des recherches trop lon
gues fur l'origine du Regrés , il nous fuffira
d'obferver , que l'on ne connoiffoit point ce
droit dans les premiers fiécles de l'Eglife ,
& on n'en pourroit trouver aucun exemple
dans l'Hiftoire Eccléfiaftique . Dans ces tems
heureux , on fe conformoit avec une exac
titude fcrupuleufe à la pureté de laDifcipline ,
& tout ce qui étoit foupçonné de pactes ,
de conventions vicieufes , étoit proferit avec
sigueur. C'est pour cela que l'on voit dans
les Conciles des difpofitions fréquentes pour
empêcher que les Bénefices ne fe tranfmettent
par droit d'héredité , & de cette défenfe
generale on tiroit avec juftice la conféquenee
, que l'on ne peut rentrer dans un Bénefice
que l'on a quitté volontairement , parce
que ce feroit rendre illufoire l'intention de
l'Eglife , & par une fauffe fubtilité , introduire
fous un nom ce qui eft défendu
fous un autre. Il n'y avoit rien même fur ce
point de Difcipline , qui ne fût conforme
>
C v au
254 MERCURE DE FRANCE
aux Maximes du Droit Civil , qui exclut de
toute efperance de retour , celui qui a une
fois renoncé à un droit qu'il avoit.
On s'eft relâché dans la fuite de cette
exactitude. Il s'eft préfenté des cas , des
circonftances , où il étoit jufte de rétablir un
Béneficier , dans un Bénefice , dont il ne s'étoit
démis que par des raifons d'infirmité ou
de maladie : & l'on voit dans le Corps du
Droit Canonique quelques décifions qui
paroiffent favorifer cette opinion , comme les
Chapitres, Si Beneficia de præbend. in 6. Super
hoc extrà de renuntiat. & le Canon Gonfal
dus que l'on a cité. Ce font ces décifions qui
ont donné lieu à l'introduction du droit de
retour aux Bénefices ; mais il eft vrai de dire
que ce droit forme un droit nouveau , &
qu'il eft une dérogation à l'ancien ufage.
Auffi le Regrès n'avoit- il pas été admis
indifferemment dans le Royaume , & l'on
trouve dans les Preuves des Libertés de
l'Eglife Gallicanne deux Arrêts, l'un du Parlement
de Touloufe , & l'autre du Parlement
de Paris de 1496. qui déclarerent nulles des
Bulles furprifes en Cour de Rome , par lefquelles
un Béneficier avoit réfigné fon Bénefice
, fous la referve d'une partie des revenus
, & fous la condition de pouvoir y rentrer
dans le cas de la mort du Réfignataire.
Ce ne fut qu'en 1558. que cet ufage s'introduifit
FEVRIER 1743 259
troduifit dans le Royaume ; à l'occaſion
d'une Réfignation que Jean Benoît , Curé
des Innocens à Paris , avoit faite dans le
cours d'une maladie dangereufe & violente ,
à Jean Semelle , fon Vicaire : le Réfignant
étant revenu en fanté , voulut rentrer dans
fa Cure ; le Réfignataire , malgré la foi
promife , s'y oppofa ; l'affaire fût portée &
examinée dans le Confeil d'Henri II. & le
manquement de parole de la part du Réfignataire
, parut être l'effet d'une ingratitude
i noire & fi puniffable , jointe aux autres
circonftances , que le Confeil ordonna que
Jean - Benoît feroit réintegré dans la joüiflance
& poffeffion de fon Bénefice. Et pour
fixer la Jurifprudence fur ce point , le Roy
voulut que cet Arrêt fût envoyé à fes Cours
de Parlement , avec ordre de s'y conformer
à l'avenir.
Voilà l'époque du premier établiſſement
du Regrès en Matiére Béneficiale. Dès - lors
la Jurifprudence devint uniforme & conftante
, & l'on ne fit plus difficulté de l'admettre
dans les cas indiqués par le Droit
Canonique : c'est- à - dire , lorſqu'un Bénefieier
réſignoit metu mortis , & qu'il recouvroit
la fanté ou lorfqu'un Béneficier pourvû de
deux Bénefices incompatibles , en réfignoic
un dans l'efperance de jouir de l'autre , &
que par l'événement il étoit dépoffedé
C vj de
155 MERCURE DE FRANCE
de celui qu'il avoit confervé . Alors on efti
moit que l'intention du Réfignant n'avoit
pas été de fe dépouiller d'un Bénefice , qui
fouvent faifoit toute fa refource pour fa
fubfiftance . On a enfuite étendu le droit du
Regrès aux Réfignations faites par des Béneficiers
accufés & prévenus de crimes capitaux
& à d'autres cas encore qu'il eft inutile
de rapporter : & il a été ailé de juftifier
par plufieurs Arrêts une Jurifprudence
qui ne reçoit aucun doute dans la plûpart
des Parlemens .
?
,
Nous fommes remplis de vénération pour
des autorités auffi refpectables , & nous
fentons que cet ufage eft fondé fur de grandes
raifons d'équité. Nous fçavons que les
mouvemens naturels de la pitié engagent à
accorder des fecours efficaces & extraordi-,
naires aux Béneficiers qui ont réfigné in
extremis , afin de ne les pas rendre les victimes
d'une imprudence involontaire . Nous
ajouterons même que les fentimens de la
plupart des Docteurs fe réuniffent à la Jurifprudence
, & que l'ufage eft prefque uni
verfellement approuvé.
Mais en même tems il faut convenir , que
la Jurifpruder.ce qui autorife leRegrès, ne l'a
admis que comme un droit de tolerance , fi
nous pouvons nous fervir de cette expreffon
: droit ou ufage qui par lui- même
déroge
FEVRIER 1743. 259
Teroge à l'ancien état dela Diſcipline Ecclé
fiaftique & au Droit commun.
Cette Jurifprudence , d'ailleurs , a com
mencé à s'établir avant la fin du Concile de
Trente: & dans les Parlemens où elle eft en
vigueur, on ne regarde pas le Regrès com
me étant établi fur le Droit , mais fur un
ufage. Et on voit dans un Arrêt du Parlement
de Paris de 1659. rapporté dans les
Journaux des Audiences , que le célébre
M. Talon , dont le nom feul fait l'éloge ,
portant la parole dans une affaire de cette
nature , marqua fa furprife de ce que l'on
avoit avancé à l'Audience , que les Regrès
étoient de droit : & il obferva qu'ils étoient
feulement autorifes par des confiderations
particulières ; que ce n'étoit que dans les
derniers fiécles que l'on avoit commencé
d'en parler ; qu'ils étoient inconnus autrefois ,
& qu'ils fuppofent quelque forte de confidence.
·
Il ne peut pas être contefté que fur ce
point de Difcipline nous fuivons à la lettre
la difpofition du Concile de Trente Seff. 25.
cap. 7. Les Peres de ce Concile , animés du
même efprit, qui avoit dirigé les premiéres
Affemblées de l'Eglife , prohiberent indéfiniment
toutes fortes de Regrès. Ces défenſes
précifes & génerales ne font nullement
compatibles avec les diftinctions dont on fe
fers
258 MERCURE DE FRANCE
fert , pour foutenir ce droit de retour : Auff
s'eft-on montré toujours extrêmement fcru
puleux & jaloux de maintenir dans toute fa
force l'obfervation d'un ufage , qui nous
rapprochoit davantage de la pureté des premiers
fiécles de l'Eglife ( & jamais les ufages
particuliers & étrangers n'ont prévalu à cet
égard.
En effet , quoique le Regrès que l'on
appelle conventionnel , foit prohibé par fa
nature , parce qu'il renferme des pactes
fimoniaques , & que toute ftipulation expreffe
à ce fujet , eft réputée telle , on doit
auffi avouer , que le Regrés que l'on nomme
légal , n'eft peut- être pas tout-à- fait
exemt de ce vice , ou du moins , qu'il n'eſt
pás exemt de foupçons de confidence ,
puifque l'on doit admettre dans le cas d'une
Réfignation in extremis , une efpéce de convention
tacite entre le Réfignant & le Réfignataire
: l'un veut rentrer dans fonBénefice ,
fi le cas de fa convalefcence arrive , & l'autre
promet , en quelque façon , de lui ceder une
place qu'il ne tenoit que précairement.
Quoique ce foit là l'hypothéfe la plus favo
rable du Regrès , on fent néanmoins les
inconvéniens qui en peuvent réfulter , &
c'eft par cette raifon que nous nous fommes
attachés à la difpofition du Concile de
Trente , qui en a voulu prévenir les abus &
Les fuites. Cet
FEVRIER 1743 259
Cet ufage ; ce Fait eft d'autant plus inconteſtable
, que nous fommes informés
que M. le Chancelier ayant confulté la Compagnie
de la part du Roy, fur la Queſtion de
fçavoir , fi la voye du Regrès étoit autorisée
parmi nous , pour les Réfignations faites par
des Bénéficiers malades , Meffieurs les Commiffaires
arrêterent fur cette Queſtion , que
le Regrès n'étoit & ne devoit point être
admis dans la Province , fuivant la difpofi
tion du Concile de Trente .
Après une décifion fi précife , nous avons
lieu d'être étonnés , que l'on métte en problême
une Queſtion qui n'en forma jamais
une parmi nous : il n'y a aucun Arrêt de la
Cour qui puiffe l'autorifer , & les Arrêts
des autres Parlemens ne reçoivent pas d'application
, par rapport à notre ufage.
Cependant ce feroit à l'Appellant à juſtifier
, que le Regrès eft reçu dans la Province
: & nous ne concevons pas par quel
motif il voudroit rejetter fur l'Intimé la
néceffité de cette preuve ; a - t'il fait réflexion
que notre ufage n'eft que l'obfervation de
Fancienne Difcipline ; que ce n'eft que
manutention du Droit commun tandis
qu'au contraire le Regrès n'eft en lui- même
qu'une dérogation ? Dès- là , il fuffit qu'il
foit conftaté que la pureté de nos ufages n'a
pas été alterée par des ufages oppofés , pour
,
la
que
160 MERCURE DE FRANCE
que l'on foit en droit d'en conclure qu'ils
fubfiftent dans toute leur force.
C'est donner une interprétation forcée au
Decret du Concile de Trente , que de fou
tenir qu'il n'a pas entendu parler des Regrès
dont on avoit admis la pratique , mais feulement
de ceux qui fe trouveroient affectés
de quelque tache de fimonie : fa difpofi
tion , comme nous l'avons déja obfervé , eft
en termes précis & géneraux : cela feul ſuf.
fit
pour écarter l'objection. D'ailleurs, pour
soit-on penfer que les Peres de ce Concile
n'auroient porté l'étendue de leurs vûës ,
qu'à prohiber des chofes vicieufes en ellesmêmes
, & défendues par toutes les Loix de
Eglife , & non pas à prévenir les inconvéniens
d'un ufage pernicieux par fes conféquences
, & d'autant plus dangereux , qu'il
étoit toleré ?

Dès qu'il eft certain que le Regrès n'eft
pas admis dans la Province , il en refulte la
conféquence naturelle que la demande
qu'exerce Appellant , pour rentrer dans la
Cure de l'Abergement , dont il s'est démis
doit être rejettée , par la feule raifon qu'elle eft
contraire à nos maximes , & non pas parce
que la démilion eft pure & fimple , & que
le Regrès ne s'étend pas à ces fortes de Réfignations
. Car nous penferions fi le Regrès
étoit reçû , qu'il devroit avoir également
fon
FEVRIER: 1743. 261
fon effet à l'égard de l'une & l'autre de ces
efpéces de Réfignations, puifque les mêmes
motifs fubfifteroient , & qu'il y a des Arrêts
qui les ont autorifés pour les Réfignatons
pures & fimples , de même que pour les
Réfignations en faveur.
Après ces réflexions il paroît fuperflu d'examiner
les autres moyens de l'Appellant ,
dont tout le droit fe trouve anéanti par Féclairciffement
de celui- ci , qui eft le plus
important.
,
Cependant l'Appellant prétend ne pro
pofer le Regrès que comme un moyen fubfidiaire,
& foutient qu'il en a un plus victorieux ,
qui eft la reftitution en entier contre fa
démiffion.Il fonde cette reftitution en entier,
comme vous l'avez vû , Meſſieurs
fur ce
qu'il affure que l'acte contre lequel il reclame,
n'eft que l'effet des calomnies de fes ennemis
& des menaces de fes Superieurs , &
qu'un acte fait par crainte & par violence
étant en foi radicalement nul il en doit
être de même de fa démiffion.
,
Déja le Regrès & la reftitution en entier
dont il s'agit , ne font à proprement parler ,
qu'un feul & même acte ; ils ne different
entre eux , pour
ainfi dire , que de nom : il's
ont une relation & une connexité parfaite.
Suivant l'opinion des Canoniftes , le Regrès
eft qu'une efpéce de reftitution en entier ,
qui
262 MERCURE DE FRANCE
qui remet le Réfignant au même état où il
étoit avant fa Réfignation , & qui efface
tout ce qui s'étoit paffé dans le tems
intermédiaire , quand les moyens fur lef
quels on fonde le Regrès , font trouvés
juftes & légitimes
Entrons néanmoins , pour un moment
dans l'objet que l'Appellant fe propofe :
fuppofons avec lui qu'il peut revenir par la
voye du relief de la démiffion qu'il a
faite comme fi c'étoit un acte purement
civil . Refte à examiner fi fes moyens font
fuffifans pour en procurer l'entérinement .
>
Il n'eft pas douteux en Droit, que l'on ne
puiffe fe faire relever d'un Acte où il eft inter
venu du dol, de la fraude , ou qui a été paffé
par violence ou par crainte : c'eft à ce dernier
motif que fe réduit l'Appellant , &
comme fa démiffion eft fon propre ouvrage ,
il ne l'attaque pas par la furpriſe ou par le
dol.
Nous n'entrerons pas dans la vérification
'du rapport fait contre l'Appellant ; il n'y a
au procès aucunes piéces par lefquelles on
puiffe démêler la verité ; nous remarquefeulement
que ce rapport eft une dénonciarons
tion affectée : qu'il y a lieu de foupçonner
que les Gardes n'ont agi que par
récrimination & pour fe venger d'une procedure
criminelle , commencée contre l'un
d'eux
FEVRIER. 1743. 263
d'eux à la requeſte du Curé , puifqu'il a
été décreté de prife de corps le lendemain.
du jour du rapport. De cette circonftance
il réfulte en faveur de l'Appellant une pré
fomption forte , que le rapport eft l'ouvrage
de la calomnie ; qu'il le peut fe faire que l'Appellant
ne foit coupable ni des excès , ni
du libertinage qu'on lui impute . Nous nous
abftiendrons de porter aucun jugement à
ce fujet , parce que , fi d'un côté il y a des
plaintes & un commencement de preuves
contre l'Appellant , d'un autre côté , il n'eft
pas convaincu , & la Juftice veut que l'on
ne regarde pas comme coupable , celui qui
n'eft que fimplement accufé .
Mais ces Faits font affés indifferens. Nous
admettrons, fi l'on veut, l'artifice & la noirceur
du procedé des ennemis de l'Appellant :
nous le regarderons comme innocent ; nous
fuppoferons pour un moment que fes Superieurs
prévenus par ce rapport , lui ont écrit
cette Lettre qu'il ne produit pas , & que
cette Lettre étoit remplie des menaces les
plus capables d'ébranler. Ces circonstances
réunies forment elles une crainte forte ;
metus caders in conftantem virum , qui annule
un acte dont elle eft la cauſe ?
-
Le principe à cet égard eft conftant :
l'application feule qu'en fait l'Appellant eft
doutcufe , quand le Droit Civil & le Droit
Canonique
234 MERCURE DE FRANCE
:
de
Canonique annulent des Actes faits par forc
& par crainte , ils n'entendent parler que
ceux où la violence ôte toute liberté & tout
pouvoir les autorités des Décretales dont
on s'eft prévalu , manifeſtent davantage l'i
dée que l'on doit avoir de cette crainte , &
la diftinction qu'il faut faire entre une crainte
forte & ces cauſes impulfives & détermi
natives, qui prouvent feulement la facilité &
même la foibleffe de celui qui s'engage ,
mais qui par cette raiſon n'operent pas la
nullité de l'Acte .
Les Chapitres Abbas , ad audientiam , &
autres Décretales, déclarent nulles des Réfi
gnations , des démiffions faites par force &
par crainte ; mais il faut obferver que la vio.
lence & la force avoient été le principe de
ces Actes dont les Papes prononcent la
nullité , par la raifon qu'ils manquoient de
cette liberté , qui eft l'effence de tous les
actes ; le motif de la décision eft exprimé
dans le Chapitre Abbas. Unde , y eſt-il dit ,
quia qua metu & vi fiunt de jure debent in
irritum mitti. Les termes de violence & de
crainte s'y trouvent cumulativement , parce
que c'eſt la violence , c'eft la force , qui caracteriſent
, qui conſtatent cette crainte , qui
tombe in conftantem virum , cette crainte ,
dont les impreffions font fi grandes , qu'elles
e laiffent plus ni la liberté de l'efprit , ni
l'ufage
FEVRIER.
1743. 265
fufage de la volonté : cette crainte , en un
mot , qui vicie & rend nuls les Actes qui en
dérivent.
Ici , cette forte de crainte ne fe rencontre
pas ; de l'aveu même de l'Appellant , il n'y
a eu que des menaces de fes Superieurs :
quelque vives , quelque preffantes qu'ayent
pû être ces menaces qu'elles ayent été ou
non, la caufe qui le détermina à faire fa Ré
fignation , on ne les regardera jamais comme
affés puiffantes pour être le fondement
d'un Relief.
L'Appellant n'a pas ofé avancer que ces
menaces ayent été accompagnées d'aucune
violence ; ce feroit néanmoins une circonftance
effentielle , & le foupçon feul devien
droit injurieux à des Superieurs , dont la
prudence , la fageffe & la moderation font
affés connues.
Ces menaces donc , que l'Appellant voudroit
infinuer avoir gêné fa liberté , n'ont
fans doute été que des repréfentations fortes
fur l'irrégularité de fa conduite : repréſentations
occafionnées par des plaintes réïtérées,
qui ont excité avec raiſon le zéle du Diocéfain
, & qui ont pû l'engager à menacer
L'Appellant , de faire inftruire contre lui une
procedure criminelle , Des injonctions de
cette nature ne conftitueront jamais ce qu'on
appelle metus gravis , & il n'en peut réfulter
qu'un c
266 MERCURE DE FRANCE
qu'une crainte legere , laquelle , felon
Cabaffut & les autres Canoniftes , n'opere
pas la nullité d'une Réfignation. Nous ne
doutons pas que la Lettre , que l'Appellant
dit avoir reçûë de fes Superieurs , ne l'ait
frapé d'étonnement , de crainte & de refpect ;
mais parce qu'il étoit dénoncé , devoit- il fe
regarder comme condamné ? Il n'étoit pas
même accufé dans les formes judiciaires ;
toutes les voyes de la juftification lui étoient
ouvertes. S'il étoit innocent , devoit- il apprehender
d'être la victime de la calomnie
& de la mechanceté de fes ennemis , fans
manquer de confiance à l'égard de fes Superieurs
, fans douter de la pénétration de leurs
lumiéres & de la droiture de leurs intentions
, doute qui feroit infiniment honteux
à l'Appellant même ? Si au contraire les re
proches fecrets de fa confcience ont été les
motifs de fa démiffion , elle devient alors
bien moins fufceptible de contradiction .
Dans une occafion femblable , fi l'Appellant
n'avoit rien à fe reprocher , il devoit raffem
bler toute fa force & toute fa conftance pour
s'opposer à une démarche qui flétriffoit fon
honneur : fa réſiſtance auroit été loüable , &
approuvée par fes Superieurs , qui auroient
defiré qu'il fe juftifiât.
>
Aufli dans les Parlemens où l'on admet
le Regrès , il a lieu à la verité dans le cas où
un
FEVRIER. 1743. 267
un Béneficier eft accufé d'un crime : mais il
faut que ce foit un crime capital , parce
qu'alors on eftime que la crainte de la peine,
metus fupplicii , équivaut à la crainte de la
mert, & ce droit ne peut s'exercer que lo fque
l'accufé a été abfous par un jugement ; c'eft
l'efpece des Arrêts que l'on a cités : mais
quand l'accufation n'eft pas capitale , il n'y
a pas lieu au Regrès . C'eft ce qui fut décidé
par un Arrêt du Parlement de Provence du
12. Mai 1642. rapporté par M. Louet , qui
jugea que le Regrès n'avoit pas lieu en faveur
de celui qui avoit réſigné ſon Bénefice , étant
accufé d'uu crime veritable & non capital.
Il y avoit même une circonftance bien forte,
c'eft que laRéfignation avoit été faite dans la
prifon , & que le Réfignataire étoit frere du
Procureur du Réfignant.
Dans l'hypothèſe, le crime dont l'Appellant
étoit prévenu , n'étoit qu'un délit ordinaire
& non pas un cas privilegié : il n'étoit pas
même in reatu, par aucune plainte, par aucune
procedure ou par quelqueDecret anterieur;&
par conféquent il n'a pas réfigné metufupplicii,
qui feroit la confideration qui donneroit lieu
de fuppofer des motifs d'une crainte violente.
Il y a plus. C'eſt que les Parlemens qui
admettent le Regrès , prennent de fages
précautions pour empêcher qu'il ne s'y gliffe
des abus , & quand un Réfignant en extrémité
268 MERCURE DE FRANCE
mité de maladie, a fait en convalefcence des
Actes approbatifs de fa Réfignation , il n'eſt
plus recevable à exercer le Regrès . C'eſt fur
le même fondement que la plupart des Canoniftes
eftiment , qu'une Réfignation faite
par crainte & par violence , reprend toute fa
force , quand le Réfignant l'a ratifiée enfuite
dans un état de liberté.
Que l'on rapproche les differentes circonftances
de cette affaire , & on verra que le
Sieur Jannez a donné fa démiſſion le 24.
Septembre 1740. que l'admiffa du Diocéfain
n'y a été mis que le 28. Janvier fuivant , &
qu'il n'a fait fignifier fa révocation que le
22. Mars. On remarquera que pendant un
fi long efpace de tems il eft demeuré dans
un filence profond ; qu'il n'eft pas préfumable
que l'impreffion des menaces ait fubſiſté
la même pendant fix mois , que l'Appellant
n'ait pas été inftruit du motif & de la caufe
des plaintes de fes Superieurs. On verra
enfin , que le Sieur Jannez a demandé la
réſerve d'une Penfion , puifque l'inftitution
donnée à l'Intimé lui en affure une deso liv.
Et nous avons entre nos mains deux états
des revenus de la Cure de l'Abergement- la-
Ronce , dont l'un , qui n'eft pas figné , les
fait monter à la fomme de 747. livres , &
l'autre qui eft daté du dix-fept Septembre
1749. & figné du Curé de Damparis , ne
les
FEVRIER . 1743. 269
Ies porte qu'à la fomme de 478. livres. Il
n'eft pas poffible qu'une femblable eſtimation
fe foit faite à l'infçû & fans la participa
tion de l'appellant.
De tant d'Actes approbatifs il réfulte que
I'Appellant eft non- recevable à l'enterinement
du Relief qu'il a obtenu , indépendamment
des autres moyens qui s'élevent
contre lui.
;
Cependant il prétend encore , que quand
on n'y auroit aucun égard , il devroit toujours
rentrer dans fon Bénefice , parce qu'il a fait fignifier
fa révocation dans un tems utile , &
avant les lettres d'inftitution accordées à
l'Intimé que jufqu'à ce moment la choſe
n'étoit pas confommée que l'admiffa du
Diocéfain ne doit être d'aucun égard ; qu'il
ne peut être confideré que comme un Acte
privé , & par conféquent fans date , parce
qu'à fuppofer qu'il ne fût pas néceffaire qu'il
fût attefté de témoins ou contrôlé , du
moins il auroit dû être contre- figné par le
Sécretaire , ou par le Greffier de l'Archevêché.
La réponſe à la plupart de ces moyens fe
tire , de ce que l'Edit de 1691. portant Création
des Notaires Royaux Apoftoliques , &
qui introduit les formalités dans l'inobferva →
tion defquelles l'Appellant trouve autant de
moyens d'abus , n'a été ni envoyé dans la
Province , ni enregistré en cette Cour , ce
D
qui
270 MERCURE DE FRANCE
qui le rend fans vigueur à notre égard ,
D'ailleurs , comme l'a obfervé le défen
feur de l'Intimé , cet Edit a eû pour un de
fes principaux objets , de prévenir les fraudes
qui fe pratiquoient dans les Réfignations ,
au préjudice des droits de prévention du
Pape , & de ceux des Expectans , quand elles
fe faifoient par des Actes auxquels on ne
pouvoit pas fuppofer une date certaine . Et il
étoit naturel que ll''oonn ne pût oppofer à des
provifions obtenues en Cour de Rome , ou
aux titres des indultaires & des gradués qui
avoient une date certaine , que des Actes
dont la date ne pût pareillement pas être
foupçonnée. C'eft- là le cas où font intervenus
les Arrêts du Parlement de Dijon , dont on
s'eft prévalu , & qui ne peuvent être d'aucune
autorité parmi nous , puifque nous avons
des ufages contraires , & que nous n'admettons
ni la prévention du Pape , ni les droits
des Expectans. Au refte , il importe peu que
le Diocéfain foit obligé de fe conformer aux
ufages du Parlement de Dijon , pour les Bénefices
fitués dans fon reffort ; il n'y a rienlà
de très - ordinaire , & qui ne fe pratique
dans plufieurs Diocèfes du Royaume. que
Nous ne voyons pas fur quelle raifon apparente
l'Appellant a pû prétendre que l'admiffa
du Diocéfain fur la Réfignation , ne
devoit être confideré que comme un Acte
privé
FEVRIER: 1743 271
privé , parce qu'il falloit au moins qu'il fût
contre -figné par le Sécretaire : il n'eft pas
douteux des Actes de cette nature ne
que
foient de véritables Actes de Jurifdiction
du Diocéfain , dont le caractére leur imprime
le degré d'authenticité néceffaire , pour
qu'ils ne doivent pas être confondus avec
des Actes privés on n'a pas révoqué en
doute jufqu'à préfent la certitude d'un Fait
autorifé par la pratique la plus conftante , &
contre lequel nous ne manquerions pas
nous élever , s'il pouvoit occafionner des
abus , & s'il étoit oppofé aux Ordonnances
enregistrées en cette Cour.

de
Enfin , Mrs , c'eft une erreur de penfer
qu'un admiffa mis par l'Ordinaire fur une Réfignation
pure & fimple , n'efface pas tout le
droit du Réfignant . Car c'eft une Maxime
conftante en Matiére Bénéficiale , qu'une
Réfignation pure & fimple admife par celui
qui en aa llee ppoouuvvooiirr ,, fait vaquer le
Bénéfice foit pour le titre , foit pour la
poffeffion ; c'est le fentiment de la plupart
des Canoniftes , & en particulier de Dumoulin
fur la régle de infirmis. C'eft fur ces principes
que fût rendu un Arrêt du Parlement
de Metz , que l'on trouve dans les Journaux
du Palais , qui jugea qu'une démiſſion faite
entre les mains d'un Chanoine en tour de
conferer , & qui avoit été acceptée , étoit
Dij fuffifante
272 MERCURE DE FRANCE
que
fuffifante pour dépouiller le réfignant , &
fa révocation fignifiée le lendemain n'étoit
pas recevable , quoique le Bénéfice ne
fût pas rempli. Les Auteurs portent la choſe
plus loin ; ils eſtiment que le réſignant , malgré
une poffeffion même triennale , ne feroit
pas en droit de fe maintenir dans le Bénéfice
, fans de nouvelles Proviſions du Collateur.
Il fuit donc de ces maximes , que l'admiffa
du Diocéfain avant la révocation de
l'Appellant , lui enleve tout Droit de Retour
cet admiffa a une date certaine ; il
eft revêtu du fceau de la foi publique , &
dès-là , la révocation qui l'a fuivi , eſt intem,
peftive & non-recevable,
Il ne nous refte plus qu'à parler de deux
moyens d'abus qu'on a fait réfulter , l'un de
ce que le Diocéfain en accordant, l'inftitution
à l'Intimé au préjudice de l'Acte de révocation
, avoit préjugé que l'Appellant ne
pouvoit pas exercer le Regrès , & avoit en
cela entrepris fur la Jurifdiction féculiere : &
l'autre , que l'Ordinaire n'a pas eû le pouvoir
de fixer une Penfion.
A l'égard du premier , perfonne n'ignore
que les Ordinaires font fouvent obligés de
donner pour un même Bénéfice differentes
inſtitutions , fans que pour cela on les accufe
d'entreprendre fur la Jurifdiction feculiere
?
FEVRIER 1743 273
liere ; au contraire , s'ils les refufoient , ce
refus feroit un véritable abus qui donneroit
lieu d'implorer l'autorité des Cours de Parlement.
Pour ce qui eft du fecond qui concerne
la Penfion , il formeroit beaucoup de
douté fur la Queſtion de fçavoir , fi ce n'eft
pas dans le Pape feul que réfide la puiffance -
d'établir des Penfions. Il eft vrai que fuivant
le Concile de Trente les Ordinaires en
peuvent fixer dans de certains cas ; mais il
reftèroit toujours le doute , fi celui qui fe
préfente , eft du nombre de ceux déterminés
par le Concile.

Sans nous jetter dans cette difcuffion
nous nous contenterons de dire , qu'il eft
fingulier que l'Appellant fe plaigne d'une
difpofition qui eft à fon avantage , à moins
que ce ne foit dans la vuë , comme il y
conclu fubfidiairement , de s'en faire régler
une plus forte.
a
Mais comme nous l'avons déja obſervé ;
le revenu de la Cure de l'Abergement la-
Ronce , ne fe monte qu'à 478. I. Cet état
paroît fidéle , puifqu'il a été remis aux Supérieurs
Eccléfiaftiques par un Curé du voili
nage , qui fans doute étoit parfaitement inftruit
fur ce point. Or , il ne paroît pas qu'un
revenu auffi modique foit fufceptible d'une
Penfion plus forte , d'autant plus que le Curé
eft obligé à une déferte pénible , & à céle-
D iij
brer
1
174 MERCURE DE FRANCE
brer deux Meffes , l'une dans l'Eglife de l'Abergement
la Ronce , & l'autre dans celle
d'Aumur. De plus , nous héfiterions beaucoup
à penfer , que dans les circonftances
de cette affaire ce fût le cas d'augmenter une
Penfion , qui paroît avoir été réglée du confentement
du Réfignant .
De toutes ces obfervations il réfulte , que
quoique le Regrès foit approuvé dans le
Royaume , nous ne l'avons jamais admis , &
que nous nous fommes conformés à la difpofition
du Concile de Trente ; & nous ne
pouvons trop infifter fur l'obſervation d'un
point de Difcipline aufli refpectable . L'Arrêt
que vous allez rendre , fervira dorénavant de
régle fur une matiére auffi importante ; il feroit
même à fouhaiter que le Public en fût
fuffifamment inftruit , pour fixer fes doutes à
l'avenir. Nous finiffons par la remarque d'un
Sçavant Canonifte , qui obferve judicieuſement
à l'égard de l'ufage du Regrès , que les
Loix du Ciel à ce fujet , ne conviennent pas
trop avec celles de la Terre .
Par Arrêt du 6. Mars 1742. il a été dit
qu'il n'y avoit abus , & en conféquence l'Intimé
a été maintenu dans la poffeffion du
Bénéfice .
Cet Arrêt décide trois Queſtions princi
pales.
1° . Que l'admiffa de l'Ordinaire fur une Démiffion
FEVRIER 17437 275
miffion pure & fimple , rend le Bénéfice vaquant.
2°. Que le Regrès Bénéficial n'eft pas admis
dans le Comté de Bourgogne .
3 °. Que l'Edit de 1691. au fujet des for
malités qui doivent s'obferver dans les Réfignations
des Bénéfices , n'a pas lieu dans
cette Province .
***************冰冰*
LE FLEUVE ET LE BATELIER,
Q
FABLE.
Ui fe laiffe enyvrer par une fauffe gloire ,
Ne remporta jamais qu'une foible victoire.
Etoit un Batelier , dit - on , d'un air hautain ,
Qui des Eaux s'érigeoit en maître fouverain ;
Voulant un certain jour fignaler fon courage
Sur un
Fleuve connu par maint & maint naufrage ,
Monte fur un efquif; ſemble braver la mort;
Mais, helas ! que je plains fon déplorable fort !
Le Fleuve plufieurs fois le pouffe , le repouffe ;
Après avoir fouffert differente fecouffe ;
Hors de combat enfin ne pouvant plus lutter ,
Dans l'abîme des eaux va fe précipiter :
Ainfi nous apprit -il par fa funefte chute ,
D iiij
Que
176 MERCURE DE FRANCE
Que le plus fort toujours le plus foible culbute ;
Vouloir s'opiniâtrer contre un plus fort que nous
C'eſt devenir l'objet de fon jufte courroux .
7
****************
REPONSE de M. de la Soriniere à
M. de la Broderie, d'Aix, au fujet de fes
Vers Marotiques , &c.
Vous avez bien de la bonté , M. de
prêter une férieufe attention à mes petits
amuſemens littéraires ; affurément ils en
font bien peu dignes.
s'y
Puifque vous voulez, M. que je vous dife
mon fentiment fur les Vers Marotiques , inférés
dans le Mercure de Decembre 1742 .
premier Volume , je vous dirai que je les ai
trouvé fort jolis & ingénieufement tournés.
'Au refte , M. il fuffit que vous foyez d'Aix ,
pour faire de fort jolies chofes. Si tous ceux
qui ont voulu imiter Maître Clement ,
étoient pris comme vous , M. les reflexions,
un peu ameres , que j'ai données fur l'abus
& le mauvais ufage que l'on fait du ftyle
Marotique , ne les auroient point regardé
du tout. Une feule chofe me furprend ,
qu'ayant auffi peu lû Mot que vous le dites
, vous en ayez fi bien attrappé l'enjoûment.
Au refte , la Nature peut vous avoir
c'eft
infpiré
FEVRIER. 7743 : 277
inspiré , pour nous faire appercevoir qu'elle
peut encore produire quelque nouveau Marot
& d'élégans Badinages. J'ai l'honneur
d'être , &c.
A la Soriniere le premier Fevrier 1743 .
LE RETOUR DES GUERRIERS,
CANTATILLE.
L'Hyver a ramené la nege & les frimats,
Jupiter ne fait plus éclatter fon Tonnerre ,
Et le Dieu cruel des Combats
Ceffe d'épouvanter la Terre.
Revenez , Enfans de Mars ,
Guerriers affamés de gloire ,
Vous qui forcez la victoire
A fuivre vos Etendarts,
Si dans le péril des armes
L'Eté fit couler vos jours ;
Des Ris , des Jeux , des Amours
L'Hyver vous offre les oharmes.
Revenez , Enfans de Mars ,
D v
Guer
273 MERCURE DE FRANCE
Guerriers affamés de gloire ,
Vous qui forcez la victoire
1: A fuivre vos Etendarts.
Mais déja fur vos pas la Mere de l'Amouž
Fait briller les plus belles Fêtes ,
Et mille amoureuſes conquêtes
Vont couronner votre retour.
Amour , fignale ton zéle
En faveur de ces Guerriers ,
Et que ton Myrthe ſe mêle
A l'éclat de leurs Lauriers.
Qu'ils triomphent de leurs Belles ;
Fais- en de nouveaux Vainqueurs ;
Mais rends- les Amans fidelles
Quand tu foumettras leurs coeurs.
Amour , fignale ton zéle
En faveur de ces Guerriers ,
Et que ten Myrthe fe mêle
A l'éclat de leurs Lauriers .
Par M. B ** d'Aix:
DES:
FEVRIER 1743 279
***
DESCRIPTION Topographique &
Hiftorique du Pays de Cotentin , dans la
Province de Normandie , par M. Frigot.
Ly a long-tems , Monfieur , que vous
m'avez demandé , & que je vous ai promis
une Deſcription de notre Cotentin, dans
le goût de celle que j'ai eû l'honneur de
vous donner du Pays d'Auge. Vous fçavez
que la raison pour laquelle j'ai tant tardé à
exécuter cette promeffe , eft qu'on m'avoit
fait efperer quelques fecours litteraires au fujet
de plufieurs circonftances Géographiques,
Hiftoriques , &c. Las d'attendre en vain &
de vous faire attendre , je prends enfin le
parti de m'acquitter de mon mieux envers
vous , moyennant la Carte exacte du Diocèle
de Coutance par le fieur Mariette de la Pagerie
, l'état Géographique de Normandie
par Maffeville , dont je ne ferai fouvent que
copier les propres termes ; la Defcription
manufcrite de la même Province par un
Anonyme , qui paroît avoir fait cet Ouvrage
il y a 45. ou so . ans , & enfin moyennant la
connoiffance que je puis avoir par moi -même
du Pays en queſtion , dont je fuis habitant.
Le Cotentin peut être confideré en plus
D vj fieurs
280 MERGURE DE FRANCE
fieurs façons differentes. 1°. Comme grand
Bailliage; c'eft le dernier de la Baffe -Normandie
, & le plus étendu de toute la Province ,
ayant is . ou 30. lieuës de longueur , fur une
largeur inégale. Il s'étend au Midi jufqu'aux
frontieres de la Bretagne & du Maine , comprenant
les Evêchés de Coutances & d'Avranches.
Il a ceci de fingulier , que n'ont
point les autres Bailliages de Normandie
c'eſt qu'outre fes Vicomtés , il renferme dans
fon enceinte trois autres Bailliages Royaux ,
féparés & indépendans de lui , qui font les
Bailliages de Mortain , de S. Sauveur l'Endelin
& de S. Sauveur - le - Vicomte.
2º. Comme Diocéfe , il renferme les Villes
de Coutances , qui lui donne fon nom ; de
S. Lo , de Carentan , de Vallogne , de Cherbourg
& de Granville .
3°. Comme Archidiaconé , il contient les
Doyennés de Vallogne , du Val - de - Saire, de
la Hague , des Pieux , d'Orglandes & du
Plain.
4. Comme Canton proprement dit Cotentin
, felon le langage du Pays , il fe réduit
prefque à la feule étendue du Doyenné du
Plain. » C'eft , dit Maffeville , un Canton de
» l'Election de Carentan , d'environ 20. Pa-
» roiffes , dont les Bourgs de Sainte Mere
Eglife & de Ste Marie - du -Mont , font les
Lieux les plus confidérables. C'est ce der-
ور
>> nier
FEVRIER 1743. 281
nier Pays qui eft le vrai Cotentin , & qui
"eft fi fameux par fa fécondité , & par la
grande production de fes Pâturages.
وو
J'ajoûterai que les herbages du Bautois &
du Doyenné d'Orglandes , qui font contigus
au Doyenné du Plain ; plufieurs autres qui
fe trouvent aux environs de Vallogne , dans
la Hague même & dans le Val - de - Saire , font
auffi du Vrai Cotentin , eû égard aux qualités
du Terrain , juſtement vantées par Maffeville.
" Enfin , Monfieur , on peut confiderer le
Cotentin comme Prefqu'Ïfle , & alors c'eft
une étendue de Pays qui comprend tout l'Archidiaconé
du Cotentin, & environ les trois
quarts de celui du Bautois, en fuppofant une
ligne droite depuis le Gué du Saut & Havre
de S. Germain , petite Baye à la Côte Occidentale
, jufqu'au Cours Occidental du grand
Vay, Baye & fameux Paffage, qui eft à la Côte
Orientale . Cette Ligne feroit longue d'environ
3. à 6. lieuës communes de Baffe-Normandie.
Je me fervirai de ces fortes de lieuës
dans le cours de cet Ouvrage.
C'eſt comme Prefqu'Ifle que je vais tâcher
de vous décrire ici le Cotentin , & pour éviter
l'inconvénient qu'il y auroit à laiffer à l'écart
une petite partie de l'Archidiaconé du
Bautois , laquelle contient le Doyenné de
Carentan , qui eft en quelque façon la Ville
Capitale
282 MERCURE DE FRANCE
Capitale du Cotenrin , je prends les deux
Archidiaconés entiers pour en compofer notre
Prefqu'Ifle.
Je ne dois pas oublier de marquer ici que
l'Archidiaconé
du Bautois comprend les
Doyennés de Carentan , du Bautois , de la
Haye du Puys , de S. Sauveur le Vicomte &
de Barneville.
Suivant ce Syftême la Prefqu'Ifle du Cotentin
a pour bornes au Couchant la Mer , dite
Manche ou Canal , depuis le Gué du Saut &
Havre de S.Germain jufqu'auCap de laHague,
ce qui fait environ 12. lieuës ; au Septentrion
la même Mer, depuis le Cap de la Hague jufqu'au
Cap de Barfleur , ce qui fait environ
9. à 10. lieuës ; au Levant, la même Mer depuis
le Cap de Barfleur jufqu'aux Vays , &
depuis les Vays , un petit bout de la Riviere
de Vire , dont l'embouchure forme le petit
Vay , en tirant vers la fource de la même Riviere
, jufqu'aux environs de la Baronnie &
Château de la Riviere , ce qui fait environ
10. à 11. lieuës ; & au Midi , partie de l'Archidiaconé
du Val de Vire , & partie de celui
de Coutances , depuis les environs de la
Terre de la Riviere jufqu'au Gué du Saut, ce
qui fait environ 6. à 7. lieuës , le tout meſuré
en ligne droite , & fans avoir égard aux inégalités
, tant des Côtes , que des bornes
méridionales , lefquelles inégalités , priſes à
la
FEVRIER 1743 283
la rigueur , donnent à notre Prefqu'Ifle
tantôt plus , tantôt moins de terrain.
DIVISION de la Prefqu'Ifle du Cotentin
en cinq parties , ſuivant la nature
des Terroirs.
1. Le Doyenné de Carentan , une partic
'de celui du Bautois , autre partie de celui de
S. Sauveur le Vicomte , autre partie de celui
d'Orglandes , & celui du Plain en entier, forment
enſemble un Pays d'excellens Pâturages
, diftingués en haut fonds & en bas fonds;
le haut eft affés fouvent meilleur que le bas.
Les Pâturages occupent un grand quart
de la Prefqu'ifle , du côté de la Côte Orientale
& du Midi.
2°. Le Doyenné de la Haye du Puys, une
partie de celui du Bautois,autre partie de celui
de S.Sauveur le Vicomte , autre partie de celui
d'Orglandes , autre partie de celui de Barneville
, qui eft à peu près le petit Canton nommé
les Rivieres , font en géneral un Pays de
labeur , de bois , de Montagnes , de landages
, & c. Ce Pays produit d'affés bons grains ,'
moyennant le travail affidu des habitans , &
occupe une autre partie de la Prefqu'Ifle
du Cotentin , du côté du Midi & de la Côte
Occidentale .
il
3.d Une partie du Doyenné des Pieux , &
celui de la Hague en entier , eft ce qu'on
appelle
284 MERCURE DE FRANCE
appellé en géneral la Hague . Quant à la nature
du Terroir , il y a du bon , du médiocre & du
mauvais; ce dernier l'emporte en étendue. Ce
font monts & vaux qui ne produifent qu'à
force d'un travail opiniâtre , & fouvent
ne produisent que des bruyeres, &c . Le bon
confifte en d'agréables vallons qui ne le cedent
point aux pâturages du Cotentin , particu--
lierement fur la Côte Septentrionale , depuis
la Paroiffe d'Auderville , fituée au Cap de
la Hague jufqu'à Cherbourg. La Hague , ainfi
défignée , eft une autre partie de la Prefqu'Ifle
du Cotentin , fituée tant du côté de la
Côte Occidentale , depuis la Paroiffe de Surtainville
jufqu'à celle d'Auderville , que du
côté de la Côte Septentrionale depuis Auderville
jufqu'à Cherbourg.
4. La plus grande partie du Doyenné du
Val- de-Saire, & une petite partie du Doyenné
de Vallogne , forment ce que nous appellons
vulgairement le Val- de - Saire. C'eſt un
bon Pays de labeur , lequel s'étend du côté
de la Côte Septentrionale depuis les environs
de Cherbourg jufqu'au Cap de Barfleur ; &
du côté de la Côte Orientale , depuis le Cap
de Barfleur jufqu'à la Hougue , & même plus
loin , en tirant vers le Midi . Ce Pays eft auffi
fertile en bons Lins.
5 °. Enfin une partie du Doyenné de faint
Sauveur le Vicomte, autre partie de celui de
Barneville,
FEVRIER. 1743 285
Barneville , autre partie de celui des Pieux ,
& la plus grande partie de celui de Vallogne ,
forment au coeur de la Prefqu'Ifle un Canton
diffus , & pour ainfi - dire , difloqué , fuivant
la fituation & la figure des Bois & des Forêts
qu'il renferme, & qui lui donnent le nom
de Boccage , nom qui eft d'ufage parmi nous ,
quoiqu'il ne foit employé ni dans la Carte du
Diocèfe , ni dans aucun Imprimé que je fçache.
Cette partie , outre les Bois , a des Terres
labourables & des Pâturages, & elle participe
aux bonnes & aux mauvaifes qualités
des quatre autres ; Vallogne en eft comme
la Capitale.
BOIS & Forêts de la Prefqu'Ile du Cotentin,
qui forment ce qu'on nomme le Boccage.
La Forêt de Brix , qui s'étend depuis Cherbourg
jufqu'auprès de Vallogne ,
fur une
longueur d'environ 4. lieuës , a plus de huic
lieuës de circuit. Je parlerai ailleurs de la
Belle Glacerie qui eft dans cette Forêt .
La Haye de Vallogne, qui tient à la Forêt
de Brix , a environ une lieuë de longueur
fur une largeur inégale. Sa longueur s'étend
vers la Forêt de Bricquebec, du côté de l'Occident
, & elle laiffe Vallogne à l'Orient.
La Forêt de Bricquebec environne le Bourg.
de ce nom , fitué à deux lieues de Vallogne ,
entre cette Ville & la Côte Occidentale.
Cette
286 MERCURE DE FRANCE
Cette Forêt a 5. ou 6. lieuës de tour. On y
a trouvé dans le dernier fiécle des Mines de
Cuivre , & même , dit- on , d'Argent : mais
il y a apparence qu'on a auffi trouvé que
frais excederoient le profit , ce qui arrive
communément aux Mines de cette Prefqu'lfle
.
les
Le Bois de Boquefnay eſt à Nehou ( Paroiffe
du Doyenné de Barneville. ) Il a plus de 3.
lieuës de tour , & eft contigu à la Forêt de
Bricquebec, au Nord , & à la Forêt de S. Sau--
veur le Vicomte , au Midi , tirant vers l'Orient.
La Forêt de S. Sauveur le Vicomte eft auprès
du Bourg de ce nom , & a plus de
lieues de circuit .
3.
Le Bois de Limor eft auprès du Bourg de
Varanguebec a environ une lieuë de S. Sauveur
le Vicomtes il a près de deux lieuës
de tour.
Le Bois de Montebourg eft auprès du Bourg
de ce nom , entreVallogne & la Côte Orientale;
il a bien 2. lieuës de circuit . Il renferme les
Monts d'Huberville & le Mont- Catre (Mons
Caftrorum :) ce dernier conferve encore des
traces de retranchemens , à la maniere des
Romains. L'un & l'autre ont une vûë magnifique
fur le Val - de - Saire ,fur la Côte Orientale
& fur les Herbages du Cotentin , & c .
A environ une lieuë du Bois de Montebourg
,
FEVRIER: 1743 287
bourg, en tirant vers le Nord, & à une lieuë
& demie de Vallogne , en tirant vers la Hougue
, eft le Bois de Montaigu , qui a environ
trois lieuës de circuit.
Il n'eft féparé que de l'efpace d'environ
une demie lieuë du Bois de Barnavast , qui a
deux lieuës de tour.
Celui- ci cft féparé par la Riviere de Saire
du Bois de Blanqueville, qui a environ un tiers
moins d'étenduë. Le Bois de Bouteron & celui
de Bofq - Neel, peu confidérables, en font
voifins.
Le Bois du Rabé , auprès de la Paroiffe de
Quettehou , a deux lieues de tour , & n'eft
guere éloigné que d'une demie lieuë de la
Hougue.
RIVIERES principales qui ont leurs
Embouchures fur les Côtes de la Prefqu'Ifle
du Cotentin.
Je fuivrai l'ordre des Embouchures , à les
prendre depuis le Gué du Saut jufqu'aux Vays;
en obmettant celles de plufieurs Ruiffeaux.
Sur la Côte Occidentale , en allant du Sud
au Nord , on trouve les Embouchures des
Rivieres fuivantes.
La Riviere d'Ay naît auprès du Mont- Huchon
, à une lieuë de Coutance . Son Cours
qui a 4. à 5. lieuës , eft hors la Prefqu'Ifle du
Cotentin , mais fon Embouchure, groffie de
plufieurs
288 MERCURE DE FRANCE
plufieurs Ruiffeaux du Doyenné de la Haye
du Puys, & notamment du Ruiffeau de Gratechef,
forme le Havre de S. Germain , en
entrant dans la Mer au Gué du Saut , dont il
eft parlé ci - devant .
La petite Riviere de Gris , avec quelques
Ruifleaux , forment le Havre de Portbail
qui n'a rien de confidérable , mais la Paroiffe
de ce nom eft fameuſe dans le Pays par fes
Salines , où l'on fait le Sel blanc. Le cours
de la Riviere ou Ruiffeau de Gris , eft à per- .
ne de deux lieuës .
La petite Riviere de Gerefleur , groffie de
plufieurs Ruiffeaux , fe décharge dans une
Baye, qui eft à peu près entre le Bourg de
Barneville & le Port de Carteret. Cette Riviere
ou Ruiffeau a un peu plus d'une lieuë
de cours.
Les Embouchures ci- devant font dans
l'Archidiaconé du Bautois.
La Riviere ou Ruiffeau du Dus , après un
cours d'environ une lieuë & demie, forme le
Port de Rofel , dans le Doyenné des Pieux.
La Riviere de Dielette naît à Grôville
( même Doyenné ) paffe à Benoît-Ville , àમે
Treauville , au Pont de Notre - Dame des .
Prés , & va fe rendre dans la Mer au Port de
Dielette entre Flamenville & Siouville
après deux lieuës de chemin. M. le Marquis
de Flamenville a fait faire des travaux confidérables
FEVRIER. 1743. 289
dérables à ce Port depuis 12.ou 15. ans. Il en
a été parlé dans plufieurs de vos Journaux.
Je paffe plufieurs Ruiffeaux dont les Embouchures
n'offrent rien de remarquable,
Sur la Côte Septentrionale , en allant du
Couchant au Levant , on trouve les Embouchnres
des Riviéres fuivantes.
La Riviere de Divette ou de Cherbourg ,
´naît dans la Paròifle de Bricquebofc ( Doyend
né des Pieux ) : elle paffe à Sotteville , à S.
Chriſtophle , à Virandeville , à Teurtévilleà
la Hague, au Pont- Roger , à Martinvaſt &
à Octeville à la - Hague : de - là elle entre
dans le Port de Cherbourg , après un cours
de plus de 3. lieues. Je parlerai de Cherbourg
ci-après.
Je laiffe beaucoup d'Embouchures de
Ruiffeaux qui font le long de la Côte Septentrionale
, pour venir aux Rivieres qui
ont leurs Embouchures fur la Côte Orientale.
Sur la Côte Orientale , en allant du Nord
au Midi , on trouve les Embouchures des
Rivieres fuivantes .
La Riviere de Saire ( ou Cere ) tire fa
fource du Mefnil- au -Val ( Doyenné du Valdecere
) à cinq quarts de lieuë de Cherbourg.
Elle paffe auprès de Gonneville & de
Brillevaft , aux Moulins du Vaft , où il y a
une Manufacture de fort bon Papier , à
Valcanville
290 MERCURE DE FRANCE
·
Valcanville >, à Anneville , & elle entre dans
la Mer à Réville , à une demie lieuë de la
Hougue , après un cours de quatre lieuës.
La Riviere de Sinope a fa fource à trois
quarts de lieuë de Vallogne , auprès de
Tamerville : elle paffe à S. Germain de Tour
nebu , à Ste Marie & S. Martin d'Audou-
' ville , entre Vaudreville & Haut-Moitier ,
& entre Leftre & Tourville : de là elle va fe
rendre dans la Mer à Quinéville , où elle forme
un Havre après un cours de trois lieuës .
La Riviere d'Ouve eft la plus belle de la
Prefqu'Ifle du Cotentin . Elle a fon origine
dans la Forêt de Brix , auprès de Tollevaft
Doyenné des Pieux ) à une lieuë de
Cherbourg. Elle paffe à Hardinvaft , à S.
Martin - le Gréard , à la Luthumiere ( Baronnie
fituée en la Paroiffe de Brix ) , à Sottevaft
, à Negreville , à l'Etang - Bertrand
( gros Village & paffage ) ; au Pont- Raoûl
( autre paflage ) , au Pont de Roumare , à
Magneville , à Nehou , à S. Sauveur le Vie
comte , au Pont - l'Abbé ( petit Bourg ) à
la Baftille , à l'Ile - Marie & aux Ponts d'Ouve
près Carentan . Elle eft groffie par les Rivieres
de Gloire , ou du Pont - à- la -Vieille , ou du
Pont Rilly ( la même Riviere a ces trois
noms ) de Sie , de la Senfuyere ou Senfuriere,
de Pretot , du Merderel , & de Seve ; &
auprès de fon Embouchure , elle fait en fe
joignant
-
FEVRIER. 1743. 29
joignant à la Tauté , le cours Occidental dų
Grand Vay , fe perdant enfin dans la Mer ,
après un chemin de 12. lieues , quoiqu'en
ligne directe il n'y ait guere que 8. lieuës de
fa fource à fa fin.
A
Principales Rivieres qui ſe joignent à l'Ouve.
La Riviere de Gloire , ainfi nommée à
caufe d'une Chapelle dédiée à Notre -Dame
de Gloire , fituée aux écarts de la Paroiffe
de S. Malo de Vallogne , fur la route de
cette Ville à la Hague , nommée auffi du
Pont- à- la-Vieille , à caufe d'un Pont de ce
nom , bâti près de cette Chapelle , & nommée
enfin du Pont - Rilly , par rapport à une
Terre noble de ce nom qui en eft arrofée
dans la Paroiffe de Negreville ; elle a , dis je,
fa fource en celle de Saucemefnil ( Doyenné
de Vallogne ) paffe à Tamerville au travers
de la Terre de Chiffrevaft ; paffe encore au
travers d'une partie de la Haye de Vallogne ,
au Pont- à - la- Vieille , au Pont- Rilly , & au
Pont de Negreville , où elle fe joint à l'Ou
ve , après un cours d'environ deux lieues &
demie . Elle fait tourner beaucoup de Mo
lins confidérables..
La Riviere de Sie a fa fource auprès de
Pierreville ( Doyenné des Pieux ) ; elle paffe
au Pont des Mares , au Pont Danois , au
Val-de- Sie ( Paroiffe qui a donné naiffance
au
292 MERCURE DE FRANCE
au fameux Jean de Launoy , Docteur de
Navarre ) & au Pont aux Bouchers . Elle
reçoit les petites Riviéres du Vretot & de
Bricquebec ; & après 3. ou 4. lieuës de cours
elle fe perd dans l'Ouve , entre le Bois de
Bricquebec & celui de Beauquefnay , proche
la Paroiffe de Magneville au Doyenné d'Orglandes.
La Senfuyere ou Senfuriere a fa fource entre
S. Sauveur de Pierre - Pont & S. Nicolas
de Pierre- Pont ( Doyenné de S. Sauveur le
Vicomte ) .Elle arrofe plus de deux lieuës
de Prairies affés étroites , & s'unit à l'Ouve ,
entre Rauville - la - Place & le Bois de Limor.
La Riviere de Pretot a fa fource auprès du
Bourg de la Haye- du - Puys ( Doyenné du
même nom ) ; elle paffe à Lite-Haire , à Pretot
, à Franquetot , à Creteville ; & elle ſe
perd dans l'Ouve auprès de Beuzevilleau-
Bautois , après 2. iicuës de cours.
La Riviere du Merderel fe forme de plufieurs
Ruiffeaux qui fe joignent à Vallogne :
elle paffe par Lieu- Saint ( Paroiffe voifine
de Vallogne & du Diocèfe de Bayeux ) par
Cu-de -Fer Terre ) par la Chauffée de
Hémévez , par le Port- Aze , par la Fiere (
Lieu où on la paffe avec un Bac ) par le Port
Fillollet , & par l'Ile-Marie : là elle fe perd
dans l'Ouve après un cours de 4. lieuës ,
pendant lequel elle reçoit d'un côté les Rivieres
FEVRIER 1743. 293
ieres ou Ruiffeaux de Morville , de Colomby
& d'Orglandes , & de l'autre côté
les Ruiffeaux du Pont- Godines , * de faint
Cyr , de Montebourg , de Joganville . du
Pont- Percé , de Ste Mere Eglife , de Chefdu-
Pont , & de Foi . J'ai toujours été faché
qu'une Riviere qui arrofe toujours d'excel-
Lentes Prairies depuis fa fource juſqu'à ſa
jonction à l'Ouve , & qui porte d'ailleurs
d'affés forts Bateaux aux environs de l'Ifle-
Marie , tant pour pêcher des Brochets
Truites &c. que pour attraper des Canards
Sauvages , de la façon que j'ai eû l'honneur
de vous l'expliquer dans quelqu'une de mes
Lettres , ait un aufi vilain nom que celui
de Merderel. Sic voluere Patres ; au refte , c'eſt
omen in nomine , par rapport à ſa ſource &c.
La Riviere de Séve naît auprès de Periers ;
Bourg fitué dans le Do enné du même nom
en l'Archidiaconé de Coûtances ; puis elle
coule entre Nay & Blehou , en entrant dans
celui du Bautois . Elle reçoit enfuite les petites
Riviéres de Gorges & du Pleffis ; elle paffe
* Un Ecclefiaftique que j'ai connu , ayant fait re-
Préfenter une Tragédie de fa façon auprès du Pont-
Godines par quelques Penfionnaires auxquels il en
feignoit les Humanités , un Tanneur de Montebourg ,
qui fe piquoit d'être Poëte , fit à cette occafion les deux
Vers fuivans :
» Gallot , divin Gallot , auprès du Pont Godines
» Que tu nous as fait voir de plaifantes machines.
E
1
294 MERCURE DE FRANCE
à Baute ( Paroiffe d'où vient le nom de
Bautois ) ; elle defcend entre Auvers & Appeville
, & elle fe perd dans l'Ouve après un
cours de 4 .
lieuës .
La Riviere de Taute naît à une lieuë de
Coûtances. Elle paffe auprès de S. Sauveurl'Endelin
& c. & en entrant dans le Bautois ,
elle paffe auprès de S. Sebaftien - de - Raitz ,
& d'Auxais. Elle reçoit les Rivieres d'Ozon
& de Terette après elle paffe par Graigne
& par le Pont S. Hilaire près de Carentan ;
elle fe joint enuite à l'Ouve , & ces deux
Rivieres vont enfemble former le cours Occidental
du Grand Vay , d'où elles entrent
dans la Mer , à fept lieuës de la fource de
la Taute.
Comme le cours de la Riviere de Vire eft
hors de la Prefqu'Ile du Cotentin , à l'exception
d'un petit bout que j'y fais entrer
vers fon Embouchure , je me contenterai
de vous dire , M. qu'après un cours d'environ
14. à 15. lieuës , elle paffe près de
Mont-Martin , à la Nef du Pas , (' c'eſt un
paffage où il y a un Bac , que vont chercher
ceux qui ne veulent point paffer les Vays ) ;
qu'elle paffe enfuite au petit Vay , au grand
Vay , & qu'enfin elle s'y perd dans la Mer ,
après un cours de 18. lieuës. Cette Riviere
en reçoit plus de 20. médiocres ; elle a des
Salines fur les rives près de Mont-Martin &
de
FEVRIER
1743. 295
de la Nef- du- Pas ; elle fournit des Saumons
& des Truites eftimées ; elle eft navigable
jufqu'à deux lieuës de S. Lo , & on pourroit
même , moyennant quelques travaux , faire
monter les Vaiffeaux jufqu'à cette Ville . La
Riviere de Vire fepare les Diocéfes de
Bayeux & de Coûtances peudant prefque
tout fon cours.
Me voilà quitte , M. par rapport aux
Rivieres dont la Prefqu'lfle du Cotentin
eft arrofée , & qui font tourner une quantité
prodigieufe de Moulins à Bled , fans
parler des Moulins à Tan , à Huile , à Papier
, & des Moulins - Foulons. J'ai omis
beaucoup de Ruiffeaux qui vont fe perdre
ou dans ces mêmes Rivieres ou dans la Mer,
quoique la plupart de ces Ruiffeaux ayent
auffi des Moulins. Ce détail m'auroit mené
trop loin ; mais je ne puis me difpenfer
de remarquer que les Rives de ce grand
nombre de Rivieres & de Ruiffeaux font
ordinairement de bonnes Prairies & de bons
Pâturages,
Quant au Poiffon , les mêmes Rivieres ne
produisent gueres que des Brochets , des
Truites & des Anguilles ; point du tout d'Ecreviffes
; on ne connoît ici que celles de la
Mer , nommées Hommars , que les Anglois
viennent acheter fur nos Côtes , plus volontiers
qu'ailleurs.
E ij Après
196 MERCURE DE FRANCE
Après la Riviere de Vire , qui n'eft poin
cenfée appartenir à notre Prefqu'lfle , la
Riviere d'Ouve fait feule quelque figure par
rapport au commerce dans les Terres , en
portant des Bateaux plats , depuis les Vays ,
jufqu'à S. Sauveur le Vicomte , c'eſt à - dire
dans une efpace d'environ 6. lieues de
cours. Au reste , il faut dire que ce com
merce n'eft ni frequent ni confidérable .
Je termine l'Article des Rivieres par la
Defcription des Vays , qui font à l'entrée
du Cotentin en venant de Caën . Ceux qui
veulent les léviter , paffent par la Nef- du-
Pas , comme il eft dit ci deffus , ou vont
par S Lo ; mais dans l'un & l'autre cas , ils
allongent confidérablement leur route .
LES VAYS.
Le grand Vay eſt un chemin que l'on fait
au travers d'une Baye, formée par l'Embouchure
de quatre Rivieres ; fçavoir de l'Aure,
Riviere du Beffin , qui fait le Port d'Ifigny , &
de la Riviere de Vire pour le cours Oriental ;
de la Taute & de l'Ouve pour le cours Occidental.
Cette Baye eft de prefque deux
lieues de longueur , & d'une lieue & demie
de largeut. Quand la Mer eft haute , les
Vaiffeaux y voguent à pleines Voiles , &
quand elle eft baffe , la même Baye demeure
découverte. C'eft comme une Plaine de
Sable
FEVRIER. 17430297
Sable où l'on peut marcher à pied fee ,
hormis deux grands Cours qu'il faut paffer
à gué. On fe fert de ce paffage d'environ
12. heures en- 12. heures , fuivant l'état du
flux & reflux de la Mer. Prefque tout le
honde eft ici au fait de l'heure du Vay , pour
chaque jour. Pourvû qu'on fçache bien l'âge
de la Lune , on ne s'y méprend point. En
voici tout le mystére.
Le jour de la nouvelle Lune & celui de
la Pleine , la Mer eft baffe ( aux Vays ) à
trois heures precifes après minuit , & à pareille
heure après midi.
Le jour du premier quartier & celui du
dernier quartier , la Mer eft baffe à neuf
heures précifes du matin , & à pareille heure
du foir.
On n'a qu'à compter depuis un de ces
jours - là , jufqu'à celui où l'on veut paffer le
Vay , en ajoutant trois quarts d'heure pour
chaque jour ; & on a l'heure précife de paf
fer le Vay commodément .
;
Je n'ai garde d'entrer dans la Queſtion
agitée entre les Phyficiens , fçavoir
fi c'est la Lune ou une autre cauſe qui
produit le flux & reflux de la Mer mais
i eft conftant par l'expérience journaliére
que ce qui vient d'être dit , eft une régle
infaillible pour le paffage du Vay. Il n'y a
dans les tems que orageux d'Hyver où l'on
E iij
puiffe
298 MERCURE DE FRANCE
puiffe s'y mécompter de quelque quart d'heu
re ; il arrive même quelquefois dans ces temslà,
qu'on ne peut point paffer du tout ; mais ce
n'eft qu'une petite exception à la régle génerale
& c.
Quelques uns paffent avant-Vay , ou paffent
arriére-Vay. Ce dernier cas eft le plus
dangereux dans l'un & dans l'autre , il arrive
affés fouvent que les chevaux perdent
terre , & font obligés de nager , ce qui fait
perir de tems en tems quelques perfonnes ,
même des pallagers , notamment quand on
paffe nuitamment & qu'on a bû deux coups
de plus. Au refte , ce paffage eft commode, en
ce que le chemin y eft plus uni & plus court
de 2. & de 3. lieuës que ceux des autres paffages
qui vont de la Hague , du Val - de- Saire
& du Cotentin à Caën. A l'un & à l'autre
bord on trouve des Paffagers prêts de monter
à cheval à l'heure du Vay ; ils font monter
les gens de pied en croupe derriére eux.
Ce font des guides néceffaires pour éviter
les Coulieres & les Sables mouvans , & pour
fonder le gué , attendu que les cours chan-
- gent fouvent de place , & notamment dans
le tems d'orages & de tempêtes.
Lorfqu'on va de Caën à Vallogne & aux
environs par le grand Vay , on ne paffe
point par Carentan , mais on y paffe quand
on va par le petit Vay.
Le
FEVRIER 1743- 299
Le petit Vay eft à une lieuë au - deffus de
l'autre du côté du midi ; c'eſt le cours Oriental
du grand Vay allongé dans les terres .
On y paffe la Riviere de Vire en bateau
quand la Mer eft haute , & à gué quand la
Mer eft baffe . L'heure du petit Vay ( pour
paffer à gué ) eft à 2. à 3. heures plûtôt ,
& à 2. à 3. heures plus tard qu'au grand
Vay , non compris le tems du grand Vay, qui
eft commun pour tous les deux . Le petit Vay
eft quelquefois dangereux non feulement par
les caufes ci devant déduites au fujetdu grand
Vay , mais encore parce que s'il furvient une
tempête lorfqu'on le paffe en bateau , on
rifque fort de faire naufrage. Le trajet eſt
d'environ un demi quart de lieuë.
Il y a long tems qu'on parle de la conftruction
d'un Pont au petit Vay. Ce feroit
un ouvrage vraiment magnifique & utile ;
mais je doute qu'il fût poffible , ou du moins.
qu'il fût durable , les marées y étant fort
violentes , & la Riviere de Vire étant très
rapide.
Tous les Beftiaux gras qui fortent du Cotentin
pour être conduits aux marchés de Caën ,
de Beaumont , de Neubourg , de Poiffy &c.
paffent par l'un ou l'autre des Vays , foit à
gué , foit à la nage. Il n'y a que les Moutons
qu'on eft obligé d'embarquer au petit
Vay ou à la Nef du Pas.
E iiij
Difons
300 MERCURE DE FRANCE
Difons maintenant quelque chofe des Vil
les , Bourgs & autres Lieux remarquables
de la Prefqu'lfle du Cotentin.
Les Villes font au nombre de trois , qui
font Carentan , Vallogne & Cherbourg.
Comme Vallogne eft à peu près au Centre
de la prefqu'Ifle du Cotentin , & que c'en
eft la Principale Ville , je marquerai la diftance
des Lieux dont je vais parler , à cette
même Ville , en parcourant les Doyennés
des deux Archidiaconés , dans l'ordre qu'ils
ont été nommés ci - devant .
DOTENNES de l'Archidiaconé du
Cotentin
DOYENNE DE VALLOGNE .
11 pour bornes au Couchant une partie
du Doyenné d'Orglandes , & une petite partie
du Doyenné des Pieux ; au Septentrion le
Doyenné du Val de Saire ; au Levant la Côte
Orientale depuis Rideauville jufqu'à Quinéville
inclufivement ; & au Midi une partie
du Doyenné du Plain , & une partie de
celui d'Orglandes.
Voici comment Maffeville parle de la Ville
qui donne fon nom à ce Doyenné ( Etat
Géographique de Normandie , page 318 .
Vallogne , Ville du Diocéfe de Coû
tance & de la Généralité de Caën. C'eft
>>
»> la
FEVRIER 1743. 301
la principale de la Prefqu'Ile du Coten-
» tin. Elle a des Jurifdictions de Bailliage ,
» de Vicomté , d'Officialité , d'Election ,
" d'Eaux & Forêts , de Mairie , & des
» Traites : & des Siéges d'un autre Bailliage
» & d'une autre Vicomté pour plufieurs Pa
» roiffes dépendantes du Duché d'Alençon ,
qui fe trouvent enclavées dans le Coten-
» tin .
""
» Il y a deux Eglifes Paroiffiales ; fçavoir
» S. Malo & N. D. d'Alleaume : & celles
» des Cordeliers , des Capucins , du Semi-
» naire , de l'Abbaye des Bénédictines de
» Protection , de l'Hôtel Dieu & de l'Ho
pital Géneral. Cette Ville contient envi-
» ron 5000. ames ( on pourroit dire mainte
» nant environ 10000. ) & il y a toujours eâ
» an Gouverneur.
» L'an 1705. les Bourgeois obtinrent du
>> Roi Louis XIV . le Privilége de l'abonne-
» ment pour la levée de la Taille , ce qui
» pourra contribuer à rétablir la Manufactu
» re de leur Draperie , qui avoit diminués
Il y a auffi une Fabrique de Gans , donɛ
» on fait un affés bon négoce.
» La Ville & le Château de Vallogne
étoient entre les mains du Roi de Navarre
» au XIV. Siécle : & quoique ce Prince fût
du. Sang de France , il fe joignit au Parti
» des Anglois contre la Patrie ; de maniére
· Ev » que
302 MERCURE DE FRANCE
» que les Troupes du Roi Charles V. atta-
» querent & prirent Vallogne fur la garniſon
» Navarroife qui y étoit l'an 1364. Les Anglois
la prirent l'an 1418. Les François la
reprirent l'an 1449. les Anglois y rentre-
» rent l'an 1450. & la même année ils en fu
» rent chaffés après la bataille de Formigny.
و د
» L'an 1574. le Comte de Montgommery
» & les Calviniftes s'en rendirent maîtres ,
» mais ils n'y furent pas long- tems . L'an
» 1649. pendant les troubles de la minorité
» de Louis XIV. le Comte de Matignon affié-
» gea & prit le Château , & enfin ce Château
» fut rafé par ordre du Roi , l'an 1689 .
» L'Election de Vallogne comprend 176.
Paroiffes , entre lefquelles on peut remar-
» quer Cherbourg , Bricquebec , les Pieux ;
» Saint Sauveur-le - Vicomte , Montebourg,
» S. Pierre & Barfleur.
Le même Auteur parle à peu près ainfi
de Vallogne dans fa Lifte Alphabétique des
noms Latins , des Cantons , Villes , Bourgs
&c. de Normandie ( Etat Géographique de
» Normandie page 472. ) Vallogne , Vallo-
» nia , Vallonia ; il y a d'anciens Monumens
» auprès de cette Ville , qui font connoître
» qu'elle étoit confiderable du tems de la
» domination des Romains . La Tradition du
» Pays porte qu'elle s'appelloit Logne , en
» Latin , Lonia , & qu'ayant été prife & ravagéc
FEVRIER 1743 . 303
vagée , les habitans s'établirent à 3. ou
» 400. pas de là dans une vallée commode
» pour l'eau qui s'y trouve par la jonction
» de plufieurs Ruiffeaux ; qu'on appella ce
» Lieu Val- de - Logne , Vallis Lonia , d'où
» s'eft formé le nom de Vallogne . On voyoit
» encore dans le Siécle paffé , fur une vître
de l'Auditoire de cette Ville , la figure
» d'un Ecu d'argent , qu'on avoit trouvé
» dans les ruines du vieux Château , autour
"
de laquelle figure on avoit fait écrire :
» Nummus argenteus antiqua civitatis Lonnia ;
» pour en conferver la Tradition.
Canalis prétend trouver une autre étymo-
» logie au nom de cette Ville . Il dit que c'eft
Valloniafeu Guallonia , comme fi fes Habi-
" tans étoient venus du Pays de Galles : mais
» ces fortes d'allégations ne font pas fuffifantes
»pour rejetter la Tradition du Pays . Il y en
" a d'autres qui ont crû que
Vallonia poua
voit venir de Venelli , dont Pline & Pro-
» lomée parlent , qui habitoient le Cotentin ;
» & enfin il s'en trouve plufieurs qui pu-
» blient une quatriéme opinon fur Vallonia.
Ils veulent que ce foit l'Alauna de l'Itine-
» raire d'Antonin , & ils traduifent Alauna
par Allone. Sur quoi M. Yon, voyant qu'on
auroit de la peine à détruire l'étymologie
du moins on de Vallis Lonia
4
,
dit
que
» peut appliquer Alauna à Alaume , qui
E vj
eſt
304 MERCURE DE FRANCE
eft une des Paroiffes de Vallogne.
Maffeville a remarqué qu'outre les Siéges
ordinaires , qui font à Vallogne , il y en a
un particulier pour le Bailliage d'Alençon .
J'ajouterai , M. que ce Siége fait partie de la
Vicomté de S. Sylvain , ainſi que le Thuit ,
qui eft du même Bailliage d'Alençon. La
Terre de Montaigu la Brifette , diftante de
Vallogne d'un peu plus d'une lieuë , vers le
Nord-Eft , eft le chef de cette Enclave . Cette
Terre fut érigée en Marquifat en 1703.
en faveur de François-Hyacinthe le Févre ,
Chevalier , &c. Pere de M. le Marquis de
Montaigu la - Brifette , & c. Le Château de la
Brifette eft un lieu fort aimable par fa ſituation
dans un riant bocage , par fes bofquecs parfaitement
bien entretenus , & par fes cafcades ,
formées par les caux retenues d'un ruiffeau
qui va fe joindre à la Riviere de Sinope. Ce
Château fait les délices , & eft le féjour ordinaire
de fon Maître , qui vous eft bien connu .'
Je reviens à Vallogne. L'Eglife de S. Malo
, qui eft la principale Eglife Paroiffiale de
cette Ville , eft un Ouvrage Gothique de 3 .
ou 400. ans . Le milieu de la Nef & le Choeur
forment un Vaiffeau affés régulier : les deux
Aîles n'ont point cet avantage. Il y a un
Dôme fur l'entrée du Choeur , nommé la
Tour Gauron : ce Dôme qui eft tout de Pierre,
ne me paroît avoir aucune beauté ni par dehors
,
FEVRIER. 17437 305
hors , ni par dedans. Près de ce Dôme &
fur l'Aîle gauche eft bâtie une Tour quarrée
qui renferme cinq Cloches & un timbre
d'Horloge . Les cinq Cloches font le chef
d'oeuvre d'un nommé Jonchon , qui les fondit
en 1712. Elles font parfaitement d'accord
, & leur carillon paffe pour être ce
qu'il y a de plus parfait en ce genre dans
toute la Province ; le Timbre eft du même
Ouvrier.
La Nef de cette Eglife a été ornée depuis
quelque tems de deux nouvelles Chapelles ,
l'une vis à - vis de l'autre , dont la conftruction
rend le bas de cet Edifice fans comparaiſon
plus beau que le Choeur , & c. On admire les
Vîtres de l'Eglife de S. Malo , à cauſe de
leurs belles peintures , & on regrette celles
qu'il a fallu ôter pour pratiquer des ouvertu
res aux nouvelles Chapelles.
Cette Eglife a été ou s'eft long tems prétendue
Collegiale. Son Chapitre étoit compofe
de 12. Chanoines ; un Arrêt du Confeil
rendu à la pourfuite du dernier Curé , leur
a fait quitter ce nom & a détruit leurs prétentions.
L'Eglife de N. D. d'Alleaume eft hors la
Ville ; elle n'a rien de remarquable qu'en ce
qu'on prétend qu'elle eft très- ancienne , la
Tradition étant qu'elle eft bâtie fur les fondemens
d'un Temple Payen , &c. Le-tiers au
moins
зов go? MERCURE
DE FRANCE
moins des Habitans de la Ville de Vallogne
font Paroiffiens d'Aleaume.
Le Convent des Cordeliers fut fondé dans
le XV. Siècle. Ils avoient alors un Hermitage
aux les de S. Marcouf, qui n'exiſte
plus , & d'où ils furent transferés pour venir
habiter ce Convent . Le Tombeau de leur
Fondateur eft magnifique pour ce tems - là.
On le voit au milieu du Choeur de leur
Eglife , & on lit autour cette Epitaphe en
Lettres Gothiques.
» Ci gift Hault & Puiffant Seigneur , Meffire
Loys de Bourbon , en fon vivant Che
» valier de l'Ordre Comte de Rouffillon &
» de Ligny en Barrois , Seigneur de Vallon *
»& d'Uffon en Auvergne, Admiral de France,
» Lieutenant Géneral du Roy en Norman-
» die , Capitaine de Cent Lances , de Honnefleu
& Granville , Fondateur de ce
Convent , qui trépaffa le Jeudi ...... jour de
" Janvier...... Dieu lui face merci à l'ame.
La date eft effacée , mais les Regiftres du Convent
fontfoi que cette mort arriva en 1484.
وو
Il n'exifte prefque plus rien aujourd'hui
des anciens Edifices de ce Convent , que
l'Eglife qui eft affés belle . Le furplus a été
rebâti en differens tems depuis le commencement
de ce Siécle ; c'eft maintenant le
* Vallongnes par abreviation ; c'est ainſi qu'on écrivoit
autrefois le nom de cette Ville .
plus
FEVRIER 1743
307
plus beau Convent que poffedent les Cor
deliers de la Province , nommée parmi eux ,
la Province de France-Parifienne.
Le Convent des Capucins fut fondé vers
Fan 1630. Sa fimplicité paroît digne de l'état
des Religieux qui l'habitent. Il y a un joli
Jardin & un Bofquet joignant. Le Merderel
paffe au travers du Jardin entre deux Rives
murées , ce qui fait un effet agréable ; le
principal ornement du Maître Autel eft un
grand Tableau de la Nativité de N. S. que
les Connoiffeurs eftiment , &c .
L'Abbaye des Bénédictines de Protection eft
confidérable par fes édifices , qui paroiſſent
bons & beaux , quoique déja un peu anciens
, & par fon Enclos. L'Eglife eft un petit
bijou : on admire une tenture de tapifferie
en verdure , dont cette Eglife eft ornée.
aux bonnes Fêtes ; j'ignore le tems de la
Fondation de cette Abbaye , qui eft habitée
par beaucoup de Religieufes & de Penfionnaires.
Le Séminaire fut fondé en 1654 par
M. l'Abbé de la Luthumiere , qui y paffa
la plus grande partie de fa vie , & y eft inbumé.
C'est le plus bel Edifice qui foit à Vallogne
, par fa fituation , par la Place qui eft
vis-à- vis de fon entrée , par cette entrée ornée
de deux Pavillons , par fes Cours , par le
Corps du Logis accompagné de deux aîles ,
dont
30 MERCURE DE FRANCE
dont l'Orientale eft l'Eglife , & par fes Jar
dins vraiment magnifiques ; autour du grand
Jardin regnoit ci - devant le plus beau Ber-
Ceau qu'on ait peut être vû en Normandie.
Il étoit compofé d'un grand nombre d'Or
mes plantés à diftances égales ; leurs troncs
fervoient de Colomnes jufqu'à la hauteur de
10. ou 12. pieds , & leurs branches entre-
Jaffées formoient une voute prefque impéné
trable à l'ardeur du jour & à la pluye . M M.
les Miffionnaires Eudiftes , auxquels M. l'E
vêque de Coutances a donné cette Maiſon
il y a environ 20. ans , ont fait depuis quelques
années main baffe fur cet admirable
Berceau ; je ne puis envifager ce défaftre , fans
me rappeller les Vers touchans , par lesquels
le P. Vaniere déplore dans fon Pradium rufticum
l'abatis du Bois du College de Tou
loufe. La raifon qui détermina les Jéfuites
à la deftruction d'un Bois confacré aux Mufes
eft la même , qui a , dit-on , engagé les
Eudites à détruire un Berceau qui faifoit les
délices non- feulement des Habitans du Séminaire
de Vallogne , mais auffi de ceux de
la Ville .
Tantum paupertas potuit fuadere malorum 5
Depuis que les Miffionnaires poffedent
cette Maiſon , on y tient toutes les Claffes
d'Humanités , le College de Vallogne y ayant
été
FEVRIER
1743 30
1
été annéxé Il y a auffi une Chaire de Phi
lofophic & une de Théologie ; celle - ci eft
remplie par un Eudifte ; les autres Chaires net
peuvent l'être par des Profeffeurs de cette
Congrégation , mais par des Externes , qui
ordinairement lès obtiennent par la voye du
concours , ou par le choix de la Ville, &c.
Santeuil a fait quelques Vers à la gloire
du Séminaire de Vallogne , que j'ai lûs au❤
trefois dans le Recueil de fes (Euvres Pofthumes
, fait par M. l'Abbé Pinel , frere de M
le Curé de S. Severin de Paris .
L'Hôtel Dieu eft une ancienne Maiſon
dont il me femble avoir entendu dire que
l'Epoufe du Fondateur des Cordeliers étoit
Fondatrice. Je n'affirme rien là deffus , faute
des Mémoires que j'attendois ; il ya um
vieux Procès pendant au Confeil , à la pourfuite
des Religieux Hofpitaliers du Saint
Efprit , qui prétendent que cette Maiſon
leur appartient avec fes Terres , Rentes , Privileges
, & c. au moyen & parce qu'ils y
exerceront l'hofpitalité envers les Pélerins ,
fuivant l'intention des Fondateurs. L'Hôpital
Géneral de Vallogne jouit par provifion
de l'Hôtel Dieu & de la Terre y jointe . On
enterre les Pauvres de la Paroiffe de S. Malo
depuis 20. ans , dans le Cimetiere de l'Hôtel
Dieu , qui fait partie d'un Enclos , fertile
en herbes & en pommes. Plufieurs Tombeaux
310 MERCURE DE FRANCE
beaux inferits , qui font tant dans l'Eglife
que dans ce même Cimetiere , font foi que
la contagion étoit à Vallogne vers la fin du
XVI . Siècle , & c . Quant à l'Eglife , on la
laiffe tomber en ruine on voit à la muraille
droite en dedans fur une grande Porte ronde ,
laquelle eft bouchée , & qui conduifoit autrefois
dans la Cour , on y voit dis - je , l'Inf
cription fuivante gravée en relief fur une
Pierre. Comme les Caractéres font extremement
Gothiques , il y a un mot que je n'ai
pû déchiffrer.
Hec eft pauper domus mea
Christianeper hanc mea
Intra eam te juvabo
Et d... alis te lavabo.
Il y a près de cent ans que l'Hôpital Géneral
de Vallogne dût fon premier établiſ
fement à la bonne volonté d'un pauvre vieux
Domeftique , qui fonda dans cette vûë vingt
fols de rente. Afon exemple & par la pathéd
tique prédication du P. Chaurand , Miffionnaire
Jéfuite , plufieurs Perfonnes contribuc
rent à ce pieux Ouvrage , qui s'eft accrû infenfiblement
& par degrès , jufqu'au point
d'être de nos jours une Communauté confidérable
.
Il y a auffi à Vallogne depuis 12. ou 15.
ans ,
1
FEVRIER. 1743 311
Ans ; un établiſſement de deux Soeurs de la
Charité ( nommées vulgairement Soeurs grifes
, pour avoir foin des Pauvres malades ; ノ
& on y entretient depuis long-tems , mais
fans établiffement fixe , deux Soeurs de la
Providence , qui apprennent à lire & à écrire
aux jeunes filles de la Ville .
Vallogne fait un médiocre Commerce ;
fa Manufacture de Draperie eſt peu confidérable
, & cependant fi eftimée à cause de la
bonté du Drap, que tout ce qui s'en fabrique
dans la Presqu'Ifle & même au- delà , eft or
dinairement vendu au loin fous le nom de
Drap de Vallogne , nom qui eft un préjugé
favorable . Les Tanneurs de Vallogne qui
occupent une petite rue ifolée , nommée la
rue dugrand Moulin , font un affés bon négoce
des cuirs qu'ils apprêtent . I fe tient en
cette Ville deux Foires de peu de conféquences
il y a un Marché à Bled tous les
Mardis , & un à Beurre , tous les Ven
dredis .
L'an 1695. Nicolas - Jofeph Foucault ;
Marquis de Magny, Intendant de Caën , fçavant
Antiquaire , informé des Antiquités de
cette Ville , fit foüiller aux environs des ruines
de ce qu'on appelle improprement le
vieux Châtean, fitué fur la Paroifle d'Alleaume
, à près d'un demi -quart de lieuë loin de
la Ville. On y trouva un Théatre de ftructure
12 MERCURE DE FRANCE
ture Romaine , qui pouvoit contenir près de
10000. perfonnes ; un grand Bain , dont
refte encore de belles & hautes murailles ;
c'est ce que la Tradition nomme vieux Chateau.
On découvrit auffi plufieurs autres
Morceaux d'Architecture Romaine , & des
Médailles d'or, d'argent , de bronze , de plufireurs
Empereurs du Haut Empire . M. Foucault
s'étoit fait accompagner par le P. Dunord
, Jéfuite , qui paffoit pour un bon Antiquaire.
Ce Religieux eftimoit que la
Ville dont on voit les ruines , étoit de la
grandeur de Rouen. Quoiqu'il en foit , les
découvertes & les morceaux de brique dont
on trouve la Paroiffe d'Alleaume parfemée ,
font des Monumens encore parlans d'une
Ville dont il eft fàcheux que le nom foit fi
ignoré , & c.
En voilà bien , M. fur Vallogne , mais
je n'ai pas dû moins faire pour une Ville que
je regarde comme ma Patrie , étant né dans
fa banlieue, & y ayant paffé la meilleure paztie
de ma jeuneffe , & c. Au refte , comme
je n'ai paffé que quinze jours à Paris , je n'ai
garde de prétendre qu'on doive faire à mon
egard l'application du Proverbe vulgaire qui
dit que fix mois de Paris & trois mois de Val
logne , rendent un homme parfait.
A une demie lieuë de Vallogne , fur la Paroiffe
de Tamerville , même Doyenné , eft k
belle
FEVRIER: 1743 315
Belle Maiſon de Chiffrevaft , qui eft une Piéce
à voir dans le Pays. Les hoftilités qui y
furent commifes dans le XIV . fiécle par un
Géofroy ouGodefroy de Harcourt, ont donné
lieu à un célebre Arrêt que j'ai lû autrefois
dans le Supplément du quatriéme Tome de
l'Hiftoire de la Maifon d'Harcourt.
Dans le Doyenné de Vallogne & à cinq
quarts de lieuë ou environ de cette Ville, en
tirant vers la Côte Orientale , on trouve
Montebourg , dont Maffeville parle en ces
termes.
» Montebourg, Bourg du Cotentin , & de
l'Election de Vallogne. Il y a une belle
" Abbaye de l'Ordre de S. Benoît , fondée
» l'an 1090. par les Ducs de Normandie
, & augmentée par les Seigneurs de
Reviers . (a) Elle eft d'environ 20000. li-
» vres de revenu . Il y a une Haute Juf
» tice , plufieurs Foires & un bon Marché
» ( tous les Samedis, ) c'eft un des plus confi-
» dérables de Baffe . Normandie pour le Bétail,
»pour le Bled & pour la Boucherie.
40
• ...
L'Eglife de Montebourg a une belle & hau
re Tour, qu'on admire , mais qui eft fort fu-
(a) Le Manuferit que j'ai cité,porte que cette Abbaye
eft de lafondation des Seigneurs de Reviers , Barons
de Nehou ; Guillaume le Roux , Roy d'Angleterre
Duc de Normandie , lui ayantdonné le Bourg &
Pautres revenus.
jete
314 MERCURE DE FRANCE
jette à être frappée de la foudre. Il y a un
Hôpital pour les Pauvres de ce Bourg , qui
n'eft éloigné que de quelques pas de la Plaine
( a) de Saiut Floxel , où fe tient le 17 .
Septembre la Foire du même nom , fameufe
par les beaux Chevaux du Cotentin , &c.
J'ai eû autrefois l'honneur de vous en parler
plus amplement à l'occafion d'une Queftion
de M. l'Abbé Lebeuf , fur S. Floxel , & c .
On donne aux Bourgeois de Montebourg
le fobriquet de la Cinquantaine de Montebourg
A Vallogne , on prétend que ce nom
vient de ce que lors du Siége du Château de
cetteVille,pendant la minorité de Louis XIV,
50. Bourgeois de Montebourg y commirent
des hoftilités & des voleries criantes : à
Montebourg, on prétend au contraire
que ce
nom vient de ce que so. Bourgeois de Montebourg
allerent reconquerir en plein jour
& de bonne guerre un Mai que ceux de
Vallogne leur avoient enlevé la nuit , &c.
Ce pourroit être le fujet d'une Valloniade .
Atrois lieuës & demie ou environ de Vallogne
, & à une demie- lieuë de la Hougue ,
même Doyenné , on trouve le Bourg de
Quetehou. C'eſt une Baronie ; il y a tous les
Mardis un bon Marché pour le Bled du Val-
(a ) Nous difons la Campagne de S. Floxel . C'eft
le langage du Pays , où l'on nomme Campagne toute
Terre qui n'eft point fermée.
de
FEVRIER.
1743. 315
de- Saire , qui en fournit le Cotentin & fou
vent le Beffin même. Ce Bourg eft auffi de
l'Election de Vallogne.
La Hougue ou Hogue eft à peu près à la
même diſtance de Vallogne ; c'eſt un Port
de Mer fameux ; Maffeville dit qu'il n'y a
ni Ville ni Bourg, & que ce n'eft qu'une partie
d'une Paroiffe qu'on appelle S. Vaft. Il cft
pourtant certain que S. Vaft a aujourd'hui le
titre de Bourg & qu'il le mérite bien; il eft fur
le bord de la Mer, à près d'un quart de lieuë
du Fort de la Hougue, & à pareille diſtance
du Fort de l'Ile de Tatihou , où l'on va à
pied fec, quand la Mer eft baffe. Louis XIV.
a fait conſtruire ces deux Forts . On prétend
que la Hougue eft le lieu le plus propre du.
monde à y faire une Place importante , foit
pour le Commerce, foit pour les Vailfeaux de
Guerre, en détournant la Riviere de Saire , qui
a fon embouchure une demie lieuë plus loin
vers le Nord pour venir au même lieu de
la Hougue , dont la Rade eft , dit- on , ad-.
mirable. Les Habitans de S. Vaft font prefque
tous ouPêcheurs ou Marchands de Poiffon.
Ils en vont porter à Rouen par Mer ,
& à Paris par Terre. Toute cette Côte eft
fertile en bons Poiffons , &c . La petite Ifle
de Tatihon , outre fon Fort & la Redoute
de l'Iflet, qui en eft tout proche , a un Lazafet
qui y fut conftruit peu de tems après la
Pefte
316 MERCURE DE FRANCE
Pefte de Marſeille. M. Viel , qui eft de la
même Ville , eft Intendant de Santé dans ce
Lazaret depuis ce tems là .
Le Dictionnaire de Trévoux , fur la foi de
Canalis & autres Auteurs , mal informés ,
confond la Hougue avec la Hague , & place
mal-à-propos à la Hougue l'Embouchure
de la Riviere qui paffe par Coutances . La
Hougue n'a aucune Riviere.Celle de Saire en
eft la plus voifine ; il y a feulement quelques
petits Ruiffeaux , & c .
Près de S. Vaft eft la Paroiffe de Rideauville,
où il y a de bonnes Salines de Sel blanc.
Il y a auffi de pareilles Salines en la Paroiffe
de l'Eftre , près du Havre , dont il va
être parlé.
>
Le Havre de Quinéville , formé par l'Em4
bouchure de la Riviere de Sinope , fur la
Paroiffe de ce nom , à deux lieues & demie
de Vallogne & à une lieuë & demie de la
Hougue , eft affés commode , non- feulement
pour les Bateaux Pêcheurs mais encore
pour des Barques & Vaiffeaux confidérables,
& c. Le Château du Seigneur de Quinéville
a eû l'honneur d'être habité pendant quinze
jours ou trois femaines par Jacques II . Roy
d'Angleterre , fuivi de fes fideles Irlandois ,
qui camperent dans la Lande Cyrus ou Sirus ,
fituée dans la même Paroiffe , & c.
La fuite pour un autre Mercure.
LE
.
FEVRIER 17430 317
LE CHAT ET LE CUISINIER,
Suiv
ne
FABLE.
ravage ;
Uivre fon apétit aux dépens de fa vie ,
Ce fut dans tous les tems un vrai trait de folie
Heureux fi convaincus de cette verité ,
Nous fçavons mettre un frais à notre avidité !
Certain Minagrobis par fa patte fubtile
Se rendit la terreur des champs & de la ville ;
Cet infigne Matou , fans craindre le danger ,
Se giffoit tous les jours dans un garde - m nger,
On
découvrir fait
peut
qui un tel
Le Cuifinier furtout en eft outré de rage :
Mille fois il jura , que jamais le glouton ,
S'il pouvoit l'atraper , n'auroit aucun pardon,
Un petit trou fervoit à notre Chat d'iffuë ;
Pour s'évader , un jour en vain il s'évertuë ,
Certain ragoût , dit- on , piqua-fon apetit ;
Le trou , quoiqu'il en foit , fe trouva trop petit,
Tandis qu'il fe débat pour fortir de ce gîte ,
Le Cuifinier accourt ; il y vole au plus vîte .
Bon jour , s'écria- t'il , muni d'un gros bâton ;
Je viens vous régaler d'un plat de ma façon.
Le Char, pour le fléchir prend un ton pathétique ;
Appelle F
318 MERCURE DE FRANCE
Appelle à fon fecours toute fa réthorique ;
Son crime eft capital ; il eft puni de mort.
Des gourmands à peu près tel eft le trifte fort.
Par M .....
On a dû expliquer l'Enigme & le Logogryphe
du Mercure de Janvier par Alma.
nach & Vaiffean: On trouve dans le Logogryphe
Aife , Eau , Ai , Veau , Aviffe ,
Ives , & Avis.
હું
ENIGM E.
$ 88888
Quoique fouvent je me trouve en campagne ,
Mes actions ont toujours de l'éclat .
Sans être Evêque ni Prélat ,
Un de leurs attributs en tous lieux m'accompagne
Et fans être Magicien ,
Je porte de cet Art le fymbole ordinaire.
A mon côté fe voit un chien ,
Qui , pour être petit , n'eft pas moins fanguinaire ;
Le badinage avec lui ne vaut rien :
Dès qu'on le tire par la queuë ,
Il me mord , & foudain je remplis tout d'effroi ;
Je pouffe un cri perçant qu'on entend d'une lieuë :
Malheur à tour Mortet , qui paffe devant moi.
Par Mile d'Arras.
LOFEVRIER
: 1743. 319
D
***********
LOGOGRYPHE.
Ans mon entier , Lecteur , je fais agir le
Sage.
Démembre-moi , tu vas en fçavoir davantage.
La Montagne où jadis Dieu lui - même a dicté
Sa refpectable volonté.
Ce qui troub e toujours les plaifirs de la vie.
Une unité qui d'un jeu fait partie.
Ce qui fait affronter fouvent
Les redoutables flots de l'humide Elément.
Ce qui vife du centre à la circonférence.
La Fille d'un Thébain qui périt dans la Mer ,
Après avoir été l'objet de la vengeance
De la femme de Jupiter.
Le tems où le Soleil cache dans l'onde amére
Ses chevaux brillans de lumiére ,
Un Auteur aimable & galant ;
Qui fe fit exiler , on ne fçait pas comment.
L'image des Dieux fur la terre ;
L'écorce d'un grain précieux ;
Certaine Fille peu ſevere ,
Dont la beauté fit defcendre des Cieux
Le puiffant Maître du Tonnerre .
Une marque de deuil ; un Seigneur favori
D'un de nos Rois , nommé le Grand Henri.
Fij Adica
320 MERCURE DE FRANCE
Adieu , Lecteur ; approfondis mon être.
gens font punis de ne me pas connoître. Bien des
De Haulleterre , de Dreux,
AUTR E.
J E fuis être que la Peinture
Tenteroit vainement d'expofer à tes yeux ;
J'exifte , cher Lecteur , fans forme ni figure ;
Chés moi tout eft confus , tout eft mistérieux ,
Et plus d'un efprit curieux
N'a jamais juſqu'ici dévoilé ma nature .
Aux regards des humairs toujours imperceptible
Sans me voir , aisément on connoît où je fuis ,
Je rends pour la bouteille un bûveur infenfible ,
Et de tous les tonneaux , objets les plus chéris ,
J'en forme avec le tems l'objet de les mépris.
Dans cinq lettres , Lecteur , je trouve l'Exiſtence ,
Voici tout mon produit : être dont la puiſſance
Dans l'Univers entier s'éleve des Autels ;
Don très-précieux aux Mortels ,
Je finis ; fous ces traits découvre ma ſubſtance .
L'Abbé Gaudet
NOUFEVRIER
. 1743 321
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX - ARTS , & c.
ISSERTATION fur la Mufique
, par M. Rouffean , 8 ° . de
100. pages , fans la Préface . A Paris , chés
Quillau , Pere , ruë Gallande , à l'Annon
ciation. 40 , fols.
>
LETTRE de M. Rouffeau à M. D.
M. quand j'inventai de nouveaux caracté
res pour entretenir plus commodément
notre commerce de Mufique , je n'imaginois
guére que la connoiffance de ce ſyſtême
pafferoit plus loin que chés vous & chés
moi : cependant je me vis bien - tôt dans le
cas d'en multiplier l'ufage , lorfqu'étant
venu à Paris , je fus follicité par mes amis
de Province de leur envoyer divers morceaux
de Mufique ; comme ces commiffious
revenoient fouvent , je pris le parti de leur
expliquer ma Méthode , ce qui me mit à
portée de fatisfaire leur curiofité plus facilement
, & fans augmenter le volume de mes
Lettres. Nous nous en fommes fi bien trouvés
, que nous continuons à nous envoyer
réci-
Fiij
322 MERCURE DE FRANCE
réciproquement en Italie & à Paris , ce qu'il
ya de plus curieux & de plus nouveau en
fait de Mufique , noté fuivant ma Méthode ,
Son extrême facilité comparée aux embarras
de la Mufique ordina re , m'engagea bien - tôt
d'en faire un parallèle , dans lequel la mienne
me fembloit gagner & mériter un examen
plus fericux . L'Académie Royale des Sciences
voulut bien m'accorder l'honneur de faire
čet examen. Elle en porta même un jugement
affés favorable , pour m'autorifer à
publier ma Méthode ; c'eft ce que je fais aujourd'hui
dans un petit Ouvrage intitulé
Differtation fur la Mufique Moderne , lequel
indépendamment de mon fyftême que j'y
explique , contient des réflexions fur l'Echelle
& les Notes ordinaires de la Mufique
, affés neuves , je crois , & affés intereffantes
pour mériter quelque attention . Je
vais , M. vous donner une idée de ce petit
Traité , en attendant que la lecture vous
mette en état de ne vous en rapporter qu'à
vous- même. Au refte , je ne vous cacherai
point que j'ai la foibleffe d'être du nombre
de ces Auteurs , qui s'imaginent que leurs
Ouvrages ne font point fufceptibles d'extrait
, & qu'il faut tout lire , pour en bien
juger.

Comme ma vûë n'eſt point d'anéantir les
Signes de la Mufique ordinaire , pour leur
fubftituer
FEVRIER 1743 325
fubftituer les miens , je devois être difpenfé
de répondre aux obiections qu'on fait ordinairement
, & même avec affés de raifon ;
contre toutes les entreprifes de ce genre :
cependant , je me fuis apperçû qu'on fe
plaifoit fi fort à répeter ces fortes d'objec
tions & avec tant de confiance , que j'ai
crû devoir montrer en détail combien peu
elles font appliquables à mon fyftême : mon
but n'eft que d'établir une Méthode plus
fimple & plus commode qui puiffe fervir
pour ainfi dire , d'aide & de fupplément à
l'ancienne . Il ne faut donc pas fe fatiguer à
prévoir ce que deviendra la Mufique déja
notée , fi la mienne a lieu , & il faut encore
moins m'oppofer la longueur du tems qu'il
faudroit perdre à apprendre la Mufique deux
fois , puifque , fondé fur l'extrême fimplicité
de ma Méthode , j'établis qu'on parviendroit
à les fçavoir toutes deux , en commençant
par la mienne , en moins de tems encore
qu'on n'en met à apprendre feule celle qui
eft en ufage. C'est ce que j'explique en
détail dans ma Préface : j'ai tâché d'y épuifer
ce qu'il y avoit de général à oppofer à
mon fyftême , & j'ofe croire qu'il faut aimer
à chicanner , pour renouveller les mêmes
objections , après l'avoir lûë.
L'Ouvrage commence par un examen des
Signes actuels de la Mufique , tels qu'ils ont
F iiij éré
324 MERCURE DE FRANCE
été fubftitués par Jean de Meurs ou par
Guy d'Arezzo aux chiffres de l'Arithmétique,
c'est -à - dire , aux lettres de l'Alphabet des
Grecs. Les motifs de cette fubftitution
m'ayant parû frivoles , j'explique le fondement
de mon opinion , & après avoir montré
que les chiffres peuvent conferver tous les
avantages des Notes , j'ajoûte que ces chiffres
étant l'expreffion qu'on a donnée aux
nombres , & les nombres eux- mêmes étant
les expofans de la géneration des fons , rien
n'eft fi naturel que l'expreffion des fons par
les chifres de l'Arithmétique,
La maniére d'employer ces chiffres ne
peut être relative qu'aux rapports des fons
ou à leurs intervalles , & il eft aifé de voir
que le fecond fens eft préferable pour la
pratique. Mais il s'agit de trouver un fon
fixe & fondamental auquel on puiffe rapporter
tous les autres & qui leur ferve de
terme commun de comparaifon. Il n'en eſt
poind de tel , proprement dit ; mais il en eſt
une infinité d'arbitraires , qui peuvent devenir
fondamentaux , chacun à fon tour : car
alors nuls des autres fons ne peuvent être
employés dans le Chant qu'en vertu de
certains rapports déterminés qu'ils ont avec
ce fon Tonique , & tous ceux qui n'ont pas
ces rapports - là , font pour lors exclus de la
modulation
Pr
FEVRIER. 1743. 325
Or , comme il n'y a que le mode majeur
qui nous foit indiqué par la Nature , je le
prends pour modéle dans ma nouvelle inftitution
, & j'établis le chiffre 1. pour la Bafe
& la Tonique de tous les Tons majeurs.
Nous avons dans le Clavier douze fons
principaux,fur chacun defquels on peut faire
rouler un Chant ; chacun de ces fons pourra
donc être exprimé par le chiffre 1 , & ce
fon particulier fera déterminé par fon nom
naturel qu'on écrira à la marge ; c'cft- àdire
, que fi l'on écrit ut nous ferons en ut
majeur , & l'ut fe marquera 1 ; fi l'on écrit
fol , nous ferons en fol majeur , & le fol
s'écrira 1 &c. Or , dès que le Ton ferą ainſi
déterminé , le chiffre ou la Tonique 1. s'appellera
toujours ut , fans égard pour fon nom
naturel ; la feconde Notte du Ton s'appellera
re & fe marquera 2 ; la troifiéme , mi
& fe marquera 3 &c. jufqu'à la feptiéme
qui s'appellera fi & fe marquera 7. Toutes
ces Nottes devront fe trouver entre elles &
avec la Tonique en mêmes rapports que
les Nottes de même nom dans la Gamme
naturelle entre elles & avec le C fol ut ; de
maniére qu'il y aura toujours un Ton entre
1 & 2 , un Ton entre 2 & 3 , un demi Ton
entre 3 & 4, &c. Ce qui retranche tout
d'un coup les Diézes & les Bémols des Clés,
& exprime toujours les mêmes intervalles ,
F Y tant
326 MERCURE DE FRANCE
tant majeurs que mineurs avec les mêmes
caractéres .
Ceci revient à peu près à cette Méthode
qu'on appelle tranfpofition dans la Mufique
vocale , & que les maîtres regardent ordinairement
comme une pratique d'ignorans ,
s'imaginant qu'il y a beaucoup plus de
fcience à chanter toujours au naturel; à plus
forte raifon ne l'adopteroient- ils pas dans la
pratique inftrumentale , puifque d'ailleurs
elle détruit ce rapport direct qu'ils fuppofent
toujours entre une telle pofition de Notte &
une telle touche de leur inftrument.
Mais ce rapport eft à chaque inſtant en
défaut , & doit plus fervir à induire en erreur
qu'à faciliter l'exécution , ce que j'explique
en détail , auffi bien que tout ce qui
concerne l'idée que l'on doit fe faire des
Nottes & des fons relatifs dans l'exécution
tant vocale qu'inftrumentale. S'il y a quel
que chofe de mal imaginé dans la Mufique ,
c'eft , fans contredit , la Méthode de chanter
& d'exécuter au naturel ; je crois l'avoir
démontré ; & s'il y a quelque chofe d'ingenieux
dans le Systême que je propoſe , c'eſt
l'expreffion des fons,toujours relative au Ton
dans lequel ils font employés. Vous jugerez,
M. de la folidité de mes preuves, en les examinant
dans l'ouvrage même.
Les paffages d'une Octave à l'autre ſe font
par
FEVRIER : 1743. 327
par des points placés au- deffus ou au- deffous
des Nottes , ou par des pofitions fur lignes ,
femblables
à celles de la Mufique ordinaire ,
avec cette difference,que l'éloignement
d'un
degré ne fait qu'un intervalle de feconde par cette Mufique , & qu'il n'en faut pas d'avantage
pour faire une Octave par la mienne ,
de forte qu'une feule ligne & fes deux eſpaces
contigus y fuffisent pour faire roûler une
partie dans l'étendue
de trois Octaves , pour
lefquelles il ne faudroit pas moins d'onze
lignes par la Méthode ordinaire.
,
A l'égard du mode mineur , comme le
rapport des fons , qui le conftituent , fe
trouve exactement dans l'Octave , compriſe .
entre deux la fur le Clavier naturel , cette
Octave en devient le modéle , & en appliquant
le chiffre 1 , & le nom d'ut à la
Médiante d'un ton mineur la Tonique .
s'appellera la & fe marquera par le chiffre 63
ainfi le nom écrit à la marge & qui indique
toujours la Note qui doit s'appeller ut
alors celui de la Médiante & non pas de la
Tonique c'eft ce qu'on connoît toujours
par un Signe ajoûté à ce mot , quand le Ton
eft mincur & cet arrangement a de plus.
l'avantage d'exprimer très- exactement l'analogie
qui fe trouve d'un côté, entre tout Ton
majeur & le mode mineur de fa fixiéme.
F vj Note
>
eft.
4
328 MERCURE DE FRANCE
Note , & de l'autre, entre tout Ton mineur
& le mode majeur de fa Médiante.
Le Dièfe accidentel s'indique par une
ligne oblique qui traverfe la Note , en montant
de gauche à droite, & le Bémol par une
autre femblable ligne qui la traverfe en defcendant
dans le même fens.
Voilà, M. une idée abrégée de la Méthode
dont je me fers pour l'expreffion de tous les
fons qui compofent le Clavier. Les avantages
que cette Méthode a pardeffus la Note
ordinaire , me paroiffent confidérables ; je
ne vous parlerai ici que des deux plus importans,
qui font , 1 °. L'identité d'idées toujours
confervée dans le même arrangement
de caractéres, ce qu'on ne trouve point dans
l'autre Mufique, où les mêmes pofitions de
Notes expriment à tout moment des fons &
des intervalles differens. 2°. La connoiffance
exacte des intervalles fimples & redoublés ,
tant par la difference des chiffres qui les expriment
, que par des renverfemens dont la
parfaite connoiffance dépend d'un quart
d'heure d'application.
L'examen de la manière dont on a déter
miné la durée des fons & la valeur des Notes
, occupe la feconde partie de l'Ouvrage.
Toutes ces differentes figures de Notes ;
relatives à la durée d'une ronde ou à celle
d'une mefure à quatre tems , n'ont rien de
dés
FEVRIER. 1743 329
déterminé quant à la durée , puifque rien
n'eft fi variable que le terme même auquel
on les compare . De -là naiffent mille défauts
nuifibles à la précifion des mouvemens.
D'ailleurs , pourquoi ce grand nombre de
mefures differentes , indiquées par tant de
chiffres bizarres , tandis que d'un autre côté
on n'a établi les rapports des Notes que par
une progreffion fous double , qui ne fait que
la moitié des combinaiſons ?
·
Je ne reconnois que deux mefures differentes
, fçavoir à deux & à trois tems , & je
reconnois de même deux divifions de tems
fçavoir , divifion fous double & divifion
fous-triple , auxquelles il faut néceffairement
avoir égard dans la diftribution des valeurs ,
faute dequoi , on tombe dans les exceptions
vicieufes dont je parle dans cet Ouvrage.
Comme nous n'avons point de fon fixe abfolu
, qui mérite par quelque proprieté par
ticuliére de fervir de fondement aux autres.
de même & par la même raiſon , nous n'avons
point de durée abfoluë qui doive ſervir
de mefure commune aux differentes valeurs
des Notes. Mais comme dans chaque Ton
j'établis pour fon fixe le fon fondamental de
ce Ton- là , dans chaque mefure differente
je prends auffi pour terme de comparaiſon
la durée même de la meſure dont il eft ques
tion ; j'en divife les tems par des virgules ;
chaque
330 MERCURE DE FRANCE
chaque tems comprend une Note , ou plu
fieurs ; s'il n'en comprend qu'une , cette
Note remplit tout ce tems & doit durer autant
que lui ; rien n'eft fi fimple : fi le tems
contient plufieurs Notes , divifez fa durée en
autant de parties égales qu'il y a de Notes ;
appliquez chacune de ces parties à chacune
de ces Notes , & paffez- les de forte que tous
les tems foient égaux.
Un tems eft- il divifé en parties inégales ?
Toutes les inégalités poffibles font déterminées
avec la plus exacte précifion , non par
une complication de figures bizarres , mais
par de fimples lignes horifontales ajoûtées
au- deffus ou au - deffous des Notes, pour lier
toutes celles qui ne font que des fubdivi
fions des parties égales , auxquelles par ce
moyen il eft aife de les comparer. Ces liaifons
font à peu près l'effet des croches , doubles-
croches & c . dans la Muſique ordinai
re , excepté qu'elles reviennent beaucoup
plus rarement & ne peuvent jamais être plus
de deux en nombre fur la même Note.
Je me fers du point , à peu près pour le
même ufage que dans la Mufique ordinaire
mais je lui donne un fens bien plus étendu ,
puifqu'il peut foutenir le fon de la Note qui
l'a précedé , non feulement pendant la moitié
de la durée de cette Note , ce qui ne fait
qu'un cas particulier , mais pendant toutes
Jes
FEVRIER 1743 331
les differentes durées dont la mesure où on
l'employe eft fufceptible ; le point, de même
que les Notes , n'ayant de valeur déterminée
que par la place qu'il occupe dans la meſure:
ou dans le tems où il eft.
Comme je n'ai pas befoin de diverfifier la
figure des Notes pour repréfenter leurs diffe
rentes valeurs , & que les mêmes régles font
appliquables à tous leurs filences relatifs , il
s'enfuit que le feul zéro fuffit avec les points
qui le peuvent fuivre , pour remplacer tous
ces foupirs,demi foupirs & autresSignes bizarres
qu'on eft contraint d'arranger à tout mo
ment à la file les uns des autres , faute d'avoir
voulu donner au point un ufage plus étendu .
Il n'eft pas néceffaire , M. de vous en
dire davantage , pour vous rappeller l'idée
d'une Méthode que vous avez cultivée avec
tant de plaifir. Vous m'avez fait l'honneur
de me dire autrefois que vous ne croyiez pas
qu'il fût poffible d'imaginer des Signes plus
fimples & plus expreffifs que les miens.
J'efpere, M. que fi le Public n'adopte pas en
tout un jugement auffi favorable , il les
trouvera , du moins , commodes & faciles ;
en quoi j'ofe me flatter d'avoir travaillé avec
un fuccès bien different de tous ceux qui ont
propofé jufqu'ici des projets en ce genre.
Au refte , il me paroît qu'on trouvera
dans ce fyftême bien des avantages de détail
qu'on
32 MERCURE DE FRANCE
qu'on fouhaite depuis long-tems. Il n'y a
peut-être pas un Amateur de la Mufique qui
n'ait cherché une fois en fa vie quelque
moyen plus commode de noter fous un plus
petit volume , & fans tout cet embarras de
lignes & de portées , foit pour porter fur foi
des Recueils , foit pour envoyer de la Mufique
en Province , foit enfin parce qu'on ne
trouve pas de papier reglé fous fa main , toutes
les fois qu'on a quelque air à noter.
Ce qu'il y a d'avantageux dans mon
fyftême , c'eft qu'il fuffit pour ceux qui fçavent
la Mufique de lire une fois mon Ouvrage
, pour pouvoir exécuter fur la mienne
avec lamême facilité que fur l'autre : à l'égard
de ceux qui ne la fçavent point, s'ils fe veulent
contenter de la mienne , ils doivent fçavoir
chanter à Livre ouvert tout au moins en huit
mois , & s'ils veulent outre cela fçavoir la Mufique
ordinaire , ils ne doivent pas employer
plus du double de ce tems-là pour toutes
deux, en commençant par la mienne , ce qui
n'arriveroit pas s'ils commençoient par l'autre;
car tout cet embarras de tranfpofitions, de
clefs , de valeurs , de pofitions , fait une confufion
qu'on ne doit développer à l'efprit
des Ecoliers , que quand leurs organes ont
acquis l'habitude de la mefure & de l'intonation,&
qu'ils commencent à entendre quelque
chofe à la théorie des tons & des modes.
Vous
FEVRIER 1743 935
Vous trouverez dans le Mercure prochain
un Air noté par mes caractéres ; je
n'ai point voulu le mettre dans celui - ci, parce
que cet Extrait ne fuffifant pas pour expliquer
mon Systéme , il falloit donner à mon
Livre le tems de fe répandre dans les Provinces
, afin que tout le monde fût en état de
déchiffrer. J'ai l'honneur d'être , &c.
A Paris ce 6. Janvier 1743 .
BIBLIOTHEQUE FRANÇOISE ,Ou Hiftoire de
la Litterature Françoife , dans laquelle on
montre l'utilité que l'on peut retirer des Livres
publiés en François depuis l'origine de
I'mprimerie , pour la connoiffance des Belles-
Lettres , de l'Hiftoire & des Arts ; & où
l'on rapporte le Jugement des Critiques fur
les principaux Ouvrages en chaque genre ,
écrits dans la même Langue. Par M. l'Abbé
Goujet , Chanoine de S. Jacques de l'Hôpital
, Tome cinquième , 1. Vol. in - 8 ° . de
430. pages , fans compter les Avertiffemens,
les Tables , &c. A Paris , ruë S. Jacques ,
chés Pierre- Jean Mariette , aux Colomnes
d'Hercule , & Hyppolite-Louis Guerin , à S.
Thomas-d'Aquin , M. DCC . XLII.
1
Dans le V. Volume de cet Ouvrage, l'Auteur
rend compte des Traductions Françoifes des
anciens Poëtes Latins . Profanes & Ecclé
faftiques. Il entre là-deffus dans un détail
quà
334 MERCURE DE FRANCE
qui fait plaifir : notre deffein n'eft pas de le
fuivre pas à pas, mais de faire feulement fentit,
autant qu'il fera poffible , fa fagacité & fon
exactitude fcrupuleufe ; l'Article de Virgile
●ccupe une bonne partie de ce cinquième
Volume.
L'Auteur donne de grands Eloges à Vira
gile ( c'eft , dit- il , celui de tous les Poëtes
qui a mieux fçû mettre en oeuvre l'Art Oratoire
; il eft élegant dans fes termes , orné
dans fa compofition , grave & varié dans fes
penfées , heureux dans fes fimilitudes , riche
dans fes amplifications , jufte dans fes exemples
, charmant dans fes digreffions , perfua
fif dans fes raifonnemens , &c. )
M. l'Abbé Goujet parle enfuite de Clement
Marot , qui traduifit , ou plutôt qui
imita la premiere Eglogue de Virgile ; i. a
bien raifon de dire que ce n'eft point la meilleure
de fes Piéces ; fon ftile n'étoit pas fait
pour l'Eneide en particulier. S'il n'avoit pas
été fi enjoüé , peut- être auroit il été propre
à rendre les graces férieufes du Poëte Latin ;
il est toujours loüable d'avoir fçû connoître
la portée de fon efprit , dit M. l'Abbé Gou
jet , & de n'avoir rien entrepris au -deffus de
fes forces.
Ce que dit l'Auteur au fujet de l'Abbé de
Marolles , paroît fort fenfé : il le regarde
avec raiſon comme un Ecrivain très médiocre
FEVRIER. 1743 335
ere , qui auroit dû décider avec plus de réferve
; en effet le jugement de ce bon Abbé
fur les vieux Poëtes , eft injufte ; ils écri
voient felon le goût de leur tems , & faifoient
le moins mal qu'ils pouvoient. Aus
jourd'hui , dit l'Auteur , le goût eft purifié
, les efprits font mieux cultivés ; c'eft
un avantage dont nous devons profiter
& cela est vrai , & peut - être viendra t'il un
tems où on augmentera nos richeffes , &
alors nous n'en ferons pas moins eſtima
bles.
-7
Paffons à la Traduction de Virgile de M.
de S grais , qui étoit fuffifante pour lui faire
une grande réputation . Voici les paroles de
l'Auteur. M. de Segrais fut prefque le feuk
qui trembla fur le fort de fa Traduction ;
plus il avoit tâché dans fa belle Préface de
mettre au jour les perfections de Virgile
plus il fentoit qu'il s'étoit expofé au hazard
de découvrir fes propres défauts. Si un origi
nal eft parfait , dit il , c'est alors qu'il eft
dangereux d'en donner une mauvaiſe copie ,
&c . M. l'Abbé Goujet n'eſt pas le feul qui
apprécie le mérite de M. de Segrais ; l'Abbé
Regnier des Marais en parle auffi fort avantageufement
; c'eft , dit-il , une Traduction
pleine de la chafte beauté , & de la fage nobleffe
, qui regne dans un fi excellent Poëme
: cette louange n'eft pas fans fel , cependanc
38 MERCURE DE FRANCE
dant M. G. penfe qu'on pourroit corriger au
jourd'hui bien des chofes dans l'excellente
Traduction de M. de Segrais ; c'eſt au Pu
blic éclairé à décider.
Il eft tems de parler de la Traduction de
M. le Préfident Bouhier . Voici le jugement
qu'en porte M. l'Abbé Goujet : J'ai lû , ditil
, cette Traduction avec un grand plaifir ;
c'eft , felon moi , un modéle pous ces fortes
d'Ouvrages : il faut efpérer qu'on n'en privera
pas le Public . Je ne crois pas que Virgile
eût mieux fait , s'il eût écrit en Fran
çois , &c . Beaucoup d'habiles gens prennent
le parti du fçavant Magiftrat.
;
Suit l'Article d'Horace : on feroit fort
long , fi on vouloit rapporter tout ce qu'en
dit d'avantageux M. l'Abbé Goujet ; voici à
peu près le jugement qu'il fait de ces deux
fameux Poëtes. Virgile eft connu & eftimé
Vous venez de le voir : Horace ne l'eft pas
moins , & il eft plus lû. Ce Poëte eft auffi
goûté à la Cour de nos Rois , qu'il l'a été à
la Cour d'Augufte , &c. Il eft fublime fans
emphafe dans la plupart de fes Odes , délicat
dans celles qui ne demandent point d'élévation
, tendre quand il fe plaint , vehement
quand il blâme , droit quand il loue , fage ,
fors même qu'il s'emporte , admirable dans
te tems même qu'il ne fait que badiner ; it
penfe toujours finement , & fon expreffion ,
par
FEVRIER.
1743. 337
Partout ingénieuſe , égale , preſque toujours ,
la fineffe de fes penfées ; cette loüange eft dés
licate , & pleine de fel.
Nous ne parlerons point des anciennes
Traductions de ce fameux Poëte ; elles font .
dit M. Goujet , trop littérales ; elles rendent
les mots & les phrafes de leur Auteur
mais fon efprit y manque ce jugement ne
porte point à faux ; difons un mot de la
traduction du P. Sanadon , Jéfuite : ( les Poëfies
d'Horace , dit M. l'Abbé Goujet , paroif
fent dans cette nouvelle Traduction , des fruits
d'une longue méditation , & de plufieurs
années d'un travail affidu , difpofées fuivant
l'ordre Chronologique , c'est-à- dire , fuivant
un ordre inconnu à tous les Interprétes , &
à tous les Commentateurs du Poëte , & dont
on peut dire que le P. Sanadon eft luimême
le créateur. Je ne vous rapporterai
point , continue l'Auteur , le magnifique
Eloge qu'il fait du Poëte dans fon Epitre
Dédicatoire à M. le Prince de Conty , de
peur de copier divers traits que je vous ai
déja tracés d'après les autres Traducteurs du
Poëte ; mais je vous exhorte à lire cet Eloge
dicté par la vérité , & peint avec beaucoup
de délicateffe . )
`
LA CHRONOLOGIE & Topographie du
nouveau Bréviaire de Paris , où l'on trouve.
des
338 MERCURE DE FRANCE
les principaux points de la vie & de la mert
des Saints , & la defcription des Lieux qui
font nommés dans leurs Légendes & dan les
Canons de Prime , par M. B* Prêtre . A Pavis
, chés Cl . J. B. Hériffant , ruë Neuve
Notre- Dame, aux Trois Vertus, 1742.in 12.
Comme les Eccléfiaftiques qui chantent ,
ou qui récitent l'Office Divin , fur tout à l'ufage
de Paris , font en très grand nombre
& que parmi ce grand nombre , tous n'ont
pas les Livres Géographiques en leur poffeffion
, l'Auteur de ce nouvel Ouvrage n'a pas
cru publier un Livre inutile , en leur donnant
par ordre alphabétique une notice de la
fituation de tous les Lieux , qui font nommés
dans les Légendes ou Hiftoires des Saints
de ce Bréviaire. Il avoue avoir été prévenu
dans ce deffein par un petit Ouvrage , qui a
parû imprimé in- 16. il y a plus de trois ans
fous le titre de Géographie des Légendes ;
mais outre qu'il s'étend dans fes fragments
Géographiques , plus que n'a fait l'autre Auteur
, il y a joint une Chronologie de tous
les principaux Faits qui font contenus dans
ces Hiftoires , & une autre Chronologie des
Conciles dont on lit des Canons à la fin de
Prime , felon l'ufage admis par ce Bréviaire.
Outre cela , il a fourni des Tables qui font
très utiles pour trouver tout ce que l'on ſouhaite
, concernant le tems & le lieu où a vécu
FEVRIER. 339 1743
eu un Saint , & celui de la tenue d'un Concile.
Si ce Recueil Chronologique & Topogra
phique a fon utilité du côté des Eccléfiaftiques
de la Campagne , qui communément
ne font pas beaucoup fournis de Bibliothé
ques ; il en a encore davantage à l'égard des
Communautés de Filles qui récitent le Bré
viaire Diocésain .
Nous ne parlons point des autres Diocè
fes , qui ont adopté le Bréviaire de Paris en
y joignant le Propre de leurs Saints & de
Jeurs Ufages anciens ; tels que Blois , Evreux,
Séez , Coutances. On eft perfuadé que ce
qui eft véritable à l'égard du Diocèfe de
Paris , l'eft à plus forte raifon à l'égard des
quatre autres. Auffi M. B... a- t'il exécuté
avec une pareille exactitude la même opération
fur les quatres Bréviaires des Diocèfes
que nous venons de nommer , & il en a
fait un Supplément à fon Livre , dans lequel
il mêle tout ce qui eft tiré de ces quatre
Bréviaires . Il faut efperer que dans une fe
conde Edition , il déterminera par quelques
mots ce qui eft placé à l'occaſion du Bréviaire
de Blois , plûtôt qu'à l'occation de
celui d'Evreux , & ainfi des deux autres ,
mettant à la fin des articles , Brev. Bles . ou
Brev. Ebroic . , ou bien Brev. Sag. ou enfin
Brev. Conft.
en
LES
340 MERCURE DE FRANCE
,
LES AMUSEMENS DU COUR ET DE L'ES+
PRIT . Ouvrage Périodique . Tome XIV. 1742.
in 12. de 600. pages d'impreffion fe
trouve à Paris , chés la veuve Piffot , Quai
de Conty , à la defcente du Pont- Neuf, &
chés Ant Urb. Conftelier , Quai des Auguftins
, près la rue Gît- le-Coeur. Le prix eft de
2. 1. 10. f en blanc , & de 3.1. relié. Il fe
vend à la Haye , chés Pierre Goffe , & à
Amfterdam, chés Henri du Sauzet.
Nous ne pouvons nous empêcher de rendre
juftice au goût que l'Editeur des Amuſemens
vient de faire paroître , en faifant pré
fent au Public de quantité de bonnes Poëfies
, qui compofent ce nouveau Tome de
fon Recueil.
La Traduction d'un ancien Poëme Latin ,
intitulée Danaë , nous a parû allés élegante.
Un Tableau du Titien repréfentant Danaë
qui appartenoit à M. de la Vrilliere , Sécre
taire d'Etat , fous Louis XIII. a été l'occafion
de ce Poëme. L'Auteur dont on ignore
de nom , apprend au commencement de l'Epitre
Dédicatoire , que la feule vuë de ce
beau tableau du Titien échauffa tout à com
fa veine , & lui infpira le deffein de mettre c
Vers l'avanture de Danaë.
On trouve à la page 49. une Nouvelle Ita
lienne , miſe en Vers , par feu M. de Senecé
Elle a pour titre , Filer le parfait Amour. Dẹ
toutes
FEVRIER 1743. 341
foutes les piéces que l'on ait encore vuës de
cet ingenieux Poëte , il n'y en a peut- être pas
de mieux écrite , de mieux penſée & qui
foit remplie de plus d'enjouëment ; la morale
en eft très - pure. Un petit Maître eft puni
cruellement par une femme vertueufe , & fa
vertu lui attire la protection & les bienfaits
de l'Empereur Charlemagne.
Nous copierons les deux Piéces fuivantes
à caufe de leur brieveté , & de leur déli-
Cateffe.
M. LE FEVRE , A M. DE VOLTAIRE ,
Je n'étois plus & , ma foi , dans fa Barque
Nocher d'Enfer me juchoit tout de bon ,
Quand , ne fçai comme avint que gente Parque
A de mes jours renoué le cordon .
Divin Harpeur , eft- ce par la Donzelle ,
Ou bien par toi que fuis ravigoté
?
Le veux fçavoir. Préfent d'une chandelle
Deftine à qui plus mieux l'a mérité .
Dame Atropos aux Humains fi farouche ,
Onc ne trahit ce qu'elle a projetté :
Aias on m'a dit qu'un feul mot de ta bouche ',
Peut donner mort'ou l'immortalité .
REPONSE DE M. DE VOLTAIRE
N'attens de moi ton immortalité ,
Tu
342 MERCURE DE FRANCE
f
Tu l'obtiendras un jour de ton génie .
N'attens de moi ta premiere fanté :
Ton Protecteur , le Dieu de l'Harmonie
Te la rendra par fon Art enchanté .
De tes beaux jours la fleur n'eft point flétrie
Mais je voudrois de tes deftins pervers ,
En corrigeant l'influence ennemie ,
Contribuer au bonheur d'une vie ,
Que tu rendras célebre par tes Vers.
Le pouvoir de l'Amour & de l'Amitié
Anecdote Hiftorique , par Mde R *** abonde
en Portraits , en faillies , peut-être même
en répetitions. Deux femmes rivales dont
l'une s'appelle Mde d'Orsay , & l'autre la Baronne
de Perfac , fe diffutent le coeur du
Cheyalier d'Oligni , dont on donne , ici un
Portrait charmant. Au refte par une petite
note mife à la page 186. on avertit le Lecteur
que cet écrit eft une Parodie de nos fa-
'des Romans modernes.
On lit avec plaifir une Question Paradoxe
fous ce titre : Laquelle de ces deux Profeffions ,
la Robbe ou l'Epée , eft plus utile à l'Etat ,
plus glorieuse à celui qui l'exerce. L'Orateur
, M. Peffelier , en agitant le pour & le
contre , tend à fon but , en foutenant avec
efprit que c'est l'Epée. Voici comme il commence.
Créés pour vivre dans la paix & dans
l'innocence
FEVRIER: 1743 343
»
»P'innocence , par quelle fatalité les Mortels
" font- ils entourés de tant d'ennemis , &
»coupables de tant de crimes ? Dans la faute
» du premier Homme j'apperçois l'origine
» du malheur de fes defcendans ; de la défo .
béiffance d'Adam font fortis , comme d'u
» ne fource empoisonnée , ces maux qui ont
couvert la face de la Terre ; ces révolutions
, ces guerres , ces brigandages , ces
» rapines , ces diffolutions qui éclattent en-
» core aujourd'hui à la honte de l'humanité ;
» monumens affreux du crime de la Créa-
» ture & de la juftice du Créateur.
Nous choifirons parmi les réflexions ha
zardées & imparfaites , qu'on trouve à la pa- .
ge 311. quelques Articles qui feront connoître
le génie & l'intention de l'Auteur,
ود
"
» Il y a des hommes réels , & par confé-
» quent de véritables peines , mais il y en a
» peu. L'Imagination , la vanité , les paffions
» en ont inventé. La laine eft plus chaude
» que le velours , la toile eft plus fraîche
» que la foye , mais la pauvreté de votre ha-
» bit vous attirera des froideurs , & peut-
"? être des mépris ; ces froideurs , ces mépris
ne vont point à vous. Vous ririez d'un
» homme qui mépriferoit un lingot d'or enveloppé
dans du papier , & qui feroit ex-
» tafié d'un chiffon de papier enveloppé dans
» un ruban d'or.
و د
Gij 2 Mais
344 MERCURE DE FRANCE
"Mais vous êtes hors d'état de fuivre les
" modes & les ufages établis : Eh bien , pour
vous confoler , fongez que ces modes ,
» ces ufages ne font que des abus & des er-
» reurs. En vous promenant fur les bords
d'une Mer tranquille , vous ramaſſez un
" brillant coquillage où la Nature s'eft joüée ,
» comme l'imagination fe joue dans les idées
» du vulgaire ; vous n'irez point en dépit des
» vents le chercher fur une côte efcarpée ,
» fur un rocher fourcilleux ; vous fçavez
» trop que ce n'eft qu'une coquille : vous la
négligez , fans la méprifer ; elle vous eſt indifférente
, fans vous être odieufe .
"
Mais vous voyez les plaifirs autour de
» vous , & ils vous échappent , comme les
"pommes de Tantale ; vous voyez naître les
fleurs , & il ne vous cft pas poffible de les
cueillir. Ce font nos goûts qui font nos
plaifirs , & nous pouvons , pour ainfi dire
"Créer nos goûts ; la différence des tempé-
" raments & des organes varie les goûts de
» fenfation ; la différence des idées varie
» ceux de l'ame ; c'eft l'image différente
"qu'on fe fait du bonheur attaché , à ce
و و
qu'on croit , à tel ou tel objet qui fait naî-
" tre le goût qu'on a pour ces objets. Que
" votre raifon choififfe donc ces mêmes objers
, qu'elle vous les peigne par de juftes
2 couleurs , qu'elle les place dans leur vrai
>>
» point
FÉVRIER 1743. 345
"point de vûë ; elles ne leur ôtera poinť
» leurs graces réelles , elle diffipera feule-
" ment celles que l'imagination a coûtume
» de leur prêter , elle mettra ceux auxquels
vous ne pouvez atteindre dans un éloigne-
" ment qui vous empêchera de fentir les ef-
»fets de leurs charmes , avec cette violence
» qui pourroit vous agiter & vous troubler.
" Quels peuvent - être les plaifirs d'un
homme raisonnable & délicat ? Les hon-
" neurs ne peuvent amufer que l'ambitieux
» qui cherche à flatter fon amour propre
"par des chofes qui lui font étrangeres. Les
>> richeffes ne peuvent procurer de plaifir
» voluptueux & durable , que celui de faire
» des heureux ; plaifir que l'ingratitude , ou
» l'infatiabilité des hommes déroberoient à
» celui qui voudroit le chercher. La focieté
n'offre guere que des tracafferies ou des
» dégoûts ; l'homme de mérite n'y peut gue-
» re rencontrer de plaifirs , il ne jouit que
>> bien peu de celui d'admirer ou d'être furpris
( car fouvent le plaifir n'eft excité que
par une forte d'agitation & de furpriſe ; )
» il n'a que plus rarement encore celui d'ê-
» tre admiré lui - même , ou fa modeſtie l'em-
» pêche de le rechercher , ou l'injuſtice &
» l'ignorance des autres fervent également à
» l'en priver , ou il eft admiré mal- à propos
» & fa propre délicateffe en eft bleffée . Il
G iij » n'eft
n
348 MERCURE DE FRANCÉ
.
n
n
»
» n'eft prefque point de converfations qui
» l'inftruiſent , il en eft peu qui l'amufent ,
» il en eft encore moins qui lui plaifent. Le
» jeu n'eft affûrement point un plaifir : la
table n'eft qu'un lieu de rendez -vous ; les
plaifirs pourroient fe raffembler autour ,
» mais elle ne les donne pas ; le Vin n'eft
qu'une Liqueur indifferente , fi la joie ne
>> coule avec lui ; l'Amour a des perfidies ,
» des inégalités , des caprices , des défauts
d'attentions & de foins ; des taches qui
gâtent l'objet aimé , de la coquetterie , des
jaloufies , peu de charmes pour un coeur
» délicat qui ne peut guere rencontrer ceux
>> dont il fe forme l'idée , & qui fçauroient l'en-
» chanter véritablement. Quels font donc les
» plaifirs d'un homme raifonnable & délicat ?
>>
"
» Peut-on obtenir l'approbation génerale ?
"Non fans doute ; il fuffit de s'en rendre di-
» gue : la multitude eft ignorante ou injufte
" peu de perfonnes font capables de diftin-
» guer le vrai mérite , elles le confondent avec
» celui dont elles ont l'idée , elles prennent la
» partie pour le tout. Il en eft encore moins
qui s'occupent à le démêler , très peu qui
>> l'eftiment ce qu'il vaut. Il eft indifferent
>> aux uns que vous ayez du mérite ou non ;
» ils n'y regardent pas ; c'eft votre rang , votre
» place , votre emploi , les rapports d'interêts
» qu'il y a d'eux à vous qu'ils conſidérent
»
>> uniqueFEVRIER:
1743- 347
uniquement. Les autres ont enfin laiffé
> tomber fur vous un regard ; ils fe font ap
" perçus que vous aviez du mérite , & parmi
» ceux - là quelques - uns en font fâchés , &
» vous rabaiffent ; quelques- uns en font l'a-
» veu , & c'est tout ; ils ne vous en eftiment ,
» ils ne vous en aiment pas d'avantage. Et
» qu'avoient-ils encore ? Que vous êtes ci-
» vil , lorfqu'au fond vous êtes humain ,
obligeant , généreux & poli ; que votre ef
» prit eft vif & léger , lorfqu'il n'eft pas
» moins étendu , moins folide , moins déli-
» cat ; que votre caractére eft doux , lorfqu'il
» n'eft pas moins noble , moins bon , moins
>>
magnanime. Le Villageois falue le Soleil ,
» en examinant uniquement s'il doit être fa-
» vorable à fes moiffons , où il avoue feule-
» ment que cet Aftre répand la chaleur ,
» mais il n'admire ni l'immenfité de fon glo-
» be , ni le méchanifme inconnu qui le fou-
»tient au milieu de notre monde , ni les
» nuances éclatantes de fes colorés.
C
"
rayons
,
Page 321. On a dit que la politeffe n'é-
» toit peut- être qu'une inclination douce &
» bienfaifante de l'ame , qui rend l'efprit at-
» tentif & lui fait découvrir avec délica-
» teffe tout ce qui a rapport à cette inclina-
» tion . Ne pourroit on pas ajouter , qu'elle
>> eft en même tems un tour heureux de l'efprit
, qui le fait toujours paroître fous un
G iiij
23
>>> orne348
MERCURE DE FRANCE
33
» ornement fimple , agréable , & intéref
»fant ? Une fuite d'idées nettes & gracieu-
» fes , dont l'expreffion a toujours une forte
d'élégance , & jamais d'affectation , qu'elle
>> eft en même tems dans les manieres , une
» repréſentation , une image jufte & aifee &
» des fentimens de l'ame & des idées de
» l'efprit ; ce mouvemens précis , cette ac-
» tion véritable , que ces fentimens , que ces
idées doivent produire. Un Acteur eft
excellent lorfque fon gefte , fon attitude ,
>>fes yeux , fa voix , font précisément tels
que l'exige la fitituation où il eft. On voit
» le but de ma comparaifon ; elle ne veut
» pas dire qu'il faille être Comédien ni Dé-
» clamateur.
Les graces du coeur ne me paroiffent
rien autre chofe que le détail de la politeſſe
» des maniéres.
» Nous n'agiffons pas le plus fouvent , fui-
» vant l'impreffion que les chofes font en
» nous ; ce ne font pas nos mouvements que
≫ nous fuivons , mais nos idées : nous joüons,
fi l'on peut parler ainfi , la joye , la dou-
» leur , l'amitié , & quelquefois l'amour mê-
» me ; tout cela n'eft que dans notre imagi-
» nation , notre coeur en eft exempt ; nous
>> ne fentons point , mais nous fçavons qu'il
» faudroit paroître fenfibles ; nous fommes
honteux de ne l'être pas ; nous voulons l'être ;
» nous
FEVRIER. 1743. 349
>>
> nous nous efforçons ; nous preffons nos yeux
pour en faire fortir des larmes ; nous rete-
» nons notre refpiration pour laiffer éclatter
» des fanglots & des foupirs : nous fermons
» de même notre fouris & les indices de la
» joye , & nous tâchons de nous perfuader
» que nous avons fenti .
L'Ode intitulée la Création , paroît être
l'Ouvrage d'un Philofophe , qui penfe & qui
s'exprime heureufement. En voici quelques
Stances , page 307.
Un plus bel ordre de miracles
Enchante mes yeux ſatisfaits ;
De plus magnifiques fpectacles
M'offrent de plus fublimes traits .
Rien n'exifte ; un eſpace immenfe
N'eft encor plein que de l'effence
Que de l'immensité d'un Dieu.
Etre néceffaire & fuprême ,
Il eft , mais il eft feul lui -même
Et l'être , & l'efpace & le lieu:
*
Dans ces inftants produits en foule ;
Et perdus dans l'Eternité ,
Ou tout naît enſemble , ou tout roule
Eft-il un inftant limité
Te doigt de cette intelligence ,
Ꮐ Ꮍ Επ
350 MERCURE DE FRANCE
En a diftingué la naiſſance ;
Le décret divin eft rempli.
Dieu parle , un néant reçoit l'être ;
Rien n'étoit , & tout vient de naître ,
Et déja tout eft accompli.
Le Poëte fait en racourci une defcription
de l'Ouvrage des fix jours , & finit
Création de l'Homme.
Dieu le paîtrit ; la vile fange
A pris la figure d'un corps ,
Et fous cette main qu'il arrange ,
Devient des muſcles , des refforts.
Un fang, qui court de veine en veiae ,
Circule , revient , s'y promene ,
Foulé dans des canaux divers ;
Un tiffu de mille parties,
Par mille rapports afforties ,
Eft l'abregé de l'Univers.
*
C'étoit peu ; la plante vegete ;
L'animal vit , refpire & fent ;
Une autre vertu plus fecrette ,
Doit diftinguer l'homme naiſſant!
Merveille inéffable & fublime !
L'efprit de Dieu même l'anime
Efprit lui feul illimité ,
par
la
FEVRIER. 352 1743
11 fouffle fur fa créature
Un trait de fa fubſtance pure ;
Une ame , & l'immortalité.
*
O Soleil , du centre du Monde.
Difperfe tes feux nuancés.
Que la Planette vagabonde
Regle enfin les tems commencés.
Que toute entiere la Nature ,
De fes jeux ou de fa parure
Etale la pompe aujourd'hui :
Que la Terre de fon Monarque
Sente la préfence & la marque ;
L'homme eft crée ; tout l'eft pour lui.
*
4
Et toi , dont ce Monde eft l'Empire ,
Roy par ta propre liberté ,
Aux Loix qu'un Dieu doit te preſcrire
N'oppofe point ta volonté.
Homme , libre , ton pur hommage
N'eft point un tribut d'esclavage ;
Tu peux regner & le fervir .
Dieu feul , le Très-Haut eft ton Maîtres
Tu penfes , c'eft pour le connoître
Tu veux ; veuille pour obéir.
Nous ne pouvons entrer dans aucun dễ;
G vj tail
352 MERCURE DE FRANCE
tail au fujet de deux Piéces parfaitement bien
écrites en Profe . La premiére & la plus longue
a pour titre , Sentimens d'un Spectateurfur
la Tragédie de.... elle commence à la page 33 1 .
La feconde,beaucoup plus courte, eft une Lettre
écrite, à M. le Comte **** fur le même fujet.
La page soo. offre la Traduction d'une
Piéce Latine , compofée par un Magiftrat.
Elle eft de M. des Forges Maillard.
Rome brulée par les ordres de Néron.
Rome vit dans fes murs s'élever juſqu'aux Cieux
D'une fuperbe Tour le faîte audacieux .
De là l'oeil étonné découvroit l'étenduë
De l'immenfe Apennin qui fe perd dans la nuë ;
Et d'un autre côté le Tibre tortueux
Laiffoit voir de fes Eaux le cours majestueux.
La Terre s'entr'ouvrant devoit dans fes entrailles ,
Edifice funefte , engloutir tes murailles ,
Avec le Monftre affreux , l'horreur du nom Romain
,
Dont tu fervis alors le plaifir inhumain.
Déja goûtant dans l'ame une barbare joye
De voir de tous côtés Rome aux flâmes en proye
Il monte fur la Tour , & fait éxécuter
Ce que fon coeur cruel avoit fçu projetter.
Bien tôt un jour affreux luttant contre les Ombres
,
Pénetre de la nuit les voiles les plus fombres :
Des
FEVRIER 1743 353
Deş Torrens embrafés ferpentent dans les Airs ,'
Et fe vont joindre aux feux qui forment les Eclairs
Le tumulte s'augmente , & la terreur s'empare
Du Romain ſoupirant du fort qu'on lui prépare ;
Il court , il fe profterne aux pieds des Immortels ,
Se plaint , implore , accuſe , embraffe les Autels.
Le feu fert de Néron l'horrible barbarie ,
S'étend de toutes parts , dévore avec furie
Les Cédres travaillés , les meubles précieux ,
Et les Palais des Grands , & les Temples des
Dieux.
Les cris confus , les pleurs , les mortelles allarmes ,
Sont d'un Peuple éperdu la refſource & les armes ;
Cris fuperflus , hélas ! inutiles douleurs !
Le Tiran fe nourrit , s'abbreuve de vos pleurs .
Dans la campagne en foule on cherche un fur
azile ;
On s'ouvre dans la flâme un chemin difficile .
L'épouſe à ſon époux vole en tendant les bras ;
Un déluge de feux au -devant de leurs pas
Se répand auffi - tôt & s'oppofe à leur fuite .
La flâme par Néron paroît être conduite :
Le fils périt aux yeux de fon pere expirant ,
Sans pouvoir s'arracher au brafier dévorant.
Du ciment défuni la matiére brûlée
Précipite avec bruit la machine ébranlée :
Ceux qu'un profond fommeil avoit enfevelis ,
S'éveillent, & la mort environne leurs lits .
Seu's
$ 54 MERCURE DE FRANCE
Sous les lambris preffés les cadavres s'allument,
Et fervent d'aliment aux feux qui les confument .
Pourquoi , Maître puiflant des Dieux & des Hua
mains ,
Ta foudre alors fut- elle oifive dans tes mains
De tes carreaux vengeurs la terrible tempête
De Néron parricide eût dû brifer la tête.
Rome n'est plus dans Rome ! Un long embrafement
N'offre aux yeux égarés qu'un triſte monument.
Les Airs font infectés d'une épaiffe fumée ;
On n'y refpire plus qu'une cendre enflâmée.
Cependant le Tiran d'un fpectacle odieux
Repait avec tranfport & fon coeur & ſes yeux
Anime fa Guitare , & d'une main cruelle
La force à devenir comme lui criminelle .
Ainfi brûla jadis Rome , qui dans fes fers
Tenoit affujétis les Rois & l'Univers .
fait le
L'Hiftoire d'Ifmene & de Corifante nous
a paru écrite avec délicateffe . Le tour fimple
, naïf , fpirituel en même tems ,
principal mérite de cet écrit de 25. pages.
Les caractéres femblent tracés d'après Nature.
Le Roman de Pamela a eû non- feulement
des admirateurs & des panégyriftes , mais il
a eû auffi fes critiques. Un Anonyme a fait
inferer dans ce Tome , page 409 , une Lettrefur
les Romans en géneral , où néanmoins
il
FEVRIER . 17431 855
il prétend reduire à leur jufte valeur les éloges
donnés à Pamela par un Journaliſte étranger.
Les Nouvelles Litteraires peuvent être
confultées pour quelques articles intereffans .
On y trouve un Extrait très détaillé de l'Hiftoire
de Thamas-Kouli- Kan , qui parut l'année
paffée chés Briaffon ; dans le troifiéme
Article en parlant des Eglogues du Mantuan
, on nous dit , page 526 , à propos des
Poëtes Bucoliques . Les Bergers de Virgile
" ont le goût bien meilleur, car ils choififfent
» du moins des Maîtreffes qui plaifent à la
» Ville , & quand ils content leurs tourmens
» & les inquiétudes de leurs paffions , ils le
» font affés galamment. Mais celui- ci s'amufe
» à conter qu'il ne cherche plus de nids ,
» & qu'il ne prend plus plaifir à caffer des
noix , comme il faifoit avant que d'être
>> amoureux. Il fe compare lui -même , lorf-
» qu'il veut tromper les foins de la mere de
» fa Maîtreffe , qui l'obſervoit de bien près ;
» à un Rat qui cherche à attrapper quelque
» friand morceau , & qui n'attend que le
» moment que le Maître s'en écarte . Ee Poë-
» te place auffi là cette Sentence fort à
» pos.
Qui fatur eft , pleno laudat jejunia ventre ,
Es
quem nulla premitfuis , eft fitientibus afper.
pro-
On
"
356 MERCURE DE FRANCE
pau-
>> On trouve dans la troifiéme Eglogue du
» Mantuan des plaintes grieves contre la
» vreté qui eft un grand obftacle aux Amans.
» Le Poëte te montre combien elle refroidit
>> le coeur , & que l'amour
ne veut point de
» commerce
avec elle , parce qu'elle
eft
» ennemie
de la joye & de la liberté de l'ef-
» prit. D'ailleurs
le coeur d'une Belle eft plus
acceffible aux douceurs d'un Amant libé
» ral, qu'aux proteſtations ſtériles d'un Amant
>> peu favorife de la fortune. Ovide bien fâ-
» ché de n'être pas riche , dit , que ne pou-
» vánt donner de l'argent , il donnoit des
» paroles :
Cum dare non poffem munera , verba dabam.
» Mais il les donnoit fijolies , qu'elles va-
» loient beaucoup mieux . Les autres Eglogues
» font à peu près du même ſtile , & quoiqué
» le tour du vers n'en foit pas mépriſable ,
» il n'y a guere de fineffe d'efprit.
En voila affés pour donner une idée de ce
Tome quatorziéme des Amuſemens. Il eft
impoffible de faire connoître toutes les Piéces
qui le compofent : il fuffit de dire qu'il
paroît que le Public lui a fait un accueil honorable
; & cela doit encourager l'Editeur à
faire encore mieux , s'il eft po.lible , dans la
fuite. On nous affûre que le quinziéme Tome
ne tardera pas à paroître , & que les deux
Libraires
FEVRIER 1743
17430 357
Libraires indiqués ne négligeront rien pour
mériter , du coté de l'impreffion , la continuation
de la faveur des gens de bon goût.
, ALMANACH de Рoche , ou Abregé
très curieux & très utile au Commerce du
Monde , pour l'année 1743. à Paris chés
Thomelin , Libraire , rue des Noyers , près la
rue S. Jean de Beauvais , au Scapulaire.
Cet Almanach eft un petit Volume in- 24 :
de 170. pages fans la Table , l'Approbation
& le Privilege . L'Avis qui eft au commencement
inftruit de l'ancienneté de ce petit Livre
; il renvoye le Lecteur à la Table des
matiéres pour le mettre au fait de quantité
de chofes utiles au Commerce du Monde.
Il s'explique de plus en ces termes. Ceux ;
dit-il , qui auront des remarques à faire , ou
même des angmentations , font priés d'en
donner avis au Libraire qui continuera fes
foins pour perfectionner ce petit Ouvrage. Ce
petit Livre étoit autrefois imprimé chés A.
Warin Libraire , ruë S. Jacques , au Scapulaire.
On y trouve d'abord un Calendrier des
Fêtes & des jours de chaque mois ; les jours
& les Phaſes de la Lune ; les Fêtes qui fe
célebrent & qui font particuliéres aux Eglifes
de Paris ; les Eclipfes , le Lever & le Coucher
du Soleil ; les Naiffances des Princes & Princeffes
48 MERCURE DE FRANCE
ceffes de l'Europe ; le Tarif du Papier & du
Parchemin timbré ; les Poids & Meſures
tant de France que des Pays Etrangers ; les
Liquidations d'interêts , depuis le denier Dix
jufqu'au denier Cent ; un Etat de toutes les
Jurifdictions qui font à Paris ; celui de
l'Eglife de France ; toutes les Foires ; les qua
tre grands Fleuves ; les Pairs ; les Academies ,
les Univerfités ; les Gouvernemens; les Intendances
& les Parlemens de France ; les Singularités
qui fe paffent tous les ans à Paris . Les
Bibliothèques de Paris ; la Chambre des Li
braires toutes les Eglifes de Paris , & une
Lifte de Mrs les Organiftes , en exercice dans
chacune de ces mêmes Eglifes ; les propriétés
des Graines en ufage , & le tems de les femer
; un Etat des Pompes pour remédier
aux incendies ; ce qui regarde les Gradués ;
des Inftructions pour prendre des degrés en
Théologie , en Droit , en Medecine , & aux
Arts Enfin ce petit Livre forme un Volume
portatif & commode ; on eſpere
que le Public , en tirera une très grande
utilité.
*
TRAITE DES PETRIFICATIONS,
avec Figures à Paris , chés Briafſon , rue
S. Jacques , à la Science , 1742. in-4° . de
163. pages pour la premiere Partie , de 92 .
pour la feconde , & de 59. pour les Planghes.
HISFEVRIER:
1743. 359
HISTOIRE de l'Académie Royale des
Sciences , année 1736 , avec les Mémoires
de Mathématique & de Phyfi que pour la
même année , tirée des Regiftres de cette
Académie , à Paris , de l'Imprimerie Royale,
1739. Volume in-4° . de 507. pages pour
les Mémoires , & de 120. pour l'Hiftoire ,
Planches détachées 18.
M. de Reaumur vient de donner le fixiéme
Volume des Mémoires pour fervir à l'Hiftoire
des Infectes. Ce Volume eft enrichi d'un
grand nombre de Planches , & contient la
fuite de l'Hiftoire des Mouches à quatre ailes ;
avec un Supplément à celle des Mouches à
deux ailes. De l'Imprimerie Royale 1742 .
in
40 .
CALENDRIER DES JARDINIERS ,
qui enfeigne ce qu'il faut faire dans le Potager
, dans les Pepinieres , dans les Serres &
dans les Jardins de Fleurs , tous les mois de
l'année , traduit de l'Anglois de M. Bradley ,
de la Societé Royale de Londres , & Profefleur
de Botanique dans l'Univerfité de
Cambridge . Plus une Defcription des Serres ;
la maniére de cultiver les Ananas en Hollande
& en Allemagne , avec des Planches ,
& une Inftruction pour conftruire & gouverner
les Serres. Ouvrage utile aux Jardiniers
& à tous ceux qui ont des Jardins Potagers ,
des
P
360 MERCURE DE FRANCE
des Pepiniéres , des Parterres & des Fleurs ,
à Paris , chés Piget , Libraire , Quai des Auguftins
, à S. Jacques , & chés Durand
Libraire , rue S. Jacques , à S. Landry
PRINCIPES GENERAUXx du Droit
Civil & Coûtumier de la Province de Normandie
, contenant les régles génerales &
particuliéres , tirées du Texte de cette Coûtume
& des Reglemens de la Cour , données
en interprétation d'icelle , fuivant leur
ordre naturel , redigées fur trois objets , des
perfonnes , des chofes , & des actions. Il y
eft auffi traité de la Jurifdiction & de la
competence des Juges ordinaires , tant Ec-
.cléfiaftiques que Séculiers ; de la maniére
de proceder à l'inftruction des Procès criminels
des Eccléfiaftiques , dans le cas du délit
privilegié ; de l'ordre judiciaire & de la maniére
de conduire une procedure , pour parvenir
à un Jugement définitif , par M. Charles
Routier , ancien Avocat au Parlement de
Rouen , in-4°. de 632. pages , fans une
Epitre dédicatoire , une courte Préface , &
une Table des matiéres . A Ronen , chés
Pierre le Boucher , Libraire , fous la Galerie
du Palais , 1742. & fe trouve à Paris , au
Palais , chés Jean de Nully , dans la grande
Sale , du côté de la Cour des Aides , à l'Ecu
de France & à la Palme .
LIVRES
FEVRIER.
1743 36€
LIVRES que G. Cavelier, Pere , Libraire
rue S. Jacques , près la Fontaine S. Séverin
a nouvellement reçû des Pays Etrangers.
GRAVESANDE ( Guil. Jac. ) Phyfices
Elementa Mathematica experimentis confirmata
,five introductio in Philofophiam Neu
tonianam , 3. Editio auctior. 2. Vol. 4. fig.
Leida , 1742.
ACTA Phyfico - Medica Academia Nature
Curioforum exhibentia Ephemerides , five obfervationes
à Celeberrimis Germania . 6. Vol.
4° . cum figuris. Norimberga 1727. & 1742-
BIBLIOTHEQUE Germanique , Tomes
48. 49. & 50. faiſant les Années 1740
& 1741. 3. Vol. in- 8 . Amfterdam.
BIBLIOTHEQUE Raifonnée , faifant les fix derniers
Volumes de 1740. deux Parties faid
fant le Tome 25. in- 8 °. Amft.
TABLE Génerale des Matiéres & des Titres
de la Bib. Raifonnée contenus dans les
25. premiers Vol . 8°. Amft. 1741 .
BIBLIOTHEQUE Raifonnée , Tomes , 26. &.
27. complet. Le Tome 28. premiere partie
pour Janvier. 1741. & Mars 1742 .
BIANCHI ( Jo. Bapt. ) de naturali in humano
corpore vitiofa morbofaque generatione Hiftoria,
8 °.cum fig. Aug. Taurinorum. 1745.′
LANCISII ( Jo . ) de motu cordis & Anes
vrysmatibus, 4. cum figuris . Neapoli 1738 .
GUNZII (Juft. ) Obfervationum Chirurgica
362 MERCURE DE FRANCE
)
rum de calculum curandi viis quas Chirurgi
Galli reperierunt . 8 °. Fig. Lipfiæ 1740 .
GERIKE ( Pet. ) fundamentaChymie Rationa
lis , 8 °. Lipfiæ 1740 ,
LE MISANTROPE , contenant differens Difcours
fur les moeurs du Siécle . Nou. Edition
augmentée , 2. Vol.in-12.la Haye 1742
DESCRIPTION du Cap de bonne Eſperance
où l'on trouve tout ce qui concerne l'Hiftoire
naturelle du Pays , la Religion , les
Mours & les Ufages des Hoftentois , &
l'Etabliffement des Hollandois , par Kolet
3. Vol . in- 12 Fig. Amft. 1742.
POFF ( Jo. ) Obfervationum & Animadverfionum
Chymicarum Collectio fecunda ,
in-4°. Berolini 1740 .
APICIUS ( Calius ) de Arte Coquinaria
cum Animadverfionibus Mart. Lyfter &
notis variorum , in- 8 °. Amft. 1709.
fur
l'Origine
MEDITATIONS
des Fontaines , l'eau des Puits & autres
Problêmes qui ont du rapport à ce fujet,
Quvrage qui a remporté le prix au jugement
de l'Académie des Belles - Lettres , Sciences
& Arts de Bordeaux ' , par M. Kutin, Docteur
en Droit , & Profeffeur des Mathématiques
à Dantzic, 1. Vol. in-4°. à Bordeaux , chés
P. Brun 1741. de 248. pages . L'Ouvrage.
eft en Latin , traduit en François , & extrẻ-
mement curieux, OBSER
FEVRIER. 1743. 363
+ OBSERVATIONS fur les Plantes
& leur Analogie avec les Infectes , précedées
de deux Difcours , l'un fur l'accroiflement
du Corps humain , l'autre fur la caufe
pour laquelle les Bêtes nagent naturellement
, & que l'homme eft obligé d'en étu
dier les moyens. 1. Vol. in 8 °. AStrasbourg,
chés Jean Renaud Doulſſeker 1741 ; & à Pa- :
ris , chés la Veuve Ganeau , Libraire , ruë S.
Jacques , aux Armes de Dombes. Des connoiffeurs
affûrent que ces Obfervations font
d'un homme d'efprit , bien inftruir de la
Phylique moderne , & capable de l'enrichir
par les recherches , par fes découvertes , &
par les conjectures.
M. Haurifius , Profeffeur en Hiſtoire de
I'Univerfité d'Heidelberg , s'étant déterminé
à faire imprimer un nouvel Ouvrage en
trois Volumes in- Folio , qui aura pour Titre
: Scriptores Hiftoria Romana Latini ve- '
teres , qui extant omnes , dorine avis au Pu--
blic , que pour rendre cet Ouvrage des
plus parfaits , il y aura , outre des Notes .
Hiftoriques & Géographiques , des Médailles
, des Statues & des Infcriptions gravées
en Cuivre par un habile Maître , au nombre
de mille fept cent foixante , le tout fur du
Papier fin , avec des Caractéres choifis.
Le premier Tome paroîtra à la Foire du 3
Nouvel
344 MERCURE DE FRANCE
Nouvel An de Lipzich , le fecond à la Foire
de Pâques de Francfort , & le troifiéme
à celle de S. Michel de l'année 1743.
ou
Les Amateurs de l'Hiftoire Romaine &
des Antiquités , qui voudront fe pourvoir
d'un Ouvrage auffi confidérable , font priés
d'envoyer leurs Noms à l'Auteur
à M. Jean Cretien Muhl , Marchand , à
Francfort fur le Mein , ou à Paris, chés
Mrs Pefard , Pere & Fils , Marchands , ruë
de la Vieille Monoye , près celle des Lombards
; & de payer 15. Florins , qui font le
prix de chaque Tome , puifqu'il n'y aura
d'Exemplaires imprimés qu'autant qu'il y
aura de perfonnes qui auront foufcrit , auxquelles
feules on fera tenir incontinent des
épreuves qui viennent de fortir de la preffe
& qui répondront de la beauté & de la not :
teté de l'exécution de cet Ouvrage.
3.
PRIX proposé par l'Académie Royale de
Chirurgie , pour l'année 1744.
L
'Académie Royale de Chirurgie propoſe pour
le Prix de l'année 1744. de déterminer ce que
c'eft que les Remedes Emollients , d'expliquer leur maniere
d'agir , de diftinguer leurs différentes efpeces .
de marquer leur ufage dans les Maladies Chirurgicales.
L'Académie defireroit que ceux qui travailleront
fur ce Sujet , s'attachaffent fur tout à ranger par
elaffes les différens genres de Remedes Emollients
fimples
FEVRIER 17437 565
1
fumples & compofés ; à diftinguer , foit par le degré
d'activité , foit par les differentes qualités de ces
Remedes , les diverfes efpeces que chaque genre
peut renfermer ; à prefcrire les préparations , les
formules & l'ufage de ces Remedes dans les mala
dies felon leurs genres , leurs differentes complications,
leurs differens tems , & les differentes parties
Quelles arrivent , à appuyer leur doctrine fur l'expérience
& fur les oblervations des meilleurs Praticiens.
L'Académie qui n'a ẹn vûë que
l'avancement de
la Chirurgie , n'adopte que les connoiffances qui
peuvent conduire fûrement dans la pratique, & elle
rejette toutes opinions , toutes explications purement
ingénieufes , & tous raifonnemens qui ne'
font fondés que fur des conjectures ou fur des vraifemblances.
Cette fauffe théorie eft fouvent tout ce
qu'il y a de nouveau, & ce qui abonde le plus dans
la plupart des Mémoires qu'on envoye à l'Académie
; c'eft ce qui l'a plufieurs fois empêché d'adju
ger le. Prix Si elle l'a accordé à quelques- uns de
ces Ouvrages , où les productions de l'efprit brillent
plus que le fçavoir , c'eft qu'elle n'a pas jugé
à propos de propofer plus de deux fois le même
fujet. Mais elle ne peut pas faire imprimer ces Mémoires
, parce qu'ils n'apprendroient rien aux Maî,
tres de l'Art , & qu'ils feroient dangereux pour les
Eleves.
Le Prix est une Médaille d'or de la valeur de deux
cent livres , qui fera donnée à celui qui , au juge
ment de l'Académie , aura fait le meilleur Ouvrage
fur le Sujet propofé.
L'Auteur du Mémoire qui remportera le Prix,fera
Aggregé à l'Académie , s'il a fatisfait aux condi
tions qu'elle prefcrit.
Ceux qui envoyeront des Mémoires , font priés
H
$66 MERCURE DE FRANCE
de les écrire en Latin ou en François , & d'avoir attention
qu'ils foient fort lifibles."
Ils mettront à leurs Mémoires une marque diftinctive
, comme Sentence , Devife , Paraphe ou
Signature;& cette marque fera couverte d'un papier
collé ou cacheté , qui ne fera levé qu'en cas que la
Piéce ait remporté le Prix .
Ils auront foin d'adreffer leurs Ouvrages francs de
port à M. Quefnay , Sécretaire de l'Académie de
Chirurgie , ou à M. Hevin , Sécretaire pour les
correfpondances , ou ils les leur feront remettre
entre les mains .
Toutes perfonnes de quelque qualité & Pays
qu'elles foient , pourront afpirer au Prix , on n'excepte
que les Membres de l'Académie .
Le Prix fera délivré à l'Auteur même ou au porteur
d'une Procurátion de fa part , l'un ou l'autre
repréfentant la marque diftinctive , & une copie
nette du Mémoire. Les Ouvrages feront reçus jufqu'au
dernier Janvier 1744. inclufivement , & l'A
cadémie à fon Affemblée publique de la même année
, qui fe tiendra le Mardi d'après la Fête de la
Trinité , proclamera la Piéce qui aura remporté le
Prix.
CONFERENCES PUBLIQUES
fur la Tactique .
M
R le Chevalier de Luffan , Ingénieur- Directeur
de l'Ecole Militaire , établie à Paris ,
par permiffion du Roy , fous la protection de
Monfeigneur le Dauphin , a fait le 3. Janvier
quatre heures après midi , à l'Hôtel de Soiffons
l'ouverture de ces Conférences publiques fur la
Tactique , par un Difcours Académique fur la négeffité
de l'expérience dans l'Art de la Guerre . Ce
Difcours
FEVRIER: 1743 367
Difcours fut fuivi d'une Differtation fur les quali
tés & les fonctions d'un Géneral d'Armée , par M.
de Saint Clement , l'un des Officiers du Corps des
Caders Dauphin ; cette premiere Conférence fur
terminée par une replique des Sieurs Paris & Narcife
, dans laquelle on a va combien la connoiffance
des Pays où l'on fait la guerre eft néceffaire à
un Militaire .
Les Conférences fuivantes feront remplies par
Mrs de Charlieu, de Surianne & autres Officiers dy
Corps , & enfuite par les Cadets Dauphin ; chacun
y mettra fous les yeux du Public les Ouvrages qu'il
a faits , foit dans l'Ornement , l'Architecture , ou
dans les Fortifications , pour que l'on puiffe juger
de leur capacité dans cette partie .
L'établiffement de l'Ecole Militaire a deux points
de vue qui font également utiles à l'Etat . Le premier,
de former la jeune Nobleffe à la glorieufe
Profeffion des Armes , en lui traçant les routes &
les fentiers de l'Art de la Guerre , par les leçons de
Tactique qu'elle fera executer aux Cadets Dauphin .
Le fecond , de répandre dans tous les Arts & Métiers
, cet efprit d'ordre & de précifion que donne la
Géometrie , & d'élever le génie des jeunes gens qui
compofent cette Milice , dans les differentes Profeffions
qu'ils pourront embraffer .
Rien ne peut mieux démontrer les avantages de
cet Etabliffement , que les Conférences que l'on
propofe. Celles qui ont été tenues en 1738.fur l'attaque
& la défenfe des Places , en préfence de Mrs les
Maréchaux de France , du Miniftre de la Guerre , &
des Militaires les plus expérimentés , terminées par
le Siége du Fort Dauphin , ont mérité leur approbation
, on ofe encore aujourd'hui efpérer les mêmes
fuffrages , par la maniere avec laquelle les Eleves
traiteront les differentes matieres qui compofent ce
Hij Cours
368 MERCURE DE FRANCE
હૈ
Cours de Tactique, ce qui fe fera dans l'ordre fuivant.
La feconde Conférence commencera par un Difcours
fur les Mathématiques en géneral , prononcé
par M. de la Grange Dautheville , l'un des Offciers
, Eleve de l'Ecole Militaire , qui vient de
fubir fon examen pour entrer dans le Corps des Ingénieurs
il répondra à toutes les queftions qu'on
lui propofera fur ce qui aura rapport à la Profeffion
qu'il embraffe.
Dans la troifiéme , on traiteta des differentes efpeces
de guerre , & de la maniere de les foûtenir ;
des difpofitions & des projets ; enfuite des ordres de
Bataille en géneral , des ordres particuliers , du
Plan de la Bataille , &c.
Dans la quatrième , on établira dix maximes générales
, pour les marches d'une Armée.
Dans la cinquième , on parlera des diverſes manieres
de camper une Armée fuivant les differentes
natures des terrains , des enlevemens de poſtes de
quartiers , de convois , des fourages généraux &
particuliers , &c.
Dans la fixième , on donnera des pratiques fûres
& faciles pour lever promptement toutes fortes de
Camps, pour en faire l'efquiffe, pour être en état de
rendre des comptes exacts & intelligibles aux Généraux
, concernant les ordres dont on fera charge;
& pour faire le Journal d'un Siége & d'une Campagne.
Dans la feptiéme , on traitera des précautions
néceflaires pour maintenir la difcipline Militaire.
Dans la huitiéme , on parlera des Vivres , des
Munitions ,des Contributions , de la maniere de fe les
procurer , &c. On appuyera tout ce qui fera dit
dans chaque Conférence , d'exemples tirés de
l'Histoire ancienne & moderne. Chaque Conférense
fera terminée par uneDiffertation fur les qualités
FEVRIER 1743 389
& les fonctions de tous les Officiers , depuis le Géneral
d'Armée , jufqu'à l'Officier fubalterne .
Comme dans le Corps des Cadets Dauphin , il y
én a plufieurs qui fe deftinent à l'Architecture & à
la Sculpture & qui y ont fait quelques progrès , ils
parleront de l'origine & de l'avantage de ces deux
Arts, qui par leur réunion , nous font voir des Monumens
immortels de la magnificence de nos Rois
& de l'élévation de génie de ces grands Maîtres ,
fur les traces defquels ils s'efforcent de marcher.
On ne voit encore par ce Programme que le
travail du Cabinet ; la jeune Milice deſtinée à réali➡
fer nos opérations , a été dreffée dans le cours de cette
année ; c'eft ce qui nous met en état au Printems
de faire voir à Monſeigneur le Dauphin, pour l'inftruction
duquel nous travaillons particulierement ,
toutes les manoeuvres de guerre, ainfi que l'attaque
& la défenſe d'un Fort , élevé à cet effet dans un
Lieu vafte & commode , qui renfermera une image
vivante de tous les travaux d'un Siége.
On nous prie de propofer à Mrs les Phyficiens les
deux Queſtions fuivantes.
Pourquoi la plupart des Plaques de fonte de nos
cheminées rendent un fon quand elles font échauffées
, comme fi elles éclattoient à diverſes repriſes
& par intervalles très- fouvent égaux ?
On demande encore la raiſon phyfique pourquoi
on obferve régulierement dans nos foyers des Eoli
piles , ou bruits venteux dans les buches confumées
par le milieu & prêtes à fe féparer , & pourquoi l'Eolipile
dure jufques à ce que la bûche foit totalement
divifée par P'action du feu ?
D. L. F. de St Te.
Hüij Es
70 MERCURE DE FRANCE
ESTAMPES NOUVELLE S.
Le Sieur Petit , Graveur , rue S. Jacques , à la
Couronne d'Epines près les Mathurins , qui conti.
nuë de graver la Suite des Portraits des Hommes
Illuftres du feu fieur Defrochers , Graveur du Roy,
vient de mettre en vente les deux fuivans .
MARIE THERESE , REINE DE HONGRIE , née
1e
13. Mai 1717. & peinte à Vienne en 1742. par
Martin de Meytens. C'eft un grand Bufte jufqu'à la
ceinture , renfermé dans une ovale de 14. pouces
de haut , fur 9. de large. Ce Portrait est très-reffemblant
& richement orné. C'eſt le mêine habit
du Couronnement de la Reine.
Ce Graveur a mis aufli en vente deux au
fres Portraits moins grands , dont l'un repréfente
RENE DE VOYER DE PAULMY , COMTE D'ARGENSON
, Ambaffadeur de France à Venife , Pere
de feu M. d'Argenfon , Garde des Sceaux , & Ayeul
de M. le Comte d'Argenfon, Miniftre & Secretaire
d'Etat . Et l'autre repréfente FRANÇOIS -MARIE ,
DUC DE BROGLIE , Maréchal de France , Cheva♣
fier des Ordres du Roy , Gouverneur de Bergues. ,
La fuite des Portraits des Rois & des Reines de
France , des Grands Hommes & des Perfonnes il-
Juftres dans les Arts & dans les Sciences , continue
de paroître avec fuccès chés Odieuvre , Marchand
d'Estampes , rue d'Anjou ; il vient de mettre en
yente ceux de
JEAN I. L. Roy de France , mort à Londres le
8. Avril 1363 , après 13. ans , 7. mois de Regne ,
deffiné par A. Boizot , & gravé par Pinffio.
CHARLES V. DIT LB SAGE , LI Roy de France,
mort au Château de Beauté , fur Marne , le 16.
Septembre 1380. après 16. ans de Regne , deffiné
& gravé par les mêmes. CATHEFEVRIER
17433 970
CATHERINE DE MEDICIS , Reine de France ;
morte à Blois le 5. Janvier 1579. âgée de 70. ans,
gravée par Thomas de Leu.
FRANÇOIS LE FORT , Géneral , Amiral & Premier
Miniftre de Pierre I. Empereur des Ruffies, né
à Genève le 2. Janvier 1656. mort à Moscou le 12.
Mars 1699. definé par Pierre Sckenk , & grayé par
D. Sornique
RENE' BOUBIER, Ecuyer, Sieur de la Jouffeliniere ,
né à Alençon l'an 1634. mort à Mante le 16, No.
vembre 1723. âgé d'environ 90. ans , deffiné &
gravé par S. Thomaffin.
Le fieur le Rouge, Ingénieur- Géographe du Roy,
rue des Auguftins , vis- à - vis le Panier feuri , vient
de publier le Plan d'EGRA & des Environs , où l'on
trouve toutes les Attaques faites fous le commandement
de M. le Comte de Saxe en 1742. Ce Plan
eft fort bien gravé & paroît d'une grande exactitude.

Le feur le Maire , Maître de Mufique à Paris ,
vient de donner au Public les nouvelles Cantatilles
annoncées dans le Mercure de Décembre dernier
intitulées , le Jour , la Nuit , la Voix de Climene
Orphée,Mercure Pan; elles font pour les Deffus ,,
avec Symphonie. Prix 24. fols pièces , gravées .
Il a mis auffi en vente les nouvelles Fanfares de
Concerts de Chambre en Trio , pour les Violons
Flûtes , Hautbois , Mufettes , Vielles , Baffons ,
Violoncelles , Timballes & Trompettes , Parties
féparées, 2. livres 8. fols . On trouve ces Ouvrages
à Paris , chés le fieur le Maire , au bas du Pont
S. Michel, chés M. Chauvin, Chirurgien ; au Mont
Parnaffe , chés Ballard , fils ; chés Mad. Boivin ,
rue S. Honoré , à la Regle d'or ; chés le fieur le
Clerc , rue du Roule , à la Croix d'or ; & à Lyon ,
chés le fieur de Bretonne .
H iiij M
71 MERCURE DE FRANCE
M. Chycoineau , Confeiller d'Etat , Premier Médecin
du Roy , ayant vû la guérison d'un grand
Prélat , des Rougeurs , Dattres & Boutons qu'il
avoit fur le vifage depuis plus de huit ans , lequel
a fait à la Dame de Leftrade une penfion fa vie du
tant , & ayant apris d'ailleurs la guerilon de plufieurs
autres Perfonnes confidérables , & qu'elle
traitoit ces Maladies depuis plus de 40. ans avec
fuccès & aplaudiffement , a bien voulu donner fon
Approbation pour débiter fes Remedes,pour l'utilité
& le foulagement du Public ; fçavoir , une Eau
qui guérit les Dartres vives & farineufes , Boutons,
Rougeurs , Taches de roufleur & autres Maladies
de la Peau ; & un Baume blanc , en confiftance de
Pomade , qui ôte les cayités & les rougeurs après
la petite vérole ; les taches jaunes & le hale , unit &
blanchit le teint . Ces Remedes fe gardent tant que
l'on veut , & peuvent fe tranfporter partout.
Les Bouteilles de cette Eau font de 2. 3. 4. & 6. livres
& au- deffus, felon la grandeur . Les Pots de
Baume blanc font de 3. livres 10. fols , & les demi
Pots d'une livre 15. fols.
Mad. de Leftrade , demeure à Paris , ruë de la
Comédie Françoife , chés un Grainetier , au premier
Etage. Il y a une Affiche au - deffus de la porte.
>
Le fieur Santinelly , Médecin originaire d'Italie ,
& fort connu pour être le feul Auteur de la Poudre
univerfelle appellée communément Poudre de
Santinelly , étant décedé à Aix en Provence , chés le
fieur Oulier , auquel feul ce grand Médecin a laiſſé
en mourant le depôt de fes principaux Secrets ,
même celui de cette Poudre ; long- tems avant fa
mort , Son Alteffe Séreniffime Madame la Princeffe
de Conty, ayant appris que differens Particu
liers s'ingeroient de contrefaire cette Poudre , de
&
la
FEVRIER 1743 373
la faire débiter dans Paris & dans le refte du Royaume
, cette Princeffe a bien voulu , pour remedier à
cet incovénient , faire venir à Paris le fieur Oulier
pour compofer la Poudre en fa préfence , en celle
de M.Chicoyneau, Premier Médecin du Roy , & de
M. de la Peronnie , Premier Chirurgien de S. M. à
quoi le fieur Oulier a travaillé , à leur entiere fatiffaction
, ainsi qu'il paroît par le Privilege qui lui a
été accordé de fabriquer & de vendre cette Poudre
partout où il voudra , le 18. Decembre 1740. Cette
Poudre eft un des plus puiffants Remedes qui ait encore
parû pour la purification du fang , & le plus
doux Purgatif. Dans les Maladies chroniques & inveterées
, opiniâtres & même héreditaires , elle guérit
lentement , mais sûrement , pourvû qu'on en ufe
conftamment.
Le prix de chaque Prife, compofée de deux drag
mes ou deux gros , eft fixée à 20. fols. Chaque Prife
fera cachetée ; on en fait des Paquets de trois Prifes,
qui eft la purgation ordinaire , fefquels feront accompagnés
d'une inftruction contenant les vertus
de cette Poudre , & la maniere de la prendre .
Elle fe vend à Paris, à l'Hôtel de Conty, rue S.Dominique
; chés M. Martin , Marchand Epicier , à
l'Hôtel de Soiffons ; chés M. Caftan , ruë de Bourbon
, à la Ville Neuve, chés un Marchand de Tabac;
& à Versailles ,chés M. Duflaut , ruë de l'Orangerie ,
chés M. Bonnefoy.
La Dlle Burgues, de Montpellier, Privilegiée pour
la compofition, vente & diftribution du Syrop d'Ab
finthe Stomachal, dont le fecret étoit dans fa famille
depuis 400.ans, étant décedée le 11.Avril 1741.a fait
don du Secret pour la compofition de ce Syrop aux
Diles Barucq, Soeurs, par Acte reçû par M. Peridier,
Notaire à Montpellier , le 27. Mars 1741 , en vertu
H v duquel
374 MERCURE DE FRANCE
duquel , & après l'examen & experiences faites de
ce Syrop par Mrs les Commiffaires , elles ont obe
tenu de la Commiffion , en leurs noms & celui du
fieur Caftan , leur Affocié , la permiffion de compofer,
vendre & diftribuer ce Syrop d'Abfinthe Stomachal,
tant dans Paris que dans les autres Villes du
Royaume , le 26. Septembre 1742.
:
Ce Syrop eft reconnu depuis très- long- tems , &
notamment par Mrs de la Faculté de Médecine de
Montpellier , qui en ont délivré leur Certificat authentique
le 16. Avril 1734. pour être efficace pour
fortifier l'eftomach,pour donner de l'appétit & aider
à la digeftion ; il eft auffi très- propre à remedier aux
aigreurs de cette partie , aux indigestions & aux
vomiffemens même de fang ; il diffipe les vents &
les mauvaiſes humeurs qu'il fait évacuer , fortifie
les inteftins & arrête tous les dévoyemens ; on s'en
fert avec un fuccès certain contre les Vers , la Putréfaction
& dans les Fiévres, ainfi que pour la Colique
, la Jauniffe & la Diffenterie , comme il paroît
auffi par l'énoncé du Privilege , tranfcrit tout as
long à la fuite de l'Inftruction qui indique la mamiere
de faire ufage de ce Syrop , laquelle fera -
gnée par les lles Barucq ou par le fieur Caftan ,
leur Affocié. On en peut faire provifion , le porter
parMer & partout, car il conferve toute fa vertu trèslong-
tems. Le prix des Bouteilles eft de 24. livres
& de 12. livres.
Il fe vend à Paris , chés M. Droüet , Marchand
Epicier, rue Dauphine , au Magafin de Montpellier;
chés M. Caftan , ruë de Bourbon, à la Ville-Neuve,
chés un Marchand de Tabac ; à Verſailles , chés
M. Duflaut ; & à Montpellier , chés les Dlles Ba
rucq , & chés M. Blanchet , ruë de l'Eguillerie.
La veuve Bailly renouvelle au Public fes affuzances
THE NEW YORK
PUBLIC LIBRARY.
ASTOR, LENOX AND
BADEN FOUNDATIONS..
THENE
PUBL
ASTUR
, LENO
TILDEN . HOU
ACSPR
FEVRIER : 1743 375
ཝཱས ཝཱ.'ཝཱཏི 'ཝཱ
es , qu'elle n'a point quitté fon Commerce , &
que les véritables Savonettes de pure crême de Sadont
elle feule a le fecret , ſe diſtribuënt toujours
chés elle , rue du petit Lion , à l'Image Saint
Nícolas , proche la rue Françoife , Quartier de la
Comédie Italienne.
von ,
AIR.
A Mad. de la V. des Sables d'Olonne
Q
Ue d'efprit , que d'attraits !
Que Cloris eft aimable !
Chers amis , avec nous Vénus eft - elle à table
Je me trompe ; Vénus ne l'égala jamais .
Amans , Bûveurs , chantons fa gloire
L'Amour s'enyvreroit pour boire à ſa ſanté ,
Et puifant dans les yeux un Nectar enchanté ¿
Bacchus même oubliroit à boire.
LE
Par M. Desforges Maillard.
ttttttttttt
SPECTACLES.
E premier de ce mois, le Lieutenant Géneral
de Police fit l'ouverture de la
ire S. Germain , avec les Cérémonies ac-
H vj
coûtumées ,
}
376 MERCURE DE FRANCE
coûtumées ; ce Magiftrat avoit déja rendu
fon Ordonnance le 7. Janvier précédent ,
Concernant ce qui doit être obfervé par les
Marchands qui y font établis , & qui renouvelle
la défenfe des Jeux de hazard & c.
Le même jour , l'Opera Comique , fit
auffi l'ouverture de fon Théatre par trois
differentes Piéces d'un Acte chacune, ornées
d'Intermedes , compofés de Chants & de
Danfes la premiere , intitulée l'Art & la
Nature ; la feconde , l'Amour Payfan , &
la troifiéme la Repetition interrompuë , trèsbien
repréfentées . Le fieur Michel , & la
Dlle fa foeur , jeunes Danfeurs qui ont paru
à la Cour , au mois de Novembre dernier,
& qui y ont été fort goûtés , exécuterent
à la fin de ces trois Pièces , un Pas de deux
dans le goût Suiffe , qui a été fort géneralement
applaudi.
Le 20. on donna une Piéce nouvelle qui
a pour Titre le Vaudeville , composée de
Chants & de Danfes , dont l'exécution a
fait beaucoup de plaifir ; les enfans du fieur
Michel , dont on vient de parler , s'y font
diftingués par differentes Pantomimes , qu'ils
ont danfe fort au gré du Public .
Le 23. ils donnerent la premiere repréſentation
d'un nouveau Prologue, intitulé les
Boufons , lequel fut fuivi du Bal Bourgeois ,
& de la petite Piéce du Kandeville dont on
vient
FEVRIER 17437 377
vient de parler , avec des divertiſſemens &
differentes Pantomimes , exécutées par les
jeunes Danfeurs avec applaudiffement.
Le 12. Fevrier , l'Académie Royale de
Mufique , donna un nouveau Ballet Comique
en trois Actes , intitulé Don- Guichote
chés la Ducheffe , de la compofition de M.
Favart , & fon premier Ouvrage pour l'Operaj
il a été mis en Mufique par M. Boismortier:
on parlera plus au long de cette nouveauté.
Cette Piéce fut fuivie des Amours de Ragonde
, autre Ballet Comique en trois Actes,
lequel avoit été repréfenté pour la premiere
fois fur le même Théatre , le 30. Janvier de
l'année derniere ; on peut voir l'Extrait qui
en a été donné dans le Mercure de Fevrier
1742. page 360. Ces deux Ballets Comiques
ont été donnés les trois derniers jours , pour
la clôture du Carnaval.
Le 4. Fevrier , les Comédiens François
donnerent une Comédie nouvelle en Vers
& en cinq Actes , intitulée les Trois Rivaux
, dont on pourra parler plus au long.
Le 20. les mêmes Comédiens donnerent
la premiere repréſentation d'une Tragédie
nouvelle, intitulée Mérope , de la compofition
de M. de Voltaire . Elle a été reçue du Public ,
&
378 MERCURE DE FRANCE
& par une très nombreuſe & très illuftre
Affemblée , non feulement avec un aplau
diffement général , mais même avec tranfport
: on ne fçauroit guere appeller autrement
les démonftrations fans bornes que
chaque Spectateur a données de fa fatisfaction.
Le cas que le Public fait de ce Poëme , nous
engagera d'en parler plus au long & d'en
donner l'Analyfe , avec les Eloges & les
obfervations critiques qui pourront venir à
notre connoiffance.
Le 5. les Comédiens Italiens , donnerent
une petite Piéce nouvelle en Profe , & en
un Acte , qui a pour Titre le Silphe. Ce
nouvel Ouvrage qui eft de la compofition
de l'Auteur de la petite Piéce de l'Oracle ;
jouée au Théatre François au mois de Mars
1740. a été reçû avec un aplaudiffement
géneral. On en parlera plus au long.
Le 18. les mêmes Comédiens remirent au
Théatre , l'Apologie du Siècle, òu Momus Corrigé
, Comédie de M. de Boiffy , repréfentée
dans fa nouveauté au mois d'Avril 1734-
que le Public a revû avec beaucoup de plaifir.
On peut voir l'Extrait qui en a été donné
dans le Mercure de Mai de la même and
né e, page 960.
NOU
FEVRIER 1743. 379
******************
F
NOUVELLES ETRANGERES .
O
TURQUIE.
Na appris de Conftantinople du 22. du mois
de Decembre dernier , que Said- Méhemet-
Pacha , Begler Beg de Romelie , & ci devant Ambaffadeur
Extraordinaire auprès de S. M. T. C. a
obtenu la Charge de Nifchangi ou de Garde des
Sceaux ; que Sa Hauteffe lui témoigne beaucoup
d'affection & de confiance , & qu'on ne doute pas
qu'il n'ait dans la fuite une grande part au Gouvernement.
RUSSIE.
One ,que igné la Ratification
N mande de Pétersbourg du 8. du mois derdu
Traité de l'Alliance défenfive , conclu entre la
Cour de Ruffie & celle d'Angleterte . Le principal
objet de ce Traité eft de maintenir la paix dans le
Nord , & de s'oppofer aux Puiffances qui voudroient
entreprendre de la troubler . Pour cet effet
S. M. Cz. & le Roy de la Grande- Bretagne , fe garantiffent
réciproquement la poffeffion des Etats
dont ils jouiffent en Europe , & les deux Puiſſances
s'engagent à fe fournir des fecours , en cas que
l'ane des deux foit attaquée.
La Czarine a ordonné que le Prince & la Princeffe
de Bevern , lefquels étoient détenus dans la Citadelle
de Riga depuis fon avenement au Trône, fuf
fent remis en liberté .
Les troupes qui doivent s'affembler ſous Aftra
san , marchent avec toute la diligence poffible,
Рок
388 MERCURE DE FRANCE

pour
fe rendre dans les environs de cette Place , &
elles doivent être renforcées par plufieurs Régimens.
On a appris depuis que l'Ambaffadeur qui réfdoit
à Pétersbourg , avoit tenté , en retournant en
Perfe , de faire furprendre la Fortereffe de Kiflar
par les gens de fa fuite , mais qu'il n'avoit pû y
réüffir.
S. M. Cz. ayant été inftruite par M. Leftock de
l'état dans lequel le chagrin & l'ennui ont réduit
les Comtes Biron & le Géneral Biſmarck , elle leur
a fait écrire qu'ils ne devoient point ſe laiffer abbattre
, que les adouciffeinens qu'ils avoient éprouvés
dans leur détention , pouvoient leur faire efperer
des changemens encore plus favorables , &
qu'il ne falloit point qu'ils déſeſperaffent d'obtenir
leur liberté , s'il s'en rendoient dignes par leur
bonne conduite. Elle leur a envoyé en même tems
à chacun une nouvelle gratification .
Le bruit court que la Czarine a jugé à propos de
tetenir encore pendant quelque tems à Riga la Princeffe
de Bevern , ci - devant Régente de Ruffie , &
les enfans de cette Princeffe , & que S. M. Cz. n'a
accordé qu'au Prince de Bevern la permiffion de fe
rendre en Allemagne.
ALLEMAGNE .
ON a apprisde Vienne du 16. (du mois der- nier , que le 2 il y eut un magnifique Ca
rouzel , dans lequel les prix furent difputés par des
Dames, C'eft le premier exemple que l'Europe ait
fourni d'un fpectacle de ce genre . La Reine &
quinze autres Dames , toutes vétuës en Amazones,
entrerent en lice ; huit d'entre elles étoient à cheval
& les huit autres dans des Caleches , & elles étoient
divifées en quatre Quadrilles . Les Juges du Caronze!
furent
FEVRIER
1743 381
furent le Comte de Sintzendorf, Grand - Maître de la
Maifon de la Reine ; le Prince de Lamberg, Grand
Ecuyer de l'Impératrice Doüairere; le Comte d'Uhlefeldt
, Grand Chancelier ; le Comte de Herberftein
, Grand Maréchal de la Cour , & le Comte
Sereni. La Reine remporta le prix de la Lance ; la
Comteffe de Wurmbrand, celui du piſtolet;la Comteffe
de Proskaw , celui du dard , & la Demoifelle
de Hager , celui de l'épée .
4 Les Commiffaires établis pour examiner la conduite
de quelques habitans de Prague , qui font accafés
d'avoir favorifé le parti de l'Empereur , auront
pour Préfident le Comte de Schaffgotfch ,
Burgrave de cette Capitale de la Boheme , & le
Comte de Kollowrath , un de ces Commiffaires ,
partit le onze pour ſe rendre à Prague.
On mande de Hambourg du 28. du mois dernier,
que fuivant les avis reçus de Boheme , le Prince
de Lobckowitz s'eft mis en marche par ordre
de la Reine de Hongrie avec les troupes qu'il
commande , pour s'approcher des frontiéres du
Haut - Palatinat , & que plufieurs des Régimens de
fon armée devoient aller joindre celle à la tête de
laquelle eft le Comte de Kevenhuller .
On a appris d'Amberg , que les troupes que le
Maréchal de Belle -Ifle avoit laiffées en garniſon
dans Prague , & qui en font forties par capitulation ,
étoient arrivées dans le Haut- Palatinat , & que
moyennant les précautions prifes par le Maréchal
de Belle- Ifle , pour empêcher qu'en fortant d'Egra,
elles ne fuffent inquietées par les ennemis , le Corps
de 8000 , hommes que le Prince de Lobckowicz
avoit détaché , avec ordre de tâcher de leur couper
le chemin , lorfqu'elles partiroient de cette dernie
re Place , n'avoit ofé les attaquer.
Les mêmes avis portent que l'armée commandéc
482 MERCURE DE FRANCE
dée par le Maréchal de Belle-Ifle fe difpofoit à re
tourner en France , & que le Maréchal de Belle
Ifle devoit aller faire un voyage à Francfort.
On a appris en même-tems que le Maréchal de
Broglie avoit fait marcher vers la Frontiére du
Royaume de Boheme 6000. hommes de troupes
qui étoient cantonnées le long du Danube entre
Straubingen & Ratisbonne, pour obferver les mou
vemens des troupes du Prince de Lobckowitz , &
pour couvrir la marche de celles que commande le
Maréchal de Belle - Ifle. Le premier de ces Géne,
raux a fait fortifier les poftes de Donauftoff , dé
Werth , de Mozing & de Praitfeld , & les François
'ont établi des Magazins confiderables en plufieurs
endroits , particulierement à Stat- Am- Hoff.
On mande de Munich , que le Comte d'Arco ,
Grand- Maître de la Maifon de l'Empereur : le
Comte de Tettenbach , Grand - Maréchal de la Cour
de S. M. I. & le Comte Spretti , Grand Maître
des Cuiſines , y étoient arrivés de Francfort .
On apprend de Prague qu'il y étoit arrivé plu
fieurs Régimens , pour remplacer ceux de la garnifon
qui ont du aller renforcer l'armée commandée
par le Prince de Lobckowitz ; que les Commiffaires
établis par la Reine de Hongrie , pour inftruire
le procès des perfonnes accufées d'avoir favorifé le
parti de l'Empereur , avoient déja fait arrêter pluheurs
habitans , & que le Comte de Collowrath ,
qui préfide à la Commiffion , avoit envoyé à dixbuit
perfonnes du Clergé & de la Nobleffe une
Lettre circulaire , laquelle portoit que la Reine de
Hongrie l'ayant informé de fes intentions à leur
fujet , il leur faifoit fçavoir que la volonté de S. M:
H. étoit qu'elles fe retiraffent inceffamment dans
leurs Terres , & qu'elles y attendiffent fes ordres.
On mande de Ratisbonne du 7 , de ce mois ,
que
FEVRIER. 1743. 383
que l'armée Françoiſe qui étoit dans le Haut Palatinat
fous les ordres du Maréchal de Belle- Ifle , &
qui commença le 10. du mois dernier à ſe mettre
en mouvement , pour aller repaffer le Rhin à Spire
& à Manheim , marche fur douze Colonnes compofées
, la premiere , d'une partie des Dragons ; la
feconde , du Régiment Royal Artillerie , avec les
Mineurs & les Charpentiers ; la troifiéme , d'une
partie du Régiment Meſtre de Camp Géneral de la
Cavalerie , & du Régiment Royal Allemand ; la
quatrième , du Régiment Colonel Géneral de la
Cavalerie , & des Carabiniers ; la cinquième , du
Régiment de Cavalerie d'Orleans , & de ceux de
Huffards de Defoffy & de Berchini ; la fixième du
Régiment du Roy , Cavalerie ; la feptiéme du Régiment
de Piémont ; la huitiéme du Régiment
d'Auvergne , qui eſcortoit l'Etat Major de l'armée ;
la neuvième du Régiment de Navarre ; la dixiéme
du Régiment du Roy , Infanterie , & les deux dernieres
, du refte des Dragons & de la Brigade de la
Marine.
Les fix premiéres Colonnes font parties le 21. le
Te 25 . & Te le 27. le 29. du mois dernier ,
& trois autres le 2. le & le 6. de ce mois. 23 .
4.
31.
Le 2. un Corps de troupes de l'armée Autrichienne
, que commande le Prince de Lobckowitz , paffa
le Naab.
Il y eut le 4. à Falckenftein un combat Fort vif
entre un Détachement de so. hommes des troupes
Françoifes & 200. Huffards de celles de la Reine
de Hongrie , lefquels , malgré la fuperiorité du
nombre , furent obligés de fe retirer , après avoir
perdu un grand nombie des leurs .
Les . un autre Détachement de l'armée de S. M.
T. C. forti de Deckendorf , mit en fuite un Corps
de Huffards , en tua ou bleſſa plufieurs , fit quaran
te prifonniers , & enleva cinquante chevaux .
384 MERCURE DE FRANCE
O
PRUSSE.
N mande de Berlin du 19. du mois dérnier ;
que le Traité conclu entre le Roy de Pruffe
& S. M. Br. porte qu'il y aura à perpétuité une Alliance
Défenfive , une union étroite , & une amitié
ferme & inalterable entre les deux Puiflances , &
qu'elles veilleront conftamment & de concert au
maintien de la tranquillité & de la fûreté commune,
en fe procurant fidelement & réciproquement tous
les fecours dont elles auront befoin , & en employant
les moyens les plus juftes , les plus
convenables & les plus efficaces , pour empêcher
que la Religion Proteftante ne foit expofée à
aucun danger dans les Etats & Pays auxquels les
deux Puiffances en ont garanti la confervation ; que
le véritable but de l'Alliance de la Pruffe & de l'Angleterre
étant de pourvoir à leur défenfe mutuelle.
conformément aux Traités antérieurs qui ſubſiſtent
entre les deux Couronnes , le Roy & S. M. Br. font
convenus que tous ces Traités , par rapport à ce qui
peut regarder conjointement ou féparément les
intérêts des deux Puiffances , & pourvû qu'elles n'y
ayent pas dérogé , demeureront dans toute leur
force , de même que s'ils étoient infetés dans celuiçi
; que de plus le Roy de la Grande Bretagne par
le préfent Traité garantit au Roy , en la meilleure
forme que faire le peut , la poffeffion de tous fes
Etats , & en particulier de la Silefie , en confirmant
de nouveau & très expreflément l'Acte figné
le 24. Juin de l'année derniére , par lequel S. M.
Br . s'eft conftituée garante de l'exacte & conftante
obfervation des Articles Préliminaires de paix réglés
entre S. M. & la Reine de Hongrie , le Roy de la
Grande Bretagne garantiflant auffi tous les arti
les contenus dans le dernier Traité , que cette
Prin
FEVRIER 1743 385
Princeffe a conclu avec le Roy ; que S. M. garantic
réciproquement au Roy de la Grande Bretagne , en
la meilleure forme que faire fe peut , tous fes
Royaumes & Etats fitués en Europe ; qu'en conféquence
de cette garantie refpective , fi l'une des
deux Puillances venoit être attaquée , l'autre
Puiffance employeroit fans délai fes bons offices
auprès de l'aggreffeur , pour l'engager à ceffer fes
hoftilités , & à accorder à la Partie lézée les fatisfactions
convenables , & que fi dans l'intervalle de
deux mois ces bons offices ne produifoient pas l'effet
défiré , la Puiffance attaquée auroit droit d'exiger
de fon Alliée un Corps de troupes auxiliaires
de 8000. hommes d'Infanterie & de 2000 de Cavalerie
, que celle- ci entretiendroit à fes dépens ;
que fi la Partie lézée préfere un fecours de Vaiffeaux
ou d'argent à des troupes de terre , elle en
aura le choix qu'afin de prévenir toute conteftation
fur la proportion à garder en ce cas , il a été
ftipulé qu'on payeroit 10000. florins par mois pour
mille hommes , d'Infanterie , & 30000. florins pat
mois pour 1000. hommes de Cavalerie , & qu'on
travaillergit inceffamment à évaluer les fecours de
Mer felon une jufte proportion ; que dans les occafions
où ces fecours ne feroient pas fuffifans , les
deux Puiffances déclareront conjointement la guer
`re à l'aggreffeur , & que s'il eft néceflaire , elles
s'affifteront mutuellement de toutes leurs forces
qu'elles inviteront à acceder à ce Traité , les Puiffances
dont elles conviendront , & qu'en attendant
, elles font d'accord dès à préſent d'y inviter
les Etats Géneraux des Provinces Unies
que ce Traité fera ratifié par le Roy & par S. M.
Br. & qu'un mois au plus tard après le jour de la
fignature , les Ratifications fignées par les deux
Puillances feront échangées . Ce Traité a été figné
386 MERCURE DE FRANCE
à Londres le 18. Novembre dernier , au nom
Roy , par M. Jean-Henri Andries , fon Miniftre
Plénipotentiaire auprès du Roy de la Grande Bretagne
, & au nom de S. M. Br. par le Lord Hardwick
, Grand - Chancelier d'Angleterre , par le
Comte de Wilmington , Premier Commiffaire de
la Trésorerie , par le Duc de Newcaſtle , & par le
Lord Carteret , Sécretaires d'Etat , que S. M. Br.
avoit munis de pleins pouvoirs pour cet effet.
O
ESPAGNE.
Na apris de Madrid du 22. du mois dernier,
que le 11. le Duc de Berwick y arriva de
Chamberry , d'où il avoit été dépêché au Roy par
'Infant Don Philippe , pour informer S. M. du
détail de ce qui s'eft paffé en Savoye , depuis que
les Espagnols y font rentrés , jufqu'à ce que le Roy
de Sardaigne ait pris le parti d'abandonner le camp
de Montmelian .
Quelques jours après l'arrivée de ce Duc , le Roy
a été informé , que les Espagnols ayant fuivi le
Roy de Sardaigne dans fa retraite , & s'étant emparés
de plufieurs poftes où ils avoient trouvé des
magafins confidérables , le Roy de Sardaigne s'étoit
déterminé à évacuer la Savoye & que le s . une
partie des troupes Piémontoiles avoiť déja repaſſé
les Alpes .
Les mêmes avis ajoutent que la feconde Colonne
de l'armée du Roy de Sardaigne s'étant retranchée
dans un des Débiles du Mont Cenis , elle
y avoit été attaquée par les Eſpagnols ; que
l'action avoit été fort vive , & que les ennemis s'étoient
défendus avec beaucoup de valeur , mais que
s'étant apperçus des mouvemens d'un Corps de
troupes que le Marquis de la Mina fit avancer pour
La
FEVRIER . 1743 .
387
#
L
de rendre maître des hauteurs qui commandoient
leur camp , ils étoient décampés la nuit fuivante ,
fe retirer de l'autre côté des montagnes.
pour
La Frégate le Mars Bifcayen , commandée par
Don Juan de Zubaran , a fait depuis peu fur les
Anglois cinq prifes , lefquelles font eftimées 70009.
Piaftres.
Le 14. du mois dernier , l'Armateur Don Laurent
Bermer rentra dans le Port de S. Sebaſtien
avec deux Vaiffeaux de la même Nation , chargés
de 600. Barriques de Tabac de Virginie .
Don Pedre Ignace de Goycoechea a conduit au
même Port le Brigantin la Providence , qui retournoit
de Lisbonne en Angleterre , & à bord duquel
il y avoit une grande quantité de Cacao.

Un autre Brigantin Anglois , du Fort de 170.
tonneaux , a été pris par la Frégate la Sainte The
refe , en revenant de la Caroline , & Don Joſeph
de Larrea , Commandant la Frégate l'Esperance , a
enlevé vers le 46. dégré de Latitude Septentrionale
le Vaiffeau Anne Marie , dont la charge confiftoit
en vin , en fel & en fucre.
/ L'Intendant de Marine du Ferol a mandé an
Roy , que le s . du mois dernier , l'Armateur Lucas
Conftantin éroit entré dans le Port de Vigo avec
la Balandre Angloife la Bonite , qu'il a prife pat
abordage fur la Côte du Royaume de Portugal ; &
que les Vaiffeaux la Marguerite & le S. Jofeph , de
la même Nation , avoient été conduits , le premier
Vivero & le fecond à Vigo par les Armateurs
Don Jofeph del Cottarro & Mathieu Pereira , &
qu'il y avoit 400. facs de bled fur le dernier de ces
deux Bâtimens .
+
On a apris par des dépêches de l'Intendant de
Bilbao , que Don Juan Florent de Miranda , Com
mandant une Galiotte , avoit enlevé vers le so .
dégré
388 MERCURE DE FRANCE
dégré de Latitude le Vaiffeau le Samuel- Catherine ,
de 100. tonneaux , chargé de riz & d'eau
du port
de vie .
GENES ET ISLE DE CORSE.
N mande de Gênes , du 30. du mois dernier,
que l'Equipage d'un Vaiffeau , revenu depuis
peu de la Baftie , a rapporté que les Mécontens de
I'Ife de Corfe avoient tenu à Orezza & à Caccio
deux affemblées génerales , dans la derniere defquelles
ils avoient réfolu de périr plûtôt les armes
à la main , que de fe foumettre à la Taxe établie
par le nouveau Reglement , & qu'ayant fçû qu'ily
avoit à Campoloro un Détachement des troupes
la République , qui y exigeoit le payement de cette
Taxe , ils avoient marché pour attaquer ce Déta
chement , qu'ils avoient obligé de fe retirer avec
précipitation. On prétend qu'ils ont reçu une gran
de quantité d'armes & de munitions par une Felouque
qui a abordé à Alerio .
de
Selon les nouvelles qu'on a reçues de Lombardie
, un Détachement des troupes qui font fous les
ordres du Comte de Gage , a furpris un parti de
Huffards Autrichiens , lefquels ont tous été faits
prifonniers.
La Cavalerie de l'armée de la Reine de Hongrie
a beaucoup rallenti fes courfes , depuis qu'elle a
été affoiblie par le départ des Croates , qui ont voulu
abfolument retourner dans leur Patrie , quelefforts
le Comte de Traun ait faits pour ques que
les retenir , & qui en traverfant le Mantouan
ont commis de très- grands défordres.
> ร
On a appris de Gênes du 6. de ce mois , qu'un
Vaifleau arrivé depuis peu à Livourne , y avat
conduit le Baron de Neuhoff , connu ci- devant
fous
FEVRIER. 1743. 389
fous le nom du Roy Théodore , lequel y avoit été
joint par plufieurs Chets des Rebelles de Corfe
entre autres , par le Prevôt de Ziccaro .
Le Baron de Neuhoff , après avoir eu avec eux
diverfes conférences , a écrit à un grand nombre
de fes adhérens , & deux Frégates Angloiles ont
fait voile de Livourne pour l'Ile de Corſe , afin d'y
porter des armes & des munitions de guerre .
Le Gouvernement craignant que les Anglois ne
veuillent profiter de la conjoncture préſente , pour
s'emparer de cette lfe , il fe tint le 3. de ce mois
Sun Confeil extraordinaire , dans lequel on délibera
furles moyens de la conferver à la République
Il fait à Genes un froid auffi rigoureux qu'en
$799..
GRANDE - BRETAGNE.
N apprend de Londres du 14. de ce mois
qu'un courier arrivé de la Haye le 5. a été
dépêché au Roy par M. Trevor , fon Envoyé Extraordinaire
auprès des Etats Géneraux des Provinces
Unies, pour informer S. M. que le 2. les Etats
de la Province de Hollande avoient donné leur
confentement , pour que les Etats Géneraux four◄
miffent zoooo. hommes à la Reine de Hongrie.
HOLLANDE ET PAYS - BAS.
Na appris de Bruxelles du 16. de ce mois
qu'il y arriva de Vienne le 9. un courier par
lequel le Comte de Harrach fut informé que la
Reine de Hongrie , ayant égard aux inftances qu'il
fait depuis long -tems pour obtenir la permiffion de
fe démettre du Commandement des Pays Bas , S.
M. H. avoit donné ce Commandement au Comte
1
390 MERCURE DE FRANCE
de Konigleg-Erps , un de fes Confeillers Intime
d'Etat.
MORT'S DES PATS ÉTRANGERS.
L
A Reine Douairiere de Dannemarck , qui depuis
plufieurs années avoit établi ſa réfidence
a Nanders dans le Jutland , y mourut le 7. Janvier
âgée de 49. ans , 6. mois & 22. jours , étant née le
16. Avril 1693. Elle fe nommoit Anne Sophie , &
étoit fille de Conrad Comte de Reventlau , Grand
Chancelier du Royaume de Dannemarck ; le Roy
Frederic IV. l'avoit épousée le 16. Avril 1721. en
fecondes nôcès , après la mort de Louiſe de Mecklenburg,
Guftrau , fa premiere femme , morte le
15. mars 1711. avec laquelle il avoit été marié le
1. Décembre 1695. & de laquelle il a eu Chrétien
VI. aujourd'hui Roy de Dannemarck , né le 30 .
Novembre 1699. La Reine Douairiere qui vient de
mourir avoit eu de fon mariage avec le feu Roy
Frederic Chrétien , né le 1 Juin 1726. mort le s.
Mai 1727. Charles né le 17. Février 1728. mort
le 1o. Décembre 1729. & Chrétienne Amelie de
Dannemarck , née le 23. Octobre 1723. morte le
7. Janvier 1724. Le corps de la Reine Douairiere
a été tranfporté de Nanders à Rotfchilde , & 11 y
a été inhumé dans la Sepulture des Rois & des Reines
de Dannemarck. Voyez pour l'Etat préfent de
la Maiſon Royale de Dannemarck , les Souverains
du Monde. Vol . 4. fol . 587. pour la Genealogie , les
Tables Genealogiques d'Hubners.
Marie-Dorothée de Curlande , veuve d'Albert
Frederic Margrave de Brandebourg , Grand- Maître
de
FEVRIER. 1743 .
391
• de l'Ordre de S. Jean , réfidant à Sonnenburg
mort le 21. Juin 1731. avec lequel elle avoit été
mariée le 30. Octobre 1703. iourut à Berlin , le
17. Janvier , à l'âge de 58. ans fix mois & trois
jours étant née le 16. Juillet 1684. Elle éroit fille
de Frederic Cafimir Duc de Curlande & de Sophie-
Amelie de Naflau Siegen , & elle a eû de fon mariage
, 1°. Charles Margrave de Brandebourg , né
le 3. Juin 1705. Chevalier de l'Aigle Noire , Grand
Maître de l'Ordre de S. Jean , élû en la place de
fon pere le Is. Août 1731. 2 °. Frederic , né le 13 .
Août 1710. tué en 1741. à la Bataille de Mollwitz.3 °.
Frederic Guillaume , né le 28. Mars 1714. Colonel
du Régiment des Gardes Pruffiennes . 4°. Anne-
Sophie- Charlotte de Brandebourg , née le 22. Décembre
1706. mariée le 3. Juin 1723. avec Guillaume
Henri Duc de Saxe - Eyfenach , mort avant
elle. . Sophie- Louife Guillelmine , née le II.
Mai 1709. morte le 19. Février 1726. 6°. & Sophie
Frederique Albertine née le 21. Avril 1712. mariée
avec Victor Frederic Prince d'Anhalt-Bernbourg.
Voyez pour la Génealogie de la Maifon de Brandebourg
, les Souverains du Monde , Tome I.
fol. 130.
FRANCE ,
NOUVELLES DE LA COUR , DE PARIS , &c.
E premier de ce mois , M. le Nepveu
ancien Recteur de de l'Univerfité , fe
rendit à Verſailles , étant accompagné des
Doyens des Facultés , & des Procureurs des
I ij Nations
392 MERCURE DE FRANCE
}
Nations , & fuivant l'ancien ufage il eut
l'honneur de préfenter un Cierge au Roy , à
la Reine & à Monfeigneur le Dauphin.
Le même jour , le Pere Braban , Com .
mandeur du Convent du Marais des Religieux
de la Mercy , accompagné de trois
Religieux de cette Maiſon, eut l'honneur de
préfenter un Cierge à la Reine , pour fatisfaire
à une des conditions de leur établiffement,
fait à Paris en 1615. par la Reine Marie
de Medicis,

Le 2. Fête de la Purification de la Sainte
Vierge , les Chevaliers , Commandeurs &
Officiers de l'Ordre du S. Efprit , s'étant
rendus , vers les 11. heures du matin , dans
le Cabinet du Roy , S. M. tint un Chapitre
& propofa , pour être reçûs Chevaliers
Jean - Paul de Coffe , Duc de de Briſſac ,
Pair & Grand Pannetier de France , né le
12. Octobre 1698. Voyez la Généalogie de
la Maifon de Coffé , dans le IV. Volume de
l'Hiftoire des Grands Officiers de la Cou
ronne.
Charles -François- Frédéric de Montmorency-
Luxembourg, Duc de Pinay- Luxembourg &
de Beaufort-Montmorency , Pair de France ,
Gouverneur de la Province de Normandie
Maréchal des Camps & Armées du Roy, né
le 3 1. Décembre 1702. Voyez pour la Généalogia
FEVRIER. 1743 393
logie de cette illuftre Maiſon , l'Hiftoire qui
en a éte donnée au Public par André du
Chefne , de même que l'Hiftoire des Grands
Officiers de la Couronne .
Jofeph - Marie de Boufflers , Duc de Boufflers
, Pair de France , Gouverneur & Lieutenant
Géneral de la Flandre Françoiſe & du
Hainault, Gouverneur des Ville & Citadelle
de Lille , Grand- Bailly de Beauvais , Lieutenant
General du Beauvoifis , Maréchal des
Camps & Armées du Roy , né le 22. Mai
1706. Voyez la Généalogie de la Maiſon de
Boufflers dans le IV. Volume de l'Histoire des
Grands Officiers de la Couronne.
Louis Antoine de Gontant , Duc de Biron,
Pair de France , Colonel Lieutenant du Régiment
du Roy , Infanterie, & Maréchal des
Camps & Armées de Sa Majefté, né le 2. Février
1701. Voyez la Généalogie de la Maifon
de Gontaut dans l'Hiftoire des Grands
Officiers de la Couronne.
Louis - Charles de la Mothe , Comte de la
Mothe- Houdancourt , Grand d'Eſpagne de la
premiere Claffe , Lieutenant Géneral des Armées
du Roy, & Chevalier d'Honneur de la
Reine , né le 21. Decembre 1687. Voyez fa
Généalogie dans le VII . Volume de l'Hiftoire
des Grands Officiers de la Couronne ,
folio . 53 .
Jean de Gaffion , Marquis de Gaffion , &
I iij d'Alluye ,
394 MERCURE DE FRANCE
d'Alluye , Comte de Monboyer, Lieutenant
Géneral des Armées du Roy du premier Août
1734.Gouverneur deDax & deS.Sever. Voyez
fa Généalogie avec l'Eloge du Maréchal de
Gaffion , fon grand oncle , dans le VII . Vo
lume de l'Hiftoire des Grands Officiers de la
Couronne ,
folio S.
Daniel- François de Gelas d' Ambres , Com
te de Lautrec , Lieutenant Géneral des Ar
mées du Roy , & au Gouvernement de la
Province de Guyenne. Voyez ce qui eft dit
de fa Maiſon , l'une des plus nobles du Com
té d'Armagnac , dans le IX . Volume de l'Hif
toire des Grands Officiers de la Couronne à
l'article d'Hector de Gelas , fon Ayeul , Marquis
de Leberon & d'Ambres , Vicomte de
Lautrec , Chevalier des Ordres du Roy, Lieutenant
Géneral de la Province de Languedoc,
mort le 10. Fevrier 1645 ,
Jean Antoine François de Franquetot ,
Comte de Coigny , Colonel Géneral des Dragons
, Maréchal des Camps & Armées du
Roy, Grand- Bailly & Gouverneur de la Ville
& Château de Caën , & du Château de Choify-
le - Roy fur Seine , né le 27. Septembre
1702. Il eft fils de M. le Maréchal de Coigny,
& fa Genealogie fera raportée dans le Sup
plement de l'Hiftoire des Grands Officiers
de la Couronne , à l'article des Maréchaux
de France .
Après
FEVRIER. 17450 395
>
Après le Chapitre , le Roy fe rendit à la
Chapelle du Château de Versailles , étant
précedé de Monfeigneur le Dauphin, du Duc
d'Orleans , du Duc de Chartres , du Comte
de Charolois , du Comte de Clermont, du
→ Prince de Dombes , du Duc de Penthiévre
& des Chevaliers Commandeurs & Officiers
de l'Ordre. Le Roi affifta à la Bénédiction des
Cierges , à la Proceffion qui fe fit dans la
Cod Château , & à la grande Meffe
qui fut célébrée par l'Archevêque de Bour
ges , Prélat Commandeur de l'Ordre du
Saint Efprit. La Meffe étant finie , le Roy
fut reconduit dans fon Appartement en la
maniére accoûtumée. La Reine & Mefdames
de France entendirent la même Meffe
dans la Tribune. ›
L'aprés midi , leurs Majeftés accompagnées
de Monfeigneur le Dauphin,affifterent
au Sermon du Pere Châtillon , de la Compagnie
de Jefus , & enfuite aux Vêpres .
Le même jour la Reine communia par les
mains de l'Archevêque de Rouen
Grand Aumônier.
fon
Le Roi a donné à M. Jean-Jacques Amelot
de Chaillou , Miniftre & Sécretaire d'Etat
du Département des Affaires Etrangeres , de,
puis le 22. Février 1737. la Charge de Commandeur
, Prévôt & Maître des Cérémonies
I iiij
de
998 MERCURE DE FRANCE

de l'Ordre du S. Efprit , qu'avoit le feu Mar
quis de Breteuil , & il fut reçû , après avoir
fait fes preuves de nobleffe , conformément
aux Statuts de l'Ordre du S. Eſprit , qui portent
que le Chancelier & Garde des Sceaux
& le Prévôt Maître des Cérémonies de cet
Ordre , n'y feront admis qu'après avoir fait
les mêmes preuves que les Chevaliers, ce qui
a été très-facile à M. Amelot , étant d'une
Famille des plus illuftres de la Robe
dont elle poffède les premieres Charges depuis
près de 200 ans , & alliée avec les premieres
Maifons de l'Epée & de la Robe.
Sa Majefté a donné dans le même tems à
M. Philbert Orry , Miniftre d'Etat & Contrôleur
Géneral des Finances , depuis le 20.
Mars 1730. l'agrément de la Charge de
Commandeur & Grand Tréforier du même
Ordre , vacante par la démiffion de M. le
Comte de Maurepas , Miniftre & Sécretaire
d'Etat du Département de la Marine.
Le Roi a accordé à M. Jérôme Bignon de
Blanzy , Maître des Requêtes Honoraire ,
Intendant de la Géneralité de Soiffons , &
·Bibliothéquaire de S. M. la place de Confeiller
d'Etat , vacante par la démiſſion de M. le
Comte d'Argenfon , Miniftre & Sécretaire
d'Etat du Département de la Guerre.
Le Roi a accordé à M. le Comte de S. Flo-
4
ventin , Secretaire d'Etat , la Charge de
Chancelier
FEVRIER. 1743 397
Chancelier de la Reine , vacante par la mort
de M. le Marquis de Breteüil.
Le 4. Fevrier , M. le Duc de Nivernois &
M. de Marivaux , furent reçûs dans l'Acadé
mie Françoife aux places vacantes par la mort
de M. l'Evêque de Clermont & de l'Abbé
de Houteville . Ils firent chacun un très - beau
Difcours, auxquels M. l'Archevêque de Sens
répondit avec autant d'Eloquence que de "
dignité.
La
perte
fi fenfible
à toute
la France
que
nous
venons
de faire , donna
lieu au Duc de
Nivernois
de commencer
le fien en ces termes
.
MESSIEURS , fouffrez que je fufpende
l'hommage
de ma reconnoiffance
, pour m'acquitter
à vos yeux d'un devoir qui n'eft
pas moins indifpenfable
, en exprimant
comme
Citoyen , une douleur que je partage
avec ma Patrie .
Le Roi a perdu fon ami. Ici l'éloge du Mi
niftre & celui du Souverain fe confondent
néceffairement : les Vertus de l'Eleve font la
gloire de celui qui l'a formé , & les regrets
que nous devons à l'un , ne fçauroient le feparer
de l'amour que l'autre nous infpire..
Ce n'eft pas l'effort d'une verrucommu
ne chés les Rois , que d'enchaîner l'umpatience
fi naturelle aux jeunes Princes , de
marcher fans guide dans le fentier de la glor-
Iv IC.
.
398 MERCURE DE FRANCE
re. Nôtre vertueux Monarque a fçu captiver
cette ardeur ; il l'a fait ceder à des fentimens
que peu de Souverains connoiffent , & n'écoutant
que la reconnoiffance , plus il fe fentoit
maître dans l'art de regner , plus il a cru
devoir approcher du Trône le Sage qui lui
avoit appris à le remplir dignement.
Ainfi M. le Cardinal de Fleury avoit affûré
fa propre élévation en préparant le bonheur
de la France , & tandis qu'il cultivoit dans
l'ame du Roi la femence de toutes les Vertus
, il fe frayoit , fans y penfer , le chemin
des Honneurs , qui furent la récompenſe de
fes Services.
Mais c'eft à celui que vous choisirez pour
le remplacer dans vos Affemblées , qu'il appartient
de célébrer la mémoire de ce Grand
Homme ; je n'ai droit que de la révérer , &
je me hâte de vous marquer combien je fuis
flatté de l'honneur d'être affis parmi vous &c.
M. de Marivaux parla auffi fort dignement
fur le même fujet , & s'exprima de la maniére
qui fuit.
Il étoit le confident , le confeil & l'ami de
fon Maître ; il étoit l'ami de tous les ſujets.
Miniftre d'un génie bien neuf & bien refpectable
; Miniftre fans fafte & fans oftentation
, dont les operations les plus profondes
& les plus dignes d'eftime , n'avoient rien en
apparence qui les diftinguât de fes actions
les
FEVRIER . 1743 %. 399
les plus ordinaires ; qui ne les enveloppa jamais
de cet air de myftere qui fait valoir le
Miniftre , qui par là n'y oublia que lui , &
qui , à la maniére des Sages , fongea bien
plus à être utile qu'à être vanté. D'autres
que moi font deftinés à faire fon Eloge , &
s'en acquitteront mieux , & c.
Enfin M. l'Archevêque de Sens dans fa
Réponse n'oublia pas un fi grand objet.
Quant à ceux , dit-il , qui ont prolongé
leurs jours jufqu'à cet âge , par- de-là lequel
il n'y aplus que douleur & langueurs s'ils meurent
pour le monde , ils vivent encore pour
nous . Tel fera le fort de cet Illuftre Cardinal
dont vous avez,M. célébré fi éloquemment la
gloire immortelle. C'eft à la France entiere à
pleurer fa mort. L'Académie qu'il a aimée
qu'il a protegée , qu'il a ornée , fera vivre à
jamais fon Nom & fon Souvenir.
A M. le Duc de NIVERNOIS , fur fa
Réception à l'Académie Françoife .
Aux Graces du Prince d'Itaque
Tu joins les Vertus de Neftor ,
Et j'ai crû l'autre jour entendre Télemaque
Prononcer un Difcours infpiré par Mentor.
>
Le même jour la même Académie fit célébrer
dans l'Eglife des Cordeliers un Service
folemnel pour le repos de l'ame de S. E. M.
I vj
le
400 MERCURE DE FRANCE
le Cardinal de Fleury , auquel elle affifta.
M. Orry , Miniftre d'Etat , Contrôleur
Géneral des Finances : les Docteurs des Maifons
de Sorbonne , & de Navarre , en Corps,
& la Famille de feu M. le Cardinal aflifte
rent auffi à ce Service.
Le 10. de ce mois , M. de Grevenbroch ;
que l'Electeur Palatin a nommé fon Minitre
Plénipotentiaire auprès du Roi , eut une
Audience particuliére de S. M. Il y fut conduit,
ainfi qu'aux Audiences qu'il eur le même
jour de la Reine , de Monfeigneur le Dauphin
& de Mefdames de France , par M. de Ver
neuil , Introducteur des Ambaſſadeurs..
La nouvelle Eglife de S. Louis du Louvre ,
dans laquelle le Cardinal de Fleury doit être
inhume , n'étant point encore achevée , fon
corps fut porté le premier de ce mois à l'E
glife de la Paroi Te d'Ifly , & il y reftera en
dépôt , jufqu'à ce qu'il puiffe être apporté à
PEglife de S. Louis , où le Roi a ordonné
qu'on lui élevât un Maufolée.
Le 13. Fevrier , les RR. Peres Auguf
tins de la Place des Victoires , en reconnoilfance
de la Protection , que S. E. le Cardinal
de Fleury leur avoit accordée pour le Bâtiment
de leur Eglife , célébrerent un Service
Solemnet pour le repos de fon Ame. Le
grand
FEVRIER.
1743 405
grand Autel , & tout le Sanctuaire , étoient
tendus de noir jufqu'aux Autels de la croifée.
Au milieu de l'Eglife , étoit une Eftrade
fur laquelle on avoit élevé un Lit de Parade
de Velours noir , à Crépines d'argent . Sous
le Lit de Parade , étoit la Repréfentation avec
tous les Attributs de la dignité . de Cardinal
&c. & fes Armoiries en plufieurs endroits.
Il y avoit un grand Luminaire , tant
fur les trois Autels , que fur les Gradins de
l'Eftrade. L'Abfoute fût faite autour de la
Repréſentation , avec tous les Religieux ,
ayant chacun un Cierge à la main. Le Cardinal
de Tencin , le Nonce du Pape , plufieurs
autres Prélats , invités à ce Service par les
P. P. Auguftins y ont affifté
ainfi que
Famille du défunt Cardinal , avec plufieurs
perfonnes de Diftinction de la Cour & de la
Ville.
la
Le même jour, les Prêtres de l'Oratoire de
la Maifon de S.Honoré , célébrerent auffi un
Service pour le même fujet , au nom de Mrs
de l'Académie . Royale des Sciences , de la .
quelle étoit membre le Cardinal de Fleury-
Et le 15 il fut célébré un autre Service
dans la même Eglife , à la même occafion
au nom de Mrs de l'Académie Royale des
Belles Lettres , dont S. E étoit auffi membre
, auquel Service affifta la Famille de M.
Le Cardinal de Fleury , fçavoir M. le Duc de
Fleury
402 MERCURE DE FRANCE
*
Fleury , M. l'Abbé de Seille , ſon oncle , M
l'Abbé de Fleury, premier Aumônier du Roi,
& M. le Comte de Narbonne. Plufieurs per
fonnes de Confidération , outre Mrs les Académiciens
Honoraires , ont affifté à ces deux
Services.
Le 17. de ce mois , le Contrat de Mariage
du Duc de Montbazon ( Jules Hercules
de Rohan ) Chef de la Maiſon de Rohan, fils
aîné du Prince de Guemené , avec la fille
unique du Duc de Bouillon , fut figné dans
le Cabinet du Roy . Monfeigneur le Dauphin
& les Princes s'y trouverent vers les fix
heures du foir , & la Reine y arriva quelque
tems après , étant accompagnée de Mefda
mes, des Princeffes & des Dames de la Cour.
Après que le Contrat de Mariage eut été fi
gné par leurs Majeftés , par Monfeigneur le
Dauphin & par les Princes & Princeffes , le
Cardinal de Rohan , Grand Aumônier de
France , fit la Cérémonie des Fiançailles. Et
deux jours après s'eft fait le Mariage. Voyez
pour les Généalogies des Maifons de Rohan
& de la Tour d'Auvergne , l'Hiftoire des
Grands Officiers de la Couronne,
Le 18. de ce mois , le Roi & la Reine
entendirent dans la Chapelle du Château la
Melle de Requiem , pour l'Anniverſaire de
Monſeigneur le Dauphin , Pere de S. M.
Les
FEVRIER 1743 403
Les Troupes , qui compofoient la garnifon
de Prague , ayant réjoint l'armée commandée
par le Maréchal de Belle- Ifle , dans
les quartiers qu'elle avoit pris fur le Naab ;
cette armée commença le 20. du mois dernier
à fe mettre en mouvement pour revenir
en France par divifions , & elle dirigea fa
marche vers Spire.
Le Maréchal de Broglie commença auffi
le premier de ce mois à faire partir de Donnawert
les Troupes que le Roi a jugé à propos
de rappeller de Baviére ; elles confiftent
dans la Gendarmerie , qui marche fous les
ordres du Marquis de Pontchartrain , Maréchal
de Camp ; dans les Régimens d'Infanterie
de Noailles , de Biron , dArtois ,
& de la Marche , & dans les Régimens de
Cavalerie de Noailles & d'Aumont. Ces fix
Régimens font commandés par le Comte de
Lautrec , Lieutenanr Géneral des armées de
S. M.
Les Recrûës deftinées pour l'armée commandée
par le Maréchal de Broglie , fe raffemblent
à Strasbourg , & elles doivent inceffamment
paffer le Rhin , pour fe rendre
en Bavière.
Le 2. Février , Fête de la Purification , on
chanta au Concert fpirituel du Château des
Tuilleries un Motet à grand Choeur , Can-

tate
404 MERCURE DE FRANCE
tate Domino , du fieur de Boismortier , lequel
fut fuivi d'un Concerto du fieur Guillemain ,
Ordinaire de la Mufique du Roi , exécuté
par le fieur Mangean . On donna enfuite un
fecond Motet ( Lauda Jerufalem ) du fieur
de Mondonville , lequel exécuta un Concerto
avec beaucoup de jufteffe & de préciſion . Le
Concert fût terminé par un troifiéme Motet
à grand Choeur , de la compofition de l'A6-
bé Blanchard , Maître de Mufique de la Chapelle
du Rot. Le fieur Poirier a chanté differens
récits avec beaucoup d'applaudiffement.
Le 4. le 9. & le 11 , il y eut Concert chés
la Reine. S. M. entendit l'Opera de Tarfis
Zelie , mis en Mufique par Mrs Rebel &
Francoeur ; fes principaux Rolles furent remplis
par les Dlles de la Lande , Romainville ,
& Mathieu , & par les Sieurs Jeliot & Benoît
, qui les exécuterent avec fuccès .
a
Le 16. le 18. le 23. & le 25. on chanta de
vant la Reine l'Opera d'Omphale , dont les
Rolles furent parfaitement bien rendus par
les Dlles la Lande & Mathieu , & par les
Sieurs Benoît & Poirier. Cet Opera eft de
la compofition de M. Destouches , Sur- Intendant
de la Mufique de la Chambre , en
Semestre.
Le 5. Février , les Comédiens François repréfenterent
à la Cour , la Comédie du Jou:ur
& la petite Piéce du Deüil.
FEVRIER. 1743
405
Le 7. la Tragédie de Bajazet & l'Esprit de
Contradiction .
Le 12. le Grondeur & Georges Dandin.
Le 14. la Tragédie de Brutus , de M. de
Voltaire , & Crispin , Rival de fon Maître.
Le 19. le Mariage forcé & Pourceaugnac .
1.e 21. le Cid de M. de Corneille & ta
Comteffe d'Efcarbagnas.
Le 26. l'Ecole des Femmes & la petite
Piéce du Dédit.
Le 28. l'Avare , & les Trois Freres Rivaux.
Le 6. Février , les Comédiens Italiens re
préſenterent auffi à la Cour la Comédie
intitulée l'A. **** . fuivie de la Folle Raifon
nable.
Le 13. la Surprife de la Haine & l'Ecole
des Meres.
Le 20. les Amours Anonymes & la petite
Comédie nouvelle du Silphe,de M. de Sainte-
Foy , laquelle fit beaucoup de plaifir à la
Reine , & à toute la Cour.
PROMOTION d'Officiers Generaux
du 20. Février 1743 .
LIEUTENANS GENERAUX.
M. de la Garvafais ( N .... Magon ) Maréchal
de Camp du 20. Fevrier 1734 .
M. de Manville ( Pierre- Jofeph Dejean ) Maréchal
de Camp du premier Août 1734.
M. le Chevalier de Saint André ( N ... de Mar-
1
Bais Y
406 MERCURE DE FRANCE
!
nais ) Lieutenant des Gardes du Corps , Maréchal
de Camp du premier Août 1734.
M. le Marquis de Putanges ( Hardouin- Therefe
de Morel) Maréchal de Camp du premier Août 1734.
M. le Danois , Maréchal de Camp du premier
Août 1734.
M. de Varennes ( François Godde) Lieutenant Colonel
du Régiment des Gardes Françoiſes , Commandeur
de l'Ordre Royal & Militaire de S. Louis,
Maréchal de Camp du premier Août 1734.
M. le Comte de Marcieu ( N. . . . Emé ) Infpecteur
d'Infanterie , Maréchal de Camp du premier
Août 1734.
M. Pierre de Malezieu , Seigneur de Chatenay
& des Tournelles , Lieutenant Géneral de l'Artillerie
de France , Maréchal de Camp du premier
Août 1734.
M. ie Chevalier de la Roche- Aymon , Lieutenant
Géneral de l'Artillerie de France , Maréchal de
Camp du premier Août 1734.
M. le Comte de Corgny ( Jean- Antoine François
de Franquetot ) Colonel Géneral des Dragons, Maréchal
de Camp du premier Août 1734. fius dé M.
le Maréchal de Coigny.
M. des Granges ) Michel Ancel ) Maître des Céremonies
de France , Maréchal de Camp du 18,
Octobre 1734.
M. de Grandville ( Etienne Julien Locquet ) Maréchal
de Camp du 18. Octobre 1744. beau -frere
de M. le Maréchal de Broglie.
M. le Prince de Montauban ( Charles de Rohan
Guemene ) Maréchal de Camp du 18. Octobre 17.34.
M. le Duc de Biron ( Louis Antoine de Gontaut )
Colonel - Lieutenant įdu Régiment d'Infanterie du
Roy , & Maréchal de Camp du 18. Octobre 1734 .
Il eft fils de M, le Maréchal Duc de Biron .
OB
FEVRIER .
1743 407
On donnera la fuite de cette Promotion , contenant
trente Maréchaux de Camp & foixante & dixneuf
Brigadiers , tant d'Infanterie , que de Cavalerie
& de Dragóns , dans le Mercure du mois de Mars
prochain .
ARRETS NOTABLES.
ORDONNANCE

dix huit cent hommes de Milice dans la Ville
& Fauxbourgs de Paris . Du 10. Janvier 1743.
S. M. ayant par fon Ordonnance du 30. Octobre
dernier , portant augmentation de trente mille
hommes de Milice , réglé que la levée en feroit
faite principalement dans les Villes Capitales & autres
qui en ont été exemptes juſqu'à préſent , pour
en diminuet la charge fur les peuples de la Campagne
: Et S. M. voulant par le même motif, que
fa bonne Ville de Paris , qui , en toute occafion ,
lui a donné des marques de fon zéle , contribue
également à cette lev e , ce qui eft d'ailleurs d'autant
plus intéreffant pour fon fervice , qu'elle eft
informée que lors des dernieres levées , & notamment
depuis celle portée par fon Ordonnance du
30. Octobre dernier , plufieurs garçons fe font retirés
dans ladite Ville , pour le fouftraire à la Milice
des Villes & Paroiffes où ils habitoient , & aux peines
portées par l'Article VIII . de ladite Ordonnance
; S. M. a ordonné & ordonne.
Art. premier. Il fera inceffamment levé dans la
Ville & Fauxbourgs de Paris , dix - huit cent hommes
de Milice , qui formeront trois Bataillons de
fix cent hommes chacun , dont la répartition fera
faite par le fieur de Marville Maître des Requêtes ,
Lieutenaut Géneral de Police de ladite Ville , que
S.
408 MERCURE DE FRANCE
S. M. a commis & commet à cet effet , fur les hom
mes non mariés de chaque Corps & Communauté
des Marchands & Artifans , gens de peine & de
travail , & autres habitans qui ne feront pas dans
Je cas d'être exemptés par leur état , leurs charges
ou emplois , en quelque lieu ou enceinte particu
fiere qu'ils fe trouvent dans l'étendue de ladite Vik
le & Fauxbourgs d'icelle , lefquels habitans front
de l'âge de feize ans jufqu'à quarante , de la taille
de cinq pieds au moins & de force à porter les
carmes , dont il fera fait des dénombremens par ies'
Officiers qui feront prépofés par ledit fieur de Marville
; pour , en fa préfence ou celle defdus prépofés
, être tiré au fort entre lefdits hommes non marés
, de l'âge & taille ci- defius prefcrite , pour
fournir ledit nombre de dix- huit cent hommes de
Milice , fans qu'il y foit apporté aucun délai .
II. Incontinent après le fort tiré , il fera dreffé
des procès-verbaux contenant la maniere dont il y
aura été procédé , le nombre des garçons qui fe
feront préfentés à l'affemblée qui aura été à cet
effet indiquée , ainfi que leur nom , taille & vacation
, & le fignalement en particulier de ceux fur
qui le fort fera tombé ; & feront lefdits procèsverbaux
envoyés au Sécretaire d'Etat ayant le Département
de la Guerre.
III. Fait S. M. très expreffes défenſes à ceux à
qui le fort fera échu , de s'abfenter , pour quelque
caufe & prétexte que ce foit , fans une permiffion
par écrit dudit fieur de Marville , à peine de puni
tion exemplaire.
IV. Veut S. M. que , conformément à l'Article
VIII. de fon O donnance du 30. Octobre dernier ,
les garçons de ladite Ville & Fauxbourgs de Paris ,
qui , ayant été infcrits fur les liftes , ne fe feront pas
préfentés pour tirer au fort , comme auffi les gar
Cons
FEVRIER. 1743 409
ons des Villes & Paroiffes de la Campagne , qu
le feront retirés dans ladite Ville depuis ladite Or◄
donnance , pour ſe fouftraire à la Milice du Lieu de
leur dernier domicile , enſemble les vagabonds &
gens fans aveu & fans domicile fixe , foient décla
rés Miliciens de droit , à la décharge de ladite Ville
& Fauxbourgs de Paris , fans être admis à tirer au
fort avec les autres garçons.
V. Tous lefdits garçons déclarés Miliciens par
le fort , ou pour les caufes expliquées ci - deffus ,
feront tenus de fervir fix années , fans s'écarter
defdits Bataillons , à peine d'être pourfuivis & punis
comme déferteurs , fuivant la rigueur des Or➡
donnances ; voulant au furplus S. M. qu'à l'expiration
defdites fix années , il leur foit donné congé
abfolu .
VI. A l'égard de l'habillement & arm ;ment
de cette Milice , S. M. donnera fes ordres pour
que l'un & l'autre lui foit fourni à fes frais .
VII. Voulant au furplus S: M. que les difpofitions
contenues dans fon Ordomance du 25.
Février 1726. portant établiſſement de la Milice
& les fubféquentes , auxquelles Elle n'entend déroger
qu'en ce qui s'y trouve de contraire à la préfente
, foient exécutées à l'égard de la Milice de
ladite Ville , comme dans les autres Villes & Pa
Toiles du Royaume,
Mande & ordonne S. M. au fieur Duc de Gêvrés
Pair de France , Gouverneur de la Ville de Paris , &
au fieur de Marville Maître des Requêtes , Lientenant
Géneral de Folice de ladite Ville , de s'employer
, chacun comme il appartiendra , à l'exacte
obfervation & exécution de la préſente Ordonnance
, laquelle fera publiée & affichée dans tous les
Carrefours & Places publiques de ladite Ville &
Fauxbourgs , à ce qu'aucun n'en prétende caufe
d'igno410
MERCURE DE FRANCE
d'ignorance. Fait à Verſailles , le dix Janvier mil
fept cent quarante- trois . Signé LOUIS . Et plus
bas , M. P.DE VOYER D'ARGENSON .
Claude-Henri Feydeau de Marville , Chevalier ,
Confeiller du Roy en fes Confeils , Maître des
Requêtes ordinaire de fon Hôtel , Lieutenant Géneral
de Police de la Ville , Prevôté & Vicomté
de Paris .
Vu l'Ordonnance du Roy ci-deffus , Nous ora
donnons qu'elle fera imprimée , lûe , publiée &
affichée dans tous les Lieux ordinaires & accoûtumés
de cette Ville & Fauxbourgs , pour être exécutée
felon fa forme & teneur , à ce que perfonne n'en
ignore. Fait à Paris , ce dix Février mil fept cent
quarant- trois. Signé FEYDEAU DE MARVILLE. Et
plus bas , par Monſeigneur , Lartois .
TABLE.
P
IECES FUGITIVES , Imitation d'une Epitre
d'Horace , 200
Réponse de M. C. B. à M. Boyer 209
Etrennes d'un Fils à la Mere , 217
Refléxions fur la gloire des Sçavans , 3 218
Etrennes à Mlle l'H ***
Arrêt notable du Parlement de Dijon,
Vers adreffés à l'Abbé Yart ,
Lettre d'une Dame de Province à M. D.
Vers à l'Abbé Pellegrin , fur Catilina
Réponse à une Queſtion propoſée ,
Vers à M Roy,
Queftion importante jugée à Besançon ,
Le Fleuve & de Batelier , Fable,
q 222
223
40. 232
234
240
245
243
243
275
Rés
Réponse de M. de la Soriniere , au fujet des Vers
Marotiques ,
Le Retour des Guerriers , Cantatille ,
Le Chat & le Cuifinier, Fable ,
Description du Pays de Cotentin ,
Enigme , Logogryphes , & c.
Differtation fur la Mufique ,
Bibliothéque Françoiſe ,
276
277
279
317
318
NOUVELLES LITTERAIRES , DES BEAUX-ARTS, &C.
321
333 .
Chronologie du nouveau Bréviaire de Paris , 337
Les Amuſemens du Coeur & de l'Eſprit ,
Traité des Pétrifications ,
Calendrier des Jardiniers ,
340
358
359
360
361
Principes géneraux du Droit Civil de Normandie
,
Livres Etrangers chés Cavelier , Pere ,
Soufcription d'un Livre intitulé , Scriptores Hiftoria
Romana ,
363
Prix de l'Académie de Chirurgie pour l'année
1744 .
Conférences fur la Tactique
Eftampes nouvelles , & c,
Carte nouvelle d'Egra ,
Livres de Mufique ,
Differens Remedes ,
Air à Mad. la V.
364
366
370
371
ibid.
372
375
ibid,
379
Spectacles
Nouvelles Etrangeres , Turquie , Ruffie ,
Morts des rays Etrangers ,
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
Promotion de Chevaliers du S. Efprit ,
Réception de M. le Duc de Nivernois & de
Marivaux à l'Académie Françoife ,
Concert Spirituel au Château des Tuilleries ,
Concerts chés la Reine
Comédies représentées à la Cour ,
390
39
392
M. de
397
403
404
ibida
Pro
Promotion d'Officiers Géneraux
Arrêt notable ,
P
Errata de Janvier.
404
407
400
Age 35. ligne 22. abftraite , lifex , extraite,
83. 1. 14. à le ,ôtez ces mots .
P.
P. 88 1. 16. le Moine , ajoûtez à Paris
Ibid. 1. 17. élfoient , 1. élifoient.
P. 100 l . 3. du bas , continence , 1. contenance.
P. 112. l . 11. lieux , ôtez ce mot .
P. 194. 1. 24. autres ,
P
1. aux autres .
Fautes à corriger dans ce Livre.
Age 201. ligne derniere , ie , lifez , le .
P. 238. 1. 3. indiffoluble , l. indiffolubles,
Ibid. 1. 4. & 5. l'asmour , l. l'amour.
P. 248. I. premiere ,' qu'elle , l. qu'elles.
P. 262. 1. 6. du bas , remarque , I. remarquerons
P. 317. 1. 10. giffoit , l. gliffoit.
P. 349. 1. 4. fermons , 1. formons.
Ibid 1. 11 Stances , l. Strophes.
P. 376. 1. 19. fort , ôtez ce mot .
P. 377. 1, 19. pour la clôture , ôtez ces mots,
La Chanfon notée doit regarder la page
7777
375
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